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A 1 LIEUES 1 PÂEIS

Quand un Moscovite rencontre dans la rue un ami qu'il n'a point vu depuis longtemps, il s'approche vivement de lui, l'embrasse au coin droit de la bouche, puis au coin gauche, une troisième fois au coin droit. Entreamis du mêmemonde ou du même cercle, on se salue à peine. Mais, du plus loin qu'ils s'aperçoivent, les gens du peuple lèvent leur chapeau et se font des salamalecs à n'en plus finir. Je vous ai dit que ceux-ci portent des bottes molles, une redingote à la Déroulède plissée à la taille, et une casquette. Ajoutez-y une chemise rouge flottantesous le gilet. Les cochers se distinguent à leur soutane croisée sur le devant de la poitrine, et retenue autour des reins par une écharpe multicolore, ainsi que par une coiffure ayant la forme d'un vase secret. Dans les hôtels et les restaurants, les garçons sont en pantalons etpaletots .blancs une petite cordelière rouge à glands serre leur paletot. Les six cent mille hommes qui forment cette couche so.ciale se mouchent consciencieusement dans les doigts. Moscou est une ville très commerçante: grains, farines, bois, tissage et filature de #oton, etc. Je ne sais si c'est aisance, résignation ou règlement de police mais, des milliers d'individus d'apparence pauvre que l'on rencontre, aucun ne vous demande l'aumône. La même remarque s'applique à Pétersbourg.

Moscou est sans doute beaucoup plus animé en ce moment, bien que le sacre d'Alexandre III y ait attiré moins d'affluence que je n'avais pensé d'abord l'interruption des fêtes, pendant le jeûne impérial, avait rendu, me dit-on, à la ville sa physionomie ordinaire.Retranchons les trois quarts des drojkys, des troïkas, des voitures de gala, il n'en restera pas moins une multitude de véhicules de toute forme et de toute destination sillonnant les rues comme à Paris et à Naples, et s'entrecroisant avec une habileté que je n'ai vue nulle part.

Les hommes portent tous la barbe et les cheveux longs. Les prêtres du clergé blanc et du clergé noir ont ces appendices un peu plus développés. Ces prêtres ont une coutume, que j'ai constatée, non sans surprise, à Isaac et à Notre-Dame de Cazan, à Pétersbourg, notamment à la messe feolennelle pour l'anniversaire de la nais-sance du Csaréwitch lorsqu'on les revêt des ornements sacerdotaux, en pleine nef, ils tirent de leur poche un peigne énorme, comme celui que les Espagnoles se plantent si gentiment dans les cheveux ̃et qu'elles appellent peineta, et ils en débrouillent leur tète ébouriffée, comme ils feraient au bain ou dans leur cabinet de ̃toiletter-pëndant que je parle d'eux, je vous dirai que dans toutes les églises où j'ai assisté à un office, un de ces prêtres, le chantre, possède une Voix de bas'se auprès de laquelle celle de M. Gailhard, de l'Opéra, n'est, que la voix d'un tenorino je ne sais quelle- est celle des Russies qui donne le jour à ces grands bœufs mugissants.

A Isaac, j'ai aussi entendu un chœur dans le goût des chœurs de la chapelle des Chanoines de Saint-Pierre et de la Sixtine, et fort ïémarquable les voix des tenorini semblaient 'voler légèrement de chapiteau en chapiteau, comme des gazouillements de colibri. Mais j'en reviens âmes Moskovites.Les femmes ont, dans la toilette sommaire que je vous ai déjà décrite, une manie horrifique elles attachent leur tablier au-dessus des seins, et je vous laisse à penser ce qu'il advient de cette déformation. Pour les Moscovites qui n'appartiennent pas à la classe des moujicks, la parfaite élégance, c'est de porter des chapeaux ronds.

Eux. ils sont vêtus à la française cette uniformité s'établit, vous le savez, jusqu'à Constantinople et à Astrakan. Vous verrez qu'un jour le schah de Perse reviendra à Paris en habit noir et chapeau haut de forme. En soirée, l'habit noir à collet de velours et boutons d'or, sans parler des décorations. Ce que les Russes sont décorés, c'est à ne pas croire Je n'ai pas encore été dans beaucoup de salons j'ai pourtant eu l'honneur d'être reçu dans plusieurs et non des moins cotés, et je n'ai rien à dire des toilettes que j'y ai vues. Paris est encore la ville où les femmes s'habillent avec le plus de goût et portent la toilette avec le plus de grâce.

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Tous les restaurants possèdent des orgues monumentales qui du matin au soir ne cessent de moudre des airs de bastringue ou d'église, aux oreilles des consommateurs, probablement pour abréger leur repas. C'est une contre-façon de la Belgique. Mais les Moscovites ne se laissent pas prendre à ce piège trois heures à eur déjeuner et un peu plus à leur dîner. On vous sert un potage, que je vous recommande pour le jour où vous voudrez passer dans un monde meilleur botte d'oseille, petits navets de Narva, ciboule et concombre dans de l'eau froide. Saupoudrez de sucre et de fromage, roulez, et vous êtes empoisonné.

Vous me demandez ce que c'est que les petits navets de Narva? Ce sont des navets comme ceux que votre cuisinière achète aux Halles, et que les Russes aiment à croquer en guise de radis. On vous sert aussi du filet aux champignons et aux cerises, avec lequel on se familiarise avec moins de peine. Beaucoup d'excellents champignons et de cerises délicieuses. Le pain est blanc comme du lait. Moscou et Pétersbourg sont renommés pour leur pain blanc. On vous le coupe en tranches minces, comme enHollande. Sur la table, vous trouvez également du pain noir très agglutiné, comme celui que vous donnez aux ours du jardin des Plantes mais il y en a moins à Moscou qu'à Pétersbourg. La viande est fort JsooQe. On

J prétend que le climat est débilitant, et il faut que cela soit, car l'on sort de table j sans se sentir renaître sous les sucs de cette viande. On se sent, au contraire, constamment avilito, avili, comme disent les Italiens. Quantité de petits pâtés farcis, qu'on annexe à tous les plats. Rentré en France, de quatre mois je ne mangerai des petits pâtés. J'allais comni3ttre un crime J'oubliais les poissons du Volga, qui sont dignes des meilleures tables; j'ouj bliais surtout le poisson favori des Mosi covites le sterlet, qui ressemble à un petit chien noyé, dans sa sauce blanche, et dont le nom seul me bouleverse les entrailles.

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Dans les traktirs ou cabarets, les moujieks sont attablés devant une tasse de thé, fumant la cigarette ou mâchant des graines de soleil, comme les perroquets. Leur tenue est plus convenable que celle des clients des cabarets français il n'y a même aucune comparaison à faire. Pendant les fêtes, ils boivent force eau-de-vie de grains, et alors ils ne sont pas précisément beaux à voir. Leurs popes sont avec eux et ne leur donnent pas, dit-on, l'exem^ple de la tempérance. Sauf le chapeau, qui est un vulgaire chapeau de paille noire, les popes sont habillés comme les médecins de Molière; mais leur robe, qui a pu être noire, violette, feuille-morte ou grise, est toujours couleur de chaume et d'une saleté repoussante. Le moujick est très superstitieux. Si vous vous plaignez des cafards qui se promènent dans votre lit ou dans votre assiette, il les poussera dé- licatement dehors et les conduira d'étape en étape jusqu'à la pièce voisine, ainsi qu'un berger ferait ses chèvres. Dans tous les Manuels de conversation, vous lirez ces deux mots qui vous donnent la chair de poule ictchi hllapov (cherche les punaises). Je ne suis pas sûr que le moujick auquel vous donnerez cet ordre ne mettra pas pieusement sur son sein velu ces bêtes puantes auxquelles les gens civilisés ont la barbarie de ne pas rendre l'amitié qu'elles leur témoignent. Ce sont des animaux sacrés, comme les ibis d'Egypte ou les serpents de l'Inde.

Partout vous apercevez quelque imago du Sauveur, de la Madone, d'un' saint du calendrier orthodoxe; comme chaque Moscovite fait au moins douze signes de croix par jour devant ses icônes, cela fait quotidiennement dix millions de signes de croix. Je suis très au-dessous de la vérité en disant dix millions j'irais jusqu'à cinquante sans la dépasser. Cette piété des habitants de la ville sainte de la sainte Russie est certainement fort respectable mais elle se traduit d'une manière un peu monotone et très agaçante. Je ne sais pas si les Russes ne meurent point ou à quelle heure on les porte en terre, mais je n'ai encore vu que quatre enterrements trois à Pétersbourg et un à Moscou. Le cercueil est orné d'arabesques de couleurs éclatantes, recouvert d'un drap d'or à fleurs multicolores, posé sur un char plat comme celui qui a servi aux obsèques de M. Garnbetta, des employés des pompes funèbres; portant au bout d'une hampe une lanterne allumée et voilée d'un crêpe, marchent aux angles: ce sont là les petits enterrements, et je ne sais pas quelles magnificences l'on déploie aux autres. Mais revenons à des choses plus gaies.

J'ai découvert un coin qui est le seul endroit de Moscou où je me plaise. C'est au bout du ghetto, sur le quai de la Moskowa de là j'aperçois tout le panorama du vieux Kremlin avec ses coupoles dorées, argentées, bleues, vertes, ses tours et ses flèches, et, dans l'arrière-plan, la couronne d'or de l'église du Sauveur, qui a coûté, je crois, soixante millions de roubles, puis une multitude de clochers qui se perdent dans la brume d'un ciel moutonneux. Je vais chaque jour passer un quart d'heure devant cette féerie qui, au moins, n'a pas le tort de vous faire illusion. La Moskowa est une petite rivière, sœur aînée du Mançanarez. de Madrid. Qu'il y a loin de cette Néva, de Pétersbourg, qui enlace amoureusement, de ses bras, des îles toutes boisées et peuplées de villas 1

De dix heures à minuit, Moscou semble se coucher. C'est, en effet, les deux heures où il fait vraiment nuit: mais, avant, il ne fait pas encore nuit; et après, il ne fait pas encore jour. A minuit on va à l'Ermitage, sorte de Mabille beaucoup plus beau et où se promèment des filles beaucoup plus laides puis de là à Pétrowski-Parc, chez Yard, le Madrid de ce bois de Boulogne rabougri. On y voit des tziganes, dont les yeux semblent des amandes de Chanaan enchâssées dans du bistre mais on dit que leurs yeux promettent plus qu'elles ne tiennent. La cuisine est assez bonne chez Yard. Mais c'est pour les tziganes qu'on y va sabler le champagne. Allez-vous voir les tziganes ? q Les tziganes font fureur. Il y en a également à Pétersbourg, aux îles, charmante promenade où m'a conduit une troïka fringante. Une troïka ? C'est une calèche à trois chevaux de front, mais ayant chacun une allure différente, celui de gauche et celui de droite se livrant à une fantasia variée et gracieuse. Le cocher porte une couronne de plumes de paon à sa toque. Rien n'est plus pittoresque que ce léger attelage qui vous enlève comme un tourbillon. La mode est d'aller à la pointe, c'est-à-dire à l'extrémité de la plus éloignée de ces îles. Là on fait un tour sur le sable. J'y rencontre la princesse Lise Troubetzkoï, le conseiller d'Etat d'Apleitscheieff, M. Kretzulesco, ministre de Roumanie nous formons un petit cercle et, en causant de Paris, nous regardons coucher j le soleil dans un lit tout ensanglanté où i je n'avais jamais vu le dieu de la lu| inière.

Je dine ensuite dans un des restaurants I voisins,abonde le gibier et, à onze | heures, en fumant un cigare, je fais une promenade en barque sur la Neva. La i jbarque glisse silencieusement dans l'om-

bre des sapins et des bouleaux, la lune

dessine des fantômes. Vous rappelez-vous la poétique page de Joseph de Maistre sur la Neva ? Comme on est doucement bercé sur ses larges et calmes eaux où flotte un air pur et doux Mais je m'aperçois que je regrette Pétersbourg et que je suis à Moscou. On va donc souper à PétrowskiParc et l'on en revient au grand jour pour aller à son cercle, où l'on joue un jeu effréné. On attache de l'importance à être de tel cercle, et l'on dit gros comme le bras Mon cercle. Le Moscovite ne se lève pas plus tôt que le Parisien, sinon plus tard, et je crois qu'il en est de même à Pétersbourg.

A l'Ermitage se trouve un théâtre où j'ai entendu, sans en comprendre un seul mot, la Mascotte en russe et où l'on joue maintenant, également en russe, les Cloches de Corneville. Il n'y a pas de théâtre français à Moscou. Mais le Grand-Théâtre possède un corps de ballet que les connaisseurs préfèrent à celui de l'Opéra de Paris. Une école de danse y maintient intactes les règles de l'art. Plusieurs de ces danseuses sont, en outre fort jolies, ce qui ne fait qu'orner le talent en tout pays du monde.

LOUIS TEST3

Nos Echos AUJOURD'HUI

Grand-Hôtel. Restaurant A la «art* («our 4'honneur)

DfijEUNER

Escalopes de veau à la milanaise

A 6 heures et demie, dîner au Grand-Hôtel, admission jusqu'à gept heures.

L'orchestre de M. Desgranges sa fora entendre pendant la durée du dîner.

MENU

Potage semoule au consommé

Hors-d 'œuvre

Bar sauce câpres

Pommes de terre à l'anglaise

Aloyau à la portugaise

Ris de veau aux petits pois

Chapon du Mans au cresson

Salade

Haricots verts nouveaux maître- d'hôtel Tartelettes de fraises

Glace parfait au café

Desserts

Le salon des dames est ouvert aux voyageurs, Piano, table de jeux. Dîner à la carte au restaurant. Le jour et le soir, séance» et leçons de billard, par M. Gibelin. Café Divan. Le programma du dlner-concert. (Voir k la page.

Musée Grévin, 10, boulevard Montmartre De onze hnure» du matin à onze heures du soir. Auditions téléphoniques.

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Opéra, 8 h. Faust.

Français, 7 heures. Horace. Corneille et Richelieu. Le Menteur.

Opéra-Comique, 8 h. Carmen.

1 LE MONDE ET LA VILLE

M. le duc de Fernan-Nunez, ambassadeur d'Espagne en France, qui était de-

I puis trois semaines à Madrid, vient de

rentrer à Paris.

Hier soir, il allait, en personne, dépoi ser sa carte chez le baron Alphonse de Rothschild.

'1 Télégramme de Bayonne

II La reine de Portugal, accompagnée de i ses deux fils, les infants Carlos et Alphonse, est arrivée hier à Bayonne avec | une nombreuse suite. Sa Majesté, qui a été reçue à la gare par le sous-préfet et le consul de Portugal, repartira demain pour Rome, où elle est attendue le II, elle devait d'abord s'embarquer à Barcelone pour Marseille, mais le mauvais état de la mer a fait modifier cet itinéraire. La reine Marie-Pie, fille de Victor-Emmanuel et sœur, par conséquent du roi Humbert, a aujourd'hui trente-six ans et son mariage avec le roi Louis de Portugal date du 6 octobre 1862. C'est une princesse intelligente et vertueuse qui, assure-ton, a pour la France une réelle sympathie et qui a hérité de la nature droite et loyalè de son père.

Le mariage civil de Mlle Béatrice de Rothschild et de M. Maurice Ephrussi, a eu lieu hier, à trois heures, à la mairie du premier arrondissement,

Les mariés, leurs familles et les quatre témoins, personne de plus.

Chaque famille est arrivée de son côté. Le baron Alphonse de Rothschild était en redingote noire et pantalon gris, la tenue de rigueur. M. Maurice Ephrussi, de même.

Le baron Albert, avec la baronne Alphonse, la baronne Albert et la fiancée sont arrivés en landau. Le baron Alphonse et le baron Nathaniel,de Londres, étaient dans une Victoria.

La baronne Alphonse portait une robe bouffante de satin merveilleux loutre uni un chapeau en paille crème, avec une touffe d'épis; brides en velour,s loutre.

La jolie jeune mariée portait une robe bleu-martin-pêcheur, garnie très simplement de velours même nuance; jupe plissée fin; tunique bouffante serrée dans des bandes de velours de même couleur. Cor- sage plissé très fin et collier de velours assorti, avec nœud de velours sur le côté. Chapeau panier chenille bleu et or. La baronne Albert de Rothschild, sœur de la mariée, portait une robe de taffetas doré et mousse à volants découpés, garnie de dentelles et velours mousse.

Mme Léon.Fould avait une robe grise avec un chapeau rouge.

Mme Ephrussi mère était en toilette écrue; chapeau de paille de riz; plume écrue.

C'est M. le maire qui a prononcé les paroles sacramentelles.

Après la cérémonie, retour à l'hôtel, où, à huit heures, a eu lieu un diner de famille.

La marquise Tseng, femme de l'ambassadeur de Chine en France, part aujourd'hui pour Londres; Mme Tseng est acI coinpagnée de son père, M. Liou, premier

secrétaire de la mission du Céieste-Em-

Pirf« L1~1 ~1 rempjït, peùdant l'ab-

M. Lrcrà, <jùi remplit, pendant l'ab-

r"

sènee du marquis Tseng, les fonctions de chargé d'affaires, rentrera à Paris vendredi.

L'ambassadeur, à sou tour, quittera sous peu Moscou et Saint-Pétersbourg il est attendu à la place d'Eylau pour le 20 de ce mois.

Le Gaulois a déjà parlé du monument qui va être élevé par souscription à Louis Veuillot, et donné la composition du comité chargé de recueillir les souscriptions des catholiques.

Il restait à déterminer la nature du monument.

D'après l'avis de S. Em. le cardinal archevêque de Paris, et avec son agrément, il a été décidé qu'il serait élevé dans l'église votive du Sacré-Cœur, dont la fondation fut saluée d'un cri d'enthousiasme par Louis Veuillot, et dans la chapelle de Benoit Labre, le saint mendiant, le dernier Français canonisé.

Un grand mariage à l'horizon

Le comte Louis de Montesquiou, fils du comte Wladimir de Montesquiou et de la comtesse née Sauvage, épouse Mlle d'Arainon, fille du comte d'Aramon, mort il y a deux ans, et de la comtesse née de Béhague, ̃>•̃̃.

ISSdfe'lfeftbnce le mariage de M". AngusteFerdinand-Marie, comte de Bruneteau de Sainte-Suzanne, demeurant au château d'Ecury-le-Grand (Marne), et Mlle Geneviève-Marie-Edmée-Euphémie de Foailleu, fille de M. Alfred -Louis de Foailleu et de Marie-Pauline de Beaumont.

Carnet mondain

Hier, soirée musicale des plus réussies chez la marquise d'Aoust. On y a applaudi successivement Mme Haritoff, Mme Munius, de Belocca, etc. Le piano, admirablement tenu par la marquise de SaintPaul. On remarquait dans l'assistance, peu nombreuse labaronne dePoilly, comtesse de Brigode, en robe satin crème; Mlle d'Hervy, ravissante en bleu et rouge; comtesse de Montreuil, en rouge; baronne O'Tard de La Grange, baronne de Hirsch, toute en dentelle blanche, comtesse de Garet, en tulle rose et nœuds rouges: comtesse de Barbentane, en bleu; comtesse de Croy, etc.

Au cirque Molier

Les invitations disaient « A neuf heures précises » et, en effet, à neuf heures, avec une exactitude royale, l'aimable directeur faisait son entrée en haute école sur un fort beau cheval gris, « son étalon favori, » selon le programme,.

A neuf heures, il y avait longtemps qu'il ne restait plus une seule place ni en haut, ni en bas, ni nulle part.

Le cirque de la rue Benouville est si en faveur et son directeur si obligeant que, si l'on n'arrive pas une heure avant le commencement du spectacle, fût-on muni d'une place numérotée, autant vaut rester chez soi.

Parmi les plus beaux numéros du spectacle divisé en deux parties, selon l'usage et comportant du grave et du sérieux, nous citerons les Incomparables Dies et Nox (trapèze et anneaux) la Belle Zane, en haute école; la Voltige sur un coursier sauvage et blanc la Séance d'équitation, par le professeur X. le Tandem, de miss Pâquerette le Dernier Mot du muscle le Divertissement équestre, travail debout, sans selle, sur trois chevaux en pleine carrière, par le directeur (miss Pâquerette tenant la chambrière). A une heure trop avancée pour nous, le spectacle a dû se terminer par le grand e défilé en longueur >, avec feux du Bengale, embrasement électrique, par toute la compagnie, superbement costumée.

En somme, succès complet, comme toujours. Programme entièrement renouvelé.

Trop de succès même, puisqu'il était difficile, à ceux qui n'étaient pas prudemment arrivés une heure avant la représentation, d'apercevoir autre chose que le dos et le fond du chapeau des belles mondaines, conviées cette fois à la fête. Les séances du cirque Molier sont, comme celles de l'Académie française, trop courues pour les dimensions de l'enceinte où il s'agit d'introduire le public privilégié I

Le cirque Molier a la faveur de tout Paris.

Il ne lui reste plus qu'à trouver son Pingard, c'est-à-dire l'homme qui place, même quand il n'y a plus de place, comme l'admirable Pingard de l'Institut.

Soirée dansante hier, chez la princesse Massalski, femme ,a du vice-consul de Russie à Paris, le prince Serge Massalski, en son hôtel de la rue de Grenelle. Parmi les invités, remarqué le comte Kapnist, chargé d'affaires MM. le comte Mourawieff, le prince Troubetzkoï, Narishckine, attachés à l'ambassade, etc.

Une petite manifestation à l'horizon. On annonce pour le 15 courant l'arrivée à Paris de Menotti Garibaldi, du général Canzio, fils et gendre de Garibaldi, et de M. Cavalotti, député.

Un banquet de quatre cents couverts sera offert, le soir même, aux nouveaux arrivants, dans lasalle des fêtes du GrandOrient. Vingt-trois députés de la gauche, parmi lesquels MM. Lockroy, Ballue, Clemenceau, Laisant, etc., prendront part à ce banquet.

Le 17, une fête commémorative, en l'honneur de Garibaldi, aura lieu au cirque d'Hiver, sous la présidence d'honneur de Victor Hugo.

Une compagnie d'anciens volontaires garibaldiens, français et italiens, revêtus de leurs uniformes, partira, drapeau déployé, musique eu tête, de la place de la République, à moins que cette marche triomphale ne soit pas du.goût de M. Camescasse, ce qui, d'ailleurs, nous parait assez vraisemblable.

On sait que dimanche dernier, aux

courses, M. Grévy s'est retiré sitôt après le Grand Prix. Mais ce qu'aucun journal n'a raconté, c'est que. lorsque le chef de l'Etat a regagné son landau de. louage, quelques. personnes trop zélées ont voulu forcer les assistants à ôter leur chapeau.

Il s'en est suivi des contestations, des discussions et des protestations que l'on eût sagement fait d'éviter, dans l'intérêt même de M. Grévy.

On parle d'un banquet que les actionnaires du canal de Suez doivent offrir, au Grand-Hôtel^ au président de leur conseil d'administration.

NOUVELLES A LA MAIN

Fantaisies sur la température,:

Mon thermomètre estdésespérant! J'ai constaté hier une hausse de six degrés.

Et le mien, donc 1 Il était tellement monté qu'on l'a retrouvé sur les toits.

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Pensée de Calino

Il n'y a vraiment qu'un moment d'agréable dans la journée depuis quaranteuit heures. c'est la nuit.

UN DOMINO

LA

PETITE MARIÉE DU MUSÉE GRÉVIN

Ah! comme nous nous amusâmes A la noce de mon cousin! l

Nous n'étions ni hommes ni femmçs, Tous poupé's du Musé' Grévin! 1 Ah! comme nous nous amusâmes A la noc' du Musé' Grévin! 1

C'est une étonnante aventure

Qui fait honneur assurément

Aux agents de la Préfecture,

Dont Camescasse est l'ornement; Car nul, avant ce joyeux sire,

Ne vit l'administration

Coffrer des figures de cire

Pour tapage ou rébellion! 1

Nous tapageurs c'est à se tordre 1 Nous qui sommes, sans vanité, Incapables de troubler l'ordre Ou d'insulter l'autorité 1

Nous allions au pas, sans mot dire 1 .Quel animal a donc pensé

Que c'est les figures de cire

Qui, cette fois, ont commencé? Hélas t la force est sans riposte 1 Une paire de vils sergents

Nous ont, en bloc, jetés au poste, Tout ainsi que d'honnêtes gens t Le mieux était-il pas d'en rire, Et n'est-ce pas très gai, vraiment, De voir des figures de cire

Faire peur au gouvernement? Aussi, muets comme des carpes, Avons-nous subi notre affront; Paix et bonne nuit aux escarpes 1 Sans vergogne ils opéreront 1

Libre de piller et d'occire,

Ils narguent les sergots bernés, Et c'est les figures de cire

Que la police a dans le nez 1

Mais que sert donc le ridicule ? En sommes-nous tombés si bas Que ce cabinet funambule

Soit grotesque et n'en meure pas? Ramenant le sceptre et l'Empire, Les temps sont-ils encor lointains Où quelque figure de Sire

Surgira contre ces pantins ?

Ah 1 comme nous nous amusâmes A la noce de mon cousin 1

Nous n'étions ni hommes ni femmes I Tous poupé's du Musé' Grévin 1 Ah 1 comme nous nous amusâmes A la noc' du Musé' Grévin 1

PAUL FERMIER

DE L'EAU!

Paris commence à ressentir leseffetsdes grandes chaleurs de cet été.

Déjà, dans certains quartiers, les habitants se plaignent de l'infection qui s'échappe par boufiées des bouches d'égout, ou qui nous arrivent des grandes fabriques de produits chimiques de la banlieue. C'est aux environs des cimetières et dans les quartiers bas et populeux du centre, où la population est serrée, que ces mauvaises odeurs sont signalées. Aux envirousdu cimetière Montmartre, l'air était hier irrespirable comme dans un charnier.

Si les chaleurs persistent et si les chimistes ne nous découvrent pas un préservatif, nous finirons par attraper la peste. Qu'on donne au moins aux Parisiens un désinfectant, puisqu'on a laissé subsister, dans les usines insalubres de la banlieue, toutes les causes d'infection signalées il y a deux ans,

Et pendant qu'au centre de Paris on songe à s'approvisionner de phénol, dans les hauts quartiers on commence à se demander comment on se débarbouillera demain.

Hier et avant-hier, dans certaines maisons de Montmartre, on a vainement ouvert les robinets d'eau.

L'eau n'a pas coulé, ou bien elle a coulé par intermittences. Il est certain que la disette approche et qu'il va falloir se rationner.

Les eaux de la Vanne et de la Dhuys, que nous buvons à Paris, ont sensiblement baissé. Si la sécheresse continue, s'il ne nous tombe pas sur la tète un peu de cette eau dont nous avons été saturés pendant toute l'année dernière, les ingénieurs hydrographes ne répondent plus de pouvoir désaltérer Paris.

Cette menace de disette, qui revient chaque année, nous fait une situation ridicule et intolérable. Vraiment, à quoi servent tous les millions que nous prend le conseil municipal, si nous ne pouvons

..n'xF.Y o.r v .e.

pas même pour notre argent être assurés contre la soif

Cependant les remèdes ne manquerîtpas. Il nous souvient que l'an dernier M. A.1"phand, l'intelligent directeur des travaux publics de la Ville, avait demandé un crédit pour établir des pompes élévatoires. A-t-on accordé à M. Alphand son crédit ? a Et, si on le lui a refusé, pourquoi ? Les explications, si on nous en fournit, jae nous donneront pas d'eau; mais qu'on nous en fournisse tout de mê^me. Il est désagréable d'avoir soif. Ce nous sera une légère consolation de savoir pourquoi nous avons soif.

MAREUIL

UN PLACEMENT Nos anciens semblaient émettre un paradoxe en disant qu'il est plus difficile de conserver sa fortune que de la faire. Aujourd'hui le mot est devenu d'une vérité presque banale, tant l'épargne est embarrassée de savoir comment s'employer. J'ai donc la conviction d'être utile à nos lecteurs en leur signalant un titre qui offre toutes les conditions et les garanties d'un excellent placement. Il s'agit des obligations émises par la Compagnie Insulaire de Navigation.

C'est la dénomination sous laquelle la compagnie F. Morelli et Cie continue, dans la Méditerranée, les services de l'ancienne compagnie Valéry, pour les dépêches et les transports entre Marseille, Nice, la Corse, la Sardaigne, l'Italie etl'Espagne services que cette Société exécutait depuis quarante-trois ans.

La nouvelle gérance a donné à l'exploitation un développement dont la rapidité peut s'exprimer par quelques chiffres. Ainsi, les six derniers mois de 1881 avaient produit 992,858 fr., tandis que les recettes des six derniers mois de 1882 se sont élevées à 1,485.318 fr.

La différence en plus est d'environ 500,000 fr., soit de près de 50 0/0; et ce résultat a été obtenu par les seuls efforts d'une bonne administration, sans accroissement de la flotte ni affrètement d'aucun navire.

Un tel mouvement de confiance autour d'une entreprise lui commande d'accroître toujours proportionnellement ses moyens d'action. Mais il y a, pour la Compagnie insulaire de navigation, une nécessité plus précise d'augmenter sa flotte et de s'imposer, par suite, des dépenses qui doivent être largement productives dans un avenir immédiat.

La Compagnie a obtenu, en effet, la concession du service des dépêches et transports du gouvernement entre Marseille, Nice, la Corse, la Sardaigne et Livourne. Ce service doit s'ouvrir dans deux mois, le 1" août prochain.

En retour, l'Etat lui donne une subvention annuelle de 355,000 francs, à laquelle vient s'ajouter le montant des transports de matériel et de passagers payés par l'Etat, soit, en moyenne et au minimum, par au, 150.000 francs.

La Compagnie va donc recevoir de ce chef 505,000 francs chaque année. Afin de se mettre en mesure de remplir ses engagements nouveaux envers le public et l'Etat, elle a naturellement recours aux procédés ordinaires de crédit..Elle é uaet 16,000 obligations parfaitement gagées qu'elle offre aux- capitalistes au prix de 375 fr. Ces obligations, remboursables à 400 fr., dans une courte période de vingtsix ans, rapportent 20 fr. de revenu par an; elles ressortent net avec la prime d'a-

mortissement à 5 90 0/0.

Je signale ce placement parce qu'il est, cemme on le voit, très rémunérateur. Les obligations industrielles de même ordre, c'est-à-dire les obligations d'entreprises de transport, donnent moins de 5 0/0. Je le recommande surtout parce qu'il est de toute sécurité. L'obligatàire a pour gage tout l'actif de la société; et le service de son titre, intérêt et amortissement, est i amplement couvert par le montant de la subvention annuelle et des paiements de l'Etat. Ajoutons que, dans ses conditions actuelles de fonctionnement, la Compagnie réalise 460,000 francs nets, par an, de bénéfices.

On voit qu'en dérogeant à nos habitudes pour entretenir nos lecteurs d'une affaire particulière, nous l'avons fait en afveur d'une entreprise exceptionnellement sérieuse, et dans laquelle on peut, en toute confiance, engager ses capitaux. LOUIS PRUDENT

Bloc-Notes Parisien

L.e Petit Chapeau

Vous l'avez yu faire son apparition. Il a déjà remplacé, sur un grand nombre de chefs masculins, ce baroque cylindre noir, qu'un rien détériore, que le moindre heurt endommage, auquel la plus petite goutte de pluie ôte tout son prestige, qui n'a pour raison d'être que le caprice de cette inexplicable souveraine, la Mode, et qui vraisemblablement, à son origine, n'a pu être imposé au monde que par un chapelier autoritaire et omnipotent.

Depuis trois jours, ni plus, ni moins, le petit chapeau règne ou préside, à votre choix. Car, chose singulière, chez nous, tout a une date. Les chemins de fer sortent leurs bouillotes d'eau chaude à la Toussaint, même si on gèle à la fin de septembre. Les ministères éteignent leurs poêles à Pâques, même si on étouffe un mois plus tôt. Et, quant au petit chapeau, il est de rigueur qu'il ne montre le bout de ses ailes que le lendemain du Grand Prix. Il ne faudrait cependant pas se figurer que cette souveraineté du petit chapeau est universelle. On a longtemps fait courir le bruit qu'au lendemain du Grand Pris Paris se vidait par enchantement, comme le coffre fort de certaines Sociétés de cré- dit, et qu'en un clin d'œil tous ses habitants du premier au dernier rang âupschutt