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Title : Notices, mémoires et documents publiés par la Société d'agriculture, d'archéologie et d'histoire naturelle du département de la Manche

Author : Société d'archéologie et d'histoire de la Manche. Auteur du texte

Publisher : (Saint-Lô)

Publication date : 1892

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : French

Format : Nombre total de vues : 7182

Description : 1892

Description : 1892 (VOL10).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Basse-Normandie

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k4865592

Source : Bibliothèque nationale de France

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34460585f

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 24/09/2008

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D'AGRICULTURE, D'ARCHÉOLOGIE ET D'HISTOIRE NATURELLE DU DÉPARI LMENT DE LA MANCHE.

MÉMOIRES ET DOCUMENTS

PUBLIES PAR LA SOCIÉTÉ

DIXIÈME VOLUME

NOTICES


MÉMOIRES ET DOCUMENTS

d'Agriculture, 1 d'Archéologie et d'Histoire naturelle

DU DÉPARTLMrNT DE LA MANCHE.

IMPRIMERIE A. JACQUELINE, RLE DES IMAGES, 23.

NOTICES

PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ

DIXIÈME VOLUME

SAINT-LO

M D< CC \CII



NOTICE

sur deux objets trouvés en fouillant l'emplacement du Château du Hommet, (1) et donnés à la Société par M. le C1* de Kergorlay.

Le château du Hommet, habité par la famille de ce nom, berceau d'une lignée de connétables héréditaires de Normandie, siège d'une baronnie, fief direct de la couronne, a été un des plus considérables du pays appelé encore le Cotentin. Son origine se perd dans la nuit des siècles antérieurs à l'an mille. Le château existait encore, et .était occupé par une garnison, au xvne siècle. M. de Gerville dit avoir vu des pièces le constatant, entre autres une sentence rendue par M. de Longaunay, gouverneur de Carentan, à propos de la solde due à cette garnison.

A partir du xvne siècle,- est-ce insensiblement, par suite de l'état de ruine des bâtiments, après un incendie, les monuments écrits ne nous le disent pas, le château du Hommet disparaît de l'histoire, et une motte de terre, reconnaissable il y a quarante ans, est le seul vestige qui ait survécu à la ruine totale d'une ancienne résidence seigneuriale des plus importantes, centre d'une grande activité militaire et commerciale et pivot de la défense du pays à l'entrée des marais du Cotentin. Il est intéressant de recueillir les témoins, d'autant plus curieux qu'ils sont plus rares, de cette antique châtellenie et nous avons pensé être agréable à nos collègues de la Société (1) Le Hommet-d'Arthenay. Commune du canton de SaintJean-de-Daye, arrondissement de Saint-Lo.


Archéologique en décrivant deux objets qui viennent corroborer la tradition écrite au sujet du château disparu. En 1890, des travaux de terrassement exécutés par ordre de M. le Comte de Kergorlay, propriétaire du sol du château du Hommet, firent découvrir une Plaque de cuivre argenté, et probablement autrefois émaillé, et un Plateau de balance en cuivre doré. Quelle est l'époque de ces deux objets, quel rôle ont-ils joué dans l'histoire de la châtellenie du Hommet ? C'est ce qu'un examen attentif va nous faire connaître.

La plaque de cuivre, dont je mets le dessin sous vos yeux, est un carré de 0 m. 06 de côté, muni, à son bord supérieur, au milieu, d'une charnière. Cette charnière est supportée par une plaque oblongue renflée dans sa partie médiane et ornée d'un médaillon représentant un quadrilobe fleuronné dans l'intersection des quatre cercles qui enferment le périmètre extérieur. Au centre de ce quadrilobe, sont figurées en basrelief, cinq fleurs à cinq pétales chacune, réunies par des tiges contournées.

La bordure de la plaque est formée d'une frise sur laquelle courent des brins de mousse disposés en méandres; à la rencontre de ces méandres, dans l'angle, sont placés des brins plus courts de la même plante.

Le fond est baissé à arêtes vives, comme si la pièce avait été décorée d'un émail posé à champ levé. Le modelé de la figure est obtenu par des traits ou des champs de profondeur variable mais le corps du sujet central ne présente aucune recherche de modelé par les procédés ordinaires de la sculpture. Ce n'est pas un bas-relief. Tout fait donc penser que la plaque principale était émaillée.

La plaque de suspension au contraire, a été traitée en bas relief et argentée ou plaquée, plus probablement plaquée en plein, au moins dans l'intérieur du quadrilobe.

Cette plaque de suspension était fixée par des rivets, probablement sur une courroie de cuir; le repli de la charnière, très


grossier, semble indiquer par sa disposition qu'elle a dû être posée sur un support plus ou moins flexible. Les rivets accompagnent plutôt le cuir que l'étoffe.

La plaque carrée devait battre librement; elle ne porte aucune trace d'attache; du reste, n'ayant de charnière qu'en haut, elle n'avait qu'un seul point de suspension. C'est une pièce unique, ne comportant pas de pendant symétrique c'est donc sur un axe du corps, soit sur le bord supérieur de la cuirasse, ou sous la mentonnière du casque, ou plutôt sur la martingale du cheval de bataille qu'on peut croire qu'elle a été placée Les médaillons qui ornaient la cuirasse ou le casque étaient généralement à angles arrondis ils sont très rares; on ne les voit guères que dans la représentation des casques héraldiques. Il parait vraisemblable que notre plaque battait au milieu du poitrail du cheval, à cet endroit où elle ne gène aucune articulation, et où elle devait faire par le caractère un peu violent de sa décoration, un effet très brillant. Le sujet que représente la plaque carrée est un plantigrade aux membres énormes, aux ongles démesurés, marchant sur un terrain herbu. Le monstre est attaché par le cou et les épaules une double courroie ou plutôt un collier large, dont la laisse se termine par une fleur à cinq pétales, est indiquée sur la pièce par une raie émaillée.

La laisse, le collier et le centre de la fleur semblent avoir conservé quelques traces d'émail, qui paraît avoir été rouge. La fleur est la même que celle du quadrilobe. Cette répétition du nombre 5 5 fleurs à 5 pétales, une fleur à 5 pétales, a-telle une signification symbolique? Nous sommes trop ignorants des secrets de la numération cabalistique pour nous prononcer à cet égard. Quant au nom des fleurs, il est impossible de le désigner est-ce marguerite, fleur d'épine, de pommier, églantine ? Mystère.

Quant à l'animal, c'est un ours, et probablement une ourse. Les artistes du moyen-âge, gens précis, ne laissaient générale-


ment régner aucune ambiguïté sur le sexe des animaux qu'ils représentaient, et dans la pose de notre monstre le silence doit s'interpréter en faveur du sexe féminin.

Or l'ourse, dam le midi, joue un grand rôle dans les superstitions populaires. Le poëte Mistral, dans son épopée de Mireille, a fait allusion à la terreur que cet animal inspire « Quouro estendu, quouro à grand courso

La niue lentendian comme uno ourso

Ourla souto li triho en apelant Alis.

« Tantôt gisant, tantôt courant à toutes jambes, la nuit nous l'entendions, comme une ourse, hurler sous les treilles en appelant Alix. » (Mireille, chant VII, traduction par l'auteur lui-même).

Ces vers indiquent bien l'impression terrifiante que produit sur les superstitieuses populations méridionales, le hurlement nocturne de l'ourse, et nous savons la tendance de celles-ci à revêtir d'une forme corporelle les abstractions diverses qui frappent l'esprit. La tarasque, la couleuvre fée, qui n'est autre qu'une mélusine méridionale, la chèvre d'or, qui fait trouver les trésors cachés, sont autant d'exemples de cette propension à donner une forme animab aux abstractions, fléaux, talents, qualités, défauts.

De se sentir effrayé du cri de l'ourse à faire de l'animal qui l'émet une personnification de malheurs publics et un préservatif contre ces malheurs, il n'y a point, pour les hommes du midi, même un pas à faire. Rien d'étonnant donc que nous ayons sous les yeux le symbole d'un fléau retentissant, et une amulette qui protégerait contre l'atteinte de ce fléau. C'est ce que nous allons rechercher.

Notre excellent et savant Président, qui a toujours l'oreille au guet et l'œil prompt à découvrir ce qui, dans le passé, peut intéresser l'histoire du pays, a rencontré les lignes suivantes dans l'Encyclopédie du xixe siècle


a LA MALLE BESTE. »

« Au xive siècle, les habitants de Toulouse croyaient qu'un « monstre parcourait, la nuit, les rues de leur ville on faisait « de cet animal, de cette malle beste, comme on la nommait, « une description effrayante, et chacun redoutait de sa férocité « les plus grands malheurs. On fit frapper un jeton amulette que « l'on vendait à l'Hôtel- de- Ville. Il représentait le monstre, qui « paraît être un ours, et chaque Toulousain, en achetant de ces « préservatifs, put se croire en sûreté.

« Il est vrai que la recette était fort simple et n'exigeait pas « beaucoup de courage: Fvies, (cest) LA malle beste, dit la « légende du jeton il est probable que ces braves gens ne faisaient pas difficulté d'observer la prescription. » (1) Ce jeton, (2) nous le possédons le grand numismate de l'é-

poque, M. Feuardent, a bien voulu nous le communiquer. Il est dessiné dans la planche qui accompagne cette communication, et contient, comme on peut le voir, les mêmes éléments que la plaque, objet de cette étude l'ourse enchaînée tenue par une fleur. Identité de symbolisme.

Quant à dire le sens précis de ce symbole, quel était historiquement le fléau que désignait l'amulette, était-ce, comme l'a cru, d'après un vieil annaliste Toulousain, un de nos correspondants, la ligue du Pape, du roi d'Espagne, des Vénitiens et du duc de Milan, à la fin du xve siècle? Nous l'ignorons nous en doutons plutôt.

Mais ce qui nous importe au point de vue de l'histoire locale, c'est ceci une pièce, probablement d'un harnachement de cheval, pièce ayant une certaine valeur artistique, a été trouvée au Hommet. Que prouve cette trouvaille et de quel fait historique possédons-nous le monument 2

(1) Encyclopédie du xixe siècle. Verb. Amulette.

(2) Comme l'amulette il est en cuivre. Rappelons ici que l'airain, ou bronze était, dans la plus haute antiquité, le métal sacré. -La Gaule avant les Gaulois, p. 171.– Par M. Alexandre Bertrand.


L'aspect général de la pièce indique la première moitié du xve siècle. Le quadrilobe, les fleurs ont un parfum gothique la forme rayonnante semble même dominer dans la partie purement ornementale, et cette forme indiquerait plutôt le xive siècle que le xve, déjà envahi par les contours tourmentés du flamboyant. L'ornementation n'a aucun caractère classique. Les bijoux exécutés au xvie siècle ont un tout autre caractère moins naïfs comme procédés d'exécution et comme entente générale de la composition, ils sont aussi moins originaux et moins décoratifs, dans le sens que, depuis quelques années, on a rendu à ce mot. Un fond gros bleu en émail, des figures à plat, en argent bruni, relevées et modelées par quelques hachures très fermes, un collier rouge à plat, de l'herbe verte; tout cela sans demi-teintes, devait avoir un aspect très décidément voyant, que les époques postérieures à la deuxième moitié du xve siècle, n'ont pas connu au même degré.

D'autre part, la correction relative dans la construction perspective de l'animal, nous engage à penser que le xive siècle n'est pour rien dans la création du bijou qui nous occupe. Or, « c'est le 14 mars 1417 que Guillaume de Saint-Nicolas, capitaine du château du IIommet, le rendit au comte de Glocester » (1) c'est le 5 mai suivant que Guillaume de Montenay en fut dépossédé (2) enfin, c'est en 1449, que les Bretons et les Normands reprirent le château, (3) qui rentra, pour peu de temps, du reste, dans la possession des de Montenay. (4) En 14G5, alors que la baronnie de la Rivière avait été créée aux dépens du domaine total, le seigneur du Hommet devait au Roi le service de deux chevaliers et demi pendant quarante jours; sous Louis XIV, la solde de la garnison s'élevait à qua(1) Rymer.

(2) Vaultier. Registre des Dons et Confiscations de Henri V, p. 20.

(3) Gruel. Histoire du Connétable de Itichemont, p. 139. (4) Laroque. Histoire de la Maison d'Harcourt, p 14y.


rante écus d'or soleil par mois avant la guerre de Cent Ans, le baron du Hommet devait le service de cinq chevaliers. (1) Pendant l'occupation anglaise, la garnison devait avoir une importance assez considérable. Rien donc de plus vraisemblable que la présence au Hommet, de 1417 à 1449 d'un chevalier au service du roi d'Angleterre, originaire du pays de Languedoc ou, tout au moins, ayant séjourné dans ce pays alors anglais, et dont le harnachement aurait été déposé ou brisé dans l'enceinte du fort du Hommet.

L'ourse n'est pas un animal normand, ni même du centre de la France. Les voisins seuls des montagnes ont dû être frappés par la vue de cet animal. Les monstres, objets des superstitions normandes, seraient des loups-garous, peut-être un sanglier; plus au sud, la bHe du Gévaudan était un loup de grande taille. L'ourse est certainement d'importation méridionale, et Toulouse, capitale du Languedoc, très probablement le lieu d'origine de notre bijou.

L'époque de celui-ci est, d'ailleurs, iconographiquement très caractérisée, et nous donne le droit de conclure que nous avons sous les yeux un monument de l'occupation anglaise de 1417 à 1449.

L'autre objet est une Balance monelaire. Le soin avec lequel ce petit plateau a été doré (fig. 2.); les lettres ONET encore très lisibles, nous le font penser. Une tradition locale qui ne repose sur aucun document précis, a trait à l'existence d'un atelier monétaire au Hommet, qui avait une mesure longtemps usitée dans le pays.

Il paraît plus probable qu'il s'agit d'un Peson destiné à vérifier la valeur des pièces d'or apportées en paiement. On sait que les monnaies ont eu longtemps une teneur très variable, généralement au-dessous de leur valeur nominale, soit (1) M de Gerville.-Notices sur les anciens châteaux du département de la Manche.


par usure, soit parce qu'elles avaient été rognées, soit, enfin, parce qu'elles avaient été intentionnellement fabriquées audessous de leur poids légal. Les gens qui veillaient à leurs intérêts prenaient le soin de vérifier toutes les monnaies, surtout celles d'or, qui leur passaient par les mains.

Nous ne possédons qu'un seul plateau. Y en avait-il deux P Ce n'est pas probable. L'instrument dans son entier devait être un trébuchet, monté comme une bascule moderne, surun levier à bras inégaux. Au point de ce levier qui correspondait au poids légitime, M. Feuardent croit qu'il s'agissait de sequins se trouvait une encoche dans laquelle tombait le support du plateau. Toute pièce qui netrébuchait pas, était refusée. Mais nous ne voulons pas, dans cette matière, empiéter sur les droits de notre cher Président, auteur de savantes recherches sur la Monnaie Saint-Loise, ni battre sa monnaie. Nous lui passons donc la parole, en priant nos lecteurs d'excuser la longueur de ce travail. L'importance artistique et historique des objets donnés par M. le O de Kergorlay, est l'explication toute naturelle des développements que nous avons cru devoir donner à cette étude.

G. Guillot.


Un Arrêt des Grands Jours

TENUS A BAYEUX, EN 1540.

L'Histoire du Parlement de Normandie (1) dépeint, sous les plus tristes couleurs, la situation du Cotentin et du Bessin durant les dernières années du règne de François Ier. Elle montre les classes privilégiées méconnaissant leurs devoirs, exagérant leurs droits, commettant à l'envi des méfaits de toutes sortes les gens de Judicature pactisant avec elles et aussi avec des scélérats de bas étage, ceux-ci pillant et rançonnant impunément le pauvre peuple déjà accablé sous de lourds impôts qu'accroissaient les taxes pour l'entretien des hommes de guerre; enfin, le Roi obligé, pour réprimer les crimes et arrêter les abus et les scandales, de recourir à la Juridiction exceptionnelle des Grands Jours, tribunal qui réunissait dans sa main les pouvoirs les plus amples sur toutes personnes, sur toutes matières et dont les arrêts faisaient loi, même en fait de discipline et de temporel des Ecclésiastiques. Cette redoutable Commission tint ses Assises à Bayeux, dans les derniers mois de 1540. Le registre secret du Conseil du Parlement de Rouen fait voir combien son action fut prompte, énergique et quelle salutaire influence elle exerça. Malheureusement les procès-verbaux de ses opérations et décisions font défaut, ainsi que nous l'apprend l'auteur de l'Histoire du Cotentin et de ses Iles. (2)

Ce nous est donc une bonne fortune que d'avoir rencontré,

(i) Floquet. T. II, p. 21 et suiv. (2) G. Dupont. T. III, p 267, note 4,


dans nos recherches, un Arrêt des Grands Jours deBayeux,(l) alors surtout qu'il concerne le Cotentin. A la vérité, il ne dévoile pas d'émouvants détails sur les méfaits de tel ou tel bandit noble ou vilain, non plus que sur des scandales causés par tel ou tel individu n'étant que de nom abbé ou prieur de quelque monastère. (2) Il ne mentionne, en effet, que l'état plus ou moins précaire des Abbayes, Prieurés, Hôpitaux et Léproseries de la Vicomté de Carentan, la suppression plus ou moins complète des Aumônes, l'inobservation plus ou moins accusée de la discipline dans les lieux réguliers, toutes choses aux quelles les Juges des Grands Jours « devoient pourveoir », suivant les lettres patentes du 12 septembre 1540. Nous publions d'autant plus volontiers le texte de cet arrêt que, d'abord, il révèle des particularités intéressant tout ensemble l'histoire locale et l'histoire générale de la Province, et parce qu'aussi les règles que pose l'Arrêt relativement à l'obligation de l'Aumône pour les Monastères, servirent, vingtcinq ans plus tard, de base à une action civile introduite à l'encontre du Prieur doyen de Saint-Côme-du-Mont par le Commun ou plutôt au nom du Commun des « Paouvres et Indigentes personnes de la parroesse de Sainct-Cosme » représenté par noble homme Michel Avice, écuier, avocat, sieur d'Addeville. (3) On dirait aujourd'hui un syndicat, sans grèves toutefois.

Le procès avait, croyons-nous, un double but la charité, d'abord; nous n'en voulons pas douter; mais surtout la désaffection des indigents envers les Ordres religieux. Le sieur d'Addeville était calviniste nous voyons, en effet, en 1561, damoiselle Marie Avice femme d'Antoine de Thère, tué sur la (1) Archives de la Manche. Familles. Gigault de Bellefonds. Fief de Couppeville, en Méautis.

(2) Tel prélat avait présenté son valet de chambre pour un bénéfice et le lui avait fait colloquer.

(3) Addeville en Saint-Côme-du-Mont, arrondissement de Saint-Lo, canton de Carentan.


brèche, à Domfront, en combattant aux côtés du comte de Montgommery; (1) en 1569, damoiselle Scolastique Avice femme de Jean III du Mesnildot, dont un fils et un petit-fils portaient le prénom caractéristique et révélateur de Gédéon (2); enfin, vers le milieu de ce siècle, des membres de cette famille pratiquaient encore la même religion.

Il eût été intéressant de connaître l'issue du procès. Nous avons vainement compulsé les registres de l'ancien Bailliage de Carentan pour le xvie siècle ils s'arrêtent à 1523. Convenons toutefois qu'il est singulier que les actes d'un Tribunal ayant la mission « d'extirper mesmement ceste malheureuse secte Luthériane » deviennent une arme aux mains de ceux-là même qu'on avait voulu châtier et anéantir. Ainsi vont les prévisions humaines

Un dernier écho des Grands Jours de Bayeux se retrouve à Sainteny, (3) aux premières années du XVIIIe siècle. Comme à Saint-Côme, le Prieur du lieu est mis en demeure de continuer l'aumône fixée en 1540 mais ce n'est plus le Commun des Pauvres qui l'attaque, ce sont les Trois Ordres de la paroisse nobles, prêtres et tiers état Maître Isaac de Ventigny, prêtre, Me Jean Palla, prêtre, Pierre et François d'Auxais, écuiers, Pierre Bourdon, Jean Le Sage, Pierre Gislot, Nicolas et Louis Le Rosier, André Bachelet, Jacques Mahieu, écuier, Marin de Lescluze, Louis Gislot, François Auvray, Louis Le Sage, Jean et Thomas Fossey, Jacques et Antoine Le Rosier, Jacques Regnault, Caillemer et Guillaume de Ventigny, agissant tant pour eux que « faisant fort pour les absents. »

Introduite en Baillage à Carentan, l'affaire eut une issue favorable aux demandeurs et le titulaire du Prieuré, Dom Jean Daburon, fut condamné à distribuer, chaque semaine, le pain des

(1) Histoire des Guerres de religion dans la Manche Delàlande,p 98.

(2) Chamillard. – Recherche de la noblesse imp. p. 2ïi9 et 198. (3) Arrondissement de Saint-Lo, canton de Carentan.


quatre boisseaux d'orge arbitrés par l'arrêt. Le Prieur fut-il plus heureux devant le Parlement? La question reste posée. Mais des mémoires qu'il soumît aux Juges d'appel il est permis d'induire que ses prédécesseurs, comme lui commandataires, avaient complétement négligé les intérêts de leur Maison, dont les terres avaient été usurpées et les fonds dilapidés au point que lui, Daburon, était dans l'impossibilité de faire face aux aumônes que la paroisse lui réclamait. (1)

Que de Grands Jours auraient donc été utiles, en telle occurence Que de Grands Jours seraient nécessaires maintenant encore 1

Ed. LEPINGARD.

ARRÊT DU 18 DÉCEMBRE 1540.

Francois, par la grace de Dieu, Roy de France, a tous ceulx qui ces presentes lectres verront, salut scavoir faisons que Veu, par nostre Court des Grandz Jours, les lectres de commission par nous faictes expedier en patent pour la sceance et tenue des dictz Grands Jours en ce lieu de Bayeulx, le douziesme jour de septembre dernier, relatives a aultres lectres de Commission du troisiesme jour de Juillet precedent et dernier passé, leues, publiez et enregistrez en nostre Court de Parlement de Rouen, le traiziesme jour du dict moys de juillet, par les quelles avons voullu et mandé, entre aultres choses, que par nostre dicte Court des Grands Jours, soyt pourveu aux eglises, monasteres, hospitaulx et lieux pitoiables des fins et enclaves de nos Bailliages de Caen et Costentin, par especialement de fondacion roial, pour le faict du divin service, entretenement des sainctz decreptz et discipline reguliere et sur les ruynes, decadence et desolacion des dictes eglises et des maisons, edifices et lieux aus dictes églises apartenant,

(1) Archives de la Manche. – Prieuré de Sainteny.


nourriture des paouvres, alienacions des biens dicelles eglises, degradacions, ventes et couppes de boys et aultres mauvaises administracions des pourveus et titulaires Veu aussy la commission decernée par nostre dicte Court, a linstance de nostre Procureur general, de nostre Bailly de Costentin ou son Lieutenant, le vingthuictiesme jour de septembre dernier passé, pour, appelé nostre Procureur au dict bailliage et les Titulaires ou leurs Vicaires, Prieurs, Soubz-Prieurs et Administrateurs des Eglises, Abbaies, Prieurez, Hospitaulx, Leprosaries et aultres Eglises et Lieux pitoiables assis es fins et mectes de la Viconté de Carenten, enquerir promptement et sommairement de et sur les choses dessus dictes; ce faict, bailler et donner assignacion a comparoir, a certain et competent jour, en la dicte Court, aus dictz Titulaires, leurs Vicaires, Prieurs, Soubz-Prieurs et Administrateurs pour venir sur ce respondre a nostre dict Procureur General et le toult renvoyer, par le dict Bailly ou son Lieutenant, avecques son proces verbal devers nostre dicte Court a telle fin que de raison Veu aussy le proces-verbal, inquisicions et informacions faictes, suyvant la dicte commission, par Me Jacques Davy, lieutenant en la dicte vicomté de Carenten de nostre dict Bailly, sur le faict des Eglises, Abbaies, Prieurez, Hospitaux, Leprosaries et aultres Lieux pitoiables assis dedans les fins et mectes de la viconté de Carenten, cest ascavoir de lAbbaye et Monastère de Blanchelands, du Prieuré de Sainct Georges de Bouhon, du Prieuré de Saincteny, du Prieuré de Sainct Fromond, du Prieuré de Sainct Cosme, du Prieuré de Sainct Michel du boscq, du Prieuré de Baupte, de lllospital et chambre de la Perrine, du Manoir de Neufville, de lllostel Dieu de Carenten ;– Veue aussy la conclusion baillée par nostre dict Procureur general sur la provision par luy requise estre donnée et baillée, suyvant nos dictes lectres de commission, en chacun des dictz lieux les responses a la dicte conclusion baillez par les Prieurs de Sainct Fromond et de Sainct Cosme du Mont le deffault obtenu contre le Prieur


Blanclielandc.

Prieuré de Bo-

de Saincteny; délais et forclusions donnez contre les aultres et, toult considéré, nostre dicte Court a dict que, pour le faict et regard du dict lieu et Abbaye de Blanchclande, quil sera et est enjoinct audict abbé (1) continuer a faire son debvoir come bon pasteur et abbé doibt faire, et continuer laumosne aux paouvres ordinaire et accoustumée par chacun jour, a la quantité de douze boisseaux de bleid, par chacune sepmaine, ou myeux a sa possibilité et, par especialement, luy est enjoinct de faire faire ung libvre chartrier et papier terrier en parchemin bien escr;pt des lectres, fondacions, dotations et augmentacions de la dicte abbaye, droictz, chartres et previleges, tiltres, enseignementz dicelle abbaye, au quel sera inceré et couché le revenu dicelle par bonnes rubriches et chapitres tant en desniers, domaines fieffé que non fieffé, avecques les droictz des presentacions ou collacions qu'ilz ont, penssions et rentes, sy aulcunes en doibvent, et ce dedans ung an enssuyvant la prononciacion du present arrest; -et, pour le regard du dict Prieuré de Bouhon, sera et est enjoinct au dict Prieur que, dedans trois moys enssuyvant la prononciacion et significacion du present arrest, il ayt a faire apparoir des lectres ou coppies deuement approuveez de la fondacion du dict Prieuré, ou de ce soy purger par serment devant nostre dict Bailly ou son dict lieutenant, pour icelle fondacion ou coppie veue, estre ordonné quil appartiendra et oultre, luy est enjoinct faire et continuer laumosne deue aux paouvres trois jours par chacune sepmaine et dentretenir trois mendiens ordinairement et recepvoir les paouvres afluans de jour en jour, ainsy quilz font de présent et ausurplus entretenir leglise et aultres edifices du dict Prieuré en bonne et deue reparacion, comme il a faict par cy devant; pareillement faire ung terrier et chartrier en parchemin et ce dedans dix moys, ou seront incerez toultes les lectres, chartres, droictz, concessions et

(1) Nicolas V Le Maistre, abbé de 1539 à 4«î>7 Gallia Christiana p. 948 A.


enseignementz du revenu du dict Prieuré, preemynences et droictures dicelluy et charges a porter sur icelluy revenu et, pour le regard du dict Prieuré de Saincteny, ordonne ( nostre dicte Court que le dict Prieur, dedans trois moys enssuyvant la prononciacion et significacion au lieu du present arrest, sera tenu faire aparoir des lectres ou coppies deuement aprouvés de la fondacion dicelluy Prieuré, sa recouvertes peuvent estre, donc le dict Prieur et aultres qui appartiendra se purgeront par serment et sy luy est enjoinct faire ou faire faire et continuer le service divin acoustumé et quil est tenu faire a cause du dict Prieuré ordonne nostre dicte Court que ouvriers et expertz, tant macons, charpentiers, couvreurs que aultres seront envoyez au dict Prieuré pour adviser des edifices et reparacions y nécessaires qui seront apreciez et estimez, criez et proclamez au rabais, et le toult raporté a nostre dicte Court dedans trois moys pour apres arbitrer quelle somme sera prinse, par chacun an, sur le revenu du dict Prieuré pour les dictes reparacions ou aultrement ordonner ce que de raison et cependant sera le dict Prieur tenu consigner ou sera prins sur le dict revenu le plus clers denier du dit Prieuré, dedans quinzaine enssuyvante de la prononciacion et significacion du present arrest, la somme de soixante dix livres pour estre convertie en libvres, callices et ornemens a faire et celebrer le dict service divin et oultre, la somme de. soixante livres pour emploier aux reparacions les plus necessaires et oultre est enjoinct au dict Prieur faire faire ung libvre Chartrier en parchemin des tiltres, droictz, fondacions et enseignementz et revenu du dict Prieuré dedans ung an, et continuer lomosne, par chacune sepmaine, de quatre boisseaulx dorge a tous paouvres afluans au dict Prieuré pour ladvenir, ainsy quil est acoustumé faire par cy devant; et, pour le regard du dict Prieuré de Sainct-Fromond, ordonne nostre dicte Court que sur le revenu du dict Prieuré sera prins la somme de cinquante livres tournois que le fermier sera tenu consigner pour emploier en livres a chanter, cierges et lumi-

Sainct-Frcuutmd

Samcteny.


SaiuKMmc-duJlout

Prieuré de

naires pour le divin service, et ce dedans dix moys enssuyvantz la prononciacion et significacion du present arrest et aussy sera le dict Prieur ou administrateur tenu, dedans troys moys, faire aparoir a lexecuteur du dict arrest des lettres de la fondacion du dict Prieuré ou coppies dicelles deuement aprouvez pour, icelles aportez devers la dicte Court, pourveoir et ordonner sur le nombre des dictz religieux necessaire au dict Prieuré ainsy qu'il apartiendra et oultre, est enjoinct au dict Prieur que, dedans ung an, il aict a faire faire ung chartrier en parchemin des tiltres, droictz et enseignementz du dict Prieuré, du revenu dicelluy, tant en dommaines fieffé que non fieffé, avecques les charges et subiections du dict Prieuré ensemble de continuer lomosne a six boisseaulx de bleid, par chacune sepmaine, aux paouvres venans au dict Prieuré; (1) -et, pour le regard du dict Prieuré de Sainct Cosme du Mont, ordonne nostre dicte Court que, dedans trois moys apres la publicacion et significacion du present arrest, le dict Prieur ou administrateur sera tenu faire aparoir des lectres de la fondacion du dict Prieuré ou coppie dicelles et sera, par nostre dict Bailly ou son lieutenant, plus precisement et amplement enquis des reparacions necessaires au dict Prieuré, qui seront estimez par ouvriers et expertz et proclamez au rabais sera pareillement enquis des charges a porter sur le dict revenu du dict Prieuré tant en service divin que osmones pour ce, faict et rapporté, ordonner quelle somme pourra estre prinse, par chacun an, sur le revenu du dict Prieuré pour satisfaire aus dictes reparacions, charges et omosnes ainsy quil apartiendra et cependant ordonne nostre dicte Court que, sur le revenu du dict Prieuré, sera prins la somme de cent livres, laquelle le dict Prieur ou son fermier sera contraint consigner pour estre emploiée en ung calice et en aornementz propres et convenables a celebrer les messes de fon(1) Le prieur de Saint-Fromond était noble et discrète personne, Me Robert Pellevey ou Peilevey, Dr in utroque jure curé de Drosey et chanoine de Bayeux. (l!i37-15iS).


dacion du dict Prieuré et sera tenu payer et emploier, par provision, par chacun an, la somme de trente livres pour icelle distribuer aux paouvres afluans au dict Prieuré, par sepmaincs, et seUon que la dicte somme de trente li\ res se pourra estendre; et, pour le regard du Prieuré de Sainct Michel du Boscq, ordonne nostre dicte Court quil sera et est enjoinct a la dicte Prieure et ses Religieuses faire tousiours leur debvoir et continuer comme bonnes et dévotes religieuses et de faire faire ung chartrier en parchemin des droicts, tiltres et enseignementz quelzconques du bien et revenu du dict Prieuré, les charges, saulcunes (sic) en y a, et ce dedans ung an apres la prononciacion et segnificacion du present arrest. et, pour le regard du Prieuré de Baupte, ordonne nostre dicte Court que, dedans trois moys enssuyvantz la prononciacion et segnificacion du present arrest, le dict Prieur ou administrateur sera tenu faire aparoir des lectres de la fondacion du dict Prieuré' ou coppies dicelles deuement aprouvez, ou sen purger par serment et seront envoyez au dict lieu gens, ouvriers et expertz pour adviser des reparacions necessaires en icelluy, pour icelles aprecier et extimer, et les quelles seront criez et proclamez au rabais, pour icelles eues, ordonner quelle somme sera prinse, par chacun an, sur le ré, enu dicelluy, et pour faire et parfaire les dictes reparacions qui seront trouvez necessaires, ou autrement ordonner que de raison et, cependant ordonne noslre dicte Court que, sur le dict revenu, sera prins la somme de quatre centz livres pour convertir en reparacions les plus nécessaires et es lieux et endroictz ou il en sera plus de besoing et les omosnes faictes et continuez jusques a la valleur de ving solz pour chacune sepmaine; et oultre, est enjoinct au dict Prieur et administrateur faire faire ung chartrier et papier terrier en parchemin, dedans ung an, des droictz, tiltres et enseignementz quelconques du dict Prieuré, au quel sera inceré le revenu du dict Prieuré par bonnes rubriches a chapitres tant en dixmes, dommaine fieffé que non fieffé, avecques les aultres droictz et preemignences dicelluy; et les penssions,


Neufville dé-

pendant de l'ab- baye de Cherbourg.

charges et rentes a quoy le dict Prieuré peult estre subiect et, pour le regard de lllospital et chambre de la Perrine, a ordonné quil sera enquis par nostre dict Bailly ou son lieutenant, de la valleur au vray des rentes et revenu du dict Prieuré et Hospital de la Perrine; de quel temps sont advenues les ruynes dicelluy; et des reparacions y necessaires sera faicte estimacion et devis par expers et ouvriers a ce congnoissanz, les quelles seront criez et proclamez au rabais les quelles veues par nostre dicte Cour, sera arbitré et advisé quelle somme sera prinse, par chacun an, sur le revenu dicelluy Prieuré pour faire et parfaire les dictes reparacions ou aultrement ordonner ce qu'il appartiendra; fera le dict Prieur (1) ou administrateur aparoir des lectres de la fondacion du dict Prieuré ou coppie dicelles et sera tenu sen purger par serment et oultre, sera, par nostre dict Bailly, enquis de la quantité des deniers prins et emportez de la couppe des boys appartenant au dict Prieuré, et par qui ilz ont esté emportez, le toult dedans troys moys ensuiyvantz la prononciacion et significacion du present arrest, pour et a telle fin que de raison et, cependant, ordonne nostre dicte Court que, sur le revenu du dict Prieuré, sera prins la somme de soixante livres tournois pour emploier aux reparacions les plus urgentes et nécessaires du dict Prieuré et es lieux et endroictz ou il en est plus de besoing, donc il est enjoinct a nostre dict Bailly ou son lieutenant certiffier dedans le dict temps et oultre, est enjoinct au dict Prieur et administrateur faire faire ung papier terrier et chartrier en parchemin des tiltres, droictz et enseignementz quelzconques et des cens, rentes et charges du dict Prieuré, dans ung an; et donner, par chacune sepmaine, par provision, six boisseaulx de bleid aux paouvres, saouf a augmenter la dicte omosne pour ladvenir, apres avoir veu les dictes chartres de fondation du Prieuré

et, pour le regard du Manoir de Neuf ville, appartenant aux relli(1) Me Pierre Senneton, Conseiller et Aumonier du Roi, mort en 1S66. Cart. imp. de la Perrine, p, îx.


gieux Abbé et couvent de Charbourg, ordonne nostre dicte Court que les reparacions necessaires seront estimez et apreciez par ouvriers et expertz, pour, apres icelle veue, estre ordonné comme il apartiendra et cependant, par provision, ordonne nostre dicte Court que, sur le revenu du dict manoir et jusque a ce que on ayt veu la dicte apreciacion et estimacion des dictes reparacions, sera prins soixante livres tournois pour estre emploiez es dictes reparacions et lieux et endroictz ou il est plus de besoing et nécessité et, entant quest IHostel et Maison Dieu de Carentan, ordonne nostre dicte Court que par nostre dict Bailly ou son dict lieutenant, sera plus amplement enquis de la valleur et revenu et des ruynes et reparacions necessaires du dict Hostel Dieu, les quelles seront estimez et apreciez par ouvriers et gens expertz; aussy sera informé de la forme de traicter les paouvres au dict lieu et seront les Relligieux de la Perrine tenus faire aparoir, dedans trois moys, de la fondacion de la dicte chapelle et Hostel Dieu du dict lieu de Carenten ou de la coppie d'icelle; pour, ce faict et rapporté, estre ordonné ce qu'il appartiendra et cependant, ordonne nostre dicte Court que, sur le revenu du dict Hostel Dieu, sera prins la somme de quattre vingtz livres pour convertir en lictz pour les paouvres, aornementz pour la dicte chappelle et est enjoinct a nostre dict Bailly ou ses lieutenantz proceder incontinent et sans delay a lexecution de ce present arrest et proceder au parfaict d'icelle dedans troys moys prochainement venant et a nostre Procureur en la dicte viconté de Carenten poursuivre, requerir et faire accomplir la dicte execucion le toult sur peine de mil livres tournois damende, laquelle sera des a present et contreux et chacun deulx judicte et declarée, au cas quilz en soient trouvez remys ou en delay; et demoure oultre Commissaire pour faire la dicte execucion a leurs despens, et a obeir au dict arrest compellera et contraindra les dicts Abbé, Prieurs, administrateurs, leurs vicaires, procureurs ou fermier! respectivement par la prinse et saisie reelle et actuelle du temporel des dictes fondacions, lieux et maisons, nonobstant

Hoslel Dieu de Carentan


opposicions, appellacions et aultres voies quelzconques enjoinct et commande a nostre Procureur general faire la dilligence de faire signifier et bailler le present arrest a nostre dict Bailly, Lieutenant et substitud en la dicte viconté, et de ce certiffier nostre dicte Court dedans huictaine. En tesmoing de ce nous avons faict mettre nostre scel a ces presentes, le dixhuictiesme jour de décembre lan mil cinq centz quarante et de nostre regne le vingtsixiesme.

Et au dessoubs est escript collacion faicte; et sur le reply est escript Parla Court des Grands jours, signé Auber, avec ung paraphe et scellé de cyre jaulne; et sur le dotz est escript Leu et publyé es assises de Carenten tenus par Jacques Davy, lieutenant; et cotey Le jeudy troysiesme jour de febvrier lan mil cinq centz quarante et ung. Donné par coppie et collacion faicte a loriginal apporté par hon. homme Me Jean Le Tonnellier, sieur de Forges, et a luy rendu par moy, Michel Ravend, greffier ordinaire en la Viconté de Carenten de monsieur le Bailly de Costentin, a la requeste de noble homme Michel Avice, sieur d'Adeville, Turqueville et Sainct Cosme, procureur et fondé pour les paouvres de la Prieuré du dict lieu de Sainct Cosme, nonobstant le deffault et absence de noble et discrepte personne Me Guillaume de Bressie, prieur du dict lieu de Sainct Cosme et Toussainctz Osber, soy disant procureur et fermier dudit sieur Prieur, aujourdhui dix neuf jour de mars lan mil vcc soixante et cinq. (1565.)

Signé RAVEND, avec paraphe.

I.

Ce quinziesme jour de juing lan mil cinq centz soixante et deux, A la requeste de noble homme Michel Avice, sieur de Turqueville et d'Adeville et, en ceste qualitey, stipulant pour les paouvres de la paroisse de Sainct Cosme du Mont, je sommé et interpellé Me Charles Symon, procureur du sieur Prieur de Sainct Cosme du Mont, de faire et payer laumosne aux dictz paouvres pour et au nom du dit Prieur, ainsi que le dict sieur


d'Adeville disoyt le dict Prieur y estre subgect par arrest de la Court par le quel Symon ma esté faict response que de ce faire il navoyt aulcune charge; et, de ce faict, a la requeste du dict sieur dadeville, stipullant comme dessus, je sommey et interpellé Gilles et Robert dictz Le Sage, estantz de present fermiers du dict sieur Prieur, de faire et payer la dicte omosne aux dictz paouvres pour et eu nom du dict Prieur les quels mont faict response que le dict Prieur ne leur en avoyt baillé aulcune charge et quil ny estoient aucunement subgectz.

Signé AUGIER, avec paraphe.

Il.

A tous ceulx qui ces presentes lectres voirront, Phelipes Vaultier, garde du sceel des obligaons de la viconté de Carenten, salut scavoir faisons que, par devant Clement Pepin et Francoys Angot, tabellions jurés pour le Roy nostre sire, en la dicte viconté, pour le siege de Saincte Marie du Mont, furent presents Collin Conflans, Mariette Hebert, Jacquelline, veufve de Cristofle Mallet, pour elle et ses enffantz, Louyse fille de Jean Rogier, Thomas Ferey et Jacques, son filz, Guillaume Conflans, pour luy et ses enffantz, Guillaume Esnot, pour luy et sa femme, Gillette veufve de Jean Eustace, pour elle et ses enffantz, Magdalaine veufve de Nicollas Halley, pour elle et ses enffantz, Perrine Dieudonné, pour elle et ses.enffantz, Vincenotte eufve de Cosinet Duport, pour elle et ses enffantz, Pierre Angot, Jennenye, fille de Jean Esnot, apleigée par Jean Esnot, son oncle, Michiel Dieudonné, la veufve Robert Le Machon, pour elle et ses enffantz, Marguerite, veufve de Marin Normand, Michielle, veufve de Michiel Le Syeur, pour elle et ses enffantz, Rose, veufve de Pierres Le Paumier, pour elle et ses enffantz, Catheryne, v eufve de Lyot le Prevost, pour elle et ses enffantz, Jullienne, veufve de Gaultier Gosse, Jean Rogier, pour luy et sa femme et ses enffantz, Ysabeau, eufve de Michiel Hebert, Jean Bottey et sa femme, Richard Amectot, Thomas Meslin,


Robert Herouf, Ollivier Ilalley, pour luy et ses enffantz. (noms illisibles). Jean Le Prevost, Francoise, fille de deffunct Laurens Bauche, Raoullette, fille de deffunct Michel Jenne, Guillemecte, fille de deffunct Richard. Jacques et Marguerite, enffantz de deffunct Thomas Fretel, Leonarde, fille de Jean Merienne, Nicollas et Pierres dictz. (noms illisibles). Doesnel, Mariette Rohays, femme de Thomas Herouf, Mariecte, veufve de Guillaume Yver, pour elle et ses enffantz, Guillaume filz. (noms illisibles). filz de Jean Jenne, Catherine, veufve de Guillaume Bouillon, pour elle et son filz, Guillaume Platton, Perrine le Parquier, Alienor, fille de. (noms illisibles). Jean Duport, Jenne, fille de Richard Eustace, Jean et Collecte dictz Le Marchand, enffantz de deffunct Collin. (noms illisibles). Jenne, Marguerite, fille de Thomas Godard, Francoys et Collas dictz Leprevost, enffantz de Noël Le Prevost, Nicollas et Pierres. (noms illisibles). Richard Ricart, Jean, filz soubsaagé de Nicollas Groult, Germaine, fille de Guillaume Yver, Cardine, fille de Guillaume Frappier, Michiel. (noms illisibles). Perrecte veuve de Francoys Hainneville, Guillemecte fille de Jean Rogier, Cristinne veuve de Guillaume Frappier, tous les. en la parroisse de Saint Cosme du Mont et, entant quil y en aura de soubsaagés, ils ont este amenés et apleigés par les dictz. au cas present, les quelz paouvres et indigentes personnes, de leur franc vouloir, firrent, nommerent, constituerent et establirent comme leurs [procureurs et] messagiers especiaux, cest ascavoir Noble homme Michiel Avice, sieur d'Adeville, escuier, advocat et sieur de Sainct Cosme, M8 Robert Le Sage. (nom illisible). portantz ses presentes ils ont donné et donnent par icelles plain pouvoir, puissance, auctorité et mandement especial destablir et comparoir pour (illisible). nous, leurs personnes representer en jugement et dehors, en toultes et chacunes leurs causes, querelles, besoingnes, négoces et affaires. (illisible). a mouvoir, tant en demandant comme en deffendant vers et a lencontre de


toultes personnes leurs partyes adverses en toultes courtz. Commissaires de quelque pouvoir, puissance, auctorité qu'ilz usent ou soient fondés et, par especial, les dessus dictz et apleigés que dessus ont donné puissance et auctorité a leurs dictz procureurs ou lung deux, de recuillir pour eux et en leurs nons, les arrerages du passé et en tant qu'il en seroit deu et mesmes pour ladvenir, de tel droict domosne qui, par cy devant, leur auroict esté constitué par arrest de la Court sur la Prieuré de Saint Cosme du Mont, selon les. droicts de ce faisant mention le toult moyennant la bonne confidence que les dessus dictz paouvres et indigentes personnes ont dict avoir au dict sieur d'Adeville. procureur de leur en faire bon et loyal compte et surtoult en ce que dict est faire ainsy que feroient ou faire pourroient les dictz conslituantz, sy presents en leurs personnes y estoient, promectant tenir et avoir pour agreable ce qui par le dict sieur sera faict et accomply en ce que le dict est seullement. despend. En tesmoing de ces lectres sont scellées dudit sceel a la relation des dictz tabellions. Ce fut faict a Sainct Cosme du Mont, en la rue du Pont-Douve, en la presence de Jean Grente, du dict lieu, et Collin Pépin, de Hoesville, tesmoings a ce appelés, le sixiesme jour daoust lan mil vcc soixante et cinq. (1565.) Signé PEPIN, avec paraphe.


Famille de La Luzerne.

Son lieu d'origine.

La très ancienne famille de La Luzerne, qui s'est éteinte en 1876, en la personne de Madame la comtesse Hurault de Vibra) e, décédée au château de Bazoches (Nièvre), à l'âge de 86 ans, appartenait, vers la fin du siècle dernier, au Grand Bailliage du Cotentin

Les historiens locaux qui en ont parlé, n'ont eu sur elle, semble-t-il, que des renseignements pour le moins incomplets les uns la font originaire de l'Avranchin d'autres la déclarent propriétaire, dès le xive siècle, de la seigneurie de Beuzevillesur-le-Vey et lui enlèvent ce fief noble au xvie, pour le faire entrer dans la maison de Bricqueville-Colombières, par le mariage de Gabrielle de La Luzerne, dame du lieu, avec le fameux huguenot François de Bricquevillc, châtelain de Colombières.

Or les La Luzerne sont originaires du Bessin et non de l'Avranchin

Ils n'ont pas été seigneurs de Beuzeville-sur-le-Vey au xive siècle, ni même au xve;

Enfin, Gabrielle de La Luzerne n'a pas fait passerla seigneurie de Beuzeville-sur-le-Vey dans la famille de Bricqueville. Nous allons essayer d'établir ces propositions.

I. Les de La Luzerne sont originaires du Bessin et non de l'Avranchin

Voyous, d'abord, comment et en quels termes on a rattaché cette famille à cette dernière circonscription et plus spéciale-


ment à la paroisse de la Luzerne, devenue, il y a quelques années, la commune de la Lucerne-d'Outremer. (1) M. l'abbé Desroches consigne la note suivante, dans son Histoire du Mont-Saint-Michel, à propos de Guillaume de La Luzerne, un des défenseurs du Mont contre les Anglais « II est question de son père, Amaury de La Luzerne, dans un « titre de 1347. Guillaume eut un fils appelé Jean, qui épousa « Jeanne de Ver et qui fit hommage de sa seigneurie à « Louis XI; son petit-fils Gilles épousa une dame de Percy, « dont il eut un fils appelé Jean. Ce dernier épousa Gillonne « Thézard; il n'eut qu'une fille appelée Gabrielle. (2) M. Le Héricher, dans son Avranchin monumental et historique, à l'article concernant la Lucerne d'Outremer, (3) suit la version de M. Desroches, mais en l'amplifiant. Il s'exprime ainsi

« Un seigneur de la Luzerne, Thomas, était à la croisade du « duc Hobert. (-4) Ses armes étaient d'azur à un fer de moulin « d'or, à cinq coquilles de gueules sur le fer de moulin. Un titre « de 1347 porte le nom d'Amaury de La Luzerne son fils « Guillaume figure parmi les 119 du Mont-Saint-Michel. Il « portait les mêmes armes. Il eut un fils appelé Jean, lequel « épousa Jeanne de Ver. Son petit-fils Gilles épousa une dame « de Percy, dont il eut un fils nommé Jean. Celui-ci eut une « fille appelée Gabrielle. Nous croyons que c'est par elle que « la Luzerne passa aux la Palluelle, dont les armes sont d'azur « trois molettes d'argent. Le fameux de Bricqueville, tué « dans le siège de Saint-Lo, avait épousé une dame de la « Luzerne s.

Enfin, M. l'abbé Pigeon marque dans son Histoire du diocèse

(1) Manche, arrondissement d'Avranches, canton de La HayePe&nel.

(2) T. II, p 142.

(3) T. II, p. 08.

(4) En l'an 1090,


d'Avranches, que « En 1377, le seigneur de la Lucerne était « Thomas de la Lucerne, dont le nom est rappelé dans le « Trésor des Chartes, en 1390 ». (1)

Ces données suffisent-elles pour rattacher de plano à la Lucerne-d'Outremer la famille qui nous occupe? Nous ne le pensons pas. Elles nous font l'effet de noms glanés de ci de là que l'on a rapprochés les uns des autres et rien de plus; aucune ne cite un texte soit ancien, soit nouveau prouvant qu'un La Luzerne a possédé le fief, terre et seigneurie de la Lucerne de l'Avranchin. Si encore le pays d'Avranches avait le privilège de contenir seul une localité de ce nom, nous nous inclinerions. Mais il n'en est pas ainsi une autre Luzerne existe presque aux portes de Saint-Lo (2) nous en connaissons une troisième et une quatrième dans l'arrondissement de Bayeux (3). Il paraît même que « les localités de Lucerne ou Luzerne sont assez « répandues en Normandie et en Angleterre » et, quand il cons« tate ce fait, M. l'abbé Pigeon ajoute que « on a confondu les « seigneurs de la Luzerne près Saint-Lo avec ceux de la « Lucerne de l'Avranchin » (4) Ce n'est pas confondu que le savant Chanoine eût dû dire, mais bien emprunté, car les Amaury, les Guillaume, les Jean, les Thomas se retrouvent dans la généalogie des La Luzerne en tant que seigneurs de la Luzerne près de Saint-Lo.

D'autres considérations nous déterminent à rejeter la Lucerne-d'Outremer comme le berceau des La Luzerne. Il est généralement admis, croyons-nons, que toute abbaye, tout prieuré a pour fondateur ou, au moins, pour bienfaiteur, le (1) T. II, p. 367.

(2) Manche. Arrondissement et canton de Saint-Lo.- La Luzerne dépendait jadis de la vicomté de Bayeux. Sergenterie de SaintClair.

(3) A Trévières existait un fief de Haubert nommé la PetiteLuzerne. Des fiefs nobles situés à Bérigny s'appelaient également La Luzerne.

(4) Diocèse d'Avranches. Loco citalo.


seigneur ou les seigneurs des lieux dans lesquels les premiers abbés, prieurs et religieux ont reçu des terres. Dès lors -si les La Luzerne, qui remontent à la croisade du duc Robert, ont été seigneurs de la paroisse de ce nom située dans l'Avranchin, ils ont nécessairement figuré aux chartes de fondation du monastère qui y fut construit aux années 1143 et 1162. Or, ils n'y apparaissent ni comme fondateurs, ni comme bienfaiteurs on ne les y voit même pas comme témoins. Tout l'honneur en revient à Hasculph de Subligny, à Philippe de Saint-PierreLangers et à Guillaume de Saint-Jean, incités à cette libéralité par l'évèque d'Avranches, Richard de Subligny, frère de Hasculph. (1) Donc les La Luzerne sont étrangers à la Lucerned'Outremer. Ils ne peuvent conséquemment appartenir qu'à une des Luzerne du Bessin. Des documents authentiques démontrent jusqu'à l'évidence que c'est à la Luzerne près Saint-Lo.

Le premier est une charte de 1190 environ, par laquelle Roger de La Luzerne concède à l'Abbé et aux Religieux de l'abbaye de Saint-Lo une prise d'eau dans son vivier de la Luzerne et les autorise à diriger les eaux concédées au travers de son domaine jusqu'au pré de la Luzerne appartenant à l'Abbaye. Eh 1 bien, on peut constater de visu que de l'étang situé à l'Est du château actuel de la Luzerne part maintenant encore un petit ruisseau qui se jette dans la Dollée, dont les prairies environnantes furent jadis la propriété des religieux Augustins de Saint-Lo, lesquels, à diverses époques, y possédèrent ou y construisirent une série de moulins, entre autres ceux de Martainville et du Vivier, ainsi que le Moulin-àl'Abbé, dont les bâtiments subsistent toujours. La charte en question est ainsi conçue « Sciant omnes ad quos presens « carta pervenerit quod Ego Rogerus de Lucerna dedi et con« cessi Abbati et Canonicis Sancti Laudi, pro amore Dei et pro « salute anime mee et antecessorum meorum, in liberam et

(i) Cartulaire imprimé de l'abbaye de la Luzerne, p. 1, 2, 3 et*.


« quietam elemosinam, capturam aque de Vivario meo de « Lucerna deducendam, per terram meam, ad pralum suum « de Lucerna. Et, ut hoc ratum in posterum habeatur, presenti « scripto et sigilli mei munimine confirmavi. Testibus his « Petro de Lambertivilla, Willelmo de Traceio, Willelmo de « Isigneio, Thoma de Pratocorbini, Willelmo Esau et multis 1.1

« aliis. » (1)

Ce même Roger, dans une autre charte sans date, inscrite, sous le n° 80, dans le cartulaire de l'abbaye de Savigny (2) confirme et concède tout ensemble à cette maison, qui possédait la terre et seigneurie de Villiers-Fossard, en la partie dite de Savigny 1° une acre de terre où résidait Jean Le Sueur; 2° la masure Tostain de La Pierre 3° la masure Guillaume Malfoace; 4° le Champ-de-la-Croix-de-l'Espinet; et le libre cours des eaux du bief du moulin de Brenche appartenant aux dits religieux.

Si nous n'avons point découvert, soit à Villiers-Fossard, soit à Couvains, communes limitrophes entre elles et avec celle de la Luzerne, la Masure Le Sueur, il n'en est pas de même de la Masure Tostain devenue le fief ou aînesse Tostain (3) de celle de Guillaume Malefoace qui n'est autre que le Fouais tenu, en 1403, par Etienne Le Myauffeiz, (4) en 1465j par Laurent Le MiaufTais. Enfin, on trouve à Villiers-Fossard le Champ de la Croix puisque, dans un aveu du fief de la Chistellière, en 1575, il est fait mention du Dellage de la Pièce de Hault autrement nommée la Croix au Mcauffuyz, et du Dellage de la Pièce de la Croix. (5) Que si l'on repousse

(1) Cartul. manuscrit de l'abbaye de Saint-Lo, p. 437. Arch. de la Manche.

(2) Archives de la Manche. – Prieuré de Villiers-Fossard. (3) Archives de la Manche. Prieuré de Villiers-Fossard. Etat du domaine et des fiefs ou aînesses dressé en d(ÏO2. Grande Verge. (4) Arch. de la Manche. Prieuré de Villiers-Fossard. Aveu d'Etienne le Myauffeisc comme aîné du dict du Fouais. (5) Archives de la Manche. Prieuré de Villiers>-Fos.sard. Aveu de Damyen du Manoir comme aîné du fief de la Chistellière,


l'assimilation de ce champ avec celui de la Croix de l'Espinet, nous répondrons qu'il pouvait fort bien y avoir à Villiers, au xne siècle, une Croix de l'Espinet puisqu'il existait dans cette paroisse un hameau de ce nom, dont il est parlé dans la donation d'une rente en froment faite, en 1287, à l'Abbaye de Saint-Lo, par Haesia dite la Pelée. (1) Quant au Moulin de Brenche, il est situé à Couvains, sur le ruisseau de Brenche, qui prend sa source à Saint Georges-d'Elle. (2)

Il n'est pas inutile, croyons-nous, de donner le texte de la charte en question, attendu qu'elle a été passée à Saint-Lo, ce qui est topique, et que, de plus, les témoins qui l'ont souscrite appartiennent à des localités voisines de la Luzerne. Le voici

a Carta Rogerii de Lucerna de his que pater ejus nobis dedit. « Universis presens scriptum inspecturis, Rogerius de « Lucerna, salutem. Sciatis quod Abbatia Savignei habet de « dono patris mei et concessione mea, in perpetuam elemosinam, « liberam et quietam unam acram terre in qua manet Johannes « Sutor, et masuram Tosteni de Petra, cum omnibus perti« nenciis, et masuram Willelmi Malefoace et pertininciis suis, « et campum dp Cruce de Spineto, et liberum cnrsum ad aque« ductum Moleudim sut de Brenche. Hoc autem factum apu d « Sanctum Laudum, in plenaria a^sisa. Testibus his Gau« frido de Sto Lau"entio et Gaufrido de Vilers, et Willelnio et « Ricardo filiis ejus, et Thoma de Boscodele, et Bartholomeo et « Willelmo de Isigneio, et Roberto presbitero et multis aliis. »(3) Le Cartulaire de l'Abbaye de la Perrine prouve, de son côté, les rapports établis entre les La Luzerne et les couvents (1) Archives de la Manche.– Cartul. Abb. Saint-Lo. Charte de 1287 p. 1007. La famille Le Peley existe encore dans le canton de Saint-Clair.

(2) Manche. Arrondissement de Saint-Lo. Canton de Saint-Clairsur-Elle.

(3) Archives de la Manche. – Cartulaire de Savigny. Charte n°279, fol. Ci.


voisins de la paroisse de la Luzerne en Bessin. On y trouve que le iv des Ides de mai (29 mai), l'an 1340, mourut Dame Alice de Tybouville, jadis femme de Messire Thomas de La Luzerne, chevalier, pour l'âme de la quelle Amaury de La Luzerne donna à ce monastère un quartier de froment, mesure de la Meauffe. (1) L'abbaye de la Perrine (commune du Dézert) est à quelques kilomètres de la Luzerne.

Veut-on un nouveau témoignage de ces relations? Une très ancienne généalogie des La Luzerne, datée de 1408 et dressée par ordre d'un membre de cette famille, nous le fournit. (2) Nous y relevons le passage suivant. « Jehan

« (de La Luzerne) fut marié et espousa Alice [de Mauny] fille « du bon chevalier Olivier de Mauny; (3) puis mourut ledit « Jehan, sans heres, l'an 1382, puis enterré en l'abbaye de « Saint-Lo, en une chapelle que Monsieur son père et l'abbaye « (sic) Marchaille (4) avoient faict fonder en 1385 puis fist « apporter le dit fondeur le corps de Mr son père et de « Mr Amaury, fils du devant dit et frère du devant dit fondeur « et les fist enterrer en la dite chapelle, l'an dessus dit. » Est-ce que les deux chartes ci-dessus, est-ce que les énon-

ciations du Cartulaire de la Perrine ainsi que l'extrait de généalogie qui précèdent ne réalisent point les conditions ordinaires de rapports entre familles nobles et monastères voisins les uns des autres celles-là fondant des services religieux, créant des chapelles et recevant de ceux-ci le droit de se faire ensépulturer dans leurs églises Il nous paraît donc hors de doute que les La Luzerne sont originaires du Bessin et non de l'Avranchin. Que si nos preuves sont discutées, niées et repoussées, on ne récusera pas celle que nous fournit l'Etat de l'armée de Foix convoquée à Tours, en 1272,

(1) Archives de la Manche. Cartulaire de la Perrine, p. 84. (2) Archives de la Manche.- Famille de la Luzerne. (3) Olivier de Mauny, seigneur de Thorigny. Mr de Gerville, Mémoires des antiquaires de Normandie, 1829-30, p. 226. (4) L'abbé Marcel était le 2â« abbé de l'abbaye de Saint-Lo.


par Philippe le Hardi, quand il range Geoffroy de La Luzerne parmi les chevaliers qui avaient reçu la semonce d'Ost, du Bailli de Caen, dans la vicomté de Bayeux, et c'est précisément dans cette vicomté que se trouvait jadis la paroisse dont Geoffroy était le seigneur, ainsi que l'énonce la généalogie de 1408. (1)

A la vérité, les armoiries attribuées par l'auteur de l'Avranchin monumental à Thomas de La Luzerne semblent différer de celles de ses homonymes du Bessin elles sont, en effet, « d'azur au fer de moulin d'or à 5 coquilles de gueules sur le fer du moulin tandis que l'écu de ce dernier porte « d'azur à la croix potencée ou ancrée d'or chargée de 5 coquilles de gueules. » Mais si l'on veut bien remarquer que, de part et d'autre, l'émail du champ de l'écu est le même que lejer de moulin et la croix potencée ou ancrée sont tous les deux d'or que fer de moulin et croix ancrée sont chargés de 5 coquilles de gueules qu'enfin il y a identité de formes entre les pièces appelées fer de moulin et croix ancrée, on en conclura qu'en fait il n'y a aucune dissemblance entre ces armoiries et partant qu'elles sont communes aux La Luzerne du Bessin et à ceux de l'Avranchin, si ces derniers ont jamais existé.

Le doute, que nous formulons ainsi, naît tout ensemble et de l'absence du nom des la Luzerne dans les chartes de l'abbaye de la Lucerue-d'Outremer et de l'identité, nous dirons synchronique, des prénoms des personnages cités par MM. Desroches, Le Héricher et Pigeon, avec ceux tirés de la Généalogie de 1408, d'abord, et, ensuite, des actes divers que nous avons consultés.

(1) Exercitus Fuxensis index primus anno 1272. « Nomina militum et aliorum Baillivioe Cadomensis qui submoniti sunt quod item sint Turonis. § 3. Primo in vicecomitatu Baiocensi isti submoniti sunt per Baillivum. Gaufridus de Lucerna (*) miles. (') La Luzerne, canton de Saint-Lo (Manche). Historiens des Gaules T. XXIII, p. 736.


Cette identité ressort du tableau suivant

Famille DE l'Avrvnciiin.

1. Amaury. 1347. (1) 2. Thomas». 1377. (2) 3. Guillaume. (3) 14231428. (4)

4. Jean Ier, fils Guillaume. (S) 5. Gilles, fils Jean. (8)

6. Jean (II), fils Gilles. (8) 7. Gabrielle, fille et héritière de Jean II, présu

Or, s'il y a, en réalité, identité absolue entre chacun des degrés des La Luzerne tant de l'Avranchin que du Bessin, il faut conclure à l'existence d'une seule et unique famille de ce nom, celle du Bessin, à laquelle se réfèrent les chartes, les généalogies, les actes soit publics, soit privés de toute nature que nous a, ons reproduits, analysés ou invoqués*.

(1) MM Desrocl es et Le Mendier loto cilato

(2) L'ancien ihothe d'iiiamhei par r M le Chanoine Pigeon Lo(o citulo. (3) >'e aurait être fils d'Amaury s a a pris paît au siège du Mont-saint-Michcl de 1423-1423, car ce Guillaume, fils d'Amaun. mourut en 1372, d'apies la généalogie de 1408

(4) Le siège du Mont-Saint-Miclicl eut lieu ou en 1423 ou eu 1S.> Ilistone du Cotenlin et de ses lies G Dupont, T II, p 545-54B

(5) Sans date.

(9) Contrat du 16 mars 15S1 devant La Rose et Plamhon. tabellions à Saint-Lo dans lequel noble demoiselle Gabrielle de La I uzcine, dame du heu- de soulles et Hamars, se dit \cu\e de Piançois de nnei|ue\ille, en on \i\ant cetgneur et châtelain de CouloniWres Dans un confiât devant l'iciro La Guirhe et Jean Le Noiirnchel. tabellioji, rovaux en la sergenleue de Samt-Cler. (sic) elle se dit ̃ femme et épouse, en piemierps noces, de feu noble homme l'iançon de Lolombières. et, à présent, de noble et puissant seigneur uiessue Louis d Espmav marquis de Vaucouleurs, seigneur de La Mjiclie

mée femme d'un La Pa-

luelle. (5)

Famille DU Besoin.

1. – Amaury. 1341. (a) 2. Thomas, marié en 1388, vivait en 1408; seigneur de la Luzerne. (6)

3. Guillaume, fils de Thomas, qui précède, seigneur de la Luzerne en 14-54, mort avant 1470;

mari de Jeanne de Meulenc (c)

4. Jehan Ior, seigneur de la Luzerne (22 mars 14941801). [fly

H. Gilles. seigneur du lieu. 13 mai 1824. (e)

0. Jean II, seigneur du lieu. 31 juillet 1844. (f)

7. Gabrielle, dame de la Luzerne, femme de François de Bricqueville, seigneur châtelain de Colombières (1j80-1874). (g)

(a) Animes de la M niche – fiailuljire impunie de La l'émue, p 7i Généalogie de 140S

(A) Généalogie de liOS.

(r) Id

(tf) Archives départementales de la Manche, l'amille La Lu/eiue Lusse 1508. Devant les labelhons de llaveux. messiie Jean de La Lu/einc, clmalipi. seigneur du lieu, acheté (les teiresa licvières –En 1500 et 1501. il e,t cliaige par le baron dçf.yé d'appuier le compte de sa baronine (Famille de Montmorency. liaronnic de Gjé) é)

(c) Archives de Manche Abbave de Saint-Lo Saint- IDoinas l'ieldeslOûâcies (/) Id Id


Et pour que notre conclusion ne puisse soulever aucun doute, nous transcrivons ici la descente que fournit la Recherche de noblesse faite, en 1523, par les Elus de Bayeux. (1)

« Sergenterie de Saint-Clair « 15 » Gilles de La Lu« zerne, escuier, seigneur de la Luzerne, de Soulles et de Ver, « en Constentin, prétendant, estoit fils de messire Jean de La « Luzerne, en son vivant, chevallier, seigneur des fiefs de la « Luzerne et de Ver, et capitaine de vingt lances fournies de « gens de guerre du nombre de cent cinquante lances pour le « service du roi Charles (VIII), sous le commandement de « Pierre de Rohan, seigneur de Gié, mareschal de France, « pendant les années 1483 et 1484 le quel Jean estoit filz de « Guillaume de La Luzerne, escuier, seigneur du lieu, et de « demoiselle Jeanne de Meullenc; le dit Guillaume fils de « Messire Thomas de La Luzerne, chevalier, seigneur du dit « lieu, fils de Messire Thomas, chevalier, seigneur du dit « lieu, fils de Messire Geoffroy de La Luzerne, chevalier, sei-

« gneur du dit lieu ».

Nous en avons fini avec notre première proposition. Mais puisque pour la soutenir nous avons utilisé la généalogie des La Luzerne de 1408, il n'est que juste de reproduire ce document, non seulement comme preuve à l'appui, mais encore parce qu'il fournit des détails intéressants sur l'histoire de cette famille chevaleresque et sur ses alliances. On y voit qu'il n'est pas une génération qui n'ait payé sa dette à son pays.

Geoffroy, le premier cité, prend part à l'expédition dirigée contre le Comte de Foix qui, vaincu et prisonnier, est contraint de céder une partie de ses terres au Roi Philippe le Hardi (1272).

A la bataille de Mons-en-Puelle (Montenpoune) gagnée, en

(i) Manuscrit de la Bibliothèque de Caen.


1304, sur les Flamands, par Philippe le Bel, Messire Thomas, fils du précédent, reçoit de si graves blessures qu'il en meurt quelques années après.

Messire Nicolle, 3e fils de Thomas, est tué à Crécy, 26 août 1346.

Le 2e fils d'Amaury Ier, Thibault périt à la besogne de Rouen. Qu'était cette besogne ? Ne s'agirait-il pas de l'arrestation opérée par le Roi de France Jean II, en personne, de Charles le Mauvais, Roi de Navarre, et de ses principaux adhérents, à la suite de laquelle le Comte Jean de Ilarcourt, les sires de Graville, de Maubuey et Olivier Doublet furent décapités sans jugement ? (5 avril 1356). (1)

C'est à le penser, puisque Robert de Thibouville était un des fidèles de Geoffroy de IIarcourt et que Thibault de la Luzerne était petit-fils d'Alice de Thibouville, femme de Thomas de la Luzerne. (2)

On n'est pas mieux fixé sur les événements qui se passèrent, en 1357, devant Cherbourg et dans les quels Amaury II trouva la mort. Les historiens qu'il nous a été donné de consulter sont muets à cet égard, sauf l'auteur du Guide du Voyageur à Cherbourg, qui parle d'un siège de cette ville en 1356. (3) En 1372, Guillaume, fils d'Amaury mourut en Poitou devant un château qu'assiégeait du Guesclin.

Son frère, Thomas II, remplit, en 1393 la charge de capitaine de Saint-Sauveur-le-Vicomte, de Néhou et de Beuzevillela-Bastille chambellan du roi, en 1 408, il était seigneur de la Luzerne.

Enfin, Guillaume, troisième fils de Thomas II, fut un des 119 gentilhommes qui, en 1423 et années suivantes, défen(1) Masseville. T. III, p. U\.

(2) M. Léopokl Dolisle. Histoire du château de Saint-Çauveurle-Yicomte, p. ti7, 09, 80 et 81!.

(3) Le Guide dit Voyuijenr à Cherbourg, par A. de Berruyer, p. 17.


dirent avec succès le Mont Saint-Michel contre l'Anglais, tandis que son frère, Thomas III, devenu courtisan, s'attacha vraisemblablement à la fortune d'Isabeau de Bavière et embrassa le parti de Henri V, roi d'Angleterre. Le Registre des dons, confirmations et maintenues faits par ce monarque durant les années 1418, 1419 et 1420, le laisse à penser. On trouve, en effet, que Henri V accorda, d'une part « Respit d'un mois à « messire Thomas de la Luzerne, chevalier pour l'aveu de « ses terres, dont hommage le 21 mars l'an 7 du règne. Mandé « aux Baillys de Rouen, Caen et Caux, laisser jouir » d'autre part « Délai d'un mois à messire Thomas de la Luzerne, « chevalier, des terres qui furent à Olivier de Mauni, che« valier rebelle, au bailliage de Costentin et mandé au dit « Bailly laisser jouir. Hommage fait le 24 juin, l'an 7 du « règne. » (1)

Aimons à supposer que si Thomas de la Luzerne s'appropria les terres qu'Olivier de Mauny possédait dans le Cotentin, ce fut bien moins à titre de confiscation sur le frère de sa bellesœur Alice de Mauny, veuve de Jean de la Luzerne, que comme héritier de ce dernier, mort en 1382.

Le martyrologe qui précède fait en quelque sorte pressentir la fortune militaire ou diplomatique dont jouirent plus tard les descendants de ceux qu'il énumère. Qui peut dire, par ailleurs, que, par leur sang versé dans maintes batailles, ils n'ont pas d'avance racheté les défaillances momentanées de quelques uns d'entre eux 11 I

GÉNÉALOGIE DE 1408.

Monsieur Gieffray de La Luzerne espousa Mme Andrine du Mesnil en l'an mil deux cents(2) et trespassa le dit Monsieur l'an 1290, et Madame Andrine trespassa l'an 1288 (1) Charles Vaultier. p. 61) et HO.

(2) Le copiste a dû nécessairement omettre une fraction de siècle.


Et après vint M. Thomas de La Luzerne et Mestre Roger et Mestre Nicolle et deux filles, dont l'une fut mariée à M. Bernard du Buret, à Eturville, et l'autre à M. Jehan du Buret de la Quarbonnière. (1) Item le dit M Thomas espousa Madame Aliz de Tibouville, (2) l'an 1287, puis fut de la bataille de Montenpoune (3) et y fut moulte bechié, et, en la fin, en mourut en l'an 1317

Item- Mestre Roger fut des sieurs du Parlement, puis trespassa l'an 1313, et mestre Nicolle, son frère, fut Personne (curé)de Saint-Germain-d'Ectot (4) et trespassa iron ce temps Item- Madame Aliz de Tibouville, femme du dit M. Thomas, trespassa l'an 1340; (5)

Après vint M. Amaury de la Luzerne et M. Nicolle fils de M. Thomas, et trois filles, dont l'une fut mariée à la Bretonnière la seconde à Lamberville (G) et la tierce fut abesse de Préaulx; (7)

Item M. Nicolle mourut en la bataille de Crecie Item M. Amaury avoit esté marié à Madame Aude de

(1) Jean du Buret, écuier, était, en 131(8, seigneur du fief de la Carbonnière sis à Condé-sur-Yire. Sentence du Bailli de Caen de l'an 1308, le jeudi devant Pâques fleuries. Archives départementales de la Manche. – Abbaye d'Aulnay.

(2) En 1273, Amaury de Thybouville était seigneur de Graignes, à cause de sa femme AÎnbile. – Archives de la Manche.- Famille de Saint-Gilles. XIII Kalend. Januarii. Obitus domini Almarici de Tybovilla, militis, et Mabile, uxoris sue, qui dedil nobis quamdam peciam nemoris apud Mesnillum Durant. (Cartulaire de la Perrine, p. Liil).

(3) Mons-en-Puelle.

(4) Commune du Calvados, arrondissement de Bayeux, canton de Caumont.

(5) 1111 Idus. Anno domini mcccxl, obiit domina Alidade Tybouville quondam uxor domini Thome de Lucerna, militis. Cartulaire de la Perrine. Necrologium p. 73.

(G) Lambert de Lamberville, écuyer, vivait en 1350. 11 était seigneur de Lamberville. (Livre l'clut de Bayeux).

(7) Abbaye de femmes pres de Ponlaudemer Diocèse de Lisieux. La Neustria Pia ne cite point le nom de cette demoiselle de La Luzerne parmi les abbesses.


Hamars (1) et en yessit quatre fils, Amaury, Tiubault, Thomas et Colin; et mourut Tiubault à la besogne de Rouen; Puis fut Amaury marié et espousa la fille de Luc et eut un fils qui eut nom Guillemme, et puis mourut le dit Amaury devant Chierbourg, l'an 1357;

Et après cela fut Guillemme, son fils, marié à la fille aisnée (2) de Messire Guillemme de la Haye, sieur de Néliou (3) et en eut une fille, qui eut nom Catherine de la Luzerne, laquelle fut mariée à Messire Jehan Dubois, (4) des queulx yessirent Messire Thomas du Boys et Raoul du Bois, frères; et mourut le dit Guillemme en Poitou, devant un chastel assiégé du bon Connestable, (5) et le fist le bon Connestable enterrer à la Rochelle, en 1372

Puis fut la dite Catherine héritière du dit Guillemme et eut la moytié des terres de la Luzerne, et Messire Thomas de La Luzerne, chambellan du Roy, eut l'autre partie, qui aujourd'huy est le seigneur de la Luzerne, et espousa Madame Thomasse de Caumont, l'an 1368, et en yessit quatre fils et cinq filles Jehan, Thomas, Guillemme et Amaury; Jehan fut marié et espousa Aliz de [Mauny], fille du bon chevalier Monsieur Olivier de Mauny, (6) puis mourut le dit

(1) Les de Hamars étaient seigneurs du fief des Vignes, en Montmartin-en-Graignes on trouve, en 43G1, Raoul de Ilamars, écuyer, prêtre, curé de Montmarlin, en la portion des quatre, et seigneur des Vignes. Archives de la Manche. Famille de Montmorency. Sentence du 22 décembre 14-81 rendue par Robert Meurdrac.

(2) Jeanne de la Ilaye.- Inventaire, dressé le 21 janvier 1559, des actes relatifs a un procès concernant le fief de Pirou réclamé par Louis de La Haye-Hue et Jacques du Boys, seigneur de Pirou. (3) En 1308, Guillaume de la Haye était devenu seigneur de Montbray. Montbray, département de la Manche, arrondissement de Saint Lo, canton de Percy.

(4) Catherine (le La Luzerne convola en secondes noces, vers 1384, avec Messire Jean de Villiers.

(U) Bertrand du Guesclin.

(G) Olivier de Mauny était seigneur de Thorigny-sur-Vire.– M. de de Gerville. Cluiteaux de l'arrondissement de Saint-Lo.- Antiquaires de Normandie.


Jean sans heirs l'an 1382, puis enterré à l'abbaye de Saint-Lo, en une chapelle que M. son père et l'abbaye Marchaille (1) avoient faict fonder l'an 1385. Puis fist aporter le dit fondeur le corps de M. son père et de M. Amaury, fils du devant dit et frère du devant dit fondeur, et les fist enterrer en ladite chapelle, l'an dessus dit;

Après vint l'autre frère qui eut nom Thomas, qui espousa Catherine Suhart, l'an de grâce 1397, le quel Thomas fist écrire ces lignes l'an 1408

Le tiers fils eut nom Guillemme, qui n'est point marié Le quart eut nom Amaury, lequel fut écolier

Et, de rechief, les filles du devant dit, de quiex l'aisnée fut mariée à Richard de Thère, le quel Richard trespassa, et einpuis fut mariée au seigneur de Neufville

La seconde fut mariée à Guillaume des Moulins;

La tierce fut mariée au sieur de Bretteville;

Les deux autres furent nonnains, l'une à Caen, l'autre à Préaulx.

Cette coppie est prinse sur un mémoire d'antiennes escriptures; et au dos est écrit « coppie d'une généalogie de MM. de La « Luzerne Beuzeville, donnée par M. d'Ocalœuen 1666. » (2) Elle est scellée d'un sceau en cire rouge portans deux faulx tournées à senestre, timbré d'un haume avec lambrequins. II. Les La Luzerne n'ont pas été seigneurs de Beuzeville sur le Vey au xive siècle, ni même au xve. (3)

Un aveu, en date de 1385 le prouve d'une manière irréfutable. Il est ainsi conçu « En la souveraineté et obéissance du

(1) Jean V Marcelle est le £>• abbé de l'abbaye de S,rinl-Lo, cité par la Neustria Pia. Il vivait encore en 1391.

(2) Bernardin de Bricqueville, sieur de la Luzerne (1050 100'.)). (3) Histoire de l'ancienne Election de Curentan, par M. de Pontaumont, p. 11.


« roy, nostre sire, je, Collin Murdrac, escuyer, seigneur de « Beusetille-sur-le-Veij, au Bailliage de Costentin, en la « Viconté de Carentan, confesse et advoue tenir en parage de « Phelippe de la Haye, seigneur de Pirou, un fief de haubert « nommé et appellé le Fief de Beuseville-sur-le-Vey o toutes « ses appartenances, tenu franchement et noblement à court et « usage, gage-plege, et s'extend tant ès parroisses de Beu« seville, Auville, Saint-Pellerin, Brevant (1) et Montmar« tin (2) que ailleurs du quel fief le chef est assis en la « parroisse de Beuseville, et a icelluy fief juridiction et justice « basse et moyenne. Le quel fief et le fief de Pirou furent « entièrement unis par la grâce du Prince du quel fief est dû « au Roy 12 livies tournois, de trois ans en trois ans, appellée « l'aide tierche. » Les Meurdrac (3) et non les La Luzerne possédaient donc à la fin du xive siècle la seigneurie de Beuzeville sur le Vey.

Ceux-ci n'en étaient même pas détenteurs au xve. Le 2 octobre 1433, Raoul de Beuzeville, écuier, fils puîné de Mire Raoul de Beuzeville et neveu de Richard de Beuzeville, donne à son aîné, Richard de Beuzeville à choisir entre deux lots qu'il a préparés de l'ensemble des successions de leur père, de leur mère et de leur oncle. Le premier lot était composé des « fieu, terre et seigneurie de Beuseville-sur-le-Vey o « toutes ses appartenences et appendances, tant en court, juridic« tion, patronage d'église et chappelle, hommes, hommages, « en rentes en argent, en grains, en oiseaulx, en moulins, en « coulombiers, en mottes, mottains, que en toutes autres choses (1) Beuzeville-sur-le Vey, Auville, Brévands et Saint-Pellerin (Manche), arrondissement de Saint-Lo, canton de Carentan. (2) Montmartin-en Graignes (Manche) arrondissement de SaintLo, canton de Saint Jean-de-Daye.

(3) Au \i\c siècle, Raoul Muldrac ou Meurdrac était seigneur de Beuzeville-sur le-Vey. 11 échangea sa seigneurie contre celle de Saint-Micliel-en-Graignes, antérieurement au 20 décembre 1385 –Archives de la Manche. – Famille de Saint-Gilles. Accord du 28 août 1462 entre Guillaume Muldrac et Richard de Beuseville.


« généralement en quoy le dit fieu se pourroit extendre. » (1). Comme ainé, Richard choisit ce lot qui comprenait la terre patrimoniale. La preuve se tire de l'aveu qu'il fit, en 1463, à messire Thomas du Boys, chev alier, seigneur de Pirou, du fief de haubert entier appelé le Fief de Beuzeville-sur-le- Vey, qui s'étend sur les paroisses de Beuzeville, Saint-Pellerin, Auville, Brévands et Montmartin. Son frère, Raoul de Beuzeville, prêtre, curé du lieu, tenait de lui un huitième de fief nommé le fief Bouhon; et Robert Josel, écuier, un quart de fief nommé le fief Convenable, le tout tenu franchement et noblement. Ces deux membres de fief relevaient de la seigneurie de Beuzeville-sur-le-Vey. (2)

Ce Richard eut un fils nommé Jean qui, en 1472 (6 février) était qualifié de chevalier, seigneur d'Auville, dans un échange d'héritages a\ ec Jean et Colin Lefèvre. Dans cet acte il intervenait tant en son nom qu'en celui de son père qui y recevait les titres d'écuyer et de seigneur de Beuzeville. (3) En 1475 (le 1er mars), Jean de Beuzeville achetait une pièce sise au Montpinchard « pour augmentacion de son domaine » elle était située au trans (4) de Passetout. Alors il était seigneur de Beuzeville, car il avait déjà pris cette qualification, le 1er septembre 1474, dans la reconnaissance d'une rente de 40 livres au profit de Guillaume Malenflant, écuier, sieur de la Haulle, en Brévands. (5)

En 1488, Jean était mort puisque, dans un procès intenté à Maître Jean Poisson, ccuyer, « touchant, eu principal, le droit « que le dit Poisson disoit a\ oir d'avoir gaige-plege, comt et « usaige en sa vavassourie de Saint-Yigor, tenue par foy et par (1) Archives de la Manche. Famille de la Luzerne. (2) id. id.

(8) id. id.

(4) Trans équivaut à Dellage. Il s'emploie fréquemment dans les localités riveraines de la mer.

(S) Archives de la Manche. Famille de la Luzerne.


hommage de la seigneurie de Beuzeville, » Maître Jean de Beuseville, prêtre, curé du lieu et do Goberville s'établissait fort pour noble homme messire Jean du Boys, chevalier, et dame Jehenne de Beuzerille, sa femme, fille et héritière du dit seigneur de Beuze\ille. Dame Jehenne de Beuzeville porta ainsi la seigneurie de ce nom dans la famille du Boys, à la fin du xve siècle.

Sa fille demoiselle Marie du Boys ayant épousé noble homme Robert Josel, (1) éc>uer, seigneur d'Urville et de Launay, celui-ci devint seigneur de Beuzerille du chef de sa femme. Robert revêt, en effet, ce titre dans des contrats de vente du 11 juin 1502 et du 26 octobre 1503 passés devant les tabellions de Carentan il est qualifié de la même manière dani des aveuv de 1504 et 1505 reçus de Philippe Dolline et de messire Richard et Raullet dits Ferey. (2)

Devenue veuve, Marie du Boys convola, en secondes noces, avec Jacques de La Luzerne, seigneur du Lorey et d'Emonde\ille, car, d'une part, celui-ci reconnoît, le 31 août 1507, avoir reçu l'aveu de la terre et seigneurie de Launay, relevant de la seigneurie de Beuzeville, ainsi que nous l'avons dit plus haut, aveu que lui rendait noble homme Philippe de Vierville, seigneur du dit lieu et de Launay, à cause de sa femme Jehenne Josel, et, d'autre part, il est désigné, dans un aveu antérieur à 1512 relatif au fief Perrin l'Ardant, comme seigneur de Beuzeville, « à cause de damoiselle Marie du Boys, son espouse. JI (3) Celle-ci, veuve une seconde fois, se maria de nouveau, antérieurement à 1534, car, en cette même année, nous avons des aveux faits à la seigneurie de Beuzeville et rendus à noble homme maître Thomas des Mares, licencié aux lois, seigneur d'AudrieuetdeZ?ej««eD(7Ze, à cause de noble « demoiselle Marie

(1) II était Lieutenant général du Bailli du Cotentin à Carentan. (2) Archives de la Manche. Famille de la Luzerne. (3) Id. Id.


du Boys, « son espouse, » concernant l'un le marais es Godes, l'autre le fief ès Cesnes en 1535, d'autres aveux touchant les fiefs Ferey, la Londe; en 1543, d'autres encore ayant trait au fief Perrin Lardant et à une pièce de terre située au trans des Ollivettes. (1)

Ainsi, jusqu'à la moitié du xvie siècle, sauf la courte apparition de Jacques de la Luzerne, postérieure à 1505, la famille de ce dernier était demeurée étrangère à la seigneurie de Beuseville-sur-le- Vey, à moins que Jean du Boys ne fut un descendant de cette Catherine de La Luzerne qui avait épousé messire Jean du Boys, dans la seconde moitié du xive siècle, ce qui paraît probable.

III. Gabrielle de la Luzerne n'a pas fait passer la seigneurie de Beuzeville-sur-le- Vey dans la famille de Bricqueville, mais bien le fief, terre et seigneurie de la Luzerne, près Saint-Lo.

A la mort de M,irie du Boys, dame de Beuzeville, sa mère, Antoine de la Luzerne, fils de Jacques, devint seigneur de Beuze\ille-sur-le-Vey; à cette seigneurie il réunit bientôt celles de Brévands et de Saint-Hilaire-Petitville (2) il épousa, en 1549, Marie Lemarquetel. (3)

Jacques II, son fils aîné, lui succéda, tandis que Pierre, son second fils, eut Brévands en partage, et que le Lorey échut à Julien, son puîné. (4)

Puis vint Antoine II, Baron et Chastelain de Beuzeville, Auville, Le Lorey, Camprond, Tollevast, Teurthé\ille et Hardinvast, qui épousa Madelaine Le Veneur, en 1G33 il prit le titre de Baron à cause de la seigneurie de Tollevast. (1) Archives de la Manche. – Famille de la Luzerne. (2) Id. Id.

(3) Elle était fille de G illes Lemarquetel, seigneur de Montfort.–Preuves de noblesse faite en 1087 pour la réception de Paul Roger de La Luzerne dans l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. (4) Mfraf acte.


Paul-Tanneguy, fils aîné du précédent, devint seigneur de Beuzevile et de Baudemont-Garancières; il avait épousé Césarine de Montenay, en 1656

A sa mort, Guy César, son fils aîné, prit le titre de marquis de Beuzeville. Né vers 1661, il mourut en 1736, après avoir fait ériger en comté la Terre de Beuzeville. (1) Il eut pour femme Madelaine-Françoise de Pommereuil et, pour fils, aîné César-Antoine, comte de Beuzeville et de Moulin-Chapel, maréchal de camp des armées du roi, qui vivait en 1741. Marie-Elisabeth de Lamoignon fut sa femme. De leur union sortirent trois fils César-Henry, né à Paris, en 1737 CésarGuillaume, né au même lieu, en 1738, et Anne-César, né également, en cette ville, en 1741.

César Henri, comte de la Luzerne, mourut en 1799, après avoir été ministre de la Marine de 1786 à 1789. On a de lui une traduction de la retraite des dix mille de Xénophon. Il s'intitulait, en 1789, seigneur de Beuseville, et de SaintPellerin, ainsi que le porte le procès verbal de la réunion des Trois ordres du Grand Bailliage de Cotentin, tenue le 16 mars, en l'église cathédrale de Coutances. M. du Trésor l'y représentait.

César- Guillaume, qui fut Cardinal Évêque de Langres et Pair de France, devint Ministre d'Etat à la Restauration et mourut, en 1821, âgé de 83 ans.

Enfin, Anne-César, qui occupa l'Ambassade d'Angleterre, mourut en 1791. (2)

Cette suite ininterrompue des La Luzerne comme seigneurs de Beuzeville ne laisse aucun doute sur l'erreur ou plutôt sur la confusion commise par le scrupuleux historien

(1) Archives de la Manche. – Famille de La Luzerne, (2) Moreri. La Luzerne.


de l'ancienne Élection de Carentan, quand il fait les Bricqueville possesseurs de ce fief au xvie siècle. (1)

Le mot confusion confient dans l'espèce, parce que si les de Bricqueville « 'ont pas remplacé les la Luzerne à Beuzeville, ils l'ont fait dans le Fief de la Luzerne, celui-là même qui fut, comme nous croyons l'avoir démontré, le berceau de la famille de ce nom.

Il a été établi, dans la première partie de cette étude, qu'en 1372, Thomas de La Luzerne, partagea les héritages des siens avec sa nièce Catherine, fille de son frère Guillaume, tué aux environs de la Rochelle, et qu'il eut la terre patrimoniale dans son lot; qu'en 1408 il en était encore le seigneur, d'après la généalogie rédigée par les soins de son second fils Thomas. A sa mort la Luzerne passa à celui-ci.

Thomas nie du nom, mourut-il sans héritiers et la seigneurie échut-elle à son frère Guillaume ? Il y a de fortes présomptions pour qu'il en soit ainsi.

D'abord, la généalogie de 1408 prouve, par son silence, qu'à cette date, après 13 ans de mariage, Thomas 111, frère de Guillaume et son aîné, n'avait point d'enfants de son union avec Catherine Suhard; ensuite, une sentence rendue, le 12 juin 1470, à la requête de Jeanne de Meulent, veuve de Guillaume, fait voir qu'en 1454 le défunt était seigneur de La Luzerne; enfin, la recherche des Élus de Bayeux de 1523 indique ce même Guillaume comme ayant succédé dans son titre à Thomas II, son père.

La seigneurie de la Luzerne appartint donc à la lignée issue de Guillaume, laquelle aboutit, comme on l'a vu plus haut, à la fille de Jean II, demoiselle Gabrielle de La Luzerne, qui, par son mariage avec François de Bricqueville, seigneur châtelain de Colombières (155G), fit entrer ce fief dans la famille de Bricqueville-Colombières.

(1) Histoire de l'ancienne Election de Carentan par M. de Pontaumont. Beuzeville sur le Vey, p. H.


De cette union naquit un fils puîné, Gabriel de Bricqueville lequel, en 1593, épousa Gislette d'Espinay. Gabriel était, en 159~ au siège de Honfleur comme colonel d'un régiment d'infanterie, en même temps que son frère aîné Paul. Da\i)d le désigne sous le nom de « Colonel de la Z:?eme », taudis qu'il appelle Paul de Bricqueville « Colonel Colombière » (1). Messire Gabriel de Bricqueville, chevalier de l'Ordre du Roi, seigneur et chastelain d'Amanville et seigneur de la Luzerne et Bouligny (2) eut trois fils Henri, marquis de La Luzerne, Robert, baron de Montfréville, et Bernardin, seigneur et patron d'Occaleu.

Dans le partage de la succession paternelle, ce dernier reçut la seigneurie de la Luzerne, car on le trouve, en 16G9, vendant à une famille Simon « les champs Martin tenus de la « sieurie de la Luzerne par alleron et hors nef. a C'est ce Bernardin qui, en 16G6, procurait aux de La Luzerne (Beuzeville) leur généalogie de 1408.

Bernardin de /t'c~Meot~e La Luzerne s'allia à Jeanne du Bois-Pirou (3) et eut d'elle 1<* Henri 2° François, nommé comte de Bricqueville, colonel d'un régiment de milice de Normandie 3° François, dit le chevalier de Bricqueville et aussi de la Luzerne, colonel d'un régiment d'infanterie. (4) Au quel des trois frères revint le fief, terre et seigneurie de la Luzerne ? En l'absence de tout document positif nous ne saurions nous prononcer.

Néanmoins, selon les vraisemblances, nous assignons ce fief à 7<cf/o<s, comte de 7~'<c~Meot7/e, parce que Henn, son ()) Davita, p. H)) et Ht3.

(~) Archives de la Manche. – Abbaye de Sdint-Lo. Paroisse de Saint-Thomas. Fief des )')0 acres. Aveu de )(i4S. (3) Jeanne du Bois t'irou morte avant le 3 octobre )(iG3. Acte devant David La Rosé et Jac. Vaultier, tabellions à Saint Lo. (4) Moreri. V~* Bricqueville. -Testament de ce dernier, reçu le 9 mai i(<8'2, par les tahe-Uions de Saint-Lo, porte Chevalier de la /.M.;en;e.


aîné, ayant hérité d'Occaleu, l'une des deux seigneuries possédées par leur përe Bernardin, celle de la Luzerne dut nécessairement faire la part du pnïné, tandis que le cadet François, CHEVALIER DE BRICQUEVILLE ou de la LUZERNE, recevait les rotures et des rentes, a défaut d'un troisième fief noble. Cela s'induit assez positivement de son testament qui ne parle d'aucun fief noble, mais simplement d'héritages.

François, seigneur de la Luzerne, eut un fils nommé François comme lui (1) mais qui, en l'éahté, s'appelait IlenryFrançois et était titré CAeoa'e~' SEIGNEUR DE LA LIIZERNE dans un acte de procédure exercé le 26 juin 1728 au Bailliage de Saint-Lo. (2) Celui-ci épousa demoiselle Marie-JeanneGabrielle de Saint-Martin de Cavigny (3) et dut mourir entre juillet 1752 (4) et le 27 septembre 1777, car, en cette même année, son fils Gabriel-Henri de Bricqueville présentait, comme seigneur et patron de la Luzerne, au bénéfice de la chapelle de la Trinité existant dans l'Église paroissiale. (5)

Ce dernier se fit remplacer à l'Assemblée de la Noblesse du Bailliage de Caen, tenue en 178U, dans l'abbaye de SaintÉtienne rle Caen, par M. de Bamille, pour son fief de la Luzerne. Il vivait encore le 11 février 1!08. (G) N'ayant point eu d'enfants de son mariage avec une demoiselle de Servilange, il lui laissa son domaine de la Luzerne, composé de cinq fermes comprenant 240 hectares environ. Le comte de Plaisance en devint propriétaire et après lui M. Gustave Gardie, de Saint-Lo.

La terre de La Luzeine est aujourd'hui morcelée. .St'e transit gloria mundi. E. LEPINC.ARD.

E. LEPINGARD.

(1) Moréri. Loco citato.

(2) Archives de ta Manche.– DaitHage de Saint-Lo.

(3) Etat civil de la Luzerne. 178U, acte de décès de la dame de La Luzerne.

(4) Archives de la Manche. Procédures au Bailliage de Saint-Lo.

(5) id.

(6) Titres de MM. G. Le Creps et Le Jolys de Villiers



Le Mesnil-Sigard et son Château.

A 1,200 ou 1,500 mètres à l'Est du Hamel de Martinville (1) setrou\e e le Mesnil-Sigard, Cygard ou Segard(8)qui fut un fief ou seigneurie, suivant les uns, (3) une vavassoiie noble, selon le plus grand nombre. Son domaine s'étendait sur les deux paroisses de Sainte-Croix-de-Saint-Lo et de Couvains (quartier de Saint-André-de-L'Epine) mais beaucoup plus sur celle-ci que sur celle-là il dépendait ainsi, tout ensemble, et du diocèse de Bayeux et de celui de Coutances et était traversé, du Nord au Sud, par des chemins et des fossés qui départissaient ces deux circonscriptions religieuses.

Les terres en dépendant, contigues à Martinville et au fW Prével (4) occupaient non seulement le versant méridional du plateau de Martinville, mais encore le côteau opposé, pour s'étendre, au-delà de la route nationale de Saint-Lo à Bayeux, sur la Barre-de-Semilly. En effet, des champs de La Rou~e/'te en faisaient parti' (5) et un lieu dit La 7?oM~er<e est situ~ au Sud cle cette voie publique. (G) Un chemin appelé tantôt le chemin de Treviers à Tessy, tantôt de la Luzerne à Thorigny, les deb&ervait.

Le MesmI-Stgard ne forme point village les maisons sont éloignées les unes des autres la plupart sont abritées contre

(1) Village de Sainte-Croix de Saint-Lo.

(~ V. cartes cantonales de Saint Lo et de Saint-Clair-sur-Elle. (3) Contrat devant Richard Planchon, TabeHion à Saint-Lo, du 43 mai ):iit3. Autre contrat du 3) janvier ISiM.

(~) Fief de ).) Baronnie de Samt-Lo.

(i~) Contrat du 29 mai 1583 devant Richard Planchon, Tabellion à Saint-Lo.

((i) Carte cantonale de Saint-Lo.


les vents du Nord par des bouquets d'arbres de haute futaye qui en rendent le séjour sain et agréable.

Guy de Saint Quentin, contemporain de Guillaume le Conquérant, est le plus ancien seigneur du Mesnil-Sigard que nous connaissions. Lorsqu'il se fit moine à Cerisy, il donna à Dieu et à Saint-Vigor la terre qu'il possédait en ce lieu avec la tierce partie d'un moulin. Voici les termes de la donation « Kgo, « Guido de Sancto Quentino, accipiens monachalem habitum, « dedi Deo et sancto Vigori de Ceraseio terram quam tenebam « in Mesnissegar, cum te~'tia parte unins molendini ). (1) La charte est signée de Guillaume, Roi de Mathilde, Reine de Guy de Saint-Quentin et du vicomte Ranulph. (2) Un ignore combien d'années l'abbaye de Cerisy conserva ce domaine, ni pourquoi, ni au profit de qui elle l'aliéna. Les titres de ce monastère ont subi tant et de telles vicissitudes qu'ils ne fournissent aucun éclaircissement sur ce point. Mais, vers le milieu du xvi" siècle, la seigneurie ou vavassorie appartenait à noble homme Jean de Parfouru, sieur d'Attys, qui s'intitulait aussi sieur du Afesn~-C~a?' (3) elle passa à Me Gilles Le Monnier, épou\ de Marie Le Monnier, qui prît le même titre, en 1582, (4) et de celui-ci à son fils appelé aussi Gilles, lequel vendit bientôt le Mesnil-Sigard. Par acte du 12 août 1584, il céda le fief, terre et seigneurie de ce nom à noble homme Guillaume de la Dangte, sieur du Poirier, près Saint-Lo, au prix de 1,316 écus 15 sous tournois à GO sous Fécu. Celui-ci le détint jusqu'en 1593, qu'obtempérant à une action en retrait lignagier, il rendit à Maîtres Philippe et Jean Hue, frères, enfants et héritiers de feu Me Philippe Une, apothicaire et bourgeois de Saint-Lo, et de Marie Le Monnier, (1) Annuaire de la Manche de ~8M, p. H31.

..2) Ranulph était vicomte de Baveux Lécimudé d'Amigny. Chartes Normandes. T. premier, p. 27C, n~ !M ot 30. (3) Contrat devant Picotas La Ro~e et Jean Lechibettierdu ~{i janvier )Uj6.

(4) Contrat devant les Tabellions de Saint Lo du 31 mai iS82.


sa femme, veuve de feu Gilles Le Monnier « tout et tel contrat « de vente comme audit sieur du Poirier avoit esté fait par feu « Gilles Le Monnier, fils de Me Gilles et de la dite veuve, du nef, terre et seigneurie du Mesnil-Sigard et de 3 escus « de rente et autres héritages mentionnés au dit contrat passé « devant les Tabellions royaux d'Isigny, le 12 août 1584 ». (1) La famille Hue ne conserva pas longtemps le domaine revendiqué et recouvré. David Hue, sieur du Mesnil-Sigard, l'aliéna au profit de Mr Maître Jean de Mathan, seigneur de Semilly, de Fours (2) et autres terres et seigneuries, conseiller du roi et maître ordinaire en sa chambre des Comptes de Normandie, qui, par contrat du 2 juillet 1665, (3) se déchargea d'une rente de 24 livres 15 sous tournois, due à M" Daniel de Vennes, apothicaire à Saint-Lo, à cause d'Anne Hue, sa femme, sœur de David, et grévant les héritages qu'il avait acquis de celui-ci.

Il faut croire que le Mesnil-Sigard ne comportait pas d'aînesses. D'après les titres privés, tout se réduisait à de simples tenements et à des pièces détachées. Ainsi, en 1580, Guillaume de la Dangie, qui devint momentanément seigneur de ce lieu, achète de Damien Raoul, de Sainte Croix, une partie du Pré Auvray et, dans l'acte, il est dit « tenu de la vavassorie du < Mesnil-Sigard, à laquelle n'est deu que reliefs, xmes et aides coustumiëres. De même, dans une fieffe de trois pièces de terre nommées les Mustelières et la Rougerie, le tout est marqué « tenu de la franche vavassorie du Mesnil-Sigard, o sans indication de charges ni de redevances. D'autres actes contiennent des énonciations semblables. D'où l'on pourrait (i) Acte du i3 mai 1593, devant Rich. Planchon, Tabellion à Saint-Lo.

(2) Semilly, commune du canton de Saint-Clair, arrondissement de Saint-Lo, Manche. – Fours, fief noble sis à la Meauffe, commune du même canton. H est marqué sur la carte cantonale sous le nom de ferme de For<, à peu de distance de révise. (3) Contrat devant David Larose et Jacques Vaultier, tabellions à Saint-Lo.

4


conclure qu'en fin de compte, le Mesnil-Sigard n'était pas un fief noble dans toute l'acception du mot ou qu'il avait perdu cette qualité, que rappellent uniquement les deux contrats de 1593 et 1594 ci-dessus relatés. Au reste, les rentes dues à la seigneurie, si seigneurie il y a, n'étaient ni grosses, ni nombreuses, puisque, d'après l'acte de 1593, elles ne dépassaient pas trois écus à 60 sous l'écu, soit 9 livres tournois. Les reliefs, xm~ et gage-plége en étaient dus.

A défaut de nefs et d'aînesses, voici la liste des tenants, connus et celle des pièces de terre leur appartenant. 1556. Filipin Nicolle, noble homme

Jean de Parfouru, sieur d'Attys Le Camp Robin et le Camp Regnard.

1580: Noble homme Guillaume de la

Dangie, sieur du Poirier. Le Pré Auvray.

Damien Raoult, Nicolas et Jas-

pard Nicolle dits Piel. Le Jardin d'Amont. Nicolas Guillebert. Le GMnd Pré.

Raoulet Le Mière. Les Mustelleries et la Rougerie.

Me Julien Dupin, bourgeois de

Saiut-Lo,et énérable personne

Me Pierre Chevreul, prêtre,

aussi bourgeois de Saiut-Lo. id.

Robert Michielle de Sainte-

Croix. LesPasquetiëresde Haut etde Bas, le Jardin Villa.

1581. Robert de Saint-Laurens, bour-

geois de Saint-Lo. Le Camp Robin et le Camp Regnard.

1587. Rauline Capelle, Guillaume

Guillebert, Jean et Nicolas

Guillebert. id

id. Thomas et Jean Godard.

1594. La veuve Guillaume de Carville Le Camp de la Croix.


1596 Jean et Pierre Le Monnier,

Guillaume Gonfroy. Les Maleys.

Guillemette Macé, Hervieu et

Jacques Harenc, Jacob Lehu-

temyn Les Paquetières de Haut et de Bas.

Mathieu Gilles et noble homme

Pierre de Parfouru, seigneur

de Pierrefitte. Le Camp Robin.

Thomas de Parfouru

Philippe Hue, bourgeois de

Saint-Lo. Les Perruques.

1597. Nicolas Nicolle dit Piel, Jean

Thouroude et Raoul LeMyère. Les Costils.

Nicolas Nicolle et Marin Raoul. Le Grand Clos.

Aujourd'hui les principales terres du Mesnil Sigard sont la propriété de Madame Bidot, de Saint-Lo, de M. Richier, de Bayeux et de M. le marquis de Mathan. Chacune d'elles porte le nom de Mesnil-Sigard.

Jusqu'en ces derniers temps, nul n'avait soupçonné en ce dellage l'existence d'un lieu fortifié. Notre honorable collègue, M. Durel, en a découvert les vestiges dans une petite futaie dépendant de la terre de M. de Mathan et longée par le chemin de la Barre-de-Semilly à la Luzerne, dontil surveillait l'amélioration, comme agent-voyer d'arrondissement. Cadastralement parlant, cette futaie s'appelle le Bouquet et fait partie de la section A de la commune de Saint-André-del'Epine mais, au Mesnil-Sigard même, elle est meux connue sous le nom du Vieux-Bois.

Située à mi-côte du versant du plateau de Martinville, elle en suit la déclivité assez prononcée et forme pour ainsi dire un rectangle allongé qu'enveloppent, à l'Est et au Sud, deux anciens chemins profondément creusés au Nord, un large fossé qui se, retournant d'équerre, face à l'Ouest, se pro-


longe jusqu'à la moitié environ du côté occidental et est remplacé, pour le surplus, par une levée de terre aboutissant au chemin qui borne la futaie au Sud.

C'est à l'angle nord-ouest que se voient les restes de la forteresse, comme l'indique la planche II qui donne le tracé de l'ensemble des lieux. (1)

Ils consistent en une Motte (2) ovalaire, dont le plus grand axe est orienté Est Ouest, et que défend de toutes parts un fossé intérieur protégé, à son tour, par un rempart en terre, comme la motte elle-même.

L'ouvrage entier forme un quadrilatère de 30 mètres sur 28. On y accédait par le Nord.

Les dimensions des diverses parties qui le composent sont les suivantes

Motte. Hauteur au-dessus du sol nature). 2m 50. Grand axe, talus compris 13 »

Petit axe, id. 10 »

Fossé intérieur. Profondeur. 2 50. Ouverture. 7

Plat fond. 3 50.

Rempart. Hauteur au-dessus du sol. 2 50. Base. 7 »

Largeur en couionne. 2 50.

Les défenses du château se complétaient, au Midi, par une escarpe, située à 20 mètres en avant du rempart. Elle a une hauteur de 1 mètre 50 au-dessus du niveau du sol. L'absence de pans de murailles, voire même de pierres disjointes et éparses ne saurait faire échec à l'existence d'une de-

il) M. Durel a tracé le ptan dont les données ont été relevées par lui et parM. Didier, architecte.

(2) On trouve fréquemment, même dans des aveux du \vm'' siècle. la charge imposée aux hommes ou tenants a'une seigneurie de réparer la A/o~e, une fois, au moins, durant la vie du seigneur.


meure seigneuriale au Mesnil-Sigard.- Le nom seul de Mesnil suffirait pour en démontrer la réalité, alors surtout que, dans l'espèce, il était employé dès le xi" siècle. Il y a plus, le défaut de maçonnerie prouve l'ancienneté de cette petite forteresse qui, comme beaucoup de ses congénères, fut construite en bois. C'était un vrai blockhaus protégé par un large fossé, par un rempart palissadé et encore par une escarpe également garnie de pieux, laquelle formait une avancée prévenant toute surprise et tenant l'assaillant à distance, sous les traits de la garnison.

Ce fort fut très certainement construit par quelque Saxon, Franc ou Normand du nom de Segar, dont les domaines occupaient tout le dellage du Mesnil-Sigard d'aujourd'hui. Le vocable Segar, en effet, a un grand air de famille avec le ~~Mr<~ des ballades scandinaves et il n'y aurait assurément rien d'étonnant qu'il eût appartenu aux ancêtres de Guy de Saint-Quentin et d'Alverede, son fils ou son frère, qui, du consentement de Guillaume le Conquérant, aumônèrent l'un et l'autre l'abbaye de Cerisy d'une partie de leurs biens du MesnilSigard.

Ce n'est peut-être pas un hors d'œuvre de rappeler ici qu'au milieu de ce siècle vivait à Saint-Lo une famille Sigur ou Sigurd, que l'auteur de cette notice a parfaitement connue. La maison qu'elle habitait, place Belle-Croix, fut incendiée vers 1830.

ED. LEPINGARD.


Trois Patriotes Saint-Lois.

1417-1448.

Dans un précédent article, intitulé « Les Effets à Saint-Lo de la conquête de la Normandie par les Anglais en 1418-1437 x – nous avons cité les noms de plusieurs bourgeois de cette ville, qui, plutôt que de subir la domination des conquérants, abandonnèrent et fortune et famille. Il nous avait paru bon, surtout à l'époque actuelle où l'on parle tant de patriotisme et où l'on en fait si peu et souvent si mal, de mettre en lumière ceux de nos devanciers qui, mus par le seul sentiment du devoir, restèrent fidèles à la France et à leur Roi.

Nous eussions voulu faire plus encore pour leur mémoire; malheureusement on ne connaît rien ou presque rien de la famille, rien de la position de ces bons Français et encore moins de leur personnalité. Leur rôle, tout de dévouement, fut trop obscur pour être noté dans les chroniques du temps. Nous en exceptons cependant Maître Guillaume Denisecte, Me Richard Hubert et Jean Capelle.

Me Denisecte occupait un certain rang à Saint-Lo. Si, personnellement, il n'était pas de noblesse, au moins était-il allié à une famille chevaleresque, les de Villiers, du Bessin. Un article des Rôles Normands, publiés par la Société des Antiquaires de Normandie, (1) désigne comme son neveu Pierre de Villiers, écuyer, auquel Henri d'Angleterre donna tous les biens de &on parent, entre autres le Fief de BERNEsc dont le nom a reçu la forme irrégulière da BESNEST dans le rôle en (1) Mémoires de la Société dos Antiquaires de Normandie, T. t8,n"ltl3.


question. Sur ce point nous sommes aussi affirmatif parce qu'en premier lieu, un fief de BcR~ESC existait à Couvains, section de <S'Q:o:My~' parce qu'ensuite Messire Robert de Villiers, chevalier, était, en 1386, seigneur de Rochefort en <S'ac:ty qu'en 1466, Montfaouc trouva noble, en la sergenterie de Saint-Clair, vicomté de Bayeux, Messire Etienne de Villiers, et qu'enfin, le 6 mars 1599, Roissy déclara issu d'ancienne noblesse Charles de Villiers, seigneur de Savigny, lequel, par contrat de septembre 1617, vendit le Fief de Bernesc à noble demoiselle Marie Bacon.

Donc Guillaume Denisecte ou des Denisectes, comme s'appelait Me Robert des Denisectes, un des siens, était fort bien apparenté.

Il était non moins bien traité du côté de la fortune. A Saint-Lo même, il possédait deux hôtels, l'un au Chastel, aujourd'hui l'Enclos, en la rue du Baelle (1) l'autre en Torteron. Pour le premier, il devait une livre de poivre à la Baronnie de Saint-Lo; pour le second, huit sous quatre deniers tournois. Dans les fauxbourgs, il tenait des herbages sis à la Villecte, aujourd'hui Bechevel, et grevés d'une rente seigneuriale de sept boisseaux de froment au Mesnil-Croc, il avait des champs pour lesquels il payait quinze sous tournois de rente il en avait à Montsaulx, ès Vallées (2) celles-ci frappées de deux sous tournois et de dix œufs et conséquemment, d'après la coutume, d'un demi pain, d'une demi poule, geline ou chapon. (3) Nous le retrouvons propriétaire à la Pitardiëre, maintenant la Trapinière, et à ce titre puîné du fief du Val et vassal du seigneur de Pierrefitte. Le fief Regnard, sis à Martinville, lui (!) Archives de la Manche. Baronnie de Saint-I.o.- Comptes de 1444-46.

(2) Montsaulx, La Trapinière et MarLinviDe, en Sainte-Croix; Les Vallées au Mesnil Itouxelin.

(3) Archives de la Manche. Abbaye de Saint-Lo.–Paroisses SaintThomas et Sainte-Croix de Saint-Lo.


appartenait, à charge de payer une prestation annuelle de dix sous de rente au baron de Saint-Lo. (1) Enfin, il avait, bien probablement à Montsaulx, une habitation importante puisque, dans un aveu rendu, en 1541, à l'Abbaye de Saint-Lo, il est parlé du Manoir Denisecte, auquel conduisait un chemin venant de Saint-Lo. (2) Reste à déterminer la situation de ce manoir. Ce que nous avons tenté vainement jusqu'à présent. Envisageons maintenant Guillaume Denisecte comme caractère. L'article des rôles normands, déjà utilisé plus haut, nous est en cela d'un grand secours

Notre héros était patriote. Le fait de tout quitter, position, famille, patrie, pour ne pas se soumettre à l'ennemi, est là qui l'atteste. Mais il était un patriote convaincu puisque, « durant « sa vie, il ne voulut jamais venir en l'obéissance du roi « d'Angleterre, « qui in vita sua ad obedientiam nostram « nunquam venire voluit » comme dit le rôle anglo-normand. Donc Guillaume Denisecte était un homme au caractère calme et réfléchi qui, sa décision prise, ne s'en départissait point. C'était l'homme du devoir, le « Justum ac tenacem d'Horace. Il demeura tel jusqu'à sa mort qui précéda de peu le don fait à pierre de Villiers.

Nous sommes tenté d'attribuer les mêmes qualités à Maître Richard Hubert, qui partagea les convictions et aussi le sort de Me Guillaume Denisecte, son collègue, peut-être, son ami certainement.

Comme lui, il possédait, dans le Baelle du Château, un hôtel, pour lequel il devait au baron de Saint-Lo deux rentes l'une de 4 sous 10 deniers l'autre de 12 deniers. Comme lui également, il avait des terres dans les faubourgs et dans les villages. En 1444-46, des membres de sa famille Johan, et (i) Archives de la Manche.– Baronnie de Saint-Lo. Comptes de 144~-46.

(2) Archives de la Manche.– Abbaye de Saint-Lo. lit xMpra.


Raoulet Hubert, tenaient de la Baronnie les nefs Beuzeline et du Pilier, sis à Bechevel. Or, notons ici que Johan Hubert était possesseur d'une partie de ces derniers héritages, au droit de Johan de Saint-Gires, ce qui laisse à supposer que les Hubert étaient, dans le principe, originaires de la paroisse de Saint-Gilles, dans laquelle, du reste, nous avons rencontré Giret et Tassin Hubert, en 1483 messire Eustache Hubert, prêtre, curé de Saint-Gilles, et Guillaume, son neveu, en 1565-1591; en 1594, Jacques Hubert, à la vérité, demeurant à Hébécrévon, mais dans la partie septentrionale du bourg de Saint-Gilles qui, jusqu'au milieu du xixe siècle, a fait partie de la paroisse de Hébécrévon; et, ce qui est plus qu'un indice, car, la perpétuité des prénoms existant dans les familles, nous avons, en 1599, un Richard Hubert qui possédait à SaintGilles, en puînessedes fiefs de Lelagueterre et de Logres, près de 25 acres de terre relevant de la seigneurie du lieu parmi lesquels le Champ de la Foire, où se tenait la foire Saint-Gilles, avant sa translation à Saint-Lo. Enfin, au siècle dernier, un Hubert fut député à la Convention.

Maître Richard était donc bourgeois de Saint-Lo; de plus, il exerçait les fonctions de conseiller du Roi au siège de bailliage de cette ville. C'est ce que nous apprend un contrat du 3 avril 1415 passé devant Johan Escourtemer, tabellion de Saint-Lo. (1) Cet acte nous fait aussi connaître que notre magistrat était un bon chrétien. Il nous le montre, en effet, donnant au Prieur et aux Frères de la Maison Dieu de Saint-Lo une rente annuelle de 6 livres 10 sous tournois, 3 pains et 3 chapons pour dire une messe à notes, tous les vendredis de l'année en la chapelle duSépulcredel'HôpitaI, « en laremembrance a de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ et du saint Sépulcre, pour lui, pour Jeanne Bouligny, sa femme, leurs pères et mères, parents et amis trépassés et à trépasser. Cette (1) Archives de l'Hôpital de Saint-Lo. Registre-Inventaire de David Vaudevire.


messe devait être sonnée à 8 heures, en été, et, en hiver, à 7 heures.

Maître Richard Hubert nous est une nouvelle preuve que le patriotisme et la foi font bonne compagnie.

Et puisque nous en sommes à rappeler les noms de nos dévoués Ancesseurs, n'oublions pas celui de Me Jean Cappelle, a natif de Nostre-Dame de Saint-Lo, le quel avoit par ses « demerites, durant le temps des Anglais avenus (lire plutôt « ~4/:e7KM) et adversaires du Roy nostre sire, este pendu à « Baieux. » (1)

Notre concitoyen fit plus encore que Guillaume Denisecte et que Richard Hubert. Non seulement il abandonna patrie, famille et biens, mais encore il perdit la vie en combattant l'envahisseur qui lui infligea, comme brigand, (2) la peine de la hare. C'était un devoir de réhabiliter sa mémoire. Nous le remplissons eu-lui consacrant ces quelques lignes.

LEPiNGARD.

(1) Chartrier de Rampan-Saint-Georges, 2t° article.

(2) Les An~tais appelaient les Normands qui combattaient contre eux; tels les Guérillas en Espagne, les Francstireurs de 187",


pour servir à l'histoire des T/opt~Ma: de Carentan,

L'Hospice actuel de Carentan remplace un ancien HôtelDieu fondé au XIVe siècle et un Hôpital datant du siècle de Louis xiv. Malheureusement, les archives de ces établissements ont disparu. Seules, quelques copies de pièces relatives à l'Hôtel-Dieu primitif sont conservées aux Archives de la Manche. Dans ces conditions, une histoire complète des Hopitaux de Carentan est impossible, et nous ne pourrons donner sur ces maisons charitables que des renseignements bien incomplets, mais puisés à des sources authentiques, ayant eu recours principalement à des actes notariés des xv;~ et xvme siècles.

HOTEL-DIEU.

L'Hôtel-Dieu de Carentan fut fondé le 21 décembre 1362 par Robert Vibert et Thomasse, sa femme. L'acte de donation indique d'une façon touchante le but des donateurs « les paouvres de Dieu reçuz, couchez, guardez, les pauvres femmes grosses gézir en gésine estre guardez, visitez, gouvernez, les les morts ensevelys et les œuvres de miséricorde faictes et accomplyes et Dieu servy et honoré. (1) Cet Hôtel-Dieu, placé sous le vocable de Sainte-Anne et de Saint-Nicolas, était administré par un Religieux Trinitaire du prieuré de la Perrine, ayant le titre de Prieur ou Ministre. Les bâtiments étaient (1) M. de Pontaumont, dans son Histoire de Carentan a publié l'acte de fondation et le 'MK.! de confirmation.


situés en dehors des murs de la ville, au lieu dit le Férage, sur le chemin allant de l'église à Blactot.

Plus tard, ce premier Hôtel-Dieu fut transféré dans un des faubourgs, rue Gémare, par suite de la donation faite aux pauvres, par Robert Jozel, seigneur de Launay, lieutenant-général de la viconté de Carentan, du Manoir-Costard, sis sur le bord de la rivière des Gouffres. Cette donation n'ayant pu être régularisée du vivant de Robert Jozel, ses héritiers la confirmèrent par acte du 16 mars 1506. (1)

D'après une déclaration du 26 octobre 1610, ce nouvel Hôtel-Dieu se composait de deux salles pour coucher les pauvres et d'une chapelle.

Le 18 décembre 1540, un arrêt des Grands Jours tenus à Bayeux condamne les Religieux de la Perrine à réparer les bâtiments de l'Ilôtel-Dieu et à employer 80 livres « pour convertir en lictz pour les paouvres et ornements pour la chapelle. (2)

Le 25 mai 1635, une transaction intervint entre Louis Rigault, alors prieur, et le Trésor de Carentan. Robert Vibert avait donné à l'Hôtel-Dieu deux cents de feurre (paille) dus par l'Abbesse de Préaux sur les dîmes de Carentan. Pendant plusieurs siècles, le Trésor percevait cette paille et en faisait joncher le pavé de l'église, pendant la nuit de Noël, suivant un usage alors général. Le prieur Rigault prétendait que cette paille appartenait toujours à l'Hôtel-Dieu et qu'elle n'avait été appliquée à l'Eglise « qu'à cause des guerres et hostilités courus en Normandie, alors qu'il n'y avoit point de ministre audit Hôtel-Dieu » il la réclamait donc « pour servir à coucher les pauvres qui journellement arrivent et demeurent malades. D Les bourgeois de Carentan, réunis en assemblée de paroisse, (2) Archives de la Fabrique de Carentan, liasse 2.

(2) Voir texte de cet arrêt dans les mémoires de la Société d'Archéologie de la Manche. 1891, p. <9.


délibérèrent que l'usage de répandre de la paille dans les églises ayant disparu, l'Hôtel-Dieu devait être reconnu propriétaire des 200 bottes de paille données par Robert Vibert. (1) Le 19 juin 1637, le même prieur, Louis Rigault, prit à fieffe quatre perches de terre sur le quai à bois.

Le 12 juin 1657, Etienne Delavarde, prêtre, donna à la chapelle de l'Hôtel-Dieu sept livres de rente, à charge de deux messes « avec un libera au pied de la croix du Férage estant dans le cimetière où l'on a coustume de sépulturer ceulx qui décèdent par maladie contagieuse. »

Au mois de juin 1679 un incendie considérable détruisit les faubourgs de Carentan. L'Hôtel-Dieu ne fut pas épargné et dut être reconstruit. La chapelle fut réédifiée en 1684 a par la « charité des voisins. »

La même année, par acte du 18 septembre, Guillaume Lamare donna à cette chapelle 120 livres de rente, à charge de faire célébrer, tous les jours, une messe basse avec libera et le jour Sainte-Anne une messe à haute note.

Le 4 juin 1696, le Prieur acheta encore de Pierre de Baupte une maison « proche les masures de l'Hôtel-Dieu. Déjà l'Hôtel-Dieu ne rendait plus les services que l'on devait en attendre. A la suite de dimcultés avec la ville, les Prieurs avaient bien été maintenus par arrêt du grand Conseil du 20 février 1686 mais, quelques années après, les Religieux Trinitaires cédèrent à la ville une partie des biens affectés à la dotation de l'Hôtel-Dieu, et se firent décharger du soin des malades. Enfin, des lettres patentes du mois de juillet 1769 prononcèrent l'extinction du prieuré Sainte-Anne et sa réunion à l'hôpital général. Les administrateurs de ce dernier établissement constatèrent que les maisons ainsi que la chapelle

(1) Archives de la Fabrique de Carentan.


étaient en trop mauvais état pour pouvoir être réparées utilement. Ils neSërent le tout à Claude Dufour, le 22 mars 1786, moyennant 140 livres de rente.

L'ancien Hôtel-Dieu et sa chapelle ont été démolis. Une statue de sainte Anne en provenant orna pendant longtemps une maison voisine. Cette maison ayant été elle-même détruite, la statue disparut, et il ne reste, comme souvenir, qu'une pierre conservée à l'Hôtel-de-Ville de Carentan, portant l'inscription suivante (1)

H~EC SANCT~E ANN~:

EFFIGIES IN PVBLICA

PAVPERVM HVIVS VRBIS

DOMO ANXO 1595 FVIT LOCATA ET DECIMA SEPTEMBRIS DIE ANNI 1789 SIMON IIVIVS

DOMVS POSSESSORI HANC DEDIT DVFOVR.

Voici les noms de quelques-uns des derniers prieurs 1° Louis Rigault, en fonctions dès 1610, mort en 1G51. 2° Jean Charpentier. II résigna son prieuré pour cause de maladie au frère la Follie, ministre de la Perrine, le 28 novembre 1659.

3" Michel Aubry (1673-1675). 4° Robert Benoist (1683).

5° Gabriel Bourgeon (1686).

6° Jean Tisserand (1720).

7° Enfin Cyprien Couet, dernier prieur.

HOPITAUX.

Les pauvres furent longtemps secourus à Carentan par

deux confréries charitables. L'une portait le titre de Confrérie

(1) Traduction. Cette statue de Sainte-Anne fut placée dans la maison commune des pauvres de cette ville, l'an dSt)!i, et, le 10 septembre de l'année d789, Dufour l'a donnée à Simon, propriétaire de cette maison,


des pauvres malades, l'autre était nommée Confrérie de la cAar: Après l'établissement d'un hôpital régulier, ces deux confréries disparurent et leurs revenus furent réunis à ceux de la nouvelle maison hospitalière.

La première tentative pour fonder un hôpital indépendant de l'ancien Hôtel-Dieu remonte à 1674. Le 5 janvier de cette année, Boissel, bourgeois de Carentan, donna à la Confrérie des pauvres malades, toutes ses maisons de la rue Holgate, pour établir un hôpital destiné uniquement aux pauvres de la ville. Le donateur nommait comme premier administrateur le procureur du Trésor de l'église, Jean Vauquelin; ce projet n'eut pas de suite.

Mais comme un hôpital devenait indispensable, Louis XIV envoya à Carentan un jésuite, le P. Dunod, (2) avee les pouvoirs les plus étendus pour s'occuper de cette fondation. Le P. Dunod fit, d'abord, louer à la Ville, moyennant 154 livres par an, une maison rue de l'Eglise, appartenant à Thomas Alexandre, Lieutenant au Baillage (11 mai 1683). Ce logis était destiné aux pauvres valides et aux malades ordinaires. Depuis longtemps les malheureux atteints de maladie contagieuse étaient relégués au Férage, dans la maison de l'Hôtel-Dieu primitif, en dehors des murs de la. Ville; ils avaient un cimetière spécial, qui portait le nom de Cimetière des pestiférés. Bien que la location fut faite pour sept ans, le P. Dunod ne se contenta pas de cette installation provisoire, et voulut fonder un établissement durable et permanent. Dans ce but, par actes des 17 et 18 mai 1683, il fit acheter par la Ville deux maisons, dans la rue aux Prêtres, situées entre les remparts et le cimetière entourant l'Eglise. (~ Le P. Dunod était un antiquaire distingué et a publié dans le Journal des Savants de t(i9S des notes curieuses sur les antiquités romaines de Valognes Ce fut lui également qui organisa l'hôpital général de Bayeux en 1684.


Quelques années après, Jacques Yver, conseiller assesseur au Baillage, donna à l'Hôpital un jardin clos de murs. Comme unique condition, il stipulait « que chacun jour, le chapelain « de l'Hospital, avant commencer la messe et revestu de ses < habits sacerdotaux, devrait faire une prière pour la conservation du Roy et la prospérité de ses armes (2 mars 1694). Les bâtiments devinrent bientôt insuffisants l'Hôpital était non seulement destiné à soigner les malades, mais encore à interner les mendiants de profession. Ces derniers avaient une salle à part et on les occupait à divers travaux il y avait notamment parmi eux beaucoup de tisserands.

Après avoir acheté du marquis de Carbonnel, le 24 mars 1730, des masures et jardins sur la place Saint-Germain, où se tenait alors la boucherie, les administrateurs de l'Hôpital se firent autoriser à les revendre avant d'avoir construit (31 mars 1732). Ils se décidèrent, ennn, à bâtir sur l'emplacement de l'Hôtel-Dieu primitif, au lieu dit le Férage. Ce nouvel Hôpital, terminé en 1752 et confié, la même année, aux sœurs de la Sagesse, est toujours existant.

Les bâtiments de la Rue-aux-Prêtres,après de nombreuses formalités administratives, furent adjugés à M. d'Auxais de Sainte-Marie, le 1" juin 1753, moyennant 2250 livres. Il n'en reste plus trace aujourd'hui, et leur emplacement est compris dans l'enclos du couvent des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame.

Avant la réorganisation de 1752 et F arrivée des sœurs de la Sagesse, les pauvres et les malades étaient soignés par des gens de service, sous la direction d'une dame charitable, qui prenait le titre de Gouvernante volontaire des pauvres de l'hôpital. L'une de ces gouvernantes, Anne Guerrier de Pesseau, mourut au mois de mars 1719, après avoir fait à l'établissement hospitalier quelques libéralités. La dernière fut Marguerite Letellier; à raison de ses bons services, la ville lui alloua, le 30 janvier 1758, une pension viagère de 170 livres.


L'Hôpital était, en outre, administré par une commission choisie dans le clergé et les notables de la Ville. Voici les noms des administrateurs en 1699 M~ Antoine de Longaunay, gouverneur et maire perpetuel; les deux curés Nicolas Lesage et Guillaume Levavasseur; Charles Lesage, vicomte; Jean Noblet et Thomas Justel, prêtres; Jean-Yverde la Bruchollerie et Pierre Lescroël, avocat et procureur du Roi; Charles de Saint-Quentin, seigneur et patron de Carentan; enfin, Jean-Baptiste Mauger et Antoine Lerosier, bourgeois. Un procureur-syndic remplissait les fonctions de receveur et d'économe.

L'Hôpital de Carentan n'eut jamais de revenus considérables, son patrimoine se composait de biens provenant de l'ancien Hôtel-Dieu et de fondations dues à la charité des particuliers. En 1685, Louis XIV l'enrichit des dépouilles de quelques consistoires protestants supprimés par suite de la révocation de l'Edit de Nantes. Les biens des consistoires ayant été attribués aux hôpitaux les plus proches, celui de Carentan eut pour sa part

1° L'ancien prêche de Carentan, avec le jardin qui en dépendait, <f le tout jouxte les Religieuses au droit de la duchesse de Ventadour et le pavé de la rue Holgate. » Le 22 août 1694, ce prêche fut fieffé par le receveur de l'Hôpital à Michel Leplumey, moyennant 10 livres 5 sols de rentes.

3° L'anden prêche de Geffosse et la pièce sur laquelle il était bâti. L'Hôpital les louait 18 livres par an. De plus il dépendait des consistoires de Geffosse et Bricqueville diverses rentes s'élevant à 130 livres.

3° Enfin, des rentes provenant du consistoire de Sainte-MëreEglise, s'élevant à 175 francs 10 sols.

De nombreuses donations vinrent augmenter le modeste revenu des pauvres lorsque l'Hôpital eut un fonctionnement


régulier. Nous en citerons quelques exemples montrant la foi naive et la charité touchante des donateurs.

Marie des Vages, veuve de Jean Leroutier, donne, le 1er mai 1688, 51 livres et deux poules de rente, pour participer aux prières et bonnes oeuvres de l'Hôpital, à la condition de payer 11 livres, par an, à un sonnenr pour sonner la clochette dans « les rues lorsqu'il y auroit quelqu'un à l'agonie, aussitôt qu'il « en seroit adverty, telle heure qu'il soyt, pour advertyr un « chacun de prier le bon Dieu pour luy. »

Louis de Saint-Quentin, chanoine de Bayeux, donne aux pauvres de l'hôpital 80 livres, par an, pour leur subsistance, dans l'espoir de fléchir la miséricorde de Dieu en sa faveur < et en faveur de ses parents. » (21 octobre 1692).

Du consentement de son mari, Jean Pénon, conseiller du roi, Françoise Houx, pour donner aux pauvres de l'hôpital le moyen d'entendre la messe dans leur chapelle, fonde une messe basse qui doit être célébrée tous les dimanches et les jours de fêtes. (1- avril 1695).

Jeanne Duprey fonde également une messe qui sera dite chaque semaine pour les pauvres. (3 août 1698).

Le 9 janvier 1715, le curé de Carentan, Le Bédel, donne à l'Hôpital 15 livres et deux chapons de rente pour acheter de la toile à chemises aux pauvres de la maison et de la ville Les héritiers de Messire Jean-François Ravent, marquis de Saint-Fromond, délivrent à l'Hôpital, le 20 septembre 172:2, la rente de 150 livres qu'il lui a léguée à charge d'une messe tous les samedis.

Charles Touzard, prêtre habitué, meurt, en 1722, après avoir institué les enfants pauvres de l'Hôpital ses légataires universels. Son testament, inspiré par la foi chrétienne la plus admirable, contient ce qui suit « Ma dernière volonté est » d'estre inhumé absolument comme les pauvres, estre placé


< dans le cimetière auprès du dernier mort, quatre cierges « jaunes autour du corps et nuls autres, point d'enfants, une « simple volée de petites cloches. Après avoir remis aux mains de Dieu l'estre que j'en ay reçu, je lui restitue les biens qu'il « ne m'avait que prestes. »

Marguerite Benastre, par testament du 1" septembre 1728, constitue une rente, pour fournir des draps aux malades de la paroisse, et charge l'Hôpital de les distribuer.

Antoine Geintran, acolyte et sacristain, donne 10 vergées de terre à Pommenauque et 10 boisseaux de froment de rente, pour améliorer la nourriture des pauvres renfermés et surtout pour fournir du bouillon aux malades (14 octobre 1738.) Le seigneur d'Auvers, Jules-Joseph de Sainte-Marie, crée 250 livres de rente pour l'entretien à perpétuité, dans l'Hôpital, de deux pauvres de sa paroisse désignés par lui, le curé et deux des plus imposés parmi les habitants d'Auvers. (31 juin 1741.) Charles Cornavin, riche bourgeois de Carentan, « ayant s considéré qu'il ne peut faire un meilleur usage des biens « qu'il à plu à Dieu de lui donner que d'en employer une « partie pour servir à perpétuité à la subsistance, entretien et « instruction des pauvres renfermés dans l'Hôpital général, <' pour lesquels il a toujours eu un attachement particulier, « donne 300 livres de rentes; 150 livres doivent servir payer « un Maître d'école pour instruire les jeunes garçons. » (17 juillet 1745.)

Enfin, le 4 juillet 1785, les héritiers de la dame Queudeville remettent aux adminis'rateurs de l'hôpital 10,000 livres léguées par elle, pour fournir exclusivement du bouillon aux pauvres malades.

Malgré ces fondations, le revenu de l'Hôpital ne s'élevait, en 1789, qu'à 6,009 livres 6 sols 4 deniers, non compris les produits éventuels tels que quêtes, dons en nature, vente de la viande en carême, etc.


A cette époque, PHôpital renfermait 73 lits 23 de ces lits étaient réservés aux soldats et matelots. Il y avait, en moyenne, chaque année, 10 enfants trouvés élevés dans la maison, et le même nombre placé chez des nourrices.

Le soin des malades était réservé à quatre sœurs de la Sagesse. Les frais de régie, d'administration et le traitement des sœurs s'élevaient à 1,223 livres.

Les premières années de la Révolution furent fatales a l'Hôpital. Par suite du remboursement des rentes en nature et de la dimmution du taux des autres rentes, le revenu, en 1792, n'était plus que de 3,88t livres. A cette époque 20,000 livres provenant de remboursements avaient été déjà absorbées; il était du 5,000 livres pour achats de blé, et on estimait à 10,000 livres le chiffre des réparations urgentes à faire aux bâtiments. (1)

Les religieuses refusèrent de prêter serment et on leur imposa un prêtre constitutionnel pour chapelain.

Lorsque le représentant Lecarpentier vint à Carentan, le 28 avril 1793, on lui signala a que, dans l'Hôpital de Carentan, il y avait quatre ci-devant sceurs grises qui avaient conservé leur costume et refusé de satisfaire au serment, et que la manière dont elles se conduisaient les rendait aussi dangereuses que suspectes. » (2) Aussitôt Lecarpentier ordonna leur arrestation. Les quatre religieuses qui étaient Anne du Tellier (ou du Tillet), Catherine Leroux, Anne Burot et PerrineMarie Adam, furent jetées sur une charrette et conduites à la prison de Sainte-Marie-du-Mont,ou elles subirent une détention de plus de six mois.

Elles furent remplacées par deux citoyennes bientôt destituées pour incapacité; et le Directoire du District, dès le mois (1) Rapport fait au District de Carentan, 11 août d79~. Reg. du District.

(~) Registre du District.


de juin 1795, s'empressa de rappeler les anciennes religieuses, sur la demande de la municipalité de Carentan.

« Considérant combien a été désastreuse pour l'Hôpital de < de Carentan," disait le Directoire, dans son arrêté, « l'admi« trnisation des personnes auxquelles la régie dudit hôpital a été « confiée depuis le remplacement des anciennes hospita« Itères.

« Considérant que les soins à donner aux malades, aux in« firmes et aux enfants exigent un dévouement particulier dont « les dites hospitalières ont donné l'exemple le plus rare, « Estime qu'il y a lieu d'approuver la nomination faite par '< le Conseil général de la commune de Carentan des citoyennes « du Tillet, Leroux, Adam et Burot pour l'administration intérieure du dit hôpital, au traitement de 75 livres pour chacune « d'elles. » (1)

L'Hospice resta longtemps dans ledénûmentle plus absolu; le linge, les provisions avaient été dissipés pendant les quelques mois de laïcisation et à plusieurs reprises on fut sur le point d'ouvrir les portes et de renvoyer les malades, faute de pain pour les nourrir.

Un commissaire spécial fut envoyé à Paris pour demander des secours; et, pendant de longues années, chaque matin, deux religieuses, chassant un âne devant elles, parcoururent la ville, recueillant des provisions et mendiant le pain quotidien. Aujourd'hui, l'Hospice de Carentan renferme 110 lits; son revenu, non compris les subventions municipales et les produits en nature, s'élève à 8,000 francs environ. H est toujours dirigé par les sœurs de la Sagesse.

A. DESPRAIRIES.

(1) Registre des Pétitions du District de Carentan, fi messidor, ?n II r.


Concernant la Seigneurie de Rampan-Montcoq, alias Rampan du Bois, ou Rampan-Clerel.

Le hasard, et l'obligeance de M. le baron du Charmel, nous ayant permis de compulser quelques fragments des archives de l'un des nombreux fiefs jadis situés sur le territoire des communes de Saint-Georges-de-Montcoq et Rampan, nous en avons extrait la notice suivante dans l'espoir qu'elle pourrait peut-être fournir des matériaux à une monographie plus étendue de cette région. Avant, toutefois, que de faire l'analyse des documents qui nous ont été communiqués, nous croyons devoir donner un rapide aperçu des différentes maisons qui, pendant plus de sept cents ans, se sont, sans interruption, transmis ce fief, et nous remercions de tout cœnr M. Lepingard pour les notes précieuses qu'il a bien voulu nous fournir à ce sujet.

I.

Le Franc-Fief de Rampan-Montcoq, Rampan du Bois, ou Rampan-Clerel, ainsi désigné pour le distinguer d'un autre fief contigu, nommé Rampan-Chastel, avait son chef assis en Saint-Georges-de-Montcoq, et s'étendait sur plusieurs paroisses environnantes. 11 relevait, pour un quart de haubert, de la baronnie de Saint-Lo (1) qui, comme on sait, faisait partie du (i) Extrait d'un aveu de la Baronnie de Saint-Lo, fait au Roi par Rtienne Martel, évoque de Coutances, le 17 avril ~SS3 ltem, Michel Clerel, escuyer, tient de nous, par foy et par hommage, un fief noble tenu à simple gage-ptege, court et usage, nommé le fief de Rampen, qui jadis appartint à deffunct Robin Clerel, tenu par ung quart de fief de haubert, dont le chef est assis en ta paroisse Saint-Georges de Montcoq et nous en doibt service

NOTES


temporel des évêques de Coutances jusqu'à l'époque où ils la cédèrent à la maison de Matignon.

D'après une note de M. Lepingard, Thieus (Matheus) de Rampan, chevalier, vivait vers l'an 1100. Il portait d'argent à trois merlettes de sable enfasce. Son fils Hugues fut père de Thomas qui vivait en 1233, comme en fait foi une obligation souscrite par ce dernier au profit des Religieux de l'abbaye de Saint-Lo, la quelle débute ainsi « Omnibus ad quos presens scriptum pervenerit, Thomas de Rampen, miles, filius Hugonis de Rampen, filii Thiei, militis, etc. (1).

Guillaume de Rampan, fils probable de ce Thomas, épousa Thomasse, fille de Sanson de Montcoq qui lui apporta le fief de Montcoq. (2) Il vivait en 1276. (3).

Leur descendante directe, Henriette de Rampan, épousa, vers 1380, Thomas Clerel à qui elle apporta le fief de RampanMontcoq.

Robin Clerel, leur fils, épousa en 1425, Perrette d'Arclais et ajouta à son blason primitif, les trois merlettes des Rampan, ce qui lui constitua l'écusson suivant

D'argent, à la fasce de sable accompagnée, en chef, de

d'ung tiers de chevallier, passant nostre main et allant au Roy, nostre dict seigneur, quant il prent ses services d'ost, en l'acquit deladitebaronnie.etc.

« Et d'icelluy fief est tenu ung membre de fief nommé le fief de Lignerolles que tient Guillaume ChevaHier,pscuyer,(') par demyquart de chevallier; et nous en appartientles reliefs,treiziemes, aydes, gardes et aultres adventures touttes foys que le cas s'offre. Aveu rendu à l'évéque de Coutances par Renouf de Rampan, en 1389, cité par Toustain de Billy (/<o!re ecclésiastique du diocèse de Coutances, T. 7/. pp. 18N et suivantes

(') Guillaume Chevalter était sogneur de Lignerolles en 1482. Voir ci-dessous, pages 87, 88.

(1) Archives de la Manche. Cartul. manuscrit de l'abbaye de Saint Lo, pages !i(i3-64

(2) Cf Toustain de Billy, II' ecclés. du diocèse de Coutances. T. I. pages 238-39.

(3) Cartulaire de l'abbaye de Saint-Lo, page 379.


trois merlettes du Me?KC, e~ en pointe de trois <OMr/eaM.e ~a~M/e/

La seigneurie se transmit alors de génération en génération jusqu'à Michel Clerel, chevalier, seigneur de Rampan, Lignerolles, les Maizerets, le Breuil, châtelain de la Varengère et sire de Blihou, écuyer ordinaire du Roi, qui vivait en 1698 et, de son mariage avec Anne Vaultier (1) avait une fille, Suzanne, qui épousa François de Chaumontel, écuyer, seigneur d'Audrieu. (2) Elle en était veuve en 1720.

Vers 1717, la mort de son neveu, Michel-François CIerct l'avait fait hériter du fief de Rampan qu'elle légua à sa fille, Anne-Suzanne de Chaumontel, mariée, en 1711, à JacquesRobert de Héricy, chevalier, seigneur châtelain et patron présentateur de Saint-Nicolas de Villiers-sur-Port, seigneur et patron honoraire de Vaussieux et, du chef de sa femme, seigneur patron présentateur de Rampan, et châtelain de la Varengère, chevalier de Saint-Louis, capitaine général de la garde côte d'Asnelles.

Il portait d'argent à trois hérissons de gueules et l'ancienneté de sa famille ne le cédait en rien à celle des Clerel. En 1743, il était veuf avec trois fils.

Le second, Anne Robert, connu sous le nom de Comte de Rampan, titre de cour sous lequel il fut sans doute présenté au Roi, fut capitaine de cavalerie et épousa, en 1778, LouiseGeneviève d'AnneviMe-ChiSfrevast il mourut a Gaen en 1787, laissant deux fils, Robert-Casimir-Désiré, marquis d'Héricy, né en 1780, mort à Caen, sans enfants, en 1851, et JacquesRobert-AIfred, comte d'ÏIëricy, en 1783, marié en 1798 à Louise-Henriette-Adelaïde de la Houssaye, d'où postérité représentée actuellement par le baron et la baronne du Char()) Saint-Georges-Montcoq. Etat civil.

(2) Armes d'argent 4 /<t /<Mce de sable ~c~M;f'e <ro'~ merlettes de gueules.


mel. Il mourut au château de Vaussieux, le 19 mai 1848, ayant été, lui et son frère, dans leur enfance, derniers seigneurs de ce fief de Rampan-Montcoq qui, pendant plus de sept cents ans, n'était jamais sorti de leur famille.

II.

Les pièces qu'il nous a été donné de consulter sont au nombre de quatre, en parchemin. La première, en date de 1447, cahier de cinquante pages, grand format, commence par ces mots « En cest présent chartrier sont escrips et enregistrés mot à mot les dénombremens et tenemens du fieu terre et seignourie de Rampen appartenant à Lô Clerel, escuyer, fils Robin, seigneur du lieu, bailliés et advoués par les aisnés et puisnés hommes et tenans d'iceluy fieu et seigneurie. Il est divisé en deux parties la première contient la copie des aveux des différents tenanciers la seconde, celle des contrats notariés (acquisitions, échanges, fieffes, etc., relatifs au fief) cette seconde partie commence ainsi

« Ensuit la déclaration de plusieurs acquisitions et escrois « de fieu faittes par le dit escuyer et fieuffes faittes en son dict fi neu. »

Ce premier chartrier semble n'avoir jamais été terminé; la place de la plupart des majuscules est en blanc; d'ailleurs, les documents qu'il renferme sont presque textuellement et plus complètement transcrits dans les suivants dont nous allons nous occuper.

La seconde pièce est également sur cahier de parchemin grand format, de quarante-six pages non foliotées; il est donc difficile de savoir s'il est complet. D'une écriture fort belle, ce chartrier est orné de têtes de chapitres et de capitales de la plus étonnante fantaisie à ce titre seul, ces manuscrits, témoins de l'admirable calligraphie du quinzième siècle, seraient pré~ cieux à conserver.


Voici le début du second

« En cest présent chartrier sont escrips et enregistrez mot après mot les dénombremens et tenemens du Heu, terre et « seigneurie de Rampen appartenans à noble homme Guil« laume Clerel, escuyer, seigneur dudit lieu. Baillés et « advoués par les ainsnés et puisnés hommes et tenans d'icelui « fieu et seigneurie, selon leurs adveuz pour ce baillés, et « avecques ce et dabondant les ont les dicts ainsnés et puisnés « advoués et recongneues par lecture à eulx faicte des dicts « tenemens selon la teneur du dict chartrier ainsi et selon ce « qu'il est cy après recongneu et escript. Icellui chartrier est « commencé à escripre au moys de may l'an 1473. » Suit l'énoncé des différents tenements, fieux, aînesses ou vavassories (toutes ces désignations étant à peu près synonymes), avec les redevances, charges ou corvées que chacun d'eux devait à la seigneurie. Nous nous bornerons à énumérer chaque aînesse, en indiquant sa contenance totale, les noms de l'aîné et de ses puînés, quelques unes des charges et redevances; quant aux jouxtes et bornes, nous avons dû, à regret, ne les mentionner qu'exceptionnellement. Chaque parcelle ayant les siennes, il aurait fallu copier la presque totalité des aveux les bornages ont, d'ailleurs, tellement changé, qu'il serait, le plus souvent, bien difficile, sinon impossible, de les reconstituer.

Guillaume Larchier, sénéchal, tenait les plaids en février 1472.

F[cu DE L'AULNAY. « De noble homme, Guillaume « Clerel, escuyer, seigneur du fieu, terre et seigneurie de Ram« pen, Je, Gyot Marion, confesse et advoue tenir par foy et par 1

« hommage et par réséantise, tant pour moy que pour mes « puisnés et parsonniers ung fieu ou vavassourerie nommé le « fieu de l'Aulnay contenant trente acres de terre ou viron, en « deux pièces la première assise eu hamel de l'Aulnay en quoy « est la réséantise dudit fieu la seconde assise en la Senesca-


« lerie. Duquel fieu, je tiens en ma main vingt deux vergiées « ou viron en six pièces, etc. »

Puinés Raoul Le Bouchier, missire Jehan Lemonier, prestre, l'Abbé et Couvent de Saint-Lo, Jehan et Girard Marion, le seigneur de Rampan, Lô Perchault, Richart et Gieffroy Vallée.

« Charges « Duquel fieu, tenement ou vavassourie, je, le « dict ainsné, suis tenu paier, tant moy que mes puisnés, le « tout passant par ma main et allant à mon dit seigneur, de <: rente, le jour Saint-Michiel, cinq soulz pour cens; t~e/H, à « Noel, quatre pains, quatre chappons, chacun pain de deux deniers, et neuf soulz tournois pour service de pommes et « sidres item, à. la Chandeleur, trente soulz pour service de < masle cheval et cinq soulz quatre deniers pour cairaiz; (1) « item, à Pasques, quarante œufz item, je doy, tant pour moy « que mes dicts puisnés, ung homme, tous les jours, à faire les « fains jusques à ce qu'ilz soient prestz et mis en mullon, en la « compaignie des aultres hommes; curer l'escluse, tenir l'eau « sur le no, tenir le bieu et la cauchie en estat, curer le bieu au « dessus et au dessoubz du moullin jusques au Poncheel; item, < aidier à tenir le dict moulin de couverture et de closture. « et amener le bois neccessaire et appartenant au dict moullin « et escluse de mon dit seigneur avecques les aultres hommes « item, aidier à paier la moictié des meulles avecques les aultres « hommes et aidier à amener les meulles à nos despens; item, reliefs, treizièmes, aides coustumiëres, gàsteaulx de mariage, « quant le cas s'offre, et doit chacun resséant priaire de carue « et de herche, deux journées l'an, et de tel hernois comme il « lie et deslie sur le dict fieu item, service de prevost à nostre « tour, et est tenu le prevost aller à l'ostel de mon dit seigneur « ung jour et l'aultre non et de jour en jour, se mestier est; et « suysmes subjectz à la moulte du dict moullin et obeyssance a à ses plès et juridiction et affaire tout ce que homme est tenu (1) Pour carroy. On dit en patois c<.t;'re«e pour charrette.


« à faire à son seigneur. et ne doit chacun tenant du dict Heu emporter, tasser, ne tenir les bleiz croissants sur le dict « neu hors la seigneurie, sans le congié du dict seigneur ou de « ses officiers jusques ad ce que la saizième guerbe en soit payé pour verte moulte, sur paine d'amende et de restituer la dite moulte. (1)

FIEU n'EspiNAts, appelé aussi des Puînés ou des Pynels. assis en Saint-Georges, contenance 27 acres.

Ainé Jehan Marion.

Puinés Giot Marion, Giot Cauvin, Perrin Jehan, dit la Foy, les hoirs Raoul Blondel, en la branche de la Jehennerie, Liot Le Cousté, les hoirs Denis Blondel, Guillaume Blondel, Guillaume le Varignon, Gieffroy Vallée, Denis Tallevas, Liot Letourneux, Jaquet Davy, tous en la branche de la Perdriesse.

PETIT FIEU QuiNEL. –2 acres.

Aîné Jehan Marion.

FIEU DE LA CAPPELLE. 27 acres.

Aîné Jehan Vallée.

Puinés Guillaume Cappelle, pour 32 vergées en six pièces

la 1~ nommée le Grand Clos de la Cappelle (11 vergées, 15 perques), but au chemin tendant de la Cappelle & t'éguse de Saint-Georges la 2° (6 vergées), son mesnage et gardin planté en pommiers dessus estant, et en ce comprins la Croulle ès Fouquelins, but d'un but au chemin de la fontaine de la Cappelle (2)et d'aultre but au chemin tendant de la court de

(1) Pour chaque fief, les charges sont analogues, et en proportion de la superficie.

(3) Sur le vieux chemin tendant des CappeHes aux étants et au moulin de Rampan, existe une fontaine aujourd'hui fermée, nommée la Fontaine au diable. II y a peu d'années, elle était a ciel ouvert, et avait la forme d'un four, muni d'une gueule destinée a faciliter le puisement de l'eau. A vingt-cinq metres de là,


Rampan, au dit lieu de Saint-Georges la 3" (4 perques) la 4" (5 vergiées), nommée la Barre, la 5e (4 vergiées) nommée les Fresnes, la 6e (5 vergiées et demi), nommée le Camp de l'Espine, le chemin de Lignerolles passant parmy. Jehan Foliot, le jeune, à cause de sa femme, puîné dudit neu Denis Tallevas, puîné pour 5 pièces l'une, de demye vergiée, deux perques, nommée le Fiquet, jouxte au chemin tendant de l'église de Rampen à Saint-Georges, bute au Boscq Pouchin et passé le chemin de Lignerolles une autre, d'une vergée, 12 perches, nommée le petit Clos Meriote Guillaume Symon, Guillaume Lecousté, Guillaume le Varignon, Richart Vallée, Liot Letourneur, meneur des enfants sous âgés de feu Denis Blondel, Jehan Davy.

FtEU Au LiÈVRE. une acre, en une pièce, bute, d'unbut, au chemin tendant du manoir du seigneur à l'église de SaintGeorges et d'autre, au chemin, tendant du hamel de la Cappelle à Saint-Georges.

Aîné Jehan Vallée.

FiEUDuBissoN.–3acre~.

Aîné Liot Le Tourneur.

Puînés Guillaume Lecoustey, Jehan Davy, Denis, Guil-

laume et Raoul Blondel.

FIEU DE L'ACRE. 1 acre, 8 perques, assis eu delage des yay~/a:M.

Aine Guillaume Le Cousté.

se trouve la .Sap!t!e, à l'ombre de laquelle les sorciers prenaient leurs ébats. Une dame blanche y apparaissait sur une barrière et demeurait sourde aux questions qu'on lui adressait. On y rencontrait aussi des animaux de toute sorte, surtout à longue queue. Il y a également au Manoir une pièce nommée la C/Mm&re au Diable Y aurait il une corrélation entre elle et le fameux Clerel, le huguenot?

(Note communiquée par M. Z.ejo<M~a?'~).


FIEU RENEAULME. 2 acres, en une pièce, « une granche « dessus estante, jouxte au chemin issant du hamel de la '< Reneaulmerie, tendant au chemin allant de Saint-George à « Rampen, bute audit chemin tendant de Saint-George à « Rampen, d'un but.

Aîné Jacquet Davy.

GRAND FIEU QUINEL. 18 acres.

Aîné Guyot Marion.

Puinés Denis Tallevas, Jehan Marion, Guillaume Symon, pour 6 pièces, « l'une sise au CaryoM~e~ une autre sous la Aaye ès Durans, but au chemin tendant de Rampen à « Saint-George le seigneur du dit Ëeu, Lyot le Tourneur, pour « 4 pièces, dont une nommée le Pestichet, jouxte au chemin « tendant de la Reneaulmerie au moullin du dit seigneur; « Denis Blondel, Guillaume le Varignon, Jehan Davy, MMSt'ye « Jehan Davy.

FIEU DE DESSOULZLES HAIES.–« ~MtM~, d'ancienneté,du demaine e~e la SENESCALLERIE, 8 vergées, »

Aîné Gyot Marion.

Pumé Raoul Le Bouchier.

Redevances particulières « Ung ouaiee au jour Saint « Martin d'yver ou deulz soulz, lequel qu'il plaira à mon dict seigneur, et est la dicte ouaiee ou les dicts deulx soulz a son « plaisir, sont portatifs à l'ostel demon dict seigneur, sur paine « d'amende item, je doy à mon dict seigneur deux deniers de « offrende le jour de Pasques et suis subget à les y porter au « devant de l'offrende de la grant messe. »

FIEUF ès .S'o~a'ons. 4 acrès.

Aîné Denis Tallevas.

m.

Tels sont les noms des différents fiefs contenus dans le


chartrier de 1473 qui, quoique moins incomplet que celui de 1447, paraît cependant présenter encore bien des lacunes. S'il mentionne, en effet, en plus que le premier, les vavassories d'Epinais, de dessous les Hayes et le ~a/K~~eM QM:~e~ par contre, il passe sous silence les trois tènements suivants que l'on trouve enregistrés dans le plus ancien manuscrit FIEU AU MARCHANT.–4acres, «butte, d'unbut, au boys de la « Roque et, d'autre, au chemin tendant de Rampen à SaintGeorge. »

Aîné GueËroy Vallée.

Puînés Les hoirs Ravent Le Hongre, Guiot Hue, Raullet Blondel (Clos efAoa~.

FIEU DE LA IlAYE-AuBRÉE. 14 acres(mêmes buts). Aîné Raul Blondel.

Puiné Colin le Varignon.

FiEU DES TANGUEvs. 14 vergées et demie.

Aîné Colin Le Varignon.

Puînés Guillaume Le Cousté fils Lyot, Colin Marion, Guillaume Vallée.

Enfin, une note de M. Lepingard nous indique encore le FIEF Aux BURONS, qui n'est mentionné qu'accidentellement dans le chartrier de 1473, à la fin de l'aveu du fief ès Sanxons par Denis Tallevas « Et des quelles rentes dessus dictes mon

« dict seigneur peult faire justice par le prevost de la dite sei« gneune comme pour les rentes seigneurialles du dict neuf de « Rampen, tant sur ce présent fieuf ou tènement, que sur une pièce de terre contenant cinq quartiers de terre ou viron, qui « est du fieuf des .BMryo~s. bute d'un but au chemin tendant « du manoir de Monseigneur à Saint-George, et, d'autre but, au « chemin tendant du IIamel de la Cappelle à la dite fontaine. 9


IV.

Pour en finir a~ec les aveux, mentionnons ici la quatrième pièce par ordre de date, fragment d'un cahier de plaids de la seigneurie du 23 octobre 1782, concernant la vavassone de L'AULNAY. Le tribunal de ces plaids, tenus proche le presbytère de Saint-Georges, était composé du sénéchal, Jacques François Le Meunier, sieur de la Macherie, avocat au parlement, aussi sénéchal de la baronnie et siège de police de Saint-Lo, ancien Maire électif de ladite ville, a&sisté du greffier, Gervais Durand, ancien huissier à cheval au Châtelet de Paris, demeurant à Saint-Lo. Les formules n'ont pas changé depuis le \v" siècle et les charges semblent les mêmes.

Aine Pierre Cervelle, représenté par Marie-Anne Du vivier, sa femme, porteresse de sa procuration passée en minute devant François-Louis Lelaidier, notaire roya), à Isigny. ~.M~es ainés soMctt~es dudit fief « pour la cohertion du .tet'~KeMy Piore Desdevises, héritier et représentant Jean Chistel, fils Joachim, au droit de Jeanne Marion, sa mère, et Pierre Montrocq, aussi héritier du dit Chistel, au droit d'Anne Marion, sa grand'mère (Jardin de la Porte).

T~Mt/tës Gilles Lie (croûte Angot), Michel Le Duc, fils Gabriel (jardin Nicolas, jardin des Barres, jardin Cauvin, Grand-Clos, pré de Launey), Noel Marion, fils Nicolas, Jean Marion, fils feu Jean, Georges et Joseph Marion, frères, fils Pierre, François Le Cocq, fils François, Nicolas Marion, fils Jacques, Samson-Jean-Joseph Thomasse, huissier, fils Samson (herbage de la Beauprey), Pierre Bucaille, ayant épousé Jeanne Pohier, fille de Georges et d'Anne Le Bret, Iiéritière de maître Nicolas Cauvin, prestre(Glosde bas); Gilles Dufresne, Laurent et Jacques Marion, fils Jacques, les Prieur et Chanoines réguliers de l'abbaye de Saint-Lo (la Perrelle), le Seigneur (jardin et prés de Launey, jardin de dessous le bois, partie du Clos du IIamel, jardin de dessus le moulin, la Surretière, Clos Bellais, etc.)


V.

Le dernier document dont nous ayons à nous occuper, caliier de soixante-seize pages grand format, modèle de calligraphie agrémentée de dessins bizarres, contient la copie authentique de cinquante-quatre contrats concernant le fief, depuis le treizième siècle jusqu'en 1473, époque de sa rédaction. Dans l'impossibilité où nous sommes de le publier intégralement, nous nous bornerons à en extraire les fragments et les renseignements qui nous paraîtront présenter le plus d'intérêt. Chaque acte est, d'ailleurs, précédé d'une analyse succincte dont nous donnons plus bas des exemples.

Ce manuscrit commence ainsi

« En cest présent chartrier sont escriptes et registrées mot à mot plusieurs lectres et escriptures des rentes et escroies de fieu, composicions, eschanges, appoinctements et fieuffes <' faictes eu dict fieu de Rampen, appartenantes à Guillaume « Clerel, escuyer, seigneur du dict lieu–collationnées ès origi« naulx, signées et approuvées ainsy qu'il apparest cy après. » « Et premièrement

« Ensuit le double des lectres de la composicion faicte entre « deffunct Robin Clerel, en son vivant, escuier et seigneur du « dict fieu de Rampen, et les hommes et tenans d'icellui neuf et « seigneurie, du service de dix neuf hommes que eulx devoient « tous les jours pour cueillir, assembler, apporter eu guernier, < piller les pommes, en faire les sidres et les entonner eu che« lier du dict seigneur, dont chacun homme est à neuf soulz « tournois de rente qui se montent, parmy le tout, huit livres « unze sols de rente, au terme de Noël, selon les lectres dont la « teneur ensuit

« A tous ceulx qui ces lectres verront, Jehan Roussel, « clerc, garde du scel des obligations de la viconté de Carentan, « salut. »

Suit la teneur des lettres passées devant Thomas Maresc,


clerc, tabellion juré et commis à Saint-Lo, le 7 octobre 1439 avec cette mention « Donné pour coppie sur l'original de cette « présente coppie, les lettres du quel original estoient saines et « entières, deuement signées et scellées sur double queue et « cire vert, soubs les signatures de nous, Jehan Cauvelande et « Jehan Halles, tabellions à Saint-Lo, le 19 de septembre l'an

«1473.. »

DEUXIÈME ACTE. Item ensuit le double des lectres de « deux boisseauh de fourment de rente, au terme Saint« Michiel, apprendre et avoir sur le fieu de la Haie Aubrée assis en la dicte seigneurie, oultre et par dessus les aultres « rentes et droictures, selon lesdictes lectres, dont la teneur « enssuit:

A tous ceulx etc. « Comme Robin Clerel, escuier, seigneur

de Rampen eust fait contraindre et justicier Raoul Vallée, du IIamel, ainsné du fieu de la Haie Aubrée pour avoir paiement des arrérages de trois bouisseaulx de fourment que le dit escuier disoit avoir droit de prendre. ainsi que ieellui escuier le monstroit par escripture et par chartre en latin pieça faicte, dont la teneur ensuit » « No\ erint universi presentes et futuri,

« quod Ego Guillelmus dictus Johannes et mei participes da« mus et concedimus Henrico de Rampen, domino nostro, pro « uno servicio equi masculi quod et anuatim debebamus et « tenebamus facere de quadam vavassoria terre que vocatur feo« dus as~aKces viginti solidos tur. quos sibi et heredibus nos « predicti et nostri heredes reddemus et tres busselos frumenti, « ad mensuram Sancti Georgii de Montegalli, ad festum sancti Michaelis, anuatim per manus mei predicti Guillelmi et herea dum meorum. Et Ego Guillelmus et mei participes et heredes s nostri faciemus dicto Henrico et suis heredibus omnes alios « redditus et alias fesancias et alia servicia que debentur pro e dicto feodo dicto Henrico. Et quod hoc ratum stabile in per.petuum perseveret, presentam litteram sigilli mei muniminc coufirmavi. Actum est hoc auno Domini millesimo ducente-


« simo octogesimo quarto, mense januarii, teste pro predicta. « Contre laquelle poursuite etc. (1431). »

VINGTIÈME ACTE. « Item enssuit le double de certaines « lectres contenant deux boisseaulx de fourment, au terme « Saint Michiel, une pare de gans de mouton, à la Toussains, « et deulx deniers au jour de Noël, le tout de rente les quels deulx deniers sont pour aller à offrende ès deulx messes du « dit jour de Noél, iceulx deulx deniers sur pâme d'amende, eu « cas que deffault de paiement y auroit au dict jour, apprendre « et à faire pour ce justice sur quatre pièces de terre assises en « la dicte seigneurie, que print et fieuffa japieça Pierres Symon, a de Saint-George de Montcoq, de deffunct Robin Clerel, en « son vivant, escuier et seigneur de Rampen, par la dicte rente, « oultre et par dessus telz propors, services, faisances et redeb« vances, comme deubz en sont d'ancienneté à ladicte seigneu« rie passant main d'ainsné, selon les dictes lectres, dont la « teneur enssuit. A tous ceulx qui ces lectres verront, Guil« laume Mondet, escuyer, garde du scel des obligations de la viconté de Coustances, salut savoir faisons que, par devant « Colin Cauvelande, clerc, tabellion juré commis eu siège et « sergenterie de Quiebou, fut présent etc. (1451). VINGT ET UN)ÈME ACTE. Item enssuit 1~ double de cei« taines lectres faisant mention comme Jehan Cappelle, natif « de Notre-Dame de Saint-Lô, avoit baillié en fieu, aflin de « héritage, a Guillaume Cappelle, son cousin, de la parroisse « St-George de Montcoq, six pièces de terre, contenant cinq « vergiées et demie ou viron, assises au dict lieu de St-George, « par doulze sous six deniers tournois de rente, au terme St« Michiel, allant au bailleur oultre et par dessus tout ce qui deu

« en estoit, et à faire justice sui'Ltdicte baille lequel Jehan « Cappelle aoot~ eu d'empuis, par ses démérites, durant le « ~mpsc~es~iH~~ots avenus (1) et adversaires ~M7?o~ nostre (<) Il conviendrait, ce semble, de lire < ~He!M<s et adversaires » etc., formule employée fréquemment dans les actes du temps


« sire, esté pendu « -Ba:eM.)', et avoit d'icelle rente esté fait « délivrance à deffunct Robert Clerel, en son vivant, escuier, « seigneur de Rampen, au droit de sa dicte seigneurie, aux « assises de St-Lô, tenues par Jehan de Caumont, lieutenant « au dit lieu du bailli de Costentin. Et, par après, Raoul « Cappelle, filz du dict deffunct Jehan Cappelle, eust dit que « la dite rente lui appartenoit. Sur quoy les dictes parties eussent '< fait appoinctemententreulx, par le moien du quel le dict escuier « fut d'acort que le dit Raoul Cappelle prensist, pour le temps « advenir, six soulz trois deniers tournois de rente du nombre '< des dits douze soulz six deniers de rente, et le dict escuier le « sourplus, au droit de la dicte forffaicture, le tout selon les« dictes lettres sur ce faictes, et des quelles lettres de la dicte « fieuffe faicte par le dit deffunct Jehan Cappelle au dit Guil« laume Cappelle, la teneur ensuit. ? »

(Lettres 17 octobre 1444 Appointement 29 août

1457).

VINGT-TROISIÈME ACTE. « Item enssuit le double des « lettres d'un certain appoinctement japieça fait par entre feux '< Gieffroy de Pierrefite, Joires de Rampen et Gieffroy de Baul« dre, en leurs vivans, escuiers, les queulx estoient tenus à trou« \er et faire ensemble à Père Redoutable, Monseigneur « l'Evesque deCoustances, et à ses subcesseurs, le service d'un « chevalier en cestuy ost, quant mestier en seroit, par la raison « des fieux de Pierrefite, de Rampen et de Bauldre. (1) Et sur ce que les dits escuiers estoient à descort, acort en fut fait entre eulx. C'est assavoir que doresnavant eulx feroient le dit « service de commun assens d'eux trois et le pourchasseroient « ensemble et paieroient, chascun d'eulx, le tiers des coustz « du dit chevalier, excepté quarante soulz de rente que le dit « Gicfïroy de Bauldre paieroit davantage plus que nul des (1) Picrrefit.tc, &itu6 à Sainte-Croix de Saint-Lo Rampan, ;1 Saint-Geor~es-Montcocq et à Saint-Thomas de Saint-Lo; Uautdre, a Saint-Ouen de Bauldre, Saint GeorKes-Montcoq et te Mesni)Rouxelin.


« autres par dessus son tiers, selon les dites lettres, des quelles « la teneur enssuit

« A tous ceulx qui ces lettres verront et orront Richart « Blondel clerc, garde du scel de la viconté de Carentan, salut. « Sachent tous que par devant Thomas Bedâne, clerc « atourney quant à ce, Johan Aligot, clerc juré de la dicte « viconté. furent présents, etc.

« En tesmoing du dict clerc juré, à qui nous adioutons « foy, nous avons mis à ces lettres le scel de la dicte viconté, « sauf aultruy droit. Ce fut fait l'an de grâce mil treize cent et f deux, le vendredy après la Saint-Pierre aux Lians. n VINGT QUATRtÈME ACTE « Item enssuit le double des « lectres d'un certain appoinctement japieça fait par entre feu « Joires de Rampen, en son vivant, escuier, seigneur du dit « lieu de Rampen, d'une part, et le Prieur et les Frères « malades et condempnés de la Maladerie de la Magda« lëne, de la paroisse de Saint-Lo, d'aultre. Par lequel « appoinctement les dessus dits prieur et frères malades et « oondempnés voulurent et acordèrent que le dit escuier et « ses hoirs soient quictes doresnavant de vendre et de achacter « en la foiere de la Magdalène (1) pour l'usage de l'ostd « du dit escuier, selon les dictes lectres, des quelles la teneur « ensuit.

« A tous ceulx qui ces lettres verront ou oront, Robert << du Sartrin, garde du scel des lectres de Mgr le Duc et des « registres de la viconté de Carenten, salut etc. (1336). VINGT SEPTIÈME ACTE.- « Item enssuit le double d'un mé« morial faisant mention comme Raoul Blondel delessa audit « feu Lô Clerel, en son vivant, escuier, seigneur de Rampen, (1) J[ ressort du corps de l'acte que cette Foire était appar< tenante audit priour et frères malades. La Madeleine est située à Sainte-Croix de Saint-Lo.- La chapelle existe encore. Quelques parties rappellent le xin" siècle.


« chargié de gairantie pour damoiselle Guillemette Clerel, « veufue de feu Vincent Guérin, en son vivant, escuier, deux « pièces de terre assises en la parroisse St-George de Montcoq, « en satisfation de certaine rente selon ledit mémorial, duquel la teneur enssuit

« Es plés d'éritage de la sergenterie de St-Lô tenus par nous « Olivier Coquet, lieutenant au dit lieu du viconte, le neufième « jour de février l'an mil quatre cent soixante douze etc. » VINGT HumÈME ACTE. « Item enssuit le double de certaines lectres contenant sept bouisseaulx de fourmentde rente, < au terme Saint-Michiel, apprendre sur deux pièces de terre « assises eu dit fieu de Rampen, l'une des dites pièces nom« mée le clos à la Perdrieresse, et l'autre le camp au Seigneur, « que prindrent et fieuffèrent japieça Colin Hue et sa femme, « à cause d'elle, de deffuntz Robin Clerel, en son vivant, escuier, seigneur de Rampen et de maistre Jehan Le Tousey et sa « femme et de chacun d'eulx, selon les dictes lectres, des quelles « la teneur enssuit A tous ceulx qui ces lectres verront, « Jehan Roussel, clerc, garde du scel des obligations de la « viconté de Carenten, salut. Comme Colin Hue et Jehenne « sa femme, de N~-Dame de St-Lo, se fussent clamés, à cause « d'elle, de maistreJehan le Tousey, bourgois de St-Lo, pour « lui demander, avoir et de lui ietraire par sang, lignage et « marchié de bourse, certains héritages que le dit maistre « Jehan a\oit acquis de la vente, transport, démission ou « delays de Robin Clerel, escuier, seigneur de Rampen, frère « de la dite femme, les quels héritages et aultres icellui escuier « a~oit acquis de Guillaume le Fevre pour lui et estably pour < Jouhenne, sa seur,et de Perrin Le Myart, pour lui et estably < pourThomine, sa femme, seur desdicts Guillaume et Jehenne. Sur quoy icelles parties estoient en voie d'entrer et demeu« rer longuement en grans involutions de procès, pour les quels a fuir et esviter, espargnier leurs coustages et nourrir paix et « amour entreulx, icelles eussent, par le moien de plusieurs de


< leurs conseulx et amis, parlé de faire sur ce aucun bon traicté « et appoinctement, Savoir faisons que, par devant Colin Cau< velande, clerc, tabellion juré à Saint-Lô, furent présents les dits Hue et sa femme etc.

« Et ce fut fait moiennant et parmy ce que le dit maistre « Jehan promist. donner à la dite femme du dit Colin Hue, « les quelles femmes sont prouchaines parentes, c'est assavoir le « drap d'une robbe bonne et suffisante pour icelle femme du dit « Hue, du prix et valleur de cent soulz tournois, etc. «. Du nombre des dits sept boisseaulx de fourment de rente qui se trouvent estre deu et appartenir aux dicts « maistre Jehan et sa femme, les dits Hue et sa femme ou « leurs hoirs pourront bailher assiecte bonne et suffisante. « en leur franc fieu et seigneurie de Lignerolles et la sont « tenus prendre et accepter sans contredit, sans la pouvoir « destourber par seigneurie, etc. (1433).

VtNGT-NEuviÈME ACTE. –« Itemeussuit le double deslectres « d'une certaine échange faicte par entre Guillaume Clerel, « escuier, seigneur de Rampen, d'une part, et Guillaume « Le Chevalier, escuier, seigneur de Lignerolles, d'aultre, « selon les dites lectres des quelles la teneur enssuit. « A tous ceulx qui ces lectres verront, Jehan le Sage, escuier, « garde du scel des obligations de la vicomté de Carentan, « salut. Savoir faisons que par devant Guillaume Le « Poitevin et Colin Actinelles, son adjoint, clers tabellions « jurés et commis à Saint-Lo, fut présent. Guillaume Clerel « etc. lequel bailla affin d'héritage à Guillaume le Chevalier, « etc. toutes et telles rentes. qui pouvoient lui appartenir « en la seigneurie de Lignerolles, (1) etc. Et ce fut fait pour « ce que le dict Le Chevalier. tant pour lui que estabhssant « et faisant fort pour Guillaume Baubigny, son oncle, insen« sée personne, et pour Pierres Le Chevalier, son frère.

(1) Li~neroUes, en Saint-Thomas de Saint-Lo.


« a présentement baillié par contreschange. tous et tels héritages comme. ils ont et peuvent compecter et appartenir en icellui fieu, terre et seigneurie de Rampen, com« prins le droit qu'ils ont ès boys de la Rocque, ès Carrières « etc. Et, par le moien de ceste presente eschange, le dit « Clerel sera tenu. acquiter chacun an pour le temps « advenir, affin de héritage, vingt soulz tournois et une dou« zaine de pig (e) ons de rente. à Révérend Père en Dieu < Monsgr l'Evesque de Constances. Et oultre, pour retour « d'eschange, le dict seigneur de Rampen bailla, tourna et « assista. au dit Le Chevalier. sur les hoirs de feu Andrieu « Cauvin, vingt soulz de rente, à cause des héritages qu'il « tient, assis à Notre-Dame de Saint-Lo, en la rue des « Ruettes item sur les hoirs de Jehan Baslier, vingt soulz a tournois de rente du nombre de greigneur rente item « vingt soulz tournois de rente sur Jehan Pitart, sur ses « héritages assis audit lieu de Nostre-Dame, en la rue ès « Fèvres, etc. (1482).

CINQUANTE ET UNIÈME ACTE. « Item enssuit le double de « certaines lectres contenant trois bouisseaulx de fourment, une « rasière d'avaine, au terme St-Michiel, une ouaye, au terme « Saint-Martin, ou deulx soulz pour la dite ouaye, allant àGuil« laume Clerel, escuier, seigneur du dit lieu de Rampen, au « choiz du dit seigneur rendu au Manoir du dit escuier; item deux deniers d'offrendes au jour de la grant Pasque, en « devant l'offrende de la grant messe, et sont la dite ouaye et « deux deniers rendus et portés, comme dit est et comme rente sencive, sur paine d'amende etc. à cause d'une pièce de « terre nommée le Clos de dessoubz les haies, assise au dit fieu de Rampen, contenant huit vergiées ou viron, que Pierre « Lies, bourgois de St-Lo, bailla et dellessa, affin de héritage, « à Colin Marion, de St-George de Montcoq, etc. (1483). Le chartrier de 1447, contient, en outre, la mention suivante

« Jtem, huit soulz tournois, ung pain, une ~ueline de rente et


« hommaige, aulx termes accoutumés, de l'eschange faicte « au dict escuier par Olivier de Pierrepont, escuier, seigneur < du Breul et de Moncoq, à faire justice sur un estai de pierre « assis en la boulenguerie de St-Lô, jouxte l'ostel qui fut Jehan « Guillotin et, de présent, appartenant à Jehan Lepoulailler, et ès estaulx de Monseigneur l'Evesque de Coustances, butte à la Cohue ès draps, ainsy qu'il apparoist par lettres < de la dite eschange faites et passées devant Colin Cauvelande, le jeune, tabellion, le 27e jour de janvier l'an 1437. x VI.

Avant de terminer cette notice, nous croyons devoir donner la liste de quelques personnages, gardes du scel, tabellions, etc. dont les noms, cités dans les actes, n'ont pu trouver place dans les extraits précédents.

Gardes du scel des obligations des Vicomtes de Coutances et de Carentan.

1° Coutances Jehan le Duc (1365)

Rogier Vaultier, écuyer (1471).

Jehan Le Gascoing, écuyer (1486).

2" Carentan Guillaume Poisson (H20).

Guillaume Osber (1426).

Estienne Milet, écuyer (1470).

Richart Basire, écuyer (1473).

Richart Le Goupil, écuyer (1484).

Plès ordinaires de la ser~en/eri'e de Saint-Lo, tenus en 1457 par Nicolas de Mante, Lieutenant général de « honnou« râblé homme maistre Guillaume de Cerisay, secrétaire du t Roy, nostre ~ire, et son Viconte de Carenten. 1


Benoist le Villous (1365).

Colin Desgarduis, clerc tabeUion, sous Jehan Escourtemer, clerc tabellion (1415).

Aymery Duquesnay (1421).

Pierre IIouëJ (1451).

Jehan Delamare (1472).

Guillaume le Poitevin, Pierre Baudrain (1484), sans compter la nombreuse dynastie des Cauvelande.

Novembre 1891.

Tabellions à 'S'atM~o.

G. DU BOSCQ DE BEAUMONT.


Vie de Robert Goukt, de Saint-Lo et la Fondation du Collège d'Avranches, au commencement d'Mxvi''s:éc~e.

Le collège d'Harcourt, à Paris, aujourd'hui le lycée SaintLouis, dans le boulevard de Saint-Michel, était, depuis le xin~ siècle, un établissement spécialement créé pour la Normandie et plus particulièrement encore pour Coutances. Son fondateur fut Raoul d'Harcourt, en 1280, et Robert d'Harcourt, son frère, évêque de Coutances, en 1300. Ils y établirent vingt-huit bourses pour les élèves peu fortunés, mais riches d'intelligence. (l)Chaqueéiëverecevait4ou5 sols, par semaine, pour sa nourriture et son entretien, et cette modique somme paraissait alors suffisante. (2) C'était une grande faveur d'être admis dans ce collège et Jean Boucard, de Saint-Lo, plus tard évêque d'Avranches, se félicitait d'avoir été un des boursiers de la maison d'Harcourt. (3) Quand on compare la position de ces élèves à celle des jeunes provinciaux qui, sans soutien, venaient à Paris pour y étudier, on ne peut s'empêcher de féliciter les boursiers et de plaindre profondément les autres. Ceux-ci vivaient en commun, dit Jean de Hauteville, dans de misérables chambres, en proie à toutes les tortures du froid (1) Toustain (le Billy. Vies des Évêques de Coutances, T. II, article de t'Evoque R. d Harcourt.

(2) RègtempntduCottèged'Harcourt -ToustaindeBilly,ibidem. (3) Actes tiré des archives du Chapitre d'Avranches, apud Guérin. D'après le règlement, toute personne riche pouvait acheter une bourse a Harcourt.


et de la faim, le visage livide et décharné, à moitié nus, couchant sur la paille et dans la plus horrible malpropreté. (1) En 1484, Jean Boucard, qui jadis avait vu de près la misère de ces pauvres écoliers, créa, comme plusieurs autres prélat! de son siècle, douze nouvelles bourses pour le collège d'Ilarcourt, avec un capital de 4000 livres. (2) Quatre de ces bourses devaient être données par le Chapitre d'Avranches, les autres par les héritiers du Pontife et les Trésoriers de l'église Notre-Dame de Saint-Lo. (3)

En 1510, Geoffroy Herbert, évêque de Coutances, fonda quatorze nouvelles bourses. Ce legs augmenta toutes les autres tant des Grammairiens, des Artiens (élèves étudiant les humanités et la philosophie) que des Théologiens. Ces derniers reçurent huit sols, par semaine, au lieu de cinq qu'on leur donnait jadis. (4)

Pour obtenir une de ces bourses il fallait être reconnu très apte aux études, aimer le travail et surtout être recommandé. Peu de temps après la fondation de Jean Boucard, le fils d'un bourgeois de Saint-Lo eut le bonheur d'être presenté à Louis Herbert, archidiacre du Val-de-Vire, dont Saint-Lo était le chef-lieu L'Archidiacre le recommanda lui-même à son frère,

(1) Jean de Hauteville dans son Architrenius Lib. III, cap. < De miseriis scolasticorum, petit livre dédié à l'Archevêque de Rouen et imprimé chez Badius, en 1537.

(2) Inscriptions du Lycée Saint-Louis; Archives capitulaires d'Avranches Archives de Saint-Lo Giraut, Dictionnaire universel de la France, Tom. 111, page 301.

(3~ < Anno 1484, die 3 novembris, devotione motus et pietate erga studiosos in universitate Parisiensi, dedit in eleemosinam Provisori et magistris et scolasticis collegii Harcuriani 4.0011 lib., pro sustentatione 12 bursariorum in dicto cellegio augmentandorum, quorum presentatio ad capitulum Abrinsense, thesaurarios Beatie Marias S'' LaudietGuidonem Boucard, scutiferum, dominumde la Vaucelle, ejus nepotem, et ad ejus nepotes, maxime quia dictus Joannes fuit burMrius in dicto collegio (Acte de l'Eveché d'Avranches. apud Guérin)

(4) Toustain deBilly.–HistoiredesévëquesdeCoutances,article de Geoffroy Herbert


Geoffroy Herbert, évoque de Coutances, depuis 1478, qui le fit entrer dans la maison d'Harcourt. Ce studieux jeune homme, qui devait être, un jour, l'honneur du collège et la gloire de son pays, s'appelait Robert Goulet. Il naquit, vers 1478, dans nos contrées occidentales, comme le dit un de ses collègues; dans le diocèse de Coutances, selon Jean de Gouy, un de ses panégyristes à Saint-Lo, d'après Goulet lui-même. Nous retrouvons, en effet, dans cette ville et les environs, le berceau des Goulet et des villages qui portent encore leur nom. (1)

A Harcourt, les progrès du jeune boursier furent rapides. En peu d'années il obtint les grades de bachelier, de licencié et de docteur. Son aptitude pour les lettres et les sciences sacrées lui valurent une chaire de théologie. Comme ses collègues, il avait reçu le sacerdoce, car tous les maîtres du collège étaient prêtres et attachés à différentes paroisses de la capitale. En 1513, le proviseur Jean Boievin, de Saint-Lo ou des environs, (2) car il devait être normand, d'après les statuts, possédait, bien que supérieur du collège, la cure de Saint-

(1) Au milieu du xvie siècle, on trouve à Saint-Lo honorable homme Pierre Goulet, le quel habitait, en la rue du Neufbourg, une maison que sa fille et héritière Gillette Goulet aliéna en 1388. Cette famille existait encore, fl y a quelques années. Une demoiselle Goulet possédait une partie de la terre de Boisandré sise à Saint-Georges-Montcocq. Un lieu dit Le Goulet se trouve à Saint-Lo, sous la Poterne.

A Saint-Samson-de-Bonfossé, près de Saint-Lo, existe le village Goulet, cité au \ive siècle dans le cartulaire paroissial de l'église de ce lieu. Des Goulet y habitent encore Cette famille a donné, dans le passé, des prêtres, dont l'un enseigna à Paris, des maîtres d'école et des professeurs. 11 en est un aujourd'hui qui occupe une position distinguée dans l'Université.

(2) Les Boitvin étaient nombreux à Saint-Lo; beaucoup d'entre eux appartenaient à la bourgeoisie. Une branche de cette famille tenait l'aînesse du Fief Prével, sous la baronnie de Saint-Lo, et a donné son nom au village du Hamel-Boivin, en Sainte-Croix. Ils possédaient, dans cette paroisse, des terres situées à la Raoullerie, les Marais Boitvin, compris dans la franche bourgeoisie de Saint-Lo. Un Perrin Boitvin était, en 149SJ, Garde et Gouverneur de la Léproserie de la Madeleine, située également à Sainte-Croix. Il y a quelques années des membres de cette famille habitaient encore Saint-Lo.


Ger vais à Paris. Parmi ses collaborateurs d'Ilarcourt,plusieurs étaient ses vicaires et Goulet fut sans doute de ce nombre. Quoiqu'il en soit, il se li\ra à l'éloquence de la chaire et devint un des plus grands prédicateurs de Paris. Comme il vécut à l'époque de la renaissance des lettres, il eut, comme les intelligences d'élite de son temps, la passion de l'antiquité et la fièvre du savoir. Parlant le latin et le grec aussi bien que sa langue maternelle, très fort en Écriture Sainte et en Théologie, il courut aussi à la recherche des manuscrits et des livres utiles mais peu connus. Les corriger, les annoter et les lancer ensuite dans le monde savant n'était pas alors une mince gloire. Goulet eut ce bonheur. Il mit au jour Aimoin, (1) Luitprand, (2) lEgesippe (3) et son auteur favori, l'historien Joseph. Après avoir passé plusieurs années à étudier ce dernier écrivain, il en corrigea le texte défiguré par les copistes, refit la ponctuation, rétablit les chapitres et les annota. Deux hommes l'encouragèrent dans ses travaux et promirent de les imprimer à leurs frais, ce furent Jean Petit et François Regnault. Jean Barbier, à la fois libraire et imprimeur, se chargea de la composition, pt l'ouvrage se vendit à Paris, rue Saint-Jacques, à l'enseigne du Lis d'or.

L'édition fut luxueuse. Ce gros volume, petit infolio, relié en maroquin, a ec dos dessins renaissance, est imprimé en caractères romains, et des lettres gothiques indiquant les titres et les chapitres, au haut des pages. Le frontispice du livre fut spécialement composé pour Goulet Son encadrement orné de colonnes, de figurines, de vases fleuris, d'animaux, d'armures, d'arabesques et de rinceaux rappelle le siècle de Louis XII. Au sommet de celte riche bordure, est un médaillon représentant

(1) Aimoin, De Gestis Francorum, auteur du siècle, moine de Fleury-sur-Loire.

(2) Luilprand, De rehus per Europam gestis, auteur du. \9 siècle, contemporain de l'empereur Othon.

(H) ifcgesippe, auteur peu connu qui a composé cinq livres sur la ruine de Jéruslem De excidio Ilicrosolimitano. »


Goulet assis dans un fauteuil gothique, coiffé d'un bonnet grec et richement drapé. Il montre du doigt un livre ouvert sur un pupitre élevé, dont le pied sert de bibliothèque. Ce médaillon a pour support des lions et des dauphins. Aux extrémités et sur la même ligne, apparaissent deux autres personnages, Josephus et yEgesippus, présentant leurs œuvres ou un livre ouvert. Ce sont les auteurs que Goulet a spécialement rendus à la vie. Des caractères gothiques, couleur rouge, mêlés de lettres romaines noires d'un effet giacieux, forment le titre de l'ouvrage, fort long du reste. Il commence par ces mots « Josephi « Judei historici praeclara opera, non par\'a accuratione et « diligentia recenter impressa nec non a complusculis mendis « quibus passim antea scatebanttersa atque castigata. Roberti « Goulet sacrse paginas professoris eruditissimi. Tetramonon « ex ipsius Josephi, Biblise, Historiae scolasticœ, ^Egesippi « epitomatibus solerter conciliatum ejusdem Compendium de « sex etatibus seculi. n

Goulet dédia son travail à son protecteur si remarquable par ses vertus et son amour pour les belles lettres, Louis Herbert, évêque d'Avranches

« Ad reverendissimum in Christo patrem et dominum domi« num Ludovicum Herbert, Abrincensem episcopum, omni« gena virtute optimisque litteris conspicuum, in Josephi « Ilebrei recognitiones Roberti Goulet, inter sacrarum littera« rum professores minimi, Prefatio. »

Cette préface est fort longue et nous la donnons en abrégé, afin de montrer cette passion pour l'étude qui animait l'auteur.

« Rien, pendant l'existence passagère de l'homme, n'est plus « avantageux que le travail honnête et l'activité de l'esprit; «mais rien aussi n'est plus méprisable que la paresse et «l'inertie. L'oisiveté amollit le corps et, selon la parole de « l'Ecclésiate, ouvre la porte à tous les vices. Marius Caton « avait coutume de dire que la vie de l'homme peut être com-


parée au fer; en s'en servant on l'use avec éclat si on le « laisse en repos, il est rongé par la rouille. L'homme qui trac vaille vieillit avec gloire et la paresse lui est plus nuisible « que l'exercice. C'est cette pensée qu'un poëte chrétien, Baptiste Parthenice de Mantoue, exprime ainsi avec élégance Pigros rubigine sensus

Ocia corrodunt sopitaque pectora torpor

Noxius obliquat, ferrum si transit in usus

Assiduos splendoremicat vultuque nitenti

Audet ad argent decus aspirare superbum.

At si longa quies ierit, fuscatur et atram

Vertitur in scabiem cœlerique absumitur eco.

« Les anciens faisaient servir au profit de l'intelligence leur « travail de jour et de nuit. Solon, un des sept Sages, se glo« rifiait de perfectionner, chaque jour, ses connaissances. « Aristote, en prenant son repos, tenait dans sa main une « boule de plomb qui, en tombant dans un vase d'airain, le « rappelait à l'étude. Cléante arrosait, la nuit, son jardin, pour se livrer, le jour, plus entièrement à la philosophie. L'illustre peintre Appelle ne connut pas de jour si occupé qu'il « ne pût encore ajouter quelques traits à ses tableaux, d'où « l'adage Pas de jour sans un coup de pinceau. Pline regar« dait comme perdu tout le temps qu'il ne consacrait pas à la « littérature. N'oublions pas non plus Odonice Origène qui ne « voulait prendre aucune nourriture sans s'être livré au tra« vail et qui n'allait jamais les mains vides combattre s>es « adversaires. Jules César est également digne de louanges, « lui qui consacrait le jour aux combats et la nuit aux belles« lettres.

« Après tous ces exemples on voit que l'homme est né pour « le travail, comme l'oiseau pour voler. Job ajoute que, sur la « terre, la vie de l'homme est un combat et que ses jours « sont ceux d'un mercenaire. On doit donc croire, avec raison, » que rien n'est plus nuisible que la perte du temps dont nous « serons tenus de rendre compte, selon le texte évangélique.


« Désirant suivre de loin l'exemple de ces travailleurs, je me suis efforcé d'éviter la paresse ennemie des beaux-arts et « je me suis livré à une étude profitable, me rappelant ce pro« verbe de nos pères, que l'homme n'a reçu la vie que pour la « rendre utile à la société.

« Je pense donc avoir fait un travail fructueux en corri« géant un livre des anciens, dont les manuscrits nous sont « parvenus remplis de fautes et d'erreurs. J'ai trouvé bon de « les faire disparaître, parce qu'on ne peut mieux servir l'Etat qu'en purifiant l'or qu'on met au jour. Mes loisirs et les « instants que je ne donnais pas à la prédication, je les ai em« ployés à corriger les œuvres de l'historien Joseph, parce que « j'ai reconnu que cet auteur présentait le plus haut intérêt. « II jette, en effet, une vive lumière sur les livres de l'Ecriture « Sainte et nous apprend une foule de faits qu'on chercherait « vainement ailleurs. Depuis l'époque des Machabées jusqu'à « la venue du Christ, il s'est écoulé plus de cent années et, « pendant ce temps, l'Ecriture Sainte ne nous dit rien; Joseph « comble cette lacune et continue son histoire jusqu'à l'an « quarante après la passion du Sauveur. C'est ainsi qu'il nous « parle de notre Rédempteur, de la Sainteté de saint Jean« Baptiste, de saint Jacques-le-Mineur, et fait l'éloge de la « religion chrétienne. Il était bien placé pour en donner un « témoignage véridique, mais son œuvre a été souvent falsifiée « par les juifs, ennemis de notre foi, comme le fait remarquer Pic de la Mirandole.

« Après avoir écrit ces livres sur l'antiquité Judaïque, Joseph « raconte l'horrible guerre de sa nation avec les Romains, le « siège cruel de Jérusalem et la destruction de cette cité, qui « a laissé un si triste souvenir dans tout l'Univers. Goulet finit ainsi « En terminant mon œuvre, je me « suis demandé à qui je pourrais la dédier. Votre souvenir, « ô très digne Pontife, s'est aussitôt présenté à mon esprit. Car « combien vous suis-je redevable, ainsi que mes collègues 7


« d'Harcourt 1 N'est-ce pas sous votre impulsion, très Révérend « Père dans le Christ, que le seigneur d'heureuse mémoire, • Geoffroy Herbert, jadis évoque de Coutances, et voire vé« néré frère (que Dieu daigne le placer parmi les princes de « son peuple), (1) a, depuis peu d'années, gratifié notre collège « de plusieurs dons, pour l'éducation de la jeunesse. Soyez-en « donc amplement recompensé, vous et vos illustres frères, « au service des quels je me suis voué et me vouerai toujours. « Je vous prie donc d'agréer avec bonté ce faible hommage de « reconnaissance, à l'exemple d'Artaxerce qui, dans une course, « comme nous l'apprend Plutarque, reçut d'un client un verre « d'eau fraîche avec plus de plaisir que si on lui eût offert • une bourse d'or.

« En présence de ces qualités d'esprit qui brillent en Vous, t de cette bonté de cœur que personne n'égale, de cette affabi« lité qui vous fait particulièrement aimer, je ne doute point « que si mon travail peut vous plaire, il ne soit ensuite « agréablement accueilli du public.

« Salut, bien aimé Pontife, l'appui et l'honneur de notre « maison d'Harcouit. Paris, ce 3 février 1513. » Après cette préface vient une pièce de vers où Joseph luimême se plaint de ses copistes ou imprimeurs qui, après l'avoir mutilé et dépouillé de ses riches vêtements, l'ont ensuite relegué sur des plages inconnues. Il pleure, « crinibus impexis, pube « tegente genas » et, se rappelant son glorieu\ passé, il appelle au secours; il souhaite que ses clameurs soient entendues et

(1) Nicole, dans son catalogue des Evêques d'Avranches, fait un portrait semblable de Louis Herbert « Il aimait, dit-il, les hommes savants et plus encore les hommes de bien Il était doué d'une grande douceur, était très savant lui même, très studieux et traitait civilement les prêtres, les encourageait.» –Toustain de Dilly, au commencement du xvm0 siècle, dit que la mémoire de Louis Herbert était encore en grande vénération à Avranches. (Histoire des Evêques de Coutances, article de Geoffroy Herbert.


mettent fin à ses maux. Alors Robert se présente « Robertus « adest ». Avec beaucoup de soin et de travail, il lui rend son ancienne parure et nous le montre dans sa splendeur primitive.

Suit un court prologue emprunté à saint Jérôme sur la vie de Joseph et sur ce qu'il dit du Christ.

Jean de Gouy, des environs de Thérouanne, adresse une épigramme aux amis des belles-lettres et un huitain ou « octostichon » au perspicace professeur des arts et de la théologie, à Robert Goulet, le Coutançais. (1)

« Joannis de Gouy morinensis perspicacissimo artium et theologiœ professori magistro Roberto Goullet constantiensi, presentis noluminis elimatori vigilantissimo, octostichon. » Une autre petite poésie est aussi adressée à Jean Lebarbier, l'imprimeur, par un de ses confrères, Mercure Lepaintre.

Dans le grand prologue sur les œuvres de Joseph, Goulet nous apprend que cet auteur a composé vingt livres sur les antiquités judaiques, c'est-à-dire sur la Bible; sept livres sur la guerre avec les Romains; deux autres livres sur les antiquités, contre le grec Manéthon et Appion l'égyptien. Mais voici deux autres ouvrages qui sont personnels à Goulet le premier est le Tetramonon, qui n'est autre chose qu'une concordance de Joseph, de la Bible, de l'Histoire scolastique et d'^Egesippe, que Goulet a particulièrementtiré de l'oubli. Ce travail est intéressant et très utile pour ceux qui s'occupent d'exegèse. Il est précédé d'une préface par Jean Vatel, adressée au proviseur Jean Boevin. Dans cette lettre, Goulet a un passage des plus élogieux. Vatel en appelle au Supérieur pour dire que « Goulet est la spendeur et la gloire de notre contrée (1) Goullet est le plus souvent écrit avec deux 1 mais on le rencontre, dans le texte même de l'auteur, avec un l.


« occidentale (Le Cotentin); le digne maître des lettres sacrées; « le professeur émérite de la maison d' Harcourt; le gardien et le « modèle de la règle la couronne de toutes les vertus; l'homme « de génie qui a obtenu par son érudition un nom célèbre dans « l'Académie parisienne, une renommée qui ne s'est pas dé« mentie; aussi quelle autorité n'a-t-il pas dans cette cité « qu'il a nourrie de ses instructions éloquentes, en lui rappe« lant la parole évangélique? » (1)

Après le Tetramonon apparaît le Compendium ou l'abrégé des six âges du monde, selon la division de Hugues de SaintVictor. C'est la description historique et géographique des royaumes, de leur origine, de la succession des rois ou empereurs, de la durée de leur règne, de l'étendue de leurs états et des villes principales qu'ils renfermaient. Ce travail, qui comprend une soixantaine de pages in-folio, n'est peut-être pas le moins curieux du volume. Goulet l'a puisé aux meilleurs sources, car il a consulté Augustin, Jérôme, Chrysostôme, Eusèbe, Raban, Bède, Orose, Isidore, Hugues de Saint-Victor, Berose, Manéthon, Philon, Strabon, Pline, Plutarque, Justin, TiteLive, Lucius, Florus, etc.

La descriptions et les divisions de la Gaule sont complètes.

(1) Quas, dignissime Provisor, extitit impudens ad hanc diem nostrorum hominum inertia Quorum ne ullus quidem (quod fateri pudet) adhuc inventus est inter eos receptus qui litteris invigilasse et (ut ita dixerim) plus olei quam vini consumpsisse videantur. Preterquam pauci admodum tui similes et cosetanei. De quorum fœlici grege ac numero insignis ille et egregius occiduae nostrae regionis, splendor et decus eximium, Robertus Goulet, sacrarum litterarum dignissimus antistes ac in eisdem professor emeritus tuae Haricurianœ domûs, o Weut/iç xat 5tauxif*a ac ejusdem diligentissimusinstitutorumcustos et assertor. Qui tu est omnium virtutum corona percelebris ac magno ingenio summaque eruditione plenus in hac tut sis) Parrhisiensi academiâ conspicuum jamdudum nomen ac famam perpetuam est adeptus, suo prœsertim concionandi officio, in quo ipse quidem, si per ocium licet assidue hujus urbis cives dulcissimo instructionis cibo refecit et spiritualis verbi semine locupletat. Unde quantum auctoritatis et gloria3 sit apud ipsos consecutus » (Lettre qui termine les œuvres de Joseph).


Il cite, dans la Lyonnaise, nos deux vieux peuples les Vnelli et les Ambiliates. Pour les temps modernes, il donne les trois races de nos rois jusqu'à Louis XII, et raconte l'origine des Normands. Dans le paragraphe intitulé « Normaniae urbes et oppida » il rappelle les principales villes comprises aujourd'hui dans le département de la Manche. Immédiatement après Rouen « Rotomagum vetusta civitas caput omnium », vient Coutances « Augusta civitas quam postea Constantius, cœsare de suo nomine appellavit Constantiam » et pour qu'elle ne soit pas confondue avec Constances, il ajoute « Constantia alia inter Suevos et Helvetios. » Viennent ensuite « Bajoce, Cadomum, ibi quinque facultatum universitas Abrince, Caesariburgus, Grandisvilla, Pons Orsonis, Mons Tumba (le Mont Saint-Michel), Mons Tumba Beatae Mariae (le Mont Tombelaine, place alors fortifiée et lieu de pèlerinages fameux en l'honneur de la Sainte Vierge) Vallonium castrum, Carentonium. » Il termine par Saint-Lo mais il donne sur cette localité plus de détails que sur aucune autre de France. On voit que c'est sa ville de prédilection, la ville de ses plus chères affections. (1) S'il donne quelques notions historiques sur Coutances, la cité capitale de son diocèse, c'est sur son lieu natal qu'il s'arrête avec plus de complaisance. « Le nom de cette ville, c'est La Roche-

« Taillée, lieu très défendu sur le sommet d'un rocher. Char« lemagne allant combattre en Espagne, une croix lui apparut « dans le ciel, en cet endroit et, à cause de ce miracle, la « Roche-Taillée prit le nom de Sainte-Croix-sur-la-Vire. Enfin, « Sainte-Croix est devenue Saint-Lo, parce que le corps de ce (1) Si Goulet aima Saint-Lo, ses concitoyens le tenaient en

haute estime. Ils le lui prouvèrent en l'appelant à participer et peut-être à diriger les délibérations des plus notables d'entre eux chargés de régler le cérémonial de la réception du roi François Ier et de son entrée dans leurs murs (15 avril 1S32).

Ainsi que Me Guillaume Quetil, grand vicaire de Coutances, et Saint Lois comme lui, il assistait honorable homme Maître Pierre Reneaulme, conseiller ordinaire de la ville de Saint-Lo, chargé de haranguer le Roi. (Mémoire de la Société d'Agriculture, d'Archéologie et d'Histoire Naturelle de la Manche T. 3, p. 187).


« saint y a été enseveli. Voici le texte en latin « Rupes « insisa (1) fortissimum in rupe oppidum, quod propter mirac culum crucis CaroloMagno (cum ad subjugandam Hispaa niam properaret) in cselo ibidem apparentis, Sancta-Crux« super-Viriam est dictum; nunc vero, propter Sancti Laudi « corpus etiam ibi sepultum, Sanctus Laudus dicitur. » (2) Le livre de Goulet fut très bien accueilli par l'évêque d'Avranches qui en conserva bon souvenir. La vente dut en être même assez rapide, puisque Dupin, dans sa Table des auteurs ecclésiastiques, en cite une seconde édition, en 1519. Les pères Richard et Giraud citent aussi cette édition, d'après Dupin, mais ils ne l'ont jamais vue, puisque le Tetramonon est pour eux une histoire des quatre évangiles en un seul volume. Depuis longtemps, Louis Herbert nourrissait dans son cœur le désir de doter Avranches d'un collège. Coutances en possédait un remontant à 1499. L'école d'Avranches, si illustre au xie et au XIIe siècles, puisqu'elle eut des professeurs comme Lanfranc,

(1) On croyait alors que le vieux nom de la ville de Saint-I o, Briovère était une des appellations de Contances, parce que l'évêque Lauto (Saint Lo) au v' concile d'Orléans, en 549, avait signé Episcopus ecclesiae Constantinse vel Brioverensis Le père Strmond, au xvne siecle, était encore de cet avis. La ville de Saint-Lo n'avait plus alors de nom ancien; il fallut lui en donner un et celui de Rupes insisa était assez bien trouvé. Le diocèse de Lyon a encore sa Rupes insisa et son château de la Roche-Taillée qui se traduit par Rupes insisa. Aujourd'hui et depuis longtemps il est reconnu que Briovère est l'antique appellation de la ville de Saint Lo et que 1 évoque de Coutances ne signa Brioverensis que parce que cette localité était son lieu natal, sa seigneurie où il faisait souvent sa résidence comme firent aussi plusieurs de ses successeurs qui furent barons de Saint-Lo.

(2) L'apparition dela croix à Charlemagne est une pure légende inventée pour expliquer l'appellation de l'antique église de ce nom. Le miracle n'était pas nécessaire plusieurs autres églises sont dédiées à la sainte Croix sans qu Il y ait rien de merveilleux. La cathédrale d'Orléans est sous le vocable de la sainte Croix L'explication du nom de Saint-Lo donné à la ville est plus vraie que ce qui précède. Il parait établi par plusieurs textes authentiques que l'évêque Lautus ou Saint-Lo a été inhumé dans l'église Sainte-Croix et a ainsi donné son nom à la ville,


Saint-Anselme et le fameux grammairien Alexandre de Villedieu, chanoine d'Avranches (1) « Canonicus Su Andréas « Abrincinsis » n'avait pas encore de local particulier pour les études. Le Scolastique, le Théologal et quelques chanoines, comme celui que nous venons de citer, donnaient des leçons dans leurs demeures particulières, surveillaient aussi les autres écoles fondées dans le diocèse mais l'école cathédrale ne pouvait avoir ni cette surveillance, ni cette unité que présentaient déjà les collèges de quelques villes épiscopales. Pour sortir de cet état et obtenir le succès qu'on se proposait, il fallait deux choses un supérieur savant et expérimenté puis un local convenable. Ce supérieur fut Goulet que l'É\ êque fit venir pour lui donner un canonicat et la dignité d'Écolâtre, après la mort du dernier titulaire, Guillaume Boucard. (2) Quant à l'immeuble, l'Évêque le fit construire à ses frais. Au midi de Notre-Dame des Champs, à l'extrémité de la place du Palet, il acheta un terrain et y fit bâtir un assez vaste local qui fut appelé « La Grande Maison. » Un escalier central conduisait dans les chambres des deux étages où se tiendraient les classes ainsi qu'au rez-de-chaussée. Une cour précédait l'établissement au nord, et un jardin, au midi. Quant tout fut disposé, Goulet prit possession de cette demeure, réunit autour lui des maîtres habiles, comme Guillaume Le Rat, d'Avranches (3) et en peu temps le nouveau collège devint, au dire de François Desrues « un des plus fameux de

(1) Robert Cenalis, Vies des évêques d'Avranches, bibliothèque nationale n° 5201.

(2) Parmi les chanoines de la cathédrale, au temps de Louis Herbert, se trouvaient deux Boucard, Guillaume, Scolastique ou Ecolâtre, et François, Chanoine Ils sont cités tous les deux dans l'élection de Louis Herbert, qui était, avant son épiscopat, Archidiacre de Coutances, Abbé de Saint Lo et Chanoine d'Avranches. Sa prébende était à Noirpalu (canton de la Haye-Pesnel.) (3) Guillaume Le Rat, d'Avranches, fut le professeur le plus brillant du collège, au temps de Goulet. En 1525, il était en compétition avec maître Pierre Auren pour obtenir le décanat de la Faculté des Arts. Il fut un des commissaires qui élaborèrent,


Normandie. » (1) Nous n'avons encore pu trouver la date en 1527, les statuts de la confréiie des Palinods. Quand, en 1830, Michel Augier publia les Morales, de Jérôme IIangest, de Compiègne, docteur et professeur dans l'Université de Paris et, en même temps, Chanoine, Ecolâtre et Vicaire général de l'église du Mans, Guillaume Le Rat fut chargé de revoir le texte qui parut dans toute sa pureté. Pour cette édition, Guillaume composa une pièce de vers dediée à Jean Bertrand, abbé de Mondaie, et une épitre en prose qu'il adressa à Michel Augier. Géraud Durand, du Vicel, en Cotentin, poète aussi, représente Guillaume Le Rat « comme le savant professeur que les doctes sœurs de l'Aonie, t avaient nourri de leur lait et qui, devenu profond théologien, t s'était voué à l'éducation de la jeunesse et faisait la gloire de « l'Avranchin. »

Guillaume Le Rat fut choisi pour haranguer, au nom de l'Université, le roi Francois 1er, lors du passage de ce prince à Caen, en 1S32. Le recteur, Jean Royer, dans un livret intitulé c La loy Salique » résume ainsi le rôle de Guillaume Le Rat dans cette réception Guillaume Le Rat se montra l'émule de Demosthène, c de Pline et de Cicéron il débita son discours tout d'un trait, t avec une impétuosité digne de Milon de Crotone et qui comc manda le silence de l'assistance entière. Le Roi ayant demandé le nom de l'orateur, l'amiral Philippe Chabot répondit c Sire, « c'est un docteur eu théologie nommé notre maître Le Rat il a « prêché à Paris devant madame la Reine; c'est un homme fort t savant. Le Roi dit alors au docteur « Notre maître Le Rat, « j'entends dire qu'avez de bonne doctrine foi de gentil-homme « vous prêcherez dimanche devant moi, en la mode de cour, « bref. Guillaume Le Rat prêcha le jour indiqué devant la cour, dans l'église Saint-Georges du château. Après le sermon, le prédicateur fut présenté au roi par l'amiral. Le roi dit à Guillaume « Je vous remercie, vous m avez bien contenté. vous m'avez dou« blement contenté, notre maître, je vous remercie. » En 1S3S, dans un volume qui a pour titre « Summa Raymundi de Sacramentis ecclesiœ Tannegui Sorin et Jean du Bois-Lambert, dans une épitre en prose et dans deux pièces de vers rappellent la célébrité de Guillaume Le Rat, qu'ils qualifient de « théologien très docte, très accompli et ayant bien mérité de « l'Université doctor theologus doctissimus, theologus abso« lulissimvs, merrtissimus theologiœ doctor. » (Ces notes sur G 1 e Rat sont tirées d'un travail de M Léopold Delisle intitulé « Essai sur l'imprimerie et la librairie à Caen, de 1440 à lîiSO.) On trouve à Saint-James une famille Le Rat à l'époque de la Renaissance et il est probable que le docteur lui appartient. S'il est né à Avranches, c est que cette famille s'y était retirée Mais on a pu dire G. Le Rat d'Avranches pour le pays d'Avranches. (1) Les antiquités, fondations et singularités des plus célèbres villes, chàteaux et palais remarquables du royaume de France, par François Desrues, article Avranches, 1™ édition.


précise de l'ouverture de cet établissement, mais elle dut avoir lieu de 1515 à 1520 au plus tard.

Avranches et tout le pays furent fiers d'avoir à la tête de cette maison un savant distingué, le plus célèbre professeur d'Harcourt et un homme qui avait rempli Paris de sa brillante renommée. Ils n'étaient pas moins glorieux de leur. évêque, Louis Herbert, si doux, si bienfaisant et si bon. Il avait construit plusieurs maisons pour ses chanoines réédifié le beau château du Parc, ruiné par les guerres; restauré la cathédrale, relevé complètement le transsept méridional et, enfin, donné à sa ville épiscopale un établissement encore assez rare à cette époque un collège. (1) Malheureusement il ne jouit que trop peu de temps des heureux résultats de ce nouveau bienfait. Louis Herbert mourut, au château du Parc, le 4 avril 1526. Il fut inhumé dans le transsept qu'il avait fait construire et où son portrait avait été placé dans un vitrail. (2) Il eut pour successeur Jean de Langeac, de l'Auvergne, ancien maître des requêtes, ancien ambassadeur, et abbé de Pibrac, dans le diocèse de Toulouse. Il prit possession en 1527, mais ne vint probablement jamais à Avranches où il n'a laissé aucun souvenir de son administration. Il fut transfété à Limoges, en 1532.

Dans l'acte de ses dernières volontés, Louis Herbert avait fait don du collège et de ses dépendances au Chapitre d'Avranches et ses exécuteurs testamentaires, le doyen Guérin Sanguin, « vir doctrina et pietale insignis » et Robert Goulet étaient chargés de réaliser son vœu. Aussi pendant la vacance du siège, ils vinrent en faire la cession et s'acquitter de leur mandat; c'est ce que nous voyons dans le livre du Chapitre, dont le texte est ainsi conçu

(1) C'était dans l'Académie de Caen le plus ancien après Coutances. Celui de Bayeux ne parait qu'en liiïiu et celui de Lisieux en 1571.

(2) Nicolle, catalogue des Evèques d'Avranches, épiscopat de Louis Herbert. (L'auteur écrit Hébert,)


« Anno 1532, die 25 septembris, Domini Decanus [Guerin « Sanguin] et Goulet, executores testamenti bonae mémorise « defuncti domini Herbert episcopi, cesserunt Capitulo domum « nuper constructam apud locum du Palet, cum horto, pro « tenendis scholis. » A la suite on lit R. Goulet primus pro« visor Collegii Abrincensis. » (1)

Robert Cenalis remplaça Jean de Langeac, comme évoque

d'Avranches. Ce fut aussi un des savants et des plus illustres pontifes de France, au xvie siècle. Il composa une foule d'ouvrages, dont le plus connu est une histoire de France in-folio « Gallica IIistoria » dédiée à Henri II. Il apprécia le chanoine Goulet à la fois scolastique et proviseur du nouveau collège et en fit bientôt l'auxiliaire de ses travaux.

En 1535, Goulet traita, au nom du Chapitre, une affaire assez délicate. Le proviseur, le prieur, les maîtres et les boursiers d'Harcourt venaient d'acheter de noble homme Geoffroy Herbert, seigneur de Breau, la terre et seigneurie d'Hymberville-surAndelle, pour le prix de 5.000 liv., tournois. Pour fournir cette somme, ils convinrent de prendre les 4.000 liv. de la fondation de Jean Boucard en y ajoutant mille autres livres. Afin d'opérer ce transfert, il fallait le consentement des intéressés dans la fondation de l'Évêque d'Avranches, d'autant mieux qu'on leur annonçait que désormais il serait impossible d'entretenir douze boursiers et qu'il faudrait nécessairement les réduire à six. Le Chapitre d'Avranches se réunit en séance et élut Goulet pour le représenter dans cette transaction. Assurément il ne pouvait faire un meilleur choix. Voici l'acte qui fut rédigé à cette occasion

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, le Chapitre de « l'église Monsieur St-André d'Avranches, salut. Savoir fai(1) Extrait des registres capitulaires, et manuscrit de Charles Guérin, chanome d'Avranches, dans ses Acta Sanctae Ecclesiae « Abrincensis »


« sons que, le 21 juillet 1535, Nous, étant en notre Chapitre « capitulairement assemblés, après le son de la cloche, ainsi « qu'il est accoutumé, faisant et représentant notre dit chapitre, « après avoir vu et oui mot après mot certain contrat et mar« ché d'héritage fait et passé, le 28e jour de juin derein, devant « Jean Duprez et Remond d'Orléans, notaires du roi notre « cyre (sic) au chatelet de Paris, entre vénérables et circons« pectes personnes les maîtres, proviseur, prieur et boursiers « du collège d'IIarcourt fondé à Paris, acquérant, d'une part, « et noble homme Geffroy Herbert, (1) seigneur de Breau, ven« deur, d'autre part, faisant mention de la ente et transport « du fief, terre et seigneurie d'Hymberville et siz sur la rivière « d'Andelle, au pays de Normandie, au diocèse de Rouen, « faite par le dit seigneur de Breau pour le prix et somme « de 5000 livres tournois aux dits du collège, jouxte que plus « à plain est contenu aux dites lettres de laquelle somme « de 5000 livres japieça (jadis) avoit été baillée aux maîtres, « proviseur, prieur et boursiers du dit collège d'Harcourt la « somme 4000 livres par feu, de bonne mémoire, Messire « Jean Boucart, en son vivant, évêque d'Avranches, confes« seur et aumônier du roy Louis Xle de ce nom, roy de « France, pour la fondation de certain nombre de boursiers « artiens être mis et entretenus audit collège d'Harcourt. Le « tout veu et considéré et sur ce eu mûre délibération entre « nous, avons ioelm contrat et marché, en la forme et teneur « qu'il est contenu aux dites lettres, dont depuis est faite men-

(1) Ce Geffroy Herbert était, sans doute, un des neveux de Louis Herbert et probablement le cousin de Claude Herbert qui fut la dernière héritière de ce nom. Claude, dame d'Ossonvilliers, épousa François de Montmorency, seigneur du Hallot, bailli et gouverneur de Rouen, et Gisors, et lieutenant général du roi en Normandie Elle n'eut que deux filles, dont l'ainée épousa le marquis d'Avolac de Rosmadec la cadette, le seigneur Pellet, du Languedoc dont la fille unique donna sa main à René Carbonnel. marquis de Canisy, gouverneur de la ville et château d'Avranches. Ainsi disparut le nom de cette glorieuse famille des Herbert d'O&sonvilliers.


« tion, ratifié, loué et approuvé et, en tout ce qui nous « appartient, louons, ratifions et approuvons et, en temps « que métier est, pour faire et consommer la fondation ja » commencée, nommons, faisons, constituons et ordonnons « nos procureurs généraux et certains messagers, c'est à savoir « vénérable et discrète personne Maître Robert Goulet, doc« teur en théologie, notre confrère, chanoine et maître d'école, « auxquels et chacun d'eux portant ces présentes, donnons c pouvoir et puissance de approuver, ratifier, consentir et « accorder, pour et au nom du Chapitre d'Avranches, les < dites lettres de la dite acquisition, même pour contracter, « composer et traiter avec les dits maîtres, proviseur, prieur « et boursiers pour certaine fondation comme dit est; que «la dite fondation soit par eux ou l'un d'eux omologuée, « rescendée ou diminuée, ayant égard à l'arrêt qui fut donné « pour le dit collège touchant les dites 4000 livres, le 3 août « 1497, et aussi ayant égard au revenu de la dite nouvelle «acquisition faite par iceux du dit collège, pour les dites « 4000 livres, pour charges et coustages que les dits du « collège sont tenus faire pour la dite acquisition, comme « payer les droits seigneuriaux, indemnité et amortissement « de la dite terre nouvellement acquise, et aussy considérant « le logis et entretiennement d'iceluy pour loger les dits éco« liers ou nouveaux boursiers et qu'ils puissent percevoir « comme les anciens boursiers, leur distribution et portion aux « obits fondés et à fonder au dit collège, et les grands frais, «mises et coustages que les dits du collège disent avoir pour le « dit recouvrement des dites 4000 livres et aussi pour trouver «et acquerir héritage commode pour employer le dit argent et « faire la dite fondation et généralement de faire, dire, pro« curer et besoingner aux choses dessus dites, circonstances € et dépendances d'icelles, tout aussi et à la forme et manière « que fairions ou faire pourrions si présents en nos personnes « y étions, promettant, en parole de prêtre et sur la caution et « obligation de tous et chacun des biens de notre dit Chapitre,


« avoir ferme et agréable et entretenir de point en point tout «ce que par nos dits procureurs ou l'un d'eux sera sur ce « fait, dit, procuré ou autrement besoingner. En témoins des « quelles choses avons scellé les presentes de notre sceau et « fait signer du signe manuel de notre secrétaire. Cy mis « les an et jour dessus dit; ainsi signé sur le rephs « de « mandato eorumdem dominorum Daniel, et scellé sur « double queue de cire verte. » (1)

Les Trésoriers de Saint-Lo firent un acte semblable et choisirent également Goulet pour leur représentant. Nous donnons ici les quelques lignes qui différencient ce titre de celui du chapitre d'Avranches.

« A tous ceux qui ces lettres verront, Jacques Louvet,écuyer, « garde des sceaux des obligations de la vicomté de Carentan, salut. Savoir faisons que par devant Nicolas Leroux et Jean « Lamidieu, tabelions jurés et commis par le roy, notre cyre, « en la ville de S'-Lo, furent présents honorables personnes « Me Pierre Lebourgeois, lieutenant au dit lieu de St-Lo de « Mr le Bailli de Cotentin, Julien Rouxel, Jean Périer et « Michel Brinon, Trésoriers du trésor de l'église paroissiale « Notre-Dame de St-Lo et Me Jean Bigot, procureur du dit « trésor, les quels, en la présence, par le conseil et délibéra« tion de vénérable et discrète personne Me Guillaume de « Grimouville, prêtre, licencié aux lois, curé de Granville et « officiai de Monseigneur l'évêque de Coutances, au dit lieu « de St-Lo, Me Philippe Vautier, prêtre curé, et Urcien « Larchier, bourgeois de S'-Lo, et après avoir ouï lire de « mot après mot certain contrat et marché d'héritage. et « pour faire consommer et parfaire la dite fondation ont iceux « Trésoriers fait, nommé, constitué leurs procureurs géné« raux et certains messagers spéciaux, c'est à savoir vénérable « et scientifique personne Me Robert Goulet, docteur en théo(1) Archives capitulaires du diocèse de Coutances.


« logie, aux quels procureurs et chacun d'eux portant ces « présentes, les dits constituants ont donné puissance et auto« rité de rectifier, consentir, accorder et omolonguer. pro« mettant iceux constituant de bonne foi et sur la cauption et « obligations de tous les biens, fruits et revenus du dit « trésor, tenir et avoir agréable et entretenir ce qui par leurs « dits procureurs et chacun d'eux, porteur de ces présentes, « fera en ce qui dit est, circonstances et dépendances, fait et « procuré jacoit ce que, le cas requis, mandement plus spé• cial. En témoin de ce, ces lettres sont scellées des dits « sceaux, à la relation des dits jurés, sauf autrui droit. Ce fut « fait en la présence de Pierre Levivien, Pierre Nicole du dit « S'-Lo, le mercredi 20 juillet 1535. Signé Leroux et Mey« drieu (sic). » (1)

Les notaires de Saint-Lo rédigèrent un acte identique au précédent pour l'héritier de Jean Boucard, dont voici le résumé « A tous ceux qui ces lettres verront etc. Par devant Nicolas « Leroux et Jean Lamydieu fut présent noble et discrète « personne Me Philippe Boucart, prêtre, seigneur temporel de « Sienne et du Mesnil-Amen (sic), (2) fils aîné et principal héri« tier de défunt noble homme Gion (pour Guion) Boucart, en « son vivant seigneur de la Jugannière. Iceluy Gion, en son « vivant, neveu et seul héritier de feu de bonne mémoire « révérend Père en Dieu, Messire Jean Boucart, en son « vivant, évêque d'Avranches, confesseur et aumônier du « roy Louis XIe, le quel, après avoir veu et ouï lire de mot « après mot. veut et consent, accorde et omologue iceluy « Boucart la dite fondation et icelle être diminuée jusqu'au « nombre de six grammairiens ou artiens, au moyen qu'il « retient seulement pour lui et ses héritiers la présentation « de deux des six grammairiens ou artiens, les deux autres (1) Archives du Chapitre du diocèse de Coutances. Lire Lamydieu. (2) Lire Mesnil Amey. Commune du canton de Marigny. Arrondissement de Saint-Lo.


« demeurent à la présentation et disposition des Trésoriers « de l'église Notre-Dame de Saint-Lo purement et absolument, « et les deux autres demeurent à la présentation et disposition « du Chapitre d'Avranches et à cette fin a fait nommer et « établir ses procureurs généraux et messagers spéciaux, c'est « à savoir vénérable et scientifique personne Monsieur Maître « Goulet, docteur en théologie et Maître-Ecole. Et même « considérant les grandes mises, frais et coustages que les dits « du collège disent avoir faits pour la recouvrance des dites « quatre mille livres et aussy pour trouver et acquerir héritage « commode et faire la dite fondation à la charge expresse du « droit de présentation retenue par le dit sieur constituant.. « avoir pour bon, ferme et agréable tout ce qui dit est fait et « procuré, jacoit ce que, le cas requis, mandement plus special. « En témoin de ce ces lettres sont scellées à la relation des « dits jurés, sauf autrui droit. Ce fut fait en la présence de « Pierre Levivien et de Pierre Nicolle le mercredi 28 juillet t de l'an de grâce 1535. Ainsi signé Dorleans, Duprey. » (1) Muni de toutes ces procurations, Goulet se rendit à Paris,

revit avec bonheur cette chère maison d'Harcourt, où il avait passé sa première jeunesse, et régla l'affaire dont il était chargé. Les dépenses faites pour recouvrer le capital de 4,000 livres, les pertes éprouvées, l'augmentation des vivres prouvèrent qu'il était impossible d'entretenir plus de six boursiers encore n' eurent-ils que quatre sols par semaine, avec droit aux obits et à l'habitation dans le collège. C'est ce qui résulte de cette note que nous extrayons du manuscrit de Guerin « De qua summa [4000 lib.] et 1000 lib. amplius dicti de collegio acquisierunt terram et dominium d'Imberville sur Andelle, diœcesis Rotomagensis, qui bursarii reducti fuerunt anno 1536, mense Martis 14, ad numerum G, qui habebunt, qualibet hebdomada, 4or solidos parisienses et partem in obitibus fundatis et fundandis et

(1) Archives capitulaires du diocèse de Coutances.


habitationem. Et presentabunt Capitulum 2; hœredes 2.; Thesaurarii 2. » (1)

Robert Cenalis, l'infatigable adversaire de la Réforme, qui a écrit huit volumes contre Luther, Bucer et Calvin, s'occupa avec autant d'ardeur de l'administration de son diocèse. Il donna un nouveau missel et un nouveau bréviaire résuma tous les statuts synodaux faits par ses prédécesseurs et en ajouta de nouveaux. Dans ce travail, qui demandait beaucoup de recherches et de corrections, Goulet lui fut d'un grand secours, ainsi qu'un ancien professeur d'Avranches, Guillaume Le Moine, de Villedieu. Aussi leur noms figurent-ils tous les deux, le premier dans le missel, (2) le second dans les statuts synodaux publiés en 1550. Dans la dernière édition qui parut en 1554, Goulet,

(1) Guerin, Acta Sanctas Ecclesiae Abrincensis. Extraits des registres capitulaires.

Le manuscrit du docteur Cousin, curé de Saint-Gervais d'Avranches, à la fin du siecle dernier, ajoute « Par arrêté du Parlement de Paris, du 27 juin 1703, ces six bourses furent réduites au nombre de trois, dont une à la nomination du Chapitre, une à la nomination des Trésoriers de Saint-Lo et la troisième à la nomination des héritiers de Jean Boucard; en cas qu'il ne s'en trouvât et à leur défaut, la nomination revenait au Chapitre d'Avranches et aux trésoriers de Notre-Dame de Saint-Lo, tour à tour. »

(2) Immédiatement avant le calendrier du Missel de Robert Cenalis, évoque d'Avranches, ont lit deux pieces rimées de Guillaume Lemoine qui avait obtenu une chaire dans la faculté des Arts, à Caen C'est une sorte de paraphrase des péchés et des vertus. L'auteur parle par interrogations et par réponses. Les antithèses, les contrastes son exprimés avec une grande énergie. En voici un échantillon avec le titre c Monachus de Villa Dei. » Ad Impios Ad Pios.

« Oras? qui legem Dei ignoras, Oras tu ? qui viam veritatis scis, Non, sed nefarius es et tu Deo Etiam, et a Deo tu ladaris. refragaris. Oras tu? qui caduca negocia Oras? qui caducanegociaqueris, spernis,

Non, sed tu polutus es et tu Etiam, et a Deo tu supportaris. Deo inimicaris Oras tu ? qui animas firmaOras ? qui de sede libidinis das, mento nobiliores esse credis, Non, sed tu infamis es et tu Deo Etiam et à Deo tu justificaris. reluctaris, etc.

Chacune de ces pièces contient 22 vers. Guillaume Le Moine est auteur d'un dictionnaire latin-français, qui a eu beaucoup de vogue.


sur la demande du pontife, redigea, pour les prêtres, une direction spirituelle qui porte ce titre « Doctrinale Sacerdotum « à venerabile Roberto Goulet ». (1)

Robert Cenalis mourut et 1560, à Paris, où il fut inhumé. Nous pensons que Goulet le précéda de deux ou trois ans dans la tombe. Nous le voyons, en effet, vers 1550, remplacé comme Scolastique par Jean Chenu « juris utriusque doctor qui, en 1565, fut élu Grand Doyen du Chapître. Cet illustre proviseur du collège et grand maître des Ecoles du diocèse, avait donc atteint sa 80e année. Il fut inhumé dans le transsept méridional de la basilique d'Avranches, près du tombeau où dormait son protecteur et son ami, Louis Herbert.

Avant de mourir, il avait fait une fondation dans la Cathédrale. Des pertes et des diminutions successives l'avaient considérablement réduite, comme l'indiquent différentes notes du Trésorier du Chapitre mais, au siècle dernier, on disait encore une messe pour lui et quelques autres de ses confrères, le jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix, avec un Libera, chanté dans le chœur. C'est ce que prouve cet extrait de l'obituaire de la Cathédrale « Festum Exaltationis Sanctae Crucis, « missa ex fundatione magistrorum Joannis Samson, Roberti « Dubreuil, Petri et Guillelmi Le Do, Cloaldi Cenalis, Roberti « Goulet, canonicorum, et ^Egidii Bernard, vicarii. Libera in « choro. » Cette messe, avec le Libera, était retribuée 5 francs. L'impulsion que Goulet sut donner à son collège fut continuée par des « proviseurs ou principaux dignes de cette position importante qui leur fut confiée. Ce furent des chanoines, des dignitaires de la Cathédrale. Le dernier fnt Sébastien Dodeman, prêtre, chanoine et vicaire-général de Mgr Froulay de Tessé. Il mourut à l'âge de 58 ans, le 7 avril (1) Synodales Constitutiones Arboricensis, alias Abrincensis diœce&is. restaurât* et auctae dictu et auspiciis D. D. Roberti Cenalis, Ep. Abrin.


1683, dit le docteur Cousin, (1) dans la « grande maison du collège et fut inhumé dans le chœur de Notre-Dames-desChamps. Après lui, cette maison fut annexée au GrandSéminaire tenu par des prêtres du diocèse. Ces prêtres n'eurent que deux supérieurs qui furent, en même temps, principaux du collège dont ils possédaient la prébende préceptoriale. (2) Ces principaux furent Robert Gombert et Jean Hantraye, dont les vies ont été écrites. (3)

En 1693, Mgr Daniel Huet confia le collège et le GrandSéminaire auK Eudistes, dont les plus remarquables, comme supérieurs et principaux, (4) furent Odot Lefeuvre et le célèbre Pierre Costil (5) qui nous rappelle Goulet par sa science et son amour pour l'étude. Aussi, de son temps, le collège compta de six à sept cents élèves; d'autres disent huit cents, sans doute en comprenant le Grand-Séminaire. De 1820 à 1830, le nombre des élèves était plus de six cents. (6) Maintenant que reste-t-il encore de Goulet, du savant professeur d'Harcourt, du grand prédicateur parisien et de l'éminent proviseur Rien, si ce n'est ses œuvres écrites, devenues fort rares, et son nom consigné dans quelques registres, mais que personne ne prononce plus. Son collège du commencement

(1) Vies des Évêques d'Avranches, épiscopat de Mgr de Tessé. (2) La prebende preceptoriale, dans la paroisse du Val-SaintPère, canton d'Avranches, était appelée Haut-Manoir et ne rapportait que 120 livres, en 4726.

(3) Docteur Cousin, Tom III des Manuscrit, à la bibliothèque publique d'Avranches, et vies des Evêques. Jean Hantraye avait professé le grec et l'hébreu.

(4) Ces Supérieurs étaient devenus comme au collège d'Harcourt supérieurs et proviseurs des grammairiens, des artiens et des théologiens.

(5) Le père Costil a beaucoup écrit sur l'histoire de la congrégation et sur les diocèses où les Eudistes possédaient des établissements. On possède de lui plusieurs manuscrits importants Les Annales de la congrégation de Jésus et Marie, dite des Eudistes, 2 vol. in-4°.

2° Les Fleurs, de la congrégation des Eudistes, 2 vol. in-4°. (G) Notes de MM. Girardville, principal; Duprateau, bibliothécaire d'Avranches, et de Lemoine, professeur du collège.


du xvie siècle a été refait de 1780 à 1789. Devenu l'École centrale du département de la Manche, il est bien loin aujourd'hui de rappeler sa glorieuse origine. On ignorait même sa fondation (1) et le nom de son fondateur, le magnanime Louis Herbert, qui, en mourant, laissait encore 160 livres de rentes annuelle pour les pauvres de sa ville épiscopale.

Aussi, en présence de ces changements successifs, de cet oubli, qui emporte si promptement les plus grandes renommées, nous avons cru utile de rappeler le souvenir de Goulet, de ce travailleur infatigable, de ce docteur célèbre, de cette grande figure du scolastique Avranchinais, qui fut en même temps une des gloires de son pays natal.

E. A. PIGEON,

Chanoine de Coutances,

Correspondant du ministère de l'Instruction Publique.

(1) En 1848, Mgr Daniel, alors recteur de l'Académie de Caen, dans sa notice historique sur le college de Coutances, donne la date de fondation des principaux collèges de l'Académie de Caen, mais il ajoute, page 12 Nous ignorons la date de la fondation des collèges d'Avranches et de Séez. La fondation de celui d'Avranches est maintenant connue mais l'histoire de cet établissement, un des plus anciens et des plus illustres de Normandie, est encore à faire Après la suppression de l'Ecole Centrale il fut vivement question, en 1802, puis en 1812, et, enfin sous les Bourbons, de faire un lycée du collège qui était alors le plus beau du département; mais la municipalité recula devant les sacrifices qu'il fallait s'imposer.-En 1852, Coutances obtint ce qu'Avranches, malgré tous ses droits, n'avait su se donner. Registres municipaux de la ville d'Avranches).


Un Maire de Saint-Lo

M. Antoine Vieillard de Boismartin, qui fut Maire de Saint-Lo durant les mauvais jours de la Révolution et les dernières années du premier Empire, est une personnalité trop marquante pour que son caractère, ses actes, ses connaissances variées et étendues, sa vie entière, en un mot, ne soient pas rappelés au souvenir de ses concitoyens. Ce nous est donc un devoir de lui consacrer une notice biographique qui, d'ailleurs, par plus d'un point touche à l'histoire de notre cité. Nous ne la donnons pas cependant aussi complète que nous l'eus sions désiré en ce qui concerne sa gestion des intérêts municipaux, les documents administratifs pour la période de 1789 à 1815 ayant depuis fort longtemps disparu des archives communales.

Antoine Vieillard de Boismartin, avocat, Chevalier de la Légion d'Honneur, Maire de Saint-Lo et décédé, en cette ville, le 13 février 1815, naquit à Paris le 11 mars 1747. Il fut le troisième enfant de Louis-Alexandre Vieillard, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine, Conseiller et Médecin Juré du Roi au Châtelet de Paris, et de Angélique-Marthe, fille de PierreJacques Cousicault, écuyer, Échevin de cette ville. Sa famille était originaire de Saint-Lo. Nous serions tentés de la rattacher à Raoulet Vieillard, archer, avec les Bazire, les Varroc, les du Prey, les de Villiers, les Aimery du Quesney, les Adigard, tous Saint-Lois réunis, en 1468, sous la bannière de Louis d'Estouteville, capitaine de Saint-Lo. Par son mariage avec demoiselle Marie-Anne-Madeleine-Charlotte Henry du Bosc-


delle, Antoine Vieillard resserra plus intimement encore les liens qui l'unissaient à la Cité.

Dès sa première jeunesse, il donna des preuves du caractère énergique et des sentiments généreux et patriotiques qu'homme fait il montra avec tant d'éclat. Elève du collège de Navarre (il avait 16 ans alors), il fut, suivant l'usage, chargé de lire la Gazette de France durant le repas. Or il advint que le numéro du jour contenait l'humiliant traité de 1763 qui dépouillait la France de ses plus précieuses colonies. Brusquement l'enfant interrompt sa lecture et, emporté par l'indignation, déchire le journal et le foule aux pieds, disons bien vite presqu'aux applaudissements de ses condisciples, voire même de ses Maîtres. Si ce jour là, Vieillard trouva grâ^e auprès de ces derniers un peu plus tard, ils lui furent moins cléments. Ils le punirent, par l'expulsion, du crime d'avoir écrit la tragédie à' A Imanzor qui, six ans plus tard, (1771) fut représentée à Rouen non sans succès.

Sitôt sorti du collège, notre héros s'adonna avec ardeur à l'étude du Droit; ses progrès furent rapides. En 1772, il est avocat au Conseil supérieur de Bayeux (le fameux Parlement Maupeou) et y débute par la défense d'une femme condamnée, par le Baillage d'Avranches, à être rouée vive, pour cause d'infanticide. Il prouve l'innocence de l'infortunée et obtient du tribunal d'appel un acquittement.

Trois ans plus tard, il est à Rouen avocat au Parlement de Normandie, à la Cour des Aides et au Siège présidial. Là, comme à Bayeux, il se fait remarquer par une rare droiture, par une science approfondie de la loi et de la jurisprudence et aussi par une parole vibrante et éloquente qu'inspire un cœur chaud aidé d'une vive imagination. C'est alors qu'il eut à défendre bon nombre d'accusés de crimes capitaux. L'affaire Verdure fut son triomphe.

Ainsi que pour Calas, il s'agissait, dans cette cause, d'une


accusation d'infanticide. Un père et quatre enfants, représentés comme ses complices, sont, depuis 6 ans, oubliés dans les prisons. Leur défenseur revise pièce par pièce l'énorme procédure, scrute les interrogatoires, rapproche les témoignages, va au fond des choses, se convainct de l'innocence des accusés et, après quatre années de soins incessants, de luttes et malgré mille entraves, parvient, le 9 décembre 1789, à faire prononcer leur acquittement par un jugement rendu aux Requêtes de l'Hôtel du Roi, qui casse l'arrêt de condamnation du Parlement. « Cette affaire, » lisons-nous dans les causes célébres par 0. Fouquier, « au milieu des sérieuses préoccupations poli« tiques de cette époque, eut un certain retentissement; elle « s'accordait, il est vrai, avec les idées du moment, en venant « déposer contre l'une des plus graves imperfections du système « qui s'écroulait. Le Moniteur en rendit compte et le Défen« seur eut l'honneur d'être présenté au Roi par M. le prince « de Poix.

« Les accusés eurent aussi leur jourd'ovation. Le Moniteur « du lundi 1er février 1790 rapporte, en ces termes, leur pré« sentation à l'Assemblée Nationale

« Une famille innocente et malheureuse sortant des cachots c dans lesquels une accusation d'infanticide l'avait tenue « pendant des années, est reçue à la Barre.

t Deux jeunes militaires, les MM. Faucher, présentent la « famille Verdure aux représentants de la Nation. L'un d'eux « porte la parole « Nos seigneurs, nous menons devant vous « une famille qui, depuis 10 ans injustement accusée d'infan« ticide, vient, enfin, d'être rendue à la Société par un juge« ment conforme à vos décrets.

« II honorera notre vie le jour nous venons offrir à la « bienveillance des Lois nouvelles ces malheureuses victimes a des anciennes Lois.

« En rendant cet hommage à l'Assemblée Nationale, nous


« en devons un à cette classe de nos concitoyens passionné« ment dévoués au service de l'État et à laquelle nous avons « l'honneur d'appartenir.

« Elle nous a appris que nous devons autant à l'infortune « particulière qu'à la défense de la Patrie. »

M. le Président (Target) à la famille Verdure

« Votre longue infortune touche vivement l'Assemblée. « Ses pénibles travaux ont pour but d'écarter les erreurs qui « ont fait tant de victimes. Oubliez, s'il est possible, les « peines cruelles que vous avez éprouvées et goûtez, du moins, « cette consolation que l'époque où l'on a reconnu votre inno« cence, est celle d'un nouvel ordre de choses qui préviendra « d'aussi funestes méprises.

« L'Assemblée vous permet d'assister à la séance. » Si le retentissement qu'eut alors l'affaire Verdure ne profita que médiocrement à la famille, il en fut autrement de M. Vieillard plus tard même elle l'aida, ainsi que nous le verrons, à se tirer d'une situation fort dangereuse.

Durant son séjour à Rouen, malgré le souci d'affaires multiples, l'avocat au Parlement n'en continuait pas moins ses études et ses travaux littéraires. Outre un nombre considérable de Mémoires sur des matières civiles et criminelles, il donna, en 1775, au théâtre sa tragédie de Blanchard ou le Siège de Rouen. Son succès lui valut l'honneur d'être nommé Directeur de la Société d'Émulation de la capitale de la province.

Cependant la Révolution avançait à grand pas il crut de son devoir de prendre part à la vie publique.

En 1788, un soulèvement, causé par la cherté des grains, éclate à Rouen. La garde civique était commandée par le marquis d'Ilerbouville et les gardes suisses par le baron de SalisSamard sont en présence; un conflit sanglant est imminent,


Vieillard n'hésite pas. Il se jette entre les partis et par son courage, par sa parole vibrante et persuasive, rétablit l'ordre gravement compromis. Electrisé, le peuple le porte en triomphe et avec lui les chefs des deux corps de troupes.

Dès cette époque il avait arrêté de revenir à Saint-Lo pour s'y fixer. Mais avant d'effectuer son retour au milieu des siens, il se rendit à Paris où, dès son arrivée, il fut nommé officier de la garde nationale de Belleville.

Rentré dans nos murs, il fut l'objet d'une semblable distinction et bientôt appelé comme Maire à la tête de la municipalité. Ses concitoyens l'avaient élu « par une grande acclamation. (1) Dans ce nouveau poste, malgré les difficultés de l'heure présente, il sut ramener la régularité dans les finances de la Ville et dans celles de l'Etat, comme aussi apaiser par ses conseils chaleureux un tumulte causé, ainsi qu'à Rouen, par le renchérissement des vivres.

C'est alors (1791) qu'il fit établir le Champ-de-Mars et un peu plus tard, la Place des Beaux-Regards avec ses annexes. Appelé à Coutances en 1792, comme Accusateur public près le Tribunal de la Manche, il apporta dans ces nouvelles fonctions le même esprit, les mêmes principes. Mais sa rigoureuse impartialité, sa fermeté dans la répression de tout désordre lui suscitèrent promptement des inimitiés, la haine même et il dut rentrer dans la vie privée, non toutefois sans avoir reçu du Ministre de la Justice une approbation complète de sa conduite. Voici la lettre que le Ministre lui écrivait le 23 juin 1792

« Votre conduite, Monsieur, est la meilleure apologie contre « les imputations de vos ennemis et les calomnies des libellistes. Le vrai patriotisme consiste dans le zèle pour l'exécu-

(1) Certificat du 22 novembre 1792, signé Oury, maire de Saint-Lo, Vesque et Vautier, officiers municipaux, et La Faverie, secrétaire.


« tion des lois et l'attachement à ses devoirs. Vous remplisses « les vôtres avec trop d'activité pour n'être pas bon citoien. « Je vous remercie des renseignements que vous me donnés « sur les abus d'autorité exercés à Coutances, le 29 avril, par le « procureur de la Commune. J'en ai fait part au ministre de « l'Intérieur et je ne doute pas qu'il ne donne les ordres « nécessaires pour faire dénoncer ce fonctionnaire public par « le Directoire du département. Je compte, dans la poursuite « de cette affaire, sur la fermeté et le courage dont vous avés « desja donné tant de preuves.

« Le ministre de la Justice,

« Signé DURANTHON. »

« M. Vieillard Boismartin, accusateur public près le Tribu« nal criminel du départ1 de la Manche. »

Il n'en fut pas moins replacé à la tête de l'Administration de Saint-Lo, le 6 décembre 1793. Sur ces entrefaites, Louis XVI comparaissait devant la Convention. Cet acte frappe au cœur Antoine Vieillard il lui suggère la pensée d'offrir à l'infortuné Monarque l'appui de sa parole. C'est un danger à courir; c'est presque une mort certaine. Peu lui importe il y a là un devoir à remplir; il veut, il va partir. Mais sa femme éplorée, mais ses enfants, mais ses amis l'entourent, le supplient. Il se rend, non sans résistance, non surtout sans de douloureux regrets. Toutefois nulle remontrance, nul effort ne le dissuada dé porter ostensiblement le deuil lorsqu'il connut la mort du Roi. Cette noble attitude faillit lui être fatale. Deux fois, à Caen et à Avranches, il échappa, non sans peine, aux violences de la foule ameutée.

Mais un danger évité, un autre plus grave encore attendait M. de Boismartin. Carrier, de terrible mémoire, s'était rendu à Saint-Lo pour le régenérer. La ville, à l'entendre, était un foyer d'aristocrates et d'ennemis de la République prêts à massacrer les démocrates. Le Maire lui déclare qu'on l'a trompé;


que les habitants sont d'excellents patriotes qu'il répond d'eux tous sur sa tête. Cette attitude, ce langage net et énergique en imposent au proconsul, le quel quitte Saint-Lo, le jour même de son arrivée, pour la Bretagne.

Il semble que, chaque jour amenait un nouveau péril pour M. de Boismartin. L'armée de Sepher, et Dieu sait quelles troupes c'étaient I marchait sur Granville à son passage par Saint-Lo, les soldats refusent brutalement les vivres réunis à grand peine et préparés avec soin rien n'est convenable le pain est mauvais, mal cuit la viande est trop grasse. Ils demandent, ils veulent, ils exigent de l'argent or le numéraire fait défaut. Les têtes se montent, elle s'exaltent, des cris de mort sont poussés. L'Étapier éperdu invoque l'autorité du Maire. Celui-ci d'accourir et de s'entremettre vainement il fait appel à la raison des mutins. « C'est donc, s'écrie-t-il, la tête « de l'Étapier que vous voulez ? Eh bien vous n'y toucherez « pas; s'il vous en faut une, voici la mienne ». « Qu'allaitil advenirf Heureusement un lazzi s'échappe du milieu de la troupe et sauve la situation. Le rire éclate et les soldats se dispersent acceptant les fournitures qu'ils venaient de refuser. Le laui s'attaquait la figure de M. Vieillard qui longue et osseuse et pourvue d'yeux profonds mais vifs, était sans doute imposante, mais nullement jolie.

Toutes ces qualités, tous ces services, tous ces dévouements ne mirent pas cependant M. Vieillard à l'abri d'attaques haineuses et passionnées. Quand, le 19 mars 1795, il se présenta à la Barre de la Convention pour signaler les malversations du représentant Laplanche, Bordas un des membre de l'Assemblée, le dénonça comme un intrigant et un faux patriote. Plusieurs Conventionnels protestèrent, prirent vivement sa défense et l'un d'eux rappela à cette occasion le noble rôle qu'il avait joué dans l'affaire Verdure. De nombreux applaudissements accueillirent ce souvenir qui sauva la vie de M. de Boismartin. C'est au milieu de ces temps tourmentés qu'il publia sa


troisième tragédie, celle de Théramène ou Athènes sauvée, qui trace, sous d'autres noms le tableau, du 9 Thermidor. Elu, en 1797, Haut Juré à la Cour de Vendôme, son élection fut annulée. Mais quand sefit la réorganisation de l'ordre judiciaire (1799) le Gouvernement le nomma Commissaire près le Tribunal de première instance de Saint-Lo, titre qu'il échangea après quelques années pour celui de Procureur Impérial. Cette situation très en vue lui fut enlevée en 1806, à la suite d'intrigues toutes d'intérêt privé et d'amour-propre blessé. Ses détracteurs, pour colorer leur démarches, lui imputaient bien faussement, d'ailleurs, de favoriser les conscrits réfractaires, au lieu de concourir à leur arrestation. La vérité est que, magistrat appelé à faire respecter la loi, il refusa de l'enfreindre même pour en assurer l'exécution.

M. Vieillard rentra donc dans la vie privée et revêtit une fois encore la toge d'Avocat, qui lui avait valu tant de succès. Il l'abandonna pour toujours, en 1811, quand Napoléon Ier le nomma Maire de Saint-Lo, en remplacement de M. Guillot appelé à la Sous-Préfecture de Bayeux. La même année, il fut fait Chevalier de la Légion d'Honneur, récompense bien méritée de ses labeurs et de ses éminents services elle lui fut d'autant plus précieuse que l'Empereur n'en était point prodigue. La Restauration le trouva Maire et le conserva dans ses fonctions. Ce lui fut une grande joie de revoir le Trône occupé par les descendants de ses anciens et respectés souverains. Cependant le temps avait marché pour M. de Boismartin la gestion des intérêts de la ville se faisait lourde pour lui, éprouvé qu'il était par le mauvais vouloir des uns et les exigences des autres. A ces ennuis, à ces déboires s'ajoutèrent la perte d'une fille bien aimée et celle non moins douloureuse de sa compagne bien digne de lui par les qualités du cœur et de l'esprit. Un pareil fardeau l'accabla et il mourut, le 13 janvier 1815, environné d'autant d'estime que de regrets et laissant à Saint-Lo,


à défaut d'un nom illustre, une réputation intègre et une fortune diminuée dans l'exercice des fonctions publiques et par des actes nombreux de charité. (1) Les autorités civiles et militaires ainsi que la population entière de la cité lui rendirent les derniers devoirs et les derniers honneurs.

Il a été parlé, au cours de cette notice, de trois tragédies de Vieillard de Boismartin. Il n'existe plus que de très rares exemplaires de ces œuvres dramatiques, qui méritent certainement de fixer l'attention des amis de la saine littérature. Puisées à des sources diverses, la première Almanzor, œuvre de pure imagination la seconde, Blanchard, trait saisissant du siège de Rouen par Henri V d'Angleterre; la troi sième, épisode célèbre de l'histoire grecque, de cette guerre du Péloponèse, dont le vigoureux pinceau de Thucydide nous a tracé le tableau sous les plus vives couleurs, ces trois pièces mettent en lumière, avec les vertus que l'auteurpratiquaitsibien dans sa vie publique, loyauté, énergie, patriotisme, les qualités littéraires que réclame impérieusement le genre dramatique l'action, bien conçue et fortement liée, se développe avec un intérêt croissant les personnages s'y montrent jusqu'au bout fidèles à leurs rôles les sentiments y sont toujours d'un ordre élevé, et le style, partout approprié aux caractères, est pur de toute banalité, de tout remplissage. Il n'a manqué à ces productions, pour obtenir un succès plus retentissant, que de venir en des temps moins troublés. Quand des drames sanglants se déroulaient, chaque jour, sur la place publique ou dans des assemblée politiques, le théâtre ne vivait plus que d'une vie toute factice. Il convient aussi de reconnaître que le genre tragique pouvait paraître épuisé à la fin du siècle dernier et le nôtre n'a pas changé de sentiments. La tragédie avait, de prime abord, atteint chez nous un degré de perfection qui rendait (1) Certificat des officiers municipaux de Saint-Lo du 18 nivôse an II de la République, rédigé en assemblée publique.


l'imitation périlleuse. L'auteur n'en mérite pas moins d'être loué pour avoir fait acte d'un beau caractère, en cherchant dans de calmes et fortes études une distraction aux scènes violentes que le patriotisme le plus généreux ne pouvait conjurer qu'à de rares intervalles et sur un théâtre fort restreint

Saint-Lo, décembre 1891.

E. DIDIER, Architecte.

Not*. Nous devons à la piété filiale de M. Alphonse Vieillard

de Boismartin, un de nos collègues de la société, bon nombre de renseignements qui ont été utilisés dans la notice biographique de son aïeul.



LISTE DES MEMBRES

DE LA

SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE, D'ARCHÉOLOGIE ET D'HISTOIRE NATURELLE

du Département de la Manche

PRÉSIDENTS D'HONNEUR.

MM. Le Préfet de la Manche 0 &

Le Maire de Saint-Lo

Mgr GERMAIN, évêque de Coutances et d'Avranches. VICE-PRÉSIDENT D'HONNEUR.

M. H. Tauxier $?, Officier en retraite.

MEMBRE D'HONNEUR.

M. PRON (le baron) C W ancien Préfet.

ADMINISTRATION.

Président M. E. LEPINGARD.

Vice-Présidents MM. l'abbé BLANCHET.

A. MATINÉE

Secrétaire M. GAMBILLON.

Secrétaire adjoint M. le docteur R. LECLERC.

Conservateur M. G. Guillot.

Conservateurs adjoints MM. A. DIEU.

– ONFROY.

– E. DIDIER.

Trésorier M. LE CONTE-D'OLLONDE.

Bibliothécaire M. P. DERBOIS.

Classificateur de la section d'Agriculture M. GRANGER. Classificateur de la section d'Archéologie NI. Queillé. Sous-Classificateur M. G. Le Creps

Classificateur de la section d'Histoire naturelle M. Sébire. Sous-classificateur M. Lelièvre.


MEMBRES RÉSIDANTS.

MM.

P. ADIGARD, avocat à Domfront (Orne).

Bernard $£, docteur-médecin, conseiller général et conseiller municipal, à Saint-Lo.

BLANCHET, curé de Sainte-Croix de Saint-Lo.

J. Bosq, conseiller municipal, à Saint-Lo.

E. BosQ, banquier, à Saint-Lo.

G. Du Bosc DE BEAUMONT, propriétaire, à Airel. BRETON, directeur de la papeterie de Saint-Lo.

H. CHARDON, auditeur au Conseil d'Etat, à Paris. J. Clérkt (Mgr)^, évêque de Laval.

DE COMMINES DE MARSILLY, propriétaire à Saint-Lo. CRIQUET, ancien notaire et conseiller municipal, à Saint-Lo.

P. Derbois, ancien professeur, à Saint-Lo. A. Desprairies, notaire, à Carentan. E. DIDIER, architecte, à Saint-Lo.

A. DIEU, avocat, à Saint-Lo.

G. Doray, ancien pharmacien, à Grandcamp G. DUBOIS, propriétaire, à Saint-Lo.

DUREL, agent-voyer de l'arrondissement de Saint-Lo. E. ENOUF, professeur de musique, à Saint-Lo.

FONTAINE, curé-doyen de Saint-Sauveur-Lendelin. FONTAINE, pharmacien, à Saint-Lo.

GAMBILLON, chef de division de la Préfecture de la Manche en retraite, à Saint-Lo.

GRANGER, ingénieur, à Saint-Lo.

G. GUILLOT, avocat, à Saint-Lo.

HAMEL, archiprêtre de Saint-Lo.

HAMEL, curé-doyen de Canisy.

Hédouin, curé de Dangy.

Huet, avocat, à Saint-Lo.

JACQUELINE, imprimeur, à Saint-Lo.

JACQUELINE, orfèvre, à Saint-Lo.

JEANNE, professeur de Rhétorique au Collège diocésain de Saint-Lo.


MM.

JEANNE, propriétaire.

Lanvoisey, directeur du Collège diocésain de Saint-Lo. R. LE CLERC, docteur-médecin, à Saint-Lo.

LECLERC, notaire à Saint-Lo.

LE CONTE-D'OLLONDE, architecte, à Saint-Lo.

LE Couteur, architecte de la ville, à Saint-Lo.

LE CREPS, propriétaire, à Saint-Lo.

LE Lièvre, agent-voyer en chef, à Saint-Lo,

LE Mennicier, curé d'Amigny.

A. LE Moisson, entreposeur des tabacs, à Saint-Lo. LE MONNIER, supérieur du Collège diocésain de Saint-Lo. E. Lepingard, avocat, chef de division de la Préfecture de la Manche, en retraite, à Saint-Lo.

Leperdriel, gérant de propriétés, à Saint-Lo.

LHOMOND, docteur-médecin, à Saint-Lo.

MARIE, gérant de propriétés, à Agneaux.

A. MATINÉE $fc, proviseur-honoraire, à Saint-Lo.

ONFROY, propriétaire, à Saint-Lo.

Pannier-Lachaussée, avocat, à Saint-Lo.

Péroche directeur-honoraire des Contributions indirectes, en retraite, à Lille (Saint-Maurice), rue Saint-Gabriel, n° 95. POULAIN, juge de paix d'Octeville, en résidence à Cherbourg. Queillé, architecte, à Saint-Lo.

RAULINE, député, à Saint-Lo.

RAVAUD, professeur de dessin, à Saint-Lo.

SAVARY, professeur d'histoire au collège diocésain de Saini-Lo. Sérire, pharmacien, à Saint-Lo.

SIMON, pharmacien, à Saint-Lo.

A. Tiiouroude, licencié en droit, avoué, à Saint-Lo. VIALATTE, directeur d'assurances, à Saint-Lo.

LE Jollys DE VILLIERS, avocat, à Villiers-Fossard. YGOUF, docteur-médecin, à Saint-Lo.

YVER (Léon) conseiller général, maire de Saint-Martin-deBonfossé,

YVER (Louis), maiie d'Agneaux.


MEMBRES NON RÉSIDANTS.

MM.

Bégnk, vétérinaire militaire, Rennes.

C. CLOUET, professeur au lycée de Lille.

CORNU, ingénieur des mines, à Caen.

CRÉANCES, professeur.

H. DALIMIER, licencié ès-lettres, à Caen.

DELISLE (Léopold) 0 $$, membre de l'Institut, administrateur général de la Bibliothèque nationale, à Paris.

DUBUISSON DE Courson, ancien sous-préfet, aux Planches-surAmblie.

FAUVEL, ingénieur-civil, attaché aux bureaux de l'Empire chinois.

FIERVILLE, censeur au lycée Charlemagne, à Paris. GouYE, secrétaire de la Société archéologique, artistique, littéraire et scientifique de l'arrondissement de Valognes, à à Valognes.

HIPPEAU professeur à la Faculté des lettres, à Paris. HUE DE Caligny, correspondant de l'Institut, à Versailles. JAMBOIS, substitut près la cour d'assises de l'Allier, à Moulins. KERCKOVE (le Ve DE), ancien président de l'Académie d'archéologie de Belgique.

H. DE Lapparent, ancien ingénieur du corps des mines, professeur de l'Université catholique de Paris.

LE Biez, président honoraire de la Société archéologique, artistique, littéraire et scientifique de l'arrondissement de Valognes, à Granville.

LE COURTOIS, instituteur public, à Saint-Vaast-la-Hougue. LE Duc, receveur de l'enregistrement, à Coutances. LE Goust, vicaire-général de M*1" l'évèque de Coutances et d'Avranches, à Coutances.

LE GUILLOCHET, curé de Gerville.

Le Dr LE Jolis, archiviste perpétuel de la Société nationale des Sciences naturellcs de Cherbourg, etc., à Cherbourg. LEMOYGNE, président du Tribunal civil de Vannes. LENNIER (fils), naturaliste, au Havre.

LEPAGE, à Bayeux.

L'abbé LE RosEY, professeur à Saint-Sulpice.


MM.

LESTANG, contrôleur-principal des Contributions directes, à Louviers.

MAGNY (DE), docteur-médecin à Paris.

L'abbé Mesnard, chanoine de Coutances.

L. Morel, prêtre de l'Oratoire, à l'Hay, par Bourg-la-Reine. PACQUET DE BEAUVAIS, propriétaire à Bricqueville-la-Blouette. L'abbé PIGEON, Officier de l'Instruction publique, chanoine de Coutances, vice-président de la Société académique du Cotentin, à Coutances.

J.-E. PILLET, professeur de sciences, à Dieppe.

PoissoN (Henri) ijfe, ancien trésorier général, à Paris, Th. RAULIN $fc, docteur en droit, à Caen.

A. RESTOUT, professeur au collège de Domfront.

SARROT, avocat, à Coutances.

SAUVAGE (Henri), ancien juge de paix, à Paris.

Le capitaine II. TAUXIER $fe, commissaire de surveillance administrative des chemins de fer, à Paris.

TRAVERS (Emile), ancien conseiller de Préfecture, à Caen. L'abbé VACANDARD, premier aumônier du lycée de Rouen. VIEILLARD DE BOIS-MARTIN (Alphonse), à Epiney-sur-Seine. SOCIÉTÉS CORRESPONDANTES.

Aisne. Société académique de Laon.

Société historique et archéologique de Château-Thierry. Algérie. Académie d'Hippone.

Allier, Société d'émulation du département de l'Allier. Alpes-Maritimes. Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes

Ariège. Annales agricoles, littéraires et industrielles de l'Ariège.

Basses-Pyrénées. Société des Sciences, Lettres et Arts, à Pau.

Bouches-du-Bho'ne. – Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles-Lettres d'Aix.

Société de Statistique de Marseille.

Calvados. Académie nationale de Caen.

Société des Beaux-Arts de Caen.


Société d'Agriculture et de Commerce de Caen.

Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres de Bayeux.

Société des Antiquaires de Normandie.

Côte-d'Or. Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon.

Doubs. Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Besançon.

Drôme. Société départementale d'Archéologie et de Statistique de la Drôme.

Société d'Histoire ecclésiastique e't d'Archéologie religieuse des diocèses de Valence, Gap, Digne, Grenoble, etc., à Romans (M U. Lechevalier, président).

Gard. Académie de Nîmes.

Société d'étude des Sciences naturelles de Nîmes. Gironde. Société des Sciences philosophiques et naturelles. de Bordeaux.

Haute-Garonne. Société d'Archéologie du midi de la France à Toulouse.

Société d'Histoire naturelle de Toulouse.

Haute-Loire. Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Commerce du Puy.

Hérault. Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers.

Indre-et-Loire. Société d'Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres du département d'Indre-et-Loire.

Jersey. Société Jersiaise pour l'étude de l'Ilistoire et de la Langue du pays.

Jura. Société d'Emulation du Jura, à Lons-le-Saulnier. Loire. Société d'Agriculture, Industrie, Sciences, etc., de la Loire.

Loire-Inférieure. Société académique du département de la Loire-Inférieure.

Société archéologique de Nantes.

Société des Sciences naturelles de l'Ouest de la France, à Nantes.

Loir-et-Cher. Société des Sciences et Belles-Lettres de Loir-et-Cher.

Lozère. Société d'Agriculture, Industrie, Sciences et Arts du département de la Lozère.


Maine-et-Loire. Société d'Agriculture, Sciences et Arts d'Angers

Manche. Société archéologique d'Avranches.

Société académique de Cherbourg.

Société des Sciences naturelles de Cherbourg.

Société académique du Coteutin, à Coutances.

Société archéologique, artistique, littéraire et scientifique de l'arrondissement de Valognes.

Marne. – Société d'Agriculture de la Marne.

Société d'Agriculture, Commerce, Sciences et Arts du département de la Marne.

Nord. Société centrale d'Agriculture, Sciences et Arts du Nord.

Pyrénées-Orientales. Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales.

Rhône. Société littéraire, historique et archéologique de Lyon.

Snàne-et-Loire. Société Eduenne des Lettres, Sciences et Arts, à Autun.

Société d' Histoire naturelle d'Autun.

Sarthe. Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe.

Seine. Société de Saint-Jean, 35, rue de Grenelle à Paris. Seine-et-Marne. Société d'Archéologie, Sciences et Arts de Seme-et-Marne.

Seine-et-Ome. Société archéologique de Rambouillet. Seine-Inférieure. Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen.

Société des Sciences et Arts agricoles et horticoles du Havre. Société géologique de Normandie, au Havre.

Société Ilavraise d'Etudes diverses.

Somme. – Société des Antiquaires de Picardie, à Amiens. Société des Sciences, des Lettres et des Arts d'Amiens. Société d'Emulation d'Abbeville.

Tarn. Société des Antiquités de la ville de Castres, Tarn-et-Garonne. Société archéologique de Tarn-etGaronne.

Var. Société académique du Var, à Toulon.


Yonne. Société des Sciences historiques et naturelles de l'Yonne.

Allemagne. Société d'histoire naturelle de Metz Etats-Unis d'Amérique. -The Smithsonian Institution. Minnesota-Academy et natural Sciences.


TABLES DES MATIÈRES

Notice sur deux objets trouvés sur l'emplacement du Chàteau du Hommet. – M. G. GUILLOT. 1 Un Arrêt des Grands Jours tenus à Bayeux en 1540. – M. E. LEPINGARD. 9 Famille de La Luzerne, son origine. M. E. LEPINGARD. 24 Le Mesnil-Sigard etson Chàteau.-M. E. LEPINGARD 47 Trois Patriotes Saint-Lois. (1417-1448). 54 Notes pour servir à l'Histoire des Hôpitaux de Carentan. M. A. DESPRAIRIES. 59 Notes concernant la seigneurie de Rampan-Montcoq 70 ou Rampan-Clerel. M. G. DU Boscq DE Beaumont 70 Vie de Robert Goulet, de Saint-Lo, et laFondatian du collège d'Avranches. M. l'Abbé PIGEON, Chanoine de Coutances. 91 Un Maire de Saint-Lo. M. E. DIDIER. 116 Liste des Membres de la Société. 127 Liste des Sociétés correspondantes. 131 M. A. Desprairies. Notes pour servir à l'Histoire des hô-

pitaux de Caren-

tan. 59

M. E. DIDIER. Un Maire de SaintLo. 116

M. G. DU BoscQDE Beaumont. Notes concernant la seigneurie de

Rampan-Montcoq

ouRampan-Clerel 70


M. G. GUILLOT. Notice sur deux ob-

M. E. Lepingard. Un arrêt des grands

Famille de la Lu-

Le Mesnil-Sigard

Trois PatriotesSt-

M. l'Abbé Pigeon. Vie de Robert Gou-

jets trouvés sur

l'emplacement dit

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jours de Bayeux. 9

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et son Château.. 47

Lois (1417-1448). 54

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et la Fondation

du collège d'A-

tranches 91


NOTICES

MÉMOIRES ET DOGDMENTS

PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ

d'Agriculture, <T Archéologie et d ,llistoire naturelle M B LA MANCHE.

DIXIÈME VOLUME

SALYl-Lu

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