bpt6k2729203/f2


hâte vers le bac des Invalides « pour traverser la rivière et aller voir ». Que s'est-il passé? Nous avons vu les dispositions adoptées par Besenval les Suisses, avec des canons, barrent les Champs-Elysées, c'est-à-dire la route de Versailles; tous les mouvements de troupes s'inspireront de la même idée empêcher le peuple de se porter vers la Cour. C'est que déjà le projet, qu'on réalisera en octobre, se forme, d'aller chercher le Roi. La motion en est lancée, le i2 juillet, vers.cinq heures, au PalaisRoyal,- et quand le cortège des bustes, « funèbre, triomphant et' grotesque », dit le Moniteur, arrive place Louis-XV, ce n'est point l'acclamation d'Orléans et de Necker que réprime Besenval, mais le coup de force qui va être tenté sur 'Versailles et qui, la place ,>Louis-XV franchie, doit réussir. Les événements d'octobre justifieront ces craintes.

Quand' les bustes arrivent place Louis-XV, la foule invite les dragons à saluer. Ils ne répondent pas. On leur jette des pierres, on leur tire même un coup de feu. A cette attaque, les dragons ils sont environ trois cents traversent au galop depuis la rue Royale jusqu'à la statue, puis viennent se ran.ger en bataille près de la colonnade (ministère de la marine), puis chargent de nouveau jusqu'à la statue, tournent à 'droite et vont se ranger aux Champs.Eîyséëë, après avoir tiré huit ou dix coups de. feu en l'air. Le président Du Tjonquoy, « que sa curiosité a engagé de monter sur la terrasse des Tuileries », a vu là direction de la fumée. En même temps, les hussards se rangent en « muraille» depuis la rivière jusqu'à la statue et depuis la statue jusqu'aux ChampsElysées. Des chasseurs de Provence et le Royal-Cravatte viennent les doubler la route de Versailles est barrée. On ne peut, d'autre part, quitter la place par la rue Royale: le formidable cortège des bustes refoule les badauds. Le peuple est dès lors acculé à une seule issue (la rue de Rivoli. n'existant pas) le Pont-Tournant et les Tuileries.

Paris, au siècle passé, a déjà la réputation de promenades incomparables, mais les Tuileries surtout ont un renom d'élégance. La princesse de Gonzague vante ses parterres, dessinés par Le Nôtre, décorés de statues, ombragés de grands marronniers. Sous leur ombre, les enfants viennent déjà s'ébattre. Déjà, on fait des ricochets dans le bassin, et la mode adopte l'allée centrale pour la parade. On l'eût difficilement appelée le « sentier de la vertu » les jolies femmes y étaient admirées avec une telle indiscrétion qu'elles étaient obligées de fuir. La police avait dû, en 1769, interdire les attroupements de ce genre, « qui privaient les personnes d'un sexe qui doit mériter le plus d'égards. de l'avantage des promenades qd% Sa Majesté voulait bien procurer à ses sujets». En 1789, il y a peut-être plus de discrétion, mais l'empressement est le même. En principe, le jardin n'est pas ouvert aux gens du peuple, sauf à la Saint-Louis de fait, la consigné s'est depuis longtemps relâchée; et le passage est public. L'allée centrale, vers cinq heures, offre l'aspect d'une cohue défilant devant plusieurs rangs de badauds. On paye la chaise, ou le tabouret, dix centimes. La surveillance est exercée par une compagnie de bas officiers invalides, ils sont trente commandée par le lieutenant-colonel d'Auburède qui a déposé à l'enquête. Ce sont les ancêtres de nos gardes, paternels et grognards, terreur des petits Parisiens. Ils ont, au PontTournant, un poste qui subsiste sous ce nom, bien que le pont ait disparu, et les doux pavillons (à gauche en entrant celui de Mercure, à droite celui de la Renommée), dont les groupes dominent les angles des terrains, ont chacun leur portier, qui ont eux-mêmes des locataires, marchands de vin et traiteurs. Il y a restaurant sur les terrasses, et le prix en est élevé mais on s'installe surtout au rez-de-chaussée, devant les guinguettes du poste, sur des sièges dont la ligne, à l'heure élégante, se continue le long de l'allée centrale. La même animation, empreinte de curiosité plutôt que d'inquiétude, y règne le 12 juillet, par cette belle fin de journée. C'est là que se jette brusquement, refoulé par la troupe, le cortège des bustes.

En arrivant sur la place Louis-XV, il n'a pas été plus loin que la statue. Le « petit Savoyard » dont parle Louis Blanc l'enquête nous révèle son identité, François Pépin, colporteur de petite mercerie, âgé de trente-trois ans qui porte le buste de M. d'Orléans, y a reçu un coup de pointe dans la poitrine. Les dragons ne laissent pas traverser la place. Refoulé avec les autres sur les Tuileries, il reçoit, en arrivant au pont, une balle à la cheville.

En conséquence, il remit le buste à un garçon du sieur Curtius (qui avait sans doute préféré ce détail nous l'apprend, bien que les cires eussent été enlevées,. dit le Moniteur, de son consentement », faire accompagner sa marchandise) et sortit des Tuileries par la porte des Feuillants avec une partie de la foule qui l'avait accompagné et qui le conduisit au Palais-Royal où il fut pansé par un chirurgien qui se trouva la.

C'est donc les manifestants eux-mêmes qui, refoulés du chemin de Versailles par la troupe, mais bien avant la troupe, envahissent les Tuileries. Les cavaliers, malgré l'échauffourée du cortège, conservent leur sang-froid. J'y trouvai vers les sept 'heures, dit Pierre Boucher, matchand fripier, un grand nombre d'uniformes verts (Royal-Dragons et hussards de Bercheiiy) qui tous avaient l'air menaçant. Cependant, il s'est promené au milieu sans qu'il lui ait été rien dit ni rien fait.

Il reste peu de badauds sur la place. Le président du Tronquoy n'en voit plus que « quinze ou dix-huit parmi les pierres (on construit le pont Louis-XVI pont de la Concorde-et les matériaux sont amoncelés en contre-haut des fossés, le long de la terrasse) et à peu près vingt-cinq ou trente autour des Royal-Cravattes, lorsque lui déposant a vu apparaître, du côté de la rue Royale, un détachement d'environ 50 bommes. »

C'est le Royal-Allemand. A lai salle du Manège, ovr le capitaine de Reinach a conduit ses maîtres en quittant la chaussée d'Antin, H a reçu de Lambesc l'ordre d'aller place Vendôme, où Lambesc lui-même l'a rejoint. Tou&deuspat.con-

duit le détachement place Louis-XV où les attend Besenval (M. deBœsenvald). Dès son arrivée sur la place dépose le président du Tronquoy le détachement a chassé prestement du talon gauche et s'est rangé en muraille à la colonnade sur sa droite.

C'est à ce moment, dit Reinach, que je reçus un autre ordre de M. le prince de Lambesc d'entrer dans les Tuileries. J'y marchai militairement.

C'est la charge dite de Lambesc Lambesc n'en donne pas l'ordre. Il exécute strictement celui qu'il reçoit. Lisons les témoignages, et tout d'abord celui de Besenval qui commande

Le déposant (c'est Besenval) aurait eu bien envie de charger, mais il aurait fallu déposter Une ou plusieurs troupes en bataille (sur la place), ce qui aurait eu l'air d'une véritable attaque; M. le prince de Lambesc arrivant par la rue Royale, il voulut en profiter pour faire l'objet qu'il désirait, et lui ordonna de charger tout le peuple qui était dans les pierres en avant du PontTournant.

Pourquoi? Les manifestants sont refoulés daiïs le jardin, la place presque évacuée. Quel motif de pourchasser ainsi les badauds? C'est une faute si grave que Lambesc se fait répéter l'ordre deux fois et demande s'il entrera dans les Tuileries. Oui, répond Besenval, mais de six pas seulement au delà du pont. La trompette sonne alors la charge et le détachement part, à un galop si réduit, dit le président du Tronquoy, « qu'il ressemblait à un piaffement. »,

Ici commence la coîifusion. Les uns ont nettement vu les maîtres charger au grand galop jusque dans les Tuileries, ayant à leur tête Lambesc, et c'est ainsi que la gravure de Didot a popularisé la scène; puis, franchissant la barricade de chaises qu'on tente de leur opposer, contourner le bassin et pourchasser la foule jusque sur les rampes en fer à cheval enfin, ressortant en hâte, Lambesc frappe au passage Chauvel. M.Piot, marchand orfèvre, reconnaît formellement Lambesc « pour avoir eu l'honneur de le voir peut-être plus de trente fois chez son père, avec lequel le prince a fait de très grosses affaires ». François Le Belle, marchand tapissier, qui s'est promené « avec sa famille et ses garçons de commerce », traverse les troupes et la place Louis-XV, et entre dans les Tuileries « en recommandant de ne pas s'effrayer ni avoir l'air, de fuir, mais d'aller bon pas ». Il atteint le bassin. A ce moment, il entend « le bruit des pieds des chevaux sur le Pont-Tournant. Arrivé près de la statue d'Annibal, il a vu et entendu une décharge d'artillerie par la troupe du prince de Lambesc ».Alors l'excellent badaud dont la curiosité touche à l'inconscience installe son monde sur un banc au pied de la statue, « pour bien voir ». Il voit, en effet, un jeune homme d'environ vingt ans accourir, poursuivi par le prince de Lambesc, qui lui porte un coup de sabre, puis un coup de pistolet et, courant ventre à terre, fait le tour du bassin et rallie sa troupe. Il a parfaitement reconnu le prince de Lambesc, l'ayant connu à Rome, dans le temps où lui, déposant, y était attaché au service de M. le maréchal d'Aubeterre.

Le Belle est un honorable commerçant, ancien garde de sa communauté, membre du comité militaire de l'Hôtel de Ville; son récit est frappé au coin de la vérité la plus vivante,-et il est parfaitement faux.

Nous en avons la preuve formelle dans le. mémoire du capitaine de Reinach, en date. du'ier décembre 1789 et dans sa déposition au cours de l'enquête de juin 1790, alors que son colonel, en fuite, n'a plus rien à redouter, alors que Besenval a été acquitté, alors qu'il ne subsiste aucune raison d'assumer une responsabilité qui ne laisse pas d'être dangereuse.

Lambesc, après avoir transmis à Reinach l'ordre de charger, donné par Besenval, l'accompagne jusqu'à l'entrée du pont, en criant aux derniers promeneurs restés sur la place « Entrez dans le jardin, gare, gare! » A ce moment, une femme de trente à trente-cinq ans, traînant un enfant de six à sept ans, tombe, en fuyant, sur le pont.

Ma première section, dit Reinach, s'arrêta positivement pour laisser relever. La troupe entra dans les Tuileries après avoir franchi une haie de chaises. Je fis mon commandement pour que la troupe se mit à droite (contre le pavillon de la Renommée) en bataille. Je fus moi-même à gauche où il y avait beaucoup de monde sous un hangar ou tente, qui pouvait former environ deux cents personnes de tout état. Je leur dis de se re- tirer, que nous n'étions pas là pour leur faire du mal, mais qu'on ne voulait point souffrir d'attroupement. On répondit à mon honnê- teté avec pierres, bouteilles, chaises et toutes sortes qu'on me jeta après. Je reçus deux contusions l'une au côté et l'autre aux reins.

Contre les chevaux qui s'approchent, des chaises se lèvent

Le premier mouvement du déposant (c'est l'honorable M. Boullenger, conseiller du Roi, qui parle) fut de mettre sur sa tête le siège sur lequel il était assis, pour parer les coups. et de se plaindre très hautement de l'atrocité qu'il y avait à violer le séjour du souverain. Il a entendu un cavalier dire « Nous n'avons pas besoin de vos leçons, retirez-vous M, ce que lui, déposant/a' fait. Et il a remonté le rampant, avec un chevalier de Saint-Louis qu'il ne connait pas, mais avec qui il était venu vérifier si les fusillades dont on parlait étaient réelles.

Elles le sont. Du haut des terrasses où l'on se réfugie, des coups de feu partent, après les chaises et les bouteilles. Reinach dispose alors ses cavaliers « en fourrageurs » en ordonnant de tirer en l'air quelques coups de mousqueterie.

C'est alors qu'entraîné par cette attaque, lui Reinach, et non pas Lambesc, transgresse l'ordre reçu. Des-événements récents nous ont montré ces mêmes impulsions irrésistibles. On charge jusqu'au bassin; quelques cavaliers remontent même les rampants.

Pendant ce temps, dépose le comte de Reinach, je vis un cavalier près du bassin, démonté; je fus à lui pour le faire rentrer au corps de la troupe; voyant que le cheval ne pouvait pas se relever, n'ayant que la partie de derrière qui traînât à terre, je donnai un coup de plat de sabre au cheval sur les fesses. Le cheval se .releva, le cavalier monta dessus et rentra à son rang. Moi, je me reportai à gauche. Je fus invectivé par un jeune homme d'environ dix-huit ans qui avait un -bâton de chaise gros. comme le poignet, lequel me le lança. Jé4e-reçus~au-bras gauche. Il me fit une 'si grande douleur que je ixf$ obligé > .de-; quitter

la bride de mon cheval, croyant avoir le bras cassé.

Le cheval se cabre, mais la colère donne a Reinach la force de rester en selle.

Je poursuivis ce jeune homme jusqu'à la première allée, passant devant un banc où il pouvait y avoir une trentaine de personnes de tout sexe qui ne me dirent rien. Je lâchai après ce jeune homme un coup de pistolet èj. poudre.

On s'explique que Le Belle et sa famille, installés sur ce banc, ne t'aient pas vu tomber. Mais on s'explique molas les affirmations formelles du brave tapissier sur la présence de Lambesc. Un officier commande, avec la plaque de Saint-Louis, des cavaliers de Royal-Allemand Le Belle sait que le colonel est Lambesc; il veut paraître renseigne, il lance le nom, en ajoutant qu'il le connaît bien, qu'il l'a vu jadis à Rome et le propos se répand; sa femme, ses enfants, ses garçons, ses voisins de banc le recueillent et le répéteront d'après lui. Le doute en un instant devient certitude. On saisit ici sur le vif la légende en voie de formation.

Qu'a fait Lambesc? Il a conduit les troupes au delà du pont jusqu'à la grille. C'est bien lui que remarque le tapissier Ancelin, « le visage basané, marqué de petite vérole,les épaules très fortes et le col enfoncé ». Il monte un cheval gris, sans fonte ni pistolet.(Cosson, professeur de l'université de Paris,qui l'a vu jadis au collège, l'a reconnu àChaillot, vers les cinq heures, monté sur un cheval, non d'escadron, mais de course.) Il franchit avec le comte de Reinach la haie de chaises, puis, conformément à l'ordre reçu, s'arrête à six pas du pont, entre la grille etle bassin. Aussitôt, une douzaine de personnes sautent aux crins et à la bride de son cheval. Même un petit homme, vêtu de gris, lui tire de près un coup de pistolet « qui emporte le gant,de la main droite qu'il tenait de la main gauche ». Le prince essaye de se dégager, « en faisant caracoler son cheval et espadonnant de son sabre », quand, tout à coup, des cris dominent le tumulte « Fermez le pont tournez le pont »

II comprend aussitôt qu'on veut usant contre les soldats de la manœuvre projetée par Besenval isoler son détachement des troupes demeurées sur la place. Sans balancer, il fait volte-face et franchit au galop les quelques mètres qui le séparent du pont: déjà l'on tente de le manœuvrer. C'est ici que se place l'incident Chauvel dont tout Paris va bientôt retentir.

Jean-Julien Chauvel, maître ès arts de l'université de Paris, a soixante-quatre ans. Du passage des Chartreux où il habite-pilierde la Tournellerie, en face Saint-Eustache -il est allé se promener au bois de Boulogne. II en revient doucement, petit vieillard paisible, en habit de drap gris, perruque ronde, parapluie sous le bras et la canne à la main, évidemment distrait, car traversant la place Louis-XV, vers huit heures et demie, « il n'a vu personne ni aucun mouvement » Il s'pngage sur le PontTournant. Il va pénétrer dans les Tuileries, quand il voit une troupe de cavaliers venant sur lui au grand galop. C'est la charge qui ressort, et, pour n'êtrepas écrasé, il se range sur la gauche, du côté de la rue Saint-Honoré. Il ne songe qu'à s'échapper, tenant d'une main la rampe du pont, levant déjà l'autre pour se protéger du choc qu'il sent venir. Il n'a pas entendu les cris de « Fermez le pont! » et ne prend aucune part à la tentative qui échoue. C'est cependant sur lui que fond Lambesc erreur ou hasard, le voyant parmi ceux qui essayent la manœuvre c'est à lui qu'il porte un coup de sabre. A ce moment Reinach, « voyant que ce prince se compromettait avec cet homme», se met « entre les deux », puis l'entraîne. Les maîtres sortent derrière les deux officiers, reprennent l'ordre de bataille, la droite appuyant à la statue, face à un détachement de Roval-Cravattes-cavalerie, et tandis que le peuple entraîne Chauvel, Besenval, sur .la place, félicite Lambesc.

Chauvel, le coup reçu, s'était laissé tomber sur une banquette, dans un en- foncement de la terrasse, le visage cou- vert de sang. On le prend sous les épau- les, on le conduit à la porte du «manège où un médecin, le docteur Vaillant, constate une blessure légère et applique une compresse. Le portier, Godeaux, fournit du linge et de l'eau-de-vie. On gagne le Palais-Royal, on y assied Chauvel dans un fauteuil, sous la tente du jardin, « au caffé du Caveau ».Beaucoup de citoyens lui offrent leurs services. Plusieurs lui font porter du vespetro, qu'il boit.

Le coup de sabre de Lambesc que le procureur du Châtelet qualifie d'assassinat a porté d'abord, sur le chapeau de Chauvel, puis l'a atteint au front.

Nous avons observé, déclarent les conseillers médecins et chirurgiens du Roi commis par le Châtelet en novembre, une cicatrice bien consolidée de trois pouces de longueur sur six lignes de largeur et une ligne de profondeur située sur la partie supérieure du pariétal gauche. Ledit Chauvel nous a dit qu'il n'avait employé que des compresses et qu'il avait été guéri au bout de quinze jours.

Cette blessure, on la promène le soir du 12 juillet comme on promènera les cadavres en février 48, et c'est pourtant ailleurs, à la barrière Blanche, qu'un drame véritable, à la même heure, s'est joué: le détachement qui a succédé à celui du capitaine de Reinach, provoqué par la fotWe, riposte par une décharge qui tue sur place un badaud.

Le Royal-Allemand massacre le peuple » A cette nouvelle qui, dès neuf heures, se répandit dans la ville, Paris frémit de colère et les gardes-françaises marchèrent place Louis-XV pour livrer combat aux étrangers.

La- place venait d'être évacuée et le manuscrit du comte de Reinach nous a laissé le détail de cette retraite que Besenval laisse dans l'ombre. L'ordre vint du comte du Châtelet, dont les soldats s'étaient les premiers mutinés. «Je demande »en grâce aux commandants de toutes n troupes à cheval qui sont sur la place » Louis-XV de se retirer aux Champs» Elysées en arrière des Suisses, sans » quoi le régiment des gardes, qui s'é» chappe des casernes avec des cartou» ches, fera un carnage, sans que. l'on

» pujsseljen ejnpègher. », SuriCetordre'-r

qui est plutôt la prière d'un chef sans soldats le Royal-Allemand regagne ta Muette. Le Suisse de la cour royale du château, Victor, qui voit rentrer Lambesc à la tête de ses hommes, l'entend dire d'un air effaré « Fermez la » porte, fermez les fenêtres, éteignez » les lumières et .que personne ne » sorte »

Dans Paris, cependant; les barrières brûlent et l'obscurité, avec ses terreurs, vient clore ce dimanche radieux. On sonne le tocsin dans toutes les paroisses. C'est bien la Révolution qui commence. Edmond Cleray.

En marge des DêsefieMiitées

A Pierre Loti.

SOIR D'AUTOMNE A BEICOS

Pour Zeînhb, pour MisiBK.

et pour leurs soeurs de Turquie.

Comme un essaim neigeux, parmi les clartés roses, De fantômes légers, d'ombres à voiles blancs, S'arrêtant, pour cueillir, devant les lauriers-roses, Les Musulmanes vont. par groupes indolents. Mais, hélas du sommet des platanes géants, Les feuillages tombaient sur les groupes moroses, Et malgré 'tant de fleurs et de parfums troublants, L'Automne a mis déjà des larmes dans les choses Vous qui jonchez'leurspas, de vos feuilles jaunies, 0 platanes amis, effeuillez-vous encor, Et, sur elles, pleurez leurs lentes agonies 1 C'étaitladouzièmeheure. heure magicienne 1 .Le soleil déclinant sur l'Islam qui s'endort. .Scutari flamboyant sous ses coupoles d'or

.1. ¡,

C'était la- douzième heure, heure magicienne. II

PÊCHEUR DE STAMBOUL

A la mémoire de Djénane..

Stamboul est beau, ce soir. de la rive d'Asie. Djénane laisse errer son rêve au fil des eaux Dans la frange de ciel que le soir a rougie, On voit monter la Ville au travers des roseaux. Un pêcheur survint. pêcheur de nostalgies. Il arrêta sa barque et jeta ses réseaux, Comme voulant pêcher, dans ce soir de magies, 0 minarets mirés, vos gerbes de fuseaux Sans un souffle léger dont le voile eût frémiy La Circassienne blonde aux yeux couleur de mer Contemplait en tremblant le cher pêcheur ami. Quand sur les vieux créneaux tomba la fln du jour, Disparut lentement la barque aux rameurs verts, Le caïque adoré qui portait un gaiour. III

L'ADIEU

Pour André Lhért.

r n tratnait derrière lui, dans le temps,

un immense (ilôt obscur plein de

choses mortes. »

(Le Triomphe de la mort. D'Annunzio.)

.Et comme le soleil dardait son dernier rais, Il partit. Le caïque obéit à la rame, Qui brise, à chaque coup, dans l'eau, des minarets.

A cette heure, des pleurs noyaient des yeux [de femme I

Les dernières lueurs rougeoyaient les cyprès, Là-bas, vers Eyoub, où gisaient toute son âme, Et celle qu'il aimait de tout près, de tout près Regarder Nedjidé, ta sœur turque, ô Djénane 1

i!, V\ ̃ •:<̃'̃̃ ̃

Oh 1 rêves de Stamboul Porte au heurtoir de cuivre

Petits fantômes noirs, pauvre harem fané, Ta douce voix, Leylah et tes cils de henné En haut des minarets, en plein ciel profilés, Le Muezzin appelle aux lectures du Livre.

Evoque-t-il Vos noms, chers fantômes voilés ?. Paul Rousseau.

Un jour de la vie

NOUVELLE INÉDITE

Deux fois par semaine, tous les mercredis et lès samedis, la vieille Lise, comme on l'appelle, s'en va à la ville vendre ses légumes. Et donc, la veille au soir, elle prépare ses corbeilles. Mais d'abord, dans une hotte, elle met les choux et les raves, car ce sont des légumes durs qu'on peut entasser sans qu ils souffrent et puis, dans les corbeilles, vient le cerfeuil frisé, les laitues, plantes délicates, les poireaux et les oigrions; viennent les fruits, cassis, cerises et groseilles ou encore, en la saison, elle va cueillir ses fleurs. Avec les reines-marguerites, les quarantaines, Jes dahlias, elle fait des bouquets tout ronds et les entoure de buis noir. Après quoi, elle range les corbeilles sur la hotte et attache le tout avec une ficelle enfin, pardessus tout, elle pose ses bouquets. Elle a fini, la nuit tombe; elle va se coucher. Avant cinq heures, elle est debout. C'est que le soleil d'été est venu et heurte à la vitre avec son doigt clair, pour dire aux gens: « Allons! levonsnous » Et elle qui dort peu entend le soleil.

En moins de rien, elle est levée. Tout est prêt sur une chaise, sa belle jupe noire un peu courte et à plis; sa belle taille du dimanche, sa coiffe et son chapeau de paille. Elle a ciré ses souliers neufs. Avant de s'habiller, .elle allume le feu et fait son café qu'elle boit, en mangeant un morceau de pain, sur la table de la cuisine; puis s'habille vite; et elle dit adieu à son mari qui dort toujours, car elle a un mari; prend sa hotte qui est bien lourde et la dresse sur une chaise; passe les bras dans les courroies, penche la tête; un coup d'épaules, et la hotte lui pend au dos. Et elle sort de sa maison.

C'est au commencement qu'on à le plus de peine. Il y a un petit chemin qui monte rejoindre la route c'est bien le plus vilain moment. La pente est raide, le souffle manque, elle est forcée de s'arrêter. Elle pense que les beaux messieurs et les belles .dames qui se promènent avec des cannes et des ombrelles ont bien du bonheur tout de même. Mais elle ne se plaint pas,, étant courageuse et ayant tout accepté. La haie est pleine de bourdons qui bourdonnent et, entre les pierres, courent des fourmis qui portent des brins de.paille ou tirent à deux ou trois de gros insectes noirs; un petit nuage s'en va dans le ciel; on voit d'ici tout le pays, le beau pays et ses villages, ses routes, ses clochers, ses bois, et les champs jaunes et les prés verts. On voit, on entend, c'est le jour. Elle s'arrête et puis repart.

Elle se dit: « Si je vends tout, je rapporterai bien cinq francs. » Cinq francs, c'est unBigros^eiiSamme. /;Ginq VfcranÇSi.

c'est cent fois cinq centimes. Et, avec cinq centimes, on a un gros morceau de pain. Avec cinq centimes, on a une boîte d'allumettes. Avec cinq centimes, on a une tasse de lait. De telle sorte qu'elle serait facilement un peu avare, aimant la couleur de l'argent, aimant sa forme et son bruit clair. Alors, si on en a, on le cache on le noue dans un coin de son mouchoir de poche. C'est ce qu'elle se dit; elle fait ses petits comptes qui trompent le chemin.

Mais elle est au haut de la côte et la route se trouve là. Quelquefois vient un char à bancs et l'homme est assis sur le siège et il y a une place à côté de lui.Il lui dit: « Montez! » et elle monte. Ou bien il n'y a plus de place sur le siège, mais il y en a derrière, sur les sacs de 'pommes de 'terre. Si on s'en va au petit trot, on voit passer les arbres qui viennent un à un,

tont un salut et disparaissent; les petits tas de terre, le long de la rigole; les maisons sous leurs grands toits bruns; un homme, une femme, une vache; on va et les grelots tintent et l'homme allume sa pipe, pendant que les rênes pendent on va et l'homme dit

Les pommes de terre ont baissé. Est-ce vrai?

L'homme dit

Et le foin a baissé aussi.

Ça ne m'étonne pas, avec ces pluies. Seulement, quelquefois aussi, il n'y a plus de place, ni sur le siège, ni sur les sacs, parce que d'autres les ont prises. Et elle doit descendre à pied. Comme elle y est habituée, elle ne s'en effraye pas. Elle pense « Tant pis » et allonge les jambes. Elle a une heure de chemin. Devant elle, la route file toute droite et se rétrécit, pointue par le bout; il faut aller tout ce grand bout, bien heureusement qu'il fait sec. Plus loin, la route tourne. Plus loin, à côté d'un cerisier, une petite source sourd et le talus là est beau vert. Plus loin, une femme est assise dans un grand jardin potager. Des trois grosses cheminées, c'est celle de droite qui fume et le chien est méchant, mais il est attaché. La route tourne encore, on aperçoit la ligne du chemin de fer. Là-bas se tient la ville; encore dix minutes, et ce sera le milieu du chemin.

Alors Lise met le pouce sous les courroies de sa hotte qui commencent à lui faire mal. On n'a pas le temps de se reposer. Il faut être là-bas, au plus tard, à sept heures. Naturellement, si on est dans les premières arrivées, on est également dans les premières à vendre. Mais elle est si maigre, que ça fait bien mal, ces courroies qui serrent et pincent la peau. Et ellemet le pouce; ou bien elle soutient la hotte des deux mains. Quand il pleut, à l'automne, il y a sur les champs de grandes troupes de corbeaux. Ils sont posés parmi les mottes et. ils piquent dedans, à coups rapides, de leurs longs becs. Dès qu'ils voient quelqu'un, ils s'envolent tous. Ils tournent en l'air par grands cercles, montent, descendent, battant des ailes et puis planant, petits points noirs dans le ciel gris on les entend là-haut qui grincent, et tout à coup s'abattent tous, beaucoup plus loin, tombant ensemble, comme une pluie.

Elle se dit « Plus que vingt minutes » A présent, on distingue les maisons de la ville; on voit, sur les façades blanches, les carrés réguliers des fenêtres, les stores de coutil baissés, les balcons et les vérandas; la route se remplit de monde de grands chars à échelles chargés de foin, hauts et carrés, vont tout branlants sur quatre roues un gros bœuf roux est mené par la longe; voilà l'auberge du Soleil; il y a des vieilles comme Lise qui portent la hotte comme elle; le maréchal ferrant, devant sa boutique, ferre un cheval blanc qui lève le pied on entre dans une rue neuve, puis on arrive sur une place; puis on suit une vieille rue, et puis c'est la rue SaintLaurent, où Lise se tient depuis trente ans.

Sa place est devant l'épicerie. C'est une place que la police vous loue, et Lise a toujours eu la même; elle ne voudrait pas changer. Pendant qu'on est là, l'agent vient dans son uniforme à boutons d'argent, avec un carnet où il écrit; et on lui donne chaque fois cinquante centimes. C'est, bien assez cher. Mais que faire ? Il faut bien payer, c'est l'autorité. Elle a détaché ses corbeilles; elle les a posées l'une à côté de l'autre; elle a pris son pliant comme il fait bon s'asseoir Peu à peu, le trattoir se garnit, et, tout le long, sont des corbeilles, des corbeilles comme la sienne, plates, d'osier non éçorcé tout le long, sont aussi des femmes,.et, tout le long,c'estvertàcause des légumes, rouge, bleu et blanc à cause des fleurs, jaune à cause des fruits; tandis qu'au milieu, sur le gros pavé, les dames de la ville commencent à passer, regardant à droite et à gauche, d'un œil qui appuie et mesure; s'arrêtant parfois, puis continuant.

Il a sonné sept heures, huit heures vont sonner, la matinée s'avance. La grosse cloche, dans le clocher, sonne les quarts et les demies d'une voix rauque et en colère.Pour elle, elle ne bouge pas. Elle a les mains sur ses genoux, ses jupes font comme un bloc noir; elle se tient bien droite, les lèvres serrées et rentrant un peu, parce qu'elle est sans dents elle attend qu'on vienne, et on vient. Elle a de vieilles connaissances qui savent qu'elle est consciencieuse, qui savent que ses œufs sont frais et ses assiettes bien garnies (car on vend encore à l'assiette) c'est pourquoi on vient. On lui dit:

Eh bonjour, madame; comment allez-vous ?

Oh! très bien merci. Et vousmême ?.

tien merci. Toujours la v.

Vous voyez, on a l'habitude, Donnez-moi des « herbettes n. Et combien les groseilles ? Six centimes l'assiette.

Donnez-m'en trois assièttes.

C'est comme ça, et puis voilà. Après cette dame, il en vient une autre, puis une autre, et encore une autre, et c'est ainsi tout le matin. Et la ville, qui est assez grande, peut bien aller de son côté avec ses trams et ses voitures, avec ses horloges qui sonnent, avec sa quantité de gens, les étrangers dans les hôtels, ses cafés pleins et les rues pleines, la vieille Lise ne voit rien que ses corbeilles devant elle, les dames qui viennent acheter et les petites pièces blanches qui tombent-au fond de sa grosse poche.

Elle a,trouvé-en rentrant son mari qui: tegu£ttaitjdeYant.lf.|mPte*Clest un petit-

vieux qui ne fait plus rien. Il s'est dit une fois « J'ai assez travaillé. Ma femme est plus forte que moi ». Et il laisse travailler sa femme. D'ailleurs, il est doux. Ce qu'il a aussi, c'est qu'il aime boire. Il voit venir sa femme et il né bouge pas. N'est-ce pas l'heure où elle rentre? Donc, il se tient bien planté, étant au frais, ayant mangé et la regarde qui s'approche. Puis il lui demande As-tu bien vendu? Elle répond

Pas trop mal.

Et puis c'est à elle de demander:; As-tu donné aux poules?

Bien sûr que j'ai donné.

Et aux lapins?

Bien sûr que oui.

Après quoi ils n'ont plus rien à se dire. Elle rentre dans sa cuisiné et elle refait t du café. Lui en veut aussi d'ordinaire. Elle lui dit Mais tu as dîné l

C'est que j'ai soif, qu'il lui fëpdrld,Et elle lui remplit sa tasse. Elle aime son café tout noir. Les tasses n'ont pas d'anses; ce sont de grands bbls do faïence blanche. Le bois est là tout près; on le voit, par la fenêtre, qui se dresse comme un mur. Et il fait sur le pré^ parce que le soleil penche, une jolie ombre à festons. Plus guère d'oiseaux, on n'en entend point, car ils se taisent aux chaleurs,. une fois les couvées écloses; point d'oiseaux, point d'autre bruit; le soleil pèse sur les champs et le blé mûrit si vite qu'on le voit changer de couleur.

Ils ont bu le café et lui s'en va, mais

eue, eue a encore oeaucoup a iajre. Tout l'ouvrage du matin est resté pour l'aprèsmidi. Il faut balayer la cuisine, brdsser les habits, aller remplir les seaux. Elle a déjà changé de robe, troussé sa jupe, pris son balai une fatigue en chasse une autre. Alors elle ouvre la fenêtre pour laisser sortir la poussière, puis tout t de suite la referme, craignant l'air qui est malsain. Le lit a une grosse paillasse qu'elle retourne et il est bordé de petits rideaux qu'elle fait glisser sur leurs tringles. Un pas s'entend sous les fenêtres et c'est son mari qui revient; elle sait bien ce que cela veut dire. °

̃ II l'appelle depuis dehors

Lise ?

Qu'est-ce que tu veux?

Viens ici. ,.j' Elle se met à là fenêtre. Il est là, les mains dans ses poches, en manches de chemise et le gilet déboutonné, avec ses joues pendantes où la barbe repousse et ses cheveux gris, un peu longs, qui frisent sous son vieux chapeau; elle répète": Qu'est-ce que tu veux?

Donne-moi deux francs, dit-il. C'est ce qu'elle attendait; elle ne répond rien et se remet ai sa besogne. Un petit moment sepasse, qu'est-eeque Jules est devenu? Le lit est fait, la ehambr'é est en ordre. Elle se dit: « Je vais bien me dépêcher pour avoir encore le temps de donner de l'eau aux carottes. » Mais, de nouveau, la voix appelle

Lise? ̃

Qu'est-ce que tu veux?

Donne-moi un franc. •̃̃̃̃

-Tu ferais mieux, dit-elle, d'aller sarcler les épinards.

Plus rien de nouveau, Jules est reparti. Elle va à la fontaine; non, personne dans le jardin. C'est qu'il a honte et il se cache. Seulement le goût du vin est plus fort que. tout le reste. Il était dans le bûcher, le voilà qui reparaît et il recommence, disant:

Lise?. Lise?. `

Elle fait semblant de ne pas entendre alors, il appelle plus fort

Lise?

Tu m'ennuies. ••

Ecoute, Lise.

Tu sais ce que je t'ai dît?

Qu'est-ce que tu m'as dit ?

Que, cette fois, c'était fini.

C'est, qu'avec ce soleil, j'ai le feu à la bouche. Il y a de l'eau chez nous. °

Un petit silence, il reprend:

Encore aujourd'hui et puis c'est fini; c'est en règle, c'est fini.

Laisse-moi tranquille.

Rien qu'un franc.

Va le gagner.

Il pousse un soupir a-t-on de la peine! Mais il ne perd pas courage. Lise, dit-il, cinquante centimes Et c'est toujours la même chose, elle cède finalement pour se débarrasser de lui. Il a l'argent, il se fait beau, il met une veste, change de chapeau et s'en va lentement du côté du village. Encore une fois, elle est seule et elle arrose le jardin.

Vers six heures, on sent le soir qui approche c'est a peine le soir, mais il est indiqué puis il s'accentue, marquant d'ombre les creux et le fond des vallons, faisant noir le dessous des bran'ches et s'accroît tout à coup, dès que le soleil est couché.

La nuit vient derrière lui; le soir et la nuit se donnent la main; et il fuit déjà vers l'ouest, dans sa robe brodée de rouge, mais elle s'arrête et elle s'installe. On a fermé les portes, les poules sont sur leur perchoir et ont mis la tête sous l'aile, le chien s'étend devant sa niche, les routes sont désertes; et la vieille Lise est au lit.

Mais elle ne veut pas dormir, elle fait' effort pour ne pas dormir, parce qu'il manque quelqu'un encore. C'est son- mari qui manque encore. Qu'est-ce qu'il fait? Ah ce qu'il fait Il aura trouvé des amis; il a de l'argent, ils en ont aussi. Il reste là-bas; on est bien, on fume, on rit et on cause. Quand il aura tout dépenser il reviendra.

Et il revient, il est dix heures. Il tâtonne en cherchant la poignée de la. porte; il l'a ouverte, elle a battu contre* le mur. L-

Lise! dit-il.

II a une drôle de voix. Elle est debout et va à sa rencontre. La lampe éclaire, il a son chapeau de travers pour .marcher, il s'appuie au mur, ses lèvres tremblent ses yeux brillent.

Ah c'est du joli, dit-elle. Allons, viens vite te coucher.

Seulement il est de bonne humeur il veut l'embrasser; il dit:

Lise, tu es une bonne femme.

Elle le prend par le bras, elle lé fait entrer; il faut qu'elle le déshabille. Et, pendant qu'il parle beaucoup, il est assis sur une chaise, elle lui ôte ses souliers. Il plaisante, il dit des bêtises; c'est un bon jour pour lui que le jourdu marché. Elle le déshabille comme un petit enfant, elle le met au lit et, sitôt au lit, il s'en- dort. Et alors seulement, s'étant étendue près de lui, elle sent comme elle a sommeil; elle .sent, son dos tout meuiv