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Demain mardi, le « GAULOIS » paraîtra sur SIX PAGES

DIALOGUE DES VIVANTS L'ANCIEN

ET LE NOUVEAU BICHE LE Nouveau Riche. Je suis eñ ^chanté, monsieur, de vous rencontrer sur cette plage, qui est certainement à la mode, puisque j'y viens. Il m'a semblé que les regards dont vous m'honorez étaient plutôt bienveillants. J'aurai recours à vos conseil.

L'ANCIEN 'RICHE. -4 Je vous en donnerai. D'autant. plus volontiers que c'est ila seule chose aujourd'hui que je sois en mesure de donner.

Le Nouveau Riche. Cet été est. capital pour moi et mes pareils. Depuis la fin de la guerre, nous avons eu beaucoup à faire. Il nous a fallu choisir un hôtel, un tailleur, un mobilier avec un pourcentage convenable de meubles peut;être anciens, quelques tableaux de maî.très, des opinions politiques, des convic-

lions religieuses. 'C est chose faite. Et depuis le printemps, nous nous sommes mis à compléter notre éducation, t'entends celle de nos enfants, car, pour nous-mêmes, il est trop tard.

L'ANCIEN Riche. En tous cas, vous êtes d'une sincérité.

Le .Nouveau RICHE. Désespérante.. Mais ça passera. Il me faut encore un peu de temps. On ne démêle pas en' un jour quelles sont les hypocrisies nécessaires. La fortune réclame un cortège de, mensonges, sans quoi elle est insupportable aux autres et dangereuse pour soiD'Ancien Riche. Ne prenez point tant de peine l'argent n'a oas d'odeur. LE NouvEAu RICHE. N'en croyez rien, cher monsieur. L'argent a une odeur épouvantable, quand il est récent. Le vôtre vient de loin, l'odeur s'est évaporée. Mais, hélas 1 je n'en suis pas aà L'oil veut savoir exactement comment je l'ai gagné, à quelle date, dans quel négoce, grâce à quelles influences. C'est odieux -et bien indiscret. Le résultat est que l'on me flatte et que l'on me méprise, en même temps. Je suis* entouré dé gërifqui me tendent la main, mais qui osent à peine me la serrer.

L'ANCIEN Riche. Il fallait, cher man'sieur, Gâcher votre argent.

LE NOUVEAU Riche. Oh monsieur, il est si beau il est si neuf Etre riche i,sans qu'on le sache, mais c'est la misère Et puis, il y avait ma femme, qui s'est empressée de raconter cela à tout venant, pour se faire des relations. Nous en avons déjà beaucoup trop. Pas moyen cle s'en débarrasser. Nous ne les choi. sissons pas, nos relations ce sont elles qui nous choisissent.

L'Ancien Riche. Et comment passezvous vos journées?

LE NOUVEAU RiCHE. Je suis accablé d'occupations. J'apprends à nager, à jouer au lawn-tennis, à monter à cheval. J'ai failli me noyer hier. Ma jument m'a flanqué par terre ce matin. Je suis tout courbaturé et le n'ai pas pu prendre ma leçon d'escrime.

L'ANCIEN RicHE. Ah vous apprenez aussi l'escrime? LE Nouveau RICHE. Il paraît qu'ilv le 'faut. C'est d'ailleurs d'un illogisme complet. On dit ,volontiers que je me suis déshonoré en faisant une grosse fortune pendant la guerre et je suis obligé, m'affirme-t-on d'autre part, de songer ,à un duel possible,, parce que, depuis que je suis riche, on m'assure que j'ai un honneur à défendre. Oui, on m'a insinué cela tout doucement, aujourd'hui même, au tir aux pigeons. L'ANCIEN Riche. Ah le tir aux pigeons aussi ?

LE Nouveau RICHE. Oui, et c'est ennuyeux Songez, cher monsieur, que j'adore :les pigeons vivants et que j'en ai horreur lorsqu'ils sont morts et qu'on me les sert à table. Eti bien parce que j'ai cinq cent mille' livres de rente, je suis obligé de tuer ces, pauvres bêtes et de les manger ensuite. Heureusement que je n'en tue pas souvent. C'est très difficile, vous savez

L'ANCIEN Riche. Au fond, je crois que vous êtes un très brave homme. 1sE NOUVEAU Riche. Ma foi, je n'en. sais plus rien. Ce n'est pas commode de s'estimer soi-même quand on n'est pas sûr d'être estimé par les autres. Lorsque j'étais pauvre, je né me préoccupais 'pas de savoir si j'étais ceci ou cela. Ça m'était bien égal. Pourvu que je rie nurse pas aux autres et que je ne leur fasse pas. de peine, je croyais avoir rempli mon devoir. Je ne me souciais que d'être heureux autant qu'il était possible de l'être, tandis qu'à présent je veux à toutes forces savoir ce que les autres pensent de mon bonheur. Vous voyez où ça me mène.

L'ANCIEN RICHE. Pourquoi n'entrezvous pas dans quelques bonnes œuvres avantageusement connues ?

LE Nouveau RiCHE. J'ai essayé. On veut bien de mon argent, mais pas de moi. Je préférerais lé contraire.

L'ANCIEN Riche. Prenez patience et croyez-en ce joli proverbe arabe « Au chien qui a de l'argent, on finit bien vite par diro Monsieur le chien, »

LE Nouveau RICHE.- Eh bien voilà. Vous, vous savez des proverbes arabes vous vous en tirez avec des phrases qui font plaisir aux autres ou à vous-même. J'en suis, moi fort incapable. Et voici où nous atteignons au fond de la question je manque d'éducation, c'est-àdire de la façon convenable d'accueillir

les différentes circonstances de la vie. Il nié faudrait un "maître à penser. L'ANCIEN RICHE. Un maître à ne pas penser vaudrait mieux.

LE Nouveau RICHE. C'est bien. possible. Mon malheur est que je n'ai aucun vocabulaire. Je ne peux dire que les choses que'je sens. Je ne sais féliciter ni à un mariage ni à un enterrement, J'ai beaucoup de vanité et, sous peine de déclencher des catastrophes, je suis obligé de rester humble.

L'ANCIEN RICHE. Voyez des gens d'esprit. LE NOUVEAU RICHE. A quoi les reconnaître ? Il n'y a pas d'annuaires.L'ANCIEN Riche. Les femmes peuvent vous former le goût. .̃•. LE NouyEAu RicHE. Je n'aime que la mienne, qui n'en à aucun, et je suis trop vieux pour faire semblant d'en aimer de nouvelles.

L'ANCIEN Riche. Donnez- des fêtes, des réceptions.

Le Nouveau RICHE. Nous commeçons. Et, à ce propos, je voulais vous demander un renseignement. Vous ne connaîtriez pas un tousseur » ? L'ANCIEN RICHE. Plaît-il 1.

Le Nouveau Riche. Ah vous ne savez^ pas ce que c'est ? Nous autres, nouveaux riches, nous en usons beaucoup. Ç'es.t un personnage inédit et qui nous est indispensable. Lorsque nous avons à notre table des gens spirituels, et même des gens qui écrivent, il leur arrive,

pendant le repas ou en fumant un bon cigare, de dire des choses drôles. L'ennui, c'est que nous ne distinguons pas exactement le moment où ils les disent. Si nous ne rions pas quand il serait convenable de rire ou si nous rions .quand il vaudrait mieux n'en rien faire, l'effet est déplorable, les convives d'élite se froissent et ils ne reviennent pas. Alors, nous aimons à rencontrer un homme du monde momentanément ou définitivement gêné qui a de la culture, des manières, de la distinction. Nous nous lions avec lui et il assiste à tous nos repas. A chaque trait piquant, à chaque bon mot, il tousse discrètement. C'est en quelque sorte un signal qu'il nous donne. Aussitôt, nous éclatons tous de rire et nous ne faisons pas figure de parvenus. Comme vous le voyez, l'idée est ingénieuse, mais il faut tout de même savoir s'en servir. Ainsi, la première fois que nous avons essayé un « tousseur »^ ma f emme, mes trois filles et moi-même, pendant tout le repas nous ne l'avons pas quitté un seul instant des yeux. Nous nous avons dîné plus tard, quand tout le monde a été parti. A présent, nous avons l'habitude et nous savons regar- der notre « tousseur sans en avoir l'air. Evidemment, c'est assez cher, mais c'est bien utile.

L'ANCIEN Riche. Mon fils va venir mie rejoindre ces jours prochains je serai très heureux de vous le présenter. LE NouvEAu RICHE. Nous en serons ravis. Nous voudrions tant connaître des gens très bien. Enfin, je veux dire des gens que les autres trouvent très bien. Notre situation est plus pénible que vous ne le pensez. Il nous serait si doux d'avoir un peu de considératian

.L'ANCIEN Riche

Considération, considération.

Ma seule passion, ma seule passion.

LE Nouveau RICHE. Que dites-vous L'ANCIEN RiCHE. Des vers.

LE NOUVEAU Riche. .comme' vous avez de la chance 1

L'Ancien Riche. Oui, des vers. Il y en a de plus beaux, mais ceux-ci vous conviendront à merveille et pendant quelques années ils pourraient vous servir de devise. Ne vous alarmez pas, cher mionsieur, les fortunes comme les gens subissent des crises de croissance pendant lesquelles il est naturel d'éprouvertoute sorte de petits malades. Et puis lorsque la crise est passée, torque l'individu ou la fortune a. achevé de grandir, tout se calme, s'apaise les amours-propres et les jalousies prennent leurs habitudes et au'confort matériel vient s'ajouter le confort moral.

LE Nouveau RICHE. Que je voudrais en être là 1

L'ANCIEN Riche. Un peu de patience. Votre cas a quelque chose de particulier. Vous avez conquis très ,vüe beaucoup d'argent. On n'est pas absolument certain que vous le conserverez.

LE Nouveau RICHE. On verra,. L'ANCIEN RICHE. Précisément. Quand on aura vu, quand on sera sûr que votre fortune est solide, durable, le respect et l'estime vous entoureront et alors vous serez vraiment riche. Etre riche, voyezvous, ce n'est pas seulement un état de chose, c'est aussi un. état d'âme.

Robert de Fiers

de l'Académie française.

France et Japon Un banquet bord du « Jean-Bart » L'amiral et les officiers japonais des navires en ce moment en rade de Toulon ont été hier les hôtes de l'escadre de la Méditerranée bord du Jean-Bart, vaisseau amiral dela^2° division. Un banquet a eui lieu, présidé par le contre-amiral Le Vavasseur, commandant en chef de la division.

Au dessert, des toasts ont été prononcés en l'honneur de la famille impériale du Japon et de l'amitié) franco-japonaise. L'amiral Le Vavasseur a parlé au nom de toute l'escadre de la Méditerranée et du vice-amiral Salaün, son chef. Il a rappelé la cordialité qui n'a cessé d'exister entre les dieux flottes qui, malgré leurs origines bien différentes, surent combattre pour un même noble idéal.

Le vice-amiral Oguri et le consul général du? Japon, M. Kumabe, ont nélpondu en se félicitant des sentiments d'amitié

peuple japonais à l'égard de la France. L'amiral japonais avait autorisé dans l'après-midi des embarcations de ses cuirassés à participez à des régates données dans le port dé là Seyne-sûr-Meir concurremment avec des embarcations des navires français.

Les courses nautiques, disputées avec cordialité, ont présenté un grand intérêt. Les Fêtes d'hier LA DUCHESSE DE SAVOIE

A MONTMARTRE

Montmartre ne se refuse plus rien. Déjà érigé en commune libre, puis en république. également libre, par u<i groupe de joyeux: drilles, il avait sa municipalité officieuse, une ambassade, deux-reines de beauté, le bon papa dès Pierrots, l'aimable' Willette, Poulbot et ses gosses. Cela ne lui suffisait pas: hier, il a célébré en grand tralala la « vogue » savoyarde. Et l'on a, acclamé un cortège considérable de sociétés savoyardes qui escortaient, de la rue Lepic à la rue du Poteau, en passant par la Goutte-d'Or et la Chapelle, la duchesse de Savoie et la reine du dixhuitième, entourées, d'une cour somptueuse. Excusez du peu. Tous les Savoyards de Paris étaient de la fête c'est dire que cent mille personnes avaient fait l'ascension de la Butte. Mais pourquoi cette « vogue à à Montmartre ? Tout simplement, assurent les historiens de la commune libre, qu'en l'an de grâce 1154, Adé-

laïde de bavoie, reine de France, femme du roi Louis VI' dit le. Gros, succomba à Montmartre et fut inhumée dans le petit cimetière de l'église Saint-Pierre, aujourd'hui accotée au Sacré-Cœur. -Dès lors, une réception de la duchesse de' Savoie à Montmartre était tout indiquée. Dois-je ajouter que cette gracieuse princesse était, hier, personnifiée par une charmante jeune fille, Mlle Edith Machetti, que ses compatriotes ont élue à la presque unanimité, et qui portait à ravir un très seyant costume de barine avec le bonnet brodé en fils d'or?

La Butte était en fête dès le matin. Deux mille gymnastes, jeunes filles et jeunes gens, avaient envahi les abords du vieux Moulin de la Galette et égayaient de leurs fanfares et de leurs rires sonores les rues de l'ancien maquis.

Le programme de la matinée comportait. une épreuve sportive du plus haut comique: le grand cross de la vie chère et des escaliers. Oburse Invraisemblable et escalade de la Butte par soixante-quatorze concurrents qualifiés. à condition de peser dans les cent kilos. Comme prix utiles, des paquets de denrées, de fruits, de légumes; dés ustensiles de ménage. Le maire spirituel Depaquit donne le départ, et, de la place Clichy, le peloton s'élance en toute vitesse dans la. direction du square Saint-Pierre, qu'il faut grirnper par-les marches .et non par le ,funiculaire, ce qui constituerait un acte de déloyauté blâmable.

Il fait chaud, très chaud. Les « cent kilos » sont vite hors d'haleine; les marchands de vin sont nombreux sur le ,pàrcours. On s'arrête ici, on s'arrête là, le peloton s'égrène et tous les cou- reurs ne parviennent pas au but final, que M. Lacire fils atteint le premier, suivi de M. Husson et d'une douzaine de concurrents, à la grande joie des milliers de spectateurs, qui les acclament comme il convient. Et cela se termine gaiement au débit de la rue Constantin-Pecqueur où siège la municipalité de la commune libre.

Ceci n'est qu'un hors-d'œuvre. L'après-midi, sur la place Blanche, réunion de tous les gymnastes et réception solennelle de la duchesse de Savoie et de la reine du dix-huitième. Une cinquantaine de délicieuses demoiselles d'honneur en costumes régionaux, avec le fichu de dentelle, font escorte à la duchesse. La reine est entourée de ses suivantes.

Le cortège se forme bruyamment. Les clairons sonnent, les tambours battent, les drapeaux claquent au vent. Les cavaliers de la garde ouvrent; la marche, et l'on gravit la rue Lepic au milieu des acclamations d'une foule enthousiaste. Les Savoyards de Paris, les naturels de Montmartre et les gens de Paris, réunis en une cohue vibrante, inondent la Butte. Le défilé dure près de deux heures; partout on applaudit, partout la foule est la même.

On arrive enfin au stade' de l'avenue Junot, où a lieu une belle manifestation sportive. De là, retour obligatoire au Moulin de la Galette. Mlle Mimi Debray, ravissante jeune fille de dix-huit ans, meunière de J'abbaye; souhaite la bienvenue à la duchesse et à la reine.

Voici maintenant que s'avance la petite « républiqùe de Poulbot » c'est une gentille fillette de onze ans qui, s'adressant à la duchesse de Savoie, lui récite joliment un compliment de Jacques Noir:

Madame la duchesse, excusez-moi. J'arrive Un peu rouge de mon moulin.

Pensez! Un jour de Rêve et d'Amour je suis Du cerveau d'artistes joyeux [née Pour combattre l'Ennui!

La reine de Montmartre va aussi de son compliment aimablement tourné. Puis, comme le dit Depaquit, on passe aux choses plus sérieuses: des meuniers tout de blanc vêtus et des ramoneurs la 'figure barbouillée de suie servent la traditionnelle galette savoyarde, arrosée d'un petit aigrelet agréable au palais. On boit comme on sait boire à Montmartre.

Pour terminer dignement la « vogue » savoyarde de Montmartre, un bal monstre est organisé. Ce n'est p,as la partie la moins brillante, la moins gaie de cette journée si. bien réussie.

LA GARDEN PARTY

DES PRESSOIRS-DU-ROY

Le château historique des Pressoirs-du-Rôy, à Fontainebleau, agreste décor des amours de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, et le parc ombreux où M. Fabre-Luce a permis l'installation d'un centre modèle d'apprentissage horticole ont vu se dérouler, hier, une fête charmante qui réunissait l'élite de la société beilifontaine et du monde parisien.

.On inaugurait officiellement la troisième des quatre écoles professionnelles créées par l'Œuvre de l'école publique de Seine-et-Marne. Mais la cérémonie se borna à la visite des locaux scolaires, fort intelligemment aménagés, et les organisateurs de la fête en bannirent les discours et le protocole ennuyeux. >

En réalité; cette inauguration peu banale ne fut pas autre chose qu'une garden party pleine d'entrain où les surprisés les plus agréables furent offertes aux invités.

Il y eut de la musique, des chants, des danses et vingt autres divertissements champêtres. Le spectacle fut exquis des toilettes claires diaprant les vertes pelouses ombragées, et nul ne songea à regretter un seul instant l'absence d'orateurs, avantageusement remplacés par le chuchotement frais de la brise dans les arbres séculaires. Saint-Réal

FÈANCEET ÂMÉÊÏQVE Les couleurs amiétricaines et françaises s-unissent aujourd'hui aux balcons de Paris dans une harmonie joyeuse. La France célèbre avec les Etats-Unis l'Indepéndence Day, la fête nationale de la grande, république sœur qui évoque, en même temps,, que l'émancipation définitive des Etats de l'Union, l'origine de la solidarité des deux grands peuples, désormais scellée par la plus glorieuse fraternité d'armes sur les champs de bataille européens. Cette fête est devenue une fête française; elle a acquis à nos yeux toute sa valeur symbolique depuis cette journée inoubliable du 4 juillet 1918 où Paris bombardé, qui suivait avec tant de secrète angoisse la progression de l'offensive allemande et tendait ses regards vers l'Amérique, vit pour la première fois défiler, place d'Iéna, aux pieds de la statue de La Fayette, ces beaux soldats alertes et jeunes dans leurs uniformes tout neuf, qui avaient débarqué la veille à Brest, et qui allaient dès le lendemain serjeter dans la mêlée, reprendre le bois' Bëlïfeàu et culbuter l'ennemi à' Saint-" Miîïiel. Ce jour-là, en regardant l'étendard étoilé, en regardant ces visnages mâles et ces yeux clairs, la France comprit elle sentit que la victoire venait de faire son entrée, par cette simple raison que l'Amérique nous apportait, avec Je renfort nécessaire, la confiance, ce merveilleux adjuvant moral qui décuple l'ardeur de l'effort.

Les événements, depuis, se sont succédé, parfois déconcertants, sans pourtant altérer au profond des coeurs les sentiments réciproques nés aux heures tragiques de la guerre.

Nous eûmes assez de clairvoyance pour ne point confondre la nation américaine avéc M. Wilson dans les critiques justifiées que provoquèrent ses redoutables conceptions de la paix et son œuvre néfaste à la Conférence de Paris. Le retour des républicains au pouvoir et l'avènement de M. Harding ont fort heureusement détourné la politique de Washington de la voie aventureuse dans laquelle elle était engagée et où elle entraînait les alliés. Le nouveau gouvernement nous a déjà donné des témoignages précieux de solidarité effective. Il nous reste toutefois à souhaiter, pûis"tpfil" ëst"maîntefïant*trop tard pôùrrevenir sur les sacrifices que M. Wilson nous -a imposés dans le traité de Versailles que nous obtenions du moins la Juste compensation qui nous avait été consentie par le cabinet précédent, mais que l'opposition d'alors refusa d'envisager: l'assurance que l'Amérique nous aiderait, si nous étions de nouveau attaqués, à défendre notre frontière du Rhin.

René d'Aral

L>es f roupes américaines eri "Rhénanie

Le gouvernement français n'a reçu aucune confirmation de, la nouvelle, donnée par certains journaux américains, d'une décision ;prise par le président Harding pour le retrait des troupes américaines en Rhénanie. Il ne paraît pas d'ailleurs qu'une décision soit encore intervenue. Le NewYork H-evaUl publié, en effet, cette, dépêche de Washington, au sujet; de la ratification par le Président de la résolution de paix avec l'Allemagne On ne saura pas exactement en'quoi consiste cet état de paix avant le retour du Président à Washington, la semaine pro- chaine. A moins que le traité de Versailles ne soit ratifié par le Congrès, les 15,000 Américains actuellement sur le Rhin seront rappelés.

C'est donc une simple prévision. Le président Harding est en ce moment en villégiature à Raritan (New-Jersey). LA CRISE ITALIENNE

Le ministère Bonomi D'après une dépêche de Rome, on assure que le ministère Bonomi sera formé aujourd'hui. Dès maintenant il paraît certain que le chef des réformistes au ri la collaboration des populaires (eatho liques), des groupes de la démoïcutie sociale, de la démocratie libérai et de quelques éléments nationalistes.

On a parlé de M. de Nava, président de la commission des affaires extérieures, pour le portefeuille des affaires étrangères mais on prononce également le nom du marquis della Torretta, actuellement ministre à Vienne.

'l'Archevêché de Paris Trois protonotaires apostoliques Nous venons d'apprendre que, grâce à la haute et puissante intervention de S. Em. le cardinal Dubois, une insigne et triple faveur a. été accordée à trois de ses plus importants collaborateurs à l'archevêché de Paris par le Souverain Mgr Odelin, M. l'abbé Lapalme et M. l'abbé Lefèvre .sont nommés protonotaiTes apostoliques c'est la plus haute des prélatures romaines.

Les lecteurs du Gaulois connaissent Mgr Odelin, vicaire, général de Paris depuis près de vingt-cinq ans, directeur des œuvres diocésaines. Prélat d'une haute et ferme raison, les prêtres et les fidèles qui ont eu recours à lui ont toujours recueilli de sa bouche les plus

.précieuses .leçons,. les directions les plus 'sages, .les conseils 'les plus opportuns. Tour. à tour les cardinaux Guibert, Richard et Ainette, qui avaient tenu- à l'avoir près d'eux, lui avaient donné toute leur confianoe ainsi en est-il encore aujourd'hui.

La. sûreté de ses relations, le charme et l'agrément de son commerce lui ont conquis les plus précieuses relations dans la haute société parisienne. Quant à M. l'abbé Lapalme, pendant vingt ans il a porté le poids de l'administration temporelle du culte dans le diocèse de Paris avec une sûreté et une compétence qu'on ne saurait trop louer. Pour très modeste qu'il soit, M. l'abbé Lefèvre n'en a pas moins été un précieux collaborateur des archevêques de Paris. G. L.

Les Échos Conséquences d'un krach.

Un riche et intelligent entrepreneur de plaisirs publics avait rendu des services d'argent fort importants à un étranger connu qui jouait gros jeu et que la guigne poursuivait.? JL» joueur finit par devoir un million aui manager, qui le pria de vouloir bien lui restituer ce qu'il lui devait..

Je n'ai point d'argent liquide, dit le joueur. Mais j'ai mieux. Voici des titres dont le quart est versé: Je .vous dois un million. Je vous en remets pour quatre millions. Renseignez-vous. Ce sont des valeur de tout repos. Ces sont des actions le la Banque Industrielle de Chine. Les renseignements furent des meilleurs. On avait distribué un dividende de 14 0/0 Le prêteur accepta. Et aujourd'hui il s'attend à verser un de ces ioars les 3/4 des titres' non encore lihé-

réfe. Ses moyens heureusement le lui permettent. Mais il a juré qu'an ne l'y prendrait plus. OU IRA L'ARGENT ?

Dempsey encaisse trois millions. C'est un joli chiffre bien gagné. à la force du poignet. Que va-t-il faire d'une telle somme? Voyager? Acheter des chevaux? Se payer un château? Subventionner un journal de sport? Entretenir des danseuses ?. américaines, naturellement fonder une usine? La question se pose, et ce fut, hier, un petit jeu parisien.

Il ne semble pas que cet homme puissant, mais qui n'a ni le masque de Dante ni le front de Hugo, soit enclin à faire des folies. Bien boire, bien manger, quand ses managers l'y'autorisent, frapper fort en tout temps: voilà quelles doivent être ses joies. Je ne le vois pas à l'hôtel des ventes s'emballant sur un Greuze ou un Corot, sur une édition de Corneille ou sur un autographe de Franklin ou de Washington. C'est un bon fils qui tout de suite a prévenu sa mère de sa victoire. Ce doit être un homme économe, rangé et qui place son argent. Depuis longtemps, il a l'habitude de la victoire. Il est la machine'à à cogner et à toucher des dollars. C'est son métier, et chaque triomphe est pour lui une bonne affaire. Il doit avoir un banquier, un agent de change qui soignent ses intérêt" et lui préparent une vieillesse heureuse de gentleman tranquille, ami du confort et très pacifique.

Y a-t-il donc chauffeurs et chauffeurs ? Hier après-midi, avenue Victor-Hugo, le tramway de la. Muette' tamponnait, assez légèrement d'ailleurs, une aiuitomobile de maître, dont le conducteur n'avait ni entendu la cloche avertisseuse n; aperçu les signes du wattman. Quelques dégâts réciproques puis assez long arrêt pour l'échange des papiers et la constitution des témoins. Dans ces conjonctures, remarquons-tle en passant, c'est après ,la. rencontre qu'on échange des témoins. 'Les deux receveurs et le wattman, avant de reprendre leur poste, se livrent à quelques réflexions

0h la la ça n'en finissait pas Avec un chauffeur de taxii, ça aurait été tout seul.

Nous nous permîmes, alors, de demander au: receveur de notre voiture pourquoi les chauffeurs de taxis sont plus aecommodants que les autres. Il se, borna à nous regarder sévèrement, sans daigner nous répondre.

La question reste posée..

Comment on écrit les faits divers. « Un incendie, Usons-nous, s'est déclaré, à trois heures du matin, dans une fabrique de meubles. En procédant au déblaiement, un homme a été trouvé carbonisé. »

Comment ce malheureux a-t-il pu être trouvé, par lui-même, carbonisé, au moment où il procéda.it au déblaiement ? Mystère.

L'homme et le shake hand·'

Puisque tout le monde parle des poings, parlons des poignées de main. Un Américain de Boston a fait une étude sur leur signification. On peut la résumer ainsi

Celui qui retient votre main dans la sienne est, peut-être un excellent homme, mais c'ést un paresseux et un bavard. L'homme qui étreint la main avec énergie est un .caractère noble et capable d'élans généreux.

Une main qui ne serre pas la main que vous lui tendez indique un caractère indifférent celui qui ne vous accorde que deux doigts est un avare et un égoïste. La poignée de main rapide indique un homme d'affaires.

Comment appeler cette science ? La chirojKi/chologie? Pourquoi pas ? Chose vue.

Huit heures du matin, à Belleville. Tandis qu'une quarantaine d'ouvriers causent et fument devant une usine, le timbrè annonçant l'heure de la rentrée retentit durant trente secondes exactement. Quelques-uns des ouvriers finissent leur cigarette et se décident à al-

ler travailler, Seulement, les portes, sur les derniers tintements, se sont fermées et, derrière les grillés, un contremaître explique amicalement

C'est à huit heures qu'on arrive, les enfants, pas à huit heures trois

Et les ouvriers font demi-tour et se' retirent, sans parler de grève, de syndicat ou de revendications. Ils sont un peu penauds, sans plus.

Le Coq

La' "Bienvenue française" La Bienvenue française que préside M. le maréchal Foch, vient d'organiser pour les étudiants du Glee Club de Harvard plusieurs réceptions, notamment au Petit Palais, dont M. Lapauze, conservateur, a bien voulu faire les honneurs à la station physiologique du Collège de France, où, en l'absence de M. Gley, délégué des professeurs des sciences biologiques à l'Institut Marey, le directeur de la station de chirurgie expérimentale leur* a fait une conférence avec projections et leur a montré un film scientifique, et dans le célèbre jardin japonais de M. Kahn (à Boulogne), où M. Guillaume, directeur du Bu.reau des longitudes, leur a fait un discours en anglais.

La « Bienvenue française » a égalenient conduit les étudiants de Harvard à l'aérodrome du Bourget, où ils ont été reçus par un représentant 4e M,. Laurent Eynac et par le comte de La Vaulx, vice-président de l'Aéro-Club. Ils ont eu la bonne fortune d'assister à l'atterrissage du Goliath, arrivant de Londres avec quatorze passagers. Les étudiants du Glee Club de Harvard, ont été reçus par la « Bienvenue française hier dimanche, à six heures, à, 1 Institut de France, dans les salons du Pavillon de Caen, gracieusement mis à la disposition de la « Bienvenue française M. Ch.-M. Widor en a fait les honneurs avec les membres du comité.

M. Bergson' a prononcé une charmante allocution, qui fut très applaudie.

M. Loucheur, ministre des régions libérées, et M. Léon Bérard, ministre des

beaux-arts, assistaient à cette belle et intéressante réunion. P. R.

Les raisons d'une défaite. Le retour. Impressions de M. Tristan Bernard. La Presse américaine rend hommage au

de Carpentier

PAR M. GEORGES DRO'UILLY

En lisant attentivement les détails du match de New-Jersey, on comprend très bien que si Carpentier a été battu, c'est qu'il s'est heurté à un organisée d'une puissance plus grande que la sienne. La dépêche suivante, de New- York, prouve jusqu'à l'évidence cette différence entre les deux champions. Elle dit « Le docteur Conelly, :qui a, examiné Carpentier après le combat, a constaté que celui-ci s'était foulé le poignet et que le pouce de sa main droite était fracturé en deux endroits, ce qui a dû enlever au jeune Français une partie de ses moyens et lui donner l'impression qu'il était désarmé par cet accident imprévu.

» Quant à Dempsey, il ne porte aucune trace du combat.

Carpentier s'est brisé à une muraille. La jeune femme de Georges Carpentier n'avait pas suivi son mari en Amérique, retenue par les soins qu'exige son jeune enfant. Elle a appris samedi soir. à huit heures cinquante, par le poste de T. S. F. de la tour Eiffel, la défaite de notre champion au moment même où elle mettait son bébé dans son berceau. Elle non plus n'attendait pas aussi tôt la nouvelle du résultat du combat. Elle a eu une courte émotion. Puis, avec cette gentillesse tendre et consolante qui est si particulière à la fommo française, elle a envoyé à son miari cette courte dépê che simple de termes, mais riche d'affection

« Tant pis, petit Georges 1 Ne t'inquiète pas. Sommes avec toi de tout cœur. Reviens-nous vite. »

Le retour de Carpentier

A onze heures et demie, samedi soir, Georges Carpentier a télégraphié v sua « Battu par handicap de poids. Aucun mal au corps, ni à la figure. Aucune inquiétude à avoir. Télégraphierai mon retour. »

D'après une dépêche de New-York, Carpentier rentrera probablement en France jeudi prochain parla France. Il ira se reposer à Deauville et boxera encore l'hiver prochain.

L'avis de Tristan Bernard

M. Tristan Bernard) est depuis vingtcinq ans un spectateur assidu des combats de boxe. Il a le goût le plus vif par le « noble sport » et son amitié pour Georges Carpentier est dès Jongtemps très sincère.

Nous lui avons demandé hier, par un coup de téléphone, à Vaucresson où il villégiature, son sentiment sur la défaite de notre champion.

Je suis déçu, très déçu par l'événement d'hier, nous a-t-il répondu. Je tiens Carpentier pour un athlète extraordinaire, mais je n'avais pas de renseignements exacts sur la valeur physique de Dempsey. Le vainqueur d'hier a eu dans le passé un très grand nombre de victoires, mais, la qualité ne m'en était pas connue. L'événement a prouvé que les Américains n'avaient pas surestimé leur champion. Dempsey est un grand, un vrai champion. On doit le reconnaître.

» L'échec de Carpentier me peine. Mais nous avons des compensations dans un autre domaine également sportif. Cest la prodigieuse montée du Sud-Ouest fran-