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Title : Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche

Publisher : (Paris)

Publication date : 1928-11-24

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb343599097

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Format : Nombre total de vues : 7461

Description : 24 novembre 1928

Description : 1928/11/24 (Numéro 503).

Rights : Consultable en ligne

Rights : Public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k273737r

Source : Bibliothèque nationale de France

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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LE PROGRES DE

L'HOMME

Renan s'est fait le disciple de la pensée hégélienne, parlant d'organiser l'humanité, puis d'organiser Dieu (1). Comme une voisine de table lui demandait, un soir « Enfin, monsieur Renan, dites-nous si Dieu existe », il répondit, se jouant, disant pourtant le fond de sa pensée « Pas encore, madame, mais cela viendra quelque jour. » C'est qu'il croyait « au progrès indéfini de l'esprit humain qu'enregistre l'histoire et dont le succès final sera le complet avènement de Dieu ».

Ce progrès indéfini de l'esprit humain, j'avoue ne pas le discerner très clairement. Je vois bien le trésor sans cesse et magnifiquement accru du savoir, maintenant si vaste qu'aucun homme, bientôt, n'en pourra plus avoir la notion d'ensemble. Mais où voit-on l'esprit de l'homme plus puissant que jadis?. Qui se vanterait d'égaler ies goèmes d'Homère ? Quel géomètre d'à présent va passer en invention Euclide ou Archimède? A-t-on vu surpasser la splendeur pure des marbres grecs ? Nos philosophes ont-ils un génie plus profond que ceux du Lycée, du Portique ou de l'Académie ? Connaissez-vous un auteur dramatique à comparer au vieil Eschyle?. Voilà pour l'intellect. Quant au moral, estimez-vous, vraiment, que nous soyons plus sages et meilleurs?. Les coutumes, Jes mœurs, assurément, se modifient et se policent. Des civilisations s'édifient et, -s'écroulent. On croit, pendant un temps, l'humanité meilleure on dit qu'elle mérite, enfin, d'être appelée humaine. Vient la guerre de 1914, et que dites-vous du progrès ? La science, la noble science n'a plus qu'à s'employer à mieux conduire les massacres, à se faire servante de la douleur-et de la mort.

Et pour s'efforcer d'éviter le retour de la guerre, il faut, nous en sommes témoins, que les nations du monde se garrottent, se passent réciproquement menottes et poucettes, afin que leur main droite ne puisse pas trop aisément aller rejoindre leur épée. En dépit de l'horreur des immenses saignées et de l'épuisement consécutif, comme renaissent rapidement l'hyperactivité qui ne sait où mettre sa force, les ruses de l'orgueil blessé, l'avidité vindicative! (2).

°~– ••̃ .̃̃ V ;=•

Et certes, le bien-être augmente et'se répand. Nos demeures, jadis enfumées et obscures, resplendissent de belle lumière dans une chaleur répandue. On va très irite sur les routes, on vole dans lès airs, on plonge sous les mers. On ne meurt presque plus de faim dans notre Europe occidentale ou l'Europe centrale. Un homme cultivé peut prendre plaisir à causer avec un ouvrier de la ville ou le petit cultivateur, dont les idées sont claires et le verbe précis. La peste, le choléra, la fièvre jaune, le typhus exanthématique, la diphtérie sont reconnus dans leurs symptômes et compris dans leur cause on les évite en temps normal. On est en droit de concevoir la victoire prochaine sur le tréponème pâle et le bacille tuberculeux. L'homme vit un peu plus longtemps et sait demeurer jeune un peu plus avant dans la vie.

Mais les méfaits ne se font pas plus rares. Où voyez-vous que diminue le nombre des vrais malheureux, déprimés constitutionnels inaptes au travail, obsédés, mélancoliques, anxieux ?. Car ce n'est pas, comme on le croit communément, la pauvreté qui rend la vie intolérable.

Rien n'est plus loin, je pense, de l'âme toute en critique fine et profonde d'un Renan que l'âme enthousiaste et chimérique d'un Jules Guesde. L'un et l'autre, pourtant, disciples pénétrés de l'école alleman'de, crurent très fermement au perpétuel devenir. Beaucoup plus pressé, seulement, d'en finir avec les laideurs de ce temps, le député socialiste voyait infiniment plus rapide et plus proche l'avènement prodigieux. J'ai lu que le 24 juin 1896, à la tribune de la Chambre, il s'était écrié « L'homme est en train de devenir dieu! » Et c'est un mot à retenir.

Il signifie évidemment que va s'ouvrir une ère où les pauvres d'esprit seront devenus transcendants, où les peureux vivront dans l'héroïsme, où les pervers se feront tendres au prochain, où les menteurs enseigneront pour tout de bon la vérité, où ̃ l'on ne verra plus jamais un homme né clairvoyant, infatigable, médiocrement émotif, médiocrement bon, puissamment avide et rusé, l'emporter sur un pauvre d'esprit, déprimé, sans aucun souci de conquête, hyperémotif, débonnaire et parfaitement incapable de dissimuler sa pensée.

Une telle méconnaissance des constitutions affectives et de leur permanence, voilà sur quoi se fonde le plus honnête espoir des révolutions.

L Faut-il donc en finir avec ce rêve magnifique de l'homme devenant irrésistiblement meilleur et se haussant, d'un effort continu, jusqu'aux approches du divin?. On ne changera pas les âmes on ne nivellera pas les très inégales personnalités innées qui, bien certainement, au cours des âges, furent les mêmes et réparties de la même façon, l'avidité en tête.

L'évolution vers le parfait, si elle était possible, elle se serait accomplie. Proprement intellectuel, le miracle grec n'y est point parvenu il n'a donné que des esprits sublimes. Plus affectif et plus humain, plus près du moi fondamental, le Christianisme n'y est pas parvenu plus manifestement. Il a fait des miracles, mais il n'a pas fait celui-là. Nos moeurs sont plus décentes,

mais les cœurs sont-ils vraiment meilleurs qu'il y a deux mille ans?. j Les personnalités innées demeureront. Dans le domaine des personnalités acquises, les coutumes, les mœurs, variables d'un temps à l'autre, de pays à pays, évolue- ront sans doute, avec des oscillations, vers un certain idéal d'harmonie. Noa point par un accroissement de la bonté universelle, mais parce que la revendication des moins heureux se faisant, plus puissamment entendre, parce que, les deux forces nécessaires et opposées devenant à peu près égales, il est probable qu'une honnête entente, une concorde utilitaire, née du principe de solidarité, s'imposera. L'esclavage a bien disparu, peu s'en faut. L'homme ne sera pas meilleur, mais la vie sera, peut-être, moins mauvaise.

Dé tout ce que nous venons d'envisager en ce petit ouvrage, quelle leçon de modestie

Sans doute, l'homme est grand qui, parmi tant d'embûches, a fini par se faire le sort que nous voyons. Il a conquis la terre, tiré parti des trois règnes de la nature. Il a su mesurer les espaces du ciel, préciser la composition chimique des étoiles il a surpris l'atome et ses tourbillons. Il a pu discerner les ennemis microscopiques qui s'installent en colonies dans ses tissus et, pour en vivre, les détruisent il commence à savoir comme il va pouvoir s'en défendre. Il a médité puissamment sur les causes et sur les fins, sur l'univers et sur lui-même. Il a paré sa vie de toutes les puissances, de toutes les élégances, de toutes les caresses de l'art. Il a ..tout amélioré, si ce n'est sa propre âme.

Comme nous vqjlà. loin des superbes leçons idéalistes-panthéistes de l'école allemande au début du siècle dernier, quand on voyait un Fichte, un Schelling, un Hégel et Schopenhauer même dresser à l'homme des autels et faire de l'esprit ou de la volonté les véritables créateurs du monde. Un dieu ?. Pauvre roseau pensant, encore plus roseau qu'on n'aurait pu le croire

Dr Maurice de Fleury,

de l'Académie de médecine.

On dîner chez Victor Hugo

Chaque semaine, Edmond Adam et moi nous avions coutume de dîner chez Victor, et ce nous était une fête, car nous avions tous deux un véritable culte pour notre génial ami, et ma grande amitié pour Mme Drouet ajoutait encore à ce plaisir. Tous nos amis communs se retrouvaient à ces dîners suivis de réceptions intimes, et j'éprouve aujourd'hui encore comme iin rajeunissement à me rappeler ce^îrt^l^Jlàblés soirées.

C'est Lockroy qui présente les nouveaux invités. Les anciens sont Gambetta, Spuller, Challemel-Lacour, de Marcère les nouveaux, deux ou trois journalistes et des écrivains qui se succèdent.

Ou ne parle que politique et la conversation prend bientôt le ton d'une discussion ardente. Si M. de Freycinet est là, ce qui est rare, c'est à qui l'attaquera, parfois avec violence, surtout lorsque Laickroy s'en mêle. Le calme ne se rétablit que quand Victor Hugo prononce

Lockroy vous êtes chez vous. » Le silence est instantané et l'on'se reprend à sourire.

L'heure du café, que l'on boit sur place, est passée. Nous sommes maintenant au salon, où déjà plusieurs de nos amis nous attendent. L'un d'eux, distingué par le grjind maître de céans, sera le plus écouté.

Ce soir, ce sera Leconte de ,Lisle.

La cheminée est très haute et l'on y entasse d'énormes bûches. Victor Hugo s'y appuie du bras auprès de la pendule. Il restera ainsi durant toute la soirée, accueillant d'un beau geste de la main droite les arrivants qui, tous, comme le maître de la maison, demeurent debout. Leconte de Lisle, cependant, s'est accoudé, lui aussi, à la cheminée et les deux poètes dominent l'assistance.

Mme Drouet se trouve assise derrière Victor, qu'elle écoute religieusement, et je suis moimême derrière elle, près de la fenêtre qui donne sur le petit jardin. Jeanne et Georges sont à côté de moi, et nous faisons sur une table à jeu des constructions de dominos qui, lorsqu'elles s'écroulent, font sourire tous les visiteurs et provoquent un geste paternel de Victor Hugo.

Entre temps, une discussion s'est engagée entre Leconte de Lisle et Victor Hugo, qu'entourent toutes les personnes présentes. Nous abandonnons les dominos, et Georges qui, probablement sans comprendre, prête l'oreille attentivement, dit tout à coup

Madame Adam, je suis pour grand-père. Moi aussi, reprend vivement Jeanne, je suis pour grand-père.

Et ils ajoutent

Et vous, Madame Adam ?

Ils ne pourraient plus s'amuser si je risquais la moindre réserve, et je réponds tout bas, mais bien distinctement

Moi aussi 1

Mme Drouet, qui a tout entendu, ajoute Oui, oui, oui 1

Juliette Adam.

(1) Ces pages servent de conclusion au beau livre que notre éminent collaborateur, M. Maurice de Fleury, de l'Académie de médecine, va publier à la Librairie Hachette, sous le titre Les fous, les pauvres fous et la sagesse qu'ils enseignent.

(2) Maladies collectives et psychoses de peuples Bien plutôt dangereuses tendances affectives de quelques conducteurs de peuples, communiquant leur passion revendicante aux masses suggestibles. Ici encore la psychologie individuelle demeure au premier plan.

Monsieur Thiers contre la Commune

Un chroniqueur du Figaro, Jules Richard, chargé par*Villemessant de suivre les débats de l'Assemblée, prend, le 18 mars, à 9 heures et demie du soir, gare Saint-Lazare, le train pour Versailles, où il a' son logement. Place de l'Opéra, il vient de voir les révoltés du 88° de ligne forcer un barrage de gardes nationaux, les boutiques se fermer, la terreur se répandre au .café de la Paix, et il connaît l'assassinat des généraux Lecomte et Clément Thomas (1). A Versailles, Jules Richard rencontre un ami qui ne sait rien il lui raconte tout. Cet ami l'emmène chez le capitaine de vaisseau Bruat, chargé de la garde de l'Assemblée, qui se trouve en conférence avec le général Appert, commandant la place de Versailles. Ces officiers sont stupéfaits ils viennent de voir pendant une heure M. Thiers, qui n'a point soufflé mot d'une insurrection à Paris. Jules Richard sera leur « prisonnier», ils le mènent chez M. Thiers.

A la préfecture, les visiteurs sont introduits dans les appartements du chef du pouvoir exécutif. Peut-être dans ce salon « tendu de damas jaune broché, où pendaient aux murs de méchantes copies exécutées à l'aquarelle, d'après les fresques de Raphaël », décor élu par Elémir Bourges pour graver son inoubliable charge de M. Thiers, vainqueur de la Commune

« La porte s'ouvrit, et l'on vit paraître sur le seuil une espèce de nain ridé, à figure de vieille fée, les cheveux dressés en huppe et un petit nez crochu entre des. lunettes. C'était M.' Adolphe Thiers. »

M. Thiers paraît, escorté de Mlle Félicie Dosne et de M. Barthélémy SaintHilaire. Le général Appert présente Jules Richard et son récit. M. Thiers répond avec assurance

« Ni le général Lecomte, ni le général Clément Thomas n'ont été fusillés. MM. Langlois et Lockroy sortent de chez moi et m'ont affirmé qu'ils pouvaient garantir la vie de ces deux officiers. »

Jules Richard maintient ses informations. M. Barthélemy Saint-Hilaire, sentencieux, émet des doutes. M. Thiers semble ébranlé il sait fort bien que MM. Langlois et Lockroy « ne sortent pas de chez lui », mais sont venus le matin (2), et il songe probablement

(1) Au moment où le fameux « plan Z n émeut l'opinion publique, nos lecteurs liront avec un vif intérêt cette page de l'importante étude que M. Robert Dreyfus consacre, dans la Revue hebdomadaire, au « plan de M. Thiers contre la Commune l'histoire se recommence, mais. il faut souvent mieux n'avoir pas à la recommencer 1

(2) Ils ne lui avaient d'ailleurs parlé que du général Lecomte, non de Clément Thomas, dont ils ignoraient encore l'arrestation (voir la déposition Langlois). Jules Richard n'a jamais voulu se croire le premier informateur de M. Thiers. Pourtant, si l'on songe que Ferry à l'Hôtel de Ville et Picard à l'Intérieur n'ont connu qu'à six heures du soir le drame de la rue des Rosiers, survenu à Montmartre une heure auparavant, et que la plupart des ministres n'ont appris la nouvelle que dans la soirée, à la réunion Calmon, est-il invraisemblable qu'en un siècle sans téléphone et dans le désarroi général de l'évacuation de Paris, tout le monde ait remis au lendemain le soin de renseigner M, Thiers à Versailles ? M. Thiers écrit dans ses Notes et Souvenirs « C'est dans cette nuit douloureuse qu'on vint m'annoncer l'assasinat des généraux Clément Thomas et Leccrmte. » Ce on mystérieux paraît bien avoir été son nocturne visiteur Jules Richard.

DÉFENSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

I ̃ ̃

ANNEXE AU MVSÊE DES HORREURS (111)

Comme le sous-secrétaire d'Etat du Bois Sacré, je suis débordé le musée des horreurs, à chaque courrier, reçoit de nouveaux dons, je ne sais où les mettre. Je n'essaie plus de les classer, je les énumère au petit bonheur. Les plus belles pièces de la collection sont des imparfaits du subjonctif. Un de nos confrères écrit « Il a fallu, pour que ce peuple subsistât, qu'il acquérît d'admirables qualités, etc » Un autre « Mais il faudrait qu'on le susse » Et c'est bien susse pour sût, non pour suçât. Un écrivain célèbre de père en fils et que je n'aurais pas cru primaire, observe « qu'il est rare qu'un artiste de théâtre f usse un bon artiste de cinéma ». Le même écrit « Il fallait, pour que nous fîmes connaissance. » Je dois ces deux dernières horreurs à M. André Thérive, qui, après les avoir citées, ajoute « Le malheureux imparfait est mort. Moralité tâchez, non pas de l'éviter, mais d'en éviter les occasions. »

C'est une moralité à l'usage des héros de la Grammaire, de Labiche, qui font un pâté quand ils ont un doute sur l'orthographe d'un mot ou sur l'accord d'un participe. Les gens de lettres de profession n'ont pas à éviter les difficultés, mais à repasser leur grammaire s'ils l'ont oubliée, à l'apprendre s'ils ne l'ont jamais sue* enfin à faire proprement leur métier ou à en choisir un autre (qu'ils exerceraient d'ailleurs, je suis bien tranquille, avec la même conscience).

Ne mâchons pas les mots ces fautes sont ce que l'on appelle ignobles. Il n'y a pas si longtemps, l'on n'aurait pas reçu deux fois dans un salon ou dans une .salle à manger, même un grand homme, assez mal né et mal élevé pour les commettre. On l'aurait en- voyé poursuivre la conversation à l'of- fice et dîner à la cuisine. Et qu'on ne vienne pas me parler d'inadvertance. L'honnête homme, qui a le bon usage de la langue, parle ou écrit correcte- ment sans y penser il ne fait pas de barbarismes par inadvertance.

Dieu j'ai déjà gaspillé plus de la moitié de la place qui m'est dévolue Je cours. Un journal du soir nous instruit

que, depuis leur démarche, l'affaire a pu mal tourner. Sans trop s'attarder à ce pénible sujet, il raconte à ses visiteurs du soir que les divisions Vinoy sont en route pour Versailles. Jules Richard paraissant atterré à la nouvelle de l'évacuation de Paris, M. Thiers lui dit vivement

Que vouliez-vous que je tisse ? Mlle Dosne intervient « Oui, dites, monsieur, qu'auriez-vous fait ? » Puis M. Thiers, parlant d'abondance, justifie sa décision il a donné bien des gages de son amour pour la liberté, mais il ne pouvait compromettre la seule armée que le traité de paix lui laissât dans la région parisienne à Versailles, il fortifiera cette armée et triomphera du désordre Jules Richard, qui n'aime point M. Thiers, ne peut s'empêcher d'écrire « Le petit homme était réellement beau dans cet accès d'autorité gouvernementale qui lui montait au cœur et le transfigurait. »

Cependant l'un des assistants exprima la crainte que les insurgés ne fussent assez avisés pour prendre la route de Courbevoie et arriver à Versailles en même temps que Vinoy par la route de Sèvres. M. Thiers, trépignant, s'écria

C'est impossible

Cela n'était pas impossible, car la route était libre, Courbevoie et le MontValérien se trouvant évacués par la brigade Dàudel. La Commune arrêta et blâma l'un des siens, Lullier, pour n'avoir pas su profiter de l'occasion. Au soir du 18 mars, une forte colonne de fédérés se présente au Mont-Valérien mais recule intimidée par l'énergie du colonel Lochner, commandant de la forteresse. Les intrus ignorent que cet officier n'a pu distribuer que vingt fusils aux vingt-huit chasseurs à pied fidèles qu'il a triés dans ses deux bataillons presque mutinés et désignés pour l'Algérie.

Dans la nuit, Jules Simon part pour Versailles. A la préfecture, le dimanche matin (19 mars), il trouve M. Thiers levé à quatre heures du matin et lui parle du Mont-Valérien a-t-i' songé à y. mettre une garnison ? M. Thiers répond que la forteresse ne court aucun danger il y a là un commandant résolu, des canons, et un seul coup de canon suffirait à balayer toute attaque. Tel n'est point l'avis général. Dans la journée, les représentants réunis au château, dans une salle du rez-dechaussée, insistent auprès de M. Thiers pour l'occupation de la forteresse « Il ne s'est pas rendu à nos instances s>, dit le comte Daru. Le soir, le général Ducrot, devenu représentant de la Nièvre, revient à la charge auprès de ses collègues. On délègue chez M. Thiers l'amiral Jauréguiberry, M. Buffet et le général Martin des Pallières ils discutent avec lui jusqu'à minuit, mais n'obtiennent rien. La thèse de M Thiers est bien connue il ne veut point « de demi-mesures », il doit réunir toutes ses forces à Versailles, le Mont-Valérien ne court point de danger. Enfin,, vers une heure du matin, Vinoy, regrettant sans doute d'avoir obéi trop vite, se présente à la préfecture, fait passer un billet à M. Thiers,

que « le capitaine Fonck, à New-York, a déjà eu le plaisir de vislonner plusieurs fois le film les Ailes », A Paris, il se serait contenté de le voir. On me demande s'il faut dire des meubles «banaux » mieux vaut réserver cette épithète aux fours et aux moulins. On me demande ce que je pense de ce commandement de l'Eglise

Le dimanche, messe ouït-as.

Question indiscrète, peine perdue. On ne me fera pas dire que j'orrai (quelquefois écrit j'oirai) est le futur du verbe ou'r, que j'ouïrai est du patois, ni que les commandements en vers ne sont pas de la poésie pure. On me signale cette perle « Un manteau constellé d'une croix de Jérusalem. » Constellé est ici impropre, mais il ne faut pas croire qu'il signifie exclusivement « parsemé d'étoiles » ou, par plaisanterie, de n'importe quoi, et les lapidaires appellent « pierre constellée » une seule pierre, taillée en forme d'étoile.

Ah voici une pièce fausse. Un de mes lecteurs me reproche d'écrire davantage de et davantage que. Je sais bien que les grammairiens ont décidé que c'étaient là des solécismes, mais qu'ils se mêlent de ce qui les regarde: ce n'est pas leur rôle d'inventer des fautes qui n'en sont pas, et si grammairien que je sois moi-même, je continuerai d'écrire davantage que, davantage de, avec Malherbe, Descartes, Pascal et tous les plus grands écrivains français. Le même Correspondant m'assure que caruoussel était fort employé au dix-huitième siècle, et que la prétendue faute d'orthographe n'est qu'un archaïsme. Je suis scrupuleux, j'ai voulu vérifier la chose, et j'ai trouvé qu'en effet Richelet écrit carroussel. Seulement, il donne deux exemples, où il écrit carrousel avec une seule s. En voilà donc pour tous les goûts, mais je ne changerai rien à ce que j'ai cru devoir écrire là-dessus, attendus que, premièrement, si les contrôleurs d'autobus disent carroussel, ce n'est pas par archaïsme, et que, deuxièmement, personne ne leur demande de parler un français archaïque. Où irions-nous ? `I Lancelot.

qui est dans son lit. Mme Thiers lui lit le billet de Vinoy, qui demande à être entendu. M. Thiers le reçoit. Vinoy réussit par sa véhémence à faire céder M. Thiers, qui se résigne à signer l'ordre voulu. En tout hâte, Vinoy rassemble dans la nuit une petite colonne de cavalerie, d'infanterie, de génie et d'artillerie, qui s'achemine aussitôt vers le Mont-Valérien. Il était temps les chasseurs du colonel Lochner devaient partir le lundi, à sept heures du matin.. Dans sa déposition du 24 aojït 1871, M. Thiers résume tous ces faits à sa manière, en disant « Je fis occuper le Mont-Valérien. »

*v 1

A Paris, pendant les deux journées des 17 et 18 mars, M. Thiers vient de prendre des décisions importantes, audacieuses, précipitées, peut-être discutables, peut-être nécessaires il s'est comporté en dictateur ministres et généraux lui cèdent, il réduit tout son monde à l'obéissance.'

A Versailles, devant la capitale livrée a d'affreux bouillonnements, inais qu'il n'entend point trop se hâter d'assaillir, M. Thiers va peser avec prudence, avec gravité, les sévères devoirs de sa politique mais, plus libre d'esprit, il devient moins libre dans son action. Désormais il devra compter avec deux puissances contrôlant son autorité, surveillant ses desseins, limitant son indépendance au premier plan, nette « assemblée de ruraux », comme on la surnomme, prête à bondir, à interpréter comme une défaillance le moindre penchant qu'il pourrait avoir à composer, avec l'insurrection pour tenter là1 chance d'éviter la guerre civile et, dans l'ombre, les Prussiens emportants, mais prêts à intervenir si les événements les invitaient à éteindre euxmêmes un foyer dangereux rour l'ordre social en Europe et surtout pour l'exécution financière du traité de paix. M. Thiers devra manœuvrer parmi ces écueils, apaiser ou dompter l'insurrection, rétablir l'unité nationale, refaire l'armée, les finances et l'administration de la France.

Pour ce rôle presque surhumain, le petit vieillard paraît de taille.

Robert Dreyfus.

Petites choses de rien..

Discrètes, humblement, petites, simples choses, Minutes au cours preste et qu'on ne rejoint pas, Fragiles riens, instants enfuis, ce sont vos roses Qui fleurissent nos jours en mourant sous nos pas. Vous paraissez si peu Si peu, Choses, vous [êtes J.

Ombre brève, frisson d'un moment, vague ;<i- .-t.i- [écho, ̃(Hrtf pf\ne vom- frôlez et nos cœurs "et nos têtes ,F,t c'est pourtant par vous que. le monde est si

:'•• [Beau i. 1:°

En vous, rien de brutal, de sonore on' de rare, Rien d'exceptionnel ni de bouleversant. Quand vous nous approchez sans éclat ni fanfare, On rêve vos parfums bien mieux qu'on ne les sent. Vous êtes, tout au plus, de l'anecdote humaine, Le fade contrepied des grands événements. La bourrasque, jamais, vers nous ne vous amène Et nous ne vous devons ni fureurs ni tourments. Substance impondérable, êtes-vous point ces choses De qui l'on dit « Ce n'est qu'un rien, un mpin[dre rien,

Dont il n'est pas besoin d'élucider les causes Et d'où ne peut sortir ni grand mal ni grand [bien » ? 2

Dans l'air le battement d'une aile de palombe, Le sillage sur l'eau d'un steamer qui s'en va, La plainte d'un enfant qui trébuche et qui' tombe, Le pauvre réjoui pour un sou qu'il trouva, Sont des faits capitaux dans l'histoire du monde Au regard de ces riens qui jalonnent le temps Et dont, autour de nous, s'ébat la douce ronde Pour qui, de se bercer à son rythme, est content. Ce sont ces riens'menus, imperceptibles, frèles, Qui s'excusent tout bas « Bien vite, oubliez-moi! Je suis moins qu'incident et moins que bagatelle 1 fc Ce sont ces choses-là dont j'écoute la voix. J'en orchestre en sourdine un bonheur si modespe Qu'il ne saurait trembler d'offenser le destin En recueillant ces fleurs, à chaque pas, d'un geste Inaperçu, furtif, et presque clandestin. Discrètes floraisons, petites, simples choses, Que d'hommes vont foulant votre parterre bleu Sans voir que, sur le sol où leur pied lourd se pose, Délicieusement s'épanouit pous eux

La parure qu'en vain leur âme inassouvie Cherche dans les jardins du Sensationnel, Et qu'ils sont moins armés aux combats de la vie A dédaigner ces riens, qui sont l'essentiel. Pascal Forthuny.

LA LIBELLULE

Sur le miroir du lac tranquille, Un insecte ait corselet d'or,

Entoilé de gaze subtile,

Passe, avion gracieux, et file

Dans l'air immaculé qui dort.

Le roseau sijfle sous la brise

Chassant le brouillard du matin. Sur l'onde verte qui s'irise,

La svelte demoiselle frise

Les grands nénuphars de satin.

Elle semble baiser la vague

Dans son vol léger qui s'enfuit

Et parmi le bruissement vague Du roseau qui pleure, elle vague Tel un météore en la nuit.

Que cherche-t-elle ? Une caresse De l'onde qui rit au soleil,

On jurerait une maîtresse i

Qui, déroulant sa belle tresse,

Veut tenter un rayon vermeil.

Est-ce le vol d'une hirondelle

Qu'elle évite en planant sans bruit ? P Et le coloris de son aile,

Est-ce le feu d'une étincelle

Prise aux étoiles de la nuit ?

Est-ce l'or d'une renoncule

Que sur son manteau d'Ariel,

Echarpe d'éther et de tulle,

Porte la grande libellule

En un chatoyant arc-en-ciel ? Las la demoiselle qui passe

Sur l'onde bleue, en un ciel pur, Susurrement flou qui s'efface,

Fuit, froufrou soyeux dans l'espace, Comète d'or vert dans l'azur. Maurice Mansuy.

VISITES ET PROMENADES

Les débuts poétiques de Louis Pergaud (Lettres et -Vv=rs inédits)

';̃•̃̃ •̃" ̃̃̃̃' Par Jacques PATIN

M. Léon Bocquet a raconté dans La Commémoration des morts (1) la fin tragique du sergent d'infanterie Louis Pergaud, disparu au soir du 7 avril 1915, dans la plaine gluante de la Woëvre, et dont le corps n'a jamais été retrouvé.

L'auteur pittoresque et pathétique de De Goupil à Margot laissait un recueil de nouvelles, de contes et de récits villageois Les Rustiques, dont il avait lui-même revu et corrigé les épreuves lorsque la mobilisation était venue l'arracher à son labeur d'écrivain. Depuis 1910, année où le prix Goncourt avait brusquement illuminé d'un rayon de gloire son humble vie d'instituteur, il avait fait paraître tour à tour La Revan.cite du Corbeau, La Guerre des Boutons, enfin Le Roman de Miraut, chien de chasse. Mais il semble bien que l'admirable peintre animalier eût alors renoncé, et pour jamais peut-être, à écrire des vers.

Louis Pergaud, cependant, était entré dans la littérature par la porte étroite de la poésie, et son ami de toujours, M. Léon Bocquet, vient de s'en souvenir à .prp.p$s au moment de publier une collection nouvelle qui groupera sous-le signe d'« Apollon » les meilleures œuvres de cinq poètes d'inspiration et d'ac. cent très différents, deux morts Louis Pergaud et Eugène Vermersch et cinq vivants Louis Lefebvre, Lucien Boudet, Léon Bocquet, Marcel-P. Joubert et Marie Deletang.

C'est sur le conseil et à l'imitation de son ami Léon Deubel, lequel menait à Paris une vie errante et romantique.que Louis Pergaud composa, en 1903, son premier sonnet. Il avait vingt et un ans. Maître adjoint à l'école communale de Durnes, un infime village du Doubs, le jeune homme qui s'était avisé de tromper ainsi le morne ennui d'une existence solitaire envoya cet essai à ta revue lilloise Le Beffroi, qui l'inséra en janvier 1904. Dès lors, stimulé par Deubel, Louis Pergaud n'eut de cesse qu'il n'eût achevé son premier recueil. Ce fut l'Aube qui, cette même année 1904, sortit des presses à bras d'un imprimeur de Poligny, et que l'auteur avait dû éditer à ses frais en prélevant héroïquement quelques économies sur son maigre budget. Bien qu'on y pût discerner déjà un pressentiment des futures tendances de l'écrivain, ces poèmes, que marquait l'influence prédominante "do Verlaine et de Samain, manquaient, héias d'originalité, et ils passèrent inaperçus. Loin de se décourager, Pergaud profita de l'aimable et intermittente compagnie de Deubel pour apprendre de lui les secrets de la technique il poursuivit, en dépit des tracasseries administratives et de cruels chagrins domestiques, sa collaboration au Beffroi et continua de travailler âprement à Landresse comme à Durnes, à LavansVuillafans ensuite, dahs ces hameaux perdus où les longs hivers, après les automnes pluvieux, le tenaient bloqué par les neiges.

En 1907, résolument, il s'évade et prend la poste pour Paris où Deubel, tentateur, l'appelle depuis longtemps, et où il rêve de conquérir enfin sa plei.ne indépendance. Il trouve un modeste emploi à la Compagnie des Eaux et s'en va bientôt habiter avec son ami dans un petit logement, rue de l'Estrapade. Toutefois, il a emporté dans son léger bagage le manuscrit de ses poèmes, et il écrit à M. Léon Bocquet Paris, 30 septembre 1907. /i

Mon cher Bocquet

Ainsi que Deubel vous l'a écrit, rue -voici fixé à Paris pour un an au moins. Je 'secoue ma torpeur de provincial engourdi par trois années de vie rustique et je suis décidé à publier, cet automne, un lipre de bers.

Voudriez-vous prier l'imprimeur du « Beffroi » d'établir son devis pour l'im~pression d'un livre de 630 vers (700 lignes tout compris) répartis sur 100 pages, papier « bulle du Beffroi tiré à 150 exemplaires dont dix sur hollande de Vandroth.

Je pourrais verser un premier acompte de 80 francs au moment de la livraison et le reste à raison de 10 francs ou 15 fr, par mois, selon ce reste et les exigences de l'imprimeur.

Je suis employé à la Compagnie géné. rale des eaux, et par conséquent solvable.

Il est bien entendu que je désire l'édition à 3.50 avec cliché du Beffroi sur la couverture.

J'ai à m'excuser du long silence que j'ai gardé depuis un an bientôt je n'ai d'excuse que ma négligence, si la négligence peut être une excuse.

Dans quelques jours, nous habiterons Deubel et moi, 7, rue de l'l~strapade si vous venez à Paris (2), nous nous ferons un plaisir de vous recevoir. Deubel vous envoie son souvenir cordial et je vous prie de croire, mon cher Bocquet, à l'expression de mes sentiments les meilleurs.

Louis Pergaud.

P.-S. Le titre que je choisis est l'urne Epanchée, savez-vous s'il existe un /:pre qui porte déjà ce titre il m'a l'air d'une réminiscence d'un autre.

M. Léon Bocquet fit remarquer à Pergaud que L'Urne épanchée rappelait de très près le titre d'une partie de A a jardin de l'Infante, d'Albert Samain, et lui conseilla d'abandonner ce titre Le conseil fut suivi et c'est ainsi que L'Urne épanchée devint L'Herbe d'avril. La Bibliothèque du Beffroi était, par bonheur, une œuvre de solidarité fondée pour permettre aux jviines auteurs (1) Les Destinées mauvaises, l.a Commémoration des morts, par Léon Bocquet (Edgar Malfère, éd.).

(2) M. Léon Bocquet habitait alors Rou* baix et Lille.