Reminder of your request:


Downloading format: : Text

View 1 to 16 on 16

Number of pages: 16

Full notice

Title : Journal des artistes : annonce et compte rendu des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure, lithographie, poésie, musique et art dramatique

Author : Société libre des beaux-arts (Paris). Auteur du texte

Publisher : (Paris)

Publication date : 1832-11-18

Contributor : Farcy, Charles-François (1792-1867). Rédacteur

Contributor : Guyot de Fère, François-Fortuné (1791-18..). Rédacteur

Contributor : Huard. Rédacteur

Contributor : Delaunay, A. H.. Rédacteur

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 19648

Description : 18 novembre 1832

Description : 1832/11/18 (A6,VOL2,N21).

Description : Note : GRAV.

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k5411506r

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, V-11997

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb391813444

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 13/12/2010

The text displayed may contain some errors. The text of this document has been generated automatically by an optical character recognition (OCR) program. The estimated recognition rate for this document is 100 %.
For more information on OCR


VIe ANNÉE. 2e VOL. — N° XXI.— 18 NOVEMBRE 1832.

JOURNAL DES ARTISTES

ET DES AMATEURS ,

OU

REVUE PITTORESQUE ET MUSICALE.

TRAVAUX PUBLICS

DÉPARTEMENT DU DOUBS.

Comment serait-elle étrangère aux arts, cette belle contrée où la nature est si imposante et si pittoresque ? où le Mont-d'Or dont la cîme domine une étendue immense offre un spectacle si grand et si varié? où, sur le sommet du Guchet, plus élevé encore, se déroule le magnifique tableau d'un vaste horizon parsemé de lacs, de rivières, borné par les cîmes glacées des Alpes et du Saint-Gothard? où les chaînes de montagne, qui font suite à la chaîne des Alpes sous le nom du Mont-Jura, présentent une foule de phénomènes et d'aspects pittoresques ?

Aussi ce département a-t-il donné naissance à un assez grand nombre d'hommes dont l'imagination fut riche, animée comme cette contrée poétique, mais irrégulière, âpre et sauvage comme elle.

Ainsi, le poète Mairet fut un des premiers qui donna l'essor à notre tragédie dans l'enfance. De nos jours, Charles Nodier s'est distingué par des romans poétiques autant que par son érudition et sa fécondité ; et Victor


562

Hugo s'est montré souvent poète sublime. Mais ces enfans du Jura , ont dédaigné de poser un frein à leur imagination, quelquefois hardie et âpre comme les monts qui les virent naître.

Un département duquel sont sortis beaucoup d'hommes célèbres doit aimer et cultiver les arts et les lettres. Celui du Doubs jouit de cet avantage. L'instruction y est assez généralement répandue. Il a une académie universitaire et un collège royal; des écoles en tous genres, une société académique qui fait d'utiles travaux, une société d'agriculture ; à Besançon une bibliothèque qui a plus de 50,000 volumes , et dont le conservateur, M. Weiss, mérite la reconnaissance des amis des lettres et des arts; un musée de tableaux et d'antiques, riche surtout sous ce dernier rapport, un musée d'histoire naturelle, etc.

Cependant malgré tous ces motifs d'impulsion pour les arts et pour les travaux publics, auquel doivent s'intéresser des habitans capables d'en sentir lès avantages d'utilité et d'agrément, il existe à cet égard une sorte d'indifférence qui nous semble bien réelle. Je puis en citer un exemple.

Les quatorze fontaines qui existent à Besançon ne fournissent que difficilement assez d'eau pour les besoins de la ville. Lors de l'administration de M. Villiers du Terrage, sous Louis XVIII, ce préfet avait eu l'idée de restaurer le canal d'Arcier, ouvrage des Romains, dont une grande partie est conservée, et qui fournissait anciennement des eaux abondantes à la ville. Il avait obtenu des fonds considérables pour commencer l'exécution de ce projet; mais on parvint dans la ville à faire détourner ces fonds au profit de l'esprit de parti, et, depuis, il ne fut plus question du canal.

C'est que l'esprit jésuitique et les gothiques idées ont trop souvent paralysé lés intentions généreuses clans ce département et éloigné le noble sentiment des arts. On peut en citer une autre preuve : Il existe à Besançon les ruines d'un Arc de Triomphe romain , vulgairement appelé Porte-Noire. Ce monument menaçait ruine ; pour le soutenir, on s'était avisé d'en remplir les vides avec une maçonnerie grossière; on avait même imaginé d'élever au-dessus, en forme de tour,


365

une muraille qui dissimulait les vraies proportions de ce bel édifice Mais ce n'est pas tout: à côté, on l'avait eu partie masque' par un calvaire de mauvais goût qui s'élevait à la grande édification des fidèles , plus touchés de ce vain simulacre que de leur profanation envers des ruines majestueuses qui sont un des ornemens de leur cité. Depuis, cependant, l'Arc de Triomphe a été dégagé , et il a été restauré par M. Marnotte, architecte du département.

Cette province renferme un assez grand nombre d'antiquités romaines et du moyen âge.

En 1820 , une heureuse impulsion y avait été donnée pour la recherche et la conservation des anciens monumens ; mais aujourd'hui, bien que nous ayons un inspecteur général qui aurait dû ranimer le zèle de toutes parts, ces travaux sont entièrement oubliés dans le département du Doubs. Les fouilles si intéressantes de Mandeure sont abandonnées, et le théâtre, mis à découvert, exposé aux ravages du temps , s'écroule de toutes parts; il ne présentera bientôt plus qu'un monceau de décombres; et, dans quelques années, le territoire de l'ancienne Epomanduodurum, exploré chaque jour par d'avides spéculateurs , n'offrira plus rien de curieux.

La ville de Besançon, quoique bien bâtie, et offrant des rues larges, est cependant susceptible d'un grand nombre d'embellissemens. On a proposé , mais en vain, de remplacer le pont si mesquin de Brégille par un pont en fil de fer pour les gens à pied , et un autre, suspendu aussi, pour les voitures, qui serait établi vis-à-vis les casernes de SaintPierre. Ces deux ponts donneraient une vie active à cette partie solitaire de la ville; et si, après avoir élargi convenablement la rue Henri, on perçait une rue en communication de celle du Clos-Saint-Paul, à travers les jardins de MM. Chifflet et Détrey, on ouvrirait une issue à la nouvelle halle et aux voitures débouchant du nouveau pont. Le commerce et l'industrie recueilleraient de grands avantages de ces améliorations qui, d'un autre côté , nécessiteraient la construction de maisons d'habitation sur les nouvelles issues. M. Parandier, ingénieur des ponts et chaussées de la ville, a publié sur ces ponts et sur les ouvrages accessoires à cons-


564

truire dans la ville et ses dehors un mémoire qui paraît avoir fixé l'attention de l'autorité locale.

La ville de Besançon n'est pas assez coupée de rues de traverses , et le besoin en est vivement senti sur plusieurs points. On attend l'élargissement des rues de la Bouteille et de Baron, qui a été projeté; mais on regrette, qu'on s'en tienne à un élargissement peu sensible pour cette dernière rue qui pourrait devenir l'une des plus fréquentées . de la ville, si on perçait une communication jusqu'à la rue Saint-Vincent en renversant la maison Bergeret et celle qui la joint par derrière. Enfin on voudrait une place vis-à-vis la salle de spectacle.

Le travail du canal de jonction du Rhône au Rhin par le Doubs avance peu , à cause des diverses crues d'eau qui ont eu lieu. On a eu à vaincre de grandes difficultés d'exécution, dans lesquelles le Génie militaire , auquel ces travaux sont confiés, a montré une grande habileté. L'écluse Saint-Paul, surtout, est une des plus belles et des plus solides constructions qui existent sur la ligne de navigation.

Les travaux que la ville a décidé de faire pour sa gare et ses abreuvoirs se trouvant sur le terrain des fortifications, ont aussi été compris dans les attributions du Génie militaire. Le mur de quai et la cale de débarquement ont été achevés , ainsi que quelques travaux accessoires. Ces ouvrages offrent un bel aspect, et animent cette partie de la promenade de Chamars. Quatre abreuvoirs doivent avoir été livrés récemment au public.

Les monumens construits dans ce siècle à Besançon ne sont pas tous de bon goût. Ainsi, l'église Saint-Pierre, bâtie il y a une douzaine d'années, est d'un style sans noblesse et sans élégance. On peut reprocher aussi la décoration intérieure qui serait plutôt propre à un théâtre qu'à une église.

M. Marnotte, architecte de Besançon, est connu par des travaux de bon goût. On lui doit la construction d'une église, d'une halle, et plusieurs découvertes d'antiquités faites dans le département.

M. Clessinger, statuaire de Besançon , élève et protégé de M. Bosio, a exécuté un assez grand nombre de sculptures


365

pour le département. Il a, en dernier lieu, terminé deux groupes en plâtre pour les chapelles latérales de l'église Sainte-Madeleine, de Besançon, élevée sur les plans de M. Painchaux. Le premier de ces groupes représente Jésus transporté dans le sépulcre par Joseph d'Arimathie. Le second est une résurrection, sujet difficile en sculpture et que Michel-Ange seul a osé entreprendre, encore à demi-relief. M. Clessinger est un artiste qui ne manque ni de goût, ni de talent. Le voyage qu'il fait en ce moment en Italie ne pourra que développer ses heureuses qualités.

De son côté, M. Flajoulot est chargé des peintures au compte du département. Il a exécuté récemment, pour une église, un tableau de la Conception de la Vierge, dont il a su rajeunir le sujet par une idée assez poétique. La "Vierge y est représentée debout sur un globe terrestre, foulant aux pieds le démon sous la forme d'un serpent. Le globe du monde paraît prêt à se dissoudre dans un océan de flammes , image de l'abîme au-dessus duquel il est suspendu, et la Vierge, les regards élevés vers le ciel, implore l'Eternel eu faveur des humains dont elle concevra le rédempteur.

M. Clessinger, dont nous avons parlé, a exécuté aussi plusieurs des bustes des Grands Hommes du département, bustes qui décorent le Musée (ou la Bibliothèque). Cet hommage patriotique rendu au mérite honore cette ville, et devrait être suivi dans tous les chefs-lieux de département. La ville de Besançon devrait compléter cette collection intéressante (I). Nous en prendrons occasion pour incliquer ici les Artistes qui sont nés dans ce département.

Courtois-le-Bourguignon , né en 1621, à Sainte Hippolyte, se distingua comme peintre de batailles, en Italie, où il alla se fixer. Il y mourut en 1676.

Courtois (Guillaume), son frère, né en 1628, dans la même ville, mort en 1679. Il alla aussi vivre en Italie; ses ouvrages sont peu connus en France.

(I) La soeur Marthe, dont ont a célébré la courageuse humanité, est née à Thoraise près Besançon. Cette héroïne de la bienfaisance aurait mérité un monument.


366

Nonnotte, né à Besançon , mort à Lyon en 1785, âgé de 76 ans. Il fut de l'Académie royale de peinture.

Lebaron, qui fut sculpteur de la ville de Besançon, où l'on voit quelques-uns de ses ouvrages, entr'autres, dans l'église Saint-Pierre, un christ sur les genoux de sa mère, groupe en pierre, et dans l'église cathédrale de Saint-Jean, deux anges adorateurs qui sont fort beaux.

On peut encore citer parmi les artistes morts, Blavet, qui fut un musicien-compositeur qui jouit dans son temps d'une certaine célébrité.

M. Lancrenon, peintre d'histoire, fixé à Paris, est né dans ce département.

Comme des articles particuliers doivent être consacrés dans le journal des Artistes à tous les Musées de la France, travail pour lequel nous réunissons de nombreux renseignemens , j'ajournerai quelques observations qui eussent trouvé leur place ici, relativement à Besançon.

G. D. F.

SOCIETE LIBRE DES BEAUX-ARTS.

Nota. — Le Journal des Artistes , adopté par la Société pour la publication de ses travaux, en est indépendant et séparé pour le reste de la. rédaction, dont il est. seul responsable.

M. le président donne lecture d'une lettre de M. Alexandre Lenoir, qui a pour objet d'appuyer les observations présentées dans la séance précédente par M. Delaval, relatives à l'oubli qui a été fait des artistes dans les dernières nominations de pairs , quoique des savans et des littérateurs y aient été compris. M. Lenoir rappelle que Bonaparte avait admis Vien au sénat, qu'il avait été question d'y placer David, etc. La société , jugeant que cette question a quelques rapports à la politique qu'elle s'est interdite , passe de nouveau à l'ordre du jour.

M. Allais adresse à l'assemblée un projet tendant à ce que la Société établisse une caisse de secours pour ses membres. Il lui semble que le projet de M. Fradelle , qui tend aussi à créer un semblable établissement pour les artistes, ale-


367

défaut d'exiger une cotisation trop élevée; il préfère que cette cotisation ait lieu par des ouvrages que les membres de la Société s'engageraient à consacrer au fonds commun qui s'augmenterait du restant en caisse de chaque année. Tous les ans , les ouvrages que chaque membre aurait donnés seraient divisés par lots, exposés, et enfin vendus au moyen d'actions de 20 fr. , etc.

M. Jacob observe, relativement au projet de M. Fradelle , cité par M. Allais, que la cotisation a été diminuée et le travail originaire modifié.

L'assemblée charge son bureau de nommer une commission de neuf membres pour examiner le projet de M. Allais.

M. Turenne avait présenté à la Société un projet pour l'établissement d'une vaste galerie dans l'endroit le plus apparent du cimetière de l'Est, laquelle serait destinée à recevoir deux ou trois rangs de tombeaux. M. Bougron, au nom de la commission à laquelle ce projet avait été renvoyé, a présenté dans cette séance un rapport sur cet important projet. La commission a pensé comme M. Turenne qu'un tel édifice serait un très-utile embellissement, et qu'en assurant la conservation des monumens funéraires, aujourd'hui confondus sans ordre dans l'enceinte du cimetière , il serait un temple plus digne du culte que les familles rendent a leurs morts. La commission a considéré que cette galerie aurait pour les artistes l'avantage de les appeler à de nouveaux travaux, et elle pense que l'on pourrait mettre au concours le projet de l'édifice principal. Relativement aux moyens d'exécution présentés par M. Turenne , qui consisteraient à former une compagnie d'artistes et d'amateurs, elle y voit, entre autres obstacles, celui de la gêne actuelle des artistes, qui ne leur permettrait pas de faire une telle entreprise à leur compte ; elle propose seulement d'appeler l'attention de M. le préfet de la Seine sur le projet qui lui semble digne de fixer son attention.

M. Guyot de Fère demande que d'après l'importance du projet de M. Turenne, la Société fasse imprimer un travail complet à ce sujet, en y joignant les plans et dessins


568

propres à en faire sentir plus visiblement les avantages.

La Société, en approuvant les conclusions du rapport, ne vote point cette impression.

Sur la proposition de M. Muller, l'assemblée autorise le bureau à apostiller, au nom de la Société, une pétition par laquelle les soeurs de feu M. Caron, membre de la Société, demandent au gouvernement un modeste emploi, étant restées sans fortune après la mort de cet habiles graveur.

L'assemblée s'est ensuite occupée de quelques dispositions relatives à la prochaine séance publique, qui aura lieu le 23 décembre, dans la salle Saint-Jean, à l'Hôtel-de-Ville. On arrête que toutes les notices qu'on destinerait à être lues dans cette séance, devront être envoyées à la Commission avant le 50 novembre prochain (I).

La séance est terminée par l'adoption des articles 5,6,7, 8 et 9, du projet de nouveau règlement, avec quelques modifications.

La prochaine assemblée aura lieu mardi 20 du courant.

DE L'INFLUENCE HYGIÉNIQUE DU FANTASTIQUE.

Nous trouvons dans la Gazette médicale un excellent article sur l'Influence hygiénique du Fantastique. Comme les artistes n'iraient pas le chercher dans ce recueil, nous nous faisons un devoir de l'extraire.

« C'est un des plus graves sujets de méditation , dit l'auteur, pour le médecin philosophe. La question est d'une aussi grande importance que le problème du mode de transmission du choléra.

Les caractères les plus tranchés de la littérature actuelle et des arts d'imitation en général, sont :

1. Mépris raisonné de toute règle , de toute idée de régularité, de convenance et d'ordre dans la théorie;

2. Imitation systématique du laid et de l'horrible dans la pratique ;

5. Tendance vers le bizarre, l'indécis, l'obscur, le monstrueux, tant dans les idées que dans les sentimens;

(I) On peut les adresser chez M. Huvé , rue de Choiseul, n° 4 bis.


369

4. Enfin, dans la forme, qui est le reflet de ces dispositions intellectuelles et morales , bouleversement prémédité de la langue, manières artificielles, combinaisons forcées., néologisme effréné : signes de décadence et de barbarie.

Ouvrez un des romanciers à la mode : la préface est toujours une dissertation par laquelle l'auteur annonce qu'il n'y a ni règle, ni loi, ni devoirs littéraires; qu'il ne reconnaît d'autre législateur de l'art que le caprice et l'imagination de l'artiste, et il réclame par ce motif l'impunité pour toutes les monstruosités de sa création. Le roman ne dément pas la préface. La pauvreté de l'invention, toujours fort commune, n'est relevée que par le cynique des peintures et l'étrangeté du style. On erre d'un bout à l'autre dans le sang, la boue et les ordures physiques et morales de toute espèce ; le dessinateur lui-même, entrant dans les vues de l'auteur, prend pour sujet de sa vignette une guillotine ou une scène de prostitution. Jugez du reste par l'enseigne. Le tout est recouvert d'un magnifique papier rose ou beurre frais , bariolé de capricieuses couleurs, chargé de caractères illisibles. L'auteur a voulu imprimer une grande originalité jusque sur la couverture, tant son génie est profond. Et ces belles choses, si propres à former l'esprit et le coeur, tirées à des milliers d'exemplaires , sont les pièces fondamentales de l'arsenal littéraire des cabinets de lecture ; c'est de là qu'elles se répandent dans toutes les classes de la société, depuis les princesses de France jusqu'aux cuisinières.

Les poètes, sauf Lamartine et Bérenger, qui seuls chantent ce qui mérite d'être chanté , c'est-à-dire, Dieu et la Liberté, dans une langue noble et harmonieuse , riment dans leur jargon les obscénités et les horreurs qui infectent la prose des romanciers.

Mais c'est surtout au théâtre que se manifestent, sur une grande échelle et avec des caractères menaçans, cette perversion du-goût national. On s'étonne de l'attrait qu'avaient autrefois les Romains pour les combats de gladiateurs ; mais je ne sais où nous conduira ce besoin d'émotions fortes , de sensations pénibles que nos poètes dramatiques prennent à tâche d'entretenir par leurs monstrueuses représentations de tout ce que la nature physique et le monde moral offrent de plus dégoûtant et de plus horrible.

Celte aberration du goût est une véritable épidémie morale. Chaque siècle a quelque anomalie intellectuelle de ce genre. Le moyen âge a eu sa cabalistique et son astrologie; le dix-huitième siècle, le mesmérisme et les convulsion-


070

naires; le dix-neuvième, qui est celui où nous avons le bonheur de vivre, a le fantastique. On ne peut s'empêcher de voir, dans ces étranges préoccupations qui éloignent si fort nos artistes en tout genre du but de l'art, un véritable dérangement du système nerveux , qui , comme toutes les affections de ce genre, se propage par l'imitation et se fortifie par l'habitude. Plongés dans la contemplation des moeurs du moyen âge défigurées par une fausse critique historique, nos jeunes écrivains se sont pris pour la barbarie d'une espèce d'admiration qui , factice d'abord, comme toutes les sensations contre nature, est devenue ensuite naturelle; ils s'identifient si intimement avec ce monde imaginaire , dont la grandeur barbare les séduit, qu'ils transportent dans la société actuelle les idées et les sentimens de ces temps grossiers. Quelques-uns, vrais monomaniaques, en adoptent la langue et le costume; ils jurent par la Pasques-Dieu, comme Louis XI, et portent la barbe du Balafré. Ils affectent une certaine rudesse de manières; dans le maintien, quelque chose d'altier et d'énergique; parlent avec une expression terrible des plaisirs de la vengeance, et estiment le caractère corse. L'idéal de la vie est pour eux et pour leurs disciples dans le manoir féodal d'un antique baron , ou dans la caverne d'un brigand espagnol ; ils ont le plus profond dédain pour la civilisation moderne et pour les moeurs polies et élégantes ; ils ne font cas , dans le tableau de l'âme humaine, que des passions fortes , de ces passions qui détruisent, dévorent et consument'; au demeurant, les meilleurs fils du monde, ils parlent sans cesse poignards , couteaux et poison, et ils seraient incapables de voir tuer de sang froid un poulet.

Ceux-ci sont les victimes du fantastique historique. Mais il y a une autre espèce de fantastique qui prend sa source dans une philosophie particulière. Il a fait son entrée dans le monde poétique avec Jean Sbogar, le Corsaire de Byron, les Brigands de Schiller, d'où sont sortis ensuite le Monstre de la Porte-Saint-Martin, plus récemment Han d'Islande, Bug Jargal, Quasimodo et toute la hideuse progéniture de M. Victor Hugo. Les sectateurs de ce fantastique sont des misantropes qui , après avoir jeté un regard sur l'humanité et sur le monde, ont été saisis du plus souverain mépris pour cette méchante farce qu'on appelle la société; ils ont dédaigneusement demandé le pourquoi de toutes les institutions, de toutes les croyances humaines , et, ne trouvant pas de réponse raisonnable, ils ont rompu en visière


371

avec l'ordre social. L'ordre physique leur paraît tout aussi ridicule que l'ordre moral, et, pour parodier aussi à leur tour l'oeuvre du Créateur , ils animent des êtres monstrueux, personnifications du génie du mal, dominateur de l'univers. Leurs peintures du monde sont vraiment sataniques; ils se jouent à plaisir dans le spectacle du crime; l'assassinat, l'inceste , la prostitution , les maladies , la douleur et la mort sont les élémens obligés de leurs ouvrages. Ils vous traînent sans pitié dans les prisons, les hôpitaux, les bagnes, les égouts , à la Morgue , à la Grève, à l'enfer, partout enfin où il y a des pleurs, des cris, des malédictions , des grincemens de dents, partout où l'on peut voir ou les souffrances, ou le désespoir des créatures humaines.

Ce genre de fantastique, appelé aussi satanique , est plus répandu encore que le premier, et constitue une affection plus grave ; ceux qui en sont atteints (et par malheur l'épidémie est assez forte parmi nos dramaturges et nos romanciers ), auraient des dispositions à la mélancolie et à l'hypocondrie, s'ils ne corrigeaient l'influence de leur lugubre poétique par le Champagne; il faut en effet remarquer que ces grondeurs frénétiques, ces apôtres du désespoir, passent leur temps aussi agréablement que possible. La maladie chez la plupart n'est que dans l'esprit; mais, chez quelques-uns, elle atteint l'âme même jusque dans ses plus profondes racines, et prend alors de plus furieux caractères. L'effet le plus ordinaire de ces tristes aberrations du sentiment et du raisonnement est le penchant au suicide; l'idée du suicide est moins rare qu'on ne croit; les jeunes gens y sont surtout disposés à leur début dans la vie. Elle accompagne fréquemment les premières amours , et vient se mêler, comme un fantôme, aux plaisirs de cet âge.

Jusqu'ici je n'ai parlé du fantastique que dans ses effets sur le système cérébral, et nous avons reconnu qu'il constituait une véritable épidémie morale; je dois maintenant signaler avec plus de sombres couleurs encore la dangereuse influence du fantastique sur le public.

H est d'observation que les maladies nerveuses sont déterminées souventet, toujours augmentées par les émotions fortes; sous ce rapport, le théâtre actuel est une peste publique. Que de fois l'agonie de Jane Shore , l'empoisonnement de dona Sol, et le spectre de Buridan , nous ont l'ait lever pendant la nuit pour aller calmer des spasmes et ralentir des palpitations survenues au sortir du spectacle! Que de digestions coupées par l'apparition du Monstre ! Ne cherchez plus


572

dans l'air, dans l'eau, dans les alimens ou dans des causes occultes, l'origine de toutes ces humeurs noires, de ces hystéries, hypocondries, mélancolies, de ces monomanies de suicide; tous ces fléaux, si fréquens aujourd'hui, sortent du théâtre; ils s'échappent de la Gaîté, de la Porte-SaintMartin, de l'Ambigu, des Français et de l'Odéon, comme de leur source principale. Le Joueur a peut-être fait vendre plus d'eau de Cologne que le choléra. Richard d'Arlington est, à ma connaissance , coupable de deux apoplexies foudroyantes.

Le fantastique agit aussi d'une manière plus immédiate encore chez quelques personnes ; il bouleverse les lois de l'hygiène. J'ai connu des jeunes gens qui, pour boire more templario , et par pur amour du pittoresque, ont détraqué leurs faibles estomacs du dix-neuvième siècle , et du noble vin de Chypre sont tombés au lait d'ânesse ; d'autres , pour tenir tête aux lansquenets allemands de la guerre de trente ans , ont pris de la bière à tonneaux, d'où sont résultées des irritations vésicales inquiétantes. J'en ai vu très-peu se priver de nourriture et vivre de l'air comme le musicien de Crémone, d'Hoffmann; car, en France , le genre mystique et rêveur n'a pas de succès ; mais j'ai donné dernièrement mes soins à un jeune romantique qui voulait devenir aussi maigre que le Faust de M. Schiller , et qui, comme les peintres du jour , voyait l'idéal de la beauté dans des os pointus et une peau de parchemin. En attendant, il dépérissait et mourait de faim.

J'en ai connu un autre qui avait meublé sa chambre à coucher de crânes humains, de lézards empaillés, conformément à une description de Walter-Scott dans son Kenilworth. Il avait suspendu un poignard à son lit et une espèce de hallebarde gardait sa porte. Il avait dix-neuf ans. Etant tombé malade , son imagination erra si bien du crâne au poignard, que ses discours et sa fièvre s'en ressentirent, et je fus obligé d'ordonner d'autorité qu'on le transportât dans un autre appartement.

Je pourrais citer des centaines d'observations de ce genre , qui toutes déposeraient contre le fantastique; mais les faits ne fournissent pas encore assez de bases pour une bonne classification de ce genre.»


373

INSTRUMENT

POUR L'ENSEIGNEMENT DES TROMPETTES.

M. David Buhl, ancien trompette-major de la garde, premier trompette de l'opéra, etc., vient de faire exécuter par M. Davrainville , facteur d'orgues à Paris , avec une rare perfection, un instrument destiné à l'enseignement des trompettes de régiment ; il a la forme d'un orgue de chambre, et contient un certain nombre de trompettes de cavalerie qui sonnent au moyen du vent fourni par un soufflet et par un mécanisme de l'inventiou de M. Davrainville. La force et la beauté du son , la netteté du coup de langue , la promptitude de l'articulation et la justesse de l'intonnation, ne laissent rien à désirer. Un certain nombre de cylindres notés donnent quelques exercices pour l'élude élémentaire de la trompette, puis toutes les sonneries de l'ordonnance , et enfin une collection de fanfares à quatre trompettes. Les trompettes contenues dans cet instrument ne donnant chacune que la tonique , c'est-à-dire la note la plus naturelle de l'instrument, et conséquemment celle qui fournit le son le plus beau, il est facile de comprendre qu'il résulte de l'ensemble de ces trompettes une vigueur de son qu'on ne pourrait obtenir autrement, et qui a l'avantage de fournir pour modèle aux trompettes de régiment des sons d'une qualité parfaite qu'ils finiront par imiter. C'est un avantage que n'ont point les maîtres qui sont chargés de leur enseigner les sonneries; eux-mêmes auraient souvent besoin de corriger leurs défauts. En général, les trompettes français sont dans un état d'infériorité à l'égard des Allemands ; mais on peut croire que si le ministre de la guerre adopte l'instrument de MM. Buhl et Davrainville, ils ne tarderont point à se perfectionner. (Re ; m s c.)

PHENORAMA.

On annonce qu'on vient d'ouvrir à Berlin ce spectacle d'un genre tout nouveau , qui a été inventé par un architecte de Breslaw, M. Langham, et perfectionné par M. C. Gropius. Le spectateur jouit du plaisir de faire une excursion maritime de Procida à Torre-del-Greco, en passant par Naples,


374

Pouzzoles , Castellamare , etc. Le petit voyage qui, sûr les lieux , dure environ cinq heures, s'accomplit ici en moins d'une heure clans une barque spacieuse où trente personnes trouvent aisément place. Tout est si bien dispose' pour compléter l'illusion du spectateur, qu'on éprouve dans la barque une espèce de roulis qui cause à plusieurs voyageurs une sorte de mal de mer. Le départ a lieu en plein jour, et après avoir atteint Naples, le soleil se couche et on arrive à Torredel-Greco lorsque les rayons de la lune éclairent déjà ce lieu de leur lumière argentée. Le mécanisme de ce spectacle paraît compliqué et exige plus de douze personnes pour être mis en action; mais l'illusion est complète, et cause aux spectateurs des jouissances presque aussi vives que la vue réelle de ces beaux pays.

THÉÂTRES.

Autrefois , quand la scène mettait en jeu les vices ou les ridicules, c'était avec ménagement, c'était en plaçant à côté une opposition qui les rendait plus honteux, c'était enfin pour les livrer au mépris ou à la risée du public.

Aujourd'hui, nos auteurs trouvent beaucoup mieux de représenter le vice tout nu, sans contraste, non dans le but de le faire haïr, mais seulement pour en faire un spectacle curieux. Antoni , la Tour de Nesle, Pékinet, les Jours gras sous Charles IX, le Cardinal Voltaire et autres compositions semblables en sont un triste témoignage.

On a loué, et sans mesure, ce drame des Jours gras sous Charles IX, dont le succès d'ailleurs est assuré. Et cependant, de tous les personnages de cette pièce, pas un n'est digne d'intéresser un coeur honnête, si ce n'est ce jeune enfant, modèle d'amour fraternel, mais que les auteurs ont rejeté sur un plan éloigné , et qui reste étranger à l'action. Mais des scènes bien filées, une intrigue habilement conduite , des costumes fidèles , des acteurs pleins d'intelligence , Fontenay surtout qui a composé son rôle de Charles IX avec un si grand talent, ont assuré la vogue de celte pièce , du reste, bien nulle sous le rapport littéraire.

Et au Théâtre-Français, voyez ce Cardinal Voltaire, où de ce grand homme on n'a fait qu'un sot ambitieux , où l'on n'a devant les yeux , pendant trois actes, que des courtisanes , un abbé qui fait l'amour, et un courtisan bien niais! Ce qu'il y a de remarquable , c'est que cette pièce eut un


375

succès complet dans la rue de Richelieu, et que c'est à l'Odéon que justice en fut faite.

Le Théâtre-Français s'apprête à nous montrer une oeuvre nouvelle de M. Victor Hugo; il y fonde de grandes espérances. Déjà les prôneurs ne manquent pas; niais nous doutons fort que cet ouvrage d'un auteur insensible aux leçons de la critique et du goût devienne un monument durable de la littérature dramatique de notre époque.

NOUVELLES DES ARTS.

—Les ouvrages destinés à la prochaine exposition du

Louvre devront y être envoyés du 20 décembre prochain au

10 janvier suivant.

—La section d'architecture de l'Ecole royale des BeauxArts, dans sa séance du 9 novembre , a jugé les prix d'émulation, ainsi qu'il suit : Concours de projets rendus, une première médaille à M. Lequeux, élève de M. Guenepin, et une deuxième médaille à M. Guenepin, neveu, élève de son oncle. Concours d'esquisses, une seconde médaille à M. Lequeux. — M. F*** , de Remiremont (Vosge), prétend avoir retrouvé les procédés de peinture à la cire , employés par les anciens , et il vient de publier à ce sujet une brochure , sous le titre de Peinture à la cire pure et au feu. Il incorpore les couleurs avec la cire ; il la réchauffe pour peindre , et le

refroidissement subit ne permettant que des résultats informes , il se sert de fers chauds , avec lesquels il divise les couches, et qu'il guide à son gré.C'est un ouvrage que M. de Montabert pourrait examiner avec avantage, par suite des nombreusss expériences et des heureux succès qu'il a obtenus dans ce genre de peinture.

— On lit dans le Breton, journal de Nantes : Beaucoup de tableaux modernes enfouis à Paris dans les salles du GardeMeuble ou ailleurs, pourraient être obtenus pour le Musée de Nantes. Nous avons la presque certitude qu'il s'en trouve, dans,le nombre , du célèbre peintre David. M. le lieutenantgénéral Meunier, gendre de David, est employé dans là division : c'est au moins le cas de solliciter son intervention pour obtenir un ou plusieurs de ces tableaux.

— Le conseil municipal de Versailles a arrêté l'établissement d'un abattoir publie. La construction en aura lieu par la voie d'un concours préparatoire sur esquisses et d'un concours définitif sur dessins rendus. Le concours préparatoire sera ouvert le 20 de ce mois, et les esquisses devront être remises au secrétariat dé la préfecture dans le délai de


376

quinze jours. Les architectes qui voudront concourir pourront se procurer, à la mairie de Versailles , un exemplaire du programme et le plan indicatif du terrain.

— M. le chevalier Inghirami, publie à Feisole (Italie) une collection importante pour la science archéologique, sous le titre de Pitture di Vasi fittili (Peinture de Vases d'argile ). Selon l'auteur les vases à figures noires sur fond rouge sont plus récens que les vases à figures rouges sur fond noir, qui, seuls , seraient antiques. Il pense aussi que certaines figures des vases ne sont placées que pour la symétrie seule, sans qu'elles aient de rapport avec le fait représenté. Ce qui ruinerait de fond en comble la science symbolique et figurée de l'antiquité. La collection dont nous parlons est remarquable par la pureté et l'exactitude de» dessins.

— La régence d'Anvers a fait prendre des mesures pour la sûreté des objets d'art dans les monumens publics.

— Deux brochures en une et courte épitre contre les abus du siècle, etc. Paris, chez Dentu, libraire, au Palais-Royal. Nous annonçons cette brochure comme renfermant quelques passages qui intéressent les arts.

PUBLICATIONS NOUVELLES.

GRAVURE.

16. Le Dessin enseigné sans maître, dans une suite de leçons , etc; le seul où , d'après les dernières découvertes anglaises, la gravure imite le crayon. Par Maison; 2 volumes in-4° et 21 planches. Chez Nodin, quai des Augustins, n. 25. Priz . 8 fr.

17. Ecole anglaise , recueil de tableaux , statues, bas-reliefs , des plus célèbres artistes anglais, etc., par Hamilton; gravé par Normand fils. 41e 42e livraison. Chez Audot, rue du Paon, n. 8. Prix : 1 fr. chrque livraison.

LITHOGRAPHIE.

47. Collection de costumes, armes, meubles, pour servir à l'Histoire de France, depuis le commencement de la monarchie. Par M. Horace de Vieil-Castel. 49e livraison. Prix: 12 fr. Chez l'auteur, rue du Bac, n° 71 .

48. Histoire de la ville d'Amiens, depuis les Gaulois, avec 12 lithographies. Par M. Dusevel. Imprimerie de Machart à Amiens. 2 volumes; Prix : 12 fr.

MUSIQUE.

16. Métrophone, abrégé démonstratif des principes élémentaires de la musique , mis en action par le métrophone , par Legros de Laneuville. Chez l'auteur , rue St.-Honoré , n. 338.

17. Méthode élémentaire pour la clarinette à 6 et à 13 clès, rédigée sur un nouveau plan, par Baiffière Faber. Chez Schonenberger , boulev. Poissonnière , n. 26. Prix : 12 fr.

Le Gérant , GUYOT DE FERE.

Imprimerie de DUCESSOlS, quai des Augustins, 55,