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'RAM!T~ m~~F~

C~MUB a ~Urt~E.~

Le col que j'avais.~ traverser formait de loin une sorte d'entonnoir entre deux sommets de granit escarpés et nus. Les flancs de la montagne étaient couverts de maquis dont l'odeur violente me troublait la tête, et le soleil, encore invisible, se levant derrière les monts, jetait une teinte rose et comme poudreuse sur les cimes, où sa flamme semblait éclaboussée, rejaillisse dans l'espace en longues gerbes ïu~imeuses.

Gomme nous devions marcher, ce jourM, quinze ou seize heures, mon guide Nous avait fait admettre dans une sorte de caravane de montagnards qui suivaient ta même route et nous allions à la me, d'un pas rapide., sans dire un mot, grimpant l'étroit sentiernoyé dans les maquis. Deux mulets venaient les derniers, portant les provisions et les paquets. Les Corses, le fusil sur l'épaule, Panure leste, 1 's'arrêtaient, selon leur usage, a toutes les sources, pour boire quelques gorgées <Teau, puis repartaient. Mais, en approchant du sommet, leur marche peu peu se ralentit, des conversations avaient lieu a voix basse, dans leur idiome incompréhensible pour moi. Cependant, à plusieurs reprises, le mot < gendarme me frappa. Ënnn, l'on s'arrêta et un grand garçon brun disparut dans le fourré. Au bout d'un quart d'heure, il revint on repartit tout doucement pour s'arrêter encore deux cents mètres plus loin, ~t un autre homme plongea sous les branches. Fort intrigué, j'interrogeai mon guide. Il me répondit qu'on attendait un <t ami o. Comme il ne venait pas, cet <t ami on se remit à marcher, dès que l'homme envoyé a sa rencontre eut feparu. Puis tout à coup, ainsi qu'un diable jaillissant d'une boite, un petit être noir et trapu surgit au milieu de Nous, sortant du maquis par un énorme bond. II avait, comme tous les Corses, son fusil chargé sur l'épaule, et il me regarda d'un air soupçonneux. Il était iaid, noueux comme un tronc d'olivier, très sale naturellement, et ses yeux, aux paupières sanguinolentes, louchaient un peu. Il fut entouré, fêté, interrogé, chacun semblait l'aimer comme un frère et Ïc vénérer comme un saint. Puis, lorsque tes expansions-mrent passées, on se rcïnit en route, d'un pas très allongé, et l'un des montagnards marchait devant nous, à cent mè'.rès environ~ comme un ~claireur.

Je commençais à comprendre, ayant depuis un mois les oreilles toutes pleines d'histoires de bandits.

À mesure qu'on approchait du col, une ~orte d'appréhension semblait gagner tout le monde. Enfin, on y parvint. Deux grands vautours tournoyaient sur nos têtes; au loin, derrière nous, la mer apparaissait vaguement, encore obscurcie par des brumes, et, devant nous, une interminable vallée s'allongeait, sans une îniison, sans un champ cultivé, pleine de maquis et de chênes verts. Une gaieté semblait venue sur les figures et l'on commença la descente. Puis, au bout <Ï'une heure environ, le mystérieux personnage qui s'était joint à nous d'une fa~on si inattendue nous fit des adieux empressés, serra toutes les mains, même les miennes, et sauta de nouveau dans le maquis.

~uand il fut parti, j'interrogeai mon guide, qui me répondit simplement II n'aime pas les gendarmes. Alors, je lui demandai des détails sur ïes bandits corses qui tiennent en ce moment la montagne. J'appris d'abord que le coi où nous venions de passer servait souvent de souricière aux gendarmes pour pincer les hors la loi e qui veulent gagner !e territoire de Sartène, refuge ha'bituel des brigands.

tis sont en ce moment deux cent quarante environ, qui narguent la gendarmerie, la magistrature et le préfet. Ce ne sont point, d'ailleurs, des malfaiteurs, car jamais ils ne voleraient les voyageurs. Un ï'ait de cette nature les exposerait peut- être même à être jugés, condamnés mort et exécutés par leurs semblables, gens d'honneur s'il en fut. C'est, en eSet, un sentiment exagéré de l'honneur qui a poussé, presque toujours, ces pauvres diables dans la montagne. Quand une femme a trompé son mari, quand une ËUe est soupçonnée d'une faute, quand on a une querelle de jeu avec son meilleur ~mi, et pour mille autres causes aussi légères sur lesquelles les civilisés passent assez facilement l'éponge, on égorge ici la femme, la fille, l'amant, l'ami, les pères, les frères, les parents, toute la race; puis, sa besogne accomplie, on s'en va tranquillement dans le maquis, où le pays qui vous estime en raison du nombre d'hommes occis, vous donne les moyens de vivre, où la gendarmerie vous poursuit inutilement, et se fait massacrer souvent, à la grande joie des paysans montagnards, car tout Corse, pouvant au premier matin devenir bandit, hait instinctivement le gendarme.

A côté de ces malheureux que leur tempérament violent a poussés à commettre un meurtre, et qui vivent au hasard du jour, couchant sous le ciel, traqués sans cesse, il y a en Corse des bandits heureux, riches, vivant en paix sur leurs terres au miiieu des paysans, leurs sujets ce sont les frères BeIIacoscia. L'histoire de leur famille est étrange. Le père Bellacoscia (Belle-Cuisse) possédait une femme stérile, et. sur l'exemple des patriarches, il la répudia, prit une jeune fille d'une maison voisine et l'emmena sur les hauteurs où paissaient ses troupeaux. D'elle, il eut plusieurs enfants, et, entre autres, les deux frères Antoine et Jacques, dont je parlerai tout a l'heure. Mais sa femme avait une sœur qui faisait souvent dans la maison BeIIacoscia des visites de voisinage l'époux ga!Mt; trop galant, ïa reconduis&ih M eo

eut un 61s, avoua tout a. la première, garda la seconde et lui bâtit une demeure séparée pour éviter les scènes de famille. Or, une troisième sœur, à son tour, se mit à fréquenter les deux ménages, et un nouvel accident se produisit. Le pauvre père n'avait qu'une ressource construire une troisième maison; ce qu'il fit et tout le monde vécut en paix. H eut en tout une trentaine de descendants qui, à Jeur tour, en ont produit plusieurs centaines. Cette tribu habite en partie le village de Bocognano et les lieux environnants.

Deux des fils, Antoine et Jacques, gagnèrent de bonne heure le maquis pour des causes assez < futiles Le premier refusait de servir comme militaire; le second avait enlevé une jeune GIIe que désirait un de ses frères.

A partir de leur disparition, ils ont domine le pays en maîtres incontestés. On évalue à trois cent mille francs en<" viron la somme qu'ils ont coûtée augouvernement en expcditi~ms dirigées contre eux. Pendant des années on les a poursuivis sans cesse~ toujours en vain. Des colonnes entières de carabiniers. non, de gendarmes, partaient, ofuciers en tête, battaient la région, occupaient les Villages, cernaient des monts l'on était sûr Se les prendre; et, pendant ce temps, les frères BeUacoECia., assis tranquillement sur un pic voisin, suivaient avec intérêt les operations de )a troupe. Puis, fatigués de ce spectacle, ils redescendaient avec sécurité dans la plaine au devant du convoi .qui apportait des vivres aux gendarmes, s'emparaient des mulets chargés et, pour calmer la conscience

inquiète des conducteurs, leur remettaient

une réquisition en règle, signée Bellacoscia, à l'adresse de l'intendant militaire. Vingt fois ils ont failli être pris, vingt fois ils ont échappé à toutes les attaques, grâce à leur courage, à leur sang-froid, à leurs ruses et à la complicité de toute la contrée, pleine de leurs parents.

Un~jour.par exemple, le plus jeune, Jacques, avait été trahi. Il devait, à une heure donnée, venir mesurer du bois qu'il avait fait couper; et les gendarmes embusqués à vingt pas de là, l'attendaient. On t'aperçut dans la vallée, suivant le sentier avec lenteur, les mains derrière le dos; et aussitôt, sans attendre qu'il s'approchât, une fusillade terrible éclata, mais si loin qu'il en prit le bruit pour des claquements de fouet. Il chercha le charretier, et découvrit un baudrier jaune alors, sautant derrière un tronc de châtaignier, jl examina la situation. Tout se taisait maintenant. Inquiet il croyait à une ruse quelconque, quand il aperçut, dans une éciaircie de la forêt, le détachement de gendarmerie qui retournait tranquillement à la caserne, marchant au pas, l'arme a. l'épaule, après avoir tiré ses cartouches. Il alla mesurer son bois.

Les deux frères sont riches, achètent des terres grâce~ des prête-nom, exploitent des forêts, même celles de l'Etat, dit-on.

Tout bétail qui s'égare sur leurs domaines leur appartient et bien hardi qui le réclamerait. Ils rendent des services & beaucoup de gens; ces services naturellement sont payés fort cher. Leur vengeance est prompte et capitale.

Mais ils sont toujours d'une courtoisie parfaite avec les étrangers.

Ceux-ci vont souvent leur rendre visite. Les Bellacoscia se prêtent volontiers à ces rencontres.

Antoine l'aîné est d'assez grande taille, brun, avec les cheveux grisonnants; il porte toute sa barbe, a Ïair d'un bonhomme, d'abord < sympathique Le plus jeune, Jacques, est blond, plus petit que son frère; son œil perçant révèle une vive intelligence; et son habileté, en eSet, est remarquable. C'est le plus actif des deux; c'est aussi le plus redouté.

ÎI y a quelques années, une jeune fille, une Parisienne, voulut le voir et partit avec un parent.

On s'aborda dans un ravin profond, en plein maquis, en plein mystère/et la Parisienne, avec cette facilite d'enthousiasme bête qui rend le mariage si dangereux, raSbIa tout de suite du bandit. Songez donc un garçon qui couche à la belle étoile, ne se déshabille jamais, tue les hommes à la douzaine, vit hors la loi et iait des pieds de nez aux carabines gouvernementales. On déjeuna ensemble, puis on partit à travers des rochers inaccessibles. Le parent geignait, soufuait, tremblait. La jeune nile, aux bras du bandit, sautait les goum'es, était ravie, transportée. Quel rêve, avoir un vrai bandit pour soi toute seule, un jour entier, de l'aurore au soir. Il lui racontait des histoires d'amour, des histoires corses, où le stylet joue toujours un rôle; il lui parlait d'une institutrice qui l'aval aimé :et l'amadou que les femmes souvent ont à la place de cervelle s'enflamma si bien, qu'à la nuit elle ne voulait plus quitter son bandit, et prétendait le ramener, pour souper, dans la maison du village où les lits étaient préparés.

il fallut de longs pourparlers pour dé' cider la séparation, et l'on se quitta, parait il, avec une grande tristesse de part et d'autre.

~M. Haussmann a vu Jacques Bellacoscia d une assez singulière façon. Il altait en voiture à Bocognano, quand une femme, ~P~ lui annonça ~e le bandit désirait vivement lui parHaussmana hesitaitA accorder un ~P~ si compromettant, quand une idée lui ira versa l'esprit

-le n n'ai ~as â;armes, dit-il =par con-

~~i'~S:

séquent, si 1 on m arrête, je ne pourrai me

~r~S~<&~pS

ser par telle route..

A ~eure dite, un homn~ sautait à la ~chapea~h~

entra, chapeau bas, san~ la voiture, et

cE iS~ ~s la voiture, et

pSà~cle rebâtisscur de

Paris, à qui il âer,h~nda de lui faire obte-

S?S grâce de lui faire obte-

Un fait, entre mille, inài ue>:a bien

ou~ue~' Miquera bien

~g~ ~t la vengeance de ces rôdeurs Un homme, un berger, avait vendu ~es bandits'; et H gravigsaït la monta-

gne au milieu des gendarmes qu'il allait poster pour leur livrer leur proie. Un coup de feu soudain part du maquis, et le berger, la. tête fracassée, tombe dans les bras des gendarmes stupéfaits, qui battirent en vain les environs et firent réduits à rapporter àla ville le cadavre de leur guide. Ces braves Betlacoscia, par exemple, manquent du goût littéraire le plus simple, et leurs lettres de menace, toujours datées.. du t Palais Vert et tracées à l'encre rouge, sont écrites en style poétique de Peaux-Rouges, de l'effet ieplus-étonnant: a Partout la lumière- du. ciel te frappera, disent-ils, nos balles aussi t'atteindront. <

Ils habitent.un ravin profond, inaccessible, effroyable à voir, dans les environs du village, presque peuplé par leur famille. Comme les bonnes mœurs sont chez eux héréditaires, Jacques enleva, il y à quelques années, la femme de son frère Antoine et la garda. Il a, plus tard, accouplé son 61s, un enfant, avec une SHette, mineure aussi et sortant du couvent puis, l'âge venu, les a mariés. Beaucoup de Corses les connaissent et sont leurs amis, soit par crainte, soit .par un sentiment instinctif de révolte contre le gouvernement. Beaucoup d'étrangers les ont vus, mais se gardent bien de l'avouer, car l'autorité, qui ne parvient point à les prendre, ne tarderait pas a mettre la main sur le pauvre homme assez naïf pour confesser qu'il a eu des relations avec des bandits dont la tête' est mise à prix, SUY OE MtUPASSANT.

Echos de Paris

AUJOURDHUt

A onze heures du matin, devant la 8< chambre, procès intenté au G<!M/pM.

A huit heures du soir, salle Graffard, conférence publique organisée par l'Union fëdërative.

A huit heures du soir, rue de Lancry, quatrième réunion de l'Union républicaine des intérêts de Paris.

A huit heures du soir, café Hollandais, réunion privée des francs-maçons, du premier arrondissement.

PEDTECAZETTEDES ÉTRAMSERS

De onze heures à trois heures, visite au musée minératogique, & l'école des Mines, boulevard Saint-Michel.

De midi à trois heures, visite au musée des Monnaies, quai Conti, 11.

De midi A quatre heures, Visite a.u GrandTrinnon.&VorsaiUos.

A aix heurM et demie, d:Mf au Graad-Hôtel. MENU

Potage Crêcy

Hors-d'œuvre

Soleeà la. dieppoise

Pommes de terre nature

Filet de bœuf & lA printa.nière

Petits pieds Cendrillon, sauce Périgueux Ris de veau & la portugaise

Votailie de Bresse au cresson

Salade

Haricots pa.na.ehe9 à la ma.!tre-d'h&tel T&rte de pommes & l'anglaise

Glitce bombe au cacao

DMaertf

Le Noir

Comédie-Française. ro!r<'M/ /t)tH!! ~r€r de FM/t. Rideau à 7 h. 3/4.

tA POUTtOUE

La situation, telle que nous l'avons décrite hier dans ses traits principaux, n'a pas sensiblement change. Nous maintenons l'exactitude absolue de nos informations.

Un incident nouveau, toutefois, s'est produit M. Grévy a pris la décision de rentrer à l'Elysée, où sera ce soir, dans la nuit.

Demain, sauf contre-ordre, conseil des ministres présidépar lui; on y discutera, on y résoudra, si 1 on peut, la question des décrets

A moins toutefois qu'en dépit de la note~aoas M..Grévy n'ajourne son départ de Mont-sous-Vaùdrey; cela est d'autant plus possible qu'au Ministère de l'intérieur on n'avait encore hier, à dix heures du soir, aucune donnée positive à cetégard.

Un mouvement prefectoral est en préparation, on le sait, à la place Beauvau. Ce mouvement est destine à placer, dans les départements possédant des congrégations menacées, des préfets et souspréfets tout à fait décidés à braver les responsabilités futures.

it reste acquis, dans tous les cas, qu'il est sursis provisoirement à toute espèce d'exécution des décrets. Pour. passer outre, il faudra, en dehors de l'accord improbable des ministres, l'assentiment de M. Grévy.

Plus que jamais, ce dernier persiste dans ses scrupules juridiques. Nous tenons de bonne source que beaucoup de préfets partagent ces sentiments, et ne voudraient pas aller plus loin avant notification de la décision du tribunal des conflits.

J l

tE MÛMÛÊ ET LA VtLLÈ

Certains journaux italiens ont fait courir le bruit que le voyage du duc d'Aoste à Londres avait pour objet des pourparlers de mariage entre ce prince et la princesse Béatrice, dernière nlle de la reine Victoria.

Cette nouvelle est dénuée de fondement l'ex-roi d'Espagne n'a jamais entretenu de projet de ce genre, auquel la dinérence de religion est~ d'ailleurs, un obstacle primordial,

Notre correspond&nt de Madrid Boas 4crit S. A. R. l'infante Mercedes, la nouvelle héritière du trône d'Espagne, doit, par application de la loi de dotation de la maison royale, entrer en jouissance de la pension que touchait jusqu'à présent la sœur aïnëe du roi. Ceuc-ci, en eSët, ayant perdu la qualité d'héritière présomptive, ses droits ont passé à l'infante Mercédès.

L'infinte Isabelle, l'ex-prîncesse des

Asturies, doit, aux termes de la même loi, toucher une pension annuelle de 250,000 francs, mais il n'y a pas au budget de crédit ouvert à cet effet. Dans ces conditions, la question présente quelques difficultés, et il parait nécessaire qu'une décision ministerielte intervienne pour la résoudre. On attend pour cela l'ouverture des Certes.

On affirme dans les cercles bien informés, que S. M. la reine Marie-Christine ne se rendra à la basilique d'Atocha, pour rendre grâce de son heureuse délivrance, que le 23 ou le 24 de ce mois.

Sir Charles Dilke, sous-secrétaire d'Etat aux atîaires étrangères d'Angleterre, vient à Paris, accompagné d'un fonctionnaire du For<?: o~/îce, M. Austin Lee. Ces messieurs doivent avoir une entrevue avec M. Tirard, pour examiner la question du traité de commerce entre FAngIeterre et la Erance.

La souscription ouverte par le journal de M. Félix Pyat, la Co/~ntM/M, pour offrir un pistolet d'honneur à Bcrezowski, le régicide qui tira, en 1867, sur l'empereur de Russie, donne un singulier regain d'actualité à une autre souscription du même genre, ouverte par le même personnage, pendant le siège de Paris. On se rappeUe qu'à cette époque l'auteur des C/n~b/!7ners dirigeait un journal radical intitulé le Co~6< Il y organisa un jour une souscription, a. raison de cinq centimes par personne, pour acheter un fusil avec lequel on devait tuer le roi Guillaume de Prusse.

La souscription fut couverte de signatures et atteignit quatre cents francs. Acheta-t-on ou non le fusil ? Nous croyons que là ne fut pas la difficulté. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucun tireur ne se présenta pour se servir de l'arme régicide, et que jamais aucun des huit mille souscripteurs n'entendit plus parler de l'obole qu'il avait déposée dans les bureaux du Con~a~.

'De tout temps, les étangs de SaintCucufa, ce petit coin charmant perdu. dans les bois de La Celle-Saint-Ctoud, ocraient un lieu de promenade des plus agréables et des plus commodes aux Parisiens en quête de plaisirs champêtres. Us venaient là admirer le paysage et boire de l'excellent lait que vendait le garde des étangs.

Désormais la. volonté souveraine de M. Gambetta en interdit l'accès aux profanes. Son Omnipotence le président de la chambre réserve l'endroit pour y chasser M ne veut être dérangé par personne. Si, au moins, l'interdiction était levée pendant que M. Gambetta est au château de Crêtes.

Ce sans-gêne républicain n'a rien qui nous étonne; mais nous le signalons aux promeneurs, qui seraient exposés à se casser le nez à Saint-Cucufa, dans leur ignorance des décrets présidentiels. Tout le monde a été révolté hier, à Compiègne, de l'absence du clergé, à l'occasion de l'inauguration de la statue de Jeanne d'Arc.

On ne l'a pas moins été en entendant les âneries officielles qui métamorphosaient Jeanne d'Arc en républicaine. Un peu plus, et nos pères Loriquets rouges insinuaient que Jeanne d'Arc a fait sacrer M. Gambetta à Reims.

Une réclamation fort légitime

Pas de sleeping-cars au train partant de Calais à minuit trente, et qui correspond avec le bateau venant de Douvres. C'est une lacune regrettable les voyageurs, fatigues par une longue traversée, seraient heureux de se reposer dans un de ces wagons-lits dont, nous nous plaisons à le constater, le confort ne laisse rien à désirer.

Le phylloxera vient de se montrer a Mont-sous-Vaudrey. M. Grévy est très inquiet, car il a fait récemment planter des vignes dans sa propriété, et il ne s'est occupe pendant deux semaines que de sen~'s, de ~arco~es et de oeuvres. Avant-hier, il s'est promené sous ses ombrages avec le savant Josnier, de Genève, à qui il a demande conseil pour lutter contre le Seau menaçant.

Place aux jeunes.

M. Albert Cahen, qui a débute hier soir comme maestro, ne s'était fait connaître jusqu'à présent que par de charmantes inspirations dont les habitués des concerts Colonne ont-eu la primeur. Il a épousé une Russe très distinguée, Mlle Vachofsky.

Le nouveau colonel du 2' dragons, à Chartres, est M. de Linage, qui était lieutenant-colonel à Lunéville.

M. de Linage, qui remplace le colonel comte de Joybert, si cavalièrement mis en disponibilité par le général Farre, est un ofScier de grande valeur, très énergique. C'est probablement le plus jeune, ou un de nos plus jeunes colonels de cavalerie, car il a à peine quarante-trois ans. A Sedan, une balle lui ira versa les deux joues. Une autre balle lui traversa les deux genoux, d'où une ankilose incomplètequi ne laisse pas, tout écuyer hors ligne qu'il est, de l'exposer à être' désarçonné fréquemment. Son élasticité et sa force musculaires étaient proverbiales aux dragons. D'où le surnom de colonel CaoM~c/xoMc que lui ont donné familièrement ses sol-

dats.

NOUVELLES A LA MA)N

Définition de la tombe par un architecte

e Une porte horizontale ouverte sur un autre monde. H

Un gommeux qui fait une cour assidue, ah comtesse de B. et qui croyait ses

affaires en assez bon chemin, lui demande la permission d'aller la voir. Vous pouvez venir le vendredi, lui dit-elle.

Ah oui, .répondit le gommeux d'un air déconfit, le jour où vous recevez tout le monde: enfin, votre jour de « déception

UN DOMtNS.

~OTBE PROCÈS

C'est aujourd'hui que vient devant la huitième chambre du tribunal correctionnel de la Seine, présidée par M. Cartier, le procès qui est intenté par le garde des sceaux, sur la plainte du ministre de la guerre, au Gaulois, dans la personne de son gérant, M. Ducatez; de son imprimeur, M. Lucotte, et. de l'un de ses rédacteurs, M. Ivan de Wœstyne. On sait que les journaux le G~ Blas et Par/s-oM~MJ sont compris dans la même poursuite.

Le ministère public sera représente par un jeune magistrat de talent, M. Cruppi. Le gérant et l'imprimeur du Gaulois seront défendus par Me Davrillé des Es-

sards.

M. Ivan de Wœstyne a choisi, pour avocat, Lachaud.

Le gérant et l'imprimeur de P~sVoMma~ auront pour défenseurs M" Carraby et M" Pinta.

Le G~-B~s n'a pas pris d'avocat. Au nombre des témoins cités par M. de Woestyne, de sa propre initiative, pour établir l'exactitude des faits révélés par son article, nous pouvons indiquer M. le général Ney, duc d'Elchingen; M. le général B!ot; M. Wachter, ancien officier d'état-major; M. le général Berthaut M. le colonel Canfpionnet et M. le général de Galliffet.

M. Meyer, directeur du GaM~ot'5~ est assigné a la requête du gérant.

Le ministère public n'a fait assigner qu'un témoin M. le lieutenant-colonel

Jung.

Comme la poursuite a lieu à la demande du ministre de la guerre, M. Jung n'a pas eu la peine de porter une plainte en dinamation mais on lui prête l'intention de se porter partie civile à l'audience et de réclamer des dommages-intérêts considé-

rables.

On dit qu'il aurait chargé de ses intérêts l'éminent ancien bâtonnier M" Allou. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir autrement l'intérêt considérable que présentera cette aHaire. Au cours des débats peuvent surgir des incidents de nature à justifier l'intervention de la. presse dans certaines questions d'une haute gravité, comme celle qui a été l'objet des articles déférés aujourd'hui à la justice.

T

M~MtâL 0!PUmT!~E

tja cession de Bmieigne

Seul, dans la presse française, le Gaulois a pu, dès hier matin, faire connaître le triomphe des idées de conciliation en Turquie que signalait la dépêche de notre correspondant particulier de Rome. Au Ministère des affaires étrangères, on a appris, vers neuf heures, l'aplanissement des dimcultés, et cette nouvelle a causé une réelle satisfaction.

En même temps, le ?Y~es la portait a la connaissance du monde des atfaires. Un peu plus tard, ce qui n'était qu'un bruit était devenu un fait positif, oniciel, par la publication de la dépêche suivante, communiquée par M~ce JETc~s ConstMtinople, 10 octobre, 7 h. 50 6oa'.

Le conseil a décidé de faire au Monténégro la remise immédiate de Dutcigno sans conditions.

A la réception de cette importante information à Londres, le conseil des ministres qui devait avoir lieu nier a été

ajourné.. i

Nous pouvons ajouter que la cession de Dulcicno s'opérera dans un laps detemps très court la Porte demanderait seulement qu'on lui laissât le temps moral pour résoudre certains points de forme qui ne constituent pas un nouvel atermoiement, mais un simple délai d'un jour ou deux.

Désormais la question d'Orient, qui a causé tant d'inquiétudes, semble encore ajournée, bien que subsistent des questions secondaires. Reste à savoir pour combien de temps.

Et, en effet, certains esprits inquiets se disaient < La Turquie a cédé Dulogno les Albanais voudront-ils le céder? e

~=

Musurus-Pacha, ambassadeur de Turquie à Londres, est depuis plusieurs mois aConstantinopleet dirige, derrière le paravent, la politique de son pays. Le Sultan a tenu à ne pas se priver en ce moment des lumières de ce diplomate fin et expérimenté, qui était le doyen, en Angteterre, du corps diplomatique.

Le rôle de Musurus-Pacha dans la résistance acharnée de son pays est bien connu, mais il est possible que le long séjour qu'il a fait auprès du cabinet britannique, au sein duquel il compte beaucoup d'amis, lui ait fait accomplir une évolution, et conseiller à son gouvernement de céder Duleigno et d épargner ainsi aux Anglais les suites du pas de cl~rc dans lequel ils se sont engages. Musurus-Pacha habite son !/a~ d Ainaout-Keui, sur le Bosphore. Nous ferons prochainement un portrait de cet homme éminemment intéressant.

Des n'ouveiles de Vienne, arrivées aujourd'hui même à Paris, P~nt~unrap~prochement qui se serait opéré entre FAutriche-Hongrie et la Russie.

M. de Haymerlé, ministre des affaires étrangères austro-hongrois, et M. duubril, ambassadeur.de Russie à V~M se~ raient tombés d'accord quant à l'attitude

à observer en vue de certaines éventualités qui peuvent surgir d'un moment à l'autre en Orient.

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Notre correspondant de Saint-Pétersbourg nous envoie, a. la, date du 8 octobre, les graves nouvelles ci-après

Le rappel de M. de Bûtzow, ambassadeur de la Russie près le gouvernement chinois, a eu pour conséquence le rappel du représentant du Céleste-Empire, M. de Tseng, qui vient de recevoir, par télégramme, l'ordre de quitter Saint-Pétersbourg, avec tout le personnel de son ambassade. Il a demandé immédiatement ses passeports. La situation est grave. Le Golos publie une dépêche de Pékin annonçant des préparatifs fiévreux à une guerre imminente.

La chute du grand-duc Nicolas Nicolaïewitch va être complète. Le czar doit lui retirer les fonctions d'inspecteur du génie, qui seraient données au générât Todleben. Celui-ci serait remplacé, a. Vfina., par le général Tscherkoff; Drentelen succède à Tscherkon' comme gouverneur a. Kiew, et le général Ignatien', jusqu'ici gouverneur général à Nischni-Novgorod, remplacera Drentelen à Odessa. La destitution du grand-duc Nicolas est d'autant plus ~igniScative que Todieben, son lieutenant, a toujours été son contradicteur acharné.

En outre, presque tous les postes de commandement de la garde impériale ont été pourvus de nouveaux titulaires à l'instigation du prince héritier.

Le mariage morganatique du Czar se confirme. Il a eu lieu au commencement d'août, ainsi que vous l'avez annoncé.

Le VoM/M~ q~C: de ce matin doit annoncer la suppression de la direction du personnel et de la comptabilité du ministère des affaires étrangères. Ce service constituera, outre la direction des aS'aires commerciales et celle du contentieux politique et commerciaL, les attributions du sous-secrétaire d'Etat. de ce département.

UN DtPLOMATE

LA JOURNEE PARISIENNE

XA~'BER BME MO~TKPt~ Qui ne connaît ce nom, qui sonne aux oreilles comme une fanfare des temps héroïques? Sur quels murs de Paris, dans quelle ville de France, si petite et si lointaine sbit-clle, ce nom n'a-t-il pas brillé en grandes lettres, rutilantes? Peu d'hommes, messeigneurs, ef surtout peu d'écrivains ont été plus populaires, que Xavier de Montépin, qui, comme Alexandre Dumas, a nourri toute une génération de la moelle généreuse de ses œuvres. On attend son roman nouveau comme on attendait jadis le nouveau roman d'Eugène Sue et de Dumas. C'est la même fièvre, c'est le mêms~ désir impatient qui poussent le publie vers ces oeuvres vivantes rapides, passionnées, fourmillantes, tout emplies de ce souffle romantique qui les élève au-dessus des bana* lités et du plat train-train de la vie, vers les éblouissantes visions de l'épopée, où l'homme pourtant, dans ce cadre élargi, apparaît avec ses réalités terrestres. Et depuis les F/t~n'g de Paris, qui commencèrent l'universelle réputation du romancier, jusqu'à ~o;: ~CMe <l)KOMr, l'osuvre tant désirée, que le G<</o~ va publier dans quelques jours, le succès s'est attaché à Xavier de Montépin, et de jour en jour, de livre en livre, l'a porté plus haut et plus loin dans cette royauté absolue du feuilleton.

Le littérateur, tout le monde le connaît. Quel est celui qui n'a pas lu l'étonnante série de romans que ce travailleur acharné a produits aussi bien le riche que le pauvre, le gentilhomme que l'ouvrier? Car il va partout, pénètre partout on le rencontre dans le boudoir parfumé d'un hôtel, comme sur la table de bois blanc d'une mansarde. Interrogez le premier venu, et il vous récitera sans hésiter tous les titres de ces ouvrages, qui lui rappellent des heures charmantes d'émotions douces ou poignantes, des nuits passées à feuilleter et à dévorer le livre commencé. Je n'apprendrais donc rien à personne. Mais l'homme est moins connu que le littérateur, et, croyez-moi, aussi intéressant.

Xavier de Montépin ressemble à son œuvre. Nature exubérante, santé de fer, vie intense. Il est de race, mais d'une race forte dont la virilité superbe et sonore s'est conservée intacte à travers les âges, et qui ne s'est pas éteinte sous la glace des pâleurs anémiques, ainsi qu'il advient souvent, aujourd'hui, des vieilles familles nobles. Sa poitrine large et bombée est de force à porter les lourdes armures que portaient ses ancêtres. C'est un Parisien, qui possède au plus haut degré l'esprit et la lettre de Paris; mais un Parisien qui se souvient d'autrefois et qui garde dans l'ampleur de sa vie, dans la cordialité de son accueil, dans ses goûts artistiques, dans le tour de son esprit, une saveur vraiment et bien originalement gauloise, quelque chose d'oublié de cette admirable époque du seizième siècle.

Xavier de Montépin habite à Passy, a deux pas du bois de Boulogne, un ravissant hôtel très tranquille, comme une maison perdue dans les feuilles, et dans lequel il a entassé à plaisir et à miracle de fort belles choses tableaux, meubles pfccieux, curiosités rares, introuvables bibelots. Car c'est un bibelotier de premier ordre, m fureteur qui Baire comme pas un, et découvre dans la poussière des magasins des pièces uniques, qu'ont parfois négligées les yeux pourtant exercés des collectionneurs. Dans ce grand salon du rezde-chaussée, tout tendu de vieilles tapisseries, vous vous heurtez à des merveilles de tous les arts et de toutes les époques. Sur un petit meuble de vieux chêne à incrustations, il y a notamment une collection de vieux saxes, qui ferait presque pâlir de jalousie les collections de Mello. Au-dessus, accroché au mur, un tableau de Rubens comme voudraient bien en posséder des musées que je connais. Puis, c'est la Chine, le Japon, la Renaissance, les émaux florentins, les vieux rouens, les vieux ~sèvres.. Les toiles