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Full notice

Title : Archives d'anatomie microscopique

Publisher : (Paris)

Publication date : 1926

Contributor : Ranvier, Louis (1835-1922). Éditeur scientifique

Contributor : Henneguy, Louis Félix (1850-1928). Éditeur scientifique

Contributor : Balbiani, Gérard (1825-1899). Éditeur scientifique

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 19210

Description : 1926

Description : 1926 (T22).

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k5433841d

Source : Bibliothèque nationale de France, département Sciences et techniques, 8-T34-42

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb343745843

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 06/12/2010

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ARCHIVES

D'ANATOMIE MICROSCOPIQUE

FONDEES PAR

E.-G. BALBIANI ET L. RANVIER

PUBLIEES PAR

L.-F. HENNEGUY

MEMBRE DE L'INSTITUT, PROFESSEUR D ' E M B R Y 0 G É N I E COMPARÉE AU COLLÈGE DE FRANCE

TOME XXII. — FASCICULE I Avec 25 figures dans le texte et 3 planches hors texte.

PARIS

MASSON ET Cie, ÉDITEURS

LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e)

Ce cahier a été publié le 31 Janvier 1926.


SOMMAIRE

Recherches sur le cytoplasme des Sporozoaires, par Pu. JOYET-LA VERGNE (28 ligures dans le texte. Planche I) 1

La première ébauche des fibrilles conjonctives provint-elle du chondriome? par E. LAGUESSE. (Planches II, III) 129

PRIX DE L'ABONNEMENT AU TOME XXII 100 francs.

PRIX DU NUMÉRO : 40 francs.

Les auteurs des mémoires reçoivent gratuitement 30 tirés à part de leurs mémoires. Ils peuvent en outre s'en procurer, à leurs frais, un plus grand nombre.

Les tirages à part ne peuvent, en aucun cas, être mis dans le commerce.

MASSON ET Cie, ÉDITEURS LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS — VIe ARR.

H. ROUVIÈRE

Professeur agrégé. Chef des travaux anatomiques à la faculté de médecine de Paris.

ANATOMIE HUMAINE

Descriptive et Topographique

Traité complet en deux volumes ne se vendant pas séparément et comprenant 1668 pages, 988 figures en noir et en couleurs.

Prix des deux volumes

Brochés 200 fr.

Carton nés tète rouge 230 fr.


ARCHIVES

D'ANATOMIE MICROSCOPIQUE

TOME XXII



ARCHIVES

D'ANATOMIE MICROSCOPIQUE

FONDEES PAR

E.-G. BALBIANI ET L. RANVIER

PUBLIEES PAR

L.-F. HENNEGUY

MEMBRE DE L'iNSTITUT

PROFESSEUR [)' EMBRYOGÉNIE COMPARE

AU COLLÈGE DE FRANCE

TOME XXII

Avec VIII planches hors texte en noir et en couleurs et 76 figures dans le texte.

PARIS

MASSON ET Cie, ÉDITEURS

LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

120, BOULEVARD S A I N T - G E R M AI N (6°)

19 26



RECHERCHES

SUR

LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES

Par Ph. JOYET-LAVERGNE Agrégé des Sciences naturelles, Professeur au lycée Gondorcet

PLANCHE I. SOMMAIRE

AVANT-PHOPOS.

PREMIÈRE PARTIE Historique et méthodes.

CHAPITRE I. — Objet des recherches et choix du matériel 3

— II. — Historique 5

— III. — Les méthodes et leur critique 11

DEUXIÈME PARTIE Les éléments du cytoplasme d'un Sporozoaire

CHAPITRE IV. — Le chondriome 15

— V. — L'appareil de Golgi 25

— VI. — Le paraglycogène 43

— VIL — Les lipoïdes et les graisses 53

— VIII. — Les réserves albuminoïdes 65

— IX. — Interprétation des formations décrites par les auteurs ; le

hyaloplasme 71

— X. — La constitution du cytoplasme d'un Sporozoaire 77

TROISIÈME PARTIE

CHAPITRE XI. — Essai sur les rapports et le rôle des divers éléments de la cellule du Sporozoaire 78

QUATRIÈME PARTIE

Les caractères cytoplasmiques de la sexualité chez les Sporozoaires.

CHAPITRE XII. — Les caractères cytoplasmiques de la sexualité dans les Grégarines

Grégarines

ARCH. D'ANAT. MICHOSC. T. XXII, Fasc. 1, janvier 1926. I


PH. JOYET-LAVERNE. — RECHERCHES.

XIII. Les caractères cytoplasmiques de la sexualité dans les

Coccidies

XIV. Etude critique des caractères de sexualisation du cytoplasme. 111

CINQUIÈME PARTIE

CHAPITEE XV. — Conclusions générales 117

INDEX BIBLIOGRAPHIQUE

EXPLICATION DE LA PLANCHE

AVANT-PROPOS

J'ai entrepris ces recherches sur le cytoplasme des Sporozoaires sur les conseils et sous la direction de mon maître M. le Pr Duboscq, qui m'a initié à la connaissance des Sporozoaires.

M. le Pr Bataillon, ayant remplacé M. le Pr Duboscq à la Faculté des sciences de Montpellier, a bien voulu m'accorder, au laboratoire de Zoologie, la même généreuse hospitalité et me donner d'excellentes directives.

Je tiens à adresser, ici, à mes maîtres, l'expression de ma très vive gratitude pour la grande bienveillance qu'ils m'ont témoignée et pour les conseils précieux qu'ils m'ont donnés.

Je remercie également M. le Pr Henneguy qui a bien voulu présenter mes notes à l'Académie des Sciences et publier ce mémoire dans les Archives d'anatomie miscroscopique.

M. Derrien, professeur à la Faculté de Médecine, M. Hollande, professeur à la Faculté de Pharmacie, mes collègues du lycée de Montpellier, MM. Servan et Bayle ont par leur grande amabilité facilité mon travail, je leur adresse mes sincères remerciements.

Il m'a été commode de me procurer le matériel de recherches par de fréquents séjours au « laboratoire Arago » à Banyuls et à la « station zoologique » de Cette.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 3

PREMIÈRE PARTIE HISTORIQUE ET MÉTHODES

CHAPITRE I

OBJET DES RECHERCHES ET CHOIX DU MATÉRIEL

De la lecture des nombreux travaux publiés sur le groupe des Sporozoaires se dégage l'impression très nette que, si l'évolution nucléaire a été minutieusement suivie, l'étude du cytoplasme n'a pas, en général, retenu longuement l'attention des auteurs.

Les quelques pages, chichement mesurées, que lui consacrent de volumineux mémoires donnent l'impression que cette partie de la cellule constitue un élément négligeable dans l'architecture et l'évolution du Sporozoaire.

Il en résulte que, si nous connaissons bien l'évolution nucléaire, nos idées sur le cytoplasme sont beaucoup plus vagues

Dans leurs études sur les Coccidies, Schellack et Reichenow (1913) et Reichenow (1921) emploient pour désigner une formation, dont la masse est importante dans le cytoplasme, les expressions vagues de boules de réserves « Reservstoffkugeln » et les auteurs ne précisent pas davantage la nature de cette formation.

En ce qui concerne les Grégarines, Mühl (1921), dans des recherches portant sur le cytoplasme des espèces parasites du Tenebrio molitor, estime que nous ne savons rien de précis sur les éléments figurés de ce cytoplasme : « die Natur dieser sich so eigenartig verhaltenden Granulationen ist fast unbekannt.... Uber die chemische Natur jener Granulationen, wissen wir nichts Positives. » (p. 406).

Nous verrons, par l'étude historique de cette question, que l'opinion de l'auteur est d'un pessimisme un peu exagéré. Il n'en est pas moins vrai, que pour les deux grands groupes de Sporozoaires, de beaucoup les mieux connus, il y a, au sujet de la struc-


4 PH. JOYET-LAVERGNE. RECHERCHES

ture du cytoplasme, une imprécision qui contraste singulièrement avec les résultats, remarquables de précision, qui ont été obtenus sur la structure et l'évolution du noyau.

Essayer d'apporter quelques clartés sur la nature, la structure et l'évolution des divers éléments du cytoplasme d'un Sporozoaire, tel est le but principal de ces recherches. Les résultats obtenus comme réponse à cette question sont décrits dans la deuxième partie de cet exposé : « Les divers éléments du cytoplasme d'un Sporozoaire. »

Dans la troisième partie, un essai a été tenté, pour dégager des résultats obtenus quelques précisions sur les rapports que peuvent avoir entre eux les divers éléments et sur le rôle de chacun dans la vie cellulaire.

Enfin, parmi les qualités du cytoplasme, certaines se sont révélées en rapport avec le sexe, leur description et leur interprétation font l'objet de la quatrième partie de cet exposé : « Les caractères cytoplasmiques de la sexualité chez les Sporozoaires. »

Ces recherches sont limitées aux Grégarines et aux Coccidies. Chaque fois que le terme Sporozoaire est utilisé, dans cet exposé, il doit être entendu dans un sens restreint, il comprend seulement l'ensemble des deux groupes cités.

On peut distinguer dans l'ordre des Coccidies deux grandes subdivisions : 1° les Eimeridées et 2° les Adeléidées.

J'ai pris comme matériel de recherches dans le premier groupe un type hétéroïque, Aggregata eberthi Labbé, dont la phase gamogonique a lieu dans l'intestin de Sepia officinalis, alors que la phase schizogonique s'effectue chez les Portunus. J'ai choisi, au contraire, dans le deuxième groupe Adelina dimidiata A. Schn. type dont révolution s'accomplit dans l'intestin d'un seul hôte : Scolopendra cingulata. Latr.

Les deux Coccidies étudiées sont donc nettement différentes et les caractères communs à l'organisation de leurs cytoplasmes auront la valeur de caractères généraux pour le groupe.

Les cinq espèces de Grégarines étudiées sont : 1° Nina gracilis Greb. parasite de Scolopendra cingulata Latr.; 2° Gregarina polymorpha Hamm; 3° Gregarina cuneata Stein; 4° Steinina ovalis Léger et Duboscq, trois parasites du Tenebrio molitor; 5° Stylorynchus lon-


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOATRES. 5

gicollis Stein, parasite du Blaps mucronata. Ces espèces représentent des types, assez éloignés les uns des autres, pour donner une idée exacte sur les caractères généraux du cytoplasme des Grégarines. J'ai choisi Nina gracilis, parce que cette espèce est une de celles dont l'évolution est la mieux connue. Pour le choix des autres types, j'ai été surtout guidé par des considérations se rapportant à la recherche des caractères de sexualisation du cytoplasme et les raisons de mon choix seront précisées dans l'étude de la sexualité.

CHAPITRE II

HISTORIQUE

Le cytoplasme des Grégarines est rempli de granulations que Henle (1845) considérait comme des corpuscules calcaires, tandis que Stein (1848) les croyait de nature graisseuse.

Bütschli (1871) est le premier auteur qui reconnaît la nature de ces granulations. Il étudie l'action des acides minéraux à diverses concentrations et dans des conditions différentes de température, il note l'insolubilité des granules dans l'alcool et l'éther, fixe la réaction de l'iode qui les colore en rouge brun, cette coloration passant au violet par l'action de l'acide sulfurique et conclut en les rapprochant des substances amyloïdes.

Schneider (1875) reconnaît l'action de l'iode sur ces granulations. Il note, très justement, que la moyenne de la taille des granules est assez souvent plus grande chez l'adulte que dans la Grégarine jeune. Les variations de coloration de ces corpuscules sont accidentelles, elles dépendent du milieu nutritif. Enfin l'auteur remarque chez Clepsidrina ovata et, plus rarement, dans Clepsidrina blattarum « des gouttelettes de graisse d'un beau jaune, d'or apparaissant après la sortie des spores » (p. 45).

Frenzel (1885) pense pouvoir démontrer que les granulations des Grégarines sont de nature albuminoïde.

Bûtschli (1885) reprend l'étude de cette question, il montre que la réaction de Millon est négative. Par l'action de la salive à 40°, les granulations se transforment en un sucre réduisant la liqueur


6 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

de Fehling. L'auteur étudie le mécanisme de cette réaction en faisant varier les conditions expérimentales. Il conclut à l'existence, chez les Grégarines, d'une substance de réserve, chimiquement voisine du glycogène, à laquelle il donne le nom de paraglycogène.

Maupas (1886) reconnaît que les granules existent dans un grand nombre de Grégarines. Par l'action de l'eau, ils peuvent se gonfler et sont formés de couches concentriques stratifiées. A la lumière polarisée ils présentent une croix de polarisation semblable à celle de l'amidon végétal. Pour marquer les ressemblances avec l'amidon, Maupas propose de désigner ces granules par le terme zooamylon.

Schneider (1887) trouve dans la Coccidie Eimeria nepoe des granulations réfringentes, colorées en rouge par le picrocarmin, il les rapproche des albuminoïdes. Dans les Grégarines Clepsidrina granulosa et Siephanocephalus iuli, il y a des formations analogues, corps colorables au carmin comme le nucléole, que l'auteur appelle des inclusions.

Henneguy (1888) étudie Monocystis agilis. Le paraglycogène y présente les caractères que Bütschli et Maupas ont indiqué pour d'autres espèces de Grégarines. La zone centrale d'un grain de paraglycogène ne se colore pas comme le reste du grain. Par l'action du violet de gentiane, elle apparaît tantôt sous l'aspect d'une croix vivement colorée au centre d'un grain incolore, tantôt au contraire, la croix brillante reste seule non colorée. La partie axiale doit être formée d'une substance plus condensée que le reste du grain.

Le mémoire de Frenzel (1892), première étude détaillée sur l'organisation des diverses parties d'une Grégarine, marque une date impordans cet historique. L'auteur fait des recherches sur six espèces de Grégarines, il établit une classification des divers éléments qui sont communs à ces espèces et des éléments particuliers à certains types. La classification est établie par quelques réactions histologiques : action du sublimé, de l'alcool, coloration au carmin; mais elle repose avant tout sur les réactions chimiques obtenues par les acides (acétique, azotique et sulfurique) et par les sucs digestifs (salive, trypsine). L'auteur fait varier les conditions de température et de concentration de ces divers agents. Il interprète les effets de coagulation, de dissolution ou de transformations chimiques obtenus,


SUR LE CYTOPLASME DÉS SPOROZOAIRES. 7

en établissant la liste des diverses substances qui forment le corps d'une Grégarine.

Je ne retiendrai ici que celles de ces substances qui entrent •dans la constitution du cytoplasme : 1° l'alvéoline qui forme la trame des alvéoles, insoluble dans les acides, les bases, la salive, fixée par l'alcool, le sublimé, sans action sur l'iode et colorable par le carmin. L'auteur considère cette substance comme de nature albuminoïde; 2° la paralvéoline, qui imprègne l'alvéoline, mais qui, étant dissoute par la salive à 42°, se rapprocherait des substances cellulosiques; 3° le paraglycogène, au sujet duquel l'auteur abandonne son interprétation première, reconnaissant la découverte de Bütschli dont il a vérifié l'exactitude; 4° des gouttelettes de graisse dans le protomérite de certaines Grégarines.

Les autres substances énumérées ne sont plus nettement distinctes; ce sont des albuminoïdes séparées en deux classes suivant l'action du sublimé, c'est encore le protocollagène, substance qui se gonfle dans l'acide acétique et enfin la pyxinine, particulière au genre Pyxinia. L'auteur émet des hypothèses sur le rôle probable des diastases et des antienzymes, mais il ne fait pas l'étude expérimentale de cette question.

Léger (1892) trouve dans Didymophies giganta les inclusions colorables au carmin que Schneider avait décrites dans d'autres Grégarines.

Thélohan (1894) a fait, sur les Coccidies, une étude analogue à celle de Frenzel sur les Grégarines. Le protoplasme des Coccidies jeunes est absolument homogène. Dans les types adultes, l'auteur distingue les formations suivantes :

1° Des granulations plastiques, petits corps sphériques réfringents, ayant des affinités, pour les colorants nucléaires basiques, mais ne se colorant ni par l'hématoxyline, ni par le carmin. Ces granules présentent un point coloré tantôt central, tantôt périphérique; 2° de gros globules réfringents colorables par le carmin; 3° des granules chromatoïdes, de très petite taille, ayant des affinités pour l'hématoxyline; 4° des globules graisseux qui paraissent n'exister que d'une façon très exceptionnelle.

Labbé (1896) divise les éléments figurés du cytoplasme des Coccidies en deux classes : 1° les granules plastiques, qu'il croit de


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nature albuminoïde et constitués d'une substance spéciale, la coccidine « mot qui, sans préjuger de leur nature chimique, indiquera que ces granules sont propres aux Coccidies >>. 2° Les granules chromatoïdes, caractérisés par leurs affinités pour les colorants nucléaires basiques. L'auteur subdivise ces granules chromatoïdes en cinq catégories, chaque catégorie se trouve d'ailleurs propre à certaines espèces seulement. L'auteur émet l'hypothèse que tous ces granules chromatoïdes seraient peut-être des modifications de la coccidine, ce qui atténue un peu l'impression de la variabilité du cytoplasme suivant les espèces qui se dégage de ce travail.

Siedlecki (1898) ne retrouve pas dans la Coccidie de la Seiche les granules plastiques décrits par Labbé. Il y a seulement des granules chromatoïdes. Les grains ou microsomes qui se trouvent dans les parois des alvéoles ne peuvent être rangés dans aucune des catégories décrites par Thélohan. Quand ces microsomes deviennent très abondants, le protoplasme perd l'aspect alvéolaire pour devenir granuleux. Il y a dans la Coccidie jeune des granules noircis par l'acide osmique, Siedlecki les considère comme des globules de graisse.

Schaudinn (1900) distingue dans Coccidium schubergi, parasite du Lithobius, des granules de réserves de forme arrondie et très brillants; il les assimile aux granules plastiques de Thélohan et de Labbé et pense qu'ils sont constitués par de la coccidine. Les macrogamètes mûrs renferment en outre des granules colorables par l'hématoxyline. Dans Cyclospora caryolitica, Schaudinn (1902) ne retrouve pas cette dernière catégorie de granules, mais seulement les granules plastiques. Léger et Duboscq (1903) décrivent dans Adelina dimidiata coccidioides des corps chromatoïdes. Léger (1904) indique également la présence de corps chromatoïdes dans le cytoplasme de plusieurs Grégarines : Stylorynchus longicollis, Gregarina maculata. Il rapproche ces formations des inclusions de Schneider et remarque qu'il faut les considérer comme des déchets du noyau et non comme de véritables chromidies.

Drzewiecki (1904) trouve des corps amyloïdes et des chromidies dans Monocystis porrecta et Gecconi (1905), des chromidies dans Anchorina saggittata.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 9

Kuschakewitsch (1907) étudie lés émissions nucléolaires dans les Grégarines parasites du Tenebrio molitor et signale l'existence du paraglycogène dans le cytoplasme.

Dobell (1907) montre des chromidies dans la Coccidie Adelea ovata.

Cornes (1907) décrit dans deux Grégarines un appareil chromidial d'origine cytoplasmique. Il y a en outre chez Stenophora iuli une zone périnucléaire où se font les échanges du noyau au cytoplasme. Cette zone serait riche en diastases.

Léger et Duboscq (1908) étudient l'évolution schizogonique d'Aggregata eberthi. Le cytoplasme du sporozoïte qui vient de traverser la basale ne présente aucune différenciation. Plus tard, des grains chromidiaux apparaissent dans la zone périnucléaire, puis des corps sidérophiles et enfin de petites sphérules légèrement réfringentes (qui semblent devoir être interprétées comme des sphérules de paramylon). A partir de la taille 30 p., la structure alvéolaire étant réalisée, les sphérules de paraglycogène sont nettes.

Dans un Sporozoaire dont la croissance est très avancée, les auteurs distinguent : 1° un réseau transparent, sans doute l'alvéoline de Frenzel; 2° des grains sidérophiles, colorables en rouge par la méthode de Mann; 3° Des grains périphériques, colorables en violet par la même méthode; 4° des sphérules de paramylon, occupant les alvéoles du réseau.

Le schizozoïte, d'abord représenté par le noyau, l'archoplasme et le centrosome, se différencie peu à peu, montrant l'axe sidérophile puis, en arrière de l'archoplasme, des granulations sidérophiles séparées du noyau par une vacuole. Dans le schizozoïte libre, les grains chromidiaux sont résorbés, l'axe sidérophile qui part de la zone centrosomienne se termine au niveau de la vacuole,.

L'étude de Moroff (1908) sur la phase gamogonique d'Aggregata eberthi est dominée par la conception de l'auteur sur la dualité du noyau. La sortie de la trophochromatine réalise de courts et petits corpuscules répartis dans le cytoplasme. L'origine nucléaire de ces corpuscules n'est pas douteuse, étant donné leur abondance autour du noyau. Les sphérules brillantes placées dans le protoplasme, vers les extrémités, et assez loin du noyau, correspondent aux glo-


10 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

bules de graisse signalés par Siedlecki. Il est difficile de dire la nature chimique des corpuscules répandus dans le cytoplasme, étant donné leur taille. La vacuolisation du cytoplasme s'accentue au cours de la croissance et la réserve nutritive est représentée sous forme de petits corpuscules, répartis entre les vacuoles.

Hesse (1909) indique l'existence du paramylon et de granulations chromidiales chez les Monocystidés, le paramylon se développant quand le chromidium disparaît.

Léger et Duboscq (1911) signalent des chromidies chez Cephaloidophora maculata, parasite dans le tube digestif de Gammarus marinus.

Schellack et Reichenow (1913), dans le Coccidie Barrouxia schneideri parasite du Lithobius, ne décrivent aucune formation se rapprochant de la coccidine ou des granules plastiques. Ils distinguent dans le cytoplasme : 1° des boules de réserves « Reservstoffkugeln » colorables par diverses couleurs d'aniline, rouge de Bordeaux, fuchsine; 2° des grains de volutine.

Schellack (1913) pour Adelina dimidiata et Reichenow (1913) pour Karyolysus lacertae décrivent l'évolution de la volutine de ces Coccidies. Mais ces auteurs ne donnent aucune précision sur la nature des formations cytoplasmiques qu"ils appelent « Reservstoff ».

Fiebiger (1913) signale l'existence de globules de graisse dans une nouvelle espèce de Coccidie qu'il décrit, Eimeria gadi. Hirschler (1914) trouve dans Monocystis ascidiae des mitochondries, granulations à peu près uniformément répandues dans le cytoplasme, mais plus abondantes autour du noyau. La grandeur, la forme et la topographie de ces éléments ne changent, ni par l'âge, ni par le mode de vie de la Grégarine.

La disposition des chromidies chez Monocystis rappelle celle des mitochondries, les deux formations sont confondues, tout au moins pour les stades des Grégarines non enkystées. Les « images en mottes », décrites chez les autres Grégarines, et considérées le plus souvent comme d'origine nucléaire, sont des mitochondries gonflées et rassemblées en mottes. Elles ne viennent pas du novau. Les éléments de Golgi, répandus dans le cytoplasme, sont distincts des mitochondries, ce sont de petites masses rondes en forme de vésicules et de gobelets, qui sont plus grosses que les mitochondries,


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 11

mais moins nombreuses. Elles sont révélées par la méthode osmique, la méthode d'imprégnation à l'argent ne donnant pas de résultat. Les mottes chromidiales correspondraient peut-être, pour une petite partie, à l'appareil de Golgi élémentaire.

Iwaji Ikeda (1914) signale dans le macrogamétocyte de la Coccidie Dobellia binucleata des grains chromatiques, véritables chromidies. Des granules oxyphiles apparaissent dans le cytoplasme parallèlement à la diminution de la masse chromidiale. L'auteur pense qu'il y a transformation des chromidies en réserves oxyphiles.

Goodrich et Pixell-Goodrich (1920) décrivent dans Gonospora minchini de petits corps colorables par l'hématoxyline et la fuchsine, qui rappellent les lamelles mucoïdes trouvées par Léger et Duboscq dans Nina gracilis.

Heichenow (1921) suit, dans plusieurs Coccidies du genre Karyolysus, l'évolution des grains de volutine et celle des vacuoles d'une substance de réserve homogène « Reservstoff ».

Nieschulz (1921) trouve dans le cytoplasme de la Coccidie Eimeria pfeifferi, des boules de réserves colorables par Fhémalun mais qui ne se colorent pas par l'hématoxyline Delafield. Il les rapproche des « Reservstoffkugeln » décrites par Schellack et Reichenow dans Barrouxia schneideri.

CHAPITRE III

LES MÉTHODES ET LEUR CRITIQUE

I. — ÉTUDE SUR LE VIVANT. »

J'ai fréquemment utilisé, dans ces recherches, l'examen du Sporozoaire vivant. Cette méthode de travail me paraît avoir une importance considérable pour l'étude cytologique. Tout détail d'organisation obtenu par cet examen direct a une valeur bien supérieure aux résultats acquis par des méthodes complexes. Si, malgré cet emploi fréquent, la méthode ne m'a révélé aucun élément nouveau dans le cytoplasme, il n'y a pas lieu d'en être surpris, car l'étude des Sporozoaires vivants a toujours été longuement utilisée et par des observateurs de grande valeur.


12 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

L'étude sur le vivant, examen direct ou après frottis, n'en constitue pas moins une méthode indispensable à toute recherche. Complétée par les colorations vitales, elle permet souvent d'apprécier la signification des résultats apportés par d'autres procédés. A ce point de vue, la coloration vitale des éléments du chondriome a donné de bons résultats chez les Sporozoaires par l'utilisation du violet dahlia.

II. — MÉTHODE DES COUPES A LA CONGÉLATION.

Cette méthode, en supprimant un certain nombre de manipulations sur les tissus, offre un réel avantage. Malheureusement dans le tissu parasité, le Sporozoaire constitue un élément hétérogène et les effets de la congélation se trouvent alors trop irréguliers, pour qu'on puisse obtenir les coupes de faible épaisseur, qui seraient les plus profitables. La méthode est cependant avantageuse pour les recherches microchimiques.

III. — MÉTHODE DES COUPES A LA PARAFFINE.

C'est le procédé classique des coupes après fixation et inclusion à la paraffine, qui a été le plus utilisé dans ces recherches. Les détails concernant les fixateurs et les colorants employés se trouvent dans les divers ouvrages de technique microscopique, en particulier dans la précis de Langeron (1921).

1. Fixateurs.

La présence de l'alcool ou d'une trop forte proportion d'acide dans un fixateur est nuisible à la bonne conservation du cytoplasme. Ainsi, le fixateur de Schaudinn au sublimé alcoolique, si fréquemment utilisé par l'école allemande, pour les recherches sur les Coccidies, est un bon fixateur du noyau, mais il disloque partiellement les éléments du cytoplasme. Il en est de même, à des degrés divers, pour les autres fixateurs nucléaires. Je les ai utilisés comme méthode de contrôle. Le Bouin-Duboscq et le sublimé acétique m'ont donné, à ce point de vue, de bons résultats, mais ils ne conviennent pas pour des recherches sur le cytoplasme.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 13

Les fixateurs, qui conservent le mieux la structure cytoplasmique, sont les fixateurs mitochondriaux. Malheureusement ces fixateurs sont peu pénétrants et cela constitue une difficulté sérieuse pour l'étude des Coccidies. et des Grégarines dont certaines formes de l'évolution, en particulier les formes enkystées, sont si difficiles à pénétrer. La durée de la fixation doit être en rapport avec les stades de l'évolution que l'on veut étudier.

Les tissus ont été fixés par les méthodes de Regaud, de Champy et de Benoît. Ce dernier fixateur donne de bons résultats, mais, si on utilise la formule à base trichloracétique, il y a avantage à diminuer de moitié la proportion de cet acide, indiquée par l'auteur, quand il s'agit de recherches sur les formes non enkystées des Spozoroaires.

Pour l'étude de l'appareil de Golgi, j'ai employé les deux types de fixateurs ;

A. Fixations à l'acide osmique : 1° méthode de Kopsch ; 2° méthode de Weigl au sublimé osmique; et 3° Champy osmique (Hirschler 1924). Suivant le matériel traité, ces trois fixateurs présentent des avantages divers. Ils conservent en général bien le chondriome et la plupart des éléments du cytoplasme.

B. Parmi les méthodes d'imprégnation à l'argent, celles de da Fano (1920) et de Cajal m'ont donné des résultats bien supérieurs aux résultats obtenus par les méthodes de Golgi.

Dans la recherche des lipoïdes et des graisses, j'ai utilisé la méthode au formol salé suivie de coupes à la congélation, mais la plupart des résultats obtenus ont été acquis par l'emploi des diverses méthodes de Ciaccio (1910).

Pour les études microchimiques le formol salé (formol 10, eau physiologique 90) convient mieux que l'alcool.

2. Colorants.

Après les fixateurs mitochondriaux, la coloration par l'hématoxyline au fer (procédé Regaud) convient bien pour le chondriome; elle doit être de moins longue durée pour l'étude des autres éléments du cytoplasme, et il faut la compléter par une coloration à l'éosine


14 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

ou, mieux encore, par le colorant Prenant, ou par la méthode de Hollande (1920).

Le procédé d'Altmann (fuchsine acide), les colorants de Mallory, de Mann, l'association safranine vert lumière, ont été avantageusement utilisés, associés aux divers modes de fixation.

Le paraglycogène a été caractérisé par la gomme iodée. Les albuminoïdes par la réaction du biuret, le Millon et les méthodes de Derrien et Turchini (1924). Le phosphore par le procédé de Mac Gallum et par la méthode de Pollacci, dans laquelle intervient le chlorure d'étain à la place du chlorhydrate de phénylhydrazine de la formule Mac Callum.

Les réactions qui ont servi à caractériser les lipoïdes et les graisses seront indiquées dans la description des qualités de ces réserves.

3. Critiques de la méthode.

On peut faire à la méthode des coupes à la parafme des critiques graves. Malgré l'ensemble des précautions prises, n'est-il pas à craindre que les manipulations subies par les tissus ne modifient partiellement la réalité? La méthode devra être complétée par l'application des autres modes de recherches indiqués.

Toutefois, si dans cette méthode, nous arrivons par des procédés de fixations et de colorations nettement différents, à des résultats concordants, ces résultats ne se trouvent-ils pas singulièrement mieux établis?

C'est le procédé de travail qui a été suivi dans ces recherches. Il est plus complexe et plus lent que celui qui consiste à suivre une méthode déterminée, reconnue comme la meilleure ; mais il est le plus sûr moyen d'apprécier justement la valeur des résultats obtenus.

La variété des fixateurs et des colorants employés ne risque-t-elle pas de faire apparaître, sous des aspects parfois divers, des éléments en réalité identiques? Il est indispensable, pour affirmer l'indépendance de deux formations, de constater leur coexistence dans les mêmes images.

Il n'y a pas de procédé qui, conservant tous les éléments du cytoplasme, permette en même temps de les caractériser tous par


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 15

leurs réactions propres ; mais le rapprochement des divers résultats doit pourvoir permettre de préciser dans quelles limites les constituants décrits sont distincts les uns des autres.

VI. — DE LA MÉTHODE EN CYTOLOGIE.

Dans l'état actuel de la technique, il n'y a pas une méthode unique de travail en cytologie, mais bien un faisceau de procédés de recherches. La concordance des résultats obtenus par l'utilisation de procédés qui doivent être aussi différents que possible les uns des autres, constitue un des éléments les plus importants pour l'appréciation des résultats.

L'étude de l'ensemble des constituants d'une cellule donne, par les rapports qu'elle permet d'établir, une connaissance beaucoup plus précise sur chacun des éléments cytoplasmiques, qu'une étude limitée à une seule catégorie de constituants cellulaires.

DEUXIÈME PARTIE LES ÉLÉMENTS DU CYTOPLASME D'UN SPOROZOAIRE

CHAPITRE IV

LE CHONDRIOME

I — CARACTÈRES GÉNÉRAUX.

Le nombre des publications qui traitent du chondriome, tant dans les cellules végétales que dans les cellules animales, est aujourd'hui trop considérable pour qu'il soit utile de reprendre ici des considérations générales qui se trouvent parfaitement traitées dans . plusieurs travaux. Les auteurs s'accordent d'ailleurs pour reconnaître que le chondriome est un élément essentiel de la cellule.

Chez les Protozoaires, L. et R. Zoja (1891) ont décrit des granu-


16 PH. JOYET-LAVERGNE. — HECHERCHES

lations fuchsinophiles (bioblastes d'Altmann) dans une Amibe et divers Infusoires. Un travail fondamental sur les mitochondries des Infusoires a été publié par Fauré-Fremiet (1910); l'auteur conclut à la constance de cette formation dans le groupe. Léger et Duboscq (1916) décrivent les mitochondries du Balantidium elongatum et Alexeieff (1916, a, b) le chondriome de quelques Protistes.

En ce qui concerne les Sporozoaires, Viguier et Weber (1912) signalent dans Hoemogregarina sergentinum, à côté de formations chromidiales, des granulations fines, isolées ou en chapelet, qu'ils croient être des mitochondries.

Dans les Grégarines, Hirschler (1914) décrit les mitochondries de Monocystis ascidiae et Joyet-Lavergne (1923, 1924, c, e, f) le chon - driome de Nina gracilis, G. polymorpha, G. cuneata, Steinina ovalis et Stylorynchus longicollis. Hirschler (1924) signale le chondriome de Monocystis agilis et G. polymorpha, et Poisson (1924) celui de Cephalodophiora du boscqi.

Pour les Coccidies, Joyet-Lavergne (1923, 1924, b, d, 1925, f) décrit le chondriome d'Adelina dimidiata et celui d'Aggregaia eberthi aux divers stades de l'évolution de ces deux Sporozoaires.

Parmi les caractères chimiques qui m'ont servi à distinguer le chondriome, il faut citer la sensibilité des mitochondries à l'acide acétique, à l'alcool et à la chaleur. J'emploie, sur le même matériel de recherches, des fixateurs de types différents, les uns du type Regaud qui, insolubilisant le chondriome par un long mordançage chromique, en assurent la conservation; les autres, à base d'acide osmique, qui conservent le chondriome par une réaction chimique différente. Quand les résultats donnés par les deux méthodes comportent la même interprétation, il y a là un bon critérium pour préciser les éléments cellulaires qui doivent être classés dans le chondriome.

Au point de vue des colorants, les affinités des mitochondries sont très variables; les expressions d'oxyphilie, de basophilie du chondriome, qui seront employées dans la quatrième partie de ce travail, ont une valeur purement relative qui sera précisée ultérieurement. Parmi les colorants, le fer, dans la méthode à l'hématoxyline ferrique, est bien retenu par le chondriome, en particulier après une fixation au Regaud; mais il n'est pas assez électif. La


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 17

fuchsine, plus élective.n'est cependant pas, elle non plus, spécifique du chondriome. Dans les Sporozoaires, elle colore aussi les albuminoïdes et le noyau ; toutefois, ici, les tonalités de colorations étant différentes pour ces.divers éléments cellulaires, ce colorant se trouve être beaucoup plus précis que le fer. La modification technique de Bensley-Cowdry, exagérant les différences de tonalité, permet de mieux limiter, ce qu'il convient de ranger dans le chondriome. Une remarque analogue peut être faite pour l'emploi de la méthode de Kull après le fixateur Champy.

Les résultats obtenus par ces diverses méthodes sont concordants et dans un assez grand nombre de cas, ils ont été confirmés par l'examen sur le vivant; le chondriome des Sporozoaires a des affinités nettes pour le violet dahlia en coloration vitale.

Pour la description des diverses formes du chondriome, j'emploie la terminologie de Benda (1903) et de Meves (1907); chondriocontes = filaments lisses ; chondriomites = file de grains et mitochondrie = grain.

IL — LE CHONDRIOME DES COCCIDIES.

1. Adelina dimidiata.

Le mérozoïte qui vient de se former a un groupement de fines granulations mitochondriales qui, placé dans la partie antérieure du cytoplasme, un peu en avant du noyau, n'atteint pas l'extrémité antérieure du mérozoïte. Dans la suite du développement, la localisation du chondriome est moins précise et dans les jeunes schizontes ou gamontes, on trouve des granulations mitochondriales dans le cytoplasme, aussi bien dans la région placée en arrière du noyau, que dans la région antérieure. Dans tous ces stades jeunes, la forme mitochondrie est la caractéristique du chondriome.

Le schizonte développé et le microgamétocyte mûr possèdent, à côté des mitochondries, quelques courts chondriomites et chondriocontes. Certains de ces derniers sont accolés à de petites masses albuminoïdes.

Chondriomites et chondriocontes sont plus nombreux dans le

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 1, janvier 1926. 2


48 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

macrogamète; ils se développent à mesure que les masses de réserves s'accroissent, au cours du développement de la Coccidie. Certains chondriocontes, en forme d'arc, sont accolés aux réserves albuminoïdes auxquelles ils constituent une espèce de calotte.

2. Aggregeta eberthi. Le schizonte d'Aggregata, qui vient de se former dans le Crabe

parasité, présente un groupement de fins granules mitochondriaux, placés entre la vacuole et l'arrière de l'archoplasme. Les diverses parties du schizozoïte sont décrites dans le travail de Léger et Duboscq (1908).

Gamogonie. — Le jeune gamonte, parasite de l'épithélium de la Seiche, a des granules mitochondriaux répandus dans le cytoplasme. A mesure que les réserves se développent, les granules s'orientent en files et on distingue des chondriocontes. Chondriomites et chondriocontes prennent une longueur plus grande à mesure que les masses de réserves grossissent; ils se disposent le long des travées cytoplasmiques et contribuent à réaliser l'aspect alvéolaire du cytoplasme. Chaque masse de réserve albuminoïde est accolée à un chondrioconte. Certains chondriomites et chondriocontes présentent à leurs extrémités

extrémités granules assez gros à réaction d'albuminoïde.

Quoique la répartition du chondriome soit à peu près uniforme

FIG. I. —Aggregata eberthie. — Deux stades de développement du schizonte chondriome et éléments de Golgi. X 1000.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 19

dans le cytoplasme, il est fréquemment plus abondant à proximité du noyau. Dans le macrogamète, cette prédominance du chondriome dans la région périnucléaire est bien marquée au stade où le noyau a émigré vers la périphérie de la Coccidie, lors de la fécondation.

Des granules mitochondriaux participent à la constitution des spores mais une partie du chondriome reste dans le reliquat.

Le chondriome participe-t-il à la genèse des microgamètes? Il est abondant dans les zones cytoplasmiques qui vont participer à cette genèse. Une partie du chondriome reste dans le reliquat du microgamétoçyte.

Sporogonie. — Les phases jeunes de la Coccidie dans le Crabe ont des granules mitocliondriaux répartis dans le cytoplasme et au cours du développement, on voit apparaître les mêmes phénomènes que ceux décrits dans la gamogonie. Le développement des chondriomites et chondriocontes le long des travées cytoplasmiques est, là aussi, lié à la croissance du paraglycogène dans la Coccidie. Les rapports du chondriome avec les réserves albuminoïdes sont les mêmes.

Lors de la genèse des schizozoïtes, la plus grande partie du chondriome reste dans le reliquat.

III. — LE CHONDRIOME DES GRÉGARINES.

1. — Slylorynchus longicollis.

Sporozoïte. — Le sporozoïte, fixé à l'épithélium intestinal du Blaps, présente des granulations mitochondriales dans le cytoplasme mais sa partie antérieure en est dépourvue.

Céphalin. — L'épimérite n'a pas de chondriome. Le protomérite a des mitochondries qui réalisent de courts chondriomites dans les céphalins âgés. Le deutomérite a de courts chondriocontes et chondriomites.

Sporadin. — Sauf une zone en forme de lentille protoméricique, accolée à la partie antérieure de la Grégarine, qui est dépourvue de


20 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

chondriome, le reste du protomérite présente des granulations, de courtes chaînettes et quelques courts chondriocontes. Le chondriome du deutomérite est constitué par des éléments plus longs et plus espacés, chondriomites et chondriocontes placés le long des travées cytoplasmiques; la grosseur des éléments de réserve contribuant

contribuant quelque sorte à fixer la répartition du chondriome. Les réserves albuminoïdes sont accolées à des chondriocontes et certains chondriomites ou chondriocontes présentent à leurs extrémités des granules plus gros à réaction d'albuminoïde

Les chondriomites et chondriocontes se retrouvent dans les Grégarines enkystées, toutefois les éléments du chondriome sont ici moins abondants.

FIG. II. — Le chondriome et les éléments de Golgi dans les jeunes céphalins et dans les sporozoïtes âgés de Grégarines. — l et 2, Steinina ovalis: 3. Gregarina polymorpha ; 4, Stylorynchus longicollis; 5, Nina gracilis (chondriome en gris, éléments de Golgi en noir) 1000.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 21

2. Nina gracilis.

Sporozoïte. — Le sporozoïte de Nina renferme des granulations mitochondriales dans le cytoplasme, son extrémité antérieure en est dépourvue.

Céphalin. — Cette absence de chondriome, à l'extrémité antérieure de la Grégarine, se retrouve dans le protomérite du céphalin, - dont la partie antérieure est constituée par une bande cytoplasmique dépourvue d'éléments figurés. Cette bande cytoplasmiqucorrespond à l'épimérite ou à la lentille protomérite de Stylorynchus. Dans le reste du protomérite de Nina se trouvent des granules mitochondriaux. La disposition en courtes chaînettes se dessine quand les corpuscules de paraglycogène grossissent. Dans le deutomérite, les chondriocontes et chondriomites sont sur les travées cytoplasmiques.

cytoplasmiques.

Sporadins. — Les différences entre le chondriome des deux segments de la Grégarine se retrouvent au stade sporadin. Dans le protomérite, la forme granulation domine; dans le deutomérite, chondriomites et chondriocontes sont plus longs et plus espacés que les courtes chaînettes du protomérite. Les rapports entre le chondriome du deutomérite et les éléments albuminoïdes sont les mêmes que ceux indiqués pour Stylorynchus.

On retrouve chondriocontes et chondriomites dans les Grégarines enkystées et une partie des granulations mitochondriales participé à la genèse de l'oeuf de Nina.

3. Steinina ovalis.

Céphalin. — L'épimérite de Steinina est dépourvu de chondriome; il y a des fines granulations mitochondriales répandues dans le cytoplasme des deux autres segments du céphalin jeune. Au cours de la croissance, chondriomites et chondriocontes apparaîtront, d'abord dans le deutomérite, où ils se développeront le long des travées cytoplasmiques, plus tard dans le protomérite où ils seront toujours peu nombreux et courts.


22 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

Sporadins. — Les différences dans le chondriome de ces deux segments de la Grégarine se retrouvent au stade sporadin. Il y a une lentille antérieure protoméritique, dépourvue de chondriome, comme dans Stylorynchus. Dans le deutomérite, la répartition des chondriomites et chondriocontes est uniforme. Les seules inégalités que l'on note parfois, dans cette répartition sont : une zone périnucléaire

périnucléaire riche en chondriome ou une zone antérieure deutoméritique qui est au contraire plus pauvre en chondriome que le reste du cytoplasme.

Les rapports du chondriome avec les éléments albuminoïdes sont les mêmes que pour les autres Grégarines étudiées et on retrouve, chondriocontes et chondriomites dans les Steinina enkvstées.

FIG. III. — Le chondriome et les éléments de Golgi dans un céphalin de Nina gracilis (1) et dans un sporadin de Stylorynchus longicollis (2). Le chondriome en gris les éléments de Golgi en noir; X 1000.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 23

4. . G. polymorpha.

Le sporozoïte de G. polymorpha a des granulations mitochondriales qui n'atteignent pas sa région antérieure.

Dans le céphalin, le chondriome du protomérite est granuleux.; des chondriomites et chondriocontes apparaissent dans le deutomérite. Une disposition semblable se retrouve dans le sporadin.. Aux extrémités, ou le long de certains chondriocontes ou chondriomites, se trouvent des granules albuminoïdes. On retrouve chondriocontes et chondriomites dans les Grégarines enkystées.

5. G. cuneata.

La disposition du chondriome, dans les stades de G. cuneata étudiés, est tout à fait semblable à celle que présentent les stades correspondants de G. polymorpha.

IV. — CONCLUSIONS.

Si la série des descriptions des chondriomes dans les diverses espèces étudiées est d'une grande monotonie, c'est parce que ces formations présentent une uniformité remarquable dans les Sporozoaires.

Les formes de la reproduction, mérozoïtes et schizozoïtes de Coccidies ou sporozoïtes de Grégarines présentent, toutes, un chondriome granuleux, qui n'atteint pas leur partie antérieure.

Dans la suite de l'évolution, l'apparition des chondriomites et chondriocontes, est parallèle au développement des réserves figurées. C'est, en quelque sorte, dans les espaces laissés libres par ces masses de réserves, que vont prendre place chondriocontes et chondriomites.

Une différence, d'ailleurs secondaire, apparaît entre Grégarines et Coccidies. Au cours de révolution, les Grégarines conservent plus longtemps le souvenir de la disposition ancestrale du sporozoïte, dont la pointe antérieure était dépourvue de chondriome.

L'épimérite de Stylorynchus et de Steinina, la bande cytoplasmique antérieure du protomérite de Nina, marquent la persistance de ce caractère dans les céphalins. Plus tard, les lentilles biconvexes, plaquées à la partie antérieure du protomérite, dans les sporadins


24 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

de Sleinina, Stylorynchus, G. polymorpha et G. cuneata constituent encore des vestiges de cette zone privée de chondriome.

Quelle est la signification de cette différence? Elle me paraît en relation avec le mode de nutrition. Les Grégarines, dans leur vis de parasite extracellulaire, ont longtemps leur extrémité antérieure placée dans les conditions particulières de nutrition que présente la pointe du sporozoïte. Dans les Coccidies, où la vie intracellulaire entraîne une situation uniforme pour toute la surface du Sporozoaire, la spécialisation primitive de la pointe antérieure de l'élément reproducteur disparaît très vite.

Le segment protoméritique des Grégarines conserve plus longtemps ses caractères primitifs, il est moins évolué que le deutomérite tant au point de vue du chondriome qu'au point de vue des réserves. L'apparition des chondriomites et chondriocontes est plus tardive chez les Grégarines que dans les Coccidies.

J'ai défini le chondriome des Sporozoaires par les qualités chimiques du chondriome des cellules des Métazoaires; les formations sont donc semblables au point de vue chimique. Elles sont également semblables au point de vue morphologique, ce qui m'a permis l'emploi des termes chondriomites et chondriocontes, et on pourrait appliquer au chondriome des Sporozoaires la définition morphologique résultant des travaux de Benda : Les mitochondries sont des granulations qui peuvent se grouper en filaments granuleux ou lisses avec la possibilité d'une évolution inverse.

Enfin, au point de vue de l'évolution, on trouve, dans le chondriome des cellules des Métazoaires, des exemples d'une évolution tout à fait analogue à celle décrite dans les Sporozoaires. Dans l'oeuf de Sabellaria alveolata, d'après Fauré-Fremiet (1924), les jeunes oocytes ont un chondriome formé de fines granulations et aux stades ultérieurs il y a des filaments et des chaînettes. Si on voulait simplement schématiser la succession des images présentées par le chondriome au cours de l'évolution, on pourrait donner une figure analogue au schéma que donne Guilliermond (1923) pour l'évolution du chondriome inactif dans une cellule végétale. Pour les Sporozoaires, également, le schéma en question ne représenterait que l'évolution d'une partie du chondriome, l'autre partie, en relation avec les réserves albuminoïdes étant, ici, d'origine nucléaire.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 25

Si on compare le chondriome des Sporozoaires aux formations analogues décrites dans les autres Protozoaires, on trouve peu de ressemblances. Le chondriome d'Operculia notonectae (fig. 18, PI. XIX, Fauré-Fremiet (1910) rappelle un peu celui d'un Sporozoaire. Pour les autres Protozoaires étudiés, les mitochondries, en général sphérulaires, ne pourraient se rapprocher que des granules mitochondriaux des phases jeunes des Sporozoaires, mais elles sont de bien plus grande taille, leur diamètre moyen étant lu.

C'est dans les cellules des Métazoaires que nous trouvons les images se rapprochant le plus du chondriome des Sporozoaires : oocytes d'Iulus terrestris et de Lithobius forficatus (Fig. I, et fig. 8, PL XXI, Fauré-Fremiet, 1910), oeufs d'Oiseaux (Van Durme, 1914). Les cellules interstitielles de l'ovaire (fig. 21, fig. 22, Athias, 1920) ont des chondriocontes qui, placés dans les travées cytoplasmiques, contribuent à dessiner l'aspect alvéolaire du cytoplasme, d'une façon tout à fait semblable à ce qui a été décrit pour les Sporozoaires.

Le chondriome des Sporozoaires n'a de caractères primitifs que dans les stades jeunes de l'évolution. Dans le Sporozoaire adulte, il se présente comme une formation nettement évoluée, tout à fait comparable à un chondriome de cellule de Métazoaire.

CHAPITRE V

L'APPAREIL DE GOLGI

I. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX.

S'il est aujourd'hui classique de considérer le chondriome comme un élément permanent de la cellule, il n'en est pas de même pour l'appareil de Golgi. Il semble bien que l'opinion exprimée par Henneguy (1924), quand il considère que cette formation « ne correspond probablement pas à une structure permanente de la cellule », soit l'opinion d'un grand nombre de cytologistes de l'école française. Il convient donc de donner ici un aperçu des résultats obtenus dans la recherche de cette formation.


26 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

L'appareil réticulaire, découvert par Golgi (1898) dans les cellules des ganglions nerveux, a été trouvé depuis dans toutes les formes de cellules nerveuses où il se présente d'ailleurs particulièrement net. Il a été décrit dans les cellules des tissus les plus divers et pour les différents groupes de Vertébrés et d'Invertébrés tant dans les conditions pathologiques que dans les conditions normales. Une excellente revue des travaux publiés sur ces questions ayant été faite dans le mémoire de Duesberg (1912), je ne parlerai ici que des travaux postérieurs à cette publication.

Depuis cette date, l'appareil a été décrit dans divers tissus : capsules surrénales, Pilat (1912); ostéoblastes, Deineka (1912): oeufs de Mammifères, épithélium folliculaire et corps jaune, Kulesch. (1914); cellules cartilagineuses, Pensa (1915); rein et hématies de Batraciens, Avel (1924); stades embryonnaires, Mareora (1912), Beremberg (1912), Fananas (1912), Gajal (1914).

L'évolution de l'appareil dans la spermatogenèse et l'ovogenèse a été suivie chez les Insectes et les Mollusques par Weigl (1912). L'étude de la spermatogenèse a été faite sur divers types, en particulier sur l'Ascaris, Hirschler (1913); divers Insectes, Bowen (1922); l'Homme, Branca (1924); l'ovogenèsea été étudiée dans les Ascidies, Hirschler (1914-1916); dans la Lymnée, Bronte-Gatenby (1918).

Bronte-Gatenby et Woodger (1920) ont précisé le rôle de l'appareil de Golgi dans la spermatogenèse et l'ovogenèse. Ludiord et Bronte-Gatenby (1921) ont étudié la dictyokinèse dans les cellules germinales, et Ludford (1922) le comportement de l'appareil dans les diverses divisions cellulaires chez le Dytique.

L'appareil a été décrit chez les Insectes, Bialkowska et Kulikowska (1912); les Mollusques, Weigl (1912). Il existe chez les Protozoaires, et Guilliermond (1923) a démontré l'existence chez les Végétaux de formations qu'on peut rapprocher de l'appareil de Golgi.

Les tissus qui sont dans des conditions pathologiques naturelles (tumeurs) ou provoquées (traumatisme, action du froid) présentent un appareil altéré. Gajal (1914) et da Fano (1921, 1923) ont étudié ces altérations.

Une revue d'ensemble sur les rapports de l'appareil avec la physiologie cellulaire a été faite par Gowdry (1924); aux renseignements


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 27

bibliographiques donnés par cet auteur on peut ajouter les travaux de Cajal (1914), da Fano (1922), Nassonow (1923).

Il résulte des travaux énumérés ci-dessus et de ceux indiqués par Duesberg (1912) qu'on peut considérer l'appareil de Golgi comme un élément permanent de la cellule.

Un fait se dégage de la lecture de ces divers travaux; si on met à part les cellules nerveuses, pour lesquelles la formation mérite vraiment le nom d'appareil réticulaire, dans les autres types, chaque fois que. révolution de la cellule a été suivie assez longtemps, on note une modification de forme de l'appareil. Le stade en réseau n'est que momentané dans la vie cellulaire. Soit par suite de la croissance (oeuf), soit au moment de la sécrétion (cellule glandulaire), soit, enfin lors de la division cellulaire, cet aspect caractéristique se perd pour donner unappareil disposé en granules, croissants ou même bâtonnets. Dans certains types (Crustacés, Poluszynski, 1911) cette forme disloquée est l'aspect le plus fréquent.

Il résulte de cette constatation que la définition de l'appareil de Golgi ne peut reposer sur les caractères morphologiques, il convient donc de préciser les caractères chimiques.

Je range sous le nom d'appareil de Golgi, les formations qui, distinctes des autres éléments de la cellule du Sporozoaire, sont révélées par les deux types de méthodes, méthode osmique et méthode à l'argent, et se montrent à la fois plus argentophiles, plus osmiophiles, plus sensibles aux acides que le chondriome.

Les formations, ainsi définies, comprennent certainement ce qui, dans le cytoplasme du Sporozoaire, correspond à l'appareil.de Golgi d'une cellule de Métazoaire. J'ai montré d'ailleurs (1924 e), qu'on pouvait avoir les deux types d'appareils sur la même préparation. Toutefois, on peut faire à cette définition une critique. Malgré la distinction établie pour le chondriome, n'est-elle pas encore trop générale? N'y a-t-il pas des éléments cellulaires, autres que l'appareil de Golgi et le chondriome, qui, conservés avec nos méthodes de recherches, peuvent présenter des affinités pour l'acide osmique' et pour l'argent? La critique est grave et seule une étude complète des divers éléments de la cellule dont on veut connaître l'appareil de Golgi permet d'y échapper et cela d'ailleurs, dans la limite des


28 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

précisions que la technique actuelle comporte pour la distinction des divers constituants d'une cellule.

L'appareil de Golgi des Protozoaires a été décrit par Hirschler (1914) dans la Grégarine Monocystis ascidiae. En 1923, à quelques jours d'intervalle, Shana King et Bronte-Gatenby sur Adelea ovata, Joyet-Lavergne sur Adelina dimidiata montrent l'existence de l'appareil de Golgi dans les Coccidies. Dans quelques notes (1924, 1925) j'ai décrit l'appareil dans les diverses phases de l'évolution de Aggregata eberthi et dans quelques phases de l'évolution des Grégarines : Nina gracilis, G. polymorpha, G. cuneata, Sieinina ovalis, Stylorynchus longicollis. Pour Nassonow (1924), l'appareil de Golgi des Flagellés est représenté par la vacuole pulsatile. Duboscq et Grasse (1925) ont décrit l'appareil de Golgi chez les Flagellés où il se confond avec l'appareil parabasal.

II. — L'APPAREIL DE GOLGI DES COCCIDIES.

1. Aggregata eberthi.

A) Schizogonie. — L'appareil de Golgi du schizonte est en relation avec le noyau. Dans les. stades jeunes, il est formé d'une série de croissants ou de granules qui entourent le noyau. Au cours de la croissance, ces éléments périnucléaires se rassemblent en une zone qui recouvre partiellement le noyau, allant du nucléole vers la périphérie nucléaire.

Cette disposition est encore conservée lorsque le noyau émigré vers la surface de la Coccidie; la masse de Golgi qui le recouvre partiellement est alors placée entre le nucléole et le centre de la cellule. Il y a peu d'éléments de Golgi dans le cytoplasme.

Schizozoïtes. — C'est la méthode d'imprégnation à l'argent qui donne les meilleurs résultats pour la mise en évidence de l'appareil de Golgi des chizozoïtes. Suivant les kystes examinés, l'appareil se présente dans les schizozoïtes soit sous forme d'arcs ou bâtonnets, soit en granulations.

Dans les kystes les moins évolués (A), l'appareil de Golgi des


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES.

29

schizozoïtes est nettement en relation avec le centrosome. Il est placé à une petite distance à l'arrière de l'archoplasme auquel il est relié par l'axe sidérophile. Ces termes sont définis dans la description du schizozoïte faite par Léger et Duboscq (1908). L'appareil a tout d'abord la forme d'un arc (Fig. I-II) dans les

stades les plus jeunes. Cet arc évolue en bâtonnet (3-4-5). Le bâtonnet se divise en deux baguettes bordant l'axe (7 et 6 avec coupe transversale dans le cytoplasme). Les formes à arc sont plus nombreuses dans les kystes où le reliquat est encore abondant.

On sait que l'appareil de Golgi présente parfois des affinités pour les colorants nucléaires; cette qualité existe, dans les formes décrites, pour la zone cytoplasmique bordée par les arcs ou bâtonFIG.

bâtonFIG. — L'appareil de Golgi dans les schizozoïtes d'Aggregata eberthi. — 1 à 7, reliquat et schizozoïtes de kyste A. — 8 à 10, schizozoïtes de kyste B. — 11, portion de reliquat. X 2000. Seuls les schizozoïtes 1, 2, 3, sont dessinés à leur place par rapport au reliquat. —1 à 9, méthodes de Golgi et de Cajal, 10 et 11, Kopsch. Altmann (fuchsine.acide).


30 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

nets. Dans la coloration par la méthode de Cajal, ces zones, ainsi que le mucron de l'extrémité antérieure du schizozoïte, prennent le rouge Magenta comme le noyau, alors que le reste du cytoplasme se teinte en vert par le carmin d'indigo, la vacuole étant à peine colorée.

Dans les kystes les plus évolués (B), l'appareil de Golgi est représenté par un groupement de granules placés à l'avant du noyau, dans la vacuole (8-9). La présence des granules étant déjà nette sur certains arcs ou bâtonnets, les formes 8-9, où l'appareil de Golgi est granuleux, peuvent être considérées comme représentant des stades plus évolués.

Dans les deux catégories de kystes, le cône archoplasmique des schizozoïtes, qui a des affinités pour la fuchsine acide, est bordé à sa base par deux courts bâtonnets ou granules de Golgi. Le noyau, sauf au stade 9, présente à sa surface des granulations argentophiles très nettes, reliées entre elles par un très fin réseau qui coiffe en quelque sorte la substance nucléaire (coupe du noyau, 6). La méthode à l'acide osmique confirme les résultats obtenus, mais les figures sont moins nettes; toutefois elle montre que, dès ces stades jeunes, le chondriome et l'appareil de Golgi sont deux formations distinctes.

B) Gamogonie. — Dans l'étude de la gamogonie, c'est la méthode osmique qui a donné les résultats les plus nets. Le jeune gamonte, qui se trouve dans l'intestin de la Seiche, n'a pas conservé la disposition qu'il avait dans le Crabe au stade de schizozoïte. Son appareil de Golgi rappelle celui du schizonte. Il est placé sur la membrane nucléaire qu'il entoure d'une ligne presque continue. Cette ligne porte des excroissances formées de croissants ou de granules. Pendant la croissance, la ligne périnucléaire se rompt, l'appareil de Golgi se groupe en quelques masses voisines du noyau.

A mesure que la croissance se poursuit, l'appareil de Golgi s'éloigne du noyau et forme des plages qui se répandent dans le cvtoplasme. Le fond d'une plage se teinte légèrement en gris par l'acide osmique et montre parfois des affinités nettes pour la fuchsine. Sur ce fond, sont disposés les petits arcs ou les granules, éléments nettement noircis par l'acide osmique. A un fort grossissement, les granules peuvent présenter une calotte plus fortement imprégnée que le reste du grain.


SUR LE CYTOPLASME: DES SPOROZOAIRES.

31

Quand le gamonte archevé sa. croissance,, les éléments de Golgi qui s'étaient disséminés dans le cytoplasme se groupent de nouveau. On les retrouve auprès du noyau qui a émigré vers la périphérie cellulaire. Ils se présentent parfois en une masse irrégulière qui rappelle un peu l'aspect classique du réseau.

Dans le microgamétocyte mûr, les éléments de Golgi, granules et croissants, sont disséminés, dans tout le cytoplasme. Quand le

noyau va se diviser, s'il s'agit d'un microgamétocyte de petite taille, les éléments de Golgi se portent en plus grande abondance à la périphérie, suivant une zone parallèle à la surface. Si l'on a un microgamétocyte de grande taille, les éléments de Golgi s'orientent suivant les futures zones de découpage qu'ils jalonnent.

La suite de l'évolution est la même dans les deux microgamétocytes, quelle que soit leur taille. Les granules de Golgi se rassemblent par petits groupes et chaque groupe pénètre dans la proéminence cytoplasmique qui donnera le futur microgamète. On distingue nettement les granules de Golgi dans le microgamète aux diverses phases de son développement sauf à la maturité. Sur la partie antérieure de la membrane du microgamète mûr se trouve plaquée une fine baguette de Golgi. Parfois, mais rarement, cette baguette apparaît distincte de la membrane cellulaire.

FIG. V. — Les éléments de Golgi aux phases de croissance du gamonte d'Aggregata eberthi X 800.


32 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

Quand la fécondation a été effectuée, les éléments de Golgi du macrogamète qui se trouvent au pôle occupé par le noyau, émigrent vers le pôle cellulaire opposé et se disséminent dans le cytoplasme. Au moment de la formation des sporoblastes, ils viennent jalonner les futurs rubans de découpage puis se distribuent en groupes de quelques granules. Chaque groupe pénètre dans la proéminence cytoplasmique proche de lui qui donnera un sporoblaste.

Les éléments de Golgi, groupés en une seule masse dans la spore qui vient de se former, suivent encore une fois le même sort que celui du noyau. Lors de la division nucléaire, chacun des groupes de Golgi qui s'est formé passe dans un futur sporozoïte. Quand ce dernier s'est constitué, les granules de Golgi y paraissent moins distincts. Sur la partie antérieure de la membrane du sporozoïte mûr se trouvent plaqués des éléments de Golgi. Ces éléments, ainsi d'ailleurs que la baguette placée à la partie antérieure du microgamète, sont comparables à un acrosome.

L'appareil de Golgi a donc une évolution tout à fait parallèle à celle

FIG. VI. — Les éléments de Golgi dans la gamogonie d'Aggregata eberthi. — 1. Genèse des sporoblastes; 2, 3, 4, évolution des spores; 5, sporozoïtes: 6, mierogamétocyte pendant la genèse des microgamètes; 7, microgamètes. X 1000.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 33

du noyau, il se comporte comme un élément cellulaire constant, se transmettant à travers les diverses générations de cellules dans toute les phases de l'évolution de la Coccidie.

2. Adelina dimidiata.

A) Schizogonie. — Dans les jeunes schizontes, l'appareil de Golgi est constitué par des bâtonnets légèrement incurvés et des granules, éléments qui sont surtout abondants à la périphérie du cytoplasme. A partir d'une certaine taille, la membrane nucléaire se trouve entourée d'éléments de Golgi, granules ou croissants. Si dans le noyau on peut distinguer un karyosome, on constate que la plus grande partie des éléments de Golgi périnucléaires se trouvent condensés en une masse placée au pôle opposé à ce karyosome.

Quand le schizonte va se diviser, il y a un groupe de granules à proximité de chaque noyau et cela aux diverses phases de la multiplucation nucléaire. Dans la forme en barillet, on distingue quelques granules de Golgi à proximité du noyau de chacun des futurs mérozoïtes.

B) Gamogonie. — Les éléments de Golgi d'un jeune gamonte sont disposés comme ceux d'un schizonte.

Microgamétocyte. — Il y a un groupement de granules dans le microgamétocyte. Lors de la formation des microgamètes, ces granules se distribuent en quatre groupes, la participation de chacun de ces groupes d'éléments de Golgi à la genèse d'un microgamète est probable, mais la taille des éléments rend cette observation difficile.

Macrogamète. — Dans le macrogamète qui s'accroît, il y a des éléments de Golgi, granules et croissants, dans le cytoplasme et sur la membrane nucléaire. Dans la suite de l'évolution, les granules se groupent en une motte qui, d'abord voisine du noyau, se superpose ensuite à lui.

On sait que, dans le macrogamète mûr, le noyau se porte au pôle opposé au microgamétocyte et, après la fécondation, revient au centre de la cellule. L'appareil de Golgi subit des migrations anaARCH.

anaARCH. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 1, janvier 1926. 3


34 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

logues à celles du noyau. Les éléments de Golgi passent graduellement au pôle opposé au microgamétocyte, ce qui fait que, pendant la phase qui précède la fécondation, il y a deux masses de Golgi, une centrale

et une polaire, cette dernière prenant de plus en plus d'importance aux dépens de l'autre.

La période où le transfert total a réalisé une seule masse, la masse polaire, est de peu de durée; elle est immédiatement suivie d'une

FIG. VIL — L'appareil de Golgi d'Adelina dimidiata. — l, jeune gamonte ou schizonte ; 2, 3, 4, croissance et divisions nucléaires du schizonte : 5. noyau du schizonte au stade 2, montrant les éléments de Golgi opposés au karyosomc ; 6 à 10, évolution des gamontes. 1, X 2000; 5, X 3000, les autres figures X 1000.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 35

migration en sens inverse, plus rapide que la première, qui ramène l'appareil de Golgi au centre de la cellule, à proximité du noyau.

Lorsque le noyau se trouve encore à la périphérie cellulaire, il y a au centre du macrogamète une masse plus colorable dont la forme rappelle celle du noyau (Schellack-, 1913, fig. 52, Pl. 6). Léger et Duboscq (1903) y voient de la chromatine expulsée. Je pense que cette masse représente la motte centrale de l'appareil de Golgi, ou tout au moins, la partie de cette masse de Golgi qui présente des affinités pour les colorants chromatiques.

III. — L'APPAREIL DE GOLGI DES GRÉGARINES.

1. Steinina ovalis.

Sporozoïte. — Dans les plus jeunes formes de sporozoïtes qu'on trouve fixées à l'épithélium intestinal du Tenebrio, l'appareil de Golgi est constitué par une baguette axiale placée dans le tiers antérieur de la Grégarine et n'atteignant pas son extrémité.

Plus tard, la baguette axiale est devenue beaucoup plus grêle, mais à sa base se trouve un groupement de granules dessinant une courbe dont la concavité est tournée vers la pointe. Dans la plupart des formes de ce stade, la baguette axiale n'est plus visible. Pendant la suite de l'évolution, le groupe de granules conserve sa position, à 4 ou 5 p. de l'extrémité antérieure du sporozoite, mais il perd sa forme et constitue un groupement irrégulier. Lorsque l'aspect du céphalin se dessine, on voit que l'appareil de Golgi occupe la région qui deviendra le protomérite. A ce moment la membrane nucléaire est entourée d'éléments de Golgi, granules ou petits croissants, éléments qu'on retrouvera dans les céphalins et dans les sporadins.

Dans les divers sporozoïtes on distingue, très près de l'extrémité antérieure, deux granules ou très courts bâtonnets, placés de chaque •côté, le long de la membrane.

Céphalins. — Les jeunes céphalins gardent pendant quelques temps les granules de Golgi localisés dans leur protomérite, plus tard la localisation est moins précise et les éléments de Golgi sont répan-


36 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

dus dans le. cytoplasme. C'est cette disposition qu'on retrouve dans les sporadins.

2. Gregarina polymorpha.

Les plus jeunes sporozoïtes rencontrés présentent un appareil de Golgi constitué par deux croissants, placés à 4 p. de l'extrémité antérieure du sporozoïte. Dans les formes plus évoluées, l'appareil

placé dans la même région, c'està-dire dans le tiers antérieur du sporozoïte, est constitué par deux rangées longitudinales de granules, disposées parallèlement à la surface. Ces rangées s'arrêtent à quelques a de l'extrémité antérieure; mais en avant de chacune d'elles, et assez près de la pointe, se trouve un fin granule ou très court bâtonnet, plaqué contre la membrane.

Dans les formes intra-épithéliales, la localisation des éléments de Golgi est moins précise; il y a des granules ou croissants dans la région antérieure, mais dans certaines formes on trouve ces éléments répandus dans tout le cytoplasme. A partir de ces stades intra-épithéliaux, la localisation d'une partie des éléments

de Golgi auprès du noyau s'effectue. On retrouve désormais ces éléments périnucléaires dans les diverses phases de l'évolution. Ils présentent des dispositions variables; tantôt granules et croissants constituent une ligue qui borde toute la périphérie nucléaire, tantôt ces éléments plus nombreux se rassemblent en une masse placée à l'un des pôles du noyau.

FIG. VIII. — L'appareil de Golgi dans les sporozoïtes de Grégarines. — 1, 2, 3, diverses phases du développement du sporozoïte de Steinina ovalis; 4, 5, sporozoïtes de G. polymorpha: 6, phase intracellulaire de G. polymorpha. 1 à 5, X 2000 ; 6, X 1000.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 37

3. Stylorynchus longicollis.

Dans le céphalin jeune, dont les segments ne sont pas encore distincts, l'appareil de Golgi est constitué par un groupement de granules placés dans la région moyenne de la partie étroite de la Grégarine qui deviendra l'épimérite. Il y a des granules périnucléaires et quelques éléments de Golgi à la périphérie du cytoplasme.

Sporadins. — Dans le protomérite, les éléments de Golgi sont groupés vers la partie antérieure à quelques y. de l'extrémité. Ce sont des granules plus gros que les mitochondries. Par suite de leur tendance à se grouper, ils réalisent parfois une masse de Golgi à éléments peu distincts. Pendant la croissance, la place du groupement protomérique est variable, il se rapproche de la partie postérieure du protomérite à mesure que celui-ci régresse.

Le deutomérite du sporadin présente des éléments de Golgi périnucléaires plus abondants qu'au stade céphalin. Dans le reste du cytoplasme, la répartition de ces éléments est irrégulière, ils sont plus abondants à la périphérie du deutomérite et à la partie postérieure de la Grégarine.

La tendance des éléments à se grouper est ici très nette; ils forment de petites mottes irrégulières où on distingue, sur une plage argentophile, quelques éléments plus gros, granules ou petits arcs. Cette structure des éléments de Golgi, qui rappelle ce qui a été vu pour Aggregata, se retrouve dans les Grégarines enkystées.

4. Nina gracilis.

Sporozoïte. — Le matériel traité pour l'étude du Golgi n'a pas donné les stades jeunes du sporozoïte; les plus petites formes rencontrées ont 30 à 45 u. Ces sporozoïtes ont, en bordure de la pointe qui forme leur extrémité antérieure, des éléments de Golgi très nets. A ces stades, le chondriome est granuleux et il y a une certaine difficulté à distinguer parmi les granules du cytoplasme, ceux qui représentent les éléments de Golgi; toutefois, ces éléments sont plus gros que les mitochondries, ils sont surtout abondants dans la région antérieure, région qui dans les sporozoïtes jeunes est dépourvue de chondriome. Le noyau est entouré d'éléments de Golgi, granules et


38 PH. JOYET LA VERGNE. — RECHERCHES

petits arcs, ces éléments périnucléaires se retrouvent dans les autres phases de l'évolution.

Céphalin. — Protomérite. — Le protomérite du céphalin renferme des éléments de Golgi dont la localisation est variable; ils sont tantôt plus abondants dans la zone moyenne, tantôt dans la zone postérieure. Les éléments en bordure de la pointe du sporozoïte ne persistent pas; toutefois, certains céphalins à protomérite de forme allongée ont les bords du protomérite flanqués de deux baguettes de Golgi, placées de chaque côté, le long de la membrane.

Deutomérite. — Dans le deutomérite, la distinction est facile entre les éléments de Golgi (bâtonnets courts et trapus, croissants ou assemblage de granules) et le chondriome formé de fins chondriomites et chondriocontes. Les deux formations présentent parfois leur maximum d'intensité dans les mêmes régions, mais les inégalités de répartition du chondriome sont moins importantes que celles des éléments de Golgi. Ces éléments, quoique répandus dans tout le cytoplasme sont surtout abondants au voisinage du noyau, à la périphérie du deutomérite et à la partie postérieure du céphalin. Dans le sporadin, les éléments de Golgi périnucléaires sont abondants, les autres éléments, répandus clans le cytoplasme, se groupent par plages, fréquemment abondantes dans la région antérieure de la Grégarine.

5. Gregarina cuneata.

L'appareil de Golgi de cette Grégarine ressemble à celui de G. polymorpha.

IV. — CONCLUSIONS. 1. Comparaison avec les résultats des auteurs.

Si on compare les résultats exposés ci-dessus avec ceux décrits par les auteurs ayant étudié l'appareil de Golgi des Sporozoaires, on voit que ces résultats sont concordants. L'appareil de Golgi de Monocystis ascidiae (Hirschler, 1914) se présente sous la forme de petites masses rondes ou à demi arrondies, plus grosses que les mitochondries et moins nombreuses qu'elles dans le cytoplasme, où elles ont d'ailleurs une répartition plus irrégulière.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 39

Dans les phases de l'évolution d'Adelea ovata qui ont été décrites par Shana King et Bronte-Gatenby, l'appareil de Golgi se présente comme dans les stades correspondants d'Adelina dimidiata. Ces auteurs insistent sur la position particulière de l'appareil dans le schizonte où il se présente toujours au pôle opposé au karyosome; on retrouve le même phénomène dans Adelina dimidiata.

2. L'évolution de l'appareil de Golgi des Sporozoaires.

A) Formes de reproduction. — Il existe malheureusement une lacune dans mes résultats pour les sporozoïtes de Grégarines dont les formes très jeunes, correspondant aux premiers stades des schizozoïtes d'Aggregata, n'ont pas été étudiées. Si on compare entre elles les formes qui sont au même stade d'évolution, on constate une grande analogie entre les schizozoïtes de Coccidies et les sporozoïtes de Grégarines.

L'appareil de Golgi de ces stades est caractérisé dans les deux cas : 1° par une polarisation semblable dans la cellule; 2° par une rapidité de l'évolution de sa forme qui contraste avec les changements beaucoup moins rapides qu'on constatera dans les phases plus âgées; 3° par le passage de la forme bâtonnet à la forme groupement de granules.

Il y a enfin un quatrième caractère commun qui se retrouve aussi dans le sporozoïte et le microgamète d'Aggregata, c'est la présence de granules ou fines baguettes bordant la membrane vers l'extrémité antérieure de l'élément reproducteur. Ce caractère permet un rapprochement avec les spermatozoïdes. Les études sur la spermatogenèse (Bronte-Gatenby et Woodger, 1920) (Bowen, 1922) ont montré que l'appareil de Golgi contribue à la genèse de l'acrosome. Les éléments de Golgi de la pointe des formes reproductrices correspondent donc à une espèce d'acrosome.

Il est logique de supposer que l'appareil de Golgi des sporozoïtes et schizozoïtes de Sporozoaires présente des caractères primitifs. Si cette interprétation est exacte, c'est chez d'autres Protozoaires ou dans les phases embryonnaires des tissus de Métazoaires, qu'on trouvera les formes se rapprochant le plus de ce type primitif. Or, d'une part, il y a des analogies entre l'appareil de Golgi des


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schizozoïtes d'Aggregata et celui des Flagellés (Duboscq et Grasse, 1925). D'autre part, dans les cellules embryonnaires (Fanânâs, 1912; Cajal, 1914), on retrouve les qualités qui caractérisent l'appareil primitif des stades de reproduction des Sporozoaires : polarisation dans la cellule, rapidité dans l'évolution de la forme. Enfin, si on compare l'appareil de Golgi des cellules embryonnaires des endothéliums, de la moelle, du bulbe, du cristallin, de la rétine (Cajal, 1914, fig. 4, 5, 9, 10, 12, 14) avec l'appareil de Golgi des schizozoïtes et sporozoïtes décrits ci-dessus, on remarque une analogie de formes tout à fait frappante.

B) Phases de croissance. — D'une façon générale, on distingue dans le Sporozoaire qui s'accroît des éléments de Golgi au voisinage de la surface du noyau. Les causes des variations d'importance de distribution de cet appareil périnucléaire et de la polarisation qu'il peut présenter au cours de la croissance sont des problèmes encore à résoudre. L'existence, à cette phase, d'éléments de Golgi répandus dans le cytoplasme rapproche la croissance du Sporozoaire de la croissance de l'oeuf où une répartition analogue a été décrite. La condensation des éléments de Golgi auprès du noyau s'effectue aux phases qui précèdent la fécondation.

C) Phases de multiplications cellulaires. — On a vu par les nombreux exemples étudiés plus haut que, dans les phases de multiplication, l'appareil de Golgi suit le sort du noyau. Shana-King et Bronte-Gatenby, dans la sporogonie d'Adelea ovata, concluent à l'existence d'un phénomène de dictyokinèse. En ce qui concerne les cas que j'ai étudiés, je suis moins affirmat if. Le sens du mot dictyokinèse (Perroncito, 1910) est très précis; il implique l'existence de dictyosomes dont l'agencement rappelle les images de la karyokinèse. On trouve de telles images dans Nina gracilis enkystée aux stades de multiplication nucléaire mais, partout ailleurs, la répartition des éléments de Golgi ne se présente pas avec une régularité telle qu'on puisse ranger ces phénomènes dans le cadre si précis de la dictyokinèse.

Aux phases de multiplication de la cellule, il y a un parallélisme remarquable entre l'évolution du noyau et l'évolution de l'appareil


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 41

de Golgi, non seulement en ce qui concerne les phénomènes de division, mais aussi pour les migrations. Ce parallélisme peut s'accomplir sans que les détails des mécanismes de ces évolutions respectives soient calqués l'un sur l'autre. Pour ce phénomène général, qui traduit la liaison du noyau et de l'appareil de Golgi aux phases de multiplication cellulaire, je propose le nom de paradictyokinèse. La dictyokinèse serait un cas particulier de la paradictyokinèse.

3. La nature de l'appareil de Golgi.

L'appareil de Golgi des Sporozoaires ne présente de caractères primitifs qu'au stade des éléments reproducteurs. Partout ailleurs, il s'est révélé comme un appareil évolué tout à fait semblable à celui des cellules de Métazoaires. Il se pose donc à son sujet les mêmes problèmes que ceux qui se posent pour l'appareil de Golgi en général.

L'appareil de Golgi et les canalicules d'Holmgren. — On sait que Golgi (1906 et 1909) a montré les différences qui existent entre l'appareil réticulaire et les trophosponges d'Holmgren qu'il considère comme une formation distincte. Gajal (1914) s'est rangé à l'avis de Golgi et, plus récemment, Da Fano (1922) donnait de nouvelles raisons de distinguer les deux formations. L'appareil de Golgi des Sporozoaires ne rappelle à aucune phase de son évolution, ni dans aucun des types étudiés, les trophosponges.

Nassonow (1924) décrit dans les Flagellés un appareil de Golgi qui se confond avec la vacuole pulsatile. Pour Parat et Painlevé (1925), l'appareil de Golgi des cellules de Métazoaires se confond avec le vacuome. Cette dernière formation pouvant se révéler par la coloration vitale, au rouge neutre. Avel (1925) conteste la conclusion des auteurs en ce qui concerne l'appareil de Golgi des Vertébrés, qui lui apparaît une formation très différente du vacuome.

La coloration vitale par le rouge neutre a été étudiée par D. Muhl (1921) sur les Grégarines du Tenebrio; elle n'a révélé aucune formation ressemblant à un vacuome ou pouvant se rapprocher de l'appareil de Golgi de ces Grégarines.

Toutefois, il y a dans le cytoplasme des Sporozoaires des formations qui, par leur constitution, réalisent les conditions d'une vacuole, ce sont les hiles des corpuscules de paraglycogène. Or,


42 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

ces vacuoles particulières peuvent fort bien retenir l'osmium ou l'argent. Les critiques faites par Parat et Painlevé, sur le manque de spécificité de nos méthodes de recherches de l'appareil de Golgi, sont donc en partie justifiées. Seule, une étude complète des éléments de la cellule, dont on veut décrire l'appareil de Golgi, permet d'échapper à ces critiques.

Pour Parat et Bergeot (1925), l'appareil de Golgi n'est point formé de lipoïdes. Cette conclusion des auteurs repose sur deux sortes d'arguments : 1° sur le fait que l'acide osmique n'est pas le réactif spécifique des lipoïdes, 2° sur les résultats négatifs que donnent les méthodes de recherches des lipoïdes pour déceler l'appareil de Golgi.

Le premier fait est incontestable; les conclusions qu'en déduisent les auteurs le sont moins. Le titre seul d'une note de Regaud (Caractères histologiques généraux des enclaves lipoïdes ne réduisant pas l'acide osmique. C. R. S. B. 1908) précise la question, montrant que, si l'acide osmique n'est pas le seul réactif des lipoïdes, il est cependant un des réactifs. Les travaux de Giaccio (1910) ont montré que beaucoup de lipoïdes ont des affinités pour l'acide osmique; les lipoïdes des Sporozoaires sont dans ce cas (Joyet-Lavergne, 1925). D'autre part, les solvants des graisses ne dissolvent pas toujours les lipoïdes; l'acétone ne dissout pas la lécithine (Mulon, 1914). Les affinités de l'appareil de Golgi pour l'acide osmique, sa résistance à l'action des solvants des graisses sont deux raisons qui rendent assez plausible l'hypothèse d'une constitution lipoïde de l'appareil.

Le deuxième argument des auteurs est le suivant : « Les méthodes de recherches des lipoïdes ne donnent pas l'appareil de Golgi ». Il est parfaitement exact que l'appareil de Golgi, encore plus sensible aux acides que les mitochondries, n'est, en général, pas conservé par ces méthodes. Giaccio (1912), parlant des combinaisons stables entre les protéines et les lipoïdes, dit : « Il n'est pas possible de les déceler par les réactifs des graisses ». Les résultats négatifs obtenus par les auteurs concordent donc parfaitement avec l'hypothèse de la constitution lipoprotéique de l'appareil de Golgi.

Dans l'état actuel de la technique, il n'y a pas de méthode histologique capable de déceler, dans tous les cas, tout ce qui, dans une


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 43

cellule, peut se ranger dans le cadre, encore bien vague d'ailleurs, des lipoïdes.

La constitution chimique de l'appareil de Golgi n'est d'ailleurs pas rigoureusement constante ainsi que l'ont remarqué Weigl (1912), Duesberg (1912) et Cajal (1914).

L'action des réactifs n'est pas la même suivant les stades d'évolution étudiés. Dans les Coccidies, aux stades jeunes, l'appareil présente une plus grande affinité pour l'argent et les méthodes d'imprégnations donnent les meilleurs résultats; aux stades âgés, l'affinité de l'appareil pour l'acide osmique est au contraire plus grande. Ces différences d'action peuvent-elles s'interpréter comme le fait d'une prédominance des protéines dans l'appareil de Golgi des stades jeunes alors que, dans les stades plus évolués, le constituant lipoïde serait au contraire plus important? Cette hypothèse est en accord avec la possibilité de révéler les lipoïdes de l'appareil de Golgi, par les méthodes ordinaires (Giaccio), dans le macrogamète mûr d'Adelina dimidiata (Joyet-Lavergne, 1925).

L'hypothèse d'une constitution lipoprotéique de l'appareil de Golgi est celle qui permet d'interpréter le plus rationnellement les faits: observés jusqu'à ce jour, toutefois la technique cytologique est encore trop rudimentaire pour que le procédé nouveau, indiqué par Parat et Bergeot, pour faire apparaître en négatif des formations cellulaires encore mal connues ne soit favorablement accueilli par tous- les chercheurs.

CHAPITRE VI

LE PARAGLYCOGÈNE

I. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX.

Les caractères du paraglycogène ont été indiqués dans la partie historique de ces recherches. Bûtschli (1885) le considère comme un hydrate de carbone voisin du glycogène, tandis que Maupas (1886) le rapproche de l'amidon.

Au point de vue histologique, aucune coloration spécifique n'a permis jusqu'à ce jour de déceler le paraglycogène. Ses affinitéspour les colorants sont toujours faibles. A son affinité pour le violet


44 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

de gentiane déjà signalée par Henneguy (1888), il faut ajouter celle qu'il manifeste pour le bleu de méthyle. Dans la coloration par la méthode, de Mann, le paraglycogène présente plus d'affinités pour ce colorant que pour l'éosine, il se teinte légèrement en vert. Le centre de la sphérule prend l'aspect d'une zone plus brillante et plus colorée où la matière colorante semble s'accumuler. Mais je ne considère pas cette réaction du bleu de méthyle comme assez spécifique pour constituer à elle seule, une méthode de recherche du paraglycogène ; elle doit être complétée par la réaction de l'iode.

Pour essayer de préciser les qualités chimiques de cet hydrate de carbone par un procédé histologique, j'ai cherché à le déceler par diverses méthodes classiques de recherches du glycogène : méthodes de Fischer (1905), Best (1906), Vastarini (1909) et Mayer (1909); les résultats ont été négatifs. Il en résulte que, dans la mesure où des colorations analogues par les mêmes réactifs permettent de révéler les parentés chimiques, le paraglycogène semble assez éloigné du glycogène.

Par ses caractères physiques : insolubilité dans l'eau, stratification en zones concentriques, action sur la lumière polarisée, le grain de paraglycogène rappelle un grain d'amidon. En précisant la signification du corps central dans le grain, on verra que ce rapprochement est tout à fait justifié.

Kuschakewitsch (1907) regarde le corps central du paraglycogène comme un grain d'excrétion qui, apparaissant d'abord dans les parois des alvéoles, grossit et devient le centre du dépôt de paraglycogène.

Léger et Duboscq (1907), remarquant qu'on n'observe jamais de grain d'excrétion ayant la réfringence et les réactions microchimiques du corps central, rejettent cette interprétation. Ces auteurs se demandent si le centre des sphérules de paraglycogène est bien un corpuscule. « Il faut noter qu'il est souvent irrégulier et qu'il donne plutôt l'impression d'une petite bulle de gaz qui remplirait une cavité centrale ».

Cette hypothèse de Léger et Duboscq; peut se vérifier. Le centre de la sphérule de paraglycogène est en réalité une zone moins condensée que le reste de la sphérule, c'est un vide résultant de la croissance, espèce de hile comparable à celui d'un grain d'amidon.

Il y a trois sortes d'arguments pour cette interprétation :


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 45

1° Les colorants les plus variés peuvent se fixer dans cette zone centrale et toute explication du phénomène par un mécanisme, chimique tenant à la nature du corps central est à rejeter. Il y a là un phénomène purement physique d'attraction de la matière colorante vers la vacuole.

2° Dans un Sporozoaire où se manifeste la vacuolisation du nucléole

correspondant à la sortie des chromidies, les centres des sphérules de paraglycogène ont le même aspect que les vacuoles du noyau, cette similitude d'aspect apparaissant avec des fixateurs et des colorants très variés.

3° On peut enfin vérifier expérimentalement que la zone centrale d'un corpuscule de paraglycogène n'est pas un corps de forme déterminée, mais bien un hile dont l'aspect varie suivant les condensations qui s'y opèrent. Cette vérification pouvant être utilisée, comme méthode de recherche du paraglycogène, je vais l'exposer avec quelques détails. Les coupes ayant été traitées par une solution d'iode dans l'iodure de potassium ou par la gomme, iodée sont

après lavage déshydratées de la façon suivante : on leur fait parcourir avec un séjour d'une minute dans chaque tube, la série des tubes Borel renfermant les mélanges suivants: 1. acétone; 2. (acétone 15 plus toluène 85); 3. (acétone 30, toluène. 70); 4. (acétone 50, toluène 50); 5. (acétone 20, toluène 80), on plonge dans le toluène, et on monte au baume de Canada. Il faut procéder immédiatement à l'examen des coupes; on constate alors que les sphérules de paraglycogène sont colorées par l'iode, le corps central apparaît incolore bordé par une fine raie noire. Peu à peu on assiste, à la décoloration de la sphérule, l'iode venant se condenser dans le hile qui bientôt apparaît en noir sur une sphérule de paraglycogène incolore. L'expérience est particulièrement nette avec des corps de paraglycogène de grandes tailles.

FIG. IX. — Sphérules de

paraglycogène, 1, 2, 3, 4,

divers aspects du hile; 5,

la croix de polarisation.

X 2000.


46 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

Il résulte de ces faits, que la structure du paraglycogène est analogue à celle d'un grain d'amidon et le mot de zooamylon proposé par Maupas (1886) est un terme plus heureux que celui de paraglycogène. Cependant Bütschli (1885) a la priorité de la dénomination de cette substance; les caractères qu'il a donnés pour la définir sont précis et importants ; on doit donc conserver le terme de paraglycogène, indiqué par cet auteur, mais en attribuant à ce mot le sens d'amidon animal.

Beaucoup d'auteurs se servent de l'expression paramylon pour désigner le paraglycogène, j'ai suivi leur exemple dans une de mes publications (1924, d). Je reconnais aujourd'hui que le mot paramylon est incorrect pour désigner les hydrates de carbone des Sporozoaires, ce terme ayant été employé pour désigner une substance différente du paraglycogène. Les remarques faites à ce sujet par de Beauchamps (1911) sont entièrement justifiées.

II. — PARAGLYCOGÈNE DES GRÉGARINES.

L'existence du paraglycogène a été reconnue dans un grand nombre de Grégarines. J'ai retrouvé cette substance dans les 5 espèces que j'ai étudiées : Nina gracilis, G. polymorpha, G. cuneata, Steinina ovalis, Stylorynchus longicollis, avec des caractères assez semblables pour pouvoir en faire une description générale commune à ces diverses espèces.

Le paraglycogène constitue la masse la plus importante du cytoplasme d'un céphalin ou d'un sporadin, il se présente sous forme de sphérules dont la taille augmente légèrement avec la croissance de la Grégarine. Les sphérules d'une Grégarine ont presque toutes la même taille et leur répartition est uniforme dans le deutomérite; toutefois, la zone antérieure de ce deutomérite est très fréquemment moins riche en paraglycogène. La répartition de cette réserve dans la protomérite étant liée à la sexualité sera étudiée plus loin.

Quand les Grégarines s'enkystent, chacune renferme une provision de paraglycogène, mais la destinée de cette réserve est différente suivant le sexe. Si, dans le mâle, elle contribue à la genèse des spermatozoïdes, sa participation n'est pas visible; une grande masse de paraglycogène reste dans le reliquat. Dans la femelle, au contraire,


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES.

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s'il reste une partie duparaglycogène dans le reliquat, la portion la plus importante participe à la genèse des oeufs. De cette participapation on peut déduire l'importance de la réserve hydrocarbonée pour la constance des caractères chimiques de l'espèce. Je décrirai ici la genèse de l'oeuf de Nina gracilis.

L'oeuf de Nina qui se constitue est d'abord formé par une petite masse protoplasmique subsphérique dont la partie centrale est occupée par une grosse vacuole. Le contenu de cette vacuole n'a pas

été précisé. Elle est bordée par le noyau des sphérules de paraglycogène et des grains mitochondriaux.

Bientôt une polarisation s'établit; les sphérules de paraglycogène se portent an pôle opposé au noyau, de l'autre côté de la vacuole. L'oeuf s'étire légèrement à son pôle nucléaire, que j'appellerai le pôle antérieur, suivant la notation adoptée par Léger et Duboscq (1909). L'amincissement à ce pôle continuant à s'accentuer donne une figure en forme de poire, l'extrémité antérieure de cette poire forme un cône qui coiffe le noyau. La zone antérieure continue à s'accroître, mais en s'arrondissant, elle donne à l'oeuf une forme ovoïde; à ce stade, la vacuole se divise en deux par un cloisonnement suivant le petit axe de l'ovoïde. Des sphérules de paraglycogène émigrent ensuite entre les deux vacuoles, la distribution des grains mitochondriaux s'est également modifiée. Undeuxième cloisonnement parallèle au

FIG. X.— La genèse de l'oeuf de Nina gracilis. —1, noyau Ç et masse vitelloïde ; 2. noyau Ç et masse vitelloïde, développement de la' vacuole; 3 à 9, diverses phases de l'évolution de l'oeuf (disposition du noyau, des vacuoles, du paraglycogène, du chondriome). X 2000.


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premier divise en deux la vacuole postérieure. Les sphérules de paraglycogène et les mitochondries se répartissent alors autour des trois vacuoles, la taille des sphérules a diminué. Le cloisonnement des vacuoles continue ensuite jusqu'à réaliser l'aspect l'aspect alvéolaire de l'oeuf mûr.

III. — PARAGLYCOGÈNE DES COCCIDIES.

I. — Adelina dimidiata.

Quoique les proportions de paraglycogène dans la cellule d'Adelina soient assez variables, suivant les stades examinés, on peut dire que, dans l'ensemble, il constitue la réserve la plus importante au cours de l'évolution de la Coccidie.

A. Schizogonie. — Il y a dans le mérozoïte une masse de fines granulations localisée à une des extrémités. Dans un schizonte qui s'accroît, il y a deux zones de paraglycogène, l'une à l'avant, l'autre à l'arrière de la région périnucléaire. La zone postérieure a des granules plus abondants et un peu plus gros. Pendant la croissance, les granules augmentent légèrement de taille et se répandent dans le cytoplasme. Lors de la division nucléaire, ils se réunissent par petits amas dont la plupart se répartissent dans les mérozoïtes, les autres restant dans le reliquat. Dans certains barillets, des mérozoïtes sont pourvus de deux masses de paraglycogène, une à chaque extrémité; ce sont peut-être les futurs gamontes.

B) Gamogonie. — Microgamétocyte. — La disposition du paraglycogène dans le microgamétocyte développé ressemble à celle du schizonte. Plus tard la localisation des réserves s'atténue. Le paraglycogène reste dans le reliquat à la formation des microgamètes qui en sont dépourvus.

Macrogamète. — Les granules d'un jeune macrogamète sont disposés comme ceux d'un schizonte, mais ils grossissent davantage dans la suite de révolution. La zone antérieure prend bientôt une importance semblable à celle du pôle postérieur, puis tout le cytoplasme est envahi, sauf la pointe. Pendant cet accroissement,


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 49

les corpuscules de paraglycogène, d'abord sphériques, deviennent souvent ovoïdes, incurvés. Le hile, point brillant très réfringent, apparaît, dès que la taille atteint 1 p. à 1 J., 5. Les corpuscules atteignent leur maximum de taille, 2 y., 5 environ, au moment de la fécondation. Ils redeviennent ensuite plus petits et sphériques

et passent sous cette forme dans les spores.

La plus grande partie du paraglycogène reste inutilisée et on ne distingue que quelques granules dans le sporozoïte qui vient de se former.

2. Aggregata eberthi.

La prédominance des réserves hydrocarbonées signalée dans le cytoplasme d'Adelina est encore plus marquée dans l'Aggregata.

A) Gamogonie. —Le jeune gamonte présente deux groupements de granules de paraglycogène placés, l'un dans la zone antérieure, l'autre dans la zone postérieure du cytoplasme. A mesure que le gamonte grandit, le nombre des granules augmente; la plupart d'entre eux grossissent et ils se répandent peu à peu dans le

cytoplasme. Le maximum de taille de ces granules est atteint lorsque le gamonte est lui-même arrivé à sa taille maxima.

Microgamétocyte. — Dans le microgamétocyte, les plus grosses sphérules de paraglycogène ne dépassent guère 2 (u. Leur taille commence à diminuer quand le noyau se porte à la périphérie de la cellule.

A la formation des microgamètes, les corpuscules de paraglycogène ont de 0 u., 5, à Oy., 7. Ils se portent au voisinage des proêmiAHCH.

proêmiAHCH. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 1, janvier 1926. 4

FIG. XL — Le paraglycogène

dans Adelina dimidiata. 1, 2,

3, jeunes schizontes ou gamontes; 4, schizonte ; 5, phase de multiplication nucléaire du schizonte; 6, gamontes. 1, 2, 3, X 2000; 4, 5, 6, X 1200.


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PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

nences cytoplasmiques qui donneront les futurs microgamètes. Mais, dès que la forme du microgamète se dessine, les corpuscules s'éloignent de lui;ils émigrent alors vers le centre de la zone de découpage et restent dans le reliquat. Une digestion des réserves hydrocarbonées s'effectuant parallèlement à la genèse des microgamètes, il semble bien que ces réserves ne soient pas indifférentes à cette

genèse, toutefois les microgamètes sont dépourvus de paraglycogène.

Macrogamète. — Dans le macrogamète qui a atteint sa taille maxima, les plus grosses sphérules de paraglycogène ont 4 a; la réserve hydrocarbonée est plus importante que dans le microgamétocyte, elle envahit tout le cytoplasme.

Une polarisation dans les réserves se manifeste quand le noyau émigré vers la périphérie de la Coccidie. La plupart des corpuscules

FIG. XII. — Le paraglycogène dans la gamogonie d'Aggregata eberthi.

1, gamonte; 2, découpage du sporoblaste; 3, 4, évolution de la spore; 5, sporozoïte; 6 et 7, évolution du microgamétocyte. X 1000.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 51

de paraglycogène prennent alors une forme ellipsoïdale et s'orientent comme s'ils subissaient une attraction nucléaire. La diminution de taille des corpuscules qui s'est déjà manifestée, continue après la fécondation.

Au moment du découpage des sporoblastes, les granules sont sphériques et ont en moyenne 0 J., 5. Ils s'orientent alors par groupes de 7 à 9 éléments ; chaque groupe se place dans la zone cytoplasmique qui donnera un futur sporoblaste et l'on peut suivre le découpage de ces derniers par la disposition même des groupements de granules.

Ces granules, rassemblés en une seule masse dans l'a spore qui vient de se former, se disposent bientôt en trois groupes. Lors de la division nucléaire, chacun de ces groupes passe dans un futur sporozoïte. La place du paraglycogène, variable pendant la genèse de ce dernier, est fixe dans un sporozoïte mûr; il y a alors 3 ou 4 granules placés à l'avant du noyau.

B) Schizogonie. — La croissance du schizonte s'accompagne, pour le paraglycogène, des mêmes phénomènes de développement et de répartition que ceux décrits dans la croissance du gamonte; toutefois, la masse de paraglycogène atteindra un développement encore plus important que dans le macrogamète. Les granules restent toujours sphériques et conservent leur taille maxima après la migration du noyau vers la périphérie cellulaire ; cette taille des sphérules peut atteindre jusqu'à 7IJ..

La digestion des réserves est ici plus tardive que dans le gamonte ; commencée dès la division nucléaire, elle se continue pendant le reste de l'évolution.

Au moment de la genèse des schizozoïtes, la plus grande partie du paraglycogène reste dans le reliquat. Chaque schizozoïte reçoit une provision de quelques granules de paraglycogène, granules qui, dans le schizozoïte mûr, occupent une place tout à fait analogue à celle qu'occupent les réserves hydrocarbonées du sporozoïte; ils sont placés, là aussi, en avant du noyau.


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IV. — CONCLUSIONS.

L'existence du paraglycogène dans les représentants de deux grandes familles de Coccidies montre que cette substance est une réserve hydrocarbonée commune aux Sporozoaires. S'il existe des différences chimiques entre le paraglycogène des Coccidies et celui des Grégarines, elles n'apparaissent pas par nos moyens de recherches.

Les caractères physiques de cette formation sont les mêmes dans les deux groupes de Sporozoaires. Le hile, dans tous les cas, apparaît au cours de la croissance dès que la taille du corpuscule est suffisante; il a les caractères d'une zone brillante, très réfringente, qui grossit en même temps que le corpuscule dont il reproduit vaguement l'image; sphérique dans les grains de paraglycogène arrondi-, il est allongé dans le sens du grand axe dans les corpuscules ovoïdes. Cet aspect général ne traduit probablement qu'une vue superficielle, car dans les corpuscules d'assez grande taille, où l'image du hile est particulièrement visible, il se présente avec des formes irrégulières rappelant l'aspect de certains hiles d'amidon végétal (Molliard, 1921).

Henneguy (1888) a montré sa forme en croix colorable dans la Grégarine Monocystis agilis. Les sphérules de la Coccidie Aggregata eberthi ont parfois des hiles semblables, en croix colorable également par le violet de gentiane, mais ici le hile n'occupe que la partie centrale et n'atteint pas les bords de la sphérule. Il en résulte que la croix de polarisation qui est analogue à celle de l'amidon végétal, c'est-à-dire qui atteint les bords de la sphérule, ne peut se confondre, ici, avec le hile.

La présence d'une réserve hydrocarbonée, qui a les mêmes caractères chez les Grégarines et chez les Coccidies, est une preuve de plus de la parenté de ces deux groupes. Cette parenté apparaît d'autant plus intime quand on remarque l'importance du rôle du paraglycogène dans le chimisme de la cellule du Sporozoaire. Le rôle du paraglycogène a été mis en évidence dans l'étude de la genèse de l'oeuf de Nina, mais il est surtout nettement précisé par l'étude des Coccidies. Les diverses phases de l'évolution d'Aggregata eberthi et d'Adelina dimidiata ont été étudiées au point de vue du para-


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES, 53

glycogène, or, dans les deux cas, seul de toutes les formes de l'évolution, le microgamète s'est montré dépourvu de cette réserve. Il en résulte que le paraglycogène, passant d'une génération à l'autre, est un des éléments cellulaires qui contribuent à maintenir la constance chimique de l'espèce dans les Sporozoaires.

CHAPITRE VII

LES LIPOÏDES ET LES GRAISSES

I. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX.

Si, dès 1908, Regaud. pouvait dire qu'il considérait la présence des lipoïdes dans la cellule « non point comme banale mais comme fréquente », les découvertes faites depuis, tant par les méthodes chimiques, que par les recherches des histologistes, ont montré que les lipoïdes devaient être considérés comme un élément essentiel des tissus. D'après les recherches de Fauré-Fremiet, Mayer et Schaeffer (1910), les mitochondries sont un complexe lipoprotéique. Lestravaux de Mayer et Schaeffer établissent la constance lipocytique des cellules et montrent l'importance du coefficholestérine

coefficholestérine

cient lipocytique — comme caractéristique d'un organe.

acide gras

Les méthodes histologiques, sans avoir donné des résultats aussi généraux, ont cependant révélé la présence de lipoïdes figurés ou en solution dans les tissus les plus divers. Des revues générales sur cette question ont été publiées par Ciaccio (1912) et par Mulon (1914).

Dans les Protozoaires, Kolsch a vue des formations myéliniques dans Balantidium et Opalina (d'après Ciaccio, 1912). Les lipoïdes et les graisses existent dans le cytoplasme de divers Sporozoaires. J'ai reconnu l'existence des lipoïdes dans les Coccidies : Aggregata eberthi et Adelina dimidiata, dans les Grégarines : Nina gracilis, G. polymorpha, G. cuneata et Stylorynchus longicollis. L'étude chimique un peu détaillée de ces substances a été faite dans une Coccidie (Aggregata) et dans une Grégarine (Nina) avec


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l'espoir d'établir un caractère différentiel entre les réserves de ces deux grands groupes. Les méthodes employées n'ont fait apparaître aucune différence. Les affinités de ces substances pour le Soudan III, le Scharlach R et la chlorophylle sont très nettes.

Parmi les réactions des lipoïdes, la coloration par le bleu de toluidine (Loisel, 1903), la teinte grise que donne l'acide osmique (Mulon, 1904, Ciaccio, 1910) sont des qualités que possèdent les lipoïdes des Sporozoaires. Comme les phosphatides, ils se colorent en bleu par le Nilblau et leur insolubilité dans l'acétone les rapproche des lécithines. Les graisses neutres des Sporozoaires se colorent nettement en noir par l'acide osmique, elles ne sont pas insolubilisées par les fixateurs chromiques, elles sont solubles dans les solvants des graisses, en particulier dans l'acétone.

II. LES LIPOÏDES ET LES GRAISSES DES COCCIDIES.

1. Aggregata eberthi.

Les jeunes gamontes renferment dans leur cytoplasme quelques granules lipoïdes, ces granules deviennent plus nombreux pendant la croissance de la Coccidie, certains d'entre eux augmentent de taille et deviennent alors des vésicules. De forme ovoïde ou circulaire, ces vésicules se divisent en deux catégories : les unes constituent une masse homogène, d'autres présentent un croissant périphérique qui a des affinités plus marquées pour les colorants des lipoïdes. Ce croissant embrasse une vacuole moins colorable.

Les rapports de tailles de ces deux constituants de la vésicule sont variables. On peut trouver diverses formes intermédiaires entre les types extrêmes qui sont : croissant mince accolé à une grosse vacuole, ou croissant très développé en ménisque concave convexe, présentant, dans sa partie concave, une petite vacuole subsphérique.

Ce sont les formes les plus fréquentes, mais il faut ajouter que les vésicules lipoïdes s'éloignent parfois de la forme ovoïde ou circulaire. Si, dans ces formes irrégulières, une hétérogénéité apparaît dans l'affinité pour les colorants des lipoïdes, la figure dessinée ne rappelle pas toujours un croissant mais parfois des granules.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRÉS. 55

L'osmiophilie des.vésicules et croissants augmente avec leur taille et parallèlement à la croissance de la Coccidie.

Macrogamète. — Dans le macrogamète ayant achevé sa croissance,

FIG.XIII.— Les lipoïdes et les graisses dans la gamogonie d'Aggrégata eberthi. — 1 à 4, évolution du macrogamète; 5, découpage des sporoblastes; 6, microgamétocyte (lipoïdes en gris, graisse en noir). 1 à 4, X 500; 5, X 1000; les lipoïdes représentés à côté de 3 sont X 2000; 6, X 1000.


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les grandes vésicules lipoïdes ont de 3 à 5 J., parfois 6a; elles se transforment en graisses neutres. Cette transformation est presque totale au stade de migration du noyau vers la périphérie de la

Coccidie.

Les enclaves de graisse se retrouvent dans l'oeuf après la fécondation, puis dans la zone cytoplasmique centrale des rubans de découpage, lors de la formation des sporoblastes. Dans les tissus fixés par des mélanges chromiques ne conservant pas les graisses neutres, on trouve, à la place de ces enclaves, des vacuoles vides dont la périphérie a encore une certaine affinité pour le Soudan III. Cette coloration me semble due à la présence d'un reliquat de la masse lipoïde, génératrice de la graisse.

Dans la spore qui évolue, la masse lipoïde se disloque en granules. Ces granules forment ensuite deux ou trois groupements lors de la genèse des sporozoïtes. Pendant cette genèse, quelques granules persistent longtemps dans la partie centrale de la spore; constitueront-ils un reliquat ou seront-ils utilisés ultérieurement par les sporozoïtes? Dans la provision de lipoïdes reçue parle sporozoïte, on ne distingue pas toujours des granules, fréquemment cette provision imprègne le cytoplasme à l'une des extrémités du sporozoïte.

Microgamétocyte. — La masse des lipoïdes du microgamétocyte est un peu inférieure aux réserves en lipoïdes et graisses du macrogamète. La croissance des vésicules est moins rapide, elles atteignent au maximum 3 J.,5, rarement 4;J.. Leur osmiophilie se développe plus faiblement et leur transformation chimique ne dépasse pas la phase lipoïde. Lors de la genèse des microgamètes, on trouve des vésicules lipoïdes dans le reliquat.

2. Adelina dimidiata.

Dans Adelina dimidiata, de bonne heure les jeunes schizontes ou gamontes présentent leurs réserves lipoïdes sous la forme de petites vésicules. Les vésicules et quelques granules forment fréquemment deux groupements, l'un à l'avant, l'autre à l'arrière de la région périnucléaire; ce dernier étant le plus important et le plus constant. Cette disposition rappelle les groupements du paraglycogène à


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES.

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ces stades; mais ici, la localisation est moins marquée; il y a des vésicules lipoïdes dans toutes les parties du cytoplasme, en particulier dans la pointe de la Coccidie.

Dans les sçhizontes, les vésicules s'accroissent peu; à la maturité vésicules et granules sont répandus dans tout le cytoplasme. Le matériel n'a pas été favorable à l'étude de la schizogonie.

Macrogamète. — Les vésicules du macrogamète grossissent pendant la croissance de la Coccidie et se répartissent plus régulièrement dans le cytoplasme. Le maximum de développement de la masse de réserve lipoïde est atteint au moment où la Coccidie a son maximum de longueur. A ce stade, ces réserves forment, avec le paraglycogène et les réserves albuminoïdes, une véritable mosaïque. Les trois constituants de cette mosaïque sont des éléments de

FIG. XIV.—Les lipoïdes et les graisses d'Adelina dimitiada. —1, jeune gamonte ou schizonte; 2, 3, sçhizontes; 4 à 8, évolution des gamontes (lipoïdes en. gris, graisse en noir) ; 1 X 2000, 2 à 8 X 1000.


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tailles comparables et les masses des trois sortes de réserves sont, alors, à peu près équivalentes dans le cytoplasme. Dans la suite de l'évolution, le paraglycogène prendra la prédominance. Son augmentation de masse est, au début, parallèle à une diminution des réserves lipoïdes. Ce phénomène se produit, dès la régression de la pointe de la Coccidie, pendant que le macrogamète s'arrondit.

Au moment de la fécondation, les réserves lipoïdes se divisent en deux parties. La première partie des vésicules se trouve à la périphérie du macrogamète où sont situées également les réserves albuminoïdes. Ces lipoïdes évoluent vers la forme graisse. Dans les stades que j'ai pu suivre, quelques vésicules seulement étaient transformées en graisse, formant soit deux ou trois enclaves, soit une seule enclave, cette dernière alors plus volumineuse. Les enclaves, placées à la périphérie du cytoplasme, sont le plus souvent au voisinage de la zone qui est en contact avec le microgamétocyte. L'évolution vers la forme graisse est donc ici plus tardive et moins importante que dans Aggregata.

La deuxième partie des réserves lipoïdes vient se condenser en une seule masse, placée sur le noyau, et tout à fait semblable à l'image donnée par l'appareil de Golgi à ce stade. Dans la suite de l'évolution, la masse lipoïde donne des figures superposables à celles, cependant si particulières, que donne l'appareil de Golgi dans ses migrations parallèles aux migrations nucléaires. A ce stade de l'évolution, qui précède la formation d'éléments reproducteurs, l'appareil de Golgi se confond morphologiquement avec une partie des réserves lipoïdes.

Microgamétocyte. — Dans le microgamétocyte, les vésicules s'accroissent peu et conservent leur caractère lipoïde jusqu'à la fin de l'évolution.

III. — LES LIPOÏDES ET LES GRAISSES DES GRÉGARLNES.

1. Nina gracilis.

Sporozoïte. — Le sporozoïte fixé à l'épithélium intestinal renferme des granules lipoïdes dans son cytoplasme, à quelques ;J. de son extrémité antérieure.


SUR LE CYTOPLASME,DES SPOROZOAIRES. 59

Céphalin. — A. Protomérite. — Le protomérite présente deux groupes d'éléments lipoïdes : 1° le groupement antérieur, formé de fines granulations, disposées parallèlement à la ligne de contact du protomérite avec l'intestin et à quelques JJ. decette ligne; 2° le groupement postérieur, moins important, formé de granules un peu gros,

disposés le long de la ligne de séparation des deux segments de la Grégarine. On trouve des granules intermédiaires, comme tailles et positions, entre les deux groupements. Dans les formes où le protomérite n'est pas largement étalé, si ces granules intermédiaires sont abondants, la distinction entre les groupements antérieur et postérieur du protomérite est rendue difficile.

FIG. XV. — Les lipoïdes aux diverses phases de la croissance du céphalin de

Nina gracilis; 1, 2, 3, X 500.


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PH. JOYET-LAVERGNE.

RECHERCHES

B. Deutomérile. — Dans les céphalins jeunes, les granules lipoïdes forment un groupement localisé à la partie antérieure du deutomérite. Ces granules se trouvent ainsi au voisinage de ceux du groupement postérieur protoméritique dont ils ne se différencient que par

leur taille, qui est légèrement plus grande. Cette différence de taille s'accentuera un peu au cours de l'évolution.

Pendant la croissance, de nouveau granules apparaissent; tout d'abord, à la région postérieure de la Grégarine, plus tard, vers la périphérie du deutomérite. Ils grossissent parallèlement à l'augFIG.

l'augFIG. — Les lipoïdes dans deux sporadins de Nina gracilis F* et Ç rapprochés pour l'accouplement. — 1 et 3, 4, moitiés des sections transversales du ^ et de la Ç x 500 : 2, 4, portions des cytoplasmes de 1 et 3 X 2000 (masses vitelloïdes de la Ç représentées par leurs contours)


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 61

mentation de taille du céphalin et leur transformation en vésicules commence à se réaliser dans le céphalin de grande taille. En même temps, vésicules et granules se répandent graduellement dans tout le cytoplasme du deutomérite.

Sporadin. — Cet accroissement de taille et cet essaimage des vésicules s'accentuent dans la phase sporadin où, bientôt, la répartition des éléments lipoïdes devient à peu près uniforme. L'avance prise par les régions postérieure et périphérique du deutomérite se manifeste cependant par l'existence de vésicules plus nombreuses et plus osmiophiles dans ces deux régions.

Les vésicules lipoïdes de Nina ont des formes semblables à celles décrites dans Aggregaeta, toutefois elles sont plus petites, leur taille moyenne est 2;J_. A côté des formes ovoïdes ou circulaires qui sont les plus communes, on rencontre, et cela plus fréquemment que dans A ggregata, des corps lipoïdes en forme de vésicules étranglées, éveillant l'idée d'une possibilité de division des vésicules. On trouve aussi parfois quelques formes lipoïdes irrégulières, ces dernières sont peut-être les signes de la participation des lipoïdes au métabolisme cellulaire. L'osmiophilie des vésicules s'accroît avec leur taille.

La sexualisation du cytoplasme est nette dans les sporadins. Ceux qui, par leurs réserves vitelloïdes, se caractérisent comme Ç ont une masse lipoïde plus abondante; les vésicules sont plus grosses et plus osmiophiles.

Enkystement. — Lors de l'enkystement, la différence entre les deux conjoints est encore plus accentuée; une partie des vésicules lipoïdes Ç s'est transformée en graisse; l'osmiophilie des vésicules c? a peu augmenté. Plus tard, au stade II (stade défini par Léger et Duboscq, 1909), la forme en croissant domine dans les deux Grégarines; la taille maxima des vésicules est 3 à 4;J. pour la femelle; 2;JL, 5 à 3;J. pour le mâle. Les enclaves de graisse sont encore localisées à la périphérie du cytoplasme Ç, leur forme est irrégulière, mais montre nettement qu'elles sont le résultat de la coalescence de plusieurs vésicules. La suite de révolution de ces graisses est complexe. Chez le mâle, au contraire, les vésicules lipoïdes conservent leurs caractères; on les retrouve, au moment de la genèse des


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PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

microgamètes, semblables à ce qu'elles étaient au stade II Comme pour l'Aggregata, la phase lipoïde n'est pas dépassée dans le mâle.

2. Gregarina polymorpha.

Les sporozoïtes de G. polymorpha, fixés à l'épithélium intestinal et les formes intra-épithéliales renferment des granules lipoïdes.

Dans certaines formes intra-épithéliales, les granules ne sont pas très distincts, le cytoplasme est alors imprégné de lipoïdes. Dans toutes ces formes, la réserve lipoïde a plus d'importance que dans les sporadins où se trouvent seulement quelques granules ou petites vésicules dans tout le cytoplasme.

FIG. XVII. — Les lipoïdes et les graisses clans les kystes de Nina gracilis. — 1, kyste au stade II; 2, kyste au stade IV; les lipoïdes sont en gris, les graisses en noir (les lamelles mucoïdes du $ quoique teintées en gris sur le dessin n'ont pas les réactions des lipoïdes); 1 X 500, 2 >( 1000. Les noyaux ont été représentés par leurs contours.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES,

63

Dans les associations, le primite renferme plus de lipoïdes que le satellite. Au stade de l'enkystement, la différence entre les conjoints est encore plus accusée; la Grégarine femelle a des vésicules lipoïdes plus nombreuses et plus osmiophiles. Ces différences sont semblables à celles décrites dans Nina.

3. Gregarina cuneata.

Les formes intra-épithéliales de G. cuneata renferment une provision de lipoïdes; les granules n'y sont pas toujours distincts. A la

phase sporadin on trouve quelques vésicules dans le protomérite et dans le deutomérite de la Grégarine.

4. Stylorynchus longicollis.

Le protomérite du sporadin de Stylorynchus a de fines granulations lipoïdes répandues dans le cytoplasme. Le groupe postérieur protoméritique qui borde la ligne de séparation des deux segments de la Grégarine a des granules légèrement plus gros.

FIG. XVIII. —Les lipoïdes à diverses phases de l'évolution de Gregarina polymorpha : 1, 2, 3, 4. Les lipoïdes de Gregarina cuneata : 5, 6. (1 et 2 X 1000 3 à 6 X 500).


^ PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

Dans le deutomérite, les éléments lipoïdes, granules et vésicules, sont plus développés que dans le protomérite. Ils envahissent tout le cytoplasme mais ils sont plus nombreux dans la zone périphérique. La distribution des éléments lipoïdes rappelle donc ici celle des jeunes sporadins de Nina.

IV. — CONCLUSIONS.

Il résulte de ces descriptions qu'aucune différence importante n'a été notée dans les lipoïdes entre les Coccidies et les Grégarines. Les caractères chimiques, morphologiques et l'évolution de ces substances sont semblables dans les deux groupes.

Étant donné la variété des types étudiés, il est légitime de généraliser les résultats obtenus et on peut considérer les lipoïdes comme constituant un élément fondamental du cytoplasme des Sporozoaires.

En indiquant qu'on pouvait rapprocher ces lipoïdes des lécithines, j'ai montré que, par leurs caractères chimiques, ils ressemblent aux lipoïdes des cellules des Métazoaires. Les différences qui peuvent exister à ce point de vue échappent à nos moyens actuels de recherches.

Au point de vue morphologique, l'analogie est aussi grande. Les lipoïdes des cellules de l'épithélium intestinal de Scolopendre dont la production est provoquée par le parasitisme (Joyet-Lavergne, 1925) ont les mêmes formes, les mêmes caractères et la même évolution que ceux des Sporozoaires. Les dessins donnés par Ciaccio (1910) pour l'oeuf de Chatte (fig. 13 et fig. 14) et les figures de Noël (1923), montrant la genèse de la graisse dans la cellule hépatique (Pl. III, fig. 6 et 7), ressemblent d'une façon frappante aux images des vésicules lipoïdes des Sporozoaires.

Un caractère général s'est manifesté dans l'évolution de ces lipoïdes, c'est la tendance à une osmiophilie de plus en plus marquée au cours du développement. Une remarque analogue est faite par Athias (1920) sur les lipoïdes des cellules interstitielles; dans les cellules âgées, les lipoïdes se montrent plus osmiophiles que dans les cellules jeunes.

Ainsi, tant au point de vue de l'évolution qu'aux points de vue


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 65

chimiques ou morphologiques, on retrouve dans certaines cellules des Métazoaires des faits analogues à ceux décrits pour les lipoïdes des Sporozoaires. Ces formations sont donc semblables aux lipoïdes des tissus.

Dans une note récente, Grigaut et Yovanovitch (1925) croient pouvoir tirer, des recherches faites par les méthodes chimiques sur la répartition des lipoïdes et des graisses dans les tissus, la conclusion suivante : « La genèse des matières grasses et lipoïdes apparaît ainsi comme une fonction générale de la cellule vivante ». La portée de cette conclusion se trouve élargie par les résultats exposés cidessus, puisque ces résultats font rentrer des êtres monocellulaires dans la loi générale.

CHAPITRE VIII

LES RÉSERVES ALBUMINOÏDES

I. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX.

Au point de vue microchimique, des diverses méthodes employées pour déterminer les réserves albuminoïdes, le réactif de Millon a donné les meilleurs résultats. Les réserves albuminoïdes des Sporozoaires contiennent une assez grande teneur de phosphore, décelable histologiquement, pour qu'on puisse les mettre en évidence par le réactifs de Mac Callum ou par le molybdate d'étain; c'est pour marquer ce caractère que je les ai appelées : « Réserves albuminoïdes phosphorées ».

Après les fixateurs mitochondriaux, la coloration Bensley-Cowdry teinte le chondriome en violet tandis que les albuminoïdes prennent la fuchsine. Avec la méthode à l'hématoxyline ferrique, les albuminoïdes manifestent une certaine sidérophilie; mais, quand on fait suivre cette coloration de l'action du mélange de Prenant, on constate que le chondriome a plus d'affinités pour le fer que les réserves albuminoïdes; ces dernières se colorent alors par l'éosine. Dans la double coloration safranine et violet de gentiane, le chondriome retient ce dernier colorant, tandis que les albuminoïdes sont teintées par la safranine.

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 1, janvier 1926. 5


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II. LES RÉSERVES ALBUMINOÏDES DES COCCIDIES.

1. Adelina dimidiata.

Des divers Sporozoaires étudiés, c'est dans la Coccidie Adelina que les réserves albuminoïdes ont la plus grande importance. Leur apparition est plus tardive que celle des autres réserves, paraglycogène et lipoïdes, mais il est difficile de dire si, parmi les granules des formes jeunes qui ont la taille et les réactions des mitochondries, certains ne représentent pas des réserves albuminoïdes.

Le schizonte développé a quelques granules albuminoïdes qui n'atteignent jamais un grand développement; ils sont digérés au moment de la formation des mérozoïtes.

Ce sont des granules de taille analogue que l'on distingue dans le microgamétocyte quand il a achevé sa croissance. Ces réserves diminuent de taille au moment de la maturité et, lors de la formation des microgamètes, on ne peut plus les distinguer des mitochondries.

Dans le macrogamète, les corpuscules albuminoïdes se développent davantage, ils augmentent de taille parallèlement à la croissance de la Coccidie. De forme ovoïde ou circulaire, chacun est accolé à une formation mitochondriale, espèce de calotte qui croît avec la réserve qu'elle recouvre partiellement. L'importance maxima de ces réserves est atteinte au moment où le macrogamète est arrivé à son maximum de taille. La masse des réserves albuminoïdes est alors analogue à la masse de chacune des deux autres réserves du cytoplasme. La digestion des réserves albuminoïdes commence plus tardivement que celle des lipoïdes mais elles diminuent d'importance pendant la maturation du macrogamète.

Au moment de la fécondation, les corpuscules albuminoïdes ontune forme circulaire et sont localisées à la périphérie du cytoplasme, à côté des lipoïdes. La nature chimique de la plupart de ces corpuscules s'est modifiée; leur affinité pour la fuchsine a diminué, tandis qu'ils manifestent une certaine affinité pour l'acide osmique. A ce stade, les relations des lipoïdes et des albuminoïdes ne sont donc pas uniquement des relations de voisinage; les albuminoïdes, ainsi modifiés par leur combinaison avec une partie des réserves lipoïdes, doivent être rangés dans la catégorie des réserves vitelloïdes.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 67

2. Aggregata eberthi.

A aucune des phases de l'évolution, la masse des réserves albuminoïdes n'atteint l'importance de' l'une des deux autres réserves. Les corpuscules albuminoïdes ont fréquemment la forme ovoïde; leur taille un peu plus faible dans le microgamétocyte atteint jusqu'à 1 [i. 5, ils peuvent arriver à 2 y. dans le macrogamète. Parfois, la forme des réserves est irrégulière; si ces masses irrégulières ont une assez grande taille, on reconnaît facilement qu'elles sont formées par un groupement de corpuscules, chaque corpuscule est recouvert, partiellement, par une calotte mitochondriale, mais cette calotte n'est pas toujours un chondrioconte comme chez Adelina. Elle peut être ici constituée par un chondriomite. Ces réserves, qui se trouvent dans les phases jeunes, augmentent de taille parallèlement à la croissance de la Coccidie ; elles ont les mêmes caractères dans le schizonte et le gamonte.

L'origine nucléaire de ces formations apparaît par l'examen du noyau. Dès que la Coccidie, gamonte ou schizonte, atteint sa taille moyenne, mais plus nettement encore quand elle est proche de sa taille maxima, de petites sphérules d'oxychromatine se détachent de la périphérie du nucléole, chacune est pourvue d'une petite bordure de basichromatine en forme de calotte. Ces sphérules sont parfois alignées en traînées dans la zone périnucléolaire du noyau. Or, avec des fixateurs mitochondriaux et des colorants variés, ces sphérules ont les mêmes réactions que les réserves albuminoïdes du cytoplasme; leur calotte de basichromatine ayant les réactions du chondriome. Ce sont ces masses qui, émises dans le cytoplasme, •constituent les réserves albuminoïdes. Leur répartition est à peu près régulière; elles sont, toutefois, en plus grande abondance dans la zone périnucléaire et à la périphérie de la Coccidie.

Comment s'effectue dans le noyau la genèse de ces formations? Les émissions nucléolaires dont l'importance chez Aggregata a été mise en évidence par les travaux de Léger et Duboscq (1908), participent probablement à cette genèse, constituant la masse albuminoïde proprement dite. Cette masse se chargerait d'un chondriome dans la région périnucléolaire.


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III. — LES RÉSERVES ALBUMINOÏDES DES GRÉGARINES.

Au point de vue des réserves albuminoïdes, les Grégarines se rapprochent beaucoup des Aggrégatidés. Là aussi, la masse albuminoïde constitue une réserve peu abondante dans le cytoplasme. Les corpuscules albuminoïdes ont fréquemment la forme ovoïde, leur taille atteint rarement celle des sphérules de paraglycogène de la Grégarine, chacun est pourvu d'une calotte mitochondriale. Parfois, ils sont associés, soit en file comme une série de granules bordant le même chondrioconte, soit en un groupement irrégulier.

Toutes ces dispositions, qui rappellent ce qui a été vu pour Aggregata, se retrouvent dans les cinq Grégarines étudiées.

L'origine nucléaire de ces réserves albuminoïdes est très nette dans Stylorynchus longicollis. Pendant la croissance du sporadin, le noyau présente dans la zone périnucléolaire de petites masses d'oxychromatine à bordure basichromatique, ces petites masses sont tout à fait semblables aux réserves albuminoïdes et présentent les mêmes réactions; ce sont elles qui par leur migration dans le cytoplasme constituent les réserves albuminoïdes de la Grégarine.

La participation du nucléole aux émissions nucléaires se manifeste par son aspect vacuolaire. A certaines phases de son évolution, le noyau de Stylorynchus présente plusieurs nucléoles, ces nucléoles sont parsemés de petites vacuoles. Les émissions du nucléole, fréquemment signalées dans les Sporozoaires, en particulier par Berndt (1902), Léger et Duboscq (1904, 1908), Kuschakewitsch. (1907), Hesse (1909), ont été vues dans les cellules de Métazoaires. Schreiner (1915, 1916) a fait des recherches à ce sujet dans les tissus de la Myxine.

Dans les Grégarines, les phénomènes d'émission nucléaire peuvent d'ailleurs s'accomplir à des phases ou le nucléole n'apparaît pas dans la constitution du noyau. Dans les céphalins mûrs de Nina gracilis, le noyau présente souvent sa partie basichromatique condensée en un filament chromatique; c'est alors dans la zone voisine, dépourvue de chromatine, que l'on trouve les vacuoles, souvenir des émissions nucléaires.

Il est possible que ces émissions nucléaires de corpuscules qui for-


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 69

meront les réserves albuminoïdes contribuent à réaliser la constance du rapport nucléoplasmatique, mais on doit noter que la sortie de la chromatine du noyau se manifeste aussi sous d'autres aspects. Dans Aggregata eberthi aux phases de croissance on trouve parfois une masse de chromatine sans forme définie qui est émise par le noyau. Faut-il voir là l'origine d'une espèce de cytochromatine analogue à celle que signale Bataillon (1904) dans les oeufs de divers Vertébrés?

IV. — LES RÉSERVES ALBUMINOÏDES ET LES CHROMIDIES.

La notion des chromidies, apportée par Hertwig (1902) s'applique tout d'abord à des formations d'origine nucléaire qui, répandues dans le cytoplasme, sont susceptibles de participer à la genèse de nouveau noyaux. D'autres publications de Hertwig (1903), les travaux de Goldschmidt (1904, 1905), l'hypothèse émise par cet auteur sur la dualité de constitution du noyau, ont contribué à donner au mot « chromidie » un sens plus général que le sens originel. Mesnil (1905) distingue les trophochromidies (à fonction végétative) des idiochromidies. Schaudinn (1905) établit une distinction analogue. On peut donc ranger comme chromidie toute formation cytoplasmique d'origine nucléaire, sans rien préjuger sur le rôle physiologique de cette formation.

Quelques auteurs appellent chromidies : toute formation cytoplasmique donnant avec l'hématoxyline au fer des réactions semblables à celles du noyau. Dobell (1909)_ indique dans la revue qu'il a publiée sur la question, un certain nombre d'exemples de chromidies ainsi définies par les auteurs. Or, la sidérophilie est une réaction très générale et, en se basant sur ce seul critérium, on risque de classer sous la même dénomination des formations très différentes.

Pour conserver au mot chromidie un sens précis, il faut pouvoir définir les formations cytoplasmiques que l'on veut ainsi appeler : 1° par un ensemble de caractères chimiques qui les rapproche nettement de la chromatine; 2° par des caractères morphologiques indiquant que le noyau est le siège d'émissions nucléaires qui peuvent logiquement être considérées comme l'origine des chromidies.

L'affinité pour le carmin, constitue une réaction beaucoup plus


70 PH. JOYET-LAVERGNE.

RECHERCHES

FIG. XIX. — Les réserves albuminoïdes et le chondriome. — 1 à 5, Adelina dimi - diata; 1, 2, jeunes schizontes et gamontes; 3. schizontes; 4 et 5, gamontes ; 6 et 7, gamontes d'Aggregata eberthi; 8, Stylorynchus longieollis, portion de cytoplasme au voisinage du noyau (albuminoïdes, chondriome, paraglycogène);

paraglycogène); 2, 2000; 3, 4, 5, 6, 7, X 1200; 8, X 1500.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 71

élective que les affinités sidérophiles ; appliquée aux Sporozoaires elle a montré dans les phases jeunes des Coccidies des granulations de la grosseur des mitochondries mais limitées à la zone périnucléaire. Ces granulations représentent les chromidies des stades jeunes. Pour les stades âgés, je n'ai pu trouver un fixateur, qui conservant bien la structure cytoplasmique, puisse, s'associer à la coloration par le carmin. Mais l'ensemble des réactions chimiques, indiquées plus haut, qui sont communes aux réserves albuminoïdes et à la chromatine, est suffisant pour que la qualité chimique demandée aux formations chromidiales se trouve réalisée dans les réserves albuminoïdes des Sporozoaires.

Le caractère morphologique, montrant la sortie des substances nucléaires a été constaté pour l'Aggregata et quelques Grégarines; dans ces groupes, on peut dire que les réserves albuminoïdes sont de véritables chromidies. L'étude de l'Adelina dimidiata n'ayant pas encore montré d'émission nucléaire pouvant être considérée comme l'origine des réserves albuminoïdes, il convient malgré les caractères chimiques de ces réserves, de savoir si cette émission nucléaire existe, avant de ranger dans les chromidies les réserves albuminoïdes de cette Coccidie.

CHAPITRE IX

INTERPRÉTATION DES FORMATIONS DÉCRITES PAR LES AUTEURS DANS LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES

I.— ÉLÉMENTS QUI SE RAPPROCHENT DES RÉSERVES

ALBUMINOÏDES.

Contrairement à ce qui a été vu pour le paraglycogène, les réserves albuminoïdes ont des affinités pour les colorants nucléaires et plasmatiques; d'autre part, les fixateurs utilisés ordinairement pour l'étude du noyau les conservent parfois. Il en résulte que ces formations ont été fréquemment conservées dans les méthodes de recherches des auteurs qui ont étudié les Sporozoaires. Certains éléments cytoplasmiques, décrits sous des appellations variées, correspondent aux réserves albuminoïdes.


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Schellack (1913) a décrit dans Adelina dimidiata des « Reservstoffkugeln » (fig. 3 du texte) qui correspondent aux réserves albuminoïdes de la Coccidie. Il en est de même des corps chromatoïdes décrits par Léger et Duboscq (1903) dans la variété A. dimidiata. coccidioïdes. Les corps chromatoïdes de Stylorynchus longicollis (Léger, 1904) font également partie des réserves albuminoïdes de cette Grégarine.

Pour les espèces de Sporozoaires que je n'ai pas étudiées, je ne puis être aussi affirmatif et seule une recherche par des méthodes permettant de caractériser les albuminoïdes pourrait donner une certitude. Toutefois, il est logique de rapprocher des réserves albuminoïdes les formations ci-dessous dont il a été question dans la partie historique de ce travail; pour les Grégarines : inclusions de Schneider, corps chromatoïdes de Léger, granules chromatoïdes de Ceccioni, chromidies de Léger et Duboscq et de Drzewiecki: pour les Coccidies : granules chromatoïdes de Thélohan, Siedlecki, granules à affinités pour l'hématoxyline de Schaudinn, chromidies de Dobell.

Volontiers, je rapprocherais les « boules de réserves colorables au rouge Bordeaux, que Schellack et Reichenow décrivent dans Barrouxia schneideri (fig. 39), des réserves albuminoïdes de cette Coccidie.

Dans les diverses publications auxquelles je viens de faire allusion, la préoccupation dominante des auteurs n'est pas la recherche de la constitution du cytoplasme. Il n'en est pas de même pour le travail de Comes (1907). Cet auteur a étudié les chromidies de deux Grégarines, Stenophora iuli et Stylorynchus longicollis, en utilisant des méthodes électives : 1° coloration par la safranine; 2° mise en évidence des corps phosphores. Pour Comes, les corpuscules chromidiaux sont d'origine cytoplasmique; ils sont moins abondants quand les conditions de nutrition sont défavorables; or Léger, qui a étudié Stylorynchus longicollis (1904), a remarqué au contraire que, en faisant jeûner les Olocrates, les corps chromatoïdes des Grégarines sont plus abondants. Comment peut-on expliquer ces résultats contradictoires?

Si Comes a mis en évidence le chromidium des Grégarines. par des méthodes électives, marquant ainsi un progrès réel sur les au-


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 73

teurs qui l'ont précédé, il a englobé dans sa description des formations tout à fait différentes des chromidies. « Färbt man mit Saffranin, so zeigt jedes Chromidialkörnchen einen sehr stark gefärbten centralen Punkt, eingebettet in einen peripherischen, sehr blassen Teil (fig. 19) ». On reconnaît à cette description les caractères d'un corpuscule de paraglycogène et l'examen de la figure 19 ne laisse aucun doute à ce sujet. Le granule central basophile, si nettement coloré, que Comes compare plus loin à un bioblaste, est en réalité le hile du corpuscule de paraglycogène. Les granules albuminoïdes de Stylorynchus longicollis se colorent d'une façon homogène par la safranine et, seules, les formations analogues aux dessins représentés (figure 20, Taf. 20), correspondent aux chromidies.

II. — LA VOLUTINE.

Guilliermond (1901) a décrit, dans les Algues et les Champignons, des corpuscules métachromatiques qui, retrouvés par Grimme (1902) dans Spirillum volutans, ont été dénommés volutine par Meyer. Le lecteur trouvera des renseignements complets sur ces questions dans la publication de Guilliermond (1910). La volutine, caractérisée par sa métachromasie, présente un ensemble de qualités chimiques (réactions au bleu de méthylène) précisées par Meyer (1904). Quelle est la nature de cette substance? Meyer la considère comme un dérivé de l'acide nucléique; des recherches de Van Herweden (1917) ont confirmé cette interprétation. D'autre part, Swellengrebel (1908) montre que la volutine des Trypanosomes est d'origine nucléaire, et Reichenow (1909), après avoir étudié la volutine des Protozoaires, remarque que les chromidies pourraient fort bien constituer une simple catégorie de volutine. Le même auteur, dans l'étude de Karyolysus lacertae (1913), donne une interprétation du rôle de cette substance dans la cellule des Coccidies (p. 333). Il pense que la formation de volutine qui se manifeste dans le microgamétocyte, après la genèse des microgamètes, est la preuve que cette substance constitue une réserve nucléaire « KernReservstoff ». L'idée de Reichenow, en accord avec les observations des auteurs cités plus haut, au sujet de la nature de la volutine,


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représente l' opinion la plus autorisée que nous puissions avoir sur l'interprétation des corps métachromatiques des Sporozoaires. Il devient dès lors très difficile de distinguer la volutine des chromidies. Je n'ai pu obtenir la coexistence des deux formations dans la même cellule. D'autre part, les fixateurs qui permettent de mettre en évidence la volutine chez les Sporozoaires (Coccidies) que j'ai étudiés, n'assurent pas une conservation suffisante des autres constituants cytoplasmiques. Il n'est donc pas possible de dire si cette formation est un élément distinct de ceux qui ont été décrits ou si, au contraire, elle réalise simplement un aspect particulier de l'un des constituants du cytoplasme, par exemple, des chromidies.

III. — LES GRANULES PLASTIQUES, LA COCCIDINE, ETC.

En ce qui concerne les granules plastiques, les globules réfringents, la coccidine, ce sont là des aspects particuliers des constituants cytoplasmiques pour lesquels j'ai dû renoncer à donner des renseignements plus précis que ceux fournis par les auteurs. En réalité, les procédés de recherches, qui ont permis la description de ces diverses substances, modifient trop profondément le cytoplasme, pour qu'il soit possible d'établir l'homologie des formations qui restent dans la cellule, après une telle perturbation, avec les divers éléments du cytoplasme décrits dans ce travail. Il semble d'ailleurs que, sous la même appellation, les auteurs aient parfois rangé des éléments fort différents.

IV. — L'ALVÉOLINE.

L'aspect alvéolaire du cytoplasme, si fréquent chez les Sporozoaires, est-il la conséquence de l'existence d'une substance spéciale, l'alvéoline de Frenzel (1892), et quelle est la nature de cette substance?

Dans les phases jeunes, l'aspect du cytoplasme est granuleux; les alvéoles se dessinent à mesure que se développent les réserves, au cours de la croissance du Sporozoaire. La taille des alvéoles est en relation avec la grosseur des éléments de réserve. Fréquem-


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. - 75ment,

75ment, une espèce, ces éléments sont de plus grande taille chez la femelle, les alvéoles du type de ce sexe sont alors plus grandes que les alvéoles du cytoplasme mâle. Lorsque les corpuscules de réserve assez nombreux dans le cytoplasme, se trouvent rapprochés les uns des autres, par suite de leur croissance, l'ensemble des pressions qu'ils exercent sur la substance fluide où ils se trouvent plongés dispose cette masse fluide suivant, des courbes, tangentes aux. corpuscules, et la structure alvéolaire se trouve dessinée. Cette structure nous apparaît donc comme liée mécaniquement au nombre et à la croissance des corpuscules de réserve.

Les réactions microchimiques montrent que la trame alvéolaire est une substance albuminoïde; cette substance donne, en outre, avec les réactifs décelant le phosphore, des réactions voisines de celles des réserves albuminoïdes. L'étude histologique permet d'arriver à une plus grande précision; elle montre que la trame des alvéoles est constituée par une substance albuminoïde fondamentale ayant des affinités pour les colorants plasmatiques. Sur elle, se trouvent disposés les éléments du chondriome. Par la méthode de Kull, le chondriome apparaît en rouge vif sur des traînées cytoplasmiques violettes.

L'alvéoline de Frenzel est donc le résultat de la coagulation par les réactifs de deux substances distinctes : 1° le chondriome, 2° une substance albuminoïde. Cette substance albuminoïde constitue aussi la bande cytoplasmique antérieure du protomérite, des céphalins de Nina gracilis, c'est elle, qui forme également la lentille protoméritique des sporadins de Grégarines.

Il convient donc d'ajouter, aux cinq éléments distingués dans le cytoplasme d'un Sporozoaire (chondriome, appareil de Golgi, paraglycogène, lipoïdes et graisses, réserves albuminoïdes) une. sixième substance. Cette substance, voisine des réserves albuminoïdes par ses caractères chimiques, s'en distingue, par ses caractères morphologiques. Tandis que les réserves albuminoïdes se présentent comme, des corpuscules à forme bien délimitée en relation intime, avec les mitochondries ; cette substance, sans forme définie,, est comme, un fluide répandu dans tout le cytoplasme. Elle constitue dans la partie antérieure du protomérite des Grégarines jeunes, une masse assez importante où ne se distingue aucun élément figuré,


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réalisant ainsi un contraste frappant avec la structure hétérogène du reste du cytoplasme. Cette masse antérieure protoméritique sera résorbée en même temps que le protomérite.

Cet ensemble, masse transitoire protoméritique et substance albuminoïde sans forme définie, répandue dans la cellule, espèce de substratum dans lequel s'édifient et se développent les divers autres éléments du cytoplasme, constitue une sorte de protoplasme fondamental, le hyaloplasme. Toutefois ici, le hyaloplasme ne comprend pas les éléments du chondriome. Cette précision sur le sens de ce terme me permet d'abandonner le mot paléoplasme que j'avais proposé tout d'abord (1925 e).

On sait que l'aspect alvéolaire, qui a servi de base à la théorie alvéolaire de Bütschli, n'est pas particulier aux Sporozoaires. Fréquemment réalisé dans les cellules les plus diverses, cet aspect est particulièrement net dans les cellules riches en réserves nutritives figurées. Wilson (1899) montre la fréquence de la structure alvéolaire dans les oeufs d'Échinodermes, de Mollusques et d'Annélides. Cette structure est réalisée dans les oeufs des Vertébrés inférieurs (Bataillon, 1904). Mlle Loyez (1905) la retrouve dans les oeufs à vitellus abondants. Van Durme (1910) décrivant cette structure dans les oeufs d'Oiseaux, pense que « des mitochondries sont répandues probablement le long de cette charpente protoplasmique » (p. 125). Une précision plus grande est apportée par Athias (1920) qui, traitant les cellules de l'ovaire de Rhinolophus euryale par la méthode de Benda, montre un cytoplasme à structure alvéolaire nette avec un abondant chondriome dans la trame des alvéoles. La disposition de ce cytoplasme est tout à fait semblable à celle du cytoplasme des Sporozoaires. L'interprétation donnée plus haut pour la structure alvéolaire des Sporozoaires, pourrait donc avoir une portée plus générale; elle s'appliquerait, peut-être, à d'autres types cellulaires réalisant cette structure.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 77

CHAPITRE X

LA CONSTITUTION DU CYTOPLASME D'UN SPOROZOAIRE

Le cytoplasme d'un Sporozoaire contient six éléments distincts :

1° Le hyalopasme ou protoplasme fondamental; 2° le chondriome; 3° les éléments de Golgi; 4° le paraglycogène; 5° les lipoïdes et les graisses; 6° les réserves albuminoïdes phosphorées.

Je ne mentionne pas les réserves vitelloïdes comme un élément distinct, parce que je les considère comme résultant d'une combinaison entre certaines réserves albuminoïdes et les lipoïdes ou graisses.

Leur existence traduit simplement les affinités chimiques qui se manifestent entre deux catégories de réserves, au cours de l'évolution de types femelles.

Dobell (1925) a retrouvé, parmi les éléments décrits dans le cytoplasme d'Aggregata eberthi (Joyet-Lavergne, 1923, 1924 d, 1925 a), les formations suivantes : des éléments se rapprochant du chondriome, du paraglycogène et des graisses. L'auteur indique aussi la présence de granules d'une substance fort voisine de la chromatine et d'autres granules semblables à la volutine. Ces divers granules peuvent, probablement se rapprocher des réserves albuminoïdes de la Coccidie. Dobell signale le glycogène parmi les éléments du cytoplasme d'Aggregata eberthi. Je n'ai trouvé cette substance dans aucun des Sporozoaires que j'ai étudiés.

Au cours de cette étude, des ressemblances nombreuses ont apparu entre les éléments du cytoplasme d'un Sporozoaire et les formations correspondantes des cellules des Métazoaires. L'analogie apparaît encore plus frappante si on. compare le Sporozoaire à l'oeuf.

Fauré-Fremiet (1924) décrit dans l'oeuf de Sabellaria alveolata diverses formations : le chondriome, du glycogène, des lipoïdes, des globules graisseux, des globules vitellins, une substance chromatophile; en outre, l'étude chimique révèle la présence de phosphoprotéides.

La cellule oeuf et le Sporozoaire renferment donc dans leur cytoplasme les trois grandes catégories chimiques de substances de


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réserve : 1° hydrates de carbone; 2° lipoïdes et graisses; 3° albuminoïdes.

Le cytoplasme proprement dit ou substance fondamentale de l'oeuf de Sabellaria apparaît plus complexe que le hyaloplasme du Sporozoaire, il contient en solution diverses substances : le glycogène, les substances albuminoïdes, une partie des phosphoprotéides, les savons, les sels.

Fauré-Fremiet n'a pas fait l'étude des éléments de Golgi, mais, d'après ce que nous savons sur la constance de cette formation dans les oocytes les plus divers, nous pouvons penser que dans l'oeuf •de Sabellaria, comme dans les autres oocytes étudiés, l'appareil de Golgi est très semblable à celui du Sporozoaire aux phases de croissance de son évolution. Ce sont précisément ces phases de croissance du Sporozoaire qui présentent une constitution cytoplasmique rappelant celle de l'oeuf.

Quand au cours de l'évolution du Sporozoaire, lors de la genèse d'éléments reproducteurs, il apparaît un reliquat important, la plupart des constituants du cytoplasme sont représentés dans ce reliquat : le chondriome, les éléments de Golgi, le paraglycogène et les lipoïdes et graisses. Mais il est difficile de dire si les masses albuminoïdes du reliquat représentent du hyaloplasme ou des réserves albuminoïdes.

TROISIÈME PARTIE

CHAPITRE XI

ESSAI SUR LES RAPPORTS ET LE ROLE DES DIVERS ÉLÉMENTS DE LA CELLULE DU SPOROZOAIRE

Les méthodes de recherches de la cytologie sont encore bien insuffisantes pour résoudre des questions aussi complexes que celles des rapports et du rôle des divers éléments du protoplasme. Dans cette partie du travail, rares sont les questions qui ont reçu un commencement de solution; la plupart des problèmes qui se posent n'ont pu être résolus.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 79

I. — LE RÔLE DU NOYAU.

On a vu, au sujet des réserves albuminoïdes, l'intervention du noyau dans la genèse des chromidies. Avec la sortie de masses de basichromatine sans formes définies, qui, émises par le noyau chez Aggregata eberthi, se répandent dans le cytoplasme, ce sont là les deux seules constatations de l'intervention nucléaire dans la morphologie du cytoplasme.

II. — LE RÔLE DU CHONDRIOME.

Il faut distinguer dans le chondriome des Sporozoaires deux catégories d'éléments :

1° des éléments du chondriome en rapport morphologique très net avec les réserves albuminoïdes; ce sont les chondriosomes qui bordent chacun des corpuscules de ces réserves ou encore, mais plus rarement, les chondriosomes ou chondriomites dont une extrémité se présente sous la forme d'un petit corpuscule albuminoïde.

Il est possible qu'il y ait entre ce chondriome et les réserves albuminoïdes des. rapports génétiques, mais le fait n'a pas été encore démontré.

Chez divers Sporozoaires, les réserves albuminoïdes sont de véritables chromidies; or, dès leur constitution dans le noyau, les petites masses albuminoïdes ont une bordure en calotte basichromatique ayant les caractères chimiques du chondriome. Dans ce cas l'origine de cette catégorie de chondriome est nettement nucléaire.

2° La deuxième partie du chondriome est formée par le chondriome proprement dit, formation d'origine cytoplasmique (dont l'évolution a été suivie). Parmi les chondriosomes de cette catégorie, certains sont parfois accolés aux sphérules de paraglycogène; il y a là un simple rapport de contact et nous n'avons aucune raison de supposer une intervention du chondriome dans la genèse du paraglycogène.

Le chondriome intervient-il dans la genèse des lipoïdes et des graisses?

Les auteurs ont décrit cette participation du chondriome à la genèse des graisses dans les tissus les plus variés : intestin et foie


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(Altmann, 1894); glande mammaire et capsule surrénale (Howen, 1911, 1912); cellules adipeuses et cellules conjonctives (Dubreuil, 1911, 1913, da Costa, 1913); cellules interstitielles de l'ovaire (Athias, 1920); cellule hépatique (Noël, 1923).

Dans la cellule du Sporozoaire, il n'y a aucune preuve de l'intervention du chondriome dans la genèse des lipoïdes et des graisses. Nous reviendrons sur cette question au sujet de l'absorption chez Nina gracilis.

III. — LE RÔLE DE L'APPAREIL DE GOLGI.

1. L'appareil de Golgi est-il distinct du chondriome?

Hirschler (1923) cite plusieurs espèces de Protozoaires chez lesquelles l'appareil de Golgi se confond avec le chondriome. Parmi ces espèces se trouve Gregarina polymorpha. Je suppose que l'auteur fait allusion aux satellites de cette Grégarine chez lesquels, en effet, la distinction est difficile entre les deux formations, par suite des affinités particulières du chondriome mâle pour l'acide osmique. Mais cette distinction peut-être établie : 1° par les fixateurs mitochondriaux ne conservant pas les éléments de Golgi; 2° par des fixations osmiques dont la durée n'a pas été assez considérable pour empêcher toute affinité du chondriome pour la fuchsine.

Dans les Flagellés, Duboscq et Grasse (1925) considèrent l'appareil de Golgi comme représentant une nouvelle catégorie du chondriome. D'autre part, Nassonow (1924) décrit dans le même groupe les deux formations comme distinctes.

En ce qui concerne les Sporozoaires on peut, dès les stades jeunes, séparer nettement les deux formations et elles restent distinctes dans la suite de l'évolution.

Il en est de même d'ailleurs dans les cellules des Métazoaires où la plupart des auteurs séparent le chondriome de l'appareil de Golgi. En particulier les travaux de Perroncito (1911), Gowdry (1912), Weigl (1912), Deinecka (1912) et Gajal (1914) ont nettement précisé les caractères distinctifs de ces deux formations.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 81

2. L'appareil de Golgi joue-t-il un rôle dans les sécrétions?

Un certain nombre de travaux tendent à montrer que l'appareil de Golgi joue un rôle dans les phénomènes de sécrétion. Gowdry en 1922 et dans la revue qu'il consacre à cette question (1924) donne une bibliographie que je ne reprendrai pas ici. Il faut ajouter aux renseignements que donne cet auteur, les résultats obtenus par Da Fano (1922) sur la glande mammaire. Da Fano constate que, après une phase d'hypertrophie de l'appareil de Golgi, survient une dislocation des éléments de l'appareil qui correspond à la période d'activité cellulaire. Enfin le fonctionnement de l'appareil de Golgi des Flagellés traduit d'après Nassonow (1924) une activité sécrétrice.

Dans les Sporozoaires, la zone cytoplasmique voisine des éléments de Golgi présente fréquemment des affinités chimiques particulières qui la différencient du reste du cytoplasme. Après une double coloration au rouge Magenta et carmin d'indigo, on voit dans les schizozoïtes d'Aggregata la zone bordée par les éléments de Golgi, arcs ou baguettes, se détacher nettement en rouge, sur un fond cytoplasmique coloré en vert.

Cette qualité n'est d'ailleurs pas spéciale aux Sporozoaires, je l'ai retrouvée dans la zone cytoplasmique délimitée par l'appareil de Golgi dans les cellules intestinales de la Scolopendre. Cette qualité chimique particulière de la zone ainsi délimitée semble bien liée à l'existence de l'appareil de Golgi. Est-elle une manifestation de son activité et quelle est la nature de cette activité? Nous ne possédons pas encore assez de précisions pour pouvoir conclure.

3. Les rapports de l'appareil de Golgi avec les lipoïdes et les graisses.

On a vu, que dans le macrogamète d'Adelina, au stade de la fécondation, l'appareil de Golgi est le support de la provision lipoïde. Dans les phases de croissance des Sporozoaires, les images de l'appareil de Golgi sont différentes de celles que donnent les réserves lipoïdes. Un fixateur comme le Champy osmique, capable de conserver les deux formations ne permet cependant pas de distinguer les éléments de Golgi des vésicules.

ÀRCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 1, janvier 1926. 6


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La partie lipoïde, la plus osmiophile des vésicules, constitueraitelle l'élément de Golgi? Sa forme fréquente en croissant, qui est aussi fréquemment celle de ces éléments, permettrait de le supposer.

D'autre part, l'évolution de l'appareil de Golgi est en rapport avec l'évolution des lipoïdes. Dans le kyste de Nina gracilis, la Grégarine femelle qui est riche en graisse est pauvre en éléments de Golgi, alors que chez la Grégarine mâle où les vésicules conservent leurs caractères de lipoïdes, il y a une plus grande abondance d'éléments de Golgi.

Si les éléments de Golgi se trouvaient représentés par la partie lipoïde la plus osmiophile des vésicules, leur disparition parallèlement à l'enrichissement en graisse de la Grégarine femelle expliquerait les différences constatées entre les cytoplasmes des deux sexes. Mais il faut reconnaître que les faits précisés jusqu'ici sont insuffisants pour émettre cette proposition autrement que sous la forme d'une hypothèse.

L'intérêt de ces constatations se trouve cependant accru par les rapprochements que l'on peut établir avec des résultats analogues. Dans les cellules du tissu adipeux péripancréatique, Cajal (1915) montre que les phases de destruction de l'appareil réticulaire coïncident avec la formation de grandes gouttes de graisse. D'après cet auteur, Tello a signalé un fait analogue dans les cellules sécrétrices de la glande mammaire. Les résultats de Da Fano, rappelés plus haut, s'en rapprochent également.

En résumé, parmi les divers constituants du cytoplasme, c'est avec les lipoïdes et graisses que les éléments de Golgi paraissent liés le plus intimement, mais nous ne pouvons encore préciser la nature des rapports entre ces deux formations dans les diverses phases du développement du Sporozoaire.

L'existence de la paradictyoknèse démontre, d'autre part, les rapports intimes entre l'évolution nucléaire et l'évolution de l'appareil.

Ce sont là, avec les affinités basichromatiques particulières de la zone cytoplasmique bordée par les éléments de Golgi, les seules précisions que nous possédions sur les manifestations probables de l'activité de l'appareil de Golgi. Elles sont insuffisantes pour nous


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES.

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renseigner sur sa physiologie. Étant donné les analogies nombreuses que présente l'appareil de Golgi des Sporozoaires avec les formations correspondantes des Métazoaires, l'interprétation de son rôle chez les Sporozoaires se trouve liée à la connaissance de la signification véritable de l'appareil dans la cellule en général.

IV. — LA GENÈSE DES LIPOÏDES.

L'étude de la nutrition du céphalin de Nina gracilis apporte quelques précisions sur la genèse des lipoïdes dans la Grégarme„

Le parasitisme des Sporozoaires provoque dans l'intestin de la Scolopendre une hypersécrétion de lipoïdes (Joyet-Lavergne, 1925). Ces masses lipoïdes sont abondantes au voisinage de la zone de contact du céphalin avec l'épithélium intestinal; elles constituent un matériel nutritif pour la Grégarine.

Les granules lipoïdes apparaissent dans le protomérite en face

FIG. XX. — 1, L'absorption et la genèse des lipoïdes dans un céphalin de Nina gracilis dont le protomérite présente deux zones de contact avec l'intestin. 2, genèse du paraglycogène dans le protomérite d'un céphalin de Nina gracilis (i, intestin-, h, hyaloplasme; d, deutomérite ; c, chondriome). 3, noyau d'un sporadin de Nina gracilis montrant la zone de vacuolisation (p) distincte de la zone occupée par le filament chromatique. 1 et 2 X 2000; 3, X 1000.


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des régions qui peuvent puiser dans l'intestin. Parfois le contact du protomérite avec l'intestin présente une discontinuité dans sa zone médiane, la région protoméritique correspondante, ainsi privée de moyens d'absorption, est dépourvue de lipoïdes. Les granules lipoïdes protoméritiques dessinent alors deux groupements, chacun des groupements étant situé en face d'une région en contact avec, l'intestin.

Les céphalins à protomérite largement étalé, qui sont d'ailleurs les types les plus fréquents, permettent de concevoir le mécanisme suivant lequel se réalise l'absorption des lipoïdes.

La partie antérieure du protomérite est constituée par une bande de hyaloplasme qui a quelques y. d'épaisseur. Cette bande est limitée à l'arrière par un groupement de fins granules lipoïdes. La zone intestinale qui borde le hyaloplasme proméritique est, comme lui, dépourvue d'éléments figurés. Elle est jalonnée, sur sa face basale, par les vésicules lipoïdes du groupement distal de l'épithélium intestinal et par les granules résultant de la dislocation de ces vésicules.

Nos méthodes de recherches des lipoïdes sont trop imparfaites pour révéler la moindre différence entre les vésicules lipoïdes de l'intestin et celles de la Grégarine, mais on ne constate jamais le passage d'une vésicule de l'hôte au parasite. Le phénomène d'absorption est précédé d'une dislocation quj s'opère dans la bordure cytoplasmique intestinale, dépourvue d'éléments figurés.

La reconstruction des lipoïdes dans la Grégarine se trouve réalisée par la genèse des fins granules lipoïdes du groupement antérieur protoméritique.

Des faits comparables ont été décrits par Nicolas (1891, 1892) pour l'absorption des graisses, et par Champy (1911) pour l'absorption des diverses substances par la cellule intestinale. « Les substances absorbées ne sont jamais décelables dans la partie supérieure du protoplasme », (Champy, p. 139). Cette constatation est pour l'auteur le fait qui « paraît dominer l'histoire des différentes substances absorbées pendant leur passage à travers la cellule intestinale. »

Les images données par Champy (fig. 12, Pl. II et fig. 7, Pl. III) ressemblent à celles que donne le protomérite, du céphalin. Il y a


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 85

toutefois une différence. Dans la Grégarine, en effet, le hyaloplasme antérieur et la zone intestinale qui le borde ne sont pas totalement dépourvus d'éléments figurés. A un fort grossissement, on y distingue des granules lipoïdes à la limite de la visibilité. Ces très fins granules représentent-ils la forme de passage de l'hôte au parasite? Ou devons-nous y voir seulement des étapes dans les transformations? Leur signification est différente suivant la zone considérée. Dans l'intestin ils représentent une phase de la dislocation des lipoïdes intestinaux. Dans le protomérite ils constituent une étape

dans la genèse des granules.

D'une façon analogue à ce qui se passe dans l'absorption intestinale de la Grenouille, la genèse des lipoïdes dans le céphalin est seulement réalisée dans la région où se trouvent les mitochondries. Cette concordance de position constitue-t-elle une raison suffisante pour conclure que le chondriome assure la genèse des lipoïdes chez les Grégarines?

On sait que le jeune sporozoïte renferme des granules lipoïdes à

l'arrière du hyaloplasme. Ces granules constituent-ils une partie du chondriome? D'après ce qui a été vu sur l'évolution des lipoïdes chez les Sporozoaires, je les considère, quels que soient d'ailleurs leurs rapports avec le chondriome ou avec les éléments de Golgi, comme représentant la forme lipoïde ancestrale transmise au sporozoïte.

Vis-à-vis des molécules en solution ou des micelles en suspension dans le hyaloplasme. antérieur, ces granules agissent comme des pôles d'orientation et, à la façon d'une forme cristalline dans une solution, dirigent, par leur simple présence, la construction du type lipoïde propre à l'espèce.

En suivant les diverses phases de la croissance du céphalin, on trouve, dans la position et la taille des granules et vésicules lipoïdes, tous les intermédiaires permettant de concevoir que, par un phénoFIG.

phénoFIG. — Portion du cytoplasme d'un sporadin de Stylorynchus longicollis (paraglycogène, éléments de Golgi, chondriome) ; formol osmique X 2000.


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mène de grossissement parallèle à leur migration vers le deutomérite, les granules du groupement antérieur protoméritique constituent la source des réserves lipoïdes de la Grégarine.

Mais, alors que les divers éléments lipoïdes s'accroissent parallèlement à l'augmentation de taille du céphalin, le groupement protoméritique échappe à cette loi de croissance; il reste formé de fins granules. Ces granules continuent donc à réaliser la première étape

visible de la genèse du matériel lipoïde, pendant toute la durée de l'absorption. Lorsque cette absorption est achevée, ils suivent. la loi commune et se transforment en vésicules, marquant, par cette évolution nouvelle, la maturité du céphalin.

Le mécanisme de la genèse, des lipoïdes dans les Coccidies est beaucoup plus difficile, à suivre. La position intracellulaire du jeune gamonte ou schizonte modifie profondément les conditions de sa nutrition, par rapport à celles d'un céphalin extracellulaire de Grégarine.

FIG. XXII. — Deux phases de croissance des schizontes d'Aggregata eberthi. — 1, paraglycogène; 2, paraglycogène, réserves albuminoïdes (en gris) et chondriome (en noir) X 1000.


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Chez la Coccidie, l'absorption s'effectue par toute la surface du corps et nous ne retrouvons plus la localisation des premiers stades de la genèse des éléments lipoïdes. A ces conditions nouvelles d'absorption, se trouve liée une plus grande rapidité d'évolution des lipoïdes, qui atteignent, très vite ici, le stade vésicule. Nous ne pouvons donc suivre chez les Coccidies, les diverses étapes dé la construction et de la croissance des réserves lipoïdes.

Le fait est d'autant plus regrettable que, pour Aggregata, nous avons pu voir la pénétration d'une provision lipoïde dans la spore et dans le sporozoïte. Nous avons donc ici la certitude que la forme chimique lipoïde de l'espèce est présente avant le début de tout phénomène d'absorption. La genèse du type de réserves lipoïdes, propre à l'espèce, apparaît ainsi comme une conséquence physicochimique de la présence de la forme lipoïde ancestrale. Cette forme réalise le modèle suivant lequel s'édifient les matériaux absorbés.

Les affinités chimiques que présentent les lipoïdes pour les albuminoïdes sont certainement une des causes de la difficulté qui existe pour préciser la forme véritable sous laquelle se transmet le matériel lipoïde ancestral. Dans Adelina dimidiata, l'appareil de Golgi s'est révélé, au stade de la fécondation, comme le support morphologique de la provision lipoïde. Si, comme il est logique de le supposer, dans leur passage au stade de la reproduction, les éléments de Golgi conservent ce caractère, ce sont eux qui réalisent le support de la forme lipoïde ancestrale.

V. — LA GENÈSE DU PARAGLYCO GÈNE.

Le paraglycogène a peu d'affinités chimiques pour les autres constituants du cytoplasme. Cette qualité lui permet de mieux sauvegarder son indépendance dans le métabolisme cellulaire. Nous n'aurons donc plus les mêmes difficultés que pour les lipoïdes, à •distinguer la forme ancestrale des réserves hydrocarbonées, des autres éléments. Effectivement, c'est sous la forme de paraglycogène que nous avons vu (chap. VI) ces réserves passer d'une génération à l'autre. Dans le mécanisme de la nutrition du céphalin de Nina gracilis, on constate que les premiers éléments figurés de para-


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PH. JOYET-LAVERGNE.

RECHERCHES

glycogène apparaissent, non pas immédiatement à l'arrière du hyalcplasme antérieur, comme les réserves lipoïdes, mais dans une région plus postérieure, placée à l'arrière d'une zone de granules mitochondriaux. Le chondriome ne paraît donc pas intervenir dans la genèse de cette réserve.

La conception indiquée pour la genèse des lipoïdes peut se formuler de nouveau ici. Les éléments du paraglycogène ancestral, par leur seule présence, orientent les groupements des molécules

hydrocarbonées, suivant leur propre modèle de structure, assurant ainsi la perpétuité de la forme de réserve propre à l'espèce.

VI. — LA GENÈSE DES RÉSERVES VITELLOÏDES.

Cette genèse apparaît comme une conséquence des affinités chimiques qui se manifestent, au cours de l'évolution, entre certaines formes de réserves albuminoïdes d'une part et les lipoïdes ou graisses d'autre part.

VIL — LES RAPPORTS DU PARAGLYCOGÈNE AVEC

LES LIPOÏDES ET LES GRAISSES.

L'étude de Nina gracilis a montré que, dans la Grégarine femelle enkystée, la provision de paraglycogène diminue quand la teneur en lipoïdes et graisses augmente, au stade IV de l'évolution. Au

FIG. XXIII. — Deux phases de développement des gamontes d'Adelina dimidiata : les lipoïdes sont représentés en gris ; les réserves albuminoïdes sont représentées par leurs contours; paraglycogène, chondriome, éléments de Golgi [Champy osmique, fuchsine Altmann y. 1200).


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contraire, au moment de la genèse de l'oeuf, il y a une quantité plus grande de paraglycogène et la provision de graisse a diminué.

Dans Adelina dimidiata, lorsque le macrogamète a atteint son

maximum de longueur, les trois sortes de réserves de la Coccidie

ont des masses à peu près équivalentes; dans la suite de l'évolution,

la masse de paraglycogène augmente, tandis que les réserves lipoïdes

diminuent.

Ainsi, les deux sortes de réserves subissent des fluctuations de sens inverse, l'augmentation de masse de l'une se produit parallèlement à la diminution de l'autre.

Des fluctuations analogues entre la graisse et le glycogène ont été indiquées dans le Ver à soie par Couvreur (1895), par Vaney et Maignon (1906); par Vaney et Conte (1911). D'après FauréFremiet (1913), chez l'Ascaris megalocephala, la graisse neutre des oogonies disparaît, quand le glycogène apparaît dans l'oocyte.

Alors que Couvreur conclut à la transformation de la graisse en glycogène, Vaney et Maignon pensent que, dans la métamorphose, les phénomènes étudiés sont trop complexes pour qu'on puisse tirer, des fluctuations observées, un argument décisif en faveur de cette transformation. Le métabolisme de la cellule de Sporozoaire est moins complexe et il semble bien qu'on puisse considérer qu'il existe là une véritable transformation des lipoïdes et graisses en paraglycogène.

Il y a fréquemment une légère différence entre l'aspect des centres de paraglycogène de la Grégarine femelle et ceux de la Grégarine mâle d'une même espèce. Je pense que cette différence traduit la participation de la réserve à un métabolisme qui est différent suivant le sexe.

VIII. — LES RAPPORTS DU PARAGLYCOGÈNE AVEC LES RÉSERVES ALBUMINOÏDES.

Hesse (1909) constate que, dans Monocystis agilis, les granulations chromidiales disparaissent quand se développent les grains de paramylon. Il existe au cours de l'évolution d'Adelina dimidiata un phénomène comparable. Si le développement du paraglycogène du macrogamète s'accomplit tout d'abord parallèlement à une


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diminution de la réserve lipoïde, dans la suite de l'évolution, l'accroissement de masse du paraglycogène s'effectue parallèlement à une diminution des réserves albuminoïdes.

QUATRIÈME PARTIE

LES CARACTÈRES CYTOPLASMIQUES DE LA SEXUALITÉ CHEZ LES SPOROZOAIRES

CHAPITRE XII

LES CARACTÈRES CYTOPLASMIQUES DE LA SEXUALITÉ

DANS LES GRÉGARINES

I. — HISTORIQUE.

Les différences d'aspect, que présentent parfois les cytoplasmes de deux Grégarines au stade de l'accouplement, n'étaient pas restées inaperçues des anciens auteurs et on trouve dans le mémoire de Frenzel (1885) deux images de Grégarines en syzygie (Gregarina portuni, fig. 17 et Gregarina cionoe, fig. 21, Taf. XXV) où la différence de coloration entre les conjuguées est nette. Les différences ainsi notées témoignent de la justesse d'observation de l'auteur, mais elles ne sont pas interprétées; la sexualité des Grégarines était alors inconnue. Schneider (1887) trouve des grains amylacés dans le protomérite du primite de Clepsidrina granulosa: le protomérite du satellite n'en renferme pas.

Siedlecki (1899) est le premier auteur qui, sur Monocystis ascidioe, rattache la différence de colorabilité des deux Grégarines accouplées à un caractère sexuel.

Léger et Duboscq (1903) démontrent l'hétérogamie de Nina gracilis et indiquent, à côté des différences d'affinités pour les colorants chromatiques, la présence dans le cytoplasme mâle d'une plage mucoïde caractéristique de ce sexe.

Léger (1904) signale la différence de coloration entre les individus


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 91

d'un même couple chez Gregarina munieri, parasite de Chrysomela lucida. Cette différence porte à la fois sur les protomérites et les deutoméritês des associés.

Brasil (1905) chez Urospora lagidis, parasite de Lagis koreni, fait apparaître par l'hématoxyline au fer une différence de colorabilité entre les cytoplasmes des deux conjugués dans le kyste; l'individu à petits noyaux a des mailles plus petites et plus colorables. Gunningham (1907) montre que, dans le kyste de Kalpidorynchus arenicolae, l'une des Grégarines a un cytoplasme plus dense et moins de noyaux que l'autre (fig. 10); l'auteur insiste particulièrement sur la différence entre le nombre des noyaux. Schellack (1907 a, b) retrouve dans Echinomera hispida, Grégarine du Lithobius forficatus, les différences cytoplasmiques indiquées par Léger et Duboscq dans Nina gracilis.

Le plus grand progrès dans l'étude de la sexualisation du cytoplasme des Grégarines est incontestablement apporté par Léger et Duboscq (1909). Quoique l'étude cytoplasmique ne constitue •qu'une partie accessoire de ce travail fondamental sur la sexualité des Grégarines, les auteurs n'en ont pas moins donné sur cette question des précisions fort importantes. Ils montrent les différences cytoplasmiques suivantes entre deux Grégarines qui s'accouplent. Chez Stomatophora coronata, différences dans la colorabilité et la grandeur des alvéoles du cytoplasme. Chez plusieurs espèces de Frenzelina, alors que les cytoplasmes des sporadins accouplés sont semblables, une différence de colorabilité apparaît entre les deux individus d'un même, kyste. Dans le kyste de Gregarina polymorpha, un des conjoints est plus sidérophile que l'autre et dans celui de Hoplorynchus oligocanthus, le cytoplasme de la Grégarine mâle est plus colorable et a des mailles plus serrées que celui de la Grégarine . femelle.

Les auteurs complètent leur travail de 1903 sur Nina gracilis. Ils divisent l'évolution du kyste en huit stades qui se différencient surtout par l'évolution nucléaire. Le mucus du mâle change un peu d'aspect au cours de la maturation du kyste, mais sa présence continue à caractériser le cytoplasme de ce sexe jusqu'au stade VI genèse des gamètes). L'apparition dans les sporadins de grains colorables en bleu par le Mallory est le signe de la maturité sexuelle.


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Au stade II de l'enkystement, ces grains sont plus gros chez le mâle et leur aspect est différent de celui des grains bleus femelles. Dès le début de l'évolution du kyste, les deux cytoplasmes se révèlent différents. Celui du mâle, à réaction acidophile, est formé d'un réseau alvéolaire à mailles plus petites; il est plus opalin, moins transparent et comme imprégné de cette infiltration muqueuse, qui lui est particulière.

Merton (1913) retrouve dans Nina indica des différences semblables à celles que présente Nina gracilis, en particulier les lamelles mucoïdes caractéristiques du mâle. Mais la sexualisation du cytoplasme de Nina indica se manifeste plus tôt. Il y a deux types de sporadins : les uns renfermant de gros granules, les autres dont le réseau alvéolaire est à mailles plus petites, renferment des granules moins développés.

Mühl (1921), dans les Grégarines du Tenebrio molitor, voit des différences cytoplasmiques, dans les individus en syzygie. Le cytoplasme du primite est formé de mailles plus espacées dans sa trame alvéolaire; celui du satellite semble constitué d'éléments plus petits, il a une structure plus fine. Dans G. polymorpha, la différence se retrouve entre les individus enkystés. Chez cette espèce, le primite a le protomérite plus clair que le deutomérite et l'ensemble de la Grégarine a un aspect moins sombre que celui du satellite.

L'action du rouge neutre sur G. cuneata décèle un milieu alcalin pour le primite dont la digestion serait du type tryptique et un milieu acide dans le satellite, dont la digestion serait peptique.

Poisson (1920-1921) distingue, dans les kystes de Cephaloidophora lalitri et de Lankesleria cyclopori, le mâle, à son cytoplasme plus opaque, à mailles plus fines, fixant les colorants acides. Berlin (1924) retrouve, dans plusieurs espèces de Monocystis, des différences analogues à celles signalées par les auteurs. Dans les Grégarines enkystées, l'un des individus est plus colorable que l'autre. L'auteur indique, chez certaines espèces, des différences, dans la taille des alvéoles et la grosseur des éléments, entre les deux Grégarines enkystées.

Mais, parmi les espèces étudiées au point de vue du cytoplasme, certaines n'ont révélé aucune différence sexuelle cytoplasmique.

Léger (1904) conclut à l'identité des cytoplasmes des individus,


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 93

dans les accouplements de Stylorynchus longicollis, et Brasil (1905) arrive aux mêmes conclusions, pour diverses espèces de Monocystis. Ces auteurs, ayant décrit des caractères d'anisogamie pour diverses Grégarines, leur opinion sur l'isogamie est importante. Elle nous montre, que les procédés pouvant révéler l'anisogamie de certains types, sont impuissants à déceler, si elles existent, les différences sexuelles d'autres espèces. Il y a donc chez les Grégarines, des degrés dans la différenciation sexuelle cytoplasmique, suivant les espèces.

II. — INTÉRÊT DE L'ÉTUDE DES GRÉGARINES.

Les Grégarines, qui ont montré une anisogamie cytoplasmique,. sont suffisamment nombreuses et appartiennent à des types assez variés, pour que ce caractère de sexualisation apparaisse comme assez général dans le groupe. Dans la plupart des espèces étudiées, la sexualisation cytoplasmique s'est manifestée par une différence dans les affinités colorantes et dans la disposition de la structure alvéolaire des cytoplasmes. Mais, à l'exception de Nina, pour laquelle nous avons des caractères précis, se rapportant à des éléments bien déterminés du cytoplasme (grains bleus et mucus du mâle), les autres types ne nous ont révélé que des réactions générales du cytoplasme. Or, ces réactions, très précieuses pour manifester l'existence de l'anisogamie et faire pressentir la généralité de ce phénomène, sont encore trop vagues pour mettre en évidence les différences intimes de constitution cytoplasmique, différences qui, seules, pourraient apporter quelque clarté sur le problème de la sexualité.

On peut envisager, en prostitologie, la question de la sexualité de façons très diverses. Le cytologiste peut, en particulier, poser le problème de la façon suivante : étant donnés les éléments du cytoplasme d'un Protozoaire, y a-t-il, entre les individus d'une même espèce, des différences aux points de vue de la quantité, des qualités, de la répartition et de l'évolution de chacun de ces éléments cytoplasmiques, différences, qui, logiquement, puissent être attribuées à une sexualisation du cytoplasme?

Pour la question ainsi envisagée, les Grégarines constituent un


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matériel d'étude favorable. Les individus de la même espèce, céphalins et sporadins, qui, au cours de leur développement, vont se différencier sexuellement, vivent dans des conditions identiques, l'influence du milieu, comme facteur de différenciation, se trouve donc

éliminée.

Il convient d'ailleurs de faire le choix des types à étudier. Certaines espèces de Grégarines ont une anisogamie morphologique assez nette, se manifestant par une différence de tailles ou de formes; elles ne conviennent pas pour des recherches de début. En effet, parmi les différences révélées dans les constituants cytoplasmiques, certaines pourraient fort bien n'être qu'une simple manifestation de la différenciation morphologique initiale, différence dont nous ignorons la signification et dont nous ne pouvons pas interpréter les répercussions. Ce sont ces considérations qui ont, en grande partie, dicté le choix des espèces de Grégarines étudiées dans ce travail.

III. — NINA GRACILIS.

1. Le chondriome.

J'ai utilisé, dans des notes antérieures (1924-1925), les termes de basophilie et d'oxyphilie pour exprimer les caractères de sexualisation du chondriome; le sens dans lequel ces expressions ont été utilisées doit être précisé. Les affinités colorantes du chondriome varient au cours de l'évolution cellulaire et les mots basophilie, oxyphilie ne doivent, pas être interprétés ici dans un sens absolu et exclusif. Ces expressions, commodes pour marquer un aspect des différences chimiques, ont été employées comme termes de comparaison. Elles indiquent des degrés dans les affinités colorantes des chondriomes étudiés. Étant donnés deux Sporozoaires, placés dans la même préparation, ayant par conséquent subi rigoureusement les mêmes manipulations, si, dans le partage des colorants communs qui agissent sur eux, le chondriome de l'un prend les colorants basiques d'une façon plus intense alors que le chondriome de l'autre marque plus d'affinité pour les colorants acides, je dis que le premier chondriome est basophile par rapport au second. Si, cependant, on


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 95

fait agir seulement un colorant acide, la fuchsine acide par exemple, le chondriome qui s'était révélé basophile par rapport à un chondriome oxyphile prend maintenant la fuchsine et, à certains stades de l'évolution, il manifestera même plus d'affinités pour cette couleur que le chondriome oxyphile lui-même.

L'anisogamie de Nina gracilis est assez précoce; on distingue, parmi les céphalins encore jeunes (100;J., environ) deux types différents. Les uns ont un chondriome qui présente peu d'affinités pour les colorants, il est oxyphile, la suite de l'évolution montre que ce sont des céphalins femelles. Les autres, céphalins mâles, ont un chondriome basophile dont les chondriocontes et chondriomites, quoique très fins, paraissent, cependant, légèrement plus épais que ceux de la femelle. Ils sont en outre plus nombreux. Les deux caractères contribuent à constituer des alvéoles cytoplasmiques plus petites chez le mâle que chez la femelle. Les deux types de cêphalins pouvant se trouver fixés sur l'épithélium intestinal très près les uns des autres, on ne peut attribuer leur sexualisation cytoplasmique à des conditions de milieu.

Les mêmes différences sexuelles se retrouvent, plus accentuées, dans les céphalins âgés et dans les sporadins. Le chondriome basophile du mâle, toujours un peu plus abondant et à éléments légèrement plus épais, est plus riche en phosphore. Dans les coupes traitées par les méthodes d'imprégnation, il se montre plus argentophile que le chondriome femelle.

L'oxyphilie du chondriome des Grégarines femelles ne reste pas constante pendant toute la durée de la croissance. Dans les céphalins mûrs et dans les sporadins, on trouve, par plages limitées, un chondriome oxyphile qui fixe légèrement les colorants basiques. Ces plages amphophiles de la femelle ne peuvent être confondues avec le chondriome du mâle, dont les affinités basophiles sont toujours très nettes.

Dans l'enkystement, les chondriomes des Grégarines conservent leurs caractères respectifs qu'on peut retrouver aux diverses phases de l'évolution kystique. Dans les premières phases de l'enkystement, le chondriome est uniformément réparti dans le cytoplasme de chacun des conjoints.

Au stade qui précède, la genèse des gamètes, la répartition du


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chondriome n'est pas la même dans chaque Grégarine. Dans le mâle, le chondriome est plus abondant vers la périphérie de la Grégarine, à proximité des noyaux. Ce chondriome périnucléaire, toujours nettement basophile, présente en outre pour la fuchsine acide une affinité plus grande que celle du chondriome femelle. L'autre partie du chondriome, répandue dans le reste du cytoplasme, a ses affinités pour les colorants basiques diminuées. Dans la Grégarine femelle, la répartition des mitochondries est dominée également par l'évolution nucléaire; elles constituent des zones à éléments plus abondants à proximité des groupements de noyaux. Ce chondriome doit participer à la genèse de l'oeuf qui renferme, dès sa formation, des granulations mitochondriales.

2. Appareil de Golgi.

Certains sporadins sont plus riches en éléments de Golgi, ce sont les mâles. Dans le kyste, la différence de teneur en éléments de Golgi en faveur du mâle est beaucoup plus importante que la différence, du même sens, qui existe pour le chondriome; elle dure pendant toute l'évolution kystique.

Au stade II, les éléments de Golgi du mâle, répandus dans le cytoplasme, sont plus abondants autour des noyaux qu'ils recouvrent partiellement, La disposition est analogue dans la femelle, mais la teneur en éléments de Golgi est bien moindre.

Quand les noyaux mâles sont à la périphérie de la Grégarine (stade IV), les zones cytoplasmiques voisines des noyaux sont plus riches en éléments de Golgi, constitués alors par de petits arcs courts et épais. La moins grande abondance de ces éléments dans la femelle rend leur différence de répartition, entre les zones périnucléaires et le reste du cytoplasme, moins sensible.

Au moment de la genèse des spermatozoïdes, il y a, superposés à chaque noyau mâle, quelques granules ayant les réactions des éléments de Golgi; un arc de Golgi en forme de calotte borde partiellement la périphérie nucléaire. Plus tard, quand le noyau prend une forme nettement allongée, on reconnaît que la calotte de Golgi occupe le pôle antérieur du futur spermatozoïde. C'est là, une sorte d'acrosome, comparable aux formations analogues, signalées plus


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haut, dans les formes de reproduction des Sporozoaires. A ces stades, il y.a quelques éléments de Golgi superposés à chaque noyau femelle ou à proximité de lui.

FIG. XXIV. — Sexualisation du cytoplasme de Nina gracilis. —1 et 2, sporadins rapprochés pour l'accouplement; différence en paraglycogène. 3, kyste au stade II; 4, kyste au stade) IV; les réserves vitelloïdes et le chondriome sont représentés en gris, les éléments de Golgi en noir; les noyaux visibles dans la préparation sont représentés par leurs contours. Le paraglycogène, peu visible au stade IV par la méthode utilisée, n'a été représenté qu'au stade II. 5, 6, 7, noyaux et éléments de Golgi prénucléaires (stade IV) ; 5 et 6 (?; 7 Ç 1, 2 : gomme iodée; 3 jà 7 : Weigl, fuchsine Altmann. 3, 4, X 2000; 5, 6, 7, X 3000.

A RCH. U. N. T. MICROSC. — T. XXII, Fasc. I, janvier 1926. 7


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3 Les lipoïdes et les graisses.

On a vu (chap. VII) que, dès le stade sporadin, le cytoplasme femelle renferme plus de lipoïdes, les vésicules sont plus grosses et plus osmiophiles. La différence s'accentue encore au cours de révolution par la transformation d'une partie des lipoïdes femelles en graisse, alors que chez le mâle révolution des lipoïdes n'atteint pas ce stade.

4. Les réserves albuminoïdes et les réserves vitelloïdes.

Dans les jeunes céphalins de Nina, les réserves albuminoïdes, à affinités oxychromatiques, de taille moyenne 0;J.,5 sont accolées à des calottes mitochondriales et uniformément répandues dans le cytoplasme. Dans les grands céphalins et les. sporadins une partie des réserves grossit et évolue différemment, suivant le sexe.

Dans le mâle, elle donne des masses albuminoïdes basichromatiques, répandues dans tout le cytoplasme. Leur taille peut atteindre 1 ;J., 5. Leur forme est irrégulière, mais avec une tendance à devenir sphérique quand la taille augmente. On les retrouve après l'enkystement, ce sont les sphérules colorées en bleu par le Mallory, sphérules que Léger et Duboscq ont décrites comme caractéristiques du mâle au stade II

Dans les grands céphalins et sporadins femelles, la partie des. réserves albuminoïdes qui va grossir conservera les affinités oxychromatiques. Les masses qui résultent de ce développement sont ovoïdes ou circulaires, très irrégulièrement réparties dans le cvtoplasme, moins nombreuses que les albuminoïdes basichromatiques du mâle, mais de plus grande taille (2 <J., parfois jusqu'à 4 <J.).

Tandis que les albuminoïdes non évolués sont colorés en rouge par le procédé d'Altmann, ces masses se colorent en jaune, c'est là un caractère, du vitellus.

Au début de leur évolution, ces réserves se colorent nettement, en jaune par l'orange G, coloration obtenue par Van Durme (1914) sur le vitellus des oeufs d'Oiseaux. Après une fixation au sublimé osmique, leur aspect, gris vert, rappelle celui du vitellus des oeufs de Lymnée que décrit Hirschler (1891). Enfin leur réaction à l'hématoxyline ferrique. est celle indiquée par Bronte-Gatenby (1919)


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 99

parmi les caractères du vitellus. Pour ces diverses raisons,et tenant compte de leur évolution, je considère, ces réserves comme une formation analogue au vitellus et je les appelle réserves vitelloïdes.

Au cours de l'évolution, ces réserves s'imprègnent de graisse, elles sont fréquemment logées dans des vacuoles qu'elles ne remplissent pas toujours. Leur maximum de développement est atteint au stade IV; une polarisation des réserves vers les régions centrales du cytoplasme femelle s'est alors manifestée et la masse de paraglycogène a diminué. Le développement du volume des vacuoles, qui s'effectue à ce stade, est en corrélation avec l'augmentation de taille de la Grégarine femelle. Plus tard, les réserves vitelloïdes diminuent de taille dans les vacuoles et le paraglycogène redevient plus abondant.

5. Le paraglycogène.

Dans les grands céphalins et les jeunes sporadins les femelles ont un peu plus de paraglycogène que les mâles; le protomérite des femelles est pauvre en paraglycogène. Il n'est pas certain que cette prédominance du paraglycogène dans la femelle se maintienne au cours de l'évolution. Au stade de rapprochement des sporadins, l'un d'eux, dont je ne fixe pas le sexe, a un tiers de paraglycogène ■de plus que l'autre. Le seul caractère, qui se maintienne constant, pendant toute l'évolution,, c'est la prédominance de la taille des corpuscules. Cette différence de taille est faible dans Nina, mais elle est constamment en faveur de la femelle.

6. De l'influence de la sexualisation du cytoplasme sur la genèse des gamètes.

Au cours de l'évolution de Nina gracilis, des différences entre les noyaux apparaissent au stade II de l'enkystement. A ce stade, alors que les noyaux, ayant la même taille dans les deux Grégarines, sont parfaitement, comparables, on remarque que ceux du mâle ont. des, affinités basichromatiques plus nettes et une plus grande richesse d'affinités colorantes que ceux de la femelle, différences analogues d'ailleurs à celles qui séparent les choadriomes des deux séxes.


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Mais cette différence chimique entre les noyaux ne suffit pas à expliquer leurs évolutions respectives, car s'ils sont dissemblables dès le stade II, les noyaux n'en continuent pas moins à avoir une évolution parallèle jusqu'au stade IV.

C'est dans les modifications du cytoplasme qu'il faut chercher la raison de cette rupture du parallélisme de l'évolution nucléaire entre les deux sexes.

Les différences cytoplasmiques, déjà nettes entre les deux Grégarines, s'exagèrent en effet au stade IV. Alors que le cytoplasme mâle conserve ses caractères, le cytoplasme femelle est le siège de transformations profondes, par la polarisation des réserves vers les régions centrales de la Grégarine et par le développement des vacuoles. Ces transformations qui réalisent des conditions nouvelles d'équilibre entre les divers constituants du protoplasme, entraînent une migration des noyaux femelles. A cette migration ne correspond plus aucun mouvement pour les noyaux mâles qui restent dans la même situation par rapport à un cytoplasme inchangé.

Les noyaux de chacun des deux sexes se trouvent désormais dans des conditions de milieu très différentes. Les noyaux mâles, placés à la périphérie de la Grégarine ont à leur voisinage un chondriome basophile abondant, des éléments de Golgi en forme de petits arcs également abondants, des corpuscules de paraglycogène, de lipoïdes et de réserves albuminoïdes. Les noyaux femelles sont plongés dans un milieu qui comprend un chondriome oxyphile peu abondant, peu d'éléments de Golgi, des corpuscules de paraglycogène, de lipoïdes et graisses et des réserves vitelloïdes.

La différence la plus importante entre les deux cytoplasmes est donnée par la présence des réserves vitelloïdes dans la femelle. Par leur taille, leur constitution chimique, leur abondance, ces masses vitelloïdes marquent le milieu cytoplasmique femelle d'un caractère tout à fait particulier. Or, il se trouve que, parmi les éléments qui l'entourent, le noyau femelle, par suite d'affinités chimiques ou de phénomènes d'attractions de masses, manifeste précisément une préférence pour cet élément si caractéristique de son cytoplasme. Au stade IV, en effet, chaque noyau femelle s'accole à une masse vitelloïde, ayant à peu près la même taille que lui. Je vois, dans la constitution de cette association, la cause initiale de la genèse de l'oeuf.


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101

Par suite de quel mécanisme se constitue la vacuole qui entourera ensuite la masse vitelloïde appendue au noyau? Quelle est la nature

de cette vacuole, où semble se résorber ensuite la masse vitelloïde? Tous ces faits sont encore à élucider. Le complexe : noyau femelle

FIG. XXV. — Sexualisation du cytoplasme de G. polymorpha.—l, syzygie, éléments de Golgi; 2, protomérite du primite avec chondriome et protomérite du satellite, (éléments de Golgi, paraglycogène) ; 3 et 4 portions des cytoplasmes deutoméritiques Ç et <3 (chondriome, paraglycogène.) ; 5 et 6, débuts d'enkystements ; 5, chondriomes, 6, éléments de Golgi. 1 X 700; 2, 5, 6, X 1000; 3 et 4, X 2000.


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et masse vitelloïde, devenu ensuite noyau et vacuole, constitue une masse d'attraction polarisant les éléments de plus faible taille qui l'entourent. Autour de la vacuole, vont venir s'installer des corpuscules de paraglycogène et des granules mitochondriaux. L'apparition d'une membrane, autour du complexe ainsi aggrandi, localise le territoire protoplasmique dont l'évolution ultérieure donnera l'oeuf.

Rien de comparable ne peut être réalisé par le noyau mâle. Les divers éléments cytoplasmiques, à proximité de lui, sont tous de faible taille; aucun complexe analogue à celui qui est à l'origine de l'oeuf n'est possible ici. Comment les divers éléments cytoplasmiques participent-ils à la genèse du spermatozoïde? Le rôle des éléments de Golgi apparaît le plus nettement; il semble ici plus important que dans la genèse de l'oeuf. Ce fait est en corrélation avec la plus grande richesse en éléments de Golgi, qui se manifeste, chez la Grégarine mâle, au cours de la sexualisation du cytoplasme.

La période de rapprochement des sporadins qui précède l'enkystement est. de courte durée, chez Nina gracilis. Les Grégarines qui se rapprochent procèdent immédiatement aux transformations préparant le kyste, leur maturité sexuelle est donc avancée. Les Grégarines G. polymorpha et G. cuneata ont, au contraire, une longue période de la vie, pendant laquelle les accouplements existent, sans qu'aucune transformation profonde des sporadins associés ne s'effectue. Ces types se prêtent bien à l'étude des caractères de sexualisation de la phase sporadin.

IV. — GREGARINA POLYMORPHA.

1. Grégarines en syzygie. — Les différences cytoplasmiques des deux individus d'un même couple portent sur les protomérites et sur les deutomérites.

A) Protomérites. — La lentille antérieure protoméritique du primite existe toujours. Dans le satellite, cette lentille n'est pas toujours visible. Cette différence ne peut être considérée comme un caractère de sexualisation; elle est une simple conséquence de la position particulière du satellite, qui rend parfois sa partie antérieure difficile à distinguer. Les différences entre les protomérites n'en sont pas moins profondes.


SUR LE CYT0PLASME DES SPOROZOAIRES.

103

FIG. XXVI. — Sexualisation du cytoplasme de G. cuneata. —1 et 2, chondriomes et éléments de Golgi. 1, syzygie; 2, kyste. — 3, 4 et 5, Sleinina ovalis : 3, accouplements; 4 et 5, portions de cytoplasmesrf et Ç de deux sporadins rapprochés (paraglycogène, chondriomes, réserves albuminoïdcs) ; 1 X 800; 2 et 3 X 1000; 4 et 5 X 2000.

Le protomérite du primite renferme peu de paraglycogène (2 ou 3 sphérules) et ne contient pas d'éléments de Golgi. Celui du satel-


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lite est, au contraire, abondamment pourvu de ces deux éléments; il a des affinités fuchsinophiles nettes, en relation probable avec sa richesse en éléments de Golgi.

B) Deutomérites. — Le chondriome. — Le chondriome du primite a des affinités éosinophiles et prend la fuchsine acide après les fixateurs qui conservent les éléments de Golgi. Celui du satellite est au contraire basophile et présente des affinités si nettes pour l'acide osmique, qu'il ne se colore pas par la fuchsine après une longue fixation osmique.

Cette affinité particulière rend très difficile la distinction entre les mitochondries et l'appareil de Golgi, dans un satellite de G. polymorpha, si on s'en tient à cette seule méthode pour établir la séparation entre ces deux éléments.

Le chondriome du satellite, qui est la Grégarine mâle, est plus riche en phosphore. Il est constitué par des éléments légèrement plus épais que ceux du primite, Grégarine femelle

Ces différences se retrouvent dans le kyste où l'on peut distinguer le chondriome basophile et plus phosphoré du satellite, d'un chondriome oxyphile, à affinités colorantes faibles, à éléments plus fins, qui vient du primite.

L'appareil de Golgi. — Il y a des éléments de Golgi bordant le noyau de chacune des deux Grégarines en syzygie, mais la répartition de ces éléments dans les cytoplasmes respectifs des associés est fort différente. Ils sont localisés à la partie postérieure du primite, tandis qu'ils envahissent le cytoplasme des deux segments du satellite.

Dans le kyste nous retrouvons des différences semblables; la Grégarine mâle possède des éléments de Golgi beaucoup plus abondants que la Grégarine femelle.

Les lipoïdes et les graisses. — On a vu plus haut que le primite de G. polymorpha renferme plus de lipoïdes que le satellite. La différence est plus accusée dans le kyste, la Grégarine femelle ayant des vésicules lipoïdes plus nombreuses et plus osmiophiles.

Les réserves albuminoïdes. — Ces réserves sont peu abondantes chez G. polymorpha, il en résulte que les différences entre lès deux sexes sont peu accusées. Le primite a quelques corpuscules albumi-


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 105

noïdes de plus grande taille que ceux du satellite et dans le kyste, la femelle est un peu plus, riche en albuminoïdes que le mâle.

Le paraglycogène. — Les éléments de paraglycogène ont à peu près la même taille dans les deux Grégarines. Il y a une légère différence en faveur du primite. Cette différence pourrait être considérée comme une conséquence de la plus grande taille que présente le primite. C'est l'interprétation que j'en ai donné tout d'abord (1924). Ayant constaté depuis que dans les syzygies constituées par des individus de même grandeur, la différence de taille des corpuscules de paraglycogène existe en faveur du primite, je la considère aujourd'hui comme un signe de sexualisation du cytoplasme.

2. Sexualisation cytoplasmique des céphalins.

Les différences cytoplasmiques sexuelles décrites dans G. polymorpha sont analogues à celles de Nina gracilis; le phénomène d'accouplement des Grégarines est une conséquence des différences chimiques que présentent les sporadins par la sexualisation de leur cytoplasme. Cette sexualisation se dessine déjà au stade céphalin pour les deux espèces de Grégarines, mais dans G. polymorpha, elle apparaît surtout nette par l'examen des éléments de Golgi. Les céphalins mâles ont un protomérite à nombreux éléments de Golgi, les céphalins femelles ont au contraire un protomérite dépourvu de ces éléments.

L'hétérogamie de G. polymorpha, comme d'ailleurs celle de Nina gracilis, sont plus précoces qu'on ne pouvait le supposer jusqu'à ce jour. Ces Grégarines sont différenciées sexuellement dès le stade céphalin.

V. — GREGARINA CUNEATA.

Le matériel traité pour la recherche des lipoïdes dans cette Grégarine n'a pas été favorable et je n'ai pu étudier la sexualisation du cytoplasme au point de vue de cette réserve. Pour les autres éléments du cytoplasme, les résultats obtenus sont semblables à ce qui a été décrit pour G. polymorpha. Dans les syzygies, le protomérite du primite, qui est la Grégarine femelle, est dépourvu d'éléments de Golgi et renferme peu de paraglycogène alors que ces deux constituants sont assez abondants dans le protomérite du satellite, Grégarine mâle.


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Le chondriome du mâle est basophile, plus riche en phosphore et présente des affinités colorantes plus marquées et plus nombreuses que celles du chondriome de la femelle qui est oxyphile. Le mâle est plus riche en éléments de Golgi. Les éléments de paraglycogène ont comme dans G. polymorpha une taille voisine dans les deux associées; quand on peut apprécier une légère différence de taille dans les corpuscules, elle est en faveur de la Grégarine femelle. Les différences dans les réserves albuminoïdes sont du même ordre que celles de G. polymorpha.

Tous ces caractères de sexualisation se retrouvent dans les Grégarines enkystées. Quelques différences, notamment la teneur en éléments de Golgi plus grande chez le mâle, sont déjà appréciables chez les céphalins. L'hétérogamie existe donc dès ce stade, comme pour les deux espèces étudiées.

VI. — STEININA OVALIS.

Les caractères de sexualisation cytoplasmique sont les mêmes que ceux décrits dans G. cuneata et G. polymorpha; je m'arrêterai seulement aux éléments pour lesquels la différenciation sexuelle s'est révélée plus prononcée. Aux différences chimiques entre les chondriomes, qui sont nettes et du même ordre que celles des autres Grégarines, il faut ajouter une inégalité dans la répartition de ces éléments qui est ici bien marquée : ils sont plus nombreux et légèrement plus épais dans la Grégarine mâle. La taille des corpuscules de paraglycogène n'est pas la même dans les deux sexes; ils atteignent 2 a, 3 chez la femelle, 1 >J., 7 chez le mâle. Au contraire, la teneur en éléments de Golgi qui est. comme toujours en faveur du mâle présente ici des différences moins prononcées que dans G. polymorpha. Tous les caractères de sexualisation indiqués se retrouvent dans les Grégarines enkystées.

VII. — STYLORYNCHUS LONGICOLLIS.

Avant cette étude, on pouvait déjà supposer que, parmi les espèces étudiées ci-dessus, les Grégarines du Tenebrio étaient des types manifestant une certaine anisogamie. Les caractères de sexualisation, décrits plus haut, pouvaient donc avoir seulement


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 107

FIG. XXVII. — Sexualisation du cytoplasme de Stylorynchus longicollis.—1 et 2, portions de cytoplasmes de sporadins rf et Ç rapprochés (paraglycogène, albuminoïdes). 3, début d'enkystement (chondriomes, centres de paraglycogène). 4, kyste (éléments de Golgi, chondriomes, sphérules de paraglycogène); 1 et 2 X 2000; 3, X 1200; 4 X 800.

une portée restreinte et représenter les manifestations d'un état de différenciation sexuelle, particulier à des espèces à tendance ani-


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sogame. Si, cependant, parmi les différenciations cytoplasmiques, certaines ont un caractère plus général, on doit les retrouver dans les Grégarines considérées, jusqu'à ce jour, comme réalisant des types à isogamie cytoplasmique parfaite, dans les sporadins qui s'accouplent.

Stylorynchus longicollis est précisément un de ces types et c'est ce qui a fixé le choix de cette espèce comme matériel de recherches.

L'anisogamie des sporadins de Stylorynchus se manifeste par plusieurs caractères :

1. Chondriome.

La Grégarine mâle a un chondriome basophile, formé de chondriocontes et chondriomites légèrement plus courts, un peu plus épais et plus abondants que dans la Grégarine femelle. Ces éléments ont, en outre, des affinités colorantes plus nombreuses et plus marquées dans le mâle. L'oxyphilie du chondriome femelle existe, mais elle est moins prononcée que dans les autres espèces étudiées. Les plages à caractère amphophile sont plus fréquentes que dans Nina. Par le chondriome, Stylorynchus se présente comme une Grégarine dont l'anisogamie est peu prononcée.

2. Appareil de Golgi.

L'appareil de Golgi nous donne des conclusions analogues; toutefois les sporadins mâles ont des éléments de Golgi plus abondants, leur protomérite, en particulier, est nettement plus riche en ces éléments que celui des Grégarines femelles.

3. Réserves albuminoides.

Les réserves albuminoides, qui sont assez abondantes dans cette Grégarine, forment une masse plus importante dans la femelle. Alors que, chez le mâle, les corpuscules de ces réserves n'atteignent pas la taille des sphérules de paraglycogène, il y a dans la femelle des corpuscules albuminoides atteignant. 3 u. Ce sont là les futures réserves vitelloïdes.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 109

4. Paraglycogène.

La taille des sphérules de paraglycogène est différente suivant le sexe : dans la femelle elles peuvent atteindre 2 ;J, 5; dans le mâle les plus grosses ont rarement 2 a.

5. Hyaloplasme.

Par suite de la différence de taille des éléments de réserve, la trame alvéolaire dessine un réseau à mailles plus serrées dans le mâle que dans le cytoplasme de la femelle.

Toutes les différences cytoplasmiques se retrouvent dans les Grégarines enkystées, mais la prédominance des éléments de Golgi dans le mâle y est encore plus accentuée 1.

CHAPITRE XIII

LES CARACTÈRES CYTOPLASMIQUES DE LA SEXUALITÉ DANS LES COCCIDIES

I. - AGGREGATA EBERTHI.

1. Le chondriome.

Le chondriome du microgamétocyte est constitué par des éléments basophiles, légèrement plus épais, plus courts, plus nombreux, à affinités colorantes plus marquées. Le chondriome du macrogamète est oxyphile et a peu d'affinités pour les colorants.

2. Les lipoïdes et les graisses.

On a vu, par l'étude de ces réserves (chap. vu), que les différences entre les réserves lipoïdes des gamontes s'accentuent au cours de l'évolution. Elles sont plus abondantes dans la Coccidie femelle, atteignent une plus grande taille et évoluent jusqu'au stade graisse.

1. POISSON (R.) ET RÉMY (P.) (Arch. zool. exp. et gén. 1925 t. 64 N. et R. p. 21) retrouvent, dans la Grégarine Cephaloidophora orchestioe, des caractères de sexualisation cytoplasmique semblables à ceux que j'ai indiqués dans les espèces étudiées ci-dessus (JOYET-LAVERGNE. 1924 c. e. f.).


110 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

Les réserves du gamonte mâle conservent leur qualité lipoïde jusqu'à la fin de l'évolution.

3. Le paraglycogène.

Les corpuscules de paraglycogène atteignent une plus grande taille dans le macrogamète.

4. Le hyaloplasme. Les corpuscules de réserves atteignant une plus grande taille dans

le macrogamète, le hyaloplasme dessine un réseau à alvéoles plus grandes dans le gamonte femelle que dans le microgamétocyte.

II. — ADELINA DIMIDIATA.

On trouve entre les divers éléments des gamontes d'Adelina : chondriome, lipoïdes et graisses, paraglycogène, hyaloplasme, des différences analogues à celles que présentent les gamontes d'Aggregata, je ne répéterai pas ici la description faite à ce sujet. Toutefois, si les différences chimiques entre les chondriomes des gamontes ne sont pas plus accentuées que dans Aggregata, les différences morphologiques sont

plus grandes. Il en est de même de la différence de taille entre les corpuscules de réserves. Ces caractères d'une anisogamie morphologique plus accentuée chez Adelina sont en relation avec la différence de taille entre le macrogamète et le microgamétocyte de cette Coccidie.

FIG. XXVIII.—Sexualisation du cytoplasme d'Adelina dimidiata ; chondriomes et réserves albuminoïdes.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 111

CHAPITRE XIV

ÉTUDE CRITIQUE DES CARACTÈRES DE SEXUALISATION

DU CYTOPLASME

I. — CLASSIFICATION DES CARACTÈRES.

On peut diviser les caractères de sexualisation du cytoplasme des Sporozoaires en trois catégories :

1. Caractères particuliers aux Grégarines.

Ces caractères sont liés aux signes de morphologie et d'évolution particuliers à ce groupe. Les caractères de sexualisation du protomérite ne peuvent se retrouver chez les Coccidies qui ne présentent aucune formation analogue. La présence du mucus dans le mâle de Nina est en relation avec le mode d'enkystement propre aux Grégarines.

2. Caractères dont la généralité n'a pas encore été démontrée.

La prédominance des éléments de Golgi, si caractéristique du •cytoplasme mâle chez les Grégarines, n'a pas été encore nettement distinguée chez les Coccidies. Ce résultat négatif, qui tient peutêtre à un défaut de technique ou de matériel, n'exelut pas la possibilité de l'existence d'une telle différence.

3. Caractères communs aux deux groupes.

Ces caractères portent sur : 1° le chondriome; 2° les lipoïdes et les graisses ; 3°la taille des corpuscules de réserves; 4° la disposition du hyaloplasme; 5° les réserves vitelloïdes; 6° les réactions générales du cytoplasme.

Leur énumération montre que la sexualisation du cytoplasme est tout à fait analogue dans les deux groupes de Sporozoaires. Mais ces divers caractères peuvent fort bien, parfois, traduire simplement des manifestations distinctes d'une même différence.

C'est ainsi que la disposition du hyaloplasme, dessinant des mailles plus larges dans le cytoplasme femelle, est liée à la plus grande


112 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

taille des corpuscules de réserve qui se manifeste fréquemment dans ce sexe. La genèse des réserves vitelloïdes est en relation étroite avec l'évolution des lipoïdes.

Dans les réactions générales du cytoplasme, si l'éosinophilie du cytoplasme femelle est en partie liée à l'oxyphilie du chondriome, elle dénote aussi une qualité particulière du hyaloplasme; mais il est difficile, dans cette réaction globale, de distinguer ce qui revient à chacun de ces constituants.

L'affinité particulière du cytoplasme du gamonte mâle pour le bleu de méthylène, qui se manifeste si nettement dans Nina gracilis et Aggregata eberthi, est une manifestation de la différence de chimisme des cytoplasmes, liée à l'évolution différente des lipoïdes suivant le sexe.

La lipogenèse, qui apparaît dans le cytoplasme femelle, est en relation avec l'existence d'un milieu cytoplasmique réducteur, la décoloration presque totale du bleu de méthylène, qui se manifeste dans ce sexe, traduit simplement, par la formation de leucodérivés, l'existence de cette qualité réductrice du cytoplasme. Dans le mâle, où ces conditions de milieu ne sont pas réalisées, le bleu de méthylène n'est pas décoloré. Le noyau, organe des oxydations, conserve toujours, quel que soit le sexe, ses affinités pour le colorant.

Ainsi, les diverses manifestations de sexualisation du cytoplasme, communes aux Grégarines et aux Coccidies, se groupent autour de trois caractères, qu'on peut considérer comme les caractères fondamentaux de la sexualisation cytoplasmique. des Sporozoaires. Ces caractères concernent : 1° la taille des corpuscules de réserves; 2° le chondriome; 3° l'évolution des lipoïdes et graisses. Peut-on trouver, dans la littérature cytologique, des faits nous permettant de comprendre la portée et la signification de ces caractères?

IL — INTERPRÉTATION DES CARACTÈRES FONDAMENTAUX

DE LA SEXUALISATION CYTOPLASMIQUE DES SPOROZOAIRES.

1. La grosseur des corpuscules de réserves.

Ce caractère, qui porte sur les diverses catégories d'éléments de réserves, est parfois peu marqué, mais la différence de taille des


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 113

corpuscules est toujours en faveur du cytoplasme femelle. On trouve des sphérules de paraglycogène et des corpuscules albuminoïdes plus gros dans les Grégarines femelles de Sieinina et Stylorynchus, espèces d'apparence nettement isogame. Le caractère de la taille des éléments de réserve, étant ainsi indépendant des conditions morphologiques et des conditions de milieu, est un caractère fondamental et primitif de la sexualisation du cytoplasme des Sporozoaires.

2. La sexualisation du chondriome.

Chez les Sporozoaires, les différences entre les chondriomes des deux sexes sont de faible intensité mais de sens constant, elles sont d'ordre morphologique et d'ordre chimique.

Les différences morphologiques portent : 1° sur le nombre : les éléments du chondriome mâle sont plus abondants ; 2° sur la taille : les chondriosomes et chondriomites du mâle sont plus trapus, ils sont parfois plus courts mais toujours plus épais, d'une façon générale légèrement plus volumineux que les éléments du chondriome de la femelle.

Les différences chimiques sont les suivantes : le chondriome du mâle est basophile, plus riche en phosphore, il peut fixer le fer, l'argent, l'osmium, la fuchsine, plus énergiquement que le chondriome de la femelle. D'une façon générale, il a des affinités colorantes plus nombreuses et.plus intenses que celles du chondriome femelle. Ce dernier, tout en étant oxyphile, manifeste une certaine indifférence et atonie chimique vis-à-vis des matières colorantes.

Ce sont là évidemment les manifestations diverses de l'état chimique particulier à chaque chondriome. Faut-il rattacher les qualités chimiques du chondriome mâle à sa plus grande teneur en phosphore? Les progrès de la chimie permettront un jour de remplacer les qualités encore vagues, énumérées ci-dessus, par un terme précis qui les expliquera toutes.

Les différences sexuelles entre les chondriomes n'ont pas été signalées chez d'autres Protozoaires. Fauré-Fremiet (1909) donne un caractère général du chondriome des Protozoaires qu'il a étudiés; il le rapproche de celui des cellules sexuelles mâles. Ce chondriome

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII. Fasc. 1, janvier 1926. 8


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prend mieux la fuchsine que l'orange G. après les fixateurs chromiques. Les mitochondries des cellules sexuelles femelles ont, au contraire, plus d'affinité pour l'orange G. L'auteur fixe ainsi un caractère chimique de sexualisation du chondriome pour les Métazoaires.

Regaud (1909) constate que les mitochondries des spermies sont colorées en noir intense par l'hématoxyline ferrique, alors que celles des auxocytes sont peu colorées.

Les études sur l' Ascaris megalocephala vont nous donner d'autres termes de comparaison. Aucun des auteurs de ces recherches ne s'est placé au point de vue qui nous intéresse ici, mais en se préoccupant de suivre le sort des mitochondries de chacun des éléments de la fécondation, les auteurs ont été amenés à préciser les caractères distinctifs du chondriome de chaque sexe. C'est ainsi que Meves (1911) montre que les mitochondries du spermatozoïde sont nettement plus grosses que celles de l'ovule.

De l'examen des figures données par fauteur (Taf. 27, 28), on' peut conclure que le chondriome du spermatozoïde constitue une masse, relativement plus importante, par rapport au cytoplasme mâle, que la masse du chondriome femelle, par rapport à l'oeuf. Ce sont là des différences morphologiques analogues à celles qui existent dans les Sporozoaires, mais, chez l' Ascaris, elles sont beaucoup plus prononcées.

D'autres recherches, sur le mème matériel, vont nous montrer des différences chimiques entre les chondriomes de chacun des éléments sexuels. Romeis (1913) insiste surtout sur la stabilité particulière aux mitochondries du spermatozoïde. Held (1917), en colorant par l'hématoxyline au molybdate et la fuchsine, distingue les granules de l'oeuf, colorés en noir ou en jaune, des granules mitochondriaux du spermatozoïde, colorés en rouge. BronteGatenby (1919), p. 456, trouve que les mitochondries du spermatozoïde ne se colorent pas aussi brillamment en rouge que l'indique Held.

Giroud (1925) n'a pu colorer le chondriome du spermatozoïde par la fuchsine d'Allmann, mais il reconnaît que ce chondriome se colore avec intensité par l'hématoxyline au fer. En résumé, les mitochondries du spermatozoïde diffèrent chimiquement des mito-


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 115

chondries de l'oeuf. Cette différence se manifeste, en particulier, par les affinités chimiques plus puissantes du chondriome mâle qui retient bien le fer ou la fuchsine.

Les différences chimiques, comme d'ailleurs les différences morphologiques, entre les chondriomes des cellules sexuelles de l'Ascaris sont analogues aux différences indiquées entre les chondriomes des Sporozoaires. Quelle est leur signification?

L'étude de l'Ascaris, pas plus d'ailleurs que l'étude des Sporozoaires du type Adelina, ne pourraient nous renseigner à ce sujet. Quand des cellules sont différentes morphologiquement, les différences de leurs chondriomes peuvent fort bien être simplement liées à la dissemblance morphologique initiale. L'étude de l'Aggregata et des Grégarines d'apparence isogame permet de donner l'interprétation des différences entre les chondriomes des cellules sexualisées. Ce sont des différences fondamentales, qui, marquant un caractère du chondriome indépendant de la différenciation morphologique et de l'influence du milieu, doivent être considérées comme des manifestations directes et primitives de la sexualisation du cytoplasme.

3. L'évolution des lipoïdes et des graisses.

Pour les Sporozoaires dont l'histoire des lipoïdes et des graisses a été suivie, aux diverses phases du cycle de l'espèce, on a vu que l'accumulation de ces réserves s'effectue graduellement et parallèlement à l'acquisition de la maturation sexuelle du gamonte. Vaney et Maignon (1906), dans leurs recherches sur le Ver à soie, concluent que « la grande majorité de la graisse se trouve localisée dans les oeufs, car ces derniers renferment 4,22 p. 100 de cette substance, alors que l'animal entier n'en contient que 2,8 p. 100. » Les travaux de Terroine et Barthélémy (1921, 1923) nous montrent des faits comparables chez les Vertébrés. Lors de la maturation de l'ovaire de Rana fusca, il y a accumulation progressive, dans cet. organe, des réserves de graisse fabriquées par l'organisme pendant la période estivale. L'ovaire arrive à contenir une quantité de ces réserves, supérieure à celle renfermée dans la masses des autres tissus. Après la ponte, la teneur en matières grasses de l'organisme est devenue très faible.


116 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

Dans les diverses espèces de Sporozoaires étudiées, l'évolution des réserves lipoïdes et graisses s'est montrée tellement différente, suivant le sexe examiné, qu'il n'a pas été possible d'en faire, comme pour tous les autres éléments du cytoplasme, une étude générale, sans tenir compte de la sexualité. Les lipoïdes de la femelle, constitués par des éléments plus abondants et de plus grande taille, évoluent jusqu'au stade graisse, ceux du mâle ne dépassant pas la phase lipoïde. Les auteurs ont fait des constatations analogues pour des espèces très différentes.

Russo (1907, 1909, 1912) distingue chez la Lapine deux sortes d'oeufs : les uns du type anabolique, riches en lécithine, donneront des femelles; les autres du type catabolique, pauvres en lécithine, donneront des mâles. Par des injections de solutions de lécithine à des Lapines, l'auteur a pu augmenter notablement la proportion des femelles dans la progéniture.

Van der Stricht (1911), étudiant la vitellogenèse dans l'ovule de Chatte, trouve également deux sortes d'oeufs et dit : « Cette différence dans la quantité de graisse, pour des ovules arrivés au même stade de leur évolution, nous paraît avoir une importance capitale dans la détermination du sexe » (p. 434).

Fauré-Fremiet (1913) montre que, dans l'Ascaris megalocephala, « les jeunes oocytes possèdent, dans une région déterminée de leur cytoplasme, une réserve graisseuse... tandis que les spermatocytes ne renferment à ce stade que quelques rares globules gras » (p. 486).

Si on rapproche ces divers résultats de ceux obtenus dans l'étude des Sporozoaires, il semble rationnel d'admettre, comme hypothèse de recherches, la proposition suivante : Un des caractères de la sexualisation du cytoplasme serait une différence dans la teneur en lipoïdes ou en graisses des éléments qui donneront les gamètes; en particulier, l'enrichissement en graisses, à un stade de l'évolution, serait un signe d'orientation vers le sens femelle. Il serait vain, toutefois, de chercher à se dissimuler la complexité du problème du déterminisme du sexe que nous venons d'aborder.

Vaney et Maignon (1906) montrent que, chez le Ver à soie « les mâles, chrysalides et adultes, sont plus riches en graisse que les femelles. » Ce résultat n'est pas nécessairement en contradiction avec l'hypothèse de travail énoncée plus haut. Les auteurs ont en


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 117

effet comparé deux organismes. Mais la teneur en lipoïdes et graisses des éléments sexuels, qui seule nous intéresse ici, comme terme de comparaison, peut être très différente de la richesse de l'organisme total en ces mêmes substances. D'autre part, étudiant la genèse des cellules sexuelles de Hélix aspersa, Bronte-Gatenby conclut que le noyau est le seul élément responsable de l'orientation du sexe : « I conclude that the plasmatic éléments do not influence the nucleus in this matter » (p. 601, 1917). Cette conclusion du savant cytologiste ne semble pas comporter une grande généralisation. Il est d'ailleurs très probable que. les limites, que nous établissons entre le noyau et le cytoplasme, ne correspondent pas toujours rigoureusement aux mêmes formations dans les diverses cellules.

J'ai montré, plus haut, l'influence du cytoplasme sur la genèse des gamètes de Nina, et de l'étude des Sporozoaires se dégage l'impression que, lorsque la sexualité apparaît dans une cellule, elle en imprègne, en quelque sorte, tous les éléments.

Parmi les constituants du cytoplasme, ceux qui traduisent le plus nettement cette sexualisation sont : le chondriome et les réserves lipoïdes et vitelloïdes. L'appareil de Golgi, par sa prédominance chez le mâle, marque également un caractère important. Il y aurait intérêt à rechercher si ce dernier caractère différentiel, présente une certaine généralité. Le problème proposé est intéressant, tant au point de vue du déterminisme du sexe, qu'au point de vue de l'interprétation du rôle, encore si peu connu, de l'appareil de Golgi.

CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Je ne reprendrai pas ici le résumé des conclusions de chacune des parties de ce travail, j'essayerai simplement de dégager de ces conclusions quelques-uns des résultats les plus généraux qu'elles comportent en distinguant, parmi ces résultats, ceux qui concernent plus particulièrement la Protistologie de ceux qui intéressent la Cytologie.


118 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

A. CONCLUSIONS RELATIVES A LA PROTISTOLOGIE

I. — L'ANALOGIE DE STRUCTURE ENTRE LES GRÉGARINES

ET LES COCCIDIES.

Aucune substance fondamentale ne sépare le cytoplasme des Grégarines de celui des Coccidies. On peut distinguer, dans le cytoplasme de l'un et l'autre de ces deux groupes, six éléments : 1° le hyaloplasme; 2° le chondriome; 3° l'appareil de Golgi; 4° le paraglycogène; 5° les réserves lipoïdes et les graisses; 6° les réserves albuminoïdes.

Les caractères chimiques et morphologiques, ainsi que l'évolution de chacun de ces éléments, se sont révélés assez semblables dans les deux groupes de Sporozoaires.

Les différences cytoplasmiques liées à la sexualité présentent également une très grande analogie.

La parenté des Grégarines et des Coccidies est donc plus intime qu'on ne pouvait le supposer.

II. — LES DIFFÉRENCES ENTRE LES GRÉGARINES ET LES COCCIDIES;

LA POSITION DES AGGRÉGATIDÉS.

L'évolution du chondriome est plus rapide chez les Coccidies que dans les Grégarines. Ces dernières conservent, plus longtemps les caractères primitifs de cette formation.

Une remarque analogue peut être faite pour l'évolution des réserves lipoïdes; elles acquièrent rapidement leurs caractères de vésicules dans les jeunes Coccidies, leur évolution est plus lente au cours de la croissance chez les Grégarines. Cette différence est liée à des conditions de milieu; la nutrition du Sporozoaire intracellulaire s'effectue avec des modalités d'absorption différentes de celles du Sporozoaire extracellulaire.

Par les caractères de leurs réserves albuminoïdes, les Aggrégatidés se trouvent plus rapprochés des Grégarines que des Adélé dés On pourra tenir compte de cette qualité pour établir la phylogénie du groupe.


SUR LE CYTOPLASME DES SPOROZOAIRES. 119

III. — LES CARACTÈRES PARTICULIERS DU CYTOPLASME D'UN SPOROZOAIRE.

Le cytoplasme du Sporozoaire présente une très grande analogie avec celui de certaines cellules de Métazoaires, en particulier avec le cytoplasme des oocytes.

Des expressions, qui ont pu avoir autrefois une certaine utilité, contribuaient, aujourd'hui, à donner au groupe une originalité factice. En débarrassant le cytoplasme des Sporozoaires des étiquettes surannées qui, voilant sa physionomie véritable, cachaient ses analogies profondes, nous lui rendons sa place véritable à côté du cytoplasme des cellules des Métazoaires. Les divers progrès de la cytologie pourront désormais avoir une répercussion plus immédiate, sur l'étude de la cellule du Sporozoaire.

Des divers éléments du cytoplasme, c'est le paraglycogène qui, par ses caractères particuliers et par son abondance dans la cellule, imprime au Sporozoaire la plus grande originalité. C'est donc l'étude de cette substance, de ses caractères chimiques, de son métabolisme qui pourra vraisemblablement nous apporter les renseignements les plus précis sur les qualités caractéristiques de la cellule du Sporozoaire.

IV. — LA SEXUALITÉ.

L'anisogamie cytoplasmique des Grégarines s'est révélée à la fois plus précoce, plus profonde et plus générale qu'on ne pouvait le supposer. Elle se manifeste fréquemment dès le stade céphalin. Elle porte sur les qualités morphologiques, chimiques et sur l'évolution des divers éléments du cytoplasme. Elle existe chez des espèces considérées jusqu'alors comme réalisant une isogamie cytoplasmique parfaite. La genèse des gamètes nous apparaît comme intimement liée au métabolisme particulier au cytoplasme de chaque sexe.


120 PH. JOYET-LAVERGNE. — RECHERCHES

B. — CONCLUSIONS CYTOLOGIQUES

Les nombreuses analogies, notées au cours de ce travail, entre la cellule des Sporozoaires et diverses cellules de Métazoaires, montrent que des types cellulaires paraissant éloignés les uns des autres présentent, tant par leur morphologie, que par les caractères chimiques de leurs constituants, des ressemblances profondes.

L'étude de ces caractères communs d'organisation paraît devoir être fort importante pour la compréhension de la Biologie cellulaire.

Au point de vue physiologique, on trouve également des analogies. Il y a une grande ressemblance entre les phénomènes d'absorption du céphalin de Grégarine et l'absorption dans la cellule intestinale d'un Vertébré.

En ce qui concerne les Sporozoaires, on peut interpréter ces phénomènes en rattachant assez simplement le mécanisme de la nutrition à la spécificité cellulaire.

L'étude des Grégarines d'apparence isogame, en montrant que certains caractères généraux de la sexualisation du cytoplasme sont des caractères fondamentaux et primitifs, permet de poser le problème du déterminisme du sexe sous un aspect nouveau et assez précis :

Les caractères de sexualisation du cytoplasme des Sporozoaires qui portent : 1° sur les chondriomes, 2° sur l'évolution des réserves lipoïdes et des graisses, 3° sur l'appareil de Golgi, présentent-ils une certaine généralité en cytologie et quelle en est la signification?

Montpellier, 26 juin 1925.

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128 PH. JOYET-LAVERGNE.

Explication de la planche I.

FIG. 1 et 2. — Aggregala eberthi Ç et c? à des stades de développement analogues et placés dans la même préparation : chondriomes, réserves albuminoïdes; les points brillants sont les centres des corpuscules de paraglycogène. Benoit. Mallory X 1 000.

FIG. 3. — Microgamétocyte d'Aggregala eberthi : chondriome, réserves albuminoïdes, paraglycogène. Benoit. Mallory X 1 000.

FIG. 4. — Adelina dimidiaia <* et Ç : chondriomes et réserves albuminoïdes. Benoit. Mallory X 1 000.

FIG. 5. — Nina gracilis : portions de cytoplasmes de deux céphalins r? et Ç de la même préparation (chondriomes, réserves albuminoïdes, paraglycogène; une masse vitelloïde dans le céphalin Ç). Regaud. Mallory X 2 000.

FIG. 6. — Stylorynchus longicollis : portions de cytoplasmes de deux sporadins ^ et Ç de la même préparation (chondriomes, réserves albuminoïdes, paraglycogène ; une masse vitelloïde dans le sporadin Ç). Regaud. Mallory X 2 000.

FIG. 7. — Slylorynchus longicollis : noyau et portion de cytoplasme (chondriome, réserves albuminoïdes, paraglycogène). Regaud. Mallory X 1 000.

FIG. 8. —Aggregata eberthi : gamonte Ç; paraglycogène et éléments de Golgi. Kopsch, gomme iodée X 1 000.

FIG. 9. — Adelina dimidiaia : g et Ç chondriome en rouge; réserves albuminoïdes en rose ; lipoïdes en gris; paraglycogène (Champy osmique, fuchsine Altmann X 1 500).

FIG. 10. — Nina gracilis : portion de cytoplasme d'un sporadin dans la même préparation que la figure 9x1 500.

FIG. 11. — Nina gracilis. Lipoïdes dans les cytoplasmes de sporadins J et Ç de la même préparation; dans le cytoplasme Ç une masse vitelloïde (Ciaccio, méthode 2; Soudan III X 2 000).

FIG. 12. — Kyste de Nina gracilis au stade II. Lipoïdes et graisses. Les graisses sont colorées en noir par l'acide osmique, les noyaux sont teintés en vert gris (Ciaccio, méthode 2; Soudan III X 2 000).

FIG. 13. — Protomérite d'un céphalin de Nina gracilis en rapport avec l'intestin. Absorption et genèse des lipoïdes; i, intestin; p, protomérite; d, deutomérite. (Ciaccio; méthode 2; Soudan III X 2 000).

FIG. 14 et 15. — Aggregata eberthi J et Ç à des stades de développement analogues et dans la même préparation. Lipoïdes et graisses (Ciaccio, méthode 2 ; Soudan III X 500). Les corpuscules lipoïdes représentés à côté des Coccidies sont multipliés par 2 000.

FIG. 16. — Aggregata eberthi : oeuf. A la place des graisses non conservées se trouvent des vacuoles avec bordure colorée en rouge; les noyaux sont colorés en violet (Ciaccio méthode 1, Soudan III, hématoxyline au fer X 500).

FIG. 17. — Aggregata eberthi microgamétocyte dans la même préparation que la figure 16. Les lipoïdes sont conservés et colorés en rouge par le Soudan X 500; la vésicule lipoïde représentée est multipliée par 2 000.

6578. — Coulommiers. Imp, PAUL BRODARD. — 11-25.



Arch. d'anat. microscopique

Tome XXIIPI.I.

(Mém. Ph. Joyet-Lavergne )

Bénard lith.

'7fos».iB|«

Imp. Lafontaine Paris 1925



LA PREMIÈRE ÉBAUCHE

DES FIBRILLES CONJONCTIVES

PROVIENT-ELLE DU CHONDRIOME?

par E. LAGUESSE

PLANCHES II-III.

Dans une série de recherches antérieures d'histogenèse (4, 5, 1), nous avons constamment vu les fibrilles conjonctives se différencier et s'accroître au sein même de la substance amorphe d'origine exoplasmique (symplasme lamellaire hyalin) ou de l'exoplasme encore en voie de différenciation.

Pourtant en 1910, dans un travail où il accorde d'ailleurs peu de ■créance aux idées sur l'exoplasme développées par Hansen, par Studnïcka et par nous-même, Meves (3) soutint que la fibrille tire son origine du chondriome superficiel, revenant par ce détour à la dérivation intraprotoplasmique défendue par son maître Flemming Depuis cette époque nous avons toujours réservé la ■question de l'origine possible d'une première ébauche de la fibrille aux dépens des chondriosomes, le matériel, long à recueillir, sur lequel nous suivions la formation des lamelles (embryons de Rat blanc) n'ayant pas passé par les fixateurs indispensables à la bonne conservation du chondriome. C'est cette lacune que nous voudrions combler aujourd'hui.

HISTORIQUE

Dès 1907, dans la communication préliminaire où il proclame la présence (et la persistance au cours du développement) des formations mitochondriales dans toutes les cellules des embryons de Poulet, de Souris et de Cobaye, Meves (2) croit pouvoir établir que les formes allongées, pour lesquelles il propose le nom de

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII. Fasc. 1, janvier 1926 9


130 E. LAGUESSE. - LA PREMIÈRE ÉBAUCHE DES FIBRILLES

chodrioconles (et plus tard celui de plastocontes) représentent le matériel de formation de nombreuses structures fibrillaires fibrilles musculaires striées, neurofibrilles, fibres de névroglie, et enfin fibrilles conjonctives. En ce qui concerne ces dernières, il n'a d'ailleurs que quelques observations sur le cordon ombilical, à savoir que les fibrilles précollagènes de Golowinski se colorant comme les chondriocontes, y seraient donc probablement identiques. C'est en 1910 seulement (3) qu'il publie sur cette question un excellent mémoire, très complet et accompagné de belles planches. Il ne s'attache à suivre pas à pas le développement de la fibrille que dans les tendons 1 de la patte des embryons de Poulet du sixième au quatorzième jour, faciles à pénétrer par les fixateurs. Il colore les coupes par l'hématoxyline au fer, puis, après différenciation, les fait passer par l'alcool à 95° légèrement teinté de fuchsine acide. Dans ces conditions, sur les coupes longitudinales, il voit sur l'embryon de six jours le tendon formé d'un amas assez serré de longues cellules fusiformes anastomosées par leurs prolongements latéralement et bout à bout. Leur cytoplasme contient un chondriome moyennement abondant, constitué de chondriocontes épars sous forme de courts bâtonnets, souvent courbes, teintés en noir par l'hématoxyline au fer. Au huitième jour accompli les cellules sont plus grosses et plus longues; les chondriocontes sont plus droits, plus épais, plus longs, plus ou moins parallèles à l'axe cellulaire, et en partie émigrés à la surface des cellules. On commence à rencontrer entre ces dernières quelques très fines fibrilles, légèrement onduleuses, colorées en rouge par la fuchsine et accolées à la surface des cellules avec laquelle elles se confondent (zusammenfliessen). En remontant le long du tendon en direction proximale, on voit ces fibrilles plus nombreuses, d'emblée très longues, et courant à la surface de toute une file cellulaire sans qu'on puisse rencontrer leur extrémité. Beaucoup d'entre elles sont maintenant libres, détachées de la surface du cytoplasme, plus grosses et plus onduleuses. Plus loin on finit par les retrouver toutes sous cette forme dans tous les espaces intercellulaires. Sur des embryons plus âgés elles augmentent très notablement de calibre mais peu de nombre,

1. Il ajoute simplement à la fin de sa description qu'il a retrouvé des images analogues dans les autres parties du tissu conjonctif embryonnaire.


CONJONCTIVES PROVIENT-ELLE DU CHONDRIOME? 131

On trouve pourtant encore quelques nouvelles poussées jusqu'au douzième jour.

Sur les coupes transversales on se rend compte qu'au début les cellules sont si largement anastomosées latéralement qu'elles semblent presque fusionnées, et qu'on ne trouve entre elles que de petites et courtes fentes et lacunes irrégulières, plus larges et plus longues au neuvième jour. La coupe est en ce neuvième jour (embryons de 8 jours accomplis) constellée de points noirs, qui représentent la section transversale d'autant de chondriocontes, C'est surtout ici que l'on peut constater qu'un grand nombre d'entre eux ont émigré à la surface même de la cellule, qu'ils sont devenus en un mot épicellulaires, dit Meves, empruntant ce mot à Golowinski. Mais à la surface aussi, à leurs côtés, on rencontre de place en place, et de plus en plus nombreux à mesure qu'on remonte en direction proximale (c'est-à-dire dans une région plus avancée en développement) des points rouges, d'abord plus petits, qui représentent la section des fibrilles. Quelques-uns semblent s'enfoncer dans le cytoplasme superficiel en le déprimant; la plupart sont à la limite; d'autres sont déjà libres dans les espaces intercellulaires.

Voilà, en somme, à quoi se réduisent les faits observés. Quelle interprétation en donne Meves? A son avis, nous dit-il, il ne nous reste rien d'autre à faire que d'admettre que les fibrilles dérivent des chondriocontes. (Il écrit ailleurs, p. 162, que « les fibrilles sont des chondriocontes fonctionnellement différenciés ».) Les chondriocontes, devenus épicellulaires, changeraient de constitution chimique, en se transformant en une substance qui n'est tingible ni par l'hématoxyline au fer, ni par la fuchsine. A ce stade ceux d'entre eux qui se trouvent rangés à la file se souderaient bout à bout. Puis, par une deuxième transformation chimique, les filaments ainsi formés deviendraient électifs pour les colorants du collagène, et finalement se libéreraient des cellules. Sans doute « la chaîne des preuves » n'est pas fermée, avoue Meves. Et l'on remarquera en effet que, d'après son interprétation, c'est précisément au moment où le chondrioconte a cessé d'être décelable, et où la fibrille n'a pas commencé de l'être, que doit se passer le phénomène le plus important de la transformation, la soudure bout à bout des éléments du chondriome, La preuve de cette soudure puis de la métamorphose


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reste donc à faire, et, ce chaînon essentiel manquant, l'interprétation de Meves ne devient plus qu'une hypothèse séduisante. Il fallait la soumettre à un nouveau contrôle. Et c'est pourquoi dès 1912 (6) nous avons repris le développement du tendon de l'embryon de Poulet sans pouvoir combler la lacune. Au contraire, là comme ailleurs, nous avons cru voir les fibrilles apparaître dans un exoplasme superficiel, et « sans prendre définitivement parti », nous avons admis provisoirement que les chondriosomes, devenus périphériques, « doivent participer ici comme partout ailleurs au processus d'élaboration, mais... en contribuant seulement à la différenciation de la substance précollagène, au sein de laquelle ils disparaîtraient sans être employés fatalement et directement dans la constitution des fibrilles ». Dans la discussion qui suivit cette communication, Dubreuil, Retterer, Regaud ont émis des doutes analogues sur l'interprétation de Meves. Regaud a rappelé que les formations mitochondriales ont avant tout une fonction d'eclectosomes, fixant, condensant, élaborant des substances, mais qu'il ne faut pas leur attribuer un rôle constant dans la formation des organites figurés de la cellule.

Plus tard (1913) Dubreuil (7), dans son étude sur le chondriome de la cellule conjonctive jeune, constate (ce qui lui semble en faveur de la théorie de l'auteur allemand) que les chondriosomes deviennent plus nombreux vers le moment où vont apparaître les fibrilles et où se manifeste l'activité sécrétoire la plus intense de la cellule rhagiocrine. « Mais, ajoute-t-il, je n'ai vu aucun fait qui me démontre avec évidence la transformation directe des chondriocontes en fibrilles conjonctives. » Comme son maître Renaut, il croit celles-ci formées « par différenciation au sein de la substance collagène sans que la cellule conjonctive y participe autrement qu'en fournissant au tissu, dans sa substance fondamentale, les constituants chimiques nécessaires à cette édification ». Le chondriome ne pourrait donc avoir qu'un rôle indirect, en participant à l'élaboration de ces constituants.

Pourtant de nouvelles recherches parurent venir confirmer celles de Meves. Ce sont celles de Romeis (1913) et de Frederikse (1917).

Romeis (8) s'occupe du rôle des chondriosomes (plastosomes) dans la régénération en général, et particulièrement chez le Triton


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adulte après section de la queue. Lorsque celle-ci a recouvré la moitié de sa longueur, on y trouve de nombreux fibroblastes à cytoplasme abondant continué par de longs et larges prolongements, le tout bourré de mitochondries et de chondriocontes. En un point de tissu d'aspect réticulé au voisinage d'un jeune périchondre, et dont il donné une figure, l'auteur signale la présence de nombreux chondriocontes s'ordonnant parfois en files. « Ainsi se forme précisément en a (fig. 6) un long filament dont la composition aux dépens de plastocontes individuels est encore visible. » Ailleurs la fusion est déjà accomplie, et il en est né une longue fibrille, noire par l'hématoxyline au fer, lisse, et indivise à son extrémité. A mesure que régresse le nombre des plastosomes augmente celui des fibrilles précollagènes. Et pourtant Romeis avoue en terminant qu'il conserve encore des doutes; ce peuvent être des fibrilles du corps, déjà formées, qui pénètrent dans la portion régénérée.

Frederikse (9) est plus affirmatif, mais donne très peu de détails. Il travaille sur le tissu conjonctif lâche intermusculaire, périvasculaire et sous-cutané de la larve de Triton et de l'embryon de Poulet. Il voit sortir des mitochondries épicellulaires de plus minces fibrilles qui les continuent plus ou moins loin en dehors de la cellule. Ce serait donc un tout autre processus. Colorant à chaud par la méthode d'Altmann-Schridde, suivie d'hématoxyline ou de picronoir napthol, il teint en rouge vif les mitochondries, en violet lilas ou en bleu les fibrilles qui les continuent. Cette dernière coloration ne s'accuse souvent qu'à une certaine distance de la cellule : le rouge passe peu à peu au bleu.

Mais il est une technique nouvelle qui pourrait nous donner des renseignements plus précieux encore sur la genèse des fibrilles : c'est celle des cultures de tissus in vitro. Que trouvons-nous de ce côté ?

On sait que la cellule qui se cultive le plus facilement hors de l'organisme est le fibroblaste. Mais la plupart des auteurs qui ont suivi ces cultures n'ont point constaté la formation de fibrilles. Dans un premier travail (1911) G. Levi (10) s'est même vivement élevé contre les généralisations de Meves rapportant au chondriome toutes les différenciations cellulaires, et' particulièrement toutes les formations fibrillaires, faisant seulement des réserves pour la


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myofibrille, dont il a établi plus tard la dérivation chondriosomique évidente dans ses cultures de myoblastes du coeur. Dès 1916, et de nouveau en 1918 (11), il signala pourtant l'apparition rare, dans ses cultures, de longues fibrilles partant de l'extrémité d'éléments fusiformes spéciaux. Mais il resta très réservé sur la nature de ces filaments, ne considérant pas comme suffisamment démontrée leur identité avec les fibres collagènes ou réticulaires des tissus de soutien. D'après sa description et sa figure, ces filaments paraissent plutôt de nature protoplasmique. Il y voit par places quelques courts chondriocontes, mais n'établit pas de rapports génétiques entre les uns et les autres. Il ne traite d'ailleurs la question qu'au passage.

Margaret Reed Lewis au contraire (12), en 1917, consacre un petit mémoire complet à la question du développement des fibrilles dans le tissu sous-cutané chez le Poulet cultivé en simple liquide de Locke fréquemment renouvelé, additionné de 10 p. 100 de bouillon, et de 0,25 p. 100 de dextrose. Contrairement aux autres auteurs elle peut suivre plus loin le tissu dans son.évolution, parce qu'elle étudie des embryons assez âgés, de huit à douze jours, où les fibrilles existent déjà dans le fragment transplanté, rares au neuvième jour, de plus en plus nombreuses au delà. Celles-ci ne sortent pas du transplant, ne passent pas, ne s'accroissent pas par leur extrémité dans la zone d'invasion de la culture. Mais dans cette dernière des fibrilles de nouvelle formation apparaissent souvent, après vingt-quatre heures, comme des lignes légèrement plus réfringentes se détachant sur l'exoplasme des cellules, et vont s'accroissant rapidement. Elles abondent après quarante-huit et soixantedouze heures, et jusqu'en des cultures vieilles de cinq à six jours, passent de cellule à cellule, se rapprochent par places en lâches faisceaux et deviennent de plus en plus indépendantes du cytoplasme. Elle se développent plus vite encore si le fragment est emprunté à des embryons de dix à douze jours.

Or, d'après M. Lewis les « mitochondries » ne prendraient point part à la formation des fibrilles. Ces « mitochondries », elle les décrit et les figure pour la plupart comme des chondriocontes en bâtonnets courbés, peu allongés, s'étendant souvent le long d'une fibrille, de telle sorte que, sur une préparation fixée, il serait difficile de


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déterminer si elles ont ou n'ont pas pris part à sa formation. Et de fait, M. Lewis nous montre dans une belle planche (PL II, fig. 1,2,3.) quelques-uns de ces chondriocontes après fixation aux vapeurs osmiques, colorés en noir par l'hématoxyline au fer, qui paraissent (quelquefois même en files) étendus sur le parcours d'un filament fibrillaire teint en rouge par l'éosine, et qui semble les continuer à leurs deux extrémités. Mais, nous dit l'auteur, « l'étude de la cellule vivante montre que les mitochondries conservent leur activité caractéristique. Elles continuent à se courber (bend), à se tordre (twist) et à se déplacer (migrate), avec ce résultat qu'une mitochondrie, même couchée le long d'une fibrille de façon à en paraître partie intégrante, bientôt recommence à s'infléchir puis peut s'éloigner. » Enfin ayant pris le plus grand soin de laver et relaver les portions de tissu dans la solution de Locke renouvelée, ayant opéré en milieu libre de fibrine et de toute substance coagulable, Margaret Lewis apporte une nouvelle preuve que la fibrille ne dérive ni d'un filament de fibrine transformé, comme l'ont soutenu Baitsell (1916) puis Nageotte, ni d'une coagulation au sein d'une substance intercellulaire albuminoïde plus ou moins liquide. Nous en conclurons dès maintenant à notre tour que, au cas où il. y aurait coagulation ou cristallisation, elle ne pourrait avoir lieu que dans l'exoplasme cellulaire même, tel qu'il existe dans ces cultures et à ce stade, exoplasme où M. Lewis localise l'apparition des premières fibrilles, qui ne s'en libèrent que plus tard.

Dans ses cultures de tissu lymphoïde, en 1923, Maximow (13) note au passage que dans le cytoplasme des fibroblastes apparaissent le plus souvent certaines. « tonofibrilles », longues, filiformes, traversant parallèlement tout le corps de la cellule, « qui se teignent fortement par l'hématoxyline au fer et par le Kull, et dérivent peut-être de chondriosomes ». Son élève Chlopin (14) avait déjà, l'année avant, signalé ces tonofibrilles se teignant en rouge par la méthode de Champy-Kull, en rappelant qu'elles sont identiques aux fibrilles filiformes décrites antérieurement par Maximow dans les fibroblastes au cours de l'inflammation aseptique. Tout récemment (1924) une autre élève de Maximow, Sophie Alfejew (15), non plus dans les cultures, mais dans le tissu conjonctif des embryons de Mammifères, a suivi le développement des « fibrilles de réticuline » dans les


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travées du reticulum cellulaire syncytial du tissu lymphoïde, où elles ne cessent jamais d'être dans le contact le plus intime avec le cytoplasme, mais l'auteur ne peut décider « si elles sont un produit de transformation ou une sécrétion de ce dernier ». Elle ne parle pasdu chondriome et ne le figure point.

Nous signalerons simplement un autre auteur qui rattache génétiquement les fibrilles au chondriome, c'est Trojan (16) en 1920 Mais il s'agit ici de chondriocontes (?) très spéciaux, que l'auteur appelle fibrochondres, et qu'il étudie chez un Ver, le Chaetoptère. Or ses fibrochondres sont ces corpuscules olivaires relativement gros, découverts chez le Lombric, en 1890, par Cerfontaine, qui les considéra comme des microbes, retrouvés plus tard chez divers Invertébrés, par Cuénot notamment (1898), qui en fit des Bactéroïdes assez énigmatiques. Et chez certains Invertébrés, notamment chez la Blatte, ces corpuscules seraient, d'après Wolf (17), strictement localisés en certaine région du corps, ce qui ne nous permet guère de les considérer comme des organites appartenant à tous les fibroblastes. Les photographies de Trojan, d'ailleurs, les montrent bien en files dans les prolongements cellulaires, et parfois en voie d'effacement, mais on y cherche en vain des fibrilles nettes.

Les auteurs précédents, en mettant un peu à part le dernier et Alfejew, ont tous employé les techniques mitochondriales. Nous devons arriver maintenant à quelques autres dont les conclusions sont beaucoup plus discutables, parce qu'ils n'ont pas usé de ces techniques, ou ne les ont employées qu'accessoirement et probablement dans de mauvaises conditions.

Mais avant eux il faut d'abord citer Golowinski (18). Dès 1894, Reinke avait signalé dans les fibroblastes des larves de Salamandre des granules, parfois rangés en files, et qu'il considérait comme le matériel de formation des futures fibrilles. Flemming (1897) les avait revus et figurés comme des séries de grains sur les filaments de son mitome, filaments, croyait-il, capables de se transformer en fibrilles collagènes. Golowinski (1907) étudie le cordon ombilical de foetus déjà agé (Homme, Porc). Il revoit ces granules par coloration à l'hématoxyline au fer après fixation dans le liquide de Zenker, mais les décrit et les figure en longues séries linéaires, « épicellulaires, et en liaison avec une couche superficielle très nettement distincte


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du protoplasme cellulaire ». [Nous dirions aujourd'hui : une couche exoplasmique]. Chaque rangée se transformerait en une longue « fibrille précollagène » passant de cellule à cellule, et de même réaction colorante. Bien que venant à une époque où l'étude des mitochondries avait pris un grand développement, et où l'on tendait a leur attribuer un rôle élaborateur essentiel, Golowinski ne rattacha pas ces granulations au chondriome. Mais on le fit pour lui. Meves, en 1907, après avoir contrôlé leur existence dans le tissu du cordon ombilical, identifia les fibres précollagènes de Golowinski aux chondriocontes « qui donnent les mêmes réactions de coloration »; ses grains épicellulaires seraient vraisemblablement des mitochondries. Mais dans son grand mémoire (3) Meves abandonne cette idée; il croit maintenant que les fibres épicellulaires de Golowinski n'ont rien à faire avec la formation des fibres collagènes, et sont plutôt identiques à la fibroglie de Mallory.

En 1909 pourtant von Korff (20), après quelques recherches sur le cordon et le tissu situé entre les travées osseuses du cornillon chez le Veau, fixés au sublimé ou au mélange de Flemming à acide acétique réduit, ne doute pas que les grains qu'il trouve dans toute l'épaisseur du cytoplasme, et les fibrilles protoplasmiques qui ne sont pas toutes non plus superficielles, ne soient identiques aux mitochondries de Benda.

En 1914 enfin fut publié un.important travail de Serafino d'Antona sur l'apparition des fibres conjonctives dans les épaississements athéroscléreux de l'aorte. Dans les couches superficielles de l'intima d'Antona voit, entre les cellules de Langhans, une substance fondamentale vaguement granulo-fibrillaire plus ou moins continue, qui se lamellise dans les couches plus profondes; et il figure ici des rubans lamellaires que nous avons décrits (1) dans le tissu conjonctif lâche 1. La néoformation fibrillaire a lieu, d'après lui, en deux temps et selon deux modes différents. En premier lieu dans les lamelles, c'est-à-dire dans la substance fondamentale, on voit le matériel finement granuleux (décelé par la méthode de

I. Notre bibliothèque universitaire ayant été pendant toute l'occupation absolument privée de périodiques, et n'ayant pas encore achevé à l'heure actuelle de recompléter ses collections, c'est tout récemment seulement que nous avons eu connaissance de ce mémoire que nous regrettons de n'avoir pu citer à l'appui de notre conception lamellaire du conjonctif.


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Bielchowsky) d'abord dispersé, puis s'ordonnant en une sorte de fin réseau irrégulier, dont les mailles s'élargissent, dont une partie des trabécules anastomotiques se rompent, les autres se régularisant en de longues fibrilles parallèles, qui perdent peu à peu l'aspect granuleux, deviennent lisses, et finissent par acquérir les réactions du collagène ordinaire par les méthodes de Mall ou de Van Gieson 1. En second lieu, les cellules de Langhans perdent leurs plus fins prolongements; leur cytoplasme se différencie sur toute leur périphérie en une couche superficielle qui se présente comme « une petite bordure fortement réfringente, sorte de pellicule vaguement fibrillaire », prenant par le Van Gieson une couleur jaunâtre qui vire à l'orange à mesure que sa structure fibrillaire s'accentue 2. Des fibrilles y apparaissent, en effet, plus épaisses que les collagènes, raides ou très légèrement onduleuses, rarement divisées ou anastomosées, de calibre très irrégulier, variqueuses, comme si elles étaient formées de grains généralement allongés soudés entre eux, granules qu'on retrouve par places en petites rangées intermédiaires. En un mot ce sont bien des fibrilles développées au sein d'un ectoplasma au sens de Hansen, tandis que les premières, issues des lamelles, se constitueraient dans un métaplasme, issu il est vrai lui aussi de la cellule, mais sous une autre forme, celle de substance fondamentale intercellulaire.

Cela permet à d'Antona d'entamer, sur les diverses théories de la fibrillogenèse conjonctive, une très intéressante discussion où nous ne pouvons le suivre pour l'instant 3. Ce qu'il importe ici de

1. C'est à rapprocher de la « fibrillation graduelle du métaplasrae intercellulaire " de Bruni (qui ne parle point de mitochondries) dans les disques intervertébraux (R. Accad. d. Scienze Torino, XLIV, 1909).

2. Ces cellules à exoplasme particulièrement épiais nous paraissent devoir être rapprochées des cellules conjonctives allongées et enveloppées d'un manteau collagène fibrillaire qu'a décrites Scriban chez les Hirudinées (C. R. Soc. de Biol., t. LXXXVIII, 1923, p. 935).

3. D'Antona oppose les lamelles (substance fondamentale, substance mère) formation métaplasique dérivée du cytoplasme, au manteau exoplasmique de certaines cellules conjonctives. Nous avons montré ailleurs par le développement (1) que c'est une seule et même chose, puisque la cellule conjonctive différencie à sa surface un revêtement exoplasmique, puisque la transformation exoplasmique complète s'étend à ses prolongements aliformes qui se fusionnent pour former les lamelles. Les fibrilles se développent aussi bien dans le manteau, la sole, les traînées, ou les ailes exoplasmiques primitives que dans la substance fondamentale lamellaire qui résulte de leur fusionnement. Ce qui est surtout intéressant dans le cas de d'Antona, c'est qu'il est tombé sur des cellules à manteau exoplasmique complet exceptionnellement épais et électivement colorable.


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noter, c'est qu'il se pose la question : Nos granules des cellules de Langhans sont-ils des formations mitochondriales ? et qu'il se trouve, dans l'état actuel de nos connaissances, incapable de l'affirmer ou de le nier. Mais même dans le cas affirmatif, conclut-il, nous ne pouvons admettre, avec Meves et von Korff « que les mitochondries représentent le seul matériel de formation des fibrilles, qui dériveraient toujours de la transformation de structures cytoplasmiques, parce que nous avons été témoin que les fibrilles peuvent aussi apparaître indépendamment de ces transformations de structures cytoplasmiques... » qui n'ont qu'un temps. Ce seraient d'ailleurs des fibrilles primitives, ni collagènes, ni élastiques, capables d'évoluer dans l'un ou l'autre sens. Les Gitterfaser, quoique plus avancées en différenciation, seraient même encore capables de donner l'une ou l' autre de ces espèces.

RECHERCHES PERSONNELLES

A. Matériel et technique. — Nous avons exclusivement utilisé pour nos recherches les embryons de Poulet. Les fixations ont été faites soit au bichromate-formol selon le procédé de Regaud, soit le plus souvent par les mélanges chromo-acéto-osmiques forts. Nous avons parfois employé notre formule J (voir Arch. d'An, miscrosc, t. IV, 1901, p. 160), qui nous avait donné de si bons résultats pour les: glandes; mais ici celle qu'a préconisée Meves pour le tendon nous a paru préférable. Nous la préparons de la façon suivante. A 4 centimètres cubes d'une solution d'acide osmique à 2 p. 100 dans l'acide chromique à 1 p. 100, nous ajoutons 3,5 centimètres cubes d'acide chromique à 1 p. 100, 11,5 centimètres cubes de chlorure de sodium à 1 p. 100, et III gouttes d'acide acétique glacial, souvent I ou II seulement. L'embryon y est resté de un à trois jours, et a passé souvent en outre un à trois jours dans le bichromate de potasse à 3 p. 100. Les colorations ont été pour la plupart faites à l'hématoxyline au fer; mordançage à chaud, à l'étuve à 37° dans l'alun de fer à 2 p. 100, vingt-quatre heures, — hématoxyline, vingtquatre heures, —différenciation dans l'alun de fer à 2 p. 100 de deux à trois minutes, rarement moins, quelquefois plus. Le passage à


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l'alcool à 95° légèrement teinté de fuchsine acide nous a parfois servi à colorer les fibrilles. Enfin nous avons employé à titre de contrôle le violet cristal de Benda et la fuchsine acide d'Altmann. Des dissociations du tissu vivant ont été faites dans le vert Janus, mais ne nous ont rien montré de plus que les coupes.

B. Recherches sur le tendon. — Nous devons d'abord dire quelques mots de nos premières recherches sur le tendon, en 1912. Comme technique et comme direction, elles furent d'abord absolument calquées sur celles de Meves qu'elles avaient pour but de contrôler. Sur les tendons de la région tarsienne d'embryons de Poulet de sept et de neuf jours, nous avons retrouvé sur les coupes longitudinales ses cellules fusiformes allongées, contenant de nombreux chondriocontes parallèles à leur axe, sous forme de bâtonnets peu allongés, dépassant très rarement en longueur le tiers ou la moitié du noyau, et, entre les cellules d'autre part, tantôt accolées à ces éléments, tantôt déjà libres, les fibrilles très fines, légèrement onduleuses, telles en un mot que les figure Meves. Nous devons faire remarquer toutefois, que, avec ce mode de fixation, la fuchsine acide a fort peu d'élection pour les fibrilles, et, malgré toutes précautions, les colore en gris rosé plutôt qu'en rouge vif, comme tendrait à le faire croire la planche de Meves.

Les coupes tranversales sont beaucoup plus instructives. Elles nous montrent les particularités signalées par l'observateur allemand, et, EN premier lieu, les très nombreuses et souvent larges anastomoses latérales entre les cellules, de sorte qu'il ne persiste entre elles que de petites fentes. Les chondriosomes, ici sectionnés, apparaissent sous forme de points noirs. Nous pouvons vérifier qu'un grand nombre d'entre eux sont bien à la surface de la cellule. Nous ajouterons que ce sont souvent les plus gros, et que toutefois ils ne dépassent jamais cette surface, de sorte que le mot épicellulaire paraît un peu exagéré. La section de la cellule est irrégulière, anguleuse; les chondriosomes superficiels occupent souvent le sommet de ces angles ou plutôt de ces crêtes : c'est tout ce qu'on peut dire. Les fibrilles apparaissent ici, comme des points, plus rouges, plus colorées que dans les coupes longitudinales, parce que vues sous une plus grande épaisseur. Les plus grosses sont déjà libres dans les


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espaces intercellulaires; les plus fines sont en bordure des corps cellulaires, étroitement accolées à leur surface, et même logées par places dans une encoche de cette surface.

Nous avons donc pu confirmer les faits décrits par Meves, mais pas plus que lui nous n'avons pu voir de transitions entre ces deux formations situées côte à côte à la surface de la cellule, les courts bâtonnets chondriocontiques souvent épais, et les très longues et plus fines fibrilles.

Nous devons ajouter pourtant que, sur quelques coupes longitudinales, nous avions aperçu, à titre assez exceptionnel, quelques images qui paraissaient en faveur de l'interprétation de notre prédécesseur. C'était, par exemple, un très mince filament grisâtre, non onduleux, de la longueur d'un noyau ou un peu plus, portant en son milieu un court bâtonnet chondriocontique (PI. II, fig. 1). Ne serait-ce pas une fibrille se développant non, comme l'admettait Meves, par soudure bout à bout et transformation de chondriocontes, mais par la végétation d'un filament aux deux extrémités de l'un d'eux, à peu près de la même façon qu'on voit la queue du spermatozoïde bourgeonner sur le spermocentre au cours de la spermatogenèse ? Une autre fois c'était un chondrioconte bien plus allongé, mais irrégulier, commençant par une tête renflée en massue (PI. II, fig. 2), s'égrenant en petites massettes irrégulières à l'autre bout, d'où se dégageait le même filament pâle et court. Mais ici, comme en d'autres points, on avait l'impression qu'il s'agissait plutôt d'un chondriosome en voie d'altération et de disparition. Nous notons ces images parce que nous les retrouverons ailleurs.

N'obtenant aucun résultat définitif par la méthode de Meves, nous avons essayé celle de Bielchowsky. Nous avons mieux mis en évidence les fibrilles, imprégnées en noir, et même souvent les très fines, et nous les avons vues de nouveau, sur les sections transversales, déprimant la surface cellulaire et s'y logeant dans une encoche, s'y aplatissant parfois, mais le chondriome restait invisible, et nous n'avons rien appris sur ses rapports.

Comme colorant, nous avons encore essayé la picrofuchsine de Hansen, dont nous avions pu constater la grande électivité dans un travail antérieur, ou un Van Gieson plus riche en fuchsine. Mais ici même inconvénient que précédemment, résultant du mode


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de fixation : sur le fond jaune les fibrilles ressortaient, il est vrai, en rouge assez vif, mais sur coupe transversale seulement. Pourtant, ici déjà, nous apercevions à la surface de certaines cellules des sortes de fines membranules légèrement rosées, décollées par places et contenant des sections de fibrilles.

Nous avons alors eu recours au tarse d'un embryon un peu plus jeune (7 jours 1 /4), simplement fixé dans l'alcool à 80°, et sur lequel la picrofuchsine de Hansen redevenait très élective. Ici, sur coupe transversale du tendon, les cellules, à corps jaune, étoilées, très rétractées par le fixateur, s'anastomosent encore, mais moins largement, par des prolongements membraniformes, puisqu'on les voit fuir dans la profondeur en changeant le point, mais très minces, et nettement roses. Le plus souvent ce prolongement, ou plutôt cette crête ailée est assez large à la base, encore finement granuleuse et jaune; plus ou moins loin, en s'amincissant, elle devient homogène et prend franchement la teinte rose. D'autres fois elle la retient dès sa base. Souvent enfin la membranule rose en ce point d'attache se dédouble, se continue d'un côté, ou des deux à la surface de la cellule, et peut la revêtir complètement. Il y a donc dans ces cellules une couche superficielle, continue ou sous forme de traînées, correspondant à l'exoplasme que nous avons décrit ailleurs, et se continuant avec des prolongements membraniformes plus ou moins épais, exoplasmiques en partie ou en totalité.

Dans les tendons plus avancés les corps cellulaires jaunes sont réduits à des endoplasmes périnucléaires peu volumineux; tout le reste de l'élément prend la teinte rose des exoplasmes. Or, quel que soit l'état de leur développement, tous ces tendons montrent déjà des fibrilles plus nombreuses et plus fines que sur le premier embryon, et ces fibrilles sont toutes logées dans l'épaisseur de l'exoplasme, qu'il se présente sous forme de manteau superficiel plus ou moins complet, ou sous forme d'expansions membraneuses. Ce sont ces dernières qui en contiennent le plus. Les fibrilles abondent particulièrement en certains points nodaux roses du réseau, qui doivent représenter des extrémités des cellules fusiformes ayant subi la transformation exoplasmique complète.

C'est à la suite de ces recherches que nous avons rédigé notre note préliminaire de 1912 (6). Nous y aboutissions en somme à ceci ;


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c'est que là, comme ailleurs, les fibrilles nous paraissaient se former aux dépens de l'exoplasme superficiel, et que, provisoirement au moins, la participation directe du chondriome à cette élaboration nous semblait très douteuse.

C. Recherches sur le tissu conjonctif lâche. — Peu satisfait des maigres résultats obtenus, nous avions résolu d'élargir nos recherches et de les étendre à d'autres parties du tissu conjonctif, quand la guerre vint nous arrêter. C'est en 1921 seulement que nous avons pu les reprendre, et surtout de 1922 à 1924, après achèvement de notre mémoire sur le développement des lamelles chez le Rat et chez l'Homme.

Nous avons pensé que le tendon, tissu très spécial, était mal choisi, que les cellules y étaient trop serrées, le développement des fibrilles trop simultané et trop rapide pour qu'on pût en étudier à loisir les différents stades. Il était plus simple de nous adresser au tissu conjonctif lâche, à cellules desserrées, largement étalées, dont nous venions de suivre ailleurs la transformation partielle en lamelles, et que nous connaissions bien, mais où le mode de fixation de notre matériel ne nous avait pas permis de suivre le chondriome. De premiers essais nous ont laissé dans les mêmes incertitudes que précédemment et nous ont convaincu que nous nous adressions à des embryons trop âgés. C'était à des stades bien antérieurs qu'il fallait remonter pour étudier les premières fibrilles. Nous avons alors repris dans ce but des embryons plus jeunes, à partir du troisième jour, et suivi le développement du tissu conjonctif lâche, concurremment d'ailleurs avec celui d'un organe spécial, la cornée, dont l'étude nous a éclairé sur un point très important.

Nous devons déclarer d'abord que nous avons retrouvé chez le Poulet une évolution du tissu conjonctif lâche, tout à fait analogue dans ses grandes ligues à celle que nous venions de suivre chez les Mammifères (1), et nous pourrions y décrire les mêmes stades : stade du mésenchyme serré, du mésenchyme desserré (oedémateux d'Alfejew), des expansions aliformes précollagènes, des lamelles fenêtrées, et des lamelles continues. C'est vers la fin du cinquième jour de l'incubation qu'on trouve déjà d'assez nombreuses expansions aliformes un peu partout. Au sixième jour les complexus •lamellaires fenêtres abondent. Ils se rejoignent et s'élargissent bientôt


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en de larges plans lamellaires de moins en moins richement anastomosés entre eux et à fenêtres de plus en plus réduites. Enfin dès le commencement du huitième jour on trouve déjà de longs rubans lamellaires découpés par le rasoir dans de larges membranes continues, et celles-ci deviennent de plus en plus nombreuses les jours suivants. Mais on comprendra que les transformations sont loin d'être simultanées dans les diverses portions du conjonctif lâche, et, vers la fin du douzième jour par exemple, nous apercevons encore de nombreux trous en certains points. En un mot, ici comme chez le Rat, chez l'Homme, dans le tissu conjonctif sous-cutané particulièrement, les cellules vont s'aplatissant, s'anastomosant par des expansions de plus en plus larges, parallèles à la surface, et qui finissent par se transformer en ces larges membranes continues, qu'a déjà signalées Meves chez l'embryon de Poulet, mais qu'il croyait uniquement protoplasmiques. Au contraire, nous voyons la totalité des expansions membraneuses, et la couche superficielle des cellules sur une de leurs faces, subir la transformation exoplasmique, et c'est dans cet exoplasme, faisant encore manteau à la cellule, ou devenu plus ou moins indépendant d'elle sous forme de lamelle continue de substance fondamentale amorphe s'étendant au loin, que nous allons trouver les fibrilles. Mais y apparaissent-elles d'emblée ou proviennent-elles tout à l'origine de chondriosomes intracytoplasmiques ou émigrés ? C'est ce que nous avons à rechercher maintenant.

Les embryons du quatrième jour de l'incubation, c'est-à-dire âgés de trois jours entièrement révolus, ont un mésenchyme encore très peu abondant, en voie de formation, et exclusivement constitué de cellules petites, anguleuses, très irrégulières, dont le chondriome, en partie punctiforme ne présente rien de bien particulier.

Au cinquième jour (4 jours et 7 heures), le mésenchyme est plus abondant dans la tête et dans la partie antérieure du corps, où il couvre déjà sur les coupes de larges plages. Dans la palette du membre supérieur, qui commence à se développer, il est formé de cellules anguleuses très serrées. Mais ailleurs, dans la tête notamment, il se desserre plus ou moins selon les points. Les cellules sont très irrégulières de taille et de forme. Quelques-unes (7 à 8 a sans les prolongements) semblent presque réduites au noyau tant l'enve-


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loppe cytoplasmique est mince, et n'ont que de courts prolongements, figurant de simples épines, ou un peu plus longs mais peu ramifiés (PL II, fig. 4, c, et 3, b). La plupart sont plus volumineuses, irrégulièrement étoilées, à prolongements ramifiés arboriformes (a, d) déjà parfois aplatis en forme d'ailerons (e); quelques-unes (e) ont déjà un corps assez volumineux (14 y. sur 6 sans compter les principaux prolongements, et 22 y. de longueur en les comptant). Les noyaux ovalaires sont aussi de taille différente, mais généralement assez volumineux (de 6 sur 4 y. à 9 sur 6) clairs, bi ou trinucléolés 1. Le chondriome est très fin, peu abondant, réduit à de courts bâtonnets chondriocontiques, droits ou légèrement flexueux de 1 à 2 y. en moyenne, mêlés encore à un certain nombre de mitochondries granuleuses. Celles-ci prédominent dans les petites cellules à mince coque cytoplasmique périnucléaire, ou l'on ne trouve encore que quelques formes de transition commençant à s'allonger en bâtonnets. Notons encore parfois une ou deux vacuoles dans le cytoplasme, assez foncé, très colorable. Nous ne rencontrons pas encore de fibrilles. S'il en existe, elles sont donc encore peu abondantes ou localisées en certains points.

Embryon du sixième jour (5 jours et 1 heure). — A partir de ce moment, le mésoderme étant plus abondant, nous pouvons choisir notre région, et nous nous adresserons de préférence à la partie latérale du corps étudiée sur coupes tangentielles, afin de voir le plus possible de face les éléments mésenchymateux de plus en plus aplatis. Les fibrilles commençant à se montrer, nous nous sommes efforcé de les mettre en relief en même temps que le chondriome, pour mieux voir leurs rapports avec ce dernier. Mais c'est fort difficile, la fixation aux mélanges osmiés forts faisant perdre en électivité à la fibrille tout ce qu'elle fait gagner au chondriome, et le passage préalable des coupes par le permanganate de potasse et le mélange de Pal n'améliore pas beaucoup les résultats, en ce qui concerne les fibres tout au moins. L'emploi de l'alcool à 95° teinté de fuchsine acide après hématoxyline au fer colore très peu les fibrilles en gris rosé, comme nous l'avons vu pour le tendon, et d'autant moins

1. Par le procédé employé nous ne pouvons distinguer ici les vrais nucléoles des faux ou nucléoles nucléiniens.

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII. Fasc. 1, janvier 1926. 10


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qu'elles sont plus jeunes. En outre il a l'inconvénient de foncer le cytoplasme des cellules et d'embrumer ainsi le chondriome, qui se détache moins nettement sur ce fond plus sombre. Avec les colorants électifs du collagène et précollagène, picrofuchsine, picroponceau, picronoir, on met souvent un peu mieux en évidence la fibrille, mais il est difficile de conserver net le chondriome, même eu diminuant le temps d'immersion, et après n'avoir différencié que très peu dans l'alun de fer. Par le violet cristal de Benda le chondriome se détache seul; tout le reste tend à disparaître. Par la fuchsine picrique d'Altmann, la fibre se voit également très peu. Toutes ces méthodes, employées en variant le mode d'application, nous ont rendu des services partiels sans nous satisfaire complètement.

L'artifice qui nous a le mieux réussi est celui-ci. Au sortir de l'hématoxyline au fer, soit dans l'eau, soit après alcool et éclaircissement par le xylène, nous choisissons, avant toute différenciation ou après très courte différenciation, une ou deux portions de champ qui nous paraissent intéressantes; nous en faisons un premier dessin à la chambre claire. Après différenciation nous recherchons la même région, préalablement repérée avec soin à la platine à chariot avec double division à vernier, et nous en faisons un second dessin, superposable au premier. Dans le dernier le chondriome est net, mais les plus fines fibrilles ont pâli au point d'être à la limite de la visibilité. Elles sont généralement au contraire assez bien marquées sur le premier, ce qui permet de les retrouver et de les suivre sans trop de fatigue. Ce procédé a le désavantage d'être long et ingrat, le point choisi un peu à tâtons dans une préparation encore informe et beaucoup trop foncée pouvant ne présenter que peu d'intérêt ou être insuffisamment fixé; mais il nous a donné souvent aussi d'excellents résultats.

Examinons, sur l'embryon du sixième jour, les coupes tangentielles jusqu'à une certaine profondeur. Immédiatement au-dessous de l'épidémie, on remarque çà et là la présence de quelques lits de cellules assez serrées et tendant à devenir fusiformes. C'est là que, par leur prolifération, se développera le derme, mais dans la plupart des points rien ne l'indique encore. A l'opposé, c'est-à-dire au voisinage du muscle, le mésenchyme est encore constitué de cellules de


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forme stellaire séparées par de larges arcades, et munies d'expansions aplaties assez courtes, qui, plus superficiellement deviennent de véritables et larges ailes membraneuses minces et s'unissent par places, entre 3 ou 4 cellules restées voisines, en de petits complexus lamellaires plus ou moins fenêtres. L'aspect général, en un mot, est en cette région à peu près le même que celui figuré par nous (1) (PI. X, fig. 36), sur l'embryon humain.

C'est dans ces ailes libres à l'extrémité, ou unies d'une cellule à l'autre en une très fine pellicule membraneuse intermédiaire trouée Ou non, qu'on aperçoit les fibrilles les plus jeunes, et sous le même aspect de fins réseaux à mailles tantôt allongées tantôt assez régulièrement polygonales que nous avons observés chez l'embryon humain et chez l'embryon de Rat (PI. II, fig. 5 et 6). Dans ces réseaux, en général, les travées anastomotiques sont excessivement fines, lisses, homogènes, bien calibrées, se perdent parfois dans l'épaisseur de la membrane, ce qui indique bien qu'elles sont inachevées; quelques-unes pourtant sont plus épaisses, moins tendues, finement granulées et un peu verruqueuses ; elles semblent parfois se continuer avec un prolongement cellulaire cytoplasmique. On a l'impression que les fibrilles sont bien développées dans l'épaisseur de la membrane exoplasmique, mais de préférence au-dessous de traînées protoplasmiques, restes de prolongements de l'endoplasme qui persistent un certain temps comme sculptées en relief sur l'une des faces de cette membrane. Nous en Verrons plus tard des exemples de transition assez nets. Or, quels sont les rapports de ces premières fibrilles réticulées si grêles avec le chondriome ? Dans les cellules (endoplasmes), maintenant plus aplaties, plus larges qu'au jour précédent (8 à 151>. en moyenne, 20 et plus pour les allongées), assez largement anastomosées, le chondriome est plus abondant, forme un amas principal près du noyau dans la portion la plus épaisse. Les mitochondries y deviennent de moins en moins nombreuses; les chondriocontes ne sont en général guère plus allongés que précédemment, et s'enfoncent en s'espaçant dans les principaux prolongements, clairsemés dans ceux qui s'aplatissent, mais appartiennent encore a un endoplasme, assez bien limité par places, passant ailleurs insensiblement à la fine membranule exoplasmique. Dans celle-ci, qui est à peine teintée, a peine visible, et de l'existence


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de laquelle on douterait par places si l'on n'avait constaté son existence avant différenciation, le chondriome manque, sauf en certains points rares (PL II, fig. 5 et 6) sur le trajet des fibrilles, où l'on aperçoit soit une mitochondrie un peu allongée, soit un court chondrioconte. Nulle part on ne rencontre ni des chondriocontes très allongés en voie de transformation fibrillaire, ni des chaînes de bâtonnets en voie de soudure. Nulle part on ne voit de réseaux de chondriocontes précédant le réseau fibrillaire, comme cela devrait se produire d'après l'hypothèse de Meves.

Çà et là pourtant, dans la figure 6 par exemple, où l'endoplasme de la cellule g se perd insensiblement en bas dans la membranule, on voit sur les fibrilles en x, en y, de petits épaississements verruqueux irréguliers, simplement colorés en gris, qui peuvent être des restes de prolongements cytoplasmiques, mais dont les plus foncés se rapprochent pourtant par leur teinte des chondriosomes, et peuvent représenter de ces corpuscules en voie de disparition. Vers le bord du voile endoplasmique descendant de la cellule g, on voit en effet trois mitochondries qui vont se trouver englobées dans l'exoplasme par les progrès de la transformation. Que pourrontelles devenir dans cet exoplasme, sinon pâlir et se désagréger, comme semble déjà le faire le double petit chondrioconte complètement englobé en x ?

Les images de ce genre sont plus fréquentes dans les cellules stellaires moins largement anastomosées, moins aplaties, comme par exemple dans la figure 7. Ici, sur le corps même de l'élément et superficiellement, c'est-à-dire dans son exoplasme, rampent deux fibrilles b et e, sur le trajet desquelles on retrouve des restes de chondriome, bien coloré ou en train de pâlir comme des ombres, et de s'égrener; d'autres en a, c, et d.

Une autre image est reproduite dans la figure 8. Le prolongement inférieur de la cellule s'étire en une longue colonne, déjà un peu aplatie, et à la surface de cette colonne, vaguement striée, se détachent au moins trois fibrilles assez longues et presque parallèles, divergentes en bas, f, f'. La troisième (f'') anastomosée à f', commence en n par un reste chondriocontique allongé et à demi égrené.

Nous avons rencontré assez souvent ces colonnes striées de fibrilles parallèles peu ou point anastomosées, dans la région des


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cellules stellaires moins largement ailées. Les fibrilles se développent; donc aussi bien dans les traînées superficielles ou dans le manteau exoplasmique que dans les prolongements aliformes complètement transformés. Elles y sont relativement plus abondantes, et plus longues d'emblée, ce qui semble indiquer que le voisinage immédiat de Tendoplasme granuleux favorise leur naissance. Elles y ont une allure un peu différente : parallélisme, anastomoses rares; probablement parce qu'elles sont resserrées dans un petit espace, et subissent, comme le prolongement tout entier, une traction marquée. Les fibrilles semblent se former et croître d'autant plus facilement et plus vite, que la cellule s'allonge ainsi sous l'effet d'actions mécaniques.

Notons encore ici au passage la présence de quelques très rares chondriocontes plus longs que d'ordinaire, pouvant atteindre 4, et exceptionnellement jusqu'à 8p., mais bien faciles à distinguer des fibrilles, non seulement par leur vive coloration en noir, mais parce qu'ils sont plus épais, se terminent souvent par une tête renflée, ou une petite crosse, fermée parfois même en anneau, et offrent sur leur trajet une ou plusieurs inflexions brusques, ou toute une série de très fins zigzags (Pl. II, fig. 9).

Embryon du septième jour (6 jours et 1 heure). — Ici apparaît audessous de l'épiderme une couche assez épaisse de cellules serrées, le plus souvent fusiformes, très allongées, privées d'ailes, et tendant à s'ordonner parallèlement en faisceaux : c'est l'ébauche du derme. Intérieurement il est assez mal limité. Les éléments se desserrent peu à peu dans une zone de transition; les cellules, encore fusiformes, commencent à s'étaler, à s'aplatir, à envoyer des ailerons de plus en plus larges : nous arrivons au niveau du premier plan de capillaires sanguins, à la limite du feuillet panchoroïde de S. Minot. Là bientôt les ailes s'étendent, s'anastomosent de plus en plus largement, et les complexus lamellaires résultant de la division d'une même cellule mère dont les filles sont restées largement unies, deviennent bien plus nombreux, plus grands et plus compliqués que précédemment (passage au stade à lamelles fenêtrées). Puis, assez soudainement, nous entrons dans la masse profonde du vrai sous-cutané, à cellules bien plus petites quoique plus grandes que


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le jour précédent (fréquemment 18 à 25µ.), bien plus éloignées les unes des autres, orientées un peu en tous sens, bien que restant aplaties parallèlement à la surface. Elles appartiennent encore au type stellaire à prolongements aliformes généralement peu étendus, avec pourtant de petits complexus formés par la réunion de deux à quatre cellules par l'intermédiaire d'une membranule.

Dans cette région profonde nous retrouvons les mêmes aspects que précédemment. Les prolongements aliformes des cellules étoilées forment souvent, tout autour d'elles ou d'un côté seulement, une sorte de palmure irrégulière où les doigts sont représentés par des prolongements protoplasmiques saillants à la surface de la membranule. Les fibrilles y sont encore relativement peu nombreuses, plus pourtant qu'au stade précédent.

Les réseaux d'origine, dans les ailes isolées ou en complexus, sont généralement plus serrés : en voici un exemple figure 10. Le chondriome n'y est pas plus abondant; ici il est presque absent. Et pourtant de deux choses l'une : ou c'est un petit complexus de nouvelle formation, à fibrilles si grêles, si peu colorées qu'on a peine à les voir, et alors, dans l'hypothèse de Meves, on ne s'explique guère l'absence de chondriocontes ou de restes chondriocontiques, ou bien c'est un des complexus à réseau lâche du jour précédent, et où de nouvelles fibrilles se sont développées dans les mailles préexistantes, et comme le chondriome manquait antérieurement dans l'épaisseur de la lamelle, c'est qu'elles ont dû s'en passer pour se former.

Voici (Pl. II, fig. 11) deux autres éléments pris dans la région de transition sous-dermiques, largement unis, et dont celui de droite h présente une palmure caractéristique se dessinant en relief à la surface d'une très large aile membraneuse. Le prolongement inférieur de la cellule, ou plutôt de l'endoplasme, a été sectionné par le rasoir, mais le corps se continue en haut en une large plaque finement granuleuse, qui se divise en quatre prolongements. Le plus volumineux, à droite, va s'anastomoser au loin; les trois autres représentent, à la surface de la membranule, de simples traînées en relief, peu régulières, mal limitées, et évidemment en voie d'atrophie, gagnées par la transformation exoplasmique qui peu à peu les incorpore à cette membrane. Les chondriocontes qu'elles contiennent, plus allongés ici que précédemment (parfois 4 à 6, et même 7 µ),


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sont très irréguliers, renflés à certains niveaux, grêles ou étranglés en d'autres, ou même fragmentés, et moins colorés que ceux du corps. Ces traînées, ces digitations de la palmure se continuent avec autant de fibrilles f, f', divisées elles-mêmes et quelque peu anastomosées. Tout en haut, en a, est une sorte de carrefour, extrémité d'un large prolongement d'une cellule voisine, occupé par un reste chondriocontique à peine coloré, et d'où divergent en éventail tout un pinceau •de fibrilles qui viennent se continuer et s'anastomoser avec les précédentes. La fibrille f peut être suivie depuis ce carrefour jusque sur le côté de la cellule h, où on la perd. Ici donc les chondriocontes sont ou en prolongement des fibrilles ou immédiatement accolés à elles, mais au même titre que les prolongements cytoplasmiques dont ils font partie, et en régression comme ceux-ci. Les cellules mésenchymateuses étaient ici déjà pour la plupart allongées et orientées comme h, mais quelques-unes avaient encore une direction toute différente, comme g. Un peu plus superficiellement, c'est-à-dire immédiatement à la limite indécise du derme, tous les éléments se régularisent, s'allongent dans la même direction et parallèlement à ceux du derme même, qui, au point étudié tout au moins, sont tous orientés dans le même sens. Ces cellules de transition se rapprochent de l'aspect fusiforme, mais le fuseau est encore très aplati, étalé par places en spatule à une extrémité. Il n'est plus réuni aux voisins que par anastomose des extrémités, ou latéralement par quelques minces ailes exoplasmiques très étroites. Leur étude apporte une note nouvelle; elle est si intéressante que nous en reproduisons ici deux spécimens.

Le premier (Pl. II, fig. 12) a 28 µ de longueur sans compter les fins prolongements terminaux, et seulement 7µ de largeur; il possède des chondriocontes dont quelques-uns plus allongés que précédemment (l'un atteint 7µ.). Dans l'expansion inférieure, bifide, on distingue à gauche deux fibrilles très grêles, f" et /'", la première en bordure du corps, à droite deux fibrilles plus épaisses et plus colorables (en gris foncé), f et f', qui se terminent à leurs deux extrémités par une partie plus renflée, d'un gris plus foncé ou même presque noire. Il semble qu'on ait là deux assez longs chondriocontes de 8 à 10 µ, en train de se métamorphoser en ébauches fibrillaires en dégénérant. Mais cette dégénérescence n'est guère accusée ici que par la teinte


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beaucoup plus pâle. Le prolongement dans lequel ils cheminent s'aplatit de plus en plus vers l'extrémité et est en voie d'homogénéisation exoplasmique. Même dans cette image, qui plaide quelque peu en faveur de la théorie de Meves, il n'y a point soudure d'une chaîne de chondriocontes. Il y aurait simplement allongement très limité de chondriocontes lors de leur transformation, et il faudrait admettre que c'est sur leurs extrémités renflées que va pousser le reste de la fibre, comme le cil sur son grain basai, ou la queue du spermatozoïde sur le spermocentre, avec cette différence que ce serait plutôt une sorte de cristallisation intra-exoplasmique qui partirait de ces points.

Dans le second exemple (Pl. II, fig. 13), où nous voyons en haut un chondrioconte épais, bien calibré (/) et vivement coloré de 11µ de longueur, nous trouvons dans l'expansion inférieure, aplatie et élargie en spatule, en f et f', un stade plus avancé où il semble que le chondriosome primitif de f' s'étendait d'abord de vu en u; la fine fibre se détache en u en englobant sur son parcours un second petit bâtonnet. Ici les extrémités terminales renflées du chondriosome sont en voie d'effritement; la dégénérescence est plus accentuée; l, f,. f' peuvent être compris comme représentant trois stades successifs de la transformation. Au contact de la tête de f, on remarque deux petites gouttelettes de graisse 1.

Montons plus superficiellement encore et arrivons en plein derme. Ici l'aspect change de nouveau, et nous n'avons plus guère sous les yeux que de très longues cellules fusiformes, de 50 à 80µ, complètement privées d'ailes ou n'ayant que de très courts ailerons atrophiques. Nous avons montré chez le Rat qu'ici il ne se produira point de lamelles. L'extrémité du fuseau peut se continuer largement avec celui de la cellule suivante; souvent aussi il se divise en un pinceau de prolongements grêles qui vont former un délicat réseau anastomotique à l'édification duquel prennent part aussi quelques minces et courts prolongements latéraux. Un assez grand nombre de cinèses témoignent d'une vive prolifération. L'allongement des

1. Notons au passage qu'on rencontre dans cette région un assez grand nombre decellules en voie de détachement pour former de gros lymphocytes de Maximow ou hémocytoblastes de Ferrata. Le chondriome y change de nature, se réduit à des mitochondries, dont quelques-unes, très grosses, semblent donner naissance aux vacuoles à grains rhagiocrines.


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chondriocontes semble suivre celui de la cellule : la plupart ont maintenant 3 à 4µ de long bien qu'on en voie encore de très courts; il n'est pas rare d'en trouver de 7 à 9µ. Vers l'extrémité du fuseau, souvent amincie, peu colorable, les chondriosomes sont peu allongés, peu abondants, ce qui ne se comprendrait guère s'ils devaient s'y transformer en fibrilles; ils font à peu près complètement défaut dans le réticulum anastomotique.

Voici trois de ces éléments. Le premier (Pl. II, fig. 14) est un peu aplati en bas, bifide en haut, possède un long noyau (18 µ sur 4) et des chondriocontes dirigés parallèlement à l'axe, dont quelques-uns très longs. L'un, dans le prolongement supérieur, montre des tendances à la dégénérescence; partout ou les prolongements pâlissent, en p par exemple, le chondriome pâlit aussi; en q une fibrille en bordure, en train, semble-t-il, de se détacher du corps, qui, assez foncé, en cache peut-être d'autres.

Sur la figure 15, une longue fibrille bien régulière, un peu plus grosse et plus colorée (gris brun), donc plus ancienne, se détache très nettement en passant au-devant du noyau, et on peut la suivre au loin sur le corps, en bas où elle rencontre quelques rares et petits restes mitochondriaux, en haut où elle passe dans la cellule voisine, et en continuité probable avec le chondrioconte n. Dans le prolongement inférieur on voit une deuxième fibre, plus mince et plus courte, sur laquelle sont alignés au moins un chondrioconte et deux mitochondries.

La plus intéressante est la cellule de la figure 16, tout à fait superficielle et sous-épidermique; l'épidémie est rencontré tangentiellement ou plutôt très obliquement à gauche et en haut (ep). A droite de l'élément un large prolongement isolé qui paraît appartenir à une cellule de la coupe suivante. Deux belles fibrilles se détachent du côté droit de l'élément principal, et sont devenues libres. C'est la première fois que nous constatons la présence de formations aussi avancées; elles sont bien calibrées, déjà assez épaisses et onduleuses, colorées en, brun. A gauche, des fibrilles plus fines sont englobées dans les trabécules du fin réseau anastomotique avec lequel elles se confondent, et où vient aboutir également l'extrémité du prolongement cellulaire supérieur. Enfin, en haut et à gauche, ce réseau, devenu très délicat, vient s'insérer à l'épiderme.


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C'est en ce point. le reste du mesoslrema. dont les frnbecnîes sont devenus exoplasmiques en masse, avec peut-être quelques très petits restes de chondriome à peine colorés, en 5. en dans les points nodauxpîus renfles ou à leur voisinage. Les fibrilles, même les grosses, se continuent dans ce réseau et s'y perdent : celui-ci devient en majeure partie fibrillaire. toujours sans l'intervention du chondriome, qui n'a jamais existe dans ses fines travées.

Embryon du huitième jour 7 jours et 1 heure\ — Le corps s'accroît rapidement en volume: les caryocinèses nombreuses indiquent une prolifération continue. En vingt-quatre heures l'évolution lamellaire du tissu conjonctif lâche s'est précipitée, a fait d'énormes progrès. L'aspect s'en est assez profondément modifie: partout les ailes membraneuses se sont étendues, rejointes, fusionnées. Les petits complexus lamellaires ne sont plus isolés, mais confluents; l'ensemble n'est plus qu'un feuilleté, un fouillis serre de petites lamelles stratifiées, généralement encore courtes un peu gondolées, souvent dédoublables. fréquemment anastomosées et intriquees d'un plan à un autre, découpées de place en place, entre deux territoires cellulaires ou entre deux plans en d'assez larges arcades, mais au demeurant déjà peu fenètrees. Le rasoir y débite, surtout dans les parties profondes, d'assez longs rubans lamellaires sans trous, imbriques les uns sur les autres dans les coupes tangentielles ou très obliques que nous étudions de préférence. La plus grande partie du cytoplasme ayant été employée à former ces expansions exoplasmiques lamellaires continues d'un élément à l'autre, les cellules proprement dites sont réduites à des endoplasmes extrêmement aplatis, accolés à la surface des lamelles, se confondant plus ou moins avec elles sur leur pourtour, par conséquent mal limités, et qui ont achevé de perdre leurs prolongements anastomotiques ramifies sous forme de traînées cytoplasmiques en relief. Autour de chaque noyau, considérablement aplati lui-même et très élargi (10 à 15 µ. beaucoup moins pourtant en certaines regions) quelquefois allonge, mais le plus souvent assez régulièrement circulaire ou à peine ovalaire. on aperçoit une bordure cytoplasmique un peu foncée. Cette bordure est le plus souvent très étroite, sauf sur un seul côté du noyau. où elle s'élargit et se renfle en un petit amas lenticulaire


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plus épais et plus foncé. L'ensemble constitue une plaque endoplasmique mince de 12 à 20 ou 25 µ. de largeur moyenne. Le cytoplasme d'aspect finement granuleux qui la constitue montre rarement un bord net, mais sur tout son pourtour devient graduellement moins foncé, moins colorable, plus homogène, et disparaît en se perdant dans la lamelle exoplasmique sous-jacente avec laquelle il se confond peu à peu. Pourtant il semble, à cet âge au moins, ne pas disparaître complètement encore, mais persister sous forme d'une pellicule superficielle excessivement mince, trouble plutôt que granuleuse, doublant la lamelle exoplasmique homogène. Nous avons signalé déjà, chez le Rat, cette duplicité probable de la lamelle primitive, mais ici nous ne l'avons ni vu se dédoubler sous l'action des réactifs fixateurs, ni mettre en liberté des réseaux de fibrilles qui s'en détacheraient. Les fibrilles restent toujours adhérentes à la lamelle et en font partie intégrante.

Les endoplasmes ont donc actuellement tendance à s'isoler les uns des autres, et cela se comprend, puisque ce sont précisément leurs expansions anastomotiques aplaties qui sont devenues la substance fondamentale amorphe de la lamelle. Pourtant en certains points, il existe encore, à ce stade, d'assez larges traînées finement granuleuses, mal limitées sur leurs bords, unissant deux endoplasmes voisins; l'un de ces bords peut s'épaissir pour former arcade limitant une fenêtre. On trouve également des amas endoplasmiques contenant soit une figure de caryocinèse (et alors ils sont un peu ramassés sur eux-mêmes, mieux limités), soit plus souvent deux ou même trois noyaux voisins tangents ou un peu imbriqués sur leurs bords, provenant de la division d'une même cellule mère.

Nous reproduisons ici deux assez larges fragments lamellaires (Pl. II, fig. 17 et 18) qui donneront une idée assez exacte de ce nouvel aspect du tissu. Le premier est limité en bas et à gauche par un trait irrégulier dû en partie à une section par le rasoir, mais en partie aussi à une résorption de la lamelle au point où deux éléments, a et b, viennent de se libérer sous l'aspect de gros lymphocytes de Maximow, ou, comme nous les appelons plus volontiers depuis longtemps, de cellules sanguines mères. Une autre se voit en haut et à droite, c, dans une sorte de grand trou. Ce processus de déta-


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chement était très intense en un point limité de la région. Trois endoplasmes nucléés, d, e, g, sont étalés sur la membrane.

Le second fragment (Pl. II, fig. 18) est partiellement limité à gauche et en bas par deux sections irrégulières dues probablement au rasoir, à droite par une large arcade, et plus bas par un trou ovalaire. A sa surface trois endoplasmes également, et entre eux un large espace qui en est dépourvu, et duquel s'est probablement détachée une cellule, abandonnant en g quelques fragments de son cytoplasme, à moins que ce ne soit un reste, non encore disparu, de prolongements digités des cellules environnantes.

Examinons maintenant le chondriome. Nous voyons que c'est lui qui achève de nous permettre de tracer les limites un peu conventionnelles de chaque endoplasme. Il abonde en effet dans le renflement cytoplasmique juxtanucléaire, où ses éléments affectent une disposition plus ou moins rayonnante. Il se desserre et s'éparpille peu à peu au delà dans les expansions minces finement granuleuses de ce cytoplasme, et nous révèle parfois l'existence de ces expansions en des points (Pl. II, fig. 17, en haut et presque sur tout le côté droit), où elles sont si minces et si peu colorées qu'elles avaient d'abord passé inaperçues. Au delà on ne retrouve que quelques restes de chondriome pâlis, souvent en voie d'effritement, En un mot il devient très rare dans l'endoplasme aminci; il disparaît là où ne persiste plus que la pellicule d'union, trop mince pour l'héberger, et probablement en train d'achever de subir la transformation exoplasmique. Les mitochondries sont devenues rares; il y a encore beaucoup de chondriocontes courts et moyens; il y en a peu de longs atteignant 7 à 8 µ; pourtant nous en avons trouvé ailleurs quelquesuns de 10 et 12 µ. Fait plus caractéristique et pour la première fois aussi net, les chondriocontes moyens et grands sont souvent ici reployés, contournés en S ou en Y irréguliers, parfois serpentins, vermiculés; les extrémités sont souvent en crosse ou même fermées en anneau; on trouve aussi de ces anneaux sur leur parcours, et quelques-uns libres. Enfin quelques bâtonnets se bifurquent ou même se ramifient de façon un peu plus complexe. Parfois deux chondriocontes assez isolés du reste, de même taille, de même forme, restent côte à côte, parallèles, et semblent résulter de la fissuration longitudinale d'un seul.


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Ajoutons qu'assez souvent, au centre de l'amas juxtanucléaire, on aperçoit un centriole vivement coloré en noir par l'hématoxyline au fer, entouré d'un petit cercle clair (centrosome probablement) et au delà d'une sphère foncée (centrothèque) où l'on trouve les mitocliondries et les bâtonnets les plus courts, et d'où divergent à la périphérie en rayonnant tout autour les moyens et les grands. Ils sont en général d'autant plus grands qu'ils sont plus éloignés, qu'ils ont plus eu le temps de s'accroître, comme nous l'avons déjà dit pour ceux de la cellule pancréatique 1. Les figures 19, 20 et 21 (Pl. III) représentent ces dispositions. La dernière montre un fragment de ruban lamellaire découpé par le rasoir avec deux endoplasmes voisins réunis par une très mince expansion; le supérieur ■contient le noyau-, sectionné à ses deux extrémités, l'inférieur quelques vacuoles claires, comme la cellule inférieure de la figure 18. Quant aux fibrilles (imprégnables partiellement maintenant par les méthodes de Bielchowslry ou de Rio Hortega, qui montrent les mêmes images que l'hématoxyline au fer), elles ont beaucoup augmenté de nombre, la plupart très fines encore, plus ou moins réticulées, plus ou moins tendues, quelques-unes plus grosses, onduleuses, libérées des endoplasmes mais non de la membrane exoplasmique dans laquelle elles restent incluses. Celles que nous avons vues complètement libres sur l'embryon précédent appartenaient au derme, où ne se forment pas de lamelles. Les figures 17 et 18 montrent des réseaux de fines fibrilles, courtes, ayant les mêmes caractères que précédemment, difficiles à voir après différenciation complète, mais très nettes avant. Le réseau de la figure 17 est particulièrement caractéristique. Il siège entre les deux principaux endoplasmes, le plus loin possible d'entre eux, semble-t-il, et presque sans rapports avec eux sauf à son bord supérieur. Il affecte en son milieu une régularité si grande, avec une dizaine de petites lignes parallèles, qu'il semble indiquer une tendance de l'exoplasme à une sorte de cristallisation ou de coagulation cristalline spontanée en ■certaines directions, et en dehors de l'influence immédiate des cellules et de leur chondriome. Ce dernier est sans aucun rapport

1. Parfois, à la limite de la sphère foncée, on trouve, outre les mitocliondries, de très fins chondriomites en voie d'égrène ment. Il semble bien qu'il y ait dans cette région multiplication des chondriosomes, et peut-être formation ex novo au sein du cytoplasme.


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avec lui, et fait complètement défaut dans la région centrale. Nous n'en retrouvons des traces, en partie pâlies et en voie de désintégration, que vers la périphérie, sur le trajet surtout de quelques fibrilles un peu plus marquées qui se détachent de sa partie inférieure, f, f'. Ne serait-ce pas l'indice que c'est un peu par hasard que les fibrilles nées du réseau se sont étendues de ce côté, et ont profité de cette rencontre de matériaux sur leur passage pour s'épaissir et croître plus rapidement ? Ce réseau ne rappelle en rien la disposition des chondriocontes, qui ne sont jamais si abondants dans les minces ailes exoplasmiques loin de tout noyau, qui ne s'entre-croisent jamais sous cet aspect géométrique, avec cette orientation à angle droit presque régulière.

Les restes chondriocontiques ne semblent guère jouer un plus grand rôle dans la plaque représentée sur la figure 18, et s'ils sont un peu plus importants, c'est au niveau de petits amas cytoplasmiques isolés, restes probable de prolongements cellulaires en relief en voie de disparition.

Dans tous les cas, en aucun des points longuement étudiés par nous, nous n'avons trouvé la preuve d'un rôle capital et direct du chondriome dans la première édification des fibrilles en plein développement actuellement. Nous n'avons même plus retrouvé ici, dans le sous-cutané, d'images aussi nettes que celles signalées antérieurement dans la zone de transition sous-dermique. Nulle part de très longs chondriocontes se transformant sur place en fibrilles; et quant aux chaînes de bâtonnets elles sont très rares, assez courtes, ne contiennent généralement que deux ou trois courts articles plus ou moins bien alignés, alors qu'elles devraient abonder à ce stade, Faut-il en voir une, figure 18, en x? Nous ne le croyons pas; il y a là simplement une traînée cytoplasmique irrégulière gris foncé contenant quelques restes chondriosomiques en voie de disparition, qui se confondent avec elle et qu'il est difficile d'en distinguer.

Dans la première partie de son travail (transformations initiales du mésenchyme) où il ne s'occupe pas encore du développement des fibres, Meves (3) a bien vu et figuré des « feuillets » lamellaires analogues à ceux que nous venons de décrire ici, en coupe transversale par exemple (sa Pl. I, fig. 3) sur la cuisse d'un embryon de huit jours, et à plat (fig. 6 à 8), au même point, chez l'embryon de


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dix jours. Ces dernières figures sont très analogues à celles que nous donnons ici, et montraient déjà la même disposition radiée autour du centriole de chondriocontes souvent plus longs parce qu'ils appartenaient à des embryons plus âgés. Mais, peu favorable à la conception de l'exoplasme, Meves voit ces feuillets uniquement constitués par la réunion des corps clairs de minces cellules discoïdes plus ou moins fusionnées entre elles, et dont on ne peut reconnaître les limites 1. Sur ces lamelles, vues à plat, il ne figure que quelques rares traits gris, dont un seul plus net et en continuité avec un chondrioconte (à droite) et quelques vagues traînées granuleuses. Il n'a donc en somme pas vu les fibrilles, déjà si abondantes à cet âge, et le peu qu'il a représenté n'est aucunement contraire à nos, descriptions. Il ajoute que. les fibrilles conjonctives se développent non dans les lamelles, mais à leur surface, aux dépens des chondriocontes émigrés. Il nous paraît difficile de croire ceux-ci épicellulaires à ce point qu'ils puissent sortir de la cellule pour venir reposer à sa surface et subir seulement alors leur transformation.

Embryon du début du neuvième jour (8 jours exactement). — Les lamelles (étudiées ici dans la cuisse et dans la jambe), sont plus larges, plus longues, mais encore fenêtrées, et mieux séparées, dans la profondeur du sous-cutané tout au moins, et dans le tissu intermusculaire où elles sont plus délicates et souvent incomplètes. Les endoplasmes recommencent à augmenter leur cytoplasme, et à s'allonger en traînées un peu plus épaisses, mieux limitées, semées de chondriocontes plus longs en moyenne que précédemment (5 à 8 µ). Les fibrilles abondent; nous pouvons en certains points les colorer par la picrofuchsine de Hansen en différenciant peu à l'alun de fer, sans trop faire pâlir le chondriome. Elles n'ont pas davantage de rapports avec celui-ci. Çà et là pourtant nous trouvons des continuités apparentes entre les deux et des images semblables à celles signalées précédemment dans la région de transition. En somme rien de bien nouveau.

Embryon du douzième jour (11 jours et 7 heures). — Si nous passons de suite à un embryon plus âgé, du douzième jour, nous trouvons

1. Aux stades ultérieurs où ces limites redeviennent plus nettes les lamelles devraient donc se dissocier.


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partout les lamelles de plus en plus nettes, et généralement continues bien qu'il y en ait encore beaucoup de courtes et serrées en certaines régions, et que trous et arcades soient loin d'avoir complètement disparus. Mais la disposition nouvelle, seulement indiquée sur l'embryon précédent, et qui attire de suite l'attention, c'est, comme nous l'avons signalé chez le Rat, la rénovation des endoplasmes. Maintenant que la production d'exoplasme à ses dépens est à peu près achevée, le cytoplasme est devenu capable de se réaccroître, de grossir, d'envoyer des prolongements anastomotiques de nouvelle formation, de reconstituer en un mot un réseau cellulaire appliqué à la surface des lamelles de substance amorphe qu'il a formées. Chaque endoplasme tend à se limiter de mieux en mieux de cette substance, tout en restant étalé à sa surface, et constitue ainsi à lui seul la cellule fixe rénovée, le fibroblaste définitif, toujours capable de se livrer pourtant à de nouvelles différenciations exoplasmiques et fibrillaires, s'il est nécessaire.

Les endoplasmes si mal limités du stade qui nous a fourni les dernières figures, ont en effet acquis un aspect nouveau, et tout en restant aplatis, sont devenus des cellules fusiformes ou plus souvent étoilées à longs rayons anastomotiques, parfois encore assez larges et aplatis, mais souvent réduits à d'étroits rubans plus épais, ramifiés, terminés par places par des rameaux filiformes de nouvelle formation. Beaucoup de noyaux sont moins clairs, moins aplatis que précédemment. A un cytoplasme plus abondant correspond un chondriome plus abondant aussi, et où de nouveau on trouve toutes les tailles, depuis les plus petites mitochondries, jusqu'aux plus longs filaments. Les plus longs sont dans les prolongements, ou quelquesuns, assez rares d'ailleurs, atteignent 20 et 22 µ. Cela n'a rien de bien surprenant, puisque nous avons déjà fait remarquer qu'ils s'accroissent à mesure qu'ils vieillissent et s'éloignent du centriole. Ici, en outre, ils doivent subir un allongement passif du fait de l'étirement que leur fon- subir les prolongements de nouvelle formation en s'étendant eux-mêmes. Ils sont souvent en un certain rapport avec l'étendue de ces prolongements, mais cela n'indique aucunement la tendance à se transformer en fibrilles. Comme l'a montré ailleurs Meves lui-même (1910), on peut trouver des bâtonnets assez allongés dans les pseudopodes des leucocytes, si longs soient-


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ils, tant qu'ils conservent une certaine largeur : l'allongement n'est donc pas. l'indice d'une transformation fibrillaire prochaine.

Les fibrilles sont très nombreuses, onduleuses, mais forment maintenant un lacis serré dans l'épaisseur des lamelles, et, par places, viennent toujours se perdre en un réseau fondamental très serré, à mailles polygonales régulières ou un peu allongées. Nous en donnons un exemple figure 22 (Pl. III). Enfin nous reproduisons, figure 23 et 24, une portion de lamelle soutenant six cellules plus ou moins largement anastomosées. La première image a été prise avant différenciation, et montre le feutrage fibrillaire avec éléments de toute taille, formant encore réseau au centre. La seconde est dessinée après différenciation. Les fibrilles, ici, ont presque complètement disparu, et les cytoplasmes éclaircis laissent bien voir le chondriome. Aucune relation nette n'apparaît entre les fibrilles et lui. Il est totalement absent au point où celles-ci sont le plus jeunes, c'est-à-dire au point où se détachait le réseau central dans là première figure. Il est généralement absent dans les lamelles en dehors du corps des nouvelles cellules. On voit en a seulement un chondrioconte à extrémité en crosse, qui paraît isolé, mais qui est en réalité à l'extrémité d'un fin prolongement, et ne montre aucun signe de transformation, et en c un bâtonnet accolé à une fibrille.

Pourtant nous devons noter qu'ici, comme les jours précédents, nous retrouvons çà et là quelques images qui peuvent être interprétées comme un indice de cette métamorphose. Ce sont généralement, dans des prolongements cellulaires souvent étroits, quelquesuns des longs chondriocontes, renflés à une extrémité, continués à l'autre par une mince fibrille qui semble les prolonger. Ou encore, voici (Pl. III, fig. 25, c) un chondrioconte de 22 µ, un des plus longs par conséquent, qui est en train de pâlir, mais irrégulièrement, par places, entre lesquelles persiste une chaînette de petits renflements, punctiformes ou allongés, légèrement variqueux, restés noirs. Ce dernier siège dans un prolongement très aplati, qui semble pâlir lui-même, se perdre à l'extrémité, et subir de nouveau la transformation exoplasmique; ce serait par conséquent un chondrioconte épicellulaire, en train de passer dans l'exoplasme et de disparaître Les chaînes de chondriocontes sont toujours très rares, réduites

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII. Fasc. 1, janvier 1926 11


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à 2 ou 4 courts chaînons, qui peuvent être parfois sur le parcours d'une fibrille. Ici encore on ne peut rejeter complètement l'idée des transformations; mais ces images sont si rares en regard" du fourmillement actuel des fibrilles en voie de développement, qu'elles ne peuvent être l'indice d'une participation bien active du chondriome à leur édification. D'ailleurs les fibrilles sont si intriquées maintenant, si longues, qu'on ne peut dire d'où vient chacune d'elles, dont la première ébauche est peut-être très lointaine, et s'allonge sans cesse par les extrémités, en dehors de toute relation avec les cellules et par conséquent avec leur chondriome. Les éléments deviennent trop nombreux, les rapports trop complexes : ce n'est évidemment plus l'époque de choix pour étudier la poussée des fibrilles, dont la plupart sont déjà formées, et n'ont plus qu'à grossir.

Résumé et discussion. — Les faits que nous venons d'exposer sont quelque peu contradictoires, en apparence tout au moins. Ayant, bien à tort, commencé l'étude par les embryons assez âgés sur lesquels travaillait Meves, nous avons perdu beaucoup de temps avant de trouver une base solide nous permettant de discuter ces faite, d'assigner à chacun sa juste valeur, et d'arriver à une conviction malgré la difficulté du sujet. Nous n'y sommes parvenu que par l'étude du mésenchyme en voie de transformation chez les embryons les plus jeunes, et par celle de la cornée.

Nous pouvons d'abord poser en principe qu'il y a ici deux problèmes distincts, celui de la toute première apparition de la fibrille conjonctive sous la forme précollagène, et celui de son accroissement en longueur.

Or, le problème de l' accroissement nous semble à peu près résolu depuis longtemps déjà, et ce travail ne fait qu'apporter des confirmations : la fibrille croît indéfiniment par ses extrémités aux dépens de la substance fondamentale amorphe dans laquelle elle vient se perdre, et le chondriome ne semble jouer aucun rôle important dans cette croissance, qui peut se poursuivre loin de toute cellule. Depuis longtemps plusieurs auteurs, particulièrement Renaut et son élève Lémoine1 ont insisté sur ce fait que l'extrémité des fines

1. Anatomie générale du cordon ombilical, Thèse Méd., Lyon, 1884


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fibres conjonctives pénètre dans les membranes vitrées sous-épithéliales et s'y perd. Et tout le monde connaît le travail capital de von Ebner (1897) sur la gaine de la notocorde des Poissons, dont nous avons longuement parlé ailleurs (4). Lorsque cet auteur conclut que la fibrille peut naître loin de toute cellule, il est encore assez facile de discuter; mais on est à peu près forcé d'admettre avec lui, tout au moins, que la fibrille, une fois formée, peut croître en longueur et en épaisseur loin de toute cellule, et nous pouvons ajouter par conséquent loin de tout chondriome. Merkel (25), d'après ses recherches et d'après celles de Grönroos, insiste sur ce point qu'achevées les fibrilles n'ont plus rien à faire avec la cellule, et pourtant croissent encore en épaisseur et en longueur à la façon d'un cristal. De notre côté nous croyons avoir déjà, sur la, rate des Sélaciens (4), montré que, dans la vitrée amorphe qui constitue la première ébauche de la capsule, les fines fibrilles viennent se perdre soit dans la substance amorphe même, soit en se continuant dans les trabécules d'un réseau fondamental très; fin différencié d'abord en cette substance. Elles s'accroissent dans ce dernier cas aux dépens des travées, qui se libèrent peu à peu du réseau. Nous avons constaté le même fait dans les lamelles du Rat, en voie de développement (1). Or, dans la substance amorphe personne n'a jamais signalé de chondriome. D'autre part, nous avons montré que, dans le parenchyme même de la rate, les trabécules du tissu réticulé sont des prolongements cytoplasmiques ayant subi de bonne heure une transformation exoplasmique particulière qui les a rendus homogènes et résistants; parfois c'est la cellule tout entière qui subit cette métamorphose. Bien que nous n'ayons pas suivi alors le sort du chondriome, on sait maintenant qu'au niveau des plus fins réseaux cytoplasmiques, mésostromaux ou autres, il n'existe déjà plus, sinon en quelques points nodaux ou varicosités, dans les trabécules devenues trop grêles, et qu'il y disparaît complètement lors de la transformation exoplasmique. Or les vraies fibrilles réticulées apparaissent généralement, ne se prolongent en tous cas dans ces trabécules qu'après la complète transformation de ces dernières, accusée par la teinte orangée ou rosée que leur donné,la picrofuchsine de Hansen, si élective: Ici encore elles s'accroissent donc,par l'extrémité, indépendamment du chondriome.


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Enfin, dans notre mémoire actuel, nous avons montré, dans les couches superficielles du derme, le même accroissement des fibrilles dans les trabécules du mésostroma pour atteindre la membrane vitrée et l'épiderme, en l'absence du chondriome. Nous avons vu souvent les premières fibrilles se perdre dans l'exoplasme par leur extrémité. Il nous semble donc que l'accroissement en longueur de la fibrille en l'absence de tout chondriome ne peut plus guère être mise en doute.

Si nous abordons maintenant le second problème, celui de l'origine première de l'ébauche fibrillaire, il semble d'abord peu vraisemblable qu'on puisse admettre deux modes de formation, l'un pour l'édification de cette ébauche, l'autre pour son accroissement. Pourtant rien n'exclut absolument l'hypothèse d'une ébauche première plus ou moins courte dérivée du chondriome, donnant la direction de la fibrille, et susceptible de s'accroître ensuite par intussuception en longueur comme en épaisseur.

Pour discuter cette hypothèse, nous devons nous appuyer sur une constatation capitale. Comme nous l'avons exposé dans une note préliminaire (22), et comme nous l'exposerons plus en détail dans un second mémoire, les fibrilles parallèles de la cornée apparaissent d'emblée très longues dans de fines lamelles exoplasmiques, d'abord amorphes, issues de l'épithélium ectodermique mais déjà séparées de cet épithélium, et sans aucun rapport avec les cellules mésenchymateuses, qui n'ont pas encore pénétré dans cette cornée. Nous croyons donc pouvoir établir ce point de départ : l' intervention directe du chondriome n'est pas indispensable pour l'édification des fibrilles précollagènes; la fibrille ne dérive pas fatalement d'un chondrioconte allongé ou d'une file de chondriocontes soudés. Et l'étude du tissu conjonctif lâche vient confirmer, en nous montrant que, même tout au début, au niveau des expansions cellulaires aliformes, isolées ou réunies en complexus lamellaires, dans les réseaux d'origine première trace des fibrilles, le chondriome, absent ou presque absent, est incapable de jouer un rôle essentiel.

Pourtant nous avons montré plus haut des exemples où le chondriome, quoique non indispensable à l'édification de la fibrille, semble y participer de façon assez évidente. Comment cela peut-il se faire? C'est, croyons-nous, que ce chondriome, contrairement à ce


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qui se passe ailleurs dans sa transformation en myofibrille, n'agit pas activement, mais est employé passivement. Comme l'a bien vu Meves, et comme nous l'avons vérifié, beaucoup d'éléments du chondriome émigrent à ce moment dans les couches superficielles du cytoplasme; mais, par l'épithète épicellulaire qu'il leur attribue alors, il ne faut pas comprendre, comme il semble le dire en un point (3, p. 193), qu'ils sortent des cellules. Lamelles et cellules, c'est tout un pour lui; et n'admettant pas la notion d'exoplasme, l'auteur allemand ne peut comprendre que, les couches superficielles dans lesquelles reposent les chondriocontes subissant la différenciation exoplasmique, ces chondriocontes s'y trouvent englobés, et ne rencontrant plus dans la substance amorphe ainsi formée, mince, plus solide et douée d'une moindre vitalité, peu à peu séparée de la cellule, leurs conditions de vie et de nutrition ordinaire, n'ont plus qu'une chose à faire : dégénérer et disparaître. Et de fait, en tous les points où le chondriome nous a paru participer à l'élaboration de la fibrille, ce ne sont plus en général que des restes, des ombres pâlies de chondriosomes, souvent gonflés, souvent granuleux, ou égrenés et en voie de dislocation, que nous avons aperçus. Ils étaient logés particulièrement dans des traînées (prolongements) cytoplasmiques restées en relief à la surface de la lamelle exoplasmique, et en voie de disparition elles-mêmes. Les substances constituantes du chondriosome en voie de destruction nous paraissent donc employées passivement au même titre que les autres restes cytoplasmiques : leur présence semble favoriser le développement des fibrilles, qui y puisent une surabondance des matériaux utiles mais non indispensables pour leur édification. Cela nous explique que les images de transformation se trouvent de préférence là où les besoins fonctionnels exigent un développement plus rapide des fibres, dans le derme ou à son voisinage, et dans les aponévroses aussi, comme nous avons eu l'occasion de le constater. Dans le tendon il doit en être de même, mais c'est plus difficile à vérifier. Au contraire c'est dans le tissu conjonctif lâche qu'on voit les fibrilles s'édifier lentement, souvent aux dépens de réseaux à la naissance desquels le chondriome n'a point pris part, ou n'a pris qu'une part occasionnelle là où le hasard avait amené tel de ses éléments. En s'étendant, la fibrille peut également rencontrer d'autres vestiges chondriosomiques


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à utiliser, qui l'aident à croître plus rapidement en longueur, sans qu'il y ait pour cela des chaînes plus ou moins continues. Enfin on peut encore se demander si, tout en utilisant les substances mitochondriales, la fibrille ne se développe pas dans la lamelle, au contact immédiat du chondrioconte, au-dessous de lui plutôt qu'en sa substance même.

La tendance des chondriocontes à devenir épicellulaires là surtout où se développent d'abondantes fibrilles, s'explique facilement par cet apport supplémentaire de matières favorisantes. Et même au cas où les vestiges chondriosomiques ne seraient pas employés en nature, il serait tout indiqué que. ces éclectosomes (Regaud), capables de capter et d'accumuler les substances albuminoïdes, lipoïdes, etc., capables aussi sans doute d'en élaborer d'autres, s'approchent de la surface pour venir collaborer indirectement par là à l'édification de l'exoplasme et de ses fibrilles.

Dans quelle mesure notre interprétation peut-elle s'accorder avec les faits décrits par les auteurs qui se sont occupés du même sujet? C'est ce qui nous reste à examiner.

Dans l'excellent travail de Meves (3) il existe pourtant, comme nous l'avons déjà signalé, une importante lacune. Il conclut à la soudure des chondriocontes bout à bout et à leur transformation en fibrilles, mais il doit avouer qu'il n'a pu vérifier l'existence de ces deux phénomènes. C'est laisser le champ libre à notre interprétation. Nous allons même plus loin que lui, en ce sens que nous avons pu suivre parfois une transformation, mais sans être en droit de lui attribuer la même valeur, ni la croire indispensable. Sur la plupart des autres points, sauf en ce qui concerne l'exoplasme, nous ne faisons que confirmer ses descriptions.

Romeis (8) avoue en terminant qu'il conserve des doutes. Il étudie les cellules serrées des tissus en voie de régénération, où il est bien difficile d'avoir des images claires. Il ne nous montre guère qu'une seule vraie chaîne de chondriocontes, dont nous ne voyons pas les éléments reliés par un filament. C'est presque fatalement qu'ils sont à la file, étant contenus dans un prolongement cellulaire assez grêle. Nous avons signalé de ces alignements, fatals dans l'espace restreint qu'offrent au chondriome les prolongements minces, et en l'absence de toute différenciation fibrillaire.


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Les preuves données par Frederikse (9) seraient meilleures s'il ne s'appuyait sur des différences de coloration à peine marquées et bien fugaces. En insistant un peu sur le temps d'action de tel ou tel colorant on obtient un peu ce que l'on veut; nous avons dû nousmême renoncer à ces procédés qui ne nous donnaient rien d'absolument concluant. D'ailleurs l'auteur n'a pas fait d'autres constatations que les nôtres; il a vu comme nous que des fibrilles semblent continuer certains chondriocontes ; cela n'autorise pas à affirmer que toute fibrille provient d'un chondrioconte.

Sur les recherches de Trojan (16) nous avons déjà fait les réserves nécessaires ; il est très douteux qu'il s'agisse ici de chondriome.

Ce sont probablement des aspects semblables à nos images de la zone de transition que Maximow (13) et son élève Chlopin (14) ont eu sous les yeux dans les fibrilles se teignant comme les chondriosomes, qu'ils ont rencontrées dans leurs cultures. Mais ils ne font que les signaler au passage et n'insistent pas davantage sur leur interprétation, Maximow.y voit, plutôt que des fibrilles conjonctives, des tonofibrilles dérivant peut-être des chondriosomes. Il n'y a pas lieu d'y insister plus que ne l'ont fait ces auteurs eux-mêmes 1.

Au contraire, le mémoire de Margaret Lewis (12) doit retenir particulièrement notre attention. D'abord elle décrit et reproduit des aspects très ressemblants à ceux que nous avons dessinés nousmême (à une époque où nous ne connaissions pas son travail), en ce qui concerne la forme et la disposition du chondriome, des vacuoles, des fibrilles et des cellules. Elle a représenté notamment (Pl. II, fig. 1) une cellule à très larges expansions aliformes trouées; comme nous elle considère ces expansions comme exoplasmiques, et elle y fait naître un petit nombre de très fines fibrilles anastomotiques, tandis qu'au centre est ramassé un endoplasme aplati, mal limité, parsemé de chondriosomes. Quant aux rapports de ceux-ci avec les fibrilles, bien qu'elle conclue que les premiers ne prennent point part à la formation des secondes, on peut trouver, dans ses descriptions et dans ses figures, des arguments pour et contre cette

1. Maximow y est revenu encorerécemment (26) sans pouvoir décider s'il s'agit de fibrilles collagènes. Il les voit surtout dans une substance intercellulaire atypique homogène formant une sorte de membrane basale hypertrophiée sous l'épithélium d'un fragment de membre. Serait-ce de l'exoplasme?


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conclusion un peu trop rigoureuse. En faveur de la dérivation telle que l'entend Meves, on pourrait signaler dans la figure 3 (Pl. II) d'assez nombreuses chaînettes constituées par 2 à 8 articles; mais, en faveur de la dérivation limitée telle que nous l'entendons, on constate que ces articles sont souvent mal colorés et en voie de désintégration. Dans d'autres chaînettes, ce sont des chondriocontes parfois terminés en crosse ou en anneau, médiocrement alignés, qui sont loin d'être toujours sur le parcours d'une fibrille colorée en rouge, et qui peuvent (c'est également l'explication de l'auteur) être simplement obligés de prendre cette position parce qu'ils sont contenus dans un prolongement cytoplasmique étroit. En outre, dans la figure 1, correspondant au début de la fibrillation, on ne voit dans l'exoplasme de la cellule centrale, sur le parcours des fibrilles, que quelques rares et courts chondriocontes. Mais pour ceux-là même, fait capital, dans ce cas comme dans le cas des chaînettes à chondriome net, l'auteur américain ne nous met-il pas en garde contre des apparences trompeuses, puisqu'il a constaté que, sur la culture vivante, tel chondriosome qui semblait faire partie intégrante d'une fibrille y était simplement accolé, et s'en détachait soudain complètement, pour reprendre sa liberté, ses mouvements, son activité caractéristique. Sans aller aussi loin que Margaret Lewis dans ses conclusions négatives, nous sommes donc, par elle confirmé dans cette idée que tout au moins le chondriome ne peut avoir un rôle essentiel dans l'édification du réseau fibrillaire précollagène, et que, là même où les dessins peuvent être interprétés dans le sens de la dérivation, il s'agit plutôt de l'utilisation de restes chondriosomiques dégénérés, que de la participation active d'un chondriome bien vivace et non lésé.

Dans les mémoires examinés jusqu'ici, rien ne vient formellement contredire notre interprétation ; beaucoup de faits sont en sa faveur et peu en faveur de celle de Meves. Arrivons maintenant à la seconde catégorie d'auteurs. Comme ils n'ont pas employé, ou n'ont employé que très accessoirement, et probablement dans de mauvaises conditions, les méthodes indispensables pour la bonne fixation du chondriome, leurs constatations auront moins d'importance; elles sont pourtant loin d'être négligeables.

Voici en premier lieu le travail de Golowinski (18), considéré


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un moment par Meves comme étant en faveur de la dérivation chondriosomique des fibrilles. Ses grains épicellulaires sont-ils des chondriosomes? Mais dans ce cas ce ne seraient que des mitochondries punctiformes, donnant de toutes autres images que celles de Meves, lequel a bien vite abandonné sa première opinion à leur égard. De plus, l'auteur n'a fait de fixations que par les liquides de Zenker et de Müller : il n'a donc pu fixer ni voir, il ne figure ni ne décrit le chondriome dans l'intérieur de la cellule. Que sont donc ces rangées de grains qui précéderaient les fibrilles? Nous avons souvent obtenu, par la méthode de Bielchowsky, les fibrilles précollagènes sous forme de traînées granuleuses, et tout nous a confirmé dans cette idée qu'il s'agissait là d'une imprégnation incomplète. Mais peut-être est-elle incomplète parce que l'apparition du collagène n'a pas lieu de façon égale et continue tout le long de la fibre. Peutêtre, en d'autres termes, l'apparence granuleuse correspond-elle à un état physico-chimique spécial que révéleraient aussi les fixations à base de bichromate ou de sublimé; peut-être aussi est-ce un simple artefact? D'ailleurs les figures de Golowinski sont un peu schématisées, comme son maître Merkel lui-même (25) semble le dire. Ce dernier décrit et figure sur le même objet (cordon) (fig. 26) des fibrilles primitives bien moins régulières, parfois ramifiées et même anastomosées, qui ressemblent beaucoup plus aux nôtres.

Nous ne pouvons croire davantage aux rangées mitochondriales épicellulaires de von Korff (20), qui fit ses fixations en divers liquides, et notamment au sublimé ou au mélange de Flemming à acide acétique réduit, et trouva partout rangées de grains et fibrilles, bien qu'il ait repris, sans trop y insister, sa théorie dans son travail ultérieur de 1914 sur le cartilage. Les fibrilles apparaîtraient en violet foncé par le violet cristal de Benda; mais alors ce sont non des fibrilles, mais de longs chondriocontes. Il faut tenir compte de ce fait que von Korff écrivait en 1909, immédiatement après le premier mémoire de Meves, et à une époque ou l'on commençait à attribuer aux chondriosomes un rôle de premier plan. N'était-on pas porté à se laisser aller à prendre un peu vite ses désirs pour des réalités, à l'inspection d'images encore douteuses?

D'Antona (21) nous arrêtera plus longuement. Lui aussi voit des traînées granuleuses précédant les fibrilles, d'abord dans ses lamelles


170 E. LA GUESSE. — LA PREMIÈRE ÉBAUCHE DES FIBRILLES

de formation métaplasmique, où il se refuse absolument à leur attribuer une origine mitochondriale, puis dans l'exoplasme des cellules de Langhans, où il reste dans le doute, ajoutant toutefois qu'il ne peut admettre « que les mitochondries représentent le seul matériel de formation des fibrilles ». C'est dire comme nous, en d'autres termes, qu'elles n'y sont point indispensables. D'ailleurs ses traînées granuleuses des cellules de Langhans sont pour la plupart bien différentes de celles de Golowinski et de von Korff au moment de leur transformation en fibrilles. Ses figures 3 et 4 par exemple nous montrent la pellicule exoplasmique, sectionnée tangentiellement comme une sorte d'écorce plus ou moins détachée de l'endoplasme sous-jacent. Et dans cette écorce nous apercevons des sortes de fibrilles, portant des granules ou des varicosités irrégulières plus colorées, qui ressemblent étrangement à nos restes chondriosomiques. Aucun chondriome normal pourtant n'est figuré dans l'endoplasme finement granuleux, et l'auteur n'en parle point. Évidemment ce chondriome n'a pas été fixé, ce qui ne saurait nous surprendre, puisque le fragment avait simplement passé par le sublimé 1. Donc il ne peut être question ici, dans les varicosités de l'exoplasme, de chondriosomes normaux actifs, mais peut-être de restes en voie de dégénérescence de transformation, qui ont perdu leur labilité et leur électivité caractéristiques. Il semble bien que nous puissions encore ajouter ces observations à l'appui de nos conclusions.

Un doute reste pourtant, qu'a exprimé en note (p. 518) l'auteur lui-même; c'est qu'il pourrait s'agir ici de tout autre chose que de fibrilles conjonctives, peut-être de fibrilles musculaires lisses ordinaires, ou plutôt des Grenzfibrillen d'Heidenhaim. Plusieurs auteurs, et en premier lieu Renaut et Vialleton ne considèrent-ils pas la striation particulière de certaines cellules de Langhans de l'endartère comme indice d'une forme de transition entre la cellule conjonctive et la fibre musculaire lisse? Et nous ajouterons que cette explication pourrait peut-être s'étendre à certaines fibrilles de

1. D'Antona dit avoir essayé aussi le mélange osmié de Meves. mais sans aucun résultat certain, et sans trouver d'autres images que celles vues à l'aide du liquide de Zenker ou du sublimé. Il est probable que le tissu dense de l'aorte n'a pas été pénétré par le fixateur; et d'ailleurs ce tissu provenant d'autopsie, le chondriome devait être altéré et même disparu depuis longtemps.


CONJONCTIVES PROVIENT-ELLE DU CHONDRIOME? 171

Golowinski et de Merkel, à certaines fibrilles marginales colorables comme le chondriome mais moins labiles signalées par Margaret Lewis (p. 56) et que nous avons aperçues nous-même en certains points. Mais certainement pareille explication ne peut s'étendre dans le tissu conjonctif ordinaire, à toutes les fibrilles que nous avons étudiées et vues en relation avec des restes chondriosomiques,- ni surtout aux réseaux primitifs.

Conclusions. -— Les fibrilles précollagènes prennent naissance dans l'épaisseur de l'exoplasme, qu'il soit encore sous forme d'amas irrégulier, de coque complète, de plaque (sole), ou de simples traînées à la surface de la cellule, de prolongements aliformes ayant subi la différenciation complète, encore individualisés ou fusionnés en une lamelle de substance fondamentale amorphe. Une fois constituées, ces fibrilles peuvent continuer à croître indéfiniment en longueur et en épaisseur aux dépens de cette seule substance fondamentale ou d'autres exoplasmes et sans l'intervention du chondriome.

Le chondriome n'est pas davantage indispensable à la formation de l'ébauche première de la fibrille ou de la trabécule d'un réseau fondamental d'où elle se dégagera plus tard.

Pourtant les chondriosomes superficiels se trouvant englobés dans la différenciation exoplasmique et y dégénérant, leurs restes peuvent par places être utilisés passivement comme amas particulièrement riches en protéines et en lipoïdes, et au même titre que les restes de prolongements cytoplasmiques, pour fournir la matière première de cette ébauche, ou plutôt pour la nourrir, et lui céder les substances électivement accumulées élaborées par eux. Ce mode particulier favorisant le développement de la fibrille, se trouve surtout partout où ce développement doit être particulièrement rapide, c'est-à-dire dans les variétés denses plutôt que dans le tissu conjonctif lâche, à son origine tout au moins.

Lille, 3 janvier 1925.

Appendice. — La rédaction de ce mémoire était terminée quand nous avons eu connaissance des travaux de Herzog (de Berlin), de Schmidt (de Berne), etc., sur la constitution cristalline d'un


172 E. LAGUESSE. — LA PREMIÈRE ÉBAUCHE DES FIBRILLES

grand nombre de colloïdes organiques, et particulièrement des fibrilles. Il semble démontré actuellement que les micelles sont bien des cristaux ultramicroscopiques, comme l'avait dès le début soutenu Nägeli. M. Heringa, d'Utrecht, qui a eu l'obligeance de nous faire connaître ces travaux, partage la manière de voir de ces auteurs, conforme aux résultats de ses propres recherches. Nous avions dès notre note préliminaire (23, voir aussi 22) été frappé par l'allure cristalline que présentait le développement des fibrilles primitives de la cornée, et, dans le tissu conjonctif lâche l'apparition des réseaux primitifs. Nous y avons de nouveau insisté ici. L'opinion des auteurs que nous venons de citer vient donc tout à fait à l'appui de nos constatations. Schmidt (27) la condense en cette phrase typique : « L'apparition des structures histologiques (particulièrement des fibrilles) est un processus parent de la cristallisation; c'est une cristallisation micellaire ». Nous pouvons donc supposer que les micelles cristallines allongées, constituantes de l'exoplasme, sont d'abord un peu dirigées en tous sens, mais que, lorsqu'arrive jusqu'à elles en un point donné l'extrémité d'une fibrille en voie d'accroissement, elles subissent, dans la direction de cette extrémité, une sorte d'attraction, et s'orientent en files parallèles qui viennent s'ajouter sans cesse au bout de la fibrille, en causant ainsi l'accroissement rapide. Cela expliquerait bien aussi l'apparition presque soudaine des réseaux, ou de longues et grêles fibrilles, au sein des traînées d'exoplasme ou des lamelles de substance amorphe de même origine, le chondriome n'y jouant aucun rôle, ou n'y jouant qu'un rôle occasionnel, secondaire et accessoire. D'autre part il résulte des expériences de M. Lewis, qui a écarté avec tant de soin de ses cultures la fibrine et autres substances coagulables, que, à moins d'admettre leur formation et leur croissance en plein sérum artificiel, on ne peut guère comprendre ce développement de fibrilles par cristallisation que dans l'épaisseur d'un exoplasme plus ou moins solide ou semi-fluide.

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CONJONCTIVES PROVIENT-ELLE DU CHONDRIOME? 173

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ueber die Entstehung der Bindegewebsfibrillen insbesondere derjenigen der Sehne. Archiv für mik. Anatomie. Bd. LXXV, 1910, p. 149.

4. LAGUESSE. — Sur l'histogenèse de la fibre collagène et de la substance fondamentale

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5. LAGUESSE. - La structure du tissu conjonctif lâche chez la Torpille. Arch. d'Anat.

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6. LAGUESSE. — Sur l'apparition de la substance amorphe et des premières fibrilles

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7. DUBREUIL. — Le chondriome et le dispositif de l'activité sécrétoire aux différents stades du développement des éléments cellulaires de la lignée connective

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10. G. LEVI. — Sulla presunta participazione dei condriosomi alla differenziazionecellulare.

differenziazionecellulare. di Anat. e di Embryol., vol. X, 1911, p. 168.

11. G. LEVI. — Nuovi studii su cellule coltivate in vitro. Archivio ital. di Anat. e di

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12. LEWIS (MARGARET REED). — Development of connective-tissue fibers in tissue cultures

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15. ALFEJEW (SOPHIE ). — Die embryonale Histogenese der Zellformen des lockeren

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20. VON KORFF. — Zur Entwickelung der Bindegewebsfibrille. Physiologischer Verein

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21. D'ANTONA (SERAFINO). — Ueber die Entstehung der Bindegewebsfasern bei ckn

atherosklerotischen Aortaverdickungen. Beitrag zur normale Entwicklung der Bindegewebes. Zeitichrift für wiss. Zoologie. Bd. CIX, 1914, p. 485.

22. LAGUESSE. — Chondriome et développement des fibrilles dans la cornée. C. R. de

la Soc. de Biologie, t. LXXXIX, 1923, p. 871 (Séance du 27 octobre).

23. LAGUESSE. —- Les rapports génétiques du chondriome avec les fibrilles précollagènes

précollagènes le tissu conjonctif lâche. C. R. de la Soc. de Biol., t. XC, 1924, p. 687 (Séance du 10 mars, Lille).

24. LAGUESSE. — Les lamelles primitives de la cornée du Poulet sont, comme le corps

vitré, d'origine mésostromale ectodermique. C. R. de la Soc. de Biol., t. LXXXIX, 1923, p. 543 (Séance du 16 juin, Lille).

25. MEBKEL. — Betrachtungen ueber die Entwickelung des Bindegewebes. Analomische

Analomische Hft, 115, Bd. XXXVIII, 1909. p. 323.

26. MAXIMOW. — Tissue-cultures of young Mammalian embryos. Contributions to Embryology, n° 80, p. 49. Public. 361 of the Camegin Institution of Washington,

1925.


174 E. LAGUESSE. — LA PREMIÈRE ÉBAUCHE DES FIBRILLES

27. W. J. SCHMIDT. — Ueber die Bedeutung polarisationsmikroskopischer Forschungen in der Zoologie. Zeitschrift für wiss. Mikroskopie. Bd. XL, Hft. 2, 1924, p. 97.

Explication des figures (Pl. II et III).

Toutes les figures ont été prises sur des embryons de Poulet fixés au liquide

de Meves, et colorés à l'hématoxyline au fer. Dessins à la chambre claire,

objectif à immersion homogène 1,5 de Zeiss, Oculaire comp. 6, sauf pour les

figures 22 à 25 où l'on est servi de l'Ocul. comp. 4. Voir les échelles. Lettres communes à toutes les figures : f, f', f", — fibrilles. t, t', — trous dans les lamelles déjà formées ou en voie de formation.

FIG. 1. — Tendon, tarse, 9 jours, chondrioconte qui semble, continué à ses deux extrémités par une courte ébauche fibrillaire.

FIG. 2. — Tendon, tarse, 9 jours, chondrioconte irrégulier, pâlissant et s''égrenant, continué en bas par une courte et mince fibrille.

FIG. 3. — Mésenchyme, 5e jour de l'incubation; groupe de 2 cellules a et b, petites, à courts prolongements, à chondriome court et peu abondant.

FIG. 4. — c, d, e. Trois autres cellules; l'inférieure plus volumineuse et munie d'un petit aileron supérieur aplati.

FIG. 5. — 6e jour de l'incubation. Mésenchyme en voie de transformation en tissu conjonctif lâche. Cellules à larges ailes, i, j, k, J, s'unissant au point dessiné, en un petit complexus lamellaire dans lequel apparaissent quelques fibrilles précollagènes disposées en réseau; 3 mitochondries seulement sur ce réseau : rôle douteux et effacé du chondriorne dans son édification.

FIG. 6. — 6e jour. — Autre complexus lamellaire, formé par l'union des ailes de 4 cellules, encore séparées par quelques trous t, t. — g, cellule à endoplasme très mal limité inférieurement, se perdant dans la lamelle exoplasmique: h, hématie, .T, reste chondriosomique probable pâli, disloqué et en voie de disparition sur le réseau de fibrilles, y, reste de prolongement cytoplasmique en voie de transformation.

FIG. 7. — 6e jour. — Cellule stellaire moins largement anastomosée aux voisines et où la transformation exoplasmique des ailes commence seulement; a, chondrioconte allongé et pâli; b, c, d, e, fibrilles en voie de formation englobant des restes chondriosomiques pâles, égrenés.

FIG. 8. — 6e jour. — Autre cellule stellaire allongée; f, f', f", 3 fibrilles en voie de formation. La troisième semble partir d'un reste chondriocontique à demi égrené.

FIG. 9. — 6e jour. — Chondriocontes plus longs, à inflexions brusques.

FIG. 10. — 7e jour de l'incubation. — Tissu conjonctif lâche sous-cutané. — Portion de lamelle exoplasmique formant large aile à la cellule 0, et portant un réseau initial de fibrilles r, où l'on ne trouve qu'à la périphérie quelques restes de traînées cytoplasmiques englobant de rares ombres de chondriosomes.

FIG. 11. — 7e jour. — Portion plus superficielle du tissu conjonctif sous-cutané. Deux cellules, g et h, plus larges, mieux étalées parallèlement à la surface, unies par leurs larges ailes ayant déjà subi la transformation, exoplasmique. A la surface de cet exoplasme, formant palmure, l'endoplasme h envoie 4 prolongements sous forme de digitations en relief dont les 3 de gauche sont en voie d'effacement et de disparition avec leurs restes chondriosomiques pâlis et variqueux; des fibrilles en partent ou s'y accolent, f, f', notamment. FIG. 12._— 7e jour. — Région de transition au derme. — Cellule s très allongée aplatie, à ailerons réduits, anastomosée par son prolongement principal à une cellule supérieure r, fusiforme. — f, f' semblent être deux chondriocontes allongés, pâlis, en voie de transformation fibrillaire: FIG. 13. — 7e jour. - Même région. Images analogues; l, chondrioconte long

et épais, f, f' fibrilles en continuité avec des restes chondriocontiques. FIG. 14, 15, 16. — 7e jour. — Cellules de l'ébauche du derme, allongées, fusiformes aplaties, privées de véritables ailes; pas des lamelles en formation;


CONJONCTIVES PROVIENT-ELLE DU CHONDRIOME? 175

fibrilles appliquées au corps de la cellule, dans des traînées exoplasmiques, ou dans de minces prolongements ayant subi la transformation exoplasmique totale. Sur 15, en f, une belle et très longue fibrille se détachant bien à son passage au-dessus du noyau et allant en haut jusqu'au reste chondriocontique n — sur 16, en f, 2 fibrilles déjà grosses et détachées ; en m, fibrilles se perdant dans le réseau mésostromal sous-épidermique; ep, épiderme coupé très tangentiellement.

FIG. 17. — 8e jour de l'incubation. — Tissu conjonctif lâche sous-cutané, constitué maintenant de très fines lamelles exoplasmiques fenêtrées en t, t', à la surface desquelles s'étalent 3 endoplasmes mal limités en train de subir la transformation exoplasmique graduelle à leur pourtour, d, e, g; — entre d et e, réseau fibrillaire initial d'allure géométrique cristalline ; — en bas, en f, f', 2 fibrilles s'en détachent, en croissance plus rapide, probablement à cause des vestiges chondriosomiques qu'elles ont rencontrés sur leur passage. Absence presque totale du chondriome sur le reste du réseau, — en a, b, c, 3 cellules sanguines mères achevant de se détacher du réseau mésenchymateux.

FIG. 18. — 8e jour. — Autre fragment lamellaire avec réseau de fibrilles assez indépendant du chondriome sauf en u et en r (chondrioconte pâli) ; en x, traînée cytoplasmique en voie de disparition contenant des restes chondriosomiques ; en g, petit amas de cytoplasme séparé d'une cellule.

FIG. 19 et 20. — 8e jour. — Portions de lamelles fenêtrées avec endoplasmes pourvus d'un centriole autour duquel rayonne le chondriome.

FIG. 21. — 8e jour. — Ruban découpé par le rasoir dans une lamelle et portant deux endoplasmes. Dans le supérieur, le noyau et un contriole, avec chondriome à disposition radiée.

FIG. 22. — 12e jour de l'incubation. Tissu sous-cutané. — Fragment de lamelle riche en fibrilles f, et portant un endoplasme bien limité et accru devenu cellule fixe définitive.

FIG. 23 et 24. — 12e jour. — Tissu conj. lâche sous-cutané. Le même fragment de lamelle continue dessiné avant (23) et après différenciation (24). Le premier dessin montre entre les fibroblastes définitifs, mieux limités, un abondant lacis de fibrilles. Dans le second le chondriome est dégagé du cytoplasme presque décoloré. Aucun rapport entre ce chondriome et les fibrilles, particulièrement abondantes et encore en voie de formation au centre de la figure, là où il fait complètement défaut.

FIG. 25. — 12e jour. — Dans une cellule encore aplatie supérieurement en une aile mince, chondrioconte très long, en train de pâlir et de se désagréger.

Le gérant : J. Caroujat.

Coulommicrs. — Imp. PAUL BRODARD.




Arch. d'Anat. Microscopique

TOME XXII. — PL. II

(E. Laguesse)

Échelle pour les figures 1 à 21

MASSON ET Cie, EDITEURS.



Arch. d'Anat. Microscopique

TOME XXII — PLANCHE III

(E. Laguesse)

MASSON ET Cie, EDITEURS.



LE SANG ET LES ORGANES HÉMATOPOÏÉTIQUES

DANS L'ANÉMIE TOXIQUE MATERNELLE

INFLUENCE SUR LE FOETUS ET LE NOUVEAU-NÉ

par KATARO HAYASHI. de Tokio, Japon.

PLANCHE IV.

Nous nous sommes proposé de rechercher expérimentalement les modifications du sang et les lésions des organes hématopoïétiques chez le nouveau-né issu d'une mère anémique. Ce sujet soulève un très grand nombre de problèmes biologiques. Nous fixerons, pour le moment, notre attention sur les modifications des globules rouges et sur l'érythropoïèse pathologique.

Pour nos expériences, nous avons choisi le Cobaye, chez qui la réaction sanguine est extrêmement sensible. Quand on examine la rate d'un Cobaye adulte normal, il n'est pas rare, comme l'a montré Dominici, de trouver quelques groupes de myélocytes éosinophiles dans la pulpe; on voit parfois de très rares mégacaryocytes et quelques normoblastes. Malgré cette sensibilité, et peut-être même à cause de la facilité avec laquelle réagissent ses organes hématopoïétiques, le Cobaye est assez difficile à anémier, et on ne semble pas jusqu'ici avoir produit chez cet animal d'anémie expérimentale bien évidente; d'où l'intérêt de notre étude 1.

I. — TECHNIQUE

Pour chercher à provoquer une anémie chez le Cobaye, nous avons essayé les procédés classiques par le chlorhydrate de toluy1.

toluy1. tenons à exprimer, ici, notre profonde gratitude à notre Maître M. Jolly dont les conseils nous ont été infiniment précieux pour interpréter le résultat de nos expériences. C'est un devoir pour nous d'exprimer aussi notre reconnaissance à MM. les Professeurs Roger, Vaquez et Roussy pour l'accueil bienveillant qu'ils nous ont témoigné.

AFICH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII. Fasc. 2, Août 1926. 12


178 KATARO HAYASHI. - LE SANG ET LES ORGANES

lènediamine 1, par le chlorhydrate de phénylhydrazine et par la saignée répétée. Parmi ceux-ci, c'est le chlorhydrate de phénylhydrazine qui nous a donné les résultats les plus démonstratifs.

A. — INTOXICATION PAR LA PHÉNYLHYDRAZINE.

La phénylhydrazine ou son dérivé la pyrodine ont été employées pour les expériences par beaucoup d'auteurs : Talquist (1899), Kaminer (1900), Heinz (1901), Ernst Bloch (1901), Strauss et Rohnstein (1901), Noël Paton et Alexander Goodall (1903), Morawitz et Pratt (1908), Itami (1909), Carl Sternberg (1909), Iscovesco (1912), Bloor, Rodansky, etc. Elle est un poison hémolysant excellent, et la plupart des auteurs en ont obtenu de bons résultats chez le Chien ou chez le Lapin.

Nous nous sommes servi du chlorhydrate de phénylhydrazine de Poulenc. C'est une substance cristalline, écailleuse, jaune, d'une odeur particulière. Nous avons pu ensuite, en partant de ce produit, séparer deux substances par lavage à l'alcool absolu à plusieurs reprises. La partie jaune superficielle des cristaux se dissout dans ce milieu, en précipitant des cristaux écailleux blancs, brillants. On filtre et on dessèche les cristaux à l'air sous cloche. Cette substance cristalline blanche a un grand pouvoir hémolysant et nous nous en sommes servi avec avantage.

C'est un fait bien connu que dans l'anémie expérimentale par intoxication de n'importe quel poison, le foie est toujours très gras. Sur ce point, tous les expérimentateurs sont d'accord, et les différences d'opinion sont minimes. En effet, tous les poisons dit hémolytiques sont aussi, comme le fait remarquer Fiessinger , des poisons hépatiques. Mais ce n'est pas tout. La stéatose est un phénomène banal exprimant la réaction des cellules hépatiques aux agents pathogènes, toxiques ou infectieux. Chez nos Cobayes intoxiqués par ce poison pur, dissous dans le sérum physiologique, nous avons toujours remarqué une surcharge graisseuse centro-lobulaire

1. Il est indispensable ici de se servir d'un échantillon absolument frais. Nous avons utilisé un échantillon de chlorhydrate de toluylènediamine fabriqué très obligeamment par M. Bettegay, Professeur à l'école supérieure de Chimie de Mulhouse, à qui M. Moureu, Professeur au Collège de France, avait bien voulu nous adresser.


HÉMATOPOÏÉTIQUES DANS L' ANÉMIE TOXIQUE MATERNELLE. 179

importante. Le foie est jaune rougeâtre à l'autopsie; la section a l'aspect du foie muscade.

Kusomoto, en 1908, a trouvé une augmentation d'excrétion de cholestérine par la bile de Lapins intoxiqués avec la toluylènediamine. Il a attribué une partie de cette cholestérine biliaire aux globules détruits. En 1912, Iscovesco a trouvé une augmentation considérable de la quantité des lipoïdes dans le sang des animaux intoxiqués par le chlorhydrate de phénylhydrazine.

Chez les femelles pleines, un nouveau facteur s'ajoute à la fonction adipogène normale. D'après Mlle Deflandre, chez tous les animaux, la cellule hépatique contient plus ou moins de graisse dont la quantité maxima se trouve à la saison reproductrice : au moment du développement des oeufs chez les Amphibiens et chez les Reptiles, au moment de la ponte chez les Oiseaux, par exemple. Chez les Mammifères, le foie est dépourvu de graisse décelable par l'acide osmique à l'état normal. Mais chez les femelles en gestation et pendant l'allaitement, on trouve une surcharge graisseuse centrolobulaire dans le foie. Ce fait a été observé déjà en 1872 par de Sinéty. Par conséquent, si le Cobaye femelle accumule déjà pendant la gestation de la graisse dans son foie, l'effet engraissant du poison sera plus marqué encore.

La stéatose hépatique est toujours accompagnée d'un certain degré de dégénérescence cellulaire. Elle a comme conséquence des troubles digestifs qui rendent l'expérience très difficile à poursuivre. Très gêné par la surcharge graisseuse du foie, qui nous empêchait de régler l'intensité de l'intoxication et de continuer notre expérience, nous pensâmes que le foie étant l'organe antipoison principal, on pourrait peut-être l'aider en lui fournissant la fonction CO 2 pour saturer la fonction hydrazine HN. NH. Dans ce but, le carbonate de soude serait peut-être convenable, car il facilite l'émulsion des globules graisseux. Au moment où nous avions déjà terminé notre expérience sur ce poison dissous dans un milieu au carbonate de soude, nous eûmes connaissance de l'expérience très intéressante de Félix Ramond qui, en 1905, en étudiant l'action du foie sur les ■graisses, a injecté dans la veine porte du Chien une émulsion aqueuse de beurre frais, alcalinisée, sans en indiquer la raison, avec du carbonate de soude à raison de 1 p. 100. Il a estimé que le temps le


180 KATARO HAYASHI. - LE SANG ET LES ORGANES

plus favorable pour observer l'infiltration graisseuse dans le lobule était de une heure à 1 h. 15 après l'injection. Il a vu aussi la pénétration de gouttelettes graisseuses dans l'épithélium des canaux biliaires. Ce temps est beaucoup plus long dans l'expérience de Noël, qui a évalué à 4 h. 45 après un repas lardacé, chez la Souris, la durée optima de la digestion hépatique de graisse. Mais il s'agit, dans la dernière expérience, de l'ingestion par voie naturelle. Quelle que soit ici l'action du carbonate de soude, nous avons trouvé en lui un milieu excellent. Il empêche presque complètement la stéatose hépatique; le foie apparaît rouge foncé; les cellules glandulaires se colorent normalement sauf celles qui sont atteintes de dégénérescence granuleuse, et la quantité de graisse est tout à fait négligeable. Chez le Cobaye très gravement anémié, on voit parfois quelques gouttelettes graisseuses dans le protoplasma des cellules hépatiques, mais cette quantité est très inférieure à celle qu'on voit dans le foie de l'animal intoxiqué avec le poison dissous au sérum physiologique. La toxicité n'est pas diminuée. La lésion due à l'intoxication, existe toujours, mais ce milieu empêche le gonflement du protoplasma cellulaire par des boules adipeuses et protège l'animal contre les troubles digestifs. Voici, en détail, notre procédé :

Nous avons préparé la solution aqueuse de carbonate de soude neutre à raison de 21,3 p. 1000, qui correspond équimoléculairement au sérum physiologique à 8 p. 1000. Nous avons dissout le chlorhydrate de phénylhydrazine purifié dans ce milieu, à raison de 5 p. 1000. La solution de ce poison étant extrêmement altérable et étant très difficile à conserver, nous l'avons toujours préparée extemporanément. Elle est chauffée instantanément jusqu'à ébullition, puis refroidie vivement à l'eau courante et injectée sous la peau du dos, préalablement épilée, et désinfectée à l'alcool iodé. Nous avons toujours cherché à produire une intoxication chronique, car l'empoisonnement brutal lèse la mère brusquement et tue les petits. La dose initiale est de 1 centimètre cube pour le Cobaye de poids moyen (600 à 700 g.) et d'un demicentimètre cube pour le Cobaye de 500 grammes environ. L'injection est faite par intervalle de un à deux jours, ou, suivant les circonstances, tous les jours. Loutefois elle est augmentée graduellement, en contrôlant la dose suivant le changement de poids et par l'examen du sang de telle sorte qu'on évitera une altération trop brusque. A la fm nous avons injecté 5 centimètres cubes, 7 centimètres cubes et même 10 centimètres cubes pour obtenir une anémie extrêmement grave. L'intoxi-


HEMATOPOÏETIQUES DANS L'ANEMIE TOXIQUE MATERNELLE. 181

cation a été réalisée pendant les huit à vingt-deux jours précédant la mise bas. Chez les femelles pleines, la dose totale injectée fut de 17 milligrammes en huit jours pour la plus petite, 85 mg.. 5 en vingt-deux jours pour la plus grande. Nous avons expérimenté sur une femelle pleine qui avorta pendant l'expérience, en continuant l'intoxication dont la dose totale fut de 227 milligrammes en vingt-deux jours.

Le parallélisme entre la dose et la durée d'intoxication d'une part, et rabaissement des taux globulaire et hémoglobique d'autre part n'est pas facile à établir. Des conditions accessoires jouent un rôle assez important, et parmi celles-ci, l'âge, le sexe, le poids, la taille, etc., sont les plus banales. Chez la femelle en gestation, le nombre et l'âge des foetus aura beaucoup d'importance. Il nous semble que l'intoxication faite vers l'époque du terme, à un moment où le mode foetal de l'hématopoïèse va régresser, n'est pas compatible avec la vie du foetus. Delamare (1903) n'a pas pu obtenir de petits vivants en. intoxiquant vers le terme des Cobayes femelles pleines avec du sang d'Anguille. Tous les petits ont été rejetés morts. Un seul petit était vivant, mais il mourut aussitôt. Nous n'osons pas donner d'une manière absolue l'indication de la dose, mais au point de vue technique, nous conseillons les suivantes. Chez des Cobayes de 500700 grammes, une dose convenablement fractionnée de 30 à 60 milligrammes de chlorhydrate de phénylhydrazine, donnée dans l'intervalle de dix jours, abaisse le taux globulaire au niveau de 3 millions et au-dessous. Une dose de 70 à 100 milligrammes de ce poison, en douze jours, l'abaisse au niveau de 2 millions. Le taux le plus bas que nous avons pu réaliser fut de 1 million 278. Cette femelle reçut 100 milligrammes du poison, à neuf reprises différentes, en onze jours. Les globules rouges diminuèrent progressivement, même après la cessation des injections, pour atteindre le taux le plus bas au bout de treize jours.

L'anémie que peut supporter la femelle pleine sans avorter n'est pas si accentuée. Par conséquent, nous lui avons donné 50 à 80 milligrammes pendant deux à trois semaines. Le niveau atteint dans ces cas est de 3 millions et on peut espérer des petits vivants. Mais si la portée atteint 4 ou 5, il y en a toujours quelques-uns de morts ou qui ne survivent pas.

Nous avons contrôlé notre procédé en déterminant la toxicité hémolytique du carbonate de soude, qui, injecté in vivo à des doses beaucoup plus grandes, ne nous a pas paru hémolytique chez le Cobaye.

B. — EXAMEN HISTOLOGIQUE Pour la numération, nous nous sommes servi du compte-globules de Malassez, du milieu de Marcano pour les hématies, et de la


182 KATARO HAYASHI. — LE SANG ET LES ORGANES

solution d'acide acétique à 5 p. 1000 additionnée de bleu de méthylène pour les leucocytes. Nous avons évalué la teneur en hémoglobine à l'hémochromomètre de Malassez qui donne le chiffre en grammes d'hémoglobine par 100 centimètres cubes de sang. Pour l'examen de la méthémoglobine, nous avons employé le microspectroscope.

Le sang étalé sur lame fut fixé tantôt aux vapeurs osmiques sans dessiccation, tantôt au colorant de May-Grünwald avec dessiccation rapide à l'air. Comme colorant, nous avons utilisé le Tribondeau.

Nous avons examiné, chez tous les animaux, des coupes de la moelle osseuse prise dans le canal diaphysaire du fémur, de la rate, du foie, de la vésicule biliaire, des ganglions lymphatiques et du rein. Nous avons fixé ces organes de façons différentes. Pour la différenciation des éléments sanguins et myéloïdes dans les tissus, c'est la fixation au bichromate-formol-sublimé de Helly suivie de la coloration au bleu de toluidine-éosine-orange de Dominici, qui nous a donné les meilleurs résultats. Pour la recherche du fer avec la réaction de bleu de Prusse, nous avons employé des fragments fixés au Telly, et au formol à 10 p. 100. Nous avons aussi utilisé les fixateurs de Flemming, de Regaud et d'Altmann pour la recherche de la graisse et des mitochondries.

II. — RÉSULTATS OBTENUS CHEZ LE COBAYE ADULTE ET CHEZ LA FEMELLE EN GESTATION

Il est presque superflu de signaler l'abaissement de la température et la pâleur des muqueuses chez le Cobaye fortement anémié, dont le corps est froid à la palpation. Nous n'avons pas pu déceler de bilirubine dans l'urine par la réaction de Gmelin. Un fait intéressant à signaler est la courbe du poids au cours de l'anémie par l'intoxication à la phénylhydrazine. Si la perte de poids est à peu près la règle chez le mâle et chez la femelle non gestante, l'intoxication n'empêche pas la femelle pleine d'augmenter progressivement de poids avec des oscillations.

A. — MODIFICATIONS DU SANG.

La femelle du Cobaye peut déjà subir, de par la gestation, un certain degré de diminution de nombre des hématies qui ne nous a


HÉMATOPOÏÉTIQUES DANS L'ANÉMIE TOXIQUE MATERNELLE. 183

jamais paru bien accusé et ne gêne en rien l'appréciation de l'anémie expérimentale.

Nombre des hématies. — On peut arriver à faire baisser considérablement le nombre des hématies en intoxiquant le Cobaye par le chlorhydrate de phénylhydrazine. A titre d'exemple, voici un tableau de numérations :

TABLEAU I.

Cobaye n° 15, femelle normale : 452 gr.

Dose totale injectée

Jours d'expé- jusqu'à la Valeur

rience. date indiquée. Hématies. H en gr. globulaire. Leucocytes.

5 592 000 8 14,2 25 825

5e jour. 25 mgs. 3 334 000 6 18,0

7e — 2 472 000 5,5 22,2

8e — 33 — 2 638 000 5,5 20,8 18 554

9e — 55 — 2 538 000 5,0 19,1

10e — 75 — 1 968 000 4,0 20,3

11e _ l00 _ l 824 000 3,75 20,5

12e _ 1 341 000 4,0 29,8

13e — 1 278 000 2,7 21,5 2 917 14e mort

Mais la numération globulaire seule ne nous guide pas toujours dans l'appréciation de la gravité de l'anémie provoquée. Car le nombre des hématies dépend beaucoup de la concentration du sang et de la rétention tissulaire en eau. On peut remarquer ce fait dans l'expérience suivante :

Cobaye n° 12, femelle pleine, 817 grammes, reçoit 65 milligrammes de toxique en 7 injections dans l'intervalle de neuf jours; elle avorte de 5 foetus presque a terme. A cette date, le taux globulaire est audessus de 3 millions. On continue les injections; depuis le commencement de l'expérience, l'animal reçoit 227 milligrammes et demi, en 16 injections en l'espace de vingt et un jours. Le lendemain de l'avortement le taux globulaire tombe à 1 million 875. Puis la chute globulaire s'arrête et le taux oscille entre 2, 4 et 3,4 millions et s'y maintient malgré la continuation de l'intoxication. Le poids resta stationnaire quatre jours après l'avortement, puis commença à augmenter journellement avec une grande régularité, ce qui était dû à


184 KATARO HAYASHI. — LE SANG ET LES ORGANES

une anasarque considérable et à un exsudat de toutes les cavités séreuses produisant une concentration globulaire dans le sang et masquant l'anémie.

Hémoglobine. — Lorsque l'anémie est prononcée, le sang à la piqûre paraît noir. Mais nous n'avons pas pu déceler de méthémoglobine au microspectroscope. Il n'y a pas non plus d'hémoglobinémie. Nous n'avons observé, à aucun moment, l'hémoglobinurie.

La teneur en hémoglobine du Cobaye varie dans d'assez grandes limites, à l'état normal. Les chiffres que nous avons obtenus sur 22 Cobayes varient de 7 à 10 gr., 5 par 100 centimètres cubes de sang. Chez la plupart de nos Cobayes anémiés, la quantité d'hémoglobine n'est pas descendue au-dessous de 5 grammes par 100 centimètres cubes de sang quand le nombre des globules était descendu à 2 ou 2 millions et demi; et pas au-dessous de 4 grammes avec 1 million et demi d'hématies.

Valeur globulaire. — Les variations individuelles sont assez grandes chez le Cobaye. Nous avons trouvé des chiffres assez bas. En voici des exemples :

Cobaye mâle de 13,7 à 18,5 moyenne 15,3

Cobaye femelle — 13,7 à 18,0 — 16,0

Cobaye femelle pleine — 12,7 à 19,5 — 16,3

Dans le tableau I on peut déjà constater, chez le Cobaye n° 15, l'élévation de la valeur globulaire. Voici quelques autres exemples :

TABLEAU II. Cobaye n° 8, mâle, âgé de 5 mois 1/2, pesant 646 gr.

Jours Dose totale Valeur

d'expérience. injectée. Hématies. H en gr. globulaire. Leucocytes.

6 495 000 9 13,8 15 700

8e jour. 53 mg. 3 192 000 5,25 16,4 34 340

12e _ 100 _ 2 128 000 5,5 25,8 28 168

TABLEAU III. Cobaye n° 11, femelle pleine, pesant 852 gr.

Jours Dose totale Valeur

d'expérience. injectée. Hématies. H en gr. globulaire. Leucocytes.

5 172 000 7,5 15,3 29 575

6e jour. 17,5 mg. 3 832 000 6,0 15,6 12 575

11e — 32,5 — 2 982 000 6,0 20,1 17 575


HEMATOPOÏETIQUES DANS L' ANÉMIE TOXIQUE MATERNELLE. 185

On admet, en clinique, que la valeur globulaire est presque toujours élevée dans les anémies pernicieuses. Aubertin croit que ce fait constitue un symptôme essentiel d'anémie régénérative. Naegeli est du même avis. Türk attribue l'hyperchromie à l'anémie hémolytique. Eppinger l'a constatée dans les ictères hémolytiques, mais il ne pense pas que l'hyperchromie soit pathognomonique, parce qu'il a vu, quelquefois, dans les ictères hémolytiques, l'abaissement de la valeur globulaire. Naegeli signale un abaissement dans les anémies pernicieuses avec complication de néphrite ou d'oedème intense. Nous avons vu aussi, chez le Cobaye n° 12, un abaissement de la valeur globulaire dès le début de la rétention hydropique, suivie d'une augmentation régulière du poids (Tableau IV).

TABLEAU IV. Cobaye n° 12, femelle pleine : 763 gr.

Jours Dose totale Valeur

d'expérience. injectée. Poids. Hématies. H. en gr. globulaire.

763 5 408 000 9,75 15,5

817 5 284 000 8,0 15,1

Début de l'expérience.

4e jour. 17,75 mg. 841 5 296 000 8,5 16,0

7e — 50 — 842 4 240 000 7,0 16,5

8e — 65 — 843 3 486 000 6,5 18,6

Avortement.

10e — 75 — 603 1 875 000 4,25 22,6

11e _ " _ 601 2 598 000 5,0 19,2

Début de l'hydropisie.

12e — 85 — 607 2 793 000 5,0 17,9

14e — 95 — 651 2 478 000 4,25 17,1

15e — 665 2 391 000 4,0 16,7

16e _ 110 — 692 2 904 000 4,0 13,7

18e _ 145 _ 748 2 880 000 4,25 14,7

19e _ 165 _. 776 3 057 000 3,75 12,2

20e _ 192,5 — 802 2 874 000 4,0 13,9

21e _ 227,5 — 823 3 102 000 5,0 16,1

22e — sacrifié.

100,4 érythroblastes pour 100 leucocytes, le dernier jour.

Altérations des hématies. — La phénylhydrazine est un poison qui lèse le stroma des hématies. L'altération a déjà été observée in vitro par certains auteurs. Nous l'avons aussi remarquée dans le


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sang dilué par une solution d'acide acétique à 5 p. 3000 ou par le liquide de Marcano.

1. Grains réfringents en milieu acétique. Le lendemain de la lre ou de la 2e injection, on voit de petites particules réfringentes, disséminées dans le champ du compte-globules. Elles sont irrégulièrement arrondies, de dimensions variées, mais toutefois très petites. Lorsque le taux globulaire est abaissé au-dessous de 4 millions par les injections répétées, le nombre de ces grains augmente considérablement et ils envahissent tout le champ, de sorte qu'on a grandpeine à numérer les leucocytes. Ces grains correspondent vraisemblablement à des parties du stroma des hématies. Leur nombre augmente avec la gravité de l'anémie, diminue lorsqu'on suspend l'intoxication, pour disparaître, enfin, avant que les globules aient remonté au taux initial.

2. Déformations dans le liquide de Marcano. Les déformations des globules rouges qu'on trouve dans le liquide de Marcano apparaissent un peu plus tard. La bordure des hématies devient de plus en plus réfringente et apparaît comme une bande sinueuse qui paraît découpée ensuite pour donner à la surface de l'hématie un aspect granuleux. Cette déformation des hématies dans le liquide de Marcano augmente avec l'intensité de la déglobulisation et finit par atteindre 80 p. 100 des hématies. Elle disparaît graduellement lorsqu'on cesse l'intoxication.

3. Altérations morphologiques sur les frottis. Les modifications sont tout à fait semblables à celles qu'on trouve dans l'anémie spontanée : anisocytose, polychromatophilie qui s'accentuent de plus en plus au fur et à mesure que l'anémie s'aggrave, avec l'apparition d'hématies géantes et naines. Quand les globules rouges tombent au-dessous de 3 millions, on voit de nombreuses hématies à grains basophiles et la poecilocytose apparaît nettement, accompagnée parfois de fragmentation de globules. A côté de ces globules altérés on voit apparaître des éléments anormaux : normoblastes, mégaloblastes, hématies à corps de Jolly et noyaux libres.

4. Normoblastes. Les érythroblastes (nous désignerons sous ce nom l'ensemble de toutes les formes globulaires nucléées) ont un aspect des plus variés : soit à noyau fortement pycnotique, soit à noyau fragmenté, à cytoplasma encore basophile ou chargé d'hémo-


HEMATOPOÏETIQUES DANS L' ANEMIE TOXIQUE MATERNELLE. 187

globine, ou bien à cytoplasma à ponctuation basophile, etc. Mais ce qui est le plus frappant, c'est le nombre considérable de ces cellules, surtout des normoblastes.

Dans l'anémie pernicieuse chez l'Homme, on trouve presque toujours des hématies nucléées, sauf dans les formes dites aplastiques. Mais le nombre des érythroblastes est ordinairement faible, n'atteignant que 1 ou 2 p. 100 des leucocytes. Il peut rarement monter à 3, 4 ou 5 p. 100 des leucocytes. Un seul cas de Billings, cité par Aubertin, en a montré 10 000 par millimètre cube. Nous considérons l'apparition des érythroblastes en grand nombre dans le sang périphérique comme un caractère spécifique de l'anémie expérimentale du Cobaye. A titre d'exemple, voici trois numérations :

TABLEAU V. Cobaye n° 8, mâle.

NORMOBLASTES MÉGALOBLASTES

p. 100 leu- p. 100 leuHématies.

leuHématies. par mm 3. cocytes. par mm 3. Leucocytes.

3 192 000 3.8 1 357 34 343

2 128 000 37,9 10 676 5,9 1662 28 168

TABLEAU VI.

Cobaye n° 12, femelle.

NORMOBLASTES MÉGALOBLASTES

p. 100 leu- p. 100 leuHématies.

leuHématies. par mm 3. cocytes. par mm 3. Leucocytes.

5 486 000 29,70 14 868 1,0 513 51 265

1 875 000 17,2 9 436 67 55 247

2 880 000 44,9 7 532 130 17 043 3 102 000 100,4 12 650 50 12 650

TABLEAU VII. Cobaye n° 10, femelle splénectomisée et anémiée.

NOBMOBLASTES MÉGALOBLASTES

p. 100 leu- p. 100 1euHématies.

1euHématies. par mm 3. cocytes. par mm 3. Leucocytes.

3 252 000 11,1 4496 40 500

2 008 000 35,1 5 110 1,3 199 14 560

2 240 000 43,2 6 989 2,3 372 16 178

1976 000 101,7 23 800 3,4 796 23 400


188 KATARO HAYASHI. — LE SANG ET LES ORGANES

5. Mégaloblastes en mitose dans le sang périphérique. Au moment où l'anémie est très intense, le mégaloblaste fait son apparition dans le sang périphérique. La taille de cette cellule est très variée, mais la structure cellulaire est toujours spéciale. Il a un gros noyau sphérique central, riche en chromatine, dont les grains sont régulièrement distribués. Le cytoplasma mince qui entoure le noyau est ordinairement fortement basophile, mais on le voit parfois chargé d'hémoglobine. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit toujours là de cellules immatures. Dans les états anémiques très graves, nous en avons trouvé parfois en mitose avec un cytoplasma tantôt basophile, tantôt hémoglobique.

Depuis qu'Askanazy, en 1893, a démontré le mégaloblaste en/ mitose dans le sang chez une Femme atteinte d'anémie pernicieuse, ce fait a été confirmé par plusieurs auteurs dans des cas isolés. Ernst Bloch. (1901) a vu dans le sang du Lapin intoxiqué par la phénylhydrazine, un érythroblaste à ponctuation basophile au stade de monaster et de diaster. Bien que nous ayons vu plusieurs mégaloblastes en mitose chez nos Cobayes, nous n'en avons pas vu à protoplasma à ponctuation basophile. Jolly a figuré dans son Traité d'hématologie un mégaloblaste en mitose dans le sang du coeur d'un Cobaye saigné. Cet auteur signale et figure aussi des mégaloblastes en mitose trouvés dans le sang de myélocytémies. Dieckmann montre une cellule lymphoïde non différenciée en mitose dans le sang d'un Lapin injecté avec un vaccin de forme H de Proieus X 19. Cette cellule, d'après la figure, nous semble être un mégaloblaste.

Leucocytes. — 1. Leucocytose. Il faut éliminer d'abord les cas, peu nombreux d'ailleurs, où l'infection fut surajoutée, comme par exemple, l'abcès biliaire ascendant, l'abcès miliaire de la rate et du foie. On trouve alors presque toujours de la leucopénie.

La leucocytose, à de rares exceptions près, est la règle chez nos Cobayes. C'est une manifestation de l'activité des centres hémopoïétiques. Takamura a toujours remarqué une leucocytose en injectant de différentes façons le Lapin avec une solution de chlorure de sodium. Nous avons vu la leucocytose très élevée jusqu'à 50 000, dans les cas où les hématies nucléées parurent en


HEMATOPOÏTIQUES DANS L'ANÉMIE TOXIQUE MATERNELLE. 189

nombre considérable. On peut donc supposer qu'il s'agit là d'un symptôme de régénération.

2. Hypoéosinophilie. L'intoxication provoque toujours la diminution ou la disparition des éosinophiles dans le sang. Et, de plus, ces éléments apparaissent raréfiés dans la moelle osseuse. L'anémie par la phénylhydrazine se distingue par cette hypoésinophilie de l'anémie du Bothriocephalus où l'éosinophilie est considérable. Voici quelques exemples pour le sang :

TABLEAU VIII. Cobaye n° 3, femelle pleine. Avant l'expérience. Pendant l'expérience.

Hématies 4 428 000 4 424 000 3 852 000

Poly 9 225 11 285 7 326

Eos. 775 . 331 228

TABLEAU IX.

Cobaye n° 10, femelle pleine. Avant Pendant

l'expérience. . l'expérience. Après l'expérience.

Hématies. 4 988 000 3 888 000 3 472 000 4 468 000 5 092 000

Poly ... 8 676 3 211 6 413 5 522 7 659

Eos . . . 1 869 26 731 836 849

3. Mégacaryocytes dans le sang périphérique. Dans des cas rares, on a signalé l'apparition de mégacaryocytes dans le sang circulant, dans la leucémie myéloïde, dans la polycytémie et même, d'après Minot, dans la septicémie et la pneumonie. Minot cite des cas isolés rapportés par Di Guglielmo, Cesaris-Demel, Keznelson Naegeli et Pianese. Helly l'a vue dans un seul cas de goutte. La pénétration du mégacaryocyte dans la circulation générale fut soupçonnée par des anatomo-pathologistes qui, observant ces cellules dans le poumon, chez des éclamptiques par exemple, les attribuèrent à des embolies. Cette pénétration a été prouvée expérimentalement par Ogata, qui, en 1912, ou bien en injectant au Lapin, par voie intraveineuse, une petite particule de moelle osseuse, ou bien en le faisant tomber d'une certaine hauteur à terre pour produire un choc violent, a réussi à provoquer une embolie mégacaryocytaire dans le poumon. Paton et Goodall (1903) l'ont constatée une seule fois sur le frottis du sang d'un Lapin intoxiqué par la phényl-


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hydrazine. Ils signalèrent la cellule géante avec des inclusions érythrocytaires et leucocytaires. Minot dans son rapport donne une figure de mégacaryocyte. Naegeli en donne aussi dans l'édition de 1923 de son Traité. Mais comme on le voit dans, les figures publiées, pour le sang humain, le noyau colossal paraît privé de son cytoplasma ; de nombreuses plaquettes sont accolées à lui.

Le mégacaryocyte que nous avons vu avait conservé une forme parfaite. Le noyau polymorphe a le même aspect replié et bourgeonnant qu'on voit dans la moelle osseuse. Le cytoplasma abondant est rempli de granulations rouges colorées par l'azur. Au milieu du protoplasma se trouve une hématie incluse dans une vacuole claire.

A l'examen histologique des organes, nous avons trouvé plusieurs éléments myéloïdes dans la lumière de l'artère hépatique périportale parmi lesquels se trouvaient souvent des mégacaryocytes. La pénétration dans le sang circulant du mégacaryocyte ne paraît donc pas douteuse.

4. Formes cellulaires dégénérées dans le sang. Chez les Cobayes n°s 8 et 9, nous avons vu des formes cellulaires très curieuses. Le premier animal était un mâle ayant 2 milllions d'hématies et 10 000 érythroblastes par millimètre cube. Le deuxième, une femelle pleine, avec taux globulaire concentré par déshydratation due à la diarrhée, mais encore avec 2 500 érythroblastes par millimètre cube, et des signes d'anémie grave. Tous les deux, intoxiqués par le chlorhydrate de phénylhydrazine, dissous dans du sérum physiologique à 8 p. 1 000, avaient une forte polynucléose. Dans le sang de ces deux Cobayes, recueilli à des jours différents, se trouvent de petites formes cellulaires dépassant à peine la grandeur d'une hématie géante. Le protoplasma est teinté en bleu pâle clair, mais parfois il se colore, d'une manière diffuse, en rouge clair. Dans le cytoplasma se trouvent de petits corpuscules irrégulièrement arrondis dont les dimensions sont extrêmement variées. Les plus petits sont inférieurs aux dimensions d'une granulation amphophile, les plus gros atteignent la dimension du noyau d'un normoblaste. La réaction tinctoriale de ces petits corpuscules est tout à fait particulière. Ils se colorent par le Tribondeau tantôt en bleu rougeâtre foncé, tantôt en bleu violacé foncé. Mais, chez quelques-uns, on aperçoit nettement la transition graduelle de la nuance du bleu rougeâtre foncé au


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rouge clair dans un même corpuscule. Il n'y a aucune structure; la couleur est diffuse. Le cytoplasma ne contient aucune granulation. Nous pouvons donc conclure qu'il s'agit là de cellules dégénérées dont le noyau est en voie de caryolyse.

Ehrlich a signalé une forme cellulaire très rare sous le nom de « Kleine neutrophile Pseudolymphocyten » qu'il a vue d'abord dans un cas de variole hémorragique, puis dans un exsudat pleurétique. Cette cellule a la dimension d'un petit lymphocyte, le noyau rond unique se colore en foncé et le protoplasma mince est rempli de granulations neutrophiles. Il attribua cette forme à la fragmentation, dans, le sang, de leucocytes neutrophiles polynucléaires.

Ces leucocytes polynucléaires fragmentés existent du reste parfois dans le sang du Cobaye. Mais il s'agit ici de quelque chose de différent, parce que dans les polynucléaires fragmentés la granulation leucocytaire est conservée. Il est vraisemblable pourtant qu'il s'agit là de polynucléaires dégénérés. De plus, nous avons vu, chez le Cobaye n° 9, un leucocyte éosinophile nain et une Mastzelle naine. Dans nos expériences, les leucocytes sont donc aussi atteints et ils peuvent dégénérer.

B. LÉSIONS DES ORGANES HEMATOPOÏETIQUES.

Phénomènes régénérateurs dans la moelle osseuse. — Lorsque l'anémie n'est que modérée, la moelle conserve toujours une quantité assez importante de cellules adipeuses. Mais on peut constater des signes d'activité. Les myélocytes granuleux qui, à l'état normal, forment l'élément principal de la moelle, diminuent, tandis que les mégaloblastes augmentent de nombre présentant des mitoses. Lorsque l'anémie a atteint son plus haut degré au bout de quelques jours, la moelle est complètement dépourvue de vésicules adipeuses. La moelle apparaît sur les coupes formée d'ilôts myéloïdes séparés par des. zones de congestion vasculaire. Les éléments qui prédominent dans chaque îlot sont des myéloblastes, des mégaloblastes et des normoblastes. Les mégaloblastes, très nombreux, sont souvent en mitose et on voit toutes les formes intermédiaires entre ces formes évolutives et les hématies avec reste nucléaire. Les myélocytes granuleux sont très diminués, mais quelques-uns se présentent


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aussi en mitose. Les mégacaryocytes n'apparaissent jamais diminués de nombre; on les voit parfois en mitose multipolaire.

Dans les cas où la pulpe de la rate est bourrée de pigment ferrugineux, la moelle ne montre guère d'érythrophagie ni d'hémosidérose. Chez le Cobaye splénectomisé et anémié, nous avons bien vu la sidérose compensatrice dans le foie, mais nous ne l'avons jamais vue dans la moelle. La moelle du Cobaye ne nous semble pas avoir de fonction hémolytique bien importante.

Lésions hémolytiques dans la rate et dans le foie. L'endroit où l'hémolyse se fait dans l'organisme est un sujet des plus discutés. Le poison qui nous occupe n'hémolyse pas dans la circulation, car il n'y a ni hémoglobinémie ni hémoglobinurie. Chez le Chien intoxiqué par la toluylènediamine, Vast n'a pu déceler l'hémoglobinémie qu'en donnant une dose massive, d'une façon inconstante, et à un degré léger qui ne correspond jamais à l'intensité de la sidérose organique. Jean Camus a évalué expérimentalement la quantité d'hémoglobine dissoute dans le plasma sanguin nécessaire pour déclencher l'hémoglobinurie et il donne le chiffre de 0,23 p. 100 de la quantité totale d'hémoglobine de l'animal. Ce chiffre paraît plus faible que celui que l'on atteint par le calcul d'après la perte en hémoglobine du sang de nos Cobayes.

Sur le siège de l'hémolyse, les opinions sont diverses. Certains auteurs comme Joannovics et Pick, Paton et Goodall, etc., ne considèrent pas le rôle hémolysant de la rate comme important et pensent que le foie est ici au premier plan; pourtant on ne saurait douter, à l'heure actuelle, de la fonction martiale de la rate.

Le fer contenu dans le foie comprend une grande partie du fer de réserve comme la ferrine de Dastre et Floresco et aussi du fer nucléinien (Spitzer, Macallum), décelable d'ailleurs histologiquement, comme l'hépatine de Zaleski et la ferratine de Schmiedeberg. C'est un fait bien connu que le foie d'animaux inférieurs dépourvus de sang hémoglobique, comme les Céphalopodes par exemple, est encore riche en fer. Mais le foie joue sans doute en plus un rôle important dans le métabolisme du fer hématique comme le prouvent les expériences de Kunkel et de Gléotte, qui en anémiant les animaux par une nourriture pauvre en fer, ont constaté l'appauvrissement en fer du foie. En maintenant les animaux au sortir


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de la période de l'allaitement à des nourritures pauvres en fer, Bunge a pu provoquer l'anémie alimentaire. Dans ces expériences, il est certain qu'il y a des rapports intimes entre le fer de réserve du foie et le manque de fer hématique du sang d'une part, et entre la pauvreté en fer alimentaire et la détérioration de la fonction rénovatrice du sang d'autre part. Mais cette assimilation du fer est tout à fait distincte de l'emmagasinement du pigment ferrugineux consécutif à la destruction des hématies dans l'organisme. C'est ici que le rôle hémolytique de la rate apparaît.

Par le dosage du fer éliminé par l'animal normal ou splénectomisé, et intoxiqué par la pyrodine, Asher et son école ont constaté que l'élimination chez le splénectomisé est toujours supérieure à ce qu'elle est chez le normal et ont ainsi démontré la fonction martiale de la rate. Parmi de nombreuses expériences semblables, celle de Chevallier est très intéressante et importante au point de vue de nos recherches. En injectant du fer soluble chez le Cobaye normal ou splénectomisé, il a divisé la sidérose en deux catégories : la sidérose macrophagique et la sidérose parenchymateuse. La sidérose macrophagique est un processus d'assimilation, tandis que la sidérose parenchymateuse est le processus d'élimination. Ce dernier se trouve dans les cellules hépatiques et dans les autres organes comme les villosités intestinales, l'épiploon, les ganglions mésentériques, les capillaires hépatiques, etc. De ses expériences il conclut que chez l'animal normal, la sidérose parenchymateuse est peu importante : c'est la sidérose macrophagique dans la rate que l'on rencontre toujours. Ce n'est qu'après la splénectomie que la sidérose dans les cellules hépatiques et dans les autres organes entre en jeu.

Nos observations concordent avec celles de Chevallier : la lésion hémolytique se trouve toujours dans la rate chez nos Cobayes. Le pigment phagocyté dans le cytoplasma de la cellule de Kupffer est beaucoup moindre, même dans les cas les plus graves. La rate inondée de sang augmente énormément de volume et de poids. Son poids atteint 4 g., 5, lorsque l'infection n'est pas" surajoutée. Dans ce dernier cas, le poids augmente davantage et atteint même 8 grammes. Si l'anémie est modérée, le processus érythropoïétique n'est qu'ébauché, mais l'érythrophagie et la sidérose sont très actives. Tous les sinus distendus par le sang et les cordons de Billroth sont

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bourrés de cellules pigmentaires. Sur la coupe fixée par l'acide osmique nous avons vu des cellules dont le cytoplasma contient des fragments d'hématie, du pigment ferrugineux et des gouttelettes graisseuses noires. L'élaboration des gouttelettes graisseuses par la cellule érythrophagique est particulièrement intéressante, parce qu'il s'agit là de la digestion des lipoïdes du stroma. Elle concorde avec l'expérience de Kusomoto que nous avons citée plus haut sur l'augmentation d'excrétion de cholestérine biliaire.

Le pigment se trouve dans des cellules à noyau pâle, vésiculeux, qui sont libres dans la lumière des sinus, ou se voient dans les cordons de Billroth. Lorsque le protoplasma est rempli par le pigment, le noyau devient pycnotique ou disparaît. Quant à la phagocytose de la cellule endothéliale des sinus, nous ne l'avons jamais vue.

A ce propos, Eppinger signale une observation très intéressante. En se servant de la réaction du fer, il a vu que les fibres grillagées de la pulpe étaient incrustées de pigments. Sur la coupe d'une rate de Cobaye traitée par la méthode de Hall, nous avons aussi vu que les fibres circulaires de Henle et les filaments anastomosants des cellules réticulaires de la pulpe sont régulièrement imprégnés de pigment ferrugineux formant des points bleus de grandeur égale et rangés avec une grande régularité. Nous avons pu, ici, apercevoir d'une manière très démonstrative la disposition du système des fibres grillagées. Dans cette rate la sidérose était très intense, et néanmoins, on ne voyait pas de pigment dans les macrophages. La régularité de cette disposition tient peut-être à la propriété des fibres grillagées d'être imprégnées par les métaux lourds.

Dans l'anatomie pathologique humaine, il est presque la règle de trouver une sidérose considérable des cellules hépatiques chez les malades morts d'anémie pernicieuse. Nous avons été étonné de voir que la sidérose hépatique chez nos Cobayes était toujours moindre que celle de la rate. Elle est presque limitée aux cellules de Kupffer d'ailleurs peu nombreuses. La lésion hémolytique du foie se présente à un degré beaucoup plus accentué lorsqu'on splénectomise et intoxique le Cobaye par la phénylhydrazine. La rate du Cobaye a donc une fonction particulière dans la libération et dans l'emmagasinement des pigments hématiques. En concordance avec l'expé-


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rience de Chevallier, nous n'avons pas vu l'érythrophagie ou la sidérose dans les ganglions lymphatiques mésentériques.

Enfin nous considérerons le mécanisme de l'hémolyse dans les organes. Certains auteurs, admettant que la phénylhydrazine et la toluylènediamine n'hémolysent pas dans la circulation, ont fait intervenir des substances hémolytiques fabriquées in vivo pour expliquer la déglobulisation due à l'intoxication. L'accélération de l'érythropoïèse par la transfusion du sang a conduit Itami. puis Kepinow (1911) à des expériences d'injection de lipoïdes préparés avec du sang laqué sur les animaux saignés. Ces deux auteurs sont arrivés à la même conclusion : les lipoïdes des hématies auraient une propriété érythropoïétique puissante. Mais comme le stroma de l'hématie se compose de lipoïdes antagonistes, lécithine et cholestérine, et comme ces auteurs se sont servis des lipoïdes d'hématie in toto, malgré l'intérêt de leur expérience, leur conclusion ne semble pas décisive.

Pour élucider le rôle des corps gras dans l'hémolyse, Joannovics et Pick, Mohr et Freund, Maidorn (1912) etc., se demandèrent s'il existait un rapport entre le foie stéatosé et l'hémolyse, et conclurent qu'il existait dans le foie de l'animal intoxiqué par la toluylènediamine une substance détruisant les hématies par la méthode de l'autolyse in vitro.

La question de la substance hémolytique semble avoir été transportée des organes au sang dans ces dernières années. Brinkmann (1922) a préparé deux extraits d'hématies desséchées premièrement par l'éther de pétrole, puis deuxièmement par le trichlorméthane. Le premier extrait contient de la cholestérole, le second de la lécithine. Cet extrait de lécithine évaporé et suspendu dans le sérum physiologique possède une propriété hémolytique qui est empêchée par l'addition du premier extrait. Puis il a essayé de détruire le rapport qui existe dans l'organisme entre la cholestérine et l'acide gras (le coefficient lipocytique) pour provoquer l'anémie. Il a injecté de la lécithine au Lapin nourri avec des aliments sans cholestérine (sans avoine). L'hémoglobinurie et l'hémoglobinémie a eu lieu et l'animal a manifesté tous les symptômes de l'anémie pernicieuse, dont il se guérit par la nourriture à l'avoine. Bloor (1925) a identifié les lipoïdes qui se trouvent dans le plasma sanguin chez le Chien


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fortement anémié par la saignée répétée. Il a constaté une augmentation forte d'acides gras non saturés et aussi une augmentation de la lécithine. Il conclut de là que les globules rouges jouant un rôle dans certaines phases du métabolisme des graisses, l'augmentation des acides gras non saturés dans le sang est peut-être liée à la diminution des globules.

Il est très vraisemblable que l'acide gras fabriqué par la destruction des hématies se trouve dans le sang dans l'anémie par intoxication. Quant à l'action du poison qui lèse l'hématie pour la faire phagocyter dans la rate, il est très difficile de l'expliquer. La modification de la résistance globulaire ne semble pas être suffisante par elle-même pour expliquer la phagocytose. Car la résistance est abaissée par la toluylènediamine (Vast) tandis qu'elle est élevée par la phénylhydrazine (Itami et Pratt).

Érythropoïèse extramédullaire. — 1° Dans la rate. Depuis les premières expériences de Dominici en 1901, la fonction myéloïde de la pulpe de la rate à l'état pathologique n'est plus discutable. Chez le Cobaye, par l'intoxication lente avec la phénylhydrazine, l'érythropoïèse dans la rate est une réaction des plus faciles à susciter. L'érythropoïèse extra-médullaire s'est montrée chez nos Cobayes en même temps que la suractivité de la moelle.

L'augmentation énorme du poids de la rate, dont une grande partie est due à la congestion pulpaire intense aboutissant parfois à des hémorragies multiples de la pulpe, est aussi imputable à une véritable hyperplasie fonctionnelle.

Quand on intoxique le Cobaye modérément, avec moins de 50 milligrammes, par exemple, dans l'espace de deux semaines, l'érythropoïèse est à peine prononcée. On voit dans les cordons, par place, quelques petits groupes de myéloblastes avec de rares myélocytes éosinophiles. Très rarement, on aperçoit un mégacaryocyte dans la lumière d'un sinus. Si l'intoxication a été faite avec plus d'intensité, le tissu myéloïde ainsi ébauché dans la pulpe évolue et transforme complètement l'aspect histologique de l'organe. La distension énorme des sinus par le sang fait rompre parfois la paroi endothéliale et la topographie devient méconnaissable. On peut choisir des points favorables pour l'observation. Alors on loca-


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lise le cordon de Billroth lymphoïde, très épais et le sinus sanguin rouge qui est aussi riche en éléments cellulaires. Les cellules qui prédominent dans les cordons sont des myéloblastes et des mégaloblastes de forme absolument semblable à ceux qu'on trouvé dans la moelle osseuse. Ces éléments myéloïdes sont en mitose très active; les figures caryocinétiques se trouvent dans presque tous les champs microscopiques. Mélangés à ces cellules, les myélocytes 1 éosinophiles s'assemblent en petits groupes, mais leur nombre est loin d'être important. Nous n'avons jamais vu la fabrication de leucocytes. Quelques mégacaryocytes se trouvent disséminés dans les cordons et dans la lumière des sinus; rarement ils se présentent en mitose multipolaire. On trouve disséminés dans ces amas un certain nombre de normoblastes à noyau pycnotique et à protoplasma acidophile. Mais leur nombre est beaucoup moindre ici que dans les sinus. Dans les sinus prédominent les mégaloblastes avec des mitoses; les normoblastes et les hématies avec reste nucléaire existent aussi en grand nombre. Les myéloblastes sont ici plus rares. On trouve toutes les phases intermédiaires entre le mégaloblaste et l'hématie à corps de Jolly.

2° Dans le foie. Chez les Cobayes qui gardèrent le taux globulaire au-dessus de 3 millions, on ne trouve pas dans le foie d'éléments myéloïdes. Tout au plus peut-on voir de rares mégaloblastes et normoblastes discrets dans la lumière des capillaires radiés; mais la présence de ces cellules ne suffit pas pour parler d'une érythropoïèse intra-hépatique. C'est quand l'anémie a atteint son degré le plus grave qu'on observe de véritables nids globulo-formateurs dans le parenchyme hépatique. Le nid se trouve tantôt dans la lumière du capillaire inter-trabéculaire, tantôt entre les cellules glandulaires. Dans le premier cas, les cellules endothéliales des capillaires avec leur protoplasma étoile et anastomosé forment une paroi protectrice autour de l'îlot sanguin. Dans le second cas, les éléments de l'îlot sont entourés par des cellules glandulaires nues, sans aucun autre élément. Ce sont les mêmes aspects qu'on voit dans le foie embryonnaire. Les nids globulo-formateurs se colorent vivement, contrairement aux cellules glandulaires mal colorables. Les cellules glandulaires, plus ou moins dégénérées, sont lésées davantage au niveau des îlots. Jolly et Saragea ont supposé que, au


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moment actif de l'érythropoïèse embryonnaire, une partie des cellules hépatiques sert de cellules nourricières aux éléments sanguins. S'il en est ainsi, les éléments myéloïdes évoluent en partie aux dépens des cellules voisines. La désintégration des cellules glandulaires apparaît parfois à leur contact. Tantôt les myéloblastes et les mégaloblastes prédominent, tantôt ce sont les normoblastes à noyau pycnotique. Les myéloblastes et les mégaloblastes montrent des mitoses. De rares mégacaryocytes et un petit nombre de myélocytes éosinophiles se trouvent aussi disséminés dans ces groupements cellulaires. On ne voit ici encore aucune fabrication de leucocytes. Nous avons observé quelques éléments nryéloïdes, même en mitose, dans la lumière de l'artère hépatique péri-portale.

3° Dans le rein. L'érythropoïèse post-embryonnaire est très rare dans le rein. En étudiant les reins des anémies pernicieuses, Paszkiewicz (1908) ne signale que de la sidérose corticale et de la fibrose médullaire dans les cas les plus graves et les plus longs. Dans le tissu conjonctif du hile du rein dans l'anémie pseudo-leucémique infantile, Tanaka (1912) a vu la métaplasie myéloïde. Cependant, dans la leucémie myéloïde, la transformation myéloïde du rein n'est pas rare. C'est aussi le cas dans la leucose myéloïde transmissible de Ellermann. En outre, elle est signalée maintes fois dans la syphilis congénitale (Swart, Richard, Bloch, etc.).

Expérimentalement, Matsunaga (1918) a essayé chez le Lapin, la transplantation du tissu de la moelle osseuse dans le tissu conjonctif du hile, mais il n'a pas réussi. Chez le Lapin, par la ligature des gros vaisseaux du hile du rein, Maximoff (1907) a pu provoquer des métaplasies osseuses et myéloïdes dans le tissu interstitiel au niveau des papilles. Au début, l'ébauche des éléments myéloïdes se développe dans la lumière des veines et des capillaires, puis ces éléments se trouvent aussi extra-vasculaires. Mais deux mois après l'opération, entourée du tissu osseux néoformé, on trouve de la moelle avec tous ses éléments évolutifs.

Pourtant, en ce qui concerne l'anémie expérimentale par intoxication, jusqu'ici, à notre connaissance, l'érythropoïèse n'a pas encore été signalée dans le rein. Dans nos expériences, il est aussi très difficile d'obtenir la métaplasie myéloïde dans le rein. On ne


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voit, tout au plus, que de rares normoblastes disséminés dans la lumière des capillaires intertubulaires. Cependant, nous avons observé un cas où l'érythropoïèse existait d'une manière frappante dans la corticale du rein (Cobaye n° 12; voir tableau IV).

Dans la corticale du rein de ce Cobaye, plusieurs groupements cellulaires se trouvent entre les tubes contournés ou les segments intermédiaires. Ces groupements prennent une couleur vive au sein du parenchyme dégénéré se colorant mal. Ils se trouvent toujours en dehors des capillaires, entre les tubes urinifères. Tout autour de la paroi, les éléments médullaires serrés les uns contre les autres forment un îlot cellulaire dense. Les éléments qui constituent l'îlot sont des myéloblastes, des mégaloblastes et des normoblastes. La mitose est active. Contrairement aux foyers érythropoïétiques dans les autres organes, nous avons trouvé des myélocytes éosinophiles en quantité appréciable. Quelques petits îlots sont constitués surtout par les myélocytes. Dans la lumière des capillaires avoisinants on voit des hématies nucléées et des globules avec reste nucléaire. Ainsi, on peut donc quelquefois susciter l'érythropoïèse embryonnaire dans le rein.

Lésions dégénératives parenchymateuses. — Les cellules hépatiques sont atteintes de dégénérescence granuleuse dans le cours de l'intoxication. Elles se présentent hyperchromiques et grossièrement granuleuses. Le noyau est condensé et ne montre guère de structure. Dans le cas le plus grave, la région péri-portale est plus atteinte, on y aperçoit des rangées de cellules dégénérées en disposition radiée. Dans le cas où l'érythropoïèse est très intense, plusieurs lobules sont nécrosés totalement ou en partie. Le rein est aussi atteint de néphrite glomérulo-tubulaire avec cylindres hyalins ou épithéliaux. Mais la lésion des organes qui nous intéresse surtout ici est la cirrhose biliaire du foie.

Cirrhose biliaire. Dans les stades précoces de l'intoxication, les canaux biliaires sont dilatés et hyperplasiés. Les cellules cylindriques ont augmenté de hauteur. Cette hyperplasie des canaux est accompagnée d'une réaction lympho-conjonctive autour d'eux. Mais dans les cas graves, la cirrhose biliaire est très intense avec hyperplasie énorme des canaux et néoformation canaliculaire. La


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cirrhose est constituée par de jeunes cellules conjonctives, des lymphocytes et des plasmocytes. Peu à peu, les fibres conjonctives envahissent le parenchyme du lobule dont les cellules glandulaires avoisinantes sont en dégénérescence. Les canaux préexistants sont distendus considérablement et les cellules cylindriques forment une villosité ou une excroissance papillomateuse faisant saillie dans la lumière du canal parfois dilaté. Les canalicules néoformés sont nombreux. La plupart ne sont constitués que par un petit nombre de cellules cubiques ou cylindriques dont le protoplasma se colore en bleu pâle. On n'y trouve pas de lumière bien nette. Nous avons vu deux fois la formation de grands abcès biliaires ascendants dont la paroi était formée de tissu nécrotique inflammatoire avec plusieurs canaux biliaires hyperplasiés et sinueux. La vésicule biliaire, à l'autopsie, est toujours distendue de bile fluide. La muqueuse de la vésicule est tantôt hyperplasiée, tantôt nécrosée et desquamée. La paroi conjonctivo-musculaire se trouve aussi épaissie. Dans le protoplasma des cellules cylindriques on trouve des leucocytes polynucléaires inclus. Mais dans aucun cas, nous n'avons vu l'obstruction du système biliaire.

Pour éclaircir le mécanisme de production de la cirrhose biliaire constamment trouvée chez nos Cobayes, nous serions forcément obligés d'envisager l'influence exercée par l'hémolyse et par la splénectomie sur la biligénie ainsi que la question de l'élimination du poison par la voie biliaire. Mais nous ne pouvons pas entrer dans cette question. Signalons seulement qu'il y a très vraisemblablement un rapport intime entre la sécrétion biliaire et l'hémolyse par intoxication. Nous n'avons jamais vu l'ictère chez nos Cobayes.

III. — RÉSULTATS OBTENUS CHEZ LES NOUVEAU-NÉS

Dans l'expérience où il a injecté du sang d'Anguille à des Cobayes femelles en gestation, proche du terme, Delamare a vu, chez des petits rejetés morts, des lésions hémorragiques viscérales et péritonéales avec laquage du sang. La mère eut. des symptômes aigus de paraplégie et succomba au bout de quelques jours. Nous avons eu aussi un cas semblable dans une portée; mais la mère ne mani-


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festa aucun symptôme grave; 3 sur 5 petits d'une portée, avortés prématurément et morts, montraient un gros caillot hémorragique dans la cavité péritonéale. Un de ces trois petits présentait aussi un foyer hémorragique dans le parenchyme hépatique.

A. — MODIFICATIONS DU SANG.

Jolly a montré que chez certains Mammifères, comme le Rat, chez lesquels la durée de la vie intra-utérine est très courte et le nombre des hématies énormes chez l'adulte, le taux globulaire normal n'est atteint qu'au bout d'un certain temps après la naissance. Ici, le taux globulaire et la teneur en hémoglobine des nouveau-nés sont toujours plus élevés que chez l'adulte. Chez l'Homme, les chiffres forts que l'on trouve à la naissance diminuent graduellement dès les premières tétées pour atteindre le chiffre normal du dixième au quatorzième jour. C'est aussi le cas chez le Cobaye nouveau-né. Cette polycythémie est due surtout à la concentration globulaire. La haute teneur en hémoglobine peut être attribuée aussi à la concentration des hématies dans le sang.

1° Nombre des hématies. La différence entre le nouveau-né et la mère anémique est ici frappante. Dans une portée normale, par exemple, nous avons compté 4,8 millions chez la mère et 5,5 millions chez le petit le jour de la naissance, et chez le petit issu d'une mère anémique nous n'avons jamais trouvé de diminution du nombre des globules. En voici un exemple dans le tableau X.

TABLEAU X.

HÉMATIES NOBMOBLASTES HÉMOGLOBINE

mère. petit. mère. petit. mère. petit.

Cobaye n° 11. 2 984 000 5 280 000 250 28

— n° 10. 3 472 000 7 544 000 200 — 5,5 9,0

La numération du sang chez le petit a été faite avec le sang du coeur le jour de la naissance, et chez la mère avec le sang de l'oreille le jour de la mise bas.

D'après ces numérations, nous voyons que chez les petits issus d'une mère anémiée et dont la gestation n'a pas été interrompue


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par l'intoxication, les globules rouges ne diminuent pas. Le sang du nouveau-né se comporte d'une façon absolument indépendante dans la vie intra-utérine.

2° État du sang sur les préparations hisiologiques. On ne voit aucune modification importante des hématies chez les petits, tandis que chez la mère l'altération sanguine est très intense. Les hématies des petits sont parfaitement régulières dans le liquide de Marcano, elles ne montrent aucune granulation réfringente dans le milieu acétique. Sur les frottis colorés, on voit de rares noyaux d'hématies libres et le nombre des normoblastes est peu important comme chez le nouveau-né normal. Tout au plus, l'anisocytose est-elle un peu plus accentuée qu'à l'état normal. Le sang, sur les frottis colorés, ne présente aucune trace d'anémie, alors que dans le sang de la mère ces signes anémiques sont absolument indiscutables.

L'anémie maternelle n'a donc pas retenti sur le sang du nouveau-né. L'organisme foetal est ainsi parfaitement à l'abri du processus anémique qui a eu lieu dans l'organisme maternel pendant la gestation. D'après les faits cliniques connus chez l'Homme, l'hérédité exerce son influence sur l'apparition des anémies infantiles, mais elle ne semble pas pourtant causer une anémie congénitale. Toutefois, d'après les analyses de fer qui ont été faites chez des hérédo-syphilitiques, le foie contiendrait ici beaucoup moins de fer que chez les enfants non syphilitiques nés à terme; le développement de l'anémie pourrait donc être préparé dans certains cas par une lésions héréditaire. Nous devons donc chercher à voir s'il existe de pareilles tares congénitales dans les organes de nos Cobayes nouveau-nés.

B. — MODIFICATIONS DES ORGANES

HÉMATOPOÏÉTIQUES.

Contrairement à notre attente, chez tous les petits vivante issus de mères anémiques, sacrifiés le jour de la naissance, nous n'avons jamais vu aucune modification hématopoïétique ni dans la rate ni dans le foie. On ne trouve dans la rate aucun myéloblaste ni myélocyte. L'existence d'une quantité infime de normoblastes et de mégaloblastes dans la pulpe est un fait qui est loin d'être


HÉMATOPOÏÉTIQUES DANS L'ANÉMIE TOXIQUE MATERNELLE. 203

anormal. L'hématopoïèse foetale dans la rate a déjà, comme chez le nouveau-né normal, presque disparu.

Dans la lumière des capillaires radiés du foie on observe quelquefois de petits amas de normoblastes formés de 4 à 5 cellules tout au plus. Ces normoblastes ont leur noyau fortement pycnotique et le protoplasma est acidophile. Sauf chez le petit rejeté mort prématurément, on ne voit guère de mégaloblastes. Il n'y a aucun signe d'activité proliférative. En inoculant du bacille d'Eberth. à la femelle pleine, quinze à vingt-quatre heures avant terme, Nattan-Larrier a vu dans le foie du Cobaye nouveau-né une réactivation de l'érythropoïèse accompagnée de figures nombreuses de caryocinèse des érythroblastes et présence de myélocytes basophiles (myéloblastes). Nous n'avons jamais rien vu de semblable dans nos expériences. Le nouveau-né n'a donc pas présenté d'érythropoïèse extra-médullaire comme l'organisme maternel.

Les lésions que nous avons trouvées chez les petits sont des signes d'hémolyse dans la rate et la dégénérescence du foie.

Rate. La rate du Cobaye le jour de la naissance est encore en voie d'évolution et la structure définitive n'est pas encore achevée. On y trouve encore une petite quantité de normoblastes et de mégacaryocytes; l'ébauche des corpuscules de Malpighi ne présente pas encore de centre germinatif. La différenciation inachevée des cellules endothéliales des sinus gêne l'orientation.

Dans la rate des petits issus des mères anémiques, nous avons toujours constaté la différenciation structurale de la pulpe beaucoup plus accusée qu'à l'état normal et de plus une activité hémolytique considérable.

Sur les coupes fixées par le bichromate acétique de Telly dans lesquelles les hématies ont disparu par dissolution, les sinus restent visibles avec leur lumière largement béante. Mais sur les coupes fixées au, bichromate-formol sublimé de Helly on voit que le système de sinus est complètement dilaté par la congestion. Entre les sinus qui le bordent, le cordon lymphoïde est épais et riche en lymphocytes et en mononucléaires avec des cellules réticulo-endothéliales qui se gonflent en plusieurs endroits pour s'isoler vers la lumière du sinus. En s'adressant à une coupe favorable on peut mettre en évidence une réaction du.fer considérable. Le sinus est


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comblé de cellules érythrophagiques et sidérosiques. Une réaction semblable a été observée par Nattan-Larrier qui, en infectant des Cobayes femelles pleines avec du pneumocoque, a vu dans la rate des nouveau-nés une réaction massive des macrophages avec une destruction des hématies. La rate des nouveau-nés issus de mères anémiques ne présente donc comme unique altération que des phénomènes d'hémolyse.

Foie. Chez les Mammifères, le foie du foetus et du nouveau-né présente une surcharge graisseuse qui prédomine dans la partie périphérique du lobule. Cette graisse va en diminuant journellement pour disparaître enfin complètement. Gley la signale comme une réserve. D'après Nattan-Larrier et Mlle Deflandre, cette réserve de graisse coexiste avec des réserves glycogéniques. Dans nos observations chez le Cobaye nouveau-né témoin, la graisse est déjà très diminuée au bout de deux ou trois jours, et au bout de la première semaine on n'en voit plus aucune trace. La disparition commence d'abord très vite dans la zone péri-portale « la zone de fonctionnement permanent » de Noël.

Bien qu'il y ait une grande diversité dans la quantité de graisse contenue dans le foie suivant l'individu normal, même de la même portée, nous avons vu toujours une surcharge énorme dans le foie des petits issus des mères anémiques. Elle est déjà apparente macroscopiquement; à l'autopsie le foie se présente en jaune mat pur ou en jaune très légèrement rougeâtre. La consistance de l'organe est extrêmement molle, on le coupe comme un morceau de beurre. Microscopiquement le foie est constitué entièrement de cellules vacuolées. La coupe est claire dans toute l'étendue du lobule et le tissu conjonctif portai ressort en rouge. Les noyaux des cellules engraissées se colorent normalement. Bien que la quantité de graisse soit énorme le jour de la naissance chez nos petits, elle disparaît complètement au bout de quelques jours, ne laissant aucune trace de granulation graisseuse dans la cellule glandulaire. Il s'agit alors de l'exagération du processus normal de la stéatose hépatique dans la vie intra-utérine.

Mais il y a une autre lésion cellulaire plus importante dans le foie. Il s'agit de la dégénérescence granuleuse des cellules hépatiques disséminées dans le lobule. Le noyau et le protoplasma se colorent


HEMATOPOÏÉTIQUES DANS L' ANÉMIE TOXIQUE MATERNELLE. 205

intensément. La disposition chromatinienne n'est plus décelable, le protoplasma est grossièrement granuleux. On ne peut mettre aucune mitochondrie en évidence dans ces cellules ; elles se colorent en noir diffus par l'hématoxyline au fer.

Le foie étant le premier organe qui reçoit le sang maternel il sera atteint le premier si un agent pathogénique quelconque se trouve dans le sang. La dégénérescence granuleuse des cellules hépatiques nous fait soupçonner l'existence du poison dans le sang. Cette dégénérescence est encore décelable chez les petits au bout de quelques jours après la naissance. C'est cette tare congénitale hépatique qui vraisemblablement est la cause de la mauvaise croissance du nouveau-né comme nous l'indiquerons plus loin. Chez un nouveau-né humain mort issu d'une mère diabétique, Charrin et Delamare ont trouvé une lésion hépatique et des modifications des globules rouges; ils ont trouvé des lésions semblables chez la mère. En injectant du sérum d'éclamptiques aux animaux, ces auteurs ont vu qu'il altère le foie et le sang chez les rejetons.

En plus de la lésion dégénérative, nous avons vu aussi une légère hyperplasie des canaux biliaires. La vésicule biliaire était fortement distendue de bile chez les petits. De nombreuses expériences nous font penser qu'il existe ici une hypersécrétion biliaire par suite de l'hémolyse in vivo (Stadelmann, Pilzecker, Afanasiew, Miniowski, Frerichs, Nothnagel, Hermann, Landois, Tarchanoff).

La sidérose existe dans la lumière des capillaires du foie, mais son importance est beaucoup moins grande que dans la rate.

C. — CROISSANCE.

Il est généralement admis que les enfants nés de mères malades, atteintes de maladies chroniques les plus diverses, sont mis au monde débiles. Ils croissent mal, manifestent des tares congénitales : rachitisme, cachexie, etc. En injectant des toxines soit de pyocyanique, soit de tuberculose, à des Lapines pleines, Charrin et Delamare ont pu produire des petits présentant des malformations osseuses. Dans une portée injectée avec la toxine tuberculeuse, ils ont constaté la lenteur de la croissance. A cinq mois, le


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poids des petits oscille entre 450 et 600 grammes tandis qu'il aurait dû atteindre 1 200 grammes, à l'état normal.

Le Cobaye nouveau-né normal, dès le début de l'allaitement, s'accroît régulièrement tous les jours. Pour nos petits issus de mères anémiques, il fallut les nourrir au sein des mères encore anémiques. Par conséquent, une partie au moins des causes de la mauvaise croissance peut être attribuée au mauvais lait.

Nous donnerons comme exemple le Cobaye n° 11 qui mit au monde 6 petits à un moment où le taux globulaire maternel était de 3 millions, 3 avec 6 gr., 75 d'hémoglobine. Un de ces petits est mort à la naissance, un autre était mal venu. Nous avons poursuivi la courbe du poids, chez 2 des 3 survivants. Ces deux petits ne présentèrent aucun changement de poids pendant la première semaine de la vie. La petite femelle commença à croître à partir de la deuxième semaine, mais très lentement. Elle n'augmenta de poids que de 110 grammes en neuf semaines environ; chez un petit normal, cette augmentation aurait été atteinte en trois semaines. Chez ces deux petits dont l'un fut sacrifié au bout de la première semaine et l'autre au bout du soixante et unième jour, nous avons vu la rate hyperémique et légèrement sidérosique et le foie dégénéré. La lésion hépatique fut plus marquée chez la petite femelle qui garda un aspect infantile. Dans le foie de cet animal, sacrifié au bout de deux mois, nous avons vu des foyers nécrotiques d'une étendue relativement assez grande avec épaississement local de la capsule et développement du tissu conjonctif péri-portal (cirrhose biliaire). Nous avons aussi remarqué des cellules pigmentaires jaunes sous la capsule.

IV. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Comme nous l'avons vu, les lésions anémiques maternelles ne sont reproduites qu'en partie chez les petits. Les altérations sanguines très intenses de la mère ne retentissent pas sur le sang du descendant. L'érythropoïèse extra-médullaire n'est jamais excitée dans l'organisme du nouveau-né, tandis qu'elle se voit bien chez la mère. Les faits ne concordent que dans la rate hémolytique et le foie dégénéré; les lésions que nous avons trouvées chez les petits


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sont tout à fait superposables à celles que nous avons pu provoquer chez le Cobaye normal par l'intoxication avec des poisons du sang dont la toxicité est faible.

Passage placentaire du poison. Depuis les expériences anciennes de Brauell et Davaine (1857) sur la bactéridie charbonneuse, on a cru pendant longtemps que la circulation foetale était tout à fait indépendante de celle de la mère et que le placenta était interposé entre deux circulations comme une barrière absolument infranchissable aux corps étrangers. Mais, depuis, on a rassemblé de nombreuses preuves du passage à travers le placenta dans les deux sens (materno-foetal et foeto-maternel) des corps les plus variés : corps gazeux comme l'oxygène, oxyde de carbone, substances colorantes comme le carmin; substances minérales comme le plomb, le phosphore, le fer; corps organiques comme le chloroforme, la morphine; et aussi des bacilles comme le pneumocoque, le bacille typhique et des parasites comme les spirochètes de la syphilis et de la fièvre récurrente, le Schistosoma japonicum, les Ankylostomes, etc.

Ainsi le placenta laisse passer les agents pathogènes les plus variés. Chez nos petits issus de mères anémiques, nous avons vu constamment l'hémolyse toxique dans la rate. Nous pouvons donc incriminer le poison maternel comme cause de cette lésion.

Mais ici une question se pose. Si le placenta laisse passer le fer, le fer contenu dans les macrophages de la rate du petit ne proviendrait-il pas du sang maternel? En injectant du fer soluble dans le péritoine du Cobaye gravide, Lachowski (1923) à vu que le foie et le rein de la mère et du foetus n'ont pas montré de fer décelable, pas plus du reste que la rate de la mère. La rate du foetus au contraire en a montré en assez grande quantité. De là, il conclut que « la totalité du fer injecté a été en quelque sorte appelée vers le placenta d'où elle passe dans l'organisme foetal ». Il a vu aussi que le fer est très nettement localisé dans le placenta au centre des lobules autour des vaisseaux foetaux efférents. Dans nos expériences, le fer libéré par l'hémolyse s'est accumulé dans la rate de la mère et il n'y a pas eu d'hémoglobinémie chez elle. A l'état normal, le fer embryotrophique, c'est-à-dire celui que le foetus soustrait à la mère, ne se trouve jamais sous l'aspect de pigment ferrugineux


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inclus dans les macrophages de la rate chez le nouveau-né. Par conséquent, la sidérose splénique que nous avons trouvée ne paraît pas imputable au fer de la mère. Il est plus vraisemblable que cefer est dû à l'hémolyse produite dans l'organisme foetal lui-même par le poison. Et du reste, le foie est toujours touché.

Nature du poison. Quel poison a passé dans le placenta? Deux éventualités paraissent possibles : 1° le poison injecté à la mère, le chlorhydrate de phénylhydrazine dans notre cas, passe directement de la mère au foetus; 2° un corps hémolytique fabriqué au cours de l'hémolyse dans l'organisme de la mère, très vraisemblablement des acides gras, franchit le placenta.

Par l'analyse du sang de la mère et du foetus, Slemons et Standes (1923) ont vu une indépendance absolue du métabolisme des graisses et aussi de la lécithine entre les deux êtres. Le sang de la mère est toujours beaucoup plus riche en graisse et aussi en lécithine que celui du foetus. Ces auteurs citent une très intéressante expérience de Gage et Gage qui, après l'injection de Soudan III au Cobaye gravide, n'ont vu aucune trace de colorant dans l'organisme du foetus.

L'hypothèse d'un corps hémolytique produit secondairement dans l'organisme maternel avec pénétration à travers le placenta est donc peu vraisemblable. Il est beaucoup plus probable que le poison injecté à la mère a passé directement dans le foetus.

Pourquoi l'anémie n'a-t-elle pas lieu chez le foetus? — Si le poison hémolytique a véritablement pénétré dans l'organisme foetal, pourquoi n'hémolyse-t-il pas au même titre que celui de la mère le sang du foetus, et pourquoi n'abaisse-t-il pas le taux globulaire du nouveau-né? Ici, il faut considérer la dose du poison qui a franchi le placenta, et aussi la fonction hémopoïétique foetale. Nous avons pu prouver qu'un poison, comme la toluylènediamine, produit l'hémolyse dans l'organisme du Cobaye, mais qu'il est insuffisant pour le rendre vraiment anémique. Aussi pouvons-nous penser que si l'anémie maternelle, dans nos expériences, a retenti sur le foetus, l'hémolyse foetale n'a pas été suffisante pour rendre chez lui le sang anémique.

Il est probable que si le foetus n'est pas devenu anémique, c'est


HÉMATOPOÏÉTIQUES DANS L'ANÉMIE TOXIQUE MATERNELLE. 209

d'une part que la substance toxique ne l'a touché que beaucoup inoins que la mère, que, de plus, l'activité plus grande de ses tissus hématopoïétiques a compensé plus facilement la perte de globules causée par la destruction hémolytique, et qu'enfin l'organisme maternel, qui a fixé la plus grande partie du poison, a protégé le foetus contre les effets de l'intoxication.

RÉSUMÉ.

1° On peut produire chez le Cobaye une anémie grave par l'injection de chlorhydrate de phénylhydrazine purifié par lavage à l'alcool absolu.

2° Si on se sert d'une solution de carbonate de soude comme milieu solvant du poison, on peut dans une large mesure éviter la surcharge graisseuse du foie et les troubles digestifs.

3° Par ce procédé, on peut provoquer, chez le Cobaye, non seulement des symptômes sanguins d'anémie pernicieuse, mais encore une érythropoïèse extra-médullaire considérable dans la rate, dans le foie et dans le rein.

4° Le sang du Cobaye nouveau-né issu d'une mère anémique ne montre aucun signe d'anémie. Il n'y a non plus aucune métaplasie érythropoïétique dans l'organisme des descendants. Mais on trouve toujours des destructions globulaires dans les organes.

5° Le foie est toujours touché. La débilité et le mauvais état de la croissance sont imputables aux phénomènes de dégénérescence hépatique.

(Travail du laboratoire d'Histophysiolcgie du Collège de France.)

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Explication de la planche IV.

FIG. I. — Sang de Cobaye (n° 12); femelle pleine, anémiée avec le chlorhydrate de phénylhydrazine dissous dans la solution de carbonate de soude (Tableaux 4 et 6). Fixation par le May-Grümvald, coloration par le Tribondeau. Nombre des hématies : 2 880 000.

FIG. II. — Même animal, même technique. Nombre des hématies : 3 050 000.

FIG. III. — Même animal. Sang fixé aux vapeurs osrniques et coloré par le May-Grünvald-Tribondeau. Nombre des hématies : 2 870 000.

1. Mégaloblaste en mitose; 2. normoblaste; 3. mégaloblaste à protoplasma basophile en mitose; 4. mégacaryocyte avec inclusion d'hématie; 5. normoblaste basophile; 6. hématie à ponctuation basophile; 7. polynucléaire amphophile normal.

Fig. IV. — Sang de Cobaye (n° 10); femelle splénectomisée puis anémiée par le chlorhydrate de phénylhydrazine dissous dans la solution de carbonate de soude. Fixation aux vapeurs osmiques, coloration par le May-Grünvald-Tribondeau. Nombre des hématies : 2 340 000.

FIG. V. —Même animal. Sang fixé par le May-Grünwald-Tribondeau. Nombre des hématies : 1 500 000.

1. Mégaloblaste basophile en mitose; 2. mégaloblaste immature; 3. hématie à corps de Jolly ; 4. noyau libre de normoblaste ; 5. mégaloblaste en mitose ; 6. mégaloblaste mature.

FIG. VI. — Sang de Cobaye (n° 9) ; femelle pleine, anémiée avec le chlorhydrate de phénylhydrazine dissous dans le sérum physiologique. Fixation par le May-Grünvald, coloration par le Tribondeau. Nombre des hématies : 4 780 000 (concentration globulaire du sang par déshydratation due à la diarrhée).

FIG. VIL — Même animal, même technique.

1. Formes cellulaires dégénérées; 2. normoblaste à noyau fortement pycnotique; 3. leucocyte éosinophile normal; 4. éosinophile nain; 5. Mastzelle normale; 6. Mastzelle naine; 7. hématie à corps de Jolly.

FIG. VIII. — Foie de Cobaye (n° 12) intoxiqué par le chlorhydrate de phénylhydrazine. Nombre des hématies : 3 100 000 (concentration globulaire due à l'hydropisie). Helly, Éosine-Orange-Toluidinc. On voit des îlots globulo-formateurs entre les cellules glandulaires.

1. Cellules lymphoïdes non différenciées ou myéloblastes ; 2. mégaloblastes en mitose; 3. formes évoluées de mégaloblastes.

FIG. IX. — Même coupe que dans la précédente figure. On voit ici un foyer important de normoblastes.

FIG. X. — Rein du même animal. Helly, coloration de Dominici.

1. Lumières de capillaires; 2. coupe oblique d'une artère; 3. paroi d'un tube contourné; 4. groupe de myéloblastes; 5. groupe de normoblastes; 6. mégaloblastes; 7. myélocyte éosinophile. (En dehors du champ de cette figure se trouvent des mitoses qui n'ont pu être représentées.)



Arch. d'Anat. Microscopique

TOME .XXII. — PL. IV (K. Hayashi)

FIG. X

FIG. III

FIG. IX

Bessin, del.

MASSON ET Cie ÉDITEURS.

Demoulin. sc



HEMATOPOÏETIQUES DANS L'ANEMIE TOXIQUE MATERNELLE. 215

FIG. XI. — Cobaye nouveau-né issu d'une mère intoxiquée par le chlorhydrate de phénylhydrazine pendant la gestation. Mise bas dix jours après la dernière injection où le nombre des hématies de la mère était de 3 280 000. Rate du nouveau-né recueillie le jour de la naissance. Telly, réaction, du bleu de. Prusse. Les sinus veineux sont très distendus et remplis de macrophages contenant des débris d'hématies et du pigment ferrugineux.


DÉVELOPPEMENT DE LA CORNEE CHEZ LE POULET;

RÔLE DU MÉSOSTROMA; SON IMPORTANCE GÉNÉRALE LES MEMBRANES BASALES

par E. LAGUESSE. PLANCHES V-VI.

Au cours de nos recherches sur l'origine de la fibrille conjonctive, nous avons été vivement intéressé par une figure qu'a donnée Gurwitsch dans ses Vorlesungen en 1913 (1), figure représentant une coupe de cornée d'embryon de Poulet de cinq jours. Tout l'espace compris entre les deux épithéliums antérieur et postérieur est absolument libre d'éléments cellulaires et rempli « d'épais fascicules de fibrilles (ou éventuellement de lamelles?) ». Ce serait, d'après l'auteur, un excellent exemple de développement de fibrilles conjonctives au sein d'une substance primitivement amorphe, en dehors de toute connexion avec les cellules 1, et même loin des cellules du mésenchyme, encore reléguées au delà du limbe cornéen. La facilité de se procurer un abondant matériel nous a engagé à étendre de ce côté nos recherches sur les relations génétiques des fibres avec les cellules et particulièrement avec leur chondriome. Dans ce premier mémoire nous devons pourtant nous borner à l'étude du développement général de la cornée.

Historique. — Nous nous en tiendrons, au point de vue bibliographique, aux renseignements rigoureusement indispensables à la compréhension du sujet très limité qui nous occupe.

1. Cette substance proviendrait pourtant de cellules lointaines par une sorte de sécrétion, mais l'apparition des fibrilles dans son épaisseur aurait lieu bien tardivement: elle serait donc nettement « extracellulaire ».


CHEZ LE POULET. 217

Or, lorsqu'on parcourt les travaux d'embryologie, on est étonné de voir le peu de place qu'y tient la cornée, combien son premier développement a peu intéressé les auteurs, et combien il est entouré d'obscurité.

Dans le bel atlas de Mathias Duval (2) consacré à l'embryologie du Poulet, au quatrième jour la cornée n'est encore représentée que par son épithélium antérieur, et c'est seulement à la fin du cinquième qu'on aperçoit, entre celui-ci et le cristallin, une couche de cellules mésenchymateuses. La plupart des auteurs qui se sont occupés du développement de l'oeil ne furent guère plus explicites, et s'attachèrent surtout à la formation et à l'évolution de la cupule optique, du cristallin, ou du corps vitré.

Pourtant, dès 1877, Kessler (3) est venu apporter des données précieuses sur le premier développement de la cornée. Avant de les rappeler, nous devons toutefois remonter plus haut encore, ce premier développement étant étroitement lié à l'apparition de l'ébauche plus précoce du corps vitré.

On trouvera dans la Thèse de Dejean (4) et dans le mémoire antérieur de Mawas et Magitot (5) la bibliographie touffue concernant le développement du corps vitré. N'ayant ici à nous en occuper que de façon accessoire, nous en retiendrons seulement ceci. A l'époque où, à la suite de Schöler (1848) la plupart des auteurs faisaient dériver essentiellement le corps vitré d'un bourgeon de cellules mésodermiques pénétrant de bas en haut par la fente oculaire, quelques-uns pourtant vinrent y ajouter autre chose. Ce fut, pour Koelliker notamment (1861-1879) l'existence d'une lamelle mésodermique « si mince qu'à certains endroits elle apparaît comme une simple ligne », entre l'épaississement ectodermique, première ébauche du cristallin, et la paroi distale de la vésicule oculaire primitive. Il y eut de longues polémiques sur l'existence ou la non-existence de cette lame mésodermique antérieure. Koelliker (7) ne la vit d'abord que chez les Mammifères, et la nia chez le Poulet, où pourtant Mihalcowicz (1875) croyait la voir aussi. Kessler (3) en nia l'existence : le corps vitré n'était d'ailleurs pour lui qu'un simple transsudat. Dès l'origine Remak (1848) avait dit très exactement que chez le Poulet le mésoderme s'arrête longtemps au pourtour du bord antérieur de la vésicule optique, en formant sur les coupes


218 E. LAGUESSE. - DÉVELOPPEMENT DE LA CORNÉE

un coin nettement limité 1. Mais Keibel (6) (1897), d'après ses recherches sur le Porc, vint montrer que, chez les Mammifères, il y a d'abord interruption temporaire du contact ectodermo-optique par l'interposition d'une couche cellulaire mésodermique qui disparaît bientôt, et ne sera remplacée que quelques jours plus tard par l'ébauche du vitré 2.

Quand, après Tornatola (1897), on commença à admettre l'origine ectodermique de ce corps, on revit de nouveau au même point quelque chose. Pour Van Pée notamment (1902) (8), ce quelque chose est « une sorte de membrane dense et réfringente « restant à peu près à égale distance de la paroi distale de la vésicule optique et du cristallin, et paraissant sur son pourtour « se continuer avec les cellules du mésoderme extra-oculaire ». Il la considère par conséquent comme mésodermique, et reprend ainsi à son compte la théorie de la lamelle mésoblastique, comme il l'appelle, mais en la modifiant pourtant. En effet, cette lamelle serait, à l'époque de son complet développement tout au moins, à peu près acellulaire, et formée de fibrilles, qui, en s'entre-croisant donnent à un faible grossissement « l'apparence d'une membrane ». Mais en outre on voit partir de chaque cellule de la vésicule optique un cône, prolongé par une fibrille réfringente qui vient s'insérer perpendiculairement sur cette lamelle et s'y confondre; des prolongements moins marqués viennent de l'épaississement cristallinien. Dès le début le futur vitré aurait donc en quelque sorte une double origine, mésodermique et ectodermique.

A peu près à la même époque, et indépendamment, Lenhossek (1903) 3 décrit au même point non pas à proprement parler une lamelle, mais un feutrage de fibrilles méridiennes, ce qui revient à peu près au même. Toutefois il attribue à celles-ci une origine exclu1.

exclu1. que chez les Oiseaux il ne se forme pas de tunique vasculaire du cristallin, donc pas de membrane pupillaire ou capsulo-pupillaire.

2. Sur l'embryon de Pore de quatorze jours, d'après ce travail, la vésicule optique primitive et l'ectoderme sont au contact; au quinzième le mésoderme commence à se glisser entre les deux, bientôt riche en cellules. Au cours du dix-huitième jour ces cellules deviennent moins abondantes. Sur l'embryon de dix-neuf jours le mésoderme a complètement disparu; le contact est rétabli entre l'ectoderme et la paroi antérieure de la vésicule optique primitive qui commence à se déprimer. Embryon de vinet-deux jours : apparition du corps vitré.

3. Nous ne connaissons ce travail, publié en dehors des périodiques, que par le résumé qu'en donne Szily (9).


CHEZ. LE POULET. 219

sivement ectodermique. Les cellules de l'ébauche cristallinienne encore à l'état de simple épaississement ont émis des cônes basaux (Basalkegel), s'allongeant à leur sommet en fibres radiées, bientôt ramifiées, qui, après un certain parcours, se recourbent et s'assemblent en faisceaux concentriques méridiens parallèles à la surface, d'où partent à leur tour de nouvelles fibrilles radiaires allant s'insérer sur le feuillet distal (rétine) de la cupule optique, sans jamais s'unir à ses cellules. Il en résulte pour l'auteur que cette première ébauche du corps vitré est entièrement d'origine cristallinienne; et, comme de très bonne heure elle se détache de sa matrice (Mutterboden), elle représente un syncytium fibrillaire anucléé possédant la faculté d'assimiler et de croître de lui-même, ayant en un mot une individualité propre.

Szily (9), élève de Lenhossek, n'étudie en détaille vitré que chez la Truite, et confirme simplement (Anatomischer Anzeiger, t. XXIV, p. 424) chez le Poulet et le Canard. A l'époque où l'épaississement cristallinien est déjà très marqué et commence à refouler la paroi distale de la vésicule optique primitive, il voit l'ébauche du vitré exclusivement constituée par des ponts intercellulaires allongés sous forme de minces fibrilles unissant les cellules du cristallin à celles de la future rétine, en s'anastomosant, et cloisonnant la fente qui va devenir la cavité oculaire. Il décrit de place en place des anastomoses transversales entre ces fibrilles, et c'est sur un petit parcours seulement qu'il figure en un point ces anastomoses réunies en un plan parallèle à la surface des deux organes ainsi reliés, plan qui rappelle la membrane fibrillaire si marquée de Van Pée. De plus que son maître, il admet donc une participation de la rétine à l'édification du vitré. Nous verrons qu'il élargit la question en étendant ce tissu spécial bien au delà des limites de l'oeil.

Studnicka (18), comme nous le reverrons plus loin, a longuement insisté sur cette origine du corps vitré, qu'il fait rentrer dans son mésostroma. Mais la plupart des auteurs (Mawas et Magitot notamment) ne sont pas remontés jusqu'à ce que nous considérons comme la toute première ébauche du vitré, la seule que nous rencontrerons sur notre chemin 1.

1. Renvoyons pourtant encore à la figure très suggestive donnée par Hammar dans la Normentafel de Keibel et Curt Elze (37) sur un embryon humain de 5 millimètres, et


220 E. LAGUESSE. — DÉVELOPPEMENT DE LA CORNEE

Nous pourrions donc passer outre, si nous ne nous heurtions ici à la très intéressante Thèse de Dejean (1924), bien postérieure à notre première note sur le sujet (Soc. de Biologie, Lille. S. du 16 juin 1923), mais précédée de deux notes de l'auteur parues dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences (16 et 30 juillet 1923), peu après la nôtre.

Dans ce mémoire, Dejean (4) étudie quelques très jeunes embryons (Mouton de 7 mm., 5) sur lesquels il décrit et figure, entre la vésicule optique primitive et l'épaississement cristallinien (et un peu plus tard entre le cristallin et la cupule (Rat de 6 mm.) par conséquent entre les deux « membranes basales » encore presque au contact, une mince couche peu colorable « d'une substance d'accolement », qui, d'après lui, « doit être soigneusement distinguée du corps [vitré] qui se formera ultérieurement d'elle ou du moins à son contact, mais avec une structure et une forme nouvelle en rapport avec la constitution de l'oeil... » Malgré ces restrictions nous ne pouvons guère plus hésiter à la considérer comme la première ébauche du corps vitré, qu'à considérer l'épaississement cristallinien comme l'ébauche du cristallin. Or cette substance, sur la nature de laquelle l'auteur varie un peu en différents points de son mémoire, serait « produite, au niveau des limitantes collagènes primitives, aux dépens des humeurs interstitielles répandues dans le mésoderme de la région oculaire » (p. 128). Cette « humeur vitrée » ne serait qu'une portion de la première substance fondamentale du mésenchyme, dérivant probablement en même temps que la cellule d'un syncytium primitif. Elle viendrait se coaguler au contact des deux limitantes collagènes qui l'enserrent, membranes qui auraient d'ailleurs antérieurement la même origine. Puis, dans ce coagulum précollagène, d'abord homogène, apparaîtraient de bonne heure des épaississements locaux filamenteux (fibrilles) ou lamellaires. A mesure qu'il avance dans sa description et dans le développement du corps vitré,

reproduite dans l'embryologie de Keibel et Mall (38). Entre la fossette cristallinieinne et la paroi distale à peine excavée de la cupule optique en voie de formation, on aperçoit un épais « tissu filamenteux intermédiaire » (fädiges Zwischengewebe) formé de filaments partant les uns de la rétine, les plus gros du cristallin, ceux-ci par de gros et longs cônes d'insertion, et venant se fusionner plus ou moins, à égale distance des deux, en une strate parallèle à la surface (bien marquée seulement en haut et en bas), et d'aspect analogue à celle que nous décrirons plus loin. Cette figure est tout en faveur du rôle primaire capital du cristallin soutenu par Lenhossek.


CHEZ LE POULET. 221

Dejean est de plus en plus porté à considérer la substance qui le constitue comme en partie de nouveau liquéfiée, en partie composée de fines lamelles anastomosées pouvant à leur tour contenir des fibrilles.

La bande grise étroite décrite par l'auteur au stade de la vésicule optique primitive correspond évidemment à la membrane mésoblastique de Van Pée, mais, pour Dejean, elle est complètement mésodermique, et ses filaments ne représenteraient aucunement des prolongements protoplasmiques provenant par des cônes d'insertion des cellules limitantes et reliant les deux épitliéliums.

Nous n'irons pas plus loin pour l'instant, tenant simplement à rappeler que, quelle que fût leur interprétation, la plupart des auteurs ont aperçu ici sous des formes un peu singulières et assez diverses une toute première ébauche du vitré avant la formation de la vésicule optique secondaire. Nous retrouverons bientôt cette formation, et l'on verra pourquoi nous sommes obligé de la rapprocher de la cornée primitive.

Revenons à celle-ci. Kessler (3) continuant l'étude du développement de l'oeil chez le Poulet après invagination du cristallin, trouve au-devant de celui-ci, complètement détaché, le mince feuillet ectodermique reconstitué pour former ce qu'on peut appeler dès maintenant l'épithélium antérieur de la cornée. Il semble d'abord la constituer à lui seul; mais, si l'on y regarde de plus près, on aperçoit bientôt que cet épithélium est doublé profondément par une couche sans structure, très peu colorable, que Kessler appelle cornea propria, et qu'il considère comme une exsudation de l'épithélium, comme une sorte de membrane basale. Elle apparaît, à peu près au moment où la cavité du cristallin est complètement oblitérée, sous forme d'abord d'un simple anneau périphérique au niveau du limbe, plus mince à son contour interne qu'à son contour externe. Elle s'étend peu à peu jusqu'au centre, devient alors continue, et s'épaissit de plus en plus. Quand elle a atteint une certaine épaisseur, égale dans toute son étendue, une assise de cellules aplaties s'étend sur sa face profonde, provenant du mésenchyme environnant, pour constituer l'épithélium postérieur ou de Descemet. Puis, au bord de la cornée, sur tout son pourtour, le mésoderme, qui n'y avait pas encore pénétré, se divise en deux couches : la pro-


222 E. LAGUESSE. - DÉVELOPPEMENT DE LA CORNEE

fonde s'accole, en se développant lentement, au double épithélium du rebord de la cupule optique pour former le stroma de l'iris; la superficielle, progressant plus rapidement, amincie à son extrémité, s'avance dans la cornea propria et l'envahit peu à peu. Cette couche est formée d'un amas lâche de cellules mésodermiques, qui deviennent les corpuscules cornéens, et qui se répandent bientôt dans toute l'épaisseur de l'organe sauf au contact des épithéliums. Kessler nous montre très nettement en effet, dans une figure reproduite par Balfour, l'amas mésodermique appointi à son extrémité, s'enfonçant comme un coin en plein milieu de l'épaisseur de la cornée amorphe primitive et la divisant en deux strates, l'une adjacente à l'épithélium antérieur, l'autre à l'épithélium postérieur, strates qui diminuent peu à peu d'épaisseur parce qu'elles sont envahies aussi partiellement par les cellules, mais qui, quoique très amincies, persisteraient pourtant pour devenir l'elastica anterior (membrane de Bowman) et l'elastica posterior (membrane de Descemet).

Admise par Balfour (10), qui tend seulement à croire avec Lieberkühn que la formation de l'épithélium postérieur précède celle de la cornea propria, et plutôt à une origine mésoblastique de cette dernière, la description de Kessler semble être quelque peu tombée dans l'oubli. N'ayant jamais pu avoir sous les yeux le travail original, nous avions nous-même complètement oublié l'avoir lue dans Balfour autrefois, et c'est avec une agréable surprise que nous venons seulement (1925) de l'y retrouver exposée avec quelque ampleur, et de constater qu'à bien des égards elle concorde avec les observations que nous avons déjà décrites dans notre note préliminaire de 1923 (11) et que nous allons exposer plus en détail.

Koelliker (7) a beaucoup contribué au discrédit dans lequel est tombé Kessler en refusant d'admettre la dérivation épithéliale de la cornea propria. Pour lui elle existerait, mais jamais aussi marquée ni aussi épaisse que la décrit Kessler, et elle ne serait « autre chose que la substance intermédiaire et fondamentale de la couche mésodermique qui fournit les cellules de la cornée ». Le mésoderme, d'abord arrêté au pourtour de la cupule optique, produirait sur ses deux faces une assise limitante homogène qui devancerait en rapidité de développement les cellules, et s'insinuerait de très bonne heure entre cristallin et épiderme. La couche homogène de subs-


CHEZ LE POULET. 223

tance fondamentale conjonctive prendrait secondairement un peu d'épaisseur, mais sans atteindre celle que lui assigne Kessler. D'autre part les cellules cornéennes ne seraient pas à l'origine séparées des cellules endothéliales profondes.

Ajoutons que Koelliker et ses successeurs ont suivi plus volontiers le développement de la cornée chez les Mammifères, et que là il est évident que le stade décrit par Kessler chez le Poulet est beaucoup plus fugace, et que de très bonne heure le mésenchyme vient s'interposer entre l'épithélium superficiel et le cristallin. Pourtant, sur l'embryon humain de 8 mm. décrit Pl. V, fig. 3 par Mawas et Magitot, c'est à peine si l'on aperçoit en ce point trois petites cellules mésodermiques isolées.

G. Leplat (12), 1912, insiste aussi sur ce fait que la pénétration du mésenchyme entre la face antérieure du cristallin et l'ectoderme se fait plus tardivement chez les Poissons et chez les Oiseaux que chez les Mammifères. Il constate au passage, au sixième jour, sans y insister, l'existence de la « lame amorphe " de Kessler.

Enfin une élève de Gurwitsch, Vera de Ladijenski (13) en 1915; complétant les données antérieures de son maître (1913), établit que la couche sous ectodermique acellulaire est d'abord (69 heures) mince, tendre, et spongoïde, complètement indépendante de l'épithélium, mais qu'elle présente plus tard (4 jours pleins) « les caractères d'une structure fibrillaire composée de lamelles concentriques ».

RECHERCHES PERSONNELLES

Technique. — Nous avons employé la même technique que dans notre précédent mémoire sur les rapports génétiques du chondriome avec la fibrille dans le tissu conjonctif lâche (14). L'embryon de Poulet seul a été étudié, fixé le plus souvent au liquide de Meves, et coloré à l'hématoxyline au fer. Mais ici nous avons dû, pour l'histologie topographique, employer fréquemment d'autres fixateurs tel que le liquide de Zenker ou le simple alcool, suivis de colorants appropriés. Enfin, aux coupes perpendiculaires à la surface, nous avons été souvent obligé de joindre des coupes tangentielles en sérié.


224 E. LAGUESSE. — DÉVELOPPEMENT DE LA CORNÉE

A. — PREMIÈRE ÉBAUCHE MÉSOSTROMALE DE LA CORNÉE

ET DU CORPS VITRÉ.

Embryon de vingt-quatre heures. — Les vésicules optiques primitives se présentent comme deux larges évaginations non pédiculisées de la première des trois vésicules encéphaliques primaires. Entre la paroi distale de la vésicule optique et l'ectoderme cutané mince règne une fente étroite, vide, ou plus exactement, remplie seulement de lymphe interstitielle, traversée par quelques rares et grêles filaments d'union allant de l'une à l'autre. Sur toute la série des coupes intéressant la vésicule optique gauche, nous rencontrons une seule cellule migratrice rampant à la surface de celle-ci.

Embryon de quarante-sept heures (Fixation Zenker-formol). —Les vésicules optiques primitives commencent à s'étrangler légèrement à leur base d'implantation, et à s'aplatir un peu. Le sommet de leur convexité (mais ce sommet seulement) est en contact avec un assez large épaississement de l'ectoderme, ébauche du cristallin, de façon à ce qu'il ne reste entre eux qu'un espace annulaire vide, large à la périphérie, s'atténuant jusqu'à disparaître vers le centre. Le mésenchyme, lâche et peu abondant, tend à entourer la vésicule optique sauf sur sa face distale. Ici, tant de l'ectoderme cristallinien sur toute sa surface, que de l'ectoderme de la vésicule, se détachent, souvent par de petits cônes d'insertion, une série de fins prolongements tendant à les relier l'un à l'autre en cloisonnant l'espace annulaire vide. Mais en s'engageant dans cet espace, vers sa périphérie, ces prolongements tendent à s'unir par des anastomoses transverses en une mince membranule, tendue à égale distance entre les deux feuillets épithéliaux, dédoublée par places, parallèle à ces feuillets, et qui s'enfonce entre eux jusque vers leur point de contact central, où on la perd de vue, mais où elle semble pourtant se continuer. A la périphérie de l'espace annulaire les prolongements des dernières cellules mésenchymateuses viennent également se perdre dans ce réseau d'union mi-filamenteux mi-lamellaire. Enfin, en dehors de la région oculaire, on retrouve de place en place les mêmes filaments, partant souvent de cônes d'insertion épidermiques, et unissant cet


CHEZ LE POULET. 225

épiderme à ceux des' cellules mésenchymateuses sous-jacentes restéés à quelque distance de lui.

Embryon de quarante-huit heures (Fixation au liquide de Meves). — L'épaississement cristallinien est mieux limité sur les bords (Pl. V, fig. 1, cr), plus épais, plus saillant en dedans, déjà légèrement excavé en dehors : c'est l'ébauche de la fossette cristallinienne. En face de lui la vésicule optique primitive, op, moins largement pédiculée, montre une paroi distale aplatie et même déjà très légèrement déprimée. Entre les deux existe maintenant une fente, dont la largeur a été évidemment exagérée par le retrait dû à l'action des réactifs. Ce retrait a brisé un certain nombre des prolongements anastomotiques grêles unissant la vésicule et le cristallin. Mais la mince menbranule tendue à égale distance entre les deux, m, n'en est que plus évidente. Sur certaines coupes même, l'épiderme a été rompu par les manipulations successives, le voile sous-jacent persiste seul, bien continu, simple par places, ailleurs dédoublé, prenant toujours quelques points d'attache filamenteux de l'un et de l'autre côté. Les cellules mésenchymateuses, c (comme les vaisseaux, u) sont toujours reléguées en dehors de cette zone; le retrait a également brisé une bonne partie de leurs filaments d'union avec l'épiderme, mais on en aperçoit un pourtant ici qui a conservé sa continuité avec la périphérie de la membrane anhiste.

Embryon de soixante-douze heures (Liquide de Meves). —La vésicule oculaire secondaire est constituée par invagination du feuillet distal dans le proximal; entre les deux ne règne plus qu'une fente par places; ailleurs les deux feuillets de la cupule optique sont déjà accolés (fig. 2, co). La vésicule cristallinienne, cr, complètement détachée et déjà éloignée de l'ectoderme épidermique, est venue se loger entre les lèvres de cette cupule. Sa cavité, encore assez large, tend pourtant à s'effacer grâce à l'épaississement de l'épithélium postérieur. Le mésenchyme, me, est toujours relégué en dehors des bords de la cupule. Quant à la membrane anhiste le cristallin l'a refoulée devant lui en s'invaginant. Nous la retrouvons donc (cu) entre lui et le fond de la cupule (future rétine) ; mais elle a subi de nombreux dédoublements, a continué de s'accroître probablement

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 2, Août 1926. 15


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aussi aux dépens des feuillets épithéliaux voisins, et est maintenant transformée en un réseau de fines et courtes lamelles anastomosées, réunies par places encore au cristallin, par d'autres à la rétine. Elle constitue dès maintenant le corps vitré primitif, et la lamelle du stade précédent simple, double, ou même triple par places, était donc bien la toute première ébauche de ce corps vitré.

Une fois ressoudé à lui-même, et sa continuité rétablie après détachement de la vésicule cristallinienne, l'ectoderme épidermique de la région, que nous pouvons dès maintenant nommer épithélium antérieur de la cornée, a recommencé à envoyer au-dessous de lui des prolongements, dont un certain nombre ont été s'attacher au cristallin, ou plutôt s'unir à des prolongements semblables venus du cristallin, tandis que la plupart, les uns filiformes, les autres membraniformes, ont été à mi-chemin s'unir les uns aux autres par des anastomoses transversales, en un nouveau voile membraneux, mc, tendu comme le premier sur toute la largeur du globe de l'oeil à une petite distance au-dessous de cet épithélium, mais cette fois entre lui et le cristallin. Ce second voile est le rudiment du corps de la cornée. Corps de la cornée et corps vitré ont donc une première origine commune, et représentent deux stades successifs homologues d'une production épithéliale ectodermique particulière. La trace de cette parenté persiste d'ailleurs au niveau des lèvres de la cupule. La majeure partie de la lamelle primitive du vitré a été refoulée en son centre par le cristallin, mais s'est laissée déprimer sans perdre ses points d'attache périphérique, et quelle que soit la direction des coupes, nous la voyons partout passer entre la lèvre de la cupule optique et le bord du cristallin, pour venir se réunir (cv') à la lamelle primitive de la cornée. Sur la coupe, figure 3, qui passe par le bord de la fissure optique, cette continuité est particulièrement nette (cv), malgré la rupture de quelques filaments secondaires. Sur cette coupe et sur d'autres, on voit nettement la lamelle unique mais assez épaisse, m, arrivée sur le bord du cristallin, cr, se dédoubler en deux, l'une qui continue la direction primitive et reste cornéenne, mc, l'autre qui s'infléchit pour contourner le cristallin, abandonner un mince feuillet à sa face postérieure, et aller derrière lui se dissocier en un réseau : le corps vitré, cv.

Si nous analysons maintenant de plus près la structure et les rap-


CHEZ LE POULET. 227

ports de la lamelle cornéenne, nous voyons (fig. 2 et 3) qu'elle est déjà assez épaisse, striée longitudinalement sur sa coupe transversale, ce qui indique qu'elle n'est pas simple, mais en train de se délaminer en lamelles secondaires plus fines qu'on aperçoit parfois déjà, séparées mais fréquemment anastomosées. Comme la lamelle vitrée du stade précédent, elle vient à ses extrémités, c'est-à-dire au pourtour de l'oeil, se fusionner avec le réseau de fins prolongements unissant les cellules mésenchymateuses à l'épithélium sous-jacent. Mais ces cellules ne dépassent pas le rebord de la cupule optiques, sauf un peu en bas (fig. 3) au niveau de la fissure, où elles constituent le bourgeon mésodermique, b, qui pénètre quelque peu dans cette fissure. On rémarque pourtant la présence de quelques très rares éléments cellulaires migrateurs à la surface du cristallin ou sur les filaments qui en partent. Mais nous pouvons les négliger, car les éléments dont il s'agit ici offrent généralement des caractères tout particuliers : noyaux plus colorables et présence de fines gouttelettes de graisse (d, fig. 3). Ce sont à notre avis des mérocytes (de Rückert) venus directement du vitellus (parablaste) et distribuant à tout le corps de l'embryon une petite partie de ses matériaux de réserve.

Enfin la région postérieure où circulent ces très rares éléments ne sera pas englobée dans la cornée. En effet, les filaments qui réunissent actuellement la membranule cornéenne au cristallin sont relativement peu nombreux, (surtout sur fig. 2) et vont bientôt se rompre et disparaître. Au contraire ceux qui l'unissent à l'épithélium cornéen sont abondants, souvent élargis en membranules (q.q') largement insérées sur cet épithélium, couchées parfois à sa surface, et tendant à l'en rapprocher.

Ici déjà, dans la région centrale, les filaments d'union au cristallin ont disparu, et le corps de la cornée est réduit à la lamelle et au réseau filamenteux et lamelleux plus ou moins serré qui la rattache à l'épithélium. Ce réseau doit correspondre à la couche spongoïde de V. de Ladijenski, et les deux ensemble à la cornea propria de Kessler. Mais on voit qu'elle est loin d'être amorphe. Si elle a paru telle à l'auteur allemand, si elle a passé inaperçue pour d'autres tels que Mathias Duval, c'est qu'elle est d'abord très mince et réduite à quelques travées; c'est qu'elle est infiniment délicate et facilement


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disloquée sur les coupes 1; c'est surtout qu'elle a très peu d'électivité. pour les colorants, et c'est seulement par coloration à l'hématoxyline au fer non suivie de différenciation qu'on arrive à la voir assez nettement. La déshydration par l'alcool légèrement fuchsiné accentue cette coloration. Par la safranine suivie de picro-noir naphtol la cornée prend une très légère teinte bleue analogue à celle des substances précollagènes, mais bien moins accentuée. Dans les autres préparations elle reste généralement incolore et échappe complètement à un premier examen. Après fixation au bichromate formol de Regaud elle présente, sans coloration ultérieure, une couleur jaunâtre assez marquée.

Sur les coupes tangentielles ou très obliques de l'oeil, on retrouve au-dessous de l'épithélium la lamelle cornéenne vue de face sous forme d'un très mince voile continu, presque homogène, vaguement granulo-strié, mais se décomposant sur la série des coupes en plusieurs plans lamellaires plus ou moins serrés, avec des lambeaux flottants déchiquetés par le rasoir. Immédiatement au-dessous de l'épithélium le voile se modifie et devient un simple réseau de fines lamellules : c'est vraisemblablement la couche d'union spongoïde de Véra de Ladijenski.

Embryon de quatre-vingt-deux heures. — La chambre antérieure de l'oeil peut être considérée comme déjà constituée, et cela par simple fusionnement des espaces rétro-lamellaires remplis de lymphe interstitielle. La lamelle principale, ou plutôt le complexus lamellaire principal formant voile persiste, et représente maintenant la limite postérieure de la cornée (fig. 4, e) n'étant plus rattaché au cristallin que par quelques très rares filaments. Quelques-uns, g, sont déjà rompus et flottants. Au contraire, entre elle et l'épithélium les lamellules se sont multipliées, se tassant, s'élargissant, devenant de plus en plus parallèles à la surface et tirant sur le complexus lamellaire principal pour l'en rapprocher. Cette couche, de 2 u et demi, s'épaissit davantage encore à la périphérie 2, vers le limbe de la

1. Nous avons été obligé parfois de faire un très léger collodionnage superficiel des coupes immédiatement après dissolution de la paraffine.

2. C'est probablement à ce moment seulement que Kessler aperçut la première ébauche de sa cornea propria sous la. forme d'un anneau périphérique aminci à son contour interne.


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cornée (5 u environ), et paraît déjà en ce point (l) nettement striée,. parce que formée de grandes lamellules rapprochées, quoique moins tassées que dans le complexus lamellaire principal. La couche spongoïde est donc devenue nettement lamelleuse à son tour.

Embryon de quatre jours moins vingt minutes (96e heure). — Le complexus lamellaire principal s'est en grande partie dissocié en lamelles secondaires; les lamellules de la couche superficielle (spongoïde) se sont encore multipliées et élargies, surtout vers la périphéphérie; les deux couches se sont confondues au-dessous de l'épithélium antérieur, toujours seul présent; le corps de la cornée, ou tissu propre de la cornée (cornea propria) est maintenant uniquement constitué par le tassement d'une dizaine de petites lamelles anastomosées qui tendent à devenir onduleuses (fig. 5, n).

Avant de suivre les nouvelles transformations de l'organe, nous devons maintenant nous arrêter un instant pour nous demander quelle est la signification et quelle est l'origine réelle de cette formation lamellaire, de ces lamelles primitives de la cornée, qui deviendront, comme nous le verrons, les lamelles définitives. Est-ce de l'ectoderme ou du mésoderme? Est-ce un simple exsudat ectodermique comme le pensait Kessler lorsqu'il croyait amorphe cette première cornée? ou est-ce une différenciation cellulaire, et de quelle nature?

Nous croyons pouvoir répondre d'un mot : c'est du mésostroma; c'est une formation mésostromale tout à fait particulière; l'ébauche du corps vitré, qui s'y rattache et s'est constituée de la même façon, en est une aussi.

Cornée et mésostroma. — Mais qu'est-ce que le mésostroma? II importe de bien spécifier ce que nous entendons par là, d'autant plus que nous avons déjà eu l'occasion d'en parler (15 et 11) mais d'une façon un peu concise, et qui n'a pas toujours été bien comprise. C'est une conception pourtant, nous semble-t-il, qui mérite de s'imposer peu à peu.

La chose a été découverte en 19041 et bien décrite en 1908, par Aurel von Szily (9), élève de Lenhossek, bien qu'il ne l'ait pas pré1.

pré1. remonte en effet à une note préliminaire de 1904 (Anatomischer Anzeiger, XXIV, p. 417), précédant de loin le mémoire détaillé.


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sentée sous ce nom, mais sous celui de tissu de soutien fibrillaire embryonnaire ou tissu de soutien fibrillaire acellulaire (zellfrei). A l'époque où l'embryon n'est encore formé que de couches épithéliales représentant les trois feuillets blastodermiques et quelquesuns de leurs premiers dérivés, il existe entre eux des fentes ou des espaces un peu plus considérables. Entre ces nappes épithéliales se forment d'abord de simples ponts intercellulaires, assez larges parfois (sa figure 1), qui s'allongent peu à peu et se ramifient en prolongements protoplasmiques anastomosés. Puis les espaces s'élargissent; les prolongements se ramifient encore davantage, s'étirent en minces fibrilles; et il se forme ainsi entre les diverses nappes un échafaudage fibrillaire (Fasergerüst) d'autant plus riche et plus compliqué que les feuillets épithéliaux s'écartent davantage : c'est donc au niveau des carrefours qu'il est le plus développé. Et ce réseau est absolument dépourvu de cellules. Ses trabécules en s'allongeant restent très fines; mais leur cytoplasme se densifie, devient hyalin; elles acquièrent nettement l'aspect et les propriétés de fibrilles, tout en continuant à s'insérer à leur base sur les cellules par un cône d'origine nettement cytoplasmique. Il se constitue ainsi une sorte de tissu intermédiaire (Mischgewebe) où sont confondus les produits des trois feuillets. Cela s'inscrit, pour Szily contre la doctrine de la spécificité des feuillets en ce qui concerne les tissus; mais nous ajouterons de suite pourtant que cette union et cette confusion sont presque partout essentiellement provisoires. L'auteur a donné de nombreuses planches représentant l'union, par ce réseau, de l'épiderme avec le mésoderme de la somatopleure, surtout au niveau de la paroi externe des protovertèbres, de l'ectoderme avec l'entoderme, de l'ébauche cristallinienne avec la cupule optique 1, et enfin de l'endothélium cardiaque avec le myocarde en voie de formation. C'est ici que le réseau acellulaire atteint une épaisseur considérable, constituant à lui seul, sur une coupe transversale, la masse principale de l'organe. Partout les fibrilles sont excessivement entrecroisées en tous sens, quelquefois pourtant de préférence à angle droit, et, sur les figures, on voit même que par places elles tendent à s'élargir ou à se grouper en petits plans lamellaires.

1. Sur sa figure 7 (1904) on voit en outre le réseau, se continuer un peu en avant du cristallin au niveau de l'ébauche cornéenne.


CHEZ LE POULET. 231

C'est secondairement seulement que les cellules mésenchymateuses, libérées du lien épithélial au niveau du sclérotome d'abord puis un peu partout, envahissent le réseau fibrillaire primitif, et viennent, par leurs prolongements, prendre part à son édification, capables à leur tour de former sans cesse dans leur ectoplasme, comme l'a décrit Hansen, de nouvelles fibrilles qui s'ajoutent aux premières. Elles assurent en même temps la nutrition des fibrilles primitives maintenant détachées de leurs cellules d'origine (Mutterboden).

Szily en tire cette conclusion que, dans le mésenchyme, la fibrille préexiste à la cellule, conclusion un peu inattendue, puisqu'il ne s'agit point ici de l'ensemble du mésenchyme, mais d'une formation relativement limitée et transitoire. Ajoutons de suite qu'il est vraisemblable d'ailleurs pour nous, qu'il s'agit uniquement encore de prolongements cytoplasmiques densifiés ayant subi une transformation exoplasmique particulière, de trabécules aux dépens de certaines desquelles plus tard pourront se développer de véritables fibrilles précollagènes, quand elles seront définitivement annexées au mésenchyme. Nous ne pouvons voir là la véritable origine de toutes les fibrilles conjonctives, mais une charpente de fortune spéciale et toute provisoire.

Et c'est pour cela qu'elle nous paraît bien mériter un nom nouveau, celui de mésostroma, sous lequel l'a désignée Studnicka (16).

L'auteur tchèque, revenant sur ce sujet dans trois mémoires successifs (17, 18, 32) a généralisé les observations de Szily, en montrant partout l'existence de ponts intercellulaires ou cytodesmes (plasmodesmes) entre les replis ou parties des divers feuillets et les divers feuillets eux-mêmes, liens intermédiaires et n'appartenant en propre à aucun d'eux. Ces ponts, d'abord simplement cytoplasmiques, mais de plus en plus ramifiés et anastomosés, forment un réseau complexe dont une partie des trabécules subiraient une transformation exoplasmique ou muqueuse (Verschleimung), tandis que les autres deviendraient des fibrilles précollagènes. Ces cytodesmes ont leur cytoplasme d'abord en continuité avec celui des feuillets épithéliaux; plus tard ils s'en séparent par une membrana limitans. Leur ensemble représente ainsi une sorte de tissu de substance fondamentale extracellulaire : c'est le mésostroma primaire.


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Un bon exemple de mésostroma tardif est le lophioderme de la queue des têtards, uniquement constitué, avant l'arrivée des cellules, par de fins tractus transversaux unissant les deux épithéliums, et dont certains seulement deviendront les stéréofibrilles de Triepel. Le mésostroma est le premier degré, le préstade ( Vorstufe) des substances fondamentales. Un tissu gélatineux (Gallertgewebe) mésostromatique persiste à l'état adulte chez les Coelentérés; et jusque chez les Vertébrés on le retrouve constituant le corps vitré « qui fut toujours incompréhensible à l'histologie cellulaire », (18, p. 565). Mais, le plus souvent, le mésostroma est secondairement « cellularisé » par l'invasion des éléments du mésenchyme, qui viennent s'y mêler et prendre part à son extension.

Studnicka conclut de tout ceci, et il y insiste particulièrement, que le mésostroma est à son origine un protoplasme extracellulaire; il fait le procès de la théorie cellulaire ou de la constitution cellulaire initiale des tissus, qui devrait de ce fait tomber en désuétude. Nous pouvons d'autant moins le suivre jusque-là, que, d'après luimême, les cytodesmes d'où le mésostroma tire son origine ne sont au début que de simples prolongements des cellules, et qu'ils ne s'en séparent qu'après leur transformation exoplasmique ou autre. Leur origine cellulaire ne nous semble donc pas discutable. Pour nous, l'existence du mésostroma élargit la théorie cellulaire, mais ne la renverse point. Enfin il est un autre détail sur lequel nous nous séparons de Studnicka. C'est quand il donne le nom de mésostroma secondaire aux plages réticulées, larges parfois, libres de cellules, que les prolongements des éléments mésenchymateux peuvent former entre eux. Nous ne pouvons conserver le nom de mésostroma qu'à son primaire, issu des feuillets épithéliaux, et antérieur à l'invasion du mésenchyme. Sous ces réserves, ce nom nouveau nous paraît excellent pour désigner une variété de tissu embryonnaire tout à fait nouvelle, et qui tient de son origine spéciale des propriétés tout à fait particulières qu'elle peut en certains points (corps vitré) conserver jusque chez l'adulte.

Voici, par conséquent, comment nous concevons personnellement le mésostroma. A l'époque où l'embryon n'est encore constitué que de feuillets épithéliaux séparés par des fentes ou des espaces plus ou moins considérables, ces nappes pourraient se déplacer,


CHEZ LE POULET. 233

glisser l'une sur l'autre, si à quelque feuillet (à quelque caste pourrait-on dire) qu'elles appartiennent, les cellules de ces différentes membranes épithéliales ne s'envoyaient des sortes d'amarres, ne s'unissaient entre elles, contre les dangers d'une dislocation, par des liens provisoires, des liens de fortune, qui ne peuvent être d'abord que de simples prolongements cytoplasmiques. A mesure que les espaces s'élargissent, surtout en certains points, du fait des premiers replis, des premières invaginations, ces prolongements, les uns filiformes, les autres membraniformes, s'étirent, se ramifient en un riche réseau, qui subit bientôt en totalité la transformation exoplasmique, se densifie pour acquérir plus de solidité, et dans lequel se développent souvent des fibrilles primitives qu'il serait peut-être imprudent de nommer précollagènes.

C'est alors un tissu de soutien primitif, une charpente provisoire, délicate, acellulaire, bientôt séparée des couches épithéliales qui lui ont donné naissance par la formation d'une vraie basale, à l'édification de laquelle elle concourt, charpente généralement destinée à être envahie secondairement par les cellules mésenchymateuses, et à être annexée par conséquent au mésenchyme dont elle ne se distinguera plus qu'en certains points limités (corps vitré par exemple).

Chez l'embryon de Poulet, nous voyons ce tissu de soutien provisoire se former un peu partout, plus ou moins abondant, et avec des caractères un peu différents selon ses diverses origines, c'est-àdire selon qu'il réunit deux portions du même feuillet primaire : ectoectodermique ou ento-entodermique, — ou l'un de ces feuillets au mésoderme : ecto-mésodermique ou endo-mésodermique; — ou enfin s'il est méso-mésodermique. En ce dernier cas, ses caractères sont d'emblée plus voisins de ceux du mésenchyme. Dans le second cas, qui est le plus fréquent, les feuillets primaires montrent quelque Hâte à se libérer de ces liens par la barrière d'une limitante.

C'est ainsi que, sur l'embryon de quarante-huit heures; si nous examinons par exemple à leur base, à leur point de reploiement, les replis amniotiques en train de se former, et limités à une mince assise ectodermique (fig. 6, ep) séparée par une large fente d'une assise mésodermique un peu plus épaisse (md), nous voyons ces deux feuillets unis par des prolongements cytoplasmiques déjà allongés, mais encore très; finement granuleux comme les corps


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cellulaires; les uns filiformes mais encore d'une largeur appréciable et partant d'un large cône d'origine, les autres lamelliformes. Pourtant ce sont les cellules mésodermiques (md) qui ont surtout tendance à envoyer de ces prolongements unitifs, à se découper en stalactites en face de l'ectoderme. Dans le corps même de l'embryon les prolongements venus de l'ectoderme sont plus rares. L'union des deux feuillets est encore largement assurée, mais les cellules épidermiques ne montrent que de rares cônes d'insertion, ou plutôt d'origine (dans les environs de la vésicule auditive par exemple), tandis qu'ils abondent sur le mésoderme somatopleural. Les prolongements d'union sont ici particulièrement nets, ramifiés, et fournissent un riche réseau de fines trabécules (souvent rompues sur les coupes), au niveau de la lame cutanée des protovertèbres (fig. 7), dont les cellules, gardant la disposition épithéliale à leur base, commencent à s'écarter à leur sommet, offrant tantôt des têtes renflées, tantôt des sortes de cornes effilées d'où part le réseau des fins prolongements. (Nous les avons d'ailleurs figurées au même endroit chez l'embryon de Rat (15).

Sur les embryons de cet âge le mésostroma s'étend assez largement autour de la corde dorsale, entre elle, les aortes, et le mésenchyme qui commence à s'avancer, comme nous l'avons déjà décrit ailleurs (19). Il est encore plus développé dans le coeur, entre l'endothélium endocardique et la couche myogène, où son réseau atteint une épaisseur considérable et une grande complexité (voir les figures de Szily). Enfin dans le carrefour situé en avant de ce coeur, entre les deux premiers arcs aortiques branchiaux, les épithéliums cardiaques et l'épithélium pharyngien, s'entre-croisent de longs prolongements venus de ces diverses nappes.

Revenons à la couche de mésostroma qui règne presque partout au-dessous de l'ectoderme superficiel (épiderme) et le réunit au mésoderme sous-jacent. Cette couche est particulièrement épaisse par places (12 à 15µ.) et la figure 8 en donne une idée assez exacte chez un embryon plus âgé, de quatre jours et sept heures. Elle a été prise au niveau d'un léger pli du tégument qui est coupé déjà un peu obliquement à gauche, très obliquement, presque tangentiellement vers la droite du dessin. On voit les prolongements des cellules les plus superficielles du mésenchyme, me, prendre une large


CHEZ LE POULET. 235

part à la constitution et à l'extension de ce réseau, tandis que ses trabécules superficielles, souvent lamelliformes, tendent à se tasser en une très fine toile d'araignée au contact de l'épiderme, ep, et parallèlement à lui.

Nous avons pris ici un type de mésostroma superficiel sous-ectodermique déjà très avancé. Si nous revenons à celui de la soixantedouzième heure, moins développé et moins riche en trabécules mais tout aussi évident, nous le voyons, en approchant du bord de la cupule optique où vient mourir le mésenchyme, changer peu à peu de caractère (o, fig. 2 et 3). Beaucoup de trabécules s'élargissent en membranelles (q), et, à égale distance entre mésenchyme et ectoderme, elles tendent même à se rapprocher, à se fusionner en ce large voile que nous connaissons déjà (m) constitué de plusieurs feuillets lamelleux, qui est tendu parallèlement à une petite distance au-dessous de l'ectoderme et y reste attaché par d'autres trabécules lamelliformes et filiformes. C'est donc bien la continuation de la même formation mésostromale périphérique sous un aspect un peu différent 1. Mais ici le mésostroma, à mesure qu'il devient lamellaire, se ■sépare peu à peu du mésoderme et finit par se trouver bientôt engagé (mc) entre l'épiderme ectodermique et la vésicule cristallinienne; ses trabécules, quoique moins abondantes de ce côté, s'insèrent également sur ce dernier organe. C'est donc une portion de mésostroma ecto-ectodermique, réunissant deux nappes de cellules du feuillet externe, et appartenant par conséquent exclusivement à ce feuillet par ses origines. C'est, comme nous l'avons vu plus haut, la première ébauche du tissu propre de la cornée (corps de la cornée ou cornea propria de Kessler), dont nous venons de suivre l'évolution et l'épaississement jusqu'à la fin du quatrième jour. Jusqu'à ce moment nous sommes donc autorisé à considérer ce tissu comme une formation purement mésostromale et pourtant exclusivement ectodermique. Les nombreuses et fines lamelles anastomosées onduleuses, qui le constituent maintenant dans toute son épaisseur (5 à 8 µ.) ne peuvent provenir que, d'une part de dédoublements successifs du

1. Aspect qui se retrouve d'ailleurs en d'autres points. C'est ainsi que chez l'embryon de quarante-sept heures, dans le coeur, au niveau du bulbe, le mésostroma apparaît

également sous forme d'une lamelle, ou plutôt d'un complexus lamellaire parallèle aux deux nappes épithéliales adjacentes, et relié à chacune d'elles par des brides formées de

prolongements cytoplasmiques effilés.


Arch. d'Anat. Microscopique

TOME XXII — PLANCHE V (E. Laguesse)

E. L.

MASSON ET Cie, ÉDITEURS


238 E. LAGUESSE. — DÉVELOPPEMENT DE LA CORNEE

au centre, où les lamelles sont plus serrées de 9 à 13 µ. Son épithélium antérieur a 12 µ environ.

Au-dessous de la couche mésostromale périphérique extra-oculaire, en comparant la figure 9 à la figure 2, on voit que la masse mésenchymateuse s'est épaissie, et qu'elle s'est avancée un peu au delà du rebord de la cupule optique. Cette masse, formée d'un réseau de cellules assez serrées, anastomosées, est taillée en bec de flûte, et, de l'extrémité appointie de ce bec se détache, sur la coupe, une assise d'abord double, puis simple, de cellules (k) qui se glisse à la face postérieure du corps mésostromal de la cornée dans toute son étendue, et vient ainsi constituer son endothélium, ou épithélium postérieur aplati. Elle tapisse et limite définitivement en avant la chambre antérieure de l'oeil. Sur la figure 9 cet endothélium est détaché de la cornée; c'est probablement par retrait dû au réactif fixateur, et cela prouve que l'adhérence entre les deux formations est encore faible; mais sur les figures 14 et 10, empruntées à des embryons un peu plus âgés, on voit au contraire qu'il adhère (sauf sur 10, à partir d'un point où il a été rompu). De telles préparations montrent bien, en tous cas, que le mésenchyme lance tout d'abord un voile endothélial continu en arrière de la cornea propria, et donnent raison à Kessler contre Lieberkühn.

Le revêtement épithélial est d'abord loin d'être régulier et montre partout encore les traces de son origine mésenchymateuse. Les cellules irrégulièrement aplaties, les unes peu, les autres beaucoup, souvent épaisses sur l'un des bords, effilées en une mince lamelle sur l'autre, chevauchent souvent (fig. 9). A la périphérie l'assise devient double; jusque vers le centre cette duplicité reparaît en quelques îlots.

Sur une coupe tangentielle de l'oeil, le voile épithélial ne se présente de face que par plages plus ou moins étendues, parce qu'il est légèrement gondolé. Par places même il paraît dissocié en petits amas. Les éléments s'entre-croisent et chevauchent largement; la mise au point exacte les montre placés sur des plans différents, et, là où ils sont dans le même plan, on rencontre souvent entre eux des lacunes, généralement allongées en forme de fente. Ce sont des cellules de caractère encore mésenchymateux (de 15 à 16 µ de longueur), orientées de façon variable, de formes très diverses, quel-


CHEZ LE POULET. 239

quefois régulièrement polygonales, plus souvent allongées, en croissants, en losanges, en fuseaux, ou se continuant par un long prolongement aplati, en train seulement d'acquérir la disposition et le lien épithélial. Vers la périphérie les caractères mésenchymateux sont encore plus marqués, les épithéliaux commencent à peine à se montrer. Les cellules, lâchement groupées, se trouvent sur des plans très différents, sont anguleuses, plus ou moins étoilées, largement anastomosées par places, et laissent entre elles des mailles vides forniant des fenêtres, à travers lesquelles on voit parfois une des lamelles cornéennes sous-jacentes formant vitre. Cette régularisation progressive d'un amas mésenchymateux encore incomplètement aplati pour prendre la disposition épithéliale est des plus curieux à suivre, et montre bien, une fois de plus, que le mot épithélium désigne une disposition fonctionnelle, primitive ou acquise, et non une race cellulaire : la notion de tissu est essentiellement une notion physiologique.

Embryon de cinq jours. — A la périphérie de la cornée, constituée actuellement de plus de 20 lamelles primitives, le mésenchyme a augmenté d'épaisseur, s'est condensé, et forme une sorte de bourrelet d'où se détachent (fig. 14), sur la coupe normale de l'oeil, deux amas cellulaires en forme de coins : le profond, à éléments serrés, taillé en biseau mince, se continue avec l'épithélium postérieur, et y ajoute de nouvelles cellules, à mesure que se dilate le globe oculaire, —le superficiel plus épais est formé de cellules plus lâchement unies, très aplaties pour la plupart parallèlement aux deux épithéliums, et disposées en nappes discontinues, qui commencent à se glisser à la surface des lamelles les plus voisines de la circonférence de la cornée. Ce coin, qui tantôt est assez bien limité (r), tantôt et plus souvent dissocié à son extrémité (s), s'enfonce par sa pointe dans l'épaisseur même du mésostroma cornéen, et tend ainsi à le diviser en deux couches, l'une superficielle un peu plus épaisse, l'autre profonde. Ici encore nous confirmons par conséquent la description de Kessler.

Embryon de six jours exactement (mais un peu en retard de développement). — L'épithélium antérieur est plus épais; le postérieur est un peu plus régulier mais avec des cellules encore chevauchantes par


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places. On retrouve (fig. 10, en haut), le coin à biseau mince d'où il dérive. Plus superficiellement, le coin mésenchymateux épais est moins régulier, moins bien limité, et s'effrite quelque peu à son extrémité, d'où un certain nombre d'éléments aplatis se sont détachés, comme en éclaireurs, pour se glisser entre les lamelles primitives mésostromales de la cornée. On aperçoit quelques-uns de ces éléments isolés qui se sont enfoncés au loin dans ce stroma, moins épais ou plus rétracté sur ce sujet (fixé au bichromate-formol), que sur le précédent.

Embryon de six jours et deux heures. — Le revêtement postérieur de la cornée est devenu un épithélium pavimenteux simple assez aplati et régulier, toujours rattaché au coin mésenchymateux qui pourvoit à son extension périphérique. Enfin, comme pour bien marquer définitivement son caractère épithélial, il s'est séparé maintenant par une fine basale de la masse du tissu cornéen. L'invasion mésenchymateuse s'est accentuée, et étendue à toute la largeur de la cornée. Le coin superficiel s'est plus ou moins complètement dissocié, et ses éléments se sont glissés partout entre les lamelles mésostromales; ils sont encore clairsemés, irrégulièrement distribués, tantôt épars, tantôt réunis par petits groupes. Mais à mesure qu'on s'élève dans les régions superficielles ces éléments deviennent de plus en plus rares, et finissent par faire totalement, défaut dans le tiers superficiel de l'épaisseur ou même un peu au delà.

En d'autres termes, la plupart des lamelles sont habitées, tandis qu'un amas de 15 à 20 fines lamelles superficielles (amas de 9 à 12 µ sur une épaisseur totale de 35 µ environ du tissu propre de la cornée), très fines, très serrées, onduleuses, et ondulant généralement d'un mouvement commun, ont conservé les caractères primitifs et ont jusqu'ici échappé à l'invasion. Au contact de l'épithélium postérieur un groupe de lamelles bien moins important, moins épais, en reste également préservé. Le coin pénétrant primitif a donc bien découpé dans le tissu propre de la cornée deux couches, une superficielle et une profonde moins épaisse, qui ont conservé les caractères du mésostroma, et sont restées purement lamellaires acellulaires; et il en a occupé lui-même une moyenne interposée, beaucoup plus importante par sa masse. Désormais colonisée par le mésenchyme, elle


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lui est définitivement annexée. De ce fait elle a changé d'aspect. Autour des cellules, les lamelles se sont écartées l'une de l'autre, dédoublées, se montrent minces, courtes, et très anastomosées, formant un réseau irrégulier. Les cellules logées dans ses mailles se sont étalées à la surface des lamelles. Beaucoup d'entre elles sont déjà très aplaties, pourvues de prolongements très ramifiés et ressemblent de plus en plus aux corpuscules cornéens de l'adulte. Nous aurons l'occasion d'y revenir plus en détail.

Mais l'invasion mésenchymateuse n'a pas encore dit son dernier mot. De nouveaux éléments s'ajoutent sans cesse à la périphérie; de nombreuses cinèses démontrent une prolifération abondante des cellules déjà fixées à demeure. Enfin des plus superficielles de cellesci on voit partir des prolongements, non plus parallèles à la surface mais obliques ou perpendiculaires, qui percent les lamelles les plus profondes de la couche superficielle encore inhabitée, s'y étalent, et tendent ainsi à annexer de nouvelles nappes successives au territoire déjà occupé.

Embryon de sept jours et une heure. — Nous pouvons passer de suite à cet embryon, bien plus avancé en développement, et dont une partie de la cornée est représentée à un faible grossissement figure 111. On aperçoit à sa partie supérieure un nouveau bourrelet mésenchymateux à cellules serrées (i), qui représente l'ébauche de l'iris et d'une partie du corps ciliaire, et est reyêtu en arrière par le double épithélium plissé du bord antérieur de la cupule optique (e). Plus en arrière et en dehors, l'apparition de plans serrés de fibres conjonctives enserrant par places des amas cartilagineux indiquaient l'ébauche de la sclérotique. Ce plan fibreux vient, de moins en moins marqué, se dissocier en avant, et certains de ses éléments se continuent avec la cornée, mais dans les couches les plus profondes seulement. La majeure partie de l'épaisseur de la cornée est plutôt en continuité manifeste avec le. derme cutané primitif, qui, du fait de l'apparition d'une ébauche de paupière inférieure, est en train de se convertir sur ce point en chorion de la conjonctive.

1. A partir de la figure 10 nous avons été obligé de nous contenter du faible grossissement pour les figures d'ensemble, vu l'étendue de plus en plus considérable occupée par la cornée.

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 2, Août 1926. 16


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Quant à la cornée elle-même, déprimée sur ce sujet par l'action du réactif fixateur, elle s'est beaucoup épaissie (plus de 100 µ) grâce probablement au dédoublement de ses lamelles, grâce surtout à la prolifération de ses cellules qu'atteste la présence de nombreuses caryocinèses. Les cellules sont donc non seulement bien plus nombreuses, mais bien plus rapprochées que précédemment, et l'invasion mésenchymateuse semble avoir un peu gagné du côté des lamelles superficielles. Mais elle respecte toujours un groupe de 15 à 20 de ces lamelles, restées inhabitées, maintenant un peu desserrées, et montrant de très fréquentes anastomoses obliques, endiguant de nombreux petits espaces interlamellaires. Les grandes ondulations ont plus ou moins complètement disparu au cours de ce desserrage. Il y a eu probablement, même en ce point, mo, dédoublement de lamelles, puisque les plus inférieures ont pu être encore envahies par les éléments mésenchymateux sans que le nombre des inhabitées baisse sensiblement.

Au-dessous de l'épithélium postérieur, pavimenteux, simple, assez plat mais complètement régularisé, ne persiste qu'un groupe de 2 à 5 lamelles également inhabitées, mais assez serrées, se colorant vivement en bleu par le picro-noir naphtol, et constituant un complexus lamellaire qui tranche sur le reste par son épaisseur relative et sa coloration plus foncée, englobant la fine basale primitive déjà signalée. On peut dès maintenant donner à cet ensemble le nom de membrane de Descemet.

On a dès maintenant aussi le pressentiment qu'au-dessous de l'épithélium antérieur le groupe de lamelles inhabitées va, par une évolution analogue, donner naissance à la membrane de Bowman; mais c'est bien plus tardivement que cette hypothèse se vérifiera.

Embryon de huit jours et une demi-heure. — Au début du neuvième jour, les lamelles habitées sont assez différentes (sans qu'il y ait de limite bien nette entre elles), dans le quart superficiel environ de l'épaisseur et dans les trois quarts profonds. Au niveau de ces derniers, l'évolution est évidemment plus avancée, surtout au voisinage de la membrane de Descemet, où le picro-noir naphtol d'une part, la méthode de Bielchowsky de l'autre, montrent l'existence indubitable de fibrilles précollagènes et pénécollagènes d'un certain calibre déjà. Les lamelles elles-mêmes sont mieux marquées, plus épaisses,


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plus larges, desserrées. Un grand nombre de cellules sont encore peu aplaties, ou même simplement arrondies ou ovoïdes, en grande partie remplies par un noyau oviforme lui-même. Ce sont probablement des éléments récemment divisés ou qui vont se diviser. Dans le quart superficiel au contraire, qui pourrait bien provenir de l'annexion graduelle et tardive de bon nombre des lamelles inhabitées, les lamelles, très ténues, sont plus courtes, plus serrées, les cellules plus abondantes et souvent plus aplaties. Enfin (fig. 12) le groupe de lamelles inhabitées minces persiste sous l'épithélium, réduit généralement à 10, 12 ou 15 feuillets de plus en plus serrés, tendant à s'accoler l'un à l'autre à mesure qu'on s'approche de l'épithélium antérieur. Le plus superficiel plus épais, s'accuse par un trait continu bien net, foncé, bleu noir après safranine picro-noir naphtol, plus net encore en quelques points où l'épithélium est tombé, et où ce trait affleure à la surface (fig. 12, t) : c'est la fine et vraie membrane basale primitive que nous avons vu se constituer à la fin du quatrième jour. Sur les coupes tangentielles ou très obliques, cette basale apparaît bien nette aussi de face, comme un mince voile hyalin finement plissé par places. La cornée (épithéliums non comptés) a atteint actuellement une épaisseur de près de 300 µ. Le groupe de lamelles inhabitées superficielles, qui mesurait de 9 à 12 µ. selon les points au début du sixième jour, de 12 à 16 et plus au début du septième, atteint actuellement encore 14 à 15 µ. sur l'un des yeux; (et l'on trouve à sa face profonde même quelques cellules isolées qui s'y incrustent); mais sur l'autre oeil l'évolution est plus avancée : les lamelles sont plus tassées les unes contre les autres, tendent même à se fusionner par places, et l'épaisseur totale, de 13 à 15 µ encore en certains points, tombe ailleurs à 5 ou 6 µ. Enfin, si l'on examine la périphérie de la cornée, on voit, au niveau du limbe, les lamelles inhabitées se colorer de plus en plus par le picro-noir, se fusionner en une masse commune à peine striée, qui, taillée en bec de flûte, décroît rapidement en épaisseur, et semble s'effriter dans le tissu sous-jacent dont elle est mal séparée.

Embryon du dixième jour. — Les fibrilles précollagènes et pénécollagènes, vivement colorables en bleu par le picro-noir naphtol abondent dans la cornée habitée, fines dans les lamelles superfi-


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cielles, plus grosses dans les profondes. Le groupe de lamelles inhabitées est de plus en plus condensé en un amas feuilleté de plans serrés, presque fusionnés en une lame épaisse, striée, à laquelle on peut dès maintenant donner le nom de membrane de Bowman.

Pourtant les coupes tangentielles montrent en la plus épaisse et la plus superficielle de ces lamelles, qui représente la véritable membrane basale, un voile mince, presque homogène, coloré en masse en lilas pâle, découpé en franges par le rasoir sur ses bords, et finement plissé, ayant par conséquent une élasticité et des propriétés un peu différentes du reste de la membrane, avec laquelle il se confondra plus tard.

Embryon de dix-sept jours. —Pour prendre connaissance de l'aspect définitif de cette membrane, il convient de s'adresser de suite à un embryon beaucoup plus avancé. Nous prendrons comme type celui de dix-sept jours accomplis.

Ici l'on n'aperçoit plus, au-dessous- de l'épithélium antérieur, épais de 20 à 25 µ, qu'une membrane de Bowman uniforme, dépourvue de cellules, et épaisse de 4 à 5 µ. Vers le centre de la cornée et souvent bien au delà (fig. 13), cette membrane paraît homogène, et se colore uniformément par le picro-noir naphtol en violet lilas assez foncé, moins foncé pourtant, et virant moins au bleu que les fibrilles des lamelles sous-jacentes. Sur des coupes plus minces, on constate que cette nappe, séparée de l'épithélium par un trait plus foncé, n'a aucune limite profonde nette, et que, de place en place s'en détachent des fibrilles ou paquets de fibrilles collagènes ou pénécollagènes, qui se continuent dans les fines lamelles cornéennes sousjacentes, tandis qu'ailleurs certaines rares cellules superficielles y proéminent, s'y creusent une logette, et s'y enchâssent, à demi. A la périphérie, vers le niveau du limbe, la membrane de Bowman, souvent un peu gonflée, apparaît encore assez nettement striée en long, comme aux stades précédents, et dissociable même optiquement par places en une dizaine de lamelles superposées, serrées, plus ou moins fusionnées. Puis tout à coup, au limbe même, au point où la membrane est taillée en bec de flûte aux dépens de sa face profonde, on la voit sur cette face se dissocier véritablement (fig. 13, u), s'effriter en un pinceau de lamelles et de fibrilles, qui vont, en divergeant,


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se continuer avec le tissu sous-jacent. L'épaisseur de la nappe striée diminue ainsi rapidement, finalement elle se réduit à une membrane mince à double contour, très colorée, mais de moins de 1 µ, qui se continue au loin au-dessous de l'épithélium conjonctival : c'est dès lors une basale ou vitrée d'aspect banal.

Nous pourrions, faisant la description en sens inverse, ce qui serait plus logique à certains égards, dire que l'on voit, au bord de la cornée, les lamelles constituantes perdre leurs cellules, se rapprocher, s'accoler, se fusionner en une nappe épaisse, d'abord striée, puis de plus en plus homogène à mesure qu'on approche du centre, et qui est la membrane de Bowman; mais que, sur toute sa face profonde, le tissu cornéen sous-jacent subit des modifications analogues, quoique moins marquées, pour venir peu à peu s'y confondre.

L'examen de fines coupes tangentielles confirme pleinement ces données. Le tissu propre de la cornée y montre, à mesure qu'on approche de la surface libre, des cellules de plus en plus rares, de fines lamelles peu colorables de plus en plus serrées, et contenant des fibrilles de plus en plus fines. Quand on commence à atteindre les couches profondes de la membrane de Bowman, on voit ces couches, sans limites nettes, abordées très obliquement par d'assez nombreuses fibrilles très fines et très pâles, qu'on peut suivre avec quelque peine jusqu'à la moitié environ de son épaisseur. Là, elles sont bien diminuées de nombre et réduites à quelques filaments isolés parallèles, qui bientôt se perdent et disparaissent dans une masse amorphe ou très finement granuleuse, qui tend à devenir tout à fait homogène vers la surface.

Ce mode de développement, s'il est le même chez l'Homme, comme il est probable 1, permet de mieux se rendre compte de certains faits pathologiques. Le Dr Lampret (de Strasbourg), par exemple, a signalé à la Société de médecine du Bas-Rhin (1924) que, en étudiant

1. Keibel et Elze (37) montrent chez l'embryon humain la vésicule cristallinienne lente à se détacher de l'épiderme. Elle continue à y adhérer par un court pédicule, de plus en plus étroit, depuis le stade de 6 millimètres environ (Mensch Gaylor, 24) jusqu'à celui de 8 mm., 75 (Embryon 35). A ce moment elle vient de se détacher, mais il n'y a pas encore de cellules mésodermiques entre les deux. C'est seulement sur les embryons de 9 mm., 1 et 9 mm., 2 qu'elles commencent à s'y glisser éparses, mais on n'en voit aucune arrivée jusqu'au centre dans la figure de l'embryon 49 (10 mm., 3), due à Hammar, et c'est seulement sur ceux de 14 millimètres qu'existe une couche de mésenchyme. Sur celui de 23 millimètres la cornée est achevée ( homogène ) ( ?); sur celui de 25 millimètres l'épithélium postérieur est signalé pour la première fois. Il y a donc une période encore


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la cornée sur le vivant à l'aide du microscope cornéen et de la lampe à fente, il peut y distinguer 5 couches différentes, dont 2 représentées par les épithéliums, et 3 par le stroma propre. Or, de ces 3 dernières, la moyenne, formant les trois quarts de l'épaisseur, est assez réfractaire aux lésions; la première au contraire, comprenant la membrane de Bowman et le territoire cornéen qui est à son contact, présente une certaine autonomie fonctionnelle, puisqu'elle peut être frappée isolément par certains processus pathologiques. La troisième (membrane de Descemet et zone adjacente) est également sujette à des lésions spéciales.

C. — MEMBRANE DE BOWMAN; BASALES EN GÉNÉRAL,

ET MÉSOSTROMA.

Ce mode de développement explique encore la constitution de la membrane de Bowman chez l'adulte. On la considère en général comme une basale, mais une basale particulière, très épaisse,"' mal limitée intérieurement, et d'une composition un peu spéciale, partiellement au moins décomposable en fibrilles par macération dans le permanganate de potasse (Berger), fibrilles qui semblent noyées dans une masse amorphe. Enfin, chez les Oiseaux particulièrement, Oppel 1909 (20) fait remarquer qu'il n'existe pas à proprement parler de membrane basale antérieure séparable, mais que la fibrillation est plus serrée dans un groupe de lamelles antérieures, d'où l'on peut parler de deux couches qui, à la périphérie, pourraient glisser l'une sur l'autre.

Est-ce une véritable membrane basale? Non, ou, plus exactement, ce n'est pas une basale primitive, puisque nous avons vu celle-ci se constituer sous l'épithélium antérieur comme une fine nappe continue dès la fin du quatrième jour, et c'est très secondairement seulement, que cette première limitante s'est épaissie par adjonction et fusionnement de lamelles sous-jacentes. C'est ce que nous appellerions volontiers une membrane basale accrue, secondaire, ou

assez étendue dans laquelle l'existence d'une formation mésostromale, quoique non signalée dans ces descriptions concises, a pu jouer son rôle. L'existence du voile cornéen est d'autant plus probable que l'existence du voile vitrée est évidente sur l'embryon de 5 millimètres (voir plus haut).


CHEZ LE POULET. 247

chorio-basale. Mais les lamelles sous-jacentes surajoutées avaient ici une origine spéciale. L'ensemble est donc beaucoup plus qu'une simple vitrée ; c'est le reste, persistant jusque chez l'adulte, du mésostroma cornéen primitif, échappant plus ou moins complètement à l'invasion mésenchymateuse.

La basale primitive, la basale accrue elle-même, sont ici nettement, dans toute leur épaisseur, d'origine épithéliale ectodermique comme le mésostroma primitif ecto-ectodermique dont elles dérivent; et cette constatation nous amène à modifier notre conception des membranes basales en général. En effet, sans nier que l'épithélium pût avoir sur elles une certaine action, nous les avions toujours considérées (jusqu'à notre note préliminaire de 1923, 11) comme représentant essentiellement la couche la plus superficielle du tissu conjonctif, la dernière lamelle, membrana terminans de Merkel, ou, comme nous le disions dans une note spéciale sur les vitrées (21), la couche limitante de la substance conjonctive amorphe, d'origine exoplasmique mésenchymateuse, dans l'épaisseur de laquelle viennent se perdre les fibres superficielles les plus fines. L'exemple de la cornée nous montre, non seulement que l'épithélium peut jouer un rôle dans l'édification des basales, mais qu'il peut même, en certains cas, y jouer le rôle principal. Dans le cas particulier de la membrane de Bowman, c'est lui seul, en effet, qui, par différenciation de ses prolongements cellulaires, donne le mésostroma lamelleux destiné à se condenser pour la former; c'est lui seul qui donnera, par l'addition d'une dernière couche mésostromale, la membrana limitans ou basale primitive de la fin du quatrième jour, pour isoler définitivement cet épithélium des parties sous-jacentes. Et c'est secondairement seulement que les parties les plus profondes de la couche mésostromale inhabitée, c'est-à-dire de la basale secondaire ou chorio-basale que représente la membrane de Bowman, seront envahies par quelques cellules mésenchymateuses superficielles et par l'extrémité des fibres conjonctives restées à l'état précollagène ou pénécollagène. Les deux tissus épithélial et conjonctif peuvent donc participer à l'édification des basales, et, si l'épithélium a, dans le cas particulier, un rôle prédominant, nous devons très vraisemblablement admettre qu'ailleurs c'est lui tout au moins qui entre le premier en action, et pose les fondements de la vitrée, c'est que


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partout et en tout temps doit persister une interaction des deux tissus l'un sur l'autre 1.

Dejean (4), dans son mémoire, insiste particulièrement sur l'origine conjonctive des vitrées « qui représentent le premier et le plus simple appareil squelettique que l'on puisse imaginer », appareil qui présente d'emblée « des parties renforcées » aux points où ce rôle de soutien est le plus indispensable. Il s'appuie sur Merkel, pour lequel tout salut ne vient pas des cellules, les substances conjonctives fondamentales étant bien vivantes, s'accroissant d'elles-mêmes, participant au mouvement d'échanges nutritifs, capables en outre de subir la différenciation fibrillaire. Jusque-là nous sommes d'accord. Mais nous ne le sommes plus quand Merkel, qui admet pourtant jusqu'à un certain point notre conception lamelleuse du tissu conjonctif lâche, ne fait de la vitrée basale, de sa membrana terminans, que l'épaississement superficiel d'une gelée amorphe qui remplirait les vides, et dans laquelle seraient plongés tous les éléments. Nous n'avons jamais vu, à la place de cette gelée, que de la lymphe interstitielle, qui peut en certains points (cordon de la Torpille par exemple, 36) être épaissie par l'addition d'une certaine quantité de mucine, simple produit de sécrétion (ou de dégénérescence) probablement. Nous croyons toujours, comme nous l'avons dit précédemment (21) que la vitrée basale adulte est essentiellement et « n'est que la lamelle la plus superficielle et par cela même limitante du tissu conjonctif » où viennent se perdre et continuer à s'accroître les plus fines fibrilles. Mais les faits que nous venons d'exposer nous obligent à ajouter que la toute première origine de cette basale est souvent au moins épithéliale ou mixte, et que c'est secondairement seulement que l'apport mésenchymateux vient y prédominer. La vitrée adulte nous paraît aujourd'hui une couche intermédiaire, en quelque sorte neutralisée, qui unit plutôt qu'elle ne sépare les deux formations limitrophes 2.

Sans entrer ici dans un exposé bibliographique et critique, qui serait intéressant à établir, nous devons rappeler que bien des

1. Ne faudrait-il pas aussi rapporter à un mésostroma la constitution si spéciale de cette sorte de basale accrue que représente la couche la plus superficielle de l'endartère, ou, plus exactement, de toute la membrane commune du système à sang rouge de Bichat?

2. Au point de vue de l'origine première du corps vitré, qui intéresse surtout Dejean, n'est-il pas plus simple d'interpréter les faits observés par lui, comme par nous, en admet-


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auteurs déjà ont attribué à l'épithélium une importance plus ou moins grande dans l'édification des membranes basales. A titre de simple exemple, rappelons que, d'après Stöhr (22) la partie interne de la vitrée des gaines du poil doit être d'origine épithéliale. Rappelons surtout que Renaut a consacré aux vitrées dans son Traité (23) quelques pages (30 et suivantes, t. II) des plus intéressantes. Tout en mentionnant de nouveau les rapports intimes qu'elles ont avec les éléments du tissu conjonctif, et notamment avec les fibres qui viennent s'y perdre, il ajoute : Elles « semblent bien avoir été édifiées sous l'influence directrice des épithéliums adjacents ». Là où l'un de ces derniers est détruit ou disloqué à la suite d'un processus inflammatoire, elles ne tardent pas à disparaître par résorption; elles se reconstituent au contraire dès que l'épithélium s'est lui-même régénéré. « Dans cet ordre d'idées, on pourrait considérer les vitrées comme les formations de substance fondamentale édifiées par les épithéliums : tout comme les faisceaux connectifs et les fibres élastiques, la substance fondamentale des os et des cartilages l'ont été par les cellules fixes des tissus de substance conjonctive. » Dans les deux cas la formation se fait en dehors de l'élément cellulaire. Appuyant sur l'analogie entre les substances fondamentales du groupe connectif et les vitrées, Renaut fait encore remarquer que ce sont « les premières substances fondamentales autres que les ciments interépithéliaux qui apparaissent chez l'embryon » et que, chez les Vertébrés les plus inférieurs, chez l'Amphioxus notamment, elles constituent à elles seules presque tout le stroma de l'organisme. Epaisses en certains points, sans structure autre que des striations ou des lamellisations plus ou moins compliquées, elles se gonfleraient comme les substances fondamentales par les alcalis et par les acides faibles, et aussi sous l'influence de l'oedème chronique dans les bronches (Thèse Honnorat, Lyon 1887).

Rappelons enfin quelques conclusions du travail de Prenant sur l'histogenèse de l'émail (24). Ne montre-t-il pas (p. 84 et suivantes) que la membrane basale jeune tendue entre adamantoblastes et

tant que basales et couche intermédiaire proviennent à l'origine des deux épithéliums voisins, plutôt que de supposer l'existence d'une substance amorphe liquide formée au loin, et venant se coaguler entre ces deux épithéliums, en contact pourtant étroit d'après l'auteur.


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odontoblastes est une sorte de « zone neutre » qui servira de terrain aux deux éléments pour la mise en liberté de leur potentiel évolutif. Traduisant les rapports établis entre la cellule épithéliale et la cellule conjonctive, « elle pourra se modifier, s'accroître ou disparaître » selon que changeront ces rapports. Et, dans ce cas particulier, Prenant croit pouvoir conclure que ce sont les cellules épithéliales ou adamantoblastes, qui « avant qu'ils déposent la première couche d'émail, ont pris part à la formation de la zone la plus externe de l'ivoire, qui, en se développant ultérieurement, n'a d'ailleurs qu'une valeur représentative ». Peu enclin à considérer comme un dogme intangible la doctrine de la spécificité des feuillets, l'auteur ne montre pas de répugnance à admettre « qu'une même substance collagène, l'ivoire, puisse devoir sa naissance à deux cellules différentes d'origine » et que, dans la zone neutre représentée par la membrane basale, « toutes deux puissent concourir à l'édification de cette substance ».

La conception du mésostroma nous paraît éclairer tous ces faits d'un jour nouveau. Formé à l'origine d'un réseau protoplasmique d'union entre deux épithéliums, ou entre un épithélium et le mésenchyme, plus ou moins colonisé secondairement par les cellules de ce dernier dans la plupart des cas, le mésostroma est bien l'une de ces zones neutres de Prenant où s'affrontent les feuillets, et où ils peuvent collaborer à l'édification de substances ou de formations qui ailleurs semblent ne pouvoir provenir que d'un seul d'entre eux, formations dont l'importance ou les caractères varieront selon la part qu'y aura prise chacun d'eux.

La conception du mésostroma peut aussi, croyons-nous, expliquer certaines productions anatomo-pathologiques. Grynfeltt et Aimes (25) ont décrit deux tumeurs des glandes sudoripares dans lesquelles la membrane basale avait subi par places un épaisissement considérable. Dans l'une (adéno-épithéliome sudoripare), elle envoyait en outre des cloisons de refend et des bourgeons cylindriques végétants dans l'intérieur des amas épithéliaux; dans l'autre (adénocarcinome sudoripare) elle dissociait par places ces amas épithéliaux en des sortes de lobules ou d'îlots séparés par un véritable stroma fibreux. Dans ce dernier cas en effet, la membrane, en s'épaississant, avait pris un aspect strié concentriquement tenant à l'apparition


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dans son intérieur de nombreuses fibrilles à réaction franchement collagène; mais les amas fibreux les plus épais eux-mêmes restaient absolument acellulaires, privés de fibroblastes. Dans le premier cas au contraire, la membrane propre et ses végétations avaient conservé l'aspect hyalin, et prenaient avec électivité les colorants du collagène: c'était « une lame de substance précollagène au sens de Laguesse ». Dans la discussion qui suivit cette communication, Prenant relevait l'importance d'un fait d'une valeur très générale, c'est la végétation véritable d'une membrane basale, végétation « qui est le signe d'un mode très particulier de réaction entre l'épithélium et le tissu conjonctif ». Or, il nous semble qu'en ces cas encore, nous pouvons rapporter la formation de cette membrane au réveil, dans l'épithélium, de l'activité qui a donné le mésostroma aux premiers jours du développement. Nous y voyons une sorte de mésostroma dû à cette action de l'épithélium et à la réaction du tissu conjonctif contre lui, réaction qui, comme le font remarquer les auteurs, agit très heureusement pour limiter l'extension épithéliale et l'empêcher de devenir maligne. Dans le premier cas, la membrane a gardé des caractères mésostromaux assez purs, dans le second elle a évolué dans le sens collagène, probablement sous l'influence des cellules conjonctives extérieures, qui ont apporté les substances nécessaires à cette production de collagène, sans pouvoir pourtant pénétrer dans la membrane, pas plus que les cellules de la cornée ne pénètrent dans la membrane de Bowman une fois formée.

Grynfeltt rappelle un autre fait bien connu, et qu'il a eu l'occasion de vérifier, c'est l'épaisseur souvent considérable de la membrane propre glandulaire dans les adéno-fibromes de la mamelle.

Des deux cas spécialement étudiés par Grynfeltt, nous rapprocherons celui relaté par son élève Caudière (26) sous le nom de tumeur des glandes salivaires de la muqueuse labiale. Ici, la membrane propre, considérablement épaissie, est, dans sa partie adhérente à l'épithélium, complètement anhiste ou très vaguement striée, et faiblement élective pour les colorants du collagène, tandis que « dans sa portion la plus externe, elle se continue avec les lamelles du tissu conjonctif lâche ambiant, qui la rejoignent plus ou moins obliquement et viennent s'incorporer à sa substance. Les fibrilles conjonctives les plus ténues viennent s'y perdre. « C'est donc un


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cas que nous pouvons considérer comme intermédiaire entre les deux de Grynfeltt précédemment cités. Mais ne dirait on pas que cette description est calquée sur celle de la membrane de Bowman? Aussi nous n'hésiterons guère à attribuer à la basale épaissie une origine mésostromale analogue, c'est-à-dire à attribuer à l'épithélium une part initiale presque certaine et peut-être prépondérante dans sa formation.

Nous ne pouvons nous étendre démesurément ici sur ces considérations, mais nous rappellerons encore que Ménétrier et Peyron, Masson, et d'autres anatomo-pathologistes1, ont insisté sur cette interaction des tissus l'un sur l'autre, déjà bien mise en relief par Nageotte dans ses recherches expérimentales sur la régénération des nerfs périphériques. On trouvera une étude bibliographique et personnelle très complète de cette interaction dans la récente Thèse de Caudière (26) à laquelle nous avons déjà fait allusion, et nous croyons que la conception du mésostroma ne contribuera pas médiocrement à l'expliquer. « L'un des tissus, conclut Caudière, intervient partout par sa substance, c'est le conjonctif ; l'autre par son influence, par une action de présence variable suivant des conditions générales et locales encore peu connues dans leur mécanisme, c'est l'épithélium. » Appliquant ici la notion de mésostroma, ajoutons que l'épithélium lui-même peut intervenir par sa substance, comme il est intervenu à l'origine du développement embryonnaire, peut différencier à ses dépens une partie des basales épaissies ou choriobasales, souvent peut-être la totalité de ces membranes non pénétrées par les fibroblastes (à l'image de la gaine de la notochorde). Hésitant à suivre Masson, pour lequel il peut y avoir formation de véritable collagène d'origine épithéliale, nous tendons à croire que la portion de substance fondamentale née aux dépens de l'épithélium ne mérite probablement pas tout d'abord le nom de précollagène, que c'est quelque chose d'un peu différent, qui ne pourra devenir véritablement précollagène puis collagène que par l'intervention des éléments conjonctifs pénétrants ou environnants. Pourtant il existe le plus souvent des conditions différentes de celles de la membrane de Bowman, mésostroma d'origine ecto-ectodermique.

1. Glaize-Rembal et Robert, par exemple (C. R. Soc. Biol. 1925, t. XCII, Corsy et Robert (id.), etc.


CHEZ LE POULET. 253

Le plus souvent dans les tumeurs ce sera du mésostroma d'origine ecto-mésodermique ou endo-mésodermique, où l'élément conjonctif aura fatalement un rôle plus important, et où les lamelles superficielles du symplasme ou synexoplasme hyalin pourront venir en nombre, comme le décrit. Caudière, se fusionner à la basale primitive, pour l'épaissir. En résumé, nous ajouterons simplement à ce que dit cet auteur que l'épithélium, outre son « influence morphogène », peut vraisemblablement aussi agir dans les tumeurs par édification d'une substance un peu différente du précollagène, mais capable aussi de se collagéniser sous l'influence du tissu conjonctif environnant. Dire que l'épithélium agit par dépôt de substance, n'est-ce pas dire qu'il peut lui-même dans les tumeurs, tendre à limiter ses propres dégâts, à modérer sa tendance envahissante, en contribuant à l'érection de la barrière qui le sépare des autres tissus Ce ne serait pas la moins curieuse de ses propriétés !

Quittant le domaine de l'anatomie pathologique, où nous ne pouvions faire qu'une légère incursion, revenons au point de vue de l'histogenèse comparée.

Rôle général et importance du mésostroma. — En dehors de son action au niveau des basales, le mésostroma peut avoir un rôle plus important, et édifier à lui seul, ou presque seul, certains organes qu'il marque d'une empreinte indélébile. Le plus répandu de ces organes, puisqu'il persiste jusque chez l'Homme, c'est le corps vitré. Rappelons que, au début de ce mémoire, nous avons été obligé de rapprocher la lamelle vitrée initiale de la lamelle cornéenne initiale, se développant au même point à deux stades différents, et aux dépens du même épithélium ectodermique sous la forme mésostromale. Dès sa première note (30) Dejean proclame que « le corps vitré mérite une place à part dans les tissus : c'est une substance fondamentale ou intercellulaire qui a un développement autonome et s'accroît d'un mouvement propre ». Tout ceci peut s'accorder avec ce que nous avons observé; mais, d'autre part, l'auteur croit pouvoir revenir, en la présentant sous une forme nouvelle, à la théorie de l'origine mésodermique et collagène du corps vitré. L'examen des faits que nous avons eus sous les yeux nous interdit de le suivre dans cette voie. La « substance d'accolement » de Dejean n'est autre chose


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pour nous qu'une modification locale du mésostroma sous-épidermique général, auquel nous accordons, comme Studnicka un rôle essentiel dans la formation du vitré. Ce dernier dût-il même recevoir plus tard quelques apports mésodermiques (ce qui est assez douteux) garde de cette origine primitive une constitution toute particulière, et en marge des autres tissus. Ce qui complique un peu le problème chez les Mammifères, c'est qu'une vraie couche de cellules mésodermiques bientôt disparue (Keibel) a précédé cette formation. Mais cette couche n'apparaît point chez les Oiseaux, où le processus est plus primitif, plus pur; et sa présence si fugitive chez les Mammifères n'empêche en rien le développement du mésostroma. Nous ne croyons point, par notre interprétation ni par celle que nous donnons du mésostroma cornéen « remettre en question toute l'origine blastodermique de la substance fondamentale collagène », ni attaquer la spécificité des feuillets, comme le pense Dejean, bien que cette spécificité ne nous paraisse pas un dogme intangible. Mais, si l'on nous a bien compris, l'édification du mésostroma est pour nous précisément, entre feuillets qui défendront assez jalousement plus tard leur individualité, l'expression d'une sorte de trève, et d'union provisoire et temporaire, où chacun d'eux apporte sa part pour former quelque chose d'intermédiaire, d'interdermal comme le dit Studnicka 1 : la substance fondamentale exoplasmique ainsi formée généralement en très petite quantité, développée en quelques points seulement, a (nous devons le répéter), des propriétés spéciales qui la distinguent quelque peu de la précollagène ordinaire. Mais ces différences disparaissent bientôt en la plupart des cas au contact du mésenchyme ou lors de la pénétration et de la colonisation par ce mésenchyme. Le vitré au contraire est le territoire qui garde le mieux, dans la série des Vertébrés, l'empreinte primitive, que souligne son acellularité complète ou presque complète, si précieuse au point de vue fonctionnel. Nous ne pouvons d'ailleurs discuter plus longtemps cette question du vitré, accessoire dans notre recherche actuelle.

1. Nous ne croyons guère à la Verschleimung des ponts intercllulaires telle que semble la comprendre Studnicka ; nous ne croyons guère par conséquent à une « gelée mésostromale » primitive provenant de la gélification des trabécules ; dans les mailles du réseau mésostromal comme dans celles du mésenchyme, nous ne voyons le plus souvent que de la lymphe interstitielle.


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Mais nous devons, avant de terminer, examiner si la notion de mésostroma n'a pas une importance plus générale encore. Studnicka (17) a prétendu que le derme (corium) des Amphibiens doit son origine, en la majeure partie de son épaisseur au moins, à un mésostroma acellulaire s'épaississant plus tard, et où l'on observe bientôt, comme dans la cornée, deux systèmes de fibrilles se croisant à angle droit 1. Ce serait secondairement seulement que les cellules mésenchymateuses viendraient à sa face profonde, et que quelques-unes y pénétreraient. Il en serait de même chez l'Ammocète et chez l'Amphioxus. Chez certains Poissons, comme le Lophius, ce serait une masse acellulaire d'origine mésostromale qui constituerait à elle seule ou presque seule le tissu de soutien, la substance fondamentale primitive. Ce serait en somme le premier aspect des substances fondamentales.

Studnicka (18) a attiré enfin l'attention sur le fait que, chez certains Invertébrés, souvent les feuillets et leurs dérivés ne s'écartent pas, mais qu'il apparaît peu à peu entre eux une couche de plus en plus épaisse, dès l'origine compacte et ininterrompue, qui peut s'épaissir encore et devenir un tissu durable de nature diverse. C'est, par exemple, la lame de soutien de l'Hydre d'eau douce, pendant toute la vie fine et sans structure, tandis que chez d'autres espèces elle contient des fibrilles. Pour lui c'est encore du mésostroma.

On sait en effet que, chez de nombreux Coelentérés, éléments reproducteurs à part, le mésoderme n'existe guère, et qu'on trouve seulement à sa place, comme tissu de soutien entre l'ectoderme et l'endoderme une lame plus ou moins épaisse, généralement assez mince, tantôt homogène, tantôt spongieuse ou fibrillaire, qu'on appelle la mésoglée. C'est avec quelques réserves que nous nous engagerons ici à la suite de Studnicka, car, si nous en croyons le travail récent et si documenté de Dantan (28) sur les Antipathaires, la mésoglée, qui chez ces animaux est homogène, « est en réalité produite par les cellules du mésenchyme qu'elle contient dans sa masse ou qui sont appliquées à sa surface », et représente un véritable tissu conjonctif. Pourtant, d'après les figures mêmes de l'auteur

1. Dès 1878 Pouchet et Tourneux, en leur Précis d'Histologie, disaient (p. 197) que dans la peau des Poissons, Amphibiens et Reptiles, la membrane amorphe «représente le derme proprement dit ».


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qui n'a pu suivre le tout premier développement, les cellules y sont fort rares sauf en certains points, et peuvent très bien n'y être entrées que secondairement. D'autre part, les auteurs précédents accusent sur ce point de telles divergences (les frères Hertwig considérant la mésoglée comme un produit de sécrétion des deux feuillets primordiaux, Goette la croyant produite par les seules cellules ectodermiques, Hyde par les seules cellules endodermiques) qu'il y a lieu de se demander si ces divergences ne proviendraient pas précisément de ce que l'origine est en réalité double, et due à une formation mésostromale primitive plus ou moins colonisée secondairement par des éléments mésenchymateux.

S'il en est bien ainsi le mésostroma acquiert une importance plus grande encore que nous le supposions tout d'abord. Il nous représente dans la phylogenèse le premier aspect des tissus de soutien, le premier aspect de la substance fondamentale, la substance fondamentale primitive due à la collaboration des deux feuillets primaires, et à laquelle, de très bonne heure, sont venus s'ajouter des éléments mésenchymateux. A mesure que, dans la série animale, ces éléments ont augmenté d'importance, celle du mésostroma a diminué, jusqu'à ne plus être, dans la plupart des cas, qu'une formation toute transitoire, et bien vite annexée puis remplacée par le mésenchyme, qui produit chez les Vertébrés la véritable substance fondamentale exoplasmique précollagène d'où dérivent les fibres collagènes définitives. En certains points rares seulement le mésostroma pourrait persister plus longtemps (cornée) et laisser des vestiges (membrane de Bowmann) ; en d'autres ces vestiges seraient plus importants et expliqueraient la structure si spéciale du corps vitré; en d'autres enfin, l'activité mésostromale qui a contribué à former la première ébauche des membranes basales pourrait se réveiller dans certaines conditions pathologiques.

Quoi qu'il en soit, la notion de mésostroma peut fournir une explication rationnelle de bien des petits problèmes, et nous terminons en donnant un exemple que nous fournit le hasard. Ross G. Harrison (29) a récemment étudié le développement des appendices céphaliques appelés balanciers, ou crochets de Rusconi, chez l'Amblysstome, et cherché les causes de ce développement en faisant des transplantations à divers moments de l'évolution. La rigidité de


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ces organes est due à une sorte d'exosquelette sous-épithélial formé par épaississement et densification de la membrane basale. On dirait une sorte d'étui corné. La basale, d'après l'auteur, serait ici formée par une sorte de condensation particulière de la substance fondamentale du mésenchyme. Ce serait un produit de l'action des cellules épithéliales sur la matrice sous-jacente indifférenciée, action transformant son état diffus mal défini en une membrane nettement définie composée d'un feutrage dense de fibrilles. « La membrane du balancier, conclut Harrison, apporte ainsi une preuve évidente que les fibres du tissu connectif prennent leur origine dans une substance amorphe indépendamment de toute action directe des cellules du mésenchyme. » Ce serait un exemple d'une formation structurée produite par un tissu indifférent sous l'influence d'un tissu adjacent spécialisé, qui est ici l'épithélium. Et l'auteur ne peut s'empêcher de rapprocher cette évolution de celle du derme des Amphibiens d'après Studnicka, mais sans avoir la tentation d'en faire du mésostroma. Or, si nous examinons attentivement les figures de Harrisson, nous voyons à son point d'implantation la membrane du balancier striée en long, et manifestement formée par l'accolement de nombreuses couches de fines lamelles, s'amincir, puis se détacher de l'épithélium. A l'extrémité ses lamelles s'écartent l'une de l'autre, et se continuent avec le réseau de prolongements filiformes et membraniformes du mésenchyme sous-jacent, peu riche en cellules. Lors de sa première apparition d'autre part, elle s'est développée entre l'épithélium et le mésenchyme, au point de contact des deux. Nous ne pouvons guère y voir qu'une formation mésostromale. Nous y apercevons des lamelles plutôt que des fibrilles, et, si ces dernières existent, ce sont des fibrilles primitives analogues à celles que nous allons bientôt étudier dans la cornée. Nous ne pouvons donc nous associer complètement aux conclusions de l'auteur.

D. — LE MÉSOSTROMA ET LES FORMATIONS PECTINÉES.

Nous devons revenir en arrière sur un point de détail que nous avons intentionnellement laissé de côté jusqu'ici, pour ne point nous laisser distraire du sujet principal. Il s'agit de l'origine des formations

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 2, Août 1926. 17


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petinées. Nous réunissons sous ce vocable le ligament pectiné proprement dit, et le système trabéculaire scléro-cornéen de RochonDuvigneaud, formations dont l'origine nous paraît due à la même disposition primitive du mésostroma dans la région de l'angle iridocornéen.

Si nous nous reportons à la figure 2 (embryon de soixantedouze heures), nous voyons, en avant du rebord de la cupule optique, le réseau mésostromal constitué de trabécules plus abondantes et plus épaisses que plus bas en face du cristallin. De ce point se détachent celles qui passent entre cristallin et cupule, pour aller s'épanouir dans le vitré.

Un jour plus tard (embryon de quatre jours sept heures) (fig. 9) nous retrouvons ces trois parties du réseau mésostromal plus séparées. Le réseau cornéen, de plus en plus régulièrement lamellisé, a acquis son indépendance depuis que l'endothélium lui a établi une frontière en arrière; —le réseau du vitré ne se rattache plus à l'ensemble que par une mince lamelle, collée ici contre le bord de la cupule; — la portion moyenne du réseau persiste seule avec les mêmes caractères que précédemment entre le bord de cette cupule et l'endothélium cornéen. Libérée de ses attaches au cristallin, elle pend là comme une sorte de dentelle flottante (pt) formée de trabécules, la plupart sous forme de lamelles incomplètes; et les dernières mailles de ce réseau s'ouvrent béantes dans la chambre antérieure. Cette partie moyenne du réseau mésostromal, envahie déjà par quelques cellules mésenchymateuses, représente pour nous la première indication des formations pectinées. Sur des coupes frontales tangentielles, qui rencontrent la région du limbe scléro-cornéen sur tout son pourtour, la dentelle pectinée ne flotte plus seulement en haut et en bas, mais constitue un diaphragme annulaire complet en arrière du bord de la cornée. On constate ainsi qu'elle est formée de trabécules aplaties, irrégulièrement rubanées, élargies en lamelles aux noeuds du réseau surtout. Ces trabécules s'étagent par rangées superposées, les deux plus centrales généralement acellulaires, la troisième montrant quelques cellules mésenchymateuses qui sont venues s'étaler à la surface des lamelles, cellules de plus en plus abondantes sur les suivantes.

Mêmes images sur l'embryon de cinq jours : les trabécules lamel-


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leuses sont encore plus étendues, et tendent à se réunir à la base en lamelles continues ou assez largement fenêtrées.

Sur l'embryon de six jours nous retrouvons la même dentelle à trabécules et lamelles terminales flottantes dans la chambre antérieure vers son pourtour; elle a des caractères analogues à ceux précédemment décrits; elle est même un peu plus développée (fig. 10). Plus tard, au cours du septième jour, on voit, en certains points au moins, du fait d'une croissance plus rapide en surface de la cornée, cet organe tendre, au niveau du limbe, à se détacher du tissu sousjacent. Un enfoncement, p, déjà marqué en bas sur la figure 10, tend ainsi à le séparer du bord de la cupule pour former l'angle de la chambre antérieure. La formation pectinée primitive, pt, entraînée dans cette dépression, s'accroît à sa base, mais se dissocie et se résorbe plus ou moins à son extrémité flottante.

Ce mouvement s'accentue encore quand, au commencement du huitième jour (fig. 11), le mésenchyme se condense et s'accole au double épithélium des bords de la cupule pour constituer l'ébauche de l'iris. A ce moment la rainure s'est encore approfondie, et l'on peut parler d'un véritable angle irido-cornéen. Les trabécules flottantes superficielles de la formation pectinée primitive se sont en partie résorbées, en partie retirées, et l'on ne trouve plus, limitant le sommet même émoussé de l'angle, qu'un réseau mésostromal plus ou moins lamellaire, toujours très délicat (pt) mais dont presque toutes les travées sont maintenant doublées de cellules mésenchymateuses clairsemées. Les mailles vides (espaces de Fontana) de cette formation pectinée secondaire communiquent toujours largement avec la chambre antérieure, et l'épithélium de la membrane de Descemet ne s'est pas encore étendu jusque-là. Il se perd dans un reste du coin solide mésenchymateux qui lui a donné naissance, coin que Gabrielidès (Thèse Paris, 1895) considérait, au même âge, comme une accumulation de strates endothéliales, et que G. Leplat (12) figure au même point sous le nom d' « amas stratifié 1 ». On sait que, chez les Oiseaux, le ligament pectine restera jusque chez l'adulte un amas de tissu très lâche et très développé (Oppel, 20). Nous ne pouvons pas le suivre plus loin, mais nous croyons qu'il était inté1.

inté1. probablement do cet amas que dérivera plus tard la crête circulaire de Kalt


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ressant de montrer que les formations pectinées ont la même origine mésostromale que la cornée primitive et le corps vitré qu'elles relient à un moment donné, et cela nous aide aussi à comprendre leur structure un peu particulière chez l'adulte.

CONCLUSIONS.

1. —Chez le Poulet, la cornée est d'abord uniquement représentée par son épithélium antérieur ectodermique.

2. — Entre cet épithélium et le cristallin, dès son apparition, se développe un fin réseau mésostromal à travées en partie lamelliformes, dont les principales s'assemblent et se tassent en un mince voile tendu à peu près à égale distance des deux organes (lamelle cornéenne, embryon de soixante-douze heures). Ce réseau subit de bonne heure une différenciation exoplasmique.

3. — Les trabécules venues du cristallin disparaissent bientôt; l'épithélium antérieur au contraire continue à différencier à sa face profonde de nouvelles lamelles exoplasmiques; elles s'ajoutent au voile primitif, qui s'accroît également en épaisseur par une série de dédoublements. Ainsi se forme le tissu propre de la cornée, complètement dépourvu de cellules, et ses lamelles, qui deviendront les lamelles définitives de l'organe. Il est donc entièrement d'origine mésostromale ecto-ectodermique. La dernière lamelle différenciée au niveau de l'épithélium (96e heure) a des caractères spéciaux, et représente une mince membrane basale primitive séparant définitivement ce tissu propre de l'épithélium.

4. — Les cellules mésenchymateuses, restées jusqu'ici au delà du rebord de la cupule optique (où elles ont pu concourir à l'extension périphérique du mésostroma cornéen), commencent à se glisser en arrière du tissu propre de la cornée (5e jour), et viennent y constituer la mince assise de l'épithélium postérieur.

5. — Une seconde poussée de cellules mésenchymateuses envahit ensuite dans presque toute son épaisseur le tissu propre de la cornée au cours du septième jour, et vient le coloniser, l'annexer au reste du mésenchyme en modifiant son aspect et ses propriétés 1.

1. Nous y étudierons le développement histogénétique des fibrilles dans un autre mémoire.


CHEZ LE POULET. 261

6. — Deux groupes de lamelles restent pourtant inhabités : l'un, postérieur, qui deviendra la membrane de Descemet, l'autre, antérieur, beaucoup plus important, dont les lamelles se tasseront peu à peu, et tendront à se fusionner (10e jour et au delà), pour constituer, unies à la basale primitive, la membrane de Bowman. De.ce fait celle-ci restera à sa face profonde en continuité insensible avec le tissu sous-jacent, dont les fibrilles viennent se perdre dans son épaisseur.

7. — Les membranes de Bowman et de Descemet peuvent donc, si l'on veut, conserver le nom de membranes basales, mais ce sont des membranes basales accrues, ou chorio-basales, formées par adjonction à la face profonde de la basale primitive de lamelles issues du mésostroma, et qui, dans d'autres organes pourront être d'origine mésenchymateuse pure.

8. — Cet exemple montre que les épithéliums peuvent jouer le rôle principal dans l'édification de certaines membranes basales; il est très vraisemblable que partout ailleurs ils jouent au moins le rôle initial, les éléments mésenchymateux venant s'y ajouter secondairement."

9. — Les basales accrues de certaines tumeurs doivent probablement leur origine au réveil de l'activité mésostromale.

10. — Le mésostroma donne également naissance au corps vitré et aux formations pectinées.

11. — La notion de mésostroma peut être très précieuse pour expliquer beaucoup de faits de développement normal et pathologique.' Le mésostroma peut être considéré comme une sorte de tissu de soutien primitif acellulaire, une forme primitive de la substance fondamentale due à la collaboration provisoire des cellules des différents feuillets blastodermiques ou des premiers organes qui en sont issus.

APPENDICE.

Dans notre collection de fiches, pourtant complète avant guerre, nous n'avions trouvé aucune indication de travail spécial sur le développement de la cornée en 1909. Une de ces fiches a dû pourtant être égarée. Voici seulement en effet (février 1926) que, par le


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plus grand des hasards, nous tombons sur le petit mémoire, pourtant si important, de Knape (1909) (39).

Dans ce travail, l'auteur finlandais confirmait déjà, comme nous venons de le faire, les principales données de Kessler, mais en y ajoutant quelques détails intéressants. Tout d'abord il décrivait un premier stade, intermédiaire au deuxième et troisième jour (à nos figures 1 et 2), dans lequel la vésicule cristallinienne, très étranglée à son insertion, communique pourtant encore avec l'extérieur. A ce moment, disait-il, le cristallin envoie des cônes cellulaires et des fibrilles tout autour de lui. L'ébauche du corps vitré l'enveloppe donc de toutes parts sauf à son insertion même, se glissant entre la paroi distale de la vésicule et l'épiderme. C'est cette partie du vitré qu'il appelle, après Lenhossek, le « corps vitré antérieur » (der vordere Glaskörper). Mais Lenhossek n'y avait vu qu'une formation transitoire, Knape montre que c'est la première ébauche de la cornée (nous ajouterons : et des formations pectinées). Il s'y différencie de bonne heure, par augmentation, feutrage, et orientation de certaines fibres, une pellicule (c'est notre voile membraneux cornéen), qu'il nomme membrane de direction de la cornée (Richtungshaütchen). A sa face profonde viennent s'étaler les cellules mésodermiques pour former l'endothélium. En avant d'elle a lieu l'émigration massive, en coin, des mêmes éléments mésodermiques, respectant les couches superficielles destinées à former la membrane de Bowman, reste et vestige du corps vitré antérieur jusque chez l'adulte.

Ces données de Knape viennent donc, dans leur ensemble, fournir une nouvelle base à nos conclusions, à ceci près qu'il ne s'appuie pas sur la notion générale de mésostroma, qu'il prend pour des fibres les lamelles primitives de la cornée, tandis qu'il en fait dériver la « substantia propria » des cellules mésodermiques immigrées, — à ceci près aussi qu'il croit voir persister la Richtungshaütcheri pour former la membrane de Descemet. Il attribue (avec quelque vraisemblance) la grande faculté de régénération de celle-ci (faculté qui manque à celle de Bowman), à la dépendance dans laquelle elle reste vis-à-vis des cellules endothéliales qui la doublent.

La notion de « corps vitré antérieur », introduite par Lenhossek et développée par Knape, montre à quel point est justifié le rapprochement que nous avons fait à notre tour entre les lames cornéenne


CHEZ LE POULET. 263

et vitrée primitives. Par cette expression de corps vitré antérieur, un peu troublante, Lenhossek, puis Knape, voulaient simplement souligner que le même tissu spécial embryonnaire se forme en avant comme en arrière du cristallin. Mais il n'est aucunement besoin de conserver cette expression, qui n'a plus qu'une valeur historique, puisque ce tissu spécial a une bien plus grande extension, et il n'y a pas lieu actuellement de lui attribuer dans le globe de l'eoil un autre nom que celui assigné à l'ensemble par Studnicka : la notion générale de mésostroma suffit pour expliquer sa, nature, et ses rapports avec le vitré.

Index bibliographique.

Pour les travaux non indiqués ici consulter les Index de nos mémoires antérieurs sur le tissu conjonetif, 14 et 15 notamment.

1. GURWITSCH. — Vorlesungen über allgemeine Histologie. Iena, Fischer, 1913.

2. MATHIAS DUVAL. — Atlas d'Embryologie. Paris, Masson, 1889.

3. KESSLER. — Zur Entwickelung des Auges der Wirbelthiere. Leipzig, 1877 (d'après

Balfour).

4. CH. DEJEAN. — Origine collagène et développement du corps vitré et de la zonule de

Zinn dans l'oeil des Vertébrés. Thèse Fac. Sciences, Paris, 1924 et Archives d'Anatomie microscopique, t. XXI, 1925.

5. MAWAS ET MAGITOT. — Étude sur le développement du corps vitré et de la zonule chez

l'Homme. Archives d'Anat. microsc., t. XIV, 1912, p. 41.

6. KEIBEL. — Normentafel zur Entwichelungs geschichte des Schweines. Iena, Fischer

1897.

7. KOLLIKER. — Embryologie. Traduction Schneider, sur la 2e édition allemande Paris, Reinwald, 1882.

8. VAN PÉE. — Recherches sur l'origine du corps vitré. Archives de Biologie, t. XIX,

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9. AUREL VON SZILY. — Ueber das Entstehen eines fibrillären Stützgewebes im Embryo

und dessen Verhältnis zur Glaskörperfrage. Anatomische Hefte, Bd. XXXV, 1908. (Une note préliminaire : Zur Glaskorperfrage, in Anatomischer Anzeiger, 1904, p. 417.)

10. BALFOUR. — Traité d'Embryologie et d'Organogénie comparées. Traduction Robin

et Mocquard. Paris, J.-B. Baillère, 1885.

11. LAGUESSE. — Les lamelles primitives de la cornée du Poulet sont, comme le corps

vitré, d'origine mésostromale ectodermique. C. R. de la Soc. de Biologie, t. LXXXIX, 1923, p. 543.

12. G. LEPLAT. — Recherches sur le développement et la structure de la membrane vasculaire

vasculaire l'oeil des Oiseaux. Archives de Biologie, t. XXVII, 1912, p. 403.

13. VERA DE LADIJENSKI. — Sur l'évolution de la structure fibrillaire de la cornée chez

l'embryon de Poulet. C. R. de la Soc. de Biol., t. LXXVIII, 1915, p. 307.

14. LAGUESSE. — La première ébauche des fibrilles conjonctives provient-elle du chondriome.

chondriome. d'Anat. microsc., t. XXII, 1926, p. 129.

15. LAGUESSE. — La structure lamelleuse et le développement du tissu conjonctif lâche.

Archives de Biologie, t. XXXI, 1921, p. 173.

16. STUDNICKA. — Das gewebe der Chorda dorsalis und die Klassifikation der sogenannten

sogenannten Anat. Anzeig., Bd. XXXVIII, 1911, p. 497.


264 E. LAGUESSE. — DÉVELOPPEMENT DE LA CORNÉE

17. STUDNICKA. — Das Mesenchym und das Mesostroma der Froschlarven und deren

Produkte. An. Anz., Bd. XL, 1911, p. 33.

18. STUDNICKA. — Das extrazellulare Protoplasma. Anat. Anzeig., Bd. XLIV, 1913,

p. 561.

19. LAGUESSE. — Le tissu conjonctif périchordal dérive-t-il d'un réseau de fibrine ou

d'un mesostroma? C. R. de la Soc. de Biol., t. LXXXVII, 1922, p. 675.

20. OPPEL. — Lehrbuch der vergleichenden mikroskopischen Anatomie der Wirbelthiere.

7ter Theil, Sehorgan, von V. FRANZ.

21. LAGUESSE. — Sur la membrane vitrée basale sous-épiderrnique. C. R. de la Soc. de

Biol, t. LXXXII, 1919, p. 438.

22. STÔHR. — Lehrbuch der Histologie. Iena, 1901.

23. RENAUT. — Traité d'Histologie pratique. Paris, Lecrosnier, 1889.

24. PRENANT. — Contribution à l'histogenèse de l'émail dentaire. Archives de Morphologie

Morphologie et expérimentale, 1924, fascicule 19.

25. GRYNFELTT ET AIMES. — Etude histo-pathologique de deux tumeurs des glandes

sudoripares. Bulletin de l'Association française pour l'étude du cancer, t. XI, n° 2, février 1922.

26. CAUDIÈRE. — Etude sur l'histogenèse du stroma dans les tumeurs épithéliales malignes.

malignes. médecine, Montpellier, 1925.

27. CAUDIÈRE. — Variation des interactions épithélio-conjonctives dans certains épithéliomas

épithéliomas C. R. de la Soc. de Biol., t. XCIII, 1925, p. 358.

28. DANTAN. — Recherches sur les Antipathaires. Arch. d'Anat, microsc., t. XVII,

1921, p. 137.

29. Ross G. HARRISON. — The development of the Balancer in Amblystoma, studied by

the method of transplantation and in relation to the connective-tissue problem. The Journal of experimental Zoology., vol. XLI, 1925, p. 350.

30. DEJEAN. — Rôle du feuillet moyen dans l'assemblage des premières ébauches de

l'oeil. C. R. de l'Acad. des Sciences, 16 juillet 1923.

31. DEJEAN. — Origine du corps vitré et de la zonule. C. R. de l'Acad. des Sc.,

30 juillet 1923.

32. STUDNICKA. — Ein weiteres Beitrag zur Kentniss der Zellverbindungen (Cytodesmen).

(Cytodesmen). Anz., Bd. XLVIII, 1915, p. 396.

33. GRYNFELTT. - La membrane basale de certaines glandes, et son rôle dans la genèse

de leurs tumeurs. Soc. des Sciences médic. et biol. de Montpellier, 16 mai 1922.

34. P. MASSON. — Polarité cellulaire et structure des tumeurs paradoxales. Bull, de

l'Assoc. franc. pour l'étude du cancer, t. XI, n° 6, juin 1922.

35. ZACHARIADÈS. — Sur la structure de la fibrille conjonctive. C. R. de l'Association

l'Association Anatomistes, Liége, 1903, et C. R. de la Soc. de Biol., t. L, 1898, p. 214.

36. LAGUESSE. — Sur le tissu conjonctif du cordon ombilical de la Torpille. Archives

de Biologie, t. XXX, 1919, p. 213.

37. KEIBEL UND CURT ELZE. — Normentafel zur Entwicklungsgeschichte des Menschen.

Fischer, Iena, 1908.

38. KEIBEL UND MALL. — Handbuch der Entwicklungsgeschichte des Menschen.

Leipzig, 1911.

39. ERNST V. KNAPE. — Ueber die Entwickelung der Hornhaut des Hühnchens. Anatomischer

Anatomischer Bd. XXXIV, 1909, p. 417.

Explication des figures (Planches V et VI).

Toutes les figures ont été prises sur des embryons de Poulet fixés au mélange chromo-osmio-acétique de Meves, sauf fïg. 7 (Zenker-formol), 10 (Regaud, bichromate formol), 11 (Laguesse, liquide J) et 13 (Alcool). — Toutes ont été dessinées à la chambre claire (Nachet) avec l'objectif Stiassnie n° 8, l'oculaire 1 (Echelle B), sauf pour fig. 6 et 7 (Zeiss, apoch. imm. homog. 1, 5; oc. 6 (Echelle A), et pour fig. 10, 12, 14 (objectif Stiassnie n° 4, Oc. 1).



Arch. d'Anat. Microscopique

MASSON ET


TOME XXII — PLANCHE V

(E. Laguesse)




Arch. d'Anat. Microscopique

TOME XXII — PLANCHE VI (E. Laguesse)

MASSOS ET Cie, ÉDITEURS



CHEZ LE POULET.

265

Coloration à l'hématoxyline au fer, sauf pour fig. 13 (safranine base puis picro-noir naphtol).

Lettes communes à toutes les figures.

co, cupule optique.

cr, cristallin.

cv, corps vitré.

ep, épiderme ou futur épiderme.

i, iris.

me, mésenchyme.

mo, mésostroma.

op, vésicule optique primitive.

k, épithélium postérieur.

FIG. 1 (Embryon de Poulet de 48 heures). —m, premier voile membraneux (lamelle primitive du vitré) tendu entre l'épaississement cristallinien cr et le feuillet distal de la vésicule optique primitive op; — c, cellules mésenchymateuses et vaisseau v, arrêtés au pourtour de l'oeil.

FIG. 2 et 3 (Embryon de 72 heures).— cv, le premier voile, délaminé et refoulé par le cristallin pour former le corps vitré primitif. - m, mc, un second voile membraneux (lamelle cornéenne primitive) s'est reformé au-dessous de l'épiderme ep, entre lui et le cristallin et à leurs dépens. Les deux voiles réunis l'un à l'autre en cv', — d, mérocyte. (Toutes les mailles, en cv, en m, en o, devraient paraître complètement vides, comme sur la partie gauche de la fig. 2.)

FIG. 4 (Embryon de 82 heures). — Portion de cornée constituée uniquement, derrière l'épithélium antérieur, par un feuilleté de fines lamelles, dont la partie postérieure densifiée est le reste du voile membraneux primitif à lamelles serrées, e; — g, filament d'union au cristallin rompu; — en arrière de e, chambre antérieure.

FIG. 5 (Embryon de la 96e heure). —Même aspect, feuilleté de fines lamelles anastomosées, onduleuses, n, où se confond le voile primitif.

FIG. 6 (Embryon de 48 heures). — Premier aspect du mésostroma au point

de reploiement des replis amniotiques : union par prolongements cytoplasmiques

cytoplasmiques cellules ectodermiques ep, avec les cellules mésodermiques md.

FIG. 7 (Embryon de 47 heures). — Réseau mésostromal plus avancé unissant là lame cutanée d'une protovertèbre p à l'ectoderme (épiderme).

FIG. 8 (Embryon de 4 jours 7 heures). — Réseau mésostromal général de la tête, coupé très obliquement entre mésenchyme me, et épiderme ep.

FIG. 9 (Embryon de 4 jours 7 heures). — Formation de l'épithélium postérieur de la cornée, k, par glissement des cellules du mésenchyme à la face postérieure du tissu propre lamellaire mésostromal mo; — pt, ébauche des formations pectinées.

FIG. 14 (Embryon de 5 jours). — Le mésenchyme s'enfonce en coin dans le mésostroma cornéen pour l'envahir.

FIG. 10 (Embryon de 6 jours). — Quelques cellules de ce coin, dissocié à son extrémité, se sont déjà avancées au loin; — pt, ébauche pectinée.

FIG. 11 (Embryon de 7 jours et 1 heure). — Invasion complète par le mésenchyme du mésostroma cornéen, sauf dans ses couches superficielles mo; — i, ébauche de l'iris ; — pt, ébauche du ligament pectiné.

FIG. 12 (Embryon du début du 9e jour). — Un groupe de lamelles inhabitées, minces, plus serrées mo persiste dans la cornée; — t, mince basale primitive.

FIG. 13 (Embryon de 17 jours). — Ces lamelles se sont fusionnées et réunies à la basale primitive pour former la membrane de Bowman, ou basale accrue, b, chorio-basale; — mais elles restent séparées au niveau du limbe scléro-cornéen, l, l, au delà duquel ne persiste plus que la basale primitive t, — épithélium décollé en x.


ÉTUDES CYTOLOGIQUES ET HÉMATOLOGIQUES

NOUVELLES RECHERCHES SUR LA NATURE DES GRANULATIONS DANS LES LEUCOCYTES ET SUR L'ORIGINE DES PLAQUETTES DES MAMMIFÈRES. TRANSFORMATION DES HÉMATOBLASTES EN ÉRYTHROCYTES DANS LE SANG DE LA TORTUE. L'ABSENCE VRAISEMBLABLE DES LEUCOCYTES DANS LE SANG DES POISSONS ET DES INVERTÉBRÉS

par Witold KOMOCKI (Varsovie).

PLANCHE VII.

Depuis longtemps beaucoup d'auteurs se sont occupés de la question de la nature des granulations dans le cytoplasme des leucocytes; différentes théories concernant ce sujet ont été proposées. L'attention des chercheurs était surtout attirée par le problème de la nature des grains éosinophiles.

Au cours de nos recherches sur le mode de formation des granulations, ainsi que sur l'origine des plaquettes, nous nous sommes convaincu que dans le sang de la Tortue on peut observer avec une grande netteté le processus de la formation des granulations dans les Mastzellen (sitistocytes Henneguy) aux dépens de la substance nucléaire.

Sur les figures 1-9 (PI. VII), nous voyons neuf de ces cellules, où le processus de segmentation du noyau en petites parcelles, qui passent dans le cytoplasme, est d'une netteté remarquable. Ce processus finit par la fragmentation et la disparition complète du noyau (fig. 8 et 9) et il se produit une formation, dans laquelle la substance nucléaire se trouve en grande quantité, mais qui ne possède pas un noyau, qui soit différencié du cytoplasme. La cellule (fig. 4) attire surtout notre attention : nous voyons que dans le noyau il ne reste que quelques parcelles de chromatine; le reste du noyau ne contient qu'une substance, qui se colore en bleu sale. Dans le sang de la


ETUDES CYTOLOGIQUES ET HÉMATOLOGIQUES. 267

Tortue on peut aussi observer la formation des granulations éosinophiles dans les leucocytes.

Sur la figure 10 nous voyons les granulations (de forme sphérique) se former dans le noyau même; ceux de ces grains, qui sont couverts d'une couche plus mince du reste de la substance nucléaire, sont tout à fait distincts, tandis que ceux qui sont placés plus profondément apparaissent moins clairement. — Il est tout à fait naturel qu'on ne puisse pas reproduire sur un seul dessin tous les changements de l'aspect d'une cellule, qui apparaissent sous le microscope, en employant la vis micrométrique. Sur la figure 11 nous voyons une de ces formations du sang de la Tortue, ou le noyau du leucocyte éosinophile s'est complètement fragmenté en petits grains cristalloïdes; des formations semblables ont déjà été observées par nous dans le sang des Oiseaux, mais dans notre travail précédent (25) nous ne pouvions pas encore présenter de dessin correspondant à ce stade. — La figure 12 représente une cellule de la moelle osseuse d'un Cheval, dans laquelle presque tout le noyau s'est fragmenté en grains sphériques se colorant par les couleurs basiques. La figure 13 représente un leucocyte mononucléaire éosinophile de la moelle osseuse de l'Homme; nous voyons ici que tout le noyau s'est fragmenté en granules de même grandeur, qui, en passant dans le cytoplasme, se colorent de plus en plus fortement par l'éosine et prennent une forme régulièrement sphérique. Sur la figure 14 nous voyons un leucocyte éosinophile de la moelle osseuse de l'Homme, dans lequel tout le noyau s'est désagrégé en granules éosinophiles; les grains qui se trouvent dans la partie droite de la cellule ont encore partiellement conservé la couleur nucléaire et, à cause de cela, n'ont pas une couleur jaune aussi prononcée que les granulations de la partie gauche. — La figure 15 présente un myélocyte neutrophile (aussi de la moelle osseuse de l'Homme), où nous voyons très distinctement le processus de la formation des granulations dans le noyau même. Sur la figure 16 nous voyons une cellule de Ferrata de la moelle osseuse de l'Homme (d'autres cellules, de la moelle y adhéraient) ; nous y voyons également la fragmentation du noyau et le passage des granulations dans le cytoplasme. Ce processus est surtout intensif dans la partie inférieure de la cellule et c'est dans cette même partie que nous voyons des parcelles de


268 WITOLD KOMOCKI. — ÉTUDES CYTOLOGIQUES

cytoplasme se séparer de la cellule; ces parcelles contiennent un grand nombre de granulations; ainsi se forment les plaquettes. Le processus de la formation des plaquettes, dérivant des cellules mononucléaires, se laisse rarement définir exactement sur des préparations de la moelle osseuse obtenues par étalage de la moelle sur la lame : d'abord les cellules adhèrent le plus souvent les unes aux autres, ce qui rend difficile de savoir de quelle cellule provient un groupe donné de plaquettes, d'un autre côté, pendant l'étalage, les groupes de plaquettes se séparent de leur cellule-mère; le matériel qui répond le mieux aux études de ce genre est, comme nous l'avons déjà démontré dans notre travail précédent (25), le sang des malades leucémiques (myélocytémie) ; on peut considérer ce sang, à un certain degré, comme une moelle osseuse liquéfiée, dans laquelle les éléments cellulaires n'adhèrent plus les uns aux autres, ce qui permet de les examiner avec plus de précision; d'un autre côté dans cette maladie le processus de la formation des plaquettes est excessivement intense.

Dans le sang des personnes bien portantes, ainsi que dans le sang des malades, notre attention est attirée par le fait que le cytoplasme des lymphocytes prend assez souvent la forme d'excroissances ovales, ou bien, plus rarement, pointues. Ce processus est connu et se trouve représenté dans tous les grands atlas hématologiques. Ces excroissances sont, même chez un Homme bien portant, la manifestation de la formation et puis de la séparation des plaquettes, car chez les malades leucémiques, dans le sang desquels les plaquettes se forment en masse, ce processus s'accroît énormément; on trouve fréquemment dans le sang des personnes leucémiques des cellules qui ressemblent à celles qui sont représentées sur les figures 17, 18 et 19. Dans la cellule 17 (le grand lymphocyte) nous voyons que, du côté gauche du noyau le cytoplasme forme une excroissance arrondie avec un grain rouge au milieu; nous voyons ensuite s'effectuer tout autour du noyau, la formation et la séparation des plaquettes — processus observé, bien expliqué et démontré d'une façon convaincante par J. H. Wright (47, 48) dans les mégacaryocytes. Nous observons le même processus dans les cellules 18 et 19.

Nous basant sur les données de nos observations, il nous paraît probable que le processus de formation des plaquettes chez un


ET HEMATOLOGIQUES. 269

Homme bien portant a lieu non seulement dans la moelle, mais aussi dans la circulation; on le remarque surtout dans le sang des leucémiques.

Nous avons déjà observé, dans notre travail précédent (25), que les granulations peuvent se former non seulement par la désagrégation de tout le noyau ou de l'un de ses segments, mais aussi par détachement du noyau de petites parcelles, qui passent ensuite dans le cytoplasme; ce dernier processus s'observe le mieux dans les leucocytes polynucléaires neutrophiles du sang humain : nous y voyons très souvent des parcelles, primitivement liées au noyau à l'aide d'un filament très fin de substance nucléaire, se détachant des segments du noyau, puis ce filament se rompt et la petite parcelle nucléaire pénètre dans le cytoplasme; nous voyons ensuite que la surface de chaque segment du noyau n'est pas unie, mais au contraire, qu'elle est déformée par des excroissances plus ou moins grandes; il est probable que le processus même de la segmentation du noyau dans les leucocytes polynucléaires est la manifestation physiologique de l'émiettement du noyau, et de ce que ses parcelles passent dans le cytoplasme. Nous trouvons la confirmation de cette hypothèse dans le fait que, dans le sang de la Salamandre, dans le cytoplasme de la majorité des leucocytes, nous ne trouvons point de granulations; les segments nucléaires ont une surface unie et les filaments nucléaires, qui unissent les segments, sont courts et gros.

Il faut citer ici les travaux sur la structure du noyau de J. Arnold (4), W. Knoll (24) et J. H. Stauifacher (43).

Quant à la manière dont se colore chaque granulation, il faut avant tout prendre en considération la loi physique, selon laquelle une petite parcelle et une plus grande partie de la même substance auront pour nous une couleur différente, quoiqu'elles aient été colorées toutes deux avec le même colorant; on peut constater avec certitude que les gros grains, qui se trouvent dans le cytoplasme des leucocytes polynucléaires neutrophiles, ont une nuance de coloration identique à celle des noyaux; les petits grains, au contraire, paraissent bien moins intensivement colorés; s'il arrive toutefois qu'une grande quantité de ces petits grains se concentre dans un point quelconque, leur couleur prend une nuance plus intense, qu'on peut identifier de la sorte avec la couleur du noyau.


270 WITOLD KOMOCKI. - ÉTUDES CYTOLOGIQUES

Il faut encore remarquer que la quantité et les dimensions des grains ne sont pas toujours les mêmes dans toutes les cellules neutrophiles : on en rencontre dans lesquelles les grains sont très nombreux et grands, mais on en trouve aussi d'autres avec une très petite quantité de granules de dimensions à peine perceptibles. Remarquons encore que la parcelle nucléaire, après sa pénétration dans le cytoplasme, y trouve des conditions physiques et chimiques bien différentes, que dans le noyau, ce qui suffit pour lui impliquer des changements multiples; Arnold et d'autres ont constaté déjà (surtout en étudiant les cellules éosinophiles) le fait que plus le grain est jeune, plus il a tendance à se colorer avec les colorants nucléaires.

On ne peut pas définir avec certitude quel est le sort des leucocytes, dans lesquels tout le noyau s'est décomposé en granulations; il est probable qu'une formation pareille se décompose complètement et que ses débris nagent dans le sang sous le nom d'hémoconies.

Il faut ajouter enfin que, d'après certains dessins des travaux précédents, comme, par exemple, ceux de Jordan et Flippin (21), on peut se rendre compte que les noyaux des leucocytes éosinophiles se fragmentent en grands grains sphériques, qui n'ont pas encore perdu la capacité de se colorer avec les colorants nucléaires.

On expliquait jusqu'à présent la fragmentation du noyau en segments dans les leucocytes polynucléaires comme un processus de dégénérescence sénile de la cellule. Metchnikoff, au contraire, supposait que la fragmentation du noyau en quelques segments a pour but de faciliter à la cellule l'allongement et la migration hors des vaisseaux. La plupart des auteurs sont encore maintenant d'avis que le noyau des leucocytes, ainsi que d'autres cellules, possède une membrane. Quant aux leucocytes, nous devons constater que, pendant nos recherches, nous ne pûmes jamais constater l'existence d'une telle membrane, bien au contraire, comme nous l'avons démontré dans un travail précédent (25) et comme nous le constatons à présent, nous voyons que des parcelles de substance nucléaire se détachent de la surface du noyau et passent directement dans le cytoplasme; nous rencontrons fréquemment des cellules, dans lesquelles le processus d'endettement du noyau est tellement intense, qu'on ne peut pas même supposer l'existence d'une formation quel-


ET HEMATOLOGIQUES. 271

conque séparant le noyau du cytoplasme, parce que là où l'on pourrait s'attendre à trouver la surface du noyau, les deux substances, nucléaire et cytoplasmatique, sont mélangées (fig. 16 du présent travail et fig. 7, 8, 9, 11 et 14 du travail précédent (25). —Jusqu'à présent on admettait, comme il nous semble, le plus souvent, que les granulations dérivent des substances phagocytées par la cellule.

Comme le processus de la séparation du noyau de petites particules nucléaires et de sa décomposition complète est, pour les leucocytes, un phénomène tout à fait normal, il est difficile de parler d'une loi de relation quelconque entre les dimensions du noyau et du cytoplasme des leucocytes.

Comme nous l'avons déjà vu, le processus de la formation des plaquettes est intimement lié à la séparation du noyau de parcelles nucléaires, parce que ces parcelles formeront ensuite les grains dans la partie centrale des plaquettes. Or, si nous examinons les cellules mononucléaires desquelles proviennent les plaquettes, nous nous persuaderons que ce sont des cellules de structure et forme diverses : des cellules assez grandes avec un grand noyau, dont la substance chromatique n'est pas compacte, et qui possèdent beaucoup de cytoplasme (fig. 16 du présent travail et fig. 18 du travail précédent) ; d'autre part, des petites cellules, lymphocytes (fig. 17, 18 et 19) avec peu de cytoplasme et un moyen noyau contenant une substance chromatique compacte. — En voyant d'une part la formation de plaquettes de cellules géantes de la moelle osseuse, d'autre part de lymphocytes géants (fig. 20 du travail précédent) on peut conclure que, au fur et à mesure que le mégacaryocyte forme les plaquettes, la chromatine de son noyau se condense de plus en plus, ce qui aboutit à former un lymphocyte géant; néanmoins, le fait que dans les lymphocytes le processus de formation des plaquettes est très intense semble contredire cette supposition.

Il est généralement admis que les jeunes formes de leucocytes ont un noyau, dont la substance chromatique n'est pas compacte; partant de ce point de vue, il faut alors supposer que les lymphocytes sont des formes déjà vieilles, parce que leur substance nucléaire est très compacte. Mais, néanmoins, le fait que les lymphocytes sont des cellules qui résistent le mieux aux influences du milieu, par exemple, dans les exudats, où elles résistent plus longtemps que les


272 WITOLD KOMOCKI. — ÉTUDES CYTOLOGIQUES

autres à la dégénération et à la décomposition, semble prouver le contraire. Nous supposons enfin, comme le confirment les observations de différents auteurs, que les lymphocytes peuvent, après avoir passé du sang dans les tissus, se transformer en cellules du tissu conjonctif. Ce fait confirme l'hypothèse que les lymphocytes ne sont pas des cellules séniles qui vont bientôt mourir.

Ces contradictions peuvent être cependant expliquées par notre hypothèse, parce que la séparation de plaquettes, qui a lieu dans les leucocytes, peut être considérée comme un processus analogue à la division cellulaire, avec cette différence, cependant, que cette division sépare des parties inégales; nous considérons cependant la division cellulaire comme un processus de rajeunissement; du point de vue de notre hypothèse rien ne nous force donc à considérer les lymphocytes comme cellules séniles.

Nous devons remarquer encore que, dans les érythrocytes du sang de la Tortue, nous avons très souvent rencontré des Hémogrégarines identiques à celles que Mlle M. Robertson a décrites dans le sang des Tortues de Ceylan (40).

Au cours de nos recherches nous nous sommes convaincu aussi de l'existence de la strie bordante dans les érythrocytes des Vertébrés inférieurs, comme nous le voyons d'après les figures 56 et 57.

Mes recherches sur le sang de la Tortue m'ont amené à des conclusions sur la signification des éléments cellulaires du sans de cet animal (surtout sur l'origine des érythrocytes), conclusions, qui sont tout à fait différentes de celles qui sont aujourd'hui généralement admises. J'ai donc décidé de publier les résultats de ces recherches, quoique les observations sur le sang d'autres Vertébrés inférieurs ne soient pas encore terminées. Je peux néanmoins constater que le processus de formation des érythrocytes chez les Poissons et chez les Oiseaux ressemble en général à celui de la Tortue, avec cette différence, cependant, que dans le sang de la Tortue tous les stades de la métamorphose des cellules ressortent avec une telle netteté qu'ils ne laissent aucun doute sur leur signification. Il ne faut pas oublier, non plus, que les Reptiles sont placés dans la classification zoologique entre les Oiseaux et les Poissons.

Les os de la Tortue ne possèdent pas de moelle; sur des coupes


ET HEMATOLOGIQUES. 273

on ne trouve aucun canal et tout l'os, dans son intérieur, comme à sa surface, est formé d'une substance osseuse dure, ce qui nécessite un assez grand effort pour le scier.

Cette absence de moelle osseuse est la cause que toutes les métamorphoses des cellules s'accomplissent dans le sang même et, pour la même raison, l'observation de cette métamorphose est très facilitée.

On sait que l'hypothèse dominante est (10, 11, 22, 30, 31, 37, 44), que les érythrocytes des Vertébrés inférieurs, des Poissons jusqu'aux Oiseaux inclus, proviennent de cellules mononucléaires, de différentes dimensions, qui ressemblent par leur aspect morphologique et par leur coloration aux lymphocytes de l'Homme. Quant à l'hypothèse de Bizzozero (7), d'après laquelle les érythrocytes dans la vie post-embryonnaire ne se forment pas de leucocytes, mais qu'ils proviennent d'autres érythrocytes par division, elle n'a pas trouvé, comme il me semble, d'adhérents.

En 1878, Hayem, qui en même temps que Bizzozero a fondé l'étude scientifique du troisième élément morphologique du sang, exposa sa théorie de la formation des érythrocytes aux dépens d'hématoblastes chez les Vertébrés inférieurs et chez les Mammifères (16, 17, 18). — Cet auteur ne voyait pas cependant de différence considérable entre les hématoblastes des Vertébrés inférieurs et les plaquettes des Mammifères. Selon nos connaissances, la théorie d'Hayem fut acceptée — sans compter ses élèves les plus proches — par Heinz (20), Marquis (33), Neumann (36) et Vassal; Neumann nous expose l'opinion de Löwit, qui distinguait, selon la structure du noyau, deux espèces d'hématoblastes et faisait provenir les érythrocytes de l'une d'elles. Afanassjeff (2) constate l'exactitude de la théorie d'Hayem pour les érythrocytes des Mammifères.

En 1900, Hayem dût constater que sa théorie durant plus de vingt ans ne fut, même en France, acceptée par personne. Il nous semble que l'insuccès de cette théorie fut causé par différentes circonstances :

1) Hayem ne voyait pas de grande différence entre les hématoblastes des Vertébrés inférieurs et les plaquettes des Mammifères; 2) d'après lui, les érythrocytes des Vertébrés inférieurs de même

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T, XXII. Fasc. 2, août 1926. 18


274 WITOLD KOMOCKI. — ÉTUDES CYTOLOGIQUES

que ceux des Mammifères provenaient d'hématoblastes; 3) Hayem (et d'autres auteurs) n'a pas développé cette théorie au point de vue morphologique et n'a pas présenté une quantité suffisante de dessins bien convaincants de formes intermédiaires entre les hématoblastes et les érythrocytes ; les dessins d'Hayem sont vraiment par trop schématiques ; 4) Hayem affirmait que les noyaux des hématoblastes des Vertébrés inférieurs ressemblent excessivement aux noyaux des jeunes érythrocytes, ce qui n'est cependant que partiellement vrai; 5) Hayem commettait une faute en affirmant que les plaquettes des Mammifères contenaient de l'hémoglobine; cette opinion ne fut point confirmée par les observations de Bizzozero et de beaucoup d'autres auteurs.

Bizzozero, en critiquant la théorie d'Hayem (8), affirme entre autres que les jeunes érythrocytes des Vertébrés inférieurs se distinguent des hématoblastes : 1) par leur forme toujours arrondie, tandis que les hématoblastes ont une forme ovale allongée, et 2) par le fait que les érythrocytes, même les plus jeunes, contiennent de l'hémoglobine.

Il est intéressant maintenant de savoir quelles sont les relations entre les leucocytes des Vertébrés inférieurs et ceux des Mammifères.

Sous ce rapport les auteurs des travaux que nous connaissons (13,14, 15, 19, 23, 27, 28, 35, 39, 45, et 46) ne voient pas de grande différence entre les formes que nous rencontrons chez les Mammifères et celles des Vertébrés inférieurs.

Dans un travail récemment publié sur les éléments cellulaires du sang des Amphibiens et des Reptiles (3), Adler et Huber donnent la classification suivante des leucocytes :

1) leucocytes polynucléaires neutrophiles; 2) leucocytes éosinophiles; 3) leucocytes basophiles ou Mastzellen; 4) myélocytes neutrophiles, basophiles et éosinophiles; 5) thrombocytes ou cellules fusiformes; 6) cellules-mères ou hématoblastes. Quant à ces dernières, leur ressemblance morphologique avec les lymphocytes est complète, les auteurs remarquent néanmoins que « l'isomorphie des hématoblastes avec les lymphocytes de l'Homme ne veut pas dire qu'il y ait aussi une correspondance biologique ».

Passons maintenant à la description de nos observations. Au cours


ET HEMATOLOGIQUES. 275

des mois de novembre et décembre 1924 nous avons scrupuleusement étudié le sang de plusieurs espèces de Tortues, surtout d'Emys orbicularis L.

Nous étalions, comme d'habitude, une fine couche de sang sur la lame à l'aide de la lamelle et nous procédions à la coloration MayGiemsa. Nous avons représenté sur notre planche tous les types principaux de cellules rencontrés dans le sang de la Tortue. Nous nous sommes convaincu que tous ces types se trouvent dans le sang de la Tortue en quantités à peu près égales, à l'exception des cellules indiquées sur les figures 26, 58 et 59, qui sont très rares; les formes 29, 36 étaient, je crois, moins nombreuses que les autres.

Nous étions tout d'abord frappé par la multitude des différentes formes des hématoblastes; nous en rencontrions de très petits, de la grandeur d'un noyau d'érythrocyte (fig. 20, 21, 22), de plus grands (fig. 23, 25) et des grands (fig. 24, 26 à 29); nous avons pu constater en même temps un fait d'une grande importance, c'est que toutes ces formes, même les plus petites, étaient en train de se diviser par amitose.

D'autres auteurs avaient déjà remarqué des lignes longitudinales sur la surface des noyaux des hématoblastes, qui allaient tout le long du noyau et, tandis que les uns les considéraient comme des plis de la membrane nucléaire, d'autres, comme Meves (29), pensaient que c'était une strie formée par l'invagination en ce point de la substance nucléaire. Nos observations ont démontré que ce phénomène est la manifestation du commencement de la division amitotique du noyau; les figures 24, 27 et 28 démontrent ce processus; nous voyons sur la figure 27 déjà deux jeunes noyaux; sur la figure 21 la petite excroissance de substance nucléaire, qui se trouve du côté gauche du noyau, est également formée par l'invagination dans un point de la substance nucléaire; nous remarquons une invagination semblable sur la figure 22 dans la partie supérieure et sur la figure 23 dans la partie supérieure et inférieure du noyau. La division amitotique d'autres cellules de formes intermédiaires entre les hématoblastes et les érythrocytes se voit si distinctement sur les figures qu'il est superflu de la décrire.

1. Il est préférable de regarder à la loupe les figures 20 à 23.

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 2, août 1926. 18*


276 WITOLD KOMOCKI. — ÉTUDES CYTOLOGIQUES

La méthode de coloration des préparations de sang par l'hématoxyline acide d'Ehrlich et le colorant May-Grünwald et Giemsa simultanément nous a rendu un grand service pendant les recherches sur les premiers stades de la division amitotique des hématoblastes. Nous colorons d'abord les préparations de sang, obtenues par étalage, pendant 3 minutes dans le colorant de May-Grünwald, nous les lavons légèrement dans de l'eau distillée et les colorons ensuite pendant 5-10 minutes avec l'hématoxyline acide d'Ehrlich (marque Hollborn), nous lavons ensuite les préparations avec de l'eau distillée et procédons enfin à la coloration avec la solution de Giemsa pendant 20-30 minutes. Les cellules des figures 24, 28, 29 et 43 furent colorées de cette manière; les autres cellules représentées sur la Planche sont colorées avec le colorant May-Grünwald, Giemsa. Il est regrettable que l'hématoxyline acide d'Ehrlich, cet excellent colorant surtout pour les noyaux, soit négligée à présent dans les études histologiques.

En étudiant les figures nous remarquons que plus les hématoblastes sont petits, plus leur substance nucléaire est condensée, et leurs noyaux ont un aspect dit pycnotique; au contraire, plus la cellule est grande moins sa substance nucléaire est condensée (fig. 24 à 29), parce que la même quantité de cette substance se dispose sur un plus grand espace. Cette circonstance cause aussi la coloration moins intense des grands noyaux en comparaison des petits.

Basé sur ces données, nous affirmons que les petits hématoblastes avec de petits noyaux pycnotiques sont les plus jeunes cellules, qui se transforment et se divisent en même temps en grandes cellules à noyaux plus grands avec une substance nucléaire moins compacte. Ces observations ne peuvent pas être expliquées inversement, à savoir que les plus grands hématoblastes donnent naissance aux plus petits, car une explication pareille serait en contradiction avec l'idée de l'accroissement lié avec l'augmentation de la masse, et les images de la division nucléaire nous prouvent que nous avons ici un vrai accroissement.

Il y a, comme nous nous en convaincrons bientôt, d'autres raisons encore pour considérer les petits hématoblastes comme les plus jeunes cellules.

Il est généralement admis dans l'hématologie, et cela me semble


ET HEMATOLOGIQUES. 277

juste; que plus la cellule est jeune, moins sa substance nucléaire est condensée; remarquons ici, cependant, que nos observations présentes démontrent qu'on ne peut pas généraliser ce principe.

Dans tous les hématoblastes, que nous avons décrits, le cytoplasme ne se colore presque pas. Sa partie périphérique n'est que faiblement colorée; chez plusieurs exemplaires nous avons trouvé près du noyau un, rarement deux petits grains, qui se coloraient fortement en rouge; dans les cellules, qui ressemblent à la figure 29, et qui sont, comme nous l'avons déjà remarqué, assez rares, une partie du cytoplasme près du noyau se colore un peu plus intensivement; nous n'avons pas remarqué d'autres détails de la structure du cytoplasme des hématoblastes.

Quant à la constitution du noyau des grands hématoblastes, nous avons observé, outre le relâchement de la substance chromatique dont il a été question plus haut (fig. 25, 26, et 27), que cette substance se dispose en forme de réseau (fig. 24 et 28) dans les noeuds duquel se placent des grains chromatiques (fig. 29) ; ces faits sont, comme nous le verrons bientôt, d'une grande valeur.

Passons maintenant à la description des formes intermédiaires entre les hématoblastes et les érythrocytes. Il faut cependant remarquer qu'en étudiant les formes de passage il est difficile mainte fois de déterminer si le processus de transformation est déjà en marche ou non; les grands hématoblastes, dont nous nous sommes occupé plus haut, sont aussi des formes transitoires, car, quoique leur cytoplasme ressemble complètement à celui des petits hématoblastes, dans leurs noyaux nous pouvons déjà observer la métamorphose.

Dans les cellules, que nous décrirons maintenant, non seulement les noyaux, mais le cytoplasme aussi est déjà changé. Il commence à se colorer, non seulement à la périphérie mais dans toute sa masse également, le plus souvent en bleu (fig. 30 à 32, 34 à 47), quelquefois cependant en jaune-sale (fig. 33); dans le cytoplasme de quelques-unes de ces cellules nous distinguons des grains, qui se colorent en rouge et qu'on ne trouve pas seuls, comme dans les hématoblastes, mais qu'on peut même rencontrer en grande quantité (fig. 30, 34, 40). Il y a des cellules (fig. 36, 45) où ces grains sont très nombreux; le noyau, comme les figures nous le montrent, prend une structure, de plus en plus nettement réticulée et la quantité de


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grains chromatiques se colorant très intensivement augmente de plus en plus dans ce réseau (fig. 37, 39, 40, 42, 43, 45 à 47) ; ce réseau chromatique est très régulier, de sorte, que les mailles en sont presque toutes de la même grandeur.

Dans la couleur bleu du cytoplasme apparaît une nuance grissale, très distincte sur les figures 38 à 40, 43, 46, 47, 49 et 50 : c'est le premier signe de la formation de l'hémoglobine.

Comme nous nous en rendons compte, en examinant les figures, on ne peut pas représenter le processus de métamorphose d'une manière strictement géométrique, parce que nous avons affaire à des êtres vivants. Nous rencontrons donc des cellules de même grandeur, qui se trouvent à peu près au même stade évolutif, parmi lesquelles les unes sont arrondies (fig. 32, 34, 40, 44) et les autres, au contraire, allongées (fig. 31, 36, 37, 39). Les processus de la métamorphose du noyau et du cytoplasme ne coïncident pas ensuite toujours ensemble, par exemple dans la cellule figure 38 nous avons un noyau arrondi déjà considérablement différencié, avec un réseau régulier contenant plusieurs grains chromatiques, le cytoplasme cependant a beaucoup moins changé de forme et de structure : il est allongé et dans plusieurs places est très faiblement coloré — ce qui caractérise les hématoblastes; néanmoins dans la coloration de ce cytoplasme nous observons déjà une nuance gris-sale, indiquant le commencement de la formation de l'hémoglobine.

Je pense que les hématoblastes allongés en ovales s'arrondissent avant leur métamorphose définitive en érythrocytes ovales mûrs; on observe plus rarement la métamorphose directe de la forme ovale transitoire en érythrocyte par simple apparition de l'hémoglobine dans le cytoplasme, avec omission du stade d'arrondissement (fig. 38, 39, 49, 50, 52).

Les grandes et jeunes formes d'érythrocytes possèdent le plus souvent une plus grande quantité d'hémoglobine, et, ce qui s'ensuit, ont un cytoplasme coloré en jaune (fig. 51 à 54); les petits exemplaires avec une très grande quantité d'hémoglobine dans le protoplasme (fig. 48) sont plus rares.

D'après nos préparations et de nos dessins nous voyons que les formes intermédiaires, comme les hématoblastes eux-mêmes, ont aux différents stades de leur évolution la faculté de se diviser ami-


ET HEMATOLOGIQUES. 279

totiquement, à l'exception de formes déjà presque tout à fait mûres, contenant beaucoup d'hémoglobine (fig. 51 à 54). Il faut remarquer que nous n'avons pas observé dans le sang de la Tortue de divisions des cellules par caryocinèse.

Il est intéressant que les jeunes érythrocytes, qui n'ont pas encore beaucoup d'hémoglobine (fig. 51 à 54), possèdent un noyau beaucoup plus grand que les formes tout à fait mûres (fig. 55).

Pour faciliter la comparaison des dimensions des cellules représentées sur la Planche, nous représentons sur la figure 55 un érythrocyte mûr de la Tortue de dimension moyenne. Toutes les cellules ont été dessinées en employant l'Oc. 3, Ob., Hom. Im. 1-12 Reichert.

Nous ne pouvons pas nous rendre compte de la signification des formes cellulaires représentées sur les figures 58 et 59, que nous avons, du reste, rencontrées très rarement.

On sait que les travaux sur l'origine et la structure des éléments cellulaires du sang se divisent, quant à la technique qu'ont employée leurs auteurs, en deux groupes : au premier groupe appartiennent les travaux exécutés à l'aide de la technique généralement employée pour les études histologiques ; au second les travaux où le sang, ainsi que la moelle osseuse, étaient étudiés à l'aide de la méthode instituée par Ehrlich et qui consiste en étalage du sang sur une lame en une fine couche, qui sèche presque immédiatement. Parmi les défauts de la méthode histologique, nous n'indiquerons que l'un d'eux, précisément le rétrécissement considérable des cellules, ce qui provoque la disparition de différents détails de la structure du noyau et du cytoplasme. Cette seule cause suffit pour donner la préférence a la méthode d'Ehrlich; nous n'en connaissons pas aujourd'hui de meilleure.

Le fait que beaucoup de travaux concernant la morphologie du sang furent exécutés à l'aide de la technique histologique et sans doute d'autres faits encore furent la cause que la délicate structure du noyau n'est pas suffisamment précisée dans la littérature hématologique; on dit, par exemple; que les noyaux des jeunes érythroblastes, comme ceux des myéloblastes, possèdent une structure réticulée; cette définition n'est que partiellement vraie. Le fait est que les myéloblastes, rencontrés en grande quantité dans la leu-


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cémie aiguë, ne possèdent pas de réseaux aussi réguliers que ceux des jeunes érythrocytes où toutes les mailles du réseau sont de la même grandeur; on n'y observe pas non plus de gros grains chromatiques. On pourrait comparer la structure du noyau d'un myéloblaste à la structure d'une fine couche transparente de feutre où les fils s'entre-croisent dans tous les sens; il arrive que les filaments s'entrelacent si souvent qu'au premier coup d'oeil on pourrait croire que tout le noyau se compose d'une masse de très petits grains. Cet aspect ne donne pas néanmoins l'impression d'un filet de pêcheurs avec des mailles de grandeur uniforme 1. Je propose donc de n'employer l'expression « structure réticulée du noyau » que pour les noyaux qui ressemblent à celui d'un jeune érythrocyte ou d'un hématoblaste du sang de la Tortue. Il faut remarquer que les cellules de Ferrata, qui ont souvent, mais pas toujours, un noyau en forme d'un réseau régulier, ne contiennent pas cependant de grains de substance nucléaire, qu'on observe presque toujours en quantité plus ou moins grande dans les jeunes érythrocytes; cette absence de grains chromatiques dans les érythrocytes est, selon nous, plus fréquente chez les exemplaires en division (fig. 41 et 44), mais cette absence ne s'observe pas toujours, comme le prouve la figure 34 surtout, quand on l'examine à la loupe.

Nous devons remarquer ici que, chez les Poissons et les Oiseaux, on n'observe pas une structure réticulée aussi régulière du noyau des érythrocytes, comme chez la Tortue : les filaments du réseau sont beaucoup plus gros et les mailles n'en sont pas si uniformes; quelquefois la structure réticulée ne se voit même pas et on n'observe que des grains chromatiques irrégulièrement reliés par de gros filaments.

On sait que le sang des animaux invertébrés est considéré, quant à la contenance d'éléments cellulaires, comme identique à la lymphe de l'Homme, cela veut dire qu'il n'est composé que de leucocytes et que les érythrocytes y font complètement défaut; les auteurs divisent maintenant ces leucocytes à peu près en même groupes que ceux de l'Homme.

Après avoir définitivement constaté que le sang de la Tortue ne

1. Voir A. Pappenheim. Atlas der menschlichen Blutzellen. Suppl. Bd. 1912, p. 79. Pl. 36, Prolotyp 61 et 62.


ET HEMATOLOGIQUES. 281

possède pas de lymphocytes, mais seulement des cellules polynucléaires et des Mastzellen, et voyant que dans le sang des Poissons les leucocytes font probablement complètement défaut, et qu'il n'y a que des érythroblastes dépourvus d'hémoglobine, nous avons entrepris l'étude du sang de quelques Invertébrés.

En 1891. Löwit (26) publia un travail intéressant sur le sang de l'Écrevisse, où il arrive à la conclusion que le sang de cet animal ne contient que des leucocytes; les dessins néanmoins que l'auteur nous présente semblent prouver le contraire : les noyaux de presque toutes les cellules ont une structure réticulée très régulière avec quelques grains chromatiques par places. L'auteur remarque du reste luimême que la structure des noyaux est la même que dans les jeunes érythrocytes.

Quoique son travail ne nous donne pas une démonstration très claire, il nous semble néanmoins que l'auteur classe les cellules du sang de l'Écrevisse dans le groupe des leucocytes, particulièrement parce que ces cellules se divisent par amitose. Dans les granulations, qui se trouvent dans le cytoplasme des cellules du sang de l'Écrevisse, l'auteur a trouvé du fer; ces granulations ont, à l'état non coloré, une teinte grise nuancée de j aune.

Nous apprenons aussi par ce travail que Haeckel a démontré que le sang de l'Écrevisse et d'autres animaux invertébrés prend à l'air une nuance légèrement rose; Leydig confirme cette observation et fait remarquer l'indication de Wagner, que les Céphalopodes ont des cellules sanguines colorées.

L'auteur dit ensuite : « Cettesubstance colorante fut alors reconnue par Frédéricq comme une substance albumineuse appelée hémocyanine, très rapprochée par ses qualités de l'hémoglobine des Vertébrés. Elle semble être très largement répandue parmi les Invertébrés (Polypes, quelques Crustacés, Mollusques, etc.), mais ne fut pas' trouvée précisément chez l'Écrevisse, tandis que dans le sang de certains Insectes Frédéricq découvrit une matière colorante brune ayant des qualitésdifférentes de celles de l'hémocyanine ».

En passant aux travaux plus récents, il faut citer en première ligne ceux de Bétancès (5, 6) sur le sang de l'Écrevisse et surtout sur le sang des Mollusques. Dans ce dernier travail, grâce aux dessins coloriés, nous nous rendons compte que tous les noyaux des cellules


282 WITOLD KOMOCKI. — ETUDES CYTOLOGIQUES

du sang des Mollusques (cellules que l'auteur considère aussi comme des leucocytes) ont une structure radiaire des masses de chromatine très distincte, avec un cytoplasme se colorant en bleu foncé (fig. 4 à 10), ou un réseau régulier avec quelques grains chromatiques (fig. 28 à 31), ou bien encore leurs noyaux se composent de plusieurs grains chromatiques (comme dans les érythrocytes définitivement formés de la Tortue et des Oiseaux); nous voyons, dans le cytoplasme de cette dernière catégorie de cellules, de gros grains colorés par les colorants acides (fig. 37, 38, 51 à 55, 59 et 60), ou bien tout le cytoplasme, et surtout dans sa partie périphérique, se colore en rouge (fig. 44 à 50).

Les cellules des figures 44 à 48 ressemblent tout à fait aux érythrocytes nucléés des Mammifères. Il faut noter aussi que Guénot, Kollmann (cité d'après J. Jolly) et Romieu (41, 42) ont trouvé l'hémoglobine dans les corpuscules du sang de plusieurs Invertébrés.

Parmi les travaux du domaine de la chimie physiologique, nous lisons dans Abderhalden (1) à la page 698 :

« L'hémoglobine n'est pas l'unique matière colorante du sang. Il y a des Invertébrés, qui possèdent un « pigment respiratoire ». On trouve donc chez les Céphalopodes, chez plusieurs Lamellibranches, chez les Gastéropodes, Crustacés et Arachnides une matière colorante du sang contenant du cuivre, appelée hémocyanine. Elle peut fixer l'oxygène et se transformer alors en oxyhémocyanine ».

L'auteur nous apprend ensuite que d'autres « pigments respiratoires » ont été aussi découverts, comme : la pianoglobine, l'achroglobine, l'échinochrome, l'héméorythrine, la chlorocuorine et d'autres encore.

If faut noter le fait que tous les auteurs, il nous semble, sont d'accord que les cellules du sang des animaux invertébrés ne sont pas très aptes à la phagocytose, ou bien que quelques-unes d'entre elles ne le sont qu'à un très faible degré.

Ce dernier fait, que les différentes espèces de cellules du sang ne sont pas toutes aptes à la phagocytose, dépend sans doute du degré de différenciation de ces cellules; les cellules moins différenciées et plus rapprochées des cellules embryonnaires possèdent cette


ET HEMATOLOGIQUES. 283

capacité de phagocytose, d'autres, qui sont plus différenciées, ne la possèdent pas.

Plusieurs auteurs, comme Bétancès par exemple, n'ont pas observé d'irritabilité chimiotactique des cellules des Mollusques.

Il est probable que déjà le sang des Poissons est dépourvu de leucocytes et qu'il n'y a que des hématoblastes et des formes transitoires entre ces derniers et les érythrocytes ; les cellules à deux noyaux, unis par un fin filament de substance nucléaire, ne sont pas évidemment des cellules, polynucléaires, mais des cellules au stade de division amitotique, Il faut remarquer que Mosso (34) n'a pas trouvé de leucocytes dans les embryons des Poissons (embryons très avancées 20 à 28 cm.).

Drzewina (12), d'après ses observations sur le sang des Poissons, fut amenée à cette conclusion que chez certaines espèces le sang est totalement dépourvu de leucocytes granuleux et qu'on n'y rencontre que de petits" lymphocytes ou encore des mononucléaires, et à cause de cela elle affirme que les leucocytes granuleux chez les Téléostéens ne paraissent pas être en élément indispensable dans l'économie (p. 373). Quant aux petits lymphocytes ils se trouvent quelquefois en grande quantité dans le sang de certaines espèces comme par exemple chez Scorpaena porcus et leur diamètre mesure à peu près 3 Il faut supposer que ce sont des petits hématoblastes analogues à ceux qui se trouvent dans le sang de la Tortue.

Metchnikoff (32) affirme (page 74), qu'on peut observer chez les Poissons des processus d'inflammation analogues à ceux des Vertébrés supérieurs, mais dans sa description il passe tout de suite aux Amphibiens, parce que, d'après lui, les recherches sur des Poissons vivants sont très difficiles. Dans les embryons d'Amphibiens, cependant, ce ne sont que les cellules du tissu conjonctif qui prennent part aux processus d'inflammation, tandis que les vaisseaux sanguins et les leucocytes n'y jouent aucun rôle A la page 80, l'auteur dit : « Ces observations faites pendant plusieurs années donnaient toujours le même résultat et ont prouvé avec certitude la possibilité d'inflammation chez les Vertébrés sans que le système de circulation et le système nerveux y jouent un rôle quelconque ».

Dans un travail récemment publié par Ogris (38), nous voyons que les processus d'inflammation chez les Poissons apparaissent à


284 WITOLD KOMOCKI. — ÉTUDES CYTOLOGIQUES

un faible degré et après un laps de temps beaucoup plus grand que chez les animaux à sang chaud; des figures représentées dans ce travail montrent qu'autour des cellules géantes se trouvent presque exclusivement des cellules nomonucléaires épithélioïdes. L'auteur doute lui-même (page 355) que les rares cellules polynucléaires, qu'on rencontre de temps en temps, soient réellement polynucléaires, et suppose que ce sont des cellules en voie de décomposition, parce que le sang et la rate des Poissons sont tout à fait dépourvus de vraies cellules polynucléaires.

Il est probable que nous avons affaire à des cellules du tissu conjonctif, qui ont entouré les cellules géantes.

Comme on le voit d'après nos figures, qui représentent toutes les espèces de cellules du sang de la Tortue, il n'y a point de cellules qui ressemblent aux lymphocytes de l'Homme par la structure du noyau et du cytoplasme; toutes les cellules mononucléaires de ce sang sont des hématoblastes et leurs formes de passage aux érythrocytes.

La genèse des cellules polynucléaires, des Mastzellen et des petites formes d'hématoblastes est tout à fait obscure.

Quant aux cellules polynucléaires du sang de l'Homme, nous ne doutons pas qu'elles proviennent des myélocytes; dans le sang de la Tortue, il n'y a point de cellules mononucléaires, qui pourraient se transformer en cellules polynucléaires; nous n'observons pas non plus de formes de passage, qui apparaissent, avec une si grande clarté, entre les myélocytes et les cellules polynucléaires du sang de l'Homme. Il est cependant vraisemblable que cellules polynucléaires et les Mastzellen de la Tortue dérivent aussi des hématoblastes.

On sait que la moelle osseuse des Oiseaux contient beaucoup de cellules de dimensions variables qui correspondent par leur taille aux lymphocytes de l'Homme; la majorité de ces cellules représente évidemment des hématoblastes arrondis et leurs formes de passage aux érythrocytes ; les petites formes d'hématoblastes, que nous observons souvent chez la Tortue (fig. 20 et 21), sont assez rares chez les Oiseaux.

Il est difficile cependant de résoudre la question de la présence ou de l'absence des lymphocytes chez les Oiseaux.


ET HEMATOLOGIQUES. 285

Nous devons enfin souligner encore une fois le fait que la structure des noyaux de toutes les formes de leucocytes rencontrés chez les Mammifères est complètement différente de celle des noyaux des érythrocytes nucléés des Mammifères et des Vertébrés inférieurs : dans les leucocytes nous ne rencontrons jamais ni une aussi grande régularité dans la disposition des grains chromatiques, comme nous le voyons dans les érythrocytes définitivement formés des Vertébrés inférieurs, ni. un réseau chromatique aussi régulier avec quelques grains chromatiques, comme nous le voyons, par exemple, dans les jeunes érythrocytes et dans les grands hématoblastes de la Tortue; même dans les petits lymphocytes le noyau n'est jamais aussi pycnotique, comme on l'observe dans les érythrocytes nucléés des Mammifères, au moment où l'érythrocyte est définitivement formé et où le noyau va être bientôt expulsé.

Les cellules plasmatiques, qu'on classe maintenant parmi les leucocytes, ne présentent qu'une exception à cette règle : leurs noyaux ont une structure plus ou moins radiaire. Un grand nombre d'auteurs commencent néanmoins à douter s'il est juste de considérer ces cellules comme leucocytes. Quant à la structure des noyaux des cellules plasmatiques et des érythroblastes des Mammifères, onne peut que rarement observer une structure radiaire très régulière; nous observons cependant le plus souvent que la substance pycnotique du noyau est fragmentée en grains de différentes dimensions et cette structure du noyau caractérise justement les érythrocytes nucléés des Mammifères.

Le noyau occupe, quant à sa signification dans la cellule, incontestablement une position dominante et c'est pourquoi on ne peut négliger sa structure. Or, si nous observons, par exemple, que presque toutes les cellules du sang de la Tortue, que nous faisons provenir des petits hématoblastes, possèdent une structure du noyau caractéristique pour les érythrocytes, nous n'avons aucune raison pour considérer ces cellules comme des leucocytes, et pour affirmer que les leucocytes des Vertébrés inférieurs et des animaux invertébrés aient une structure nucléaire différente de celle des leucocytes des Mammifères. Une des preuves en faveur de notre hypothèse est le fait que la structure des leucocytes polynucléaires est à peu près identique chez les Mammifères, les Oiseaux et les Reptiles.


286 WITOLD KOMOCKI. — ÉTUDES CYTOLOGIQUES

Nous voyons ensuite que chez tous les Vertébrés la structure des noyaux des érythrocytes, des érythroblastes et des grands hématoblastes est tout à fait différente de celle des noyaux des leucocytes.

Il est cependant intéressant de savoir pourquoi chez les Invertébrés les érythrocytes doivent disparaître et ne restent que les leucocytes. Est-ce que ces dernières cellules sont plus nécessaires pour l'organisme que les cellules dont la fonction est de fixer l'oxygène? Il est possible que les cellules du sang des Invertébrés unissent en soi la fonction des érythrocytes et ceux des leucocytes.

Il faut encore faire mention de l'opinion de plusieurs auteurs que dans les embryons des Vertébrés les globules rouges se forment d'abord et que ce n'est qu'après qu'a lieu la formation des leucocytes.

En résumant les résultats de nos recherches et des travaux d'autres auteurs, nous arrivons aux conclusions suivantes :

1. Nous sommes persuadé, encore une fois, que les granulations, qui se trouvent dans le cytoplasme des leucocytes, proviennent du noyau et que les plaquettes se forment par un processus de bourgeonnement des leucocytes mononucléaires et sont constituées de parcelles du noyau et du cytoplasme de ces cellules.

2. Les érythrocytes de la Tortue, et vraisemblablement d'autres Vertébrés inférieurs, proviennent des grands hématoblastes, qui, à leur tour, proviennent des petits hématoblastes.

3. Les hématoblastes et leurs formes de passage aux érythrocytes, qui se trouvent dans le sang de la Tortue, se divisent par amitose (à l'exception des érythrocytes définitivement formés) ; puisque ce processus de division est très intensif chez la Tortue, et que nous n'observons pas de divisions des érythrocytes, il faut supposer que les érythrocytes ne vivent pas longtemps et qu'ils se décomposent, cédant la place aux jeunes érythrocytes provenant d'hématoblastes.

4. L'apparition dans le cytoplasme des hématoblastes et des jeunes érythrocytes d'une nuance gris sale (en colorant avec le May-Giemsa) est un signe du commencement de la formation de l'hémoglobine.

5. Le terme « cellule fusiforme » ne peut pas être identifié avec le terme « hématoblaste », parce que ces dernières cellules peuvent aussi prendre une forme sphérique.



Arch. d'Anat. Microscopique

TOME XXII. — PL. VII (Witold Komocki)

MASSON ET Cie, ÉDITEURS



ET HÉMATOLOGIQUES. 287

6. Dans le sang des Oiseaux et des Reptiles, aussi dans la moelle osseuse de l'Homme, nous voyons que tout le noyau des cellules polynucléaires et des Mastzellen peut se désagréger totalement en grains chromatiques et ainsi il se produit une formation dans laquelle la substance nucléaire se trouve en grande quantité, mais qui ne possède pas de noyau qui soit différencié du cytoplasme.

7. Plus la place qu'occupe un Vertébré dans la classification zoologique est inférieure, moins son sang possède de leucocytes; les Poissons en sont vraisemblablement tout à fait dépourvus et toutes les cellules du sang de ces animaux, qui ne possèdent pas d'hémoglobine, ne sont probablement que des hématoblastes, desquels vont ensuite provenir les érythrocytes.

8. Toutes les cellules qui se trouvent dans le sang des animaux invertébrés ne sont pas probablement des leucocytes, mais des cellules analogues aux érythrocytes des Vertébrés, dont la fonction est de fixer l'oxygène.

Il m'est très agréable de pouvoir adresser ici tous mes remerciements à Mlle E. Adamowicz, pour les dessins qu'elle a exécutés avec une précision et une exactitude remarquable.

Explication de la planche VII.

Toutes les cellules (de fig. 1 à 15) représentent le processus de la désagrégation du noyau et du passage des parcelles chromatiques dans le cytoplasme.

Les figures 16 à 19 démontrent la formation des plaquettes.

Toutes les figures de 20 à 55 montrent le processus de la transformation des hématoblastes en érythrocytes dans le sang de la Tortue.

Coloration : May, Grùnwald, Giemsa, excepté les figures 24, 28, 29 et 43 qui sont colorées avec le May, Grüwald, hématoxyline acide d'Ehrlich. Giemsa.

Toutes les figures sont dessinées au même grossissement.

Oc. 3, Ob. Homog. Im. 1-12 Reichert.

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Le gérant : J. Caroujat.



L'HISTOGENESE DES FIBRILLES DE LA CORNÉE

DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME

par E. LAGUESSE

PLANCHE VIII..

Dans le précédent mémoire des Archives nous avons suivi le développement général de la cornée, et discuté son origine embryogénique. Nous voudrions maintenant revenir au sujet qui nous a orienté vers cet organe, c'est-à-dire au développement histogénique de ses fibrilles collagènes et à leurs rapports avec le chondriome.

Sur ce point particulier nous ne connaissons guère d'autre document bibliographique intéressant que la communication de Véra de Ladijenski (13) 1. L'auteur russe signale dans les lamelles l'apparition d'une structure fibrillaire bien nette « approximativement après quatre jours pleins à partir du début de l'incubation ». Ces fibrilles sont parallèles, mais « les systèmes de fibrilles des lamelles voisines sont disposés perpendiculairement les uns par rapport aux autres. C'est pourquoi l'examen microscopique reproduit l'aspect d'un réseau orthogonal, d'un canevas... » à la façon de celui des fibres cornéennes adultes. « L'ébauche de la cornée, conclut Véra de Ladijenski, étant tout le temps exempte de cellules, on doit admettre que les fibrilles surgissent dans un milieu non cellulaire, et qu'elles prennent ainsi une certaine structure architecturale sans être influencées directement par les cellules, « ce qui contredit formellement l'opinion de Meves sur l'origine chondriosomique de ces fibrilles. Elle ne décrit aucunement d'ailleurs ce chondriome; mais elle a bien vu la formation de l'épithélium postérieur (embryons de 5 jours pleins), puis l'invasion des cellules mésenchymateuses. Nous reviendrons plus loin sur le rôle qu'elle leur attribue.

1. Voir l'Index bibliographique dans le précédent mémoire, Archives d'Anal, microsc. T. XXII. p. 216.

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 3, Novembre 1926. 19


294 E. LAGUESSE. — L'HISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNEE

Passons maintenant de suite à la description des faits que nous avons observés.

1. — Apparition des fibrilles. Rôle de l'épithélium.

A la soixante-douzième heure, nous avons décrit la lame cornéenne mésostromale, vue de face sur les coupes tangentielles, comme un très mince voile continu, dédoublable en plusieurs plans lamellaires, dont quelques-uns pourtant sont inégalement fenêtrés. Ce voile était à peine colorable par l'hématoxyline au fer, grisâtre, transparent, presque homogène, très vaguement givreux ou granulostrié, en un mot ne décelait aucune structure propre.

C'est au cours du cinquième jour seulement, et plus nettement tout à la fin du cinquième jour de l'incubation (120e heure) que nous avons vu apparaître distinctement cette structure propre sous forme d'une série de très fines stries parallèles, très serrées, à peine visibles, qu'une seconde série de stries de même aspect mais encore moins marquées, recoupe presque aussitôt en la croisant à angle droit. (Pl. VIII, fig. 3). Elles représentent ce que nous appellerons les fibrilles primitives de la cornée. Laissons provisoirement de côté celles de la deuxième série, de formation un peu plus récente, et qui nous paraissent situées dans la même lamelle, mais dans une lamelle probablement dédoublable par la suite, et occupons-nous des premières.

Existe-t-il quelque disposition structurale antérieure qui puisse déterminer leur orientation? Certainement. C'est ce que n'a pas vu Véra de Ladijenski et ce qui est pourtant assez facile à constater. Dès la soixante-douzième heure, et par conséquent bien avant l'apparition des fibrilles, on remarque que, dans la région de la future, cornée, l'épithélium est constitué par une seule assise de cellules de forme assez particulière que mettent bien en évidence les sections tangentielles. A peu près régulièrement polygonaux à la superficie, à leur pôle apical, ces éléments apparaissent de plus en plus allongés quand on met au point sur leur base, qui devient losangique. De sorte qu'une coupe tout à fait superficielle montre un damier à peu près régulier, tandis qu'une section plus profonde, présente un pavé losangique. Chaque cellule est ainsi une sorte de trapézoïde à


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 295

base allongée et comprimée. L'allongement est dirigé perpendiculairement à la fente rétinienne (colobomique), et, par conséquent, les cellules sont orientées horizontalement par rapport au sujet adulte, debout en position normale. Cette orientation de l'épithélium est limitée à la région de l'oeil. Celle du premier système de fibrilles, quand il apparaîtra, coïncide exactement avec elle. Si l'une et l'autre apparaissaient simultanément, nous devrions les rapporter à une même cause, encore inconnue, mais comme celle des cellules est bien antérieure (due vraisemblament à un processus héréditaire), il nous paraît très probable 1 qu'elle conditionne la seconde, soit par un apport plus intense de matériaux nutritifs dans une direction donnée, soit par une action mécanique de traction sur le voile lamelleux sous-jacent, et peut-être par les deux procédés simultanément.

Au cours des quatrième et cinquième jours, rallongement des

•cellules s'accentue, si bien qu'il se fait sentir même au pôle apical,

qui tend à devenir losangique. Mais il augmente surtout dans la

profondeur de l'épithélium, et il s'exagère soudain à tel point, à la

base même, que celle-ci se convertit en une très longue, étroite, et

très mince sole ou semelle fusiforme. Ces soles constituent des sortes de traînées parallèles très pâles, qui, par places même, semblent s'anastomoser entre elles.

La Figure I du texte représente une coupe très oblique, presque tangentielle, de l'épithélium, que le rasoir a rencontré à droite dans sa portion superficielle et à gauche dans la profonde. On y constate l'allongement progressif du corps; que nous avons d'ailleurs

d'ailleurs de représenter schématiquement dans la Figure II. Enfin, la figure 1, Planche VIII, également tangentielle oblique, montre, à l'immersion, les parties profondes de l'épithélium, depuis la région des noyaux (à droite, d) jusqu'aux longues soles anasto1.

anasto1. plus probable que cette forme allongée des cellules, n'est que transitoire, s'atténue dès le septième jour et tend à disparaître par la suite.

Fig. I. — Embryon de 4 jours et 7 heures. — Coupe tangentielle oblique à travers l'épithélium antérieur. (Liquide de Meves, hématox. au fer. Stiassnie, Oc 1, Obj. 8, caméra).


296 E. LAGUESSE. — L'HISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNEE

mosées, s, qui viennent mourir à gauche, et dont on n'aperçoit plus en ce point que de petits lambeaux, l, l, adhérents à la lamelle sous-jacente.

A mesure qu'on approche de la base de la cellule, la forme du chondriome subit également des variations. Au pôle apical, il est représenté par un amas de mitochondries et de très court chondriocontes souvent arqués. Vers la base, les chondriocontes dominent, sont plus allongés, sous forme de grêles bâtonnets, mais souvent granuleux, virant aux chondriomites (fig. 1), ou plutôt ayant l'air

de s'effriter en une chaîne de très petites mitochondries. Enfin, alors que plus haut le chondriome se teignait vivement par l'hématoxyline au fer, comme on le voit encore dans la cellule d'extrême droite d, dans les longues soles il est comme effacé, grisâtre, aminci, à l'exception de quelques-uns de ses éléments, et souvent difficile à voir.

Vu l'absence complète de cellules mésenchymateuses à ce stade, nous avons dû admettre d'emblée, comme Véra de Ladijenski 1, que les fibrilles primitives n'ont aucun lien génétique avec le chondriome des éléments mésodermiques; mais n'en auraient-elles point avec celui des éléments ectodermiques d'où proviennent précisément les lamelles mésostromales, comme nous l'avons mis précédemment en évidence ?

Nous l'avons cru un moment tout au début. En effet, quand sur une coupe tangentielle ou plutôt très oblique, on met successivement au point les divers plans, on voit le chondriome épithélial s'allonger à mesure que s'allonge le corps cellulaire quoique dans une bien moindre proportion. Puis, les soles disparues, on constate dans la

1. Mais indépendamment d'elle, puisque sa note, publiée pendant que nous étions en France occupée, n'a pu venir à notre connaissance qu'assez récemment.

Fig. II. — Vue schématique de profil d'une cellule de l'épithélium antérieur aplatie inférieurement en une longue sole s.


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 297

lamelle sous-jacente la présence de quelques traits gris (par l'hématoxyline au fer) sortes de vermicules souvent recourbés ou repliés, peu régulièrement orientés, mais assez souvent dans le même sens que le chondriome. Enfin tout à coup l'on arrive sur un amas serré de longs traits très pâles, plus ou moins onduleux, traversant toute la préparation, et orientés dans le même sens que les bases cellulaires. Disons de suite toutefois que ces derniers et longs traits ne représentent que la coupe optique des lamelles onduleuses superposées. Pourtant on ne s'en rend pas compte tout d'abord, et la première hypothèse qui se présente, c'est que les chondriocontes des bases cellulaires se sont encore allongés, se sont trouvés inclus dans l'exoplasme né de ces bases et par conséquent dans les lamelles, où ils se sont étendus plus encore, peut-être soudés bout à bout pour former les fibrilles.

Mais à un examen plus attentif et souvent répété sur les embryons des quatrième et cinquième jours, on doit se convaincre que, malgré l'aspect de certaines images troublantes, cette hypothèse doit être complètement abandonnée.

En effet, les premières lamelles détachées de l'épithélium, vues de face à la soixante-douzième heure, ne présentaient pas trace de fibrilles. Celles-ci n'ont donc pu s'y développer que secondairement, et bien après que ces lamelles, devenues maintenant les plus profondes, ont eu perdu toute relation avec l'épithélium dont elles ont été écartées par de plus nouvelles, nées de sa substance.

D'autre part, dans les soles, qui sont évidemment en voie de transformation exoplasmique aux stades les plus jeunes, le chondriome, il est vrai, pâlit comme à la veille d'une transformation mais aussi d'une disparition. En outre il n'est pas très abondant ni surtout très régulièrement distribué. Dans telle cellule (fig. 1) on rencontre encore un assez grand nombre de bâtonnets chondriocontiques, jamais très longs; dans telle autre ils sont plus ou moins dissociés en chondriomites qui s'égrènent; dans d'autres enfin ce sont seulement quelques mitochondries. Rien ne révèle ni allongement, ni soudure des formations mitochondriales en longues fibrilles, et c'est généralement sous forme de fins granules ou de files de granules disloquées que ce chondriome basai pâlit peu à peu et finit par disparaître sur d'assez larges plages.


298 E. LAGUESSE. — L'HISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNEE

Si l'on revient d'autre part sur les traits gris vermiculés sousjacents, clairsemés d'ailleurs, l'on se rend compte qu'ils ne représentent pas des éléments de transition, que par places ils sont dirigés un peu en tous sens, repliés en S, en V, les, uns très courts, les autres assez allongés, s'atténuant aux extrémités. On les voit, en changeant le point, non pas disparaître tout d'un coup, comme le feraient des filaments, mais filer latéralement à la façon de membranes, ou se dédoubler en deux traits parallèles. Finalement on est amené à y reconnaître de simples plis dans une très fine membrane qu'on aperçoit en effet flottante au bord de certaines coupes très obliques.

Revenons aux coupes transversales de l'épithélium; nous nous convaincrons qu'il en est bien ainsi, et dès la dernière heure du quatrième jour (96e heure). Sur un embryon de cet âge en effet, après coloration par l'hématoxyline au fer et différenciation peu prolongée, mais qui a déjà complètement décoloré les lamellescornéennes, on voit l'épithélium limité inférieurement par un trait gris foncé, excessivement fin, mais très net, continu, qui franchit les interstices de retrait existant entre les bases cellulaires, et qui s'y engage parfois à une courte distance en formant un léger pli. Après traitement de vingt-quatre heures par la résorcine-fuchsine de Weigert, ce trait réapparaît, seul bien coloré, en rouge violacé, au-dessus du voile lamellaire déjà multistratifié, incolore ou à peine teinté (Fig. III, b). Dans les points où la coupe est légèrement oblique, on le voit filer régulièrement dans la profondeur en baissant la mise au point. C'est donc l'expression d'une fine membrane, la dernière des lamelles fabriquée par l'épithélium, mais qui est douéede propriétés un peu spéciales, d'une élasticité différente qui y provoque la formation d'une foule de petits plis, et de nature chimique différente, mise, en relief, par une coloration élective particulière 1. C'est la membrane basale primitive dont nous avons déjà parlé dans le mémoire précédent. A partir de ce moment par consé1.

consé1. coloration par la résorcine-fuchsine de Weigert, alors que les lamelles sousjacentes restent grises, indique bien une différence de constitution, mais ne prouve nullement qu'elle est formée d'élastine. Ni en ce joux, ni même au 8e, époque à laquelle elle est encore mince, elle ne se teint en violet foncé comme commence à le faire l'élastique interne de certaines artères en voie d'apparition, mais seulement en rouge violacé. Chez notre embryon le plus âgé (17e jour) l'épaisse membrane de Bowman elle-même ne se colorait qu'en rouge vineux pas très foncé après fixation à l'alcool et une heure de séjourdans le Weigert.


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 299

quent il ne peut plus,.être question d'intervention du chondriome dans la genèse des fibrilles des lamelles sous-jacentes formations, exoplasmiques issues bien antérieurement de l'épithélium.

Ajoutons que cette membrane s'épaissit dans les jours suivants. Elle est bien plus évidente au septième, et au huitième jour, comme un trait bien marqué, notamment dans les points où l'épithéliuma été enlevé, et où c'est elle qui limite en avant le tissu propre de la cornée. Plus tard, au dixième jour, elle s'est encore accrue, et, sur les coupes tangentielles s'accuse nettement, sur les bords, comme une pellicule assez épaisse, finement plissée, presque homogène, découpée en zigzag par le rasoir, pellicule qu'on pourrait, semble-t-il,

faire glisser et enlever avec une fine pince, mais adhérente pourtant aux lamelles sous-jacentes qui viennent contribuer à son épaississement 1. Les plis y sont maintenant bien mieux marqués, beaucoup plus larges et plus longs : il ne peut rester le moindre doute-sur leur nature. De ces plis on peut maintenant remonter facilement jusqu'à ceux beaucoup plus petits et plus minces de la quatre-vingtseizième heure, et se convaincre que les traits vermiculés qui les représentaient n'étaient pas des filaments, et par conséquent qu'ils n'avaient aucune relation avec le chondriome ni avec les fibrilles primitives.

Enfin, admettons un moment que ces raisons ne suffisent pas pour exclure l'hypothèse que les fibrilles horizontales résultent de la transformation et de l'allongement ou de la soudure bout à bout de chondriocontes épithéliaux dirigés dans le même sens, il est un der1.

der1. avons montré dans le premier mémoire comment en effet les lamelles superficielles viennent s'y confondre peu à peu pour former la membrane de Bowman.

Fig. III. — Embryon de la 96e heure. —Apparition de la basale primitive b formant de petits plis, a, d, sous l'épithélium antérieur, qui par places contient une deuxième assise de cellules aplaties (Liquide de Meves Weigert, même échelle que la planche)


300 E. LAGUESSE. — LHISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNÉE

nier argument, péremptoire celui-là, et qui permet de rejeter définitivement cette hypothèse, c'est la présence du deuxième système de fibrilles (verticales) perpendiculaire au premier, et qui apparaît presque en même temps que lui quoique d'abord moins marqué et plus difficile à voir. Aucune transformation de chondriome ne peut être invoquée pour expliquer la naissance et l'orientation de ces fibrilles, puisqu'elles croisent à angle droit les soles et leurs chondriocontes.

En ce qui concerne les fibres horizontales, il faut pourtant signaler une curieuse particularité. Sur l'embryon de la quatre-vingt-seizième heure, nous avons constaté dans l'épaisseur des soles, vers leur face inférieure, l'existence de traînées foncées souvent décomposables en une série de fines granulations. Ces traits assez énigmatiques, parallèles, sont orientés dans le sens de la longueur des soles. Comme on constate leur existence même en des points où le chondriome n'apparaît pas (insuffisamment fixé ou coloré), on ne peut les rapporter à ce chondriome. Comme d'autre part on n'en retrouve plus trace dans les lamelles sous-jacentes, où les fibrilles horizontales (d'ailleurs bien plus serrées, bien plus fines, à peine colorables) n'ont pas encore fait leur apparition, on ne peut les considérer comme des fibrilles en voie de formation. N'indiqueraient-ils pas, comme dans le tissu conjonctif lâche, un apport de matériaux plasmatiques où pourraient être englobés certains vestiges chondriosomiques dégénérés, dans la région où les soles subissent peu à peu la transformation exoplasmique pour former puis épaissir la dernière lamelle cornéenne, la membrane basale primitive? Cet apport de matière orientée déterminerait par sa présence l'orientation des fibrilles horizontales, et expliquerait leur apparition plus marquée et un peu plus précoce que celle des fibrilles verticales. Il déclancherait ainsi une sorte de cristallisation, qui à son tour déciderait de la cristallisation du deuxième système de fibrilles. Mais comme les traînées en question ne peuvent avoir aucun rôle matériel, ni direct dans la formation de ces dernières, qui croiseront leur direction, il reste acquis que, moins encore ici que dans le tissu conjonctif lâche le chondriome n'est indispensable à la formation de la fibrille.


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 301

2. — Aspect et propriétés des fibrilles primitives.

Les deux systèmes de fibrilles primitives apparaissent donc d'emblée, et sans intervention directe du chondriome épithélial, dans les lamelles d'abord homogènes issues de cet épithélium. Cette apparition soudaine, et la disposition géométrique presque régulière que prennent ces éléments sont bien en faveur de l'idée d'une sorte de cristallisation micellaire, et bien plus nettement encore que dans le tissu conjonctif lâche. A l'appui de cette opinion Heringa et Lohr (44) n'ont-ils pas montré que l'examen à fond noir dans certaines conditions révèle la présence dans la fibrille « d'ultramicrosomes en forme d'aiguilles », et, en outre, qu'elle doit s'être formée « par la conjonction méthodique de particules isolées. » Ils rappellent, dans leur mémoire, l'hypothèse de Nägeli, considérant les fibrilles collagènes comme formées de rangées de micelles, les recherches confirmatives d'Ambrose, de Herzog, de Janke, de Laue, et les conclusions de Schmidt que nous avons déjà citées dans l'appendice de notre mémoire sur le tissu conjonctif lâche (14). Tous ces auteurs assignent aux fibrilles les caractères d'une formation cristalline. Nous admettrons volontiers et provisoirement cette hypothèse, et nous conclurons qu'il ne faut point trop s'étonner de voir les fibrilles apparaître aussi soudainement et aussi simplement au sein de l'exoplasme que les cristaux d'une solution sursaturée, sans chercher à les rattacher de force à quelque structure cellulaire préexistante. Les fibrilles primitives de la cornée (fig. 3, Pl. VIII) une fois formées, ont des caractères tout particuliers. Dans les préparations fixées par les mélanges osmiés et colorées à l'hématoxyline au fer pour la mise en évidence du chondriome, elles restent si peu teintées, à peine grisâtres ou gris jaunâtre, si fines d'ailleurs (1 dixième de y. environ), qu'on a peine à les voir, et parfois à les deviner. En certains points pourtant, sur la lamelle la plus superficielle par exemple (basale) ou sur les plus profondes, elles sont bien plus marquées. Sur toutes les lamelles en général on ne les voit assez nettement qu'en différenciant très peu, ou en ne différenciant pas du tout. Elles apparaissent alors les unes en gris foncé, un peu givreuses, les autres plus fines, en gris beaucoup plus pâle.


303 E. LAGUESSE. — L'HISTOGENÈSE DES. FIBRILLES DE LA CORNEE

La méthode de Bielehowsky-Levi les laisse d'ordinaire incolores. Après fixation par le bichromate-formol de Regaud elles sont jaunâtres. Après simple fixation par l'alcool on les retrouve également. Elles ne prennent alors qu'une très légère teinte bleutée par le picro-noir naphtol précédé de safranine, et diffèrent par conséquent des fibrilles collagènes et même des précollagènes. Leur présence jusque dans la lamelle la plus superficielle formant, basale, plus colorable, de propriétés et de constitution chimique un peu spéciales, montre bien que ce sont des éléments encore indifférents, non précollagènes à proprement parler.

Elles paraissent d'abord très serrées et rigoureusement parallèles, formant damier régulier, ou canevas (selon l'expression de V. de Ladijensky). Elles ont été ainsi représentées figure 2, où l'on n'avait que l'impression d'ensemble sans pouvoir les détailler. Pourtant avec un bon objectif à immersion, là où elles sont mieux colorées, on constate que cette régularité n'a rien d'absolu (fig. 3). Quelques traits obliquent ou s'incurvent; le croisement des deux systèmes ne se fait pas toujours à angle droit; les fibrilles ne sont pas toutes aussi fines ni d'un calibre rigoureusement égal; elles présentent par places des épaississements, des empâtements; mais l'impression d'ensemble reste celle d'un réseau géométrique.

L'écartement de deux fibrilles parallèles (épaisses de 1/10e de Jenviron) est le plus souvent de 1 µ, mais il peut atteindre par places ou même dépasser 2 J.. Ces traits peuvent représenter, dans la substance amorphe de la lamelle, de simples traînées d'une substance pluscondensée. Il semble bien pourtant que ce sont de véritables épaississements linéaires de la lamelle qui les contient. Certaines lamelles, coupées obliquement, nous ont en effet montré au niveau de la section une série de petits points, de petits renflements, qui se continuaient chacun dans la profondeur en une fibrille dont ils représentaient la coupe. Enfin, contrairement à Véra de Ladijenski, qui croit voir les deux systèmes perpendiculaires chacun dans une lamelle, nous constatons en général que les deux fils du canevas se croisent à angle droit dans une seule et même lamelle, en donnant l'impression d'une surface quadrillée, guillochée. Après une fortecoloration, au Giemsa par exemple, et sans différenciation, les fibrilles paraissent parfois discontinues, et comme constituées par


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 303

une série linéaire de petits traits, bien marqués seulement aux points de croisement, où ils peuvent dessiner une petite croix plusfoncée.

3. — L'invasion cellulaire : rapports des fibrilles primitives avec les cellules mésenchymaleuses.

Nous voici donc, chez les embryons du cinquième et du sixième jour, en présence de deux systèmes perpendiculaires de très fines fibrilles primitives de caractères un peu spéciaux, apparues soudainement dans de minces lamelles d'abord homogènes et d'origine exoplasmique épithéliale, mais sans aucun rapport génétique direct; avec le. chondriome de cet épithélium. Elles n'en ont pas davantage avec les cellules mésenchymateuses, puisque celle-ci n'existent pas, encore dans la cornée; mais que va.-t-il se passer Lorsqu'elles y pénétreront? Les. fibrilles primitives vont-elles disparaître, alors que d'autres naîtraient à leur place du chondriome de ces. éléments?' ou subiront-elles une. simple modification? Quel rôle en un mot vont jouer les envahisseurs dans l'édification des fibres définitives de la cornée?

a). Les débuts de l'invasion. — Nous avons établi, dans le mémoire précédent, que dès le cinquième jour, mais surtout au cours du sixième et du septième, le mésenchyme, après avoir envoyé en arrière de la cornée une nappe cellulaire destinée à constituer l'épithélium postérieur, pénètre enfin sous forme de coin en plein tissu propre de la cornée (cornea propria de Kessler) au niveau du limbe C'est du moins l'aspect qu'il prend sur les coupes sagittales de l'oeil En réalité, dans l'espace, c'est un anneau régnant tout autour de la cornée, continu par son bord externe épais avec le reste du mésenchyme périoculaire, et dont le bord libre, taillé en biseau, s'enfonce dans cette cornea propria mésostromale d'origine ectodermique, et jusqu'ici acellulaire.

Or, dès. le début de leur pénétration, dès qu'elles commencent à franchir les frontières de la cornée, les premières cellules envahissantes, qui forment l'extrémité du coin, et tendent à s'éparpiller en éclaireurs, revêtent des formes spéciales et contractent avec les. fibrilles primitives des rapports particuliers.


304 E. LAGUESSE.— LHISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNÉE

Voici figure 2, sur un embryon de cinq jours moins 1 heure (120e heure), deux de ces cellules, g et h. Elles sont encore, par leur base b, engagées dans le groupe mésenchymateux, et ne diffèrent guère de ce côté des cellules voisines, irrégulièrement étoilées, unies par de lâches et fines anastomoses, à prolongements relativement peu allongés, dirigés un peu en tous sens, bien que s'étendant surtout dans des plans parallèles à la surface. Par leur sommet au contraire, débordant le biseau du coin, elles se couchent à plat à la surface des premières lamelles fibrillées qu'elles rencontrent, s'étirent en un mince ruban qui s'accole à ces lamelles, s'y ramifie en prolongements plus minces encore, hyalins, à peine colorables, qui subissent souvent un élargissement terminal en forme de spatule arrondie allongée, ou de palette étoilée, des angles de laquelle partent encore des sortes d'épines effilées qui vont se perdre dans le réseau fibrillaire et souvent se continuer avec l'un de ses éléments, sans qu'on puisse dire où cesse la substance de l'un, où commence celle de l'autre. Les larges prolongements aplatis tendent à s'orienter parallèlement aux fibrilles avec lesquelles ils se continuent, et fréquemment se divisent à angle droit pour envoyer des rameaux dans la direction du deuxième système. Il paraît donc évident que, si la direction des fibrilles dépend dans une certaine mesure de celle des cellules épithéliales, l'orientation des prolongements des cellules pénétrantes est au contraire déterminée dès le début par celle de ces fibres. Véra de Ladijenski (13), sans avoir, semble-t-il, observé ce stade primitif, avait déjà cru pouvoir conclure que, « dans le cas actuel, ce ne sont pas les cellules [mésenchymateuses] qui déterminent la disposition des fibrilles, mais qu'au contraire elles subissent elles-mêmes l'action de la structure fibrillaire. »

Nous pouvons ajouter de suite, renvoyant pour les détails à un stade ultérieur, qu'à ce moment, comme le montre la figure 2, le chondriome est très réduit dans les plus minces prolongements, absent dans les épines terminales, souvent même dans les palettes, et que par conséquent dès cette époque, il apparaît incapable de jouer un rôle direct dans la formation ou la modification des fibrilles. b) Après l'invasion. — L'invasion, encore lente et localisée à la périphérie au cours du sixième jour sur la plupart des embryons, ou limitée à quelques éléments, s'accélère subitement vers la fin de


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 305

ce jour et dans les premières heures du septième, de sorte qu'à ce moment la cornée est bientôt habitée par de nombreuses cellules dans toute sa largeur et toute son épaisseur, à part les lamelles les plus superficielles et les plus profondes.

Ces éléments ont subi, au cours de leur immigration, des modifications analogues à celles que nous venons de signaler dans les premiers prolongements pénétrants. Nous les avons étudiés chez plusieurs embryons du début du septième jour, par des modes de fixation divers, depuis le simple alcool jusqu'aux mélanges osmiés forts, et, comme la forme et la disposition des" cellules sont bien conservés dans tous les cas, nous commencerons par la description de la cornée d'un embryon de 6 jours et deux heures (E. P. 15) fixé dans l'alcool à 80, d'autant meilleur pour cette étude d'ensemble, que, malgré une certaine rétraction, il se prêtait mieux que les autres à une coloration élective (après action du permanganate de potasse) par la safranine-base de Curtis (une demi-heure à deux heures) suivie de picro-noir napthol (5 à 20 minutes).

Sur des coupes transversales et horizontales de l'oeil, nous trouvons, en allant de la profondeur vers la surface, l'épithélium postérieur encore mince, puis un petit nombre de lamelles inhabitées (5 à 10), un peu tassées, puis, formant gâteau feuilleté, le tissu propre, à lamelles anastomosées plus desserrées, écartées par les cellules immigrées, et enfin, vers la surface, un groupe de 15 à 20 lamelles onduleuses inhabitées, colorées en bleu pâle, plus serrées de nouveau, et recouvertes finalement par l'épithélium antérieur.

La zone à lamelles habitées est de beaucoup la plus épaisse, et représente ici un peu plus des deux tiers de l'épaisseur totale de la cornea propria. Les cellules immigrées y sont encore peu serrées, tantôt rassemblées par petits groupes, tantôt éparses. La plupart ont, sur ces coupes, un aspect fusiforme. Nous verrons qu'en réalité c'est la coupe optique d'un corps très aplati, et que les extrémités du fuseau, qui semblent ici filiformes, ne sont que des prolongements plats rubanés vus de profil. Le corps cellulaire lui-même est très réduit, ne forme généralement qu'un renflement arrondi ou allongé autour d'un noyau ovoïde comprimé parallèlement à la surface cutanée, souvent déjà assez aplati. Corps et prolongements sont formés d'un cytoplasme assez granuleux par ce mode de fixa-


306 E. LA GUESSE.— L'HISTOGENESE DES FIBRILLES DE LA CORNEE

tion, et dont les granulations se colorent vivement en rouge par la safranine. On peut ainsi, à la surface des lamelles à peine bleutées ou pourprées, voir filer au loin des séries de points rouge foncé qui représentent de très minces prolongements. En un mot, à part la région juxta-nucléaire, le plus souvent très réduite et d'une certaine épaisseur, les cellules sont très fortement aplaties, et étalées, elles et leurs prolongements, à la surface des lamelles.

Sur l'autre oeil du même sujet, la cornée a été débitée en une série de coupes tangentielles de 4 u d'épaisseur, et qui, chose assez rare tant est difficile l'orientation, se sont trouvées rigoureusement perpendiculaires à l'axe du globe oculaire. Nous aurons donc l'avantage de rencontrer de face les éléments mésenchymateux que nous n'avons aperçus jusqu'ici que de profil.

Suivons de nouveau cette série de coupes de la face profonde à la face superficielle. Après avoir dépassé l'épithélium postérieur, fortement coloré en rouge par la safranine, et qui offre l'aspect d'une mosaïque à cellules serrées et assez régulière, nous rencontrons de face, ou sectionnées un peu obliquement sur leurs bords imbriqués, quelques lamelles inhabitées assez bien colorées, fond et fibrilles, en bleu pâle. Puis se présentent quelques cellules, d'abord isolées, soudain nombreuses et en voie de prolifération évidente. La présence d'assez nombreuses caryocinèses, plaques équatoriales et tonnelets bien conservés malgré la grossièreté de la fixation, en fournissent la preuve. Les éléments en division ont rompu toutes ou presque toutes leurs anastomoses, ont retiré leurs prolongements sauf quelques-uns courts et grêles, et ont pris la forme globuleuse. C'est dans •cette région profonde, sur cet embryon au moins, que la prolifération est la plus vive, et que les éléments sont le plus serrés. Les quiescents revêtent les formes les plus variées, mais sont tous fortement aplatis, par conséquent peu colorés, les uns dans toute leur •étendue, avec noyau déjà très comprimé, les autres partout sauf dans une zone périnucléaire peu large, épaisse, et bien plus vivement teintée. Les uns sont véritablement fusiformes aplatis, très allongés, peuvent mesurer jusqu'à 30 et 40 u, sur 8 à 10 de large. La plupart sont simplement allongés ou très irrégulièrement étoilés. Presque tous envoient, outre de courts prolongements anastomotiques, de longs prolongements minces, rubanés, dont quelques-uns peuvent


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 307

atteindre et dépasser 50 4*. Les moins longs, plus souvent anastomosés entre eux, peuvent avoir des directions variées, mais beaucoup tendent à suivre celle de l'un ou l'autre système de fibrilles. Les plus, longs fusent au loin, croisent obliquement, tantôt rectilignes, souvent en décrivant une large courbe, les deux systèmes

(Fig. IV). Les uns et les autres s'épanouissent généralement à leur extrémité en spatule, en palette, ou en une mince plaquette étoilée assez large mais très aplatie, à peine colorée, d'où partent, comme nous l'avons vu à l'avant des cellules pénétrantes, de minces épines qui vont se continuer avec les fibrilles, les épines peuvent se

retrouver d'ailleurs de place en place sur tous les prolongements, et quelquefois sur le corps même de la cellule. Les Figures IV et V montrent quelques-unes de ces images.

Dans les couches plus superficielles les longs prolongements deviennent plus rares; mais tous tendent à s'allonger pour former un réseau inextricable dont nombre de travées sont orientées selon l'un ou l'autre des deux systèmes fibrillaires, ou se ramifient à angle droit pour s'accorder à la fois avec l'un et avec l'autre. Voici

Fig. IV et V. — Embryon de 6 jours et 2 heures. — Une longue cellule aplatie de la couche profonde avec palette terminale, et une cellule de la couche moyenne avec trois prolongements aplatis latéraux se continuant avec

des fibrilles et leur envoyant de minces rameaux variqueux qui s'y accolent et s'y confondent. — (Alcool, safranine picro-noir; même échelle que la planche).


308 E. LAGUESSE — L'HISTOGENESE DES FIBRILLES DE LA CORNEE

par exemple, dans les couches superficielles, une cellule particulièrement intéressante (Fig. V). Elle envoie d'un seul côté trois larges prolongements aplatis rubanés presque rectilignes, et orientés parallèlement dans le sens de l'un des systèmes fibrillaires. Mais ces prolongements se continuent à leur extrémité en fibrilles plus marquées que les voisines, légèrement variqueuses, ou, plus exactement, porteuses jusqu'à une certaine distance d'un ou plusieurs petits renflements allongés et vaguement granuleux. Le cytoplasme des prolongements semble donc s'effriter à l'extrémité, soit pour s'incorporer aux fibrilles primitives, soit pour glisser au loin à leur surface. Des images de ce genre sont assez fréquentes.

Enfin, quand nous approchons de la surface externe, les cellules deviennent d'abord plus serrées, plus nombreuses, puis disparaissent presque tout à coup, et nous nous trouvons alors en présence d'images nouvelles et singulières (Pl. VIII, fig. 4 et 5). Ce sont des sortes de petites figures stellaires, les unes, i, assez larges et très pâles (3 à 4 ;J.), les autres, j, allongées et étroites, (5 à 7 J. sur 1 de large), des angles desquelles s'irradient de fins prolongements, de plus en plus grêles, de plus en plus ramifiés, dirigés un peu en tous sens, puis s'ordonnant dans les deux directions perpendiculaires, et finalement se continuant en se confondant avec les fibrilles des deux ordres. Ces petites figures stellaires anucléées ne sont évidemment pas des cellules, mais se colorent en rouge à la façon du cytoplasme des prolongements cellulaires, sont comme eux pâles, homogènes, ou plus foncées, granuleuses, suivant leur épaisseur, et l'on peut souvent vérifier qu'elles sont reliées aux éléments sousjacents. Elles représentent donc l'extrémité de prolongements cellulaires, qui ont perforé perpendiculairement ou obliquement les lamelles plus élevées, pour venir s'étaler et se ramifier à leur surface, continuant ainsi le processus d'invasion, mais cette fois d'arrière en avant, et tendant vers la surface sans pouvoir y atteindre. En effet les dernières lamelles en sont dépourvues et complètement inhabitées : ce sont elles qui se fusionneront pour donner la membrane de Bowman.

Si l'on compare maintenant ces dernières aux sous-jacentes, on observe qu'elles en diffèrent par plusieurs caractères. D'abord elles sont beaucoup plus serrées l'une contre l'autre, mais surtout leur


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 309

substance est encore un peu colorable, tandis que les lamelles habitées restent à peu près incolores, et leur teinte va s'atténuant de la première à la dernière. Enfin leurs fibrilles primitives très grêles, plus marquées et plus régulières, sont un peu plus foncées que le fond. Au contraire, dès qu'on pénètre plus profondément, dans la zone des figures stellaires (fig. 4 et 5), la plupart des fines fibrilles primitives pâlissent au point de devenir de plus en plus difficiles à apercevoir ou même disparaissent, à l'exception de celles qui se continuent directement avec les prolongements cytoplasmiques terminaux filamenteux ou en épines. Celles-là au contraire, restes d'un réseau de moins en moins régulier, se voient mieux, deviennent plus épaisses, et retiennent mieux la couleur, mais de façon un peu spéciale

Bien que, dans ces préparations surcolorées à la safranine (pour faire ressortir les minces prolongements), il y ait un excès de rouge, il est en effet facile de constater qu'il existe une différence notable entre les fibrilles primitives des lamelles complètement inhabitées et celles des lamelles habitées. Les premières se colorent franchement en bleu pâle; les secondes ont perdu presque toute électivité tant pour le picro-noir que pour la safranine, à l'exception pourtant des plus grosses d'entre.elles dont nous venons de parler, qui sont en continuité avec les prolongements cellulaires, et qui, à la façon de ces derniers, se colorent franchement en rouge ou tout au moins en rouge violacé.

Que s'est-il donc passé du fait de l'arrivée des cellules? C'est une question assez difficile à élucider. Pourtant, il semble bien que, par ses prolongements rubanés et ses épines, chaque cellule se soit mise en contact intime avec un grand nombre de fibrilles, et ait envoyé à beaucoup d'entre elles un prolongement grêle qui sur une certaine longueur s'y soit accolé, subissant bientôt lui-même la transformation exoplasmique, et s'y soit ainsi confondu. Et sous l'influence de cet apport d'énergie et d'aliments, de substances précollagènes et collagènes spéciales que fabrique ou est susceptible de fabriquer toute cellule mésenchymateuse, les fibrilles primitives d'exoplasme mésostromal, jusque-là neutres en quelque sorte, seraient seulement en train d'acquérir la propriété de se collagéniser à leur tour. Il semble que la colonisation, que l'adoption par les cellules envahissantes ait

ARCH. D'ANAT. MICROSC. - T. XXII, Fasc. 3, Novembre 1926 20


310 E. LAGUESSE.— L'HISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNEE

été seule capable de réaliser cette transformation. Il semble que le contact des cellules avec les fibrilles primitives modifie celles-ci du tout au tout pour en faire ce que nous appellerons des fibrilles secondes ou définitives, leur apporte une nouvelle vitalité, un nouveau potentiel de développement, tandis que celles qui ont échappé à ce contact bienfaisant paraissent destinées à s'effacer.

Rappelons ici que Zachariadès (1898 à 1903) (35), chez la Grenouille, a cru voir la fibrille conjonctive naître de prolongements cytoplasmiques très fins et très allongés directement transformés. On pourrait prétendre que nos fibrilles secondes ne sont autre chose, elles aussi, que des prolongements cytoplasmiques transformés, puisqu'il nous est, à un moment donné, si difficile de tracer une limite entre les deux. Que toute fibrille conjonctive, comme le voulait Zachariadès, ne soit qu'un fin prolongement cellulaire dont les couches périphériques ont subi la différenciation collagène autour d'un axe cytoplasmique filiforme persistant, c'est ce que nous pouvons d'autant moins admettre que, comme nous l'avons montré ailleurs (15), la fibrille, en grossissant, se clive longitudinalement en fibrilles secondaires. Mais que, en certains points, certains prolongements cytoplasmiques puissent subir en totalité une différenciation exoplasmique, puis, qu'aux dépens de cet exoplasme et dans son intérieur se forment une ou plusieurs fibrilles, c'est ce que nous avons montré dans la rate des Sélaciens (voir 14) pour certains prolongements représentant des trabécules de réseau splénique. Sous cette forme, et ainsi limitée, la conception de Zachariadès serait donc très acceptable; mais ce n'est plus à proprement parler sa conception, puisque nous ne pouvons admettre le point principal à savoir que le filament axile qu'il a si bien mis en évidence dans la fibrille tendineuse adulte soit un reste du cytoplasme.

En outre, dans le cas particulier de la cornée, nous sommes en face d'un fait nouveau, l'existence préalable d'une fibrille primitive avant l'arrivée de toute cellule. Les prolongements qui se dirigent vers ces fibrilles et semblent se continuer avec elles ne peuvent guère que s'y accoler. Ils doivent s'étendre à leur surface en les entourant plus ou moins complètement jusqu'à une certaine distance. On ne peut affirmer la coexistence des deux substances que jusqu'à la distance peu considérable à laquelle on retrouve, le long de la fibrille


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 311

primitive, ces petits renflements variqueux dont noms avons signalé parfois la présence (Fig. V). D'ailleurs cela ne peut avoir pour nous qu'une importance secondaire puisque le prolongement cellulaire accolé à la fibrille primitive exoplasmique se transforme de bonne heure lui aussi en exoplasme. Il y aurait simplement fusion de deux exoplasmes d'origine différente, le second, de nature mésenchymateuse, apportant au premier des matériaux de nutrition spéciaux nouveaux et une potentialité d'évolution nouvelle. Certaines dispositions, comme celle de la cellule k, Figure VI (p. 322), donnent à penser qu'un simple contact intime suivi de fusionnement exoplasmique avec le corps cellulaire même, sur une certaine étendue, peut suffire à vivifier la fibrille sans que l'existence d'un véritable prolongement cytoplasmique accolé ou engainant soit indispensable.

Mais, dira-t-on, ce que vous appelez fibrille primitive pourrait n'être qu'une simple strie destinée à guider dans la bonne direction un prolongement cellulaire transformable. Nous répondrons que de deux choses l'une : ou bien il s'agit ici de véritables stries au sens primitif du mot, c'est-à-dire de sillons creux dans lesquels viendraient cheminer les prolongements cellulaires; mais c'est en contradiction avec l'observation des épaississements que nous avons constatés sur la coupe transversale des lamelles; — ou bien il s'agit en effet de véritables épaississements linéaires, et l'on ne peut guère leur refuser le nom de fibrilles. Tout au plus pourrait-on dire, et nous y consentons volontiers, que le réseau filamenteux orthogonal des lamelles cornéennes primitives n'est qu'un cas particulier de notre réseau polygonal fondamental des lamelles ou de certaines lamelles du tissu conjonctif lâche, tel que nous l'avons décrit et figuré, chez le Chien par exemple (15, Pl. XI, fig. 35), réseau qui aurait ici une orientation régulière. Mais ce réseau était la matrice des fibrilles; ses trabécules représentaient des sortes de fibrilles primitives encore mal individualisées. (Voir en outre 14, fig. 17 et 18).

Nous croyons donc pouvoir nous arrêter à cette conception que les prolongements cellulaires grêles qui se dirigent vers les fibrilles et se continuent avec elles jusqu'à une petite distance s'y fusionnent véritablement en subissant à leur tour la même transformation. Les fibrilles secondes ou définitives ne sont donc pour nous autre chose que les fibrilles primitives modifiées par des apports cellulaires


312 E. LAGUESSE.— L'HISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNEE

mésenchymateux, et que, de ce fait, on va pouvoir appeler précollagènes, puis collagènes.

Si nous donnons ces conclusions dès l'étude de simples préparations à l'alcool, c'est que ces préparations nous permettaient des colorations plus vives et plus électives du cytoplasme et des fibrilles, et c'est que l'examen des embryons fixés par les mélanges osmiés n'a fait que confirmer, sous des aspects moins marqués mais plus précis au point de vue cytologique, les descriptions que nous venons de donner des cellules et de leurs rapports avec les fibrilles. On s'en convaincra par les descriptions et les figures auxquelles nous arrivons, mais que nous voulions réserver pour étudier le rôle du chondriome, objet principal de ce mémoire.

4. — Rôle du chondriome.

Nous avons déjà montré comment se comporte le chondriome dès que la cellule a envoyé quelques-uns de ses prolongements dans le mésostroma cornéen, à sa frontière même, tout à la fin du cinquième jour. Reprenons par les réactifs osmiés l'étude de ces cellules après invasion complète, dans les premières heures du septième jour. Nous avons ainsi fixé, à cette période importante, toute une série d'embryons : de six jours une heure et quart (liquide de Benoit) 1, de six jours une heure vingt au liquide de Champy 2, de six jours dix heures et quart au liquide de Meves, auxquels il faut ajouter un embryon de six jours exactement fixé au bichromate-formol de Regaud. Partout le chondriome a été plus ou moins bien conservé, plus ou moins facile à mettre en évidence par l'hématoxyline au fer, et a offert les mêmes dispositions dans les points bien fixés.

Comme dans la plupart des cellules mésenchymateuses, il n'abonde en général que dans les portions épaisses de l'élément, et comme ici ces portions sont le plus souvent réduites à l'amas périnucléaire, c'est dire qu'il est relativement peu développé, car les longs prolongements en contiennent en général très peu, et d'autant moins qu'ils

1. Acide chromique, 3 p. 100: 6 parties, — acide osmique, 2 p. 100: 5 parties,—sublimé, 5 p. 100 en eau physiologique. : 5 parties, —acide phosphotungstique à 5 p. 100 : 4 parties.

2. Acide chromique à 1 p. 100: 7 parties, bichromate de potasse à 3 p. 100 : 7 parties, acide osmique à 2 p. 100 : 4 parties.


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 313

sont plus aplatis. Nous trouverons pourtant des exceptions Les simples mitochondries y sont encore assez fréquentes; la plupart des chondriosomes sont de courts bâtonnets plus ou moins arqués de 1 à 3 jj., mêlés à quelques rares chondriosomes flexueux plus allongés (4 à 5 (u). Nous ne trouvons plus ici les longs chondriocontes que nous rencontrions dans le derme par exemple, ou même dans le tissu conjonctif lâche; les files:de bâtonnets sont exceptionnelles, réduites à 2 ou 3 éléments, et leur assemblage paraît absolument fortuit, à moins qu'il ne soit parfois l'indice d'une division transversale. Rien ne vient donc à l'appui de l'hypothèse de Meves. Enfin les minces étalements cytoplasmiques terminaux et les plus fins prolongements filiformes, au niveau desquels devrait avoir lieu, dans cette hypothèse, la transformation la plus active,, sont complètement dépourvus de chondriome, ou ne contiennent, de place en place, que une ou deux mitochondries (souvent très petites et pâlies) ou très courts bâtonnets là où existe une petite dilatation variqueuse.

G. Levi (voir index de 14) a d'ailleurs montré que, d'une façon générale, dans les cultures de tissus, le chondriome ne pénètre que très difficilement et très discrètement dans les régions les plus amincies du cytoplasme, régions qui semblent réduites à la mince couche superficielle très mobile, très contractile, qui constitue à elle seule les pseudopodes des leucocytes ou des cellules mésenchymateuses en migration que nous avons étudiées vivantes chez la Truite. A cette couche d'exoplasme actif il conviendrait de réserver un nom spécial, pour la distinguer de l'exoplasme passif, densifié précollagène, en lequel il finit souvent par se transformer. Nous emploierons volontiers celui d'épiplasme, proposé par Fürbringer (en Anatomie humaine de Gegenbaur, 1909) et recommandé par Studnicka (40) pour les mêmes raisons. Les étalements épiplasmiques constituant nos palettes terminales et nos figures stellaires, étalements qui semblent destinés à la longue à se transformer pour la plupart en exoplasme passif et à contribuer à l'extension des lamelles, mais qui sont si actifs au moment de leur apparition, sont sans doute à rapprocher, par leur minceur tout au moins, des pseudopodes pétaloïdes de Rosa (1896), ou expansions pétaloïdes; décrites par Dehorne (41) dans les leucocytes (choanoleu-


314 E. LAGUESSE.— L'HISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNEE

cocytes) des Chétopodes, et par Faré-Fremiet (42, 43) sous te nom de pseudopodes lamellaires dans ceux des Arénicoles.

Mais revenons au chondriome des premiers corpuscules cornéens. En voici un premier exemple, emprunté à l'embryon 75, fixé au liquide de Benoit (fig. 6). C'est un groupe de deux cellules voisines, a et b, que nous complétons par le dessin d'un élément un peu plus éloigné c (fig. 7). Les deux premiers sont étalés à la surface d'une lamelle dont on aperçoit le fond à peine teinté de gris pâle par l'hématoxyline au fer. Elles mesurent de 15 à 25 J. avec des noyaux aplatis de 9 y. sur 5 à 12 sur 3. Elles sont très irrégulièrement anguleuses, l'inférieure un peu ramifiée. L'une, b, émet en bas deux palettes terminales ramifiées, la première contenant encore dans son bord supérieur formant bourrelet plus épais trois très petits bâtonnets chondriocontiques et deux mitochondries; la seconde, bien plus mince, et figurée ici plus foncée qu'elle n'était en réalité, ne porte qu'une très petite mitochondrie en son milieu. Aucune trace de chondriome sur les fines épines cytoplasmiques qui s'en détachent et vont se perdre dans le réseau fibrillaire. A droite et en haut un autre prolongement en forme de tête d'oiseau se termine par un long bec, qui devient insensiblement une fibrille seconde du réseau, plus épaisse que les voisines, et porteuse de quelques très petits renflements variqueux : aucun chondriome de ce côté, à part un bâtonnet en S dans la tête même.

La cellule supérieure, a, envoie aussi vers le haut un long prolongement nettement cytoplasmique, mesurant encore environ 1 /2 u. de largeur et qui finit également en s'amincissant, et se continuant avec une fibrille qu'il renforce. Le chondriome est réduit à deux mitochondries, dont une oviforme, dans le petit renflement variqueux fusiforme assez marqué; rien en de ça, rien au delà. Entre les deux cellules gît un petit amas cytoplasmique, qui pourrait appartenir à un élément sous-jacent, mais qui s'est plutôt séparé secondairement de l'un des voisins; lui aussi est sur le réseau et s'y incorpore plus ou moins : il y disparaîtra peut-être pour lui fournir un apport de substance.

Enfin le réseau lui-même est devenu de plus en plus irrégulier. On y retrouve encore les deux directions principales de fibrilles; mais beaucoup déjà sont effacées ou en voie d'effacement; beau-


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 315

coup ont perdu leur direction initiale; beaucoup de mailles se sont élargies ou déformées. Un certain nombre de fibrilles au contraire, parmi celles en rapport direct avec les cellules ou restes cellulaires ont augmenté d'épaisseur et d'électivité pour le colorant, et semblent définitives.

La cellule c, simple fuseau aplati sectionné en haut par le rasoir, envoie vers le bas deux prolongements grêles sans le moindre chondriome (l'un avec un renflement losangique étalé bien marqué) et dont il est impossible de dire où finit le cytoplasme, où commencent les fibrilles qui les continuent ou les croisent.

La figure 8, prise sur une cornée fixée au liquide de Meves, représente une cellule profonde, à deux longs prolongements très aplatis en forme de cornes; celui de gauche est presque absolument ■dépourvu de chondriome; tous deux sont munis de palettes terminales excessivement minces, et dont les' limites ne sont pas toujours nettes; la terminale de droite, seule épaissie en forme de tête, héberge seule aussi quelques chondriocontes.

Dans ces préparations fixées au liquide de Benoit et au liquide de Meves, le chondriome est par places un peu embué, un peu masqué par un cytoplasme encore trop coloré. Aussi prendrons nous surtout nos exemples sur un sujet (E. P. 76) fixé au liquide de Champy, où le chondriome, très bien conservé, se détachait merveilleusement sur le fond pâle des prolongements cellulaires. Les coupes tangentielles, de 5 y. d'épaisseur, y étaient d'ailleurs presque aussi bien orientées que sur l'embryon à l'alcool, et l'on pouvait y suivre facilement les différents plans de cellules, souvent en caryocinèse.

Si nous parcourons la série des coupes de la profondeur à la surface, nous rencontrons, comme précédemment, d'abord la première et mince zone inhabitée, qui contribuera à la formation de la membrane de Descemet, puis de très longues cellules peu serrées, ■étroites, fusiformes (fig. 10) ou un peu ramifiées (fig. 9) et pouvant atteindre jusqu'à 100 u. avec leurs prolongements, orientées dans le sens de l'un des systèmes de fibrilles ou le croisant très obliquement. Plus superficiellement (deuxième zone, la plus épaisse) les éléments deviennent de plus en plus nombreux mais de plus en plus petits (de 20 à 30 u dans leur plus grand diamètre, gros pro-


316 E. LAGUESSE.— L'HISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNÉE

longements compris), pour former finalement, au-dessous de la région superficielle inhabitée un amas assez serré de petites cellules étoilées (fig. 11) dont les prolongements principaux, aplatis anastomosés, forment un enchevêtrement si inextricable qu'il est relativement difficile d'y choisir des plages susceptibles de fournir un dessin clair, bien que les anastomoses soient pour la plupart dirigées dans des plans parallèles à la surface. Enfin (troisième zone) tout à fait superficiellement, on voit de cette nappe cellulaire limitante serrée se détacher quelques cellules isolées ou groupes cellulaires qui plongent les pendentifs les plus riches et les plus variés dans la partie profonde de la zone inhabitée, où l'on aperçoit également de nombreuses figures stellaires (fig. 12).

Les éléments des deux premières zones nous montrent, dans l'amas périnucléaire et dans les prolongements principaux de quelque épaisseur, le même chondriome assez abondant mais peu allongé que dans les embryons déjà examinés. Il est mieux dégagé, tranche mieux sur le fond. Mais, contrairement à ce qu'on devrait attendre en partant de la conception de Meves, ce chondriome se raréfie sans s'allonger à mesure qu'il s'engage dans des rameaux plus éloignés ou moins épais. Les palettes terminales abondent, typiques et formant l'expansion soudaine d'un assez large prolongement, comme en W (fig. 10). Celle-ci (c'est une image fréquente) se termine par des sortes de courtes digitations se continuant soudain par de fines épines qui s'allongent en fibrilles secondes plus colorables et plus épaisses que les voisines sur un certain parcours. On en retrouve trois analogues (fig. 11, en x, y, z). D'autres ont un long prolongement comme pédicule, u, ou même (s) se détachent par un pédicule secondaire de l'une des premières (y). D'autres enfin (r, fig. 9) sont courtes et sessiles, mais toutes envoient des épines, des fibrilles secondes plus marquées à leur base, et pourtant sont ou complètement dépourvues de chondriome (z, fig. 11), ou n'en contiennent que d'insignifiants vestiges, relégués souvent dans un bord plus épais ou à la base d'une épine, réduits souvent aussi à un petit bâtonnet excessivement grêle, ou à une ou deux mitochondries, si fines qu'elles passent parfois inaperçues à un premier examen. On dirait que ce chondriome, abondant encore là où existe un petit épaississement i (fig. 10), n'a pu trouver place


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dans ces lames minces, ou a été obligé de se réduire en une fine poussière mitochondriale pour y pénétrer quelque peu, poussière d'ailleurs pâlie par places, et en voie de disparition, peut-être pour fournir aussi un apport de matière, pour mettre en liberté dans la mince lamelle protoplasmique les lipoïdes qu'elle a électivement accumulés. A ce chondriome, qui n'existe pas davantage dans les épines, ni à la base d'implantation des fibrilles secondes, il est impossible de faire jouer un rôle de quelque importance dans la formation de ces fibrilles.

Enfin l'étude de là troisième zone (région profonde de la couche inhabitée) est des plus instructives. Non seulement elle nous remet sous les yeux, et cette fois dans les meilleures conditions de fixation, les figures stellaires des deux catégories (fig. 13), les unes allongées un peu plus épaisses, les autres aplaties minces, avec les fibrilles secondes qui partent de leurs angles, mais, comme la section est ici non rigoureusement tangentielle, un peu oblique, elle nous montre souvent (fig. 12) les prolongements perforants obliques aussi, qui, venus des cellules ou des groupes cellulaires de cette zone, servent de support à de véritables petites constellations de figures stellaires, et nous prouvent que ce ne sont que les plaquettes terminales très réduites, longuement pédiculées, de ces cellules superficielles cherchant à envahir plus avant la zone inhabitée. Ici donc, plaquettes et fibrilles secondes qui en partent sont saisies à leur origine, en voie de formation, et pourtant le chondriome s'y montre tout aussi discret, sauf là où il existe de petits épaississements comme en h, i (fig. 12), en k (fig. 13), tandis qu'en j, en l, ses restes pâlis sont en voie de disparition.

Signalons encore, dans cette zone, la présence de nombreux prolongements filiformes variqueux, sinueux, qui souvent vont constituer une longue amarre unissant l'élément dont ils partent à des cellules ou figures stellaires lointaines. Ces prolongements existaient déjà dans les deux autres zones (k de la figure 8), mais on les suit plus facilement ici grâce à la dispersion des cellules.

Nous croyons ces exemples largement suffisants pour nous permettre d'abandonner la conception de Mevos.


318 E. LAGUESSE.— L'HISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNÉE

5. — Modifications ultérieures des fibrilles.

Il nous reste à chercher si les fibrilles secondes que nous venons de voir se constituer aux dépens des primitives, et de nouveau en dehors de l'action directe du chondriome, deviennent bien en réalité les fibrilles collagènes de la cornée adulte. Jusqu'ici en effet, elles n'offrent pas de réactions sensiblement différentes de celles des plus fins prolongements cytoplasmiques, puisque nous n'avons pu tracer de limites entre les uns et les autres. Tout au plus peut-on dire que, par leur homogénéité, par leur aspect général, et par leur faible tendance à virer après safranine picro-noir naphtol au pourpre violacé tandis que le cytoplasme cellulaire est franchement rouge, elles semblent indiquer qu'elles sont en voie de transformation exoplasmique.

Tournons nous maintenant au contraire vers des embryons plus âgés et nous verrons cette transformation s'accentuer, la fibrille passer nettement au précollagène, puis au pénécollagène, et enfin au collagène.

Sur un embryon du jour suivant déjà (E. P. 49, début du huitième jour, exactement 7 jours et 1 heure), fixé à notre mélange J et postehromisé 4 jours, nous nous trouvons en effet, sur une coupe sagittale axiale, en face d'un globe oculaire considérablement accru, montrant un diaphragme irien épais et déjà large. La cornée est bien plus grande, et, au delà de ses limites, la couche lamelleuse mésostromale inhabitée s'étend encore assez loin. La cornée s'est surtout épaissie, grâce à la multiplication des cellules toujours en cinèse d'une part, grâce au dédoublement des lamelles de l'autre, et probablement aussi à leur accroissement en étendue et en épaisseur aux dépens de l'exoplasme fourni par ces cellules, car on compte maintenant près d'une centaine de lamelles très minces, très courtes très anastomosées. Par safranine picro-noir les 15 à 20 inhabitées superficielles, maintenant plus desserrées, se montrent toujours bleutées. Le reste du tissu propre est maintenant divisible en deux couches de lamelles un peu différentes, se continuant l'une avec l'autre par une transition assez rapide. Les plus superficielles (une vingtaine), à cellules peu aplaties, prennent moins le bleu, ne contenant que de fines fibres secondes, violacées ou bleutées, peu colorées. Cette couche est évidemment en retard de développe-


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME 319

ment, et probablement encore en voie d'invasion secondaire d'arrière en avant par les cellules dont elle représenterait une conquête sur la zone inhabitée. La couche inférieure, à cellules plus serrées, plus nombreuses, est bien plus épaisse, comprend une soixantaine de lamelles, plus colorées et évidemment plus avancées en développement, car on aperçoit dans leur épaisseur un semis de petits traits bleus, et surtout de petits points d'un bleu vif, fuyant dans la profondeur si l'on abaisse la mise au point, inégaux de taille, encore clairsemés et très inégalement répartis. Ces derniers représentent la coupe transversale de fibrilles, qui, cette fois, donnent M. réaction nette du précollagène, tandis que les corps cellulaires restent faiblement colorés en rouge. Elles sont encore mieux marquées: vers la périphérie, au niveau du limbe, bien visibles surtout là où la section a rencontré assez obliquement les lamelles 1. L'hématoxyline au fer, qui ici a peu coloré le chondriome incomplètement fixé, montre en gris brun foncé les mêmes points fuyants, sections de fibrilles incluses dans les lamelles gris pâle. La méthode de Bielechowsky-Levi, qui imprègne pourtant en noir des fibrilles assez épaisses dans la sclérotique et dans le tissu voisin, ne décèle encore qu'un commencement d'imprégnation argentique dans la cornée même, sauf en quelques points, au contact des cellules, et vers le niveau du limbe surtout.

En résumé, les deux systèmes de fibrilles primitives sont de plus en plus effacés, peu visibles sauf en certains points, au niveau de la membrane de Descemet. Les fibrilles secondes, moins serrées Mais plus grosses, absentes sauf à sa base dans le groupe superficiel de lamelles.inhabitées, fines encore, peu électives dans les lamelles moyennes, le sont de plus en plus dans la couche inférieure épaisse, ou elles augmentent un peu de calibre, certaines surtout, et ont nettement maintenant par le picro-noir de Curtis une réaction précollagène ou même pénécollagène, tandis que quelques-unes, au niveau du limbe surtout, montrent tendance à s'imprégner par la méthode de Bielchowsky 2

1. Immédiatement en avant de l'épithélium postérieur un petit amas serré de lamelles, origine de la membrame de Descemet, se colore en bleu foncé : c'est là que la réaction du précollagène est au maximum de netteté.

2. Véra de Ladijenski a reconnu comme nous que sur les premières « fibrilles du canevas... la teinture spécifique des fibrilles collagènes ne réussit pas », tandis qu'à 7 jours


320 E. LAGUESSE.— L'HISTOGENESE DES FIBRILLES DE LA CORNÉE

Sur l'embryon 51, du début du neuvième jour (exactement 8 jours et 30 minutes) fixé au liquide de Meves, ces phénomènes se sont accentués. Sur la coupe transversale de la cornée habitée les deux couches superficielle et profonde sont encore bien distinctes. Partout maintenant on aperçoit les points bleus, très irrégulièrement distribués dans l'épaisseur des lamelles, mais de plus en plus foncés. Dans celles de la couche profonde, c'est-à-dire dans la plus grande partie de l'épaisseur de la cornée, quoique très inégaux de taille, ils sont en général bien plus gros, plus serrés formant par places de petites rangées continues, et alternant avec des fibrilles plus minces vues en long, ce qui nous indique que, si à l'origine les deux systèmes de fibrilles primitives se trouvaient dans la même lamelle, il existe actuellement une alternance plus ou moins régulière de ces deux systèmes en passant d'une lamelle à l'autre, chacune de celles-ci tendant à héberger un seul de ces systèmes, bien qu'on trouve encore des fibrilles secondes ramifiées dans les deux sens. Cette transformation paraît s'opérer par dédoublement des lamelles. En effet on voit souvent celles-ci accolées par petits groupes de deux ou trois contenant chacun les fibrilles orientées dans la même direction, direction qui change souvent à angle droit en passant de l'un des plans au suivant.

Les coupes tangentielles ne nous montrent plus guère le réseau des fibrilles primitives que dans quelques lamelles les plus superficielles (y compris la basale primitive), et dans les plus profondes. Les cellules ont un aspect très analogue à celui qui les caractérisait au septième jour, mais leur taille a diminué, leur riche ramification est bien réduite, employée probablement à l'accroissement en épaisseur et en largeur des lamelles exoplasmiques. Les plus superficielles envoient encore dans la zone inhabitée des figures stellaires. De la plupart des cellules cornéennes partent toujours des fibrilles secondes ou définitives. Mais ces dernières s'imprègnent actuellement sur d'assez longs trajets par la méthode de Bielchowsky. Elles apparaissent alors, à un grossisement moyen, comme des

pleins et plus, elle affirme qu' "on peut colorer par la méthode de Van Gieson ainsi que par celle de Mallory non-seulement les nombreuses fibrilles nouvelles qui se forment près des cellules mésenchymateuses, mais aussi les fibrilles du canevas ». Elle ne semble donc pas admettre la transformation des deux espèces l'une dans l'autre, transformation qui nous paraît pourtant assez évidente.


DANS SES RAPPORTS AVEC LE ÇHONDRIOME. 321

traits brun foncé, noirs ou presque noirs par places. Mais, avec un bon objectif à immersion, les traits noirs continus deviennent relativement rares ou limités à de courts trajets. Au delà le trait se décompose en une série linéaire de petits points allongés sur fond simplement brun, points si voisins qu'ils paraissaient fusionnés à un moindre grossissement. Plus loin souvent, ou sur de plus fines fibres, ces points deviennent plus petits, s'espacent, et finissent par disparaître, ne laissant que le trait brun. Comme cette dernière disposition ne se rencontre guère que sur les fibrilles les plus fines, et comme les traits noirs continus caractérisent au contraire les plus grosses et par conséquent les plus avancées en développement, on est conduit à admettre que la collagénisation, à ce stade pénécollagène, ne débute que par une série de petits foyers qui seraient seuls imprégnés. Pourtant comme l'imprégnation incomplète se produit souvent sous la forme discontinue et par rangées de points chez l'adulte lui-même (après fixation, il est vrai, à l'alcool surtout), il convient ici dé faire les réserves les plus expresses.

Quoi qu'il en soit, cette réaction nous annonce évidemment le début de la collagénisation, et, d'autre part, elle nous permet enfin d'établir une limite nette entre le cytoplasme et la fibre. Là où, par les autres techniques un prolongement cellulaire nous semblait encore se continuer réellement avec la fibre, nous voyons en effet des images comme celles de la Figure VI, a. Le prolongement cytoplasmique, coloré en jaune brunâtre clair, vient se coucher dans la direction de l'un des systèmes de fibrilles définitives. La fibrille est accolée à sa surface, mais s'en distingue nettement par sa coloration très foncée, non seulement à sa base, mais aussi à son sommet, où elle eût paru par d'autres réactifs se continuer avec lui. Souvent même elle se divise, comme ici, en deux ou trois rameaux. Au contact du cytoplasme l'imprégnation est généralement plus complète, plus ou moins continue; elle s'égrène au delà en un fin pointillé vers les parties les plus jeunes de la fibrille. Ailleurs une fibrille plus fine commence seulement à s'imprégner au contact de la cellule, à la surface de laquelle on peut rencontrer deux ou trois traits d'imprégnation discontinus (h), ou un seul relégué d'un seul côté de l'élément (g), et révélant en ce point l'existence d'une traînée d'exoplasme fibrillogène. Les fibrilles primitives existent encore en certains points


322 E. LAGUESSE.— L'HISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNÉE

tout au moins, et il semble qu'un certain nombre d'entre elles continuent à se transformer en fibrilles secondes. Certaines cellules fusiformes (b) portent accolées à leur surface plusieurs longues.

fibrilles parallèles. D'autres anguleuses (k), ne touchent au contraire la fibrille que par une petite surface. Et dans tous ces exemples,

Fig. VI. — Embryon de 8 jours et une demi-heure. — (Liquide de Meves; imprégnation d'argent par la méthode de Bielcbowsky-Levi). — Rapports des cellules cornéennes et de leurs prolongements avec les fibrilles secondes pénécollagènes, qui en sont devenues bien distinctes; plus épaisses et mieux imprégnées au contact des cellules (même échelle que la planche).


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 323

mieux encore en n et en d, on remarquera que c'est aux points seulement où des fibrilles souvent venues de loin adhèrent à la cellule, où à ses principaux prolongements, que ces fibrilles sont épaisses et bien imprégnées, d'un trait continu ou presque continu. Le rôle de la cellule mésenchymateuse dans le processus de collagénisation en ressort, Croyons-nous, en toute évidence.

Dans les couches superficielles, les fibrilles secondes deviennent de plus en plus grêles (picro-noir); leur réseau est de moins en moins régulier, la disposition orthogonale s'altère et finit par disparaître presque complètement; les extrémités fibrillaires se perdent dans un réseau primitif plus superficiel, de nouveau plus régulier et encore bien visible dans les 2 ou 3 premières lamelles sous-épithéliales. Dans toute la région inhabitée les lamelles se serrent et tendent à se fusionner, pour former la membrane de Bowman.

Chez l'embryon du dixième jour et sur les coupes tangentielles, à mesure qu'on baisse la mise au point, la cornée, vue de face, apparaît (épithélium enlevé), formée d'abord par une mince membrane plissée montrant encore quelque peu les deux systèmes de fibrilles primitives très atténués : c'est la basale primitive. Plus profondément le tissu cornéen est constitué de systèmes lamellaires bientôt habités, et où les fibrilles secondes, d'abord rares et irrégulièrement disposées apparaissent de plus en plus nombreuses; finalement c'est un réseau orthogonal assez serré de ces fibrilles, colorées ici, vu un excès de safranine, en violet pourpré, plus franchement violettes au contact des cellules, qui sont à peine teintées de rouge pâle. Les fibrilles sont de plus en plus grosses, non tendues, un peu sinueuses. On remarque en outre (et cela existait déjà sur les embryons un peu plus jeunes), que les deux systèmes sont de moins en moins rectilignes. Les fibrilles en effet sont maintenant arquées, les unes divergeant légèrement en éventail, les autres les recoupant presque perpendiculairement par une série d'arcs

parallèles.

Sur les coupes transversales, il est facile de constater que les couches habitées superficielles sont criblées de petits points bleus, coupes d'autant de fibrilles, et que dans les couches les plus profondes (Fig. VII) ces points intralamellaires sont de plus en plus gros, plus serrés, et alternent plus ou moins avec un certain nombre de fibrilles


324 E. LAGUESSE.— L'HISTOGENESE DES FIBRILLES DE LA CORNÉE

violacées 1 vues en long, de sorte que, au faible grossissement, l'ensemble de ces couches attire maintenant l'attention par sa coloration bleue assez foncée.

Au dix-septième jour accompli (Fig. VIII) nous trouvons, contenues dans des lamelles à peu près incolores, des fibrilles de plus en plus grosses, qui prennent de mieux en mieux le noir naphtol Elles sont groupées par plans alternants, souvent jumelés, une lamelle à fibrilles coupées en travers accolée à une lamelle à fibrilles

coupées en long; souvent aussi deux lamelles voisines hébergent une double rangée de fibrilles coupées dans le même sens. Il est bien évident qu'en grossissant celles-ci sont devenues collagènes.

Nous avons vu, dans le précédent mémoire, comment au niveau de la membrane de Bowman, maintenant épaisse, formée par la fusion des restes des lamelles inhabitées, d'aspect à peu près homo1.

homo1. coupe transversale la portion du cylindre fibrillaire vu en bout étant assez considérable, la coloration paraît toujours plus foncée et plus élective que sur la mince fibre vue en long, d'où la couleur plus franchement bleue et plus foncée des points.

Fig. VII. — Embryon du dixième jour. (Bichromate-formol, safranine picro-noir). — Réseau de fines et courtes lamelles, très écartées en ce point, contenant des fibrilles secondes pénécollagènes coupées en travers, quelquesunes très obliquement, avec une cellule à la surface. (Echelle de la planche).

Fig. VIII. — Embryon du dix-septième jour. (Alcool; safranine picro-noir). — Alternance, de gauche à droite, de lamelles à fibrilles collagènes vues en long, d'une lamelle à fibrilles coupées transversalement et fuyantes, d'une cellule aplatie à la surface d'une lamelle à fibres en long, puis d'un complexus lamellaire à fibrilles coupées en travers. (Échelle de la planche).


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 325

gène et colorée en violet lilas, ces fibrilles s'amincissant y pénètrent et viennent s'y perdre, assurant une liaison et une continuité de tissu des plus évidentes entre cette membrane et le reste de la cornée. L'achèvement de l'évolution du tissu cornéen jusqu'à son organisation définitive chez l'adulte serait intéressante à suivre. Mais nous la laisserons de côté, notre tâche ici étant nettement limitée à l'étude du rôle du chondriome dans l'édification des fibrilles. Il nous suffit d'avoir suivi ces fibrilles jusqu'au moment où l'on ne peut plus douter de leur nature collagène.

Résumé et conclusions.— Or, cette question des rapports génétiques des fibrilles collagènes de la cornée avec le chondriome nous paraît maintenant tranchée. Nous venons de voir qu'apparaissent successivement dans la cornée deux sortes de fibrilles, les primitives dont une partie au moins semblent destinées à disparaître, les secondes ou définitives, plus épaisses et plus colorables d'emblée, dues à la transformation d'une partie des premières sous l'influence des cellules mésenchymateuses. Les lamelles dans lesquelles apparaissent les fibrilles primitives, déjà réparties en deux systèmes orthogonaux, sont d'origine mésostromale et dérivent de l'épithélium ectodermique; mais le chondriome de cet épithélium n'a pu se transformer en fibrilles, puisque ces dernières n'ont apparu dans les lamelles, d'abord homogènes, qu'après séparation de la couche de recouvrement par une mince membrane basale ou vitrée primaire. D'autre part, si une orientation temporaire des cellules a pu déterminer celle des fibrilles horizontales, si leurs chondriocontes sont allongés dans le même sens que ce système fibrillaire, ils croisent perpendiculairement l'autre dont la direction resterait absolument inexplicable par une transformation sur place de ces chondriocontes.

Le chondriome des cellules mésenchymateuses n'a pu jouer non plus aucun rôle dans l'apparition des fibrilles primitives, puisque ces cellules n'ont pénétré dans la cornée que plus d'un jour après cette apparition. Le double système de fibrilles primitives s'est révélé soudain et d'emblée dans les lamelles par un phénomène comparable à une sorte de cristallisation, à laquelle on pourrait, comme l'ont fait d'ailleurs plusieurs auteurs, Schmidt notamment (voir 14 ) donner le nom de cristallisation micellaire. Heringa et Lohr (44 ,

ARCH. DANAT. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 3, Novembre 1926. 21


326 E. LAGUESSE.— L'HISTOGENÈSE DES FIBRILLES DE LA CORNÉE

45) sont arrivés récemment à des conclusions analogues, en étudiant le tissu conjonctif par l'éclairage à fond noir et le diaphragme à

fente 1.

Ces fibrilles primitives, d'origine mésostromale ectodermique, indifférentes, paraissent toutefois peu susceptibles d'évolution ultérieure si aucun élément nouveau n'intervient, et ni elles ni les lamelles au sein desquelles elles s'édifient n'offrent des réactions précollagènes nettes. Il semble nécessaire que le contact des cellules mésenchymateuses envahissantes vienne leur apporter des aliments nouveaux, et surtout une potentialité nouvelle, pour qu'elles puissent devenir réellement précollagènes puis collagènes. Il semble nécessaire qu'elles soient annexées, et pour ainsi dire adoptées par le mésenchyme pour entrer dans la famille conjonctive, puisque c'est seulement après un contact intime et une fusion probable des deux exoplasmes qu'elles commencent à offrir les réactions caractéristiques. Le chondriome des cellules mésenchymateuses serait-il capable, à ce moment, de se transformer pour constituer les nouvelles fibrilles? Pas davantage, puisque dans les fins prolongements cytoplasmiques, d'ailleurs courts, qui s'accolent aux primitives, ce chondriome est absent, ou exceptionnellement réduit à quelques mitochondries punctiformes ou très courts bâtonnets isolés dans quelque petit renflement variqueux. Le chondriome ne peut donc ici jouer aucun rôle direct. Tout au plus peut-il à ce moment, ou plutôt un peu avant jouer seulement dans la cellule un rôle indirect d'éclectosome (Regaud) collecteur, ou élaborateur de substances nouvelles nécessaires à la collagénisation, ou de catalyseur.

Nous avons vu qu'ailleurs, dans le tissu conjonctif lâche ou les tendons, sa substance même peut être en certains cas utilisée, mais, au même titre seulement que celle de n'importe quel reste cytoplasmique, à titre d'aliment passif, en se détruisant, se désagrégeant, livrant peut être ses lipoïdes au cytoplasme. Mais ici, dans la cornée,

1. Si nous comprenons bien la pensée actuelle de Heringa et Lohr, pour eux la genèse des fibrilles collagènes est localisée dans un sol fibrillogène et s'y produit par agglutination de micelles. En certains points limités (tissu conjonctif intramusculaire), cellules lamelleuses et mince couche fibrillogène (notre précollagène) intimement adhérentes correspondraient à nos lamelles; mais partout ailleurs, particulièrement dans le cordon, la couche fibrillogène constituerait une sorte d'enveloppe nébuleuse plus épaisse aux cellules conjonctives. Les fibrilles qui en naîtraient seraient moins serrées et s'entrelaceraient.


DANS SES RAPPORTS AVEC LE CHONDRIOME. 327

ce rôle.devient encore plus douteux, et ne pourrait guère se manifester qu'au momentde l'apparition des fibrilles primitives, d'après les quelques observations que nous avons relatées en décrivant cette apparition, beaucoup moins lors de la formation des fibrilles secondes.

Nous croyons par conséquent pouvoir écarter définitivement l'hypothèse de Meves, à savoir que les fibrilles conjonctives seraient essentiellement des « chondriocontes fonctionnellement différenciés», qu'elles dériveraient directement des chondriocontes par une série de transformations chimiques, et par la soudure probable, bout à bout, de certains de ces bâtonnets disposés en files.

Lille, 15 mars 1926.

Index bibliographique.

Le même que pour le précédent mémoire sur la cornée (Archives d'Anat. microsc. 1926, p. 216) auquel il faut ajouter pourtant :

40. STUDNICKA — Die Cuticula und die Grenzschichte der tierischen Zellen. Zeitschrift

für Zellforschung und mikr. Anatomie. Bd. II, 1925, p. 408.

41. DEHORNE. — Les expansions pétaloïdes des leucocytes des Chétopodes. G. R. de

l'Acad. d. Sciences. T. CLXXX, 1925, p. 333. 42. FAURÉ-FREMIET. — Etat quiescent et état actif chez les amibocytes d'Arénicoles. C. R. Acad. d. Sciences. T. CLXXX, 1925, p. 396.

43. FAURE-FREMIET. — Pseudopodes lamellaires et figures myéliniques. C. R. de la

Soc. de Biol. T. XCIV, 1926, p. 31.

44. HERINGA AND LOHR. — On collagenous fibrils : their origin, structure and arrangement.

arrangement. Akademie von Wetenschappen te Amsterdam. — Proceedings. Vol. XXVIII, n° 5 (25 octobre 1924). 45, HERINGA EN LOHR. — Aard en oorsprong der Kollagene fibrillen. Nederl Tijdschrift voor Geneeskunde, 1925. —Tweede Heft, n° 18.

ADDENDUM. —

46. STUDNICKA. — Die Lateralen Rumpfmuskeln von Amphioxus. Anatomische Hefte.

Bd. LVIII, 1920, p. 352 et suivantes, a également critiqué les idées de MEVES en s'appuyant notamment sur la formation des fibrilles dans les réseaux mésostromatiques et en dehors des cellules.

47, Voir encore la communication de HERINGA dans les C. R. de l'Association des

Anatomistes. Liège, 1926.

Explication des figures de la planche VIII.

Toutes les figures ont été choisies sur des préparations de cornée d'embryon de Poulet fixés aux mélanges osmiés de Meves, de Benoit ou de Champy, et après coloration à l'hématoxyline au fer, sauf 4 et 5, empruntées à une cornée fixée à l'alcool et colorée par safranine base picro-noir naphtol de Curtis. Toutes ont été dessinées à la chambre claire Nachet, avec l'objectif


328 E. LAGUESSE.— L HISTOGENESE DES FIBRILLES DE LA CORNEE

apochromatique à immersion homogène 1, 5 de Zeiss, oculaire compensateur 6. — Voir l'échelle au bas de la Planche.

FIG. 1. — Embryon de 4 jours et 7 heures. — Coupe tangentielle un peu oblique des couches profondes de l'épithélium cornéen. — d, une cellule dans la région moyenne des noyaux; à sa gauche portions de plus en plus profondes des cellules qui s'allongent en de longues semelles ou soles, s, dont on voit les derniers lambeaux, l, l, laissés par le rasoir à la surface du premier voile lamellaire mésostromal anhiste. FIG. 2. — Embryon de 5 jours moins 1 heure. — Deux des premières cellules mésenchymateuses, g et h, en train de franchir la frontière de la cornée mésostromale reconnaissable à son double système orthogonal de fibrilles primitives à peine visibles. Elles s'y étalent en prolongements, palettes terminales et épines excessivement aplaties s'orientant parallèlement aux fibrilles. Le noyau de h est sur la coupe suivante. FIG. 3. — Même embryon. — Le réseau de fibrilles primitives en un point plus coloré où l'on a pu dessiner celles-ci une à une à la chambre claire. FIG. 4 et 5. — Embryon de 6 jours et 2 heures. — Les figures stellaires de la partie profonde de la zone inhabitée par les cellules, et les fibrilles secondes qui en partent. FIG. 6 et 7. — Embryon de 6 jours et 1 heure. — a, b, c, trois cellules mésenchymateuses étalées sur une. lamelle cornéenne mésostromale après l'invasion; réseau de fibrilles secondes partant de leurs prolongements et se détachant sur le fond à peine teinté de la lamelle. FIG. 8. — Embryon de 6 jours et 10 heures. — Grande cellule des lamelles profondes, à chondriome très rare dans les longs prolongements aplatis. FIG. 9 et 10. — Embryon de 6 jours et 1 h. 20. (Liquide de Champy). Deux grandes cellules allongées des lamelles profondes avec nombreuses palettes terminales ou collatérales presque dépourvues de chondriome, en connexion avec des fibrilles secondes. La première (fig. 9) largement anastomosée avec une cellule voisine moins longue, qui croise sa direction. FIG. 11. — Même embryon. — Groupe de trois cellules aplaties étoilées des lamelles moyennes, hérissées de prolongements et de minces palettes. FIG. 12. — Même embryon. — Une cellule superficielle envoyant dans la zone inhabitée un long prolongement oblique qui supporte toute une constellation de figures stellaires ou très petites palettes. FIG. 13. — Même embryon. — Autre constellation de figures stellaires d'où partent des fibrilles secondes en voie de formation aux dépens des primitives. Sauf dans le renflement k, pas de chondriome, sinon en l et j quelques mitochondries pâlies en voie de disparition.



Archives d'Anatomie Microscopique

TOME XXII. — PLANCHE VIII

(E. Laguesse)

MASSON ET EDITEURS



HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES

NOYAUX GÉANTS, NOYAUX INFORMES, AMAS

DE NOYAUX

par A. GUIEYSSE-PELLISSIER

D'une façon générale, dans un même tissu, un épithélium, par exemple, les éléments sont approximativement dé même taille et les noyaux, uniques dans chaque cellule, sont semblables les uns aux autres. Cependant, si l'on pousse un peu plus loin l'observation, on peut voir assez souvent ces noyaux doubles que Pacaut a appelé des noyaux géminés et qui existent dans la peau, le foie, etc , Il y a déjà là une disposition qui n'est pas régulière.

A côté de ces simples noyaux géminés, on peut rencontrer des noyaux qui s'écartent largement de la normale et qui deviennent de véritables monstruosités. Ces faits sont connus et Prenant, dans son étude sur les cellules géantes, s'exprime ainsi : « Parmi les cellules d'un tissu, il y en a qui atteignent fréquemment des dimensions considérables et qui par conséquent, pourraient être regardées comme des formes monstrueuses par rapport aux autres. Ces cellules plus grandes et parfois gigantesques sont en général pourvues de noyaux plus volumineux ou. sont multinucléées.... Il convient de citer ici les grandes cellules observées par Meves dans le nodule sésamoïde du tendon d'Achille de la Grenouille, certaines cellules trouvées par Garnier (cellules que nous étudierons) dans la glande parotide des Rats pilocarpinisés et par d'autres auteurs dans d'autres glandes, les cellules épithéliales de la membrane de Descemet (von Evetzky, Schottländer, Nuel et Cornil, Ballowitz, Zawarzin), les cellules épithéliales de la vessie (Dogiel), certaines grandes cellules multinucléées de l'épithélium péricardique (Tonkoff), des cellules de l'épithélium de la vessie natatoire


330 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLEAIRE

(Dieneka), certains éléments de l'épithélium rétinien (Kotschetow), les spermatocytes, spermatides et spermatozoïdes géants signalés et décrits surtout par Browman, Hoefer, etc.... Ces très grandes cellules sont tantôt accidentelles et sporadiques, tantôt constantes et très répandues dans un tissu donné, et l'on peut dire, dans ce dernier cas, que leur présence est liée à l'évolution normale du tissu. Il y a entre ces éléments si divers des traits de ressemblance, la grande taille ou la multiplicité des noyaux, la pluralité des centrioles isolés ou réunis en groupe. Ces traits communs font supposer que ce sont les mêmes causes ou des causes analogues qui, dans les divers tissus, ont amené certains éléments à l'état de cellules gigantesques, et, pourrait-on dire, à la condition de véritables cellules géantes. »

On voit donc par la liste que donne Prenant que les faits que nous nous proposons d'étudier sont loin d'être rares. J'ajouterai à cette liste les extraordinaires empilements de noyaux et les noyaux monstrueux que des Gilleuls a observé dans la corne utérine de Lapine après ses très intéressantes expériences de coït non fécondant.

Ces faits sont bien connus également dans les cancers où nous les étudierons pour montrer que ces formes monstrueuses ne sont ici que l'exagération d'évolutions aberrantes se rencontrant dans les cellules normales.

Ces éléments ne sont pas du tout les mêmes que les cellules géantes polynucléées qui peuvent contenir des centaines de noyaux; en dehors du domaine pathologique, ce genre de cellule géante est représenté par les ostéoclastes de la moelle des os. L'évolution de ces éléments n'est pas encore parfaitement élucidée, il est probable qu'elles se forment de diverses manières par multiplication nucléaire ou par fusion d'éléments. Ce que nous pouvons dire, c'est que dans les cellules géantes formées au contact des corps étrangers, que nous avons étudiées autrefois, nous n'avons jamais vu de noyaux géants ou informes ou des amas de noyaux empilés les uns sur les autres; nous restons persuadé que la plupart de ces noyaux ont été formés par ce procédé de greffe que nous avons appelé la caryoanabiose.

Il ne s'agit pas non plus de ce qu'Arnold a appelé la fragmen-


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 331

tation indirecte, par laquelle la chromatine se répand dans la cellule. Denys et Demarbaix ont ramené ces phénomènes à des altérations post-mortem,

Dans ce travail, nous n'avons en vue que des éléments simples qui, dans la règle normale, ne comportent qu'un seul noyau.

Si, comme nous le disions, d'assez nombreux auteurs ont signalé, dans divers organes, des noyaux géants et des noyaux informes, leur étude méthodique ne paraît pas avoir été faite d'une façon, générale. Il n'y a guère que les mégacaryocytes de la moelle des os et de la rate de certains animaux qui aient été étudiés spécialement. Ces éléments paraissent rentrer dans le cadre de nos recherches et nous pensons que ce sont des leucocytes hypertrophiés, mais nous ne ferons pas ici cette étude, car les faits paraissent beaucoup plus complexes et il y a des phénomènes de phagocytose qui viennent se surajouter et qui nous paraissent devoir augmenter la masse nucléaire. Nous avons indiqué Ces phénomènes autrefois dans une note sur les mégacaryocytes de la rate de la Souris blanche.

Ce que nous voulons montrer ici, dans les faits que nous allons étudier, c'est que trois formes de noyaux sortant de la normale, les noyaux géants, les noyaux informes et les amas de noyaux paraissent plus ou moins reliés les uns aux autres et évoluent ensemble; ils sont le résultat d'hypertrophies nucléaires et ne paraissent pas, en général, entraîner la division de la cellule. On rencontre ces formes dans les organes et les tissus les plus divers et chez les animaux les plus variés; il semble donc qu'il y ait là des lois d'évolution qui ne sont certainement pas inconnues, mais qui ne semblent pas avoir été nettement élucidées.

J'ai essayé d'entreprendre cette étude et de dégager les rapports qui existent entre ces diverses formes. C'est là une étude assez ardue, car il n'y a pas, comme nous le verrons plus loin, évolution régulière allant, par exemple, nettement, du noyau géant ou informe à l'amas de noyaux. Dans quelques cas, cette filiation est évidente (cellules intestinales de Scyllium calulus) et l'on voit les phénomènes se succéder les uns après les autres; il y a là un mode de division nucléaire qui est voisin de l'amitose et qui fournit en une seule fois un grand nombre de noyaux. Mais le plus souvent, les phénomènes chevauchent les uns sur les autres, et si l'on voit


382 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES.

généralement des amas de noyaux, voisins de noyaux géants ou informes, il est difficile de raccorder ces aspects entre eux; très souvent le noyau informe paraît être en dégénérescence, et des noyaux en amas ne semblent pas avoir été précédés de noyaux géants ou informes.

Je n'ai nullement cherché les faits que je vais décrire, je les ai rencontrés au cours de mes travaux et c'est ainsi que j'ai pu réunir un ensemble qui embrasse les objets les plus divers. Les noyaux que nous allons étudier ont donc été pour la plupart déjà décrits avec les éléments dont ils font partie et comme plusieurs de ces travaux ont déjà paru dans les Archives d' Anatomie microscopique. le lecteur ne devra pas s'étonner s'il retrouve les mêmes descriptions avec les mêmes figures; je les ai reprises plusieurs fois intégralement ne pouvant renvoyer chaque fois à un travail précédent.

J'ai déjà étudié ces noyaux, effectivement, mais sans en tirer de conséquences, dans les cellules intestinales de la Roussette(Scyllium catulus Cuv.), dans les cellules des caecums entériques de certains Isopodes marins, dans la glande lacrymale sus-parotidienne du Rat blanc, dans les poumons; ce sont là des travaux qui ont déjà paru. J'y ajouterai l'étude de ceux des cornes utérines du Chien et du Cobaye en gestation, enfin divers cancers tant épithéliaux que mésenchymateux.

Ces phénomènes, ainsi que nous l'exposerons plus loin, paraissent liés à un certain désordre évolutif; en général, ils semblent, qu'on nous passe l'expression ne pouvant en trouver une qui fasse plus image, anarchiques ; cependant, dans quelques cas, ils paraissent normaux et lorsque la cellule vieillit, elle possède régulièrement des noyaux multiples; au contraire, dans l'utérus en gestation et surtout dans les cancers, on sent qu'on a affaire à des évolutions déréglées et c'est alors, dans ces cas, que nous pouvons les considérer comme anarchiques.

Nous diviserons donc cette étude en trois chapitres. Dans le premier, nous étudierons des éléments où ces évolutions sont constantes et intéressent toutes les cellules; il s'agit donc alors d'un phénomène tout à fait normal; nous le trouvons dans les cellules intestinales de la Roussette et les caecums entériques d'Anilocra frontalis; les évolutions ne sont pas identiquement les


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mêmes; dans le premier cas, ce sont les noyaux qui paraissent s'hypertrophier plus que la cellule qui les contient; dans le second cas, la cellule entière se développe d'une façon considérable et le noyau, subissant des poussées de la part du protoplasma est sectionné sans que l'on sente une réelle activité de sa part. Mais dans ces deux groupes d'éléments, toutes les cellules subissent la même évolution. L'hypertrophie est constante

Dans le second chapitre, nous étudierons la glande de Loewenthal du Rat blanc, et les noyaux monstrueux du poumon; là les phénomènes ne sont pas généraux, ils ne sont réservés quà quelques éléments, mais cependant ils paraissent réguliers.

Dans le troisième chapitre, nous étudierons des cas où ces phénomènes d'hypertrophie sont nettement liés à une déviation de l'évolution normale des cellules. Nous les trouvons dans les cellules des cornes utérines en gestation et dans la formation du syncytium placentaire, mais surtout dans les cancers où l'évolution des éléments atteint le plus haut degré d'anarchie.

CHAPITRE I HYPERTROPHIES CONSTANTES

ÉPITHÉLIUM INTESTINAL DE ROUSSETTE.

J'ai étudié et décrit autrefois, en 1913, les cellules épithéliales intestinales chez la Roussette (Scyllium catulus Cuv.) et j'avaisfait la description des noyaux; à cette époque, mon attention n'avait pas encore été attirée sur la généralité de ces phénomènes et j'avais considéré ce cas comme un cas unique. Depuis j'ai pu rapprocher l'évolution de ces noyaux de ce que j'ai vu par ailleurs et je pense que, dans ce cas, nous sommes en présence du plus beau noyau informe évoluant en petits noyaux qu'on puisse rencontrer. On peut suivre là, dans le temps et dans l'espace, l'évolution absolument complète d'un noyau qui augmente de volume d'une façon exagérée, devient de ce fait informe ou monstrueux et aboutit normalement à une foule de petites masses nucléaires, ce qui d'ailleurs n'entraîne pas la division de la cellule.


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Il s'agit ici d'une évolution normale qui n'intéresse que les cellules à plateau strié, car, ainsi que nous le verrons plus loin, les noyaux des cellules caliciformes restent absolument réguliers de forme.

Depuis mon étude, Ladreyt (1919) a décrit ces formes extraordinaires des noyaux de l'épithélium intestinal de la Roussette. Il a vu, ainsi que nous l'étudierons plus loin, ces noyaux présenter des encoches latérales ou des sillons médians : « Certains semblent repliés sur eux-mêmes ou comme tordus suivant leur grand axe, d'autres paraissent constitués par des amas nucléaires plus ou moins volumineux. » Il signale également qu'au sommet de la villosité, « il n'est pas rare de rencontrer des cellules où l'appareil nucléaire est représenté par 10, 15, 20 noyaux résultant des divisions multiples d'un noyau primitif ».

Ladreyt a vu des faits analogues pour les cellules hépato-pancréatiques de Maia Squinado; j'ai étudié autrefois ces animaux, mais je n'ai pas vu d'éléments polynucléés, ni de noyaux monstrueux. En tout cas, ceux qu'il a vus seraient plutôt à rapprocher, me semblet-il, des noyaux des Isopodes que nous étudierons plus loin. Il est parti de ses observations pour faire une théorie générale des cellules géantes. Mais ici, je me sépare nettement de lui; il n'y a pas une cellule géante, il y a des cellules géantes et, ainsi que je l'ai dit plus haut, l'évolution de la cellule tuberculeuse ou de la cellule de corps étranger ne peut être comparée aux évolutions des noyaux géants et informes 1.

Ainsi que je l'ai dit plus haut, je reprendrai ici, intégralement, la description des noyaux des cellules intestinales de la Roussette, telle que je l'ai donnée dans mon mémoire de 1913.

1. Ladreyt me paraît n'avoir eu qu'une connaissance assez incomplète de mes travaux sur toute ces questions, sauf en ce qui concerne mon travail sur la caryoanabiose et la greffe nucléaire, puisqu'il me cite au début de son article à propos de la définition de la cellule géante; mais, à la fin de son mémoire, il parle de la greffe nucléaire des leucocytes dans les cellules épithéliales de l'intestin, fait pouvant amener un rajeunissement de la cellule, hypothèse que je présente, page 49, sans me citer. De même, il paraît ignorer complètement mes travaux sur l'épithélium intestinal de la Roussette, ainsi que ceux sur les organes digestifs des Crustacés. Je n'ai pas la prétention de penser que mes travaux sont universellement connus, mais comme ils ont eu l'honneur de paraître dans les Archives d'Anatomie microscopique du Prof. Henneguy ils n'ont pas passé inaperçus. Quoi qu'il en soit, je suis heureux de voir qu'il emploie l'expression de coecum entérique pour désigner les caecums de l'hépato-pancréas des Crustacés, expression que j'ai créée en 1909, et ainsi je suis d'accord avec lui pour voir dans ces organes des diverticules intestinaux.


A, GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 335

Ces cellules sont de beaux éléments très allongés. Sur de petits animaux de 15 à 20 centimètres, elles mesurent de 40 à 50 J.; leur longueur augmente ensuite avec la taille de l'animal et sur des animaux de 80 centimètres par exemple, les cellules peuvent atteindre jusqu'à 90 y. Elles sont le plus souvent très minces et très tassées les unes sur les autres, ce qui rend leur étude assez difficile; effectivement, lorsque le plan du rasoir n'est pas rigoureusement parallèle à leur axe et que les cellules sont coupées en travers, les figures que l'on obtient sont incompréhensibles, ou voit alors une foule de petits noyaux circulaires, plus ou moins voisins les uns des autres et qui sont la coupe des noyaux allongés.

Il est nécessaire, pour avoir l'évolution complète, de les étudier chez des animaux de taille de plus en plus grande, car l'évolution complète, ne s'effectue que chez les animaux de grande taille, et chez ces animaux les premiers stades sont difficiles à voir.

Chez des animaux, mesurant de 15 à 25 centimètres, la forme générale des noyaux est celle d'un bâtonnet plus ou moins gros; leur longueur est d'environ 25 à 30 u, leur largeur mesure 5 à 6 JJ. (Fig. I, A, B, C, noyaux non transformés). Leur structure ne présente rien de particulier; on y voit un réseau de chromatine plus ou moins serré, à mailles plus ou moins épaisses et contenant souvent un ou deux nucléoles ; quelques noyaux se colorent très vivement, et, après la coloration à l'hématoxyline au fer, sont presque noirs.

Parmi ces noyaux réguliers, on en voit beaucoup qui présentent des formes assez étranges; ils semblent pliés sur eux-mêmes comme s'ils s'étaient allongés démesurément, puis coudés complètement (F). Cet aspect que nous retrouverons très fréquemment chez des Roussettes de 45 centimètres de longueur, se voit déjà ici assez souvent, chez ces Roussettes, comme nous allons l'étudier dans un moment (Fig. II, C et D), on a vraiment l'impression d'une coudure déterminée par un mouvement du noyau; il est peu probable que ces formes se produisent ainsi, et c'est sans doute par l'allongement des fentes qu'elles prennent naissance; cependant certaines dispositions très étranges que l'on rencontre chez de grands animaux {enroulement en spirale, par exemple, des deux parties coudées, Fig. II, A) me semblent difficilement explicables sans mouvements' actifs du noyau. Dans le cas de la division en long, le processus est


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plus simple et peut être suivi facilement chez les petites Roussettes. Il résulte de l'enfoncement d'une fente qui divise le noyau en deux suivant sa longueur; on peut s'en rendre compte sur des noyaux où cette fente n'est que peu prononcée, en E (Fig. I), par exemple. D'autres noyaux présentent des enfoncements latéraux, le noyau apparaît donc plus ou moins lobé. Le noyau G, par exemple montre à la partie inférieure un petit enfoncement qui divise à moitié sa

largeur; à la partie supérieure, la division semble complète, et une masse nucléaire séparée est accolée à la masse principale.

L'enfoncement, au lieu de se faire à une extrémitié et de fendre le noyau en deux suivant sa longueur, peut se faire le long de la paroi sans atteindre les extrémités; on peut comparer un tel noyau à un gros pain fendu (D). Si, sur un noyau semblable, il se fait une fente latérale, nous aurons alors, comme en H, un noyau qui semblera replié sur lui-même par ses deux extrémités.

Si nous examinons maintenant des Roussettes de plus en plus grandes, nous trouverons toutes ces formes exagérées et les noyaux, tout en restant allongés, présenter des formes de plus en plus étranges.

Fig. I. — Noyaux de cellules épithéliales intestinales d'une Roussette de 15 centimètres.


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 337

Chez une Roussette de 45 centimètres, la quantité de ces noyaux est maintenant considérable; il n'y a guère que dans le fond des sillons intervilleux que l'on en voit dont la forme soit assez régulière. A mesure que l'on s'élève le long de la villosité, il n'y a plus, pour ainsi dire, un seul noyau de forme normale et leur aspect défie toute description. La figure que l'on voit le plus souvent est celle représentée

représentée B (Fig. II); le noyau semble avoir été écrasé sur lui-même, il montre plusieurs enfoncements latéraux; mais si cette forme est peut-être la plus fréquente, le noyau plus ou moins replié sur luimême est loin d'être rare. Les figures C, D, F, G montrent ces plicatures; comme on le voit, les branches peuvent être égales ou inégales; en A, nous avons l'aspect le plus étrange qui soit de deux branches enroulées en spirale l'une autour de l'autre. Ce sont ces formes qui peuvent faire penser qu'il y a un mouvement autrement actif de la part du noyau qu'une simple scission; en F et en G, on a peine à croire que le noyau ne se soit pas courbé sur lui-même; les figures que nous avons étudiées, chez les jeunes Roussettes,, nous

Fig, II.—Noyaux de cellules épithéliales intestinales d'une Roussette de 45 centimètres.


338 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES.

font penser que la plupart des coudures qui plient le noyau en deux (en D, par exemple) n'ont été obtenues que par des enfoncements, mais devant des formes recourbées comme en F et en G, nous sommes réellement amené à supposer un mouvement actif du noyau, et en A, ce mouvement nous semble absolument nécessaire pour que

les deux branches aient pu ainsi arriver à s'enrouler en hélice l'une autour de l'autre.

En fait, ces noyaux sont trop volumineux pour la cellule qui les contient. Ces éléments sont allongés, minces et excessivement tassés les uns sur les autres ; les noyaux ne pouvant se développer dans tous les sens, s'allongent suivant l'axe de la cellule et sont obligés de se pelotonner sur eux-mêmes pour y rester contenus; c'est ainsi qu'ils prennent ces dispositions extraordinaires.

Parmi tous ces noyaux de forme aberrante, on en trouve un grand nombre qui sont tout à fait réguliers, ovoïdes, allongés, de taille normale (Fig. III). Ces noyaux n'appartiennent pas aux cellules absorbantes ciliées; ce sont les noyaux des cellules caliciformes. En comparant leur taille à celle des noyaux des cellules ciliées, on peut bien se rendre compte de la dimension exagérée de ces derniers.

Il y a également un grand nombre de leucoyctes, surtout les lymphocytes qui

circulent entre les cellules et souvent les pénètrent; ces éléments ne présentent rien de spécial.

Dans toutes ces formes, les noyaux sont encore entiers, ils ont beau être repliés de toutes les manières, c'est toujours un seul noyau que nous avons dans la cellule. Sauf de rares exceptions, il en est toujours ainsi chez les petites Roussettes; mais, chez des Roussettes

Fig. III. — Même animal que Fig. II. Un noyau régulier de (cellule muqueuse entre deux noyaux informes de cellules épithéliales à brosse.


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de 45 centimètres, on en trouve déjà beaucoup qui sont très fragmentés. Ils sont alors composés d'un certain nombre de masses placées les unes sur les autres. Ces masses tendent à la sphéricité et l'on voit que les plus petites forment des boules assez précises. Elles ne sont pas encore très nombreuses, et, sur les noyaux que j'ai représentés en E et en H, il n'y en a guère que 7 ou 8. Chaque

masse est plutôt claire et ne renferme que quelques grains de chromatine.

Nous arrivons donc maintenant chez ces Roussettes, à un degré plus avancé d'évolution; les scissures que nous avions vu se produire et qui aboutissaient à lober profondément les noyaux n'allaient pas encore jusqu'à la fragmentation; dans beaucoup de noyaux, maintenant, nous voyons qu'elles aboutissent à des divisions complètes; le noyau cesse d'être unique.

Roussettes de 70 à 80 centimètres. Les deux processus de lobulation et de fragmentation se poursuivent maintenant en grand; il n'y a.plus de noyaux ordinaires; même dans les sillons intervilleux, beaucoup de noyaux sont profondément lobés, nous y rencontrons

Fig. IV. — Noyaux de cellules épithéliales intestinales d'une Roussette

de 80 centimètres.


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A. GUIEYSSE-PELLISSIER.

HYPERTROPHIES NUCLEAIRES.

le noyau plié sur lui-même, le noyau affaissé, le noyau complètement plié en deux (Fig. IV, A, B, C, D). Sur les flancs des villosités, les déformations sont plus accentuées, et la plupart des noyaux présentent même des parties complètement détachées sous forme de petites boules. Quant aux noyaux complètement fragmentés en petites masses, ce sont maintenant, tout le long des villosités, les plus nombreux. Les masses, très abondantes, sont moins serrées les unes sur les autres que précédemment, l'aspect général de ces noyaux est celui d'une grappe de raisin dont les grains seraient un peu irréguliers et différents de taille (Fig. IV, E, F, G, H). Presque toujours on peut distinguer une masse plus grande que les autres, c'est évidemment

évidemment le noyau primitif qui a donné naissance à toutes les masses plus petites.

Tous ces noyaux allongés ou fragmentés sont toujours dirigés suivant le grand axe des cellules; celles-ci, comme je l'ai déjà dit, sont le plus souvent fort minces, mais j'ai pu cependant observer des exceptions assez curieuses. Au sommet des villosités, chez une Roussette de 80 centimètres, les cellules étaient passablement larges; les noyaux étaient aussi transformés là qu'ailleurs, ils présentaient des plicatures, de profondes incisures, des fragmentations en petits morceaux, mais sans aucune direction. Le noyau avait pris alors l'aspect d'une masse informe aussi longue que large (Fig. V).

Roussette de 1 mètre. Chez cet animal (Fig. VI) le nombre des cellules caliciformes a augmenté d'une façon prodigieuse; elles sont si nombreuses sur les parties hautes des villosités, que, principalement au sommet, il y en a au moins autant que de cellules à brosse. Ces dernières, placées entre les cellules caliciformes, par groupe de trois ou quatre le long de la villosité, montrent dans leur partie supérieure des limites assez nettes; on V voit bien la

Fig. V. — Même animal que Fig. IV, noyaux au sommet des villosités.


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLEAIRES. 341

coupe des cadres cellulaires sous la forme de points précis et partant de ces points, des lignes limitantes; mais bientôt ces lignes se perdent et les cellules semblent se fusionner; l'étude des noyaux va nous montrer que cette fusion n'est pas illusoire, mais qu'elle est bien réelle.

Dans ces régions, les noyaux sont réduits à des amas de vésicules

fort nombreuses plus ou moins rapprochées les unes des autres. Si nous nous reportons aux noyaux fragmentés de la Roussette de 80 centimètres et que nous en dispersions tous les fragments, nous aurons les noyaux de la Roussette de 1 mètre. La dispersion est telle que des fragments appartenant à des cellules voisines sont

ARCH. D'ANAT. MICROSC. — T. XXII, Fasc. 3, Novembre 1020. 22

Fig. VI. Roussette de 1 mètre. — Cellules voisines du sommet de la vil osité;


342 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLEAIRES.

aussi rapprochés que ceux d'une même cellule; mais il y a plus, certains d'entre eux sont réunis par un long filament et, ce qui me fait dire que le fusionnement des cellules est bien réel, c'est que l'on voit de ces fragments ainsi réunis qui occupent la place de deux cellules et peut-être même plus; on peut s'en rendre compte en examinant les cadres cellulaires et en prolongeant par la pensée la ligne de séparation des cellules (Fig. VI).

Les petits fragments nucléaires sont sphériques, il y en a qui ne mesurent que 4 u. de diamètre, d'autres atteignent 7 à 8 p.. Des fragments sont assez allongés, leur largeur n'est pas plus grande que le diamètre des fragments moyens, mais leur longueur est deux à trois fois plus grande. En avançant le long de la villosité vers le sommet, on observe que les noyaux allongés disparaissent et que l'on n'a plus affaire qu'à des fragments sphériques; ceux-ci diminuent encore de taille et, tout à fait au sommet de la villosité, leur dimension n'excède pas 4 u. Leur nombre est alors considérable et peut atteindre 25 à 30. Ces fragments de noyaux sont clairs et très pauvres en chromatine, il n'y en a que quelques grains.

En examinant, chez cet animal, les villosités depuis la base jusqu'au sommet, on peut faire une rapide récapitulation de toutes les formes que nous venons de décrire. En effet, dans le fond des sillons intervilleux, les noyaux sont entiers et souvent, réguliers de forme; à la base des villosités et, à mesure que l'on s'avance le long de la hauteur, on les voit se fragmenter. Toutefois cette fragmentation se fait trop rapidement pour qu'il soit aisé de comprendre la signification des formes que l'on observe au sommet de la villosité et, comme je l'ai déjà dit, si l'on débutait dans l'étude des cellules intestinales de la Roussette par l'examen de coupes faites sur un vieil animal, on pourrait être très embarrassé pour savoir à quelle sorte d'éléments on a affaire. Ce n'est qu'en prenant des animaux petits, puis de plus en plus développés, que l'on peut bien se rendre compte de cette évolution, ainsi que nous l'avons fait.

Nous voyons donc que, chez la Roussette, les noyaux subissent une évolution qui va d'autant plus loin que l'animal est plus âgé. Par cette évolution, les noyaux, au sommet de la villosité chez les animaux jeunes, un peu au-dessus de la base et jusqu'au sommet.


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chez les animaux âgés prennent les formes les plus étranges-; ils tendent ensuite à se diviser en nombreux fragments. Chez des animaux de faible longueur, cette fragmentation ne s'effectue pas, et les noyaux restent le plus souvent entiers; mais chez de grands animaux la dislocation est complète et, sur le sommet des villosités, les noyaux ne sont plus représentés que par des amas de vésicules.

CAECUMS ENTÉRIQUES DES ANILOCRES.

Les Isopodes, aussi bien terrestres que marins, sont tout à fait remarquables par la grande dimension des éléments de leur appareil digestif. Ces éléments ont été étudiés par de nombreux auteurs, Conklin, Van Bambeke, vom Rath, Maziarski, Prenant, etc. Moi-même, j'ai étudié autrefois des Isopodes marins et terrestres, libres ou parasites. Les plus intéressants, au point de vue qui nous occupe, sont les Anilocres et les Cymothoées, qui vivent en parasites sur certains poissons de la Méditerranée.

C'est dans les caecums entériques de l'Anilocra frontalis Edw. que j'ai rencontré les noyaux les plus énormes que j'ai jamais vus et qui sont certainement, si l'on excepte les noyaux des oeufs, les plus grands noyaux qui existent. Pour en donner une idée, je dirai qu'il n'est pas rare de voir des noyaux qui, observés avec un objectif à immersion, dépassent des deux côtés les limites du champ du microscope.

Je reprendrai donc la description de ces éléments, mais en me plaçant au point de vue qui nous intéresse.

Si nous examinons l'extrémité d'un caecum, nous trouvons d'abord une zone germinative où les éléments de moyenne dimension sont disposés en une rangée simple; les noyaux sont très serrés, ils sont ovales, réguliers et mesurent de 7 à 12 p. sur 7 à 8 JJ. de largeur. Le protoplasma est homogène, il n'y a pas encore de plateau strié. Les noyaux sont plutôt clairs, ils renferment tous un gros grain central safranophile et de petites granulations. Parmi eux il y en a un certain nombre en karyokinèse.

Dès que l'on quitte cette zone pour entrer dans la partie plus large du caecum, les cellules changent de caractères. Déjà, à la


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limite, elles ont augmenté de taille et leur hauteur atteint rapidement 50 y., mais les noyaux sont semblables et le protoplasma est encore clair et homogène. Quatre ou cinq cellules plus loin, la taille a doublé et atteint 100 p.; les noyaux grandissent aussi et mesurent 30 JJL dans leur grand diamètre. A partir de cet endroit, les cellules se modifient complètement; le protoplasma se colore d'une façon plus vigoureuse, il montre des stries dans la partie basale, la partie apicale est nettement granuleuse; cette dernière est parfois très sombre, d'autres fois claire et comme vidée. Le plateau strié apparaît; d'abord mince, il atteint bientôt sa taille normale. Les noyaux sont aussi beaucoup plus volumineux et plus sombres, le gros grain safranophile a beaucoup augmenté de volume et les autres grains sont maintenant assez gros. La graisse apparaît bientôt sous la forme d'énormes boules colorées en noir par l'acide osmique

Peu à peu, les cellules grandissent de plus en plus; les noyaux qui étaient restés longtemps ovales et de forme régulière se lobent, se divisent, et, vers la moitié de la longueur du caecum, on peut voir ces grandes masses protoplasmiques contenant des noyaux énormes et lobulés qui caractérisent d'une façon si curieuse les caecums entériques de ces animaux.

Sur une coupe faite à ce niveau, on observe donc une série d'éléments de taille immense disposés sur un seul rang. La ligne circulaire externe est fortement ondulée et au fond de chaque ondulation, on voit la coupe d'une fibre musculaire. Dans la lumière, les ondulations sont énormes, accentuées encore par de brusques incisures qui semblent délimiter les éléments mais qui, comme nous allons le voir, n'ont aucun rapport avec les limites cellulaires. De la basale au sommet de ces bosselures, la hauteur de la cellule atteint 150 à 200 u.

Limiter ces grands éléments est chose impossible; si l'on se guide sur les profondes incisures qui séparent les élevures, on constate qu'elles ne correspondent nullement aux noyaux (Fig. VU) et que, prolongées, elles les couperaient souvent. De temps en temps, on peut voir une ligne divisant des champs cellulaires, mais cette ligne ne correspond ni aux incisures, ni au nombre des noyaux. A vrai dire nous avons affaire à de vastes plages protoplasmiques renfermant un nombre de noyaux indéterminé, non à des cellules


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Nous n'insisterons pas sur les détails du protoplasma; cette étude nous entraînerait trop loin et nous ferait sortir de notre sujet; nous aborderons immédiatement l'étude des noyaux.

Ainsi que je l'ai dit, ils sont immenses et n'ont aucune forme déterminée; quelques-uns sont sphériques et de moyenne taille, mais le plus grand nombre ne présente aucune.forme définie; le plus souvent ils sont lobés, et les lobes peuvent être réunis par des pédoncules étroits (Fig. VII); ils sont généralement doubles, mais ils peuvent être triples. Ils sont contournés de toutes les manières

et présentent parfois de brusques prolongements. On en voit assez souvent qui sont pliés en bissac, composés de deux parties renflées placées côte à côte et réunies au sommet par un pont étroit. Parfois les deux parties font suite l'une à l'autre sans rétrécissement, le noyau est en fer à cheval (Fig. VIII).

Ces noyaux ne paraissent pas posséder de membrane propre, ce fait se voit d'autant plus facilement que ces grands éléments sont assez difficiles à bien fixer et qu'il arrive parfois que le noyau se contracte légèrement et se sépare du protoplasma; il devient alors tout à fait évident que le noyau ne possède pas de membrane vraie; seulement le protoplasma tassé tout autour forme une ligne précise.

La substance du noyau est formée de fines granulations de chromatine plus ou moins denses et serrées; on observe des noyaux

Fig. VIT. — Cellule des tubes entériques (d'Anilocra frontalis.


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sombres et des noyaux plus clairs. Au milieu de ces fines granulations, on en voit de beaucoup plus grosses dont les unes se colorent par les couleurs basiques et les autres par les couleurs acides. Ces dernières sont toujours très grosses, on n'en voit pas au-dessous de 10 a. Ces nucléoles vrais sont parfois extrêmement abondants. Les grosses granulations sont le plus souvent sphériques, mais il arrive souvent, dans les noyaux allongés et encore plus dans les noyaux en bissac, au niveau d'un amincissement dans les premiers,

au niveau de l'isthme dans les seconds, que toutes les granulations sont étirées en forme de bâtons courts, et allongées dans le même sens. Parfois, dans un côté du bissac, les granulations sont sphériques, dans l'autre, et surtout dans l'isthme, elles sont tout à fait allongées. On a alors nettement la sensation que le noyau subit une poussée externe par laquelle sa substance passe d'un sac dans l'autre (Fig. VIII).

Nous n'insisterons pas sur la pénétration des grains de chromatine dans le protoplasma, ce qui nous entraînerait trop loin de notre sujet. Cette

pénétration a été étudiée par Conklin, Prenant qui ont vu, chez Porcellio, Oniscus et Armadillidium, des pointes nucléaires s'effiler et pénétrer dans le protoplasma. Moi-même, j'ai décrit ces pénétrations chez Anilocra et Cimothoa; j'ai même observé, en plus, de volumineuses masses nucléaires, séparées par des brides protoplasmiques, se mêler au protoplasma.

Ces faits, allongements des masses chromatiques, séparation de masses nucléaires, montrent que les noyaux subissent, soit de la part du protoplasma, soit, à travers le protoplasma, de la part des sangles musculaires qui entourent le caecum d'un treillage, un véritable pétrissage qui les remanie, les déforme et souvent les sectionne.

C'est ainsi que ces noyaux se divisent en plusieurs fragments.

Fig. VIII. —Noyau en bissac des cellules des tubes entériques d'Anilocra frontalis dans lequel on voit un courant.


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 347

Il ne s'agit point ici de divisions multiples pulvérisant le noyau en une quantité de petites masses telles que celles que nous venons d'étudier chez Scyllium catulus, mais de section d'une grosse masse nucléaire en deux ou trois fragments volumineux. Le noyau ne semble pas se diviser parce que sa constitution interne change, mais cette grosse masse probablement assez fragile est sectionnée de l'extérieur.

Nous n'avons jamais ici des amas de noyaux, tous, à peu de chose près, de même dimension, nous avons des masses volumineuses séparées de masses plus volumineuses.

Ces divisions sont naturellement dénuées de toute valeur multiplicatrice. Au contraire, les divisions karyokinétiques qui se passent dans la zone germinative, produisent réellement de nouveaux éléments.

Ces deux exemples nous montrent deux cas d'évolution normale, constante, de noyaux, tout à fait différentes de ce que l'on observe habituellement. Dans le premier cas, le noyau après être devenu plus volumineux que ne le comporte la taille des éléments, ce qui l'amène à prendre une forme monstrueuse, se divise en une grande quantité de petits fragments sphériques lorsque la durée de son évolution le lui permet. Ces divisions n'étant d'ailleurs nullement suivies de la division de la cellule.

Dans le second cas, les noyaux présentent d'abord du gigantisme, mais ici tout l'élément devient géant et le rapport de la masse nucléaire à la masse protoplasmique ne semble pas varier ; en s'agrandissant, ils perdent leur forme régulière et deviennent tout à fait informes. Ils n'ont pas tendance comme dans le cas précédent à se diviser en nombreuses petites masses, mais, dans les points où il se forme des étranglements, il peut y avoir rupture de l'isthme et formation de deux masses nucléaires plus petites; ces masses restant informes. Il n'y a là qu'une action passive ne ressemblant en rien à la division multiple des noyaux précédents due peut-être à une modification de la constitution interne du noyau. Cependant, si la terminaison n'est pas la même, les débuts de ces évolutions se ressemblent, formation d'un noyau hypertrophique, obligé de se recourber dans la longue cellule intestinale de la Roussette, libre de se développer chez l'Anilocre.


348 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLEAIRES

CHAPITRE II HYPERTROPHIES NON CONSTANTES

Nous allons maintenant étudier des cas où ces phénomènes se passent normalement dans les tissus, mais sont cependant l'exception. Les cellules, en général, sont à évolution parfaitement régulières, mais parmi elles, on en trouve qui présentent des noyaux géants, des noyaux informes ou qui renferment cinq ou six noyaux entassés les uns sur les autres.

Autrefois Pacaud, ainsi que je l'ai déjà signalé, a décrit dans les épithéliums malpighiens du Cobaye ce qu'il a appelé les noyaux géminés; ces noyaux sont exactement de même nature que ceux que je vais décrire, mais sur une très petite échelle; pas plus que dans les cas précédents, il ne s'agit de divisions cellulaires par amitose, mais bien de simples divisions nucléaires.

Le cas le plus net que nous ayons rencontré est celui des cellules de la glande lacrymale sus-parotidienne du Rat blanc. Nous y joindrons également l'étude des noyaux monstrueux du poumon; ces éléments devraient peut-être rentrer dans la troisième catégorie, mais, comme on les trouve dans des poumons qui n'ont subi aucune modification expérimentale ou pathologique, nous préférons les. classer dans les hypertrophies nucléaires non constantes.

GLANDE DE LOEWENTHAL DU RAT BLANC.

J'ai décrit à la réunion des Anatomistes, à Lyon, en 1923, la glande sus-parotidienne du Rat blanc. C'est à Loewenthal que revient l'honneur d'avoir montré, en 1899, que cette glande est en réalité une glande lacrymale. Garnier, en 1900, avait signalé déjà ses éléments garnis de cinq et six noyaux, mais avait cru avoir affaire à la glande parotide contre laquelle elle est intimement appliquée. Étant donné les caractères si spéciaux de ses éléments qui en font une glande à part, j'ai proposé de lui donner le nom de glande de Loewenthal.


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 349Les

349Les de cette glande sont des éléments extrêmement curieux et qui diffèrent à tous les points de vue des autres éléments du Rat; d'abord par la taille, ensuite par la structure même du protoplasma et enfin par les noyaux. On trouvera, dans les Comptes rendus de l'Association des Anatomistes, 1923, l'étude complète de ces cellules, mais ici je reprendrai l'étude du noyau en détail. D'une façon générale, les noyaux sont plus grands que tous ceux des autres éléments, ils sont en rapport d'ailleurs avec la taille des cellules. Celles-ci, comme taille moyenne, mesurent 18 à 20 a sur 10

à 12 u. et les noyaux mesurent 9 à 10 y. Dans d'autres organes, tels que la parotide ou le pancréas, les noyaux ne mesurent que 5 à 6 Dans la Figure IX, qui représente une coupe à cheval sur la parotide et la glande de Loewenthal, on peut se rendre compte immédiatement de la différence de taille de ces noyaux.

Les noyaux normaux isolés ne représentent guère plus de 60 p. 100 dans la totalité des noyaux. Les autres sont des noyaux géants, des noyaux géminés ou polygéminés, des noyaux informés. Naturellement cette moyenne n'est que très approximative et varie avec l'animal examiné. Chez certains animaux, les noyaux sont assez réguliers ; il y a toujours un grand nombre de noyaux doubles, triples ou quadruples, et des noyaux beaucoup plus grands que les autres. Chez d'autres animaux, la quantité des noyaux, non seulement géants, mais encore informes, est considérable et toute la préparaFig.

préparaFig. — Glande de Loewenthal (à droite) et parotide (à gauche) du Rat blanc.


330 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES.

tion en arrive à ressembler à ces cancers à noyaux monstrueux que nous étudierons plus loin.

Ces différences tiennent évidemment à l'état de sécrétion plus ou moins actif ; effectivement, chez des animaux qui ont reçu de la pilocarpine, le nombre des noyaux anormaux augmente considérablement. Chez un Rat tué trois quarts d'heure après une injection de cet alcaloïde, l'aspect était saisissant, on ne voyait partout que des noyaux empilés, des noyaux énormes et des noyaux informes (Fig. XI). Toutefois si leur nombre était plus considérable, leur aspect était le même, l'évolution s'était précipitée, mais elle n'était pas différente.

Les noyaux géants sont deux à trois fois plus grands que les noyaux ordinaires, mais ils sont de forme régulière et présentent la même structure que les autres, des grains de chromatine plus ou moins gros et un ou deux nucléoles acidophiles. Mais à côté de ces noyaux géants à structure normale, on peut en voir dont la grande taille est due à l'hypertrophie nucléolaire; certains nucléoles arrivent à présenter une taille de plus de 10 u (Fig. X, E, Fig. XI, B); ces énormes nucléoles refoulent et compriment plus ou moins la chromatine autour d'eux, généralement d'un côté; on a ainsi une grosse masse sphérique entourée d'un croissant. Le tout est beaucoup plus grand qu'un noyau ordinaire. Ces hypertrophies nucléolaires se rencontrent chez des animaux normaux, mais elles sont excessivement fréquentes chez les animaux pilocarpinisés ; il semblerait que l'action principale de la pilocarpine, dans ces cellules, s'exerce sur le nucléole.

Les noyaux géminés sont excessivement nombreux (Fig. X, B, E) ; ils se montrent le plus souvent accolés l'un à l'autre, présentant généralement la même structure et la même richesse en chromatine. A côté des noyaux géminés simples, on voit, comme je l'ai déjà dit, des cellules polynucléées contenant jusqu'à cinq et six noyaux, plus ou moins serrés les uns contre les autres. Les noyaux géminés simples sont parfois réunis par un pont assez mince; on s'en aperçoit en faisant varier la mise au point; souvent on voit ainsi deux noyaux nettement séparés qui se réunissent lorsque le point varie.

Ces noyaux géminés peuvent être des noyaux de taille ordinaire ou des noyaux géants; on peut voir ainsi, dans la Figure XI, D, une


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 351

cellule renfermant trois noyaux accolés dont chacun est beaucoup plus grand qu'un noyau normal. De même dans la Figure X, B, nous voyons trois éléments à noyaux géminés ; ceux du haut sont de taille normale, ceux de la cellule inférieure, non seulement sont plus grands que des noyaux normaux, mais l'un d'eux commence à devenir informe.

Ces noyaux sont formés en général d'un fin piqueté de chromatine et renferment un ou deux nucléoles. Dans les gros noyaux, ces

nucléoles peuvent être petits et assez nombreux ou réduits à un ou deux de grande taille.

Nous entendons, suivant la dénomination de Pacaut, par noyaux géminés, des noyaux accolés intimement les uns contre les autres; mais souvent, on voit, dans les cellules, plusieurs noyaux complètement séparés ; nous avons alors affaire à des cellules polynucléées, mais il est évident que les noyaux de ces cellules dérivent bien des noyaux géminés qui se sont écartés les uns des autres lorsque la rupture s'est faite complètement (Fig. XI, C).

Les noyaux informes (Fig. X, C, D, F, et Fig. XL A) paraissent être intermédiaires entre des noyaux géants et des noyaux polyFig.

polyFig. — Cellules de la glande de Loewenthal.


352 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES.

géminés non évolués. Ces noyaux sont généralement énormes, leur taille peut atteindre 50 a. Leur forme est indescriptible; il présentent de brusques rétrécissements, suivis de renflements; de profondes incisures y découpent des lobes plus ou moins volumineux, toujours arrondis à leur surface. Souvent ils sont multiples, mais on peut alors se demander s'il ne s'agit pas de coupes intéressant des parties, saillantes du noyau et, bien souvent, l'examen de la coupe suivante

ou simplement une variation de la mise au point, montre que les parties séparées sont en réalité réunies dans un plan différent.

Ces profondes incisures et ces lobulations saillantes donnent bien l'impression d'un morcellement en plusieurs noyaux arrêté dans son évolution. Mais cette évolution s'accomplira-t-elle? Ces noyaux donneront-ils des cellules polynucléées? Les faits ne semblent pas l'indiquer; il semble plutôt que l'on ait affaire ici à des évolutions parallèles.

Il est à remarquer que ces noyaux n'ont pas tout à fait la même structure que les autres; ils sont généralement plus riches en chromatine et apparaissent à un faible grossissement plus sombres. Peutêtre est-ce dans cette différence de structure qu'il faut chercher la cause de leur forme monstrueuse, alors que des noyaux moins chromatiques prennent une forme sphérique.

Fig. XI. — Cellules de la glande de Loewenthal, après une injection de pilocarpine.


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 353

Comme dans les autres cellules que nous avons déjà étudiées, ces divisions nucléaires n'entraînent pas la division des cellules. Mais il y a certainement dans toute la glande un travail intense, car il n'est pas très rare de voir des cellules en karyokinèse, alors que dans les autres glandes, elles sont d'une extrême rareté.

NOYAUX MONSTRUEUX DU POUMON

Lorsque j'ai étudié le poumon au point de vue expérimental, j'ai décrit ce que j'ai appelé l'organe lymphoïde diffus. Je me basais sur la présence assez fréquente de groupes de petites cellules semblables à des lymphocytes, tellement entassées les unes sur les autres qu'on ne peut les distinguer individuellement et que j'ai désignées sous le nom de nids de noyaux; d'autre part, la présence très fréquente de noyaux énormes et informes, véritables mégacaryocytes, me faisait penser que nous pouvions avoir affaire à des formations analogues à celles de la moelle des os et de la rate de quelques animaux (Souris, Taupe, Hérisson, etc.).

Fig. XII. — Noyaux monstrueux chez un Lapin ayant inhalé une faible quantité do

chloracétone.


354 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLEAIRES.

Depuis ce travail, j'ai publié, à la Société de Biologie, une note montrant que cet organe lymphoïde diffus pouvait, chez le Cobaye, devenir parfaitement net et présenter de véritables nodules précis atteignant presque la valeur d'un follicule clos, mais ne présentant pas de limites précises. Cette dernière constatation est venue confirmer mon hypothèse d'un organe lymphoïde diffus. Actuellement, ce qui nous intéresse ce sont les noyaux monstrueux que l'on y rencontre; nous allons donc en reprendre l'étude ainsi que je l'ai fait pour les éléments précédemment étudiés.

Les noyaux monstrueux du poumon, qui ont été appelés mégacaryocytes par les auteurs qui les ont étudiés, paraissent avoir été vus pour la première fois par Arnold en 1893; je ne reprendrai pas ici l'historique de cette question que j'ai déjà traitée; je rappellerai seulement qu'ils ont été étudiés ensuite par Aschoff, Lubarsch, Maximow, Foa, Lengelmann., Verson, Gararo, Sapegno, Maccabruni et que la plupart de ces auteurs ont voulu voir en eux des mégacaryocytes de la moelle des os entraînés par embolie dans le poumon.

Je me suis déjà élevé contre cette hypothèse, j'ajouterai que, ayant continué à les étudier, mon opinion n'a pas varié et que je suis bien convaincu qu'ils se forment sur place, ayant la même origine que les petites cellules des nids de noyaux. Je montrerai qu'on peut trouver des formes de transition. D'autre part, je ne vois pas comment ces grosses masses que l'on trouve dans des parties minces de parois alvéolaires, loin de gros vaisseaux, auraient pu passser à travers les capillaires.

Nous avions rencontré ces noyaux informes, dans nos recherches sur les lésions des poumons par les gaz toxiques pendant la guerre. Parfois très abondants, parfois rares, nous n'avions pu établir aucun rapport entre leur présence et les lésions pulmonaires. Nous les avons recherchés méthodiquement sur des animaux sains et nous les avons toujours rencontrés. Ils existent chez le Lapin, le Chien, le Cobaye; nous en avons vu chez un jeune Chat et dans de nombreuses autopsies d'Hommes tués par les gaz, nous en avons vu également.

De loin en loin, on rencontre dans la paroi alvéolaire, ou dans un noeud de parois, des masses nucléaires énormes et monstrueuses (Fig. XII et XIII). La taille et la forme varient à l'infini; il y a des


A. GUIEYSSE-PÈLLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 355

noyaux qui ne sont qu'à peine déformés et qui sont seulement un peu plus grands que des noyaux normaux (Fig. XIII, A, E) un peu plus riches en chromatine et, par conséquent, plus intensément colorés, ce qui fixe immédiatement l'attention. Ceux-là sont encore assez réguliers, mais ils présentent souvent de profondes incisures; ils possèdent parfois un beau nucléole.

A côté de ces noyaux presque normaux, en passant par tous les

intermédiaires, on arrive à des masses mesurant 20 à 30 p. dans un sens, 10 à 12 a dans l'autre, et auxquelles on ne peut décrire aucune forme: Ces masses (Fig. XII) présentent des prolongements renflés, de profondes incisures, de brusques rétrécissements suivis de dilatations volumineuses; elles sont toujours hyperchromatiques, se colorent énergiquement et tranchent par leur aspect sombre sur les

autres noyaux. Autour de ces gros noyaux, il n'y a qu'une très mince couche.

de protoplasma.

Les nids de noyaux, ainsi que je l'ai dit plus haut, sont de petits amas de cellules à tel point serrées les unes sur les autres que, le

Fig. XIII. — Noyaux informes en évolution. A et E, Chien. B, C, D, Lapin saigné.


356 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLEAIRES.

protoplasma étant très peu abondant, les noyaux se touchent, se recouvrent et forment des amas vigoureusement colorés par les colorants nucléaires (Fig. XIV, et XV).

Nous avons trouvé ces petits amas dans tous les poumons normaux ou en expérience que nous avons examinés. Ils se montrent

montrent plus souvent au point élargi où deux parois se rencontrent, mais on peut en voir également au milieu d'une paroi qui, en ce point, se distend visiblement.

Les éléments, chez le Chien, sont empilés au nombre de cinq à dix et plus; parfois l'empilement est excessivement serré, d'autres fois il est plus lâche.

Chez le Lapin, la disposition est la même, mais les cellules paraissent moins nombreuses, les amas sont généralement moins denses. La Figure XV se rapporte à un Lapin; cet animal avait servi

à des études sur les gaz; il avait respiré une très faible quantité de chloracétone et son poumon n'était que très peu lésé : cet organe n'a pas été fixé ici en extension, mais on peut se rendre compte que, malgré le relâchement de la paroi, les novaux sont

assez empilés les uns sur les autres.

Ces cellules, prises isolément, ne se distinguent qu'assez difficilement des petites cellules épithéliales de l'alvéole. Cependant, si nous les examinons avec attention, nous pouvons constater que généralement leur noyau est plus sombre, plus chromatique,

Fig. XIV. — Nids do noyaux chez un Chien normal.

Fig. XV. — Nids de noyaux chez un Lapin ayant inhalé une faible quantité de chloracétone.


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et leur protoplasma peu visible; ce sont bien des lymphocytes, mais ce qui les distingue plus sûrement c'est leur situation. Sur une coupe d'un poumon dont les alvéoles sont bien en état de distension, on voit nettement que la cellule épithéliale occupe une place tout à fait superficielle et bombe dans l'alvéole; les petits groupes de lymphocytes sont au contraire placés dans la profondeur, en des points où les parois alvéolaires sont élargies.

Parmi les petits éléments, il y en a dont les noyaux sont nettement plus volumineux; ils sont parfois étranglés, peut-être se divisent-ils alors par amitose. Nous avons rencontré aussi des noyaux qui n'étaient pas beaucoup plus volumineux que les autres, mais qui avaient déjà l'apparence de noyaux hypertrophiés, surtout à cause de leur état hyperchromatique. C'est ce qui nous fait dire que nous avons des formes de transitions et que le gros noyau informe hyperchromatique provient bien d'un noyau d'éléments de nids de noyaux.

D'autres fois, nous avons vu des noyaux monstrueux présentant un certain nombre d'incisures assez régulières et nous avons eu quelquefois une certaine difficulté à distinguer ces noyaux (Fig. XII, A) d'un groupe de noyaux serrés les uns sur les autres. Une pareille figure, ressemblant à une mûre, donne l'impression d'un émiettement inachevé d'un gros noyau.

Nous pensons donc, d'une part, que ces noyaux monstreux naissent sur place par hypertrophie des noyaux des petites cellules lymphoïdes, car nous avons certainement, comme je viens de le dire, des stades de transition; d'autre part, il se peut aussi que ce phénomène soit en rapport avec des divisions indirectes multiples, avortées et qui aboutiraient à ces formes de morula. Ces noyaux paraissent donc être des formes irrégulières dues à l'activité de ces éléments.

Dans les exemples précédents, nous avions insisté sur ce fait que les divisions nucléaires multiples n'entraînent pas la division de la cellule; ici au contraire, nous voyons des divisions complètes Ces différences s'expliquent facilement : dans le premier cas, nous avions affaire à de belles cellules épithéliales à protoplasma abondant et dont généralement la taille était en rapport avec celle du noyau. Ici nous avons affaire à des éléments dont le protoplasma se réduit à une mince couche périnucléaire, il n'est donc pas étonnant

ARCH. D'ANAT. MICROSC. - T. XXII, Fasc. 3, Novembre 1926. 23


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que leur séparation totale accompagne les divisions du noyau. Nous pourrions dire qu'un amas cellulaire correspond à une cellule polynucléée dont les éléments se seraient séparés. Ces cellules, d'après ce que j'ai pu constater par mes recherches sur l'action des corps nocifs, semblent pouvoir subir des poussées de croissance considérables. Lorsque, vingt-quatre heures après une séance d'inhalation d'un corps toxique, on voit tout un poumon complètement rempli de ces éléments, il est difficile de ne pas penser que ceux-ci se forment sur place; mais comme, d'autre part, on ne voit aucune cellule en karyokinèse, on est amené à admettre des divisions amitotiques multiples. Ainsi que je l'ai déjà dit, le poumon est l'organe le plus exposé de l'économie; des réactions, en présence de corps plus ou moins nocifs, doivent s'effectuer continuellement; ces réactions intéressent les éléments lymphoïdes et doivent entraîner d'abord de l'hypertrophie nucléaire. Par suite de cette hypertrophie, le noyau se divise en petites masses égales, mais la division peut ne pas s'effectuer et le noyau devient alors un noyau géant informe hyperchromatique.

CHAPITRE III HYPERTROPHIES LIÉES A DES TROUBLES ÉVOLUTIFS

Jusqu'ici nous n'avons eu affaire qu'à des tissus à évolution régulière et si, dans le cas du poumon, nous admettons des réactions, ce sont des réactions très faibles et qui font partie de la physiologie normale de l'organe. Dans le cas de la muqueuse utérine en gestation, que nous allons maintenant étudier, il s'agit bien ici encore d'un fait de physiologie normale, mais la réaction est considérable; l'oeuf semble vraiment agir par sa présence comme un véritable corps nocif, la formation d'amas de noyaux et de noyaux géants est alors nettement un résultat de cette réaction. D'autre part, dans la formation du syncytium placentaire, on en rencontre également; là il n'y a pas réaction, mais poussée de croissance considérable.

On sait d'ailleurs par les intéressantes recherches de des Cilleuls que l'épithélium de la muqueuse des cornes utérines peut présenter


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 359

une réaction considérable après un coït non fécondant, la présence de l'oeuf ne serait donc pas nécessaire, mais lorsqu'il est en place cette réaction s'effectue à son contact; elle intéresse les cellules épithéliales chez les animaux tels que le Chien chez qui l'oeuf se développe librement, les cellules conjonctives chez ceux, comme le Cobaye, où il y a nidation. Dans la réaction obtenue par des Cilleuls l'empilement des noyaux est extraordinaire et, d'après une autre figure, il y a également des. noyaux géants informes. Des Cilleuls admet qu'ils sont en pycnose; ils sont sûrement hyperchromatiques et nous avons encore là un bel exemple d'évolution parallèle d'hypertrophie nucléaire donnant des empilements de noyaux ou des noyaux géants informes.

Nous trouvons des aspects analogues dans certains cancers, les images sont étonnamment superposables et l'on a alors bien l'impression d'un dérèglement dans l'évolution des cellules.

MUQUEUSE UTÉRINE EN GESTATION ET SYNCYTIUM PLACENTAIRE.

On sait que lorsque l'oeuf s'implante dans l'utérus et que ses villosités choriales se mettent en rapport avec le tissu maternel, qu'il y ait nidification ou non de l'oeuf, il y a une vive réaction de l'utérus suivie d'une dégénérescence, laquelle donne lieu à la production du lait utérin. Ainsi que le dit Brachet : « Sous l'influence directe du placenta, la muqueuse utérine se nécrose dans toutes ses couches superficielles après une réaction et une hypertrophie passagères (c'est cette réaction et Cette hypertrophie qui présentent pour nous le plus haut intérêt). L'épithélium superficiel après une abondante pullulation amitotique de ses noyaux dégénère (Des Cilleuls) et est absorbée par le trophoblaste; les tubes excréteurs des glandes ont le même sort; le derme et les endothéliums vasculaires après s'être transformés en des éléments de structure histologique souvent compliquée, cellules caduques, cellules géantes, gaines périvasculaires, etc. finissent aussi par disparaître et le placenta vient prendre leur place. »

Nous disons que ces phénomènes évoluent : qu'il y ait nidification on non. Il est intéressant de comparer, à ce point de vue, l'évo-


360 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLEAIRES.

lution de l'oeuf de Chien qui ne se nidifie pas à l'oeuf de Cobaye qui pénètre dans la muqueuse.

Examinons un oeuf de Chien de la grosseur d'une grosse noix; nous trouvons d'une part une muqueuse utérine présentant des franges longues et minces, très ramifiées, recouvertes d'un épithélium simple de cellules cylindriques. D'autre part, le chorion de l'oeuf est une masse syncytiale creusée de lacunes irrégulières dans laquelle les noyaux s'accumulent sans ordre, sauf en bordure et autour des lacunes où ils forment une rangée régulière. L'oeuf et la

muqueuse de la corne utérine adhèrent si peu que, sous l'influence des réactifs, ces deux parties se séparent sur presque tout le pourtour.

Au contact immédiat de l'oeuf, on trouve des franges utérines entières complètement désorganisées et dont les cellules sont dégénérées, mais, un peu en arrière, les éléments paraissent passer par une phase d'évolution déréglée; c'est dans cette zone que l'on voit souvent des noyaux géants à côté de noyaux empilés. Nous avons représenté (Fig. XVI) une de ces franges; à quelque distance de celle-ci, mais ne figurant pas sur le dessin, on trouve des éléments en complète dégénérescence. Ici les noyaux ne présentent pas de signe de dégénérescence, mais on a l'impression d'une poussée de croissance qui aboutit d'une part à la formation de noyaux trois à quatre

Fig. XVI. — Frange utérine de Chien en gestation.


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 361

fois plus grands que les noyaux normaux, mais réguliers de forme, et d'autre part à des empilements de cinq ou six noyaux les uns sur les autres.

Examinons maintenant un oeuf de Cobaye; l'oeuf n'est plus en contact avec l'épithélium de la corne utérine, mais s'est nidifié

et c'est dans la paroi que se passent les phénomènes de dégénérescence d'une part, de réaction et d'hypertrophie d'autre part.

Nous avons représenté (Fig. XVII) le tissu maternel avec un oeuf de Cobaye gros comme une grosse noisette. La figure a été prise au niveau d'un petit vaisseau qui, bien que de très faible calibre possédait une paroi énorme. Il est difficile de savoir à quels éléments on a affaire, si ce sont des fibres lisses modifiées ou des éléments conFig.

conFig. — Corne utérine de Cobaye en gestation.


362 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES.

jonctifs, mais ce qu'on voit facilement ce sont d'énormes noyaux, mesurant jusqu'à 30 à 40 J. de grand diamètre.

Ces noyaux géants sont assez réguliers de forme; parfois ce ne sont pas de beaux ellipsoïdes et ils présentent quelques irrégularités, mais ce ne sont jamais de véritables noyaux informes et monstrueux. Quelques-uns sont fortement hyperchromatiques, mais d'autres possèdent une quantité de chromatine en rapport avec leur masse; dans cette région, nous sommes assez loin de la zone où les éléments

dégénèrent et ceux-ci ne nous paraissent pas encore en état de dégénérescence.

A côté de ces grosses masses nucléaires, on voit des empilements de noyaux en nombre plus ou moins considérable. Ces noyaux sont des noyaux semblables aux autres, ni plus, ni moins riches en chromatine. Parfois il semble que l'on a affaire à un noyau géant qui se serait cloisonné et dont chaque fragment aurait pris une forme sphérique; souvent, en effet (Fig. XVIII), un groupe de noyaux a la même forme générale et les mêmes dimensions qu'un noyau géant.

Dans le syncytium foetal, nous avons également des phénomènes de gigantisme et d'empilement nucléaire, moins les dégénérescences. L'évolution ici se fait plus régulièrement; nous voyons de très nombreux noyaux empilés, et, de temps en temps, un noyau beaucoup plus grand que les autres. Dans ce tissu qui prolifère excessivement, les karyokinèses sont très rares ; on voit, aussi bien chez

Fig. XVIII. — Corne utérine de Cobaye en gestation.


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 363

le Cobaye que chez le Chien, des files de sept ou huit noyaux et plus, serrés les uns sur les autres; il est certain que ces files sont dues à des divisions directes répétées coup sur coup, mais parfois, ainsi que je l'ai représenté Figure XIX, on voit un noyau beaucoup plus grand que les autres, l'hypertrophie nucléaire n'a pas abouti à la division.

Du côté maternel, le processus de gigantisme nucléaire et de division

multiple est certainement en rapport avec la perturbation apportée par le développement de l'oeuf; il est déréglé et se termine par la dégénérescence des éléments; rien ne rappelle autant l'évolution des noyaux de certains cancers très malins que l'aspect de ces noyaux géants non loin de tissus dégénérés.

Du côté foetal, l'évolution est plus régulière et, parmi les noyaux entassés, ce n'est que de temps en temps que l'on rencontre un noyau beaucoup plus grand que les autres.

CANCERS.

Nous n'avons jusqu'ici étudié que des tissus normaux; peutêtre dans le poumon y a-t-il réaction provoquée par des causes venant de l'extérieur, dans l'utérus, il y a nettement excitation provoquée par l'oeuf, mais ces faits rentrent dans la physiologie normale.

Nous allons maintenant aborder les cancers et ce sujet est intéressant, car nous y retrouvons, grossis et exagérés, tous les faits que nous venons d'étudier. Dans certains cancers, on pourrait dire que les évolutions de croissance déréglées sont la grossière parodie des évolutions normales, mais ils ne sont pas essentiellement différents. Ainsi les karyokinèses sont non seulement très abondantes, mais souvent elles sont polycentriques et irrégulières. Ces faits sont très rares dans les tissus normaux, mais cependant se rencontrent quelquefois ; il semble que toutes les irrégularités de croissance se donnent ici libre carrière et que les règles de développement correct n'existent

Fig. XIX. — Syncytium placentaire de Chien.


364 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLEAIRESplus.

NUCLEAIRESplus. en est de même pour les hypertrophies nucléaires se traduisant, comme toujours, par des noyaux géants, des noyaux monstrueux et des amas de noyaux.

Ces formes sont d'ailleurs bien connues et l'attention des auteurs a été attirée sur elles depuis longtemps. Si nous prenons les traités classiques, nous verrons que, dans le Manuel d'Histologie pathologique de Cornil et Ranvier, Brault s'exprime ainsi : « Ce mode de division (amitose par étirement) a été retrouvé par Borrel dans les noyaux multilobés, chaque noyau composé pouvant donner naissance à deux, trois, quatre, cinq noyaux-filles. Les noyaux bourgeonnants ou multilobés présentent dans les tumeurs les dispositions les plus variées, en masses ovoïdes régulières, en anneaux ou tout au contraire en blocs informes poussant des prolongements irréguliers dans toutes les directions. Ces masses nucléaires occupant une cellule unique se forment-elles par une sorte de gemination continue ou résultent-elles de karyokinèses successives (Cornil)? Cette question est difficile à trancher. Toutefois, dans les cellules d'un sarcome angioplastique, nous avons constaté assez fréquemment des amas muriformes et très bourgeonnants des masses nucléaires qui nous font penser avec Borrel que la gémination simple est un phénomène assez fréquent. L'avenir de ces accumulations nucléaires est excessivement variable. Cornil les considère comme des noyaux à l'état de repos. »

Ménétrier dit dans son volume du Cancer : «Dans l'amitose, il faut ranger les phénomènes de la fragmentation d'Arnold, fréquente aussi dans les tumeurs. Elle consiste dans la division en deux ou plusieurs segments nucléaires égaux, ou plus souvent inégaux, et qui ne se séparent pas par des surfaces de division régulières. La fragmentation peut-être directe, c'est-à-dire sans accroissement, et ordination anormale de la substance chromatique, La signification de ces phénomènes reste indécise. Ces fragments de noyaux sont-ils capables de vie? Les cellules migratrices ne jouent-elles aucun rôle dans leur production (Demarbaix)? Ne serait-ce pas des altérations post-mortem (Aoyama)? » Plus loin, Ménétrier signale les noyaux hyperchromatiques.

Enfin Masson les décrit de la façon suivante : « Dans les cellules volumineuses, l'étirement et l'étranglement nucléaires peuvent


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 365

être multiples, simultanés ou successifs. Les noyaux peuvent rester unis par des ponts plus ou moins grêles, rayonner en éventail ou en pétales de fleurs autour d'une portion centrale (l'auteur en donne une figure saisissante (fig. 7), concernant un naevo-épithéliome) sans que le cytoplasme se divise lui-même. Des cellules très volumineuses hébergent ces noyaux multiples ou multilobés et souvent, au milieu de leur masse, on trouve des amasde centrioles dont le nombre est. approximativement double du nombre des noyaux. »

Il nous a paru que ces descriptions, faites par les auteurs qui connaissent le mieux les cancers, ne répondent que d'une façon un peu insusffiante aux faits; ce que nous voulons montrer, c'est le rapport indubitable qui existe toujours entre les noyaux géants, les noyaux informes et monstrueux et les amas de noyaux que l'on trouve en si grande quantité dans certains cancers. Soit que ces phénomènes découlent nettement les uns des autres, soit qu'ils évoluent parallèlement, il s'agit toujours d'hypertrophie nucléaire

Nous disons « dans certains cancers », car ces formes irrégulières sont loin de se rencontrer dans tous les cancers; elles ne sont certainement pas rares, mais j'ai rencontré bien des tumeurs très malignes qui n'en renfermaient pas. Par contre, il arrive que des cancers en sont absolument remplis, mais comme en même temps les figures de karyokinèse régulières ou polycentriques sont généralement très abondantes, nous ne saurions dire si les hypertrophies nucléaires contribuent à l'accroissement. Comme dans les cas précédents, il ne nous semble pas que ces noyaux monstrueux et ces accumulations de noyaux aient une réelle valeur multiplicatrice.

Nous allons donc étudier quelques-uns de ces cancers 1, où ces phénomènes sont très caractéristiques.

La Figure XX se rapporte à un épithéliome de la peau de la grandelèvre. La poussée de croissance paraît ici considérable, on y voit effectivement une très grande quantité de cellules en karyokinèse et, parmi elles, de nombreuses divisions polycentriques. De temps en temps, on rencontre un noyau gigantesque, mesurant jusqu'à 30 u, alors que les noyaux normaux ne mesurent que 8 à 10 u. Ces noyaux, au point de vue de la structure sont semblables aux autres;

1 Ces cancers m'ont été fournis par le Dr Léo, sauf le branchiome qui m'a été communiqué par le Dr Bazy. Je suis heureux de pouvoir ici leur adresser mes remerciements..


366 A. GUIEYSSE-PELLISSIER.

HYPERTROPHIES NUCLEAIRES.

même régularité de forme, même fin piqueté de chromatine; ils n'en diffèrent que par la taille; ce ne sont que des noyaux géants, ce ne sont pas des noyaux monstrueux informes.

A côté de ces noyaux, nous en trouvons de doubles, aussi grands dans l'ensemble que les noyaux géants. Les deux noyaux, accolés l'un à l'autre, sont le plus souvent semblables (Fig. XX, A), mais l'un d'eux peut être également plus riche en chromatine que l'autre. Ce sont là des noyaux géminés types de Pacaut, avec cette différence que, provenant d'un noyau géant, les deux nouveaux noyaux sont eux-mêmes beaucoup plus grands que les noyaux normaux.

Enfin nous arrivons à des noyaux empilés où on en compte quatre et cinq, ayant chacun à peu près la taille d'un noyau ordinaire, mais formant ensemble un volume aussi grand qu'un noyau géant. Ces noyaux ne présentent rien de particulier dans leur structure et l'on n'a nullement l'impression qu'ils doivent dégénérer.

Dans ce cancer, où les éléments sont nettement individualisés, il ne semble pas que ces noyaux entassés soient le début de multiplication; rien n'indique, en effet, que la cellule se divise, on a simplement un élément polynucléé dont l'évolution ultérieure nous est inconnue.

Nous avons là le cas qui nous paraît le plus simple et le plus régulier. Dans la peau de la grande lèvre, les noyaux géminés de Pacaut sont sûrement très abondants. Nous assistons ici, comme nous le

Fig. XX. — Cancer de la peau de la grande lèvre.


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 367 disions, à une exagération de ce phénomène, compliqué de la formation

formation noyaux géants, mais l'évolution semble assez régulière.

Examinons maintenant des cas où l'on a l'impression d'une évolution désordonnée. Nous avons représenté dans les Figures XXI, XXII et XXIII, un épithéliome du larynx, un épithéliome atypique de l'utérus, un branchiome; ces aspects ne sont pas rares, nous aurions pu en figurer d'autres,

d'autres, ces exemples nous semblent suffisants.

Nous voyons des noyaux colossaux, jusqu'à 50 JA (Fig. XXII,

et XXIII); dont la forme est souvent irrégulière, avec des incisures

Fig. XXI. — Cancer du larynx.

Fig. XXII. — Épithéliome atypique de l'utérus.


368 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLEAIRES.

plus ou moins profondes. Quelques-uns ne présentent rien d'anormal dans leur structure, ils possèdent un bagage de chromatine proportionnel à leur taille et d'assez nombreux nucléoles (Fig. XXII et XXIII); d'autres sont nettement hyperchromatiques (Fig. XXI

et XXIII) et forment des masses sombres au milieu des autres noyaux.

Par ailleurs, on trouve des noyaux entassés les uns sur les autres, serrés à un tel point qu'il est souvent bien difficile de déterminer si l'on a affaire à des noyaux entassés ou à des masses muriformes

Fig. XXIII. — Branchiome.


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 369

(Fig. XXI). Souvent ces masses sont hyperchromatiques, mais d'autres fois, elles ne contiennent que la quantité normale de chromatine.

Dans ces cancers, comme dans le premier cancer étudié, on ne voit rien qui puisse faire supposer que ces divisions du noyau puissent entraîner la division de l'élément. Dans le cancer utérin et dans celui du larynx, les éléments sont nettement individualisés, on a alors des cellules polynucléées, mais nous ne pouvons savoir si la division du protoplasma suivra la division des noyaux. Dans le branchiome, les éléments sont beaucoup moins distincts, les noyaux sont

souvent près les uns des autres; dérivent-ils de noyaux empilés? C'est possible, mais nous ne pouvons rien affirmer.

Tous ces cancers sont des épithéliomes, mais nous en avons rencontré également dans des sarcomes, et nous avons représenté (Fig. XXIV), un sarcome du sein dans lequel nous avons trouvé des noyaux beaucoup plus grands que les noyaux environnants (A), et des noyaux entassés (B). Nous ne nous étendrons pas sur leur description, mais nous tenions à signaler que ces formes ne sont pas particulières aux éléments épithéliaux.

CONCLUSIONS.

Nous avons étudié un certain nombre de faits, qui, sans être semblables, montrent une parenté évidente; certes, il y a loin du noyau régulièrement géant de l'Anilocre, se développant en rapport avec la taille de l'élément, aux noyaux à évolution déréglée

Fig. XXIV. — Sarcome du sein.


370 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. - HYPERTROPHIES NUCLEAIRES.

des cellules cancéreuses. Cependant, dans ces cas extrêmes, nous pouvons relier ces formes de noyaux par quelques liens et les classer dans un même groupe. Ces éléments, pour une cause qui nous échappe, grandissent au lieu de se diviser. Tant que les cellules de l'Anilocre se divisent, à l'extrémité du caecum, elles restent de taille médiocre, puis elles subissent une véritable hypertrophie et deviennent ces éléments énormes à noyaux géants et informes que nous avons étudiés, seulement dans ce cas, cette évolution est la règle, tandis que généralement elle est l'exception.

Il en est de même pour les cellules de l'épithélium intestinal du Scyllium catulus; mais ici l'hypertrophie est surtout nucléaire et les noyaux se replient sur eux-mêmes et prennent les formes les plus extraordinaires pour pouvoir être logés dans des cellules trop étroites, jusqu'au moment où ils se fragmentent et se divisent en nombreuses petites masses sphériques.

Nous avons montré que, d'une façon générale, l'hypertrophie du noyau se fait de trois manières qui le plus souvent coexistent; le gigantisme simple, le gigantisme monstrueux et l'amas de noyaux.

Ces formes dans certains cas peuvent se succéder. Ainsi, chez la Roussette, les noyaux informes donnent nettement naissance aux groupes de noyaux. Chez l'Anilocre, nous n'avons pas de vrais amas de noyaux, mais les masses nucléaires trop grandes peuvent être fragmentées en plusieurs morceaux.

Dans les autres cas étudiés, il est impossible de voir des successions. Il semble qu'à mesure que le noyau grossit, lorsqu'il arrive à une certaine taille, il se divise en deux, puis de nouveau en deux, chaque noyau n'étant pas plus grand qu'un noyau normal. Cependant parfois, quelques noyaux géminés sont beaucoup plus grands et paraissent dus à la division d'un noyau géant.

Parmi ces noyaux qui s'hypertrophient en se divisant, de temps en temps, l'un d'eux ne se divise pas et devient alors un noyau géant, ou un noyau informe.

A quoi sont dues ces différences? L'état actuel de nos connaissances sur la consistance du noyau et du protoplasma ne nous permet pas encore de donner une réponse satisfaisante.

Le temps n'est plus où le noyau était considéré comme une sorte de petit corps demi-solide présentant une structure com-


A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES. 371

pliquée où des filaments de linine soutenaient des grains de chromatine. Actuellement on admet que l'on a affaire à une substance plus liquide que solide et que, en dehors du nucléole, les structures figurées sont produites par les réactifs fixateurs. Comme le dit Verne, d'après Bottazi : « Les noyaux, les cEntrosomes, etc. peuvent représenter des phases liquides particulières séparées du protoplasma environnant non différencié, qui est pareillement à considérer comme une phase liquide. » En fait, le noyau serait une goutte d'un colloïde plongée dans un autre colloïde et séparée de lui par une membrane plus ou moins fine.

Il nous semble que l'on pourrait dire que si cette goutte augmente, nous aurons le noyau géant; mais si sa consistance ne lui permet pas de rester sous forme de grosse goutte, elle s'émulsionnera en gouttes plus petites. Si, au contraire, cette consistance est plus ou moins pâteuse, le noyau ne peut prendre la forme sphérique, et nous avons le noyau informe ou monstrueux. Nous pourrions alors parler de fluidité différente par rapport au protoplasma, de tension superficielle, etc; Malheureusement ces hypothèses ne seraient encore que des vues de l'esprit et ne reposeraient sur aucune base sérieuse. Actuellement des recherches dans cette direction sont en cours. Grâce aux merveilleuses méthodes de microdissection, on a pu arriver à pénétrer dans le noyau et à palper, pour ainsi dire, sa consistance (Kite et Chambers); par d'autres procédés (vitesse de chute, Heibron), on a pu, jusqu'à un certain point, se rendre compte de la consistance du protoplasma.

Ces recherches sont encore trop peu avancées pour répondre à nos questions, mais nous n'en sommes encore qu'au début et c'est par elles qu'on pourra peut-être arriver à expliquer pourquoi un noyau qui devient hypertrophique peut rester unique ou se diviser en fragments.

Il resterait aussi à expliquer pourquoi, dans les cas généraux, lorsque la cellule augmente, elle se divise en deux éléments, par mitose ou par amitose, tandis que dans d'autres cas, moins fréquents, elle augmente et peut devenir énorme, sans se diviser. Il s'agit là vraisemblablement d'une question intéressant le rapport nucléoplasmatique, mais, là aussi, les recherches ne sont pas encore assez précises pour que nous puissions en tirer des conclusions.


372 A. GUIEYSSE-PELLISSIER. — HYPERTROPHIES NUCLÉAIRES.

Quoi qu'il en soit, l'étude des hypertrophies cellulaires nous semble ouvrir de nouvelles voies de recherches tant au point de vue physiologique que pathologique. Il y a là une évolution de la cellule qui paraît souvent aberrante et en rapport avec un certain dérèglement dans l'évolution normale, mais qui, dans d'autres cas, est parfaitement normale et régulière.

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ARCH. D'ANAT. MICROSC. - T. XXII. Fasc. 3, Novembre 1926. 24


LA SIGNIFICATION DE L'AUTOHÉMORRHÉE

DES INSECTES

par A.-Ch. HOLLANDE Professeur à la Faculté de Pharmacie de Montpellier.

On sait que plusieurs Insectes présentent la curieuse propriété de faire sourdre de leurs corps quelques gouttes de sang lorsqu'ils sont attaqués par un ennemi : Oiseau, Lézard, Grenouille, etc. La quantité de sang émis varie considérablement d'une espèce à l'autre et cette quantité est, en général, en rapport avec la grandeur de l'animal; faible chez les Coccinelles, le rejet de sang devient, au contraire, considérable chez les larves de Tenthrédinides (Cimbex) et les imagos d'Eugaster guyoni Serv. (Orthoptère).

J'ai indiqué en 1911 dans une étude systématique 1 les différents processus qui président aux émissions sanguines des Insectes et ai alors décrit un grand nombre de leurs appareils de sortie du sang. J'ai désigné le rejet du sang chez l'Insecte du nom d' « Autohémorrhée 2 », les mots saignée 3, Bluten, bleeding antérieurement employés ne pouvant s'appliquer avec une précision rigoureusement scientifique à tous les modes d'émission de sang observés et décrits chez les Insectes.

Ces différents termes, et plus particulièrement le mot « saignée « impliquent, en effet, le fait d'une rupture des téguments de l'animal, rupture par laquelle s'échappe le sang; ceci est contraire à ce que l'on observe pour les appareils émetteurs de sang les plus perfectionnés, tels ceux des larves de diverses Tenthrédinides (Cimbex saliceti Zadd.), de l'Eugaster guyoni Serv. et de plusieurs Aphides (cornicules).

1. A. Ch. Hollande. L'autohémorrhée ou le rejet du sang chez les Insectes (toxicologiedu sang). Archiv. Anat. micr., t. XIII.

2. Des mots grecs : a'ÛTo;, soi-même; aî^oppoâco, je perds du sang.

3. On devrait dire " saignement » et non saignée.


DE L'AUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES. 375

Chez ces derniers Insectes, l'autohémorrhée s'effectue, en effet, par des orifices préformés, limités extérieurement par des bourrelets chitineux, chaque orifice étant muni d'un clapet obturateur à la base duquel s'insère un muscle rétracteur spécial;,par ses contractions ou son: relâchement, ce muscle ouvre ou ferme les pores coelomiques d'où s'échappe le sang.

Depuis 1911, un certain nombre d'observations et divers mémoires se rapportant à l'autohémorrhée des Insectes ont été publiés. Les faits nouveaux" mentionnés par les auteurs, ainsi que ceux qu'il m'a été possible d'observer moi-même, vont me permettre.actuellement de préciser les relations 1 qui existent entre l'émission du sang par les Insectes et le rejet, par ces animaux, des produits élaborés au moyen de certaines de leurs glandes tégumentaires à. sécrétion abondante.

I-. — Lépidoptères. — Tout d'abord, je relaterai une observation due à P. Schulze (1913); cette observation se rapporte à la sécrétion du liquide émis par le collier d'un Papillon nocturne, l'Arctia caja L. L'auteur indique que, ayant touché du doigt une femelle d' Arctia caja L., il remarqua, après ce contact, l'apparition, au cou du Papillon, de deux fines gouttelettes légères d'un liquide diversement teinté. La goutte de droite était incolore comme du verre (glashell); celle de gauche était au contraire constituée par un liquide légèrement trouble et de couleur jaune. Ayant, dans la suite, touché à nouveau le même Insecte, P. Schulze vit bien apparaître encore deux nouvelles gouttes de liquide, mais chacune de celles-ci furent jaunes; dans la suite, il en fut de même à chaque nouveau contact. Schulze pense que le premier liquide clair apparu doit être le produit d'une sécrétion glandulaire; quant au liquide jaune, il est formé par du sang; ce dernier n'est probablement expulsé qu'à la suite d'une forte excitation de l'Insecte.

J'ai parfois observé une semblable production de fines gouttelettes incolores de chaque côté du collier de divers Arctiidae, et entre autres chez Arctia hebe L. et la même Arctia caja L. Pour éviter dans ce cas, l'apparition d'un liquide jaune, c'est-à-dire le sang

1. De telles relations ont déjà été indiquées par moi en 1911, p. 72, chap. IV.


376 A. CHARLES HOLLANDE. - LA SIGNIFICATION

i) importe qu'aucune excitation forte ne soit déterminée par l'objet qui touche le prothorax de l'Insecte. Après un léger frottement du collier au moyen d'une épingle, on voit en effet les deux pièces du collier (Patagia 1 de Kirby, 1828) se soulever simplement sans qu'il y ait émission de liquide; une irritation plus forte permet encore le soulèvement des deux pièces chitineuses, mais fait en plus apparaître soit une ou deux très fines gouttelettes d'un liquide incolore et brillant soit deux gouttelettes de sang coloré en jaune. Une fois l'hémorrhée établie, je n'ai plus vu apparaître, après excitation du thorax, que des gouttelettes de sang.

J'ai indiqué, en 1911, que dans les mêmes conditions d'irritation, j'avais pu observer chez Arctia flavia Fuessl. une projection de sang par l'Insecte à plusieurs centimètres de distance (Hollande, 1911, p. 67).

Depuis, j'ai pu observer une semblable projection de sang chez Arctia caja L. Contrairement à ce que dit Portschinsky (voir note 1 ci-dessous) Arctia villica L. présente également une hémorrhée; il est bien certain que le rejet du sang s'observe encore chez d'autres Arctiidae.

En 1912, P. Schulze a montré en outre que, chez Spilosoma lutea Hfn. (Arctide également) adulte, il existait au collier, sous les patagia, une paire de grandes cellules glandulaires; Schulze homologue ces cellules glandulaires aux glandes de Verson (voir fig. 7, p. 443, du mémoire de Schulze) 2.

En rapprochant, d'une part, les observations de P. Schulze et celles que je viens de mentionner, des faits que j'ai indiqués en 1911 et qui se rapportent au mâle de Phragmatobia (Spilosoma) fuliginosa L., Arctide ne présentant pas d'autohémorrhée, mais possédant, en son lieu et place, sous les pièces du collier, un appareil glandu1.

glandu1. à ce sujet : Hildegard Schultz. Das Pronotum und die Patagia der Lepidopteren, in Deutschen Entomolog. Zeitschr. Heft, I, 1914.

2. A ce sujet, P. Schulze signale que la sécrétion d'un liquide par le thorax des Papillons a été mentionné dès 1778 par de Geer, Zeller 1840, Griffiths 1890, Portschinsky 1892, Fern 1899, Reid 1899, Dampf 1909, Uffeln 1909; les Papillons observés étant Arctia caja (le rejet n'existerait pas chez Arctia villica L. selon Portschinsky) Callimorpha dominula L., les Zygénides et Stilpnotia salicis L., Lasiocampa quercus L., Dicranura vinula L. La plupart des auteurs admettent qu'il s'agit d'une sécrétion glandulaire, utilisée comme moyen de défense, ou employée, d'après Reid, pour humecter la soie des cocons lors de l'éclosion du papillon; aucun de ces auteurs ne mentionne la nature sanguine du liquide émis.


DE LAUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES. 377

laire bien différencié et formé de deux vésicules exsertiles (voir fig. 20, pl. VI, Hollande 1911), et, d'autre part, en rappelant actuellement que Spilarctia (= Spilosoma) menthastri Esp. (espèce bien voisine de Spilarctia (= Spilosoma) lutea Hufn.) est capable de faire sourdre 1 à son collier deux gouttelettes de sang jaune, on constate que les nouveaux faits mentionnés, montrent que, chez les Lépidoptères, il existe d'étroites relations entre le processus du rejet du sang et l'expulsion des produits sécrétés par des éléments glandulaires.

II- — Orthoptères. — J'ai observé des faits nouveaux, bien voisins des précédents, chez les Orthoptères.

Voici d'abord ce que m'ont montré les larves de l'OEdaleus nigrofasciatus De Geer.

Cet Orthoptère, assez répandu aux environs de Montpellier, présente, comme l'avait déjà vu du reste Vosseler en 1903, la possibilité de gonfler les minces téguments chitineux qui relient le pronotum au mésonotum. Cette turgescence s'obtient sous l'influence de la pression du sang et se manifeste lorsque l'Insecte est irrité ou saisi entre les doigts; elle est surtout visible chez les larves du quatrième âge. Le phénomène est du même ordre que celui décrit par Guénot (1896) chez l'Ephippiger bruneri Bol. Lorsque ce dernier est irrité, dit Guénot, on voit apparaître « sur le pronotum relevé, au point d'attache de chaque élytre, une petite vésicule luisante gonflée par le sang jaune. Lorsque la pression sanguine cesse, la boule se ratatine et devient invisible; quand elle augmente, la boule crève et il s'échappe une grosse goutte jaune clair, bien facile à reconnaître au microscope pour du sang.

Chez la larve d'OEdaleus nigrofasdalus, les téguments du thorax à l'état de turgescence prennent une disposition triangulaire, ainsi que cela est représenté sur la Figure I. Ces téguments présentent en cet état une couleur verte due en grande partie à la teinte du sang sous-jacent.

Il m'est arrivé de constater, mais non constamment, que les téguments se rompent sous la pression sanguine; le sang s'échappe

1. En plus des Papillons rejetant du sang par le collier, déjà signalés par moi en 1911, j'ajouterai actuellement les espèces suivantes chez lesquelles se rencontre une hémorrhée : Paramesia plantaginis L., Philea irrorrela Cl., Utetheisa (Deiopeia Steph.) pulchella L. qui toutes sont des Arctïdae.


378 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

alors plus ou moins abondamment par la déchirure produite dans les téguments. Aussitôt la sortie du sang effectuée, la turgescence cesse. L'hémorrhée ne se produit pas chez les imagos.

Vosseler, qui n'a eu entre les mains qu'un seul exemplaire d'une larve d'OEdaleus nigrofascialus, n'a pu constater chez cet Insecte l'émission de sang dont je viens de parler, ni étudier la structure histologique de ses téguments turgescents. Ayant effectué des coupes

perpendiculairement à ces téguments, j'ai constaté que, à l'état de repos, ces téguments étaient rétractés, plissés et plus ou moins contournés sur eux-mêmes (Fig. II).

Je n'ai pu reconnaître sur les coupes, avec une précision suffisante, la présence de fibres musculaires s'insérant à la surface interne de ces téguments; si ces fibres existent, comme je le pense, elles doivent s'insérer sur les téguments en les deux points m (Fig. I) qui déterminent, lors de la turgescence, la forme triangulaire de l'appareil exsertile.

Histologiquement, les téguments sont constitués par deux assises de cellules se différenciant par la grandeur de leurs noyaux (Fig. III).

Attenant à la cuticule chitineuse sont disposées de petites celFIG.

celFIG. —Vésicule exsertile thoracique de la larve d'OEdoleus fasciatus de Geer, au quatrième âge; (ch. thorax, a1 ailes antérieures; a2 ailes postérieures; vésicule exsertile trilobée; m parties déprimées déterminant les lobes de la vésicule; x 2.

FIG. II — Épithéliurn glandulaire replié de la vésicule exsertile thoracique à l'état de non-turgescence de la larve d'OEdaleus nigrofasciatus ; r replis internes ; e cellules glandulaires de l'épithélium; X 60.


DE L AUTOHEMORRHÉE DES INSECTES. 379

Jules uninucléées à noyaux formés de gros grains fortement chromatiques (c); ces cellules sécrètent la chitine. Leurs noyaux mesurent de 5 a à 6 tu. Sous-jacentes à l'assise des cellules sécrétant la chitine, ou intercalées entre elles, sont situées de très grandes cellules glandulaires (g) (35 [j. x 65 y.) à très gros noyaux (22y. x 28 y.) (Fig. III). Le protoplasme de ces éléments est clair, parsemé de fins grains; à l'intérieur de ce protoplasme se voit, souvent disposé latéralement, une vacuole à contours circulaires qui n'est autre que le réservoir glandulaire (r) de la cellule. De ce réservoir part un fin canalicule (ca) se repliant fréquemment un certain nombre de fois dans le protoplasme; ce canalicule aboutit finalement à la chitine flexible, et de là s'ouvre à l'extérieur; il permet ainsi le rejet à la surface externe des téguments chitineux des produits sécrétés par chaque cellule glandulaire.

Il est fréquemment difficile de délimiter le protoplasme des cellules glandulaires par rapport à celui des cellules cuticulaires; on note assez souvent, la présence d'un petit noyau (n) le long des canalicules; ces noyaux sont peu différenciables des noyaux des cellules chitineuses; mais il est fort probable que chacun de ces noyaux appartient à la cellule qui a sécrété le canalicule.

A la partie inférieure des cellules glandulaires, j'ai vu parfois, mais seulement par place, de fines trachées accompagnées de noyaux à chromatine condensée. Une telle disposition pourrait faire croire, dans certains cas, à une troisième assise de cellules. Pour la plupart, ces cellules sont, à mon avis, des cellules trachéolaires 1 adossées aux cellules glandulaires et aux cellules cuticulaires.

Ainsi les téguments turgescents du thorax de la larve de l'OEdaleus étudiée ne sont autres que ceux d'une vésicule glandulaire

exsertile.

Vosseler, en 1903, a décrit chez OEdaleus senegalensis Krss., espèce voisine d'OEdaleus nigrofasciatus, une glande interne de forme triangulaire (voir fig. 1,2 A et 2 B de sa planche II) située sous le pronotum; cette glande s'ouvre à l'extérieur par une fente transversale au milieu de la partie supérieure du thorax.

Une telle glande se rencontre chez la larve, et chez l'adulte; elle

1. Cf. P. Rémy, 1925.


380 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

existe dans les deux sexes; elle est plus ou moins exsertile et est pourvue de muscles rétracteurs.

Histologiquement, elle est constituée par trois assises de cellules marquées principalement par leurs noyaux et non par la délimitation de leur protoplasme propre. C'est ainsi que l'on reconnaît les cellules sécrétant la chitine situées à la partie inférieure de cette dernière; sous-jacentes aux cellules chitineuses, se voient des cellules glandulaires uninucléées formées de gros éléments à noyaux volumineux; une dernière et troisième assise cellulaire est constituée par des cellules allongées accolées aux cellules glandulaires.

En comparant la glande d'OEdaleus senegalensis à la vésicule exsertile de la larve de l'OEdaleus nigrofasciatus, on remarque que la structure histologique de la glande thoracique d'OEdaleus senegalensis Krss. est bien voisine de celle des téguments glandulaires du thorax de la larve de l'OEdaleus nigrofasciatus; les éléments glandulaires en particulier sont semblables; seule manquerait, chez OE. nigrofasciatus, la troisième assise cellulaire; mais n'est-il pas permis de penser que les cellules de la troisième assise décrite par Vosseler ne sont en réalité que des cellules trachéolaires non identifiées par ce dernier auteur.

Ces glandes sécrètent, dans les deux cas, des substances odoriférentes qui sont expulsées par l'Insecte en cas de danger.

Un autre exemple de glande thoracique chez les Orthoptères a été signalé par Engelhardt, de Moscou, en 1914, chez OEcanthus pellucens Scop.. La glande d'OE. pellucens est située dans le milieu du métanotum et ne se rencontre que chez les mâles. Suivant l'auteur, la glande thoracique du mâle d'OEcanthus pellucens est formée de trois parties qui déterminent des lobes antérieurs, moyens et postérieurs.

La partie antérieure est constituée par un seul lobe pourvu de deux conduits sécréteurs; la partie moyenne comprend au contraire deux lobes distincts ayant chacun un conduit sécréteur propre; quant à la partie postérieure, elle est, comme la précédente, formée de deux lobes ayant également chacun un conduit sécréteur particulier.

Histologiquement, la glande thoracique d'OE. pellucens comporte, selon Engelhardt, des cellules glandulaires du type de la glande de Stein.


DE L.AUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES. 381

La glande décrite par Engelhardt a été vue pour la première fois par Hancock, en 1905, chez OEcanthus fasciatus Fitch, Orthoptère d'Amérique, aussi Engelhardt donne-t-il à la glande thoracique du mâle d'OE. pellucens le nom de glande de Hancock.

Selon B. Th. Boldyrev (1913), le produit sécrété par la glande de Hancock serait sucé par la femelle lors de l'accouplement, et ainsi préserverait pendant quelques instants le spermatophylax, déposé par le mâle, de la morsure des mandibules de la femelle, temps mis à profit pour la pénétration des spermatozoïdes dans les voies génitales de la femelle.

Les auteurs n'indiquent pas si les parois de la glande de Hancock peuvent se rompre sous la pression du sang et laisser sourdre quelques gouttes de sang; aussi, bien qu'il ne m'ait pas été possible d'examiner des OEcanthus pellucens mâles, je pense qu'il ne doit pas se produire d'hémorrhée, vu le silence des auteurs à ce sujet.

En 1915, E. Pawlowsky signale chez un Orthoptère des environs de Nairobi et de Moebira, le Phymatus hildebrandti Bol., la possibilité pour cet Insecte « d'émettre à la surface de son corps un liquide écumeux, principalement rejeté par un repli situé entre le premier et le deuxième segment abdominal, lorsque l'Insecte est pris entre les doigts ».

L'auteur ne put déterminer au microscope la nature du liquide émis (le matériel d'étude avait été capturé par V. A. Dogiel et I. I. Sokolov) et il dut se contenter des examens anatomiques et de l'observation de coupes topographiques. Bien qu'il existât, dit Pawlowsky, chez cet Insecte, à la base de pattes postérieures, « dans la membrane des articulations qui séparent le coxopodite et le métathorax, et le coxopodite et le fémur, des pores conduisant (comme il est démontré par les coupes) dans des tendons hypodermiques creux dirigés vers le métathorax de l'Insecte... », et malgré que la structure décrite ait quelque ressemblance avec le pore qui, chez Eugaster guyoni, sert à émettre le sang, l'auteur ne pense pas que ces pores puissent servir à un rejet de sang. Phymatus hildelrandti présente, en effet, deux glandes tégumentaires s'ouvrant de chaque côté dans la cloison qui sépare le premier et le deuxième segment abdominal,, au-dessus de l'appareil tympanal. C'est ainsi qu'on peut voir de chaque côté du corps, sous l'hypoderme, une glande sacciforme à


382 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

parois très repliées. « Les cellules qui constituent les parois de la glande sont voisines, comme structure, de celles décrites par Vosseler pour la glande d'OEdaleus senegalensis.

Pawlowsky note encore que chez Phymatus hildebrandti, il existe également « deux autres glandes situées sur la surface dorsale du pli

placé entre le deuxième et le troisième segment abdominal.... La plus grande décharge du liquide sécrété a lieu par le pli situé entre le premier et le deuxième segment abdominal, pli dans lequel s'ouvre la glande sacciforme susdite. Je suppose, dit Pawlowsky, que c'est la glande qui émet le liquide écumeux qui couvre le corps de l'Insecte. L'auteur ajoute enfin qu'il ne pense pas que le liquide sécrété soit un mélange de sang et de produit de sécrétion des glandes observées; il ne peut toutefois affirmer qu'il y ait absence de sang.

Comme autohémorrhée remarquable chez les Orthoptères, je dois signaler le nouveau cas que m'a présenté l'Eugaster spinulosus Ioh. (Fig. IV et V). J'ai pu étudier sur place, au Maroc, l'émission de sang par cet Insecte.

Eugaster spinolosus rejette, lorsqu'on le saisit, abondamment son sang. L'hémorrhée qu'il présente est absolument semblable à celle de l'Eugaster guyoni Serv. Il possède, comme ce dernier, des orifices sanguins (o Fig. IV et p Fig. VI) situés aux articulations des coxas et des trochanters de ses trois paires de pattes; c'est par eux que se produit la sortie du sang suivant la direction de la flèche de la Figure VII.

FIG. III. — Épithélium de la vésicule thoracique d'OEdaleus nigrofasciatus ; c cellule chitineuse; cu cuticule limitant la cavité interne de la glande; g grosse cellule glandulaire avec son réservoir r pourvu d'un canalicule ca; n noyau de la cellule canaliculaire; X 1080.


DE L'AUTOHÉMORRHEE DES INSECTES. 383

L'hémorrhée existe chez les larves et les imagos. L'émission de sang a lieu lorsqu'on saisit l'Insecte par les épines du thorax; elle se manifeste également

lorsque les fémurs sont excités.

Le sang émis est jaune, riche en leucocytes, lors des premières émissions; il peut être projeté à une distance de plusieurs centimètres (plus de 70 centimètres dans un cas). Déposé sur le bras de l'Homme, il ne détermine aucune ulcération, rougeur ou phlyctène.

Après une série d'émissions de sang, l'Insecte devient inapte à émettre son sang; il en est de même lorsqu'en captivité il est mal nourri 1; les larves rejettent moins de sang que les imagos.

Les orifices d'émission de sang, vus •extérieurement, sont, au point de vue morphologique, absolument semblables à ceux que l'on observe dans les articulations

articulations des pattes de l'Eugaster guyoni. Leurs contours extérieurs sont, en effet, comme chez ce dernier.

en forme de demi-lune, le bord supérieur de l'orifice, — celui tourné vers le coxa, — est convexe et constitué par un bourrelet chitineux fortement pigmenté en noir (Fig. VII). A l'état de repos, l'orifice de sortie du sang rappelle « un entonnoir » suivant

suivant donnée par Vosseler (1903) pour le pore sanguin de l'Eugaster guyoni.

1 En captivité, Eugaster spinolosus mange avidement les feuilles de salade (laitue), et il suffit, après une série d'émissions sanguines, d'alimenter abondamment l'Insecte pour qu'il puisse à nouveau émettre son sang.

FIG. IV. — Eugaster spinulosus Ioh. vu de dos et reproduit à moitié de sa grandeur naturelle ; o un pore coelomique de l'articulation coxo-trochantérienne.

FIG. V. — Eugaster spinulosus dans la position prise lors de l'autohémorrhée coxotrochantérienne.


384 A. CHARLES HOLLANDE. - LA SIGNIFICATION

Toutefois, à la coupe, l'appareil de sortie du sang n'apparaît pas, contrairement à ce que Vosseler a indiqué pour Eugaster guyoni (voir fig. 7, 8 et 9, PL I de son mémoire) comme étant un simple entonnoir dont l'extrémité effilée serait oblitérée par l'action de fibrilles musculaires s'y insérant.

L'appareil de sortie du sang de l'imago de l' Eugaster spinulosusn'est en réalité rien autre qu'une vésicule chitineuse exsertile dont

la chitine molle va en s'amincissant de plus en plus au fur et à mesure qu'elle s'enfonce à l'intérieur de l'articulation (Fig. VIII). Les cellules épithéliales qui sécrètent la chitine de la vésicule ont leur protoplasme fortement chargé de pigment noir localisé en desgranulations plus ou moins volumineuses; grâce à la présence de ces grains pigmentés, il est possible de suivre les contours internes de la vésicule exsertile.

On voit ainsi sur la Figure IX, cet épithélium ev se rompre en unendroit donné es pour se continuer à nouveau un peu plus haut, en une ligne, d'abord finement perceptible et révélée par la présence

de quelques grains noirs, puis plus nettement figurée par ses cellules épithéliales riches en pigment noir et par le revêtement chitineux qu'elles sécrètent. Au point de rupture des téguments, se trouve un caillot sanguin formé intérieurement par un tassement de leucocytes (s', Fig. IX); le centre du caillot est constitué par une masse noirâtre à contours irréguliers due à la formation de mélanineproduite à la suite de l'action de l'oxygène de l'air sur le sang1;. en s" (Fig. IX), à l'orifice externe o de la vésicule exsertile, se retrouvent de semblables formations.

1. Cf. A.-Ch. Hollande, C. R. Soc. Biologie, t. LXXXIII, p. 670 et 726, 1920.

FIG. VI. — Patte postérieure d'imago d'Eugaster spinudosus Ioh. ; c coxa; t trochanter; f fémur; ti tibia; p pore sanguin; X 2.


DE L'AUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES. 385

A la partie terminale de la vésicule, vient s'insérer un muscle m

dont les fines fibrilles tendineuses s'insinuent le long des cellules chitineuses pour prendre leurs points d'attache à la partie susjacente de la chitine sécrétée par ces dernières cellules.

Le mode de sortie du sang apparaît ainsi des plus simples. C'est sous l'influence de la pression du sang que se rompt la vésicule exsertile au moment de son évagination, et le lieu ou les lieux de rupture des téguments s'effectuent non loin de l'insertion du muscle rétracteur m dont le rôle est de ramener la vésicule à l'intérieur de l'articulation lorsque cesse la pression sanguine.

La Figure X, à un grossissement plus fort, montre ces faits

encore plus clairement. On y voit, grâce aux grains pigmentés en noir, que la vésicule exsertile s'est rompue en trois places différentes ; ces ruptures ayant pu se produire à la suite d'une ou de plusieurs émissions de sang. L'amas leucocytaire al est ici bien visible, et l'on peut aisément constater que les leucocytes situés à la périphérie sont tassés les uns contre les autres contrairement aux leucocytes situés à l'intérieur du caillot; en cet endroit, se perçoivent bien les contours irréguliers de la masse plasmatique du sang

transformée en mélanine ca ; la formation de cette mélanine est

FIG. VIL — Pore sanguin situé dans l'articulation coxo-trochantérienne de la patte postérieure de l'imago d'Eugasler spinulosus Ioh. ; c coxa, t trochanter ; m membrane d'articulation inter-coxo-trochantérienne; p pore sanguin fermé par quelques amas de sang desséché; b bourrelet limitant l'orifice sanguin à sa partie interne; le sang s'échappe du pore sanguin dans la direction de la flèche ; X 4.

FIG. VIII. — Coupe longitudinale de la patte postérieure de l'Eugaster spinulosus passant par l'articulation coxo-trochantérienne dans le plan de la vésicule exsertile v, siège de l'hémorrhée; c coxa; tr trochanter; t trachée; v vésicule exsertile avec son muscle rétracteur; X 3.


386 A. CHARLES HOLLANDE. - LA SIGNIFICATION

une preuve indirecte du fait que le sang s'est trouvé, à un moment donné, au contact de l'air et y a séjourné plus ou moins longtemps. En dehors de l'orifice o de la vésicule exsertile, on voit également deux amas de plasma sanguin ca chargés, eux aussi, de mélanine; non loin de cet orifice o, se voient encore, en l', un ou deux leucocytes

peu altérés.

Je n'ai pu constater la présence de cellule glandulaire parmi les cellules épithéliales, riches en pigments noirs, qui sécrètent

la chitine de la vésicule exsertile. Il importe toutefois de faire remarquer que les grains pigmentés existant dans le protoplasme des cellules épithéliales sont tellement abondants qu'il est le plus souvent difficile d'apercevoir les noyaux mêmes des cellules; ce qui rend l'observation très malaisée.

L'autohémorrhée coxo-trochantérienne de l'Eugaster spinulosus constitue le cas le plus remarquable d'émission sanguine que j'ai

FIG. IX. — Coupe longitudinale passant par l'orifice sanguin situé dans la membrane d'articulation coxo-trochantérienne de l'Eugaster spinulosus; c cl X 60; ch chitine épaisse et molle; c chitine mince et molle avec la vésicule exsertile ve; o orifice externe de la lumière de cette vésicule; m muscle rétracteur de la vésicule ; e épithélium chitineux ; s sang ; s' caillot sanguin oblitérant le lieu où s'est effectuée la rupture de la vésicule exsertile lors d'une autohémorrhée ; cs mélanine formée aux dépens du plasma sanguin sous l'action de l'oxygène de l'air; s" mélanine d'origine sanguine attenant encore à l'orifice de la vésicule exsertile; tr trachée.


DE L'AUTOHEMORRHEE DES INSECTES. 387

pu observer à la suite de la rupture d'une vésicule exsertile, et cela

est d'autant plus intéressant que l'Insecte est capable d'émettre

comme l'Eugaster guyoni, son sang à une distance de plusieur centimètres.

Cest encore là une démonstration que le rejet du sang chez l' Insecte est un acte secondaire et réflexe.

En présence des faits révélés par les coupes chez Eugaster spinuFIG.

spinuFIG. — Même coupe que précédemment dessinée à un grossissement plus fort; c cl X 130; chc chitine molle épaisse; ch' chitine molle mince; e épithélium chitineux dont les cellules sont chargées de gros grains de mélanine; m muscle rétracteur de la vésicule exsertile; p plasma sanguin coagulé par le fixateur; l et l' leucocytes; al masse leucocytaire formant un caillot oblitérant le lieu où la rupture de la vésicule exsertile s'est effectuée; ca et ca' mélanine dérivée du plasma sanguin; o orifice externe de la vésicule exsertile; é épithélium du cul de sac de la vésicule exsertile où s'insère le muscle rétracteur m; e" deux lambeaux de l'épithélium de la vésicule exsertile rompus sous la pression du sang lors d'une hémorrhée et dont les points de rupture sont également oblitérés par les leucocytes sanguins ; l' leucocytes sanguins altérés et situés dans la lumière de la vésicule exsertile.


368 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

losus, on peut se demander si, chez l'Eugaster guyoni, il n'existe pas une semblable disposition, la partie interne de la vésicule exsertile ayant été détruite par une série d'émissions sanguines, ou ayant pu échapper à l'observation de Vosseler à la suite de l'examen seul de coupes supérieures ou inférieures ne passant pas par la partie interne, de la vésicule exsertile; peut-être se peut-il aussi, vu la disposition du muscle obturateur représenté par Vosseler, qu' Eugaster guyoni constitue un type dont la vésicule exsertile a regressé considérablement; cette régression ayant été telle que, seule, une légère invagination des téguments de la vésicule exsertile aurait persisté; sur ces téguments s'insérerait le muscle rétracteur, considéré par Vosseler comme le muscle oblitérateur de l'orifice sanguin préformé 1; c'est à cette dernière hypothèse que je me range. Je n'ai pu malheureusement avoir actuellement des Eugaster guyoni vivants pour étudier à nouveau leurs orifices sanguins; quant à mes coupes effectuées en 1911, elles sont insuffisamment nettes sur ce point pour me permettre d'en tirer une conclusion précise.

De ces diverses observations il résulte que l'on peut constater, chez certains Orthoptères, l'existence de glandes tégumentaires 2 bien développées, situées à l'endroit du corps où, chez d'autres Orthoptères, s'observent soit des téguments glandulaires pouvant se rompre sous la pression du sang (larve d'OEdaleus nigrofasciatus), soit de petites vésicules exsertiles non glandulaires avec muscle rétracteur (Eugaster spinulosus), ou sans muscle rétracteur (larve de Gryllus campestris L. 3, imago d'Ephippiger bruneri Bol.) éclatant sous la pression du sang et donnant ainsi naissance à une autohémorrhée thoracique (méso et métanotum), soit enfin des fentes de la cavité thoracique (pronotum) d'où s'échappent, avec force parfois, des jets ou des gouttelettes de sang 4 (Platystolus pachygaster Luc., Dinarchus dasypus III., selon Vosseler).

1. Voir à ce sujet A.-Ch. Hollande, Bulletin soc. sciences nat. du Maroc, fasc. 1, 1926.

2. Il est à signaler également que chez les Phasmides (Bacillus rosii,selon Heymons, 1897, et Leptynia attenuata, selon de Sinéty 1901), il existe aussi des glandes thoraciques situées latéralement à la partie antérieure du protergum.

3. Cf. Hollande, 1911, p. 33, Fig. II, III et IV.

4. J'ai observé au Maroc de rares individus d' Euryparyphes marocanus Souss. laissant sourdre quelques gouttes de sang jaune sur une des deux ou sur les deux parties latérales du mésonotum; je ne crois pas toutefois qu'il s'agisse là d'une véritable


DE L' AUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES. 389

En d'autres termes, nous constatons qu'il existe encore chez les Orthoptères, de même que chez les Lépidoptères, une relation étroite entre les organes glandulaires et les appareils de sortie du sang : le cas nouveau de la larve d'OEdaleus nigrofasciatus de Geer., présentant une hémorrhée, comparé à celui de la larve et de l'imago d'OEdaleus senegalensis Hrss. sans hémorrhée et du mâle d'OEcanthus pellucens Scop. en fournit un exemple frappant; il vient ainsi confirmer les données que j'avais déjà fournies en 1911.

Peut-être, y aurait-il même lieu d'établir encore un certain parallélisme entre les organes glandulaires du Phymatus hildebrandtii Bol. et les vésicules exsertiles de l'Eugaster spinulosus Ioh. ainsi que les pores coelomiques (?) des Eugaster guyoni Serv..

III. — Coléoptères. — En 1916, a paru un travail important de Mc Indoo sur le Peflex Bleeding des Coccinellides.

Dans ce mémoire, Mc Indoo étudie le mode d'émission du liquide sortant des articulations fémoro-tibiales d'une Coccinellide américaine l'Epilachna borealis 1.

Selon Mc Indoo, le liquide rejeté par les pattes des Epilachna borealis est un produit glandulaire sécrété par de très nombreuses glandes hypodermiques et non le sang même de l'Insecte.

L'auteur fait une étude minutieuse et approfondie des éléments glandulaires situés à la surface des téguments des pattes de l'Insecte et.plus particulièrement de l'articulation fémorotibiale. Ce sont des glandes unicellulaires, des glandes cuticulaires hypodermiques, sousjacentes aux cellules chitineuses; elles sont disposées par petits groupes, ou bien, chacune s'ouvre isolément à la base d'un poil.

De telles glandes existent également dans la membrane d'articulation.

Parmi ces cellules glandulaires, les unes sont des glandes hypodermiques à réservoir, les autres sont des glandes bien voisines, mais dépourvues de réservoir. Il y a près de 500 pores (ouvertures des canaux glandulaires) par articulation fémorotibiale.

hémorrhée, tous les individus de cette espèce J ou ? examinés par moi en forêt ou dans le bled ne présentant pas cette émission de sang.

1. Dans le texte de Mc Indoo, la désignation de cet Insecte n' est suivie d'aucun nom d'auteur.

ARCH. D'ANAT. MICROSC - T. XXII, Fasc. 3, Novembre 1926. 25


390 A. CHARLES HOLLANDE. - LA SIGNIFICATION

Mc Indoo a en outre observé que « la cavité de l'extrémité proximale du tibia de cette coccinellide est divisée en deux chambres par une membrane qui s'étend le long de la jambe. Comme structure et apparence générale, cette membrane ressemble à l'hypoderme avec lequel elle s'unit de chaque côté de la jambe ». La cavité distale du fémur se trouve également divisée en deux chambres par une semblable membrane.

Ainsi sont formées dans la partie proximale, vers l'articulation

fémoro-tibiale, deux cavités dont l'une postérieure renferme le nerf et la trachée, tandis que l'autre antérieure ne contient que du sang. Dans la cavité postérieure, on ne voit que quelques cellules glandulaires hypodermiques disséminées ; la cavité antérieure contient au contraire presque toutes les cellules glandulaires hypodermiques; on ne voit pas de muscles en cette dernière région du tibia, dit l'auteur.

Mc Indoo a décrit le mode d'émission du liquide ambré qui sourd de l'articulation fémoiotibiale de l'Insecte.

Dans les conditions normales, une sécrétion s'écoule lentement par les tubes efférents glandulaires à la surface des téguments. « Comme cette sécrétion est très

volatile et a une odeur repoussante, il est probable qu'il n'en est pas besoin de plus pour préserver l'Insecte de la plupart de ses ennemis. » Pour cet écoulement normal, aucun réflexe n'entre en jeu.

Il n'en est plus de même lorsque l'Insecte est irrité. C'est en effet par réflexe que l'émission des produits glandulaires s'effectue alors au niveau de l'articulation fémoro-tibiale.

FIG. XI. — Coupe transversale du tibia de Epilachna chrysomelina (imago), c. cl. X 60; 1 poils tactiles; 2 membrane séparant le tibia en deux loges, l'une dorsale comprenant le tendon extenseur des tarses 6, l'autre ventrale renfermant la trachée 3; 4 branche du nerf fémoro-tibial ; 5 et 10 cellules glandulaires cuticulaires libres ou groupées ; 7 canalicules intrachitineux des cellules glandulaires cuticulaires ; 8 assise des cellules chitineuses; 9 chitine sécrétée par les cellules à chitine.


DE L' AUTOHEMORRHEE DES INSECTES.

391

A la surface des téguments de l'articulation fémoro-tibiale, il existe des poils tactiles dont les cellules sont innervées; à côté de la plupart de ces poils s'ouvre un pore d'une glande hypodermique. MC Indoo suppose que les poils excités transmettent leur excitation aux cellules glandulaires adjacentes et qu'alors ces cellules sécrètent abondamment. En même temps, les muscles de la patte se contractent et replient le tibia contre le fémur; ainsi, le

sang se trouve chassé dans la chambre qui contient les cellules glandulaires. Ces cellules, subitement placées sous l'influence d'une haute pression sanguine, sont à nouveau excitées. « Elles chassent alors instantanément la sécrétion contenue dans leur ampoule, forçant ainsi la sécrétion contenue dans leur réservoir à passer au dehors. Puis les cellules glandulaires sans réservoir se mettent à sécréter et augmentent encore le volume de la goutte liquide émise ». Il est intéressant de noter ici le rôle joué par la pression du sang au cours du processus de la sécrétion.

mu

FIG. XII. — Coupe transversale du fémur d'Epilachna chrysomelina (imago) ; c. cl X 60; m membrane séparant la cavité du fémur en deux loges; tr trachée médiane; n branche émanant du nerf fémoro-tibial médian; n' branche terminale d'un filet nerveux; g cellules glandulaires de la cuticule; cg conduit intrachitineux de ces glandes; e assise des cellules sécrétant la chitine; t tendon d'un muscle tenseur; mu autre muscle.


392 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

Il n'y a pas de doute, ajoute Mc Indoo, que l'émission du liquide à l'articulation fémoro-tibiale soit due à un réflexe.

« Étant donné qu'une légère excitation mécanique de l'extrémité distale du fémur suffit pour déclancher une émission de liquide, il est plus logique de croire que l'irritation est due aux poils tactiles plus qu'à la pression sur la chitine ».

Mc Indoo mentionne aussi que « cette sécrétion, étant donné son goût amer, sa forte volatilité et son odeur repoussante, a, sans aucun doute, pour premier rôle, la protection de l'Insecte ».

En dernier lieu, Mc Indoo, tend à admettre que chez divers Insectes méloïdes, Cysteodemus armatus et Epicauta pennsylvanica. l'émission du liquide qui s'effectue aux articulations fémoro-tibiales est aussi constituée par une sécrétion glandulaire. Il n'y a aucun orifice dans la membrane d'articulation permettant la sortie du sang. Chez ces derniers Insectes, cet auteur a retrouvé les mêmes pores glandulaires observés chez Epilachna borealis; ces pores sont ici encore situés sur les fémurs, les tibias et dans la membrane d'articulation.

Je ne reviendrai pas, dans le présent mémoire, sur la discussion de savoir si le liquide émis par l'articulation fémoro-tibiale des Insectes est formé par le sang de l'Insecte ou par la sécrétion de cellules glandulaires hypodermiques comme le prétend Mc Indoo. Je renverrai simplement le lecteur à mon mémoire de 1911 sur l'autohémorrhée chez les Insectes à ce sujet. Il suffit du reste, pour se rendre compte de la nature du liquide rejeté, d'examiner au microscope, entre lame et lamelle de verre, les gouttelettes émises; on y reconnaît alors sans peine la présence des leucocytes propres au sang (mêlés chez les Coccinellides aux granulations libres particulières à leur sang; cf. Hollande 1909); ceci traduit aisément la nature sanguine du liquide rejeté par l'Insecte.

Malheureusement Mc Indoo 1 a omis de faire un tel examen

1. Mc Indoo étudiant le liquide émis par les articulations fémoro-tibiales de l' Epilachna borealis dit (p. 202) : « Le liquide émis est ambré et d'odeur défensive; presque aussi amer que la quinine, il laisse dans la bouche quand on le goutte, une amertume qui subsiste une demi-journée. Légèrement visqueux, il se dissout lentement dans l'eau. Afin de le comparer avec du sang absolument privé de sécrétion glandulaire, j'ai coupé en deux les ailes des mêmes Insectes vivants. Les ailes, nous le verrons plus loin, sont privées de glandes hypodermiques et sont remplies de sang. Le sang des ailes a même couleur, même goût et probablement même odeur que le liquide émis, mais il n'est pas


DE L'AUTOHEMORRHEE DES INSECTES. 393

microscopique pour le liquide rejeté par les articulations fémorotibiales des Epilachna borealis; son texte, tout au moins, n'en fait pas mention 1.

N'ayant pu me procurer des Epilachna borealis vivantes, je n'ai pu examiner au microscope, comme je l'aurai désiré, le liquide jaune émis par leurs articulations fémoro-tibiales, et m'assurer ainsi s'il s'agissait du sang ou uniquement d'un produit glandulaire véritable; toutefois, il me semble qu'il serait bien surprenant que l'Epilachna borealis puisse différer en ce point de Epilachna argus Fourcr., et d'Epilachna chrysomelina F. de France, Coccinellides qui rejettent toutes deux par leurs articulations fémoro-tibiales du sang jaune et trouble, riche en fines granulations et leucocytes. C'est la raison pour laquelle je serai porté à considérer l'émission du liquide émis par les articulations fémoro-tibiales d'Epilachna borealis comme étant du sang et non comme un produit glandulaire, malgré l'opinion émise par Mc Indoo 2, ce sang pouvant et même devant être naturellement plus ou moins mélangé au produit de la sécrétion glandulaire hypodermique.

Les observations de Mc Indoo n'en demeurent pas moins très intéressantes et plusieurs faits signalés par cet auteur sont à retenir.

visqueux, se dissout rapidement dans l'eau et ne tombe pas aussi vite dans l'eau que le liquide secrété (... and does not sink as quickly as the ejected fluid) ».

On le voit, il n'y a pas là de caractères bien tranchés entre le sang circulant et le liquide émis par les articulations fémoro-tibiales.

1. Pour mémoire, je mentionnerai en note que C. Wace Carlier et C. Lowatt Evans (1911) ont publié dans les comptes rendus du 1er Congrès international d'entomologie, vol. II, p. 137-142, un opuscule se rapportant à la composition chimique de la sécrétion rougeâtre de Timarcha tenebricosa. Pour ces auteurs, le liquide émis sort de la bouche et est sécrété, soit par l'estomac, soit par les glandes salivaires. Il n'a pas été effectué, là encore, d'examen microscopique. Dans ce travail, que je n'avais pas eu en ma possession en 1911, les auteurs étudient la sécrétion, c'est-à-dire le sang, — car il s'agit en réalité du sang de l'Insecte, contrairement à l'avis des auteurs, — au point de vue chimique. Le sang recueilli en vieillissant laisse déposer des cristaux de phosphate de calcium (De Bono pensait qu'il s'agissait d'oxalate de calcium en 1888-1889). Quant au pigment, il est constitué par un lipochrôme, comme je l'avais déjà indiqué en 1906 (p. 35). Le sang délayé dans l'eau ne serait pas toxique pour les têtards.

A propos de l'action toxique du sang des Insectes présentant une hémorrhée, il faut encore citer le travail de Heikertinger F. (1921) qui étudie l'action toxique du sang des Coccinelles vis-à-vis de divers animaux et surtout des Insectes. Cet auteur ne mentionne pas l'action sur ce sang du réactif de Florence, ni la production des cristaux que ce réactif fait naître et qui tendent à faire supposer la présence, dans le sang des Coccinellides, de la névrine ou de la choline. Cf. Hollande, 1911, p. 106.

2. Mc Indoo n'a pas eu connaissance de mon mémoire de 1911 sur l'autohémorrhée des Insectes; cet auteur a bien voulu, à ma demande, me faire parvenir ses publications, je le prie d'agréer ici mes remerciements.


394 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

Le mécanisme fonctionnel des glandes hypodermiques, la présence d'une membrane spéciale dans le tibia permettant d'obtenir localement l'augmentation de la pression du sang sous l'influence de la contraction musculaire des muscles de la jambe, le siège du réflexe de l'hémorrhée au fémur, le rôle des poils tactiles dans ce réflexe sensitivo-moteur constituent autant de faits bien décrits et nettement mis en évidence.

Je dois néanmoins rappeler, ce que du reste indique Mc Indoo, que plusieurs auteurs avaient déjà signalé la présence des cellules glandulaires hypodermiques dans l'articulation fémoro-tibiale des Coléoptères, tels Magretti (1881), Beauregard (1889) et Berlese 1 (1909).

1. En 1911, p. 14, dans mon travail sur l'autohémorrhée des Insectes, parlant des observations de Berlese. je m'étais exprimé ainsi : Berlese (1909), tout en étudiant le rejet du sang au chapitre intitulé Ghimidolr confinate do son traité sur les Insectes, dit ne pouvoir se prononcer sur la. nature du liquide émis par les pattes des Meloe et la bouche des Timarcha. Les liquides émis, ne renfermant pas de leucocytes traverseraient, selon cet auteur, les membranes (d'articulation par osmose. » En 1922. dans le second volume de " Gli Insetti » (fasc. 30-31. L. 2. p. 738) Berlese me reproche de lui attribuer des affirmations qu'il n'a pas faites. Aussi me reportant à nouveau au texte de cet auteur, texte parfois assez difficile à interpréter du reste, je constate que Berlese p., 526. vol. I, parlant du rejet du sang mentionné par Cholodkowsky (dans son second mémoire) pour les larves de Tenthrédinides n'admet pas la possibilité d'un pore sanguin et ajoute ... de même que pour la saignée de Meloe..., on verra que le processus se fait seulement par voie osmotique. » A la page 535. vol. I, Berlese. étudiant l'articulation fémoro-tibiale du Meloe (dont il donne deux coupes longitudinales). s'exprime ainsi : Le liquide qui est destiné à sortir, se trouve dans la jambe tout prêt à sortir puisque c'est vraiment le sang lui-même. Il s'accumule dans un petit réservoir composé d'une cuticule très mince revêtue à la partie interne de cellules hypodermiques... » Il semblerait donc bien là, d'après ce dernier passage que Berlese indiquât nettement que le liquide émis par l'Insecte soit son sang proprement dit, avec ses leucocytes, " le sang lui-même ... pour employer l'expression de l'auteur; mais on voit qu'à la page suivante (p. 536. vol. I), après avoir étudié les cellules glandulaires hypodermiques et les muscles de la patte. Berlese reparlant à nouveau du liquide rejeté par la patte du Meloe. ajoute : Le liquide répulseur, il liquide repugnatorio, pénètre dans le réservoir simplement par voie osmotique et là, il attend d'être rejeté en dehors. » Puis, plus loin, concernant la nature du liquide même, Berlese mentionne : « Magretti (1881) y affirme la présence constante d'éléments cellulaires de deux sortes (peut-être de deux stades) paraissant avoir les caractères des amoebocytes. Moi, j ene sais comment cela peut-être, j'ai ici des Meloe vivants pour constater ce fait qui devrait faire admettre une solution de continuité dans les cloisons du réservoir sus-décrit, ce que je n'ai jamais vu. à moins que les prétendus éléments ne puissent s'infiltrer entre la séparation de ladite cloison décrite (celle du réservoir), en rapport avec le muscle et le muscle lui-même. " En d'autres termes, Berlese, après avoir parlé ici de sécrétion glandulaire dont le produit est rejeté à la surface des téguments, signale la présence d'un liquide (venant du sang et non constitué par le sang lui-même, contrairement à ce que dit l'auteur, puisqu'il ne renferme pas de leucocytes) qui s'amasse dans le réservoir formé par la membrane de l'articulation fémoro-tibiale de la patte, après avoir traversé par osmose cette membrane d'articulation; tout au plus ce liquide, venant du sang et privé de leucocytes, pourrait-il être désigné sous le nom de " plasma sanguin ", mots que Berlese n'a pas employés. D'après l'exposé qui précède, on voit que Berlese ne s'est pas exactement rendu compte que le liquide rejeté par l'articulation


DE L' AUTOHEMORRHEE DES INSECTES. 395

Récemment, E. Rabaud (1922) a également publié quelques observations se rapportant à « la saignée réflexe » par les pattes d'Epilachna argus 1 Fourcr., d' Epilachna chrysomelina F. et de Coccinella 7-punctata L.

Malheureusement Rabaud n'a pas eu connaissance du mémoire de Mc Indoo; aussi n'apporte-t-il aucun fait nouveau. C'est ainsi qu'après Mc Indoo, il redécrit le réflexe de l'autohémorrhée fémoro-tibiale, et trouve comme ce dernier auteur, le siège du réflexe au niveau des fémurs. Toutefois Rabaud ne mentionne pas chez les Epilachna de France la présence ou l'absence de la membrane qui, chez Epilachna borealis, cloisonne le tibia et le fémur vers l'articulation fémoro-tibiale; cet auteur n ayant pas pratiqué, à l'instar de Mc Indoo, des coupes au travers des articulations fémoro-tibiales qu'il étudie, et n'ayant pas examiné au microscope ces articulations par transparence, ne signale également pas la présence ou l'absence, chez les Epilachna argus et chrysomelina, des glandes hypodermiques si bien décrites par Mc Indoo chez Epilachna borealis; enfin, ne recherchant pas la présence des poils tactiles et n'étudiant pas les cellules nerveuses inhérentes, Rabaud conclue, à tort et contrairement à Mc Indoo, que, chez les Insectes qu'il étudie, l'autohémorrhée fémoro-tibiale est « un réflexe sensitivo-moteur sans élément sensoriel ». Loc. cit., p. 2572.

fémoro-tibiale des Insectes était constitué par leur sang proprement dit, leur sang complet, et non par un sang incomplet de l'Insecte, — et cela faute pour Berlese de m'avoir pu observer les leucocytes. Je pense du reste que cette non-observation de l'auteur provient du fait que les Insectes émetteurs de sang étudiés par lui, étaient des animaux conservés en captivité depuis plusieurs jours et ayant probablement, lors des examens microscopiques, rejeté antérieurement du sang en abondance; les dernières gouttes de sang émises — celles observées, je présume — ne renfermant par suite que peu de leucocytes. C'est uniquement ce que j'avais voulu exprimer, — me basant sur les remarques que je viens de mentionner — en écrivant en 1911 que Berlese n'avait pu se prononcer « sur la nature exacte » du liquide émis par l'articulation des pattes des Insectes, présentant une autohémorrhée fémoro-tibiale.

J'ajouterai que je ne suis d'ailleurs pas le seul auteur a avoir interprété dubitativement le texte de Berlese. Mc Indoo (1916) dit en effet de son côté : « Berlese (1909) semble penser que le liquide émis par les Meloe est un mélange de sang (« sans leucocytes », aurait du ajouter Mc Indoo) et de la sécrétion de glandes hypodermiques. » C'est en effet à une telle conclusion logique que l'on pourrait également arriver si l'on n'analysait pas aussi scrupuleusement le texte de Berlese, que je viens de le faire.

1. Rabaud, de même que Mc Indoo, n'indique pas les noms d'auteurs des Insectes qu'il •étudie; il est bien certain que c'est d' Epilachna argus Fourcr. et d'Epilachna chrysomelina F. dont Rabaud veut parler, Epilachna chrysomelina Redtb. étant en synonymie avec E. argus Fourcr.

2. Rabaud n'admet pas le mot « autohémorrhée » que j'ai proposé en 1911 pour désigner le rejet du sang par l'Insecte. Dans le cas de l'hémorrhée fémoro-tibiale des Epi-


396 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

Ayant étudié, à ce point de vue, les pattes de l'imago d'Epilachna chrysomelina F., j'ai pu constater, sur des coupes, à la celloïdine, passant par la moitié du corps du tibia que ce dernier présentait une membrane transversale (2, Fig. XI) déterminant à l'intérieur de cette partie de la patte la formation de deux loges distinctes. Sur cette membrane, dans la loge postérieure, repose la trachée principale et le nerf tibial; dans la loge antérieure, se voient le tendon fléchisseur des tarses.

C'est là une disposition, sinon semblable, du moins bien voisine de celle observée par Mc Indoo chez Epilachna borealis. La membrane transversale du tibia d'Epilachna chrysomelina s'insère sur la chitine entre les cellules de l'hypoderme qui tapisse intérieurement la chitine.

J'ai rencontré une disposition voisine dans le fémur du même Epilachna, comme le montre la Figure XII.

Les pattes d'Epilachna chrysomelina présentent encore les mêmes cellules glandulaires à réservoir que celles mentionnées par Mc Indoo chez Epilachna borealis. Ces glandes accompagnent la plupart du

lachna et des Coccinelles, étudiées par Rabaud, les mots saignée réflexe que cet auteur emploie, conviendraient en effet parfaitement pour désigner le fait observé, puisqu'il s'agit d'un acte réflexe et d'une véritable saignée —ou mieux d'un véritable saigmsnent —, c'est-à-dire d'une hémorragie provoquée à la suite d'une déchirure des téguments sanguinare), ou plutôt ici d'un ds'onllomeui. de la membrane d'articulationi en iémi .-i il (Cf. Hollande, 1911, p. 62). décollement dont Rabaud ne fait d'ailleurs pas mention. Mais comme il existe, chez d'autres Insectes, des rejets de sang s'effectuent par des orifices préformés et fort bien délimités (larves de Tenthréd laides), — et non a la suite d'une déchirure des téguments —. on ne peut plus employer alors les termes saignée réflexe ». puisqu'il ne s'agit plus en ces cas d'un saignement vrai, c'est -a-dire d'une émission de sang à la suite d' une déchirure ou d'une rupture des parois tégumentaires contenant le sang. Dans ces conditions le mot " saignée « qui est relativement ims dans certains cas, devient incorrect dans d'autres; c'est pourquoi j'ai proposé en bail, le mot « autohémorrhée ". En effet, il n'est guère possible d'admettre en biologie un terme pour designer un phénomène chez certains animaux et d'employer un autre terme pour désigner un semblable phénomène chez d'autres animaux. Rabaud, dit encore que le mot autohémorrhée implique une intervention active de la volonté de l'animal ; je ne puis souscrire à cette interprétation ; le sens étymologique des mots grecs qui composent le nom " autohémorrhée" le prouvent (voir note p. 3741 ; jamais 21g n'a voulu dm- volontaire ou par volonté, mais simplement soi-même ou de soi-même. Le mot autohémorrhée ne renferme pas plus l'idée de volonté que les mots automate automoh:: ou autointoxication par exemple. Cette suggestion d'un acte volontaire dans le phénomène de l'hémorrhée a d'ailleurs été nettement éliminée par moi-même dans mon mémoire de 1911, car, après discussion des faits observés, j'ai été amené à conclure. page 121, que " l'autohémorrhée est un acte reflexe en admettant toutefois comme étant démontré que les actes volontaires de l'Insecte soient uniquement commandes par les ganglions cérébroïdes et sous-resophagiens ... Rien ne prouve du reste actuellement qu'un acte réflexe chez l'Insecto ne puisse pas, dans certaines conditions, être répété volontairement par lui.


DE L'AUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES.

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temps les poils tactiles (Fig. XIII) ; elles peuvent se rencontrer isolées et plus rarement réunies en quelques éléments; la membrane de l'articulation fémoro-tibiale en renferme également.

Toutes ces glandes ne sont que des glandes cuticulaires qui déversent leurs substances élaborées à la surface des téguments (Fig. XIV). Elles se rencontrent, non seulement vers l'articulation fémoro-tibiale, mais encore à la surface des téguments du tibia et du fémur en des lieux éloignés de cette dernière articulation.

La Figure XII montre un filet nerveux n émanant du nerf fémorotibial

fémorotibial allant se terminer (n') parmi les cellules du revêtement chitineux, des cellules glandulaires et des poils tactiles.

Chez Epilachna chrysomelina, le produit rejeté par les glandes cuticulaires n'a rien de commun avec le liquide émis par les articulations fémoro-tibiales, celui-ci étant constitué uniquement par le sang de l'Insecte. Après traitement de la patte postérieure d'Epilachna chrysomelina par la potasse en solution aqueuse à 33 p. 100, décoloration à l'eau de chlore (24 heures), lavages à l'eau, aux alcools et montage au baume de Canada-xylol, je n'ai pas observé les petits pores groupés décrits par Mc Indoo et situés non loin de l'articulation fémoro-tibiale (fig. 1, a et b, Planche X de l'auteur).

FIG. XIII. — Poil tactile et conduit intrachitineux d'une glande cuticulaire adjacente à ce poil tactile d'une patte d'Epilachna chrysomelina; X 820(réduit de 1/3) ; c chitine; g glande cuticulaire avec son noyau et sa vacuole interne d'où part le canalicule aboutissant au réservoir r; p poil tactile.

FIG. XIV. — Terminaison des canalicules des cellules glandulaires cuticulaires à la surface de la cuticule de la patte d'Epilachna chrysomelina X 820 (réduit de 1 /2) ; r réservoir intrachitineux des glandes cuticulaires ; v surface vallonée de la chitine; ccrêtes chitineuses.


398 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

En outre, il n'existe pas chez Epilachna chrysomelina de muscle extenseur annexe du tibia nettement différencié, comme cela se voit chez Galerucella luteola O. F. Müller (Cf. Hollande, 1911, fig. 31, pl. VII); l'hémorrhée se fait ici à la suite de la rupture de la membrane de l'articulation fémoro-tibiale, non loin du point d'insertion du tendon du muscle extenseur du tibia sur le fémur.

J'ajouterai que la membrane qui partage le tibia en deux chambres spéciales, décrite par Mc Indoo chez Epilachna borealis, et que j'ai mentionnée chez Epilachna chrysomelina, n'est pas spéciale aux

Coléoptères présentant une hémorrhée fémoro-tibiale, car je l'ai retrouvée chez Galerucella nymphaeae L. où j'ai pu l'observer nettement in vivo, au travers des téguments de la patte, à l'examen microscopique.

On sait en effet que Galerucella nymphaeae L., contrairement à Galerucella luteola Müll., ne présente pas d'autohémorrhée fémoro-tibiale.

Je crois qu'une telle membrane sert surtout à faciliter la circulation du sang dans la patte de l'Insecte 1.

J'ai vu, en effet, au microscope, par transparence, et à plusieurs reprises, sur quelques pattes de la Galéruque du nénuphar arrachées et placées sur une lame porte-objet, un courant sanguin exister le long de la partie antérieure du tibia et se propager du tibia vers le fémur, le sang ayant ainsi une direction centripète par rapport au corps de l'animal. Il est possible du reste qu'il existe un organe propulsif, tel qu'une ampoule sanguine contractile 2, en quelque endroit de la patte; je n'ai pu toutefois l'apercevoir.

1. F. Brocher en 1917 décrit une telle membrane dans les pattes (tibia) des larves d'Aeschna (Odonates) et montre nettement le rôle important que joue cette membrane dans la circulation du sang dans la patte, ainsi que la direction des courants sanguins qu'elle détermine; l'un de ces courants centripète, remontant le côté dorsal du tibia: cf. F. Brocher (1917), Etude expérimentale sur le fonctionnement du vaisseau dorsal et sur la circulation du sang chez les Insectes; 2e partie : Les larves d'Odonates. Archiv. zool. expérim. et génér., t. LVI, p. 455-490 (se reporter également à ce sujet à la p. 403 de ce mémoire).

2. Cf. F. Brocher. Sur l'organe pulsatile observé dans les pattes des Hémiptères aquatiques. Annales de Biologie lacustre, t. IV, Bruxelles, p. 33-41, 1909.

FIG. XV. — Larve de Lampyris reichei, montrant les vésicules exsertiles v épistigmatiques de l'abdomen; t 3, métanotum; p 3, patte postérieure; a 1, a 2. premier et deuxième segment abdominal, s stigmates; X 3.


DE L'AUTOHÉMORRHÉÊ DES INSECTES. 399

NOUS venons de voir que Mc Indoo et Rabaud avaient établi que le réflexe de l'autohémorrhée fémoro-tibiale des Coccinellidae (Epilachna, Coccinella) présentait comme point de départ le fémur. J'ai moi-même maintes fois observé ce réflexe et la chose n'est pas douteuse. Toutefois, j'ai constaté que certaines conditions prédominaient à ce réflexe; j'ai remarqué en particulier que ce dernier était surtout très net lorsque l'Insecte, ayant rejeté du sang à plusieurs reprises, avait en partie épuisé son sang, ou lorsqu'il était maintenu en captivité depuis quelque temps, soit sans alimentation, soit avec une nourriture défectueuse et peu abondante.

J'ai pu aussi constater que ce réflexe pouvait manquer totalement lorsque les Coccinelles avaient été conservées longtemps en captivité sans nourriture (telles les Coccinelles sortant de leur léthargie hibernale). Dans de telles conditions, bien souvent, aucune hémorrhée ne se produit alors, et cela bien que le fémur soit, à plusieurs reprises fortement excité.

Inversement, j'ai noté que, lorsque l'Insecte est capturé dans la nature en plein repas, la sortie du sang par les articulations fémorotibiales peut parfois s'effectuer sans toucher directement aux fémurs de l'Insecte. C'est ainsi qu'en faisant tomber dans ma main, au moyen d'un choc brusque, des Coccinella 7-punctata L. en train de manger des Pucerons, j'ai vu, plusieurs fois, quelques-unes d'entre elles, mais non toutes, tombées sur le dos et demeurées ainsi immobiles, rejeter à la fois du sang par une ou plusieurs de leurs articulations fémoro-tibiales, principalement celles des pattes postérieures lorsque je touchais l'Insecte avec une fine aiguille au métasternum et non aux fémurs ou aux tibias.

J'ai encore noté, plus exceptionnellement il est vrai, un même résultat en saisissant au moyen d'une pince à mors fine des Epilachna chrysomelina F. en train de manger, de façon telle que l'un des mors de la pince soit appliqué sous l'extrémité abdominale et l'autre à la partie supérieure des élytres (ce qui du reste est assez souvent malaisé par suite du glissement de la pince sur les élytres lisses de l'animal). Dans ces conditions, la quantité de sang émis était assez forte, et il devenait, en général, après une telle émission, impossible de reproduire l'autohémorrhée fémoro-tibiale, en tou-


400 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

chant le métasternum de l'Insecte; au contraire, cette hémorrhée pouvait encore se manifester en touchant les fémurs.

En m'adressant, non plus à des Coccinellides, mais à des Coléoptères vésicants, il m'a été aisé, comme je l'ai indiqué en 1911, de produire une autohémorrhée fémoro-tibiale par simple pression de l'abdomen ou du métasternum, et cela toujours sans toucher aucunement aux fémurs de l'Insecte. Ce fait se montre surtout manifestement chez Zonabris (Mylabris) variabilis Pall.

Pour produire l'hémorrhée dans ce cas, il suffit, en effet, de saisir latéralement au moyen d'une pince à mors l'abdomen d'un tel Insecte en train de manger des fleurs d'Ononis épineuse ou de Luzerne par exemple; on voit alors souvent dans ces conditions apparaître des gouttelettes de sang aux articulations fémorotibiales de ses deux dernières paires de pattes, plus rarement de ses trois paires de pattes. Le même phénomène se reproduit, lorsque, à la tombée de la nuit, l'Insecte engourdi est projeté sur le sol par un léger choc donné à la plante et que, tombé sur le dos, on saisit latéralement son abdomen au moyen d'une pince à mors. Chez de tels Mylabres dont le sang a été rejeté ainsi abondamment, là encore, il n'est en général plus possible d'obtenir une nouvelle hémorrhée par la pression latérale ou dorso-ventrale de l'abdomen, tandis qu'on peut en touchant leurs fémurs déterminer l'hémorrhée fémoro-tibiale, cette hémorrhée se produisant uniquement à l'articulation de la patte dont le fémur a été excité.

Par contre, chez une espèce de Mylabre bien voisine de la précédente, Mylabris (Zonabris) floralis Pall., rencontrée dans les prairies alpines, je n'ai pu qu'exceptionnellement obtenir l'hémorrhée fémoro-tibiale en comprimant l'abdomen de l'Insecte, comme il a été dit ci-dessus 1.

Les Meloe peuvent, eux aussi, rejeter du sang par leurs articula1.

articula1. tient peut-être à ce que l'hémorrhée fémoro-tibiale est plus accentuée chez certaines espèces que chez d'autres.

J'ai de la sorte constaté qu'à coté d'Insectes présentant naturellement une autohémorrhée abondante, des espèces très voisines en était dépourvues totalement; c'est ainsi que Mylabris oleae, captures dans la forêt de Marmora aux environs de Rabat (Maroc.) Zouitis immaculata Oliv. des environs de Montpellier, ne présentent pas d'hémorrhee fémoro-tibiale; il en est encore de même de Trichodes (Clerus) 8 punctatus F., déride sans autohémorrhée, bien voisin pourtant de Trichodes (Clerus) alcerarius F. et de T. apiarius L. ayant une hémorrhée se produisant à l'articulation des hanches et du thorax (Cf. Hollande. 1911, p. 55).


DE L'AUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES. 401

tions fémoro-tibiales sans qu'il soit besoin d'exciter leurs fémurs.

J'ai pu ainsi produire, à différentes reprises, une autohémorrhée fémoro-tibiale chez Meloe rugosus March., en touchant simplement soit le premier, soit le second segment abdomino-ventral, l'Insecte étant placé sur le dos 1. La sortie du sang, dans ces conditions, intéressait surtout les articulations fémoro-tibiales des troisième et deuxième paires de pattes; la provocation dans les conditions précitées de cette hémorrhée était particulièrement manifeste chez cet Insecte au moment de sa capture.

D'autre part, en frottant avec la pointe d'une aiguille l'épicrâne d'un Meloe rugosus Marsh., j'ai pu également, à plusieurs reprises et très nettement, déterminer une autohémorrhée fémoro-tibiale des pattes antérieures; en ce cas, les deuxième et troisième paires de pattes ne présentaient pas d'émission de sang. Meloe rugosus, tout comme les autres Coléoptères ayant une autohémorrhée fémorotibiale, rejette néanmoins du sang par les pattes dont on excite les fémurs.

D'après ces observations, il semble donc que le point de départ des réflexes de l'autohémorrhée fémoro-tibiale ne soit pas obligatoirement et uniquement localisé, pour certaines espèces tout au moins, aux fémurs; le cas de Meloe rugosus émettant du sang aux articulations fémoro-tibiales antérieures en excitant l'épicrâne en est un exemple.

La quantité de sang rejeté par un Insecte présentant une autohémorrhée fémoro-tibiale varie ordinairement avec la grosseur de l'animal 2. Il y a peu de sang émis par les Coccinelles, davantage par les Mylabres et les Cantharides, beaucoup en général, par les Meloe 3.

En comparant le volume de la gouttelette de sang rejetée par une

1. L'attouchement du sternum et des premiers segments abdominaux des Meloe et des Lytta vesicatoria détermine l'apparition d'un réflexe qui se traduit, l'Insecte étant sur le dos, par le repliement des pattes vers la partie médiane du corps, sans que ces pattes s'appliquent étroitement au corps; c'est dans cette situation que se produit secondairement rhémorrhée. On sait que, chez les Coccinelles, l'hémorrhée fémoro-tibiale se produit lorsque les pattes sont étroitement appliquées contre les parois du corps.

2. Nous avons vu qu'il en est de même pour les Orthoptères, les larves d'Eugaster spinolosus rejetant moins de sang que les imagos.

3. Contrairement aux divers Meloe, Meloe majalis L. du Maroc (environs de Rabat) dont le sang est rouge et non jaune, n'émet que rarement et seulement une très petite quantité de sang par ses articulations fémoro-tibiales.


402 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

patte de Meloe proscaraboeus L., au moment de sa capture 1, avec celui de sa patte, on constate aisément que tout le sang émis ne peut provenir uniquement de la patte qui l'émet, le volume du sang émis étant souvent deux à trois fois supérieur à celui de la patte tout entière, cuisse, fémur et tarses compris.

Les mêmes constatations se font chez Lytta vesicatoria L., avec une évidence encore plus manifeste. On ne peut donc admettre comme l'ont fait quelques auteurs, que seul le sang contenu dans la patte au moment de sa flexion est rejeté lors de l'hémorrhée fémorotibiale 2; aussi semble-t-il naturel de présumer, comme le pense Guénot et comme je l'ai dit moi-même en 1911, qu'une contraction des muscles abdominaux intervient secondairement pour chasser le sang vers les extrémités du corps de l'Insecte et augmenter ainsi la pression du sang aux lieux où s'effectue l'autohémorrhée 3.

F. Brocher, en 1917 4, a donné l'explication de l'augmentation de la pression du sang à l'articulation fémoro-tibiale des larves d'Aeschna (Odonates).

Les données fournies par cet auteur s'appliquent fort bien aux articulations fémoro-tibiales des Insectes présentant en ces lieux une autohémorrhée.

Brocher a, en effet, constaté dans le fémur de ces Insectes la présence d'un vaisseau sanguin longeant la trachée et dans le tibia, celle d'une membrane percée de trous séparant ce tibia en deux loges.

Le sang pénètre, dit-il, dans le fémur par le vaisseau sanguin, puis arrive dans le tibia; là, le vaisseau se transforme par élargissement d'une de ses parois en une simple membrane formée de cellules claires à noyaux ovales; cette membrane est ajourée d'orifices

1. Il n'en est pas de même chez l'Insecte conservé en captivité et non nourri dont le sang n'est émis le plus souvent qu'en petite quantité.

2. Ce qui devrait être si l'on admettait, entre autres, l'hypothèse de Rabaud qui considère que la pression du sang émis par la patte provient uniquement de la poussée due aux muscles de l'appendice, dont l'effet serait de modifier la pression sanguine locale, loc. cit., p. 255, (opinion également émise par Mc Indoo).

3. L'action des muscles abdominaux n'est pas admise par Rabaud pour l'autohémorrhée fémoro-tibiale des Coccinelles ; cela résulte sans doute de ce que cet auteur a dû étudier la sortie du sang surtout chez des Coccinelles maintenues en captivité depuis quelques temps et rejetant par suite peu de sang.

4. Voir également Brocher, Etude exprimentale sur le fonctionnement du vaisseau dorsal et sur la circulation du sang chez les Insectes, 5e partie. La Periplaneta orientalis. Ann. Soc. entom. de France, vol. XCI, 1922, p. 156-164.


DE L'AUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES. 403

petits. C'est cette membrane, indiquée plus haut, qui, en se fixant à ses deux bords sur l'épithélium des cellules chitineuses, sépare transversalement le tibia en deux loges antérieure et postérieure, Une telle membrane me paraît en bien des points comparable à. celle qu'à décrite Mc Indoo, en 1916, chez Epilachna borealis, et à celle que j'ai retrouvée dans les tibias des pattes d'Epilachna chrysomelina (Fig. XI).

Le sang, à la sortie du vaisseau fémoral, tombe dans la cavité postérieure du tibia et se dirige vers les tarses où la membrane se continue : par les orifices de la membrane, le sang passe et arrive dans la cavité supérieure des tarses et du tibia; le sens du courant, qui était centrifuge dans la cavité postérieure du tibia devient alors centripète 1 (voir Fig. XIX b, du mémoire de Brocher).

Le sang circule dans la patte d'Aeschna par saccades, douze à la minute, dit Brocher, et ces saccades sont en relation avec le rythme de la respiration rectale, — c'est-à-dire avec les mouvements abdominaux provoqués par les rejets de l'eau que l'Insecte introduit dans son rectum pour sa respiration. Il y a ainsi douze rejets d'eau par l'anus en une minute; ceci montre nettement les relations qui existent entre les contractions de l'abdomen et la circulation du sang dans la patte de l'Insecte.

Brocher donne le nom de membrane « poplitée » à la membrane chitineuse située à la partie inférieure de l'articulation fémorotibiale de la patte de l'Insecte. Il étudie en détail la circulation du. sang dans la patte de la larve d'Aeschna et constate que, dans certaines conditions la membrane poplitée se soulève, gonflée par la pression du sang.

L'augmentation de la pression sanguine qui soulève la membrane poplitée n'est pas un phénomène purement local,— contrairement à l'opinion de Rabaud 2 — mais « provient, dit Brocher, p. 484, d'une contraction abdominale ou rectale, ou à la suite d'un effort quelconque». C'est l'opinion que j'ai soutenue pour la sortie du sang lors de l'autohémorrhée fémoro-tibiale des Coléoptères (Hollande,

1911).

1 C'est ce que j'ai signalé dans la patte de Galerucella nymphoeoe (p. 25), où existe dans le tibia une membrane permettant la direction du courant sanguin.

2 Rabaud (1922) ne fait pas mention du travail de Brocher de 1917.


404 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

« L'augmentation de la pression sanguine produite par la contraction abdominale, ajoute Brocher, est rapide et de courte durée. Dès qu'elle est passée, le sang reprend son cours normal et nous savons qu'il est aspiré dans l'abdomen;... le sang qui circule dans le fémur est aspiré vers le coxa ", loc. cit., p. 487.

J'ai montré, en 1911, que le sang émis par l'articulation fémorotibiale de l'Insecte, lors de l'autohémorrhée était réabsorbé — ce dont convient également Rabaud — lorsque l'excitation, cause de l'hémorrhée, cessait.

Cette aspiration s'explique très facilement par la cessation de l'augmentation abdominale de la pression du sang suivant le processus indiqué par Brocher; elle n'est en effet que le corollaire de l'augmentation de la pression du sang.

IV. — Relations entre l'autohémorrhée et les organes glandulaires exsertiles. — Je rappellerai maintenant— ce que j'ai déjà indiqué en 1911 — qu'il existe des relations étroites entre le rejet du sang chez l'Insecte et l'évagination de certaines de ces glandes tégumentaires exsertiles comme celles des larves de Melasoma populi L. 1.

L'évagination des glandes abdomino-dorsales des larves de Melasoma se manifeste en effet lorsque l'on excite dorsalement les segments abdominaux qui les possèdent. Comme dans le cas de l'hémorrhée fémoro-tibiale, le phénomène varie suivant que la larve est examinée à jeun ou en pleine alimentation. A jeun, lorsqu'un seul segment abdominal est touché au moyen de la pointe d'une aiguille, ce ne sont que les glandes du segment touché qui s'évaginent, et encore bien souvent, réversion ne s'exerce-t-elle que sur la glande la plus proche du point où le contact de l'aiguille s'est effectué; alimentée, la larve, après le mème contact de l'aiguille, fait au contraire fréquemment saillir à la fois plusieurs de ses glandes exsertiles situées sur les segments voisins de celui qui a été excité.

1. Selon Gerson Garb. les larves de Melasoma lapponica présentent aussi des glandes exsertiles semblables à celles de Melasoma populi. et également pourvues de muscles rétracteurs. Cf. Pomona, Journal of. Entomology and Zoology. vol. VII, n° 2.

On rencontre de même chez Phytodecta viminalis L., d'après C. J. Gahan (1921), des glandes éversibles existant entre le septième et le huitième segment de l'abdomen. Ces glandes émettent deux branches qui se dressent à une hauteur d'environ un millimètre; elles ont une couleur orange.

Se reporter également à ce sujet au mémoire de J. S. Wade. Notes on défensive scent glands of certain Coleoptera (1921).


DE L'AUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES. 405

Ces faits sont homologues de ceux que l'on observe chez les larves de Coléoptères présentant une autohémorrhée siègeant à la partie dorsale des téguments abdominaux, comme cela se voit chez les larves d'Agelastica alni L. Là aussi, le contact léger d'une épingle avec les téguments abdomino-dorsaux se traduit par l'apparition du sang en un ou plusieurs lieux où l'hémorrhée se produit habituellement, suivant que l'Insecte est à jeun ou repu de nourriture. Il en est de même pour les larves des Coccinelles à 7 points. (Cf. Hollande, 1911, p. 45-46 et p. 50-51).

On retrouve encore les mêmes faits chez les larves de Cimbicides (Hyménoptères) qui sont capables d'émettre leur sang par les pores 1 abdominaux situés de chaque côté de leurs corps. Il est en effet, fréquent chez ces Insectes, que l'autohémorrhéé se produise en même temps par plusieurs pores coelomiques, lorsque l'on touche, au moyen d'une aiguille, les téguments dorsaux ou latéro-dorsaux d'une de ces larves (Cimbex saliceti Zadd. par exemple), et surtout lorsqu'une telle larve est observée, en pleine nature, sur sa plante nourricière.

Au contraire, chez une de ces larves, conservée en captivité, depuis quelques jours, seuls les deux pores sanguins du segment touché rejettent du sang et bien souvent encore, dans ces conditions, il n'y a qu'un seul de ces deux pores qui émet du sang, le pore situé, semble-t-il, le plus près du point de contact de l'aiguille. Une observation identique devient enfin possible lorsque l'Insecte, venant d'être capturé, a perdu au préalable, beaucoup de sang à la suite d'une première hémorrhée.

Il est bien certain qu'il existe chez ces différentes larves (Melasoma, Agelastica, Cimbex), — de même que pour l'autohémorrhéé fémoro-tibiale des imagos (Meloe, Zonabris, Lytta, Coccinella) — un ou des points de départ nettement déterminés du réflexe ou des réflexes sensitovo-moteurs qui permettent, soit l'évagination des glandes éversibles, soit l'autohémorrhéé; il est bien naturel également de penser que les poils tactiles, qui commandent ces réflexes, sont en

1. A. Handlirsh dans Handbuch der Entomologie de C Schröder, Bd. II, Livr. 19 et 20, p. 140 1926 parlant de la sortie du sang chez les Insectes, signale à tort une telle sortie desstigmates « aus ihren Stigmen? » des larves de Cimbex, « comme moyen de défense » dit-il. L'auteur reproduit une de mes figures et fait suivre le mot « Stigmen » d'un point d'interrogation, bien que, dans mon texte (1911), il soit nettement expliqué que le sang émis sourd de pores coelomiques èpistigmatiques.

ARCH. D'ANAT. MICROSC. - T. XXII. Fasc. 3, Novembre 1926. 26


406 A. CHARLES HOLLANDE. - LA SIGNIFICATION

relation directement ou indirectement avec les organes glandulaires et les appareils de sortie du sang, ou plus exactement avec les muscles rétracteurs qui les commandent, lorsque ces muscles existent.

Ainsi, on le voit, de plus en plus apparaissent étroites tes relations qui existent chez les Insectes entre l'autohémorrhée d'une part, et le rejet de certains de leurs produits glandulaires d'autre part.

L'étude approfondie des glandes tégumentaires de l'articulation fémoro-tibiale des Epilachna borealis faite par Mc Indoo permet tout particulièrement d'assimiler le rejet du sang par les pattes de Coléoptères à l'expulsion de produits glandulaires.

Pour que l'homologation entre les appareils de sortie du sang et les organes glandulaires exsertiles soit complète, il resterait à trouver deslarves de Tenthrédinides présentant latéralement des glandes tégumentaires exsertiles bien développées, ces glandes étant épistigmatiques, siégeant en d'autres termes, aux lieux et places des pores coelomiques sanguins, tels qu'on les observe chez les larves de Cimbex saliceti Zadd. et de Trichiosoma sorbi Hortl.

Personnellement, je n'ai pu rencontrer encore une telle espèce, mais j'ai signalé, en 1911 (p. 69), que certaines larves de Tenthrédinides comme celle d'Athalia spinarum Fabr. présentaient au-dessus des deux derniers stigmates abdominaux une vésicule exsertile pouvant se rompre sous l'influence de la pression du sang et déterminer ainsi une hémorrhée se produisant là où existe chez d'autres larves de Tenthrédinides un pore coelomique.

Comme une vésicule exsertile non glandulaire n'est bien souvent que le vestige d'une glande éversible, — la comparaison entre les vésicules exsertiles dorsales des larves d'Agelastica alni 2 qui sont le siège d'une autohémorrhée et les glandes tégumentaires éversibles dorsales des larves de Melasoma populi en fournit un exemple remarquable — il s'ensuit que l'on est en droit de considérer la larve d'Athalia spinarum comme étant un témoin des larves de Tenthrédinides ayant dû posséder des glandes éversibles épistigmatiques.

Il est à rappeler également à ce sujet que, chez certaines larves,

1. Dans le mémoire de Cholodkowsky intitulé « Sur les papilles éversibles des larves Tenthrédinides du genre Nematus » (Rev. zool. russe, Moscou, I, 1916), l'auteur n'étudie que les glandes ventrales exsertiles des larves des Tenthrédinides et ne signale aucune glande épistigmatique.

2. Cf. Hollande, 1911, p. 50.


DE L'AUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES. 407

Il est vrai autres que celles des Tenthrédinides, — il existe parfois des glandes épistigmatiques, exsertiles ou non ; tels sont les cas présentés par les larves d'Ocypus olens Müll. (Coléoptère) qui, selon Georges Vitoch (1898), à la fin de leur vie embryonnaire, présentent des glandes tabulaires externes, ramifiées, ces glandes étant situées au-dessus de chaque stigmate; une disposition analogue se retrouve chez les larves et les imagos femelles de Lampyris noctiluca L. et reichei Duv. (Fig. XV) ainsi que je l'avais déjà signalé en 1911 (p. 82) 1. Il ne m'a pas été possible d'observer le développement des oeufs d'une Tenthrédinide présentant à l'état larvaire des pores sanguins;

il se pourrait que, au cours de leur développement embryonnaire, de telles larves montrassent des glandes exsertiles épistigmatiques ou des ébauches de ces glandes.

Quant aux imagos de Tenthrédinides dont les larves présentent des pores sanguins latéralement, ils ne possèdent aucune hémorrhée.

Ayant recherché chez de tels imagos s'il y avait des vésicules exsertiles latérales, j'ai pu constater leur présence, mais à un état peu différencié, chez Cimbex saliceti Zadd.

Chez l'imago de ce Cimbex, il existe en effet une paire de vésicules latérales exsertiles par segment abdominal, mais ces vésicules sont peu visibles et seules les

vésicules des premiers segments sont assez développées ; ces dernières sont pourvues d'un muscle rétracteur (Fig. XVI). Ajoutons toutefois que de telles vésicules ne sont guère homologuables aux pores

1. Il y a chez les larves de Cimbex saliceti Zadd., sept stigmates trachéens abdominaux possédant des pores coelomiques épistigmatiques; les stigmates thoraciques ■sont dépourvus de pores sanguins. Les larves de Tenthrédinides, possédant des glandes exsertiles médio-ventrales, ont ces glandes au nombre de six ou sept (Tenthrèdes de l'aulne, du rosier, etc.), il n'existe aucune de ces glandes situées au-dessous des stigmates thoraciques; il n'y en a également aucune à la partie thoraco-ventrale (sternum). De même, la larve du Lampyris reichei Duv. ne présente de glandes exsertiles latérales qu'aux sept premiers segments abdominaux, ces glandes étant épistigmatiques; les stigmates du thorax sont aussi dépourvus de glandes.

FIG. XVI. — Vésicule exsertile v du premier segment abdominal de l'imago de Cimbex saliceti Zadd. ; t, téguments la téro-dorsaux; t' téguments latéro-ventraux; m muscle rétracteur ;c.ad cellules adipeuses ; X 30.


408 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

coelomiques de la larve, du fait qu'elles sont hypostigmatiques, au lieu d'être épistigmatiques comme le sont les pores sanguins.

V. — Conclusions. — Cette revue rapide des appareils de sortie du sang par rapport à certains organes glandulaires exsertiles permet de constater que les mécanismes qui président à l'autohémorrhée apparaissent des plus simples. C'est sous l'influence de la pression du sang que s'effectue la sortie du sang. Que cette pression soit locale ou générale, — et on doit l'admettre tout à la fois locale et générale, — toutes les contractions musculaires de l'Insecte qui, par leurs effets sur les téguments qu'elles commandent, tendent, en rapprochant ces téguments, à chasser le sang dans les parties cutanées les plus reculées du corps de l'Insecte, jouent obligatoirement un rôle dans l'augmentation en ces endroits de la pression sanguine; elles facilitent ainsi l'autohémorrhée. Il est bien certain que les muscles dorso-ventraux remplissent un rôle important à ce sujet, que ces muscles se contractent dans un seul segment abdominal ou dans plusieurs segments abdominaux à la fois.

La sortie du sang, de même que l'évagination d'une glande exsertile est déterminée par un réflexe sensitivo-moteur, et toutes deux se produisent sous la pression du sang.

Chez les larves de Cimbex, de Trichiosoma (Hyménoptères), chez les Pucerons (Aphides) 1 — c'est-à-dire chez les Insectes où l'autohémorrhée s'est le plus différenciée — lorsque la pression du sang cesse, les pores coelomiques par lesquels s'effectue l'hémorrhée se ferment au moyen de leurs clapets obturateurs, l'oblitération étant obtenue par le relâchement des fibres musculaires qui s'insèrent à la base du clapet obturateur.

Un même processus conditionne le fonctionnement des vésicules exsertiles à hémorrhée (larve d'Agelastica alni 2) et des glandes hypodermiques évaginables (glandes larvaires de Melasoma populi L.) 3, toutes deux étant également pourvues de muscles rétracteurs; il en est encore de même chez Eugaster spinulosus

1. Voir à ce sujet la comparaison que j'ai faite en 1911 entre les cornicules des Pucerons rejetant uniquement de la cire provenant d'une glande cirière sous-jacente aux cornicules, et les cornicules d'autres Aphides rejetant à la fois du sang et des cellules cirières libres. Cf. Hollande, 1911, p. 40 et suivantes.

2. Cf. Hollande, 1911, fig. 30, pl. VI.

3. Cf. Hollande, 1911, fig. 19, pl. VI.


DE L'AUTOHÉMORRHÉE DES INSECTES. 409

Dans l'autohémorrhée fémoro-tibiale des Coléoptères, où la sortie du sang se produit parfois par suite d'un décollement de la membrane d'articulation sous l'influence de la pression du sang, le muscle extenseur annexe du tibia paraît, lui aussi, conditionner plus ou moins l'autohémorrhée en fermant ou en laissant ouvert, suivant ses contractions, l'orifice né du décollement de la membrane d'articulation (Cf. Hollande, 1911, p. 63 et fig. 32-33, pl. VII).

Il est bien certain aussi que les contractions musculaires des muscles rétracteurs ou obturateurs modifient localement la pression sanguine, mais l'augmentation de pression qui résulte de leur jeu doit être bien faible, ce qui ne veut pas dire que cette pression ne joue aucun rôle dans l'autohémorrhée.

La perte du sang ne met, dans les conditions habituelles où se trouve l'Insecte, nullement en danger la vie de l'animal, contrairement à ce que dit Rabaud (1922, p. 256) pour les Coccinelles et les Epilachna qu'il a d'ailleurs seules étudiées. J'ai eu, en effet, maintes occasions de m'en rendre compte, pour un grand nombre d'Insectes. Seuls peuvent mourir les Insectes — et cela concerne également les Coccinelles et les Chrysomèles — qui, à la suite de la perte de sang subie par eux, sont laissés en captivité sans eau et sans nourriture.

Quant à l'origine et à la signification de l'autohémorrhée chez l'Insecte, — signification dont Rabaud prétendait récemment « n'en apercevoir véritablement aucune » (loc. cit., p. 257), — elles trouvent leurs explications très simplement dans les relations qui existent ou ont existé entre les appareils de sortie du sang et les appareils glandulaires présents ou disparus. L'autohémorrhée coxo-trochantérienne de l'Eugaster spinolosus n'en est-elle pas un' bien bel exemple. L'étude comparative de ces divers appareils en fournit maintes fois la preuve.

En laissant ainsi de côté les Insectes dont les téguments, trop frêles et très délicats, se brisent aisément, on peut dire actuellement : il y a hémorrhée là ou il y avait jadis sécrétion glandulaire; formule qui, en certains cas, peut également se traduire : il y a hémorrhée là où un appareil glandulaire est en voie de régression.

Il me semble actuellement inopportun de parler ici à nouveau de l'utilité ou de la non-utilité pour l'Insecte de l'autohémorrhée qu'il


410 A. CHARLES HOLLANDE. — LA SIGNIFICATION

présente; j'exprimerai toute ma pensée en disant que le rejet du sang chez l'Insecte ne doit pas être considéré « dans un but finaliste l » comme l'ont fait bien souvent les auteurs: ces diverses questions ayant été amplement traitées dans mon mémoire de 1911, je me permets d'y renvoyer le lecteur 2.

Montpellier, le 25 avril 1926.

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1. Cf. Bull. Soc. Sciences nat. du Maroc, t. X, 1926.

2. Je tiens à mentionner à nouveau ici que je ne considère pas l'hémorrhée comme un moyen d'excrétion — ce que j'ai déjà dit en 1911. p. 133, — et cela malgré les très intéressantes et récentes observations de P. Rémy (1922) ayant trait au rejet de sang par les Argasidae chez lesquels l'autohémorrhée parait liée plutôt à une glande disparue ou en voie de régression, qu'en rapport avec un phénomène d'excrétion proprement dit.


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TABLE DES MATIÈRES DU TOME XXII

1926

Fascicule 1. — 31 janvier 1926.

Recherches sur le cytoplasme des Sporozoaires, par PH. JOYET-LAVERGNE (28 figures dans le texte. Planche I) 1

La première ébauche des fibrilles conjonctives provient-elle du chondriome? par E. LAGUESSE (Planches II, III) 129

Fascicule 2. — 15 septembre 1926.

Le sang et les organes hématopoïétiques dans l'anémie toxique maternelle ; influence

sur le foetus et le nouveau-né, par KATARO HAYASHI (Planche IV) 177

Développement de la cornée chez le Poulet; rôle du mésostroma, son importance générale; les membranes basales, par E. LAGUESSE (Planches V, VI) 216

Études cytologiques et hématologiques, par WITOLD KOMOCKI (Planche VII) . . 226

Fascicule 3. — 30 novembre 1926.

L'histogenèse des fibrilles de la cornée dans ses rapports avec le chondriome, par E. LAGUESSE (8 figures dans le texte. Planche VIII) 293

Hypertrophies nucléaires, noyaux géants, noyaux informes, amas de noyaux, par

A. GUIEYSSE-PELLISSIER (24 figures dans la texte) 329

La signification de l'autohémorrhée des Insectes, par A. CH. HOLLANDE (16 figures

clans le texte) 374



TABLE DES AUTEURS

GUIEYSSE-PELLISSIER (A.). Hypertrophies nucléaires, noyaux géants, noyaux

informes, amas de noyaux. 329

HAYASHI (Kataro). Le sang et les organes hématopoïétiques clans l'anémie toxique maternelle; influence sur le foetus et le nouveau-né ........ 177

HOLLANDE (A. Ch.). La signification de l'autohémorrhée des Insectes 374

JOYET-LAVERGNE (Ph.). Recherches sur le cytoplasme des Sporozoaires .... 1

KOMOCKI (Witold). Études cytologiques et hématologiques 226

LAGUESSE (E.). La première ébauche des fibrilles conjonctives provient-elle du chondriome? 129

LAGUESSE (E.). Développement de la cornée chez le Poulet; rôle du mésostroma, son importance générale; les membranes basales

LAGUESSE (E.). L'histogenèse des fibrilles de la cornée dans ses rapports avec

le chondriome. 293

Coulommiers. — Imprimerie PAUL BRODARD.



ARCHIVES

D'ANATOMIE MICROSCOPIQUE

FONDEES PAR.

E. -G. BALBIANI ET L. RANVIER

PUBLIEES PAR

L. -F. HENNEGUY

MEMBRE DE L' INSTITUT, PROFESSEUR D'EMBRYOGENIE COMPARÉE A.U. COLLEGE . D.E . FRANCE

TOME XXII. — FASCICULE III Avec 1 planche hors texte.

PARIS

MASSON ET Cie, ÉDITEURS

LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE D.E. MÉDECINE 20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e)

Ce, cahier a été publié le 30 Novembre 1926.


SOMMAIRE

L'histogenèse des fibrilles de la cornée dans ses rapports avec le chondriome, par E. LAGUESSE (8 figures dans le texte, Planche VIII) 293

Hypertrophies nucléaires, noyaux géants, noyaux informes, amas de noyaux, par A. GUIEYSSE-PELLISSIER (24 figures dans le texte) 329

La signification de l'autohémorrhée des Insectes, par A. CH. HOLLANDE (16 figures dans le texte) 374

PRIX DE L'ABONNEMENT AU TOME XXIII (1927) :

France et Colonies : 100 francs. — Prix du numéro : 40 francs.

Étranger : Dollars, 4.80; Livre sterling, 1.0.0; Francs suisses, 24; Pesetas, 34.30; Florins hollandais, 12; Lei roumains, 1200.

Les prix d'abonnement pour l'étranger sont exclusivement payables dans l'une des monnaies ci-dessus indiquées.

Les auteurs des mémoires reçoivent gratuitement 50 tirés à part de leurs mémoires. Ils peuvent en outre s'en procurer, à leurs frais, un plus grand nombre.

Les tirages à part ne peuvent, en aucun cas, être mis dans le commerce.

MASSON ET Cie, ÉDITEURS LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

120. BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS — VIe ARR.

P. POIRIER, A. CHARPY, A. NICOLAS

TRAITÉ

D'ANATOMIE HUMAINE

TOME PREMIER (2e Fascicule)

Arthrologie - Développement des Articulations

4e ÉDITION ENTIÈREMENT REFONDUE

Un volume de 270 pages, avec 234 figures en noir et en couleurs.

Prix de base pour la France 65 fr

En plus : hausse variable (40 % Juillet 1926). Prix fixe pour l'Étranger : 2 dollars 60, 10 shellings 10 pence

13 francs suisses, 18 pesetas 57, 6 florins hollandais 50.


ARCHIVES

D'ANATOMIE MICROSCOPIQUE

FONDES PAR

E.-G. BALBIANI ET L. RANVIER

PUBLIEES PAR

L.-F. HENNEGUY

MEMBRE DE L' INSTITUT, PROFESSEUR D' EMBRYOGENIE COMPAREE AU COLLÈGE DE FRANCE

TOME XXII. — FASCICULE II Avec 4 planches hors texte.

PARIS

MASSON ET Cie, ÉDITEURS

LIBRAIRES DE L ' ACADÉMIE DE MÉDECINE

120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN (6e)

Ce cahier a été publié le 15 Septembre 1926.


SOMMAIRE

Le sang et les organes hématopoïétiques dans l'anémie toxique maternelle; influence sur le foetus et le nouveau-né. par KATARO HAYASHI (Planche IV) 1 77

Développement de ta cornée chez le Poulet; rôle du mésostroma. son importance générale; les membranes basales. par E. LAGUESSE (Planches V-V-I) .... 216

Études cytologiques et hématologiques, par WITOLD KOMOCKI (Planche VII) . . 226

PRIX DE L'ABONNEMENT AU TOME XXII : 100 francs.

PRIX DU NUMÉRO : 40 francs.

Les auteurs des mémoires reçoivent gratuitement 50 tirés à part de leurs mémoires. Ils peuvent en outre s'en procurer, à leurs frais, un plus grand nombre.

Les tirages à part ne peuvent, en aucun cas, être mis dans le commerce.

MASSON ET Cie, EDITEURS LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

120. BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS — VIe ARR.

H. ROUVIERE

Professeur agrégé.

Chef des travaux anatomiques à la faculté de médecine de Paris.

Descriptive et Topographique

Traité complet en deux volumes ne se vendant pas séparément et comprenant 1668 pages, 988 figures en noir et en couleurs.

Les deux volumes : Prix de base pour la France ( Brochés. ...... 200 fr.

Cartonnés tête rouge 230 fr. En plus : hausse variable (40 % Juillet 1926).

Prix fixe pour l'Étranger : Broché : 8 dollars, 1 livre 13 shellings 4 pence, 40 francs suisses, 37 pesetas, 20 florins hollandais. — Cartonné : 9 dollars 20, I livre 18 shellings 4 pence, 46 francs suisses, 65 pesetas 57, 23 florins hollandais.


M A S S ON ET Cie, ÉDITEURS

LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS — VIe ARR.

Nouveauté

ANATOMIE CÉRÉBRALE

LES NOYAUX GRIS CENTRAUX ET LA RÉGION

MÉSENCÉPHALO-SOUS-OPTIQUE

Suivi d'un appendice sur l'Anatomie pathologique de la maladie de Parkinson.

PAR

CH. FOIX

Professeur agrégé

à la Faculté de Médecine

de Paris.

J. NICOLESCO

Assistant d'Histologie

à la Faculté de Médecine

de Bucarest.

Un volume grand in-8° de 582 pages sur papier couché avec 356 figures et 4 planches en couleurs.

Broché 100 fr.

Prix de base pour la France ... . . . fr.

Relié toile, fers spéciaux. 125 fr.

En plus : hausse variable (40 % Juillet 1926).

Prix fixe pour l'Étranger : Broché : 4 dollars 80, 1 livre, 24 francs suisses, 34 pesetas 28, 12 florins hollandais. — Relié : 5 dollars, 1 livre 10 pence, 25 francs suisses, 35 pesetas 71, 12 florins hollandais 50.


MASSON ET Cie, ÉDITEURS

LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS — VIe ARR.

MICROSCOPIE DE L'OEIL VIVANT

Diagnostic précoce et sémiologie des Affections du segment antérieur de l'OEil

Par F. Ed. KOBY (Bàle)

Un vol. de 240 pages avec 43 figures. Prix de base pour la France. 30 fr. En plus : hausse variable (40 % Juillet 1926).

Prix fixe pour l'Etranger : 1 dollar 20; 5 shellings, 6 francs suisses, 8 pesetas 57, 3 florins hollandais.

COLLECTION DE PRÉCIS MÉDICAUX

Vient de paraître :

PRÉCIS

DE MICROSCOPIE

Technique - Expérimentation - Diagnostic

Par M. LANGERON

Chef de laboratoire à la Faculté de Médecine de Paris, Chef des travaux de parasicologie à I'Institut de médecine coloniale.

QUATRIEME ÉDITION ENTI ÈREMENT REFONDUE

n volume de 1.034 pages, avec 315 ligures.

Prix de base pour la France Broché. ...... 40 fr. Cartonné. .... 46 fr.

En plus : hausse variable (40 % Juillet 1926).

Prix fixe pour l'Etranger : Broché : 1 dollar 60, 6 shellings 8 pence. 8 francs suisses, II pesetas 42, 4 florins hollandais. — Cartonné : 1 dollar 81. 7 shellings 8 pence, 9 francs suisses 20, 13 pesetas 14 4 non:::-: iujllal'dais 60.

Reg. du Com. 13.231.

Coulommiers. — Imp. PAUL BRODARD. — 3-26.