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1ES DEUX THEATRES

Le Conseil de la So- ciété des Nations se réunira le 10 septembre à Genève. Le 10 septem-

bre; aussi, se rencontreront en Allemagne M. Hitler et M. Mussolini. > Théâtres rivaux ? On ne voudrait pas le dire. En tout cas, musiques qui s'accorderont comme celles de certains quartiers de l'Exposition, où la Chevauchée des Walkyries dispute au Chant hindou l'oreille des visiteurs..

Les peuples préféreraient peut-être, un obscur travail diplomatique qui leur apportât, de temps en temps, la fin d'une dispute. Mais les peuples, au fond, ne sont jamais contents. Préparons-nous donc à cette double représentation.

La Société des Nations déteste qu'on la plaisante. A vrai dire, trop de susceptibilité ne cache pas une grande force. Mais, assurément, J'heure n'est plus de plaisanter. Reste que seuls font œuvre utile ceux qui savent se critiquer eux-mêmes. Si les délégations, sur le point de partir, veulent bien considérer leur figure, elles échapperont difficilement au sentiment qu'elles ressemblent à des caravanes envoyées à Genève ̃ pour apprendre qu'un trouble est apparu en, Espagne, que les Chinois et les Japonais ont une querelle sur le sens du mot « guerre et que le Négus a cessé d'habiter Addis-Abeba. Ce qui ruine et ruinera de plus en .plus la Société des Nations, si elle continue, ce n'est pas son principe, c'est sa méthode.

Défendre la paix consiste à prévoir et à prévenir le mal, non à le juger après coup. S'il est difficile d'amener devant le juge les ravisseurs de miss Koven, il est impossible d'y amener des nations de cinquante ou cent millions d'habitants sans mettre l'univers en état de guerre permanent. Quand la Société des Nations se sera; organisée pour connaître et suivre, au jour le jour, le développement des risques de la vie internationale, pour en avertir au fur et à mesure les intéressés et pour leur préparer, discrètement d'avance des solutions pratiques et équitables, elle acquerra vite de l'autorité elle ne remplacera pas 'les gouvernements, mais, par la loi du moindre effort, elle les gagnera de plus en plus à son influence.

Mais tant que, pour sauver la paix, elle se bornera à organiser des duels d'avocats concurrents, des conciliabules à la manière de comités électoraux, "des conférences de perfectionnement,pour Etats indociles et des expertises judiciaires autour de peuples -noyés, elle n'aura prise sur le destin. Ce n'est pas quand un ménage est rojpjnJtàet l'irréparable accompli que la belle-mère peut arranger les choses en faisant une scène au mari.

Maintenant, l'autre théâtre.

M. Hitler, au nom de l'Allemagne, doit un discours de remerciement à M. Mussolini.

Il y a un peu plus de deux ans, c'était Stresa l'Allemagne, isolée, se résignait à préparer ses documents p(?ur une conversation européenne. Résignation bien inutile

Des milliers de soldats italiens moururent héroïquement en Ethiopie. Aussitôt, sans sacrifier un soldat ni un pfennig, l'Allemagne se trouva en mesure d'occuper militairement la Rhénanie et d'affirmer une influence irrésistible sur la vallée du Danube. Le bloc France-Angleterre ? L'Angleterre, déjà accrochée en Ethiopie et en Palestine, le fut en Espagne. Quant à la France, elle eut à s'occuper de ses frontières du Sud et de ses communications.

A présent le camarade japonais ajoute aux distractions de l'Angleterre, occupe l'inquiétude des Russes, met à l'épreuve la superbe améripatne.

M. Mussolini s'étonnera « Tu as bien de la chance, tu gagnes sans bouger » « J'ai retenu de mes maîtres, répondra M. Hitler, que la faute de l'Allemagne en 1914 fut de n'avoir pas compris que le temps travaillait pour elle. »

LUCIEN ROMIER.

M. MUSSOLINI

sera accueilli en Allemagne avec un faste sans pareil Berlin, 29 août. D'après des informations recueillies dans les milieux -allemands généralement bien informés, le Duce se rendrait tout d'abord à Berchtesgaden, où il serait l'hôte du Fuhrer dans sa villa de l'Obersalzberg. A l'issue des importants entretiens qu'ils auraient pendant deux ou trois jours, le Duce et le Fûhrer se rendraient à Berlin. Dès maintenant, les autorités allemandes préparent, dit-on, au chef du gouvernement italien une série de réceptions grandioses d'un faste sans pareil dans les annales du troisième Reich.

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L'aviation japonaise

bombarde Cftapeî

Trois cents civils chinois tues, sept cents blessés Un pacte sino-soviétique de, non-agression a été signé le 21.août. >,

Un groupe de journalistes japonais, envoyés spéciaux". sur le théâtre des opérations, suivant les combats qui ont précédé la prise de Tien-Tsin. Les aviateurs japonais continuent à faire des coupes sombres dans la population civile chinoise de Shanghaï. Il s'agit de mettre à l'épreuve le moral des non-combattants. Au reste, cette théorie de la guerre « totale » n'est pas spécifiquement asiatique.

Le bilan officiel du bombardement de la gare ^du Sud, samedi, à Nantao, a été établi à 400 morts, 700 blessés. Hier dimandhe, cette fois sur la gare du Nord et Chapei, les' Nippons ont lâché une douzaine de grosses bombes. On annonce pour le moment 300 civils chinois tués et 700 blessés.. Des projectiles sont tombés près des^liniites de la; concession, internationale, ébranlant toutes les maisons du voisinage, mais ils n'ont pas causé de dégâts. On fait rémarquer, par ailleurs, que la situation dans les concessions,est améliorée, les lignes s'étant quelque peu éloignées vers le nord. L'ambassade et le consulat général britanniques ont installé des bureaux sur le Bund, et de- nombreuses maisons de commerce ont rouvert leurs portes. Les volontaires ont été démobilisés. Dans la matinée, tandis que les batteries et un train blindé chinois répondaient au tir des navires, de guerre japonais, un obus chinois est tombé, sans l'atteindre, tout près du -vaisseau ^amiral américain Aupusta.

A reiniiouchurc du Yang^Tsé, les Japonais confirment que Lo-lien :est entre leurs mains, mais les Chinois déclarent qu'ils ont reçu des renforts sur ce front et qu'ils cernent les Nippons. Ces derniers ont fait avancer sur 'le Yang-Tsé, en face de Kia-ïing, trente-huit canonnières, ce qui semble indiquer un prochain débarquement de troupes. Dans la Chine du nord. il est très: difficile dé s'y reconnaître, toujours en raison des nouvelles contradictoires. Il paraît toutefois certain que la ligne du chemin de fer de Pékin à Sui-Yan est occupée par les Japonais jusqu'à Kalgan, car l'agence chinoise Ceiitral News annonce que les Chinois, très éprouvés par le tir de -l'artillerie japonaise, ont dû évacuer Kalgati et se replier sur des positions: fortifiées aux abords de la ville. ..y (Suite page 3, colonnes 4 et 5.) ̃

LES JOURS SE SUIVENT

LES DEBUTS DANS LA VIE

II est difficile d'écrire ses mémoires sans attendrissement et sans amertume, d'y être simple et vrai. M. Maurice Donnay, dans les souvenirs qu'il vient de nous donner sur ses débuts à Paris a rejoint si naturellement sa jeunesse, il nous en fait la confidence avec une si charmante aisance qu'il ne semble, pas vraiment que cela soit difficile. Cette réussite tient sans doute à la réussite d'une vie mais pour réussir harmonieusement une existence ce qui n'est pas la même chose qu'une carrière. il n'y faut pas seulement de la chance et du talent il y faut aussi de la grâce, et une mesure exacte entre la fantaisie et le bon sens, entre l'enthousiasme et le détachement.

Je souhaiterais que ce livre fût lu par des jeunes gens de vingt ans. Non point seulement parce qu'ils y apprendraient ce qu'était la vie parisienne à la fin de l'autre siècle et qu'ils y recueilleraient des traditions spirituelles (et quelques anecdotes fort savoureuses),, mais parce qu'ils y verraient que, tout compte fait, les débuts dans la vie se ressemblent toujours et que ceux d'àujourd'hui lie- sont pas, quoi qu'on dise, plus ingrats que ceux d'hier. Qu'il s'agisse de d'Arthez, c'est-à-dire de Balzac, de Lafforgue, de Jules Renard ou de Maurice Doiinay, l'aventure porte les mêmes couleurs la petite chambre ou le « meublé » et les mêmes proportions, la part de la séduction et celle du hasard gardent les mêmes « constantes ». Ce qui fait l'agrément de ces pages, c'est que la rêverie y affleure constamment sons l'ironie et que M: Maurice Donnai] garde à distance beaucoup de gentille indulgence envers sa jeunesse. Eh oui, il a aimé une Mariette, qui était une petite chanteuse, tendre et fidèle à sa manière _et qui s'accommodait d'un logis très modeste et s'enchantait de tout, et ne poussait pas les hauts cris parce eue l'huile de la lampe avait taché son manteau marron « il vrai col de loutre ». Quelle jeunesse un peu difficile n'a pas eu sa Mariette pour y mettre soudain l'éclat de ses dents rieuses et cet insouci de l'avenir qui ôte toute pesanteur au présent ? M. Maurice Donnay avait sa vie à faire, comme on dit mais il ne doutait pas qu'elle se fît. C'est ainsi qu'il a rencontré son sort et ce sort n'était pas si mal.

On me répliquera que les chances étaient plus nombreuses alors. Est-ce sûr ? Notre monde moderne bouillonne: mais chez nous il conserve sa variété, et quand les jeunes Français d'aujourd'hui écriront leurs sonvenirs, on y trouvera encore de petites chambres, des Mariettes, et ces hasards qui les attendent et, déjà, sont inscrits sur leurs fronts. Guermantes.

LE CHAUFFEUR

de l'ambassade d'Italie errait dans la cour

de f ambassade f Espagne i Af. Araquista

le prend pour an malfaiteur elle fait conduire au poste Vers 16 heures l'ambassadeur de la République Espagnole, M. Araquista, sortait de l'ambassade par la porte s'ouvrant sur le 11 de l'avenue Marceau, lorsqu'il croisa dans la cour un homme dont l'allure, lui t'suspecte. Il l'jnterpella. L'homme répondit en italien. Les agents furent requis et conduisirent le suspect au commissariat de du quartier de la Muette. II s'agissait d'un chauffeur de l'ambassade d'Italie, qui invité par un camarade demeurant avenue Marceau ne se souvenait pas du numéro de l'immeuble et était entré dans l'ambassade rejoindre son ami.

Les faits ayant été reconnus- exacts, <le chauffeur a été' relâché. •̃

UNE RECONSTITÏÏTiON HISTORIQUE A FONTAINEBLEAU

Une vue généra.e de la fête consacrée à l'épopée napoléonienne, qui eut lieu hier à Fontainebleau.

SURLAROUTEDEPOISSY ungIant matraquait

tes promeneurs Poursuivi, il se jette à la Seine et se noie

Deux de ses victimes

sont dans un état grave

Trois ouvriers agricoles polonais Maliceh, Seevagen et Hoop, âgés respectivement de 43, 27 et 25 ans, avaient décidé, hier après-midi, d'aller de Poissy où ils travaillent dans une ferme à Villennessur-Seine. Ils marchaient donc tranquillement sur la route, et allaient atteindre leur but lorsqu'ils virent s'avancer, en sens inverse, un individu qui par sa stature ne pouvait passer inaperçu. Haut de près de deux mètres, large d'épaules, cet homme, qui paraissait âgé d'une |rentaine d'années, s'apjHiy ait sur un gourdin noueux et lourd. Que se passa-t-il alors, exactement ? Hoop,, qui devait quelques instants plus tard s'enfuir et sortir ainsi indemne de cette rencontre, a raconté, que ses amis Molicen et Seevagen n'avaient.pas proféré le moindre mot. Le regard qu'ils eurent sans doute, vers l'homme suffit-il cependant à déchaîner sa colère ? Toujours est-il que sans mot dire, le géant fit tournoyer son gourdin et l'abattit sur la tête des malheureux Polonais qui s'écroulèrent sur la route.

Le fou, peut-on t'appeler autrement, car aucune de ses victimes ne le connaissait ? continua son chemin, sans être inquiété. Il fit une centaine de mètres, arriva devant la propriété d'un artiste-peintre M. Béguin, en train de dîner dans son jardin avec sa femme et ses enfants. Sans mot dire, il monta sur le mur, l'escalada, sauta dans une allée et s'avança vers les dîneurs, les yeux hagards, M, Béguin,- vit le danger, et lanca son chien contre l'intrus. L'homme n'insista pas et reprit la route, en emportant, une chaise en bois qu'il tirait derrière lui.

(Suite page 3, colonnes 1 et 2)

LE NOUVEAU DIRECTEUR DES SERVICES DU PROTOCOLE

M. Lozé remplacera fin octobre

M. Becq de Fouquières

M. Maurice Lozé.

Ainsi que nous l'avions indiqué le mois dernier, M. Maurice Lozé, consul général, attaché depuis quatre ans aux services protocolaires du Quai d'Orsay, remplacera, à la fin du mois d'octobre, M. Becq de Fouquières, qui prend sa retraite.

Cette désignation sera particulièrement bien accueillie dans les milieux diplomatiques qui ont pu apprécier dans les fonctions que remplissait M. Lozé auprès de M. de Fouquières, l'affabilité et le tact du nouveau chef du protocole.

CLOTURE SOLENNELLE DES JEUX UNIVERSITAIRES INTERNATIONAUX v

II appartient aux pouvoirs publics d'encourager

le sport universitaire français

Une vue générale, au stade de Colombes, de la cérémonie de clôture des Jeux universitaires.

Les septièmes Jeux universitaires se sont terminés hier. Contrairement à la tradition, ils n'ont pas fini par une soirée de liesse estudiantine, mais simplement par la lecture du palmarès et sur une dernière invocation à la mémoire de celui en deuil de qui les fêtes étaient supprimées;

Peut-être est-ce la gravité qui a présidé à la fin des Jeux qui incite à des réflexions sérieuses. En. tout cas, pour aujourd'hui, nous couperons au plus court les considérations sportives et nous tâcherons tout de suite de tirer la morale de l'histoire.

Pourtant, les commentaires sportifs de la journée méritaient mieux qu'une mention à Roland-Garros, Destremau,

A SELLES-SUR-CHER

Un discours politique du Président du Conseil M. Camille Chautemps a dit La prospérité de l'agriculture, comme celle,de toutes les autres acti.vités françaises, dépend beaucoup moins de la satisfaction, de revendications particulières et d'une course à la hausse avec l'industrie, que de l'amélioration progressive et continue de la prospérité générale par une politique tenace d'ordre financier et de production accrue.

–̃- On parle parfois de mon optimisme. Je veux l'affirmer une fois de plus. je suis sûr qu'en dépit de ses divergences superficielles, la France saura maintenir et accélérer, dans la concorde sociale, le rythme fécond de son travail.

» Ce serait la mal connaître que de douter de la force invincible qu'elle porte en elle et de la certitude de son heureux destin. »

RACKETTERS ET AUTRES.

LE CHANTAGE A NOM AMERICAIN

La police judiciaire et la presse suivent, en ce moment, une affaire de chantage à nom américain. L'intérêt s'en augmente de la présence, parmi les maîtres-escrocs qui l'ont conduite, de personnages déjà mêlés à de retentissants procès. Ils ont été, nous diton, envoyés, il y a trois jours, au Dépôt, pour chantage, abus de confiance, etc. Pourquoi s'est-on plu à les baptiser « racketters » ? Parce qu'il est de mode de remplacer les clairs mots français par des termes d'argot étranger, dont la plupart des lecteurs ignorent la prononciation et le sens.

réacclimaté, redevenu notre grand joueur numéro un de France, l'emportait sur un adversaire aussi bon exécutant que lui, mais qu'il dominait de toute son intelligence.

A Colombes, nos coureurs de quatre fois quatre cents tenaient d'un bout à l'autre leurs prestigieux adversaires anglais (deuxièmes à Berlin) et l'emportaient sur les Allemands (troisièmes à Berlin.). Nos relayeurs de sprint terminaient troisièmes, nos relayeuses également, et, sur deux cents mètres, une révélation masculine Bluquette, et deux féminines Mlles Gravil et Bloeh, prouvant qu'il ne manque pas de talents athlétiques en France.

(Suite page 6, col. 2.)

Les racketters, ce sont, parait-il, des maîtres-chanteurs des gredins qui font du chantage. Littré signale, en 1883, que « chantage n'est pas dans le dictionnaire de l'Académie. Aujourd'hui, « chantage est dans le Larousse, qui le définit bien. C'est l'extorsion d'argent, de valeurs, de signature, etc., sous la menace écrite ou verbale de révélations vraies ou fausses.

Mais le mot chantage n'est pas dans la loi. C'est sans doute que ce délit n'est puni que depuis le 13 mai 1863. Il est stagiaire. Le terme juridique est extorsion de fonds. La pratique des parquets le place à côté des délits de parole, car un des éléments est la diffamation, donc l'écrit, la parole ou l'imprimé. Le même texte punira les organisateurs du chantage des appareils à sous et les misérables qui, bien avant guerre, avaient organisé ce que l'on nomma le coup du garde-champêtre.

La scène se passait dans une station thermale. Après quelques jours de galanterie, un des complices, un beau garçon, emmenait un soir, dans un coin obscur du parc, une jeune femme, qu'il savait riche, mariée et qui était venue sans compagne prendre les eaux. Grisée de paroles tendres, elle « s'emparadisait » ce soirlà dans cette solitude à deux, quand arrivait le second du séducteur. C'était un faux garde-champêtre, qui dressait procès-verbal, se montrait d'abord farouche, puis s'attendrissait aux larmes de la dame, qu'il n'était pas besoin de rosser, comme on a fait à M. Gérard, pour obtenir d'elle, à défaut d'argent immédiat, des billets signés aussitôt et pour une forte somme. Bientôt, la malheureuse comprenait ce qui lui était arrivé et dans quelles mains elle était tombée. Mais au moindre retard à l'échéance, la menace d'envoyer les billets au mari la forçait de vendre ses bijoux, des valeurs, tout ce qu'elle possédait. Quand elle n'eut plus rien, elle finit par où elle eût dû commencer. Elle alla conter l'aventure au commissaire du quartier qui arrêta les deux racketters thermaux, le don Juan et le faux garde-champêtre. Le parquet mit fin au supplice de la femme coupable

mais punie. Henri V onovcn. I

mais punie. Henri Vonoven.

PARLEZ-MOI D'AMOUR.

L'ARBRE Par GÉRARD D'HOUVILLE

TROIS jeunes filles, qui passaient l'été à la campagne, dans un lieu familial et sans « distractions », étaient fort assidues auprès d'une vieille tante, que l'on soupçonnait d'avoir eu le cœur vif en sa jeunesse et des aventures variées. Le soir, lorsque les gens sérieux s'étaient retirés dans leurs chambres, afin d'y goûter ce que l'on appelle, avec une certaine prétention, « un repos bien gagné », les trois petites personnes, futées et réveillées, allaient frapper à la porte de tante Julie, dont les appartements étaient égayés, pour elles, de phonographes, de bonbons, de cigarettes et de vin de Frontignan. Ces plaisirs n'auraient pas suffi aux assiduités de ces demoiselles. Elles s'étaient juré de faire raconter à tante Julie ses amours lointaines. Et, comme en ces brèves séances secrètes, elles jetaient, d'après l'avis de la tante, feu et flammes, elles appelaient cela « Aller flamber chez tante Julie. » Quand, passant à pas muets dans le long couloir l'une en pyjama bleu, l'autre en robe de chambre à fleurs et la troisième en chemise de nuit rosée, elles frappaient à la porte fermée, elles murmuraient les mots de passe « Ma tante, nous venons flamber. » Alors, la porte s'ouvrait et, avec les trois gamines, pénétrait l'air de la jeunesse en la grande pièce désuète où l'on respirait celui des souvenirs, celui du passé, celui où avaient vécu les sentiments et les choses révolus.

Tante Julie racontait volontiers à ses nièces les amours de ses amies intimes, leurs déboires, les farces de leurs maris, ou leurs mariages manqués, les singularités d'un sien cousin, qui au seuil de l'église nuptiale et, bien et dûment uni, pour la vie, à une fiancée qu'il semblait aimer, la quitta, s'en alla, disparut et ne revint que vingt ans après au foyer conjugal. et d'autres folies du même genre. Car elle avait l'esprit narquois et voyait bien ce que l'on voulait d'elle mais feignait de ne pas comprendre à qui s'adressait cette curiosité juvénile, à la fois flatteuse et irrespectueuse. Un soir, pourtant, la plus jeune et la plus hardie n'y tint plus « Tante Julie dit-elle avec une câlinerie audacieuse soyez gentille Racontez-nous vos histoires, à vous. Qui avez-vous le plus aimé ? Futil unique ? Fut-il préféré à quelques autres ? Avez-vous hésité en votre choix ? ou bien avez-vous choisi successivement, non seulement vos deux maris, mais des. amis passionnés ? Vous pouvez bien nous le dire. Nous vous racontons tous nos flirts, nous vous confions tous nos péchés. qui ne sont pas encore accomplis. Mes enfants

avoua sincèrement tante Julie je vous répondrai bien volontiers et vous ne me croirez pas. Je n'ai jamais aimé, d'un attachement unique et irremplaçable. qu'un arbre. Eh oui ce beau hêtre sous lequel je vais si souvent m'asseoir et qui s'élance vers le ciel avec tant de force et de grâce. J'ai épousé votre grand-oncle parce que il me demanda, à son omhre, de devenir sa femme j'ai renoncé à un autre garçon qui me plaisait parce qu'il n'aurait pas gardé cette vieille de.meure, ce jardin et que j'aurais été séparée de mon arhre, mon cher et bienveillant ami, qui abrita mes premiers jeux d'enfant, mes rêves d'adolescente, mes tendresses de jeune femme. Sur toute ma vie, s'étendit l'ombre aérée, puissante, mystérieuse, de mon arbre. Des

sentiments naquirent ou moururent à cause de lui il décida de certaines actions importantes de mon existence. Pour lui, à cause de lui, j'acceptai des devoirs et renonçai à des joies. II fut mon plus fidèle amour et je lui dois mon plus parfait souvenir de bonheur, lorsqu'à la veille d'une grande et tendre espérance je vins, par une belle nuit, m'y asseoir sous le frémissement de son feuillage et que j'y entendis tout ce que je souhaitais entendre et ce que aucune voix amoureuse ne me dit jamais. Gérard d'Houville.

DEUX FEMMES

EXECUTEES

A LENINGRAD

Moscou, 29 août. La Leningradskaïa Pravda d'hier annonce que le tribunal militaire de la circonscription de Léningrad a condamné à mort deux femmes nommées Ivaiiova et Georgievska, employées d'une colonie enfantine, qui « pour des motifs terroristes contre-révolutionnaires, ont, au moyen d'un mélange de matière vénéneuse dans la nourriture des enfants, tenté d'empoisonner douze enfants de 8 à 11 ans ». Ces derniers ont pu être sauves. Les deux coupables ont été fusillées.