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Title : Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Troisième série, Q-T. Tome seizième, TAR-TET / publ. sous la dir. A. Dechambre [puis de] L. Lereboullet ; L. Hahn secrétaire de la dir. [puis] directeur-adjoint

Publisher : G. Masson (Paris)

Publisher : P. Asselin (Paris)

Publisher : [puis] Asselin et Houzeau (Paris)

Publication date : 1874-1885

Contributor : Dechambre, Amédée (1812-1886). Directeur de publication

Contributor : Raige-Delorme, Jacques (1795-1887). Directeur de publication

Contributor : Lereboullet, Léon (1842-1914). Directeur de publication

Contributor : Hahn, François Louis (1844-1921). Collaborateur

Subject : Médecine

Set notice : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37326324j

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37387717v

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : French

Format : 18 vol. : ill. ; 25 cm

Description : Dictionnaires

Rights : Consultable en ligne

Rights : Public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k31285k

Source : Bibliothèque nationale de France

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE

DES

SCIENCES MÉDICALES


PARIS. TYPOGRAPHIE A. LA HURE

Rue de Fleurus, 9.


DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE

DES

SCIENCES MEDICALES DIRECTEURS

A. DECHAMBRE L. LEREBOULLET

DE 1864 A 1885 DEPUIS 1886

DIRECTEUR-ADJOINT L. HAHN

COLLABORATEURS MN. LES DOCTEURS

ARCHAMBAULT~ ARLOINGI ARNOULD (J.), ARNOZAN, ARSONVAL (D'); AUBRY (J.), ilENFELD, RAILLARGER, BAILLON, HALBIANI, HALL, BARTH, BAZIN, BEAUGRAND, DÉGLARD, BÉIIIER, BENEDEN (VAN), BERGEn, BEI4YüEI5f~ BERTILLON, BERTIN-SANS, BESNIER BLACUE, BLAGUEZ, BOINET, BOISSEAU, BORDIER, BORI US, BOUCIIACOURT, CH. BOUCHARD, BOUCUEREAU, BOUISSON, BOULAND (P.), BOULEY (Il.), BOUREL-RONCIÈRE, BOURGOIN, BOURRU, DOCRSIER, BOUSQUET, BOUVIER, BOYER, BRASSAC, 13ROCI, BROUARDEL, BAO`PN-SÉQDARD~ BRUN, BURCK£11, HUSSARD, CALMEIL, CAMPANA, CARLET (G.), CERISE, CHAMBARD, CHARCOT, CHARVOT, CHASSAIGMC CIfAUVE.1U~ C1SAUVEL~ CHÉREAU, CUERVIN, CHRÉTIEN, CHRISTIAN, COLIN (L.), cumUL, COTARD, COULIEA, COUATY~ COYNE~ D.1LLY~ DAVAINE, DECIIAMBRE (A.), DELERS, BELIOUX DE SAVIGNAC, DELORE; DELPECII, DEIIANGE9 DENONVILLIERS, DEPAUL, DIDAY, DOLBEAU, DUBUISSO\~ DU CdZAL~ DUCLAUX, DUGUET, DUJARDIN-HEAUHETZ~ DUPLAY (S.), DUREAU~ DUTROULAU~ DUWEZ, ÉLOY, ÉLY, FALRET (J.), FARABEUF, FÉLIZET, FÉRI,9, FERRAND, FLEURY ~DE~~ FOLLIN~ FONSSAGRIVES, FOURNIER ~E.FMNCR-FRANÇOIS~ GALTIER-BOISSIÈRE~ GARIEL, GAYET, GAYRAUD, GAV.1RRET~ GERVdIS (P.), GILLETTE. GIRdUD-TEUL0~1~ COULEY1 GRANCUER, GRASSET, GAEENIIILL~ GRISOLLE GUBLER, GUÉNIOT, GGÉR:1RD~ GUILLARD, GUILLAUME, GUILLEMIN, GUYON (F.), RAiiN L.), HAMELW, HAYEU, RECHT, BECICEL~ üENNEGUY~ BÉYOCQUE~ IIERRMANN, FIEYDENREICü, IIOVELACQUE, HUMBERT ISAMBERT, JACQUESfIER~ RELSCü~ AIR5üSS0;Y~ KRISHABER, LABBÉ (LÉON), LABHÉE~ LABORDE, L.1BOULBÈNE~ LACASSAGNE, LADREIT DE LA. LAGNEAU (G.), LANCEREAUX, LARCUER (0.), LAVEMN, LAVERAN (A.), LAYET, LECLERC (L.), LECORCHÉ, LE DOUBLE, LEFÈVRE (ED.), LEFORT (LÉON), LEGOUEST, LEGOYT, LEGROS, LEGROUX, 1,EltEBOULLET, LE ROY DE MÉRICOURT, LETODRNE.1U, LEVEN, LÉVY (MICIIEL), LIÉGEOIS, LIÉTARD, LINAS, LIOUVILLE, LITTRÉ, LUTZ, MAGITOT (E.), SfALAGTTh MARCIIAND, htAREY~ ü:IATINS~ MASSE, MATHIEU, MERRY-DELADOST, SfICHEL ~DE NANCY~~ 51ILLAAD~ MOLLIÈRE (1),kNIEL), MONOD MOiT,11;IER, SIOAACUE~ MORAT, MOREL (B. A.), NICAISE~ NIIEL~ OHÉDÉNARE~ OLLIER, ONIMUS, ORFILA (L.), OUSTALET, PAJOT, PARCIIAPPE, PARROT, PASTEUR, PAULET, PÉCüOLICR~ PERRRI ~SfAUAICEj, PETER (M.), PETIT ~A. PETIT (L.-II.), PEYROT, PICQUÉ, PINARD, PINGAUD, POLAILLON, FOrAIN, POZZI, RAULIN, RAYMOND, RECLUS, REGNAIID, REGNAUI.lI, RENAUD (1.), RENAUT, RENDU, RENDU, RETTERER, REYNAL, RICUE, RITTR, ROBIN (ALBERT), ROBIN (CH.), ROCIURD, ROCHAS (DE), ROCHEFORT, ROGER (II.), ROüMER, ROLLET, ROTUREAU~ ROCGET~ ROYER (CLÉMENCE), SAINTE-CLAIRE DEVILLE (n.), SANNÉ, SANSON, SAUVAGE, SCHÛTZENBERGER (cu.), SCIlÛTZENBERGER (P.), SÉDILLOT, SÉE (MARC), SERVIER, SEYNES (DE), SIRY, SOUBElRAN (L.), SPILLMANN (E.), STÉPIlANOS (CLÔN), STRAUSS (11.), TARTIVEL, TESTELIN, TIIOUAS (i ), TILLAUY ~P.~1 TOURDES~ TOURNEUY~ TAÉLAT (U.), TRIPIER (LÉON), TROISIER, V.1.LLIN, VELPEAU, VERNEUIL, VÉZL1N~ VIACD-GRdND-ItAAAIS~ VIDAL (ÉM.), VIDAU, VILLEMIN, VOILLE3IIER, YULPIAN, WARLOMONT, WID.1.L, WILLU, WORMS (J.), WURTZ, ZUBER.

TROISIÈME SÉRIE

C x

TOME SEIZIEME

TAR TÊT

PARIS

G. MASSON P. ASSELIN ET Cle

LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MGDKMIJIC LIBRAmES DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE

foul.urd Balnl-GermaiD, en r..o l'Éc.l. de g6dvciue Place de l'École-de-3fédecine

MDCCCLXXXVI



DICTIONNAIRE

ENCYCLOPÉDIQUE

DES

SCIENCES MEDICALES

TARIN. Les Tarins (genre Chrysomitris Boie) appartiennent à la famille des Passereaux conirostres de G. Guvier (voy. le mot Passerez) et à celle des Fringillidés (FrmgUUdœ des naturalistes modernes). Ce sont des oiseaux sensiblement plus petits que les Moineaux vulgaires et ayant le bec médiocrement allongé, mince et très-pointu, les ailes aiguës, dépassant un peu le milieu de la queue, qui est légèrement échancréè, les tarses courts et les doigts terminés par des ongles crochus. Leur plumage est ordinairement varié de jaune, de vert, de brun, de blanc ou de noirâtre, et, chez les mâles, un capuchon noir plus ou moins étendu couvre fréquemment la têle.et le devant du cou. Par leurs caractères zoologiques, ces petits Passereaux se rapprochent beaucoup des Chardonnerets (voy. ce mot), tandis que par leurs mœurs ils ressemblent davantage aux Sizerins. On en connaît aujourd'hui une vingtaine d'espèces qui se trouvent en Europe et en Amérique.

Le Tarin vulgaire (Chrysomitris spinus), le seul oiseau de ce genre qui vive dans notre pays, mesure de H à 12 centimètres de Ion»-. Le mâle dans cette espèce a, pendant l'été, le ventre, la nuque et la gorge, d'un noir profond le dos d un vert olivâtre strié de brun, la poitrine et l'abdomen d'un jaune foncé tirant au vert, les ailes noirâtres avec deux bandes transversales, l'une jaune et l'autre blanche, la queue jaune à la base et brune à l'extrémité, le bec d'un blanc sale, les pattes grisâtres et les yeux bruns. Pendant la mauvaise saison il porte une livrée plus rembrunie, mais toujours différente de celle de la femelle. Celle-ci n'a point de noir sur la tête ni sur le devant du cou, ces parties étant grisâtres; son dos est d'un gris verdâtre, rayé de noirâtre, sa poitrine et son ventre ofirent une teinte jaune ou blanchâtre, que relèvent sur les flancs de .nombreuses stries foncées, et ses ailes n'ont pas une bande jaune aussi éclatante ni aussi nettement marquée. Quant aux jeunes, ils ressemblent beaucoup à la femelle sous le rapport du plumage.

DICT. ENC. g8 S. XVI. »


En France le Tarin vulgaire est un oiseau de passage quelquefois cependant il séjourne dans nos départements du Nord et de l'Est pendant une grande partie de l'hiver, mais sa véritable patrie se trouve dans la péninsule scandinave, dans la Russie et dans le nord-est de l'Asie. Pendant le printemps et l'été il se tient sur les montagnes, au milieu des forêts d'arbres verts, et c'est là qu'il se reproduit, du mois d'avril au mois de juillet. Son nid, toujours admirablement caché, se compose de brindilles, de mousses, de lichens reliés entre eux avec des fils de cocons et tapissés extérieurement de petites racines, de duvet végétal, de feuilles et de plumes. Il reçoit de quatre à cinq œufs d'un blanc «risàtre, pointillés de rouge brun. Pendant que la femelle couve, le màle fait entendre un gazouillement assez agréable. Etant doués d'un caractère gai et sociable, les Tarins sont très-faciles à élever en captivité et vivent en bonne harmonie avec d'autres oiseaux et notamment avec les Chardonnerets et avec les Serins. Quelquefois même des unions se forment entre individus appartenant à ces diverses espèces, mais les produits de ces croisements sont inféconds. On nourrit les Tarins avec du chènevis, des graines de colza et de pavot, des semences de pins, etc., et on parvient sans peine à les apprivoiser comme les Chardonnerets et à leur faire exécuter de petits tours d'adresse. Les Sizerins (Linaria V.), dont le nom ne figure pas à sa place dans le Dictionnaire, ressemblent aux Linottes par leur système de coloration, mais ils ont le bec d'une autre forme, beaucoup plus aigu, plus comprimé sur les côtés, et muni d'une double dent sur le bord de la mandibule supérieure. Leurs narines sont profondément cachées dans les plumes du front, au lieu d'être à demi découvertes comme chez les Linottes, leurs doigts sont relativement plus courts, leurs ongles plus robustes; enfin, ce qui est important à considérer, leurs moeurs sont assez différentes et rappellent celles des Chardonnerets et des Tarins. Comme ces derniers oisc-aux, les Sizerins vivent en troupes pendant l'hiver; comme eux, ils s'accrochent adroitement aux branches et aux tiges flexibles; comme eux, ils montrent pour certaines graines une prédilection marquée, mais au lieu de semences de chardon, de graines de colza ou de chènevis, ils recherchent surtout, à l'état sauvage, les graines et les bourgeons des aunes, des bouleaux et des peupliers.

Le Sizerin boréal (L. borealis V.), qui habite pendant l'été les régions asiatiques des deux mondes et qui est de passage irrégulier dans les régions tempérées de l'Europe, le Sizerin de Holboll (L. Holbolli Brehm), le Sizerin blanchâtre (L. canescens Gould) et le Sizerin cabaret (L. rufescens V.), qui se montrent aussi à certaines époques dans le nord de la France, sont les principales espèces de ce groupe qui appartient exclusivement à la faune boréale. Les Linottes (Cannabina Brehm), dont le nom a été omis également dans le Dictionnaire, ont le bec court, à pointe mince, à mandibule renflée au niveau des narines, (lui sont à peine recouvertes par les plumes frontales. Leurs ailes, assez aiguës, atteignent à peine, au repos, le milieu de la queue, dont l'extrémité est profondément échancre'e; leurs tarses sont courts et leurs ongles comprimés. Par leurs mœurs, ces oiseaux se rapprochent des Chardonnerets; ils se rassemblent en troupes nombreuses qui forment pendant l'hiver des vols serrés et qui se nourrissent de graines.

La Linotte vulgaire (Cannabina linota Gm.) et la Linotte montagnarde (C. flavirostris L:) représentent en Europe ce petit genre dont l'aire d'habitat est fort restreint et comprend seulement l'Europe, l' Asie-Mineure, la Sibérie et


ie nord de l'Afrique. Dans ces diverses espèces les mâles au printemps prennent des couleurs vives, le front, le sommet de la tête et la gorge se colorant en fouge carmin et en rose.vif. E. Oustalet. Bibliographie. DAnBEYTO:i. Planehes ezzluminées DEGLAKD et GEMBE. pl.101, 485. VIEILLOT

̃et Oodart. Galerie des oiseaux, 1854, pl. 65. Degland et Geiibe. Ornithologie européenne,

2° édit., 1867, t. I, p. 287. Breiim. Vie des animaux, Oiseaux, éd. franç. de Z. Gerbe, t. 1 p. 114. H. E. Dresser. Hist. oftheBirds of Europe, 1871-1882, iii-4», avec pl. E. 0. TARO. tarro. Noms donnés dans les îles de l'océan Pacifique, et particulièrement à Taïti, à la racine du Qolocasia macrorJdza (Arum maerorhizon L.) -et à quelques autres espèces d'Arum dont on mange les racines. C'est aussi l'appellation du Lentisque, dans Avicenne. PL. TARQUE. Un des noms du goudron ve'géta!. D.

•TAKSALGIE. Voy. PIED.

•ffARSE. Voy. PIED.

TARSES (CARTILAGES). Voy. PAUPIÈRES.

TARSIER. Genre de Mammifères de l'ordre des Lémuriens ou Faux-Singes {voy. SINGES). E. 0. TARSIERS. Voy. Singes (Faux).

'JTARSO-MÉTATARSSENIKE (ARTICULATION). Voy. PIED.

TARTARIE. MONGOLIE. MAftiDCIIOURIE. GÉOGRAPHIE MÉDICALE. Jl sera toujours très-diffieile, et dans l'état actuel de nos connaissances des notions spéciales qui sont les éléments de la géographie médicale il serait parfois impossible de s'astreindre, pour la subdivision des matières qui les concernent, à se renfermer dans les limites données par les frontières politiques. Pour, les contrées mal connues dont il va être traité dans cet article, la nécessité ̃de passer par-dessus de telles considérations s'imposait impérieusement. Et tout d'abord, les limites jusqu'ici en ont été très-vaguement fixées; des régions entières sont revendiquées à la fois par plusieurs maîtres; des peuples, occupant de vastes •espaces, vivent en réalité dans une indépendance complète, tandis que nominalement ils sont incorporés à des empires voisins, aux moeurs desquels ils restent étrangers ailleurs, au contraire, des guerres et des conquêtes incessantes -créent une instabilité qui enlève aux délimitations politiques toute signification précise et durable.

Ces motifs ont paru suffisants, non-seulement pour nous autoriser à faira entrer dans le cadre de ce travail toute la région de l'Asie intérieure, que rapprochent les conditions de la géographie physique, mais encore les grandes provinces de la Mongolie et de la Ma.ndchourie, malgré la suzeraineté plus ou moins étroite que la Chine exerce sur la première, et ce que la Russie lui a permis d'en conserver sur la seconde. Nous avions plusieurs bonnes raisons pour agir ainsi. Ces provinces, pas plus que le Thibet, n'ont été étudiées à

n_u.


l'occasion de la Chine, dont elles diffèrent de la manière la plus complète, au point de vue du sol, du climat, des productions, et nous pourrions dire aussi de la population, si depuis quelque temps la Chine, obéissant à son irrésistible besoin d'expansion, n'avait créé un sérieux courant d'immigration vers ces régions périphériques de l'empire chinois. Nous les connaissons encore aujourd'hui si peu, qu'on ne pouvait guère entreprendre de donner un intérêt suffisant à des descriptions qui leur eussent été spéciales; des analogies réelles dans les caractères physiques des pays, dans ceux de la flore et de la faune, les rapprochaient, au contraire, plutôt de l'Asie intérieure, à laquelle il devenait ainsi possible de les adjoindre sans trop de disparate.

Nous allons, par conséquent, dans un seul travail, étudier toute l'immense contrée s'étendant entre la Sibérie au nord et le Thibet et la Chine propre au sud, depuis la rive orientale de la mer Caspienne jusqu'à la mer du Japon. Nous y ferons même entrer certains districts qui, comme les pays de l'Ordoss et du Koukou-nor, étaient considérés jusqu'alors comme appartenant plutôt au Thibet, mais que des explorations récentes ont fait enfin un peu connaître comme se rattachant par des caractères plus marqués aux régions tartares et mongoles.

Dès lors que les limites admises étaient essentiellement subordonnées aux conditions de la géographie physique, il eût semblé rationnel de choisir pour titre la dénomination d'Asie centrale, et de l'appliquer à ce qui reste en dehors de la Mongolie et de la Mandchourie, justement parce qu'elle est dépourvue de signification politique ou ethnographique. Mais cette dénomination elle-même, on n'a jamais bien pu, depuis Ritter et de Humboldt, s'entendre sur le sens à lui attribuer. La définition la plus rationnelle à première vue serait celle qu'avait proposée de Klianikoff. Pour lui, l'Asie centrale, c'était l'ensemble de tous les bassins intérieurs on en obtiendrait par conséquent les limites en réunissant par une vaste courbe les sources des courants qui, au lieu de se diriger vers l'océan, se jettent dans les mers intérieures et les lacs, ou se perdent dans les sables. Mais un coup d'œil jeté sur une carte nous apprend immédiatement que, dans ce cas, non-seulement tout le bassin du Volga, mais même une partie du plateau de l'Iran, se trouveraient englobés dans l'Asie centrale, ce qui n'est pas admissible.

Nous aurions pu choisir la dénomination très-usitée de Turkestan, en confondant le Turkestan chinois avec ce qui est devenu le Turkestan russe; nous avons préféré associer, dans notre titre, aux noms de la Mongolie et de la Mandchourie, celui de Tartarie, expression empruntée au langage ethnographique. Le sens en est très-vague, il est vrai, mais ce défaut de précision a tout au moins l'avantage de laisser la place libre aux considérations et aux données nouvelles, que les découvertes et les discussions introduisent, chaque jour, dans la connaissance des peuples et des choses de l'Asie intérieure.

Sous la dénomination générale de Tartarie, on comprend ainsi un immense territoire qui s'étend des rives de la mer Caspienne à l'ouest jusqu'au cœur de l'empire chinois à l'est, au delà des chaînes gigantesques des monts Célestes. La région située sur le versant oriental des monts Célestes, et au milieu de laquelle un empire indépendant, dont la durée a été éphémère, s'était récemment formé, est ordinairement désignée sous les noms de Turkestan chinois ou Tartarie orientale, tandis que l'autre portion de ce vaste pays, à laquelle s'applique aussi le nom de Turkestan, est, ou plutôt était souvent indiquée sur les


cartes géographiques, comme la Tartarie indépendante. Mais les événements de ce siècle et spécialement ceux des dernières années ont enlevé à cette expression à peu' près toute signification. L'empire russe a absorbé déjà la plus grande partie de la contrée et se l'est soumise par une conquête définitive qui a obligé les géographes à créer un Turkestan russe. Le temps est proche où les peuples du plateau de l'Iran, les Chinois et l'Inde, n'auront plus d'autres voisins que les sujets de l'empire du tsar.

Il est juste de reconnaître que c'est aux nombreuses expéditions scientifiques ou militaires, qui ont été patronnées ou organisées par le gouvernement russe, que nous sommes redevables de la connaissance géographique de ce vaste domaine, dont les naturalistes, les voyageurs, les marchands, les ingénieurs, ont pris possession au nom de la science et du commerce, en même temps que l'administration russe à laquelle ils ont préparé les voies, ainsi qu'aux colonnes des généraux moscovites. En moins d'un demi-siècle, plus d'un million de kilomètres carrés ont été définitivement annexés à la Russie. En même temps, d'autres provinces, comme la Boukharie et le Khiva, enserrées presque de tous côtés par la surveillance des conquérants, ont vu disparaître à peu près leur vieille indépendance. Pour eu conserver au moins quelques vaines apparences, elles ont dû accepter un rigoureux et sévère protectorat, abaisser leur antique fierté, et modifier leurs habitudes et leurs mœurs, afin de retarder un peu le moment où ils devront subir le sort imposé aux autres peuples de la Tartarie jadis indépendante. Certaines tribus nomades qui errent dans les grandes plaines situées au sud de l'Amou-daria (ancien Oxus), puis les petits États que limite au sud-est la chaîne de l'IIindou-koh ou Ilindou-kouch, et nominalement incorporés naguère à l'Afghanistan, sont aujourd'hui les seuls peuples encore réellement maîtres de leurs destinées.

Les limites de la vaste contrée que nous comprendrons ici sous la dénomination de Tartarie, sont les suivantes à l'ouest, le rivage oriental de la mer Caspienne et le cours de l'Oural; au nord, les frontières conventionnelles méridionales de la Sibérie, telles qu'elles ont été acceptées dans le travail qui a été consacré à cette province; au sud, la longue et puissante chaîne qui, sous des noms divers, borde au nord le plateau de l'Iran, c'est-à-dire la Perse et l'Afghanistan, et les massifs gigantesques de l'Uindou-kouch et du Karakorum, d'où descendent vers le sud les tributaires de l'Indus, puis à leur suite les monts Kouen-lun et les chaînes qui les prolongent au nord du plateau thibétain. Vers l'est, et sans nous préoccuper autrement des nouvelles lignes de frontières russo-

<ihmoises, nous aurons à décrire au delà du pays de Ferghana et du plateau de Pamir les chaînes formidables des monts Thian-chan, les monts Tarbagataï, situés dans les régions septentrionales, les chaînes qui les relient, puis les grandes solitudes du Gobi, pour arriver à la Mongolie et au pays des Mandchoux. Obéissant aux indications géographiques fournies par les récentes explorations, nous ferons entrer dans la Mongolie non pas seulement le Kan-sou mongol et l'Alachan, mais encore les districts du Tzaidam et la région du Koukou-nor, compris dans les ramifications des monts Nan-chan, et ne pouvant plus être rationnellement confondus avec le plateau du Thibet, ainsi que le triste pays de l'Ordoss, bien qu'il soit enfermé dans la grande courbure du Hoang-ho, et ainsi séquestré du reste du domaine mongol.

La superficie totale de l'immense territoire dont nous nous occupons n'est pas facile à apprécier; elle est certainement supérieure pour la Tartarie seule-


ment à 4 millions de kilomètres carrés; quant à la Mongolie, à laquelle s'adjoint assez naturellement la Dzoungarie ou Thian-chan-nan-lou, elle représente avec le grand désert et la Kachgarie un espace aussi considérable que tout le reste de l'empire chinois.

Orographie. Giôologie. Au point de vue orographique, la Tartarie offre à l'observateur les contrastes les plus grands, puisqu'on y rencontre d'un côté des plaines dont l'altitude est inférieure au niveau de In mer, et de l'autre, des pics qui atteignent ou dépassent 8000 mètres d'altitude. Les régions montagneuses, abstraction faite des chaînes qui limitent la Tartarie au sud, sont situées à l'est et occupent, en somme, sensiblement la moitié de toute la région, telle que nous l'avons circonscrite. C'est vers l'ouest que le terrain s'abaisse de plus en plus, pour arriver à une altitude négative sur les bords de la Caspienne. La vaste plaine aralo-caspienne est en réalité un grand plan incliné à la fois vers l'ouest et vers le nord, et qui s'étend des rives de la Caspienne et du plateau désert de l'Oust-ourt, entre le lac d'Aral et la mer Caspienne, jusque vers le (H" degré de longitude est, entre Boukhara et Samarcand c'est là que le terrain, déjà assez relevé, puisqu'il atteint presque 2000 mètres d'altitude, prend le caractère essentiellement montagneux, par ses grands plissements, parsemés de sommets élevés et de pics neigeux. Plus loin, au plateau de Pamir, l'altitude est dc'jà doublée; elle atteint son maximum à t'orient de ce plateau, au pic de Tagharma, géant formidable, auquel on attribue une hauteur de près de 8000 mètres. Le versant oriental du plateau de Pamir nous conduit dans la Kachgarie chinoise, l'altitude est immédiatement beaucoup moindre et tombe rapidement à 1500 mètres, pendant qu'au nord du même plateau les monts Célestes continuent la chai ne, qui va s'éteindre, vers le 93e degré de longitude, dans les sables (lu désert de Gobi.

Le rivage oriental de la mer Caspienne, le seul dont nous ayons à nous occuper d'ailleurs, est essentiellement accidenté, ce qui provient du peu de profondeur de la cavité, dans ces parages, et de l'absence de falaises. 11 en résulte, tantôt des emprises plus ou moins considérables du sol sur la mer, sous la forme de promontoires ou de presqu'îles, comme celle qui porte le nom de Manghichlak, et qui est due à la présence d'une petite chaîne de coteaux arides, orientée du sud-est au nord-ouest, tantôt et plus fréquemment des sortes de lacs couverts de sel, ou de golfes marécageux, à peine reliés à la mer par des détroits sans profondeur, comme le golfe de Mortou-Koultouk, où les plus petites barques osent à peine s'aventurer, ou encore la grande enceinte marécageuse, dite le golfe de Kara-boghaz. La surface de ce golfe est le siège d'une évaporation extrêmement active, laquelle a pour conséquence le dépôt d'une masse de sel si considérable que dès aujourd'hui les eaux du Kara-boghaz passent pour causer ta mort des poissons qui s'y hasardent, et que toute végétation a disparu de ses rives.

En dehors de cette bande du littoral, dont il est difficile de dire si elle appartient eu réalité à la terre ou à la mer, l'espace compris entre la Caspienne et le lac d'Aral, dont les rives ne sont guère moins indécises que celles qui viennent d'être signalées, est occupé par un plateau, aux flancs abruptes, à la surface rugueuse et accidentée, l'Oust-ourt. Son altitude moyenne est de 150 mètres peut-être; elle suffit pour l'isoler des régions voisines beaucoup plus basses les points élevés absolument nus n'offrent à l'œil que des surfaces rocheuses; les dépressions du sol s'y garnissent, grâce à l'eau qui s'y accumule sans-


moyens d'écoulement, d'une végétation herbacée parfois abondante, qui diffère de celle de la steppe proprement dite. Les alluvions modernes couvrent, sur les rives de la Caspienne, un assez grand espace, de forme irrégulière, plus considérable vers le sud que vers le nord; elles correspondent aux portions le plus récemment mises à nu par la diminution d'étendue du lac. Le plateau d'Oust-ourt a été indiqué comme appartenant à l'étage tertiaire, ce qui établit, au point de vue géologique, un contraste entre les deux rives du lac d'Aral. La steppe commence à se montrer avec tous ses caractères au sud-ouest, où elle occupe dans le pays des Turkmènes nomades un vaste territoire compris entre le cours de l'Oxus au nord-est et les 'chaînes bordières du plateau d'Iran au sud-ouest, s'étendant au sud-est jusque non loin de la ville d'Andkoï, vers le 63e degré de longitude est. A l'angle sud-est de ce grand rectangle, le terrain redevient fertile, la nature du sol se modifie, ainsi que ses productions, grâce à la présence de nombreux cours d'eau, qui se concentrent dans une belle oasis au milieu de laquelle s'élève la ville de Merv. Grâce à sa fraîcheur, due à l'abri des hautes chaînes de l'Iran, une bande de terrain assez riche de végétation, cultivée et habitée en permanence, jouissant des mêmes avantages physiques que le pays de Merv, règne au sud-ouest de la steppe, occupée par des Turkmènes sédentaires.

Cette vaste steppe, qui dans sa plus grande longueur, c'est-à-dire du nordouest au sud-est, s'étend peut-être sur plus de 700 kilomètres, présente tous les caractères du désert, avec ses plaines sableuses ondulées comme les flots de l'océan, ses plateaux d'une nudité absolue, arides et silencieux, ses bas-fonds bourbeux, ses nappes salées, sa végétation pauvre et uniforme elle se nomme la steppe de Kara-koum, c'est-à-dire la steppe des sables noirs. Elle est une des plus redoutables et des plus dangereuses; la température y est brûlante pendant l'été, et presque partout le manque d'eau est absolu. Au nord-est du versant aralo-caspien, adossée au lit du Sir-Daria, comme celle-ci l'est à l'Oxus, est une autre steppe parallèle à la première, dont elle est séparée par une bande de terrain fertile de 250 kilomètres de largeur. C'est la steppe de Kisil-koum ou des sables rouges sa limite au sud-ouest est une ligne qui, parallèle aux cours des fleuves Amou et Sîr, partagerait en deux portions égales l'espace qui les sépare. Les caractères sont les mêmes que ceux du Kara-koum. Plus loin encore vers le nord-est, adossée au cours moyen de la rivière Tchou, est une troisième steppe, analogue aux deux autres, tant par la position que par l'aspect du pays, dite la steppe de Moujoun-koum ou plus souvent de Ak-koum ou des sables blancs. Au delà du cours du Tchou, toujours plus loin vers le nord, les caractères de la steppe se retrouvent aussi dans un espace vaste et mal limité, redouté entre tous pour les dangers terribles auxquels les voyageurs y sont exposés, et nommé ordinairement sur les cartes le Bek-pak-dala, mais plutôt connu sous son nom russe, qui signifie la steppe de la faim. Enfin, entre le cours inférieur du Sir et celui de l'Oural, nous retrouvons de nouveau la dénomination de Karakoum appliquée à une région à peu près déserte, quoique moins aride et moins désolée que les précédentes. Il résulte de là que sur cette grande pente aralocaspienne, étendue des contreforts de l'immense massif de l'Asie centrale aux limites de l'Europe, la moitié du pays ou peu s'en faut est occupée par les déserts ou les steppes. Le reste constitue des sortes d'enclaves, plus ou moins vastes, plus ou moins accidentées, et aussi plus ou moins fertiles selon les conditions, souvent variables à cause de l'instabilité du régime des eaux, et aussi


des populations qui occupent le sol. Tel est, par exemple, le Khanat de Khiva, qui n'est en réalité qu'une oasis du Kara-koum; il doit à l'abondance de ses eaux une réputation de fertilité étendue dans toute l'Asie centrale. Telle est aussi la Boukharie, dans la région comprise entre Boukhara et le lac d'Aral, dont les plus basses portions constituent le nouveau district russe de l'Amoudaria, région moins fertile et plus pauvre que le Khanat de Khiva. La Boukharie fertile, qui est celle des rives du Zarafchan et du haut Oxus, est essentiellement montagneuse et ne commence guère qu'au delà de Boukhara, c'est-àdire vers 400 mètres d'altitude.

Le colossal système de montagnes qui se rattache à la Tartarie se compose d'un assemblage gigantesque de chaînes, dont la plupart ne sont encore que très-incomplétement connues et explorées. Elles forment dans leur ensemble un réseau, à première vue inextricable, mais dont les principaux membres et les plus nombreux ont leur axe sensiblement orienté de l'est à l'ouest. Pour l'étudier, il est nécessaire de choisir comme point de départ un massif central autour duquel, avec un peu d'artifice peut-être, on verra se grouper et s'agencer toutes les chaînes périphériques. Le plateau de Pamir, le Toit du monde, comme disent les Orientaux, est tout naturellement indiqué comme une sorte de noyau de la grande masse montagneuse. Le Pamir, bien que célèbre dans l'histoire des peuples de l'Orient et de l'Occident, ne nous est connu dans ses grandes lignes que depuis les explorations modernes; c'est une des régions du monde asiatique les moins faciles à aborder. Élevé de 4000 mètres au-dessus des plaines de la Tartarie, entre 36°,4i' et40°,20' nord, il se dresse comme une citadelle puissante au centre de l'Asie, où il couvre un espace évalué à 75000 kilomètres carrés, limité au sud et au nord par des crètes de montagnes qui le dominent encore de 2000 ou même de 3000 mètres. Au sud, c'est la chaîne de l'Hindoukouch qui forme un rempart de séparation au delà duquel commence le bassin de l'Indus; au nord, ce sont les dépendances des monts Thian-chan, les chaînes de l'Alaï, qui bornent le bassin du Sîr. La surface du plateau de Pamir, hérissée elle-même de coteaux et de montagnes secondaires, n'est pas, comme on l'a cru longtemps, traversée dans le sens du méridien par une chaîne formant crête, mais plutôt couverte de nombreuses rugosités sans autre régularité qu'une orientation moyenne de l'ouest à l'est. Ainsi bornée au nord et au sud, elle communique pour l'écoulement des cours d'eau qui naissent sur ses flancs, à l'est avec les plaines de la Kachgarie et de la Tartarie orientale, à l'ouest avec le haut bassin de l'Amou-daria. C'est vers le rebord oriental du Pamir que se trouve la ligne de partage des eaux; c'est là aussi, au milieu des hauteurs un peu irrégulièrement éparses du Kizil-Yart qui lui forme de ce côté, vers 72°, 40' est, une bordure entre-coupée par places, que se dresse le puissant pic du Tagharma, aux flancs sillonnés de glaciers, et dont la cime atteint l'énorme altitude de 7730 mètres, selon certaines observations (Él. Reclus, Nouv. Géogr.). Le squelette géologique du plateau paraît constitué essentiellement par des masses cïuptives granitiques associées, sur beaucoup de points, à de puissantes formations de schistes cristallins. Les terrains plus modernes, s'étendant jusqu'à l'étage triasique inclusivement, les recouvrent très-fréquemment et garnissent les dépressions du plateau. Au sud du plateau de Pamir se dressent, avons-nous dit, comme une puissante barrière, la chaîne de l'flindou-kouch et à sa suite, avec une orientation inverse, de manière à dessiner une courbe à convexité tournée vers le nord, celle du Kara-koroum. Vers l'ouest, l'IIindou-kouch, orienté de


l'est-nord-est au sud-sud-ouest, c'est-à-dire en concordance avec les plus importantes chaînes des monts Célestes, commence l'immense courbe qui est la frontière naturelle du Turkestan au sud, qu'elle sépare successivement de l'empire de l'Inde, de l'Afghanistan et de la Perse, pour venir se terminer aux rives de la Caspienne, au delà de laquelle la crête caucasique reparaît encore comme son prolongement naturel. Nous ne dirons que quelques mots de ce formidable mur d'enceinte, dont les diverses parties appartiennent plutôt aux pays dont elles sont les frontières septentrionales. L'Hindou-kouck, en effet, dont le versant méridional se développe en gradins successifs au loin dans l'Afghanistan, se présente au contraire, vers le nord, en pentes très-rapides et en escarpements brusques; tandis que l'altitude moyenne de la chaîne, dans sa partie orientale, se maintient à 5000 ou 6000 mètres, la ville de Koundouz, dans le Badakchan, qui n'est éloignée de la crête que de 180 kilomètres, n'est plus qu'à 150 mètres d'altitude. Vers le 66e degré de longitude, la chaîne s'abaisse assez brusquement pour se relever un peu plus au sud et former une petite chaîne à demi-isolée, indiquée sur les cartes sous le nom de Kuha-baba ou Koh-i-baba; ce massif neigeux termine à l'ouest la ligne des monts Hindou-kouch. C'est à l'orient du Koh-i-baba, « le père des monts », dans la dépression que nous venons de signaler, que se trouve la passe, ou plutôt la vallée de Bamîan, célèbre par son importance actuelle autant que par les souvenirs historiques qui s'y rattachent. C'est elle qui conduit du Turkestan méridional vers Caboul c'est aujourd'hui la seule route praticable de la Russie asiatique vers l'Inde anglaise; elle est, d'après les observations du docteur Griffith, à 2590 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il y eut là jadis une ville considérable que le célèbre pèlerin bouddhiste Hiouen-Thsaug visita en 650, et que Genghiz-Khan détruisit en 1221; des statues colossales montrent que ce fut un centre bouddhique.

Le massif du Koh-i-baba est la partie la plus méridionale du grand arc montagneux qui limite le Turkestan au sud. Les chaînes afghanes et persanes qui lui succèdent se dirigent vers le nord-ouest,' sous des noms divers, jusqu'aux plaines caspiennes, où elles se relient par des coteaux élevés au petit et au grand Balkan. La partie médiane de cette longue série de monts, connue sous le nom de Goulistan-dagh, est la plus élevée; son altitude moyenne est d'environ 2500 mètres, celle du Kopet-dagh qui lui fait suite à l'ouest n'est plus que de 2250 mètres.

Si l'on prolonge à travers la mer Caspienne, en passant par la ville de Bakou, l'axe du Caucase, on arrive directement sur une petite chaîne dont le grand Balkan est la partie la plus saillante. Élevé de 1602 mètres, d'après Blaramberg, il se relie au nord avec le plateau rocheux d'Oust-ourt, que nous avons déjà signalé à l'ouest; ces contreforts du grand Balkan bornent au nord la baie de Krasnovodsk, ou golfe de Balkan; au sud, la chaîne se dirige vers les premières hauteurs du Kourian-dagh, ayant pour point terminal le petit Balkan, dont les flancs, moins dénudés que ceux du grand Balkan, n'atteignent pas même 800 mètres.

D'après le colonel Walter, il faudrait admettre que la chaîne de l'Hindoukouch, ainsi que celle du Kara-koroum, sont beaucoup moins continues qu'on ne l'admet d'habitude, et qu'il s'y rencontre au contraire de nombreuses interruptions et des passages importants qu'une exploration plus détaillée permettra de reconnaître.

Au nord du plateau de Pamir, auquel nous revenons, par delà le petit bassin


du lac noir ou Kara-koul, dont la surface est à l'altitude de 59ÛO mètres, la première chaine que l'on rencontre, et qui ne figure que sur les cartes les plus récentes, est le Trans-alaï, aux pentes émaillées de glaciers brillants, et à l'extrémité orientale duquel se dresse le géant des monts Tliian-chan, le pic Kaufmann, dont la cime éternellement blanche s'élève, dit-on, à 6800 mètres. Parallèlement au Trans-alaï règne du nord-ouest au sud-est, à 40 kilomètres de distance, l'Alaï proprement dit, séparé du Trans-alaï par un plateau dans lequel on a reconnu un ancien lac desséché, formant une grande avenue transversale, orientée comme les deux chaînes, se terminant à l'ouest en forme de vallée où se rassemblent les eaux de la rivière rouge ou Kisil-sou, et fermée à l'est par une série de monts qui, dirigés vers le nord-est, relient le système partiel de l'Alaï à la masse des monts Célestes, en même temps qu'ils séparent les eaux du bassin de la Kachgaric de celles qui se rendent à l'Amou-daria (Él. Reclus, A'omj1. Géogr, gén., t. YJ, p. 524, sq.).

La portion des monts Alaï qui fait face au Trans-alaï n'est pas la plus élevée du système de TAlaï-dagh. En se prolongeant à peu près directement de l'est à l'ouest, dans la direction de Samarcand, la chaîne s'élève, flanquée des deux côtés de chaînes secondaires, reliées entre elles, et aussi avec les systèmes annexes des monts Iîissar au sud et des montagnes du Zarafchan au nord. C'est tout cet ensemble qui, sous des noms divers, affectant toutes les orientations parmi lesquelles domine toujours la direction de l'est à l'ouest, constitue le système de l'Alaï-dagh. La moyenne de l'altitude en est très-élovée; des crêtes entières jusque vers Samarcand se maintiennent au-dessus de la limite des neiges éternelles, qui est d'au moins 4000 mètres; de vastes et puissants glaciers descendent sur certains points jusqu'à 5500 mètres et remplissent la plupart des dépressions des pentes de nombreux cours d'eau s'échappent à travers les fissures et les brèches, qui sont particulièrement nombreuses dans cet enchevêtrement montagneux, semblent se confondre les rivières tributaires des deux grands .affluents du lac d'Aral, l'Amou-daria et le Sïr-daria.

Nous avons signalé plus haut la série de hauteurs qui, partant de l'extrémité orientale de l'Alaï, se dirige au nord-est, entre la Kachgarie et le Ferghana, qui n'est autre que le Kokhand auquel les Russes, en se l'annexant, ont readu son ancienne dénomination; elle relie le système de l'Alaï-dagh à celui du Thian-chan, ou des monts Célestes. Le système des monts Célestes occupe dans le centre de l'Asie une étendue très-considérable; ses derniers contreforts à l'ouest s'avancent jusqu'au delà du 65'" degré de longitude, entre le cours du sir et celui du Tchou, dans la région sud, où, par une inflexion du dernier vers le sud, les cours des deux fleuves se rapprochent; à l'est, il se termine dans la Mer de sable des Chinois, dans la Mongolie, vers le 94° degré de longitude. La connaissance des différentes parties dont se compose ce gigantesque ensemble de montagnes, un des plus vastes du monde, est due à peu près entièrement aux explorateurs modernes, presque tous agents des intérêts russes, en même temps que pionniers de la science géographique. A ces découvertes se rattachent les noms de Séménoff (1856 à 1857), deValikhanoff, qui, en 1858, explora une partie de la Kachgarie, de Goloubieff (1859), qui releva les altitudes des environs du lac d'Jssik-koul; de Venukoff (1860), puis de Prozenko, puis du baron d'OstenSackcn, qui poussèrent leurs observationsjusqu'à la frontière chinoise, en passant par le cours de la Narîn. Parmi toutes ces explorations, celles de M. Severtzoff (1867 à 1868), qui avait surtout en vue l'étude géologique du Thian-chan,


présentent une importance exceptionnelle. M. Makchéeff, qui à la même époque séjournait dans le Turkestan, s'est surtout adonné à l'étude des populations de ces régions jusqu'ici peu abordables, et encore si incomplétement connues. Pendant toute la première partie de ce siècle, et lorsque de Humboldt publiait ses importants travaux sur l'Asie centrale, on décrivait encore sous le nom de Thian-chan une simple chaîne de montagnes allant à peu près directement de l'ouest à l'est, de la plaine aralo-caspienne à la Mongolie mais les explorations modernes n'ont rien laissé subsister de cette opinion erronée, et on en est revenu à celle qu'exprimait, en 650, le célèbre pèlerin bouddhiste Hiouen-Thsang, dans sa précieuse relation des contrées occidentales, dont nous devons la traduction française à Stanislas Julien. Le Thian-chan est au contraire formé par un vaste réseau de chaînes disposées avec des orientations diverses, où se retrouve fréquemment le parallélisme de la chaîne méridionale de l'est-nord-est à l'ouestsud-ouest, en séries successives, jusqu'à une chaîne transversale orientée presque exactement du nord au sud. Celle-ci opère la jonction des monts Célestes avec les chaînes du Tarbagataï dont la latitude est plus septentrionale que celle du grand lac Balkach. Les géologues croient qu'il y a lieu de distinguer, au point de vue de leur origine, les chaînes du Thian-chan, qui suivent la direction normale de l'est à l'ouest, de celles qui semblent les joindre transversalement, et d'attribuer aux premières une plus haute antiquité, en raison de la nature des terrains soulevés. Ces chaînes sont en même temps les plus puissantes et les plus élevées presque toutes atteignent la limite des neiges éternelles. La masse principale est partout constituée par des syénites et les différentes variétés du granit et des roches analogues. Aux abords de la puissante masse, les chaînes étalées en contreforts obliques rayonnent en divers sens, laissant entre elles de larges vallées ou de grandes plaines inclinées, dans lesquelles se cantonnent les rares habitants de ces sévères contrées. Nous ne pourrons nécessairement donner sur chacun des membres de ce vaste ensemble que des notions très-restreintes. Au nord de la Kachgarie, à l'extrémité occidentale, par conséquent, du Tur.kestan chinois et du bassin fermé du Tarim, le terrain s'élève assez brusquement. Les premières hauteurs portent ordinairement le nom de montagnes de Kachgar i celles qui les surplombent forment la chaîne du Terektin-tau, qui avec le Kok-tau à l'est constitue le rebord méridional du plateau de l'Ak-saï. Cette chaîne, dont l'altitude moyenne est de plus de 4000 mètres, est encore peu connue; des brèches assez fréquentes y livrent passage à des cours d'eau1 qui descendent vers la plaine du Turkestan oriental. Le plateau de l'Ak-saï, qui s'étend sur une largeur de 350 kilomètres, est hérissé d'accidents de terrain, dont les plis sont en partie dépourvus d'eau. Ceux qui en fournissent réunissent leurs filets au milieu de la haute vallée pour former le cours supérieur de la rivière Narîn. La bordure septentrionale porte le nom de Terskei-Ala-tau, expression qui signifie l'Ala-tau de l'ombre, par opposition au Rungheï-Ala-tau, l'AIa-tau du soleil, qui s'élève à 60 kilomètres de là, de l'autre côté du grand lac d'Issik-koul dont la surface est à 1580 mètres d'altitude. Le Terskei Ala-tau, dont un des pics s'élève à 5000 mètres, a sa cime couverte de glace; il offre à la vue un aspect moins triste que le Koungiieï, en raison des forêts de pins et des pâturages qui garnissent ses flancs (Élisée Reclus, op. cit., t. VI, p. 557). Une haute vallée relativement étroite sépare le Koungheï Ala-tau d'une autre chaîne parallèle, l'Ala-tau transilien, qui a même direction, même aspect, même contexture géologique, et ne forme en réalité avec elle qu'une même masse, légèrement


excavée au sommet. Ces deux chaînes ont été bien explorées et étudiées au point de vue géologique; elles ont des sommets assez élevés, surtout dans î'Ala-lau transition, qui sur un point atteint près de 4500 métros. La région médiane des deux chaînes est couronnée de neiges perpétuelles; leur longueur totale est (l'environ 250 kilomètres. Le versant du nord des monts transiliens s'étale en grandes vallées et en coteaux, garnis de contreforts cultivés, qui déversent leurs eaux dans le cours de l'Ili.

Des différentes chaînes qui portent le nom d'Alaï, lequel doit ètro considéré comme synonyme de Bolor, la plupart sont formées de roches granitiques ou de porphyres divers, surtout dans les contreforts occidentaux; néanmoins certains districts, et particulièrement l'Ala-tau Koungheï et l'Ala-tau transition, abondent en formations schisteuses et en roches grayeuses ou calcaires. La chaîne dite Khan-tengri, qui fait suite vers l'est au Kok-tal-tau ou Kokchaal, peut aussi être considérée comme la prolongation des deux Ala-tau, dont l'altitude moyenne est très-considérable. Sur les flancs de ses hauts sommets serpentent de grands glaciers aux reflets étincelants; les cimes de 4000 à 5000 mètres de haut se suivent, offrant aux regards leurs calottes de neige. Au nord s'étend la belle vallée du Tekes, de l'autre côté de laquelle se dresse à 50 ou 40 kilomètres de distance de la rivière la chaîne des monts Nan-chan, qui limite elle-même au sud le bassin du Kegcn ou Kounge et la plaine de Kouldja. Cette disposition qui isole les monts Nan-chan des chaînes voisines contribue à leur donner un aspect particulièrement imposant.

A l'est dit Khan-tengri, limitée par de puissants glaciers, la chaîne principale du Thian-chan oriental se continue sous le nom de monts Mouz-art, ou montagnes du Col de Mouz. Une légère inclinaison de la chaîne vers le sud-est a causé, entre le Mouz-art-tau et les monts Bogdo, qui en sont la continuation, une dépression considérable qui est la passe de Mouz-art, bien connue des explorateurs. Le col, d'après les plus récentes mesures, malgré la rigueur de sa température et de son climat, pourrait bien n'ètre pas beaucoup au-dessus de 5r>00 mètres; il est de toutes parts tapissé de glace et de neige, et la descente ne s'y effectue qu'au prix de grands dangers.

A l'est (le la passe de Mouz-art, la chaîne des monts Célestes se subdivise et se fragmente; une de ses branches se dirige au sud-est, jusqu'au delà du lac de liagratch ou de Karacbar une autre, où se trouve la passe de Narat, à 2990 mètres d'altitude, règne au nord de la grande ligne des crètes et parallèlement à elle; d'autres chaînes secondaires les relient dans des directions obliques. C'est au milieu de cet enchevêtrement que se trouvent, séparées par une ligne de coteaux, les deux Youldouz, vastes pâturages où les nomades pourraient nourrir à l'aise des milliers de troupeaux, s'ils n'avaient à redouter les incursions ennemies. Au dent du petit Youldouz, la chaîne subit une inflexion vers le nord, pour se prolonger de nouveau vers l'est par la chaine du Bogdo-dagh. C'est dans ces régions peu explorées, entre des pics élevés, que se trouve, à l'est de la ville d'Ouromtchi ou Ouromtsi, une passe qui porte ce nom. C'est à peu près là aussi que prend naissance une longue série de chaînes montagneuses qui forment ainsi la bordure septentrionale des monts Célestes, et s'étendent sous des noms divers, dans la direction du nord-ouest, jusqu'au nord du pays de Kouldja, enfermant ainsi comme par un mur gigantesque tous les systèmes que nous venons de décrire, et présentant au nord leurs pentes déchiquetées, vers la vaste plaine, humide et marécageuse, connue sous le nom chinois de Tian-chan-pe-lou.


Depuis le Bogdo-dagh jusqu'à l'extrémité de la ligne des faîtes, au delà du méridien de Hami ou Khamil, dans la Mongolie, les monts Célestes sont orientés à peu près exactement de l'ouest à l'est. L'altitude se maintient longtemps aux environs de 5000 mètres au midi doflarkoul, le col de Kuchéti, qui mène de cette ville dans' la direction de Khamil, n'est guère moins élevé; la ville de Khamil elle-même, quoique située assez loin au sud de la chaîne, est encore à 855 mètres.

A l'extrémité sud-occidentale du plateau d'Ak-Saï, au-dessus du pays de Kachgar, commence une enceinte semi-circulaire de montagnes élevées, qui forme la bordure de la grande vallée de la rivière Narîn a l'ouest. Sous les noms successifs de Souek-tau, Jassy-tau, Hogar-tau, Djumgal-tau, elle vient se joindre, au nord, à l'extrémité orientale des monts d'Alexandre; elle est ouverte en divers endroits par des brèches, dont la plus profonde livre passade au cours principal de la rivière Nariû. Au delà de l'enceinte commence la contrée accidentée du Ferghana, dont les hauteurs sont suffisantes, au centre de la province, pour dessiner la chaîne des monts Djotkal, entre le bassin de la Narin et celui de la rivière Djotkal. Les monts d'Alexandre, dirigés de l'est à l'ouest, ont une longueur de 500 kilomètres. A l'est de cette chaîne qui, sur beaucoup de points, atteint la limite des neiges perpétuelles, se trouve le mont Semenoff, qui n'a pas moins, d'après les mensurations récentes, de 4680 mètres d'altitude.

Le système des monts Tarbagataï, le plus septentrional de ceux qui appartiennent a la-Tartarie, n'est pas complétement détaché de celui du Thian-chan La dernière des chaînes qui se rattachent incontestablement aux monts Célestes est celle de l'Ala-tau dzoungare, dont la crête, orientée du nord-est au sud-ouest,' forme avec celle du Thian-chan septentrional un angle aigu dans lequel vient se terminer la plaine jadis couverte d'eau, aux temps géologiques, dite le Thianchan-pe-lou, aujourd'hui encore riche en lacs sans profondeur et en vastes marécages. Une série de hauteurs, souvent interrompue par des brèches ou des plaines étroites, relie, dans la direction du nord, l'Ala-tau dzoungare au Tarbagataï proprement dit.

Celui-ci a ses principales arêtes dirigées dans le même sens que celles des monts Célestes. Les chaînes du Tarbagataï sont en général beaucoup moins élevées que celles des monts Thian-chan; l'altitude moyenne n'y dépasse guère 1800 mètres. Néanmoins quelques-uns des pics les plus hauts dépassent encore la limite des neiges qui descendent, d'après les observateurs russes, jusqu'à 2800 mètres environ. Ces montagnes sont loin aussi d'avoir l'aspect sévère des monts Célestes si leur versant septentrional est stérile, leurs flancs méridionaux sont riches de grands et beaux pâturages. La paitie la plus élevée de la chaîne est à l'est, dans un enchevêtrement de chaînons diversement dirigés, auquel on applique spécialement le nom de monts Saourou. Le pic de Mouz-tau, dont la hauteur a été évaluée par les uns à 3656 mètres, par d'autres à 3400 mètres seulement, en est la cime dominante. D'après Sosnovskiy la neige persistante ne s'y montrerait qu'à 3287 mètres. Le terrain s'abaisse assez rapidement vers le nord, et les rives de l'Irtich, près du lac Saïsan, ne sont plus qu'à l'altitude de 520 mètres. Vers le nord-ouest, la chaîne du Tarba«ataï a pour suite les monts Djenghiz-tau ou Denghiz-tau; ils font réellement partie de la même arête, qu'ils prolongent jusqu'à 100 kilomètres au delà de la ville de Sergiopol.


Les monts Tarbagataï, qui, nous venons de le voir, ne sont pas essentiellement distincts des monts Thian-chan au point de vue orographique, ne leur sont pas identiques par la contexture géologique. Les formations sédimentaires, les schistes carbonifères, les grès et les calcaires, y tiennent, paraît -il, le premier î-an* dans l'ordre de puissance. Les filons métalliques abondent dans les terrains anciens; ils sont, ainsi que la houille, l'objet d'exploitations industrielles d'une certaine importance.

Nous avons dit tout d'abord comment et pour quelles raisons nous ne devons pas nous astreindre à nous renfermer dans les limites des États politiques actuels. Les régions dont nous allons nous occuper désormais appartiennent toutes à l'empire chinois, ou tout au moins sont revendiquées par lui comme ses dépendances.

Si nous franchissons, soit à travers l'Ala-tan dzoungare, soit dans les sinuosités des monts Tarbagataï, un de ces passages célèbres tant de fois foulés par les invasions, nous pénétrons dans les plaines vastes et monotomes, à la végétation misérable, de la Dzoungarie chinoise, dont la partie la plus basse, ornée de grands lacs, parsemée de marécages et de lagunes, a reçu des Chinois plus spécialement le nom de Thian-chan-pe-lou, par opposition au Thian-chan-nanlou, qui s'applique au bassin du Tarim, situé au sud des monts Thian-chan. La Dzoungarie chinoise perd peu à peu le caractère désolé de la steppe, à mesure qu'on "s'éloigne du bas pays des lacs, pour'se rapprocher des montagnes au nord i-t au sud; néanmoins la région, nous ne dirons pas cultivée, car la rareté des habitants est la cause du délaissement de nombreux cantons fertiles, mais utilisable, est peu étendue relativement à la steppe. II existe sur les flancs et dans tes contreforts des chaînes bordières une véritable région alpestre avec de belles forets, de verts pâturages et une végétation spéciale. Au sud des chaînes qui continuent le Boro-Khoro à l'est, dans la direction d'ûroumtchi, le paysde Kouldja, qui est le bassin supérieur de l'Ili, présente un tout autre aspect. C'est une des plus belles contrées de l'Asie et des plus pittoresques quatre ou cinq fois moins étendue que la Dzoungarie, elle possède une population qui n'est que moitié moindre des irrigations nombreuses, bien entendues, aussi soignées que celles de la Dzoungarie, sont délaissées, doublent la fertilité des vallées auxquelles le voisinage des arêtes neigeuses assure une humidité suffisante pour amener les récoltes à maturité. De plus, Kouldja est un centre important de richesses minérales; les mines de fer, de cuivre, de plomb, d'argent, y iibondent, ainsi que les gisements de soufre, de houille et de graphites. D'après Mouchtékolf, les dépôts de houille du pays de Kouldja sont énormes; on y trouve aussi des carrières abondantes de beau marbre. Par sa partie orientale, la Dzoungarie se confond avec le Gobi.

Au sud des monts Thian-chan, entre cette chaîne et celle des monts Kouen-lun qui bordent au nord le vaste plateau thibétain, s'étend sur une surface de beaucoup plus d'un million de kilomètres carrés une immense dépression, en trèsyrande partie déserte, et partout très-faiblement peuplée. Cette cavité, que dans notre ignorance complète (inexcusable même, puisqu'elle était au-dessous des notions°que nous avaient fournies les rares et intrépides voyageurs du moyen âge, et de celles que nous offraient les annales chinoises) nous regardions encore conune une continuation du plateau du Thibet, est le Thiaii-chan-nan-lou des Chinois, le Turkestan oriental ou Turkestan chinois des géographes européens. Cette contrée, dont les limites dessinent un ovale régulier ouvert à l'est où, par


les pays de Pidjan et de Hami, il se rattache au grand désert qui mène jusqu'en Mongolie, fut, dans les temps géologiques, occupée par une mer intérieure. Aujourd'hui c'est une des régions les plus dépourvues d'eau de grands dallages de substances salines, si nuisibles à la fertilité du sol, rappellent seuls les flots qui la couvraient jadis. La partie peuplée, si l'on en excepte les rares cultures, qui bordent sur une largeur tout à fait insignifiante les rives du Tarim et de ses affluents, consiste en une bande semi-circulaire disposée en amphithéâtre sur les flancs des chaînes qui bordent la dépression à l'est, au nord-est it au sud-est. Ce pays est fort intéressant à tous les points de vue une exploration méthodique, qui fut pour les géographes une véritable révélation, en a été commencée en 1857 par l'un des plus célèbres explorateurs, Schlagintweit; il paya de sa vie sa généreuse entreprise la contrée est encore très-incomplétement connue. Il est, par exemple, telle localité désignée sous le nom de Tchartchan ou Tcherchen, au pied même des monts Koucn-lun, qui n'a peut-être pas été visitée depuis six siècles d'autres ont eu leur heure de célébrité ou 'ont été même le siège de puissants États, comme Khotan, par exemple, centre du commerce de la fameuse pierre de jade dont les Chinois ont su tirer un si merveilleux parti, ou encore Kachgar, qui fut dans ces dernières années la capitale de cet empire éphémère de la Kachgarie qui ne dura qu'un instant (1863 à 1876) et coûta tant de sang et tant de ruines. C'est à l'abri des chaînes voisines, sur les flancs déchirés et, par-ci par-là, richement boisés, de ces vallées, parcourues par les ruisseaux qui convergent vers le fond de la dépression, en donnant la vie à toute une guirlande d'oasis, que s'est accumulée, aux confins de la steppe et du désert, une population active et industrieuse au sein de laquelle on trouve encore des agglomérations de 50 000 on 60 000 habitants. C'est le cas de la ville de Yarkand, par exemple, qui est pour la région un véritable centre agricole, intelligemment et fructueusement exploité. A Kachgar (39°, 26' N; 76°,16' E; 1233 mètres d'altit.), où ces excellentes conditions naturelles font défaut, le sol est aride et salé, les sables pénètrent dans les vallées et le long des ruisseaux, et la population serait fort misérable, si la localité n'était favorablement placée pour servir de centre commercial. En dehors de catte bordure fertile qui suit le contour des montagnes commence, pour ne plus être complétement interrompue. la vaste steppe du Gobi, nommée encore le Chamo, le pays du sable, par les Chinois, grande terre absolument morte et silencieuse, en dehors des rives du Tarim. La plupart des géographes européens n'appliquent le nom de Gobi qu'à la partie orientale. c'est-à-dire mongolique, de la région. Tantôt c'est le désert avec ses dunes mobiles, ses nuages immenses d'un sable jaune remarquable ici par son extrême finesse ailleurs c'est plutôt la steppe avec ses excavations remplies de couches de sel, alternant avec des champs de hautes herbes et de rares broussailles.

Aux yeux de Richthofen, à qui on doit les plus importants travaux concernant la géologie de l'empire chinois, le Chamo proprement dit est le bassin oriental de la grande Méditerranée qui occupa jadis l'Asie centrale. Dans cette partie, la couche liquide atteignait j usqu'à 9 00 mètres d'épaisseur et s'élevait à 1500 mètres au-dessus du niveau de l'océan actuel.

Le Gobi s'étend en réalité depuis les monts Kouen-lun au sud-ouest jusqu'aux monts Khin-han (Chin-gan, Hin-gam) au nord-est, c'est-à-dire jusqu'à la chaîne transversale, orientée presque du nord au sud, qui sépare la Mongolie de la Mandchourie. Mais, contrairement à ce qui était trop souvent admis jusqu'ici,


cette vaste contrée n'a pas sur toute son étendue le caractère d'absolue uniformité qu'on lui attribue trop souvent. C'est ainsi qu'entre les montagnes de Barkoul et de Ilami au nord, et la chaîne des monts Nan-chan au sud, un grand territoire, large de 500 kilomètres, connu particulièrement sous la dénomination de Kan-sou ou Han-sou mongol, présente un caractère différent du reste de la zone dé>erte, assez différent même pour qu'il soit permis de dire que dans cette région la zone déserte est pour ainsi dire interrompue, ou du moins fortement étranglée et réduite. Le Kan-sou mongol a été en partie exploré par Prjévalski, qui en a étudié non-seulement le relief et le régime hydrographique, mais aussi la faune et la flore. Au sud et au sud-est, le pays, qui est en réalité une haute plaine fortement ondulée, parsemée de vallons étroits, de couloirs déserts entre des collines plus ou moins boisées, de petits plateaux arénacés et stériles, s'appuie sur des chaînes de montagnes, où se montrent partout des couches de schistes argileux et au milieu desquelles s'élèvent fréquemment de hauts sommets couverts de neige pendant la plus grande partie de l'année. Prjévalski reconnut dans certaines parties trois chaînes parallèles on lui affirma que vers l'ouest elles s'élèvent jusqu'à la limite des neiges éternelles; il y constata la présence, avec les schistes argileux, de divers calcaires, des gneiss et des diorites; la houille est exploitée dans certains endroits et presque tous les cours d'eau passent pour rouler de l'or. Cette région du Kan-sou est exposée aux tremblements de terre, dont les secousses seraient, d'après les récits indigènes, fréquemment assez fortes pour renverser les habitations. Presque partout dans la région alpestre les cours d'eaux, torrents ou ruisselets, sont nombreux dans la plaine, des sources jaillissent des moindres dépressions du sol, et parviennent à se réunir pour former de véritables rivières dont les deux plus importantes, pour ne pas dire les deux seules, ont des cours perpendiculaires l'un à l'autre l'une, la Ngang-si, nommée aussi Sou-la-ho, court de l'est à l'ouest, et se rend au lac Chara-nor; l'autre, l'Az-sind, va directement au nord et se jette dans le lac Sagok-nor, situé à moins d'un degré de latitude au sud de Ilami. Il résulte de ces conditions physiques que, contrairement à ce que nous ferait prévoir l'aspect de nos cartes usuelles, on peut rencontrer dans le pays non-seulement des cantons cultivés et habités, mais des villages et même de véritables villes.

Au nord du Kan-sou, la steppe reparaît et le terrain s'abaisse dans cette sorte d'étranglement que nous avons indiqué plus haut; c'est là que règne un couloir qui, dans les temps géologiques, faisait communiquer la mer intérieure avec une sorte de golfe enfermé entre l'Altaï et le Thian-chan, et auquel llichthofen a donné le nom de golfe dzoungarique. C'est sur le même point, dans la direction de l'est, que la steppe, à travers ce qui fut jadis un détroit parsemé d'lles nombreuses, se relie au Gobi proprement dit, c'est-à-dire au désert de Mongolie. Le sol du Gobi mongol n'est pas le même que celui de la véritable steppe. C'est un gravier rougeâtre, à très-gros grains, mélangé de cailloux roulés, et parsemé de roches, avec des îlots ou plutôt de longues bandes d'un sable fin qui se distingue de loin par sa nuance jaune. La stérilité en est complète il ne s'y trouve que des touffes d'herbe que le vent arrache, partout où un fond d'argile ne leur permet pas de s'implanter solidement.

Au sud du Kan-sou mongol s'étend une contrée encore à peine connue et que pourtant le hardi explorateur russe Prjévalski a traversée presque entièrement de l'est à l'ouest. Cette contrée, désignée par les géographes sous le nom de


Tchaïdam ou Tzaïdam, conserve encore sous bien des rapports les caractères de la steppe du Thian-chan-nan-lou, avec laquelle elle communique par une large ouverture pratiquée dans l'Altîn-dagh, chaîne intermédiaire entre les monts Kouen-lun à l'ouest et ceux du Nan-chan à l'est. C'est vers l'extrémité orientale de ce grand couloir, que trois rangs de montagnes séparent du plateau thibétain qu'on rencontre le grand lac de Koukou-nor, dont la surface est à l'altitude de 1000 mètres. Les côtes septentrionales du lac sont bordées de montagnes trèsrapprochées, tandis que celles du sud sont séparées des premières chaînes thibétaines par une étroite steppe moins triste que celle du Gobi, dont elle garde néanmoins les caractères généraux. Sur les flancs de ces chaînes multiples on observe un fait très-remarquable, parce qu'on le constate dans toutes les chaînes de l'Asie centrale orientées dans le sens des parallèles. Le versant septentrional est notablement plus animé, plus orné, moins dénudé que le versant méridional. D'un côté, des arbustes nombreux, des bosquets verdoyants, des prairies abondantes, de l'autre, de maigres broussailles, des genévriers malingres entre des rochers nus, des lits de torrents desséchés qui rappellent le voisinage du désert. Les conditions climatologiques du pays donnent la raison de ces particularités, qu'aucun explorateur n'a négligé de signaler. Vers le sud, le pays de Tchaïdam et du Koukou-nor se continue jusqu'à la chaîne des monts de Marco Polo, en une région montueuse accidentée, dont le caractère physique la distingue du Thibet proprement dit, auquel elle n'appartient pas en réalité. Vers l'est, le pays estcomplètement^ marécageux, parsemé de lacs assez étendus et en nombre très-considérable c'est au milieu d'eux et souvent avec leur aide, que se forment les sources du Hoang-ho ou fleuve Jaune. En réalité, c'est une contrée à peu près inexplorée jusqu'ici; l'altitude maxima y est d'environ 4200 mètres. Si la région du Tchaïdam et du Koukou-nor doit être maintenue, au point de vue des conditions physiques, en dehors du Thibet, pour être annexée pour ainsi dire au Kan-sou mongol, à bien plus forte raison devons-nous faire entrer dans le domaine mongol le pays de l'Ordoss, compris tout entier dans la grande courbe à convexité septentrionale, que décrit le fleuve Jaune à sa sortie de la province du Kan-sou chinois. Limité au nord, à l'est et à l'ouest, par le fleuve, l'Ordoss est complétement bordé au sud par la grande muraille qui se trouve séparer ici deux pays absolument en contraste l'un avec l'autre, aussi bien au point de vue de la population que des conditions physiques. D'un côté, les Chinois laborieux et sédentaires, de l'autre, les Mongols nomades et pasteurs; d'une part, un sol fertile, bien arrosé, accidenté, un climat chaud; de l'autre, un plateau élevé, nu et désert, un climat rigoureux (Prjévalski). Le sol de l'Ordoss, en effet, si l'on en excepte les rives du Hoang-ho, est formé d'argile sablonneuse, chargée de sel, dont la stérilité est encore favorisée par l'altitude du plateau, qui est en moyenne de plus de 1000 mètres. L'Ordoss est donc une véritable steppe, au milieu de laquelle apparaissent, d'espace en espace, de rares et petites oasis dans lesquelles la végétation, plus belle et plus variée, donne un peu d'animation au paysage partout si disgracié. ° o On donne le nom d'Ala-chan, ou parfois aussi de Trans-Ordoss, à une contrée assez basse, appartenant au Gobi, et située entre le Kan-sou mongol et l'Ordoss, dont la sépare le cours du Hoang-ho. Mais les caractères physiques du pays sont ici les mêmes sur les deux rives. L'Ala-chan est une plaine pauvre, pavée d'argile salée, avec de nombreux marécages où se sont concentrés les restes des D:cr. esq. 3e s. XVI. 2


anciens lacs. Ailleurs les sables, très-mobiles, s'amassent en dunes élevées. La plus grande partie du pays est sans eau et sans êtres vivants.

A l'est du Kan-sou mongol réparait la plaine aride du Gobi oriental, qui couvre une grande partie de la Mongolie du nord. Cette portion du grand désert intérieur de l'Asie est mieux connue aujourd'hui que celle de l'ouest, traversée par le bas Tarim. De savantes explorations, dont les premières remontent à 1852 et sont dues à Fuss et Boungé, nous ont procuré des renseignements exacts sur le pays et sur ses productions. Grâce à eux, nous savons maintenant que ce vaste plateau a une altitude moyenne qui est non pas de 2400 mètres, mais plutôt de ̃1000 mètres, que cette altitude va s'élevant peu à peu du sud-ouest au nordest, qu'elle est, au sud, de 800 mètres environ et qu'elle s'élève à 1200 vers l'ouest nous savons aussi qu'il existe au milieu du désert une dépression d'uno profondeur variable selon les lieux, et dans laquelle le sol s'abaisse jusqu'à 50(1 mètres au-dessus du niveau de la mer, et enfin que cette dépression semble avoir son maximum d'intensité sur la route de Kiatka à Kalgen. La Mongolie, à la plus grande portion de laquelle s'applique en même temps la dénomination de Gobi, est ainsi une sorte de plateau qu'entoure de presque tous les côtés un socle de montagnes granitiques, fréquemment couvertes de laves, et souvent aussi déchirées par l'érosion due à l'action répétée des courants. Du côté de l'ouest, la pente générale du plateau le relie, sans autres accidents de terrains que les croupes les plus avancées de l'Altaï méridional et des monts Gourban SaïJjat ou Sajchat, au Gobi oriental ou Thian-chan-nan-lou. Vers la Sibérie, la Mongolie a ponr limites les monts Altaï proprement dits et la chaîne du Savân vers l'ouest; au nord, la série des chaînes Baïkaliennes qui commence parole massif du Mounkou-sardik et Unit par le Kenteï à la limite du bassin de l'Amour. La longue crête des monts Khingan sépare la Mongolie de la Mandchourie, en même temps qu'elle limite à l'est l'interminable désert; les mon1 a "nés du sud sont le vaste massif enchevêtré qui domine la province chinoise du* Pe-tchi-li et, à des centaines de lieues à l'ouest, les monts Nan-chan. Entre les deux se développe la vaste boucle du Hoang-ho, dans laquelle est enclose la contrée presque sauvage du pays des Ordoss, signalée plus haut. Les chaînes qui appartiennent en propre à la Mongolie sont toutes situées au nord-ouest et orientées vers le sud-eat, parallèlement; toutes aussi sont des dépendances de l'Altaï. La plus méridionale est le Grand Altaï ou Ektag Altaï. Cette chaîne,_ d'une longueur immense, traverse obliquement la Mongolie, et vient se terminer en croupes isolées aux limites nord-ouest dû pays Ourato, nom mongol de l'Oulaclian chinois, royaume distinct, récemment exploré par le missionnaire A. David (de Pékin). Le Gourban-saïgat, dont 11 a été question tout à l'heure, est l'extrémité méridionale de cette chaîne, dont l'existence même était complètement ignorée il y a quelques années seulement, et qui ne figure que sur les cartes les plus récentes. On y trouve pourtant des sommets élevés de plus de 5000 mètres.

La chaîne mongole la plus septentrionale est celle des monts Tannou ou Tannou-ola qui, détachés de la chaîne de l'Altaï, à l'est des bassins de l'Oubsa-nor et de l'Ouriou-nor, se prolongent au sud-est, en se subdivisant en séries de coteaux qui pénètrent entre les diverses sources de la Sélenga. Les deux chaînes mongoles et le massif de l'Altaï circonscrivent trois cotés d'un quadrilatère montagneux, riche en eaux courants et en grands lacs, coupé par une ligne de hauteurs parallèles aux deux autres chaînes, les monts Khangaï, de nombreux


pics neigeux dominent des pentes verdoyantes d'où s'échappent de nombreuses sources, également abondantes sur les deux versants. C'est à l'extrémité de cette chaine médiane, au pied d'un de ses plus modestes coteaux, en pleine steppe, que se voient encore les ruines de la fameuse Karakoroum, la capitale de l'immense empire des Khans mongols, à la cour desquels furent admis Rubruquis et Marco Polo.

En dehors du quadrilatère montueuxque nous venons de décrire et qui appartient à des bassins lacustres et au haut cours de lu Selenga, tout le reste de la Mongolie, à l'exception du bassin des sources qui se réunissent à l'Amour, par l'intermédiaire du lac Dalaï-nor ou Kouloun-nor, au nord-est, appartient au Gobi. L'aspect de ce désert, malgré la désolation qui y règne partout, n'est pas absolument uniforme; ce n'est pas, selon une expression trop fréquemment usitée, une mer de sable. Le colonel Prjévalski, qui a traversé le Gobi de Kiakta à Pékin, décrit, entre la plaine sibérienne et le désert, une zone intermédiaire où se trouvent encore de véritables pâturages, bien que le paysage, brusquement changé d'aspect, soit devenu déjà exclusivement mongol. « La steppe à perte de vue et s'effaçant dans le lointain bleuâtre de l'horizon se déploie tantôt lé°-èrement ondulée, tantôt coupée par des collines rocheuses. Des troupeaux paissent et là, et les tentes de leurs propriétaires sont disséminées le long de la route. Ce n'est point encore là le Gobi proprement dit, mais une zone intermédiaire de nature steppienne, ayant un sol silico-argileux, couvert d'une herbe excellente. Cette zone est composée de grandes ondulations coupées parfois de surfaces planes pendant une dizaine de verstes. » (Prjévalski, Mongolie et pays des Tangoutes, etc., trad. franç., p. 18.)

Ces mêmes surfaces planes se retrouvent plus nombreuses dans la partie centrale du Gobi, sans en exclure pourtant tous les accidents de terrain. Au nord et au sud, les rochers se dressent en séries et forment parfois de véritables coteaux entre lesquels, pendant les orages, des torrents de quelques heures creusent peu à peu des ravins ou des crevasses. C'est dans ces fissures que l'on pratique des puits dans lesquels, à l'abri des courants d'air, l'eau peut se conserver pendant quelques semaines cette eau est d'autant plus précieuse que, sur un espace de plus de 1000 kilomètres, on ne rencontre pas une seule rivière. Des voyages très-intéressants, dont le récit se trouve inséré dans les Nouvelles Archives du Muséum, ont été exécutés en Mongolie par l'abbé David. Il a examiné avec soin les terrains, récolté de nombreux fossiles, et dressé une carte sommaire des dispositions orographiques du'sol mongolien. Nous signalerons tout particulièrement la découverte de vertébrés fossiles de l'époque quaternaire et qui ont été reconnus comme appartenant aux genres Hyœnea, Elephas, etc.; parmi les espèces déterminées, nous indiquerons le Bos primigenius, VEquus caballus, le Rhinocéros tichorhinus, le Cervus Mongolise.

Des graviers rougeâtres et des pierres fragmentées, parmi lesquels se trouve l'agate, composent, avons-nous dit, le sol du Gobi un tel terrain ne peut ètre que stérile, surtout en l'absence de l'eau et pourtant une herbe maigre et basse se trouve encore presque partout, associée à quelques plantes bulbeuses. « Généralement, dit le même explorateur, le Gobi produit sur le voyageur une impression pénible, même étouffante. Pendant de longues semaines, le même tableau se déroule devant ses yeux; il voit d'immenses espaces reflétant une teinte jaune, à cause des herbes desséchées de l'année précédente, ou noirâtre, lorsqu'ils sont sillonnés de chaînes de rochers, sur le sommet desquels se des-


sine parfois le profil d'une antilope. Gravement, et d'un pas mesuré, s'avancent les chameaux; des dizaines et des centaines de verstes se succèdent, mais le paysage conserve le même caractère triste et désolé. Enfin la nuit s'étend sur le désert. Un ciel sans nuage s'illumine de myriades d'étoiles la caravane continue encore quelque temps sa longue marche, puis s'arrête pour camper. Les chameaux hennissent de joie on les débarrasse de leurs fardeaux et les pauvres bêtes ne tardent point à se coucher en rond autour de la tente des chameliers. Ceux-ci procèdent rapidement aux préparatifs de leur modeste souper; une heure ne s'est pas écoulée que bêtes et gens sont ensevelis dans le sommeil, et que de nouveau un calme de mort règne sur cette terre » (op. cit., p. 19,20). La chaîne des monts Khingan, chaîne transversale dirigée sensiblement du nord au sud, peut être considérée comme une sorte de limite géographique entre la Mongolie et la Mandchourie; mais elle n'est nullement utilisée comme limite politique. C'est à ce point que semble s'arrêter le désert de Gobi; au delà commencent les territoires des bassins considérables de l'Amour et de ses affluents ainsi que du fleuve Jaune ou Chara-mouren, dont les eaux donnent la vie aux pays de Moukden et de Tcheng-te qu'on doit considérer comme appartenant à la Chine propre. Néanmoins, de l'autre côté de la chaîne dont les flancs abrupts et escarpés du côté oriental contrastent avec les pentes plus douces du versant mongolien, s'étend encore, entre les deux bassins, une grande plaine stérile qui conserve tous lcs caractères de la steppe et qu'on nomme le Gobi oriental ou petit Gobi. Mais, plus on avance vers l'est et vers le nord, mieux on constate que le pays change d'aspect; les solitudes ne sont plus que des plaines trèslimitées on des districts rocheux sur lesquels la culture n'a pas paru possible. La chaîne des Khingan est encore très-incomplétement explorée, et la Mandchourie est un pays tout à fait neuf pour le géographe. Il y a trente ans, c'était une région presque inconnue. De nombreux explorateurs, presque tous Russes, l'ont étudiée depuis avec,autant de patience que d'intelligence, au point de vue géologique et topographique, pendant que des naturalistes dont les noms sont célèbres, comme Maximowitch, Schrenk, Raddé, Prjévalski, dressaient l'inventaire de ses richesses zoologiques et botaniques.

Le relief de la Mandchourie ne peut pas être considéré aujourd'hui encore comme parfaitement déterminé; néanmoins, il résulte des observations les plus certaines que les chaînes qui s'y rencontrent et qui sont situées, la plus orientale, le long du littoral russe, sous le nom de Sikhota-alin, et les autres, entre les divers cours d'eau, sous des noms divers, ont toutes une même orientation, du nord-nord-est au sud-sud-ouest. Un autre caractère qui paraît leur être commun est relatif aux événements dont ces montagnes ont été le théâtre. Presque partout on rencontre des traces de l'action volcanique, aussi bien dans les monts Khingan que dans les chaînes qui sont beaucoup plus rapprochées de la côte. On a même signalé, d'après El. Reclus, précisément dans la chaîne des Khingan, des cônes éruptifs formés par des amas de lave de 250 mètres de hauteur. En dehors des formations éruptives, les terrains anciens sont amplement 'représentés. On a trouvé des fossiles dévoniens, comme les spirifères à grandes ailes, sur les rives des principaux affluents de l'Amour. Les terrains jurassiques, riches de dépôts houillers, ont été observés aussi, non-seulement à la base des monts Stavonoï, c'est-à-dire dans le haut bassin de l'Amour, mais aussi le long des rivières qui s'y rendent. Près de l'Amour, et recouvrant des terrains cristallisés, les couches tertiaires miocènes, avec des assises carboni-


fères et des fossiles végétaux caractéristiques, apparaissent très-fréquemment. L'arête principale, ou du moins la chaîne intérieure la plus importante, est la Montagne blanche ou Chan-Alin, dont plusieurs cimes dépassent 5500 mètres et sont éternellement couvertes de neige. Dans la région septentrionale, au nord du cours de la Nouni, le pays est également montueux, mais les massifs y sont de moitié moins élevés que ceux de la Montagne blanche; la région montueuse particulièrement désignée par les Mandchoux sous le nom de Daousé-Alin ou Dousse-Alin est encore très-imparfaitement connue.

HYDROGRAPHIE. Si l'on excepte quelques cours d'eau qui, prenant leurs sources sur les pentes ou dans les hautes vallées des versants orientaux du Tarbagataï et des chaînes orientales des monts Célestes, se dirigent vers la Mongolie et deviennent ainsi, par l'intermédiaire des fleuves dont ils sont les affluents, des tributaires de l'océan, tout l'immense domaine de la Tartarie, dont nous venons d'esquisser le relief, constitue un bassin intérieur qui déverse ses eaux dans des lacs sans écoulement. Les uns, comme la Caspienne, sont de vastes mers; les autres peuvent n'être que des lagunes sans profondeur, des plaines marécageuses auxquelles l'évaporation enlève, et même au delà, tout ce qu'elles peuvent recevoir. Contrairement, en effet, à ce qu'on pourrait supposer à première vue, les excavations, lacs ou mers intérieures, qui reçoivent sans cesse des affluents et ne déversent rien, ne voient pas augmenter le volume de leurs eaux. 'C'est l'inverse qui a lieu. Les géologues admettent que dans les périodes antérieures le pays aralo-caspien était occupé par une grande Méditerranée mais, sans sortir de la période géologique actuelle, de nombreuses preuves établissent avec la dernière évidence que toute cette vaste contrée est, depuis des siècles, en voie de desséchement continuel. Partout l'étude du pourtour des grands lacs montre qu'une partie des anciens fonds est aujourd'hui à l'état de marécages ou de steppes; de nombreux lacs de moindre dimension ne sont plus représentés que par des flaques bourbeuses ou des dépôts de sel; les lits des rivières sont les uns rétrécis, les autres raccourcis et partiellement supprimés, parce que les cours d'eau se perdent en route, sans atteindre un déversoir apparent quelconque.

De cette singulière disposition de l'hydrographie du Turkestan, dont le territoire est ainsi subdivisé en un grand nombre de bassins fermés, où chaque cours d'eau aboutit à un lac, grand ou petit, ou bien disparaît dans un marécage, résulte la nécessité de joindre dans une même description et les rivières et les amas d'eau dans lesquels elles se jettent.

Tout le régime des cours d'eau de l'Asie intérieure est dominé par la présence de cette colossale protubérance montagneuse qui s'étend sans interruption du bassin de ['Indus à celui de l'Obi, projetant en, tous sens des chaînes avancées dont l'orientation a fixé les limites des divers bassins disposés dans toute sa périphérie.

De même que les plus grands amas d'eau, les plus grands fleuves de la Tartarie sont situés à l'ouest du massif principal, dans le domaine aralocaspien. Mais la mer Caspienne, malgré son étendue si grande, comparativement aux autres lacs du Turkestan, ne reçoit plus actuellement, sur sa rive asiatique, que des cours d'eau assez modestes.

Le premier que nous aurons à signaler est l'Atrek, dont le bassin est une large vallée comprise entre les chaînes qui limitent la Perse au nord et le rebord septentrional du plateau iranien. Sorti d'une haute vallée du Khorassan,


à une altitude de 1250 mètres environ, il se dirige d'abord presque directement au nord-ouest, puis, arrivé à la limite du pays des Turkmènes-yomouds, après un cours de 400 kilomètres environ, il se détourne brusquement vers le sud, pour gagner l'angle sud-est de la mer Caspienne dans laquelle il se jette, non loin au nord, de l'embouchure du Gourgen, ou Giourgan. Pendanjt trois mois, l'Atrek devient très-fort et son lit. occupe alors une largeur de 2- kilomètres mais, durant tout le reste de l'année, il perd une partie de ses eaux dans son cours inférieur et n'apporte à la mer qu'un faible tribut. Les Russes avaient fonde sur sa rive, auprès de la Caspienne, un établissement qu'ils ont abandonné, en raison sans doute des causes d'insalubrité, dues à l'instabilité dans le débit de la rivière. Le Gourgen, qui aboutit à la Caspienne, au-dessous de l'Atrek, a un cours beaucoup moins étendu, mais beaucoup plus régulier et permanent. Bien que les frontières de ce côté soient purement conventionnelles, parce que personne ne s'est engagé à les respecter, le Gourgen, anciennement VÛyrcama, est une rivière persane.

Le premier cours d'eau qu'on rencontre ensuite en remontant le rivage de la Caspienne à l'est, le seul d'ailleurs qui mérite d'ètre signalé, en outre de l'Atrek et du Gourgen, est l'Ousboï, qui se jette dans la mer à la baie de Balkan, après avoir traversé par une brèche l'un des chaînons des montagnes de ce nom. L'Ousboï se forme à l'est du delta de l'Amou-daria par trois courants qui se réunissent à l'est du plateau de l'Oust-ourt, qu'il contourne ensuite au sud pour se diriger de là à l'ouest vers son embouchure, à travers une plaine trèsbasse, laquelle en beaucoup d'endroits est une véritable lagune. Au nom de ce fleuve s'attache un des plus grands problèmes géographiques qui aient été résolus à notre époque, après avoir donné lieu à de nombreuses et savantes dissertations. Les géographes s'accordent en effet pour voir dans l'Ousboï, l'ancien lit de l'Oxus ou Amou-daria, lequel aurait ainsi été un tributaire de la Caspienne, avant de devenir celui du lac d'Aral. Sans rappeler en détail ces savants travaux, nous nous contenterons de dire que la conclusion à laquelle on est arrive est que l'Oxus, probablement à deux reprises différentes, et cela depuis l.'S temps historiques, a abandonné le lac d'Aral, pour porter ses eaux à la mer Caspienne, prolongeant ainsi son cours d'une longueur de 800 kilomètres pour pénétrer dans la mer par une sorte de delta, à travers lequel une bouche principale passait dans un défilé grandiose entre le grand et le petit Balkan. Le Sir-daria lui-même, l'ancien Yaxartes, a dù, pendant une certaine période difficile à fixer, joindre au cours de l'Oxus une partie de ses eaux et devenir ainsi, indirectement, tributaire de la mer Caspienne. Nous verrons tout à l'heure l'influence que ces changements, dont le dernier ne remonte qu'a quelques siècles, ont eue dans les variations si remarquables dont le lac d'Aral a été le théâtre. Nous avons déjà dit quelques mots de l'aspect exceptionnellement étrange qu'offrent les abords de la Caspienne, du côté oriental, avec ses plaines basses qui présentent alternativement tous les degrés, depuis la lagune et le marécage aux eaux bourbeuses, couvertes de roseaux et de plantes aquatiques, jusqu'aux bas-fonds complétement desséchés et couverts de véritables dallages de sel cristallisé. Il est telle vaste baie, à peine reliée à la mer dont elle reçoit pourtant des afflux de masses liquides, qui par conséquent conserve ainsi les apparences d'un véritable golfe, et dont la profondeur moyenne au-dessus de son fond salin n'est pas supérieure à 2 mètres.

La mer Caspienne, dont l'étendue, d'après ce que nous venons de dire, fut


jadis plus grande qu'aujourd'hui, présente une autre particularité plus remarquable, qui a été soupçonnée pendant quelque temps avant d'avoir été vérifiée par l'expérience. Son niveau est inférieur à celui de l'océan; la profondeur de la dépression a été l'objet d'appréciations contradictoires; mais on admet aujourd'hui généralement le chiffre qui résulte des vérifications et des calculs de Struve, de Pulkova; d'après lui, le niveau de la mer Caspienne est à 26 mètres au-dessous de celui'de la mer Noire.

La composition chimique de l'eau de la Caspienne est très-variable d'un lieu à l'autre; la salure de cette mer va en diminuant au fur et à mesure qu'on s'approche des embouchures, et surtout de celle du Volga. A 20 kilomètres du delta de ce fleuve, l'eau de la Caspienne est encore presque potable. La proportion de chlorure de sodium y est partout inférieure à celle de l'océan ou de la Méditerranée celle du sulfate de magnésie y est au contraire plus élevée, ce qui augmente notablement l'amertume de l'eau. Recueillie près de Novo-petrovsk, cette eau a donné à l'analyse chlorure de sodium, 8,95; chlorure de potassium, 0,65; sulfate de magnésie, 3,26; sulfate de chaux, 0,56; carbonate de magnésie, 0,20; carbonate de chaux, 0,57, soit en tout environ 14 parties de substances salines pour 1000 parties de liquide. Mais, d'après de Baer, la proportion moyenne des sels ne serait pas supérieure à 9 pour 1000 cette évaluation paraît bien être au-dessous de la réalité.

Après la mer Caspienne, le plus vaste récipient du bassin intérieur de l'Asie centrale est le lac d'Aral; dans tout l'ancien continent, le lac Baïkal seul le surpasse en étendue. Il a du nord au sud une longueur de 550 kilomètres; sa largeur est de 280 kilomètres; son pourtour actuel peut-être évalué à 1450 kilomètres. Il est situé à 200 kilomètres de la mer Caspienne, entre 56 degrés et 39°,50' de longitude est, et 43°,30 et 46°,50 de latitude nord. Sa forme, ses dimensions, sa position géographique, ne nous sont bien connues que depuis peu de temps; avant le siècle où nous sommes, les notions qu'on en avait étaient fort inexactes. La détermination précise de son niveau, question rendue singulièrement intéressante en raison des particularités que présente à ce point de vue la mer Caspienne, est tout à fait récente. La surface de l'Aral est de 74 mètres plus élevée que celle de la Caspienne son altitude est par conséquent de 48 mètres au-dessus, de la Méditerranée. Ses côtes sont partout arides et désertes et les habitants y sont très-rares. Au nord et à l'ouest, des plateaux argileux ou. rocailleux, aux pentes escarpées, le dominent avec des altitudes de 50 à 100 mètres; à l'est, une plaine ondulée, arénacée, l'avoisine; au sud, une sorte de delta appartenant au cours inférieur de l'Amou-daria s'étend assez loin dans la steppe, parsemée de lagunes couvertes de dépôts salins. A l'est et au sud, les limites de l'Aral sont très-indécises; les observations modernes prouvent qu'elles ont sensiblement varié dans ces derniers temps; les faits de l'histoire établissent que jadis, à l'époque grecque, par exemple, il n'existait pas à proprement parler de grand lac dans la place qu'il occupe, mais sans doute simplement une série d'excavations correspondant aux parties les plus profondes. C'est dans les déplacements de l'Oxus et l'action de l'évaporation qu'il faut chercher l'explication de ces phénomènes étranges. Le degré de salure des eaux de l'Aral est notablement inférieur à celui de l'eau de la Caspienne; elle peut servir à l'alimentation des animaux. La profondeur du lac d'Aral est très-médiocre; sur les trois quarts au moins de son étendue elle n'excède pas 50 mètres; nulle part elle ne surpasse 70 mètres; la plus grande profondeur est sur la rive occi-


dentale; à l'est et au sud règne une zone où la sonde n'indique pas 10 mètres. Ce qui donne au lac d'Aral, dans la plaine aralo-caspienne, une importance considérable, c'est qu'il reçoit les eaux des deux plus grands cours d'eau de ce bassin et de toute l'Asie centrale, l'Amou-daria ou Djihoun, l'ancien Oxus, et le Sir-daria ou Sihoun, l'ancien Yaxartes.

Les sources de l'Oxus n'ont été exactement reconnues que dans ces derniers temps; elles descendent du plateau de Pamir. Nous avons dit plus haut que la ligne de partage des eaux de ce plateau célèbre est située dans sa partie orientale et que le versant de ce côté envoie ses eaux dans le bassin du Tarim; toutes celles du versant occidental se rendent à l'Amou-daria. Les deux principales sources de l'Oxus, sur le Pamir, sortent chacune d'un lac et à une faible distance l'une de l'autre; mais elles se dirigent tout d'abord dans deux sens opposés. La plus méridionale des deux, celle de la rivière Sarhad, sort du lac Sari-koul ou Siri-koul, ou encore Koul-kalian, à 4240 mètres d'altitude. De là, le Sarhad, qui forme presque immédiatement une petite rivière, bien que le Sari-koul soit un lac d'une importance qui varie d'une saison à l'autre, se dirige vers le sudouest en suivant le versant méridional d'une chaîne intérieure du Pamir, limitant au nord une grande dépression du petit Pamir. Près de Kila-Pounia, dont l'altitude n'est déjà plus que de 5200 mètres, il se grossit du tribut d'une autre source, sans nom connu, qui marche parallèlement à lui au sud de la même dépression; puis, il accentue sa marche vers le sud, dans une vallée plus étroite, jusqu'à la localité même de Pamir, où il se trouve rejeté directement vers le nord, à la rencontre de la deuxième source de l'Amou, sur une longueur de 70 à 80 kilomètres. La deuxième source est l'Ak-sou ou rivière blanche; elle sort du lac de Pamir, le Pamir-koul ou Oï-koul, ou encore Gaz-koul, dans le voisinage de la source secondaire du Sarhad, puis contourne les hauteurs qui séparent les eaux des deux bassins du Pamir, en décrivant une grande courbe semi-ovalaire, jusqu'à sa rencontre avec le Sarhad, de sorte que les cours de ces deux rivières réunis décrivent une enceinte complète. Le Gaz-koul reçoit sur ses deux rives divers petits affluents, non sans quelque importance; il en résulte qu'à la sortie du plateau de Pamir, au delà du confluent des deux rivières, l'Amou-daria est déjà devenu un grand fleuve; il se précipite à travers les hautes et froides vallées du Badakchan, avec une vitesse parfois énorme, vers les plaines de la Boukharie. Avant d'y arriver, il reçoit encore plusieurs affluents dont le plus important est le Sourgh-ab, appelé aussi Ouakhi, qui, formé d'abord par deux sources nées sur les flancs du Trans-alaï, contourne au nord-ouest le plateau du Pamir et apporte à l'Amou, à travers le pays de Karategin, toutes les eaux du plateau qui ne lui sont pas parvenues directement. Deux autres rivières, le Kafirnagan et celle que les cartes indiquent également sous le nom de Sourgh-ab, descendent des monts HIssar, dans une direction à peu près parallèle, et se jettent dans l'Amou, encore à l'est du méridien deBalch. A partir de là et jusqu'à son embouchure, l'Oxus suit la direction du nord-est, longeant au sud-est la grande steppe des Turkmènes, la steppe des sables noirs, qui ne lui fournit pas le moindre affluent. 11 en existe Lien quelques-uns sur la rive droite, mais ils sont sans aucune importance. Il y a, au nord de l'Oxus, une rivière considérable et qui joue un grand rôle dans l'agriculture de la Boukharie, mais elle s'épuise, ou elle est épuisée par les habitants, avant d'arriver au fleuve. Cette rivière est le Zérafclmn, la rivière de Samarkand, dont le bassin supérieur est compris entre les monts d'Alexandre et une fraction de


l'Alaï-dagh au nord, et le versant septentrional des monts Hissar au sud. Le Zérafuhan traverse, pour arriver à Samarkand, des régions accidentées, au fond d'une vallée étroite et profonde; arrivé dans la plaine, son cours se ralentit et se subdivise; les habitants éparpillent avec parcimonie tout son précieux tribut dans des milliers de canaux.

Au sud, dans les oasis d'Andkoï et de Merv, deux rivières, la Narî et le Murgh-ab plus important, descendu des hauteurs du Gardjistari dans l'Afghanistan, viennent de même se perdre dans les sables, après avoir apporté la vie dans un coin privilégié du vaste désert.

Au delà du 64" degré de longitude, le cours de l'Oxus s'élargit et atteint par places jusqu'à 2 kilomètres; il n'est pas en moyenne inférieur à 700 ou 800 mètres. Son débit d'ailleurs est loin d'être uniforme, le fleuve étant comme le Nil, l'Euphrate, le Tigre, etc., soumis à des crues périodiques, qui commencent eu mai pour finir en octobre, après avoir eu leur maximum d'intensité au mois de juillet. D'innombrables canaux d'irrigation, établis sur sa rive, détournent au profit des campagnes voisines une partie des eaux souvent limoneuses de l'Amou-daria; ces eaux ne lui sont rendues qu'en faible proportion, parce que l'évaporation enlève ce que la végétation n'absorbe pas. Il en résulte que le fleuve, arrivé dans la plaine aralienne, a perdu beaucoup de son importance. Il s'étale alors dans un vaste delta, où de grands marécages alternent avec d'interminables champs de grands roseaux et de joncs, s'élevant à C mètres de hauteur, au milieu des eaux croupissantes. Cette disposition du sol contraste tout à fait avec le cours moyen de l'Oxus qui, d'après l'intéressante description qu'en a donnée Alex. Burnes, est un canal remarquablement droit, exempt de rochers, de rapides, et presque dépourvu de bancs de sables. Dans le delta, où les dépôts fluviaux modernes occupent une très-faible épaisseur, et où les fonds appartiennent à des formations plus anciennes, les nombreuses bouches partielles, dont l'extrémité s'obstrue très-facilement par les amas de limon, changent constamment de position. Nous avons vu plus haut qu'il en fut ainsi jadis, et à plusieurs reprises, du lit même du fleuve; les faits que l'on peut observer aujourd'hui donnent de la vraisemblance à l'hypothèse d'un nouveau déplacement, dans un avenir plus ou moins éloigné, à la suite de quelque grande inondation comme celle qui eut lieu en 1878, par exemple.

Le Sîr-daria, le Sihoun des Arabes, qui le nomment aussi le Chach, l'Iaxartes des Anciens, deuxième affluent actuel du lac d'Aral, est par son cours supérieur la rivière du Thian-chan occidental, comme l'Oxus est celle du plateau de Pamir. L'une de ses sources, qui n'est pas la principale, sort d'un lac situé au sud des monts Terskeï-ala-tau grossie bientôt par quelques ruisseaux, elle traverse une partie du plateau montueux, pour venir rejoindre la source la plus importante, celle qui sort du grand glacier de Petrof, et dès lors, après avoir reçu déjà des noms divers, prend celui de Narîn. Sa direction est sensiblement directe de l'est à l'ouest, dans la partie déclive d'une grande vallée peu profonde; elle entre dans les hautes plaines du Ferghana, naguère encore appelé Kokhand, à travers une brèche profonde qui n'a pas jusqu'alors été explorée, et où, au milieu d'accidents de terrain que l'on n'a pas de peine à supposer, elle perd, sur une longueur de 40 kilomètres environ, plus de 900 mètres de son altitude primitive. A son entrée dans le Ferghana, et jusqu'au delà de la frontière, la Narîa reçoit encore quelques autres tributaires, dont plusieurs tirent leur notoriété, moins de l'importance de leur débit que des services qu'ils rendent à l'agricul-


turc. La Narîn, au contraire, jusqu'au Ferghana, n'est pas utilisée pour l'irrigation par les populations riveraines. Mais dans le Ferghana, qu'elle traverse du nord-est au sud-ouest, on peut sans exagération dire que c'est le Sir-daria (car désormais elle porte ce nom) qui donne la vie au pays. Le système des irrigations y est bien entendu; il est appliqué non-seulement à l'laxartes, mais à toutes les petites rivières du pays dont aucune n'arrive jusqu'au fleuve, épuisées qu'elles sont par les canaux de dérivation, qui utilisent ce que l'évaporation enlèverait fatalement. Grâce à ces moyens, le Ferghana offre l'aspect d'une région cultivée, parsemée d'îlots stériles, dans lesquels il n'est pas possible d'amener le liquide bienfaisant (El. Reclus, op. cit., p. 384 et suiv.). Arrivé près de Khodjent, le Sir-daria contourne les montagnes, qui sont ici les portions méridionales de la chaîne du Tchektal, chaîne intérieure du Ferghana, et reprend la direction du nord-est comme l'Oxus. Comme lui aussi il descend entre une région cultivée et la lisière d'une grande steppe, le Kîzîl-koum, ou désert des sables rouges; comme lui encore il ne reçoit plus aucun affluent du cùté méridional, bien que la steppe du Kîzîl-koum ne soit pas aussi triste et aussi dénudée que le Kara-koum. Il n'est rien moins que certain que le Sir ait toujours coulé dans son lit actuel; il a dù au contraire en changer plusieurs fois. Aujourd'hui encore, comme en témoignage de l'instabilité de son cours, le Sir reçoit à quelques lieues de son embouchure une rivière qui, dans les derniers siècles, a disparu à plusieurs reprises c'est le Yanî-daria; il descend transversalement vers l'Amou-daria, mais après un cours de 500 kilomètres; il se perd dans le lac Kouktcha avant d'arriver à l'Oxus. Il résulte de l'étude de la région que le Sir n'a jamais été un affluent direct de la Caspienne et que, lorsqu'il n'atteignait pas la mer d'Aral, il allait se déverser dans l'Oxus par le Yauî daria ou par une autre voie. Près du lac, le Sir se divise en deux branches entre elles s'est formé une sorte de delta marécageux et couvert de grands roseaux, au milieu desquels le fleuve devenu presque stagnant par places perd par évaporation une partie de son eau. Là comme ailleurs cet état de choses, si compromettant pour la salubrité, pourrait être corrigé en partie par les irrigations systématiques; mais celles-ci sont, dans les basses plaines de l'iaxartes, complétement négligées aujourd'hui. Au delà du bassin du Sîr-daria, au nord-est, commencent à se montrer les plaines nues de la steppe de l'Ak-koum ou des sables blancs; sur la limite septentrionale de cette steppe, comme au nord des deux autres dont nous venons de parler, règne également un cours d'eau important, dépourvu comme les deux autres d'affluents sur sa rive gauche; il est vrai qu'il n'en reçoit que d'insignifiants sur sa rive droite. Ce fleuve est le Tchou; il est aux montagnes d'Alexandre et à l'Ala-tau transilien ce que le Sir est au grand massif du Thian-chan. Il naît au nord de cette dernière chaîne par une série de sources dont aucune n'apparaît comme la plus importante. Avant de prendre, comme les deux autres fleuves, la direction du nord-ouest, il recueille les eaux de plusieurs affluents, entre autres de la Karagati, qui descend vers le nord des régions occidentales des monts d'Alexandre. Le défaut d'alfluents à partir de ce point fait que ce fleuve assez puissant ne peut compenser les pertes que lui cause l'évaporation, et qu'on le voit diminuer de puissance. Arrivé au Saoumal-koul, grand lac sans profondeur situé à peu de distance du Sir-daria, il disparaît dans des marécages d'où ne sort aucun cours d'eau. A l'est, le bassin de l'Aral confine immédiatement à celui du lac Balkhach, dans lequel il faut comprendre nécessairement ceux des lacs de moindre impor-


tance qui l'avoisinent. Ce bassin est, après ceux de la Caspienne et de l'Aral, le plus important de toute l'Asie centrale, où il couvre un espace de plus de 20000 kilomètres carrés. Il suffit de jeter un coup d'œil sur une carte représentant le groupe lacustre du Balkhach pour éveiller dans l'esprit l'idée d'une ancienne mer intérieure jadis plus étendue. Les lacs Balkhach, Soukoïe, Sasik-koul, Ala-koul, Ebi-nor, Saïram, disposés en un cercle, à l'intérieur duquel se trouvent encore d'autres nombreux amas d'eau plus petits, apparaissent comme les cavités profondes, les bas-fonds, pour ainsi dire, d'une dépression où ils devaient se confondre jadis. L'étude du sol, de ses dispositions orographiques, de la nature de ses couches superficielles, des débris fossiles qu'il recèle, tout contribue à donner de la certitude à cette manière de voir. Le lac Balkhach s'étendait en effet autrefois jusqu'au delà de l'Ebi-nor à l'est à l'ouest, il couvrait une partie de la steppe des sables blancs, laquelle se trouve ainsi occuper le lit d'une ancienne mer, comme le Kara-koum et le Kîzîl-koum. Cet état de choses ancien n'a disparu que peu à peu, et il ne faut pas remonter au delà de la période historique pour trouver réunis en une seule masse liquide Je Balkhach et les quatre lacs qui le suivent à l'est, jusqu'aux contre-forts de i'Ala-tau dzoungare, dont la chaîne seule jadis n'était pas submergée. Le phénomène du desséchement et de l'amoindrissement progressif de ces petites mers intérieures se continue encore actuellement; c'est à lui qu'il faut attribuer l'incertitude complète du caractère des rives méridionales de tous ces lacs, dont les abords, jusqu'à une assez grande distance, sont dans un si singulier état qu'on ne sait, en réalité, s'il faut les attribuer à la terre ferme ou au récipient des eaux.

Le contraste est, en effet, très-marqué entre la rive septentrionale élevée et nue, rocheuse ou argileuse, nettement limitée, et la rive méridionale, avec son réseau inextricable et presque inabordable de marécages, de lagunes couvertes de grands roseaux, d'îlots sans nombre, dont les uns émergent, et les autres disparaissent selon le vent qui souffle ou la saison qui règne,

Le lac Balkhach lui-même, dont la longueur est de plus de 500 kilomètres, est disposé en arc de cercle à concavité méridionale, sous forme d'une bande relativement étroite sa plus grande largeur au sud-ouest ne dépasse pas 85 kilomètres à l'est, elle est en certains endroits réduite à 10 kilomètres. Sa profondeur maxima se trouve le long de la côte septentrionale, mais elle est trèsfaible et ne dépasse guère 20 mètres; en moyenne elle n'atteintpas 10 mètres. Il règne encore quelque incertitude au sujet sinon de l'altitude absolue du lac Balkhach, qu'on admet être de 238 mètres, mais de son altitude relativement à celles des autres lacs qui l'avoisinent, et que certains géographes regardent comme ayant tous un niveau un peu inférieur au sien.

L'eau du Balkhach n'est potable qu'à l'embouchure de l'Ili, son principal affluent; partout ailleurs elle est saumâtre à un assez haut degré. La salure des divers lacs du groupe varie certainement de l'un à l'autre, et peut-être aussi d'une saison à l'autre, dans chacun d'eux, suivant l'importance des apports fournis par les affluents méridionaux. Ceux-ci sont alimentés par les glaciers du Thian-chan et les neiges des pentes de l'Ala-tau transilien et de l'Ala-tau dzoungare; ils sont assez nombreux. L'affluent le plus important se rend au lac Balkhach; c'est l'Ili formé par la réunion de deux rivières, leTekes qui descend des flancs du Mouz-art et du Khan-Tengri, et le Kunges qui amène les eaux de la passe de Narat et des chaînes voisines, au-dessus du petit Youldouz. Le cour S


entier de 1*111 n'a pas moins de 1500 kilomètres de développement son lit a, dans la partie moyenne, environ 200 mètres de largeur. Après avoir reçu un nouvel affluent, le Kach, il se dirige vers Kouldja, puis, sans changer de direction, jusqu'à Iliist. C'est un beau fleuve, navigable et bien encaissé à partir d'iliist, il se porte au nord-ouest, et bientôt atteint la plaine basse; là il se divise en un grand nombre de branches et éparpille ses eaux dans un vaste delta où l'évaporation en enlève une bonne part. La branche méridionale est la seule qui représente un courant permanent.

Le Kara-tal, autre affluent du Balkhach, formé par un assemblage de ruisseaux rayonnant des deux pentes de l'Ala-tau dzoungare à l'est, semble avoir beaucoup perdu de son importance il est un des sept fleuves qui ont fait donner à la contrée le nom de Sémiretchie. Les autres, auxquels se joignent divers cours d'eau sans nom, se rendent, soit au Balkhach, soit aux petits lacs voisins; mais c'est du nord-est que ceux-ci reçoivent leurs affluents les plus notables, comme le Tehourlo- ou Emil, qui se déverse dans l'Ala-koul, le plus grand des lacs annexes.

Au centre même de l'enchevêtrement des chaînes neigeuses qui constituent le système des monts Célestes proprement dits, bordés au nord et au sud par les flancs des deux Ala-tau parallèles, Kunghei et Terskei, est enclos un bassin de grande importance, celui de l'Issik-koul. Ce lac, qui occupe le fond d'une cavité qu'il remplissait jadis, bien qu'elle ait un périmètre de 650 kilomètres, est encore aujourd'hui la plus grande masse d'eau de tout le Thian-chan. Son niveau actuel, qui s'éleva dans les temps antérieurs à 60 mètres plus haut, n'e>t pas exactement connu il est d'environ 1500 mètres. C'est un ovale de 200 kilomètres de l'ouest-sud-ouest à l'est-nord-est, et de 50 kilomètres dans sa plus grande largeur, du nord au sud, par 42° 50' de longitude est sa superficie est de 5800 kilomètres carrés. Ce magnifique lac présente diverses particularités remarquables. Il reçoit un grand nombre de petits affluents, mais il n'a aucun écoulement, et néanmoins, par le seul fait de l'évaporation, il est en voie de desséchement progressif et continuel. L'aspect de ses plages, l'étude des dépôts accumulés autour du vaste amphithéâtre qui le renferme, ne laissent aucun doute sur ce point. Autre fait curieux tandis que tous ses affluents restent congelés pendant des mois entiers, que la neige et la glace s'accumulent sur ses rivages, le lac lui-même ne gèle jamais. De là lui est venu son nom, qui signifie le lac chaud les Chinois le nomment Lé-khaï, le lac tiède. On a expliqué cette propriété par la présence de sources chaudes, qui jaillissent dans l'intérieur même de son bassin. Enfin, ses abords sont à peu près complétement dépourvus d'habitants, et pourtant le mouvement des vagues et les draguages amènent au jour des débris nombreux indiquant le présence de l'homme en possession d'une civilisation assez avancée. Ce fait a frappé l'imagination des Kirghises, chez lesquels une légende raconte qu'une ville entière git ensevelie au fond de l'Issik-koul.

Parmi les lacs que nous avons indiqués comme faisant partie du groupe du Balkach, il en est deux, l'Ebi-nor et le Saïram-nor, qui sont séparés des autres par la chaîne de l'Ala-tau dzoungare; ils sont situés, par conséquent, ainsi qu'un troisième lac d'une égale dimension, et un certain nombre d'autres sans importance, dans le grand angle aigu formé par la rencontre de l'Ala-tau dzoungare et des monts Boro-Khoro, c'est-à-dire qu'ils appartiennent à la plaine déserte et élevée du Thian-chan-pe-lou. Là se trouve encore un bassin fermé,


ayant pour réceptacles les lacs sans écoulement dont il s'agit. Ceux-ci sont alimentés par une série de petits affluents venus à peu près exclusivement du sud, non des flancs des monts Célestes proprement dits, mais de la chaîne qui, des monts Boro-khoro, se prolonge au sud-est jusqu'au mont Thian-chan qu'elle rencontre au delà du petit Youldouz. Ce grand désert, que l'on considère comme une dépendance de l'immense plaine du Gobi, est séparé, à l'ouest du pays de Kouldja, précisément par le Boro-khoro tous deux appartiennent encore à la Chine. Au sud des monts Célestes est le désert de Gobi qui renferme en son entier le bassin du Tarim. La plus grande partie du désert est inexplorée elle est inabordable ou à peu près. Le cours inférieur du Tarim et de son affluent, au sud du lac de Bagratch jusqu'au groupe de lacs du Lob-nor, a été très-récemment suivi par le colonel Prjévalski, qui a parcouru des contrées que le pied d'aucun Européen n'avait foulées depuis Marco Polo, le célèbre voyageur vénitien du douzième siècle. La partie occidentale du même bassin, où se trouvent presque tous les affluents du Tarim, et qui comprend, en outre de la Kachgarie, le Yarkand et le Khotan, est déjà, grâce surtout aux expéditions anglaises auxquelles se rattachent les noms de sir Douglas Forsyth, du colonel Gordon, du docteur Bellew, de Hayward, etc., ainsi qu'à de nombreux explorateurs russes, beaucoup mieux connue. Nous savons qu'à l'est des chaînes qui bordent le Pamir et le Ferghana on descend dans la Kachgarie par de larges gradins, où se rencontrent déjà de vastes plaines à l'altitude de 1200 à 1500 mètres. Les champs y sont cultivés, les prairies fréquentées, les villes bien peuplées, avec les apparences de civilisation qui rappellent les agglomérations européennes. La rivière de Kachgar, le Kachgar-daria, occupe le milieu d'une série d'affluents, les uns descendant des montagnes du sud, comme le Yarkand-daria, le Khotan-daria, les autres, formés sur les flancs du Thian-chan, comme le Taouchkan-daria, l'Ak-sou.

Le Khotan-daria, l'un des principaux affluents du Tarim, est lui-même formé de la réunion de plusieurs sources, dont les noms rappellent tous le jade, parce que les rivières qui en découlent sont célèbres depuis longtemps, à cause de l'abondance des récoltes de jade qu'on y fait chaque année. Le Karatach est le plus important. Il descend des hauteurs du Kara-koroum par un cours saccadé et accidenté, recevant sur sa route de grandes quantités d'eau minérale, qui jaillissent des crevasses, garnies de dépôts salins, très-nombreuses sur ces crêtes pittoresques. Quelques ruisseaux viennent se joindre au Karatach avant son entrée dans la plaine, d'autres s'égarent dans les sables mouvants sans pouvoir arriver jusqu'à lui.

Le Yarkand-daria, qui débouche au sud-ouest de la Kachgarie, descendant comme le précédent des hauteurs du Kara-koroum, où sa première source est à près de 5500 mètres d'altitude, est un cours d'eau plus important que le Khotandaria. Il conserve et accroît sa masse d'eau, tant que les flancs des profondes crevasses et l'ombre des forêts le garantissent contre l'évaporation. Une fois sorti de la région montagneuse, il perd de son volume jusqu'à ce qu'il reçoive la rivière de Kachgar. Le Kachgar-daria, en effet, qui descend du Pamir oriental, se joint au Yarkand avant d'atteindre le Tarim. C'est dans leur lit commun que se jette l'Ak-sou, ou rivière blanche, provenant aussi des flancs des monts Célestes. Tous ces cours d'eau sont confondus à environ 450 kilomètres de Kachgar; ils sont disposés, dans la plaine kachgarienne, comme les branches d'un éventail. C'est à partir de leur réunion que le cours d'eau prend le nom de Tarim qui, d'ailleurs,


est il peine usité par les Chinois. Les pentes que suivent ces affluents sont d'abord assez rapides; ils atteignent ainsi presque le niveau inférieur de la plaine déserte, approximativement fixé à 000 mètres au-dessus de la mer. Le cours moyen du Tarim est, jusqu'à ce jour, incomplètement connu. Indépendamment des grands lacs que nous avons décrits ou cités, il en existe une foule d'autres de moindre importance, répandus dans l'Asie centrale et le Turkcstan. Presque tous sont sans écoulement, et néanmoins presque tous aussi portent sur leurs rivages les traces d'un assèchement progressif causé par l'évapuration. Avec la suite des temps, la salure de leurs eaux a sans cesse augmenté et beaucoup d'entre eux ne sont plus aujourd'hui que des lagunes, au fond et au pourtour desquelles le sel s'est déposé en couches souvent fort épaisses. Les lacs du Turkestan chinois paraissent faire exception à cette rè^le, au moins ceux qui se trouvent sur le trajet du Tarim. Après avoir longé les derniers contreforts du Tbian-chan, et avant de prendre une direction différente vers le sud, le Tarim reçoit une petite rivière, nommée le Kontehc-daiïa. Elle n'a, par elle-même, pas grande importance, mais elle offre cette particularité qu'avant de se jeter dans le Tarim elle a traversé un lac vaste et profond, riche en poissons, le Bagratch-koul, orienté, comme les autres lacs du bassin, du nord-est au sud-ouest dans sa plus grande longueur, et dont les eaux ne passent pas pour être salées. Ensuite le Tarim, ainsi renforcé, gagne lentement le sud du désert, où il rencontre tout d'abord une grande étendue lacustre d'une profondeur insignifiante et connue dans le pays sous le nom de lac de Karabouran Prjévulbky, à qui nous devons principalement la connaissance de cette contrée, constata que le Tarim, après avoir traversé le Kara-bouran, en ressortait pour se rejeter dans un autre grand lac marécageux plus vaste encore. situé à l'est, le Kara-kourtehin ou Tchôk-gol. Quant au lac de Lob-nor tel qu'il est indiqué sur les cartes, sur la foi des documents chinois, il n'a été vu par personne. Il faut évidemment considérer la vaste dépression marécageuse encombrée de véritables forêts de roseaux, dont certaines portions au point qu'on yconstruit des habitations, et dont la profondeur est peut-être partout inférieure à 9 mètres, comme représentant le Lob-nor des géographes. En ce cas, il doit être reporté bien plus au sud, car de là le colonel Prjévalski pouvait en deux ou trois journées de marche aller chasser sur les flancs des monts Kouen-lun. Une des principales objections qui fut élevée contre cette identification, c'est justement le défaut de salure des eaux du Kara-bouran et du lac connexe. Leurs eaux sont douces elles peuvent servir à l'alimentation. Mais ces faits ont pu être expliqués par les déplacements des bassins du Lob-nor qui, de temps à autre, abandonnerait les fonds salés pour remplir une dépression voisine. Ce serait même peut-être dans ce déplacement qu'il faudrait chercher l'explication de l'erreur que l'on constate dans les cartes courantes, au sujet de la latitude du Lob-nor. Le Tarim, dans son cours inférieur, ne reçoit aucun affluent le désert, dans toute son absolue nudité, s'étend à perte de vue sur sa rive gauche pas un ruisseau, pas un lac, depuis le Lob-nor jusqu'au méridien de Turfan et de Ilami. 11 faut arriver jusqu'au Kan-sou mongol, à des centaines de kilomètres, avant de rencontrer une région qui ne soit pas absolument dépourvue d'eau. Nous avons dit plus haut comment cette dépendance de l'empire chinois, qu'on désigne aussi fréquemment sous le nom de Kan-sou extérieur, bien qu'en contraste complet avec le Kan-sou chinois, pour les dispositions du sol et les conditions du climat, n'en tranche pas moins par son aspect et la vie qui y


règne avec le reste du Gobi, dont elle interrompt la terrible et attristante uniformité, et nous avons indiqué en quelques mots le cours des deux rivières qui en arrosent une partie, l'Az-sina et le Soula-ho, qui vont tous deux, l'nn au nord, l'autre à l'ouest, se perdre dans des lacs marécageux. Vers le sud, au pied du versant des monts Nan-ehan, de petits cours d'eau, descendant des flancs de la chaîne, ont donné naissance à une série de lacs et de marais non salés, dont les alentours jouissent d'une certaine humidité et d'une fertilité relative. De l'autre côté des monts Nan-chan, enclavée entre la Chine, le Thibet à l'est et au sud, le Kan-sou et une partie du désert appelée le Takla-Makau au nord et à l'ouest, est cette province du Koukou-nor, récemment explorée, conquise pour ainsi dire par Prjévalski, dont les dernières découvertes, celles du district d'Odontola, qui renferme les sources du Hoang-ho, datent du milieu de l'année 1884; elle comprend la sauvage contrée du Tzaïdam ou Zaïdam et le bassin du Koukou-nor.

« La plaine du Dzaïdam, dit le célèbre voyageur, fut vraisemblablement, à une époque géologique, le fond d'un lac immense; elle présente partout, et sans solution de continuité, une surface marécageuse tellement saturée de sel, que celui-ci forme en certains endroits une couche d'un pouce et demi d'épaisseur, semblable à de la glace. On rencontre parfois des fondrières, de petits cours d'eau et des étangs vers l'ouest se trouve le grand lac de Kara-nor. Le plus considérable des cours d'eau est le Baïan-gôl. A l'endroit où nous le traversâmes sur la glace, il avait 200 sagènes de large, 5 pieds de profondeur et un fond vaseux » (Mongolie et pays des Tangoutes, p. 238). D'après les récits indigènes, cette rivière qui, d'après les cartes récentes, est formée de la réunion de plusieurs cours d'eau et se dirige du sud-est au nord-ouest, se perdrait dans de grands marécages du Tzaïdam occidental. Selon le même voyageur, le Tzaïdam qui, avons-nous dit, doit dès maintenant, ainsi que le Koukou-nor, être considéré comme distinct du Thibet, serait de plus de 500 mètres plus bas que ce dernier pays et formerait presque partout une plaine parfaitement unie. Parmi les nombreux lacs du Tzaïdam, beaucoup renferment de l'eau tout à fait douce; les uns et les autres avaient déjà été signalés il y a quarante ans par le P. Hue. Ce qui frappe tout d'abord, à l'aspect des cartes, c'est le peu d'étendue du bassin du Koukou-nor, comparativement à celle de la masse liquide; les cours d'eau un peu considérables de son voisinage appartiennent, ceux de l'est au bassin du Hoang-ho, ceux de l'ouest au bassin du Baïan-gôl; il ne reçoit guère, en dehors de nombreux ruisseaux sans nom, qu'une petite rivière à l'est et une autre à l'ouest. Et pourtant ,1e « lac Bleu », dont le centre est situé, d'après Prjévalski, par 56° 58' 5" N., et 97°o5' E., est un ovale de plus-de 100 kilomètres de l'est à l'ouest, et de plus de 60 kilomètres du nord au sud. Sa surface forme une belle nappe d'eau d'un bleu foncé, que les vents soulèvent fréquemment et que la moindre brise bouleverse ses rives sont basses et échancrées, ses eaux sont salées suffisamment pour n'être* pas potables. Dans une de ses iles s'élève un couvent qui loge quelques prêtres bouddhistes ceux-ci ne peuvent traverser le lac, absolument dépourvu de barques, que pendant les trois mois d'hiver, qui leur font un pont de glace et leur permettent de renouveler leurs provisions. A 300 kilomètres environ au sud du Koukou-nor est la région des « lacs étoilés » ou Odon-tola, où se trouvent des lacs considérables dépendant du bassin du Hoang-ho, très-récemment vus par Prjévalski et par un lettré hindou du nom de Krichna, mais indiqués depuis longtemps sur les cartes chinoises; l'Odon-


tola est, malgré les efforts de ces courageux voyageurs, un pays encore inexploré. A l'est du Kan-sou mongol, entre cette province et celle de Clian-si qui appartient à la Chine propre, le désert du Gobi pénètre comme un golfe jusqu'à la limite du Kan-sou chinois et occupe les deux contrées de l'Ala-chan, appelé aussi Trans-ordoss et de l'Ordoss, dont nous avons déjà signalé le caractère sauvage encore plus marqué dans l'Ala-chan que dans l'Ordoss. L'Ala-chan n'est qu'une grande plaine limitée par des dunes mouvantes et à laquelle ses rares visiteurs attribuent également le caractère d'ancien fond marin. Une argile dure en constitue le sol, recouverte sur les hauteurs d'une épaisse couche (le sable et garnie dans les bas-fonds de marécages salants, où se seraient concentrés les restes des anciennes eaux (Prjévalski, op. cit., p. 124). L'Ordoss, qui en est séparé par le cours du Hoang-ho, doit à la présence de ce fleuve, dont la grande courbure à convexité septentrionale l'entoure (le trois côtés, un aspect, par endroits, moins désolé. C'est une plaine ayant en somme tous les caractères de la steppe les rives du fleuve sont fertiles, et c'est la seulement que se font les cultures. Le Hoang-ho, dans la partie qui nous occupe, s'infléchissait naguère encore beaucoup plus vers le nord les fréquentes et considérables inondations dont le Ileuve est le théâtre ont à diverses reprises déplacé son lit, primitivement adossé au plan méridional de l'In-chan, ligne de hauteurs qui sépare au nord l'Ordoss du pays des Ourotis. Cet ancien lit sert encore aujourd'hui de limite entre les deux pays. Les rives du fleuve, dont la largeur est assez uniforme, d'environ 400 à 450 mètres, sont basses, plates, sans échancrures ni élévations notables, et formées par des couches peu résistantes, qui s'effondrent aisément sous l'action des eaux. La vallée elle-même n'a guère que 30 à GO verstes de longueur; elle est presque partout formée d'une alluvion argileuse. A l'intérieur du plateau de l'Ordoss on ne trouve, à peu près, plus d'autre eau que les marécages salins épars dans la plaine. L'un d'entre eux, situé vers le centre du plateau, le lac de Dabsoun-nor ou Dabasoun-nor, est connu dans toute la Mongolie occidentale. La description n'en a été donnée jusqu'ici que par le 1'. Hue Tout le terrain environnant est couvert et le Thibet, salines 531 et

suiv.). Tout le terrain environnant est couvert d'efflorescences salines et de

petits monticules ressemblant à des boursouflures. Les sources, si rares dans ce désert, apparaissent ici assez nombreuses; presque toutes sont chargées de sel. Quelquefois pourtant, dit le P. Hue, tout à côté d'une lagune saumâtre, jaillissent des eaux douces, fraîches et délicieuses de longues perches au bout desquelles flottent de petits drapeaux servent à les indiquer aux voyageurs. Au nord de ces deux provinces de l'Ala-chan et de l'Ordoss se continue, depuis le Kansou mongol jusqu'aux monts Khingan, l'immense désert du Gobi, qu'on peut considérer, sur une étendue de plus d'un million de kilomètres carrés, comme absolument dépourvu d'eau. On ne peut en effet citer comme des cours d'eau des torrents passagers qui se remplissent. à la suite des orages et des averses, pour rendre immédiatement à l'atmosphère, par l'évaporation, la plus grande partie de l'eau qu'ils viennent de lui emprunter.

La Mongolie ne possède de véritables bassins fluviaux que dans sa région septentrionale montueuse, et particulièrement dans l'espace considérable compris au nord-ouest, entre le grand Altaï, continué par la chaine des monts Gourban récemment découverte au sud, et les chaînes de Sayan et du Kounteï au nord. Il faut tout d'abord remarquer qu'une partie des eaux de la Mongolie occidentale appartient à de multiples bassins fermés, séparés les uns des autres presque


partout par des séries de grands coteaux et de vraies montagnes, tandis que les autres cours d'eau appartiennent aux bassins de l'Yénisséi et de la Selenga. Au pied même du versant septentrional de la partie moyenne du grand Altaï on rencontre toute une série de lacs, qui sont alimentés par une collection de petites rivières descendant d'une chaîne intérieure de la Mongolie, celle des monts Khangaï. D'autres lacs, avec des bassins encore plus restreints, recevant chacun deux ou trois petites rivières, se trouvent jusque sur les pentes septentrionales de la même chaîne; l'un d'entre eux, le lac Olôn-daba, est à 2820 mètres d'altitude. Mais les deux bassins lacustres réellement importants sont situés loin à l'ouest, vers le fond de l'enceinte des monts altaïques. Le bassin méridional a pour réceptacle un certain nombre de lacs, reliés entre eux par des cours d'eau. Les trois plus considérables du groupe sont le lac de Kobdo, ou Karaoussou, dont le principal affluent est la rivière de Kobdo, qui lui apporte les eaux de l'Ektag-altaï. Ce lac, le plus élevé du groupe, est àl 298 mètres (1256 selon d'autres) il est relié d'une part au Dourga-nor, qui n'est qu'à 966 mètres, et en même temps, par une bifurcation du même canal naturel, au Kirghis-nor, situé au nord, ou, plus exactement, à son principal affluent, le Dsabgin ou Dsabgan; cette grande rivière récolte toutes les eaux de la chaîne intérieure du Khangaï qui ne se rendent pas aux lacs isolés signalés plus haut. Le lac Kirghis est vraisemblablement le moins élevé des trois; son altitude diffère certainement peu de celle du Dourga-nor.

Le bassin septentrional est celui d'un grand lac de 5000 kilomètres carrés de surface, l'Oubsa-nor; il a pour tributaire important un cours d'eau formé de tout un ensemble de petits affluents, plus nombreux sur la rive gauche, amenant les eaux du versant méridional des monts Tannou et d'une partie du versant septentrional des monts Khangaï. En outre de cette rivière, nommée le Tes, au moins aussi considérable que le Tsabgan, le lac d'Oubsa-nor reçoit un certain nombre d'autres tributaires beaucoup plus modestes. Le bassin de l'Oubsa-nor est la partie la plus basse de la contrée, dont la déclivité est inclinée vers le nord; le lac n'est qu'à 722 mètres d'altitude. L'espace triangulaire compris entre les monts Tannou et la chaîne des monts Sayan, qui séparent la Mongolie de la Sibérie, appartient au haut bassin de l'Yenisseï; c'est l'Oulou-kem, formé par la réunion d'un grand nombre de petits courants d'eau, émanant des flancs des deux chaînes, qui porte à l'Yenisseï le tribut de toutes ces eaux. L'altitude moyenne du pays est à peu près celle du bassin lacustre, et l'Oulou-kem a son dernier confluent à peu près à 700 mètres.

Une série irrégulière de hauteurs, reliant transversalement les monts Sayan à l'extrémité orientale du Tannou, fait la limite du partage des eaux entre le bassin de l'Yenisseï et celui de la Selenga, qui se rend au lac Baïkal. La Selenga, dont le cours paisible et lent est presque complétement dépourvu de pente, est formée par une quantité réellement énorme d'affluents, directs ou indirects, dont les plus considérables descendent de l'Altaï méridional, à travers une grande plaine, à l'ouest de laquelle se termine la chaîne du Tannou. C'est une région, comme on le voit, abondamment pourvue d'eau, et en contraste complet, sous ce rapport, avec la Mongolie orientale.

Des contreforts avancés vers le sud, dépendant des monts Kenteï, séparent à l'est le bassin de la Selenga de celui du Kéroulen. Avec les sources de ce dernier, qui se trouvent sur les flancs orientaux des monts Kenteï, nous entrons DICT. ehc. 3° s. XYI. 5


dans le bassin de l'Amour, dont le vaste domaine représente en réalité presque toute la Mandchourie. Le Kéroulen, après un cours assez étendu, dirigé du sud-ouest au nord-est, se rend, sans recevoir d'affluents notables, au lac Dalaïnor ou Kouloun-nor, où aboutit aussi une autre rivière nommée le Khalkha-gôl. Ce lac, assez étendu, situé dans le voisinage de la frontière sibérienne, déverse ses eaux par sa rive septentrionale, en formant une nouvelle rivière assez considérable, l'Argoun, qui se dirige presque directement au nord, jusqu'à la rencontre de la Chilka, cours d'eau essentiellement russe. C'est de la réunion de ces deux rivières que se forme le fleuve Amour; c'est à partir de leur confluent qu'il prend ce nom, lequel semble n'être qu'un dérivé irrégulier du mot « mouren » ou « mouran », signifiant simplement fleuve. Au point de vue hydrographique, la Mandchourie se divise en deux bassins très-inégaux en étendue, celui de l'Amour, au nord, qui porte ses eaux vers la mer d'Okhotsk, et celui du sud, qui est formé par les cours d'eau tributaires des golfes de Corée et de Liaotoung. A partir du confluent de l'Argoun et de la Chilka, lequel a lieu par 55° 19' 45" N. et 119" ~?cJ' i.h" E., l'Amour court d'abord presque directement vers l'est, sur un espace d'environ 130 kilomètres, puis il commence, en se dirigeant vers le sud-est, une vaste courbe à convexité méridionale son extrémité orientale n'est autre que l'embouchure du fleuve; c'est un bel estuaire, dont la latitude est sensiblement la même que celle du confluent qui lui donne naissance. Le cours entier du fleuve, dans lequel il serait tout à fait illogique de ne pas comprendre la plus importante des deux rivières qui servent à le former, sous prétexte d'une différence de dénomination, est apprécié par les géographes à 4000 kilomètres environ. Près de la ville de Blagovctehensk, à 850 kilomètres du confluent, l'Amour reçoit un affluent important, la rivière sibérienne dite la Zeïa, puis, 200 kilomètres plus loin, la Boutiia, rivière presque égale à la première et appartenant aussi à la Mandchourie russe. Son volume ainsi renforcé devient très-considérable; son lit s'étale et se subdivise; la largeur qu'il occupe est exceptionnellement étendue; elle se compte par kilomètres; elle atteint par place un myriamètre. Le lit du fleuve se resserre notablement et acquiert uno grande rapidité, à mesure qu'il s'approche d'une série de montagnes transversales celles-ci lui livrent passage dans des gorges pittoresques bordées de rochers abrupts, entre lesquelles s'ouvrent de nombreuses vallées latérales dont les hauteurs sont couronnées de belles forêts. C'est après sa sortie de ces défilés que l'Amour commence à reprendre la direction du nord-est et à recevoir bientôt deux nouveaux affluents, la Soungari d'abord, l'Oussouri ensuite. Depuis le cours supérieur de l'Argoun, à peu de distance de sa sortie du Dalaï-nor, jusqu'au confluent de l'Oussouri, le fleuve Amour sert de limite entre la Mandchourie chinoise et les possessions russes, qui comprennent par conséquent une portion importante de la province mandchoue.

La Soungari est elle-même une rivière considérable; formée par l'union de deux cours d'eau, qui viennent à la rencontre l'un de l'autre, à peu près au centre de la Mandchourie chinoise, dans une vaste plaine, humide et marécageuse au point d'être inhabitable, la Soungari reçoit à peu près toutes les eaux de cette belle et fertile région aussi les Chinois et les indigènes admettent-ils et ontils souvent fait accepter aux géographes européens l'idée que la Soungari doit être considérée comme le haut Amour. Il est vrai que, jusque dans ces derniers temps, la Mandchourie était un des pays les moins connus de toute l'Asie; mais, maintenant que des explorations nouvelles nous en ont mieux appris la topo-

-u_


graphie, nous savons que l'opinion des Orientaux ne peut être admise. La Nonni, qui est la seconde source de la Soungari, étend son réseau d'affluents au nord, pour ainsi dire, sur tout l'espace compris entre les monts Khingan et le fleuve Amour, dont les tributaires, sur la rive droite, sont presque insignifiants; la Soungari proprement dite se forme par des sources assez nombreuses et très«loignées les unes des autres, descendant des flancs de la chaine qui sépare au nord la Corée de la Mandchourie. Ce sont des réseaux montagneux dépendant de cette même chaîne, qui séparent les eaux de la Soungari de celles de l'Oussouri celle-ci est la rivière de la région littorale. Son cours principal, dirigé du nord au sud, sert aujourd'hui de frontière à la Mandchourie chinoise; au delà, on est en pays russe.

Après avoir reçu les eaux de l'Oussouri, qui augmentent encore considérarablement son débit, l'Amour suit une direction au nord qui est la continuation <Iu cours de l'Oussouri; mais à mesure qu'il remonte ses allures changent, sa vallée se rétrécit de nouveau sensiblement; le pays devient accidenté et en même temps perd peu à peu son aspect riant et animé. C'est que le fleuve, après avoir, par la grande courbure qu'il décrit vers le sud, visité des régions fertiles et des latitudes tempérées, regagne avant de se jeter dans la mer la zone relativement rude de laquelle il est parti.

Le principal cours d'eau du bassin méridional de la Mandchourie est le Liaoho dans son cours supérieur, il porte le nom de Chara-Mouren. Sa source principale prend naissance en Chine, sur les confins de la Mongolie, au delà des monts Khingan, non loin d'un mont Pei-tcha, haut de 2700 mètres; presque tous ses affluents sont des rivières chinoises, bien que son cours, qui est presque exactement orienté tout d'abord de l'ouest à l'est, serve de limite aux deux pays c'est dire qu'il ne reçoit presque pas de tributaires sur la rive gauche. C'est que de ce côté il suit la limite méridionale du Gobi oriental, non moins aride que le Chamo proprement dit. Les montagnes de Moukden' s'opposant au passage du Chara-mouren, le rejettent brusquement vers le sud. Après s'être infléchi à angle droit, il prend le nom de Liao-ho et se dirige vers le fond du golfe de Liao-toung. Son embouchure est perpétuellement encombrée de dépôts d'alluvions, qui continuent même aujourd'hui à se déposer abondamment.

Parallèlement au cours du Liao-ho, le Jalou-kiang, dont la vallée, assez étroitement enserrée au milieu d'un pays accidenté, sert, de la source à l'embouchure, de limite entre la Corée et la Mandchourie chinoise, se rend au fond du golfe de Corée. Un petit cours d'eau, dirigé en sens inverse, complète cette limite; il va aboutir au fond de la baie Victoria, dans la mer du Japon. En résumé, comparée à la Mongolie, la Mandchourie est un pays luxueusement ,pourvu d'eau courante; elle possède un des plus beaux fleuves. Nous avons -signalé au centre une contrée marécageuse; néanmoins, contrairement au reste de l'Asie moyenne, la Mandchourie est dépourvue de bassins fermés les lacs y sont rares, et l'évaporation, le grand fléau de l'Asie centrale, y est contenue dans des limites assez restreintes pour qu'elle ne constitue pas un danger. CLIMATOLOGIE. Il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de ramener -a des caractères généraux les conditions climatologiques d'une immense étendue de pays comme l'Asie moyenne, dans laquelle on trouve tous les contrastes de la nature physique, les déserts les plus grands et les plus arides, entourés de bordures de montagnes aux pentes relativement fertiles, les plus formidables


voussures de la croûte terrestre alternant avec des plaines basses et de vastes réservoirs d'eau, dont le niveau peut descendre bien au-dessous de celui de la mer. Néanmoins, il est certains faits dominants qui ont depuis longtemps déjà frappé tous les observateurs, et avant tout le caractère excessif du climat de l'Asie centrale; ce caractère ne se modifie que dans les altitudes élevées, dans les hautes vallées et dans la province orientale de la Mandchourie, dont le climat devient relativement modéré. Les écarts possibles entre les températures extrêmes sont réellement extraordinaires; ils peuvent dépasser 70 degrés centibrades, puisqu'on voit assez fréquemment le thermomètre monter à l'ombre au-dessus de 40 degrés centigrades, que Prjévalski le vit plusieurs fois atteindre 45 degrés centigrades dans l'Ala-chan, tandis que, pendant les jours les plus froids de l'année, il peut marquer 25 degrés et même 55 degrés centigrades. Il est telle des portions de ce vaste ensemble où la température moyenne du mois le plus froid est de 10 ou même 15 degrés centigrades, tandis que celle du mois le plus chaud peut atteindre 23 degrés ou même 25 degrés centigrades.

Nous avons indiqué, à propos du régime hydrographique de l'Asie moyenne, et particulièrement de l'Asie centrale, l'asséchement graduel du pays, par la diminution constante de l'importance des cours d'eau et des lacs, comme un des phénomènes les plus frappants de la géographie physique du pays. Cet assèchement, qui est dû à une prépondérance séculaire de l'évaporation sur l'imbibition du sol par les pluies, a pour corollaire une sécheresse extrêmement marquée de l'atmosphère, sécheresse telle, dans les régions centrales surtout, qu'elle rend parfois la respiration presque impossible.

Il faut encore signaler, parmi les particularités de la climatologie de ces étranges pays, le contraste extraordinaire qui existe entre les conditions météorologiques de contrées relativement peu éloignées l'une de l'autre, sans que ce contraste qui ne peut s'expliquer par la distance des latitudes, s'explique mieux par des différences d'altitude.

Nous en trouvons justement un exemple dans le littoral de la mer Caspienne; la remarque en est due à M. de Khanikoff. Ce savant observateur a, en effet, signalé l'énorme discordance qui existe entre le climat de la rive septentrionale de cette mer, sur laquelle l'onagre a peine à vivre pendant la saison froide, et celui de la rive méridionale où le tigre du Bengale abonde dans les forêts de la province du Mazandéran. Au nord, le froid est tel, que la partie septentrionale de la mer Caspienne reste gelée pendant de longues semaines, tandis que rien de semblable ne se présente jamais dans la partie méridionale, ou tout est en fleurs avant que les glaces du nord aient complétement disparu. Une égale dissidence existe pour la végétation; au sud, on cultive la canne à sucre; les palmiers s'élèvent en pleine campagne; au nord, il n'est pas rare de voir les vignes saisies par la gelée, avant que le raisin ait eu le temps de mûrir. La même remarque pourrait s'appliquer aussi au lac d'Aral, au moins dans une certaine mesure. La partie septentrionale, celle que les riverains nomment la petite mer, est complétement prise par les glaces pendant plusieurs mois de l'hiver, tandis que le reste du lac ne se prend que sur une étroite bande le long des côtes. Les étés s'y passent tout entiers sans pluie, et la température pendant cette saison y est accablante, malgré la fréquence de grands vents du nord; elle atteint 37 degrés centigrades; en hiver, le thermomètre marquejusqu'à 20 degrés centigrades, et même, d'après Butakof, qui passa sur la


bas Iaxartes quatre hivers et huit étés, la température extrême peut atteindre 33 degrés centigrades. La persistance des mêmes vents soufflant avec intensité explique peut-être la salubrité relative de cette contrée, même dans les deltas de ses fleuves, dont les effluves miasmatiques se trouvent ainsi sans cesse balayées. Sur les hauteurs voisines du lit du fleuve, la neige et encore plutôt la pluie sont rares la sécheresse y domine. Les grands froids commencent avec le mois de novembre; à la fin de ce mois, le fleuve est presque toujours couvert de 6 ou 7 centimètres de glace, qui ne disparaît qu'en avril. Il peut arriver pourtant, mais exceptionnellement, que les hivers soient moins rudes ainsi, en 1854-1855, les grands froids furent très-courts; le thermomètre ne s'abaissa pas au-dessous de 17 degrés, et cela pendant quelques jours seulement, le temps restant brumeux.

Il résulte des observations de M. de Ujfalvy et des renseignements que lui ont fournis les voyages de Bektchourine que ce qui vient d'être dit peut s'appliquer à toute la partie du bassin du Sîr-daria jusqu'aux régions montagneuses du Zerafchân et du Ferghana; dans les plaines, la température annuelle varie de -f- 45 degrés à 25 degrés; pendant neuf mois consécutifs, la steppe ne reçoit pas une goutte d'eau. Les districts protégés par les montagnes sont soumis à de moindres rigueurs les vallées encaissées sont plus tempérées, elles reçoivent temporairement de grandes abondances de neige et de pluies. En général, le climat est assez sain; à Khodjend, il est réellement salubre; l'été, tout à fait chaud pourtant, commence même avant le mois de mai, il est suivi par la période des pluies qui va jusqu'en décembre; alors tout le sol est couvert de fange, et certains lieux sont impraticables. L'hiver, qui ne dure guère que deux mois, est très-rigoureux (Ujfalvy, Expédition scientifique, etc., t. II, p. 13, note). A Tachkend, situé un peu au nord de Khodjend, la sécheresse de l'air est souvent, d'après Severstzoff, presque complète. Des observations météorologiques faites dans cette localité par Struve il résulte les chiffres suivants pour les quatre mois de l'hiver en décembre, température maxima -+- 16°, 5, température minima 4 degrés, température moyenne -+- 6°,5; en janvier, température maxima -f- 11 degrés, température minima 10 degrés, température moyenne -f- 0°,4; en février, température maxima + 18 degrés, température minima 12°,6, température moyenne -+- 2°,7 en mars, température maxima -H 23°, 7, température minima 14°,2, température moyenne -f- 4°, 5. Le dernier jour de froid observé fut le 6 mars; il y eut 3°, 7; dès le 4 avril, le thermomètre marqua + 22 degrés centigrades. Il y eut en décembre sept jours de pluie ou de neige, treize en janvier, huit en février, quatorze en mars; les orages commencent dès la fin de février et sont parfois très-violents. C'est surtout pendant les grands froids et les plus mauvais temps que le baromètre monte.

A Khiva, et dans le bassin inférieur de l'Amou-daria, les étés sont également très-chauds et très-secs; les hivers assez rudes, sont courts; les arbres se couvrent de feuilles dès le mois de mars, les pluies sont assez fréquentes d'octobre à avril; les mois les plus humides sont, d'après Basiner, décembre et janvier; il peut tomber à Khiva 6 centimètres de neige dans un jour, mais il est rare qu'elle persiste longtemps. Les vents de l'ouest dominent au printemps, ceux de l'est pendant le reste de l'année; mais on observe fréquemment dans les couches supérieures de l'atmosphère des nuages dont la marche indique des courants inverses. La température moyenne en octobre est de + 12 degrés


centigrades environ, celle de novembre de -+- 7 degrés, celle de décembre de 2°,5. Basiner observa comme minimum le 22 décembre 2o°,7, tandis que le 2G octobre le thermomètre avait marqué 55 degrés centigrades. En janvier, l'Amou-daria était couvert d'une couche de glace de 40 centimètres. Néanmoins, le climat du pays de Khiva n'est en somme ni très-rude, ni insalubre, à l'exception de la ville même. Celui de la Boukharie est très-supportable, ou plutôt agréable; le pays est salubre; à Boukhara, la température moyenne de janvier est de 5°,7, celle d'octobre de -+- 16 degrés; au milieu de l'été, le thermomètre ne monte guère au-dessus de 52 degrés. Le froid ne commence qu'à la fin de novembre dès le mois de février, les arbres commencent à bourgeonner, le ciel reste très-clair pendant tout l'été; les saisons sont d'une régularité parfaite.

Par la province du Ferghana, formée de l'ancien Khanat de Khokand, nous pénétrons dans les régions essentiellement montagneuses et accidentées les conditions du climat y varient d'un district à l'autre. Une ceinture de grandes chaînes limite le pays, au milieu duquel une dépression notable reçoit de nombreuses rivières indépendamment de cette zone inférieure partagée en deux bandes par les cours d'eau, il faut admettre de part et d'autre une zone moyenne et une zone élevée le climat, rigoureux dans les deux dernières, est tempéré dans les deux moyennes; il conserve dans la zone inférieure les caractères excessifs du versant aralo-caspien. A Marghilan, le thermomètre marque à l'ombre jusqu'à 40 degrés; néanmoins les orages y sont très-rares. Le voisinage des montagnes donne à Andijan et à Namangan un climat beaucoup plus tempéré; celui d'Osch est délicieux, la température y est de -f- 25 degrés, quand elle atteint -f- 55 degrés ou -f- 40 degrés dans les localités voisines. A Khokand même, il fait très-chaud et très-sec. Dans toutes ces régions, le froid atteint en hiver 15 degrés ou rarement 20 degrés centigrades. Dans les zones moyennes, les orages sont assez fréquents, mais la température reste toujours tolérablc le voisinage des montagnes modère la rigueur des vents en hiver. Dans les zones extrêmes, le froid est très-vif, les pluies abondantes en automne; la glace et la neige épaisses en hiver. Le bassin du Kara-koul est une contrée stérile et déserte, balayée par les ouragans (Ujfalvy, op. cit., t. 1, p. 49, 50). Le vent brûlant de la vallée du Sir-daria, le Gharmsal, inconnu dans le Ferghana, désole parfois au contraire la vallée du Zérafchàn. La province de ce nom, située entre le Ferghana et la Boukharie, est un pays plus tempéré, que le Ferghana et d'un climat moins heurté; le froid n'y dépasse guère 15 degrés centigrades et la chaleur maxima y est de 51 degrés centigrades les extrêmes de température annuelle se rapprochent à mesure qu'on remonte dans la vallée. D'après M. de Ujfalvy, le printemps commence en février et dure jusqu'au 15 avril; l'été et l'automne se prolongent jusqu'au 15 novembre et même quelquefois jusqu'au 15 décembre; les vents d'est dominent en été, ceux d'ouest en hiver. Le Zérafchàn et le Ferghana doivent être regardés comme des pays salubres. Dans le district de Karatégin, région montucuse incorporée à la Boukharie, le climat est très-dur et la température rigoureuse; les communications avec les pays voisins n'existent qu'en été; en hiver, la neige atteint 4 mètres d'épaisseur, et les villages sont isolés les uns des autres. Le climat est beaucoup plus doux et beaucoup plus salubre dans le Badakchan, où les vents d'est règnent pendant six mois de l'année. On sait peu de chose concernant le climat des régions de l'Alaï et du Transalaï, sinon que


de vastes étendues de neige couvrent leurs cimes pendant une partie de l'année.

Au pied des contre-forts orientaux du plateau du Pamir, dont les solitudes accidentées sont exposées aux plus dures intempéries, commence le Turkestan oriental. Larégion fertile située à l'est de la vaste dépression a été improprement nommée petite Boukharie; c'est le paysdeKachgar, de Yarkand, de Khotan, etc. Malgré sa grande étendue, le climat y est d'une remarquable uniformité; nous en indiquerons les principaux caractères d'après Valikhanoff. Il faut distinguer tout d'abord le climat de la plaine de celui des .montagnes qui en forment l'enceinte. Celles-ci restent couvertes de neige pendant une grande partie de l'année; dans les vallées des pentes, elle résiste jusqu'au mois de juin l'humidité persiste pendant toutes les saisons. Dans la plaine, au contraire, les rivières sont partout bordées d'une végétation luxuriante, activée par une température favorable. Au commencement d'octobre, M. Valikhanoff constata une température de 27 degrés centigrades. Vers le 15 novembre les nuits deviennent plus froides, et la chute des feuilles commence; la neige apparaît en décembre et janvier; le thermomètre pendant tout ce temps oscille autour de zéro. La température se relève à la fin de février, les premières feuilles apparaissent au milieu de mars; le printemps est en réalité un peu plus tardif que dans les vallées du Ferghana. L'été est très-chaud; l'automne, médiocrement pluvieux, conduit à l'hiver par une transition graduelle, tandis que le printemps succède brusquement à la saison rigoureuse. Les vents dominants sont ceux de l'ouest et du nord-ouest, surtout au commencement de l'année. A Yanisvar, à Yarkand, à Khotan, les conditions climatologiques sont à peu près les mêmes qu'à Kachgar. A Khotan, l'hiver est souvent un peu plus doux. A Turfan, à Ak-sou et surtout à Baï et Saïram, qui sont plus rapprochées des montagnes, les étés sont moins chauds et les hivers plus pénibles. Mais partout la végétation est luxuriante, et le pays est célèbre par l'abondance des fruits de tous genres. Dans le bassin inférieur du Tarim, et autour du lac de Lob-nor, les hivers sont beaucoup plus rudes, et Prjévalski, malgré une intrépidité qui lui faisait braver tous les dangers et surmonter tous les obstacles, fut contraint de quitter les lieux plutôt qu'il n'en avait l'intention. Le froid avait atteint 27 degrés centigrades, et il lui devenait impossible de se procurer de l'eau. La Dzoungarie, vaste contrée, accidentée de hautes montagnes, de grandes steppes, de vallées profondes, située au nord du Turkestan oriental, dont la séparent les monts Thian-chan, est beaucoup moins favorisée; on y retrouve le climat excessif, si répandu dans l'Asie moyenne. Dès le mois d'avril, la température s'élève rapidement; en juillet et août, elle est insupportable; les cours d'eau s'épuisent. Mais, dès le mois de septembre, le sol se couvre d'une neige abondante, les cours d'eau sont gelés en novembre et pendant des mois entiers; le froid est très-violent, il atteint 25 degrés centigrades. Quelques points isolés jouissent de conditions un peu moins rudes, surtout ceux dans lesquels l'abondance des eaux vives peut maintenir un certain degré d'humidité et modérer l'extrême sécheresse de l'air tel est, par exemple, le district de Kouldja. A Kouldja même, d'après les observations de Goluboff, publiées en 1864, la température moyenne est en janvier de 9°,7, en juillet 240,9. La moyenne de chaque saison donne pour l'hiver 6°,5, le printemps -H 10 degrés, l'été + 23 degrés, l'automne -+- 9°,2, l'année entière + 9°,2. Les températures annuelles extrêmes y sont -+- 43 degrés et 31 degrés centigrades.


C'est à peu près le climat d'Astrakan (Petermann, Mittheilungen, 1870, p. 111). A Verniy (Wjernoje, Wernô), localité qui appartient aussi au bassin de l'Ili, située au pied septentrional de l'Ala-tau transilien, la température, d'après le même observateur (Reperior. für Meteorol., de Kametz, 1861), est en moyenne, pour toute l'année, + 8°,1; pour janvier, 9°,5; pour juillet, -+- 23°,2. Pendant quatre mois, de décembre à mars, la température reste inférieure à zéro. Les oscillations journalières, qui n'excédaient pas en janvier 3°, 5, atteignaient en juillet 11°,2. L'Ili, le principal cours d'eau de la contrée, gèle à la mi-décembre, et ne redevient libre qu'au milieu de mars.

Le Kan-sou mongol est une région encore peu connue sous tous les rapports, mais nous savons déjà que, dans la partie montagneuse, celle qui s'adosse à la chaîne bordière de l'empire chinois, le caractère dominant du climat est une humidité très-grande et presque incessante, et que les extrêmes de température n'ont pas le caractère d'exagération, qui est le propre des provinces de l'Asie centrale. « Le climat, dit Pijévalski, est ici très-humide, surtout en été; en hiver le temps est clair et froid, si le vent règne, et assez doux pendant le calme. En été, il pleuvait presque tous les jours; nous observâmes en juillet vingt-deux jours de pluie, en août vingt-sept, en septembre vingt-trois, dont douze avec de la neige. A partir du 16 septembre, la neige tombe aussi dans la plaine. Si l'on tient compte de la latitude sous laquelle se trouve placé le Han-sou (Kansou) (38 degrés latitude nord), on remarque que la température moyenne de l'été est assez basse. Dans les montagnes, au mois de juillet, pendant la nuit, l'herbe était déjà couverte de givre ou d'une neige fine; en août la couche de neige ne fondait qu'aux rayons du soleil, et en septembre elle devint de la glace. Les chaleurs n'étaient jamais insupportables; la température la plus élevée atteignit -+- 31°,6 à l'ombre dans la vallée profonde de la Tétoung les vents étaient généralement faibles, celui du sud-ouest dominait (Mongolie et pays des Tangoutes, p. 178, 179). La grande humidité du Kan-sou montagneux se fait sentir jusque dans la partie septentrionale, qui est une prolongation du Gobi; elle est beaucoup moins aride que le reste du désert. Au sud du Kan-sou, la province du Koukou-nor présente, dans ses trois districts du Tzaïdam, du Koukou-nor proprement dit et d'Odon-Tola, tous les caractères du climat continental extrême. Dans le Tzaïdam, le printemps, d'après Prjévalski, un des très-rares voyageurs qui aient parcouru le pays, est précoce. Ainsi, au 15 février, quand les froids nocturnes atteignaient encore 20 degrés centigrades, le thermomètre pendant le jour montait à + 13 degrés à l'ombre. La glace fondait partout; les oiseaux de toute espèce arrivaient. Puis, après ce réveil de la saison agréable, survenaient des périodes alternes de froid vif avec neige, et de temps plus doux. Sur les rives du Koukou-nor, l'hiver est plus long; à la fin de février, le lac est encore entièrement gelé, la couche de glace atteint jusqu'à 1 mètre d'épaisseur. Le plateau d'Odon-Tola a un climat encore plus rude, le froid y sévit l'été comme l'hiver et, au mois de juin, on voit le thermomètre descendre jusqu'à-25 degrés centigrades. Dans l'Ala-chan et les plaines désolées de l'Ordoss, le climat n'est pas plus doux que dans le Koukou-nor, ni moins pénible.

C'est dans la Mongolie et particulièrement dans les grandes steppes du Gobi que l'on constate, au plus haut degré, les caractères du climat continental extrême. Au nord comme au sud, les écarts annuels sont énormes ils dépassent toujours 60 degrés et peuvent atteindre 75 degrés centigrades. Les froids de


l'hiver sont d'une insupportable rigueur. Prjévalski, qui traversa en 1872 une partie de la Mongolie orientale en mars, avril et mai, constata que pendant chacun de ces mois l'écart des températures extrêmes était toujours supérieur à 40 degrés, il monta même à 47 degrés en avril. La température minima avait été en mars 20°,5, en avril 16 degrés, en mai 2 degrés; les maxima furent en mars 22 degrés, en avril 21 degrés, en mai. 40 degrés centigrades. Pendant le mois de juin, d'après les observations de Timkowsky, le temps semble être d'ordinaire très-variable, et souvent pluvieux. Sous l'influence des vents du nord, les nuits donnent encore des minima de 5 degrés ou 6 degrés, ce qui n'empêche pas les journées d'être trèschaudes. Mais, au mois de juillet, la chaleur est intolérable; le mois d'août ressemble au précédent. Au mois de septembre, les nuits recommencent à être froides; le thermomètre marque 3 degrés ou 4 degrés centigrades,, alors soufflent tantôt les vents du nord, tantôt ceux de l'ouest. En octobre, le thermomètre descend déjà, pendant la nuit, à– 20 degrés au moins; pendant les mois de novembre et de décembre, les vents sont variables. On peut se rendre compte de la différence des climats du nord et du sud de la Mongolie en comparant les deux séries de chiffres suivantes, qui se rapportent aux localités d'Ourga et Sivantzé, et qui ont été insérées par M. Reclus dans une note de son grand ouvrage. A Ourga, la moyenne annuelle est de 2°,9, celle de juillet 17°,6, celle de janvier 27°,8; la température annuelle maxima 54 degrés, minima 38°,2 l'écart annuel 74°,2. A Sivantzé, la température annuelle moyenne est de 4- 2°,8, celle de juillet 19°,5, celle de janvier 16°,7, le maximum 52°,4, le minimum 31°, et enfin l'écart annuel 63°, 9. Le climat de la Mandchourie est moins excessif que celui de la Mongolie il est surtout beaucoup moins uniforme, ce qui était à prévoir, puisque la contrée elle-même est beaucoup plus accidentée et très-suffisamment arrosée. Certaines vallées sont riches en beaux fruits; on y cultive les légumes les plus délicats. Ailleurs, des districts montueux sont pendant de longs mois couverts de neige et le thermomètre peut y atteindre 35 degrés. Dans le bassin de l'Oussouri, la température moyenne est, d'après Prjévalski, en hiver, 16°,50 au printemps, -1-4O,6; en été, -f-18°,7; en automne, + 5°,75. Celle des différents mois fut, d'après les mêmes observations, en janvier, 21°,3; février, 15°,1 mars, -f-5°,l; avril, H- 5°,7; mai, + 13°,1; juin, +16°,2; juillet, •+• 20°,0 août, -+-20°,0; septembre, -+-11°,7; octobre, -f- 4°,7 novembre, 5°,1 décembre, -12°,9 (Petermann, Mitih., 1870, p. 459). Dans la région du bassin propre de l'Amour, le sol est moins fertile que sur les rives de l'Oussouri; de grands vents du nord-ouest durent pendant presque tout l'hiver; au printemps les vents sont beaucoup plus variables. A Kisi, situé au sud de l'embouchure de l'Amour, Maximovitch vit tomber la neige au commencement d'octobre; le fleuve gela au milieu de novembre; le froid atteignit 37 degrés. En 18551854, l'Amour pris par les glaces à la fin d'octobre ne fut libre qu'au mois de mai. Dès 1858, Gützlaff avait déjà signalé la distinction qu'il est nécessaire de faire au point de vue du climat, entre les fertiles et relativement riches régions' de la Mandchourie du Sud et les solitudes tristes et inhospitalières du nord de la province. En somme, le climat de la Mandchourie méridionale est tout à fait tempéré, comparé à celui de la Mongolie, que l'on retrouve dans la Mandchourie du Nord.

̃ Flore. La nudité et l'uniformité de la steppe sont proverbiales; au premier


abord, ces grands espaces, déshérités sous tant de rapports, apparaissent semblables à des nappes immenses, unies comme une mer calme, à perte de vue. Mais le voyageur qui se hasarde à y pénétrer s'aperçoit bientôt qu'il y a quelque chose à rabattre de cette appréciation sommaire. Le sol n'en est pas uni, les accidents de terrain y sont sans importance, presque insignifiants, mais ils peuvent être assez fréquents; ils consistent selon les régions soit en des plissements, ou des ondulations en forme de vagues, soit en des excavations marécageuses, des basfonds tapissés d'efflorescences salines, etc.

Cette variété relative est encore due à une autre cause, la diversité des éléments du sol, ici sablonneux presque complétement, là plutôt argileux, ailleurs parsemé de rochers à demi enfouis. Aux variations dans la composition du sol correspondent des modifications dans ses productions, de sorte que, malgré sa pauvreté réelle, il s'en faut que la flore des steppes soit la même partout. Les espèces animales elles-mêmes ne sont pas également répandues dans toute une steppe, et cherchent comme les plantes les conditions qui leur conviennent le mieux. Lorsque les variations dans la faune, ou surtout dans la flore, sont dues- à la présence des sources, qui font les oasis, ou à celle des cours d'eaux, dont les rivages sont cultivés et habités en permanence, elles sont encore bien plus marquées et surtout plus brusques. Il peut arriver qu'on se trouve, près d'un fleuve, au milieu des plus belles récoltes maraîchères ou agricoles, puis qu'une heure de marche suffise pour conduire de là dans le plus triste désert. Les habitants usent de toute leur industrie pour étendre, à l'aide d'intelligentes et patientes irrigations, la zone fertile, partout où la disposition du lit du cours d'eau le permet.

Entre la mer Caspienne et le lac d'Aral, l'argile domine, excepté au nordouest, où le grand golfe, qui prolonge la Caspienne à l'est, est le centre d'un dépôt salin qui s'étend jusqu'aux sables du bassin de l'Oural. Le désert de sable se caractérise à l'est de l'Aral, de l'Amou-Daria au Sîr-Daria; au nord de ce dernier, le fonds argileux alterne avec les dunes de sable mouvant. Sur les confins de la Sibérie commencent les steppes essentiellement herbeuses. Vers la rive orientale de la mer Caspienne, sur cette large bande de terre jadis occupée par la mer, comme à l'est de l'Aral et particulièrement vers les embouchures des deux grands fleuves, existe une flore restreinte caractérisée spécialement par de grands roseaux. L'Arundophragmiies, qui atteint plusieurs mètres de hauteur, se développe en masses ayant presque l'aspect d'une petite forêt et donnant asile aux grands animaux, souvent même à des campements de nomades. Là comme ailleurs, ce gigantesque roseau est souvent accompagné d'une autre plante précieuse pour les nomades, le Lasiagrostis splendens, qu'ils nomment Tchi, et dont les tiges, extrêmement résistantes, leur servent pour faire leurs nattes. Les parties limoneuses du sol possèdent quelques plantes spéciales que nous retrouverons ailleurs.

Le plateau de l'Oust-Ourt, entre l'Aral et la Caspienne, a une flore tout à fait pauvre; on n'y a constaté la présence que de 520 espèces environ. Il en est de même de la grande steppe du Kara-koum où les touffes de verdure et les buissons sont souvent fort espacés et ne couvrent pas toujours le quart de la surface du sol. La végétation du Kara-koum, du Kizil-koum, de la Boukharie et de quelques autres provinces de l'Asie centrale, a été bien étudiée par Lehmann, dont les recherches ont été résumées dans les tllitiheilungen de Petermann. Les parties les plus sablonneuses du Kara-koum sont caractérisées au point


de vue botanique par la présence de deux légumineuses arborescentes, YAmmodendron Sierversii et l'Eremosparton aphyllum. Dès que le sol est plus limoneux, apparaissent plusieurs autres plantes et avant tout le Saxaoul (Haloxylon ammodendron, Anabasis ammodendron), arbuste vigoureux et extrêmement résistant que nous retrouverons partout; il couvre souvent des espaces immenses de ses grands buissons, qui ont jusqu'à 5 mètres de. hauteur. A côté de cette Chénopodiacée, une ombellifère, nommée par les Kirghises Ilan, est également très-répandue c'est la Ferula persica, prise d'abord pour la F. asa fœtida. Les Tamarix, les buissons de Calligonum, sont assez répandus pour former parfois de petits bouquets de bois. La présence du Kalidium arabicum, des Statice, caspia et suffruticosa, indique qu'on se rapproche des rives du lac. Le désert de Kisil-ltoum, au sud du Sir-daria, avec ses dunes de sable rouge ocreux, ondulées comme des tlots, présente un aspect analogue; des rangées de buissons de Saxaoul, de Tamarix, de Calligonum, couvrent les crêtes de ses dunes, où se trouvent en abondance le Convolvidus fnitîcosus et plusieurs Astragaltis, dont l'un, l'A. arborescens, atteint 2 mètres 1/2. Il possède de grands pâturages, composés:souvent, pour ainsi dire, d'une seule herbe, l'Aristida pennata. Sur de grands espaces, la steppe du Kizil-koum est absolument dépourvue d'arbustes et ne possède que des herbes et des plantes bulbeuses. Au printemps apparaissent de vrais tapis émaillés d'anémones, de tulipes, etc., mais en quelques semaines, tout est brûlé par le soleil.

L'oasis de Khiva, au milieu de ces landes sableuses, nous montre d'une manière frappante tout ce qu'on peut attendre du sol de ces régions, dès que la condition essentielle, c'est-à-dire le secours d'un cours d'eau permanent, vient y entretenir la vie. On y cultive en abondance le blé, l'orge, le millet, le riz, le cotonnier, le sésame. Partout on voit de grands champs de tabac, de garance," de chanvre, de pavots. La ville elle-même est entourée de splendides jardins qui s'étendent à perte de vue; les pois, les lentilles, les melons, les pastèques et les courges, y abondent. Les arbres d'ornement et les arbres fruitiers y sont en telle abondance, qu'ils ombragent toutes les maisons répandues dans la banlieue et que, vu du haut d'un minaret, l'aspect des environs de Khiva est celui d'une forêt. La vigne est prospère dans le Khanat de Khiva; on la trouve aussi dans les autres oasis du gouvernement de Sîr-Daria, où l'on récolte le maïs (Sorghum cernuum), appelé Djougarra, le tabac (Nicotiana nistica), le lin, la luzerne, le safran et le cotonnier (Gossipium herbaceum). Ce qui vient d'être dit du Khanat de Khiva pourrait presque s'appliquer à la Boukharie fertile et plus exactement encore à l'oasis de Boukhara. On y cultive dans les campagnes les céréales et surtout le froment et l'orge. Le froment étant récolté dès le mois de juin, on demande au même sol une deuxième et même une troisième récolte. L'avoine est semée dans les terres en montagne; on sème aussi le millet en grande abondance, mais peu de maïs, les pois, les lentilles, etc. Dans les vergers et les jardins, les figuiers, les abricotiers, les pruniers, les pommiers, les poiriers, les cognassiers, les grenadiers, les cerisiers, les oliviers, les noyers, les amandiers, les grenadiers, donnent à peu près tous les fruits d'Europe. On y récolte enfin le pavot, le sésame, le tabac, le lin, le chanvre et le coton. L'Alhagi camelorum, dont l'écorce contient une gomme qui est utilisée, est une plante propre au pays; on emploie pour les constructions le Juniperus excelsa.

Dans le Zerafchjin, les procédés de la culture et des irrigations sont appliqués


avec le plus grand soin; les arrosages se font à jour et pour ainsi dire à heure fixe. On peut se procurer à Samarkand presque tous les fruits d'Europe. Il y a beaucoup de vignes; les raisins sont vendus secs, ou servent à faire de l'eaude-vie, mais pas de vin. Samarkand, d'ailleurs, est salubre aussi bien que ses environs. Au delà, vers le sud-est, s'élèvent à l'horizon les monts Karategin, au pied desquels de grands vergers et de beaux jardins olfrent leurs produits; plus haut sont de belles prairies soigneusement irriguées, d'abondantes moissons, entremêlées de bouquets d'arbres, puis plus haut encore de grands pâturages. En suivant la vallée du Ztrafchàn, c'est au village de Dachta-Kasi que l'on voit apparaître la végétation ligneuse, avec les pistachiers, les genévriers, les érables, les cratœgus, etc. La flore varie d'ailleurs avec les conditions climatologiques sur les flancs de la grande vallée du Zerafohùn, d'autant mieux que les couches géologiques diffèrent essentiellement.

Dans les régions basses, les bouquets de bois sont surtout formés de buissons ou d'arbustes hauts de 2 ou 3 mètres; là dominent les saules, les Tamarix, les BerLeris (B. integerrima et B. nummularia), plusieurs rosiers. Des broussailles d'Alhagi, de Sophora alopecuroides, couvrent les mamelons secs, où l'on trouve des espèces spéciales à'Astragalus. Le Juniperus excelsa est trèscommun sur les flancs des coteaux, ainsi que l'Amygdalus spinosissima, qui donne de petites amandes amères, le Lonicera persica, et de nombreuses Salsolées. Plus haut, la région forestière est occupée par les ormes, le Cotoneaster nummularia, le Pwtacia vera, le Celtis australis, le frêne de Sogdiane, le Belula pubescens, le sorbier des oiseleurs, sous lesquels le Delphinium barbatiint, YAlthœa pallida, l'Impatiens parviflora, divers Géraniums, fleurissent abondamment. Le Cissus œgirophylla, analogue au C. vitifolia, s'étend comme une grande liane, d'un arbre à l'autre. Dans les prairies de la région alpine, le Polygonum alpinum domine partout, mêlé aux Eremostachys, à la Pedicularis morina, à l'Artemisia Lehmaniana, à des véroniques, etc. Les Astragalus, les Cousinia, les Alsine, les Silene, divers Oxytropis, de nombreuses potentilles et des Sedum variés, plusieurs Heterochœle, le thym, l'hyssope, le serpolet, garnissent les flancs rocailleux où les arbres sont plus rares (Mittheil. dePetermann, 1855, p. 163-168).

Toute cette flore, examinée dans son ensemble, se rapproche bien plus de celle de l'Hymalaya que les flores du nord de l'Asie on retrouve à peu près la même dans le Ferghana, qui possède tous les arbres fruitiers et une grande variété de raisins, ainsi que les céréales usuelles, le riz, le maïs, le coton, la luzerne, dont les cultures abondent dans toute la vallée de la Narîn, d'où elles ne disparaissent qu'avec la trop grande altitude. Khodjent, dont les routes sont bordées de mûriers, est entourée de plantations de coton et de grands vignobles les jardins qui enveloppent Tachkent sont tellement peuplés d'arbres, qu'ils cachent la vue des maisons.

Mais, s'il est vrai de dire que, dans le Turkestan russe, les récoltes sont rémunératrices et donnent d'excellents résultats, qu'elles sont dues en trèsgrande partie à l'activité industrieuse des habitants et aux irrigations sans lesquelles ils n'obtiendraient rien, il ne faut pourtant pas se méprendre sur leur importance. La vérité est que les pâturages naturels et les déserts stériles occupent la plus grande partie du sol, qu'il y a 40 fois plus de terrains incultes que de champs cultivés et que si, à une époque antérieure, les arrosements ont donné la vie à une surface beaucoup plus grande qu'aujourd'hui, il ne


serait pas impossible de rendre au pays son ancienne prospérité. C'est ce qui commence à se réaliser pour les industries de la soie et du coton. On évalue à 1250 seulement le nombre des espèces du versant aralo-caspien. Dans ses savants voyages, Osten-Sacken a constaté que sur les hautes chaînes du Thian-chan la limite de la végétation dépasse 5000 et 3100 mètres, et qu'il existe des flores alpines très-intéressantes dans des cols où la neige persiste encore en abondance au commencement de juillet. Le froment et le millet sont cultivés dans des vallées très-élevées. Sur les pentes, dans' les plissements et les excavations, on trouve une flore qui rappelle celle des steppes aralo-caspiennes, où dominent les Synanthérées et les Chénopodiacées, au milieu des buissons de Tamarix et à'Hippophm rhamnoides. Au nord du lac d'issik-koul, dans l'Alatau transilien, la zone des forêts, qui s'étend de 1500 à 2500 mètres d'altitude, est presque exclusivement formée de pins (Picea Schrenckiana) et de genévriers les monts d'Alexandre ne sont guère boisés que sur leur versant septentrional. Sur les hauts plateaux des lacs Son-koul et Tchatyr-koul, la flore alpine a le même caractère que celle du Thian-chan, mais elle est plus pauvre; les pâturages y sont très-riches. Au fond des vallées reparaissent les rosiers, les sorbiers, les bouleaux, les saules, les berberis, les lonicera, etc. Sur les pentes orientales du Pamir et méridionales du Thian-chan au-dessus du pays de Kachgar, la flore se caractérise davantage; on y trouve le Cheiranthus himalayensis, le même que Jacquemont récolta au-dessus de l'Himalaya. Déjà autour du lac Son-koul apparaît YHymenolsena, ombellifère inconnue dans le reste du Turkestan et particulière à l'Inde. On récolte au-dessus de Kachgar une espèce spéciale de Corydalis (C. Kachgarica) (Vivien de Saint-Martin, Année géogr., t. VIII, p. 169).

La flore spontanée du Turkestan chinois est très-pauvre et assez triste, particulièrement celle du pays de Kachgar; on n'y voit guère de prairies fleuries, ou de steppes bien garnies de plantes; la salure du sol en augmente trop souvent la stérilité. Au milieu des grands roseaux se montrent quelques arbustes, des bouquets deSaxaoulou de Djida (olivier sauvage), de rares Tamarix. Les arbres les plus remarquables sont de nombreux peupliers (P. diversifolia). Dans le Kan-sou mongol, il existe de grands espaces qui ont toute la pauvreté de la steppe, avec sa flore restreinte et uniforme; mais, dans les vallées et les oasis, les plantes sont au contraire nombreuses et variées. La zone forestière y monte jusqu'à 5000 mètres. On y remarque le bouleau à écorce rouge (Betula bodjarattra), haut de 12 à 15 mètres; son écorce sert de papier; puis le pin, le sapin, le saule, le sorbier, le genévrier. Deux espèces d'épine-vinette, les groseilliers, les framboisiers; diverses variétés de chèvrefeuille, le fusain, le cornouiller, le pêcher sauvage, couvrent les pentes découvertes. Prjévalski énumère un grand nombre de plantes herbacées qui croissent dans les forêts, entre autres la Potentilla anserina, l'herbe des oies, dont les Chinois et les Tangoutes, font un grand usage culinaire. Mais, ajoute-t-il, parmi toutes les plantes de cette contrée, la rhubarbe médicinale [Rheum palmatum), appelée Charamoto par les Mongols et djoumtza par les Tangoutes, est une des plus remarquables. Une autre espèce, le Rheum spici forme, ne se rencontre que dans les cantons alpestres, où sa racine atteint quelquefois la longueur de quatre pieds (Mongolie et pays des Tangoutes, trad. franc., p. 181). Les rhododendrons sont nombreux et variés; une espèce forme des buissons de 3 mètres de haut. La floredesprairies alpestres monte dans le Kan-sou jusqu'à 3700 mètres; au delà,


il ne reste qu'une végétation naine et de nombreux lichens. La ilore du Koukounor est à peu près la même que celle du Kan-sou.

En dehors du Kan-sou, de la Dzoungarie et du bassin de 1*111, la Mongolie n'est plus qu'un immense désert avec tous les caractères de la steppe, là où les vents et l'aridité du sable n'ont pas rendu toute végétation impossible. Nous y retrouvons le saxaoul et son compagnon le Lasiagrostis splendens, les chétives touffes herbeuses que le vent arrache et roule dans la plaine nue, les rares excavations où les plantes abritées donnent quelques maigres pâturages. Dans les jardins et aux alentours des habitations seulement, la flore cultivée est riche et abondante; elle comprend non-seulement tous les arbres fruitiers, mais encore la vigne, le chanvre, le coton, le riz, les céréales, le millet, le maïs, les melons, les courges. Les environs de Yarkand sont plus fertiles que le, voisinage de Kachgar. La plaine inclinée dans laquelle se trouve Khotan est très-productive, bien que le sol y soit essentiellement sablonneux; c'est même à ce sable fin que les habitants attribuent la fécondité du sol; le climat est doux, sans rien d'excessif; toutes les cultures y réussissent et seraient encore bien plus brillantes, si les habitants n'y faisaient défaut. On a comparé cette région au pays de Kachmir, sur lequel il aurait l'avantage d'un climat beaucoup moins humide. Dans le Gobi proprement dit, la végétation arborescente est presque exclusivement représentée par le saxaoul.

La ilore de la Dzoungarie est encore fort mal connue, malgré les travaux de Semenoi'f, de Tatarinoff, venus après ceux de Schrenck; ce que nous en savons jusqu'ici ne révèle aucun caractère particulier; la flore montagneuse paraît se rapprocher beaucoup de celle de l'Altaï, les plaines sont des steppes offrant les mêmes caractères que celles du Turkestan russe. Dans les vallées des aflluellts du cours supérieur de l'Ili, un sol argileux, assez abondant, se couvre d'une luxuriante végétation (Valikhanoff). Le pays de Kouldja est un des plus favorisés de l'Asie centrale, en raison de sa richesse relative en cours d'eau, assez bien utilisés pour les irrigations. Les hautes vallées fournissent d'excellents pâturages; l'on y cultive la vigne et les céréales; les arbres fruitiers sont en grand nombre. L'opium y est cultivé aussi et fait l'objet d'un certain commerce. On trouve, dans la plaine même, quelques forêts assez considérables plantées par les Chinois.

D'après les observations de Maximovitch, on doit admettre, dans la Mandchourie, ou plutôt dans le bassin de l'Amour et de ses affluents, quatre zones de végétation, c'est-à-dire en dehors de la zone côtière, trois régions, une septentrionale, une moyenne et une méridionale, sur le cours du fleuve. Vers les côtes, le climat est humide les flancs des coteaux conservent longtemps la neige c'est la région des forêts d'arbres à feuilles aciculaires, comme le Picea obovata, qui domine près de la mer, associé plus haut au Larix Siberica. Les mélèzes y deviennent gigantesques, ils ont jusqu'à 5 mètres de circonférence; le Picea atteint les mêmes dimensions. En s'éloignant des côtes, on voit se mêler aux arbres verts les sorbiers, les peupliers, les bouleaux, les trembles, etc. Dans la troisième région, les forêts sont presque exclusivement formées d'arbres feuillus, qui se retrouvent dans la région méridionale, accompagnés d'arbustes et de plantes formant des sous-bois impénétrables. Dans la Mandchourie, les forêts ont une importance considérable, les prairies et les pâturages sans eau n'occupent qu'une faible partie du territoire. La flore spontanée est assez riche en espèces; le sol est en général fertile; la culture comprend les céréales et un


certain nombre de légumineuses utiles. On trouve en Mandchourie le cotonnier, la vigne, dont il faut coucher les ceps en terre pendant l'hiver. Le tabac et l'opium sont l'objet d'un commerce assez considérable: Nous ne devons pas oublier de signaler aussi le Gin-Seng (Panax sessifloris), dont la racine, trèsappréciée des Chinois comme substance médicinale, est importée chaque année dans le Céleste-Empire, en grande quantité, et fournit une source de revenus fort appréciable.

FAUNE. Les faunes des divers pays que renferme l'Asie moyenne sont loin d'être complétement connues; elles présenteront longtemps ,encore de nombreux desiderata, comme les flores, et, au commencement de ce siècle, de plusieurs d'entre elles on ne savait presque rien. Néanmoins, les nombreux explorateurs qui dans ces dernières années ont sillonné tout le pays en ont indiqué partout les traits principaux.

Dans les grandes steppes du versant aralo-caspien, de même que sur le plateau qui sépare les deux mers intérieures, la faune présente une uniformité trèsmarquée. Malgré cela, la diversité des terrains, que nous avons indiquée comme la cause principale des variétés que la flore nous révèle, quelque pauvre qu'elle soit, explique aussi le nombre relativement assez notable des espèces animales. Severstoff, à qui on doit sur ce sujet des notions précises, y a constaté la présence de 47 espèces de Mammifères, de 97 Oiseaux différents, et d'un assez grand nombre de Reptiles. Le long de la côte orientale de la mer Caspienne, à l'abri des roseaux gigantesques, accumulés en masses épaisses, comme au milieu des fourrés d'arbustes, circulent, en quantité considérable, les loups, les renards, les blaireaux, les chats sauvages, les onces, et surtout les sangliers; les tigres n'y sont pas rares; les ânes sauvages, les gazelles, les chèvres, parcourent en bandes les espaces plus libres, où se voient de nombreux lièvres. Parmi les oiseaux les plus répandus, ou compte les grues, les faisans, qui sont l'ornement des taillis; les oies, les canards, s'ébattent sur les rivages, au milieu des ibis, des flamants et des hérons. Les côtes et les îlots du lac d'Aral sont particulièrement riches en oiseaux aquatiques, cormorans, pélicans, goëlands, martinspêcheurs, etc. A certaines époques de l'année, on y remarque beaucoup de cygnes. Les pêcheries de la mer Caspienne sont fort importantes, au point de vue commercial mais elles sont presque toutes installées sur la côte occidentale, par mesure de sécurité. La pêche s'adresse surtout aux grands poissons, le saumon tout d'abord, puis quatre espèces i'Acipenser: VA. sturio, l'esturgeon commun l'A. huso, ou grand esturgeon; l'A. ruthenus, ou sterlet, et l'A. stellifer, appelé scvriouga. Il est à remarquer qu'on y pêche à la fois la carpe et le hareng. Le lac d'Aral est beaucoup moins riche que la Caspienne. Les grands poissons que nous venons de nommer y font défaut, ainsi que les phoques; il possède néanmoins un certain nombre d'espèces inconnues dans la mer voisine. On trouve sur les rives de l'une et de l'autre beaucoup de tarentules, de scorpions l'air y est rempli de moustiques.

Les grandes steppes, plus arides et plus dangereuses que le plateau de l'Oust-ourt, sont encore plus pauvres, surtout en Mammifères. Ceux qui dominent sont les loups, qui suivent les troupeaux des Kirghises puis les sangliers, les renards, les antilopes et les argalis; on y trouve de nombreuses martres et des loutres; les marmottes y creusent leurs demeures souterraines. En hiver. les Kirghises chassent le porc-épic. De longues files d'oiseaux de passage, oies, canards sauvages, bécasses, etc., passent et repassent, au plus vite, à travers ces


plaines inhospitalières. Les faisans habitent les broussailles et les bosquets, en compagnie de nombreux petits oiseaux, que chassent les vautours et les aigles. Il y a beaucoup de serpents et de lézards. Il faut citer le phalangium dont la blessure, moins dangereuse que celle du scorpion et de la tarentule, est pourtant à redouter.

Dans le pays de Khiva, les animaux sauvages sont ceux que nous venons de citer; les chacals y sont tout à fait communs, ainsi que l'espèce d'antilope appelée djéirân par les indigènes. L'aigle et l'épervier comptent au nombre des oiseaux les plus importants. L'épervier est dressé à la chasse par les habitants, qui élèvent avec soin, en vue de cette distraction, les petits qu'ils peuvent se procurer. Les seuls animaux domestiques des nomades du Turkestan sont les chameaux, les chevaux, les ânes et les moutons. On a rapporté les chevaux de l'Asie centrale à trois types, qui seraient 1° le cheval kirghize, animal de peu d'apparence, petit, trapu, mais d'une grande vigueur et résistant bien à la fatigue le cheval dit argamak, sorte de cheval arabe, de taille élevée, à longues jambes, à la marche dégagée, à l'allure noble; son étroite ressemblance et son analogie de sang avec le pur cheval arabe s'expliquent aisément par les relations répétées de l'Asie centrale avec la nation arabe; 3° le cheval appelé karabaïr, du, sans doute, au début, à des croisements des deux premiers types, mais arrivé actuellement à former une race spéciale, qui a ses caractères particuliers à peu près définitivement fixés. Le cheval argamak est de beaucoup le plus rare et le plus précieux. On trouve dans l'Asie moyenne les deux espèces de chameaux, le dromadaire à une seule bosse, et le chameau proprement dit à deux bosses; mais il est rare de les rencontrer tous deux chez la même peuplade. Il n'est guère d'habitant, en dehors des villes, qui ne possède une de ces précieuses .bêtes. Le Turkmène ne connaît que le dromadaire, dont il semble exister deux variétés dans le Turkestan. C'est aussi le chameau à une seule bosse que l'ou rencontre exclusivement dans le Khanat de Khiva et même dans la Boukharie à peu près tout entière. Le chameau à deux bosses se trouve plus au nord, c'est celui des Kirghises. Les ânes rendent de très-grands services ils sont forts et de belle taille. Dans le Khanat de Khiva, le bétail à cornes existe, mais il est peu nombreux. Les moutons, répandus à peu près partout, sont de l'espèce à queue grasse; les nomades en poussent devant eux de grands troupeaux entremêlés de chèvres, et qu'ils promènent de pâturage en pâturage, vivant de leur lait et de leur chair.

En Boukharie, il y a des animaux sauvages en médiocre quantité; ce sont ceux que nous avons déjà nommés; on y trouve, le long de l'Oxus, un tigre de petite taille, et de grands ours dans les montagnes de l'est. Les oiseaux aquatiques, le pigeon sauvage, le pluvier, sont très-communs, mais, en général, le gibier doit y être considéré comme rare. La Boukharie du sud a eu souvent à supporter les ravages causés par les sauterelles. Les animaux domestiques sont les mêmes que ceux des Khiviens, mais, en Boukharie, l'âne est la bête de somme par excellence; c'est en même temps une bête de monture, les Boukhares ayant un préjugé contre l'emploi des mulets.

La faune de la vallée du Zerafchân est plus riche; les loups et les sangliers, de petite taille, y sont très-nombreux, ainsi que les ours, les lynx, les onces. On y chasse les innombrables renards avec une espèce particulière de chien nommé Tourdja; on emploie aussi une variété de lévriers appelée Tazi. Les campagnes et les bois fourmillent de lièvres, de hérissons, de porcs-épics, et d'une sorte de


blaireau, le borsould (Ujfalvy, le Ferghana). Dans certains districts, il y a partout des chiens de garde, pour surveiller les troupeaux de chèvres et de moutons à queue grasse. Les oiseaux les plus répandus sont les grands aigles, les vautours, les faucons, les corbeaux; puis lesperdrix, les ramiers, les outardes, les merles, les cailles. Les échassiers, hérons, grues, cigognes, etc., sont moins répandus sur le cours du Zerafchân que sur les rives du Sîr-daria, fréquentées par les ibis, les cormorans et les flamants.

Dans le Ferghana, les bestiaux sont pour les habitants l'objet d'une grande ressource; ils utilisent les bœufs pour le labour, et les vaches leur donnent un lait de bonne qualité. Le cheval des Turcomans, l'argamak, est très-rare; le karabaïr est employé en plaine, tandis que le cheval kirghize est celui des montagnes, où le cerf margal se rencontre constamment. Le mouton est toujours la variété à grosse queue. J Cette faune est à peu près celle de la région du Sir-daria, où les Russes ont développé l'élève du porc domestique. Le voyageur est frappé par l'abondance des oiseaux; les tourterelles, les huppes abondent dans les jardins; les bergeronnettes pénètrent jusque dans les rues des villages. On a signalé un serpent venimeux, le Trigonocephalus halys; partout l'abondance des scorpions, des tarentules (Lycosa ingoriensis), des phalanges (Solpuga araneroides et S. intreSonTouMr1'68 sont très-douloureuses, obligent les habitants à une

attention continuelle. tD

Severtzoff nous a appris combien la flore du plateau de Pamir est relativement riche le léopard, le lynx, le loup, le renard, l'ours brun, en ont fait leur domaine; les cerfs, les chamois, n'y manquent pas plus que les lièvres; l'Ovis Poli, appelé, dans le pays, Katohkar ou Arkhar, qui a donné lieu à tant de controverses, est un des animaux répandus sur ces hauteurs si peu abordables, mais il parait que ce bel animal, qui atteint le poids de 160 Idloiammes devient plus rare que jadis. On dit qu'il n'y a plus de tigres sur le plateau, et les récents voyageurs n'ont pas constaté la présence des singes. La marmotte y y abonde. Severtzoff y compta 1 12 espèces d'oiseaux. marmotte y

Dans la chaîne des monts Thian-chan on a observé une faune très-analogue. L'Ovis Poli s'y voit par bandes, ainsi que le cerf maral, mais il n'y a pas d'argali. C'est dans ces montagnes, et là seulement, parait-il, que se rencontre l'ours' à griffes blanches, l'Ursus leuconyx. L'oiseau le plus remarquable est un gypaète redoutable (Gyp. barbatus) qu'on a vu fondre même sur l'homme. Le Turkestan oriental et le pays de Kachgar possèdent une faune variée comprenant un certain nombre d'espèces caractéristiques. On rencontre dans les montagnes toutes les bêtes fauves que nous avons déjà signalées; l'Ovis argali, la Gapra tartarica, apparaissent en abondance sur les sommets; il y a des cerf dans les forêts; des troupeaux d'onagres et d'antilopes (4- subgutturia) dans les steppes. Les chameaux sauvages que, dit-on, on y voyait autrefois, ne se trouvent e Te'c fr signale comme animaux sauvages indigènes le Canis corsac et le C. melanotus. Les tigres, les ours, abondent dans les jongles. Le gypaète barbu y vit en compagnie du condor (Vultur fulvus), de plusieurs grands aigles, du faucon, etc. En outre des faisans, il faut signaler d'intéressante! Gallinacées, remarquables par leur beauté, Yular, dont la chair est estimée, le kilclik, recherche par les Khokhanens. Les rivières de la petite Boukharie abondent en poissons, qui paraissent être les mêmes que ceux du bassin du Balkach. Les lézards sont innombrables et très-variés, comme les insectes venimeux, scorpions, phalanges, DICT. ENC. S. XVI. 4

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tarentules; les serpents sont au moins très-rares. Les animaux domestiques sont les mêmes qu'ailleurs le cheval de race kirghize est réservé aux personnes riches; leKarabaïr est celui des Turkmènes nomades. Dans le district de Khotan, un certain nombre d'espèces font sentir le voisinage de la faune du Thibet; les animaux carnassiers des montagnes du Thian-chan sont très-rares dans le bassin du Khotan-daria.

Dans le Tzaïdam et le bassin du lac Koukou-nor, Prjévalski a constaté comme dans l'Ala-chan ou Trans-Ordoss des faunes à caractères très-tranchés; autour du lac il a trouvé quatre-vingt-trois espèces nouvelles. La steppe est peuplée d'antilopes, de lièvres nains, de solitaires (Syrrhaptes). Le lièvre nain, grand comme un rat, foisonne tellement, que ses terriers innombrables qui labourent le sol entravent la marche des chevaux. Les onagres vont par troupes de dix à cinquante la chasse en offre de grandes diffiéultés; les indigènes essaient de les suivre, lorsqu'ils se rendent à leurs abreuvoirs. Il est très-rare qu'ils fassent entendre leur braiement peu harmonieux. C'est chez les populations de ces contrées que le yak remplace le chameau comme animal domestique. Dans le Kan-sou, les grands carnassiers sont représentés par l'ours, le renard, deux espèces de loups; on y voit beaucoup de chats sauvages, de blaireaux et de putois en tout une vingtaine de Mammifères. Prjévalski a constaté la présence de quarante-trois espèces animales inconnues partout ailleurs. Il y a environ cent espèces d'oiseaux sédentaires et vingt d'oiseaux passagers; les Échassiers ne sont représentés que par une seule espèce. Les oiseaux rapaces y ont pour types le lemmer-geyer, le vautour noir, le gypaète et le condor; les oiseaux chanteurs sont représentés par des rouges-queues {Phœnicura leucocephala), des merles (Cinclus kachemiriensis), etc., le rossignol (Calliope kamehatkensis), un pinson, des fauvettes, etc. Les forêts possèdent les coqs de bruyère, la gelinote; le faisan et les perdrix sont en grand nombre. Sur les bords des ruisseaux, on rencontre un seul oiseau du genre bécasse, Y Ibidoryncha Slruthersii. Dans l'Àla-chan et l'Ordoss, la faune s'appauvrit avec la flore dans les cantons les plus misérables; elles offrent d'ailleurs à peu près le même caractère que dans le Kan-sou. Prjévalski y vit des loups, l'antilope noire et quelques rongeurs. Parmi les oiseaux, il remarqua les grues, qui vivent de lézards, le traquet (Saxicola deserti), le solitaire, de nombreuses alouettes, etc. les eaux des petits lacs de l'Ordoss sont couvertes d'oiseaux aquatiques; les bécasses et les bécassines foisonnent dans les environs (Prjévalski, op. cit.). Au nord des monts Thian-chan, dans l'Ala-tau transilien, et dans toute la Dzoungarie, Valikhanoff a très-bien observé que la faune, surtout celle des zones alpines, se rapproche d'une façon marquée de celle de la Sibérie méridionale. L'Ibexsiberieus, le Cervus elaphus, sont nombreux à cette altitude; l'ours à grilles blanches, les renards blancs et noirs, les loups, dont une espèce spéciale, s'offrent fréquemment à l'adresse des chasseurs. Là aussi habitent les gypaètes, les vautours, les grands aigles. En descendant un peu, on trouve les tigres, les panthères, l'ours brun, puis les antilopes, les porc-épics, qui ne font pas défaut dans les plaines. Les oiseaux dominent par le nombre des individus et le nombre des espèces. Citons seulement, d'après Valikhanoff, Corvus dauricm, Coracias garrula, Merops persica, Tichodroma muralis, Hirundo alpestris, H. lagopoda, Fringilla orientalis, Fr. arctus, Turdus Sibériens, T. fuscatm, Pirrhula rhodochlamys, P. Siberica, Accentor altaicus. Les antilopes saïga rencontrent dans ces régions la limite septentrionale de leur domaine; ces animaux ne dépassent


jamais à l'est le méridien de It-Kechu. Parfois la rigueur du climat les oblige à émigrer, mais ils reparaissent bien vite. La Dzoungarie se trouve ainsi être, au point de vue de la faune, le pays de transition entre l'Asie intérieure et la

Mongolie.

Quant au Gobi, sa faune est très-pauvre, tout comme sa flore; il s'y trouve peu de grands animaux, qui sont d'ailleurs les mêmes que dans les régions voisines. Les loups et les renards sont les plus répandus, les antilopes parcourent en grandes bandes ces plaines silencieuses que sillonnent les troupeaux des nomades, dans lesquels les vautours comme les loups font souvent des victimes. Les oiseaux sont nombreux autour des mares, mais la rigueur du climat les force à émigrer pendant la mauvaise saison. Dans la Mandchourie, nous rencontrons de nouveau une faune suffisamment riche, et qui rappelle celle des pays montueux, fertiles, et de climat relativement modéré, que nous venons de parcourir. Les grands animaux sauvages, les ours, les léopards, les tigres, les loups, les renards, habitent les forêts. Les chevaux sauvages sont très-fréqueminent la à proie des tigres, qui finiront par les faire disparaître. Les animaux domestiques des Mandchoux sont les mêmes que ceux des Kirghizes et des Kalmouks, et ils savent en tirer parti, comme des champs qu'ils cultivent

POPULATION. La Tartarie compte parmi les pays les moins peuplés; l'inégale répartition de cette population, restreinte entre les diverses régions de l'Asie centrale, qui présentent entre elles, comme nous venons de le voir, de si complets s contrastes au point de vue du climat comme du sol, fait que dans certains districts l'homme est tellement rare, qu'il n'y a pas un habitant par kilomètre carré. La superficie de l'espace compris entre la mer Caspienne à l'ouest, tes monts Thian-chan à l'est, le plateau iranien au sud et la Sibérie aù noTd V é évaluée à environ 3 500 000 kilomètres carrés; la population qui l'habite ne dépasse probablement guère 7 millions d'âmes il en résulterait qu'en moyenne le pays ne possède pas plus de 2 habitants par kilomètre carré. Dans tous les temps,;l'Asie centrale a été, à tous les points de vue et par excellence, le pays de l'instabilité. Dans ce vaste espace, où les conditions physiques se modifient avec une rapidité exceptionnelle, où les mers s'étendant ou se dessèchent tour à tour, où les fleuves quittent leurs lits aux bords desquels les peuples confiants se sont établis, pour s'en créer d'autres et revenir ensuite reprendre les premiers, où les reliefs du sol témoignent des plus grands bouleversements connus, tous les êtres vivants ont suivi la fortune de la terre qui -les portait. L'homme lui-même a, dans la série des siècles, semblé y v vre tou'jours' comme si .les faits de la nature agissaient sur lui par une sorte d'entraînemen contagieux. L'Asie centrale est aussi le pays des grandes invasions, des luttes séculaires, des massacres gigantesques. Des empires immenses s'y élevaient soudainement, dans des conditions que l'histoire a peine à saisir; après avoir effrayé le monde du bruit de leurs sanglantes conqS ils disparaissaient, pour essayer de se reformer plus tard. A la voix de leurs chefs, entraînant avec elles les peuples confondus, des armées parcouraient le pays comme des ouragans, renversant et détruisant tout sur leur passage, et après des courses interminables, qui les amenaient jusqu'au coeur de l'Europe s'éparpillaientpele-mêleavec lesvaincus qu'elles poussaient devant elles, ou 4bl saient au milieu des peuples envahis. Sous ces influences, les mœurs et t habitudes de race ont revêtu cette mobilité, qui est la caractéristique de ce monde étrange. Des peuples nomades sont devenus forcément sédentaires et ont


fixé leur sort en sens inverse des instincts de leur sang; des peuples sédentaires, agricoles et paisibles, même de souche aryenne authentique, sont redevenus vagabonds et pillards. La pression des événements aidée par d'autres puissants mobiles, comme l'unité religieuse, au moins apparente et superficielle, due à l'islamisme, a contribué à cette trituration des sangs divers et créé les races mixtes dont chaque notion nouvelle nous révèle la diversité. Il est pourtant un grand fait historique qui toujours reparait au milieu de ces tourmentes, de ces révolutions et de ces guerres, c'est la lutte entre l'Iran et le Touran, lutle à laquelle la conquête musulmane n'a pas pu mettre fin, parce que précisément les intérêts et l'hostilité des races ont coïncidé avec l'antagonisme des sectes.

Des deux grands groupes bien définis de peuples civilisateurs, les Sémites et les Aryas, on peut dire que les premiers sont étrangers à l'Asie centrale. Ils n'y sont représentés aujourd'hui que par ces quelques commerçants juifs ou arabes qui y ont été amenés par l'appât du gain ou le hasard des aventures, comme les Indous, les Chinois, etc., etc. Il n'en est pas de même des Aryas. C'est vers l'Asie centrale, sur les flancs du plateau du Pamir, dans les plaines du pays de Baktres, que les ramènent les plus anciens souvenirs de leur race. La race aryenne avait deux branches asiatiques principales la branche aryenne, qui occupa l'Inde septentrionale et conquit la péninsule entière, puis la branche iranienne dont le domaine propre fut l'Iran, qui correspond aujourd'hui au vaste triangle occupé par la Perse, l'Afghanistan et le Baloutchistan. A cette antique famille de peuples correspond une famille linguistique, celle des langues iraniennes. A toutes les époques, les peuples iraniens ont regardé comme l'adversaire, l'ennemi séculaire et irréconciliable, la population pillarde et grossière qui occupait le nord de la chaîne bordière du pays d'Iran. Pour l'iranien, ce pays, c'est le Touran, sans que dans son esprit cette expression ait une autre signification que le sens vague de ce qui est hors de l'Iran, ce qui n'est pas l'Iran. Mais, dans ces derniers temps, certains ethnologues, à la suite des linguistes, ont voulu faire de ce mot un vocable ethnique, avec un sens plus précis. Bien que cette question spéciale doive être traitée ailleurs {voy. Touiuhiexs), il est indispensable d'en dire ici quelques mots.

La population de la Tartarie est extrêmement mêlée; les nationalités les plus diverses s'y coudoient, enclavées les unes dans les autres; dans certaines parties le mélange est inextricable pour ainsi dire. Néanmoins, il a été, malgré le grand nombre des individus de sang mixte, assez facile, grâce à la conservation des caractères les plus saillants de leurs races et à la persistance de leurs dialectes, d'y reconnaître les éléments iraniens, et de rétablir entre eux les preuves de l'unité d'origine, sinon celles de la pureté de leur sang. Quant aux autres peuples, confondus souvent, dans le langage vulgaire, en dehors de toute préoccupation scientifique, sous le nom de Tartares, ils ont été l'objet de tentatives de groupements analogues, sous la dénomination de peuples touraniens. L'illustre philologue Max Mûller, à diverses reprises, a publié des travaux ayant pour-objet d'établir la légitimité d'une classe de langues dites touraniennes, et englobant non-seulement les langues tongouse, mongole, turque, (innoise et samoyède, mais aussi les dialectes du Deccan, du Thibet, de Siam, de Malacea, de la Polynésie, etc., c'est-à-dire tous ceux de l'Asie méridionale, sans se dissimuler pourtant l'impossibilité de trouver entre ces langues un air de famille analogue à celui qui rapproche les langues aryennes ou celles du groupe


sémitique. M. Max Mùller, on le voit, allait bien au delà des conclusions du savant Castrèn, qui le premier réunit en une seule famille, dite ouralo-altaïqùe, les langues mandchoue, mongole, turque, finnoise, etc. Nous n'avons pas à examiner ici l'opinion de M. Max Miiller, qui a été l'objet des plus sérieuses objections, et qui a eu contre elle l'avis des linguistes les plus autorisés. Il est clair que ce qui n'a pas pu être incontestablement établi pour les langues devient encore beaucoup plus difficile à soutenir, lorsqu'on veut l'appliquer aux peuples qui les parlent. Lors donc qu'il nous arrivera de nous servir de cette expression de peuples touraniens, nous ne lui attribuerons pas un sens plus précis que celui des traditions persanes les peuples Touraniens sont pour nous ceux, qui ne sont pas iraniens. C'est d'ailleurs, à n'en pas douter, une dénomination destinée à disparaître du langage anthropologique.

Il est juste de dire aussi que M. Max Müller a désapprouvé lui-même l'abus qui en a ainsi été fait, et cela en des termes précis que nous. croyons devoir reproduire « En rendant solidaires, dit-il, et en mêlant l'une à l'autre la science du langage et celle de l'ethnologie, on a porté à toutes deux une très-fàcheuse atteinte. La classification des races doit être tout à fait indépendante de celle des langues.' Les races, en effet, peuvent changer de langues, et l'histoire nous fournit plusieurs exemples d'une race empruntant la langue d'une autre. C'est pourquoi différentes langues peuvent être parlées par une même race, ou différentes races peuvent parler une même langue, de sorte que toute tentative pour faire cadrer ensemble la classification des races et celle des langues doit nécessairement échouer » (La science du langage, trad. franc, par MM. G. Ilarris et G. Perrot. Paris, 1864, in-8°, p. 352).

Toutes ces réserves faites et observées, la recherche des caractères propres à rapprocher en groupes naturels ces populations multiples qui ont l'Asie centrale pour domaine reste une préoccupation très-légitime et mérite l'attention des ethnographes. Elle nous apprend d'ailleurs bien vite que l'unité de races n'existe nullement entre les peuples tartares ou touraniens, et que plusieurs d'entre eux au contraire, qu'à première vue on serait tenté de rapprocher, présentent des caractères complétement dissemblables.

Les représentants de la race aryenne dans le Turkestan sont les Tadjiks et les Galtchas. La première dénomination s'applique à ceux qui habitent la plaine et les centres de population, où ils exercent surtout les professions de spéculateurs, de marchands et aussi de propriétaires. Les Galtchas ne sont à proprement parler que les Tadjiks montagnards. Tous appartiennent au rameau iranien de la race aryenne on dit qu'ils descendent des anciens Sogdiens. Les uns et les autres sont par conséquent les débris, plus ou moins purs, d'une population jadis plus considérable, qui fut florissante à l'époque de l'empire gréco-bactrien, et qui a cédé peu à peu à la pression des peuplades touraniennes, comme celles-ci subissent aujourd'hui l'action et l'invasion lente de leurs nouveaux

maîtres d'Europe à diverses reprises, l'élément iranien a été renforcé dans le Turkestan méridional par l'arrivée de colons persans, ou par les marchés d'esclaves persans de Boukhara, de Khivà et de Samarkand. Tadjiks et Galtchas parlent des dialectes iraniens; ils ont en outre conservé les uns et les autres, mais les Galtchas particulièrement, des pratiques religieuses et des usages qui rappellent l'ancien culte mazdéen. Depuis que Nazaroff et de Meyendorf nous ont révélé l'existence des Galtchas, dans lesquels tous deux avaient reconnu et signalé des populations apparentées aux Persans, on s'est attaché à les étudier,


et on a constaté que les Galtchas montagnards représentent mieux le type primitif. Nous en reproduisons la description d'après M. de Ujfalvy, qui les a observés avec beaucoup de soin

« Les Galtchas sont d'une taille élevée, d'un embonpoint moyen; leur peau est blanche, souvent bronzée par le soleil; les parties couvertes sont blanches; elle est très- velue, un peu velue, jamais glabre; les cheveux sont noir châtains, chez les Fanes surtout, quelquefois roux, souvent blonds; ils sont lisses, ondés, bouclés; la barbe est généralement abondante, brune, rousse ou blonde; dans un village près de Pendjekend, j'ai vu deux frères qui avaient les cheveux blancs comme du lin. Les yeux, jamais relevés des coins, sont bruns, souvent bleus; la distance interorbitaire est très-petite. Le nez est d'une forme très-belle, il est long, légèrement arqué et effilé. Les lèvres sont presque toujours fines et droites; les dents petites, souvent usées, à cause de l'abus des fruits secs. Le front est haut, un peu fuyant; les bosses sourcilières sont bien prononcées, la dépression transversale séparant le nez de la glabelle est profonde, les sourcils arqués et fournis la bouche petite, le menton ovale, l'ensemble de la face ovale et les oreilles petites ou moyennes et aplaties, rarement un peu saillantes. Le corps est vigoureux, nerveux, fortement charpenté. Les mains et les pieds sont plus grands que ceux des Tadjiks et surtout des Kirghizes et des Tartares. Les attaches sont fines, le mollet nerveux, les jambes droites et bien faites.; la taille bien prise, généralement élancée le torse est vigoureux et le cou fort. Ils sont très-robustes, excellents piétons, bons cavaliers et aptes à supporter les plus grandes fatigues » (Ujf., op. cit., 1. 1, p. 25).

Dans une communication faite à la Société d'anthropologie, le même observateur a indiqué des caractères qui, selon lui, distinguent le Tadjik du Galtchas. Les Galtchas, dit-il, sont généralement châtains, tandis que les Tadjiks sont bruns les blonds sont nombreux chez ceux-ci et rares chez les autres; il n'y a pas de blonds chez les Tadjiks de l'Iran. La taille moyenne des Galtchas serait aussi inférieure à celle des Tadjiks, lm,70 pour ceux-ci, lm,66 pour ceux-là, d'après des mensurations faites, il est vrai, sur un petit nombre d'individus; il faut ajouter pourtant que de Khanikoff avait déjà noté la taille des Galtchas comme inférieure à celle des Tadjiks. Mais le caractère le plus remarquable présenté par les Galtchas serait une très-forte brachycéphalie, qui rapprocherait singulièrement leur crâne de celui des Celtes, selon Broca. Leur indice serait supérieur à 86, celui des Tadjiks n'étant que de 85 environ (Ujfalvy, op. cit., II, p. 146 et suiv., et Bull. de la Soc. d'anthrop., 3e série, t. I, p. 113-116). On compte un certain nombre de tribus parmi les Galtchas qui occupent, pêlemêle avec les Uzbegs et les Kirghizes, le bassin du haut Oxus, les villes riveraines des deux grands fleuves, et qu'on trouve aussi en assez grand nombre dans le Zerafchân, à Samarkand, dans le Karategin, aussi bien que dans le Ouakan et leBadackhan. Partout, ou à peu près, ils ont conservé leurs dialectes, dont ils font usage avec les étrangers, quand même le voisinage des Uzbegs ou des Kirghizes les aurait obligés à se familiariser aussi avec un autre langage ces dialectes sont assez peu différents l'un de l'autre; tous les Galtchas se comprennent entre eux, à l'exception d'une tribu, celle des Jagnaubes dont la langue, quoique fort différente des autres, semble pourtant aux philologues appartenir au domaine aryen. Les Galtchas des hautes montagnes, comme ceux du Ouakan, où l'habitation la plus basse est à 2700 mètres, passent pour une population douée de grandes qualités; chez eux règne une grande égalité ils ont des manières


affables et douces, et là, comme dans le Badakchan, ils passent pour honnêtes et bons. Ils n'ont jamais eu d'esclaves; leurs femmes jouissent d'une certaine liberté; la polygamie leur est permise, mais ils ne la pratiquent guère ce sont des musulmans sans fanatisme. Ceux de Sirikoul, à l'est du Ouakan, ont paru à quelques observateurs être plutôt des Indiens que des Iraniens, mais il semble bien que le type galtchas se soit simplement moins bien conservé chez eux que chez les autres. Ceux du Karategin affirment eux-mêmes leur parenté avec les Galtchas des rives de l'Amou-daria. On trouve des Galtchas jusque dans le Turkestan chinois. Beaucoup de Galtchas sont cultivateurs; ils possèdent des charrues, des houes, des haches, des scies, des pioches, etc., et se servent de l'âne et du yak comme bêtes de somme. Ils pratiquent le mariage par achat ou rançon.

On emploie très-fréquemment, pour désigner une partie de la population sédentaire du Turkestan, la dénomination de Sartes, et parfois cette expression a été rapprochée de celles de Galtchas ou de Tadjiks, comme se rapportant à des populations alliées par le sang: Mais il y a là une illusion. Les Sartes ne constituent pas une variété ethnique, et ceux qu'on désigne ainsi n'ont de communs que des usages des habitudes de vie les Sartes sont ceux qui ne sont pas nomades ou qui cessent de l'être; c'est le nom de la population sédentaire et non belliqueuse de l'Asie centrale. Quiconque abandonne la vie errante pour se fixer définitivement devient Sarte.. Aussi trouve-t-on parmi les Sartes aussi bien des Kirghizes, des Uzbegs, des Kazaks, que des hommes de sang iranien. Il est exact pourtant que sur certains points les Iraniens dominent par le nombre.

Les premiers peuples de race turque, c'est-à-dire non aryenne, que nous rencontrons à l'ouest de l'Asie moyenne et des rives caspiennes, sont les Turcomans ou Turkmènes. Leur domaine principal est ce vaste espace compris entre la Caspienne et l'Aral au nord-ouest, l'Afghanistan au sud-est. Il s'étend de la Perse au bassin de l'Amou-daria. Le type du Turcoman indique bien son origine. Il a la taille ordinairement assez élevée, la démarche assurée, le front et la face larges, les yeux obliques, le nez nettement dessiné, bien qu'assez petit, les ièvres fortes, les oreilles détachées du crâne, les cheveux épais et la barbe rare. Ses habitudes sont celles des autres nomades de la Tartarie; il habite la tente ̃de feutre et de peau, la Kibitka. Fort et vigoureux, le Turcoman jouit ordinairement d'une bonne santé et résiste aux grandes fatigues. Le caractère fier et indépendant du Turkmène est par excellence celui des Tekkes, qui ne reconnaissent ni maîtres, ni chefs, et se tiennent au milieu de la grande steppe qui leur sert de patrie. Les Turkmènes ne vivent pas isolés comme les Mongols, par exemple, mais se réunissent en groupes ou clans, associés eux-mêmes en hordes et tribus. Malgré leurs habitudes vagabondes et leur violence souvent cruelle pendant les guerres, ils passent généralement pour plus honnêtes que leurs voisins iraniens ou boûkhares. Vers le nord, ils se mêlent aux Uzbegs, avec lesquels ils contractent des alliances, et ils tendent à prendre, comme beaucoup d'entre eux, la vie agricole. Au sud, le sang iranien est venu altérer leur sang propre, par l'influence des femmes persanes que, dans leurs incursions redoutées, les pillards Turcomans enlevaient par milliers, pour les vendre comme esclaves. On estime approximativement à un million le nombre des Turkmènes ils sont musulmans sunnites, et parlent des dialectes turcs djagataï. Il est à noter que, depuis la conquête russe, les Turkmènes, sérieusement gênés de


toutes parts dans leurs allures aventureuses, montrent une tendance marquée à abandonner peu à peu la vie nomade pour se faire agriculteurs. Les Kara-Kalpaks, c'est-à-dire les Bonnets-Noirs, dont les groupes les plus importants sont échelonnés de Samarkand au lac d'Aral, et qui sont en réalité peu nombreux, 200000 peut-être, ne peuvent pas être rattachés avec certitude à l'un plutôt qu'à l'autre des peuples nomades du Turkestan; ils semblent fortement mélangés même de Sartes et de Tadjiks, bien qu'ils aient conservé en général la face plate des Turcomans. Les Kara-Kalpaks ne sont qu'à demi nomades, de mœurs douces et paisibles, inoffensifs; ils sont, pour ces qualités mêmes, l'objet des fréquentes moqueries des hommes d'autres familles. Leurs femmes jouissent d'un grand renom de beauté.

Les Uzbegs, qu'on nomme aussi Euzbegs et encore Ouzbegs, constituent la deuxième grande famille des peuplades turco-tartares de l'Asie intérieure. Très-répandus dans le pays de Khiva, la Boukharie, le Ferghana et sur la rive gauche de l'Amou, ils représentent encore actuellement, malgré le commencement de déchéance que leur a valu l'arrivée des Russes à Khiva et dans le Ferghana, une véritable caste militaire. Ces peuples, aujourd'hui fortement mélangés aux Sartes et aux Tadjiks, surtout dans'les villes, ne sont venus habiter le Turkestau que depuis le commencement du seizième siècle. Une partie d'entre eux, ayant embrassé la vie agricole et sédentaire, a grossi le nombre des Sartes. Les autres, restés nomades et pasteurs, ont gardé des caractères physiques assez bien fixés, et qui ont permis de distinguer un type particulier qui personnifie la famille, bien que le nom lui-même soit revendiqué par des groupes très-mélangés et très-divers. Voici, d'après M. de Ujfalvy, le type de l'Uzbeg pur « L'Uzbeg est d'une taille généralement moyenne, maigre (on très-gras dans certains cas exceptionnels). La peau est très-basanée, avec un fond jaunâtre, elle est généralement glabre; les cheveux sont noirs, roux, rarement châtains, ils sont lisses; la barbe est rare, elle est noire, rousse; les yeux, toujours relevés des coins, sont noirs, gris, quelquefois verts; le nez sur une large base est court et droit, parfois écrasé; les lèvres sont presque toujours grosses et renversées en dehors; les dents, moyennes, sont généralement très-saines et d'une blancheur d'ivoire; le front est droit, moyen, bombé; les bosses sourcilières peu prononcées, la dépression séparant le nez de la glabelle est peu profonde; les sourcils arqués, souvent peu fournis; la bouche grande, le menton massif, les oreilles grandes ou moyennes et généralement saillantes. Le corps est peu vigoureux, faiblement charpenté, les pieds et les mains sont petits. Les attaches sont assez fines, le mollet peu développé, la taille souple, le torse carré, les jambes recourbées à force de monter à cheval » (op. cit., t. III, p. 62).

Nous devons ajouter que la plupart de ceux qui ont étudié les Uzbegs au point de vue physique se sont accordés pour trouver chez eux des caractères de la famille Mongole, entre autres de Kanikoff, qui signale seulement que les Uzbegs ont les yeux plus grands que les Mongols et sont, en moyenne, un peu moins laids; ces caractères sont pourtant moins marqués chez eux que chez les Kirghizes. Les Uzbegs sont avant tout guerriers leur qualité dominante est la fierté. Ils parlent des dialectes turcs djagataï. Ils se partagent en un grand nombre de tribus, près d'une centaine.

Le troisième grand groupe ethnique que nous ayons à signaler est celui des peuples Kirghizes. Cette dénomination est appliquée par nous à des populations considérables de l'Asie moyenne et septentrionale, mais elle n'est admise que


par une faible partie d'entre elles. Nous partageons ordinairement les Kirghizes en Kirghizes-Kaïssaks et en Kara-Kirghizes ou Kirghizes noirs, appelés aussi Bouroutes. Ce sont les derniers seulement qui acceptent le nom de Kirghizes, les autres se disent simplement Kaïssaks, ou plutôt Kasaks, d'où est venu le mot Cosaque.

On connait la division des Kirghizes-Kasaks en trois hordes la grande, la moyenne et la petite; on sait aussi que la petite horde, en dépit de son titre, est de beaucoup la plus importante par le nombre, par le degré de civilisation et par ses relations avec l'Europe. Une grande partie des Kirghizes de la petite horde a ses campements en dehors des régions asiatiques que nous éturdions elle occupe en effet les terrains situés au nord et au nord-ouest de la grande steppe, ainsi que le gouvernement d'Astrakan, entre le Volga et l'Oural. La grande horde est la plus anciennement connue; elle habite une partie de la province de Sîr-daria, ainsi que le pays dont Yerniy est le centre; au sud du lac Balkach, elle s'étend jusqu'au pays de Kouldja et de la Dzoungarie occidentale. La horde moyenne, dont le domaine est en grande partie à l'ouest du précédent, couvre de ses tentes le reste de la province de Sîr-daria, et dans la province de Semirietschensk les cercles de Sergiopol et de Kopal principalement. Les Kirghizes, ou plutôt les Kasaks, appartiennent par la langue et par le sang aux peuplades turco-tartares de l'Asie moyenne; ils parlent des dialectes turcs, mêlés de mots mongols, arabes et persans.

La taille des Kirghizes-Kasaks est moyenne, plutôt au-dessous la peau est bronzée jaunâtre, parfois noirâtre, excepté sur les parties couvertes, qui, chez les femmes surtout, sont très-blanches; elle est glabre; les cheveux sont noirs ou châtains, mais lisses ou raides; la barbe très-rare et très-noire. Les yeux, aux angles relevés, brillants et vifs l'iris est brun, gris ou vert. Le nez est court, et large, les lèvres épaisses et ordinairement un peu renversées, les dents d'une extrême blancheur, grandes ou moyennes. Le front est bas et large, droit, les bosses sourcilières à peu près nulles, comme la dépression transversale au-dessus du nez; la bouche grande et large au-dessus d'un menton fort et carré, les oreilles grandes et saillantes. Ils ont le corps vigoureux, solidement bâti, avec des attaches fortes, bien que leurs mains et leurs pieds soient remarquablement petits; le cou est gros et court, le torse ramassé sur des jambes grêles, avec un mollet à peine marqué; leur constitution est très-robuste. Ils sont commerçants par caravanes et renommés pour leur probité; d'un caractère gai et ouvert; ils sont très-hospitaliers, et par ces qualités diffèrent essentiellement du Sarte obséquieux, servile et faux. Ce portrait est emprunté à M. de Ujfalvy, qui a étudié de près cette population.

Les Kirghizes-Kasaks comptent au nombre des musulmans sunnites; mais ils n'en ont guère que la haine des sectateurs d'Ali, car leurs pratiques religieuses sont en réalité celles des chamanistes, dont ils partagent les plus ridicules superstitions et les habitudes fétichistes. Presque tous sont nomades et chasseurs, mais d'une paresse incroyable; ils habitent la kibitka ou tente de feutre; ils y vivent le plus souvent pêle-mêle avec leurs animaux domestiques. Les tentes des riches sont ornées de tapis et renferment parfois des coffrets précieux, des harnachements d'un travail soigné et élégant, etc. Le nombre total des Kirghizes-Kasaks peut être évalué à 2 millions.

Les Kara-Kirghizes, ou Bouroutes, c'est-à-dire les Kirghizes vrais, sont épars principalement dans le bassin de l'Issik-koul, le Ferghana et une partie du


Sîr-daria, mais on les trouve aussi dans le pays de Kouldja et une partie de la petite Boukharie, ainsi que sur les hauts plateaux du Pamir. Eux-mêmes se divisent en Kirghizes-on ou (le droite et en Kirghizes-sol ou de gauche, suivant qu'ils se tiennent dans les versants du Thian-chan ou plus à l'ouest. Ces derniers, les Kirghizes-sol, sont en contact et en relations fréquentes avec les Kalmouks des monts Célestes. La question n'est pas complétement résolue, de leur degré ile parenté avec les Kasaks. Les auteurs qui, les premiers, ont insisté sur la confusion des noms qui a fait attribuer aux Kasaks une appellation qu'ils n'emploient pas, se sont attachés à signaler les différences qui les séparent des Bouroutes. Dès 1828, Lewchine, après les travaux de Klaproth (Journal asiat., 1825, et Tableaux historiques de l'Asie, etc.), publiait un mémoire ayant pour sujet La différence qui existe entre les Kirghiz-Kaïssacs et les véritables Kirghiz (Journal asiat., 1828, t. H, p. 401 et suiv.). Quant aux Bouroutes, ceux qui ne les tiennent pas pour très-rapprochés des Kasaks les regardent au contraire comme tout à fait voisins des Kalmouks et des Khalkhas, qui passent pour représenter le type mongolique pur. Telle a été dans ces derniers temps l'opinion de représentants très-autorisés de la science anthropologique. Tel n'est pourtant pas l'avis de M. de Ujfalvy; pour lui, tous les Kirghizes sont de race turco-tartare, plus ou moins infusés de sang mongol, selon les régions et les circonstances de leur histoire; ils n'en sont pas moins partout différents des Kalmouks.

Les Kara-Kirghizes sont connus depuis les premiers temps de l'ère chrétienne; il en est question dans les Annales chinoises, où ils sont appelés Bou-rou; Plan Carpin et liubruquis les décrivent presque tels qu'ils sont actuellement. C'est aujourd'hui un peuple dégénéré, qui, pendant le moyen âge, eut un moment de célébrité et de puissance. Leurs moeurs, leurs habitudes, leurs croyances superstitieuses, leurs pratiques grossières, sont bien les mêmes que celles des Kasaks, mais ils sont, au dire de tous, même de Valikhanoff, qui leur accorde une certaine honnêteté, plus ignorants et plus barbares que les Kasaks. Leur nombre total n'excède pas 400 000 têtes.

Quant au Kalmouks, dont nous trouverons divers groupes dispersés dans les monts Thian-chan, une partie de la Dzouhgarie, de l'Ala-chan, et aussi du Tzaïdam et du bassin du lac Koukou-nor, leur type essentiellement mongol est celui des Kalmouks de la Russie d'Europe. D'une taille moyenne de lm,63, ils sont forts et trapus, avec les jambes courtes et légèrement arquées. Leur visage a la forme en losange, avec les pommettes saillantes, le nez écrasé, les lèvres minces et plissées, la barbe rare et raide comme leurs cheveux. Voyons maintenant sommairement comment ces divers éléments de population se répartissent entre les différentes provinces de l'Asie centrale. Nous avons dit déjà quelques mots du domaine propre aux Turcomans ou Turkmènes. Ceux d'entre eux qui ont planté leurs tentes jusqu'à l'intérieur même de l'oasis de Khiva ou dans ses environs immédiats s'occupent un peu d'agriculture et surtout de l'élève des chevaux. A Khiva même, il y a très-peu de Turcomans cette ville était leur grand marché d'esclaves persans, mais ce misérable commerce a été aboli par l'arrivée des Russes. La Khivie propre est surtout habitée par les Sartes et les Uzbegs, qui se tiennent dans les villages une partie de l'année et ne rentrent sous la tente que pendant l'été. Du côté du plateau transcaspien, le pays est occupé par les Kara-Kalpaks, qui sont frères des Uzbegs, et comme eux ont, en partie, adopté la vie sédentaire. Les Sartes de Khiva


sont aussi peu homogènes que possible; c'est un mélange d'Iraniens, d'Uzbegs, de Kara-Kalpaks, de Persans affranchis, avec quelques éléments arabes et juifs, à côté d'une colonie russe. Quelle est la population du pays de Khiva? C'est ce que nul ne pourrait dire, et les appréciations sont assez divergentes. L'oasis lui-même contient peut-être 300000 sédentaires; les nomades de la steppe khivienne ne sont pas sans doute moins nombreux.

Dans la Boukharie, les Uzbegs dominent incontestablement par le nombre, ils sont dispersés dans tout le pays; ils représentent sensiblement les 3/5es de la population. On a estimé à la moitié du reste, c'est-à-dire l/oe de la totalité, les Tadjiks de la Boukharie, mais il faut entendre par là les Sartes; quant aux Persans purs, ils sont à peine 40000. Le long de la rive septentrionale de l'Amou-daria nomadisent en grand nombre les Turcomans, qui gagnent ces régions surtout pendant l'hiver, au nombre de 200000 au minimum. De même, vers les limites septentrionales de la province, débordent les Kirghises qui viennent tirer parti des gras pâturages. Il y a aussi, en Boukharie, des détachements de Kalmouks et, en plus grande proportion qu'ailleurs, des Bohémiens connus -sous le nom de Mazanoh ou Caouli; ils sont, comme partout, ̃chaudronniers, diseurs de bonne aventure, maquignons, danseurs, etc. A Boukhara même, les Tadjiks entrent pour moitié dans la population, avec des Kirghizes, des Uzbegs, quelques Turcomans, qui campent jusque sur les places publiques. Dans le Karategin, les nomades sont des Kirghizes noirs; les sédentaires sont souvent des Tadjiks purs ou Galtchas, ayant conservé leurs mœurs et leur langue, au milieu des Kirghizes qui parlent le turc djagataï. Dans le Zerafchân et le Ferghana, la population est composée d'un mélange presque inextricable de gens de tous les types; cette province est un lieu de rencontre de, tous les principaux groupes de l'Asie centrale. Les Tadjiks et les Galtchas sont très-nombreux à Samarkand, à Katti-Kourgan et aux environs; on -en compte plus de 60000 dans le Zerafchân. A Samarkand même ils font au moins la moitié de la population; à Khodjent, la proportion est encore plus forte. A Tachkent, la population est un mélange de Tadjiks et de Sartes. Il y .entre, comme Samarkand, un élément attiré par l'appât du commerce, composé de Juifs, d'Hindous, d'Afghans et même de Tartares nogaïs. Dans chacune de ces villes, la colonie russe augmente d'année en année. 11. de Ujfalvy ne décrit pas moins de treize peuples différents dans le Ferghana. Entre le Sîrdaria et l'Amou-daria, la région du sud-ouest, dont le centre est Karcbi, ville de Galtchas, est occupée par un mélange de Sartes et d'Uzbegs, ceux-ci à demi nomades, et portant dans leurs traits les indices d'une forte infusion de sang iranien. Les Galtchas, qui occupent les principales villes, couvrent une large bande de terrain à l'est des Sartes et des Uzbegs, et les séparent des KaraKirghizes qui dominent à l'est. Plus on avance vers le nord, plus on constate l'impureté du type Galtcha; Kokan, Andijan, Tachkent, sont au milieu d'une population Sarte, au nord de laquelle les Kasaks montrent en masse leurs kibitkas de feutre noir et promènent leurs troupeaux.

Le plateau du Pamir, où les deux grandes familles aryennes placent le berceau commun de leur race, est aujourd'hui peu habité. En dehors des Kirghizes et autres nomades qui amènent temporairement leurs troupeaux, la population que Shaw. y rencontra lui parut présenter d'une manière très-nette le caractère aryen. Shaw crut constater que la langue dont il recueillit les fragments, a plus d'affinité avec le sanscrit qu'avec le persan.


La population est également très-mélangée dans le bassin de l'Ili, au sud et à l'est du lac Balkach. Dans le pays de Kouldja, on trouve surtout des Tarantchis, race fortement imprégnée d'éléments aryens, adonnée à la vie agricole. Au nord de Kouldja commence le domaine incontesté des Kasaks, au sud de l'Ili, les Kalmouks s'étendent à l'est, les Kara-Kirghizes à l'ouest. Mais dans toutes les villes dominent les Dounganes, peuples étrangers venus de la Chine, que nous rencontrons pour la première fois, mais que nous retrouverons en avançant vers l'est. A la suite des massacres horribles dont Kouldja fut le théâtre, la popùiation a été en grande partie renouvelée. Verniy, entre l'Issik-koul et l'Ili au nord de l'Ala-tau, est une ville presque complétement russe; on y coudoie néanmoins des Sartes, des Tadjiks, des Kirghizes et des Kalmouks. Dans la Dzoungarie, la conquête russe a amené un véritable et important déplacement de population. Les Dzoungars, qui sont de race mongole et qui occupaient jadis le pays à peu près en' entier, ont abandonné la portion occidentale de la province, celle qui a été cédée à la Russie, et se sont retirés sur le territoire chinois; les Kirghizes-Kasaks ainsi que les Kara-Kirghizes, ceux-ci en plus petit nombre, ont pris possession des districts abandonnés par les Dzoungars, de sorte que la frontière politique est devenue la limite qui sépare les deux races. A l'ouest, les Kara-Kirghizes se sont fixés surtout dans la région de l'Ala-tau transilien, les Kasaks occupent le reste de la contrée où, ainsi que nous l'apprend Valikhanoff, ils portent spécialement le nom de Uisuns. C'est à propos de ces derniers que cet explorateur admet formellement une différence marquée avec les Bouroutes. Les Uisuns appartiennent à la grande et à la moyenne horde. II ne faut pas négliger de tenir compte de la présence d'une faible population sédentaire, dans laquelle entrent des colons cosaques en assez grand nombre, quelques Turco-Tartares émigrés des régions voisines et des négociants russes. Dans la partie chinoise, les Dzoungars proprement dits sont avoisinés partout, et souvent intimement mélangés avec des Khalkas, dont la masse est en Mongolie, et un certain nombre de Dounganes et de Chinois qui subissent, dans ce pays, la peine de la déportation. La Dzoungarie est un pays peuplé, la vie y est essentiellement nomade. Néanmoins, à l'approche de l'automne, une partie de ces pasteurs abandonnent les sommets inhospitaliers pour descendre dans les vallées et y faire des récoltes de céréales (Valikhanoff, op. cit., p. 60 et suiv.).

Mais nulle part peut-être, dans toute l'Asie intérieure, il n'existe une confusion de types et de race aussi complète que dans le Turkestan oriental et les pays de Kachgar, Yarkand, Khotan, etc. On y trouve à la fois des Persans et des Hindous, des Arabes et des Turcs, des Kirghizes et des Kalmouks, des Mongols et des Chinois. La population se distingue en agriculteurs qui habitent les régions de la plaine et en pasteurs, à demi nomades, dans les districts des montagnes. Ce pays, qui a si souvent connu les horreurs de la guerre, est en outre infesté de nombreux brigands, de race kirghize en général, et qu'on nomme Doulanes. Les éléments aryens sont nombreux dans la population du sud, ainsi que les colons du Thibet et les marchands juifs dans les villes. Dans le district même de Kachgar, le fond de la population est formé par des KaraKirghizes et des Uzbegs, qui portent le nom de Kachgaris. A la suite d'événements politiques, diverses colonies de Kachgaris se sont fixées en dehors de la petite Boukharie; les Tarantchis du bassin de l'Ili sont en partie des Kachgaris à Tachkent, ils occupent un quartier spécial. Kachgar est une ville de commerce;


Yarkand est une cité industrielle, on lui attribue jusqu'à 100000 habitants, avec quelque exagération sans doute; Khotan est un centre de culture et de. commerce, les étrangers y sont nombreux, les Chinois y abondent. La population des campagnes est en général pauvre et misérablement logée. Les Dounganes, qui sont assez nombreux à l'est du bassin du bas Tarim, ont souvent fait des incursions dans les tristes régions du Koukou-nor, où la population est pourtant si peu dense, que toute la région ne possède pas 150000 habitants, dont la presque totalité est éparse à l'est du lac. La partie sédentaire est presque uniquement formée de Mongols, chez lesquels se révèlent au plus haut degré les signes d'abaissement et de décrépitude morale de cette race d'hommes, qui eut jadis son moment de gloire et de célébrité. Les Mongols sédentaires sont partout dominés par les Tangoutes, nation thibétaine, ainsi que l'indiquent non-seulement la langue qu'ils parlent, mais aussi les caractères physiques; ils se distinguent à première vue des Mongols qui les entourent et qui sont des Kalmouks ou Elôts (Eleuth). Les Tangoutes du Koukou-nor sont les mêmes que ceux du Kan-sou mongol. Ils ont été tout récemment l'objet d'une étude spéciale de la part de Prjévalski, lequel a traversé le Kan-sou, le bassin du Koukou-nor, et exploré courageusement une partie du Tzaïdam. Nous lui empruntons sur les Tangoutes du Kan-sou quelques notions d'autant plus précieuses, que ces populations ont été jusqu'ici assez rarement visitées, et qu'ils présentent, pour les études anthropologiques, le plus sérieux intérêt.

« Les Tangoutes, ou, comme les appellent les Chinois, les Si-Fans, sont congénères des Thibétains.. Ils habitent la province de Han-sou, celle de Koukou-nor et la partie orientale du Dzaïdam; mais leur plus grande agglomération se rencontre dans le bassin supérieur du Hoang-ho, d'où elle s'étend jusqu'à la rivière Bleue,; peut-être même plus loin. A l'exception du Koukounor et du Dzaïdam, dans; toutes les provinces, les Tangoutes portent le nom d'Amdo et vivent le plus souvent confondus avec les populations chinoises et mongoles. Ils ont beaucoup de ressemblance avec les Tziganes. Leur taille est moyenne et leur constitution robuste. Tous presque sans exception ont les cheveux, la barbe et les sourcils noirs, avec des yeux grands et noirs, mieux percés que ceux des Mongols. Leur nez est droit, souvent en bec d'aigle, et leurs lèvres sont grandes, mais à rebords épais. Ils n'ont pas les pommettes aussi saillantes que les Mongols; leur visage est de forme oblongue, sans être plat; la couleur de leur teint est foncée et quelquefois mate chez les femmes. Contrairement aux Mongols, les Tangoutes ont la barbe épaisse, mais ils la rasent toujours ainsi que la chevelure. Les femmes portent les cheveux longs, séparés au milieu de la tête et tombant en 15 ou 20 tresses de chaque côté du visage. Ces nattes sont garnies de verroteries, de rubans et d'autres menus ornements. En outre les dames tangoutes ne dédaignent point l'usage du fard, qu'elles achètent aux Chinois; en été, elles le remplacent par des fraises fort abondantes dans les montagnes. Nous n'avons remarqué cette coutume de maquillage que dans le Han-sou dans le Koukou-nor et le Dzaïdam, elle n'existe pas, peut-être parce que les ingrédients y sont difficiles à se procurer.

« Tels sont les Tangoutes du Kan-sou. Un autre rameau de cette race est appelé Kara-Tangoute, ou Tangoutes noirs; il habite dans le bassin du Koukounor, à l'ouest du Dzaïdam et sur le Hoang-ho supérieur. Les Kara-Tangoutes se distinguent de leurs congénères par une taille plus élevée, un teint plus foncé


et plus encore de penchant au brigandage; en outre, ils portent toute la barbe.

« Les Tangoutes sont vêtus de peaux de mouton, car leur climat est très-froid en hiver et très-humide en été. Les deux sexes portent une robe de peau qui descend jusqu'aux genoux, des bottes de manufacture chinoise ou indigène et un chapeau de feutre gris à forme étroite. Personne n'a ni chemise, ni pantalon, même en hiver. Les femmes, comme on vient de le voir, portent le même costume que les hommes. » (Prjévalski, Mongolie et pays des Tangoutes, trad. franç., p. 198 et suiv.).

Les Tangoutes habitent, pour la plupart, des tentes noires tissées avec le poil du yak, qui est leur animal domestique favori et leur donne avec son travail son excellent lait, sa laine et sa chair. Ils s'en servent même comme monture. Dans les districts forestiers du Kan-sou, les Tangoutes, entraînés par l'exemple des Chinois, s'adonnent à l'agriculture et habitent comme eux des constructions en bois, analogues à celles que l'on nomme isba. Sous la tente comme dans la cabane. le Tangoute est remarquable par la facilité avec laquelle il accepte les plus horribles conditions hygiéniques. « Leur saleté, dit le même voyageur, défie toute description, et littéralement ils sont couverts de vermine les personnes et les animaux vivent dans la crasse la plus immonde; jamais leurs habitations ni leurs ustensiles de ménage ne reçoivent les soins de propreté les plus vulgaires. » Ils sont pourtant assez intelligents, hardis et énergiques, mais d'une paresse sans nom et moins hospitaliers que les Mongols. Ils sont bouddhistes fervents et superstitieux au plus haut degré. Ils ont, comme beaucoup de peuples de l'Asie centrale, l'habitude de pratiquer le mariage par enlèvement réel ou simulé et en payant une rançon. Ils ne donnent la sépulture qu'aux lamas; le commun des fidèles est, après la mort, livré en pâture aux bêtes fauves, dans les forêts. « Les Tangoutes campent ordinairement par groupes de familles, contrairement aux Mongols qui vivent solitaires. Ces deux peuples présentent des caractères fort souvent opposés au physique aussi bien qu'au moral. Le Mongol, attaché à son désert aride, redoute l'humidité le Tangoute, qui est son voisin, n'aime pas le désert l'eau ainsi que les gras pâturages l'attirent. Les deux espèces d'animaux avec lesquels ils vivent offrent les mêmes différences. Le chameau est une parfaite copie du Mongol, tandis que le yak reproduit les traits prédominants du Tangoute » (ib., p. 207).

Parmi les tribus qui habitent la Mongolie, celle des Khalkas passe pour avoir le mieux conservé le type de la race. Le Khalka, dit Prjévalski, est un homme de taille moyenne, de constitution forte, au visage large, avec des pommettes saillantes. Les yeux sont petits, le nez écrasé, les oreilles détachées du crâne; la barbe et la chevelure sont rares. Dans les tribus frontières, ou dans les groupes épars, en dehors du territoire propre de la Mongolie, le type n'a pas conservé sa pureté. Le teint du Mongol, chez les Khalkas eux-mêmes, est brun et non jaune.

Lorsqu'on se rapproche de la frontière chinoise, on constate que non-seulement le type se modifie, mais que les habitudes et les mœurs changent; les Mongols du sud ont adopté en partie la civilisation chinoise; malheureusement ils ont commencé par s'en assimiler les plus mauvais côtés. Vers le nord, les Mongols confinent aux Bouriates de Sibérie, de même race et de même langue que les Mongols. C'est chez les Bouriates qu'on trouve la langue mongole la plus pure. La partie occidentale de la Mongolie est habitée par des tribus qui portent


le nom d'Elôts ou Eleuth ce sont les mêmes que les Kalmouks de la Dzoungarie, de l'Ala-chan et du Koukou-nor, et ils appartiennent à la même souche que les autres Mongols, dont ils ont les mœurs et le type.

Il n'a pas pu être fait jusqu'ici d'appréciations exactes concernant l'importance numérique des Mongols et des Kalmouks. Les Mongols ont eu, avons-nous déjà dit, leur heure de célébrité méritée; leurs armées victorieuses parcoururent, il y a peu de siècles, une partie de l'Europe et de l'Asie. Mais la période de décadence succéda promptement à la conquête glorieuse et à la puissance dominatrice.

Aujourd'hui les Mongols sont complétement abaissés ils n'ont rien conservé de leur ancien esprit ardent et fier. C'est une population paisible et douce, adonnée à la. vie nomade, avec tous les inconvénients et les défauts qu'elle amène. Ils sont sans énergie, paresseux, indolents; ils vivent dans un état de saleté complet et souvent même de promiscuité avec leurs animaux. Les hommes s'occupent uniquement des soins à donner aux bestiaux ils laissent aux femmes tous les soins du ménage, mais ils ne les maltraitent pas, non plus que les esclaves, qu'on trouve encore en assez grand nombre dans certaines parties de la Mongolie. La tente des Mongols est analogue à celle des autres nomades de l'Asie moyenne, pour la forme et le mobilier; les femmes mongoles recherchent avec une certaine passion les bijoux, les verroteries et en général les objets de parure, dont elles encombrent les nattes de leur coiffure, quand elles ne les renferment pas dans des étuis en velours.

La religion des Mongols est le bouddhisme ou plus exactement le lamaïsme. Ils regardent le Thibet comme la Terre-Sainte les prêtres, très-nombreux au milieu d'eux, exercent sur leurs ouailles une influence considérable et incontestée; mais, depuis leur soumission à la Chine ou à l'empereur de Russie, selon les régions, le pouvoir du Grand-Lama est à peu près simplement théorique, car les chefs religieux sont choisis par l'autorité civile, qui agit en maître absolu. Leur régime est habituellement composé de laitage sous toutes les formes ils ne mangent qu'exceptionnellement ae la viande. Ils font un usage constant du thé en briques, qu'ils prennent en infusions, pures ou mélangées au lait. On connaît leur liqueur favorite, le koumis. Ils aiment beaucoup les danses et les chants; ils possèdent une littérature populaire et se plaisent à entendre les récits des anciennes épopées, ou les aventures de héros légendaires. Chez les Kalmouks particulièrement, les pratiques superstitieuses des anciens cultes ont en partie survécu à la conversion au bouddhisme, et leurs prêtres, à l'instar des anciens charrianes, leurs prédécesseurs, n'hésitent pas à prédire l'avenir, à conjurer les mauvais sorts et à consulter les augures.

Actuellement, en Mandchourie, l'assimilation de la population à l'empire suzerain, dont la famille régnante est d'origine mandchoue, est assez avancée pour avoir fait presque disparaître.les habitudes de la vie errante; il n'y a plus guère de nomades que dans les gras pâturages qui bordent les affluents de l'Amour et quelques autres cours d'eau. Mais en général les Mandchoux sont devenus sédentaires, agriculteurs, commerçants, hommes de métiers. Ils ont renoncé à la tente, qu'ils remplacent par des fanzas construites à la manière chinoise. En adoptant l'habitation des Chinois, ils ont adopté aussi leurs habitudes de vie. Ils sont avoisinés au nord par les Tongouses, avec lesquels ils ne forment en réalité qu'un seul et même peuple. La langue mandchoue n'est qu'un dialecte tongouse, langue simple par excellence, pauvre et presque •


dépourvue de formes grammaticales. Beaucoup de Mandchoux, néanmoins, ont encore gardé leurs anciennes traditions religieuses et tiennent toujours leurs chamanes en sérieuse vénération c'est surtout chez les Solons, qui habitent le nord-ouest de la province, aux confins de la Mongolie, que les vieux usages sont aussi vivaces. Les Daoulès au contraire, qui habitent au sud des précédents, à l'est des Khalkas, ont accepté le culte de Bouddha et reconnaissent l'autorité spirituelle du Grand-Lama. Les Mandchoux portent selon les districts des noms divers, néanmoins la population est uniforme dans toute la province. Nous devons dire pourtant que divers observateurs, comme Klaproth, Barrow et le savant Castrèn lui-même, ont signalé, dans le bassin de l'Amour, des noyaux de population blonde, avec des yeux bleus, le teint clair, le nez droit, les cheveux châtains ou bruns, la barbe très-abondante. On a estimé à environ 2 000 000 d'âmes la population de la Mandchourie, mais c'est une appréciation qui ne repose que sur les données les plus incertaines.

Pathologie. Malgré les dangers réels qui résultent nécessairement du caractère excessif du climat de l'Asie centrale, on ne peut dire que ce soit un pays insalubre. La population nomade surtout, de beaucoup la plus nombreuse, est, en réalité comme en apparence, remarquablement robuste. Turcomans, Kirghizes et Kalmouks supportent facilement les fatigues les plus grandes et s'exposent, sans en trop pâtir, aux plus dures intempéries. Il faut, pour qu'il en soit ainsi, que le milieu physiologique et pathogénique dans lequel ils se meuvent ne soit naturellement pas trop malsain, d'autant mieux que, du fait même de l'homme et de ses habitudes, les conditions hygiéniques de sa vie sont le plus souvent vicieuses, sinon déplorables. Dans les centres, où les foyers miasmatiques et pestilentiels créés par quelques-uns agissent sur les masses, la santé est plus gravement et plus fréquemment menacée que sous les tentes, demeures toujours provisoires et souvent presque isolées les unes des autres. Ajoutons encore que chez les nomades, comme dans les groupes de sédentaires, l'usage constant et abusif de l'opium, du haschisch, des liqueurs alcooliques, ne peut que tendre constamment à diminuer la résistance vitale et augmenter la réceptivité pour les influences pathologiques.

Malgré les chaleurs excessives de l'été, les affections épidémiques graves des pays chauds, comme l'hépatite, la dysenterie, semblent à peu près étrangères à l'Asie centrale on ne peut en effet considérer comme se rattachant à cette dernière, les dysenteries sous forme d'épidémies localisées, résultant manifestement, comme les diarrhées, entre autres causes, d'un usage absolument immodéré des fruits, et spécialement des melons et des pastèques.

De vastes espaces dans l'Asie intérieure échappent à la malaria; la rareté des pluies, la rapidité extrême avec laquelle les amas d'eau sont évaporés et mis complétement à sec, dès qu'arrive la saison chaude, l'intensité et la persistance des grands vents qui balaient et emportent les émanations nocives, expliquent de semblables immunités. Néanmoins, la malaria reste une des maladies endémiques les plus sérieuses et les plus communes de ces pays. C'est surtout le long des côtes des mers intérieures et des lacs, ainsi qu'à l'embouchure et parfois aussi aux confluents des fleuves, que l'endémie exerce ses ravages. Mais, même dans ces parages tristement privilégiés, les mouvements violents de l'atmosphère peuvent créer une immunité partielle. La malaria règne, pendant une portion de l'année, le long des côtes orientales de la mer Caspienne, depuis Astérabad, sur les confins de la Perse, au sud-est de la Caspienne,


et dont les habitants émigrent en partie pendant la saison chaude, jusqu'à la frontière septentrionale, mais avec plus d'intensité et de fréquence dans la région sud-est. 11 en est de même à l'est du lac d'Aral, aux alentours des embouchures des grands fleuves et surtout de l'Amou-daria, qui pénètre dans le lac par une sorte de delta. En dehors du voisinage des lacs et des cours d'eau, l'insalubrité, et avec elle la malaria peuvent provenir de la nature du sol luimême, dans les régions où, formé d'un Ia3ss argilo -sablonneux peu perméable, il maintient l'eau des pluies à sa surface, qui est ainsi couverte d'une boue épaisse pendant trois mois d'hiver. Après la pluie, la chaleur qui survient brusquement dessèche la terre et développe des gaz méphitiques, en attendant que la disparition totale de l'eau ait réduit en amas de poussière tout le bourbier de l'hiver. M. G. Capus, qui nous donne ce renseignement (voy. Revue scientifique, 1884, p. 168-177), indique aussi comme cause d'insalubrité et de fièvres la ceinture de rizières qui entoure souvent les villes de l'Asie centrale. Certains pays de plaine, par la disposition du sol, sont fatalement voués aux influences palustres telles sont, par exemple, les plaines marécageuses situées au pied des montagnes, dans la basse vallée du Kondouz, dont l'insalubrité est connue dans toute la région; les étrangers surtout y sont presque tous atteints de fièvres graves, souvent mortelles. « Si tu veux mourir, dit un proverbe cité par M. Reclus, pars pour le Kondouz ». Il en est ainsi dans le pays de Hissai-, à l'exception de la ville de Hissar, qui n'est pas malsaine. Andkoï et Saripoul sont dans le même cas. Mais presque partout les hauts plateaux sont à l'abri des influences miasmatiques. Une des localités réputées les plus malsaines de tout le Turkestan est Khiva; elle doit cette réputation méritée à ses affreuses conditions hygiéniques; il y règne une malpropreté extrême, les rues sont des cloaques, les places sont des mares infectes, les maisons et les bazars, des bouges humides; les mêmes canaux ou ariks servent à amener les eaux pour l'usage public et à recevoir les immondices. Aussi la ville est-elle beaucoup moins salubre que la campagne environnante, et les maladies y sont-elles plus fréquentes. Les Russes, après la prise de possession, frappés de l'insalubrité du lieu, l'abandonnèrent pour installer à Maghellan l'administration et ses employés, mais les travaux de voirie et les grands mouvements de terrain qui y furent exécutés y firent éclater, au moins pour un temps, des fièvres à formes assez graves (G. Capus, loc. cit.).

A Boukhara et dans la province, d'après Mir Izzett Ullah, les fièvres ne sont pas inconnues mais, si elles sont assez fréquentes, elles ne revêtent pas un caractère grave. C'est sans doute ce qui explique que les observateurs ne soient pas d'accord sur ce point, car, tandis que Alex. Burnes indique les fièvres comme rares à Boukhara, de Khanikoff, au contraire, signale leur longue durée et la fréquence des rechutes. L'endémie palustre est aussi notée comme fréquente dans le district du Koukou-nor, dans certaines parties du Ferghana, à peine sur le cours du Sir-daria, puis dans la Mongolie, à Mariensk, dans le bassin de l'Amour, mais partout avec des formes relativement bénignes. La maladie épidémique la, plus répandue dans toute l'Asie moyenne, celle qui y exerce les plus sérieux ravages, est certainement la variole; elle se montre très-souvent, aussi bien chez les nomades que dans les bourgs et les villes, dans l'oasis de Khiva, dans toute la Boukharie, dans la province du Sîr-daria et dans le Ferghana, où M. de Ujfa.lvy constata chez une grande proportion des personnes qu'il examina les cicatrices laissées par les pustules. Elle règne presque consDICT. ENC. 5" S. XVI. 5


tamment chez les Kalmouks du Thian-chan, dans les hordes kirghises, comme chez les populations agricoles et pastorales de la Kachgarie et du Turkestan oriental. Elle est aussi une des formes caractéristiques de la pathologie mongolique et thibe'taine. Peu à peu, la vaccination se répand, non-seulement dans le Turkestan russe, à la suite de la propagande qu'en font les médecins russes, mais aussi, d'après Valikhanoff, dans le Turkestan chinois, ses bienfaits commencent à être compris. Pourtant il y a beaucoup à faire encore et sans doute longtemps à attendre, avant que la vaccine soit réellement entrée dans les mœurs.

La rougeole et la scarlatine ne sont pas des maladies inconnues dans la Tartarie; elles règnent de temps à autre un peu partout; on les a signalées également en Mongolie, ainsi que dans le bassin de l'Amour, d'après les rapports des médecins de la marine russe (Deutsche Klinik, 1883).

Le choléra a fait aussi un certain nombre d'apparitions, et presque chaque fois on a remarqué qu'il semblait suivre les routes des caravanes. Dès 1830, il se montrait ;a Khiva, importé de la Perse; en 1840, il y eut à Khokand une épidémie sérieuse, ainsi que dans le Karategin et le Ferghana; elle fit de nombreuses victimes surtout à Khokand et à Maghellan, mais elle ne s'étendit pas au nord, ni à Tachkent, ni parmi les Kara-Kirghizes. En 1872, l'épidémie fut plus terrible, la population sarte fut décimée; on ramassait les morts dans les rues. En 1821 le choléra vint de Chine en Mongolie une autre épidémie sérieuse régna, peu après dans le même pays, et de là, comme la première fois, le choléra passa en Sibérie, transporté sans doute par les caravanes chinoises. Les fièvres continues paraissent être encore assez fréquentes dans l'Asie centrale et orientale, mais on manque de renseignements sur leur nature et leurs véritables formes.

La phthisie qui, au dire de Basiner, est assez rare chez les Kirghizes du pays de Khiva, serait au contraire fréquente, ainsi que les scrofules et les affections qui en dépendent, dans la Boukharie et à Boukhara même. Les étrangers récemment immigiés étant surtout exposés à contracter la terrible maladie, les Russes ont créé, à l'eur intention, un sanatorium à Khodjakent, à plus de 900 mètres d'altitude. On y envoie des phthisiques, des rhumatisants, etc. Les maladies de l'appareil digestif et des organes respiratoires sont assez habituelles, aussi bien à l'est qu'à l'ouest de l'Asie moyenne, dans le Turkestan comme dans la Mongolie, chez les nomades comme chez les citadins leurs caractères changent selon les saisons. Les inflammations viscérales, surtout celles des bronches et des poumons, prédominent dans les premiers mois de l'année pendant les mois pluvieux, et sous l'influence d'autres vents surviennent les formes catarrhales. A l'époque des grandes chaleurs, les symptômes congestifs prennent souvent le dessus c'est alors aussi le temps des méningites et des encéphalites. Les diarrhées sont très-nombreuses en août et septembre, ainsi que les dysenteries, mais ordinairement elles ne sont pas graves.

Nous ne savons rien concernant le scorbut dans la Tartarie et le Turkestan russe et chinois; Pallas le notait comme n'existant pas en Mongolie; les médecins de la marine russe l'ont, au contraire, signalé comme peu rare dans le bassin de l'Amour, surtout pendant l'automne et au printemps, c'est-à-dire du mois d'octobre au mois de mai.

On voit très-peu d'habitants atteints de goître dans le Turkestan russe, excepté à Khokand, qui possède toujours un grand nombre de goitreux, ainsi que des cré-


tins. La maladie atteint aisément les étrangers elle se développa chez beaucoup de soldats, lors- de l'occupation russe. Mais on ne rencontre point de goitreux dans la région montagneuse, non plus que dans les vallées du bassin de l'Ili; il s'en trouve souvent dans le Hissar. lien est de même dans le Turkestan oriental, à Kachgar, à Khotan, à Ak-sou, et surtout à Yarkand, où, prétend-on, un tiers des habitants en serait atteint. D'après Burnes, il n'y aurait point de goitreux à Boukhara ni aux environs.

Les habitants du Turkestan et de la Mongolie souffrent beaucoup d'ophlhalmies, souvent graves d'après les remarques des voyageurs, il semble qu'elles règnent pendant toute l'année; quelques-uns pourtant, comme Basiner, notent leur plus grande fréquence, dans les mois de juin et de juillet. On a attribue ces ophthalmies, en hiver à l'état de la neige et à l'atmosphère enfumée des Kibitkas, en été à la violence des rayons solaires et plutôt encore aux tourbillons de poussière qui remplissent l'air. Dans la Kachgarie et le Turkestan chinois, cette infirmité est presque générale; de Khanikoff pense que cela provient d'une vicieuse manière de vanner le grain il explique ainsi la recrudescence de la maladie en automne, particulièrement chez les habitants des villages, qui sont plus souvent atteints que les nomades. Cette' observation, d'après le même auteur, doit s'appliquer également aux Galtchas du'Zerafehân. Il semble bien que la syphilis soit répandue dans toute l'Asie moyenne, mais les avis diffèrent sur la gravité des accidents qu'elle amène et des symptômes qui prédominent dans ses manifestations. Ainsi, tandis que les uns, les plus nombreux, il faut bien le dire, la signalent comme une des plaies redoutables de l'Asie centrale, d'autres, comme Valikhanoff, qui a observé dans le Turkestan oriental, s'étonnent que, malgré la dépravation de mœurs qui y règne, les maladies vénériennes soient assez rares, et que si peu de personnes emportent les stigmates. En réalité, les renseignements sérieux font défaut pour ces contrées, comme pour les régions orientales de la Mongolie et de la Mandchourie. Sur la fréquence des maladies de la peau, tous les observateurs sont d'accord. On les trouve partout et en grand nombre, surtout les affections parasitaires, en tête desquelles il faut inscrire la gale. La teigne n'est guère moins abondamment répandue, ce qu'on attribue avec raison au défaut de propreté et de précautions de la part des barbiers qui, presque partout, rasent la tête en même temps que la barbe. La teigne et la calvitie 'prématurée sont signalées par M. de Ujfalvy comme se rencontrant constamment chez les Kirghizes-Kasaks, et par Fedtchenko dans la vallée du Zerafchân.

La lèpre est encore endémique aujourd'hui dans l'Asie moyenne et méridionale les cas les plus nombreux semblent se trouver dans les différentes provinces du Turkestan russe, la Boukharie, le Zerafchân, le Ferghana. Une partie des malheureux- qui en sont atteints reçoit asile dans des léproseries. L'une d'elles, établie à 4 kilomètres de Tachkent, dans une espèce de couvent, contient 40 ou 50 lépreux. Il en existe une autre à Oura-tepe ou Oura-tiube, localité située au sud-ouest de Khodjent elle est moins importante que la première. Les léproseries portent, dans le pays, le nom de Makhaou-mischlak makchaou est le nom qui désigne le lépreux. Ceux qui ne sont pas admis dans les léproseries vivent d'aumônes et sollicitent la charité des passants aux portes des villes, comme à Tachkent, à Samarkand, à Karchi, à Boukhara, etc. On estime à 500 environ le nombre des lépreux du Turkestan russe et de la Boukharie (G. Capus, loc. cit.). M. Lavroff a signalé dans les Bullet. delà Soc. d'anthropol. de Paris,


2e série, t. VI, p. 176 et suiv., d'après Fedtchenko, et dans un compte rendu des travaux de la Société des naturalistes de Moscou, deux affections, le makhaou ou mal afghan, et le piss, dont les victimes sont astreintes à une résidence forcée dans des localités déterminées; ces maladies ne paraissent pas être autre chose que des formes plus ou moins avancées de la lèpre, le piss caractérisé par des taches blanches, lisses, brillantes, cerclées d'un rebord rouge, qui donnent à la peau un aspect bigarré, correspondant au début de la maladie, tandis que l'autre affection, dont le nom makliaou est justement celui que l'on donne aux lépreux, en représenterait, avec ses ulcérations attaquant les bras et le visage, la phase la plus avancée. Il est regrettable que le symptôme caractéristique de la lèpre, l'anesthésie, n'ait pas été recherché ou du moins signalé. La lèpre, en Tartarie, est réputée héréditaire et contagieuse.

Le bouton d'Alep (bouton du Nil, de Biskra, de Bombay, de Debli, etc.) est assez fréquent dans le Ferghana, et plus particulièrement à Tachkent, et dans quelques autres villes. 1I s'observe plus rarement dans les campagnes et épargne souvent les populations nomades.

Le lilaire ou ver de Médine est abondamment répandu dans certaines localités du Turkestan et de la Boukharie, ainsi que dans le Zerafchitn. On le trouve il Tachkent, à Samarkand, à Karchi, à Djizak; mais c'est à Boukhara qu'on l'observe surtout. S'il faut en croire Burnes, un habitant sur huit serait porteur d'un ou plusieurs dragonneaux. On sait aujourd'hui que la larve du filaire se développe dans l'eau; c'est par les boissons que nous l'ingérons. Fedtchenko dit avoir constaté qu'elle s'attache au petit crustacé nommé Cyclope, et que c'est par son intermédiaire qu'elle pénètre dans le corps. Le tfcnia est assez fréquent dans les villes.

Enfin, M. Capus signale sous les noms de souchtaneh, de kouchtcha, de kouhidourga, une affection endémique en Sibérie, qui parait s'étendre dans le Turkestan; elle consiste en des boutons blancs que l'on traite par la cautérisation au fer rouge, et elle est capable de donner la mort en deux ou trois jours. II semblerait qu'il s'agit de la pustule maligne.

On ne connaît guère, dans l'Asie centrale, d'autres serpents que le trigonocéphale, dont la morsure soit dangereuse. Nous avons déjà signalé les piqûres des scorpions jaunes et noirs, et les plaies causées par les deux variétés de phalanges. Ajoutons-y les accidents dus à la kara-kourt ou araignée noire, commune dans les hautes vallées des monts d'Alexandre et de l'Ala-tau transilien. G. Ljktard.

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TARTOUCHE. D'après le docteur Pariset, cité par Mérat et de Lens, ce nom est donné en Egypte à une racine astringente, qu'on emploie contre la dysenterie. PL. Bibliographie. 5IÉRAT et DE LENS. Dict. mat. méd., VI, 647. Pt. TARTRA (A.-E.). Chirurgien français, né vers 1775, fut élève de l'École de santé de Paris, élève interne au grand hospice d'humanité, et prit le grade de docteur en 1802 après avoir soutenu une thèse très-intéressante sur l'empoisonsement par l'acide nitrique. Il concourut sans succès, en 1812, pour la chaire de médecine opératoire de la Faculté de médecine et enseigna l'anatomie et la physiologie. Il était en outre chirurgien du premier dispensaire, secrétaire général de la Société médicale d'émulation depuis 1805. Il rédigea, de 1808 à 1810, avec Graperon, le Bulletin des sciences médicales publié au nom de la Société médicale d'émulation de Paris. Tartra mourut, croyons-nous, vers 1840. Nous citerons de lui

I. Traité de l'empoisonnement par l'acide nitrique. Thèse inaug. Paris, an X (1802), in-8*. II. De l'opération de la cataracte. Thèse de concours pour la chaire de méd. opérât. Paris, 1812, in-4°. III. Remarques sur une affection pathologique des voies urinaires (varices vésicales). In Bullet. de la Sociélé philomath., an VII (1799), p. 173. IV. Des hernies graisseuses. In Journ. de méd. de Leroux, t. II, an XIV (nov. 1805), p. 127. V. Observation d'un déplacement de la mâchoire inférieure, suivi d'une ankylose fausse ou incomplète. Ibid., déc. '1805, p. 182. YI, Mém. à consulter sur une maladie originelle consistant en un état variqueux et anévrysmatique d'une grande partie de la conque de l'oreille et du cuir chevelu de la région pariétale gauche. Ibid., janv. 180G, p. 272. VII, Note sur le prétendu phénom. de l'incombustibilité. In Bull, des sciences médicales, t. IV. p, 5, etc. L. H"- ,tartr*tes. Lès tartrates sont des sels qui résultent de l'union de l'acide tartrique avec les bases. Ce sont les tartres des alchimistes.

L'acide tartrique étant ïratomique, deux fois alcool et deux fois acide, on comprend qu'il puisse former un très-grand nombre de dérivés, les uns constituant simplement des sels, les autres des éthers, d'autres enfin remplissant à la fois le rôle d'un sel et d'un éther. On conçoit même l'existence d'un dérivé à la fois acide, alcool, sel et éther. On ne s'occupera ici que des sels qui peuvent être utilisés en médecine, sels dont le nombre est d'ailleurs considérable. Presque tous ces sels correspondent à deux types bien définis les tartrates acides et les tartrates neutres. L'acidité de l'acide tartrique est très-prononcée aussi la chaleur de neutralisation par la potasse, par exemple (deux molécules), est-elle égale à 26 calories,

la deuxième molécule dégageant autant de chaleur que la première (Berthelot), C'est sans doute pour cette raison que l'acide tartrique forme des sels doiibles avec. la plus grande facilité, sels qu'on peut diviser en plusieurs groupes, dont chacun possède un représentant caractéristique

Groupe des tartrates doubles ne contenant que des métaux monoatomiques. Exemple sel de Seignette.


Groupe des tartrates doubles renfermant à la fois un métal monoatomique et un métal diatomique. Exemple tartrate de potasse et de fer. Groupe des émétiques. Exemple tartrate double de potasse et d'autimoine.

L'acide tartrique décompose les carbonates, à moins que ces derniers ne soient en solution alcoolique. En solution aqueuse, il déplace à peu près complètement l'acide acétique des acétates, environ la moitié seulement des oxalates alcalins; mais l'acide sulfurique le chasse complétement de ses sels dissous clans l'eau (Berthelot).

La plupart des tartrates sont cristallisables; beaucoup d'entre eux sont même remarquables par la beauté de leurs cristaux. Comme ils dérivent de l'acide tartrique ordinaire pour les besoins de la médecine, ceux que l'on trouve dans les pharmacies dévient à droite le plan de polarisation de la lumière polarisée, comme leur générateur. Les uns, et c'est le plus grand nombre, sont solubles dans l'eau, les autres y sont insolubles; ces derniers sont ordinairement solubles dans les acides azotique, acétique, tartrique. A l'exception de ceux de mercure et d'argent, ils sont solubles dans les alcalis en excès, même dans l'ammoniaque.

Calcinés à l'air, ils répandent une odeur caramélique caractéristique. Leurs solutés aqueux se recouvrent la longue de moisissures.

On les prépare en saturant l'acide libre par les hydrates ou les carbonates métalliques. Ceux qui sont insolubles se forment par double décomposition avec un tartrate alcalin et un sel métalliqne.

TARTRATE D'ALUMINE. Le tartrate simple est sous forme d'une masse gommeuse, doué d'une saveur douceâtre, puis âpre et désagréable. Il est soluble dans l'eau, mais non déliquescent (voy. ALUMINIUM, p. 452).

Le tartrate d'alumine et d'ammonium est sous forme d'une masse amorphe, très-soluble dans l'eau.

Le tantrate double d'alumine et de potassium se présente sous deux états 1° Le sel neutre, qui se forme lorsque l'on sature la crème de tartre avec de l'hydrate d'alumine. Chose curieuse, ce sel en solution concentrée dévie à gauche le plan de polarisation à la lumière polarisée, mais la rotation diminue avec la dilution et finit même par passer à droite (Biot).

Le sel basique, qui prend naissance lorsque l'on sature à l'ébullition du tartrate neutre de potassium par de l'hydrate d'alumine. Le soluté, qui reste neutre, précipite par l'alcool des gouttelettes oléagineuses, qui sont solubles dans l'eau et qui restent sous forme gommeuse par évaporation.

m Éauiv n8H*f4zH*\sOli

TARTRATE D'ADtHI01VIU1I. 1~'orntulas I~quiv. C$Il'(AzH')~Ut~. Sel neutre que

Atom. CSIf4(AzH4)20U.

Tartmtedammomuh. Formules: AL CW(AzIP)'. Sel neutre que

l'on prépare en saturant un soluté d'acide tartrique par du carbonate d'ammo maque on évapore le soluté, en ajoutant de temps en temps du carbonate d'ammoniaque.

Il est en beaux cristaux elinorhombiques, très-solublcs dans l'eau, perdant à l'air de l'ammoniaque.

On connait un tartrate acide, C8H3(AzH*)Ols, qui prend naissance lorsque l'on ajoute de l'acide tartrique à une solution concentrée du composé précédent. Il est en lamelles brillantes ou en tables hexagonales allongées, appartenant au type orthorhombiqne, peu solubles dans l'eau froide, très-solubles dans l'eau bouillante.


TARTRATE BORLCO-POTASSIQUE. C Équiv.: C8H*(BoO2K)O12. Ce seI,

TARTRATE borico-potassique. Formules j x Q4H406 (BoO) K Ce se appelé encore crème de tartre soluble, se prépare en faisant bouillir avec de l'eau 100 parties de crème de. tartre et 25 parties d'acide borique cristallisé. On évapore le tout en consistance semi-liquide, puis on achève la dessiccation sur des assiettes, que l'on dispose dans une étuve chauffée à 40 et 50 degrés. Il est en écailles, amorphes, transparentes, d'une saveur acide, facilement solubles dans l'eau.

TARTRATES DE FER. Voy. FER, p. 492.

TARTRATES DE MAGNÉSIUM. 1° Tartrate neutre.

l'Équiv. C8H*Mgs01!-|-4Hs0!: c

Formules-: j mn^ + 4 H2Q. Se prépare en faisant digérer,

Fondes. j CWMgO~-)-4~0. P~ ~erer,

dans une solution étendue d'acide tartrique, un excès de magnésie blanche. En concentrant la liqueur filtrée, le tartrate de magnésium se dépose sous forme de croûtes blanches, solubles dans 122 parties d'eau à 16 degrés, beaucoup plus solubles en présence du chlorhydrate d'ammoniaque ou de l'acide borique. L'acide tartrique, employé en excès, empêche la précipitation des sels de magnésium par les alcalis ou les carbonates alcalins.

Les limonades au tartrate de magnésie ont été proposées pour remplacer celles du citrate de la même base.

20 Tartrate acide. { Équiv. CHFMgO1*. T, prend naissance Tartrate acide. Formules j Atom. /r*H5(WM prend naissance lorsque l'on emploie dans la préparation précédente un excès d'acide tartrique. D'après Bergmann, il est en prismes à six pans, transparents. Dulk l'a obtenu sous forme de croûtes cristallisées, anhydres, solubles à 10 degrés dans 52 parties d'eau.

7 Équiv. C8H*Mg20!2.2Mg() + 2H202.

'~° Tartrate basi ue. 11'ormZales Atom. Equiv. C8H<Mg20!2. 2MgO + 211202. Un

Tartrate basique. Formules: CWMg; MgO-+-2EPO. Oa

l'obtient en ajoutant de l'ammoniaque dans les sels doubles que le tartrate de magnésium forme avec les tartrates alcalins. Toutefois, la présence d'un' grand ̃excès de sels ammoniacaux empêche toute précipitation.

C'est une poudre blanche, cristallisée, à peine soluble dans l'eau, puisqu'elle ,exige plus de 4000 parties d'eau, froide pour se dissoudre; l'ammoniaque n'augmente pas sa solubilité. Il perd de l'eau au-dessus de 100 degrés, sans èrunir.

̃ Sels doubles. Le tartrate de magnésium et de potassium, C8H*KMg0" -4- 4EPOa, s'obtient en faisant bouillir la crème de tartre avec un excès de magnésie blanche en quantité suffisante d'eau. Le liquide filtré laisse déposer de petits cristaux, inaltérables à l'air, tandis que l'eau-mère fournit à l'évaporation une masse gommeuse.

Le tartrate de magnésium et de sodium, G8fl*KNa012-f-5H202, se prépare en soumettant à l'évaporation un soluté contenant du sel de Seignette et du chlorure de magnésium. Il est en cristaux prismatiques, efflorescents, appartenant au système clinorhombique.

TARTRATES DE MERCURE. Le tartrate mercureux, tartre mercuriel des alchimistes, se forme lorsque l'on verse un soluté de tartrate neutre de potasse, ou même de l'acide tartrique, dans du nitrate mercureux.

Poudre blanche, cristalline ou en paillettes, se colorant rapidement à la lumière, en présence de l'eau.


Il est insoluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, fort soluble dans l'acide azotique, moins facilement dans les acides tartrique et acétique.

L'eau bouillante l'altère, les alcalis en séparent de l'oxyde mercureux; avec l'ammoniaque, on obtient une poudre noire, qui paraît constituer un tartrate mercuroso-ammonique.

Le tartrate mercuroso-potassique s'obtient en faisant bouillir avec de l'oxyde mercureux un soluté de bitaitrate de potassium.

Il cristallise en petits prismes incolores, peu solubles dans l'eau, facilement dans les acides nitrique, tartrique, acétique.

Le tartrate mercurique se prépare en traitant un sel mercurique, azotate ou acétate, par l'acide tartrique ou par le tartrate neutre de sodium. Poudre blanche, insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, aisément soluble dans les acides acétique, tartrique et azotique dilués ses solutés précipitent de l'oxyde mercurique par les alcalis.

Délayé dans l'ammoniaque, il donne naissance à une poudre blanche, qui est un tartrate mercuro-ammonique, sel blanc, insoluble dans l'eau, qui prend encore naissance directement lorsque l'on chauffe de l'oxyde mercurique en excès avec une solution de tartrate neutre d'ammonium.

Le tartrate mercurico-potassique s'obtient en saturant ù chaud le bitartrate de potassium avec de l'oxyde mercurique. Par le refroidissement, le liquide filtré laisse déposer de petits prismes blancs, brillants, à peine solubles dans l'eau froide, davantage dans l'eau bouillante, les acides et le tartrate de potasse.

Sa réaction est acide il possède une saveur métallique. La potasse le précipite en rouge, les carbonates alcalins en blanc, tandis que l'ammoniaque n'y produit aucun trouble.

La célèbre liqueur ve'géto-minérale de Pressavin était à base de tartrate de mercure et de potasse.

Tahtrates DE potassidm. 1° Bitartrate de potasse ou crème Je tartre (voy. ce mot).

Tartrate neutre de potassium. Formules ^m'^WK^Ï Ce

Taî,trate 7ieuti~e (le potassium. Formules Atom. G\1l4K206 ,Aq. e

sel, appelé aussi tartrate soluble, sel végétal, se prépare en saturant par le carbonate de potassium une solution bouillante de crème de tartre; par concentration, il se sépare sous forme d'une poudre difficilement cristallisable; sa densité est égale à 1,96 (Buignet). Il renferme un équivalent d'eau, qu'il ne perd qu'à 180 degrés. Il est extrêmement soluble dans l'eau, et le soluté, additionné d'alcool, laisse précipiter un produit huileux, qui refuse de cristalliser, même après plusieurs lavages à l'alcool. A l'état humide, les cristaux tombent eu déliquium.

La plupart des acides précipitent sa solution; il en est de même du brome. sans que l'acide tartrique soit attaqué (Cahours). Lorsqu'on doit l'administrer à l'intérieur, il ne faut donc pas l'associer à des acides ou à des sels acides. 50 Tartrate de potassium ou d'ammonium.

Formules Bqui`~. C8IP(K.AzIP)01! + Ag. Sel double que l'on obtient en

••) ÎZ: StK+At s«> '•«̃̃ saturant par l'ammoniaque le bitartrate de potasse; on évapore ensuite jusqu'à cristallisation.

Cristaux orthorhombiques, isomorphes avec ceux du sel précédent, très-


solubles dans l'eau, à saveur fraîche et piquante; sa densité est égale à 1,7 (Schifi).

A l'air, il devient rapidement opaque, en perdant de l'ammoniaque; vers 140 degrés, tout le gaz se dégage et il ne reste plus que du bitartrate de potassium.

TARTRATE DE quinine. Voy. Quinine. TARTRATES DE SODIUM. Mêmes sels et mêmes propriétés générales que les dérivés potassiques. Sel acide, C8II5Na0I2,H202. Se prépare en traitant l'acide tartrique par le carbonate de sodium, puis en ajoutant, après la saturation complète, une quantité d'acide tartrique égale à celle qui a été primitivement employée. Prismes orthorombiques, transparents, solubles dans l'eau, insolubles dans l'alcool.

Sel neutre, C8IPNa20l2,2H202. Se prépare en saturant un soluté d'acide tartrique par le carbonate de sodium.

̃ Cristaux transparents, ortliorhombiques, inaltérables à l'air, solubles dans 5 parties d'eau froide, insolubles dans l'alcool absolu, ayant pour densité 1,794 (Buignet).

Chauffé, il fond dans son eau de cristallisation, qu'il ne perd qu'au voisinage 'de. 200 degrés.

Tartrate double de sodium et d'ammonium, C8H*(Na.AzH6)0lï14H80ï. On le prépare en saturant du bitartrate d'ammonium par du carbonate de sodium. ̃

Très-beaux cristaux, volumineux, orthorhombiques, très-solubles dans l'eau. Le racémate correspondant a servi de point de départ à M. Pasteur pour dédoubler l'acide racémique en acides tartriques, droit et gauche. 4° Tartrate double de potassium et de sodium ou sel de Seignette. tÉquiv. C8IPKl\TaO12 -MM)2. 0 important, l'un des plus beaux I annules | A^om G*II*KNa0G + 4H2O ""portant, 1 un des plus beaux de l'acide tartrique, découvert en 1672 par Seignette, pharmacien à La Rochelle sa préparation, restée longtemps secrète, a été dévoilée en 1751 par Boulduc, qui fit connaître son mode d'obtention avec la crème de tartre et le carbonate de sodium.

Pour le préparer, on porte à l'ébullition, dans une capsule, 100 parties de crème de tartre avec 350 parties d'eau; on ajoute le carbonate par petites portions, soit en tout 75 grammes, en ayant soin d'agiler continuellement, tant que l'effervescence se manifeste. On filtre, on évapore jusqu'à ce que le soluté marque 1,38 au densimètre, puis on abandonne le tout à la cristallisation. Le sel de Seignette est en gros prismes orthorhombiques à 8 pans, le plus souvent coupés dans la direction de leur axe, d'où le nom de sel en tombeaux des anciens chimistes; sa densité est égale à 1,79 (Buignet). Il s'effleurit superficiellement dans l'air sec, tandis qu'il attire au contraire l'humidité atmosphérique à l'air humide.

11 fond vers 75 degrés en un liquide qui commence à bouillir versi20 degrés; à 160 degrés, l'ébullition cesse pour reprendre un peu au-dessous de 200 degrés; il est alors anhydre. Au-dessus de 200 degrés, il s'altère et se décompose entièrement vers 220 degrés.

Il est très-soluble dans l'eau; en se dissolvant dans ce liquide, il produit un grand abaissement de température. Il est insoluble dans l'alcool.


Ce sel, qui a joui d'une immense réputation, est un bon purgatif, à la dose de 25 à 30 grammes. Il sert de base à la poudre purgative des Anglais, poudre gazogène dont voici la formule

Seidlitz podwers {voy. Seidutz). Bourgoix. § Il. Emploi médical. Il est traité de l'emploi médical des tartrates au nom de leurs bases, qui en déterminent réellement la spécialité thérapeutique. Un des avantages des tartrates est, comme pour les citrates et les lactates, de permettre l'administration de certaines substances sous une forme soluble; on a vu, en effet, plus haut, que le plus grand nombre des tartrates sont solubles.

On consultera pour les tartrates ferriques, l'article Fer, p. 492 pour le tartrate d'alumine, l'article Aluminium, p. 440; pour le tartrate cl ammonium (qui n'est guère usité), l'article Ammoniaque, p. 685 pour les tartrates de magnésie, l'article Magnésie, p. 701; pour le tartrate de mercure, l'article Mercure, p. 75; pour le tartrate de quinine, l'article Quinine,, p. 200; pour les tartrates de potasse et de soude et pour le tartrate double de soude et de potasse, les articles PoTAssr et SouDE. Le tartrate double de potasse et d'antimoine a été traité au mot Émétique; la crème de tartre (tartrate acide de potasse) et la crème de tartre soluble (tartrate borico-potassique) ont été l'objet d'un article spécial. Voy. aussi' Seidlitz-Podwers et SEIGNETTE. D. T.ittraE. Ce mot désigne généralement des composés à bases de tartrates. Tartre du vin. Il est constitué par le dépôt qui se forme sur les tonneaux où du vin a séjourné et renferme principalement du tartrate acide de potasse et du tartrate de chaux (voy. Vin).

Tartre ammoniacal. Tartrate d'ammonium.

Tartre chalybé. Obtenu en faisant bouillir 1 p. de limaille de fer et -i p. de crème de tartre dans 20 p. d'eau (voy. Fer).

Tartre émétique. Voy. Émétioue.

Tartre martial soluble. Se prépare en mélangeant 1 p. de tartrate neutre de potasse avec 4 p. de teinture de mars tartarisée, et évaporant dans un vase de fer jusqu'à siccité (voy. FER).

Tartre stibié. Voy. ÉMÉTIQUE.

Tartre tartarisé. C'est le tartrate neutre de potasse (vey. Potasse et TARTRATES).

On a donné aussi le nom de tartre au sel de duobus, qui est le sulfate de potasse. D. TAKTRIQCES (Acides). § 1. Chimie.

Formules j ( Équiv. C8HB012> ( CH(OII) CO'FI

Atonl. C~Ii~O° 6 6 CH(OlI).COIH. On connait actuellement

( Atom. C'HW = j rtunmrftîvi On connaît actuellement quatre composés répondant à la formule ci-dessus les acides tartriques droit et gauche, l'acide racémique et l'acide tartrique inactif.

Tous ces corps sont tétratomiques, deux fois acides et deux fois alcools. Ils présentent les mêmes réactions générales au point de vue chimique, mais, à l'état de liberté ou sous forme de sels, ils diffèrent par leurs caractères physiques, notamment la forme cristalline, le pouvoir rotatoire, la solubilité.


L'acide tartrique droit, ainsi que les sels, dévie à droite le plan de polarisation de la lumière polarisée; ses cristaux sont hémièdres. C'est le plus important et le seul employé en médecine.

L'acide tartrique gauche et ses sels ont des pouvoirs rotatoires de même grandeur que les précédents, mais en sens opposé, et présentent l'hémièdrie non superposable; en d'autres termes, les deux corps correspondants, pris deux à deux, sont symétriques, de la même manière qu'un objet et son image vue dans un miroir.

L'acide racémique résulte de l'union des deux acides droit et gauche. Cet acide et ses sels ne sont pas hémièdres, n'ont pas d'action sur la lumière polarisée. On peut le dédoubler en ses deux générateurs.

L'acide inacti f, comme l'indique son nom, ne possède pas de pouvoir rotatoire et ne peut être dédoublé en acides tartriques droit et gauche. Ces quatre corps peuvent être transformés les uns dans les autres par des procédés réguliers, sous l'influence de la chaleur, dans des conditions qui ont été entrevues par Dessaignes et précisées par Jungfleisch.

Il suffit pour cela de chauffer avec un peu d'eau les diverses variétés d'acide tartrique le droit et le gauche disparaissent d'abord entièrement, de manière à engendrer deux acides inactifs; pour ces derniers la transformation est réciproque et donne lieu à des équilibres variables suivant les conditions de l'expérience, l'acide racémique, par exemple, étant d'autant plus abondant que la température a été plus élevée, du moins dans certaines limites. ACIDE TARTRIQUE DROIT. Les alchimistes avaient considéré le tartre des vins comme un acide. En 1732, dans ses Éléments de chimie, Boerhaave dit que ce corps est un acide solide, qui jouit de la singulière propriété de se convertir en alcali par l'action du feu. Trente ans après, Margraff démontra que l'alcali préexistait dans le tartre, matière saline de laquelle Scheele retira l'acide tartrique en 1769.

L'acide tartrique est très-répandu dans la nature, soit à l'état libre, soit le plus souvent à l'état de sel de potassium ou de calcium. On le rencontre dans les sucs de la vigne au printemps, dans les tamarins, la casse, les pélargoniums, les baies du sorbier des oiseaux, celles des Mus typhinum et R. glabrum, des Vitis sylvestris et Mahonia aqztifolia, du mûrier blanc; dans les feuilles de Chelidonium majus, de la rhubarbe l'oseille, les cornichons, le poivre noir; les fleurs de camomille, de Taraxacum dens leonis; les racines de garance, de Nympha alba, de chiendent; les tubercules de topinambours, la pomme de terre, les bulbes de scille, etc., etc.

On l'obtient artificiellement dans une foule de circonstances, notamment Lorsque l'on oxyde par l'acide nitrique les matières sucrées et les corps qui en dérivent amidon, gommes, glycoses, acides mucique et saccharique, etc. On obtient tantôt de l'acide tartrique droit, de l'acide racémique ou de l'acide inactif, tantôt un mélange de ces différents corps. C'est ainsi que l'amidon et la glycose donnent seulement de l'acide tartrique droit; la lévulose et l'acide mucique, la mannite et la dulcite, de l'acide racémique le sucre de canne et le lactose, un mélange de ces deux corps (Hornemann, Heintz). La synthèse totale de l'acide tartrique a été réalisée par Jungfleisch, en mettant à profit les réactions synthétiques découvertes par Maxwell Simpson, Perkhi et Duppa, Kékulé. A cet effet, on combine l'éthylène, C*H*, avec le brome, ce qui fournit le bromure d'éthylène, CTMk2, corps que l'on transforme en


cyanure d'éthylène ou éther dicyanhydrique du glycol, C*H*(C2Az)!. Ce cyanure, bouilli avec de la potasse, donne de l'acide succinique (M. Simpson) C4II3(C2AzII)2 -i- 4IP0s=2AzH3-|- C8H8O8.

Attaqué par le brome, l'acide succinique fournit le dérivé bibromé CTPBr2*)*, que l'on transforme à son tour par oxydation avec l'oxyde d'argent en acide tartrique inactif

C8H*Br!O8 + 2AgO ̃+̃ H202 = 2AgBr -+- C8II°O1!.

Enfin, cet acide inactif, chauffé avec de l'eau vers 175 degrés, se transforma partiellement en acide racémique, lequel est ensuite dédoublé en acide droit et gauche par le procédé classique de Pasteur.

Cette synthèse est très-importante, car elle démontre que le chimiste, dans son laboratoire, peut créer de toutes pièces des substances douées du pouvoir rotatoire.

Préparation. L'acide tartrique existe dans un grand nombre de fruits acides. mais c'est surtout le jus du raisin qui sert de point de départ à sa fabrication. Après la fermentation, alors que le liquide est devenu alcoolique, la crème de tartre, contenue naturellement dans le raisin, devient moins soluble et se précipite, entraînant avec elle plusieurs produits, notammentdu tartratede chaux et des matières colorantes, des oxydes de fer, d'alumine, des phosphates, etc. C'est ce mélange impur qui constitue le tartre brut. La précipitation se continue lentement pendant plusieurs mois, parce que le liquide, échauffé d'abord par les phénomènes de fermentation, se refroidit lentement et finit par prendre la température du milieu ambiant; le tartre brut purifié constitue la crème de tartre ou tartrate acide de potassium.

Pour retirer l'acide tartrique de ce sel, on traite celui-ci par 12 à 15 fois sou poids d'eau bouillante; on ajoute de la craie, tant qu'il se produit une effervescence. La moitié de l'acide tartrique se trouve alors transformée en tartrate de chaux insoluble, tandis que l'autre moitié reste en solution, à l'état de tartrate neutre de potassium

2C8HsKOi2H- 2C2Ca20G = CJO*~f- C8H4Cas013 -f- CTM2012 -+- H'O». Le liquide est alors traité par un sel de chaux soluble, le chlorure de calcium, par exemple, ce qui donne naissance à un deuxième précipité que l'on réunit au premier

C8II*Ks0ls -j- 2CaCl = 2KCI -+- C«H''Cas0'2.

Les précipités, après lavage, sont décomposés par de l'acide sulfurique étendu de deux ou trois fois son poids d'eau, ce qui fournit du sulfate de chaux et de l'acide tartrique libre

C8rPCasO12 + SSHSO8 == S«CasO8 +- C8II6O13.

On sépare le sel calcique, on évapore la liqueur et on fait cristalliser le liquide sirupeux à une douce chaleur. Pour avoir de beaux cristaux, il convient d'opérer en présence d'un léger excès d'acide sulfurique.


L'industrie 4e l'acide tartrique ayant pris une grande extension depuis quelques années, on ne s'arrête plus à la purification du tartre dans la pratique industrielle on traite les tartres bruts ou les lies par l'acide chlorhydrique dilué, véhicule qui laisse de côté les matières colorantes et autres impuretés, tandis que le soluté filtré retient l'acide tartrique, accompagné de chlorure de calcium et de chlorure de potassium. On ajoute à ce liquide de la chaux ou du carbonate de chaux, qui précipite l'acide tartrique à l'état de tartrate de chaux; on décompose ce dernier par l'acide sulfurique et on se sert, pour effectuer la concentration, d'appareils en plomb dans lesquels on fait le vide (Mulaton). La fabrication de l'acide tartrique rentre maintenant dans la grande industrie. En Angleterre, il y a maintenant autour de Londres plusieurs fabriques qui fournissent annuellement jusqu'à 1500 tonnes de produit; une égale quantité au moins est extraite sur le continent, notamment à Lyon, à Thann, àPforzheim, à Pesth et à Vienne.

Propriétés. L'acide tartrique droit est un corps transparent, cristallisant en beaux prismes rhomboïdaux obliques et hémièdres; sa saveur est franche, acide et agréable; son poids spécifique est égal à 1,739 (Buignet). II ne contient pas d'eau de cristallisation et est inaltérable à l'air.

Il est très-soluble dans l'eau, d'autant moins dans l'alcool que celui-ci est plus concentré; par contre, il est très-peu soluble dans l'éther. A la température de 15 degrés pour 100 parties de liquide, on a le tableau suivant

Eau Acide dissous. 157, o Gerlach.- Alcool à 90 degrés .£1,135 Alcool absolu 25,601 Bourgoin. Etherpur -•- 0,400 ) 1

En se dissolvant 'dans l'eau, il détermine un abaissement de températnre il absorbe 5 cal. 45 (Berthelot), 3 cal. 6, d'après Thomsen (1 calorie = 1 Kg degré). La solution se recouvre à la longue de moisissures, mais on évite cette altération au moyen de. plusieurs antiseptiques employés en petite quantité, comme le phénol et l'acide salicylique.

Son pouvoir rotatoire dextrogyre varie avec la concentration et se modifie suivant des lois différentes pour les diverses parties du spectre (Biot). Soumis à l'action de la chaleur, l'acide tartrique fond vers 175 degrés et se transforme, sans perdre de son poids, en acide métatartrique; en prolongeant l'action de la chaleur, il laisse dégager de l'eau et fournit plusieurs anhydrides (voy. ce mot).

A une température plus élevée, la décomposition est profonde. Vers 220 degrés, il se boursoufle considérablement, se colore de plus en plus, bouillonne, dégage régulièrement de l'acide carbonique et fournit un liquide jaune contenant de l'eau, des acides acétique, pyruvique, pyrotartrique; au-dessus de 220 degrés, on obtient en outre du gaz des marais et un produit huileux, empyreumatique, contenant de l'acétone dipyrotartrique (Bourgoin). Il reste finalement dans la cornue un charbon très-volumineux (Berzelius).

Pelouze a étudié avec soin les diverses phases de cette décomposition entré 170 et 190 degrés, on obtient de l'acide carbonique, de l'eau, de l'acide pyrotartrique, un peu d'acide acétique, d'éthylène et de charbon; de 200 à 300 degrés, les mêmes produits apparaissent, mais les trois premiers sont moins abondants. Enfin, à feu nu, on obtient de faibles quantités 'd'acide carbonique, d'eau


et d'acide pyrotartrique, mais beaucoup d'éthylène, de produits empyreumatiques et de charbon.

La décomposition de l'acide tartrique par la chaleur est donc une réaction très-compliquée, dont il est difficile de se rendre compte à l'aide de formules régulières. Cependant on peut admettre

1° Qu'il y a d'abord perte d'eau et formation d'acide tartrique insoluble

2° Qu'il y a ensuite perte d'acide carbonique, avec formation d'acide pyruvique

5° Que l'acide pyruvique, à son tour, engendre, par un mécanisme analogue, les acides pyrotartrique et uvitique

Chauffé à l'air, l'acide tartrique répand une odeur particulière qui rappelle celle du caramel. C'est là un bon caractère analytique pour déceler la présence de l'acide tartrique dans un mélange.

Mélangé avec de l'éponge de platine et chauffé dans un courant d'oxygène, vers 16Q degrés, l'acide tartrique donne de l'eau et de l'acide carbonique il se transforme complètement en ces deux produits à une température inférieure à '250 degrés (Millon et Reiset). L'oxygène électrolytique donne au pôle positif de l'acide carbonique, mèlé à de petites quantités d'oxyde de carbone, tandis que le liquide positif se charge d'acide acétique (Bourgoin).

Avec le permanganate de potassium, dès la température de 50 à 60 degrés, le mélange se décolore rapidement, il se précipite du peroxyde de manganèse et il se dégage de l'acide carbonique; dans ces conditions, il se forme de l'eau et de l'acide formique (Péan de Saint-Gilles).

L'acide formique prend également naissance lorsqu'on attaque la dissolution aqueuse par le peroxyde de manganèse, le dichromate de potassium ou l'oxyde puce de plomb. Avec l'acide nitrique à chaud ou obtient de l'acide acétique, de l'acide oxalique, de l'acide saccharique, etc. L'acide fumant fournit de l'acide nitrotartrique (Dessaignes).

En solution alcaline, l'acide tartrique réduit les sels d'argent, propriété qui a été mise à profit pour l'argenture du verre.

L'hydrate de potasse en fusion fournit un mélange d'oxalate et d'acétate de potassium

Avec les corps réducteurs, tels que l'acide iodhydrique, on peut enlever de l'oxygène, de manière à retomber sur les acides malique et succinique

Une solution concentrée d'acide tartrique se conserve longtemps sans altération dans des flacons bien bouchés et conserve sensiblement son même titre,


même lorsqu'il se développe à sa surface des moisissures (Wittstein). Les solutions étendues acquièrent avec le temps la propriété de réduire la liqueur cupropotassique, et on peut alors y constater la présence de l'acide acétique (Staedeler). Enfin, au point de vue médical, comme au point de vue chimique, il faut se rappeler que l'acide tartrique possède la propriété d'empêcher la précipitation d'un grand nombre de métaux par les alcalis, par suite de la formation de sels doubles indécomposables tels sont les oxydes de zinc, de cobalt, de nickel, de bismuth, de plomb, de cuivre.

Au contraire, ceux de mercure, d'argent et d'étain sont précipités. Tous ces oxydes sont attaqués par l'acide sulfhydrique ou le sulfure d'ammonium, à la manière ordinaire.

Les réactions des métaux avec d'autres réactifs sont également modifiées; toutefois, dans la plupart des cas, les phosphates, pyrophosphates, arséniates et borates alcalins, précipitent des tartrates doubles que les alcalis et les carbonates alcalins ne peuvent décomposer (Grothe, Aubel -et Ramdohr). § IL Pharmacologie. L'acide tartrique a de nombreux emplois en teinture, en impression, en photographie, en analyse chimique, en médecine et en pharmacie.

Le plus souvent il est employé à l'état de tartrate. On en fait une limonade et il sert à la confection d'un sirop rafraîchissant.

Il est également préféré pour la préparation des poudres gazogènes médicinales, pour fabriquer l'eau gazogène dans les appareils portatifs, comme celui de Briet.

Introduits dans l'organisme, l'acide tartrique et les tartrates alcalins y subissent une oxydation complète, avec formation d'eau et de carbonates alcalins aussi ne les rencontre-t-on pas dans les urines (Buchheim).

SIROP D'ACIDE taktrique

Acide tartrique cristallisé 10 grammes.

Eau distillée 10

Sirop de sucre. ggg

On fait dissoudre l'acide dans l'eau, on ajoute le soluté au sirop et on mélange le tout (Codex).

LIMONADE TARTRIQUE

Sirop d'acide tartrique. 100 grammes. ̃

Ea« 900

Mêlez (Codex).

Essai. L'acide tartrique du commerce n'est pas toujours pur il peut contenir de l'acide sulfurique, des sulfates, des chlorures, des traces de plomb et de cuivre, impuretés qui disparaissent par une nouvelle cristallisation. On peut y ajouter frauduleusement de la crème de tartre, du bisulfate de potasse, de l'alun.

Lorsqu'il est pur, il se dissout complétement dans l'eau et dans l'alcool. On reconnaît les sulfates par la calcination et on les caractérise ensuite par le chlorure de baryum. S'il renferme des chlorures, son soluté précipite par le nitrate d'argent et le précipité est soluble dans l'ammoniaque.

Le plomb se reconnaît au moyen de l'hydrogène sulfuré, qui donne un précipité noir; le cuivre, avec l'ammoniaque, qui colore la liqueur en bleu. ̃ DICT. EMC. à" S. XYI. g


II. ACIDE TARTRIQUE GAUCHE. Cet acide, qui a été découvert par Pasteur, se prépare par le dédoublement de l'acide racémique. En transformant ce dernier en racémate double de soude et d'ammoniaque, il se dépose par cristallisation deux sortes de cristaux, affectés de dissymétrie moléculaire. On sépare ceux dont les facettes hémièdres sont tournées à gauche et on en retire l'acide de la même manière que l'acide droit.

Il ressemble sous tous les rapports à l'acide tartrique droit, sauf pour le pouvoir rotatoire qui a la même valeur, mais qui est de signe contraire. Ses dérivés présentent les mêmes différences avec ceux de l'acide tartrique droit, les formes cristallines étant affectées d'hdmiédrie en sens contraire. III. Acide racémique OU paratartriqce. Voy. PARATARTRIQUE. IV. Acide TARTRIQUE inactif. Il a été découvert par Pasteur dans les produits de l'action de la chaleur sur le tartrate de cinchonine; il résulte aussi de l'oxydation de l'acide succinique. Il se forme encore, mais en petites quantités, lorsque l'on fait bouillir pendant longtemps des solutions chlorhydriques d'acide racémique ou d'acide tartrique, ou lorsque l'on soumet la sorbine à l'oxydation. On le prépare d'ailleurs comme l'acide racémique, mais en chauffant seulement à 160 degrés. Les eaux mères, après le dépôt d'acide racémique, sont saturées à demi par la potasse le racémate et le tartrate droit, qui sont peu solubles, se séparent d'abord, tandis que le tartrate inactif, beaucoup plus soluble, ne se dépose qu'en dernier lieu. On le purifie par cristallisation, puis on le transforme en sel calcique, que l'on traite finalement par l'acide sulfurique.

Les sels de potassium et d'ammonium sont extrêmement solubles dans l'eau. Il se distingue encore de l'acide racémique, parce qu'il ne précipite pas le sulfate de chaux, mais il s'en rapproche en ce que son sel calcique est rapidement précipité par l'ammoniaque de sa solution chlorhydrique. Bourgoin. 3 III. Thérapeutiqne. L'emploi thérapeutique de l'acide tartrique ne se prête à aucune autre considération que celles qui ont été présentées à l'article Acidulés. On a vu plus haut à quelle dose il doit être employé sous forme de limonade ou de sirop. On s'en sert souvent concurremment avec l'acide citrique pour préparer extemporairement une limonade gazeuse légèrement laxative (20 grammes d'acide tartrique et 22 grammes de bicarbonate de soude pour 400 grammes d'eau). On emploie aussi l'un de ces deux acides pour la préparation du mellite d'iodure de fer (citromel ou tartromel), destiné à remplacer le sirop, comme présentant une solution plus soluble de l'iodure. "• 3 IV. Toxicologie. Dans l'empoisonnement par les acides végétaux, l'acide tartrique joue un très-faible rôle, surtout en comparaison de l'acide oxalique. Tardieu (Études sur l'empoisonnement) cite un exemple remarquable d'intoxication par l'acide tartrique, ayant donné lieu à une action judiciaire, et il fait remarquer à cette occasion que, « à mesure que l'on s'éloigne des types caractéristiques de l'empoisonnement par les acides forts, on voit les phénomènes dus à l'absorption du poison s'accuser davantage. Dans ce cas, le sang était fluide, poisseux; on en trouvait mêlé à des petits caillots, dans les cavités droites du cceur les cavités gauches contenaient un caillot très-ramolli. Le tissu pulmonaire était gorgé de sang qui s'écoulait par la section. Dans le tube digestif,


rien qu'une coloration rosée de la membrane interne de l'estomac, avec arborisation et ecchymose dans une étendue de 2 centimètres.

Pour la recherche médico-légale de l'acide tartrique, on traite par l'eau les matières suspectes préalablement divisées; on filtre, et le résidu obtenu est repris par l'alcool, qui dissout l'acide. On peut aussi, après ébullition des matières dans l'eau et après filtration, concentrer le liquide par une évaporation partielle et traiter par l'acétate basique de plomb. Il se forme un précipité de tartrate de plomb, qu'on lave et qu'on traite par l'acide sulfurique ou l'acide sulfhydnque. La dissolution filtrée renferme l'acide tartrique, qu'on reconnaît au précipité blanc qu'il forme avec l'eau de chaux, de baryte ou de strontium, au précipité grenu dans une dissolution concentrée des sels de potasse et à ses autres caractères chimiques. Deciiahbre. TARTRigsjES (AMIDES). Les amides tartriques résultent de l'union de l'acide tartrique avec l'ammoniaque, moins de l'eau.

Ils jouissent des propriétés des amides bibasiques et peuvent être rapportés aux trois types suivants le tartramide, l'acide tartramique, le tartrimide; à la vérité, ce dernier est encore inconnu, mais on a décrit le phényltrimide Tartramide. C8HW (AzW)\ Il prend naissance d'après l'équation suivante u

C8IF012 + 2AzH3 2H202 = G8II8Âz208.

On l'obtient en saturant de gaz ammoniac une solution alcoolique de tartrate d'éthyle et faisant cristalliser dans l'eau les aiguilles qui se forment dans cette réaction (Demondésir).

Beaux cristaux orthorhombiques, dextrogyres, hémièdres, se combinant à l'oxyde de mercure et réduisant le nitrate d'argent.

Acide tartramique. C8H7Az0w

C8H6O« + AzEP EPO» = GWAzO1".

Se prépare en faisant passer un courant d'ammoniaque sur de l'anhydride tartrique arrosé d'alcool, ce qui fournit du tartramate d'ammonium. Lorsqu'on chauffe à 100 degrés le tartrate d'éthyle avec de l'ammoniaque, en solution aqueuse et concentrée, on obtient un mélange de tartrate et de tartramate d'ammonium, mélange que l'on sépare par cristallisation fractionnée, le premier de ces corps étant moins soluble que le second.

L'acide tartramique est en très-beaux cristaux orthorhombiques, très-solubles dans l'eau.

Il est monobasique. BOURGOIN. tartrïques (Anhydrides). Théoriquement, on peut faire dériver de l'acide tartrique plusieurs anhydrides, corps qui en dérivent par perte des éléments de l'eau, les uns étant des anhydrides acides, les autres des dérivés éthérés.

Jusqu'ici, on a signalé seulement trois anhydrides tartriques dont l'histoire est d'ailleurs incomplète et que l'on ne fera que signaler l'acide ditartrique (tartralique ou isotartrique), l'acide tartrélique et l'anhydride tartrique insoluble. Acide ditartrique. G10H1!i022 = C8H*O10 (C8H6O12). Il se forme lorsque l'on maintient pendant longtemps l'acide tartrique en fusion, à 170-186 degrés,


ou encore lorsque l'on fond, à 160-170 degrés, un mélange équimoléculaire d'acides tartrélique et métatartrique.

Il e.4 incristallisable, déliquescent; l'eau, par un contact prolongé, le ramène à l'état d'acide tartrique.

Il est bibasique et ses sels sont incristallisables.

Acide tartrélique. C8H*OW. L'acide tartrélique ou isotartrique est un anhydride soluble qui prend naissance, en même temps que le précédent, lorsqu'on chauffe pendant longtemps l'acide tartrique à 180 degrés, ou lorsqu'on chauffe brusquement cet acide à feu nu, pendant quelques minutes, jusqu'à ce qu'il soit transformé en une masse spongieuse

II est jaunâtre, déliquescent, et se transforme dans l'anhydride suivant lorsqu'on le maintient à 180 degrés pendant un temps suffisant. Il est monobasique. Son soluté aqueux possède une réaction acide; à l'ébullition, il donne de l'acide métatartrique et de l'acide tartrique avec les alcalis, on obtient de l'acide ditartrique.

7>° Anhydride insoluble. C8II4O10. Dernier produit de la transformation de l'acide tartrique sous l'influence de la chaleur, avant la destruction complète de la molécule (Frémy).

Poudre blanche ou jaunâtre, légèrement acide, insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther. Bouilli avec de l'eau, il se transforme finalement en acide tartrique il se comporte de la même manière vis-à-vis des solutions alcalines. Boi:rgoi.n.

TARTROGLYCÉRIQUE (ACIDE). Voy. GLYCÉRIDES.

TAUTROMEli. On a donné le nom de tartromel ou de citromel à des préparations dans lesquelles le miel remplace le sirop pour mieux assurer la conservation de certains médicaments: tartronzel ou citromel d'iodurz de fer (Ilorncastle). D. l Équiv. C6Hl010.

ta«tro*ique (Acide). Formule: j m^ = co(on),c()5II. L'acide tartronique de Dessaigues est le produit de la décomposition de l'acide dinitrotartrique.

A quelques degrés au-dessus de zéro, le composé nitré dégage lentement du bioxyde d'azote et de l'acide carbonique il se dépose des cristaux d'acide tartronique, si la température ne dépasse pas 50 degrés. Entre 50 et 40 degrés, le soluté se décompose avec une vive effervescence et on ne recueille plus par concentration que de l'acide oxalique.

Il se forme également de l'acide tartronique lorsque l'on attaque la solution de l'acide dinitré par l'acide sulfhydrique ou qu'on la sature par un alcali. Baeyer l'a également obtenu en soumettant l'acide mésoxalique à l'action réductrice de l'amalgame de sodium. Enfin, l'acide gumnaique de Reichardt, qui prend naissance avec la glycose et la liqueur cupro-potassique, ne paraît être autre chose que de l'acide tartronique.

Il est sous forme de beaux cristaux prismatiques, volumineux, fondant à


150 degrés, mais en dégageant de l'acide carbonique; à 180 degrés, il reste comme résidu de l'anhydride glycolique

CeH*Ow = C20* + fPO2 -h C4H2O*.

Les solutions sont stables, même à l'ébullition. Il précipite les azotates de plomb et d'argent, l'azotate mercureux, les acétates de baryum, de calcium et de

cuivre.

Le sel acide d'ammonium cristallise en beaux prismes. Chauffé à 160 degrés,

pendant quelques heures, il perd de l'eau et de l'acide carbonique, en laissant

un résidu cristallin de glycolamide

C6H3 (AzH*) Ow = C2O* h- H202 -j- C4H8Az0*.

BOURGOIN.

TAUTKOviWieuE(ACIDE). Formule j É<luiv- C12H'W2 = C*H*(CTW2).

TA.RTROVINIQUE (ACIDE). j Atom. G6HM06 = C2HS. C*IW. Combinaison d'acide tartrique et d'alcool, moins une molécule d'eau. Cet éther se prépare directement en chauffant dans une cornue, jusqu'à réduction d'un tiers, un mélange à parties égales d'alcool et d'acide tartrique, vers 160 à 170 degrés. Par le refroidissement, il se dépose des cristaux que l'on reprend par l'eau et qui se déposent de nouveau par évaporation dans le vide L'acide tartrovinique ou éthyltar trique cristallise en prismes incolores, clinorhombiques, inodores, doués à la fois d'une saveur acide et sucrée. Il est hygrométrique, soluble dans l'eau et dans l'alcool, insoluble dans l'éther; son soluté aqueux, par une ébullition prolongée, se dédouble en alcool et en acide tartrique. A la distillation sèche, il donne de l'eau, de l'alcool, de l'acide acétique, de 1 ether acétique, de l'acide pyrotartrique. L'acide nitrique l'oxyde, avec production d'acide carbonique, d'acides acétique et oxalique. Il est monobasique. Ses sels, qui cristallisent facilement, sont gras au toucher, inodores, très-solubles dans l'eau, moins facilement dans l'alcool ils se décomposent à l'ébullition en alcool et en tartrates acides.

En remplaçant l'alcool ordinaire par l'esprit de bois, et en opérant comme ci-dessus, on obtient l'acide tartrométhylique ou acide mélhyltartrique (Dumas et ° BOURGOIN. tartumsira. Un des noms donnés à la racine de Jean Lopez, produite par un Toddolia, de la famille des Zanthoxylées. pL. taruh. Nom donné en Malaisie à l'indigo. pL xarupar.4. On donne ce nom à une racine de la Guyane, qui est employée dans ce pays contre les blessures des flèches empoisonnées. C'est peutêtre la racine d'un Souchet (Cyperus), de la famille des Cypéracées. PL. xarï. Nom donné au Malabar au vin de cocotier et de quelques autres Palmiers. PL. TASMAXÎE, ou DIÉHENIE, ou TERRE DE TAK-DIÉHEIV. C'est une île appartenant à l'Angleterre et située au sud de l'Australie dont la sépare le


détroit de Bass, par 40°, 41 et 45°,59 de latitude sud, 1 i5 et 146 degrés de longitude est. Elle a 280 kilomètres de long sur 250 de large; sa superficie égale 67,898 kilomètres carrés.

Elle a été découverte par le navigateur hollandais Abel Tasman, qui l'appela terre de Yan-Diémen du nom d'un gouverneur général de Batavia. Tasman, Cook, d'Entrecasteaux, supposaient que ce territoire était la prolongation de la Nouvelle-Hollande.

Ce fut un médecin qui redressa l'erreur commise par tant d'illustres navigateurs. En 1798, Bass, chirurgien du navire Reliance, eut le courage de partir de Port-Jackson dans une petite barque non pontée, avec six hommes d'équipage seulement, et se dirigea au sud-ouest le long des côtes inexplorées de l'Australie il put annoncer à son retour que la terre de Van-Diémen était une île distincte de la Nouvelle-Hollande. Ce passage porte aujourd'hui le nom de détroit de Bass. Péron raconte que le canot dans lequel Bass avait accompli son entreprise audacieuse fut longtemps conservé à Port-Jackson avec un respect religieux. Les fragments de cette embarcation devinrent de véritables reliques. Le gouverneur de cette ville, voulant un jour faire au capitaine Baudin un présent des plus précieux, lui remit un de ces morceaux enchâssé dans une large plaque d'argent sur laquelle étaient gravés les principaux épisodes de la découverte de Bass.

C'est en 1805 que l'Angleterre jeta en Tasmanie ses premiers condamnés; l'année suivante, elle bâtit la prison d'Hobart-Town, qui fut le noyau autour duquel la ville s'éleva la population comprit trois catégories de citoyens les •employés du gouvernement et quelques colons y constituèrent une classe d'hommes libres (freemen) ensuite venaient les condamnés libérés, classe la plus nombreuse, enfin les convicts n'ayant pas encore purgé leur condamnation. La Tasmanie est une des colonies britanniques qui se sont développées le plus lentement. Après la suppression des établissements pour les déportés, cette ̃colonie est restée pendant plusieurs années stationnaire. Mais dans ces derniers temps on a reconnu qu'elle possédait des richesses minérales presque aussi grandes que certaines régions de l'Australie alors le courant de l'émigration s'est porté de ce côté.

L'ile est divisée en 15 districts et gouvernée par un capitaine général assisté ̃d'un corps législatif. Les villes principales sont Hobart-Town, avec 19092 habitants, en 1871; Launceston, 10668 habitants, en 1870, et Beaconsfield, qui a pris subitement un grand développement, grâce à la découverte de mines d'or dans son voisinage.

En 1874, la population de la Tasmanie était de 104 176 âmes, dont plus d'un tiers de déportés ce qui donne pour densité le chiffre de deux habitants par kilomètre carré; le sexe masculin l'emporte sur le sexe féminin dans la proportion de 55 hommes pour 47 femmes. On note environ 7 mariages (6,8), 3 naissances et 1 décès 1/2 (1,6) par 100 habitants, c'est-à-dire deux fois plus de naissances que de décès, conditions des plus favorables à l'accroissement de la population. Quant aux Tasmaniens indigènes, ils ont aujourd'hui totalement disparu.

Cette île a la forme d'un triangle dont les côtés sont presque égaux et dont les angles sont arrondis; elle offre sur ses rivages un grand nombre d'enfoncements et d'abris précieux pour les navigateurs. Les plus remarquables de ces golfes sont ceux du Derwent, du Grand-Cygne, de Macquerie et de Dalrymple.


La surface de cette contrée est hérissée de hautes collines et entre-coupée de vallées profondes arrosées par de nombreux cours d'eau. Sa constitution physique la rattache complétement à la partie orientale de l'Australie, et l'arête des hauteurs qui la traverse n'est que la continuation de la longue chaîne des Montagnes-Bleues dont un anneau aurait été brisé au niveau du détroit de Bass. Les sommets les plus élevés sont ceux du mont Humboldt (1735 mètres), de Ben-Lomond (15G6), de Tasman (1470), et celui de la montagne de la Table ou de Wellington (1321). Quelques-unes de ces élévations conservent de la neige pendant près de huit mois.

Le granit domine; les principaux caps sont presque entièrement basaltiques. Les productions minérales sont le fer qui se trouve en grande quantité, le cuivre, le marbre, le jaspe, des schistes ardoisiers, des schistes alunifères, le sel qu'on retire des lacs salés. Il faut citer encore des mines d'or, et une épaisse couche de houille qu'on a découverte à Fingal sur la côte.

De nombreux cours d'eau baignent la contrée; signalons la Derwent, la Clyde, la rivière de illacquerie, le Coal-River et enfin le Tamar, qui a son embouchure dans le détroit de Bass où il forme le port Dalrymple. A peu près au centre de l'île se trouve un lac qui peut avoir cinq lieues de longueur.

Les principales îles du groupe Diémen sont celle de Bruny, les îles Furneaux ou Flinders, les îles Maria-Sarah, King, etc.

La flore est, d'une richesse extraordinaire, le sol est des plus fertiles. Les arbres et les plantes de nos contrées ont pu être facilement acclimatés, à l'exception de la vigne. « Parmi les fruits indigènes, dit Dumont d'Urville, aucun ne mérite d'être préféré aux mûres ou framboises qui croissent sur les ronces de l'Europe; mais on cultive dans les jardins avec le plus grand succès les pommes, les poires, les prunes, les mûres, les framboises, les groseilles, les fraises, les oranges, les grenades, les citrony, les goyaves, etc. ». Dans les forêts vierges, on trouve le Dacrydiunt dont le bois est d'une dureté remarquable l'Eucalyptus globulus y atteint des proportions colossales; en 1875 se dressait à 4 milles d'Hobart-Town un arbre de ce genre dont la circonférence était de 86 pieds et la hauteur de plus de 500 pieds; l'Eucalyptus resinîfera donne une gomme fine et rougeâtre. La famille des Myrtacées et celle des Composées dominent. On distingue des Leptospermum, qui atteignent de grandes dimensions, YExocarpus cupressiformis, des Thésium et de nombreuses autres espèces nouvelles, telles que des Limodorum, une glycine, la Richea glauca, diverses sensitives, plusieurs espèces d'Ancisirum, deux Correa, le Plantago tricuspidata, bon à manger en salade, et une espèce de ficoïde dont les habitants mangent le fruit.

La faune est bien moins riche que la flore. On y compte trois ou quatre espèces de kanguroo, deux d'opossum, l'écureuil, le phalanger, le kanguroorat, le wombat, deux dasyures, le phascolome et l'échidné. Le chien était absolument inconnu, il a été introduit par les Européens. L'élève des moutons est considérable, car les pâturages y sont excellents. Les oiseaux sont les mêmes que ceux de l'Australie. Les serpents y sont abondants le plus redoutable est le serpent noir (black-snake). Les insectes ne sont ni nombreux, ni variés. Le climat de l'île est très-tempéré; il rappelle assez bien celui du nord-est de la France; seulement les saisons y sont moins tranchées. Sur quelques points la durée moyenne des pluies de l'année ne dépasse pas cinquante ou soixante jours, tandis que sur d'autres le ciel est très-brumeux et les pluies sont abon-


dantes. La neige est plus fréquente et plus persistante sur les cimes de la Tasmanie que sur celles de l'Australie. Il faut bien savoir que le climat est trèsvariable suivant les localités. A Hobart-Town, la température moyenne annuelle est de 11°, 9, à peu près comme celle de Turin, ainsi que le fait remarquer Lombard. L'hiver (juin, juillet, août) à 7°, 2; le printemps 11°, 9; l'été 16°,4 et l'automne 12°,1. Janvier, qui est le mois le plus chaud, voit le thermomètre s'élever à 16°,7, et celui-ci tombe à 6°,5 en juillet, qui est le plus froid. La Tasmanie est une des régions les plus salubres de l'univers.

Deux faits nous paraissent caractériser nettement la pathologie de cette contrée d'abord l'absence complète d'intoxication paludéenne, malgré l'existence de régions marécageuses, en second lieu la fréquence des maladies à frigore, ce qui est dù aux brusques changements de température amenés par le voisinage des montagnes.

Les seules épidémies décrites par le docteur Scott cité par Lombard ont été la grippe, qui a fait périr un grand nombre de vieillards, et une fièvre continue accompagnée de symptômes nerveux avec localisation sur le péritoine, l'intestin et les méninges. Les maladies sont d'ordinaire courtes, bénignes, et guérissent facilement.

D'après la statistique de Scott dressée à l'hôpital d'Hobart-Town, de 1821 I à 187)1, les maladies éruptives ont formé les 48 millièmes des malades; la fièvre éphémère compte pour les 56 millièmes. Les diarrhées ne dépassent pas les 2S millièmes, mais les dysenteries atteignent le chiffre de 61 millièmes; la dyspepsie approche des 25 millièmes; l'hépatite est rare, ce qui s'explique par la fraîcheur relative du climat.

Les affections des organes thoraciques sont assez nombreuses les bronchites montent au chiffre de 55 millièmes; il y a 15 millièmes pour la pneumonie et -im"4 pour la pleurésie. En revanche, la phthisie n'est pas commune, puisqu'elle n'a formé que les 5mcs,4 des malades et les 113 millièmes de la mortalité, chiffres de beaucoup inférieurs à ceux que nous constatons dans nos hôpitaux d'Europe.

Les diverses formes de rhumatisme occupent le premier rang avec la proportion de 81 millièmes des malades; malgré cela, les maladies du cœur d'après Scott sont rares et n'atteignent pas 1/2 millième; mais Dempster assure que le nombre des affections du cœur et des gros vaisseaux est très-grand surtout chez les convicts.

Les maladies du système nerveux sont très-peu fréquentes ainsi les apoplexios 0mPS,8, la folie 5 millièmes, l'épilepsie 5 millièmes, le délirium tremens 0me!,2, le tétanos 0mcs,4. Les affections cutanées ne sont pas nombreuses, si ce n'est les ulcères et les furoncles. La scrofule n'a constitué que les 7) millièmes. Le scorbut s'est montré assez fréquemment, 15mps,5. Les ophthalitiics sont abondantes, 31 millièmes. La syphilis est rare et bénigne; il en est de même de la blennorrhagie.

En un mot, ce climat est si salubre que les Anglais ont pensé un moment à faire de la Tasmanie le sanatorium de l'Inde.

Ethnologie. Les anthropologistes ne sont pas parfaitement d'accord sur le point de savoir s'il faut considérer les Tasmaniens comme les restes d'une race autochthone, originairement pure et très-distincte de celles qui l'avoisinent, ou bien s'ils proviennent d'une origine multiple. MM. Hamy et de Quatrefages partagent la première opinion, la seconde est soutenue par le docteur Topinard.


Certains caractères sembleraient devoir en faire une section ethnologique tout à fait à part. 0

Le crâne des populations mélanésiennes présente deux variétés extrêmes: l'un est grand et dolichocéphale, l'autre est petit et brachycéphale. L'indice céphalique du crâne tasmanien tient presque le milieu entre les deux. En outre, chez les Tasmaniens, les parois latérales du crâne sont toujours à peu près verticales ou ne se renflent que légèrement, enfin la région moyenne de la voûte crânienne présente une saillie en carène parfois très-prononcée. Ces signes permettent de distinguer le crâne tasmanien de celui des Négritos et de celui des Papouas. La capacité du crâne serait de 1531 centimètres cubes, d'après Topinard. L'ensemble de ces caractères, bien loin d'établir l'infériorité de cette race, semble au contraire devoir la placer au-dessus des Australiens et même des nègres nubiens.

La face osseuse présente aussi quelques traits spéciaux. Les formes générales en sont brutales, heurtées; la disposition des os du nez est très-remarquable; ils sont violemment enfoncés à leur partie moyenne, ce qui exagère la saillie du frontal. L'ouverture des fosses nasales forme un triangle presque équilatéral et l'indice nasal est très-élevé. Le prognathisme du maxillaire supérieur est peu marqué; les dents semblent se recourber de manière à se rapprocher de la verticale la mâchoire inférieure reste un peu en arrière et les dents qu'elle porte s'inclinent en avant comme pour aller rejoindre les supérieures. Les dents sont très-développées, surtout les premières incisives supérieures.

Ces divers caractères séparent le Tasmanien des autres races mélanésiennes et permettent d'en faire un groupe ethnique tout spécial, ainsi que l'établissent Hamy et de Quatrefages. Ce groupe paraît, en outre, avoir conservé dans toute l'étendue de l'île une remarquable pureté, malgré son voisinage de l'Australie ce serait une exception des plus rares, si elle n'est unique.

Si les caractères os téologiques éloignent le Tasmanien des autres Mélanésiens, il s'en rapproche au contraire par la couleur de la peau et surtout par la chevelure.

Celle-ci est laineuse, d'un noir foncé en outre les cheveux, comme chez le Papoua, le Négrito et quelques nègres de l'Afrique, au lieu d'être implantés uniformément sur le cuir chevelu, sont groupés en îlots séparés par des sillons glabres. Ils présentent des touffes isolées formant autant de petites tresses tordues en spirale que les hommes laissent tomber en tire-bouchon sur leurs épaules ils atteignent donc ici une longueur exceptionnelle chez les races nègres. Les femmes au contraire portent la chevelure très-courte. La barbe chez les hommes est bien fournie, si ce n'est les moustaches; chez les femmes, il existe parfois de nombreux poils contournant la figure sous la forme d'un collier de barbe. Le système pileux est du reste considérablement développé chez les Tasmaniens. La couleur de la peau est d'un noir très-foncé. Le yeux bien fendus, horizontaux, sont profondément enfoncés ils sont protégés par de longs cils et d'épais sourcils. Le nez, profondément ensellé au niveau de sa partie moyenne, est épaté, arrondi à son extrémité. La lèvre supérieure ne montre pas de tendance à se renverser de bas en haut, la lèvre inférieure est un peu forte, le menton fuyant, les pommettes hautes et massives, les oreilles grandes. La taille des Tasmaniens serait en moyenne de 1™,546 ce qui, d'après Quatrefages, les .place de 0»,085 au-dessous de la moyenne générale. Le tronc .est robuste et musculeux, les épaules et la poitrine larges, le


ventre relativement gros, mais les membres et surtout les inférieurs sont grêles et faibles.

La menstruation apparaissait chez les Tasmaniennes vers l'âge de quatorze à seize ans; elles cessaient d'être mères vers trente-cinq et quelquefois vers trente ans. En général, à part quelques exceptions, elles se montraient peu fécondes aussi les familles n'étaient jamais nombreuses. Il y a là une des causes de la disparition de la race, et cette stérilité relative tient peut-être à la trop grande pureté de ce groupe ethnique, qui n'avait pas imprimé à son sang une nouvelle vitalité par son mélange avec celui d'autres peuples. Les affections les plus fréquentes des Tasmauiens étaient d'origine rhumatismale. La lèpre n'était pas rare; on a observé des maladies scoriuuiquos. Quelquefois éclataient, des épidémies excessivement n, irtrières: :t\ïi:it l'arrivée des Européens, un fléau dont la nature n'est pas bien déterminée produisit une effrayante mortalité.

Leurs relations avec les blancs introduisirent chez ces peuplades deux affections redoutables l'alcoolisme et la syphilis.

La médecine des Tasmaniens consistait soit dans des coutumes superstitieuses, soit dans des moyens thérapeutiques réellement efficaces. Ainsi ils employaient le massage, les scarifications, les purgatifs. Ils pratiquaient un procédé lrydrothérapique qui consistait à se gorger d'eau froide, puis à s'étendre devant un grand feu et à provoquer ainsi une abondante sudation. Ils savaient réunir les lèvres d'une plaie au moyen de feuilles enduites de gomme; ils réduisaient une fracture et la maintenait à l'aide d'un bandage approprié.

Les Tasmaniens étaient partagés en tribus nombreuses, qui n'avaient guère de rapports entre elles et souvent ne se comprenaient pas, car on a compté huit à dix langues dans l'île. Chaque petit groupe était cantonné dans des terrains de chasse rigoureusement délimités.

La polygamie n'existait pas, mais le divorce était autorisé; toute union entre parents était défendue. La femme était l'esclave du mari, mais, quand elle devenait vieille, elle acquérait dans la tribu un ascendant considérable; elle était même l'arbitre de la paix et de la guerre.

L'industrie était rudimentaire; les indigènes ne connaissaient, en fait d'armes, que de longues zagaies en bois et un gros bâton court employé tantôt comme casse-tête, tantôt comme arme de jet.

Ils vivaient de chasse et de pêche ils poursuivaient les sarigues et les kangurous. Ils recherchaient aussi certains végétaux alimentaires la Mylitta anstralis, espèce de champignon souterrain qui atteint parfois le poids de quatorze livres, et qui cuit sous la cendre, possède la saveur du riz bouilli; diverses racines et surtout des Orchis; des tiges récentes de fougères communes; l'intérieur du tronc de quelques fougères arborescentes divers fruits en particulier, celui d'un Exocarplls enfin une espèce de manne que sécrète en abondance le tronc des Eucalyptus. Les Tasmaniens n'étaient pas anthropophages.

Leur humeur était capricieuse comme chez la plupart des sauvages; c'était une race simple, mais vaillante et douée de nobles instincts, ainsi que l'avouent les Anglais eux-mêmes. Ces hommes croyaient à une autre vie, ainsi qu'à. l'existence de nombreuses divinités, les unes bonnes, les autres malfaisantes. Au commencement du siècle, avant l'arrivée des Européens, la population tasmanienne comptait de 6 à 8000 âmes au moins. Elle n'était plus que de 700 en 1850, puis diminua rapidement d'année en année; le dernier repré-


sentant de cette population, une femme nommée Truganina, est mort en 1877. Ainsi, de 1804 à 1877, c'est-à-dire en soixante-treize ans, une race humaine a totalement disparu; quelques métis en forment aujourd'hui les seuls et faibles vestiges.

Cette disparition curieuse et unique est due à plusieurs causes, d'abord à l'odieuse guerre noire, black war, guerre de carnage, sans pitié ni merci, dans laquelle les Anglais et les convicts massacraient les femmes et les enfants comme les hommes adultes. En second lieu, même en dehors des années de combats, il y avait un accroissement énorme de la mortalité et une diminution également considérable du chiffre des naissances les femmes devenaient stériles. Voici ce que de Quatrefages dit de ce fait « II est évident que les Tasmaniens ont été atteints de ce mal étrange que les Européens semblent inoculer par leur présence seule aux populations océaniques, et qu'on pourrait appeler le mal d Europe, mal que l'Européen transporte involontairement, insciemment, au milieu des races inférieures. » Mais à mon avis, dans ces îles océaniennes complètement séparées du monde extérieur et habitées par des populations peu nombreuses, il faut faire entrer aussi en ligne de compte l'action du perpétuel mélange du même sang durant de longues périodes, en un mot, de la consanguinité séculaire. Il semble même que les Tasmaniens avaient eux-mêmes pressenti les effets désastreux de la consanguinité sur leur race, puisqu'il était interdit à un jeune homme de se marier dans sa tribu; il devait chercher une épouse dans une peuplade voisine. BAZILE Férjs. Bibliographie. LABII.UKMÈRE. Relations d'un voyage à la recherche de « La Pèrouse »^ t. I et II. Paris, an VII. Fun-ders (Hatfli.). A Voy. to Terra Auslr. undertaken for the Pw-p. ofcompletmg the Bue. of that Counlry, in the F«w.l80i, 1802 and 1803. London, rnntr^r"8^- \G<e°°rZ "istOr- and r°P°'jraPhical Descr. of Van DiemenS Land. fc, W «riT TZË t DE FÎÏTEJ- Voyages de **»«*«*» aux Terres Auslr. pendant les années 1800 a \Wi Paris, 1824, 2« édit. Dumont d'Urvilt.e. Voyage de la corvette Lanïl P ^'fT ? a"nfeS}m à im- DEMKTER- On the œ™&of Van Diemen's Landas a Resort for Invalids from India. In Transact. of the Med. and Phys. Soc. of Calcutta vol. VII, part. 1855. Scon (James). A Report of Med. and Surg. Diseases 2 at TJ'r Hosp. °flIobaH-,T™n- In Transact. of the Prov. Med. and Surg. Ass t. III. London, 18oa. -Dujioot d'Urville. Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie sur « l'Astrolabe » et « la Ze te » de 1837 «1840. DE I^ossevule. Histoire de la colonisation pemtenhazre et des établissements de l'Angleterre en Australie. Paris. DE Stmélkky Physzcal Descr. of New South Wales and Van Diemen's Land. London, 1849. Dauw" Journ. of Researches into the Nat. Eist. and Geol. London, 1852. Msss. Meredith (Ch.). )' MyhomeuiTasm during a Resid. of nine Years, 1852. Davis (Bernard). On the Osteol. and sér't Tv rti ;JoSffl-^T°mARD- Sur les Tasma™»°- In Bull. de la Soc d'antll,

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en Australie, remplacent le poivre. Le D. axillaris Forst. de la Nouvelle-Zélande, espèce de ce groupe, est également aromatique, stimulant et stomachique. H. Bn.

Bibliographie. R. Br., ex DC. Prodr., I, 78 Prodr. FI. N. Boll., ined. Miers, Contrib., I, 138. II. Bm., Ilist. des plant., I, 159, 186, fig. '205-207. Il. Bs. TASSIIV (LÉONARD). Chirurgien militaire, né à Vandœuvre, dans le département de l'Aube. Il vint faire ses études à Paris, pratiqua à la suite des armées, et devint chirurgien-major de l'hôpital militaire de Maestricht. Il mourut le \o avril 1087. On lui doit un ouvrage d'anatomie pratique estimé de son temps et un opuscule de chirurgie. En voici les titres

I. La chirurgie militaire, ou l'art de guérir les plaies d'arguebusade. Kimègue, 1673, in-8°. Paris, 1688, in-12. II. Administrations anatomiques et myologie. Paris, 1678, 1088 et 1693, in-12. Lyon, 1692, in-12. A. C. T.tTAl-IBA. TATAXBA. Noms donnés au Brésil à quelques espèces de Bromsonetia à bois jaune, qui fournissent ce qu'on appelle les bois jaunes de Cuba ou du Brésil. Ce sont les Broussonetia tinctoria Kuth., B. Zantoxylon, Br. brasiliensis. "L# Bibliographie. Marcgrav. Brasil. Pison. Brasil. Mabtios. Systema mater, mediece bmsiliank, 123. Guibobrt. Drogues simples, 7° édit., II, 325. l'i. TATAltiA. Pline indique sous ce nom une plante nutritive dont on se servait dans les temps de disette, mais il est assez difficile de dire quelle est cette espèce. D'après Clusius, ce serait une ombellifère de Hongrie, dans laquel!e Lamarck croit reconnaître son Cachrys Pastinaca; Jaquin y voit une Crucifère, le Qrambe l'atarica L. Mérat et de Lens penchent vers le Grambe laciniata. *L- Bibliographie. Puse. Hist. nat. (passim). Mérat et DE Lehs. Met. mat. médit:, VI, 649. PL.TATOU. Les Tatous constituaient pour Linné le genre Dasypus et ils forment maintenant dans l'ordre des Édentés (voy. ce mot) une famille nombreuse qui est désignée tantôt sous le nom de Dasypidés, tantôt sous le nom plus correct de Dasypodidés (Dasypodidœ). Cette famille est l'une des plus naturelles que l'on puisse citer, car les Tatous se distinguent, par leur aspect extérieur, de tous les Mammifères terrestres. Au lieu d'être complétement velus ou d'avoir la peau plus ou moins dénudée, les Dasypodidés en effet ne portent guère de poils que sur les membres et sur les parties inférieures du corps, et ils ont toutes les parties supérieures de la tète et du tronc et même la queue garnies d'une cuirasse osseuse qui est recouverte elle-même d'un épiderme écailleux et sur laquelle s'implantent quelques poils très-clair-semés. Cette armure se compose de petites plaques osseuses qui font corps avec le derme et dont la forme et l'épaisseur varient suivant les genres et les espèces. Quelques-unes de ces plaques sont juxtaposées, comme les pièces d'une mosaïque, d'autres au contraire sont arrangées en séries transversales; sur la tête elles rappellent beaucoup, par leur disposition, les plaques céphaliques des Reptiles; sur la partie antérieure du dos et sur la croupe elles se soudent de manière à constituer deux boucliers, l'un thoracique et l'autre lombaire, tandis que sur le milieu de


la région dorsale elles conservent d'ordinaire une certaine mobilité, étant rattachées les unes aux autres par des bandelettes élastiques qui permettent au tronc d'exécuter des mouvements de flexion; enfin sur la queue ces mêmes plaques se transforment le plus souvent en des cercles complets enveloppant les vertèbres comme un étui.

Les pattes, chez les Tatous, sont courtes et se terminent par des doigts de grandeur inégale- dont le nombre n'est pas absolument constant. Il y a en effet, tantôt cinq doigts à chaque patte, tantôt quatre doigts seulement aux membres antérieurs. Tous ces doigts sont armés d'ongles robustes et recourbés, éminemment propres à fouir la terre. Les yeux sont petits et à pupille circulaire, les oreilles pourvues d'une conque assez développée; les narines, percées au milieu d'un espace garni de petites glandes, donnent accès dans des cavités olfactives compliquées, dénotant une grande finesse d'odorat. La langue est douce et effilée, l'estomac très-vaste, l'intestin de longueur médiocre. Le cerveau ressemble à celui des autres Édentés; il est volumineux, mais dépourvu de circonvolutions, ce (jui concorde parfaitement avec ce que les voyageurs nous apprennent de la faiblesse de l'intelligence chez ces animaux; enfin le squelette présente quelques particularités de détails sur lesquelles nous n'avons pas à insister ici et qui ont été signalées par G. Cuvier et par d'autres naturalistes; mais il est construit sur le même plan que celui des Oryctéropes, des Fourmiliers et des Pangolins. Dans la période actuelle, la famille des Dasypodidés est en pleine décroissance; elle renferme encore, il est vrai, quelques espèces de taille respectable, telles que le Priodonte géant, qui mesure plus d'un mètre du bout du museau à l'extrémité de la queue, mais elle ne possède plus un seul type comparable, sous le rapport des dimensions, à ce Glyptodon qui est maintenant représenté par un magnifique squelette dans la galerie de paléontologie du Muséum. Les Glyptodontes qui, par leur forte taille et leur aspect extérieur, ressemblaient à des Tortues géantes, ont laissé leurs débris dans les couches superficielles des pampas de l'Amérique du Sud; leur extinction ne remonte point par conséquent à une époque très-cloignée de nous, et des découvertes récentes permettent même de supposer que l'homme a connu ces gigantesques Édentés et a contribué dans une certaine mesure à leur destruction. On dit en effet avoir trouvé sous des carapaces de Glyptodontes des armes et des outils, et l'on en conclut que l'homme primitif de l'Amérique du Sud s'est quelquefois servi du bouclier osseux de ces quadrupèdes comme d'un toit pour s'abriter contre les intempéries. Au point de vue de la distribution géographique des animaux, il est intéressant de remarquer que, dans des temps reculés, certains types d'Édentés occupaient déjà la partie du monde qu'ils habitent encore aujourd'hui, mais de laquelle ils tendent à disparaitre. On peut affirmer notamment que les Tatous, comme les Paresseux, sont des groupes essentiellement américains. Les Tatous, dans la nature actuelle, sont répandus depuis la Guyane et la Colombie jusqu'au nord de la Patagonie et sont connus des habitants d'origine espagnole sous le nom vulgaire d'Armadillos, parce que certains d'entre eux ont l'habitude, quand ils sont surpris, de se rouler en boule comme un Cloporte (Ârmadillo). Ils se tiennent dans les plaines sablonneuses et dans les champs et ne pénètrent point dans les forêts. Sauf pendant la période du rut, ils vivent solitaires et se tiennent pendant la plus grande partie du jour cachés dans des terriers généralement peu compliqués et placés, autant que possible, à proximité des nids de termites et de fourmis. Ces insectes constituent en effet


la principale nourriture des Tatous, qui ne mangent qu'accidentellement d'autres insectes, des cadavres à demi décomposés ou des racines succulentes. Lents et paresseux dans leurs allures, lorsque rien ne les inquiète, les Tatous, à la moindre alerte, savent fouir le sol avec la plus extraordinaire dextérité et disparaissent sous terre en un clin d'œil.

Les Indiens et les Hispano-Àméricains font une chasse active à ces animaux stupides, mais parfaitement inoffensifs; ils leur reprochent en effet de miner le sol des prairies et de créer ainsi de véritables chausses-trappes dans lesquelles s'enfoncent les pieds des chevaux et qui font courir aux cavaliers de continuels dangers; d'ailleurs, dans certaines contrées, la chair des Tatous est très-estimée et la carapace sert à fabriquer des paniers, des instruments de musique, etc. La famille des Dasypodidés tire son nom du mot Dasypus (voy. le mot Dasypodes), qui avait été employé primitivement par Aristote sous la forme grecque ^acrOnouç, pour désigner un animal européen, à pieds velus, appartenant sans doute au genre Lièvre et qui a été malheureusement transporté par Linné au groupe des Tatous. Cette famille se divise, d'après des caractères tirés de la forme de la queue, du nombre des doigts et du nombre des séries d'écailles mobiles de la région dorsale, en plusieurs genres Tatttsia, Priodonta, Priodontes ou Prionodos, Dasypus, Euphractus, Xenurus, Tolypeutes, Chlamyphonis ou Chamydophorus et Burmeistera, genres qui peuvent être répartis en deux tribus Dasypodinés et Chlamydophorinés.

Chez les Dasypodinés ou Tatous proprement dits, la carapace adhère fortement au dos de l'animal et se trouve partagée en deux portions à peu près équivalentes, un bouclier scapulaire et un bouclier pelvien, séparées l'une de l'autre par une série de bandelettes mobiles; au contraire, chez les ChlamydophoriwJs la partie postérieure du bouclier est seule fixée au bassin de l'animal, tandis que la portion scapulaire, toujours beaucoup plus développée que l'autre et formée de bandes juxtaposées, reste indépendante ou n'adhère à la région dorsale que par ses bords. Les Chlamydophorinés sont d'ailleurs de taille plus faible que les Tatous ordinaires; ils portent de véritables poils non-seulement sur les parties inférieures du corps, mais sur les parties inférieures en-dessous de la carapace et entre le bouclier dorsal et le bouclier pelvien; les bandelettes cornées, composées de plaques juxtaposées, qui constituent l'armure, se prolongent jusque vers le museau; les membres antérieurs sont plus lourds, plus vigoureux que les membres postérieurs, et se terminent par cinq doigts presque soudés, disposition qui rappelle celle de la patte d'une Taupe; enfin le corps parait incomplet en arrière, la queue tombant verticalement. Cette dernière particularité a même valu à l'espèce la plus connue de ce groupe le nom de Ghlamydcphore tronqué (Chlamydophorus truncatus Harl.). Dans son pays natal, au Chili, le Chlamydophore tronqué porte les noms de Taupe aveugle ou de Pichiciego. Non loin de lui, mais dans un autre genre (Burmeisteria), se place le Tatou obtus (Burmeisteria retusa Burm.), qui habite la Bolivie. Dans l'autre tribu, dans celle des Dasypodinés, nous citerons seulement les suivantes le Cachicame de Buffon ou Tatou noir de F. d'Azara (Tatusia peba Desm., ou T. septemeincta Gray), qui se trouve depuis le Texas jusqu'au Paraguay et qui offre sept séries de bandelettes, sept ceintures entre le bouclier scapulaire et le bouclier pelvien le Prionodonte géant (Prionodos ou mieux Prionodon gigas Cuv.), qui vit au Paraguay, au Brésil et à la Guyane, et qui atteint parfois la grosseur d'un Porc; le Tatou cncoubert (Dasypus sexcinctiis L.), habitant le


Brésil et le Paraguay et facilement reeonnaissable à sa tête large, couverte de grosses scutelles, à ses oreilles grandes, à sa carapace extrêmement mobile; le Tatou velu {Euphractus villosus Desm.), qui se rencontre dans les pampas de la République argentine et dont le dos est parsemé de poils plus, ou moins caduques; le Tatou cabassou (Xeminis unicinctusL.), du Brésil et de la Guyane qui est aussi connu sous le nom de Tatou à douze bandes, et le Tatou apar {Tolypeutes tricinctus L.) ou Tatou à trois ceintures de Bolivie. E. OUSTALET. Bibliographie. Cuviek (G.). Recherches sur les ossements fossiles, t. V, p. 119. TURNER. On the Arrangement of the Edentate Uammalia. In Proc. Zool. Soc. Lond., 1851, p. 205. GERVAIS (P.). Hist. nat. des Mammifères, 1855, t. II, p. 251. GRAY (J.-E.). On the Gênera and Species of eutomophagous Edentata. In Proc. Zool. Soc. Lond., 1865, p. 370. Breum. Vie des animaux, éd. franç. de Z. Gerbe, Mammifères, t. II, p. '254. E. 0. TATOUAGE (ANTHROPOLOGIE. Ethnographie). Le tatouage, auquel il a été renvoyé du mot MUTILATION, est une expression dont l'étymologie appartient à la langue polynésienne. C'est le mot tatou ou tatahou (de ta, dessin). Elle a été relevée pour la première fois par le navigateur Cook, qui l'écrit tattow. C'est une coutume qui consiste à fixer sur la peau d'une manière durable ou même indélébile certains signes, certains dessins.

Cette étymologie qui nous paraît indiscutable n'a cependant pas été admise par le docteur Clavel, qui, dans un important travail sur le tatouage aux îles Marquises, fait dériver le mot tatouage de Tiki, nom d'un dieu polynésien auquel on attribuerait l'invention de cette coutume.

Il comporte deux points de vue le point de vue ethnique et le point de vue médico-légal.

A. TATOUAGE ethnique. Au point de vue ethnique l'étude du tatouage comprend les questions suivantes I. But et objet du tatouage, p. 95. II. Procédés de tatouage, mode opératoire, p. 105. III. Répartition géographique, p. 114. IV. Accidents et complications, p. 115.

I. BUT ET OBJET DU TATOUAGE. SA VALEUR ethnique. Nous traiterons successivement du tatouage individuel, ornementation, vêtement, marques distinctives, emblèmes mystiques, vaccination du tatouage différentiel, métiers, tribus, sacerdoce, esclaves, vaincus, associations religieuses et autres; 5° du tatouage social ou domestique, appliqué aux serviteurs, aux veuves, aux enfants; 4° enfin de l'emploi chirurgical du tatouage.

1° Du tatouage individuel. La première et la plus répandue des applications du tatouage est l'ornementation. Il se pratique alors au moyen de piqûres et les ornements sont généralement noirs ou bleus. On le rencontre ainsi chez les femmes de quelques parties de la Polynésie, les îles de la Société, à Tahiti, par exemple, où il présente une véritable élégance. On le retrouve de même chez les femmes' arabes, les Mauresques, les Kabyles. Tantôt ce sont de petites raies droites ou courbes, ordinairement parallèles, qui occupent les tempes, les joues ou le menton. Les raies sont rarement disposées en croix, si ce n'est dans quelques cérémonies religieuses chrétiennes, comme le signe que rapportent d'ordinaire sur le bras les pèlerins de Jérusalem.

Toutes les formes primitives de dessin se retrouvent d'ailleurs dans les tatouages les séries de points, les zigzags, les étoiles, le swastika, etc. Quelquefois on observe la représentation hiératique d'un saint c'est ainsi que procèdent les tatoueurs de Lorette sur les pèlerins (Lombroso). Il en est de même


dans un grand nombre de stations où se trouve un sanctuaire de quelque réputation. 11 n'est point étonnant que l'habitude du tatouage se soit perpétuée dans la péninsule avec plus de persistance que dans d'autres régions, car on sait quelle est l'intensité du sentiment mystique et religieux en Italie. Ainsi dans la plupart des lieux de pèlerinages on rencontre un tatouage particulier. Lombroso en a rapporte un grand nombre d'exemples les bergers lombards portent presque tous au bras ou à la poitrine une croix surmontant une sphère. Chez les Napolitains on rencontre l'image du Saint-Sacrement, un crucifix ou une tête de mort. Dans les populations des Romagnes, des Chiœli, des Aquilins, on remarque sur le bras un H majuscule croisé d'une ligne transversale et surmonté d'une croix. Ce même signe s'observe chez les Calabrais qui ont fait le pèlerinage d'Ancone ou celui de Lorette.

Ce sont, comme on le pense bien, des tatoueurs attachés à ces différents sanctuaires qui pratiquent ces dessins, et leur habileté est telle qu'ils gravent parfois sur la peau des colliers, des bracelets et divers ornements qui paraissent être des objets véritables, ce sont de très-habiles trompc-l'œil. II est toutefois une région de l'Europe où le tatouage même professionnel ne se retrouve pas c'est la Russie. Kropotkine en effet nous alfirmait ne l'avoir jamais observé ni chez les Russes proprement dits. ni chez les métis fiusso-Bouriates et autres. Il semble même qu'il serait contraire aux principes religieux ou plutôt aux superstitions des Russes qui regarderaient le fait de se tracer des signes sur le corps comme un genre d'alliance ou un contrat fait avec les mauvais esprits.

A cette répulsion des Russes pour le tatouage il faut opposer le tatouage forcé des condamnés de Sibérie qui, jusqu'en 1864, après avoir subi le knout,

A.

portaient sur le visage les lettres K.A.T. (Katorjnyi) et sur les deux joues K. r T., imprimées au fer rouge de là la préoccupation constante des évadés de faire disparaître ces lettres révélatrices. De nombreux moyens ont été indiqués et décrits dans certains ouvrages (Maximoff, Sibérie et travaux forcés), la plupart consistent à substituer à une cicatrice déjà si profonde une autre cicatrice de forme quelconque que les évadés attribuaient toujours à la gelée.

Toutefois cette forme simple de tatouage que nous avons observée en Italie ne consiste pas toujours dans la pratique, des piqûres et quelques peuples emploient avec la même sobriété les marques produites par la brûlure. C'est ainsi que chez les peuples du Cachemyr et du Baltistan on pratique sur les enfants vers l'âge de cinq à six ans une brûlure qui occupe soit le centre de la région frontale, le vertex, la peau de la région temporale, au-dessus de l'oreille, la région dorsale du pied, en dehors du premier métatarsien, le poignet. Les brûlures se font au moyen d'un petit tuyau de bambou qu'on applique sur la région choisie et qu'on fait brûler ensuite à la manière d'un véritable moxa. Cette pratique est universellement répandue chez les peuples que nous citons, et elle a pour objet, d'après Ujfalvy, de préserver les enfants des maladies épidémiques c'est une sorte de vaccination mystique. Dans le Laos, d'après Armand, le tatouage des jambes aurait pour objet de préserver des névralgies.

Ces brûlures ne sont toutefois pas les seules qu'on observe dans cette région de l'Asie; il en est d'autres que relate l'auteur que nous venons de citer. Ce sont les brûlures bien singulières qu'on remarque sur le ventre des femmes de Cachemyr. Assez étendues et irrégulières, ces brûlures sont dues à l'usage de


chaufferettes que portent sur leur ventre les femmes du Cachemyr, tandis que les femmes du Baltistan qui ne font point usage de chaufferettes n'en présentent jamais de semblables.

Un même genre de tatouage par brûlure isolée se rencontre encore chez les Botocudos, qui ajoutent à leur bagage, déjà si considérable, de mutilations diverses, une cicatrice blanchâtre de brûlure sur le milieu du front. Elle se pratique, selon Rey, soit au moyen de plaies- faites avec un éclat de quartz, soit par brûlure avec un éclat de laquera ou bambou. Le but es't ici de se préserver ou de se guérir des maux de tête.

Ainsi, d'après Spencer, les tribus sauvages de la Guyane se scarifient lesmembres dans le but d'éviter les rhumatismes auxquels ils sont, paraît-il, très-sujets. Du tatouage comme vaccination ou moyen préservatif au tatouage curatif il n'y a qu'un pas. Ainsi chez les Kabyles, chez les Maures d'Algérie, on trouve cette pratique tel tatouage (une croix, le plus souvent) appliqué aux tempes, à l'angle externe des paupières, sur un membre, guérira de la fièvre, des maux de tête, des douleurs, etc.'Un jeune Kabyle qui portait des marques sur le nez avait été ainsi tatoué pendant qu'il était malade (docteur Kocher). On sait en outre que chez les Arabes la vaccination variolique, quand elle a été acceptée ou imposée, se pratique par une inoculation dans le premier espace métatarsien. F

Mais l'ornementation considérée comme but du tatouage se retrouve à toutes les latitudes du globe. C'est ainsi que pendant l'expédition de la Véqa le professeur Nordenskiôld a constaté que les Tchouktchis se tatouent les pommettes de dessins en forme d'étoiles ou de croix à angle droit. Cette pratique, qui ne semble pas avoir le sens des applications précédentes, est commune aux hommes et aux femmes. L'habitude des Tchouktchis se retrouve chez les autres peuplades d'Esquimaux, ceux du Groënland et ceux de l'Amérique russe, chez lesquels le même mode de tatouage du front, du menton et des joues s'effectue dans l'enfance aux deux sexes au moment de la puberté.

C'est ainsi que l'historien chinois Ma-ïouan-Lin, qui écrivait au douzième siècle, rapporte la cérémonie complète du tatouage qui s'exécute chez la jeune fille au moment de son mariage, dans les populations de l'ile de HaïNan. C'est seulement dans les classes nobles qu'a lieu cette cérémonie Au moment où l'enfant a atteint l'âge nubile, les parents offrent une grande fête à tous les membres de la famille. Les compagnes de la jeune fille apportent elles-mêmes les aiguilles et les pinceaux et tracent en noir sur son visage des dessins de fleurs, de papillons et d'insectes très-finement exéeutés Les dessins sont alors gravés par un artiste qui est généralement une vieille femme, et les images tracées par la piqûre se détachent sur un fond pointillé qui semble imiter un semis de grain de millet. La cérémonie s'appelle

~eoM-meM.

A Formose, d'après Raoul, la même cérémonie précède le mariage chez les femmes, dont le visage est entièrement couvert d'un tatouage très-serré On l'observe même chez les femmes ainos de l'île Jeso, à l'embouchure du fleuve Amour et dans l'ile Tarataï.

Nous le retrouvons encore à titre d'initiation dans le domaine religieux. Ainsi les anciens Égyptiens se traçaient sur la peau certains emblèmes empruntés aux rites d'Isis et d'Osiris. Les prêtres étaient tatoués de cette façon Suivant Procope, les premiers chrétiens d'Orient et d'Italie étaient tatoués DICT. EJfC. 3" S. XVI. n


.l'autre part, Ptolémée Philopator se faisait tatouer d'une feuille de lierre en l'honneur de Bacchus. Chez les juifs qui s'étaient convertis de force au paganisme, cette pratique, on le sait, était en opposition formelle avec les préceptes (lu Lévitique, qui interdisaient aux juifs toute espèce de tatouage ou écriture de points. Cette même interdiction se retrouve d'ailleurs dans le Koran. Imi Nouvelle-Guinée, les prêtresses du culte du serpent portent sur les bras, la poitrine et le visage, des cicatrices en festons représentant des Heurs, des animaux et surtout des serpents. Cette opération les rend sacrées. De même, suivant Ali-Bey, tout Arabe qui portera sur chaque joue trois incisions parallèles sera par là consacré esclave de la maison de Dieu.

Cette initiation s'effectue à La Mecque où les femmes se tatouent de piqûres a dessins très-fins et très-élégants sur les joues et jusqu'à l'angle des lèvres. Elles y ajoutent même des peintures qui forment un véritable maquillage. Le tatouage des lèvres nous conduit à signaler une pratique qui a été observée par le docteur Clavel chez les femmes de la Nouvelle-Zélande. Elle consiste dans une série de bandes de tatouage verticales et parallèles entre elles, coupant à angle droit la direction des lèvres on nomme ce tatouage du terme de ko-mho (fausses dents) qu'elles simulent jusqu'à un certain point.

lin système analogue d'ornementation a été retrouvé chez quelques peuplades d'Esquimaux observées par Nordenskiold dans l'expédition de la Véga. C'est ainsi que dans ces régions, où le tatouage est presque exclusif aux femmes, celles-ci portent au moment du mariage des ornements consistant dans des raies parallèles descendant du front jusqu'au lobule du nez d'autres occupent le menton, les joues, c'est-à-dire les parties découvertes du corps plus rarement elles en ont sur les bras et les épaules, mais au poignet et à la face dorsale des mains le tatouage affecte la forme de bracelets et de chaînes.

Chez les femmes de l'île Saint-Laurent il figure, un système de pointillé, une véritable mitaine. r )

Dans tous les cas, le tatouage chez les femmes'est toujours plus fin, plus élégant, plus sobre que chez l'homme, même lorsqu'il est destiné pour ce dernier à l'ornementation. Nous verrons aussi qu'il répond dans ce cas à un seul procédé, celui des piqûres.

Le visage est toujours la partie du corps qui reçoit le plus ordinairement le tatouage chez les peuples qui s'adonnent à cette pratique. Ainsi, en NouvelleZélande, Nicholls a rencontré, dans les environs du Tetauranga, des naturels dont le visage seul était couvert de petites raies bleues remontant jusqu'à la racine des cheveux.

Chez l'homme, les marques employées sont fort différentes, et, soit qu'il s'eu couvre le visage, soit qu'il l'applique sur diverses parties du corps, il a toujours recours aux incisions, aux brûlures, aux bourgeonnements artificiels des plaies. Toutes les variations de ces procédés se rencontrent en Polynésie et en Malaisie. Les hommes subissent ainsi des opérations de tatouage aux différentes époques de la vie. Vers le moment de la puberté, le jeune homme est tatoué au visage, à la poitrine et aux bras. Plus tard, à son mariage, ce premier système d'ornement se complique d'autres dessins exécutés par les mêmes procédés de brûlures ou incisions (Negritos). Si l'individu, devenu grand, est proclamé chef de tribu, ou s'il entreprend une nouvelle campagne, il subit de nouvelles opérations qui sont parfois fort douloureuses elles ont alors pour but d'éprouver son courage. C'est ainsi que le visage, le tronc et les bras sont d'autant plu?


̃chargés de dessins que le guerrier est plus âgé. Il en est ainsi à Sumatra où les Pagai se font exécuter un signe de tatouage à chaque ennemi tué par eux. Dans certaines peuplades polynésiennes, le tatouage des hommes occupe une seule moitié du corps, l'autre restant intacte. C'est là qu'on observe un système d'ornementation très-fantaisiste.

Chez les Maoris en particulier, le mode de tatouage est celui de toutes les autres races employant le même système. Les chefs ont le visage couvert de lignes bleues imperceptibles de finesse, mais si rapprochées qu'elles finissent

par couvrir le visage, depuis le menton jusqu'à la racine des cheveux, même le coin des yeux et les paupières sont souvent tatoués. L'opération du tatouage est faite avec un fragment d'os, taillé en pointe, et qu'on nomme « uhi ». L'opération est si pénible, qu'on ne peut que tatouer une petite partie du visage à la fois, et le point entamé reste si douloureux, qu'on ne peut continuer que plusieurs mois après. Avant l'opération, le patient doit avoir tous ses cheveux et tout le poil de sa barbe rasés. Le tatouage chez les Maoris est un signe de dignité, et en guerre un vaincu tatoué ne peut même pas être réduit à l'esclavage. On appelle moko l'homme tatoué et tipai celui qui ne l'est pas, et qui est alors réduit à l'infériorité.

Enfin on a rencontré des peuplades chez lesquelles le tatouage occupe une partie très-étendue ou la totalité du corps, de telle sorte qu'il peut être regardé comme un véritable système de vêtements. Tel «st cet individu d'origine malaise dont Yirchow rapporta l'observation en 1872 et qui paraît être le même qui fut exhibé à Paris dans .certains cafés-concerts en 1880. Cet individu se nommait Costanti. De ̃son côté, le docteur Montano en a

cité quelques exemples aux Philippines, et particulièrement à MÏndanao. On connaît encore cet exemple si remarquable d'un tatouage par piqûres représentant un vêtement complet chez un insulaire de Ponapé (fig. 1). C'est, en effet, dans l'archipel des Carolines que le tatouage paraît être parvenu à un degré de développement inusité ailleurs, et devient un véritable ouvrage d'art. 11 y est e commun aux deux sexes, sans que le dessin revête des caractères distinctifs;


seulement il affecte quelques formes différentes suivant les divers points de l'archipel.

Dit tatouage comme caractère différentiel, a. Tatouage professionnel. Dans cet ordre de recherches, nous trouvons tout d'abord le tatouage caractérisant les métiers ou les corporations. Tel, il pourrait être écarté du point de vue ethnique, car il s'est perpétué dans tous les temps jusqu'à l'époque actuelle. En Europe même, on sait que les ouvriers des différents corps d'étiits portent "énéralement au bras ou à la poitrine le dessin des outils ou instruments qui leur sont familiers, ainsi qu'on le verra dans la partie médico-légale de ce travail.

Il en est de même des militaires de certaines armes qui figurent dans le système de tatouage des emblèmes spéciaux. Les marins se reconnaissent de même. Mantegazza, qui l'a observé fréquemment chez certaines populations actuelles de la Péninsule, l'attribue à un reste d'importation africaine ou américaine. Nous n'avons pas à insister sur ces faits qui intéressent surtout la médecine légale, car, encore une fois, ce tatouage est ici professionnel plutôt qu'ethnique. Ce n'est pas seulement dans nos habitudes européennes que s'observe le tatouage professionnel. On le trouve à peu près partout. Il existe, par exemple, au Japon, une classe d'individus employés comme palefreniers ou hommes d'écurie, dont la fonction priucipale est de courir en avant des chevaux, en tête des équipages des grandes maisons; on les appelle Baitos et ils ont le corps tatoué d'une façon presque complète. De ces baitos on peut rapprocher les plongeurs et aussi les plongeuses de l'île de Yéso, qui font avec une grande habileté la pêche des coraux et des éponges et dont le corps est également tatoué en totalité, dans le but, dit-on, d'effrayer les poissons qui s'attaquent à l'homme.

b. Tatouage des guerriers. Chez la plupart des peuples sauvages, tout homme est consacré guerrier de sa tribu par un système spécial de tatouage. Tantôt celui-ci est destiné à donner à la physionomie un caractère terrible et à inspirer l'effroi aux ennemis (les bordes d'Attila avaient le visage couvert de balafres profondes); tantôt le tatouage est destiné à éprouver le courage. C'est ainsi que les peuples de l'Amérique centrale, les Caraïbes, par exemple, d'après Spencer, l'appliquaient aux jeunes gens à l'époque de la puberté. Dans une première épreuve, on pratique un commencement d'ornementation, puis après la première campagne on y surajoute d'autres dessins qui ont chacun leur signification. Ainsi, ils sont d'ordinaire destinés à perpétuer le souvenir des grands combats auxquels le guerrier a pris part, le nombre des ennemis immolés de sa main. C'est alors que certains guerriers, éprouvés par de nombreux faits d'armes, adoptent un système personnel de tatouage, un dessin exclusif. Le "uerrier porte ainsi sur le corps l'histoire de sa carrière militaire. Ce procédé est habituel chez les Néo-Zélandais, qui désignent l'opération sous le terme de moko, nom de la matière noire qui sert au tatouage; le moko particulier à l'individu constitue un véritable sceau, une signature qui a toute valeur dans les transactions et que le porteur reproduit de la main par le dessin lorsqu'il est appelé à signer une convention ou un acte quelconque de la vie publique ou privée.

c. Tatouage des tribus. La tatouage est quelquefois le caractère distinctif d'une tribu. Il est évident que pour ce qui concerne l'Afrique et surtout l'Afrique septentrionale, l'Algérie, le mode de distinction se retrouve avec peu


de régularité aussi le docteur Kocher arrive-t-il aux conclusions suivantes 10 Le tatouage, sans être rare chez les Kabyles, est moins fréquent que chez l'Arabe; il devient presque la règle chez les femmes musulmanes; très-peu ne sont pas tatouées;

2° Si certaines tribus possèdent un signe particulier, commebeaucoup de Kabyles, une croix sur le front, comme les habitants de Ksouss (sud-oranais) deux traits sur l'aile droite du nez, ces signes ne sont pas constants. Et d'abord, ajoute le docteur Kocher, nous ne devons pas nous étonner que le tatouage ne soit pas général chez les indigènes. C'est le Koran qui soulèvera pour nous ce coin du voile, et qui nous en donnera l'explication. Le livre sacré est formel à ce sujet; il traite toutes ces marques de « signes du diable », les condamne absolument. Toutefois, comme le fait remarquer le docteur Bertherand, « les Arabes se tirent d'affaire en prétendant qu'avant d'entrer au paradis chacun doit subir une purification par le feu qui enlèvera toutes les empreintes terrestres. Malgré ce faux fuyant, il serait bien difficile de trouver un vrai marabout portant sur le corps un tatouage.

Voulant s'assurer que, conformément à ses prévisions, les tatouages n'avaient aucune valeur au point de vue ethnique, M. Kocher a interrogé avec soin tous les Arabes qui ont passé à l'hôpital civil d'Oran, depuis environ trois mois, presque tous ceux avec lesquels il était journellement en contact 1 « Un grand nombre, dit-il, se défiant de nous, ne sachant, malgré les explications que leur donnait son interprète, nous voulions en venir, se contentaient de nous répondre C'est un louchen (tatouage). Les autres plus confiants nous répondaient, dans l'immense majorité des cas, que les signes qu'ils portaient leur avaient été faits par leur mère, lorsqu'ils étaient petits, soit pour les embellir (parce que c'est joli, nous disaient-ils), soit pour les préserver des maladies à venir.

Trois indigènes rencontrés à diverses époques présentaient sur l'aile droite du nez les deux traits que l'on prétend être caractéristiques des habitants de Ksouss. Interrogés avec soin, tous ont répondu qu'ils étaient nés dans la vallée des Issers (entrée de la grande Kabylie) et que les marques qu'ils portaient sur le nez leur avaient été faites par leur mère lorsqu'ils étaient malades.

Un Arabe des Ksouss interrogé a répondu que le tatouage qu'il portait sur Je nez lui avait été fait par un tebib (médecin), que beaucoup d'Arabes de sa tribu présentaient la même marque, mais qu'un certain nombre cependant n'étaient pas tatoués.

Nous avons rencontré parfois un singulier tatouage sur le dos de la main; de loin, on aurait cru voir un aigle dessiné, mais il n'en avait que la forme générale. Souvent il avait été fait par un tatoueur de profession, mais fréquemment aussi les Arabes qui le portaient nous ont dit que, lorsqu'ils étaient jeunes, ils se tatouaient entre eux sur la main en se servant d'une épine dé figuier de Barbarie. »

Chez un grand nombre de peuples sauvages, le tatouage est employé pour différencier les tribus.

Le tatouage est constamment appliqué aux esclaves, surtout en Afrique. Tout esclave porte sur un point du corps, généralement le visage, quelquefois l'épaule, les bras, la marque particulière à son propriétaire. Mais, comme l'esclave peut, pendant sa vie, passer souvent d'un propriétaire à un autre, il arrive qu'à


un premier signe de tatouage vient se superposer l'emblème du nouveau propriétaire, de sorte qu'on peut ainsi compter par combien de ventes successives l'individu a passé. Enfin, il y avait chez certains peuples de l'Extrême-Orient une application de tatouage assez singulière pour être mentionnée ici. C'était le tatouage employé comme passe-port et sauf-conduit. C'est ainsi que l'historien Ma-Touan-Lin raconte qu'à la cour d'un empereur, alors en lutte avec ses voisins, il faisait appliquer aux voyageurs qui voulaient traverser les territoires amis un système spécial de tatouage qui les garantissait contre toute agression.

d. Tatouage religieux. Le tatouage a souvent le caractère d'une consécration religieuse. Dans les populations sauvages il est constant chez les prêtres et s'étend chez eux à toutes les parties du corps. Il y a plus, comme ils sont ordinairement rasés, surtout en Polynésie, les points découverts du cuir chevelu, du pubis, des aisselles, n'échappent point à une ornementation des plus compliquées. Ce sont des fleurs, des emblèmes, des représentations d'animaux, lézards, serpents, etc. Nous avons vu plus haut que chez les peuples dont le sacerdoce est occupé par des femmes les prêtresses sont tatouées d'une façon spéciale en même temps que l'opération du tatouage leur est ordinairement dévolue. e. Tatouage des associations. Certaines associations occultes, sortes de sociétés secrètes, adoptent un système d'ornementation pour distinguer leurs affiliés. C'est ainsi que de Rienzi décrit longuement les différents tatouages usités en Polynésie et surtout à Tahiti par les membres de la secte des Arreoy. Dans cette association dont se rapprochent, à l'époque actuelle, les Mormons, les femmes étaient communes a tous, mais un homme ne pouvait cohabiter avec l'une d'elles que pendant deux ou trois jours. Si elle devenait enceinte, l'enfant était étouffé à sa naissance, afin de ne point entraver la pratique de la prostitution la plus complète. La secte avait en outre d'autres privilèges, tels que le vol, le pillage et toutes sortes de désordres. Or, les Arreoy se divisaient en sept classes dont chacune avait son tatouage spécial la plus élevée était celle des avae parai, qui signifie jambe peinte la seconde, celle des oli-ore, dont les liras étaient tatoués depuis les doigts jusqu'aux épaules; la troisième, celle des haroteas, tatoués depuis les oreilles jusqu'aux hanches; celle des houas, portant deux petites figures seulement sur les épaules; la cinquième, celle des ntoros, avait une simple marque sur le côté gauche; la sixième, un petit cercle autour de chaque cheville; enfin, la septième, celle des pous, sortes de surnuméraires ou candidats à la secte et qui exécutaient dans les réunions la partie la plus fatigante des cérémonies, les pantomimes, les danses, etc. Des associations d'un autre ordre, des sociétés secrètes politiques, ont souvent adopté de nos jours un signe de ralliement emprunté au tatouage. C'est ainsi que Lombroso cite certains individus ayant prêté serment de fidélité à la reine de Naples, qui portaient sur le bras l'image de cette reine, et au-dessous le mot Gaeta. On pourrait citer beaucoup d'autres exemples analogues. f. Talouage domestique. Signalons encore le tatouage domestique aux îles Marquises. Dans les possessions européennes où l'esclavage est aboli, on en a parfois conservé l'habitude. Quelquefois le tatouage a été employé dans une famille pour distinguer les enfants les uns des autres. Ainsi un Arabe qui portait derrière l'oreille un signe de tatouage affirmait au docteur Kocher qu'il lui avait été gravé par sa mère, afin qu'elle pût le reconnaître. Nous avons nous même constaté chez quelques jeunes Arabes de grandes tentes élevées de la Medressa


de Tlemcen, et qui portaient sur la face dorsale de la main des signes de tatouage dont la signification était évidemment une distinction de famille. Un certain nombre d'enfants trouvés ou abandonnés portent un signe spécial de tatouage propre à les reconnaître. Cette pratique est de tous les temps, et nous retrouverons plus loin ce signe particulier que portait Figaro dans la comédie de Beaumarchais, lorsque dans son procès avec Marceline il est reconnu par sa mère?

g. Tatouage chirurgical. Enfin, nous devons mentionner l'application du tatouage qui en a été proposée et effectuée au traitement de certaines maladies. C'est Pauli, médecin de Landau, qui, d'après Berchon, eut le premier en 1835 l'idée d'appliquer le tatouage à la guérison des nœvi, des plaques congénitales pourprées,et même des tumeurs érectiles. Le mode opératoire est en tous points le même que le tatouage ordinaire par piqûres. Les matières colorantes destinées à se substituer à la teinte des plaques en question sont tantôt du cinabre, tantôt de la céruse; les résultats ont été, d'après l'auteur, pleinement satisfaisants.

L'exemple de Pauli a eu du reste des imitateurs, et Nélaton, Vidal (de Cassis) et Malgaigne y ont eu recours de leur côté. Mais les résultats ont été vraisemblablement moins favorables, car les auteurs du Compendium représentent le procédé comme très-£ompliqué, très-douloureux et d'un effet très-douteux. Cordier, en 1848, le préconisa de nouveau contre lesnœvi, et le professeur Schuh (de Vienne) ont eu la pensée de recourir au tatouage pour pratiquer la chéloplastie au moyen d'une peau préalablement tatouée sur le vivant et empruntée pour réparer la perte de substance.

II. PROCÉDÉS DE TATOUAGE. Mode OPÉRATOIRE. On a déjà vu que le tatouage s'exécute par des procédés divers. Donnons à cet égard les indications indispensables. Ces procédés sont 1° le tatouage par piqûre 2° le tatouage par scarification 5° le tatouage par cicatrices 4° le tatouage par ulcération, brûlure et bourgeonnements 5° le tatouage sous-épidermique 6° le tatouage mixte, c'està-dire la combinaison de plusieurs des procédés susdits.

Tatouage par piqûre. C'est le plus répandu de tous; on le retrouve dans toutes les parties du monde. C'est le seul qui ait persisté en Europe depuis les temps préhistoriques jusqu'à nos jours. Aussi placerons-nous dans ce chapitre ce qui paraîtra utile de mentionner, quant aux différentes habitudes des divers peuples relativement aux dessins exécutés et à leur distribution sur la surface du corps.

Autrefois le tatouage était le privilége de certains groupes ethniques, ainsi que l'attestent les auteurs de l'antiquité, tandis qu'aujourd'hui on ne l'observe que sous forme errative et à titre de souvenir d'une tradition ancienne. C'est avec ce caractère qu'il persiste, par exemple, chez quelques peuples de l'Italie et chez nous-mêmes dans certaines classes inférieures de nos sociétés, dans quelques corps de métier, tels que les marins,'ou parmi certaines associations, etc. Mais, aussitôt qu'on quitte l'Europe, le tatouage par piqûre apparaît avec un caractère ethnique très-manifeste. Il est, par exemple, fort répandu chez les Arabes et les Kabyles.

Ce sont les femmes qui remplissent ainsi le métier de tatoueuses; on les voit sur les marchés où elles sont très-occupées. Tantôt le dessin qu'elles appliquent consiste dans quelques ornements légers ou en de simples mouchetures sur le visage, comme chez les prostituées. D'autres fois, on remarque des dis-


positions do broderies de dentelles identiques à celles qu'on retrouve sur les tissus de laine et de soie.

C'est à l'aide d'une simple aiguille de gros calibre que se pratique le tatouage; l'aiguille plonge dans un petit étui en bambou entouré de cuir ou d'étoffe et au fond duquel est la matière colorante sous forme pâteuse. Le dessin voulu est d'abord tracé sur la peau au moyen d'un petit pinceau ou d'une plume, puis il est fixé par l'aiguille tenue à la main et enfoncée doucement sans marteau. Parfois, comme nous le verrons plus loin, toute l'opération, au lieu de se faire avec une aiguille, s'effectue à l'aide d'une- série d'incisions légères, c'està-dire de véritables scarifications. Le même procédé se retrouve à Tunis où il affecte la forme de pointillés obtenus avec l'aiguille et du bleu d'indigo. En dehors de l'Afrique septentrionale, le tatouage par piqûre cesse d'être employé, c'est-à-dire qu'il fait place à un procédé différent auquel cependant le tatouage vient parfois compléter par un système annexe de piqûres un dessin exécuté par incisions.

En ce qui concerne l'instrument, nous verrons que les objets les plus primitifs ont été utilisés dans le même but. L'instrument préhistorique du tatouage trouvé par Lartet à Aurignac consiste en un poinçon très-acéré fait de bois de

renne. Mais les peuples sauvages adoptent souvent des instruments plus simples. Ainsi, chez la plupart des peuples océaniens, le tatouage par piqûre s'applique au moyen de dents de poisson, soit isolées, soit accouplées. Cook figure trois de ces engins. C'est un instrument de ce genre emmanché dans une petite canne que'l'hévenot a observé à Bethléem (fig. 2).

Ailleurs, ce sont des poinçons en métal, comme on en

Vig. 3. Instrument de tatouage, en forme de |ii'is:iie, usité aux îles Marquises.

tum, de certains sucs d'herbes (Pline) l'Isatis tinctonia, le Glastum de Jules César.

V Assez souvent la matière colorante est unie à un liquide huileux, c'est ce clu'a observé Thévenot à Jérusalem où l'on emploie aussi un mélange d'encre

a retrouvé en Egypte où ils sont encore usités aujourd'hui. Les épines de certaines plantes ont été aussi employées. Des pointes en os constituent l'instrument familier à la Nouvelle-Zélande. C'est aux îles Marquises qu'on rencontre les instruments les plus perfectionnés. Ce sont, par exemple, des fragments d'écaillés de tortue découpés en forme de scie. Il y a aussi cinq ou six dents aiguës enchâssées dans un morceau de bois, ou bien c'est un véritable peigne de métal composé d'aiguilles accouplées qui se manient au marteau.

Quant aux matières colorantes appliquées au moyen du tatouage, leur nombre est infini. Les auteurs an. ciens parlent de -certaines matières noires, Atramen-


ordinaire et de fie! de bœuf. L'encre ordinaire est du reste usitée, d'après Marco Polo, chez les peuples anciens du Canada. A la Louisiane, c'est le charbon de pin et plus récemment la poudre de guerre ordinaire.

Dans toute l'Océanie, on fabrique pour le tatouage une substance spéciale qui n'est autre que le charbon de fumée produit par la combustion d'un certain pin, l'Aleurites triloba, mélangé avec de l'huile de poisson ou de coco, ou du jus de canne à sucre.

Les tatouages bleus résultent ordinairement de l'emploi de carmin, lequel s'obtient en écrasant les fruits de Ficus tinctoria.

Telles sont les substances utilisées sur certains points du globe, mais c'est en Europe que nous trouvons les plus grandes variétés de substances. En tête, on remarque l'encre de Chine, puis le noir de fumée, l'indigo, le carmin, l'orcanette, le vermillon, le minium, le curcuma, le cinabre, l'ocre rouge, le suc noir du gardenia, le vermillon, etc.

Chez les Wa-Kavirondo, peuplade nègre de la rive orientale du Nyanza, le

tatouage est exclusif aux femmes qui se tatouent la. poitrine et le dos,- tandis que les hommes ne font rien de semblable. Ce peuple reste à l'état de nudité.

Chez les Wa-Komï et les Wa-Kara, peuplades nègres du sud du Nyanza sur la région qui limite le golfe de Speke, les hommes s'habillent d'écorce, se tatouent la poitrine et se peignent le corps en rouge et en blanc, au moyen d'argile délayée dans l'huile.

De l'Afrique passons au continent asiatique, où le tatouage par piqûre est encore très-répandu. C'est surtout dans l'ExtrêmeOrient, en Chine, au Japon et dans toute la région indo-chinoise, qu'il s'observe avec une grande intensité.

Dans 1,'Indo-Ciiine, les Annamites, qui se tatouaient généralement autrefois, semblent avoir renoncé depuis quelques années à cette coutume. Il en est de même au Cambodge, mais dans le Laos presque tous les hommes sont tatoués. Le tatouage y est noir, ainsi que l'indique le mot Laos {ventre noir). Les ornements occupent presque la totalité du corps aux épaules, c'est une ligne verticale séparant le deltoïde en deux parties égales, et de chaque côté on voit des caractères siamois et laotiens'dont on ne peut savoir le sens

(Armand). Ensuite, c'est aux jambes qu'on observe un dessin représentant un anneau enserrant la partie supérieure de l'un des mollets, puis sur le mollet même le dessin d'un Krout, c'est-à-dire le Garouda de la mythologie brahmanique, ou bien un dragon, un tigre. Cette dernière figure aurait pour but de


protéger contre les attaques du grand carnassier. Le tatouage est aussi employé dans une intention curative contre les névralgies.

Dans la vallée du Si-beng-liieng, les hommes et les femmes ont un tatouage spécial qui consiste en un dessin bleu clair. On n'a pu savoir de quelle substance ils se servent.

Mais c'est dans le nord du Laos et au Yun-Nan que le tatouage prend une importance de plus en plus considérable. Tous ces tatouages servent à distinguer les populations les unes des autres. Ce sont les bonzes qui pratiquent l'opération.

Cette pratique semble même y être obligatoire et devient l'objet de soins excessifs, si bien que dans certains cas on soumet le patient à une véritable anestliésie par l'opium, au moment de l'opération.

Dans l'Ooéanie, où se retrouvent isolés ou combinés le plus grand nombre de procédés de tatouage, c'est néanmoins le système du tatouage par piqûres qui est le plus en honneur.

Nous ferons cependant au point de vue ethnique une première distinction entre les deux races principales qui occupent les régions, la race polynésienne et la race mélanésienne. Aussi, tandis que la première a adopté surtout le procédé par piqûres, la seconde pratique le tatouage par incison ou brûlure. Aux îles Marquises, le tatouage en général et la forme des dessins employés sont infiniment variés. Non-seulement les tribus, mais les castes, les divisions sociales, se caractérisent de la sorte. C'est ainsi qu'il existe un tatouage spécial pour les guerriers, un autre pour les nobles, un tatouage pour les esclaves et les domestiques, un tatouage pour les veuves, etc.

Le tatouage aux îles Marquises est d'une telle importance que dans sa description le docteur Clavel introduit une division du tatouage de la face, des muscles supérieurs, du tronc, des membres inférieurs.

Le tatouage de la face, pahêké simple ou oblique unilatéral, consiste dans un rectangle traversant un des côtés du visage à la façon de la bande employée dans le bandage dit monocle. En teignant cette bande en bleu foncé, depuis la naissance des cheveux jusqu'au rebord du maxillaire inférieur, c'est-à-dire dans toute l'étendue de sa portion oblique, on aurait une image assez fidèle du tatouage pahêké simple.

Le pahêké double ou pihé (oblique bilatéral) serait bien représenté par un binocle teint en bleu, et est particulier aux grands chefs les chefs inférieurs secondaires se contentent du pahêké simple.

Le tatouage tiepin, beaucoup plus répandu que les précédents, est seul en honneur chez les naturels du sud-est. Il consiste essentiellement en branches transversales le bord supérieur de la première traverse le visage, en prenant au-dessus de la ligne des sourcils l'inférieur longe la face au niveau de la partie moyenne du nez, les petits côtés de ce rectangle s'arrêtent à quelques millimètres en avant des oreilles la partie inférieure du front, les yeux et la moitié supérieure du nez sont donc compris dans cette zone. Le bord supérieur de la seconde bande s'étend d'un lobule de l'oreille à l'autre en passant audessous de la base du nez et le bord supérieur relie les deux angles de la mâchoire une partie du menton, les lèvres et le bas de la face, sont compris dans ce rectangle. Entre les deux zones existe souvent soit une ligne ponctuée, soit une ligne brisée transversalement étendue la dernière a la prétention de représenter un centpieds ou des dents de requin (fig. 5).


Le tatouage des membres supérieurs est surtout remarquable à la main, dont il occupe la face dorsale ce sont des lignes droites agencées de mille façons tout

à fait fantaisistes, quelquefois avec mélange de lignes courbes formant un dessin analogue aux dispositions de soutache ou de nos dessins d'arabesques (fig. 6).

Le tatoaage des membres inférieurs est très-analogue dans ses dispositions à celui des membres supérieurs ce sont toujours des lignes droites ou courbes, des dentelures, des arabesques, des dentelures qui remontent au-dessus des chevilles et simulent des bas à jour.

Le tatouage du tronc avait.autrefois aux îles Marquises une importance considérable c'étaient des spirales, des anneaux peu élégants. Aujourd'hui ces


ornementations compliquées ont fait place à de simples bandes que les naturels considèrent comme la décadence de l'art.

Les femmes ne sont que très-peu tatouées. Il n'est pas rare cependant de rencontrer chez elles des dessins à la région lombaire qui continuent avec ceux des membres inférieurs. A la région fessière le tatouage qui est particulier aux femmes de la région sud-est s'appelle kohéta. Il est représenté par des figures imitant des feuilles de fougères.

Vus de loin, les naturels qui sont complétement tatoués semblent avoir des Têtements collants. A une distance moyenne, ils ont l'air de preux bardés de fer; de près, on dirait des arlequins masqués (docteur Clavel). Dans l'archipel de la Société et à Tahiti en particulier le tatouage, qui est général, y est tout à fait fin et élégant. Il se compose de petits pointillés bleus qui occupent les joues, les lèvres, les poignets. D'autres fois, ce sont de petites raies parallèles au nombre de deux sur le l'ront.

Chez les hommes, le tatouage est d'un bleu sombre; il occupe les bras, la poitrine et le visage.

L'instrument dont se servent les tatoueuses de Ponapé ressemble à un peigne ou à une fourchette, et il est formé d'épines d'une espèce de citronnier sauvage, accouplées au nombre de cinq ou six et collées à un manche de bois au moyeu d'une substance résineuse (jus de fruit à pain). La matière colorante employée est le noir de fumée obtenu par une flamme dans laquelle on fait brûler une noix appelée driakan.

A Palau, une île voisine de Ponapé, c'est un peigne en os qu'emploient les tatoueurs, et la matière colorante est la cendre qui résulte de la combustion d'une certaine noix, YAleurites triloba. On l'imbibe d'eau et on l'introduit ainsi sous l'épidémie.

Dans nos contrées, à Paris, à Lyon, dans quelques postes maritimes, le tatouage s'est conservé comme on sait et il est facile d'observer les procédés en usage. Il y a des individus qui vivent de la profession de tatoueur. On les connaît par les camarades d'atelier ou de régiment. Parfois ils tiennent boutique chez certains marchands de vin; ils vont dans les fètes.

Ils ont des espèces d'albums renfermant des dessins faits à la main qu'ils offrent au choix des amateurs. Le prix est ordinairement de 50 centimes par sujet.

Le plus souvent le tatoueur emploie des dessins faits sur du papier huilé. Les traits principaux des dessins sont pointillés à l'aide d'une épingle. Le papier étant appliqué sur la partie à tatouer, on applique au-dessus du noir de fumée qui, passant à travers les piqûres du papier, reproduit sur la peau les traits du dessin. Lorsque le tatoueur sait assez bien dessiner, il trace à la plume le dessin à exécuter.

Alors, pour piquer le dessin, le tatoueur emploie des aiguilles le plus souvent t assez fines. Celles-ci, dont les pointes sont au même niveau, sont, en général, au nombre de trois, parfois de cinq et même de dix, lorsque les parties sont fortement ombrées.

Les aiguilles sont maintenues à l'aide de fils et fixées à un morceau de bois.

Les bons tatoueurs font une première piqûre en enfonçant obliquement les aiguilles à une profondeur d'un demi-millimètre, et très-rarement ils déterminent un écoulement de sang; ils ont soin, d'ailleurs, de tendre fortement la


peau du tatoué, afin, disent-ils, d'éviter la douleur et de donner au dessin une grande netteté.

Quelques tatoueurs ne font qu'une seule piqûre; d'autres repiquent une seconde fois, afin d'avoir des contours plus nets et plus apparents. Les aiguilles sont alors enfoncées à 1 millimètre et toujours obliquement, puis, l'opération terminée, le tatoueur lave la surface du dessin avec de l'eau, de la salive ou de l'urine.

Des dessins même compliqués sont exécutés en une demi-heure. Nous avons vu un beau tatouage haut de 20 centimètres et large de 15, représentant un Indien tenant le drapeau des États-Unis, qui avait été fait à New-York en vingtcinq minutes. Ce tatouage avait été payé 15 francs. Le tatoué nous racontait que celui qui lui avait fait ce dessin était un Irlandais habitué des maisons où vivaient les matelots. Il'avait un album où les amateurs choisissaient; le prix du tatouage était marqué à côté. Cet industriel gagnait ainsi sa vie et, parait-il, son gain s'élevait certains jours à 100 francs.

Il existait aussi dans la même ville en 1871 un autre tatoueur qui avait des planches gravées à l'avance et armées d'aiguilles représentant les dessins. On les appliquait sur la partie à tatouer, l'impression se faisait en une minute et, nous raconte-t-on, sans souffrance.

Le plus souvent, dans nos pays, les tatoueurs font usage d'encre de Chine, de vermillon. Parfois ils emploient le charbon de bois pilé et délayé dans de l'eau, l'encre bleue, plus rarement le bleu de blanchisseuse.

C'est l'encre de Chine qui occasionne le moins d'inflammation consécutive. Il n'en est pas ainsi du vermillon qui, de plus, disparaît plus facilement. Leprurit occasionné par les croûtes de vermillon donne lieu à une vive irritation, le malade arrache parfois celles-ci avec les ongles et souvent, ainsi que nous avons pu <le constater, fait disparaître les particules de vermillon. D'ailleurs, avec le temps, cette couleur s'efface souvent, et sur des tatouages n'ayant pas plus de cinq ou six ans de date nous avons constaté l'absence de la coloration employée.

Le charbon en poudre dure encore moins longtemps, il détermine peu d'accidents inflammatoires.

Ainsi que l'a fait remarquer M. Berchon, jusqu'à la fin de la troisième ou de la quatrième semaine, les lignes tatouées sont plus larges qu'elles ne le seront plus tard et ressemblent assez bien aux traînées de nitrate d'argent faites sur la peau pour délimiter les érysipèles, puis, lorsque les croûtes se sont détachées, la peau reprend sa souplesse et son aspect normal, au voisinage du dessin. Il faut un peu plus de temps pour les tatouages au vermillon; les croûtes laissant après leur chute une surface luisante et moirée plus persistante. Tatouage par scarification. Cette deuxième variété de tatouage consiste dans des incisions très-superficielles, telles que celles qui accompagnent l'application des ventouses. Nous aurions pu même la confondre avec la variété précédente du tatouage par piqûre, car le but en est le même, celui d'introduire des matières colorantes diverses formant un dessin déterminé, tandis qu'il diffère considérablement, ainsi qu'on le verra, du tatouage par cicatrice, lequel consiste en une véritable plaie, une entaille profonde, atteignant le derme, et dans laquelle on n'introduira aucune substance étrangère.

Nous trouvons ce procédé spécial de tatouage par scarification d'abord en Algérie, où les Arabes se soumettent à l'opération par la main des Mauresques.


Celles-ci emploient même, tantôt les piqûres, tantôt les scarifications légères avec un instrument tranchant. Aussitôt les incisions faites, on y applique la matière colorante qui doit perpétuer le dessin. C'est tantôt du charbon pilé quand on veut obtenir un tatouage noir; rarement c'est l'encre de Chine. Pour les tatouages bleus, les tatoueuses font usage le plus ordinairement du bleu des blanchisseuses. Le tatouage rouge s'obtient avec le vermillon ou plus simplement avec le henné en poudre. Toutefois, ce dernier est très-peu apparent et s'efface en général assez promptement.

Au Sénégal, le tatouage des lèvres et du visage apparaît comme ferait la trace récente des scarifications de nos ventouses.

Lorsque le tatouage est effectué, l'opérateur a l'habitude de recouvrir la partie opérée d'une espèce de cataplasme fait avec une herbe appelée maghnina. On la laisse une journée en place et elle empêche, dit-on, l'inflammation consécutive. Suivant Gillbert d'Hercourt, quelques Arabes badigeonnent dans le même but les parties opérées avec de l'essence de sapin.

Quoi qu'il cn soit, ce mode de tatouage est peut-être celui qui reste susceptible de s'elfacer spontanément avec l'âge. Nous avons même vu certains Arabes qui avaient cherché à l'effacer artificiellement. Ils emploient à cet effet la chaux vive, dont ils forment une espèce d'emplâtre et qui laisse après quelque temps une cicatrice analogue à celle de nos vésicatoires. Les scarifications sont ainsi, non point effacées, mais recouvertes d'une vaste cicatrice blanchâtre. De l'Afrique nous devons, dans la recherche des exemples du tatouage par scarifications, passer immédiatement en Océanie, où il est fort répandu. Ainsi, par exemple, à la Nouvelle-Zélande, c'est le procédé habituel. L'instrument employé est un petit ciselet en métal, très-tranchant. Lorsque l'opérateur, qui est un tatoueur de profession, a tracé le dessin qu'il veut représenter, il trempe le ciselet dans un liquide huileux, où l'on a délayé la racine du Phormium tenax réduite en poudre, puis il commence les incisions sans dépasser l'épidcrme. Il trace ainsi des spirales sur chaque tempe. Ce dessin est rigoureusement symétrique et s'applique aux guerriers. Les chefs dont la carrière militaire compte de nombreux exploits ont le visage couvert de ces ornements spiroïdes qui deviennent des marques de noblesse transmissibles par hérédité. Ces dessins sont d'une exécution si parfaite qu'on les prendrait pour des ouvrages en filigrane, aux contours des plus compliqués et d'une exacte symétrie. Les femmes, chez lesquelles le tatouage est plus rare, portent en général deux lignes droites parallèles sur le milieu du front; il n'y a que celles qui sont d'une illustre origine qui ont le droit de porter un tatoua^1 spécial sur les lèvres.

Enfin les chefs seuls ont le privilége du tatouage des jambes, qui affecte encore la forme de spirales ou de circonvolutions symétriques aux deux côtés. C'est par un procédé analogue que le tatouage se pratique aux Philippines. Ainsi dans l'une d'elles, à Mindanao, le docteur Montano nous a donné des renseignements très-intéressants.

Dans cette île, la population dominante est de race indonésienne. Or c'est la race indonésienne qui, seule, se livre au tatouage. La série des opérations du tatouage dure plusieurs années. Elle commence chez l'enfant vers l'àge de six à huit ans, et c'est la mère qui le pratique en personne. L'instrument est un petit couteau exposé à la fumée d'un léger feu de résine de certaines plantes de la famille des Méliacées.


Le lieu d'élection du dessin est la région deltoïdienne seule chez la femme. La forme des dessins est celle de losanges accouplés. Quelquefois on observe un dessin représentant une silhouette hiératique humaine, mais c'est surtout dans la région pectorale que s'accumulent les dessins losangiques, enchevêtrés, mais toujours symétriques.

Si de Mindanao nous passons à un groupe d'îles situées dans le golfe du Bengale, les îles Andaman, nous y retrouvons encore le même procédé de tatouage par scarification.

Or on sait que ces îles sont peuplées par une race qu'on dit aborigène. Telle est du moins l'opinion du plus grand nombre des anthropologistes, sauf de M. de Quatrefages qui la rattache aux Mincopies.

Le tatouage s'y exécute d'une manière très-voisine de celle de la Malaisie. L'instrument est ou un fragment de quartz, c'est le procédé ancien, ou un morceau de verre, suivant la mode moderne.

C'est encore la mère qui l'exéeute chez l'enfant dès l'âge de cinq ou six ans, et la série des opérations ne s'achève que vers quinze ou seize ans. Elle ne s'accompagne d'aucune cérémonie religieuse, c'est un véritable tatouage domestique. La matière colorante est la même qu'à Mindanao c'est du noir recueilli par la combustion de diverses plantes résineuses. On recouvre de ce noir une lame tranchante qu'on promène en suivant certains dessins sur le dos, les épaules, la nuque, le ventre et les faces dorsales du pied et de la main.

Quant aux femmes, elles se distinguent par la présence de trois lignes verticales sur le front.

Tatouage par cicatrices. Ce tatouage consiste en une série d'entailles faites au moyen d'un instrument tranchant, entailles qui sont maintenues béantes, de sorte que la plaie devient une véritable cicatrice de même forme. Or, comme ce procédé est surtout en usage chez les peuples dont la peau est de couleur très-foncée (nègres, Mélanaisie, Australie, Calédonie, etc.), il résulte de la cicatrisation une surface blanche qui tranche plus ou moins vivement sur la teinte de la peau. C'est du reste sur cette dissemblance que repose oe procédé.

Le tatouage par cicatrice ne comprend donc l'emploi d'aucune matière colorante, si ce n'est dans les cas où un système d'ornementation par piqûres vient se surajouter à des cicatrices préalables. C'est alors le tatouage mixte sur lequel nous reviendrons plus loin.

Le tatouage cicatriciel s'exécute par mouchetures ou par incisions. Le tatouage par mouchetures est très-répandu chez les nègres. On peut même affirmer qu'il n'est pas un nègre, né dans son pays originaire, qui ne porte dès le jeune âge les stigmates indélébiles de sa tribu. C'est ainsi que, lorsqu'on rencontre en Algérie, par exemple, un nègre qui ne présente pas de tatouage cicatriel, on' peut affirmer qu'il est né hors de son pays et qu'il a ainsi échappé au tatouage obligatoire.

C'est au visage, au front, aux bras et surtout aux jambes, que s'applique le tatouage par mouchetures. Il sert essentiellement à la distinction des tribus, et comme il arrive parfois qu'un nègre émigre d'une tribu dans une autre, on peut observer sur son visage la trace de plusieurs systèmes de mouchetures superposés. C'est surtout en Sénégambie qu'a été remarqué le système de tatouage par mouchetures, et tout individu des deux sexes subit dès l'enfance l'opération. Ce sont alors des dessins primitifs appliqués aux tempes, au front, et représentant


souvent une étoile. D'autres fois, comme chez les femmes papoues, le sein est entièrement recouvert d'un système de mouchetures figurant un dessin spiroïde. On retrouve encore un système de mouchetures analogues aux îles Andaman oit les femmes ont parfois l'habitude d'irriter les plaies ainsi produites et obtiennent un commencement de bourgeonnement.

Le tatouage par grandes incisions appartient à d'autres populations africaines, ou, pour mieux dire, à presque toutes. Qu'onobserve, par exemple, les peuples de l'Afrique centrale, les Soudaniens, ou ceux de l'Afrique orientale, les Mozambiques, ou bien encore les populations de l'Afrique australe, telles que les Cafrcs, on y retrouve le procédé de tatouage par incisions compliqué souvent d'un système d'ulcérations et de bourgeonnements.

Au Mozambique chaque indigène porte une série d'entailles sur le visage ce sont d'abord des incisions parallèles qui partent du sommet du front et descendent de chaque côté du nez jusqu'à la lèvre supérieure. De ces lignes part transversalement d'une oreille à l'autre une autre incision d'égale profondeur qui divise ainsi avec la première le visage en plusieurs carrés qui semblent cousus ensemble. L'instrument employé est un couteau de métal très-tranchant. Chez les Cafres, le procédé subit une petite modification et la plaie s'effectue par un poinçon qui est introduit sous l'épiderme et ensuite relevé de manière à produire sur l'épiderme une véritable déchirure. La plaie est traitée comme celles qui sont faites par l'instrument tranchant, et elle devient le siège de bourrelets cicatriciels.

Ce procédé, qui obtient ainsi une cicatrice couverte de nodosités, n'est pas le seul pratiqué, car souvent on recouvre les incisions de sucs de plantes irritantes comme le suc de certaines euphorbes, et la cicatrice blanchâtre apparaît couverte de bourgeonnements.

Ces balafres va; pellent encore celles qui se produisent à la suite des flagellations que certains peuples pratiquent entre eux, ou à celles qui punissent les coupables ou marquent des esclaves.

Un voit en effet dans des fêtes accompagnées de musique et de danses des nègres qui se fouettent réciproquement avec des lanières de cuir présentant des. séries de nœuds, jusqu'à ce qu'ils aient la peau ensanglantée. Certaines pratiques de la secte des Aissaouas ou d'autres associations religieuses semblent empruntées à cet usage.

Ce procédé se retrouve encore en Polynésie et en Malaisie. Il s'effectue aussi par des incisions profondes qu'on laisse tantôt cicatriser sous l'eau ou à l'air libre et que tantôt on recouvre de sucs irritants. Mais ceci nous conduit à étudier le système de tatouage suivant

Tatouage par bourgeonnements, ulcérations ou brûlures. Nous venons de voir un système de tatouage dans lequel des incisions simples forment un ensemble de cicatrices ordinairement dépourvues de ces dessins élégants dus au tatouage par piqûres. Ce sont des cicatrices destinées à déformer profondément le visage ou à mutiler affreusement les téguments. Le but ici est-il d'embellir l'individu ou de le rendre redoutable et effrayant pour ses ennemis? Cette dernière supp,osition est la plus vraisemblable.

Nous avons vu aussi dans cette dernière variété que la plaie est souvent le siège d'irritations, de bourgeonnements venant se surajouter aux cicatrices ellesmêmes. C'est précisément ce mode de bourgeonnement artificiel qui caractérise la variété dont nous nous occupons actuellement.


Or le bourgeonnement de la peau, c'est-à-dire la production artificielle de cette lésion que les chirurgiens appellent les chéloïdes cicatricielles, se réalise par deux procédés le premier, que nous venons de faire connaître, c'est-à-dire l'irritation d'une plaie préalable; le second est une véritable brûlure à la manière de nos anciens, moxas. Ces brûlures ont tantôt une forme linéaire réalisant quelques dessins primitifs, comme, par exemple, des spires, des cercles, des lignes courbes parallèles qui tantôt sont isolées les unes des autres, et tantôt sont placées en série droite.

Les bourgeonnements cutanés occupent des points très-variables du corps ce sont des mamelons .de forme irrégulière et dont le volume varie d'un grain de millet à celui d'un haricot, d'une couleur généralement plus foncée que la peau environnante et placés soit à l'oreille, au bras, au bord antérieur de l'aisselle, au dos, sur les omoplates d'autres sont réellement pédiculés et comme pendants. On les observe aux reins, au bras, à la poitrine, au bas-ventre, aux extrémités inférieures.

C'est dans l'Afrique centrale qu'il faut chercher cette pratique du tatouage. Ainsi Cameron et Schweinfurt rapportent que dans l'Ouhinga le tatouage cicatriciel est horrible et repoussant. Ce sont toujours de profondes incisions qui occupent toute la surface du corps et sont recouvertes d'excroissances charnues qui, une fois cicatrisées, constituent des bourrelets indélébiles. Cette formation de bourrelets est due aussi à un autre procédé en usage chez certains peuples nègres de la côte orientale d'Afrique. Nous voulons parler du procédé de torsion de la peau dans lequel l'opérateur, après avoir traversé avec une aiguille le tégument sur un point, exécute une torsion de l'instrument, de manière à produire une déchirure difforme. Cette plaie est alors couverte de matières colorantes comme les incisions elles-mêmes, et le bourrelet cicatriciel se forme à la suite. Le procédé de la brûlure s'exécute ordinairement au moyen d'un petit fragment de bambou ou d'une nervure de plante sèche. L'objet est placé sur la peau, puis allumé. On active la combustion en soufflant, soit avec la bouche, soit même avec un instrument spécial, tel que celui qui a été retrouvé chez les Indiens de la Californie et qui sert à pratiquer des moxas. C'est une sorte de tube plus ou moins ornementé et au moyen duquel on favorise la combustion. L'opération, comme on pense bien, est extrêmement douloureuse, mais elle est supportée généralement avec un grand courage. Elle sert d'ailleurs d'épreuve aux îles Viti, à la Nouvelle-Zélande, en Australie. Tout guerrier doit être ainsi tatoué, et à chaque période solennelle de la vie on ajoute soit un nouveau bourgeonnement par brûlure, soit quelques ornements accessoires par piqûres ou incisions. Le procédé de tatouage par brûlure n'est d'ailleurs pas récent; il est peut être aussi ancien que le procédé par piqûres. Si l'on en croit en effet Ammien Marcellin et Jornandez, les soldats d'Attila étaient couverts de cicatrices bourgeonnées de brûlures. Aujourd'hui ce procédé est resté en honneur en Tasmanie où il consiste en une sorte d'épaulette au-dessus de chaque bras. Au Mozambique, il figure une espèce d'étoile. Chez les Minorques et les Négritos, ce sont des vergetures saillantes placées horizontalement sur le ventre. En Nouvelle-Guinée et chez les Zoulous, ce sont des bourgeons sphéroïdaux disposés en séries parallèles et occupant les reins, le dos, les cuisses.

En Nouvelle-Calédonie, oùle tatouage par incisions est très-répandu, on rencontre aussi le procédé par brûlures celui-ci s'exécute par la combustion sur la peau de la nervure du cocotier. Conséquemment la brûlure linéaire et certaines DICT. ENC. 5e S. XVI. g


combinaisons de lignes parviennent à former quelques dessins, puis, le bourgeonnement obtenu, on arrache successivement la croûte qui recouvre la plaie; on l'irrite de nouveau et ainsi de suite jusqu'au résultat voulu. Alors on se borne à laver à l'eau fraîche la cicatrice qui persiste ainsi ineffaçable. En Australie, c'est le mcme procédé de brûlure avec des nervures de plantes, mais les tatoueurs arrivent souvent à représenter grossièrement sur la cuisse la figure d'un animal ou d'une plante.

Tatouage som-épidermique. Ce dernier mode de tatouage s'effectue au moyen d'une aiguille enfilée d'un fil assez long, enduit d'une matière grasse, comme de l'huile de poisson mélangée avec du noir de fumée. L'instrument étant ainsi armé, on l'introduit sous l'épiderme, ou plus exactement dans la couche superficielle du derme, car, si le procédé était réellement sous-épidermique, le tatouage risquerait de s'effacer par le renouvellement incessant des éléments de l'épidémie. Un trait préalablement tracé au crayon sert de canevas au dessin de tatouage, et l'aiguille habilement maniée effeclue certains ornements généralement simples. Ce sont des traits parallèles, des lignes courbes, des croix, des étoiles.

Ce tatouage est appliqué dans ce cas sur les parties découvertes du corps, le visage, les mains et les pieds, et il est. spécial aux peuples polaires, les Esquimaux, les Groënlandais. Nordensiiôld, pendant l'expédition de la Yéga, l'a rencontré chez les Tchouktchis. r

Tatouage mixte. C'est la combinaison de deux des tatouages précédemment. décrits. Ainsi, en Nouvelle-Zélande, on retrouve à la fois la pratique des incisions qui laissent des cicatrices blanchâtres autour desquelles on vient appliquer par piqûres des ornements complémentaires.

D'après Hartmann, le même procédé mixte par cicatrices et piqûres combinées est familier chez les Bérabras, les Bedjas et les tribus du Loango, avec cette diiférence que chez l'homme ce sont de grandes cicatrices nues, tandis que chez la femme elles sont entourées de guirlandes, de piqûres élégantes. On le retrouve aussi chez les femmes des tribus Matambré, Makoundé, Maugandjas et Machingas.

De son côté, Cameron rapporte que les habitants des rives orientales du lac Tan-Taniika ont pour le tatouage un goût très-vif et qu'ils se couvrent le corps de petites incisions entourées de piqûres, lesquelles forment des spirales, des cercles, des lignes droites, etc.

A Kasaungalohonna, à l'extrémité sud-ouest du'meme lac, une ligne de tatouage par incisions descend du milieu du front jusqu'au menton, tandis que les tempes sont recouvertes de raies de piqûres.

Le mélange du tatouage par piqûres avec le procédé sous-épiderme s'observe aussi, mais plus rarement. Mantegazza et Lombroso le mentionnent même en Italie il aurait été sans doute importé par quelques peuplades du nord de l'Europe.

111. Répartition géographique DE tatouage. Si maintenant nous tentons de résumer au point de vue de la répartition géographique ces notions générales sur le tatouage, nous arrivons aux résultats suivants:

1» Tatouage par piqûres. La Polynésie, c'est-à-dire tous les archipels, à l'exception de la Nouvelle-Zélande. Les îles Marquises, excepté les îles Rapa et de Laivavaï du groupe Pomatou, l'île de Pâques, la Micronésie la Nouvelle-Guinée le groupe Papou. A Bornéo, le groupe des Dayaks.


Dans l'Amérique méridionale, les Charruas, les tribus du grand Chaco au Brésil, les Guaranis et les Pampéens, les Patagons.

Dans l'Amérique du Nord, les Peaux-Rouges.

Jîhi^Tî' les Kabyles, les Arabes, les Ég5'ptienS' IeS Niam-Niams, les Sénégambiens et les peuplades des rives du Sénégal.

En Asie, les Seng-li, de l'île de Haï-nan, les Chin-ham, anciens peuples de la Corée, les d T et les Ouen-chin du Japon, des îles K°USsiIis et Aléoutiennes, les habitants de Formose, les anciens Annamites, les Ouen-mien-po, peuple barbare du sud-ouest de l'empire chinois. "ixuaie

Tatouage par incision simple. Mclanaisie, tribus nègres, africaines- Loango, Makoudé, Mangaudja, Machinja (d'après Hartmann), lesrivesortientale et mondiale du lac Tanganyika (d'après Cameron), la Guinée, la Nouvelle-Zélande. Tatouage par ulcération ou brûlure. Tribus des Huns d'Attila, Tasmanie, kw^ et Guyane, Papous néo-guinéens, Mincopies et Négritos, les Alfourous, la Calédonie, le Soudan, Mozambique et les Voulons P^eÏl'Z; Esquimaux, Tc^ohis,Groënlandais, une

p;~rtie de l'Europe (Italie).

h° Tatouages mixtes. A. Mélange des procédés par piqûres et sous-épider-

miyue: ~`2crohe.

il. Mélange d'incisions et piqûres combinées Nouvelle-Zélande, beaucoup de tribus nègres de l'Afrique et quelques tribus algériennes.

C. Mélange du tatouage par bourgeonnement et par piqûre, ce dernier système se surajoutant d'ailleurs au premier et variant de dessin suivant les incidents principaux de la vie: îles lYlarquises. incidents

IV. ACCIDENTS, COMPLICATIONS ET CONSÉQUENCES DU TATOUAGE. Les accidents qui accompagnent ou qui Suivent le tatouage ont été` étudiés avec le plus grand soin par M Berchon, auquel nous ferons de fréquents emprunts. Ils sont trèsvariables d'intensité et de gravité; nous allons les passer en revue. Le premier des accidents de l'opération du tatouage est ordinairement la douleur..Or, cette douleur devra varier singulièrement, suivant les conditions

mêmes dans lesquelles aura été pratiquée l'opél'3tion.

D'une manière générale, le tatouage est une opération très-douloureuse le

tatouage par piqtîre, pénétrant dans le derme, intéresse, comme on sait, une couche de tissu éminemment sensible. La pratique des scarifications ou des incisions serait peut être moins douloureuse que la précédente. Le tatouage par brûlure et bourgeonnement est sans doute le plus pénible, aussi n'est-il en usage que chez les hommes, guerriers au courage éprouvé, chefs à qui il faut une marque distinctive spéciale. Le moins douloureux de tous les tatouages est assurément le procédé sous-épidermique tel que le pratiquent les Esquimaux. L'une des régions du corps où le tatouage est le plus douloureux est la face dorsale des mains et des pieds; au niveau des orteils, la douleur peut devenir intolérable. Le sexe et l'âge feront varier encore l'intensité de la douleur s'il s'agit d'une femme ou d'un enfant, l'opération ordinairement des cris

au patient.

Quoi qu'il en soit, la douleur occasionnée par cette opération n'entraîne à sa suite que certains accidents nerveux, et parfois des syncopes. C'est pourquoi l'opération était toujours divisée en plusieurs séances, espacées l'une de l'autre de quelques semaines et même de plusieurs mois. Toutefois, les missionnaires Ellis et M. Moërenhout racontent que certaines opérations de tatouage faites à


Tahiti chez des sujets de huit ou dix ans ont été suivies de mort même, causée par la douleur.

Quelques heures après l'opération, le patient est pris d'une fièvre violente, accompagnée parfois de délire. La peau présente des traînées rougeâtres où il est aisé de reconnaître une angioleucite. Le lendemain, le gonflement survient au niveau des parties piquées, ou dans leur voisinage. Aux paupières, ce gonflement est assez considérable pour empêcher l'exercice de la vue pendant plusieurs jours. Bientôt les régions tatouées se recouvrent de croûtes, et ce n'est qu'à la chute de celles-ci que des dessins apparaissent sous formes de lignes bleuâtres ou ardoisées. À ce moment, le patient peut sortir de sa case et reprendre ses occupations.

Quelques précautions sont cependant prises par les opérateurs pour atténuer ces accidents; elles consistent surtout dans des irrigations d'eau fraîche, ce qui n'empêche pas cependant l'engorgement des ganglions lymphatiques de la région opérée, des phlegmons et des abcès. Des kératites et des ophthalmies violentes entraînent parfois la perte de la vision. Quant à l'érysipèle et au tétanos, le docteur Clavel n'en a point observé de cas.

Mais cette histoire des accidents produits par le tatouage a été traitée d'une manière si complète et si exacte par Berchon, que nous ne pouvons mieux faire que de la résumer.

Berchon divise l'étude pathologique du tatouage en cinq classes 1° accidents inflammatoires; 2° gangrène; amputation nécessitée par les accidents du tatouage; 4° la mort 5° des complications tardives diverses.

10 Accidents inflammatoires. Nous ne reviendrons pas sur ce point qui vient d'être mentionné. La série des phénomènes est bien connue rougeur et ronflement des parties dans les quelques heures qui suivent l'opération; suintement séro-sanguinolent ou séreux par les piqûres, œdème des parties voisines, traînées rougeâtres suivant le trajet des lymphatiques, inflammation des ganglions correspondants, fièvre générale et parfois délire, puis, dans les jours qui suivent, la région tatouée se recouvre de croûtes sous lesquelles disparaît le dessin; l'épidémie se détache et tombe en petites lamelles; enfin, après cinq ou six jours, l'inflammation cesse et le dessin apparaît nettement, tandis que les accidents généraux, fièvre, douleur et délire, s'arrêtent à leur tour. A

Tel est en résumé le tableau symptomatique d un sujet tatoué par piqûres. Il variera notablement dans les cas où l'opération a lieu par incision, bourgeonnement ou brûlure; et dans ce dernier cas les lésions pratiquées sur le tégument présentent les caractères de plaies ou de brûlure en général.

C'est donc l'exagération de ces phénomènes qui entraine les accidents graves qu'on observe parfois, quand, par exemple, il se produit dès le second jour, soit un phlegmon local terminé par un abcès, soit un abcès des ganglions lymphatiques, soit même un phlegmon diffus.

Dans les observations qu'il a recueillies, Berchon a rapporté des exemples de ces diverses terminaisons, et ses récits empruntés à des faits de tatouage chez des marins de nos ports confirment pleinement les récits des voyageurs qui ont pu assister aux opérations que pratiquent avec plus de brutalité encore les peuples sauvages. •̃••

Gangrène. Aux accidents inflammatoires proprement dits fait suite assez souvent la mortification de la région tatouée. Il se produit alors sous


l'intensité de l'inflammation un véritable étranglement des parties, et la peau tout entière, épiderme et derme compris, prend une coloration violacée ou noirâtre, se recouvre de phlyctènes et se détache des parties voisines, laissant après elle une plaie qui met le tissu cellulaire à nu.

La première conséquence de ce phénomène est, comme on le pense bien, la disparition complète du tatouage, et, quant à la plaie qui lui succède, elle présente les caractères ordinaires de celles qui font suite aux gangrènes. Les plaies sont parfois fort longues à guérir, ainsi que Berchon en a observé des exemples. La suppuration peut être interminable, et elle entraîne des ulcérations qui ne cèdent qu'à des cautérisations énergiques. Les malades s'épuisent, la fièvre se rallume et des résorptions purulentes ou la septicémie peuvent en être la conséquence mortelle.

Cas d'amputation. Berchon rapporte quatre exemples de matelots qui ont dû être amputés à la suite du tatouage le premier, d'un doigt sur lequel on avait tatoué une bague chevalière; le second, du poignet, à la suite d'un tatouage dans un espace interdigital; le troisième, de la cuisse, après un tatouage du pied; le quatrième, de l'avant-bras, par suite du tatouage du poignet. Cas de mort. Les cas de mort dus au tatouage doivent se distinguer en plusieurs catégories*: il en est, en effet, dans lesquels la douleur même de l'opération a été la cause de la mort. Nous en avons rapporté plus haut quelques cas. Ils sont rares cependant, et c'est bien plus souvent à la suite de complications secondaires que cette issue fatale se produit. L'ébranlement nerveux qui succède à une opération très-étendue sur le corps, le tronc, par exemple, peut parfaitement amener ces résultats.

Le plus souvent cependant, la mort a lieu par suite de l'intensité de la réaction inflammatoire le phlegmon diffus, la gangrène, la pyohémie, telles sont les causes de mort. Berchon en cite trois observations auxquelles il faut joindre les récits analogues des voyageurs.

Les cas de mort se retrouvent aussi à la suite des cas d'amputation, et ils ont lieu alors par le mécanisme ordinaire en pareille circonstance. 5° Accidents consécutifs. Ils consistent dans l'apparition plus ou moins tardive de lésions, soit sur le point même où l'opération s'est effectuée, soit par empoisonnement de l'économie.

Localement, on a signalé des ulcérations persistantes, des indurations prolongées du derme, des kéloïdes cicatricielles, etc. Quant aux cas d'intoxication, nous avons déjà mentionné un exemple d'inoculation syphilitique dû à M. Hutin. Il en est d'autres qui ont été recueillis par le docteur Rollet et que 1 on trouvera relatés dans la partie médico-légale de cet article. Comme accidents consécutifs, nous pouvons noter encore ceux qui ont pour siége des ganglions lymphatiques. En effet, des observations de Berchon, de Follin, de Virchow, il résulte que les ganglions lymphatiques peuvent recevoir à la suite des inoculations diverses matières colorantes des particules assez nombreuses de celles-ci pour imprimer aux ganglions une coloration' particulière et y provoquer un état inflammatoire sourd et continu. C'est de la sorte que l'on a'retrouvé dans certains ganglions des particules de cinabre, de vermillon et de matières inertes, du noir de Chine, du charbon porphyrisé, etc. Tel est le cadre pathologique du tatouage. Quant aux circonstances particulières qui favorisent l'apparition de ces désordres, il faut en mentionner quelquesunes ainsi, signalons en première ligne l'état de l'instrument à tatouer, tiges


isolées ou accouplées, la rouille, des corps étrangers, des impuretés, des matières en putréfaction.

Les matières colorantes peuvent encore jouer un rôle important dans la production des accidents. Les matières inertes, charbon, suie, brique pulvérisée, encre de Chine, sont relativement inoffensives. Certaines substances colorantes végétales variables suivant les peuplades peuvent avoir une action irritante. Enfin quelques matières toxiques, comme le cinabre, ont à la fois un rôle colorant et une action toxique.

Les topiques appliqués sur le tatouage ont une égale influence. Ainsi certains tatoueurs, au lieu de recouvrir leurs dessins de compresses d'eau fraîche, les badigeonnent avec des décoctions irritantes de certaines plantes, avec de l'urine, de l'eau salée, du jus de tabac. On comprend de reste l'action excitante de ces substances sur des piqûres récentes.

Notons encore parmi les influences qui peuvent déterminer des accidents les conditions individuelles ou du milieu l'âge et l'état de santé des sujets tatoués, leur constitution, leur tempérament, l'état de la saison, les hautes températures, qui prédisposent aux réactions, aux congestions. Les conditions locales du dessin n'ont pas une moindre influence nous l'avons déjà noté. C'est ainsi que le tatouage de la face, celui du crâne, des oreilles, des paupières, des parties génitales, sont relativement plus graves que les autres. Ils prédisposent particulièrement à la fièvre, au délire, et, s'ils se terminent par un phlegmon, celui-ci acquiert de son siège même une extrême gravité, pouvant se compliquer de phlébite des jugulaires, des sinus, et même de mort.

Enfin les conditions opératoires feront singulièrement varier les conditions du tatouage. Si les séances sont convenablement espacées, courtes, si l'opération est faite avec habileté et rapidité, les suites seront simples. Si l'opérateur est brutal, les séances rapprochées, les surfaces tatouées très-étendues, elle sera suivie d'un ou plusieurs des accidents signalés. B. Du tatouage AU POINT DE yue médico-légal. Un des signataires de l'article a spécialement traité ce sujet et, tout en utilisant les différents renseignements qui i se trouvent dans les chapitres précédents, s'est proposé de présenter les applications médico-judiciaires de la question. Un travail fait en 1881 dans le laboratoire de médecine légale de la Faculté de Lyon et accompagné de planches est basé sur le dépouillement de près de 2000 tatouages relevés sur la peau de 550 individus. Depuis cette époque, notre collection s'est augmentée et nous ajouterons aux résultats antérieurs qu'on retrouvera dans notre mémoire spécial les nouvelles observations que nous avons pu réunir depuis. Dans l'exposition de ce sujet, nous adopterons les divisions générales que nous appliquons à un cas quelconque de médecine judiciaire Définition; nature et limites du sujet; règlement et législation; caractères scientifiques; conséquences médico-judiciaires et règles de l'expertise.

1. Définition ET LIMITES DU sujet. Tout en acceptant les divisions générales adoptées dans les premiers paragraphes de notre article, nous croyons qu'au point de vue de la pratique médico-judiciaire, particulièrement dans nos pays, il y a tatouage lorsque des matières colorantes végétales ou minérales sont introduites sous l'épiderme et à des profondeurs variables à l'effet de produire une coloration ou des dessins apparents de longue durée, quoique non absolument indélébiles. Nous nous occuperons donc particulièrement des cicatrices colorées par l'introduction de particules colorantes dans les mailles du tissu.


Si les récits des voyageurs avaient indiqué les modes de tatouage chez les différents peuples, le point de vue médico-légal de la question et leur valeur comme signe d'identité ne parut bien évident qu'après les travaux de Lesson, Follin, Cordier, Casper, Chéreau, Hutin, Tardieu, Taylor, Darwin, Berchon; ce dernier auteur a le premier publié une intéressante histoire du tatouage, qui présente un ensemble complet de la question. Le docteur Horteloup fit à la Société de médecine légale en 1870 un rapport où l'importance de ce signe fut nettement mise en lumière. Citons aussi un travail de Kranz paru en Allemagne, les travaux si remarquables de Lombroso et de son école, publiés dans l'Archivio.

Tardieu insista sur ce point que le tatouage pouvait être considéré comme un signe très-important au point de vue de la constatation médico-légale de l'identité. Pour M. Berchon, la question doit être envisagée à un point de vue plus étendu; l'opération n'étant pas exempte de dangers, il peut y avoir intervention de la justice, et il résume ainsi l'importance du sujet qui nous occupe « Le tatouage est un signe d'identité individuel précieux à rechercher, soit sur le vivant, soit sur le cadavre, soit dans le cas d'exhumation juridique. 11 peut même fournir, selon la nature et le siège qui le constitue, des notions importantes et quelquefois décisives sur la condition sociale, l'âge, le sexe, la nationalité, les goûts et surtout la, profession actuelle ou antérieure des personnes visitées. » M. Horteloup insiste en effet sur ces différents points dans l'analyse <lu travail de Berchon, mais il critique vivement le système répressif proposé par celui-ci. D'après M. Horteloup, la suppression du tatouage ne peut être demandée qu'au bon sens, à l'intelligence, à l'instruction, qui développent les sentiments de dignité personnelle. Nous ferons à notre tour remarquer que ces qualités exigées par M. Ilorteloup sont fort rares ou absentes dans la classe spéciale de la société où le tatouage est particulièrement en honneur; que la mode ou une vanité puérile interviennent souvent, et qu'enfin, autant que nous avons pu en juger, le tatouage ne paraît pas en décroissance, mais que dans la plupart des grandes villes de France, par exemple, il existe des tatoueurs de profession.

Ainsi, à Lyon, nous connaissons un tatoueur qui, presque chaque jour, fait un ou plusieurs tatouages soit sur des militaires, soit sur certains ouvriers il tatoue les individus chez un marchand de vin, au voisinage des casernes, ou chez « une mère de compagnons ». Il a assez souvent tatoué des enfants qui lui ont été présentés par leurs parents, et sur certaines dames figuré des grains de beauté. Il a même pratiqué des tatouages dans les oreilles de chiens auxquels les propriétaires tenaient beaucoup et qui voulaient ainsi être certains de les reconnaître, si ces bêtes leur étaient volées.

Notre collection s'est considérablement augmentée par les envois d'un de nos camarades de l'armée. M. le docteur Renaud nous a fait parvenir de Laghouat plusieurs centaines de tatouages pris sur les hommes du bataillon d'Afrique. Nous en avons aussi trouvé un grand nombre dans les prisons de Lyon. Le tatouage est certainement un des signes les plus importants dans le relevé signalétique qu'on a à faire d'un criminel, et, si l'on consulte la collection que nous avons dans notre laboratoire des signalements adressés par le ministère de l'Intérieur, pour la recherche des individus sous le coup d'une prévention, de ceux qui se sont échappés des pénitenciers ou des maisons de justice, etc., on relève parmi eux un nombre considérable d'individus tatoués; on acquiert même


bientôt cette conviction que rien n'est plus monotone que ces dessins euxmêmes, que leur variété est aussi limitée que le petit nombre d'idées dont tatoueur et tatoué disposent. Toutes ces recherches nous ont confirmé dans l'exactitude des divisions de tatouages dont nous aurons à parler plus loin. Nous croyons que les tatouages peuvent être comparés aux hiéroglyphes il y en a en effet de figuratifs, de symboliques, de phonétiques. Les tatouages sont essentiellement idéographiques, et c'est presque toujours une idée qui est exprimée par des images ou des symboles. C'est pour ces raisons d'ailleurs que nous les avons rapprochés des graffiti, que nous considérons comme les tatouages des murailles.

C'est qu'en effet les hommes ont d'abord dessiné leurs idées avant de les écrire aussi, après avoir cité Darwin et Lombroso, l'influence atavique sur la manifestation d'une coutume presque généralisée à toute l'espèce humaine primitive, nous insisterons sur ce point que, pour un grand nombre de tatouages symboliques, il faut tenir compte des tendances fétichiques qui, bien que plus fréquentes et plus spontanées depuis un siècle, sont cependant inhérentes à l'organisme humain.

Dans son Histoire des enseignes de Paris, l'érudit et regretté Édouard Fournier consacre un premier chapitre à l'origine des enseignes dans l'antiquité. Il indique les enseignes à combat pour les marchands qui vendaient des armes de guerre, celles (les hôtelleries, des cabarets (une couronne de lierre suspendue à la porte. Le lierre était consacré à Bacchus). Différents animaux, un ours, un coq, puis un moulin à vent. Les enseignes des mauvais lieux, meretricia et lupanaria, étaient moins morales; ces établissements étaient signalés le jour par l'image monstrueuse d'un phallus et le soir par la faible clarté d'une lampe phallophore. Plus tard le phallus fut remplacé par une pierre en forme de coin qui avait la même signification.

Dans les fouilles de Pompéi on a trouvé des enseignes peintes ou sculptées en pierre tout aussi caractéristiques. Ainsi une chèvre était l'enseigne d'une étable de chèvres ou d'un vendeur de lait. Un professeur de pugilat avait une peinture représentant deux hommes qui combattent la maison d'un maître d'école était indiquée par un homme fouettant un enfant « Les enseignes emblématiques étaient si bien appropriées à l'esprit du peuple romain, dit Fournier, que l'édile faisait peindre sur les monuments publics des figures de serpents, et cette simple image comprise de tout le monde avait le même sens et la même autorité que cette inscription plus explicite que l'on retrouve partout dans les villes modernes Défense de déposer ici aucune ordure sous peine d'amende. Le serpent consacré à Esculape commandait le respect et inspirait une sorte de crainte religieuse. » Dans l'étude que le même auteur consacre aux enseignes de Paris, on trouve des enseignes de marchands, de corporations, de confréries et de métiers (hôtelleries, barbiers, étuvistes, chirurgiens, apothicaires, dentistes, imprimeurs, etc.), qui montrent bien que les enseignes, au douzième siècle, n'étaient que les insignes des métiers. Or, comme ceux-ci étaient distribués dans telle ou telle rue, ces rues portaient le nom de la profession avec des armes parlantes ou des indications figurées. Il est certainement intéressant de constater que dans les tatouages professionnels actuels on retrouve certains emblèmes des anciennes corporations ou confréries. Il. Règlements ET législation. Diverses ordonnances ou instructions ministérielles, une circulaire du 26 août 1851, ont recommandé aux directeurs des maisons de détention l'inscription et la description des tatouages des prisonniers.


D'ailleurs, d'après le règlement du 27 octobre 1808 et les articles 200 et 206 de l'ordonnance du 29 octobre 1820, de l'instruction ministérielle du mois de septembre 1885, il faut faire un relevé très-exact de l'état signalétique des détenus.

Le ministère de l'Intérieur adressait la circulaire suivante aux préfets, en date du 23 octobre 1849 r

« Je vous prie d'inviter le directeur à recueillir avec le plus grand soin possible tous les signes particuliers qui affectent l'habitus du corps, car, à l'aide de ces signes, l'individu qui ne veut pas reconnaître, comme lui étant applicable, une condamnation antérieure, est matériellement contraint à l'avouer. 11 est utile surtout de relever les sujets représentés par le tatouage et de ne pas les signaler seulement par l'expression générale de tatoué ».

Voici le texte de la dépêche adressée aux préfets maritimes, officiers généraux, supérieurs et autres, commandant à la mer, et commissaires à l'inscription maritime, en date du 11 février 1860

« M. l'inspecteur général de santé de la marine a signalé dans un rapport récent les dangers réels que présente la pratique du tatouage, aujourd'hui répandue dans les différents corps de l'armée de mer et plus particulièrement dans le personnel de la flotte. Plusieurs exemples, empruntés à la statistique du département, démontrent que, dans certains cas, la perte d'un bras, la mort même, peuvent être le résultat de tatouages opérés sur de larges surfaces. « Quant aux accidents moins graves, quoique toujours dangereux et entraînant une longue suspension de service, qui proviennent de la même cause, le nombre en est considérable.

« La prudence commande donc de s'abstenir du- tatouage et, dès lors il est essentiel, dans l'intérêt même des hommes, d'appeler leur sérieuse attention sur les dangers auxquels les expose une habitude trop généralement répandue. « Il appartient plus spécialement à MM. les officiers commandant à la mer les chefs de corps et les commissaires de l'inscription, de porter à la connaissance des marins de la flotte et des militaires de divers corps les observations qui précèdent, en joignant, pour l'avenir, l'invitation de renoncer au tatouage d'une manière absolue ».

Selon que l'opération du tatouage aura été suivie d'accidents plus ou moins graves, et s'il y a lieu à une action civile ou criminelle, il pourra être fait application des articles suivants du Code civil ou du Code pénal.

D'abord les délits et les quasi-délits, d'après la loi civile.

celif™r3t2'fa7JdUtr,fa,it-,qUe/COn?U-e1d11>hOmme qui cause à autrui un dommage oblige

celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

faif tS Chacun est responsable du dommage qu'il a causé non-seulement par son fait, mais encore par sa négligence du son imprudence. °

pronrefoif'™ responsable non-seulement du dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre ou des choses que l'on a sous sa garde, etc.

Voici les articles du Code pénal:

couds' ^ZilTt^f**? qui, volontairement, aura fait des blessures ou porté des

coups, ou commis toute autre violence ou voie de fait, s'il est résulté de ces sortes de

violences une maladie ou une incapacité de travail personnel pendant plus de vingt jours,

sera puni d'un emprisonnement de deux à cinq ans et d'une amende de lèvera à 2000francs. Quand les violences ci-dessus exprimées auront été suivies de mutilation, amputation ou privation de l'usage d'un membre, cécité, perte d'un.œil ou autres infirmités permanentes,


le coupable sera puni de la réclusion. Si les coups portés ou les blessures faites volontairement, mais sans intention de donner la mort, l'ont pourtant occasionnée, le coupable sera puni de la peine des travaux forcés à temps.

Art. 311. Lorsque les blessures ou les coups, ou autres violences ou voies de fait, n'auront occasionné aucune maladie ou incapacité de travail personnel de l'espèce mentionnée en l'article 309, le coupable sera puni d'un emprisonnement de six jours à deux ans et d'une amende de 16 francs à 200 francs ou de l'une de ces deux peines seulement. Art. 319. Quiconque par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou inobservation des règlements, aura commis involontairement un homicide ou en aura été involontairement la cause, sera puni d'un emprisonnement de trois mois à deux ans et d'une amende de 50 à 600 francs.

Art. 320. S'il n'est résulté du défaut d'adresse ou de précaution que des blessures ou coups, le coupable sera puni de six jours à deux mois d'emprisonnement et d'une amende de 16 à 100 francs, ou de l'une de ces deux peines seulement. Nous discuterons plus loin, à propos des conséquences médico-judiciaires, les applications de ces différents articles de loi.

III. CARACTÈRES scientifiques. Au point de vue médico-légal, nous devons étudier successivement l'influence de l'âge, du sexe, de la profession, puis leur valeur médico-légale d'après leur siége, leurs caractères extérieurs. Nous traiterons ensuite des changements survenus dans les tatouages, des tatouages involontaires ou accidentels, des accidents produits par le tatouage, des tatouages sur le cadavre.

L'âge. Les tatouages peuvent avoir lieu à tout âge; c'est surtout vrai pour les criminels qui se distinguent par leur précocité et se font tatouer de bonne heure, et plus tard, après trente ans, quand ils sont dans les prisons. Lombroso, à la prison générale, en a trouvé sur des enfants de sept à neuf ans. Sur 89 criminels, en général, 66 avaient été tatoués entre neuf et seize ans. Nos recherches confirment celles de Lombroso et sont en contradiction avec les assertions de Tardieu et de Berchon. Le tableau suivant est très-caractéristique à ce point de vue

A 5 ans. 1 6 ails. 1 i aus. 4 8 ans. 1 9 ans. 6 10 ans > 6 11 ans 5 12 ans. 9

À 13 ans 4 H ans. 8 15 ans. 9 16 ans. 13 17 ans. 8 18 ans. 11 19 ans. 5 20ans. 6

Il résulte de mes observations, faites sur des criminels, que presque le tiers des individus avait été tatoué avant l'âge de vingt ans.

Le tableau montre encore l'influence de la vie d'atelier pour le jeune apprenti. Il en est de même pour le soldat arrivant au régiment; les uns et les autres cèdent à un esprit d'imitation.

La statistique de Hutin est à citer à ce propos. Sur les 5000 invalides habitant en 1853 l'Hôtel, 506 avaient été tatoués

Avant )'a!;ede20ans. lit

De 20 a25ans. 285

De 25 à 50 ans 59

De 50 à 40 ans 35

De 40 ¡, 5') ans. o. 5

A 52 ans. 1

A 62 ans 1

A 75 ans. 1

On a dit que des tatouages, le plus souvent; superficiels, étaient pratiqués par


des sages-femmes sur des enfants nouveau-nés placés dans les hôpitaux, afin de permettre aux mères de les reconnaître plus tard.

Cette pratique était en usage au siècle dernier, si nous en croyons Beaumarchais (Mariage de Figaro, scène XVI, acte 3)

BARTHOLO

Le fat c'est quelque enfant trouvé.

FIGARO

Enfant perdu, docteur, ou plutôt enfant volé.

LE COMTE

Volé, perdu, la preuve? Il crierait qu'on lui fait injure.

FIGARO

Monseigneur, quand les langes à dentelles, tapis brodés et joyaux d'or, trouvés sur moi parles brigands, n'indiqueraient pas ma haute naissance, la précaution qu'on avait prise de me faire des marques distinctives témoignerait assez combien j'étais un fils précieux; et cet hiéroglyphe à mon bras. (il veut se dépouillerle bras droit).

mauceline, se levant vivement

Une spatule à ton bras droit

FIGARO

D'où savez-vous que je dois l'avoir?

MARCELINE

Dieu c'est lui 1

Cette citation est d'autant plus intéressante que ces marques distinctives ou cet hiéroglyphe sur le bras droit ont un caractère nettement professionnel: c'est l'instrument dont se servait le docteur Bartholo pour remuer ou étendre ses électuaires ou ses onguents.

Tout récemment, nous avons lu dans un journal lefait divers suivant « Une jeune femme élégamment vêtue se présentait avant-hier soir, accompagnée d'un enfant, à l'hôtel du Lion d'Or, rue Lévis, et se faisait donner une chambre. Attiré, le lendemain matin, vers neuf heures, par les cris de l'enfant, le garçon d'hôtel accourut. Il trouva sur la table un billet ainsi conçu « Je préfère t'abandonner plutôt que de te tuer. Plus tard, tu porteras un nom qu'on ne peut te donner aujourd'hui ». Le billet était signé des initiales D. H. S. De plus, le petit garçon porte un zouave tatoué sur le bras droit. M. Gilles, commissaire de police, a envoyé l'enfant aux Enfants Assistés et a commencé immédiatement une enquête.

2° Le sexe. C'est surtout sur des hommes que l'on trouve le plus souvent des tatouages; quelques femmes cependant par coquetterie se font tatouer en différents endroits de la face des mouches, des grains de beauté. Le tatouage n'est pas rare chez les prostituées; même sur les femmes publiques arabes j'ai constaté que quelques-unes ont les tatouages dont nous venons de parler, soit à la commissure des lèvres, à la lèvre supérieure ou inférieure, à la joue, près de l'angle externe des paupières. J'ai les observations de trois prostituées dont les dessins représentent un portrait ou l'inscription du nom de l'ancien amant, et, à


côté ou sur l'autre bras, le portrait ou le nom d'une femme. On peut appliquer a ce fait la remarque ingénieuse faite à Paris par Parent-Duchâtelet « Si la fille est jeune, ce sont presque toujours des noms d'hommes; si elle est d'un certain âge, ce sont le plus ordinairement des noms de femmes. Dans ce dernier cas, ces noms sont toujours tracés dans l'espace qui sépare le pubis du nombril, ce qui ne se voit jamais pour les noms d'hommes. Je n'ai pas besoin d'entrer à ce sujet dans de grandes explications, on comprendra ce que cela veut dire ». »̃̃,•'

« Ces inscriptions, dit le même auteur, servent à montrer avec quelle facilité ces femmes changent d'amants et combien sont mensongères ces protestations d'attachement à la vie, à la mort. J'en ai vu plus de trente sur le buste d'une femme, dans l'infirmerie de la Force, sans compter celles qu'elle pouvait avoir sur d'autres parties du corps; et, ce qu'il faut surtout remarquer dans ces incriptions, c'est qu'elles ne contiennent rien de contraire à l'honnêteté et à la décence. Sous ce rapport, les prostituées diffèrent beaucoup des hommes avec lesquels elles vivent et dont elles ont pris les mœurs et les habitudes )). Dans l'affaire dite de Gentilly, qui, en septembre 1884, a été jugée par la Cour d'assises de la Seine, on a vu que le chef d'une bande de malfaiteurs régulièrement organisée, le nommé Meerholz, avait été surnommé par ses camarades le pacha de la Glacière parce qu'il avait un grand nombre de maîtresses choisies parmi les rôdeuses de barrière. Cet homme se plaisait à tatouer les bras de ses femmes et à leur laisser en guise de souvenir cette inscription sentimentale J'aime le pacha de la Glacière. Meerholz a été condamné à mort. Quant aux individus constituant, comme on l'a dit, le troisième sexe, aux pédérastes, MM. Tardieu et Berchon n'ont, dans leurs recherches, trouvé aucun caractère particulier. Nous avons eu, dit Tardieu, l'occasion d'examiner un nombre considérable de pédérastes, et nous n'avons trouvé chez eux rien de comparable à ce qui vient d'être dit dcs prostituées. M. Berchon arrive aux mêmes résultats et donne l'explication suivante les individus livrés a ce honteux libertinage s'efforcent de répudier ce qui pourrait nuire à leur constante préoccupation de plaire.

Dans ces appréciations de ces deux auteurs il y a un manque d'observation et un vice d'interprétation. Il ne faut pas confondre les individus adonnés à la prostitution pédéraste et ceux qui, comme les hermaphrodites moraux, ont une déviation complète ou, si l'on veut, une inversion de l'instinct sexuel; pour ces invertis, qu'ils soient atteints de saphisme ou de pédérastie, le tatouage peut être assez caractéristique. Ainsi j'ai eu des renseignements complets sur les mœurs de 67 individus condamnés pour vol, désertion, voies de fait, ventes d'effets, etc. 40 sont signalés comme ayant une bonne conduite, 8 sont des pédérastes actifs, 15 des pédérates passifs. Tous ayant passé plusieurs années dans les prisons ou les pénitenciers militaires, il y a lieu de tenir compte de ces conditions d'existence qui, éloignant pendant longtemps des hommes toute personne de l'autre sexe, peuvent développer des goûts contre nature. Voici la description des douze tatouages recueillis sur des pédérastes et qui, à ce point de vue spécial, ont une certaine importance. Quatre fois ce sont des mains entrelacées; deux fois les mains entrelacées sont surmontées des initiales; au-dessous ïamiiié unit les cœurs; les mains tiennent une pensée, au-dessus et au-dessous sont les initiales; les mains tiennent un poignard avec l'inscription à la vie, à la mort. Quatre .fois ce sont des initiales, au-dessous d'un cœur


enflammé ou. d'une pensée avec le mot amitié; quatre fois c'est le nom de « l'ami » écrit en entier. Dans un cas, il est surmonté d'un portrait. Récemment, j'ai vu sur la face dorsale de la première phalange du médius, « ce doigt infâme des Anciens », les initiales « de l'ami ». Nous trouvons un fait intéressant de tatouage de pédéraste dans les Causes célèbres (t. II, p. 6), c'est à propos de Benoît le parricide qui fut aussi l'assassin de Formange. On confronta à la Morgue Benoît avec sa victime « on souleva le bras du cadavre et on montra à Benoît deux tourterelles gravées sur la peau, tatouage infâme, hideux souvenir qu'il connaissait trop bien. Vous avez couché avec Formange pendant plusieurs mois, lui dit-on, il est impossible que vous n'ayez pas remarqué ce dessin. Alors la mémoire paraît revenir à Frédéric et son épouvantable impassibilité sembla l'abandonner ».

La profession. Les tatouages professionnels ont, au point de vue de l'identité, une importance considérable. Nous les rapprochons d'ailleurs, au point de vue historique, des emblèmes qui se trouvaient autrefois sur les

Fig. 7. Lutteur.

oriflammes, les bannières, les sceaux des corporations, les signatures parlantes des artisans (voy. les recherches de MM. Édouard Fleury, Tétard, Darras, Bryois, insérées dans les Annales des sociétés académiques de Laon et de Soissons) « la signature de Raulin est accompagnée d'une F potence, pour bien montrer qu'il est exécuteur des sentences criminelles » (Desmazes, Supplices, Prisons. Paris, 1865).


Nous rappelons aussi ce que nous avons dit des affiches et de leur interprétation par Édouard Fournier.

C'est surtout comme signe d'identité que ces tatouages professionnels ont une grande importance. Voici ceux que j'ai relevés

Ébéniste varlope, établi. Éfjuerre et compas.

Lutteur lutteur et poids. Lutteur avec haltères. Deux lutteurs. Lutteur. Poids, haltères, boulets de canon (fig. 7).

Maçon trueile, équerre, marteau, compas, fil à plomb, hachette. Truelle, équerre, fil à plomb. Truelle, équerre, compas, pic, marteau, ciseau. Truelle, pic et ciseau, fil à plomb, équerre.

Serrurier équerre, compas, clef, limes, marteau. Vis, équerre, marteau,

Fig. 8 Ferblantier

tenailles. Vis. Marteau, linio et étau. Tenailles et marteau, deux clefs entrelacées.

Peintre en bâtiment pinceaux, brosse et couteau. Pinceaux. Pot à couleurs, bouteille à essence. Pinceaux, échelle et brosses. Charretier un homme conduisant un cheval.

Ferblantier compas et cisailles. Marteaux, compas et cisailles

(15g. 8).

Palefrenier tète de cheval. Tailleur d'habit dé, ciseaux. Tailleur assis et cousant. Ciseaux et fer à repasser.

Musiciens violon avec archet. Piston. Tambour.

Charpentier compas et hache.Hache, scie et compas.

Vigneron outils de vigneron, grappe de raisin.

Veneur tête de cheval et de cerf. Boucher tête de bœuf et couteaux. Tète de bœuf, deux couteaux. Outils divers. Tète de

boeuf, masse, scie, couteau, fusil, couperet et hache-viande. Tète de bœuf, deux couteaux, fusil. Tête de bœuf, couteau, couperet, masse. Ouvrier boucher assommant un bœuf.

Tonnelier un tonnelier arrangeant une barrique, équerre et fil à plomb (fig. 9).

Marchand de chevaux une tête de cheval

Armurier un pistolet.

Menuisier un rabot.

Tailleur de pierres compas, équerre, massettes. Marteau, ciseau à froid. Compas, fil à plomb, marteau et massettes (fig. 10). Scieur de long une hache.

Couvreur enclume et marteau. Différents outils.


Marine l'inscription marine. Une ancre câblée. Une ancre.

Fig. 9. Tonnelier

Fig. 10. Tailleur de pierres

marine, tonneau et hache. Matelot avec sabre et hache d'abordage.


Mineur massettes. Barres à mines, massette, hache. Outils divers. Massette, barre à mine, pioche (fig. 11 et 12).

Fig. Il et 12. Mineur.

Boulanger balance. Insignes professionnels au complet balance, coupe-

Fig. 15. Boulanger,

pâle. Balance, coupe-pâte, tire-braise, pelle. Coupe-pâte, pelle à enfour-


ner, pain, tire-braise. Planche à enfourner, tire-braise, balance, coupe-pâte. Balance, pelle à enfourner, tire-braise. Tire-braise, balance. Pétrin et balance. Saint-Honoré, balance (fig. 15).

Jockey un jockey à cheval.

Cordonnier compas, marteau, tenailles, alènes, botte. Botte. Botte, maillet. Botte. Trousse de cordonnier. Botte à l'écuyère, au-dessous 7 instruments, signes différents du cordonnier, initiales, feuilles de laurier, 2 colombes.

Prévôt d'armes deux fleurets. Trois fleurets, honneur aux armes.

Fleurets, masque, plastron, gants. Deux sabres, deux gants, un masque. Deux gants, deux cannes.-Fleurets, masque, plastrons. Deux cannes croisées (prévôt de canne). Gant, deux chaussons (maître de chausson). -Masque, épées, plastron. Gants de combat et épée (fig. 14).

Maréchal ferrant fer à cheval, enclume, pinces, marteaux. Fer à cheval. Fer à cheval, enclume. Fer à cheval entouré de petits fers. Compas, enclume, marteau. Fer à cheval.-Fer, marteau, taillecorne, clous.

Terrassier pelle et pioche. Pelle et pioche. Pelle, pioche et brouette.

Fig. U. Maître d'armes

Bourrelier collier et autres outils.

Plâtrier truelle.

Sabotier sabot. Sabot sur une console, au-dessous quatre instruments, deux colombes, 1860, Lyon.

Peintre une palette.

Verrier Différents outils.

Tisseur navette, peignes.

Coiffeur rasoir, peignes, ciseau au-aessous, deux branches de laurier. Jardinier bêche, râteau et un coeur.

Chapelier un chapeau. a

Meunier moulin, âne et un homme avec le millésime 1850. Marchand ambulant sur le bras droit ces mots Camelot sur la ligne. Garçon de lavoir blanchisseuse dansant.

Canotier bateau et rames.

On trouvera dans mon mémoire sur les tatouages de nombreux dessins indiquant, pour différentes professions, les marques caractéristiques, celles qui ont le langage le plus significatif. Ces tatouages avaient frappé Tardieu, qui en indique quelques-uns et rappelle que lWdas victimes des assassins Lescure et Gousset, dont le cadavre en partie décomposé gardait encore sur l'un des bras l'empreinte DICT. ESC. 5" s. XYI. «


bien conservée d'instruments de charpentier et de signes de compagnonnage, put ainsi être reconnu pour l'ouvrier charpentier Chauvin.

Les mêmes observations ont été aussi faites par Berchon, qm a insiste sur l'utilité de ces signes. J'ai dans ma collection du laboratoire de la Faculté de médecine de Lyon plus de 200 de ces dessins professionnels, et cet ensemble est on ne peut plus intéressant. j

Il faut faire une catégorie spéciale pour les tatouages militaires. J'en possède un nombre considérable; tous les différents corps de l'armée sont représentés. Un certain nombre d'hommes arrivent tatoués au régiment; quelques-uns même continuent parfois, dans certains corps spéciaux (troupes d'administration. génie, etc.), leur profession antérieure; parmi ces derniers, ceux qui ne sont pas tatoués avant leur incorporation se font marquer de leurs signes professionnels. Pour la plupart des soldats, c'est, outre l'image d'un militaire vêtu de l'uniforme spécial à leur régiment, des dates commémoratives rappelant la date de naissance de tirage au sort, le numéro de la conscription, le numéro matricule, celui du régiment, la date du tatouage et même, pour les hommes des commonies de discipline, le jour de la condamnation. Un homme avait trois inscriptions c'étaient les dates successives des trois conseils de guerre qui l'avaient condamné.

Dans notre armée, le tatouage reste absolument limité aux soldats, et aux soldats peu instruits. 11 paraît qu'il n'en est pas de même en Angleterre. Je fus fort surpris un jour, recevant une lettre d'un avocat distingué de Londres qui. «près avoir lu mon mémoire dans les Annales d'hygiène, me racontait qu il avait eu l'idée de rassembler des tatouages pris sur des officiers d'armée de terre ou de mer. Un journal racontait, il n'y a pas longtemps, et je répète ce fait sous toutes réserves, que le prince Albert, fils aîné du prince de Galles, pendant un voyage autour du monde, s'était fait tatouer une ancre1.

Citons à ce propos une anecdote curieuse sur Bernadotte, le fondateur de la maison régnante de Suède. Ce 'roi n'avait jamais voulu se laisser saigner un « Nous détachons du numéro de la Revue des Deux Momies (15 juin 1881. Voyage en Svrie par Gabriel Charmes) une note qui, si elle ne prouve pas absolument que 1 héritier de la'couronne d'Angleterre est porteur d'un tatouage, démontre au moins d'une manière positive, ainsi que Thévenet l'avait constaté dès le dix-septième siècle, que la religion catholique favorise la continuation de cette coutume i t

J'ai été arrêté un jour dans une rue par un homme à figure avenante qui voulait a tout prix me faire un tatouage sur le bras pour constater que j'étais un hadji, un pèlerin, et que j'avais été à Jérusalem. Il me montrait des modèles divers; je pouvais choisir entre la croix grecque, la croix latine, la fleur de lis, le fer de lance, l'étoile, mille autres emblèmes. I/opérMion ne faisant aucun mal, je ne la sentirais pas; pendant qu'on me tatouerait, je tumerais un narghilé et je prendrais du café tout en causant avec la femme et la fille de l'opérateur, lesquelles m'adressaient d'une fenêtre les signes les plus provocants. D'ailleurs le-Tnlus grands personnages s'étaient offerts à l'épreuve qu'on me proposait. Vingt certificats <>n faisaient foi. J'ai su résister à ces nobles exemples; je ne me suis pas fait tatouer, mais ïai repris un des certificats; il montre trés-clairement que le prince de Galles a ete plus faible que moi et s'e.t laissé prendre aux beaux yeux de la fille du tatoueur. En voici le texte- je pense que personne ne sera1 assez sceptique pour douter de son incontestable •uithenlieité « Ceci est le certificat que Francis Souwan a gravé la croix de Jérusalem sur le bras de S. A. le prince de Galles. La satisfaction que Sa Majesté a éprouvée de cette opération prouve qu'elle peut être recommandée. Signé: Vanne, courrier de la suite de S. A. le prince de Galles. Jérusalem, 2 avril 1862. Je ne sais ce qu'a payé le prince de Galles, mais les simples mortels peuvent se procurer, pour 5 ou 10 francs, le plaisir de porter sur un bras ou sur une partie quelconquedu corps, une croix de Jérusalem, une croix grecque, un fer de lance une fleur de lis, etc. C'est vraiment pour rien. »


jour qu'il se trouvait très-souffrant, son médecin insista tellement que Bernadotte dut se résigner à souffrir la saignée « Je veux bien, dit le monarque, mais auparavant jurez-moi que vous ne direz à personne ce que vous allez voir sur mon bras, » et Bernadotte, retroussant la manche de sa chemise, laissa voir un tatouagereprésentant un bonnet phrygien avec cette devise Mort aux rois » » Disons, pour terminer, que nous avons relevé quelques tatouages indiquant des signes francs-maçonniques et, de même que les carbonari avaient adopté un tatouage spécial comme marque de filiation à la Compagnie, le même procédé doit être, d'après Lombroso, employé encore dans quelques sociétés secrètes

d'Italie.

des tatouages. Le siége des tatouages mérite d'être examiné. S'il a une grande importance au point de vue médico-légal, il n'en a pas une moindre au point de vue de la psychologie et de l'anthropologie criminelle. Le caractère spécial du dessin d'après sa localisation, et surtout le nombre des tatouages, sont la manifestation de cette vanité instinctive et de ce besoin d'étalage qui sont une des caractéristiques de l'homme primitif et des natures criminelles Le tableau suivant indique le nombre des tatoués d'après la distribution des tatouages suivant les différentes régions du corps

Nombre

Siége des tatouages. des sujets tatoués.

bur les deux bras et le ventre seulement. a

Sur le ventre seulement L

Sur le dos seulement i

Sur les bras et les cuisses seulement. î

Sur la poitrine seulement. /i

Sur la verge · t"

Sur tout le corps *o

Sur les deux bras et la poitrine. ff

Sur le bras gauche seulement. jL

Sur le bras droit seulement ç£

Sur les deux bras seulement i{~

J'ai vu des tatouages recouvrant tout le corps un costume complet, c'était uTk 71 de général ou d'amiral. J'ai même vu des dessins et des inscriptions sur la face. L'un avait sur le front martyr de la liberté et un serpent; l'autre avait comme inscription cette parole prophétique le bagne m'attend. Tous deux avaient subi plusieurs condamnations et étaient encore en prévention de

conseil.

Sur le ventre, au-dessous du nombril, se trouvent presque toujours des sujets lubriques, des inscriptions pornographiques telles que Robinet d'amour ̃ Plaisir des dames; Venez, mesdames, ait robinet d'amour; Elle pense à moi. Sur la verge, onze fois j'ai trouvé tatouées des bottes bottes à l'écuvère' bottes éperonnées. Dans un cas, un as de coeur, une flèche (un dard, dW l'individu), le numéro du tirage au sort. Ce dessin sur la verge est très-fré quent; j en ai quinze dans ma collection et j'en ai bien vu au moins autant .dont je n'ai pas l'observation. Ce n'est point comme on l'a cru un signe de pédérastie. Tous les hommes interrogés sur ce point ont été d'accord à dire qu'ils n'avaient ce tatouage que pour faire cet affreux jeu de mots « Je vais te mettre ma botte au ».

La poitrine est réservée pour les grands dessins, les décorations, les inscriptions amoureuses, les poignards dans le cœur, les portraits de personnes aimées. Sur le dos se trouvent les plus grands tatouages. J'ai un Jean Bart qui à


0ra,57 de hauteur sur 0m,33 de largeur; une Jeanne d'Arc et une Jeanne Hachette de 0m,41 de haut et de 0m,39 de large. Un pendu (fig. 15).

Sur les fesses des sujets lubriques verges ailées, verges à la voile, un œil sur chaque fesse, un serpent se dirigeant vers l'anus; sur chaque fesse un zouave croisant la baïonnette et soutenant une banderolle sur laquelle est l'inscription On n'entre pas; puis des dessins dont l'explication est facile à trouver: le portrait de Bismarck, un soldat, un uhlan.

Nous verrons plus tard les différents dessins qui se trouvent sur les parties siéges ordinaires de tatouages. Mais ce que je tiens à faire remarquer, c'est que

^A dit Cotele.ttt- Fig. 15.

je n'en ai jamais trouvé sur la partie postérieure et externe des cuisses. Cela se comprend. Cette région est cachée, difficile à découvrir pour exécuter le tatouage, et ne donne pas une caractéristique spéciale aux dessins comme les régions du voisinage, celles des fesses, du ventre, la verge.

5" Du caractère extérieur du tatouage. Il faut distinguer la date du tatouage le dessin lui-même.

a. La date. Rappelant ce qui a été dit dans un chapitre précédent sur les procédés de tatouages, nous dirons qu'après quatre semaines, cinq semaines au plus, un tatouage est tout à fait installé, a pris droit de demeure, et qu'il est impossible de dire à quelle époque il a été fait.


Dans nos pays, les tatoueurs font usage d'encre de Chine et de vermillon le charbon de bois pilé et délayé dans l'eau, l'encre bleue, sont parfois employés;plus rarement on fait usage de bleu de Prusse ou de bleu de blanchisseuse. L'encre de Chine occasionne une inflammation consécutive qui commence une demi-heure environ après le tatouage et, déjà affaiblie le lendemain, va en diminuant jusqu'à la fin de la troisième ou de la quatrième semaine, c'est à-dire qu'après un mois les tatouages ne changent plus d'aspect et paraissent avoir été faits anciennement. Alors les lignes tatouées sont plus larges qu'elles ne le seront plus tard et on peut les comparer aux traînées d'azotate d'argent faites sur la peau pour délimiter les érysipèles.

L'inflammation causée par le vermillon est plus persistante les croûtes donnent un prurit assez vif et souvent le tatoué arrache les croûtes avec les ongles et fait parfois disparaître certaines particularités du dessin aussi, d'une manière générale, les dessins au vermillon sont les moins bien réussis. Les croûtes du vermillon, lorsqu'elles sont tombées, laissent à la peau un aspect luisant et moiré qui dure plus longtemps. D'une manière générale, cette couleur disparaît assez vite; sur des tatouages n'ayant pas plus de cinq ou dix ans de date cette coloration avait disparu. Si nous en croyons le témoignage d'un vieillard que nous avons examiné à l'Hôtel-Dieu de Lyon et qui s'était fait tatouer vers 1815 à une époque où l'emploi du vermillon dans les tatouages était plus fréquent! il n'avait conservé d'assez évidents que les dessins faits à l'encre de Chine ou ceux dont les contours avaient été dessinés avec la même substance toutes les parties du dessin au vermillon ne se voyaient plus.

Les tatouages au bleu de Prusse deviennent vite assez pâles et ressemblent, pour ainsi dire, à des dessins lavés c'est ce que nous avons constaté sur des soldats qui avaient été tatoués à l'aide de cette substance pendant leur captivité

de J.O i \) m

Le charbon en poudre dure encore moins longtemps; il est accompagné d'accidents inflammatoires de médiocre intensité.

b. Le dessin et sa nature emblématique. C'est maintenant qu'il faut indiquer les observations que l'on peut faire en collectionnant ces dessins et en les classant. Nous avons réuni plus de 2000 tatouages, et à l'heure actuelle nous sommes obligés de nous arrêter dans cette collection, sauf pour quelques tatouages professionnels, à cause de la monotomie et de la répétition des mêmes dessins. Cette collection représente les dessins ou emblèmes relevés sur la peau de 700 individus. Voici le procédé employé. De la toile transparente est appliquée sur la partie. Le dessin apparaît très-nettement, et il est facile d'en suivre tous les contours avec un crayon ordinaire. On a ainsi une reproduction mathématique de l'image, qui devient très-visible lorsque la toile est mise sur une feuille de papier blanc. On passe alors les fraits à. l'encre bleue ou rou^e selon que le tatouage présente l'une ou l'autre coloration. Ceci fait, la toile est collée sur un carton de dimension qui varie avec la grandeur du tatouage. Au verso du carton on inscrit les indications suivantes qui constituent l'observation

Numéro d'ordre; noms et prénoms; lieu de naissance; profession et instruction; 5° date des tatouages, âge; 6° procédé employé; nombre de séances; 8° durée des séances; 9» renseignement sur le tatoueur; 10" description des tatouages; W siège; 12" coloration; 15» changements survenus dans la coloration; 14° Y a-t-il eu inflammation après les piqûres; 15» quel


temps a mis le tatouage pour s'installer; 16° quel est l'état actuel du tatouage; 17° est-il effacé; 18° effacé volontairement; 19° surcharge; 20° moralité du tatoua.

Ces indications étant toujours les mêmes, les observations sont comparables outre elles et il est facile d'en tirer des renseignements utiles. Nous divisons les tatouages d'après les dessins représentés en sept catégories distinctes que nous pouvons ranger dans l'ordre suivant

Emblèmes patriotiqueset religieux. 1:~0 profc",iol1l1els. ~0 0 inscriptions. 2~6 militaires. 280 métaphore" 4*)6 a)t)ourenx~t'roti';ucs. ~'8 fantaisi~tes.bistoriqufs. SSO 2400

Nos dessins ont été pris, pour le plus grand nombre, sur les hommes du bataillon d'Afrique, ceux que dans le langage militaire on désigne sous le nom de Zéphirs on de Joyeux; beaucoup ont deux ou trois condamnations. D'autres dessins ont été relevés sur des détenus que nous avons visités dans les prisons de Lyon une autre partie provient d'individus que nous avons eu l'occasion de voir dans les hôpitaux. En résumé, la plupart de nos dessins provient de criminels choisis surtout dans le milieu militaire. Il ne faudrait pas cependant incriminer d'une manière absolue le passage au régiment. Dans une première statistique faite à ce point de vue, sur 578 sujets examinés, 100 avaient été tatoués avant leur entrée au service, et 278 après leur incorporation. Au point de vue de la disposition à se laisser tatouer, le milieu militaire n'a pas l'importance du milieu nautique. L'influence vraie est celle de la prison dans celle-ci ou dans les ateliers pénitentiaires, il existe des individus qui, pour en retirer bénéfice ou même par distraction, tatouent leurs camarades. J'en ai trouvé un qui me disait « Ça tue le temps. J'aime à dessiner et, à défaut de papier, j'emploie la peau de mes compagnons. » Si le tatoueur n'a pas le dessin assez facile pour représenter le sujet désiré une pensée, le portrait de la femme aimée, une ancre, Jean Bart, un mousquetaire, on prend l'image dans un livre ou dans un journal, sur une boite d'allumettes, et alors c'est Garibaldi. Napoléon, Bismarck, Charlotte Corday, Mademoiselle Granier, ou même de véritables tableaux comme une chasse au lion, le martyre de sainte Blandine, la France enchaînée (fig. 10), l'accident dit dite d'Orléans sur la roule de Neuilly.

Il nous faut maintenant donner quelques renseignements sur les catégories de tatouages que nous avons indiquées plus haut

Emblèmes patriotiques et religieux. Parmi les plus caractéristiques nous citerons Diable. Vertus théologales. -Saint-Esprit. -Calvaire. Crucifix% Sœur de charité. Un grand nombre de saints et de saintes, des tombeaux l'un est accompagne de cette inscription Sur la tombe de ma tante dont je suis héritier. Il est a remarquer comme signe de races que les tatouages religieux sont plus fréquents en Italie qu'en France, ainsi que cela ressort des observations de Lombroso. Des signes franc-ntaçonniques. Nous avons le tatouage d'un ancien marin représentant trois triangles au centre de chacun desquels se trouve un point. Il avait été tatoué à l'âge de seize ans, étant à bord


d'un paquebot, par son cousin, enseigne de vaisseau, qui l'avait initié à la francmaçonnerie. Des trophées ou panoplies patriotiques, des têtes de Prussiens, des uhlans, des casques, les armes de Strasbourg et de Metz, des Alsaciennes d'après le tableau de IIenner, des croix de la Légion d'honneur, des médailles militaires, des croix de commandeur autour du cou, des bustes de la Répu-

Fig. 16.

bliqzie, presque tous avec le bonnet phrygien, comme si cette [partie du costume était, dans cette allégorie, la condition indispensable et admise par tous. 2° Nous avons parlé plus haut des emblèmes professionnels.

Emblèmes. Inscriptions. Ainsi que nous l'avons déjà dit, ces inscriptions sont caractéristiques pour les militaires d'autres fois ce sont des sentences, des formules, des proverbes, un cri de colère ou de vengeance, c'est la manifestation évidente d'une nature en révolte contre la société (6g. 17 et 18). Voici les plus fréquentes de ces inscriptions Enfant du malheur. Pas de chance. Souvenir d'Afrique. A frique. Ami du contraire. Amitié. Mort aux femmes infidèles. Pensez à moi. Enfant du malheur né sous une mauvaise étoile. Vengeance. Enfant de la gaîté. Le passé .m'a trompé, le présent me tourmente, l'avenir m'épouvante. Honneur aux armes. Souvenir de vengeance d'un ami de captivité. Vit seul, car les amis sont morts. Vive la France et les pommes de terre frites. Arrive qui plante. Toujours le même. Mort aux bêtes brutes. Martyr de la liberté. Mort aux tyrans. Honneur aux martyrs. La vie n'est que déception. Plutôt la mort que de changer. Ami des frères à la côte. jllort aux officiers français. Mort aux chaous. Malheur aux vaincus. Mon bras aux amis. Mort aux rois. Gare la bombe. Sans-Souci-la-


Violette. A la vie, à la mort. La liberté ou la mort. Au bout du fossé la culbute. Haine et mépris aux faux amis. La gendarmerie sera mon tombeau. Renverse tout, zne, etc., etc.

Fig. lï. Fig- 18-

Emblèmes militaires. Nous avons des dessins de tous les différents corps de l'armée de terre; les dessins de marins sont naturellement moins nombreux. Le plus souvent c'est un soldat en grande tenue, debout, quelquefois assis, si le dessin a été copié sur un portrait photographique. Presque toujours les cavaliers sont représentés à cheval. Les scènes militaires sont plus rares; ce sont des marins tuant un offieier anglais avec l'inscription au-dessus Mort aux Anglais. Un paysage algérien, des soldats revenant de la corvée au fourrage et au-dessous l'inscription Souvenir de ma cassation. Un caporal enseignant l'exercice du fusil à deux hommes et au-dessous Une, deux, un, deux.

Emblèmes métaphores. Nous ne pouvons que répéter ce que nous avons dit dans notre premier mémoire sur les caractères de ces curieux emblèmes. L'intérêt qu'ils présentent est considérable. L'esprit du peuple s'y montre sous son vrai jour et dans toute sa naïveté. Que demandent en effet les natures peu instruites? La représentation objective ou symbolique d'une idée ou d'un groupe d'idées. De là la grande fréquence des cœurs percés, des étoiles (étoiles de bonheur ou de malheur), des ancres (ancres de marine, de salut, de sauvetage), des mains entrelacées (serment d'amour ou d'amitié), des mains entrelacées tenant une pensée avec des initiales (c'est un tatouage que j'ai trouvé sur plusieurs pédérastes), des poignards dans la région mammaire gauclie (c'est le poignard dans le cœur, une blessure mortelle, une plaie toujours ouverte et sur les bords de laquelle le dessinateur ne manque jamais de figurer trois ou cinq gouttes de sang). Le poignard est l'instrument tragique, celui qni impressionne le plus. On ne le trouve pas représenté seulement sur la poitrine, mais encore sur d'autres parties. Je l'ai vu sur les bras, dans le dos, à la partie antérieure des cuisses. Souvent ce sont deux poignards croisés ou bien deux


mains tenant ensemble un poignard et au-dessous l'inscription A la vie, à la mort.

Mais l'emblème le plus répandu est la pensée. On peut même dire que c'est presque l'unique espèce de la flore des tatoués. Sur 97 fleurs, je relève 89 •pensées, 8 fleurs diverses telles que fleurs exotiques, roses, une seule marguerite. La fleur chantée par les poètes et que recherchent, disent-ils, les amoureux, n'a aucun caractère symbolique dans le milieu populaire. L'homme du peuple n'admet réellement que la pensée. C'est la fleur du souvenir et même de l'espérance. Une pensée est suivie ou plutôt surmonte les mots A moi, à ma mère, à ma sœur, à Marie. C'est une fleur parlante; très-souvent le portrait de la femme aimée se trouve sur la fleur elle-même, sur ses pétales au-dessous le nom de la femme A Marie, à Rosalie, à Constance.

La faune des tatoués n'est pas plus variée, et ce ne sont pas les animaux domestiques qui y occupent le premier rang. En tète le lion, c'est le roi des animaux puis vient le serpent. Ce sont ensuite les tigres, les chiens, les pigeons messagers portant une lettre, des tourterelles tenant dans leur bec une fleur Emblèmes amoureux et erotiques. II faut faire entrer dans cette classe les tatouages qui ont été faits sous l'empire de l'instinct génital. Ce sont des bustes de femmes, des femmes nues, des dessins représentant le coït debout, des verges (verges ailées, verges à la voile, phallus dans les situations les plus bizarres), puis une foule de scènes lubriques et qu'il est absolument impossible «[indiquer. Ceux que nous appelons les tatoués indifférents, c'est-à-dire qui ne désirent pas avoir le portrait-de leur maîtresse, mais d'une femme quelconque se font tatouer une cantinière, une actrice, une ballerine, une danseuse de corde, une jongleuse, une écuyère, la femme-canon. Sur le bras gauche d'un détenu il y avait écrit ces mots Quand la neige tombera noire, Augustine B. me sortira de la mémoire. Le professeur Salvioli, cité dans l'Archivio de Lombroso (1885, p. 204), a observé un vieillard de soixante-dix ans qui, six ans avant, étant amoureux, s'était tatoué sur le bras un cœur percé d'une épée avec cette inscription Marie, jure de me venger en tout. 1878.

7° Emblèmes fantaisistes, historiques. Comme nous l'avons dit plus haut, ils sont sous la dépendance de la fantaisie du tatoué, mais surtout du tatoueur. Beaucoup de tatoués ignorent la signification des tatouages dont ils sont porteurs. C'est une gazelle, un coq, une poule, un lièvre, un bouc, un cafard, un bousier, un Indien, un Chinois, des Canaques. Il y a un assez grand nombre de sauvages et d Arabes; ou encore un palmier, un voyou de Paris, un vase de fleurs, un pot de chambre, un revolver, un aloès, des types de femmes de différents pays; puis des dessins allégoriques, le char de la fortune, des amours, des pages, des lutteurs, des clowns.

Il y a peu de personnages mythologiques; les plus" fréquents sont les Sirènes, les Bacchus, quelques Vénus, un Apollon, un Cupidon. Parmi les personnages historiques, nous citerons des soldats romains, des Gaulois, des chevaliers, une cinquantaine de mousquetaires, parmi lesquels cinq fois le portrait de d'Artagnan. Jean Bart est plus populaire encore, surtout parmi les marins; puis viennent les Napoléon (surtout le premier), Marie Stuart, Jeanne dArc, Charlotte Corday, Jeanne Hachette, Abd-el-Kader, Garibaldi, Gambetta Bismarck Mangin (le marchand de crayons), Jules Gérard, Denis Papin, Anne d Autriche, Turenne, duc de Morny, etc.

8° Tatouage des aliénés. Quelques médecins italiens, tels que Zani (à


Reggio), Livi (à Sienne), Paoli (à Gênes), Lombroso, ont étudié le tatouage chez les aliénés.

Pour Lombroso, le tatouage peut être un moyen de distinguer le criminel du fou. En et'fet, bien que celui-ci ait, comme l'autre, la réclusion forcée, la violence des passions, les longs loisirs, et ait recours aux plus étranges passetemps, tels qu'arroser des pierres, coudre des vêtements, écrire sur les murs et barbouiller des rames entières de papier, très-rarement l'aliéné se fait des dessins sur la peau. Sur 800 fous de Pavie et de Pesaro, Lombroso ne trouve que quatre tatoués, et tous l'avaient été avant le début de l'aliénation de même Zani et Livi, quilui ont communiqué leurs recherches, pensent que le petit nombre de fous tatoués qu'ils ont observés l'avait été en prison. A Sienne, on en a trouvé 11 sur 500. Sur ces 11, 6 avaient été tatoués dans les prisons. Quelques-uns de ceux-ci, après leur arrivée à l'asile, se firent avec de la poudre de brique des tatouages confus et indéchiffrables.

Ils essayaient aussi de tatouer quelques-uns de leurs camarades de l'asile, mais ne réussirent pas mieux. Il est même probable, dit Lombroso, que le tatouage mal réussi et confus pourrait peut-être permettre de différencier l'œuvre d'un fou de celle d'un criminel dans le cas très-rare où celui-ci aurait eu à exercer son art dans une asile.

Le docteur de Paoli a publié une note sur le tatouage à l'établissement d'aliénés de Gênes (1879) qui a été analyste par le docteur Cougnet. L'auteur a observé le tatouage sur les aliénés ordinaires et sur les aliénés criminels. Il trouve 18 tatoués sur 275 aliénés. Ces 18 aliénés se divisent en 7 aliénés communs, 5 l'avaient été avant leur entrée à l'asile. Il n'y en a que 2 qui se soient tatoués dans l'établissement.

Les 11 autres sont manifestement des criminels, ainsi que le prouve Cougnet, et rentrent dans la catégorie étudiée par Lombroso. En résumé, c'est une nouvelle preuve des rapports du tatouage et de l'atavisme, puisque, ainsi qu'on le voit bien, l'atavisme n'a aucune influence sur la folie.

Tout récemment, dans l' Archivio de Lombroso (1885, p. 43), la question du tatouage chez les aliénés a été étudiée par le docteur Alberto Severi, qui a observé des tatouages sur les fous des asiles de Sienne, de Lucques, de Florence, et en a trouvé 4C sur 1157 hommes. Il n'en a pas trouvé un seul sur 1200 aliénés. Son but était d'établir s'il y avait un rapport quelconque entre le symbole exprimé par le tatouage lui-même et la nature du délire. Il résulte de ses recherches qu'il n'existe aucune relation, mais d'autres faits peuvent s'ajouter à ceux observés par Paoli et Severi et la question reste posée. Ce dernier médecin a surtout trouvé parmi les tatouages des emblèmes religieux, mais il fait observer avec raison que c'est peu important parce que ces aliénés étaient des provinces de Lucques ou de Livourne qui se font remarquer par leur sentiment religieux exagéré. Severi se demande encore si le tatouage est plus fréquent chez les fous dégénérés qui présentent le caractère d'infériorité psychique propre aux races inférieures. En résumé, il faut admettre avec Lombroso {['Homme criminel, 5e édition, p. 525) que bien rarement les aliénés se tatouent de vrais dessins sur la peau.

9° Tatouage des criminels. C'est un nouveau chapitre à faire, car les criminels ont des tatouages caractéristiques par leur nombre, leur généralisation, leur siège et, s'il est possible de dire, par le langage mystique, obscène ou haineux des dessins. Sur le front, des croix, des étoiles, des comètes, une


araignée, ou des inscriptions telles que celles-ci Martyr de la liberté; Mort aux bourgeois; le bagne m'attend; sur les joues un jeu de dames ou de dominos.

J'ai déjà dit que la collection du laboratoire renfermait une série de dessins tellement orduriers que la description serait difficile même en latin; et, à ce propos, nous nous sommes demandé si un individu ainsi tatoué qui se montrerait nu, par exemple, aux bains publics, ne pourrait pas être poursuivi pour attentat aux mœurs, en vertu de l'article 287 du code pénal.

Chez les criminels les inscriptions sont des cris de haine, de menace Mort aux gendarmes, Mort aux officiers français, La m. vaut mieux que la France entière. Une tête de gendarme menacée par un poing fermé. Barret, voleur assassin, décapité à Lyon en 18Ô6, avait sur le bras gauche cette inscription

MORT AUX GENDARMES

15

Au laboratoire se trouve un des tatouages de Seringer, parricide, décapité à Lyon en 1878; c'est une fortune ailée tenant un caducée le tout d'un dessin correct. Sur un des bras se trouvaient les mots Pas de chance. Nous possédons aussi un tatouage de Laurent, assassin, exécuté à Lyon en 1 873 c'est une femme tenant, d'une main, une épée, de l'autre, un drapeau au-dessous le mot LIBERTÉ. Droin, qui assassina en 1881 la fille L. à Lyon, rue de la Charité, et se jeta ensuite dans le Rhône, avait sur le bras droit un dessin représentant une statue de la Liberté.

Nous avons cité plus haut les tatouages du pacha de la Glacière et de Benoît le parricide. Philippe, l'étrangleur des prostituées, était aussi tatoué; il avait sur le bras droit ces mots Né sous une mauvaise étoile. Montely, l'assassin du garçon de banque d'Orléans avait sur son bras un tatouage représentant une femme en bleu et rouge. Deux des assassins de Mme Ballerich (1884) étaient tatoués. Gamahut avait sur le bras droit une tête de souteneur et au-dessous Gamahut, en lettres capitales. Midi portait sur le bras gauche deux colombes et au-dessous ces mots J'aime les femmes. Lombroso cite un ancien marin piémontais, filou et homicide par vengeance, qui avait sur la poitrine, audessous de deux poignards, cette inscription Je jure de me venger. Fieschi, avant sa fameuse tentative régicide, avait été condamné pour faux, et, à cause de cela, rayé des cadres de la Légion d'honneur. En prison, il se tatoua une croix sur la poitrine « Heureusement, disait-il, que celle-là au moins ils ne me l'enlèveront pas ». Il y a un bien curieux exemple de criminel dans le livre de M. Simon Mayer (Souvenirs d'un déporté, p. 83, 1880). « Ce Malasséné était le forçat le plus terrible qu'il est possible de représenter. Taillé en hercule, il ̃eût tenu tête à dix hommes. Il était couvert de tatouages, depuis les pieds jusqu'aux épaules. Ces figures représentaient des figures grotesques ou terribles. Sur la poitrine, il s'était profondément gravé une guillotine rouge et noire, avec cette phrase en rouge

J'AI MAL COMMENCÉ

JE FINIRAI MAL

C'EST LA fin QUI RI'ATTEND

Sur le bras droit, sur le bras qui avait commis le crime pour lequel Mâlas-


séné était au bagne, ce malheureux avait osé se faire 'graver cette inscription

MOUT A LA CHIOUItME

Mulasséné n'avait peur de rien. Il eût reçu douze coups de corde sans crier. Fanfaron de l'échafaud, il eût tué n'importe qui pour rien. »

Dans notre mémoire sur le tatouage, p. 101, nous avons, à ce propos, cité un assez grand nombre de graffiti ou tatouages des murailles que nous avons relevés dans la chambre des accusés de la cour d'assises de Lyon; depuis nous en avons pris de nouveaux dans les cellules des détenus. Ces graffiti ont les mêmes caractères que les tatouages des criminels.

En résumé, dans ces dessins emblématiques, il y a, ainsi que nous l'avons fait voir, une source précieuse de renseignements sur la nature des idées morales des tatoués leur pensée ordinaire, les images qui leur sont chères, leurs souvenirs intimes, parfois inavouables, et même leurs projets da vengeance cyniquement formules.

Tout cela inscrit ou figuré dans une forme, ou forte, ou simple, mais toujours naïve, et (lui donne à quelques-uns de ces dessins la vigueur ou la sensibilité que l'on trouve dans certains chants populaires.

Le médecin légiste doit savoir tirer parti de tous les détails. Si les cicatrices sont parfois des signes précieux, d'après leur aspect et leur siège, elles permettent tout au plus de reconstruire les circonstances d'un événement. Les tatouages, au contraire, par leur variété et leur nombre, marquent souvent les étapes de la vie d'un individu, et parfois sa nature morale. Ce sont des cicatrices parlantes. En médecine judiciaire, il n'existe pas de meilleurs signes d'identité par leur caractère de permanence, de durée, la difficulté à les faire disparaître.

Pour constater l'identité d'un individu, on peut suivre la règle de conduite qu'Auguste avait adoptée pour faire surveiller sa fille Julie. « Il défendit, dit Suétone, qu'aucun homme, ou libre on esclave, l'approchât sans qu'il en fût instruit et sans qu'il connût par lui-même son âge, sa taille, sa couleur et jusqu'aux marques qu'il pouvait avoir sur le corps » (Auguste, eh. lxv, traduction La Harpe).

Vidocq cite deux exemples d'identité fournis par le tatouage. Il raconte une scène de duel « A peine suis-je en garde que, sur ce bras qui oppose un fleuret à celui que j'ai ramassé, je remarque un tatouage qu'il me semble reconnaître c'était la figure d'une ancre dont la branche était entourée des replis d'un serpent. Je vois la queue, m'écriai-jc, gare à la tête et en donnant cet avertissement je me fendis sur mon homme que j'atteignis au téton droit. Il fallut lui découvrir la poitrine j'avais deviné la place de la tète du serpent, qui venait comme lui mordre l'extrémité du sein: c'était là que j'avais visé. » Vidocq avait ainsi reconnu un forçat évadé, un de ses camarades du bagne de Toulon (Mémoires, ch. xix, p. 126).

Dans ses Mémoires, chapitre ix, Vidocq raconte qu'il se fit passer pour un nommé Duval, né à Lorient, déserteur de la frégate la Cocarde. Arrêté pour ce fait de déserteur, il rencontra en prison un marin qui lui donna des conseils pour faciliter cette substitution de personne « A coup sûr, vous n'êtes pas le fils Duval, car il est mort il y a deux ans à Saint-Pierre Martinique. Personne n'en sait rien ici, tant il y a d'ordre dans nos hôpitaux des colonies. Maintenant, je puis vous donner sur sa famille assez de renseignements pour que vous vous


fassiez passer pour lui-même aux yeux des parents cela sera d'autant plus facile, qu'il était parti fort jeune de la maison paternelle. Pour plus de sûreté, vous pouvez d'ailleurs feindre un affaiblissement d'esprit causé par les fatigues de la mer et par les maladies. Il y a autre chose avant de s'embarquer, Auguste Duval s'était fait tatouer sur le bras gauche un dessin comme en ont la plupart des soldats et des marins; je connais parfaitement ce dessin c'était un autel surmonté d'une guirlande. Si vous voulez vous faire mettre au cachot avec moi pour quinze jours, je vous ferai les mêmes marques de manière que tout le monde s'y méprenne. » Vidocq explique l'intérêt que lui portait son compagnon par ce désir de faire pièce à la justice dont sont animés tous les détenus pour eux, la dépister, entraver sa marche ou l'induire en erreur, c'est un plaisir de vengeance qu'ils achètent volontiers au prix de quelques semaines de cachot. » Les deux compagnons se firent facilement punir. « A peine étions-nous enfermés que mon camarade commença l'opération, qui réussit parfaitement. Elle consiste tout simplement à piquer le bras avec plusieurs aiguilles réunies en faisceau et trempées dans l'encre de Chine et le carmin. Au bout de quinze jours, les piqûres étaient cicatrisées au point qu'il était impossible de reconnaître depuis combien de temps elles étaient faites. Mon compagnon profita de cette retraite pour me donner de nouveaux détails sur la famille Duval, qu'il connaissait d'enfance, et à laquelle il était même, je crois, allié; c'est au point qu'il m'enseigna jusqu'à un tic de mon sosie.

Ces renseignements me furent d'un grand secours, lorsque, le seizième jour de notre détention au cachot, on vint m'en extraire pour me présenter mon père que le commissaire des classes avait fait prévenir. Mon camarade m'avait dépeint ce personnage de manière à ne pas s'y méprendre. En l'apercevant, je lui saute au cou il me reconnaît; sa femme, qui arrive un instant après, me reconnaît; une cousine et un oncle me reconnaissent me voilà bien Auguste Duval, il n'était plus possible d'en douter, et le commissaire en demeura convaincu lui-même. Mais cela ne suffisait pas pour me faire mettre en liberté comme déserteur de la Cocarde, je devais être conduit à Saint-Malo, puis traduit devant un conseil de guerre. A vrai dire, tout cela ne m'effrayait guère, certain que j'étais de m'évader dans le trajet. Je partis enfin, baigné des larmes de mes parents et lesté de quelques louis de plus. ». C'est le chapitre que Yidocij intitule malicieusement La voix du sang.

Ces observations intéressantes peuvent être rapprochées, au point de vue médico-légal, de l'affaire Tichborne qui a eu un si grand retentissement en Angleterre, affaire dans laquelle la durée des tatouages à joué une certaine importance.

Nous empruntons ce récit à la dernière édition de Taylor qu'a traduite mon excellent ami et collaborateur M. le docteur H. Coutagne

« Les questions médico-légales liées à la. présence ou à l'absence de marques de tatouage sur la peau ont été jusqu'ici limitées à la preuve ou à la réfutation de l'identité d'individus accusés de crimes.

« Il y a probablement eu dans ce siècle peu de procès qui aient excité un plus grand intérêt dans le public et donné lieu à une discussion plus prolongée que ̃celui qui est connu sous le nom d'affaire Tichborne (procès civil Tichborne contre Lushington, 1871-72, et procès criminel Castro ou Tichborne, août 1875). La question en litige portait entièrement sur une identité de personne. Un homme ̃qui s'appelait lui-même sir Roger Tichborne réclamait certains biens cela donna


lieu devant le tribunal des plaids communs à un procès d'expulsion qui dura trois cents jours, à la suite duquel cet homme fut débouté de ses prétentions et mis ensuite en jugement pour un grand nombre de faits d'imposture. Après un procès sur ce second point, qui eut la durée sans exemple de cent quatre-vingthuit jours, le prétendant fut reconnu coupable d'imposture et condamné à la servitude pénale.

'( Roger Charles Tichborne avait été perdu en mer en avril 1854. Personne de ceux qui se trouvaient sur le même navire ne fut revu depuis on n'en entendit même jamais parler. Au moment de son départ pour l'Angleterre, en 1852, le véritable Roger avait à la partie interne de l'avant-bras gauche certains tatouages de couleur bleue représentant une croix, un cœur et une ancre. Ces marques avaient été vues distinctement avant son départ de l'Angleterre, pendant une période de six ans, par sa mère, son tuteur et un certain nombre d'amis des deux sexes auxquels il les avait montrées à dessein de temps en temps. Lord ISellew, camarade d'école de Roger, déposa qu'en 1847 et en 1848 il avait vu sur son bras la croix, le cœur et l'ancre, et qu'il avait lui-même ajouté à ces symboles par le tatouage les lettres R. C. T, faites avec de l'encre indienne et longues d'un demi-pouce. Le même jour qu'il avait tatoué le bras de Roger, ce dernier lui avait également tatoué, sur le bras, une ancre. Le tout avait été fait le même jour et avec les mêmes objets. Vingt-cinq ans s'étaient écoulés depuis qu'ils s'étaient ainsi tatoués l'un l'autre, mais l'ancre persistait toujours, et le témoin montra son bras au jury à l'appui de sa déclaration.

On prouva ensuite que, comme on avait essayé de saigner le véritable Roger aux bras, aux pieds et à la tempe, avantqu'il quittàt l'Angleterre, il devait y avoir des cicatrices indiquant ce fait. Étant enfant, il avait eu aubras, pendant deux ans, un cautère qui, une fois enlevé et guéri, avait laissé une cicatrice large et protonde. Ces faits furent attestés par plusieurs témoins dignes de foi. La dépression du bras laissée par ce cautère avait été vue par eux pendant neuf ans après qu'il avait été enlevé. Tels étaient les faits prouvés d'une façon satisfaisante par rapport à l'héritier réel.

« Douze ans après le naufrage de la Délia le demandeur Castro, qui résidait en Australie, éleva pour la première fois des prétentions à l'héritage, annonçant qu'il était Roger et avait été sauvé du naufrage. Mais il fut prouvé qu'il n'avait agi ainsi qu'après que les journaux australiens eurent publié qu'on offrait une récompense pour la découverte de tout survivant de la Bella

t On recueillit une grande quantité de témoignages pour et contre l'identité du demandeur. Nous n'avons à considérer ici que les preuves médicales tirées des tatouages et des cicatrices. Cet homme n'avait sur sa personne aucune marque de tatouage, ni aucun signe indiquant qu'il eût été tatoué. Son médecin, le docteur Lipscomhe, l'avait examiné avec un résultat négatif à ce point de vue, et, pour ajouter à la force de cette preuve, le demandeur lui-même niait avoir jamais été tatoué. Quant aux cicatrices, la preuve fit également défaut. Sir W. Fergusson, appelé comme témoin par lui, et d'autres chirurgiens, examinèrent ses bras, son front et ses pieds, sans trouver de cicatrices semblables à celles qui auraient suivi une saignée. Il avait bien quelques marques sur les pieds près des chevilles, mais elles n'avaient pas été produites par des incisions faites pour la saignée du pied. Il n'avait aucune marque ni dépression sur le bras où le véritable Roger avait eu un cautère.

« A moins que nous ne consentions à admettre qu'un homme puisse être


tatoué et n'avoir aucune connaissance du fait, c'est-à-dire qu'il ait été tatoué sans en avoir conscience, et que toutes les marques aient disparu avant qu'il les ait vues, il est impossible que le demandeur ait pu avoir été Roger Charles Tichborne, l'héritier des biens. La persistance des marques a été prouvée clairement par lord Bellew. Il en était de même par rapport aux cicatrices. Aucune d'elles ne rendaient l'histoire du demandeur seulement plausible, et, rapprochées des marques de tatouage, elles étaient en contradiction absolue avec son assertion. En s'appuyant seulement sur ces faits médicaux, il y en avait assez pour rejeter sa demande et le convaincre d'imposture; mais il y avait une accumulation d'autres preuves basées sur les faits antérieurs, l'éducation, les voyages et les habitudes de l'héritier perdu, qui montraient clairement qu'il s'agissait d'une plainte fausse. Il est déjà surprenant que cet imposteur ait pu pendant si longtemps échapper à la justice et en imposer à un grand nombre de personnes. Cela indique, comme le prétend un écrivain, un manque de sens commun et une éducation imparfaite chez une grande proportion du peuple anglais. »

Des changements dans les tatouages. Le 10 septembre 1849, on trouva dans les environs de Berlin le corps d'un homme dont la tête avait été détachée celle-ci fut rencontrée à quelque distance, mais tellement défigurée, qu'il fut impossible de le reconnaître. On pensa que l'individu assassiné était un nommé G. Ebermann et qu'il avait été tué par un individu nommé Schall. Il fut bientôt acquis que, si le cadavre était celui d'Ebermann, Schall était le meurtrier donc l'innocence ou la culpabilité de cet homme était absolument liée à une question d'identité. Les témoins affirmèrent qu'Ebermann avait sur l'avant-bras gauche des tatouages au vermillon représentant un cœur et les lettres J, E., mais d'autres personnes dirent n'avoir pas vu ces tatouages, et les médecins qui avaient procédé à la levée du corps n'en avaient pas fait mention.

On demanda donc aux médecins légistes si des tatouages ayant existé avaient pu disparaître un expert dit que les tatouages bien pratiqués ne s'effacent jamais, un autre n'osa pas se prononcer; Casper, qui eut à résoudre la question et ne possédait pas alors des documents suffisants pour y répondre, se rendit à l'hôpital des Invalides de Berlin où il espérait trouver des militaires tatoués. Il en rencontra 56 sur lesquels il rechercha les parties du corps qui avaient été autrefois marquées.

Chez trois de ces vieux soldats, le tatouage avait pâli; chez deux, les marques étaient plus ou moins effacées, chez quatre elles avaient totalement disparu. Casper en conclut que sur Ebermann le tatouage avait bien pu aussi s'effacer donc, les marques du tatouage pouvant disparaître, on voyait aussi disparaître les doutes relatifs à l'individu assassiné. Schall fut condamné à mort. Cette affaire fit grand bruit, et le docteur Hutin, chargé, en 1853, du service des Invalides à Paris, étudia à nouveau la question. Sur les 3000 invalides il trouva, avons-nous déjà dit, 506 tatoués 182 avaient été tatoués à une seule couleur, et 324 à deux couleurs.

Pour les premiers, nous notons, comme couleur employée, vermillon, encre de Chine, poudre écrasée, bleu de blanchisseuse, encre à écrire, charbon écrasé. Pour les seconds, c'est une de ces couleurs, plus le vermillon. Pour les 182 tatoués à une seule couleur, le tableau ci-après indique les modifications suivantes


J:ii ~G.G~p ~g S

I SM Si e S « 1

â g ô ~'k1 -<: g

B en apparents 16 32 59 l 2 1 1 32 Pâlis 19 10 i » 2 » » 35 Partiellement effaces.. 5-2 10 2 » » » » ii Entièrement eflacés..il » » » » » » 11 Toiai-x 78 !iï 45 i t 'i 182 182

Pour les 524 tatoués à deux couleurs

Deut couleurs. liouge seul. Noir seul.

Bien apparentes. 144 7 130 Pâlie» 28 39 1 Partiellement effacées 15 ;i8 > Entièrement effacées » 33 3

D'où l'on peut conclure, au point de vue des rapports de la date avec la durée du tatouage

Sur 524 tatoués, des tatouages sont très-apparents après un espace de quatre à soixante-cinq ans; sur 117, ils sont partiellement effacés après un espace de vingt à soixante-quatorze ans; sur 47, ils sont complétement effacés après un espace de vingt-huit à soixante ans.

Le docteur Hutin termine par ces conclusions Les traces de tatouage ne sont pas indélébiles il en est qui s'effacent sans qu'il soit possible de leur assigner aucune limite de durée. Leur disparition se trouve, selon toute probabilité, en rapport avec la profondeur des piqûres, la nature de la matière colorante employée et les frott.ements plus ou moins rudes que les parties tatouées peuvent subir.

La question fut reprise presque au même point de vue, deux ans après, par Tardieu, qui n'examina que 51 individus présentant 76 tatouages faits avec 8 couleurs différentes, et donnant plus de 100 images variées; sur 44 à une seule couleur, il en trouve 2 de disparus; sur 59 tatouages à deux couleurs, un seul n'existe plus. Pour Tardieu ce n'est pas l'ancienneté du tatouage qui est la cause de disparition, c'est surtout le peu de profondeur de l'incrustation et plus encore la nature de la matière colorante employée. C'est pour cela que presque tous les tatouages observés par Casper et faits au vermillon avaient disparu. D'une manière générale, le vermillon, les encres végétales bleues ou rouges, tiennent moins longtemps que l'encre de Chine, le noir de fumée et le bleu de blanchisseuse. Ajoutons que le siège du tatouage a de l'influence et qu'il résiste moins bien dans les parties où la peau est moins épaisse. A son tour M. Berdion étudia de nouveau les transformations dans les tatouages, et avec lui nous distinguerons des tatouages disparus, effacés, substitués ou surajoutés, simulés, et même des tatouages masquant des cicatrices ou des altérations de la peau.

Le tableau suivant que nous avons publié indique les substances employées et les modifications que le temps ou autres causes avaient amenées dans les tatouages.


i^

TATOTTAfF TATOUAGE DISPARU TATOUAGE TATOUAGE

TATOUAGE TATOUAGE ayant

CfLII\Gt:

AYA5T PALI. AVEC PAR I.VFLAB- MR IBÊS-iîEI DE

LE TEJtPS NATION. ACCIDENT. COBLEUR.

Encre de Chine. S » » b Vermillon. 2 8 7 2 Chari.on i5 2 » » o Encre ordinaire. 5 » » »

Bleu dd Prusse 1 Noir de fumée et noir

de lampe » » n Charbon de terre. « i S 1>

Ce tableau montre qu'en effet les tatouages peuvent s'affaiblir et disparaître d'après la matière colorante employée. Il est certain que l'encre de Chine est la substance la plus indélébile, tandis que le vermillon est la moins tenace. Il faut aussi mentionner le bleu de Prusse souvent employé chez des hommes tatoués en Allemagne. Ces tatouages au bout d'un certain temps prennent l'aspect de taches d'encre lavées. La nature de la substance nous paraît plus importante que la profondeur de la piqûre, en admettant, bien entendu, ce qui est nécessaire pour que le tatouage ait lieu, que le dépôt de la matière colorante ait été lait dans le derme. Si deux tatouages faits à la même époque n'ont pas été piqués dans des conditions identiques et avec la même précision de main, ils ne semblent pas en effet contemporains. Nous connaissons un homme qui s'est tatoué lui-même sur le bras droit deux épées entre-croisées et sur le bras gauche une équerre et un crayon, les emblèmes de sa profession. Ce dernier tatouage est bien plus marqué que l'autre; cela tient à la difficulté qu'avait la main gauche, l'homme étant droitier, à l'aire des piqûres sur le bras droit, ce qui a donné alors un dessin aux contours mal marqués et comme hésitants. Quand les tatouages ont été faits pendant l'enfance, outre que la coloration du dessin s'affaiblit, ses contours se modifient aussi en se rapétissant et en se concentrant pour ainsi dire. Il serait peut-être intéressant de suivre, à l'aide du procédé de décalque que j'ai indiqué, les modifications éprouvées par l'évolution et le développement des tissus. L'observation pourrait être aussi faite, pendant la grossesse, sur les tatouages placés entre le pubis et l'ombilic. Nous rappelons que cette région est fréquemment le siège de dessins chez les prostituées et que, par conséquent, il est assez facile d'éclwrcir ce point. Lorsqu'une cause pathologique, accidentelle ou la putréfaction modifient l'état de la peau, les tatouages subissent des changements qui les rendent méconnaissables ainsi, lorsque les parties sont le siège d'emphysème, d'œdème, ou que la peau est boursouflée ainsi qu'il arrive chez les noyés. Quand au contraire la peau est raidie, ilétrie, par exemple chez les gens amaigris ou chez les vieillards, il faut, pour avoir une idée exacte du tatouage, tendre cette peau, c'est-à-dire la mettre dans les conditions où elle se trouvait quand le tatouage a été fait. Parlons maintenant des tentatives usitées pour faire disparaître les tatou'ao-es Elles sont très- fréquentes; le tatoué veut à tout prix se débarrasser d'un dessin trop visible ou de mauvais goût, fait par esprit d'imitation ou dans un moment d égarement. La tentative peut être aussi le fait d'un criminel qui cherche à se débarrasser d'un signe d'identité compromettant. On trouve dans la brochure de DICT. ENC. 3" S. XVI.. f |Q


M. Berchon (page 91) une série d'anciens documents qui contiennent, sous le nom de curation des stigmates, les recettes données par Aétius, Paul d'Egine, Avicenne, pour faire disparaîte les marques.

A notre époque, Parent-Duchâtelet, Hutin, Tardieu, ont publié des faits qui, ainsi que le dit M. Berchon, « mettent en dehors de toute contestation qu'on a pu faire disparaître de tout temps des tatouages plus ou moins étendus et que, pour obtenir ce résultat, aucun procédé n'est en réalité préférable à la méthode ancienne, à celle que l'on peut nommer la méthode de Criton », et M. Berchon ajoute qu'il l'a mise en pratique de façon à déterminer une inflammation circonscrite et éliminatrice et qu'il a parfois réussi. Il a obtenu un succès complet sur un sujet qui, devenu riche, voulut faire effacer les tatouages affirmatifs de la profession manuelle par laquelle il avait obscurément débuté dans la vie. Voici, d'après la traduction de Paul d'Égine, la prescription de Criton « Criton prescrit d'oindre de résine de térébenthine la région préalablement frottée (le nitre, de laisser ce topique en place pendant six jours sur la région bandée, de le laver le septième, de percer les stigmates avec un instrument pointu et de laver avec une éponge le sang qui vient à couler. Après un court intervalle de temps, on doit frotter la région avec du sel fin et appliquer pendant cinq jours le remède suivant encens, nitre, cendres de lessive, chaux, cire, de chacun -i deniers; de miel 8 deniers. Le médicament une fois dissous, tu trouveras dedans ce qui était noir. »

Les procédés employés à notre époque rappellent en partie les procédés des Anciens. Parent-Duchâtelet dit que les prostituées frottent les tatouages à l'aide d'un pinceau imbibé d'indigo dissous dans de l'acide sulfurique; l'épiderme s'enlève et avec lui, dit Parent-Duchàtelet, une partie du chorion dans lequel était fixé le corps étranger de là une cicatrice nullement difforme. Ainsi, une fille de la prison des Madelonnettes portait quinze de ces cicatrices sur les bras, la gorge et la poitrine. Le docteur ilutin croyait que les dessins pouvaient disparaître par un frottement rude et souvent répété sur les parties tatouées. C'est aussi impossible à admettre que l'affirmation de deux autres invalidés qui déclaraient « s'être débarrassés volontairement de leurs tatouages en se faisant repiquer le bras par des aiguilles trempées dans le lait de femme et en lavant le tout avec la même substance. » Le vésicatoire ne réussit que rarement; cependant M. Berchon montre l'influence que peut avoir une vésication méthodiquement dirigée sur la destruction de tatouages sans doute peu profonds, car, après guérison, il n'y a pas eu de cicatrice; mais, nous le répétons, ce n'est là qu'une exception.

Ordinairement, on a employé la vésication combinée avec l'application de corps chargés de calorique ou de topiques de nature caustique et même escharotique. Berchon parle d'un individu qui, ayant une étoile tatouée sur le front, appliqua sur la partie une cuillère de fer rougie au feu, puis immédiatement après sur la brûlure une solution de sulfate de cuivre. Il y eut des accidents graves, lo tatouage avait disparu, mais il resta une cicatrice dure et noueuse. Un autre matelot frotta vigoureusement la région avec un tissu de laine, puis, l'épiderme enlevé, couvrit la partie avec de l'esprit de sel liquide (acide cltlorliydrique étendu d'eau). Il y eut encore une cicatrice noueuse et adhérente. Le meilleur de tous les procédés, d'après Berchon, est de recommencer les piqûres, c'est-à-dire, de repiquer le dessin avec un liquide caustique il se demande si l'on ne pourrait pas aussi dans quelques cas procéder à l'extraction directe des particules, ainsi


qu'on le fait pour extraire les grains de poudre après les blessures par arme à feu. Enfin, Berchon ne regarde pas comme impossible de trouver des moyens chimiques pouvant exercer leur action sur des matières employées, de manière à les éliminer ou à en modifier la coloration. L'observation suivante de Tardieu fait bien voir qu'à l'aide de certains moyens chimiques on peut modifier les tatouages. Ce rapport est intéressant à plus d'un titre:

Observation X.- Aubert, accusé d'un vol commis en 1845 à l'aide d'effraction, pour se créer un alibi, revendique, comme prononcée contre lui sous le nom de Salignon, une condamnation en exécution de laquelle il aurait été détenu dans la maison centrale de Poissy de décembre 1841 à décembre 1843 et à Paris au dépôt des condamnés. Y Le registre d'écrou de Paris porte Salignon, sur le bras gauche un socle, deux cœur, un chien, un amour; sur le bras droit: un homme, une femme, un chien, deux cœurs' Fortement marqué de petite vérole. A Passy il cst dit que le nommé Salignon était tatoué, sur le bras droit d'un homme d'une femme, d'un chien, de deux cœur's et d'un amour. Or sur les bras d'Aubert il n'y a pas de trace de tatouages. Ce à quoi il répond qu'il en a fait disparaître les traits par des réactifs chimiques.

SI. le président des assises Barbou nous charge de visiter Aubert à l'effet d'examiner s'il y a sur ses bras trace du tatouage sus-indiqué; de nous enquérir auprès de lui du procédé qu'il aurait employé pour faire disparaître ce tatouage et de donner notre avis sur le point de savoir si le procédé qu'indiquerait l'accusé est praticable et peut avoir le résultat que bVKubïïT obtenu ledit accusé s'il ne laisserait pas de trace et s'il en existe sur

le bras d'Aubert.

Ses allégations consistent à dire qu'il s'est fait tatouer les bras à deux époques différentes: la première en 1840, la seconde en 1846; cette opération aurait été faite par un de ses amis, dessinateur à Paris, à l'aMs rlo nim",™* *Ac_i,^a j, e __B!>

-T. 1 d lalutJ ue piqûres tres-tégères et d'encre bleue végétale Elle n'aurait été suivie d'aucun phénomène local et n'aurait produit ni douleur, ni gonflement. Sur le bras droit auraient été figurés un buste de femme et deux lettres J. S. sur le bras gauche un tombeau monumental entouré de rameaux. En 1846 seulement aurait été ajoutée une châsse dessinée par les mêmes procédés, à cette dernière date, c'e.st-à-dire après six ans, le buste ne se voyait déjà plus. La châsse elle-même, quoique plus récente, ne serait demeurée apparente que pendant très-peu de temps. Enfin il y a cinq mois Aubert prétend qu'il ne restait de traces que du tombeau. Ce sont ces traces qu'il se serait efforcé de faire disparaître à l'aide du procédé suivant:

Il a appliqué pendant une nuit un emplâtre composé de pommade acétique. Dès le lendemain, il fit sur toute la surface un lavage à l'alcali répété à cinq ou six reprises et suivi de frictions avec de l'esprit de sel (acide chlorhydrique étendu d'eau) aubout de dix ,o«-s toute trace de tatouage avait disparu avec l'épiderme. La peau s'est refermée ensuite graduellement sans qu'il lui soit possible de dire depuis quand elle a repris l'aspect que nous constatons aujourd'hui, moins de cinq mois après l'opération que nous venons ^indiquer dans les mêmes termes dont s'est servi le détenu.

Au premier abord lorsqu'on examine les bras du nommé Aubert, il est imposible d'y reconnaître la moindre trace de tatouage; on remarque seulement une cicatrice très-appa- rente de vaccine ù droite, dans le lieu ordinairement choisi pour l'inoculation. ïlais en explorant les bras à une vive lumière, en parcourant sa surface avec une minutieuse attention et avec l'aide de la loupe, on finit t par distinguer quelques lignes régulières faisant une légère saillie et tranchant par une couleur d'un blanc mat sur la teinte uniformémentlis» et unie de la peau des parties environnantes. Lorsque l'œil est habitué à cette inspection délicate, on parvient à suivre ces lignes avec certitude, à reconstruire avec pré«ision certains dessins et, en même temps, à s'assurer qu'il n'existe ni sur les bras, ni sur les avant-bras, ni ailleurs sur le cou, la poitrine et les mains, aucune trace de tatouée Nous retrouvons ainsi, à la partie supérieure du bras droit, au niveau du biceps, sous la forme d'une cicatrice blanche à peine visible, deux lettres L, S ou 1 Z Sm-lS bras une seule petite cicatrice triangulaire; mais ni sur le bras, ni sur l'avant-tes du côté droit, il n'y a pas la moindre apparence de dessin; sur le bras gauche, vers la partie moyenne, se dessinent, sous forme d'une mince ligne blanche, les contours d'un tombeau au-dessous duquel on reconnaît encore deux cœurs. ""«jedu au dessous

Tels sont, en réalité, les seuls signes de tatouage que l'on trouve sur les bras d'Aubert t. 0 nous reste à apprécier la valeur de ces constatations et à les rapprocher, d'une part des allégations du détenu, d'une autre part des indications relatives au nommé Salignon et consignées dans l'ordonnance de M. le président des assises "«uguon ec con

Nous ferons remarquer en premier lieu qu'il est constant qu'Aubert a porté sur les deux


bras certains tatouages aujourd'hui effacés, mais cependant distincts encore. Mais en môme temps nous ajouterons que ces tatouages sont tout à fait différents de ceux qui ont été observés sur le détenu Salignon et en partie conformes à ceux que dit avoir portés le nommé Aub rt.

D'un autre côte, en raison de l'aspect des cicatrices linéaires que nous avons décrites et de l'état des parties voisines, il est hors de doute que les tatouages dont nous avons retrouvé la trace ont élé effacés à une époque beaucoup plus ancienne que celle qu'a indiquée Aubert et que l'opération qu'il décrit remonte à plus de cinq mois.

Quant à celte opération elle-même, elle peut avoir été faite suivant le procédé qu'il décrit, et l'on ne peut méconnaître l'extrême habileté avec laquelle il l'aurait mis en œuvre, bien qu'il n'ait dù être appliqué qu'à un tatouage fort superficiel. Les effets encore apparents sont d'ailleurs une preuve de plus de la non-existence des autres tatouages que soutient avoir eus l'accusé, il y a plus de dix ans, sur les bras.

En résumé, Aubert porte sur les deux bras des traces de tatouage, mais ceux-ci différent complétement des dessins qui auraient existé chez le détenu Salignon, et les moyens mêmes qu'a employés Aubert pour effacer les traces dont nous avons retrouvé la marque n'auraient pu être appliqués à d'autres tatouages sans que la trace en restât encore apparente. M. Tardieu a fait plus, il a repris l'opération indiquée par Aubert et a réussi comme lui.

Voici le texte de cette nouvelle observation

Obsebvatiox XI. Un des malades de notre service, tatoué sur l'avant-bras droit d'un crucifix fait à l'encre de Chine et mentionné dans nos tableaux sous le numéro 31 a bien voulu se prêter à notre essai. Nous avons fait appliquer en couche épaisse de l'axonge saturée d'acide acétique sur une des branches de la croix. Cette espèce d'emplâtre a été maintenue pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, l'épiderme était très-légèrement soulevé. la pi au un peu rougie. A quatre ou cinq reprises, dans le cours de la journée, on fit, sur la même place, une Iriclion avec une solution de potasse. Cette double opération ne détermina qu'une très-faible douleur. Dès le lendemain une croûte mince, mais très-adhérente, était formée. Les choses furent abandonnées à elles,mêmes. Le septième jour, la croûte se desséchait t et laissait voir le derme entamé et une partie du tatouage enlevée. 11 restait encore cependant une trace distincte dans la couche plus profonde, mais presque immédiatement une nouvelle croûte se reformait qui mit encore plus de quinze jours à tomber, et laissa après elle une cicatrice plane, parfaitement constituée, et sur laquelle on ne voyait plus la moindre empreinte du dessin. Ajoutons encore que notre expérience était faite dans des conditions bien moins favorables que celles où était placé le détenu soumis à notre examen, puisque uous avions à détruire un tatouage à l'encre de Chine, très-apparent et assez profond, au lieu d'un tatouage à l'encre bleue végétale et nécessairement très-superficiel. Il est donc permis de regarder ce procédé comme très-el'iîcace, mais il importe de faire remarquer que, quelque perfectionné qu'il soit, il laisse des traces et peut fournir encore, quelque effacées qu'elles paraissent, des preuves d'identité.

Le docteur Lambert, médecin à Saint-Martin-dc-Ré, a, en juin 1881, fait des expériences pour contrôler les assertions de Tardieu. Voici le résumé de ses recherches consignées dans une lettre adressée à l'autorité supérieure « L'Administration ayant bien voulu m'autoriser à contrôler, au dépôt de Saint-Martin-de-Ré, les expériences faites par Tardieu au sujet de la disparition des tatouages, j'ai l'honneur de vous faire connaître le résultat de mes recherches.

« 1° Les tatouages du dessin avec du lait, procédé indiqué par des matelots et quelques détenus qui disaient avoir employé ce moyen, ne réussissent pas, comme nous avons pu le constater dans une vingtaine d'expériences.

« 2° Nous avons essayé le procédé à l'aide duquel le professeur Tardieu raconte qu'un prévenu, pour dissimuler son identité, a pu en quelques jonrs faire disparaître un tatouage, sans laisser autre chose qu'une cicatrice presque invisible. Nous avons appliqué pendant vingt-quatre heures une couche de pommade composée de axonge, 2 grammes; acide acétique, 2 grammes. Le lendemain,


on lave à plusieurs reprises avec une solution de potasse caustique, 10 centigrammes, eau 100 grammes. L'érythème quelquefois va jusqu'à la vésication; les jours suivants, on applique, à quatre ou cinq reprises, de la charpie imbibée d'une solution de eau, 100 grammes, acide chlorhydrique, 5 grammes. Dans un seul cas, nous limes disparaître un tatouage fait avec du charbon délayé dans de l'eau, représentant deux épis en croix. Nous avions provoqué une ulcération assez profonde de la peau, qui s'est peu après cicatrisée en laissant, à la place du tatouage, une surface rouge indurée cicatricielle, qui persiste très-nettement deux mois après la guérison. Dans tous les autres cas, nous n'avons obtenu sur la peau que de petites croûtes qui s'éliminaient lentement, en laissant la peau intacte et le tatouage absolument indemne. « J'ai expérimenté une seule fois, mais avec un succès complet, le tatouage du dessin avec de l'acide sulfurique hydraté. Me servant de l'instrument habituel, je pratiquai des piqûres légères (sans faire saigner) sur une partie du dessin fait à l'encre de Chine, les aiguilles imbibées d'acide sulfurique. La douleur fnt pendant une heure environ assez vive, il se produisit une e.-chare de la peau d'une largeur de 4 ou 5 millimètres, qui s'élimina au bout de dix-huit jours. La cicatrice marcha ensuite rapidement, et, au bout de deux mois, l'homme présentait, à la place de la ligne tatouée en bleu une surface rouge cicatricielle qui très-probablement sera indélébile autant que l'aurait été le tatouage. « Je ne voudrais pas affirmer que ce moyen est absolument exempt de dangers. L'ulcération ainsi produite, peut comme toutes les ulcérations devenir la cause d'un érysipèle ou d'une suppuration plus ou moins prolongée. Dans tous les cas, l'homme qui-a été l'objet de l'expérimentation était attaché à l'infirmerie du dépôt et n'a interrompu son service à aucun moment.

« Je suis donc loin d'être arrivé aux résultats dont parle Tardieu, car dans les deux cas de réussite que je signale il y a une cicatrice très-apparente qui dissimule le tatouage, mais qui, au point de vue médico-légal, devient un signe <l'identité aussi indiseuiable que le tatouage lui-même. )>

Nous allons maintenant reproduire ce que nous avons dit ailleurs sur les 18 tentatives plus ou moins fructueuses de tatouages effacés. Le lait de femme servant à repiquer le dessin a été souvent employé; c'est un procédé qui dans l'armée a depuis longtemps une réputation légendaire. 11 y a toujours après l'opération une vive inflammation, des croûtes, des cicatrices ̃en cupule. Si le dessin devient méconnaissable, le résultat obtenu ne peut donner le change et l'origine primitive d'un tatouage est incontestable. Cinq individus avaient fait usage de l'acide nitrique introduit sous la peau par piqûre, ou bien le dessin avait été badigeonné après quelques incisions faites. Ces opérations avaient été suivies d'un peu plus de succès; en effet, sur quatre de ces individus, on trouvait des cicatrices d'un aspect blanchâtre et iiacré qu'il fallait observer minutieusement pour retrouver l'ensemble du tatouage. Le cinquième sujet avait versé le liquide acide sur la peau; il en était résulté une cicatrice spéciale qui n'empêchait pas de voir le dessin. Sept autres tentatives avaient été faites avec les procédés suivants soit de l'acide chlorhydrique, soit du sel d'oseille, soit une herbe quelconque sur laquelle nous n'avons pu obtenir de renseignements. Je n'ai trouvé qu'une exception, et voici la description de ce cas

Le nommé T. âgé de trente-quatre ans, ancien soldat au 3e d'infanterie de marine, avait passé de nombreuses années dans les prisons. 11 avait sur le


corps un si grand nombre de tatouages qu'il n'existait pas une surface grande comme une pièce de 5 francs qui ne fut recouverte, en exceptant toutefois les joues et les parties postérieures et externes des cuisses. Le menton, le front lui-même, étaient tatoués.

Sur le front il y avait ces mots Martyr de la liberté, au-dessus un serpent long de 41 centimètres; au-dessous, c'est-à-dire à la racine du nez, une croix. Un grand nombre de ces tatouages avaient été recouverts ou transformés. T. avait essayé de faire disparaître ceux qu'il avait sur le front. L'inscription dont je viens de parler ne paraissait qu'à peine, et n'était lisible que lorsqu'on était averti.

Cet homme nous a assuré que c'est le manque de temps et de substances qui J'a empêché de les faire disparaître complétement.

Voici le procédé qu'il a employé, dit-il, avec succès sur quelques-uns de ses- camarades Repiquer le dessin avec du sel d'oseille délayé dans de l'eau légèrement additionnée de sel de cuisine. La solution doit être épaisse. Cette opération fait enfler légèrement la partie, des croûtes se forment, et lorsque ces dernières tombent, si l'opération est bien faite, le tatouage disparaît en laissant de petites cicatrices blanchâtres qui s'effacent à la longue.

J'ai observé un grand nombre de tatouages substitués ou surajoutés et que j'appelle aussi des tatouages transformés ou surchargés.

En général, ce sont des tatouages qui cessent de plaire, qui sont mal faits, qui représentent une inscription, un dessin, le nom ou le portrait d'une personne que l'on veut faire disparaître. Le médecin légiste ne peut pas s'y tromper, et en général, malgré les efforts du second tatoueur, les contours du premier dessin apparaissent. On retrouve aisément les lignes des premières figures; d'autres fois, le sujet a un intérêt considérable ou une raison qu'il n'avoue pas pour faire disparaître le premier dessin, et il recouvre alors, pour ainsi dire d'un voile noir, l'emblème qu'il est nécessaire de dissimuler. Ces dessins, que j'appelle secondaires, sont tellement colorés en noir qu'ils ressemblent à une tache d'encre; c'est alors un as de cœur, un as de trèfle une figure géométrique carré, rectangle ou cercle, puis, d'autres fois, un arbre, un bouquet ou un arbre de lieurs dont les feuillages sont extrêmement touffus. Dans ces dessins secondaires à feuillage, l'aspect est moins net, les contours sont trop ombrés, le poinlillage incorrect, et tout de suite on s'aperçoit de ce procédé enfantin. Voici quelques exemples un as de pique recouvre un cœur et deux pensées; un homme s'était fait tatouer sur le bras une scène de débauche, plus tard il la fait recouvrir par un grand dessin représentant une construction arabe appelée marabout. Il n'y a plus trace du dessin primitif. Un tatoueur loustic avait écrit sur le bras d'un soldat originaire de la Vendée l'inscription Liberté, égalité, fraternité. Celui-ci fit recouvrir plus tard l'inscription d'un grand carré noir. Une ancre a été dissimulée au milieu d'un vase de fleurs. Une tête de femme a été surchargée d'une pensée. Une tête d'homme a été recouverte d'un vase supportant une pensée (nous avons plusieurs exemplaires de ce dessin, c'està-dire, des rases de fleurs recouvrant des têtes d'hommes ou de femmes). Une verge est grossièrement remplacée par une enclume. Des insignes professionnels sont recouverts par des pensées, des fleurs diverses. Des inscriptions telles que A Louisa. Souvenir de Catherine. Mort aux femmes infidèles. J'aime Louise pour la vie, sont remplacées par des feuilles de vigne (fig. 19), de palmier, des grappes de raisin, une pensée. Dans quelques dessins il est absolument impossible


de lire, alors même qu'on est prévenu, la première inscription. Il y a des tatouages transformés qui sont mieux faits et d'un examen plus difficile. Un homme se fit tatouer au régiment une cantinière de zouaves, afin de cacher un cœur mal fait et à peine visible qu'il s'était tatoué lui-même, lorsqu'il avait dix ans; le cœur a en effet disparu sous les plis du jupon de la cantinière. Un marin portait à l'avant-bras une ancre qu'il trouvait mal faite; il la fit transformer en christ en croix l'anneau de l'ancre sert aujourd'hui de couronne au christ, le cable se confond avec le nez et les branches de l'ancre se

perdent dans la barbe. Une croix de la Légion d'honneur a été parfaitement dissimulée sous un ostensoir surmonté de deux colombes soutenant une étoile (fig. 20). Un homme avait sur le bras un Saint-Sacrement et un autel; plus tard, il fit placer au-dessus un phallus, et, peu de temps après, regrettant cette ̃ grossière plaisanterie, il fit transformer ce dernier en un pistolet. Le changement était si bien fait que nous ne pouvions retrouver dans ce pistolet les lignes du dessin primitif.

Les tatouages ont pu servir à cacher certaines altérations de la peau, soit


congénitales, soit acquises. Berchon cite le cas d'un marin qui, ayant sur la poitrine un nœvus, le dissimula en faisant tatouer une Liberté tenant un drapeau tricolore. J'ai dans ma collection le dessin d'un homme qui, ayant à la cuisse une cicatrice linéaire assez régulière, se fit tatouer un poignard dont la lame paraissait pénétrer dans les chairs.

Des tatouages involontaires. Ces tatouages ont d'autant plus d'importance que leur interprétation peut donner lieu à des contestations dans les expertises, et qu'en outre ils n'ont pas été étudiés par les auteurs qui se sont occupés de la question.

Ils sont la conséquence d'accidents, ils proviennent de l'exercice d'une profession. Dans un cas même, dont nous allons parler, le tatouage a été fait par le procédé ordinaire sur une personne pendant son sommeil.

Tous les médecins ont vu sur la face et les mains de quelques personnes les résultats de l'explosion d'une arme à feu qui a éclaté, ou plus souvent encore d'une boite à poudre, ainsi qu'il arrive lors des réjouissanccs publiques. Il y a deux ans, à propos du 14 juillet, nous eûmes à constater l'accident produit par l'explosion d'un canon d'enfant qui, en éclatant, avait lacéré les mains d'un jouneapprenli, et dontles grains de poudre avaient fait des tatouages indélébiles sur les poignets de la victime. Nous avons le dessin très-intéressant d'un militaire qui, dans les exercices à feu, a reçu en pleine figure la décharge d'une cartouche à blanc. La face était littéralement criblée de petits points noirs aussi rapprochés que dans une variole confluente. Au bout de huit jours, l'intlammation avait disparu, mais les grains de poudre qui avaient pénétré profondément dans les tissus s'y étaient incrustés comme dans les tatouages ordinaires. Il y avait même tatouage des cornées et des sclérotiques; la vue a été compromise. Nous en avons vu un second exemple sur une femme qui avait reçu de son amant en pleine figure un coup de pistolet. La balle ne l'avait pas atteinte, mais des grains de poudre s'étaient incrustés dans la face. Dans une thèse récente (1885) faite au laboratoire de médecine légale par un médecin de marine, M. Poix, et qui a pour titre Étude méclico-légale sur les plaies d'entrée par coup de revolver, l'auteur arrive à des conclusions intéressantes sur les caractères extérieurs de la plaie d'entrée. Ces constatations ont surtout de l'importance, si l'on fait la distinction entre les caractères passagers, éphémères, pour ainsi dire, de la poudre sur les tissus, sorte de tatouage temporaire pouvant durer pendant deux ou trois jours, et les tatouages permanents ou durables provenant de l'incrustation de grains de poudre ayant pénétré dans la profondeur du derme. L'examen de cet orifice d'entrée parait dans certaines conditions permettre de reconnaître à quelle distance et dans quelle direction une blessure a été faite. D'après les expériences faites par M. Poix avec des revolvers de calibre varié, de bonne qualité, et avec des charges de composition connue, il ressort que

La distance à laquelle le coup a été tiré peut être déterminée pour les revolvers de calibre supérieur (H millimètres, 9 millimètres) jusqu'à la distance de 1 mètre ou de 80 centimètres; pour les revolvers de calibre intérieur (7 millimètres, 5 millimètres) jusqu'à celle de 45 centimètres.

2" La direction de la ligne de visée peut être déterminée, pour les revolvers de calibre supérieur, jusqu'à la distance de 25 ou 30 centimètres pour ceux de calibre inlérieur jusqu'à celle de 10 ou 15 centimètres.

Nous avons dans notre collection au laboratoire plusieurs tatouages très-


intéressants produits par des armes à feu sur des suicidés qui s'étaient tiré des coups de revolver soit dans la bouche, soit à la tempe ou dans la région du cœur. Sur quelques-uns, il est facile de reconnaître les caractères si nettement indiqués par SI. Poix.

Certaines professions sont aussi l'occasion de quelques tatouages involontaires ou accidentels ainsi nous citerons les tireurs d'or, puis les piqueurs de meules, qui ont sur les mains des incrustations de particules noires tout à fait 'caractéristiques les mineurs qui travaillent à demi nus reçoivent sur la face, le nez, le front, les apophyses mastoïdes, les épaules, les bras, les deux mains, un peu pins à droite, des fragments de charbon détachés de la voùte. Ces fragments charbonneux, à arètes inégales, entaillent la peau et remplissent la plaie de particules colorantes. Ces petits tatouages irréguliers, de 2 à 5 ou C millimètres, sont tellement caractéristiques qu'ils nous ont permis, à l'hôpital ou à la Morgue, de diagnostiquer avec certitude la profession du sujet. Ainsi, un homme de cinquante-deux ans, mineur depuis son enfance, avait le dos et les coudes, surtout le droit, couverts de taches allongées produites par du charbon, ce qui donnait localement à ces parties l'aspect de ces chiffons où l'on essuie les plumes. Ces tatouages sont rares aux jambes et à l'abdomen; ce sont surtout les ouvriers piqueurs qui en sont atteints; les boiseurs ou les mineurs proprement dits n'en présentent qu'exceptionnellement. Notons, à ce propos, que sur certains sujets ayant fait un grand nombre de tatouages nous avons remarqué, sur la tabatière anatomique delà main gauche, plusieurs taches ou points irréguliers qui sont d"s essais que les tatoueurs font sur leur peau quand ils vont pratiquer l'opération du tatouage, comme un écrivain qui essaye sa plume sur le papier.

Disons quelques mots des tatouages accidentels. Alplionse Robert et Maurice Regnaud ont signalé les inconvénients des mouches et des vésicatoircs qui, après leur application, peuvent donner une coloration noirâtre des parties. Le docteur Grandclément (d'Orgelet),'qui a signalé les mêmes accidents avec le taffetas noir d'Angleterre, cite une coloration persistante sur le nez chez une femme de trente ans, après l'application d'un morceau de taffetas noir, fait à l'âge de quatre ou cinq ans; il y eut une même coloration sur une bosse froutale chez une autre personne.

J'ai deux dessins très-curieux faits chez un individu à la partie antérieure des cuisses. Ces tatouages ont été pratiqués en prison," pendant qu'il dormait, à la suite d'un pari avec un de ses codétenus qui avait affirmé pouvoir le tatouer pendant son sommeil sans le réveiller. Le premier jour, l'opération réussit, et au réveil il se trouva avoir sur la cuisse droite un petit tatouage, du diamètre d'une pièce de deux francs, représentant une abeille. Le second jour, le tatoué se réveilla pendant l'opération, et le dessin, Incomplet, ne représente que le profil d'une figure humaine. Cette observation a do l'importance parce qu'elle prouve que, si le tatouage est possible pendant le sommeil naturel, il pourrait certainement être pratiqué pendant le sommeil provoqué, par l'hypnotisme ou les anesthisiques;

Des accidents produits par les tatouages. Cette question a déjà été traitée dans un chapitre précédent où l'on a fait voir que des accidents graves et même mortels avaient pu être consécutifs à cette opération, ainsi que l'ont raconté Preyer, Parent-Duchàtelet, Casper, Tardieu et surtout M. Berchon. Nous mentionnerons ici, parce qu'il a une importance spéciale au point de vue méJico-


légal, le fait d'une inoculation de la syphilis par un tatoueur vénérien. Voici les observations de MM. Ilutin et Robert

M. Ilutin dit (p. 10) « II ne faut pas croire que cette opération, si simple en apparence, n'expose jamais à des accidents d'un autre genre. La substance servant à peindre les images n'est pas toujours seule déposée dans le derme, il peut y avoir inoculation d'un virus.

liu militaire se fit tatouer à l'hôpital du Val-de-Gràce, il y a une trentaine d'années, par un vénérien atteint de chancre à la verge et à la bouche. Vierge encore, il était parfaitement sain lui-même. Celui qui le tatouait n'avait plus que quelques piqûres à pratiquer; l'encre de Chine dont il se servait était desséchée dans une coquille. A plusieurs reprises, il la délaya en prenant de sa propre salive au bout de ses aiguilles, et inocula ainsi une syphilis qui amena de graves accidents; au dire du patient, on faillit lui amputer le bras ». M. Robert, médecin-major de première classe, a publié un mémoire fort intéressant sur les Inoculations syphilitiques accidentellement produites par le tatouage.

C'est à Nancy, sur 8 hommes du 9e chasseur à cheval, que les tatouages furent faits par un tatoueur, ancien marin, mendiant journellement à la porte du quartier, et affecté de plaques muqueuses étendues à la bouche et à la commissure des lèvres.

Il y a eu manifestement, dans 5 cas, transmission d'un virus emprunté aux accidents secondaires de la syphilis, et cette transmission n'est plus mise en doute depuis les beaux travaux de notre savant et cher collègue, M. Rollet. Dans la première observation, il se développe des chancres multiples, indurés, creux et humides; dans les deux autres, c'est un chancre unique, induré, saillant et recouvert d'une croûte. Dans le premier cas, l'incubation a été de cinquantehuit jours, de cinquante dans le deuxième et de vingt-huit dans le troisième. Chez le premier sujet, il y eut le dix-huitième jour une poussée très-intense, accompagnée de fièvre à température exceptionnellement élevée. Chez les deux autres, les accidents secondaires se développent lentement, le trentième jour et le soixante-dixième avant l'acné généralisée il y a de la céphalalgie et des douleurs vagues dans les membres; la fièvre ne se montre pas, et cependant, malgré cette bénignité apparente, le mal est rebelle au traitement, il y a des poussées successives de syphilides ou de plaques muqueuses qui viennent retarder la guérison jusqu'à une époque indéterminée. « En résumé, dit M. Robert, huit inoculations évidentes de liquide salivaire plus ou moins chargé de virus, provenant de plaques muqueuses, nous donnent comme résultat trois transmissions de syphilis et cinq résultats nuls dont un seulement s'explique par l'immunité acquise.

Comment interpréter cette proportion exceptionnelle? L'opérateur, tout en agissant inconsciemment, s'est placé dans les conditions les plus favorables à l'effet de l'inoculation faisant pénétrer d'abord à maintes reprises sous l'épiderme le liquide plus ou moins virulent, à l'aide de son instrument, composé de quatre pointes d'aiguilles fixées sur un manche, puis complétant en quelque sorte des chancres d'inoculation en introduisant, par des frictions répétées, le liquide virulent dans les piqûres saignantes, il doit donc obtenir, après cette opération dont la durée moyenne était d'un quart d'heure, des résultats identiques sur tous les sujets vierges de syphilis. Notons cependant comme obstacle possible à la pénétration du virus les précautions prises ultérieurement par la


plupart des opérés, les uns lavant à grande eau la surface récemment tatouée, d'autres versant de l'urine sur celle-ci, sous prétexte de faire avorter les accidents inflammatoires. »

Examen des tatouages sur les cadavres. Nous rappelons les recherches de Casper dont il a été parlé plus haut à propos du procès criminel à la cour de Berlin, l'affaire Schall. IIutin dit que sur le cadavre, si l'on racle la peau ou si l'on coupe une couche très-mince du derme de manière à n'enlever qu'une partie d'un tatouage resté apparent, la matière colorante se retrouve dans le derme et il est possible de la mettre en évidence en la prenant sur la pointe d'un scalpel ou d'une aiguille. Cette substance déposée sur une feuille de papier blanc est alors examinée à la loupe. Il serait aussi possible de couper une portion de peau tatouée en tranches et de malaxer les fragments dans un verre d'eau, de façon à dégager quelques parcelles colorées. Les procédés chimiques pourraient d'ailleurs indiquer la composition de ces parties.

Nous avons répété les expériences de Rayer, de Iiutin et de Tardieu,' et, en faisant macérer des fragments de peau recouverte de tatouages, nous avons constaté qu'ils résistaient très-bien. D'ailleurs, nous possédons des tatouages tannés à l'aide de l'alun et qui sont d'une grande beauté.

L'état de la putréfaction chez les noyés peut modifier l'aspect des tatouages; au début de celle-ci, la distension de la peau rend le dessin plus manifeste plus tard, sous l'influence de la coloration verdâtre ou bronzée et des vaisseaux superficiels devenus turgides, la disposition générale du dessin peut être distinguée, mais, si la putréfaction est trop avancée et les signes dont nous venons de parler exagérés, l'image devient moins distincte.

Dans certains cas suspects, et alors que la putréfaction ou une cause accidentclle aurait enlevé le derme, il faudrait, ainsi que l'a conseillé Follin, examiner avec soin l'état des lymphatiques et des ganglions de la région. Follin indiqua que les ganglions étaient remplis d'une matière particulière, d'une coloration analogue à celle qu'on rencontrait dans les parties tatouées. Il ajoute que ce transport du vermillon ne s'opère que lentement, que par conséquent des individus récemment tatoués n'ont pas encore dans leurs ganglions la matière colorante.

Les ganglions lymphatiques furent soumis à l'analyse chimique pour avoir la preuve absolue du transport du vermillon. « Ces masses ganglionnaires broyées avec de la chaux, vive ont été chauffées fortement dans un tube de verre; une vapeur noirâtre, dégagée de la masse chauffée, est venue se déposer sur la face interne du tube. En enlevant à l'aide du papier Joseph cette matière noire, il a été très-facile de constater qu'elle était remplie d'une très-grande quantité de globules mercuriels très-visibles à l'œil nu. »

Follin semblait croire que les granulations colorées pouvaient se retrouver dans les ganglions, dans différents points de l'appareil lymphatique et même dans le canal thoracique.

Virchow n'admet pas qu'elles puissent franchir les ganglions « Quelques particules, dit-il, pénètrent dans les lymphatiques; là, le courant lymphatique les pousse malgré leur poids dans le ganglion voisin, et la la lymphe est filtrée. On ne voit jamais ces particules dépasser les ganglions, parvenir jusqu'à une partie plus éloignée, à un organe plus profond. » Il est évident que, si l'aiguille du tatoueur ouvre un vaisseau lymphatique, elle peut y déposer une particule qui rapidement sera transportée dans le ganglion. Mais c'est là l'exception, c'est


secondairement que ces particules usent les parois des vaisseaux lymphatiques et les pénètrent. Cette déchirure qui se produit lentement dépend aussi de la nature des substances colorantes, et l'on peut s'expliquer ainsi comment le noir de fumée qui entre dans la composition de l'encre de Chine, ayant des particules plus lisses et moins anguleuses que le vermillon, le cinabre, donne par cela même aux dessins une grande ténacité.

1Y. Conséquences siédico-judiciaires ET règles DE l'expertise. L'expertise"peut consister dans le relevé et la description du dessin, c'est un signe d'identité à inettie en évidence ou bien ce sont les conséquences mêmes de l'opération du tatouage qu'il y a lieu de considérer au point de vue niédico-judiei.tire. Si le dessin est net, a des contours non ell'acés, la description en sera facile. S'il est nécessaire de faire passer le dessin sous les yeux des magi>trats ou des jurés, nous conseillons l'emploi du procédé que nous avons proposé et dont nous avons fait usage pour réunir les matériaux de notre collection. Les essais de reproduction à l'aide de la photographie ne nous ont pas donné d'heureux résultats en effet un tatouage, comme nous l'avons déjà démontré, n'est bien visible et ne se relève convenablement qu'en tendant la peau et en la mettant dans les conditions le dessin a été piqué. Si le dessin est l'ait à l'aide du papier toile et collé sur du carton, la photographie est alors facile et donne des résultats véritablement remarquables.

L'embarras peut être grand dans certains cas de tatouages transformés ou surchargés. Si le tatouage est effacé ou a pâli à cause du temps, il peut parfois être facile d'en retrouver les contours en le regardant de plus près avec un verre

grossissant.

Ainsi que nous l'avons montré dans un chapitre précédent, au bout de huit semaines il est impossible de dire l'âge d'un tatouage avec le vermillon, les croûtes persistent plus longtemps et la date du débutdu dessin peut être appréciée fendant une plus grande durée. C'est un po;nt qu'il est parfois important de préciser, afin de fixer le séjour d'un individu dans tel endroit ou sa participation à un événement. C'est ainsi que le 28 février 188o nous fùmes requis par un juge d'instruction de Lyon pour visiter un individu dont il était difficile de préciser l'identité, et l'on nous demanda de dire si les tatouages qu'il portait sur les deux bras étaient postérieurs an C août 1882. L'inculpé soutenait que ces tatouages avaient été faits quatre ou cinq ans avant, en Italie; il ajoutait cependant qu'une partie des tatouages avait été retouchée par un camarade l'an dernier. Celui-ci avait repiqué quelques points du dessin avec du vermillon d'où des croûtes rougeàtres assez marquées. Voici quelles furent nos conclusions Le nommé G. porte sur les deux avant-bras des tatouages; s'il n'est pas possible d'affirmer la date récente des dessins faits à l'encre de Chine, tout tatouage ayant pris droit de demeure six ou sept semaines après qu'il a été piqué, il est toutefois possible de dire, à cause des croûtes qui se trouvent au-dessus des parties carminées de l'avant-bras gauche, que les parties rouges du dessin sont certainement postérieures au 6 aoùt 1882.

Dans une autre expertise, nous eûmes à dire quelle était la nature des brûlures que présentait à la face un individu arrêté pour fabrication clandestine de poudre. Au moment de la descente de police il y eut une explosion accidentelle et certains grains s'étaient incrustés sous la peau. L'individu prétendait niaisement que le bruit de l'explosion et la brûlure de la face tenaient à une chute. involontaire dans le feu.


Il y a quelques mois nous eûmes à visiter la blessure d'un individu arrêté pour vol de charbon et abus de confiance. Des témoins avaient vu une plaie saignante au poignet gauche or, l'inculpé préfendait que la cicatrice qu'il présentait au poignet avait été faite il y avait plus d'un an et était le résultat d'un coup de couteau. Le juge d'instruction nous demandait de déterminer à peu près la date de cette blessure. ÀTexamen de celle-ci, nous avons constaté une cicatrice recouverte d'une croûte et pigmentée de noir dans une de ses parties. Non loin d'elle, nous trouvons deux petits points noirs qui ne sont autres que des tatouages faits par le charbon. Nos conclusions furent que la blessure remontait à deux mois environ; elle coïncidait en effet avec le vol du charbon et l'accusé reconnut plus tard qu'elle avait été faite dans les conditions que nous avons indiquées.

Nous ajouterons à ces observations une bien intéressante expertise au point de vue des signs d'identeité. Un nommé B. âgé de trente-trois ans, habitant Messimy, fut inculpé, en novembre 1884, d'attentats à la pudeur sur deux petites filles. Il nia d'abord tout attouchement à l'examen que nous fimes de ses organes sexuels nous constatâmes sur le dos du membre viril un tatouage représentant un diable avec des cornes et dont les joues et les lèvres étaient colorées en rouge par du vermillon. Lorsque les petites filles furent interrogées pour savoir si B. leur avait montré son membre viril, celles-ci, répondirent « Cet homme se déboutonnait en nous disant Je vais vous faire voir le diable.» » B. devant ces affirmations, fit des aveux et il fut condamné à quatre ans de prison par la cour d'assises du Rhône.

Au point de vue des conséquences judiciaires des accidents du tatouage, on peut, avec M. Berchon, dire qu'il peut en résulter des blessures légères ou n'occasionnant pas une maladie ou incapacité de travail de plus de vingt jours; des blessures graves, parce que des infirmités ou des déformations permanentes ou temporaires peuvent en résulter; des blessures mortelles, puisque la mort a pu dans quelques cas être la conséquence de ce traumatisme. C'est donc l'application au tatoueur des articles 509, 311, 519 et 320 du Cede pénal. Dans les cas de maladie communiquée, il y aurait lieu d'invoquer les articles 1382, 1385,. 1384 du Code civil. Sauf ces dernières circonstances de syphilis communiquée, il semblerait bien difficile de faire au tatoueur application de l'article 509, sauf peut-être dans le cas si extraordinaire, et dont nous avons parlé plus haut, du tatouage involontaire. Si, dans ces conditions, il était survenu de graves complications et qu'une amputation ait été pratiquée, le tatoueur pourrait être visé par le troisième paragraphe de l'article 309.

Nous savons en effet que dans l'apprécia lion des blessures la pénalité est graduée- d'après trois principes l'étendue du dommage, la qualité du blessé, l'intention de nuire. M. Ilorteloup, dans la "discussion sur les tatouages à la Société de médecine, dit que le tatoueur se rapproche du rabbin qui pratique une circoncision, du bijoutier qui perce les oreilles, et il ajoute S'il survient après ces opérations, qui sont des mutilations ethniques absolument semblables au tatouage des phlegmons ou des crysipèles, personne n'aura l'idée de poursuivre ou de punir le rabbin et le bijoutier. M. Horteloup a exagéré un peu et en décembre 1884 un jugement du tribunal de la Seine a fait voir que les bijoutiers pouvaient être condamnés dans ces circonstances. C'est ainsi que la femme d'un deces commerçants, au lieu de trouer le lobule de l'oreille, perça le cartilage: il y eut un abcès avec gangrène et l'enfant succomba rapidement. La bijoutière


fut poursuivie pour homicide par imprudence et exercice illégal de la chirurgie cette seconde prévention fut écartée, le tribunal estimant que l'opération du percement des oreilles ne relevait pas de la chirurgie, mais la prévenue fut condamnée sous le premier chef à 50 francs d'amende et à 150 francs de dommages et intérêts.

Citons encore, à propos des médecins qui ont pu employer le tatouage comme méthode thérapeutique contre les neevi après lacheiloplastie, eonhe les taies de la cornée, le jugement du tribunal de Lyon, 8 et 15 décembre 1859 [Gazelle </es tribunaux, 16 et 22 décembre), qui définit le molblessure et fixe la responsabilité des médecins dans les cas d'expérimentation.

Il est dit que « les caractères des blessures prévues par l'article 31 du Code pénal se rencontrent dans les faits incriminés que par l'expression générique qu'elle a employée la loi a entendu toute lésion, quelque légère qu'elle soit, avant pour résultat d'intéresser le corps ou la santé d'un individu que, pour qu'il y ait délit, il n'est pas nécessaire que l'auteur ait eu le dessein caractérisé et détermine d'agir méchamment, par haine ou par vengeance, mais qu'il il suffit qu'il ait agi en connaissance de cause, et avec l'intention de satisfaire, au risque de nuire, soit l'intérêt de sa renommée, soit même une passion purement scientifique et désintéressée » et plus loin que « les droits du médecin et ses obligations envers la science ont des limites; que ses droits, il les tire de sou dévouement envers ses semblables et de son ardent désir de les soulager; que ses obligations envers la science doivent s'arrêter devant le respect du au malade; qu'il suit de là que toutes les fois que, dans l'application d'une méthode curative nouvelle, le médecin aura eu essentiellement pour but la guérison du malade, et non le dessein d'expérimenter, il ne relèvera que de sa conscience, et que, dans ce cas, si la médication, thérapeutique par son bnt, amène par son résultat une découverte scientifique, il jouira légitimement de la considération et de la gloire qui s'attachent à son nom. »

Quelques mots de ce qu'on pourrait appeler la prophylaxie morale du tatouage. S'il n'y a rien à faire pour les individus qui se font tatouer dans la vie civile, on peut se demander si on pourrait le supprimer dans l'armée ou dans la marine à l'aide des punitions. Nous ne le pensons pas. Le mieux est de chercher a élever la dignité morale de l'homme en l'instruisant. Il faut lui montrer qu'il se dégrade et s'abaisse en se rapprochant du sauvage, et même, si on le croit nécessaire, on peut interdire l'avancement à ceux qui seront ainsi marqués. Quant aux natures criminelles, le conseil est inutile; le séjour à la prison leur offre l'occasion de nouveaux tatouages et après tout de nouveaux signes d'identité pour la justice.

Avant de terminer cet article, nous voudrions dire quelques mots de la théorie de Lombroso sur les causes premières d'une coutume généralisée à tant de pays. On sait que le savant professeur voit spécialement dans le tatouage qui se pratique actuellement, surtout dans les classes inférieures de la société, un effet de l'atavisme. Ce serait la répétition de coutumes spéciales aux peuples primitifs.

La comparaison que nous avons faite du tatouage avec les hiéroglyphes, les gratitti, les emblèmes professionnels qui se trouvaient sur les bannières et les sceaux des corporations, les signatures des artisans, ne nous permettent pas d'adopter complétement cetta explication. Là où le professeur de Turin voit une interruption, puis un retour en arrière, nous montrons une série non inter-


rompue et une transformation successive d'un instinct. La construction et l'expression matérielle de la métaphore et d'un langage emblématique ont été d'abord adoptées par les classes les plus élevées qui n'avaient pas d'autres moyens de communiquer ou matérialiser leurs pensées, et peu à peu ce procédé s'est réfugié dans les couches sociales qui n'ont pas encore de meilleur moyen pour exprimer ce qu'elles sentent ou éprouvent, d'autant plus vivement qu'elles ont moins d'idées. C'est dans ces classes aussi que prédomine la vanité ou besoin d'approbation qui, à son tour, a une influence non douteuse sur l'entretien de cette même coutume.

Dans les deux cas, c'est la satisfaction d'instincts, et il n'est pas étonnant que ceux-ci manifestent leur action, d'une manière différente peut-être, mais toujours continue, sur les actes des individus. Où Lombroso trouve des types anciens, tout à coup reproduits, nous ne voyons que des types retardés ce point de vue ne change rien à nos communes conclusions anthropologiques et médico-légales. A. LACASSAGNE ET E. Magitot. Bibliographie. Préceptes de la Bible relatifs au tatouage. Yoy. Lévitique, XIV, 28; Eiichiel, IX, 6; Urémie, XVIII, 37; Isaïe, XVI, 6 XLIV, 5. Hippocrate. Œuvres, Lectures, Leltres. Paris, 1839, t. I, p. 470. -̃- Hérodote, Vil, 1233. PLATON. S, De leg. JUVÉNAL. Salir., XIV, t. II, p. 205, édit. Panckoucke. Martial. Êpigr., t. III, p. 2i.– César. Commentaires, 3" Campagne, ch. xiv. Cicéron. De officiis, t. II, chap. VII. Valère (Maxime). Dictorum factorumque memorabilium, lib. VIII. PÉTRONE. Salyricon, 105. Sénèque. Des Bienfaits, t. IV, ch. xxxvn, édit. Nisard. Paris, 1844. Quinte-Curce, t. V, p. 5, 6. Athekée. Deipnosophistorum, t. XII, édition Lugduni, 1583, p. 390. TACITE. Mœurs des Germains, t. XLIII. Lçcien. De dea Syna. Paris, 1840, p. 746. Végèce. Mil., t. I, p. 8 t. II, p. 5. Justus SOLINUS. Polyhistor., chap. xxm, édit. Panckoucke, 1847. Theodoret. Opera omnia. Lutetiœ Parisiorum, 1541, t. 1, p. 135. Zoxare. Amalium, t. III, p. 107 et ̃ 108. Francfort, 1587. Avicenxe. Arabum medicorum principiis opéra. Venetiis apwl Juntas. 1608, lib. IV, fasc. 7, tract. II, chap. VII. De Alguassem, p. 245, 248. Tiiévenot. Voyage et Jérusalem, 1643. Dkessig. Disserlalio de usu sligmalum apud Veleres. Cité par Larousse (sans date). Biederulaun. De characleribus corpori impressis. Cité par Larousse (sans date). Zacchias (Paul). Quœsi/oHes medico-legales. Avenione, 1655. Vaoahum.Pre'ceptes, trad. du grec par Duché, 1698, in-12, t. f.XI, p. 90. DE PAIR. Mémoire sur les Américains, 1750. Questioataz. pour le voyage de la Peijrouse, 17S5. Clares FLEURIEN. Voyage autour du monde, 1790-1792, p. 110 et suiv. Cbarlevoix (P.). An account of the narrative of the Thengo Island. London, 1812, t. II. KuUsessters. Tatouage aux îles Marquises. In Voyage autour du monde. London, 1815, in-4°, t. 1, ch. ix, p. 15G. Nicaons. Narrative of a Voyage io New-Zeeland aperformis in the Years 1814 et 18.15, t. II. London, 1817, t. II. Lessox (P.-P.). Du tatouage chez les différents peuples de la terre. In Ann. Maret et Col., 1820, 11° partie, n' 56. Histoire du voyage de Dumont d'Urville, t. IV, p. 268. Note Jacquinot, 1828. LA Peïrouse. Voyage autour du monde; Questionnaire rédigé par le roi Louis XVI Mémoires de madame Campan, 5° édit. 1826, t. I, p. 363. Ellis. Polynesy an Ilesearches. London, 1829, 2 vol., t.II et ch. xvi, p. 463.– TAWAL(Claudens). Tumeurs êrectiles traitées par le tatouage. In Arch. deméd., 1834, 2"s.,t.Vl, p. 3 et 195. Pauli. Application de tatouage à la cure des nœvi materni. In Siebold's Journal, t. XV, fasc. 1 1855. Rienzi(de). L'Océanie. In Univers illustré, 1836, t. III, p. 148, 320, etc. Mcereshout. Voyage aux îles du Grand Océan. Paris, 1837, t. I, p. 21. Pourrat (fréres). Voyage médical autour du monde. Paris, 1839, p. 381 Mathias (le père). Lettre sur les îles Marquises. Paris, 1845. Follis. Du transport des matières colorantes sur divers points de l'économie, 1848. Encyclopédie du dix-neuvième siècle, 1845, art. TATOUAGE, t. XXIII, p. 427. Malgaigse. Manuel de mêd. opér., 1849, t. III. Isidore (de Séville). Etymologiarum, édit. Migne, .1850. Cuereau. Du tatouage. In Unionméd., t. VI, p. 545, 1852. Hutin. Recherches sur les tatouages. In Bull, de l'Académie de médecine, 18 janvier 1853. RAYER. Cas de mort à la suite de 'tatouage, In Traité des maladies de la peau. Paris, 1853. Bertiierand. Médecine et hygiène des Arabes, 1855, p. 321 à 356 Tardieu. Étude médieo-légale du tatouage considéré comme signe d'identité. In Ann. d'hyiène, 1855, t. III, p. 171.– Vidal (de Cassis). Pathologie externe, 5" édition, t. II, p. 45, 1855. Parekt-Duciiatelet. Cas de mort après une tentative pour effacer un tatouage. In De laprostitution, t. II, p. 119, 1837. Beiiciion. Relation d'un voyage médical aux mers du Sud. Paris, 1858. Jouan. Cas de mort à la suite de tatouage. ln Revue coloniale, avril 1858. Schuh. Application de tatouage à la cheiloplastie. In Wiener


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Il lit ses études à l'hôpital Saint-Georges et à l'école de Great Windmill Street, puis passa quelque temps à Paris. Lors de son retour à Londres, en 1827, il devint house-surgeon à l'hôpital Saint-George,


fut nommé membre du Collége royal de chirurgie en 182'8, enseigna en 1830 l'anatomie conjointement avec Herbert Mayo à l'École huntérienne de Great Windmill Street, devint en 1851 professeur d'anatomie à l'hôpital Saint-George et plus tard professeur de chirurgie il y était chirurgien assistant depuis 1845 En 1857, il fut nommé fellow du Collége royal de chirurgie.

Tatum a laissé la réputation d'un prosecteur brillant et d'un habile durergien. Il a publié dans le System of Surgery de Holmes un excellent chapitre sur les Affections musculaires, a lu un mémoire Sur les tumeurs musculaires à la Société de médecine et de chirurgie de Londres, et fourni divers articles aux recueils médicaux, entre autres un article On Hernia dans Med. Times and Gazette, 1854-1855, et un autre sur l'Amputation at the Hip- Joint dans the Lancet, 1858. L. tt tatzé. C'est la drupe du Ilyrsine africana; le tatzé constitue un remMe abyssin très-populaire dans le traitement du tœnia. Son action purgative n'est pas constante, mais c'est un puissant anlhelminlhique, ainsi que l'ont constaté Schimper et Strohl; c'est aussi un tsenicide qui, d'après quelques auteurs, serait supérieur à la racine de grenadier. Sa saveur est très-astringente et désagréable; il deiermine souvent des vomissements, mais il n'amène pas de coliques; il colore l'urine en brun foncé. Le tatzé s'administre en poudre à la dose de 15 grammes dans une infusion aromatique; on donne ensuite 30 grammes d'huile de ricin. °

Le fruit d'une Myrsinacée, l'Embelia Ribes, a un goût piquant de poivre et est employé quelquefois pour falsifier le poivre noir. Les médecins iudigènes de l'Hindoustan s'en servent aussi comme d'un cathartique vermifuge. Le Mvrsine bifaria est aussi un purgatif estimé dans le même pays. B. Féms. taube (Daniel-Jean). Médecin distingué, né à Zelle, en 1727, fit ses étuis à Gottingue, sous Haller, et obtint le diplôme de docteur en 1747. II s'établit dans sa ville natale et y devint médecin pensionné de la ville et du canton. Enfin, il obtint le titre de médecin de la cour d'Angleterre et de celle de tfrunswick-Lunebourg. Taube termina sa carrière le 8 décembre 1799. Taube est surtout connu par une excellente relation d'une épidémie qui régna à Zelle et dans les environs pendant les années 1770 et 1771 et qui présente fa plus grande analogie avec l'acrodynie. Nous citerons de lui

I. Dissert. de sanguinis ad cerebrum lendentis indole. Gottingae, 1747 in Tr r

mentatio epistolaris. Zelle, 1765, in-4°. III. Be~tz·üye zur Naturlamzcle des Iler~oythunzs

Zelle. Zelle, 1766-1769, in-8°. IV. Geschichte der Ifriebelkranklecit, be.sonders derjeniyeza

welche izz den Jahren 1770 und 1771 in der Zellisclaen Gegezad gewüthet laat. GÕltingen,

1782, in-8°. L. liN.

L. Un.

4- TnlT17î" mLa Taupe commune (Talpa europcea L.) constitue le type de la famille des Talpidés (Talpidœ) qui, suivant quelques auteurs, doit renfermer r aussi les Desmans (voy. ce mot) et qui fait partie de l'ordre des Insectivores {voy. ce mot et le mot Mammifères). Chez la Taupe le corps est de forme cylindrique, revêtu d'un pelage soyeux et bien fourni, d'un véritable velours; la tête, conique en avant et terminée par une sorte de groin, se confond en arrière avec le tronc; les oreilles externes sont rudimentaires, les yeux à peine visibles; les pattes antérieures s'étalent à l'extrémité en deux mains aplaties et tournées en DIOT. ESC. S. XVI. n* 1


dehors ou plutôt en deux pelles admirablement disposées pour fouir le sol, tandis que les pattes postérieures conservent une disposition normale; enfin la queue, très-courte, disparaît presque entièrement sous les poils de la région postérieure du corps. Les dents, au nombre de 14, se répartissent de la manière suivante 6 incisives, 2 fortes canines, 8 prémolaires et 6 molaires à chaque mâchoire; le crâne est très-allongé et fortement aplati et le squelette présente des modifications qui sont en rapport avec la conformation particulière des membres antérieurs ainsi l'omoplate prend un grand développement par rapport à la clavicule, l'humérus s'élargit en une pièce carrée, munie de fortes apophyses, l'avant-bras se raccourcit et acquiert une force extraordinaire, enfin le carpe se compose de dix os différant sensiblement par leur forme des os correspondants d'un Rongeur ou d'un Carnassier.

Les mêmes caractères essentiels se retrouvent chez les Talpidés européens (a l'exception des Desmans qui ont une physionomie spéciale et dont il vaut probablement mieux faire une famille distincte), mais chez les Talpidés américain» appelés Condylures [Condylura lllig.) la queue est beaucoup plus développée, sans présenter néanmoins, comme on l'avait supposé à tort d'après l'examen de spécimens desséchés, une série d'anneaux ou d'articles {v.owM;) distincts, et le museau est orné en avant d'une frange de caroncules symétriquement disposées. Ces caroncules, qui doivent être certainement considérées comme des organes de tact, s'implantent perpendiculairement à l'axe du boutoir, au bout duquel s'ouvrent les narines elles dessinent ainsi une espèce d'étoile, et c'est ce qui a valu aux Condylures le nom de Taupes étoilées par lequel on trouve parfois ces animaux désignés dans les ouvrages populaires et dans les relations de voyages. Enfin chez les Scalopes, qui appartiennent également à la faune du Nouveau Monde et dont l'espèce la plus connue est le Scalope aquatique (Scalops aquaticus Fisch.) ou Taupe du Canada, le nombre des dents se réduit à trente-six, par suite de l'absence de quelques incisives, canines ou prémolaires à la mâchoire inférieure.

Les Talpidés, d'ailleurs, qu'ils soient américains ou européens, ont les mêmes mœurs et le même régime. Ce sont des animaux fouisseurs, qui se creusent dans la terre des galeries plus ou moins compliquées, en rejetant au dehors, de distance en distance, les débitais provenant de leurs travaux, de manière a constituer de petits monticules appelés taupinières, et qui se nourrissent essentiellement d'insectes, de larves et de vermisseaux.

Les Taupes proprement dites ne se rencontrent que dans l'Ancien Monde dans notre pays elles sont représentées par deux espèces très-voisines l'une de l'autre, la Taupe commune qui est de beaucoup la plus répandue, et la Taupe aveugle (Talpa cœca Savi) qui se trouve principalement dans les provinces méridionales. La Taupe commune mesure environ 17 centimètres de long. C'est un animal d'aspect disgracieux, aux formes lourdes, aux pattes courtes, à la fourrure abondante et soyeuse, généralement d'un noir velouté et plus rarement d'un gris argenté, d'un roux clair ou même d'un blanc pur ou maculé de noir. Comme tous les êtres destinés à passer la majeure partie de leur existence à l'abri de a lumière, la Taupe est douée d'une vue assez faible, mais, quoi qu'en dise le proverbe, elle n'est point aveugle, et peut fort bien se diriger en plein jour à ravers la campagne. En dépit de la brièveté de ses oreilles externes elle n'est pas davantage privée du sens de l'ouïe et, sous le rapport de la finesse de l'odorat, elle l'emporte sur un grand nombre de Mammifères. Animée d'une activité


dévorante, la Taupe circule dans un sol meuble comme un poisson dans l'eau, se fray-i un passage sous les cours d'eau, franchit à l'aide de tunnels les monticules qui se rencontrent sur son passage et cause dans certains cas des dégâts importants en bouleversant des terrains cultivés. Toutefois les dommages causés par cet animal ont été singulièrement exagérés et sont compensés, sinon surpassés, par les services qu'il rend incessamment à l'agriculture en débarrassant les jardins et les prairies des vers blancs et d'autres larves de coléoptères. Les galeries de la Taupe communiquent avec un gîte qui a été maintes et maintes fois décrit et figuré et qui consiste en un dôme dont les parois sont t faites de terre solidement pétrie et sous lequel circulent plusieurs couloirs entourant une chambre centrale dont le fond est tapissé d'herbes sèches et communique par un souterrain avec les couloirs périphériques. En outre, la Taupe dispose, paraît-il, au commencement du printemps, soit dans les prairies, soit au milieu des landes, un nid, qu'elle dissimule d'ordinaire avec le plus grand soin et dans lequel la femelle dépose ses petits. Ceux-ci sont au nombre de "trois quatre, cinq, six ou même sept par portée; ils naissent aveugles et complétement nus, mais grandissent rapidement et sont bientôt capables de se suffire à euxmêmes. Mais, comme il n'y a probablement qu'une seule portée par an 'et que les jeunes, comme les adultes, sont exposés à une foule de causes de destruction, qu'ils ont pour ennemis, outre l'homme, les Carnassiers et les Rapaces, la multiplication de l'espèce n'est pas aussi rapide qu'on pourrait le supposer. Aujourd'hui beaucoup de propriétaires se contentent de faire étaler les taupinières et accordent à la Taupe une protection méritée; mais naguère encore ce petit insectivore était l'objet d'une chasse active et toute une catégorie d'industriels, appelés taupiers, se chargeait de débarrasser les campagnes de cette espèce que l'on considérait comme nuisible.

La chair de la Taupe ne peut d'ailleurs être vendue comme gibier et sa •dépouille a des dimensions trop réduites pour être utilisée comme fourrure; tout au plus peut-elle servir à fabriquer des bourses ou des blagues à tabac. Mais du t emps de nos aïeux certaines parties de ce petit animal étaient fort recherchées parce qu'on leur attribuait, à tort, il est presque inutile de le dire, certaines -vertus médicinales. Ainsi le sang, le cœur, le foie, les muscles, la peau ou même le cadavre entier réduit en cendres, passaient pour guérir la lèpre, les hernies et les rhumatismes. Une Taupe étouffée dans la main entre la Notre-Dame d'aoùt et la Notre-Dame de septembre constituait, disait-on, un excellent fébrifuge, et le malade, une fois guéri par cet étrange procédé, devenait à son tour guérisseur; la main taupée appliquée sur la partie malade calmait instantanément les rages de dents, guérissait les cancers et les écrouelles. Dans ses Croyances du centre de la France, M. Laisnel de la Salle rapporte qu'on recommandait jadis, pour combattre les effets d'une intoxication venimeuse, d'étouffer trois Taupes dans la main en prononçant certaines formules cabalistiques. Suivant le même auteur on désignait et on désigne encore dans certaines parties du Berry sous le nom de vertaupe tantôt un engorgement glandulaire tantôt une douleur rhumatismale, et l'on conseille, pour faire disparaître cette indisposition, de laisser frictionner et presser en tous sens la partie malade par la main d'une personne à laquelle on a fait étouffer sept Taupes avant qu'elle ait mangé de la soupe à la graisse! Ce nombre de sept Taupes correspond avec sept variétés que les paysans distinguent dans l'affection désignée sous le nom de vertaupe, et on admet par suite qu'un enfant qui n'a étouffé que trois ou


quatre Taupes n'est apte à guérir que trois ou quatre, variétés de la maladie en question. Dans le centre de la France on avait imaginé de porter sous l'aisselle «auehe un os de Taupe pour se préserver des rhumatismes, et les paysans coiffaient la tète de leurs enfants d'une calotte faite de peaux de Taupes ou mettaient autour du cou de leurs nouveau-nés un collier de pattes de Taupes, afin de prévenir les convulsions que détermine souvent la dentition. Enfin M. Rolland, dans sa Faune populaire de la France, cite encore un passage extrait des Cris populaires de Marseille, de Régis de la Colombiers, et relatif h' un préjugé non moins absurde dans le Midi, de bonnes gens espéraient se garantir du mal de dents en tenant constamment dans leur poche les pattes de derrière d'une Taupe.

La Taupe aveugle (Ta/pa cœca. Sav.), qui habite le midi de la France, quelques cantons de la Suisse, l'Italie et d'autres pays baignés par la Méditerranée, est ainsi appelée parce qu'elle a les yeux recouverts par une membrane; elle est un peu plus petite que la Taupe vulgaire dont elle diffère encore un peu par les dimensions de ses dents et la forme de son museau.

On rangeait autrefois dans le genre Talpa, sous le nom de Taupes d'Asie, de Taupes d'Amérique ou de Taupes dorées, d'autres Insectivores qui constituent le genre Chrysochlore (Chrysochloris) de Lacépède mais on a reconnu aujourd'hui que ces animaux méritent de former une famille distincte (Chrysochloridœ), leurs pattes antérieures ne présentant que trois doigts au lieu de cinq, leur dentition n'offrant pas la même formule que celle des Taupes, leur crâne étant plus raccourci, leur bras conformé différemment, etc.

Ces Chrysochlores ne viennent ni d'Asie ni d'Amérique, mais du Cap de BonneEspérance et du sud-est de l'Afrique elles portent une livrée grise, brune ou fauve, à reflets dorés ou irisés, particulièrement visibles quand la fourrure est légèrement humide. Leurs mains ne diffèrent pas sensiblement de cilles de nos Talpidés européens. E. Oustalet. Bibliographie. Biffos. Hist. nat., t. VIII, p. 81 et pl. 12, et édit. IHIlot (1850), t. XV, p. "15 et t. XVIII, p. 410. CADET DE VAUX (A.). De la Taupe, de ses mœurs, etc. Paris, an XII, 1803. gÈrya.s (l'.). tlist. nat. des Mammifères, 1854, t. I, p. 250. Fat,o(V.). Faune des Vertébrés de la Suisse, 1869, t. I, p. 107. GAYOT (E.). Petits quadrupèdes de la maison et (les champs, 1870, t. I. Rolland (E.). Faune populaire des Mammifères de la

France 1877. Trohessart. Catalogue des Mammifères vivants et fossiles, Insectivores. In.

Rev. etUag. de Zool., 1879, p. 265. Breum. Vie des animaux, édit. franc, de Z. Gerbe, Mammifères, t. I, p. 745. E. 0. T1UREIX (NICOLAS). Plus célèbre comme philosophe que comme médecin, naquit à Montbéliard, le 26 novembre 1547. Sa famille était sans fortune et n'aurait pu lui procurer une éducation en rapport avec les dispositions heureuses qu'il annonça dès son jeune âge, mais le duc de Wittemberg eu fit les frais. Il fit une partie de ses études médicales à Tnbingue, et fut promu au doctorat à Baie en 1570 Il enseigna la médecine dans cette ville, puis à Strasbourg. Il revint à Bâle professer la morale et de là il fut appelé en 1580 à Altdorf pour occuper la chaire de médecine. Il mourut de la peste le 28 septembre 1606. Si Taurell sentit la nécessité de réformer la philosophie aristotélique, il paraît s'être contenté des vieilleries médicales qui constituaient les doctrines d'alors. I. Plailosophiae triumphm, hoc est, metaphyska philosophandi melhodus. Basileae, 1593, in-8-. Arnheim, 1617, in-8". II. Medicae praedktioms methodus, hoc est, recta brevUque ratio coram aegris praeterita, praesenlia futuraque praedicendi. FrancoOuh,


1581, in-4°. III. Theses medicae de partibus corporis hmnani. Altdorfii, 1583, in-4». IV. Annoiationes in quosdam libros Arnoldi de Villanova. Altdorfii, 1585, in-fol. V. De mutatione rerum naluralium, theses physicae. Altdorfii, 1585, in-4». VI. De cordis na'lura et viribus, lheses medicae. Altdorfii, 1585, in-4°. VII. De vita et morte libellus. Altdorfii, 1586, in-8°. VIII. De ventriculi natura et viribus, theses medicae, Altdorfii, 1587, in-4°. IX. De putrefactione, theses physicae. Altdorfii, 1591, in-4°. X. Idea doctrinae peripateticae de anima et variis ejus facultatibus atque operationibus. Altdorfii, 1591, in-4°. XI. De naturalibus facultatibus corporis humani, theses. Altdorfii, 1594, in-4*. XII. Emblemala physico-ethica. Norimbergi, 1595, in-8°. XIII. Theses de ortumaniae. Altdorfii, 1596, in-4°. XIV. Alpes caesae, hoc est A. Caesalpini, Itali, monstrosa e» superba dogmata, discussa et excussa. Francofurti, 1597, in-S". XV. Theoremata de causis rei naturalis. Altdorfii, 1598, in-4°. XVI. Koff/toioyta, hoc est, physicarum et melaphysicarum discussionum de mundo libri II. Amberg, 1603, in-8°. –XVII. OvpxvoloyCa, hoc est, physicarum et metaphysicarum discussionum de coelo, libri IL Amberg, 1603* in-80. XVIII. De rerum aeternitate, metaphysices uniuersalis partes quatuor. Marburgi, 1604, m-8°. XIX. Theses philosophicae, de ortu ralionalis animae. Altdorfii, 1604, in-8» XX. Disserlatio physica et metaphysica de loco. Altdorfii, 1606, in-4°. L. Hn.

été trouvée en 1826, par Gmelin, dans la bile de boeuf. Elle n'y préexiste pas à l'état libre, mais elle provient du dédoublement de l'acide taurocholique, par suite de la fixation d'une molécule d'eau

Elle se forme également, par un mécanisme analogue, aux dépens des acides hyotaurocholique et chénotaurocholique (Strecker).

On l'a rencontrée à l'état libre

Dans le suc musculaire de certains mollusques (Frémy).

Dans le pancréas du bœuf (Cloetta).

Dans le sang du requin; dans le foie, la rate et les reins de la raie (Strecker, Frerichs)

La synthèse a été réalisée par Kolbe, au moyen de l'acide iséthionique. Ce dernier corps, traité par le perchlorure de phosphore, fournit un chlorure acide, €4H°G1S2O8, que l'ammoniaque concentrée change en taurine, après quelques heures de chauffage en vase clos

C4irClS206 -+- 2AzIl3 = AzH'CI -I- C*H7AzS20c.

La taurine est donc l'acide amido-éthjlène sul fureux. Elle est d'ailleurs isomérique, et non identique, comme l'avait annoncé Strecker, avec l'iséthionamide (Seyberth).

Préparation. Pour préparer la taurine avec la bile, on ajoute à celle-ci de l'acide chlorhydrique, on filtre et on fait bouillir le mélange, jusqu'à ce qu'il se dépose une matière résineuse; on décante le soluté aqueux et'on le concentre. Par le repos, il se sépare du sel marin que l'on rejette; en ajoutant alors au résidu 5 à 6 fois son poids d'alcool bouillant, la taurine se précipite peu à peu à l'état cristallisé. On la purifie par cristallisation dans l'eau bouillante. On peut aussi étendre la bile d'eau, abandonner le liquide à lui-même pendant trois, semaines environ, jusqu'à réaction acide. On précipite alors par l'acide


acétique, et, le liquide filtre étant évaporé à siccité, on épuise le résidu par l'alcool concentré, avant de le faire cristalliser dans l'eau bouillante (GorupBesanez).

Propriétés. La taurine cristallise en prismes clinorhombiques, incolores et transparents, craquant sous la dent; sa saveur est piquante. Elle est insoluble dans l'éther, soluble dans 15,5 parties d'eau froide et dans 500 parties d'alcool ordinaire.

L'acide sulfurique concentré et l'acide nitrique la dissolvent, mais ni l'acide nitrique, ni l'eau régale, ne l'attaquent, même à l'ébullition. L'acide azoteux agit sur elle de la même manière que sur les acides amidés, car il la transforme en acide iséthionique.

La potasse fondante la dédouble en ammoniaque, acétate et sulfate de potassium, eau et hydrogène

Administrée à l'intérieur, elle se convertit en acide iséthionurique ou taurocarbamique, qui s'élimine par les urines.

Comme le glycocolle et les corps analogues, la taurine donne des dérivés métalliques.

Le sel d'argent, G4IIsAgSa0G, se prépare aisément en dissolvant de l'oxyde d'argent dans une, solution de taurine. Il est en cristaux tabulaires, inaltérables à 100 degrés, noircissant à la lumière, à peine solubles dans l'alcool, facilement solubles dans l'eau (Lang).

Le sel mercurique se prépare de la même manière, c'est-à-dire en traitant une solution chaude de taurine par de l'oxyde de mercure récemment précipité. On a décrit deux préparations plombiques

Un sel neutre, obtenu en dissolvant 1 molécule d'oxyde plombique dans une solution de 2 molécules de taurine;

Un sel basique, qni se forme lorsqu'on sature à chaud la taurine par de l'oxyde de plomb et qu'on précipite par l'alcool (Lang). Bourgoin. TAUROCAKBAMIIÎCE (ACIDE).

[ Équiv. CWAzW

Formules:] À. nriai Pni CIP. AzlI.CO.AzlP Acide uramique ( Atom. C^ffAz^O4 = Qip^OII.

que l'on obtient en fondant la taurine avec de l'urée

Il se forme encore lorsque l'on met la taurine au contact du cyanate de potassium un mélange intime de ces deux corps fixe l'eau atmosphérique et se transforme facilement en une masse radiée de taurocarbamate de potassium. On dissout le sel dans l'eau, on ajoute une quantité calculée d'acide sulfurique, puis de l'alcool. Le soluté alcoolique filtré fournit l'acide par évaporation an bain-marie.

Il est en tables quadrangulaires, brillantes, hygroscopiques, solubles dans l'eau, moins solubles dans l'alcool, insolubles dans l'-éther.

Chauffé à 150 degrés avec de l'eau de baryte, il se dédouble en acide carbonique, ammoniaque et taurine (Salkowski). BounGois.


lO(111V. C52II\;¡AzS20t>

TAUROCHOLIQUE (ACIDE). FO)'Mllles (Atom. C26H'"AzS07. Syno-

taïjrocholïque (Acide). Formules GMflt;AzSOÏ Syno-

nyme acide choléique.

Les acides taurocholique et glycocholique, combinés à la soude, constituent les principes immédiats les plus importants de la bile.

D'après les recherches récentes de Jacobsen sur la bile humaine, la proportion de soude que l'on rencontre dans ce liquide est très-variable. Tandis que l'acide glycocholique ne fait jamais défaut, l'acide taurocholique n'y existe parfois qu'en petite quantité et peut même manquer tout à fait. On se sert de la bile de chien pour préparer l'acide taurocholique. A cet effet, après l'avoir évaporée avec du noir pour la décolorer, on reprend le résidu par l'alcool absolu bouillant, et, en ajoutant de l'éther au soluté, il se précipite du taurocholate cristallisé. Ce sel est dissous dans l'eau, précipité par l'acétate de plomb légèrement ammoniacal; le précipité lavé est épuisé par l'alcool absolu bouillant; après avoir enlevé le plomb par l'hydrogène sulfuré et additionné le soluté d'éther, il se dépose par le refroidissement des aiguilles fines et soyeuses d'acide taurocholique, aiguilles qui se changent rapidement à l'air en une masse amorphe et transparente.

L'acide taurocholiqne, retiré de la bile du chien, dévie à gauche le plan de polarisation de la lumière polarisée, tandis que celui que l'on extrait de la bile de bœuf dévie en sens inverse, sensiblement de la même quantité, ce qui semble indiquer un cas d'isomérie physique analogue à celui qui existe entre les acides tartriques droit et gauche.

Il est soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther; sa réaction est franchement acide.

Il suffit d'évaporer son soluté aqueux pour qu'il se dédouble partiellement en taurine et en acide cholalique, dédoublement qui s'effectue d'ailleurs aisément sous' l'influence des solutions alcalines bouillantes.

Les taurocholates alcalins (choléates) sont neutres, très-solubles dans l'eau et dans l'alcool; leur saveur est sucrée, avec un arrière-goût amer. Ils' ne précipitent ni par les sels de chaux, de baryte et de magnésie, m par l'acétate neutre de plomb et le nitrate d'argent. Avec l'acétate basique de plomb, on obtient un dépôt emplastique, assez soluble dans l'eau bouillante. Avec l'acide sulfurique concentré, en présence d'une petite quantité de sucre, ils donnent la magnifique coloration pourpre de Pettenkofer.

Le sel de soude s'obtient en saturant un soluté d'acide taurocholique par le carbonate de soude. On évapore à sec, on reprend par l'alcool absolu, et on traite le soluté par l'éther; il se précipite une masse emplastique, qui se transforme peu à peu en fines aiguilles soyeuses. Il ressemble beaucoup au glycocholate de soude.

Le sel de baryte est très-soluble dans l'eau. BOURGOIN.

TAUROCRÉatine (C5IPAz303S) Dans un mélange de solutions concentrées de cyanamide et de taurine, on verse quelques gouttes d'ammoniaque, et l'on chauffe à 100 degrés au bain-marie pendant cinq ou six jours. La taurocréatine se sépare en cristaux opaques, solubles dans 25 grammes d'eau à 21 degrés, insolubles dans l'alcool et dans l'éther. S'il y a eu excès de cyanamide, il faut, pour obtenir des cristaux, l'enlever par des lavages à l'éther. D.


TAURYLIQCE (Acide) (CTHnO). Considéré comme un crésylol (voy. ce mot). Huile incolore, ne se congelant pas à 18 degrés, ayant l'odeur du castoréum. Retiré par Staedeler des urines de vache, de cheval et d'homme. D. TAIH'H Y (Damel). Médecin fort distingué, mais qu'une mort prématurée a enlevé à ses travaux et à toute la réputation qu'il méritait. Fils d'Ambroise Tauvry, médecin de Laval (Mayenne), il naijuit dans cette dernière ville en 1 609, fut reçu d'abord à l'Université d'Angers (7 sept. 1685), puis à la Faculté de médecine de Paris, 12 mars 1697, et mourut à Paris, le 1er mars 1701, à l'âge de trente-huit ans, pour être le lendemain inhumé dans l'église de Saint-Séverin, laissant une veuve, Marie Delbee, qui succomba un an après son mari (21 mars 1702), et dont les restes furent portes au couvent des Jacobins. Il avait été reçu à l'Académie des sciences dans le mois d'août 1699. Tauvry, tout en s'occupant spécialement d'anatomie, a donné aussi les résultats de ses recherches sur d'autres parties de la médecine. Ses ouvrages sont les suivants I. Nouvelle anatomie raisonnée, ou les usages et la structure du corps de l'homme et des autres animaux, suivant les principes des me'chaniques. Paris, 1090, in-12; ibid., 1095, 1698, 1700, in-12. Il. Traité des médicaments et de la manière de s'en servir. Paris, 1090, 1699, 1711, in-12. III. Nouvelle génération des maladies aiguës et de celles qui dépendent de la fermentation des humeurs. Paris, 1698, etc. IV. Traité de la génération et de la nourriture du fœtus. Paris, 1700, in-12. V. Mémoire sur les gommes et les résines, et sur une liqueur tirée de la chaux, 1699. VI. Ouverture du corps d'un jeune homme mort d'hydropliobie. A. C. TAVACANE. Nom donné au Coco des Maldives (Lodoicea Seychellarum L.). Pt.

ï'ATARES ou tavarez (Frascesco) Médecin portugais, professeur de matière médicale et de pharmacie à l'Université de Coimbre vers la fin du dixhuitième siècle, fut appelé par la suite à occuper à Lisbonne le poste de protomédecin et d'archiatre du royaume, et devint médecin du roi. Il a publié divers ouvrages sur la pharmacologie et s'est occupé particulièrement du traitement de la goutte. Nous citerons de lui

I. De pharmacologia libellus, academicis praelectionibus accommodatus. Conimbricae, 1787 (17S0), pet. in-8". Nova edit. curavit Jac. d'Ancona. Amstelodami, 1791, in-8°. II. Medicamentorum sylloge propriae pharmacologiae exempla sistens, in usum academicarum praeleclionum. Conimbricae, 1787, in-8". Edidit Jac. d'Ancona. Ara^tolod., 1789. III. Advertencias sobre los abusos e legitimo uso das aijuas minerales das caldas da rainha. Lisboa, 1791, in-i°. IV. Observationcs et epicrisis de corticis peruviani salutari et proficuo usu in podagra. Olisiponae, 1802, in-12. En franc. Observ. et réflex. sur l'usage salutaire dit quinquina dans la goutte. Trad. du portugais. Lisbonne, 1802, in-8». V. Avec Alph. Leroy Manuel des goutteux et des rhumatisants 2e édit. augm. de l'ouvrage du Dr Tavarès, etc. Paris, 1805, in-8°. L. Hx. TAVEAU (Auguste-CLnésime). Officier de santé dentiste, mérite une place dans ce Dictionnaire pour de bons travaux sur l'hygiène de la bouche. Né au Havre vers le commencement du siècle, reçu à Paris officier de santé en 1825, il se fixa dans la capitale et y acquit en peu de temps un grand renom dans l'art de conserver les dents, art bien distinct de celui de les arracher. Il a publié, entre autres, un Traité d'hygiène de la bouche, dont la deuxième édition in-12 parut en 1826, la cinquième in-8° en 1843, puis des Conseils aux fumeurs sur la conri'rvatirm de leurs dents (Paris, 1827, in-8°), une Nolice sur un ciment oblité-


rique pour arrêter et guérir la carie des dents, etc. (Paris, 1827, in-8°), etc. Taveau exerçait encore à Paris en 1845. L. Hn. tavebotreeh. Plante de Madagascar, qui, d'après Flacourt, est usitée dans le pays contre les affections de poitrine. C'est peut-être un Carissa, de la famille des Apocynées. pL TAVEUNIER (ALPHONSE). Médecin français né vers le commencement du siècle, servit d'abord comme chirurgien dans la marine, puis en 1825 vint prendre à Paris le diplôme de docteur en médecine. Il se fixa dans la capitale et vers 1830 fonda, avec Hossard, l'Institut orthopédique de Chaillot. En 1855, il créa, avecBeaude, le Journal des connaissances médicales pratiques. Tavernier était en outre secrétaire général de l'Athénée de médecine, sorte de cercle où les médecins les plus distingués du temps donnaient des cours et des conférences libres. Il mourut vers 1850. On a de lui divers articles dans le Journal des progrès des sciences médicales, le Bullet. de thérapeutique, etc., et les ouvrages suivants

I. Quelques considérations sur l'amnésie. Thèse de Paris, 1825, in-4°. II. Manuel de clinique chirurgicale, etc. Paris, 1826, in-18; édit., ibid., 1835, in-18», nouv. édit., ibid., •' in-18; ctmtrefaS|)n> édit. 3. Bruxelles, 1857, in-18. Trad. en allemand, Weimar, 1828, gr. in-12. III. Manuel de thérapeutique chirurgicale, ou précis de médecine opératoire etc. Paris, 1828, 2 vol. in-18. Trad. en anglais par Gross. Philadelphie, 1R29, in-8°. IV. bupplement au Nouveau Dictionnaire de médecine, de chirurgie, etc., deMM. Béelard. Chomel, Cloquet, etc. Paris, 1832, in-8°. V. Notice sur le traitement des difformités de la taille au moyen de la ceinture, etc. Paris, 1841, in-8». Trad. en angl. Londres, 1842, gr. m"8°- L. Hn. taviixa. Nom donné au Congo au bois de Santal rouge (Plerocarpits santalinush. f.).

TAVOULOU. Nom donné à Madagascar au Tacca pinnatifida Rumph. PL.

TAXA. Nom donné, d'après Rauwolf, à une sorte de résine qui rappellerait un peu la gomme ammoniaque et qui découlerait d'un arbre semblable à un cyprès. PL. Bibliographie. Mérat et DE Leks. Dict. mat. médic., VI, 651. Pi,. taxh.-saïxt-vixcent (N.-L.). Chirurgien de première classe de la marine, commença ses études médicales à Brest sous Duret, fut ensuite chirurgien-major du 5e bataillon de la marine impériale et chirurgien entretenu au port de Brest, enfin vint se faire recevoir docteur à Paris en 1810. Les autres détails de sa vie nous sont inconnus. Nous citerons de lui

I. Diss. inaug. sur l'entorse vertébrale. Paris, 1810, in-4". II. Règles gétzérales suz· la ligature des artères. Paris, 1822, in-4°, fîg. III. Sur la rétraction longitudinale des grosses artères lors de leur section transversale complète. In Journ. univ. des se. méd., t. 1, p. 324, 1816. IV. Observ. sur quelq. vices d'organisatiott. In Journ. univ. des se.

méd. t. III, p. 182, 1816. V. Observ. sur une rupture de l'aa·tère hépatique. Ibid.,

t. XVIII, p. 2oO, 1820. VI. Observ. de ruptures complètes et spontanées du ventricule gauche du cceur. Ibid. t. XIX, p. 257, 1820. VII. Exposé d'un cas pratique d'accouchement. In Journ. de méd. de Leroux, t. XXXIX, p. 238, 1817. VIII. Observ. sur Vavorte-


ment, lue à l'Acnd. roy. de mcd. le 16 juillet 1853. Extr. in Arch. gén. de méd., 1' série, t. Il, p. 455, 1855. L. Ils. TAXIXE. g I. chimie. C'est une matière résineuse qu'on retire des feuilles et, parait-il, aussi des semences de l'if (Taxus baccata) par des traitements à l'alcool additionné d'acide tartrique.

Ce corps, dont la composition est inconnue, se dissout à peine dans l'eau, il est soluble dans l'alcool et l'éther. Les acides étendus le dissolvent et la solution est précipitée par les alcalis. Il se colore en rouge foncé par l'acide sulfurique concentré. Riche. g II. Emploi. C'est une question controversée que celle de savoir si les fruits de l'if sont vénéneux. On pense généralement le contraire. Cependant ce peut être une simple affaire de dose; car il résulterait d'expériences faites en Allemagne que la taxine injectée sous la peau d'une grenouille, à la dose de 5 à C milligrammes, la tue en quelques heures; introduite à la dose de 25 à 50 milligrammes dans la veine jugulaire d'un chien de moyenne taille, elle le tuerait en une demi-heure. Il en faudrait 30 à 40 milligrammes pour tuer un chat dans le même espace de temps (Centralblatt fur med. Wiss., 1S76, n° 6). Il se pourrait d'ailleurs que la plante ne fùt vénéneuse que pour les animaux (voy. Taxus). Dechajihiie. TAXIS (xàl.v;, de Tào-crsw, arranger, mettre à sa place). Mode de manipulation destiné à faire rentrer dans les cavités qu'ils occupaient les organes qui en sont sortis (voy. HERNIE). D. TAXUS. 1. Botanique. Tournefort a établi, sous ce nom, un genre de Conifères, du groupe des Cupressinées, dont les représentants sont des arbres on des arbustes, ordinairement peu élevés, toujours verts et dioïques. Leurs rameaux, très-nombreux, portent des feuilles simples, linéaires, éparses. Les fleurs mâles sont disposées en petits chatons globuleux, solitaires ou géminés à l'aisselle des feuilles et entourés inférieurement d'écaillés imbriquées. Ces chatons se composent d'un nombre variable d'étamines pourvues chacune d'un connectif, terminé par un élargissement pelté, en forme de tète de clou, qui porte à sa face inférieure plusieurs anthères uniloculaires disposées circulairement. Les fleurs femelles sont solitaires à l'extrémité de jeunes rameaux sur lesquels elles sont précédées de bractées décussées disposées en quatre séries verticales. Elles présentent à leur base un disque cupuliforme, d'abord peu apparent, au centre duquel se trouve un ovaire uniloculaire et uniovulé; celui-ci devient fi la maturité un fruit sec, entouré par le disque cupuliforme devenu charnupulpeux (voy. H. Baillon, Traité de botanique médicale, p. 1359). Le genre Taxus renferme seulement un petit nombre d'espèces, propres aux régions tempérées et froides de l'hémisphère boréal. La plus importante est le Taxus baccata L., ou If commun, If d'Europe, qui croit spontanément dans les régions montagneuses de presque toute l'Europe, dans l'Himalaya et l'Asie orientale boréale (voy. Ir). Ed. LEF. g II. Emploi médical. Ce qui vient d'être dit au mot Taxine tend à faire penser que le Taxus baccata peut donner lieu à l'empoisonnement. C'est


une croyance qui remonte à l'antiquité que ses émanations sont délétères et que ses fleurs et ses fruits sont mortels pour les chevaux, les animaux domestiques, les oiseaux, les poissons et même pour l'homme. Nos pères auraient empoisonné leurs [lèches avec du suc «l'if, et c'est avec ce suc que, selon Jules-César, se serait suicidé le roi des Ébroniens. Cependant, en ce qui concerne l'homme, les auteurs sont moins généralement affirmatifs. Ces croyances se sont perpétuées. Matthiole, au seizième siècle, répète à peu près tout ce qu'on trouve dans Théophraste, Strabon, Pline, Dioscoride, etc. Jean Bauhin a vu périr des chevaux qui avaient mangé des feuilles d'if. D'autres admettant no Lt n-nsant ane la présence du poison n'est pas constante dans les feuilles

liG tül6, t,¡.u.nJuv '1" 1- .L

d'un même arbre. Au dire de Percival, cité par Hunter, des enfants auraient uccombé par suite de l'ingestion de feuilles d'if ingérées dans le but de de ruire des vers. Personne aujourd'hui n'ose appliquer à cette plante la légende du Mancenillier, mais des auteurs assurent avoir observé différents symptômes morbides et aussi des éruptions cutanées chez les personnes qui avaient dormi a

l'ombre du Taxus.

T'ensemltedTces faits, au moins dans leur interprétation, a été contesté par d'autres auteurs. Il ne reste pas douteux que le danger de se reposer sous mu if soit chimérique, surtout après l'épreuve qu'en ont faite Bul.ard et le bbtaniste anglais Gérard; mais on est porté à admettre que la plante ne peut être considérée comme vraiment inoffensive, qu'elle est particulièrement nuisible à certaines espèces animales et que les diverses parties dont elle se compose présentent à cet égard quelques différences. S'il est vrai, comme l'a constaté Percy d'après l'exemple à lui donné par des enfants du voisinage, que les baies du Taxus peuvent être mangées sans produire d'accidents, encore a-t-û constate e qu'elles donnaient la diarrhée, si l'on en consommait une grande quantité. Les observations relatées par Harmand de Montgarny sur les symptômes produits chez l'homme par des extraits de l'écorce ou des feuilles ne prêtent pas aisément au doute, non plus que celles de Chevallier, Duchesne et Reynal, sur les accidents mortels qui ont suivi des tentatives d'avortement par des préparations

de Taxus.

Quoi qu'il en soit, l'if a été introduit dans la thérapeutique, par les uns en raison même des propriétés toxiques supposées, par les autres en raison de la composition chimique, eu présumée ou constatée, des diverses parties de la plante On sait que les feuilles de l'if ont la saveur âcre qui est propre à celle d'autres Conifères; on en a fait un remède contre la scrofule, le rachitisme les cachexies en général; on lui a attribué, nous l'avons dit, des propriétés abortives, et on l'a conseillé contre l'aménorrhée et la chlorose. Percy faisait composer avec les baies, qui renferment une matière sucrée et de la gomme, une oeléeou un sirop qu'il donnait comme béchiques, et aussi, d après l'expérience que nous venons de rapporter, comme laxatifs. Disons enfin qu'on a préconisé l'if contre l'épilepsie et la rage.

En résumé, l'état présent de la science ne permet pas de se prononcer en toute connaissance de cause sur les propriétés médicinales du Taxus buccata. Ceux qui voudraient l'employer devraient le donner principalement sous forme d'extrait de feuilles ou de bois à la dose de 15 à 20 centigrammes par jour; on pourrait l'administrer aussi en infusion à la dose de 6 ou 8 grammes de feuilles pour 500 grammes d'eau bouillante. Dechambre.


tata. TATACVi. tatove. Nom donné au Brésil, à Cayenne, à la Jamaïque, ait Colocasia esculenta (Arum esculentum L.). pL. TAT-HUAM. Un des noms chinois de la rhubarbe. Pi.. goÏÏe ^patate™ donné à une ncine comestible des 51es ^ippines, qui a le

~oitt de la patate. h.

,;tT;*TI:°R (US)" Parmi les nombreux médecins anglais de ce nom, nous t lieront? 0

Taylor (le chevalier Jons). Oculiste anglais, célèbre par son habileté et pa« son élégant charlatanisme, était fils d'u,» mathématicien de quelque mérite. Apres avoir etuche la médecine, probablement sous Boerhaave, il s'appliqua d'une manière spéciale au traitement des maladies des yeux. Sa dextérité et ses prennors succès lui acquirent un grand renom il parcourut toutes les parties de I Angleterre, et successivement toutes celles de l'Europe, obtenant des succès nombreux, mais qu'il savait habilement faire multiplier par la renommée. 1! sut en quelque sorte accaparer les faveurs des grands et de la fortune, et vint se fixer, après trente ans de voyages, à Paris, où il mourut vers 1767 (Dezeimeris).

I. An Accouut n/' tlte :lleçarti.sur of tlae Globe 0/ the Eye. London, 1730, in-8°. Norwicli,

17~7, iii-81. Trad. en franç. Paris, 'l73~, in-8', Ibid., 1760, in-8'. Il. Treatise on tlte

lurrrtedlafe Orgata o/' I'isintt. London, 1733, in-8'. En franc. Paris, 1735, in-12. Amster-

dam, 1735, in-12. Ill. A'etn Treati.re on Disease of flte Eye, troof the Cataracl or Glau-

cnrrta. London and Edillburgh, 1736, in-8' (il existe un très-grand nombre d'éditions et de

tl'Ildllctions de cet ollvl'age). 11'. Imloartial Inquirics into Seat of the lnrrrzediate Ongarz

o( Si·Tkt. Londres, 1743, iii-8*. V. An Exact Account of 243 Di%l'erc·nd Diseases to u~hiclc

fhe Erle artrf il.s Corerirtg ar·e exposrd. Edinbiii-gli, ,[ 7:JO, in-8'. ~'I. llislar·g of tlte Travels

art!1.~lttveulurcsoj'I;hn.valier·JohnTaglor· oplathalmiaforporrlifical,intperialandroyal,etc.,

uaritten by IlinrselJ'. London, 1762, 3 vol in-8°. L. Un. Taylor (Thomas). L'un des botanistes les plus remarquables de l'Angleterre mort en lévrier 1848, à Dunkerron, Kenmare, à peine âgé de soixante an7n tti. le fils aine du colonel Taylor, officier distingué de l'armée des Indes. Taylor Fit ses grades en science et en médecine à Dublin et fut par la suite élu fdlow Ankuvj amlQueens Collège of Phpicians et nommé médecin ordinaire de 1 hôpital fonde par Patrich Dun. Plus tard, il fut professeur de botanique et -1 histoire naturelle à l'Institut scientifique royal de Cork, aussi longtemps que cet établissement vécut, après quoi il se retira dans le comté de Kerry, près de Kenmare. Il accepta le poste de médecin au Workhouse de Kenmare et mourut d'une fièvre contractée là dans l'exercice de ses fonctions. Il était membre honoraire de l'Académie royale d'Irlande.

Kti 1818 Tayior publia en collaboration avec William Jackson Hooker la Xnvolwa Braanmca^ édit. parue en 1837), puis donna les articles MocssE et Lichb. à la Flora Ihbernica de Maekay. Il a en outre publié un admirable n en ,re sur les Marchantia dans le tome LXX des Transaclions ofthe Linnaean Society a collabore largement à la partie cryptogamique de la Flora antarclica de llooker sans complet, un grand nombre d'articles sur les Mousses, les HélaTIQUES et les Lichens, parus dans les recueils périodiques. Il avait réuni un très-

riche herbier cryptogamique. L jJs

riche herbier cryptogamique. L. Il;¡.


Taylor (Francis). Né à Hull le 25 juillet 1811, il vint à Londres en 1850 et suivit l'University College et l'hôpital de Middlesex; ses études furent brillantes et il mérita plusieurs médailles d'or. Après avoir terminé son éducation médicale, il se rendit à Romsey (Hampshire) comme assistant de Beddom. Il resta là jusqu'à sa mort arrivée le 18 novembre 1870, par angine de poitrine. Taylor fonda à Romsey une société littéraire et scientifique et y fit des cours de médecine et de chimie; il a laissé la réputation d'un excellent praticien et d'un habile chirurgien. C'est lui, paraît-il, qui inventa les tubes en caoutchouc pour les biberons. L. fjN- Taylor (Alexakder). Ce médecin distingué mourut à Hampstead le 18 mai 1879, après avoir longtemps exercé son art à Pau, dans les Basses-Pyrénées. Né vers 1800, il fit ses études à Londres et à Édimbourg, fut reçu docteur à cette dernière université en 1825, nommé en 1855 chirurgien d'état-major à l'armée auxiliaire anglaise en Espagne, et dirigea l'hôpital de la Casa de la Sociedad à Yitoria. Peu après il se fixa à Pau l'un des premiers il reconnut l'action bienfaisante du climat de cette ville et publia à ce sujet The Curative Influence of the Climate of Pau and the Minerai Waters of the Pyrénées on Disease (London, 1842, in-8°) cet ouvrage eut plusieurs éditions sous des titres un peu différents. Il a paru en français sous le titre Des climats propres aux malades, ou étude comparée du climat de Pau et des climats de Montpellier, Hyères, Nice, etc., Se édit., trad. de l'angl. (Paris, 1865, in-8°). En 1865, il fut nommé chevalier par le gouvernement anglais. Pendant la guerre franco-allemande, en 1871, il dirigea une ambulance à Pau, où il soigna avec le même dévouement les blessés des deux nations. Le gouvernement prussien lui décerna en récompense la croix de chevalier de 5e classe de la Couronne royale de Prusse. Taylor était membre de plusieurs sociétés savantes, entre autres de la Société historique de France; en 1873, il remplit les fonctions de vice-président au Congrès scientifique de Pau. L. Un. Taylor (ALFRED-SWAINE). Le plus célèbre toxicologiste de l'Angleterre, naquit à Northfleet (Kent) en 1806. Il étudia la médecine sous la direction d'Astley Cooper et de J.-H. Green aux hôpitaux réunis Guy et Saint-Thomas, puis visita' les écoles les plus célèbres de France, d'Allemagne et d'Italie. Il se fit recevoir en 1828 licencié de la Société des apothicaires de Londres, en 1850 membre du Collége royal de chirurgie, en 1848 membre du Collége royal de médecine, fellow de la Société royale de Londres en 1845, docteur de l'université SaintAndrews en 1852, fellow du Collége de médecine en 1855, etc. En 1852, il fut nommé professeur adjoint de chimie à l'École du Guy's Hospital et occupa seul cette chaire de 1851 à 1870 il enseigna en même temps la jurisprudence médicale et fut même le premier occupant de cette chaire. Il conserva cette dernière jusque peu de temps avant sa mort, arrivée le 27 mai 1880, à Londres. Le nom de Taylor est connu dans le monde entier pour ses beaux travaux sur la toxicologie, la médecine légale, la chimie légale, etc. Nous citerons de lui I. Elements of Médical Jurisprudence. London, 1836, in-8». II. Observations and Experiments on the Lungs ofNew-Born Children in Relation to Médical Jurisprudence. American Edition. Philadelphia, 1857, in-8° (extr. de Guy's Hosp. Reports). III. Oïl Perforations of Stomach from Poisoning and Disease. Pliiladelphia, 1839, in-8° (extr. de Guy's Hosp. Reports). IV, On the Art of Photogenic Drawing, wilh an Account of a Method of Procuring Fac-Sitniles of Engravings, Drawings, etc. london, 1840, in-80.


Y. A Manual of Médical Jurisprudence. London, 1844-1810, in-8". VI. Avec Tarmeu Etude médico-légale sur les assurances sur la vie. Paris, 186G, iu-8°. VII. Recherche médico-léijale du sang au moyen de la teinture de gaïac. Paris, 1870, iu-8°. VIII. Principes of Médical Jurisprudence. Londou, 1873, 2 vol. in-8». IX. Manuel de médecine légale. Trad. de l'angl. Paris, 1881, in-8°. L. Un. Tiiylor (Robert). Ce savant chirurgien, né vers 1815, dans le Dumfricssliire,* mourut à Londres le 25 janvier 1883. Il fut reçu docteur à Edimbourg en •1841, membre du Collége royal des chirurgiens en -1842 et fellow du même en 1858, fellow de la Société médico-chirurgicale de Londres en 1852. Il fut pendant un grand nombre d'années chirurgien au Central London Ophlhalmic Hospital. Taylor vécut toujours plus ou moins à l'écart de ses confrères, probablement par excès de timidité. C'était cependant un ophthalmologiste assez recherché. 11 a publié plusieurs mémoires importants dans les recueils médicaux périodiques, quelques-uns sur Y inflammation sympathique dxi globe oculaire, dans le Médical Times, sur Vophthahnoscope, dans le Médical Circulai* (1858), sur la cataracte, dans les Transactions of the Pathological Society et dans le Medical Times a. Gazette (1857), etc. L. Un. TAYXGA-CNfc'Aï'. Nom tamoul donné au cocotier (Cocos nucifera L.) Pi-

TATUYA ou TATfUIA. En 1874, un naturaliste italien, M. Ubicini, voyageant au milieu des forêts du Brésil, rencontra une peuplade de nègres chez laquelle sévissait la syphilis, et qui employait pour la combattre une plante nommée Taijnya; c'était la racine ou les tubérosités du Dermophylla pendulina de la famille des Cucurbitacées.

Ce voyageur a fait connaître la substance le premier et en a envoyé en Europe pour la soumettre à l'expérimentation. Celle qui fut reçue en France par Stanislas Martin se présentait en rondelles de 2 à 5 millimètres d'épaisseur et d'une circonférence de 12 centimètres chez les plus grandes elles figurent à l'intérieur une étoile dont les rayons viennent converger à un centre commun. Leur couleur au dedans et au dehors rappelle celle de la racine de fenouil la saveur est amère.

L'analyse en a été faite par Stanislas Martin d'abord, puis par Yvon, qui n'y ont pas trouvé d'alcaloïdes; mais ils y ont reconnu une résine jaune vert d'une saveur fortement amère, une matière grasse de couleur jaune citron et une matière extractive brune (amère aussi et t rès-aro ma tique), une huile essentielle à odeur forte, une matière cristallisable soluble dans l'alcool, du tannin, du mucilage, de la glycose (traces), de l'amidon, du ligneux, de l'alumine, de la chaux, du fer, de la potasse; les substances minérales sont d'une abondance excessive dans ce végétal.

Toutes les parties du tayuya passent pour amères, purgatives et résolutives elles exerceraient une action toute spéciale sur le système lymphatique. Les effets physiologiques consistent en une augmentation marquée de la sécrétion de la salive et du suc gastrique l'appétit s'accroît, la digestion est plus rapide; c'est un effet commun à tous les amers. A doses élevées, il se produit des nausées, puis des vomissements accompagnés de coliques et de diarrhée.

On a essayé surtout la racine qu'on a employée spécialement contre la syphilis,


à l'exemple des sauvages sud-américains. Faraoni, Longhi et Zeissl (de Vienne), publient un grand nombre de succès dans les affections syphilitiques et même dans la scrofule. Mais le même résultat ne se produit pas entre les mains d'autres observateurs; Pellizari ne réussit pas, et Sigmund va même jusqu'à déclarer que non-seulement le tayuya n'a aucune utilité dans la syphilis, mais encore que son usage prolonge peut amener des désordres graves du côté des organes génito-urinaires, des appareils de la digestion et de la circulation. La vérité est sans doute entre ces deux assertions extrêmes. Geber a employé la teinture de Tayuya soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, soit sous forme d'injection sous cutanée. Lorsqu'on l'administre par la voie bucco-gastrique, les résultats sont négatifs au contraire, les injections sont utiles, elles peuvent guérir les exanthèmes légers d'origine syphilitique, mais elles ne peuvent rien contre les formes graves ni contre les éruptions confluentes.

Les lotions et autres applications externes produisent de bons effets dans certaines manifestations bien localisées de la syphilis constitutionnelle (papules et ulcérations aux organes génitaux et sur la muqueuse buccale); mais elles sont beaucoup moins avantageuses dans les formes anciennes. On prescrit l'infusion aqueuse, mais surtout la teinture alcoolique qu'on prépare de la façon suivante

Grammes.

Racine de tayuya réduite en poudre 337 Alcool à 80 degrés. '1080

Faites macérer pendant quinze jours, en ayant soin d'agiter de temps en temps filtrez. Cette teinture porte le nom de teinture mère. Pour l'administrer à l'intérieur, on ajoute par 1000 grammes 4000 grammes d'alcool rectifié; on la donne par gouttes; la dose est d'une à quatorze par jour prises progressivement pour l'injection hypodermique on peut s'adresser à la teinture mère qu'on administre à dose quatre fois moindre.

L'eau distillée de tayuya, de même que son alcoolat et la teinture alcoolique ou éthérée, sont très-aromatiques. La racine réduite en poudre et mêlée à l'eau sert à faire des cataplasmes résolutifs. B. Féris. Bibliographie. Martin (Stanislas). De la composition et des usages du tayuya. In Bull. de thérap., t. LXXXIX, 1875. Galassi. Bons effets de la teinture de tayuya contre les manifestations cutanées de la syphilis et de la scrofule. In Giorn. ital. dclle mal. ven. e della pelle, oct. 1876. Yvoh. Composition de la racine de tayuya. In Bull, de thérap., t. X€ï, A%J%. Tawitiu. Un cas de syphilis traite sans succès par la teinture de tayuya. In Il Morgagni, oct. 1877. ZEISSL. Sur le tayuya. In Allgem. Wien. med. Zeit., 1878, n° 3. Strambio (G.). Du tayuya contre la syphilis et la scrofule. In Gazz. med. Lomb., III, n° 37. Losgiii (G.). De la teinture de tayuya. In Gazz. med. Lomb., III, n°" 48, 49. GEBER. Ueber die Wirkung der Tayuya bei Syphilis. In Vierteljahrsschr. f. Dermalol. und Syphilis, 1879. Sigmdnd. Sur le tayuya. In Wien. med. Wochenschr., 1878, n°36. SriLLMAMi. Des différents traitements de la syphilis à l'étranger. In Journ. de thérap., 1880, p. 116. B. F. TCHÈQUES (Les). Ce nom désigne la population Slave de la Bohême (voy. Slaves). 0. TCHETCBÈŒES (Les). Voy. Caucasiques (Provinces), p. 381. TCHSRÉ5IISSES (Les). Foy. RUSSIE, p. 756.


tchevenari. Plante du Coromandel, que l'on regarde comme un poison. C'est peut-être un Methonica. PL. TCHlGttEl, PAKrsKV. On donne ce nom à des lamelles ellipsoïdales, élastiques, sorte de caoutchouc d'un gris bleuâtre, que les Orientaux ont l'habitude de mâcher et qui est le suc concrété du Chondrilla graminea des SynanIhérées Chicoraeées. PL. ISmnoGiuraiE. Boirlieb. Jottrn. de chimie et de pharm., 5" série, XXXIII, 1884. Pl. tciiocdes (Les). Yoy. Rdssie, p. 754, et Fissois.

tchocvaches (LES). Yoy. Russie, p. 758.

TCHUEJLCHES (Les). Ce sont les Patagons.

TCHUTtliE (LES). Yoy. ASIE, p. 557.

TEAK-TREE. Le Teak-lree ou Tealc-ivood (bois de teck) est connu dans l'Inde comme topique contre l'inflammation. D. TEACE (Thomas-Pribgin). Médecin anglais, né vers 1790, lit ses études à Londres, particulièrement aux hôpitaux Guy et Saint-Thomas, et fut reçu en 18"25 membre du Collége royal des chirurgiens, en 1843 fellow du même. Il se fixa à Leeds, il lut chirurgien (senior) du Public Dispensary, puis chirurgien de l'hôpital général et professeur d'anatomie, de physiologie et de pathologie à l'École de médecine. Il remplissait encore à Leeds, vers 1 860, ses fonctions de chirurgien de l'Hôpital général et celles de membre du Conseil général de médecine.

Teale a publié un certain nombre d'ouvrages intéressants, entre autres A Treatise on Nertralgic Diseases, Dépendent npon Irritation of the Spinal Marrow and Ganglia of the Sympatlietic Nerve (London, 1829, gr. in-8°), un Practical Treatise on Abdominal Hernia, dont la date de publication nous est inconnue; On Plastic Operations (London, 1857), On Amputation by a Long and a Short Rectangular Flap (London, 1858), puis des mémoires sur ï'Alojonella stagnorum. et Y Actiniacoriacea, dans Trans. Leeds Phil.-Lilt. Soc., l'article FISTULA intestinal dans le Cyclopedia of Pract. Surgery, etc., etc. L. Hn.

TÉAIXII.R (Pierre-Jérôme-Sébastien). Né àlssoire (Puy-de-Dôme) en 1791. Il lit ses études médicales, et se trouvait externe à Saint-Louis, en 1817, lors d'une épidémie de typhus, dont il fut atteint en soignant les malades. Reçu docteur en 1816, il s'établit d'abord dans son pays, pour y exercer la médecine, mais il revint bientôt dans la capitale. En 1851, il se fait remarquer, pendant tout le temps de l'épidémie de choléra, par le zèle et le dévouement avec lesquels il toigne les malades de son quartier. Il est mort à Paris en 1857. Nous citerons de lui

I. De la diète considérée dans les maladies. Paris, 1816, in-4°. Observation de névralgie pMMmo-y~! ~ue. lu Bull. des frau. du Cercle nacdic. Paris, sept. et oct. 1826. III.


Mémoire sur des tumeurs et des abcès iliaques. In Jounii gén. de méd. Paris, juillet 1829. IV. Mémoire sur l'emploi du tartre stibié à hautes doses dans la pneumonie et dans quelques autres maladies. Paris, 1850, in-8°. V. Du tartre slibié et de son emploi dans les maladies. Toulouse, 1832, in8°. VI. Du cancer de la matrice, de ses causes, de son diagnostic et de son traitement. Lyon, 1836. A. D. TEBSCHA. Nom arabe donné au Ricin, Ricinus commutas L. Pl. TECHUVI-OVI. D'après Rochon, cité par Mérat et de Lens, on donne ce nom à une Apocynée vomitive de Madagascar. PL. TECK (Tectona). Genre de plantes dicotylédones, appartenant à la famille des Verbénacées, et caractérisé comme suit corolle infundibuliforme, à tube égalant le calice, à limbe quinquefide; quatre étamines didynames; ovaire surmonté d'un style et d'un stigmate bifide. Fruit drupacé, à mésocarpe peu charnu, enveloppé par le calice accru et devenu vésiculeux.

Les Tectona sont des plantes des Indes Orientales dont l'espèce intéressante est

Le Tectona grandis L., arbre très-élevé, à rameaux quadrangulaires, à feuilles opposées, rudes à la face supérieure, couverts à la face inférieure d'un duvet blanchâtre. Les fleurs, très-nombreuses, sont toutes petites le fruit de la grosseur d'une noix est enveloppé par le calice vésiculeux, rappelant celui de l'Alkékenge.

La plante habite les Indes Orientales, où elle forme de vastes forêts. La partie intéressante est le bois, qui joint une grande solidité à beaucoup de légèreté et à une inaltérabilité presque complète. Il est d'une couleur fauve et d'une texture fibreuse très-apparente et prend un poli un peu gras; il est d'ailleurs onctueux .au toucher.

Son odeur est forte, analogue à celle de la Tanaisie ce qui le met à l'abri des attaques des insectes. N

On a fait à un moment au bois de Teck la réputation d'une substance vénéneuse, en prétendant que des ouvriers qui s'étaient blessés à Londres avec des esquilles de ce bois en étaient morts. Mais rien n'a établi cette prétendue action malfaisante.

Au point de vue thérapeutique, le bois de Teck est donné par Rumphius, sous le nom de Jatus 'ou Cajusjale, comme bon à combattre le choléra. Les feuilles donnent une infusion nauséeuse et amère, qu'on prend quelquefois en guise de thé; enfin, Rumphius raconte que les Chinois font avec le bois des vases, dans lesquels ils reçoivent l'eau de pluie pendant leurs voyages sur mer la première et la seconde eau sont fort amères l'eau recueillie ensuite facilite la digestion des aliments.

Rheede donne à la plante le nom de Theka ou Takha ou Hatou-takka. Il dit que son fruit peut remplacer dans le bétel la noix d'arec la poudre de l'écorce sert à modérer l'ardeur de la bile. Pl. Bibliographie. Kbmphius. Ambon, III, p. 34, tab. 18. Riikede. Malabar, IV, p. 57, tab. 27. Ekdlicher. Genera, 5703. J. Sciiauer. In Prodromus, Cactolle, Xl, 629. ̃ Reuthasi et Hooker. Genera. pL. TECO9IA. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Bignoniacées, et formé aux dépens d'un certain nombre d'espèces de Bignonia. DICT. KNC. 5e S. XVI. (2


Les caractères distinctifs sont les suivants calice campanulé, à 5 dents; corolle à tube court, dilaté à la gorge, à limbe quinquelobé, subbilabié; quatre étamines didynames, avec rudiments d'une cinquième; capsule bilocubaire, bivalve, à cloison perpendiculaire aux valves, contenant des semences imbriquées, ailées. Les Tecoma sont des arbres ou des arbustes grimpants; les feuilles sont opposées digitées ou impari-pinnées; les fleurs en panicules ou en grappes, jaunes, blanches ou roses.

Les espèces qui seules peuvent intéresser par leurs usages sont Le Tecoma prodiaphylla Juss., connu sous le nom de Poirier de la Martinique ou Poirier des Antilles, dont l'écorce est donnée comme fébrifuge. C'est un arbre des endroits humides des Antilles, dont les feuilles composées digitées ont des folioles qui rappellent un peu les feuilles du Poirier.

Le Tecoma Sahmanni DC. et Tecoma Leucocylon Mart., qui portent le nom de Cèdre blanc des Antilles, et dont le bois vert ou jaune porte le nom d'Ébène verte soufrée de Cayenne (voy. Ébèhe). Ce bois a la réputation peu méritée d'être l'antidote du Mancenillier. Les fleurs jetées dans l'eau lui communiquent une odeur agréable, ce qui fait qu'on en arrose les temples aux Antilles. Le Tecoma radicans Juss. (Bignonia radicans L.), nommé communément Jasmin de Virginie. C'est un arbuste dont les tiges sarmenteuses portent de belles et grandes feuilles ailées avec impaire, et de magnifiques fleurs d'un rouge éclatant, disposées en grandes inflorescences à l'extrémité des rameaux. L'espèce originaire de la Virginie est fréquemment cultivée dans les jardins. C'est une plante d'ornement.

Le Tecoma stans Juss. (Bignonia stans L.), dont les feuilles sont imparipinnées et les feuilles jaunes, larges d'un demi-pouce. Les racines sont employées comme diurétiques dans les Antilles, où croît la plante. De là son nom de Bois Pissenlit.. PL. Bibliographie. Jussieu. Genera, 159. Endliciier. Gênera. Flore médicale des Antilles, IV, 24i. Sdrvan. Catalogue. Ricord Madianna. Traité du Mancenillùr, 85. Guiuouut. Drog. simpl., 7° édit., II, 549. Caxdolle. Prodromus, IX, 215. I'l, TECOMACA. Nom employé quelquefois à la place de Tacamahaca (voy. ce mot). PL. TECTONA. Voy. TECK.

TECTOSACES. Voy. Volkes.

TEFF. Nom donné communément à un Palurin, Poa abyssinica L. (voy. PATURIN).

D'après Desvaux, le Teff des Abyssiniens ne serait pas ce Paturin, mais un Milium auquel il donne le nom de Milium Teff. PL. Bibliographie. Desvaux. Opuscul. sur les se. phys. et nat. Angers, p. 45, 1841. Mérat et de L,en3. Diet. mat. méd., VI, 656. Pl. TEGADA-VAt'BA. Nom tellingou donné au Turbith (Ipomœa Turpethum), de la famille des Convolvulacées. PL. TÉGÉNAIRE (ts^jj, toit,; aiftu, élever). Genre d'Aranéides, nettement


circonscrit et caractérisé, renfermant les Araignées des maisons, les Araignées domestiques, vivant dans nos demeures, si remarquables par leurs toiles horizontales, placées dans les angles des murailles et ordinairement couvertes de poussière. 1

Les Araignées domestiques mériteraient plus que toutes les autres, la désignation générique d'Aranea. Latreille, qui a créé le genre Tegenaria en 1804, reportait en 1806 le terme d'Aranea à ces Arachnides. Mais les auteur* qui l'ont suivi ont montré que, ce terme à'Aranea pouvant s'appliquer à toutes les espèces d'Araignées, il n'y avait pas de raisons suffisantes pour le maintenir. Walckenaer, Ch. Kock, Blackwall, Westring, Thorell, Eugène Simon, adoptent le genre Tegenaria. Eugène Simon le place dans la famille des Agelenidœ. On trouve les caractères génériques des Tégénaires dans la forme ovale de la portion thoracique du corps, la partie céphalique étant convexe, rétrécie en avant les yeux, au nombre de huit, disposés sur deux rangées, les supérieurs égaux, séparés, formant une ligne droite ou légèrement courbée en arrière. Lèvre grande! échancrée à son extrémité, aussi large que haute. Pattes-mâchoires à coxopodites très-grands, droits, allongés organe copulateur du mâle peu renflé, avec un conjoncteur unique, épais, plissé à la base, effilé à son extrémité, enveloppé d'une petite membrane, formant une sorte de lèvre sur les bords de la cupule. Abdomen ovale, globuleux. Pattes fines et longues la première ou la quatrième est toujours la plus longue, la troisième paire toujours la plus courte. Téguments revêtus de pubescence.

La taille des Tégénaires est ordinairement grande et forte, le corps atteignant 2 centimètres. Les espèces domestiques recherchent les appartements, les hangars, les logis peu visités; d'autres espèces ayant des mœurs champêtres changent leur manière de vivre sous des latitudes plus septentrionales. Plusieurs se trouvent exclusivement dans les rochers, les creux d'arbres, sous les pierres, etc. Les Tégénaires ont des représentants dans les cinq parties du monde. La distinction et la détermination des espèces entre elles est très-difficile; Walckenaer n'a pas décrit exactement les espèces linnéennes sous leur véritable nom. Eugène Simon s'est efforcé de rectifier la synonymie que j'ai adoptée (E. Simon, Les Arachnides de France, t. II, p. 54-109, 1875). Une des espèces communes à Paris et qui se trouve dans toute la France est la Tegenaria domestica (Aranea) Clerck (1757), Linné (1758)– Aranea civilis Walckenaer (1802) Tegenaria civilis Walckenaer (1837) (voy. E. Simon, loc. cit., p. 75). Ce n'ést pas la plus grosse espèce; elle est d'un tiers, parfois de moitié, plus petite que la suivante. Sa teinte est plus rougeâtre, ses couleurs plus vives et plus foncées. L'abdomen de la femelle est d'un fauve testacé, couvert de pubescence blanchâtre et de poils soyeux concolores; trois séries de petites taches noires en dessus, les médianes presque arrondies, les latérales plus irrégulières et obliques parties latérales ponctuées de noir. Ventre testacé avec quatre petits traits noirâtres, formant deux lignes parallèles interrompues. Filières testacées, article terminal des grandes filières beaucoup plus court et plus étroit que l'article basilaire. Pattes d'un fauve rougeâtre avec des annulations foncées, peu sensibles et incomplètes aux fémurs. Cette espèce à peu près cosmopolite, est de toute l'Europe, de l'Afrique australe, du Thibet, de Ceylan, d'Australie, d'Amérique; elle habite l'intérieur des maisons, les grottes, les carrières abandonnées. Sa toile horizontale et peu étendue a son tissu plus lâche que celui de la Tégénaire pariétine et brunit moins à -la poussière; elle est placée


aussi dans les angles des murailles. Pendant l'été ou l'automne, la femelle tisse plusieurs cocons aplatis, de forme très-irrégulière, d'un tissu blanc, peu serré; elle les fixe sur un mur ou sur un objet voisin de sa demeure. Ces cocons sont recouverts de corps étrangers servant à les protéger; ils renferment chacun de 50 à 60 œufs jaunâtres. La durée de l'existence de cette Araignée est d'environ quatre ans; elle éprouve neuf mues successives, d'après les observations de Blackwall la première a lieu dans le cocon, les autres après l'avoir quitté. La Tegenama pametina Fourcroy (1785) Âranea domestica Walckenaer (1802) Tegenaria domestica Walckenaer (1837) est fort commune. Le mâle acquiert jusqu'à 1 millimètres de longueur, la femelle de 17 à 20 millimètres. Le céphalothorax d'un fauve obscur, rembruni en avant; l'abdomen, assez élevé, ovale, est d'un fauve obscur, couvert de petites taches noires, très-serrées, avec une bande médiane claire, denticulée en arrière, rougeâtre en avant, environnée de quatre espaces clairs, testacés; revêtement pubescent d'un gris soyeux. Ventre d'un brun fauve, avec deux faibles lignes claires, latérales. Article basilaire des grandes filières brunâtre, article terminal testacé. Pattes d'un fauve obscur, souvent deux anneaux brunâtres, étroits, médians, aux fémurs et aux tibias. Dans le midi de la France, cette Tégénaire se trouve dans les crevasses de rochers et les vieux murs; il en est ainsi en Provence, en Languedoc, dans les Pyrénées à Paris et au nord de notre pays, elle habite exclusivement l'intérieur des maisons. C'est la grosse Araignée, connue de tout le monde, appelée généralement T. domestica, par confusion avec la véritable Aranea domestica de Clerck et de Linné.

La toile est très-grande, placée dans les angles des murailles et horizontale. Le tissu en est fin, serré; il se montre composé, quand on l'observe avec une forte loupe, par une quantité de fils argentés, croisés dans tous les sens. Celte toile est relevée sur les bords, creusée en bateau dans son milieu, soutenue en dessus et en dessous avec de longs fils isolés; elle ressemble à un large hamac suspendu, mais garanti du balancement par des cordes multipliées en haut et en bas. La toile de cette Tégénaire se termine à une de ses extrémités par un trou rond ayant une ouverture double, l'une tournée vers le dessus de la toile, l'autre dirigée en bas. La grandeur ainsi que la forme de cette toile varient suivant l'âge de l'Araignée et le local choisi par clic; la dimension peut atteindre jusqu'à 1 mètre de long et s'étendre, par exemple, sur toute la largeur d'une fenêtre. La poussière, qui se dépose sur la toile de la Tégénaire pariétine, rend cette toile brune ou noire et d'un aspect spécial repoussant, mais la toile venant d'être tissée, surtout dans un endroit clos et à l'abri de toute souillure, est d'un blanc éclatant et d'une remarquable propreté.

La Tégénaire pariétine, voulant installer sa toile et son nid, applique ses filières saillantes contre la paroi d'une muraille à quelque distance de l'angle qu'elle veut occuper; elle marche ensuite le long de la paroi jusqu'à cet angle, puis elle va rejoindre l'autre paroi et y fixe son fil à la même distance, après l'avoir tendu. Ce fil, de tous le plus externe et le plus résistant, est renforcé par. la Tégénaire qui dans des allées et venues continuelles assujettit en outre aux deux parois des fils parallèles, de plus en plus courts, jusqu'au voisinage du sommet angulaire. La première série de fils terminée, l'Araignée pose des fils transversaux et constitue de la sorte la toile servant de piège, puis elle tisse pour sa demeure un tube ouvert aux deux bouts et appliqué dans l'angle dans la partie antérieure du tube, elle se tient à l'affût, immobile, la tète tournée


du côté de son filet. Lorsqu'elle est effrayée ou poursuivie, elle se retourne et

sort par l'ouverture inférieure, se laasant au besoin tomber sans se suspendre à

un fil. Lorsqu'on tue une Tégénaire, ou qu'on la classe au loin, on voit quelques

jours après une autre Araignée de la même espèce, mais ordinairement plus jeune, qui a pris sa place et qui profite de la toile déjà fabriquée. On a dit que la vie de la Tégénaire pariétine est longue de quatre ans, peut-

être plus; quelques-uns ont assuré de sept ans au moins. L'Araignée sédentaire,

bien différente des Lycoses (voy. LYCOSE), passe sa vie tant sur sa toile qu'elle

agrandit à mesure qu'elle grossit parce qu'elle a besoin de proies plus volumi-

neuses et plus abondantes pour se nourrir, que dans son réduit tubulaire où elle

est à l'affùt. Les Diptères, les Lépidoptères, conviennent aux jeunes Tégénaires; les grandes Araignées adultes capturent des Coléoptères, des Hyménoptères, même

de petits Myriapodes.

Dès qu'une proie est arrêtée dans le filet, la Tégénaire sort de son tube,

s'arrête brusquement pour voir et apprécier l'ennemi à combattre. Elle fond

comme un trait sur une Mouche, une Tipule, lui donne une morsure avec ses

crochets venimeux, se retourne et 1.'emporte avec elle dans son tube pour la

sucer à l'aise, à l'abri de toutdanger. Si la proieest degrandetaille, parexemple,

un Coléoptère à fortes mandibules, un Hyménoptère porte-aiguillon, le combat

est à outrance et la lutte acharnée. La Tégénaire attaque avec vigueur; si

l'assailli se défend, l'Araignée recule, s'arrête, puis tout à coup elle se rue avec

violence, revient sur ses pas pour saisir le moment de porter un dernier coup

mortel à l'adversaire qui fait de vains efforts pour se dégager. Dans toutes ses

attaques, la Tégénaire relève ses pattes antérieures pour les préserver; elle sait

aussi passer sous sa toile pour arrêter l'ennemi; enfin, si la proie est agile, elle

lui attache sur le corps des fils nombreux et les enroule comme sur une bobine

pour la garrotter.

Lorsqne le moment de la ponte est arrivé, la Tégénaire pariétine se retire à

quelque distance de sa toile, elle file un cocon de soie d'une grande blancheur,

le carde, le tourne et retourne, puis l'entoure d'un sac de fils soyeux. Souvent

ce sac est lesté avec des platras, des graviers, des détritus d'insectes. Quand le

travail est terminé, elle pond ses oeufs et les enveloppe d'une soie fine, transpa-

rente, puis elle les transporte au milieu du cocon préparé avec tant de soin.

Elle fermé l'orifice du sac, se pose dessus et se tient là constamment en surveil-

lance, abandonnant sa grande toile et son ancienne demeure. Plusieurs cocons

lenticulaires sont déposés ainsi dans le sac de soie blanche, suspendu en forme

de hamac au-dessus de la toile. Chacun de ces cocons renferme de 150 à

150 oeufs; Lyonet avait compté 500 oeufs dans l'ovaire d'une Tégénaire. Les

jeunes, au moment de l'éclosion, sont blancs avec l'abdomen jaunftfre. En tout

temps, le mâle est beaucoup plus rare que la femelle; ses couleurs sont. plus

vives, ses pattes sont beaucoup plus longues. On trouve dans Walckenaer que

cette Tégénaire peut faire plusieurs pontes sans cohabiter avec le mâle, mais les

femelles qui en proviennent ont besoin, pour produire comme la mère, d'un

premier accouplement. ·Donc, sous ce rapport, la Tégénaire ne peut être assi-

milée aux Pucerons (voy. PUCEROXS).

La TEGENARIA AGRTSTIS Walckenaer (1802) est intermédiaire pour la grandeur

entre les deux espèces précédentes,' mais plutôt grande que petite. L'abdomen

ovale, élevé, est d'un fauve brun à pubescence et poils soyeux plus' clairs. Le

milieu du dos est marqué en avant d'une ligne longitudinale rougeâtre, limitée


par deux traits noirs et suivie d'une série de petits accents jaunes très-fins, éhrns à leur deux extrémités. Ventre d'un fauve obscur, avec deux lignes noirâtres, réunies au-dessus des filières; ces dernières rougeâtres, avec l'article basilaire des supérieures noir, le terminal de même longueur, plus grêle dès la base.-Cette Tégénaire se trouve dans toute la France, mais non en Allemagne, elle vit dans les bois et les friches, sous les pierres et dans des trous. Sa toile est peu étendue, le tube est incomplet. Le mâle est adulte fin juillet. La femelle pond en septembre et octobre; elle fabrique un ou plusieurs cocons parfaitement arrondis, très-durs, à enveloppes complexes. Elle les abandonne, car ils sont formés avec art et la ponte préservée d'avance. L'enveloppe extérieure est d'un beau blanc éclatant, mince, fortement tissue; sous cette enveloppe s'en trouve une autre composée avec du sable, de la terre, des débris d'insectes dévorés- le tout est réuni par des fils très-fins. Sous la couche de terre est un cocon inclus, d'un beau jaune orangé et d'un tissu serré, dont l'intérieur est encore d'un orangé plus rouge et renferme enfin au milieu d'une bourre lâche orange rarement blanche, les véritables œufs, jaunâtres ou blanchâtres, au nombre de 100 environ, à surface un peu gluante. Dans les Alpes, la Tégénaire agreste, quoique identique à l'espèce de la plaine, file un cocon conique, aplati, adhérant aux pierres. Les cocons de plusieurs générations sont souvent accumulés et forment des masses irrégulières.

La morsure des diverses Tégénaires, dangereuse et même mortelle pour les petits animaux, est inoffensive pour l'homme (voy. .A. Araignées). Laboclbkne. TÉGUMEXTAIRE (SYSTÈME) DANS LA SÉRIE ANIMALE. Nous commencerons par étudier l'enveloppe tégumentaire des Vertébrés, nous bornant à résumer très-rapidement les parties de la question qui touchent à l'anatomie humaine et qui ont été développées, avec détails, aux mots Peau, POILS, etc. I Téguments des Vertébbés. Le tégument des Vertébrés comprend deux systèmes 1» les membranes muqueuses (tégument interne) 2" la peau ou l'enveloppe cutanée (tégument externe).

Les membranes muqueuses tapissent les conduits des voies digestives, respiratoires et génito-urinaires. Bichat les considérait comme des prolongements du tégument externe, mais on sait aujourd'hui que, si les unes sont originairement des dépendances de la peau, les autres dépendent du feuillet interne du blastoderme (muqueuses de l'estomac, de l'intestin, de la vésicule biliaire). Les muqueuses sont toujours enduites d'une couche plus ou moins épaisse de mucus (voy. ce mot) sécrété par des glandes et par la surface libre. Elles sont essentiellement composées de deux parties 1° un épithélium superficiel 2 un chorion profond, soit lisse, soit surmonté d'éminences désignées sous les noms de papilles et de villosités, les papilles ne différant des villosités que par la situation du réseau sanguin intérieur, qui est profond ou central dans le premier cas, superficiel on périphérique dans le second.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de la description des muqueuses (voy.

MUQIJEI'SE)..

MT S«!!tème cutané des Mammifères. La peau des Mammifères se compose de deux parties principales, de structure et de propriétés différentes une partie profonde ou derme; 2° une partie superficielle ou épiderme. a. Derme. Le derme est formé essentiellement de faisceaux de fibres con-


jonctives et de fibres élastiques entre lesquels se trouve interposée une matière amorphe tenace. C'est un tissu très-vasculaire (vaisseaux sanguins et lymphatiques) renfermant des muscles lisses, des glandes et des nerfs; il est uni par des fibres conjonctives au tissu cellulaire sous-cutané.

Le derme se compose de deux couches l'une profonde (couche réticulaire), contenant des aréoles graisseuses, l'autre externe (couche papillaire)r constituée essentiellement par une matière d'apparence amorphe et présentant une quantité considérable de papilles qui peuvent être simples ou composées au point de vue de la forme, vasculaires ou nerveuses au point de vue de la structure. Le derme atteint quelquefois une grande épaisseur sur un même animal, il est plus mince dans les parties que leur position protège contre les causes vulnérantes (dessous du ventre, face interne des membres, etc.) et au pourtour des orifices naturels pour laisser à ces ouvertures la souplesse qui leur est nécessaire. Soumis à l'action prolongée de l'eau bouillante, le derme se transforme en gélatine il est rendu imputrescible par l'opération du tannage2. b. Épiderme. L'épiderme est une membrane non vasculaire formée de cellules épithéliales et présentant deux couches l'une profonde (couche muqueuse ou de Malpighi), l'autre superficielle (couche cornée). Ces deux couches sont trèsdistinctes anatomiquement et physiologiquement elles sont séparables par la macération, l'action des acides, etc.

La couche de Malpighi comprend trois étages un profond (couche basilaire) formé de cellules cylindriques plus ou moins pigmentées suivant les régions et les races un intermédiaire (couche intermédiaire) constitué par des cellules dentées dont les dents se touchent par leurs pointes; un superficiel (zone granuleusé) composé de cellules granuleuses et dépourvues de pointes. Les cellules dentées de la couche intermédiaire sont globuleuses et munies d im noyau ovoïde entouré d'un très-grand nombre de granulations pigmentaires. Les cellules de la zone granuleuse sont dépourvues de pigment et de noyau; elles sont aplaties et imparfaitement soudées entre elles. Enfin les cellules de la couche cornée sont de simples lamelles dépourvues de noyau leur paroi est formée de kératine. Quoique la couche de Malpighi et la couche cornée diffèrent par leurs caractères morphologiques et chimiques, il n'en est pas moins vrai que celle-ci résulte d'une transformation des cellules de celle-là mais elle n'est pas un simple résultat de la dessiccation, car elle existe déjà chez le foetus. L'épiderme n'a qu'une existence, très-limitée; la couche cornée se desquame d'une façon insensible à l'état normal et la réparation se fait au moyen des couches sous-jacentes, par voie de segmentation.

Les granulations pigmentaires existent chez le fœtus, mais c'est seulement après la naissance qu'elles prennent un développement suffisant pour colorer l'épiderme dans les races à peau foncée3.

La lumière paraît avoir une grande influence sur le développement et l'abondance des granulations pigmenfaires. Telle est l'origine du hâte et des taches de rousseur.

1 Chez le rhinocéros, le derme mesure, sur certains points, plus de 6 centimètres. 2 Dans celte opération, le tannin se combine probablement avec la substance amorphe du derme.

5 Le négrillon nouveau-né n'a pas la peau sensiblement plus brune que l'enfant blanc ce n'est qu'au bout d'une semaine qu'une coloration ardoisée se montre sur toute la surface du corps:


La couche cornée n'a pas partout la même épaisseur. Chez l'homme, elle atteint son maximum d'épaisseur à la plante des pieds sous le talon. Chez le cheval, les châtaignes ou noix qui se trouvent à la face interne des jambes sont formées par une "agrégation de cellules épidermiques. Enfin l'irritation continuelle et la pression ont pour effet d'activer la vitalité des cellules profondes de l'épidémie» de hâter le développement des cellules superficielles et partant d'amener l'épaississement de la couche cornée. C'est ainsi que se produisent les durillons et les cors; c'est par la même raison que de véritables callosités épidermiques peuvent se développer dans les 'mains des manoeuvres, sur le dos des portefaix, etc.

c. Appendices tégumentaires. 1° Poils. Le poil s'implante dans une dépression de la peau (follicule pileux), sur un mamelon vasculo-nerveux (papille dit poil), qui en est l'organe nourricier. Ce mamelon n'est qu'une papille modifiée de la peau.

Le follicnle pileux renferme des couches dermiques et des couchos épidermiques. Les premières constituent de dehors en dedans une couche fibreuse à libres conjonctives longitudinales; 2° une couche vascula ire à fibres transversales 30 une couche transparente appelée membrane vitrée, continuation de la couche limitante du derme et se perdant sur la papille. La couche de Malpighi forme la gaine externe de la racine l composée de cellules polyédriques 2° la gaine interne de la racine constituée par deux rangées, une externe à cellules sans noyau (couche de Hcnle), une interne à cellules munies de petits noyaux (couche de Huxley).

Le poil lui-même offre à considérer 10 la moelle la substance corticale ou Vécorce; la cuticule.

La moelle n'existe pas dans tous les poils. Elle est constituée par des cellules polyédriques provenant de la couche de Malpighi, dans lesquelles on trouve des granulations pigmentaires et graisseuses.

Kile renferme aussi des bulles d'air qui, dans les cheveux colorés, sont masquées par la couleur de la substance corticale.

\e'corcc parait formée de cellules étirées en filaments allongés très-adhérents les uns aux autres et où toute trace de noyau a disparu. Une matière colorante, variable avec la couleur des cheveux, infiltre ce tissu*. Celui-ci est d'ailleurs Uvs-élastiquc et très-hygroscopique.

La cuticule forme une double couche à l'intérieur du follicule au dehors, la couche externe disparaît et l'interne persiste seule. Celle-ci est composée de cellules lamelleuses sans noyau et imbriquées de manière à donner à la surface du poil une apparence réticulée.

La substance corticale et la cuticule sont formées par la couche cornée de l'épidémie.

Les poils offrent de très-grandes variétés chez les divers Mammifères. Ainsi, la substance médullaire manque chez le porc et quelques autres animaux; la substance corticale est très-réduite chez la plupart des Rongeurs et paraît même manquer complétement chez le porte-musc. Enfin la cuticule des poils de la chauve-souris revêt l'aspect d'une série de cornets emboîtés les uns dans les autres. 1 La racine du poil est la partie contenue dans le follicule et la tige est la partie libre ou saillante la première est renllée à sa base (bulbe du poil) pour embrasser la papille. 2 Quand les pigments de la moelle et de la substance corticale manquent congénitalement, il en résulte un vice de conformation désigné sous le notn i'albinisme.


Les cheveux de l'homme sont des poils longs et fins les crins du cheval sont des poils longs et grossiers. 11 est à noter que les poils sont droits lorsqu'ils sont. cylindriques et qu'ils sont au contraire plus ou moins frisés lorsqu'ils ont la forme prismatique.

On observe généralement chez les Mammifères deux sortes de poils les uns plus ou moins longs et raides appelés jarres, les autres courts et fins nommés duvet ou bourre. Le développement relatif de ces deux sortes de poils, très-.faciles à observer chez le lapin, varie beaucoup avec la température. Les jarres prédominent sur le duvet dans les pays chauds; c'est le contraire dans les pays froids. Dans les pays tempérés, le pelage change avec les saisons et ne devient riche en duvet que pendant l'hiver, époque à laquelle la dépouille des animaux à fourrure est surtout recherchée.

C'est dans le groupe des jarres qu'il faut ranger les soies (porc), les crins (cheval), les épines (hérisson), les piquants (porc-épic). Au contraire, la laine n'est qu'un duvet à poils longs, fins et contournés.

̃ La couleur des poils est d'autant plus vive que les animaux habitent des régions plus chaudes les pelages blancs s'observent surtout dans les régions circompolaires. Dans les régions tempérées, la teinte du pelage varie avec les. saisons et devient souvent blanche en hiver. Ainsi, l'écureuil commun, qui est roux en été, devient gris en hiver, et alors sa fourrure est connue sous le nom de petit-gris. Une chose à remarquer, c'est que les parties noires du pelage restent toujours noires. L'hermine qui, en été, a le pelage roux et l'extrémité de la queue noire, devient blanche en hiver, à l'exception du bout de la queue qui reste noir.

L'influence de la domestication agit surtout sur le mode de distribution des taches de la robe qui cessent souvent d'être symétriques, comme elles le sont toujours à l'état sauvage, excepté chez la cynhyène d'Afrique.

Les poils qui tombent, c'est-à-dire qui s'atrophient et se séparent de la papille, sont reproduits, à l'état normal, par cette même papille. On désigne sous le nom de mue la chute périodique des poils qu'il est facile d'observer chez beaucoup de Mammifères au commencement de l'été, tandis que les poils de renouvellement apparaissent en automne. A ce renouvellement du poil correspond son changement de couleur.

2° Ongles, L'ongle est, comme le poil, une formation de la couche cornée de l'épiderme. Il est constitué par des cellules à noyau allongé formant des lamelles superposées.

On appelle racine de. l'ongle son bord adhérent, lit de l'ongle la portion du derme qu'il recouvre, matrice de l'ongle le repli du derme dans lequel s'engage la racine.

Le lit de l'ongle est formé par des crêtes du derme parallèles à l'axe du doigt. Ces crêtes extrêmement minces représentent des papilles très-allongées. La matrice et le lit de l'ongle sont tapissés par la couche de Malpighi qui pénètre entre les papilles du derme. Celles-ci sont larges et dirigées en avant dans le fond de la matrice.

Au-dessous de la racine de l'ongle les crêtes du derme sont plus serrées et moins saillantes que dans le reste du lit. Les deux parties de ce lit sont en général séparées par une ligne convexe en dehors qui forme, par transparence, la.partie de l'ongle connue sous le nom de lunule.

L'ongle.glisse toujours en avant sur les couches molles sous^'acentes, car, au.


niveau de la racine, se forment constamment des cellules nouvelles qui subissent la transformation cornée.

3° Sabots. De tous les ongles des Mammifères, le sabot du cheval est certainement le plus remarquable par son développement et son degré de perfectionnement comme organe protecteur du doigt.

Le sabot du cheval représente une sorte de boîte engainante qui enveloppe l'extrémité inférieure du doigt. Une macération prolongée le divise en trois parties la paroi ou muraille, la sole et la fourchette.

La muraille est la partie apparente quand le pied repose sur le sol. C'est une épaisse lame cornée qui entoure la phalangette et se reploie en dedans de façon à former un V ouvert en arrière. On appelle barres les deux branches de ce Y. La partie moyenne ou antérieure de la muraille porte le nom de pince; les deux régions latérales constituent les quartiers; enfin les talons sont formés par les angles d'inflexion des quartiers, c'est-à-dire par la jonction de ceux-ci avec les barres.

La face interne de la muraille présente, dans toute son étendue, des lamelles blanches parallèles dont l'ensemble forme le tissu kéraphylleux ou tissu feuilleté du sabot.

La sole est une large plaque cornée qui occupe la face inférieure du sabot elle remplit l'espace compris entre les barres et le bord inférieur du sabot. La fourchette est une masse de corne engagée dans l'espace triangulaire compris entre les barres. Un prolongement de la fourchette embrasse les talons et garnit le bord supérieur de la muraille en y constituant une bordure cornée connue sous le nom de périople. Ce périople présente, en dedans, une gouttière circulaire (cavité cutigérale), percée d'une multitude de petits trous. La face supérieure de la fourchette et celle de la sole sont criblées de petits trous analogues à ceux de la cavité cutigérale.

Les parties contenues dans le sabot sont la membrane kératogène, les fibrocartilages et le coussinet plantaire.

La membrane kératogène enveloppe la phalangette à la manière d'un bas qui est lui-mème renfermé dans le sabot; c'est une portion du derme dans laquelle on reconnaît trois régions l°le bourrelet, 2° le tissu velouté, 5° le tissu feuilleté. Le bourrelet appelé encore cutidure se trouve logé dans la cavité cutigérale il forme une saillie arrondie, hérissée de papilles filiformes qui traversent les trous de la cavité cutigérale.

Le tissu velouté recouvre la sole et la fourchette; il est plus mince que le bourrelet, mais hérissé, commejlui, de papilles qui se logent dans les porosités de la face interne de la sole et de la fourchette.

Le tissu podophylleux ou tissu feuilleté du pied est étalé sur la face antérieure de la phalangette à laquelle il adhère intimement. Il est constitué par un grand nombre de lames parallèles qui s'engrènent avec les feuillets analogues du tissu kéraphylleux dont ils ne sont séparés que par des cellules molles et dépourvues de pigment. Les feuillets du tissu podophylleux sont d'immenses papilles qui, tout en formant les principaux instruments de la sensibilité tactile du pied, assurent de plus, par leur engrènement avec les lames kéraphylleuses, la solidité de l'union du sabot avec les parties vives.

Quant aux fibro-carlilages et au coussinet plantaire, ils servent à protéger la membrane kératogène contre la pression de la phalange. Les premiers sont au nombre de deux représentant chacun une plaque latéro-postérieure, l'une interne


et l'autre externe. Le coussinet plantaire est une espèce de coin fibreux et élastique situé dans l'intervalle des deux fibro-cartilages entre la phalangette et le tissu velouté de la fourchette.

Le développement du sabot se fait à peu près comme celui de l'ongle, le bourrelet formant la muraille, le tissu velouté étant le point de départ des éléments de la sole et de la fourchette. Ce développement se fait par la formation incessante des cellules de la couche qui répond au corps muqueux de Malpighi celles-ci s'aplatissent en lamelles dans le sens de la surface de la membrane kératogène, à mesure qu'elles s'en éloignent. La paroi s'accroît donc de haut en bas et les deux autres parties du sabot de l'intérieur à l'extérieur. Les lamelles épithéliales s'enchâssent autour des papilles de la membrane kératogène et la présence de ces dernières détermine une structure tubuleuse de la corne. Le tissu podophylleux ne concourt pas, à l'état normal, au développement de la paroi. Quant aux lames kéraphylleuses, elles prennent naissance au bourrelet et descendent avec la muraille en glissant sur les cellules qui séparent celle-ci du tissu podophylleux. Des corpuscules pigmentaires existent dans l'épaisseur des cornes colorées.

4° Onglons et griffes. Chez les Ruminants, le sabot est double à chaque pied et prend le nom d'onglon; on n'y trouve pas de fourchette. Au-dessus et en arrière des onglons, on observe le plus souvent deux petits onglons rudimentaires qui prennent le nom d'ergots; ils renferment un petit os qui n'est pas relié au squelette.

Le porc a quatre onglons à chaque pied, mais ceux qui correspondent aux ergots des Ruminants, bien que ne servant pas davantage qu'eux à l'appui, sont plus développés et se relient au squelette.

Chez les Carnivores et les Rongeurs, les capsules cornées des doigts ne s'appliquent pas sur une petite partie de la face inférieure qui est recouverte par un épiderme épais. Ces capsules sont désignées sous les noms d'ongles ou de griffes; elles ne servent pas à la locomotion. Chez certains Carnivores, comme le chat, les griffes très-aiguës sont rétractiles elles se relèvent à l'aide d'un ligament élastique qui se porte de la seconde à la troisième phalange. Des ongles peuvent naître sur d'autres parties du corps ainsi il existe un ongle caudal à l'extrémité de la queue du lion.

Enfin ce sont des produits épidermiques de même forme que les ongles qu'on observe sous forme d'écailles imbriquées sur le corps des pangolins et sous la portion basilaire de la queue des Ânomalurus.

Il ne faut pas confondre avec ces productions épidermiques l'armure tégumentaire des Tatous. Celle-ci, en effet, résulte de l'ossification partielle du derme.

5" Cornes frontales. Les apophyses osseuses du frontal des Ruminants sont entourées de capsules cornées appelées cornes. Ce sont des étuis coniques plus ou moins contournés ou annelés transversalement, formés de cornets concentriques dans lesquels n'entrent que des lamelles épithéliales. Les éléments des cornes sont formés par la portion de la peau qui enveloppe les chevilles osseuses du frontal.

6° Glandes sudoripares. Glandes sébacées. Les glandes sudoripares, dont l'étude a été faite ailleurs, ne se rencontrent que dans la classe des Mammifères. Elles sont très-développées chez le cheval et, au contraire, très-petites relativement chez le chien.


Les glandes sébacées sont le plus souvent, chez les Mammifères, des annexes des follicules pileux. Le suint qui enduit la toison des moutons est un produit de glandes de cet ordre. Ce sont aussi des glandes sébacées qui, situées au-dessus de la grande fente interdigitale des Ruminants, s&rètent une humeur onctueuse destinée à lubrifier les sabots. Ce sont encore des glandes analogues qu'on observe chez les chauves-souris sous le cou, chez les musaraignes vers le milieu du flanc, chez les pécaris au-dessus de la croupe. Les larmiers du cerf ne sont pas autre chose que des appareils glandulaires sous-cutanés qui sécrètent un liquide onctueux, et il en est de même de la paire de glandes temporales de l'éléphant, etc.

Muscles horripilateurs. Muscles sous-cutanés. Les muscles horripilatours sont ceux qui produisent le phénomène connu sous le nom de chair de poule ils sont constitués par des faisceaux de libres musculaires lisses allant obliquement de la partie superficielle du derme à la base des follicules pilifères, de façon à amener le redressement du poil par leur contraction. A la face profonde du derme, on trouve, sur certaines parties du corps, une couche mince de tissu musculaire analogue aux muscles peauciers du cou de l'homme. Cette couche forme le panicule charnu; elle est très-développée sur les côtés du tronc chez le cheval mais ces muscles moteurs de la peau acquièrent une importance plus considérable encore chez les tatous et surtout les hérissons, qui sont les uns et les autres susceptibles de se rouler en boule. Chez le hérisson, les fibres de ce muscle s'insèrent en partie à la base des épines et contribuent à les redresser quand l'animal veut s'en servir comme armes défensives.

B. Système cutané' des Oiseaux. La peau des Oiseaux ne diffère guère de celle des Mammifères. Le derme est mince et n'adhère que peu aux organes sous-jacents dont il est quelquefois séparé par des prolongements des réservoirs pneumatiques. Nous ne ferons que mentionner, comme dépendances de l'épiderme, le bec, les ongles, les plaques cornées qui recouvrent les pattes, mais nous insisterons davantage sur les plumes, organes caractéristiques de la classe.

Plumes. Les plumes qui, au premier abord, paraissent si différentes des poils, sont cependant des productions analogues.

Une plume complète se compose d'un axe (hampe) et d'une lame multifide constituée par une série de lamelles aplaties (barbes) portant, de chaque côté, des filaments (barbules) d'où se détachent des crochets dirigés en sens inverse suivant le côté de la barbule auquel ils appartiennent. Ces organes s'accrochent mutuellement dans les plumes ordinaires de manière à unir les barbules et les barbes.

La hampe présente à considérer 1° le tuyau, tube creux d'aspect corné et rempli de lamelles blanchâtres formant une substance spongieuse, connue sous les noms de moelle ou d'âme du tuyau; la tige, masse pleine, blanche, opaque, formée de petites cellules à cavité pleine d'air (moelle de la tige). La tige est généralement quadrangulaire et se rétrécit progressivement jusqu'à son extrémité libre. Le tissu corné du tuyau se prolonge sur elle et en occupe la périphérie. La face interne de la tige est divisée en deux parties par un sillon longitudinal; ses faces latérales donnent insertion aux barbes; la face externe est lisse et convexe.

Le sillon de la tige s'arrête au tuyau et présente là un orifice (ombilic supé-


rieur) qui sert à renouveler l'air du tuyau. Un autre orifice (ombilic inférieur)

se trouve à l'extrémité adhérente de la plume.

Près de l'ombilic supérieur, on aperçoit généralement une houppe de barbes

plus ou moins semblables à du duvet; cet appendice est connu sous le nom

d'hyporachis 1.

Quand l'axe principal de la tige fait défaut et que la plume se compose seule-

ment d'une houppe de filaments fins, il en résulte ce qu'on appelle le dztvet.

Celui-ci est .tl'ès-développé chez l'oie, chez le cybn~ et surtout chez l'eider, où

il forme entre les plumes proprement dites une couche d'une grande épaisseur constituant la substance connue-sous le nom d'étlreclon.

Les grosses plumes de l'aile et de la queue portent en ornithologie le nom de pennes. Celles-ci se distinguent en rémiges et rectrices, suivant qu'elles appartiennent à l'aile ou à la queue. Les rémiges du pouce s'appellent bâtardes; celles de la main, prirrarcires; celles de l'avant-bras, secondaires; celles de l'humérus, scapttlaires. On désigne sous les noms de couvertures ou tecirices les plumes qui couvrent la base des pennes.

Le développement de la plume se fait à peu près comme celui du poil, avec quelques différences toutefois qu'il importe de signaler. Ainsi, la portion qui, dans le follicule de la plume, correspond à la gaîne interne de la racine du poil, se prolonge sur la plume naissante et recouvre complétement celle-ci à la façon d'une cloche. La papille de la plume est énorme, comparativement à celle du poil; elle offre, sur sa face externe, un sillon longitudinal qui s'élargit à la base et se continue latéralement avec une multitude de stries parallèles et denticulées. Le tissu corné du sillôn devient la tige et celui des stries donne naissance e

aux barbes. Bientôt, la gaîne qui renferme cet ensemble s'ouvre en haut pour

laisser passer la tige et les barbes de la plume qui continuent à croître pendant

un certain temps.

La gaine interne du follicule était tapissée par un épithélium se continuant

avec celui de la baîne externe, mais, duaml la gaîne interne est devenue le

tuyau de la plume, la papille s'est atrophiée pour n'occuper qu'une petite

portion de ce tube alors les cellules épithéliales qui tapissaient la gaiue interne se disposent sous forme de cloisons plus ou moins complètes qui consti-

tuent l'âme de la p~hz~rte.

Après le déve'oppement de la plume, la gaîne externe du follicule se dessèche, s'atrophie et ne reste plus qu'autour de la partie inférieure du tuyau elle

consolide son insertion.

La coloration des plumes est due à l'existence de pigments dans leur tissu

constitutif; mais des phénomènes d'optique interviennent souvent pour faire

changer la nature de la coloration, suivant la direction des rayons lumineux et

aussi suivant qu'on observe la plume par transparence ou par réflexion. En général, il y a, chez les Oiseaux, une mue chaque année en automne, et il peut

en résulter des livrées qui changent complétement l'aspect de l'animal. La

coloration du plumage est habituellement plus brillante chez le mâle que chez

la femelle.

Dans les espèces aquatiques, les organes sécréteurs de la peau prennent une

grande importance, afin d'enduire les plumes d'une humeur huileuse qui les

1 L'hyporachis, habituellement rudimentaire, se développe quelquefois au 'point de con-

stituer une tige accessoire garnie de barbes comme la tige principale, la plume est alors

double à partir du tuyau.


préserve de l'action de l'eau. Une glande dite uropygienne, servant à cet usage, est très-développée sur le cygne et placée sur le croupion.

C. Système cutané des Reptiles. L'épiderme de la peau des Reptiles acquiert, en général, un grand développement. Il se forme ainsi, dans l'ordre des Chéloniens, des plaques cornées adhérant complétement au derme chez la plupart d'entre eux, mais chevauchant les unes sur les autres chez la tortue caret où leur tissu constitue la substance connue dans le commerce sous le nom d'écaille. Les Chéloniens présentent, autour de la bouche, un bec corné analogue à celui des Oiseaux et de même provenance. Enfin, chez ces animaux, le derme peut aussi s'ossifier par places et les ossifications ainsi produites, par leur union avec certaines portions du squelette, constituent la carapace qui les caractérise.

La peau des crocodiles n'a pas d'écaillés proprement dites; ce sont des plaques dermiques développées surtout sur la nuque, le dos et la queue, où elles s'ossifient plus ou moins.

Les écailles imbriquées qu'on observe sur le corps des semques sont aussi des prolongements dermiques ossifiés. Chez le plus grand nombre des Sauriens, la peau est mince, dépourvue d'écailles imbriquées et simplement parsemée de petites écailles épidermiques. ,•

Chez les Ophidiens, le revêtement épidermique se renouvelle périodiquement d'une manière remarquable la mue s'effectue plusieurs fois par an et l'animal sort de son vieil épidémie comme d'un fourreau qu'il retourne de la tête à la

queue.

Chez les Reptiles, les pigments ne sont pas. limités à la couche profonde de l'épiderme; ils peuvent aussi être logés dans le derme. Milne Edwards a démontré que les changements de couleur du caméléon dépendent du mélange variable de deux pigments cutanés, l'un superficiel et fixe, l'autre profond et mobile, constitué par de petits corps colorés qui s'approchent ou s éloignent de la surface. Il y a de ces corps qui sont noirs, d'autres rouges, d'autres jaunes et peut-être des verts; en outre, la couleur verte peut être produite, d'après G Pouchet, par le mélange du pigment jaune fixe et d'une couche dite cerulescente, laquelle est tantôt blanche, tantôt bleue, suivant que les parties sous-jacentes sont blanchâtres ou noires. Selon que les corpuscules s'enfoncent sous le derme, qu'ils forment un fond opaque sous la couche cérulescente ou qu'ils s'étalent en ramifications superficielles, ils laissent à la peau sa couleur jaune ou lui donnent la couleur verte et noire. Bert a fait voir que les monvements de ces corpuscules sont commandés par deux ordres de nerfs dont les uns les font cheminer de la profondeur à la surface, tandis que les autres produisent l'effet inverse. Dans l'excitation maximum des uns et des autres, les corpuscules se cachent sous le derme; il en est de même dans l'état de repos complet (sommeil, anesthésie, mort). D'après Bert, les rayons lumineux appartenant à la région bleu violet du spectre agissent directement sur la matière contractile des corpuscules, pour les faire mouvoir et s'approcher de la surface

de la peau.

Les organes sécréteurs du système tégumentaire ne paraissent manquer complétement que chez les Ophidiens. Chez la plupart des Sauriens, les glandes cutanées forment une rangée le long de la face interne des cuisses (pores fémoraux) comme chez les lézards; on en trouve dans le creux de l'aisselle chez les iguanes et au voisinage de l'anus chez les scinques. Chez les crocodiles, on


observe de grosses agglomérations glandulaires sous la gorge et sur les côtés de l'anus; le produit de ces glandes exhale une forte odeur de musc. Il y a des glandes analogues sur les côtés du corps chez quelques tortues.

D. Système cutané des Batraciens. La peau des Batraciens remplit un rôle très-important comme organe de respiration aussi le revêtement épidermique est peu développé et s'exfolie continuellement. La peau est en général 1 complétement nue, lisse et visqueuse; cependant, chez les cécilies, elle est pourvue d'écailles rudimentaires. Il arrive rarement que des portions du derme s'ossifient comme chez le Ceratoplays dorsata; généralement aussi cette couche de la peau manque de papilles, mais on en trouve une grande quantité dans la pelote du pouce du mâle chez les grenouilles et les crapauds. Enfin, il n'existe e pas d'ongles chez les Batraciens, caractère qui les différencie des Reptiles. La peau des Batraciens est très-riche en glandes et en pigments Les premières sont en forme de bouteilles ou de sacs sécrétant soit du mucus, soit des s liquides caustiques. Ces dernières glandes constituent, par leur agglomération, des masses assez considérables (parotides) dans la région parotidienne des salamandres et des crapauds. Quant aux pigments, ils ressemblent à ceux des Reptiles et se comportent à peu près de la même manière. Ainsi, les rainettes présentent des changements de couleur qui, tout en étant moins marqués que ceux des caméléons, leur sont néanmoins comparables.

E. Système ciitané des Poissons. La peau des Poissons est généralement adhérente aux tissus sous-jacents. L'épiderme est très-caduc et ses cellules constituent en grande partie l'enduit glaireux dont le corps est couvert. Audessous de l'épiderme se trouve une mince lame de substance hyaline et le

derme plus ou moins épais.

Il est rare que la peau des Poissons soit complétement nue comme chez la lamproie, le congre et quelques autres; le plus souvent, elle renferme une multitude d'écailles dont la forme et le mode d'arrangement varient beaucoup. Au point de vue de la forme et de la nature, on distingue des écailles cornées,

ganoïdes et placoïdes.

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Lea édites corttées sont minces, flexibles, et leur tissu est peu chargé de sels calcaires. On les rencontre chez les Poissons Téléostéens.

Les écailles ganoïdes sont constituées essentiellement par du tissu osseux recouvert d'émail. Leur présence caractérise l'ordre des Ganoïdes (esturgeon, lépidostée, etc.).,Ces écailles, ainsi que les précédentes, sont permanentes et ne

se renouvellent pas.

Les écailles placoïdes ressemblent aux ganoïdes. par le caractère osseux de leur tissu, mais elles forment ordinairement des épines ou des tubereules. Elles sont caduques et se renouvellent. On les observe dans l'ordre des Pla-

giostomes.

Les écailles cornées ont été l'objet d'études nombreuses et c'est d'elles seulement que nous nous occuperons ici. Agassiz les a divisées en cténoïdes et ss=:?.s~-=-:

de prolongements en forme d'épines désignés sous le nom de spinules.

Le tissu de l'écaille cornée se compose d'une substance organique azotée

ressemblant beaucoup à la chondrine et de sels terreux consistant principale-

ment en phosphate et carbonate de chaux. Par la dissection, on peut arriver à

décomposer les écailles en une série de feuillets fibreux empilés les uns sur les autres, d'autant plus larges et d'autant moins calcifiés qu'ils sont plus profonds.


Chacun de ces feuillets renferme en général des corpuscules polyédriques formés de la même matière que le tissu de l'écaillé1.

La question des rapports que les écailles affectent avec les téguments a été très-controversée, mais il est démontré maintenant2 qu'elles ne sont pas des productions épidermiques, que par conséquent elles ne sont nullement comparables aux poils des Mammifères ou aux plumes des Oiseaux. Au point de vue physiologique, les écailles ne subissent que des déplacements passifs, mais ceux-ci s'effectuent avec une grande facilité sous l'influence des mouvements du corps. Les écailles se rapprochent alors ou s'éloignent par le fait de la grande laxité du tissu dans lequel elles sont implantées.

Les opinions les plus contradictoires règnent sur la nature du système glandulaire de la peau des Poissons; Leydig pense même que les glandes cutanées manquent complétement chez ces animaux. Quant aux pigments, les corpuscules qui les renferment (chromoblastes) sont situés sous la membrane anhiste et dans le derme avec les paillettes qui donnent à la peau des Poissons l'éclat argenté ou doré qu'elle offre souvent. Des changements de coloration s'observent aussi quelquefois chez ces animaux; ils sont sous la dépendance du système nerveux. Enfin, plus encore que chez les autres Vertébrés, certaines parties de la peau peuvent s'ossifier et concourir à la formation du squelette.

Il. TÉGUMENTS DES MOLLUSQUES. Les téguments des Mollusques sont assez nettement séparables en épiderme et derme, le premier composé de cellules isolables, le second constitué surtout par des fibres conjonctives. Habituellement, le derme est étroitement uni à la couche musculaire sous-jacente, de façon à former au corps une enveloppe dermo-muscidaire. C'est chez les Céphalopodes que cette union du derme avec les muscles est la moins intime, et ces animaux ne possèdent pas non plus les cils vibratiles qui sont répandus sur diverses parties de la peau, surtout chez les espèces aquatiques.

Chei! les Céphalopodes et quelques Ptéropodes, on observe dans le derme des corpuscules colorés ou chromatophores qui, par leur contraction, produisent des taches colorées, si faciles à observer sur la peau des seiches et des calmars vivants. Il faut aussi noter que les téguments d'un grand nombre de Mollusques, tout en conservant leur mollesse, contiennent des corpuscules calcaires de forme variable, sphériques, cylindriques ou même étoilés, qui se développent dans des cellules spéciales à l'intérieur du derme.

Les glandes de la peau des Mollusques méritent de fixer l'attention. Elles appartiennent à la catégorie des glandes unicellulaires et sont caractérisées par leur contenu finement granuleux, ainsi que par l'existence d'un orifice. C'est surtout relativement à leur sécrétion qu'elles peuvent éprouver des modifications sur certaines parties du corps. Ainsi, chez les limaces, sur les côtés de la 1 En observant les écailles cornées à la lumière polarisée, j'ai trouvé qu'elles sont monoréfringentes ou biréfringentes suivant qu'elles sont jeunes ou âgées. La matière organique est monoréfringente et la biréfringence est due aux sels terreux qui, dans les écailles adultes, acquièrent une certaine épaisseur.

J'ai observé que le picrocarminate d'ammoniaque colore les parties centrales des écailles en jaune, la couche hyaline en rouge et le derme en rouge orangé. En pratiquant des coupes longitudinales dans les téguments ainsi traités, on voit que les écailles sont enclavées dans des poches dermiques et qu'elles ne sont recouvertes par l'épiderme qu'à leur partie postérieure. Toutes les parties de l'écaille se développent donc au-dessous de l'épiderme, mais lcs spiuuk'S perforent cette membrane.


surface inférieure du pied, il existe un appareil glandulaire qui s'ouvre un peu en arrière de la bouche. C'est cet appareil qui sécrète la matière visqueuse qui laisse, après le passage de ces animaux, une traînée brillante sur le sol. On trouve, chez les Murex et Purpura, entre les branchies et le rectum, des cellûtes épithéliales jouant le rôle de glande et sécrétant le liquide connu sous le nom de pourpre. C'est une sécrétion mucipare, très-chargée de carbonate de chaux, qui forme, en se desséchant, l'espèce de couvercle (épiphragme) qui ferme en hiver l'entrée de la coquille des colimaçons. Enfin, on considère le byssus ou organe fixateur de beaucoup de Mollusques (moule, etc.) constitué par un paquet de filaments adhésifs, comme provenant de la sécrétion de glandes

dermiques 1.

Parmi les dépendances du tégument, les plus importantes à étudier forment les parties désignées sous les noms de voile, de manteau, da pied et de

coquille.

a. Voile. Le voile est une expansion latérale des téguments céphaliques bordée de cils vibratiles. Cet organe est très-répandu chez les larves des Acéphales et des Céphalophores, où il sert à la nage: mais, chez les Pulmonés, il n'existe pas. Le voile des Acéphales a la forme d'une ombrelle, d'où dériveront, quelque temps après la naissance, les palpes labiaux. Chez les Gastéropodes, le voile s'atrophie à mesure que le pied prend un accroissement plus considérable. Le mode d'évolution du voile est encore mal connu chez les Céphalopodes. b. ll~anteau. On appelle ainsi une portion des téguments qui se détache plus ou moins du reste du corps en formant un repli dont le bord libre est épaissi. L'espace compris entre le repli de la peau et le corps s'appelle la cavité palléale. C'est le manteau qui supporte et produit la coquille. Chez les Lamellibranches et les Céphalophores, le manteau part de la région dorsale, mais chez les premiers il a deux lobes et recouvre l'animal comme la

couverture d'un livre.

1 Lamellibranches. Chez les Ostracés, les deux lobes du manteau laissent entre eux une large ouverture servant à l'entrée de l'eau et des matériaux nutritifs ainsi qu'à la sortie de ce liquide et des déjections. Chez les Mytilacés, les lobes palléaux se soudent de manière à délimiter deux ouvertures l'une antérieure plus grande, servant de passage au pied et permettant l'entrée de l'eau; l'autre postérieure plus petite, correspondant par sa position à l'anus, et laissant passer les déjections ainsi que l'eau qui a servi à la respiration. Che~ les Camacés, on observe un degré de soudure de plus; la grande fente antérieure ne livre plus guère passage qu'au pied et derrière elle deux petites ouvertures servent, l'inférieure à l'entrée, la supérieure à la sortie de l'eau. Cette dernière disposition atteint un plus haut degré de développement chez les Cardiacés et les Enfermés où les deux orifices postérieurs se prolongent en tubes (siphons), dont l'inférieur sert à l'entrée et le supérieur à la sortie de

l'eau.

Brachiopodes. Chez les Brachiopodes, le manteau comporte aussi deux lobes, mais ceux-ci sont beaucoup plus développés et, au lieu d'être latéraux, .sont, l'un dorsal et l'autre ventral. ~teraux,

Céphalophores. Le manteau ne se développe que chez les Céphalophores 1 Il existe chez quelques Gastéropodes inférieurs (Éolidiens) des cellules urticantes ana-

logues aux nématocystes des Cor alliaires et des Acalèphes.

DIGT. ENC. 5" S. XVI. il


coneliifères- chez les autres, il est un fragment scutiforme du tégument dorsal séparé du reste du corps par un sillon peu profond. Les Gymnobranches n'ont de manteau qu'à l'état larvaire.

Chez les Céphalophores coneliifères, c'est la partie médiane du repli tégumentaire qui s'épanouit pour constituer le manteau. Dans la classe des Gastéropodes, c'est généralement en avant sur le cou de l'animal, soit à droite, soit à gauche, que s'ouvre la cavité palléale. Celle-ci renferme les organes respiratoires et communique avec l'extérieur par un orifice ou bien par un prolongement du bord du manteau analogue au siphon des Lamellibranches et pouvant former, soit une "outlière, soit un canal complet comme chez les Buccins, les Murex, etc. Ce siphon sert à l'introduction de l'eau et il existe quelquefois, de l'autre côté de la cavité branchiale, un prolongement plus court destiné à la sortie de ce liquide. Habituellement, la cavité du corps forme un sac hélicoïdal (tortillon) qui est plus ou moins entouré par la cavité palléale.

Dans la classe des Ptéropodes, la cavité palléale s'ouvre toujours en arrière a la base des nageoires.

Chez les Scaphopodes. le manteau est en forme de sac.

*> Céphalopodes. Chez ces animaux, la cavité palléale est en forme de sac et renferme les branchies. Le manteau est séparé de la tête par un pli circulaire (Sepia) ou se confond sans pli avec les téguments de celle-ci [Octopus)^ Des appendices du manteau en forme de nageoires existent souvent sur les côtés du

corps (Sepia, Loligo).

c. Pied. Le pied est un organe cutané qui se forme à la partie ventrale des Mollusques, comme le manteau à la partie dorsale. Parfois rudimentaire chez les Lamellibranches (Huître, Pholade, etc.), il prend d'autres fois un développement considérable et peut s'avancer assez loin au dehors du manteau, sous la forme d'une hache ou d'une massue.

Chez les Gastéropodes, le pied est très-développé et se termine par une surface plane allongée ou discoïde. Huxley y distingue une région impaire divisée d'avant en arrière en propodium, mesopodium et metapodium, et une région paire constituée à droite et à gauche par un epipodium. Ce dernier est surtout développé chez l'Ilaliotis. Le metapodium porte souvent un couvercle corné ou calcaire désigné sous le nom d'opercule et servant à fermer l'ouverture de la coquille quand l'animal s'y est retiré. Cette partie du pied manque chez les Strombes et est réduite à l'état de ventouse chez les Hétéropodes. Ce sont donc, en somme, le propodium et le mesopodium qui constituent la partie essentielle du pied, qui est déprimé chez les Gastéropodes ordinaires et comprimé en forme nageoire verticale chez les Gastéropodes nageurs ou Hétéropodes. Dans la classe des Ptéropodes, le pied présente un lobe impair atrophié correspondant au metapodium, et deux gros lobes latéraux représentant l'epi-

podium.

Chez les Céphalopodes, les bras correspondent au propodium des autres Mollusques, ainsi que cela a été établi par Iluxley. Ces organes sont, dans les premiers temps du développement, assez éloignés de la bouche, et la disposition circulaire qu'ils affectent autour de celle-ci est le résultat d'un changement graduel dans la position des parties. Quant à l'entonnoir, il résulterait de la soudure des deux epipodiums correspondant aux nageoires aliformes des Ptéro-

podes.

^'coquille. La coquille est une production solide du manteau. Elle a une


grande importance comme agent de protection et de soutien, mais elle ne présente ni vaisseaux ni nerfs. Elle est recouverte d'une cuticule (drap marin) ordinairement en continuité avec l'épidermë et laissant souvent à nu le test ou substance fondamentale de la coquille. Outre l'épiderme et le test, les coquilles ont encore une couche interne irisée désignée sous le nom de nacre; elles sont constituées essentiellement par du carbonate de chaux uni à une faible quantité de substance organique (conchylioline) elles se développent par couches successives, la plus externe étant la plus âgée.

Le test est formé dc petits prismes disposés les uns à côté des autres, perpendiculairement à la surface de la coquille. Ces prismes sont enchevêtrés par leurs extrémités taillées en pointe, chacun d'eux étant moins long que la coquille n'est épaisse. Quant à la nacre, elle est formée de prismes beaucoup plus petits que ceux du test, et disposés très-obliquement par rapport à la surface de ce dernier il résulte de leur terminaison des stries très-fines qui, en décomposant la lumière, produisent les phénomènes optiques de l'irisation. Certaines coquilles, comme l'Avicule, sont remarquables par l'épaisseur de leur couche de nacre.

Les perles sont des corps de même nature que la nacre formés par hypersécrétion de celle-ci dans les points où un corps étranger ou une lésion de la coquille irrite le manteau.

En ce qui concerne la structure, les coquilles des Brachiopodes diffèrent de celles des Lamellibranches par un moindre développement de la couche interne et parce qu'elles présentent souvent à leur intérieur des canalicules occupés par des appendices cœeaux du manteau. Enfin, les coquilles dites porcelainées de quelques Gastéropodes présentent une structure d'une complication particulière sur laquelle il nous paraît inutile d'insister.

Après ces généralités sur les coquilles, nous passerons immédiatement à leur description sommaire envisagée dans les diverses classes des Mollusques. Lamellibranches. Tous les Lamellibranches ont une coquille bivalve qui reproduit la disposition des lames du manteau. Les deux valves, l'une droite, l'autre gauche, sont articulées par une charnière et reliées par un ligament élastique, tantôt externe, tantôt interne, qui produit l'ouverture de la coquille, celle-ci se fermant au moyen de muscles adducteurs puissants. La charnière est généralement pourvue de dents qui s'engrènent les unes sont centrales (dents cardinales) et perpendiculaires au bord, les autres sont latérales et plus ou moins obliques (dents latérales).

Les muscles qui ferment la coquille forment, en dedans des valves, des impressions musculaires. Quand il n'y a qu'un muscle adducteur (Monomyaires), comme chez l'huître, il n'y a qu'une impression musculaire médiane. Quand il y a deux muscles adducteurs (Dimyaires), comme chez la moule, on distingue deux impressions, l'une buccale, l'autre anale, très-écartées l'une de l'autre. Ces impressions sont réunies par une ligne (impression palléale) qui est produite par le bord du manteau. Celle-ci est tantôt parallèle au bord, tantôt fortement échancrée. Cette échancrure (sinus anal) n'existe que dans les Lamellibranches à siphon rétractile; elle se produit parce que le bord du manteau est dévié par les muscles rétracteurs des tubes.

Le sommet de la valve, c'est-à-dire le point par lequel commence sa croissance, s'appelle le crochet. La longueur de la valve se mesure du bord antérieur ou buccal au bord postérieur ou anal sa largeur va du crochet au milieu du


bord ventral ou base. L'épaisseur d'une coquille est la ligne qui joint les points les plus saillants de chaque valve. La coquille est dite équivalve lorsque ses deux valves sont symétriques; elle est équilatérale ou inéquilatérale suivant que les bords antérieur et postérieur sont égaux ou inégaux. Chez la plupart des Lamellibranches, le bord antérieur est ordinairement plus court que le postérieur, et leurs coquilles sont par conséquent inéquilatérales.

La plupart des Lamellibranches Dimyaircs ont une coquille équivalve et une station verticale ou un peu oblique; on les a groupés, à cause de cette dernière particularité, sous la dénomination générale à.' Orthoconques. Presque tous les Lamellibranches Monomyaires ont une coquille inéquivalve et une station horizontale qui les a fait nommer Pleur oconques.

La surface des coquilles est souvent ornée de côtes rayonnant des crochets aux bords (crêtes rayonnantes) ou parallèles aux bords (crêtes concentriques). En avant des crochets existe souvent une surface déprimée (lunule), tandis qu'en arrière une dépression analogue (écusson ou vulve) présente au milieu les lignes d'insertion (nymphes) du ligament.

2° Brachiopodes. Les Brachiopodes ont une coquille bivalve comme les Lamellibranches; seulement, elle est disposée de manière que le plan de symétrie de l'animal coupe chaque valve par son milieu, de telle sorte qu'il y a une valve ventrale et une valve dorsale. De plus, les coquilles des Brachiopodes sont toujours équilatérales et inéquivalves. Ce sont là autant de caractères qui séparent ces coquilles de celles des Lamellibranches, où le plan médian du Mollusque correspond au plan de séparation des valves, et où la coquille a comme caractères normaux d'être ordinairement équivalve et toujours inéquilatérale. Enfin, ce sont des muscles particuliers qui ouvrent les valves des Brachiopodes, tandis que celles des Lamellibranches s'écartent sous la seule influence d'un ligament élastique: l'ouverture de la coquille est donc active d'un côté et passive de l'autre.

Céphalophores. Il n'y a peut-être pas de Céphalophore qui manque de coquille à l'état larvaire. Chez les Mollusques nus à l'âge adulte, la coquille tombe de bonne heure et n'est pas remplacée.

Les coquilles des Gastéropodes peuvent être internes ou externes, ce dernier cas étant de beaucoup le plus fréquent. Les coquilles internes sont incolores, petites, fragiles et aplaties.

La plupart des coquilles externes sont enroulées en hélice [coquilles spirales) d univalves. Rarement la coquille est tubuleuse (Scaphopodes) ou conique (Patelles); plus rarement encore elle est multivalve (Chitons); jamais elle n'est bivalve.

La partie de la coquille par laquelle sort l'animal se nomme la bouche ou l'ouverture; l'autre extrémité est le sommet. Si l'on met la coquille dans la position qu'elle occupe lorsque l'animal marche devant lui, la bouche de la coquille est habituellement à droite et on dit que celle-ci est dextre. Un petit nombre de coquilles (Clausilies) ont la bouche à gauche et sont senestres. Quand une coquille a sa bouche et par conséquent son enroulement en sens inverse de l'état normal, on dit qu'elle est inverse ou perverse. La cavité de la coquille ne forme qu'une seule loge.

Les tours de spire de la coquille s'appliquent ordinairement les uns contre les autres et sont enroulés autour d'un axe (columelle) qui est plein (coquille


imperforée) ou creux (coquille perforée ou ombiliquée). Dans ce dernier cas, on désigne sous le nom d'ombilic l'ouverture extérieure de la columelle. On appelle suture la ligne enfoncée formée par la jonction des tours et angle sutural, l'angle que forme cette ligne avec le côté de la coquille. L'angle spiral est l'angle au sommet de la coquille.

L'ouverture de la coquille est entière chez la plupart des Gastéropodes herbivores (Holostomes) elle est au contraire échancrée ou prolongée en un canal chez les Carnivores (Siphonostomes). On appelle bord columellaire le côté de l'ouverture qui est formé par la columelle et labre le bord opposé. Dans l'intérieur de la coquille, on voit une impression musculaire, en forme de fer à cheval ou divisée en deux cicatrices; c'est l'insertion du muscle rétracteur au moyen duquel l'animal rentre dans sa coquille.

La coquille des Ptéropodes, lorsqu'elle existe à l'âge adulte, est univalve et se compose de deux plaques, l'une ventrale, l'autre dorsale, avec une ouverture antérieure pour la tête; elle est symétrique, translucide et très-fragile. Céphalopodes. Le Nautile et l'Argonaute ont seuls une coquille externe; les autres ont une coquille interne ou nulle.

La coquille de l'Argonaute est largement ouverte et enroulée en spirale dans un plan qui la divise en deux parties symétriques. Elle n'est pas attachée par des muscles au corps de l'animal, est spéciale à la femelle et sert à la protection ainsi qu'à l'incubation des œufs. On supposait autrefois que cette coquille flottait sur l'eau et servait de bateau à l'animal qui ramait avec ses six bras allongés, pendant que les deux autres élargis à leur extrémité, seraient dressés et déployés au vent pour servir de voiles. On admet généralement aujourd'hui que l'Argonaute nage, comme les autres Céphalopodes, en chassant l'eau par son entonnoir, pendant que ses bras véliformes sont appliqués sur les faces de la coquille. Il y a même des raisons de croire que ces expansions, dont la face interne est pourvue de glandes, servent à la formation de la coquille et à sa réparation lorsqu'elle est brisée.

La coquille du Nautile est enroulée symétriquement en spirale, comme celle de l'Argonaute, mais elle est divisée intérieurement en plusieurs loges (coquille polythalame), dont la dernière seule est occupée par l'animal. Les autres loges sont remplies d'air et correspondent aux degrés de croissance de l'animal qui, en s avançant, sépare le dernier compartiment de l'avant-dernier par une cloison. Celle-ci, de même que la coquille, est formée par le manteau qui adhère à l'ancien test par un pédoncule tubulaire (siphon) qui traverse toutes. les cloisons.

Chez les Spirules, on trouve une coquille cloisonnée comme celle des Nautiles, mais à tours séparés; elle est presque complétement recouverte par le manteau et établit le passage aux coquilles internes. Celles-ci sont cachées dans l'épaisseur de la face dorsale du manteau, et ressemblent à une plume (Calmars) ou forment une lame spongieuse cornéo-calcaire, désignée sous le nom d'os chez les Seiches, ou enfin affectent la forme de deux stylets rudimentaires (Poulpes). Tuniciers. Ces animaux doivent leur nom à une enveloppe plus ou moins épaisse et coriace (tunique) qui recouvre tout le corps. Celle-ci peut avoir la forme d'une outre (Ascidies), ou d'un tonnelet (Salpes); elle présente deux ouvertures voisines (Ascidies) ou opposées (Salpes), pour l'entrée et la sortie de l'eau. On considère généralement la tunique comme l'équivalent de la coquille bivalve des Lamellibranches, surtout depuis que Lacaze-Duthiers a découvert


une Ascidie (filievreulius) dont la tunique est divisée en deux valves qui se ferment au moyen de muscles spéciaux.

La tunique offre comme particularité remarquable sa constitution chimique, car elle se compose essentiellement de cellulose, substance considérée pendant longtemps comme spéciale aux végétaux.

Au-dessous de la tunique se trouve le manteau qui la double exactement et recouvre les viscères auxquels il se soude dans quelques points. Les tubes inspirateurs et expirateurs appartiennent à cette enveloppe interne qui présente aussi de nombreuses fibres musculaires.

G0 Bryozoaires. Chez ces animaux, la couche externe du corps (ectocyste) se chitinise ou se calcifie pour former une coque ou cellule. On appelle endocyste la couche cellulaire qui tapisse l'ectocyste. La portion supérieure du corps peut se déployer au dehors de la coque ou rentrer dans son intérieur. Chez divers Bryozoaires, il existe des appendices flagelliformes [vibracules) ou des corps préhensiles en forme de tête d'oiseau (aviculaires) qui sont une dépendance du système tégumentaire. Enfin, chez beaucoup de ces animaux, le bord inférieur de l'ouverture de la cellule forme une sorte d'opercule qui, par le moyen de muscles particuliers, ferme l'entrée de la coque quand l'animal y rentre.

III. Téguments DES VERS. Chez les Vers, comme chez les Mollusques, la peau repose immédiatement sur une enveloppe musculaire, avec laquelle elle s'unit plus ou moins intimement pour former le principal organe de locomotion. La peau est constituée ordinairement par une couche de cellules (épiderme) recouverte d'une couche homogène (cuticule) produite par la première. La cuticule est très-mince chez les Platyhelminthes, et souvent très-développée chez les Némathelminthes ainsi que chez les Chétopodes. Quant à la partie profonde de l'enveloppe musculo-cutanée, elle est étroitement unie aux organes sous-jacents chez les Platyelminthes et Hirudinées, tandis que chez les autres Vers elle limite une cavité viscérale quelquefois très-développée.

Il faut considérer comme des dépendances de l'enveloppe musculo-cutanée les ventouses des Cestoïdes, des Trématodes et des Hirudinées, de même que les fossettes et les pieds des Chétopodes.

Le tégument ne présente pas de disposition annulaire bien marquée chez les Platyhelminthes, les Némathelminthes et les Géphyriens; il est au contraire segmenté chez les Rotateurs et les Annélides.

A. Platyhelminthes. Les Turbellariés possèdent un revêtement ciliaire vibratilo qui joue un rôle important dans la natation. On rencontre aussi fréquemment dans leurs téguments des soies, des corpuscules en forme de bâtonnets, enfin des capsules filifères analogues aux nématocystes des Cœlentérés. Quelquesuns possèdent aussi des pigments et des glandes muqueuses piriformes. On ne trouve chez eux ni ventouses, ni crochets.

La plupart des Nématodes sont couverts de cils vibratiles pendant la période larvaire, mais les adultes en sont dépourvus. Ceux-ci présentent des ventouses en nombre variable dont l'une, placée à l'extrémité antérieure du corps, est souvent traversée par l'orifice buccal. Cette ventouse existe seule chez les Monostomes; celles qui l'accompagnent, chez les autres Trématodes, sont toujours imperforéec et souvent renforcées par des crochets ou d'autres pièces cornées. Chez plusieurs Trématodes, il existe souvent, sur d'autres parties du corps, de petits crochets chitineux qui sont aussi des appendices épidermiques.


Chez les Cestoïdes, il peut arriver que l'embryon (Bothriocéphales) soit, comme chez les Trématodes, recouvert de cils vibratiles; mais ces appendices ne tardent pas à disparaître et on n'en trouve jamais chez l'adulte. Celui-ci -est muni ordinairement d'organes de fixation constitués soit par des ventouses, soit par des crochets. Mais ces organes, au lieu d'être disposés à la face ventrale du corps, occupent l'extrémité antérieure généralement renflée, à laquelle on a •donné le nom de tête. Ainsi, chez les Taenias, la tête est toujours munie de quatre ventouses et fréquemment d'une couronne simple ou double de crochets. Chez les Bothriocéphales, la tête est pourvue de deux ventouses latérales et ,n'a pas de crochets.

B. Némathelminthes. Dans ce groupe, il existe souvent des organes de ̃défense ou de fixation, tels que papilles, dents, aiguillons à l'extrémité antérieure. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'on observe de petites ventouses abdominales qui servent à fixer l'animal pendant l'accouplement.

Chez les Échinorhynques, l'extrémité antérieure du corps est formée par un organe de fixation qui, quoique imperforé, a reçu le nom de trompe. Cet organe est muni de crochets et susceptible de rentrer dans une gaîne sous l'influence de muscles rétracteurs puissants.

Chez les Nématodes, on observe quelquefois, autour de la bouche, une armature composée de papilles, de plaques, d'aréoles, etc., quelquefois même de soies très-fines.

C. Géphyriens. Les Géphyriens, qui, par leur forme extérieure, se rapprochent beaucoup des Holothuries, ont tous les caractères des Vers, et leur peau, «n particulier, ne contient pas de formations calcaires. Outre la cuticule et la .couche cellulaire sur laquelle elle repose, la peau présente un véritable derme constitué essentiellement par des fibres conjonctives et contenant des follicules glandulaires qui débouchent au dehors par des pores .percés dans l'épiderme; on a signalé aussi des corps urticants; enfin, il y a de véritables soies aux deux extrémités du corps chez les Échiurides. Au-dessous de la peau se trouve l'enveloppe musculaire composée de fibres annulaires et de fibres longitudinales. D. Annélides. Au point de vue des téguments, la classe des Annélides doit -être divisée en deux groupes distincts l'un (Hirudinées) muni de ventouses et .dépourvu desoies; l'autre (Chétopodes) dépourvu de ventouses et muni de soies. 'Tous ont le corps segmenté; beaucoup possèdent des corpuscules pigmentaires; -enfin, on trouve dans la peau de quelques-uns des corpuscules en forme de bâtonnets analogues à ceux qu'on observe quelquefois chez les Mollusques. 1° Hirudinées. Les organes locomoteurs n'existent que sous forme de •ventouses et le corps, aplati comme celui des Platyhelminthes, présente, comme -organe principal de fixation, une grosse ventouse placée à l'extrémité postérieure. .Souvent il existe une ventouse plus petite, située en avant ou autour de la bouche; enfin, il n'y a jamais ni tête distincte, ni antennes, ni cirres. L'épiderme des Hirudinées se renouvelle très-souvent; chez les Sangsues, il se détache vers l'extrémité antérieure du corps et l'animal en sort comme d'un fourreau,, le traînant après lui pendant quelque temps. Une grande quantité de glandes unicellulaires situées sous la peau s'ouvrent à la surface du corps et l'humectent constamment d'un liquide muqueux. D'autres glandes, situées plus profondément encore, sont surtout abondantes dans la ceinture; elles sécrètent un liquide visqueux qui sert à la formation des cocons.

Chétopodes. Ce groupe est caractérisé par la présence de soies revêtant


les formes les plus variées; quand les pieds manquent (Oligochètes), elles sont peu nombreuses et directement implantées dans la peau; quand il existe des pieds (Polychètes), elles sont très-nombreuses, mais les plus fortes sont des appendices des pieds. Ces derniers organes sont souvent au nombre de deux de chaque côté pour chaque anneau. Sur le dos, les soies, quand elles existent, sont plus fines et plus longues; enfin, quelquefois la surface dorsale donne naissance à de larges écailles (élytres) qui constituent une véritable cuirasse. La peau présente aussi souvent des glandes cutanées sécrétant un liquide visqueux.

Les pieds des Polychètes, appelés encore souvent parapodes ou rames, ne sont jamais articulés et offrent habituellement chacun un tubercule sétifère et un cirre ou appendice cutané tentaculiforme. A côté des cirres dorsaux, ou trouve fréquemment des branchies de formes variées, tantôt limitées à la région médiane du corps ou sur les segments antérieurs, tantôt étendues sur toute la face dorsale. Chez les Polychètes errants, les deux pieds sont habituellement armés de soies raides dont quelques-unes plus robustes sont appelées acicules. Les soies des Polychètes, qui constituent un revêtement protecteur et quelquefois des armes offensives, agissent surtout comme instruments de locomotion et, pour cela, sont en rapport avec des muscles qui les font mouvoir. Enfin, les Polychètes ont une tête distincte généralement pourvue de tentacules. C'est un de ces organes qui, développé en forme de massue chez les Serpules, se termine par un disque calcaire qui sert d'opercule lorsque l'animal rentre dans sa gaine.

E. Rotateurs. Par leurs téguments, les Rotateurs se rapprochent beaucoup plus des Arthropodes que les autres Vers, mais, tandis que les Arthropodes ne possèdent jamais de cils vibratiles, les Rotateurs portent à l'extrémité antérieure un appareil ciliaire, le. plus souvent rétractile, auquel on a donné le nom d'organe rotateur et qui paraît soumis à l'influence de la volonté. Le corps se divise en trois parties une antérieure ne présentant le plus souvent aucune trace de segmentation; une postérieure, annelée, terminée le plus souvent par deux stylets, analogues aux branches d'une tenaille, qui servent à fixer l'animal; une moyenne enfin, dans laquelle peuvent rentrer souvent les deux autres. Celle-ci forme quelquefois une sorte de carapace assez analogue à celle des Crustacés. Le tégument ainsi constitué est chitineux comme celui des Arthropodes et a tous les caractères d'un véritable squelette servant aux insertions musculaires.

Plusieurs Rotateurs vivent dans des gaines gélatineuses ou tubes avec lesquels le corps ne contracte pas d'adhérence.

IV. TÉGUMENTS DES Aiithropodes. Les téguments sont plus indépendants du système musculaire chez les Arthropodes que chez les Vers; on n'y observe jamais d'enveloppe musculo-cutanée continue. La couche cuticulaire forme la partie la plus importante des téguments elle est mince et flexible entre les segments du corps, plus épaisse sur les segments mêmes; elle reste molle chez les Aranéides et la plupart des larves d'Insectes, mais devient cornée chez ces derniers, par suite de la présence dans son tissu d'une substance appelée chitine, composée de cellulose et d'une matière albuminoïde. Enfin, chez beaucoup de Crustacés et quelques Myriapodes (Iules), la cuticule acquiert une dureté pierreuse, à cause de la fixation dans sa substance d'une quantité considérable de carbonate de chaux.


La chitinisation et l'incrustation calcaire de la cuticule limitent l'accroissement en volume du corps: aussi la chute de celle-ci ou mue se renouvelle-t-elle complétement ou partiellement à certaines époques pour être remplacée par une couche nouvelle qui s'affermit graduellement. Tout le monde connaît les mues par lesquelles passe le Ver à soie, pour arriver de l'état de larve à celui de Nymphe, et de ce dernier à l'état de Papillon. On appelle âges les périodes comprises entre deux mues et sommeil l'état d'immobilité qui précède celles-ci. Au-dessous de la cuticule se trouve une couche de tissu mou désignée sousle nom assez impropre d'hypoderme. L'hypoderme est généralement constitué par des cellules polygonales qui sécrètent, couche par couche, la cuticule primitivementmolle. Les appendices cuticulaires (piquants, soies, poils, écailles, etc.) reçoivent à leur intérieur des prolongements de l'hypoderme.

Ces glandes cutanées s'observent rarement chez les Crustacés, plus souvent chez les Arachnides et les Myriapodes, très-fréquemment enfin chez les Insectes. Ces glandes présentent un développement considérable sur certains points du corps chez les Insectes producteurs de cire. Les abeilles sécrètent cette substance au moyen de glandes situées dans les anneaux de l'abdomen. On considère maintenant comme des glandes cutanées les organes qu'on a désignés, chez les Insectes, sous le nom de glandes anales.

L'hypoderme renferme du pigment chez les Crustacés, mais généralement cette substance se dépose dans la cuticule chez les autres Arthropodes. Le tégument des Arthropodes forme un véritable squelette extérieur (squelette tégumentaire), qui non-seulement constitue un appareil de protection pour les organes, mais encore sert de support au système musculaire. Les principales pièces de ce squelette sont réunies entre elles par des articulations et mobiles les unes sur les autres elles jouent le rôle de leviers ou servent d'insertion aux organes actifs de la locomotion. Certaines de ces pièces affectent une disposition zonaire (zonifes) et se répètent longitudinalement de façon à constituer une série d'anneaux où l'on considère un arceau tergal ou dorsal et un arceau sternal ou ventral. On appelle tergum la partie médiane de l'arceau dorsal et épimère les pièces latérales du même arceau. Le sternum et les épisternums correspondent respectivement, dans l'arceau ventral, aux tergum et épimères de l'arceau dorsal. La réunion des épimères et des épisternums constitue ce qu'on appelle les flancs.

Sur les anneaux constitués comme nous venons de le voir se développent souvent des appendices (membres) qui naissent sur l'arceau ventral, entre l'épisternum et l'épimère. Des organes plus ou moins analogues (ailes) s'observent sur l'arceau dorsal de deux anneaux chez les Insectes. Les membres constituent un caractère distinctif d'une grande importance pour la séparation des Arthropodes et des Vers. Tandis que ceux-ci n'ont jamais que des pieds rudimentaires et inarticulés, les Arthropodes, ainsi que leur nom Lindique, ont des membres composés de segments creux articulés qui constituent des organes locomoteurs d'une grande perfection.

Pendant la période larvaire1, et par exception à l'âge adulte (Linguatules), les membres peuvent être rudimentaires.

1 Kûnokel a fait voir comment la courte patte écailleuse d'une chenille est remplacée par le long levier articulé qui constitue la patte ambulatrice du papillon. Il a constaté que le nouveau membre n'est pas constitué par le membre primordial agrandi et transformé; c'est le développement d'un bourgeon qui préexiste à l'état rudimentaire dans la portion coxale


Le développement des membres nécessite un développement de cloisons ou de tiges qui naissent de la face interne du squelette tégumentaire. On a donné à ces parties additionnelles le nom d'apodèmes lorsqu'elles correspondent à la suture de deux pièces entre elles et celui d'épidèmes lorsqu'elles ne résultent pas de la soudure de deux pièces, qu'elles sont mobiles et qu'elles jouent le rôle de tendons par rapport aux muscles auxquels elles servent de points d'attache. Enfin, on trouve, sur la surface tégumentaire des Trachéates, des cercles cornés (péritrèmes) qui entourent l'ouverture des stigmates.. En général, le corps présente trois régions distinctes la tête, le thorax et Vabdomen. C'est ainsi que les choses se passent chez les Insectes et la plupart des Crustacés. Chez les Myriapodes, la tête seulement se distingue du reste du corps (tronc) où rien ne sépare le thorax de l'abdomen. Enfin, dans les Arachnides, la tête et le thorax sont confondus en une seule région (céphalothorax) qui est distincte de l'abdomen. Celui-ci, chez les scorpions, se divise en deux portions l'une antérieure, large et peu mobile (préabdomen), l'autre postérieure, étroite et très-mobile (postabdomen). Ces principes généraux posés, nous allons étudier la constitution du squelette tégumentaire dans les diverses classes.

A. Crustacés. La classe des Crustacés peut se diviser en deux grands groupes 1° celui des Malacostracés (Podophthalmes, Édriophthalmes), dont les téguments sont plus ou moins durs et calcaires et où l'on observe le même nombre d'anneaux; 2° celui des Entomostracés (Cirripèdes, Copépodes, Ostracodes, Cranchiopodes, Xiphosures), où ce nombre varie considérablement et où les téguments plus minces ont une consistance cornée.

a. Malacostracés. Ces animaux possèdent vingt et un articles et chaque région du corps (tête, thorax, abdomen) en compte sept1. Le dernier de ces anneaux, l'anneau anal, n'offre aucun appendice; chacun des autres présente une paire d'organes appendiculaires.

La tête porte 10 une paire d'yeux pédonculés chez les Podophthalmes, sessiles chez les Édriophthalmes (anneau ophthalmique) 2° une paire d'antennes antérieures (anneau antennidaire) 50 une paire d'antennes postérieures (anneau antennaire) 4° une paire de mandibules; 50 deux paires de mâchoires; 6° la première paire de pattes-mâchoires.

Le thorax porte sept paires d'appendices dont les deux premières constituent chez les Décapodes la seconde et la troisième paires de pattes-mâchoires, les cinq autres étant les pattes proprement dites. Celles-ci sont conformées pour la marche (pattes ambulatoires) et se terminent soit par des griffes simples, soit (les antérieures) par des pinces préhensiles.

L'abdomen porte, dans la règle, six paires de pattes plus ou moins développées (fausses pattes). Ce nombre peut être plus petit (Isopodes) et l'abdomen est quelquefois réduit à un court appendice inarticulé (Lémodipodes). Chez les Décapodes macroures (Écrevisses, Langoustes, etc.), l'abdomen est très-développé du premier qui donne naissance à l'appendice nouveau, de telle sorte que, suivant qu'on laisse intact ou qu'on détruit ce bourgeon chez la larve, le membre articulé se produit ou, au contraire, n'apparaît pas chez l'insecte parfait, ce qui explique les résultats contradicidres auxquels étaient arrivés Héaumur et Newport.

1 On observe le plus souvent la fusion de plusieurs anneaux. Ainsi, chez les Décapodes, la portion du tégument qu'on appelle la carapace est formée par deux anneaux céphaliques qui s'étendent au-dessus des anneaux thoraciques de façon à constituer un houclier dorsal unique. Chez les Édriophthalmes, la tête est distincte du tronc.


et muni d'une forte nageoire terminale; chez les Décapodes brachyures (Crabes, Maïas, etc.), l'abdomen est réduit à une lame triangulaire large (femelles) ou étroites (mâles) toujours dépourvue de nageoire caudale et repliée sous le sternum légèrement concave.

Les pattes offrent une branche principale ou tige composée de sept articles {hanche, premier trochanter, second trochanter, cuisse, genou, jambe, tarse). La tige représente, à elle seule, la patte chez beaucoup de Décapodes (Crabes, etc.) mais souvent, sur la partie externe de son article basilaire, on voit naître une branche accessoire rudimentaire ou au contraire multiarticulée c'est le palpe, qui correspond d'ailleurs à celui qu'on observe sur les mâchoires. Enfin, sur la patte développée d'une manière complète, on trouve encore un organe plus externe que le palpe c'est le fouet. Celui-ci constitue, chez les écrevisses et la plupart des Décapodes, un appendice lamelleux qui s'élève dans l'intérieur de la chambre respiratoire; il est vésiculeux chez les Amphipodes et constitue un sac respiratoire (voy. RESPIRATION).

b. Entomostracés. Le groupe des Entomostracés est loin d'être homogène comme celui des Malacostracés. Ainsi, chez les Branchiopodes (Limnadies, Branchipes), on peut observer une trentaine d'anneaux en arrière de la tête, tandis que chez les Cirripèdes le corps n'est presque jamais annelé. Un certain nombre d'Entomostracés sont revêtus d'une coquille bivalve (Ostracodes, quelques Branchiopodes) ou multivalve (Cirripèdes). Ce mode d'organisation tient à l'existence d'un repli cutané, qui part de la tête et enveloppe plus ou moins le corps. Chez les Cirripèdes ce repli forme une enveloppe complète ou manteau dans lequel se développent des plaques calcaires qui donnent à ces animaux une ressemblance extérieure avec les Lamellibranches.

Les membres présentent une structure très-variée, suivant qu'ils servent à la respiration (Branchiopodes) ou à la nage (Copépodes, Ostracodes). Dans le premier cas, ils sont nombreux et foliacés; dans le second, ils se rapprochent davantage de la disposition ordinaire et ne dépassent jamais cinq paires, avec cette particularité qu'ils sont biramés chez les Copépodes.

Chez les Cirripèdes, ainsi que le nom l'indique, les membres sont cirriformes. Ceux-ci, au nombre de 6 paires, peuvent faire complétement défaut (Proteolepas), ainsi que les pièces valvaires.

Les Limules, qui, par beaucoup de points de leur organisation, se rapprochent des Arachnides, ont le corps entier composé de trois tronçons mobiles. Le premier représente la tête et le thorax réunis (céphalothorax), le deuxième, les premiers anneaux de l'abdomen, le troisième enfin, le dernier anneau abdominal en forme de stylet caudal qui porte l'anus à sa base. Le céphalothorax porte 6 paires de membres disposés en couronne autour de la bouche et servant à la fois, pour la plupart, à la locomotion, à la préhension des aliments et à la mastication. L'abdomen porte 6 paires de pattes lamelleuses, dont l'antérieure épaisse recouvre les suivantes qui servent, en même temps, à la natation et à respiration.

Les phénomènes de la mue ou changement de peau sont très-remarquables chez les Crustacés ils ont été étudiés avec beaucoup de soin par Chantran chez l'écrevisse. Pendant la première année, cet animal ne mue pas moins de huit fois et la première mue a lieu dix jours après l'éclosion, sous l'abdomen même de la femelle. Il y a ensuite cinq mues dans la seconde année, deux seulement dans la troisième, et c'est en entrant dans sa quatrième année que l'écrevisse


devient adulte. A partir de ce moment, la mue ne se fait plus qu'une fois par an pour les femelles et deux fois pour les mâles, ceux-ci étant de plus grande taille et s'accroissant plus vite. Pour se dépouiller de son enveloppe, l'écrevisse se place sur le flanc, soulève la carapace qu'elle fait basculer en avant et dégage la portion antérieure du corps, puis elle opère de même pour la région abdominale. Cette opération, qui dure environ dix minutes, est favorisée par l'exsudation d'un liquide gélatineux entre l'ancien test et le nouveau. Au bout de deux jours, le nouveau test atteint un degré de consistance à peu près normal. B. Myriapodes. Tous ces animaux ont le corps segmenté, mais les Péripatides se distinguent nettement des Chilopodes et des Chilognathes en ce que leurs membres sont terminés par deux griffes et que les stigmates sont dispersés sur toute la surface du corps. Les autres Myriapodes ont des pattes à crochet simple et une paire de stigmates soit à la face ventrale de chaque anneau (Chilognathes), soit dans les membranes latérales qui réunissent les anneaux (Chilopodes).

La tète porte une paire d'antennes et les appendices masticateurs qui sont tantôt pédiformes (Péripatides), tantôt maxilliformes (Chilognathes et Chilopodes). Les autres anneaux du corps sont presque semblables entre eux et pourvus de pattes ambulatoires qui s'insèrent soit sur les côtés (Chilopodes), soit à la face ventrale, près de la ligne médiane (Chilognathes). Il n'y a jamais moins de 11 paires de pattes et quelquefois on en compte jusqu'à 200 paires. Les Chilognathes et les Chilopodes ont une paire de mandibules et 2 paires de mâchoires. Chez les premiers, les 2 paires de mâchoires s'unissent pour former, en dehors, une seule paire et, sur la ligne médiane, une lèvre inférieure. Chez les Chilopodes, les 2 paires de mâchoires restent distinctes, la seconde formant une première lèvre inférieure, tandis que la première paire de pattes thoraciques constitue, sur la ligne médiane, une seconde lèvre inférieure, et en dehors une paire de grandes pattes ravisseuses pourvues d'un crochet à venin. La première paire de pattes thoraciques est uniquement affectée à la locomotion et ne porte jamais de glande venimeuse chez les Chilognathes.

Ces derniers ont le corps vermiforme, les antennes courtes (7 articles) et les pieds au nombre de 2 paires par anneau, du moins dans la région moyenne du tronc, d'où le nom de Diplopodes qui leur a été donné. Au contraire, les Chilopodes ont le corps déprimé, les antennes longues (au moins 14 articles) et les pieds au nombre d'une paire seulement par chaque anneau. C. Arachnides. A l'exception des Galéodes, la tête et le thorax des Arachnides sont confondus ensemble de manière à constituer un céphalothorax. L'abdomen varie suivant les ordres. Chez les Aranéides, il est globuleux, inarticulé et rattaché par un pédicule grêle au céphalothorax également inarticulé. Chez les Scorpionides, l'abdomen est toujours articulé; mais il y a lieu d'en distinguer les Phrynides dont l'abdomen est séparé du céphalothorax par un rétrécissement qui n'existe pas chez les scorpions. Ceux-ci présentent un large préabdomen et un mince postabdomen qui porte à son extrémité une glande venimeuse avec un aiguillon'. Les Phalangides et les Acariens ont l'abdomen sessile et réuni dans toute sa largeur au céphalothorax, mais il est articulé dans le premier cas et inarticulé dans le second. Chez les Pseudarachnes, l'abdomen 1 Le postabdomen ainsi que la glande venimeuse et l'aiguillon font défaut chez les FauxScorpions (Chelifer, Obisium).


peut être réduit à un petit tubercule (Pycnogonides) ou au contraire énormément développé (Linguatulides), le céphalothorax subissant une variation inverse, ces deux parties du corps, ainsi que la tête, pouvant aussi n'être pas distinctes l'une de l'autre (Tardigrades).

Nous avons insisté ailleurs (voy. DIGESTION) sur la réduction de l'armature buccale des Arachnides comparée à celle des autres Arthropodes. On regarde généralement la première paire d'appendices de la région céphalique comme correspondant aux antennes des autres classes ce sont tantôt des pinces didactyles ou chélicères (scorpions), tantôt des crochets simples ou griffes (araignées), tantôt enfin des stylets engaînés dans un tube formé par les membres suivants (Acariens). La deuxième paire d'appendices céphaliques paraît correspondre à une paire de mâchoires; elle se compose d'un article basilaire et d'un palpe qui se termine soit par une griffe, soit par une pince didactyle.

Les membres thoraciques font défaut, à l'âge adulte, chez les Linguatulides, mais existent chez l'embryon. Ces membres sont au nombre de 4 paires chez tous les autres Arachnides et se composent de 6 ou 7 articles qui ont reçu les mêmes noms que chez les Insectes. Les autres font toujours défaut dans la classe des Arachnides.

D. Insectes. Chez les Insectes, jamais tous les anneaux ne sont distincts; les zonites céphaliques se réunissent, même chez les larves, de façon à former une calotte cornée, et on peut également affirmer qu'il y a des réductions par soudure à l'extrémité de l'abdomen.

Le squelette cutané des Insectes présente souvent des excroissances en forme de tubercules, d'épines ou de poils qui sont habituellement creux. Ceux-ci sont tantôt simples et lisses, tantôt barbelés; ils se cassent facilement et provoquent souvent, quand ils s'insinuent dans la peau, une véritable inflammation accompagnée quelquefois de douleurs insupportables, ainsi que cela s'observe pour les chenilles processionnaires.

Le corps est toujours nettement divisé en trois portions la tête, le thorax et l'abdomen, que nous allons examiner successivement.

a. Tête. L'examen de la région céphalique de l'embryon des Insectes est très-difficile, mais on peut néanmoins affirmer que le nombre des anneaux dont elle se compose est au moins de cinq. On sait, en effet, que normalement un anneau ne doit offrir qu'une paire d'appendices par arceau or ceux-ci constituent à l'arceau dorsal une paire d'antennes et une paire d'yeux composés, à l'arceau ventral 3 paires de pièces buccales.

On a distingué dans la tête plusieurs régions en avant, l'épistome ou ̃chaperon, en arrière l'épicrâne formant d'avant en arrière, sur la ligne médiane, le front, le vertex, l'occiput et, sur les côtés,? les joues et les tempes. Ces divers noms ne rappellent que de grossières analogies avec la topographie de la tête humaine. Quelquefois, il existe un cou; d'autres fois, la tête est sessile.

Les antennes, insérées sur le front, sont formées d'articles peu mobiles emboîtés les uns dans les autres; leur forme varie énormément, mais on peut dire, d'une manière générale, que, chez les larves des Insectes à métamorphoses incomplètes, elles sont semblables à ce qu'elles seront chez l'adulte, tandis que les larves des Insectes à métamorphoses complètes sont dépourvues d'antennes ou n'ont à leur place que des tubercules rudimentaires. Les appendices buccaux dépendent de l'arceau ventral des anneaux de la tête


et ont été étudiés ailleurs (voy. Digestion), ainsi que les yeux ou appendices de l'anneau ophthalmique (voy. Sens).

b. Thorax. Le thorax est la partie du corps des Insectes qui offre le moins de réductions. Ce tronçon se compose de trois anneaux nommés prothorax, mésothorax et métathorax. Chacun d'eux offre une pièce dorsale (pronotum, mesunotum, melanotum), une pièce ventrale (prosternum, mesosternum, metasternum), des pièces latérales comprenant chacune un épirtemum et un épimère. Chez les Coléoptères, les Orthoptères, la plupart des Hémiptères, le prothorax est très-développé, mais le mésothorax et le métathorax sont cachés à leur partie supérieure par les ailes au repos, le mésothorax ayant quelquefois une partie triangulaire (écusson) visible sur la ligne médiane. Dans les autres ordres, les trois anneaux du thorax sont à découvert, mais le prothorax est très-réduit, tandis que le mésothorax est très-développé, formant presque à lui seul la totalité du thorax. Chez les Coléoptères, les Orthoptères, les Névroptèrcs et beaucoup d'Hémiptères, le prothorax reste mobile, tandis que dans les autres ordres il est soudé avec l'anneau suivant.

L'arceau dorsal des trois segments thoraciques prend un développement extraordinaire et se trouve habituellement composé de quatre pièces soudées entre elles et délimitées par des sillons. Ces pièces généralement indistinctes sur le prothorax sont bien développées sur le mésothorax et le métathorax; elles sont connues des entomologistes sous les noms de prœsciitum, scutum, scutelum et postcutellutn.

Le thorax des Insectes adultes porte 5 paires de pattes ambulatoires. La première paire appartient au prothorax, la deuxième au mésothorax, la troisième au métathorax. Chacune de ces pattes est constituée par une série de tubes articulés renfermant à leur intérieur des nerfs, des muscles et des trachées. L'article basilaire (hanche), quelquefois précédé d'une petite pièce accessoire (trochantin) qui rentre dans le thorax, est suivi d'un deuxième article trèspetit (trochanter). Le troisième tronçon (cuisse) est l'article le plus robuste de la patte, puis vient une pièce mince et allongée (jambe) qui présente une Hexion très-étendue sur la cuisse et offre souvent des épines. La pièce terminale (tarse) se compose habituellement de plusieurs articles dont le nombre varie de 1 à 5. Le dernier de ces articles est terminé presque toujours par un ou deux crochets (ongles) et présente parfois, en outre, des pelotes ou ventouses permettant l'adhérence aux corps lisses (mouches).

Suivant leurs usages, les pattes présentent des modifications dans leur forme. Quand elles servent seulement à la marche, leurs dimensions et leur forme sont ordinaires Si elles doivent fouir le sol ou frapper l'eau, elles s'élar1 La locomotion des Insectes et des Arachnides est beaucoup plus régulière qu'on ne le suppose généralement. La seule règle posée à ce sujet par les auteurs est que deux pattes d'une même paire ne se meuvent jamais simultanément.

En m'adressant à des insectes dont les allures sont tentes et les pattes équidistantes, comme, par exemple, Oryctes nasicornis et Timarcha tenebricosa, j'ai vu que les membres se mouvaient comme l'indique le tableau suivant, où les pattes sont disposées à leur place naturelle, les chiffres indiquant leur ordre de soulèvement

5 X2

5/ 6

Pendant que les pattes 1, 2, 5, se soulévent presque simultanément, les pattes 4, 5, 0,


gissent. Chez les insectes agiles à la course, les pattes sont longues et grêles chez les insectes sauteurs, elles sont longues et renflées dans la région fémorotibiale.

Chez les larves, le thorax porte le plus souvent des pattes comme chez les adultes, sans différence appréciable pour les Orthoptères et les Hémiptères à métamorphoses incomplètes. Ces pattes thoraciques, au nombre de 6, sont articulées et désignées sous le nom de vraies pattes ou de pattes e'cailleuses elles se rencontrent chez toutes les larves de Lépidoptères et presque toutes celles de Coléoptères. La larve est apode chez la plupart des Hyménoptères et des Diptères ainsi que chez quelques Coléoptères.

Les ailes constituent une seconde forme d'instruments de locomotion insérés sur le thorax; elles n'existent que chez les adultes et manquent dans certains groupes. Les ailes sont des appendices dorsaux qui paraissent homologues des branchies foliacées qu'on observe chez les larves aquatiques des Éphémères et de quelques autres Insectes. On ne les rencontre que sur le mésothorax et le métathorax, c'est-à-dire précisément sur les segments du corps qui ne portent point de branchies foliacées, chez les^Névroptères ci-dessus désignés. Le prothorax ne porte jamais d'ailes.

Les ailes sont constituées par des espèces de sacs cutanés aplatis en forme de lames minces et composées de deux membranes parcourues par des lignes saillantes de consistance chitineuse qu'on appelle des nervures. Les nervures principales sont des canaux rameux livrant passage au fluide nourricier, aux nerfs et surtout aux trachées, car c'est l'air introduit dans ces organes qui aide à l'extension des ailes d'abord molles et chiffonnées lorsque l'Insecte adulte éclôt.

Les ailes s'articulent entre le tergum et l'épimère au moyen de petites pièces (osselets) dont le nombre et l'importance paraissent augmenter avec la .perfection du vol.

Dans la plus grande complication de l'aile, les nervures principales sont au nombre de 6 qui sont, d'arrière en avant, la nervure costale (radius de Jurine) aboutissant à une tache particulière (stigma), la nervure sous-costale (cubitus restent à l'appui, pour se soulever à leur tour quand les premières sont revenues à l'appui. En d'autres termes, l'insecte se repose sur un triangle de sustentation formé par les deux pattes extrêmes d'un même côté et la patte moyenne de l'autre côte, pendant qu'il porte en avant les trois autres pattes.

Je me suis assuré que ce mode de locomotion est également typique pour les autres ordres d'insectes.

Chez les Arachnides j'ai pu suivre très-nettement l'ordre de soulèvement des pattes sur la femelle de VÉpeire diadème. Cet ordre est presque impossible à saisir sur les araignées mâles, à cause de la rapidité de leur marche. Chez les femelles, l'abdomen, plus volumineux, constitue un fardeau à traîner qui retarde l'allure et permet de tracer le tableau suivant

1\5

6 /2

5/7 7

8\4 7

Ici le polygone de sustentation est un quadrilatère formé d un côté par les pattes de rang pair et de l'autre par les pattes de rang impair.

En résumé, la marche des Insectes peut être représentée par trois hommes (bipèdes) placés l'un derrière l'autre et marchant très-rapidement, le premier et le dernier allant au pas, celui du milieu en ayant changé avec eux. De même, la marche des Arachnides est figurée par quatre bipèdes se suivant, et allant ceux de rang pair du même pas et ceux de rang impair du pas contraire.


de Jurine), enfin les nervures médiane, sous-médiane, anale et sous-anale. Toutes ces nervures partent de la base de l'aile. On appelle ne roules des tiges s intermédiaires plus petites limitant avec les nervures des mailles appelées cellules qui fournissent de bons caractères dans la classification. Le nombre des ailes est habituellement de 2 paires, la première antérieure et la seconde postérieure. Ces 2 paires offrent des dimensions à peu près égales chez les Névroptères, mais dans les autres ordres il y a toujours prépondérance des ailes de la première paire, à l'exception toutefois des Rhipiptères où la paire d'ailes postérieures, fixée sur le troisième segment du thorax, est seule conservée, tandis que chez les Diptères la paire antérieure persiste seule, la postérieure n'étant représentée que par les organes rabougris connus sous le nom de balanciers.

La consistance des ailes est très-variable les antérieures peuvent devenir plus ou moins coriaces et affecter la forme de boucliers solides (élytres) servant moins au vol qu'à protéger le dos, mais les postérieures ne deviennent jamais coriaces. Les élytres proprement dites n'existent que chez les Coléoptères; chez les Orthoptères, les ailes antérieures sont seulement parcheminées (pseudélytres); enfin, chez les Hémiptères Hétéroptères, elles sont coriaces à partir de leur insertion jusque vers le milieu (hémélytres), le reste de l'aile restant membraneux. Si les deux paires d'ailes sont entièrement membraneuses, leur surface externe est tantôt couverte d'écailles pédiculées (Lépidoptères), tantôt nue (Névroptères, Hyménoptères, Diptères, une partie des Hémiptères). Chez un certain nombre d'Insectes (Hyménoptères, une partie des Lépidoptères et des Hémiptères), les ailes antérieures entraînent les postérieures dans leur mouvement, au moyen de mécanismes spéciaux variant d'un ordre à l'autre; dans les autres ordres, les 2 paires d'ailes sont indépendantes. Enfin, dans tous les ordres, on trouve des exemples d'absence complète d'ailes, soit chez les deux sexes, soit seulement chez les femelles. L'appareil alaire des Insectes n'existe que chez les adultes.

c. Abdomen. On admet généralement que l'abdomen des Insectes parvenu au maximum de développement se compose de 11 anneaux qu'on voit nettement chez les Libellulides. Ce nombre se réduit à 9 (Coléoptères) et même à 8 (Lépidoptères, Hyménoptères) ou moins encore, par atrophie ou soudure d'anneaux. En général, chaque anneau est formé d'un tergum et d'un sternum reliés par une membrane portant une paire de stigmates. L'articulation de l'abdomen avec le thorax se fait toujours par une surface aussi étendue que celle du métathorax. Dans le cas où l'abdomen est pédicule, le pédicule est formé par le rétrécissement du deuxième anneau de l'abdomen (Guêpes, Fourmis). A l'opposé du thorax dont les pièces sont à peine mobiles, l'abdomen présente une grande flexibilité qui permet le mécanisme de la respiration et, en même temps, la dilatation de l'intestin. L'anus occupe toujours le dernier anneau et est habituellement distinct de l'orifice sexuel situé plus en avant.

Les appendices locomoteurs de l'abdomen ne s'observent que chez quelques Aptères (Machiles, Lépismes) à l'état de vestige. Chez les Podurelles, l'avantdernier anneau donne naissance à une sorte de fourche qui se replie sous l'abdomen et peut, en se débandant, projeter l'animal à la manière de ces grenouilles de bois qui servent de jouet aux enfants.

Les larves ont au contraire souvent des pattes abdominales; on leur donne alors les noms spéciaux de chenilles chez les Lépidoptères et de fausses chenilles


dans un groupe spécial d'Hyménoptères, les Tenthrédines. Ces pattes abdominales sont charnues et inarticulées on les désigne sous le nom de fausses pattes que l'on divise en intermédiaires et anales. Celles-ci forment une seule paire qui occupe le segment anal; ce sont celles dont l'existence est la plus constante. Les pattes intermédiaires sont habituellement au nombre de 4 paires, mais ce nombre peut se réduire et même être nul (Coléoptères). Rarement les fausses pattes sont lisses; le plus souvent elles présentent en dessous une couronne de crochets chitineux. Elles font complétement défaut chez la plupart des larves des Hyménoptères, des Diptères, des Coléoptères et des Névroptères. Les larves des Orthoptères et des Hémiptères sont toujours dépourvues d'appendices locomoteurs à l'abdomen, comme les nymphes et les adultes. Les autres appendices de l'abdomen sont, outre l'armure génitale qui a été étudiée ailleurs (voy. Géhératioh), des filaments articulés (blattes, grillons) ou des pinces (Forficules) qu'on observe quelquefois sur les derniers anneaux du corps.

V. TÉGUMENTS DES ÉCHINODERMES. L'enveloppe tégumentaire des Échinodermes est, comme celle des Vers, musculo-dermique; mais elle est toujours incrustée de pièces calcaires de toute taille, depuis les spicules déliés, visibles seulement au microscope, jusqu'à des plaques d'une grande épaisseur (ossicules) 1.

A. Holothurides. Chez ces animaux les formations squelettiques sont isolées, disséminées, et permettent des modifications de la forme du corps. Les incrustations calcaires sont représentées par des formes régulières ayant l'aspect de plaques criblées, de rosaces, d'ancres, etc.

B. Stellérides. II existe, à la face ventrale des bras des Stellérides, des segments calcaires transversaux (pièces ambulacraires) articulés entre eux de façon à former, sur la ligne médiane, un sillon ouvert en bas (sillon ambulacmire). D'autres pièces (pièces adambulacraires) alternent avec les ambulacraires et ainsi se trouvent constituées deux séries l'une ambulacraire, l'autre adambulacraire. En dehors de ces deux séries, on observe encore des plaques dites ventrales, marginales, dorsales, suivant leur situation, mais dont l'arrangement n'offre souvent aucune régularité, les dépôts calcaires de la face dorsale étant aussi séparés par des parties non incrustées. Les pièces ambulacraires laissent entre elles des ouvertures par où passent les tubes ambulacraires sur lesquels nous reviendrons dans un instant. Ces pièces sont immobiles chez les Ophiurides et mobiles au contraire chez les Astérides. Les premiers de ces animaux courbent leurs bras à droite et à gauche dans un plan horizontal; les seconds peuvent les courber plus ou moins dans un plan vertical. De plus, les bras des Astérides, habituellement larges, semblent être les prolongements du disque et présentent un sillon ambulacraire profond, non recouvert, dans lequel sont situés les tubes ambulacraires. Les bras des Ophiurides sont, au contraire, le plus souvent cylindriques et nettement distincts du disque; leurs sillons ambulacraires sont ordinairement recouverts par des plaques ventrales dermiques, de sorte que les tubes ambulacraires font saillie sur les côtés des bras. Enfin une plaque calcaire de nature spéciale {plaque madréporiqùe) est toujours située La grande quantité de carbonate de chaux que renferment les téguments des Échinodermes explique pourquoi les Égyptiens emploient avec succès quelques-uns de ces animaux pour 1 amélioration de leurs terres.

DIGT. esc. 3e s. XVI. 14


sur la face dorsale chez les Astérides et à la face ventrale chez les Ophiurides

C. Échinides. Le squelette dermique devient complètement immobile chez les Échinides. Les plaques dont il se compose, au lieu d'être espacées, comme citez les Stellérides, sont soudées par leurs bords, de façon à constituer une coque "lobuleuseou discoïde toujours dépourvue de bras. La bouche de l'animât occupe la face inférieure de cette coque; elle est tkée par une membrane à une ouverture correspondante du test dont le bord est désigné sous le nom de péristome. Au sommet de la face supérieure est un appareil assez compliqué (rosette apicale) composé d'un double anneau. L'anneau externe est formé de 10 plaques dont 5 plus grandes (plaques génitales) sont percées d'un porc, l'orifice des organes «énitaux, tandis que les 5 autres, plus petites (plaques ocellaires ou intergénilales) alternent avec elles. Une des plaques génitales est percée de nombreux petits trous [plaque madréporique) et sert aux mêmes usages que chez les Stellérides. Cette plaque est située à l'arrière de l'Oursin et sert à l'orienter. Le cercle intérieur de la rosette apicale est formé de plaques (plaques anales) plus petites que les précédentes et entourant l'anus, lorsque cet orifice occupe l'axe de la coque.

Du sommet de la face supérieure partent des lignes de pores (aires ambulacraires) disposées comme des méridiens dans les Oursins réguliers; elles sont au nombre de 5 et leur sommet est placé vers celui des plaques ocellaires. Cinq autres zones (aires interambulacraires) comprennent les espaces situés entre les aires ambulacraires et leur sommet correspond à celui des plaques génitales. La partie antérieure de l'animal est formée par une aire ambulacraire et la partie postérieure par une aire interambulacraire; les autres aires sont paires deux à deux et symétriques.

Les plaques ambulacraires des Oursins sont perforées et les plaques interambulacraires imperforées; mais les unes et les autres, chez les Astéries et les Oursins, portent des appendices externes en forme d'épines ou de baguettes qui affectent une certaine mobilité, surtout chez les Oursins. Ils s'articulent sur des protubérances en forme de cratères au milieu desquels s'élève un bourrelet arrondi (mamelon) entier ou perforé. Un appareil musculaire spécial va de la périphérie de la tubérosité articulaire à la base de la baguette. Celle-ci peut être filiforme, lancéolée ou en forme de massue. On voit aussi, à la surface du test, des protubérances plus petites portant des organes. particuliers connus sous le nom de pédicellaires. Ils sont composés d'une tige molle et d'une sorte de tenaille à deux ou trois branches mobiles. La forme trilobée domine chez les Oursins, la bilobée chez les Astéries 3.

D. Crinoïdes. Chez les Crinoïdes, le corps, en forme de coupe ou de calice, i De la partie interne de la plaque madréporique part un canal qui débouche dans l'anneau vasculaire circumbuccal. On sait maintenant que ce canal, appelé autrefois canal de sable et aujourd'hui canal hydrophore, est, avec la p!aque qui lui correspond, la voie par où pntve l'eau extérieure dans le système aquifère.

Il faut rattacher aux téguments des Échinodermes ce qu'on appelle le système ambulacraire. Les ambulacres ou organes locomoteurs se composent de deux parties une extérieure tubuleuse, qui sort par les pores ambulacraires, l'autre intérieure et vésiculeuse (vésicule ambulacraire) en rapport avec le système aquifère dont le liquide peut dilater le tube de façon à le faire entrer, pour ainsi dire, en érection. Le tube ambulacraire est cylindrique ou conique; il contient des fibres musculaires, les unes longitudinales, les autres annulaires, et se termine ordinairement par une ventouse qui présente des fibres musculaires rayonnées. Cette ventouse est soutenue soit par des plaques calcaires, soit par un disque


semble dépourvu de plaque madréporique et de canal hydrophore; il présente, en général, une tige calcaire articulée au pôle apical, par le moyen de laquelle l'animal est fixé au sol. Ce-pédoncule renferme un grand nombre de pièces solides superposées et se garnit souvent de branches latérales de même structure il n'existe que pendant le jeune âge chez la Comatule. Des bords du calice partent des bras simples, bifurqués ou ramifiés, toujours articulés et portant le plus souvent des pinnules ou branches latérales. De la bouche, située habituellement au centre du calice, partent des sillons ambulacrair es qui se prolongent •dans les bras et jusque dans les pinnules. Ces sillons sont revêtus d'une peau molle et portent des ambulacres tentaculiformes.

Les formes si différentes du corps des Échinodermes que nous venons d'étudier se laissent facilement ramener à la forme sphérique fondamentale (Cida-. rides). L'aplatissement de la sphère ou le raccourcissement de l'axe donne la forme discoïde (Spatangoïdes, Clypéaslroïdes). L'allongement considérable de l'axe produit la forme cylindrique (Holothurides) enfin l'expansion simultanée des aires ambulacraires donne les rayons d'une étoile, le plus souvent à cinq branches, portant (Crino'ïdes) ou ne portant pas (Stellérides) de pinnules. VI. TÉGUMENTS DES Cœlentérés. Les Spongiaires se distinguent de tous les autres Cœlentérés, contrairement à ce qu'avait dit Eimer, par l'absence complète d'organes urticants (nématocystes). Ces organes sont des capsules renfermant dans leur intérieur un fil enroulé en spirale qui se déroule au dehors et devient rigide aussitôt que la capsule a subi le moindre contact; ils sont analogues à ceux que nous avons déjà rencontrés, à titre d'exception, chez les Vers et les Mollusques. Les nématocystes prennent un développement considérable chez les Siphonophores, où ils forment, sur les fils pêcheurs, de véritables batteries urticantes.

A. Spongiaires. D'après les recherches de F.-E. Schulze et de Metschnikoff, une Éponge adulte présente trois feuillets, l'un extérieur et très-mince {ectoderme) constitué par une couche de cellules épithéliales pavimenteuses, un autre moyen (mésoderme) méritant aussi le nom de couche squelettogène, un troisième interne fentoderme) composé d'une couche de cellules se prolongeant chacune, à son extrémité libre, en un long flagellum. La forme individuelle la plus simple d'une Éponge est celle d'une outre fixée par une extrémité et pourvue, à son pôle libre, d'une large ouverture (osculè) qui conduit directement dans la cavité de l'outre. Des orifices microscopiques (pores) sont disséminés sur la surface extérieure et conduisent dans de ,petits canaux qui communiquent avec la cavité centrale. Les pores sont des orifices d'introduction et l'oscule est une ouverture d'expulsion. La réunion de plusieurs individus primitivement isolés ou nouvellement produits détermine ensuite la formation de ces organismes complexes constituant un corme et non une personne unique. Les Spongiaires ont été divisés d'après la nature du squelette en trois groupes principaux les Myxosponges, les Fibrosponges et les 'Calcisponges. Les premières sont gélatineuses et dépourvues de toute espèce de ̃squelette; les secondes ont un squelette fibreux muni ordinairement de spicules siliceux; les troisièmes possèdent des spicules calcaires sans charpente fibreuse. unique de même nature; elle se fixe sur le sol, et l'ambulacre, en se contractant, rapproche le corps de l'animal de son point d'attache. Les Echinides, les Stellérides, les Crinoïdes, et la plupart des Holothurides, sont pourvus de ces ambulacres; les Synaptes n'en ont pas.


B. llydromc'duses. Ces animaux doivent leur nom aux deux formes qu'ils présentent l'une Iv/draire, l'autre médusaire.

La l'orme hydraire désignée, encore quelquefois sous le nom de polype hydroïde, représente un cylindre creux, fixé à l'une de ses extrémités et offrant à l'autre une ouverture plus ou moins large, pourvue de tentacules et remplissant à la fois les fonctions de bouche et d'anus. La paroi du sac se compose de trois couches (ectoderme, mésoderme, entoderme) que nous avons déjà trouvées chez les Spongiaires, avec cette différence toutefois que le feuillet moyen, au lieu d'être rudimentaire, atteint le plus souvent ici une grande épaisseur. La forme médusaire représente une sorte d'ombrelle ou de cloche creusée à son intérieur de canaux gastro-vasculaires rayonnants. Du fond de cette cloche, de consistance plus ou moins gélatineuse, sort un pédicule creux portant une bouche à son extrémité libre. La méduse est libre et nage au moyen des contractions de son disque ou ombrelle. 11 y a lieu de distinguer les méduses des Discophores de celle des Ilydroïdes. Les premières ont une taille beaucoup plus considérable et une ombrelle plus épaisse; de plus, le bord du disque est en général dépourvu de repli marginal contractile (voile), d'où le nom d'Acraspèdes qui leur a été donné; enfin, les corpuscules marginaux pédoncules qui sont situés dans des enfoncements du bord de l'ombrelle sont le plus souvent recouverts par un repli membraneux, d'où le nom de Stéganophthalmes. Les méduses des Ilydroïdes, beaucoup plus petites, sont pourvues d'un voile et offrent les corpuscules marginaux à découvert, ce qui les a fait nommer, par opposition avec les précédentes, Craspédotes et Gymnophthalmes.

Au début de leur existence, les Hydroméduses sont représentées par un seul polype, mais, dans la grande majorité des cas, de nouveaux polypes se développent par gemmation sur le premier, et tous ces êtres restent unis ensemble pour donner ainsi naissance à une colonie. Une enveloppe cuticulaire (hydrothèque), produit de l'ectoderme, enveloppe quelquefois la colonie et chacun des individus peut s'y retirer plus ou moins complètement. Enfin, certaines hydroméduses (Siphonophores) ont la forme de colonies flottantes constituées par des appendices médusoïdes et polypoïdes polymorphes, attachés à une tige contractile, terminée soit par un ilotteur aérien (pneumatophore), soit par une poche ciliée (somatocyste) Outre ces appendices, on rencontre souvent, chez les Siphonophores, des tentacules, des boucliers protecteurs, enfin des filaments préhensiles garnis de nombreux nématocystes.

C. Coralliaires. Les Coralliaires ont la même forme que les polypes des Hydroméduses, mais leur organisation est plus compliquée. Non-seulement ils ont une taille beaucoup plus considérable, mais encore l'ouverture buccale débouche dans un tube stomacal qui s'ouvre lui-même dans une cavité divisée en loges verticales par des cloisons radiaires (replis mésentéroïdes). Ces loges communiquent entre elles par le bas et se continuent en haut dans les tentacules elles communiquent aussi avec un système de canaux ramifiés dans la paroi du corps1. Beaucoup de Coralliaires donnent naissance, par gemmation, à des colonies arborescentes. En général, les individus ou polypes sont enfoncés dans une masse commune (cœnenclujme ou sarcosome), et communiquent entre eux plus ou moins directement. La plupart possèdent un squelette dur (polypier) 1 Huxley compare avec beaucoup de justesse le Coralliaire à une Méduse dans laquelle la face externe du pédicule s'unit avec la face interne de l'ombrelle les canaux gastro-vascuIstfres de la Méduse répondent alors à la cavité cloisonnée du Coralliaire.


dans la formation duquel des corpuscules calcaires de formes très-diverses (sclérites ou spicules) jouent un rôle essentiel.

Chez les Alcyonaires, il y a toujours huit tentacules bipennés et un même nombre de replis mésentéroïdes membraneux. Les colonies peuvent être entièrement charnues (Alcyon) et ne renfermer qu'un petit nombre de spicules calcaires; on observe le plus souvent une écorce délicate, entourant un axe tantôt corné (Pennatule), tantôt pierreux (Corail), ou bien des tubes calcaires rigides (Tubipore) formant un polypier semblable à un orgue.

Chez les Zoanthaires, les polypes sont pourvus de tentacules non bipennés au nombre de 6, 12 ou un multiple de 6 ou de 4, correspondant à un nombre équivalent de loges de la cavité gastro-vasculaire.

Le tégument peut être mou (Malacodermés, Actinides et Cérianthides), ou posséder un axe corné (Antipathaires) le plus souvent (Madréporaires) le coenenchyme est incrusté de carbonate de chaux et il existe un polypier pierreux. Le développement du squelette des Madréporaires envahit la base et les parois latérales du corps en donnant naissance à une coupe où l'on distingue une lame pédieuse et une lame murale ou muraille d'où rayonnent des cloisons correspondant aux tentacules et faisant par conséquent saillie dans la loge sous-tentaculaire. La coupe se trouve ainsi divisée en autant de loges qu'il y a de tentacules. Le nombre des cloisons et des tentacules augmente avec l'àge des polypes, suivant une loi qui n'est pas encore très-bien connue. Cependant, d'après Lacaze-Duthiers, la symétrie est d'abord bilatérale et ce n'est que plus tard qu'apparaît la symétrie rayonnée par égalisation des éléments alternants inégaux.

Outre les parties que nous venons d'indiquer dans le polypier des Madréporaires, on observe souvent une colonne centrale (columelle) entourée quelquefois d'une couronne de baguettes verticales (palis) qui adhèrent à leur base seulement avec les cloisons. La muraille peut aussi présenter, sur sa surface externe, des prolongements (cotes) des cloisons. Les loges peuvent être subdivisées par de minces baguettes (synapticules) ou bien par des cloisons (dissépiments) horizontales. Il faut toutefois remarquer que, dans aucune espèce de polypier, on ne trouve réunis à la fois les divers organes énumérés ci -dessus1. D. Cténophores. La forme typique des Cténophores est celle d'une sphère a Les polypes qui forment des bancs et des récifs se confinent dans une zone ne dépassant guère le 30» degré, de chaque côté de l'équateur. La plupart ne se rencontrent pas vivants à une profondeur de plus de vingt brasses. Darwin a fait voir que la naissance des coraux est assez rapide et il a élucidé presqne complètement la structure des récifs. Ceux-ci sont de trois sortes 1° les récifs en franges; 2° les récifs en ceinture; les atolls. Les premiers forment autour des îles des terrasses plates de coraux recouvertes de quelques pieds d'eau et s'étendent jusqu'au point Je terrain incliné sur lequel ils se sont développés atteint plus de vingt brasses d'eau. Le récif en barrière est limité par une crête à pic sur laquelle la mer vient se briser. C'est sur cette crête que se trouvent les coraux les plus puissants et les plus vigoureux, à cause de la lumière plus vive et de l'aération plus rapide. Entre le bord du récif et la mer on trouve un agglomérat de fragments de corail précipités par les tempêtes et cimentés par de la vase.

Les récifs en ceinture ou en barrière entourent une île centrale et sont séparés de la terre par un canal profond (lagune). Enfin, les atolls sont des récifs annulaires sans île centrale et ordinairement ouverts du côté sous le vent.

Pour comprendre le passage des récifs en franges ou côtiers aux autres, il suffit de considérer l'effet d'une submersion lente et graduelle des premiers. A mesure que s'enfonce Je bord, il augmente par la formation de nouveaux polypiers et ainsi se trouve compensé son affaissement. L'enfoncement de l'île se poursuivant, son sommet no dépasse plus guère e la surface et est séparé par une vraie lagune du bord du récif. Enfin, si l'enfoncement


présentant, de chaque côté d'un plan dit médian, quatre séries longitudinales (côtes) de palettes natatoires. L'ouverture buccale est située à l'un des pôles et conduit par l'intermédiaire d'un tube œsophagien ou stomacal dans une cavité centrale (entonnoir). Deux canaux terminaux, situés dans le plan médian, vont de l'entonnoir à l'extérieur où ils débouchent par une ouverture susceptible de se fermer. Perpendiculairement au plan médian, 4 paires de vaisseaux partent de l'entonnoir pour longer les côtes en dedans. On observe aussi, le plus souvent, deux filaments tactiles latéraux ou tentacules débouchant aussi dans l'entonnoir. Chez les Eurystomes, le corps est dépourvu de filaments tactiles, et chez les Cestides il n'y a que 4 paires de côtes latérales au lieu de 8 comme chez les autres Cténophores.

VII. Téguments DES Protozoaires. Chez les Rhizopodes, la substance du corps (snreode ou prolopiasma) n'offre aucune différenciation extérieure. Le corps est tantôt nu, tantôt recouvert d'un test calcaire percé de trous (Foraminifères), tantôt enfin muni d'un squelette siliceux treillissé ou simplement de spicules disposés suivant une symétrie rayonnée (Radiolaires). Chez les Grégarines et les Infusoires, on observe les premiers indices d'un tégument distinct du reste du corps; on désigne cette enveloppe sous le nom de cuticule. chez les Infusoires.

Les Rhizopodes sont caractérisés par la propriété qu'ils ont de modifier, à chaque instant, les contours de leur corps. Des prolongements de protoplasma désignés sous le nom de pseudopodes, soit larges, soit au contraire très-fins, peuvent être émis à la périphérie ou rentrer à l'intérieur du corps, tantôt pour laire mouvoir l'animal, tantôt pour saisir les corpuscules organiques passant à sa portée. Ces pseudopodes peuvent être libres ou se confondre ensemble, sur certains points, de manière à former un réseau plus ou moins compliqué. Chez les formes nues, le corps paraît susceptible d'émettre des pseudopodes sur un point quelconque de sa surface, mais, chez les formes pourvues d'une coquille, ces organes ne peuvent être émis que sur les points correspondant aux ouvertures de la coquille. Cette dernière peut ne présenter qu'une seule chambre (Monothalames) ou, au contraire, en offrir plusieurs (Polythalames) communiquant entre elles par des orifices percés dans les cloisons de séparation et étant aussi en rapport avec l'extérieur par des pores nombreux. Chez tous les Radiolaires, on observe, au milieu du corps, une vésicule membraneuse (capsule ventrale). Un petit nombre d'espèces seulement sont nues, les autres possèdent un squelette siliceux, tantôt situé en dehors de la capsule (Eclolithiens), tantôt pénétrant jusqu'à son intérieur (Entolithieus).

La cuticule des Infusoires est munie de cils vibratiles dont la disposition joue un rôle considérable dans la classification. Les Acinétiens n'ont pas de cils à l'âge adulte; ils possèdent des suçoirs rétractiles en forme de tentacules qui rappellent les prolongements psendopodiques des Rhizopodes. Certains êtres, qu'on ne considère plus maintenant comme faisant partie des Infusoires, les Flagellifères, ont un flagellum au lieu de cils vibratiles. Il y aurait, d'après Robin, entre le flagellum et le cil vibratile, cette différence que le premier serait aussi gros à sa terminaison qu'à son origine et dépendrait persiste, il n'y a bientôt plus qu'un atoll, et, comme la direction des vents de la région des récifs est constante, le côté sous le vent grandira plus lentement et réparera ses pertes moins facilement que le côté opposé, d'où ce fait que le passage praticable aux navires dans les atolls sera habituellement du côté sous le vent.


du protoplasma, comme les pseudopodes, tandis que le second serait terminé en pointe et produit par la cuticule. La contractilité du cil vibratile est uniforme et sans repos, tandis que celle du flagellum est changeante, lente ou rapide alternativement. Enfin, Allman a décrit, chez quelques Infusoires (Paramœcium, etc.), des baguettes (trichocystes) qui projettent un long filament; elles sont regardées par lui comme de véritables organes urticants, G. CARLET.

tégumentekse abbomiïvsxe (ARTÈRE). Voij. CRURALE (Artère). teichmeyer. (Hermanh-Friedrich) Médecin allemand, né à Miinden, dans le Hanovre, le 30 'avril 1685, était le fils d'un praticien distingué. Il étudia la médecine à Leipzig et à Iéna sous Rivinus, Bohn, Slevogt et Wedel, et fut reçu docteur à Iéna en 1707, puis maître en philosophie. Il fit d'abord des cours libres à Iéna; en 1717, il y obtint la chaire de physique, à laquelle il joignit en 1719 la chaire extraordinaire de médecine, et qu'il échangea en 1727 7 contre celle d'anatomie, de chirurgie et de botanique. Il brilla dans toutes les parties de son enseignement; il pratiqua un grand nombre d'opérations heureuses et cultiva en outre avec succès la chimie et la médecine légale. Haller fut l'élève de Teichmeyer, dont il devint par la suite le gendre. Teichmeyer mourut à Iéna le 5 février 1744. Il était membre de l'Académie des Curieux de la Nature et de l'Académie des sciences de Berlin. Il a laissé un bon traité de médecine légale et quelques autres ouvrages estimés, plus une foule d'opuscules académiques de médiocre importance. Nous nous bornerons à citer

I. Instituliones philosophiae naturalis experimentalis. Ienae, 1712, in-4°. II. Elementa

anthropologiae. Ienae, 1718, in-4". III. Inslitutiones medicinae legalis et forensis. Ienae,

1725, 1740, 1762, in-4°. Traduit en allemand. Nuremberg, 1769, in-4». IV. Yindiciae quorumdam inmntorum anatomicorum in dubium revocatorum. Ienae, 1727, in-4°. Y. Inslilutiones chemiae praclicae et experimentalis. Ienae, 1729, in-4°. VI. De cerebro cogUationum instrumenta. Ienae, 1729, in-4». VII. Institutiones materiae medicae. Ienae, 1757, in-4°. VIII. Institutiones medicinae pathologicae et practicae. lenae, 1741, in-8°. IX. Fundamenla botanica. Ienae, 1738, in-8°. X. De melancholia atonica raro litleratorum effectu. Ienae, 1741, in-4°. L. Hn. TEIGNES. § I. Pathologie. HISTORIQUE. L'histoire des teignes se divise naturellement en deux grandes périodes que sépare un fait capital la découverte de leur nature parasitaire. La première, qui s'étend de l'antiquité grecque jusqu'à nos jours, est occupée par de vains efforts pour distinguer entre elles et classer les affections croûteuses et squameuses du cuir chevelu dans la seconde se forme le groupe naturel des dermatoses parasitaires dont le diagnostic et le traitement, éclairés par une étiologie positive, font d'immenses progrès. Aussi le vieux mot qui sert encore de titre à cet article est-il de plus en plus délaissé pour le terme plus compréhensif de dermophyties il est, sans doute, respectable par son âge et commode par sa brièveté, mais il évoque plutôt l'image d'un groupe d'affections tenaces du cuir chevelu que celle de tout un ordre d'affections parasitaires dont la plupart sont peu graves lorsqu'elles sont traitées à temps et qui peuvent atteindre toutes les parties du système épidermique l. 1 Le terme dermophyties s'applique à toutes les affections parasitaire de la peau; nous réserverons, dans cet article, le nom d'ëpidermidophyties à celles qui frappent le système épidermique épiderme de revêtement, ongles et poils.


A. Première PÉRIODE. Antiquité. Renaissance arabe. Moyen âge et temps modernes. I. L'ensemble des affections croûteuses et squameuses du cuir chevelu était de'signée par les Grecs, du nom latin de Porrigo1; ils en admettaient cinq formes, mais les descriptions qu'ils en ont données sont trop obscures pour que l'on puisse y reconnaître avec certitude celles qui nous sont aujourd'hui si familières. Quoi qu'on en ait dit, Celse ne semble pas avoir distingué le favus de l'impétigo (Lorry), et les termes ôiitanç* et area sous lesquels Cazenave a cru retrouver l'herpès tonsurant sont rapportés par d'autres commentateurs à la pelade (Bazin).

La nature contagieuse de certaines affections des régions pileuses n'avait, toutefois, pas dû échapper entièrement à l'observation antique. Pline l'Ancien relate l'histoire d'une épidémie de mentagre qui fut importée d'Egypte à Rome par un certain Pisinus, que les chevaliers romains se transmettaient par le baiser et qui ne tarda pas à se répandre, non-seulement en Italie, mais encore dans le reste du monde romain. « Le visage de l'homme, dit le célèbre naturaliste, eut à souffrir les outrages d'un mal jusqu'alors inconnu qui, sans causer de douleur, sans mettre la vie en péril, occasionnait de si hideuses difformités que la mort, sous quelque forme qu'elle se présentât, eût été préférable. La forme la plus grave de cette affection reçut la dénomination grecque de lichen, mais elle fut, en même temps, désignée en langue latine du nom de mentagra, à cause de son siége ordinaire au menton, et ce mot, d'abord employé dans un sens dérisoire et moqueur (tant les hommes sont généralement enclins à se rire du malheur d'autrui), ne tarda pas à prendre droit de domicile dans le langage usuel. Cette maladie occupait fréquemment le visage tout entier, les yeux seuls restant indemnes, descendait sur le cou, envahissait la poitrine et les mains qu'elfe couvrait de hideuses écailles. Cette cruelle maladie était inconnue de nos ancêtres et de nos pères elle se montra, pour la première fois, sous le règne de Tiherius Claudius César, et ce fut un certain Pisinus, chevalier romain, secrétaire aux gages d'un questeur, qui l'apporta d'Asie où il avait pris ce mal contagieux; elle se transmettait par le baiser dont les chevaliers et les nobles avaient l'habitude de se saluer. Le peuple et la classe moyenne en furent exempts. Le traitement laissait chez ceux qui s'étaient résignés à le supporter, des cicatrices plus horribles encore que la maladie elle-même, car on les traitait par les caustiques et il était nécessaire de brûler les tissus jusqu'aux os pour triompher d'un mal aussi rebelle. Cette cruelle ressource fut la seule qu'apportèrent d'Egypte des médecins venus tout exprès de ce pays et qui s'enrichirent à nos dépens. » On a beaucoup discuté sur la nature probable de cette maladie du baiser dont Pline nous a transmis une description plus pittoresque qu'approfondie et bien des hypothèses ont été émises à son sujet. Quelques-uns, parmi lesquels nous citerons Kaposi, faisant revivre une ancienne assertion du médecin lyonnais Symphorius Champier, la rattachent à la syphilis. D'autres, avec Bazin dont la manière de voir est partagée par M. Rollet, regardent la mentagre de Pline comme une épidémie de sycosis parasitaire. Comme le sycosis, elle était très-repoussante, mais sans danger pour la vie, et, si elle n'atteignait que l'ordre des chevaliers, cela tenait, sans doute, à ce que ceux-ci ne se prodiguaient qu'entre eux ce mode de salutation. Quant aux ravages que faisait cette affection contagieuse et aux cica1 Porrigo, crasse de la tête, teigne; de porrigere, s'étendre (itdfpw, loin; rego, je dirige). 'OyiOTi;, de 'Oçt's, serpent tacheté comme un serpent

5 Area, aire, place vide.


trices qui en étaient la conséquence, les méthodes thérapeutiques, à la fois insuffisantes et barbares, qu'on lui opposait, en donnent une explication bien naturelle.

II. C'est aux Arabes que l'on attribue les premières notions positives sur les affections parasitaires du cuir chevelu. Sous les noms de sahafati, safati, albathine, Avicenne, Avenzoar. Rhazès, Ali-Abbas, etc., décrivent une affection contagieuse et entraînant la chute des cheveux dont ils reconnaissent deux variétés l'une humide, qui semble se rapporter à l'eczéma impétigineux, et l'autre sèche, qui n'est autre que le favus.

Le mot teigne (tinea) se rencontre, pour la première fois, sous la plume d'Étienne d'Antioche, qui traduisait, vers l'an 1127, les œuvres d'Ali-Abbas on s'est livré, au sujet de son étymologie, à des discussions plus curieuses qu'importantes. Pour les uns, il viendrait du verbe latin tenere et exprimerait la ténacité de l'affection qu'il désignait d'autres le font dériver, par corruption, de la dernière syllabe du mot albathine, dont on aurait fait successivement thyne, thynea et tinea. Peut-être, enfin, n'est-il que l'application à une maladie rebelle et destructive des tissus, du nom vulgaire d'un insecte lépidoptère la teigne (Tinea sarcitella), dont les vers détruisent les étoffes pour en tirer les matériaux du cocon de leurs chrysalides (voy. TEIGNE, [Zoologie]). Le mot teigne, dit Paré, a été imposé par le vulgaire à ces maladies « parce que le cuir de la tête apparaît troué et rouge comme mangé de teignes qui sont vers qui rongent les habillements. » III. Quoi qu'il en soit, le mot resta dans le langage médical et fut employé par tous les nosographes du moyen âge et de la Renaissance Gordon, Nicolas Florentin, Arnauld de Villeneuve, etc. Guy de Ghauliac admit cinq espèces de teignes tinea favosa, ficosa, amedesa (similis carnis humiditas), tuberosa (similis uberibus mamellarum) et lupinosa. Seule la tinea lupinosa se rapporte incontestablement au favus, mais peut-être la tinea amedesa répond-elle à la forme de cette affection dans laquelle le cuir chevelu montre, après la chute des croûtes, un aspect fongueux. Quant à la tinea favosa, elle représente, en dépit de la synonymie, une pseudo-teigne l'eczéma impétigineux (Bazin).

Ambroise Paré réduisit à trois les espèces de Guy de Chauliac; ce sont les tineae ficosa, furfurosa et corrosiva, mais son espèce ficosa, la seule qui mérite le nom de teigne, répond à l'espèce lupinosa de Guy de Chauliac, c'est-àdire à notre favus, et non à l'espèce ficosa de cet auteur (Bazin). Paré, d'ailleurs, qui connaissait la contagiosité de certaines teignes et la fréquence de l'alopécie, reprochait aux chirurgiens d'en laisser le traitement aux empiriques et recommandait l'épilation « à l'aide de pincettes, lorsque la racine du poil apparaît pourrie. »

Lorry, enfin, qui par sa méthode autant que par sa place chronologique, appartient aux temps modernes, distingua avec soin des pseudo-teignes la teigne quce aliquando sicca et prorsus arida vere tinea dicenda est. Cette teigne vraie est le favus actuel.

IV. La confusion, dit Bazin, un instant écartée par Lorry, reparaît presque aussitôt avec son disciple Alibert. Dans la première édition de son ouvrage, « ce trop célèbre dermatologiste » donne un sens générique au mot teigne et en distingué cinq espèces furfuracée; 2° granulée; muqueuse; 4° amiantacée 50 faveuse, dont la dernière seule répond à la teigne vraie de Lorry, au favus. Cette division ne diffère, d'ailleurs, en rien d'essentiel de celle de Gallot, publiée peu de temps auparavant. Dans sa seconde édition, Alibert divise


comme il suit la classe des dermatoses teigneuses en quatre genres et fait du favus un genre distinct

Achore. Muqueux, lactamineux.

Porriginc. Furfuraeée, amiautacée, granulée, tonsurante. Fuvus. Vulgaire, scutiforme.

Trichoma. Qui n'a aucun rapport avec notre trichophyton (Bazin). Dans l'intervalle de la publication de ces deux éditions, Mahon jeune, en 1828, avait, décrit la teigne tondante, non-seulement sur le cuir chevelu, mais encore sur diverses parties du corps et, notamment, aux ongles. Il en avait parfaitement reconnu le caractère contagieux et l'avait distinguée du favus; mais il la regardait comme une maladie constitutionnelle héréditaire. Il insiste également sur sa rareté, opinion que Bazin se souvenant d'avoir vu, dès 1834, pendant son internat à l'hôpital Saint-Louis, dans les salles de Biett et d'Alibert, un certain nombre de malades atteints d'herpès circiné et de sycosis traités, il est vrai, pour des affections dartreuses ou syphilitiques est loin de partager. En prenant 'pour base de leur classification des dermatoses les éléments éruptifs à la période d'état, Plentk et Willan ont certainement marqué la renaissance ou plutôt l'aurore de la dermatologie, et, si l'histoire des teignes n'a pas alors reçu sa part de la lumière qui est venue éclairer celle des autres affections cutanées, c'est que la méthode qui pouvait seule créer le groupe des dermatoses parasitaires, la méthode histologique, n'était pas encore appliquée. Willan plaça les teignes dans l'ordre des affections pustuleuses, à côté de l'impétigo dont elles se distinguent, dit-il, par leur caractère contagieux. Trouvant le mot teigne trop vulgaire, il le remplaça par le mot porrigo, plus savant peutêtre, mais tout aussi obscur, qu'il emprunta à Celse. Il en admet deux variétés le porrùjo favosa et le porrigo scutulata.

Bateman, élève et successeur de Willan, porta à six le nombre des porrigos 1° le porrigo larvalk (serofulide bénigne exsudative) le porrigo furfurans (pseudo-pityriasis du cuir chevelu) le porrigo lupinosa; 4° le porrigo sctclulata ou ringworm; le porrigo decalvans; 6° le porrigo favosa. Son porrigo decalvans répond à Yarea des Anciens, de Celse notamment, c'est-à-dire à la pelade. Pour faire entrer cette affection, avec les autres porrigos, dans l'ordre des pustules, Bateman est obligé de supposer, « quoique le fait ne soit pas prouvé, qu'il s'y montre, autour des cheveux, une éruption de petites vésicules qui ne subsistent que peu temps et ne donnent lieu à aucun fluide » Samuel Plumbe reproduisit exactement cette division.

Biett fut, en France, le parrain de la classification germanico-anglaise, ce qui li1 brouilla quelque peu avec son maître Alibert. Ainsi que ses élèves Gibert et Cazenave, il reproduisit les espèces de Willanet de Bateman. Cazenave reconnaît cependant que, sous le nom de porrigo, le grand dermatologiste anglais a groupé des affections absolument différentes. Son porrigo larvalis répond, selon lui, à l'achor muqueux d'Alibert, c'est-à-dire à la gourme; le porrigo favosa est l'impétigo vrai du cuir chevelu; le porrigo furfurans comprend le pityriasis capitis et une forme d'eczéma squameux le porrigo lupinosa est le favus, la teigne proprement dite; le porrigo scutulata est représenté par le ringworm des Anglais, la teigne tonsurante de Mahon; le porrigo decalvans, enfin, parfaitement décrit par Bateman, n'est autre chose que le vitiligo du cuir chevelu. Pour Cazenave, le faisceau des teignes ou des diverses espèces de porrigo se compose 1° d'éruptions qui n'ont absolument rien de spécial et qui sont des eczémas et des impétigos du


cuir chevelu; de deux éruptions qui empruntent à leur siège un caractère particulier, mais qui n'entraînent pas l'alopécie permanente et qu'on pourrait appeler fausses teignes; 3° de la teigne proprement dite ou porrigo. Cette division qui témoigne d'un grand sens critique était excellente pour le temps où elle fut formulée. Si nous faisons, en effet, le bilan des connaissances acquises à l'égard des affections chroniques du cuir chevelu et des régions pileuses, au moment où la découverte de la nature parasitaire de certaines d'entre elles vint en bouleverser le classement, nous voyons que l'on était parvenu à en dégager quelques-unes des espèces que nous regardons comme des teignes, au sens actuel du mot. Le favus, dont le caractère contagieux et l'influence destructive sur la chevelure étaient connus depuis les Arabes et constituait la teigne vraie de Lorry; la trichophytie, désignée par Willan du nom de porrigo scutulata ou de ringworm1, avait été, cliniquement, bien observée par Mahon jeune et Cazenave; l'affection, enfin, connue depuis Celse sous la désignation d'area et soigneusement étudiée par Bateman sous celle de porrigo decalvans, devait devenir la dermatose, encore mystérieuse, que nous nommons la pelade. Le tableau suivant, dans lequel nous comparons les noms anciens et actuels des dermatoses chroniques du cuir chevelu désignées autrefois du terme commun de teignes, permettra peut-être au lecteur de se retrouver dans le dédale d'une synonymie trop riche et si confuse.

TABLEAU SÏNONÏMIQUE DES TEIGNES

Porrigo (Anciens). Sahafali, albathym (Arabes). Teignes (Etienne d'Antioche). A. Dermatoses NON parasitaires.Eczéma. Kwov (Celse). Tinea favosa (A. de Villeneuve). -Teigne furfuracée (Alibert). Porrigo furfuracé (Willan, Bateman). Impétigo. Tinea favosa (Guy de Chauliac). Achor muqueux, achor granulé (Alibert). -Porrigo larvalis, porrigo favosa (Willan). Impétigo (Biett).

Pityriasis. Teigne furfuracée (Alibert). Porrigo furfurans (Willan, Bateman). Psoriasis. Teigne amiantacée. (Alibert).

B. Dermatoses parasitaires. Favus. Tinea lupinosa, tinea amedesa (Guy de Chauliac).–Tinea vera (Lorry). Achor scutiforme (Alibert). Porrigo lupinosa (Willan). Teigne faveuse (Alibert). Porrigo favosa (Diett).

Tricophytie. Porrigo scutulata, ringworm (Willan). Favus sine favis (Alibert). Teigne tonsurante (Mahon). Herpès contagieux (Biett). Herpès tonsurant (Cazenave). S" Pelade. Area (Celse). Porrigo decalvans (Bateman).

Quelque intéressantes que fusseut les recherches cliniques que nous venons d'esquisser, elles n'auraient vraisemblablement conduit ni à la création d'un groupe naturel de dermatoses ni à des indications thérapeutiques rationnelles, si elles n'eussent été fécondées par la découverte de la communauté d'origine, c'est-à-dire de la nature parasitaire, d'un certain nombre de dermatoses teigneuses. Ce sont les phases successives de cette seconde partie de l'histoire des teignes ou mieux des épidermidophyties que nous allons maintenant exposer. B. DEUXIÈME PÉRIODE. Découverte des parasites. Formation du groupe de dermatoses parasitaires. Origine et évolution des parasites. Pléomorphie. Dermatoses parasitaires nouvelles. Classification et définition des épidermidophyties. I. Lorsque, dit Kaposi, Bassi et Balsamo eurent découvert, en 1855, que la cause, si activement recherchée depuis Sauvages, de la muscardine, consistait en un champignon que Balsamo nomma d'abord Bothrylis paradoxa, 1 Ringworm, mot à mot, Ver annulaire, indique la forme circinée de l'herpès tonsurant.


puis plus tard Bothnjtis bassiana Balsamo, il parut démontré qu'un champignon pouvait être, cause et agent de la propagation d'une maladie animale, et on dut s'attendre à trouver une cause analogue à d'autres maladies contagieuses. L'attention se porta d'abord sur la teigne faveuse dont la contagiosité était bien connue. Schœnlein ne tarda pas à découvrir (1839) le champignon du fa vus qu'il nomma Aidium et auquel Remak donna le nom d'Achorion Schœnleinii. En 1844, Gruby a Paris, et Malmsten à Stockholm, découvraient le parasite du porrigo scutulata de Willan, c'est-à-dire de la teigne tondante de Mahon, et l'appelèrent, le premier Rhizophjlon, et le second Trichophyton tonsurans. Vers la même époque, en 1845, Gruby annonçait à l'Académie des sciences la découverte d'un nouveau champignon, le Microsporon Aiidouini, sur les plaques alopéciques du porrigo decalvans. Eichtedt, enfin, en 1846, démontra la nature parasitaire du pityriasis versicolor et la présence, dans cette affection, d'un champignon qu'il appela Microsporon furfur. Nous pouvons encore ajouter à ces découvertes capitales celle d'un parasite du sycosis, le Microsporon 'I1lentagrophytes de Gruby, dont Bazin et M. Robin se refusaient à admettre l'existence. Les travaux de Remak, Hannover, Bennett, Millier, Retzius, Hébert, Montagne, Robin, confirmèrent l'existence de ces parasites et celle de quelques autres qui ont moins directement trait à notre étude le microsporon Audouini, cependant, ne put être retrouvé, et ceux-là mêmes, comme Bazin, qui en avaient d'abord admis l'existence, en vinrent à la regarder comme très-problématique. II. Munis de ces données, les cliniciens tentèrent de créer le groupe des dermatoses parasitaires malgré l'opposition formulée par Cazenave en 1844, dans son article Teigne du Dictionnaire en 30 volumes, et reproduite plus tard, en i 850, dans son Traité des maladies dit cuir chevelu. C'est à peine si ce dermatologiste consent à admettre l'existence du parasite du favus, encore se défiet-il des « illusions de la micrographie »; mais il dénie, en vertu de raisonnements assez obscurs, à ces « atomes mystérieux » toute valeur pathogénétique. Celui qui alla le plus loin dans cette voie fut Bazin, dont les Recherches sur la nature et le traitement des teignes eurent un grand retentissement et marquèrent, comme il le dit lui-même, une époque décisive dans l'histoire de ces dermatoses (1853). Dans cet ouvrage, Bazin s'efforce d'établir l'existence d'un groupe naturel d'affections parasitaires auquel il donne le nom de teignes et qui comprend les teignes faveuse, tonsurante, mentagrophyte, achromateuse et «iéYalvante; il établit sur des descriptions précises la nature parasitaire de ces affections et leur transmissibilité de l'homme aux animaux et des animaux à l'homme, indique plusieurs de leurs principaux caractères cliniques et insiste sur leur traitement, dont l'indication principale est d'aller chercher le parasite, non-seulement à la surface de l'épiderme, mais encore jusqu'au fond des follicules pileux et jusque dans le bulbe des poils. Il montre que l'emploi combiné de l'épilation et des parasiticides permet de se rendre maître, en quelques mois, d'une maladie réputée jusque-là incurable et abandonnée par les médecins d'autrefois aux empiriques et aux bonnes femmes.

Encore imbu, ainsi qu'il le reconnut plus tard, des vieilles doctrines, Bazin croyait encore, à cette époque, à l'existence, indépendante de tout parasitisme, de l'herpès circiné dont Malherbe et Letenneur avaient, cependant, montré en 1852 la contagiosité et l'identité avec l'herpès tonsurant. Mais, dans sa brochure sur la mentagre et les teignes de la face, publiée en 1854, il en admet deux espèces l'une non parasitaire, l'autre parasitaire et concourant avec le


pityriasis et le sycosis à former les trois périodes de la teigne tonsurante. Plus tard même, en 1855, dans ses leçons de Séméiotique cutanée, l'illustre dermatologiste devait abandonner cette dernière restriction et faire de l'herpès circiné une affection toujours cryptogamique. C'est à la même époque que Bazin, rejetant l'individualité du Microsporon mentagrophytes de Gruby, en fit un Trichophyton plus ou moins modifié par l'âge et introduisit la mentagre dans la trilogie trichophytique.

Enfin, dans ses leçons sur les Affections cutanées parasitaires, qu'on peut regarder comme la dernière expression de sa doctrine, le chef de l'École française donne des teignes une description complète dont le plan peut être exposé dans la classification suivante

CLASSIFICATION DES TEIGNES (d'aPRÈS BAZIN)

A. AFFECTIONS PRODUITES PAR DES PARASITES VÉGÉTAUX TRICOPBYTIQULS ET ONYCMOPHYTIQUES. I. ?'etfyMe/'a<MMse(ac)iorionSehœn!einii). ¡

Urceolaris. l' Dn cuir chevelu.

Scutulata. 1* Du cuir ehevelu. Squamosa.

II. Teigne tondante (Tricophyton tonsurans). De la face. Circinata.

Punetata.

Gyrata. 5' Des parties sexuelles. III. Te;igne pelade (IIierosporon Audouini).

Simple, ophiasique 4' Du tronc et des membres. ( avec dépression.

Achromateuse sans dépression.

B. AFFECTIONS PRODUITES PAR DES PARASITES VÉGÉTAUX épidermophytiques. Crasses parasitaires (Microsporon furfur). Pityriasis versicolor, pityriasis nigra, chloasma, taches hépatiques, éphélides lenticulaires.

C. AFFECTIONS PRODUITES PAR DES PARASITES végétaux ÉpmiiâiorirmQUES. Muguet (oidium albicans).

Les idées de Bazin ne furent pas acceptées sans peine dans le monde dermatologique et soulevèrent bien des discussions souvent acerbes et retentissantes, dont le souvenir est aujourd'hui bien effacé. Dans son Traité des maladies de la peau, paru en 1854, Devergie réserve au favus seul le nom de teigne et accuse Bazin de bouleverser indûment la science en comprenant avec lui sous cette dénomination le porrigo decalvans, l'herpès tonsurant et la mentagre. Il reconnaît, comme tout le monde, que la teigne est contagieuse et que ses croûtes renferment des champignons, mais il regarde ces derniers comme l'effet et non comme « la cause de l'affection le favus, dit-il, se propage « par une sorte de semence », mais peut apparaître spontanément, comme la gale et la maladie pédiculaire, sous l'influence de la misère, de la malpropreté et d'une mauvaise alimentation.

Nous avons déjà parlé de la résistance opposée par Cazenave à la théorie parasitaire des teignes ce dermatologiste, pourtant distingué, ne s'est jamais rallié et semble s'être dit, si nous en croyons une citation épigrammatique de Bazin Et, s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là. En 1856, un de ses élèves, Chausit, publia, dans la Gazette hebdomadaire, un mémoire sur le sycosis dans lequel il reproche à Bazin de ne pas rendre justice à son maître dont les travaux auraient singulièrement éclairé la nature du favus en établissant qu'elle consistait en une inflammation du conduit pilifère et croit signaler le premier les disques érythémateux du sycosis. Plus tard, en 1865, le même auteur, dans un travail de critique


publié par l'Union médicale, résume toutes les objections que l'on pouvait, à cette époque, adresser a la théorie cryptogamique des teignes, et prétend qu'il n'y a point, « dans l'état actuel de la dermatologie, dc maladie de nature essentiellement parasitaire, ni de thérapeutique antiparasitaire. » 11 faut lire, dans les journaux du temps et dans les publications de Bazin, les répliques acerbes et pleines d'un dédain peut-être un peu affecté que ce dernier oppose aux attaques de Chausit, pourcomprendre à quels écarts un amour-propre excessif peut entrainer un homme aussi remarquable à tous égards.

Bientôt, cependant, la nature parasitaire des teignes fut généralement reconnue. M. Hardy, en dépit de quelques objections de détail, s'est rallié l'un des premiers, vers 1858, aux idées étiologiques et thérapeutiques que Bazin défendait, depuis plusieurs années, avec tant de vigueur; ce dermatologiste distingué regarde, aujourd'hui, les teignes comme une famille très-naturelle composées de maladies, non plus seulement du cuir chevelu, mais de tout le système pileux, et causées par la présence de végétaux parasites. Il en admet trois espèces le favus, la trichophytie et la pelade. En 1866, Gibert, qui avait d'abord fait quelque opposition, se soumettait à son tour à l'évidence, rendait, dit Bazin, « pleine justice à mes travaux et déclarait dans la dernière édition de son ouvrage « que la dermatologie m'était redevable du seul progrès important que puisse revendiquer notre époque. » Tous les dermatologistes aujourd'hui, sauf peut-être Krasmus Wilson, regardent le parasitisme comme la cause, sinon unique, du moins principale et suffisante, des teignes, au sens actuel du mot, et la pelade seule est encore en litige. On lira avec intérêt, parmi les travaux récents sur les teignes, les leçons de M. Lailler, publiées en 1875, et le discours de majorat de M. Horand, prononcé à la même époque.

III. Pendant que s'élaborait lentement, sous l'influence prépondérante de Bazin, la constitution clinique de la famille des dermatoses parasitaires, l'histoire naturelle des parasites était l'objet de recherches intéressantes tandis que les vétérinaires étudiaient, chez les animaux, les caractères et la contagiosité des teignes, les naturalisas s'efforçaient de remonter à l'origine des parasites et d'en déterminer la filiation.

a. La teigne des animaux, dit M. Mcgnin, à qui nous empruntons une partie des renseignements qui vont suivre, n'est pas connue depuis très-longtemps et celle de nos animaux domestiques est la principale des sources où s'alimente la teigne humaine.

Le faims a été découvert chez la souris, en 1847, par un jeune médecin américain. Il est assez fréquent chez les souris des environs de Lyon (Mégnin, Gailleton) aussi bien que chez les chats et les chiens qui font la chasse à ces petits rongeurs et qui le transmettent à leur tour aux enfants, leurs compagnons de jeu habituels. Cette filiation, très-importante pour l'étiologie des teignes et sur laquelle nous aurons à revenir, a été mise en lumière par les expériences de M. Saint-Cyr. M. Mégnin a également constaté plusieurs cas de teigne faveuse chez les lapins à fourrure dite argentée, qui commencent à pulluler aux environs de Paris.

La teigne tondante, empiriquement connue, sous d'autres noms, depuis le commencement du siècle, et nommée dartre croûteuse par les anciens vétérinaires, a été déterminée et rapportée à sa véritable cause, en 1852, par Reynal, mais ce ne fut qu'en 1856 que Gerlach put y démontrer la présence du trichophyton. Cette teigne se rencontre chez la plupart des animaux domestiques,


entre autres le cheval, le bœuf, le veau, le chien, le chat, etc. Nous en avons, nous-même, vu un cas très-net en 1883, sur l'un des veaux du service municipal de vaccination de la ville de Lyon.

M. Mégnin a observé, chez le perroquet, une sorte de pelade parasitaire. Le même observateur a récemment rencontré, chez un coq dont la crête et les parties nues étaient saupoudrées d'une poussière blanche, farineuse, que les lotions les plus soigneuses ne pouvaient faire disparaître, un champignon épidermique voisin de l'Achorion Schœnleinii et de V Oïdium albicans auquel il donne le nom à'Epidetmophyton Gallinœ. Il a décrit également, chez le lapin, une affection croûteuse de l'anus très-contagieuse pour les animaux, mais ne paraissant pas transmissible à l'homme, qu'il a appelée teigne lycoperdoïde et que caractérisent de nombreuses spores sphériques ou ovalaires, de 4 à 7 p de diamètre. La compétence nous fait défaut pour parler plus longuement ici de la teigne des animaux domestiques, mais les recherches dont elle a été l'objet jettent un grand jour sur l'étiologie de la teigne humaine: nous aurons donc à les envisager à nouveau et à ce point de vue spécial lorsque nous en serons arrivé à la partie étiologique de notre travail.

b. A l'époque où nous avons laissé l'histoire des. teignes, c'est-à-dire au moment du triomphe définitif de leur théorie parasitaire, les mycologistes comptaient, dans la classe des champignons, un nombre d'espèces telles que la vie d'un savant n'aurait pu suffire à les décrire et que la mémoire la plus étendue eût été impuissante à en retenir les noms. Sous l'influence de ces idées, les dermatologistes admirent, pour chaque forme de teigne, une espèce parasitaire distincte, et attachèrent une valeur spécifique aux noms dont ces dernières furent désignées.

Ces tendances se modifièrent lorsqu'en 1851 les frères Tulasne et surtout René Tulasne montrèrent que ces innombrables espèces pouvaient se réduire à un petit nombre qui se transforment, par métamorphoses successives, tout en demeurant, sous leurs différents avatars, aptes à la reproduction. Repoussée d'abord par des naturalistes tels que Léveillé et Bonorden, la théorie du polymorphisme ou mieux du métamorphisme des champignons (Bertillon) fut admise par Berkeley en Angleterre, de Bary en Allemagne, MM. Roze et Decaisne en France, et rallia tous les suffrages lorsque la méthode des cultures eut permis d'en vérifier, de visu, l'exactitude, au moins pour un grand nombre d'espèces. Hallier appliqua cette théorie, dont la vérité générale est, d'ailleurs, à peu près universellement admise, aux espèces parasitaires de l'homme. En 1850 déjà Lowe avait soutenu que le champignon de l'herpès tonsurant n'était qu'une forme particulière de celui du favus et que tous deux dérivaient d'un champignon de moisissure unique l'Aspergillus. En 1860, Hallier essaya de démontrer que les végétaux parasites de l'homme appartenaient à un petit nombre d'espèces qui se modifient considérablement et dont les déviations morphologiques ont été décrites comme autant de types distincts. Les champignons du favus, de la mentagre et de l'herpès circiné ne seraient, d'après lui, que des états divers du Penicillum glauciim, et l'on devrait rapporter à l'Aspergillus glaucus beaucoup d'autres parasites appartenant à des espèces prétendues distinctes, celui du pityriasis versicolor, par exemple (Cauvet).

Si la théorie du pléomorphisme des végétaux inférieurs est applicable aux parasites dermophytiques et si ces derniers reconnaissent, comme le prétendent Lowe et Hallier, dans l'Aspergillus et le Penicillum, une origine commune,


il doit être possible, en se plaçant dans des conditions de milieu et d'habitat convenables, d'observer, sur la peau même de l'homme 'et des animaux, la transformation des espèces primitives en variétés métamorphiques. Un certain nombre de faits ont d'abord paru justifier cette hypothèse. Dès 1854 Ilébra avait observé que l'application de compresses moisies déterminait quelquefois des cercles analogues à ceux de l'herpès tonsurant à l'intérieur desquels se trouvaient, en outre, des scutula de favus. Plus tard, d'autres observateurs obtinrent des résultats paradoxaux c'est ainsi que Pick aurait vu l'inoculation du favus produire le Penicillum et V Aspergillus; que Lowe, en semantde l'achorion, aurait également récolté l'Aspergillus; qu'Hoffmann aurait produit le Mucor avec le · Pénicillium et l'Aspergillus, et que Neumann, enfin, aurait obtenu une dizaine de formes de champignons différentes (Kaposi). Tout le monde ne reconnut pas, d'ailleurs, dans les cercles et les scutula de Hebra, les caractères typiques de la trichophytie et du favus, et l'on dut, pour expliquer les faits contradictoires que nous venons de rappeler, admettre l'impureté des champignons parasitaires qui avaient servi aux expériences. La plupart des dermatologistes pensent aujourd'hui, et telle est l'opinion de MM. Besnier, Doyon et, si nous avons bonne mémoire, de notre maître Gailleton, que l'achorion produit toujours le favus et le trichophyton toujours la trichophytie. Il n'en résulte pas, cependant, que le métamorphisme des champignons cpidermicoles n'existe pas; mais les conditions nécessaires à sa manifestation sur le terrain épidermique ne semblent pas avoir encore été expérimentalement réalisées.

[11 y a peu d'années, cependant, Grawitz a combattu la spécificité des parasites producteurs des teignes et cherché à démontrer que l'Achorion Schœnleinii, le Tricophyton tonsurans et le Microsporon furfur, n'étaient que des formes différenciées de l'Oidium lactis; il aurait déterminé sur la peau, en inoculant des parasites cultivés de favus, de tondante et de pityriasis versicolor, des éruptions passagères identiques à celles qu'y produit l'application du ferment lactique.

M. Friket cite aussi un fait, observé à la Clinique dermatologique de l'Université de Liège par M. le professeur Plucker, qui semble confirmer la doctrine de la transmutation des teignes et venir à l'appui des expériences de Storck, Pick et Ilébra, sur l'identité d'origine du favus et de la trichophytie. Un chat porteur d'un favus bien pur et dûment constaté donna à plusieurs membres de la famille dans laquelle il vivait une affection cutanée caractérisée par des plaques trichophytiques dont quelques-unes étaient parsemées de petits godets bien nets. L'un des godets faviques du chat, inoculé à la face antéro-externe du bras d'un malade de la Clinique, amena l'apparition d'une plaque de trichophytie cireinéo à extension rapide qui guérit d'elle-même en quelques jours, sans avoir jamais présenté le moindre scutulum de favus.]

Pendant que se poursuivaient les discussions qui devaient aboutir à l'individualisation des teignes, de nouvelles recherches qui se continuent de nos jours venaient élargir le cadre des dermatoses parasitaires et montrer que non-seulement le système pileux, mais encore tout le système épidermique, pouvaient en être le siège. Ainsi s'est substituée à l'ordre des teignes la grande classe de jour en jour plus vaste des épidermidophyties.

Certaines formes d'érythème, de pityriasis et d'eczéma, furent distraites, au profit des dermatomycoses, des affections génériques auxquelles elles semblaient appartenir. Dans l'eczéma marginé de Ilébra, Kœbner, Pick et plus tard Kaposi,


trouvèrent des parasites qui se rattachent au genre Trichophyton. Burckhardt en 1859 et von Bœrensprung en 1882 ont décrit sous le nom d'érythrasma une variété d'érythème due à un parasite le Microsporon minutissimum auquel MM. Besnier, Balzer et Dubreuilh, ont récemment consacré des travaux intéressants. En 1871, dans ses annotations aux leçons de Kaposi, M. Besnier signalait un nouveau champignon dans certaines plaques pigmentaires de la peau. M. Vidal, en 1879, décrivait sous le nom de Microsporon amomœon seu dispar ie parasite de certaines formes de pityriasis circiné et marginé. Récemment .enfin, Duhring et quelques autres observateurs ont décrit comme érythème trichophytiqueun érythème particularisé par l'existence d'un trichophyton auquel ses dimensions ont fait donner par M. Balzer le nom de Trichophyton géant. Disons cependaut que M. Bizzozero regarde le Microsporon minutissimum comme identique au parasite normal qu'il a décrit, sous le nom de Leptothrix epidermidis, dans les espaces interdigitaux des pieds, à la région inguino-crurale et sur tous les points de la surface épidermique où se trouvent réalisées les conditions d'une chambre de culture chaude et humide.

Le groupe des teignes proprement dites, originairement constitué par le favus, la trichophytie et, avec beaucoup de réserve, la pelade, tend lui même à s'accroître. En 1874, M. Malassez a trouvé dans cette dernière affection un champignon différent du Microsporon Audouini et, la même année, ce savant signadait l'existence de spores en bissac dans le pityriasis ou, du moins, dans une forme de pityriasis capitis.

Certaines dermatoses, enfin, bien différentes en apparence des affections .ordinairement très-superficielles et d'ordre érythémateux que l'on est accoutumé à rapporter au parasitisme, ont été, dans les dernières années, rapprochées de ces dernières. Sans parler de l'impétigo contagiosa, dont la discussion nous -entraînerait trop loin du cadre de cet article, nous citerons, seulement, le psoriasis, dont certaines formes affectent les allures d'une dermatophytie et dans les squames duquel Lang a rencontré un parasite qu'il regarde comme pathogène et qu'Eklund a désigné du nom de Lepocolla repens. Nous avons, nousmême, publié récemment un fait de psoriasis vaccinal qui semble venir à l'appui de la théorie parasitaire de cette affection.

IV. Les épidermidophyties nous apparaissent aujourd'hui comme des dermatoses déterminées et entretenues par la présence de parasites végétaux appartenant à la classe des champignons et vivant à la surface ou dans l'épaisseur de l'épiderme. Leur nombre, ainsi que le montrent les faits que nous venons de résumer, est assez considérable, mais, si l'origine parasitaire de la plupart est aujourd'hui hors de doute, il n'en est pas de même de toutes et l'histoire de certaines d'entre elles est encore entourée de la plus grande obscurité. Aussi M. Balzer a-t-il pu les diviser en deux grandes catégories comprenant, l'une les dermatoses dont le parasite, pour ainsi dire spécifique, joue un rôle fondamental; l'autre celles dont la nature parasitaire est encore douteuse. La première contient la trichophytie, le favus, le pityriasis versicolor; à la seconde se rattachent la pelade, le psoriasis et les nombreuses affections dans lesquelles on trouve aujourd'hui des spores dont le rôle pathogénique n'est pas encore déterminé. Une classification de ces affections serait cependant utile au début de l'étude générale que nous allons tenter, mais elle est impossible ou, pour être scientifique, elle devrait reposer sur la classification même des parasites dont l'histoire naturelle est encore si obscure. C'est donc sur une énumération méDICT. ENC. 3° S. XVI. 15


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thodique et non sur une systématisation logique que nous nous appuierons nous y indiquerons successivement les noms des parasites pathogènes upré:sumés tels, leur siège, les altérations mécaniques ou organiques qu'ils déterminent, les noms des affections génériques qu'ils produisent et de leurs variétés. Nous signalerons aussi, par un point d'interrogation, ceux de ces champignon dont l'action pa é nous semble douteuse et n'a pas été confirmée par le seul critérium pareille matière la contagion et la ™P"dnoliJ^

rimentale.

Dans cet article uniquement consacré à l'histoire générale des teignes, et par extension des dermatophyties épidermiques, nous en étudierons successivement, en nous plaçant au point de vue synthétique, l'anatomie et la p TZlogie pathologique, l'étiologie, la symptomatologie, le diagnostic et le traitement. L'histoire particulière de chacune d'entre elles a été ou sera exposée dans des articles spéciaux (FAVUS, PELADE, MUGUET, Miceospokon, TRICOPHYTIE, PITYRIASIS, etc.). Nous nous proposons cependant de décrire succinctement celles qui ne pourraient trouver une place à part dans ce Dictionnaire et de comSeH irX£:.d€àfoitS par 1>eXP°Sé des principales recherches

postérieures à leur publication.

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES. Les parasites épidermiques appartiennent à la grande classe des champignons; nous en étudierons, dans ce chapitre, la structure, l'évolution, le siège et le mode d'action sur les systèmes anatomiques qui leur servent d'habitat. systèmes

L Structure et évolution. A. Technique. La technique histologique a fait, depuis une vingtaine d'années, d'immenses progrès dont nous devons une partie, en France, aux recherches et à l'enseignement du professeur Ranvier; stimulée par les travaux de Pasteur, de Tyndall et de leurs émules, la technique mycalogique n'est pas restée en arrière, et les Weigert, les Cohn, les Ehrlich les Malassez, les Koch l'ont portée, dans ces derniers temps, à un haut degré de perfection. Nous possédons aujourd'hui des méthodes bactériologiques aussi

sûres qu'élégautes dont quelques-unes sont assez simples pour être applicables

au lit même des malades.

La recherche et la détermination des microbes proprement dits exigent, cependant, un apprentissage spécial, et le nombre est encore restreint des observations que l'on peut à peu près croire sur parole en semblable matière; l'étude des parasites. épidermicoles est moins difficile, et chacun peut, en suivant les règles que nous allons indiquer, les voir, les préparer, en déterminer le sié-e et en suivre 1 évolution.; seule, la détermination exacte de l'espèce est épineuse et ne peut être entreprise que par un mycologiste compétent.

a. Récolte des parasites. Les champignons épidermiques sont faciles à récolter. Pour recueillir les épidermophytes proprement dits, celui du pityriasis versicolor, par exemple, il suffit, après avoir lavé et séché la région malade, pour entraîner les spores qui pourraient se rencontrer accidentellement à sa surface, de la racler légèrement avec une curette ou un bistouri convexe les squames ainsi obtenues sont placées, à l'abri de la poussière, dans un verre de montre ou dans une:de ces courtes éprouvettes que l'on construit aujourd'hui à l'usage des dermatologistes. Les parasites trichophytiques s'obtiennent en arrachant, avec une pince à épiler, les cheveux ou les poils qu'ils infiltrent; quant aux godets faviques, on les détache aisément en les soulevant par leurs bords avec une spatule. Le seul .point'important est de savoir exactement où se trou-


vent les parasites et, par conséquent, où l'on doit les aller chercher. C'est ainsi que le champignon dit de la pelade avait échappé depuis Gruby à la plupart des observateurs, jusqu'au jour ou Courrèges s'avisa de le chercher, non sur les cheveux ni au centre des plaques alopéciques, mais à la périphérie de ces der-

nières (vo~. PELADE).

Ul tuSSLctement le siège des parasites épidémies, ilfaut nécessairement pratiquer des coupes sur les régions cutanées qu'ils occupent ce n'est qu'ainsi, par exemple, que l'on peut voir les rapports du trichophyton avec les gaines du poil et constater la pénétration du mycélium favique dans le derme sur lequel pose le godet. L'ablation de lambeaux de peau, pratique à laquelle 7 Besnkr a donné le nom de méthode biopsique, est généralement acceptée par les malades, même sans rémunération, et ne présente pour eux aucun danger. Nous en avons indiqué ailleurs les règles sur la surface cutanée congelée a Skie d'une pulvérisation d'éther on circonscrit rapidement un lambeau quaV ,!l !LPl'nn .Mtache du tissu cellulaire sous-cutané en le soulevant par

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?" eY angles à l'aide d'une pince et en promenant à plat, sous sa face pr ofonde, unbistouri étroit. La petite plaie ainsi produite, dont les dimensions ne doivent guère, autant que possible, excéder 1 centimètre carré, est recouverte de eliarpie râpée qui est un excellenthémostatique elle se cicatrice ordinairement

cri quelques jours.

TÎSrXs pour l'étude de la structure des parasites. Dissociation. La matière parasitaire ainsi obtenue, il faut la débarrasser, autant que possible, des sulïïan ce des éléments inutiles à son étude, colorer les parasites pour mieux les Suer des éléments voisins et les monter en préparations persistantes. ^mSatiande la graisse. Les produits épidermiques sont imprégnés d'une grande quantité de graine que les glandes sébacées versent constamment î la surface delapeau et dont les fines granulations pourraient en imposer pour des spores aux yeux d'observateurs peu exercés et gêner considérablement les s us experts. On s'en débarrasse facilement en plaçant successivement les matières parasitaires dans l'alcool absolu, pendant quelques heures puis dans ï, pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, puis encore dans l'alcool oi l'on peut les s conserver indéfiniment pour les besoins de recherches ou de démonstrations ultérieures. Il est, il est vrai, des granulations graisseuses qu'une enveloppe albuminoïde semble préserver de l'action des dissolvants, mais elles sont trop peu nombreuses pour entraver l'examen, et leur indifférence à égard des substances colorantes autres que le bleu de quinoléme et l'acide osmique les feront plus tard facilement reconnaître.

[L7ÉLinaUon des corps et éléments étrangers ou imUUes. Dissociation. C'est à la dissociation que l'on a recours pour isoler les parasites et les disposer commodément pour l'étude. Les squames, les amas de poils, les petits fragments de godets faviques, sont dissociés, à l'aide d'aiguilles, dans une goutte d'eau salée à 0 40 pour 100, d'abord grossièrement à l'œil nu, sur un fond noir (lame d'ébonite), puis, plus finement, à la loupe ou sur la platine d'un microscope de dissection armé d'un doublet grossissant de dix à vingt fois ou d'une loupe de Brucke. Cette opération a pour but de séparer mécaniquement les lamelles épidermiques et les poils agglutinés par des exsudats séborrhéiques ou croûteux et d'éliminer, le plus possible, les corps étrangers et les éléments inutiles à l'observation. On ne gardera, par exemple, des godets faviques que les points dont la coloration jaune sera tout à fait caractéristique.


Examen sans coloration. Les matières parasitaires ainsi étalées sur le porte-objet peuvent être examinées sans coloration, et cette méthode expéditive est suffisante lorsqu'il ne s'agit que de parfaire un diagnostic ou de vérifier des faits bien connus. II suffit alors de substituer à l'eau, dans laquelle la dissociation a été pratiquée, une goutte de solution de potasse à 40 pour 100, et de recouvrir d'un verre mince. Les masses épidermiques deviennent transparentes et les champignons apparaissent avec une grande netteté. Cette préparation peut même être conservée on substitue à la solution alcaline, d'abord un courant d'eau distillée, puis une goutte de sirop phéniqué que l'on fait pénétrer, par capillarité, entre la lame de verre et la lamelle,:puis on lute à la cire ou au baume du Canada.

40 Coloration. Il est cependant nécessaire, pour bien voir tous les détails structuraux des parasites, pour les différencier sûrement des granulations protéiques ou autres et des noyaux cellulaires qui pourraient les simuler, ainsi que pour en faire des préparations bien démonstratives, de faire agir sur eux une matière colorante. Les solutions alcooliques d'éosine et de bleu de quinoléine employées par Balzer, les solutions aqueuses de couleurs d'aniline fuchsine, violet de Paris, bleu de méthyle alcalinisé selon le procédé de Hueter, mises en contact pendant quelques minutes avec la préparation, donnent de très-belles colorations; le bleu de méthyle convient surtout parce qu'il ne colore pas ou ne colore que très-faiblement les lames épidermiques. On trouvera dans le Traité de microscopie clinique de Bizzozero et Firket dont la seconde édition vient de paraître (août 1885), tous les détails relatifs à la préparation et au mode d'emploi de ces substances tinctoriales.

50 Conservation des préparations. Les préparations colorées peuvent être recouvertes d'une lamelle et examinées de suite les spores y apparaissent fortement teintées en rose, en rouge ou en bleu; les noyaux cellulaires dont l'affinité pour les couleurs d'aniline est moins prononcée, le sont moins et les autres éléments demeurent incolores; mais, réussît-on à les luter assez hermétiquement pour empêcher l'évaporation de leur véhicule aqueux, la diffusion des matières colorantes, dont l'adhérence aux spores est assez faible, ne tarderait pas à leur enlever toute valeur démonstrative. Aussi est-il nécessaire, si l'on veut garder les préparations pour l'enseignement ou en vue de recherches futures, de les soumettre à des procédés de conservation qui leur assurent une durée, sinon indéfinie, du moins assez prolongée.

Le procédé le plus expéditif consiste à absorber, sous la lamelle même, à l'aide d'un morceau de papier à filtrer ou d'une feuille de papier à cigarette, la plus grande partie du liquide tinctorial, et à lui substituer une solution de potasse à 40 pour 100 ou d'acétate de potasse; mais les préparations ainsi traitées sont d'un lutage difficile et laissent souvent évaporer leur contenu 1. L'on peut éviter cet inconvénient en remplaçant la solution alcaline par la glycérine ou la gélatine glycérinée légèrement teintées avec la substance colorante même que l'on a fixée sur les parasites. Toutefois, les préparations les plus persistantes sont celles que l'on conserve dans un milieu résineux solide pour les obtenir 1 Nous recommanderons, cependant, le mastic de Czokor obtenu en fondant ensemble, au bain-marie, de la cire vierge et de la térébenthine de Venise en proportions telles que le mélange ne happe pas au doigt et ne se fendille pas par le refroidissement. Ce mastic qui s'applique, comme la paraffine, avec une baguette de fer chauffée, tient bien, se solidifie en quelques fécondes et s'enlève facilement avec un grattoir.


il suffit, après avoir enlevé le liquide colorant, de déshydrater la préparation par l'alcool ou la dessiccation et de la monter dans le baume de Canada fondu ou dissous dans le chloroforme, et mieux, dans l'essence de térébenthine qui décolore moins énergiquement les éléments parasitaires.

Bizzozero indique une méthode de préparation des parasites épidermiques à la fois très-sûre et très-élégante. La matière parasitaire, préalablement dégraissée et dissociée aussi finement que possible, est placée sur une lame de verre dans une goutte d'acide acétique à 50 pour 100 où elle s'éclaircit. Au bout d'un quart d'heure, on l'étale aussi uniformément que possible, à l'aide des aiguilles, et on évapore l'acide acétique à une douce chaleur, soit dans une étuve ou sur la lame chauffée d'Ehrlich, soit en la tenant au-dessus de la flamme bleue d'un bec de Bunzen on obtient ainsi une couche mince, uniforme et sèche, sur laquelle on dépose quelques gouttes de solution aqueuse d'éosine, de bleu de méthyle, de violet de gentiane ou de vésuvine, si l'on se propose de photographier, plus tard, la préparation. Au bout d'un temps qui varie de dix minutes à une demi-heure et plus, on lave la préparation, on la sèche et on la monte dans le baume du Canada. C. Préparations par coupes, pour la détermination du siége du parasite. 1° Durcissement. Ainsi que nous l'avons vu, la situation des parasites à la surface et dans l'épaisseur de la peau, leurs relations avec le derme, les follicules pileux, les poils et les diverses couches de l'épiderme, ne peuvent être déterminées que sur des coupes que l'on fait ordinairement perpendiculaires à la surface cutanée.

Les lambeaux de peau enlevés par la méthode biopsique sont trop mous pour être coupés en tranches minces et trop petits pour qu'on puisse leur appliquer le couteau de Valentin qui est, d'ailleurs, un assez mauvais instrument. Force est donc de les durcir et deux procédés peuvent être employés à cet effet. Le premier repose sur l'emploi des microtomes à congélation imaginés par Roy et perfectionnés, dans ces derniers temps, par Malassez. Il permet de faire des préparations extemporanées de tissu frais, mais la congélation y détermine un aspect vacuolaire assez désagréable. Le prix de ces microtomes est, en outre, assez élevé. Il est rare, d'ailleurs, qu'on ne puisse attendre les quelques jours nécessaires pour le durcissement par l'alcool, et c'est à ce dernier procédé qu'on doit avoir recours pour une étude approfondie. Les lambeaux de peau, aussi petits que possible, sont placés dans un flacon d'alcool à 90 degrés, d'environ 100 centimètres cubes de capacité, au fond duquel se trouve une couche de ouate sur laquelle ils reposent. Au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, le durcissement est suffisant et, si l'alcool est fort, il est inutile de le compléter par l'immersion dans la solution sirupeuse de gomme.

On peut encore durcir les pièces dans la solution d'acide osmique à 1 pour 100 qui fixe admirablement les éléments anatomiques et les microbes; mais les fragments doivent être très-petits et il est, en outre, nécessaire de placer dans l'alcool, pendant vingt-quatre heures, les pièces ainsi fixées et durcies. La fixation et le durcissement par les vapeurs osmiques est moins dispendieuse et donne des résultats au moins aussi bons.

Section. Les coupes des fragments de peau durcis par l'acide osmique ou l'alcool peuvent être faites à main levée ou au microtome. L'emploi du microtome de Ranvier est indiqué lorsqu'on veut obtenir des sections larges et d'épaisseur uniforme destinées à l'étude de régions assez étendues. Les coupes à main levée, plus difficiles d'ailleurs, sont préférables pour l'étude de certains


points de détail elles permettent, seules, de mener la section exactement suivant l'axe des poils, et l'on peut, en dirigeant obliquement le rasoir, obtenir des •coupes prismatiques dont l'un des bords présente une minceur que l'emploi du microtome ne saurait réaliser.

Coloration et décoloration partielle. Les coupes sont reçues dans l'eau ou dans l'alcool selon la nature de la substance colorante qu'on veut faire agir sur elles. Il s'agit maintenant, pour les transformer en préparations élégantes et démonstratives, de les soumettre aux procédés de double coloration et de décoloration partielle, c'est-à-dire de fixer sur les éléments anatomiques autres que les parasites une teinture qui respecte ces derniers et de colorer, d'autre part, .ceux-ci par une substance qui n'ait que pour eux une élection définitive. Parmi les nombreux procédés qui ont été proposés, les plus simples et les meilleurs sont ceux de Weigert et de Malassez. Les coupes sont d'abord colorées •par le picro-carminate d'ammoniaque qui teint, à sa manière ordinaire, les éléments anatomiques, puis par les couleurs d'aniline qui se fixent principalement sur les parasites. On les localise ensuite, exclusivement, sur ces derniers éléments, en décolorant partiellement la préparation avec la solution à 2 pour 100 de •carbonate de soude.

Le choix de la substance destinée à la coloration des champignons est surbordonné aux affinités électives de celle-ci, au mode de fixation du tissu, à l'usage que l'on veut faire de la préparation et à l'aspect que l'on veut lui donner. C'est ainsi que les bruns d'aniline doivent être choisis pour les préparations qu'on veut photographier. Celles qui proviennent de pièces fixées et durcies par l'acide osmique ne prennent que très-lentement le picro-carmin, mais se colorent trèsbien etassez rapidement à l'aide de l'éosine hématoxylique (Renaut, Friedlânder). La formule de Renaut, que nous suivons, donne particulièrement d'excellents résultats. Pour les autres cas, on peut essayer tous les produits des bleus, des violets, des rouges et des verts d'aniline.

Conservation. Les préparations sont enfin conservées, comme nous l'avons dit pour les dissociations, soit dans la glycérine teintée, soit, après déshydratation et éclaircissement, dans le baume du Canada.

c. Examen des préparations. La plupart des champignons épidermicoles peuvent être vus et même étudiés dans des conditions de grossissement et d'éclairage qui n'exigent ni appareils très-coûteux, ni connaissance très-approfondie de l'optique micrographique. Un statif de petit modèle, un oculaire à micromètre et ̃deux objectifs secs l'un faible pour l'examen général et topographique des préparations, l'autre assez fort pour l'observation des champignons, suffisent, à la rigueur, aux constatations et aux recherches élémentaires. L'achorion de Schœnlein, le trichophyton, le champignon d'Eichstedt, apparaissent, par exemple, très-nettement sans condensateur et à des grossissements de 4 à 600 diamètres, tels que les donnent les objectifs 5, 7 ou 8, de Nachet, Verick ou Hartnack. Il est cependant des parasites beaucoup plus petits comme le champignon dit ̃de la pelade, le parasite de Malassez, les micrococci de la glaire favique, le microsporon minutissimum, etc., qui exigent, pour être sérieusement étudiés, des grossissements plus considérables et des dispositions optiques spéciales. Les gros champignons eux-mêmes ne perdent rien à être vus de près dans ces conditions qui sont même nécessaires aune étude approfondie de leur structure. Les grossissements puissants qui sont, ainsi que nous venons de le dire, toujours utiles et souvent indispensables, s'obtiennent à l'aide des objectifs à immer-



complètement dans les espèces les plus inférieures, dans les champignons unicellulaires tels que semblent être ceux du pityriasis capitis et de la pelade et, en général, les champignons de la tribu des Torulacées.

Le mycélium se compose de tubes réguliers, flexueux à grandes courbures présentant des divisions dichotomiques assez espacées, d'un diamètre uniforme et variant selon les espèces de quelques millièmes à quelques centièmes de millimètres, cloisonnés de distance en distance et formés d'une paroi anhiste, à double contour renfermant un protoplasma clair, transparent et quelquefois très-finement granuleux. Selon les dispositions réciproques de ses fibres, le mycélium est dit nématoïde ou à filaments distincts et parfois anastomosés, hyménoïde ou membraneux et feutré, scléroïde ou composé de masses filamenteuses épaisses, malacoïde ou pulpeux mais le mycélium nématoïde et le mycélium membraneux se rencontrent seuls dans les parasites de l'homme et des animaux. Les tubes mycéliniques sont, en général, libres les uns par rapport aux autres, et se dissocient avec une grande facilité lorsqu'on les agite dans un liquide. Dans le godet favique, cependant, il existe entre eux une substance visqueuse, hyaline, semée de granulations et de bâtonnets, qui forme autour d'eux un nuage trèsadhérent et ne peut être éliminée que par des lavages répétés (Balzer). Cette substance est la glaire, la gangue amorphe ou le stroma, sur l'origine de laquelle les botanistes ont beaucoup discuté et qui paraît avoir moins fixé l'attention des dermatologistes. Les uns la regardent comme un produit de décomposition des éléments du cryptogame, d'autres comme un produit de sécrétion ou d excrétion de ces éléments d'autres, enfin, en font un blastème primitif dans lequel se forment les organismes figurés cryptogamiques (Marchand). Sans résoudre ces problèmes difficiles, Balzer, qui a fait de la glaire favique une bonne étude, insiste sur son rôle protecteur à l'égard du parasite elle en agglutine les éléments et les préserve du contact des corps étrangers, contribue aussi dans une large mesure à augmenter la cohésion du godet et sa résistance aux agents de destruction. Elle paraît, cependant, faire défaut autour des tubes et des spores qui ont pénétré dans le poil.

Du mycélium on voit se détacher, presque à angle droit, des tubes dont l'ensemble constitue le stipe et le chapeau des champignons charnus, c'est-à-dire le réceptacle. Identiques, par leur structure, au mycélium dans leur portion adjacente à ce dernier, ces tubes réceptaculaires, sporulaires ou sporophores, s& divisent dichotomiquement en basides et sterygmates et se termînent en donnant naissance et en servant de support aux organes reproducteurs des champignons, aux spores, qui apparaissent à leur extrémité, nues ou incluses dans des sporanges. L'évolution des spores n'est encore connue que d'une manière incomplète; on peut admettre, cependant, que pour les champignons inférieurs auxquels se rattachent les parasites épidermicoles les choses se passent approximativement comme il suit. Les spores apparaissent d'abord dans les cavités tubulées du filament réceptaculaire sous forme de granulations brillantes d