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Title : Bulletins et mémoires de la Société médicale des hôpitaux de Paris

Author : Société médicale des hôpitaux de Paris. Auteur du texte

Publisher : (Paris)

Publication date : 1881

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : French

Format : Nombre total de vues : 10483

Description : 1881

Description : 1881 (T18,SER2 (MEMOIRES)).

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k5441010r

Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2008-91350

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34378153p

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 06/01/2009

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MÉMOIRES

DE LA

SOCIÉTÉ MÉDICALE

DES HOPITAUX DE PARIS

ANNÉE 1881



SUR

UN NOUVEAU SIGNE DE LA SCROFULE

FOURNI

PAR LES BOUCLES D'OREILLE

Mémoire lu à la Société médicale des hôpitaux de Paris

Dans la séance du U janvier 1881

MB

Le Docteur Constantin PAUL

Membre de l'Académie de médecine, Médecin de l'hôpital Lariboislère, professeur agrégé à la Faculté.

Depuis plusieurs années, M. le professeur Verneuil a porté à la tribune de l'Académie une question des plus considérables pour l'avenir de la chirurgie. Il a montré l'importance qu'il fallait attacher à l'état constitutionnel du malade au point de vue des conséquences des opérations. M. Verneuil a montré, en particulier, que certains états pathologiques, le diabète par exemple, peuvent retarder ou compliquer singulièrement le travail de réparation qui suit les grandes opérations.

On peut dire également que tout traumatisme peut réveiller des dispositions pathologiques qui ne s'étaient pas montrées depuis longtemps ou même n'avaient pas encore manifesté leur existence.

On s'étonnerait de me voir reprendre après M. Verneuil celte question toute chirurgicale qu'il ne m'appartient pas de traiter, mais en la prenant dans le dernier sens que je viens d'indiquer, elle devient des plus intéressantes au point de vue médical.

Je disais tout à l'heure que le traumatisme chirurgical ou accidentel peut provoquer la manifestation de certaines diathèses et devient par là une sorte de pierre de touche.

Je prendrai pour exemple l'opération la plus inoffensive et la plus commune, puisqu'elle se pratique sur presque la moitié de la population, je veux parler de


k

l'opération qui consiste à percer les lobules des oreilles pour y suspendre des bijoux, qui le plus souvent ont la forme de boucles dites par là boucles d'oreille.

On verra par la suite de ce travail que cette opération, qui se pratique le plus ordinairement dans l'enfance à l'époque des manifestations lymphatiques et scrofuleuses, détermine bien souvent la production d'ulcérations, non-seulement pendant les quelques jours qui suivent l'opération, mais deviennent le point de départ d'une ulcération chronique qui dure souvent des années. On voit alors bien souvent le travail d'ulcération couper entièrement le lobule et laisser tomber les boucles en laissant une trace indélébile de son passage. Les plus raisonnables s'en tiennent là, mais la plupart se font de nouveau percer les oreilles, et de nouveau le travail ulcératif reprend jusqu'à ce qu'il ait atteint le bord libre du lobule; le bijou tombe de nouveau. Eh bien, malgré cela, on voit des femmes se faire percer une troisième fois et même une quatrième fois les lobules, et présenter alors ces organes tout déchiquetés avec quatre coupures de chaque côté.

Ce fait n'est pas rare, il est même très-fréquent, au point que, dans l'espace d'un peu plus de deux, ans, j'ai pu réunir 120 observations de sujets portant de telles sections des lobules de l'oreille.

11 y a longtemps que je connaissais ce fait; je l'avais observé déjà il y a seize ans et je m'en servais comme d'un nouveau signe de la scrofule, quand il s'agit de déterminer l'état de santé d'une femme, d'une nourrice par exemple.

Depuis, voulant connaître la valeur de ce nouveau signe de la scrofule, j'ai recueilli des observations pour me rendre un compte exact du rapport de cet accident avec les autres manifestations scrofuleuses, en un mot pour déterminer sa place dans l'évolution de la scrofule. C'est le résultat de cette étude que j'ai l'honneur de soumettre aujourd'hui à l'appréciation de la Société médicale des hôpitaux. Je dis que mon attention avait été attirée sur ces altérations de l'oreille depuis longtemps. Voici dans quelles conditions :

Il y a quinze ans, en 1866, on me demanda de percer les oreilles à une demoiselle qui allait se marier et voulait se parer des boucles d'oreille contenues dans sa corbeille de noces. Cette demoiselle, âgée de 18 ans, était grande et forte, douée d'une belle carnation et de tous les attributs de la plus belle santé. Les parents paraissaient vigoureux et sains ainsi que les frère et soeur.

Je pratiquai la petite ponction nécessaire avec le petit trocart préparé ad hoc, et je passai les deux fils d'or de boucles d'oreille très-légères. L'opération fut des plus simples et ne donnait pas lieu de penser aux conséquences qu'elle pouvait avoir.

Quelques jours après on me ramenait la jeune fille désolée. Des deux côtés, le lobule de l'oreille, douloureux et enflammé, était le siège d'une poussée d'eczéma sécrétant dont la petite plaie était le centre.


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Il fallut près d'un mois de traitement par les émollients, les purgatifs, l'arsenic, etc., pour venir à bout de cette affection qui fut à peine guérie pour le jour du mariage.

Cet éveil d'une diathèse, qui ne s'était pas montrée encore, eut plus tard son explication. La mère, après avoir été longtemps eczémateuse, était devenue emphysémateuse. La soeur a souffert depuis d'irritation spinale de nature herpétique.

Huit ans plus tard, celle qui fait le sujet de cette observation, devenue mère de deux enfants, après avoir présenté des névropathies multiples, fut atteinte d'un eczéma herpétique des oreilles qui reparaît tous les ans avec une intensité croissante.

L'affection eczémateuse des oreilles n'a pas laissé de traces comme cela arrive ordinairement tant que la peau n'a pas été détruite par la répétition de nombreuses poussées d'eczéma.

Voilà donc un premier fait intéressant. 11 a suffi d'une opération aussi minime que celle de percer les oreilles pour déterminer la première poussée d'une maladie constitutionnelle, l'eczéma sécrétant herpétique, qui ne s'est montré plus tard spontanément que huit ans après, et est revenu depuis tous les ans au printemps avec la fidélité que montrent souvent ces diathèses.

Mais ces dermopathies arthritiques et herpétiques guérissent le plus ordinairement sans laisser de traces, et plus tard l'attention n'est pas éveillée. Il en est tout autrement des lésions scrofuleuses qui attaquent la peau dans des parties plus profondes, altèrent même le tissu cellulaire sous-cutané et alors laissent des cicatrices indélébiles dont j'apporte 120 exemples.

Quand je me suis vu en présence de ces faits, j'ai bien pensé qu'ils avaient dû être observés avant moi ; pourtant je n'en ai pas trouvé trace dans les traités de pathologie qui s'occupent des maladies constitutionnelles.

Le seul auteur qui en ait dit quelque chose est le docteur Triquet dans ses Leçons cliniques sur les maladies de l'oreille.

a .Tous les jours (1) les bijoutiers pratiquent la perforation du lobule de l'oreille pour satisfaire aux caprices de la mode. Si cette opération, confiée à ces opérateurs improvisés, n'entraîne pas plus souvent des accidents plus ou moins graves, cela tient moins à leur habileté chirurgicale, qu'à la tolérance extrême de l'organe, dont la structure ne comporte guère une réaction inflammatoire violente.

« Pourtant, il n'en est pas toujours ainsi, et j'ai été appelé, comme médecin d'oreille, à constater des maladies rebelles développées sur le pavillon et ayant envahi le visage à la suite de la perforation du lobule par des joailliers.

(1) Triquet. Leçons cliniques sur les maladies de l'oreille, t. II, p. 1. Adrien Delahaye, 1866. Sur les accidents qui surviennent à la suite de la perforation que les joailliers font subir au lobule de l'oreille.


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« ... On peut se demander si c'est le traumatisme seul, produit par la piqûre de l'oreille, qui peut donner naissance à une phlegmasie locale de la nature de la dartre ou de la scrofule comme l'eczéma ou l'engelure? Ou bien, si la plaie, faite au lobule de l'oreille, suffit à donner l'essor à une dialhèse qui sommeille? Et si, dans tous les cas et avant de prendre la résolution de pratiquer une perforation au lobule de l'oreille pour y suspendre des bijoux, objets de pure coquetterie et sans aucune espèce d'utilité, il ne serait pas vraiment utile de demander l'avis du médecin de la famille? L'homme de l'art, instruit des dangers et des accidents que cette opération vient occasionner parfois, émettrait une opinion sérieusement et prudemment motivée, sur l'opportunité de percer ou de ne point percer le lobule de l'oreille chez les sujets soumis à son examen.

« Cette manière de procéder serait à mon avis très-sage et très-bonne à suivre. En effet, chez les enfants et chez les jeunes gens lymphatiques ou strumeux avec des glandes au cou, ou bien chez lesquels existe une tendance herpétique manifeste ou latente, la prudence commande impérieusement qu'on éloigne de leurs visages ou de leurs oreilles toute cause d'irritation, même légère; une irritation, un traumatisme quelconque pourraient donner lieu à une inflammation qui, dans un grand nombre de cas, ne manquerait pas de prendre le caractère de la diathèse à laquelle le malade est plus ou moins prédisposé.

« Telle est l'explication qui m'a paru la plus acceptable des accidents dont j'ai été témoin et qui vont être rapportés tout à l'heure. Il sera donc convenable, à l'avenir, de ne pas exposer les enfants et même les jeunes personnes du sexe à la perforation du lobule sans, au préalable, avoir demandé l'avis du médecin de la famille. »

Le docteur Triquet a donc vu ce que nous indiquons aujourd'hui, mais les observations qu'il donne, au nombre de 5, ont bien plus trait aux accidents qui suivent immédiatement l'opération. Il n'a pas eu l'occasion de voir ce que l'on trouvera plus loin, c'est que celte influence de la constitution peut se faire sentir pendant un grand nombre d'années. Ce que démontrent d'une manière surabondante les 120 observations qui suivent et qui sont toutes tirées de ma pratique personnelle tant à l'hôpital qu'en ville.

J'ai déjà donné plus haut un exemple de dartres développées par le percement des oreilles. Je veux donner un exemple d'eczéma scrofuleux développé immédiatement par suite de l'opération.

OBS. I. Accidents immédiats.

Anna X..., âgée de 5 ans, est une enfant scrofuleuse; elle en a le faciès caractéristique et particulièrement le développement en saillie de la lèvre supérieure. Dès l'âge de 14 mois, elle a eu des gourmes qui se sont montrées à plusieurs reprises. Elle a été prise, il y a dixhuit mois, de kératite, produit de la contagion d'une ophlhalmie purulente de sa soeur. Elle a en ce moment de l'eczéma derrière les oreilles. En outre, depuis cinq mois, elle a la coque-


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luche. On vient de lui percer les oreilles il y a huit jours. Au lieu de se cicatriser, les piqûfes sont entrées en suppuration et sont couvertes de croûtes brunâtres (14 mars 1878).

Je vais donner maintenant le détail des 120 observations que je possède, et j'examinerai ensuite quelles sont les conclusions qu'on peut tirer du dépouillement de tous ces faits.

Première série

Une seule oreille'est atteinte et ne présente qu'une cicatrice.

OBS. IL—M"*Petit; âgée de 35 ans, eut les oreilles percées à l'âge de U ans; elle présente au lobule, de l'oreille droite une cicatrice longue de 6 millimètres qui n'est plus éloignée du bord libre que de 2 millimètres et demi. Le bord libre est déjà atrophié et déprimé au niveau de la cicatrice. Elle ne se rappelle d'aucun accident dans l'enfance, si ce n'est qu'elle a eu des angines fréquentes (2 mai 1878).

OBS. IIL — Molle, âgée de 19 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 8 ans ; elle présente au lobule de l'oreille droite une cicatrice longue de 1 centimètre ; il ne reste plus que le bord du lobule qui ne soit pas atteint. Du côté gauche, l'orifice est allongé, mais non cicatriciel. Elle a été malade dans l'enfance vers l'âge de 8 à 9 ans, comme en témoigne un sillon dentaire persistant; elle a en outre les dents crénelées. Elle ne se rappelle pas de quelle maladie elle a été atteinte alors (mai 1878).

OBS. IV. — X..., âgée de 30 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de U ans; elle porte au lobule de l'oreille droite une cicatrice de 1 centimètre de long. A l'âge de 16 ans, cette cicatrice allant toujours en s'étendant et la boucle d'oreille n'étant plus soutenue que par un bord mince qui pouvait se rompre d'un instant à l'autre, elle a fait repercer le lobule à côté et dans un point plus élevé.

Celte malade a été atteinte de coryzas fréquents dans l'enfance; elle est atteinte d'une angine glanduleuse occupant depuis six mois la partie supérieure du pharynx.

. OBS. V. — X..., âgée de 22 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 8 ans. EHe perte & l'oreille droite une cicatrice du lobule qui va jusqu'au bord libre et qui était complète dès l'âge de 12 ans. La malade est scrofuleuse; elle est atteinte de blépharite ciliaire chronique et porte aux yeux du leucoma de la cornée.

OBS. VI. — X..., âgée de 27 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 12 ans. Elle présente à l'oreille droite une cicatrice complète du lobule qui va jusqu'au bord libre, et n'a pas été réunie au moment de la rupture de ce bord libre.

Elle ne présente pas d'accidents strumeux, mais a eu de fréquentes angines.

OBS. VIL — X..., âgée de 32 ans, a eu les oreilles percées avant l'âge de k ans. Elle présente au lobule de l'oreille droite une cicatrice de 1 centimètre de long. Elle a eu, à l'âge de 10 ans, des gourmes dans les régions parolidiennes (28 février 1878).

OBS. VIII. — Anna Barut, âgée de 28 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 8 ans ; elle porte au lobule de l'oreille droite une cicatrice de 8 millimètres de long qui est complète, c'est-à-dire qu'elle va jusqu'au bord du lobule. Le travail d'ulcération a commencéde débuter


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aussitôt après l'opération, et a mis onze mois pour atteindre le bord libre du lobule. L'oreille a été repercée quelque temps après, mais le travail d'ulcération ne s'est pas reproduit.

La malade a été atteinte d'ophthalmie scrofuleuse à l'âge de 9 ans. Elle a conservé depuis une blépharite chronique. En outre, elle présente sur la partie latérale gauche du cou trois cicatrices blanches irrégulières provenant d'adénites cervicales multiples qui se sont produites de l'âge de 12 à 14 ans. La malade a été réglée à 13 ans 1/2 (28 juin 1879).

OBS. IX. — M"' Raimonon, âgée de 39 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 15 ans. Le travail d'ulcération a commencé aussitôt, et a mis près de deux ans à arriver au bord du lobule. Elle porte une cicalrice au lobule droit. Cette cicatrice, longue de 7 millimètres, atteint presque le bord libre. On a repercé ce même lobule à l'âge de 17 ans, et le travail d'ulcération ne s'est pas reproduit.

Pas de traces de scrofule (7 mai 1880).

OBS. X. — Victorine Bouchy, âgée de 18 ans, a eu les oreilles percées dans sa plus tendre enfance, vers 1 ou 2 ans. Elle porte au lobule de l'oreille droite une cicatrice longue de 1 centimètre qui atteint le bord libre. Elle est sujette à des coryzas fréquents et à des angines.

OBS. XI. — Léontine X..., âgée de 19 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance, mais ne se rappelle pas l'époque. Elle porte au lobule de l'oreille gauche une cicatrice longue de 1 centimètre qui va jusqu'au bord libre. C'est vers l'âge de 15 ans que la section a été complète et que l'on a repercé ce même lobule. La seconde opération n'a pas été suivie d'un travail d'ulcération. La malade est scrofuleuse et porle une cicatrice de scrofulide avec chéloïde au niveau de l'angle droit de la mâchoire inférieure. Elle porte, en oulre, des écrouelles sterno-masioïdiennes et parotidiennes. Réglée à 14 ans (1" novembre 1879).

OBS. XII. — Alice Brault, âgée de 43 ans, ne se rappelle pas à quel âge elle a eu les oreilles percées. Elle porte au lobule de l'oreille gauche une cicatrice longue de 1 centimètre qui va jusqu'au bord libre. Elle se souvient d'avoir eu des gourmes dans l'enfance. Elle est atteinte aujourd'hui d'une phthisie pulmonaire très-avancée, avec caverne au sommet du poumon droit (14 janvier 1880).

OBS. XIII. — X..., âgée de 16 ans, ne peut dire à quel âge elle a eu les oreilles percées. On constate au lobule gauche une section complète dont les deux bords ne sont pas réunis dans leur moitié inférieure. La malade présente un faciès scrofuleux caractérisé; elle est atteinte de blépharite chronique et d'eczéma des mains.

OBS. XIV. — X..., âgée de 22 ans, était si jeune quand on lui a percé les oreilles qu'elle n'en saurait dire la date. Elle porle au lobule de l'oreille gauche une cicatrice complète, c'est-à-dire comprenant le bord libre du lobule. Elle se rappelle que cette cicatrice était complète à l'âge de 5 ans, et qu'à cette époque, on lui a repercé l'oreille de nouveau. Cette femme, qui a un faciès scrofuleux très-accusé, présente du leucoma aux deux cornées. Elle a une fille de 18 mois, à laquelle on a percé les oreilles il y a huit mois.

OBS. XV. — Maria Darrast, âgée de 19 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 15 ou 16 ans. Elle porte au lobule de l'oreille gauche une cicatrice de 6 millimètres de longueur qui va jusqu'au bord libre du lobule. Elle a un faciès scrofuleux évident ; elle a eu des coryzas fréquents dans l'enfance et est atteinte d'une bronchite à forme scrofuleuse (23 avril 1880).


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OBS. XVL — Alexandrine Etienne, âgée de 29 ans, a eu les oreilles percées en bas âge, sans pouvoir préciser la date. Elle porte au lobule de l'oreille gauche une cicatrice de 8 millimètres de longueur qui va jusqu'au bord libre du lobule. Elle se rappelle avoir eu dans l'enfance des gourmes et des ephthalmies. Elle en a conservé des taches scrofuleuses sur la cornée.

OBS. XVII. — Élise Laville, âgée de 34 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 13 ans. Elle porte au lobule de l'oreille gauche une cicatrice de 11 millimètres de longueur qui va jusqu'au bord libre du lobule, et était complète à l'âge de 17 ans. Elle a fait repercer l'oreille après. Elle a eu des gourmes dans l'enfance, une angine à l'âge de 13 ans, et porte au côté droit du cou des cicatrices d'écrouelles suppurées (mai 1880).

OBS. XVIII. — Marthe Jourdan, âgée de 13 ans, a eu les oreilles percées en bas âge. Elle porte au lobule de l'oreille gauche une cicatrice de 7 millimètres de long qu va jusqu'au bord libre du lobule. La rupture a été complète à l'âge de 12 ans. A cette époque, elle a fait repercer cette même oreille, et une seconde cicatrice est en train de se produire. Elle porte ordinairement des boucles d'oreille légères en argent. Elle a un faciès scrofuleux évident, elle a eu des gourmes fréquentes dans l'enfance et des coryzas répétés, elle est actuellement atteinte d'ophthalmie scrofuleuse (février 1880).

OBS. XIX. — X..., âgée de 29 ans, a eu les oreilles percées en bas âge; elle porte, au lobule de l'oreille gauche, une cicatrice verticale. Le travail d'ulcération a commencé aussitôt après qu'on a percé les oreilles ; elle a eu des ophthalmies scrofuleuses à l'âge de 10 ans, et elle porte au cou du côté droit, sous la mâchoire, des cicatrices d'écrouelles survenues il y a quatre mois, après son quatrième enfant (28 février 1878).

OBS. XX. — Élise Leblond, âgée de 24 ans, a eu les oreilles percées en bas âge ; elle porte au lobule de l'oreille gauche une cicatrice de 8 millimètres qui va jusqu'au bord du lobule. Elle a un faciès scrofuleux très-accusé; elle a eu des gourmes dans l'enfance, une ophthalmie scrofuleuse à l'âge de 9 ans, et porte des cicatrices de scrofulides au niveau de la clavicule droite (2 mai 1880).

Exemples de lésions de la première série.

Fig. 1.

Fig. 2.


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Fig. 3.

Fig. 4.

Fig. 5.

Deuxième série Une seule oreille est atteinte et porte plusieurs cicatrices.

OBS. XXL — Marie Marchant, âgée de 28 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 2 ou 3 ans; l'ulcération a commencé bientôt après au lobule gauche, formant une cicatrice à mesure que la boucle d'oreille descendait. Une première section était complète à l'âge de 10 ans. On a repercé cette oreille et une nouvelle cicatrice a commencé à se former ; à 25 ans, la seconde cicatrice était complète et avait envahi le bord libre du lobule. Ces deux cicatrices ont 6 et 7 millimètres de longueur.

OBS. XXII. — X..., âgée de 36 ans, est atteinte au lobule de l'oreille droite; on y constate deux cicatrices complètes. La malade est tuberculeuse depuis trois ans.

OBS. XXIII. — Joséphine X..., âgée de 17 ans, a eu les oreilles percées, pour la première fois, à l'âge de 6 ans. Elle porte aujourd'hui au lobule de l'oreille gauche deux cicatrices de 6 millimètres et de 10 millimètres. Elle a un faciès scrofulcux très-prononcé.

OBS. XXIV. — Marie Leroux, âgée de 17 ans, a eu les oreilles percées à 15 ans, pour la première fois. L'oreille gauche s'est ulcérée rapidement, et, au bout d'un mois environ, la section était complète. On constate, en effet, une cicatrice de plus d'un centimètre de long allant jusqu'au bord libre du lobule. Depuis, l'oreille gauche a été percée de nouveau et une nouvelle cicatrice suit la marche descendante de la boucle d'oreille. La malade est scrofuleuse, elle a eu des coryzas fréquents, et, à l'âge de 9 ans, une ophthalmie qui a duré plus de six mois (15 mars 1879).

OBS. XXV. — Louise Minassi, âgée de 18 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 9 ans. Elle porte au lobule de l'oreille droite deux cicatrices : l'une, de 1 centimètre de long, est complète et va jusqu'au bord libre du lobule; l'autre, incomplète, n'a encore que 4 millimètres. La malade a un faciès scrofuleux très-marqué. Elle a eu des coryzas fréquents et des


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gourmes dans l'enfance. A 11 ans, elle a été atteinte d'ophthalmies qui ont laissé des taches blanches sur les deux cornées.

Exemples de lésions de la deuxième série.

Fig. 6.

Fig. 7.

Troisième série

Une seule oreille est atteinte, mais la cicatrice ne s'est pas réunie et il reste une ou plusieurs ruptures

du lobule.

OBS. XXVI. — Sophie Riegel, âgée de 21 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Vers l'âge de 12 ans, son oreille gauche a été divisée par la boucle d'oreille et la cicatrice ne s'est pas réunie ; il en résulte une section de 8 millimètres de longueur qui va jusqu'au bord libre du lobule. L'oreille a été percée de nouveau depuis sans accidents. Elle ne présente pas de traces de scrofule (12 août 1879).

OBS. XXVII. — Céline Leplat, âgée de 29 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance; elle ne peut dire à quelle époque sont survenus les accidents; elle porte aujourd'hui une section du lobule de 8 millimètres de longueur ; elle a le faciès scrofuleux, a eu des gourmes dans l'enfance et est aujourd'hui atteinte d'une phthisie tuberculeuse avancée (avril 1880).

OBS. XXVIII. — Marie Porte, âgée de 53 ans, a eu les oreilles percées pour la première fois à l'âge de 15 ans. Peu de temps après, son oreille gauche s'est ulcérée et il en est résulté une section complète du lobule, dont la partie supérieure seulement s'est réunie. Vers l'âge de 40 ans, elle a repris l'usage des boucles d'oreille. Son lobule gauche ayant été percé trop bas, elle l'a fait repercer une troisième fois un peu plus haut.

OBS. XXIX. — Marie Leroux, âgée de 23 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Vers l'âge de 16 ou 17 ans, elle a eu une ulcération qui a fait une rupture complète du lobule gauche jusqu'au bord libre. Elle a fait de nouveau percer son oreille, et une seconde section s'est produite, si bien que le lobule est trilobé.


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OB>. XXX, — Désirée Poirier, âgée de 25 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 3 ans ; il s'est produit immédiatement après une suppuration au contact des boucles d'oreille, et, à l'âge de 23 ans, l'oreille droite a été complètement rompue. Il existe aujourd'hui, au lobule droit, une coupure longue de 5 millimètres. A cette époque de la rupture, la malade a eu des ophthalmies scrofuleuses qui ont duré deux mois (2 juillet 1880).

OBS. XXXI. — Françoise Lagnion, âgée de kl ans, a eu les oreilles percées il y a onze ans, a l'âge de 36 ans. Deux ans après, l'oreille gauche était rompue; elle présente maintenant, au milieu du lobule de l'oreille gauche, une coupure de h millimètres de longueur (21 juin 1880).

OBS. XXXII. — Joséphine Legris, âgée de kl ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 25 à 30 ans; elle n'a pas eu d'accidents immédiats. Vers l'âge de 37 ans, le lobule de l'oreille droite a cédé; on y voit une rupture complète de 10 millimètres, à gauche il n'y a qu'une petite cicatrice. Elle avait eu, à l'âge de 7 à 10 ans, des écrouelles ganglionnaires, et, à 15 ans, de écrouelles suppurées (12 juillet 1880).

OBS. XXXIII. — Michel Journé, âgée de 26 ans, a eu les oreilles percées vers l'âge d'un an. Elle a eu le lobule de l'oreille droite fendu vers l'âge de 20 ans; on y constate une rupture complète, longue de 6 millimètres. Pas d'autres accidents. A gauche, il y a une petite cicatrice (10 juillet 1880).

Exemples de lésions do In troisième série.

Fig. 8.

Fig. 9.


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Fig. 10.

Fig. 11.

Fig. 12.

Quatrième série Une seule oreille est atteinte et porte à la fois des cicatrices et des sections.

OBS. XXXIV. — Marie Touiltet, âgée de 25 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Son lobule gauche présente une cicatrice avec réunion ayant 8 millimètres de long, plus une rupture complète du lobule, ayant 5 millimètres et allant jusqu'au bord libre.

Elle a le faciès scrofuleux; pendant l'enfance elle a eu fréquemment des gourmes, des coryzas et des angines. Elle a été atteinte d'ophthalmie scrofuleuse et présente une tache blanche cicatricielle sur la cornée de l'oeil gauche. Elle porte des deux côtés du cou des cicatrices d'écrouelles ganglionnaires. Il y a encore en ce moment un ganglion enflammé du côté droit du cou (30 janvier 1880).

OBS. XXXV. — X..., âgée de 37 ans, a eu les oreilles percées une première fois dans l'enfance, puis elle a cessé de porter des boucles d'oreille. A 19 ans, elle a fait percer de nouveau ses oreilles et dans la même année son oreille s'est coupée, mais il y a eu réunion par une cicatrice. Elle a fait aussitôt percer l'oreille de nouveau, mais cette fois il s'est fait une rupture sans réunion. Depuis dix ans la malade est atteinte d'une sorte de lupus acnéique du côté droit du nez.

OBS. XXXVI. — Sophie Tutipier, âgée de 36 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Une seule oreille est atteinte, la gauche, présentant une rupture et une cicatrice. Cette section qui a une longueur de 12 millimètres et est complète, a eu lieu à l'âge de 15 ans. On a percé les oreilles de nouveau et une nouvelle ulcération s'est faite, elle forme aujourd'hui une ligne cicatricielle de 5 millimèlres de longueur. La malade a eu des gourmes dans l'enfance, elle a été atteinte à l'âge de S ans d'une ophlhalmie qui a laissé sur la cornée de l'oeil droit une tache blanchâtre. Elle est atteinte en outre d'une lésion chronique du sommet du poumon gauche (28 novembre 1879).

OBS. XXXVII. — X,.., âgée de 32 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Elle porte


ilt

au lobule de l'oreille droite une section complète et une ligne cicatricielle de près de 1 centimètre. Elle est atteinte de phtbisie avec râles caverneux au sommet.

OBS. XXXVIII. — Marie Boulet, âgée de 20 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 15 ans. Elle présente au lobule de l'oreille droite une cicatrice longue de 8 millimètres, dont la partie inférieure ne s'est pas réunie et forme une section du bord libre du lobule longue de 3 millimètres. La malade a eu des gourmes dans l'enfance, de fréquents coryzas et des ophthalmies scrofuleuses (26 avril 1879).

OBS. XXXIX. — X... a eu les oreilles percées à l'âge de 10 ans. Elle porte au lobule de l'oreille droite deux cicatrices convergentes qui aboutissent à une section du lobule de l'oreille. La malade a été tourmentée pendant toute son enfance par des gourmes intenses.

Exemples de lésions décrites dans la quatrième série»

Fig. 13.

Fig. 14.

Fig. 15.

Cinquième série Les deux oreilles sont atteintes et présentent chacune une cicatrice du lobule.

OBS. XL. — Parent, garçon, âgé de 22 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 10 ans pour guérir des affections des yeux ; au bout de 15 jours les deux oreilles étaient en suppuration. Il en est résulté qu'il porte aujourd'hui à chaque lobule une cicatrice dont la droite est complète et va jusqu'au bord libre du lobule et la gauche est un peu moins longue. Il se plaint d'avoir eu dans l'enfance des gourmes et de fréquentes angines, sans compter les ophthalmies qui ont déterminé le percement des oreilles. Il est atteint en outre de broncbite chronique.

OBS. XLL — M" Edouard X..., âgée de 27 ans, a eu les oreilles percées d'abord à 17, puis à 22 ans. Elle porte de chaque côté une cicatrice qui ne va pas jusqu'au bord du lobule. Elle a eu des gourmes dans l'enfance.

OBS. XLII. — MM Veuillaux, âgée de 37 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 22 ans.


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L'opération a été suivie de suppurations et au bout d'un an, le lobule gauche était divisé dans sa totalité. Le lobule droit est également le siège d'une cicatrice, mais elle ne va pas jusqu'au bord libre. La malade a eu des ophthalmies fréquentes dans l'enfance et a conservé une vue faible.

OBS. XLIIL — Kieffer, âgée de 18 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 10 ans. Elle porte aux deux lobules des cicatrices longues de U millimètres et ne s'éloignant du bord libre que de 1 demi-millimètre ; c'est-à-dire qu'elle a retiré ses boucles d'oreille au moment où elles allaient tomber faute de soutien. La malade a eu des gourmes dans l'enfance, des coryzas fréquents, des affections des yeux et des oreilles (2 mal 1878).

OBS. XLIV. — Bietiger, âgée de 20 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 2 ans. Elle porte aux deux lobules des cicatrices ; celle de droite a 7 millimètres de longueur et celle de gauche 3 millimètres seulement. Elle a été atteinte dans l'enfance de gourmes et d'aDgines fréquentes. Elle a eu des ophthalmies graves qui ont failli lui faire perdre la vue. Elle est atteinte de bronchite chronique avec tuberculisation du sommet droit (9 mai 1878).

OBS. XLV, — Filleux, âgée de 22 ans. Elle a eu les oreilles percées une première fois à l'âge de 3 mois et une seconde fois à l'âge de 9 ans. Elle porte au lobule gauche une cicatrice de 7 millimètres et au lobule droit une rupture de 5 millimètres qui n'atteint pas le bord libre. Elle a été atteinte dans l'enfance de coryzas fréquents (9 mai 1878).

OBS. XLVI. — X..., âgée de 21 ans, porte aux deux lobules des cicatrices très-nettes. Elle ne peut donner aucun renseignement, si ce n'est qu'à l'âge de 12 ans elle a eu des ophthalmies chroniques, et qu'elle a été atteinte de gourmes jusqu'à l'âge de 17 ans. Elle est atteinte aujourd'hui de psoriasis arthritique.

OBS. XLVII. — X..., âgée de 16 ans, porte au lobule droit une cicatrice allant jusqu'au bord libre et du côté gauche une cicatrice de 1 centimètre de long. Elle est atteinte de gastralgie et de lientérie depuis l'âge de 1 an 1/2; elle a de l'oedème des membres inférieurs, pas de ganglions.

OBS. XLVIII. — Justine Mathieu, âgée de 18 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 16 ans et a porté depuis ce temps des boucles d'oreille en cuivre. Elle porte aux deux oreilles des cicatrices de 7 millimètres de long (18 avril 1878).

OBS. XLIX. — M"' Marécaille a eu, à l'âge de 14 ans, des abcès ganglionnaires au côté droit du cou ; en outre, elle a eu des gourmes jusqu'à l'âge de 12 ans. Bien qu'on n'ait percé ses oreilles qu'à l'âge de 18 ans, il s'est fait une ulcération à chaque lobule, qui a fait descendre, le point d'attache des boucles d'oreille de 5 millimètres de chaque côté.

OBS. L. — Louise Piaut, âgée de 17 ans, a eu les oreilles percées entre 6 et 7 ans. L'opération a été suivie d'un eczéma qui a guéri assez rapidement. Elle porte aux deux lobules une cicatrice de 10 millimètres de long, et, particulièrement du côté gauche, la boucle d'oreille ne lient plus qu'à un fil. Elle a eu de fréquentes bronchites, et est actuellement atteinte d'une tuberculose avancée (4 octobre 1879).

OBS. LI. — Victorine Picard, femme Gautier, âgée de 23 ans, porte aux deux oreilles des


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boucles d'oreille depuis l'âge de 18 ans. A cette époque, la présence des boucles d'oreille a provoqué une suppuration telle qu'au bout de trois mois elle y a renoncé et a cessé d'en porter.

Deux ans plus tard, elle s'est fait de nouveau percer les oreilles, et, cette fois, il ne s'est pas produit d'ulcérations.

La plaie formée par la première opération s'est cicatrisée peu à peu, et a laissé une ligne cicatricielle de 5 millimètres à droite et de 6 à gauche.

Je l'ai soignée à l'âge de 20 ans, atteinte d'abcès péri-ganglionnaires scrofuleux du cou.

Dans son enfance, elle a été atteinte d'eczéma impétigo du cou vers l'âge de 13 ans, deux mois avant l'apparition des premières règles.

OBS. LU. — Aline Gochol, âgée de 23 ans, a eu les oreilles percées il y a six mois (août 1878). Depuis ce temps, l'orifice des lobules s'est ulcéré, et elle porte aux deux oreilles des cicatrices de 6 millimètres de longueur. Elle entre à l'hôpital pour une fièvre d'apparence typhoïde provoquée par une ostéo-myélite du maxillaire inférieur, dont elle a parfaitement guéri. Elle a le faciès scrofuleux (février 1879).

OBS. LUI. — Henriette Nicolas, âgée de 21 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 12 ans. Le travail d'ulcération s'est fait lentement et, à l'âge de 17 ans, le lobule de l'oreille droite était entièrement coupé; a gauche, il n'y a qu'une cicatrice de 2 millimètres. Elle a été atteinte d'écrouelles cervicales suppurées (11 février 1879).

OBS. LIV. — Célestine Violand, âgée de 29 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 18 ans. Dix ans plus tard, le lobule de l'oreille droite élait complètement coupé. Aujourd'hui, il y a de chaque côté une cicatrice d'environ 10 millimètres. Pendant l'enfance, elle a eu des gourmes dans la tête, puis des abcès ganglionnaires qui ont suppuré vers l'âge de 9 ans, et dont elle porte encore les cicatrices (15 février 1879).

OBS. LV. — Augustine Janvier, âgée de 22 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Elle a aux deux lobules des cicatrices qui ont de 7 à 10 millimètres. Elle porte au cou, du côté droit, des cicatrices d'écrouelles suppurées. Elle enlre à l'hôpital pour une éruption impétigineuse.

OBS. LVI. — Adèle Deioin, Agée de 22 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 12 ans. La suppuration commença immédiatement, et au bout de deux mois, le lobule était coupé en entier. Du côté gauche il y avait une cicatrice de 5 millimètres. Pas de trace de scrofule (1" mars 1879).

OBS. LVII. — Jeanne Soy, âgée de 31 ans, a eu les oreilles percées vers l'âge de 13 ans. La suppuration s'y est mise, et dans la même année les deux lobules ont été coupés. Vers l'âge de 16 à 17 ans, on a percé de nouveau les oreilles et le même travail ne s'est pas produit. Elle a eu des gourmes dans l'enfance, et se rappelle aussi qu'à l'âge de 18 ans elle a eu des ophlhalmies scrofuleuses (juin 1879).

OBS. LVIII. — Augustine Piégé, âgée de 11 ans 1/2, a eu les oreilles percées à l'âge de 6 mois à peine. La suppuration a eu lieu aussitôt après, et de telle façon qu'on a dû retirer


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les boucles d'oreille. Un au après, vers l'âge de 18 mois, on les a percées de nouveau ; aujourd'hui, il y a une cicatrice sur chaque lobule, de 3 millimèlres à droite et de 5 à gauche. L'enfant a le faciès scrofuleux ; elle a été atteinte de coryza chronique et d'eczéma sous l'aile du nez. Elle a eu des ophtlialmies jusqu'à l'âge de 11 ans, puis des écoulements d'oreille qui durent encore. Elle porte en outre, au côté gauche du cou, une cicatrice d'écrouelles superposées (3 octobre 1879).

OBS. LIX. — Lydia, âgée de 27 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance, elle porle au lobule droit une cicatrice complète et au côté gauche une cicatrice incomplète. Elle a le faciès scrofuleux et porle à droite du cou, derrière le sterno-mastoïdien, une cicatrice d'écrouelle ganglionnaire (décembre 1879).

OBS. LX. — Baptisliue Fouques, âgée de 28 ans, s'est percé elle-même les oreilles à l'âge de 18 ans, pour combattre une oplithalmie qui durait depuis dix ans. La suppuration a commencé immédiatement et, au bout de 15 jours, le lobule gauche était coupé. L'ophthalmie a bientôt guéri. Elle porte aux lobules cinq cicatrices : trois au lobule droit et deux au lobule gauche. Elle a été atteinte eu outre de pityriasis de la face (mai 1880).

OBS. LXI. — Catherine Dutartre, âgée de 18 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 3 mois 1/2; elle porle aux deux lobules une cicatrice de 1 centimètre de longueur. Elle a le faciès scrofuleux, a eu des coryzas fréquents. La malade raconte que ses boucles d'oreille étaient en or et très-légères, et qu'elle ne les a portées que pendant deux mois. Elle les a retirées au moment où le bord du lobule allait être coupé (avril 1880).

OBS, LXII. — Jailioux, âgée de 35 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 14 ans. Elle porte au lobule droit une cicatrice de 12 millimètres de long qui va jusqu'au bord du lobule, et à gauche une cicatrice longue seulement de 4 millimètres. Elle a cessé de porter des boucles d'oreille depuis que le lobule droit est complètement coupé (23 avril 1880).

OBS. LXIII. — Elise Galol, âgée de 17 ans, a eu les oreilles percées une première fois dans l'enfance. Elle portait des boucles d'argent. On constate au lobule droit une cicatrice de 10 millimètres complète, et au côté gauche une cicatrice de 5 millimètres. A l'âge de 13 ans, on a percé de nouveau les oreilles, et cette fois il n'y a pas eu de suppuration. Pas de trace de scrofule (5 mai 1880).

OBS. LXIV. — Weiss, âgée de 43 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Elle porle au lobule droit une cicatrice de 10 millimètres complète et au côté gauche une semblable saillante. Elle a eu des gourmes dans l'enfance, des coryzas fréquents, des ophtlialmies à l'âge de h et de 11 ans, et enfin des cicatrices ganglionnaires de chaque côté du cou (7 mai 1880).

OBS. LXV. — Victorine Laisut, âgée de 28 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 14 ans. Elle porte au lobule gauche une cicatrice complète de 7 millimètres et une de 4 millimètres au lobule droit. Elle a le faciès scrofuleux, a eu des gourmes dans l'enfance et porte un goitre volumineux contracté dans la Haute-Sayoïe (7 mai 1880). .

OBS. LXVI. — Damour, âgée de 47 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 29 ans, et a porté des boucles en or. Elle porte au lobule gauche une cicatrice blanche saillante, longue MÉM. 2


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de 10 millimètres, et au côté droit une cicatrice de 7 millimètres incomplète. Elle a eu des gourmes dans l'enfance et des ophthalmies à l'âge de 9 ans. Elle est atteinte actuellement d'un eczéma sécrétant généralisé (7 mai 1880).

OBS. LXVU. — Héloïse Coutelle, âgée de 23 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 14 ans. Il y a eu suppuration immédiate et, au bout de cinq mois et demi, le lobule droit était entièrement fendu. La jeune fille cessa de porter des boucles d'oreille pendant deux ans. A16 ans, elle fit percer de nouveau le lobule droit et, cette fois, l'ulcération ne s'est pas reproduite. Elle porte au lobule droit une cicatrice complète et, au lobule gauche, une cicatrice incomplète. Elle a eu des ophthalmies scrofuleuses (31 mai 1880).

OBS. LXVIII. — Marie Charaud, âgée de 35 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 8 ans. C'est à 25 ans que les oreilles ont été complètement coupées. On constate à droite une cicatrice de 2 millimètres de longueur; à gauche, il y en a deux qui se suivent de chacune 2 millimètres de longueur. Elle a eu dans l'enfance une ophthalmie chronique qui a duré deux ans (21 juin 1880).

OBS. LX1X. — Maria Claire, âgée de 36 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 6 ou 7 ans. Elle a éprouvé, immédiatement après, des gourmes et, vers l'âge de 15 ans, les lobules ont été complètement coupés. Elle porte sur les deux lobules des cicatrices complètes de 8 millimètres de long. Elle a eu fréquemment au cou des abcès froids (18 juin 1880).

OBS. LXX. — Élise Hubler, âgée de 18 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 8 ans; les lobules ont suppuré immédiatement après et, vers l'âge de 12 ans, les lobules se sont trouvés complètement coupés. On constate au lobule droit deux cicatrices de chacune 0m,008 et, au lobule gauche, deux cicatrices de même longueur. Elle est, en outre, atteinte d'une arthrite fongueuse du genou droit.

Sixième série Les deux oreilles sont atteintes et présentent des ruptures.

OBS. LXXI. — X..., âgée de 23 ans, a eu les oreilles percées une première fois à l'âge de 10 ans. Vers l'âge de 15 ans, les deux lobules se sont trouvés entièrement coupés. On constate, en effet, sur chaque lobule une section complète de 10 millimètres de longueur. Trois ans plus lard, à 18 ans, la malade a fait percer de nouveau ses oreilles et la même lésion ne s'est plus reproduite (10 octobre 1878).

OBS. LXXIL — Maria Lenoir, âgée de 18 ans 1/2, a eu les oreilles percées pour la première fois dans l'enfance. Elle porte aux deux lobules une section complète de 10 millimètres de longueur. A 17 ans, on perce les oreilles de nouveau et la boucle du côté gauche descend peu à peu de 3 millimètres, laissant derrière elle une cicatrice. La malade a un faciès scrofuleux évident ; elle a eu des gourmes dans l'enfance, porte des deux côtés du cou des cicatrices d'écrouelles. Vers l'âge de 12 ans, elle a été atteinte de coxalgie et il lui reste aujourd'hui un raccourcissement du membre inférieur avec adduction du pied (avril 1880).

OBS. LXXIH. — Marie Besson, âgée de 32 ans, a eu les oreilles percées pour la première fois dans l'enfance. Elle porte à chaque lobule une rupture longue de 1 centimètre. Depuis,


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elle a fait percer de nouveau ses oreilles, et une cicatrice de 7 millimètres s'est produite au lobule droit (5 mai 1880).

OBS. LXXIV. — Marie Lucas, âgée de 30 ans, a eu les oreilles percées,dans l'enfance. Il est résulté de cette opération une suppuration qui a amené la rupture des deux lobules dans une étendue de 10 millimètres, de chaque côté, vers l'âge de 7 ans (lu mai 1880).

OBS. LXXV. — Hortense Depreux, âgée de 25 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 10 ans. Trois semaines après, les deux oreilles étaient rompues. On constate à chaque lobule deux sections complètes. Elle a eu des ophthalmies chroniques à l'âge de 12 ans et des écrouelles cellulaires à l'âge de 22 ans (11 juin 1880).

OBS. LXXVI. — Julienne Buvry, âgée de 51 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 3 ou h ans. L'opération a été immédiatement suivie de suppuration. Plus tard, vers l'âge de 20 à 25 ans, les deux lobules ont été rompus. On constate aujourd'hui deux sections complètes de 8 millimètres de longueur (2 juillet 1880).

Septième série

Les malades ont les deux oreilles atteintes : d'un côté se trouve une cicatrice et de l'autre côté une

section.

OBS. LXXVII. — Marie Rollin, âgée de 25 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 12 ans. Un an après, le lobule de l'oreille droite était coupé. Elle porte en effet, au lobule de l'oreille droite, une section d'un centimètre de longueur. Au lobule gauche, on ne constate qu'une cicatrice longue de trois millimètres. La malade est scrofuleuse, elle porte des cicatrices d'écroueljes ganglionnaires au cou et au niveau de la glande sous-maxillaire, Elle est, en outre, atteinte de bronchite depuis trois mois (11 mars 1879).

OBS. LXXVIII. — Justine Fournier, âgée de 20 ans, a eu les oreilles percées pour la pre* mière fois vers l'âge de 7 ou 8 ans. Le travail d'ulcération a été lent, et c'est à 17 ans que le lobule de l'oreille droite a été rompu. Elle porte en effet, au lobule de l'oreille droite, une section de 7 millimètres de longueur, et au lobule gauche une cicatrice de 10 millimètres allant jusqu'au bord libre, A 17 ans, les oreilles ont été percées de nouveau, et, depuis ce temps, c'esH-dire depuis trois ans, il ne s'est produit qu'une cicatrice de 2 à 3 millimètres de chaque côté, La malade a eu des coryzas fréquents, des maux d'yeux dans l'enfance, et porte des cicatrices d'écrouelles au côté droit du cou (18 avril 1879).

OBS. LXXIX. — Alice Camiltot, âgée de 22 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Elle porte au lobule droit une section de 10 millimètres de longueur, puis une cicatrice de k millimètres. Du côté gauche, elle porte deux cicatrices de 3 millimètres, Les oreilles ont donc été percées deux fois, et cela avant l'âge de 12 ans, ear, depuis celte époque, elle a cessé de porter des boucles d'oreille (17 mai 1879).

OBS. LXXX. — Blanche Durand, âgée de 15 ans 1/2, a eu les oreilles percées à l'âge de 12 ans. Au bout de deux ans, le lobule de l'oreille droite était coupé. On constate, au lobule droit, une section de 8 millimètres de longueur à bords rouges et saillants, et, du côté gauche, une cicatrice incomplète de 6 millimètres de longueur, A l'âge de 15 ans, les oreilles


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ont été percées de nouveau il y a cinq mois, et, depuis ce temps, l'oreille droile parait devoir subir la même lésion. La malade a le faciès scrofuleux ; elle a eu des gourmes dans l'enfance et des ophthalmies vers l'âge de 9 ans. Elle est atteinte actuellement d'impétigo du cuir chevelu, et porte au côté droit du cou un ganglion volumineux situé derrière le muscle slernomastoïdien (23 mai 1879).

OBS. LXXXI. — Euphrasie Denef, âgée de 23 ans, ne se souvient pas d'avoir porté des boucles d'oreille, et pourtant on trouve du côté droit une seclion complète longue d'un centimètre, et, du côté gauche, une cicatrice longue de 13 millimètres atteignant le bord libre du lobule. Elle a le faciès scrofuleux et a été atteinte d'ophthalmie à l'âge de 7 ans. Elle est atteinte actuellement de blépharite chronique (31 mai 1879).

OBS. LXXXII. — Marie Toussaint, âgée de 17 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Elle se rappelle que les oreilles ont suppuré immédiatement après, mais ne se souvient pas de l'époque à laquelle le lobule droit a été rompu. Elle porte au lobule droit une seclion complète de 8 millimètres de longueur, plus une cicatiice provenant d'une nouvelle percée. Du côté gauche, il y a deux cicatrices, l'une complète et l'autre incomplète. La malade a eu une hémoptysie il y a un an et est atteinte actuellement d'une phlhisie tuberculeuse (8 août 1879).

OBS. LXXXIII. — Alphonsine Larvet, âgée de 11 ans, a eu les oreilles percées pour la première fois à l'âge de 2 ans; à l'âge de 7 ans 1/2, l'oreille droite s'est rompue. Elle porte au lobule de l'oreille droite une section de 3 millimètres de longueur. A 8 ans, après cette rupture, elle a fait de nouveau percer ses oreilles, et il s'est produit, à la suite de cette seconde opération, une cicatrice de h millimètres. Au lobule gauche, elle porle une cicatrice Complète de 6 millimètres. L'enfant a le faciès scrofuleux; elle a eu des gourmes abondantes jusqu'à l'âge de 3 ans, puis de la blépharite chronique; elle porte actuellement des écrouelles ganglionnaires, et, de plus, est rachitique (17 novembre 1879).

OBS. LXXXIV. — Loza, âgée de 27 ans, a eu les oreilles percées pour la première fois à l'âge de 10 ans. Elle porte au lobule de l'oreille droite une section complète longue de 8 millimètres. Puis, les oreilles ont été percées de nouveau à l'âge de 21 ans et, depuis, il s'est fait Une cicatrice nouvelle longue déjà de 6 millimètres. Au lobule gauche, il y a deux cicatrices, une première, complète, longue de 10 millimètres, et une seconde, incomplète, longue déjà de 5 millimètres. La malade a le faciès scrofuleux, a eu, dans l'enfance, des gourmes et des coryzas fréquents. Elle a eu des ophthalmies à l'âge de 9 ans et porle des deux côtés du cou des cicatrices d'écrouelles. Elle est atteinte actuellement d'une phlhisie tuberculeuse trèsavancée (24 mai 1880).

OBS. LXXXV. — Bousset, âgée de 50 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Elle porte au lobule gauche une section complète longue de 10 millimètres et, à droite, une cicatrice complète longue de 7 millimètres. Elle porte, en outre, aux deux yeux des taies sur la cornée (1879).

OBS. LXXXVI. — Antoinette Coltereau, âgée de 11 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 6 ans. Elle porte au lobule gauche une section complète et au lobule droit une cicatrice longue de 6 millimètres. Elle a eu des gourmes dans l'enfance, une ophlhalmie à l'âge de


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8 ans qui a laissé une tache blanche sur la cornée de l'oeil droit. Elle porte, en outre, une cicatrice d'écrouelle au côté droit du cou, derrière le muscle sterno-masloïdien (31 mai 1879).

OBS. LXXXVir. — Justine Mathieu, âgée de 18 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 16 ans, et a porté depuis ce temps des boucles d'oreille de cuivre. Elle porte au lobule gauche une cicatrice complète dont l'extrémité ne s'est pas réunie et forme une petite section, Du côté droit, elle porte une cicatrice complète longue de 7 millimètres. Elle porte le faciès scrofuleux et se rappelle avoir eu des écrouelles.

OBS. LXXXVIIL — Antoinette X..., âgée de 26 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 15 ans. Elle porte au lobule de l'oreille gauche une section complète et, à droite, une cica^ trice incomplète. Elle a été atteinte d'angines fréquentes et de blépharite chronique dans l'enfance (1878).

OBS. LXXXIX. — Marguerite Faure, âgée de 53 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 9 ans. Pendant longtemps, elle n'a pas eu à en souffrir; mais, vers l'âge de 49 ans, le lobule gauche s'est complètement rompu. Elle porte à l'oreille droite une cicatrice complète de 8 millimètres et, à gauche, une section de h millimètres de longueur (11 juin 1880).

OBS. XC. — M™e Remise, âgée de 22 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 6 mois. Il n'y a pas eu d'accidents immédiats. Deux à trois mois après qu'on a fait l'opération, il s'est développé derrière l'oreille gauche une scrofulide qui a entamé le derme et laisse aujourd'hui une cicatrice blanche rayonnée qui occupe toute la face externe de l'apophyse mastoïde et descend le long du cou, jusqu'au bord inférieur de l'angle de la mâchoire. Elle n'a été réglée qu'à 15 ans et a été atteinte d'adénopalhie cervicale chronique jusqu'à l'âge de 19 ans. Elle a été, en outre, atteinte d'anémie pendant tout ce temps. On constate du côté du lobule gauche une section longue de 8 millimètres qui pourrait laisser passer une plume d'oie. Du côté droit, il y a une section semblable, mais n'ayant que 3 millimètres (19 juillet 1880).

Exemples des lésions décrites dans la septième série.

Fig. 16.

Fig. 17.


22

Fig. 18.

Fig. 19.

Huitième série Les deux oreilles portent des cicatrices et des ruptures multiples.

OBS. XCI. — Viollard, âgée de 39 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Elle porte trois cicatrices. Au lobule gauche, il y a une cicatrice incomplète de 7 millimètres, mais au lobule droit on en trouve deux complètes ayant l'une 10 et l'autre 11 millimètres. Pas de trace de scrofule (7 mai 1880).

OBS. XCII. — Louise Sellerie, âgée de 52 ans, a eu les oreilles percées à l'âge d'un an. Elle porte trois cicatrices, une incomplète à gauche et deux cicatrices convergentes à droite complètes. Elle a eu des oplilhalmies et porte encore une tache blanche sur la cornée de l'oeil droit. Le lobule de l'oreille droite a été percé deux fois, et deux fois l'ulcération s'est produite. Les deux cicatrices convergent et se réunissent au milieu de leur parcours. Il en résulte qu'à la partie inférieure il n'y a plus qu'une seule cicatrice. Celte cicatrice est profonde à bords saillants rouges et au fond blanc nacré (26 avril 1880).

OBS. XCIII. — Marie Bleneau, âgée de 27 ans, a eu les oreilles percées une première fois en bas âge, puis le lobule gauche ayant été coupé, elle a fait repercer ses oreilles vers l'âge de 16 ans. Le lobule de l'oreille droite a même été percé une troisième fois. On trouve actuellement à droite deux cicatrices, l'une de 2, l'autre de h millimètres, à gauche une cicatrice complète de 8 millimètres. La malade a le faciès scrofuleux ; elle se souvient d'avoir eu des gourmes intenses dans l'enfance; vers l'âge de 11 ans, elle a eu des ophthalmies, plus des écrouelles ganglionnaires au côté droit du cou. Elle a une ankylose du genou due probablement à une tumeur blanche (7 mai 1880).

OBS. XCIV. — M"' Gallard, âgée de hk ans, a eu les oreilles percées pour la première fois dans l'enfance. Elle porte trois cicatrices, une au lobule gauche longue de 5 millimètres, et, au lobule droit, deux cicatrices réunies à angles obtus formant, à elles deux, une cicatrice complète. Elle a eu des gourmes dans l'enfance. Le lobule droit avait été percé une première


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fois dans l'enfance, il en est résulté une cicatrice oblique de haut en bas et d'avant en arrière, longue de 3 millimètres. La malade a quitté alors une boucle d'oreille. Elle a fai repercer ce lobule à 31 ans au niveau où l'ancienne cicatrice s'était arrêtée, elle s'est mise à porter alors des boucles d'oreille en or un peu lourdes. L'ulcération se faisant de nouveau et ayant atteint le bord du lobule au bout de trois ans, la malade a retiré ses boucles d'oreille et n'en a plus porté.

OBS. XCV. — M"" Villain, âgée de 33 ans, a eu les oreilles percées pour la première fois à l'âge de 8 ans, puis une seconde fois quelques années après. Elle porte au lobule gauche une cicatrice longue de. 5 millimètres incomplète, plus une nouvelle ouverture. A droite, il y a une cicatrice complète, longue de 10 millimètres, mal réunie au niveau du bord libre, plus une seconde cicatrice incomplète, longue de 5 millimètres. En somme, trois cicatrices. Elle a eu des ophthalmies fréquentes vers l'âge de 3 ans, et en a conservé une faible vue. Elle porte des traces de syphilis récentes.

OBS. XCVI. — Marguerite Théisse, âgée de 19 ans 1/2, a eu les oreilles percées pour la première fois à l'âge de 13 ans, puis une seconde fois vers l'âge de 17 ans (du moins pour l'oreille droite). Elle porte trois cicatrices, une à gauche, longue de 6 millimètres, deux à droite, dont l'une complète, longue de 5 millimètres, et l'autre incomplète de même longueur. Elle a le faciès scrofuleux ; elle se plaint d'avoir eu autrefois des gourmes, des coryzas et des angines fréquentes. Elle a été prise d'ophthalmies scrofuleuses à l'âge de 8 ans et de 11 ans. Elle porte aux deux côtés du cou des cicatrices d'écrouelles ganglionnaires. Depuis le mois de décembre 1879,- c'est-à-dire depuis six mois, la malade a cessé de porter des boucles. Elle déclare que ses boucles étaient en or et très-légères, et pourtant le lobule droit s'est ulcéré rapidement (21 mai 1880).

OBS. XGVII. — M"" Schock, âgée de 30 ans, a eu les oreilles percées deux fois dans l'enfance. Elle porte quatre cicatrices, deux à chaque lobule. Elle a eu des ophthalmies pendant l'enfance, et, à 22 ans, un engorgement ganglionnaire dans la région sous-maxillaire droite.

OBS. XCVIII. — Élisa Marchai, âgée de 18 ans, a eu les oreilles percées trois fois (du moins le lobule droit), une première fois à 8 ans, une seconde lois à 12 ans, une troisième fois à 16 ans. Elle porte au lobule gauche une cicatrice complète. A droite, on trouve trois cicatrices parallèles et complètes, c'est-à-dire atteignant le bord libre du lobule. Deux de ces cicatrices ont 10 millimètres de long, l'autre n'a que U millimètres, mais elle est également complète. Elle porte des cicatrices anciennes des deux côtés du cou. Actuellement, elle présente une adénite volumineuse en arrière de la branche montante du maxillaire inférieur du côté gauche (9 février 1879).

OBS. XGIX. — Julie Lundy, âgée de 33 ans, a eu les oreilles percées une première fois à 23 ans, puis une seconde fois à 31 ans. Aussitôt après la première opération, elle a été prise d'ulcérations et de douleurs. On trouve aujourd'hui deux cicatrices de chaque côté. De ces quatre cicatrices, deux sont sur le point d'atteindre le bord libre du lobule. La malade a eu des gourmes dans l'enfance, des maux d'yeux, et en a conservé une tache sur la cornée droite. A la suite de la première opération, l'ulcération et les douleurs ont été telles que la


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malade s'est décidé à retirer ses boucles au bout de trois semaines. A la suite de la seconde opération, à 31 ans, l'ulcération a commencé de nouveau aussitôt après, atteignant presque le bord libre du lobule droit ; la malade a retiré ses boucles d'oreille définitivement 3 mai 1879).

OBS. C. — Mae Charles d'Arter, âgée de 18 ans, a eu les oreilles percées pour la première fois à 7 ans, puis une seconde fois à 7 ans 1/2, puis une troisième fois il y a un an. Elle porte à chaque lobule deux cicatrices longues de 10 millimètres, plus deux ouvertures récentes tenant à la troisième opération. La malade a eu dans l'enfance des coryzas fréquents et de la blépharite; elle porte des cicatrices d'écrouelles au côté droit du cou (28 mars 1880).

OBS. CI. — Maria Gérard, âgée de 25 ans, a eu les oreilles percées pour la première fois à l'âge de 7 ans. A 17 ans, le lobule de l'oreille droite s'est rompu. On y trouve, en effet, une section complète longue de 8 millimètres, plus deux cicatrices convergentes de même longueur atteignant le bord libre. La malade n'a jamais été réglée (14 juin 1880).

OBS. CIL — Maria Gouget, âgée de 24 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 14 ou 15 ans. Après la première opération, elle a eu un abcès du lobule au point opéré. A 17 ans, le lobule de l'oreille était complètement rompu. On y constate aujourd'hui deux sections complètes et, entre les deux, l'orifice produit par une troisième opération. La malade n'a été réglée qu'à 15 ans, et est notablement anémique (21 juin 1880).

OBS. CIII. — Julie Mayer, âgée de 28 ans, a eu les oreilles percées une première fois à l'âge de 8 ans; puis, à 10 ans, le lobule droit étant rompu, on l'a percé de nouveau. On trouve à gauche une cicatrice complète et, à droite, deux cicatrices convergentes dont la partie inférieure non réunie forme une section, plus une nouvelle trace d'une troisième opération (4 mars 1879).

OBS. CIV. — Mme Voisin, âgée de 33 ans, a eu les oreilles percées trois fois, mais elle ne peut dire à quelle époque. Elle porte au lobule gauche une rupture complète, puis une cicatrice complète, plus la trace d'une troisième opération. Du côlé droit, elle porte une rupture complète, plus la trace des deux autres opérations. Ces sections nombreuses donnent aux bords des lobules un aspect déchiqueté particulier. La malade a le faciès scrofuleux ; elle a été atteinte de coryzas fréquents, d'angines et de blépharites (1878).

OBS. CV. — Thomas Chlorinde, âgée de 26 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Elle porte actuellement trois cicatrices et une section. On constate au lobule droit deux cicatrices, l'une, complète, de 9 millimètres, et l'autre, presque complète, de 7 millimètres. Du côté gauche, une section complète de 8 millimètres et une cicatrice incomplète de 7 millimètres. La malade a eu des gourmes dans l'enfance. Elle a eu, il y a six mois, un écoulement par l'oreille gauche; elle a eu, en outre, des ophthalmies (1878).

OBS. CVf. — Louise Léon, âgée de 22 ans, a eu les oreilles percées pour la première fois à l'âge de 6 ans, puis une seconde fois à l'âge de 16 ans. On trouve au lobule droit une section complète longue de près de 1 centimètre, plus une cicatrice presque complète. Au lobule gauche, il y a une petite section et au-dessus l'orifice non altéré de la deuxième opération. Elle a eu des gourmes jusqu'à l'âge de 10 ans.


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OBS. CVH. — Marie Besson, âgée de 32 ans, a eu les oreilles percées à 17 ans; il n'y a pas eu d'accidents immédiats. Huit ans plus tard, vers l'âge de 25 ans, les deux lobules ont été rompus. On constate, en effet, au lobule droit une section complète, plus une cicatrice incomplète. Du côté gauche, on trouve une section complète, plus une petite cicatrice incomplète. Vers l'âge de lu ans, la malade a eu des glandes au cou qui se sont enflammées (23 juin 1880),

OBS. çvm. — Caroline Friand, âgée de 31 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 18 ans ; l'opération a été suivie immédiatement d'une suppuration'abondante; elle a retiré les boucles d'oreille, puis a fait percer ses oreilles de nouveau, la suppuration a recommencé; il en a été de même une troisième fois. On constate -à chaque lobule trois lignes cicatricielles de 7 millimètres de longueur. A gauche, une de ces lignes atteint le bord du lobule (2 juillet 1880).

OBS. CIX. — Blanche Bérot, âgée de 25 ans 1/2, a eu les oreilles percées pour la première fois à 14 ans, mais ne peut donner d'autres détails. Elle porte au lobule droit deux sections complètes et entre ces deux sections une ligne cicatricielle qui va au bord du lobule. Du côté gauche une ligne cicatricielle complète, longue de 10 millimètres, et l'orifice d'une nouvelle opération. Le bord du lobule droit est ainsi partagé en 4 fragments. Elle a le faciès scrofuleux, a eu dans l'enfance de fréquents coryzas ainsi que des angines, puis de la blépharite chronique; elle porte des traces de syphilis récente (17 mai 1879).

OBS. CX. — Estelle Charaux, âgée de 24 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance pour la première fois, puis une seconde fois à l'âge de 13 ans, et une troisième fois a l'âge de 14 ans. Elle porte aux deux lobules six cicatrices. A gauche il y a au milieu du lobule une ligne cicatricielle de 10 millimètres, et des deux côtés, en avant en arrière, deux autres lignes dont l'une est complète et l'autre atteint presque le bord du lobule. Du côté droit, il y a en arrière une cicatrice complète de 7 millimètres, et, en avant, deux autres convergentes qui vont presque au bord du lobule. La malade a le faciès scrofuleux, elle a eu des gourmes dans l'enfance et des ophlhalmies jusqu'à l'âge de 14 ans. Elle porte des cicatrices d'écrouelles des deux côtés du cou. La première opération a eu lieu dans l'enfance, et les lobules ont été complètement coupés à l'âge de 7 à 8 ans. A la suite de la deuxième opération, il n'a fallu que trois mois pour couper entièrement le lobule. Depuis trois ans, la malade a renoncé aux boucles d'oreille (10 mai 1879).

OBS. CXI. — X..., âgée de 72 ans, présente au lobule gauche deux sections complètes, plus l'orifice produit par une troisième opération. Du côté droit, il y a également une section complète. Elle se souvient d'avoir été tourmentée dans son enfance par des gourmes et plus tard par des blépharites. Ses enfants ont eu également des gourmes.

OBS. CXir. — Caroline Dubonnet, âgée de 22 ans, a eu les oreilles percées une première fois à l'âge de 3 ans, et une seconde fois à l'âge de 8 ans. A la suite de la première opération, il y a eu une ulcération rapide, et, un an après, le lobule était coupé. On trouve de chaque côté une ligne cicatricielle complète allant jusqu'au bord du lobule, mais dont la partie inférieure n'a pas été réunie et forme une coupure, puis en avant de ces cicatrices une autre ligne cicatricielle incomplète, en tout quatre lignes cicatricielles. La malade a été atteinte d'ophthalmie scrofuleuse à l'âge de 6 ans (8 août 1879).


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OBS. CXIIf. — X... a eu les oreilles percées pour la première fois à l'âge de 16 ou 17 ans. On constate que le lobule de l'oreille droite est quadrilobé, divisé par trois sections descendantes, deux de ces fissures ont 8 millimètres de diamètre. Le lobule gauche porte une cicatrice longue de 10 millimètres qui va jusqu'au bord du lobule, mais n'est pas réunie en ce point. La malade a eu des gourmes dans l'enfance et est atleinte aujourd'hui de bronchite tuberculeuse avec toux coqueluchoide et hémoplysies fréquentes.

OBS. CXIV. — Louise Loridon est âgée de 22 ans; elle a eu les oreilles percées pour la première fois à 15 ans. Immédiatement après l'opération, les lobules ont été le siège de suppuration et depuis n'ont jamais guéri. A mesure que le lobule était coupé, la malade faisait repercer les oreilles de nouveau. C'est ainsi qu'elle porte huit lignes cicatricielles, trois au lobule droit et cinq au lobule gauche, ce qui prouve qu'elle a été opérée cinq fois de ce côté. Elle a été réglée à 16 ans, a l'aspect lymphatique et est sujette à des bronchites à répétition qui la font tousser tout l'hiver. Elle portait autrefois des boucles d'oreille en cuivre doublé d'or, elle en a changé il y a deux ans, craignant que ce mêlai ne fût la cause de cette suppuration perpétuelle. Depuis ce changement, l'oreille droite s'est guérie, mais la gauche a continué de suppurer.

Exemples de lésions décrites dans la huitième série.

Fig. 20.

Fig. 21.

Fig. 22.


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Fig. 23.

Fig. 24.

Fig. 25.

La première question qui vient à l'esprit en présence de ces nombreuses déchirures avec ou sans réunion, est qu'elles ont bien pu être produites par arrachement. Aussi nous-sommes nous renseigné à cet égard. Dans les 114 cas précédents, il n'y a pas eu d'arrachement au dire des malades ; mais, dans les 5 cas suivants, les malades attribuent, au contraire, leur déformation à des arrachements. Nous allons voir ce qu'il faut en penser.

OBS. GXV. — Mme Bernard, âgée de 34 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 18 mois. Elle prétend que le même jour il y a eu arrachement de la boucle de l'oreille gauche, et elle explique ainsi la section complète du lobule de l'oreille gauche. Elle raconte, en outre, qu'elle a eu de la gourme et des maux d'oreille pendant longtemps, des angines fréquentes et des coryzas.

Dans cette observation, nous ne sommes pas très-convaincu de l'étiologie donnée par la malade parce que l'oreille du côté opposé est le siège d'une autre section, incomplète il est vrai, dans laquelle la section s'est faite dans une étendue de ù à 5 millimètres sans réunion cicatricielle. Elle a fait repercer le lobule gauche à l'âge de 7 ans, et la même lésion tend à se produire.

OBS. CXVI. — Annette X..., âgée de 23 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 18 ans Elle porte au lobule gauche une cicatrice complète large de 1 millimètre 1/2, cicatrice saillante, violacée, avec tendance à la kéloïde. La malade prétend que celte cicatrice est le résultat d'un arrachement accidentel produit par son père. Cela est possible ; mais, du côté opposé, il y a une section commençante sans réunion et d'autres lésions scrofuleuses : une ankylose presque complète de la mâchoire inférieure avec deux cicatrices sur la joue gauche Irace d'une suppuration du maxillaire supérieur à l'âge" de iZ ans.

Voici enfin 3 observations où l'on peut accepter qu'il s'agit simplement d'un accident.


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OBS. CXVIL — Jeanne Lebray, âgée de 22 ans, a eu les oreilles percées à l'âge de 12 ans. Elle porte au lobule gauche une section complète longue de 8 millimètres. La malade déclare que cette section est le fait d'un accident, son père ayant arraché par mégarde la boucle d'oreille. Elle ne présente rien de pathologique à l'autre oreille et n'a pas de traces de scrofule.

OBS. CXVIII. — Maria X..., âgée de 30 ans, ne se rappelle pas à quel âge ses oreilles ont été percées. Elle présente une section complète au lobule gauche et rien à droite. Elle dit que cette section est le fait d'un arrachement accidentel. Elle a eu des maux de gorge et des gourmes dans l'enfance. Elle est atteinte de bronchite depuis deux mois.

OBS. CXIX. —Marie Grangin a eu les oreilles percées dans l'enfance. Elle présente au lobule droit une section transversale complète, au lieu des sections verticales que fait la pesanteur. Cette section n'existe que d'un côté. Il n'y a pas de traces de scrofule, il est donc bien vraisemblable que cette section est le fait d'un accident.

Lorsque la section ne s'est pas réunie spontanément, la chirurgie peut intervenir pour obtenir cette réunion; il est probable que ce serait une opération ingrate à en juger par le seul fait que nous possédions de tentative de réunion, fait que nous devons à notre ancien interne, M. Letulle, et qu'il a recueilli à l'hôpital de la Pitié.

OBS. CXX. — La dame Michel, âgée de 32 ans, a eu les oreilles percées dans l'enfance. Elle rapporte qu'elle a eu des accidents scrofuleux pendant toute l'enfance, blépharites à répétitions, coryzas et angines répétées. Elle a eu une section complèle du lobule gauche. On a fait une tentative de réunion, mais il n'y a pas eu d'accolement, et il en est résulté une perte de substance remarquable. (Voir figure 12.)

A côté des arrachements, je placerai une autre observation dans laquelle la lésion persistante est due au singulier procédé opératoire employé pour percer les oreilles.

OBS. CXXI. — Perforation des oreilles par un emporte-pièce.

Le sieur Crucq, âgé de 37 ans, entre à l'hôpital Lariboisière, salle Saint-Henri, n° 2, le 5 novembre 1880. Ce malade est atteint d'une phthisie pulmonaire Irès-avancée des deux poumons, avec tuberculose intestinale, cachexie, fièvre hectique, en un mot dans la dernière période de la phthisie.

On constate chez lui, aux lobules des oreilles, des deux côtés, une perforation assez large pour y passer un cure-dent. Cette lésion a été produite par l'opération destinée h lui permettre de porter des boucles d'oreille. On avait ainsi pour but, non de lui faire porter un ornement, mais de provoquer une dérivation pour guérir une ophthalmie chronique. A première vue, la lésion ressemble à celles des malades rangés dans la sixième série et qui portent des sections non réunies aux deux oreilles. Cependant la forme arrondie de la section fit penser à M. Bénard, mon interne, que ces lésions pourraient bien avoir été produites par un emporte-pièce. En effet, le malade nous a appris que l'opérateur, qui était son père nourri-


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cier, cordonnier de son état, avait pratiqué l'opération au moyen d'un emporte-pièce destiné à faire des trous dans le cuir. Ici la lésion n'est donc pas due à l'état constitutionnel, mais au procédé opératoire qui a été employé.

A côté des altérations diathésiques et accidentelles du lobule, il faut placer les vices de conformation, qui pourraient être confondus avec ces lésions. J'ai rencontré des lobules adhérents par tout le bord antérieur, d'autres séparés brusquement; mais, dans tous ces cas, il n'y a pas lieu à confusion.

Deux cas se sont présentés qui auraient pu donner le change. Dans l'un, le bord du lobule présentait une échancrure semblable aux sections décrites plus haut, mais il n'y avait pas lieu à erreur, car la malade n'avait jamais porté de boucles d'oreille. Dans l'autre, c'était un pli de la peau, qui simulait une section. Je dois ces deux faits à l'obligeance de M. J^elulle.

Les cicatrices de brûlure, de variole, donnent quelquefois lieu à des altérations du lobule, mais il est en général facile d'en faire la distinction.

Quant à la syphilis, je ne l'ai jamais vue produire rien de semblable, à moins que le sujet ne fût préalablement scrofuleux.

Après avoir constaté les nombreux exemples d'ulcérations avec ou sans réunion des lobules des oreilles, après avoir montré qu'il ne s'agissait là ni de simples ruptures accidentelles, ni de vices de conformation congénitaux, ni de cicatrices consécutives aux diverses lésions qui peuvent atteindre ces organes, il s'agit de savoir quelle est la cause réelle de ces accidents, et dans quelle mesure elle agit. Nous avons à poser à cet égard plusieurs problèmes, et nous chercherons à les résoudre.

1° Le travail d'ulcération qui suit le percement des oreilles n'est pas un accident passager, une sorte d'accident immédiat de l'opération; l'ulcération a un processus toujours lent, un processus chronique.

En effet, sur les 114 cas de lésions pathologiques que nous avons recueillis, on trouve que le temps que l'ulcération a mis pour se compléter, c'est-à-dire atteindre le bord libre du lobule, a varié de quelques semaines à vingt ans, dans les proportions suivantes :

Nombre des cas observés * . 114

— où la durée de l'ulcération n'a pu

être déterminée 63

— où elle a pu être déterminée. . . 51

Total 114


30

Le travail s'est fait en 6 mois ou moins dans.- ... 13 cas.

— 1 an 5

— 2 ans 5

— 3 ans 2

— 4 ans 5

— 5 ans 4

— 6 à 10 ans 8

— 11 à 15 ans 4

— 16 à 20 ans 5

Total 51 cas.

On voit donc que dans un quart des cas seulement l'ulcération s'est complétée dans l'espace de 1 à 6 mois, et pour les trois autres quarts, il a fallu au moins 1 an, et au plus 20. La moyenne, pour les 51 cas est de 4 ans et 2 mois environ.

2° Une seconde preuve de l'origine constitutionnelle de l'affection, c'est sa répétition; ainsi, nous trouvons que sur 114 sujets atteints, il n'y a qu'une cicatrice sur 24, soit 21 p. 100; il y en a deux ou plusieurs sur 90, soit 79 p. 100.

Nous ajouterons que sur les 24 qui n'ont qu'une cicatrice, plusietlfs présentent des traces évidentes de scrofule.

3° J'ai dit plus haut que ni la diathèse herpétique, ni la syphilis, n'entraient en cause; il en est de même de l'arthritis, qui d'ordinaire donne des fluxions, des congestions, des dépôts alhéromateux et calcaires et pas d'ulcération. Du reste, je n'ai pas constaté une seule fois des dépôts athéromateux sur les oreilles dont il est ici question. Et pourtant il pourra bien m'arriver d'en rencontrer, car on voit de temps en temps l'arthritis succéder à la scrofule et montrer chez le même sujet des traces d'anciennes lésions strumeuses en même temps que des lésions actuelles d'arlhritis.

Voyons donc quelle relation il y a en réalité entre les ulcérations produites par les boucles d'oreille et la scrofule.

Sur les 116 cas ci-dessus, 96 malades présentent soit des cicatrices de scrofule, soit des renseignements afQrmatifs. 18 seulement n'ont rien donné. Mais si l'on songe qu'au début les observations ne sont pas aussi complètes que plus tard et que certaines malades sont incapables de donner un renseignement quelconque, on comprendra que ce chiffre de 96 sur 116, c'est-â-dire de 84 pour 100, est audessous de la vérité. Si nous faisons ensuite le dépouillement des accidents scrofuleux en particulier, nous trouvons pour nos 96 malades ;


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Le faciès scrofuleux 21 fois.

Des gourmes dans l'enfance 52

Des coryzas fréquents 23

Des angines fréquentes 14

Des ophlhalmies scrofuleuses 53

Des adénopathies indolentes 22

Des cicatrices d'abcès ganglionnaires. . 21

Des affections chroniques des os ... . 5

L'engorgement strumeux des seins. . . 7

La phthisie tuberculeuse ou caséeuse. . 16

Il résulte donc de ce tableau que la plus grande partie des sujets qui présentent aux oreilles des cicatrices d'un travail ulcératif qui s'est prolongé plus ou moins longtemps après le percement des oreilles, présente des signes évidents de scrofule et que chez ceux qui, beaucoup moins nombreux, n'en présentent pas, les accidents qui ne laissent pas toujours des traces comme les gourmes ou scrofulides superficielles, les adénopathies, etc., il y en a certainement qui ont dû nous échapper faute de renseignements.

Il reste à étudier encore l'influence du métal et celle du poids des boucles d'oreille. J'avais pensé d'abord que le métal y était pour quelque chose et que les boucles d'oreille en cuivre ou en doublé, c'est-à-dire formées de deux métaux, pouvaient avoir une influence. L'examen des faits a fait rejeter cette cause. Il n'en est pas de même du poids, et il m'a paru évident que les boucles d'oreille lourdes accélèrent le mouvement d'ulcération du bord inférieur de cette sorte de lupus. Du reste, il est remarquable que l'ulcération descend toujours et ne remonte jamais, preuve que le poids de la boucle d'oreille entre comme facteur important.

On peut donc dire, en résumé, que toute femme dont les cicatrices produites par le percement des oreilles n'ont pas un orifice simple, mais un orifice garni d'un bourrelet ou remplacé par une section ou une cicatrice, est un sujet scrofuleux. Ce nouveau signe de la scrofule peut apparaître le premier longtemps avant les autres et être un témoin de l'état constitutionnel. De même, plus tard, alors que des accidents strumeux auront pu disparaître sans laisser de traces, ces mêmes cica^ triées resteront comme des témoins irrécusables. Ce fait peut à la rigueur n'indiquer qu'un lymphatisme passager à l'âge du percement des oreilles. Mais c'est là une exception.

Ce symptôme de la scrofule est très-intérëssant à rechercher lorsqu'il s'agit de connaître du premier coup la constitution d'une femme : par exemple, dans le choix des nourrices. Ce signe, que je recherchais alors que j'étais chargé de la direction du Bureau des nourrices en 1873, m'a souvent donné des renseignements précieux.


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Une autre conséquence qui ressort de ce travail est qu'il faut s'abstenir de percer les oreilles chez les sujets manifestement strumeux, si l'on ne veut pas produire sur les lobules une sorte de lupus qui les ulcérera, les déformera et formera de vilaines cicatrices. Il est toutefois une exception à cette règle, et cette exception est la suivante : nous avons vu un certain nombre de fois, dans les observations précédentes, que cette suppuration des oreilles avait été plusieurs fois provoquée pour faire une dérivation dans les cas d'ophthalmie scrofuleuse. Le fait est vrai, et plusieurs malades nous ont affirmé (et surtout des hommes) qu'on leur avait percé les oreilles pour guérir les ophthalmies et que cette dérivation avait parfaitement réussi. En pareil cas, il n'y a pas à hésiter, car les cicatrices qu'on provoque aux lobules des oreilles ne font que les enlaidir et n'entravent aucune fonction, tandis que les ophthalmies scrofuleuses laissent souvent sur la cornée et l'iris des cicatrices placées sur le passage des rayons visuels et compromettent la vue. Dans ces conditions, on aura placé des sélons aux lobules des oreilles dans un but thérapeutique.


DU PROCESSUS DE COAGULATION

ET DE

SES MODIFICATIONS DANS LES MALADIES

Ilote lae à la Société médicale des hopitaax

Dam la «tance du 11 février 1881

Par Georges HATEM

L'hématologie est entrée dans une voie nouvelle, depuis qu'aux analyses chimiques du sang se sont substitués des procédés qui relèvent de la technique histologique. On a pu ainsi, dans ces dernières années, recueillir des renseignements à la fois sur les caractères anatomiques des éléments du sang et sur la constitution de ce liquide, notamment sur la quantité proportionnelle des éléments, soit des globules rouges et des globules blancs. On a pu mettre aussi en regard de ces caractères anatomiques, l'appréciation de la valeur du globule sanguin en matière colorante. Tout récemment enfin, mon attention ayant été attirée sur les petits éléments auxquels j'ai attribué un rôle particulier dans l'évolution du sang, j'ai recherché les altérations numériques et qualitatives que ces corpuscules, auxquels j'ai donné le nom d'hématoblastes, éprouvent dans les différentes maladies. Ces éléments, prenant une part active à la coagulation du sang, leur étude anatomopathologique se trouvait liée d'une façon étroite à celle du processus de coagulation.

On pouvait se demander s'il n'y avait pas un rapport entre le nombre, les caractères, les dimensions des hématoblastes et les modifications de la fibrine. Faire ces recherches en saignant les malades afin de pratiquer le dosage de la fibrine, et rapMÉM.

rapMÉM.


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procher ainsi des caractères énumérés précédemment, ceux que la chimie peut -nous faire; connaîtra était chose impossible, d'autant plus qu'il ne fallait pas se borner à une ou deux analyses du sang dans un cas donné; il était désirable de pouvoir suivre pas à pas les modifications de la fibrine comme celles des autres parties constituantes du sang. Je crois avoir atteint ce résultat en perfectionnant l'étude histologique et histochimique du processus de coagulation, tel qu'on peut l'observer au microscope, et c'est sur ce point que je désire attirer l'attention de mes collègues de la Société.

Les divers renseignements que nous fournissent les procédés que je vais décrire, ajoutés à ceux qui nous étaient précédemment connus, nous mettent aujourd'hui à même d'étudier l'évolution de toutes les lésions que peut subir le sang dans les maladies les plus diverses, et cela pas à pas, depuis le premier jour de la maladie jusqu'au rétablissement complet des malades. Aussi ces recherches ont - elles des applications plus nombreuses, plus étendues, que les analyses chimiques. Elles peuvent intervenir lorsque, en se planant au point de vue purement nosologique, on cherche à déterminer la nature d'une maladie. Elles peuvent également servir à la solution de certains problèmes difficiles, relatifs au diagnostic, et même donner dans certaines circonstances des indications précises pour le pronostic. Enfin, comme je l'ai montré dans mes études sur l'action des ferrugineux, elles peuvent être appliquées utilement à certaines recherches pharmacothérapiques. En faisant connaître les procédés que j'ai employés, ainsi que les premiers résultats qu'ils m'ont fournis, j'exprime le désir de voir ce genre d'étude se généraliser, car les problèmes multiples qui doivent être résolus réclament le concours d'un grand nombre d'observateurs.

§ I. -r- MOYENS D'ÉTUDE APPLICABLES AU PROCESSUS DE COAGULATION.

Nous allons en décrire trois.

1» Examen du sang en couche mince au moyen de la cellule argentée. — Cet examen se pratique à l'aide d'une cellule construite de la manière suivante :

Dans une lame de verre épaisse et bien plane, on isole un petit disque de 6mm de diamètre environ, en creusant autour de lui une rigole circulaire. La lame ainsi préparée est recouverte d'une épaisse couche d'argent qu'on enlève ensuite exclusivement sur la surface du petit disque.

En déposant une très petite goutte de sang sur ce disque et en recouvrant cette goutte d'une lamelle mince, bien planie, on obtient une couche de sang d'une épaisseur uniforme. Cette épaisseur est convenable lorsque les globules rouges peuvent se placer facilement de champ. Il suffit de faire pénétrer un peu de salive sous la partie de la lamelle qui porte sur la partie externe et argentée de la rigole pour empêcher l'évaporation pendant le temps nécessaire à l'examen. Cepen-


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dant, quand on veut poursuivre cet examen pendant un temps assez long, je conseille de faire, avant de déposer la gouttelette, une sorte d'onction avec un peu de Vaseline sur le bord externe de la rigole. Pour que la préparation soit bonne, il importe que la quantité de sang déposée sur le disque de verre soit assez petite, pour qu'il n'y ait pas soulèvement de la lamelle. On doit également, lorsqu'on se sert de vaseline, avoir soin d'appliquer très exactement la lamelle sur toute la surface grasse de la lame. Ce procédé permet de faire une étude comparative du processus de coagulation dans les maladies. Une série de dessins, exécutés avec du sang normal et du sang pris sur des individus atteints de maladies bien définies, fournit des types de comparaison.

2° Examen qualitatif du sang à l'aide d'un réactif particulier. — Lorsqu'on mélange un peu de sang avec le liquide suivant :

Liquide A.

Eau distillée 200 grammes.

Chlorure de sodium pur 1 —

Sulfate de soude pur 5 —

Biclilorure de mercure pur 0,50

et que l'on agite le mélange avec soin, les éléments du sang sont fixés par le réactif Au microscope, on les voit tous isolés les uns des autres, tant que la fibrioe n'est pas altérée ; seuls les hématoblastes rétractés forment de petits groupes disséminés, distincts des autres éléments. Dès que la fibrine est surabondante ou modifiée dans ses qualités, il se forme dans le mélange sanguin de petits grumeaux particuliers.

3° Préparation durétièulum fibrineux par lavage et coloration à [l'aide de l'iode où de la fuchsine. — Après avoir déposé une gouttelette de sang au centre d'une lame et l'avoir recouverte à l'aide d'une petite lamelle, si on laisse la préparation pendant 12 ou 24 heures dans une chambre humide, jusqu'à ce que la coagulation soit bien complète, on peut, en faisant passer un courant d'eau à travers le caillot, entraîner les globules rouges ou tout au moins l'hémoglobinequ'ils contiennent, et isoler ainsi, en tout ou en partie, le réticulum fibrineux. Après le lavage, il suffit de substituer à l'eau, soit de l'eau iodo-iodurée, soit une solution alcoolique (au tiers) de sulfate ou de chlorhydrate de rosaniline pour obtenir une préparation colorée montrant la disposition anatomique du réticulum fibrineux. Pour rendre cette préparation plu* facile et plus régulière, on peut se servir d'une lame sur laquelle on a creusé deux rigoles parallèles, rectilignes, disposées dans le sens de la longueur et laissant entre elles une sorte de travée. Entre les rigoles et le bord externe de la lame, on a ménagé un dépôt d'argent qui permet, lorsque la lamelle plânie vient recouvrir la goutte de sang, d'avoir une couche sanguine d'une épaisseur uniforme. De plus,


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la lame et la lamelle ne pouvant arriver en contact en aucun point, le lavage est rendu plus facile.

Ces procédés d'examen mettent en évidence les plus légères altérations de la fibrine. En se complétant l'un par l'autre, ils constituent un essai à la fois quantitatif et qualitatif de cette substance.

La cellule argentée précédemment décrite peut également servir à calculer très exactement le temps que met le sang à se coaguler après sa sortie des vaisseaux ; il suffit, pour obtenir sur ce point des données rigoureuses, d'opérer dans un milieu à température constante et connue.

g II. DESCRIPTION DU PROCESSUS DE COAGULATION DANS LE SANG NORMAL.

Avant d'étudier le processus de coagulation dans les maladies, il est indispensable d'en connaître les caractères normaux.

Dans toute préparation de sang pur, faite d'une manière convenable, les hématies prennent la disposition de piles de monnaie. En se rencontrant au moment où les éléments se mettent en équilibre dans la préparation, ces piles se réunissent de diverses manières et forment des îlots dont l'étendue plus ou moins considérable dépend de la proportion des hématies. Ces îlots laissent entre eux des espaces libres, plasmatiques qui, dans le sang normal, communiquent presque tous les uns avec les autres de façon à simuler des mers. Dans ces espaces plasmatiques, on remarque des globules blancs de différentes variétés, puis des hématoblastes isolés ou en amas, peu nombreux à l'état normal, se modifiant avec une rapidité très grande. Enfin, çà et là, on aperçoit encore, dans ces espaces plasmatiques, quelques globules rouges isolés, qui ressemblent pour ainsi dire à des retardataires n'ayant pu se mettre dans les rangs. Si la préparation est bonne, aucune des hématies isolées ou situées dans les piles ne doit avoir subi la moindre modification de forme. Il faut tenir pour certain que toute préparation,—même dans les cas pathologiques,—dans laquelle les globules rouges se présentent sous les formes si souvent décrites de globules vésiculeux, épineux, microcytiques, est défectueuse. Les hématies n'y prennent ces apparences que lorsqu'elles ont été déformées par les agents extérieurs ou par un traumatisme.

Au moment où le sang se coagule, on voit partir des hématoblastes, isolés ou groupés en amas, quelques traînées filamenteuses peu nombreuses qui se perdent en s'effilant à une petite distance de ces corpuscules. De plus, çà et là, se voient dans la préparation quelques petits filaments fibrillaires, espacés les uns des autres, comme épars; plus rarement, au contraire, formant une sorte de petit treillis très fin dans un point de la préparation. C'est là tout. De sorte que, dans le sang parfaitement normal, étalé en couche mince, le réseau filamenteux qui se forme au


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moment de la coagulation reste presque totalement invisible ; on n'en aperçoit que les filaments les plus épais. Pour s'assurer de la présence du réticulum dans le sang normal, il faut employer le procédé du lavage et de la coloration des fibrilles.

Cette rapide description nous servira de terme de comparaison pour l'examen du sang étalé en couche mince dans les cas morbides.

Avant d'aller plus loin, nous attirerons encore l'attention sur une particularité qui a donné lieu à de nombreuses discussions, à savoir : la disposition qu'affectent les globules rouges en piles de monnaie, toutes les fois qu'ils peuvent nager librement dans le liquide extrait des vaisseaux. Je crois pouvoir conclure d'observations multiples que les globules rouges prennent part au phénomène de la coagulation en s'entourant d'une matière visqueuse qui reste molle, semi-fluide jusqu'au moment où le sang se coagule. Dès que la coagulation est effectuée, cette matière devient solide et filamenteuse, probablement de la même manière que celle qui englue les hématoblastes réunis en amas. Voici une des preuves en faveur de cette manière de voir : si, avec la pointe d'une aiguille, on appuie légèrement sur la lamelle au moment où la préparation vient d'être faite, on voit les piles de globules rouges s'étirer comme si elles étaient constituées par des fragments de caoutchouc rouge. Dès que la pression cesse, ces piles reprennent leur disposition primitive sans que les éléments qui les forment aient cessé d'être soudés entre eux, à moins d'une compression trop forte. Dès que le sang est coagulé, si l'on refait la même expérience, les piles de globules rouges se déforment légèrement; puis, presque aussitôt, les globules se séparent les uns des autres ; quelques- uns prennent une disposition en fuseau et sont tirés à chacune de leurs extrémités par des filaments visibles ; d'autres prennent un aspect crénelé, dû au tiraillement produit sur plusieurs points du bord par les filaments qui y adhèrent; la plupart se détachent sans se déformer et se répandent dans les espaces plasmatiques. Les piles, qui tout à l'heure étaient cohérentes, difficiles à rompre et promptes à se reformer, sont maintenant définitivement désagrégées.

g III. — DESCRIPTION DES [FAITS PATHOLOGIQUES.

Pour reconnaître les caractères pathologiques du sang soumis à l'étude, à l'aide des divers procédés précédemment décrits, on doit particulièrement se préoccuper :

1° De la disposition générale des piles et des espaces plasmatiques laissés entre elles ;

2° De la répartition des hématoblastes isolés ou réunis sous forme d'amas ; du nombre, de l'étendue de ces amas ; des modifications subies par les hématoblastes et de la rapidité plus ou moins grande avec laquelle elles ont lieu ;

3» Du nombre apparent des globules{blancs;


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4° Du temps qui s'écoule depuis le moment où l'on vient de faire la préparation, jusqu'au moment où apparaît le réticulum fibrineux;

5» Des caractères de ce réticulum et particulièrement du nombre et de l'épaisseur des fibrilles qui le constituent;

6° On doit de plus, pour compléter ces études, faites sur le sang pur, traiter le sang par le liquide réactif dont nous avons donné plus haut la formule, et faire une préparation du réticulum lavé et coloré.

A. — Modifications du processus de coagulation dans les phlegmasies. — Nous prendrons pour type de notre description le sang de la pneumonie franche à sa période d'état.

Au moment où la préparation vient d'être faite, on observe le plus habituellement, à moins que la maladie ne se soit développée chez un individu très-anémié, une disposition particulière des amas de globules rouges et des espaces plasmatiques.

Les hématies sont réunies sous la forme de piles serrées les unes contre les autres et en partie confondues, de manière à former des amas compactes dont le bord est relativement peu sinueux. Ces amas volumineux, reliés presque tous entre eux, circonscrivent des espaces plasmatiques irréguliers, moins nombreux que ceux du sang normal, espaces qui étant entourés de tous côtés par des éléments colorés prennent l'apparence de véritables lacs.

Dans les lacs circonscrits par les éléments colorés, on remarque d'abord un nombre insolite de globules blancs. Cette augmentation de nombre porte d'une manière égale sur les diverses variétés qui conservent entre elles sensiblement les mêmes proportions que dans le sang normal. Puis, l'attention est attirée par les hématoblastes. Ceux-ci ne sont pas, pendant toute la période d'état de la maladie, plus nombreux qu'à l'état normal. Au bout d'un temps variable, mais dépassant toujours très sensiblement le temps nécessaire à la coagulation du sang normal, on voit apparaître, çà et là, dans un des angles des lacs, des fibrilles entrecroisées formant une sorte de treillis; puis, de tous côtés, apparaissent sous les yeux des fibrilles de plus en plus nombreuses, de plus en plus nettes qui bientôt constituent par leur ensemble un réseau filamenteux occupant toute l'étendue des espaces plasmatiques et comprenant dans son épaisseur tous les hématoblastes.

Étudié dans ces conditions, le réticulum est constitué par des fibrilles à la fois très nombreuses et très volumineuses. Ces fibrilles, certainement beaucoup plus grosses que les fibrilles normales, paraissent formées par un filament effilé aux deux bouts et épais au centre. Lorsqu'il part d'un hématoblaste, il prend l'apparence d'une épine, épaisse à sa base, fine à son sommet, qui va se confondre avec le reste du réticulum; la partie large des plus gros filaments mesure envi-


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ron 2 (*. de diamètre. Au niveau des points où les filaments sont le plus abondants et forment des espèces de treillis, ainsi que dans certains points du réseau, on aperçoit des petites taches claires, brillantes, entourées d'un cercle noir foncé. Ces apparences sont dues aux filaments vus de champ ou très-obliquement et qui très probablement se portent d'une lamelle à l'autre.

11 est impossible de faire plus complètement, à l'aide du sang pur, l'examen du réticulum fibrineux. Ajoutons, cependant, qu'on peut encore, dans les préparations de ce genre, constater les modifications que subissent les globules rouges. Tout d'abord on observe que, dès le début de la coagulation, le bord de ces éléments devient plus net. En partie confondus entre eux pendant les premières minutes de l'examen, ils semblent pour ainsi dire s'individualiser. Puis, après avoir constaté la présence du réticulum, si on imprime un léger traumatisme à la lamelle, on voit les globules rouges se désouder, se séparer les uns des autres aussi facilement que dans le sang normal, bien que les piles aient paru d'abord plus cohérentes et plus compactes.

Il paraît donc s'être produit entre les globules rouges une certaine quantité de fibrine empruntée à la matière visqueuse qui englue ces éléments avant la coagulation. Celte hypothèse est confirmée par quelques-uns des faits que le lavage et la coloration du réticulum mettent en évidence.

En utilisant ce dernier procédé, on observe quelques particularités nouvelles. Le caillot sanguin paraît formé de deux parties qui, dans une préparation bien réussie et bien colorée, se distinguent immédiatement à un faible grossissement, l'une formant des espaces sombres et l'autre des espaces clairs. Les espaces sombres, fortement colorés, répondent aux points qui étaient occupés par les lacs plasmatiques ; les espaces clairs répondent à ceux où se trouvaient primitivement les amas d'hématies. Examinés à un grossissement suffisant, les espaces relativement foncés se décomposent en plusieurs couches de fibrilles de diamètre très divers et dont quelques-unes, comme dans le sang pur, sont remarquablement épaisses. Ces fibrilles paraissent plus raides, plus reclilignes que celles du sang normal. Au milieu d'elles se trouve assez souvent retenu, malgré le lavage, un certain nombre de globules blancs. Quelques-uns de ceux-ci affectent l'apparence de plaques étalées, irrégulières, anguleuses, qui sont fixées sous cette forme par des filaments de fibrine paraissant partir des angles. C'est là une disposition que je n'ai pas encore vue dans le sang sain et qui pourrait être considérée comme une preuve de la participation des globules blancs à la formation du réseau fibrineux. Cependant, quand dans le sang pur on examine les globules blancs après la coagulation, on voit que ces éléments n'ont subi aucune modification appréciable. Ils présentent les mêmes mouvements amoeboïdes qu'à l'état sain et, lorsque leur reptation est entravée par les filamenls'dé fibrine qui les entourent et qui' paraissent 1 quelquefois y adhérer, on parvient fou-


ÙO .

jours avec ua peu de patience à les voir se dégager et se déplacer au milieu de ces filaments. Si donc les globules blancs fournissent une partie de leur substance au moment de la coagulation, ils ne font pas comme les hématoblastes partie intégrante du coagulum. On peut donc interpréter la disposition en plaques, décrite précédemment, comme le résultat de déformations amoeboïdes des globules blancs adhérents à quelques fibrilles et surpris en cet état par le lavage. Toutefois, cette adhérence avec les fibrilles, assez intime pour résister à l'action de l'eau, est intéressante à constater à cause du rôle que certains auteurs ont attribué aux globules blancs dans le phénomène de la coagulation.

Les espaces plus clairs, répondant aux points primitivement occupés par les hématies, sont parcourus par un réseau extrêmement fin, à petites mailles très régulières, réseau qui se continue avec celui des lacs et qui ne contient ni hématoblastes, ni globules blancs, ces éléments ayant été complètement refoulés dans les espaces plasmatiques par l'empilement serré des hématies. Ce re'ticulum fin, délicat, nous parait être celui que les globules rouges ont concouru directement à former.

Plaques phlegmasiques. — Pour compléter cette étude, on mélange avec le liquide que j'emploie pour la numération des globules et dont la formule est reproduite plus haut, une petite quantité de sang dans la proportion de une partie de sang pour 100 à 200 du réactif. Il se produit ainsi une réaction caractéristique, consistant dans la formation de grumeaux insolites qui n'apparaissent jamais lorsqu'on se sert de sang normal. Quelques-uns de ces grumeaux atteignent dans les phlegmasies franches des dimensions assez grandes pour être visibles à l'oeil nu. Au microscope, ils se présentent sous l'apparence d'amas plus ou moins étendus, souvent énormes, que je propose de désigner sous le nom de plaques phlegmasiques. Ils sont constitués par une substance finement granuleuse, parfois même fibrillaire, très visqueuse, dans laquelle se trouvent englués des hématoblastes rétractés par le réactif. De plus, à cette matière visqueuse, adhère un nombre variable de globules blancs et d'hématies.

Tels sont les caractères anatomiques du sang dans les phlegmasies franches aiguës. Ces caractères varient nécessairement suivant les différentes maladies phlegmasiques, et, pour chacune d'elles, suivant les époques de son évolution.

En pratiquant l'examen tous les jours, dans une maladie donnée, on peut suivre la marche de l'altération sanguine et rechercher ainsi quels sont les caractères communs et, par suite, caractéristiques des phlegmasies ; quelles sont aussi les particularités anatomiques répondant aux différents stades du processus inflammatoire.

Les caractères les plus constants, ceux qui peuvent faire diagnostiquer par l'exa-


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men du sang une lésion inflammatoire, consistent, d'une part, dans la disposition particulière des piles et, d'autre part, dans l'apparition d'un réticulum devenant facilement visible, à cause de l'épaississement des fibrilles qui le constituent. La production des grumeaux qui se forment lorsqu'on traite le sang par le liquide A, et que je désigne sous le nom de plaques pblegmasiques, peut être également considérée comme un caractère constant du sang dans les phlegmasies.

Les particularités anatomiques qui varient le plus sont celles qui résultent des modifications dans le nombre et dans l'arrangement des hématoblastes. Les variations dont il s'agit sont liées, d'une part, à l'évolution du processus inflammatoire, de l'autre aux différentes variétés de ce processus. Nous ne pouvons ici décrire en détail les différents types anatomiques qui en résultent. Nous n'indiquerons que le fait le plus important à connaître, tant au point de vue de l'évolution sanguine qu'au point de vue clinique, à savoir : celui que nous avons décrit, dans un travail antérieur, sous le nom de Crise hématique (1).

Dans une maladie aiguë franche comme la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, on voit tout à coup, au moment de la défervescence, le nombre des hématoblastes augmenter d'une manière considérable. Ce phénomène, qui précède la réparation rapide du sang dans les courtes convalescences, constitue la crise hématique. Elle se fait brusquement comme la crise thermique elle-même. Le sang, examiné en couche mince, contient alors des amas d'hématoblastes plus ou moins volumineux, atteignant quelquefois 10, 20, jusqu'à 40 fi de diamètre. Gomme, à cette époque, le réticulum fibrineux est encore très épais, ces amas se hérissent de fibrilles en forme de pointes et sont transformés ainsi, après la coagulation, en boules épineuses.

Dans les préparations de sang faites un peu plus tard (vingt-quatre à quarantehuit heures après l'apparition des boules épineuses), les hématoblastes étant plus avancés dans leur développement, et ne contenant probablement plus autant de matière transformable en fibrine, se groupent sous la forme d'amas, souvent très étendus, dans lesquels les éléments conservent pendant longtemps leur individualité propre, tandis qu'en dehors de ces circonstances, ils se transforment rapidement en blocs d'aspect céroïde, formés par la fusion complète de tous les éléments constituants. Ces amas d'hématoblastes intermédiaires de la période critique des phlegmasies aiguës ne se transforment plus en boules épineuses, mais ils conservent cependant des rapports étroits avec le réticulum fibrineux. Dans les cas qui doivent se terminer rapidement par la guérison, ils deviennent de moins en moins étendus. Le réticulum fibrineux s'affaiblit de jour en jour et le sang reprend pro(1)

pro(1) sur la réparation du sang à la suite des maladies aiguës, lue à l'Académie de médecine, le 2 décembre 1879. (France médicale, n* 5, 1880.)


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gressivement, lentement, ses caractères normaux. Il n'est pas rare, dans la pneumonie et le rhumatisme, que nous avons pris comme exemple, de retrouver encore quelques-uns des caractères du sang phlegmasique huit, dix, douze jours après la défervescence.

Les caractères phlegmasiques du sang n'appartiennent pas en propre aux phlegmasies franches : on les retrouve dans toutes les inflammations symptomatiques, comme, par exemple, celles qui compliquent les formes communes de la tuberculose. De même les phlegmasies qui surviennent dans le cours d'une maladie quelconque s'accompagnent de modifications du sang analogues ; de sorte que, dans le cours de la Qèvre typhoïde, par exemple, l'apparition des caractères phlegmasiques du sang pourra faire soupçonner l'existence d'une complication inflammatoire.

Les phlegmasies aiguës ne sont pas seules à retentir ainsi sur le sang, les altérations que nous venons de décrire dans ce liquide existent aussi, quoique moins marquées, dans les phlegmasies chroniques, et elles persistent aussi longtemps que le processus inflammatoire est en activité. D'autre part, les inflammations de surface, avec exsudats fibrineux ou purulents, ne sont pas les seules qui modifient le sang. Les phlegmasies dites parenchymateuses, telles que la néphrite dans ses diverses formes, déterminent également l'apparition d'un réliculum épaissi dont l'importance varie suivant l'activité plusou moins grande du processus inflammatoire.

On voit donc que les modifications du sang, dans les phlegmasies, ne sont pas en rapport avec la cause ou la nature de la maladie; elles doivent être considérées comme un des caractères anatomiques du processus inflammatoire. Elles paraissent être en rapport avec l'étendue et l'intensité de la lésion, et dans une certaine mesure avec les modalités du processus inflammatoire lui-même. Sur ce dernier point, mes observations ne sont pas encore suffisamment nombreuses pour que je puisse entrer dans de plus grands détails.

Ces particularités anatomiques peuvent être d'une utilité incontestable lorsqu'il s'agit de faire le diagnostic d'une maladie obscure quelconque. C'est ainsi, par exemple, que l'on peut être mis sur la voie d'une complication survenant dans le cours d'une pyrexie ou bien même rectifier une erreur de diagnostic. Je fus un jour prié d'examiner une femme récemment accouchée, présentant tous les signes d'une manie puerpérale. Il s'agissait de savoir jusqu'à quel point son état d'anémie pouvait expliquer le délire. L'examen du sang révéla la présence dans le mélange, préparé pour la numération, de nombreuses plaques phlegmasiques, et l'examen du sang pur fil constater un épaississement du réticulum et une'augmentation des globules blancs. Il existait donc très certainement uïi'e maladie infiatri-


matoire, et, en effet, l'on découvrit chez cette malade une pelvi-péritonite suppurée. Récemment, un de mes externes, M. Cadet, rompu à l'examen du sang, fut chargé d'examiner une femme accouchée également depuis peu et qui paraissait atteinte d'une fièvre typhoïde. L'examen du sang lui permit d'affirmer l'existence d'une affection inflammatoire, et, quelques jours après, l'autopsie révélait l'existence d'une phlébite suppurée des sinus utérins.

Il est également possible de se fonder sur la marche des altérations du sang, au moins dans certains cas, pour formuler un pronostic. Quand par exemple, à la suite d'une pneumonie, la crise hématique au lieu d'être brusque et passagère, reste traînante, on peut soupçonner une complication quelconque (pneumonie chronique, pleurésie), et si le sang présente pendant longtemps des amas d'hématoblastes volumineux, il sera légitime de songer à la possibilité de lésions inflammatoires symptomatiques de la tuberculose.

Phlegmnsies spécifiques. — Dans les inflammations qui sont dues à une cause spécifique, et dont les caractères nosologiques sont encore mal déterminés, tels que l'érysipèle de la face, que quelques auteurs ont assimilé à une pyrexie infectieuse, les caractères phlegmasiques du sang sont encore proportionnels à l'intensité des phénomènes locaux. Ils ne font défaut que dans les formes frustes, apyrétiques ou presque apyrétiques, dans lesquelles l'altération de la peau est semblable à celle d'un simple érythème. On doit donc considérer l'ensemble des modifications anatomiques du sang, dans les phlegmasies, comme un des caractères nosologiques permettant de différencier ces maladies des pyrexies. Pour prendre un exemple, on pourrait certainement mettre ces caractères du sang en tête des arguments à faire valoir contre l'hypothèse de la fièvre pneumonique qui a conquis dans ces derniers temps toute une série de nouveaux partisans. Les lésions du sang dans une maladie franchement inflammatoire comme la pneumonie, diffèrent complètement, depuis le début de l'évolution morbide jusqu'à sa fin, de celles d'une pyrexie typique comme la fièvre continue, et un tel fait nous parait avoir une signification trop considérable au point de vue de la physiologie pathologique des maladies, pour qu'il n'en soit pas tenu un compte sérieux en nosologie.

B. Maladies hémorrhagipares. — Après les phlegmasies, les maladies hémorrhagipares sont celles dans lesquelles j'ai trouvé le plus ordinairement une augmentation de la fibrine. Cette particularité existait dans 3 cas de scorbut, 2 cas de purpura hemorrhagica, 1 cas d'hémoglobinurie. Elle a fait défaut chez plusieurs malades atteints de purpura simplex et chez un hémophylique qui avait des épistaxis très abondantes. Dans le scorbut, le sang présente des caractères un peu particuliers, résultant surtout du nombre élevé des hématoblastes. Il ressemble beaucoup à celui des phlegmasies chroniques, anciennes* primitives ou symptoma-


tiques. On trouve d'ailleurs dans le scorbut des lésions diverses qui peuvent être considérées comme des phlegmasies subaiguës ou chroniques, particulièrement des inflammations chroniques ou diffuses des muscles, développées dans le voisinage des épanchements sanguins, ainsi que de la sclérose du tissu cellulaire souscutané dans les membres infiltrés et indurés. On ne pourrait donc pas dire que dans cette maladie le phénomène hémorrhagie est la cause de l'état du sang; il est plus naturel de rattacher celui-ci aux lésions inflammatoires. L'épaississement du réticulum fibrineux paraît d'ailleurs proportionnel à l'étendue et à l'intensité des lésions locales; c'est ainsi que dans un cas récemment observé dans le service de mon collègue M. Dujardin-Beaumetz, les lésions phlegmasiques locales étant peu manifestes et peu étendues, le sang présenta des modifications phlegmasiques peu sensibles.

Le purpura hemorrhagica est, on le sait, une maladie aiguë dans laquelle on a trouvé souvent des altérations inflammatoires. Il serait donc également impossible de rapporter dans cette maladie l'état phlegmasique du sang au phénomène hémorrhagie.

On peut se demander encore s'il n'existe pas d'autres circonstances pathologiques dans lesquelles on puisse observer une augmentation de la fibrine, indépendante de toute lésion inflammatoire. C'est là un point important, si l'on veut arriver-à fixer la valeur diagnostique des caractères phlegmasiques du sang. L'ictère constitue la seule condition pathologique dans laquelle j'aie observé cet état du sang. Ici encore, il existait dans tous les cas des altérations phlegmasiques : catarrhe des voies biliaires, cirrhose hépatique, périhépatite, cholélithiase, cancer du pancréas avec compression et irritation des voies biliaires. D'ailleurs, l'absence des caractères phlegmasiques du sang dans certains cas d'ictère simple montre que la présence de la matière colorante de la bile dans le sang n'est pas la cause de l'épaississement du réticulum fibrineux dans les maladies avec ictère, et qu'il est nécessaire d'invoquer en outre les altérations anatomiques de nature inflammatoire, qui sont soit la cause de l'ictère, soit la conséquence de la maladie dont dépend ce symptôme.

C. Modifications du processus de coagulation dans lespyrexies. — En examinant le sang en couche mince, comme nous l'avons fait tout à l'heure dans les maladies inflammatoires, on n'observe en général, dans les pyrexies, aucune altération apparente de ce liquide. On croirait que la préparation a été faite à l'aide de sang normal; de sorte qu'au début d'une maladie aiguë avec fièvre, lorsque le sang conserve en apparence ses caractères normaux, il est permis de diagnostiquer une pyrexie. Il importe toutefois de savoir qu'une autre maladie aiguë se comporte habituellement, sous ce rapport, comme les pyrexies, nous voulons parler de la tuberculose aiguë.

Pour se rendre compte des altérations anatomiques du sang dans les fièvres, l'examen du sang pur en couche mince n'est pas suffisant. Il faut faire intervenir


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le dénombrement des éléments du sang. On obtient ainsi un certain nombre de caractères particuliers qui diffèrent suivant chaque pyrexie. Dans la fièvre typhoïde, par exemple, on remarque contrairement à ce qui est admis par la plupart des auteurs, une diminution plus ou moins sensible dans le nombre des globules blancs. De plus, le nombre des hématoblastes d'abord à peu près normal au début de la maladie, va en diminuant d'une manière irrégulière jusqu'à l'époque de la défervescence. Le réticulum fibrineux reste invisible comme dans le sang normal, et à l'aide du liquide A, il ne se forme pas de plaques phlegmasiques. Lors donc qu'on voit apparaître dans le cours d'une fièvre typhoïde un épaississement du réticulum, on peut soupçonner l'existence d'une complication inflammatoire, complication qui est constituée, tantôt par l'exagération d'une des lésions habituelles de la maladie, tantôt par une lésion surajoutée. Il est rare cependant, même lorsqu'il s'agit d'une pneumonie fibrineuse, d'observer des caractères phlegmasiques aussi nets que dans les phlegmasies primitives; presque toujours ces caractères sont atténués par le fait de la maladie principale.

Il n'existe donc pas dans la fièvre typhoïde une altération anatomique caractéristique du sang. Mais on voit qu'il s'y produit une sorte d'arrêt dans la formation des éléments flgurés. Cette suspension, probablement relative dans la production des globules rouges et des globules blancs, prend fin à l'époque de la défervescence et l'on peut observer alors, comme dans les phlegmasies, une crise hématique. Mais celle-ci, au lieu d'être brusque et en quelque sorte aiguë, comme dans les phlegmasies, a lieu comme la crise thermique elle-même, d'une manière traînante et saccadée (1).

Dans les fièvres éruptives, les caractères du sang sont à peu près les mêmes que dans la fièvre typhoïde, c'est-à-dire négatifs, au point de vue des modifications apparentes de la fibrine. Mais comme ces fièvres comptent au nombre de leurs manifestations régulières des lésions congestives, exsudatives ou même franchement inflammatoires, elles ne parcourent pas toutes leurs phases sans que le sang ne présente à certains moments les caractères plus ou moins accentués du sang phlegmasique. C'est ce qu'on observe notamment dans la rougeole et la scarlatine, non pas au moment de l'éruption, comme on pourrait s'y attendre, mais à l'époque de la desquamation. Dans la variole, les caractères phlegmasiques apparaissent dans la période de suppuration et sont en général très accusés.

D. Modifications du processus de coagulation dans les cachexies.—Il est très difficile de dire au juste quand commence l'état dit cachectique. Parmi les signes qui servent à le reconnaître, on pourrait croire que ceux qui sont relatifs aux lésions du sang

(l) Voir note déjà citée : « Sur la réparation du sang à la suite des maladies aiguès. »


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doivent être les premiers en date. Certes, chez tous les individus atteints de maladies chroniques, qui sont pour ainsi dire sur la pente de la cachexie, l'état du sang est loin d'être normal. Mais quelle est la lésion particulière de ce liquide, capable de caractériser la cachexie? Telle est la question qui nous paraît être insoluble. En effet, chez les individus atteints, par exemple, de cancer au début, les modifications du sang sont communes à un certain nombre d'autres états morbides et en particulier à lous ceux qui s'accompagnent d'un certain degré d'anémie. On peut cependant dire que l'état cachectique produit dans le sang des altérations particulières et caractéristiques, mais ces altérations n'acquièrent souvent de valeur qu'à une période déjà avancée de la cachexie. Tout d'abord, comme il y a toujours un degré plus ou moins marqué d'anémie, on note dans le sang pur une diminution relative, plus ou moins grande, dans l'étendue des piles, ainsi que des altérations de forme et de couleur des globules rouges comme on en voit dans toutes les anémies. Puis, dans les larges espaces plasmatiques, on remarque une augmentation très sensible dans le nombre des hématoblastes, tant isolés qu'agminés. Ces derniers forment des amas très irréguliers, quelquefois volumineux, au milieu desquels on reconnaît souvent des hématoblastes de grande taille, nettement colorés, s'altérant moins rapidement que les autres au moment de la coagulation et présentant les caractères des éléments intermédiaires entre les hématoblastes et les globules rouges. Si la cachexie est le résultat d'une altération organique, non inflammatoire, malgré cette augmentation des hématoblastes, on ne voit pas se dessiner de réticulum fibrineux. Mais en faisant une préparation du sang avec le liquide A, il se forme assez souvent des grumeaux analogues, mais non semblables, à ceux que nous avons déjà décrits sous le nom de plaques phlegmasiques. Vus au microscope, ces amas particuliers, pour lesquels nous proposons le nom de plaques cachectiques, sont constitués par une matière plus ou moins fortement granuleuse dans laquelle se trouvent englués un certain nombre d'hématoblastes et un petit nombre de globules blancs et de globules rouges. Ces plaques se différencient des phlegmasiques par quelques-uns de leurs caractères. Elles sont, en général, moins étendues, et leur bord est plus nettement délimité ; la plupart des hématoblastes qu'elles contiennent sont volumiueux, et la matière qui les compose est plutôt granuleuse quefibrillaire; enfin elles sont moins visqueuses, et, par suite, elles ont une plus faible tendance, au moment où Ton effectue le mélange sanguin, à entraîner les globules rouges et les globules blancs voisins.

Lorsque l'état cachectique est lié à une affection chronique de nature inflammatoire ou lorsqu'il se complique d'une lésion phlegmasique quelconque, ce qui arrive d'ailleurs fréquemment, les caractères du sang deviennent mixtes, c'est-à-dire qu'en outre des modifications que nous avons signalées dans la disposition des piles de globules rouges et des hématoblastes, il existe une augmentation plus ou moins accentuée dans le nombre des globules blancs et un épaississement du réticulum qui


devientfalprs plus visible.qu'à l'état normal. Ainsi se trouve constitué un type particulier, déjà décrit plus haut à propos du scorbut, et auquel conviendrait le nom de sang phlegmaso-cachectique. Ou retrouve ce type dans les cachexies qui résultent des affections chroniques des jointures (rhumatisme articulaire chronique, goutte chronique); dans la cachexie rénale, dans certains cas de cachexie cardiaque. Dans toutes ces circonstances, le réticulum fibrineux se montre d'autant plus net que la phlegmasie est plus intense et plus étendue, particularité qui permet de suivre facilement la marche irrégulière des lésions inflammatoires et d'apprécier l'état alternatif d'activité ou de silence de ces lésions.

Lorsqu'on étudie ce type particulier de sang par le procédé du lavage, on obtient des préparations dans lesquelles il existe presque toujours des amas d'hématoblastes extrêmement étendus, composés d'un très grand nombre d'éléments. On observe en outre des globules blancs étalés en plaques irrégulières aux angles desquelles adhèrent des prolongements fibrillaires appartenant au réticulum, disposition que nous avons déjà mentionnée à l'occasion des altérations du sang dans les phlegmasies.

L'étude du sang se trouve complétée par le dénombrement des éléments anatomiques, lequel montre que les amas d'hématoblastes, signalés dans le sang pur, répondent à une augmentation, relative ou absolue, souvent considérable dans le nombre de ces éléments. Ceux-ci peuvent atteindre dans ces circonstances le chiffre dé 700,000 et même le dépasser. Dans un cas de cachexie rénale, liée à un mal deBright, j'ai pu compter, par exemple, environ 900,000 hématoblastes. Lorsqu'en même temps il y a diminution dans le nombre des globules rouges, il peut arriver que ces éléments soient à peine plus nombreux que les hématoblastes. Il est probable que dans l'anémie chronique extrême (dite pernicieuse progressive), le nombre de ces petits corpuscules peut, dans certains cas, être plus abondant que celui des hématies, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de faire la numération des hématoblastes en pareille circonstance. J'en juge non-seulement par analogie, mais aussi par la présence, dans mes préparations de sang, faites par dessiccation, d'amas hémaloblastiques extrêmement étendus (préparations que j'ai recueillies à une époque antérieure à mes recherches sur les hématoblastes).

Puisque nous faisons intervenir ici la notion du nombre des hématoblastes, il nous paraît intéressant de faire remarquer que l'accumulation de ces éléments dans le sang s'observe à l'état pathologique dans les deux conditions suivantes :

1° Lorsque à la suite d'une affection aiguë ou d'une perte sanguine le sang se répare rapidement ;

2» Lorsque dans une maladie chronique quelconque l'évolution du sang est anomale et que la transformation des hématoblastes en globules rouges se trouve par suite plus ou moins entravée.


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Dans ces deux circonstances, l'examen anatomique du sang permet de suivre d'une manière nette et précise les différentes phases de l'évolution des hématies, et dans une seule préparation de ce liquide, souvent dans un même champ microscopique, il est aisé de voir toutes les formes anatomiques par lesquelles passent le plus petit et le plus délicat des hématoblastes pour constituer un globule rouge parfait. Les formes intermédiaires ou de passage, rares dans le sang normal, sont alors très nombreuses. Mais si dans ces deux circonstances opposées la même accumulation des hématoblastes se produit, il existe une différence profonde dans la manière dont ce phénomène se comporte dans l'un et l'autre cas. En effet, tandis que dans le premier il est transitoire, dans l'autre, au contraire, il est permanent. Dans le premier cas, il s'agit d'une poussée d'hématoblastes, précédant la formation de nouveaux éléments; dans le second, d'une entrave plus ou moins définitive au développement normal des hématies.

Pour achever le tableau des caractères du sang dans les cachexies, nous dirons que chez les malades extrêmement affaiblis, incapables de s'alimenter, le nombre des hématoblastes, après avoir été parfois très élevé, diminue de jour en jour, et que ce fait peut être considéré comme le présage d'une mort prochaine.

Au point de vue de la valeur diagnostique, les altérations cachectiques du sang ont une signification générale; elles ne conduisent pas à la connaissance de la maladie qui produit la cachexie. Nous ferons remarquer cependant que le type phlegmaso-cachectique peut, dans les cas douteux, faire admettre une altération inflammatoire plutôt qu'une lésion organique.


RECHERCHES

SDR

LES ÉPANCHEMENTS CHYLIFORMES

DES CAVITÉS SÉREUSES Communication faite à la Société médicale des hôpitaux

DANS LA SÉANCE DU 27 MAI 1881 PAR

Le Docteur M. DEBOVE

Agrégé à la Faculté de médecine Médecin de Bicêire

Il y a un mois, nous avions l'honneur de présenter à la Société médicale des hôpitaux les pièces anatomiques provenant d'un malade mort la veille dans notre service. Il s'agissait d'un cas de pleurésie avec épanchement contenant une forte proportion de graisse émulsionnée. Depuis celte époque, nous avons comparé notre observation à d'autres publiées sous divers titres (épanchement chyleux de la plèvre, pleurésie purulente avec transformation graisseuse, etc.) et à des affections semblables des autres grandes cavités séreuses. Peu à peu les remarques qui devaient accompagner notre observation ont pris un développement plus considérable, et sont devenues un mémoire plus volumineux que ne le comportait le fait que nous avions soumis à votre examen; nous avons pensé que vous voudriez bien nous en excuser, car il s'agit d'un sujet encore peu connu.

Voici l'observation qui a été le point de départ de nos recherches.

Observation personnelle. — Le nommé L..., âgé de 63 ans, nous raconte qu'il y a trois mois il prit froid dans le courant de la journée, et que dans la soirée et la nuit qui suivirent il eut des frissons. A partir de celte époque, il fut oppressé, la toux devint fréquente, des palpitations survenaient facilement. Ces phénomènes augmentant, le malade entra à l'infirmerie de Bicètre le samedi 16 avril. Nous le voyons pour la première fois le lundi 18.

MÉM. k


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L... est très affaibli, sa voix presque éteinte, son état général mauvais, ses extrémités sont froides et ont une teinte asphyxique.

La dyspnée est intense, les palpitations sont pénibles, le pouls est petit, fréquent, régulier, très faible. '

La pointe du coeur bat dans le cinquième espace intercostal gauche près du sternum.

La matité est complète du côté gauche du thorax, il n'y a même pas de bruit skodique. Absence de vibrations thoraciques, de murmure respiratoire. Pas de pectoriloquie aphone. Vers la racine du poumon, en arrière, on entend du souffle.

Le diagnostic ne paraissait présenter aucune difficulté, il s'agissait d'une pleurésie avec épanchement considérable. Il semblait indiqué d'évacuer le liquide, mais la situation du malade était telle que nous hésitons, craignant de faire une opération inutile, d'accélérer la mort par une intervention chirurgicale.

Le lendemain 19 avril, le malade est dans une situation analogue ; nous nous décidons, néanmoins, à pratiquer la thoracentèse, sans nous dissimuler les dangers qu'elle pouvait présenter.

Nous ponctionnons avec l'appareil de M. Potain, et nous avions extrait environ trois quarts de litre d'un liquide jaunâtre ressemblant à une émulsion, lorsque le malade se plaignit d'oppression, pâlit, et, au bout de quelques instants, fut pris d'une syncope mortelle.

Nous aurions voulu donner une observation plus complète, mais croyant avoir affaire à une pleurésie ordinaire, classique, nous avions recueilli seulement quelques notes sur notre malade ; sa mort subite ne nous permet pas de les compléter.

Le liquide extrait par la ponction est jaunâtre, opaque, à un examen superficiel on le prendrait pour un liquide purulent, mais il ressemble exactement à une émulsion, il contient en outre des paillettes micacées. Son odeur est nulle, sa réaction alcaline, sa densité 1,025. Examiné au microscope, il présente de nombreuses granulations graisseuses d'une grande finesse et quelques gouttelettes graisseuses plus volumineuses ; les unes et les autres sont entièrement solubles dans l'éther. On y trouve encore une très grande quantité de cristaux de choleslérine qui forment par places de véritables amoncellements. Il ne contient pas de globules sanguins, mais un petit nombre de globules blancs, l'altération graisseuse de ces derniers est peu prononcée, et ils sont si rares, qu'il faut faire plusieurs préparations pour en trouver un seul.

Par le repos il ne s'est pas formé de couche crémeuse à la surface du liquide, et il n'y eut pas de coagulum indiquant la présence de fibrine. Une portion du liquide conservé dans un verre à expérience, ne présentait pas encore, quinze jours après la ponction, d'altération bien manifeste, n'avait pas d'odeur; ses caractères microscopiques étaient les mêmes, on y rencontrait seulement quelques organismes inférieurs.

Nous avons prié notre excellent ami M. Yvon de vouloir bien faire une analyse de ce liquide; en voici les résultats :


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! Albumine coagulable. . . 68 g' 00

Cholestérine 3 g' 80

„„,;,,„„ „„„„„„„ Q „, ,,n

Matières grasses 3 g aO

Matières azotées 1 g' 50

Matières minérales 7 gr 10

Eau 13 g' 62

Matières non dosées, pertes 2 gr 58

1000 g' 00

L'autopsie fut faite vingt-quatre heures après la mort. On ne constata aucune lésion du cerveau, du foie, des reins, de la rate, du coeur ni du poumon, sauf que le coeur était déplacé et refoulé vers la ligne médiane, le poumon gauche refoulé vers la partie supérieure du thorax et aplati contre la colonne vertébrale.

L'épanchement était de deux litres (ce qui fait trois litres, si nous tenons compte du liquide évacué par la ponction). Il présentait des caractères identiques à ceux que nous avons indiqués précédemment.

Il était contenu dans une poche qui, dans toute son étendue, se confondait avec la plèvre. Cette paroi avait une épaisseur de plusieurs millimètres, était formée de plusieurs couches superposées ; sa couleur était jaunâtre, semblable à celle du tissu jaune élastique. Elle rappelait l'aspect d'une aorte légèrement athéromateuse, et vous avez tous été frappés de cette ressemblance.

Nous avons pratiqué des coupes minces de cette paroi épaisse, afin d'en connaître la structure histologique. Elle était formée de couches fibreuses et stratifiées, comme il s'en forme fréquemment à la surface de divers viscères, et notamment de la rate. Ces diverses couches contenaient dans leur intervalle de fines granulations graisseuses semblables à celles de l'épanchement, d'où la coloration jaune de la membrane; en certains points, elles étaient beaucoup plus abondantes et formaient à la surface de véritables taches. Ces trois caractères, couches stratifiées, coloration jaune, taches jaunes, expliquent la ressemblance si frappante de notre membrane avec une aorte légèrement athéromateuse.

La cavité pleurale ne contenait ni néo-membranes, ni fausses membranes, ni flocons fibrineux en suspension dans le liquide ; sa paroi, absolument lisse, ne présentait aucune trace d'ulcération, et, en raison de son épaisseur, elle a pu être enlevée dans toute son étendue, examinée avec soin, et nous avons spécialement noté l'absence de toute lésion pouvant faire croire qu'il y eût un orifice établissant une communication de la plèvre et du canal thoracique. Le médiastin était absolument normal.

Quel nom donner à cet épanchemenl? Le mol graisseux ne convient pas; il existe, en effet, des observations d'épanchements tenant en suspension de grosses gouttelettes graisseuses et qu'on peut ainsi désigner ; le nôtre est surtout caractérisé par l'état d'émulsion de la graisse, qui lui donne un aspect rappelant


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celui du chyle; aussi croyons-nous pouvoir lui appliquer la dénomination de chyHforme; cette expression nous parait préférable à celle de chyleuse, impliquant une théorie que nous aurons à discuter.

Diverses observations nous semblent devoir être rapprochées de la nôtre, quoiqu'elles aient été interprétées d'une façon différente. La plus complète est celle donnée par Quincke (1) dans un mémoire des plus intéressants; elle est intitulée : Épanchement de chyle dans la cavité pleurale droite. Nous la résumons :

Obs. de Quincke. — UD homme âgé de 50 ans fut, le 28 décembre 1874, renversé par une voiture. Il put rentrer chez lui et fut soigné par un médecin. Au bout de huit jours, il entre à l'hôpital, à cause d'un épanchement pleurélique.

Le deuxième jour de la maladie, on lira de la plèvre droite 1,800 c. c. de liquide.

Le liquide, d'abord rougeâlre par le mélange d'une pelite quantité de sang, qui se précipita au fond du vase, se présenta ensuite sous forme d'un liquide blanchâtre, laiteux ; à sa surface, il se forma une couche crémeuse de 1 millimètre d'épaisseur; au microscope, on y reconnut de fines granulations graisseuses et l'on diagnostiqua la rupture d'un vaisseau chylifère dans la plèvre. Il se développa un oedème limité d'abord au point ponctionné, et qui s'étendit ensuite à toute la moitié droite du tronc et la partie supérieure de la cuisse. La peau était légèrement rouge. En enfonçant une canule dans le tissu cellulaire sous-cutané, il s'écoula goutte à goutte (100 centimètres cubes environ pendant une heure) un liquide laiteux, un peu plus transparent que le liquide pleural, et qui présentait les mêmes caractères.

L'épanchement se reforma, et l'on dut pratiquer une nouvelle ponction le dix-neuvième jour; on évacua 3,200 cenlim. cubes d'un liquide laiteux.

L'épanchement se reforme encore très rapidement; le vingt et unième jour, on extrait 1,000 centim. cubes de liquide laiteux, et le malade meurt dans le collapsus.

Autopsie. — Dans la plèvre gauche, sept litres de liquide laiteux. La plèvre a gardé sa transparence, ne présente ni injection, ni coloration anomale, ni épaississemenl.

En comprimant le long de la colonne vertébrale, on ne peut nulle part faire sourdre du chyle dans la cavité pleurale. Le canal thoracique a sou orifice dans la veine sous-clavière droite, est plein de sang coagulé. Sa partie inférieure n'a pu être explorée.

Dans le bassin, entre les anses intestinales, on trouve environ 100 centim. cubes de liquide laiteux.

Malgré les résultats incomplets de Faulopsie, je crois, dit Quincke, pouvoir conclure à l'existence d'une perforation d'un vaisseau chylifère, très probablement du canal thoracique, dans la plèvre droite.

L'état normal de la plèvre, l'absence de douleur, de fièvre, fait exclure l'idée d'une pleurésie.

La cause de l'épanchement fut, d'après Quincke, la rupture d'un chylifère ; dans

(1) Quincke. Veber fettlialtige Transsudaia. Hydrops cliylosus et Hydrops adiposus. ( Deutsches Archiv fur klinische Medicin, 1875, t. XVI, p. 121.)


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les deux observations que nous allons rapporter et qui sont empruntées à M. Noël Gueneau de Mussy(l), il s'agissait, suivant cet éminent clinicien, de pleurésies purulentes anciennes ayant subi une transformation graisseuse.

Première observation de M. N. Gueneau deMussy (résumée). —Général russe âgé de 50 ans. Il fut atteint de pleurésie gauche quinze ans environ avant qu'il vînt me consulter. A ce moment on constatait une dyspnée continue, un oedème malléolaire, un déplacement du coeur. On extrait par une ponction 1,800 à 1,900 grammes d'un liquide puriforme, jaune, opaque, homogène, sans odeur. Le liquide retiré de la cavité pleurale, examiné au microscope, ne renfermait pas un seul leucocyte ; c'était une émulsion de matière grasse.

Quinze jours plus lard, seconde ponction qui Gt écouler 1,700 grammes de liquide identique avec le premier et aussi inodore.

Trois semaines après, nouvelle ponction qui permet d'évacuer la même quantité de liquide.

L'amélioration fonctionnelle s'accentua davantage sans que les signes physiques fussent considérablement modifiés, excepté en ce qui concernait la voussure.

Le malade se trouva tellement soulagé qu'il voulut retourner en Russie, où il succomba plusieurs années après à une affection aiguë.

Deuxième observation de M. N. Gueneau de Mussy (résumée). — X..., 23 ans, serrurier. Trois ans auparavant, hémoptysie très abondante qui avait duré deux jours. Au mois de juin 1867, nouvelle hémoptysie. X... entre à l'Hôtel-Dieu en 1869. Respiration anxieuse, téguments commencent à se cyanoser. Énorme voussure du côté gauche du thorax. Matité de tout le côté gauche de la poitrine; absence de murmure vésiculaire du même côté, etc. Cet ensemble symptomatique ne permettait pas de mettre en doute l'existence d'un énorme épanchement qui distendait le côté gauche du thorax.

Le 8 avril, thoracentèse ; écoulement de deux litres et demi d'un liquide jaune verdâtre, opaque, fluide, sans mélange de flocons ûbrineux, d'une odeur fade très peu accentuée et qui • n'avait aucun caractère aigu ou putride. Le liquide tient en suspension de la matière grasse émulsionnée et de la choleslérine.

Une heure après la thoracentèse, le malade fut pris d'une violente quinte de toux qui, à travers l'ouverture de la ponction, fit sortir encore un demi litre de liquide.

Neuf jours après la première ponction, on en fit une seconde qui donna issue à 1,600 gr. d'un liquide identique au premier.

Neuf jours après cette thoracentèse, on en pratiqua une troisième, par laquelle on retira 1,500 grammes de liquide. Le liquide évacué avait les mêmes caractères extérieurs et microscopiques que celui des ponctions antérieures; ce liquide offrait, il est vrai, toujours les mêmes caractères objectifs, mais peut être était-il un peu plus fluide, et l'on pouvait penser qu'une sécrétion séreuse nouvelle était venue s'ajouter à l'épanchement et en délayer les principes constituants.

Au mois de juin, signes d'induration pulmonaire au sommet. L'épanchement se reforme.

(1) Noël Gueneau de Mussy. Clinique médicale, Paris, 1874,1.1, p. 658 et suiv.


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. Gueneau de Mussy engage le malade à entrer dans le service de M. Fernet pour y subir de nouvelles ponctions. (Nous savons par M. Fernet que ce conseil n'a pas été suivi.)

Nous trouvons dans YAnalornie pathologique de Rokitansky (1) l'observation suivante, malheureusement trop abrégée, mais qui nous semble devoir être rapprochée des précédentes en raison du caractère spécial de l'épanchement. Nous en donnons les passages qui nous intéressent spécialement.

Obs. de Rokitansky. — Femme de 62 ans, avec anasarque et ipanchements laiteux (Milchâhnlich) dans les deux plèvres et dans le péritoine, avec dilatation et hypertrophie du coeur, épaississement et raccourcissement de la valvule mitrale. — Les villosités intestinales étaient injectées en blanc. Les lymphatiques sous-pleuraux du poumon, les chylifères et le canal thoracique étaient dilatés par une matière blanchâtre savonneuse, composée de granulations graisseuses, de gouttes de graisse, de crislaux de margarine. Cette masse suifeuse adhérait à la paroi des vaisseaux.

Nous joignons à ces faits celui que notre collègue M. Zuber s'est rappelé avoir observé, et dont il vous a entretenus lorsque nous avons présenté les pièces anatomiques provenant de notre malade.

Obs. de M. Zuber. — Épanchement pleurélique chez un phthisique arrivé à la dernière période de sa maladie. Ponction quelques jours avant la mort. Matières grasses sans pus donnant à l'épanchement un aspect particulier.

Toutes les observations d'épanchements pleurétiques que nous venons de rapporter ont ce caractère commun : le liquide qui les constitue ressemble grossièrement à un liquide purulent, très exactement à une émulsion; l'examen microscopique fait reconnaître qu'il doit son aspect à un nombre considérable de granulations graisseuses. Il a, en un mot, les caractères macroscopiques et microscopiques du chyle. '

Trois opinions peuvent être émises sur sa nature: il est le résultat d'une transformation de globules de pus, d'un épanchement de chyle, ou bien il constitue une variété spéciale d'épanchement distinct des épanchements séreux, séro-fibrineux et purulents.

La première opinion est soutenue par M. N. Gueneau de Mussy. Pour ce distingué clinicien, la matière grasse émulsionnée provient d'une destruction des globules purulents, et sa présence indique une pleurésie purulente de date très ancienne.

Cette théorie nous semble soulever de sérieuses objections. Le pus de la pleurésie et des abcès en général peut subir l'altération graisseuse, et celte graisse peut devenir libre, mais elle ne se présente pas sous forme d'une fine émulsion, et il

(1) Rokitansky, Lehrbuch dtr ■palhologischen Analomie. (Dritte Auflage, L II, p. 388.)


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est difficile d'admettre que la destruction des globules purulents ait été telle qu'il n'en reste plus qui viennent, pour ainsi dire, témoigner de l'origine de l'épanchement. Au point de vue clinique, il faut remarquer que les phénomènes généraux n'ont nullement indiqué une pleurésie purulente et qu'ils ne se sont même pas produits lorsque 1 epanchement se reformait à la suite de ponctions évacuatrices.

Dans la seconde observation do M. N. Gueneau de Mussy, il sortit par la plaie un demi-litre de liquide à la sukr de la première thoracentèse. Si la pleurésie avait été purulente, n'y aurait-il pas eu une fistule thoracique?

L'épanchement, en se reformant, conserve dans les deux observations de M. Gueneau absolument les mêmes caractères. Dans l'épanchement nouveau, le pus n'aurait pas eu le temps de subir la transformation graisseuse. Pressentant cette objection, M. Gueneau de Mussy admet que de nouvelles quantités de liquide séreux ont dilué ce qui restait de l'ancien epanchement et peut-être, dit-il, le liquide évacué était-il un peu plus fluide. Il nous semble que, dans la théorie de M. Gueneau, le liquide aurait dû être beaucoup plus fluide après une troisième ponction.

La deuxième théorie est celle invoquée par Quincke. La cause de l'épanchement serait une rupture du canal thoracique.

Nous ne nions pas la possibilité d'épanchement de chyle dans la plèvre, mais lorsque nous cherchons des observations démonstratives, nous n'en trouvons qu'une seule, empruntée à Bass, et que nous rapportons pour ne pas être accusé de laisser de côté les faits contraires aux idées que nous soutenons.

Celte observation a été attribuée à tort par Van Swieten à Donald Monro, elle est seulement citée en note par cet auteur qui l'a empruntée à Bass. N'ayant pu nous procurer le texte original, nous empruntons notre citation à Monro (1).

Obs. de Bass. — Après la mort d'un homme à qui on avait tiré de la poitrine une très grande quantité de liqueur cliyleuse OD fit l'ouverture du cadavre. On trouva vers la troisième ou quatrième vertèbre une petite ouverture d'où sortait la matière cliyleuse. En soufflant dans la partie inférieure du canal llioracique à l'endroit où il part du réservoir du chyle, l'air sortit sans qu'on s'y attendît par l'ouverture dont on vient de parler; celle liqueur blanche et cliyleuse se coagulait par le sel de tartre et non par l'esprit de vitriol.

Cette observation est bien ancienne et trop peu précise pour qu'on puisse l'admettre sans critique. Nous ignorons quelle était la cause de la plaie du canal thoracique.

(1) Donald Monro. Essay on Dropsy ; traduction française, Paris, 1789, in-12. Note du chapitre intitulé : Des causes de l'hydropisie.


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Était-elle d'origine traumatique, consécutive à quelque lésion de la plèvre ou du médiastin, ou bien le fait d'une déchirure faite à l'autopsie? Ce sont là autant de questions impossibles à résoudre avec le texte que nous avons sous les yeux.

Dans les trois observations avec autopsies que nous avons rapportées, le fait de Quincke, de Rokitansky et le nôtre, il n'y avait point de ûstule établissant une communication entre le canal thoracique et la plèvre.

Quincke admet l'existence de cette communication en se basant sur le traumatisme cause de l'épanchement et sur la nature du liquide épanché ; mais, à l'autopsie, il n'a pu démontrer cette lésion toute hypothétique.

Dans le fait de Rokitansky, cette communication était impossible, tout le canal thoracique et une grande partie des chylifères étaient oblitérés, et la nature môme de la matière suifeuse qui les distendait prouve que leur oblitération remontait déjà à une période assez ancienne.

Dans l'observation de Quincke, il y avait épanchement de liquide laiteux dans une plèvre et dans le péritoine, dans celle de Rokitansky dans les deux plèvres et dans le péritoine. Quincke, ne pouvant admettre l'existence d'une lésion des chylifères de l'abdomen, admet que le chyle épanché dans la plèvre a pénétré dans l'abdomen par les voies lymphatiques du diaphragme. Si les communications étaient aussi faciles d'une séreuse à l'autre, la plupart des pleurésies ne devraient-elles pas s'accompagner de péritonite et les péritonites de pleurésie? Il nous paraît plus rationnel d'admettre que, sous l'influence d'une même cause générale, des épanchements de même nature se sont formés dans les diverses cavités séreuses.

Du reste, notre observation montre qu'un épanchement d'apparence chyleuse peut se former dans la plèvre en dehors de toute lésion du canal thoracique. L'épaississement de la plèvre, son aspect lisse, l'absence de toute néo-membrane, rendait chez notre malade cet examen particulièrement facile.

Nous allons invoquer, à l'appui de notre façon de voir, les épanchements chyleux de l'abdomen et de la tunique vaginale du testicule, on verra qu'ici encore la lésion des chylifères, amenant un épanchement de chyle, est plus qu'hypothétique.

Obs. de Morton (1). — Enfant de 2 ans à qui l'on tira par la paracentèse abdominale plusieurs litres de liquide lactescent semblable à du chyle. A l'autopsie, compression du canal thoracique par des ganglions qui rendaient difficile le passage du chyle dans le sang.

Obs. de Saviard (2). — Péritonite tuberculeuse (du moins c'est le diagnostic que nous avons cru pouvoir faire après lecture de l'observation). En neuf mois, on tire 306 pintes

(1) Morton. Phtkisiologie, livre I, chap. X.

(2) Saviard. Nouveau recueil d'observations chirurgicales, Paris, 1701. Obs. CXI.


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(294 litres) de liquide chyleux. A l'autopsie, on ne peut trouver de solution de continuité des chylifères, on admet que la cause de l'épanchement est une obstruction des glandes mésentériques.

Obs. de tittre (1). — Fille de 7 ans. Ascile chyleuse. A l'autopsie, on trouve les glandes mésentériques hypertrophiées et crayeuses.

Obs. de Marshall Hughes (2). — Ascite observée sur un sujet de 22 ans. Péritoine contenant sept à huit quarts d'un liquide laiteux comparable à une émulsion. Glandes mésentériquestrès volumineuses; plusieurs ont atteint le volume d'une petite orange. Traînées blanchâtres correspondant au trajet des chylifères. L'épanchement fut attribué à une obstruction des ganglions lymphatiques.

Obs. d'Oppolzer (3). — Il s'agit d'une insuffisance milrale et tricuspide. On Dt sept fois la paracentèse de l'abdomen. Au début, on tira un liquide séreux, plus tard un liquide rendu trouble par des granulations graisseuses. Leur nature fut démontrée par leur solubilité dans l'élher. A l'autopsie, on trouva le péritoine pigmenté, injecté, adhérent. Il existait un caillot dans le canal thoracique; on avait supposé une déchirure des chylifères, mais ils ne furent trouvés ni déchirés ni même dilatés.

Friedreich (cité par Quincke) (4). — Fille de 12 ans. Ponction abdominale par laquelle on tire huit litres de liquide laileux. En deux mois, on répète quatre fois la ponction qui donne chaque fois la même quantité d'un liquide ayant les mêmes propriétés physiques. A l'autopsie, scrofulose des ganglions abdominaux, médiastinaux et bronchiques ; foyers caséeux dans les deux poumons; tubercules du foie; péritonite tuberculeuse.

Obs. de H. Smidt (5). — Ascite chyleuse. Quelques lésions de péritonite. L'auleur suppose une affection locale des chylifères.

Les observations que nous allons citer, importantes au point de vile clinique, ne peuvent cependant servir à discuter le côté théorique de la question, dans aucune d'elles il n'y eut d'autopsie.

Bergeret (6). — Jeune fille de 17 ans. Tuberculose pulmonaire. Deux ponctions abdominales donnant un liquide chyliforme.

Hoppe Seyler (7). — Cet auteur rapporte que, dans un cas de rupture des vaisseaux chylifères

(1) Histoire de l'Académie royale des sciences, 1710.

(2) Marshall Hughes. A remarkable case of abdominal effusion resulling from mesenterei lumor. Guy's Hospital Reports, 1841, t. VI, p. 297.

(3) Oppolzer. Fall von InsufBsienz der Mitral und Tricuspidal Klappe mit granulirter Leber Hydrops und Venen Thrombose. Allgem. Wiener med. Zeitung, 1861, t. VI, p. 142.

(4) Quincke, loc. cit., p. 138.

(5) H. Smidt. Zeitsch. f. klin. Med., 1880, t. II, p. 199.

(6) Bergeret. Journal de l'anatomie et de la physiologie, novembre 1873.

(7) Hoppe Seyler. Ueber den Ort der Zersetzung von Eiweis und andern Nâhrstoffen im thierischen Organismus. Pfluger's Archiv, t. VII, 1873, p. 407.


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produit par la pression d'une tumeur, on évacua par une ponction abdominale plusieurs litres d'un beau chyle.

Wilhelm (1). —Enfant de six mois. Ascile à la suite d'une coqueluche. Cette ascite fut ponctionnée dix fois. Liquide laiteux. Wilhelm admet une rupture du cinal Ihoracique dans un accès de toux.

Winckel (2). —Veuve d'un missionnaire ayant séjourné neuf ans à Surinam. Par ponction de l'abdomen on extrait deux litres de liquide laiteux contenant des parasites. Peu de temps après, la malade mourut subitement.

Dans toutes les observations que nous venons de rapporter, on a supposé une déchirure des chylifères. Elle n'a été vue qu'une fois par Munson.

Munson (3).— Dans ce cas, la mala-le avait succombé a la suite d'une apoplexie pulmonaire. Dans la cavité abdominale, on trouva plusieurs onces d'un liquide lactescent. Il n'y avait pas de perforation de l'estomac ni de l'intestin, mais le canal Ihoracique présentait une large déchirure au niveau du pancréas. La veine sous-clavière gauche et les branches de la veine cave descendante étaient, suivant l'auteur, engorgées au moment de l'agonie, et les violents efforts de l'agonie ont produit la rupture du canal Ihoracique.

Nous regrettons vivement de n'avoir pu nous procurer le texte original de cette observation, nous en reproduisons in extenso l'analyse donnée par la Gazette hebdomadaire. Ce fait est le seul dans lequel on ail constaté une rupture du canal thoracique, mais celte rupture ne saurait être admise sans critique. Peut-on croire qu'elle se soit produite par les violents efforts de l'agonie? La dissection du canal thoracique au niveau du pancréas présente de bien grandes difficultés, et ne peuton pas supposer que la déchirure ait été produite parla main de l'anatomiste? Nous avouons que nous sommes très portés à admettre celte hypothèse.

Dans toutes les autres observations, on n'a point trouvé de rupture des chylifères; ce résultat négatif des investigations anatomiques est d'autant plus à noler que, cliniquement, celle rupture avait toujours été diagnostiquée, et, lors de l'autopsie, ces vaisseaux étaient examinés avec soin. Remarquons que cette rupture toute hypothétique ne concorde guère avec ce que nous savons des plaies de l'abdomen, car jamais on n'a rapporté de traumatisme ayant intéressé les vaisseaux chylifères et produit un épanchement chyleux.

La compression du canal thoracique paraît être si peu la cause des épanchemenls

(1) Wilhelm. — Cité in Gazette hebdomadaire, 1875, n° 28.

(2) Winckel. Chylôser Asciles bewirkt durch Parasiten. Dcutsch. Archiv f. klin, Med., 1876, t. XVII, p. 303.

(3) Munson. Rupture du canal thoracique dans un cas d'apoplexie pulmonaire. New-York médical Record et Gazette hebdomadaire, 1873.


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chyliformes. que les auteurs ne les signalent pas en étudiant l'anévrysme de l'aorte et la phthisie bronchique.

Morgagni (1) rapporte une observation de Valsalva, une de Santorini, une autre qui lui est personnelle, dans lesquelles le canal thoracique était comprimé et les vaisseaux cliylifères injectés par une substance lactescente.

Laënnec (2) publie une observation de compression du canal thoracique par un anévrysme, il note la distension par le chyle des vaisseaux cliylifères. Le canal thoracique n'a pas été disséqué.

W. Turner (3) cite deux cas d'anévrysme de l'aorte pectorale ayant causé l'oblitération du canal thoracique. On ne trouva point à l'autopsie de stase dans les vaisseaux cliylifères.

Dans les faits d'anévrysme de l'aorte où la compression du canal thoracique a été notée, on a donc pu relever parfois une injection chyleuse des lymphatiques mésentériques, mais non l'ascile chyleuse.

Quant aux lésions des ganglions mésenlériques, inflammation, caséification, etc., qui rendent ces ganglions imperméables, elles sont tellement fréquentes qu'il faut évidemment chercher une autre cause aux épanchements chyliformes de l'abdomen.

Dans certaines observations, et notamment dans celles de Marshall Hughes, il est dit que les chylifères étaient injectés par une matière blanche; il est fort possible qu'il y ait eu absorption de la graisse émulsionnée contenue dans le péritoine. Les expériences de Ausspitz (4) montrent, en effet, que la graisse émulsionnée est facilement absorbée par le péritoine.

Les faits d'épanchement laiteux de la tunique vaginale du testicule sont importants au point de vue qui nous occupe. Ils sont en petit nombre, mais leur existence est très suffisamment démontrée, on ne saurait invoquer pour les expliquer l'existence d'un épanchement chyleux, ils démontrent que de la graisse émulsionnée peut se produire dans les grandes cavités séreuses, sans qu'elle provienne directement de l'intestin.

Vidal, de Cassis (5), ponctionne deux tumeurs du scrotum qu'il croit être des hydrocèles.

(1) Morgagni. XVII* lettre. Édition de l'Encyclopédie médicale, p. 361 et 362.

(2) Laënnec. Observation sur un anévrysme de, l'aorte qui avait produit la compression du canal thoracique. Lue à la Société de l'École de médecine. Journal de médecine, t. XII, et Bibliothèque médicale, 1806, t. XIV, p. 236.

(3) W. Turner. Traduit in extenso in Union Médicale, 1856, t. III, p. 263.

(U) Ausspitz. Ueber die Résorption ungelôster Stoffe bei Sangelhieren. Wiener medizinische Jahrbucher, 1871, p. 283. (5) Vidal, de Cassis. Traité de pathologie externe, 5* édit., p. 181.


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« Mais, dit-il, quel est mon étonnement et celui des assistants quand nous voyons couler par la canule du trocart un liquide blanc, avec un reflet jaunâtre, semblable à du lait qu'on vient de traire. » Pour l'auteur, il s'agit d'un lait véritable, la preuve est qu'il put en faire du beurre, et il n'hésite pas à créer un nom nouveau pour désigner cette variété de tumeur des bourses : le galaclocèle.

Demarquay (1). — L'auteur extrait par une ponction du scrotum un liquide qu'il décrit de la façon suivante : « Ce liquide, peu abondant (50 gram. environ), présente assez exactement l'aspect d'une émulsion de jaune d'oeuf de teinte un peu terreuse ou plus exactement des urines chyleuses... Au microscope, il est impossible d'y découvrir des spermatozoaires, mais on voit facilement une multitude de globules graisseux excessivement fins, parmi lesquels on en trouve çà et là de plus volumineux. »

Velpeau, cité par M. Desprès (2) aurait observé un cas de ce genre.

Fergusson, cité par Kocher (3), aurait également vu un épanchement laiteux de la tunique vaginale.

Signalons encore, à l'appui de la thèse que nous soutenons, les observations dans lesquelles on a vu les lymphatiques des membres donner écoulement à un liquide chyliforme, sans qu'il fût possible d'admettre en aucune façon un reflux du chyle. Nous citerons comme exemples les faits suivants :

SchonUin (cité par Lebert) (4). — Sur un sujet de 22 ans, écoulement d'un liquide laiteux au niveau de la cuisse et du scrotum.

Canobio (5). — Écoulement de lait de la cuisse d'une femme.

Buchanan (6). — Écoulement par la cuisse d'un liquide séreux blanc.

Hilton (7). — Sécrétion d'un liquide chyliforme par des vésicules se formant sur la cuisse

Hensen (8). — Cas de chylorrhée par la région inguinale.

Il semble qu'on ait voulu faire de la graisse émulsionnée un caractère pathognomonique du chyle ; partout où on l'observait, on supposait immédiatement un

(i) Demarquay. Kyste du testicule ou de la tête de l'épididyme contenant un liquide semblable à du lait. Gazette des hôpitaux, 1862, p. 414.

(2) Desprès. Essai sur le diagnostic des tumeurs du testicule.

(3) Kocher. Krankheiten der Hullen des Hodens, p. 144 (In Hanbuch von Pitha und Billrolh).

(4) Lebert, Krankheiten der Lymphgefasse, in Virchow's Handbuch, p. 607.

(5) Canobio. Journal de pharmacie et de chimie, t. VIEI, 1845, p. 123.

(6) Buchanan. Medico-chirurgical Transactions, vol. XLVL

(7) Hilton. Cuticular vesicles on tlie thigh secreting a chyle-like fluid. The Lancet, 1866, t. II, p. 37.

(8) Hensen. Pfluger's Archiv, t. X, p. 94.


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écoulement de chyle ; c'est ainsi, par exemple, qu'on a considéré comme chyleuse l'excrétion d'une urine contenant des matières grasses en suspension, alors qu'on eût été singulièrement embarrassé de décrire les voies suivies par le chyle pour arriver jusqu'au rein.

Nous croyons pouvoir conclure de tous ces faits qu'il peut se produire dans l'économie, notamment dans les cavités séreuses, de la graisse émulsionnée, qui ne provient ni d'une transformation des globules du pus, ni d'un épanchement de chyle. D'où provient-elle? De quelles transformations est-elle le résultat? Nous l'ignorons, et nous nous abstiendrons de toute hypothèse.

Si on admet avec nous l'existence d'épanchements cbyliformes des cavités séreuses, on nous demandera par quels caractères anatomiques, étiologiques et cliniques ils diffèrent des autres épanchements. Ces caractères sont difficiles à indiquer dans l'état actuel des choses ; mais la lecture attentive des observations permet cependant de relever certaines particularités intéressantes.

Les épanchements chyliformes sont jaunâtres, assez fluides, ressemblant à un looeh; par le repos, il se forme le plus souvent à leur surface une couche crémeuse. Examinés au microscope, on reconnaît qu'ils doivent leur apparence à un grand nombre de fines granulations graisseuses. Ils peuvent contenir des cristaux de cholestérine; ces derniers étaient très nombreux dans le fait qui nous est personnel. Ces épanchements contiennent pas ou peu de fibrine ; aussi ne présentent-ils point de flocons, et la cavité qui les limite n'est pas tapissée de fausses membranes, ou bien ces fausses membranes sont peu épaisses et peu nombreuses.

Le liquide extrait par la paracentèse a pu se conserver sans altération rapide dans le fait que nous avons rapporté, dans celui de Quincke, et déjà Saviard avait fait une remarque analogue. « On en réserva, dit-il, un peu dans une fiole, que l'on garda cinq jours entiers sans qu'elle fût altérée. » (Saviard. Loc. cit.).

Les causes d'épanchement qui peuvent être invoquées sont les suivantes :

Froid. — Ou plus exactement, dans notre observation, nous n'avons trouvé aucune autre cause.

Traumatisme. — Dans l'observation de Quincke, l'épanchement de la plèvre succéda à un traumatisme ayant porté sur la poitrine.

Tuberculose. — Dans une des observations de M. Gueneau de Mussy et dans celle de M. Zuber, la tuberculose parut la cause de l'épanchement pleural. Dans l'observation de Friedreich et dans celle de Saviard (probablement), il y avait des lésions tuberculeuses du péritoine.


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Maladies du coeur. — Dans les observations de Rokitansky et d'Oppolzer, les sujets étaient atteints d'affection du coeur arrivée à une période avancée.

Age. — Les épanchements chyliformes ont été observés sur des sujets de tout âge, le nôtre avait 63 ans, et les observations de Morton et de Wilhelm ont trait à des enfants de deux ans et de six mois.

Au point de vue clinique, nous avons surtout été frappé de l'abondance du liquide épanché et de la rapidité avec laquelle il se reformait. Dans notre observation, l'épanchement était de trois litres, dans celle de Quincke, malgré trois ponctions rapprochées, on trouve à l'autopsie sept litres de liquide dans la plèvre. Dans le fait de Saviard, on tira de l'abdomen, en neuf mois, deux cent quatre-vingtquatorze litres.

Dans presque toutes les observations, la maladie s'est terminée par la mort, et les guérisons ne paraissent avoir été que temporaires.

Les faits que nous venons de vous exposer sont rares, car nous croyons avoir réuni presque toutes les observations publiées; peut-être cette rareté n'esl-elle qu'apparente, et tient-elle à ce que l'attention des médecins ne s'est point portée suffisamment sur la variété d'épanchement qui fait l'objet de ce travail. Nous espérons que grâce à votre concours nous pourrons être fixé sur cette fréquence et sur les diverses questions que soulèvent les épanchements chyliformes.


DES INJECTIONS SOUS-CUTANEES

DE PEPTONE MEKCURIQUE AMMONIClUE

DANS LE TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

Mémoire communiqué à ia Société médicale des hôpitaux

DANS LA SÉANCE DD 23 JOIN 1881 PAU

Le Docteur L. MARTINEÀU

Médecin de l'hôpital de Lourcine Chevalier de la Légion d'honneur, etc.

Les premières expériences de traitement de la syphilis par les injections souscutanées paraissent dues au professeur Scarenzio (de Pavie), qui, en 1854, employa le calomel préparé à la vapeur en suspension dans la glycérine. Voici sa formule {Annales universelles de médecine, 1864) :

Calomel 20 à 30 centigr.

Glycérine ou mucilage ou eau 1 gramme.

(Une ou deux injections suffisent pour faire disparaître les accidents. Les effets salutaires ne se manifestent que huit ou quinze jours après l'injection.)

Dans les 8 observations publiées par l'auteur, le résultat fut satisfaisant, sauf cependant que, dans quelques cas, de petits abcès se formèrent au point piqué.

Le procédé de Scarenzio fut essayé quelque temps après, en 1864 et 1865, à l'hôpital des Vénériens de Milan, par le docteur Ambrosoli. Les résultats furent à peu près semblables à ceux obtenus par Scarenzio.

11 en fut de même pour les injections pratiquées plus tard, et toujours en Italie, par Riecordi et Monteforte, Soresina et Bertarelli.

En Angleterre, Barclay-Hill employa, en 1866, les injections de sublimé dans 11 cas de syphilis, à la dose de 1 milligramme. Elles furent bien supportées. Lors-


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que celle dose fut dépassée, il y eut hydrargyrie, coliques, diarrhée, accidents locaux.

En Allemagne, Georges Lewin, médecin de la Charité de Berlin, fit des expériences en 1868 sur une vaste échelle. Il employa le sublimé dissous dans l'eau distillée à la dose de 5 à 10 milligrammes. Dans quelques cas, il ajoutait de la morphine pour rendre l'injection moins douloureuse. La moyenne du nombre des injections a été de 16 pour chaque malade, et la quantité totale de sublimé injecté à chacun d'eux de 15 centigrammes. Les résultais auraient été satisfaisants.

M. Hardy ayant institué, chez un certain nombre de malades à l'hôpital SaintLouis, le mode de traitement préconisé par Barclay-Hill et G. Lewin, fut obligé d'y renoncer par suite de la douleur, des abcès, des eschares que déterminaient les injections.

Il en fut de même pour M. Diday.

Parmi les médecins qui répétèrent les injections sous-cutanées selon la méthode de Georges Lewin, je citerai les docteurs Gl. Boese (1868), Klemm (1869), Mencheim Grunfeld, Stôhr (1869).

Liégeois communiqua les résultats suivants à la Société de chirurgie, dans les séances des 2 et 9 juin 1869. Il employait la formule suivante :

Eau distillée 90 grammes.

Sublimé 0 g' 20 centigr.

Chlorhydrate de morphine 0 gr 10 centigr.

Ce qui fait un peu plus de 2 milligrammes de sublimé pour une seringue de Pravaz contenant 1 gramme.

Pas de réaction inflammatoire au niveau de la piqûre. Dans 2 cas seulement, il y eut une légère eschare. Douleur insignifiante. 4 cas de salivation légère sur 196 sujets. Deux injections par jour ont été pratiquées sur chaque malade. La durée moyenne du traitement a été de 37 jours. Les récidives sont dans la proportion de 37,50 p. 100.

En outre, le traitement nouveau guérit beaucoup plus rapidement que le traitement par la voie stomacale.

M. Liégeois conseille donc d'employer ce traitement de préférence à tout autre, prétendant que les malades pourront très bien se faire eux-mêmes leur injection sans recourir au médecin.

M. Aimé Martin (Société de méd., 7 août 1868), préconise la formule suivante :

Bi-iodure de mercure et de potassium. . 0 gr iO centigr.

Chlorhydrate de morphine 0 gr 05 centigr.

Eau distillée 10 grammes.

Injection : 10 gouttes tous les deux jours. On mélangera la morphine et le biiodure au moment de s'en servir pour éviter le précipité.


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Guérison rapide et sans accidents.

Bricheteau (Bulletin de thérapeutique, 1869), donne la formule suivante :

/ Iodure double de mercure et de sodium. 1 g' 50 cenligr.

Eau distillée 100 grammes.

Une à deux injections par jour, de 5 à 10 gouttes chaque fois. Chaque gramme de solution contient 1 centigramme de sel mercuriel. M. L. Belhomme emploie la formule suivante :

Iodure double de mercure et de morphine. 0 g' 50 centigr. Eau distillée 20 grammes.

Injectez 5 à 10 gouttes par jour. Solution de Staub, 1872 (Bouchardat) :

Sublimé 1 g1 25 cenligr.

Chlorure d'ammonium 1 gr 25 cenligr.

Chlorure de sodium 1 gr 15 cenligr.

Blanc d'oeuf N° 1.

Eau distillée 250 grammes.

Celte dernière solution désignée par son auteur « solution de chloro-albuminale de mercure » marque un progrès notable.

M. Mialhe, en effet, venait de montrer que les injections sous-cutanées d'une solution de biehlorure de mercure ne peuvent être absorbées que lorsqu'elles ont fait subir aux matières albuminoïdes contenues dans le tissu cellulaire une modification telle, qu'il se produit aux dépens de ces éléments un véritable albuminate de mercure facilement absorbable.

La coagulation ainsi obtenue dans le tissu cellulaire serait la cause principale de la douleur, de la formation de nodosités ou même de la mortification des tissus. Il était donc rationnel d'employer en injections une solution d'albuminate de mercure capable d'être absorbée directement. (M. Terrillon, Bulletin de Thérapeutique, 4e, 5e, 6e livraisons, 1880.)

La thèse de M. Cotte (Paris, 1873) contient quelques intéressants détails sur cette question.

Malgré ce progrès ainsi réalisé, il survint encore un grand nombre d'accidents qui firent rejeter les injections sous-cutanées de la thérapeutique de la syphilis. Toutefois, les expériences se poursuivirent et les auteurs cherchèrent de nouveaux composés mercuriels. Ainsi, Cullingworlh employa le bicyanure de mercure en dissolution dans la glycérine et l'eau distillée. Sigmund employa la même formule.

A. Martin unit le biiodure de mercure à l'iodure de potassium dans l'eau distillée. J'en ai donné plus haut la formule.'

MÉM. 5


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Bamberger, le premier, fit entrer dans la formule des injections hypodermiques, la peptone préparée avec soin et chimiquement pure.

La préparation de pepionate de mercure, d'après les indications de cet auteur, est la suivante : on fait une solution de sublimé dans l'eau au 5/100e et une solution de chlorure de sodium au 20/100e. On dissout 1 gramme de pepsine de viande dans 50 centimètres cubes d'eau distillée et on filtre. On ajoute à cette liqueur filtrée 20 centimètres cubes de la solution de sublimé au 5/100e et on dissout le précipité qui se forme avec la quantité nécessaire (15 à 16 centimètres cubes environ) de la solution de chlorure de sodium. On verse alors la liqueur dans un vase cylindrique gradué et on ajoute de l'eau distillée jusqu'à atteindre 100 centimètres cubes. Préparée ainsi, la liqueur est à 1 centième, c'est-à-dire que chaque centimètre cube contient 1 centigramme de mercure combiné avec la pepsine. On couvre le vase, on laisse la liqueur reposer quelques jours, il s'en sépare une petite quantité de précipité cotonneux blanchâtre (peut-être de l'albumine contenue encore dans la pepsine) ; on filtre, et la liqueur est préparée.

On injecte 1 centimètre cube, c'est-à-dire 1 centigramme tous les trois ou quatre jours. Répétée plus souvent, cette injection ne tarde pas à produire de la salivation, des abcès.

Cette solution de Bamberger fut employée par Zeissl et Neumann et par le professeur Van Rinecker à Wurzbourg. C'est elle qu'employa l'an dernier mon collègue et ami M. Terrillon, au début de ses expériences (Bulletin de Thérapeutique, 1880, n°» 4, 5, 6); puis il employa la formule suivante que lui prépara M. Yvon :

Bi-iodure de mercure 1 gramme.

Iodure de potassium 1 —

Phosphate tribasique de soude 2 —

Eau distillée pour 50 centimètres cubes.

Ces deux formules (celle de Bamberger et celle d'Yvon) produisent quelques inconvénients locaux variables : douleurs, nodosités, engourdissements plus ou moins persistants, mais -pas d'accidents sérieux tels qu'abcès ou eschares.

Signalons, en dernier lieu, les préparations faites soit avec le lactate de mercure, le phosphate, l'acétate, le bi-iodure ou avec l'éthyl sublimé, etc.

Désireux, à mon tour, d'étudier cette question des injections sous-cutanées mercurielles au point de vue de la thérapeutique de la syphilis, surtout lorsqu'il s'agit d'accidents graves, d'accidents malins et de malades qui ne peuvent supporter les préparations hydrargyriques par la voie stomacale, je priai M. Delpech, pharmacien, mon collègue à la Société de thérapeutique, de me préparer une solution de peptonate de mercure. M. Delpech se mit immédiatement à l'oeuvre avec un zèle dont je ne puis que le remercier. Voici la note qu'il m'a remise relativement à la solution


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de peptone mercurique ammonique qui m'a servi aux expériences que j'ai instituées à l'hôpital de Lourcine à partir du 12 avril 1881 :

« Pour répondre aux intentions de mon bien excellent ami, M. le docteur Martineau, qui désirait employer une préparation connue sous le nom impropre de peptonale de mercure, je me suis occupé, vers la fin de l'année dernière, de l'obtention de ce composé mercurique. Il s'agissait d'obtenir un produit où la peptone combinée au sublimé corrosif constituerait une préparation stable exactement dosée quant au sel mercurique, et pouvant fournir une solution de bonne conservation pour l'usage hypodermique.

La peptone en général, et surtout la peptone sèche, doit être de préparation irréprochable ; aussi ai-je dû me livrer à de nombreux essais avant d'obtenir la peptone mercurique ammonique dont voici la composition :

Bichlorure de mercure 10 grammes.

Peptone sèche (de Gatillon) 15 —

Chlorure d'ammonium pur. 15 —

1 gramme de cette peptone mercurique ammonique représente 0,25 centigrammes de sublimé.

Je me suis arrêté à cette formule parce qu'elle a fourni les meilleurs résultats ; d'abord parce que la peptone sèche de M. Gatillon est un produit exceptionnel comme pureté et comme préparation ; ensuite parce que le chlorure d'ammonium pur est le meilleur dissolvant des substances albuminoïdes mercurielles, si faciles à précipiter.

Comme j'ai pu observer que ce qu'on a dénommé peptonate de mercure se comporte exactement comme l'albuminate de mercure et fournit les mêmes réactions chimiques, j'ai augmenté la proportion de peptone sèche dans la préparation pour qu'elle soit en excès sur le sel mercurique, et j'ai préféré le chlorure ammonique aux autres chlorures alcalins, parce que le précipité qui se produit dans les solutions de peptone mercurique redevient soluble dans un excès de peptone, et surtout à la faveur d'une solution de chlorure d'ammonium pur.

Solutions pour injections hypodermiques.

1° Peptone mercurique ammonique 0 g1 ÛO centigr.

Eau distillée 30 grammes.

Cette solution représente 4 milligrammes de sublimé par injection d'une seringue renfermant 1 gr. 20 centigr. Cette préparation est de bonne conservation pour quelques jours. En voici une plus stable


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2* Peptone mercurique ammonique 0 g* 40 centigr.

Eau distillée 25 grammes.

Glycérine neutre 6 —

Même dosage que le n° 1.

La préparation suivante peut être considérée comme tout à fait stable:

Glycérine neutre 36 grammes.

Peptone mercurique ammonique 0 g" AO centigr.

Même dosage. 4 milligrammes de sublimé par seringue de 1,20. »

Depuis le 12 avril, 51 malades ont été traitées par les injections sous-cutanées avec la solution de peptone mercurique d'abord chlorurée sodique, puis ammonique et glycérée. Le nombre des injections pratiquées est, au 21 juin, de 751.

Au début de mes expériences, n'ayant aucun renseignement sur l'action locale et générale de cette solution, j'ai dû procéder avec lenteur et circonspection. Aussi ai-je commencé par une première série de malades, chez lesquelles j'injectai tous les trois jours une solution contenant 2 milligrammes de sublimé par centimètre cube. Parallèlement une deuxième série de malades était traitée lous les trois jours aussi par une solution plus concentrée (4 milligrammes de sublimé par centimètre cube). Le contenu d'une demi-seringue de Pravaz représentant 2 milligrammes de sublimé était injecté dans le tissu cellulaire sous-cutané. Chaque série comprenait dix malades. Voyant qu'aucun accident local ou général ne survenait, j'instituai de nouvelles séries d'expériences. Les injections furent pratiquées tous les deux jours (3e série), puis tous les jours (4e série). La quantité de sublimé resta la même (2 milligrammes). Puis, pour obtenir des effets thérapeutiques plus prompts et m'assurer des doses de sublimé que l'on pouvait injecter dans le tissu sous-cutané, sans produire d'accident local ou général, j'augmentai la dose de sublimé. Ainsi 3 milligrammes furent injectés tous les jours (5e série); puis 4 milligrammes (6e série), et, enfin, 5 milligrammes (7e série). C'est la dose à laquelle je suis arrivé aujourd'hui. Celle dose, que j'expérimente seulement depuis le 21 juin, est facilement supportée par les malades. La solution est plus concentrée; elle contient 8 milligrammes de sublimé par centimètre cube. Les malades n'accusent aucune douleur, il n'existe aucune réaction locale, et je n'ai vu survenir aucun accident d'hydrargyrie. Je me propose d'élever encore cette dose, de la porter successivement à 6, 7 et 8 milligrammes tous les jours. Je ferai connaître dans une deuxième note les résultats de cette nouvelle série d'expériences. Avant de mettre en relief les particularités intéressantes de celte expérimentation, je vais donner le résumé des observations recueillies avec le plus grand soin par mon excellent interne, M. de Molènes.


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Résumé dos observations des malades traitées par la peptone mercurique

ammonique,

DD 20 AVBID AD 20 JUIN 1881.

Première et deuxième séries. (Injections à 2 milligrammes tous les trois jours.)

OBS. I. — Camille L..., 18 ans, domestique, salle Saint-Louis, n" 16. Entrée le 15 avril 1881.

Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires. Malade depuis deux mois environ.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques multiples des grandes lèvres et du pourtour de l'anus. Sur le bord libre de la petite lèvre droite, érosion arrondie à fond rouge, lisse, vernissé, reposant sur une base présentant une induration foliacée (chancre infectant remontant à deux mois et se transformant en syphilide papulo-hypertrophique légèrement érosive). Polyadénite inguinale double aphlegmasique. Pas de syphilides cutanée, buccale, vaginale et utérine.

Traitement. — Bains d'amidon. Cautérisations au nitrate d'argent. Injections de peptone mercurique (2 milligr. de sublimé) les 19, 22, 25, 28 avril ; 1", ù, 7,10, 13, 16, 19, 22, 25, 28, 31 mai; 3 juin. — Total : 16 injections.

Dès le 19 mai les syphilides vulvaires et anales avaient complètement disparu. Pas de douleur ni de chaleur. Aucune réaction locale ; pas de salivation.

Exeat, guérie, le U juin.

OBS. H. — Fernande G..., 17 ans, couturière, salle Saint-Alexis, n° 46. Entrée le 15 avril 1881.

Antécédents slrumeux (gourme, adénite, ophthalmie. Perforation du lobule des deux oreilles). Entre à Lonrcine pour syphilis et vaginite remontant à deux mois.

Examen. — Syphilides érosives circonscrivant tout l'orifice anal. Syphilides hypertrophiques des grandes lèvres qui sont oedémaliées. Vagin chaud, rouge, purulent. Rien à l'urèthre. Syphilide érylhémaleuse du tronc et des membres. Syphilide papuleuse. disséminée du tronc. Polyadénite inguinale. Céphalée. Courbature. Insomnie.

Traitement — Cautérisations au nitrate d'argent. Bains d'amidon. Cataplasmes Lelièvre. Injections de peptone mercurique, tous les trois jours 2 milligrammes, les 16, 19, 22, 25,28 avril ; 1", h, 7 mai. — Total : 8 piqûres.

Sauf la première piqûre, qui fut douloureuse pendant toute la journée et la nuit suivante, pendant laquelle la malade ne put 9e coucher sur le dos, les autres ne produisirent ni douleur, ni cuisson, ni cicatrice, ni nodosité.

Dès le 1" mai les syphilides s'étaient affaissées.

Sortie le 8 mai. La malade ne présente plus comme symptôme de syphilis que la syphilide érylhémateuse du tronc, qui a considérablement pâli.

OBS. III. — Jeanne G..., 41 ans, journalière, salle Saint-Alexis, n* 14. Entrée le 19 avril. Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires.


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Au mois de janvier, la malade dit s'être aperçue, vingt jours environ après avoir bu dans un bol où buvait une personne atteinte de maladie vénérienne, de l'existence d'une érosion à la lèvre inférieure qui dura plus de deux mois, et s'accompagna d'adénite sous-maxillaire volumineuse. Elle fut, à cette époque, soignée pendant dix jours à l'hôpital Beaujon (service de M. Tillaux) où on diagnostiqua un chancre induré de la lèvre inférieure. Pendant un mois et demi elle prit chez elle, tous les jours, une pilule de protoiodure de mercure. Durant cette période apparurent des syphilides cutanées et buccales qui nécessitèrent son entrée à Lourcine.

Examen. — Syphilides érosives volumineuses de la lèvre inférieure, des gencives, des amygdales. Adénite sous-maxillaire et cervicale postérieure non douloureuse. Syphilide érythémateuse du tronc et des membres. Syphilides pustulo-croûteuses multiples, volumineuses, du dos, des épaules, de la poitrine, de la face, du cuir chevelu. Deux petites syphilides érosives de la grande lèvre droite. Polyadénite inguinale. Alopécie, courbature, céphalée, insomnie, algidité périphérique continue.

Traitement. — Injections de peptone mercurique répétées tous les trois jours, 2 milligrammes : 20, 23, 27, 30 avril; 3, 6, 9, 12, 15, 18, 21, 24, 27, 30 mai ; 2, 5, 8, 11 juin. — Total : 18 injections.

Ni douleur, ni stomatite. Pas de nodosités. Aucun accident.

Dès le 6 mai (sixième injection), les syphilides vulvaires ont disparu, les syphilides buccales également. Les syphilides cutanées s'affaissent.

Exeat sur sa demande le 13 juin. Persistance de quelques syphilides cutanées et d'un peu d'enrouement dû à la parésie des cordes vocales qui, examinées au laryngoscope, ne présentent aucune lésion,

OBS. IV. — Louise P..., 19 ans, passementière, salle Saint-Alexis, n° 16. Entrée le 19avril.

Antécédents strumeux (gourme, ophthalmie, adénite). Syphilis remontant à un an, soignée pendant un mois à l'Hôtel-Dieu avec mercure et iodure de potassium. Alopécie, céphalée, courbature, insomnie, algidité périphérique.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques des grandes lèvres. Folliculite inflammatoire. Rien à la vulve, au vagin, à l'utérus, à la gorge. Traces cuivrées de syphilides cutanées remontant à huit mois.

Traitement. — Injections tous les trois jours, 2 milligrammes : 21, 24, 27,30 avril ; 3, 6 mai. — Total : 6 injections.

La malade se plaint de douleurs assez vives au point piqué lors de la première piqûre. Impossibilité de se coucher de ce côté. Cette douleur dure deux jours ; et, cependant, il n'y a aucune trace de la piqûre, aucune induration. La deuxième injection est également douloureuse, pendant vingt-quatre heures seulement; les quatre autres piqûres ne sont plus douloureuses. Pas d'accidents locaux.

Dès le 30 avril, les syphilides vulvaires s'affaissent presque complètement.

Sortie le 7 mai, sur sa demande.

OBS. V. — Agathe A..., 27 ans, blanchisseuse, salle Saint-Louis, n* 9. Entrée le 19 avril 1881.


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Pas d'antécédents dialhésiques ni héréditaires.

Examen. — Sur les grandes lèvres, à leurs faces interne et externe, dans les plis génitocruraux, nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques remontant à quatre semaines environ. Il en existe également, mais moins volumineuses, à la face interne des petites lèvres qui sont saillantes, oedémaliées, et au pourtour de l'anus. Folliculite syphilitique multiple. Polyadénite inguinale double non douloureuse. Alopécie depuis quinze jours. Pas de céphalée ni de courbature. Rien à la gorge. Syphilide érythémateuse du tronc et des membres. Vililigo syphilitique de la nuque qui présente aussi quelques syphilides papulo -squameuses.

Traitement. — Injections tous les trois jours, 2 milligrammes : 20, 23, 27, 30 avril; 3, 6, 9, 12, 15, 18, 21, 24, 27, 31 mai; 2, 5, 8 juin. — Total : 17 injections.

Aucun accident, sauf légère cuisson pendant une heure après l'injection, mais seulement lors des cinq premières injections. Dès la sixième piqûre, les syphilides vulvaires et buccales s'affaissent notablement.

Sortie le 10 juin. Les syphilides vulvaires ont totalement disparu. Quelques syphilides papuleuses du tronc persistent seules. Aucune trace des 17 injections.

OBS. VI. —Victoire H..., 22 ans, blanchisseuse, salle Saint-Alexis, n° 35. Entrée le 26 avril 1881.

Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires.

Est restée, il y a deux mois, quinze jours dans le service de M. Gouguenheim pour une syphilis remontant à quinze jours. N'a suivi aucun traitement depuis sa sortie de Lourcine.

Examen. — Au pourtour de l'anus, sur les grandes lèvres, qui sont très tuméfiées, surtout la gauche, sur les deux faces des petites lèvres, nombreuses syphilides papulo-érosives de volume variable. Polyadénite inguinale. Vagin sain. Rien à la gorge. Syphilide érythémateuse généralisée sur le tronc.

Traitement.— Injections tous les trois jours, 2 milligrammes : 27,30 avril; 3, 6,9,12 mai. — Total : 6 injections.

Aucun accident. Pas de douleurs. Pas de traces.

Sortie le 13 mai, sur sa demande. Amélioration très notable des syphilides vulvaires dont quelques-unes ne sont pas encore complètement cicatrisées.

OBS. Vif.—Alphonsine V..., 23 ans, couturière, salle Saint-Alexis, n" 7. Entrée le 26 avril.

Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires.

Examen. — Sur les grandes et les petites lèvres, dans les plis génito-cruraux, au pourtour de l'anus, très nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques volumineuses remontant à un mois environ. Polyadénite inguinale double, indolente. Vagin un peu rouge, chaud et purulent. Pas de syphilides vaginales ni utérines. A la face interne de la lèvre supérieure, sur les deux amygdales, syphilides érosives. Syphilide papuleuse du tronc, de la face, des membres supérieurs. Grossesse de quatre mois.

Traitement. — Injections tous les trois jours, 2 milligrammes : 27, 30 avril; 3, 6, 9,12, 15,18, 21 mai. — Total : 9 injections.

Aucun accident, sauf petite nodosité au point où fut faite la cinquième piqûre, nodosité qui ne persista que quarante-huit heures sans aucune douleur.


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La malade sort le 23 mai. Les syphilides buccales ont disparu, les vulvaires se sont affaissées, les cutanées persistent.

OBS. VIII. — Marie T..., 36 ans, domestique, salle Saint-Alexis, n° 22. Entrée le 8 mai.

Pas d'antécédents héréditaires ni diathésiques.

Examen. — A la partie supérieure du pli génito-crural gauche, deux syphilides érosives arrondies, volumineuses ; deux autres à la partie inférieure du même sillon, dans le pli génitocrural droit, à gauche de l'anus. D'autres, enfin, à la face interne des grandes et des petites lèvres qui sont très oedémaliées. Polyadénite inguinale non douloureuse. Syphilide maculeuse légèrement cuivrée du tronc. Adénite cervicale postérieure. Rien à la gorge. La malade est très maigre. Son tissu cellulaire est extrêmement peu abondant.

Traitement. — Injections de 2 milligrammes tous les trois jours : U, 7, 10, 13, 16, 19, 22 mai. État stationnaire des syphilides vulvaires. Syphilides papuleuses nombreuses du tronc. Aucun accident dû aux injections. On fait alors des injections quotidiennes de 2 milligrammes : 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31 mai; 1", 2, 3, U, 5, 6, 7, 8, 9, 10,11, 12 juin. — Total : 28 injections.

La malade sort, sur sa demande, le 12 juin. Les syphilides vulvaires se sont rapidement affaissées sous l'influence des injections quotidiennes ; mais les syphilides cutanées persistent. Aucun accident, malgré le peu d'abondance du tissu cellulaire sous-cutané.

OBS. IX. — Jeanne D..., âgée de 21 ans, domestique. Entrée le 3 mai, salle Saint-Louis,

Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires. Syphilis datant de six semaines non traitée jusqu'à ce jour.

Examen. — Sur le bord libre des grandes lèvres, syphilides papulo-hypertrophiques légèrement érosives. Rien à la vulve, à l'anus, au vagin. Polyadénite inguinale. Adénite cervicale postérieure et sous-maxillaire. Syphilides érosives des deux amygdales qui sont très hypertrophiées. Syphilides papuleuses, papulo-squameuses nombreuses du tronc et des cuisses.

Traitement. — Injection de 2 milligrammes tous les trois jours : h, 7, 10, 13, 16 mai. — Total : 5 injections.

Légère sensation de cuisson pendant une heure après la piqûre se reproduisant chaque fois. La malade dit ne pouvoir se coucher sur le côté piqué. Elle est très pusillanime et indisciplinée.

Sortie le 16 mai sans modifications notables.

OBS. X. — Adolphine G..., 21 ans, domestique. Entrée le 3 mai, salle Saint-Louis, n° 15.

Pas d'antécédents diathésiques.

U y a trois mois, traitée pendant trois semaines à la salle Saint-Bruno (service de M. Terrillon) pour syphilides vulvaires et buccales. On lui fit 16 injections hypodermiques de peptonate de mercure selon la formule de Bamberger. La malade prétend qu'elle ressentait, après chaque piqûre, une douleur vive, lancinante, qui durait deux à trois heures environ. Pas d'abcès. Pas de complications locales. Depuis sa sortie de Lourcine (il y a deux mois) n'a suivi aucun traitement.


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Examen. — Il existe une tuméfaction avec induration scléreuse de toute la grande lèvre gauche à la base de laquelle on constate une syphilide érosive' volumineuse recouverte d'une pellicule blanchâtre diphlhéroïde. Rien au vagiu, rien à l'anus. Syphilides papuleuses discrètes du tronc. Syphilide érosive de la lèvre intérieure. Polyadénite inguinale ; adénite cervicale postérieure indolente. Ganglion épitrochléen volumineux de chaque côté. La femme est très maigre.

Traitement — Injections tous les trois jours, 2 milligrammes : 7, 10, 13 16, 19 mai. — Total : 5 piqûres.

La malade ne ressent aucune douleur. Pas de traces des injections hypodermiques.

La malade sort le 20 mai. Les syphilides vulvaires sont en voie d'affaissement notable.

' Troisième série

(Injections à 2 milligrammes tous les deux jours. )

OBS. XI. — Marthe D..., 30 ans, couturière, salle Saint-Louis, n° 29. Entrée le 26 avril 1881.

Pas d'antécédents dialhésiques ni héréditaires.

Il y a deux mois, apparition d'une érosion sur la petite lèvre gauche, érosion dure, rouge, qu'un médecin consulté cautérise.

Examen. — Chancre infectant de la petite lèvre gauche en voie de cicatrisation. Rien à la vulve. Polyadénite inguinale double non douloureuse. Syphilide papuleuse et érylhémateuse du tronc. Alopécie, céphalée, courbature, insomnie depuis un mois.

Traitement. — Injections tous les deux jours de 2 milligrammes de sublimé (solution concentrée, 4 milligrammes de sublimé par centimètre cube) : 28, 30 avril; 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24, 26, 28, 30 mai:,l, 3, 5, 7, 9, 11, 13,15, 17, 19, 21 juin. — Total : 28 injections.

A la date du 12 mai, le chancre a disparu presque complètement. Apparition sur les deux parois du vagin, sur la portion vaginale du col utérin, d'une vingtaine de syphilides papuleuses légèrement érosives. Le vagin n'est pas purulent.

Le 24 mai, les syphilides vaginales ont disparu. Il ne persiste que quelques syphilides utérines.

Le 7 juin, ces dernières ont disparu. Persistance de la syphilide érythémateuse qui pâlit.

Le 21 juin, la malade ne présente plus que quelques traces de syphilide cutanée papuleuse. Rien à la gorge, aux organes génitaux.

Aucune des injections n'a produit d'accidents.

OBS. XII. — Marguerite T..., 26 ans, chemisière, salle Saint-Louis, n" 26. Entrée le 3 mai 1881.

Antécédents scrofuleux.

A été soignée en 1880 au mois de février, dans la même salle Saint-Louis, pour des syphilides papulo-hypertrophiques confluentes des organes génitaux, de l'anus. Syphilides érosives des deux amygdales. Est sortie à la fin du mois de mars. Rentrée le 3 mai 1881. N'a subi aucun traitement hors de l'hôpital.


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Examen. — Syphilides papulo-érosives diphthéroïdes des grandes lèvres descendant jusqu'à l'orifice anal. Vagin rouge, chaud, purulent. Syphilides papuleuses du tronc. Polyadénite inguinale double non douloureuse. Alopécie, céphalée, insomnie.

Traitement. — Cataplasme Lelièvre; bains d'amidon. Injection tous les deux jours de 2 milligrammes de sublimé (solution concentrée) : 7, 9, 11, 13, 15, 17, 19, 21, 23, 25, 27, 29 mai. — Total : 12 injections.

Exeat le 30 mai. Les syphilides ano-vulvaires ont totalement disparu.

Aucun accident. Pas la moindre douleur.

OBS. XIII. — Berthe R..., 22 ans, modiste, salle Saint-Alexis, n° 43. Entrée le 3 mai 1881.

Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires.

Il y a quinze jours, apparition de boutons nombreux aux organes génitaux.

Examen. Syphilides papuleuses légèrement hyperlrophiques des grandes lèvres, des plis génito-cruraux, du pourtour de l'anus. Folliculite syphilitique multiple. Syphilides érosives des petites lèvres et de l'anneau vulvaire. Syphilides papuleuses et érythémateuses du tronc, des membres, de la face. Adénite cervicale postérieure, sous-maxillaire, inguinale, épitrocbléenne, non douloureuse. Alopécie, céphalée, vive courbature. Grossesse de six mois. Vaginite symptomatique.

Traitement. — Injection tous les deux jours, 2 milligrammes : 4, 6, 8, 10, 12, 14,16, 18, 20, 22, 24, 26, 28, 30 niai; 1", 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15, 17, 19, 21 juin. — Total : 25 injections.

Les dix premières injections provoquent une légère douleur durant trois quarts d'heure environ. Les suivantes ne sont nullement douloureuses. Aucun accident local. Pas de salivation.

Le 21 juin, les syphilides vulvaires ont disparu complètement, seules les syphilides cutanées persistent. Grossesse de sept mois et demi. L'enfant remue fréquemment. Battements du coeur, petits, réguliers.

OBS. XIV. — Caroline V..., 19 ans, blanchisseuse. Entrée le 10 mai, salle Saint-Alexis, n" 45.

Syphilis remontant à six mois. Céphalée. Courbature. Alopécie. Insomnie.

Examen. — Tuméfaction, rougeur et induration des grandes lèvres qui sont le siège de syphilides papuleuses légèrement hyperlrophiques et de quelques syphilides érosives. Polyadénile inguinale double non douloureuse. Rien au vagin et à l'utérus. Syphilides érosives de la langue, des amygdales et de la paroi postérieure du pharynx.

Traitement. — Injection tous les deux jours, 2 milligrammes : 11, 13, 15, 17, 19, 21, 23, 25, 27, 29, 31 mai; 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22 juin. — Total : 22 injections.

Aucune douleur. Aucun accident.

22 juin. Syphilides vulvaires et buccales ont presque totalement disparu.

OBS. XV.— B... (Georgette), 19 ans, couturière. Entrée le 11 mai, salle Saint-Alexis, n° 9.

Pas d'antécédents diathésiques.

Traitée pendant un mois, il y a un an, salle Saint-Alexis, pour vaginite. Abcès de la glande


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de Bartholin. Métrite et adéno-lymphite. Rentrée le 11 mai 1881 pour syphilides remontant a un mois.

État actuel : Syphilides papulo-hypertrophiques des grandes et des pelites lèvres et du pourtour de l'anus. Polyadénite inguinale et sous-maxillaire aphlegmasique. Syphilides papulo-érosives des lèvres, de la langue et des deux amygdales. Syphilides pigmentaires de la nuque.

Traitement. — Injection de 2 milligrammes tous les deux jours : 12, 14, 16,18, 20 mai. — Total : 5 injections.

Douleur nulle. Pas d'accidents.

Exeat le 20 mai, sur sa demande. Améliorée.

OBS. XVI. — Marie A..., 16 ans 1/2, fleuriste. Entrée le 17 mai, salle Saint-Alexis, n° 35.

Antécédents strumeux.

Examen. — Syphilides papulo-érosives légèrement hyperlrophiques au pourtour de l'anus et sur les petites lèvres. Nombreuses végétations inflammatoires sur les grandes lèvres et au pourtour de l'orifice anal. Polyadénite inguinale non douloureuse. Vitiligo syphilitique du dos. Bien à la gorge.

Traitement. — Injections tous les deux jours : 18, 20, 22, 24, 26 mai. — Total : 5 injections.

Aucune douleur. Aucune trace.

Exeat, sur sa demande, le 27 mai ; non guérie.

OBS. XVIL — Victorine R..., 35 ans, cuisinière. Entrée le 16 mai, salle Saint-Alexis, n° 3.

Pas d'antécédents diathésiques.

Il y a cinq mois, apparition aux organes génitaux de plusieurs boutons qui disparurent et furent remplacés par d'autres. En même temps, alopécie, céphalée, tibialgie, fièvre syphilitique, algidité périphérique.

Examen. — Rien aux organes génitaux. Syphilides érosives de la langue et des amygdales. • Syphilides papuleuses, pustulo-croûleuses du front, du cou, des ailes du nez. Adénite non pblegmasique de l'aine, du cou, du coude.

Traitement, — Injection tous les deux jours, 2 milligrammes : 18, 20, 22, 24, 26, 28, 30 mai; 1, 3, 5, 7,9, 11, 13,15,17,19, 21 juin. — Total : 18 injections.

Le tissu cellulaire est très peu développé. Aucune douleur. Aucun nodus. Aucun accident.

21 juin. Grande amélioration. Persistance de quelques syphilides amygdaliennes et de la face.

Quatrième série

Injections tous les jours de 2 milligrammes de sublimé (demi-seringue).

OBS. XVIII. — Louise L..., 33 ans, cordonnière. Entrée le 10 mai 1881, salle Saint-Alexis, n°34.

Antécédents strumeux.

A contracté la syphilis il y a dix-sept ans. Soignée en 1869, dans le service de M. Fourmer, pour syphilides vulvaires, cutanées, buccales. Prit du mercure, puis suivit pendant deux


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ans un traitement à l'iodure de potassium. Depuis neuf ans, aucun accident syphilitique. Depuis trois mois, douleur au niveau du voile du palais. Rien du côté du système nerveux. Pas de troubles oculaires.

Examen. — Rien à la gorge. Organes génitaux sains. Ulcération du volume d'une pièce de 0,20 centimes, à fond jaunâtre, à bords nets circulaires, siégeant à la partie postérieure de la voûte palatine. L'os est intact. Voix un peu nasonnée. Pas de troubles de la déglutition. Syphilides érosives de la langue et des lèvres. Traces de sypliilides pustulo croûteuses du tronc.

Traitement. — Injection, tous les jours, de 2 milligrammes, du 11 au 23 mai. — Total : 11 injections.

La malade se plaint de ressentir pendant deux heures, après chaque piqûre, une douleur vive, lancinante, s'irradiant dans les reins. Pas de rougeur ni de tuméfaction au point piqué. Pas de stomatite.

Le 18 mai (septième injection), l'ulcération de la voûte palatine se répare notablement.

Sortie le 23 mai. Syphilide ulcéreuse palatine a disparu. Persistance des sypliilides linguales.

OBS. XIX. — Adèle B..., 18 ans, blanchisseuse. Entrée le 10 mai, salle Saint-Alexis.

Soignée déjà en juin 1878, salle Saint-Alexis, pour syphilides vulvaires et cutanées pendant cinq mois; puis, en juin 1880, pour nouvelles syphilides et chancres non infectants; la malade rentre le 10 mai 1881.

Examen. — Une syphilide papulo-hypertrophique volumineuse de la base de la grande lèvre droite. Syphilides érythémateuses, papuleuses, eclhymateuses du tronc et des membres. Alopécie. Céphalée. Courbature, Insomnie.

Traitement. — 2 milligrammes injectés tous les jours, du 21 mai au U juin. — Total : 15 injections.

Douleur et chaleur durant une heure environ après chaque piqûre, les sept premières fois. Puis aucune douleur, aucun accident.

Sortie le U juin, sur sa demande. Syphilide vulvaire est guérie. Syphilide cutanée persiste. État général satisfaisant. Eczéma des seins.

OBS. XX. —Olympe M..., 23 ans, blanchisseuse. Entrée le 10 mai, salle Saint-Louis, n° 22.

Scrofule. Tuberculose pulmonaire. Arthritisme. Soignée il y a cinq mois, à Lourcine, salle Sainte-Marie, pendant quinze jours pour syphilides vulvaires et buccales qui remontaient à trois mois. Alopécie. Céphalée. Courbature. Tibialgie. Fièvre syphilitique. Algidité périphérique.

Examen. — Syphilides pàpulo-hypertrophiques érosives confluentes des grandes lèvres et du pourtour de l'anus. Syphilides érythémateuses et papuleuses du tronc et des membres. Syphilide pigmentaire du cou. Syphilides érosives volumineuses de la luette, du palais et des amygdales.

Traitement. — Injections tous les jours, de 2 milligrammes, du 11 mai au 10 juin. — Total : 28 injections.

Légère douleur, légère cuisson durant une heure et demie, après la piqûre. Pas d'accidents locaux. Dès la huitième injection, les syphilides s'affaissent notablement.

Exeat, guérie, le 10 juin.


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OBS. XXL —Marie B..., 19 ans, blanchisseuse. Entrée le 17 mai, salle Sainl-Louis, n° 15.

Pas d'antécédents diathésiques.

Il y a onze mois, la malade est restée sept mois à Saint-Lazare pour syphilides anales, vulvaires et cutanées. Elle est sortie guérie et n'a suivi aucun traitement depuis. Il y a trois semaines, apparition de nouvelles syphilides.

Examen.— Vulvo-vaginite blennorrhagique. Chancre non infectant de l'anus. Bubon suppuré. Syphilides papulo-squameuses du tronc et des membres.

Traitement. — Du 20 mai au 10 juin, injections tous les jours. — Total : 21 injections.

Aucune douleur. Aucun accident.

Sortie, sur sa demande, le 10 juin. Les syphilides ont presque totalement disparu.

OBS. XXIL — Reine H..., rempailleuse. Entrée le 17 mai, salle Saint-Louis, n° 5.

Scrofule. Métrite. Rétroversion. Adéno-lymphite double.

Examen. — Depuis quinze jours, petites syphilides papuleuses de la grande lèvre gauche. Quelques syphilides érosives de la vulve. Polyadeaite inguinale. Syphilide papuleuse et érythémateuse généralisée. Adénite cervicale et sous-maxillaire. Hypertrophie sans érosion des amygdales. Alopécie. Courbature. Algidité périphérique. Tissu cellulaire très peu abondant.

Traitement. — Du 20 mai au 13 juin, injections tous les jours (2 milligr.). — Total : 23 injections.

Aucun accident. Pas de douleur.

Exeat le 13 juin, guérie de ses accidents syphilitiques.

OBS. XXIII. — Clémentine M..., 25 ans, domestique. Entrée le 17 mai, salle Saint-Louis, n° 21.

Pas d'antécédents diathésiques. Métrite»- Adéno-lymphite. Depuis deux mois, boulons aux grandes lèvres. Céphalée. Alopécie. Insomnie.

Examen. — Tuméfaction et induration des grandes lèvres, qui sont le siège de syphilides papulo-érosives diphlhéroïdes. Folliculite simple. Syphilides érosives de l'anus. Hypertrophie du raphé périuéal. Syphilide érylhémateuse et légèrement papuleuse du tronc et des membres. Hypertrophie considérable des deux amygdales.

Traitement. — Injections tous les jours de 2 milligrammes, du 28 mai au 23 juin ; 27 injections.

Aucun accident. Pas de douleur.

Dès le 10 juin, les syphilides vulvaires s'affaissent très-notablement, mais apparition de syphilides érosives des deux amygdales.

23 juin. La malade continue son traitement.

OBS. XXD7. — Victorine F..., 22 ans, domestique, salle Saint-Louis, n* 6. Entrée le 17 mai. Pas d'antécédents diathésiques héréditaires ; métrite légère.

Traitée il y a six mois, salle Saint-Bruno (service de M. Terrillon), pendant cinq semaines, pour des syphilides vulvaires. Examen. — Syphilides papulo-bypertrophiques conQuentes péri-anales. Rien à la vulve.


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Syphilide papuleuse discrète du tronc et des membres. Adénite multiple indolente inguinale et cervicale.

Traitement. — Injections tous les jours de 2 milligrammes du 17 mai au 23 juin ; 34 injections.

Pendant les quinze premiers jours environ, la malade ressent pendant une demi-heure après cbaque injection une douleur légère, sans cuisson au point piqué. Les dernières piqûres ne sont plus douloureuses. En outre, la peau de la malade est très résistante, le tissu cellulaire sous-cutané se laisse difficilement pénétrer. Il en résulte que dans quelques injections (3 ou 4 environ) le liquide ne pénètre pas profondément, d'où production de nodosités légèrement douloureuses, sans réaction inflammatoire, persistant deux, trois à quatre jours au maximum.

Dès la cinquième injection, les syphilides vulvaires et cutanées s'éteignent.

Le 23 juin, les syphilides ont presque complètement disparu. La malade continue son traitement.

OBS. XXV. — Rosalie Z..., blanchisseuse, 17 ans, salle Saint-Alexis, n° 30. Entrée le 24 mai 1881.

Pas d'antécédents diathésiques.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques multiples des grandes lèvres, des petites lèvres, du pourtour de l'anus. Syphilides papulo-érosives du vagin et du col de l'utérus. Syphilide papuleuse, papulo-érythémateuse du tronc et des cuisses. Prurigo parasitaire généralisé. Syphilides érosives des deux amygdales.

Traitement. — Du 25 mai au 18 juin, injection tous les jours de 2 milligrammes.

Aucun accident, pas de douleur.

Le 18 juin, on double la dose : 4 milligrammes. Pas de douleur, pas de stomatite.

Exeat, améliorée, sur sa demande, le 20 juin. — *Total : 26 injections.

OBS. XXVI. — Louise C., 18 ans, couturière, salle Saint-Alexis, n° 10. Entrée le 24 mai 1881.

Pas d'antécédents diathésiques.

Examen. — Vulvo-uréthro-vaginite blennorrhagique. Abcès de la glande vulvo-vaginale gauche. Syphilides hypertrophiques érosives des grandes lèvres et du pourtour de l'anus remontant à huit jours environ. Céphalée, courbature, algidité périphérique, alopécie. Syphilides érosives de la paroi postérieure du pharynx. Syphilide papulo-squameuse de la mâchoire inférieure.

Traitement. — Du 25 mai au 23 juin, injections tous les jours de 2 milligrammes. — Total : 29 injections.

Légère douleur, cuisson au point piqué durant une heure lors des 9 premières injections, à peine perceptible lore des suivantes. Pas d'autre accident.

Dès la dix-huitième injection, tous les accidents syphilitiques ont disparu. Persistance de la blennorrhagie.

Le 23 juin, aucune syphilide nouvelle n'est apparue ; on continue les injections quotidiennes.


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Cinquième série Injections tous les jours de 3 milligrammes de sublimé (trois-quarts de seringue de Pravaï).

OBS. XXVII. — Eugénie P..., mécanicienne, 19 ans. Entrée le 7 juin 1881, salle SaintAlexis.

Examen. — Sur les grandes lèvres, dans les plis génilo-cruraux, au pourtour de l'anus, syphilides papulo-hypertrophiques. Polyadénite inguinale. Syphilides érosives de la face interne des petites lèvres. Urélhro-vaginite blennorrhagique. Syphilides papuleuses du vagin et du col utérin. Syphilides érythémateuses et papuleuses du tronc et des membres. Syphilides érosives de la langue, de la luette, et des amygdales. Adénite sous-maxillaire.

Du 8 au 17 juin, injection tous les jours de 3 milligrammes. — Total : 10 injections»

Aucune douleur. Pas d'accident.

Exeat, sur sa demande, le 17 juin. Améliorée.

OBS. XXVIII. — Marie B..., 24 ans, domestique. Entrée le 7 juin, salle Saint-Alexis, n*36. Scrofule.

Examen. — Syphilides papuleuses et papulo-hypertrophiques de la vulve. Syphilides érythémateuses, papuleuses, squameuses du tronc. Rien à la gorge. Alopécie. Céphalée. Traitement. — 3 milligrammes tous les jours, du 8 au 23 juin. — Total : 16 injections. Aucune douleur; pas d'accident.

Dès la douzième injection, les syphilides s'affaissent très notablement. 23 juin. Continuation du traitement.

OBS. XXIX. — Estelle P..., 22 ans, domestique. Entrée le 31 mai, salle Saint-Alexis, 26.

Début de la syphilis il y a un mois.

Examen. — Nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques, dont quelques-unes sont érosives, de la vulve, de l'anus, des plis génilo-cruraux. Tuméfaction considérable des grandes et petites lèvres. Polyadénite inguinale, cervicale et sous-maxillaire. Syphilide érythémaleuse généralisée.

Traitement. — 3 milligrammes tous les jours, du 1" au 23 juin. — Total : 23 injections.

Légère cuisson pendant une demi-heure, tors des cinq premières injections. Pas d'accident.

23 juin. Affaissement lent des syphilides.

OBS. XXX. —Marie P..., 18 ans, domestique. Entrée le 7 juin, salle Saint-Alexis, n° 27.

Début il y a quatre mois.

Examen. — Syphilides papuleuses légèrement érosives des grandes et des petites lèvres. Syphilides hypertrophiques volumineuses de la face interne des cuisses. Syphilides érosives des commissures labiales, de la langue, des amygdales. Syphilides cutanées érythémateuses, papuleuses, squameuses.

Traitement. — 3 milligrammes tous les jours, du 8 au 23 juin. — Total : 16 injections.

Aucune douleur; aucun accident.

23 juin. Les syphilides s'affaissent. On continue le traitement.


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OBS. XXXE. — Anila S..., 18 ans, domestique. Entrée le 31 mai, salle Saint-Alexis, n° 26.

Céphalée. Alopécie. Courbature. Tibialgie.

Eoeamen. — Syphilides papulo-érosives, dont quelques-unes sont hypertrophiques, très nombreuses, très volumineuses, occupant les grandes et les petites lèvres, le périnée, l'orifice anal. Syphilide papuleuse du vagin. Syphilides érosives des deux amygdales. Syphilide érythémateuse du tronc. Ganglions épitrochléens, inguinaux, cervicaux, sous-maxillaires tuméfiés.

Traitement. — 3 milligrammes tous les jours, du 1" au 23 juin. — Total : 23 injections.

Pas de douleur; pas d'accident.

La cinquième injection ayant été faite un peu trop superficiellement, il en résulte une nodosité indurée, rouge, légèrement douloureuse, ne durant que quarante-huit heures. Résolution complète. Affaissement lent des syphilides qui étaient très nombreuses.

23 juin. Continuation des injections.

OBS. XXXII. — Alberline B..., 22 ans, journalière. Entrée le 7 juin, salle Saint-Alexis, n° 25.

Début il y a trois mois. Céphalalgie. Courbature. Insomnie.

Examen. — Douze à quinze syphilides papulo-hypertrophiques des grandes et des petites lèvres. Polyadénite inguinale. Syphilides papulo-squameuses discrètes du tronc et du dos. Syphilides érosives des amygdales qui sont hypertrophiées.

Traitement. — 3 milligrammes chaque jour, du 8 au 23 juin. — Total : 16 injections.

Aucun accident.

Le 23 juin, les syphilides ont presque totalement disparu.

OBS. XXXIII. — Zélie F..., 18 ans, domestique, salle Saint-Alexis, n" 11. Entrée le 7 juin 1881.

Antécédents strumeux.

Début il y a deux mois. Depuis, alopécie ; céphalée ; courbature ; fièvre syphilitique. Insomnie presque absolue.

Examen. — Tuméfaction considérable des grandes et des petites lèvres. Syphilides papulohypertrophiques, dont beaucoup sont érosives et à aspect diphthéroïde, de la vulve, des plis génilo-cruraux, de l'anus. Syphilide érythémaleuse du tronc. Syphilides érosives multiples des deux amygdales.

Traitement. — 3 milligrammes tous les jours du 8 au 23 juin, — 16 injections.

Aucune douleur; aucun accident. Les syphilides vulvaires s'affaissent très rapidement. Les syphilides buccales sont plus tenaces.

Continuation du traitement.

OBS. XXXIV. — Eugénie A..., 22 ans, salle Saint-Alexis, n" 2. Entrée le 23 mai.

Début de la maladie il y a un mois, trois semaines après le dernier coït. Ulcération volumineuse, non indurée, à bords décollés, de la grande lèvre gauche; puis une autre apparaît sur la petite lèvre; puis une troisième sur la grande lèvre droite. Ces ulcérations s'agrandissent considérablement, bien que la malade les cautérise au nitrate d'argent trois ou quatre fois par jour. Tuméfaction considérable des grandes et des petites lèvres. L'aspect de ces


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ulcérations est absolument celui des chancres non infectants. L'inoculation étant faite trois fois et étant chaque fois négative on diagnostique : chancres syphilitiques modiCés par les cautérisations répétées et intempestives. Polyadénite inguinale double, aphlegmasique. Céphalée, courbature, insomnie, dyspepsie.

Le 9 juin, apparition de syphilides papuleuses, érythémaleuses, squameuses du tronc et des membres se développant avec une rapidité énorme. 1

On institue de suite le traitement : injection tous les jours de 3 milligrammes, du 9 au 23 juin. — 15 injections.

Aucun accident. Légère douleur. (La malade est extrêmement impressionnable.)

Sous l'inDuence de ce traitement, les chancres de la vulve diminuent très rapidement, mais les syphilides cutanées augmentent chaque jour; apparition de quelques syphilides buccales.

Le 23 juin, l'évolution des syphilides cutanées semble arrêtée. Grande amélioration des syphilides vulvaires.

OBS. XXXV. — Jeanne P..., 29 ans, cuisinière, salle Saint-Louis, n° 2. Entrée le 7 juin.

Début il y a un mois. Céphalée, courbature, alopécie considérable, insomnie, polyadénite.

Examen. — Syphilides papulo-érosives hypertrophiques volumineuses de la vulve, de l'anus, des plis génito-cruraux, de la face interne des petites lèvres. Syphilide érythémateuse discrète. Petite syphilide érosive du pilier antérieur droit.

Traitement. — Du 10 juin au 23 juin, injection de 3 milligrammes tous les jours. — 14 injections.

Aucun accident; pas la moindre douleur. Affaissement très rapide des syphilides.

OBS. XXXVL — Rose D..., 18 ans, fille de brasserie, salle Saint-Louis, a' 13. Entrée le

26 mai 1881.

i Examen. — Chancres simples multiples de la rulve et chancre infectant de la petite lèvre

droite, à base indurée. Polyadénite inguinale indolente. Vitiligo cervical. Syphilide érythémateuse du tronc Syphilides érosives des deux amygdales. Alopécie, céphalée, courbature.

Traitement. — Injection de 3 milligrammes du 4 au 23 juin. — 20 injections.

Pas d'accidents. Pas la moindre douleur.

Le chancre disparaît très rapidement ainsi que les syphilides amygdaliennes. Persistance de la roséole.

OBS. XXXVIL — Marie L..., 21 ans, couturière, salle Saint-Louis, n* 23. Entrée le 27 avril 1881.

Début il y a un mois.

Examen. — Chancres simples de l'anus et de la fourchette. Chancre induré infectant de la grande lèvre droite. Polyadénite inguinale non douloureuse. Syphilide érythémateuse. Hypertrophie et syphilides érosives des amygdales.

Traitement. — Du 10 au 23 juin, 14 injections.

Pas de douleur, sauf un peu de gêne dans le décubitus dorsal. Pas de salivation.

52 juin. Le chancre a disparu. La syphilide érythémateuse persiste.

Min. 6


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Sixième série Injections tous les jours de 4 milligrammes de sublimé (seringue de Pranz entière).

OBS. XXXVIII. — Marie D..., 22 ans, cuisinière, entrée salle Saint-Louis, n* 27,1e 7 juin 1881

Début il y a trois mois. Céphalée, alopécie, insomnie, courbature.

Examen. — Syphilides hypertrophiques érosives multiples de la vulve et de l'anus. Vulvovaginite blennorrhagique. Syphilide maculeuse du dos et du thorax.

Traitement. — Du 18 au 23 juin, 6 injections de a milligrammes.

Aucune douleur; aucun accident. État stationnaire des syphilides.

OBS. XXXIX. — Elisabeth M..., 21 ans, journalière, entrée le 14 juin 1881, salle SaintLouis, n" 5.

Examen. — Depuis un moins syphilides papulo-érosives des grandes et des petites lèvres, du capuchon clitoridien. Adénite inguinale multiple, non douloureuse. Vagin rouge et puru1 ent. Syphilide vaginale érythémateuse et légèrement papuleuse.

Traitement. — a milligrammes par jour, du 18 au 23 juin. — 6 injections.

Aucun accident ; pas de salivation.

23 juin. Affaissement des syphilides vulvaires.

OBS. XL — Maria L..., 20 ans, fileuse, entrée le 17 juin 1881, salle Saint-Lùuis, n* 3a.

Il y a six mois, elle est restée un mois à Lourcine pour des syphilides vulvaires et buccales. Elle n'a subi aucun traitement depuis sa sortie de l'hôpital. Rentre pour des syphilides papulohypertrophiques volumineuses des grandes lèvres et du pourtour de l'anus. Syphilide érythémateuse du tronc. Grossesse de trois mois.

Traitement. — Du 18 au 23 juin, 6 injections, a milligrammes par jour.

La malade ne ressent aucune douleur.

OBS. XLI. — Dora A..., 26 ans, couturière, entrée le 1er mars 1881, salle Saint-Louis, n' 18.

Début de la maladie il y a quinze jours.

Syphilides papulo-érosives hypertrophiques volumineuses de la vulve, des plis génito-cruraux, du pourtour de l'anus. Polyadénite inguinale indolente. Syphilide érythémateuse généralisée sur tout le corps. Courbature, alopécie, insomnie, fièvre. Grossesse de cinq mois et demi.

On traite la malade pendant un mois avec une cuillerée à café par jour de liqueur de van Swieten. Au bout d'un mois, les syphilides vulvaires ont presque totalement disparu. Mais augmentation des syphilides cutanées, buccales. Syphilides ulcéreuses nombreuses du cuir chevelu ; quelques syphilides eclhymateuses de la région cervicale postérieure. Douleurs très vives donnant lieu à l'insomnie. On donne alors 2 cuillerées par jour.

Au bout d'un mois, les syphilides ulcéreuses et eclhymateuses persistant ainsi que les syphilides cutanées et buccales, on met la malade aux injections quotidiennes de U milligrammes. — Du 15 au 23 juin, 9 injections.


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Légère douleur pendant un quart d'heure au point piqué. Amélioration sensible sous l'influence du nouveau traitement.

OBS. XLII. — Alphonsine L..., 25 ans, domestique, entrée le 7 juin 1881, salle Saint-Louis, n'25.

Scrofule. Tuberculose pulmonaire. Grossesse de cinq mois.

Début il y a six mois environ. Pas de traitement Alopécie, insomnie, courbature matinale, fièvre syphilitique, algidité périphérique le soir et la nuit.

Examen, — Dans le pli de l'aine, sur toute la vulve, au pourtour de l'anus, dans les plis génito-cruraux, syphilides papulo-érosives confluentes formant une immense nappe. Polyadénite inguinale. Quelques syphilides papuleuses discrètes sur le tronc.

Traitement. — Injections tous les jours, U milligrammes, du 11 au 23 juin. — Total : 13 injections.

Aucun accident. Légère cuisson pendant dix minutes. Syphilides s'affaissent insensiblement.

OBS. XLIII. —Augusline D..., 18 ans, blanchisseuse. Entrée le 10 juin, salle Saint-Louis, n° 31.

Soignée il y a cinq mois pendant deux mois, salle Saint-Clément (service de M. Gouguenheim), pour syphilis au début. Est sortie non guérie et ne s'est pas soignée hors de l'hôpital.

Examen. —Syphilides papuleuses, papulo-hypertrophiques légèrement érosives des grandes et des petites lèvres, et de l'orifice anal. Adénite inguinale. Hypertrophie des deux amygdales. Du 11 au 23 juin : 13 injections.

Aucun accident. Seules, les syphilides papulo-hypertrophiques périanales persistent, restent stationnaires.

33 juin. Continuation du traitement.

OBS. XLIV. — B... (Françoise), 34 ans. Entrée le 29 mars, salle Saint-Alexis, n* 23.

Malade depuis deux mois.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques de la vulve, du pourtour de l'anus, des grandes et des petites lèvres. Polyadénite inguinale. Grossesse de quatre mois. Glossite syphilitique érosive. Donné, pendant deux mois et demi, à la dose d'une, puis deux cuillerées à café, la liqueur de van Swielen n'agissant que fort lentement, et n'empêchant pas la reproduction des syphilides papulo-hypertrophiques de la vulve et des ailes du nez; on met la malade aux injections quotidiennes. 20,21, 22, 23 juin, /t'injections de h milligrammes qui sont fort bien supportées.

Pas de douleurs. Pas de nodosités. Pas de salivation.

OBS. XLV. — Julia L..., 29 ans, blanchisseuse. Entrée le 17 mai, salle Saint-Alexis, n° 8.

Début il y a quinze jours. Alopécie. Céphalée. Fièvre. Algidité périphérique. Rien à la vulve. Sur tout le corps, syphilide papulo-érythémateuse généralisée simulant absolument une rougeole boutonneuse. Syphilides papuleuses du vagin et du clitoris. Adénite indolente de l'aine, du cou, de la région épitrochléenne.

Injections tous les jours de U milligrammes. Du 26 mai au 23 juin : 28 injections.

La malade prétend souffrir légèrement, durant -toute la journée, au niveau du point piqué. Décubitus dorsal impossible. Pas de rougeur, ni de nodosité, ni d'abcès, ni d'eschares. Pas


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de salivation. Les syphilides vulvaires, vaginales, disparaissent très rapidement. La lyphilide cutanée pâlit lentement et s'affaisse,

OBS. XLVI. — Marie Z..., 18 ans, couturière. Entrée le 24 mai, salle Saint-Alexis, n* 29.

Début il y a deux mois.

Examen. — Gale. Prurigo généralisé. Sur les grandes et les petites lèvres, à l'anus, dans les plis génito-cruraux, nombreuses végétations rouges lisses, syphilitiques. Quelques syphilides papuleuses du tronc. Syphilides érosives de la langue et des deux amygdales. Alopécie. Céphalée. Courbature. Syphilide pigmentaire du cou.

Traitement. — Du 24 mai au 18 juin, injection tous les jours de 2 milligrammes. Aucune douleur. Aucun accident Amélioration notable, mais lente.

Le 18 juin, on injecte 4 milligrammes, ainsi que les jours suivants. Cette solution est également bien supportée. — Total : 30 injections.

Septième série (depuis le 21 juin). Injections quotidiennes de 5 milligrammes.

Injection, tous les jours, de 5 milligrammes de sublimé. On emploie une solution nouvelle ainsi faite : la seringue de Pravaz entière contient 8 milligrammes de sublimé ; 5 divisions de cette seringue contiennent donc 2 milligrammes.

Cette solution plus concentrée que les précédentes, et contenant de la glycérine, paraît être plus douloureuse que la précédente pendant quelques minutes

Le nombre des malades de la septième série est de 5. Jusqu'à ce jour, aucune d'elles n'a présenté un accident quelconque.

En résumé, de toutes ces observations, il résulte : 1» que, chez le plus grand nombre de malades, l'injection sous-cutanée d'une solution de peptone mereurique ammonique n'occasionne aucune douleur. Quelques malades seulement ont accusé une douleur plus ou moins vive durant parfois un jour, le plus ordinairement une heure, à la suite des premières injections ; dès la cinquième ou sixième, la douleur ne se montrait plus; 2° que cette injection ne provoque aucune irritation locale, pourvu qu'elle soit pratiquée dans le tissu cellulaire sous-cutané; 3° qu'à la dose de 4 milligrammes de sublimé, il ne survient aucun phénomène d'hydrargyrie ; qu'elle ne donne lieu notamment ni à la stomatite mercurielle, ni à un trouble gastro-intestinal ; 4° que le sublimé associé à la peptone sèche, suivant la formule donnée par M. Delpech, et injecté sous la peau, possède une action plus prompte, plus rapide, sur les accidents syphilitiques, que le sublimé donné par la voie stomacale. A tous ces points de vue, donc, cette préparation est appelée à rendre de grands services dans la thérapeutique de la syphilis, et nous permet de revenir à l'emploi des injections sous-cutanées si délaissées par les médecins français.

Dans un second mémoire je ferai connaître le résultat de mes nouvelles expériences ainsi que les doses qu'il faut atteindre pour avoir des accidents d'hydrargyrie.


DES INJECTIONS SOUS-CUTANEES

DE PEPTOHE MERCDRIÛUE AHHORiaUE

DANS LE TRAITEMENT DE LA SYPHILIS

Deuxième Mémoire communiqué à la Société médicale des hôpitaux

DANS LA SÉANCE DD 14 OCTOBRE 1881 TA»

Le Docteur L. MARTINEAU

Médecin de l'hôpital de Lourcine CheTaliei de la Légion d'honneur, etc.

Messieurs,

Les observations résumées dans mon premier mémoire sur les injections hypodermiques de peptone mercurique ammonique, lu dans la séance du 23 juin 1881, étaient divisées en six séries, suivant le procédé et les doses de sublimé employés. J'indiquai une septième série (injections quotidiennes de 5 milligrammes) ; mais les observations étant trop récentes, j'avais pensé qu'il valait mieux attendre pour les publier. Depuis le 21 juin, j'ai continué mes expériences. Gomme pour le premier mémoire, les injections ont été faites progressivement, par séries, et journellement.

Six nouvelles séries composent ce deuxième mémoire.

Septième série 5 milligrammes tous les jours.

Huitième — 6 — —

Neuvième — 7 — —

Dixième — 8 — —

Onzième — 9 — —

Douzième — 10 — —

En outre, plusieurs des malades des troisième, quatrième, cinquième cl sixième


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séries n'étaient encore pas sorties lors de la publication du premier mémoire. Je donne aujourd'hui la fin de leurs observations.

Enfin, depuis le 1" octobre, j'ai mis toutes les malades traitées dans mes salles par les injections hypodermiques de peptone mercurique à 10 milligrammes, me proposant, dans un mois, de revenir à la dose de 5 milligrammes, dose normale et suffisante de sublimé dans le traitement de la syphilis. Le médecin sera toujours libre d'augmenter les doses suivant les indications qui se présenteront. Il les augmentera, sachant qu'à dose plus élevée, à 10 milligrammes même, il ne survient aucun accident.

126 malades ont été traitées par cette méthode depuis le 21 juin. 3,087 injections ont été pratiquées. En additionnaut ces chiffres à ceux contenus dans le premier mémoire, nous voyons que 172 malades ont été soumises au traitement par les injections hypodermiques, et que 3,838 injections ont été faites depuis le 12 avril, époque où j'ai commencé ces expériences.

La solution de peptone mercurique ammonique en injections hypodermiques m'ayant donné les magnifiques résultais que je vais faire connaître, j'ai tenu à me renseigner sur son efficacité alors qu'elle est donnée par la voie stomacale. A la fin de ce mémoire, je donne, avec le résumé des observations des malades qui ont été soumises à ce traitement, les considérations qui découlent de cette expérience.

À l'effet d'obtenir, pour les injections hypodermiques, une solution titrée à 10 milligrammes de sublimé par centimètre cube, M. Delpech a modifié la formule primitivement employée. Voici la note qu'il m'a remise à ce sujet :

Note de M. Delpech, pharmacien.

« Pour préparer des solutions hypodermiques à 10 milligrammes de sublimé, il a été fait une solution concentrée dite solution normale, ainsi composée :

Peptone en poudre de Catilloo 9 grammes.

Chlorure d'ammonium pur. 9 —

Sublimé corrosif. 6 —

1!x grammes.

On dissout cette peptone mercurique ammonique dans :

Glycérine pure 72 grammes.

Eau distillée 24 grammes.

5 grammes de cette solution normale filtrée contiennent exactement 0,25 centigr. de sublimé, qui, étendus de 25 grammes d'eau distillée, donnent une solution hypodermique renfermant, par seringue de 1 gramme 20, 10 milligrammes de sublimé.

Cette solution est stable, et la peptone mercurique ammonique formée ne subit


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aucune décomposition; mais, vu sa concentration, il se produit au bout de quelque temps un précipité léger qui se redissout par l'agitation, car ce précipité n'est pas constitué par du calomel, comme cela se produit dans les solutions d'albuminate de mercure; d'après notre examen, il est de même composition que la partie restée en dissolution. C'est un composé mercurique ammonique en combinaison avec la matière albuminoïde qui constitue la peptone, et, de plus, comme on s'en est assuré, il ne reste pas de sublimé libre dans la liqueur.

Pour obvier cependant à l'inconvénient résultant de la production de ce précipité qui, si l'on n'agite pas les solutions, amène une irrégularité dans le dosage, il sera mieux de préparer la solution normale de peptone mercurique ammonique dans la glycérine, en petite quantité, et pour répondre au besoin du moment.

En vue de répondre à cette indication, et pour faciliter la préparation instantanée de la solution de peptone mercurique ammonique, pour injections, nous avons employé une petite éprouvette graduée. Nous mesurons un certain volume de solution normale indiqué sur l'éprouvette, et correspondant exactement à 5 grammes en poids; puis nous ajoutons un volume d'eau distillée équivalant à 25 grammes en poids, volume indiqué également par une graduation marquée sur l'éprouvette. On agite, pour mélanger intimement la solution normale à l'eau distillée, et, de celte façon, on a de suite une solution pour injections hypodermiques qui, par chaque seringue de 1 gr. 20, représente exactement 10 milligrammes de sublimé. Cette préparation rapide et facile permet de ne produire que la quantité absolument nécessaire, et fournit des solutions limpides et d'un dosage rigoureux. C'est le procédé employé dans le service de M. Martineau.

Il est acquis du reste que toutes les solutions hypodermiques doivent autant que possible être préparées au moment du besoin, car l'on sait qu'elles s'altèrent très rapidement.

C'est pourquoi divers véhicules ont été préconisés pour assurer leur conservation. Tels que : l'eau distillée d'eucalyptus (Gubler), l'eau distillée de laurier cerise (Luton), la glycérine (Constantin Paul), l'eau distillée de spirée ulmaire, l'acide salicylique à raison de 5 centigrammes par 30 grammes de soluté. Pour nos solutions, nous avons donné la préférence à la glycérine étendue d'eau distillée. »

Dans mon premier mémoire, j'annonçais que M. Ormezzano, mon interne en pharmacie, avait constaté la présence du mercure dans l'urine des malades soumises aux injections hypodermiques. Je n'avais pu indiquer le procédé qu'il avait suivi. Aujourd'hui, je puis le faire connaître, voici la note qu'il m'a remise à ce sujet.


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Note de M. Ormezzano, interne en pharmacie, sur la recherche du mercure dans les urines des malades traitées par les injections de peptone mercurique à 5 milligrammes par jour.

« J'ai essayé plusieurs procédés : recherche directe, destruction des matières organiques par la chaleur et l'acide chlorhydrique, traitement par la pile de Smithson ou par un courant continu; aucun de ces procédés ne m'a donné un résultat. Voici le seul qui m'ait satisfait.

J'ai recueilli les urines d'une malade traitée à 5 milligrammes pendant les dix premiers jours à partir de sa première injection, et j'ai pu y constater la présence du mercure en employant le procédé suivant.

On détruit la matière organique par un courant de chlore naissant ; lorsque les urines sont complètement décolorées on fait passer un courant d'acide sulfureux afin d'enlever l'excès de chlore. On filtre, puis on fait passer un excès d'acide suifhydrique. On filtre pour recueillir le précipité que l'on sèche de manière à enlever toute trace d'humidité. On prend un tube à analyse en verre vert, on y introduit du bicarbonate de soude desséché, de la chaux calcinée, le mélange du précipité avec de la chaux, puis encore de la chaux calcinée, le tout recouvert par un tampon d'amiante. Cela fait, on chauffe le tube à la lampe d'émailleur, de manière à lui donner une forme en bec de cygne. Ceci fait, on chauffe. Le mercure, chassé de sa combinaison avec le soufre, distille et se condense dans la courbure du tube. Pour caractériser complètement le mercure, on coupe à la lime le tube et on introduit le tout dans un vase contenant des cristaux d'iode.

Il se forme, au bout de quelque temps, des cristaux rouges de biiodure de mercure. Le mercure, pris en injection, est donc éliminé dans les dix premiers jours. »

PREMIÈRE PARTIE

INJECTIONS HYPODERMIQUES.

Suite des observations des malades publiées dans le premier mémoire du 21 juin 1881 :

Troisième série (2 milligrammes tous les deux jours).

OBS. XI. — Marthe D..., salle Saint-Louis, lit n° 29. Exeat le 23 juin. 2 injections -j- 28. Tolal : 30. Sortie guérie. Jamais d'accident.

OBS. XIIL — Berlhe R..., salle Saint-Alexis, n" A3. A la date du 21 juin, 25 injections.

On continue les injections pendant quatorze jours. A cette époque, les syphilides ont complètement disparu. La malade accouche à terme d'un enfant mort depuis environ quinze jours. Pas de suites de couche pathologiques. Pas de salivation ni de nodosités : 39 injections.


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OBS. XIV. — Caroline V..., salle Saint-Alexis, n° 45. Exeat le 23 juin.

2 injections + 22. Total : 24 injections. La malade sort guérie. Pas d'accidents.

OBS. XVIL — Victorine R..M entrée le 16 mai, salle Saint-Alexis, lit n* 3. A la date du 21 juin, 18 injections. On continue les injections à la même dose jusqu'au 29 juin. A cette époque on met la malade à 5 milligrammes par jour.

9 juillet. La malade sort guérie. Pas de nodosités; pas de salivation; aucun accident. Total : 18 + 7 injections à 2 milligr., 25; 9 à 5 milligr., 9. Total : 34 injections.

Quatrième série (3 milligr. tous les jours).

OBS. XX. — Clémentine M..., salle Saint-Louis, n" 21, entrée le 17 mai 1881. 23 juin: 27 injections.

Le 24 juin, la malade est mise à 4 milligr. par jour. Les syphilides vulvaires sont guéries. Les syphilides cutanées résistent.

29 juin. 5 milligrammes par jour.

2 juillet. Les syphilides cutanées pâlissent.

9 juillet. Exeat. Complètement guérie. Jamais d'accident. Pas de salivation : 40 injection».

Cinquième série 3 milligrammes injectés tous les jours (trois quarts de seringue de Praraz).

OBS. XXVIII. — Marie B..., 24 ans, domestique. Entrée le 7 juin 1881, salle Saint-Alexis, n° 36. A la date du 21 juin, 14 injections. Les injections sont continuées jusqu'au 9 juillet A cette époque, les syphilides ont complètement disparu. La malade sort guérie. Pas de douleurs à la région dorsale ; pas de nodosités ; pas de salivation. Total : 31 injections.

OBS. XXLX. —Estelle P..., 22 ans, domestique. Entrée le 31 mai, salle Saint-Alexis, lit n°26.

21 juin. On continue les injections à la même dose, 3 milligr. tous les jours. La malade sort guérie le 29 juin. Toutes les syphilides ont disparu.

Du 1" au 21 juin, 21 injections ; du 21 au 29 juin, 7. Total : 28 injections. Pas de nodosités; pas de salivation; aucun accident.

OBS. XXX. — Marie P..., 18 ans, domestique. Eutrée salle Saint-Alexis, lit' n* 27, le 7 juin 1881. A la date du 21 juin, 14 injections. Les syphilides s'affaissent.

29 juin. On met la malade à 5 milligrammes par jour.

11 juillet. Les syphilides vulvaires ont disparu ; quelques syphilides sur les deux amygdales persistent

25. La malade sort guérie. Aucun accident Pas de salivation. 20 injections à 3 milligr., 15 à 5 milligr. Total : 35 injections.

OBS. XXXL — Anita S..., 18 ans, domestique. Entrée le 31 mai, salle Saint-Alexis, lit n* 26. 23 juin. 23 injections. Affaissement général des syphilides qui étaient très nombreuses. 1" juillet On met la malade à 6 milligrammes. Une injection faite trop superficiellement


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produit, au niveau de l'angle inférieur de l'omoplate droite, une plaque rouge du volume d'une pièce de 1 franc, présentant, au centre, une coloration noire et une petite phlyctène.

11 juillet. Sclérème de la grande lèvre droite. Les syphilides s'affaissent complètement. Seule, au sommet de la grande lèvre gauche, une syphilide papulo-hypertrophique à tendance ulcéreuse persiste.

3 août. Suppression des injections. Les syphilides ont complètement disparu. Jamais de salivation. Rien du côté des voies digeslives. Jamais de nodosités, à l'exception de l'accident précité. — Total : 61 injections.

OBS. XXXfH. — Zélie F..., 18 ans, domestique. Entrée le 7 juin 1881, salle Saint-Alexis, lit n' 11.

23 juin. A cette époque, la malade en est à sa seizième injection.

Le 15 juillet^ la malade sort complètement guérie. Une petite nodosité à l'angle inférieur de l'omoplate droite. Pas de salivation. Pas de douleurs. — Total : 35 injections.

OBS. XXXV. —Jeanne P..., 29 ans, cuisinière. Entrée le 7 juin, salle Saint-Louis, lit n* 2. 23 juin. la injections.

29 juin. La malade est mise aux injections à 5 milligrammes. 1" juillet. Les syphilides ont complètement disparu. Petite nodosité à gauche. 25 juillet Exeat. Guérie. Jamais de salivation. Aucun accident. Pas de douleurs. — Total : 35 injections.

OBS. XXXVL — Rose D..., 18 ans, fille de brasserie. Entrée le 26 mai 1881, salle SaintLouis, lit n° 13.

23 juin. 20 injections. Un peu d'induration sur le côté droit du dos.

29 juin. 5 milligrammes par jour. Le chancre a complètement disparu, ainsi que les syphilides vulvaires. Encore quelques syphilides buccales.

8 juillet. Exeat. Guérie. Pas de nodosités; jamais de salivation; aucune douleur; aucun accident. — Total : 35 injections.

OBS. XXXVII. — Marie L..., 21 ans. Salle Saint-Louis, lit n° 23.

23 juin. 14 injections. Chancre réparé. Syphilides érythémateuses.

29 juin. La malade est mise à 5 milligrammes. Les syphilides ont disparu.

2 juillet. Exeat, Guérie. Aucun accident. — Total : 22 injections.

OBS. XLVL — Marie F..., 18 ans, couturière. Salle Saint-Alexis, lit n° 29. Entrée le 24mai. A la date du 21 juin, 28 injections. On les continue à a millig. jusqu'au 29 juin ; à cette époque, on porte la dose à 5 millig. Quelques nodosités et douleurs à la région dorsale à la suite de deux piqûres mal faites.

9 juillet. Les syphilides ont complètement disparu.

11 juillet Exeat guérie. Pas de salivation. 28 injections à a millig. ; 13 à 5 millig. Total : al injections.

OBS. XLIV. — Françoise B..., 35 ans, salle Saint-Alexis, lit n* 13. Depuis le 29 mars, la malade est traitée par la liqueur de Van Swieten sans résultats satisfaisants. La malade est enceinte.


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13 juin. Nombreuses syphilides papulo-érosives et érosivés de la vulve et du pharynx. Syphilides linguales. Glossite érosive. Le 20 juin, on met la malade aux injections à 4 millig.

25 juin. 5 millig. par jour. A la onzième injection, les syphilides vulvaires s'affaissent. Les syphilides cutanées persistent.

8 juillet. Exeat. Très améliorée. 7 injections à 4 millig. ; 7 injections à 5 millig. Total : 14 injections. Pas de salivation ni de nodosités.

OBS. XLI. — Dora A..., 26 ans, couturière. Entrée le 1" mars 1881, salle Saint-Alexis, lit n° 18. Au 23 JUÏD, on avait fait 9 injections. On soumet alors la malade aux injections de peptone mercurique à S millig. chaque jour. Sous l'influence de ce traitement, les syphilides du cuir chevelu se sèchent considérablement.

30 juin. Seizième injection. Un peu de douleur au point piqué. Aucune nodosité. Pas de salivation.

8 juillet. Les syphilides cutanées sont guéries, sauf au cuir chevelu où les syphilides impétigineuses se sèchent et sont beaucoup moins douloureuses. Quelques nodosités de la région dorsale sans inflammation.

22 juillet. Trente-septième injection. Les syphilides pustuleuses de la nuque sont séchées ; elles sont devenues tuberculeuses.

29 juillet. Quarante-quatrième injection. Les syphilides du cuir chevelu sont complètement guéries. Il n'existe plus que deux syphilides croùteuses de la nuque presque cicatrisées. Aucun accident.

30 juillet. Quarante-cinquième injection. Accouchement à terme d'un garçon pesant 7 livres, fort bien portant, sans aucune trace de syphilis. Pas de suites de couche pathologiques. La mère nourrit son enfant.

14 octobre. L'enfant n'est pas syphilitique, ou plutôt il ne présente aucun accident syphilitique. Total : 45 injections.

Résumé de* observations des malades traitées par les Injections hypodermiques

de peptone mercurique,

on 23 JUIN AU 14 OCTOBIE 1881.

Comme les précédentes, ces observations ont été prises et résumées par mon excellent interne, M. de Molènes, que je ne saurais trop remercier de son zèle.

Septième série (5 milligrammes par jour),

OBS. XLV1I. — B... (Françoise), 34 ans, entrée le 29 mars 1881, salle Saint-Alexis, n° 13. Quelques antécédents strumeux ; gourme. Syphilides papulo-hypertrophiques et érosivés des grandes lèvres, des petites lèvres et du pourtour de l'anus. Syphilides érosivés de la langue, des amygdales. Syphilide érylhémateuse du tronc. Syphilide pustuleuse des ailes du nez. La malade est enceinte de six mois.

20 juin. Injections de peptone mercurique à 5 milligrammes par jour.

30. Les syphilides vulvaires s'affaissent

8 juillet. La malade sort de l'hôpital, mais revient tons les deux jours aux injections.


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15 septembre. Complètement guérie. — Total : 33 injections. Jamais de salivation ; pas de nodosités; pas de douleurs.

OBS. XLVIIL—A... (Eugénie), 22 ans, rentière, entrée salle Saint-Alexis, lit n° 46, le 23 mai. Pas d'antécédents strumeux. Bonne santé.

Début de la syphilis il y a sept semaines. Les grandes lèvres sont tuméfiées ; à droite deux ulcérations, à gauche une, deux à la fourchette, du volume d'une pièce de 5 francs. Rougeur et tuméfaction des petites lèvres ; au niveau de l'urèthre, autre ulcération du volume d'une pièce de 1 franc. Toutes ces ulcérations, prises en ville pour des chancres non infectants, ont été fortement cautérisées. Actuellement, le diagnostic est fort difficile. L'inoculation, plusieurs fois répétée, est négative. Ces ulcérations sont des syphilides papulo-hypertrophiques ulcéreuses, et celles qui existent à la base des grandes lèvres sont phagédéniques.

9 juin. La malade est mise aux injections tous les jours, à 5 milligr. A cette époque, une sypfiilide érythémateuse cutanée apparaît. Syphilides érosives amygdaliennes.

13. Éruption de syphilides papuleuses sur le tronc et sur la face.

15. Vitiligo intense sur le cou. Les syphilides vulvaires commencent à se réparer.

20. Éruption confluente papulo-squameuse sur le tronc.

24. Les syphilides cutanées pâlissent

27. Les syphilides vulvaires se réparent rapidement. Les syphilides de la face pâlissent.

1" juillet. Aucun accident n'est survenu.

11. Les syphilides vulvaires sont guéries. Les syphilides du tronc, qui étaient devenues pustuleuses, sont en voie de cicatrisation.

15. 6 milligrammes chaque jour. Nombreuses syphilides érosives de la face dorsale de la langue. Glossile non mercurielle.

21. 7 milligrammes, quarantième injection. Les syphilides du tronc persistent encore, quelques-unes sont légèrement ulcéreuses. Les syphilides linguales se réparent.

25. La malade est forcée de sortir : elle ne vient aux injections que tous les deux jours.

26. La malade n'est pas venue se faire piquer. Elle rentre de nouveau dans le service. État général mauvais. Les syphilides du cou suppurent. Les syphilides du tronc, de la langue sont ulcéreuses. On met la malade à 8 milligrammes.

1" août Les syphilides sont sèches pour la plupart

10 août Les syphilides ulcéreuses sont cicatrisées, laissant des taches rouges, légèrement hypertrophiées. Toutes les syphilides de la face ont disparu, sauf une sur le sourcil droit. Les syphilides linguales elles-mêmes ont disparu ; mais il y a une stomatite mercurielle caractérisée par un léger liséré mercuriel. On remet la malade à h milligrammes jusqu'au 31 août.

1" septembre. État général complètement relevé. Toutes les syphilides ont disparu. La malade reprend sa gaieté, mange avec appétit et vaque aux différents soins de la salle.

13 septembre. Exeat. Guérie. La malade avait contracté la syphilis en ayant de nouveaux rapports sexuels avec son mari, soldat, qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps. La malade était indisposée, à cette même époque son père fut assassiné. C'est cette inquiétude morale qui avait si profondément abattu son énergie au point qu'elle se serait laissé tomber d'inanition. En tout, 77 injections. Jamais de nodosités.


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OBS. XLIX. — D... (Augustine), 18 ans, blanchisseuse. Entrée le 10 juin, salle Saint-Louis, n'31.

21 juin. A cette époque, la malade avait eu 13 injections. On les continue. 26 juin. Les syphilides vulvaires s'affaissent.

15 juillet. Les syphilides vulvaires ont complètement disparu. La malade sort guérie. — Total : 33 injections. Pas de salivation ; pas de nodosités ; pas de douleurs.

OBS. L. —Marie L..., 17 ans, femme de chambre. Entrée le 14 septembre 1880, salle SaintLouis, n° 11.

Pas d'antécédents strumeux. Bonne santé. Syphilides vulvaires et périanales depuis un mois. La malade n'a suivi aucun traitement Nombreuses syphilides papulo-hyperlrophiques et papulo-érosives sur les grandes et les petites lèvres, au pourtour de l'anus, dans les plis génitocruraui. On traite la malade par la liqueur de van Swieten. Au mois d'octobre, le chancre se répare.

3 décembre. Les syphilides vulvaires persistent.

7 janvier 1881. Éruption de syphilides papuleuses sur tout le corps.

22 janvier. L'éruption est devenue conQuente. Syphilides papulo-squameuses à teinte rouge. Suppression de la liqueur de van Swieten. Iod. pot. 1 gr. par jour.

h février. Ulcération granuleuse à bords saillants sur la paroi postérieure de l'anus, qui donne issue à un liquide muco-purulent (mèche enduite de pommade à l'iodoforme).

11 février. Les syphilides vulvaires ont disparu. L'ulcération anale se répare.

h mars. Quelques ulcérations de la face interne des petites lèvres. On remet la malade à la liqueur et aux bains de sublimé.

10 juin. Les syphilides vulvaires ont disparu. Iod. pot. 1 gr. par jour. Eau de Challes, un verre. Métrite. Adéno-lymphite. Il y a huit mois que la malade n'a pas eu ses règles.

8 juillet. Syphilides papulo-squameuses sur les membres supérieurs, sur les fesses et sur les membres inférieurs. Pas de démangeaisons ni de cuissons. Coudes et genoux intacts. La malade a été pendant trois mois à la liqueur de van Swieten à la dose d'une cuillerée à café par jour; trois mois à l'iodure de potassium, à la dose de 1 gramme par jour; deux mois de liqueur de van Swieten, deux cuillerées à café par jour. Depuis un mois, iodure de potassium 2 grammes par jour.

8 juillet. Injections de peptone mercurique à 5 millig. par jour. 13 juillet. Même état des syphilides culanées. Leucorrhée. 22 juillet. Les syphilides maculeuses pâlissent.

29 juillet. Depuis que la malade est aux injections, les syphilides, qui avaient résisté à la liqueur de van Swieten, pâlissent et disparaissent avec une grande rapidité.

12 août. Les syphilides ont disparu. Exeat guérie de sa syphilis. 40 injections. Aucun accident. Pas de salivation ; pas de nodosités.

OBS. LL — Joséphine K.... 22 ans, domestique. Entrée le 21 juin 1881, salle Saint-Louis, lit n° lu. Quelques antécédents strumeux (gourme, adénite). Début de la syphilis il y a deui mois. La malade entra à l'Hôlel-Dieu pour un chancre infectant.

État local : Grandes lèvres tuméfiées ; oedème des petites lèvres. Sur la face interne de la


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petite lèvre gauche, syphilides érosives; syphilides papuleuses da tronc; syphilides érosives des amygdales hypertrophiées.

25 juin. Première injection à 5 millig. Légère douleur après la piqûre.

1" juillet Les syphilides des amygdales ont disparu. Les syphilides vulvaires s'affaissent. Quelques syphilides papuleuses sur la paroi postérieure du vagin. Syphilide érythémateuse du tronc.

15 juillet. Les syphilides vaginales ont disparu. Une seule syphilide érosive persiste sur la petite lèvre.

1" août. Les syphilides vulvaires ont complètement disparu ; les syphilides utérines et vaginales également. Abondante leucorrhée. Exeat. Guérie. 34 injections. Pas de nodosités; un peu de douleur aux premières injections; pas de salivation.

OBS. LU. — Adèle P..., ménagère, 43 ans. Entrée salle Saint-Louis le 9 août 1881, lit n* 31. Syphilis contractée au mois de décembre 1879 et soignée dans la salle pendant huit mois. La vulve est saine. Sur le tronc, syphilide érythémateuse à teinte cuivrée. Gencives rouges, hypertrophiées. Nombreuses syphilides érosives dans le pli gengivo-buccal gauche. Rien au palais. Syphilides érosives des bords de la langue. Rien sur les piliers. Ganglions sous-maxillaires. On met la malade aux injections à 5 millig.

26 août. Les syphilides érosives de la langue et du sillon gengivo-buccal sont en voie de disparition complète.

2 septembre. Les syphilides sont guéries.

9 septembre. Exeat. Guérie. 35 injections. Pas de salivation ; pas de nodosités ; pas de douleur.

OBS. LUI. — Aimée C..., lingère, 22 ans, entrée salle Saint-Louis, lit n° 23, le 21 juin 1881. Nombreux antécédents strumeux. Gourmes, adénites, ophthalmies, blépharite.

Début de la syphilis il y a un mois. Vulve saine ; vagin sain. Syphilides papuleuses, papulosquameuses confluenles des membres et du tronc. Blépharite syphilitique. Adénite cervicale postérieure. Hypertrophie des amygdales avec érosions.

24 juin. La malade est mise aux injections à 5 milligrammes.

1" juillet. Les syphilides amygdaliennes se réparent Quelques douleurs à la suite de la première injection mal faite.

8. La syphilide papulo-érythémateuse commence à pâlir.

15. Persistance des syphilides papulo-maculo-squameuses ; 6 milligr.

19. lritis de l'oeil droit, avec synéchie inférieure. (Collyre à l'atropine, 4 gouttes.)

22. Même état de l'oeil. Les syphilides cutanées persistent; à gauche, trois nodosités douloureuses. 8 milligr.

29. Gale. L'iritis a disparu.

5 août L'iritis a reparu, avec un épanchement sanguin dans l'oeiL Petite tache sur la cornée. Le cercle péricornéal est très rouge; cornée dépolie. 9 milligr.

La malade entre le lendemain à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Panas.

En tout, 40 injections. Jamais de salivation. Quelques douleurs et deux ou trois petites nodosités (accident arrivé à la seringue de Pravaz).


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OBS. LIV. — Léontine M..., 19 ans, cuisinière, entrée salle Saint-Louis, n° 10, le 28 juin 1881. Pas d'antécédents strumeux.

Début de la syphilis il y a deux mois et demi. Sur les grandes et petites lèvres, sur leurs deux faces, sur le capuchon, nombreuses syphilides papulo-hypertrpphiques, dont plusieurs érosives. Polyadénite inguinale aphlegmasique. Ganglions épitrochléens. Syphilide érythémateuse du tronc.

2 juillet. Première injection à 5 milligrammes.

8. Les syphilides vulvaires commencent à s'affaisser.

15. Affaissement considérable des syphilides vulvaires.

21. Les syphilides vulvaires ont disparu. La syphilide du tronc pâlit.

29. Exeat. Guérie. Total : 27 injections à 5 milligr. Jamais de salivation ; pas de nodosités ; pas de douleur.

OBS. LV. — Blanche D..., 18 ans, doreuse. Entrée le 21 juin, salle Saitit-Aîexîs, fit 34. Bonne santé habituelle. Pas d'antécédents strumeux ni héréditaires. Début de la maladie il y a un an et demi. Grandes lèvres tuméflées, recouvertes de syphilides papulo-hypeflrophiqûes. A leur surface interne, syphilides ulcéreuses; il en existe aussi au pourtour'de l'anus'et la face interne des cuisses. Polyadénite inguinale. Syphilide érylhémaleuse du tronc. Syphilides érosives des amygdales. Liqueur de van Swieten. Bain de sublimé. Sortie guérie en septembre 1880.

La malade rentre le 21 juin 1881, salle Saint-Alexis, lit 34. Pas de traitement depuis sa sortie. Syphilides papulo-bypertrophiques dans les plis génito-cruraux, sur le capuchon. Folliculite des grandes lèvres. La malade est mise aux injections à 5 milligrammes par jour le 22 juin.

26 juin. La malade est renvoyée pour refus de traitement. Les syphilides vulvaires s'étaient légèrement affaissées. En tout, 5 injections.

OBS. LVL — Caroline K..., 30 ans, couturière. Entrée le 28 juin, salle Saint-Alexis, lit 125. Nombreux antécédents strumeux (gourme, ophthàlmie, déchirure du tôbule de l'oreille gauche). Début de la syphilis il y a deux mois. Sur les grandes lèvres, au pourtour de l'anus, nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques. Sur le capuchon, deux petites syphilides érosives. Polyadénite inguinale double. Rien à la gorge ni à la peau.

29 juin. Injection à 5 milligr. tous les jours.

12 juillet. Les syphilides s'affaissent. La malade est forcée de quitter le service. Aucun accident. En tout, 12 injections à 5 milligrammes.

OBS. LVIL — Berthe D..., fleuriste, 18 ans. Salle Saint-Alexis, lit 20. Pas d'antécédents strumeux, ni arthritiques. Très bonne santé; a contracté la syphilis en octobre 1880. Traitée par la liqueur de van Swieten. Rentrée le 21 juin pour syphilides papulo-squameuses et maculeuses du tronc. Syphilides érosives utérines. Syphilide pigmentaire généralisée du tronc. Céphalée. Insomnie. Alopécie. Injection tous les jours à 5 milligrammes. Pas d'accidents.

11 juillet. Les syphilides vulvaires ont complètement disparu; ainsi que les syphilides utérines. Les syphilides cutanées pâlissent considérablement. Petite nodosité à gauche.

16 juillet. Exeat. Guérie. En tout, 22 injections à 5 milligrammes.


96 Huitième série (t milligramme* par jour).

OBS. LVIII. — Glotilde D..., 20 ans, blanchisseuse, salle Saint-Alexis, lit n* 8. Entrée le 5 juillet. Syphilis contractée il y a trois mois, soignée à la Pitié pendant trois semaines par la liqueur de van Swieten. État local : Syphilides papulo-hypertrophiques de la vulve. Syphilides papulo-squameuses du tronc. Polyadénite inguinale. Injection à 6 milligr.

7 juillet. Refus de traitement. En tout 1 injection.

OBS. LIX. — Elisa P..., 17 ans, couturière. Entrée le 5 juillet 1881, salle Saint-Alexis, lit n* 22. Chancre infectant de la grande lèvre gauche; sur la lèvre droite, à la même hauteur, érosion symétrique, comme à gauche, à fond lisse, parcheminée. Chancre ayant eu deux points infectants. Polyadénite inguinale. Pas de syphilides cutanées ni vulvaires.

6 juillet. 6 milligrammes.

11 juillet Le chancre se cicatrise.

13 juillet Amélioration notable. Légère syphilide érythémateuse du tronc.

21 juillet Renvoyée pour inconduite. En tout, 15 injections.

OBS. LX. — Reine G..., 16 ans, demoiselle de café, salle Saint-Alexis, lit n* 16. Entrée le 5 juillet. Quelques antécédents strumeux et herpétiques. Syphilides papulo-hypertrophiques de la vulve, des grandes lèvres; petites syphilides érosives du clitoris. Érosion de la face interne de l'anus (sodomie). Syphilide cutanée, buccale et amygdalienne. Ganglions épitrochléens. Adénite cervicale ; polyadénite inguinale aphlegmasique.

6 juillet Première injection à 6 milligrammes.

11 juillet Les syphilides du tronc pâlissent

18 juillet La vulve est saine. Les syphilides cutanées disparaissent

26 juillet Le vitiligo du cou seul persiste.

1" août Petite syphilide érosive du bout de la langue.

28 août. Exeat. Complètement guérie. Jamais de salivation ; pas de douleurs locales ; pas de nodosités. En tout, 38 injections.

OBS. LXI. — Justine M..., 23 ans, journalière. Salle Saint-Alexis, lit n" 30. Entrée le 21 juin 1881. Bonne santé habituelle. Pas d'antécédents strumeux. Syphilis remontant à cinq mois ; traitée à Saint-Louis pendant deux mois et demi avec la liqueur de van Swieten. Les grandes lèvres sont tuméfiées, surtout à droite ; à leur face interne, nombreuses syphilides légèrement pustuleuses, circonscrivant toute la lèvre droite. Rien à la vulve. Polyadénite i»- guinale; syphilide maculeuse, légèrement cuivrée, du tronc et des membres; quelques syphilides papuleuses disséminées; syphilides érosives des deux amygdales. Sternalgie par périostose de l'articulation de la deuxième côte avec le sternum.

22 juin. Injection à 6 milligrammes.

5 juillet Petite eschare. L'aiguille à injection s'est brisée.

9 juillet. Les syphilides cutanées sont en vraie voie de disparition.

18 juillet. Les syphilides vulvaires ont disparu. Quelques nodosités.

25 juillet. Adéno-pelvi-péritonite adhésive du cul-de-sac postérieur.


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1er août. Disparition complète des syphilides vulvaires et cutanées. A partir de ce jour, les injections ne sont plus faites que tous les deux jours.

30 août. Exeat. Guérie. Jamais de salivation ni de stomatite. A la suite de piqûres mal faites, quelques petites nodosités non douloureuses. En tout 53 injections.

OBS. LXII. — Mathilde L..., 16 ans, couturière. Entrée le 21 juin 1881, salle Saint-Alexis, lit UU. Pas d'antécédents strumeux ni arthritiques. Début de la syphilis il y a un mois et demi. Alopécie; insomnie; courbature; céphalée. Au pourtour de l'anus, petites syphilides papulo-hypertrophiques ; à la face interne et au sommet des grandes lèvres, syphilides érosives. Polyadénite inguinale aphlegmasique. Syphilides papulo-squameuses et papuleuses des membres ; syphilides érosives multiples des amygdales et de la lèvre inférieure.

22 juin. Injection de peptone mercurique à 6 milligrammes.

29 juin. Les syphilides périanales s'affaissent; les syphilides des membres pâlissent; les syphilides des amygdales sont en grand nombre cicatrisées. Pas d'accidents locaux.

11 juillet. Exeat. Guérie. Pas de nodosités; pas de salivation ; pas de douleur. En tout, 19 injections à 6 milligrammes.

OBS. LXIII. — Blanche L..., 17 ans, modiste. Entrée à la salle Saint-Alexis, le 5 juillet 1881, lit 1. A contracté la syphilis au mois de mars. Pas d'antécédents strumeux ni arthritiques. Syphilides papulo-hypertrophiques, dont quelques-unes érosives sur les grandes lèvres, dans les plis génito-cruraux, au pourtour de l'anus. Polyadénite inguinale non douloureuse. Syphilides papulo-squameuses du tronc et quelques syphilides érosives des amygdales.

6 juillet. Première injection à 6 milligrammes.

11 juillet. Les syphilides vulvaires se sèchent; les syphilides cutanées pâlissent. Pas de nodosités.

22 juillet. Les syphilides vulvaires et périanales ont disparu complètement; les syphilides du tronc ont disparu également, ainsi que les syphilides amygdaliennes.

28 août. Exeat. Guérie. Aucun accident. En tout, 53 injections à 6 milligrammes.

OBS. LXIV. — Augustine C., 16 ans, ménagère. Entrée le 5 juillet, salle Saint-Alexis, lit 35. Pas d'antécédents strumeux ni héréditaires. Début de la syphilis il y a un mois. Tuméfaction scléreuse considérable des grandes lèvres. La grande lèvre gauche présente à sa partie supérieure de nombreuses syphilides érosives à aspect diphthéroïde. Syphilides érosives de l'anus. Syphilides papulo-squameuses et papuleuses des membres et du tronc. Insomnie; céphalée ; courbature.

8 juillet. Première injection à 6 milligrammes.

11 juillet. Les syphilides vulvaires s'affaissent; les syphilides du tronc persistent.

25 juillet. Les syphilides vulvaires sont guéries; les syphilides cutanées pâlissent.

8 août. La malade sort complètement guérie. Pas de salivation; pas de nodosités. Aucun accident. En tout, 33 injections.

OBS. LXV. — Ermance H..., 17 ans, domestique. Entrée salle Saint-Alexis, lit n°10, le 5juillet 1881. Quelques antécédents strumeux et arthritiques. Sur les grandes lèvres, à l'anus, à la face interne des cuisses, dans les plis génito-cruraux, nombreuses syphilides papulo-hypertroHKM. 7


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pbiques dont quelques-unes érosives; à la face interne des petites lèvres, syphilides érosives, quelques-unes sur le capuchon. Vagin sain. Syphilide érylhémateuse du tronc.

6 juillet. iDj'ection de peptone mercurique à 6 millig.

11 juillet. Les syphilides commencent à s'affaisser. Pas de nodosités.

21 juillet. La malade sort sur sa demande très améliorée. Les syphilides vulvaires ont disparu, seules les syphilides du tronc persistent. Pas d'accidents. En tout, 15 injections.

OBS. LXVI. — Léonie S..., 19 ans, cuisinière. Entrée le 5 juillet, salle Saint-Alexis, lit n° 28. Pas d'antécédents strumeux. Début de la syphilis il y a deux mois (un seul coït). Sur les grandes lèvres, à leur face interne, sur les petites lèvres, syphilides papulo-hypertrophiques et papulo-érosives; syphilides papuleuses vaginales et utérines.

6 juillet. Première injection, 6 millig.

25 juillet. Les syphilides vulvaires sont complètement affaissées; les syphilides vaginales persistent.

1er août. Les syphilides vaginales commencent à disparaître ainsi que les syphilides utérines.

8 août. Eoeeai. Guérie. Pas de salivation ni de stomatite. En tout, 30 injections.

OBS. LXVII. — Marie L..., 17 ans, domestique. Entrée le 24 mai 1881, salle Saint-Alexis, lit n° 7, pour un chancre infectant de la petite lèvre droite. Le 11 juillet, apparition de syphilides papulo-hypertrophiques sur le bord libre des grandes lèvres. Polyadénite inguinale double aphlegmasique,

11 juillet. Première injection à 6 millig.

17 juillet. Les syphilides s'affaissent.

1" août. Les syphilides vulvaires continuent à s'affaisser, mais persistent néanmoins.

22 août. Toutes les syphilides ont disparu.

17 septembre. La malade sort guérie pour entrer au couvent Saint-Michel. Jamais d'accidents. En tout, U5 injections.

Neuvième série (7 milligrammes par jour).

OBS. LXVHL — Clémentine P..., 20 ans, journalière. Entrée à la salle Saint-Alexis, lit n° U, le 12 juillet 1881. Pas d'antécédents strumeux; pas d'antécédents arthritiques. Il y a trois mois, début de la syphilis; pas de traitement antérieur. Céphalée, alopécie, courbature. Sur les grandes et petites lèvres, très nombreuses syphilides papuleuses, papulo-érosives de volume moyen, dont quelques-unes sont recouvertes d'un enduit jaunâtre adhérent. Polyadénite inguinale double non douloureuse; syphilide érylhémateuse du tronc; syphilide vaginale: syphilides érosives multiples des deux amygdales et du pharynx.

13 juillet. Injection de peptone mercurique à 7 milligrammes.

18. Les syphilides vulvaires s'affaissent.

25. Les syphilides vaginales disparaissent.

8 août. Exeat. Guérie. Pas de salivation ; pas de nodosités ; pas de stomatite. En tout, 27 injections.

OBS. LXIX. — Marguerite K..., 37 ans, couturière. Entrée le 19 juillet, salle Saint-Alexis,


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lit n" 11. Quelques antécédents strumeux (gourme, adénites cervicales et sous-maxillaires). Depuis sept semaines, apparition de boutons aux organes génitaux. Tuméfaction considérable des grandes et petites lèvres et du capuchon; de chaque côté, nombreuses syphilides papuleuses confluentes, dont la plupart sont érosives et recouvertes d'une pellicule jaunâtre diphthéroïde; il en existe également dans les plis génito-cruraux. Quelques syphilides papulohypertrophiques périanales. Syphilide érythémateuse du tronc et des membres.

21 juillet. Première injection à 7 milligrammes.

23. Nombreuses syphilides multiples des deux amygdales et du voile du palais.

31. Amélioration notable. Les syphilides pâlissent et s'affaissent. La malade est renvoyée. En tout, 11 injections. Aucun accident.

OBS. LXX. — Rosalie Z..., 20 ans, domestique. Entrée le 12 juillet, salle Saint-Louis, lit n" 9. Quelques antécédents strumeux (gourme, adénites), arlhrilisme. Il y a trois semaines, apparition de boulons aux organes génitaux. Au milieu de la fourchette il existe un chancre nfeclant du volume d'une pièce de 20 centimes. Quelques syphilides papuleuses du tronc. Adénite inguinale multiple aphlegmasique. Grossesse de six mois.

16 juillet. Première injection.

.22. Le chancre se répare ; les syphilides pâlissent.

29. Amélioration considérable des syphilides du tronc.

5 août. Les syphilides ont complètement disparu.

6 août. Eweat. Guérie. En tout, 20 injections. Pas de salivation ; pas de nodosités.

OBS. LXXI. — Joséphine G..., 49 ans, coiffeuse (malade de la ville venant tous les jours à Lourcine). Pas d'antécédents strumeux et héréditaires. La malade a contracté la syphilis quelque temps après son mariage, il y a vingt-trois ans; traitée par la liqueur de van Swieten et l'iodure de potassium pendant très longtemps. Il y a trois ans, syphilides ulcéreuses de la jambe droite. Depuis un mois, douleurs de tête : depuis six mois, perte de l'intelligence qui devient de moins en moins nette. Faiblesses; syncopes; affaiblissement musculaire de la partie latérale droite du corps.

16 juillet. La malade est soumise au traitement suivant : potion avec 1 gramme d'iodure de potassium par jour ; trois jours après, 2 gram. ; six jours après, 3 grain.; injections de peptone mercurique, 7 millig.

25 juillet. La malade accuse un mieux sensible; la marche est moins vacillante ; la pupille droite se rétracte ; moins de céphalée.

1" août. Légère gingivite mercurielle. On met la malade à k millig. ; julep gommeux avec eau, 500 gr.; laudanum, 1 gr.; chlorate dépotasse, 10gr.

La malade part à la campagne extrêmement améliorée. Pas de nodosités. Total : 16 injections. .

OBS. LXXII. — Elisa M..., 23 ans, domestique, entrée le 12 juillet 1881, salle SaintAlexis, lit n° 17. Antécédents strumeux (gourme, adénites, ophlhalmies). Il y a un an, traitée à Saint-Louis pour syphilides vulvaires dans le service de M. Hillairet; y est restée deux mois. Pas de traitement depuis; pas d'alopécie; pas de courbature ni d'insomnie. Grandes lèvres tuméfiées, sur leur face interne syphilides papuleuses et papulo-érosives volumineuses.


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Polyadénite inguinale double non douloureuse ; nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques végétantes périanales ; sypbilide érythémateuse du tronc.

23 juillet. Les syphilides du tronc restent dans le même état; les syphilides papulo-érosives de la vulve s'affaissent.

1" août. Les syphilides vulvaires s'affaissent considérablement, quelques syphilides pustuloulcéreuses du cuir chevelu.

3 août. Exeat sur sa demande, non guérie. Total : 22 injections. Jamais de stomatite ni de nodosités.

OBS. LXXII bis. — Augustine C..., 17 ans, fleuriste. Entrée salle Saint-Alexis, lit n° 13, 5 juillet. Quelques antécédents strumeux (gourme, adénites). Syphilides buccales et vulvaires apparues depuis deux mois; polyadénite inguinale double indolente; syphilide érythémateuse du tronc.

11 juillet. Première injection à 7 millig.

15. Renvoyée. En tout, 5 injections.

OBS. LXXIII. — Marie R..., 20 ans. Entrée salle Saint-Alexis le 18 mai 1880, lit n' hlx. Pas d'antécédents strumeux. Bonne santé habituelle. Syphilis contractée il y a un an, traitée par la liqueur de van Swieten. Rentre le 12 juillet 1881 pour syphilides vulvaires apparues il y a deux mois. Pas de céphalée, ni d'alopécie, ni d'insomnie. Syphilides papulo-érosives hypertrophiques des grandes lèvres, qui sont tuméfiées; syphilides papulo-hypertrophiques du pourtour de l'anus; polyadénite inguinale double, volumineuse, aphlegmasique ; adénite cervicale postérieure multiple.

13 juillet. Injections de peptone mercurique à 7 millig. Peu de' tissu cellulaire. Refus de traitement le 14 juillet 1 injection.

OBS. LXXIV. — Maria R..., domestique, 35 ans. Entrée le 5 juillet, salle Saint-Alexis, lit n° 31. Pas d'antécédents strumeux. Bonne santé habituelle. Au pourtour de l'anus, dans les plis génito-cruraux, à la face interne des cuisses, sur le bord libre des grandes lèvres, nombreuses syphilides papulo-érosives et papulo-hypertrophiques de volume variable. Polyadénite inguinale. Au sommet des petites lèvres déformées en ailes de chauve-souris, syphilides papuleuses. Syphilides papuleuses du vagin et du col de l'utérus.

13 juillet. Première injection à 7 milligrammes.

25. Les syphilides vulvaires, périanales, vaginales et utérines sont guéries.

22 août. Rien à la vulve ni à la peau.

29. Exeat. Complètement guérie. Jamais de salivation. Pas de nodosités ni de douleurs. 48 injections.

OBS. LXXV. — Julie-Zoé, 23 ans, journalière. Entrée le 5 juillet, salle Saint-Alexis, lit n" 15. Nombreux antécédents strumeux (otorrhée, gourmes, ophthalmies). A l'anus, aux grandes et petites lèvres, nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques. Dans le pli génito-crural gauche, syphilide papulo-érosive. Syphilide érosive de la commissure gauche des lèvres.

11 juillet. Première injection à 7 milligrammes.

17 juillet Refus de traitement. — Total : 5 injections. Pas de douleurs.


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OBS. LXXVI. — Maria T..., 20 ans, domestique. Entrée le 12 juillet, salle Saint-Louis, lit n" 34. Quelques antécédents strumeux. Mauvaise santé. Syphilis remontant à un mois et demi. Syphilides érosives multiples des petites lèvres. Syphilide érythémateuse du tronc. Syphilides papulo-hypertrophiqnes de l'aisselle droite. Quelques syphilides érosives de la voûte palatine.

15 juillet. Première injection à 7 milligrammes.

23. Les syphilides de l'aisselle disparaissent.

5 août Les syphilides vulvaires et buccales ont complètement disparu.

26. Légère érosion sur la partie postérieure de l'anus.

5 septembre. Exeat. Guérie. 42 injections. Jamais d'accidents. Pas de salivation ; pas de nodosités.

OBS. LXXVII. — Rosine G..., 20 ans. Entrée le 12 juillet, salle Saint-Louis, lit n" 20. Syphilides papuleuses de la grande lèvre gauche ; syphilide érythémateuse du tronc ; syphilides papulo-squameuses de la paume de la main ; vitiligo intense du cou ; syphilides érosives des deux amygdales. •

15 juillet. Première injection, 7 millig.

22. Les syphilides vulvaires ont complètement disparu.

5 août. Les syphilides du pharynx, les syphilides érythémateuses du tronc sont guéries.

11. Exeat. Complètement guérie. Jamais de salivation; pas de traces des injections; pas de nodosités. Total : 27 injections.

OBS. LXXVIII. —Françoise P..., 17 ans, blanchisseuse. Entrée salle Saint-Alexis le 12 juillet, lit n° 36. Pas d'antécédents strumeux. Syphilides papulo-hypertrophiques de la grande lèvre droite; syphilide papulo-érythémateuse du tronc; adénites multiples de l'aine et du cou; vitiligo; syphilides papulo-hypertrophiques des plisgénito-cruraux.

15 juillet. Première injection à 7 millig.

22. Syphilide puslulo-ulcéreuse de la face externe de la cuisse droite.

28. Stomatite mercuiïelle. On met la malade à k millig. seulement.

5 août. Stomatite disparue. On remet la malade à 7 millig. Les syphilides s'affaissent.

22. Exeat. Guérie. Pas de nodosités ; stomatite mercurielle. Total : 27 injections.

OBS. LXXIX. — Julie A..., 22 ans, salle Saint-Louis, lit n" 5. Entrée le 12 juillet 1881. Pas d'antécédents strumeux ni diathésiques. Bonne santé. Début de la syphilis il y a un mois. Céphalée, alopécie, courbature; syphilides papuleuses, papulo-hypertrophiques, papulo-érosives des grandes et petites lèvres ; syphilides papulo-hypertrophiques volumineuses du pli génito-crural droit; syphilides érosives des amygdales; syphilide maculeuse du tronc. Vitiligo du cou.

16 juillet. Première injection à 7 millig. 22. Les syphilides s'affaissent.

5 août Les syphilides ont disparu ; la syphilide érythémateuse persiste.

19. La malade est complètement guérie. Pas de salivation ni de nodosités. 26 injections.

OBS. LXXX. — Marie B..., demoiselle de brasserie, 16 ans. Entrée le 12 juillet salle Saint-


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Louis, lit n° 17. Bonne santé; pas d'antécédents strumeux ni diathésiques. Début de la syphilis il y a deux mois et demi. Céphalée, courbature, alopécie. Sur les grandes et petites lèvres, dans les plis génito-cruraux, nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques, dont quelques-unes érosives. Syphilides papulo-hypertrophiques périanales. Vagin et col ulérin sains. Syphilide érythémateuse du tronc.

16 juillet. Première injection à 7 millig.

22. Les syphilides vulvaires s'affaissent ; syphilides érosives de l'amygdale droite.

29. Les syphilides vulvaires et amygdaliennes ont disparu.

5 août. La syphilide érythémateuse du tronc a disparu.

12. Exeat. Guérie. Pas de salivation ni de nodosités. Total : 28 injections.

OBS. LXXXI. — Berthe B..., 18 ans, brunisseuse. Entrée salle Saint-Louis, lit n° 28, le 5 juillet 1881. — Quelques antécédents strumeux (adénite, gourme). Début de la syphilis il y a deux mois. La grande lèvre gauche est très tuméfiée. Sur le bord libre des grandes lèvres, au pourtour de l'anus, dans le sillon génito-crural gauche, sur le clitoris, nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques. Syphilide érythémateuse du tronc. Vagin sain.

9 juillet. Première injection à 7 millig.

22. Affaissement des syphilides vulvaires et périanales; les syphilides du tronc pâlissent.

5 août. Exeat. Guérie. Pas de salivation ; pas de nodosités ni de douleurs. Total : 29 injections.

Dixième série (8 milligrammes par jour).

OBS. LXXXU. — Louise B..., 20 ans, domestique. Entrée le 19 juillet 1881, salle SaintLouis, lit n° 7. Pas d'antécédents strumeux ; pas d'arthritisme ni d'herpétisme. Il y a qualre semaines, apparition d'un chancre infectant du volume d'une pièce de deux francs à la fourchette. Adénopathie inguinale aphlegmasique. Syphilide érythémateuse du tronc au début. Ganglions cervicaux et épilrochléens.

23 juillet. Première injection à 8 milligrammes.

29. Le chancre est en voie de cicatrisation. Stomatite mercurielle apparue à la troisième piqûre. On continue les injections à 8 milligrammes pendant trois jours encore. A cette époque, on les cesse pendant sept jours. (Gingivite alvéolo-dentaire ancienne. Très mauvaise dentition.)

5 août. Le chancre a disparu. Les gencives sont rouges, saillantes, volumineuses. Odeur fétide. On reprend les injections à la dose de 5 milligrammes tous les jours (g. g. KO, GLOs).

12. Les syphilides sont presque complèlement guéries.

19. Les syphilides cutanées ont disparu. La stomatite persiste, mais peu intense. La malade est mise à la solution interne (5 milligr.).

26. Exeat. Guérie. 6 injections à 8 milligr; à 5 milligr. — Total : 20 injections. Pas de nodosités.

OBS. LXXXIII. — Pauline G..., 19 ans, blanchisseuse. Enlrée salle Saint-Alexis, le 2 août 1881, lit n° 42. Pas d'antécédents slrumeux ni diathésiques. Syphilis remontant au mois de février. Syphilides hypertrophiques, papulo-érosives et érosives sur les grandes lèvres, sur les


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petites lèvres, dans les plis génilo-cruraux, sur le sillon interfessier. Vitiligo du cou. Syphilides érosives des deux amygdales, sur les piliers postérieurs. 3 août. Première injection à 8 milligrammes.

8. Pas de stomatite. Les syphilides s'affaissent.

25. Les syphilides vulvaires ont disparu. La syphilide érythémateuse est considérablement pallie. Les amygdales sont presque saines.

3 septembre. La malade sort complètement guérie. — Total : 30 injections. Pas de stomatite; pas de nodosités; pas de douleurs locales.

OBS. LXXXIV. — Marie L..., 39 ans, ménagère. Entrée le 26 juillet, salle Saint-Alexis, lit n° 8. Pas d'antécédents strumeux. Mauvaise dentition. Syphilis remontant au mois de février. Syphilides conQuentes papulo-squameuses du tronc. A l'oeil droit, cornée dépolie ; iris grisâtre; pupille déformée; cercle péricornéal très rouge, s'étendant jusque sur la conjonctive palpébrale. Même état à gauche, avec léger épanchement sanguin dans l'iris.

27 juillet. Injections à 8 milligr. (Tissu cellulaire peu épais.)

1" août. La conjonctivite commence à disparaître. Cercle péricornéal moins injecté. Pupille irrégulière. Quelques adhérences. Même état à droite. Légère gingivite mercurielle (g. g. KO, CL05).

9. OEil droit de moins en moins enflammé.

22. OEil droit guéri. CEil gauche plus clair. Cornée moins opaque; l'iris reprend sa couleur normale. Les syphilides cutanées pâlissent.

29. Syphilides presque totalement disparues. La malade voit parfaitement bien de son oeil droit. Encore un peu de rougeur à l'oeil gauche.

5 septembre. Les syphilides ont complètement disparu. La malade est envoyée dans le service de M. le professeur Panas. Total : 36 injections. Pas de nodosités; légère stomatite ayant duré/i8 heures; pas de troubles gastriques.

OBS. LXXXV. — Marguerite R..., 20 ans, couturière. Entrée le 1er juin 1881, salle SaintLouis, lit n° 26. Début de la syphilis il y a un mois. Au pourtour de l'anus, nombreuses ulcérations s'étendant entre les plis radiés. Polyadénite inguinale aphlegmasique.

25 juillet. Le chancre de l'anus est cicatrisé. Apparition de nombreuses syphilides érylhéiuateuses sur les membres et sur le tronc. Céphalée. Ganglions cervicaux et épitroehléens ; hypertrophie de l'amygdale droite ; tuméfactiou du voile du palais, de la luette.

29. Première injection à 8 millig. Syphilides vulvaires papulo-hypertrophiques.

19 août. Syphilides vulvaires disparues ainsi que les syphilides cutanées; la syphilide amygdalienne se répare ; pas de salivation.

26. Rien à la peau, ni à la vulve, ni à la gorge. Exeat. Guérie. Total: 28 injections. Jamais de salivation; aucun accident.

OBS. LXXXVL — Céline S..., 17 ans. Entrée le 20 juillet, salle Saint-Louis, lit n° 21. Pas d'antécédents diathésiques. Bonne santé. Début de la syphilis au mois de janvier 1881. Sur la face interne des grandes lèvres syphilides papulo-hypertrophiques; au sommet de la grande lèvre gauche, syphilide ulcéreuse du volume d'une pièce de 2 francs; syphilide érythémateuse du tronc et des membres; vitiligo du cou; syphilides papulo-squameuses des mem-


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bres supérieurs; ganglions cervicaux; syphilides érosives des gencives et du pli gengivo-buccal droit.

29 juillet. Première injection à 8 millig.

5 août. Les syphilides vulvaires ont presque complètement disparu. La syphilide ulcéreuse persiste. Pupille gauche irrégulière.

19. Disparition des syphilides vulvaire» et cutanées.

29. Rien à la vulve, rien à la peau, rien sur les amygdales. Iritis guéri. 26 injections. Pas de salivation ; pas de nodosités.

OBS. LXXXVIL —Marie L..., 25 ans, couturière. Entrée le 26 juillet, salle Saint-Alexis, lit n° 22. Antécédents strumeux. Anémie (vertiges, palpitations). Syphilis contractée vers la Noël 3880. Grandes lèvres entr'ouvertes ; à leur face interne, nombreuses syphilides papuloérosives du volume d'une pièce de 2 francs, ainsi qu'à la fourchette. Syphilides papulohypertropuiques ulcéreuses du bourrelet hémorrhoïdaire ; sur la face postérieure de l'anus, syphilides érosives; polyadénite inguinale aphlegmasique; syphilide papulo-érythémateuse du tronc; ganglions cervicaux postérieurs et ganglions épitrochléens.

27 juillet. Première injection à 8 millig. (tissu cellulaire peu abondant).

1" août. Les syphilides vulvaires ont presque complètement disparu. Mauvaise dentition.

12. Disparition des syphilides vulvaires.

22. Exeat. Guérie. 27 injections. Pas d'accidents ; pas de salivation.

OBS. LXXXVIIL — Céline B..., 18 ans, domestique, salle Saint-Alexis, n° 2. Entrée le 30 juillet 1881. Pas d'antécédents strumeux. Quelques antécédents herpétiques. Il y a quatre mois, chancre nfectant de la grande lèvre droite. Trois semaines après, apparition de nombreux boutons aux organes génitaux.

Examen. — Nombreuses syphilides papuleuses, papulo-hypertrophiques, dont quelquesunes sont érosives, des grandes lèvres, des plis géuito-cruraux. Polyadénite inguinale et cervicale aphlegmasique. Nombreuses syphilides papuleuses du tronc et des membres. Ganglions épitrochléens. Bonne dentition. Syphilides érosives du voile du palais. Pas de sternalgie, ni tibialgie, ni insomnie, ni céphalée.

Traitement. — 1er août Injections de 8 milligrammes.

Dès le 20 août, les syphilides vulvaires et cutanées se sont considérablement affaissées.

Exeat. Guérie le 28 août. — Total : 27 injections. Aucun accident.

OBS. LXXXIX. — Éva C..., 18 ans, employée de commerce. Entrée le 19 juillet, salle Saint-Alexis, lit n° 13. Quelques antécédents strumeux. Pas d'affections antérieures. Début de la maladie il y a trois semaines.

Examen. — Chancre infectant et tuméfaction considérable de la grande lèvre gauche. Induration très nette. Vulvo-uréthro-vaginite blennorrhagique. Alopécie, céphalée, polyadénite inguinale.

Traitement de la vaginite : vin aromatique pour le chancre.

25 juillet. Le chancre se répare. Syphilide érylhémaleuse du tronc. Ganglions épitrochléens, cervicaux, inguinaux hypertrophiés. Injections de 8 milligrammes.


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Exeat le 8 août, sur sa demande. — Total : 15 injections. Le chancre a disparu ; les syphilides cutanées persistent. Rien à la gorge. Aucun accident.

OBS. XC. — Reine B..., 22 ans, mécanicienne. Entrée le 19 juillet, salle Saint-Alexis, lit n" 20. Pas d'antécédents héréditaires ni diathésiques. Début il y a quinze jours.

Examen. — Très nombreuses syphilides papuleuses et papulo-érosives des grandes et des petites lèvres, des plis génito-cruraux, du pourtour de l'anus. Polyadénite inguinale et sousmaxillaire. Syphilides érosives des deux amygdales. Nombreuses syphilides papuleuses et érythémateuses du tronc.

Traitement. — Injections de 8 milligrammes. (Mauvaise dentition.)

25 juillet. Les syphilides vulvaires s'affaissent. Syphilides papuleuses nombreuses du col et du vagin ; syphilides érosives des deux côtés de la langue. Rougeur et quelques érosions des gencives ; sensation d'élongation des dents ; haleine fétide. Salivation abondante. On réduit à k milligrammes la dose des injections.

Exeat. Non guérie le 1er août. — Total : 11 injections. Pas d'accidents locaux.

OBS. XGI. — Marie G..., 28 ans, domestique. Entrée le 26 juillet, salle St-Alexis, lit n° 2 bis. Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires. Il y a cinq mois, quinze jours environ après le coït supposé infectant, apparition de boutons aux organes génitaux.

Examen. — Très nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques des grandes lèvres et du pourtour de l'anus. Vaginite blennorrhagique. Polyadénite inguinale et cervicale. Ganglions épitrochléens. Syphilides érythémateuses et papulo-squameuses du tronc et des membres. Céphalée, alopécie, courbature. Fièvre syphilitique; chloro-anémie considérable. Très mauvaise dentition. La malade a pris, en dehors de l'hôpital, des pilules de protoiodure de mercure. Salivation mercurielle en voie de diminution. Haleine fétide. Liséré blanchâtre des gencives, qui sont très rouges, tuméfiées.

Traitement. — Gargarisme et potion de chlorate de potasse. Injections à 8 milligrammes.

1" août. Affaissement des syphilides vulvaires. Diminution de la stomatite mercurielle. Les syphilides cutanées persistent.

28 août. Exeat. Guérie. Aucun accident local. La stomatite a disparu. — Total : 31 injections.

OBS. XCII. — Julie P..., 20 ans,brocheuse. Entrée 26 juillet, salle Saint-Alexis, lit n"25. Antécédents strumeux (gourmes, adénite cervicale). Il y a sept mois, chancre induré de la grande lèvre gauche. Deux mois après, apparition de syphilides vulvaires. La malade a suivi pendant quatre mois le traitement de la consultation de Lourcine. 100 pilules de protoiodure de mercure environ.

Examen. — Syphilide érosive du capuchon. Folliculite syphilitique. Syphilides papuloérosives de l'anus, des grandes lèvres. Polyadénite inguinale. Syphilide érythémateuse du tronc, pigmentaire du cou. Alopécie. Céphalée.

Traitement. — Injections à 8 milligrammes.

Exeat. Non guérie le 1" août (5 piqûres). Douleur dans le dos, au point piqué, empêchant la malade de dormir. Pas d'accidents ; pas de nodosités ; pas de salivation.


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OBS. XCIIL — Eugénie D..., 22 ans, blanchisseuse. Entrée le 19 juillet, salle SaintAlexis, lit n° 39. Antécédents strumeux. Il y a quinze jours, apparition de nombreux boutons aux organes génitaux. La malade avait été soignée il y a un an pour sypbilides vulvaires et cutanées.

Examen. — Syphilides papuleuses végétantes du pourtour de l'anus. Polyadénitè inguinale double. Syphilide pigmentaire du cou.

Traitement. — Injections à 8 milligrammes.

Exeat. Non guérie le 1" août. — Total 5 injections. État stationnaire des syphilides. Aucun accident, sauf douleur persistante au point piqué.

OBS. XCIV. — Augustine A..., couturière, 19 ans. Entrée le 26 juillet, salle Saint-Alexis, lit n° 27. Quelques antécédents strumeux (déchirure du lobule des deux oreilles, gourmes, adénites). Syphilis remontant à sept mois. Elle a été traitée pendant deux mois par la liqueur de van Swieten.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques nombreuses du pourtour de l'anus. Grossesse de sept mois. Le père de l'enfant est celui qui a communiqué la vérole à la mère. Polyadénitè inguinale et cervicale. Alopécie. Tuméfaction sans érosion des amygdales.

Traitement. — Injections à 8 millig.

Exeat, non guérie, sur sa demande, le 5 août. 10 injections. Aucun accident local ou général.

OBS. XCV. — Marguerite C... 35 ans, mécanicienne. Entrée le 26 juillet, salle Saint-Alexis, lit n° 17. Pas d'antécédents diathésiques ou héréditaires. 11 y a six semaines, apparition de boulons aux organes génitaux.

Examen. — Sypbilides papuleuses, hypertrophiques et érosives très nombreuses des grandes et des petites lèvres, du pourtour de l'anus. Syphilides érythémateuses et papuleuses du tronc; quelques-unes sont pustuleuses, surtout au cuir chevelu. Adénite cervicale, sousmaxillaire et inguinale non douloureuse. Rien à la bouche.

Traitement. — Injections à 8 millig.

Exeat. Non guérie, le 5 août. Etat stationnaire. Légère douleur. 6 injections.

OBS. XCVI. — Claudine C., couturière. Entrée le 26 juillet, salle Saint-Alexis, lit n* 32. Antécédents strumeux. Gourmes, olorrhée, ophthalmie. Début de la syphilis il y a quatre mois. Chlorose.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques au nombre de 5 dans le pli génito-crural droit, sur les grandes lèvres, au pourtour de l'anus. Ganglions inguinaux et cervicaux postérieurs hypertrophiés. Syphilide érythémateuse du tronc; syphilides érosives amygdaliennes. Alopécie, céphalée, insomnie.

Traitement. — Injections à 8 millig.

Exeat, améliorée, le 5 août. Douleur assez vive et petites nodosités aux points piqués. Pas d'abcès; pas d'eschares; pas de salivation. 11 injections.

OBS. XCVII. — Noémie M..., 29 ans, domestique. Entrée le 2 août, salle Saint-Alexis, lit


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n* 20. Très bonne santé habituelle. Il y a quatre mois, chancre infectant de la grande lèvre gauche. Vingt-cinq jours après, apparition de syphilides.

Examen. — Syphilides papulo-hyperlrophiques des grandes lèvres. Polyadénite inguinale aphlegmasique. Syphilides érosives inlerdigilales des deux pieds. Syphilides érosives de la langue, de la lèvre intérieure et des deux amygdales. Alopécie considérable, insomnie complète, algidité périphérique, courbature.

Traitement. — Injections à 8 millig.

Exeat le 22 août. 19 piqûres. Les syphilides vulvaires, linguales, labiales, ont disparu, celles des amygdales et des espaces interdigitaux sont en voie de disparition. État général très amélioré. Pas de salivation ; pas de nodosités. Légère douleur au point piqué durant quelques heures.

OBS. XCVin. — Adèle R..., fleuriste, 19 ans. Entrée le 26 juillet, salle Saint-Alexis, lit n" 37. Antécédents scrofuleux : gourmes, ophlhalmie. Début de la syphilis il y a un mois.

Examen. — Nombreuses syphilides papuleuses, hypertrophiques et érosives sur les grandes lèvres, les petites lèvres au pourtour de l'anus et dans les plis génito-cruraux. Syphilide êrylhémateuse du tronc et des membres; syphilides érosives des deux amygdales. Adénite multiple non inflammatoire du cou, de l'aine. Syphilide ulcéreuse du volume d'une pièce de 2 fr. dans le pli génito-crural gauche. Céphalée, alopécie, courbature, insomnie.

Traitement. — Injections de 8 millig. Les syphilides cutanées pâlissent rapidement. La syphilide ulcéreuse se répare. Aucun accident, sauf légère douleur dans le dos.

Exeat. Guérie, le 5 septembre. 40 injections.

OBS. XCIX. — Marie B..., 25 ans, lingère. Entrée le 25 juillet, salle Saint-Alexis, lit n" 38. Antécédents tuberculeux. Il y a deux mois, un mois après le seul rapport sexuel qu'ait eu la malade, apparition d'un bouton sur la grande lèvre droite.

Examen. — Sur les grandes et les petites lèvres, au pourtour de l'anus, nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques érosives. Polyadénite inguinale aphlegmasique. Syphilide érythémateuse du tronc, pigmentaire du cou. Alopécie, céphalée, courbature, insomnie. Pas de sternalgie ni de tibialgie. Bonne dentition.

Traitement. — Injections à 8 millig.

Exeat. Guérie, le 12 septembre. U0 injections. Les syphilides se sont très rapidement affaissées. Seule la syphilide pigmentaire du cou persiste. Aucun accident. Pas de salivation.

Onzième série (9 milligrammes par jour).

OBS. C. — Augustine B..., 23 ans, blanchisseuse. Entrée le 9 août 1881, salle SaintAlexis, lit n" 31. Pas d'antécédents diathésiques ou héréditaires. Il y a un mois, apparition de boutons aux organes génitaux.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques et érosives des grandes lèvres qui sont très tuméfiées, des petites lèvres. Chancre infectant de la face interne de la petite lèvre gauche. Syphilides papuleuses et papulo-squameuses du tronc et des membres. Adénite inguinale et


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cervicale postérieure aphlegmasique. Céphalée. Alopécie considérable. Rien à la gorge. Bonne dentitioD.

Traitement. — Injections quotidiennes à 9 milligrammes.

Le 22 aoûl, le chancre se répare; les syphilides s'affaissent totalement. État stationnaire des syphilides cutanées.

Exeat, sur sa demande. Non guérie le 25 août. — Total : 15 injections. Pas de salivation ; pas de douleur; pas d'accidents locaux.

OBS. CI. — Lucie D..., 18 ans, blanchisseuse. Entrée le 23 août 1881, salle Saint-Louis, lit n" 2. Début de la syphilis il y a un mois.

Examen. — Tuméfaction considérable des grandes et des petites lèvres qui présentent de nombreuses syphilides papulo-hyperlrophiques dont quelques-unes sont érosives. Polyadénite cervicale postérieure. Vitiligo du cou. Syphilide érosive sur l'amygdale gauche. Alopécie. Céphalée. Insomnie.

Traitement. — Injections à 9 milligrammes.

Exeat, Non guérie le 5 septembre. — Total : 11 injections. Affaissement considérable des syphilides vulvaires et buccales. Aucun accident.

OBS. CIL — Marguerite S..., 21 ans, caissière. Entrée le 23 août 1881, salle Saint-Alexis, tit n° 13. Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires. Il y a vingt jours, apparition de boutons sur les grandes lèvres.

Examen. — Syphilides papulo-érosives à tendance ulcéreuse de la grande lèvre gauche, qui est très tuméfiée. Syphilides papulo-hypertrophiques des grandes lèvres. Polyadénite inguinale et cervicale non douloureuse. Syphilide érythémateuse du tronc et érosive des amygdales. Céphalée. Alopécie. Courbature. Ganglions épitrochléens à gauche et à droite.

Traitement. — Injections à 9 milligrammes.

29 août. Les syphilides vulvaires se réparent ainsi que les amygdaliennes. Diarrhée depuis deux jours. Douleur vive au point piqué. Pas de salivation ni de nodosités.

13 septembre. Seule, la syphilide ulcéreuse de la grande lèvre persiste, mais se répare. Aucun accident.

20 septembre. L'ulcération a presque disparu. Rien à la peau.

30. Exeat. Guérie. Sans accidents. — Total : 37 injections.

OBS. CUL — Jeanne G..., 17 ans 1/2, brunisseuse. Entrée le 26 août, salle Saint-Alexis, lit n° 15. Pas d'antécédents diathésiques ou héréditaires. Début il y a deux mois.

Examen. Syphilides papulo-hypertrophiques et érosives multiples de la vulve et de l'anus. Polyadénite inguinale indolente. Syphilides érosives des deux amygdales. Syphilides papuloérythémateuses du tronc, des membres. Vitiligo du cou. Alopécie. Céphalée. Courbature. Insomnie. Fièvre syphilitique.

Traitement. — Injections de 9 milligrammes.

Exeat. — Guérie le 3 octobre. — Total : 36 injections. Aucun accident.

OBS. CIV. — Célina D..., 23 ans, bijoutière. Entrée le 5 août, salle Saint-Alexis, lit n° 36. Antécédents scrofuleux (gourmes, adénites suppurées, etc.). Début il y a deux mois.


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Examen.—Vulvo-vaginite blennorrhagique. Syphilides papulo-hypertrophiques érosives des grandes et petites lèvres, de la marge de l'anus. Syphilides érythémateuses nombreuses du tronc et des membres. Alopécie. Céphalée. Insomnie complète. Rien à la gorge.

Traitement. — Injections de 9 milligrammes. Huile de foie de morue.

12 septembre. Les syphilides cutanées seules persistent. Aucun accident.

19. Trois syphilides papuleuses reparaissent à la vulve. 26. Les syphilides vulvaires ont disparu.

Exeat le 27 septembre. Guérie. Aucun accident ; pas de salivation. — Total : 53 injections.

OBS. CV. — Mélanie V..., 24 ans, domestique. Entrée le 1" août, salle Saint-Louis, lit n° lu. Pas d'antécédents diathésiques. Il y a sept mois, chancre induré de la grande lèvre gauche. Il y a cinq mois, apparition de syphilides vulvaires.

Examen. — Syphilides papuleuses, hypertrophiques et érosives de la vulve, des plis génitocruraux et de l'anus. Syphilides papulo-squameuses confluentes du thorax, de l'abdomen et des membres. Adénite inguinale bilatérale aphlegmasique. Ganglions épitrochléens. Insomnie. Alopécie. Algidité périphérique. Petites syphilides érosives du pilier postérieur gauche.

Traitement. — Injections à 9 milligrammes.

11 août. Affaissement des syphilides vulvaires. Légère douleur à la piqûre. Pas d'accidents.

21. Exeat. Très améliorée. Sans accidents. —Total : 21 injections.

OBS. CVI. — Charlotte G..., 18 ans, couturière. Entrée salle Saint-Alexis, le 16 août 1881, lit n° 20. Pas d'antécédents diathésiques. Début de la syphilis il y a un mois environ.

Examen. — Chancre infectant de l'anus. Polyadénite inguinale et cervicale. Syphilide papuleuse discrète du tronc. Ganglions épitrochléens. Quelques syphilides papuleuses des grandes lèvres. Rien à la gorge.

Traitement. — Injections à 9 milligrammes.

26 août. Le chancre et les syphilides vulvaires ont complètement disparu.

2 septembre. Les syphilides cutanées pâlissent considérablement.

3 septembre. Exeat sur sa demande. Total : 16 injections. Pas d'accidents locaux. Pas de gingivite ; pas de salivation.

OBS. CVII. — Aimée C..., 22 ans, Iingère. Entrée le 21 juin 1881, salle Saint-Louis, lit n° 22. Antécédents scrofuleux. Début de la maladie un mois avant l'entrée à l'hôpital.

Examen. — Rien à la vulve. Polyadénite inguinale et cervicale postérieure. Alopécie, céphalée, courbature, algidité périphérique. Syphilide papuleuse, papulo-squameuse abondante du tronc et des membres. Blépharite syphilitique. Hypertrophie et érosions légères des deux amygdales.

Traitement. — Injection de 5 millig. par jour.

1er juillet. — Douleur au piqué durant vingt-quatre heures. Persistance des syphilides cutanées. Les amygdaliennes diminuent notablement.

8. Les syphilides cutanées pâlissent.

15. Etat slationnaire. Une nodosité dans le dos à gauche au point piqué avec légère ecchymose, mais pas de douleur. On injecte 6 millig.

20. Iritis syphilitique de l'oeil droit. Atropine.


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22. L'iritis persiste; deux ou trois nodosités légèrement douloureuses à gauche dans le dos. iDJection portée à 8 millig.

5 août. L'iritis, qui avait disparu, revient. Cornée légèrement dépolie. Les syphilides cutanées ont presque complètement disparu. 9 milligrammes.

8 août. Exeat non guérie sur sa demande. Les nodosités dorsales ont disparu. Pas de gingivite ; pas de salivation. 45 injections.

OBS. CVIII. — Mélanie L..., 23 ans, couturière. Entrée le 16 août 1881, lit n° 28, salle Saint-Alexis. Pas d'antécédents dialhésiques ou héréditaires. Syphilis remontant à trois mois et demi.

Examen. — Chancres non infectants de l'anus et de la fourchette. Syphilides érosives des deux amygdales ; syphilides papulo-squameuses confluentes du tronc et des membres. Polyadénite inguinale et cervicale postérieure non douloureuse. Alopécie, céphalée, courbature.

Traitement. — Iodoforme pour les chancres mous. Injections à 9 millig.

13 septembre. Les syphilides cutanées s'affaissent et pâlissent. Pas de salivation ; légère douleur; pas d'accidents locaux.

16. Exeat. Guérie. 29 injections.

OBS. CiX. — Marie D..., 22 ans, cuisinière. Entrée le 23 août 1881, salle Saint-Alexis, lit n° 9. Pas d'antécédents dialhésiques. Début il y a quatre semaines.

Examen. — Très nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques érosives des grandes et des petites lèvres, du pourtour de l'anus, de la face interne des cuisses. Syphilides érosives multiples du voile du palais et de la face dorsale de la langue; syphilide érythémateuse du tronc ; polyadénite inguinale et cervicale ; céphalée ; syphilides papuleuses multiples du vagin «t du col utérin.

Traitement. — Injections à 9 millig.

29 août. Les syphilides vulvaires commencent à s'affaisser.

5 septembre. Les syphilides vaginales, utérines, buccales, ont disparu ; celles de la vulve sont en voie de disparition presque totale, ainsi que les syphilides cutanées. Aucun accident. Pas de salivation. Pas de gingivite.

13 septembre. Exeat. Guérie. 20 injections.

OBS. CX. — Ernesline L..., domestique, 21 ans. Entrée le 23 août, salle Saint-Alexis, lit n' 31. Antécédents scrofuleux. Mauvaise santé habituelle. Début de la syphilis il y a quatre mois et demi.

Examen. — Sur les grandes et les petites lèvres, au pourtour de l'anus, dans les plis génitocruraux, nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques et érosives. Polyadénite inguinale et cervicale postérieure aphlegmasique; syphilides érosives des deux amygdales. Syphilide érythémateuse du tronc. Alopécie, céphalée.

Traitement. — Injections à 9 millig. Le tissu cellulaire du dos est très peu développé.

29 août. État stalionnaire.

3 septembre. Affaissement presque total des syphilides de la vulve. Aucun accident local ou général.

17 septembre. Exeat. Guérie. Aucun accident. 2/j injections.


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OBS. CXI. — Marie L..., 18 ans, mécanicienne. Entrée le 5 août 1881, salle Saint-Louis, lit n* 24. Pas d'antécédents strumeux. Chancre infectant il y a quatre mois.

Examen. Nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques érosives des grandes et des petites lèvres, du pourtour de l'anus. Polyadénite inguinale double non douloureuse et cervicale postérieure. Quelques syphilides papuleuses du vagin et du col. Alopécie, courbature, insomnie. Rien à la gorge ni à la peau.

Traitement. Injections à 9 millig. Tissu cellulaire du dos très peu épais.

22 août. Syphilides vulvaires presque totalement affaissées. Pas de salivation ; pas de douleur; pas de nodosités.

29. Syphilides vulvaires, vaginales, utérines, guéries.

5 septembre. — Exeat. Guérie. Sans accidents. Total : 27 injections.

OBS. CXII. — Albertine L..., 17 ans, mécanicienne. Entrée le 5 août, salle Saint-Alexis, lit n° 41. Début de la syphilis il y a six semaines.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques dont plusieurs sont érosives et recouvertes d'un enduit diphthéroïde sur les grandes lèvres, dans les plis génito-cruraux, au pourtour de l'anus. Vulvo-uréthro-vaginite blennorrhagique. Syphilides érythémateuses et papulo-sqnameuses du tronc et des membres. Vitiligo de la nuque. Syphilides érosives des lèvres, des piliers, des amygdales. Alopécie, céphalée, courbature. Fièvre syphilitique. Algidité des extrémités.

Traitement. — Injections à 9 millig.

20 août. Affaissement des syphilides vulvaires et buccales.

25. La malade ne peut plus supporter les piqûres à cause de la douleur excessive et durant toute la journée qu'elles provoquent. La malade est très nerveuse. La simple pression de la peau provoque des contractions musculaires énergiques. Il n'y a aucun accident local. Pas de nodosité. Aucune trace d'inQammalion. Pas de salivation; pas de gingivite. On supprime les injections et l'on traite la malade avec la solution interne de peptone mercurique. Deux cuillerées à café par jour.

18 septembre. Exeat. Guérie. 14 injections.

OBS. CXIH. — Joséphine C..., 21 ans, domestique. Entrée le 9 août, salle Saint-Alexis, lit n" 44. Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires, Début de la syphilis il y a six mois.

Examen. — Il existe à la base"des grandes lèvres cinq syphilides papulo-hypertrophiques. Bubon volumineux de l'aine gauche. Syphilide érythémateuse du tronc Alopécie, insomnie, céphalée.

Traitement. — Injections à 9 millig.

26 août. Envoyée à l'hôpital Cochin pour embarras gastrique fébrile. Les syphilides ont presque complètement disparu. Aucun accident local. Pas de stomatite.

Rentrée à Lourcine le 10 septembre. Syphilides guéries.

Exeat. Guérie le 12 septembre. 16 injections. Aucun accident.


112 Douzième série (10 milligrammes).

OBS. CXIV. — Marie L..., 31 ans, domestique. Entrée le 6 septembre 1881, salle SaintAlexis, lit n" 42. Pas d'antécédents diathésiques. Syphilis ayant débuté il y a deux mois.

Examen. — Quelques syphilides papuleuses des grandes lèvres. Polyadénite inguinale double non douloureuse. Syphilide érythémaleuse du tronc et des membres inférieurs ; syphilides érosives de la langue et des amygdales.

Traitement. — Injections à 10 millig.

6 septembre. Disparition des syphilides vulvaires; les syphilides buccales seules persistent.

26 septembre. Il n'existe plus qu'une seule petite syphilide érosive de la commissure des lèvres.

1er octobre. Exeat. Guérie. 23 injections. Aucun accident, sauf légère douleur durant quelques heures, rendant le décubitus dorsal presque impossible.

OBS. CXV. — Céline L..., 23 ans, couturière. Entrée le 13 septembre 1881, salle SaintAlexis, lit n° 39. Bonne santé habituelle. Pas d'antécédents diathésiques. Début de la syphilis il y a quatre mois.

Examen. — Tuméfaction des petites lèvres. Sur les petites et les grandes lèvres, au pourtour de l'anus, nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques dont quelques-unes sont érosives, volumiueuses. Polyadénite inguinale et cervicale non douloureuse. Syphilide pigmentaire du cou, érythémateuse et papulo-squameuse du tronc et des membres; syphilide érosive de la commissure des lèvres; folliculite syphilitique, alopécie, céphalée.

Traitement. — Injections à 10 millig.

19 septembre. Affaissement notable de toutes les syphilides.

26 septembre. Les syphilides vulvaires ont disparu. Les syphilides cutanées pâlissent. Une petite nodosité sans inflammation, sans rougeur, avec douleur assez vive au point où a été faite l'avant-dernière injection.

3 octobre. Exeat, améliorée, sur sa demande. La nodosité persiste. Pas d'autre accident. 20 injections.

OBS. CXVI. — Alexandrine D..., 22 ans. Entrée le 6 septembre, salle Saint-Alexis, lit n° 35. Pas d'antécédents diathésiques. Bonne santé habituelle. Début il y a quinze jours.

Examen. Folliculite syphilitique de la vulve. Syphilide érythémateuse du tronc et papuleuse des membres. Polyadénite inguinale double.

Traitement. — Injections à 10 millig.

12 septembre. État stationnaire. Aucun accident.

18. Les syphilides cutanées pâlissent.

21. Petites syphilides érosives des deux amygdales.

3 octobre. Exeat. Les syphilides cutanées ont considérablement diminué. Petites syphilides érosives des deux amygdales. Aucun accident. Pas de salivation. 26 injections.

OBS. CXVII. — Marie D..., 17 ans, riveuse. Entrée le 27 septembre 1881, salle Saint-Alexis, lit n" 2. Pas d'antécédents diathésiques. Syphilis remontant à un an ; soignée salle Saint-


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Alexis avec la liqueur de van Swieten pendant trois mois. Depuis six mois, la malade n'a suivi aucun traitement.

Examen. — Petites syphilides papulo-érosives peu nombreuses des grandes lèvres, des plis génito-cruraux, du pourtour de l'anus. Polyadénite inguinale. Syphilide pigmentaire du cou. Hypertrophie et rougeur sans érosion des amygdales. Folliculite syphilitique. Alopécie, céphalée, courbature.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes. Syphilides papuleuses et érosives du col et du vagin.

31 septembre. Exeat. Non guérie. État slationnaire. Aucun accident, sauf douleur au point piqué. 6 iDjections.

OBS. CXYIIL — Emilie D..., 20 ans, couturière. Entrée le 30 août, salle Saint-Alexis, lit n° 1. Quelques accidents scrofuleux. Début de la maladie il y a six semaines.

Examen. — Chancre infectant de la base de la grande lèvre droite en voie de réparation. Syphilides papulo-érosives de la grande lèvre gauche et du pourtour de l'anus. Syphilide papulo-érosive et ulcéreuse avec tendance au phagédéuisme de la face interne de la cuisse droite. Syphilides érosives des piliers postérieurs. Rien à la peau. Iusomnie. Alopécie.

Traitement. — Injections de 10 milligrammes.

5 septembre. Syphilide ulcéreuse de la cuisse à tendance phagédénique se répare. Quelques syphilides papulo-squameuses du tronc. Pas de salivation; pas de douleurs; pas de nodosités.

20 septembre. Syphilide ulcéreuse presque totalement disparue. Aucun accident local. 1" octobre. Exeat. Guérie sans aucun accident. 30 injections.

OBS. CXDL — Adèle H..., 19 ans, domestique. Entrée le 30 août 1881, salle Saint-Alexis, lit n° 20. Pas d'antécédents diathésiques. Bonne santé habituelle. Début il y a quinze jours?

Examen. — Très nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques dont quelques-unes sont érosives, sur les grandes et les petites lèvres, la face interne des cuisses et le pourtour de l'anus. Nombreuses syphilides érythémateuses du tronc et des membres, pigmentaires du cou, papulo-squameuses de la face. Syphilides érosives des deux amygdales qui sont hypertrophiées. Adénite sous-maxillaire et cervicale postérieure. Alopécie, céphalée, insomnie.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

6 septembre. Syphilides vulvaires s'affaissent. Celles du tronc pâlissent. Pas d'accident local. Pas de salivation.

25 septembre. Syphilides vulvaires et cutanées guéries.

1" octobre. Exeat. Guérie. Aucun accident local ou général. — Total : 30 injections.

OBS. CXX. — Louise M..., 41 ans, chiffonnière. Entrée le 13 septembre 1881, salle SaintLouis, lit n° 28. Pas d'antécédents diathésiques. Bonne santé habituelle. Syphilis remontant à deux mois.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques nombreuses des grandes et des petites lèvres qui sont très tuméfiées. Syphilides ulcéreuses interdigitales des deux pieds ; polyadénite inguinale et cervicale postérieure non douloureuse; syphilide érythémateuse du tronc et des membres.

MÉM. 8


ll/i

OBS. CXXI. — Georgetle S..., 19 ans, femme de brasserie. Entrée le 30 août 1881, salle Saint-Louis, lit n* 29. Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires. Début de la syphilis il y a six mois.

Examen. — Grossesse de 5 mois. Le père de l'enfant est celui qui a donné la syphilis à la mère. Quelques petites syphilides papulo-érosives et papulo-hypertrophiques des grandes et des petites lèvres; vaginite secondaire; polyadénite inguinale double; syphilide érylhémateuse du tronc; alopécie considérable; courbature; insomnie; algidité périphérique. Amygdales rouges et tuméfiées sans érosion.

Traitement. — Injections à 10 millig.

9 septembre. Les syphilides vulvaires s'affaissent. Pas d'accidents; pas de salivation.

16 septembre. Continuation de l'amélioration générale. La malade prétend sentir mieux son enfant remuer.

3 octobre. Exeat. Guérie. Aucun accident. Total : 31 injections.

OBS. CXXII. — Marie L..., 19 ans, couturière. Entrée le 30 août 1881, salle Saint-Alexis, lit n° 19. Aucun antécédent diathésique, Début de la syphilis il y a un mois.

Examen. — Nombreuses végétations inflammatoires. Syphilides papulo-hypertrophiques nombreuses des grandes et des petites lèvres, des plis génito-cruraux. Polyadénite inguinale double non douloureuse. Syphilides érythémaleuses et papuleuses du tronc et des membres ; syphilide pigmentaire du cou; syphilides érosives des deux amygdales ; alopécie; céphalée; ganglions épitrochléens aux deux coudes.

Traitement. — Injections de 10 millig.

5 septembre. Les syphilides vulvaires s'affaissent; les syphilides buccales persistent; les syphilides cutanées pâlissent. Légère douleur dans le dos aux points piqués. Pas d'autre accident.

11 septembre. Exeat, améliorée, sur sa demande. Aucun accident. 12 injections.

OBS. CXXIIL — Louise B..., 19 ans, boutonnière. Entrée le 6 septembre 1881, salle Saint-Alexis, lit n° 18. Quelques antécédents scrofuleux. Début de la m;iladie il y a dix jours.

Examen. — Chancre infectant du capuchon. Syphilides érosives et papuleuses des grandes et des petites lèvres. Polyadénite inguinale double. Syphilide papulo-érosive du vagin. Rien à la peau ni à la gorge. Courbature, céphalée, insomnie.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

17 septembre. Exeat, sur sa demande. Le chancre a disparu. Légère induration persistante. Affaissement des syphilides vulvaires et vaginales. Rien à la peau. Aucun accident. 10 injections.

OBS. CXXIV. — Françoise G..., 20 ans, cuisinière. Entrée, le 7 septembre, salle SaintAlexis, lit n° 39. Pas d'antécédents scrofuleux ni héréditaires. Syphilis remontant à un an soignée pendant un mois, il y a six mois, dans la salle Saint-Alexis.

Traitement. — Injections de 10 milligrammes. Peu de tissu cellulaire sous-cutané dans le dos.

30 septembre. Exeat. Très améliorée. Aucun accident. 16 injections.


115

Examen. — Deux syphilides papulo-hypertrophiques de la grande lèvre gauche. Polyadénite inguinale. Pas d'autre accident syphilitique actuel.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

17 septembre. Exeat. Guérie. Aucun accident local; pas de salivation. — Total : 10 injections.

OBS. CXXV. —Mérian M..., 23 ans, couturière. Entrée le 30 août 1881, salle Saint-Alexis, lit n" 6. Quelques antécédents scrofuleux. Gourme, otorrhée, chloro-anémie. Début de la syphilis il y a six semaines.

Examen. Nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques et érosives des grandes lèvres, qui sont oedématiées. Polyadénite inguinale et cervicale postérieure. Rien à la gorge. Roséole, céphalée, courbature, insomnie. Syphilide discrète papulo-squameuse du segment postérieur du vagin.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

12 septembre. Exeat. Guérie. 12 injections. Une piqûre faite trop superficiellement a produit une petite nodosité dure, douloureuse, sans rougeur, sans inflammation.'

OBS. CXXVI. — Désirée B..., 27 ans, couturière. Entrée le 30 août, salle Saint-Alexis, lit n° 45. Pas d'antécédents dialhésiques ou héréditaires. Il y a trois semaines, apparition de boutons aux organes génitaux.

Examen. — Grossesse de six mois. Le père de l'enfant est celui qui donna la syphilis à la mère. Nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques érosives de la vulve et de l'anus. Polyadénite inguinale et cervicale. Alopécie, courbature, insomnie.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

11 septembre. Amélioration considérable. Aucun accident local ou général.

3 octobre. Exeat, sur sa demande. Très améliorée. Aucun accident. 31 injections.

OBS. CXXVIL — Eugénie D..., 18 ans, blanchisseuse. Entrée le 2 septembre, salle SaintLouis, lit n" 25. Quelques antécédents scrofuleux. Début de la syphilis il y a six semaines.

Examen. — Syphilides papuleuses, papulo-hypertrophiques dont quelques-unes sont érosives, deux syphilides ulcéreuses du volume d'une pièce de 5 francs sur les grandes lèvres. Syphilide érythémateuse du tronc; alopécie; insomnie; algidité périphérique; fièvre syphilitique. Injections de 10 millig.

9 septembre. Les syphilides ulcéreuses se réparent; les syphilides hypertrophiques s'affaissent. Aucun accident dû aux injections.

16. Les syphilides hypertrophiques ont disparu, les ulcéreuses continuent de se réparer. Pas de salivation.

2, 3. Les syphilides vulvaires ont disparu.

26. Exeat. Guérie. Aucun accident, 22 injections.

OBS. GXXVin. — Louise G..., 24 ans, blanchisseuse. Entrée le 20 septembre, salle SaintLouis, n° 16. Pas d'antécédents strumeux, herpétiques ou arthritiques. Début de la syphilis il y a trois semaines.

Examen. — Syphilides papulo-érosives des grandes lèvres en voie de disparition. Polyadé-


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Dite inguinale non inflammatoire; syphilide érythémateuse da tronc; alopécie; céphalée; fièvre syphilitique.

Traitement. — Injections à 10 millig.

30 septembre. Céphalée, fièvre, courbature ont disparu; les syphilides volvaires s'affaissent; les syphilides cutanées pâlissent. Aucun accident local, pas de salivation.

6 octobre. Exeat. Guérie. 12 injections. Aucun accident.

OBS. CXXIX. — Lucy L..., ih ans, couturière. Entrée salle Saint-Louis le 30 août, lit n° 33. Début il y a trois semaines.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques etérosives; quelques syphilides végétantes de la vulve, de l'anus, des plis génito-cruraux ; polyadénite inguinale et cervicale; syphilide papuleuse, érythémateuse, papulo-squameuse du tronc et des membres ; syphilides érosives des deux amygdales.

Traitement. — Injections à 10 millig.

9 septembre. Les syphilides vulvaires s'affaissent, les cutanées pâlissent. Gingivite et légère stomatite. Gargarisme et potion avec chlorate de potasse U grammes.

12. La stomatite mercurielle force à interrompre les injections.

22. On reprend les injections. Les syphilides de la vulve ont presque complètement disparu.

2û. Exeat. Non guérie. Total : 13 injections.

OBS. CXXX. — Louise D..., 19 ans, couturière, entrée le 20 septembre 1881, salle SaintAlexis, lit n" 40. Quelques antécédents scrofuleux (gourme, ophthalmie). Il y a trois mois, apparition de boutons sur la peau.

Examen. — Rien à la vulve. Sur le pied droit, au devant et en avant de la malléole interne, sur la plante du pied, syphilides uicéreuses de volume variable. Il en existe également dans le dos, sur la poitrine, aux cuisses. Ganglions cervicaux et épitrochléens développés.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

26 septembre. Cicatrisation des syphilides ulcéreuses du pied et du dos. Rien à la vulve.

3 octobre. Exeat, améliorée. — 13 injections. Pas d'accident ; pas de salivation.

OBS. CXXXI. — 0. B..., 23 ans, domestique. Entrée le 6 septembre, salle Saint-Alexis, n° 7. Pas d'antécédents diathésiques ou héréditaires. Début des syphilides il y a quinze jours?

Examen. — Syphilide ulcéreuse de la base de la grande lèvre gauche et papulo-squameuse du tronc et des membres. Polyadénite inguinale. Rien à la gorge ni à l'anus. Dentition très mauvaise. Plusieurs dents manquent.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

19 septembre. La syphilide ulcéreuse de la grande lèvre se répare. Aucun accident. Pas de stomatite.

3 octobre. Exeat. Les syphilides cutanées seules persistent, mais elles ont considérablement pâli. Aucun accident. — 27 injections.


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Malades actuellement en traitement. Injections a 10 milligrammes.

OBS. CXXXII. — Marie H.-B..., 29 ans, domestique. Entrée le 13 septembre, salle SaintLouis, lit n" 2. Antécédents scrofuleux. Début de la maladie il y a un mois.

Examen. — Chancres non infectants multiples dé la vulve et du pourtour de l'anus ; chancre infectant du col de l'utérus. Polyadénite inguinale aphlegmasique. Syphilide érythémateuse du tronc et des membres. Adénite cervicale postérieure. Ganglion épilrochléen à droite et à gauche.

Traitement. — Injections à 10 millig. ; iodoforme ; vin aromatique.

23 septembre. Les chancres non infectants se réparent; le chancre infectant du col utérin se cicatrise. Aucun accident dû aux injections.

7 octobre. Abcès de la glande vulvo-vaginale que l'on ouvre. Les syphilides cutanées pâlissent. Les chancres non infectants sont guéris ; le chancre infectant est complètement cicatrisé. Aucun accident

lu octobre. Les syphilides cutanées sont à peine visibles. 29 injections.

OBS. CXXX1IL — Marie S..., 21 ans, domestique. Entrée le 13 septembre, salle SaintLouis, lit n° 3. Pas d'antécédents diathésiques. Bonne santé habituelle. Début de la syphilis il y a deux mois. La malade est enceinte de six mois. Le père est celui qui a donné la syphilis â la malade.

Examen. — Nombreuses végétations inflammatoires vulvaires. Syphilides papulo-hypertrophiques des grandes lèvres et des plis génito-cruraux dont l'une est végétante. Polyadénile inguinale double non douloureuse. Syphilides érythémaleuses et papulo-squameuses du tronc et des membres; syphilides érosives des deux amygdales.

Traitement. — Injections à 10 millig.

23 septembre. Les syphilides cutanées pâlissent; les syphilides vulvaires s'affaissent.

30 septembre. Les syphilides vulvaires ont disparu, sauf la syphilide végétante du pli génito-crural gauche qui diminue; les cutanées ont presque disparu. Pas d'accidents locaux, pas de salivation.

7 octobre. La syphilide végétante s'affaisse presque totalement. Une injection mal faite est devenue douloureuse avec tuméfaction légère des téguments.

14 octobre. Amélioration considérable. La tuméfaction est résolue. 28 injections,

OBS. CXXXIV. — Thérèse C., 26 ans, cuisinière. Entrée le 13 septembre, salle SaintLouis, lit n* 7.

Examen. — Syphilides papulo-érosives et papulo-hypertrophiques des petites lèvres qui sont très tuméfiées. Céphalée; alopécie. Adénite inguinale double non douloureuse. Ganglion épitrochléen à droite et à gauche. Tuberculose pulmonaire au début. Souffle anémique de la base du coeur.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

23 septembre. Encore une petite syphilide papulo-érosive sur ie bord libre de la petite lèvre gauche. Aucun accident.


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30. Les syphilides vulvaires ont disparu. Nodosité à gauche, au niveau d'une piqûre mal faite, avec douleur sans inflammation.

14 octobre. La nodosité a disparu, ainsi que les syphilides. Aucun autre accident. 28 injections.

OBS. CXXXV. — Louise R..., 17 ans, couturière. Entrée le 20 septembre 1881, salle SaintLouis, lit n" 10. Antécédents scrofuleux (gourme, maux d'yeux, etc.). Soignée il y a sept mois, pendant un mois, à Lourcine pour syphilides vulvaires et cutanées remontant à quinze jours.

Examen. — Nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques et papulo-érosives des grandes et des petites lèvres qui sont très tuméfiées. Au pourtour de l'anus, il en existe également affectant une tendance ulcéreuse. Syphilide érylhémateuse du tronc. Syphilide pigmentaire du cou. Adénite inguinale et cervicale non douloureuse. Alopécie, céphalée, courbature, insomnie. Fièvre syphilitique vespérale. Rien à la gorge.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

30 septembre. Syphilides vulvaires s'affaissent. Insomnie, céphalée, fièvre ont disparu. Petite nodosité dorsale sans inflammation. Pas de salivation.

7 octobre. Amélioration considérable des syphilides vulvaires et cutanées. Deux à trois petites nodosités dorsales sans inflammation. Pas de salivation.

14. Persistance de l'amélioration. Les nodosités dorsales ont disparu. 23 injections.

OBS. CXXXVI. — Viclorine M..., 22 ans, domestique. Entrée le 23 août, salle Saint-Louis, lit n° 15. Pas d'antécédents diathésiques ou héréditaires. Début il y a trois mois.

Examen. — Tuméfaction des petites lèvres, qui sont le siège de syphilides papulo-érosives multiples. Syphilides papulo-hypertrophiques des grandes lèvres et du pourtour de l'anus. Syphilides papuleuses, papulo-squameuses et érylhémateuses du tronc et des membres. Syphilides érosives des amygdales. Polyadénite inguinale et cervicale; céphalée, alopécie, courbature, insomnie, algidité périphérique. Vulvo-uréthro-vaginite blennorrhagique.

Traitement. — Injections à 9 milligrammes jusqu'au 1" octobre, puis à 10 milligrammes. Kurguni ; matico ; cataplasmes Lelièvre dans le vagin. Dentition mauvaise.

9 septembre. Affaissement des syphilides vulvaires. Pas d'accidents.

16. Syphilide érosive du pli gingivo-buccal.

22. Légère gingivite. Chlorate de potasse.

30. Syphilides vulvaires ont disparu. Les cutanées ont considérablement pâli. Persistance de la blennorrhagie. Salivation peu considérable. Persistance de la stomatite, qui est d'ailleurs légère. On cesse les injections hypodermiques et on soigne la malade avec la solution interne de peptone mercurique à la dose de 5 milligrammes.

14 octobre. Amélioration considérable. 35 injections.

OBS. CXXXVII. — Pierrette B..., 18 ans, tailleuse de limes. Entrée le 22 octobre 1880, salle Saint-Louis, lit n° 8. Antécédents scrofuleux. Début de la syphilis il y a dix-huit mois. Soignée depuis un an dans le service avec la liqueur de van Swieten. Syphilides vulvaires, cutanées et buccales confluentes. Les accidents syphilitiques ne s'amendant pas, de nouvelles syphilides érosives des amygdales et de la langue, des syphilides ulcéreuses sur les jambes


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ayant apparu, on soumet la malade au traitement par les injections hypodermiques : injections à 8 millig. à partir du 11 août, à 10 millig. à partir du 1" octobre.

11 août. Syphilides érosives multiples à tendance ulcéreuse de la langue, du pli gingivobuccal gauche; nombreuses syphilides ulcéreuses, serpigineuses de la jambe gauche s'élendant de la région sus-malléolaire à la tubérosité antérieure du tibia. Rien à la peau.

18 septembre. Les syphilides buccales se réparent ainsi que celles de la jambe. Pas d'accidents.

Du 18 septembre au 14 octobre. Les syphilides buccales et celles de la jambe s'améliorent considérablement. Cicatrisation lente. Aucun accident. 61 injections.

OBS. CXXXVIir. — Louise M..., 19 ans, domestique. Entrée le 27 septembre, salle SaintAlexis, n° 12. Pas d'antécédents dialhésiques ni héréditaires.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques multiples des grandes lèvres et du pourtour de l'anus ; syphilide érythémateuse du tronc. Ganglion épitrochléen à droite et à gauche.

Traitement. — Injections à 10 millig.

7 octobre. Les syphilides vulvaires et anales commencent à s'affaisser. Sclérème des grandes lèvres. La roséole pâlit. Pas d'accident ; pas de salivation.

14 octobre. Persistance de l'amélioration. Pas de nouvel accident syphilitique. Pas d'accident dû aux injections. 16 injections.

OBS. CXXXIX. — Marianne L..., 26 ans, ouvrière. Entrée le 20 septembre, salle SaintLouis, lit n* 14. Début de la syphilis il y a deux mois.

Examen. —Syphilides papulo-hypertrophiques des grandes lèvres, érosives des petites lèvres, érythémateuses du tronc. Polyadénite inguinale et cervicale non inflammatoire.

Traitement. — Injections à 10 millig.

7 octobre. Syphilides vulvaires s'affaissent. Les syphilides cutanées pâlissent. Pas d'accidents locaux ; pas de salivation.

14 octobre. La malade est presque complètement guérie. Aucun accident dû aux injections. 21 injections.

OBS. CXL. — Marie M..., 19 ans, journalière. Entrée le 4 octobre, salle Saint-Louis, lit n° 18. Quelques antécédents scrofuleux. Début de la syphilis il y a un mois.

Examen. — Tibialgie, insomnie, alopécie. Très nombreuses syphilides papuleuses, papulohypertrophiques et érosives de la vulve, de l'anus, des plis génito-cruraux. Polyadénite inguinale aphlegmasique. Syphilide érythémateuse et maculeuse du tronc et des membres, très confluenle. Rougeur et syphilides érosives des amygdales. Adénite cervicale postérieure.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

14 octobre. Les syphilides ont cousidérablement diminué. Les syphilides cutanées pâlissent; les amygdaliennes sont guéries. Aucun accident ; pas de salivation ; 8 injections.

OBS. CXLI. — Léonie R..., 22 ans, couturière. Entrée le 26 septembre 1881, salle SaintLouis, lit n" 19. Début il y a deux mois et demi.

Examen. — Quelques syphilides papuleuses dans le pli génito-crural droit. Syphilide érythémateuse des membres inférieurs. Quelques syphilides papulo-squameuses annulaires du


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tronc, du cou, de la face. Syphilides érosives des amygdales et de la langue. Adénite cervicale, inguinale, épitrochléenne aphlegmasique. Céphalée, insomnie, courbature.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

7 octobre. Vulve guérie ; les syphilides amygdaliennes ont disparu. Persistance des syphilides cutanées.

14. 15 injections. Aucun accident.

OBS. CXLIL — Pauline S..., 21 ans, culottière. Entrée le 13 septembre 1881, salle SaintLouis, lit n" 20. Pas d'antécédents diathésiques. Début de la syphilis il y a trois mois.

Examen. — Syphilides papulo-érosives mulliples des grandes lèvres qui sont très oedématiées, des petites lèvres, des plis génito-cruraux. Syphilides érythémateuses et papuleuses du vagin et du col utérin. Sypliilide érythémateuse du tronc et des membres inférieurs. Chancre infectant de l'orifice cervico-utérin pénétrant dans la cavité du col.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

30 septembre. Syphilides vulvaires s'affaissent. Pas d'accidents locaux, pas de salivation.

7 octobre. Les syphilides vulvaires ont disparu. Le chancre du col se répare ; les syphilides vaginales pâlissent. Aucun accident.

14. Les syphilides vaginales ont disparu. Les syphilides cutanées pâlissent. Aucun accident, pas de salivation, pas de gingivite. 21 injections.

OBS. CXLIIL — Marie B..., 22 ans, fleuriste. Entrée le 27 septembre, salle Saint-Louis, lit n° 21. Antécédents strumeux et tuberculeux. Chloro-anémie. Début de la syphilis il y a un an.

Examen. — Nombreuses syphilides papulo-érosives et diphthéroïdes des grandes lèvres qui sont très tuméfiées. Syphilides érosives des petites lèvres. Adénopathie inguinale et cervicale postérieure aphlegmasique. Vitiligo du cou. Syphilide érythémateuse du tronc. Alopécie, céphalée, courbature, insomnie, fièvre syphilitique. Grossesse de quatre mois. Très mauvaise dentition.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

7 octobre. Syphilides vulvaires s'affaissent La grande lèvre droite reste volumineuse et présente une induration scléreuse typique. Syphilides cutanées pâlissent. La fièvre syphilitique a disparu.

14 octobre. 15 injections. Aucun accident. Pas de stomatite; pas de gingivite; pas de salivation.

OBS. CXLIV. — Ernestine L..., 21 ans, journalière. Entrée le h octobre 1881, salle SaintLouis, lit n" 22. A été soignée il y a un an pour syphilis déjà ancienne.

Examen — Ecthyma syphilitique du tronc et des membres. Polyadénite inguinale. Grossesse de quatre mois et demi. Alopécie considérable.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes. Première piqûre le 8 octobre.

lu octobre. Aucun accident. Pas de salivation. 7 injections.

OBS. CXLV. — Alexandrine E..., 17 ans, fleuriste. Entrée le 27 septembre 1881, salle SaintLouis, lit n° 23. Quelques antécédents scrofuleux. Début de la syphilis il y a six mois.


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Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques multiples des grandes lèvres; syphilides érosives des petites lèvres; syphilides hypertrophiques du pourtour de roriGceanal;syphilide érythémateuse du tronc. Adénopathie inguinale, cervicale, épitrochléenne.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

7 octobre. Syphilides vulvaires et anales s'affaissent Persistance des syphilides cutanées.

14. Aucun accident Pas de stomatite. 15 injections.

OBS. CXLVI. — Clémence C..., 22 ans, couturière. Entrée le 27 septembre 1881, salle Saint-Louis, lit n" 1l\. Quelques antécédents rhumatismaux. Syphilis remontant à cinq mois traitée pendant deux mois avec la liqueur de van Swieten. Névropathe.

Examen. — Syphilides érosives de la petite lèvre droite et de la fourchette ; deux petites syphilides squameuses blanchâtres, saillantes, sur le col de l'utérus. Syphilides papuleuses du tronc, du cou. Adénopathie inguinale et cervicale. Céphalée, courbature, alopécie.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

7 octobre. Amélioration générale. Les syphilides papulo-squameuses du tronc pâlissent.

lh octobre. Aucun accident local ou général, sauf douleur assez vive au point piqué, durant une demi-heure, pendant les premiers jours. 14 injections.

OBS. CXLVII. — Sophie G..., 19 ans. Entrée le 27 septembre 1881, salle Saint-Louis, lit n° 31. Pas d'antécédents' diathésiques. Hystérie. Il y a cinq mois, syphilis soignée avec cinquante pilules de protoiodure d'hydrargyre.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques dont beaucoup sont érosives, de la fesse, du pourtour de l'anus, des grandes lèvres; syphilide papulo-squameuse discrète du tronc et de la face. Adénopathie inguinale multiple aphlegmasique.

Traitement. — Injections à 10 millig.

1A octobre. Amélioration considérable. Aucun accident. Pas de salivation. 15 injections.

OBS. CXLVIII. — Sylvanie H..., 20 ans, couturière. Entrée le 20 septembre 1881, salle Saint-Louis, lit n° 35. Pas d'antécédents diathésiques.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques des grandes lèvres. Rien à l'anus. Polyadénite inguinale. Syphilide érythémateuse du tronc et des membres inférieurs.

Traitement. — Injection à 10 millig.

30 septembre. Les syphilides vulvaires s'affaissent. Aucun accident

14 octobre. Les syphilides vulvaires ont disparu. Les syphilides cutanées pâlissent. Aucun accident. 22 injections.

OBS. CXLK. — Marie L..., 18 ans, couturière. Entrée le 3 octobre, salle Saint-Alexis, lit n" 1. Antécédents scrofuleux. Syphilis remontant à trois ans, soignée à plusieurs reprises salle Saint-Alexis.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques de la vulve; syphilides hypertrophiques végétantes de l'anus. Adénopathie inguinale, cervicale, sous-maxillaire et épitrochléenne aphlegmasique. Rien à la peau ni à la gorge. Légère gingivite au niveau des incisives inférieures.

Traitement. — Injections à 10 millig.


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10 octobre. Les syphilides vulvaires se sont affaissées très notablement. Céphalée. Pas d'accidents locaux. 14 octobre. 10 injections. Pas de salivation.

OBS. CL. — Augustine R..., 20 ans, journalière. Entrée le 3 octobre, salle Saint-Alexis, lit n' 8. Antécédents scrofuleux. Chloro-anémie. Syphilis remontant à cinq mois.

Examen. — Grossesse de deux mois et demi environ. Le père de l'enfant n'est point celui qui a donné la syphilis à la mère. Syphilides papuleuses, papulo-hypertrophiques, érosives et dipthéroïdes très nombreuses de la vulve, de l'anus, de la face interne des cuisses. Polyadénite inguinale. Vitiligo du cou. Syphilides papulo-squameuses du tronc.

Traitement, — Injection à 10 millig.

10 octobre. Les syphilides vulvaires s'affaissent notablement, les cutanées persistent. Pas d'accidents locaux.

14 octobre. 10 injections. Pas de gingivite; pas de salivation. Légère douleur lors des premières injections.

OBS. CLI. — Eugénie V..., 16 ans. Rentrée le 4 octobre, salle Saint-Alexis, lit n° 9. Antécédents scrofuleux. Chlorose. Syphilis contractée il y a cinq semaines.

Examen. — Herpès vulvaire. Vulvo-uréthro-vaginite blennorrhagique. Polyadénite inguinale cervicale et épitrochléenne. Syphilides papuleuses du tronc et des membres.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

10 octobre. L'herpès vulvaire a presque totalement disparu. Persistance des syphilides cutanées. Syphilide érosive de l'amygdale droite qui est hypertrophiée.

lu. 10 injections. Aucun accident ; pas de salivation.

OBS. CLIL — Adolphine C..., 24 ans, domestique. Entrée le 27 septembre, salle SaintAlexis, lit n° 11. Pas d'antécédents dialhésiques. Il y a quinze jours, apparition de boutons aux organes génitaux.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques nombreuses des grandes lèvres, érosives des petites lèvres et du capuchon clitoridien, érythémateuses du tronc Adénopathie inguinale multiple. Céphalée, alopécie, insomnie, courbature.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

10 octobre. Les syphilides vulvaires sont guéries. Les syphilides érosives du capuchon persistent, mais sont en voie de réparation.

14. 17 injections. Aucun accident local ou général.

OBS. CLUI. — Emilie B..., 20 ans, mécanicienne. Entrée le 4 octobre 1881, salle SaintAlexis, lit n° 10. Antécédents rhumatismaux sans cardiopathie. Il y a trois mois, syphilis. Grossesse de quatre mois. Le père de l'enfant est celui qui a donné la syphilis à la mère.

Examen. — Syphilides papuleuses et papulo-érosives des grandes et des petites lèvres, des plis génito-cruraux, du pourtour de l'anus, et du sillon interfessier. Polyadénite inguinale double non douloureuse. Syphilide papulo-érylhémaleuse abondante du tronc et du cou ; syphilides érosives des deux amygdales.

Traitement. — Injections à 10 millig.


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14 octobre. Syphilides vulvaires notablement affaissées. Persistance des syphilides buccales et cutanées. 10 injections. Aucun accident.

OBS. CLIV. — Marie R..., 19 ans, boutonnière. Entrée le 4 octobre, salle Saint-Alexis, lit n° 13. Pas d'antécédents diathésiques. Début de la syphilis il y a trois mois.

Examen. — Sur le bord libre des grandes et des petites lèvres, au pourtour de l'anus, nombreuses syphilides papuleuses et papulo-érosives dont plusieurs sont volumineuses. Polyadénite inguinale double aphlegmasique. Uréthro-vaginite blennorrhagique. Syphilides papuleuses multiples du vagin et du col de l'utérus.

Traitement. — Injections à 10 millig.

10 octobre. Syphilides vulvaires notablement affaissées. Quelques syphilides vaginales et utérines persistent Aucun accident local. Pas de salivation.

14 octobre. 10 injections.

OBS. CLV. — Jeanne B..., 19 ans, modiste. Entrée le 27 septembre 1881, salle Saint-Alexis, lit n" 14. Très bonne santé habituelle. Pas d'antécédents diathésiques. Début de la syphilis il y a un mois.

Examen. — Syphilides érosives du capuchon. Polyadénite inguinale non douloureuse. Alopécie, courbature. Nombreuses syphilides papulo-squameuses du thorax, des membres, du cou, du dos, de la face. Large syphilide érosive de l'amygdale droit.

Traitement. — Injections à 10 millig.

3 octobre. Rien à vulve. Les syphilides cutanées pâlissent. Syphilides érosives des amygdales, de la langue, des joues. Aucun accident.

10 octobre. Syphilides cutanées pâlissent. Les squames disparaissent. Amélioration des syphilides buccales.

14 octobre. Aucun accident. Pas de salivation ; pas de douleur. 17 injections.

OBS. CLVI.—Claire L..., 20 ans, journalière. Entrée le 4 octobre, salle Saint-Alexis, lit n* 15. Antécédents scrofuleux et rachiliques. Syphilis remontant à deux mois.

Examen. — Syphilides papulo-érosives diphthéroïdes des grandes et des petites lèvres. Syphilides papulo-érosives végétantes du pourtour de l'anus. Syphilides papuleuses du col utérin. Uréthro-vaginite blennorrhagique. Syphilides érythémateuses et papuleuses du tronc. Syphilide pigmentaire du cou; polyadénite inguinale, cervicale et sous-maxillaire.

Traitement. — Injections à 10 millig.

10 octobre. Syphilides utérines ont disparu. Les syphilides vulvaires et anales s'affaissent notablement. Les cutanées pâlissent

14 octobre. 10 injections. Aucun accident.

OBS. CLVIL — Marie Z..., 19 ans, brocheuse. Entrée le 27 septembre, salle Saint-Alexis, lit n" 19. Quelques antécédents scrofuleux. Chlorose. Début il y a un mois.

Examen. — Nombreuses syphilides papuleuses, papulo-hypertrophiques des grandes et des petites lèvres. Polyadénite inguinale aphlegmasique volumineuse. Syphilides papuleuses et érythémateuses des membres et du tronc. Céphalée, courbature, fièvre syphilitique vespérale. Urtthrite blennorrhagique.


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Traitement. — Injections à 10 millig.

10 octobre. Syphilides vulvaires guéries, ainsi que la syphilide érythémateuse du tronc.

14 octobre. Persistance de l'amélioration. Aucun accident 17 injections.

OBS. CLVIII. — Céline C..., 20 ans, couturière. Entrée le 20 septembre, salle Saint-Alexis, lit n° 18. Antécédents scrofuleux (gourme, maux d'yeux). Début de la syphilis il y a cinq mois. Céphalée, insomnie, courbature, alopécie.

Examen. — Syphilides papulo-érosives de la face interne des petites lèvres. Syphilides papulo-hypertrophiques périanales. Abcès de la glande vulvo-vaginale gauche. Chancres non infectants multiples des grandes lèvres et des plis génito-cruraux. Urélhro-vaginite blennorrhagique. Polyadénite inguinale double indolente. Ganglions cervicaux, sous-maxillaires, épitrochléens, augmentés de volume. Sur le tronc et les membres, syphilides maculeuses; syphilide squameuse de la paume de la main ; syphilides érosives des amygdales et du sillon gingivobuccal gauche.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes. Bains d'amidon. Poudre d'iodoforme, gargarisme au chlorate de potasse, etc. Capsules au baume de Kurgum.

26 septembre. Aucun accident local ou général.

3 octobre. Les syphilides vulvaires s'affaissent, les anales persistent, mais s'affaissent, ainsi que les syphilides cutanées.

14 octobre. Les syphilides vulvaires, cutanées, buccales ont disparu. Persistance de l'uréthro-vaginite. Aucun accident. Pas de salivation ; 22 injections.

OBS. CLIX. — Marie M..., 20 ans, domestique. Entrée le 27 septembre, salle Saint-Alexis, lit n* 20. Pas d'antécédents diathésiques ou héréditaires. Début de la syphilis il y a un mois.

Examen. — Chancre infectant de la face interne de la grande lèvre gauche, en voie de réparation. Polyadénite inguinale double non douloureuse. Très nombreuses syphilides papulo-hypertrophiques et érosives de la vulve, des plis génito-cruraux, du pourtour de l'anus. Syphilides érylhémateuses et quelques syphilides papule-squameuses du tronc et des membres. Insomnie, courbature, tibialgie, fièvre syphilitique; syphilides érosives des amygdales. Tissu cellulaire très peu développé.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

3 octobre. Les syphilides de la vulve, des plis génito-cruraux s'affaissent ; les cutanées pâlissent.

14 octobre. Guérison presque complète des syphilides de la région ano-vulvaire. Syphilide érosive de la lèvre inférieure. Pas d'accidents locaux; pas de salivation; pas de gingivite; 17 injections.

OBS. CLX. — Valérie L..., 28 ans, ouvrière. Entrée le 27 septembre, salle Saint-Alexis, lit n° 25. Quelques antécédents scrofuleux. Syphilis remontant à huit ans.

Examen. — Syphilides papuleuses multiples du segment postérieur du vagin. Adénopathie inguinale double, cervicale postérieure et sous-maxillaire; syphilides ulcéreuses du nez (fétidité de l'haleine, nasonnement notable, écoulement muco-purulent).

Traitement. — Injections à 10 milligrammes. Huile de foie de morue. Priser la pondre


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suivante : calomel, 10 grammes; sucre, 50 grammes; irrigations nasales avec : eau* 1 litrd; chloral, 50 grammes.

5 octobre. Amélioration notable de la syphilide ulcéreuse du nez. Voix moins nasonnée. L'écoulement purulent est moindre. Aucun accident local ou général. Pas de salivation.

Exeat, sur sa demande. 8 injections.

OBS. CLXT. — Lodoïska D...,29 ans, couturière. Entrée le 13 août 1881, salle Saint-Alexis, litn° 27. Antécédents scrofuleux. Syphilis remontant à un an; soignée salle Saint-Alexis pendant trois mois avec la liqueur de van Swieten. En outre, là malade était enceinte. Elle a accouché au mois de juillet d'un enfant mort, un mois avant terme.

Examen. — Syphilides ulcéreuses de la grande lèvre droite; syphilides papulo-hypertrophiques et érosives des petites lèvres, du pourtour de l'anus et du pli génittHSf ural droit.

Traitement. — Injections à 9 milligrammes.

30 août. Les syphilides vulvaires sont en voie de disparition.

6 septembre. Les syphilides vulvaires sont guéries. Syphilides érosives de la lèvre antérieure du col. Pas d'accident dû aux piqûres.

12. Plus rien à la peau ni à la vulve.

1" octobre. Injections à 10 milligrammes. Aucun accident; pas de salivation. 10. Tous les accidents syphilitiques ont disparu. On traite la malade avec la solution interne de peptone mercurique. Total : 50 injections.

OBS. CLXII. — Louise R..., 23 ans, lingère. Entrée le 20 septembre, salle Saint-Alexis, lit n° 28. Pas d'antécédents dialhésiques ou héréditaires. Début de la syphilis il y a trois semaines.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques des grandes et des petites lèvres ; syphilide érythématieûse dû tronc; syphilides érosives linguales et amygdaliennes. Adénopathie cervicale et inguinale.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

3 octobre. Les syphilides vulvaires s'affaissent; les syphilides linguales sont guéries; pas d'accidents; pas de stomatite.

10. Les syphilides vulvaires sont guéries. Les syphilides cutanées pâlissent. Rougeur des amygdales sans hypertrophie.

lit. Aucun accident Pas de salivation. 21 piqûres;

OBS. CLXIII. — Aline P..., 25 ans, journalière. Entrée le 29 août 1881, salle Saint-Alexis, lit n° 30. Pas d'accidents diathésiques ou héréditaires. Syphilis remontant à trois mois.

Examen. — Quelques syphilides érosives de la vulve; syphilide érythémateuse dus tronc; syphilides érosives des replis gingivo-buccaux. Adénopathie inguinale. Alopécie, céphalée, insomnie, courbature.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

5 septembre. Syphilides vulvaires disparues; syphilides érosives des bords de la langue.

13. Syphilides buccates se réparent Pas d'accidents locaux, pas de salivation.

20. Syphilides buccales guéries; quelques syphilides érosives de l'anneau vulvaire. 3


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14 octobre. Tous les accidents syphilitiques ont disparu. Aucun accident, sauf légère douleur à la région dorsale due aux nombreuses injections. Total : 45 injections.

OBS. CLXIV. — Laure R..., 21 ans, domestique. Entrée le 4 octobre, salle Saint-Alexis, lit n* 31. Pas d'antécédents scrofuleux. Bonne saalé habituelle. Début de la syphilis il y a quinze jours.

Examen. —Syphilides papuleuses et papulo-érosives de la face interne des cuisses, des grandes et des petites lèvres, des plis génito-cruraux ; adénopatbie inguinale syphilitique ; syphilides èrosives.des deux amygdales; syphilide érythémateuse du tronc; adénite cervicale et sousmaxillaire.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

10 octobre. Syphilides érythémateuses pâlissent, les vulvaires et les buccales s'affaissent notablement.

lu. Pas d'accidents, sauf gingivite légère. 10 injections.

OBS. CLXV. — Jeanne T..., 32 ans, ménagère. Entrée le 4 octobre 1881, salle Saint-Alexis, lit n° 36. Antécédents tuberculeux ; tuberculose pulmonaire. Syphilis remontant à trois ans, soignée à plusieurs reprises mais irrégulièrement avec mercure et iodure de potassium.

Examen. — Deux vastes syphilides ulcéreuses serpigineuses de la base de la grande lèvre droite envahissant le périnée. Syphilide pigmenlaire du cou. Adénopathie inguinale très volumineuse sans fluctuation.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

14 octobre. Les syphilides ulcéreuses se réparent. La tendance phagédénique disparaît. Douleurs assez vives du dos, gênant le décubitus dorsal. Aucun accident local; pas de salivation. 10 injections.

OBS. CLXVI. —Eugénie G..., 20 ans, plumassière. Entrée le 20 septembre 1881, salle Saint-Alexis, lit n* 32. Antécédents scrofuleux (gourme, adénites). Début de la syphilis il y a un mois.

Examen. — Syphilides érosives multiples de la vulve. Polyadénite inguinale aphlegmasique. TJrélhro-vulvo-vaginite blennorrhagique. Syphilide érylhémateuse du tronc.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes. Capsules au baume de Kurgum; tisane de matico.

3 octobre. État stationnaire; aucun accident.

10. Syphilides vulvaires disparaissent.

14. Syphilides cutanées pâlissent. Aucun accident. 19 injections.

OBS. CLXVII. — Marie M..., 21 ans, couturière. Entrée le 4 octobre, salle Saint-Alexis, lit n° 33. Quelques antécédents strumeux. Chlorose. Début de la syphilis il y a quatre mois.

Examen. — Nombreuses syphilides papulo-érosives recouvertes d'un enduit diphthéroïde des grandes lèvres qui sont tuméfiées. Nombreuses végétations. Syphilides papulo-érosives végétantes, en nappe, au pourtour de l'anus; syphilides papulo-squameuses de la face interne des cuisses. Polyadénite inguinale indolente. Syphilides pigmentaires du cou. Roséole, alopécie, «éphalée.


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Traitement. — Injections à 10: milligrammes.

14 octobre. Syphilides vulvaires s'affaissent notablement. Roséole persiste. Aucun accident. Pas de salivation. Total : 10 injections.

OBS. CLXVIII. — Léonie R..„ 19 ans, couturière. Entrée le 4 octobre 1881, salle SaintAlexis, lit n° 37. Pas d'antécédents diathésiques ou héréditaires. Début de la syphilis il y a quinze jours.

Examen. — Nombreuses syphilides papuleuses, papulo-érosives, papulo-hypertrophiques de la vulve, des plis génito-cruraux, de la face interne des cuisses. Syphilides papulo-érosives entre les plis radiés de l'anus. Adénopathie inguinale multiple, aphlegmasique. Syphilide érythémateuse du tronc ; syphilides papulo-squameuses du cou.

Traitement. --•■ Injections à 10 milligrammes.

14 octobre. Les syphilides yulvaires s'affaissent. La roséole pâlit. Pas de salivation; pas d'accidents locaux; pas de gingivite. Total : 10 injections.

OBS. CLXIX. — Marie P..., 22 ans, fille de salle. Entrée le 27 septembre 1881, salle SaintAlexis, lit n° 38. Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires. Début de la syphilis il y a trois semaines.

Examen. — Syphilides papulo-hypertrophiques érosives des grandes et des petites lèvres, du pourtour de l'anus. Polyadénite inguinale double non douloureuse. Roséole légère. Hypertrophie des deux amygdales avec érosions légères. Céphalée, alopécie, insomnie.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

10 octobre. Les syphilides vulvaires se sont considérablement affaissées; l'hypertrophie des amygdales persiste, mais les érosions amygdaliennes ont disparu.

14 octobre. Aucun accident. Pas de salivation. Total : 17 injections.

OBS. CLXX. — Hermine D..., 22 ans, domestique. Entrée le 26 juillet, salle Saint-Alexis, lit n° 42. Pas d'antécédents diathésiques ni héréditaires. Début de la syphilis il y a cinq semaines.

Examen. — Alopécie, céphalée, courbature, insomnie, algidité périphérique. Syphilides papulo-hypertrophiques des grandes lèvres; syphilides papuleuses considérables des plis génito-cruraux. Nombreuses syphilides papuleuses du vagin. Roséole. Syphilides papuleuses du tronc. Adénite multiple de l'aine et de la nuque. Syphilides érosives des deux amygdales. A la jambe droite, au-dessous de la malléole interne, syphilides pustuleuses et ulcéreuses de petit volume. Syphilide papuleuse cuivrée de la plante du pied; syphilides érosives entre les orteils.

Traitement. — Injections à 10 milligrammes.

1" août. Les syphilides s'affaissent à la vulve.

22. Syphilides vulvaires et interdigitales guéries; quelques syphilides papuleuses du col utérin. Affaissement des syphilides buccales et cutanées.

29. Exeat. Guérie. Aucun accident.

Rentrée le 4 octobre. Syphilides papulo-hypertrophiques des plis génito-cruraux. Petites syphilides érosives interdigitales du pied droit.

Iujections à 10 milligrammes.


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i/t octobre. Les syphilides vulvaires sont affaissées; les syphilides digitales sont guéries. Total : 27 -f 10 =37 injections. Aucun accident local ou général

OBS. GLXXL — Marie M..., 15 ans 1/2. Entrée le 18 juillet, salle Saint-Alexis, lit n° 46. Syphilis remontant à dix-huit mois traitée très irrégulièrement.

D'abord traitée pour blennorrhagie et métrite, elle est rentrée le 3 septembre 1881 pour accidents syphilitiques.

Examen. — Glossite syphilitique tertiaire; sillons extrêmement saillants; hypertrophie de nombreuses papilles linguales; langue très augmentée de volume.

Traitement. — Injections quotidiennes de 10 milligrammes; 1 gramme d'iodure de potassium par jour.

lu octobre. Langue moins volumineuse; sillons moins profonds; mouvements de la langue plus aisés, moins douloureux. Aucun accident; pas de salivation. Total : 19 injections.

OBS. CLXXII. — M. X..., 28 ans. En février 1879, chancre induré trois à quatre semaines après le dernier coït. Trois mois après, syphilides érythémateuses et papuleuses généralisées. Le traitement mercuriel est alors institué. AU bout de cinq à six jours, il faut l'interrompre par suite d'une salivation abondante. On emploie alors les bains de sublimé, l'iodure de potassium, etc., etc.

Au mois de décembre 1879, syphilides ulcéreuses sur le cuir cbevelu, la face (aile du nez, front et paupière supérieure), sur le tronc et les membres supérieurs et inférieurs. On revient au traitement mercuriel sous toutes les formes; mais toujours on est obligé de le suspendre au bout de cinq à six jours par suite d'une stomatite des plus douloureuses. En 1880, le malade est envoyé à Uriage où il suit un traitement de trois mois par les eaux sulfureuses, puis de là à Cannes où il passe l'hiver 1880-1881. Les syphilides ulcéreuses se reproduisent pendant tout ce temps. Au mois d'avril 1881, elles affectent les pieds et obligent le malade à garder le lit jusqu'au milieu d'août. Ces lésions sont tellement douloureuses qu'on est obligé de prescrire au malade des injections hypodermiques de chlorhydrate de morphine. Tels sont les renseignements qui m'ont été transmis par M. le docteur Martin-Fortris, qui a soigné le malade de concert avec mon collègue M. Blachez.

Le 26 juillet dernier, M. Martin-Fortris, sur le conseil de M. Blachez, soumit le malade au traitement par les injections hypodermiques de la solution de peptone mercurique. Ces injections, à la dose de 2 milligrammes de sel mercurique, furent pratiquées tous les trois jours; une dizaine ont été faites. Les ulcérations devinrent moins douloureuses.

Le 27 août, je vois le malade pour la première fois, et je constate sur le cuir chevelu, sur les pieds, sur le tronc, sur le menton, sur les membres supérieurs des syphilides ulcéreuses. En même temps le malade souffre énormément; il a de l'insomnie, de la fièvre, des sueurs nocturnes ; il est très affaibli, sans appétit; il est en proie à une cachexie syphilitique très avancée.

Le 30 août, je commence les injections hypodermiques à la dose de 2 milligrammes 1/2 de sublimé. Le k septembre, je les porte à 3 milligrammes 1/2, et, le 15 septembre, à 5 millig. Ces injections sont pratiquées tous les jours ; il ne survient aucun accident local ; le malade n'a pas de salivation. Le 20 novembre, à la demande du malade, je les interromps un jour et


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je lui fais prendre une cuillerée à café de la solution de peplone mercurique représentant 5 milligrammes de sublimé. Le lendemain, le malade accuse une légère salivation. Il interrompt immédiatement et je reviens aux injections, que je continue et que je me propose de continuer jusqu'à la fin d'octobre.

Aujourd'hui, 14 octobre, nous sommes donc à la quarante-cinquième injection, puisqu'il y a eu un jour d'interruption, et, depuis le 15 septembre, à la dose de 5 milligrammes de sublimé. Pas un seul jour de salivation pendant ces 1x6 jours de traitement.

A partir du 22 septembre, vingt-quatrième jour du traitement, le sommeil était revenu ; la fièvre, la transpiration avaient disparu; les forces étaient plus grandes; l'appétit était énorme; les syphilides ulcéreuses se réparaient; elles étaient cicatrisées le 3 octobre, trente-cinquième jour du traitement.

Aujourd'hui, lu octobre, le malade a repris toutes ses forces; la cachexie syphilitique a disparu.

En même temps que le malade était soumis au traitement mercuriel, il prenait, pendant les vingt premiers jours, un verre d'eau de Challes le soir, remplacée plus tard par de l'eau du Mont-Dore pendant le repas. Enfin il prend tous les jours deux tasses d'une infusion de café Nègre, du vin de quinquina et de l'iodure de potassium à la dose de 2 grammes.

Pas d'accidents locaux. Ù5 injections.

De cette nouvelle série d'expériences, objet du deuxième mémoire que je soumets à l'appréciation de mes collègues de la Société médicale des hôpitaux, je conclus :

1» Le bichlorure de mercure associé à la peptone sèche, suivant la formule de la préparation donnée par M. Delpech, pharmacien, administré dans le traitement de la syphilis, par la voie hypodermique, ne donne Heu à aucun accident local, tel que phlegmon, abcès, escharre, toutes les fois que l'injection est faite dans le tissu cellulaire sous-cutané. Les nodosités observées chez quelques malades ont toujours été le résultat d'une injection faite trop précipitamment et dans la région profonde du derme. Du reste, ces nodosités, tout en étant douloureuses, disparaissent assez promptement, sans qu'elles soient suivies d'un accident quelconque.

2° Ces injections n'occasionnent, le plus ordinairement, aucune douleur, alors même que le sel mercurique est administré à une dose assez élevée, telle que dix milligrammes, par exemple. Lorsque la douleur survient, elle résulte de l'état du malade dont le nervosisme est extrême; de son indocilité qui ne permet pas de faire exactement l'injection dans le tissu cellulaire sous-cutané; de l'inhabileté de l'opérateur ou de la trop grande précipitation qu'il met à pratiquer l'injection ; de la canule enfin, si la pointe est légèrement ébréchée. Lorsque le médecin pratique un grand nombre d'injections mercurielles, il doit s'assurer constamment de l'état de la canule, car la pointe s'émousse très facilement. Dans ce cas, la canule, en pénétrant dans les tissus, les dilacère, il survient une légère ecchymose et même une nodosité. La douleur, en outre, est due dans quelques cas à la densité du tissu cellulaire sous-culané, alors que les mailles en sont fines et serrées. Dans cette conMÉM.

conMÉM.


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dilion la compression des éléments nerveux a lieu et la douleur se développe. Cette douleur, du reste, n'est jamais assez intense pour primer l'action énergique des injections hypodermiques dans le traitement de la syphilis.

3° Les injections de peptone mercurique ne s'accompagnent pas de salivation, de stomatite mercurielle, alors même que le sublimé est porté à la dose de 10 milligr. pourvu qu'il n'existe aucune inflammation de la bouche ou des gencives, qu'il n'existe aucune irritation produite par le tabac, par l'alcool, etc., etc. Les trois ou quatre malades, sur les 172 observations que j'ai recueillies, qui ont présenté la salivation pendant le traitement, étaient toutes atteintes d'une lésion buccale ou des gencives de nature non spécifique. — Du reste, pour montrer que la salivation n'accompagne jamais le nouveau mode d'administration du mercure que je viens d'expérimenter et par suite mettre en évidence sa grande supériorité sur les autres modes d'administration, il me suffît de rappeler l'observation 172 qui a trait au malade dont M. Blachez a entretenu la Société médicale des hôpitaux. Notre collègue, lors de la discussion de mon premier mémoire, citait le cas d'un jeune homme syphilitique, absolument réfractaire aux diverses préparations hydrargyriques quel que fût le mode de leur administration. Dès qu'il avait été soumis pendant trois à six jours au traitement mercuriel, la salivation, la stomatite mercurielle survenaient et empêchaient tout traitement. M. Blachez a bien voulu me l'adresser. Le 30 août, j'ai commencé les injections hypodermiques d'abord à la dose de 2 milligr. et demi, puis de 3, de 4 et de 5 milligr., dose qui est administrée tous les jours depuis le 15 septembre. Aujourd'hui, j'en suis à la 45<= injection et en aucun moment la salivation n'est survenue. Je me trompe, la salivation s'est montrée un jour à la suite de l'administration par la voie stomacale de 5 milligrammes de sublimé, le malade ayant désiré prendre quelques jours de repos. Dès le lendemain, je reprenais les injections et la salivation ne se montrait pas. — Il suffit de signaler ce cas, je le répète, pour montrer la grande supériorité de ce mode d'administration du sublimé, associé à la peptone sèche.

4° Ces injections ne donnent lieu à aucun trouble gastro-intestinal. Aussi ce mode d'administration du mercure permet au médecin de faire suivre au malade le traitement qui convient à l'état constitutionnel ou diathésique préexistant au développement de la syphilis. C'est ainsi que plusieurs de mes malades atteints d'arthritis, d'herpétis, de scrofule, de tuberculose pulmonaire, ont suivi un traitement destiné à modifier le terrain sur lequel était venue s'implanter une maladie constitutionnelle nouvelle et qui imprimait à celle-ci une évolution anormale.

5° Ce nouveau mode d'administration du sublimé en injections hypodermiques a sur les accidents syphilitiques une action plus prompte, plus énergique que les autres modes d'administration, alors même que le sel mercurique est donné à dose égale. A cela rien d'étonnant, puisque nous savons que l'absorption des médicaments


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par la voie hypodermique est plus prompte et plus rapide que par les autres voies. Pour se convaincre de l'énergie de cette médication, il suffit de lire les observations contenues dans ce mémoire, aussi bien celles où il est question de syphilis normale que celles de syphilis anormale. On verra notamment que les syphilides papuleuses, papulo-hypertrophiques, papulo-érosives de la vulve, de l'anus, du vagin, de l'utérus, de la bouche, de la langue et des amygdales; que les syphilides cutanées érythémateuses, papuleuses, papulo-squameuses, maculeuses disparaissent plus rapidement que par les autres modes de traitement. On verra surtout que la guérison des syphilides lenticulaires, ulcéreuses, tuberculo-ulcéreuses, est obtenue très facilement en un temps plus court que par les autres méthodes de traitement, notamment les frictions mercurielles. C'est la caractéristique de cette nouvelle méthode du traitement des accidents syphilitiques sur laquelle je ne saurais trop insister et qui est appelée à rendre les plus grands services aux malades et aux médecins. L'observation 172 en est la preuve la plus évidente. Ce jeune homme, atteint de la syphilis depuis le mois de février 1879, présente les accidents les plus graves delà syphilis anormale. Lorsque mon collègue, M. Blachez me l'a confié en août dernier, il était atteint depuis le mois d'avril d'une syphilideulcéreuse de la tête ayant détruit le cuir chevelu dans un espace de quatre centimètres carrés; le fond de l'ulcération était formé par le périoste crânien. En même temps, il existait sur la face plantaire du pied droit, sur le tronc, sur le menton, sur les membres supérieurs des syphilides ulcéreuses ayant détruit tout le derme. Ces syphilides étaientexcessivement douloureuses, s'accompagnaient de fièvre, d'insomnie, de sueurs nocturnes, d'anorexie, d'affaiblissement extrême. Dès que le malade fut soumis aux injections hypodermiques, à une dose relativement faible (2 milligr. et demi, puis 3, 4 et 5 milligr.), non-seulement la salivation ne survint pas, mais encore les accidents se guérirent rapidement, puisque, dès la 24e piqûre, le 22 septembre, l'insomnie, la fièvre, la transpiration avaient disparu, les syphilides ulcéreuses du cuir chevelu, de la face, des membres étaient cicatrisées, celles du pied se rétrécissaient et, le 3 octobre, ces dernières étaient guéries. En moins d'un mois donc les injections hypodermiques de peptone mercurique suffirent pour guérir ce malade d'accidents qui, depuis deux ans, se montraient sans cesse et avaient produit déjà une cachexie syphilitique. A côté de ce cas remarquable à tant de titres, je signalerai aussi, afin de mettre hors de toute contestation l'énergie de cette médication, les observations de syphilis anormale développée chez des femmes enceintes (notamment observ. 41), où nous voyons non-seulement les syphilides ulcéreuses se cicatriser rapidement, mais encore la grossesse se terminer heureusement et les enfants ne présenter aucun accident syphilitique, trois et quatre mois après leur naissance, alors que les enfants des femmes traitées par la voie stomacale étaient atteints de syphilides buccales et cutanées quelques semaines après leur naissance.


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6° L'absorption du bichlorure d'hydrargyre injecté dans le tissu cellulaire souscutané, alors qu'il est associé à la peptone, est incontestable. Les faits cliniques contenus dans ce mémoire, ainsi que dans celui du 21 juin, ne laissent à cet égard aucun doute. En outre, la constatation du mercure dans les urines des malades soumises à ce traitement, par mon interne en pharmacie, M. Ormezzano, suivant le procédé qu'il a indiqué, vient lever tous les doutes.

Telles sont, Messieurs, les conclusions exactes et rigoureuses qui découlent des expériences que j'ai faites dans mon service de Lourcine et dans ma clientèle, relativement au traitement de la syphilis par les injections hypodermiques d'une solution de peptone mercurique ammonique. Elles affirment d'une manière éclatante la supériorité de ce mode de traitement sur tous les autres. La réhabilitation des injections sous-cutanées du sel mercurique est complète. Aussi je ne crains pas de dire que la peptone mercurique ammonique en injections hypodermiques constitue un progrès des plus heureux et des plus probants dans la thérapeutique de la syphilis, d'autant plus qu'à une action plus prompte, plus énergique, plus efficace de la médication mercurielle vient s'ajouter pour le médecin une sécurité plus grande pour le dosage du sel mercurique et pour l'absorption du médicament.

DEUXIÈME PAUTIE.

Traitement de la stjphilis par la solution de peptone mercurique gltjcérinée administrée par la voie stomacale.

A cet effet, M. Delpech, dont je ne saurais trop louer le zèle avec lequel il s'est mis à l'élude de cette préparation mercurielle, qu'il a cherché constamment à améliorer, et dont je ne saurais trop remercier la gracieuseté avec laquelle il s'est mis à ma disposition pour me mettre à même de faire toutes ces expériences, m'a remis la note suivante relative à la composition de cette nouvelle solution de peptone mercurique ammonique glycérinée.

Note de M. Delpech.

« Pour l'usage interne, nous préparons la solution suivante, qui remplace très avantageusement la liqueur de van Swieten, et qui est comme elle dosée au millième de sublimé.

Solution de peptone mercurique ammonique glycérinée pour Cusage interne.

Peptone mercurique ammonique 1 gramme (1).

Glycérine pure 50 grammes.

Eau distillée 200 —

A prendre par cuillerée à café qui représente 5 milligrammes de sublimé. » (l) Un gramme de peplone mercurique représente 0,25 centigrammes de sublimé.


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Voici les observations des malades traitées par la solution de peptone mercurique ammonique glyeérinée à la dose de une cuillerée à café par jour, représentant 5 milligrammes de sublimé :

OBS. I. — Augusline Ch..., 27 ans, chapelière. Entrée le 13 septembre 1881, salle SaintAlexis, lit n° 9. Bonne santé habituelle. Pas d'antécédents strumeux ; pas d'arthritisme ni d'herpétisme. Syphilis remontant au mois de mai 1881. Soignée dans le service de M. le docteur Gouguenheim, salle Saint-Clément, pendant six semaines ; la malade prenait une cuillerée à bouche de liqueur de van Swieten. Elle est sortie guérie. Six mois après, apparition de syphilides sur les deux amygdales, ainsi que quelques-unes érosives à la vulve. Traitée de nouveau par la liqueur; elle est sortie guérie six semaines après.

État actuel : Dans le pli gingivo-buccal gauche, syphilide ulcéreuse embrassant le bord libre de la langue. Syphilides érosives de la face interne de la joue gauche. Tuméfaction considérable de la région massetérine. Rien à la peau ; rien à la vulve. Vagin sain. Tous les matins, une cuillerée à café de la solution interne de peptone mercurique, représentant 0,05 de sublimé. Gargarisme au chlorate de potasse.

17 septembre. La syphilide ulcéreuse se déterge et se répare ; celles de la joue sont guéries.

26 septembre. Exeat. Complètement guérie. La malade n'a jamais ressenti aucune douleur stomacale. Pas de saveur métallique; pas de salivation. La solution, loin d'être prise avec dégoût, est reçue avec plaisir par la malade. En tout, 13 cuillerées à café de peptone mercurique.

OBS. IL — Rose D..., 19 ans, couturière. Entrée le 20 septembre 1880, salle Saint-Alexis, lit n° 8. Quelques antécédents strumeux, gourme, adénites. Bonne sanlé. Syphilis il y a un an. (Liq. de van Swieten, caut. N. A.)

État actuel : Yitiligo du cou; ganglions cervicaux postérieurs et épitrochléens engorgés. Hypertrophie amygdalienne. Syphilides érosives des deux commissures labiales du volume d'une pièce de 0,50 centimes. 1 cuillerée de la solution de peptone mercururique. Gargarisme au chlorate de potasse.

26. Même état.

8 octobre. Les syphilides ont disparu. Les adénites syphilitiques ont considérablement diminué de volume. —Total : 19 cuillerées à café. Pas de salivation; pas de douleurs stomacales; pas de dégoûl; pas de saveur métallique.

OBS, III. — Alexandrine B..., 25 ans, couturière. Entrée le 22 septembre, salle SaintLouis, lit n° 33. Pas d'antécédents strumeux. Syphilis dont le début remonte à huit ans. Traitée par les pilules de Dupuytren et ensuite par l'iodure de potassium. Le traitement n'a jamais été régulier.

État local : La vulve est saine. A la pointe de la langue, deux petites syphilides érosives de petit volume. Métrite intense. Adéno-pelvi-péritonite adhésive du cul-de-sac postérieur. La malade est mise à une cuillerée à café de la solution de peptone mercurique.

Le 1" octobre, c'est-à-dire huit jours de traitement mercuriel, les syphilides linguales avaient disparu. La malade sort guérie. Jamais d'accidents. Total : 8 cuillerées.


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OBS. IV. — Marie D..M âgée de 16 ans, sans profession. Entrée le 16 août 1881, salle Saint-Louis, lit n" 24. La malade, traitée par les injections et sortie guérie, a pris pendant trois semaines la solution interne à la dose de une, puis deux cuillerées à café.

État local : La langue est déchiquetée depuis quinze jours sur son bord droit. Syphilides buccales érosives, dont quelques-unes ulcéreuses. La langue est très tuméfiée. Polyadénite sous-maxillaire. Quelques syphilides papulo-squaraeuses du tronc. Solution de peplone mercurique à 5 miliig. tous les matins. Gargarisme au chlorate de potasse.

27 août. Les syphilides linguales et buccales se réparent.

9 septembre. Les syphilides buccales sont presque complètement guéries. Rien à la peau.

26. Eoeeat. Guérie. Aucune trace des syphilides. Total : 40 cuillerées à café. Jamais de salivation, ni de douleurs stomacales.

OBS. V. — Louise G..., 34 ans, domestique. Entrée le 16 août, salle Saint-Louis, lit n" 14. Bonne santé habituelle. Pas d'antécédents slrumeux. Chancre infectant de l'urèthre et de la petite lèvre droite. Syphilides papulo-érosives du vagin et du col utérin; ûèvre syphilitique; syphilides papulo-hypertrophiques de la vulve.

17 août. La malade est mise au traitement par la peptone mercurique à la dose d'une cuillerée à café par jour.

2 septembre. Le chancre est presque réparé. Les syphilides ont disparu.

9. Le chancre est réparé. Vulve saine.

20. Excat. Guérie. 33 cuillerées à café. Jamais d'accident stomacal ou intestinal; pas de salivation ; pas de dégoût ; pas de saveur métallique.

OBS. VI. — Clémence M..., salle Saint-Louis, lit n° 4. Syphilis remontant à huit mois. Traitée par la liqueur de van Swieten. Syphilides papulo-hypertrophiques à la base de la grande lèvre droite.

13 septembre. Due cuillerée de la solution de peplone mercurique.

23. Dix jours après, les syphilides ont disparu. Exeat. Pas de salivation, pas de nausées, pas de saveur métallique. 10 cuillerées.

OBS. VIL — Louise L..., 21 ans, couturière. Entrée le 17 juillet 1881, salle Saint-Alexis, lit n° 38. Nombreux antécédents strumeux. Syphilis remontant à deux ans, traitée à différentes reprises dans le service par la liqueur de van Swieten. La malade rentre pour une métrile avec adénolyraphite double. On met la malade à la solution interne de peptone mercurique, une cuillerée à café tous les matins dans une lasse de lait.

La malade sort le 27. Amélioration notable de la métrite. Pas de salivation ni de stomatite. La malade n'accuse pas de douleurs stomacales. La solution est prise avec plaisir.

OBS. VIII et IX. — Pulehétïe D..., 20 ans, salle Saint-Alexis, lit n° 34. — Albertine A..., 20 ans, salle Saint-Alexis, lit n" 45.

Entrées le 2 août, pour syphilkles papulo-hypertrophiques de la vulve. Syphilide érythémateuse du tronc. Après quatre jours de traitement ces malades ont été à la salle SaintClément. Etal stationnaire : 8 cuillerées.


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OBS. X. — Julie H..., 24 ans, salle Saint-Alexis, lit n* 37. Même état que les malad«s des obs. VIII et IX. Elle est rentrée à la salle Saint-Clément le 29 septembre, après deux jours de traitement : 2 cuillerées.

En ce moment, 11 malades sont traitées dans les salles pour syphilides vulvaires et cutanées par la solution interne depçptone mercurique.

Aucune de ces malades n'a présenté d'accidents soit du côté des gencives, soit du côté de l'estomac.

21 malades ont donc été soumises, tant à l'hôpital que dans ma clientèle, à la solution de peptone mercurique glycérinée, prise par la voie stomacale par cuillerée à café représentant 5 milligrammes de bichlorure d'hydrargyre. La dose a varié de une à deux cuillerées à café par jour. Le véhicule employé a été tantôt l'eau, tantôt le lait, liquides avec lesquels la solution se mélange très bien.

Des renseignements recueillis auprès de mes malades et des religieuses des salles Saint-Louis et Saint-Alexis, il résulte que les malades préfèrent cette solution à celle de van Swieten, préparée suivant la formule du Codex, ou celle de MM. Mialhe et Mauriac. Elles trouvent la saveur plus agréable, même sucrée, vu la glycérine qui entre dans sa composition ; elles n'éprouvent pas le dégoût qui survient alors que la liqueur de van Swieten est continuée pendant plusieurs jours, plusieurs semaines; elles n'éprouvent pas les nausées, les vomissements qui accompagnent son administration; elles n'ont pas enfin cette saveur métallique qui persiste pendant plusieurs heures après l'ingestion.

En outre, je n'ai observé sur aucun de mes malades les accidents gastro-intestinaux : chaleur, pincements, douleurs, éructations, diarrhée, qu'il est si fréquent d'observer lorsque le sublimé est administré soit en solution (liqueur de van Swieten), soit en pilules, pendant plusieurs jours. — De toutes ces remarques, il résulte que la peptone mercurique glycérinée, administrée par la voie stomacale, soit sous forme pilulaire, soit en solution, est préférable à toutes les autres préparations hydrargyriques, d'autant plus que le dosage du sel mercurique est parfait, que le médecin connaît exactement la quantité de sublimé que le malade prend et que, ne donnant lieu à aucun accident du côté des voies digestives, celte préparation peut être continuée pendant le temps nécessaire qu'exige le traitement de la syphilis. A tous ces avantages, j'ajoute qu'à la dose journalière de 10 milligrammes, je n'ai pas encore constaté d'accidents hydrargyriques, tels que salivation, stomatite mercurielle. L'absorption est pourtant des plus manifestes ainsi que le prouve la note suivante de mon interne en pharmacie, M. Ormezzano.

Note de M. Ormezzano. « En opérant sur dix litres d'urine de malades traitées par la solution de peptone


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mercurique prise à l'intérieur, j'ai trouvé des traces de mercure. J'ai suivi le même mode opératoire précédemment décrit pour la recherche du mercure dans les urines des malades soumises aux injections hypodermiques de peptone mercurique. Dans les deux cas, une partie du mercure se trouve donc éliminée par les urines. »

En terminant, je dirai, ce qui n'étonnera personne, que l'action de la peptone mercurique glycérinée, par la voie stomacale, n'est pas plus grande que les autres préparations hydrargyriques et qu'elle ne peut surtout être comparée à l'efficacité prompte et énergique des injections hypodermiques.


NOTE

SUR

LA DÉGÉNÉRESCENCE AMYLOÏDE DU REIN

SANS ALBUMINURIE

Communication faite à la Société médicale des hôpitaux

Dans la séance du 10 juin 1881

Par I. STRAUS

Agrégé à la Faculté de médecine, médecin de l'b6piial Tenon.

I

Il n'est peut-être pas, dans la pathologie rénale, de maladie dont la symptomatologie soit aussi variable que la dégénérescence amyloïde des reins. Presque tous les symptômes qui la caractérisent, très accusés dans uu cas, peuvent à peine exister ou même faire entièrement défaut daus tel autre. Cela ne laisse pas que de jeter sur les descriptions didactiques de la maladie, telles qu'on les trouve dans la plupart des auteurs, quelque chose de vague et, en apparence, de contradictoire, qui contraste avec la fermeté et la netteté, poussées parfois jusqu'à l'exagération schématique, des distinctions qu'on a introduites dans le groupement des autresformes de la maladie de Bright.

Ainsi, tantôt on constate l'absence presque totale d'oedème, ou un oedème circonscrit et peu accusé, tantôt, quoique plus rarement, une anasarque généralisée et intense. Dans tels cas, il existe de la polyurie avec une urine claire, de faible poids spécifique, pauvre en urée et en sels, sans sédiments, sans cylindres ni débris épithéliaux. Dans d'autres cas, le caractère de l'urine est inverse : elle est rare, dense, foncée, riche en sédiments et en cylindres hyalins et granulo-graisseux. Hâtons-nous de le dire, cependant, ces contradictions ou plutôt ces divergences symptomatiques ont reçu, pour la plupart, à la suite des récentes recherches, leur


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interprétation anatomo-palhologique. L'absence ou la présence de la diarrhée (si fréquente, vu la dégénérescence amyloïde des artérioles de la muqueuse digestive) influe directement sur la quantité et, partant, sur le degré de concentration des urines émises dans les vingt-quatre heures. Une autre cause de la complexité du tableau clinique tient à la rareté de ia dégénérescence amyloïde pure, et à la coexistence fréquente de lésions inflammatoires chroniques portant soit sur l'épithélium rénal, soit sur le tissu conjonctif interstitiel, soit presque toujours sur les deux à la fois. De là, au point de vue séméiologique aussi bien qu'analomique, des formes hybrides, mais dont cependant la détermination, dans la plupart des cas, est assez facile.

Au milieu de cette diversité et de cette inconstance de symptômes, il en est un, cependant, qui est signalé, par la plupart des auteurs, comme constant dans la dégénérescence amyloïde des reins : c'est l'albuminurie. Variable dans son intensité seulement, ce symptôme ne ferait jamais défaut; tout au plus l'albumine pourraitelle disparaître de l'urine pendant un ou plusieurs jours, au bout desquels elle ne tarderait pas à réapparaître.

Un auteur considérable, Bartels, dans son traité devenu classique, s'est surtout fait l'interprète de cette façon de voir. Je le cite textuellement :

« Dans toute urine provenant de rein amyloïde que j'ai examinée, j'ai toujours trouvé de l'albumine; la proportion en est très variable, depuis un simple trouble causé par l'ébullition, jusqu'à 3 p. 100 d'albumine et au delà. La constatation de la présence d'albumine dans l'urine me paraît une condition indispensable pour le diagnostic de dégénérescence amyloïde du rein. Sans doute on peut se demander si, dès le début du dépôt de matière amyloïde dans les parois des vaisseaux du rein, l'albumine apparaît forcément dans l'urine; mais, ce que je puis assurer, c'est que je n'ai jamais manqué de trouver de l'albumine dans l'urine des sujets à l'autopsie desquels j'ai constaté une dégénérescence amyloïde appréciable du rein. Étant donnée la grande attention avec laquelle, depuis de nombreuses années, l'examen des urines est pratiqué dans mon service et le soin qui est apporté aux autopsies, je n'aurais pas manqué de m'assurer de la possibilité de l'absence d'albuminurie dans la dégénérescence amyloïde des reins. Et, d'autre part, dans les cas mortels, l'albuminurie persiste jusqu'à la fin; on la trouve encore dans les faibles quantités d'urine émises par les malades arrivés à la cachexie la plus extrême pendant les derniers jours de leur existence. » (1)

Le professeur Jaccoud range également l'albuminurie au nombre des symptômes constants de la dégénérescence amyloïde du rein; il insiste cependant sur les

(1) Bartels. Krankh. des Harnapparates, in Ziemssen's tlandb. der spec. Path. u. Tlier. Bel. IX, erste. Hâlfte, 2' édit., 1877, p. A63.


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variations de quantité de l'albumine et regarde ces variations mêmes comme étant caractéristiques (1).

La proposition formulée d'une façon si absolue par Bartels va directement à rencontre de l'opinion émise par M. Lécorché. « Lorsque la dégénérescence amyloïde, dit cet auteur, existe à l'état de pureté, elle ne se traduit que par les troubles urinaires que nous venons de signaler (polyurie, abaissement du chiffre de l'urée, de l'acide urique, de l'acide phosphorique et de la plupart des sels), l'albuminurie n'existe pas. Mais, au bout d'un certain temps, elle se complique d'affections locales (néphrite parenchymatense et interstitielle). C'est alors qu'on voit survenir certains autres symptômes sur lesquels nous allons appeler l'attention ; c'est alors qu'on constate la présence de l'albumine dans l'urine. L'albuminurie, d'abord peu prononcée, souvent passagère, devient plus tard permanente ; elle est en rapport avec l'inflammation intra-canaliculaire qui existe presque toujours à une époque avancée de la dégénérescence. » (2)

Ainsi, voici deux opinions diamétralement opposées : pour les uns, la dégénérescence amyloïde des reins entraîne toujours et nécessairement l'albuminurie (d'où la formule : « pas de rein amyloïde sans albuminurie ») ; pour d'autres, la lésion concomitante du rein, épithéliale ou interstitielle, serait le facteur constant et nécessaire pour engendrer l'albuminurie. La suite de ce travail montrera qu'il y a là exagération des deux parts.

De fait, les diversités de répartition et même de nature des lésions anatomiques que l'on rencontre dans le rein amyloïde peuvent, à priori déjà, faire pressentir l'inconstance et la variabilité des caractères que présente l'urine. « Le plus souvent, dit Cohnheim, ce sont les glomérules qui sont dégénérés, puis les vasa recta, et en dernière ligne, par ordre de fréquence, les capillaires intertubulaires. Tantôt tous les glomérules sont profondément dégénérés; tantôt plusieurs sont dégénérés totalement, à côté d'autres qui ne présentent la dégénérescence que sur quelques anses seulement; enfin, à côté de glomérules dégénérés, il peut s'en rencontrer de parfaitement intacts. Dans certains cas, les vasa recla seuls sont dégénérés; d'autres fois, les vasa recta et les glomérules, ou les vasa recta et les capillaires intertubulaires, les glomérules étant respectés. La membrane propre des canalicules est rarement envahie, et seulement dans les cas de dégénérescence très avancée. Plus frappantes encore sont les différences que présente le parenchyme rénal proprement dit dans la dégénérescence amyloïde. Ainsi, il n'est pas très rare de rencontrer des reins où, à part la dégénérescence amyloïde des vaisseaux, on ne rencontre pas la moindre altération des épithéliums ni du tissu interstitiel. Un

(1) Jaccoud. Traité de patkol. interne, 1" édit., 1871, t. II, p. 492.

(2) Lécorché. Traité des maladies des reins, Paris, 1875, p. 669.


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deuxième groupe de rein amyloïde est celui où l'épithélium des canaux urinifères est plus ou moins infiltré de graisse, ainsi que les interstices conjonctifs. Mais la variété de rein amyloïde de beaucoup la plus fréquente est celle où le parenchyme rénal est en pleine inflammation chronique, d'où l'aspect soit d'un gros rein blanc, soit, quoique plus rarement, d'un rein contracté, amyloïde » (1).

Dans le paragraphe, si remarquable du reste, de leur Manuel d'histologie pathologique, consacré à la dégénérescence amyloïde des reins, MM. Cornil et Ranvier enseignent que celle-ci est toujours accompagnée de néphrite parenchymateuse : « Dans les nombreux faits de dégénérescence amyloïde que nous avons examinés, disent-ils, nous avons toujours vu les mêmes altérations granulo-graisseuses des cellules épithéliales des tubuli que dans les néphrites parenchymateuses; il y avait toujours aussi des cylindres hyalins, généralement durs et cireux, et de l'albuminurie en assez grande abondance. Il y a toujours, en d'autres termes, une alliance de la néphrite albumineuse parenchymateuse avec les lésions spéciales des vaisseaux et des parois propres des tubuli qui caractérisent l'altération amyloïde » (2).

Il y a là une exagération manifeste, et qui tient sans doute à ce fait que MM. Cornil et Ranvier ont surtout, dans leur description, fait allusion à des cas de dégénérescence très avancée. Weigert, déjà, a signalé ce que cette proposition avait d'exagéré : « Je suis obligé, dit-il, contrairement à l'opinion des deux savants français, de faire remarquer que cela ne peut tenir qu'au hasard qu'ils n'aient jamais trouvé de dégénérescence amyloïde des reins sans néphrite parenchymateuse concomitante. Quant à moi, j'ai pu m'assurer, dans plusieurs cas, de l'existence de la dégénérescence amyloïde sans néphrite » (3). Les faits de Litten, dont il sera question plus bas, et le mien propre rentrent dans cette catégorie de dégénérescence amyloïde pure des reins.

On conçoit qu'en présence de lésions rénales aussi complexes, les modifications présentées par l'urine soient très variables à leur tour. Même pour les cas de dégénérescence amyloïde pure (qui sont les plus rares à coup sûr), l'absence ou la présence de la diarrhée, le plus ou moins d'envahissement de la rate, du foie, des ganglions, la cachexie plus ou moins avancée, l'état du coeur, la fièvre hectique peuvent influencer d'une manière profonde sur la composition des urines, leur quantité, leur richesse en urée, leur poids spécifique, etc.

Le rein amyloïde, tel que le conçoivent les auteurs didactiques dans leurs des(1)

des(1) Vorlesungenûber allgoneine Pathologie. Berlin, 1880, t. II, p. 358.

(2) Cornil et Ranvier. Manuel d'histologie pathol.,1" édit., p. 1044.

(3) C. Weigert. Die Bright'sche Nierenerkrankung vont pathologisch ~ anaiom. Stand punkte. (Collect. de Volkraann, n" 162-163, p. 45, note 6.)


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criptions, est, anatomiquement parlant, le rein amyloïde pur, c'esl-à-dire sans complication bien accusée de néphrite. Si l'on suppose un rein de cette catégorie, si l'on admet en outre que la cachexie ne soit pas trop avancée, qu'il n'y ait pas de diarrhée profuse, ni d'affaiblissement cardiaque, ni de fièvre hectique, dans un cas pareil les caractères de l'urine seront fréquemment ceux que les auteurs, Traube et Grainger Slewart notamment, attribuent au rein amyloïde : urine pâle, claire, de quantité nychthémérique un peu au-dessus de la moyenne ; la richesse en urée et en sels un peu diminuée, d'où un poids spécifique un peu faible (1008 à 1015); albuminurie abondante (2 à 3 p. 100); sédiment nul ou insignifiant; point ou presque pas de cylindres. L'existence de l'albuminurie et son abondance, contrastant avec l'absence de cylindres dans les urines, est généralement donnée comme un des bons signes diagnostiques du rein amyloïde, quand une semblable urine s'observe dans le cours de la tuberculose, de la syphilis, d'une suppuration osseuse prolongée, etc. Établir que cette albuminurie, qui est la règle en effet, peut faire défaut, tel est le but de ce travail.

II

La littérature médicale est pauvre en documents précis et en observations suivies et bien conduites relativement au point de pathologie rénale qui nous occupe. Virchow et Grainger Stewart ont signalé la disparition temporaire de l'albumine dans les urines, au début et dans le cours de la dégénérescence amyloïde des reins. Cette disparition et la prompte réapparition de l'albumine, dit Rosenstein (1), ne doivent pas être rangées parmi les raretés, ce qui rapproche le rein amyloïde de la néphrite interstitielle.

En 1860, deux élèves d'Oppolzer, Pleischl et Klob, publièrent une observation recueillie à la clinique de ce professeur, et prouvant que l'albumine peut complètement faire défaut dans le rein amyloïde. Il s'agit d'une servante âgée de 29 ans, atteinte de syphilis viscérale, avec dégénérescence amyloïde du foie, de la rate, des reins constatée à l'autopsie. L'urine n'avait jamais été albumineuse (2).

Grainger-Stewart relate aussi un fait de dégénérescence amyloïde des reins, où l'albumine faisait défaut au début ; plus tard, l'urine en contenait de faibles proportions, et cela d'une façon non constante (3). Mais ces faits passèrent entièrement inaperçus.

(1) Traité pratique des maladies du rein, trad. française, p. 333.

(2) Wiener med. Woc/ienschr., 1860. (Cité dans le traité de Rosenstein.)

(3) Grainger-Stewart. A practical Treatisc on Bright's discases oftlie kidneys,Eiiab., 1871, p. 132 et 152.


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En 1878, M. Litten publia un travail important basé sur quatre observations, avec autopsie, recueillies dans le service de Frerichs et établissant l'existence du rein amyloïde sans albuminurie (1). Avant de passer à l'exposition du fait qui m'est personnel, je crois utile de résumer les faits de Litten, avec lesquels le mien présente les plus frappantes analogies.

OBS. I (Litten) résumée. — Jeune homme de 17 ans, phthisique, entré le 13 mai, mort le 9 août. Cavernes pulmonaires, fièvre hectique, sueurs nocturnes, diarrhée; augmentation de volume et de consistance de la rate et du foie. Pas d'albumine dans les urines, pas de cylindres, quantité quotidienne d'urine environ 1,000 grammes, poids spécifique 1,011 —1,015. Pendant la durée de son séjour, la diarrhée alla croissant, oedème progressif; en même temps diminution de la quantité d'urine qui devient foncée, trouble et tombe à 500 — 600 grammes, poids spécifique 1,020. Les urines, examinées tous les jours, ne renferment jamais d'albumine. Vu la constatation d'une dégénérescence amyloïde du foie et de la rate, on procédait à cette recherche avec tout le soin possible. L'ébullition, à la suite de l'addition d'une solution concentrée de sel de Glauber et d'acide acétique, ne déterminait pas le moindre trouble. Pas de cylindres dans les sédiments.

A l'autopsie, outre les lésions de la tuberculose, on constata la dégénérescence amyloïde de la rate, du foie, de l'intestin et des reins.

Le rein gauche (le droit fut laissé intact afin d'être injecté) est parsemé à sa surface et sur la coupe de rares tubercules miliaires et de quelques noyaux tuberculeux blanc jaunâtre, un peu plus volumineux. La substance corticale, de largeur normale, est pâle, blanc grisâtre. Par l'addition de l'iode, on voit apparaître des points et des stries nombreuses, d'un brun intense.

A l'examen microscopique « un grand nombre de glomérules sont dégénérés ; le glomérule est pris tout entier et transformé en une masse homogène intense. Les glomérules épargnés le sont complètement ; on ne trouve pas de glomérules dont quelques anses seulement sont altérées, les autres demeurant saines. Ils sont ou totalement dégénérés, ou totalement sains.

Il existe en même temps une dégénérescence amyloïde des artères interlobulaires, des vasa afferentia et des arterioloe rectm de la substance médullaire, en même temps que des capillaires interstitiels. Le parenchyme rénal est en somme intact, sauf une infiltration graisseuse assez prononcée de l'épithélium des tubes contournés. »

OBS. II (Litten) résumée. — Femme de 23 ans, tuberculeuse (cavernes). Rate volumineuse, dure au palper, diarrhée profuse; l'urine est examinée avec soin pendant les 13 jours qui suivirent l'admission et précédèrent la mort. Quantité quotidienne 1,000—1,100 grammes; poids spécifique, 1,010 ; pâle, jaunâtre, claire, non sédimenteuse. Malgré l'examen le plus attentif, pas d'albumine ni de cylindres.

A l'autopsie, phlhisie ulcéreuse du poumon et de l'intestin, rate sagou, foie gras avec dégé(1)

dégé(1) (M.). Zur Lehre von der amyloïden Entarlung der Nieren. (BerUner klinische Wochens., 1878, n" 22 et 23.)


nérescence amyloïde des vaisseaux, dégénérescence amyloïde de la muqueuse intestinale et des reins. Coeur flasque et graisseux.

Le rein gauche (le droit est laissé intact et injecté) est un peu augmenté de volume, lisse, anémique. Sur la coupe, la substance est très pâle, sans autre modification. La réaction iodique a l'oeil nu, donne une coloration bien marquée dans la substance médullaire, sur les vaisseaux droits; dans la substance corticale, on ne reconnaît à l'oeil nu que de rares points brunâtres (glomérules).

L'examen microscopique confirme l'examen à l'oeil nu. Les artères droites sont les plus fortement dégénérées; dans la substance limite (zone intermédiaire), on voit entre les faisceaux des canalicules droits, des faisceaux parallèles d'artérioles droites colorées de la façon la plus évidente par la teinture d'iode en rouge brun. Dans la substance corticale, dégénérescence modérée des glomérules, ne portant que sur quelques anses vasculaires et non sur la totalité d'entre elles. La plupart des glomérules sont parfaitement intacts. Par place, dégénérescence des capillaires de la substance corticale, des vasa afferentia et des artères inlerlobulaires, mais moins prononcée que dans la substance médullaire. Pas d'altération notable du parenchyme rénal, si ce n'est une dégénérescence graisseuse assez accusée de l'épilhélium des canaux droits de la substance médullaire.

OBS. III (Litten) résumée. — Femme de 62 ans, se plaignant surtout de troubles digestifs. Augmentation de volume du foie et de la rate, qui sont durs et indolores à la palpation. Légère ascite. Pas d'anasarque. Urines, quelque temps avant la mort, de 900 à 1,000 grammes par jour, poids spécifique, 1,011 à 1,013, claires, jaunes, non sédimenteuses. Malgré un examen quotidien minutieux, on ne constata jamais la présence d'albumine ni de cylindres. Mort quinze jours après son entrée à la clinique.

A l'autopsie, foie syphilitique type, augmenté de volume, traversé de profondes dépressions cicatricielles ; dans le parenchyme, quelques gommes disséminées. A l'examen microscopique, dégénérescence amyloïde d'un grand nombre de rameaux de l'artère hépatique et de la veine porte. Rate sagou.

Les reins, de volume normal, durs, anémiques ; à la réaction iodique, coloration des vaisseaux de la région médullaire; pas décoloration appréciable des vaisseaux corticaux des glomérules. A l'examen microscopique, on constate que ce sont les artères droites qui sont dégénérées de la façon la plus accusée. Les glomérules sont, les uns totalement intacts, les autres dégénérés, mais en partie seulement, de sorte qu'ils paraissent simplement tachetés par l'iode ou par le violet de méthylaniline. Les vaisseaux afférents des glomérules ne sont également dégénérés que par place. Les capillaires interstitiels de la substance corticale sont intacts. Pas d'autre lésion, si ce n'est une stéatose légère de l'épilhélium des canalicules droits.

OBS. IV (Communiquée à Litten par Weigert). — Phthisique qui ne présenta pendant les derniers temps de sa vie (la durée n'est pas spécifiée) pas de trace d'albumine dans les urines. A l'autopsie, reins anémiques et ne paraissant pas altérés macroscopiquement; on n'aurait pas recherché la dégénérescence amyloïde, si elle n'avait été apparente sur les autres


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viscères. A l'examen microscopique, dégénérescence amyloïde modérée des glomérules et des arlérioles de la substance corticale. Pas d'autre lésion microscopique du rein.

OBS. V ( pesornnelle). — Pleurésie purulente. Tuberculose pulmonaire. Dégénérescence amyloïde de la raie, du foie, de l'intestin, des reins. Pas d'albuminurie.

Coulange (J.), âgée de 39 ans, ménagère, entre à l'hôpital Tenon, salle Sainte-Geneviève, lit n° 13, le 8 décembre 1879, dans le service de M. Grancher.

Bronchites fréquentes, maux d'yeux et engorgements ganglionnaires dans l'enfance. Deux soeurs et un frère morts jeunes de tuberculose. Il y a k ans, frissons, points de côté et séjour de deux semaines à l'hôpital Temporaire. Jamais d'hémoptysies ; k enfants morts en bas âge.

En novembre 1879, toux sèche, fièvre, amaigrissement, soif, perte des forces. Au commencement de décembre, elle éprouve des points de côté légers à droite, accompagnés de recrudescence de la fièvre et d'oppression ; elle se décide à se faire admettre à l'hôpital.

A son entrée, M. Grancher constate l'existence d'un épanchement pleurélique assez abondant du côlé droit. Le 15 décembre, il pratique la ponction, donnant issue à un litre de liquide clair. Deux semaines après, nouvelle ponction suivie d'évacuation de la même quantité de liquide.

29 janvier 1880, l'épanchement s'étant reformé et l'oppression reparaissant, on retire, par une nouvelle ponction, un litre d'un liquide un peu louche. La douleur a été très vive pendant l'opération.

18 février. Les sueurs sont revenues, les forces et l'appétit déclinent, le point de côté reparaît à la base droite. Palpitations et étouffemenls à la moindre fatigue ; pas de diarrhée.

Matité occupant les deux tiers inférieurs du poumon droit, en avant et en arrière. Abolition des vibrations thoraciques, silence à la base, voix jelonnée; au sommet droit, respiration soufflante et craquements humides. A gauche, respiration supplémentaire, avec quelques râles.

Pendant le reste de l'année 1880, en présence de la nature manifestement tuberculeuse de l'affection, on ne fit pas de nouvelle ponction. La malade fut traitée par les toniques, et son élat resta stationnaire. Elle toussait beaucoup, avait des sueurs nocturnes et de la fièvre le soir ; mais ces symptômes étaient peu accusés. L'appétit restait relativement bon, malgré des vomissements assez fréquents. Son urine, examinée à diverses reprises, n'a jamais contenu d'albumine.

En novembre 1880, on constate pour la première fois l'existence d'un pneumothorax à droite. Ce pneumothorax s'est établi sourdement, car la malade ne s'est plainte ni de douleur ni de dyspnée particulière pendant les semaines ou les jours précédents, et l'on procédait assez souvent à l'examen physique de la poitrine.

A partir de cette époque, l'état de la malade alla chaque jour en s'aggravant. La touxquinleuse amenait une expectoration abondante, purulente, surtout le matin. Cependant, il n'y eut jamais de véritable vomique. Vomissements alimentaires tous les soirs; disparition de l'appélit.

Le 1" janvier 1881, je pris le service. Comme je m'occupais de recherches sur l'albuminurie des phlhisiques, l'urine de cette malade fut examinée méthodiquement, presque tous les jours. La quantité variait enlre 600 à 950 grammes (la malade présentait presque cons-


1Û5

laniment une diarrhée assez forte). Couleur plutôt foncée que pâle, densité 1012 à 1014. Jamais on n'a constaté le moindre précipité d'albumine.

Pas d'cedème.

Le 2 mai (3 jours avant sa mort), la malade fut réveillée dans la nuit par une douleur atroce dans le pied droit; cette douleur, qui occupait la partie inférieure de la jambe et tout le pied, était surtout excessive dans la région plantaire. Le lendemain, le pied était refroidi et la peau marbrée de plaques rouges violacées. Il était impossible de percevoir les battements de Tarière pédieuse ni ceux de la tibiale postérieure, que l'on sentait bien du côté opposé (thrombose artérielle). La douleur, atroce, ne put être calmée que par des injections de morphine.

Mort le 5 mai.

Autopsie pratiquée 36 heures après la mort. On constate, par le procédé ordinaire, la présence du pneumothorax. Dans la plèvre droite épanchement purulent de deux litres à deux litres et demi. Le poumon droit est aplati contre la colonne vertébrale et fixé par des adhérences très solides. Il est parsemé, dans les deux tiers supérieurs, de cavernes et de nombreux tubercules caséeux. Le poumon gauche est adhérent aux parois thoraciques dans presgue toute son étendue; le lobe inférieur est congestionné, mais sain; le sommet présente une infiltration tuberculeuse, sans cavernes.

Le coeur est flasque, mou, avec un dépôt assez abondant de graisse le long des bords et des sillons artériels. Pas d'hypertrophie ni de lésion valvulaire. A la coupe, le myocarde présente une coloration jaune-brun foncé.

Le foie présente un volume normal et les bords sont assez tranchants. Sur la coupe., les lobules se dessinent nettement. Le tissu présente une coloration jaune graisseuse, anémique et une sécheresse assez prononcée.

Le foie traité, séance tenante, par la teinture d'iode iodurée, on produit, par places, des taches brun-rougeâtres, caractéristiques de la dégénérescence amyloïde.

Canal cholédoque libre. Bile verdâtre, fluide dans la vésicule.

La rate est volumineuse, très dure, enveloppée d'une coque épaisse, blanche, brillante, de persplexité. A la coupe, rate sagou type, donnant par le réactif ioduré une magnifique coloration rouge-brune des corpuscules de Malpighi dégénérés.

Pas d'ulcération tuberculeuse ni d'altération apparente de la muqueuse intestinale (intestin grêle); mais en promenant à la surface le réactif iodique on détermine une coloration brune générale de la muqueuse, avec stries transversales plus nettes, correspondant aux vaisseaux.

Les reins sont de volume normal, la capsule se détache facilement. La teinte de la surface est rouge pâle; les étoiles de Verheyen nettement marquées.

Sur la coupe pratiquée selon le grand diamètre, i'écorce présente une coloration gris rosée, avec de petites traînées d'un rouge plus foncé. L'épaisseur de la substance corticale est normale.

Les pyramides présentent également un aspect normal et une coloration rouge plus foncée que la substance corticale.

En faisant agir la teinture d'iode iodurée, on ne constate, à Coeil nu, aucune coloration spéciale de la substance corticale, tandis que la base des pyramides est striée par des faisceaux rectilignes qui se colorent nettement en brun par le réactif.

Caillot blanc (thrombose artérielle) dans l'artère tibiale postérieure droite.

HEM, 10


l/l6

En résumé, on voit qu'il s'agit, dans ce cas, d'une pleurésie purulente d'une durée de plus d'un an, compliquée de tuberculose pulmonaire : double condition (suppuration chronique et tuberculose) éminemment apte à engendrer la dégénérescence amyloïde. El, en effet, à l'oeil nu, et par la simple réaction iodique, il fut aisé de constater la dégénérescence amyloïde de la rate, du foie, et même d'une région bien délimitée (région intermédiaire) du rein. La particularité remarquable de notre observation, et qui la rapproche tout à fait des observations de Litten, c'est précisément l'absence d'albuminurie constatée d'une façon décisive pendant la vie et, d'autre part, l'existence de dégénérescence amyloïde, nonseulement de la rate et du foie, mais encore du rein.

L'examen microscopique des organes, et surtout l'étude de la répartition de l'altération amyloïde faite à l'aide du réactif de M. Cornil (violet de méthylaniline), a fourni des résultais instructifs et propres à nous éclairer sur la coexistence de ces deux phénomènes en apparence paradoxaux, à savoir : l'altération amyloïde du rein et l'absence d'albuminurie. Voici les résultats de cet examen :

Examen histologique. — L'aspect de la rate, à l'oeil nu déjà (rate sagou), et sans l'intervention du réactif iodé ou anilique, suffisait amplement pour reconnaître la dégénérescence amyloïde type de cet organe. Sur des coupes, colorées par le violet de Paris, les corpuscules de Malpighi, dans leur totalité, se détachent en blocs rouge rosé sur le fond violet du reste du viscère.

Les coupes du foie, traitées par le violet, permettent de reconnaître l'altération amyloïde, beaucoup moins avancée (comme cela est la règle) que sur la rate, mais bien nette. L'altération porte, d'une façon disséminée et discrète, sur un certain nombre de rameaux intra-lobulaires et péri-lobulaires de l'artère hépatique et de la veine porte, et en outre sur des groupes de cellules hépatiques irrégulièrement disséminées dans le lobule, et surtout à sa périphérie. Par places, la veine centrale du lobule est prise et sa paroi colorée en rouge. Les cellules hépatiques épargnées par l'altération amyloïde, sauf un minime degré de stéatose, sont intactes. . Les villosités intestinales et les vaisseaux de la muqueuse se colorent aussi en rouge rubis intense par le réactif anilique.

Des coupes fines du coeur, traitées de la même façon, montrent par places une coloration rouge rubis de quelques vaisseaux. Les artérioles cardiaques sont donc envahies à leur tour.

Mais c'est surtout l'examen des reins qui a donné des résultats intéressants :

Dans la substance corticale, presque tous les glomérules sont atteints de dégénérescence, et ils ne le sont pas dans leur totalité : on ne voit colorées en rouge que quelques anses vasculaires des glomérules, la plupart des autres anses demeurant intactes, d'où un aspect tacheté de rouge des glomérules. Quelques artérioles


147

interlobulaires, et surtout un certain nombre d'artères afférentes des glomérules, sont également teintées en rouge. Les capillaires intertubulaires, la membrane propre des canalicules, les capsules des glomérules, les cellules épithéliales des tubuli contorli ne présentent aucune trace d'infiltration amyloïde.

Dans la substance médullaire et dans la zone intermédiaire (Grenzschicbt), l'altération amyloïde des vaisseaux est incomparablement, plus prononcée que dans l'écorce. Elle porte exclusivement sur les vaisseaux qui partent des arcades artérielles de la zone intermédiaire et chenrnent, d'une façon rectiligne, en faisceaux serrés, interposés entre les faisceaux des canaux collecteurs. Cette disposition devient surtout très manifeste sur des coupes perpendiculaires à l'axe des pyramides où les vaisseaux, coupés en travers et colorés en rouge, alternent de la façon la plus élégante avec les tubes droits colorés en bleu.

La distribution de la dégénérescence amyloïde dans le rein, dans le fait qui m'est personnel, est, on le voit, à peu près identique à celle que Litten a constatée dans ses observations II, III et IV : absence de toute lésion accusée, tant parenchymateuse qu'interstitielle, du tissu rénal; altération amyloïde minime des vaisseaux glomérulaires ; altération beaucoup plus intense des vasa recta.

III

Les altérations anatomiques que nous avons constatées dans notre cas, et celles qui sont consignées dans les observations de Litten, sont-elles de nature à fournir une explication satisfaisante de l'absence d'albuminurie, si frappante dans ces cas? Tel est maintenant le point qu'il nous faut élucider.

La première explication qui se présente, c'est l'intégrité presque absolue du tissu rénal, l'absence de néphrite tant parenchymateuse qu'interstitielle. Alors nous retomberions dans l'hypothèse de Grainger Stewart et de M. Lécorché, à savoir : que l'albuminurie, dans le rein amyloïde, est toujours liée à une lésion concomitante, épithéliale ou conjonctive, du parenchyme rénal.

Cette manière de voir n'est décidément pas soulenable ; elle est réfutée par les faits bien observés de Traube, de Cohnheim, entre autres, qui ont noté l'albuminurie dans des cas de rein amyloïde sans néphrite concomitante. D'autre part, il est aujourd'hui de notion vulgaire que des lésions épithéliales et interstitielles très profondes du rein peuvent exister sans s'accompagner d'albuminurie; témoin la stéatose rénale énorme de l'intoxication phosphorée aiguë ou de l'anémie pernicieuse.

Du reste, l'opinion classique (1) d'après laquelle l'albumine passe dans les urines,

(1) Voyez, à ce sujet, Jaccoud, art. Albuminurie du Dictionn. de médecine et de chirurgie pratiques ; Gubler, art. Albuminurie du Dictionn. encyclop.


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principalement au niveau du glomérule, a trouvé dans les récentes recherches hislologiques portant sur ce point spécial une confirmation presque absolue. M. Cornil, dans son intéressant mémoire sur la néphrite expérimentale cantharidienne (1), Ribert (2), Posner (3) et plus récemment le professeur J. Renaut (4), sont tous arrivés, par des méthodes différentes et dans des cas de néphrite d'ordre le plus divers, à saisir pour ainsi dire le passage de l'albumine au niveau du glomérule; grâce aux différents procédés de durcissement auxquels ces histologistes ont eu recours (acide osmique, coction dans l'eau bouillante, durcissement par l'alcool absolu) le passage de l'albumine (dans les néphrites avec albuminurie) s'accuse très nettement dans l'espace qui sépare le bouquet glomérulaire de la capsule, sous la forme d'un croissant ou d'une lunule d'albumine coagulée. Rappelons aussi les recherches expérimentales si curieuses de M. Nussbaum (5) sur la grenouille, animal chez lequel l'artère rénale seule fournit au bouquet glomérulaire, tandis que les capillaires intercanaliculaires proviennent d'une sorte de veine-porte rénale : recherches qui tendent aussi à démontrer que c'est dans le glomérule que s'effectue le passage de l'albumine dans l'urine.

Ce point de physiologie pathologique une fois établi, l'albuminurie dans les faits de Lilten aussi bien que dans le mien s'explique aisément : il lient à l'intégrité relative des vaisseaux glomérulaires, infiniment moins atteints, dans ces cas, par la dégénérescence amyloïde que les vasa recta de la substance médullaire. L'altération des vaisseaux glomérulaires n'est pas, dans ces cas, assez profonde pour entraîner à sa suite la fillration de l'albumine.

Un cas cependant semble faire exception à l'explication que nous 'proposons, c'est l'observation 1 de M. Litten dans laquelle il est noté « qu'un grand nombre de glomérules sont dégénérés ; la dégénérescence porte sur la totalité du bouquet glomérulaire qui est transformé en une masse homogène vitreuse. Mais il n'existe pas de glomérules partiellement atteints ; ceux qui ne sont pas envahis par la dégénérescence amyloïde paraissent tout à fait sains. »

Dans toutes les autopsies qu'il relate, M. Lilten avait eu soin de réserver intact un des reins du sujet et de le soumettre à une injection pénétrante de gélatine

(1) Journal de Canat. et de la physioL, 1879.

(2) Nephritis und Albuminurie — Pathologisch-analomischc Untcrsucliung. Bonn, 1881.

(3) Studien ûber palhologische Exsudalbildungen (Virchow's Ardu, 1880, t. LXXIX, p. 111) et Centralblatt f. mcd. Wisscmch., 1879, n* 29).

(Il) Observation pour servir à l'histoire de la néphrite et de l'éclampsie typhoïdes (Archives de physioL, 1881, p. 115). « La production du liquide albumineux par le bouquet glomérulaire, dit lïenaut, son accumulation dans la capsule de Bowman, sont des faits positivement constatés; sur mes préparations, ils prennent même la caractère d'une démonstration grossière. »

(5) Ueber die Sécrétion der Niere. (Pfliiger's. Arch., I. XVI, 1878, p. 139.)


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colorée par le bleu de Prusse, afin de s'assurer du plus ou moins de degré de perméabilité des vaisseaux dégénérés. Or, sur les coupes microscopiques du rein ainsi injecté de l'observation I, il constata l'imperméabilité absolue (se traduisant par l'absence de coloration par le bleu de Prusse) des glomérules amyloïdes, alors au contraire que les glomérules sains se montraient parfaitement injeetés. S'il est permis, dit M. Lillen, de conclure des résultats de l'injection à ce qui se passe dans la circulation rénale à l'état vivant, il est plausible que, dans ce cas, les glomérules dégénérés ne recevaient plus de sang, à cause de l'imperméabilité des artères, tandis que la circulation s'effectuait librement dans les glomérules demeurés sains. Les glomérules transformés eu blocs imperméables au courant sanguin avaient done, pour ainsi dire, cessé d'exister en tant que glomérules, et ne pouvaient par conséquent point laisser filtrer de l'albumine dans les urines. L'absence d'albuminurie dans ce cas s'expliquerait donc assez naturellement, quoique d'une façon en apparence paradoxale, par l'intensité même de la lésion des glomérules atteints de dégénérescence, et par l'intégrité complète des glomérules épargnés.

On sait que les nouvelles et intéressantes recherches expérimentales de Runeberg ont pour ainsi dire renversé toutes les idées reçues sur la pathogénie de la filtration de l'albumine dans les urines. Jusque dans ces derniers temps, on s'accordait universellement à considérer Vaugmentation de pression sanguine dans le glomérule (soit par excès de tension artérielle, soit par suite de la stase veineuse) comme un des facteurs essentiels de l'albuminurie.

Runeberg, par des expériences qui ne sont pas toutes, il est vrai, décisives, mais qui n'ont pas encore été sérieusement réfutées, ramène au contraire le fait de l'albuminurie rénale à la diminution de la pression et au ralentissement de la vitesse du sang dans les glomérules (1). Ces vues nouvelles sur le mécanisme de l'albuminurie en général peuvent s'appliquer commodément à l'albuminurie de la dégénérescence amyloïde du rein ; la dégénérescence des vaisseaux glomérulaires, la diminution de tension et le ralentissement de la circulation du sang que cette dégénérescence entraîne à sa suite, sont des conditions qui, si l'on se place au point de vue de la théorie de Runeberg, sont éminemment aptes à engendrer l'albuminurie. Si ce symptôme a manqué dans les cas dont il est question ici, c'est que la lésion glomérulaire était trop peu accusée.

Conclusions ; Les conclusions que nous tirerons de ce travail sont les suivantes : 1° Dans certains cas de dégénérescence amyloïde des reins, l'albuminurie peut faire défaut constamment et jusqu'à la mort.

(1) Runeberg. Arch. der Heilkunde. Bd. XVIII, p. I, et Deutsch. Arch. f. Klin. Med. Bd. XXIIf, p. Ui et 225. On trouvera l'analyse des recherches de Runeberg dans une savante revue critique de Lépine (Revue mensuelle, 1880, n" 3 et li), et dans les leçons récentes de M. le professeur Charcot {Progrès médical, 1881, n" 12 et 19).


150

2° L'absence d'albuminurie tient d'une part à l'absence de lésion profonde (interstitielle ou épiihéliale) du rein et, d'autre part, à une localisation spéciale de la dégénérescence amyloïde ; celle-ci, dans ces cas, porte surtout sur les vasa recta de la substance médullaire, et frappe d'une façon moins intense les vaisseaux glomérulaires.

3o Au point de vue clinique, si chez un phthisique, un syphilitique invétéré, un sujet atteint de suppuration osseuse chronique, etc., on constate de l'augmentation de volume de la rate, du foie, mais sans albuminurie, on n'est pas autorisé pour ce motif à rejeter l'idée d'une dégénérescence amyloïde des viscères ni même à nier absolument la dégénérescence amyloïde des reins.

4° Les auteurs qui font dater le début de la dégénérescence amyloïde dans l'économie du moment où l'on constate la présence de l'albumine dans les urines (1), commettent une double erreur : a. parce que la dégénérescence amyloïde est loin de commencer toujours par envahir le rein; c'est au contraire la rate et le foie qui habituellement sont pris les premiers; b. parce que le rein lui-même peut être frappé de dégénérescence amyloïde, sans qu'il y ait albuminurie. Il faut donc se méfier des calculs d'après lesquels on a cherché à fixer la durée possible de la vie chez les sujets atteints de cachexie amyloïde, en faisant dater celle-ci du moment de l'apparition de l'albuminurie.

(1) C'est ce qu'a fait encore récemment un médecin norwègien très distingué, M. E. Bull, dans un travail intitulé : Considérations sur la digénération amyloïde, spécialement sur sa durée et sur ses relations avec la rttinile de Bright (Nordiskt mediciniskt Arkiv, 1878-1879 ; analysé in Revue mensuelle, 1880, p. 258). M. Bull admet que les reins sont pris dès qu'il y a dégénéralion amyloïde; et, faute de signes qui puissent fournir un meilleur point de dépari, il regarde le début de l'albuminurie comme l'indice du début de la dégénérescence. Il arrive ainsi à fixer à la dégénérescence amyloïde une durée inférieure, dans la règle, à une année. — Cette durée est évidemment trop courte.


NOTE

SUR

LE SIÈGE DES PARASITES DE LA LÈPRE

Communication faite à la Société médicale des hôpitaux

Dans la séance 10 juin 1881

PAR

Le Docteur V. CORNIL

Médecin de l'hôpital de la Pitié Et SUCHARD, interne des hôpitaux.

D'après les observations originales de Hansen, confirmées par plusieurs médecins norwégiens, MM. Heiberg, Bidenkap et Winge(l), et par un médecin allemand M. Neisser, il n'est plus douteux que la lèpre ou éléphantiasis des Grecs ne rentre dans les maladies parasitaires.

Nous avons eu la possibilité de faire des examens de lèpre tuberculeuse sur des pièces qui proviennent les unes de la léproserie de Grenade, et qui ont été mises très obligeamment à notre disposition par le docteur Benito Hernando, l'autre d'un malade de M. le docteur Labbé, médecin de la Maison municipale de santé.

Les tubercules lépreux de la peau sont constitués par une infiltration du corps papillaire et du derme cutané par de grosses cellules globuleuses, sphéroïdes ou un peu aplaties et lenticulaires, très nombreuses, situées entre les fibres du tissu conjonctif. Les papilles ne sont plus distinctes au niveau du centre du tubercule, les glandes et les follicules pileux y sont atrophiés et détruits. Les couches épidermiques sont amincies à ce niveau, de telle sorte que la surface des tubercules non ulcérés est lisse et glabre. Il est facile de s'assurer de ces particularités en examinant au microscope des coupes de tubercules lépreux colorés au picro-carmin. Sur

(1) Cités par Klebs : Ueber ansteckende Krankheiten in Eulenburg's Real-Encyclopâdie.


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ces préparations, on voit en effet (voyez fig. l)une quantité considérable de cellules pourvues de noyaux ovoïdes, et qui ne sont autres que des globules blancs migrateurs et hypertrophiés qui sont interposés aux fibres, qui distendent les papilles et qui en ont effacé la saillie. Les vaisseaux sanguins présentent un épaississement notable de leur paroi, de leur membrane interne surtout, de telle sorte que sur une section transversale ils ressemblent à des globes à couches emboîtées (voyez fig. 4 et 5). C'est cette apparence qui très vraisemblablement a fait dire à Neumann qu'on trouve des globes colloïdes dans le tissu lépreux.

Sur les préparations obtenues après l'action de liquides durcissants, l'alcool par exemple, et colorées au carmin, il est impossible de voir les parasites de la lèpre. Avec un fort grossissement toutefois (500 à 1,000 diamètres), on aperçoit dans le protoplasma des grosses cellules, de petits corps ovoïdes ou allongés dont la forme est mal définie, qui sont réfringents et colorés en rose. Mais on ne pourrait, par ce procédé, affirmer qu'il s'agit des bâtonnets qui sont si caractérisés lorsqu'on emploie les méthodes suivantes :

1° A l'état frais, sur un fragment de tubercule dermique qu'on enlève sur le vivant et qu'on dilacère dans l'eau avec les aiguilles, on voit dans le liquide qui sépare les éléments, des grains sphériques et des bâtonnets agités de mouvements spontanés. Ces bâtonnets se plient et se retournent de façon à se présenter en long ou de face et ils offrent des mouvements de torsion.

2° Pour obtenir des coupes sur lesquelles les bâtonnets soient bien visibles, nous avons pris de petits fragments de la peau enlevés sur le vivant et placés immédiatement dans l'alcool à 40 d'abord, puis dans l'alcool absolu. Les coupes ont été ensuite colorées par le séjour dans une solution de violet de mélhylaniline 5 B, de la fabrique de M. Poirier, à 1.5 pour 100; puis elles ont été lavées successivement dans le carbonate de soude de 1 à 4 pour 100, dans l'alcool absolu, traitées ensuite par l'essence de girofle et conservées enfin dans le baume de Canada.

On n'obtient pas ces préparations sans tâtonnements, car il faut apprendre à apprécier le degré de décoloration nécessaire que détermine le lavage par l'alcool absolu et il est essentiel de ne pas le dépasser. Cet agent enlève une partie de la matière colorante qui imprègne les cellules, et il faut arrêter son action avant que les bâtonnets eux-mêmes ne soient décolorés.

Sur les préparations bien réussies, les cellules précédemment indiquées présentent toutes, dans leur protoplasma, des bâtonnets très nombreux qui sont tous colorés en bleu d'une façon très intense, tandis que le proloplasma est à peine teinté de bleu et que les fibres du tissu conjonctif sont incolores (voyez les figures 2 et 3, B, C, et D). Pour bien voir ces bâtonnets, il est nécessaire de se servir d'objectifs à immersion. Lorsque, avec ces objectifs, on emploie la lumière intense


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d'un concentrateur, la lumière diffuse qui noie les cellules fait admirablement ressortir les bâtonnets colorés en bleu (voyez Cg. 3, B, C, D).

On a ainsi une vue d'ensemble très démonstrative et dans laquelle toutes les cellules rondes ou aplaties du tubercule lépreux paraissent remplies de très nom - breux bâtonnets irrégulièrement disposés en faisceaux. Ces bâtonnets sont rigides, ce qui semble uniquement dû à l'action de l'alcool; tantôt ils sont bien distincts les uns des autres, tantôt ils sont accolés en un faisceau allongé aux extrémités duquel on voit les pointes de chacun d'eux (voyez F, flg. 3). En même temps que les bâtonnets, il existe de petits grains allongés. Il existe très peu de bâtonnets en dehors des cellules.

Une particularité remarquable que nous avons observée sur toutes nos préparations, c'est que les diverses couches de l'épiderme ne contiennent aucun microbe. Le revêtement épidermique forme donc un vernis imperméable aux parasites spéciaux de la lèpre. Nous reviendrons bientôt sur ce point.

— Nous avons examiné par cette dernière méthode des fragments volumineux de tubercules lépreux ulcérés et non ulcérés provenant de la collection anatomopathologique de Grenade. Ces pièces nous ont donné en général les mêmes résultats, et il était facile d'y voir les bactéries; mais, comme elles provenaient d'autopsies faites vingt-quatre heures au moins après la mort, les phénomènes de décomposition cadavérique rendaient les préparations moins nettes que sur les fragments pris pendant la vie.

— Nous avons trouvé aussi des bactéries dans des organes provenant de ces autopsies, notamment dans un foie qui offrait toutes les lésions de la cirrhose hypertrophique avec l'épaississement fibreux considérable et la multiplication des canaux biliaires interlobulaires qui caractérisent cette maladie. Les baccilli parasites avaient pour siège de prédilection, dans ce foie, les cellules de nouvelle formation situées dans le tissu conjonctif interlobulaire.

— Les nerfs (nerf médian, etc.) que nous avons examinés présentaient une sclérose avec épaississement fibreux et atrophie des éléments nerveux.

En résumant ce qui précède concernant les tubercules cutanés de la lèpre, nous voyons que ces tubercules formés par un tissu dermique solide, dense, feutré, sont constitués par des cellules remplies de bactéries et interposées aux fibres de tissu conjonctif; que les couches épidermiques sont indemnes des parasites, mais amincies. Cette couche épidermique s'oppose, tant qu'elle est conservée, à la diffusion extérieure du parasite et lui oppose une barrière. Elle rend la contagion très difficile. Le siège des parasites est profond. C'est le contraire qui a lieu dans la plupart des affections parasitaires éminemment contagieuses de la peau, telles que les fièvres éruptives, la variole, par exemple, et l'érysipèle.


i5U

EXPLICATION DE LA PLANCHE ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA LÈPRE

Fig. 1. — Coupe de la peau au niveau d'un tubercule cutané de la lèpre. Grossissement de 100 diamètres.

a, couche cornée del'épiderme; b, couche granuleuse; c, corps muqueux; d, cellules cylindriques du corps muqueux. Ces diverses couches sont moins épaisses qu'à l'état normal. Audessous d'elles, la surface du chorion muqueux, f, ne présente pas de papilles, parce que la coupe passe au niveau de la partie la plus saillante du tubercule; tout le chorion muqueux de f en e est infiltré de grosses cellules.

v, vaisseau sanguin.

Fig. 2. — Cette figure représente une portion du chorion muqueux après la teinture au violet de métylaniline 5 B. (Grossissement de 300 diamètres ; oc. 2 obj. 7 de Verick.)

v, lumière d'un vaisseau sanguin ; a, cellule plate de la membrane interne contenant des bâtonnets; b, cellule de la paroi du vaisseau contenant aussi des bâtonnets; e, f, d, cellules de nouvelle formation qui infiltrent tout le chorion muqueux, et qui contiennent un nombre plus ou moins considérable de bâtonnets.

Fig. 3. — Dessin des cellules qui infiltrent le derme et qui sont remplies de bactéries examinées à un fort grossissement sur des coupes. (Grossissement de 7 à 800 diamètres, obj. 7 à immersion de Nachet.)

B. Cellules arrondies, sphériques ou ovoïdes, remplies de bâtonnets droits ou un peu arqués; G, les bâtonnets vus isolés; D, les mêmes grandes cellules; F, bâtonnets disposés en faisceaux et non isolés.

Fig. li. — Un vaisseau de chorion muqueux vu en long sur une coupe. (Grossissement de 200 diamètres.)

a, cellules du derme ; o, lumière du vaisseau contenant des globules sanguins ; m, paroi du vaisseau.

Fig. 5. — Un vaisseau coupé en travers; m, les cellules qui infiltrent le derme; p, paroi épaissie dn vaisseau.

Fig. 6. — Coupe du foie à un grossissement de 250 diamètres.

a, a, cellules hépatiques ne contenant pas de bactéries; c, c, des cellules hépatiques contenant des bactéries; 6; b, cellules lymphatiques migratrices contenant des bactéries.

En A, nous avons représenté à un fort grossissement une cellule lymphatique migratrice du foie contenant des grains et des bâtonnets.


Cornil el Karmanski dcl.

Karmanski lith.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA LEPRE '.

ImpRemercier JcC^r. de Seine57 Paris -



SECONDE NOTE

SDR

LE SIÈGE DES BACTÉRIES DE LA LÈPRE

ET SDR

LES LÉSIONS DES ORGANES DANS CETTE MALADIE

Communication faite à la Société médicale des hôpitaux de Paris

Dans la séance du 28 octobre 1881

Par V. CORNIL

Médecin de l'hôpital de la Pitié.

Dans une précédente communication faite le 11 juin dernier à la Société médicale des hôpitaux (1), j'avais montré les bactéries parasitaires des tubercules lépreux sur plusieurs pièces et en particulier sur un tubercule recueilli sur le vivant à la léproserie de Grenade.

M. le docteur Benito Hemando, qui publie en ce moment un travail étendu sur cette maladie, a bien voulu m'envoyer des pièces provenant d'une autopsie faite au mois de septembre dernier. C'est le résultat de leur examen que j'ai l'honneur de communiquer aujourd'hui à la Société.

Les bactéries de la lèpre ont été découvertes par M. Hansen, et vues depuis par plusieurs médecins, entre lesquels il convient de citer M. Neisser, qui a publié un mémoire sur cette maladie dans le numéro des Archives de Virchow du 8 juin 1881.

MM. Hillairet et Gaucher ont cultivé la bactérie prise dans le sang, et M. Neisser a également donné la description des bactéries de culture qu'il a obtenues par divers procédés.

(1) Note sur le siège de la lèpre, par MM. V. Gornil et Suchard, Communication faite à la Société médicale des hôpitaux, dans la séance du 10 juin 1881.


156

Les observations anatomiques de Hansen, de Neisser et les préparations que j'en ' ai faites moi-même, ont parfaitement établi la structure des tubercules lépreux de la peau et des muqueuses et l'abondance considérable des bactéries qui remplissent toutes les cellules de ces néo-formations.

Mais il restait encore bien des points à étudier : la forme des parasites, leurs divers étals, leur siège, leurs rapports avec les éléments des tissus et des organes et les lésions organiques qui en sont la conséquence.

Aussi ai-je étudié avec beaucoup d'intérêt les pièces qui m'ont été récemment envoyées, et sur lesquelles on peut voir les bactéries, à des états assez différents, dans les divers organes. Ces derniers eux-mêmes sont très diversement modifiés et altérés.

J'ai examiné un tubercule cutané, un ganglion lymphatique, la cornée, une partie du larynx, un fragment du foie, du testicule et du nerf cubital.

Les bactéries des tubercules cutanés, telles qu'elles ont été décrites par Hansen et telles que je les avais vues dans mes premiers examens, sont très minces et petites. On les voyait à peine distinctement avec un grossissemet de 300 diamètres, et il fallait employer les procédés de teinture et les objectifs à immersion donnant de 5 à 800 diamètres, pour les étudier convenablement. Dans les tubercules cutanés, on les rencontre surtout dans les grosses cellules, décrites par Virchow dans la lèpre, et qui constituent à elles seules presque toute les néoformalions lépreuses. Dans ces cellules, les bactéries sont disposées en faisceaux ou en broussaille et sont extrêmement nombreuses dans chaque cellule.

Telle est bien la constitution du tubercule lépreux de la peau et des muqueuses. ,

Mais dans d'autres organes parenchymateux plus mous que la peau, comme le foie, ou dans des glandes qui présentent à l'état normal des cavités ou des tubes, dans lesquels se trouve un liquide, dans le testicule, par exemple, les bactéries acquièrent une dimension beaucoup plus considérable. Cela résulte très vraisemblablement de ce qu'elles ne sont ni gênées, ni comprimées, et qu'elles peuvent se développer tout à leur aise.

Elles sont libres dans les cavités des tubes testiculaires, de cinq à six fois plus larges que celles de la peau, et elles atteignent jusqu'à 10 et même 15 millièmes de millimètre de longueur. Leur épaisseur est alors de 1/2 à 1 millième de millimètre. On apprécie très nettement leur forme rectiligne ou un peu incurvée, et leur terminaison par une extrémité arrondie à leurs deux bouts. Elles présentent, dans leur intérieur, de petites vacuoles un peu plus réfringentes que le corps de l'élément tantôt moins bien colorés par les violets d'aniline, tantôt au contraire plus colorés. Quelquefois on voit, à chaque extrémité du bâtonnet, une spore ronde


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ou un peu ovoïde très fortement colorée en violet, tandis que le protoplasme du bâtonnet est coloré en violet pâle ou tout à fait transparent.

Dans les tissus fibreux, entre les lamelles et les fibres, soit dans la sclérotique et la cornée, soit entre les lames du névrilemme, soit dans le tissu cellulaire profond du derme et du chorion des muqueuses, les bactéries s'interposent entre ces fibres et lamelles. Elles se disposent alors en longs filaments, en chaînettes dont les articles, placés bout à bout, sont séparés par une cloison non colorée par le violet. Ces longs filaments composés, qu'on peut suivre sur les coupes dans une étendue de 40 à 120 millièmes de millimètre, ou même plus, sont tantôt plus ou moins rectilignes, tantôt infléchis en divers sens, recourbés sur eux-mêmes et ils offrent la même disposition générale que les grands filaments de la bactérie charbonneuse.

Enfin, dans le protoplasma des cellules, dans les détritus accumulés dans les tubes testiculaires, dans les vaisseaux sanguins, on trouve des spores libres, souvent disposées bout à bout ou accumulées en amas qui remplissent et distendent les vaisseaux capillaires.

Toute la série des formes que peut présenter le baccillus de la lèpre se retrouve dans les divers tissus et organes des lépreux, comme on les obtiendrait dans une culture artificielle. J'ajoute qu'on ne peut avoir une idée du grand nombre de bactéries qui infiltrent tous les tissus, qu'après les avoir examinés au microscope. C'est là l'intérêt que présente cette étude comparative des divers organes. Aussi demanderai-je à la Société la permission de lui exposer brièvement l'état de divers organes dans l'autopsie du lépreux dont on m'a envoyé récemment les pièces.

Ces fragments avaient été mis dans l'alcool pur et pbéniqué aussitôt après l'ouverture du cadavre. Je les ai examinés, pour la plupart, sur des coupes colorées au violet de métbyianiline, suivant la méthode que j'ai indiquée dans ma précédente communication sur ce sujet et qui se rapproche beaucoup de celles de Koch et de Weigert (1).

(1) Ce violet de mélhylaniline 5 B de la fabrique de M. Poirier, à Saint-Denis, est celui qui nous a donné les meilleurs résultats pour la coloration des bactéries. Mais il ne faudrait pas croire que le mode de coloration constitue un réactif d'une valeur absolue dans l'élude des bactéries. D'après mon observation, les bactéries se teignent comme tous les autres éléments des tissus, et ils perdent facilement leur coloration sous l'influence des réactifs qui dissolvent facilement la couleur violette. S'ils conservent leur couleur, alors que telle partie qui les avoisine l'a perdue, cela vient surtout de ce qu'ils n'ont pas été atteints aussi facilement que cette dernière par le réactif dissolvant. Ainsi, dans la décoloration des pièces préalablement teintées en violet, sous l'influence de l'aloool pur, lorsque les bactéries sont comprises dans une cellule, la cellule sera tout d'abord en grande partie décolorée, tandis que les bactéries resteront bien colorées, parce que l'alcool dissout d'abord la couleur qui imprègne le protoplasma de la cellule avant de s'attaquer aux organismes qui y sont inclus. Si on arrête l'action de l'alcool à


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Tubercule cutané de l'oreille. — La peau était extrêmement épaissie et infiltrée. Sur les sections prises en différents points et colorés, on voyait, tantôt un tissu composé uniquement de grosses cellules lépreuses remplies de petites bactéries, cellules séparées par des fibres de tissu conjonctif, tantôt un tissu fibreux où les vaisseaux étaient plus nombreux et les cellules lépreuses plus rares. Entre les faisceaux minces du tissu fibreux, il y avait des rangées de bactéries isolées, plus volumineuses que celles qui remplissaient les cellules et disposées entre les fibres de tissu conjonctif.

Les vaisseaux capillaires présentent souvent dans leur intérieur des amas de spores libres et accumulées de telle sorte que la lumière du vaisseau en est absolument remplie. Ces capillaires (voyez fig. 6), observés sur des sections longitudinales ou transversales, paraissent dilatés. Ils contiennent très peu ou point du tout de globules'rouges, là où les spores sont très nombreuses; mais ils offrent souvent des globules blancs qui contiennent eux-mêmes des grains colorés en bleu avee la même intensité que les spores libres. La paroi mince hyaline des vaisseaux capillaires est bien conservée.

La présence de très nombreuses spores, formant en quelque sorte des infarctus par leur agglomération dans certains capillaires est importante et a échappé jusqu'ici aux observateurs. Elle rend compte de la possibilité de la culture du sang extrait au niveau des tubercules cutanés.

Les vaisseaux sanguins plus volumineux, artères et veines présentent, le plus ordinairement, un épaississement notable de leurs parois, une sclérose. Parfois même, on constate une endarlérite, un bourgeonnement de la tunique interne dans la lumière du vaisseau. Dans toute l'épaisseur des tuniques vasculaires, on trouve une quantité considérable de bâtonnets situés entre les lamelles vasculaires. Cette constatation est facile aussi bien sur les coupes transversales que longitudinales des vaisseaux. Lorsque leur section est oblique, on voit souvent de face une partie de la

ce moment, on aura une préparation très démonstrative. Mais si on laisse agir l'alcool, puis l'essence de girofle trop longtemps, les bactéries comprises dans les cellules se décolorent elles-mêmes et ne sont plus visibles.

Inversement, lorsque les bactéries sont libres au milieu d'une cavité, comme par exemple dans les tubes du testicule, ce sont elles qui, les premières, se décolorent lorsqu'on fait agir l'alcool sur une coupe préalablement colorée.

Dans le tissu fibreux, les bactéries situées dans les interstices étroits qui séparent les fibres sont très bien protégées contre les liquides dissolvants de la couleur. Aussi, les préparations du tissu Dbreux infiltré de bactéries sont-elles très belles et se conservent-elles au mieux.

Gomme nous n'avons, dans aucun mode de coloration, de réactif absolu des bacléridies, il convient de se montrer très difficile pour admettre que telle granulation est une spore plus tôt qu'une granulation albumineuse où flbrineuse. Dans tous ces faits de maladies où les microbes jouent un rôle, la culture et l'inoculation aux animaux doivent donc compléter l'observation purement anatomique.


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tunique interne taillée en biseau, et on peut s'assurer qu'il existe aussi des bactéries à la face interne de cette membrane.

Cornée et Sclérotique. — Il existait un nodule lépreux en un point de la circonférence de la cornée, à son union avec la sclérotique. Nous avons fait des préparations comprenant à la fois ce nodule, la sclérotique et la cornée. Le nodule conjonctival présentait des cellules lymphatiques remplies de fines bactéries. Entre les fibres de tissu conjonctif de la sclérotique, entre les lames conjonctives de la ; cornée et de la sclérotique, on trouvait une assez grande quantité de bâtonnets et de grands filaments constilués par des bâtonnets placés bout à bout. Les cellules plates de la cornée étaient normales. L'épilhélium de revêtement de la cornée était intact. La cornée n'était ni vascularisée ni épaissie.

Nerf. — Un morceau du nerf cubital qui m'a été envoyé montrait, sur des sections transversales colorées au violet, un épaississement considérable du tissu cellulaire qui l'entourait et de tout le névrilemme. Partout, dans le tissu conjonctif et entre les lamelles du névrilemme, il y avait une grande quantité de bâtonnets disposés bout à bout sous forme de longs filaments. La plupart des faisceaux de tubes nerveux étaient remplacés par du tissu fibreux.

Sur des sections longitudinales des nerfs, on remarquait la même disposition des filaments et des bâtonnets bactéridiens par rapport aux lames du névrilemme. Lorsque, par le hasard de la préparation, on avait une section isolée et retournée à plat d'une de ces lames (voyez fig. 5), on y voyait les filaments bactéridiens rectilignes ou infléchis, accolés contre la surface de la lamelle. Les cellules plates (b, c, fig. 5), qui appartiennent à ces lames, possédaient leurs noyaux normaux, mais leur protoplasme montrait souvent des spores ou de très petits bâtonnets.

Sur ces coupes longitudinales, on observait, suivant leur longueur, des groupes de tubes nerveux, reconnaissables plutôt à leur configuration générale qu'aux détails de leur structure. Ils ne possédaient pas en effet de cylindre d'axe, ce dont nous nous sommes assurés en employant le carmin comme matière colorante. Leurs cellules plates superficielles étaient visibles et ils ressemblaient à un faisceau fibreux. Entre ces vestiges des tubes nerveux il y avait des cellules granuleuses.

Ganglion lymphatique. — Nous avons examiné un ganglion lymphatique qui était hypertrophié et qui présentait, à l'oeil nu, une certaine dureté et une couleur jaunâtre comme s'il était caséeux.

Les préparations colorées les unes par le violet, les autres par la solution d'iode ioduré ont démontré que les vaisseaux de ce ganglion avaient subi un commencement de transformation amyloïde. Le tissu tout entier du ganglion était devtnu


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AiVATOMIE PATHOLOGIQUE CE LA LÈPBE..

Fig. 1. — Section (l'une portion de la muqueuse laryngienne au niveau de l'épiglolle.

p, périchondre en contact avec le cartilage de l'épiglolte; t, tissu fibreux; g, lacunes du tissu cellulo-adipeux de la profondeur de la muqueuse. La graisse a été dissoute par les réactifs employés; m, paroi du tissu conjonctif qui sépare deux cellules adipeuses; b, b, bâtonnets colorés en violet.

Grossissement de 450 diamètres. Objectif 17 à immersion de Nachet.

Fig. 2. — Un lobule de graisse du lissu conjonctif profond de la muqueuse laryngienne. a, a, bàlonnels isolés et assez volumineux; e, e, loges des cellules adipeuses; b, b, tissv fibreux qui sépare les cellules adipeuses. Grossissement de 450 diamètres.

Fig. 3. — Section du lissu conjonctif d'un ganglion lymphatique ; les faisceaux fibreux et les cellules de tissu conjonctif sont vus de profil.

h, h, faisceaux de fibres du tissu conjonctif; a, noyau des cellules du tissu conjonctif vus de profil; f, f, filaments en cbatnelles de bâtonnets disposés bout à bout. L'un d'eux se courbe en d.

Grossissement de 450 diamètres.

Fig. 4. — Section du lissu conjonctif d'un ganglion lymphatique; les noyaux des cellules sont vus de face.

a, a, noyaux des cellules vus de face ; f, longs filaments segmentés, dont quelques-uns sont en contact avec les cellules ; m, tissu fibreux.

Grossissement de Z|50 diamètres.

Fig. 5. — Lame du névrilemme vue de face.

m, tissu de la lame du névrilemme; b, noyau des cellules plates du névrilemme; c, spores et petits bâtonnets contenus dans le protoplasma de ces celluies; f,f, filaments en chaînettes. Grossissement de 450 diamètres.

Fiq. 6. — Section longitudinale d'un capillaire rempli de spores.

a, paroi du capillair; c, amas de spores et de tout petits bâtonnets d; b, noyau de cellule lymphatique.

Grossissement de 450 diamètres.

Fig. 7. — a, c, d, bactéries libres du testicule, dans lesquelles on voit de petits grains moins colorés que le protoplasma du bâtonnet.

b, bâtonnet très fin et petit ; m, spores. Grossissement de 1,000 diamètres.

Fig. 8. — Section du foie coloré par le violet de mélhylaniline.

a, cellule hépatique dont le protoplasma renferme quelques spores; les bactéries b sont placées entre les cellules dans les interstices qu'elles laissent enlr'elles.

Grossissement de Û50 diamètres.

Fig. 9. — Section du testicule.

La paroi p des tubes lesticulaires est remplie de très fines bactéries et de spores, et en même temps elle contient de volumineuses bactéries a. Beaucoup de ces grosses bactéries m sont libres dans la cavité des tubes séminifères.

b, b, cellules libres ou adhérentes à la paroi interne des tubes séminifères et contenant des spores ou de très petites bactéries.

Grossissement de 600 diamètres.

Tontes les figures ont été dessinées à la chambre claire.


DrCornil,del.

J.Justin Storck,lith. Paria.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DELA LEPRE



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presque complètement fibreux, si bien que le réticulum normal avait fait place à un tissu conjonctif épais à mailles arrondies et serrées dans certains points, tandis que, dans d'autres parties, on avait affaire à un tissu conjonctif fascicule. Dans tout ce tissu du ganglion ainsi altéré, on trouvait des bactéries, les unes courtes de 8 à 10 millièmes de millimètre de longueur, les autres disposées en longs filaments. Telle était leur disposition la plus ordinaire. Elles suivaient généralement les interstices entre les fibres et lamelles du tissu fibreux, de telle sorte que sur les sections parallèles à la direction des faisceaux (fig. 3), on les voyait entre les faisceaux, contiguës aux cellules plates qui recouvrent ces faisceaux. Sur ces préparations, les cellules plates du tissu conjonctif (a, fig. 3) se voyaient de profil. Sur certains points de préparations où la coupe avait passé suivant la surface des lamelles de tissu fibreux, les cellules plates se montraient de face et les filaments vus suivant une grande longueur touchaient souvent les cellules (fig. 4).

Les vaisseaux de ce ganglion offraient les mêmes lésions que ceux du tubercule cutané au point de vue de la présence des parasites dans leur paroi et les capillaires étaient souvent obstrués par des amas de spores et de tout petits bâtonnets.

Larynx. — Nous avons eu à notre disposition l'épiglotte dont la muqueuse était le siège d'une infiltration lépreuse diffuse. Là, dans tout le chorion muqueux qui était privé de son revêtement épilhélial, nous avons constaté les mêmes phénomènes que dans le tubercule lépreux cutané : infiltration par des cellules plus ou moins volumineuses sphériques ou ovoïdes remplies de tout petits bâtonnets grêles, remplissage de quelques vaisseaux capillaires par des spores et de petits bâtonnets, bâtonnets plus volumineux et plus longs entre les fibres du tissu conjonctif dans les points où elles étaient bien conservées et ou il n'y avait pas de grosses cellules lépreuses. Nous n'avons vu aucun vestige des glandes muqueuses.

Au-dessous de la muqueuse, le tissu cellulo-adipeuxqui la sépare du périchondre avait conservé sa forme générale habituelle. De grosses vésicules adipeuses existaient là, séparées par des cloisons un peu épaissies de tissu fibreux. Après la teinture au violet et le montage des pièces dans le baume du Canada, la graisse avait disparu, mais tout le tissu conjonctif qui séparait les vésicules adipeuses se montrait farci et hérissé de bâtonnets de moyen volume et assez longs (voyez les figures 1 et 2).

Le périchondre était aussi rempli des mûmes éléments qui affectaient une disposition assez régulière et parallèle à la direction des fibres du périchondre. Le cartilage n'était pas altéré.

Foie. — Le foie montrait à l'oeil nu, sur les coupes du bloc qui m'a été envoyé, une certaine demi-transparence qui pouvait faire penser à une altération amyloïde. Cette lésion existait en effet, et elle portait sur toutes les cellules des îlots, ainsi MÉM. 11


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que j'ai pu m'en assurer parla réaction de l'iode et de l'acide sulfurique et par le violet de mélhyl. De plus, le foie était atteint d'une cirrhose fibreuse peu avancée, il est vrai, mais très manifeste, facile à démontrer sur les pièces colorées au carmin. Par l'examen des pièces colorées soit par le carmin, soit par l'iode, il eût été impossible d'affirmer la présence des bactéries. La teinture par le violet 5 B montrait, au contraire, combien elles étaient nombreuses dans toutes les parties de l'organe. Elles se trouvaient, en effet, d'abord dans tout le tissu conjonctif de nouvelle formation qui séparait les îlots, mais aussi entre les cellules hépatiques dans toute l'étendue des îlots (fig. 8). Elles se présentaient habituellement à l'état de gros et longs articles isolés, dans lesquels on voyait souvent deux ou trois points clairs, et elles siégeaient soit dans le tissu conjonctif interlobulaire de nouvelle formation, soit entre les cellules hépatiques. Celles-ci contenaient souvent dans leur intérieur de petits grains colorés ou de minuscules bâtonnets.

Testicule. — De tous les organes que j'ai eus à examiner, le testicule était assurément le plus malade. Le tissu de la glande était encore reconnaissable, à l'oeil nu, à sa mollesse, à ses travées fibreuses et aux tubes séminifères qui étaient isolables, mais qui se cassaient aussitôt qu'on essayait de les étirer.

En dilacérant des fragments de la glande, on obtenait un liquide trouble miscible à l'eau qui contenait une grande quantité de bactéries volumineuses assez longues, non soudées en filaments et présentant dans leur intérieur des points clairs ou des spores colorées fortement en violet, siégeant généralement aux deux extrémités des bâtonnets (voyez fig. 10). En même temps, il y avait dans le liquide des cellules rondes et des débris de cellules remplis de spores et de petits bâtonnets.

Les coupes de l'organe durci montraient la section des tubes. Leur paroi lamellaire et leurs cellules physiologiques étaient remplacés par des tractus fibrillaires peu résistants qui limitaient des cavités remplies des éléments précédents. La lumière des tubes était assez grande. Les tractus qui la limitaient contenaient une grande quantité de grandes bactéries isolées, de spores et de petites bactéries. Du côté de la lumière des tubes, la paroi était bordée de cellules rondes ou déformées remplies de bactéries d'une grande finesse et de spores (voyez fig. 9).

Les grands tractus épais et fibreux du testicule présentaient des faisceaux de fibres épais et denses, et ils étaient parcourus par des vaisseaux, artères, veines et capillaires de dilférent calibre. Dans ce tissu et dans les parois des vaisseaux, on trouvait de longs filaments bactéridiens formés par des articles placés bout à bout. Souvent les vaisseaux capillaires étaient remplis de spores disposées en amas avec des bactéridies fines.

En résumé, les tissus que j'ai examinés étaient remplis de bactéries et tellement


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modifiés qu'il était difficile même de déterminer à quel organe on avait affaire. Les bactéries s'y montrent sous les différents états de spores, de bâtonnets extrêmement fins et petits, de bâtonnets plus volumineux, présentant de petits grains dans leur intérieur, et de grands filaments formés par des bâtonnets disposés bout à bout en chaînettes.

Les lésions en rapport direct avec les bactéries se divisent en deux séries :

1° Les tubercules lépreux et l'infiltration lépreuse sont caractérisés par de grandes cellules en nombre colossal qui infiltrent le tissu malade et qui sont remplies de bactéries fines. Lorsque l'infiltration lépreuse atteint un organe mou comme le foie ou possédant des cavités naturelles comme le testicule, les bactéries y deviennent très volumineuses. Dans ces tissus infiltrés, presque mortifiés, et qui s'ulcèrent lorsqu'ils siègent à la peau ou sur une muqueuse, la circulation sanguine est peu active ou nulle, et les vaisseaux capillaires sont remplis d'infarctus bactéridiens.

2° Dans la plupart des tissus fibreux, les bactéries poussent de longs filaments dans les interstices des fibres, les cellules fixes du tissu fibreux étant peu altérées ou normales, mais il en résulte souvent une sclérose, un épaississement de ces tissus fibreux.

La lèpre, maladie qui paraît causée par les bactéries, et dans laquelle elles jouent le rôle essentiel, est assurément l'un des meilleurs exemples qu'on puisse choisir pour se convaincre de leur importance, et pour étudier leur siège, leur mode de dissémination et les lésions qu'elles déterminent.


DEUXIEME COMMUNICATION

SUR LE

TRAITEMENT DE LA FIÈVRE TYPHOÏDE

PAB

LE CAIOMEL, LE SALICYLATE DE SOUDE ET DE SULFATE DE QUININE

Faite à la Société médicale des hôpitaux de Paris

DANS LA SÉANCE DO 28 MAI 1881

Par le Docteur H. HALLOPEAU

Agrégé do la Faculté Médeciu de l'hôpital Saint-Antoine

Dans le mémoire où j'ai exposé les premiers résultats que m'a donnés celte médication, j'ai essayé d'établir qu'elle exerce une action très notable sur la température des malades atteints de fièvre typhoïde; qu'elle conjure, ou tout au moins qu'elle atténue ainsi les dangers de l'hyperlhermie, et qu'elle semble pouvoir modifier favorablement la marche de la maladie. J'ai depuis lors traité par les mûmes moyens 46 autres malades, et ces nouveaux faits sont venus confirmer les conclusions que j'avais formulées.

Sur chacun des 41 tracés (1) thermiques que j'ai l'honneur de soumettre à l'appréciation de la Société, on peut constater des abaissements de température qui coïncident avec l'intervention thérapeutique, et modifient notablement l'aspect de la courbe tel qu'on l'observe dans les cas où la maladie est livrée à son libre cours ou traitée par des moyens sans action marquée sur la fièvre : fréquemment on voit l'ascension régulière du soir faire place à un abaissement; dès le début de la médication, alors même que la fièvre est dans sa période d'oscillations ascendantes, la tempérant) Ces tracés ont été recueillis dans notre service, et dans celui de M. Gérin-Roze, que nous avons remplacé pendant les vacances, par MM. Stackler, A. Siiedey et Snpelier, internes des hôpitaux.


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ture assez souvent tombe brusquement et se rapproche de la normale ; sans doute ces chutes sont ordinairement passagères et bientôt suivies de nouvelles élévations, mais chaque fois qu'elles se reproduisent, le centre des oscillations s'abaisse jusqu'au moment où il atteint la normale; la défervescence se produit parfois avec une rapidité qui rappelle ce que l'on observe dans la pneumonie.

Loin d'avoir une signification fâcheuse comme dans les cas où elles surviennent spontanément, ces irrégularités du tracé thermométrique sont favorables, car chacune d'elles répond à une action thérapeutique et résulte d'un abaissement plus ou moins prononcé de la température.

On peut voir sur nos graphiques la part qui revient dans ces perturbations à chacun des médicaments que nous employons.

Sur la foi de Wunderlich (1) et de Liebermeister (2), nous donnons le calomel comme spécifique plutôt que comme antipyrétique; il est manifeste cependant que, dans plusieurs cas, il a abaissé la température.

Le sulfate de quinine s'est montré le plus souvent très efficace quand il a été prescrit à la dose de 2 gr. ou de 1 gr. 50; l'abaissement produit a atteint maintes fois 2 degrés et a été jusqu'à 3. A la dose de 1 gramme, les effets du médicament ont été beaucoup moins constants ; assez souvent cependant ils se sont traduits par un abaissement de 1 degré et plus; d'autres fois l'agent antipyrétique a paru contribuer à rendre durable une amélioration produite antérieurement et à empêcher les ascensions secondaires, mais ce résultat n'a pas été obtenu dans tous les cas, et l'on peut voir sur plusieurs de nos tracés que la température a remonté, bien que le malade ait continué à prendre 1 gramme de sulfate de quinine.

Liebermeister, qui a employé la médication quinique à doses très élevées dans le traitement de la fièvre typhoïde, a constaté qu'elle est ordinairement bien supportée. L'ensemble de nos observations vient confirmer pleinement l'exactitude de cette remarque; les troubles céphaliques ont été généralement peu accentués; quelques malades, en très petit nombre, ont vomi le médicameut ; dans ce cas, nous avons presque toujours réussi à le faire absorber en le donnant par le rectum avec quelques gouttes de laudanum.

Le salicylate de soude s'est montré le plus souvent efficace à la dose de 2 grammes, tantôt en produisant un abaissement qui a varié de quelques dixièmes de degré à 2 ou 3 degrés, tantôt seulement en empêchant ou en atténuant l'ascension vespérale; cette action s'est produite soit dès le premier ou le deuxième jour, soit le troisième seulement; elle n'a manqué complètement que dans un petit nombre de cas, et encore avons-nous pu alors constater plusieurs fois, surtout celle année, chez nos

(1) Wunderlich. De la température dans tes maladies.

(2) Liebermeister. Handbuch von Ziemssen, 1875.


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malades de St-Ànloine, que le médicament n'avait pas été pris (1). Nous avons cru néanmoins devoir, en raison de ces quelques insuccès, élever un peu les doses, et nous procédons actuellement de la manière suivante : quand nous prescrivons le salicylate, le malade en prend, le premier jour, 3 grammes ; la même dose est continuée le deuxième et le troisième jour, si, ce qui est rare, une action antipyrétique ne s'est pas produite; dans le cas où, dès le deuxième jour, la température est abaissée, nous ne donnons plus qu'une dose de 2 grammes, et nous cessons même complètement la médication salicylée pour revenir au sulfate de quinine, si cet abaissement a ramené brusquement la température au voisinage de la normale. Nous obtenons, en procédant de la sorte, une action souvent énergique, sans provoquer d'accidents. Deux de nos malades de Tenon ont eu cependant de la dyspnée, mais nous avons des raisons de croire que le médicament avait été mal dosé et ingéré en quantité trop considérable. Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de s'en tenir aux doses que nous avons indiquées et de résister au désir d'abattre rapidement la fièvre : donner à un typhique, comme M. Caussidou (d'Alger) a récemment conseillé de le faire, 1 gramme de salicylate de soude toutes ies deux heures, jusqu'au moment où sa température s'abaisse à 38°, c'est, dans les cas où ce résultat tarde à se produire, dépasser de beaucoup la dose thérapeutique et s'exposer à provoquer soit une dyspnée menaçante, soit un délire furieux, soit des hémorrhagies graves (2).

Il conviendra sans doute de procéder avec la même réserve si l'on veut utiliser, dans le traitement de la dothiénentérie, le médicament dont l'action antipyrétique a été mise récemment en lumière par les remarquables études de M. Desplats : nous voulons parler de l'acide phénique. Ses effets paraissent très analogues à ceux du salicylate de soude; comme lui, il exerce une action souvent puissante, mais passagère, sur la température des typhiques (3); comme lui, il provoque des sueurs abondantes; comme lui, il favorise la production de la dyspnée et des

(1) Noire excellent maître, M. le professeur Jaccoud, qui depuis longtemps a mis en évidence et utilise les propriétés antipyrétiques de l'acide salicylique et du salicylate de soude, explique les résultats négatifs que l'usage de ces médicaments a donnés à des médecins dignes de foi par le mode suivant lequel ils les ont administrés : il faut, pour en obtenir l'effet utile, en faire ingérer la dose quotidienne en peu de temps, quelques heures au plus; si on les dilue dans une potion que les malades prennent en vingt-quatre heures, leur action fait souvent défaut.

(2) M. N. Gueneau de Mussy prescrit l'acide salicylique à la dose de 1 gramme, dans le but de désinfecter les matières contenues dans l'intestin des typhiques, et il en obtient de bons résultats.

(3) 11 est probable que son action ne se produit pas seulement chez ces malades, et que, comme le salicylate de soude et le sulfate de quinine, elle s'adresse à l'élément fièvre, quelle qu'en soit la cause; nous rappellerons à ce sujet que le très regretté professeur chauffard en avait obtenu de bons effets chez les varioleux.


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congestions pulmonaires; comme lui, il est dangereux si on le donne à doses trop élevées.

A doses moyennes, il peut rendre de réels services, en modérant la fièvre et aussi en désinfectant les matières contenues dans l'intestin. Nous l'avons employé depuis peu dans ce double but, concurremment avec les autres antipyrétiques, sous forme de lavements qui en contenaient chacun seulement 0,50 centigrammes (1) et qui étaient renouvelés deux fois par jour; nos malades s'en sont bien trouvé.

L'ensemble des résultats que nous avons obtenus dans notre nouvelle série d'observations peut être, ce nous semble, considéré comme satisfaisant. Sur 46 cas traités par les moyens que nous avons indiqués, 5 seulement, soit 10,86 p. 100, se sont terminés par la mort (2). Dans deux cas, elle est survenue tardivement par le fait d'une perforation, et nous avons constaté dans l'une des autopsies que les ulcéralions étaient complètement cicatrisées.

Un autre malade a été emporté par une pneumonie secondaire (sans avoir pris de salicylate); les deux autres ont succombé rapidement à des accidents cérébraux. Aucun n'est mort par le fait de l'hyperthermie, de l'adynamie ou de la paralysie cardiaque.

Nous ne comptons pas dans cette statistique deux décès qui sont survenus, l'un à l'hôpital, l'autre en ville, sans que la médication, en raison de contre-indications formelles, ait pu être employée (3).

Chez les malades qui ont guéri, nous avons noté, comme dans notre première série d'observations, que l'adynamie, l'altération des traits et l'amaigrissement n'ont été généralement que très peu prononcés; la langue est restée presque constamment humide; il n'y a pas eu d'eschares. On peut voir que sur les 36 cas de guérison dont nous présentons les tracés, 14 ont duré moins de vingt jours, 18 de vingt à trente jours, 4 seulement plus longtemps; plusieurs ont eu des rechutes, qui loules ont été bénignes (4).

Nous attribuons la conservation relative des forces en partie à la modération de la

(1) Cette dose suffit parfois pour donner aux urines une coloration noirâtre.

(2) Nous ne devons pas méconnaître que M. le professeur Jaccoud a pu réduire à environ 10 p. 100 la mortalité typhoïde par le traitement qu'il a formulé dans sa clinique de Lariboisière, et dont les principaux agents sont les lotions froides, l'extrait de quinquina, l'eaude-vie et le sulfate de quinine; on a rarement obtenu un chiffre aussi satisfaisant. (S. Jaccoud, Leçons de clinique médicale faites à l'hôpital Lariboisière ; 3e édition, 1881.)

(3) Il s'agissait malheureusement, dans le dernier cas, de notre interne H. d'Olier, dont la mort a été un deuil personnel pour nous et pour les excellents collègues avec qui nous lui donnions des soins, en même temps qu'une grande perle pour le corps médical.

(!i) Quelques cas appartiennent à la forme dite abortive de la fièvre typhoïde ; nous croyons néanmoins devoir les compter dans notre statistique, car, à peu d'exceptions près, ils se sont manifestés au début par une réaction fébrile intense, et il est impossible de décider si leur bénignité ultérieure s'est produite spontanément ou sous l'influence du traitement.


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fièvre, en partie à l'alimentation lactée sur laquelle nous insistons beaucoup, car nos malades prennent toujours au moins deux litres de lait par jour, quelquefois trois ou quatre, et en outre du bouillon. Ce régime contribue certainement à empêcher la dénutrition, en même temps que, sans doute, il facilite, en provoquant la diurèse, l'élimination des substances anormales qui proviennent de la consomption fébrile, ainsi que des dystrophies musculaires et parenchymateuses (1).

L'hypertbermie ne nous a paru assez persistante et assez intense pour nécessiter l'emploi des bains froids que chez un de nos malades ; nous n'avons pu les continuer, car, dès le deuxième jour, il s'est déclaré une pneumonie, qui s'est bientôt terminée par la mort. Nous ne voulons pas faire de nouveau le procès de cette médication; la discussion dont elle a été l'objet ici-même il y a quatre ans a montré combien elle offre d'inconvénients et même de dangers à côté d'avantages réels ; nous la réservons pour les cas exceptionnels où l'hyperthermie résiste à la médication interne; et nous disons, en retournant une proposition formulée il y a quelques années par M. Libermann : Les médicaments antipyrétiques, employés méthodiquement, peuvent remplacer avec avantage, dans la plupart des cas de fièvre typhoïde, la réfrigération directe par Veau froide.

(I) Le début de la convalescence a été marqué chez la plupart de nos malades par une polyurie souvent considérable.


DE L'EMBOLIE PULMONAIRE

COMME

CAUSE DE MORT RAPIDE ET IMPRÉVUE DANS LE COURS DE LA PHTHISIE PULMONAIRE

Communication faite à la Société médicale des hôpitaux

DANS LA SÉANCE DU 25 FÉTO1ER 1881

Par le Docteur DUGUET

Médecin de l'hôpital Lariboisiére Professeur agrégé à la Faculté de médecine

Le 3 janvier 1862, notre ami le professeur Bail, converti aux idées nouvelles et instruit par des faits nombreux et bien observés, soutenait sa thèse inaugurale intitulée : Embolies pulmonaires. Ce travail remarquable jeta un certain trouble dans l'esprit de quelques médecins attachés quand même aux anciennes doctrines ; il s'ensuivit une réaction facile à comprendre, dont nous trouvons les traces profondes dans une thèse inaugurale soutenue le 16 juillet de la même année, par M. A. Lemarchand, et ayant pour titre : Etude sur quelques points de l'histoire des oblitérations vasculaires. De la thèse de M. Bail se dégage une conception nette de l'embolie pulmonaire. De la thèse de M. Lemarchand, inspirée par l'un de ses maîtres, se dégage au contraire une conception incertaine, obscure, dans laquelle le doute s'élève souvent autour de l'embolie, et nous ramène à la doctrine des coagulations autochtones, autrement dit, à l'idée de la thrombose pulmonaire. Malgré les efforts tentés dans ce dernier travail, un peu trop oublié par quelques-uns de nos contemporains, l'embolie pulmonaire a fait son chemin, se substituant souvent, nous ne disons pas toujours, à la thrombose pulmonaire d'autrefois.

En ce qui concerne le chapitre restreint de \a.phthisie pulmonaire, nous trouvons déjà dans le travail de M. Bail trois observations qui démontrent la possibilité de la mort imprévue et rapide par embolies pulmonaires ; mais, malgré les huit cas


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d'embolies pulmonaires chez des phthisiques cités par Colin, les faits de ce genre ne sont pas aussi nombreux que la grande tendance inopexiqtie du sang des phthisiques permettrait de le soupçonner.

Dans son mémoire paru en 1870 (1), M. Perroud, médecin de l'Hôtel-Dieu de Lyon, affirme que « ce sont les embolies qui sont la cause la plus fréquente des « morts rapides par gêne de la circulation sanguine chez les phthisiques ». « Nous « sommes convaincus, dit-il, que l'on doit attribuer à cette cause un certain nombre « de morts brusques que l'on mettait sur le compte de lésions pulmonaires diverses « et plus ou moins avancées, il y a quelques années, alors que l'embolie était in« connue ou peu étudiée »

Cependant plus bas, M. Perroud ajoute : « Lorsqu'on pense que la phthisie pulmo« naire est une des principales maladies à inopexie ; quand on songe à la grande « fréquence des coagulations fibrineuses du coeur et à la fréquence incontestable des « caillots sanguins intra-veineux dans celte affection, on est surpris de voir l'em« bolie si rarement mentionnée chez les phthisiques, et de la rencontrer chez eux « si peu communément, relativement au degré de fréquence qu'elle atteint dans

« l'état puerpéral, autre condition non moins favorable à l'inopexie » « En effet,

« parmi les nombreuses observations que nous avons compulsées, de mort subite « par embolies, nous n'avons pas trouvé un seul cas de phthisie »

M. Perroud n'admettrait-il donc pas les huit cas cités par Cohn et les trois observations rapportées par M. Bail? Ce qui pourtant constitue déjà onze faits connus.

« Et, ajoute le même auteur, si nous parlons ici arec quelques détails de celte « cause de mort subite, c'est plutôt sous la pression de l'analogie des causes et des « symptômes que sous le couvert d'une démonstration clinique et nécropsique « directe. »

La thèse de M. Bail offre cependant, il nous semble, une démonstration clinique et nécropsique directe.

Plus loin : « Toutefois, ce qui se passe dans les maladies inopexiques autres que

« la phthisie pulmonaire nous fait penser que la mort peut arriver brusque«

brusque« chez les phlhisiques par suile d'embolies pulmonaires, et que, dans ces cas, « l'embolie peut provenir d'un caillot formé soit dans le coeur droit, soit dans un « point du système veineux général, par exemple, dans la veine fémorale, que l'on « voit être si souvent le siège de concrétions fibrineuses, au niveau du ligament de « Fallope. »

Tous ces passages du mémoire de M. Perroud sont parfaits en théorie, voilà pourquoi nous les citons textuellement, et ils nous paraissent d'accord avec les faits, mais

(1) PKRROUD. De la mort subite cliez les phthisiques. (I.yon médical, 2e année, 1870, l. VI, p. 271 et 309, etc.)


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nullement avec les trois seuls qu'il a rapportés, et dans lesquels il croit reconnaître chez des phthisiques de 64, 62 et 60 ans, ce genre de mort par embolies pulmonaires. Aucun de ces trois sujets n'a pu être autopsié; par conséquent, le chapitre de M. Perroud sur la mort subite des phthisiques par embolie pulmonaire, très bien conçu d'ailleurs, manque malheureusement de la seule base sur laquelle il pouvait scientifiquement l'appuyer, à savoir : l'observation anatomique.

D'un autre côté, nous ne pouvons passer sous silence une observation de notre collègue et ami le docteur Huchard, observation qui a servi de base à une note lue par lui à la Société médicale des hôpitaux (1) et que nous retrouvons dans la thèse d'un de ses élèves, le docteur Niquet (2).

M. Huchard, évidemment soucieux d'apporter de nouvelles preuves à l'appui de la mort par thrombose pulmonaire dans les cachexies, pense « éclairer d'un jour « nouveau l'histoire de la mort subite dans la phlhisie pulmonaire », en rapportant l'observation d'un phthisique mort en moins de dix minutes dans un accès subit d'asphyxie avec suffocation; et il ne craint pas de rattacher une mort aussi brusque à une thrombose pulmonaire, dont le processus lent s'accorde mal avec une fin si imprévue, et que l'autopsie ne nous paraît nullement confirmer.

En effet, l'examen cadavérique, clairement fait en vue de la thrombose pulmonaire, démontre néanmoins :

1» Que le caillot qui occupe la branche gauche de l'artère pulmonaire est terminé assez irrégulièrement du côté du coeur;

2° Qu'il n'est nulle part adhérent aux parois vasculaires.

3° Que les branches de l'artère pulmonaire qui le contiennent sont parfaitement saines.

Ces trois caractères appartiennent, on le sait, à l'embolie pulmonaire.

Quant à la recherche des foyers d'embolies pulmonaires dans les veines des membres, foyers que rien ne faisait soupçonner, paraît-il, à M. Huchard, elle n'a pas eu lieu. « Les veines du membre supérieur n'ont pas été examinées ; les veines « iliaques étaient absolument saines. » C'est tout. On ne dit rien des veines des membres inférieurs. Or, dans l'espèce, l'autopsie minutieuse de ces dernières veines avait une très grande importance, puisqu'il s'agissait de nier l'embolie pulmonaire avec des caillots qui en présentent cependant les principaux caractères.

À notre sens, il serait donc possible de rattacher le fait que rapportent M. Hu(1)

Hu(1) HUCHARD. De la thrombose pulmonaire comme cause de mort subite ou rapide dans les cachexies (tuberculose, carcinose, etc.). In Bulletins et Mémoires de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 1878, t. XV, 2° série, p. 229.

(2) NIQUET. Des causes de la mort dans la plithisie pulmonaire chronique. Thèse inaugurale. Paris, 1878, n° 459.


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chard et son élève M. Niquet, non pas à la thrombose, mais bien à Y embolie pulmonaire; celte conclusion, du moins, nous semblerait plus logique; ce qui rapprocherait singulièrement ce cas de celui que nous avons observé et dont nous avons présenté les pièces anatomiques à la Société médicale des hôpitaux.

D'ailleurs, si l'on voulait serrer de près un certain nombre d'autres faits publiés sous le nom de thrombose pulmonaire, et en particulier quelques-uns de ceux que renferme la thèse citée plus haut de M. Lemarchand, il serait facile d'arriver à en modifier également la signification et le titre.

Voici maintenant l'histoire de notre malade :

Le 18 janvier 1881 entrait dans notre service, à l'hôpital Saint-Antoine, pour une bronchite chronique, Albert Sim..., garçon limonadier, âgé de 32 ans. Ce malade avait joui, paraît-il, d'une santé assez bonne, quand, il y a un an, il se mit à tousser.

Plusieurs hémoptysies ont marqué le début de sa maladie ; mais, pendant huit mois encore, il a pu continuer son travail habituel. Peu à peu cependant les forces ayant trahi son courage, il fut obligé de s'arrêter, et, depuis six semaines, il passe presque toutes ses journées au lit, en proie à une fièvre qui s'exaspère assez régulièrement chaque soir, et s'accompagne de sueurs nocturnes plus ou moins abondantes. N'en pouvant plus, et à bout de ressources, il entre à l'hôpital.

Nous le trouvons pâle, amaigri, fatigué. Il a des quintes de toux fréquentes, de l'oppression, et une expectoration composée de crachats nombreux, déchiquetés, nummulaires. Son appétit est presque nul; mais il n'a ni diarrhée ni vomissements.

Il est facile de constater que tout le côté droit du thorax est mat, principalement dans les régions supérieures. De haut en bas s'entendent du souille caverneux avec gargouillement, puis des râles cavernuleux, puis de gros et nombreux râles souscrépitants. A gauche, la matité est des plus nette dans le tiers supérieur, et disparaît peu à peu dans les régions inférieures. La respiration, rude, prolongée, s'accompagne, dans la moitié supérieure, de râles cavernuleux, et, dans la moitié inférieure, elle n'est altérée que par des râles sous-crépitanls Ans, disséminés.

L'examen des autres organes révèle leur intégrité parfaite; les urines sont normales; le malade ne se plaint à!aucune douleur dans les membres, et, chose remarquable, malgré son grand affaiblissement et son état cachectique, il ne présente pas au pourtour des malléoles la plus petite trace d'oedème.

Nous avions donc sous les yeux un cas de phthisie pulmonaire tout à fait vulgaire, que nous croyions destiné à finir lentement et que nous avions désigné pour un transfert prochain à l'hôpital Laënnec. Soutenu par des bouillons, des potages, des oeufs, un peu de viande, du quinquina et du bordeaux, Albert Sim... passait tranquillement ses journées, tantôt couché, lout en allant et venant dans la salle.


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Le 30 janvier nous le trouvions, à la visite du matin, exactement dans le même état que le jour de son entrée, sans douleur ni oedème des membres inférieurs. Il se couchait le soir comme d'ordinaire. A onze heures, il se leva, ainsi qu'il le faisait souvent, pour aller aux cabinets situés à une faible distance de son lit. On ne le vit pas revenir. A onze heures et demie, un malade de la salle voisine se présentant également aux cabinets, heurta du pied notre malade tombé la face contre terre et replié sur lui-même; il appela; l'infirmier accourut, et tous deux relevèrent Albert Sim..,, pâle, encore chaud, mais ne respirant plus; il était mort.

Que s'était-il passé? L'autopsie seule pouvait nous l'apprendre. Elle fut faite le surlendemain.

Le thorax étant ouvert, le poumon droit fut trouvé complètement retenu aux parois costales par des néo-membranes épaisses, vasculaires, infiltrées de sérosité et de granulations tuberculeuses. Le lobe supérieur est converti en une immense caverne anfraetueuse; le lobe moyen est détruit de la même façon; le lobe inférieur est complètement transformé par des tubercules à tous les degrés de développement depuis la granulation jusqu'à l'infiltration tuberculeuse. Le parenchyme ne crépite plus nulle part.

Le poumon gauche, relié aux côtes par des adhérences limitées au sommet, est emphysémateux en avant, mais renferme dans son lobe supérieur un grand nombre de cavernules et de tubercules à tous les degrés. Le lobe supérieur du poumon gauche, comme le poumon droit tout entier, était donc à peu près totalement perdu depuis quelque temps pour la respiration. Le lobe inférieur, parsemé seulement de quelques tubercules crus, présente une coloration rouge très intense.

La trachée et les bronches ne contiennent qu'un peu de muco-pus.

L'artère pulmonaire, dans le poumon droit et le lobe supérieur du poumon gauche, est presque vide, on n'y rencontre que de faibles débris de caillots cruoriques noirâtres. Mais la branche artérielle qui se rend au lobe inférieur gauche (le seul qui servit encore pour la respiration), est complètement oblitérée par des caillots grisâtres, fermes, homogènes, à cassure grenue et feuilletée dont voici la disposition :

Immédiatement au niveau de la bifurcation de la branche gauche de l'artère pulmonaire apparaît, émergeant de la division inférieure, un premier caillot oviforme, un peu aplati et offrant assez bien l'aspect d'un petit coeur d'oiseau (fig. I. a) ; conoïde par son extrémité libre, il s'est un peu aplati, étalé et comme creusé à l'extrémité opposée, qui correspond à une sorte d'éperon épais, grisâtre également; mais il est exempt de toute adhérence, un filet d'eau l'entraîne et met à découvert un autre caillot semblable qui oblitère complètement les deux premières branches de division


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qui desservent le lobe inférieur. Ce second caillot est à cheval sur l'éperon artériel, courbé sur cet éperon (b) et se prolonge jusqu'à 3 centimètres seulement dans la branche supérieure (c) et jusqu'à 3 centimètres 1/2 dans la branche inférieure (d). Le coude qu'il présente sur l'éperon artériel forme cette sorte d'éperon épais sur lequel le premier caillot cordiforme décrit plus haut est venu appuyer sa base qui s'y est légèrement aplatie et même creusée en s'y moulant. Ce grand caillot, de 7 centimètres de longueur environ, se termine dans la branche supérieure par une extrémité irrégulière et comme cassée (c), dans la branche inférieure, au contraire, par une extrémité mousse, un peu bicorne (d), ce qui se comprend facilement, attendu que cette extrémité aboutit directement à un éperon de division secondaire de la branche où le caillot est engagé, s'y trouve arrêtée et comme à cheval.

En poursuivant la dissection de ces branches secondaires, on constate d'abord qu'elles ne contiennent qu'un peu de sang noirâtre coagulé; mais bientôt on rencontre dans chacune de ces deux branches secondaires un troisième caillot dans l'une (e), un quatrième caillot dans l'autre (f), caillots en tous points de même composition et de même aspect que les précédents, sauf le volume qui est moindre. Celui de la branche secondaire supérieure (e) est long de 3 centimètres environ, terminé vers le coeur par une extrémité mousse, vers la surface du poumon par une extrémité bifide ou mieux bicorne, à cheval à son tour sur un éperon de division de troisième ordre. Au delà, les dernières ramifications artérielles ne renferment qu'un peu de sang noirâtre. Celui de la branche secondaire inférieure (f), d'une longueur analogue, est moniliforme, d'un gris noirâtre, et se termine brusquement à son tour sur un éperon de troisième ordre en projetant un léger prolongement, une corne de chaque côté de l'éperon. Puis, au delà, plus rien.

Aucun de ces quatre caillots n'a contracté d'adhérences avec les parois artérielles qui ont conservé d'ailleurs une intégrité parfaite.

Incontestablement, il s'agit là de caillots emboliques, et l'idée d'une thrombose pulmonaire ne saurait être soutenue un seul instant. Incontestablement aussi la mort inopinée, soudaine peut-être, de notre malade, doit leur être attribuée. Mais où trouver l'origine de ces embolies ? Quel département du système veineux en a été le point de départ? L'autopsie de tous les organes, du coeur en particulier, faite avec beaucoup de soin ne nous apprend rien; nous ne trouvons ni dans la poitrine ni dans l'abdomen aucun foyer de thrombose.

Nous pouvions nous en tenir là, sous le fallacieux prétexte que notre malade n'avait présenté ni oedème ni douleur des membres supérieurs ou inférieurs, aucun signe en un mot de thrombose des membres.

En agissant ainsi, nous aurions imité ceux (et ils sont assez nombreux), qui


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décrivent des faits analogues sous le nom de thromboses marasliqucs de l'artère pulmonaire, et nous aurions pu ajouter une observation incomplète et mal interprétée à celles qui encombrent déjà la science.

Instruit par l'expérience et par des recherches personnelles qui remontent à l'année 1862; mis en garde par notre ami, le professeur Bail, qui établit en principe dans sa thèse qu'il faut rechercher partout, dans toutes les branches du système veineux périphérique, l'origine des caillots anciens non adhérents trouvés dans l'artère pulmonaire, nous avons poussé plus loin l'autopsie. N'ayant rien trouvé dans la veine cave inférieure ni dans les veines iliaques, nous avons ouvert toutes les veines des membres inférieurs.

A gauche, elles étaient vides; à droite elles l'étaient également, sauf la crurale dans le segment qui s'étend de la veine crurale profonde (flg. H, a) à l'arcade crurale. Ainsi donc, en incisant de bas en haut, avec des ciseaux, la veine crurale droite, qui représentait un cylindre à moitié rempli seulement et par places, nous sommes tombé sur un caillot grisâtre ayant une longueur de 4 centimètres environ, et qui s'est trouvé sectionné verticalement en deux portions à peu près égales (b, c) dans toute sa longueur. Ce caillot, dont le volume est tel qu'il n'occupe pas plus de la moitié du calibre de la veine crurale, prend naissance dans un nid valvulaire (d), par une extrémité arrondie, monte et s'arrête à 2 centimètres au-dessous d'une autre valvule veineuse ; là, son extrémité (e) représente une cassure irrégulière ; il rampe le long de la paroi veineuse avec laquelle il a contracté des adhérences intimes et qui est dépolie à ce niveau.

A côté de la valvule d'où part ce caillot prolongé et cassé, se trouve l'autre valvule (f ) qui est située immédiatement au-dessous de l'orifice (g) de la veine crurale profonde, et qui contient, masquant l'embouchure de cette veine, un caillot grisâtre, homogène, ressemblant à un petit oeuf aplati, siégeant dans le nid valvulaire et dépassant de plus de la moitié de sa hauteur (h) le bord supérieur de la valvule qui le soutient ; il est libre de toute adhérence, et il s'échappe de la valvule sous l'effort d'un simple filet d'eau. Ce caillot oviforme tient la valvule déployée sans oblitérer complètement, pas plus que le caillot précédent, la lumière du vaisseau principal ; à 5 centimètres au-dessus de cette paire de valvules, non loin du niveau de l'arcade crurale, existe une autre paire de valvules veineuses, dont l'une est libre (i), flottante, tandis que l'autre, celle qui surmonte (j ) le caillot allongé et cassé indiqué tout à l'heure, est distendue par un caillot oviforme exactement semblable au précédent, dépassant la valvule d'un peu plus de la moitié de sa hauteur (k) et libre comme lui de toute adhérence avec le voile valvulaire ou avec la paroi veinense.

Terminons en disant que là s'arrêtent toutes les constatations positives de cette autopsie ; nous ne voulons nous en tenir qu'aux faits intéressants.


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Cherchons donc maintenant à interpréter. Rien, il nous semble, n'est plus facile..

Le malade, que ne condamnait au repos ni l'oedème, ni surtout la douleur du membre inférieur droit, continuait à aller et venir, bien que des caillots marastiques fussent en voie de formation dans les nids valvulaircs de sa crurale droite ; l'un d'eux avait déjà acquis une grande longueur, sans oblitérer complètement le vaisseau, sans entraver sensiblement, pas plus que les autres caillots oviformes, la circulation du sang noir. Le malade va aux cabinets, il se courbe, se fléchit, casse son caillot principal, lequel entraîne avec lui ou au-devant de lui, sur son passage, deux ou trois petits caillots oviformes logés dans des nids valvulaires, mais libres de toute adhérence, qu'il rencontre sur son chemin. La poussée du sang de la veine crurale profonde, jointe à celle du sang de la crurale restée libre au-dessous des caillots; permet de comprendre la débâcle du vaisseau principal, une fois le grand caillot cassé et détaché ; et quelques secondes sans doute, quelques minutes peut-être, ont suffi à ces caillots, grands et petits, pour venir obturer complètement la branche artérielle qui alimenlait le lobe pulmonaire inférieur gauche, le seul qui servit encore (l'autopsie l'a démontré) à la respiration. De là, une mort très rapide et, en tout cas, imprévue.

Nous trouvons le prolongement, la suite du grand caillot cassé, à cheval sur l'éperon principal de la branche artérielle (Fig. I, b); le petit caillot cordiforme et libre (a), qui s'appuie sur le coude formé par le grand, provient, à n'en point douter, d'un des nids valvulaires libres maintenant, de la veine crurale. Nous en dirons autant des deux autres (e, f) qui, entraînés par le grand caillot, se sont engouffrés avant lui dans des branches plus petites en subissant sous l'effort du sang un tassement, un allongement attribuable uniquement à l'action de la poussée du sang par le coeur droit, jusqu'au moment, très rapproché sans doute, où l'obturation par le grand caillot a été complète. Ces caillots fibrineux, oviformes, encore mous, sont à n'en pas douter, sur le vivant, comme une pàtc un peu ferme, susceptibles de certaines modifications dans leur forme par les pressions qui peuvent s'exercer sur eux.

En résumé cette observation démontre, croyons-nous, d'une façon péremploire : 1° Que les cachectiques tuberculeux peuvent présenter dans certains points du système veineux, dans la crurale en particulier, des coagulations fibrineuses, des thromboses marastiques, bien avant que les deux signes principaux de ce qu'on appelle la phlcgmaiia alba dolcns des cachectiques se montrent, à savoir : Y oedème et la douleur;

2" Qu'une mort imprévue, rapide et même soudaine, peut, chez ces malades, en être la conséquence par le fait du départ de ces caillots et d'embolies pulmonaires consécutives ;

3° Qu'enfin il faut rechercher avec un soin minutieux, dans tous les points du système veineux périphérique, marne quand rien ne l'aurait indiqué pendant la vie,


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l'origine des caillots anciens trouvés dans les branches de l'artère pulmonaire et paraissant avoir amené une mort plus ou moins subite ; la thrombose pulmonaire, en pareil cas, si tant est qu'elle existe quelquefois, étant plus que douteuse.

i-ig. i.

Fig. il.

Fig. I. Division inférieure ouverte de la branche gauche de l'artère pulmonaire, —a. Caillot fibrineux oviforme, indépendant. — b. Deuxième caillot fibrineux, long, coudé sur un éperon artériel, indépendant. — c. d. Les deux extrémités de ce caillot coudé, — c. f. Troisième et quatrième caillots fibrineux plus petits, indépendants également (1).

Fig. II. Veine crurale droite ouverte. — a. Veine crurale profonde. — b. c. Les deux moitiés

(1) On ne saurait vraiment trop multiplier les dessins qui représentent des embolies pulmonaires, quand on voit le lecteur exposé à s'en faire une idée absolument fausse, s'il regarde la planclie du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, à l'article Embolie pulmonaire, t. XXIX, p. 347. Ajoutons toutefois que celte planclie, qui semble représenter grossièrement un caillot agonique, a été imposée par les éditeurs à notre collègue et ami Balzcr, auteur de l'article eu question.

MÉM, 12


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séparée» du même caillot fibrineux. — d. Sa naissance dans un nid valvulaire, — e, Son extrémité irrégulière, comme cassée. — f. Valvule veineuse distendue. — g. Orifice de la veine crurale profonde. — h. Caillot flbrineux oviforme contenu dans la valvule ci-dessus. — t. Valvule veineuse libre et flottante. —/. Valvule voisine distendue. — k. Caillot flbrineux oviforme contenu dans «cite valvule.


ANGINE ET ALBUMINURIE

MÉMOIRE

COMMUNIQUÉ A LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX

PAR LE DOCTEUR LAURE

Médecin des hôpitaui '"') '

Professeur agrégé 1 la Faculté de médecine de Lyon.

Le 14 avril 1876, appelé auprès d'une jeune femme, atteinte d'une angine catarrhale des plus simples, je constatai que l'amygdale droite était considérablement tuméfiée au point de rendre la déglutition presqu'impossible. Il n'existait point de fausses membranes, mais un pointillé blanc, probablement dû à dès concrétions muqueuses faisant saillie au niveau de l'orifice des culs-de-sac glandulaires. L'angine s'accompagnait d'une réaction fébrile des plus bénignes.

Je me bornai à prescrire des gargarismes émollients qui furent continués jusqu'au 18 avril, époque à laquelle je pris congé de la malade.

Mandé de nouveau auprès d'elle trois jours après, je constatai une céphalalgie des plus intenses, des troubles de la vision, et un oedème considérable de la face. L'urine examinée immédiatement, me donna un précipité floconneux des plus abondants.

Je prescrivis un traitement tonique : du perchlorure de fer, du jaborandi, des infusions diurétiques, des pilules d'extrait de quina et d'ergotine furent successivement administrées à la malade.

Au bout de trois semaines, l'albuminurie avait diminué sensiblement, mais l'urine précipitait encore assez abondamment par l'acide nitrique et la chaleur.

J'appliquai quelques pointes de feu ail niveau de la région lombaire ; le traite-


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menl diurétique fut continué, èl au bout de deux mois seulement, l'urine ne décelait plus de traces d'albumine.

Un an après, la malade fut atteinte de douleurs rhumatismales articulaires, et en même temps d'une angine semblable à la première, également suivie d'une albuminurie, qui guérit à peu près dans les mêmes circonstances, le même laps de temps, et par l'emploi des mêmes moyens.

Frappé de cette singulière coïncidence de l'angine rhumatismale avec une albuminurie qu'on ne pouvait mettre sur le compte d'aucune autre affection, je cherchai en vain dans la littérature médicale des faits analogues à celui que je viens de rapporter. Depuis celle époque j'avais eu l'occasion d'en observer un certain nombre, lorsque mon ami et collègue, le docteur Colrat, présenta à la Société des sciences médicales de Lyon, des cas d'albuminurie consécutive à des angines, qui furent diversement interprétés par les membres de la Société, el mis, peut-être à torl par quelques-uns, sur le comple de scarlatines frustes.

Cette communication suivit de très près un travail de M. le professeur Lasègue sur le même sujet inséré dans les Archives de médecine de 1880. Ces deux publications m'engagèrent à entreprendre de nouvelles recherches dans le môme sens, et j'ai pu réunir sans peine un nombre d'observations suffisant pour m'auloriser à admettre :

1° Que l'albuminurie coïncide fréquemment avec l'angine rhumatismale, et peut alors affecter un type à répétition, se reproduisant à chaque nouvelle fluxion articulaire.

2° Que l'albuminurie s'observe également en dehors de toute origine dialhésique, dans certaines angines calarrhales simples ou phlegmoneuses.

3° Que celle sorte de néphrite ordinairement transitoire, et guérissant le plus souvent d'elle-même, peut, dans certains cas, se montrer plus rebelle et devenir le point de départ d'une lésion matérielle du rein.

OBS. IL — Angine rhumatismale. — Albuminurie, — Type à répétition.

Schmidt (Georges), emballeur, âgé de 17 ans, entre à l'hôpital de la Croix-Rousse, salle Sainl-Nizier, le 29 janvier 1881.

Pas d'antécédents rhumatismaux articulaires ou musculaires : bonne santé habituelle. Il y a huit jours, à la suite d'un refroidissement, ce jeune homme est pris de douleurs dans l'arrière-gorge, de difficulté de la déglutition.

Les amygdales sont toutes deux rouges, tuméfiées, ainsi que les piliers et la luette, el recouvertes ça et là de quelques points blanchâtres qui disparaissent lorsque le malade avale sa silivc; les amygdales donnent au toucher la sensation d'un corps dur, élastique.

L".s urines fournissent un précipité très abondant d'albumine rétractile par la chaleur, la


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liqueur de Tanret et l'acide azotique. Paî d'oedème de la face ; aucun symptôme capable de faire songer à une néphrite, si l'on n'eût pratiqué l'examen des urines. Celles-ci, examinées environ tous les deux jours, continuent à être albumineuses.

Le 21 février, il n'existe plus qu'un nuage à peine sensible.

Le 22, la liqueur de Tanret, elle-même, ne fournit que des signes négatifs ; le malade sort de l'hôpital.

Le 24, le malade rentre à l'hôpital atteint de douleurs rhumastimales subaiguès siégeant aux articulations des chevilles, des genoux et des épaules. Cette dernière articulation est plus particulièrement affectée.

L'angine reparaît avec les mêmes caractères que précédemment.

L'urine est redevenue albumineuse, bien que la quantité d'albumine soit de beaucoup inférieure à celle de la première atteinte.

Le 3, le 5, le 6 février, on constate encore de l'albumine dans les urines.

Le 17 mars, examen négatif; le malade demande son exeat.

OBS. III. — Angine rhumatismale. — Albuminurie. — Erylhbme rhumatismal.

Le 28 février, Mac X..., qui éprouvait depuis huit jours des douleurs articulaires vagues, est subitement atteinte d'un érylhème généralisé.

Le 1" mars, les articulations tibio-tarsiennes, celle de l'épaule et du poignet sont tuméfiées et douloureuses.

Légère tache ecchymotique au niveau de l'arcade sourcillière gauche. Le surlendemain, tache semblable, symétrique à la première, au-dessus de l'oeil droit.

La malade se plaint de gêne de la déglutition; voix nasonnante, les amygdales sont tuméfiées sans être très rouges, ni recouvertes d'aucune fausse membrane ; la luette est globuleuse ; on constate à ce niveau une tache ecchymotique semblable à celle de l'oeil. Cette coloration noirâtre pourrait en imposer et faire songer à une plaque gangreneuse, qu'elle simule à s'y méprendre, si l'on n'avait pas, en quelque sorte, surpris l'iustant de sa production.

Les urines précipitent abondamment, par la chaleur, la liqueur de Tanret, l'acide picrique et l'acide azotique. On prescrit un gargarisme au chlorate de potasse, des gouttes de perchlorure de fer, du vin de quina, du sirop d'ergotine et des badigeonnages à la teinture d'iode. Le salicylate est très mal toléré par la malade.

Le rhumatisme s'en va graluellement, et persiste après que l'angine a disparu.

Les urines ne peuvent être examinées de nouveau que le 20 mars, à cause de l'apparition des époques. Il existe encore à cette date une quantité très appréciable d'albumine. On n'en retrouve plus de traces, le 25 mars.

OBS. IV. — Angine rhumatismale. — Albuminurie. (Observation due à l'obligeance de M. le docteur Duséa, de Pierre-Bénite.

Moreau (Pierre), 17 ans.

Le malade jouit d'une santé assez bonne. Nous ne trouvons rien d'héréditaire chez lui; il a perdu son père de la variole en 1870; sa mère vit encore et se porte parfaitement bien. Il n'a


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jamais eu la scarlatine ; seulement, il y a trots ans, il a été atteint d'un rhumatisme très léger dont il ne ressent actuellement aucune trace. Au poumon, la percussion, la palpation et l'auscullation ne donnent que des signes négatifs ; la reâpiratiùû est normale. Au coeur, on n'entend rien à la pointe, mais â l'orifice aortique, un léger souffle qui provoque chez le malade quelques palpitations, lorsqu'il marche un peu trop vite ou qu'il gravit Une montée, symptômes dont il ne parait cependant pas trop gêné.

Le malade s'est présenté à l'examen médical pour une douleur qu'il éprouve à la gorge, douleur qui est surtout provoquée par les efforts de déglutition.

A l'examen de la gorge, on trouve les amygdales tuméfiées et rouges, avec quelques points blanchâtres semés çà et là; la luette est un peu hypertrophiée et fortement hyperémiée. Nous avons en somme une angine catarrhale assez bien circonscrite aux amygdales et à la luette.

A l'examen des urines, on trouve avec l'acide nitrique, la liqueur de Tanret et la chaleur, un abondant précipité caillebuté d'albumine.

20 février. — Aujourd'hui, l'angine est complètement guérie depuis trois ou quatre jours. On examine de nouveau les urines; les réactifs ci-dessus ne donnent plus aucun précipité. Les urines sont aussi limpides après qu'avant l'opération; toute trace d'albumine a donc complètement disparu.

OBS. V. — Angine rhumatismale, — Albuminurie.

Louise Guillou, dévideuse, âgée de 16 ans, entre à l'hôpital de la Croix-Rousse, le 13 février 1881. Cette jeune fille dit avoir séjourné dans une habitation humide. Elle est malade depuis euviron quatre mois. Elle a été prise, à la suite d'un refroidissement, do gêne de la déglutition et de cuisson dans l'àrrière-gorge. Depuis oette époque, elle tousse, maigrit et se plaint de céphalalgie continuelle et d'inappétence. Actuellement, léger mouvement fébrile, la toux est fréquente, l'expectoration n'offre rieb de Spécial ; jamais d'hémoptysies ; le faciès est pâle, les pommettes très colorées; langue sabun'aie, quelques vomissements; menstruation irrégulière ; auscultation négative, sauf quelques râles sonores disséminés dans les deux poumons.

Les urines précipitent abondamment par l'acide nitrique, la chaleur et la liqueur de Tanret.

h mars, léger mouvement fébrile, rhumatisme subaigu généralisé à toutes les articulations.

6 mars, la quantité d'albumine diminue sensiblement.

20 mars, plus d'albumine; les douleurs ont disparu, l'état général est satisfaisant, la malade demande son excat.

OBS, VL — Angine rhumatismale pullacéi: Albuminurie, Microbes dans Curine.

Céline Patillon, dévideuse, âgée de 20 ans, entre à l'hôpital de la Croix-Rousse lé 12 avril 1881. Pas d'antécédents pathologiques. Depuis un mois, cette femme est atteinte d'une bronchite légère. Samedi dernier, elle est prise de céphalalgie, de douleurs dans la région lombaire, en môme temps que d'une grande gêne dans la déglutition. Anorexie complète, pas de vomissements. Actuellement on constate une fièvre vive, le pouls est plein, fréquent, les pommettes sont très colorées. Cette coloration ne paraît pas tenir à la fièvre, mais à la persistance'de la céphalalgie. Les membres pas plus que le tronc ne présentent de rougeurs. Cons-


m

tipatlon, pa§ dé métëôrismé < la pression dé l'abdômén h'èst pas douloureuse ( peu de lâchés. La langue est couverte d'un enduit saburral léger. Les amygdales août recouvertes d'un enduit' pultacé blanc jaunâtre. La luette est un peu plus rôugè que normalement,,

Les urines contiennent plus d'un gramme d'albumine par litre. Température i0,5. ' -■ ■ :

13 avril. Même état; température 40 lé malin; û3 le soir.

14. Là déglutition est un peu plus facile. On enlève l'enduit pultacé qui, examiné au microscope, ne présente aucune trace de fibrine, n'étant constitué que par des globules de pus. — Collutoire au tannin, gargarisme chlorate. Lés urines sont rares, fortement colorées, présentant une réaction manifestement acide, et contiennent 0,98 d'albumine par lilre. Le dosage de la globuline et de la serine, pour ce total, donne .'serine, ô,35; globuline, 0,63. Examinées au microscope avec les précautions nécessaires, on y constate la présence d'une quânliié innombrable de bactéries, de microbes en forme de biscuit et même dé spores arrondies. Ces microbes circulent librement et en grand nombre dans ie champ de là préparation oii sont fixés sur les débris épithéliaux. Il n'existe aucune trace de cylindres, Ms dé nombfetlses granulations d'urale de soude. Temp. 39t5 le malin; le soir, 40.

15. Le pharynx présente le même étal. Temp. 39,5; le soir 39,8.

Les urines contiennent beaucoup d'albumine, mais oh n'y rencorilrè plus de taicîdbës. Les granulations d'urale de soude existent encore en grand nombre.

La malade se piâint d'une vive douleur dans le genou dfoit qui est devenue le siège d'Une fluxion rhumatismale évidente*

Les urines sont successivement examinées tous les" jours jusqu'au 22; nous ti'y avons pliis constaté la présence de microbes depuis ie 15 avril. Le 22, toute tracé d'albumine a disparu.' La fluxion articulaire s'améliore sous l'influencé du salicylaie de soudé.

Il me serait facile d'ajouter à la liste de ces observations des faits absolument identiques; je me bornerai à citer encore l'exemple d'un malade de la ville à qui je donne des soins depuis le mois de février et chez lequel j'ai pu observer trois récidives de rhumatisme articulaire subaigu, coïncidant avec de l'angine et une albuminurie temporaire. Je passe maintenant à un autre ordre de faits : l'albuminurie compliquant des angines dont on ne peut démontrer ^origine dialuésique.

OBS. VII. — Angine phletjMônèttée. — Albuminurie. '■' ■

Marie Chàpél^ née ù Lyon, exerçant la profession dé tisseuse, âgée dé 28 ans* entre k l'hôpital de la Gi'oix4lou3sc, le 9 juillet 1880. Pas d'antécédents rhumatismaux. Début, il y a trois jours, par un malaise général : fièvre, céphalalgie, douleurs lombaires et aBgirté, Aeiilellé1ment la malade ne peut rien avaler ; la parole est difficile s elle bave constamment, par suite de l'impossibilité de la déglutition.

A l'examen de la gorge, on constate de la rougéùf des deux amygdales et du Voilé du palais ; l'amygdale gauche est énorme et, tout aulour d'elle, les tissus sont fortement gdnfiés, tendus et forment une tumeur qui s'avance jusqu'à la limite antérieure du voile du palais, en avant, en dépassant la ligne médiane.

Une incision assez profonde, n'ayant amené que du sang, parait soulager la malade* 1


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11 juillet. Nouvelle incision, très profonde, qui donne issue à une certaine quantité de pus et amène un soulagement immédiat.

14. La place de l'amygdale est parfailement nette, le gonflement a disparu.

18. La malade allait beaucoup mieux et demandait à sortir la veille, lorsque, ce malin, on constate un oedème assez considérable des paupières et des malléoles.

L'urine, notablement acide, contient une grande quantité d'albumine. On prescrit un gargarisme chlorate, des pilules d'extrait de quina et d'ergoline, etc., etc.

22. Diarrhée, suppression des médicaments.

24. Dosage de l'albumine, 3,50 par litre.

3 août. Dosage de l'albumine, 1,25 par litre. L'oedème des malléoles a disparu, encore un peu d'oedème des paupières.

9. L'albumine a diminué sensiblement, on n'en retrouve plus de traces. La malade, malgré nos instances réitérées, s'obstine à quitter l'hôpital pour reprendre ses occupations, n'éprouvant plus aucun malaise.

OBS. VIII. — Angine catarrhale. — Albuminurie.

Saint-Maurice (Pierre), à Irigny (Rhône). (Observation due à l'obligeance de M. le docteur Duséa, de Pierre-Bénite).

Le malade est âgé de 15 ans et de constitution assez robuste. Pas d'antécédents dialhésiques. Jamais il ne s'est plaint de douleurs rhumatismales. Lorsque le malade s'est présenté à l'examen, il a accusé une souffrance assez vive à la gorge, caractérisée par une sensation de cuisson ou de brûlure, sensation exagérée par l'ingestion d'aliments ou par les efforts de déglutition. A l'inspection de la gorge, on a constaté une hyperéraie assez bien circonscrite aux amygdales, qui sont un peu hypertrophiées. Sur ces amygdales, on remarque par places quelques points blanchâtres.

La percussion et l'auscultation ne donnent aucun résultat; on ne trouve rien non plus du côté du coeur.

Le malade n'a jamais eu de douleurs au niveau des reins, pouvant expliquer une néphrite.

De plus, c'est la première fois que le malade se plaint de mal à la gorge.

L'angine cède facilement au traitement.

L'examen des urines, pratiqué le 2 février 1881, montre celles-ci chargées de mucus et riches en urales.

La liqueur de Tanret et la chaleur y décèlent la présence de l'albumine. Il a fallu 6 gouttes de liqueur de Tanret pour avoir, avec le bichlorure de mercure, la coloration jaune caractéristique. Les urines ne contiennent pas de sucre.

2 mars. Nouvel examen des urines. L'albumine a presque entièrement disparu. La liqueur de Tanret ne produit plus qu'un nuage imperceptible, alors que durant l'angine une seule goutte suffisait pour produire de gros flocons albumineux. Le malade, complètement rétabli, a repris ses occupations.

OBS. IX. — Angine catarrhale. Albuminurie,

Chabrol, âgé de 20 ans, ouvrier apprêleur, se présente à ma visite du 12 mars 1881, se plai-


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gnant de malaise général, inappétence, léger mouvement fébrile le soir, gène de la déglutition. L'arrière-gorge, les piliers, les amygdales, la luette, sont rouges, tuméfiés, mais il n'existe aucune trace de fausses membranes. Les urines franchement acides donnent par l'acide nitrique un précipité abondant. La chaleur, la liqueur de Tanret produisent également un trouble uniforme, sans flocons albumineux.

Mardi 16 mars, L'angine a presque disparu, mais l'albumine persiste plus abondante qu'au dernier examen et se coagule en flocons rétractiles.

23 mars, La densité de l'urine a repris son taux normal. Il n'existe plus de trace d'albumine; l'ouvrier retourne à son travail.

(Cet homme n'a jamais eu de douleurs rhumatismales à aucune époque de sa vie.)

OBS. X. — Angine catarrhale. Albuminurie.

Marie Gautheron, tisseuse, âgée de 22 ans, entre à l'hôpital de la Croix-Rousse le 11 mars 1881. Bonne santé habituelle bien qu'un peu lymphatique. Pas cTantécédents diathêsiques. Depuis trois jours, cette jeune fille est atteinte d'une angine survenue sans cause appréciable. Léger mouvement fébrile, difficulté de la déglutition, douleur au niveau de la région lombaire.

Les amygdales sont tuméfiées ; les piliers, rouges, sans enduit pullacê.

L'urine précipite abondamment par l'acide nitrique et la liqueur de Tanret; pas de précipité par la chaleur, probablement à cause d'une impureté du tube d'essai. L'alcool absolu donne un coagulum très abondant qui ne peut être dû qu'à l'albumine.

Le 16 mars, l'urine ne contient plus, de traces d'albumine, le malade demande son eaxat.

OBS. XI. — Angine catarrhale. Albuminurie.

Claudine Duchamp, dévideuse, âgée de 18 ans, entre à l'hôpital de la Croix-Rousse, le 15 janvier 1881, présentant de l'aménorrhée et des phénomènes hystériformes variés, sensation de boule, etc., etc. Jamais d'antécédents rhumatismaux.

15 février. Depuis trois jours, la malade est atteinte d'une extinction de voix et souffre de la gorge dans les mouvements de déglutition. Le pharynx est rouge ainsi que la luette et les amygdales, qui ne sont cependant pas tuméfiées.

Les urines, examinées par la chaleur et l'acide nitrique, contiennent une quantité notable d'albumine.

8 mars. — Amélioration de l'état local. Les urines ne contiennent plus d'albumine, la malade quitte l'hôpital.

On pourrait reprocher à ces observations bien des lacunes, telles que : un dosage exact de l'albumine, la mention de la densité, du chiffre de la masse totale des urines dans les vingt-quatre heures, de leur réaction, le dosage de la globuline et de la serine, etc.

Ces recherches seront complétées ultérieurement. D'ailleurs, en recueillant ces faits, que nous n'avions pas songé à publier tout d'abord, nous n'avons eu d'autre Préoccupation que celle de constater la présence de l'albumine, et cela au moyen du


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contrôle de cinq ou six réactifs différents. Rien n'a été négligé pour nous assurer de la nature du précipité, pas même l'examen après dessiccation. Nous avons laissé de côté les cas douteux, pour ne considérer comme albumineuses que les urines donnant un précipité évident et pouvant contenir approximativement de 1 à 5 grammes d'albumine par litre.

La coïncidence de l'angine avec le rhumatisme ou la dîalhèse rhumatismale, l'intermittence de l'albuminurie, la forme de l'angine, l'examen minutieux du malade au point de vue des antécédents, des sources de contagion possibles, des signes propres aux fièvres éruptives, démontrent suffisamment que ces albuminuries n'ont rien de commun avec la scarlatine fruste.

11 nous paraît donc ressortir clairement de ces faits, que l'angine rhumatismale se complique fréquemment d'une albuminurie le plus souvent passagère, quelquefois plus tenace — comme dans l'observation I, — mais toujours susceptible de récidiver avec l'angine. Il est plus difficile d'interpréter les observations d'albuminurie liées à l'angine catarrhale et à l'angine phlegmoneuse, ainsi que l'a signalé Kannemberg. Ces deux formes d'angine peuvent s'observer, il est vrai, dans le cours du rhumatisme ou simplement chez des rhumatisants; mais cette seule coïncidence peut-elle nous autoriser à mettre l'albuminurie sur le compte du rhumatisme toutes les fois qu'elle complique une angine phlegmoneuse ou rhumatismale? En d'autres termes, l'existence de l'albuminurie, constatée sur un malade affecté d'une angine quelconque, suffit-elle pour nous permettre d'affirmer la nature dialhésique de l'angine et caractériser son origine rhumatismale? Si simple et si séduisante que soit cette formule, il nous répugne de l'admettre, pour le moment du moins, et nous croyons devoir réserver notre opinion à cet égard.

Du reste, ne peut-on pas invoquer dans l'espèce un état calarrhal de l'épilhélium des tubuli, qui participeraient ainsi de l'impression générale des muqueuses ?

Nous ne serions en outre pas éloigné de croire à l'influence saisonnière, faisant ainsi la part de la constitution médicale que nous savons capable d'imprimer une physionomie tout à fait différente à des maladies de même nature, sévissant épidémiquement à quelques années de distance.

En effet, depuis que notre attention a été attirée sur ce point, nous n'avons jamais vu aussi fréquemment que cette année l'albuminurie s'ajouter à titre de complication à divers étals morbides. Cela est si vrai que depuis le commencement de l'influence vernale, nous avons observé trois cas de néphrite calarrhale idiopalhique, deux faits de néphrite scarlalineuse ayant amené la mort.

Une albuminurie primitive suivie de mort au quatrième jour et un lyphique.

Une urémie mortelle chez une diabétique.

Deux albuminuries très abondantes chez des femmes, au huitième mois de la grossesse.


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Enfin, douze ou quinze faits d'albuminurie compliquant diverses variétés d'angine.

J'excepte, bien entendu, de cette énuniération les néphrites cardiaques.

On ne peut songer à mettre ces sortes d'albuminuries sur le compte de l'hyperthermie, agissant sur les éléments du rein; attendu que, si parfois l'angine s'ac-, compagne d'une réaction fébrile très intense, nous avons observé, par contre, bien des cas d'amygdalites suivis d'albuminurie sans élévation notable de la tempéraUn médecin allemand, Kannenberg, que nous avons cité précédemment, ne craint pas d'affirmer que ces albuminuries transitoires ne sont autres que des néphrites d'élimination, le trouble de la sécrétion urinaire étant le fait de l'irritation-des éléments du rein par le passage dans l'urine d'une certaine quantité de micrococci et de bactéries contenues dans le sang. Cette théorie parasitaire plus spécialement applicable aux albuminuries des maladies infectieuses serait volontiers généralisée par l'auteur à la plupart des albuminuries compliquant les maladies aiguës (Kannenberg, Zeisschrift fur Kl. med., 1880, p, 5ll).

Je ne saurai mieux faire que de rapporter en entier la portion du mémoire de Kannenberg qui a trait à l'albuminurie des angines.

Après avoir parlé de la néphrite parasitaire de certaines pneumonies; l'auteur s'exprime en ces termes :

« On sait que très fréquemment une néphrite aiguë complique toutes lés affections aiguës des tonsilles. Cette néphrite est très analogue à celle des maladies infectieuses. Depuis le commencement de cet année j'ai vu trois cas de ce genre, et, dans les trois, j'ai pu démontrer l'existence de microcci dans les cylindres, dans les cellules épithéliales et en liberté dans l'urine. Dans le premier cas, il s'agissait d'un gonflement érysipélateux des tonsilles et du pharynx. Le malade fut admis au septième jour de sa maladie ; sa température, le soir, était à 40,5. Le lendemain matin, l'urine de douze heures avait les caractères suivants :

Quantité. ..... 100<=c

Densité 1028

Couleur rouge sombre, louche, beaucoup d'éléments figurés; savoir :

1° Cylindres hyalins recouverts, un de cellules épithéliales colorées en jaune, un de globules rouges, un de fines granulations résistant à la potasse caustique;

2° Cellules épithéliales et globules rouges libres :

3* Micrococci fins, arrondis et en biscuits.

La proportion d'albumine renfermée dans l'urine est très faible. Le lendemain soir, la température était tombée au chiffre normal; en même temps, l'urine était plus abondante, claire, et les éléments figurés moins nombreux. Le douzième jour, ils manquaient absolument et l'urine ne renfermait plus d'albumine.


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Les deux autres cas étaient des cas d'abcès de l'amygdale. La néphrite se développa chez l'autre le quatrième jour, sans élévation de température. Les éléments figurés et l'urine étaient les mêmes que dans mon premier cas.

Ces faits me permettent de conclure que, dans les maladies infectieuses, ce n'est pas l'élévation de la température qui amène la néphrite. Que les agents qui la produisent soient de nature chimique, cela est supportable dans le cas d'abcès tonsillaire, cela l'est moins s'il s'agit du typhus, de la scarlatine, etc. La présence constante de micrococi dans tous les cas, fait supposer que leur passage à travers les parois des tubes rénaux irrite leur revêtement épithélial.

La néphrite, dans les deux cas d'abcès tonsillaire, évolua plus lentement, mais aboutit finalement à la guérison ; elle s'amenda au moment de l'ouverture de l'abcès et disparut, dans un cas après huit jours, dans l'autre cas après douze jours. » (p. 511) (1).

Nous avons cherché à vérifier ces faits, en prenant les précautions indiquées par M. le professeur Bouchard (recueillir l'urine par la sonde préalablement phéniquée et passée à la flamme, après avoir lavé les organes génitaux du malade avec une solution phéniquée). Nos observations n'ont malheureusement porté que sur trois cas. Chez une jeune fille atteinte d'angine rhumatismale et d'albuminurie, nous avons effectivement observé dans les urines une quantité considérable de micrococci dont l'élimination nous a paru coïncider avec le maximum de la température (obs. VI).

Le lendemain et les jours suivants, il nous a été impossible de retrouver les mêmes microbes qui avaient absolument disparu. Chez une femme atteinte de la même aflection, mais à un degré plus léger, nous n'avons pas constaté de bactéries; enfin, sur une femme âgée de 40 ans, présentant les symptômes du mal de Bright dont la nature a été confirmée par l'autopsie, nous avons constaté pendant les quelques jours qui ont précédé la mort une quantité très considérable de spores, de micrococci et de bactéries. D'après ce petit nombre de faits, il nous est donc impossible de porter un jugement définitif sur la théorie parasitaire de l'albuminurie des angines (2). Nous nous proposons néanmoins de compléter cette étude par des observations ultérieures.

(1) Leyden dit encore à ce propos : « Je dois insister sur ce fait que la néphiile peut survenir après l'angine simple, de même que la paralysie peut survenir après une angine non diphthéiïtique. » (Zcilschrift fur Klinih med.) Nous devons ces deux notes à l'obligeance de M. le professeur Lépine (mai 1881).

(2) Sur le rein d'un homme ayant succombé à une pneumonie primitive, s'accompagnant d'albuminurie secondaire, nous avons été à même de constater des lésions histologiques analogues à celle de la néphrite scarlatineuse, et plus encore, aux altérations du rein récemment décrites par M. le professeur Renaut dans la néphrite typhoïde.


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Notons encore en terminant que, dans le cours de ces néphrites transitoires, le dosage comparatif de deux espèces d'albumine nous a constamment fourni une proportion plus considérable de globuline que de serine. Nous n'avons fait que deux dosages rigoureusement exacts, qui ont confirmé une série de faits plus sommairement observés.

Nous ne nous arrêterons pas plus longuement à ces considérations palhogéniques, n'ayant pour le moment d'autre but que celui d'attirer l'attention sur un fait clinique qui passe trop souvent inaperçu.

En présence d'une angine, rhumatismale ou indemne de toute origine diathésique, il est donc pour nous de la plus haute importance d'examiner les urines au point de vue de l'albuminurie, de façon à pouvoir, en temps opportun, instituer un traitement approprié, si le symptôme persiste après la guérison de l'angine. On évitera ainsi la chance de laisser dégénérer un trouble fonctionnel, dont il est facile d'avoir raison, en lésion matérielle du rein le plus souvent irrémédiable.

Celle faute est d'autant plus facile à commettre que la marche de celte albuminurie est ordinairement latente, insidieuse, et peut progresser lentement et d'autant plus sûrement qu'elle n'éveille l'attention par d'autres signes appréciables que des malaises vagues, indéterminés qu'il est impossible de rapporter à leur véritable origine si l'on néglige l'examen urologique.

Dans les albuminuries d'origine rhumatismale, le salicylale nous a semblé influencer heureusement la complication rénale en même temps que la diathèse, mais nous ne saurions être très affirmalif sur ce point. Nous avons eu recours à la diète lactée, aux diurétiques légers, tels que les eaux du massif des Vosges.

Nous avons également obtenu de bons effets du jaborandi, des pilules de tannin ou d'ergotine associés à l'extrait de quina, et enfin, dans le cas le plus rebelle, la cautérisation ponctuée de la région lombaire nous a paru très efficace.


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CHEZ

UNE PÏÏTHISIQUE MORTE D'HÉMOPTYSIE

Communication faite à la Société médicale des hôpitaux

Dans la séance du 22 juillet IS81

Par le Docteur DAMASCHINO

Agrégé à la Faculté Médecin de l'hôpital Laênnee.

Depuis la dernière communication que j'ai eu l'honneur de faire à notre Société sur le contenu du sac dans les anévrysmes des cavernes, j'ai pu pratiquer l'autopsie de trois sujets phthisiques morts à la suite d'hémoptysies abondantes. Dans tous les cas, j'ai recherché et j'ai chaque fois découvert l'anévrysme rompu qui avait été le point de départ de l'effusion sanguine. Il s'agissait toujours, comme dans le plus grand nombre des faits analogues, de petites poches artérielles dont la dimension atteignait à peine celle d'une petite noisette.

Les pièces que je mets aujourd'hui sous vos yeux présentent au contraire un intérêt tout spécial en raison du volume considérable de la tumeur anévrysmatique et de la constitution des parois de celte production morbide. Voici, en quelques mots, l'histoire clinique de cette malade et les détails de l'examen anatomo-pathologique.

Au mois d'août de l'année dernière entrait, dans mon service de l'hôpital Laennec, une jeune fille de 17 ans qui, depuis près de deux années, se plaignait de douleurs avec gonflement au niveau du poignet gauche; il existait une tumeur blanche de l'articulation radio et médio-carpienne. La malade, dont le faciès était cachectique et qui maigrissait beaucoup, nous apprenait en outre qu'elle toussait souvent et l'examen de la poitrine m fit immédiatement reconnaître l'existence de


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lésions tuberculeuses dans les poumons. Les symptômes slélhoscopiques indiquaient l'invasion rapide des lésions morbides; dès les premiers jours de novembre, c'est-àdire moins de trois mois après l'admission à l'hôpital, des signes de ramollissement étaient déjà perceptibles au niveau de la fosse sus-épineuse droite. A cette époque, la malade se plaignit plusieurs fois de cracher du sang, mais l'examen des matières expectorées ne permit jamais de constater que quelques filets sanguins et jamais une hémoptysie de quelque importance. A peine y avait-il çà et là (d'ailleurs à intervalles éloignés) quelques crachats hématiques.

C'est le 25 janvier dernier que survint la première expectoration sanglante : elle fut d'emblée considérable, car la malade rendit en deux heures près d'un crachoir de sang pur. L'hémoptysie cessa aussi brusquement qu'elle était apparue, mais l'affaiblissement consécutif persista : en même temps, les symptômes locaux s'aggravèrent et bientôt les signes cavitaires furent constatés au sommet du poumon droit.

A partir du moi3 de mai, les hémoplysies se reproduisirent fréquemment, en même temps que la malade, en proie à la fièvre hectique, perdait rapidement ses forces. Le 1er juin, l'expectoration hématique fut plus abondante et dès lors presque continuelle ; la malade rendit tous les jours du sang dans ses crachats (environ un demiverre par jour). Le 6 au soir, l'hémoptysie cessa, mais le 7 juin au matin, elle se reproduisit de nouveau avee une grande intensité et, en quelques minutes, la malade succomba, littéralement étouffée par le sang écumeux qu'elle rendait en partie par la bouche. Les détails de ce fait intéressant sont reproduits dans l'observation que l'on va lire et que j'ai rédigée d'après les notes recueillies par M. Despréaux, externe très studieux de mon service.

OBSERVATION. ~ Phlhisie pulmonaire à marclie rapide, développée chez, une gcrofuleuse : hçmoplysks répétées suivies de mort. ^— Autopsie.

La nommée Thérèse S..., âgée de 17 ans, domestique, est entrée le 10 août 1880 à l'hôpital Laennee, salle Monneret, n" 22 (Service de M. Damaschino).

Cette jeune fille, maigre et d'une petite taille, a toujours été d'une santé délicate, quoiqu'elle n'ait jamais eu de maladie aiguë. Elle n'a jamais été réglée et se plaint de tousser de temps à autre, depuis environ deux ans. Les membres de sa famille sont très nombreux, et tous d'une bonne santé.

Elle entre à l'hôpital pour un gonflement douloureux du poignet gauche, gonflement dont le début remonte à six mois environ. La malade prétend que ce poignet aurait toujours été plus volumineux que celui du côté opposé, mais elle s'en servait néanmoins fort bien et les mouvements de l'articulation étaient très faciles. Cependant, un an environ avant le début de son affection articulaire, elle éprouvait dans l'articulation une douleur sourde, intermittente, apparaissant surtout après un travail forcé. Il y' a six mois, à la suite d'une foulure, lé poignet gonfla beaucoup et devint tout de suite douloureux. Thérèse S.i. se mit entre les mains d'une


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rebouteuse qui lui fil, pendant plus de trois mois, des manoeuvres sans résultat. L'articulation resta toujours tuméfiée, mais peu douloureuse et n'empêcha point la malade de continuer à travailler.

A l'cnlréc de cette jeune fille a l'hôpital, on est immédiatement frappé de son extrême pâleur. La face présente les traces de strumes survenues dans le jeune âge : en même temps, boutons d'acné varioliforme au visage, au cou, et à la face dorsale des mains (on excise plusieurs de ces boutons pour en faire l'examen histologique). Les membres sont maigres et le système osseux est peu développé. Au poignet, tuméfaction légère, mais déformation notable, surtout au niveau de la tête du cubitus qui parait un peu plus grosse que celle du côté droit L'articulation, régulièrement augmentée de volume, semble d'apparence cylindroïde.

La toux dont se plaint celle malade n'est pas très fréquente, mais pénible le matin et un peu le soir : elle est sèche et c'est à peine si l'on trouve dans le crachoir un ou deux crachats muqueux, sans aucun caractère spécial. A l'examen de la poitrine "(qui est très manifestement étroite avec saillie des omoplates en arrière), diminution légère de la sonoréité et défaut d'élasticité au niveau de la fosse sus-épineuse droite. Aucun signe cavitaire, mais le murmure respiratoire est un peu affaibli et l'inspiration granuleuse; le retentissement vocal n'est point exagéré ; rien d'anomal du côté gauche. (Sirop d'iodure de fer et huile de foie de morue. IVidigeonnnges de teinture d'iode avec bandage compressif au niveau du poignet; puis, immobilisation de la jointure à l'aide d'un appareil plâtré.)

Au commencement d'octobre, l'état général n'est point modifié; mais la tumeur blanche du poignet présente une amélioration sensible : les douleurs, notablement, ont tout à fait disparu. Par contre, les symptômes pulmonaires sont plus accusés; la toux est fréquente et plus pénible, quoique un peu moins sèche. A l'auscultation, on perçoit des raies humides (craquements et gargouillements à petites bulles) dans le tiers supérieur du poumon droit. A gauche, à peine quelques ronchus pendant la toux.

Le 15 octobre, l'appareil plâtré est retiré : on constate que la tuméfaction du poignet est beaucoup moindre qu'à l'entrée de la malade ; il n'y a aucune rougeur, mais les mouvements sont en grande partie abolis. (Cautérisations ponctuées au thermo-cautère, répétées tous les huit jours, au niveau de la tumeur blanche. Même traitement général.)

26 octobre. Malgré l'application réitérée de révulsifs sur le thorax, les lésions pulmonaires ont continué à progresser. En arrière et à droite, les râles humides sont plus abondants et aussi à bulles plus volumineuses ; à la région moyenne, respiration supplémentaire très marquée (ce symptôme u'existait pas lors du dernier examen). A gauche, matité très nette au niveau de la fosse sus-épineuse.

8 novembre. L'étal général est un peu moins satisfaisant; le malade pâlit et perd un peu ses forces déjà très diminuées. On constate en même temps une aggravation notable dans l'état du thorax ; les râles muqueux ont fait place à des gargouillements perçus non seulement pendant la toux, mais encore dans les inspirations même peu profondes. A l'expiration, souffle très retentissant, manifestement cavitaire. La voix, très retentissante elle aussi, offre quelques caractères de la pecloriloquie.

22 novembre. Même état général cl local. La malade se plaint en oulre de douleurs avec sensation de tension au niveau de la région axillaire gauche. On sent, en effet, en ce point,


193

immédiatement en arrière du bord inférieur du grand pectoral, une masse bosselée sans changement de couleur à la peau, et dont la dimension ne dépasse pas celle d'un oeuf de poule; il s'agit évidemment d'une adénopatbie de nature slrumeuse.

A la 1ÎD de décembre, la tumeur axillaire avait notablement diminué, les symptômes inflammatoires dont elle était le siège ayant tout à fait disparu; mais l'état général et les symptômes thoraciques persistaient en s'aggravant.

Dans la dernière semaine du mois de janvier (le 25), la jeune S... est prise brusquement d'un crachement de sang pur ; pendant deux heures consécutives, l'hémoptysie se répète à plusieurs reprises et la malade remplit assez rapidement un crachoir de sang. (Ventouses sèches, injections sous-cutanées d'ergoline.)

Le lendemain et les jours suivants, l'hémorrhagie ne se reproduit pas, mais la malade reste très affaiblie, pâlie et fortement préoccupée de son état; les signes cavitaires sont de plus en plus accentués.

Au moi de mai, quoique la malade n'ait plus eu d'hémoptysie, les phénomènes thoraciques sont encore plus prononcés; il existe à droite des signes cavitaires (souffle amphorique et gargouillement avec pectoiïloquie franche). L'amaigrissement fait des progrès constants, les sueurs nocturnes sont abondantes, et- la malade se plaint pour la première fois d'une diarrhée qui résiste à l'emploi des opiacés unis au sous-nilrate de bismuth ; les injections souscutanées de morphine seules permettent de modérer cette diarrhée qui continue cependant à se répéter encore deux fois en vingt-quatre lieures.

Vers la fin de mai, l'hémoptysie reparaît sans aucune cause appréciable ; la malade ne rend pas du sang en grand abondance, mais presque tous les malins on en trouve dans son crachoir; on peut évaluer à 60 ou 80 grammes la quantité de liquide hématique évacué sous forme non seulement de crachats rouges et aérés, mais encore de sang presque pur et à moitié coagulé. (Repos absolu au lit, boissons glacées, teinture de digitale à la dose de 1 gr. 50 à 2 grammes dans une potion, injections sous-cutanées avec 50 centigrammes d'ergotine.)

Le 7 juin, la malade succombe tout à coup, littéralement étouffée par une nouvelle hémoptysie, après avoir rendu environ un verre de sang à peu près pur dans l'espace de quelques minutes.

L'autopsie, pratiquée vingt-quatre heures après la mort, m'a permis de retrouver le point de départ de ces hémorrhagies répétées. Cette fois encore, j'ai eu recours au procédé que j'ai eu l'occasion de vous exposer dans mes précédentes communications, c'est-à-dire à la dissection des vaisseaux et des bronches, combinée avec l'injection de liquide colorant (du liquide de Muller) pratiquée dans l'artère pulmonaire. L'incision de l'arbre bronchique a fait constater, dans les deux poumons, l'existence d'une mousse sanguine très abondante. Quant à l'anévrysme, il a été très facile de le trouver, il siégeait à droite et occupait la troisième branche de bifurcation de l'artère pulmonaire; mais au lieu de trouver une petite tumeur du volume d'une amande ou d'une noisette, j'ai constaté, dans une caverne, la présence d'une grosse masse de la dimension d'un oeuf; cette masse remplissait comMÉM. 13


194

plètement la cavité creusée dans le parenchyme pulmonaire et se continuait directement avec la branche artérielle dont les parois se perdaient directement dans la tumeur sanguine. La poche anévrysmalc, ai-je dit, remplissait complètement la caverne; sa surface, partout lisse et régulière, était en quelque sorte moulée sur la paroi de l'excavation, mais on pouvait l'en séparer facilement, car elle n'adhérait aucunement au parenchyme du poumon, sauf sur l'une des extrémités de l'anévrysme, au point même où ce dernier se continuait avec la branche artérielle. Au moment où l'on poussait par l'artère pulmonaire une injection colorée, on voyait se gonfler la tumeur, mais si l'on venait à cesser l'injection, l'anévrysme diminuait immédiament de volume, parce qu'il se vidait par une petite perforation en forme de soupape qui existait à l'extrémité opposée à celle où la tumeur se continuait avec l'artère.

Une section pratiquée sur le grand axe de cet anévrysme a permis d'en constater la véritable nature. Je n'ai pas trouvé, comme dans la plupart des faits déjà connus et notamment dans tous ceux que j'ai eu l'occasion d'observer moi-même, une lumeurà parois minces, vide ou renfermantdu sang diversement coagulé. Il s'agissait, dans ce cas, d'une masse absolument compacte, à parois très épaisses et creusée d'une cavité petite, offrant à peine le volume d'une forte amande . Les parois étaient constituées de deux couches intimement adhérentes mais d'aspect bien différent. A l'intérieur même et en parfaite continuité avec les tuniques artérielles, une sorte de membrane interne d'un blanc jaunâtre, très mince et rappelant, par son apparence et sa coloration, l'aspect et la coloration du vaisseau avec lequel elle se continuait. A l'extérieur, existaient des couches concentriques de caillots les uns décolorés et fibrineux, les autres de coloration rouge violacé et d'apparence cruorique; ces caillots moulés sur la périphérie de la tumeur en suivaient très exactement les inégalités, et, d'une façon générale, on pouvait dire qu'ils semblaient à peu près aussi anciens à la périphérie qu'au centre. Ces coagulums superposés, absolument identiques d'aspect avec ceux des sacs anévrysmaux, formaient à la tumeur une paroi épaisse et solide, sauf vers l'extrémité correspondant à la perforation. A ce niveau, la masse était à peu près réduite à la couche interne très amincie et à peine recouverte par quelques lamelles fibrino-cruoriques d'ailleurs fort minces.

L'examen histologique m'a fait constater que telle était la constitution de cette singulière tumeur. La couche interne était bien réellement formée par les tuniques artérielles ayant subi les modifications que l'on observe dans ces sortes d'anérrysmes; autour de ce sac, des caillots flbrino-cruoriques avaient déterminé la formation de la masse morbide si remarquable par son volume considérable.

Ce fait, si singulier au premier abord, n'est peut-être pas unique dans la science. Maurice Raynaud a présenté en 1874, à la Société anatomique, sous le litre de : Pseudo-anêvrysme de Varlère pulmonaire développé dans une caverne lubercu-


195

leuse (1), une observation offrant de grandes ressemblances avec celle que l'on vient de lire. Le malade, un homme de 49 ans, avait présenté depuis une année des signes de bronchite : huit mois plus lard, hémoptysie très abondante; trois mois après, nouvelle hémoptysie après laquelle les crachais restèrent sanglants pendant plusieurs jours. La mort survint quatre semaines après le dernier crachement de sang. A l'autopsie, on trouva des lésions tuberculeuses disséminées avec granulations et cavernes. A la partie inférieure du lobe supérieur droit, existait une cavilé sphérique de la grosseur d'un marron d'Inde et remplie de caillots de deux ordres : les uns, au centre, mous et difûuenls ; les autres, à la périphérie, denses, fibrineux, décolorés et manifestement stratifiés, décomposables en feuillets emboîtés. La face interne de ces caillots, en contact avec les caillots mous, était remarquablement lisse.

La dissection de l'artère pulmonaire a permis de retrouver un rameau de troisième ordre qui contournait, en s'y accolant, les parois de la caverne; de ce rameau, partait une collatérale qui semblait s'ouvrir à plein canal dans la cavité située au centre des caillots, « si bien que la surface interne de cette petite artère semblait se continuer avec la surface interne des caillots fibrineux. » On reconnaîtra, sans peine, dans celte description très saisissante donnée par Maurice Raynaud, des traits communs avec les détails analomo-pathologiques que je viens de vous faire connaître dans l'observation qui m'appartient. Il est seulement regrellable que, d'une pari, on n'ait pas pratiqué une injection dans l'artère pulmonaire, pour voir si elle pénétrait dans la poche qualifiée de pseudo-anévrysme ; et, d'autre part, que l'on n'ait pas soumis les pièces à un examen hislologique. Nul doute que cette double épreuve n'eût permis d'acquérir une absolue certitude sur la nature réelle de la lésion anévrysmale, à propos de laquelle eut lieu, à la Société anatomique, une intéressante discussion à laquelle prirent part M. Charcot et M. Trélat.

C'est vraisemblablement aussi un fait analogue qui a été observé et présenté par M. Liouville, en mai 1875, à la Société anatomique. La pièce avait été recueillie chez un jeune homme de 17 ans, mort de tuberculose pulmonaire. Voici dans quels termes elle est décrite dans les Bulletins de cette Société pour l'année 1875 : « L'anévrysme n'avait pu être soupçonné; cependant il s'était ouvert, ainsi qu'on le reconnut à l'autopsie ; mais la bronche qui aboutissait à la caverne étant oblitérée, le sang n'avait pu être rejeté au dehors. » (2)

On le voit, il existe encore enlre ce cas et celui que je vous ai rapporté, un certain nombre de caractères communs. Il est seulement regrettable que la dissection

(1) Maurice Raynaud. In Bulletins de la Société anatomique pour 1874, t. 40, p. 169 et suivantes.

(2) Henry Liouville. Société anatomique, mai 1875.


196

n'ait pas été plus complète, ainsi que la description des caillots, et que l'examen microscopique ne soit pas signalé dans le fait de M. Liouville.

Le mode de production de la tumeur que je vous présente aujourd'hui, me semble assez facile à comprendre, étant donnés : d'une part, les renseignements fournis par l'histoire clinique de cette malade; et, d'autre part, les résultats de la dissection et de l'élude faite au microscope. Il me semble hors de doute qu'une rupture peu considérable de cet anévrysme s'étant produite, du sang s'est épanehé autour de la tumeur artérielle et que la reproduction successive des hémorrhagies a déterminé la formation des couches concentriques de caillots par le même mécanisme qu'à l'intérieur des anévrysmes sacciformes. Le petit volume de la perforation constatée à l'autopsie, la communication assez étroite de la caverne avec les cavités bronchiques; enfin, la longue durée des accidents d'hémoptysie rendent un compte très suffisant du mode de développement de cette tumeur.

FIN DES MÉMOIRES POUR L'ANHÉE 1881


TABLE DES MATIÈRES DU TOME XVIII

(DEUXIÈME SÉRIE)

I

Table analytique des Bulletins.

A

ACIDE PHÉMQUE (Sur l'emploi de 1'—) comme agent antipyrétique, par MM. H. Desplats et Ferrand, p. 82.

ALBUMINURIE (Angine et—), par M. Laure. Rapport de M. Lereboullet, p. 248.

ALIMENTATION FORCÉE. (Voy. PHTHISIQOES.)

ALLOCUTION de M. Hillairet, président sortant, p. 3.

— de M. H. Gueneau de Mussy, président entrant,

entrant, 4.

ALTÉRATIONS (Des—) du tissu osseux chez les hémiplégiques. [Voy. HÉMIPLÉGIQUES.)

AMYGDALES (Note sur l'hypertrophie des—), par M. Cornil, p. 211.

— (Hypertrophie des—), par M. Féréol, p. 152,

et Voy. de plus à la page 283. Discussion : MM. E. Besnier, Gouguenbeim, Martineau, Féréol, p. 152.

AMYGDALITE SYPHILITIQUE double, avec hypertrophie considérable et ulcérations gangreneuses, par M. Féréol, p. 283. Discussion : MM. Martineau, p. 285. — E. Besnier, Martineau, p. 286.

ANÉTRYSME(Présentation d'un—) pulmonaire rompu, par M. Damaschino. ( Voy. aux Mémoires, p. 190.) — Discussion : MM. Cornil, Damaschino, p. 210.

ANGINE DE POITRINE. (Voy. PLEURÉSIE.)

ARTÈRE PULMONAIRE (Rétrécissement de—). (Voy. STÉNOSE.)

B

BUREAU (Composition du—) de la Société pour l'année 1882, p. 360).

c

CANTHARIDINE el poudre de canlharides (Recherches sur l'action toxique de la—), par M. Cornil, p. 26.

CHARBON (De l'emploi de la poudre de—) à l'intérieur dans le traitement de la fièvre typhoïde, par M. E. Besnier, p. 15.

CHOLÉRA DES POULES, par M. Cornil, p. 331.

COEUR CACHECTIQUE (Du), par M. DuCastel, p. 199.

CONSTITUTIONNELLES (Maladies—) et diathésiques, par M. C. Paul, p. 13.

CORRESPONDANT (M. Laure est nommé membre—), p. 276.

»

DÉCÈS de M. Maurice Raynaud, p. 203.

— de M. Puchc, p. 265.

DIPHTÉRIE MALIGNE (Observation de—), par M. Lereboullet, p. 188. Discussion : MM. DujardinBeaumetz, p. 189. — E. Labbé, C. Paul, Dujardin-Beaumelz, p. 190.

— (Des moyens prophylactiques pouvant être

employés contre la contagion de la—). Rapport par M. Descroizilles, 311.

E

ECI.AMFSIE INFANTILE (Guérison d'un cas d*—), par M. Guyot, p. 124. Discussion : MM. Dumontpallier, Maurice Raynaud, Hervieux, p. 124 — MM. Maurice Raynaud, Hervieux, Duguet, p. 125.

ECTHYMA (Une épidémie d'—) dans le service des

TABLÏ

ik


varioleux de l'hôpital Saint-Antoine, par M. du Castel, p. 255.

— (Des éruptions secondaires d'—) et de pemphigus qui surviennent dans le cours de la variole, par M. Rendu, p. 315. Discussion : M. E. Vidal, p. 323.

EMBOLIES PULMONAIRES duns la phlliisie, par M. Duguet. (Voy. aux Mémoires, p. 169.) Discussion : M. Damaschino, p. 80.— MM.R. Moutard-Martin, Dumontpallier, Duguet, p. 81.

EPITHÉLIALES (De la destruction des tumeurs—), par la pâte arsenicale de Rousselot, par M. Laboulbène, p. 123. Discussion: MM. Dumontpallier, Laboulbène, p. 124.

ESTOMAC (Note sur un appareil destiné au lavage de 1'—), par M. Debove, p. 82.

F

FIBRINE (Sur les modifications de la—) du sang dans les maladies, par M. Havem. {Voy. aux Mémoires, p. 33.)

H

HÉMATURIE INTERMITTENTE (Note sur un cas de fièvre tellurique avec—), par M. Sorel, p. 118.

HÉMIPLÉGIQUES (Des altérations du tissu osseux chez les—), par M. Debove, p. 251.

HÉMOGI OBINLRIE PAROXYSTIQUE a frigore (Observation d'—), par M. du Cazal, p. 331. Discussion : M. Bucquoy, p. 339. — MM. Havem, du Cazal, Dumontpallier, p. 340.

o frigore (Note au sujet de 1*—), par M. Mesnet,

Mesnet, 34 t.

HYSTÉRIE (Note sur un cas de mort paraissant avoir été causée par un accès d') à forme uydrophobique, par M. Raynaud, p, 17. Discussion .- MM. Dujardin-Beaumetz, Raynaud, Rendu, Raymond, p. 24. — MM. Raynaud, Millard, p. 25.

L

LADRERIE (Sur une transformation de la—) du porc, par M. C. Paul, p. 124. Discussion: MM. Dumontpallier, Laboulbène, p. 124.

LÈPRE (Note sur le siège des parasites de la—), par M. Cornil. {Voy. aux Mémoires, p. 151.

— (Seconde note sur le siège des bactéries de

la—), par M. Cornil. {Voy. aux Mémoires, p. 155.)

M

MALADIES RÉGNANTES, par M. Ernest Besnier. Octobre, novembre, décembre 1880, p. 28.— Janvier, février, mars 1881, p. 152. — Avril, mai, juin 1881, p. 220. — Juillet, août, septembre 1881,p. 286.

— de Brest, par M. Tli. Caradec père, p. 47.

— de Bordeaux, par M. Arnozan, p. 49, 177,

237, 303.

— d'Aurillac, par M. Rames, p. 49,182, 240, 302.

de Toulouse, par M. Bonnemaison, p. 50, 176,

238, 301.

— de Marseille, par M. Guicliard de Choisity,

p. 51, 239.

— deClermont-Feirand, par MM. Frédet et Barbcret,p.

Barbcret,p. 54,181, 182, 241, 304, 305.

— de Rouen, par M.Lcudet, p. 55, 244, 306.

— du Havre, par M. Lecadre, p. 56, 181, 245,

306.

— — par M. Launay, directeur, et par les médecins du Bureau d'hygiène, p. 57,

184, 245, 307.

— Commenlry(Allier), parM. Paul Fabre, p. 178,

243.

— Berck-sur-Mer, par M. Cazin, p. 242.

MICROBES (Du rôle pathogénique des—), par MM. du Cazal et Zuber, p. 276.

MUTATIONS dans les hôpitaux, p. 340, 360.

N

N.EVI MATERNI (De la guérison des—) par la vaccination, par M. C. Paul, p. 123. Discussion : M. Laboulbène, p. 123. —MM. Dumontpallier, Laboulbène, C. Paul, Guyot, Raynaud, Hervieux, p. 124. — MM. Raynaud, Hervieux, Duguet, p. 125.

— PIGSIENTAIRE (Présentation d'un enfant affecté

affecté par M. Joffroy, p. 78. Discussion : MM. E. Besnier, Hayem, Duguet, Damaschino, p. 80. —MM. R. Moutard-Martin, Dumontpallier, Duguet, p. 81.

0

OREILLE (Suites de l'opération du lobule de 1'—) chez les scrofuleux, par M. C. Paul. {Voy. aux Mémoires, p. 3.) Discussion : MM. Hillairet, C. Paul, Cornil, Laboulbène, E. Besnier, p. 5. — M. Féréol, p. 6.


p

PÉRINÉPHRÉTIQUES (Deux observations de phlegmons—) traités par le pansement antiseptique, par M. Rendu, p. 71.

PÉRITONITE (Présentation d'un malade guéri après ouverture spontanée d'une—) suppurée, par M. Legroux, p. 218. Discussion : MM. Féréol, Vallin.p. 218.

PHTBISIE PULMONAIRE (Du traitement de la—) par l'alimentation forcée, par M. Debove, p. 270.

PHTHISIQUES (De l'alimentation artificielle chez les—), par M. Dujardin-Beaumelz, p. 326.

— (De l'alimentation artificielle des — ), par

M. Ferrand, p. 331.

— (De quelque» inconvénients ou accidents de

l'alimentation forcée chez les—) et des moyens de les conjurer, par M. Desnos, p. 343.

PLEURÉSIE DROITE. — Endocardite athéromateuse et ulcéreuse. — Angine de poitrine. —Mort, par M. du Cazal, p. 105. Discussion : MM. Du Castel, Kiener, Ferrand, p. 110.

— graisseuse, par M. Debove, p. 126. Discussion :

MM. Zuber, Fernet, Debove, Desnos, p. 126.

— à épanchement chyleux, par M. Debove.

(Foy. aux Mémoires, p. 49.) Discussion : M. Hérard, p. 191. — M. R. MoutardMartin, p. 192.

POLYSARCIE chez une enfant de 6 ans, présentée par M. Hillairet, p. 324.

R

REIM (Dégénérescence amyloïde du—) sans albuminurie, par M. Straus. (Voy. aux Mémoires, p. 137.) Discussion : M. Cornil, p. 194.

RÉSORCINE (Essais thérapeutiques sur la — ), par M. Dujardin-Beaumelz, p. t4.

ROUGEOIE (Convulsions de la face et du membre supérieur à droite avec aphasie, suivies de paralysies fugaces dans la —), par M. Sorcl, p. 193.

S

SCROFULE et TUBERCULOSE, par M. Du Castel, p. 6.

— — par M. E. Vidal, p. 110.

— — par M. Grancher, p. 130.

SCROFULISME et TUBERCULOSE, par M. Villemin, p. 85.

SILICIQUE (Note sur les propriétés médicinales de l'acide—), par M. Champouillon, p. 194.

STÉNOSE PULMONAIRE, avec communication des deux ventricules; cyanose tardive et intermittente.— Tuberculisation pulmonaire ultime, par M. Féréol, p. 98.

STHÉTOSCOPE (Nouveau—), par M. C. Paul, p. 150. Discussion : MM. Féréol, E. Besnicr, Gouguenheim, Féréol, p. 152.

SYPHILIS (De la propagation de la—) et de sa prophylaxie, par M. Martineau, p. 149.

— (Note sur le traitement de la—) par les injections

injections d'une solution de peptone mercurique ammonique, par M. Martineau. (Voy. aux Mémoires, p. 63.) Discussion: MM. Legroux, Marlineau, Féréol, p. 198.

— (Traitement de la) par les injections hypodermiques

hypodermiques peptone mcrcuiique ammonique, par M. Martineau, p. 205. Discussion : M. E. Besnicr, p. 205. — MM. DujardinBeaumelz, Marlineau, p. 206. — M. Ernest Besnier, p. 207. — M. Blachez, p. 208.

— (Discussion sur les injections hypodermiques

de mercure dans la—). Discussion : MM. C. Paul, Marlineau, p. 209. — MM. Dumontpallier, Marlineau, p. 210.

T

TÉNIAS INERMES (Observation de vingt-sept—)chcz le même individu, par M. Richard, p. 325.

TITULAIRES (M. Kiener est nommé membre—), p. 12.

— (MM. Cuffer, Danlos et Gingeot sont nommés

membres—), p. 202.

— (MM. A. Robin, Roques et Balzer sont nommés

nommés p. 264.

— M. Cille est nommé membre—), p. 329.

TRANSFUSEUR (Présentation d'un nouveau—), par M. Roussel, p. 127.

TROCARTS (Modification à 1B canule des—), par M. R. Moutard-Martin, p. 331.

TUBERCULOSE (De la) et des affections dites scrofulcuses qui doivent y être rattachées, par M. Kiener, p. 59.

— miliaire aiguë pharyngo-laryngée (Un malade

atteint de—), par M. Millard, p. 278. Discussion : MM. E. Besnier, du Cazal, p. 283.

— miliaire aiguë pharyngée (Un cas de—) avec

autopsie, par M. Millard, p. 349).


200

U

URINB (Rétention d' — ) chez un névropathe. — Urémie grave. — Ponction de la vessie. — Rétablissement du cours des urines. — Guérison, par M. Feriand, p. 15.

V

VARIOLE (Relation de quelques cas de—) hémorrliagiquc observés chez des Esquimaux à l'hôpital Saint-Louis, par M. Landrieux, p. 9.

— (Sur la). — Voy. aussi ECTHYHA.

VAGIN (Chancre du—), par M. Gardillon, p. 219.

II

Table analytique des Mémoires.

Sur un nouveau signe de la scrofule fourni par les boucles d'oreille, par M. Constantin Paul, p. 3.

Du processus de coagulation et de ses modifications dans les maladies, par M. Hayem, p. 33.

Recherches sur les épanchements chyliformes des cavités séreuses, par M. Debove, p. 49.

Des injections sous-cutanées de peplone mrrcurique ammonique dans le li ailcm; nt de la syphilis, par M. Martineau, p. 63.

Des injections sous-cutanées de peptone mercuriquc ammonique dans le traitement de la syphilis, par M. Martineau, p. 85.

Note sur la dégénérescence amyloïde du rein sans albuminurie, par M. 1. Straus, p. 137.

Note sur le siège des parasites de la lèpre, par M. V. Cornil, p. 151.

Seconde note sur le siège des bactéries de la lèpre, par M. V. Cornil, p. 155.

Deuxième communication sur le traitement de la fièvre typhoïde par le calomel, le salicylate de soude et de sulfate de quinine, par M. Hallopeau, p. 164.

De l'embolie pulmonaire comme cause de mort rapide et imprévue, par M. Duguet, p. 169.

Angine et albuminurie, par M. Laure, p. 179.

Volumineux anévrysme d'une artère pulmonaire chez une phthisique morte d'hémoptysie, par M. Damaschino, p. 190.

III

Noms des Auteurs.

A

Arnozan, p. 49, 177, 237, 303.

B

Barberet, p. 54, 182, 241, 305.

Besnier (Ernest), p. 5, 15, 28, 80, 152, 205, 207,

220, 283, 286. Blachez, p. 208.

Bonnemaison, p. 50, 176, 238, 301. Bucquoy, p. 339.

c

Caradec (père), p. 47.

Caslel (Du), p. 6, 110, 199, 255.

Cazal (du), p. 105, 276, 283, 334, 340, 349.

Cazin, p. 242.

Champouillon, p. 194.

Cornil, p. 5, 26, 194, 210, 211, 331. — Mémoires, p. 151,155.

D

Damaschino, p. 80, 210. — Mémoires, p. 190. Debove, p. 82,126, 251, 270. — Mémoires, p. 49. Descroizilles, p. 311. Desnos, p. 126, 343. Desplats, p. 82.

Duguet, p. 80, 81, 125. — Mémoires,p. 169. Dujaidin-Beaumetz, p. 14, 24, 189, 190, 206,326. Dumontpallier, p. 81, 124, 210, 340.

F

Fahre (Paul), p. 178, 243.

Féréol, p. 6, 98, 152, 198, 218, 283.

Fernet, p. 126.

Ferrand, p. 15, 82, 110,331.


201

Fredet, p. 53, 181, 304.

G

Cardillon, p. 219. Gouguenheim, p. 152. Grancher, p. 130. Cueneau de Mussy (Henri), p. 4. Guichardde Choisity, p. 51, 239. Guyot, p. 124.

H

Hallopeau. — Mémoires, p. 164. Haycm, p. 80, 340. — Mémoires, p. 33. Hérard, p. 191. Hervieux, p. 124,125. Hillairet, p. 3, 5, 324.

J

Joffroy, p. 78.

K Kieuer, p. 59,110.

L

Lalibé (Edouard), p. 190.

Laboulbène, p. 5, 123, 124.

Landrieux, p. 9.

Launay, p. 57, 184, 245, 307.

Laure, p. 248.

Leeadre, p. 56, 184,245, 306.

Legroux, p. 198, 218.

Lereboullet, p. 188, 248.

leudet, p. 55, 244, 306.

H

Martineau, p. 149, 152, 198, 205, 206, 209, 210,

285, 286. — Mémoires, p. 63, 85. Mesnet, p. 341. Millard, p. 25, 278. Moiitard-Marlin (R.),p. 81, 192, 331.

V

Paul (Constantin), p. 5, 13, 123, 124, 150, 190, 209 Mémoires, p. 3.

B

Rames, p. 49, 182, 240, 303.

Raymond, p. 24.

Raynaud (Maurice), p. 17, 24, 25, 124, 125.

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S

Sorel, p. 118, 193.

Straus. — Mémoires, p. 137.

V

Vallin, p. 218. Vidal, p. 110, 323. Villerain, p. 85.

z

Zuber, p. 126, 276.

1993.— PAEIS. Typographie Félii MAITESTI et l>, 22, rue Dnssoubs.