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Full notice

Title : L'Humanité : journal socialiste quotidien

Author : Parti communiste français. Auteur du texte

Publisher : L'Humanité (Paris)

Publisher : L'Humanité (Saint-Denis)

Publication date : 1907-01-24

Contributor : Jaurès, Jean (1859-1914). Directeur de publication

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 63335

Description : 24 janvier 1907

Description : 1907/01/24 (Numéro 1012).

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k251193d

Source : Bibliothèque nationale de France

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327877302

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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Notre Souscriplion Nous publions aujourd'hui notre quatorzième liste. Le total de la souscription. s'élève à 29.797 francs.

Nous rappelons que nos actions de 25 francs sont nominatives. Les organisa- tions ouvrières qui ne peuvent posséder en leur nom doivent indiquer le nom du camarade qui sera titulaire en leur lieu et place de V action' souscrite.

Les souscripteurs peuvent se libérer immédiatement ou par versements successifs à des dates à leur choix et dans le délai maximum de trois mois.

Les organisations ouvrières et les citoyens qui désirent envoyer leur adhésion n\onl qu'à "détacher et à remplir te bulletin de sousèriplion que nous reproduisons chaque jour à la troisième page.

Les mandats doivent être adressés à ÎTIumanitê ou bien à l'administrateur délégué. On reçoit également les souscriptions dans nos bu'reaux, de neui heures à midi, et de deux heures à sept heures du soir.

ACTIONS SOUSCRITES QUATORZIEME LISTE

Citoyenne Laura Lafargue, 50 act. 1.250 Citoyen Paul Lafargue, 50 act. 1.250 Gerole des coopôraleurs du 20", 4 act. 100 L'Aurore Sociale (Albi), 1 act 25 Georges Vindy (Albi), 1 act 25 Blifi PéqueJ, conseiller municipal (Nouzon), 1 act 25 Croupe socialiste de Saint-Claude (Jura), 1 aet 25 Total de la quatorzième liste. 2,7ÛO Listes précédentes 27.097' Total à ce jour. 29.797 oiauntsa] «ubh L'escadre française et l'escadre espagnole ont quitté Tanger. Il n'y a cïono plus aucun risque de complication, au moins prochaine. La France et l'Espagne expliquent aux puissances que l'envoi de leurs navires a enfin déterminé le makhzen à réprimer les troubles et les brigandages qu'Erraissouli est. écarté de Tanger qu'il n'y a donc plus lieu pour les deux pays de ^maintenir leurs escadres sur la eôte marocaine qu'au demeurant, ils interviendraient de nouveau si l'ordre était de nouveau mefîacé,; et qu'ils insisteront, pour la prompte organisation de la police prévue par l'acte d'Algésiras.

L'envoi un peu solennel de l'escadre franco-espagnole était-il vraiment nécessaire ? N'aurait-il pas suffi que les deux pays insistent auprès du makhzen pat l'intermédiaire du corps diplomatique ? -? La question n'a plus qu'un intérêt rétrospectif. L'essentiel est qu'une entreprise, qui pouvait si aisément tourner en aventure, se soit résolue en douceur. Ce qui a prévenu ou écarté. tout péril, c'est que la France et l'Espagne ont marqué leur ferme propos de n'agir que d'accord avec l'ensemble des puissances c'est par le corps diplomatique, c'est en harmonie avec lui qu'elles ont agi. Ainsi -Joute' méfiaftee, a1 été" dissipée. Voilà la ̃ vraie méthode. Elle vient de produire des 'résultats si excellents qu'il convient de s'y tenir.

Tout récemment, il y a eu entre le journal le Temps et quelques journaux allemands une controverse qui a réjoui tous les amis de la paix. Le Temps s'inquiétait un peu de l'envoi d'un officier ̃ allemand auprès du sultan, et il craignait que cet officier développât l'influence de l'Allemagne au delà des termes de la conférence d'Algésiras. Les journaux allemands cherchaient à le rassurer. Mais le ton du débat n'était pas âpre comme naguère il était courtois. Et surtout, il y avait entre tous une idée commune c'est que l'acte international devait servir d'e règle et de mesure aux droits de chaque peuple. c'est que le corps diplomatique était, en cas de dissentiment, l'arbitre désigné. Tant que la politique marocaine des puissances sera animée de cet esprit, il n'y aura pas de péril. La France et l'Espagne offrent d'avancer au makhzen les sommes nécessaires à l'organisation de la police en attendant que la Banque internationale du Maroc puisse les fournir. Que ce ne soit pas là, pour les deux pays, un prétexte à s'assurer des droits nouveaux, des privilèges. C'est l'internationalité du Maroc qui est la garantie commune des puissances. C'est elle qui assurera le développement du commerce européen sans rivalités violentes et sans conflits. Si les peuples avaient du bon sens, c'est par cette méthode qu'ils régleraient leurs litiges et feraient la part de chacun dans le mouvement général de la civilisation. Les nations sont exposées à se heurter dans la concurrence économique. Elles se disputent les débouchés elles tentent de développer leur influence exclusive. Elles auraient toutes pourtant un égal intérêt à régler cette compétition. Qu'elles renoncent, dans les pays lointains, à violenter les indigènes qu'elles ne prétendent pas à des monopoles commerciaux imposés par la force ou par la ruse. Qu'elles rivalisent pacifiquement sur des marchés ouverts à tous, et, que, dans les concessions de travaux publics, elles adoptenb des règles

d'équité. Ainsi l'Europe pourra élargir sur le monde son action économique sans se déshonorer par des violences sauvages et sans se condamner à un régime de défiances réciproques et à des armements qui dévorent le bénéfice de l'expansion commerciale. La méthode ébauchée au Maroc par l'acte d'Âlgé'siras pourrait s'appliquer dès maintenant à bien d'autres problèmes. C'est là surtout qu'est le secret des désarmements futurs.

Il sera impossible de diminuer sérieusement le "fardeau militaire tant que les peuples n'auront pas adopté, des règles de droit applicables à la solution des conflits. A quoi bon même, proclamer: l'arbitrage si les arbitres n'ont aucun principe, aucun critérium qui leur permette de décider et qui assure à leurs décisions le consentement universel des ̃consciences ? C'est sur ces principes du droit, que les peuples devraient chercher à s'entendre à la conférence d'e la Haye respect de l'autonomie des nations, liberté du commerce, institutions internationales veillant au développement harmonique de tous les intérêts. Quand ces règles ^auraient été définies, les peuples s'engageraient à soumettre tous les. litiges, toutes les difficultés, à des décisions arbitrales.

Ce n'est pas une chimère c'est bien en ce sens que s'efforce le monde. D'une part, les portions de la race humaine que l'Europe a si longtemps exploitées ou foulées se réveillent et s'organisent. Les Hindous, les Persans, les Afghans, les Chinois cessent d'être une matière inerte, pétrie par des mains avides et sanglantes ils aspirent à .des garanties de droit. Et l'Europe fera bien de ne pas provoquer des colères qui grandissent. D'autre pa-rt, chez les peuples européens eux-mêmes, la conscience internationale grandit. Des actes comme celui d'Algésiras, s'ils sont loyalement interprétés et appliqués, peuvent contribuer à cette édncnh'on de justice et de paix. En tout cas. ci'si un précédent] remarquable et q-ui vaut d'être retenu.

JEAN JAURÈS.

^®^>

ECHOS

La question de l'Opéra

"MM.- Messager et Broussan ont eu hier une nouvelle entrevue avec M. Aristide Briand, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, et leur nomination à la direction de l'Opéra est dès à présent officielle.

LA VOIE ORDINAIRE

#H»-««– >

LA GRÈVE DE FOUGÈRES

ON CONTINUE

A FIXER

/̃̃̃̃̃̃̃'>VLES TARIFS Ils sont réglés dans trois nouvelles maisons. Les augmentations accordées. Agression des jaunes. Elle est châtiée.

[Par dépêche de notre correspondant)

Fougères, 23 janvier. L'établissement" des tarifs se continue dans de bonnes conditions entre représentants ouvriers et patronaux et c'est ainsi qu'ils ont été signés hier pour les maisons Langlais, Chauvin, Casalonga et Brionne.

Partout des augmentations sont accordées, généralement un peu supérieures à celles qui ont été obtenues dans les maisons précédentes. La discussion se fait avec la même prudence et le même sang-froid des ouvriers, bien décidés à ne fournir aucun prétexte de rupture aux quelques patrons mal intentionnés.

En ville, le calme est toujours le même. Hier soir, cependant, les jaunes ont essayé de faire une démonstration en ville. Au grand complet, c'est-à-dire au nombre d'environ 40, ils se sont promenés assez provoquants en chantant des cantiques. (!) Ils rencontrèrent ainsi quelques camarades qui revenaient de couper du bois en forêt pour les soupes communistes. Ils les entourèrent et essayèrent de les appréhender. Mais à ce moment survinrent d'autres camarades qui dégagèrent rapidement nos amis et mi- rent en fuite les tristes renégats qui se dispersèrent rapidement.

Le camarade Groussier est toujours par- mi nous, prêtant aux travailleurs l'appui de son autorité et dé ses conseils. B. LA SOLIDARITE OUVRIERE

La fête de l' « Egalitaire Il

Nous avons rendu compte de la fête organisée dimanche dernier pour les camarades fougerais, avec le concours des citoyens Quillent, Jean Longuet et Guillemin et du groupe des « Chansonniers révolutionnaires », par la grande coopérative des Xe et XIXe arrondissements V « Egalitaire .». Cette fête a produit un bénéfice net de 135 francs.

A PROPOS DES SOUSCRIPTIONS L'Union des Syndicats de la Seine met en garde, dans une circulaire, le public contre certains individus qui, accompagnés d'enfants munis de brassards, vont quêter dans les cours et établissements sous le prétexte de recueillir des sommes au profit des grévistes de Fougères.

Aucun mandat n'a été donné à qui que ce soit pour recueillir de l'argent. Les misérables qui se livrent à cette industrie sont de vulgaires escrocs.

L'abondance des matières nous oblige à remettre à demain la publication de la 42° liste de souscription pour les grévistes de Fougères, qui se monte à 1.041 fr. 40. Le total à ce estde27.328fr.40. J

LES « TRAVAILLEURS BU FED » Dans les verreries. Labeur et salaire. Comment Ils vivent et comment ils meurent. Odieux abus du truck system. L'exploitation de l'enfance.

Au mois de septembre dernier, se tenait à Albi le onzième congrès corporatif des ouvriers verriers. Nos excellents confrères MM. Léon et Maurice Bonneff consacraient, peu de temps après, dans la Nouvelle Revue, une étude d'une remarquable documentation, à cette fraction si intéressante du prolétariat et à ce qu'ils ont appelé « un véritable enfer ouvrier ».

Il est difficile, après eux, de dire mieux qu'eux, et plus' complètement, sur ce sujet. Si j'ai cité leur nom, c'est pour justifier par avance les nombreux emprunts que je vais être obligé de faire à leur intéressante étude. PRÈS DE LA FOURNAISE

On sait ce qu'est l'industrie du verre, comment bouillonnent lentement, dans des creusets, les matières en fusion à une formidable température. C'est a la potée ». L'ouvrier les surveille par » les ouvreaux », gueule énorme de la fournaise d'où sortira le verre liquide, brûlant et d'un éclat blanc-rouge si puissant que l'oeil ne peut le soutenir et que la vue des verriers qui l'ont trop longtemps contemplé s'altère et baisse, en certains cas, au bout de quelques années, jusqu'à l'absolue cécité.

Puis, c'est « la façon » du verre: la plongée de » la canne » dans la fournaise, la cueillette de la boule lumineuse, que le verrier souffle légèrement pour l'étendre* et les opérations mutiples et minutieuses du flaconnage.

Pour les vitres, les. procédés diffèrent. Les bassins où se fond le verre à vitre sont de grandes dimensions le cueilleur, d'un seul coup, « cueille » une boule de verre en fusion qui pèse 15 à 20 kilos. Pour l'étendre, il la balance au bout de sa canne, dans des fosses qui atteignent jusqu'à 4 mètres de profondeur.

Le verre, balancé, est alors soufflé, et on s'imagine l'effort considérable que doit fournir l'ouvrier pour gonfler et rendre cylindrique une telle masse, lourde et compacte, de u pâte à vitre ».

LES ACCIDENTS DU TRAVAIL

Dans la fabrication du flaconnage, la température à l'ouvreau est de 400 degrés. Dans le verre à vitre, elle est si intolérable que l'été, nombre de verriers ne peuvent la supporter et doivent quitter en hâte le hall de soufflage. Dans toutes les verreries à vitre du Nord, la majorité des ouvriers portent au visage et aux bras des traces de brûlures profondes: Le séjour d'une seconde auprès des fours imprime sur les paupières et les joues des traces parfois indélébiles. « Aucune plume ne saurait dépeindre le travail devant les ouvreaux, écrit le citoyen Raoul Haucart, trésorier de la Fédération nationale des travailleurs du verre. Quand nous avons « le mauvais vent », qui refoule les flammes et la fumée ou bien, en été, quand l'air du dehors ne vient plus rafraîchir l'atmosphère lourde des halls de chauffage. Après une heure, toutes les places sont désertées. »

Elles ne le sont pas assez vite souvent le terrible « coup de chaleur » survient d'abord. Le coup de chaleur, c'est l'hémorragie cérébrale, assommant, foudroyant l'ouvrier en face de la fournaise, le jetant mort au pied de cet enfer.

Tous ceux qui tombent, assommés à leur place de travail, ne meurent pas certains restent fous, d'autres doivent abandonner leur profession parce que, remis en présence de bassins flamboyants, ils sont pris d'é^tourdissements et de vertiges.

Ce n'est pas tout. A souffler le verre sans relâche, les joues de l'ouvrier se rompent, les tissus se distendent, les nerfs se brisent tous les souffleurs ont «.les joues cassées.». Ce n'est rien, mais leur appareil respiratoire « se casse » aussi. L'effort du soufflage toujours très dur, meurtrier quand il faut imprimer sur le verre qui se refroidit et devient .rebelle à l'empreinte, les creux profonds ou les saillies d'un moule ornementé épuise rapidement l'ouvrier, exposé de plus à de brusques changements de température au sortir du hall de soufflage le souffleur devient bronchitique. Un pauvre dia.ble frappé de tuberculose ou seulement prédisposé à cette maladie de misère, résisterait un mois au maximum au travail en verrerie cet enfer tue les faibles immédiatement. Il leur laisse, pourtant, le temps de contaminer leurs camarades par l'usage de la canne à souffler.

La canne, de par les nécessités mêmes du travail intensif, passe sans interruptions de bouche en bouche et provoque aux lèvres des crevasses et des écorchures nombreuses c'est le véhicule le plus parfait qui soit de contamination. L'avarie, grâce à elle, se propage très vite chez les verriers. Qu'un ouvrier soit atteint du fléau, toute l'équipe court les plus grands risques d'être contaminée sans délai. Cent quatre-vingts verriers de Rive-de-Gier furent mis assez récemment en quarantaine par la population, tenus à l'é cart comme des lépreux, chassés des cafés, des salons de coiffure, parce qu'on les soupçonnait d'avarie.

L'avarie professionnelle des verriers a été déclarée « accident du travail » par deux jugements successifs des tribunaux, confirmés en Cour d'appel et "Comme telle, donne droit à l'indemnisation fixée par la loi de 1898. Mais il. n'a encore été édicté aucune mesure efficace pour la protection des verriers contre la terrible maladie.

Dans le métier, on ne devient pas vieux. D'une statistique communiquée au Congrès de Rive-de-Gier, de 1905, par le citoyen Raoul Haucart, il résulte que si les retraites ouvrières sont accordées à partir de 65 ans d'âge, quatre-vingt-quatorze pour cent de verriers n'en profiteront pas.

CE QU'ILS GAGNENT

Gagnent-ils leur vie au moins, s'fls arrivent si rapidement à la mort ? Les patrons crient bien haut qu'ils paient aux verriers des salaires exceptionnels.

Or, exception faite pour certains souffleurs de verre à vitre « chefs de place » qui touchent une forte rémunération, mais constituent un fraction infime de la corporation, (un « gros souffleur » sur mille ouvriers environ), la moyenne des salaires, par journée de travail, peut ainsi s'établir Verre à vitre. Cueilieur, 6 francs petit cueilleur, 2 francs-; étendeur, 9 francs; cou..peur,, 5 francs -• foadeur-gazie^ 4 francs;

ajusteur-forgeron magasinier, à 5 francs; manœuvre, 2 fr. 50.

Verre noir (à bouteilles). Souffleur, 7 à 8 francs grand-garçon (second souffleur), 4 fr. 50 à 5 francs cueilleur (celui-là même dont le rôle est de s'exposer tout le jour ou toute la nuit à la température torride de l'ouvreau), 3 francs porteur et auxiliaire, 1 fr."50 c.

Verre blanc. Ouvreur, 8 à 9 francs souffleur, 6 à 7 francs second souffleur, 4 à 5 francs.

Dans toutes les verreries, les fours s'éteignent durant deux mois par an (en moyenne), c'est l'absolu chômage pour les ouvriers dont le salaire de ce fait, se trouve considérablement réduit.

Et à la suite de quelles luttes, par quelles grèves héroïques, les verriers ont-ils acquis de légères augmentations de salaires Comment ont-ils été exploités, affamés Il serait trop long de le redire ici.

L'ÉCONOMAT PATRONAL

Il est remarquable que nombre de ces grèves ont été provoquées par les abus du truck-system.

On sait l'idée qu'évoque le mot. Le truclesystem, système de l'échange, consiste à payer le salaire de l'ouvrier, non en espèces, mais en marchandises, soit directement, soit indirectement, en forçant alors l'ouvrier qui reçoit son paiement à s'approvisionner dans une boutique « un économat tenu par le patron.

Tous les verriers normands se soulevèrent en 1905 contre le truck-system qui faisait d'eux des serfs attachés aux sols de l'usine. Il y en avait parmi eux qui, depuis quinze ans, n'avaient jamais reçu d'argent en échange de leur travail.

Dans l'intervalle d'une paie à l'autre, l'économat patronal avait absorbé tout leur salaire et même au delà. Il y des cas où, sans ,s avoir touché un sou, l'ouvrier devient le débiteur de son employeur.

A Clairet (Vosges), l'économat sévit partout,– trois verriers le père, chef de place, les fils, second souffleur et cueilleur, recelaient ensemble, à la fin du mois, en 1899, la somme de cinq centimes. A Tourouvre (Orne), le maître-verrier, généreux, paye ses ouvriers pas en argent, en jetons que les verriers dénomment monnaie de Cayenne et les commerçants du village acceptent ces « bons de caisse » en' échange de leurs denrées, pas à leur valeur intégrale un jeton d'un franc équivaut à 85 centimes. La raison en est que la verrerie ne rembourse les tickects émis, signés par elle qu'avec une retenue de dix pour cent. Le commerçant prélevant à son tour un petit bénéfice, l'ouvrier, finalement, voit exercer sur son salaire un rabais absolument injustifié, illicite et illégal de quinze pour cent C'est le truck-system.

Quand un jeune ouvrier veut, le dimanche, faire sonner une piécette d'argent dans son gousset, rien ne lui est plus facile des négociants lui échangent contre un franc cinquante lm jeton qui représente deux francs de salaire. C'est encore le truck-system. Dans la famille du verrier, une maladie se déclare la femnie souffre, gémit, ou c'est l'enfant qui râle. Vite, un médecin. Mais la visite du médecin coûte deux francs, et, on le sait, il n'y a pas d'argent chez le verrier. Le bureau de l'économat fait l'avance avec •une bonne grâce touchante. Seulement, le compte de l'ouvrier est débité de trois francs. C'est encore les beautés du truck-system La verrerie qui pratique avec tant de délicatesse l'art de faire rapporter de gros intérêts à de petites sommes, mérite d'être offerte en exemple aux économistes officiels c'est celle de Martaineville (Somme). Un projet de loi portant interdiction de cet odieux système a été soumis à la Chambre et au Sénat. La grève en a eu raison dans quelques contrées il subsiste cependant encore un peu partout.

A NEUF ANS!

Je ne saurais mieux terminer cette rapide étude qu'en citant tout entière la page émouvante dans laquelle MM. Léon et Maurice Bonneff évoquent ia vision de cet enfer ouvrier.

Jamais écrivent-ils jamais nous n'oublierons la visite que nous fîmes inopinément il une verrerie de la. banlieue. parisienne. La demie venait de sonner après minuit. Les fours étaient en plein travail par la gueule béante des ouvreaux, ils projetaient sur les murs des lueurs écarlates où se silhouettaient les ombres des verriers. Des hommes à demi-nus, le poil fuman 1, la, sueur coulant de tous les membres, retiraient des bassins des boules de feu qu'ils promenaient sur leurs cannes le hall était plein d'astres mouvants. L'haleine torride des ouvreaux nous rejetait, congestionnés, vers les portes autour de nous, se faufilant parmi les cueilleurs- et les souffleurs, des enfants couraient, silencieux et rapides. Ils portaient des pièces de verre, des cannes refroidies, des seaux d'eau plus lourds qu'eux. Nous en arrêtâmes un au passage. Il avait des culottes couirtets qui s'arrêtaient aux jarrets un bandeau ceignait ses joues tourmentées de fluxion un cerne de fatigue entourait ses yeux, son visage était cave et desséché un visage de vieux. Nous voulûmes savoir son âge. Longtemps, il nous le refusa la leçon lui avait été bien faite et les menaces avaient porté. Enfin, il le dit tout bas il n'avait pas encore neuf ans.

Neuf ans 1 Quelle misère quelle honte et quel crime i

HENRI GEROULE

4m-h*

LE.M0DVE1DSMT DIPLOMATIQUE Le président de la République a signé après l'agrément des gouvernements intéressés les nominations des ambassadeurs et des ministres

plénipotentiaires.

Les gouvernements intérèssps ayant fait parvenir au ministère des affaires étrangères leur agrément aux choix qui leur étaient proposési par le gouvernement français, le président de la République a signé les nominations suivantes M. Jules Cambon, ambassadeur de France à Madrid, .est nomifcé ambassadeur de France à Berlin, en remplacement de M. Bihourd, admis à faire valoir ses droits à la. retraite.

M. RevfliL ambassadeur de France à Ber-

ne, est nommé ambassadeur de France à Madrid.

M. le comte d'Aunay, sénateur, ministre plénipotentiaire de première classe, est nommé ambassadeur de France à Berne. M. Crozier, ministre plénipotentiaire de première classe à Copenhague, est nommé ambassadeur de France à Vienne.

M. le comte Horric, de Beaucaire, ministre plénitentiaire de première classe, sous-directeur du Midi, à la Direction des Affaires politiques au ministère des Affaires étrangères, est nornmâ ministre de France à Copenhague.

M. Descos, ministre de France à Téhéran, est nommé ministre de France à Belgrade, en remplacement- de M. Benoît, appelé à d'autres fonctions.

M. de la Maxtiniôre, ministre plénipotentiaire de deuxième classe, conseiller d'ambassade à Pétersbourg, chargé des fonctions de chef adjoint du cabinet du ministre des Affaires étrangères, est nommé ministre de France à Téhéran.

M. Benoît, ministre de France à Belgrade, dont la nomination avait été proposée au gouvernement suédois et agréée par lui, a demandé, pour des raisons de santé, à prendre sa retraite.

M. Defrance, ministre plénipotentiaire de deuxième classe à la disposition, est nommé sous-directeur du Midi à la Direction des Affaires politiques du ministère- des- -Affaires étrangères.

M. Kloloukowski, ministre plénipotentiaire de deuxième classe, chargé de l'Agence et du Consulat général de France au Caire, est nommé à la première classe.

Enfin, en exécution d'une délibération pri'se en conseil des ministres par le précédent cabinet, sur la proposition de M. Léon Bourgeois, M. Marcel Chariot, inspecteur général de l'Instruction publique, est nommé ministre plénipotentiaire de deuxième classe il est appelé à ce titre à la présidence de la commission des Pyrénées, en remplacement de M. Le Marchand, nommé ministre plénipotentiaire au Centre-Amérique.

La suite du mouvement diplomatique et ernsulaire comportant d'autres promotions et affectations est également arrêtée et sera soumise inoessamment ù la signature du président de la République.

#S»

Encore un Sçanflale ITniYersitaire Nouvelles poursuites contre le citoyen Vàdez Nous apprenons que de nouvelles poursuites universitaires vont être dirigées contre le citoyen Vadez, directeur de l'Ecole primaire .supérieure de Decize (Nièvre). Notre actif et dévoué camarade n'a commis d'autre crime que de se présenter comme «andiïdat socialiste aux dernières élections législatives, de faire une utile propagande, d'accomplir sincèrement son devoir républicain au second tour, de dire toujours et partout avec franchise ce qu'il pensait être la vérité.

Nous prenons des renseignements précis sur cette affaire qui, nous le savons déjà,- a des dessous intéressants. Nous y reviendrons.

*s~®-&.

DANS L'ARGENTINE

LA GRÈVE DE ROSARIO Extension du mouvement. La solidarité ouvrière.

Les journaux publient des télégrammes, de Rosario, annonçant que la situation s'agrave. Le personnel des .chemins de fer, les balayeurs, les maçons, les charpentiers et presque tous les autres corps de métiers ont décidé d'adhérer à la grève.

Les débardeurs de plusieurs ports du littoral ont abandonné le travail, par esprit de solidarité.

&-».«,

AU MAROC

LE DÉPART 9

DES ESCADRES

SVamiral Touchard quitte Tanger

L'amiral Touchard a quitté hier soir la rade de Tanger avec les forces navales francoespagnoles seuls le Forbin et un croiseur espagnol resteront jusqu'à nouvel ordre ici. C'est avant-hier que les ministres de France et d'Espagne ont remis à Mohamed el Torrès la note concertée entre les deux gouvernements au sujet du rappel des navires. Mohamed el Torrès, après en avoir pris connaissance, l'a expédiée par courrier spécial à Fez.

Le séjour de l'escadre et l'Allemagne Uu télégramme de Tanger à la Gazette de ̃ Cologne dit

Une preuve évidente de la bonne discipline existant dans les deux escadres est fournie par ce fait que pendant la longue période de leur séjour dans ces eaux, il ne s'est produit aucun incident sérieux de désordres à terre ou de conflits avec les indigènes. .̃- ̃ Au point de vue des relations socia!ésï;l%scadre française a laissé ici une très agrêffljïe.im•pressiop.. ''̃'•:•'̃ L'amiral Touchard s'est acquis les plus grandes, les plus vives sympathies et l'estime de tous ceux qui l'ont approché, dans le corps diplomatique comme dans d'autres sphère»

Les relations qu'il entretint avec les Allemands, comme avec les autres légations, furent des plus agréables, et se manifestèrent dans plusieurs visites mutuelles et invitations réciproques. Les opérations contre Erraissouli 'T

Le bruit qui avait été répandu avant-hier de la reprise des opérations contre le caïd Zellal de la tribu des Beni-M'saoucr, chez qui Erraissouli s'est réfugié, est exact. La mehalla est à dix kilomètres de la résidence de Zellal.

Les troupes qui avaient occupé Arzila ont rejoint le gros de la mehalla, ainsi que Ben Mansour et sa troupe.

D'autre part, la tribu des Ouedras, voisine des Beni M'saouer, a reçu l'ordre de rejoindre la mehalla. Toutes les forces doivent participer aujourd'hui à une action décisive. On dit qu'El Guebbas se rendrait sur les lieux de l'action.

L'action du Roghi

Une dépêche de Melilla annonce que les partisans du Roghi élèvent des fortifications autour d'Alcazaba de Beni-Sicar près des li- 1 mités, des posséssiona espagnoles*

DANS UNE USINE DTï'RY-SUR-SEINE

LE DUS!! ni EN PÉ1 Comment on fait le vide dans les lampes î incandescence. Les dangers de l'emploi du phosphore. Un certificat médical proîiant. Les nou-

veaux projets de la Société

générale d'électricité.

Notre conclusion.

La Compagnie générale d'électricité ex» pioite à Ivry-sur-Seine, place de la Mairie, une usine importante dans laquelle soixan-.te-dix ouvriers son occupés tr faire le vide dans les ampoules de verre et les lampes à incandescence. L'opération est simple. Mu. nies à l'intérieur de leurs fils de charbon où doit se répandre la lumière, les lampes se terminent à leur extrémité inférieure par, un tube qui plonge dans un récipient conte.nant une substance blanche connue en chi- mie sous le nom d'anhydride phosphorique. Ce dernier récipient contient un autre tube coudé qui aboutit à une pompe à mercure. La pompe, mise en mouvement, absorbe l'air enfermé dans la lampe où le composé du phosphore exerce son énorme puissance desséchante. L'invisible vapeur d'eau est donc en même temps rapidement absorbée. Le vide effectué, on coupe, sous la flamme d'un chalumeau, le tube de verre dont la lampe était garnie à son extrémité inférieure on ferme. On s'assure ensuite que la monture supérieure est bien close au passage de l'air. L'opération est finie. La lampe est prête à être livrée au commerce. Le travail, on le voit, n'est pas compliqué; mais il présente, malgré toutes les précautions prises par les hommes de science qui dirigent cette industrie, des dangers réels, des dangers certains pour les ouvriers qui l'accomplissent. Le composé du phosphore, qui détermine l'absorption de la vapeur d'eau, ne se manipule pas sans dégager une poussière, extrêmement ténue dont le pouvoir intoxicant cause à l'organis-m-e des troubles sérieux. Nous avons en main un document médical qui en fan foi, la copie d'un certï fleat délivré à deux ouvriers de l'usine d'Ivry-sur-Seine par le docteur Prieur, Une preuve

Ce document mérite d'être reproduit intégralement. Le voici

Je soussigné, Prieur, docteur en médecine di ta Faculté certifie avoir examiné les sieurs et à Ivry, tous deux travaillant dans une usine où on manipule le phosphore.

J'ai constaté chez ces ouvriers certains symptômes d'intoxication par celte substance et chez des ` hommes admirablement constitués, troubles consistant en des vertiges, des vomissements matutinaux, des tremblements, des déchaussements des dents.

Dans ces conditions, il serait, à notre avis, tout à tait préjudiciable à la femme d'apporter son concours dans une industrie, sinon meurtrière, du moins nuisible et préjudiciable à la santé et pouvant, chez la femme, être une cause d'accouchements prématurés en cas de grossesse.

En foi de quoi fai délivré le présent certificat. Paris, le 22 janvier 1907. D' Pa~aa:

D' Prieur.

Empldiera-t-on des femmes ?

La lecture de ce document, que d'autres viendront confirmer, suggère l'idée que Fusi-. ne d'Ivry-sur-Seine et les usines du même genre devraient être classées parmi les établissements insalubres. Il semble aussi que l'exploitation de cette usine devrait être soumise aux prescriptions de la loi de 1892 qui interdit l'emploi des femmes dans les maisons où le phosphore est manipulé. Nous croyons savoir qu'aucun règlement d'administration publique n'est intervenu pour créer des exceptions dans cette règle d'interdiction générale. Il n'est donc pas téméraire d'affirmer que si la Société générale d'électricité introduisait des femmes dans son personnel de travailleurs, elle violerait la loi avec la plus entière- désinvolture. ̃ Cette violation ne serait pas encore un fait accompli mais on nous assure qu'elle se prépare. La Société générale fait depuis quelque temps construire avec une hâte fiévreuse de nouveaux ateliers à Ivry-sur-Seine. On nous a certifié qu'elle avait l'intention d'y installer des femmes qui y manipuleront le phosphore. La'seule innovation qui serait introduite dans ces ateliers, consiste, rait dans le remplacement de l'huile par le mercure dans les pompes pneumatiques. Voilà ce qui se dit tout haut à Ivry. Voilà ce que nous ont répété des personnes bien averties.

Double danger

Le syndicat des ouvriers d'Ivry, adhérent à la Fédération des verriers, s'est ému des desseins patronaux dont la mise en pratique pourrait avoir pour résultat de les jeter, les uns après les autres, sur le pavé de la rue. Là, comme ailleurs, on éliminerait sans doute les travailleurs les plus conscients et les plus hardis qui forment le noyau syndical. Et si les autres s'avisaient de protester contre la diminution des salaires ou l'aggravation des conditions de travail, on ferait rapidement place nette. L'esprit d'autorité et l'égoïsme du haut patronat auraient ainsi la victoire.

La question est plus élevée encore et plus grave. Elle est. susceptible d'éveiller, au point de vue humanitaire et social, des inquiétudes que le ministre du Travail et les législateurs ne sauraient écarter. S'il est démontré que les déclarations du docteur Prieur ont une valeur sceintifique, si la seule manipulation du phosphore détermine dààïs l'organisme féminin des troubles profonds qui peuvent atteindre l'enfant dans le sein maternel, la cause que nous défendons est jugée. La raison et la loi appuieront et feront triompher la juste requête des ouvriers d'Ivry. Et si la Société générale d'électricité veut quand même en faire à sa tête, le gouvernement aura la parole, et c'est lui qui, à coup sûr, aura aussi le der- Inier mot.

A.-M. MAURES.

Lire à la deuxième page la Tribune Coo-. péralive de notre collaborateur Xavier Guil* lernin.

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LA CRISE HONGROISE Budapest, 23 janvier. Le Conseil des ministres se réunit, ce soir, à six heures., Une crise ministérielle est probable. Budapest, 23 janvier. Dans les sphères politiques, on considère la retraite de M..1 Polonyi comme certaine.

Budapest, 23 janvier. Les journaÇÎS annoncent que le comte Andrassy dérnis^pionne également, 'parce qu'il a fait ressor-. Ijr la nécessité, .-pp.u>r M. Polonyi, de traduirôtj ses accusateurs devant les tribuaau$B