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FRANCIS MAGNARD

Rédacteur en chef

A. PÉRIVIER

Secrétaire de la Rédaction

;Pris: des A-honnexnents

i- Trois Mois. Six Mots. Un Aai

PARIS...? 16 » 32 » 64 »

DÉPARTEMENTS 19 50 39 » 78 »

UNION POSTALE..... 21 50 43 » 86 J>

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H. DE VILLEMESSANT

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FERNAND DE RODAYS

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UNE COUR

VIII

. C'est demain.

Je voudrais être calme, naturelle, à mon aise, et j'ai beau faire, je ne peux pas ; bon gré mal gré, je suis loin d'être comme tous les jours. Je me rends exac- tement compte de mon état. Les rares fois où j'ai quitté Paris, où j'ai traversé des grandes villes de province que je ne connaissais pas auparavant, Lyon, Bor- deaux... les satisfactions qu'il m'arrivait d'y éprouver n'étaient jamais complètes parce que je ne me sentais pas dans ces villes « pour de bon ». Tout ce que je regardais n'avait pas l'air réel ; les jour- nées étaient ou démesurément longues, ou d'une folle rapidité, la notion du temps se détraquait, battait la campa- gne, c'était comme si j'avais mené une espèce d'existence factice, artificielle et très pressée, et en face de tel paysage bien joli, devant tel monument célèbre, je me désolais en pensant : « Quel dom- mage que je ne sois pas d'aplomb, dans le train de ma vie régulière, ainsi qu'à Paris ! Gomme je goûterais mieux et plus posément toutes ces choses ! Qu'est-ce qui fait, par exemple, que j'é- prouve toujours une si forte et si majes- tueuse jouissance quand je me trouve place de la Concorde? C'est que ce beau décor m'est familier et que j'y suis ac- coutumée au point do n'être plus suffo- quée de surprise en le voyant, et qu'a- lors j'ai tout loisir pour savourer une admiration acquise, déjà ancienne. »

Voilà donc ma situation en ce mo- ment. Il me semble que je me marie en voyage. A chaque seconde, je me rai- sonne : « Songes-y, Thérèse, c'est de- main, demain ! Tu n'as pas le moins du monde l'air de te douter que cette nuit est la dernière que tu passes dans ta chambre de jeune fille?... Ah çà, où as-tu la tête, ma pauvre enfant? » Vains efforts. Je ne suis plus maîtresse de mes sentiments ni de mes actes : tout ce que je fais et tout ce que je pense me glisse en quelque sorte des doigts. Aussi, ma foi, tant pis! je renonce à être de sang- froid et je me laisse aller à ma fièvre. Elle m'emporte un peu vers l'avenir, mais surtout dans le passé.

On dit qu'avant de mourir, ou durant la minute qui précède quelque grand danger, il nous arrive parfois de revoir, à vol d'oiseau, en une surnaturelle et brusque lueur, tous les événements marquants de notre vie. Eli bien ! moi, qui me sens en pleine jeunesse et en pleine santé, qui ne me crois nullement à la veille d'un danger - tout au con- traire ! - je revois pourtant, ce soir, toute ma vie.

Je la revois en même temps de deux manières : dans son ensemble et partiellement, d'un trait, d'un seul jet,, et par petits morceaux. Cela pa- raît se contredire et être impossible -, cependant c'est ainsi et, par la même occasion, je me rends compte que ce doit être à peu près de cette façon que Dieu a sans cesse - ainsi qu'on nous l'apprend - toutes choses présentes, en train de s'accomplir et accomplies.

Et ces souvenirs de mon enfance, de ma jeunesse, qui me reviennent en foule aujourd'hui, qui s'accrochent à moi comme s'ils avaient peur que je les laisse et que je m'en aille sans eux, je vais essayer charitablement de les fixer ici, tels quels, dans leur simplicité. Il y en a de toutes sortes : de puérils et de graves, de tristes et de gais. Tous me sont précieux et je n'en veux renier au- cun ; ce sont tous ces feuillets qui font le livre.

Le plus lointain, le premier, est celui- ci : Je suis en chemise de nuit sur les genoux de papa. Il tire sa montre de la poche dç son gilet,-une grande montre toute plate comme on n'en porte plus,- et il me dit : « Ecoute la petite bête. » J'avais trois ans quand eut lieu cet évé- nement. Depuis, je ne peux pas y songer sans avoir aussitôt la sensation de froid de la montre d'or appliquée sur mon oreille. Et j'entends le tic-tac de ce temps-là.

Lolotte, une poupée d'une santé très délicate, ma fille préférée, fait un faux pas et se casse le nez sur un chenet. Quel chagrin! J'ai cinq ans. C'est la pé- riode où je me hausse pour atteindre aux boutons de porte, où je n'ai pas de tous les desserts, où on vient exprès m'embrasser dans mon lit.

La naissance de mon frère. Il y a une religieuse à; la maison. Elle ne fait pas très bon ménage avec la nourrice.

Mes crèches de Noël, mes reposoirs sur la cheminée ! Mes mois do Marie et de Saint-Joseph, avec des bougies de couleur, et une boîte à cigares prêtée par papa pour servir d'autel.

Plus tard, je suis assise un soir dans mon petit fauteuil en tapisserie qui m'a été donné par le vieux baron de Brucey, je suis assez près du feu qui est en train de mourir, et je contemple avec extase maman, jeune, élancée, radieuse comme un portrait. Elle est en robe de bal,avec des fleurs molles dans les cheveux, les épaules et les bras nus, éblouissants. Elle se tient devant la glace, toutes les bougies sont allumées, et elle dit très vite en se parlant à elle-même : « Mon mouchoir, mon éventail... Non, je n'ou- blie rien.» J'ai six ou sept ans.

Le couvent de la Nativité. Mon cher couvent, où je suis entrée comme demi- pensionnaire dans la classe des petites, la classe rouge ! Voilà les placides figu- res des mères qui m'ont élevée, visages mystérieux, que je n'oublierai plus, fer- mes et doux, aux yeux pensifs, inépui- sables d'indulgence. Voilà le jardin pro- pre et s'ablé, un peu en pente, avec ses beaux arbres, sous lesquels j'ai tant couru, poussé tant de cris joyeux, la grotte où il y a une statue de la Vierge, et le vaste cloitre circulaire où, derrière les colonnes, c'est si charmant quand glisse une soeur tenant bien droit un „ ivô en papier d'or, pour la chapelle Et }c s*n

recueilli qu'avaient nos cloches ! Et l'an- gélique éclat qu'avait le vitrail du choeur! Et le parloir si vaste, si haut, .pareil à ces grands salons parquetés de province, lé parloir avec ses bruits de chaises, où tant de fois, en entrant comme en sortant, j'ai arrondi ma révé- rence ! Et l'agréable infirmerie qui sen- tait la pâle de jujube ! Et les cordons ! d'honneur, les cachets, les analyses, les devoirs de style, les retraites, les canti- ques! Et toutes mes amies... Berthe, Adrienne, Louise, la blonde Lucie, qui était créole... Devenues grandes aujour- d'hui, ayant à peu près mon âge, les unes mariées, les autres pas, plusieurs loin, à l'étranger. Les reverrai-je?

Et puis c'est l'étude de papa.... une phraseque je lui ai entendu dire des centaines de fois, en se mettant à table : « Non, c'est inouï ce que nous voyons, nous autres avoués! » et les dossiers poudreux noués par une sangle, et les clercs qui, dans l'escalier, me saluaient avec élégance.

Et soudain des maladies : celle de maman qui l'a tenue au lit près d'un an, et la scarlatine que Gaston et moi nous avons attrapée ensemble. Pen- dant notre convalescence nous regar- dions la Révolution française, de Jules Janin, deux grands volumes illustrés, où je me rappelle encore Marat à la tri- bune, coiffé d'un foulard et brandissant un pistolet.

Ma première communion, à treize ans. Oh! que j'ai donc été tranquille et heureuse cette année-là ! Je valais mieux , qu'aujourd'hui.Sans vanité, j'étais alors | presque parfaite. Ensuite, voici des cours, des examens, je connais la mer, les montagnes, j'apprends la danse... mais je ne peux pas tout dire, il y en a trop! Je m'aperçois même que j'ai oublié mille choses, mille petites choses qui ont eu et qui ont encore tant d'impor- tance à mes yeux! C'est qu'il me faudrait des pages et des pages pour retracer, si rapidement que ce soit, ces impressions délicates, à la fois insaisissables et pro- fondes. Souvenirs de Tuileries, de Champs-Elysées, etde Jardin des Plantes, de Guignol et de voiture aux chèvres, souvenirs de soleils couchants, de jets- d'eau, de retours de Courses, de défilés de troupes, souvenirs de chapelles som- bres où des dames âgées se confessent, d'une certaine église où un jour, avec ma bonne, je suis entrée pendant un ser- mon, de certains dimanches printaniers où le soleil, clair et pimpant, n'avait pas 1 air d'être le même qu'en semaine, sou- venirs d'inflexions de voix de ma mère et de gestes de mon père... tout cela, c'est tout cela qui fait mon passé, qui est ma vie, qui est moi, et que je sens à cette minute plus fortement que je ne l'ai ja- mais senti.

Enfin, j'ai vu le monde, j'ai eu l'étour- dissante joie du bal qui fait palpiter le coeur, et rêver on ne sait pas à quoi. Et puis j'ai connu Jean, et je l'ai aimé. Ce matin, à la mairie, j'ai accepté d'être sa femme, et demain matin, à l'église, j'ac- cepterai pour la seconde fois, et de toute mon âme, qu'il soit mon mari, C'est fini, c'est irrévocable.

Ici, à cette heure avancée de la nuit, tout le monde dort dans la maison, mes parents,-mon frère, les domesti- ques, tout le monde. Il n'y a que moi d'éveillée. Jean non plus, ne dort pas, j'en suis certaine. Là-bas, dans sa chambre, il pense à moi. Mon cher Jean, dis-moi tout bas que j'aurai près de toi la vie heureuse, caressante et douce ? Moi, - je ne sais pas si je m'illusionne, - mais quand je descends dans moi- même, j'y trouve des trésors de grande tendresse, et véritablement, sans nul orgueil, j'ai conscience que je peux être unefemme excellente, parmi les meilleu- res. Tu verras.

Il y a cinq minutes j'ai été, sur lapointe des pieds, dans le salon où toutes mes affaires étaient préparées pour demain. A l'endroit même où Jean m'a fait la cour, dans notre petit coin favori, près du paravent qui a tout entendu, ma robe, ma grande robe blanche était là, cou- chée sur deux chaises,à l'ombre du pal- mier. Je l'ai regardée longtemps, comme une personne. Il me semblait que c'était moi,la Thérèse qui allait partir,quitter la maison paternelle, et qui dormais mader- nière nuit de jeune fille, enveloppée dans ce beau linceul de satin. Et alors, je lui ai dit adieu à cette Thérèse-là, qui a vécuici tant d'années de bonheur et de paix, devant qui s'ouvre demain l'in- connu, et qui au fond a grand peur. Je leur ai dit adieu, à tous mes souvenirs, à mes chers souvenirs d'enfance et de jeu- nesse, que j'aime tant, que d'autres peut-être ne sauront pas remplacer! Et comme je ne pouvais m'empêcher de pleurer, j'ai senti qu'ils me parlaient et qu'ils disaient : « Ne te fais pas de cha- grin. Nous sommes, en effet, le meilleur de ta vie, mais nous ne te quittons pas parce que tu t'en vas. Tu nous trouveras toujours là pour t'aider, te guider, et - si tu en as besoin - te consoler. Nous ne passons point. »

En une seconde, j'ai été rassurée. J'ai essuyé mes yeux, je suis rentrée dans ma chambre, et je ferme ce petit cahier que, demain soir, je donnerai à Jean pour qu'il le lise.

Henri Lavedan.

FIN

ÉCHOS

LA POLITIQUE

Il serait tout à fait plaisant qu'on en arrivât à une interpellation sur la re- mise des barrettes aux cardinaux par M. Carnot. Le ton des journaux d'ex- trême gauche est tel qu'il ne faudrait pas s'en étonner. Unephrase surtout dans le discours présidentiel offusque, j allais dire : effraie ies gardiens vigilants de la politique d'intolérance.

" h église, a dit l'Exécutif, s'apprête <( 'j. fêter lo glorieux et fécond pontificat » de Léon XIII par des solennités aux- » quelles s'associera le gouvernement » de la République. »

En quoi consistera cette participation?

- demandent les pointus de la libre- pensée. Mais probablement elle se bor- nera à des félicitations qui sont d'usage courant dans les moeurs diplomatiques. Quand même on y joindrait une paire do vases de Sèvres ou quelque chose de semblable, le mal ne serait pas grand. Il faut vraiment beaucoup d'imagination et une forte confiance dans la naïveté des radicaux de province pour trouver là prétexte à supposer que la France s'encapucine, que M. Carnot se croit chanoine de Saint-Jean-de-Latran comme les anciens rois de France et que la société moderne devrait bien ou- vrir l'oeil. On sent que cette pauvre so- ciété moderne est toujours guettée par les « hommes noirs » qui la mettent en péril.

Par suite d'un singulier état d'esprit, les radicaux voient un danger dans cet apaisement auquel applaudissent, outre les raisonnables, les indifférents qui sont la majorité et qui ne demandent ni per- sécutions, ni taquineries.

L'établissement de la paix religieuse leur fait l'effet d'un mauvais procédé personnel. Il y a là un parti pris auquel je ne puis m'habituer : ce n'est pas seu- lement des émigrés revenus en 1814 qu'on peut dire qu'ils n'avaient rien ap- pris ni rien oublié. - F. M.

1~A TEMPÉRATURE

Depuis hier il s'est opéré un très grand changement dans la température ; le thermo- mètre est en baisse un peu partout ; à Paris, hier, il donnait : au-dessus de zéro à huit heures du matin; 1/2 à dix heures; 3° à midi et 30 1/2 à deux heures ., 12° à Alger ; 26° au- dessous à Moscou.

En France, les pluies ont cessé brusquement et il est probable que la température va en- core baisser; mais le beau temps est certain pour quelque temps. Hier, à Paris, très belle journée ; dans la soirée, les étoiles brillent ; thermomètre : 9° 1/2 au-dessus ; baromètre : 763mm.

Monaco. - Beau temps. Baromètre: 766mm. Therm. min. : 908 ; max. : 1604. t

Ajaccio. - Temps superbe. Th. min. 705, max. 1205.

LES COURSES

Aujourd'hui, courses à Pau.- Pro- nostics de la journée :

Prix du Gave : Fashionable.

Prix de la Pelouse : Esculape.

Prix Gaston Phoebus : Aileron.

Grande course de haies : Baïkal.

A TRAVERS PARIS

Dans le Conseil tenu hier matin à l'Elysée, M. Dupuy, ministre de l'ins- truction publique, a été autorisé à dépo- ser à la Chambre un projet de loi por- tant allocation d'une pension viagère de 0,000 francs à la veuve d'Ernest Renan.

L'Académie française nous tient tou- jours en réserve quelque bonne sur- prise.

Il y a quelques jours, un de ses mem- bres voulait réformer l'orthographe. Cette fois, c'est bien mieux : l'illustre Compagnie a décidé de ne plus s'occu- per du Dictionnaire historique, quand la lettre A sera terminée. Quelques rensei- gnements expliqueront cette décision des Quarante.

La seule lettre A comporte quatre énormes .volumes, dont la confection n'a pas nécessité moins de quarante ans de travail. Il faudrait donc encore de mille à onze cents ans pour mener à fin cette oeuvre colossale, qui représente- rait environ quatre-vingts volumes. Et, d'ailleurs, était-ce bien le Dictionnaire historique « de l'Académie » ? Toute la besogne,toutes les recherches étaient et sont faites encore, à l'heure actuelle, par M. Marty-Laveaux. Quand un mot | était sur pied, on le lisait en séance, et c'était bien rare que les Immortels y changeassent quelque chose... C'est pour cela qu'ils semblent résolus à s'en tenir

là. Par exemple, ils continueront à s'oc- cuper du Dictionnaire d'usage...I 1 faul bien charmer ses loisirs.

Voici, en outre des personnes que nous avons nommées hier matin, la liste des personnes invitées au dîner offert hier soir par le cardinal Thomas en son appartement de la rue de Varenne :

Les évêques du Puy, de Quimper et de La Rochelle; Mgr Denis Guibert,le comte de Mouy, ancien ambassadeur à Rome, le Père Charmetant, le chanoine Outhe- nin-Chalandre. MM. les abbés Le Re- bours et Van den Bruhl, curés de la Ma- deleine et de Saint-François-Xavier.

Appelé à d'autres fonctions dans son pays, le second premier secrétaire de la légation de Chine à Paris est parti hier soir pour se rendre à Shanghaï, point terminus de nos paquebots dans l'Em- pire du Milieu.

M. Ou-Tseng-Lien, qui parle égale- ment bien le français et l'anglais, est ancien élève du collège des langues eu- ropéennes à Pékin, où M. Vapereau, le fils de l'auteur du Dictionnaire des Con- temporains, professe le français, et où l'on n'enseigne pas seulement aux jeu- nes Chinois les langues européennes, mais aussi les sciences, les mathémati- ques et le droit international.

C'est dans ce collège, installé dans le palais même du Tseng-Li-Yamen - le ministère des affaires étrangères - que les ambassadeurs vont choisir leurs se- crétaires ou attachés avant de rejoindre leurs postes.

C'est un Parisien très connu, M. Ga- briel Lévy, le propriétaire du café de la Paix, qui a acheté le boeuf gras cette année.

C'est la sixième fois! Et c'est encore à M. Signoret, le grand éleveur de la Niè- vre, que l'on doit ce splendide animal qui pèse 1,046 kilos.

Une personnalité bien connue à Paris dans les dernières années de l'Empire vient de disparaître, le commandant Junqua, des cent gardes. Ce fut lui dont la taille gigantesque et la belle prestance attirèrent l'attention de la reine Victoria lors de sa visite à l'Empereur. La Reine ne put s'empêcher de s'écrier : « Oh ! le superbe officier! »

11 était allié aux familles Lannes et de Montebello ; il avait pris sa retraite depuis plusieurs années et s'était retiré à Lectoure.

Un cancan assez extraordinaire a été répandu hier.

On prétendait qu'une danseuse célèbre (pourquoi ne pas citer la.charmante Su- bra?) allait poursuivre en restitution de 250,000 francs un souverain qui, après avoir divorcé avec sa femme, est sur le point de se rapprocher d'elle (pourquoi ne pas citer le roi Milan ?)

Des renseignements pris auprès de Mlle Subra elle-même, il résulte que ce canard a été inventé par des personnes intéressées à ce que la réconciliation n'eût pas lieu.

Le récit est venu d'Allemagne.

La charmante artiste est, bien en- tendu, navrée d'un tel « potin » auquel la politique ne serait pas étrangère, non plus que la méchanceté !

HORS PARIS

Le yachting au Pays du Soleil.

Il y aura cette année grand branlebas de yachts dans la Méditerranée. Cannes ouvrira la série des régates le 11 mars ; puis successivement Nice, Monaco, Men- ton et, enfin, Marseille, le 23 avril, don- neront asile à d'imposantes réunions de navires de plaisance français ou étran- gers

L'Union des yachts français, qui a donné au yachting un élan dont les effets

LES TEMPS DIFFICILES

- Que Ut sois sur la liste d'Arton, fallait t'y attendre...... mais /' plus.

clair de tout ça, c' qu' mon « jour » est fichu !

sont déjà fort sensibles, assure son puis- sant patronage à ces diverses manifesta- tions.

A Cannes, la réunion sera particuliè- rement brillante. On y rééditera la revue des yachts qui a eu lieu au Havre l'an- née dernière. L'escadre de la Méditerra- née prêtera son concours à cette fête nautique. La revue sera passée par M. le vice-amiral Vignes , Commandant en chef de cette escadre, devant laquelle défileront tous les yachts à voiles ou à vapeur.

Une soeur du grand romancier Dos- toïewski est morte, avant-hier, à Mos- cou, d'une horrible façon.

Une lampe à pétrole, placée auprès de son lit, a été renversée par un petit chien et, avant qu'on ne pût venir au secours de la pauvre femme, elle était complète- ment calcinée. Elle était âgée de 69 ans.

NOUVELLES A LA MAIH

Bob et son précepteur.

- Voyons, monsieur Bob, dites-moi le nom de la montagne où s'est arrêtée l'arche de Noé.

- ???

- Souvenez-vous donc... le mont Ara- rat.

- Ah oui ! fait Bob.

Et il entonne :

- Tararat boum de hay !

Bien moderne.

X.e Masque de Fer.

ZOLA ET L'ACADÉMIE

Noire Rédacteur en chef a reçu hier la ré- ponse suivante de M. Emile Zola :

Paris, le 4 février 1893.

Mon cher Magnard,

Je n'entends barrer la route à per- sonne. Rassurez-vous donc sur le sort de Bourget que j'aime beaucoup. Je le prie ici publiquement de poser sa can- didature au prochain fauteuil, sans s'in- quiéter de moi.

Battu pour battu, il me sera doux de l'être par lui.

Mais, en vérité, pour faire de la place aux autres, il m'est impossible de re- noncer à toute une ligne de conduite, que je crois digne, et que d'ailleurs les faits m'imposent.

Ma situation est simple.

Du moment qu'il y a une Académie en France, je dois en être. Je me suis pré- senté et je ne puis pas reconnaître que j'ai tort de l'avoir fait. Tant que je me présente, je ne suis pas battu. C'est pour- quoi je me présenterai toujours.

Quant aux quelques amis littéraires que je suis heureux et fier de posséder à l'Académie et que je gêne, dites-vous, ils sauront garder toute la liberté de leur conscience, j'en suis convaincu. Je ne leur ai jamais rien demandé, et la première chose que je leur demanderai sera de voter pour Bourget, le jour où il se présentera.

Cordialement à vous.

Emile ZOLA.

MORT DE M. L'ÉPINE

Ernest L'Epine, conseiller référendaire à la Cour des comptes, a succombé, hier matin, à la maladie qui l'avait subite- ment frappé le mois dernier.

Le 7 janvier, après une soirée passée au milieu d'amis où sa bonne grâce, sa cordialité et son esprit n'avaient jamais été plus appréciés, il avait été atteint d'hémorragie cérébrale ; tous les soins furent employés, les médecins s'em- pressèrent autour de lui, on le trans- porta même dans une maison amie! où des dévouements de toutes les heures lui furent prodigués. Mais tout devait être inutile: la paralysie partielle succéda à l'hémorragie cérébrale, et les derniers efforts de cet homme de coeur furent employés, tandis que sa parole hésitait impuissante et déjà gla- cée, à réclamer puis à recevoir M. l'abbé Le Rebours, le vénérable curé de la Madeleine, un vieil ami de cinquante ans, qui avait été son aumônier pendant le siège, et auquel spontanément il se confessa.

Alexandre Dumas fut, avec l'abbé Le Rebours, le dernier ami avec lequel il s'entretint.

Très doux dans les souffrances de la mort comme il l'avait été dans les épreuves de la vie, il s'est éteint sans plainte, sans larmes, sans agonie appa- rente, entre les bras de son fils, dans son petit hôtel de la rue Dumont-d'Ur- ville.

Les Parisiens exceptés, L'Epine a été surtout connu du public sous le pseu- donyme de Quatrelles qu'il avait adopté, non point à ses débuts (il signait alors Manuel des pièces auquel Alphonse Daudet, son camarade de jeunesse, se- crétaire comme lui du duc de Morny, collabora), mais à la veille de ses succès littéraires personnels.

Cette oeuvre littéraire se résume en une cinquantaine de volumes (sans compter les essais de théâtre) qui ont fait assez de bruit au moment de leur apparition et dont plusieurs sont restés dans les mémoires. C'est Quatrelles qui, l'un des premiers, inventa les petits articles capiteux et pétillants qui firent bientôt la vogue de la Vie Parisienne et dans lesquels il racontait, avec infini- ment de mesure et de tact, le dévergon- dage poli du monde élégant.

La Vie à grand orchestre, le Voyage autour du grand monde, le Guide du parfait causeur datent de cétte époque. L'Epine excellait aussi dans les livres d'enfants, et le Capitaine Castagnette, la Légende de Croquemitaine, illustrés par Gustave Doré, la Vierge de Munster, illustré par Courboin, resteront parmi les meilleurs contes qui ont bercé les rêves de notre enfance.

Quelques romans peuvent être rappe- lés aussi dans ce bagage de fantaisie : la Princesse Djalavann, A outrance, que le Figaro publia, puis les Lettres à une hon-

nête femme, que l'Académie française couronna.

Ce que l'on aurait pu récompenser en lui, bien au-dessus de son oeuvre, ce fut sa fidélité aux amis disparus ou tom- bés. Ancien secrétaire du duc de Morny, au moment des splendeurs de Napo- léon III, il conservait depuis la chute un affectueux attachement pour la fa- mille de son ancien chef et pour tous ceux qui avaient servi avec lui le gouver- nement impérial; certes, sa charge à la Cour des comptes l'obligeait à beaucoup de réserve dans cette fidélité forcément discrète, mais L'Epine s'honorait d'avoir servi l'Empire; il aimait à rappeler ses grandeurs, et quand on attaquait devant lui ce passé qui avait été le sien et que la défaite avait sacré pour lui, c'était un peu de son coeur lui-même que l'on atteignait. C'est dans cette foi discrète et toujours charmée du passé qu'il est mort.

Ses obsèques auront lieu lundi à midi, à Saint-Pierre de Chaillot.

Gaston Calmette.

L'AFFAIRE DE PANAMA

Chambre d'accusation

La Chambre des mises en accusation n'a pas siégé hier, contrairement à ce qui avait été décide tout d'abord; mais cette interruption n'était pas un repos, c'était une nécessité. Chacun des con- seillers, en effet, a emporté chez lui la partie du dossier relative à l'inculpé dont il a la charge et sur lequel il doit faire son rapport. Il faut bien deux jours pour l'étudier.

Lundi, les audiences reprendront. On comptait sur l'arrêt de la Cour pour ce même jour, mais, dans les conditions actuelles, il est peu probable que le dé- libéré soit terminé à temps pour que cette attente soit réalisée.

Détail curieux : les conseillers qui composent la Chambre des mises en ac- cusation sont tenus de statuer sur les affaires qui leur sont soumises sans dé- semparer, , c'est-à-dire sans juger d'au- tre cause,' dans l'intervalle. Aussi les membres de la Chambre des appels cor- rectionnels n'ont-ils pas tenu hier leur audience ordinaire, à cause de cette pro- hibition.

Mise en liberté de M. Blondin

M. Blondin, fort souffrant, a été mis hier, à deux heures, en liberté. On ne lui a ouvert les portes de la prison que sur le versement d'une caution de 20,000 francs.

Cornélius Herz

Voici le télégramme, quotidien sur la santé de Cornélius Herz :

Bournemouth, 4 février.

Le docteur Machardy, oculiste de Londres, a rendu visite hier soir à M. Cornélius Herz.

Le docteur Frazer a déclaré que l'état du malade est très grave. Si on lui faisait quit- ter le lit, a-t-il dit, le coma se déclarerait et la mort s'ensuivrait quelques heures après.

A la Commission d'Enquête

M. Millevoye a télégraphié à M. Henri Rochefort pour lui demander s'il accep- terait un sauf-conduit afin de venir dé- poser devant la Commission d'enquête.

Dans le cas où M. Henri Rochefort accepterait, M. Millevoye demanderait à la tribune si le président du Conseil veut délivrer le sauf-conduit.

Une question pourrait fort bien se pro- duire demain à la Chambre au sujet de ce sauf-conduit.

Un nouveau Témoignage de Rochefort

En réponse aux nouveaux démentis de M. Clémenceau relativement aux sommés qui lui auraient été versées par Cornélius Herz, M. Henri Rochefort a fait parvenir hier soir à Y Intransigeant la dépêche suivante :

Londres, 4 février.

Je ne suis ni un accusateur, ni un juge, mais un simple phonographe.

J'ai répété la déclaration faite devant mol par Cornélius Herz et corroborée, devant té- moins, par M. Louis Guillot. Bien avant les scandales panamiques, je l'avais répétée à, nombre d'amis.

Qu'on interroge les témoins, qu'on interroge Cornélius Herz. Il est impossible qu'il ait l'audace de nier un propos qu'il m'a tenu en y insistant à plusieurs reprises.

Henri ROCHEFORT.

LA CHAMBRE

LES COLONIES .

Samedi, 4 février 1893,

Un mauvais sceptique me disait ce soir : « Quel grand homme que Louis XV! » Et il développait ainsi sa pensée : « En livrant nos colonies, il voulait épargner aux génération s futures un bavardage aussi inutile que fasti- dieux ! »

Ai-je besoin de dire que je ne partage pas cette opinion?C'est à peine si j'ose croire qu'on aurait pu s'épargner, dans cette discussion tardive du budget, tous ces interminables discours sur les colo- nies. Vraiment, il y en a trop, et trop longs !

Trois déjà, d'une dimension respecta- ble, dans la séance de jeudi ! M. Marti- neau, député de Paris, M. Le Provost de Launay, député des Côtes-du-Nord, et M. Edouard Le Roy, député de la Réur nion, avaient traité toutes les questions, ou à peu près. Un discours du nouveau et sympathique sous-secrétaire d'Etat aux colonies; au besoin, un discours du rapporteur, M. Chautemps, et il semblait que ce fût assez, pour ne rien dire de plus.

Cependant, beaucoup d'autres orateurs ont voulu prendre part à la petite fête. .D'abord, l'ancien sous-secrétaire d'Etat, *M. Jamais. Jenem'en plains pas. Celui-là aussi est sympathique. La Chambre aime sa parole, toujours loyale* quel- quefois chaude et vibrante. Il a d'ail- leurs, pour les idées générales, un penchant personnel qui répond bien à notre goût et à nos habitudes classiques : c'est un orateur de race latine. Il a pro- noncé aujourd'hui un discours sur le