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BU^LETra ÏHJ JOUR

BXTÉKIE0R-

Pdpê'eàtsde nos correspondant particulier t. Londres, le 23 avril.

La nouvelle Note adressée par les puissances au gouvernement grec a dû être remise aujourd'hui. C'est le Cabinet de Saint-James <iai en a eu l'initiative et qui l'a rédigée. D'après les renseignemens que j'ai recueillis de lionne Source, elle serait conçue dans des termes %els que toutes les puissances, y compris la France, on| pu la signer. Elle commence par affirmer que la paix est rétablie dans les Balkans et qu'aucune crainte de guerre n'existerait plus, si la Grèce ne continuait pas ses arméniens. On l'invite en conséquence à désarmer au nom de la tranquillité européenne et de la responsabilité redoutable qu'elle assumerait, si elle persévérait dans la voie où elle s'est engagée, malgré les instances de l'Europe.

Ua personnage politique à môme d'être bien, renseigné m'exprimait l'opinion que, eb dépit des nouvelles alarmantes qui circulent, depuis quelques jours, le gourersiement grec, qui ne Veut paï commencer la. guerre et qui, d'un autre côté, ne peut continuer encore longtemps ses dépenses de guerre, saisira la première occasion favorable pour s'incliner devant les volontés 4e l'Europe, à moins qu'un accident ne «e produise à la frontière et ne précipite un conflit. « La Grèce, me disàit-il, n'a aucun intérêt à faire la guerre immédiatement l'armée turque est rassemblée à sa frontière; les flottes combinées de l'Europe sont prêtes à empêcher toute action maritime de sa part. Si elle estrésolue à jouer uno partie décisive, qu'elle désarma aujourd'hui; puis, dans quelques mois, dans un an, qu'elle saisisse la première occasion favorable pour agir et créer ua précMoat devant lequel l'Europe 8'inclmtra coalise mie l'a t'ait ûevaat la révolution bulgare. En attendant ainsi quelque temps, «Ile forcera la Turquie à déearmer comme elle le fera elle-même seulement alors que la Grèce peut aujourd'hui mobiliser son armée dans l'espace de trois semaines, il faut à la Turquie six mois pour être prête. Quant aux puissances, on sait ce qu'il leur faut de temps pour concerter une action commune. La seule politique que puisse adopter la Gjèce est donc de céder nujourd'hui que tout est prêt pour l'accabler si elle bouge, et d'attendre patiemment le moment favorable à. l'action. B

w,~fy~~ garoat,

̃ AFFAIRES D'ORIENT

Constantinople, le 22 avril.

Les bruits relatifs à une prétendue ouverture des hostilités à Larissa et sur d'autres points de la frontière sont démentis. On dit, dans les cercles officiels, que- ces bruits ont été répandus pour précipiter les événemens et pour aliéner au gouvernement turc les sympathies de l'Europe, en le représentant comme l'agresseur. On téJ^grSpbie de Vienne au Daily Telegraph que le gouvernement anglais proposerait de fixer à sept jours le délai dans lequel la Grèce devra désarmer, à partir du jour de la remise de l'ultimatum qui lui sera adressé.

Le correspondant du journal anglais ajoute que da^ns les cercles bien informés de Vienne on continue à ne pas croire à la guerre, du moins pour le moment.

D'après la même dépêche, le roi de Grèce s'apprêterait à partir pour la Thessalie.

Le Standard donne également cette nouvelle sous toutes réservés.

Une dépêche d'Athènes au Daily News constate que. en dépit des menaces de coercition, il semble que le gouvernement grec soit toujours résolu à la résistance.

Le Standard reçoit de Berlin la dépêché suivante

« Les puissances ont résolu, à l'unanimité, d'adresser une nouvelle Note à la Grèce pour l'inviter formellement à désarmer. Toutefois les puissances ne sont pas encore tombées d'accord sur les mesures coercitives à prendre dans le cas où la Grèce continuerait à ne pas se soumettre, ce qui paraît probable. ».

ffilUTd DU JOURNAL DES DEBATS DO 24 AVRIL 1886. (3)

SOUVENIRS

DE LA.

MAISON DES MORTS PREMIÈRE PARTIE

I

LA MAISON DES MORTS.

Notre maison de force se trouvait à l'extrémité de la citadelle, derrière le rempart. Si l'on regarde par les fentes de la palissade, dans l'espérance de voir quelque chose, –on n'aperçoit qu'un petit coin du ciel et un haut rempart de terre couvert des grandes herbes de la steppe. Nuit et jour, des sentinelles s'y promènent en long et en large; on se dit alors que des années entières s'écouleront et que l'on verra, par la même fente de palissade, toujours le même rempart, toujours les mêmes sentinelles et le même petit coin de ciel, non pas de celui qui se trouve au-dessus de la prison, mais d'un autre ciel, lointain et libre. Représentez-vous une grande cour, lougue AK dnnnr Aonts n9S ftt. laWfi dfl Relit

Espagne. Madrid, le 23 avril

II est entré hier dans l'église de San-Luis, une des plus centrales et des plus importantes de Madrid, une personne qui a fait l'offande d'un cierge de quatre livres au tombeau du Christ,. Ce fait n'avait pas été remarqué, vu que les fidèles de Madrid ont généralement coutume d'offrir des cierges pour le Saint-Sacrement; mais par un hasard providentiel, le cierge fut placé très tard.

A onze heures du soir, on ferma l'église, et deux membres de la confrérie restèrent seuls pour la garde du Saint Sacrement. L'un d'eux, un médecin bien connu de Madrid, ayant remarqué que le cierge pétillait d'une manière étrange, s'approcha pour l'éteindre; mais une cartouche qui était contenue dans le cierge Ut alors explosion; elle blessa grièvement le médecin et légèrement la personne qui était avec lui. mit en pièces une partie du tombeau du Christ et éteignit toutes les lumières. L'église fut aussitôt fermée.

On croit que l'attentat a été accompli par un individu qui voulait commettre des vols en profitant de la contusion produite par l'explosion. Si la cartouche avait éclaté quelques instans auparavant, alors que l'église était remplie de monde, l'attentat aurait eu des conséquences épouvantables.

L'indignation est générale toutes les classes de la société et tous les partis flétrissent un acte aussi criminel.

Madrid, le 23 avril

On craint que M. Izquierdo, le médecin blessé à l'église San-Luis par le pétard contenu dans le cierge, ne perde la vue. L'explosion a fracassé le bras à la personne qui se trouvait avec lui. Etats-Unis d'Amérique. Washington, le 2J avril

M. Cleveland a adressé aujourd'hui un Message au Congrès pour lui recommander la législation sur le grave problème du travail.

« Toute législation sur ce sujet, dit-il, doit être calme, réfléchie, sans espritde parti. Les relations 'actuelles entre le travail et le capital sont peu satis. faisantes. Le mécontentement des ouvriers est dû en grande partie aux exigences avides et irréfléchies des patrons, mais il faut constater en même temps que les ouvriers n'ont pas toujours soin d'éviter les désordres qui se produisent souvent sans c^use raisonnable. Le gouvernement est convaincu qu'on peut faire quelque chose pour empêcher ces conflits trop fréquens. »

M. Cleveland est favorable à l'arbitrage volontaire. Toutefois il propose la création d'une commission du travail, composée de trois membres, qui seraient pris parmi les fonctionnaires du gouvernement. Cette commission serait chargée de discuter et de régler les différends. Il croit que la création d'une pareille commission serait la reconnaissance juste et raisonnable de la valeur du travail et de son droit à être représenté dans les départemens gouvernementaux.

BOURSB DE PARIS

̃/̃

Clôture la 22. le 23. unn; bajssb. a o/o `

Comptant. 80 87 i<2 81 10 22 1/2 Fin cour.* 80 93 81 %6 ~iU\ *I2û i 8 0/0

amortissable

Comptant 83 «/. 8*'3O •30 Fin cour.» 83 12 1/2 83 2b 12 1,2 4k t/» 0/0 (ancien)

CpmptantlO4 30 104 30' »y* A 1/1* 0/0 (nouveau) ,•

Comptant 109 so ./• 109 B0 .,• Fin cour. 109 42 1/2 109 55 t/42 1/2

Il est tout naturel que ceux qui ont vu de près la situation industrielle de Decazeville en aient été émus et aient le plus vif désir d'y mettre fin. M. PJanteau et M. Michelin ne partagent pas toutes les illusions de MM. Baslyet Camélinat, Jules Roche et Duc-Quercy sur les bienfaits de la grève et sur l'intérêt qu'il peut y avoir à la perpétuer, Ils sont revenus de l'Aveyron persuadés qu'il fallait terminer l'affaire à l'aida de négociations officieuses ou officielles qui, dans leur pensée, doivent nécessairement aboutir à de larges concessions de la part de la Compagnie. C'est ainsi que depuis plusieurs jours il est question de pourparlers auxquels le gouvernement lui-même s'associe.

cinquante enceinte d'une palissade I hexagonale irrégulière, formée de pieux étançonnés et profondément enfoncés en terre voilà l'enceinte extérieure de la maison de force. D'un côté de la palissade est construite une grande porte, solide et toujours fermée, que gardent constamment des faction- naires, et qui ne s'ouvre que quand les condamnés vont au travail. Derrière cette porte se trouvaient la lumière, la liberté là vivaient des gens. En deçà de la palissade on se représentait ce monde merveilleux, fantastique comme un conte de fées: il n'en était pas de même du nôtre, tout particulier, car il ,ne ressem- blait à rien; il avait ses mœurs, son cos- tume, ses lois spéciales c'était une mai- son morte-vivante, une vie sans analogue et des hommes à part. C'est ce coin que j'entreprends de décrire. Quand on pénètre dans l'enceinte, on voit quelques bâtimens. De chaque côté d'une cour très vaste s'étendent deux con- structions de bois, faites de troncs équar- ris, et à un seul étage ce sont les caser- nes des forçats. On y parque les détenus, divisés en plusieurs catégories. Au fond de l'enceinte on aperçoit encore une mai- son, la cuisine, divisée en deux cham- brées, artel (1) plus loin, encore se 1 trouve une autre construction qui sert tout à la fois de cave, de hangar et de grenier. Le centre de l'enceinte, complè- tement nu, forme une place assez vaste. C'est là que les détenus se mettent en rang. On y fait la vérification et l'appel

i

(1) Association coopérative d'artisans possédant 3 un fond commun. <

Les personnes de bonne volonté qui se sont donné mission de régler à l'amiable différend survenu entre la Compagnie de Decazeville et ses ouvriers estiment que les grévistes se déclareraient satisfaits si la Compagnie sousorivait aux trois conditions suivantes le renvoi de l'ingénieur Blazy le retour aux anciens tarifs; la reprise de tous les ouvriers sans distinction. Si telles sont, en effet, les bases de la négociation, ce ne serait pas, il faut l'avouer, une transaction que l'on offrirait à la Compagnie, ce serait purement et Simplement sa soumission aux exigences que, dès le début de, la crise, elle a jugées absolument inacceptables. C'est parce qu'elle les a considérées comme telles, qu'elle a dû laisser s'accomplir des événemens douloureux et préjudiciables à ses propres intérêts. Il faut supposer à ses représentans une légèreté d'esprit et de coeur bien extraordinaire, poijr admettre qu'ils n'ont pas mûrement pe.sé leurs décisions et les conséquences qui devaient en résulter, de sorte qu'il leur serait loisible d'accorder aujourd'hui ce qu'ils ont jusqu'à présent déclaré impossible. Les circonstances et la situation économique qui ont amené la crise ne se sont pas, que nous sachions, modifiées, et ni M. Michelin, ni M. Pïanteau, ni le gouvernement lui-même n'y peuvent rien. Des trois conditions qui sont posées au nom des grévistes, il en est deux qui, quoique aussi exorbitantes que la troisième, se prêtent du moins à une sorte de discussion. Il peut sembler admissible et même raisonnable à des hommes politique* d'une certaine école, qu'un ingénieur qui n'a pas démérité, soit chassé pour obéir aux injonctions de ceux qui ont commencé par faire sur la personne d'un de ses collègues un premier et plus sanglant exemple. Les députés de l'Extrême Gauche peuvent trouver bon qu'un chef d'industrie, une Compagnie industrielle, soient obligés, le couteau sur la gorge, de recevoir dans leurs chantiers des ouvriers qui y ont porté le désordre, la violence et le meurtre, et qui y rentreront en vainqueurs après en être sortis en émeutiers. Nous ne savons s'il y a un indus- triel en France qui ne préférerait fermer ses ateliers, et mettre la clé sous la porte de son usine, plutôt que de subir une pareille contrainte. Mais pour les hommes politiques d'Extrême Gauche, ces idées, qui paraissent claires, simples et indiscutables pour le commun des hommes, sont matière à controverse.

Ce qui ne se discute pas, c'est l'arithmétique. Rien au monde ne peut faire qu'une industrie qui ne réalise pas de bénéfices soit en état de faire une part plus large aux ouvriers. Aucune négociation, fût^elle conduite par des députés d'Extrême Gauche et secondée par le gouvernement, ne saurait empêcher une Compagnie industrielle qui en surélevant ses prix de revient se mettrait dans l'impossibilité de soutenir la concurrence et vendrait en perte, d'éviter la ruine et la faillite. Nous ne voyons pas quelle transaction peut intervenir quand unequestionsepos.e dans ces termes. Autant vaudrait dire que, pour accorder ceux qui prétendent que deux et deux font quatre et ceux qui tiennent que deux et deux font six, on décidera que deux et deux font cinq.

Nous admirons les esprits heureux qui savent échapper à la brutalité des chiffres. Ces esprits, bienveillans et généreux sans doute, mais certainement pleins d'illusions, ne manquent de prêcher à la Compagnie une « compassion intelligente »

trois fois par jour le matin, à midi et le soir, et plusieurs fois encore dans la journée, si les soldats de garde sont défians et habiles à compter vite. Tout autour, entre la palissade et les constructions, il reste une assez grande surface libre où quelques détenus misanthropes ou de caractère sombre aiment à se promener, quand on ne travaille pas ils ruminent là, à l'abri de tous les regards, leurs pensées favorites. Lorsque je les rencontrais pendant ces promenades, j'aimais à regarder leurs visages tristes et stigmatisés et à deviner ce qu'ils pensaient. Un des forçats avait pour occupation favorite, dans les momens de liberté que nous laissaient les travaux, de compter les pieux de la palissade. Il y en avait quinze cents, il les avait tous comptés et les connaissait même par cœur. Chacun d'eux représentait un jour de réclusion il décomptait quotidiennement un pieu et pouvait, de cette facon, se rendre compte du nombre de jours qu'il devait encore passer dans la maison die force. Il était sincèrement heureux quand il avait achevé un des côtés de l'hexagone; et, pourtant, il devait attendre sa libération pendant de longues années mais on apprend la patience à la maison de force. Je vis, un jour, un détenu, qui avait s.ubi sa condamnation et qae l'on mettait en liberté, prendre congé ie ses camarades. Il avait été vingt ans aux travaux forcés. Plus d'un détenu se soutenait de l'avoir vu arriver jeune, insousiant, ne pensant ni à son crime ni au ahâtiment c'était maintenant un vieillard à cheveux gris, au visage triste et morose. Il fit en silence le tour de nos six casernes. En entrant dans chacune d'el-

et de l'exhorter à traiter les grévistes comme des êtres faibles et inconsciens, comme des enfans malades auxquels il faut non seulement tout pardonner, mais aussi tout donner et tout promettre même l'impossible. Si le sentiment seul pouvait trancher les problèmes économiques, on serait tenté de suivre une inspiration si douce. Il resterait seulement à se demander si les auteurs ou les complices de l'assassinat de M. Watrin, si ceux qui ont pris part aux actes sauvages du début de la grève, aux provocations violentes qui ont suivi, sont précisément ces êtres faibles que le Temps nous dépeint, et s'il n'y a pas des distinctions à faire et des limites à établir, même avec un parti pris d'indulgence.

Mais la question n'est pas là. Elle se pose dans une sphère d'idées et d'intérêts positifs, et on rencontre là des nécessités inéluctables. La Compagnie de Decazeville ne peut accorder l'impossible elle ne peut modifier à son gré la loi de la concurrence et les rapports du capital et du salaire, elle ne peut contracter des epgagemens qu'elle serait hors d'état de tenir et consommer sciemment sa ruine qui serait aussi celle des ouvriers qu'elle emploie.

Parler de transaction, de compromis, de concessions dans de pareilles conditions, c'est méconnaître les faits les moins contestables, c'est entretenir les ouvriers de Decazeville dans des illusions dangereuses qui ne peuvent que retarder la reprise normale du travail et la fin d'une crise qui n'a déjà que trop duré.

COLONIES FRANÇAISES

]' OBOCK.

De notre correspondant particulier.

A<3en, le 9 avril.

Voici quelques détails sur la catastrophe qui vient de se produire sur la frontière du Choa et qui a eu un retentissement si douloureux sur la côte

La caravane Barrai, composée de M. Barrai, de sa femme, de M. Savouré et d'un interprète, Dimitri Righas, portait environ 3,000 fusils et des munitions en grande quantité. Elle venait de quitter Harrar, rendez-vous do toutes les tribus Somalie, gatlas, donakils et abyssines pour gagner Faré, lorsque, arrivée après deux jours de marche près d'une source sulfureuse appelée Amohissa, M. Barrai partit en avant avec sa femme et le frère du Sultan Loïiah, plus 19 Abyssins bien armés, pour chercher l'eau.

A deux kilomètres de sa caravane, il aperçut t sortant des broussailles un nombre considérable d'indigènes qui arrivaient avec des intentions hostiles, et il allait leur envoyer une salve lorsque Mohamed Loïtah l'arrêta en lui disant Ne craignez rien, ce sont des Danakils, je vais faire un « kalam s avec eux. b

Ainsi fut fait. Les Assaïmaras de la tribu de Badoo commandés par le chef Momène déclarèrent alors qu'ils étaient venus pour piller la caravane Ghefneux qui revenait du Choa avec de riches produits. Loïtah leur fit remarquer qu'ils se trompaient de route puisqu'ils étaient sur le territoire do la tribu des Moullou que la caravane allait en Abyssinie et n'avait rien que des armes. Le chef parut se rendre à ce raisonnement mais quelques impatiens déclarèrent que l'occasion était bpnne, que venus pour attaquer ils attaqueraient. Pour les faire taire Loïtah conseilla à î|. Barrai de tirer en l'air quelques coups de fusil. Malheureusement l'armement des noirs était composé de fusils à piston, sauf cinq remingtons aussi les Assaïmaras un instant ébranlés, s'aperçurènt-ils vite qu'ils avaient beau jeu, et pendant que les Abyssins rechargeaient leurs armes à grand'peine, quelques coups de lance furent donnés. On rl-

les, il priait devant l'image sainte, saluait profondément ses camarades en les priant de ne pas garder un mauvais souvenir de lui. Je me rappelle aussi qu'un soir on appela vers la porte d'entrée un détenu qui avait été dans le temps un paysan sibérien fort aisé. Six mois auparavant, il avait reçu la nouvelle que sa femme s'était remariée, ce qui l'avait fort attristé. Ce soir-là, elle était venue à la prison, l'avait fait appeler pour lui donner une aumône. Ils s'entretinrent deux minutes, pleurèrent tous deux et se séparèrent pour ne plus se revoir. Je vis l'expression du visage de ce détenu quand il rentra dans la caserne. En vérité, on peut apprendre là à tout supporter. Quand le crépuscule commençait, on nous faisait rentrer dans la caserne, où l'on nous enfermait pour toute la nuit. Il m'était toujours pénible de quitter la cour pour la caserne. Qu'on se figure Une longue chambre, basse et étouffante, que des chandelles éclairaient à peine, Il régnait là-dedans une odeur lourde et nauséabonde. Je ne puis comprendre maintenant comment j'y ai vécu dix ans entiers. Mon lit de camp se composait de trois planches c'était toute la place dont je pouvais disposer. Dans une seule chambre on parquait plus de trente hommes. C'était surtout en hiver qu'on nous enfermait de bonne heure; jl fallait attendre quatre heures au moins avant que tout le monde fût endormi; aussi était-ce un tumulte, un vacarme de rires, de jurons, de chaînes qui sonnaient, une vapeur infecte, une fumée épaisse, un brouhaha de têtes rasées, de fronts stigmatisés, d'habits en lambeaux,

posta et en ihoîbs de quelques minutes la petite troupe était massacrée.

Mohamed Loïtah fut pris par le chef Momène qui lui assura qu'on ne lui ferait aucun mal; mais ce chef ayant reçu quelques instans après une balle dans le poignet et étant mort de la perte de sang qui suivit, les gens des Badoo massacrèrent le frère de notre allié.

De là, ils se portèrent sur le gros de la caravane. Les chameliers coupèrent immédiatement les sangles qui retenaient les caisses sur les chameaux et prirent tous la fuite vers Harrar, abandonnant toutes les marchandises. M. Savouré protégeait la retraite. Deux jours après cet événement, la caravane Ghefneux arriva. Ceux qui la composaient étaient sur leurs gardes et, voyant plus de 2,500 fusils éparpillés sur le sol, des caisses défoncées, des membres coupés gisant ça et là, ils comprirent immédiatement ce qui s'était passé.

Mgr Louis de Gonzague, Français, vical."? apostolique du Choa, rechercha avec ses missionnaires les restes épars des deux Français; mais les hyènes avaient passé là et on ne les reconnut que très difficilement. On leur rendit les derniers devoirs, et on campa pour tâcher de sauver le plus possible de fusils et de munitions. M. Ghefneux fit preuve d'un grand dévouement en chargeant ses propres chameaux de ces marchandises qu'il remit à M. Savouré au moment ou celui-ci, n'ayant plus rien, reprenait tristement le chemin du Choa pour demander du secours.

Cette attaque imprévue, et qui a eu des suites fatales pour nos deux compatriotes, s'est produite, paralt-11, le 25 février, à près de quarante jours de marche dans l'intérieur. On annonce que le roi de Choa et les tribus de Loïtah vont châtier prochainement la tribu des Badoo, qui relève du Choa, car elle paye, dit-on, à Ménélik un léger tribut.

MADAGASCAR.

Un télégramme adressé de Tamatave au Standard, qui est, on le sait, peu sympathique à l'action de U France à Madagascar, porte, à la date du 21 avril, que les indigènes se montrent très mal disposés à l'égard des étrangers, et qu'ils refusent de payer la taxe nécessitée par le payement de l'indemnité portée au traité. Les ratifications de ce traité sont arrivées, mais toutes ses dispositions n'étaient pas encore connues à Tamatave où l'inquiétude était grande et le commerce arrêté.

Nous croyons savoir que le ministère des affaires étrangères n'a reçu aucun renseigne ment qui confirme les nouvelles du Standard.

,̃•:>-• TONKIN.

Les membres de la commission de délimitation sont rentrés hier, 23 avril, à Hanoï. La plupart des membres de la commission iront passer l'été au Japon. Le capitaine Bouinais viendra passer son congé en France.

Un steamer français, le Noroiom Pr, R'est perdu, le 23 février, au passage de Gua-Tien, sur la barre du Mé-Kong, en effectuant un voyage du Cambodge à Saigon. Dès que cet événement a été connu au chef-lie» la colonie, on a expédié à son secours les steamers du commerce le Mouhot et Cantonnais, qui ont woeédé au sauvetage do l'équipage du Norodom J6T.

Le sauvetage a été dirigé par M. Araud, directeur de la Compagnie des messageries fluviales en CocMncMue.

Le Noroiom I'r a sombré, mais on espère le relever prochainement. Malheureusement, pendant le sinistre, cinq passagers euro péens et quatorze asiatiques, qui s'étaient réfugiés dans les haubans, ont été enlevés par la mer,

ANNAM. :̃• ̃'

les massacres en Annam.

Il y a un mois environ, un télégramme des Missions catholiques annonçait de nouveaux massacres qui. venaient d'ensanglanter les provinces de la Cochinchine septentrionale. Voici quelques extraits de lettres de missionnaires relatives à ces douloureux événement) Lettre de Mgr Caspar, vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale, a ~i&L. les directeurs du séminaire des Missions étrangères de Paris.

Hué, le 13 février 1886.

C'est un nouveau désert créé à la place de nos

tout cela encanaillé, dégoûtant oui, l'homme est un animal vivace! On pourrait le définir un être qui s'habitue à tout, et ce serait peut-être là sa meilleure définition.

Nous étions en tout deux-cent cinquante dans la maison de force. Ce nombre était presque invariable, car, lorsque les uns avaient subi leur peine, d'autres criminels arrivaient; il en mourait aussi. Et il y avait toute sorte de gens. Je crois que chaque gouvernement, chaque contrée de laRussie avait fourni son représentant. Il y avait des étrangers et même des montagnards du Caucase. Tout ce monde se divisait en catégories différentes, suivant l'importance du crime et, par conséquent, la durée du châtiment. Chaque Crime, quel qu'il soit, y était représenté. La population de la maison de force était composée en majeure partie de déportés aux travaux forcés de la catégorie civile {fortement condamnés, comme disaient les détenus). C'étaient des criminels privés de tous leurs droits civils, membres réprouvés de la société, vomis par elle, et dont le visage marqué au fer devait éternellement témoigner de leur opprobre. Ils étaient incarcérés dans la maison de force pour un laps de temps qui variait de huit à douze ans; à l'expiration de leur peine, on les envoyait dans un canton sibérien en qualité de colons. Quant aux criminels de la section militaire, fils n'étaient pas privés de leurs droits civils, c'est ce qui a lieu d'ordinaire dans les compagnies de discipline russes, et n'étaient envoyés que pour un temps relativement court. Une fois leur condamnation purgée, ils retournaient à l'endroit d'où ils étaient

chrétientés, après tous ceux qui attristaient déjà la province limitrophe. Dix chrétientés réduites en cendres, quatre cent quarante-deux personnes massacrées et près de deux mille malheureux réfugiés sous les murs de la citadelle du chef- `` lieu pour y trouver abri et nourriture.

Seule la province de Hué et la partie nord de = celle de Quang-Binh n'ont pas été jusqu'à cette heure ravagées et remplies de massacres par les. lettrés. Encore faut-il rappeler que le Sud de vicariat, dans tout le pays qui s'étend de Hué & Tourane, ne possède plus une seule chrétienté i depuis les malheurs de décembre 1883.

Les colonnes parties de Hué traversent en tous sens la province du Quang-Binh pour disperser les rebelles; mais si elles avaient pu hâter leur marche lors des premiers bruits de troubles, nos chrétientés auraient pu échapper au malheur qui les a frappées.

~~L'ancienministre~delaguei're~se~trouvè;~di't= `

L'ancien ministre de la guerre se trouvé*, dï't-

on, dans les montagnes qui longent la province de Quang-Binh; il aurait même provoqué cette nouvelle levée de boucliers et continuerait à entretenir des foyers d'insurrection dans toute la région d'Annam.

Lettres de M. Eéry, missionnaire de la CocUnchint\ septentrionale, à Mgr Caspar.

14 janvier.

Monseigneur, » De notre cher !Quang-Binh chrétien il n'existe plus qu'une ombre, Sao-Bun; encore va-t-ette s'évanouir aux lueurs de l'incendie qui la menace! Le Père Co est massacré; sa tête, portée en triomphe par tous les villages comme trorphée de victoire, est déposée au pied du chef des égorgeurs: c'est l'insulte suprême. Quatre cent huit chrétiens de ses paroisses sont montés au Calvaire avec lui et de là au ciel. Quels supplices quelle barbarie 1 Les cadavres des ` femmes et des enfans éventrés sont surtout méconnaissables; tous sont réduits en mille pièces.

J'ai vu tant d'horreurs que je ne cuis plus vi- >vre. Des chrétientés de Xuân-Hôi, Mi-Phusé. Day-Phong, il n'y a plus que des cendres, remuées vingt fois par l'avidité des païens égorgeurs, à qui l'on promettait des trésors pour leur faire commettre des atrocités qui leur répugnaient, eux cependant peu délicats. Cent-quarante-six chrétiens survivent encore, hélas pour mourir de faim chez moi, qui n'ai rien, pas même une larme aujourd'hui; la source en est tarie. Avec une escorte due à la complaisance de M. le commandant de place de. Quang-Binh, je suis allé les recueillir impossible de donner aux victimes la plus humble sépulture, car deux brigands, accourus soudain, nous entouraient de si près que nous avons nous replier sur-le-champ.

16 janvier,

A peine débarqué à Sao-Bun, je suis reparti à Phu-Viêt. Il n'était que temps; les chrétiens assaillis ne tenaient plus. Attaqué au milieu de. l'embarquement, il a fallu livrer bataille à ceat^ cinquante brigands, tous armés. Le porte-étendard tué à coups de fusil et de revolver, la bande a rebroussé chemin peu à peu.'

Mes quelques barques, trop chargées, ont failli couler vingt fois. A deux heures du matin, attaque de pirates au-dessous de Trun-Quan; mais, grâce à Dieu et à la Sainte-Vierge, j'ai pu ramener quatre cent dix personnes de Phu-Viêt; .les autres ont été égorgées. Les trois paroisses de Ho-Cuoi, Phu-Viêt, An-Dinh sont incendiées àù's- sitôt après notre départ. En tournant la tête/ nous voyons les flammes qui dévorent tout. les chrétiens pleuraient. « La place est nette, disent les païens égorgeurs, nous vivrons en pafx loia des Français. »

17 janvier.

La paroisse de Mi-Luông est brûlée. Du couvent il ne reste rien, car le feu ne pardonneras; cest la destruction complète dont j'ai tant de fois entretenu Votre Grandeur; mais impossible de la prévenir et d'y opposer le moindre obstacle. J'ai recueilli les religieuses et les chrè- tiens, partie en barque, partie à pied à travers les dunes. Nous faisions halte tous les deux cents ` mètres, la peur nous enlevant le reste de forcés que la faim nous laissait encore. ̃ Dinh-Muôi n'existe plus, vingt-cinq chrétiens retenus dans le village sont brûlés ou égorgés* les autres sont restés deux jours caches dan» les broussailles, se nourrissant de baies et au- très fruits sauvages. Quand je suis allé à leur recherche, il n'existait presque plus personne. Sao-Bun regorge l'église, Tes maisons. les barques sont combles, et pas de riz Mon Dieu, v Monseigneur* nous allons tous inourir de faim < avant que les lettrés ne nous immolent 1

̃•

ÉTRANGER

Les arméniens de la Turquie!

Une lettre de Salomique du 10 avril donne les renseignement suivans sur les arméniens de la Turquie sur la frontière turco-grecque Le vapeur de guerre le Serifi Resehan, arrivé avant-hier à Sàlonique, a amené 300 recrues environ venant âô i'Alie Mineure, 72 chevaux et 140 cavaliers. Lie vatiëur iyWytèffl«adébarquéicil,O0O artilleurs envoyés de Syrie. Les deux navires on ques lion ont auesi apporté à Salonique de la farine et des mu- citions qui toutefois n'ont pas encore été dé-

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venus, et entraient com»fi sofaiata dans les bataillons de ligne sibériens (2). Beaucoup d'entré eux nous devenaient bientôt pour des crimes graves; seulement ce n'était plus pour un petit nombre d'an- nées, mais pour vingt ans au moins ils faisaient alors partie d'une section qui se nommait à « perpétuité »: Néanmoins, les perpétuels n'étajent pas privés de leurs droits. Il existait encore une section assez nombreuse, composée des pires malfaiteurs, presque tous vétérans du crime, et qu'on appelait la «section particulière », On envoyait là des condamnés de toutes les Russies. ils se regardaient '-à bon droit comme détenus à perpétuité, car le terme de leur réclusion n'avait pas» été indiqué. La loi exigeait qu'on leur donnât des taph.es. doubles et triples. Us restèrent dans la prison jusqu'à ce qu'an ëstïfeprîÉ » en Sibérie les travaux de force les plus pénibles. « Vous n'êtes^ ici que pour un temps fixe, disaiént-ils aux autres for- çats nous, au contraire, nous y sommes pour toute notre vie. » J'ai entendu dire plus tard que oette section êlaitaÈMie* f On a éloigné en même temps les condamnés civils, pour ne conserver que les condamnés militaires que l'on organisai en compagnie de discipline unique. L'ad-< ministration a naturellement été changée. Je décris par conséquent jes pratiques d'un autre temps et des enoses anciennes, abolies.

(Traduit du russe de Dostoïevski.)

4 suivre.

(2j.DostoïewsM devint lui-même soldat en Sï- béne quand il eut subi sa peine.