Reminder of your request:


Downloading format: : Text

View 1 to 442 on 442

Number of pages: 442

Full notice

Title : Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur (Côte-d'Or)

Author : Société des sciences historiques et naturelles (Semur-en-Auxois, Côte-d'Or). Auteur du texte

Publisher : (Semur)

Publisher : Imprimerie Bordot (Semur-en-Auxois)

Publication date : 1901

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 9244

Description : 1901

Description : 1901.

Description : Collection numérique : Fonds régional : Bourgogne

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k213724t

Source : Bibliothèque nationale de France

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34412413r

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 29/10/2008

The text displayed may contain some errors. The text of this document has been generated automatically by an optical character recognition (OCR) program. The estimated recognition rate for this document is 95 %.
For more information on OCR


BULLETIN

SOCIÉTÉ DES SCIENCES HISTORIQUES ET NATURELLES

SEMUR-EN-AUXOIS (Côte-d'Or)

SEMUR-EN-AUXOIS

IMPRIMERIE COMMERCIALE ET ADMINISTRATIVE V. BORDOT 1901

DE LA

DE

Année 1901


Publications de la Société des Sciences historiques et naturelles de Semur

1864. Bulletin.

1865. id.

1866. id.

1867. id.

1868. id.

1869 1870. id. 1871. id.

1872. id.

1873. id.

1874. id.

1875. id.

1876. id.

1877. id.

1878. id.

1879. id.

1880. id.

1881 1882. id.

La Société laisse à chaque auteur l'entière responsabilité de ses opinions et de ses appréciations.

INDEX

DES

1883. Néant.

1884. Bulletin.

1885. id.

1886. id.

1887 et 1888. – id.

1889. id.

1890. – id.

1891. – id.

1892–1893. id.

189' id.

1895–1896. id.

1897. id.

1898. id.

1899. Table générale.

1900. Néant.

1901. Bulletin, nom elle série


PREMIÈRE PARTIE

SCIENCES HISTORIQUES


Le premier article du présent volume, L'Auxois dans les temps préhistoriques est la suite d'une étude dont le commencement a été publié dans le Bulletin de l'année 1898 (pages 1 à 32.) Cette première partie était elle-même le développement en ce qui concerne le Châtillonnais, d'un travail inséré partiellement dans la Revue de l'Ecole d'anthropologie, en juillet 1894.

ERRATUM


DANS LES TEMPS PRÉHISTORIQUES

Recherches sur les primitifs habitants et leur industrie jusqu'à la conquête de la Gaule par les Romains.

(Suite)

Dans les tranchées ouvertes entre Chagny et Dijon, lors de la construction de la grande ligne du P.-L -M., on trouva de nombreux ossements d'animaux quaternaires dont la description a eté donnée assez récemment dans les mémoires de la Societé géologique de France. La grotte de Fouvent-le-Bas, près Champlitte (Haute-Saône), fouillee par M. Nodot, pour le compte du Musée d'Histoire naturelle de Dijon, a livré également de très nombreux ossements appartenant aux espèces habituelles de ces sortes de dépôts. Parmi ces restes, on trouve le glouton, qui s'est aussi rencontré dans la grotte de Contard, près Dijon (1).

Dans le Doubs, nous avons visité, en 1883, la grande caverne de Gondenans-les-Moulins, canton de Rougemont.

A quelques centaines de mètres de l'entrée, tout à fait au fond, qui devient vaste et elevé et se termine par un puits vertical formant abimc et où l'on n'est pas encore descendu, on trouve un veritable charnier ou cimetière u grand ours des cavernes. Les ossements des squelettes sont parfaitement conservés et gisent dans la position où la mort a surpris ces animaux.

Tout indique que cette grotte leur servait de repaire et (1) Une visite à la grotte de Fouvent (Haute-Saône). Mémoire posthume de M. Nodot, membre de l'Académie de Dijon. Avec 2 planches. Dijon, Rabutot.


qu'elle a été fréquentée pendant de longs siècles par ces redoutables animaux féroces, maîtres de la contrée; après y avoir vécu, ils sont venus mourir dans leur antre de prédilection.

Aucune fouille scientifique et suffisante n'ayant encore éte faite, nous ignorons si cette caverne a eté habitée par l'homme; mais dans la plaine, au village de Gouhelans, nous avons parfaitement constaté le passage des populations de l'âge de la pierre.

Les belles grottes d'Osselles, sur les bords du Doubs, audessous de Besançon, ont également révelé la presence de l'ours des cavernes par un magnifique squelette complet. II

Dans les dépôts d'alluvions quaternaires de la plaine du bassin de l'Auxois, les ossements d'espèces d'animaux disparus font à peu près defaut; ils ont vraisemblablement disparu sous l'influence des nombreux agents qui concourent à la désorganisation des restes des êtres vivants.

Ils n'y font pas pourtant entièrement défaut, mais ils sont de la plus grande rareté ou sont enfouis à une grande profondeur dans les lieux encaissés.

Nous avons trouvé dans le limon jaunâtre quelques débris osseux qu'il nous a été impossible de déterminer en raison de leur petit volume et, dans une extraction de phosphates, à Bard-les-Epoisses, des lamelles reconnaissables ayant appartenu à des dents d'éléphants et des parties minces d'ivoire qui doivent être des restes de défenses.

« S'ils n'avaient pas eté detruits, ils devraient s'y trouver aussi en grande quantité, mais, exposés à la surfaoe de la terre et à l'action destructive des cléments atmosphériques, ils n'ont pas été recouverts aussitôt comme ceux des pentes des montagnes et ils ont été rapidement détruits. A defaut d'ossements, dont la dispariton ne fait pas de doutes, la presence de l'homme y est attestée par son industrie, accusee par les nombreux silex taillés et les restes de foyers que nous allons trouver en abondance dans de nom-


breux endroits où les premières peuplades ont stationné de préférence.

Les défoncements de terrains pour l'enlèvement de la couche de phosphate ont mis à jour une quantité considérable d'éclats de silex sur les communes de Meilly-sur-Rouvres, Sainte-Sabine, Vandenesse, Chazilly, Cussy-le-Châtel, Essey, Créancey et Thoisy le-Désert, dont les riches territoires situes au centre d'une belle plaine, forment le point de partage des eaux ou ligne de laite entre les bassins de la Seine, d6 la Loire et du Rhône. Ils se sont montrés particulièrement nombreux sur les surfaces planes légèrement ondulees situees vers le haut de Meilly et Thoisy-le-Désert, où se trouvent les sources de YArma.nçon (1). Ils gisent sans aucun ordre et sont disséminés dans ce terrains jaunâtre chargé de minerai de fer et que l'on appelle dans le pays terre de cran.

Dans le canton de Semur, sur les communes d'Epoisses, Forleans, Torcy, Corrombles, Jeux et Bard, Vic-de-Chassenay, Flee, Montigny-sur-Armançon, Brianny, Roilly, Villeneuvesous-Charigny, Clamerey et Saint-Thibault, les mêmes silex mais moins abondants ils sont stratifiés et diffèrent sensiblement de ceux des environs de Pouilly-enAuxois. On les trouve aussi plus fréquemment à la surface du sol, particulièrement sur les pentes ravinées où ils ont été arrachés à leurs gisements primitifs, ce qui s'explique bien par les accidents et l'aspect moutonné des ondulations de la plaine où ils ont été mis à jour.

Il est vraisemblable que sur nombre de points non -accessibles aux explorations, comme les prairies, les forêts et d'autres surfaces recouvertes par les dépôts transportés d'ori(1) La source de YArmançon se trouve dans un pré à l'extrémité du territoire d'Essey, et son débit est assez faible. On trouve tout autour de nombreux vestiges de substructions sur une assez vaste surface indiquant que ce lieu était habité et devait former un meus important à l'époque galloromaine, et des sculptures et fûts de colonnes mis a jour. Tout fait supposer qu'un temple y existait comme aux Sources de la Seme, consacrant ces eaux à quelque divinité du paganisme- Ce lieu est connu dans la région sous le nom de Ville d'Armançon, et de buisson de Tagny, sous lequel il figure au cadaslre de la commune. Des fouilles faites en 1891 y ont fait découvrir un certain nombre de squelettes humains, des débris de mosaïque et des pans de murs, de près de 1m50 enfouis dans les décombres.


gines alluviales ou diluviennes il doit exister de nombreux vestiges semblables où il est impossible de faire la moindre découverte sans le secours de terrassements et faisant douter que la population de ces premiers âges était beaucoup plus dense qu'on ne le croirait de prime abord.

Ces silex de toutes formes et d'éclats dont la grandeur dépasse rarement 10 à 12 centimètres, n'ont pas eté entraînés ou roulés avec les limons qui les ont recouverts, car ils ont conservé toute la netteté de leurs arêtes et texture primordiales, et ne sont pas descendus tous seuls de la surface dans une vase molle à la base du sol, où on les rencontre aujourd'hui. Ils sont bien à leur place normale où les hommes primitifs les ont abanbonnes.

Géologiquement, le sol de notre département ne contient pas de gisement de silex pyromaques des terrains crétacés et ceux que nous trouvons y ont été apportés. Par leur long séjour à l'air ou dans la terre, ils sont entièrement patinés et sont transformés en cacholon d'uno couleur blanche, ce qui est la meilleure preuve de leur authenticité.

Une variété siliceuse qu'on rencontre à Gissey-le-Vieil et près de Sombernon, à Thostes, Vic-de-Chassenay et Courcelles-Framoy, a été quelquefois employee mais ne donnait pas comme ceux du Mâconnais ou de la Champagne des éclats tranchants et faciles à travailler. C'etait donc des premiers que les hommes primitifs se servaient de préférence ce sont ceux-là qui ont fourni la matière première des armes et outils rencontrés dans l'Auxois.

Ces silex devaient être apportes en blocs naturels ou gros noyaux recouverts de leur écorce et des éclats conchoïdes en étaient detachés par percussion, suivant les besoins, par un marteau ou percuteur, fait d'une autre pierre résistante et qu'on rencontre communément. Les éclats detachés etaient ordinairement tranchants mais lorsqu'ils étaient ébréchés, pour leur donner un nouveau coupant, on les retaillait à petits coups formant des écailles, ou on leur donnait les formes propres à l'usage do pointes, râcloirs, perçoirs ou grattoirs et autres ustensiles servant à la fois d'armes ou d'outils usuels. Nos indigènes devaient aller chercher eux-mêmes ce silex


dans les contrées où on le trouve naturellement. Nous ne pensons pas qu'ils l'aient obtenu par trafic ou voies d'échanges; cela indique que, pour leur approvisionnement, ils faisaient des courses assez éloignées et périlleuses si l'on tient compte des difficultés de toutes natures qu'ils devaient rencontrer dans dans ces voyages au milieu d'immenses forêts vierges. Les Indiens d'Amerique, dont l'état de civilisation n'était guère plus avancé avant leurs relations avec les émigrants et colons européens, entreprenaient de très grands voyages pour se procurer les matières premières composant leur grossier outillage, entre autre l'obsidienne, sorte de pierre très tranchante possédant la couleur et la finesse du verre à bouteilles et qui remplaçait pour eux le silex.

L'objet en silex le plus commun, rencontré indistinctement dans tous nos stationnements, est en forme de pointe avec arêtes taillées comme nous l'avons déjà dit, cet outil est aussi une arme on lui a donné le nom de pointe de Moustiers. Il y a de ces pointes de toutes grandeurs, depuis 2 jusqu'à 10 et 12 centimètres, et d'un travail plus ou moins achevé. Elle devaient être sans doute fixées par des liens et attachées à des manches en bois ou introduites dans l'intérieur d'os à moelle, servant ainsi de têtes de lances, javelots ou poignards. Les plus petites pointes assujetties a l'extrémité d'une baguette souple étaient des flèches employées à la chasse des animaux. Il y en a d'assez effilées et déliées ayant dû faire l'office des perçoirs pour les peaux et le bois. Ce dernier était aussi travaillé et, durci au feu, devait être sous forme d'épieu, une arme redoutable même entre les mains vigoureuses de l'homme primitif.

Les racloirs sont des éclats arrondis par la taille en quart de cercle plus ou moins ouvert et dont la partie opposée au coupant est plus épaisse afin de ne pas blesser la main. Il y en a portant des ébrèchures formant dentelures et certainement employés comme scie.

Des couteaux à arêtes aux tranchants plus vifs ont été également trouvés en très grand nombre.

Toute la qualité de ces armes et outils était dans la finesse du tranchant et sa conservation bien éphémère. La retaille


était loin de valoir la délicatesse du premier clivage donnant souvent un taillant absolument délicat et fin.

On rencontre souvent des boules de quartz et rognons siliceux couverts de meurtrissures et d'écaillés à première vue, on croirait voir des galets roulés, mais en les examinant avec attention, on reconnaît qu'ils s'adaptent bien à la main et ont servi à l'homme.

Leur usage comme instruments à tailler le silex ne fait pas de doute ils servaient aussi à casser les os pour en extraire la moelle, ainsi que l'atteste la decouverte des ossements de la brèche osseuse de Genay, qui sont tous casses, à l'exceppion des os ne contenant pas de moelle, et des têtes d'articulations.

On suppose donc que les hommes primitifs étaient très friands de moelle. D'ailleurs, chez les sauvages actuels, le privilège de la moelle appartient aux chefs seuls, d'après les relations des voyayeurs.

Malgré les plus attentives recherches .dans toutes ces stations de la plaine ainsi que de la montagne, nous n'avons jamais rencontré les moindres debris de poterie, ce qui indique que cette industrie était inconuue de l'homme de cette époque.

Mais il connaissait le feu, et comme nous l'avons dit plus haut, on a trouvé des os charbonnés à Genay, Saint-Aubin et Santenay. Dans la plaine, nous avons remarqué sous l'alluvion, au lieudit la Pièce de l'Orme, auprès de Meilly, dans un point où les silex étaient abondants, plusieurs espaces circulaires recelant des cendres et des charbons, de même près d'Epoisses, à Changy, et recouvert de la couche jaune d'aubue vierge et non remaniée.

ÉPOQUES DE SOLUTRÉ ET DE LA MAGDELKINE

Les époques de Solutré et de la Magdeleine sont assez mal caractérisées dans l'Auxois par leur industrie spéciale. Nous ne les séparerons point, n'ayant pas suffisamment de certitude par le peu de faits que nous avons recueillis. Une belle pointe double en feuille de laurier a été trouvée près du bois de Longenièvre, à Cernois, avec d'autres plus


petites de ce même modèle, mais pouvant aussi bien appartenir à une époque plus récente. Des lames de silex taillés convexes en grattoirs à l'un des bouts, représentent l'industrie de l'époque de la Magdeleine où l'on se servait de préférence d'outils en os, sur lesquels on traçait même des dessins d'animaux. Mais ces échantillons, premières manifestations de goûts artistiques et d'images figurées, font absolument défaut dans la Côte-d'Or.

Les seuls restes que nous attribuons à ces époques sont les nombreux foyers creusés dans l'alluvion ancienne et gisant autour des fontaines de la commune de Vic-de-Chassenay, entre Semur et Cernois ou Courcelles-les-Semur, lieudits les Baltées et le Maupas, et autour desquels on a rencontré à la surface du sol un très grand nombre de silex mélangés et appartenant à plusieurs époques de l'âge de la pierre. Ces cendriers avec charbons, montrant les fibres du bois, sont des espaces circulaires ayant de lm50 à 2 mètres de diamètre et ont encore, malgré les degradations des labourages successifs, depuis un temps immémorial que ces terrains sont cultivés, 0œ40 d'epaisseur leurs surfaces un peu en cônes sont rougies, les terres environnantes sont cuites et ont l'apparence de la brique, ce qui indique un feu intense et prolongé. On y trouve également des vestiges d'ossements décomposés ou empâtes dans des concrétions ferrugineuses, des petits silex bruts et des gallets roulés.

Les cendres ou résidus de ces foyers ayant été étendus sur les terres voisines n'ont absolument produit aucun effet sur la vegétation, tellement elles avaient été lessivées par les pluies et avaient perdu, chose vraiment surprenante, toutes leurs vertus fertilisantes. Ce n'est pas la même chose pour les foyers recents de l'âge de la pierre polie contenant des poteries ceux-ci donnent à la vegétation une grande vigueur. C'est donc une preuve à l'appui de la grande antiquité des premiers. Du reste, ce n'est pas la première fois que nous faisons des remarques analogues pour tous les stationnements de cotte époque; nous y avons toujours remarqué l'entière disparition, sous l'action du temps, de ce riche humus qui s'estforme dans tous les lieux fréquentés ou habites.


Les très nombreux objets et débris dont il est parlé dans ce mémoire, objets provenant des recherches de l'auteur ou des personnes qui l'ont aidé dans ses investigations, font partie de la belle collection de l'âgé de la pierre du musée de Semur; de celui de la commission des antiquités de la Côte-d'Or, à Dijon de Beaune, des origines nationales de Saint-Germainen-Laye du muséum d'histoire naturelle de Toulouse, de l'école d'anthropologie de Paris et de plusieurs autres collections publiques parmi lesquelles nous citerons celle de M. le docteur Louis Marchant, de Dijon, ayant eu à cœur de faire connaître nos découvertes et parles comparaisons et par les échanges d'observations avec les personnes à même de nous aider dans ce genre d'études nouvelles pour nous. D'autres explorateurs et chercheurs ont assisté à d'aussi heureux résultats et ont pu former de très belles collections de silex taillés. M. Cunisset-Carnot a particulièrement fait de riches récoltes dans les exploitations de phosphates du canton de Pouilly-en-Auxois, à Meilly et aux environs. Cette collection très importante a été donnée par son auteur au musée de la commission des antiquités de la Côtc-d'Or où, jointe à la nôtre, forme un ensemble des plus importants pour l'étude de l'industrie des âges de la pierre. M. Mailly, percepteur de Courcelles-les-Semur, dans les années 1867-1868, réunissait dans les communes de sa perception, Vic-de-Chassenay,Courcelles-les-Semur, Fiée, Montigny-sur-Armançon une fort belle série d'objets de toutes les époques de l'âge de la pierre, trouvés à la surface du sol. MM. Cazet et Chanson, instituteurs dans notre arrondissement, ont fait de nombreuses découvertes déposées au musée de Semur.

Enfin M. François Merle, de Torcy, a recueilli dans sa région d'importantes séries dont il a libéralement disposé au profit de plusieurs collections publiques. D'autres personnes, que ces recherches avaient intéressées, ont également recueilli de fort nombreuses pièces qui sont dispersées un peu partout (1).

(1) Ce serait surtout le cas de recommander à MM. les Instituteurs et à leurs élèves de ramasser les silex qu'ils rencontrent dans la campagne pour former leurs collections scolaires.


Pendant ces longs siècles de l'âge paléolithique, on n'a découvert nuls indices faisant supposer que l'homme se soit livré à la culture des céréales ou ait domestiqué quelques animaux. S'il mangeait quelques racines ou fruits sauvages, il vivait surtout de la chasse des herbivores qui, en troupes nombreuses, parcouraient les marécages de la plaine. Dans des moments de famine ou disette, si la nourriture venait à manquer, les êtres humains se mangeaient entre eux. L'exploration de certaines cavernes a fait découvrir des traces évidentes de cannibalisme les os humains étaient cassés et portaient des traces de raclures comme ceux des animaux. C'etait donc un état de sauvagerie et de grande barbarie, bien voisin de l'animalisme, état dans lequel tous les soucis étaient ceux de l'existence.

Ce mode de vie à l'origine des societés a duré fort longtemps, et le commencement de la civilisation ne date réellement que de l'époque où les hommes se sont attachés au sol par la culture.

En raison des faibles moyens dont l'homme paléolithique disposait avec ces armes en pointes de silex, on doit raisonnablement supposer que la ruse devait, dans une large mesure, suppléer à la force. Comment aurait-il pu attaquer des colosses comme le mammouth, ou des animaux agiles comme le cheval, le cerf, ou terrible comme un herbivore blessé de la taille de l'aurochs aux cornes puissantes? L'audace et le courage ne suffisaient pas à la faible force de l'homme pour en faire sa proie. Encore devait-il moins s'attaquer aux féroces carnassiers comme l'ours des cavernes, qu';l cherchait à éloigner par les foyers allumés la nuit, foyers que nous rencontrons si fréquemment.

Nous croyons bien volontiers qu'il devait vivre surtout avec les restes abandonnés par les bêtes féroces qu'il devait surveiller et épier lorsqu'ils avaient terrassé un animal, afin de trouver sa nourriture, alors que le fauve était repu. Le type de la race humaine est très différent de celui du premier âge, ainsi que nous l'ont appris les restes humains de Cro-Magnon et des cavernes des bords de la Lesse, en Belgique.


« La statue était petite, la tête ronde (brachy cêphalé), le « visage large et carré, les cheveux noirs. On n'a point « constate jusqu'ici un prognatisme général, c'est-à-dire la « proeminence et l'inclinaison en avant des dents antérieures « des deux mâchoires, caractère propre à la race nègre, non « plus qu'une dépression du cerveau qui annoncerait une « dégradation intellectuelle. Le crâne présentait ordinaire« ment une épaisseur plus considérable que chez l'homme « moderne (I) ».

Dans une conférence faite le 15 août 1893, par M. de Mortillet, aux membres de la Societé d'histoire naturelle d'Autun, conférence dont le sujet était Premiers habitants d'Autun et abri de Saint-Aubin. (Je savant faisait ainsi le portrait peu différent des precedents (2).

« L'Homme des époques chelléenne et moustérienne, notre premier ancêtre, n'etait pas beau, oh mais non, pas beau du tout

Son crâne etait allongé, étroit et resserré sur le devanl, elargi et fortement développé dans sa partie postérieure; le front extrêmement fuyant, faisait pour ainsi dire defaut; les arcades sourcillières fort proeminentes la bouche robuste, très avancée, le menton faisant defaut la cage thoracique ou haut de la poitrine, fort developpee, devait faire paraître le cou comme rentré dans les épaules par suite de l'inclinaison du plan supérieur des tibias, les jambes, au lieu d'être droites, devaient se maintenir plus ou moins coudées. Et si nous en jugeons par les représentations humaines que nous ont laissé les artistes magdaléniens, les premiers hommes devaient avoir le corps très velu dans les deux sexes. C'était bien un homme, ses formes générales, son développement industriel le prouvent. Mais c'était un homme conservant encore beaucoup de caractères simiens L'aspect général de cet homme rappelle plus certainement un anthropoïde qu'un Apollon du Belvodère. (1) Le lion. L'ilomme fossile. Ouv. cité.

(2) Conférence du 15 août 1893. Séance extraordmaire sous la présidence de M. le docteur Gillot. Premiers habitants d'Autun et abn de Samt-Aubm, par G. de Mortillet, tirage à part d'auteur, m-8°, des Mémoires de la Société d'Histoire naturelle d'Autun, page 123 et 141.


C'était évidemment un intermédiaire entre l'antropopithèque et l'homme civilisé moderne. En effet si nous rapprochons un squelette de gorille d'un squelette d'homme blanc, nous voyons que l'homme du quaternaire inférieur et moyen ou chelléo-moustérien se place entre les deux. Il se rapproche plus du second que du premier, mais il est intermédiaire. « Plus tard, pendant le Magdalénien, c'est à-dire vers la fin du quartenaire, nous rencontrons des débris humains qui se rapprochent beaucoup plus des formes actuelles. Mais les têtes sont toujours longues, à fortes extensions occipitales COMMENT S'EST OPÉHEE CETTE MODIFICATION ? 2

« L'examen attentif de 1 industrie quaternaire nous montre « un développement continu, un progrès régulier, sans sou« bresaut, sans apparition subite de formes et surtout de « techniques spéciales. Nous devons par conséquent renoncer « à toute idee d'envahissement, d'arrivée de race nouvelle. La « race de Néanderthal etait donc la race autochtone qui a <> habité tranquillement lo pays pendant tout le quaternaire. « Si, vers la fin du quaternaire, certains caractères ont dis« paru, certains autres caractères se sont produits, cela tient « uniquement à ce qu'il y a eu modification et amélioration « dans la race humame, modifications et améliorations ana« logues à celles que nous avons constatées dans l'industrie. » La race quaternaire dolichocéphale, c'est-à dire à tête « longue, est donc la race autochtone de la France. » IV

Lorsque aux sommets des montagnes de -Viserny, Bard, Genay ou du Telégraphe de Semur, le géologue familier avec la statigraphie géologique de l'Auxois observe avec attention lestreliefs topographiques du vaste panorama qu'il a sous les yeux, jusqu'aux monts boisés du Morvan, il remarque que la partie la plus basse est le cours de la rivière l'Armançon, et que les dechiquetures ou plis sont les lits creusés pat do petits ruisselets, affluents grossis au moment des pluies. C'est aussi dans le sens même du cours des eaux que les différents ter-


rains sédimentaires déposés sur les terrains granitiques ont leur inclinaison, c'est-à-dire vers le N.-O. Le lias et les couches du système olithique, qui forment les dépôts les plus puissants, sont amincis à leur origine; particulièrement les marnes du lias, par leur nature molle, ont offert plus de prise à l'action puissante des vastes érosions qui ont donné au pays sa physionomie actuelle.

La nature des couches de terrains depuis l'apparition de l'homme à l'époque quaternaire est nettement caractérisée. C'est sur les pentes des hauteurs, particulièrement à labase des ceintures de rochers du calcaire à entroques ou bajocien, que l'étage marneux du toarcien s'est minée et a commencé l'écroulement en masse des rochers. Ceux-ci, arrêtés sur les pentes, y ont formé des dentelures ou cavités contrebutant les descentes sous l'action des pluies, de pierrailles et graviers de moindre volume qui ont formé à la longue des dépôts et sablières plus ou moins puissantes. Tous les pourtours de nos collines sont ainsi formés et les immenses sablières de Rougemont, au-dessous de Montbard, dans lesquelles on reconnaît à la teinte le lit qui s'est formé à chaque apport, n'ont pas d'autres origines.

Parfois aussi les crevasses ou fentes des rochers qui se trouvaient béantes ont éte remplies de graviers ou limons rouges contenant des ossements d'espèces précédemment décrites et souvent enfouies à de très grandes profondeurs. Le -ait a éte constaté plusieurs fois dans les carrières ouvertes pour l'extraction des pierres de taille ou matériaux de construction. Exemple Mont-Dregey, Menetreux le-Pitois, Vitteaux, etc.

Dans la plaine tous les terrains jaunâtres, argileux avec grains do fer formant manteau sur les bancs calcaires et autres de la baso, appartiennent egalement à l'époque quaternaire. Il existe bien sous ce limon, mais sur de faibles espaces, une terre plus grasse, plus ténue, colorée souvent par l'oxyde de manganèse et qu'on peut attribuer aux bancs calcaires détruits et dissous

Ces terrains de transport sont de plusieurs natures et d'âges fort différents, de même que leur distribution etleurpuissance.


Ils ne sont pas toujours superposés ou stratifiés et il arrive le plus fréquemment que l'on rencontre seulement une seule couche couvrant des surfaces plus ou moins étendues. On n'y rencontre jamais de cailloux ou roches calcaires arrachés à leurs gisements primitifs cos roches ont vraisemblement disparu par la disolution sous l'action du temps dans un milieu destructeur.

Les coupes les plus complètes de cette succession de dépôts que nous ayons relevées s'etendent do la Terre-Plaine vers Savigny (Yonne), en passant par les communes de Vieux-Château, Montberthault, Forléans, Courcellcs-Frémoy, Torcy, Vic-de-Chassenay et Courcelles-les-Semur, jusqu'au relèvement granitique de la profonde dépression de la faille de Fiée.

C'est une première zone des terrains récents coupés encore de ci et de là par les terrains primitifs qui se montrent au fond des dépressions creusées par plusieurs ruisseaux dont le ru de Cernant est le plus important.

Dans la partie de l'Auxois comprise dans les cantons de Pouilly, Arnay-le-Duc et même Bligny-sur-Ouche, la puissance des dépôts est bien moindre, surtout dans le centre du cirque à Meilly ou à Chazilly, où elle s'annonce le plus souvent par une seule couche.

Les coupes les plus complètes sont celles que nous avons relevées sur Vic-de-Chassenay et Torcy. Dans cette dernière commune on peut en étudier une avec les plus grands détails dans la tranchée du chemin de fur la plus profonde entre Pouligny et Menétoy; ell^ e^t des plus typiques.

Lieu dit Les Battées, sur le territoire de Cernois, près de la ferme de Cernaisot, nous avons pris la coupe suivante 1" Terre végétale 0m 10 2° Terre jaunâtre, dite Aubue, contenant de rares grains de fer, des parties micacées ou feldspathiques des plus reconnaisables provenant de granits décomposés 2m00 3° Terrain noirâtre contenant abondamment des grains de fer à l'etat d'hydroxyde, souvent en couches A reporter.. > 2m 10


Report. 2m 10

séparées et presque pures à la partie supérieure; plusieurs de ses nodules ferrugineux atteignent la grosseur du poing. 1 m 40 4° Terre jaunâtre assez Gne avec rares grains ferrugineux. 0m3) 5° Terre blanchâtre à délits recouvrant la couche de phosphate de chaux marne moyennes remaniées. 0m50 Total 4m30

6° Lit à nodules de phosphates ou base du terrain naturel. Nous pourrions multiplier les exemples de ces coupes celle-ci est la meilleure et indique la superposition complète des limons déposées dans le bassin de l'Auxois. Les terres d'aubue sont les plus récentes on remarque qu'elles sont crevassées par des veines d'une terre blanchâtre, qui sont des délits des plus dangereux, car ils se renversent brusquement lorsque le terrain est creuse verticalement pour exploiter la couche do phosphate, ce qui peut occasionner de graves accidents aux hommes occupés à cette extraction.

La couche de mâchefer ou cran qui se montre à peu près partout lorsqu'elle est recouverte par l'aubue est toujours fortement ondulée ou mouvementée à sa partie supérieure. C'est dans celle-ci que se trouvent les silex tailles moustériens que, malgré toute notre attention, nous n'avons pu constater d'une manière sûre et certaine dans l'aubue ainsi que d'autres produits de l'industrie humaine qui nous ont du moins échappé jusqu'à ce jour. Un fait important, digne de remarque, c'est que dans les champs où l'on voit des ravines et où le cran affleure, on est presque certain d'y rencontrer des silex taillés. La couche de terre jaunâtre qui se trouve le sous, mâchefer est celle où se montrent :es pointes en forme de chelles reconnues à Musigny et au centre de la vallée d'Epoisses.

A la base de quelques croupes de déversements, on trouve un terrain jaunâtre, plus fin, plus ténu, très mou lorsqu'il est détrempe. Ce n'est qu'un derive de l'aubue et un produit de décantation d'eaux limoneuses ayant passé par des terrains granitiques aussi est-il fortement chargé de principes siliceux et une vegetation spéciale de bruyères, de genêts s'y


développpe et en démontre bien la nature analogue à celle de la région morvandelle (1).

Le creusement des vallées s'est effectué surtout dans les temps tertiaires et les lits des rivières n'ont pris leurs cours réguliers que dans la premièro phase de l'époque quaternaire. Les petits ilots du lias moyen subsistant au sommet des vallons étaient isoles les uns des autres, et traverses par le courant qui a Jublayé le sol jusqu'aux bancs calcaires et même quelquefois les sommets tout entiers, surtout les moins élevés.

Entre la ferme de Leurey, près Semur, et la route de Rouvray, nous avons rencontré sous les couches d'aubue et de cran, à deux mètres de profondeur, un lit de cailloux granitiques roulés de lm30 d'épaisseur, empâtes de graviers, parmi lesquels s'est trouve un bloc de quartz blanc laiteux de plus d'un tiers de mètre cube et entrainés d'une certaine distance.

Ces cailloux ont eté évidemment apportés et charriés par les eaux. C'était certainement l'ancien cours de l'Armançon qui, actuellement, coule à une altitude de 25 à 30 mètres plus bas et à 800 mètres de cet ancien lit ou haut niveau.

Le sol, dans le voisinage, est couvert de fragments durs, arrachés à des gites plus ou moins eloignés, grès rhetiens, noyaux siliceux.

Il existait il y a une vingtaine d'annees, à peu de distance, aux champs Languis, un autre gros bloc arrondi et d'au moins un demi-mètre cube qui, très probablement, avait dû être également charrié par les eaux; malheureusement il a été detruit, il y a quelques années.

Vers Genay, sur une hauteur au-dessus du Moulin de Bocaveau, on retrouve un ancien lit de la rivière situé à une vingtaine de mètres au-dessus de son niveau actuel.

De l'autre côte du Serein, dans l'Yonne, entre le village de Vignes et Toutry, se trouve egalement un ancien depôt de (1) Nous avons observé de semblables terrains au coeur du Haut-Morvan, dans les environs de Château-Chinon, au fond des vallons, ou ces terres ont été entraînées par les eaux au sem même de ces terrains primitifs dont ils ont été produits par le remaniement.


chariement de cette rivière, distant de plus d'un kilomètre et bien au-dessus du niveau actuol il contient aussi des blocs arrachés aux terrains primitifs ces blocs sont de diverses grosseurs, et leurs angles sont arrondis, ce qui prouve qu'ils ont été charriés par les eaux.

Au-dessus de la gare de Guillon, à une altitude de 20 à 25 mètres au-dessus du niveau actuel du cours du Serein, nous avons relevé dans un sondage la coupe suivante

Terre végétale 0m20 Terre jaunâtre, aubne. 0 60 Mâchefer ou cran 0 15 Nouvelle couche jaunâtre 0 45 Lits alternatifs de sables et cailloux roulés de rivières alluvionnaires 1 85 Nouveau lit de terrain jaunâtre 0 30 Total 3m55

Petite couche phosphatée.

Autour du Morvan, nous avons retrouvé les mêmes dépôts dans le departement de Saône-et-Loire, à Saint-Christopheen-Brionnais dans la Nièvre, près de Châtil on-en-Bazois et Corbigny, où ils se trouvent sur les bancs sinémuriens (1). Dans la Lorraine, au nord de Nancy, dans les grandes plaines du pays annexé, vers Metz et dans les cantons de (1) Dans le département de Saône-et-Loire, sur les premières pentes morvandelles entre Toulon-s-Arroux et Génelard, M. lloy, habitant eettc dernière localité, y a recueilli un grand nombre d'instruments en silex taillés de l'âge paléolithique, mais surtout des époques chelléennes et de SaintAcheul ce sont des pièces magnifiques qu'il conserve précieusement dans sa belle collection. Aux environs de Toulon-sur-Arroux, M. Jules Carion y a trouvé notamment sur la commune de Montmort de très nombreux instruments de silex taillés de toutes les périodes du paléolithique. Dans la Nièvre, vers Châtillon-en-Bazois, Brinon-les-Allemands, Corbigny, Dirol, etc., etc., nous avons rencontré plusieurs stations moustériennes, absolument abondantes et ne diffèrant en rien de celles de l'arrondissement de Semur. De nos recherches actuelles, nous ne connaissons encore aucune station des âges paléolithiqnes nettement établie dans le centre granitique du Morvan, et l'époque du néolithique ne s'est fait voir que par de rares traces de silex taillés ou roches sur les points culminants. Cela mériterait d'être mieux étudié et aurait pour conséquence d'établir que ce pays n'était pas habitable à cette époque encore couvert par les glaciers comme ceux des Alpes suisses.


Deline-Fauquelmont, Château-Salins, la couche de mâchefer se montre en moindre abondance que dans l'Auxois en outre les dépôts limoneux de ces plaines recouvrant les mêmes calcaires à gryphées sont plus gras et grisâtres. L'aubue y fait absolument defaut. En se rapprochant des Vosges par Mirecourt, Haroué, Tantonville, Vezelise, ce lehm est plus jaunâtre, et sur la commune de Bouzanville nous avons rencontre dans l'alluvion plusieurs grossiers instruments en quartzite des Vosges, indiquant aussi le passage de l'homme dans la haute antiquité.

Entre les villages de Toutry et Epoisses, au centre de la plaine, lieudit les Pierres-Longues, et assez près de l'ancien étang, sc trouvent plusieurs gros blocs granitiques de la nature de ceux des sommets du Morvan, et reposant sur les calcaires à gryphées ils etaient autrefois bien plus nombreux et un grand nombre ont ôte détruits pour faciliter la culture Une de ces pierres est polie en dessous leur présence en cet endroit a quelque chose d'assez surprenant. Elles n'ont pas été amenées par les hommes, mais elles ressemblent à s'y méprendre à ces blocs erratiques d'origine adventive charriés sur des radeaux de glace, comme on l'observe de nos jours sur les glaciers alpins.

Ces blocs ont eté étudiés d'une façon très complète par M. Collenot et par M. Jules Martin, de Dijon, qui ont l'un et l'autre publié les resultats de leurs investigations dans le Bulletin de la Societé géologique de France (I). en outre M. Collenot a.traité cet intéressant sujet dans sa Géologie de l'Auxois. Ces savants géologues, qui ont etudié pendant de longues années la géologie de cette contrée, expliquent l'origine des blocs erratiques par un glacier couvrant les pentes du Morvan et s'étendant sur le bassin de l'Auxois des blocs détachés ont glisse sur la glace ou portés sur d'immenses (1) Existence des blocs erratiques d'origine glaciaire au pied du Morvan, par M. Collenot. Extrait du Bulletin de la Société géologique de France, tome -xxvi, page 173. Séance du 9 novembre 1868.

Les Glaciers du Morvan. Trois journées d'excursions dans les environs de Semur et d'Avallon en compagnie de plusieurs géologues, par M. Jules Martin. Extrait du Bulletin de la Société géologique de France, tome xxvii, page 225. Séance du 6 décembre 1869.


glaçons sont venus s'échouer, lors de la fonte des glaciers, à une plus ou moins grande distance de leur point de départ. Ils devraient être en bien plus grand nombre qu'on ne les trouve aujourd'hui, car presque tous ont été enlevés au moment des défrichements.

M. Collenot croit voir encore des vestiges erratiques dans des blocs d'apport éparpillés autour d'un monticule appelé Hauteaux, à l'altitude de 468 mètres, au Signal de LarocheVanneau, canton de Flavigny. La surface des calcaires serait polie, et sur un point il existerait un lambeau de terrain siliceux où croît la bruyère, fait assez singulier, mais explicable par l'hypothèse des blocs erratiques.

Entre Etais et Savoisy, nous avons également trouvé quelques blocs de calcaires au sommet des combes et nous avons remarqué que les calcaires oolithiques sont fortement polis et arrondis à leur surface. L'ont-ils été par un dissolvant d'eaux acides, cela nous parait peu probable. Nous croyons y voir plutôt une action érosive ou le frottement dû à l'action d'un glacier.

Un fait assez digne d'être remarqué, c'est que l'industrie paléolithique et le séjour de l'homme à l'époque quaternaire n'ont pas été établis d'une manière bien certaine sur les plateaux du Châtillonnais non plus que dans le Morvan. On peut supposer que les hauteurs de ces contrées étaient couvertes de glaciers ou de neige, tandis que dans la plaine etait habitable avant son entier envahissement par les glaces à la fin de l'époque quaternaire, au moins pendant l'été. La présence du renne et du bœuf musqué, ainsi que de la marmotte indique bien un climat froid.

A Pont-Aubert, près d'Avallon, il existe sur les bords du Cousin un vaste dépôt de produits de transports sables et cailloux de toutes grosseurs amenés par un courant violent qui pourrait bien être un produit sous-glaciaire. Les dépôts d'aubue peuvent fort bien être aussi le résultat du ravinement de la débâcle glaciaire et très humide qui caracterise la fin des temps géologiques.

Les alluvions de la grande plaine entre Dijon et la Saône sont caillouteuses, et les produits roulés viennent des collines


voisines. De même dans la vallée des Laumes, l'Oze, la Brenne et le Rabutin y ont amené de petits cailloux des terrains oolithiques inférieurs, formant le sous-sol des aterrisements de galets qui sont polis en forme d'amandes et employés comme gravois de jardin ou sable grossier.

V

La transition de la fin de l'époque quartenaire avec le préhistorique moderne est encore assez mal expliquée et bien des points sont plus ou moins obscurs. Les habitants du premier âge de la pierre paléolithique ont-ils été entièrement chassés du pays par les intempéries d'un climat glacial devenu inhabitable, su 'tout pendant l'hiver, et certaines parties des plaines étaient-elles habitables l'été ? Rien n'est encore venu éclaircir ce point L'Auxois est-il reste, pendant une certaine période, privé d'habitants humains? C'est probable La nouvelle population de l'âge de la pierre polie ou néolothique, en faisant son apparition, s'est-elle mêlee aux anciens habitants ? P Nous ne pouvons également faute de preuves, nous prononcer et émettre la moindre hypothèse sur toutes ces questions ayant donné lieu à d'ardentes discussions et controverses parmi les prehistoriciens.

Ce qui est certain, c'est que 1 âge néolithique a été de bien moindre durée que le précédent et a un caractère spécial complètement différent du premier.

Le pays a pris sa configuration définitive les grands animaux quaternaires et les féroces carnassiers ont disparu. L'outillage s'est perfectionne par le polissage des haches en roches dures emmanchees, et les fines pointes de flèches sont très habilement taillées la poterie fait son apparition. Les animaux sont domestiqués, et nous trouvons le chien, ce fidèle compagnon, qui vient prodiguer ses services à ce peuple pastoral La culture de quelques céréales nous annonce aussi les debuts de l'agriculture.

Evidemment, tous ces progrès que nous trouvons réalisés exigent une suite d'efforts persévérants qui ne se sont produits que graduellement et bien à la longue, et non pas spontanément.


L'intelligence développée de la prévoyance de la vie, qui est bien la base de la sécurité de l'avenir par l'élevage du bétail et la culture, ne se retrouve pas chez l'homme du paléolithique.

Un très gros vido est à combler pour relier ces deux époques qui nous semblent encore disjointes. Nous serions disposés à croire que le peuple nouveau vient d'un pays étranger où s'est développé cet essor qui l'a mis sur la voie par laquelle il arrivera à être le maître de la Nature.

Ce sont les habitations lacustres bâties sur pilotis des lacs suisses qui sont venues nous éclairer sur l'époque néolithique par l'étude comparative de la même industrie rencontrée sur notre sol.

Des populations, pour se soustraire à leurs ennemis et autres dangers, avaient édifie des cabanes sur pilotis au milieu des eaux tranquilles des lacs et sur les rives abritées. L'effondrement des planchers, des débris de toute nature, conservés par la vase du lac, ont fourni les plus précieux documents en pierre ou en os, on retrouve les pépins de fruits, les grains de céréales et jusqu'à des étoffes en un mot, les moindres détails de la vie des habitants (1).

Les vestiges de l'âge de la pierre polie se sont montres fort disseminés dans l'Auxois et dans tout le departement. Un des stationnements les plus considérables existait sur un plateau bordé de roches inaccessibles de toutes parts, lieu dit le Camp de Chassey, à la limite de la Côte-d'Or et du département de Saône-et-Loire M. le Dr Loydreau, de Chagny, y a fait les fouilles les plus fructueuses il y a retrouvé l'industrie absolument similaire des peuplades lacustres de l'Helvétie. L'objet le plus répandu et commun est la hache en pierre (1) Voir les ouvrages de MM. Desor, Morlot, Troyon, Ferdinand Keller et Gross sur les habitations lacustres des lacs de Genève et Neufchâtpl et l'ouvrage de M. Rabut pour les habitations du lac du Bourget, près Chambery. Les habitations sur pilotis des lacs se sont continuées a l'apparition du métal jusqu'à l'age du fer. Ces stations sont nettement caractérisées et séparées. Celles de la pierre polie sont les plus rapprochées des bords, celle de l'age du bronze un peu plus loin de la rive, et celle du fer plus avant dans le lac. Ces dernières ont du se continuer jusqu'aux peuplades connues sous le nom d'Hébètes, et on commence à y rencontrer quelques monnaies au type gaulois.


polie, appelée improprement celtique, car l'usage en avait cessé bien avant l'arrivée des races celtiques ou gauloises qui connaissaient l'usage des métaux. Ces outils se trouvent aussi bien dans la plaine que sur la montagne. Nous en avons recueilli p'usieurs centaines, peut-être un millier, entières ou brisées elles sont, comme on le voit, assez communes. Nous n'avons pas eu la chance d'on retrouver munies de leur manche. L'emmanchement était des plus simples, la pointe était fixée dans une gaine en corne de cerf ou portion d'andouillers percée d'un trou.

Les haches percées sont fort rares, une à double tranchant et fort remarquable a été trouvée sur le découvert d'une carrière à ciment de Venarey et fait partie du musée de Semur. On conteste, parait-il, la provenance de cette pièce exceptionnelle dont des spécimens aussi parfaits ne se sont rencontrés encore qu'en Amérique (t).

Les marteaux percés sont plus communs et un joli spécimen a été trouvé à Marigny.

Le polissage des haches se faisait à la meule dormante et exigeait un travail fort long.

Toutes les roches dures ont été mises à contribution pour les fabriquer, et la plus grande quantité sont taillées dans des pierres n'appartenant pas à la contree et venant de pays éloignés.

La longueur virie de deux à dix-huit centimètres, le tranchant est droit ou oblique, et la pointe est grenue pour être fixée avec plus de solidité a la gaine par le moyen d'un mastic. Rien n'indique qu'elles aient été fabriquees sur place. Ces armes souvent ont éte réparées et nous avons reconnu quelques polissoirs usés ayant servi à cet usage. Une substance minerale ici souvent rencontrée est la Néphrite ou Jade oriental, couleur vert poireau ou bouteille et translucide.

Cette roche n'a pas été rencontrée en place en Europe. (t) Lors de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, la masse des populations était encore a l'âge de la pierre, tandis que d'autres étaient passés à l'age du bronze, dont les Incas et les Atzèques étaient arrivés à une civilisation relative.


L'Asie et les îles du Pacifique sont les pays où se sont seuls montrés jusqu'à ce jour cette Jadeïte si estimée de nos préhistoriques pour leurs haches. Les plus beaux spécimens connus ont été trouvés sous les Dolmens de quelques tumulus de la Bretagne.

On se demande comment ce Jade d'origine si lointaine, est venu en Auxois, et dans de nombreuses localités de la France où l'on en a recueilli aussi bien qu'en Suisse dans les habitations lacustres. Jusqu'à preuve contraire, on est bien obligé de convenir que ces premières peuplades sont arrivées d'Asie d'où elles ont apporté cette pierre précieuse (1).

La liste des roches servant à la fabrication des haches est norrbreuse.

Toutes n'ont pas été déterminées. Il y en a en silex pyromaques, schistes siluriens et ardoisiers, lidienne, serpentine, fibrolithe, ophite, melaphyre, saussunte, quartzites, porplyrites micacées, eurite et autres roches éruptives. Les roches dures du pays ont été mises aussi à contribution ainsi que les filons cristallisés des matières siliceuses du Morvan, les calcaires siliceux métamorphisés de Ruffey et de Sauvigny sur la commune de Vic-de-Chassenay, de même les grès durs rhétiens. Le plus grand nombre est en diorite ou roches de nature amphiboliques, en micaschistes, quartz et porphyres.

Dans la Saône on trouve souvent de très beaux marteaux assez massifs, polis, avec trou central, qui sont de belles pièces faisant l'ornement des collections. M. Gascon, agentvoyer à Fontaine-Française, en possède un certain nombre qui sont des plus beaux et nous en a cité divers autres faisant partie de plusieurs cabinets d'amateurs.

Les objets en silex sont fort nombreux et appartiennent également à des gisements étrangers aux terrains de la craie qui font défaut dans la Côte-d'Or.

Nous avons reconnu quelques silex rubannés provenant de chailles bathonniennes ou oxfordiennes des environs de Som(1) Les fouilles du grand tumulus du Mani-Roeck, près de Vannes, en Bretagne, y ont fait trouver, avec de très belles haches en Jade, un collier poli en Callais, matière qui n'existe qu'en Asie.


bernon, et nous avons pu voir, il y a peu de temps, sur ces hauts plateaux jurassiques, plusieurs gisements. L'un, entre Savranges et Drée, et un autre près de Gissey-le-Vieil. Dans les fentes du terrain sidérolithique au-dessus de la forêt du Grand-Jailly, près Montbard, nous avons egalement trouvé un silex d'eaux douces en rognons d'une pâte fine et blanche où les hommes primitifs ont dû puiser quelquefois (1). Mais ces dernières qualités étaient loin d'avoir par l'éclatement les fines et vives arêtes du pyromaque qui restait la qualité preférée pour ces faces tranchantes.

Une variéte de silex, dont nous avons reconnu la provenance, reconnaissable à ses caractères bien spéciaux et à sa couleur jaune cireux, provient du célèbre gite du Grand-Pressigny (Indre-et-Loire), où existait un vaste atelier de production.

L'avantage offert par ce silex était de produire par le clivage des lamestres longues, qui étaient transformées en pointes de lances. La plus belle lance du musée de Semur, trouvée à Jeux les-Bard, est en silex de ce pays, et nous avons trouvé encore plusieurs débris de ces belles javelines, d'un fragment de hache polie, ainsi que plusieurs pointes de flèches dans l'arrondissement de Semur fabriquées avec ce même silex. Il s'exportait fort bien on en a trouvé dans les sables de la Saône et jusque dans le Jura et Meurthe-et-Moselle, indiquant bien que ces peuplades avaient des habitudes voyageuses. Les objets en silex se trouvent ordinairement à la surface du sol et melangés avec d'autres plus anciens appartenant au (1) Dans le numéro du 25 février 1894 de l'Indépendant, sous la signature L. B. un bienveillant appréciateur de nos articles du Préhistorique de l'Auxois, que nous remercions bien sincèrement de ses sympathies, veut bien nous signaler les champs de silex à Chaille ou débris du crétacé des plateaux des environs de Vitteaux, qui sont bien en place et que nous ne confondrons pas avec des stationnements a silex apportés par les primitifs habitants. On peut bien, il est vrai, rencontrer une pierre travaillée par hasard puisqu'elles se montrent partout, mais nous nous gardons bien d'y voir un apport entier de l'homme. Les calcaires siliceux métamorphisés de Beauregard et de la commune de Vic-dc-Chasscnay sont en gisements considérables. Nos tailleurs de silex les ont employés, et nous les avons trouvés aussi chanés au loin par les alluvions nous faisons toute diflérenee avec un éclat brut, informe, et une autre où la main de l'homme est évidente.


quaternaire. Ceux-ci ont servi même quelquefois à un nouvel usage, car ils ont été retaillés, ce que l'on reconnaît à l'écaillement plus récent sur une surface déjà patinée indiquant un bien long intervalle entre les deux emplois.

Les silex néolithiques sont aussi moins alterés et pénétrés par le cacholon que ceux des âges antérieurs principalement dans la plaine et n'ont rien perdu de leur couleur primitive, blanche, rouge ou brune.

L'outillage de l'âge de la pierre polie que nous avons trouvé est assez nombreux et varié à tous les instruments servant aux besoins bornés de ces premières populations s'y rencontrent.

Les objets en os que nous avons recueillis près de Semur sont les moins nombreux, car l'os se détruit facilement lorsqu'il est exposé à l'air, et c'était le cas pour la plupart de ceux qui étaient abandonnés et brisés par l'usage.

Ils se composent de cubitus appointis en poinçons trouvés près de la Fontaine-Sauve, près Cernois. Le camp de Chassey en a fourni un très grand nombre fabriqués surtout avec les cornes de cerfs, gaines pour les haches, poinçons, lissoirs, aiguilles et jusqu'à des outils agricoles servant à gratter la terre (1). Le lit de la Saône a également rendu plusieurs de ces instruments des plus intéressants, avec des haches polies et autres objets de la même époque.

Les pointes de lances ou javelines, dont les spécimens entiers sont très rares, avaient jusqu'à 0m15 de longueur. Elles ont la forme triangulaire ou losangée avec arêtes médianes bombées, les côtés sont soigneusement retouchés par petits éclats. Elles étaient attachées à une hampe en bois, et ces premières armes devaient être assez dangereuses à l'attaque. Les pointes de flèches sont des plus nombreuses et se montrent de préférence aux sommets des collines jurassiques et montagnes du Châtillonnais M. Henri Corot, de Savoisy, en possède plusieurs beaux specimens, et M. Mailly en a récolté beaucoup dans le canton de Laignes, surtout à la ferme (1) Fouilles du camp de Chassey. Ce que les premiers habitants du camp de Chassey faisaient avec un bois de cerf, par M. le docteur Loydreau, in-8*, Autun, 1878.


de la Fouchère. M. Rouhier, dans le canton de Grancey-surOurce, en a trouvé beaucoup et a adressé plusieurs echantillons à la commission des antiquités de la Côte-d'Or. On trouve également de ces flèches aux environs d'Alise, surtout à Ménétreux-le-Pitois et à Bussy-le-Grand en très grande quantité.

Mais le plus fort contingent de beaucoup et qui a fourni les plus belles pièces, a ete réuni par un chercheur des plus actifs, M. Cazet, instituteur à Beurizot, canton de Vitteaux, qui a récolté aussi plusieurs hachettes polie.c dont une en Jade (1). Les communes de Vic-de-Chassenay, Courcelles-les-Semur, Fiée, dans la plaine, en ont bien fourni, mais en moins grand nombre.

Par contraste assea frappant, c'est la partie montagneuse qui semble avoir été principalement habitée pendant l'âge de la pierre polie. Tandis que la plaine l'était beaucoup plus anciennement aux temps paléotiques. C'est pourtant le contraire qui aurait dû se produire, les collines devaient être plus saines que les marais et fourrés pestilentiels de la vallée à l'époque quartenaire, et le gibier aussi fréquent.

Il y a là un mystère à expliquer qui nous a déjà frappé et sur lequel nous appelons de nouveau l'attention. Pourquoi les instruments du premier âge font-ils défaut sur les plateaux des collines du Morvan ? Nous ne pouvons l'expliquer que par une seule cause, c'est qu'elles n'étaient pas habitables et recouvertes toute l'année par les glaces et les neiges, qui avaient disparu à l'epoque du Neolithique, puisqu'à cette époque, le grand nombre de pointes de flèches annonce une population adonnée à la chasse.

Ces petites pointes de flèches sont d'une exécution fine et (t) M. Cazet, au dernier concours régional d'Auxerre où il avait envoyé sa belle collection et obtenu une médaille d'argent, a eu a déplorer que ses cartons se trouvaient ses meilleures pièces de silex, aient été dévalisés ou mieux pillés. Ces objets étaient solidement fixés par des fils de fer et ne se sont pas détachés tout seuls. Cela est très facheux de voir des. pièces aussi initiales, qui n'ont d'intérêt que dans les pays où elles ont été trouvées, soutraites pour le maigre profit d'orner la vitrine étrangère d'un collectionneur insatiable, cela n'engage, pas les collectionneurs a piêter gracieusement a une exposition publique des objets auxquels ils tiennent.


délicate et fort élégantes, elles étaient taillées par petits chocs. et cependant on ne ferait pas mieux avec la lime. Leur moyenne de longueur n'est guère que de 2 centimètres et exceptionnellement de 4. Il y en a de toutes formes en losanges ou feuilles de laurier, triangulaires, à base droite, arrondie ou concave. Une forme assez rare est celle à base droite et au tranchant transversal. Mais les plus extraordinaires sont sans contredit les pointes barbelées ou à pédoncules, véritables as de pique disent les habitants de nos campagnes, ce qui est bien la meilleure description qu'on puisse en faire pour la forme.

On se demande si ces petites flèches ayant demandé un travail aussi long ne devaient servir qu'une fois, car fixees à l'extrémité d'une faible baguette, on devait en perdre beaucoup, lancée par un arc, dans les branchages de la forêt. Les couteaux n'étaient que des éclats tranchants, peu larges c'était l'instrument le plus employé et réellement, tous les silex tranchants sans formes bien determinées, servaient de couteaux; leur fragilité exigeait qu'on les remplace souvent.

La forme dite tranchet est absolument rare; il an est de même pour les ciseaux. Les racloirs et grattoirs sont absolument communs; par des retouches successives, il y en a qui sont devenus très epais. II y en a avec appendice servant de manche, mais les plus intéressants sont ceux entièrement circulaires, de la grosseur d'une pièce de cinq francs, d'une taille soignée. On se demande quel pourrait bien être l'emploi de ces petits disques qui sont fort communs.

Les marteaux étaient des cailloux siliceux ou même en silex, ayant la forme de boules, tout arrondis et criblés de meurtrissures, ces percuteurs étaient saisis à la main et servaient aux usages variés de la taille et division des blocs de silex, à casser les os, etc., etc.

Les nucléus ou blocs-matrices sont absolument abondants. C'est là qu'etaient détachées par la percussion les lames tranchantes. Il y en a de touts petits qui etaient employés jusqu'à extinction. On remarque aussi beaucoup de silex craqueles provenant de foyers où ils avaient ete jetés. Les rebuts de


fabrication, sans formes établies, se rencontrent un peu partout sur tous les lieux de stationnement.

Meules à moudre ou écraser les céréales. Ce sont des pierres plates ordinairement en grès ou granit grenu, elles sont un peu concaves et servent de meules dormantes. Les grains, glands ou autres produits vegétaux y étaient écrasés au moyen de molettes usées au pourtour, ou gros galets en forme de rouleau. Les sauvages de nos jours du centre de l'Afrique n'opèrent pas autrement, et une meule, provenant de nos recherches de l'Auxois, a été placée au Musée de nos origines nationales de Saint-Germain-en-Laye, près d'une autre absolument similaire des Peaux-Rouges d'Amérique et rapportée du territoire d'Utah (Etats-Unis de l'Amérique du Nord).

Une fort belle meule, en forme de barque, venant de Bourbilly, est déposée au Musée de Semur.

On a également trouvé d'assez nombreux objets divers du quartz limpide, des bélemnites et plusieurs vertèbres de sauriens avec des fragments de sanguine.

Ces premières peuplades paraissent avoir eu un faible pour les parures et menus objets en cristal de roche. Une parure très complète a été trouvée à Dijon dans une sépulture elle était composée d'anneaux, bracelets et colliers en coquillages usés elle fait partie de la belle collection de M. le docteur Louis Marchant de Dijon (1).

Dans la même collection, se trouve un très beau disque en serpentine poli, trouvé à Ruffey-les-Echirey, canton est de Dijon (2), qui est regarde par M. Marchant comme un ornement de poitrine. Un autre également très beau, a été trouve à Volnay et déposé au Musée de Saint-Germain.

Dans le Semurois, il nous a été donné de trouver fréquemment des debris de disques. D'après M. G. de Mortillet (3) ces (1) Notice sur une parure en coquillages trouvée à Dijon, par le docteur Louis Marchant, 2* édition, publication de luxe in-folio avec deux planches lithographie.

(2) D' L. Marchant. Description des disques en pierres de diverses localités et en particulier de deux de ces objets trouvés à Ruffey-les-Echircy, près Dijon, in-folio avec une planche.

(3) Notes Palioethnologiques sur le bassin de la Seine, par G. de Mortillet. Extrait des bulletins de la Société d'anthropologie de Paris. Séance du 5 octobre 1893, in-8».


disques seraient des bracelets, et ce qui tendrait à le faire croire, c'est que la plupart des disques cassées sont percées d'un trou aux extrémités, afin de pouvoir être portés à nouveau. C'est le cas d'un disque en schiste trouvé à Vic-deChassenay

Poteries. L'art du potier pour la fabrication de vases servant à la cuisson des aliments, à leur conservation et à celle de certains liquides, se montre à l'âge de la pierre polie, et le camp de Chassey a fourni toutes les formes propres à tous les usages, depuis le pot-au-feu avec anses percées jusqu'aux cuillers à manches, ainsi que des pots percés de trous pour la fabrication du fromage (l).

Dans l'Auxois, les poteries se trouvent surtout dans les foyers et dans les amoncellements de debris de toutes sortes et notamment sur la montagne dû Montfaute, près Guillon. Dans la grotte de Nermont, près de Saint-Moré (Yonne), on en a trouvé en très grande quantité.

Cette poterie, dont malheureusement nous n'avons pas eu la chance de trouver un seul vase complet, est très grossière la pâte n'est pas epurec et contient de très gros grains granitiques dans sa composition elle est cuite à feu libre et très imparfaitement, aussi est-elle rugueuse, souvent deformée et très friable. Ces vases etaient montes à la main et portent les empreintes des doigts du fabricant qui a opéré le lissage. L'ornementation etait des plus simples et se composait de lignes mal tracées, de torsades ou corions, chainons ou dents de loup, de coups d'ongles ou le bout des doigts enfoncés dans la pâte humide, produisait à l'intérieur une poussée où l'on reconnait le croissant formé par l'argile. La couleur très (1) Dans les fouilles du camp de Chassey, M. le docteur Loydreau, de Neuilly, a recueilli en assez grand nombre de grandes valves d'unios ou mulettes de nos rivières. Il croit y voir des sortes d'écumoires pour enlever la crème sur le lait. Tous les peuples pasteurs avaient connaissance de la fabrication du beurre et du fromage, ainsi que cela a été parfaitement constaté chez les habitants des lacs de la Suisse, par des vases troués ser. vant a l'égouttement du petit lait. A l'époque gauloise, des poteries de très grandes tailles, percées de trous, indique egalement que l'art de la fromagerie était pratiqué a Bibracte et révélées par les fouilles de A. Bulliot, au mont Beuvray.


variable par une cuisson aussi défectueuse, est des plus disparates brune, grise, noire ou à reflets fauves.

Les parois sont plus ou moins épaisses et ont jusqu'à 24 millimètres d'epaisseur, indiquant de très grands vases il y en a de plus petits, sortes de calottes hémisphériques à. fonds ronds, ayant l'apparence de crânes humains. On a rencontré aussi des sortes de petites rondelles en terre cuite, paraissant avoir servi à lester le fuseau d'une fileuse de ces époques éloignées. C'est bien l'enfance de la céramique. Rien d'harmonieux dans les formes, mais l'appropriation à un usage déterminé par les besoins.

Nous avons dit que c'est dans les restes de foyers que l'on a trouvé le plus souvent les debris de poteries. C'etait là le rendez-vous de la famille, où se prenaient les repas nousy avons bien souvent trouvé des debris d'ossements; un fait particulier a ete observe dans un foyer à Courcelles-les-Semur, près du petit bois du Trembleau au-dessous du loyer était creusée une cavite d'une profondeur de 0m50 elle renfermait un vase brisé. Nous croyons que ce trou était destiné à cuire certains aliments sous la cendre à une chaleur plus douce, peut-être aussi en raison du peu de solidité et de résistance des vases au feu.

La pêche dans nos ruisseaux et rivières plus profondes et plus poissonneuses qu'aujourd'hui, devait subvenir amplement à l'alimentation de nos prehistoriques de la pierre polie. Mais un autre fait important a éte constaté, c'est qu'ils ont connu l'art de la navigation et rier. ne s'oppose à ce qu'ils l'aient pratiqué dans nos rivières sur de frêles pirogues comme les sauvages océaniens. Une de ces pirogues creusée par le feu dans un énorme tronc de chêne existe au musée de la Commission des Antiquités de la Côte-d'Or, à Dijon. La longueur est de 5m50, la largeur est de 0m72 mais il est en retrait par la dessication. Dans l'intérieur, on voit très bien les traces de deux banquettes ou contreforts laissés à même dans le bois pour consolider cette pirogue. Les deux extrémités se terminent en pointe, dont l'une, beaucoup plus aiguë et plus allongee que l'autre. Cette pirogue, véritable chef-d'œuvro pour l'époque, est en tous points semblable aux pirogues des


sauvages de nos jours elle a été trouvée dans les graviers de la Loue, entre Dole et Salins, assez près de notre département. De semblables pirogues ont eté découvertes dans les lits de diverses rivières de la France et dans les lacs de la Suisse.

Un magnifique spécimen parfaitement conservé, provenant du lit de la Bourbince, se voit à l'hôtel Rollin, à Autun. L'habitat dans les cavernes des flancs rocheux a bien été continué mais la plaine n'offrait pas cette ressource et les hommes qui l'habitaient, comme ceux des habitations lacustres, durent se construire des huttes d'herbes et de branchages pour se soustraire aux intempéries ils furent sans doute obligés aussi de les elever sur des arbres pour eviter leurs nombreux ennemis de la forêt. Ces cabanes devaient avoir quelque analogie avec celles des charbonniers. Les arbres séculaires aux troncs creux devaient aussi servir de retraite ou d'abris à certains moments.

Les nombreuses pointes de flèches rencontrées donnent à croire que ces populations s'adonnaient à la chasse, qui, concurremment avec l'élevage des animaux et la culture des céréales, fournissaient les premières subsistances nécessaires à l'existence.

La vie de ces peuplades devait être douce. Fixées au sol ou mieux attachées par l'intérêt d'y trouver une nourriture abondante, c'est le premier effort du travail refléchi qui a dû faire aimer ce coin de terre chéri où une douce securite est venue remplacer cette vie si tourmentée, si irrégulière que nous avons constatée dans les longues périodes des temps paléolitiques. C'est de là que date l'origine de la propriété, l'amour du sol nourrissier fécondé, enrichi par la persévérance. Le terrain riche que l'on ne veut plus quitter a bien dû quelquefois exciter la jalousie d'une peuplade voisine moins favorisée dans ses stationnements, et celle-ci a dû chercher à chasser par la violence le premier occupant qui avait pourtant des droits bien acquis par toutes les peines qu'il s'était données dans cette terre ingrate que lui ou ses ancêtres avaient défrichée ? De là l'origine des guerres, des inimitiés de toutes sortes qui vont enrayer pendant de longs siècles et même


jusqu'à nos iours le paisible développement de l'humanité. Combien de flots de sang vont couler, combien d'exactions de toutes sortes se produiront pour légitimer ce droit que differentes tribus animées des mêmes sentiments vont fonder par l'union, pour résister ensemble à un envahisseur plus fort. Ce moment est celui de la fondation territoriale d'une province, de la cité, celui même delà patrie

C'est sans doute vers cette époque que se manifestèrent dans nos regions les premières idées religieuses apportées vraisemblablement de l'Orient. Si ces idees caractérisent l'être supérieur, il n'en est pas moins vrai qu'elles ont été une cause de calamites par suite des passions qu'elles ont déchaînées et qu'elles ont eté la cause de guerres nombreuses et sanglantes. On rencontre dans l'Auxois et dans le Morvan d'énormes pierres brutes appelées menhirs tels sont ceux de Bocaveau, près Genay de Pierre-Pointe, canton de Liernais d'Aignayle-Duc, etc.

Un grand nombre ont disparu telles sont les pierres levées de Bruyères-de-Valère, commune de Laroche-en-Brenil quelques autres sont restées couchées tel est le cas d'un grand bloc de granite servant de banc devant l'église de Montigny-Saint-Barthelemy et qui, avant la fondation de l'église, a dû être fiché en terre.

On trouve aussi d'autres pierres, également monolithes, qui sont l'objet de récits et légendes superstitieuses militant en faveur d'une origine archaïque et fort communes dans le Morvan.

Les dolmens ou tombeaux, dont plusieurs sont encore existants dans les montagnes de l'arrondissement de Beaune, et probablement les pierres à bassins ou à écuelles du Morvan, sont les primitives manifestations de l'esprit vers le surnaturel ou des croyances religieuses. Ainsi que les pratiques superstitieuses conservées à un grand nombre de fontaines. Les menhirs ont dû aussi servir à délimiter les cantonnements territoriaux des populations primitives, tout en restant appropriés à certains souvenirs ou pratiques superstitieuses dont de fréquents exemples se sont continués jusqu'à nos jours dans certaines provinces reculées (1).

(1) Voir a ce sujet dans les Matériaux pour l'histoire primitive de l'Homme, publiés à Toulouse par M. Cartailhac, deux notices de M. Marlot sur les Pierres a bassins du Morvan, années 1871-1872, suivies d'une enquéte sur la question, et autre travail du même auteur dans les Mémoires


A la fin de l'âge de la pierre polie, les morts sont l'objet d'une grande vénération. On renferme leurs restes dans les chambres de vastes dolmens ou allées de grands blocs qui sont recouverts d'une énorme calotte protectrice de pierre ou de terre, sortes de monticules coniques appelés tumulus. Dans les bois communaux de Genay existaient deux de ces petits tertres, ou tumuli, qui ont donné lieu à des fouilles très intéressantes faites par la sociéte des sciences historiques et naturelles de Semur, au mois d'août 1868, sous la direction de M. A. Bruzard, qui en a consigné les résultats dans une substantielle brochure à laquelle nous empruntons ces renseignements (1).

Dans la partie nord du bois de Genay existaient deux petites éminences placées à quelques mètres l'une de l'autre. En 1842, on y avait trouvé quelques anneaux ou bracelets en bronze avec des ossements humains. Le premier tumulus exploré contenait deux squelettes très mal conservés auprès desquels on trouva un petit anneau en bronze avec chainette de fer et des morceaux d'un bracelet de même metal. Au-dessous existait une couche de charbon mélangée à de la terre noirâtre et à des pierres brûlées; dans ce mélange on trouva un petit radius de cheval, deux petits silex taillés et plusieurs débris de poteries rougeâtres.

La seconde butte était plus étendue que la précédente; elle mesurait 20 mètres de diamètre et pouvait avoir, dans sa partie la plus élevée, 1m40 de hauteur.

Toutes les sépultures ont été rencontrées dans le centre, au milieu d'un cercle de pierres plates, placées verticalement, mais légèrement inclinées à l'intérieur et se recouvrant l'une de la Commission des Antiquités de la Côte-d'Or, in-4°, volumes, année 1877, voir aussi dans la Revue des Traditions populaires, dirigées par M. Paul Sébillot, des années 1895, 189G et 1807, une série d'articles de l'auteur sur les légendes dont certains rochers sont l'objet des récits superstitieux des habitants de la campagne.

(1) Rapport sur le tumulus de Genay, près Semur (Côte-d'Or), par par M. Albert lîruzard, suivi d'une note sur les ossements humains trouvés dans ce tumulus. par M. ITimy, chef des travaux du laboratoire d'anthropologie de l'école des hautes études, etc. Extrait du Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur, année 1868, in-8°, avec une planche in-4°, coloriée, Semur, Verdot, 1869.


l'autre comme les tuiles d'un toit. Il est évident que ces pierres avaient conservé leur position primitive, qu'elles avaient dû être posees lorsque les sépultures étaient déjà recouvertes de terre, ce qui explique leur inclinaison et que la butte avait certainement gagne en largeur ce qu'elle avait perdu eu hauteur, par suite des pluies et de la culture.

Dans co cercle nous avons trouvé deux couches très distinctes de sépultures.

La plus ancienne, celle qui reposait sur le sol vierge, était composée de trois tombes garnies de grandes laves enfouies un peu au-dessus du sol et butées par d'autres pierres appliquees les unes contre les autres, de telle sorte que, dépouillée de la terre, chaque tombe ressemblait à un massif de maçonnerie. ·

La première etait appuyée d'un côté à un mur sans mortier qui mesurait 0m70 cent d'épaisseur. Elle ne contenait que de la terre noire très friable, très dense, sans aucun mélange de pierres Un squelette s'y trouvait, bien conservé, principalement la tête.

Ce corps n'était accompagné d'aucun objet. Il avait été déposé couché sur le côte droit, la tête près de la paroi est le dos est un peu voûté, et comme la tombe n'avait pas une longueur suffisante, puisqu'elle ne mesurait que 1m35 de longueur sur 0m80 do largeur les jambes avaient eté repliées sur ellesmêmes, de sorte que le corps avait à peu près, quand nous avons ouvert cette sépulture, la forme d'un Z.

Au pied de cette tombe, dans une terre très fine remplie d'ossements de bœuf et de charbon, on a rencontré les fragments d'un vase grossier, bombé, de forme ronde à la base, resserré au goulot et qui avait n.esuro entier 0m41 d'élévation. La seconde sépulture était identique, quant à la forme, à la précédente et avait les mêmes dimensions, de même que l'orientation du corps, et le squelette la même position repliée. Un instrument en os mesurant 15 centimètres s'y trouvait il est très pointu à l'une de ses extrémités et ressemble aux poinçons de l'âge de la pierre polie trouvés dans les différentes grottes du midi de la France.

La troisième tombe ressemblait aux deux autres et le cadavre


était placé dans la même attitude. Dans la terre qui les environnait, on a recueilli 25 silex tailles généralement en forme de couteaux et un grand nombre de débris de poteries grossières. Un seul porte comme ornement des stries à peine ébauchées et la cuisson est très imparfaite.

La partie supérieure de ce tumulus contenait des sépultures du premier âge du fer antehistorique dont nous parlerons plus loin avec celles du Châtillonnais. Evidemment la tombe avait servi à deux générations pour ensevelir leurs morts. La couche inférieure appartenait à l'époque de l'âge de la pierre polie. « En effet dit M, A. Bruzard si nous consultons les auteurs les plus competents en cette matière, nous voyons qu'à l'âge de la pierro les corps etaient ensevelis non brûlés, assis ou accroupis, et recouverts de dalles formant des chambres funeraires exactement semblables b celles que nous avons découvertes ». Il cite à l'appui un passage d'un auteur anglais bien connu Sir John Lubbock (1).

« On ne peut douter que pendant la periode néolithique de l'âge de pierre, on enterrait le corps dans la position assise. En résume, il parait probable, quoique nous ne puissions rien affirmer positivement, que, dans l'Europe occidentale, cette position du cadavre caracterise l'âge de la pierre, et l'incinération l'âge du bronze tandis que, quand le squelette est étendu, on peut, sans beaucoup d'hésitation, attribuer le tombeau à l'âge du fer ».

C'est bien le cas pour Genay où les tombes trouvées à la surface sont étendues et avec des objets ne laissant aucun doute sur leur anciennete.

Les ossements, très soigneusement étudiés avec les plus grands détails par M. le docteur Hamy, annoncent une race dolichocéphale ou à tête arrondie qui est bien le type de l'âge de la pierre. « Ce qui frappe l'anatomiste, dit-il, qui examine une tête de cet âge, c'est le peu de développement des pièces osseuses dans le sens transversal qui tient presque autant à la brièveté des dimensions en travers, qu'à l'allongement du crâne d'arrière en avant. Ces dimensions sont surtout très (1) Sir John Lubbock. L'Iiomme avant l'histoire, page 107, un vol. in-8°, Genner-Baillière, éditeur.


réduites à la région coronale, le diamètre frontal minimum est sensiblement plus petit que dans la plupart des autres races d'Europe il ne depasse pas 88 millimètres. A partir de ce point, le crâno se developpe rapidement, tout en restant inférieur à cc qu'il est habituellement dans les races humaines superieures, de manière à donner naissance à un ellipsoïde régulier dont le diamètre transversal réduit, comme on l'a dit, à 88 millimètres en avant et en bas, en atteint 110, sur la ligne d'intersection du temporal, à la partie la plus reculée du corona et 135 au point le plus large des pariétaux.

Les pariétaux acquérant une certaine importance, et le frontal demeurant très etroit, l'indice frontal, c'est-à-dire le rapport du diamètre frontal minimum au diamètre pariétal maximum supposé égal à 100, l'indice frontal sera très petit, il atteindra à peine 66 millimètres.

• « L'indice cephalique est faible, le diamètre antéropostérieur du crâne de Genay est-il seulement de 182 millimètres. « Le diamètre inial a 176 millimètres et la différence entre les deux diamètres antéro-postérieurs est seulement de 6 millimètres, différence qui est sensiblement la même que dans nos autres races de France, la race basque exceptée. « La dolichocephalie est frontale, c'est-à-dire qu'elle est due bien plus au développement antéro posterieur de l'écaille frontale qu'à celui des autres parties de la voûte dans la même direction La portion frontale cérébrale de la courbe verticale antéro posterieure est considérable par rapport à la portion pariéto- occipitale cérébrale de la même courbe 112/185, et la moitié antérieure de la courbe horizontale présente avec la moitie posterieure un rapport avantageux 230/277. « L'étroitesse de l'etage frontal du cerveauestdoncen partie compensée par le développement do cet etage dans le sens antéro-postérieur (116 millimètres au moins). Ajoutons que le diamètre transversal maximum a 136 millimètres, ce qui permet de supposer à ce même étage frontal une assez grande hauteur.

« Go crâne de Genay est en outre bas et fuyant, ses bosses frontales et pariétales sont marquées, la fosse temporale est assez profonde et la ligne courbe qui la limite est très visible


dans sa moitié antérieure. L'écaille du temporal est demi-circulaire. L'occiput est arrondi, globuleux les lignes courbes y sont bien dessinées. Le trou occipital est ovale, allongé, et en même temps assez large ».

Telle est la savante description donnée par M. Hamy et il ajoute que d'autres ossements étudiés lui ont permis d'établir que les sujets auxquels ils ont appartenu etaient bien musclés et de taille moyenne.

Il existe sur le plateau de la montagne de Monlfaute, près Guillon, plusieurs lignes do petits monticules alignés en damier, sur toutes leurs faces et dont le nombre dépasse 60. Ils sont formés de pierres sèches et ont une hauteur variable de O^ôO à 1 mètre, et un diamètre de 3 à 4 mètres ce ne sont pas des rejets de caillous gênant la culture et mis en dépôt sur le bord du champ, car dans l'intervalle le roc est mis à nu et la terre enlevée.

Dans ces entassements nous devons donc voir de petits tumuli ayant renfermé les restes mortels des premiers occupants de cette localité Les fouilles operées dans. l'un d'eux par M. Delgrand ont fait découvrir une hachette et une pointe taillée en silex les ossements dans un milieu si protecteur ont toujours disparu. Les vestiges de cette époque se sont montrés du reste assez abondamment autour de ce plateau dominant qui devait être un point de quelque importance Il y a sur bien d'autres de nos plateaux de montagnes rocailleuses où le labourage est difficile de ces petits tertres gazonnés édifiés pour renfermer des sépultures.

L'inventaire des monuments mégalithiques de France (t), publié dans les bulletins de la societe d'anthropologie de Paris, attnbue au département de la Côte-d'Or le contingent suivant de ces monuments primitifs

Dolmens 12

Menhirs 27

Polissoirs 5

Pierres à bassins 9

Pierres branlantes 1

(1) Inventaire des monuments mégalithiques de France. Extrait des bulletins de la Société d'anthropologie de Pans. Une brochuio in-8\ Paris, G. Masaon, 1880.


Cette liste n'est pas complète il y aurait lieu d'y ajouter les pierres à légendes ou à pratiques superstitieuses qui se rattachent au fétichisme des religions primitives.

Tels de ces récits naïfs, pratiques, ou usages superstitieux, applicables à certains lieux, peuvent bien avoir leur origine dans ces temps éloignés.

Le menhir, dit « la pierre sainte Christine ou la Grind'Borne de Genay », se trouve près du moulin de Bocaveau et a 3m27 dehors de terre, lm10 à sa base et 0m70 à sa partie supérieure, qui est arrondie au sommet. Il est en granite rose étranger au point où il se trouve, et formait une limite territoriale entre les pays des Eduens et celui des Lingons.

Cette délimitation a eté conservée pour les diocèses, car la paroisse de Genay appartenait au diocèse d'Autun, et celle de Villaines-los-Prévottes au diocèse de Langres. Un autre menhir, de lm9), qui a éto photographié et nous a été indiqué par M. Henri Corot, de Savoisy, se trouve dans des conditions absolument semblables au point de vue de partages de territoires qui ont dû se produire dès les temps les plus reculés. On a trouvé, au pied de la Grand'Borne, des débris de charbons, de poteries et d'ossements grossiers, mais on n'a pu établir si ces vestiges étaient des restes de sépultures ou de pacrifices.

On raconte aussi sur la Grand'Borne une légende applicable à d'autres blocs d'apport do differents lieux de l'Auxois et servant aussi do bornes de confins. Les habitants des deux communes riveraines n'étaient pas d'accord pour le partage du territoire, mais sainte Christine y apporta ce bloc monolithe dans son tablier, dont l'attache cassa au point où la pierre se trouve actuellement.

Cet arbitrage mit fin aux discussions et les habitants acceptèrent le jugement de la sainte, qui est particulièrement vénérée à Viserny, où se trouvent une fontaine et une chapelle sous son vocable.

La pierre de sainte Christine ou Peulvan de Bocaveau a été décrite par Xavier Girault et par M A Bruzard, dans une charmanie notice avec une jolie lithographie dans le Bulletin de la Societé des Sciences historiques et naturelles de Semur, de l'année 1865.


Le menhir de Pierre-Pointe, sur le territoire de Sussey, a 4m30 de hauteur; il se dresse sur un point dominant formant également limite. Des fouilles faites à sa base y ont fait decouvrir des ossements, du charbon et des poteries. Elle a été décrite par Courtepée, Joanne, Bigame et Greasevaux dans les Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Beaune, qui décrivent également quelques pierres à légendes des environs, mais surtout par M. A. Bruzard, dans le Bulletin de la société des sciences historiques et naturelles de Semur, avec une charmante lithographie due à son crayon d'artiste. Le grand menhir d'Aignay-le-Duc offre exactement les mêmes caractères c'est pourquoi nous ne nous étendrons pas sur sa description, qui a été donnée dans la Revue Archéo'ogique, et par M Leclerc, dans son Archéologie celto-romaine de l'arrondissement de Châtillon.

Les dolmens formés par la réunion de plusieurs grosses pierres posées en forme de tables sont beaucoup plus rares et ont donné beaucoup plus de prise aux destructions ou ravages du temps. Pendant bien longtemus on a ignoré leur existence dans la Côte-d'Or, et ce n'est que récemment que l'on a pu en rencontrer quelques-uns, grâce aux recherches persévérantes de MM. Ch. Aubertin, Bigame, Changarnier-Moissenet et de Longuy, dans les montagnes de l'arrondissement de Beaune, à Chassagne, La Rochepot, Santenay, Volnay et Nolay_ Les fouilles faites dans leur intérieur n'ont laissé aucun doute sur leur destination funéraire ou chambres sépulcrales, destination que tous les auteurs anciens ont méconnue en croyant y voir les célèbres tables à sanglants sacrifices des Druides. Le but de leur édification a été établi depuis une trentaine d'années seulement par les investigations archéologiques qui ontmontré clairement qu'elles avaient été elevées pour honorer la mémoire des morts.

Les rocs branlants ou pierres qui virent, perrons qui dansent, ne sont que des jeux de la nature; mais, par leurs formes insolites et bizarres, ils ont dû frapper l'imagination des premiers hommes et ceux ci Icur ont accordo une sorte de vénération qui leur est restée et qui a donné lieu à certaines appellations transmises par la tradition. ·


Les pierres à écuelles ou bassins qu'on rencontre communément dans le Morvan et autres empreintes curieuses sur de gros blocs granitiques, sont des cavités rondes, de grandeur et profondeur diverses, aux contours circulaires, bien réguliers elles se trouvent généralement sur les roches des points dominants à Dompierra-en-Morvan, le fauteuil du Diable ou du Loup à Lacour-d'Arcenay, dans les bois, le perron de la Louise ou de la Fee à Aisy-sous-Thil, le cuvier de la Fée ou de Galaffre (1) à Laroche-en-Brenil, les rochers des ChampsCherrons, du rocher Rochefort, du Perron-Merger avec sa curieuse légende enfin à Saint-Andeux, à Saint-Didier, à Saint-Germain-de-Modeon et à Saint-Léger-Vauban (Yonne) se trouvent plusieurs groupes des plus remarquables. De nombreux .travaux ont été publiés pour expliquer l'origine de ces monuments, s'ils doivent réellement porter ce nom tant en France qu'à l'etranger.

Pour celles de l'Auxois et du Morvan, le travail de H. Marlot, dans les mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or de l'année 1877, donne de nombreux détails et descriptions sur leurs origines, leurs usages et le récit de légendes comparées avec celles d'autres provinces. Le bon Dieu, les saints, les fées, le diable jouent un grand rôle dans ces traditions merveilleuses, véritables échos d'une venération remontant aux époques les plus éloignées. V

Le peuple qui a dressé les menhirs, les dolmens, élevé les tumulus pour déposer-ses morts, est d'origine asiatique, ainsi que nous le font soupçonner quelques objets dont la provenance n'est connue que dans l'Extrême Orient et aussi par les céréales qui se multiplient dans ces contrées à l'état spontané (2).

(1) Voir une notice avec planche de M. A. Bruzard dans les Bulletins de la Société des Sciences de Semur, année 1874. Une autre de M. Fontaine, de Pont-d'Aisy, dans la Revue des traditions populaires, de II. Marlot, dans le Gargantua dans les traditions populaires, publiés par M. Paul Sébillot, pages 229 et suivantes, in- 12, Paris, Malsoneuve, éditeur, 1883. (2) D' A. Godron. De la floraison des graminées et spéczalement des cpréales. Extrait d'un travail plus étendu dans les mémoires de la Société des sciences de Cherbourg, m-8°, Nancy. 1874.

licite le voyageur Olivier qui a retrouvé le froment, l'orge et l'épeautre,


L'état de civilisation au départ de ces premières migrations n'est pas encore parfaitement connu, ni le point exact de l'Asie d'où elles sont sorties et que l'on soupçonne être les hauts plateaux de l'Iran et du Pamir. Cette race prolifique était obligée à faire de nombreux essaimagas vers l'Occident, essaimages qui se sont continués jusqu'aux temps historiques assez récents.

L'acheminement de ces peuplades vers ce territoire qui devait devenir plus tard la Celtique a dû être assez long et occasionner forcément sur la route des stationnements fixes plus ou moins durables qui permettaient aux émigrants d'explorer les environs de la route dans cette traversée des grandes plaines de l'Europe septentrionale.

C'est sans doute à ce contact de la civilisation avancée qui s'était développée à la partie orientale des bords de la Méditerranée, particulièrement de l'Egypte et de l'Asie-Mineure qu'ils acquirent les premières connaissances des métaux. Le bronze, d'abcrd, remplacé par la pierre qui est bien, comme l'a dit un savant belge, H.-Le-Hon, le levier de la civilisation (1). En effet, livrée à l'outillage de l'âge de là pierre seule, que pouvait faire l'humanité ? Si elle n'était pas restée à l'état sauvage, elle serait toujours à une condition bien misérable! Le bronze et le cuivre ont donc remplacé la pierre mais l'assimilation complète ou mieux la substitution du métal aux instruments lithiques dut se faire peu à peu et prendre encore un temps fort long avant d'être d'un usage général. Nous pensons même qu'on a dû les employer simultanément. Du reste, les premiers outils en bronze qui viennentremplacer ceux de pierre, les haches, par exemple, si elles sont plus résistantes ne sont guère supérieures pour la facture et le taillant elles sont toujours emmanchées dans des gaines avec tenons, copie servile de l'emmanchement des haches de croissant spontanément dans les terres incultes de la Mésopotamie; il a observé également le froment, dans les mômes conditions, sur la rive droite de l'Euphrate, au nord-ouest d'Anah. On le trouve aussi dans les terres sans culture, au Mazenderan, au sud de la mer Caspienne, dont le climat est chaud et humide.

(1) L'Homme Fossile, ouvrage cité.


pierre le génie borné des hommes de ce temps n'a pas encore permis d'inventer le trou transversal pour le manche, car les haches appartenant à l'âge de bronze en sont entièrement privees. Les objets les plus remarquables de cette époque sont les épées et objets de parures.

L'âge du bronze a été parfaitement constaté en Auxois, mais les restes n'en sont pas aussi nombreux que ceux des âges précédents. Cela tient à ce que, si l'on a négligé da ramasser les objets en pierre ou silex, il n'en était pas de même de ceux en bronze dont on pouvait tirer parti, en les appropriant à un nouvel usage, Ainsi s'expliquent la grande disparition des nombreux objets de bronze et leur rareté relative. Ce n'est que depuis peu qu'on a compris l'importance de leur conservation et qu'on les a recueillis avec soin.

La destruction en masse des objets de l'âge du bronze a été très regrettable. Si l'on trouve des objets isolément, on les trouve aussi réunis en plus ou moins grand nombre dans des cachettes de fondeurs ou de marchands, sortes de nomades, qui dérobaient ainsi leur pacotille à la tentation des personnes malhonnêtes, qui auraient eu la pensee de s'en emparer, soit par le vol, soit par la violence. Cela s'explique du reste chez ces populations nécessiteuses tentées de s'approprier le bien d'autrui et chez lesquelles le désir de profiter d'une bonne occasion devait dominer l'idée du droit et de la justice. C'est probablement à cette circonstance que nous devons la conservation de tant d'objets précieux trouvés souvent en grand nombre dans les dépôts confiés à la terre et que le hasard fait rencontrer de temps en temps sur le territoire français, principalement dans l'Ouest.

C'est la Normandie et la Bretagne qui ont restitue le plus de ces cachettes, comme s'il y avait eu là un centre de fabrication ou mieux un courant commercial avec les Iles Britanniquees.

Dans le centre de la France, ces sortes de dépôts sont beaucoup plus rares et même les types de fabrication sont quelquefois différent^.

M. Albert Bruzard a publié une étude sur l'âge de bronze dans l'arrondissement de Semur avec une belle planche


in-4° (1). Nous emprunterons à ce consciencieux travail les dctails qui vont suivre nous chercherons même quelque peu à les augmenter par d'autres renseignements qui nous sont parvenus et que noua avons pu recueillir depuis cette publication.

La trouvaille la plus importante a eté fa te un 1860 sur le domaine de l'Epineuse, au pied d'Alise.

Ce dépôt, découvert en arrachant un arbre sur la berge d'un fossé connu sous le nom de fausse rivière, se composait exclu. sivement d'objets en bronze très varies renfermés dans une feuille de cuivre poir.tillee sur les bords, qui a dû faire partie d'un bouclier. Elle se composait de 18 lances de differents types avec 2 sabots ou garnitures de la hampe; d'une flèche triangulaire de trois haches à ailerons avec anneau latéral; d'un couteau à douille d'une épingle et de 38 petits anneaux enfin d'une opec fondue d'un seul jet avec la poignee. Ces objets sont déposés au musee des origines nationales de SaintGermain cn-Laye.

Un autre petit depôt etait découvert dans le courant de l'annee 1866 au champ de la Vesvrotte, appartenant à M. Remond-Marmin, de Maison-Dieu, entre Nan-sous-Thil et Pluvier. Il se composait de dix haches appartenant à deux types differents, dont cinq à douille carrée et les autres à doubles ailerons avec anneau latéral.

Cette collection a été acquise parle musée do Semur où elle est venue combler un vide qui existait dans la série préhistorique.

Sur le territoire de Santenay, lieudit les Colottes, une trouvaille fut faite dans le courant de 1872 par M. II. de Longuy. Celui-ci ayant trouvé un fragment de bronze à fleur de terre, eut l'idee d'effectuer des fouilles dans cet endroit au milieu d'eboulis de rochers. Cette cachette devait être celle d'un fondeur les objets qu'elle renfermait, du poids de 13 à 14 kilogrammes étaient er. grande partie brises. On y voyait des haches, des fducilles, des lames d'epccs, des bracelet", mie (1) De l'âge de bronze dans l'arrond'ssement de Semur (Coto-d'Oi1). Collection de la Société des Sciences historiques et naturelles de Semur. Année t867, page 20 et suivantes. Semur, imprimerie Verdot, 1868.


virole, une tige de forme cylindrique; au fond do la cachette se trouvait un culot massif de fonderie (1)

Dans l'année 1875, une trouvaille assez considérable fut faite entre Saint-Moré et Arcy-sur-Cure, au Beugnon (Yonne), et non loin des fameuses grottes. Elle se composait d'une vingtaine de haches avec ou sans douille, de pointes do lances, de couteaux, de rondelles avec anneau, de faucilles, et surtout de lingots de bronze ronds massifs destinés à la fonte Une partie de ces objets furent acquis par M. Bardin, conservateur du musée d'Avallon, où ou peut les voir aujourd'hui. (2) Nous n'avons pas connaissance d'autres trouvailles réunies faites dans la Côte d'Or et dans l'Yonne, mais les objets isolés s'y montrent de temps en temps, et nous croyons devoir parler de quelques-uns.

Au mois d'août de l'année 1869, des ouvriers occupés à creuser un lavoir près de la fontaine Sainte-Marguerite, sur les bords du Serein, à Guillon, ont trouvé, à un mètre de profondeur, dans les dépôts sableux de la rivière, une magnifique épée en bronze avec des ossements.

L'épée aurait été détériorée sans l'heureuse intervention d'un curé du voisinage, M. l'abbé Breuillard, qui en fit l'acquisition séance tenante pour le musée d'Avallon, dont elle est une des meilleures pièces « Cette épée a une longueur totale « de 68 centimètres. C'est une forte lame large de 4 centi« mètres, avec une côte médiane, bordée de deux filets de « chaque côté. La base est ornementée de divers faisceaux de « lignes perlées, alternativement placées horizontalement et « verticalement. L'âme de la poignée est du même jet que la « lame elle est aplatie avec six trous destinés à laisser passer « les rivets qui maintenaient la garniture » (3).

Sur le territoire de Venarey, on a découvert une épée, une lance en bronze à douille qui est au musée de ia commission des antiquites, et un couteau en bronze également à douille, (1) H. de Longuy. Cachette de fondeur de l'âge de bronze, découverte à Santenay. Mémoires de la Société Eduenne d'Autun, avec 2 planches en couleur, nouvelle série, année 1873, tirage a part.

(2) Bulletin de la Société d'études d'Avallon. année 1875, page 210. (3) II Marlot, âge du bronze et de la pierre, à Guillon (Yonne), dans les matériaux pour l'histoire primitive de l'homme, 1869, page 436.


d'une forme assez curieuse qui est déposé au musée de Semur. Une pointe de flèche barbelee en bronze aurait eté rencontree en H28, sur les pentes la montagne de Thil, près de Maison-Dieu, par M. de Nansouty, qui en a conservé le dessin.

A Massingy-les-Vitteaux, on a trouvé un très beau poignard en bronze, qui fait partie de la collection de M. le docteur Marchant, de Dijon. 11 a 22 centimètres de longueur; il est à arête mediane, bordée d'un filet de chaque côte, et porte à la base trois rivets pour le fixer à un manche. Dans la môme vallée, un peu plus haut, à Grosbois, un très beau poinçon en bronze a été également trouvé.

Dans les sables de la Saône et dans les plaines qui l'avoisinent, on a decouvert quelques objets atlr.bués à cette epoque (I) mais dans tout le Morvan nous n'avons connaissance que do la découverte de quatre haches en bronze. Dans le Jura, les trouvailles du bronze semblent être plus nombreuses une très importante a été faite à Briod, pré? Lons le Saunier, et une autre à Larnaud, renfermant plus de 12,000 objets qui sont deposés au musee de Saint-Germain. Les traces de demeures ou habitations fixes qui ne devaient être quo do misérables cabanes formées de branchages et d'herbes, n'ont pas été constatees d'une manière certaine. Dans quelques points de la plaine d'Epoisscs et du territoire de Cernois, nous avons rencontra des espaces circulaires avec nombreuses poteries, debris d'os et de charbon, et des sortes de dépressions creusées dans le sol.

Cette dernière localité a en outre fourni un fragment de hachette on bronze, des anneaux et une rondelle, des fragments de potprie appartenant à l'âge du bronze.

La poterie a beaucoup des caractères des vases trouvés dans les habitations lacustres, aussi bien par la forme que par l'ornementation en torsades, filets ou chevronnements. Elle est assez bien lissée dans les petits vaies qui sont enduits (1) Docteur Louis Marchant, note sur des hameçons en bronze trouvés dans la Saône, in-folio avec planche. Note sur un ornement en forme de diadème trouvé dans la Saône, in-folio, Dijon, Marchant, 187C.


d'un vernis noir brillant La terre n'en était pas dégraissée et la cuisson laissait infiniment à désirer.

Le camp de Chassey, dont nous avons eu souvent l'occasion de parler, renfermo un très grand nombre de ces débris de poterie qui, par sa facture particulière, peut fort bien remonter à 1 âge du bronze, car ce point dominant est facilement défendable à toutes les époques.

Le promontoire environné par YArmançon aux bords escarpés et rocheux, où s'elève le château et une partie de la ville de Semur, a fourni des debris dont quelques morceaux céramiques, déposés au Musée de la Vil'e, montrent que ce point a éte habite à l'âge du bronze.

La relation de cette découverte, soigneusement relatée dans un manuscrit de cette époque, de M. L. Nodot, qui a assisté aux fouilles, est, pensons-nous, un document d'une certaine importance pour les origines semuroises.

Certains .détails, notamment la rencontre de nombreuses cornes de cerfs, nous indiquent une station bien caractérisée do l'époque du bronze.

« Ce qui prouve, d'ailleurs, de la manière la plus explicite et la plus peremptoire, la haute antiquité de Semur, ce sont les découvertes faites en 1838 et en 1843 dans l'emplacement de l'hôpital de cette ville. On sait que cet hospice communal est situe dans la partie appelée le Château et qu'il occupe le sommet et le point occidental du promontoire granitique qui domine le vallon arrose par YArmançon. Dans l'année 1833, une partie du sol avait eté fouillée pour construire une salle pour les femmes, et l'on avait trouvé que le terrain a plus de deux mètres de profondeur, était forrné d'une terre meuble, noire, dans laquelle étaient entassés une grande quantité d'ossements d'hommes et d'animaux avec des cornes de cerfs entières et bien conservées parmi les os des animaux, le plus grand nombre appartenait à l'espèce canine.

« Cette association, dans un même lieu, de débris d'hommes et d'animaux, laissait un vaste champ aux conjectures; car, ni archives, ni chroniques ne faisaient mention d'un pareil ossuaire, dont rien ne pouvait rappeler l'usage au milieu d'une forteresse féodale.


« De nouveaux travaux devaient éclaircir ce fait et en faire ressortir toute la valeur

« Sur la fin de 1843 et au commencement de 1844, au nordest des premiers travaux, on creusa le sol pour construire une salle pour les vieillards, et l'on mit à découvert du terrain de transport sous lequel on trouva du crassier d'orfèvre et des fils d'or pur, arrondis au marteau et non passés à la filière on trouva ensuite la terre meuble à ossements, comme dans les fouilles precédentes, et les fondations furent continuées jusqu'à la roche solide; cette roche etait parsemée, çà et là, de petits puits ronds, de trente à quarante centimètres de diamètre, creusés de main d'homme, dans lesquels il y avait des ossements et des poteries gauloises, brisées pour la plupart; un seul vase etait entier, les autres n'ont pu être reunis complets.

« La forme de ces vases était simple et indiquait qu'ils pouvaient aussi bien avoir ete consacrés à des usages domestiques qu'à des usages religieux ou à des ornements.

« Sur deux fragments sont dessinés des frises en creux les autres ne présentent que des lignes longitudinales ou des virgules faites par incision, comme pour simuler des larmes, et tous présentent des lignes circulaires quirestent empreintes dans la pâte ce qui prouve suffisamment que ces vases ont été fabriqués au tour. »

« La couleur de ces vases est noirâtre; ils sont peu homogènes, c'est-à-dire que les matières dégraissantes ajoutées n'y sont pas disséminees également. Ils contiennent tous une multitude de paillettes de mica et des grains de quartz et de feldspath qui y étaient ajoutés pour degraisser l'argile qui forme la pâte plastique.

« Cet argile n'est autre qu'un limon d'atterrissement, tel que nous le trouvons sur les bords de l'Armançon. Ces poteries sont d'ailleurs enfumées, et très grossières; elles sont déposées au Musée de Semur.

» On a aussi trouvé, dans ces fouilles, un scarabée ou bousier sacre des Egyptiens, sculpté en relief dans l'Ophite duro; ce scarabée devait avoir appartenu à un guerrier, car ils portaient sur leurs cachets un scarabée gravé; mais cette ophite


ne se rencontre pas dans notre arrondissement; par conséquent, ce scarabée n'a pu être enfoui que comme talisman, usage d'ailleurs assez général chez les Gaulois, qui se faisaient enterrer avec les objets qui prouvaient leur vaillance ou leurs perégrinations. Ce bousier est maintenant dans le cabinet de M. Boucault, de Semur (t).

« Ces poteries, ces puits et ces ossements.accusent et prouvent indubitablement que cette partie du château était du temps des Gaules, une place consacrée, ayant à la fois le caractère funeraire et religieux. En effet, la forme monticulaire et conique qu'affecte cet emplacement le rapproche assez des Harow, pour que nous devions le considerer comme tel et là reposaient sans doute les cendres des fondateurs de la vi!!c de Scmur.

<t La position de ce 3arow, à l'occident et dans l'enceinte consacrée, de même que sa situation sur le bord du chemin qui conduit à la rivière, sont encore comme autant de preuves ajoutées aux premières maintenant surtout que nous savons que ces lieux etaient choisis de préference pour y établir des Barow, parce que nos ancêtres attachaient à ces positions un sens mythologique spécial. »

D'après ces documents que nous devons à l'obligeance de M. Louis Nodot, pharmacien à Semur, petit-fils de M. Ch. Nodot, il est évident que cette partie de la ville de Semur, aux bords escarpés facilement defendables, a ete habitée à cette epoque et n'a cesse de l'être depuis.

Les decouvertes d'ossements humains trouves dans les sépultures de cette époque ne sont pas fréquon'c' car il était d'usage d'incinerer les cadavres. On nous a parle de la rencontre faite à Ravouse, entre Flavigny et Ddrcey, de squelettes ayant aux bras des bracelets en bronze ouverts, à tiges larges et minces, finement ornés de dessins concentriques au pointillé. (1) La rencontre de ce scarabée doit être purement accidentelle dans un pareil milieu. Cet objet, spécial a l'Egypte ancienne, a pu y être apporté par quelque voyageur et perdu; du moins c'est notre opinion. A l'époque où M. Nodot ecn\ait ce rapport, on ne s'était pas occupé des temps anté. historiques; on attribuait tout aux Gaulois et on les considérait comme les premiers habitants du pays.


Nous avons vu ces objets de parure entre les mains de M. Mailly, ancien percepteur à Semur, lequel les tenait de M Vandeuvre, de Darccy, auteur de la découverte qui parait assez fortuite et sur laquelle imUieureu~emeat nous n'avons pu obtenir d'autres détails.

L'anthropologie ne peut donc guère nous fixer sur le type de cette population de l'âge du bronze qui devait peu differer de celle de l'âge de la perre polie, originaire des contrées orientales, et ce n'est qu'une continuation de ce courant migrateur.

L'assimilation a dû se faire sans produire de bien sérieuses transformations sur le type de la race antérieurement acclimatée et fixée sur notre sol. La délicatesse des bracelets ou armiles, la forme etroite des lames d époes ou des poignards donneraient à penser que les hommes étaient de petite taille, au-dessous de la moyenne actuelle.

VII

Le bronze, alliage de cuivre et d'étain, ne suffisant plus aux multiples besoins de l'homme, celui-ci fut tout naturellement amené à rechercher un' autre metal présentant des qualités superieures. C'est ainsi qu'il découvrit le fer. L'abondance do ce dernier métal dans un grand nombre de sols, sa malleabilité, son traitement facile le rendirent promptement d'un usage général dont les résultats furent de changer complètement les conditions primitives de l'humanite et d'amener une amélioration considérable dans l'outillage.

C'est do cette révolution dans l'art metallurgique que date réellement une civilisation nouvelle qui fera bientôt de l'homme le maître du globe. L'usage du fer se géneralisant, le cuivre et le bronze no seront plus employés que comme appoint, par exemple pour les appliques ou les ornements, avec l'or et l'argent pour les parures et les bijoux.

L'introduction du fer dans nos régions est due sans doute aux migrations vers le nord-ouest des peuplades méditerranéennes, car il est reconnu que ces peuplades ont joui des bienfaits de la civilisation bien avant celles qui habitaient l'intérieur des terres. Il est fort probable aussi qu'au cours de


ces migrations, les races indigènes de nos pays ne furent pas chassées de leurs cantonnements et qu'elles se sont bien souvent mê!ées avec les envahisseurs. A la longue même, ces races distinctes ont du si bien se croiser qu'elleg ont perdu tout à fait leurs traits caractéristiques et leur physionomie d'origine.

Los vestiges d'habitations du premier âge du fer sont peu abondants en Auxois et même dans la Côte-d'Or, et, chose assez bizarre, ils sont attestes à peu près uniquement par les sépultures. Les autres traces du passage des populations de cottj époque htbitations, débris d'objets usuels, sont des plus rares Uci.t n'est point surprenant d'ailleurs, car les habit<)t)0ns devaient être de misérables huttes en terre, en chaume, ou en branchages a semblés qui ont dispnru sans laisser aucune tracf~, et tes objets dont se servaient habituellement ces peuplades n'étaient que de grossières poteries qui se sont cmtettécs sous l'action des instruments aratoires, du piétinement et des injures du temps.

On a découvert dans un chimp de la commune de Forléans un culot de fondeur renferme dans une sorte de creuset ou vase grossier, qui dénote l'enfance de l'art siderurgique. Cette trouv;u)io A eté décrite par l'auteur dans une petite brochure Note sur le premier âge de fer dans l'Auxois (Semur 1830). L'abondance du minerai de fer dans nos environs et la présence do nombreux crassiers avec déchets et scories d'une grande richesse, principalement autour du plateau de Thostos, serait donc un ind.ce qu'on a cherche à l'utihser dans des temps très recules.

Les tumulus, tombeHcs ou galgals, tombeaux coniques formés de terre ou do pierres affectant la forme d'un monticule souvent très vaste, ont été édifiés par ces populations pour conserver le souven r de leurs morts. Ils sont très nombreux dans la région catcairj du Châtillonnais et do l'Yonne et sont très rares d ms l'Auxois; et nous n'avons pas connaissance qu'il en existe dans le Morvan. C'est donc une preuve de plus que par la rudesse sauvage do son climat il était à peine habita.

H est vrai que beaucoup ont pu disparaître sans laisser


aucune trace, arasés ou nivelés pour les besoins de la culture, ou détruits par des mains inconscientes. Un certain nombre, parmi les plus considérables, ont eté fouillés avec grand soin. On ne saurait trop prendre de précautions pour explorer ceux qui subsistent encore.

Les résultats obtenus par les fouilles des tumulus de Cérilly, de Magny-Lambert, de Chambain, de Veuxhaulles, Créancey, Minot, etc., etc., sont restés célèbres et cnt donné lieu à do magnifiques mémoires ou descriptions publiés par MM. Flouest, Maitre, Henri Corot, de Saulcy et Bertrand, dans les revues ou mémoires des Sociétés savantes Société des Antiquaires de France, Commission des antiquités de la Côte-d'Or archéologique, de Châtillon sur-Seine ou dc Semur-en-Auxois et illustrés par de magnifiques planches.

On y a trouvé de longues épées en fer, des restes de harnachements de chariot, des poteries, des rasoirs, mais surtout des ornements de parure consistant en nombreux bracelets ou armilles très ornees qui entourent encore les bras et les jambes des squelettes des torques en bronze ou ornements du cou; quelques-uns de ces objets étaient en or. Enfin des cistes en bronze formés de feuilles très ouvragées et d'une facture des plus élégantes provenant sans doute d'au-delà des Alpes, de I'Ftrurie, apportés probablement lors des expéditions ou provenant d'échanges. Ces tumulus n'ont jamais livre de médailles ou monnaies qui semblent encore inconnues a cette époque. Pendant de longs siècles, cn effet, les échanges se firent en nature, suivant une pratique que l'on retrouve au berceau de tous les peuples du monde. Le commerce se faisait alors au moyen de lingots; plus tard on imagina de donner à ceux-ci une forme plus réguHèrc, de les peser et de les revêtir d'une marque eiémcntairc en garantie du poidf constaté.

Ils prirent ainsi un type usuel et \inrcnt à imiter les effigies helléniques qui furent adoptées suivant la valeur du metal précieux employé.

Dans l'arrondissement de Scmur, nous citerons les tumutus des communes de Genay, explorces et décrites par M. A. Hruzard, et dont les produits sont au musée de Semur; ce sont surtout des bracelets côtelés.


Les corps avaient été déposés dans ces tumulus à une époque bien postérieure à l'érection des tertres qui remontent à l'âge de la pierre. Près du village de Torcy, MM. Ducourneau et Montotl, dans leur bel ouvrage in 4° sur la Bourgogne, y ont signalé un vaste tumulus. Les travaux d'expioitation des phosphates ont fait découvrir au miheu des champs une masse de pierrailles apportées et amoncelées, et dans laquelle on remarquait des traces de calcination, des débris de vases grossiers et les fragments d'un bracelet en bronze avec ornements quadrilles, recueillis par M. Merle dans son champ et se trouvent dans la collection de M. le Dr Marchant, de Dijon. C'étaient probablement les vestiges de ce monument funéraire dont tout souvenir se trouvait oublié.

A Fain-les-Moutiers, M. Hélie, d'Avallon, a exploré sur la montagne, assez rapidement il est vrai, une éminenoe en forme de pyrgos, mais sans aucun resultat. Nous avons appris que cette exploration avait eté faite avec peu de soins et très incomplètement, et pourrait être reprise avec avantages. A Ruffey, commune de Courcelles-les-Semur, existe une sorte de butte, dite le Château, qui semble être une de ces anciennes tombeHes à Saint-Euphrône, la butte dite le Châtelot; pro~ du moulin Bordot, à Marcigny-sous-Thil, on voit sur le chemin côtoyant la rivière un petit amoncellement do pierraiDes, nous avons remarqué des dobris céramiques et des combustions semblant avoir cette origine.

A Frolois, à Darcey, dans les bois de Flavigny, Bussy-IeGrand dans une combe au-dessus du village, ainsi qu'en do nombreux autres endroits, on trouve de ces tumulus à explorer avec méthode. On rencontre également sur le sommet des montagnes à la pointe de Myard, près de Vitteaux, à Charigny et à Cuillon, des terrassements, retranchements ou petits tumulus pouvant bien remonter à cette époque, mais il faudrait des fouilles régulières pour bien reconnaitre et vérifier la véritable nature de ces vestiges.

Un*) plaine marécageuse avec d'immenses forêts et de rares éclaircies sur les montagnes auxpentes stériles, tel devait être l'aspect de notre pays à l'âge du fer. Sauf peut-être la disparition de certains animaux et de quelques espèces de bêtes


féroces, l'état général etait à peu près le même qu'à l'époque do l'apparition de la race humaine.

Nous savons bien peu de choses sur ces anciennes peuplades dont les restes semblent cependant nous révéler des mœurs belliqueuses. Elles devaient être peu attachées au sol et avoir une vie plutôt nomade que sédentaire, si nous en jugeons par les rares vestiges qu'elles ont laissés de leur séjour.

Nous avons à faire ici, croyons-nous, aux prédécesseurs immédiats des Gaulois, aux races dites Celtiques, Ua)!s, Kymris, Hères, auxquelles l'histore a toujours assigné une origine aryenne ou orientale; mais il reste beaucoup de choses à apprendre sur leur compte, et cette etude seral'œuvro des archéologues au moyen de l'examen attentif et minutieux des tumulus ou tombeaux de cette époque

VIII

La race gauloise devait être un produit du croisement des peuples aux types brachycéphale et dolicocephale. De haute stature et d'une fougueuse humeur guerrière, tels nous les dépeint l'histoire. M. A Hovclacque croit avoir retrouvé le type de la race celtique pure dans certains villages reculés du HautMorvan dont les anciens habitants, par suite du manque absolu de voies de communication, seraient restes exempts de tout mélange avec les envahisseurs des pays environnants (!) Une division territoriale existait dès cette époque. U~o partie do l'Auxois appartenait aux Eduens, dont la capitale se dressait au sommet du Beuvray, l'un des points les plus é'evés du Morvan. Bibracte etait regardée comme la ville sainte de ce peuple c'était d'ailleurs l'une des plus anciennes et des plus puissantes de la Celtique, ainsi que le plus grand oppidum connu. C'était un vaste refuge. L'oigine en était inconnue, on y a trouvé des vestiges de la pierre. Cette contrée, minéraUsoe profondément et nche en tous metaux, mines de fer, de manganèse, plomb, argentifère, etc., etc., doit être la ~t) Voir l'nnporfant ouvrage de MM. Ad. Hove)acque et Georges lIervé ~ecfierc/tfs ej~noio~tques su)' <e -Voruan. extrait des mémoires de la Société d'anthropologie de Pans, tome V [3° série), T fascicule, 1 volume m-8' avec cartes et planches. ran&,t89i.)


principale cause de l'établissement de cette ~ille dans la plus haute antiquité.

Les Ambarres, les Arbrennes, les Mandubiens n'étaient que des tribus clientes, placées sous la protection des Eduens. Ce sont les premières peuplades historiques ayant habité nos contrées et dont les noms nous aient été conservés. Le territoire lingon ou do Langres comprenait une petite partie de l'Auxois. La ligne séparative de ce territoire et de celui des Eduons est encore indiquée parles noms des villages ou des bourgs situés sur les confins des deux pays Bard, FainIes-Moutiors, Montbard, Fain les-DMontbard, ete.(l). L'histoire de la fondation d'Alesia (Alise-Sainte-Reine) est tout à fait légendaire. Les anciens historiens racontent que peu après son arrivée dans le midi de la Gaule, Hercule eut à soutenir une lutte terrible ses flèches étant épuisées, le ciel vint à son aide et fit pleuvoir une gl de de pierres sur ses ennemis qui furent tous anéantis. Le souvenir de ce prodige dû à l'intervention des dieux serait, d'après une légende, consacré par les galets dont sont recouvertes les plaines stériles de la Crau, en Provence.

C'est après ce surnaturel qu'aurait eu lieu la fondation d'Alésia par Hercule, ainsi que celle de Semur, d'après quelques historiens. M. le capitaine Tarin nous a affirmé avoir eu en sapossossion plusieurs pièces de monnaies gauloises, dont une en or, qui auraient été certainement trouvées dans l'enceinte de Semur. M. Jambon-Bocquin, horloger-bijoutier dans cotte ville, nous a montré un quart de statère d'or gaulois au type macédonien qu'il possède et nous a assuré avoir éte trouvé dans l'intérieur de la ville même.

Les fouilles de M. Bulliot sur l'emplacement de Bibracte, au Mont'Beuvray, ont révélé les faits les plus intéressants, et pour en apprécier tous l'intérêt nous dirons que les produits remplissent toute une salle du musee de la Société Eduenne à l'hôtel Rollin, à Autun.

Après la conquête romaine, cette ville fut abandonnée et (1) Voir un travail de M. J.-J. Locfjum, avocat à Saulieu Rttutograpfue de l'Au.,cois, dans le premier volume de la Société des sciences historiques et naturelles de Semur, année t8<34.


rétablie à Augustodunum (Autun) à quelques lieues de là. Aussi les produits de ces fouilles sont-ils des plus importants, car ils font revivre la civilisation gauloise au moment de la conquête de César.

Bibracte était entièrement formée de misérables cabanes en bois ou en torchis, avec un espace circulaire creusé au centre pour le foyer. Los monuments ayant un caractère architectural et construits en pierres y etaient une exception. Bibracte devait ressemb'er un peu à ces vidages nègres de l'Afrique centrale dont les descriptions nous ont été données par les voyageurs et dans les récits des dernières expédiditions.

Les fouilles du Beuvray et celles des cimetières de la Marne ont été toute une révélation pour l'art gaulois indigène et sa véritable authenticite, et nous ont initie aux mœurs de ce peuple célèbre encore si peu connu dans ses petits détails. Les produits en sont déposes au musée de l'hôtel Rollin à Autun et au musée des origines nationales de Saint-Germainen-Laye.

Malgré l'état d'enfance et primitif de cet art, une influence grecque ou étrusque s'y fait sentir surtout pour la céramique avec ses caractères ou ornementations et principalement par les effigies des monnaies.

L'émaillage y était aussi pratiqué avec une certaine habileté pour les objets de parure. Selon Pline, l'etamage du harnachement des chevaux jouissait d'une certaine réputation pour les produits fabriqués à Alésia.

Au mont Auxois, où s'élevait Alésia, une ville romaine se réédifia plus tard sur les ruines de la ville gauloise. Un mélange de débris s'est ainsi produit, c'est pourquoi les objets retrouvés à Alésia présentent moins d'intérêt que ceux exhumés sur l'emplacement de Bibracte.

Mais les médailles ou monnaies appartenant à tous les peuples de la Gaule s'y trouvent avec une extrême abondance comme si elles avaient été apportées là par tous ces peuples accourus pour sauver leur nationalité dans un suprême effort. C'est en effet à Alésia que s'est terminée la conquête de la Gaule, succombant avec son valeureux chef Vercingétorix, dont la statue domine la pointe du mont Auxois.


Les vestiges de l'époque gauloise rencontrés dans le Châtillonnais et dans d'autres points de l'Auxois ne sont pas communs. La fragilité des misérables cabanes no devait laisser aucune trace apparente.

On n'a recueilli que des débris informes d'objets de fer ou de poteries, deux monnaies d'or à Lacour d'Arcenay, imitations des statères de Macédoine, une autre à Vieux Château déposée au musée d'Avallon, enfin plusieurs do potins simplement coûtées découvertes isolément dans plusieurs communes du canton de Laignes et dont M. H. Corot, de Savoisy, nous a communiqué des dessins.

La pacification de la Gaule n'a pas dû se terminer à la chute d'Alosia. Certaines populations rebelles réfugiées au milieu des forêts inaccessibles resistèrent encore assez longtemps avant de faire leur soumission aux Romains. Ces efforts isolés ne devaient que rester stériles.

La percée des immenses forêts, la construction de ces impé rissables chaussées, dites voies romaines, construites sur tous les points du territoire et dont on rencontre encore chaque jour les tronçons, ont ouvert en Gaule un vaste courant à la civilisation raffinée et brillante qui s'epanouissait en Italie (1). En effet, il n'est guère de communes de l'arrondissement de Semur et même de la Côte-d'Or où l'on n'ait rencontré les ruines d'une ou de plusieurs villas romaines, dont la destruction remonte aux n" et in* siècles de notre ère.

Ici nous sortons des temps nébuleux de la préhistoire, car avec les invasions barbares et ensuite la fondation do la monarchie française, c'est l'ère historique qui commence. Les événements sont conservés par les inscriptions et l'ecriture et deviennent les annales qui les transmettront aux générations lutures.

(1) Dans la région accidentée et très boisée du haut Morvan nivernais nous avons observé dans la commune d'Arleuf, près Château-Chinon, traversée par la grande vole romaine d'Autun a Entrains qu'elle était bordée sur plusieurs points de son parcours de riches villas où sur les salstrnctions les bu~s ont continué de croître spontanément à l'etat de nature. vestiges de ces elégants jardins décrits par les auteurs latins. Sur plusieurs autres endroits Ics habitations, sortes de fortins, étaient protégées par des fossés et retranchements, et dénotaient le peu de sûreté de cette grande routeaux voyageurs, aux beaux temps où la civilisation romaine s'épanouissalt en Gaule.


Ici se termine notre rôle de glaneur de ces vestiges bien frustes souvent, mais d'une éloquence frappante et sûre. B<on des points de cette faible étude, dont nous réclamons l'indulgence du lecteur sont à éclaircir et à augmenter. Nous laissons ce soin à d'autres observateurs et chercheurs plus compétents que nous.

que nous. Hippolyte MARLOT

Membre correspondant de l'école d'anthropologie de Paris, de la Société des sciences historiques et naturelles de

Semur-en-Auxois, de l'Yonne, d'études d'Avallon, d'his-

toire et littérature de Beaune, de la commission des anti-

quités de la Côte-d'Or, d'histoire naturelle de Colmar

(Alsace-Lorraine], membre titulaire de la Société d'histoire

naturelle d'Autun, etc., etc.

Arleuf (Nièvre), février 1898.

APPENDICE

L'esquisse de notre étude sur l'Auxois avant les temps historiques a été publiée dans le courant de l'année 1894 en Variété dans le journal de Semur Indépendant de !uxo!s et du Morvan. Nous avons été touchés des marques d'intérêt bienveillant avec lequel ses lecteurs l'ont accueillie et les remercions des observations que plusieurs ont bien voulu nous adresser, et même des savants autorisés dans la matière, entre autres M. Gabriel de Mortillet, le maitre incontesté de cette science des origines et professeur à l'école d'anthropologie do Paris, il nous écrivait, mai 1894

Votre exposé du préhistorique de l'Auxois est très bien « conduit et fort intéressant. les détails généraux que vous « donnez sont suffisants pour les personnes qui ne sont pas au courant de la science. Quant aux faits que vous groupez « et racontez si bien, ils constituent des matériaux fort pré<f cieux pour les gens d'études. »

M. Stéphen Berthoud, docteur médecin à ViLtcaux, alors interne à l'hospice do Bicêtre, a bien voulu aussi nous consacrer dans le même journal deux articles contenant quelques faits très intéressants sur l'Auxois que nous croyons repro-


duire ici en le remerciant des marques sympathiques qu'il a bien voulu ainsi donner à notre travail, que nous chercherc ns à rendre, par la suite, si possible, plus complet.

A PROPOS

<tM Jt*feIti8t<~4t[MC dans l'A~ux~tna PREMIER ARTICLE

Monsieur le Rédacteur en chef,

La remarquable étude que pubiie l'Indépendant sur le Préhistorique dans l'Auxois m'engage à soumettre à la haute compétence de son savant auteur, le resultat do quelques observations que j'ai recueillies à ce sujet dans le canton de Vitteaux, sur les hauts plateaux des collines qui separent la vallée de la Brenne de celle de l'Armançon.

Nos contrées, en effet, présentent de nombreux debrls do l'industrie des premiers humains qui ont habité notre pays s aux divers âges de la pierre. Comme dans tout l'Auxois, l'homme du Moustiers surtout, y a laisse les silex si caractéristiques de son époque.

Les outils et armes, pointes et grattoirs si reconnaissables y sont en certains points tellement abondants, qu'ils prouvent des stations prolongées et des séjours suivis pendant une longue poriode. L'origine de ces silex, étrangers aux terrains qui les contiennent, est un problème qui s'impose à la sagacité des géologues, et qui est très discute.

Sont ils autochtones et témoins de formations géologiques qui ont autrefois existé sur les hauteurs du Morvan et dc l'Auxois, et dont ils seraient aujourd'hui encore les représentants ou bien ont-ils eté apportes par des phénomènes do transport, glaciaires ou diluviens, ou encore par la main même des hommes qui en façonnaient I'jurs outils primitifs, et qui allaient les chercher dans leur sol d'origine, le Tonnerrois et le Maçonnais ?

Pour l'auteur si compétent du Préhistorique dans l'Auxois, la reponse n'est pas douteuse « Ils ont eté apportés par les


indigènes qui devaient aiï~r chercher eux-mêmes dans les contrées où on les trouve actuellement, ces sitex pyromaques des terrains crétacés dans notre département ne contient pas de gisement geologiquo o

Le fait parait, en effet, logique pour les silex taillés et les éc]ats des diverses cpjquos que l'on rencontre communement çà et là sur notre territoire.

Ils ont é!o abandonnés un peu partout par ceux qui s'en servaient dans leu.'s courses errantes, à !a chasse ou à la guerre.

Mais quand les quantités de silex sont considérables aux mêmes endroits, quand les outils tailles de toutes dimensions se mêlent aux cclats, aux rognons et aux quartiers informes, recouvrant )o sol sur une étendue quelquefois très grande, la solution se comphque.

Ebt-co alors un vcrttab!o atelier au lieu même d'origine de la matière première, ou bien une simple statue do tribus ayant sejourne au même endroit pendant une longue succession de rosidences, en y apportant de loin ces silex qu'elles travaillaient ensuite à loisir dans un emplacement choisi? P Les geologues ont beaucoup discuté à ce sujet. La question de t'c'rigine de ces roches s))iceuses, a éte diversement réso lue, ]n''s de la réunion extraordinaire de la Société Geologique de Franco, à Semur, au mois d'août 1879.

Pour !e regretté Collenot, lo Morvan aurait ete recouvert jadis par les terrains crétacés, ce qui expliquerait la présence aujourd'hui de ces restes siliceux au milieu de terrains géologiquement d.nérents (roches bajociennes et limon rouge) des dénudations puissantes ayant entraîné les assises peu résistante d'étages entiers.

Pour d'autres auteur! t'argde à silcx, d'origine tertiaire, pourrait être incriminée. Les chaiUcs jurassiques enfin pourraient peut être aussi fournir un des elements du probtcmc, puisque le hmon rouge est attribue gpnérakmont, sur nos montagnes, à la destruction .ur place des roclu;' bathrmicnncs oucHno\icnncs,doMttcsot~tncnts hiUcicux ont ectttppo aux agents de dissolution dos éléments calcai es, en partie du moins.


Après ces opinions si autorisées, il pourrait paraître téméraire d'omettre un avis. J'incline pourtant à croire qu'en certains endroits de nos plateaux oolitiques les hommes prehistoriques ont pu trouver des gisements de silex de quel âge géologique ? ad hue sub judice lis est Telle station de l'epoque du Moustiers contient en effet une telle quantité de silex que cette richesse me semble difficile à concilier avec la possibititô d'un transport sur ces hauts plateaux (500 mètres d'altitude)' alors que les caravanes, venant de districts aussi eloignes que le Tonnerrois, ne devaient pas être d'un usagj courant à cotte époque où les bêtes de somme n'étaient pas encore utilisées. L'étude du Préhistorique dans l'Auxois est des plus interessantes. Elle nous prouve l'antique séjour dans nos contrées des premières races humaines dont la science a reconnu l'existence.

Elle nous fait assister pas à pas aux progrès de l'industrie de nos ancêtres, nous initie à leurs mœurs, nous révèle les difficultés de leur existence, au milieu de bêtes féroces dont les espèces ont aujourd'hui disparu, et nous permet ainsi de fixer leur âge geologique.

Elle nous fait envisager les plus hautes questions que l'esprit humain puisse aborder, et nous fait entrevoir la solution du difficile problème de l'origine de l'homme, à l'aide des profondes théories de Darvin, qui*éclairent d'un jour puissant l'origine et le devenir des êtres. S B. SB.

25 février 1894.

DEUXIÈME ARTICLE

Dans une précedente étude insérée dans l'Indépendant, j'ai signalé l'existence de gisements de silex taillés de l'époque du Moustier, et de stationnements des hommes primitifs sur les plateaux des hauteurs qui séparent les vallées de la Brenne et de l'Armançon, dans les environs de Vitteaux. D'autres témoignages de l'habitation de ces montagnes par l'homme préhistorique des epoques postérieures, y existent également ce sont des enceintes fortifiees et des tumuli agglomérés en de véritables cimetières, preuves irrécusables


d'un travail humain. C'est ce qui fera aujourd'hui l'objet de cette communication.

Comme le fait si savamment observer l'auteur du Préhistorique dans l'Auxois, les divers monuments mégalithiques que l'on rencontre ça et là à la surface de notre territoire, ont eté longtemps méconnus dans leur destination, et les tables de sacrifices, sanglants autels des Druides, personnifiaient une croyance générale.

11 est maintenant établi que les menhirs et dolmens ont été édifiés antérieurement aux Gaulois Les tumuli do Genay sont venus éclairer d'un jour précis ]a question de ]our origine ils datent de Fâgo de la pierre polie.

Sur beaucoup do nos montagnes rocailleuses, selon les observations si compétentes de M. If. Marlot, il existe encore de ~ces tumuli ou monuments funéraires ayant renferme les dépouilles mortelles des anciens habitants de nos plateaux Tel est précisément le cas pour la colline qui s'avance comme un promontoi'o escarpé entre la vallee de SaintThibault d'une part et la vaiïéo de Grosbois à Vitteaux d'autre part, promontoire qui domino l'entonnoir de Vttteaux, creusé comme un cirque naturel au pied des montagnes. La montagne de Vesvres et celle de Myard composent ce ptat'an qui commande les vaiïées de Vittoaux, MarcH)y et Saint-Thibau)t. Les rochers tailles à pic du calcaire à entroques, couronnantles coteaux liasiques, forment une forteresse naturelle de nos contrées.

Ces positions fortes sont fréquentes d'ailleurs dans l'Auxois.

Les escarpements rumiformos des roches bajociennes protégeaient ainsi la citadelle d'Alise au sommet du Mont-Auxois. La Roche de Solutre, dans )o Maçonnais, cette mine si riche en documents prohistoriques, était dans une situation analogue.

Il n'est donc pas étonnant que les indigènes de ces pays aient étabH sur ces sommets de véritabies oppida, où ils se mettaient à l'abri des invasions d'émigrants en quête de terres fertiles et de contrées giboyeuses.

C'est ce que l'on peut constater encore aujourd'hui sur les


plateaux des montagnes de Vesvres et de Myard, où existent toujours deux camps retranchés, protegés de trois côtés par les escarpements des rochers et défendus du quatrième par une muraille de pierres sèches, haute de i mètre 50 à 2 mètres. Ces deux camps occupent les deux extrémités de la montngnc et commandent ieij deux vallées. Le mamelon de Myard surtout surplombe la piaino de MareiHy et Saint-Tbibauit dans une situation très forte et très pittoresque on même temps.

Le camp, appelé dans le pays camp de César, camp Romain, était très bien bitué et est encore bien conservé.

La muraille, ou « grande murée ]o sépare du reste du platcau et s'avance au point le plus étroit du promontoire de ce côte d'un versant à l'autre.

A son pied on voit parfaitement un fossé destine à en rendre l'accès plus difficile.

A chaque extremité, deux passages ou portes.

A l'interieur de l'enceinte se dressent des alignements de tertres funéraires, et un second enclos semble même forme par des murs et iso~é du reste

Tous ces tumuli sont en pierres et mesurent environ O'*60 à 1 mètre de hauteur Les plus importants offrent des excavations, signes manifestes de fouilles anciennes, excavations en forme d'entonnoir.

En dehors de la mura.tUc il y a également un grand nombre de ces tumuli. Nous sommes donc en présence d'un véritabte cimetière préhistorique. Malheureusement, la plupart, sinon tous ces tombeaux, sont n'~jourd'hui vides de leurs propriétaires.

Mal protégés par leur construction en pierres sèche! sans terre aucune, les ossements ne se sont pas conserves ou ont été disperses par des violations fréquentes. Mais leur forme arrondie, leur diamètre plus large à la base par l'éboulement du sommet, dénotent leur destination.

Lo p'atcau occupe par cette enceinte fortifiée et ces monuments funéraires se compose de friches incultes, de lavières, communaux de la ville de Vitteaux c'est ce qui explique leur conservation relative, la culture n<- les ayant pas détruits. La situation est à peu près analogue pour l'autre camp, qui


occupe l'autre extrémité du plateau, sur la montagne de Vesvros, dominant la gorge étroite où coule la Brenne. H est établi au lieudit en Château o, ce qui indique bien l'origine ancienne d'un lieu fortifié Casto!)um.

Ici encore une grande muree en défend l'accès, protège des trois autres côtés par les roches taillées a pic. Des tumuli en grand nombre, sur un espace plus vaste qu'en Myard, y sont actuellement alignés. Au pied de la muraille, trois tertres plus haut que les autres semblent avoir renfermé des chefs. Ils ont été fouillés d'ailleurs et mesurent encore f"à0 de haut sur 2 à 4 mètres de large à la base. Les matériaux sont toujours des pierres Dans l'un d'eux, on trouva, il y a une vingtaine d'années et plus, des ossements, des éperons et d'autres menus objets, dont je n'ai pu avoir le détai). Les os furent examines et acquis par M. )o docteur Lecon.te, décédé en 1893 à Vitteaux Que) etait leur origine? A quelle époque remontaient-ils? Je l'ignore. Mais il est avére que les mômes tombeaux ont pu contenir des sépultures d'âges divers d'où il suit qu'il ne faut pas toujours conclure à la contemporanèité des uns et des autres. Telles sont les observations que j'ai pu faire sur ce sujet.

J'en tire ]os conclusions suivantes il est indubitab:e que nos montagnes ont été habitées depuis les premiers âges de la pierre, comme le prouvent les déb.is do silex tail'és que l'on trouve abondamment sur les bords des roches de Vesvres, et le gisement ou atelier de fabrication de l'époque du Moustiers, qui est situé tout près des roches de Myard. Plus tard, les habitants de ces plateaux se sont reunis en tribus, associes en confederations. De cet âge datent les camps retranchés, édifias pour resister aux invasions étrangères, et les tumuh construits pour renfermer les morts.

Enfin, dans des temps plus rapproches de nous, les peuples qui se sont succedé, Gaulois, Romains, Francs et Burgondes, ont dû utiHser oo~ camps, d'où tour appellation de « camps de César, camps Romains. »

S. B.

il mai i894.


MONOGRAPHIE

DU

MONASTÈRE DE SAINT-JEAN-L'ÉVANGÉLISTE t~M dt&tc&M ttc Scm~Mt*

1

Origine et emplacement du monastère

La fondation du monastère de Saint-Jean-l'Evangéliste de Semur remonte au vie siècle. On l'attribue à saint Sigismond, roi de Bourgogne. Ce pieux souverain s'était retiré dans l'abbaye de Saint Maurice d'Agaune, en Valais, pour y finir ses jours dans la prière et la pénitence. Bienfaiteur insigne de l'abbaye, il lui donna des domaines considérables en Bourgogne, parmi lesquels le château de Semur et plusieurs villages des environs.

Il y avait dans l'enceinte même du château de Semur un lieu vénérable consacre à la religion chrétienne dès les premiers siècles de l'Eglise. D'après les Afc~o~cs h <s~o?'~MM des ~es_, ~apters e~~oc~~cs e~pr/eMrs de Saint Jean, on voyait là un oratoire ~M/o~ peut e~e asse~~e?~ a~<w été ~M~ des p~e~~r~ des Gaules. Saint Jean de Réaume, premier abbé du monastère de Mouticrs-Saint-Jcan, qui vivait au début du v" siècle venait souvent prier dan ce ''anctuaire. Après sa mort, les invasions des Noimauds obligèrent ses disciples à .y transporter le corps de leur saint fondateur pour le soustraire à la profanation.

La relation de ces deux faits se lit dans l'histoire latine du monastère de Moutiers-Saint-Jean, intitulée 7~;<ma'MS, et imprimée en 1635 à Paris, chez Sébastien Cravoisy (liv. III, chap. vi).

Voici les termes dont se sert l'auteur du Reomaus ea~c~z~ /pS6~ sf</?c</ co?'po~<s ~e&~m cas~Mm~, .S~'Mem~'M~ a suis ~e/ </Moe~ du 7Ma(~e7~~o~~s /<x< ad o~o?~ munus ~er~s~re.


C'est en l'année 888 que le corps de saint Jean fut transporté au château de Semur ~cas<rM~ s~:em~)'M?~ moût et Mo~ pHM~s.sn/~m~. Il y resta jusqu'en 911. L'oratoire primitif était sous le vocable de saint Maurice il fut conservé jusqu'au ix" siècle seulement; à cette époque, l'édifice fut ruiné presque entièrement pendant les invasions des barbares et les guerres incessantes qu'elles déchaînaient nécessairement. On construisit alors une nouvelle église qui eut pour patron saint Jean l'Evangéliste. On se demande même si cette église n'aurait pas eu, tout d'abord, le titre de SaintJean-de-Réôme, qui se serait plus tard transformé en celui de Saint-Jean-1'Evangéliste. C'est ce dernier qui a prévalu et qui a été conservé.

Dans une bulle du pape Adrien I", l'église de Semur est dite in /K)?M?'e s~~c~ ~/<xM~'<K dedicata, dédiée au culte de saint Maurice une autre bulle d'Eugène III, en 1146 porte consecratam, consacrée, au lieu de dedicata, dédiée. Un acte original d'Helvide, dame d'Epoisses, en 1187, l'appelle église de Saint-Jean, ~?tc~-yosM7ns, de même que Célestin III, dans une bulle de 1196. Depuis l'an 1200, elle est constamment appelée de ce dernier nom ce n'est qu'en 1414 qu'on trouve pour la première fois l'addition de « l'Evangéliste B, dans le testament de Nicolas Le Jay. CD On trouve, en 879, un autre acte où il est parlé de l'église de Semur en ces termes MoHtcm ~t t'oc~Mr ~e~M?'MS CMm ccc/e.s~ ~Mœ .s?<p~ est. (Baluze, appendice, p. 1505). D'après cet acte, Semur et son église, avec deux moulins, cM~t <Y«o~MS mo~ avaient été donnés à l'évêque d'Autun, Adalgaire, par Boson qui venait d'être reconnu roi de Bourgogne, au concile de Mante, dans les environs de Vienne (879). Sans aucun doute, il n'y avait à Semur que l'église de Saint-Jean-l'Evangéliste, avant que le duc Robert, mort en 1075, eût fait construire l'église Notre-Dame pour les religieux bénédictins de Flavigny. Il psraît également certain que cette unique église devait servir de paroisse et qu'elle é~ait sous la dépendance de l'abbaye d'Agaune qui envoyait des religieux pour la desservir. Mais la construction d'une seconde église amena entre les religieux de Saint-Jean et les


bénédictins de Flavigny des démêlés que nous verrons plus loin.

L'emplacement du monastère et de l'église de SaintJean-1'Evangchste est minutieusement indiqué dans le Terrier, manuscrit que possède la biblothèque de la ville de Semur et qui est catalogué sous le n° 111, ancien 118.

L'état des lieux a tellement changé qu'il est difficile de préciser maintenant l'étendue exacte et réelle des constructions soit du monastère, soit de l'église. Voici la description qu'en donne le Terrier je la transcris fidèlement avec sa forme archaïque et originale Le pourpris et circuit dudit prieuré estant assis au château dudit Semur et dans lequel pourpris est située leur esglize fondée en l'honneur et redevance de Monsieur saint Jean évangéliste, lequel prieuré est circuit et environné de murailles tout à l'entour, ensemble maisons à ce convenables pour lesdits religieux et couvent dudit saint Jean, grange, estable et jardin, le tout tenant par devant à la voie commune et tirant à une poterne qui conduit dudit château es vaux et faubourg du Pont-Dieu dudit Semur, et fourg desdits vénérables étant auxdits Vaux, et par derrière murs dudit château et à la maison de Monsieur le comte de Sommières, seigneur de Juilly. De ce texte il ressort que le monastère occupait, en longueur, l'emplacement des maisons Gontard et Bruxard, et qu'il s'étendait probablement en largeur jusqu'au pâté de maisons situé entre les deux rues qui conduisent à l'hôpital actuel. On voit encore, à l'intersection de ces rues, des arcades qui devaient appartenir soit au cloître, soit à la chapelle de l'ancien couvent.

Dans une note ajoutée au Terrier, au cours du xvin" siècle, par un chanoine de Saint-Jean, le monastère est ainsi décrit

Le prieuré est sis en fort bon air quoi qu'un peu vif et bien frais en hiver. Le bâtiment est à l'exposition du nord et a son aspect sur une montagne d'hauteur (sic) médiocre, plantée de vignes, qui néanmoins borne un peu trop t'horison. Le jardin sis le long du bâtiment n'est qu'une longue et belle terrasse soutenue par les gros murs de ville qui font en cet endroit l'enceinte du château. Elle est bordée d'un simple parapet à hauteur d'appuy d'où l'on donne sur le creux des Vaux (c'est un faubourg rempli de maisons le long de la rivière). Et la vue se promène librement sur tout le terrain qui est au-delà.


Nous sommes dans la portion de Semur qu'on nomme le château, :i la différence de l'autre partie dito le bourg. Tout cet endroit n'est qu'une roche fort escarpée de toute part, à l'exception du côté du côté du bourg. La rivière d'Armançon fait le circuit presque en entier. (Il est singulier qu'il s'y trouve néanmoins sur la hauteur quantité de sources dc fort bonne eau.)

On voit par cette description que si les bâtiments du couvent ont été en partie détruits ou morcelés, du moins l'aspect général n'a pas changé. Le vieux donjon est toujours debout sur sa roche escarpée et ses massives constructions semblent délier les siècles. La montagne de me~ocyc AaM~M~ est sans doute celle du Télégraphe qui, en effet, borne un peu trop l'horizjn, selon l'expression du bon chanoine.

La même note fournit des détails sur la chapelle du monastère

L'église est assez décente dans sa simplicité et totalement murée avec bas-côtés le long de la nef. Le chœur et sanctuaire ont été rebâtis à neuf. vers l'an 166L La nef a été réedtfioe dans )e goût du choeur entre 1700 et ]708. Il ne reste du vieil édifice que la croisée et la tour qui porte dessus. Ladite tour portait elle mémo jadis une quille ou flèche de pierre.

Comme elle menaçait ruine par suite de la mauvaise qualité de la pierre, elle fut démolie vers 1692. Un passage extrait d'un autre titre complète et confirme la teneur de la note précédente. II nous apprend que le chœur de l'ancienne église Saint-Maurice, qui avait été conservée eu partie, fut démoli le 1G juin IG6I par M. de Fontaines, prieur de Saint-Jean. Ce reste de l'ancienne église avait vingt-huit pieds au carre. « La charpente en dedans était lambrissée en berceau, les murailles lavées en blanc avec quelques figures de « dévotion et des croix antiques mat faites. B Cela convenait bien à la simplicité et à l'austérité monastique, quoiqu'une décoration plus riche et plus éclatante ne soit point déplacée dans le temple du Seigneur, voire même dans l'humble chapelle d'un couvent.


II

Donations faites au Monastère de Saint-Jeanl'Évangéliste

A en juger par la simple énumération qu'on va lire, le monastère de Saint-Jean-l'Evangéliste devait être fort riche en biens et redevances de toutes sortes. Voici l'intitulé du Terrier

Décfaration des terres et seigneuries, rentes, cens, meix, maisons, granges, preys, terres, vignes, bois, buissons, courvées, coustumes, fourgs, moulins, estangs et aultres nobles droits seigneuriaux appartenant aux~vonérabies religieux, prieur et couvent de Monsieur saint Jean cvangeiiste de Semur au diocèse d'Autun, etc., tant en la ville de 5emur,Ju)]y, Saint-André-en-Terre-P!aine,SaintEuphrône, Marigny, Allercy, Bierre, Villaines-les-Prevottes, Montigny-Ies-Monfort, Bourbilly, le Vic-de-Chassenay,Vi!tars-Pautrat, que ailleurs et plusieurs dîmes de lieux, et aussi des hommes et femmes à eux mainmortables, taillables et corvéables etjusticiables tant au lieu de Chevigny, Champdoiseau que ailleurs. Le Terrier s'en tient malheureusement à cette longue et séchp énumération et, à part ce qui concerne Semur et Chevigny, il est muet sur la quantité et la valeur des droits ou des propriétés que pouvait revendiquer le monastère dans les onze ou douze villages cités plus haut. Il faudra nous en contenter.

Etudions d'abord en détail ce que le couvent possédait en la ville et ~rr~o~re de ~MM~.

Aux religieux de Saint-Jean appartenaient l'église et prieuré, tels qu'ils ont été décrits dans le chapitre précédent. Ces constructions touchaient par un côté à la maison de M. le comte de Sommières. Une note surajoutée nous apprend que cette maison passa successivement à M. Potot, et, en 1758, à M. Gueneau le cadet. Celui qui l'a rédigée se plaint amèrement des empiètements de ses voisins

Quoique par l'acte d'échange fait avec le sieur de Grésigny, en 1487, ladite maison ne doit avoir aucun droit de servitude sur le terrain du prieuré, nos prédécesseurs avaient laissé prendre droit de goutte en toute ladite aile. le long de notre petit jardin. M. Gueneau s'était permis de prendre de grands ~OM~s sur les terrains du prieuré. « On n'a pu l'en


« empêcher, la coutume le lui permet. Mais si cela « offense trop, on sera toujours en droit d'y remédier « en les manquant par un mur à deux pieds et demi du « sien. »

Ce n'est certes pas l'auteur de la note qui aurait ainsi laissé empiéter sur ses droits; avec lui, les voisins n'avaient qu'à se bien tenir.

Les chanoines de Saint-Jean avaient reçu en donation un certain nombre de maisons dont la désignation est faite soigneusement, quoique d'une manière assez sommaire; elles étaient en général de peu d'importance et ne méritent pas qu'on en fasse une description détaillée.

Ils possédaient, outre leur église, une chapelle dite de sainte Marguerite, qui se trouvait au donjon de Semur. Qu'était cette chapelle? Par qui et pourquoi avait-elle été édifiée? Le Terrier ne le dit pas voici le texte

Item esd. religieux, prieur et couvent dudit saint Jean, Ëv. dud. Semur. appartient, seule et pour le tout une chapelle fondée en l'honneur de Madame sainte Marguerite assizo au donjon dud. Semur ainsi qu'elle se comporte avec « toutes ob)ations et offrandes qui sont esté faite?, qui se font et feront cy-aprcs. et de ce ont titre lesdits vénérables.

Ce titre ne figure pas au Terrier, et c'est d'autant plus regrettable qu'on y trouverait sans doute des renseignements sur l'origine, la fondation et l'emplacement exacte de cette chapelle Sainte-Marguerite. Le moulin dit moM~M aM.B cA~o/Mes appartenait au monastère mû par la rivière d'Armançon, il était situé près d'un rocher appelé le Poro?!.

Les religieux avaient naturellement la jouis&ance de l'écluse et du bief avec le droit de pêche, et le Terrier ne manque point de le spécifier.

Autour du moulin, il y avait 1° une maison couverte en tuiles; 2° un jardin contenant à peu près un demijournal de terre; 3° de l'autre cûté de la maison, dans la direction du joo~~MC~y (~ft /OM~c<~M, un autre petit verger et jardin un troisième petit verger et jardin, contenant environ un quartier de terre; 5° le long et au-dessus du moulin, un jardin, courtil et


préau, contenant environ ~<M6 Lée de pré; 6° une petite île, entre deux bras de l'Armançon, formant un verger d'un journal, dans lequel il y avait plusieurs noyers et autres arbres fruitiers 7° un préau contenant M~e ~ee de pré environ 8° enfin, un demi-journal de terrain à chènevière, ~c /? ~cm~ce de deux ~sseaM.'c de che?~t.'t's.

Au prieuré de Saint-Jean appartenait aussi la maison seigneurialed'ArdeIon, appelée anciennement/<7~(7Myg aMd? chanoines. C'était un petit fief comprenant une certaine quantité de terres et prairies, soixante-cinq ouvrées de vignes et un bois qui s'étendait jusqu'aux fossés de la maison forte de Moutille d'un côté, et de l'autre jusqu'à la rivière devers Saumaise.

Les bâtiments consistaient en deux chambres avec grenier dessus, une vaste grange, des écuries et un colombier; le tout entouré de murailles. Au logis étaient attenants un jardin, un vergeretunegrandechèneviére. Toutes ces propriétés d'ArdeIon étaient exemptes de dîmes. n Les religieux de Saint-Jean ne doivent payer l' « aucun d xme au prieur de Notre-Dame qu'à autre « quelconque, et s'ils amodient, les fermiers et amo« diateurs ne payeront de dixmes de 28 gerbes une. a Le cens des terres d'ArdeIon était payable de la, Toussaint au carême; il s'y ajoutait une poule de coutume ou son prix évalué à b gros, soit 8 sols 4 deniers. Le bois de Censey, entre Montille et CourceIIes-IesSemur, faisait partie des propriétés du monastère de Saint-Jean-1'Evangéliste sa contenance était de deux cent quarante arpents. Trois petits étangs avoisinaient ce bois les deux plus grands avaient environ cent toises (200 m.) de long et quarante toises (80 m.) de large. Le plus petit avait à peu près la moitié de ces dimensions. Ils étaient séparés par des prés deux soitures au bas de chacun des plus grands et un peu plus d'une soiture au bas du plus petit.

Primitivement, au lieu et place de la chaussée du premier étang, se trouvait un moulin qui, chaque année, payait, comme redevances, « un septier de fro« ment et un septier d'avoine, deux gâteaux d'un bichet « de froment et seize deniers de cens. a La donation en avait été faite par Hugues, seigneur de Courcelles, le


2 octobre 1262, avec charge de célébrer tous les ans une messe anniversaire pour le repos de son âme. Mais le domaine le plus important de ceux que possédait, le monastère de Saint-Jean-l'Evangéliste était sans contredit celui de Chevigny, dont le détail est ci-après. III

Droits et privilèges des chanoines réguliers de Saint Jean-i'E van géHste

D'après le document de la Bibliothèque nationale cité plus haut (extrait de la préface qui est à la tête des Mémoires historiques des Titres, Papiers et Procédures du Prieuré de Saint-Jean-l'Evangéliste de Semuren-Auxois), les évoques d'Autun, voulant compléter la donation de saint Sigismond, roi de Bourgogne, réservèrent aux religieux de Saint-Maurice d'Agaune établis à Semur la paroisse et les dîmes de cette ville. Ceux-ci jouirent paisiblement de ces droits jusqu'à la fin du x° ou au commencement du xi" siècle. A cette époque, un seigneur non moins puissant que turbulent leur suscita toutes sortes de tracasseries il s'appelait Gérard Ardebald et il était frère de Humbert, évêque de Paris. On croit qu'il était comte d'Auxois et que le duc de Bourgogne, Robert F', dit le Vieux, avait épousé sa fille. II chassa les religieux de leur église, s empara de leurs biens et transféra la paroisse au prieuré de Notre-Dame il fut de ce fait excommunié par le pape et ne put être absous qu'après avoir rendu les biens qu'il avait usurpés. C'est du moins ce qui ressort du document de la Bibliothèque nationale. Le Terrier de Semur est plus explicite d'après ce qu'il rapporte, le droit de paioisse ne resta pas longtemps l'apanage des chanoines de Saint-Jean. Le duc Robert ayant achevé, vers 1075, la construction de l'église Notre-Dame, le peuple s'accoutuma peu à peu a fréquenter cette église, même pour les sacrements. Il y eut de longs démêlés, pour cette question de paroisse, entre les chanoines de Saint-Jean et les moines de Flavigny qui possédaient le prieuré ( de Notre-Dame.


L'abbé de Saint-Maurice d'Agaune porta l'affaire au tribunal suprême du chef de l'Eglise. Les commissaires du pape ordonnèrent une enquête et choisirent pour la faire Jean, abbé de ChàtiIIon-sur-Seine.

Les négociations traînèrent en longueur et la cause fut de nouveau soumise au pape Eugène III, qui était alors à Auxerre. Il allait prononcer en faveur des chanoines de Saint-Jean, quand un facteur inattendu vint changer la face des choses. La veille du jour où le jugement devait être rendu, les religieux de Flavigny donneront quarante livres aux onicicrs du pape et obtinrent de cette façon que la sentence ne serait prononcée qu'à Reims, en Champagne. Les chanoines de Saint-Maurice se décidèrent alors à faire une transaction avec l'abbaye de Flavigny l'Ordre de Saint-Benoît l'emporta, grâce à ce moyen peu loyal.

Comme compensation, le duc Odon, troisième du nom. donna au prieuré de Saint-Jean, en 1193, le bénéfice de sa chapelle de Semur ~e~e/7c?'M/~ c~pe/~e ~ea? ~~cmM)'o~. Les chanoines devaient seuls jouir, et à perpétuité, des oblations qui se feraient dans cette chapelle, à condition toutefois d'y célébrer une messe chaque jour ~M~ /c~ co~o?~' quod s~f/M~s 6~<<s ~<. c<7pe/o~<x M~a~Af~sa~ SM/~ ce~r~M~. La même charte donne encore au prieuré une famille de mainmortables et leurs descendants, sans compter divers autres droits, tels que l'exemption de la juridiction des oniciers du seigneur duc; celui-ci prend sous sa protection tous les biens présents et à venir du monastère. Ces biens étaient alors Chevigny ('A~ï'??~CMm~ le bois de Cemey ~.Sc~e~c~~ et probablement Ardelon.

S'il l'on en croit la bulle du pape Adrien I", citée par le document de la Bibliothèque nationale, le village de Cernois, près de Semur, appartenait aussi au prieuré de Saint-Jean.

PRISON

Parmi les droits revendiqués par les religieux est celui d'avoir une prison dans l'enceinte du monastère pour y enfermer, dit le Terrier, K les délinquants et « malfaiteurs qui mésusent et forfont tant audit prieuré


« et circuit susdit comme aussi pour les hommes et « subjets desdits vénérables, sauf dudit Chevigny, « Champdoiseau, Ardelon, Sancey, que autres mésu« sants et délinquants esdites Justices des susdits. » FOUR BANAL

Les religieux de Saint-Jean possèdent, au faubourg des Vaux, un four banal auquel les habitants de Semur sont tenus de cuire toutes leurs pâtes, levées ou non qui se vendent en la ville. Ce four tenait par devant à la voie commune, par derrière aux rochers du Rempart, d'un côté à la maison du meunier du PontDieu, de l'autre côté à une ruelle qui vient de la poterne du château.

Le droit de fournage était de vingt pains un. Plus tard, les religieux de Notre-Dame partagèrent ce droit avec ceux de Saint-Jean c'est ce qui ressort d'une transaction faite le jeudi, veille de la Saint-Nicolas d'hiver 1364 entre les maïeur et syndics de la ville et les prieurs de Saint-Jean et de Notre-Dame. Les religieux des deux couvents ont le droit de lever chaque jour sur tous les ~OM~ï~'s de Semur de ~Ms?~?~e pains -MM de toutes pâtes ;/M~~ /'e/'o~ cuire. Les habitants peuvent avoir un four dans leurs maisons po~r faire cuire leurs vivres à eux mais pas ~M~re chose. On trouve ailleurs, dans le Terrier de Saint-Jean, une sentence du maire de Semur ordonnant aux boulangers de cuire au four banal en payant le 20°, ou bien de se servir de leurs propres fours en payant le 40°. Il y avait alors à Semur onze boulangers dont voici les noms

1. Isaac Lorin. 7. Nicolas le Deullet. 2. Claude Mataguiche. 8. Guillaume Maigny. 3. Pierre Chesneau. 4. Julien Tanron. 9.MiHoBoequ.n. 5. Jean Cernaisot. 10. Alexandre Chevallon. 6. André Maladier. 11. La veuve Jean Le Bœuf. DROIT DE BANYIN

Les religieux avaient le droit de vendre et faire vendre du vin soit chez eux, soit dans la ville pendant toute


l'année ils vendirent ce droit de Banvin aux maire et échevins de Semur, vers l'an 1332.

DROIT DE PÈCHE

Ils s'étaient réservé, dans l'écluse et le bief du Moulin, dit « Moulin aux Chanoines », le droit de pêcher ou faire pêcher quand bon leur semblerait. Ce droit s'amodiait moyennant un muid de froment par année. Le droit de mouture était d'un boisseau (mesure de Semur), plus une écuelle du blé qui s'y moulait. TRXUR DE JOURS

Les religieux de Saint-Jean puuvoient « tenir leurs jours » en leur prieuré cette tenue dfjours avait pour but de faciliter à tous les sujets d'une seigneurie la présentation do leurs requêtes et la reddition de la justice. A ces jours étaient tenus de comparaître les habitants de Chevigny, Champdoiseau et Ardelon, ainsi que tous ceux qui étaient assignés; une amende de sept sols tournois était imposée à tous les défaillants.

Une charte, dont le texte latin est donné par le Terrier de Semur, rapporte les privilèges accordés, en 1098, au monastère de Saint-Jean-FEvangéliste par Odon, quatrième duc de Bourgogne. Comme il serait trop long de transcrire et de traduire cette charte en son entier, je me contenterai de l'analyser, en signalant les passages importants.

Odon prévient tout d'abord qu'il agit avec l'agrément de son père, Hugues, et de son épouse Mathilde, reineduchesse de Bourgogne et comtesse de Flandre il accorde le bénéfice de sa chapelle aux seuls chanoines de Saint-Maurice, à l'exclusion de son chapelain luimême il leur donne une famille de ses hommes de Semur, du nom de Malpoint, le moulin de Braix avec ses appendices, le droit de vendre le vin au détail dans toute la ville, le four qui était au donjon, ainsi que le bois nécessaire à le chauffer, bois qu on devait prendre au Tremblay il confirme en outre la donation faite par Pierre, prieur de Saint-Jean, en faveur des lépreux de Semur du consentement de ses frères, le charitable


prieur fournit aux lépreux dix livres de la monnaie de Dijon pour l'acquisition d'un pré pouvant produire deux chars de foin et d'un champ contenant six arpents de terre.

A la demande du prieur de Saint-Jean, le duc Odon accorde à l'église de son f'hàteaudc Semur les mêmes franchises et privilèges dont jouit l'église Saint-mienne de Dijon, et, en particulier, le droit d'asile dans l'enceinte du cimetière t'c~ /r~ c~er/~m s~'e ~7M&!<:<~ ~~sr/~M loci Me/HO c~p/~M)'. 11 prend sous .~a protection spéciale et exempte de la justice ordinaire de ses omciers les hommes et sujets du monastère ainsi que toutes les terres qu'il possède ou possèdera à Chevigny.

En retour, religieux sont tenus de célébrer une messe chaque jour pour le salut de l'âme de leur bienfaiteur et de ses ancêtres.

Parmi les témoins de cet acte se trouvent Hugues, abbé du monastère de Saint-Jean, et deux autres religieux, muîtrc Hugues, chanome de Saint-Etienne de Dijon, Ulric, chape'ain du Duc, Odon, archiprêtre de Tonilion, etc.

En 1265, Jean, un autre duc de Bourgogne, accorde aux religieux de Saint-Jean le droit de prendre chaque année six charges de sel blanc à Salins. L'acte qui relate cette hbérahté n'est pas très long: il nous apprend que le duc Jean avait été veuf p)usieur-! fois et s'était remarié avant la date citée plus haut. On me permettra de le transcrire tel qu'il e?t donné par le Terrier de Semur.

« Nous Jean, Cuens de Bourgogne, faisons scavoir. « que nous, pour le remesde de neutre âme, et des « âmes de nos pères, de nos mères, et des comtesses « nos femmes qui mortes sont, et de Lore la comtesse « notre femme et de nos encestres avons donné en pure (( et spécial aumône à Dieu et à Saint-Jean de Semur. « six charges de sel en nostre rente de nostre puits de (( Salins. moyennant un service chaque année le len« demain de la Nativité Notre-Dame. Ce fut fait. au « mois de novembre, l'an de Neutre Seigneur qui cou« rait mil deux cent soixante et cinq. »

Un arrêt du Conseil d'Etat, en date du 21 octobre


1673, changea les six charges de sel blanc en quatre minots de sel gris à prendre au grenier à sel de Semur (1).

IV

Reprise de fief, au XV* siècle. L'étang de Censey au XVH" siècle

Les chanoines de Saint-Jean étaient seigneurs « en droite seigneurie » du bois qui s'étendait depuis les fossés de leur maison d'Ardelon jusqu'au château de Montille, comme aussi des terres qui couvraient l'espace compris entre le bois, le château de Montille et la rivière près de Saumaise. De ce fait, les seigneurs de Montille étaient tenus, à chaque mutation, de reprendre de fief des religieux de Saint-Jean et « de ~6M?' rendre foy ~0?~?~~<3 ».

Le Terrier rapporte ti o~s de ces reprises de fief la première est du 18 janvier 1447. On y voit la manière dont s'accomplissait cette curieuse cérémonie, la solennité qu'on lui donnait et les réclamations qu'elle soulevait parfois de la part de ceux qui ne s'y soumettaient qu'à contre-cœur.

Voici en deux mots l'analyse de ce document qu'il m'a paru bon de donner dans son entier, malgré la prolixité des termes dans lesquels il est conçu et dressé. « Jacques de Cussigny, escuier, seigneur de Montille et de Vouldenay met en demeure les religieux de SaintJean de lui apporter la preuve de l'obligation où il est de leur rendre « foy et hommage )). Ceux-ci montrent des lettres patentes de « feu monseigneur Hugues, jadis duc de Bourgogne. Jacques de Cussigny les reconnaît pour véridiq'ies au jour dit, il se rend à l'éguse du monastère et, en présence des religieux en habit de (t) Le prieur et les chanoines réguliers de Salnt-Jean-1'Evangéliste, en vertu de leur filiation avec l'abbaye de Saint-Maunce-d'Agaune, avaient le privilège de porter tous le camail rouge sur le rochet. Lorsque le prieuré eut été uni par la réforme aux chanoines réguliers de la congrégation de France, le 20 février 1674, le Prieur seul fut maintenu dans ce privilège qui lui fut confirmé par un arrêt rendu au grand Conseil, le 22 mars 1730, contre Dom Nicolas Maurel, prieur de Notre-Dame, qui prétendait avoir droit au même privilège.


chœur et de plusieurs autres témoins, il se reconnaît le vassal des chanoines de Saint-Jean.

Au nom de N. S. amen par ce présent puhliquo instrument apparaîtra à tous évidament que l'an de l'Incarnation d fcehiy courant mil quatre cent quarante et sept le jeudydixbuit" jour de janvier, en l'église du Prieuré de Saint-Jean-l'Evangéliste do Semur, des membres de Saint-Morice-dc-ChabIais devant le grand autetd'iccHa église à heure d'environ deux heures après midy dud. jour en la présence de moy Andriot Drul demeurant aud Semur notaire juré de la cour do monss'' le Duc de Bourgogne et des témoings cy après écrits, estaient illec personnellement vénérable et religieuse personne frère Estienne Bourgoin, Prieur dudit prieure, avec luy frère Guy Pertuisot, Hugues Gctebert. Adam Hotot et Jean Buon religieux dud. prieuré estants revestus de leurs surplis et de leurs chaperons rouges mis en leurs têtes a la mnde dud. saint Maurice, ledit Prieur séant en une chaire au plus près dudit autel d'une part et noble homme Jacques de Cussigny escuicr seig'' de Monti)!oen grande humilité desseinet de sa corroie ft de son chapeau os'é addressa sa parole es dits Prieur et religieux dud. Saint-Jean en leur disant telles et semblables paroles. En effet, Monsieur le Prieur et vous Mcssoigncurs Ics Religieux il est vray que par plusieurs fois vous avez requis et fait requérir qu'il me plust de vous reprendre de vous en foi fief et hommage certains héritages assiz près mon chaslel de Montiile que vous dites quo je tiens de vous et do vostre dit Prieuré et église dont je suis ignorant et par ce je vous requis qu'il vous plaise de moy monstrer lettres et titres suffisants p.'r !esque)s il m'apport que je suis tenu de reprendre de fief de vous et de vostre dit Prieure et église lesdits héritages, lesquels Prieur et Religieux exhibèrent et monstrcrent audtt Jacques de Cussigny seigneur do Montdto certaines lettres et patentes faites et données de très haut et excellent prince feu Monseig'' Hugues jadis duc de Bourgogne scellées de son scel à double guéne, saines et entières non vitieuscs en aucune partie en scel ni en escriture lesquelles furent lovées do mot à mot en la présence de moy ledit juré dudit escrit de tous les assistans et tesmoins cy après escrits desquelles la teneur s'ensuit en cette forme.

Nos Hugues Dux de Bourgoigne façons scavoir à tous les qui verront ces présentes lettres que comme l'Abbé et ]o Couvent do Saint-Morice nos eussent mandé par les lettres pendantes sçatiees de leur sçal. que d'un échange que Guionez do Semur nostre sergent requérait au Prier de Saint-Joan de Semur co est assavoir d'un bois que la maison de Saint-Jean avoit devant la maison dudit Guionez laquelle maison est appelée MontiHc.

Nos par la volonté et par lor consentement audit Prior de SaintJean et audit Guionez avons accordé que tod. Prier baille aud.


Guionez héréditablement lui et ses hoirs lou bois et tot )ou terroir que la maison de Saint-Jean avoient dez les fossés qui cloent lor bois derrière la grange aux chanoines jusqucs à laditto maison de Montille par dehors les fosscx et encore tot lou terroir que lad. maison do Saint-Jean avoit dez lou d)t bois jusques à la Rivière e devers Sommaise et dez Montitie jusqu'à lad. rivière. Et de ces choses led. Guionez et ceux qui ces choses tiendront seront toujours hommes dc les mains au Prior do Saint-Jean. Et par ces choses ted. Guionez baille à maison de Satttt-Jea~ de Semur /tëredttab!ement e< perdurablement onze septiers de bled de rente à la mesure de Semur, de quoy la moitié est de froment et la moitié d'avoine tou quel bled led. Guionez avait de Rente au moulin de sur lou pont Dieu à Semur, le présent moulin est es moines de Nostre-Dame de Semur, et est à scavoir qae le Prior de Saint-Jean de Semur est tenu de garantir à tous jours aud. Guionez et à ses hoirs qui tiendront cetuy bois et celuy terroir sont tenus de garantir toujours mais lou dit bled à ta maison de Saint-Jean de Semur et par cen que ce soit fait et estable par la requeste et par la prière aud. Prier et aud Guionez nous avons mis notre sçat en ces lettres, cen fust fait en l'an de l'Incarnation Notre Seigneur mil deux cent et cinquante et c'est au mois de septembre. Et laditto lecture d~ceUes lettres patentes ainsi faite et aussy de plusieurs autres lettres et instruments de la reprise desdits héritages sur ce fait au temps passé par ces prédécesseurs ledit escuyer seigneur de Montille ses mains jointes, son chapeau osté et desceint de sa corroye, comme dit est, dit ez dits Prieur et religieux de Saint Jean. Messieurs il est vray que je n'ai plus canse d'ignorance de non vouloir reprendre de vous les héritages dont mention es dittes lettres de mon dit feu soigneur le Duc Hugues et pour ce pour faire mon dobvoir je connois et confesse tenir en foy fief et hommage selon les us et coutumes de Bourgogne de vous Messieurs Prieur et religieux do cette églisc de Saint-Jean à cause de vostre Prieuré et église tout le bois et tout le terroir que la maison de Saint-Jean avoit dez les fossez qui cloent vostre bois esUnt derrière la grange dez chanoines jusques à ma maison de Montilles par dehors les fossez et encore tout le terroir que tad. maison de Saint-Jean avoit dez led. bois jusques à la rivière devers Sommaise et dez Montille jusques à lad. rivière comme contenu est ez dittes lettres de mond. feu seigneur Duc lIugue cy-dessus transcriptes tout selon la forme et teneur d'icelles et incontinent en signe de lad. reprise, led. escuyer baisa led. Prieur en la bouche et fit le serment sur led. grand autel en tel cas appartenant et promit de bailler la déclaration desd. choses féodales dedans temps, d'où et do laquelle reprise et aultres choses dessus dites et chacune d'icelles lesd. religieux ont demandé et requis à moy ledit juré publique instrument à eulx estre fait et passé sous le scel de lad. Cour de mon dit sieur le Duc,


lequel je leur ay octroyé et mis en cette forme, en tesmoing de ]nque!)o chose je le dit juré requis et obtenu le scel de la Cour de mon dit sieur le Duc estre mis à ce présent publique instrument, fait donné requis et octroié les an, jour, lieu et heure dessus dits. Présents R. D. P. en Dieu Mess. Guy de Lugny abbé de Moustipr Saint Joau, religieuse personne Philppe de Tourcenay, Prieur do Nostre Dame dud. Semur. noble homme Guy Braudin, maistre Pierre, Guillaume, Jean dud. Semur, clercs licentiés ez loys et auhrcs tesmoings ad ce appelés et requis, signé Drul. Comme on le voit par l'acte ci-dessus rapporté, c'était dans l'humble appareil d'un simple vassal que devait se présenter celui qui était tenu de rendre foi et hommage pour un fief dépendant d'un aulre plus important. On comprend qu'un seigneur de noble lignée était en droit d'exiger des preuves avant de se soumettre à une cérémonie toujours humiliante pour sa fierté. Près du bois de Censey, il y avait trois étangs appartenant aux religieux de Saint-Jean. L'un de ces étangs fut témoin d'un drame qui nécessita plusieurs procèsverbaux rapportés tout au long par le Terrier de Semur il suffira d'en donner l'analyse.

Le dimanche 8 août 1666, a l'issue des vêpres, Hugues Jacob, avocat au Parlement, juge ordinaire des terres de Chevigny, Ardelon, Censey et autres dépendant du prieuré de Saint-Jean de Semur, fut averti qu'on avait trouvé, sur les bords de l'étang de Censey, des habits à usage d'homme; dans les poches, une sommation et une requête portant le nom de Pierre Fournier le Jeune d'Ormancey; d'où l'on supposa que le corps de cet homme était dans l'étang. Après information, on apprit que Pierre Fournier, parti le dimanche, n'était pas rentré à son domicile. Deux jours plus tard, le corps fut retrouvé et reconnu par la femme et un cousin du défunt, mais sans qu'on pût savoir s'il y avait eu crime, accident ou suicide. On dressa un dernier procès-verbal et le cadavre put être enseveli en terre sainte, dans le cimetière de Courcelles, sur l'attestation que le défunt était, de son vivant, paroissien de l'église Sainte-Pélagie de Mont-Sain~-Jean et qu'on l'avait vu, plusieurs fois, dans l'année, faire acte de chrétien par la réception des sacrements.


v

Domaine de Chevigny

Le domaine de Chevigny, appartenant aux religieux de Saint-Jean-1'Evangéliste, était considérable. Il comprenait, outre les terres, prés, bois et vigne' une maison seigneuriale, vulgairemcntappelée l'Abbaye, composée de chambres hautes avec greniers dessus et caves dessous, deux vastes granges, deux écuries, deux étables, une bergerie, un pressoir, une grande vinée avec cave de même dimension, un colombier, un four et une chapelle dédiée à Saint-Antoine.

Jusqu'à ces dernières années, l'aspect de cette antique demeure n'avait pas changé notablement; seule, la chapelle Saint-Antoine, ruinée ou démolie, a fait place à une grange, au fronton de laquelle on a ménagé des niches pour les statues des saints trouvées dans l'oratoire. Le corps principal du logis est resté à peu près intact un porche très élevé et aménagé pour recevoir herse et porte massive donne accès dans la vaste cour intérieure. L'escalier monumental qui desservait les différents étages, chambre, cave et grenier, existe toujours et n'a rien perdu de sa solidité.

Il y a quelques années seulement, on a eu la malen- contrcuse idée d'abattre l'énorme et massif colombier à pied pour agrandir les étables cette mutilation, qui aurait pu être facilement évitée, a beaucoup enlevé de son cachet à l'ancienne maison seigneuriale. Le nom d'Abbaye lui est cependant demeuré et ne lui sera sans doute pas enlevé au~ 'ongtemps qu'elle restera debout.

Il y a de très vieux souvenirs qui se rapportent a ces humbles bâtiments de culture. La petite chapelle de Saint-Antoine, édifiée par saint Jean l'Evangéliste, remplaçait une église du xn" siècle. On me permettra de traduire du latin le plus ancien titre relatant les faveurs accordée~ à l'église de Chevigny par Gauthier, évêque de Langres, en 11G9.

Je, Gauthier, par la grAcc de Dieu, évêque de Langres, fais savoir à ceux qui vivent maintenant comme à ceux qui viendront après eux que, pour l'obtention des prières du sieur Renaud, chanoine


de Saint-Maurice de Chablais, je donne l'église de Chevigny c'est pour le remède de mon âme que je l'ai donnée à t'éghseSaintMaur ce de Chablais; je l'ai concédée pour être possédée librement et à perpétuité, et je l'ai remise ontio les mains du susdit Renaud, et afin que cela soit regardé comme solide et inébranlable, je le munis de l'autorité de mon sceau et je le confirme par la signature des témoins qui sont Girard de Monceau, archidiacre de Langres Ancelin, abbé de CbâtUton: Bernard de Fontenay, Gauthier et Quinctin, abbés Régnier, prieur de ChatiHon Be)in, notre chapelain Jocehn, notre c)erc Pierre, doyen et chapeiain de SaintPierre-de-Bar. Ce fut fait l'an de l'Incarnation do Notre-Seigneur, md cent soixante rouf.

La vieille église de Chevigny fut détruite en 1360 par les Anglais ceux-ci, furieux de leur échec au siège de Reims, « volèrent, pillèrent et brûlèrent plusieurs « églises, particulièrement celle de Chevigny. » Ils firent subir le même sort au couvent de Saint-Jeanl'Evangéliste de Semur. Ce dernier se releva de ses ruines, tandis que l'église de Chevigny ne fut jamais reconstruite. On peut voir à ce sujet un article publié dans le Cow~'p7' de Semur, le 7 mai 1896. Les religieux de Saint-Jean-l'Evangéliste étaient donc seigneurs de Chevigny en toute justice haute, moyenne et basse. C'est pourquoi ils avaient droit d'instituer juge, procureur, gretfier, sergents, en un mot tous officiers nécessaires à l'exercice de leur justice, soit pour connaître des causes tant civiles que criminelles, soit pour punir les délinquants et appliquer à leur profit les amendes imposées aux coupables.

Les principales de ces amendes étaient 1° celle de 65 sols tournois contre ceux qui auraient rompu le ban de vendange ou commis quelque délit dans les bois et ailleurs 2° celle de sept sols tournois pour droit de rapport fait par les sergents contre les délinquants, ou pour défaut de comparution après assignation régulière.

Les droits seigneuriaux possédés par les religieux de Saint-Jean étaient les mêmes que ceux des seigneurs laïques; contentons-nous de les énumérerdans l'ordre même où ils se trouvent relatés par notre Terrier. Droit de lods, épaves et confiscations le premier correspondait à notre droit de mutation actuel, le 2°


s'exerçait sur les objets perdus et non réclamés sur le territoire d'une seigneurie, le consistait à faire saisir au profit du seigneur les marchandises vendues illicitement et les bestiaux pâturant sans gardien en lieu prohibé.

TAILLES

Les tailles, fixées à cinq sols par soiture de pré et à cinq deniers par journal de terre, se payaient chaque année aux jour et fête de Saint-Barthélemy (24 août). Comme elles étaient haut et bas, la répartition en était variable. La cense e&t toujours distinguée de la taille. CORVÉES

Tous les mainmortables, hommes et femmes, sont astreints à une corvée de bras au temps des vendanges les laboureurs doivent trois corvées de charrues de bœufs, les deux premières pour labourer, la troisième pour semer.

Droit et coutume d'avoine sur tous les hommes et femmes mainmortablesdeChcvigny elle était de sept septiers à la mesure de Semur et se payait à la SaintMartin d'hiver.

Il était dû, en outre, une geline de coutume à la Nativité de Notre Seigneur (25 décembre), par tous les mainmortables, hommes et femmes, de Chevigny. FOUR BA\AL

Les habitants de Chevigny étaient tenus de cuire toutes leurs pâtes au four banal et payaient de ce fait aux Religieux ou à leur amodiateur de vingt pains l'un, grands ou petits. Une note ajoutée au Terrier dit que la banalité du four cessa en 1743.

Le droit de la dîme de chanvre était de 20 menevaux un, mais de chanvre femelle seulement.

D'après le titre de donation de Gauthier, évoque de Langres, titre qui a été traduit plus haut, les moines de Saint-Jean avaient la dîme et la tierce de tous les grains, à savoir de 15 gerbes deux, l'une pour la dîme, l'autre pour la tierce. A partir du xv" siècle, époque de la destruction de l'église de Chevigny, la dîme fut partagée avec le curé de Millery, parce que l'église de Millery devint église paroissiale pour les habitants de


Chevigny comme pour ceux de Millery. Il y eut, à ce sujet, force contestations et démêlés entre les religieux et le curé de Millery mais la chose finit par être réglée comme on vient de le voir, c'est-à-dire par le partage e égal de la dîme entre les religieux de Saint-Jean et le curé de Millery.

Le Terrier énumère ensuite les donations, faites dans le cours du xn° etdu xnF siècle, par Hugues de la Tour, Pierre Luguez, époux de Aeliz, dame de Beauvoir, Henri de Cernois, Jean d'Epoisses, donations confirmées par l'autorité de la duchesse de Bourgogne et des évêques de Langres et Autun.

Il ressort des titres produits et invoqués par les religieux de Saint-Jean 1° que ceux-ci sont exempts de tout droit de dîme ou autre pour leurs terres de Chevigny 3° que le seigneur comte de Chevigny n'a aucun droit sur les sujets du monastère de Saint-Jean qui ne sont pas retrayants de son château et n'y doivent point le guet que le seigneur comte de Chevigny ne peut envoyer paître son bétail non plus que celui de ses sujets dans les prés des religieux ou de leurs sujets mainmortables.

Tous les habitants de Chevigny étaient tenus, sous peine d'une amende de 65 sok tournois, de pressurer leurs raisins au pressoir banal de l'Abbaye le droit à payer était de dix mesures une.

Les religieux de Saint-Jean avaient aussi à Chevigny une tuilerie qui fut supprimée en n09 (bien mal à propos, dit une note).

Si l'on s'en rapporte à la « déclaration des preys, « terres, vignes, bois et buissons sis à Chevigny et « appartenant, aux religieux de Saint-Jean », voici comment était composé ce domaine. On y trouve 49 soitures de prés, 148 journaux de terre, 38 arpents de bois et 1663 ouvrées de vignes.

Au domaine de Chevigny se rattachait un petit ermitage, situé non loin de là, presque au sommet de la montagne de Cras, mais sur le territoire de Champd'Oiseau.

C'est sur la demande d'un prieur de Saint-Jean, Guy Reuillon, qu'une chapelle avait été construite en ce lieu et placée sous le vocable des saints Maur, Fiacre et


Sigismond. Le titre qui en permet l'érection futaccordé par l'évêque de Langres et il est daté du 9 septembre 14T8.

Le prieuré de Saint-Fiacre (tel est le nom sous lequel il est connu) comprenait, outre la chapelle, une maison avec jardin, verger, aisances et dépendances. Au début il y avait là, sans doute, quelques frères convers sous la conduite d'un chapelain pour cultiver le petit domaine, peu important d'ailleurs, puisqu'il se composait de dix journaux de terre et d'une seule ouvrée de vigne. Plus tard il fut affermé moyennant la somme de 40 francs par an et, chose curieuse, le fermier s'était réservé les aumônes et l'argent de la confrérie, à condition toutefois de faire prier Dieu et saint Fiacre pour les associés de la confrérie et de faire les réparations convenables à la chapelle et aux autres bâtiments.

Une note, ajoutée probablement au xvm" siècle, dit que les choses ont changé et que les aumônes et l'argent de la Confrérie ne peuvent ni ne doivent être abandonnés au fermier de Saint-Fiacre.

Depuis longtemps l'ermitage de Saint-Fiacre est disparu, et il n'en est pas resté pierre sur pierre. On sait seulement qu'il était construit dans le voisinage d'une fontaine qui porte encore le nom de Saint-Fiacre et où s'alimentaient les habitants du prieuré et les fermiers, leurs successeurs. La fontaine, cachée et comme perdue dans les halliers, n'est plus guère visitée que par les vipères qui vont y chercher un peu de fraîcheur en été et par là même en rendent les abords très dangereux.

Terminons en relevant, dans le Terrier de SaintJean, les noms des familles dont quelques membres vivent ou ont vécu jusqu'à ces dernières années. Ce sont les Labie, les Charles, les Lajame, les Belin, les Bourges ou Bourgeois, les Simonot, les Boisseau, les Ragnard~ les Mongin, les Briffaut, les Berthier. Le domaine de Chevigny s'est, comme tant d'autres, disloqué à la Révolution et n'a été reconstitué qu'en partie par les propriétaires successifs de la ferme actuelle de l'Abbaye les autres parcelles, les vignes surtout, ont enrichi plus ou moins les habitants du


village qui, malgré leur titre de propriétaires, ne semblent pas jouird'une plus grande somme de bonheur qu'au temps où leurs ancêtres étaient simples fermiers ou colons des moines de Saint-Jean l'Evangéli&te de Semur (1).

Abbé UTINET,

Cur~ de Vic-tIe-Chassenay.

()) Documents consultes

Bibhotheqne natton~te. – Collection ~c Bourgogne, tome II, folios )3i et U5.

Terrier, manuscrit de la Utbhoth&que L)c 8e]nn]', numéro )!i, ancien tt8, 314 pages, peut in Mio.


CAIIIERS DE DOLEANCES

de la paroisse de Saint-Beury EN BO~ttGOCH~E

du 13 Mars 1789 et de celle de Vic-de Chassenay du 12 Mars 1789 (1)

La valeur historique des cahiers de 1789 est. considerable. Vers 1880, le Gouvernement a provoqué des études générales tendant à rechercher et à publier ceux de ces documents restés inédits et dont l'ensemble est indispensable pour l'histoire parlementaire de la Révolution française.

De nombreux travaux ont été entrepris, dans les archives des départements, des communes et dans les greffes judiciaires, pour compléter le récolement des cahiers des EtatsGénéraux dc 1789, opéré aux Archives nationales, de i878 à 188 par ordre du ministre (2) mais il reste beaucoup à faire, et il est à craindre que les plus suggestifs de ces documents ne soient egarés ou dctruits (3).

(1) Ce mémoire a été lu, au nom de la Société des Sciences historiques et naturelles de Semur, au Congrès des Sociétés savantes a la Sorbonne, à la séance du 8 juin iSO) (section d'thhtoire), sous la presidence de M. Aulard.

(2) Heper~otre des cah:e)'s des doléances de la prouvée de .Pot<ot< [cahiers de 92 paroisses de la sénéchaussée de Civray. de 45 paroisses de la sénéchaussée de Niort, de 24 corporations de ta\i)Iede8aintMaixent, etc.), publié a MeIIe en 1888.

Cah:e;'s des doléances des communautés de la senec/taussëe de Dra~u:f/nan, par M. Mireur (Draguignan, 1889).

Ca/tters des doléances dés m~es, bourgs et paroisses du ba:aged'~Ue)tço~, par M. Duval (Atençon, 1887).

Les cahte)'s des parotsses d'Au'-eronc, par M. Mège (Clermont, t899). J~uttettn du Cornue des <racaux;ns<ort~ues (i888, 4, 1889,78; t890,365,etc.) La /!euo!tth'OK en proutnce. L'esprit pttb~c et les eiec/tots à Châtenerault, de 1788 à 1790. par M. de Saint-Genis. 1880.

L'esprit publie et les etec~ons au //aure, de ~7~7 J ~790, par M. de SamtGenis (.U"Tno:res de la Soc:e<ë hauratsed'e<t[desdtt;e)'ses, 1889). (3) Les cahiers des assemblées primaires du bailliage d'Alençon, qu'on croyait perdus, furent retrouvés en 1878, confondus avec les dossiers du gretTe du tribunal civ)[ d'Alençon, lorsque les documents de ce dépôt antérieur à 1789 furent triés et classés pour être versés aux Archnes départe.mentales,


Il faut, en effet, distinguer deux catégories de cahiers, les cahiers primaires, les cahiers de bailliages ou de senéchaussées.

Ceux-ci, résumé doctrinal et administratif des autres, sont les plus connus, ceux qui furent adressés aux Etats-Généraux c'est une refonte, une analyse, la condensation métho'dique des réclamations formulées par les corporations et les communautés dans les cahiers individuels de chaque groupe. Les cahiers primaires, expression primitive et vécue des doléances publiques, ont, au contraire, cette valeur inestimable qui s'attache aux paroles que les convenances officielles n'ont point corrigées. Certes, les cahiers collectifs, refondus, discutés, pesés par des hommes instruits, compétents, sincères, mettent à nu les vices de l'organisation judiciaire, administrative, religieuse, économique de l'ancienne France mais les cahiers primaires nous revèlent, dans leur incorrection naïve, l'état psychologique, l'état intellectuel et moral de la nation dans ses couches les plus profondes. Ces cahiers, expression personnelle et directe des voeux et des doléances populaires, ont garde la saveur de terroir et cette prolixité douloureuse des hommes qui, sans souci des idées générales, insistent uniquement sur les maux dont ils souffrent le plus, là où ils vivent. Ces cahiers, par le décousu de leurs réclamations, la minutie du détail, la variété de l'accent, éléments négligeables pour les contemporains qui se bornaient à en tirer la synthèse, restent pour nous une source abondante d'informations et d'aperçus (4).

Précisément parce que les cahiers primaires devaient être fondus dans le cahier régional, on y attacha peu d'importance, après qu'ils furent rédigés ceux qui restent sont cachés dans des papiers au rebut, et c'est une bonne fortune que d'en retrouver quelques-uns.

Tel est celui de la paroisse de Saint-Beury-en-Auxois il paraitra d'autant plus intéressant que l'on possède dans cette' région très peu de documents de l'espèce (5).

(4) C'est l'opinion de M. Jacques FIach (Bulletin dit Comité des travaux historiques, 1890, Il, 365).

(5) Le cahier primaire de Beurizot m'a été communique, en décembre 1899, par M. Isidore Cazet, instituteur a Beurixot, connu par de précieux travaux d'érudition locale, et par une obligeance rare. C'est & lui que je dois également les détails statistiques sur l'état économique actuel de Deurizot.


L'ancienne paroisse de Saint-Beury est aujourd'hui la commune de Beurizot, canton de Vitteaux (Côte-d'Or), dans la vallée de l'Armançon, que suivent le canal de Bourgogne et le chemin de fer des Laumes à Epinac. Elle se compose de 5 hameaux, avec une superficie de 1,340 hectares et une population de 340 âmes. La superficie se répartit comme suit

CONTENANCE CADASTRALE

Labours Prés Bois Friches H. A~~C. U.~A~~C." H.A7*C. C. H.~A.C.~ 9!8 85 25 242 22 70 t55 93 » M 34 M 918 85 1 25 24~- iO j55 93 » n 34 90 1.340 h. 35 c. 85 c.

Il n'y a que 2 hectares de communaux, pâtis libres, à la disposition des habitants pour le pacage.

La commune compte 110 maisons. La population se répartit ainsi

NOMBRE D'INDIVIDUS

1786 1789 T t800 1899 Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Honunes Femmes 238 262 20t I 269 2tl )89 160 180 –––~00––" –~(f"~00' '~340*

En t899, sur i35 adultes, on compte 80 propriétaires exploitant, 15 fermiers, 40 ouvriers agricoles ou de métier. Le nombre des feux par hameau est le suivant

Ligniéres 32

Verchisy. 4G I

Lée 10 > 97

Les Tillots 6~

Saint-Beury 3; J

La proportion pour tOO des illettrés est do 2 pour les hommes, de 1 pour les femmes. L'école mixte et laïque n'a qu'un effectif de 38 élèves, dont 24 filles.


Le montant des impôts pour 1899 s'élève à la somme do 11,680 fr. 48, sans non-valeurs ni frais de poursuites, savoir

Impôtfoncier. 8.66284' ¡

Contributions personneiïo et mobi-

lière. 89728

Portesetfenêtres 50345 Patentes 49Ï91

Prestations t.t25

Le nombre des centimes additionnels est de 5.).

Le territoire est, en majeure partie, la propriété de personnes qui n'habitent pas la commune, sur 310 cotes, 131 seulement concernent des résidants, H9 sont des cotes foraines. Le document original consiste en un cahier de 3 feuillets doubles de papier écolior attachés par deux rubans de soie rouge noués en haut et en bas. En voici le texte. Je me borne au bref commentaire de quelques notes explicatives. Ce qui en ressort, c'est le progrès matériel et moral énorme réalise depuis la Révolution par le paysan français.

Plaintes, doléances et remontrances

de la paroisse de Saint-Beury en Bourgogne

La paroisse de Saint-Beury est composee de 4 hameaux Beurizot, L'he, Ligniére et Verchisy. Elle est située en tête do la vallée de Saint-Thibault Son sol est de difficile culture; il produit du froment et peu do méteil, il y a quelques petits cantons de vigne. Une grande partie de son terrain est en montagne et peu fructueux. Les prairies y sont abondantes les bois, tous au seigneur, sont en as~cz grande quantité mais tellement dégradés qu'ils no peuvent suffire au chauffage, encore moins fournir les bois de service, même ceux do labourage. Les habitants sont laborieux mais réduits à la plus grande misère. La paroisse compte 94 feux (6).

AHTICr.E PREMIER

La masse des impôts dont cette paroisse est Eurchar(R) Ce qui, avec l'évaluation normale de cette époque, en Bourgogne, soit 5 têtes par feu, donne une population de 470 individus, déjà en balhsc de 30 unités sur celle de f78(?, à trois ans de distance.


gee est exorbitante. Elle paie pour grosso taille, à vue de rôle. 2.32Ù). 5 s. Pour capitation 407 13 Pour taille seigneuriale (7) 1G2 17 Pour taille d'oisons (8) 60 » Pour taille de maître d'école 132 Pour vingtièmes. l.)64 12 Ensemble. 4.247 7

D'ou il faut diminuer ce qui est à la charge

des propriétaires forains (9) 630 !5 Reste à payer par la paroisse seule 3.6)6 12 sans compter le droit d'endire, les réparations de l'église et du presbytère (10).

H est acquis que la paroisse ne possède pas le quart des biens [))).

ARTICLE 2

Des 94 feux qui composent la paroisse, il n'y a que H labou reurs et 2 propriétaires seulement, encore faut-il qu'ils amodient des près 33 habitants peuvent à peine subvenir à leurs pressants besoins et 5) sont réduits à l'aumône (12). (7) La taille féodale ou droit de doubler les taxes d'usage aux i cas de noblesse voyage outre-mer, octroi de chevalerie, rançon de guerre, mariage des filles du seigneur.

(8) Une jeune oie a livrer tous les ans au seigneur c'était l'équivalent de la poule de coutume que devaient avecle cens les tenures servîtes et franches de l'Auxois (.~oKOf/t'ap/tte cie la commune de C/tasse!en-AuKO:s, par M. de Samt-Gems, Scmur, 1897).

(9) Evidemment des pn\ilegies, puisque propriétaires des 3/4 du territoire, ils n'étaient cotisés qu'a i/7 de 1 impôt total.

(10) Beunzot et Saint-Beury, séparés par que)ques centaines de mètres, ne formaient avant t7M qu'une agglomération, le premier dans la vallée, le second sur la montagne. A Samt-Beury étaient le château feoda), l'ancienne église et le presbytère, tous en ruines; le centre s'est déplacé au profit de Beunzot ou la mairie a eté construite m t847, l'église en 1857. (11) Il en est encore ainsi, a peu de chose près, à cent dix ans de distance. (f) Le progrès réalise en un siècle est donc considérable an lieu de 2 propriétaires, il y en a 80, et les mendiants qu'on assiste quand ils traversent la commune viennent des environs.


Voilà les hommes qui paient, en cette année 1789, pour 3,616 livres 12 sols d'impositions (13).

Dans le nombre des exploits de perquisition faits cette année, )i particuliers n'ont pas eu assez de mobilier et d'effets pour payer leur cote, nouvelle surcharge pour les autres habitants.

ARTICLE 3

Le terrain de la paroisse serait assez fertile s'il était travaillé onze laboureurs cultivent aujourd'hui ce que vingt cinq faisaient il y a vingt cinq ans (en t764) De là nait la médiocrité des moisfons. Le champ du bon laboureur se distingue au temps de la récolte à côté de celui du manouvrier qui souvent reste inculte. Ce ne sont pas les bras qui manquent mais les faoutt'js pour les faire agir. Il faut des bœufs pour remuer la terre, et io particulier manque d'argent paur se les procurer. Depuis vingt ans, il a vendu ses fonds et son bétail pour payer ses créanciers,ou la mortalitéh~bituolleen cotte piroisso te lui aentevé et ne pouvant le remplaceril a été forcedcdétoler(t4). S'il ne renait bientôt un nouvel ordre de choses, on ne peut douter que la misère n'arrive à son comble ultérieur. Le fermier ne peut atteindre le prix de ses fermes, tant elles ont haussé parce que le sous-amodiateur ne peut payer celui de son sous-bail (15)

(t3) Les 3,6[6 livres d imposition de i789, non compris les droits féodaux accessoires, équivalent, estime-t-on, a t?,65f! fr. de notre monnaie (en multipliant par 3 1/2). L'impôt d:?'ec( est donc moins lourd en 1900 qu'en 1789; -1 mais, si l'on tenait compte des impôts indirects (droit de mutation, timbre, frais de justice, etc., etc ), ia proportion serait renversée.

D'après les catouts les plus approfondis (Rémondiere, Les charges dtt paysan avant 1789, I, 180), à la même époque, en Poitou, l'impôt direct prélevait t/3 des produits de la culture.

(li) Les rapports des Intendants, de 1698 à 1710, retracent le tableau de la misère où la guerre et la mauvaise administration avaient plongé le royaume. Le gouvernement raflait les hommes et les écus, ils se dérobaient devant lui. En 1725, la propriété foncière avait perdu 80 0/0 de sa valeur sur les prix de 1650. La hausse reprit de 1750 a 1790. mais l'agnculture et l'élevage étaient ruinés dans les provinces du centre. (D'Avenel, ~ts/otre éconotn~ue, I, 388).

(15) L'une des plaies des populations rurales au \\m' siècle était i'apreté des fermiers généraux a qui )es grânjs propriétaires affermaient leurs domaines en bloc et qui exploitaient par des sous-traitants, fermiers ou métayer' !I fallait compter aussi avec l'usure qiu se dissmiuiait derrière le bail a cheptel et la vente a réméré. (Voir Taine, .L'ancien rëgtme, \n' édition, page 68).


ARTICLE 4

Pendant l'année 1788, il s'est ouvert une grande route sur le finage de la paroisse [)6].

Indépendamment des héritages précieux dont elle s'est emparée, elle a causé des torts infinis par le dégât qu'y fait et qu'y fera toujours le transport des matériaux pour son entretien il faut les aller chercher au loin et de toutes parts, et traverser les champs et les prés pour les rendre à leur destinée.

Peut-on se plaindre ici do la tyrannie exercée par cette route pendant la dernière campagne ? Des escouades de cavaliers de maréchaussée, les armes à la main, forçaient le malheureux peuple à travailler et l'arrachaient aux ouvrages nécessaires et pressants de la campagne. Les hommes, les femmes, le bétail, tout était occupé. Une voiture do pierres prise à une demi-lieue de la route se payait 10 sols (17). Les exactions des directeurs ont été criantes. Combien de particuliers à qui il en a coûté des sommes de 10, 30 et 40 livres, independamment de leur travail? Combien de communautés à qui il en a coûté des sommes de 400 à 600 livres ? ()8). (16) La route qui motive ces plaintes amères et qui traverse la paroisse, va de Semur à Beaune. Elle est classée aujourd'hui sous le nom de route départementale n° t, de Semur a Verdun-sur-le-Doubs, passant par Beaune. (17) Les Intendants etaient investis en cette matière d'un pouvoir discrétionnaire. Ceux qui étaient intelligents (it y en eut quelques-uns) cherchèrent à concilier l'intérêt public et celui des paysans. En 1787, M. de Blossac, en Poitou, établit un roulement de corvées à des époques régulières, en avril et mai, puis en septembre et en octobre. Turgot, en Limousin, avait été encore plushbéra.1 et obtint d'excellents résultats. (18) La corvée royale, exigée de fait sous Louis XIV en maintes circonstances, fut instituée en droit par une simple déciston du contrôleur général Orry, le 13 juin 1738. Tous les taillables valides. de 16 à 60 ans, furent tenus au gré de l'intendant, disposant d'eux par pure mesure administrative, de faire les déblais, remblais, terrassements, cailloutis sur les routes, a l'instar des réquisitions militaires. En 1766, le Conseil décida que les privilégiés qui en étaient exempts pourraient y être tenus par la conversion en argent des prestations en nature. En 1776, Turgot substitua a la corvée une taxe en argent payable par les seuls propriétaires fonciers, privilégiés ou non mais il semble que l'arbitraire des intendants ne tint pas grand compte des nouveaux règlements, car on trouve même après cette date de nombreuses plaintes analogues à celles des paysans de Saint-Beury.En Poitou, la maréchaussée empêchait les corvéables de coucher chez eux lorsque les chantiers étaient trop éloignés de leurs Mllages et les cantonnait sur place, manu mt!t<a!'t.


Dans de pareilles circonstances, le p'='up[e a été sans appui, sans défenseur, sans tribunal où il pût porter ses plaintes et invoquer le secours de la loi. H a fallu subir l'arrêt du despotisme (19) ARTICLE 5

ARTICLE 5

Les vassaux doivent hommage et soumission à lour seigneur et le seigneur doit la justice à ses vassaux surles lieux. Aller à quatre lieues (Semur) trouver son juge est nécessairement un sujet de dépenses pour le vassal Une femme que son mari laisse en mourant avec quatre, &ix, dix enfants ne peut conduire trois ou quatre personnes a une si grande distance pour passer 'acte desatuteUosans des frais considorab)es(20). L'absence d'un officier qui ait sur les );e~x la manutention de la police, ouvre la porte à une infinité de désordres qui no prendraient point naissance ou qui seraient réprimés dans leur origine. L'habitant de la campagne, très souvent borne dans ses connaissances et fougueux dans les premiers ressentimonts de ses affections, a besoin d'un frein qui le guide ou qui l'arrête (2!).

(t9) Il est fâcheux que ]e cahier n'entre pas dans des détail-, plus précis il s'agissait évidemment de faits trop connus pour qu'il fut nécessaire Je les raconter. L'arbitraire des corvées était l'un des abus les plus criants de l'ancien régime.

(20) Il y avait alors deux seigneuries se partageant la paroisse de SaintBeury. A Saint B~ury. Jean-Baptiste de Brachpt, seigneur de Saint-Andeux, chevaher de Saint-Louis. Hémigra en 1791, son château fut démoli et ses biens (La ferme des Tittots, le terroir de Saint-Ueur~ et une partie du village et des près do Verchisy) vendus nationn)ement,;unsi qu'il resu)te de la proniamahon de confisca.tion du 26 mai 1793 (Oeilbci'fttion des municipaux de Saint Beury du 10 juin t793;.

A Ycrcbisy, l'rancos-Fl'Ederic de Fresne, baron de &aiitt-Beury et autres hein. Le château de Vcrchisy existe toujours.

(2f) t.a question des justices seigneuriales est a l'ordre du jour des cahiers primaires. D'apiesTame (L'ancien rf~tnte, 7' édition, Tf)) toutes les justices seigneuriales, disent les cahiers, sont infestées d'une fouie d'huissiers de toute espèce, sergents seigneuriaux, huissiers a cheval, huissiers a verge; il n'est pas rare d'en trouver jusqu'à dix dans un arrondissement qui pourrait a peine en faire Mvre deux, s'ils se renfermaient les [unîtes de leurs charges. 'tous s'entendent comme fiipons en foire et se réunissent au cabaret pour y instrumenter, plaider et juger, en. i[s cumident tous les emplois.

La paroisse de Sp.uit-Buury ne perdait donc rien a ne pas avoir sur son territone déjuge résidant, et, si l'on en croit les contemporains, l'eloignement du juge était alors un bienfait plus appréciable que sa proximité pour les justiciables.


ARTICLE 6

On ne peut douter que le bon ordre en tout ne vivifie tout et no produise )o plus grand bien. La tenue des Grands Jours dans les paroisses n'a lieu qu'une fois par an, et avec une telle célérité que son existence devient inutile. Les ordonnances qu'on y publie, les sages règlements qu'on y fait sont sans fruit parce qu'ils sont sans exécution (52).

ARTICLE 7

Les droits seigneuriaux ne reconnaissent point de prescription les droits des particuliers la subissent au bout de trente ans. Pourquoi cette différence dans une société d'hommes libres ? (23).

Un seigneur fait renouveler son terrier au bout de deux, de trois cents ans tous ses droits, soit conservés, soit éteints, soit rachetés, revivent, à moins que le particulier ne justifie d'un titre de rachat ou d'exemption, titre qui se perd si aisément en les mains d'un homme de la campagne, qui bien souvent ne distingue pas un libellé d'assignation d'une transaction faite avec un seigneur. A la rénovation du terrier, on lui demande des droits et des échus de vingt-neuf ans en valeur de 100 livres sur un héritage qui souvent n'en vaut pas 50 il ne lui est pas permis de l'abandonner pour les dus, il faut qu'il paie, quoique quelquefois son argent en ait rachete le droit; mais le titre est perdu Quelle injustice! (2i). (22) Je n'ai pas trouvé de texte précis expliquant l'origine et la tenue de ces grands jours à la galopade. (Voir Rëmondierc, Les charges du paysan auant la /Muo!unon de :!7S9, Pans, 189i).

(23) La loi du 4 août 1780 poitant abolition du régime féodal, celle des 16-24 août 1790 sur la suppression des justices seigneuriales et l'orgamsatton judiciaire, enfin celle des 18 29 décembre 1790 sur le rachat des rentes foncières et des droits casuels seigneuriaux, delivrèrent les paysans de France des servitudes des terners exploitées abusivement par les procureurs. Ecoutez ce que dit Taine avec son apre eloquence (L'anc:en )'e<y:me, 52) Le paysan, apre au gain, décide et habitue a tout soutînt' et à tout faire pour épargner ou gagner un ecu, finit par jeter en dessous des regards de colere sur la tourelle qui garde les archives, le terrier, les détestables parchemins en vertu desquels un homme d'une autre espèce, avantagé au détriment de tous, créancier unnerse), et pa~e pour ne rien laire, tond sur toutes les terres et sur tous les produits. Vienne une occasion qui mette le feu a toutes ces convoitises le terrier brûlera, avec lui la tourelle, et avec la tourelle le château.

(2<) On avait oublié les oiigines et le caractère primitif des droits fëudaux. Quand la souveraineté ne rend plus de ser\ice~ et que néanmoins elle reste exigeante, on la jette a bas.


ARTICLE 8

Le sel est d'une nécessite presque indispensable il coûte en Bourgogne 14 sols. La cherté de cette denrée fait que la plus grande partie des malheureux habitants n'ont pas ]a faculté d'en faire usage parce qu'ils manquent de pain, plus nécessaire encore. Oh que la vie leur est pénible (25). ARTICLE 9

Il serait utile que le sel et le tabac devinssent un objet de commerce les peuples en tireraient un avantage considérable (26). ARTICLE tO

Le vœu de la paroisse tend à ce que chacun soit jugé par ses pairs et demande l'abolition entière de la main-morte, reste de la tyrannie des temps de la féodalité (27). Fait et arrêté entre nous, les habitants de Saint-Beury soussignés, ceux le sachant (28), les autres ayant déclaré ne savoir le faire, mais tous présents, ce jourd'hui treize mars 1789. JOBARD. A.CONEUX.

J. GAGEY DE LA RIOTTE. GUILLIER.

E. GARIOT. F. SEIGNOT.

P. GL'Y. P. GALLY.

H.GLEMANCET. L. GAGEY.

FLEUROT. PERROT.

F. ALLIARD. COLLIARD.

FRUCIIOT. FANNY.

SEBILLON. P. FINOT.

BERTRAND. CLÉMONCET.

GAGEY.

Le présent cahier de plaintes, doléances et remontrances de la paroisse de Saint-Beury, contenant onze pages écrites, (25) N'y a-t-il pas une émotion contenue et comme un frémissement de colère dans cette brève exclamation ? '1

(2G) La Bourgogne était un pays de grandes gabelles. L'impôt y était très lourd et les fermiers du monopole y exerçaient avec une rigueur inexorable le droit odieux de la vente forcée à tant par tête. Il y avait à Dijon un des 17 greniers à sel avec juridiction spéciale, et un dépôt à Semur où l'on s'approvisionnait. Les gabelles furent supprimées par la loi du 10 mai t790. (27) L'édit de Louis XVI, d'août 1779, avait aboli la main-morte mais le Parlement en retarda. longtemps l'enregistrement et y ajouta cette clause qui suffisait à en rendre l'exécution impossible Sans toutefois que les chspos~iots du presen; edt< puissent HK~'e aux droits du seigneur. La mainmorte disparut dans la nuit du 4 août t789.

(28) Les habitants ayant tous été présents à la rédaction du caliier,il s'en suit que la proportion des paysans sachant signer était pour l'ensemble de 10.45 environ (le nombre des adultes n'étant pas précisé) et celle des illettrés de 89,55. Aujourd'hui, comme on l'a vu plus haut, celle des illettrés est de 2 0/0 pour les hommes, de 1 0(0 pour les femmes.


coté et parafé par première et dernière page, ne varietur, par moi, Laurent Arvier, notaire royal à Vitteaux, le 13 mars 1789 (29).

Par comparaison au cahier primaire do la paroisse de SaintBoury, rédigé pir le notaire Arvier sous la dictée des paysans, il est curieux d'examiner celui de la paroisf-o de Vic-de-Chassenay (3~), rédige presque le même jour (12 mars 1789), et qui est certainement l'oeuvre d'un bourgeois de Semur, magistrat ou avocat, de l'un de ces hommes du Tiers qui prenaient la tête du mouvement réformiste et, s'inspirant du mot d'ordre universel, ne se préoccupaient pas uniquement des doléances locales mais, voyant les choses de plus haut, faisaient la synthèse des réformes réclamées et en donnaient la formule philosophique (31).

Sur trois points seulement, le cahier de Vie de-Chassenay fait écho à celui de Saint-Beury il demande, pour la création ou l'entretien des chemins, la substitution de la prestation en argent à la corvée (article x); la suppression de la gabelle (article xi};le rapprochementdujugcdujusticiable(articlexiv). Les treize autres articles, rédigés dans un style rapide, sobre, imperieux, traitent des grandes questions politiques à l'ordre du jour et des problèmes qui agitaient le monde intellectuel. Certes, l'incidence de ces changements ne pouvait qu'ameliorer la condition des populations rurales, surtout pour ce qui touchait à la représentation directe du Tiers-Etat (29) Laurent Arvicr, notaire royal, successeur d'Antoine Arvier son pèrc, qui exerça du 31 juillet 1740 au 18 avril t787, fut lui-même titulaire de cette étude jusqu'en l'an X (Du«e<m de la Soc:e<e des Sciences hts~oft~ues et naturelles de Semur, 1896. Les Tto<a:res de l'Auxois avant et depuis ~7~9, par M. de Saint-Genis).

(30) Vic-de-Cliassenay est une commune du canton de Semur, à 20 kilomètres a vol d'oiseau de Saint-Deury. Voir la Afonogt'aphte de la commune de t~:c-de-C/tassena! par M. de Saint-Genis (Jottf~a! de la Soczeté de statistique de Pa)':s, mai 1884).

(31) L'original du cahier de Vie-de-Chassenay est malheureusement perdu, ce qui nous prive des signatures. Une copie ancienne en est conservée aux archives de la commune et m'a été communiquée par M. Bnbant, instituteur, qui se porte garant de son e~a~tttude. En voir le texte a la fin de cette notice.


agricole et à la revision des lois fiscales, mais de simples paysans no pouvaient en saisir la portée que si clle leur etait cxpliquco par un homme instruit et compétent, a qui ils confiaient la mission de coordonner leurs doléances, et qui les subordonnait aux siennes.

Que réclament !es habitants de Vto-de-Chassenay ? 2 Que les Etats-Généraux réforment les abus de l'administration et ceux de la législation civile et criminelle (art. i) décrètent !e principe du vote de l'impôt par les délégués do )a Nation (art. n et ni] l'égalité des charges et la proportionnalité do l'impôt (art. iv); suppriment les taxes arbitraires, notamment en matière do contrôle et d'insinuation, et les remplacent par des tarifs en remettant la connaissance des conflits aux juges de droit commun (art. v et vi); accordent aux paysans le droit d'être représentés aux Etats de la province [art. vu) décident que les députés du Tfers soient en nombre égal à ceux des deux autres Ordres ensemble et que le veto ait lieu par tête (32) (art. lx) substituent à la charge do la milice une pref-tation en argent destinée à l'entretien de troupes soldees (art. xn) consacrent la liberté individuelle (art. xni) fixent à des periodes de trois ans la réunion obligatoire des députés de la Nation (art. xv).

Enfin, dans un article final, le cahier déclare que les habitants donnent leur adhésion expresse à toutes les propositions des autres cahiers de communautés de nature à profiter, soit au Tiers-Etat en particulier, soit à la Nation en gênerai. U~i ne peut formuler que dos hypothèses sur le nom du rédacteur de ce cahier, miis. à défaut do certitude, toutes les vraiseMblances portent à croire qu'il fut l'oeuvre de J~cqu~s Simon, procureur d'i roi au bailliage de Semur, l'un des fils do Pierre S~rmn Godd.rJ, n-urtpré~ijont au présiJta), et qui lui même habitait dans la p~rois~o de Vic-do Chassenay, à la Rochelle do S-tuvigny, propriété d~ sa f.uTnHo do 17.4 à à 1790 (33).

(32) Le doublement du Tier~, avait été dcode le 27 décembre )7[i8 ~)'f~ q~te, disent les lettres rodâtes, sa ca)tSfesf itecatt.ï senf!me)t<s;)e)i~)'et<.<: ef qu'elle au)' <oi~ou)'s pour ene!jpnt)o)t publique.

(.)) J'en parlerai avec détail dans I/ftsfott'c du /!< (<e li Rne~e~e. dont je réunis les docnm'jits depuis vmgt ans, avec d'extrêmes difficultés en raison du mauvais état de conservation des archives muntupales et notariales de l'AuxotS.


T

Le rapprochement de oes deux cahiers, de tons si différents, justifie les appréciations de Taine sur l'effet moral de la vaste enquête populaire qui pendant plus d'un an, ramua les esprits et montra les abus du temps non plus un à un mais accumulés et écrasant.

Nul, mieux que Ta;ne, n'a montre le changement qui se produisit alors et qui rendit l'impatience aussi universelle que l'était auparavant la résignation.

« Supposez, dit-il, une bête de somme, à qui tout d'un coup « une lueur de raison montrerait l'espèce des chevaux en face « de l'espèce des hommes, et imaginez, si vous pouvez, les « pensées nouvelles qui lui viendraient, d'abord à l'endroit « des postillons et conducteurs qui la brident et quila fouettent, « puis à l'endroit des voyageurs bienveillants et des dames « sensibles qui la plaignent, mais qui, au poids de la voiture, « ajoutent tout leur attirail et tout leur poids. » (34). Quoi d'étonnant à ce que ceshommes en apercevant l'étendue de leur misère, en comprenant l'âpreté des commis et des ministres, en devinant une lueur à l'horizon, deviennent ombrageux et rétifs, et s'irritent en ne recevant pas un soulagement immédiat à dos maux dont ils n'ont senti toute l'intensité que depuis qu'ils les ont mesurés, additionnés et mis par écrit, aussi s'explique t-on l'enthousiasme que provoqua quelques mois plus tard la Déclaration des Droits de l'Ilomme (1er octobre 1789) avant qu'elle ne fût exploitée à contre-sens par le groupe dc déclassés et d'exaltés qui s'appela les Jacobins. La France n'est plus qu'une fédération de quarantequatre mille municipalités '35) elle entre dans cette période de délire, joyeux avant d'être triste, comme l'a dit un historien, où l'enthousiasme, l'illusion, l'ivresse de la liberté, affolent un peuple qui depuis le xvn9 siècle s'était déshabitué de marcher sans lisières.

Voilà ce que contiennent en germe les cahiers mûrement dolibérés des paysans de Bourgogne.

(34) La Révolution, 1' édition, chapitre I", page n (1878).

(35) Lois des 14 et 22 décembre 1789.


DOCUMENT A L'APPUI

Cahier des plaintes, doléances et remontrances

dressé par les habitants de Vic-de-Chassenay, le 12 mars 1789

I. Les délibérants demandent premièremcntque l'Assemblée des futurs Etats Généraux s'occupe do ce qui peut concerner les bef oins de l'Etat la reforme des abus dans tous les genres d'administration et dans la legislation civile et criminelle

Il. Qu'il soit dit que tous impôts à conserver et ceux à établir, no pourront l'être que du consentement de la Nation assemblée en corps d'Etat

I1F. – Que la prorogation d'aucun impôt ne pourra avoir lieu qu'autant qu'elle aura etc accordee dans les mômes formes

IV. Que tous les impôts que la Nation accordera soient supportes par tous les membres de l'Etat, indistinctement, suivant leurs proprietés et facultés respectives, et qu'il soit fait une loi constitutionnelle et nationale du tout V. Que dans l'établissement des impôts nouveaux ou dans la conservation des anciens, la Nation fasse choix de ceux qui pourront être exactement tarifés et évite tous genres d'impôts qui pourraient être susceptibles d'arbitraire VI. Que les Etats-Géneraux s'occupent de la reformation des tari fs des contrôles, insinuations et autres droits fiscaux de ce genre, et de prévenir par la suite toute interprétation arbitraire par l'etablissement d'un tarif positif, et que les contestations qui pourront s'élever pour raison de la perception de ces droits, soient portées devant les juges et par appel à la Cour, suivant l'article 136 de l'ordonnance d'Orleans; VII. Que les habitants des campagnes, qui jusqu'ici n'c nt pas eu de représentants aux Etats particuliers de la province de Bourgogne, soient adm's à y députer concurremment avec les villes, qu'il leur soit permis d'clire libreinentleurs députes dans la forme prescrite et indiquee pour les Etats-Généraux VIII. Les delibérants demandent en outre que (es députés du Tiers Etat do la province de Bourgogne aux Etats particuliers soient en nombre égal à ceux des deux ordres privilégies réunis, pour voter par tête ou de la manière que le Roi ou la Nation assemblee le décideront.

IX. Que dans tous les cas la commission intermédiaire des Etats do Bourgogne soit changée et composéo d'un plus grand nombro d'individus, toujours en nombre égal, pour le Tiers-Etat, à celui des deux autres ordres reunis, et que les opinions y soient prises par tête et non par Ordre. t


X. Que la corvée pour les travaux sur les grands chemins ne soit plus rétablie en nature mais conservée en prestation pécuniaire et qu'il soit avisé aux moyens les moins dispendieux de maintenir les routes en bon etat et à ceux d'assurer le bon emploi des fonds qui seront affectés à cette partie. XI. Que le sel soit mis dans le commerce comme les autres denrées libreu, ou que tout au moins le prix en soit considérablement diminue pourl'avantage des campagnes qui en feront usage pour leurs bestiaux et les preserveraient par là d'une infinite de maladies, comme l'experience l'a demontré

XII. Que la milice étant une seconde taille pour les habitants des campagnes, qu'elle expose à perdre un temps précieux à se rendre dans les villes où se font les tirages et à des dépenses toujours inevitables en pareilles circonstances, notamment à une composition entre les garçons qui a toujours heu quoique proscrite par les règlements, il soit statue par la Nation assemblée, que.cette charge soit convertie en une prestation pécuniaire, auquel effet il sera fixé un fonds annuel quelconque specialement destiné à enrôler des sujets pour le service militaire et remplacer la milice.

XIII. Que la liberté individuelle soit établie en loi constitutionnelle et que toute personne qui aurait eté arrêtee soit remise dans les vingt-quatre heures qui suivront sa détention entre les mains du juge ordinaire.

XIV. Qu'il soit statué qu'en matière d'instance ou procès nul ne pourra être distrait de son ressort.

XV. Que la Nation assemblée fixe avant de se séparer le retour ou nouvelle convocation des Etat?-Généraux pour se rassembler au plus tard dans trois années afin d'achever ce qui n'aura pu être fait pour l'entière reforme des abus, et assurer pour la suite le retour périodique des Etats-Généraux à des époques fixes.

XVI Qu'au surplus les délibérants adhèrent aux différents autres articles des cahiers des autres communautés, en tout ce qui s'y trouvera d'avantageux au Tiers-Etat et au corps de la Nation.

DE SAINT-GENI8.


LES MIETTES DE L'HISTOIRE

Le sentiment de la nature au XVIIe siècle On prétend que les beaux esprits du xvii" siècle n'entendaient rien à la nature et ne comprenaient point ses grâces. Mais, de ce qu'ils en ont peu parle, serait-ce qu'ils ne les ont pas senties ? On pourrait citer Corneille

A l'obscure clarté qui tombe des étoiles.

N'est-ce pas le plus beau vers qu'eût pu écrire un romantique ? Plusieurs traits de La Fontaine, épars, clairsemés, très brefs et d'autant plus saisissants dans leur concision, attestent que nos ancêtres savaient voir aussi bien que nous avons-nous le droit de les critiquer s'ils paraissent avoir été souvent plus curieux do l'homme ondoyant et divers que de la nature reposante et régulière ? 2

La vie moderne est plus agitée, plus inquiète et fiévreuse que celle d'autrefois, où tout restait à sa place, hommes et choses. Tout autour de nous est instable, tout change, monte ou descend on n'a guère le temps de rêver, et l'idéal nous échappe tandis que nous sommes à la poursuite de la matérialité contingente. N'est-ce pas le besoin du repos qui ramène notre regard sur les sentiers perdus dans les bois ou vers les horizons largement ouverts ? l

L'art ne vit que de passion, disait J.-F. Millet, et l'on ne peut pas se passionner pour rien. Ce n'est pas tant d ms les choses à peindre qu'on voit le beau que dans ce besoin de les peindre qui excite et provoque l'imagination.

Toujours dans le réel l'infini nous tourmente

a dit un poète cette obsos&ion de l'idéal est particulière aux époques agitees et aux esprits vibrants. Nul ne l'a mieux traduite qu'Alfred de Musset

Comprendrais-tu des cieux l'ineffable harmonie,

Le silence des nuits, le murmure des flots,

Si, quoique part là bis, la lièvre et l'insomnie

Ne t'avaient fait songer à l'éternel repos 2


Mais cette délicatesse de sensation, ce sentiment exquis de la nature qui pénètre l'âme et l'enlève un instant aux matérialités de l'existence ne sont pas le privilège do l'époque contemporaine, et, même avant Jean-Jacques, il y eut en France, à toutes les epoques, des poètes épris do ce charme qui naît des choses. Ne trouve-t-on pas dans nos chansons de gestes et jusque dans nospoesiespopulaireslesplusanciennes et les plus simples, des traits naifs, des clartés, des mots imprévus attestant que nos aïeux les plus rustiques n'etaient pas insensibles aux images du monde extérieur.

Parmi les précurseurs de ceux qu'on appela plus t..rd, par raillerie, les amants de la nature, parce qu'ils furent scnsibles à la vue dos champs et aux harmonies du pnysage, il faut noter Théophile de Viau (1590-1626).

Les croquis sobres, les traits ifs, les nuances délicates abondent dans ses narrations et f-es vers. Telle cette vision de son pays natal, non le petit \ilbige de Clérac mais celui do Boussères Saintc-Radegondc, dans l'Agenais, où il vécut sa prime jeunesse

Buvant joyeusement ensemble à petits traits,

D'un vin clair, pétillant, et délicat, et frais

Qu'un terroir assez maigre et tout coupé de roches

Produit heureusement sur les montagnes proches.

Malgré l'entrain de cetle couvée de Gascons avec laquelle il s'était abattu sur le Louvre, il regrettait sa liberte, legiand air

Ses bois verdissans

Et ses isles à l'herbe fresche

Servant aux troupeaux mugissans

Et de promenoir et de crèche,

Et ce touffu jasmin

Qui fait ombre à tout le chemin

D'une assez spacieuse allée

Et la parfume d'une fleur

Qui conserve dans la gelée

Son odorat et sa couleur.

En voyant la Garonne débordée, il admire

Le débord insolent de ses rapides eaux

Couvrant avec orgueil le faite des roseaux

Fait taire nos moulins, et sa grandeur farouche

Ne saurait plus souffrir qu'un aviron la touche.


Et l'invocation do Pyrame attendant Thisbé dans la nuit Befle nuit, qui me tends tes ombrageuses toiles,

Ah vraiment le soleil vaut moins que tes étoiles.

Douce et paisible nuit

J'aperçois le mûrier, j'entends le bruit de l'eau

Qui glisse en murmurant.

Solitude, silence, obscurité, sommeil,

N'avez-vous point ici vu luire mon soleil ?

Thisbé

Malgré le dédain de certains critiques, le xvn' siècle ne s'est pas dérobé p'us que nous au charme de la nature, et je n'en veux donner aujourd'hui pour témoin que l'esprit le plus mondain, le plus éveillé, le moins sentimental et le plus frondeur de cette époque.

Mm' de Sévigné a ignoré son génie, et c'est ce qui fait le charme de son talent. Elle représente le côté le plus délicat de la société du xvne siècle, la grâce dans sa fleur et la grâce qui ne se regarde pas au miroir. Il est devenu très difficile de parler d'elle, on a épuisé les louanges, cependant il reste toujours des remarques à faire.

Bossuet lui-même, le dialecticien sévère, l'orateur majestueux, n'a-t-il pas laissé voir que les plus grands esprits peuvent s'inspirer des spectacles du ciel et des champs ? Le soleil s'avançoit, dit-il, et son approche se faisoit connaitre par une céleste blancheur qui se répandoit de tous côtés les étoiles étoient disparues et la lune s'étoit levée avec son croissant, d'un argent si beau et si vif, que les yeux en étoient charmés. (Traité de la concupiscence, ch. xxxn).

Et ailleurs, dans un de ces sermons dont la froideur voulue n'est qu'apparente, ne laisse-t-il pas deviner son émotion dans cette parole Considérez les lis des champs et ces fleurs qui passent du matin au soir ?

Le charme des horizons de Bourgogne, la sereine clarté de nos ciels, la senteur de nos bois et de nos vignes ne peuvent t s'oublier nos deux illustres compatriotes du xvn0 siècle, avec des façons diverses et dans une note différente, le témoignent à n'en pas douter.

Mm* de Sévigné n'a jamais paru ni tendre ni rêveuse. Ainsi que le lui reprochait son cousin Bussy-Rabutin, bon juge en


la matière, elle sacrifiait tout à un bon mot; ses lettres les plus caressantes à Françoise de Grignan ou à Pauline de Simiane ne sont que des causeries étincelantes,

Où le piquant se mêle aux roses

Et l'amertume au bel esprit.

Et pourtant elle vaut mieux que sa réputation. La gloire posthume que lui \a!ut la publication de ses lettres en 1734, n'en fait que l'écho piquant et raffine des caquets de la cour son succès littéraire se compose do médisances spirituelles et do revélations hardies, appliquant aux petits intérêts, aux petites ambitions, aux menues querelles des dames de Versailles, ce qu'osera le duc de Saint-Simon pour lss grands seigneurs. La ccrrespondance de l'aimable marquise n'est pour beaucoup do gens qu'une gazelle de cour Et comme elle a l'éclat du verre

Elle en a la fragilité.

Je fais appel de ce jugement L'édition des Lettres do M de Monmerque et le complément que lui a donné M. Capmas n'ont pas livre le secret de Mario de R.ibutin. Beaucoup d'originaux ont éte perdus ou tronques, d'autres détruits à dessein; il en est encore d'inédits, notamment pour la période de 1661 à 1664. La critique n'a guère noté que ce qui touchait l'existence mondaine à Versailles et à Paris, ou la représentation officielle des grands seigneur. drîcgués du roi en Bretagne et en Provence. On peut trouicr mieux dans les Lettres Malgré les coupures des premiers oditeurs, on y rencontre encore de nombreuses et très curieuses informations sur l'état économique de la province, sur la condition morale des paysans, surtout en Bourgogne, sur les mœurs rurales, sur l'appauvrissement croissant de la noblesse d'épéc à laquelle se substituait pas à pas la noblesse de robe, dans les charges publiques, dans les seigneuries, dans la fortune territoriale et même dans le crédit à la cour.

A côté des anecdotes de ruelle et des goûts mondains, l'esprit sérieux et réfléchi de Mms de Sovignc se développe avec des couleurs inattendues.

On a fait d'elle, pourtant, une indiscrète, dont le papotage


se relève par quelques jolis traits et des médisances en style vif et amusant. Les critiques les plus pénétrants ne l'ont pas comprise et sont presque durs pour un talent d'autant plus sincère qu'il s'ignorait.

L'aventure originale de Mm* de Sévigné,a a dit Jules Lemaitre dans une de ses pages les plus paradoxales (1), a été de passer sa vie à aimer une fille qui ne l'aimait pas et à négliger un fils qui l'adorait C'est cette passion fiévreuse pour une ombre qui l'empêcha de mal faire.

Pour le reste, ajoute-t-il un peu dédaigneusement, il n'y a qu'un point par où elle dépasse un peu l'alignement intellectuel et sentimental des gens de son temps. Je veux parler de son goût pour la campagne, autre fruit de ses solitudes forcées de veuve. Autant que La Fontaine, elle aime la nature et sait en jouir; mieux que lui, peut être, et par de plus neufs assemblages de mots (la feuille qui chante) elle en rend l'impression directe, celle qui suit immédiatement la sensation elle-même. Aieule des chroniqueurs, elle est quelque chose aussi aux écrivains impressionnistes.

M. Gaston Deschamps a déjà signalé, en 1895, la bibliothèque bretonne de Mm° de Sévigne, le choix de ses lectures, l'agrément qu'elle trouvait dans les plus sévères je ne veux indiquer ici que les qualités d'observation et de sensibilité de cette femme délicate.

En Bretagne, dans son château des Rochers, en Provence, dans les résidences de sa fille, à Grignan et à Aix, la marquise de Sévigné vivait en continuelle représentation, en grand apparat, elle ne redevient elle-même que dans ses rares visites à son domaine patrimonial, co vieux château de Bourbilly, en Bourgogne, où le calme des bois et l'intimité de la famille de Guitaut, ses voisins du château d'Epoisses, la reposent de tes voyages et de ses ennuis.

Le château de Bourbilly, près de Semur, célèbre par Mme de Chantal et par Mm' do Sévigné, a eu la bonne fortune d'être décrit par M. de Lamartine, le Père Lacordaire et le comte de Montalembert; M. do Franqueville, son propriétaire actuel, l'a rebâti en 1872.

Mm. de Sévigné y passa ses premières années de petite (1) Les Contemporains, vi° série Figurines, 1898, page 295.


enfance. C'est dans ce vallon entouré do grands bois et couvert de silence, au bruit lointain de la rivière qui s'en va, qu'elle s'imprégna du goût de la solitude, qu'elle respira, avec cet air élastique et toujours frissonnant de la haute Bourgogne, cette vigueur de santé et cette impressionnabilité des sens qui, suivant l'expression de Lamartine, donnèrent à son teint ces roses célèbres et à son âme ce perpétuel frisson de sensibilité, prélude du génie quand il n'est pas le prelude de la passion.

M. Régnier croit qu'on ne trouve pas trace d'un séjour do M°" de Sévigné dans sa terre de Bourbilly avant l'automne de 166'i Cependant, une lettre de Bussy, du 19 oclobro 1675, fait allusion à une visite qu'y fit M. de Sévigné avec eux, probablement entre l'été de 16'i8 et l'automne de 1651 (M. de Sévigné ayant été blessé à mort, en duel, le 4 février 1652). C'est certainement à cette époque de 16B4 qu'elle y resida le plus longtemps, et c'est d'alors que datent ces lettres aujourd'hui perdues et que de très anciens et très fidèles souvenirs de famille ont sténographiees dans ma mémoire.

Ces lettres, peut-être adressées à Ménage, à M. de Pompono ou à Bussy-Rabutin, ses correspondants habituels de cette période, si troublée pour elie par le procès de Fouquct et la disgrâce de Bussy, seraient parmi les premières de sa correspondance. On y trouvait, parait il, un vif sentimert de la nature et, à vingt années de distance, un souvenir attendri des solitudes bretonnes des Rochers avec lesquelles les grands bois sombres de Bourbilly ont une ressemblance singulière. Même silence, fait exprès pour y bien rêcer même tranquillité dans ces bois dont la beauté et la tristesse étaient extraordinaires. C'est alors qu'elle parle de ses colombiers de la Roche tlo de Sauvigny, et de cette chambre sur l'étang, d'où l'on voit les bois.

J'arrive, dit-elle dix ans plus tard, dans mon délicieux château de Bourbilly; je retrouve mes belles prairies, ma petite rivière, mes magnifiques bois et mon beau moulin. Il y a ici de braves gens ils ne coupent pas les arbres, ils les élaguent (15 juillet 1673). Son voyage de Paris à Nantes en 1675 est semé de croquis amusants et de scènes familières prises sur le vif. Plus taid,


les bords de la Seine l'enchanteront comme ceux de la Loire. J'ai vu le plus beau pays du monde j'ai vu les beautés et les détours de cette belle Seine pendant quatre ou cinq lieues et les plus agréables prairies du monde. Ses bords n'en doivent rien à ceux de la Loire ils sont gracieux, ils sont ornés de maisons, d'arbres, de jeunes saules, de petits canaux qu'on fait sortir de cette grande rivière. En vérité, cela est beau. Je ne connaissais point la Normandie, je l'avais vue trop jeune. Hélas Il n'y a peutêtre plus personne do ceux que je voyais autrefois Cela est triste. (Mai 1689).

Elle n'aimait pas la nature muette, elle y recherchait les harmonies fuyantes du bruit des eaux, du cliint des oiseaux. On entend déjàlesfameUes, Us mésanges, les roitelets et un petit commencement de frisson et d'air du printemps, ecritelle à M"1" de Grignan il n'y manque que du soleil. Ello fit une cure à Vichy en mai et juin 1676, et en raconte avec un brio sans pareil les incidents pittoresques. Elle est ravie de son médecin, et s'amuse des beautes du paysage dont elle fixe avec un rare talent les traits séduisants

Mon médecin me plait. Il sait vivre, il n'est point charlatan, il traite la médecine en galant homme, enfin il m'amuse. Je vais être seule et j'en suis fort aise pourvu qu'on ne m'ôte pas le pays charmant, la rivière d'Allier, mille petits bois, des ruisseaux, des prairies, des moutons, des chèvres, des paysannes qui dansent la bourrée dans les champs. Je consens de dire adieu à tout le reste, le pays seul me guérirait.

C'est en rapprochant les lettres de M'"e de Sévigné de celles qui nous restent de Mme de Grignan,qu'on saisit le mieux l'esprit positif, frondeur et irritable de la fille en contact avec la grài'e sentimentale de la mère. Un critique a pretendu que toutes ces correspondances n'étaient que du verbiage, que la fine et délicate marquise ne se plaisait que dans les cercles de la cour, au milieu des agitations mondaines, bornant sa vie et son ambition à traduire les méchancetés des autres dans des bavardages spirituels. C'était peut-êtro lo cas de son cousin Rabutin, mais non le sien. Elle aimait la solitude et. la simplicité, elle en goûtait les douceurs paisibles; au lieu de chercher à raffiner comme Mm0 de Lafayclto, à brusquer comme Mm> de Grignan, à brouiller comme Mme de Montglas,


elle -voyait juste et disait de même. Sa sincérité sans pose, son naturel bienveillant et sensible ne s'affirment ils pas dans chacune de ses réflexions? Et lorsqu'on lui a reproché sa durete de cœur à propos de l'odieuse repression de la révolte de Bretagne, n'oublie-t on pas qu'en raillant les pauvres roués dont deux ou trois sur quatre cents avaient bien mérité la corde, elle raille surtout les ministres, du ton discret dont La Fontaine flagellait la société de son temps en faisant de fables innocentes le véhicule de ses satires ? P

N'est ce pas une âme sentimentale, qui voit et apprécie les amusements de ces paysans bourbonnais que l'intendant payait, dit cette mauvaise langue de Rabutin, afin qu'on les crût heureux, et ne trouve pas malice aux façons délurées des Bohémiens (les Tsiganes de nos cafes), que les médecins attiraient pour distraire leurs belles malades ? P

Tout mon déplaisir, dit-elle, c'est que vous ne voyez point danser les bourrées de ces pays. C'est la plus surprenante chose du monde. Des paysans, des paysannes, une oreille plus juste que vous, une légèreté, une disposition, enfin, j'en suis folle. Je donne tous les soirs un violon avec un tambour de basque qui me coûte quatre sous, et dans ces prés et ces jolis bocages, c'est une joie d'y voir danser ce qui reste des bergers et des bergères de Lignon (8 juin 167G). Les Bohémiens sont fades en comparaison '11 juin). Ce n'etait pas seulement la flûte agreste qu'aimait Mmê de Sevigné, et la justesse de sesappreciations sur l'opéra-tragédie d'Esther, où Racine et Moreau mirent tout leur cœur, est la preuve de la sûreté de son goût. C'est une chose qui n'est pas aisée à représenter, disait-elle, et qui ne sera jamais imitée c'est un rapport de la musique, des vers, des chants, des personnes, si parfait et si complet qu'on n'y souhaite rien. Aux grandes envolées des chœurs telles que la strophe Heureux le peuple florissant

elle préfère les passages où les récits se mêlent aux strophes et sont composés avec une grâce souple du plus heureux et du plus charmant effet

Pleurons et gémissons mes fidèles compagnes,

avec le retour sur un rythme lent et triste d'une seule phrase: 0 mortelles alarmes


et la cantilène du finale, d'une sensibilité si douce et si profonde

Il s'apaise, il pardonne

lui paraît le comble de l'art. Camille Bellaigue et Pierre Lalo ne diraient pas mieux aujourd'hui.

La tendresse, parfois si mil récompenser, qu'elle eut pour sa fille etait naturelle, on ne peut lui en faire un mérite mais ce qu'il faut noter et signaler, à l'encontre de ceux qui l'accusèrent comme le fit Rabutin, d'avoir le cœur froid et l'esprit chaud, ce sont les sympathies qu'elle manifeste, à tout instant, pour les choses et les gens, et sa passion pour l'harmonie. L'accord des sons ct des mots, l'accord d>:s images, voilà son rêve. Elle était vraiment bonne, de cette bonlc qui n'est point banale mais qui prévoit et qui devine, qui ne compte guère fut la reconnaissance et qui cependant donne et se prodigue, sans que l'esprit y soit jamais la dape du cœur.

La bonté, tel est le trait commun de toutes les femmes françaises qui eurent du génie.

Quand Mme de Grignan s'inquiète de ne pas trouver son fils assez vif, as ez spirituel, que lui répond sa mère ? J'aimerais mieux son bon sens et sa droite raison que toute la \ivacito do ceux qu'on admire à cet âge et qui sont des sots à vingt ans soyez contente du \ô!re, ma fille, et menez-le doucement comme un cheval qui a la bouche délicate.

Mme de Grignan ne voyait dans le Rhône qu'un fleuve avec des masses d'eau comme ailleurs, mais un fleuve plus méchant que les auti es p.ircc qu'elle en avait eu peur. Ce sentiment do pur cgoi-mio n'existe pas chez M"18 d9 Sovignô; et mémo quand elle se plaint des orages ou des chemins, il y a toujours une vue d'à côte sur la grandeur du spccticlc ou les risques du voisin.

Ce qui la oaractériso, après sa bonté, c'est l'étendue, l'universalité de son esprit. Elle aurait réussi dans tous les genres; cet ensemble de finesse et dc profondeur, de grâce et de fermeté, de lo.ique et d'imagination, s'est trouve rarement réuni dans une aussi parlaito harmonie, et peu de femmes, n'en deplaise aux avocats du féminisme à outrance, ont uni comme elle le respect des convenances mondaines à la hauteur des


vues et au charme du langage, à la séduction du trait, à la naturelle perfection du style.

Quoique très gaie, Mm" de Sévigné se plaisait aux lectures sévères et philosophait volontiers. Elle n'avait pas de parti pris, et son axiome favori était qu'on se trouvait toujours bien de la sincérité.

Vous ririez, disait-elle, de voir comme tous les vices et toutes les vertus sont jetés pêle-mêle dans le fond de ces provinces car je trouve des âmes de paysans plus droites que des lignes, aimant la vertu comme naturellement les chevaux trottent. La main qui jette tout cela dans son univers sait fort bien ce qu'elle fait, et tire sa gloire de tout, et tout est bien. (Des Rochers, 21 juin 1080). C'est la fameuse lettre du libre arbitre où les pensées les plus élevées de la religion et de la philosophie se mêlent aux gaillardises des belles amies de Bretagne, Vos rêveries nesont jamais agréables, reprochait-elle à sa fille les miennes ne m'attristent point; mais je vous admire d'être deux heures avec un jésuite sans disputer.

Personne n'a parlé des boie, avant Chateaubriand et André Theurict, a\ec plus de fînesFO d'observation Quelle surprise que de rencontrer dans le style un peu guindé, un peu dédaigneux du grand siècle des pages comme celles-ci Si vous avez envie de savoir en détail ce que c'est qu'un printemps, il faut venir à moi Je n'en connaissais moi-même que la superficie j'en examine, cette année, jusqu'aux premiers petits commencements. Que pensez vous donc que ce soit que la couleur des arbres depuis huit jours ? Répondez. Vous allez dire du vert. Point du tout. C'est du rouge. Ce sont de petits boutons, tout prêts à partir, qui font un vrai rouge; et puis ils poussent tous une petite feuille et, comme c'est inégalement, cela fait un mélange trop joli do vert et de rouge. Nous couvons tout cela des yeux nous parions de grosses sommes, mais c'est à ne jamais payer, que ce bout d'allée sera tout vert dans deux heures; on dit que non on parie. Les charmes ont leur manière, les hêtres une autre. Enfin, je sais sur cela tout ce qu'on peut savoir, (édition Capmas, II, 364). Et quelques jours plus tard

Il fait un temps tout merveilleux, Dieu merci. J'ai si bien fait que le printemps est achevé tout est vert. Je n'ai pas eu de peine à faire pousser tous ces boutons, à faire changer lo rouge en vert. Quand j'ai eu fini toutes ces allées de charmes, il a fallu aller aux


hêtres, puis aux chénes; c'est ce qui m'a donné le plus de peine, et j'ai besoin encore de huit jours pour n'avoir plus rien à me reprocher. Je commence à jouir de toutes mes fatigues et je crois, tout de bon, que non seulement je n'ai pas nui à toutes ces beautés, mais qu'en cas de besoin je saurais fort bien faire un printemps, tant je me suis appliquée à regarder, à observer, à épiloguer celui-ci, ce que je n'avais jamais fait avec tant d'exactitude. Je dois cette capacité à mon grand loisir et, en vérité, ma chère bonne, c'est la plus jolie occupation du monde. C'est dommage qu'en me mettant si fort dans cette belle jeunesse des arbres, il ne m'en soit pas demeuré quelque chose

Mais hélas! quand l'âge nous glace,

Nos beaux jours ne reviennent jamais

La marquise adorait les promenades au clair de lune. En Bretagne, comme il y avait des loups dans les bois, elle se faisait suivre de laquais armés de mousquets. Je fus avant-hier toute seule, à Livry, me promener délicieusement avec la lune, écrit-elle à sa fille j'y fus depuis six heures du soir jusqu'à minuit; il n'y avait aucun serein, j'etais faite comme un vrai stratagème (septembre 1G75). Et plus tard Je fais honneur à la lune, que j'aime comme vous savez. Je me trouve fort à mon aise toute seule je crains qu'il ne me vienne des madames, c'est-à-dire de la contrainte

J'entends, dit-elle ailleurs, les rossignols de notre petite métairie. La rivière qui est dans cet endroit en attire deux ou trois; mais fort inférieurs aux vôtres. Ils n'ont ni tant d'amour ni tant de science; à peine répètent-ils les couplets les plus communs ils n'ont point un maître do musique comme M. de Grignan.

N'est-co pas joli cette distribution des oiseaux chanteurs en rossignols de cour et rossignols de paysans? Il est exact, d'ailleurs, que le rossignol imite les chants qu'il écoute et l'on en cite qui sont morts de fatigue et d'extase pour avoir lutté avec des voix de femme ou des chants de violon. Certains billets de Mmi do Sévigné nous offrent, sans apprêt, des cadres et des scènes plus vivantes que l'on n'en peut trouver dans les trois cents pages de la princesse de Clèves, même à l'heure de ces rencontres dans les bois do Coulommiers où il manque je no sais quoi pour changer ces ombres amoureuses en êtres de chair et d'os. Par contre, admirez ce


petit tableau, dix ans après Poussin, trente ans avant Lancret, où la simplicité de l'un s'éclaire par la joliesse raffinée de l'autre:

M1»0 de la Fayette est toujours languissante, M. de la Rochefoucauld toujours écloppc?. Nous faisons quelquefois des conversations d'une tristesse qu'il ne semble plus qu'il n'y ait qu'à nous enterrer. Le jardin de Mme de la Fayette est la plus jolie chose du monde tout est fleuri, tout est parfumé.

C'est surtout dans le recit de ses déplacements qu'elle est inimitable ce sont des croquis, des gouaches qui parlent de précieux instantanés.

Le récit du voyage en Loire est des plus piquants. Les moindres incidents y sont pris sur le vif et l'on pourrait y trouver matière à un mémoire documenté sur les rapports des grandes dames de ce temps avec le populaire. Les psychologues et les économistes qui font de l'histoire avec des traits humains y découvriraient des points de vue inattendus; il faut rapprocher des lettres de M"1* de Sévigné certaines pages de Vauban pour avoir une vibion neuve du monde rural du xvne siècle.

C'était dans les premiers jours de septembre 1675, par des jours de cristal où l'on n'a ni froid ni chaud. Venue de Paris à Orléans par le grand chemin, non sans avoir aperçu quelques grands vilains pendus accrochés aux arbres, c'est pour se divertir qu'elle va sur l'eau. Le quai d'Orléans est peuplé de bateliers hardis et bruyants qui se disputent l'honneur et le profit de conduire la galante troupe. La marquise choisit un grand garçon fort bien fait dont la moustache et le procédé l'avaient décidée.

Les eaux sont basses, on s'engrave, on reprend le fil de l'eau, on débarque Je soir pour aller coucher dans les châteaux du voisinage, par des chemins semes de fleurs, à Verelz, à Valençay, à Tours, à Saumur, dans une hôtellerie tenue par les trois Parques et où los lits sont de la paille fraîche, enfin au château de Nantes où la réception de nuit, aux flambeaux, à la poterne basse, donne l'impression d'un Rembrandt. Je me suis si souvent engravée, dit-elle, que je regretto mon équipage qui ne s'arrête pas et qui va son train. Pour-


tant, cinq ans plus tard, elle prend la même route. C'était au mois de mai elle installe son carrosse sur le bateau. Nous avons baissé les glaces l'ouverture du devant fait un tableau merveilleux: celle des portières et des petits côtés nous donne tous les points de vue qu'on peut imaginer. Nous ne sommes que l'abbé et moi dans ce joli cabinet, sur do bons coussins, bien à l'air, bien à notre aise tout le reste comme des cochons sur la paille. Nous avons mangé du polage et du bouilli tout chaud; on a un petit fourneau, on mange sur un ais dans le carrosse, comme le Roi et la Heine.

En feuilletant nos vieux auteurs, depuis la chanson de Roland jusqu'à la vraie histoire comique de Francion, jusqu'aux pages brutales de Restif de la Bretonne, on voit reapparaitre la vieille France

Personne n'a parlé de la Seine, de la Loire, des landes do Bretagne et des bois du Morvan comme Mme de Sévigne. Mais l'empreinte la plus forto est celle de l'enfance elle reste indélébile c'est à Dourbilly que Mme de Sévigné a pris la bonté de Chantal et l'esprit de Rabutin c'est là surtout qu'il faut l'étudier, elle y a laissé des traces qui ne sont pas toutes retrouvées et que recherche M. de Guilaut souhaitons-lui bon succès.

Ce coin dc Bourgogne, couvert do châteaux qui, à part ceux de Thil et de Charny, sont tous caches au fond des vallees, barrant les routes, est riche en archives inédites et enhi&toires tragiques oublices. L'évocation de la vie d'autrefois n'y est point le fruit du caprice ou de l'imagination. La dernière image et la seule exacte sans doute qui reste du \ieu>i. château de Bourbilly, est un dessin à la sepia date de 1840 et qu'a récemment reproduit le Magasin pittoresque; l'édition do M. Régnier, à la planche vu de l'album de 1868, ne donne que l'esquisse d'un coin de ferme d'après un dessin d'Hubert Clerget on y voit des dames en paniers et des seigneurs en justaucorps, avec l'amusante rubrique tiré d'une photographie.

Qui ne connaît pas le site ne connait pas la plante, dit à ce propos Lamartine. Il faut restituer au berceau do Mm" de Sévigné ce qu'il avait consorvo d'élogant et do poétique, malgré les démolisseurs de 1793.

DE SAINT-GENIS,


FIN D'AUTOMNE EN BOURGOGNE

Le vent a fraîchi, les feuilles des bouleaux, des trembles, des peupliers tourbillonnent froissées et flétries sous leur teinte d'or pâle seuls les chênes résistent encore et les arbres noirs, comme on dit dans les Alpes, les épicéas, les pins, font çà et là des taches sombres. C'est un vaste plateau, de Villargoix à Epoisses, entre des vallées étroites et profondes, celle de l'Armançon, antique fossé du vieux et formidable château de Semur, dont les quatre tours résistent aux morsures du temps et à l'indifférence des hommes celle du Serain, limite des bois et des ravins du Morvan; au centre, la colline isolée de Thil se dresse avec ses deux mamelons que signalent au sud-est le vieux donjon et au nord la tour de l'église, dominant l'ensemble du plateru de plus de cent mètres. Le ciel est d'un bleu léger rayé de blanc des écharpes de vapeur traînent sur les collines, à l'horizon.

Je reviens de Thil-en-Auxois, vieille forteresse féodale dominant un immense cercle de bois, de villages et de cultures elle barrait la route de Paris à Lyon et prélevait âprement le droit de passage sur les voyageurs et les marchands. Il se rattache à ces ruines une singulière histoire du temps des Grandes Compagnies, une histoire de sang et d'amour. Sur la route, à chaque détour, à la corne des bois, à la déclivité des pentes, je retrouve des Corot, qui d'ailleurs est natif d'ici près, des Millet, des Rousseau, des Rosa Bonheur. C'est le charme de ces peintres d'avoir vécu en pleine nature. Les petites vaches blanches et noires du Morvan paissent dans les prés reverdis, des femmes arrachent la pomme de terre, de grêles silhouettes de chevaux et de chars se profilent sur la crête d'une colline l'horizon est enflammé par la pourpre du soir, des vols de grues dessinent des triangles sur le ciel on croise des paysans, au pas lourd et rythmé, qui répondent au salut avec un bon sourire. Tout est calme, harmonieux, apaisant dans ce gras et riche pays de France.


De cette vieille tour ronde de la Rochette où j'écris, ma pensée, revenant vers le passé, revoit tous ces châteaux, les uns démolis, les autres encore superbes, où se sont agités tant de beaux esprits, où ont vécu, aimé, souffert tant d'âmes vaillantes. Que d'aventures, que de drames, que de souvenirs dans un rayon d'à peine trois lieues Le château de Courcelles et son grand amiral de France; derrière les bois où la hulotte jette son cri mélancolique, le château de Bourbilly, apparaissent les séduisantes images de la baronne de Chantal et de la marquise de Sévigné; tout près, Forléans, ce rendezvous de chasse du comte de Rabutin, à trois heures de cheval de son célèbre château de Bussy; derrière Les Laumes, Sainte-Reine, l'Alesia de César. Sur la route de Semur, le château de Montille au comte Perrot de Chazelles, plus loin, au nord, le château d'Epoisses au comte de Guitaut, le château de Bard où M. Servois rêve d'archives à ajouter au trésor qu'il garde; plus au sud, le château de La Roche-en-Brenil tout vibrant encore de la grande voix du comte de Montalembert dont sa veuve est la gardienne noble et fière. Dans les bois qui couvrent le pays entre La Rochette et Précy, le château de Fiée à M. de Boulois, le château de Bierre où M. Hector de Laferrière a peint ses héroïnes si dramatiques et si charmantes et l'on revient volontiers à ces ruines de Thil qui appartiennent au comte de Voguë et dont il devrait bien écrire la tragique histoire.

Chose étrange, tous ces châteaux sont bâtis au revers des coteaux, blottis dans des plis de terrain au midi comme des oiseaux frileux ou craintifs seul le repaire des seigneurs détrousseurs de Thil se dresse au sommet d'un mont dans la conscience de sa force brutale. Ce contraste est une leçon de choses. S.


NOTIGE

SUR LES CLEFS DE VOUTE de l'église Notre-Dame de Semur en-Auxois

Le mot clef de route en architecture désigne le claveau supérieur d'un arc « celui qui est posé sur la ligne verticale élevée au centre de cet arc. » (1). Il n'y a pas de clef dans l'arc ogive parce que cet arc se termine à son sommet par un joint. Par conséquent, tous les arcs doubleaux de l'église de Semur en sont dépourvu*.

Mais entre les arcs doub'.eaux il y a des arcs d'arête soutenant les differentes parties de la voûte ogivale. Ces arcs, se croisant, nécessitent, au point de vue esthétique, uno ornementation destinée à dissimuler la rencontre, assez dure à l'œil, des lignes d'angle, et au point de vue architectural, un claveau de grand poids qui doit par sa poussée serrer les claveaux inférieurs et par ses extrémités coupees normalement aux courbes assurcr aux arcs d'oghe une diroction constante sans deviation pospible.

Ces deux nécessites se complétant l'uneetl'aulro deviennent plus impérieuses lorsqu'il s'agit de voûtes absidales dans lesquelles un grand nombre d'arcs se rencontrent au même point. Lo cas se présente quatre fois dans l'église de Semur, et chaque fois la clef de voûte unit huit arcs.

Pour rester un élément parfait de la construction, la clef de voûte doit réunir les deux qualités inherentes à son double but. Elle doit présenter à l'œil une masse suffisante pour rassurer l'esprit sur la solidité des voûtes et une décoration assez sobre pour l'agrémenter sans la faire disparaître. La clef brute, c'est l'enfance de l'art, la clef trop ornementée c'en est la décadence. Nous constaterons cette décadence dans quelques-unes des 57 clefs qui ornent l'église Notre-Dame de Semur.

(t) Viollet-le-Duc. Dictionnaire de l'architecte, t. m, p. 256.


I. Clefs du XIII8 siècle

Le xin* siècle étant la perfection de l'art gothique dut apporter cette perfection dans ses clefs de voûte. Elles sont admirables et chacune des 47 clefs de cette époque qui ferment les arcs de l'église de Semur mérite un coup d'œil sinon un examen approfondi.

Ces clefs sont de deux sortes à feuillages ou historiées. Les premières sont tout à fait caractéristiques de l'époque, les feuillages garnissent les clefs comme les crochets et bouquets de feuilles les chapiteaux, ils sont traités avec une maîtrise remarquable. Les feuilles profondément découpées n'offrent aucune confusion, sont parfaitement proportionnées à la hauteur de la voûte et offrent une variété inépuisable aussi bien par les sujets traités quo par la manière de les traiter. Les clefs les plus élementaires sont des fleurs de la famille des Composées dont toutes les fleurettes posées bien à plat rayonnent régulièrement ou bien quelques feuilles do chêne imbriquées ne laissant pas entre elles de place suffisante au burin de l'artiste pour fouiller les détails et produire des reliefs. Hâtons-nous d'ajouter que ces clefs sont rares. Le plus souvent les feuillages ont été travaillés par de véritables artistes. Tantôt c'est, comme au chœur, une corolle de primevère pleinement épanouie, colorée en jaune avec une legère bordure rouge entourée de cinq feuilles peintes en vert sombre et posées sur champ. C'est simple et sobre, mais les intervalles ont été fouillés avec tant de profondeur que tout le dessin en acquiert une admirable légèreté. Remarquons une fois pour toutes que ces clefs ne perdent jamais leur apparence de solidité et qu'elles n'affectent pas ces découpures qui ne conviennent qu'au métal.

Tantôt c'est une couronne de feuillage rouléo en torsades serrées (1) avec des grappes de fruits, ou posées simplement en retrait autour d'une magnifique corolle (2) ou d'une étoile arrangée symétriquement avec des feuilles d'une autre espèce (3).

(1) Chapelle saint Joseph.

(2) Chapelle de la Vierge.

(3) Choeur, 1" travée.


Souvent le centre de la clef est occupé par une fleurette reliée à sa couronne de feuilles, placées debout, par un pedoncule (I) filiforme très contourné ou par des tigelles menues. Partout ces feuillages sont beaux parce qu'ils sont vrais et qu'ils sont disposés avec art. Ils sont traités avec la même perfection dans les clefs historiées qu'ils encadrent toujours. Ces clefs présentent des sujets très variés. Ce sont tantôt de simples têtes d'ornementation comme ces larges figures d'hommes sans relief qui, les joues énormes, tiennent aux deux côtés de la bouche largement fendue des tiges dont les ramifications feuillues fourniront l'encadrement (2). Tantôt des motifs empruntés à la vie courante. C'est un chovalier habillé de vert montant un destrier superbe peint en jaune et entouré de feuillage vert sombre s'enlevant vigoureusement sur un fond grenat (3).

C'est un homme priant à genoux, un autre assis sur un petit mur (4), les cheveux bien peignés, faisant un large geste de prédicateur.

C'est un moine enseignant l'art de la lecture à un enfant. Armé d'un énorme paquet de verges il menace !e pauvret qui, à genoux, s'évertue à lire en un gros missel.

C'est un dragon à longue queue (5) mangeant des raisins à une superbe treille. Les nodosités des sarments et le cou musculeux de la bête sont particulièrement travaillés en cette fort belle clef. >

La nef latérale du sud a été réservée pour les figures d'artisans un carillonneur rose et vert frappe avec deux marteaux sur des cloches enguirlandées. Un architecte armé d'une équerre et d'un compas étudie soigneusement un plan, un astrologue consulte des figures zodiacales.

Mais le plus grand nombre de ces clefs représente des sujets liturgiques.

Une vierge mère diadêmée tient en sa main droite et bien (1) Bas côté sud, 2- travée.

(2) Grande nef, 2" travée.

(3) Grande nef, G- travée.

(4) Transept.

(5) Chapelle sainte Anne.


haut une fleur rouge, sur ses genoux l'enfant Dieu caresse gentiment le visage de sa mère.

Le Sauveur des hommes bénit de sa main droite la tête est nimbée et sa main gauche s'appuie sur un livre. Les mains ont été particulièrement étudiées, les feuillages sont superbes; mais l'expression de la physionomie a été abominablement mutilée par un moderne barbouilleur. L'Agneau de Dieu supporte un long phylactère; l'Ange du jugement sonne dans une monumentale trompette recourbée, etc etc.

Enfin la plus belle clef de toutes, celle de l'Abside, représente le couronnement de la Vierge C'est un merveilleux travail.

C'est la plus belle, d'après Viollet-le-Duc, du XIII" siècle tout entier. L'architecte qui avait un rôle important à lui faire remplir, puisqu'elle devait coincerhuitarcsdifférentslui donna près d'un mètre de circonférence et la sculpture tira un merveilleux parti de ce gros bloc.

La Vierge, les mains jointes, de magnifiques cheveux d'or flottant sur les épaules entourées d'un manteau bleu dont les plis savamment drapes couvrent le bas de sa robe rose, se tient avec un recueillement saisissant devant son divin Fils Celui-ci, plein de majesté, la bénit, tenant de sa main gauche le livre de la Loi. Trois anges sortent à mi corps d'un superbe encadrement de feuillages. Deux d'entre eux portent des cierges, le troisième soutient la couronne qu'il va déposer sur la tête de la Vierge. Toute cette clef est peinte et les couleurs sont très bien conservées, un lointain menagé entre les personnages et couvert de petits dessins d'or ajoute beaucoup à la perspective. A la partie supérieure de la clef, dans la partie opposée à la rencontre des arcs, un ange soutient une banderolle avec une inscription Ave Maria. Il faut contempler do près l'expression si vivante des physionomies de cette admirable clef dont la mauvaise gravure du Dictionnaire de Violletle-Duc no peut donner qu'une très faible idee.

II. Clefs du XVe siècle

Le portail et quelques chapelles nous offrent des spécimens de clefs du xv. siècle. C'est déjà la décadence de l'art La


rosace de feuillage s'est transformée en une découpure à jours s'épanouissant en dessin geométrique bien travaillé. Mais cette pièce délicate n'est plus la clef de voûte. Elle est supportée par une tigette en fer qui traverse le claveau central. La centrale du milieu du portail est d'un autre genre. Une armoirie aujourd'hui mutilée en occupait le centre tandis qu'une guirlande de vigne l'encadre. Mais les feuilles sont traitées avec trop de minutie. Le travail n'est pas proportionné à la hauteur d'où il doit se présenter aux regards. III. XVP siècle

Enfin nous avons deux spécimens de clefs du xvi" siècle une clef de voûte à la hauteur de la chapelle des Fonts et une clef d'archivolte à la première chapelle du bas côté sud. Cette fois ce sont do vraies fantaisies architecturales. Au lieu de consolider la voûte, la clef la charge en exerçant par son poids énorme une flexion sur l'extrados des arcs. Au lieu de satisfaire l'oeil par la vue d'un cercle dissimulantharmonii usement des angles aigus, elles le choquent par l'aspect d'une énorme stalagmite. Il est vrai q le cette stalagmite est admirablement travaillée. Des anges nus en pirticuiier sont modelés a\ec un soin infini et un art signes indubitablement de la Renaissance. Mais malgré les détails l'œuvre choque parce qu'elle est illogique et ne remplit pas son rôle.

Do ce petit examen il est permis, je crois, de tirer deux conclurions la première est que les clefs de voûte de l'église do Semur forment un tout parfait avec la construction et la decoration de cette église, parfaitement harmonisées qu'elles sont avec l'œuvre tout entière.

La seconde découle de l'examen des sujets traités. Elle nous fait voir que les artistes du xiue siècle ne furent ni des libertins ni des révoltés comme l'ont affirmé d'abord V. Hugo, et dans ses dernières années Viollet-le-Duc, mais qu'ils sont restés des chrétiens travaillant à une œuvre chretiennc. Quand ils n'ont pas copié la nature dans sa belle végetation ou la vie humaine sous differents aspects, ils ont exprimé les grandes vérités chrétiennes. On peut donc conclure, avec


M. Louis Mâle, qui vient de publier à ce sujet une magnifique thèse, que la cathédrale tout entière est une œuvre de foi (1).

Abbé CONTANT,

Vicaire à la Cathédrale de Dijon.

(1) Cette précieuse étude devait être accompagnée des photographies de ces clefs de voûte malheureusement, le départ de M. l'abbé Contant pour Dijon, où le retiennent des fonctions délicates et absorbantes, nous fait craindre que nous n'attendions longtemps cette addition indispensable. La Société d'histolie le regrette d'autant plus, que l'exécution de ces photographies, en raison de la hauteur des voûtes et de la contrariété des jours, offre des difficultés extrêmes exigeant un artiste spécial et des appareils particuliers. Espérons que notre savant confrere tiendra à honneur de completer son travail qui met en relief l'un des détails les plus rares et les plus exquis de cette superbe église qui, au rapport des maîtres, est l'une des plus élégantes et des plus fouillees de la vieille France. Nous profitons de cette occasion pour rappeler combien il serait intéressant, dans ce pays d'Auxois où existent encore tant de vieilles églises dont les plus modestes offrent toujours quelque trait remarquable, quelque souvenir typique, de les entretenir et surtout de les restituer le plus possible dans leur état primitif, en les débarrassant des badigeons et des peintures qui déshonorent les piliers, les autels, les boiseries et leur enlèvent tout caractère religieux.

Ces précautions élémentaires, et dont le jeune clergé, à son grand honneur, prend depuis quelques années un souci particulier, ont été maintes fois recommandées par des circulaires officielles dans l'intérêt de la religion et de l'art. Je citerai particulièrement la circulaire du ministre de la justice et des cultes aux évêques, du 29 décembre 1834, et celle aux préfets, du 25 février 1837. Dans certains diocèses, on a publié de petits manuels illustrés permettant de distinguer les styles et contenant des conseils pratiques pour la restauration et l'entretien des églises dans les paroisses rurales. Un modèle en ce genre est le petit livre en 510 pages, avec plusieurs centaines de dessins, rédigé par M. Auber, chanoine de Poitiers, et publié en 1851 sous ce titre Instruction de la Commission archéologique diocésaine établie à Poitiers, sur la construction, les restaurations, l'entretien et la décoration des églises, la conservation des papiers, etc.


LE MÉTAYAGE EN BOURGOGNE

et la surveillance du propriétaire au XVIII' siècle

Notice sur la valeur documentaire de cet ensemble de documents inédits (1)

C'est un épisode de l'histoire économique privée de Jean Henry, lieutenant géneral au Bailliage d'Auxois.

Il était proprietaire de la terre de Menétoy (actuellement département de la Côte-d'Or), et sa première femme, Madeleine de Thésut, lui avait apporté en dot la terre de Champforgueil (actuellement département de Saône-et-LoireJ.

Ses relations de voyages do Menétoy à Champforgueil, de 1738 à 1748, ses incidents de route, sa vie intime, sa façon d'être avec les paysans, les ouvriers, les domestiques, attestés au jour le jour par le relevé de ses dépenses quotidiennes, sont le miroir fidèle de l'existence des familles bourgeoises de cette époque.

On y voit quelle était la simplicité de vie des magistrats, (1) Cette étude a fait l'objet d'une communication au Congrès des Sociétés savantes, à la Sorbonne, le 21 avril 1897, où elle a été accueillie avec une faveur marquée. Le président de la séance, 111. Caillemer, conclut ainsi La communication de M. de Saint-Gems, fixe, pour une province très importante. la situation agricole au siècle dernier à ce titre, elle mente une particulière attention.

Les principaux chapitres de ce travail ont été insérés, par extraits, au Bulletin du Comité des travaux historiques, section d'Economie sociale (1897, pages 199 à 20G), Mais. à cause de l'intérêt immédiat que ces pièces inédites offrent pour l'histoire économique de l'Auxois, dans la première moitié du xvnr siècle, il a paru qu'il serait peut-être utile de publier ici le travail de M. de Saint-Gents dans son intégralité, et nos lecteurs seront certainement de cet avis.

Le métayage au xvni" siècle, fait suite, dans la série des études locales de l'auteur, à son Mémoire sur ta propriété rurale en Bourgogne jusqu'au xvr siècle, publié en entier, en 1896, au Bulletin du Comité des travaux historiques.


avec quelle minutie les hommes de ce temps s'occupaient des détails domestiques, tout en dirigeant les affaires publiques, quels étaient les différents modes d'exploitation de la terre, le prix des denrées, la dépense des voyageurs à l'auberge, etc. Comme il s'agit uniquement de chiffres, expliqués par un très sobre commentaire, et qu'un travail aussi minutieux demande à être revu et corrigé jusqu'à la dernière heure, le manuscrit de cette étude n'est qu'un relevé sommaire de documents inédits. Les faits matériels, seuls, en pareille matière, possèdent la force et la clarté démonstratives. Il n'est pas nécîssaire d'en grouper beaucoup pour que laréalité surgisse et attire l'attention du philosophe et de l'economiste sur des papiers privés, dont la valeur parait négligeable à première vue, et qui donnent pourtant des notions exactes sur un état social déjà si loin de nous.

I.

Le métayage, ou culture à moitié fruit, était, dit-on, le mode d'exploitation le plus general au moyen- âge, et les économistes affirment qu'à la fin du xvm" siècle, il occupait encore en France les 5/6 du territoire cultivé.

C'est une assertion que les recherches documentaires, à mesure qu'elles porteront sur les archives privées, viendront atténuer dans une forte proportion, tout au moins pour la Bourgogne (I). Le nombre des baux à ferme était déjà important à partir du xv" siècle, et, surtout depuis le xvi", si l'on examine les minutes notariales, on aperçoit qu'il n'a pas cessé d'aller en croissant. Dans bien des cas où le métayage parait accepté comme la règ'e, il devenait mixte et se compliquait ou se simplifiait suivant le point de vue, dans le même domaine, par le fermage à prix d'argent de certaines catégories de cultures specialement détachées du bloc de l'exploitation, tandis (1) V.n général, dit Peuchcf, l'un des auteurs de la statistique officielle de la Côte-d'Or, publiée en 1871, (( y Il peu de métayers en Bourgogne, et les fermes elles-mêmes y sont de peu d'étendue.

C'était l'inverse dans le Berry et le Nivernais en 1892, dans le département de l'Indre, on trouva encore Z1 métayers sur 100 domaines contre 18 fermiers. En Bourgogne, le nombre des petits propriétaires exploitant leur héritage a toujours été très considérable [Mémoire sur la propriété rurale en Bourgogne, publié par le Bulletin du Comité en 1890).


que les autres continuaient à être travaillées à moitié fruits. (1) Le principe du métayage reste donc l'association de fait entre le propriétaire et l'exploitant, entre le maître et le valet, suivant la brutale expression de certains textes. Ces simples expressions suffisent à expliquer les défauts du metayage de l'ancien régime, dont la pratique usuelle ne répondait pas à l'idée génératrice. Qui dit association, en effet, suppose une égalité tout au moins relative de situation entre les associés. Mais la misère du métayer rompait à son préjudice le bénéfice apparent de l'association et le laissait à la merci du maitre, arbitre omnipotent de ses essais, de ses initiatives, de ses progrès

En Bourgogne, où les populations rurales étaient plus riches qu'en Bretagne et qu'en Nivernais et par conséquent plus indépendantes, la tendance des cultivateurs à diminuer de plus en plus la somme des redevances ou des services s'accusait manifestement. Ils s'efforçaient de réduire, ou tout au moins de rendre fixe le prélèvement du propriétaire sur le produit de la récolte; ils avaient pour objectif de substituer un prix en argent à la part en nature. La rareté du numéraire, la (1) En 1707, J.-B. de la Loge, président au Présidial de Semur-en-Auxois, épousant Anne Bizouard, reçoit en dot une métairie à Chassenay (paroisse de Vic-de-Chassenay en Auxois) estimée 4.000 livres, affermée à Claude et Jean Perrot, père et fils, pour 120 livres par an et de nombreuses redevances ou services en nature évalués 80 livres (soit 5 0/0 en revenu). Le bétail attaché à la ferme à titre de cheptel, est estimé 800 livres par un expert. A partir du xvi° siècle, on trouve quantité de contrats de ce genre, et parmi ceux que j'ai dépouillés (en très petit nombre eu égard à la masse énorme de documents enfouis dans les minutes notariales), voici la proportion pour 100

Baux à censé.. 5

Baux à ferme. 50

Baux à moitié. 15

Baux mixtes (prix fixe en argent pour les prés ou en

nature pour les vignes, partage des gerbes pour

les labours et du croit pour le cheptel vif 30

En 1718, la terre de Ménetreux, appartenant à la dame Manin, tante de Jean Henry, est affermée aux époux Robin (Bail du 6 mars 1718, Mc Seguin, notaire à bemur) pour six ou neuf ans, moyennant 120 boisseaux de froment et 120 d'avoine, 5 livres en argent, 2 chapons et 2 charrois. En 1729, elle est estimée en famille 2.460 livres.

En 1733, le domaine de Menétoy, estimé 16.000 livres, é(ait amodié à la veuve Garnier, le prix moitié en argent, moitié en grains.


difficulté des transports qui limitait les débouchés et les échanges, restaient un obstacle à ce progrès. L'emprunt sous forme de cheptel, prit alors de grandes proportions.

Dans un inventaire des b:ens de la dumeManin, veuve d'un magistrat, en 1729, on trouve 8 prêts de ce genre, faits à des cultivateurs, en bestiaux ou grain?, dont ils passaient billet sur le prix d*estirnation. On y voit aussi de nombreux prêts sur billets à 5 0/0, faits à des paysans pour 3 ans au plus et variant de 100 à 600 livre?.

Vers l'epoque qui fait l'objet de cette étude, les commissaires des Etats de Bretagne, s'exprimaient ainsi

La misère des temps présents fait que l'on trouve peu de fermiers si le propriétaire ne leur fournit des bestiaux, pailles, marnis et engrais, même des graines de semence, ce qu'on nomme cheptels. (Mémoire du 20 novembre 1752.)

En 1832, le comte de Gasparin définissait le métayage Un contrat par lequel, quand le tenancier ne possède pas le capital ou le crédit suffisant pour garantir le payement de la rente et le remboursement des avances du propriétaire, celui-ci prélève son dû par fractions proportionnelles sur la récolte de chaque année, de manière à ce que la valeur moyenne de ce prélèvement représente la rente de la terre.

Cette définition est peut-être trop scientifique. En fait, le métayer est un fermier qui n'a pas d'avances et sur lequel le maître se paie en nature. En théorie, le proprictaire et le métaxer ont un interôt commun, l'extension de la culture et par conséquent des profits, puisque l'exploitation aboutit à un partage. Mais, d'une part, le tenancier est ignorant, timide parce qu'il est pauvre, facilement déguerpissable, selon la coutume de l'autre, le maitre hésite à faire de nouvelles avances, à accroître le cheptel, car il n'a d'autre gage que le produit éventuel de la récolte, produit dont tant do risques peuvent compromettre le résultat final.

Bref, le métayer n'avait qu'une situation précaire il n'était le maitre ni du choix des cultures, ni de l'opportunité de l'achat ou de la vente des bestiaux, et la surveillance incessante, inquisitoriale du maître maintenait à l'etat latent ces ferments de conflit si contraires à l'intérêt d'une association reelle. En Bourgogne, lo métayage n'était pas réglementé, et c'est


la preuve de son extrême rareté. Plus un contrat est fréquent, plus il provoque do conflits et plus il est nécessaire d'en fixer les conditions. On ne trouve pas une seule fois le mot métayage ou son équivalent dans les sept volumes de commentaires sur le droit civil à l'usage du Duché de Bourgogne, que publia le professeur Jean Bannelier, à Dijon, en 1756. Même en matière de cheptel, la coutume do Bourgogne est muette. L'habitude s'en vulgarisa à partir du xvi° siècle, mais le nombre en diminua de moitié au xvm", tant à cause des mortalités du bétail qui affligèrent les campagnes bourguignonnes en 1714 et en 1743, qu'en raison de l'âpreté des bailleurs, dont l'usure dévorait les paysans. Pour les protéger, un vieil avocat au Parlement de Dijon, Henri Colas, publia en 1765 un Traité des cheptels, dont il emprunta les règles aux coutumes du Nivernais, du Bourbonnais etdu Berry. Le bail à cheptel etait l'accessoire habituel du bail à métairie. Les contractants modifiaient à leur convenance ce contrat l'usage en fixait le type commun, mais les applications variaient à l'infini, suivant le caprice ou l'âpreté du maître, suivant aussi les garanties offertes par le tenancier, lequel etait d'autant plus mal traité qu'il était plus pauvre. Le Code civil de 1804 est reste lui même muet sur le metayage, sauf pour interdire au métayer de céder son droit d'exploitation à un tiers (Art. 1763;.

Le plus criant abus du métayage était l'obligation faite presque toujours au tenancier de payer en argent t une redevance fixe et annuelle représentant tout ou partie de l'impôt foncier. L'impôt colonique fut,parait il,imaginé par l'ingéniosité des capitalistes, petits banquiers et marchands des villes, qui exploitaient les villages sous la denomination do fermiers généraux et spéculaient sur les domaines d'une seigneurie en prenant le titre, les charges et les droits de principal locataire (1).

Dans l'ancienne histoire économique de la France, le métayage ne fut qu'une forme transitoire do l'exploitation agri(1) Dans les comptes de métayage dont je vais parler, on trouve toutefois, chaque année, le remboursement par le propnétaiic au grangler, des cens, rentes et droit dont il avait fait l'a\ance, ce qui semble exclure de l'usage bourguignon 1 impôt colonique exigé dans d'autres pro\inces.


cole, expédient imaginé pour ne pas obliger le propriétaire à trop d'avances de fonds au profit do cultivateurs misérables et qui, croyait on, devaient forcément et promptement disparaitre parles progrès du fermage.

Ce n'est qu'en multipliant les comparaisons et en rapprochant les contrats, qu'on pourra fixer l'état réel des cultivateurs aux diverses périodes de l'histoire agricole de la Franco et déterminer les causes probables de l'extension ou de la diminution du métayage, soit dans les différentes régions de la France, soit dans la même région à diverses époques, avec les formes variées du fermage.

Dans une cession de biens du 3 mars 1729, on trouve que l'évaluation globale de 73.000 livres pour l'hoirie comprend des terres pour 22.000, des créances pour 51.000. Sur les 17 petits domaines situés au pays d'Auxois, 16 sont affermés, 1 seul, (celui de Turley, estimé d'une valeur vénale de 1.300 livres) est exploité par métayage. Tous les baux sont notariés et datent de 1727 et 1728 ceux relatifs à des prés ou à des vignes sont t stipulés payables en argent, les autres en nature. Ainsi, le domaine de Thivauche, paroisse de Corsaint, est affermé à Pierre Theulot pour 120 boisseaux de froment, 120 d'avoine, 1 charroi de vendange, 2 chapons, 200 gluids et 50 livres en argent.

Une closerie dans la même paroisse, estimée 400 livres, est affermée à Maurice Legrand pour 72 boisseaux de froment et 72 d'avoine à livrer tous les trois ans, et 2 poulets et 6 livres d'argent à payer chaque année le jour de St-Michel. La métairie de Turley, avec le meix, le courti! et la chènevière, comporte environ 30 journaux de terres de toutes natures en plus de 40 pièces. Elle est exploitée à moitié fruits par Hubert Marsot et sa femme, qui ont reconnu par billet tenir en cheptel une pouliche, 3 mères vaches et 40 brebis à partager. En 1790, Arthur Young prévoyait la fin du métayage, ajoutant que la misère des propriétaires était le juste châtiment de leur indolence et de leurs préjugés après la Révolution, il y eut réection, et la crise agraire ramena les cultivateurs non propriétaires à un genro d'exploitation qui no les rendait pas débiteurs d'une rente irréductible, quels que fussent les résul-


tats de la récolte, mais les associait aux chances de l'industrie agricole. En 1832, M. de Gasparin affirmait que plus de la moitié du sol appartenait au métayage en 1842, M. de Châteauvieux croyait qu'il avait mordu de 30 OJO sur le fermage enfin, en 1 835, la Société des Agriculteurs de France constatait que les pays à métayers sont moins eprouvés par les crises économiques que les pays à fermiers que le métayage s'est accru dans les régions où il était en vigueur, qu'il s'est introduit dans des contrées du nord et du nord-ouest où il était inonnu. L'enquête de 1892 peut modifier ces indications. La cause de ce revirement est toute morale. C'était, avant 1789, le régime des pauvres d'argent et des pauvres d'esprit; mais, le discrédit qui s'attachait au métayage envisagé par les économistes nomme le dernier res'c du servage a disparu avec l'affranchissement unhcrsel et le relciement de la dignité do l'homme. Ce n'cst plus le modeste échelon qui conduit au fermage et qu'on accepte uniquement parce qu'il faut vivre c'est une combinaison qui respecte les convenances des contractants et ne froiss-e plus l'amour-propre du tenancier par des conditions trop assujettissantes. La domesticité rurale dont le métayage ancien f a i « n i t une classe inférieure, a disparu le métayer n'est plus le salarie, l'ouvrier agricole, tenu de court et qui, responsable de tout, a pour prenvère obligation d'obéir. Il tend à rehausser sa condition et à devenir en droit cet associe qu'il est en fait, mais dont les préjugés et l'usage lui permettaient à peine l'apparence. La statistique agricole atteste d'ailleurs que le bail à moitié fruits n'est plus l'apanage des pays stériles.

Departements Nombre des_ ag~tcolcs Habitants s Métayers Allier. 4~4.382 11.632 Cantal. 233.C07 2.292 Creuse. 284.u6û 2.067 Dordogne. 478.4'i 24.893 Gironde. 793.~8 1. 568 Lozère, t35.5''7 325

fil Reiffel a démontré que, dans le centre de la France, un hectare de labour produit un revenu de 25 francs avec le fer-


mage, de 30 francs par l'exploitation directe, de 40 francs par le métayage. Aussi, le législateur a-t-il corrigé l'oubli du code de 1804 et une loi du 18 juillet 1889 a désormais réglé les conditions légales du métayage sous le nom un peu cherché de bail à colonat partiaire (1).

Il serait à souhaiter que ce mode d'exploitation reprit l'autorité qu'il mérite. C'est un moyen de rappeler en province les propriétaires fonciers et de les associer à l'industrie agricole sans les assujettir au labeur et aux dépenses du faire-valoir direct qui exige de gros capitaux, des aptitudes particulié-. res et une instruction spéciale. La conversion des fermes en métairies auraitsur l'état social une répercussion rapide et dont il suffit d'indiquer les résultats fixité de la famille rurale, repopulation, arrêt de l'émigration urbaine, rapprochement du propriétaire et du métayer par des intérêts non plus opposés, mais communs, amélioration de la culture par le colon et du colon par la culture. Ne serait-ce pas la solution la plus simple et la plus sûre du problème du crédit agricole ? P

Olivier de Serres a tracé le portrait du parfait métayer, engageant le maître qui en rencontrait do tels, à se les attacher comme s'ils étaient de sa famille. C'est, en effet, le caractère de cette étroite association rurale, si on la veut loyale et profitable

Homme de bien, dit-il, de parole et de bon compte, âgé de 25 à 60 ans, marié avec une sage et bonne ménagère, industrieux, laborieux, diligent, épargnant, sobre, non amateur de bonne chère, non ivrogne, ni babillard, ni plaideur.

A de telles conditions, peu do maîtres pourraient être bons métayers.

II.

Sous l'ancien régime, le paysan n'ayant ni l'indépendance, ni l'initiative, ni les ressources qu'il possède aujourd'hui, le métayage était d'autant moins en faveur qu'il exigeait la sur(1) Le 13 juillet 1876, le Gouvernement proposa de détacher du projet de Code rural, en préparation au Sénat depuis plusieurs années, 13 articles relatifs au bail a colonage partiaire. Ce projet spécial fut voté par la Chambre des députés, non sans hésitation, le 5 juillet 1889, et promulgué le 18.


veillance du maître, sujétion à laquelle se dérobaient volontiers les nobles du xvn* siècle et leurs successeurs, les magistrats et les financiers du xvm".

A ce titre, il est curieux d'examiner dans quelles conditions s'effectuait la substitution d'un régime à l'autre et le remplacement du métayer par un fermier à rente fixe.

Une heureuse rencontre m'a permis de trouver les détails d'un cas de l'espèce dans les livres de compte d'un magistrat bourguignon du xvm' siècle. C'est l'itinéraire de ses visites périodiques à l'une de ses métairies, fort éloignée du lieu de sa résidence, et nécessitant un voyage à travers la Basse Bourgogne, de Semur-en-Auxois à Chalon-sur-Saône. Ce coin de metayage va donc faire revivre à nos yeux, la chevauchée à travers champs d'un riche provincial du siècle dernier. L'auteur des écritures privées dont j'essaie de résumer l'esprit, était Jean Henry, un des hauts magistrats de Semur, l'un des membresles plus connus d'une famille qui, alliée aux dynasties parlementaires de Dijon, occupa pendant près de trois siècles les charges les plus lucratives et les plus honorables de la province d'Auxois.

Jean Henry, fils de Philippe Henry, seigneur do Saux (paraisse de Marcigny-sous-Thil), lieutenant-général au Bailliage d'Auxois, et de Claude-Françoise Henry, veuve en premières noces de Claude Espiard, maître des comptes, fut baptisé à Marcigny-sous-Thil, le 14 mars 1684.

Il est émancipé à dix-neuf ans, le 28 mars 1703, l'année même de la mort de son père; pourvu aussitôt d'un office au Présidial, il épouse Marie Madeleine deThésut, d'une famille parisienne propriétaire de domaines dans la vallée de la Saône, à Verrey et à Cortiamble.

Jean Henry était lui-même fort riche; ses oncles et ses tantes lui firent par surcroit la cession anticipée de leurs biens aux termes d'un testament collectif du 27 février 1713, ratifié le 3 mars 1729 (1). Ces dispositions, interdites par nos lois (Art. (1) Minutaire de II» Seguin, notaire à Semur-en-Auxois. Philippe Henry était l'un des 7 enfants de Jean Henry, grénetier en 1683, issu lui même d'une dynastie de notaires de Moûtiers-Saint-Jean. Marie fut religieuse Catherine épousa Michel Démanche, conseiller au Bailliage, et Claire, François Demanche, avocat au Parlement; les trois derniers Bénigne Henry,


968 du Code civil) étaient alors permises par la Coutume de Bourgogne elles avaient pour objet de consolider les familles en maintenant les héritages dans la branche principale que le jeu des mariages et des partages aurait bientôt appauvrie sans cette précaution.

Louis de Thésut, seigneur de Moroge, père de Mm8 Henry, avait eu trois enfants sonfilsaîné.le colonel de Thésut de Verrey, à qui appartenait le domaine de Champforgueil laisse pour héritiers, en 1738, sa sœur et son frère M. de Thésut du Parc. C'est à l'effet de régler les affaires assez embarrassées de cette succession (1) que M. Henry fil son premier voyage à ChâIon. Laissons-lui la parole. (2)

Le lundi, cinquième jour de janvier 1739, je suis sorti do Semur en chaise (3) avec mes deux chevaux, mon cocher et un laquais sur mon cheval de selle. J'ai dépensé

contrôleur au grenier à sel de Semur, Claude, doyen de Moûtiers-SaintJean et curé de Torcy, près Vic-de-Chassenay. et Antoinette, veuve de Jean Mamn, secrétaire du roi, concentrerent leur avoir sur la tête de leur jeune neveu, devenu le chef de la famille.

L'inventaire du curé de Torcy, décédé le 14 jnnvier 1729, donne de piquantes indications sur ce qu'était 1 existence large et active du clergé séculier à cette époque.

(1) On trouve beaucoup plus tard les traces d'un procès entre un monsieur de Thésut dont le fils, M. de Thésut de Verroy. habitait à Dijon, près des Jacobins, et M. Cceurderoy, conseiller au Parlement, comme co-héritier de Marie Lemulier, veuve de Louis Chartraire, qui paraît avoir été la belle-mère de ce M. de Thésut. Marie Madeleine de Thésut étant morte sans enfant, Jean-Henry avait épousé en secondes noces, le 29 janvier 1748 Claude Cœurderoy, née à Dijon, le 16 avril 1724, d'Etienne Cœurderoy, correcteur a la Chambre des comptes, et de Marie d'Orges. Claude Cœurderoy, devenue veuve, épousa en deuxièmes noces, Claude-Edme Reuillon. (2) Ces extraits sont tirés d'un cahier de G feuillets, de papier format in-4° au filigrane à la Toison d'Or qui a pour titre Journal de recette et de dépense tant dans le voyage de Semur à Dijon, Châlon et Villefranche, que pour le séjour et retour des dits lieux à Semur, auec le détatl de ce qui s est fait et passé dans les affaires delà succession de M. de Thésut, colonel, pendant les mois de janvier et février 1739.

(3) Les magistrats de Bourgogne voyageaient beaucoup à cheval, mais Jean Henry, si hardi chasseur qu'il eut été, avait cinquante-cinq ans en 1739. La chaise de poste à deux roues, inventée en 1664, ne fut perfectionnée qu'en 1771 par le marquis de Crenan qui en fit un véhicule léger, assez selliblahle à nos vieux cabriolets de campagne. Kn 1739, ce n'était encore qu'un siège suspendu très bas entre deux brancards et attelé d'un cheval. La chaise de M. Henry était à 2 places puisqu'il avait son cocher; le devant se rabattait pour en sortir, à ce qu'on peut deviner de la note du carrossier et des rares détails que l'on trouve sur les voitures de ce genre.


à Vitteaux pour la dïn6a (5 lieues 3/4 de Semur)

savoir. 4 livres 10 sous auPont-de-Panypourla couchée (Hameau de la

paroisse de Sainte-Marie-sur-Ouche, à 5 lieues 1/2

de Dijon). G G à Dijon, le 6 janvier, pour la dînée 6 4 à Nuits (5 lieues 1/2 de Dijon) pour la couchée.. 7 10 à Chagny (4 lieues de Châlon) pour la dînée le

7 janvier. 5

A Chagny, M. Henry fait ses provisions pour Cliampforgueil. Il achète du papier, de la chandelle et de l'huile passe la journée du 8 à visiter des amis dans les environs, et arrive à la métairie dans la matinée du vendredi 9 janvier. A partir de ce moment, nous pouvons utiliser un nouveau document pour contrôler les comptes du magistrat; c'est la feuille où la vieille servante Claudon Marcelat tient note des faits et gestes de ses maîtres pour se faire rembourser sa dépense

Le 9 janvier 1739, M. Henry est arrivé dès le matin avec 2 domestiques et 2 chevaux le 10, monsieur est parti pour Mâcon Pour les domestiques. 2 livres 10 Pour les chevaux 2 10 Le 15, Monsieur est arrivé et a soupé. Le 17, pour le cocher, 3 repas et son déjeûner. 2 livres Pour les chevaux, 2 couchers et 1 dîner. 5 Le 19, les chevaux sont arrivés et ont couché; pour les domestiques et les chevaux. 3 5 etc., etc.

M. Henry, ne notant que ce qu'il paye de sa bourse et devant porter en bloc la depense de Claudon, continue ainsi son bref itinéraire

Le samedi, 10 janvier, je suis allé diner à Tournus, où j'ai payé. 3 livres 13 Pour la couchée à Mâcon et le déjeuner du dimanche, ayant soupé chez M. le comte de Montrevel 6 – 16 Le dimanche au soir, 11e de janvier, je suis arrivé à Villefranche en Beaujolais où j'ai couché 2 nuits et payé pour ma dépense 12–6 6 J'ai acheté à Villefranche deux livres, l'un Les régies pour la santé, 12 sous, l'autre L'A B C du Monde, qui a coûté 14 sous. Le mardi 13, je suis sorti de Villefranche pour revenir à Macon où j'ai séjourné le lendemain et, pour les deux nuits de mes chevaux et pour mes domestiques, il m'a fallu payer 10 livres 5 sous.


Pour la dinée du jeudi, à Tournus, avec les messieurs de la diligence, 4 livres 5 sous. Le soir, j'arrivai à Châlon où je logeai comme je l'avais déjà fait à l'auberge du Faucon et où je payai plus tard toute ma dépense à la dame François (1) ayant besoin de mon argent de poche.

Le mardi 20, je suis parti de Chaton pour aller à Dijon, et pour y arriver en un jour, je fis venir des chevaux de Champforgueil coucher la veille à Châlon, pour me mener à Chagny où j'avais envoyé coucher les miens avec mon cocher, et j'ai payé pour cette nuitée. 2 1. 13 s. Donné à celui qui m'y avait amené de Chaton. a lv Pour la dinée à Nuits. 3 3 Le même jour, j'arrive à Dijon où j'ai fait raccommoder ma chaise, abymée par les mauvais chemins, et j'ai payé à Viremaître

Pour une feuille de ressort. 3 1. 4 10 Pour ferrure du devant 1 1. 10 4 10 Pour courroie de ceinture. » 15 Pour une dossière de cuir. » 10 2 10 Et pour la portière. » 23 Acheté à Dijon la Coutume de Bourgogne, avec les observations de Me Bretagne, in-4", pourquoi j'ai rendu à Me Cœurderoy, conseiller qui m'avait fait la commission. 7 5 Acheté du papier à écrire. 7 Le samedi 24 janvier, je suis sorti de Dijon après diner, où j'ai payé pour ma dépense (2). 24 12 Au sieur Dijo, perruquier. )) 15 Couché à Nuits, et payé. 3 Le dimanche, diné à Chagny. 4 12 Pris à Chagny des provisions pour porter à Chamforgueit. 2 4 Pris à Châlon d'autres provisions. 1 6 Pour la dépense du voyage de Givry, payé à la veuve Leroux. 24 15 Acheté de la corde pour lier des livres et les transporter. » 10 (t) On voit plus loin que le 16 février, il paya pour cette dépense 87 livres 2 sols sur quittance, article par article de l'hôtelière'.il il est facheux que cette note d'auberge ne soit pas restée jointe au cahier. L'étrenne aux domestiques fut de 3 livres 12, entre trois.

(2) Il avait séjourné à Dijon depuis le 20 février au soir jusqu'au 24 aprèsmidi la dépense par jour pour 3 hommes et 2 chevaux s'elevait donc à 8 livres mais Il est vraisemblable que le magistrat lit personnellement peu de dépenscs à l'Hôtellerie et alla souper chez des amis, eulre atures chez le conseiller Cœurderoy dont, plus tard, il épousa la tille Claude qui avait alors quinze ans.


M. Henry ne parle pas de l'arrivée de sa femme, l'héritière du colonel, autrement qu'à propos d'actes de procédure; cependant, elle est venue le rejoindre ainsi que l'atteste le compte do Claudon, qui note son séjour du 8 au 15 février. C'était une petite mangeuse ou une personne d'humeur peu exigeante, car sa nourriture est cotée au tiers de celle de son mari et l'on n'achète pour elle ni sucre, ni vin vieil, ni massepains, ni confitures comme on le faisait pour M. le curé.

Le 8 a dîné madame. 1 1. 10 s. Le 12adlne Madame. 1 10 Etc.,etc., etc.

Pour Monsieur, 9 jours 1/2. 28 10 Pour le domestique Il 15

La bonne femme profite de l'occasion pour se faire rembourser une dépense de Mme Henry qui remontait au 13 novembre 1734, soit 2 1.5 5 pour la nuitée, l'avoine de 2 chevaux et le domestique qui les conduisit.

Le 25 fevrier, M. Henry reprend la route de Semur;dineàlvry (7 livres 10), couche à Arnay-le-Duc (11 1. 4), prend un relai de chevaux qui lui coûte 27 sous pour les bêtos et 15 pour l'homme.

Quoique ce cahier de depenses soit très sobre d'explications, on peut y trouver cependant le résultat de ce voyage d'affaires M. Henry se fait payer par son beau-frère les intérêts de l'argent qu'il lui a prêté et M"8 de Thesut vend à son frère ses droits indivis, dans la succession du colonel aussi, en glissant sur le bénéfice de la rente substituée à l'alea du métayage, M. Henry termine t il son mémoire par une phrase qui laisse percer une secrète satisfaction

Et partant, tous comptes faits de ce voyage et des six semaines employées hors de la ville, la recette excède la dépense de 2,039 livres plus 1 sol et 6 deniers.

M. de Thésut du Parc devait les 7/1 2 du loyer de 100 livres d'une maison à Paris, rue du Sépulcre, lesquels étaient représentés par un billet de l'abbe de Brissac une rente (sic) de 1,300 1. à 5 0/0, une autre de 9,000 à 5 û/0.

Le 14 février 1739, Mme Henry fit à son frère donation entrevifs de sa part dans la succession du colonel de Thésut,


moyennant qu'il resterait seul chargé des dettes, qu'il lui servirait une pension viagère de 1.401 livres, payable par semestre, et fournirait, chaque année, deux feuillettes du vin du clos Salomon, pendant la vie de Mme Henry et de son mari. (Minutaire de Me Cler, notaire à Châlon).

III.

Qu'etait ce domaine de Champforgueil, dont la valeur vénale paraissait être de 30,000 à 35,000 livres d'après les conditions de l'acte de 1739 ? Mes recherches m'ont permis de grouper assez de détails pour qu'on puisse en reconstituer la physionomie et le mode d'exploitation.

Le petit village de Champforgueil (1) est situé sur la rive droite de la Saône, à une lieue de cette rivière et de Châlon, au pied des collines qui vont en s'élevant rejoindre les montagnes de Bourgogne. Le ruisseau appelé la Thalie le traverse, au pied de la pente que domine la Maison seigneuriale, bâtie sur les ruines du vieux château qui appartint au xvi" siècle au poète Pontus de Thiard, le devancier et l'émule de Ronsard et de du Bellay (2).

Cette famille a attiré l'attention de deux moralistes à des points de vue bien différents. Saint-Simon en parle ainsi Les Bissy s'appellent Thiard, sont de Bourgogne, ont été petits juges, puis conseillers aux présidiaux du Mâconnois et du Charolois, devinrent lieutenants généraux de ces petites juridictions, acquirent Bissy qui n'étoit rien, dont peu à peu ils firent une petite terre, et l'accrurent après que leur petite fortune les eut portés dans les parlements de Dijon et de Dôle où ils furent conseillers, puis présidents, et ont eu enfin un premier président en celui de Dôle.

(1) Actuellement Champforgueil, commune du canton de Châlons-surSaône. 542 habitants, pour une superficie de 732 hectares.

(2) Pontus de Thiard, né au château de Blssy-sur-Fley en 1521, évêquo de Châlon en 1570, mourut a Bragny-sur-Saône en 1006. 11 publia ses premiers sonnets en t513, six ans avant les poésies de Joachim du Bellay, huit ans avant celles de Ronsard.

Un membre de cette famille était le contemporain et le voisin de campagne dans l'Auxois, de Jean Henry. C'était Gaspard Pontus, marquis de Thiard, né en 1723 au château de Juilly près de Chassey, militaire puis littérateur, mort à Semur en 1786.


Leur belle date est leur Pontus de Thiard, né à Bissy, lieutenant général de ces justices subalternes au baillage du Maconnois et du Charolois C'était au temps où les savants ranimés par François 1" brilloient. Celui-ci était le premier poète latin de son temps et en commerce avec tous les Maîtres. Cela lui valut l'évêché de Chalonsur-Saône qu'il fit passer à son neveu. Le premier président du Parlement de Dôle, dont les enfants quittèrent la robe, étoit le grandpère du vieux Bissy, père du cardinal (1).

Et Frédéric Le Play, à son tour, cite les Thiard comme un exemple de l'élaboration lente de certaines familles qui ont jeté pendant longtemps de l'éclat sur notre histoire puis se sont brusquement éteintes. C'est sous l'influence des vieilles mœurs, dit-il (2) que s'elevèrent tant de familles rurales longtemps obscures qui, après avoir jeté lentement leurs racines dans le sol, furent féconde en magistrats, en prélats et en écrivains.

Tout auprès de Champforgueil, sont d'autres villages Givry, Cortiamble où habitait Edme de Thésut, à quelques portées de fusil des fameux vignobles de Mercurey Farges, avec son port où l'on chargeait do pierres les bateaux pour Lyon et qui etait un nid de pêcheurs de rivière, Uchizy avec sa population au teint brun, au type arabe, les Chizerots ou Sarrasin?.

Turgot traversa ce pnys quelques années plus tard, et, dans une lettre écrite à Lyon le 3 octobre 1700, il en donne ce croquis

Je me suis embarqué le I" octobre à Châlon dans la diligence d'eau. La Saône est une rivière fort large et qui serpente lentement dans une vaste plaine terminée par des pentes qui s'élèvent en amphithéâtre, à droite jusqu'aux montagnes de Bourgogne, à gauche jusqu'à celles de Franche-Comté. La plaine est coupée de bois, de terres labourables et de vignes sur les coteaux. A Tournus, je remarquai de très beaux troupeaux de bœufs qui traversaient la rivière à la nage.

Trois jours avant, il écrivait, de Chagny, ses impressions sur le pays qu'il avait parcouru à partir de Châtillon On emploie les charrues à roues de fer on tire de l'eau des puits avei: des cordes et sans poulies, c'est qu'ils sont peu profonds. Dans (1) Mémoires du duc de Saint-Simon, Edition de 1857, XII, 73. (2) La Réforme sociale en France, Edition de 1866, I, 229.


les plaines hautes que j'ai traversées avant Dijon, ce sont des bœufs qui labourent. En sortant de Dijon, j'ai vu labourer avec des chevaux et, en m'en éloignant, quoique le terrain paraisse de même nature, j'ai retrouvé les charrues traînées par des bœufs. Cela semblerait prouver ce que prétend M. Quosnay, que c'est la richesse qui fait cultiver avec des chevaux et la pauvreté qui réduit à n'employer que des bœufs.

Le domaine de Champforgueil était d'une contenance d'environ 34 hectares avec la maison, le jardin et la réserve. Le 3 février 1724, au minutaire de M'Bruère, notaire à Givry, on trouve un bail à culture et grangeage pour 4 ans, de la Saint-Martin d'hiver 1723, par Edme de Thésut, écuyer, résidant à Cortltiamble, à Claude et Claude Boinon, père et fils, communiers, résidant à Champforgueil, du domaine do Champforgueil, contenant

8i) journaux de terre,

14 ouvrées de vigne,

12 soitures de pré,

Les bâtiments d'habitation et de service.

C'est le métayage prévu par la coutume du Nivernais et modifié à la convenance des parties.

Le présent bail ainsi fait pour le tiers des fruits, qui proviendront des labours, qui seront cueillis, amassés et voiturés par les reteneurs dans les bâtiments du bailleur et à leurs frais, après qu'il aura prélevé ladite tierce au champ et à la gerbe, ou par ceux qui seront par lui préposés

A l'égard des vignes, les fruits qui en proviendront seront partagés pour les vins et à la cuve et au pressoir, et ceux des arbres fruitiers sous cieux, le tout par moitié, laquelle récolte sera faite aux frais desdits reteneurs, lesquels seront tenus d'entonner les vins dans les fùts du bailleur avant le leur.

Les prés sont destinés à la nourriture des bestiaux et serontpayés par an 36 livres de fermage. Les foins et pailles de la dernière récolte seront laissés dans les bâtiments, comme on les a trouvés en entrant.

M. de Thésut donne aux fermiers, pour la culture, 10 bœufs de trois ans, de differents poils et âges, estimés 52G livres, avec défense de les vendre ou échanger, et il s'en réserve la imite. Les preneurs feront avec ces bœufs et leurs harnais, chars et voitures, tous ks charrois qu'il voudra do Champforgueil à Cortiamblo. Plus 3 mères vaches, à titre de cheptel et


commande, à moitié croit et décroît, comme le veut la coutume de Bourgogne, estimées 105 livres. Les reteneurs donneront le 29 septembre de chaque année 2 livres de beurro par chaque vache ayant lait et pas de veau.

Ils se reconnaissent débiteurs de 466 livres pour avances faites, surtout pour achat de grains de semence qu'ils restitueront à son plaisir. M. do Thésut se réserve le droit de résilier le bail chaque année ou do le refondre, sans indemnité, en prévenant verbalement les reteneurs un mois avant la Saint-Martin. Pour garantie, les Boinon hypothèquent tous leurs biens, meubles, chars, charrettes, harnais, avec privilège sur tous autres créanciers. C'est le gage sans déplacement dont on cherche aujourd'hui à faire l'une des ressources du crédit agricole, comme si c'etait une nouveauté.

C'est sans doute dans des conditions de métayage à peu près semblables à celle de 1724 que se trouvait, quatorze ans plus tard, en 1738, le domaine de Champforgueil, lorsque la mort du colonel do Thésut y amena son héritière, M"" Henry. D'après les pièces que j'ai dans les mains, il paraissait y avoir, à cette date, un métayer pour le corps de la propriété, Jacques Regnault, qui exploitait à moitié pour les labours et les vignes et à prix d'argent pour le reste plusieurs parcelles détachées, pres et vignes, étaient affermées à des particuliers du village et la C!audon faisait valoir la résenc.

La donation, ou plutôt la vente moyennant une rente viagère, par Mm8 Henry à son frère de ses droits indivis, par l'acte du t i février Î739, ne parait pas avoir reçu son exécution, car la surveillance du domaine et la nécessité d'en vérifier les comptes y ramènent l'année suivante le lieutenant général au Bailliage, Jean Henry (!).

Son déplacement dure du 10 au 3! mars 1740; pour éviter de (1) La branche Je la famille de Thésut qui habitait Cortiamble et possédait au xvin* siècle les châteaux de Cortiamble, de Champforgueil et autres lieux, Cot encore aujourd'hui repiésentéc par quelques membres qui sont réduits a la plus affreusc misère. (Lettre de M. le curé de Champforgueil, 27 mars 1897.) Ils travaillent a la journée sur ces terres dont leurs grands-pères et grands-oncles furent les maîtres. Co détail, fréquent en Bourgogne, peut servir a l'histoire de l'évolution des classes dans la société française. Je connais un marquis authentique cantonnier sur la route de Saulieu.


casser sa chaise dans les mauvais chemins, comme il lui était arrivé le 20 fevrier 1739, il en double l'attelage et part avec deux domestiques et trois chevaux. Voici l'extrait de son livre de raison, formant un autre cahier de ses papiers privés. Le jeudi 10 mars 1740, je suis sorti de Semur pour venir coucher à Saux (I), d'où j'en suis parti le lendemain pour venir coucher à Ivry (2), et le samedi je suis arrivé à Champforgueil, avant midi, et pour ce voyage j'ai mis hors ma bourse

Pour la dinde à Arnay-le Duc 4 livres sols Pour la couchée à Yvry 5 2 Pour vin et pain à Chagny (3) 4 4 Le tout pour moi, les 2 domestiques et les 3 chevaux. Le samedi 12 mars, après dîner, Claudon Marcelat, servante, m'a remis les feuilles de la recette et de la dépense par elle faites depuis le 26 février 1739 "jusqu'à ce jour. le tout rangé en bon ordre, la recette pour chaque mois et la dépense en un seul mémoire. Elle a reçu 294 1. 6 sols G deniers, a pa\c 187 1. 18 sols et m'a remis 10G 1. 8 sols 6 deniers, au moyen de quoi je la tiens quitte pour cela. Le dimanche 13 mars, j'ai envoyé à Ghâlon pour la nourriture et 'il m'en a coûté (on était en carême)

Pain. 4 sols Morue 25 Harengs 1 j Fromage 12 Autre pour moi. 14 Craquelins G Citrons. G Grosse carpe. 8

Et j'ai reçu à valoir sur ]es petites amodiations de Claude Bonnot et de François Dodillc, 44 1. pour les gerbes de prés échues de la Saint-Martin 1739.

De Jacques Fontaine et de Jacques Regnault, chacun 3G 1. aussi pour des herbes de pré.

Le 17 mars, j'ai reçu de Pierre Prost de Saint-Maurice, 9 1. 7 sols et G deniers, et de Françoise Barnat, veuve de Jacques Petit, manouvrier, 12 1. 10 sols, à compte de la rente qu'ils me doivent, et encore de Deniso Lavillo, veuvo de Pierre du Cerne, aussi de SaintMaurice, 14 1. 1 sol à valoir sur une rente.

Le 20 mars, j'ai reçu de Claude Gault, maréchal à Droux, la (t) Hameau de la paroisse de Marcigny-sous-Tlul, dans la vallée de l'Armançon, entre Précy et Vitteaux, a environ 20 kilomètres de Semur. (2) Paroisse du canton de Nolay.

(3) Près de Meursault, dans le département actuel de Saônc-et-Loirc.


somme de G6 1. en argent pour le prix du bail des prés de SaintLoup, et comme il devait encore 30 sols, il m'a porté une cognée neuve, et comme il n'avait pas remis à la Claudon les 2 chapons qu il doit à la Saint-Martin, il a donné en échange une autre cognée à mon domestique Benoit.

Pendant mon séjour, j'ai vendu de la main à la main 2 boisseaux de pois pour. 4 livres

Un petit veau 4

1 boisseau 1/2 de pois 3

Et j'ai reçu du granger Regnault, qui me demande à refaire le four, 100 livres à compte de ce qu'il me doit sur son fermage. J'ai fait raccommoder mon épée, et il m'en a coûté 20 sols, plus 5 livres pour un ceinturon.

Le 26 mars, est arrivé le cocher retournant de Villefranche où je l'avais envoyé porter à Me Perrin, mon procureur, mes contrats et pièces justificatives de créance de Perroud à l'effet de me faire colloquer sur ses biens qui viennent d'être vendus par décret (1). Son voyage m'a coûté 6 livres 10 sols.

Le 28 mars, étant à Châlon, j'ai empoché après en avoir donné reçu

10 livres pour 2 années de cense de la maison de Châlon habitée par M. de Xaintonge.

7 1. 10 sols dus par Claude Gault pour le prix des herbes de prés à Drioux.

414 1. pour 23 bichets de blé vendus au boulanger Cochet. J'ai payé à François 3 1. 18 s. pour les frais de mise en bouteille de la récolte de vin du clos Salomon de 1738 qui a été envoyée à Semur.

J'ai payé pour ma dépense de Ghâlon à l'auberge du Faucon, 30 sols pour moi, 24 sols pour mon valet Gueneau, et j'ai donné 3 sols aux domestiques.

J'ai payé à la Claudon 7 livres 10 pour ma table et celle des domestiques pendant mon séjour au domaine, et je lui ai laissé 6 1. pour sa dépense en attendant qu'elle en reçoive.

Le 30 mars, je suis sorti de Champforgueil pour m'en retourner vers Semur et j ai dépensé sur la route

à [vry pour la dînée 2 livres 4 sols à Arnay-le-Duc pour la couchée 6 2 j'y ai acheté un brochet 1 13 à Juilly, pour avoine aux chevaux. » 10 à celui qui a monté ma chaise. 1 4 la dînée à Les Daurées (2). 1 10 Total 13 3

(1) C'est-à-dire sur saisie, s'il est forcé, ou simplement pour purge, à la suite d'une acquisition, s'il est vulontaire. (Edits de 1703 et 1708). (2) Les Davrées ou les Daurées, hameau de la paroisse de Clamerey, du canton de Précy, a environ 18 kilotn, de Semur. Il y avait un chateau mentionné dès 1377, et un petit pont sur le ruisseau du même nom, afiluent de l'Arniançon, rive gauche.


Et suis rentré le 31 à Semur avant la grosse nuit, rapportant faux frais payés, plus de 700 livres en bons écus.

L'année suivante, Jean Henry ne revient sur les bords de la Saône qu'au mois d'a\ril et réalise les projets qu'il préparait depuis 1738, peur remplacer le métayage et les petits lots loués isolément par un bail à ferme général. Il fait réparer la maison occupée par le granger Regnault, rebâtir le four, remonter les pignons de la grange et couvrir en tuiles lesbâtiments il traite pour cela à forfait avec des ouvriers de Ghâlon, Jacques Gaudillet et Jean Poirot, couvreurs associés, le maçon Louis Saunois, le charpentier François Porquelin, et leur donne, pour le uin à boire, le sou par livre, 30 sols aux 30 livres (1), Le domestique Benoît Lebault venait de mourir, il paye à ses sœurs les 9J livres de gages pour l'année, no le remplace pas, et renvoie la petite servante qui aidait Claudon. Il encaisse les fermages dus par divers sur les herbes des prés, la vente des denrées, les arrérages de créances ou de cheptels tt vend pour 180 livres comptant aux Bouhard les six vaches qui étaient dans l'ecurie et, 78 livres, trois tru:es avec leurs petits.

Je ne citerai, pour abréger, que des extraits de ce journal Le mercredi, 19 avril 1741, je suis sorti de Semur pour venirdiner à Saux et coucher à Vittcaux où j'ai séjourné jusqu'au samedi 22, chez M. Baudenet, ayant mangé chez lui et en plusieurs autres maisons de la ville, en compagnie de M. Lemulier du Rameau j'ai donné à la servante 36 sous et au valet 12.

J'ai tiré pour la couchée à Arnay-le-Due G 1, pour mon cocher et mes chevaux à Ivry, 30 sous pour le valet de M. Cœurderoy qui m'y a conduit avec les chevaux de son maitre 48 sous. Le dimanche au soir 24, jo suis arrivé à Champforgueil, et Io lundi 24, la Claudon m'a remis les leuilles de ses comptes depuis le 30 mars 1740 que je suis sorti d'ici et m'a compté en toutes sortes de monnaies 322 livres 9 sols formant l'excédent de la recette sur la dépense Lo vendredi 12 mai, je suis sorti de Ghàlon pour revenir à Semur et j'ai dépensé pour le déjeûner à Ivry 3G sou0, à Arnay-le-Duc pour (1) Avant l'hiver de 1741, les 2 couvreurs de Chàlon emplojerent 2C journées pour retenir et ranger les couverts, travail de bricole en dehors des prix-faits; ils furent couches et nourris et payés 2G livres les deux ensemble, soit 10 sous par jour et par tête.


les domestiques de M. Cœurderoy 3 livres, à Précy 10 sous et j'ai rapporte au logis 87ô livres 17 sous (1).

Plusicuis détails sont bons à noter pour fixer certains prix, à cette date, dans ce pays ne se remarquent pas d'écarts sensibles avec les prix de l'Auxois

II y avait quantité de blé de Turquie penclu aux solives de la cuisine, on le vend à raison de 40 sous le boisseau.

Pour 18 jours, avec le maître et 4 personnes à la cuisine, on a dépensé en argent sorti, c'est à-dire sans compter les produits du domaine, volailles, œufs, gros pain, etc., seulement 18 livres 16 sous ainsi répartis

Pain blanc. » 59 sous

Viande 8 livres 1G

Vin vieux 3 3

Poisson. » 20

Sucre. » 6

Sel 1 11

Massepains » 1G –

A l'auberge du Faucon, le 10 mai, le diner du maître et de ses deux domestiques coûta 50 sous pour les trois. Le sel et le sucre etaient de véritables objets de luxe.

La journée de jardinier non nourri se payait 16 sous. Le voyage d'un charretier pour mener de Champforgeuil à Semur les tonneaux de la récolte en vins de 1739 et 1740 coûta 9 livres 4 sols et pour le droit du Roi à la sortie du vin, 24 sous. En février 1740, les noyers et tous les arbres à fruits gelèrent. La réserve produisait en argent

en 1739-1740. 3G2 livres

(y compris le vin) 174.0-17'il CG5

En mars 1740, on vendit 4 petits cochons 7

2 douz. d'oeufs.. » 12 sols

1 poule. » 10 –

En décembre 10 poulets 3 10 En mars 1741, 2 douzaines d'œufs » 8 100 fagots. 4

7 livres de beurre. 2 2 –

3 boisseaux do fèves 5

livre de viande. » 3

1 millier de tuiles. 15 '3

Pour le pain bénit et les cierges. » 18 –

(1) Manuscrit sur 4 feuillets in-4\ Les déplacements de chaque année font l'objet d'un mémoire spécial, d'une grosse écriture très nette, avec le millésime à la marge pour le classement.


IV.

La question de la vente des blés était la grosse préoccupation des propriétaires fonciers du xvme siècle les doléances du siècle précédent auraient peut être paru exagérées, cependant celles de M°" de Sevigné et de Hussy Rabutin sont connues et, à soixante-dix ans de distance, on pouvait encore les croire justifiées par certains faits probants. Les débouchés manquaient dans la région de l'Auxois puisque, en février 1739, malgré la mauvaise saison, malgré les difficultés du chemin, le lieutenant-général Henry, très au courant par ses fonctions des ressources économiques du pays, n'hésite pas à faire charrcyer son blé de Moûliers-Saint-Jean à Châlon. Il fallait un serieux écart dar.s le prix pour compenser les frais de transport sur plus de 30 lieues (1). Le charroi fut fait par le gendre d'un nommé Guignaid, à Bard, près d'Epoisses, et coûta 33 livres en argent, soit 1 livre par lieue, non compris lo retour; de plus, les charretiers furent hébergés à Champforgueil où ils couchèrent deux nuits. M"" Henry qui avait expédié le blé, le lit escorter par sa fidèle servante Nanon qui reçut un écu de 3 livres pour sa peine.

Il y avait 60 boisseaux de blé on les vendit à Châlon 43 sous le boisseau, ce qui, frais déduits, ramena le boisseau, mesure de Châlon, à 31 sous net.

Deux ans plus tard, au mois de mai 1741, M. Henry, vidant ses greniers, vend au boulanger Munier, de Châlon, Hbichets de blé à 22 1. 10 le bichet (2). Un autre boulanger Cochet, n'en avait offert que 21 1. 10, quoiqu'il eût la clientèle de la famille. Cet écart d'une livre au bichet parait énorme. Le boisseau valait donc 56 sous, soit une difference de 30 0/0 avec le prix de 1739.

Parmi les menues dépenses se rapportant aux habitudes du temps ou aux allures de l'homme, je note au passage Etant à Châlon, j'ai acheté 3 livres pour le chant de l'église, l'un pour la messe, 40 sous, l'autre pour vespres, 30 sous, et le troisième commun à l'un et à l'autre 30 sous.

(1) La route directe passe par Semur, Précy, Poiiilly, Bligny, Beaune et Chagny.

(2) Le bichet vaut 8 boisseaux et l'on en compte 25 pour 24 à l'usage de Châlon.


Le 30 avril, j'ai fait compte à la Claudon de 23 sous pour port do lettre, de 9 sous de poudre à poudrer et de 12 sous pour le détail des liards donnés aux pauvres (1).

Les gages des gens de service, à la \ille ou à la campagne, offrent un certain intérêt, car on entre ainsi par un côté particulier dans la vie intime du temps et l'on se rend compte des relations, bienveillantes d'un côté et respectueuses de l'autre, existant entre maitres et serviteurs.

En mai 1741, lorsque M. Henry fait maison nette dans sa métairie pour y installer des fermiers, on paye à la petite servante Anne Beault, en presence de sa sœur, 24 livres.pour deux années de ses gages comme domestique de la maison à mener les bestiaux aux champs. Avant qu'elle ne parte, on lui permet de traire la vache pie.

L'usage était de ne psyer les domestiques qu'à leur départ, sauf à leur donner \aloir les petites sommes dont ils pouvaient avoir besoin les filles et les garçons amassaient ainsi une dot, et les vieux serviteurs confiaient volontiers leur pécule à la bonne foi do leurs maîtres. On rencontre souvent dans les contrats de mariage et les inventaires cette formule plus la somme de. ou environ qui est aux mains de M. un tel, pour ses gages depuis telle année (2).

Dans un compte de 1740, on trouve à propos des servantes do la maison do ville des Henry, cette mention La femme Mazué et sa fille ont eu l'honneur de demeurer au service de Mme Henry pendant 5 années chacune et comme elles s'en retournent au pays, voici le compte de leurs gages

Mazué la mère, a gagné les deux premières années 20 livres par (t) En 1741, Pierre-Antoine Nicod, débiteur de Jean Henry, était recteur d'école à Saint-Marlin-d'Auxy, entre Buxy et Mamlly (département actuel de Saône-et-Loire).

(2) On sait quel parti les historiens peuvent tirer de ces papiers privés, qu'on a détruits par milliers de quintaux, depuis 1790, faute d'en apprécier la valeur probante et le secours dont ils peuvent être pour les travaux d'érudition qui, chaque jour, revisent les récits de l'histoire dupa'sé. Je citerai, entre tant d'autres, l'étude de M. Georges Musset sur un ouvrage rarissime de Jean de Béchon, avocat au Pailement de Bordeaux, intitulé De l'art de réijler la dépense sur le revenu, et imprimé en 1634, et la vie de village en Provence au temps du rot René (La Réforme sociale, Congrès de 1889, page 347), tirée par M, Ch, de Ribbe de Livres de raison et de par^ chemins déchirés,


an, et les trois autres années 25, plus un couvre-chef chaque année. Mazué la fille a gagné les quatre premières années 10 livres par an, et la 5e année 14 livres, plus dix aunes de toile chaque année pour se faire des chemises, et un couvre-chef.

En tenant compte de ce qui leur a été donné en diverses fois, il est dû à la mère, 33 1. de gages en argent et 2 couvres-chef; à la fille, 54 1. en argent, 10 aunes de toile et 2 couvres-chef.

Les maîtres avaient confiance dans leurs serviteurs, comme en témoignent la mission de surveiller les blés à vendre donnée à Nanon la fille de chambre de M"" Henry, le soin de régler les comptes du métayer Regnault dévolu au valet Gueneau. La vieille servante Claudon était chargée de l'intendance du domaine do Champforgueil pour la vente des produits de la réserve, de la basse-cour, etc. Ses comptes tenus avec le plus grand détail, depuis le 10 mars 1739 au 30 décembre 1741, seraient à éplucher, comme disait le grave magistrat en les approuvant par sa signature, et on y trouveraitmatiëre à l'étude d'une exploitation ménagère dans le goût de certains récits de Columelle ou d'Olivier de Serres. Le livre de raison d'un autre magistrat de Bourgogne, successeur de Jean Henry dans sa charge, écrit en 1785 et 1788 (1) contient des mentions analogues

Manette Bourre est entrée à mon service le 13 juin 1785 je lui ai promis 40 livres par an pour ses gages. En 86, jo lui ai payé sa première année, mais comme elle a passé trois mois à l'hôpital pendant lesquels j'ai été obligé d'en prendre une autre, il a été convenu que son entrée ne serait censée commencer que du 1er septembre. On lui fait des avances pour acheter de forts souliers qui coûtent 6 livres et lui durent trois mois. Elle part en septembre 1789 sans que le motif de son remplacement soit indiqué.

Les gages ont doublé en cinquante ans. Le 5 avril 1803, il prend à son service Jeannette Mignot, du village de Magny; il lui donne 40 livres par an pour le service à la campagne, plus 4 livres pour des sabots et de la toile pour lui faire 3 chemises, à chaque année révolue. Sa mèro vient la reprendre le 15 novembre 1803, et se fait remettre ce qui lui est dû de ses gagos. V.

V.

Le fait capital de ce troisième voyage en basse Bourgogne est la substitution du fermage au métayage et à la location (1) Papiers de C. Le Mulier lieutenant général d'Auxois.


parcellaire dans l'exploitation du domaine rural de Chamforgeuil. Du 1er au 2 mai 1741, après plusieurs conférences avec son notaire do Châ'on, Me Cler, M. Henry s'accorde kla famille Bouhard, de la paroisse do Farges, qui prend à prix fixe la culture et surtout, chose essentielle, se charge do régler à ses périls et risques, toutes les locations partielles et les comptes du métayer Regnault.

Voici l'analyse de ce document, preuve matérielle des procédés par lesquels s'opérait la transition normale du métayage au fermage.

Du 2 mai 1741, Bail sous-seings privés, par messire Jean Henry, lieutenant-général au Baillage d'Auxois, au nom de Marie-Madeleine de Thésut, son épouse, pour 9 ans, à Claudo Bouhard, laboureur, à Farges, et Anne Caillat, sa femme, et à François Bouhard, son cousin tous solidaires

Du domaine de Champforgueil, composé de bâtiments, cour, jardins, grange, vignes, pressoir, colombier, terres labourables, chenevières, prés que les preneurs disent bien connaitre, faisant leur affaire de les reprendre à ceux qui les cultivent actuellement, sous la seule réserve d'une chambre haute et d'un cabinet pour le maitreII leur est interdit de mettre en culture les allées du jardin. Il y avait un verger devant la maison et une grande allée de charmes, quantité de pigeons dans le colombier, des poules pour 97 1 et un cheptel de vaches, porcs, volailles, avec un matériel complet d'exploitation.

Pour 1.000 livres par an payab'es en 2 termes à Noël et à la SaintJean. Ils seront tenus de le nourrir et loger, lui, ses chevaux et ses domestiques, toutes les fois qu'il y viendra.

Le 3 mai 1741 M. Henry, par acte privé, fait cession à Claude Bouhard, son fermier, designé comme marchand à Farges, de tous les revenus du domaine et le subroge dans ses droits contre les nommés Dodille, Bouvot, Fontaine et Regnault, à qui il avait amodié, d'an en an, ses prés et ses vignes à prix d'argent ou par partage des fruits, à forfait pour 110 livres. Malgré sa fortune territoriale et la haute charge qu'il remplissait, M. Henry paraît avoir été souvent à court d'argent, ainsi d'ailleurs qu'il etait habituel à la noblesse et même à la bourgeoisie de ce temps. Les capitaux descendaient dejà, par l'effet du poids de la monnaie, suivant le met plaisant de Da-


lembert, d'un degré de plus dans la hiérarchie sociale. Les fermiers généraux des villages et les marchand de bestiaux, de grains et de draps sont les futurs acquéreurs des biens nationaux. L'évolution du xvi' siècle se continue de degré en degré.

Le 23 novembre 1741, M. Henry donne reçu de 300 1 à valoir sur le terme de Noël par un billet ainsi rédigé

A la prière et réquisition do messieurs Bouhard, laboureurs à Champforgueil, et pour leur éviter l'embarras devenir à Semur ou de chercher des occasions pour me faire remettre de l'argent, je consens qu'il donne à Gueneau, mon valet de chambre, actuellement à Ghampforguoil, 300 livres dont je leur tiendrai compte sur lo terme de Noël.

Le 21 juin 1742, il délègue 500 I. à payer au commandeur de Damas qui en donne reçu le 7 juillet, à Ghâlon-sur-Saône, en remboursement d'un prêt verbal qu'il avait fait à M. Henry. A Champforgueil, la substitution d'un système à -l'autre, no s'effectua pas sans provoquer des conflit?, en raison du changement des personnes. Dès l'eté de 1741, il y avait querelle entre les nouveaux fermiers, les cousins Bouhard, et l'ancien métayer Regnault. M. Henry dut envoyer à Châlon son valet de chambre Gueneau pour le représenter auprès de son procureur ou décider Regnault à payer son dû sur les comptes de métayage.

La note des frais du valet de chambre est un naïf et amusant croquis dont l'entrait textuel se dispense de commentaires. Lo voici dans sa simp'icité

Je suis parti do Semur le 9 du mois de novembre 1741 et j'ai déjeûné à l'Bdaurey » 5 s. » Pour mon diner à Juilly (1) avec le cheval. » 12 » Pour mon souper à Arnay le Duc. 1 liv. 4 » Pour mon déjeuner à Ivry » 7 6 d. Pour mon diner à Saint-Aubin. » 13 » Pour avoir bu un coup à Chagny. » 3 G Total des deux jours pour venir i liv. 5 »

Je n'ai rien dépensé pour moi ni le cheval

dans le temps passé au Domaine, mais voici ce

que j'ai dépensé autrement

(1) Hameau de la paroisse de Magmenpiès d'Arnay-le-Duo (Côte-d'Or).


Pour du papier à lettre le 21 novembre. » liv. 3 s. » d. Pour mon diner le jour de l'assignation de

Regnault, l'ancien métayer. » 12– » Pour avoir payé à l'huissier la commission

envoyée à llegnault pour sa grangerie. 3 9 » Etant à Châlon avec les Bouhard. » 15 » Pour envoyer la lettre avec l'ancien bail. x 8 » Pour une autre lettre, ayant oublié de dire

que j'envoyais le bail. » 4– » Payé au charpentier et au couvreur sur l'or-

dre de Monsieur la– "– » Le 28 novembre, payé pour de la viande pour

la maladie de la servante Marcc!at. 1– o– » Le 2 décembre, encore de la viande pour lui

faire du bouillon. 1– 4– » Le 7, pour avoir bu avec Regnault, afin de

le pousser à convenir d'un accommodement. » 10 (j Une livre de pain blanc pour la Marcelat. 3 » Le 10, 5 livres i~2 de viande pour elle. 2

Le Iti, encore de la viande pour la Marcelat. 1 – » » Pour mon diner a Chalon, le jour de l'acte

passéavecRegnautt. » 9 » Pour avoir bu avec Regnault le jour qu'il a

payé son dû de grangoage. » 7 » Pour les frais do l'acte. 6– 7 » Pour avoir bu un coup quand j'ai eu l'expé-

dition. » 5 » Tout fini, je suis reparti do Chamforgueil le mercredi 20 décembre 1741

Pour avoir bu un coup à La Roche Pot. » 6 s. Dînéàivry. » 13–CoucheàArnayloDuc. 1 liv. 1 Déjeuné à Arconnay. » 5 Diné àMont Saint Jean 12 Bu un coup à Ledaurey à cause de la neige

qui abimo le chemin. 3 6 d. J'ai reçu de Monsieur en partant et de la Mar-

celat sur ses comptes, etc.742 –10–9 9 d. A retenir pour mes déboursés. 48 2 –Je dois rendre compte à Monsieur. 694 liv. 8 s. 9 d. Et je les ai reçues de GMe!teaM; à Semur, le 2't décembre ~7~, Signé IlENRY.

La conclusion à tirer de ces exemples, sans toutefois la généraliser avant d'avoir constaté, avec la même précision,


d'autres faits analogues, c'est qu'il y avait tendance à substituer le fermage au métayage, dans les cas restreints où ce modo d'exploitation etait encore usité, et que cette substitution pouvait avoir une double origine, soit que le métayer fit fortune, soit qu'il tombât tout à fait dans la misère. Dans le premier cas, le métayer réduisait de plus en plus ses redevances en nature, limitait ses services personnels, et finissait, dès que ses gains étaient suffisants, c'est à dire les débouchés et la vente assurés aux produits de sa culture et do son elevage, par ne plus payer au maître qu'un prix fixe, en argent J'en ai des exemples.

Si, au contraire, et c'était le cas )e plus fréquent, le métayer éprouvait des sinistres ou vendait mal, malgré cette association de fait qui rendait le propriétaire solidaire de ses gains et de ses pertes, il ctait forcement beaucoup plus atteint que le maitre. Il consentait alors, pour alléger sa charge, à ce que le prop'iétaire démembrât l'exploitation en affermant telle ou telle pièce de pres ou de vignes à des voisins, et lorsque pet t à petit la métairie se trouvait ainsi dispersée entre un certain nombre de locations partielles, le métayer no pouvant plus vivre sur ce qui lui restait, se retirait de lui-même plutôt que de se laisser expulser, et était facilement remplace par un fermier général qui acceptait à son tour de grouper ces petites locateries pour en reformer un domaine et l'affermer en bloc. Arthur Young jugeait bien quand il prévoyait en 178S la fin de ce métayage. Le véritable contrat do motayage ne pouvait renaître que par une conception plus libérale du contrat do société en matière d'exploitation rurale. Et c'est ce qui est arrivé.

VI.

Au livre de raison de M. Henry pour l'année 1742, on trouve la mention d'un cinquième voyage qui ne donne d'ailleurs aucun détail nouveau sur l'exploitation agricole des fermiers Bouhard.

Le 1" octobro 174-2 était un lundi et jo suis sorti de Semur à choval,avcc mon domestique aussi monté sur un cheval brun que m'a prêté M. Lemulier, pour aller à Villefranche dans le Reaujotais, et j'ai mis hors ma bourse


A Arnay le Duc pour coucher 4 liv. 10 s. et aux domestiques. » 10 A La Roche Pot (1) pour la dînée 3 10 Pour manger du pain et des grives à Chagny. 1 6 Pain et chandelle à Chûlon 2 2 J'arrive à Champforgueii le mardi soir 2 octobre, où

j'ai séjourné jusqu'au samedi matin, ayant vécu chez A~. le Curé à qui j'ai envoyé du gibier et tout ce qu'on a pu tirer de provisions de la maison des Bouhard mes rentiers.

Le samedi 6 octobre, dîné à Chaton, à l'auberge du

Faucon 1 5 –Envoyé des grives et des perdrix à Champforguei), à

M. le Curé 2 13 Pour ma place dans la diligence (2) 7 Pour la couchée à Mâcon 1 10 et aux servantes. » 3 Pour dînée à Montmorle. 1 5–et aux servantes. o 2 Pour la couchée à Villefranche. 3 » et aux servantes. » 6–Pour voiture de Villefranche à Viothey. 1 10 Pour ma place à la diligence 7 » LesoupoàMâoon. 1 10 La couchée à Beaune. 5 » Le déjeuné à Nuits » 12 Pour le goûté à la Cude » 18 Pour la couchée à La Chaleur 2 – » Total de la dépense du voyage 51 liv. 2 s. Outre 12 livres payées à Perrin, mon procureur à Villefranche, que je restais lui devoir sur un compte d'avances et de vacations à propos du décret de Perroud (3).

Il est curieux de compar'r les frais do voyage du haut mag'ihtrat de Bourgogne et de son valet, pour un trajet à peu près semblable; its s'cquitibrent. et à tout peser, il semble bien que le mattro dépense pour sa mttert'e~e infiniment (t) Canton de Kn)ay.

(?) En 1739, les carrosses publics allant de Parh à Lyon partaient de l'Môtcl de Son", a t'y~e ~farta. tous les deu~ jours. La d~)gcncec%tneu\e. dit r~U)Manach)'o;/a!;eUe contient huit personnes et est beaucoup plus douce que l'ancienne Il n'y a plus de places de portières et l'on part à 4 heures du matin. La voiture de retour quittait Lyon le tendemam de l'arrivée.

(3) Ce débiteur saisi dont il est parlé au voyage de mars 1740.


moins que son serviteur. Celui-ci, en vrai Bourguignon de la légende, témoigne sa joie, son embarras ou son déplaisir en vidant chopino.

On peut aussi rapprocher ces cluffrcs de ceux que fournissent pourrais de voyage les Archives municipales delà ville de Semur.

En novembre 1735, Louis J~ssot, secrétaire de la ville, envoyé à Dijon pour y suivre différentes affaires, a employé à ce voyage, tant pour aller, sejour que retour, huit jours et on a apprécié sa dépense à 4 livres par jour, l'un portant l'autre (Registre xxm, 36).

En août )738, le syndic Bernard Bruzard est envoyé à Dijon pour la ville il y passe sept jours, il est réglé à 4 livtes de dépense par jour.

Le 27 juillet 1739, le syndic Bruzard et les deux échevins Lemulier sont députes à Autun pour y traiter avec l'époque de l'institution de la Collégiale ils y passent quatre jours, le voyage compris, et dépensent l'O livres 6 sols.

VII.

La gêne de )a noblesse au xyu" siècle était proverbiale, et il s'en fallait de peu qu'on ne pût dire en Bourgogne ce qu'on disait en Espagne Gueux comme un noble. Les correspondances et les mémoires du temps sont riches en preuves et les satiriques contemporains ont pris un malin plaisir à les signaler; mais au XVIIIe la bourgeoisie, transformée en noblesse de robe, glissait à son tour sur la voie de la dépense et de l'emprunt; on en a moins parlé, le Tiers no s'en est pas vanté il serait aisé d'établir que de 1740 à 179) tout le monde avait des dettes (1). Les historiens do l'avenir, quand on aura mis en lumière ces éléments economiques, pourront en tirer peut-être des conclusions nouvelles.

Ainsi le lieutenant généra) Henry, d'une probité incontestable, mais très dur pour ses debiteurs, réclamant de ses fermiers des paiements anticipés et qui devait plus tard soutenir avec les héritiers do sa femme un procès intermi(t) J'en donnerai lapreuve dans un mémoire tiré de papieis inedtt9 qui aura pour titre La vie p)'tcëe en ~ott)'go~)te aux A' W~' e< A VJ~' s:cc!es.


nable (1), tardait à payer ses ouvriers Et traînait le sac sans l'ouurir, comme on disait en Auxois.

Pendant t'été de 1741, les maçons et couvreurs de Châlon avaient remis en etat les bâtiments du domaine pour l'entrée des fermiers; en 1742, après l'hiver, ils reviennent pour ter. miner le pavillon et la ferme. Le 15 juillet, le maitre couvreur Gaudillet écrit à M. Henry

Monsieur, je vous prie d'avoir la bonté de me donner le restant que vous me devez parce que je n'ai reçu que 8 livres sur 28 do votre homme d'affaires sur quoi l'on m'en redoit 20 de l'ouvrage dernier que j'ai fait. Je vous prie d'avoir la bonté do me l'envoyer ou de m'envoyer un billet dans la lettre pour donner pouvoir au fermier de me payer car, Monsieur, je suis dans une nécessite que je n'ose vous dire car les ouvriers qui ont travail pour vous sont tous les jours à notre porte pour être payés et voient que n'étant pas paye je ne peux pas payer ces ouvriers. Monsieur, je vous prie de ne pas me faire attendre davantage car ]e suis à ]a dernière nécessité. Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

Une année entière se psssc sans règlement [e 30 juin 1743, Gaudillet insiste en ces termes

Monsieur, j'ai eu l'honneur de vous écrire il y a un an passé pour vous prier, Monsieur, de vouloir bien achever le paiement des ouvrages que j'ai faits dans vos bâtiments de ChampforgueU qui monte a 30 livres, prix fait dans le bâtiment occupé par le nommé Henautt et C livres pour journées occupées à votre pavillon, sur quoi j'ai reçu 8 livres de votre homme d'affaires, il me reste la somme de 28 que je vous prie de vouloir bien me faire tenir le plus tôt que faire se pourra. Monsieur sait sans doute que les ouvriers ont besoin de leur travail et que je suis en grande nécessite. Je suis, Monsieur, avec toute l'affection ~otre obéissant serviteur (2). M. Henry se libéra enfin le 15 décembre 1743, par imputation sur le terme de Noël du fermier.

La construction d'un four que couvrit Gaudillet et dont François Paquelin fit la charpente, coûta 134 livres 9 sols; il y avait un troisième travail, celui du printemps de 1742. Je m'arrête, ayant eu surtout pour objet de montrer do (t) Voir la note 1 de la page ti6.

(2) En dehors de cet ancien compte qui datait de deux ans et demi, M. Henry était débiteur d'un second mémoire remontant a l'automne de 1712.


quelles ressources sont les vieux papiers pour faire revivre la vie intime d'autrefois (i).

On a beaucoup abusé, au point de vue de l'histoire politiquo, des pièces d'archives et des papiers de famille, plus ou moins arrangés par les éditeurs il n'en sera pas de même pour l'histoire économique, car elle ne s'écrit pas avec des moyennes et des à-peu près la méthode expérimentale n'accepte que des faits constants, des chiffres précis, sauf à les rapprocher et à les comparer. Au lieu de troubler la critique par l'extrême abondance des matériaux, cette abondance n'est, ici, qu'un gage de certitude.

DE SAINT-GENIS.

(1) A l'époque même où voyageait M. Henry, en )740, le marquis de Mirabeau, i'amt des hommes, s'installait dans la terre de Bignon, en Gàtinais, entre Sens et Nemours, et se lamentait de trouver aussi, autant qu'en Provence, l'espèce uen~meMse des gens de loi qui ache<ate)i< des terres et se déguisaient en se!</neurs. M. Henry ne voyait qu'un placement à faire fructifier, le marquis de Mirabeau devinait un devoir social il rêvait de voir se reconstituer une noblesse rurale, vivant au milieu des paysans et cultivant ses terres. Les hommes, quand ils ont la subsistance, disait-il, multiplient comme les rafsdans un ~remer. Plus on a d'enfants, ajotitaitil encore, et plus il faut produire les nombreuses fanulles sont donc un excitant pour le travail comme une force pour la patrie.

Voir à propos de la vie rurale au x\m" siècle

A. Habeau, Le Village sous l'ancien .Régime, 1878; La Vie TMt'ate da))S i'a?tct0tne 7*a~ce, 1882.

De Calonne, La vie agricole sous iattctert ~ef;t')Me, e)t PMarch'eej en Artois, 1883.

II.'Da.udritIart, Gentilshommes ruraux de la France, 18S3.


L'N BOURGEOIS DE SEMUR Et\ ~7<? plaidant pour être serf

(Parlement de Dijon)

A la veille de la Révolution., il se produisit en Bourgogne un fait singulier et qui, d'après les dires des avocats au procès, était unique dans les annales du Parlement de Dijon le cas d'un homme franc réclamant en justice Ja qualité et les droits de serf. Triomphant argument contre les exagérations de M. de Voltaire que la condition des paysans du Jura faisait /y'(WM?' (1).

L'espèce est nettement définie dans un F<xc~<w imprimé, signé par M" Virely, avocat conseil à Dijon, et intitulé

Précis pour M' Claude Potier, notaire à Semur-en-Auxois, pris en qualité de tuteur onéraire (~) aux enfants de M. Henry, lieutenant général au Bailliage d'Auxois, seigneur de Chassey, intima Contre le sieur Simon-Miche) Legoux, bourgeois de Semur, appeiant du jugement rendu au Bailliage de la même ville, le 28 août 1767, et qui, étant né franc, se prétend serf.

A celte date, Voltaire dénonçait à 1 indignation de l'Europe les Bénédictins du Chapitre de Saint-Claude réduisant à l'état de serf taillable et corvéable l'étranger (1) Le mémoire au roi sur les chanoines sécularises de Saint-Claude date de 1774. La campagne de Voltaire n'empèclia pas le Parlement de Besançon (arrêt d'août t775) de maintenu' la mam-mortc comme dernant d'anciens contrats librement consentis, mais elle eut pour résultat d'affranchir le pays de Gex des traites foraires et de le délivrer ainsi des droits de douanes sur les marchandises qui transitaient par son territoire, de Genève a Gex et de Gex en Suisse. amsi que de l'arbitraire des commis des Fermes (Edit rédige par Turbot, le M septembre 17?o).

(2) Terme de jurisprudence qui a vieilli et qui se disait de celui qui a ta charge réelle d'une chose dont un autre a 1 honneur Ainsi l'on distinguait la tutelle onéra re de)a tutelle honoraire. (Littrë. dtc/- 826). Dans l'espèce, les mineurs Henry avaient pour tuteur onéraire le notaire Potier et pour tuteur honoraire François Henry, vicomte de Damas.


qui aurait eu l'imprudence de résider sur leurs terres pendant un an et un jour, et privant de l'héritage paternel l'épousée qui., suivant son mari hors du net, n'avait pas eu la précaution de passer la nuit de son mariage dans la maison ou elle-même était née.

Il y avait encore dans presque toutes les provinces des vestiges, mais bien effacés, de la servitude territoriale qui, aux" siècle, naquit du besoin d'être protégé contre le pillage universel dont Taine, Guizot et Michelet ont tracé le tableau lamentable.

Dans la Champagne, la Marche, le Nivernais, le Bourbonnais, la Bourgogne, la Francbe-Comté, écrivait Renauldon en 1765, il n'y avait point ou très peu de terres il ne restât des marques de l'ancienne servitude. On y trouvait encore quantitéde serfs personnels ou constitués tels par leurs propres reconnaissances ou celles de leurs auteurs.

M. de Lamoignon, en 1 G82, avait proposé à Louis XIV d'abolir le servage (1); les affaires du clergé puis la mort de Colbert détournèrent le roi de cette réforme. Le roi de Sardaigne, en 17G2, supprima la servitude en Savoie (2); Louis XVI l'imita, en 1T"78, dans ses domaines personnels. En 1789, on évaluait à plus d'un million et demi le nombre des serfs de fait (3). Mais, depuis bien des siècles, moyennant argent, les seigneurs avaient permis au paysan économe et tenace de démolir pierre à pierre le vieil édince féodal. C'est l'initiative de l'individu qui, par le travail, a reconquis, pièce à pièce, morceau par morceau, les libertés perdues.

Le mouvement d'affranchissement, en Bourgogne, général dès le xm° siècle, ne s'y estjamais ralenti et, au (t) Moyennant une indemnité sous forme de lods et ventes, calculee à raison du G' ou du H* dcmer de l'estimation, htuva.nt qu'j) &'agissait du t"' degré coDaterat ou des autres les mutations en ligne directe étant affranchies de toute taxe.

(?) L'eJit de i7C! nhoht la servitiile personnelle: celui de t77i supprime, à bref dciai, par voie de rachat, les derniers débris de la taiitabthte réelle et les droits de mai'-morte. (/7is;otre(/cSauo!'c, par M. de Samt-Genis, t8G9. )I[.9i)

(3) ['rocc's-verhauxde )'AssemUee nationale d~t T août )789. Mémoire de M. CtcrgCt, curé d Onans, en I'< anche-Comte, près Baumc-)ca-!)ames, pubhe en 1789.


xvm" siècle, s'il existait dans cette région des individualités d'origine serve qui se dérobaient volontiers à la servitude en en dissimulant les marques (1); on y rencontrait très peu de groupes d'habitants assujettis à l'intégralité de la mam-mise féodale.

L'un de ces groupes, l'unique peut-être en Bourgogne, est la petite paroisse de Chassey-en-Auxois (2), prés de Semur, qui, depuis les origines féodales, a formé une seigneui ie de franc-alleu.

La monographie de cette minuscule commune rurale, ayant conservé exactement les limites de l'ancienne seigneurie, offre un exemple manifeste de la perpétuité des traditions dans notre pays, et de ce double caractère de la main-morte morcellement excessif des tenures primitives, modicité et décroissance continue des censes et redevances à travers les âges. Une des plus anciennes familles de laboureurs de la seigneurie de Chassey était celle des Legoux dont le meix primitif est cité dans des aveux du xv° siècle. Vers 1764, Guillaume Legoux, marchand à Chassey, marié à Anne Ralley, meurt sur la paroisse, et le juge du seigneur, en l'absence des enfants, fait apposer les scellés pour assurer les droits d'échute. Guillaume Legoux avait, en effet, onze enfants, dont deux seulement, Simon Legoux et sa sœur Antoinette, habitaient sur le territoire de la seigneurie.

Parmi les absents, Claude Legoux, bourgeois de Paris, y demeurant, rue de la Planche, paroisse SaintSulpice, s'était affranchi, dès le 7 octobre 1750, de tout lien de servitude par un acte de désaveu portant délaissement des biens qu'il possédait dans la seigneurie au profit dos seigneurs de Chassey (3).

(t) M. Tnmccite 1e'! exemples de serfs parvenus aux plu? hauts emplois de l'Etat et dont la condihon &ervi[e ne fut révélée que par les recherches qui accompagnèrent la liquidation de leur succession.

(2) La superficie de la commune de Chassey est de R65 hectares; sa population, de 251 âmes en 1892, de 202 en t83G (Afo)to;y)-ap/(te de la commune cte Chassey, par M. de Samt-Gems, manuscrit inédit). (3) A cette date. la terre de Chassey appartenait à deux co-seigneurs M. Léauté, con',ei])cr au Parlement de Bourgogne, et M. le comte de Bielle. A la mort de Claude Legoux, sa veuve, Henriette Lecointe, épousa Pi erre Pettgny, valet de chambre ordinaire de monseigneur le Dauphin.


Son frère Simon, marchand à Chassey, lieu serf, avait connu à Athie-sous-Réome, près Moûtier-St-Jean, lieu franc, paroisse voisine de celle de Chassey, Edmée Meugnot.dontileutunfUs, Simon-Michel, baptisé à Athie, et qu'il épousa dix-huit ans plus tard à, MoûtierSaint Jean, lieu franc. Simon mourut le f'' octobre 1766, ne laissant d'autre héritier direct que ce fils, légitimé par !c mariage.

Simon-Michel Legoux était en voyage à l'époque de la mort de son père le juge de Chassey fit apposer les scellés les 11 et 12 octobre et, sachant que l'héritier était homme franc, par conséquent inhabile à succéder à un main-mortable, prononça l'échute, en vertu de l'article 13 du titre IX de la coutume de Bourgogne. Simon-Michel, se disant serf, réclama à ce titre l'héritage de son père. Le 94 avril 17C7, une sentence du juge de Chassey le débouta et, sur appel, fut confirmée par un jugement du bailliage de Semur, du 28 août 17G7. Simon-Michel en appela au Parlement de Bourgogne qui, par un arrètdu 5 août 17C8, demeuré célèbre dans les faites juridiques, le déclara serf, ~ation ~a~/o~ ?'cp<acc f/fM~ les eo~o'~s CM e~ été s~ /M< ~e~ Ma/r~g_, habile par conséquent à succéder à son père main-mortable; fit main-levée des scellés, mit à néant les oppositions, appels et protestations du seigneur, et l'envoya en possession de son héritage. Aussitôt mis en possession, Legoux vend son patrimoine, mobilier et immobilier, à divers habitants de Chasscy et, par exploi de désaveu du 28 décembre 17G8, déclare qu'entre la condition serve et la condition franche il opte pour l'indépendance, rompt les liens de la main-morte et consent au délaissement de ses biens au profit du seigneur. D'après inventaire jointàl'exploit de protestation du représentant des co-seigneurs indivis, les mineurs Henry, les biens délaissés par dérision consistaient en un chaudron de cuivre et les chenets du foyer, représentant !c meix, et une chèvre pour le train ~le culture. L'exploit ajoute que les ventes des biens que possédait Simon-Michel à Chassey n'ont pasétécontrôiées, ayant été attaquées comme frauduleuses. La suite du procès n'a point laissé de trace aux Archives; il est vraisemblable que le. fermier du seigneur ne persista point dans sa revendication.


L'originalité du procès n'e-t pas dans son objet, puisqu'il ne s'agit, en définitive, que d'un vulgaire intérêt d'argent, ma's dans la situation réciproque des parties qui se trouvait renvosée, le seigneur voulant que le fils de son serf fût franc, et celui-ci revendiquant l'état de servitude.

Le seigneur, en effet, avait tout intérêt, dans l'espèce, à plaider pour la liberté de Simon-Michel celui-ci, au contraire, malgré qu'il fût né franc et eût vécu en dehors de toute taiîlibilité, tenait à se faire déclarer main-mortable. par arrêt, puisque c'était l'unique moyen de ressaisir l'héritage paternel appréhendé à titre d'échute par le seigneur.

Ce qui n'est pas moins curieux, c'est la divergence des opinions des jurisconsultes dont on demanda l'avis. Sur les 29 consultations qui sont au dossier, j'en trouve 15 qui sont pour l'échute et 11 contre. Quant aux magistrats locaux, ils sont unan mes pour appliquer à la lettre le texte de la coutume. Le Parlement, plus libéral, sentant quelle iniquité il y aurait, dans de semblables circonstances, à priver un fils de la fortune paternelle, laisse à l'appelant l'option de son état en droit, c'était lui assurer son héritage en fait, ce n'était pas l'enchaîner à sa servitude volontaire, puisqu'il avait toujours le droit de s'en dégager par le désaveu de fief (1).

Les avocats du seigneur de Chas&ey, au nom des libertés de la province de Bourgogne, protestent contre une revendication qui, dans ce pays /c <yM~cs~ la France, serait un attentat aux devoirs d'un homme libre lequel, dans le vil intérêt du gain, en dehors des cas prévus par la coutume, renoncerait à sa condition. Le Mémoire imprimé, adressé au Parlement Je 9 juillet l'/68, pdr l'avocat Virely et le procureur Guiard, est net, précis, éloquent. Chose singulière, tous les arguments de ce plaidoyer qui a pour but avoué d'arracher à un fils la succession de son pèr~ peuvent tout aussi bien servir à démontrer l'iniquité du servage et la nécessité de supprimer la main-morte. ZD (t) Voir, ci-après, Document, la copie intégrale de i'actc de dcsa\cu du laboureur François Petit, du 29 avril t738.


H faut s'en tenir au statut, dit-il, et considérer quel parti sera ]e plus avantageux au général des habitants delà province; c'est lo public qui doit être favorisé, et non pas Simon-Miohol a qui il ptait aujourd'hui de se dire serf quand il est franc et c'est favoriser le public que de se décider en faveur de la liberté.

Qu'un légitimé soit né en lieu de main-morte d'un përc franc, l'enfant sera franc; il suivra la condition du père qu'il soit né en lieu franc d'un père main-mortabte, il sera franc; il suivra la condition du lieu. Plus on multipliera les cas de liberté, et mieux on purgera cette province de cette tache de la servitude. Le 3 août 1768, l'avocat-cunseil de Dijon, M" Delamotte, accumule les déductions.. 0 H ne s'agit pas de fiction juridique mais d'un constat do fait. On ne doit pas imaginer des fictions d'effet rétroactif pour réputer le mariage contracté du jour que l'enfant est né, ni d'effet dévolutif pour réputer l'enfant né du jour de la légitimation par mariage subséquent; on no doit, ni faire remonter la légitimation ni faire descendre la naissance. Qu'y a-t il à feindre lorsqu'il ne s'agit que de donner un fils naturel comme fils légitime à son propre père ? .? Le mariage subséquent met l'enfant au rang des légitimes, mais ne peut lui enlever la franchise de sa naissance. If est né franc, il le sera jusqu'à la mort, à moins qu'il ne cesse de l'être, de sa propre volonté, par l'un des moyens que la coutume lui offre mais il ne peut faire rétroagir cet acte volontaire.

Ce curieux débat nous permet d'apprécier ce qu'on entendait, en Bourgogne, par droit de main-morte. Certains juristes ont voulu voir, dans la main-morte, une simple forme d'exploitation de la terre, conduisant au métayage (1).

A l'origine, c'est exact, ce fut l'organisation pratique du travail agricole ce que la féodalité retirait au tenancier en liberté, elle le lui accordait en sécurité (2). Le domaine, le manse, le meix, la tenure étaient donnés avec bail perpétuel avec clause de retour au seigneur si letenancierdéguerpit ou meurt sans hoirs communs. Au xvm" siècle, le droit de main-morle per(t) Etude historique sur les fjfens de eo)t(!t<:o)t matM-xtor/nhia. en France, au ,W~ s:<'c<e, par M. OabricI Dcmante. Compte-rendu de M. Ch. Lyon-Caen (Bulletin du Comité des trav. hi&t. t89G, 6). (2) Mémoire sur la propriété rurale en Bourgogns, par M. de Saint-Genis (BuHettT) du comité), t8HS)

Le métayage en Bourgogne au xvm' siècle, par le même (Btt!!e<t)t, 1897).


sonnel n'existait guère en fait; la liberté d'aller et de venir n'était plus contestée. La main-morte réelle seule subsistait,et l'on pouvait s'en affranchirpar l'abandon de la tenure sur laquelle et par laquelle elles s'appliquait. La main-morte est une servitude mixte, disent les juristes. Elle est, en Bourgogne, l'effet d'une convention tacite ou expresse. C'est un meix donné par un seigneur propriétaire à titre de concession gratuite ou onéreuse, à la condition que toute la famille du preneur l'habitera et en fera la culture, que les enfants qui y naîtront seront de même que leur père de condition main-mortable, que la femme qui y viendra faire sa résidence y contractera la ~cAe /& servitude: enfin qu'ils ne pourront aliéner ce meix qu'à gens de pareille condition.

Si le chef de cette société ni.tn~IIe, et en même temps conventionnelle, se trouve abandonné et séparé de ses associés, s'il n'en a aucun à ~on décès, le meix et les autres biens du ma~n-mortab'e font réversion et demeurent acquis au seigneur-u'vant le principe coutumier Ge~s de ~ïa/???o~e ?;e ~c~~M~s~cc~e~WM?!. a, ~a'M~, s/~o~3? ~pm"~Y~.s-e~ e~ co/~m~o?! de &~Ms.

Le caractère essentiel de la main-morte, en Bourgogne, est d'être réelle. Cette servitude étant constituée à raison du me~ du ~omœ< r;~a~, l'on ne peut devenir main-mortable sans avoir pris naissance ou avoir demejré, volontairement et par choix, dans ce meix, quia ex ser~'o ~a~so~ Ao?c labes co~<xA~ En Bourgogne, la servitude de la main-morte se contractait, par conséquent, de trois manières par convention en prenant meix par domicile annal et payement des droits au seigneur, quand on tient feu et lieu en terre main-mortable; par naissance, l'homme s'étant engagé pour lui et les siens, iu pcr/~KMm. D'où la conséquence que deux conditicns sont requises, cumulativement, pour qu'un enfant naisse main-mortable qu'il soit fils d'un homme de même condition, qu'il soit né dans un lieu de main-morte. Jusqu'au décret voté dans la nuit du 4 août H89 pour abolir le servage, tous les habitants de la paroisse


de Chassey, et même le curé (1), étaient des serf,. Les 22 chefs de famille, serfs de Chasseyqui, de 1737 à 1776, se dégagèrent du servage par la voie du désaveu de fief, n'habitaient plus la seigneurie et s'étaient préalablement établis en divers lieux, sans esprit de retour. Quant à ceux qui, au nombre de 65 chefs de famille en 1698, et de 47 en 1785,continuèrentàrésider dans la seigneurie et à y cultiver leurs héritages, leur condition ne leur semblait pas, apparemment, aussi mauvaise que quelques historiens ont voulu le dire (2). Les seigneurs de Chassey, qui, depuis le xvi" siècle, étaient des bourgeois deFlavigny ou de Semur, magistrats du bailliage ou conseillers au Parlement, vivaient sur leurs terres, et ce contact journalier avec les paysans les empêchait d'être des tyrans de village. Ils ménagent c~e~g des redevances ils atténuent l'âpreté des fermiers, ils ne sont ni durs ni méprisants. Tout au plus les aperçoit-on en ~e/t~s~OM~es chasseurs, comme ceux que dépeint leur compatriote, Restif de la Bretonne, ~~g~es:. en soM~~s ferrés, po~a~ sous le bras M/te~e~c epeg~OM~ ou, /ùnsant c~ore ~e~r~ese~'e a~'pc des m~s de pierre sèche et caMS<XM~ e~co~jo~~o~s avec les ~?~yo~s. En 1766, les droits de cense payables par les meix primitifs partagés entre 48 chefs de famille (soit 4 hectares 79 par tête), étaient réduits à 4 livres et une trentaines de poules l'an; en 1780, le produit de l'ensemble des droits féodaux ne dépassait pas 171 livres. Par contre, la réserve seigneuriale, comprenant, avec ses bois, à peu près la moitié du territoire de la paroisse était affermée 4,300 livres en 1769, 4,750 en 1774 et 6,000 en 17~1.

Rien de surprenant, par conséquent, à ce que les tenanciers de Chassey pussent, ayant des épargnes, se grouper en syndicat pour affermer collectivement les terres du seigneur, comme ils le nrcntcn 1769 et 176~, et, depuis le xvi° siècle surtout, devinssent acquéreurs [)) Par nn acte du 25 juillet 1784, au rapport de M' Claude Potier,-notaire à Semur, le seigneur de Chassey autorise messire Thudiier, ancien curé Chassey et serf du dit lieu, a tester comme bon lui semblera, et fait aban' dou de ses droits d'échute au cas où il décéderait ab !~es~a(. (2) L'ancien régime par M. Tame, I, 428 à 489.


de très nombreuses petites parcelles, en prés, labours et vignes, démembrées de la réserve. On trouve, dans l'histoire de la paroisse-seigneurie de Chassey, concentrées dans un cercle étroit, et d'autant plus vivantes et probantes, toutes les questions qui attirent, à notre époque, l'attention des analystes et des fouilleurs. En 1755, un gentilhomme déplorait (1) qu'en dépit de ses privilèges, la noblesse se minât et s'amoindrît, tandis que le Tiers s'emparait des fortunes et accaparait les titres. Forbonnais, dès 1750, constatait que les seigneurs appauvris vendaient leurs champs par petits lots aux laboureurs du voisinage qui, tout en criant misère et en se laissant saisir, <7t)<x<cH< ~o?~M<?'s des ecMS cachés po~r~~g~ co~J~~ ~er?~. Les habitudes des tenanciers de Chassey confirment ces déclarations. Au contraire de beaucoup d'autres, <y~o~Me serfs, ils vivaient dans l'aisance; et, en cherchant bien, on trouverait peut-être que les paysans sauvages, sales et affamés qu'Arthur Young voyait en France sont un peu comme les femmes rousses de son compatriote Sterne.

S.UNT GMK:S.

~OC~JJME~T~ At~J~EXE

Désaveu de fief 1738

L'an 1738, Io 23 avril, avantmiJi,à )a requôte de F. Petit, laboureur demeurant nMarigny. originaire du viHagede Chassey, lieu main mortah)o et do serve condition, tcquei fait élection de domicile en sa ma~on audit Marigny et, en tant que de besoin serait, en celle de Me Bernard Bruzard, procureur au baittiage et siège prési.dial de Semur en Auxois, y demeurant, qu'il constitue pour le sien, et en la ville de Ffavigny au logis de M" Claude Ctempndot. cabaretier, demeurant au même lieu, pour vingt-quatre heures seulement et pour la validité du présent exploit

(t) Dont les mémoires sont cités par M. de TocqueviUe et M. Taine.


En vertu de la commission et mandement de désaveu par copie de l'autre part, délivrés par Florent Claude, marquis du Châtelet, maréchal de eamp des armées du Roi, gran bai)h d'Auxois et gouverneur de Semur obtenue par le dit Petit au BaiUiago do Semur le jour d'hier, ~8 du présent mois signé Maillard, et sce!t6 le même jour par Bruzard cadet

Je, Claude Collin, premier huissier audicncior de la châtelknio royale de Saint-Euphrônc, reçu et immatricu)e au Bailliage do Semur, y demeurant, ayant pouvoir d'oxp)o:terpar tout le royaume, soussigné;

Certifie m'être transporté à cheval au dit Flavigny, distant de ma demeure de trois lieues, avec Jcdit F. Petit et les deux témoins, Jacques Noët et Pierre Dusiaux, tous deux cordonniers, demeurant à Semur

En l'hôtel de messire Pierre Léauté, conseiller au Parlement do Dijon, seigneur do Chasscy, où ledit Petit a requis demoiselle Françoise Simon, veuve de Jean Aubricr, gouvernante de son hôtot à Fiavigny, parlant à sa personne, de dectaror si mondit sieur Ijcaute est à Flavigny et dans quel endroit il peut être Laquelle veuve Aubrior a fait réponse qu'il n'est point au pays, estimant qu,il est pour le présent en la ville de Dijon, dont !edit t Petit m'a remis acte que je lui ai octroyé

Ensemble de la déclaration qu'il fait en personne à ]adito vfuvo Aubricr, gouvernante de l'hôte) dudlt seigneur, après auo:) /a~ la réverence, chapeau. bas, la <e<enMe, qu't) d6savouo)odit seigneur en partie dudit Chassey et sa seigneurie, lui deLiisse et abandon .e tous les biens meubles et immeubles qu'ji peut avoir et posséder rièro t~ d.recte de ladite seigneurie dj Chasscy, pour en d~s~oser comme bon lut semblera, sedcc<a)a~ franc et de /rancAe condt'<f0)t pour rt'rrcdorënauant !metsapos~ë;~ë née <'< à na!<re en tous droils de/'<a)tc/ttse etdf liberté comme les m'a~ SMje/.s et bonr~eots du ?'0t, déclarant qu d va se transporter en la tille de Semur pour y réitérer le même désaveu en présence de ~i'' François Creuset,avocat au P.~ tcment, juge ordinaire du dit Chassf~ de tout quoi; etc; la dite V' Aubrior n'ayant voulu signer ni dëctarer si elle io savait ou non; ctc (Archiver de la soigncuilo de Chasscy.)


de 1~ commune de Ohassey-en-Auxoi~ Histoire économique (1)

J'ai résumé, dans la première partie de cette Monographie l'histoire politique et sociale de la commune de Chassey jusqu'en 1790; je vais m'efforccr, dans cette seconde partie, d'en esquisser l'histoire économique jusqu'à l'époque contemporaine, afin de montrer les progrès accomplis et de rechercher, dans les faits et par les chiffres, si les populations rurales d'aujourd'hui sont plus à l'aise et plus satisfaites qu'autrefois (1).

Si l'on pouvait rapprocher et comparer de nombreuses monographies de cette sorte, on pourrait peut être en dégager le problème qui préoccupe l'économiste à l'égal du philosophe: de quoi etait fait le bonheur pour nos aieux, de quoi est-il fait pour nos contemporains ? L'idéal est le sel du bien-être, disait Aristote. Dans quelle proportion, avant et depuis 1789, la question morale se mêlc-t-cllo à la préoccupation légitime des intérêts matériels ? La vue de l'historien ne doit pas s'ar(t) La Société des sciences historiques et naturelles de Semur a publie, dans son HtfHe~'t de l'année 1839 (2* série, n" X) la première partie de la Afono~rap/nede la commune de C/tasse!C)t-~uxo!S. par M. de Saint-Gem~; cette première partie, comprenant 83 pnges d impression, n'avait trait qu'a l'histoire générale de la paroisse ou seigneurie de Chassey, des origines jusqu'à la Révolution de 1789 L'intérêt documentaire de cette publication, faisant suite a la Monographie de la commune de Vie de-Cliassenay, par le même, insérée en 1884 dans le Journal été la Societé tfe s<ah's<:fjtte d'e Paris, a paru tel qu'on a insisté auprès de l'auteur pour qu'il se dessaisit en faveur de la Société de la seconde partie de son travail. C'est c~tte deuxième partie que nous offrons à nos lecteurs elle résume l'IIistoire économique et sociale de Chassey jusque l'époque con'emporaine, en groupant avec méthode des détails statistiques que les érudits devraient prendie a a tache de recueillir avec autant de soin et de zèle pour chacune des communes de notre région.

(1) Voir, dans cet ordre d'idées, lEssatSt;)' ra!M)tce relative du paysan lorrain à partir (fMA'V'siec!e, par M. Guyot Nancy, 1888.


rêter au cercle étroit des contingences visibles ou probabtes, elle doit avOtr l'ambition d'aller plus loin et plus haut. D'ailleurs notre imagination peut se donner Hbro carrièrc, elle se lassera p!utôt de concevoir que les recherches d'érudition do fournir des réalités à sa curiosité.

DONNÉES GÉNÉRALES

I. Conditions de l'habitation, du vêtement et de la nourriture. Les habitants de la commune de Chassc~y, à toute, !os époques et quel que fût l'instinct p)u~ ou moins rnfïi~o de leurs sensations intimes, auraient pu comprendre, mieux que tous autres, la 'ërité des paroles de M. de FoviUe et le tharmo des vers de Joséphin Soulary

Si j'avais un arpent de sol, mont, val ou plaine.

Avec un filet d'eau, torrent, source ou ruisseau,

J'y planterais un arbre, olivier, saule ou frêne,

J'y bâtirais un toit, chaume, tuile ou roseau.

C'o-.t qu'en effet ce n'est pas la même chose, surtout a la camp!'gno, que d'être chez soi ou chez autrui.

Dans la psychologie un peu courte du paysan français, aucun sentiment ne s'afïirme plus manifestement que te désir ou le plaisir d'être le maître unique du coin de terre qu'il cultive et de la chaumière où il dort (!).

Ce qui m'a séduit, je l'avoue, en retrouvant cachée sous les abréviations en apparence illisibles des vieux parchemins ()) Enquête sur les conditions de <7tab:<a<t0!t en France (t89i, Introduction, 43).


qu'une heureuse chance m'a livrés, la vie de ces générations rurales, c'est de voir, dans ce coin de Bourgogne, des serfs d'origine et de fait, plus heureux, de leur aveu même, que beaucoup d hommes libres.

Telle est la puissance des mots que ces neuf lettres servitude, influencent notre pensée, et qu'il faut un effort de réflexion pour réagir contre le révolté que tout homme de notre temps porte en son sein. Certes, je ne ferai jamais l'apologie des classes mais, c'est rester libéral que de rendre justice à ce qui fit jadis la force d'expansion de notre race, do ne point renier les profondes racines que l'egalité contemporaine eut dan? les siècles passés, d'oser avouer que le regime feodal etait imprègne de mutualité, de proclamer que si nos Lbcrtés viennent de loin, le despotisme rt l'arbitraire sont do date récente. Michoict, Guizot, Taine, sont de cet avis. Je me borne, ici, à rcvë)cr, sans commentaires, des faits qui m'ont surpris ctdontonpourrapeut-êtredccouvrir d'autres exemples en cherchant bien. Mon récit atteste,une fois de plus, qu'il peut y avoir un abime t.ntre la théorie et le fait et que cet épouvantail des droits foodaux, rendu odieux par le parti-pris de quelques historiens, ne méritait pas partout la même defaveur. Toutes les idoles sont abattues l'histoire n'a plus aujourd'hui d'autre mérite que celui de la sincérité. La communauté de Chassey a vécu, depuis ses origines connues, dans to~ meilleures conditions d'existence. La société contemporaine s'applaudit avec raison de compter un très grand nombre do petits proprietaires exploitant personnellement leur heritage, un tiès grand nombre de paysans lubi'ant leur propre maison. Depuis le xn" siècle, les serfs do Chasscy, soumis à un régime d'accords librement consentis qui n'avait de la servitude que le nom, ont joui de ce bienfait de la possession assurée du fuyrr domestique, que les cconomistos,tessocii)istcsctie-! philosophes considèrent comme le but idcal des é\otutions futures.

D'après les plus récentes enquêtes, la proportion, pour la France entière, des maisons habi'éos par lo propriétaire seul est do 5G 0/0. D ms les communes rurales au-dessous de 2,000 âmes, cette proportion, si l'on tient compte des maisons inha-


b.té es, s'ë]éve à 73 0/0; à Chassey, elle était en t449de )OOÛ,'0, et elle est encore en t89G de 100 0 0 f!).

L'intérêt social trouve dans cette condition d'habitude un avantage considcrabic, dc même que l'intérêt indi\tdue] y profite d'une installation qu'il peut améliorer à son gro et d'un bien-être qu'il prise autant que la satisfaction morale d'être chez soi.

A Chasscy, la dissémination des parcelles n'offrant aucune possibilité de bâtir la maison au cœur d'un domaine pour la plus prompte exécution des travaux des champs, les habitations se sont rcsscrrùos et groupées parce que !e vi!)agc.avco l'egliso et l'école, le four banal, la maison seigneuriale, le croisement des routes, les puits d'eau potable, devenait normalemcnt )c centre des travaux agricoles et le lieu de rassemblement des troupeaux pour le parcours en commun. Situés en face do colllnes riches en pierres à bâtir, d'une extraction facile, les tenanciers do Chasscy purent construire leurs Iiabi'aL~ons en mttoriaux solides et les couvrir avec ces pierres plates, les )avcs, dont le poids exige des murs cpnis et des charpentes à fermes rapprochées.

La description d~s meix du x\' siècle, bâtis d'ancienneté disent les titres de cette époque, dénote des précautions do confort rares chez les paysans et un souci particulier do se clore tout en se rapprochant des botes à soigner. En )449, te Meix du laboureur Copperault se compose d'une cour sur la rue avec portail, d'une maison couverte en laves (1) Voir pour la Côte-d'Or dans son ensemble le tableau ci-après –En ISOt, Il ne s(est pas rencontre moins de 2,270 communes où la pratique du ch.tCfftt chez soi est poussée si loin qu'on n'a pas pu y decouviir une seule plopriété imposable f[Ln tut louée.

La raison première qm porte le paysan français à préférer une propriété quelquefois onéreuse a une location qu'il ob'iendrait à très bon marche. remarque M. de ro~ilte, c'est Famour )nstmch{ ou raisonné des ruraux peur cette forme particulière de l'indépendance personnelle qui consiste à ne point avoir de loyer à payer à un piopuetairc pour la maison qu'on habite.

Pour les maisons comme pour les terres, la France est un peuple (le propriétaires, l'Angleterre un peuple de locataires c'est la raison pour laquelle les Anglais s'expatrient si facilement, n'ayant pas de chez so;, ils se trouvent bien partout. Cet amour du 7/ome que nous leur prêtons, n'est qu'une fiction.


à 4 tirants, de deux granges à 3 rains, d'une étable, d'un chauffoir avec courtil et jardin derrière et chènevière au soleil virant.

En t556, le Moix au Guet, selon la déclaration du tenancier Odot Collerot, aur.ut dû passer, dans le Morvan et même dans le bas pays, pour une sorte de maison forte.

C\st une maison à 2 étages et à 4 tirants, couverte en laves, en laquelle il fait sa résidence, contenant 3 chauffeurs, la cour devant, deux celliers y étant, une grana'e sur la cour contenant 3 rains 1/2 ()), i'ct.ibic, un jardin, une chcno~iôre avec un préau et 30 ouvrées do vigne, !o tout joignant et tenant ensemble. Sachant que les tirants se plaçaient d'habitude à 9 pieds au plus et les fermes des granges à 12, a\ee plus d'écartement, la couverture en paille étant plus legère, on peut en déduire le développement des bâtiments. La façade do la maison avait 14 m. 58 dans œuvre, et celle do la grange 13 m. GO entre ]cd pignons. Le plan du Mcix au Guet est d'une reconstitution aisée en s'aidant des textes et des vieilles bâtisses aux portes en pierres taillecs qui existent encore.

Le terrier du 15 avril )a57 contient la désignation de 5 maisons à 2 étages et de quantité d'autres, presque toutes couvertes en lavcs ou pierres plates qui ~c !èt;e);< par feuilles assez minces, ce sont les grossières ardoises des pays de montagne, la paiHe étant réservée aux très petites habitations et aux bâ'iment.s servant à l'exploitation. Toutes ont une cour devant, un jardin derrière, un puits, un four, ce qui suppose la cheminée, !o foyer, un courtil et une chcnevière.

Antoine Legoux venait de bâtir une maison neuve à côte do celle qu'il habftait comme main-mortabie et ccni,icr du seigneur l'liilibert Versinet construisait une ctable, d'autres convertissaient des cours en jardin, un autre transformait en chenevière la place proeho son pig'~on il au~t< loisir de (t) Une maison à 4 tu'ants est celle dont la charpente se compose de 4 fermes montées sur 4 tuants ou poutres engagées dans la muraiite. Une pr~nge de 3 rai!)a )/ est c'He dont la charpente se compose de 3 fcimes. dont la dern[erc se tt'ou\e a une dntar~cc moitié momdre du pignon que la première. Il nous est manicurcusemcnt tmposstbie de reproduire ici les plans et les croquas qui rendent le manuscrit de cette étude si intéressant.


mettre fumier, aller, tenir, trojer et y faire ses négoces et autres commodités à sa conu~na~ce.

Parmi les maisons à 2 étages, fait rare dans la région, l'une des plus remarquables est celle de Jacques Camusat, réparée en 1741, agrandie en )8~, et dont la croix de pierre porte une inscripticn du xin" siècle où l'on ne distingue plus que ces mots

MEX D. CA\J.

PH,D. SAL.

Le caractère gêner dos maisons de Chassey est l'élévation ro]ati\o d(s chambres basses, la proximité et la qualité des matériaux de construction y prêtèrent orientées au !e\ant, les fenêtres sont étroites mais hautes, les pignons droits, les toits en pente. Abritees des \ents du nord par la colline, les maisons se protègent contre !'humidtté par des seuils éle\és, des rigoles profondes ou tufs recouverts avec des dalles. Parfois les cel'icrs ou les caves s'adossent à la pente ou s'y creusent Depuis la Révolution, on n'a édifié à Chassey qu'une seule maison, en 1840, puis la maison d'ecole, en )870, bâtisse sans caractère je ne parle pas des maisons d'éclusiers construites par les ponts et chaussées sur le type ofUciel ni des portes des gardes-barrières du chemin de fer. Les anciennes maisons s'écrouleront de vétusté à mesure que la dépopulation croissante les fera vides une douzaine déjà, faute d'habitants, sont converties en grange ou en débarras.

Le sol était autrefois dallé aujourd'hui, quand on le répare, c'est avec du ciment. Les meubles sont des lits de bois, do grandes armoires en noyer, des tables, des chaises en paille de l'aspect le plus vu)gairo. Tout ornement ancien et typique a disparu plus de croix f-ur la cheminée au-dessus du fusil du père un petit miroir d ins la chambre dos filles, des images enluminées représentant dos soldats, des batailles, parfois c'oué au m jr de la ~a~~e le portrait de l'homme du jour, et c'est tout. Le vai.eltcr lui-n ême et la huche, ce luxe des ménagères d'autrefois ont disparu. Le pain sèche sur une planche suspenduo au plafond, à côté des petits paniers d'osier des fromages.

L'éc!airago a beaucoup gagné la lampe à pétrole, pendue


à la poutre sous son vaste réflecteur, remplace avec avantage la torche de résine et la chandelle des 8, et permet le travail de couture et la lecture. Mais que de petits et réels progrés à souhaiter pour nosruraux,pourpeu qu'on ait visité la demeure du paysan de Suisse, de Souabe et des provinces rhénanes et qu'on les compare dans son souvenir à nos habitations rurales. Derrière la porte, sous la fenêtre, un évier ou pierre à laver s'égoutte sur le sol, près du seuil contre les pignons, de petits toits à porc ou des poulaillers faits de lattes et de plâtre. Les retraits sont inconnus ou tout à fait primitifs une planche sur une fosse. Des appentis portés sur des poutres servent à romiser voitures et charrues quand la place manque. La crainte de l'impôt fait ménager les ouvertures, au grand détriment de l'air et de la lumière. Depuis cinquante ans, les planchers du grenier sont doublés d'un plafond de plâtre qui s'enfume vite, mais qu'on a la ressource de blanchir de temps à autre, tandis que dans les maisons d'où ce luxe est exclu, les vieilles poutres de chêne incrustées de suie sont d'un noir d'ébène (t).

Les petites maisons, d'une date plus récente que les Meix, ont une physionomie uniforme. La salle d'abord, servant do cuisine et de chambre, puis, toujours à droite, l'écurie, puis la grange et l'étable.

Le costume a fait plus de progrès apparents que l'habitation. Les culottes et les habits de droguet, bleus ou bruns, sont remplacés par le complet de la Belle-Jardinière. Le vêtement de travail est le surcot de laine; et la blouse de coton bleue, le vieux sarrau, sert toujours de vêtement national, mais plus raide, plus luisante, plus facile à déteindre que jamais. Les femmes ont abandonné la robe de serge brune et la grande mante noire à capuchon, aussi bien que le bonnet blanc de leurs grand'mères elles ont des robes légères a manches bouffantes, do petits chapeaux à fleurs, des gants et des ombrelles.

(t) La précieuse enquête sur l'habitation dirigée par M. de Foville et qui n'a. pas été assez connue pour provoquer autant de réponses qu'elle pouvait comporter, ne donne aucun travail sur la Bourgogne. Le pays observé qui s'en rapproche le plus est le Morvan (page 373) mais ce pays, si pauvre, si différent de l'Auxois, quoique y touche, ne peut servir de terme de comparaison pas plus pour les mœurs que pour les maisons-types.


Le vieux gros linge de l'ancien temps, en forte toile de chanvre, est démode. On ne cultive plus de chèneviëres; les femmes ne filent plus le chanvre aux veillées du soir il n'y a plus un tisseur de toile dans chaque hameau, comme avant i8.!0. Chemises, draps et mouchoirs viennent de Cholet ou de Mamers, apportés par les colporteurs ou achetés aux déballages des jours de foire.

Même luxe pour la chaussure les sabotiers ont diminué de 90 0;0 en nombre, et même pour les travaux du labourage, on porte de gros souliers ferrés ou des demi-bottes en cuir. Comme partout en Bourgogne, ce qui choque la vue, l'odorat et l'hygiène, c'est le désordre des cours et l'amoncellement des tas de fumier dont le purin se perd dans les fossés de la route et va empoisonner les mares qui servent à faire boire les bestiaux au retour des champs. On ne voit pas comme dans les régions du nord de la France ou sur nos côtes de l'ouest, en Normandie, en Bretagne, sur la rive gauche de la Loire, ces façades égayées par des vignes et des fleurs, ces vitres claires, cette proprete méticuleuse au dedans et au dehors qui flattent le regard et font bien augurer des habitants. Si l'on aperçoit quelque rideau blanc à une fenêtre, quelques pots fleuris sur le seuil, c'est qu'il se trouve là une femme intelligente et il est rare que son bon exemple ne soit pas promptement suivi. C'est un des éléments de l'education dans les écoles rurales qu'on néglige trop, et, s: j'avais l'honneur d'être delégué cantonal, je ne me lasserais pas de conseiller l'amour du coup de balai et le goût peu coûteux des rosiers grimpants et des treilles le long des murs. Il est surprenant qu'au retour de cet atelier du plein air qu'est la culture, le paysan ne se sente pas asphyxié dans l'atmosphère épaisse et enfumée de son logis. A Chassey, où les familles étaient nombreuses (1), les vieilles salles sont plus grandes que les chambres etroites des constructions récentes; il y a aussi plus do courants d'air que dans les maisons ordinaires de l'Auxois; grâce aux portes ouvertes directement de (t) En 1696, la veuve Camusat a 14 enfants vivants en t7t6, Jean Courtois a 7 garçons et 4 filles en 1738, Pierre Sonnois laisse pour héritiers 4 garçons et 5 flUes; en 17'Jt, il y avait un feu de tO personnes, 1 de 9, 3 de 8, 24 de 6 & 7.


la maison dans l'étable (1) Cette précaution prise autrefois contre les pilleurs de routes, afin de surveiller les bêtes et de circuler portes closes sans être obligé de sortir la nuit dans la cour ou sur le chemin, profite aujourd'hui, sans qu'ils s'en doutent, à la santé de ces braves gens.

On trouve presque toujours au moins deux lits dans chaque chambre l'air se renouvelle, il est vrai, par la largeur des cheminées, surtout là où l'on n'a pas eu la fâcheuse idée de remplacer l'âtre par un poële de fonte chauffé à la houille. Il y a une tendance marquée à isoler les enfants, surtout les filles, et à disposer à leur intention des cabinets séparés. Le paysan, très dur pour lui-même, mais préoccupé du désir de paraître, ce mal de tous les temps qui a pris de nos jours une intensité particulière, se prive sur la nourriture beaucoup plus que sur le vêtement. Il y a moins de linge dans les armoires, la laine et le crin des matelas ne sont plus de choix, la crédenco est garnie d'assiettes à fleurs à vil prix, au lieu des Nevers et des Marseille d'antan, mais on porte beau pour aller rarement à la messe ou souvent à la ville. Le pain, le beurre, les œufs, le lait, les légumes n'ont pas augmenté dans la même proportion que la viande et le vin. On ne se contente plus du porc salé, on achète de la viande de boucherie lorsque, tous les deux jours, passe le boucher de la ville dans sa voiture à grelots; on met un poulet à la broche au lieu de le vendre en temps de chasse, on se régale de perdreaux, de cailles et de lièvres, tandis qu'autrefois, à part les braconniers, un paysan n'aurait pas hésité entre la gourmandise et l'économie. Depuis que Potin a des succursales et des clients dans les plus petites villes, on ne fait plus a la maison autant de conserves, de confitures, de sirops on les achète à l'épicier. Autant de perdu pour l'épargne, autant de produits naturels qu'on n'utilise plus et dont la culture même disparaît. Les vergers, les jardins, sauf dans les pays de production spéciale ou chez de riches propriétaires, se resserrent, s'épuisent, on ne les renouvelle plus c'est à peine si l'on rencontre (1) Les hygiénistes, qui ont visité les Alpes du Dauphinéet de la Savoie ne partagent pas l'opinion de ceux qui condamnent la cohabitation avec les animaux et surtout avec les bcoufs et les vaches.


autour des fermes des fraisiers, des groseiiïers on les néglige puisque l'épicier a de tout à si bon compte, comme on a oublié les chènevières depuis qu'on n'a plus besoin de teiller du chanvre pour faire de la toile et qu'on n'a plus de ruchers d'abeilles, malgré la cherté du sucre.

On ne fait plus de piquette que pour la moisson; on boit du vin, non pas au tonneau mais au pot, ce qui en augmente la dépense de 30 0/0. Heureuse encore la maison où le vin se boit en famille il y a tant d'hommes qui ne le boivent qu'au cabaret. Le cabaret, voilà l'ennemi du paysan. Toutes ses primitivea vertus s'y dissolvent. H y apprend l'oisiveté, le jeu, le gain facile il gaspille son épargne, il y ruine sa santé et sa bourse avec le tabac et l'alcool.

ÏI. Moeurs.

Un homme de sens qui, par profession, peut mieux que personne apprécier les nuances de la moralité publique, m'écrivait à propos de ce point particulier.

Les faits précis manquent pour établir une comparaison entre la moralité d'autrefois et celle d'aujourd'hui. Y a-t-il progrès ou recul, je n'oserais pas plus affirmer l'un que l'autre.

Les habitants de Chassey mènent une existence qui ne provoque ni à de grands sacrifices ni à de notables excès. Ils sont d'humeur bienveillante, témoignent du respect à l'autorité, ne sont pas processifs, ont grand pour des gendarmes et n'affectent pas cette impertinence qu'on notait déjà chez les coqs de village d'avant la Révolution et qui n'a fait qu'empirer depuis 1848 et 1871.

L'assistance aux ofnoea est presque générale les jours de fête mais, les dimanches ordinaires, on no voit à la messe que les femmes et les filles, peu d'hommes et de garçons.

Le travail des champs est moralisateur l'inconduite est fort rare, on ne se souvient pas avoir vu de naissance illégitime dans la paroisse (i;. Les filles se marient presque toutes au-dehors et suivent ()) Veft<d en-deçà des Pi/renëM, en'eMr aM-de~a; le mot de Pascal est toujours vrai. Une fille-mère serait montrée au doigt à Chassey et aux environs à quelques heues ptus loin, en plein Horvan, la maternité légale ou non est un métier. Le pre~dent Dupm traçait rudement la morale morvandelle; M. Ardoum-Dumazct a raconté récemment Voyage en France. t8!)3) comment ~'eieua~e humain ebt la grande mdustne du Morvan et comment on y fait des nourrices.


leur mari, ce qui produit ia dépopulation. Les vieux célibataires sont nombreux. On se moque des ivrognes quand il en vient de Marigny.

L'instruction primaire bien comprise pourrait maintenir les bonnes mœurs là où elles se sont conservées, les restaurer là où elles se sont perdues par l'habitude du cabaret et surtout par les mauvaises lectures.

L'alcool est un péril public, mais moins dangereux peutêtre que le colporteur d'images et de livres obscènes On comprend la brutalité des édits du xvi' siècle contre le colportage en mesurant la depravation qu'il sème dans les campagnes, s'y adressant à des imaginations à demi ouvertes, à qui l'école n'a donné que le moyen de lire, mais sans l'esprit de discernement.

Un des traits de caractère des paysans de l'Auxois, c'est la douceur avec laquelle ils traitent leurs bêtes, leurs chiens, leurs chevaux beaucoup de bonnes paroles, peu de coups. C'est une maxime usitée encore que celte rappelée par le président Bouhier, qui la disait exactement p-atiquée par les paysans de Bourgogne Il faut toujours que le repas des bêtes soit servi avant le repas des gens; si 1 homme a faim, il peut demander ou prendre; mais le bœu/' ne paWe pas, on doit le servir.

Les sociétés ne prennent pas de forme immuable. L'esprit scientifique no s'arrête jamais il va toujours en avant et il excite une activité sans cesse plus intense dans les intelligences et les industries il a commencé déjà à transformer et il transformera avec une vitesse croissante la répartition des richesses et la figure des sociétés humaines.

Ces paroles de M. Berthelot (t) précisent te-! effets do la science expérimentale et l'action de la loi scientifique qui mène les progrès du monde. Mais la société moderne n'en a trouvé que les formules; )a loi dans son essence a toujours existé, toujours évolué, toujours conduit l'humanité. Le progrès moral est inséparable des progrès materie'.s, et même quand il semble se dérober derrière ceux-là, il n'en conserve pas moins sa force vitale d'inspiration et d'expansion Aussi, (1) Dans son ouvrage Science et morale, t836.


c'est moins la répartition plus oj moins inégale et toujours mobile et fuyante de la richesse acquise qui fait la fortune des peuples et le bonheur des individus, que la création de cette richesse. Cette richesse elle-même n'est féconde que si, au lieu d'être gaspillée pour des satisfactions matérielles, elle s'ennoblit et se vivifie par l'inspiration morale, par l'idéal de la famille et l'idéal de sa perpétuité dans la Patrie. III. Epargne.

Dans la petite exploitation rurale, il est difficile d'epargner. Les habitants de Chassey sont logés, mais il faut se nourrir, se vêtir, se chauffer, payer l'impôt, payer l'assurance, renouveler le cheptel, acheter ou faire des engrais tout cela coûte, et les profits, à la fin des travaux, lorsque vient l'hiver, sont trop modiques pour être l'objet d'un placement. Il n'y a pas dans la commune 10 livrets de caisse d'épargne; l'exploitation agricole nécessite entre les mises de fonds et les ventes une sorte de compte-courant qui en fait un va et vient commercial les quelques milliers de francs disponibles sur place, à certains moments, se prêtent de maison en maison vieux souvenir et touchante perpétuité de la solidarité d'autrefois dans les communautés rurales les plus pauvres. Le préjugé qui suppose les recettes ou rentrées de l'entrepreneur de culture fixées à longue échéance a fait grand tort au crédit agricole. L'épargne consiste autant à bien distribuer ses dépenses et à combiner ses paiements avec ses échéances qu'à. mettre au bout de l'année quelques écus au fond d'une armoire. La conception du crédit est une des ressources du travailleur intégre et intelligent.

La vente du blé, dit M. Daniel Zolla (1), n'est pas l'unique encaissement du cultivateur. C'est une erreur de croire qu'il faille un an et plus pour récupérer ses avances en semence, engrais et travail. Les recettes provenant de la laiterie, du jardinage, des jeunes animaux vendus, des porcs, des fourrages, des racines, sont échelonnées. L'époque de la sortid et de la rentrée des fonds varie avec la nature des opérations culturales. Ici, l'on vend des animaux au (1) .Revue politique e< parlementaire janvier 1897, 167.


printemps c'est qu'ailleurs on les achète au même moment; plus loin les principaux achats et les principales ventes se font à 1 automne.

En agriculture comme en toute chose, le problème est moins d'emprunter que d'établir un équilibre qui dispense d'emprunter ou, tout au moins, assure à court terme le remboursement d'avances provisoires. C'est ce principe qui, au même degré d'utilité que la parfaite connaissance du progrés technique, devrait dominer toutes les leçons d'enseignement professionnel.

IV. Alcoolisme.

L'alcoolisme est la plaie dévorante de cette fin de siècle. Quel que soit le remède employé pour gnctir ce nouveau mal des ardents qui conduit à l'abâtardissement, à la névrose et à la folie, il ne sera jamais trop paye (1).

Sous l'ancien régime, on n'avait pas encore imaginé de mettre en opposition les deux termes d'un double problème rendement fiscal, suppression de l'ivrognerie. On s'attachait surtout à la moralite et à l'hygiène publiques, la question d'argent ne venant qu'après De notre temps, à mesure que ces deux poisons, l'alcool et le tabac, ont acquis une nocuité plus malfaisante, il semble qu'on se soit efforcé de les offrir à tout venant.

Avant i789, la police des cabarets était faite avec soin dans la seigneurie de Chassey, et les contraventions ne paraissent (i~ Une simple comparaison de chiffres suffira pour signaler les progrès de l'alcoolisme favorisés par une conception déplorable de l'intérêt du pays qui a moins besoin de gaspiller des écus préleves sur le budget familial que de conserver une race d'hommes sains et vigoureux

Consommante): de !'a<coo!pu)'

Années Prix~l'hcctohtre Nombred'hect. Conaommntton taxés par tête

1850 SGfrancs 585.200 1 litre <G 1895 31 1.549.045 4 07 Le prix de vente a diminué, la consommation a tripte.

Le nombre des ahenes croit à proportion, Il &'etcve pour t893 à plus de G0,000 dont l'entretien coûte 25 militons à l'Assistance publique. Le nombre des jeunes soldats réformés pour cause de névrose atteint en )c93 te chiffre inquiétant de 2,37X.


pas avoir été très fréquentes. Les ordonnances défendaient aux cabaretiers d'ouvrir pendant les oflices, les dimanches et jours de fête, de donner à manger et & boire à d'autres qu'aux forains, de vendre du vin aux enfants et aux domestiques habitant la seigneurie, et de les recevoir la nuit. Claude Legoux, cabaretier à Chassey, coutumier du fait, est condamné à 15 livres d'amende le l! janvier 1666 et le 3 juin 1669. Jean Delaville paie l'amende en janvier 1707, Claudine Dusaulce en octobre 17)6 pouf avoir recélé en~a.K~de famille et domestiques. En 1718, pour récidive elle paie 50 livres; Jean Baudot, en 1722, et Renaud Regnard, en 1723, sont poursuivis à leur tour pour avoir donné du vin pendant la nuit et le service divin. Puis, la surveillance se relâche, car il est peu probable que la moralité se soit améliorée jusqu'à mettre le cabaret en interdit, et les archives d~ la justice locale restent muettes sur ce point.

En 1896, l'unique cabaret débit n'est achalandé que le dimanche et, ce qui est tout à l'honneur des joueurs de boules de la commune, l'ivrognerie y est inconnue. On dit d'un homme qui a trop bu qu'il est malade d'wi accident, et cette expression ironique mérite d'être retenue comme un symptôme de la conscience publique.

Les femmes ont, en général, conservé l'habitude excellente de boire de l'eau les hommes boivent du vin du cru à 60 francs la barrique, pendant les gros travaux, et, le dimanche, de la bière, s'ils entrent au cabaret, et rarement de ces liqueurs malsaines dont on abrutit la province.

V. Indigents.

Il y a dans la commune quelques familles peu aisées, que leurs voisins aident discrètement à l'occasion par des services en nature, mais point de véritables indigents.

Des pauvres y viennent à jour fixe des environs et y sont toujours accueillis et assistés comme il est de tradition dans les villages de Bourgogne. L'ancienne maison dite des confrères de Chassey, était appelée le logis des pauvres passants jusque vers 1830; elle est abandonnée faute d'emploi. C'était sans doute une sorte d'asile de nuit ouvert à tout venant,


comme on en a repris l'usage dans nos grandes villes. Le pâtis qui l'entoure sert de gite d'otape aux Romanichels qui traversent le pays et qu'on reçoit d'ailleurs avec autant de méfiance que de curiosité.

Il y a un mendiant; vieil homme infirme, arrivé la. on ne sait d'où, il y a une dizaine d'années, qu'on a laissé prendre gîte dans une masure et que la charité publique nourrit par habitude.

VI. Fondations. Hospices. Bureaux de bienfaisance. Sociétés de secours mutuels

L'aisance générale de propriétaires habitant leur propre maison et nourris des fruits do leurs cultures exclue, surtout dans une agglomération aussi restreinte, )a depense des hospices et autres fondations d'assistance publique.

Les bureaux de bienfaisance y sont remplacés, dans les cas d'urgence, par l'exercice volontaire et discret de l'aide privée. Le rapprochement et l'association des petites communes voisines dont le groupement forme un ensemble d'environ 4,000 âmes, pourraient provoquer la constitution entre elles d'une société de secours mutuels ou d'un syndicat agricole et de crédit, limité à cette partie de l'Auxois dont les besoins et les mœurs sont identiques. Ce sera l'œuvro de la decentralisation future. Lorsque le pouvoir central aura restitué aux communes rurales la liberté de se réunir et de voter quelques centimes additionnels pour leurs chemins et leurs écoles, la satisfaction d'intérêts communs dont eUes sont actuellement privées sera possible. Les dépenses, qui dépassent en ce moment leurs ressources et qui seraient d'ailleurs hors de proportion avec le cercle trop étroit de leur action, deviendraient efficaces et productives en élargissant ce cercle, et en se localisant sur tel ou tel point servant à tour de rôle de centre commun.

C'est ainsi que des leçons pratiques d'agriculture ou de travail industriel rural, sur champs d'expériences, impossibles à fournir régulièrement dans 12 petites écoles, faute d'élèves et faute d'argent, pourraient utilement se donner, par un roulement approprié, tel jour à Chassey, tel jour à Souhey, tel


autre jour à Marigny. Les maîtres d'école du Dauphiné et de la Savoie nous ont donne jadis l'exemple de ces cours ambulants dont l'esprit d'association peut rendre les bienfaits aussi prompts que peu coûteux.

SITUATION ACTUELLE DE LA COMMUNE. 1. Description physique. Les lieux, le climat, le sol et les eaux. Les moyens d'accès.

Le territoire de Chassey dépend du bassin de l'Yonne. Il couvre la plaine qu'arrosent à l'est la Lochère, qui prend sa source dans le vallon de Sainte-Colombe et tombe dans la Brenne, affluent de l'~rTnanço~, à PeuiHenay, à l'ouest le ruisseau de la Prée, formé do la réunion des rûs de Bialon, de Beauvais, de Souhey et du Pré-Grand, Tenant de Juilly. Dominé par les montagnes de Chassey au levant (390 mètres d'altitude), de Montarnon (ou Mont-Cernan d'après les cartes), au midi, et du Crêt au couchant, il est protégé au nord par les hauteurs de Souhey (427 mètres). Une masse boisée, dite les grands bois de Chassey, le bois Bruzard, les Battécs, que traverse un tronçon do voie romaine, sépare la commune d'une forte dépression de terrain ou coule l'~fmanço~, et ou l'on a créé, en 1880, un lac artificiel par )o barrage de retenue de Pont, à 4 kilomètres de Semur (1), alimentant ic canal de Bourgogne.

Le climat est tempéré, plutôt sec et moins âpre sur ce versant qu'i! no l'est & Semur dont le promontoire est balayé par la bise. Le village, à mi-côte, par 47° de latitude et 2° E. de longitude, jouit d'un air vif et pur, au-dessus des brouillards de la vaHéo. D'après les notes de Courtepée et des observations plus récentes, les extrêmes de température y ont été

Dat777â.)783: Dei870àt89t):

–11°9 –28°3

+33"8 +29°2

(t)rontrappeUeIeIacdesScttonscriMorvan,formë,dei848àt66t, par le barrage de la Cure (La digue en granit mesure !!C7 mètres de long sur 18 d'élévation). Ce lac factice, de i03 hectares de superfioe, contient 23 mUlions de mètres cubes d'eau et sert a alimenter les canaux du Nivernais et du Centre et à produire, sur la Cure, les crues nécessaires au flottage des bois.


Les vents les plus fréquents sont ceux do l'est et du sud le printemps est habituellement plus humide que l'automne, et l'été de la Saint-Martin déjoue rarement les calculs des laboureurs.

Le sol de calcaires et d'argiles repose dans la région qui entoure Semur, rive droite do l'Armançon, sur de puissantes formations do granit rougo. Les géologues classent cette partie de la Bourgogne dans ce qu'ils appellent le système de soulèvement du mont Pilas, de la Côte-d'Or, des Cévennes et do l'Erzgebirge que caractérise spécialement ici l'existence du calcaire de Portland. Près de Chassey, dans la plaine des Laumes, se trouvent, en effet, de nombreux et profonds gisements do terre à ciment; plus près, aux collines de Marigny et de Pouillenay, s'ouvrent de magnifiques carrières de pierre dure et de calcaire à lamelles (laves). La couche de terre végétale, avec des filons de marne et d'argile, varie de 20 à 30 centimètres d'épaisseur sur un lit de graviers et de grains de phosphates.

L'eau se trouve, à mi-côte, à une profondeur moyenne do 15 mètres les puits sont nombreux et l'eau très pure. Il y a des fontaines jaillissantes, et cette abondance n'a point rendu nécessaire l'établissement de fontaines publiques (t). Les moyens d'accès sont faciles. Le massif montagneux qui forme les quatre communes de Chassey, Magny-la-Ville, Souhey et Juilly, et dont Chassey occupe le versant le mieux abrité, est inscrit dans un triangle dont la base va de Pouillenay à Marigny et qui a pour sommet Semur. Trois routes dessinent ce triangle, le chemin de grande communication des Laumes à Précy, celui de Semur à Flavigny, et le chemin d'intérêt commun do Semur à Marigny; ces routes, bien construites, a pentes ménagées, sont en parfait état d'entretien. On ne peut pas en dire autant des chemins vicinaux ordinaires qu'on ne songe à réparer que lorsqu'ils sont devenus impraticables.

Chassey se trouve à l'extrémité de la boucle que forme le (t) Indépendamment des fontaines notées plus haut, il fautciterplusieurs lieux-dits dont le nom est caractéristique, ainsi la grange des sept fontaines, la Fontenotte, etc.


chemin de fer (embranchement de Semur à Avallon), entre les stations de Semur et de Marigny-Ie-Oahouët, celte ci à 2 kilomètres du clocher de Chassey.

Le canal de Bourgogne côtoie la ligne du chemin de fer, d'abord à droite du bois Chevallot jusqu'à l'allée de Chassey, ensuite à gauche jusqu'à. Pouillenay; entre ces deux points distanfs d'une dizaine de kilomètres, on ne compte pas moins de 21 écluses (1). C'est le passage du col qui sépare les vallées de la Brenne et de l'~mançoft.

Le cadastre a été commencé en 1829 et terminé le 12 novembre 1830. Le plan comporte 3 sections et 3,499 parcelles. Les sections A et C sont à l'échelle de 1/2500 la section B, dite du Village, à l'échelle de 1/1250. Le nombre des mutations de parcelles varie, année moyenne, de 100 à 120. 11. La population La répartition par âges, par sexes, par état civil, par professions.

La population de Chassey, qui a toujours été agricole, est en décroissance continue. Elle no se releva que partiellement et lentement depuis les désastres qui appauvrirent et dépeuplèrent le pays d'Auxois au xv' sièc!e. D'après les textes qui nous restent, de 504 habitants en 1397, elle est tombce à 9H en 1449 pour remonter à 216 en t529, à 273 en 1557, à 288 en 1574 et en 1766, après une défaillance au xvn' sièc)o Depuis lors. la baisse n'a pas cesse 284 en 1791, 283 en i79j, 262 en 1825, 257 en 1860, 202 en 1895.

Cotte baisse de 3/5 en cinq siècles dépasse la proportion habituelle pour les villages do cette région de la Bourgogne elle ne s'accorde avec les chiffres de Vie-de-Chassenay, par exemple, que pour la période du xrv' au xvn* Dans cette dernière commune, à partir de 1700, le chiffre de la population s'est relevé, de 23 feux en t44\ a 105 en 1750 (soit 735 habitants); il était de 686 en 1789 et do 498 en 1883 (2); il (1) Etudié depuis l'an 1511 sur l'initiative des Etats de Bourgogne, le canal de Bourgogne dont l'objet est de rattacher le bassin de la Seine aux bassins du Rhin et du Rhône, fut commencé en n75 et termme en 183?. JI se développe sur 239 kilomètres et a coûte 5~ mtlhons de francs. H commence à la Roche-sur-Yonne, et se termme a Saint-Jean-de-Losne Il débouche dans la Saône.

(2) AfonojyMphte de la commune de V:c-de-C~assena)/, par Flour de Saint-Genis, (Journal de la Société de statistique de Paris, mai 1884).


n'est plus que de 490 en 1895, exactement comme en 1397. En comparant la population et la superficie du territoire de Chassey à celles des i5 communes qui l'avoisinent immédiatement, on voit que la population rurale est pour l'ensemble, en 1892, de 1 âme pour 3 hectares et pour Chassey isolément de 2,63 en t896, ces 2 hectares 63 par tête s'élèvent à 3 hectares 29.

Je trouve, d'après le dernier dénombrement, 45 enfants audessous de 13 ans et )a7 adultes, dont 60 vieillards de plus de 60 ans. Il y a plus d'hommes que de femmes, plus de célibataires que de gens mariés, et 13,'75 0/0 de veufs ou veuves. La répartition par profession ne donne qu'une faible proportion de cultivateurs ayant adjoint un commerce ou une industrie à la culture, G ménages en tout, et 7 ouvriers travaillant à la journée tout en étant propriétaires de la maison qu'ils habitent et du lopin do terre qu'ils exploitent. Sta<:s<t~ue municipale de Chassey pour Fa~ëe IM6.

KOMBUE DES

H~LtMts PROPRIÉTAIRES ECAMS p~_ j Habttant dn Maisons Gardes-J~eimcs du ce es 'ëS '=- –– mune wcrs reeres mou !fi

~02 G& 1 Gj G 3 3 3.499 218

La moyenne des cotes foncières serait donc de 3 hectares 5 centiares pour les t!65 hectares du territoire de la commune; en fait, les parcelles varient de 12 & ia ares. La seule propriété d'une superficie depassant 6 hectares est le bois Bruzard, l'ancien bois du seigneur; appartenant aujourd'hui à M. de Verbigicr do Saint-Paul (1).

(1) Comme j'ai eu 1 occasion de le dire plus haut, je n'ai pu, à mon grand regret, à cause de la mediocutë des ressources de notre budget, documenter cette étude par les plans de morcellement, les croquis et les photographies que j'avais rccuettLs pour donner a Chassey toute son allure de choses vues.


Statistique industrielle et économique de la commune de Chassey

~M~~tdM petits (()m)))M(Mtstt<mntr!dtmhtrdehM)))))tU))t de Chtssef

Années caha- Mare- Char- Ou- lieu- bon- b'a- Epi- Bar-retters chal Ma- S~ tuer laoger c]ter oera biers et lo- fer- coïts tiers ~la geurs rant journ

1830 1 a » 1 1 2 1 1 » ? 1 t8GO 1 » ? 1 1 2 1 2 » 2 1 1896 » D » 2 1 1 1 1 x 7 a

III. Courant d'émigrations. Leurs causes. Leur destination. Leurs effets. Les émigrants reviennent-ils? Courants d'immigrations. Sont-ils intermittents, périodiques, réguliers ?

Il n'y a pas eu à Chassey de courant d'émigration bien accusé, comme dans certaines régions où le pays se dépeuple au profit des grandes villes voisines et surtout de Paris ()), ou dans d'autres où la rapide fortune de quelques émigrants a créé des habitudes de départ, ainsi qu'il arrive dans le pays basque et dans les communes des Alpes (2).

Il n'y a pas non plus d'émigration intermittente et périodique comme pour les maçons du Limousin et les ramoneurs de la Savoie ou les colporteurs du Dauphiné et do l'Auvergne. Ce sont des raisons d'ordre privé qui ont motivé le départ des familles de Chassey qui quittèrent le pays Dans la plupart des cas un homme de la commune se déplaçant pour faire fortune et s'installant dans une ville y faisait souche et revenait, ou dans la paroisse ou dans le voisinage. Au xviii* siècle, on trouve 22 hommes de Chassey se décidant à la formalité du désaveu pour ressaisir leur liberté légale et affranchir leur succession de l'échute de main-morte (3). Ce (1) D'après )e recensement de 1896, Paris et sa banlieue ont absorbé et au-dela le gain total de la population française depuis cinq ans. (2) La plupart des habitants do quelques communes des environs d'Aix et de Chambery, depuis i8GO, se sont transplantés à la Plata; les paysans de Barcelonnette vont au Mexique, etc.

(3) Voir aux pièces justificatives, document n° 1, un exemple de ces actes de désaveu.


sont des gens de métier, un boulanger à Dôle, un cordonnier à Dijon, un maître boulanger à Paris (1749). un perruquier à Cuisery, un Legoux, bourgeois de Paris (t767), etc. L'immigration n'existait pas davantage. Les gens de Chassey ayant de temps immémoriall'habitude de s'entr'aider les uns les autres, puisque la coutume de la seigneurie les obligeait à moissonner et à vendanger le même jour, à cause de l'enchevêtrement des enclaves, n'avaient même pas recours à ces bandes nomades de forains qui viennent du Morvan ou de la Franche-Comté pour se louer en troupes à l'époque des récoltes.

I[ est donc difficile d'affirmer quelles sont les causes directes de la dépopulation de ces villages de Bourgogne. Ce qui est certain, c'est que le courant qui emporte les jeunes gens des deux sexes vers la ville, et qui les entraîne des champs à l'atelier et à la boutique, devient irrési&tiblc. Répétons ce qu'on a dit à propos du récent recensement

Les causes de co dédain et de cet abandon de la vie rurale sont très nombreuses. Chacun peut aisément les découvrir et les énumérer. Toutes les transformations de la vie morale, sociale, économique et politique depuis cinquante ans y ont concouru. S'il en est d'inévitables et qui résultent du progrès même de la société moderne, il en est de factices et de toutes gratuites qu'on pourrait peut-être se dispenser d'encourager et d'entretenir. La facilité des transports et des communications y est pour beaucoup. Aujourd'hui, grâce aux expositions et aux attractions de toute espèce quo les grandes villes mettent une certaine émulation à offrir, grâce aux trains de plaisir savamment organisés dans toutes les directions, ce que nous pouvons appeler la tentation de la vie citadine sur 1 imagination et les désirs des campagnards, rayonne dans tous les sens et agit efHcaeemcnt dans les régions les moins favorisées. Les jeunes gens surtout la subissent avec une sorte de fascination irrésistible. Et ce sont les jeunes gens des deux sexes qui abandonnent la vie difficile, sobre, dure. mais salubre et féconde des champs, pour venir quêter en ville un travail moins pénible, un salaire plus élevé et des distractions plus nombreuses. Et c'est là qu'est le vrai mal, car avec cette jeunesse qui émigre et va se perdre dans les grandes agglomérations, c'est la famille rurale qui se démembre, se dissout et s'éteint c'est le sang et la vie traditionnelle de la race qui s'écroule et s'en va.

Il y a là un péril national qu'il faut regarder en face. Le déplacement de la population se dirigeant des villages vers


les villes serait peu de chose s'il ne se compliquait et ne s'aggravait par la continuité de la dépopulation. C'est à la famille qu'il faut rendre sa force, son prestige, sa virilité, sa force d'expansion et sa solidarité indéfinie.

Au xvii* siècle, qui subissait une crise semblable à celle-ci, Colbert se préoccupait des moyens d'augmenter le nombre des mariages il voulait taxer le célibat et exempter de la taille les familles nombreuses. Aujourd'hui, que le mariage lui même est devenu stérile, ne serait-il pas possible d'utiliser en faveur de la famille française cette charge de la paix armée qui nous ruine lentement? L'école d'abord, le travail agricole et les soins de la famille ensuite, no seraient-ils pas l'équivalent efficace des heures d'abrutissement qu'impose la caserne? Le général Poilloue de Saint-Mars aurait certainement trouvé la formule.

IV. La division de la propriété. Grande, moyenne et petite propriété. Mobilité de la propriété. Ventes. Saisies. Biens communaux.

L'état actuel de la propriété dans la commune de Chassey fait ressortir, comme à toutes les époques de son histoire, la predominance de la très petite propriété. Toutefois, tandis qu'avant 1793 il y avait tendance à l'éparpillement excessif, le mouvement s'est renversé, et la tendance contemporaine est au groupement.

Pour 6G propriétaires, les états de section contiennent 3,499 parcelles et les matrices du rôle 218 cotes foncières; chaque propriétaire serait donc inscrit pour 3,30 cotes, et posséderait 53 parcelles.

D'après le recensement de 1895

NOMBRE DES Nombre dtS exploitations MXtjtfMMt

Propriétaires CotMtMtitFM 14(i))cchrM fit~hMhres ~M.dt~Otctt M 218 138 77 3 218


La moyenne de chaque parcelle serait donc de i9 ares en réalité, la plupart sont infiniment plus menues puisque, d'une part, il existe une fiéco de labour d'un seul tenant provenan de l'ancienne réserve seigneuriale et appartenant à un seul propriétaire d'une contenance de 2 hectares 40 ares, et que, d'autre part, le bois Bruzard et les communaux formant 9 parcelles constituent ensemble 2)8 hectares 1/2. La moyenne serait donc abaissée G )8 ares, et un décompte minutieux en découvrirait beaucoup plus répondant aux coupures d'autrefois, c'est-à-dire variant de 5 à )0 aies.

En t89G, sur 218 côtes, on en compte 138 appartenant à la petite propriété et 3 seulement à la grande dont la plus considerable est en bois et dépend d'un forain.

La mobiitté de la propriété dépasse ]a moyenne puisque l'on eoni-tate en )89S ta mutation de 128 parcelles pour '895, et dans l'année qui vient de finir i9 ventes et 4 échanges dont les mutations ne sont pas faites (1).

L'importance dos valeurs successorales peut suppléer en une certaine mesure aux chiffres qui me font défaut. L'année (895 fournit 7 successions dont le capital taxé a été on moyenne de 2,303 fr. 90 (2).

MUTATtO~iS PAR DÉCÈS DÉCLARÉES EK 189~)

Successions mobilières Successions immobilières Nombre Valeurs taxées Nombre Valeurs taxées 3 3,327 4 12,900

()) Les statistiques de l'espèce n'existant pas encore en 1896, dans les bureaux d'enregistrement, je n'ai pu me procurer des indications précises sur la nature, la superficie et le prix des biens rendus ou échanges. (2) En 1895, en France, les mutations a titre gratuit (Successions et donations), au nombre de 1 million 91 mille, ont porté sur milliards de valeurs et produit 217 millions 1/2 de francs ~M~e~n de S;at. du mmist. des finances. Novembre tb96, page 5~2;. En 1898, pour le département de la Cote-d'Or, il y a eu 4,904 déclarations de mutations par décès, et les valeurs déclarées se répartissent ain')i en capital

Immeubles urbains 10 87'832 fr. ~7 163 1'8 t

Immeubles ruraux. 1C.289.3ÏC fr. < 53.8S9.9t3 H'. Meubte~ et valeurs mobilières. 26.726.755 fr. )

(Du!!e~)t de s<a~s<t~ue de r7?n)'c~ts<reme)t/, 1895, page 18j.)


Il y eut en 1895 deux contrats de mariage, le régime normal est celui de la société d'acquêts on stipule à titre de gain de survie la quotite disponible en usufruit.

Depuis dix ans, il n'y a pas eu de saisie immobilière ni même de saisie brandon dans la commune.

Cependant, il est hors do doute que les proprietaires sont obérés. A défaut d'une publicité hypothécaire rationnelle (1), il est impossible d'évaluer ]a dette agraire avec précision les spécialistes l'estiment à 50 0/0 de ia valeur vénale (2), les optimistes à seulement 20 0 0.

Il serait intéressant d'établir cette valeur vénale etlerevenu qui lui correspond. Les évaluations qu'on m'a fournies avec infiniment de bonne grâce dans les bureaux des contributions directes et de l'enregistrement sont quoique pcd divergentes; les voici telles qu'elles ont servi à l'assiette ou à la perception do l'impôt en 1896

SOURCE ÉVALUATIONS A L'HECTARE

des Lahou]S s Près Bois Vignes évaluations y,]eur Ilei CL] valeur ~]eM \i)CDr Revenu ~.n. n~enu Rcvc.. Contr6le des conlri-

bttm~MtM.. 1.000 M 3.800 ttj t.000 30 1.200 35 B)t)'tM<e)'E))rt{i!-

tremBtdeSemr. 950 25 3.500 90 1.000 20 800 25

Les biens communaux, d'une contenante de 13 hectares i9 ares 63, en pâtures et friches, servent uniquement au parcours des troupeaux et n'ont jamais été amodier, ni allotis, ni vendus.

Le droit de pêche au canal est loue par l'Etat à un proprié(t) L'article 38 du projet de loi sur la réforme hyputhëcaire, déposé au Sénat par le ministre de la Justice le 27 octobre )896 remédie a cette lacune et complète la loi du 21 ventôse an VII en créant un répertoire par immeuble qui devra nécessairement être établi par commune avec références au plan cadastral. Voir aussi la proposition de loi de M. Guillaume Chastenet, du 22 juin t900, sur la sécurité du titre foncier.

(2) Voir le rapport de M. Cordelet. sénateur, du 9 juiHet t8SC, sur la réforme du régime fiscal des successions [Annexe n* 171, pages 47 a C'.).


toire de Chassey; le droit de chasse sur le territoiredela commune est affermé à un groupe d'habitants.

Au total, les conclusions à tirer do l'étude du mouvement de la population dans la commune de Chasscy sont conformes à colles qu'indiquait il y a quelques années un des hommes les plus compétents en cette matière (1).

En analyhant les rô'es des vingtièmes dans les paroisses de l'Eloction d'Avallon pour 1788, M. Gimol trouvait 48 0/0 de cotes au-dessous de 1 livre, 18 0/0 do 1 à 2 livres, 9 0/0 de 2 à 3 livres, etc Dans la paroisse d'Aunéot, sur 17i cotes, il en relève 138 au-dessous de 1 livre.

En 1772, dans la Généralité de Caen, sur 150,000 cotes, l'intondant en notait 50,000 de moins de 5 sols et 50,000 de moins de 1 livre.

Pour l'époque contemporaine, M Gimel établit que le morcellement continue, mais dans des limites étroites, au profit do la petite propriété et, depuis 1845 jusqu'en 1885, pour préciser, dans les proportions suivantes

1,4 0/0 pris sur la propriété moyenne.

4.3 0/0 pris sur la grande.

5,70/0 au total.

D'après le relevé des mutations foncières recueillies en 1895 pour la formation des rôles de 1896, on voit que le nombre dos parcoUos mutées a dépassé pour cette annee 5 minions, qu'il y a eu 234,734 nouveaux proprietaires inscrits et que chaque parcelle est en moyenne de 30 ares au plus (2). V.– Les modes d'exploitation.–Faire-valoir: familial et patronal. Fermage. Métayage.

Le faire-valoir familial est l'unique mode d'exploitation des terres dans la commune do Chassey.

I! existe depuis )793 uno scutc exception, la mise en ferme do ]a partie des biens séquestres sur l'ancien seigneur cmigré qui fut achetée par une famille de Semur. La maison seigncu(t) Mémoire de M. Gimel sur la division de la propriété avant et depuis t789 (Buncttn du Comih; des ;)'au. /t:s<. sciences ecouorruques e< socta!ex, t890, ). 98).

(2) Bulletin de s<a<. du minist. des/t?tances; nov'tS9G, page 5)9.


riale sert de centre d'exploitation (t] la majeure partie de cette propriété est en bois taillis traversée par le chemin do fer.

Le métayage ne semble pas y avoir etc jamais en vigueur, maigre de fréquents exemples de baux à moitié et de baux à cheptel dans les autres paroisscs de l'Auxois. (Voir note 1 do la page f38). Cependant, dans le ]i\re de raison du seigneur de Chasi-ey, je trouve à la date de i~9 les mentions suivantes qui revèlent d'une pirt la tendance manifeste des paysans à s'associer, à se syndiquer comme on dirait aujourd'hui, à mutualiser leurs cfforts; de l'autre, leur intérêt évident à s'approprier le monopole de la culture à l'exclusion dos étrangers

Mes 68 journaux 3/4 de bonnes terres à tierce allure (2) doivent rapporter à ]a vente du grain G82 h. 10 s. Plusieurs de mes habitants laboureurs m'ont offert do labourer ces terres en se chargeant de tous les frais de culture. semailles, moissons,rentrées, à charge par les laboureurs de rendre dans mes granges moitié des gerbes do chaque graine qui se trouveront dans mes héritages. Il reste 322 journaux de seconde quaiitô dont ils m'offrent le tiers dos gerbes, soit 2 gerbes sur 5, et moi je les estimo rapporter 5 mesures 72 le journal. Ceux qui m'ont fait la proposition sont Jean Garnier, Jacques Camusat, O~ude Guiot et Jean Simon. Depuis 1780, ccrit-it à une date non indiquée, ils m'ont offert de tout amodier à moitié, mais je suis plus tranquille avecles fermiers Grossetete et Panétrat qui sont de bons payeurs (3).

Si l'on appliquait a la. culture intensive des bonnes t~rre~ de la commune de Chassey !e procédé du métayage bourguignon, en remplaçant le cheptel vif par do l'argent, on obtiendrait sans doute par l'importation de certains procédés et de certaines industries agricoles le prcmpt relèvement du pays. C'est à la Bourgogne que la Touraine emprunta ses premiers ceps de vigne par un naturel échange, ne pourrait-elle (t) La cour d'honneur sort de dépôt de fumiers le fermier sous-loue les bâtiments à 5 ou 6 journabcra qm vont et viennent suivant les besoins de l'exploitation des earnercs de l'autre côté de Marigny. Les murs de clôtme e sont rompus, tout est a l'abandon.

(2) C'est-a-du'e par assolement triennal.

(3) En 1800, la \cuvc Corot, fernuère de la famille duMesniei, à Menëtoy, commune de Vjc-dc-ChMscnay, offre de payer 20 sous le boisaeau & raison de 9 boiabeauxpar journal en blé et do G en avoine.


pas l'imiter, à son tour, en introduisant dans )a vallée do la Brennelo safran du Gâlinais (1), le lin do Villepion, le réglisso de Bortigno ces prairies verdoyantes pourraient être transiormées en oseraies, la vannerie fournirait aux femmes un travail élegant et facile (2) ces côteaux ondules, à la fois frais et tiôdoa, seraient propices à la culture de légumes pour le choix des graines potagères (3). Les moyens de transport, rapides pour les choses de luxe, peu coûteux pour!csmat)ércs encombrantes, grâce au chemin de fer et au canal, sont à la porte de Chasscy (4) Point n'est besoin de patrons la mutualité et la cooperation suffiraient à fixer la production et la vente. Les capitalistes qui commanditeraient ces essais seraient assures de n'y rien perdre (5).

VI. Diverses cultures de 1~ commune

EHes sont peu variées. Le blé et t'avoino, par moitié, occupent p)us du tiers du territoire, environ '217 hectares les pros ont une superficie de 9t hectares (6), les vignes de 2t; les bois, pâtures et friches do 218.

(1) Dont la culture fut autorisée en lS98~par une ordonnance de Louis XIV. (~) Voir les résultats obtenus parla Société coopérative de production de Villaines (Azay le Rideau).

(3) Les oignons de Bourgogne sont repûtes et nul n'a pensé a en exporter la graine.

(4) La station de Mangny est à 2 kilomètres du clocher de Chassey. (5) On a cité Je cas de plusieurs métayers qui, rencontrant des propriétaires intelligents et munis de capitaux, ont pu en moins de cinq ans trouver de larges profits dans les résultats de cette loyale association du capital et du travail (Voir Ques<:nns agricoles dhte;' et d'.t!t/'o)f)'d/tu:, par Daniel Zolla, 1891-1895).

Dans la banlieue de Saint-Edcnne (Loire), un champ d'expériences, concédé gratuitement à un groupe d'ouvriers travaillant isolément, chacun pour son compte et a son gré, a produit dès la troisième année, avec une avance de 1,800 fr. décuplée par le ,travail, une série de récoltes dont le prix de vente a dépassé 10,000 francs.

(6) En 1790, les prés du seigneur avaient une contenance de plus de t40 sotures (environ 48 hectares) Il n'y avait donc pas égalité entre ceux de la seigneurie et ceux des paysans il ne parait pas qu'il en ait été créé de nouveaux jusqu'à une époque très rapprochée. Les travaux du canal et ceux du chemin de fer en drainant la vallée, ont au contrane permis de transformer en terres arables les parties basses qui, vers 1774, d'après les arpentages, étaient pn saulaies ou oseraies, c'est-a-dire en marécages. Déjà, les fermiers de 178~ avaient obtenu l'autorisation de rompre H & ituies de pré pour en faire labour à la charge de les remettre en pré trois ans avant leur sortie.


On replante avec des ceps américains les vignobles détruits depuis une dizaine d'années par le phylloxéra Les jardins ot les vergers paraissent à première vue assez négligés, malgré les 25 puits agglomérés sur un espace relativement restreint mais que le service des bestiaux utilise déjà. Par contre, en dehors des champs de betteraves et de pommes de terre, on rencontre de petites cultures très soignées et dont l'extension s'explique par le voisinage des centres industriels de Marigny, de Pouillenay et des Laumes. Ce sont spécialement des navets, des lentilles, des oignons, des haricots pris aux bonnes semences de Saulieu, de Nolay, d'Aizery. L'ensemble du terroir est propre à toutes les cultures une population plus nombreuse en tirerait certainement par des soins appropriés et une fumure intensive un excellent parti (t). Le procès-verbal d'arpentage de 1777 relate une seule place, d'au plus 1/2 journal, impropre à tout rondement c'était audessous de l'écluse du Moulin-Rouge un amas de roches et de pierres.

Le pays d'Auxois a toujours été très fertile. En octobre 1673, M"' de Sévigné écrivait de Bourbilly: J'ai vingtmille boisseaux de b!é à vendre et pas un sol à la bourse. Je crève de faim sur un tas de blé.

La faute en était aux routes, si mauvaises que les carrosses s'y brisaient au moins une fois les trois lieues, dit Bussy, et que les chevaux y rompaient les os aux valets (2). En 1692, la faute en était aussi aux intendants dont les ordonnances, sous prétexte de réserve contre 1~. disette, arrêtaient la circulation des blés et fixaient les quantités à vendre au détail. N'entend-on pas dire quelquefois que les syndicats de courtiers ont b notre époque, usurpé l'emploi régulateur des intendants de Louis XIV ? P

(t) Le livre de raison de )77i) indique la possihihtë de rendre productives des terres froides, que le /<'t'mtCf nêglige parce qu'il craint sa peine, en es fumant avec de la colombine.

(2) Cependant, un siècle plus tard, le chemin qui bifurquait de la route de Semur à Mangny pour aller a Chassey formait une allée de 48 pieds de large, dont 36 pour la chaussée et C de chaque côté pour les grands arbres. De la même époque (entre 1760 et 1780) datent les belles allées qui vont encore du château de Tlut à la Collégiale, d'une ruine a une autre.


VII. Instruction agricole Enseignement agricole. Cbamps d'expériences.

L'enseignement primaire date à Chassey d'une époque reculée, et, à defaut de documents contraires, tout porterait à croire qu'il était à la charge du seigneur, comme la Justice, et gratuit. Au xv'siècle, !o mailre d'école aidait les notaires de Semur dans leurs enquêtes et dénombrements en 1592 [)) ot en 1778, H était géomètre et arpentait les héritages (9). La commune date de tti03, si l'on tient compte pour son existence légale de l'institution des registres de l'état-civil créés à la paroisse.

Le premier acte du nouveau registre fut signé Gu'chard. La maison d'école et la mairie, installees dans )e même bâtiment, ont été construites en )87t'. L'ecole est mixte; le personne! enseignant se compose d'un instituteur et d'trne maîtresse de travaux l'aiguiHL! ~3].

NOMBRE DES ENFANTS PAR CATÉ&ORtE Total

de la

ANNÉES dc5à7ans do8à)3ans population GARDONS FILLE9 GARÇONS FJLLEa S~oaire

1893 3 3 7 G t9 1894 2 2 8 6 18 il 1895 3 1 12 7 23

L'a'csiJuit.ë laisse comme toujours dans les campagnes beaucoup à désirer; dès le mois de mai, les parents retirent les enfants qui sont en état do mener lesbestiauxaux champs, et à partir de t4 ans ceux ci perdent le pou qu'ils ont appris. (i) En 1592, il avait le droit de prendre son bois dans la montagne do Marigny, sans qu'il eût a compter les ~'deaux.

(2) Les arpenteurs exerçaient une sorte de magistrature officieuse et servaient souvent d'arbitres les documents qu'ils ont laissés sont pleins d informations précieuses pour la science économique.

(3) Voir la hstc des instituteurs au document n° VI. On tr.ntc avec trop de sans-gêne ces modestes éducateurs de la jeunesse ce sont eux, pourtant, qui ouvrent aux masses profondes de la nation les sources de 1 histoire et du patriotisme. H faut rappeler leurs noms, afin qu'on leur fass.e honneur des éièves qu'ils ont formés.


Il faudrait un stimulant qui excitât les parents à prolonger le temps d'étude ou attirât les enfants à suivre des cours d'adulte:?. Mais pour cette œuvre obscure et ingrate, les hommes et l'argent font defaut D'après les statistiques, il n'y a pas d'itlettrés dans la commune; mais je ne possède aucune donnée sur le degré d'instruction des habitants qui signent tous aux actes de l'etat-civil ou aux contrats notariés. Comme indication, dont il serait cependant temeraire de tirer des conclusions générâtes, je puis dire avoir vu des fillettes de 10 à )5 ans emporter aux champs leurs livres de classe ou leur catéchisme. Elles lisent ou tricotent, tandis que les garçons baguenaudent ou tendent des pièges. Je connais de vieilles paysannes qui causent bien, qui ont de la finesse, dont les reparties sont pleines do sens et qui déplorent de n'avoir pu jadis profiter de leçons comme celles qu'on prodigua aujourd'hui dans les école'

Mais il faut avoir du goût au métier, disent-elles, et il faut avant tout enseigner aux filles ce que vaut la vie au village, quand on n'est pas sot.

Ce qu'~t faudrait soigner surtout, avec une persévérante attention, c'est l'éducation des filles. Avec la couture, le soin du ménage, l'ordre et la propreto qui sont l'elegance des situations modestes, il faut lui apprendre les notions de droitusuel qui lui permettront de prendre une largo part, comme autrefois, aux décisions du père de famille, et ce que c'est que la Patrie. Tout le monde est soldat, il faut que la mère sache ce que son fils a mission de défendre. H ne faut pas se le dissimuler, c'est la mère qui fait le fils. Si l'on cherche dans l'histoire des patriotes et des héros, on y retrouvera toujours l'influence, l'exemple, les leçons d'une mère. Elle ne produira peut-être pas des inventeurs ou des poètes, car l'inspiration ne s'enseigne pas, mais elle créera des citoyens. Que si le nombre nous échappe, nous trouvions au moins une compensation dans la qualité.

Un fait d'hier est la preuve du rôle que peut et que doit remplir la femme. On m'excusera, pour laisser à l'incident toute sa saveur, de citer textuellement cet extrait d'un journal parisien


La Gazette de Cologne revenant sur l'affaire des petits-fils de M. Sch)umberger, dont la présence n'a pas été tolérée en Alsace, parce qu'ils ont opté pour la nationalité française. fait remarquer que M. Schtumbergcr est président de la détëgatior d'AIsacc-Lorraino, qu'il s'est placé depuis longtemps sur le terram allemand, que le gouvernement allemand lui a conféré de nombreuses distinctions et décorations méritées par ses services, qu'il a même été anobli (cas unique jusqu'à présent pour un Alsacien ou un Lorrain) et qu'il s'appe))eactucHcmcnt AL de Schlumberger. Ma)gré cette situation, il n'a pu empêcher ses trois petits-fils d'opter pour la nationaUté française, et, encore une fois, ~m~ueKce de la /ëmmf s'est fait sentir. La mère des trois jeunes gens est une Française, une de Witt elle n'a pas voulu que ses fils devinssent Allemands. Et la Gazette de Cologne fait tristement cet aveu qu'il en est partout ainsi en Alsace et on Lorraine, où les mères sont françaises ou le sont restées de cœur ce sont elles qui empêchent la germanisation et qui perpétuent le culte de la France. H parait donc urgent au journal allemand que le gouvernement fasse les plus grands efforts pour que dans les écoles de filles l'éducation soit donnée dans un esprit tout allemand, pour que la prochaine génération féminine n'ait plus les mêmes tendances (1).

Chassey possède une bibliothèque scolaire bien modeste (40 volumes) et une bibliothèque municipale (91 volumes) qui sont très lus, à domicile, et même relus, à défaut d'ouvrages nouveaux. Co soit les récits de voyage et de guerre et les romans d'aventures qui ont le plus de succès.

Dans ces conditions, et faute d'élèves, l'enseignement agricole n'existe pas. La mairie pourrait utiliser son jardin ou quelque terrain communal comme champ d'expériences; mais la commune est pauvre, et les conseillers disent, peut-être sagement, que la meilleure école de labourage est de suivre les bœufs quand le père tient la charrue.

VIII. Industries rurales. Alliance des travaux agricoles et industriels. Petite industrie. Industries accessoires. L'atelier agricole est celui qui s'accommode le mieux de la mise en œuvre des principes de la mutualité et do l'égalite. Le petit propriétaire, l'entrepreneur de culture, traite ses ouvriers en égaux, il s'assied à la même table, et ni les uns ni (tj Le Temps, 13 janvier t897. Voir La guerre de M70 CM Bourgogne.


les autres ne pensent, après le travail en commun, aux inégalités sociales et à !a distance qui, dans les livres ou les discours, sépare le patron du salarié.

Ce qui rapproche tes esprits rapproche également les intérêts et les industries Le cultivateur, surtout lorsqu'il est proprietaire et no peut compter qu'accessoirement sur les ressources du credit patrona), doit disposer de tout ce qui est nécessaire à l'exercice de son industrie. I) groupe forcément sous sa main les metiers élémentaires dont il a un besoin de tous tes instants maréchal ferrant, charron, menuisier, maçon, couvreur, puisatier.

A mesure que le groupement des capiteux a permis de créer les grandes sociétés commerciales et industrielles et de centraliser la production, que d'autre part la facilité des transports a répandu ces produits à bas prix dans les plus petits villages, les ouvriers de métier, les forgerons, les ébénistes, les tisserands, les tai'leurs, n'ont pu f outenir )a concurrence et ont disparu. H n'y a plus de maîtres, mais desimptos apparcit)ourf!. li n'est resté que les ouvriers indispensables aux réparations, qui ne sont p'us des maitres en leur métier, mais de simples ouvriers qui tout en restant agriculteurs ont spéciaUsé leurs apt)tudes. On ne fabrique plus au village, on y répare sauf à recourir aux ateHers mieux approvisionnés de la ville voisine des qu'on a besoin du plombier, du carrossier, du ptâtrior, du peintre, du vitrier.

Le tisserand de tradition a disparu de Chassey après ]860, l'unique épicier de 1830 a vu s'établir u~ concurrent, les 2 cabarets, fait imprévu, au lieu d'augmenter, se sont réduits à un seul )t y a toujours, comme en 1790, un barbier, un maréchal, un maçon )o nombre des ouvriers à ;a journee a passé do néant en 1830, a~2 en t86t, à 7 en )896 mais ils sont plutôt omp!oyés aux carrières do Marigny qu'a ]a culture do Chassey,

L'etovngc est une des ressources a~r!co)ps de Chasscy; pour une popu'aLion aussi rchtrcinto, on compte 7~ chevaux, 240 vaches, 200 moutons, 100 porcs, 2 ânes, 3 rucher-! et pas de chèvres. (T<'b'cau II!).

Malgré les 52 battoirs fixes des meix d'autrefois, les !?.bou-


reurs font usage depuis 1890 de 2 batteuses à vapeur circulantes qu'on loue fort cher, car avec le salaire du personnel d'occasion qui les accompagne, on estime de 125 à 150 francs la dépense de chaque journée.

Les journées d'hiver et de mauvais temps étaient autrefois employées au battage; c'est une grosse économie de temps; nul n'a pu me dire si les heures do la mauvaise saison ainsi gagnées recevaient une destination utile ou si elles se gaspillaient en menus travaux d'intérieur. Il y aurait peut-être dans ces loisirs d'hiver la place d'une industrie accessoire. IX. Salaires et main-d'œuvre. Abondance ou rareté de la main-d'œuvre. Salaires en argent ou en nature suivant les saisons et les emplois.

La main-d'œuvre est rare et chère mais l'usage de se prêter de l'un à l'autre des journées de bêtes ou de bras rend cette situation moins onéreuse à Chassey, où les maisons sont agglomérées et les exploitations resserrées dans un petit espace que dans d'autres communes au territoire étendu. Aussi a-t on recours rarement aux troupes de faneurs et de moissonneurs qui viennent périodiquement en Auxois, et qui sont principalement originaires du Morvan.

J'ai recueilli quelques chiffres à titre d'indications comparatives. L'usage est de nourrir les ouvriers et ouvrières, et de payer leur salaire en argent, à la semaine, ou la campagne terminée. (Voir, ci-dessus, le Mémoire sur le Métayage). Il est également, admis qu'une propriété dû 6 à 10 hectares d'après les regions (1), cultivée par une famille, donne, indépendamment des consommations en nature, un produit net d'au moins 2/00 francs (2).

Les documents qui suhent sont donnés à titre d'indication (t) En effet, 1 hectare de vigne en Bourgogne. 2 hectares dans l'Aude ou ]'nërau)t, donnent un revenu net supéneur à celui de 10 hectares médiocres dans le Limousin la Bretagne,

(2) Pour les très petits ptopnetaircs qui sont, en même temps que cultivateurs de leur héritage, fermiers, métayers, ouvriers à la journée, ils forment une classe à part et, pour eux, le revenu de leur bien n'est qu'un appoint à leur salaire.


pour les années 1801 et 1896 Ils émanent du chef d'une famille bourgeoise qui vivait du produit de ses terre~.dans un viUage, à deux Hcucs de Chasst y, sur la rive gauche do CArmançon. Ce sont uniquement des termes de comparaison (!).

PRIX DES DENRÉES

t739 180) i89G

La douzaine dGeuf. G sous )35. ) 10 Lativredobeurr~6 sous 40 0 90 Lathredefromn~p Ne;) .060. 035 A Lei)trede]ai\ nNn 1) ..025..Oi5B 13 Leiit.redovin.5~ous.020..035e c Lalivredcpair).3sous.0!8..007D v

Ces prix peuvent varier, suivant. la saison, de 2~ 0/0 en plus ou en moins pour l'epoque actuelle.

Quant au prix des grains, des fourrages et do la viande, c'est celui des mercuriales des marchés de Semur et j'ai pensé qu'il était inutile de la reproduire ici, pucqu'))s n'offrent aucune particularité spéciale à ]a commune de Oiassey.

A Si au heu d'être frai~, il est dur, 0,CO et même 0,90.

B L'été, mats l'hiver, 0.20.

C De t'anaëe, pms 0,CO et 0,70 s'U a 2 ans.

D Méteil ou ménage.

PRIX DE LA JOURNÉE

Nourri Non nourri

Journalier. 2 50 4 »

Laveuse. i2S. 2 »

Couturière. 1 50 3 »

Repasseuse. 1 25. 2 25

Maç~n. 3 5

Charpentier. 2 25 5 25

Couvreur. 3 D. 5 »

Cilarrctier. 2 50 350 0

Journalière agricole i75. 275

Domcstique~l'annce: gar

çondet0a)5ans. 100.

A.h))to. 350 à 400.

l''n!o de ferme. 120.

(1) Voir, à propos de ces comparaisons,l'étude de M Btcna.ymesurie coùt de la vie et le prix des denrées a diverses époques (./ottnta! de la Société de s<a<ts<t~Me de Paris, octobre t896, page 379).


La journée de prestations est évaluée à 2 fr. 25.

Ces prix varient, suivant la saison et la presse des travaux, do 1 fr. à 1 fr. 50 en plus ou en moins. Les domestiques (valets ou filles do ferme) se louent au mois de mars (1). X. Conditions du personnel agricole. Pour les diverses classes de la population agricole habitation, vêtement, nourriture. Propriétaires, fermiers, métayers, ouvriers. Il n'y a pas de distinction de classes entre les habitants de Chassey, tous propriétaires exploitant leurs fonds. Le plus ou moins de fortune de chacun d'eux ne se remarque, au cours de la semaine, ni dans les vêtements, ni dans la nourriture. Le dimanche, les riches sont mieux vêtus et les pauvres travaillent jusqu'à midi. Il faut comparer l'étendue des bâtiments et le nombre des meules pour apprécier la valeur relative de chaque domaine. Tous ont des voitures, carrioles légères, bien attelées, où la famille s'entasse joyeusement pour aller à Semur ou aux fêtes voisines (tableau n° IV). Tous ont des chiens, la plupart destinés à la garde, mais dont un tiers au moins servent pour la chasse.

J'ai dit, au chapitre de l'Histoire sociale, quels étaient les caractères distinctifs de l'existence rurale dans la commune de Chassey à defaut de chiffres inédits et précis à produire, il parait inutile d'y revenir ici (2).

(1) D'après une note de M. Vidal, instituteur à Chassey, il n'y a pas eu dans la commune, en 1896, de location de ce genre, chaque famille se suffisant avec l'aide des voisins, et la cherté des salaires ayant fait renoncer à l'emploi des ouvriers, sauf dans les cas de force majeure.

(2) La question du métayage est l'une de celles qui préoccupent le plus le monde agricole. Ce mode d'exploitation était jadis décrié par presque tous les agronomes et les économistes (a part d'illustres exceptions, remarquait M. Baudrillart, en 1887) il trouve aujourd'hui des partisans et a même pris un nouveau développement dans quelques parties de la France, en face de la crise des fermages. M. Gujot a publié, en 188G, une curieuse étude sur le métayage en Lorraine avant 1789 mais c'est en fouillant les minutes notariales qu'on pourra le mieux élucider cette question, et en faisant revivre las révélations des papiers privés, ainsi que nous l'avons dit dans l'une des études publiées dans ce volume.

D'après l'enquéte agricole de lfc>92, c'est dans les départements de l'Allier, de la Dordogie, de la Gironde, de la Haute-Vienne et des Landes qu'on trouve le plus de métayers. Cette statistique constate que la répartition des modes d'exploitation agricole dans la Côte-d Or était, en 18'J2, la suivante, en nombre

Propriétaires cultivant exclusivement leurs biens. 11.454 Fermiers ou locataires de terre. 16.434 Métayers 968 Journaliers auxiliaires de ces trois types da culture. 14.839


Sauf trois ou quatre ménages auxquels le boulanger de Marigny-le-Cahouët apporte le pain trois fois par semaine, tous les autres cuisent dans leur four. Un bouclier de Scmur et deux de Marigny debitent la \iando de boucherie dans leur voiture, devant leurs portes, tous les samedis; quelquefois, et si on les a demandes, ils viennent aussi le mardi et surtout la veille des fêtes.

L'habillement de lra\ail d'une femme de la campagne so compose commo suit

Chemise do coton. 3 1

Bas de laine 2

Souliers en cuir. 13

Jupe de serge. 4 50 1 28 25 Corsage 3 25

Bonnet ou coiffe. 225 I

Mouchoir. 25 i

Le châle de laine varie de 10 à 15 fr., et la manto de 16 à 30 fr. Le vêtement desemaine d'un homme, chemise, pantaion, surcot, gilet, chapeau et souliers coûte, selon la qualité, de 50 à 80 fr. II en use deux par an.

XI. Résultats économiques. Prix de revient et de vente des denrées agricoles. Etat de prospérité ou de crise. L'écart entre lo prix de revient et le prix de vente des produits agricoles est en favjur du cultivateur.

La commune de Chassey e?t prospère. Elle n'est point menacée de crise et, si ses habitants pouvaient disposer de capitaux à bon marché en assez grand nombre pour pouvoir faire de la culture intensive ou essayer des productions nouvelles, nul doute que son état social ne lui permit do multiplier ses profits, malgré l'étroitosso superficielle do ses exploitations (I) Voir les statistiques qui suivent cette étude. (l)On prétend qu'un <'omame,pour être rémunérateur, doit offrir une contenance moyenne de 40 hectares. Ce principe trop absolu serait la condamnation de la petite propriété ce serait nier l'évidence que d'ôter théoriquement au paysan lo droit de faire fortune sur son héritage. Dans les grandes fermes, à chaque période de culture, il faut faire appel à l'ouvrier du dehors, ce qui exige un fonds de roulement que le petit propriétaire ne possède pas.


XII. Syndicats agricoles. Associations de diverses natures de crédit, d'achat, de vente, de production

Les cultivateurs de Chassey, usant de la mutualité depuis un temps immémorial dans la limite de besoins très restreints ne sont pas inscrits au Syndicat agricole de Semur qui rayonne dans tous les cantons de l'arrondissement.

Ils font eux-mêmes leurs achats et leurs ventes en épargnant autant que possible le coûteux emploi des intermédiaires. Cette initiative leur est facilitée par le bon état des routes et les moyens de transport personnels dont ils disposent et qui leur assurent une parfaite liberté d'allures Le crédit dont ils profitent est de deux sortes. Les plus importants propriétaire^ fonciers ont emprunte sur hypothèque, jusqu'à concurrence de 50 ou GO 0/0 de l'estimation de leurs biens, et à des taux variant depuis quelques années de 4 à 4 1/2 0/0, des capitaux servant d'avances et de fonds de roulement, et qu'ils amortissent sur leurs profits.

Les autres font de même, mais leurs bénéfices étant moindres quoique les charges soient égales, ils se dégagent difficilement du poids de la detto agraire et restent obérés, travaillant pour payer les interêts do leur dette, sans grand espoir do l'eteindre jamais; et, propriétaires amoindris, ils passent à l'olat de simples fermiers des banquiers ou des capitalistes du \oisinage.

Dégrèvements. Illusion. Contribuions directes. Le Crédit foncier, malgré ses privilèges et à cause de ses exigences et de sa cherté, n'est pas abordable pour les petits propriétaires (t) spécialement ceux de Chassey, dont le droit d3 propriété, rarement établi par des titres récents, reposo (t) Il ne prête qu'aux grands propriétaires obérés et il les ruine en les obligeant à bref délai ou à la vente ou au déguerpissement. Les fameux prêts à longue échéance (60 ans au plus) sont remboursés par les acquéreurs des biens gre\és dans un délai moyen de 5 à 6 ans; le domaine que le Crédit foncier est oblige de faire valoir, faute de pouvoir le vendre, dépasse 30 millions de francs. Quant aux prêts communaux, qui ont provoqué tant de constructions inutiles et improductives, est-il un économiste qui les justifie, sauf pour la très petite part consacrée aux chemins.


presque uniquement sur la longue possession, ne peuvent servir qu'aux placements privés

L'organisation do crédit rural qu'on voudrait imposer à la Banque de France, à l'occasion du renouvellement do son privilège, a trop mal réussi, il y a vingt cinq ans, sous la direction du Credit foncier, pour qu'il soit prudent de recommencer l'expericnce.

C'est à l'initiative privée et au credit local mutuel qu'il faut laisser ce Foin (I), et c'est ici que l'action des Syndicats agricoles peut s'exercer dans un champ sans limites. Le crédit personnel est une force que notre fâcheuse habitude de tout ramener et de confier à l'Elat nous laisse perdre. Le meilleur gage du crédit n'est pas dans une garantie matérielle il est surtout dans la valeur morale du chef de famille qui emprunte non pas pour agrandir ambitieusement mais pour faire valoir hon bien, et offre comme caution son avenir et celui des siens. Certaines sociétés de crédit ont compris le profit qu'il y aurait à tirer de cette situation imitant ce que la Banque de France a essayé pour les éleveurs du Nivernais, réalisant ce que le Credit foncier no sait ou n'ose faire, elles ont disperse leurs comptoirs pour se rapprocher des propriétaires ruraux. A Semur, l'une d'elle vient de fonder une Agence qui prête sur billets à deux signatures aux cultivateurs et fermiers Honorablement connus (2).

XIII. Prévoyance. Epargne. Sociétés de secours mutuels Caisse de retraites et d'assurances.

L'épargne sur les profits du travail ne se cache plu^ aujourd'hui, et, n'en déplaise aux partisans de la circulation à tout prix, c'est peut-être fâcheux, dans le bas de laine de la ménagère. Elle s'emploie au fur et mesure du gain, en acquisitions, (1) Les banques locales trouveraient un capital sur place dans la participation des capitalistes intelligents et dans l'emploi partiel des fonds des caisses d'épargne, mieux utilisés la que pour la hausse fictive des cours de la rente.

(2) Les nouv aux statuts de la Banque de Russie (1894) l'autorisent à prêter sur billots aux petits cultivateurs, aux petits artisans, sur gage, nantissement, etc., a la condition de préciser l'emploi du capital emprunté, en le limitant aux frais d'exploitation ou d'achat du matériel [La Banque de France à travers le siècle, 18'JG, page 218).


en améliorations, en dépenses qui ne sont pas toutes indispensables les propriétaires aisés ont conservé l'habitude d'avoir une réserve comme nos artisans et ouvriers mettent de côté l'argent du terme, ils accumulent ce qu'il faut payer au percepteur, au banquier, au marchand de semences, au fournisseur d'engrais, et s'ils n'ont pas de livres de caisse à écritures compliquées, leur comptabilité n'en est pas moins bien tenue simplement par doit et avoir. La caisse d'épargne scolaire compte 10 livrets pour 37 fr. 50

Les habitants de Chassey ne participent ni à des sociétés de secours mutuels ni à des caisses de retraite ils n'en comprennent pas moins les bienfaits de la coopération, ils ont l'instinct et le souci de la prevoyance et sont assurés contre l'incendie, tous pour les bâtiments, les 3/4 pour les bestiaux, les 2/3 pour les récoltes. Les risques qu'ils négligent volontiers sont ceux de la grêle et de l'incendie du mobilier. XIV. Assistance. Hospices. Hôpitaux. Crèches. –Assistance médicale. Secours.

La charité privée, transformée en charité officielle par la marche des choses et l'abus de la réglementation, a toujours distingué les malades des pauvres. Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on a fixé les conditions et les formes de l'assistance publique en distinguant entre les secours hospitaliers et les secours à domicile, et que le pouvoir civil a puni les mendiants valides et nourri les indigents sans abri.

Les hospices et les hôpitaux, d'une origine religieuse, avaient pour objet les soins permanents ou accidentels à fournir à des impotents pauvres ou à des malades sans ressources. Etablis dans les centres, ils ne recevaient qu'à titre provisoire et exceptionnel les indigents du dehors. L'assistance dans les villages date du xvi° siècle. L'ordonnance de 1536 prescrit aux paroisses (les communes d'aujourd'hui) de nourrir et entretenir les pauvres invalides qui ont chambres, logements et lieux de retraite. C'est ce que notre charité publique contemporaine appelle le secours à domicile. Les bureaux de charité d'autrefois, dirigés par des éléments civils, étaient l'équivalent do nos bureaux de bienfaisance. La


taxe d'aumône de 1544 répondait à la taxe des pauvres de Suisse et d'Angleterre. François I" eut l'initiative des ateliers pour les pauvres valides et sans travail.

L'organisation de la charite publique attira les malheureux dans les villes (t) et cet afflux auquel on essaya d'opposer une barrière par le renvoi au domicile d'origine ne rendit pas plus rapide l'organisation de l'assistance dans les campagnes. La commune de Chassey et celle de Marigny possèdent (nsemble, à la suite d'une fondation charitable qui remonte au xvme siècle, un demi-lit à l'hôpital de Semur. En dehors de ces fondations spéciales, on n'admet à l'hospice que les indigents justifiant des conditions prévues par la loi sur l'assistance publique; les places disponibles y sont toujours très rares et si l'on abrège le séjour clés malades, quand il y a presse, c'est aux dépens des convalescents.

L'assistance médicale n'existe pas. Ce serait l'innovation la plus utile à introduire dans les campagnes, à titre de secours, et sous forme de visites à domicile. On sait que le paysan n'a recours au médecin qu'à la dernière extrémité, souvent trop tard, et qu'il appellera plus volontiers le vétérinaire pour la vache que le docteur pour la femme. Ne serait-il pas possible de créer dans chaque canton une sorte d'inspection médicale? Les médecins viendraient à jour fixe, dans chaque commune, passer chaque semaine quelques heures, soit pour donner aux indigents, à la mairie ou chez eux, des consultations gratuites, soit pour répondre à l'appel des malades qui, malgré une aisance relative, reculent devant le prix do visites à 5 ou 7 francs à cause du déplacement (2). La loi sur l'assistance médicale gratuite dans les campagnes, du 15 juillet 1893, était un sérieux acheminement vers la décentralisation pratique, mais elle paraît tombeo en désuétude avant que l'application en ait été tentée.

(1) En 1801, lorsqu'on réunit à l'administration des hospices de Paris le service de distribution des secours à domicile, cette ville comptait 111,026 indigents sur 547,000 habitants.

(2) Un jeune médecin de Semur, le docteur Adrien Simon, notre collègue, a pris l'initiative de se mettre gratuitement a la disposition des maires pour des visites ou des consultations aux indigents, toutes les fois que l'exercice de sa profession l'appelle dans une commune rurale. Dût sa modestie en souffrir, c'ebt un trop excellent exemple pour ne pas souhaiter qu'il se généralise et ne se réglemente.


C'est surtout aux femmes et aux enfants que peut profiter l'assistance médicale. Il est peut-être malaisé do développer la natalite et de battre efficacement en brèche les doctrines malsaines et anti-patriotiques des Malthusiens mais on peut lutter avec succès contre la mortalité, et surtout la mortalité infantile, énorme dans les campagnes (1).

A côté du service médical proprement dit, il faudrait indemniser des sages-femmes disposées à pratiquer à domicile des accouchements gratuits chez les femmes indigentes. Les matrones, dont l'expérience est moins sûre qu'autrefois à cause de la concurrence des diplômées, sont devenues d'un emploi dangereux; et, même pour les femmes aisées qui se décident à venir à la ville, leur séjour y est tellement abrégé que mieux vaudrait pour elles rester au logi?.

Les soins à donner aux enfants du premier âge sont non moins essentiel?; les rapports sur le service des enfants assistés et des nourrissons parisiens si nombreux dans le Morvan, révèlent de terrifiants détails. C'est une question de salut public (2).

A Chassey, les pouponnières et les crèches sont inutiles parce que la proximité des maisons et le bon vouloir réciproque des ménages permettent aux mères de famille do sur(1) Dans la commune de Vic-dc Chassenay, de l'autre côté de Semur, sur 37 naissances, on compte, en 1725, 20 décès d'enfants de moins de 6 moi1- en 1825, 13 de ces décès pour 22 naissances en 1865, 7 sur 18 en 1895, 7 sur 12.

On sait ce qu'est actuellement la mortalité des enfants en nourrice il meurt, actuellement, faute de soins appropriés, plus d'enfants légitimes que d'enfants naturels pour 18D3, la proportion est de 1.14 contre 0.32. Dans la Nièvre, les chiffres de mort ont atteint pendant de longues années les tristes proportions que voici

Nourrissons du pays, 16 0/0 enfants assistés, 23 0/0; nourrissons parisiens, 70 0/0.

(2) A Vic-de-Chassenay, en 1773, sur 635 habitants, 60 enfants allaient à l'école en 4895, sur 486, seulement 'A a Chassey, 25 pour 202 habitants. En 1894, l'ensemble des naissances a été pour toute la France de. 897.431

Le nombre des morts-nés est de

Porulation urbaine 2'.692 t 4" 046 Population rurale ?t.354

Cette perte des forces vives de la Nation, se reproduisant tous les ans dans les mêmes proportions, en dépit des progrès de l'hygiène et de la science n'est-elle pas effrayante ? (Voir Annuaire statistique de la France, 1895-1896).


veiller à tour de rôle et de soigner mutuellement les petits enfants en se partageant la tâche.

XV. Etat moral et social de la commune. Habitudes morales. Rapports entre les propriétaires et les ouvriers ou tenanciers. Bien-être ou malaise. Avenir de la commune. La possession de la terre est le but certain de l'épargne quiconque a fait fortune veut être proprietaire foncier l'agioteur le plus âpre à l'escompte sacrifiera volontiers une grosse part de son capital pour installer un chez soi. C'est qu'il n'y a pas de vrai ménage sans foyer, pas plus que de famille sans héritage.

Tout petit propriétaire foncier est libéral, a-t-on dit (1), parce que la conscience de son droit lui donne celle de son indépendance il est patriote parce qu'il détient une parcelle de la patrie. Il a aussi plus de moralité que les nomades, parce que la prédominance relative de sa situation lui impose une dignité de vie qu'il n'aurait peut être pas au même degré s'il portait sa fortune dans sa poche et n'eût à tenir compte ni de l'opinion, ni de ses voisins, ni de sa famille. N'avoir ni feu ni lieu> était jadis le cri suprême de la détresse, l'aveu de l'irrémédiable misère.

Je n'ai pas l'illusion de croire à la réalité des vertus champêtres mais, à part des exceptions rares, il ne faut pas plus s'arrêter aux bergers de Florian qu'aux paysans de Balzac. Les habitants de Chassey se trouvent dans une bonne moyenne; ils n'arracheront pas la borne du voisin, ne marauderont même que par plaisanterie dans son verger ou sa vigne et lui rendront sa bourse pleine s'ils la trouvent au chemin mais ils sont enchantés de rouler le bourgeois, jugent très naturel de vendre cher et d'acheter à vil prix, ne se font pas scrupule de raser le setier, et on a vu aussi chez eux, dit-on, des haies qui marchent (2).

(1) Procès-verbaux sténographiés de la commission extra-parlementaire du cadastre (séance du 26 novembre 1891).

(2) Les géomètres-experts savent qu'en tondant les haies d'une certaine façon, en les poussant toujours sous le vent, les cultivateurs madrés, dans le Berry, en Limousin, en Bourgogne, peuvent les faire avancer insensiblement sur le voisin en gagnant au moins 30 centimètres par an.


Les rapports entre voisins, tous propriétaires, sont sympathiques depuis dix ans, il ne s'est pas commis un délit correctionnel, ni même un délit rural; que ques instances civiles out été rendues nécessaires par des liquidations ou des ventes de biens de mineurs il n'y a eu que 7 citations de paix, et toutes concernent des forains.

Les ouvriers, rarement employés, puisque la famille rurale, avec l'aide des voisins, suffit habituellement aux travaux usuels, sont traités avec douceur. Ils no tolèreraient point de rudesse ni de grossièretés et s'en iraient plutôt que de se laisser maltraiter en paroles. Les querelles sonl rares; plus rares encore les coups.

L'unique cabaret du village n'est fréquenté que les jours de fête. La politique n'exalte pas les imaginations les élections, dont la portée est étroitement limitée à des questions de personnes, ne provoquent cependant ni tumultes ni rancunes et se font librement et sincèrement. On reçoit 4 journaux à Chasscy, et les 4 abonnes en font volontiers l'échange ce sont des fnuilles républicaines L'Auxois et Moruan, L'Indépendant de l'Auxois et du Morvan (imprimés à Semur), le Lyon Républicain, publié à Lyon, et un seul journal de Paris Le Petit Journal.

En somme, le bien-être est général; le malaise provoqué un instant par la destruction des vignes, s'est effacé grâce à une serie de récoltes moyennes et, malgré la tendance de l'agriculteur à toujours se plaindre, dès qu'on le met au pied du mur par des questions un peu pressantes, il consent à n'être point malheureux. Cet aveu, dans la bouche d'un paysan, équivaut à une déclaration de prospérite.

Toutefois, la commune de Chassey n'a point d'avenir. La grande culture en est exclue la petite culture (j'entends aussi dans cette catégorie l'exploitation de la moyenne propriété) ne pourrait donner les profits dont elle est susceptible qu'on prenant une extension que rendrait coûteuse l'emploi d'auxiliaires salariés et que seule l'augmentation de la famille ferait productive. Enfin, la dette agraire y est déjà trop élevée pour que la terre pût servir de gage à de nouveaux emprunts dans les conditions qui règlent actuellement l'exercice et la mesure du crédit territorial.


L'essentiel pour la génération actuelle est de ne point se créer de besoins factices (1) et d'utiliser toutes les ressources qui peuvent améliorer la condition matérielle et morale de la famille de façon à protéger les jeunes gens contre l'hypocrisie du faux luxe et le mirage des illusions.

Il est vraisemblable que celles des familles actuelles qui suffisent à leurs charges et peuvent épargner si peu que ce soit sur leurs profits, si elles n'éprouvent pas de ces accidents qui déroutent les prévisions, continueront à prospérer lentement. Les autres seront, petit à petit, absorbées et remplacées par les plus vivaces Ce sera la médiocrité paisible

La foudre n'atteint pas les arbres qui se courbent,

Et c'est peut-être la qu'habite le bonheur.

Bacon donnait aux ambitieux une leçon de philosophic pratique quand il choisissait sa fameuse devise Mediocl ia firma. XVI. L'art et la chronique

II semble que ce modeste village de Chassey, dont la vie économique dans son apparente insignifiance rurale ne manque pourtant pas d'intérêt, ainsi que je l'ai montré dans la première partie de cette Monographie, publiée en 1897, n'ait aucun des charmes qui attirent le touriste et qu'il soit tout à fait en dehors des questions d'art et de curiosité. Il n'en est rien cependant, et voici une preuve de plus des ressources imprévues que réservent à notre attention les coins les plus négligés de notre belle Bourgogne.

Je cède donc au plaisir de citer un spirituel article sur l'église de Chassey qui a paru sous la signature de M"10 G. M., dans le Bien public, n° 39, de 1900, et qui complète fort heureusement cette étude au seul point do vue qui, je l'avoue, m'avait paru négligeable, en quoi j'avais tort. (1) En t893, le tabac et le café, inconnus il y a deux siècles, ont occasionné aux consommateurs français une dépense de EGC millions de francs, de quoi payer l'impôt de l'enregistrement et les droits de succession. Le produit des ventes de tabac a passé de 07 millions en 1830 à 376 en 1893.


Il est un certain nombre d'aphorismes admirables qu'on applaudit de confiance, qu'on accepte sans les discuter « Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire » Est-on bien hûr, par exemple, qu'il y ait des peuples sans histoire ?. Ils sont pour le moins aussi rares que les revenants ou les grands amoureux, dont tout le monde parle sans en avoir vu jamais ?. S'il y a des exceptions, elles ne sont certainement là que pour confirmer la règle. Si humble que soit une famille, si cachée que soit une maison, si branlant que soit un village, famille, maison, village ont leur histoire. perdue, égarée, oubliée, c'est possible, mais réelle néanmoins, et la chercher n'est pas sans charme. C'est que les vieilles maisons, les vieux récits, les vieilles églises ne répondent qu'à demi lorsqu'on les interroge. c'est un manège de coquette les pierres sont femmes en ce!a.

Il y a, à quelques kilomètres de Somur, un village des plus humbles et des moins pittoresques, c'est Chassey, dominé par une petite église crépie de blanc, bien simple sous son clocher en éteignoir ombrageant un étroit cimetière.

Aussi le peintre reste sac au dos et passe tout au plus s'il s'arrête à une croisée de la route où de grands peupliers lancent au ciel leurs bras feuillus, comme s'ils imploraient une vieille croix de pierre plantée dans un décor qui fait penser à celui de Robert-le-Diable. Seulement, le peintre a tort. S'il s'était retourné seulement en traversant le village, s'il avait observé en poète la petite église blanche, peut-être se fût-il arrêté. Il aurait vu alors sur quel monticule bossué, secoué, tourmenté, s'elevait la petite église blanche; il aurait vu les vioux bénitiers de pierre, perches sur l'esca!ier du cimetière et ne servant plus que de coupes aux passereaux, la toute toute petite nécropole sur le grand espace jadis pris sans doute par une église plus grande et par les tombes de ceux qui priaient dans ce sanctuaire-là.

Et s'il avait poussé la porto, il aurait trouvé sur les humbles murailles une véritable galerie de tableaux, certains très beaux, d'autres simplement curieux, quelques-uns assez médiocres, mais à peu près tous semblent appartenir aux écoles du dix-septième siècle. Bien certainement, ces tableaux-là


doivent avoir une histoire et devraient nous la raconter (1). S'il y a peu de paroisses rurales aussi bien partagée que celle-là, sous ce rapport; la petite nef aux bancs allongés ne se doute probablement pas qu'elle possède, en outre, une merveille qui pourrait faire envie à bien des basiliques du département.

C'est une pierre tombale, de beaucoup plus ancienne que l'église actuelle, puisqu'elle semble, d'après le costume du chevalier défunt, remonter au onzième ou douzième siècle. Elle est admirablement conservée, tout en étant placée sous les pieds des fidèles devant l'autel de la sainte Vierge, ce qui est bien dommage. Le chevalier est en tenue de guerre, les mains jointes, son écusson auprès de lui. C'est un cadet de famille, comme l'indique la bordure engrelee de ses armoiries. Il a dû bien guerroyer en sa vie et se repose maintenant parmi les fleurs du Paradis, comme on dit dans la Chanson de Roland.

Les chartes et les chroniques nous racontent qu'en ce tempslà, au temps du chevalier, ont vécu Herlain de Chassey (1180), Ponce et Milo, ses fils Geoffroy, qui fit un don à l'abbaye de la Bussière. Leur descendant, Guillaume, fut bailly do tout l'Auxois en 1264. Beaucoup de ceux-là, sinon tous, doivent être là, sous la lande bossuée, ou bien en poussière dans les fondations de la chapelle, relativement neuve ?. Il y eut aussi Renaud, un cadet sans doute, auquel on avait donné le fief de Munois. peut-être ce chevalier inconnu, venu dormir là, près des autres?. Le dernier sire de Chassey fut Jacques qui, en 1447, était conseiller du grand duc Philippe le Bon. Après lui, vient une éclipse. l'étoile des ducs a pâli, c'e&t le tour des rois, maintenant. Aux seigneurs de nom et d'armes, ont succédé à Chassey les d'Aumont. C'est à eux que le pays fut redevable des repas servis le deux janvier à treize pauvres du village, en l'honneur de Notre-Seigneur et de ses douze apôtres. Au temps do Louis XIV, le châtelain était Prosper de Moreau, capitaine de Flavigny, puis vint tout une escouade do bourgeois anoblis ot de parlementaires.

(1) Voilà un problème nouveau que nous proposons à l'érudition et à la curiosité de ceux de nos confrères qui s'occupent particulièrement de collections et d'art.


Lorsque d'Hozier releva le grand armorial de France, l'église do Chassey avait pour chapelain Philibert Angely, qui portait de gueules au lys d'argent soutenu par un chérubin d'or, et devait appartenir à la famille d'un marquis de Souhey, qui fit élever à Semur la Croix des Bordes et était également un Angely.

Souhey et Magny dépendaient d'ailleurs de Chassey, quoique Claude Courtier les eût fait ériger en marquisat, comprenant, outre ces hameaux, la Roche-Vanneau, Munois et Grésigny; avant 1679, Souhey n'était qu'une baronnie.

Peut être n'est-il pas indifferent d'apprendre que ce fut au château de Souhey que se tint, en 1519, la conférence des royalistes où se décida la prise de Semur sur les ligueurs ? Et ligueurs, royalistes, hauts barons, parlementaires, va-nupieds et marquis sont là, sous la terre bossuée et verte, autour de la petite église blanche vouée à Notre-Dame, attendant ensemble, dans l'égalité et la fraternité de la mort, que sonne, à l'horloge de Dieu, l'heure du Jugement dernier.

Notre aimable compatriote, qui raconte ailleurs avec tant de finesse et d'esprit nos vieilles légendes de l'Auxois, devrait écrire 1 Histoire romanesque de Chassey avant le xve siècle. Elle en vaut la peine.

DOCUMENTS

I. Statistique économique et agricole de la commune de Chassey en 1891

:\OMBRE DES

Propriétaires exploitant

Fermiers Métajen Vignerons Journaliers (tarim d'état en famille par ouvriers Fermien Mitalen Çignelm Journalim Omien d'blat G5 1 Néant Néant Tous 7 2


II. Statistique agricole de la commune de Chassey en 1896

Statistique par nalure de tullure pendant l'année 1896 et par hectares

SUPERFICIE DES DIVERSES CCI.TURE8 1Ê~

Landes mins ct PcSP jardins Bois et I""™1" Total Blé Avoine Clianv. "elle" meg do et ver- l'rcs Vignes Pàtis leB ba~ r"'ea terre gers tlcs Total 123 JU^ » 70 12 6 31 21 110 93__ 15 665 1 247 88 218

III. Statistique agricole et industrielle de la commune de Chassey en 1896

Nombre des animaux dont l'existence était constatée en 1896 Chevaux bovine Espèce e g t et.! 1=1 If' ltJ

bovine 5 > g .S o a OBSERVATIONS de Pou- bœuf.! Va-

trait lains bmut' chea

Nous n'avons pas la pré-

Cf) oc 9 940 onninn -n QA 9 tention, comme dans les sta- OU ^0 IVJ «.UU » 1UU JU JU tistiiiuesolficielles de compter les poules et les lapins.

IV. Statistique agricole de la commune de Chassey en 1896

NOMBRE DES

Voitures Chara Abreuvoirs et Char- teuscs njcv_ Battoirs Fontaines

^Arr rues clette8 "xe" "m'm «s?»» ™» roues roues rettea vapcur courante mares 37 2 7 40 2 » 52 G 12 37 2 7 40 2 » 52 6 1

V. Statistique de la propriété bâtie à Chasse pour 1896

maisons D'HABITATION Granfes, écuries, élables nombre DE couvertes en couvertes en

tuiles ardoises laves chaume ou^lyes tllav""e fuur8 Iluits ^"i-fo"'8 ou laves clos

30 I 2 28 5 .S I ~?7 38 25 14 30 2 28 5 25 1)2 27 38 25 14


VI. Liste des instituteurs de Chassey

1592. X. 1867. Mcugnot. 1756. Bénigne Lamy. 1868. Camille. 1778. Claude Niaudet. 1869. Dupont. 1830. Pierre Farcy. 1870. Dulion. 1863. EtienneFarcy. 1872. Leflot. 1864. Garnier. 1873. Jules Vidal (entore en 1865. Michelune. fonetions en 1899). VII. Statistique des cultures de la commune de Chassey

ÉTENDUE EN HECTARES DES DIFFÉRENTES CULTURES

Années ""̃– – – 777 tetMs kbonwkk! Prés Yignts Bois £j,s et

c6emins

1778 255 49 30 153 178 1896 335 91 21 110 108

VIII. Impôts fonciers de Chassey

Années CONTRIBUTION FONCIERS Budget municpal

Années ^–

~nnées prinnnnl Nombre (les ceuti- Total des dépenses

1 mes additionnels de Firop5t

179G 3.145 3.330 1.638 1896 2.760 20 3.312 2.876 SAINT-GENIS.


HISTOIRE DU COLLÈGE DE SEMUR (1573-1900)

Il est une ville de Bourgogne qui, par un rare privilège, a gardé tout le charme original de son passé: à l'ombre antique de son imposante église, avec les tours massives de son château féodal, les ogives de ses portes et la ceinture verdoyante de ses remparts maintenant pacifiques, Semur-en-Auxois semble se dresser dans le calme d'un site agreste, comme l'évocation romantique d'une époque disparue Cette vieille cité a joui autrefois d'une renommée littéraire qui a dépassé les limites de la province. C'est le centre d'un pays illustré par le souvenir de Mmo de Sévigné et de Buffon. Il est donc bien naturel que Semur ait possédé depuis longtemps un collège. L'origine de celui-ci comme celle de la ville ellemême se perd dans la nuit des temps; c'était, sous l'ancien régime, le plus beau titre de noblesse. L'antiquité de la ville, l'humeur studieuse de ses habitants laissent le champ libre à bien des conjectures. Quelque rhéteur gallo-romain venu d'Autun ou de Lyon enseigna-t-il l'eloquence latine sur le rocher semurois ? Charlemagne y fonda-t-il quelque école par le ministère des missi dominici ? Tout ce qu'on peut faire, c'est de le supposer. La ville possède de vaillants chercheurs qui s'intéressent à son passé elle renferme notamment une société des sciences historiques dont le zèle infatigable n'est pas rebuté par le chaos poudreux des plus anciennes archives municipales, mais sait en faire sortir l'ordre et la lumière. Cependant, les résultats acquis ne permettent pas de dire quel fut le premier enseignement régulier dont on retrouve assez tôt la trace authentique à Semur. On ne découvre guère de distinction précise, rappelant colle qui sépare aujourd'hui l'enseignement primaire de l'ens3ignement secondaire avant le xvie siècle.

Le désir de s'instruire fut la passion de cet âge, et les habitants de Semur ne restèrent pas indifférents au mouvement


général de la Renaissance c'est vers l'époque où François I" établissait le Collège de France que le collège de Semur parait s'être definitivement constitué. Cette institution encore précaire fut consolidée par la libéralité d'un homme de bien qui aimait les lettres et la ville de Semur. Le 9 avril 1573, Nicole Frolois, prêtre mépartiste de Notre-Dame de Semur, assurait l'entretien du collège par une donation faite de son vivant en un acte dont la rédaction révèle une âme noble et un esprit cultivé. En voici les points principaux

Comme l'institùtion des jeunes enfants aux premières lettres, que l'on dit humaines, est la chose la plus requise et nécessaire pour l'instruction des jeunes enfants, à quelque état où il plait à Dieu de les appeler, soit pour la connaissance des saintes lettres, que autres civiles et humaines, et que, pour cette sainte considération, cette ville de Semur-en Auxois ait érigé et fait bâtir un collège près le pont Pinard, où il y a quelque commencement de précepteurs aux gages de la dite ville pour l'entretenement duquel collège. je, Nicole Frolois, prêtre, bachelier ès-droit, demeurant à Semur, de pure, franche et libérale volonté. donne à la dite ville. les deux tiers de tous et chacun de mes biens présents immeubles. Et afin que la dite ville ait souvenance de mon salut, je veux que les précepteurs et enfants qui seront instruits au collège, le soir, avant que de partir d'icelui, soient tenus de dire pour le salut et remède de mon âme un De profundis avecles collectes accoutumées d'être dites pour le salut et repos des âmes des trépassés; et que en ladite collecte soit faite principale et expresse commémoration de mon nom, afin qu'ils en aient tant meilleure dévotion et souvenance de ma bonne volonté.

On devait enseigner au collège la grammaire, les humanités et la rhétorique, c'est encore le résumé du programme actuel. La direction supérieure appartient à la Chambre de ville qui désormais protège et subventionne deux établissements divers, aux attributions nettement définies le collège, placé entre les mains du recteur principal, et les petites écoles où le maître écrivain apprend aux enfants à lire, à écrire et à compter. Grâce à un privilège garanti par la ville, l'enseignement de la langue latine ne pouvait y être professé qu'au collège. Un siècle plus tard, il est vrai, le maitre écrivain des petites écoles fut chargé de faire connaître les principes de cette langue à ses élèves, mais c'etait uniquement pour les préparer à entrer en sixième au collège.


La date de 1573 marque le moment où l'histoire du collège commence à se préciser; elle se divise dès lors en quatre parties principales c'est d'abord une période d'incertitude et de tâtonnements où le collége semble manquer d'une direction stable (15731652), puis le collège reste longtemps entre Ls mains des Carmes (1652-1790). Avec la Révolution s'ouvre une nouvelle phase de rapides changements (1790-1808, En dernier lieu vient se placer l'âge universitaire qui dure toujours ( 1808-1900).

La mort de Nicole François vint encore ajouter aux libéralités dont le collège lui était déjà redevable; aussi, pour rendre un hommage public et durable à tant de générosité, la Chambre de ville institua, le jour de la Saint-Nicolas d'été, une procession annuelle dont l'usage se perpetua jusqu'au xvuie siècle les mépartistes de Notre-Dame, les maîtres et les élèves du collège devaient y figurer et assister ensuite à une grand'messe pendant laquelle un écolier était chargé de prononcer une déclamation latine en l'honneur de l'homme qui mérite d'être vénéré à Semur comme le patron légendaire des études.

Les magistrats municipaux ne se contentèrent pas des marques extérieures de la reconnaissance, ils poursuivirent l'œuvre do Nicole Frolois. Grande fut leur sollicitude pour le collège et ses régents qu'ils exemptent libéralement de> · toute taxe, taille et droit d'octroi. Maire et échevins vont parfois visiter l'établissement pour s'assurer de la « doctrine et des bonnes mœurs des écoliers ». Ils se préoccupent aussi de confier le collège à des mains capables de le diriger et même ils y réussissent difficilement à leur gré. Nous nous représentons volontiers l'ancien régime comme le temps de l'immutabilité c'est un préjugé que l'histoire du collège de Semur n'est pas faite pour justifier. Vers los règnes d'Henri IV et de Louis XIII, la Chambre de ville se fatigue vite de ses recteurs principaux ce ne sont que plaintes et résiliations de traités. Un «sieur» du Chêne ne réussit guère mieux qu'un sieur Bordot dans la direction du collège un sieur Pinot, qui avait précédemment régi le collège de Châtillon, ne fut pas plus heureux; un sieur Le Ledier, docteur ès-arts en l'Université de Paris, sous-principai au collège d'Harcourt, amené à grands


frais de la capitale par les soins d'un échevin semurois, ne fit pas plus long feu. Mais abrégeons la liste, et laissons dormir en paix ces victimes séculaires des déboires administratifs. Il importe davantage de rechercher les causes de cette inquietude persistante. Elles paraissent souvent assez confuses toutefois, il semble qu'il y en ait trois principales qui se perpétuent jusqu'à l'établissement de l'Université. C'est d'abord l'absence d'une haute juridiction capable d'apprécier les griefs réciproques et de régler les différends. Le collège dépend uniquement des magistrats municipaux ceux-ci sont à la fois les administrateurs financiers de l'établissement, les inspecteurs et même les directeurs des études. On les voit tour à tour se préoccuper de l'hygiène du collège, fixer le taux de la rétribution pour les écoliers, prescrire jusqu'aux livres qui devaient êlre mis entre leurs mains, et faire passer une sorte d'examen aux regents choisis par le principal. Sans doute, les magistrats municipaux sontd'ordinaire des hommes éclairés le souci constant qu'ils montrent pour la culture des lettres anciennes, les jugements precis et motives qu'ils portent sur l'état des etudes en sont la preuve. Cependant, ils n'ont pas toujours le loisir ou la competence nécessaires pour des attributions si varieey leur surveillance est inconstante, trop facilement distraite, mais aussi trop prochaine, exposée aux influences capricieuses des rumeurs ambiantes et dépourvue de l'impartialité indispensable à qui juge sans appel. Ce qui manque ensuite, c'est un enseignement méthodique, un programme detaillé pour les études, un emploi du temps pour les heures des classes. Jusqu'en 1652, la Chambre de ville conclut d'ordinaire avec le recteur principal un traité de six ans, renouvelable, mais elle y spécifie rarement dos conditions précises et s'en tient à demander dans de vagues formules que le chef de l'établissement s'engage à « gouverner et instruire la jeunesse qui lui sera commise au collège, au contentement tant du général que du particulier de la ville, et à fournir au dit collège des régents capables pour enseigner tant la pieté que les langues grecque et latine ». Presque entièrement livrés à leur propre discrétion, les recteurs principaux et les régents paraissent en avoir agi bien à leur aise avec les écoliers, s'il faut ajouter foi aux plaintes réitérées


dont leurs absences fréquentes et arbitraires sont l'objet. Leur inexactitude avait, il est vrai, pour excuses les embarras d'une situation aussi modique que peu sûre, car on leur faisait parfois longtemps attendre les maigres émoluments accordés à leurs services. Enfin, le recrutement même du personnel enseignant laissait à désirer, et c'était un problème difficile que de savoir où trouver des maîtres bien préparés à leur tâche par leur carrière antérieure, leurs titres ou leurs connaissances.

L'insuffisance des maîtres devait se faire sentir surtout au lendemain des guerres civiles qui avaient ensanglante la France vers la fin du xvie siècle et avaient jete les études dans un désarroi dont on souffrait au début du xvn" aussi la crise que subit à cette époque le collège de Semur n'etait pas une disgrâce particulière. Au contraire, même durant cette première période d'instabilité, le collège se distinguait par ses lumières et formait de bons elèves comme Charles Févrct, un enfant de Semur, l'auteur du traité de l'Abus, l'un des plus célèbres jurisconsultes de l'école bourguignonne. On n'en sera pas surpris si on se souvient qu'à la demande genérale des magistrats municipaux, le grec même était enseigné au collège à une époque où l'étude de cette langue était presque exclusivement réservée aux érudits Corneille n'apprend que le latin au collège de Rouen, et les Petites Ecoles de PortRoyal font exception, parce que Racine et ses condisciples y sont initiés à la langue d'Homère.

Tel était l'état des études lorsque, en 1651, la Chambre de ville décida de confier aux Carmes le soin de driger le collège. Une première convention de ce genre, conclue en 1618, avait eté résolue au bout de dix ans celle de 1652 durera jusqu'à la Révolution. Le collège va participer pendant longtemps à la vie de ces vieux monastères, si nombreux dans l'ancien Semur, à qui la ville devait en partie son origine et ses agrandissements, et dont on y retrouve encore la trace presque partout aujourd'hui. Outre les considérations religieuses qui les engageaient à placer le collège à l'ombre d'un couvent, les magistrats municipaux, fatigués de chercher vainement le recteur principal de leur rêve, n'étaient pas fâchés d'en finir avec un souci sans cesse renaissant or ils


trouvaient à leur portée, dans la communauté des Carmes un élément de stabilité qui avait fait defaut chez les séculiers, laïques ou ecclésiastiques, avec lesquels ils avaient traité jusqu'alors. Ils auraient préféré avoir affaire aux jesuites, religieux plus reputés pour l'instruction, et ils firent des démarches en I6i2 afin de les etablir dans la ville, mais ils n'y étaient pas parvenus, faute d'une installation convenable à leur offrir. Au contraire, les Carmes, fixés à Semur depuis le xive siècle, y possédaient de spacieux bâtiments entourés de vastes dépendances où le collège pouvait être à l'aise et subsister à moins de frais. C'etait déjà la principale raison qui, trente-quatre auparavant, avait invité la Chambre de ville à demander aux Carmes de recevoir le collège chez eux. Mais alors elle n'avait pas ou à se louer de leur zèle. En 1652, leur communauté venait d'adopter une réforme austère, garantie nouvelle do régularité

Le traité de 1652, où les magistrats municipaux insistent surtout sur la ponctualité a\ec laquelle devront s'accomplir les exercices de pieté à l'intérieur du collège, ne renferme pas les dispositions precises dont les etudes auraient eu besoin. Les Carmes s'engageaient seulement à fournir à perpétuité trois régents pris dans leur ordre et capables d'enseigner le grec et le latin jusqu'à la rhétorique inclusivement. Les régents devaient s'abstenir de toute absence non autorisée par les magistrats, enfin, on fixait définitivement pour l'époque des vendanges, date fort importante en Bourgogno, l'échéance des grandes vacances qui, d'abord do quinze jours, avaient été étendues depuis quelque temps à trois semaines cette durée parait courte aujourd'hui, mais il y avait beaucoup de fêtes chômées dans l'ancien regime, le savetier de La Fontaine trouvait même qu'il y en avait trop.

La Chambre de ville ne renonça nullement à la surveillance qu'elle avait toujours exercée sur le collège. D'abord, tout va bien l'etablissement prospère sous sa nouvelle direction et les échevins sont si satisfaits qu'ils accroissent l'allocation accordée aux Carmes le personnel enseignant est augmente en 1660 un professeur de philosophie est installé au collège, c'est en même temps un professeur de sciences il est chargé d'enseigner « la logique, la morale, la physique


et la métaphysique. » Mais l'ère des difficultés n'est pas close. Soudain, des discussions financières éclatent entre la Chambre de ville et les Carmes. Ceux-ci font même une sorte de grève et ferment l'établissement. Il est rouvert, cependant, et la concorde se rétablit; les échevins se signalent par des libéralités nouvelles et defendent les Carmes contre toute concurrence. En 1675, les Minimes, qui etaient venus à Semur longtemps après les Carmes, essayèrent d'enseigner la rhétorique; la Chambre de ville coupa court à cette tentative en interdisant aux Minimes do recevoir les écoliers qui étaient sortis du collège.

Trop confiants dans la vertu d'un privilège qui semblait leur assurer sans peine la clientèle de toute la ville, les Carmes finirent par négliger le collège et cessèrent d'y placer des regents capables les élèves désertèrent en foule, si bien qu'il n'en restait pas même une quarantaine vers 1680 les familles, jugeant que les enfants perdaient leur temps, preféraient s'en séparer et les envoyer étudier à Dijon ou dans d'autres villes. Cette situation critique remplit d'inquiétude la Chambre de ville les échevins multiplient alors leurs visites au collège. L'impression rapportée de ces tournées d'inspection semble plutôt favorable, en général. Un jour, les magistrats municipaux trouvent des écoliers occupés à traduire Justin et Varron, et se retirent satisfaits des réponses obtenues une autre fois, ils sont reçus avec une solennité inaccoutumée on leur adresse dans chaque classe des compliments composés en latin, politesse érudite qui semble les avoir vivement touchés. Bref, après avoir sérieusement songé à résilier le traité de 1652, la Chambre de ville oublia ses griefs et reunt même aux anciennes libéralités. Le xvne siècle s'acheva ainsi au milieu des querelles et des réconciliations. La guerre de la succession d'Espagne et les embarras qu'elle leur suscita ne permit guère aux magistrats municipaux de songer au collège; ils eurent cependant le loisir d'instituer des examens de passage d'une classe à l'autre, en 1708, et ils s'en constituèrent les juges. Enfin, ils furent heureux de retourner solennellement au collège, en 1713, à la veille du traité d'Utrecht pour voir les écoliers jouer une pièce de circonstance, une a Pastorale sur les vœux de la Paix ». Ainsi déjà la vie intime du collège par-


ticipait aux maux ot aux joies de la patrie. Les représentations de ce genre étaient depuis longtemps en usage, elles devinrent plus fréquentes dans le cours du xviii" siècle, siècle souriant et léger qui se plaisait aux divertissements de sociéte. Avec la prospérité publique, le calme avait eté rendu au collège redevenu florissant, et, depuis longtemps, sa direction était exempte de reproche quand, en 1742, un acte royal vint confirmer d'une manière definitive les privilèges que le traité de 1652 assurait aux Carmes. Les lettres patentes expédiées par le Conseil d'Etat déclaraient qu'un etablissement de « cette importance « devait être revêtu du sceau de l'autorité royale, bien qu'il se soutint avec avantage depuis près d'un siècle entre les mêmes mains, sans le bénéfice d'une aussi haute approbation. Cette intervcntion du pouvoir central est assez interessante et semble annoncer déjà la mesure générale par laquelle Napoléon placera les collèges communaux sous la sauvegarde de l'Etat. Les Carmes s'étaient recommandés à l'administration supérieure par une sorte d'enquête préalable qui leur avait valu des certificats signés par presque tous les notables les plus en vue dans la ville et à la rédaction desquels les echevins même n'étaient pas étrangers. Mais la Chambre de ville n'avait nullement sollicité en corps une sanction dont les Carmes recueillaient tout le profit; aussi protesta-t-elle énergiquemeiit contre l'arrêt qui amoindrissait son autorité jusqu'alors souveraine s.ur le collège. Elle appuya ses revendications sur des plaintes qui prouvent, d'ailleurs, son intérêt constant pour les études les magistrats municipaux représentaient que la langue grecque n'était plus enseignée au collège depuis vingt-cinq ans le latin qu'on y parlait, disaient-ils, était rempli de gallicismes, et le génie de la langue complètement méconnu. La confirmation des prérogatives accordées aux Carmes laissait aux magistrats municipaux toutes leurs attributions d'administrateurs et de surveillants Ils en profitent pour visiter les classes vers cette époque. Les élèves de rhétorique et de seconde étudiaient alors les Commentaires de César et les Odes d'Horace les juges se declarèrent peu satisfaits des explications entendues et blâmèrent également la gaucherie avec laquelle les écoliers tournaient le vers latin.


Il est difficile de vérifier l'exactitude de critiques quelque peu interessees. Quoi qu'il en soit, les réclamations des magistrats municipaux restèrent sans effet, et l'acte de 1742 fut définitivement enregistré. D'ailleurs il ne semble avoir entraîné que d'heureuses conséquences l'entente fut vite rétablie entre la Chambre de ville et la direction du collège et on ne voit guère qu'elle ait été troublée jusqu'à la disparition des Carmes. Le collège y gagna en 1755, il comptait soixante élèves, ce qui passait alors pour un beau chiffre. Cependant, la necessité d'un règlement général se faisait toujours sentir le provincial, dont les Carmes de Semur dépendaient, en rédigea un que les magistrats avaient demande et qu'ils approuvèrent. Le principal etait engagé à une surveillance continuelle sur tous les écoliers, mais l'autorite des regents restait entière dans leur classe respective. La discipline devait être douce et paternelle, mais la tenue irréprochable. Il ne fallait admettre au collège aucun élève sans lui avoir fait faire une composition sous les yeux du principal qui pouvait ainsi juger de sa capac té. Le règlement préconise aussi une sorte d'enseignement mutuel et ordonne que les élèves se récitent leurs leçons les uns aux autres et même se donnent des notes. Mais les régents devaient procéder personnellement tous les samedis à une rovision genérale de ce qu'on avait fait durant la semaine. A la fin de l'année, il était prescrit d'entourer l'examen de passage d'un certain apparat la communauté des Carmes devait y assister en corps, le prieur en tête, aveo le personnel enseignant C'était le moyen d'apprecier les progrès accomplis dans l'année et les bons élèves devaient se contenter, pour récompense, des éloges qui leur étaient accordés à cette occasion. Quant à la distribution des prix, elle n'a lieu que tous les trois ans, à l'époque où le provincial des Carmes venait visiter la communauté de Semur. Toutes ces mesures parfois assez minutieuses visent l'emploi du temps et la méthode, mais le reglement n'indique aucune réforme touchant le fond mêmo des etudes seul l'enseignement du français est l'objet d'une mention intéressante dans un temps où le latin formait encore la base de toute éducation littéraire il est recommandé au principal de faire apprendre aux elèves des morceaux tirés de bons auteurs français, parmi lesquels


Racine, Bossuet, Fléchier et Massillon sont particulièrement désignés.

Le réglement de 1786 ne fut pas longtemps en vigueur; en effet, la Révolution était proche, et le collège de Semur comme tout en France, allait être profondément transformé. En 1790, les Carmes durent s<> retirer et le collège se trouva délaissé. Les habitants de Semur ne consentirent pas à la disparition d'un établissement aussi utile à leurs enfants. Quelques hommes actifs et dévoués se réunirent pour diriger provisoirement le collège et la ville favorisa quelque temps ce généreux effort. Mais, aux vieux sujets de discorde, s'ajouta bientôt le ferment nouveau des luttes politiques le principal du collège provisoire est emprisonné pour avoir tenu « des propos inciviques » et les classes sont suspendues. Le conseil général de la ville s'efforce de reconstituer le personnel enseignant vaine tentative Désormais, les circonstances deviennent trop difficiles et, tandis que le canon gronde à Valmy et à Jemmapes, le souci de la défense nationale absorbe toutes les préoccupations. Aussi, après 1792, le collège subit une éclipse d'une dizaine d'années. Toutefois, il n'est pas oublié, et dès que le traité de Lunéville, en assurant à la France sa frontière naturelle du Rhin, lui a rendu les loisirs nécessaires à l'etablissement d'institutions pacifiques, le Conseil municipal de Semur, en exposant avec regret « qu'une génération entière avait été privée d'instruction par la ruine du collège, s'adresse aux Consuls pour en faciliter la reconstition. La loi du 1er mai 1802 sur l'enseignement vint répondre à ce désir et faciliter à Semur la fondation d'une Ecole secondaire qui fonctionna quelques mois après. Ses débuts furent modestes un directeur et deux professeurs composaient tout son personnel. La ville ne tarda pas à l'installer définitivement dans l'ancien couvent des Capucins reconstruit en 1758. Que de courses errantes le collège avait faites avant de trouver un asile fixe La tente du nomade est moins vagabonde. Autant d'époques, autant d'emplacements divers! Au xvi' siècle, le collège est relégue au fond d'un quartier rural, rue des Bordes, dans une ancienne chapelle puis il descend au bord de l'Armançon, près du pont Pinard, pour remonter au xvne siècle dans le Bourg-Voisin, le faubourg commer-


çant il fait une longue halte à la communauté des Carmes, d'abord dans un bâtiment spécial qui avait une cour particulière, et après )776 dans l'intérieur même du couvent; en 1792 il apparaît pour la première fois aux Capucins qu'il partage fraternellement avec les Assemblées de ville. En 1803, le collège obtient un refuge dans une dépendance des Ursulines et c'est de là qu'il retourne aux Capucins en avril 1807. On doit se féliciter qu'il y ait mis fin à sa vie ambulante. Nul local ne répondait mieux à une semblable destination L'édifice est près du centre, mais isolé par une guirlande de promenades et de jardins. Sa silhouette altière sort de la verdure; ses grands murs austères, ses fenêtres à plein cintre, son toit pointu à la française respirent je ne sais quel air de grandeur. Les cours sont vastes et l'aspect varié des classes n'a rien d'une ennuyeuse monotonie Celle-ci, plus large, presente un double rang de colonnes élancées celle-là, plus resserrée, avec ses voûtes aux vives arêtes, semble inspirer le recueillement d'un sanctuaire; cette autre enfin conserve encore les courbes capricieuses et les riants motifs d'une décoration Louis XV que le temps a mutilée ici, le plâtre figure une gerbe de blé là, des pampres plus loin une corbeille de fleurs champêtres, symbole de la prairie, comme si l'architecte de l'ancien couvent avait pu songer à mettre sous les yeux des futurs écoliers l'image des triples productions de leur terre dont l'universelle fécondité enfle l'epi, gonfle les raisins, engraisse les troupeaux avec une egale complaisance. Il n'est pas banal, le vieux collège de Semur, tout y est clair, spacieux, aére, mais en même temps tout y parle à l'imagination et a la memoire.

Le collège avait une demeure assurée, on voulut aussi lui donner un nom. Au lendemain de son couronnement, Napopoléon I", pour se rendre à Milan, était passé à Semur, escorté de l'impératrice Joséphine et du pape Pie VII, avec tout l'éclat de sa dignité nouvelle. Eblouis, quelques notables de Semur songèrent à faire attribuer à l'école secondaire le nom de l'empereur. Ce projet n'eut pas do suite; le collège n'aura pas d'autre nom que celui de la ville dont il est le nourrisson privilégié Cependant, Napoléon groupait tous les organes de l'enseignement dans une vaste corporation l'Uni-


versité. L'école secondaire de Semur fut appelée à entrer dans cette grande famille et devint le collège actuel. Des programmes uniformes rendirent aux études classiques leur ancienne prépondérance et furent appliqués partout; le personnel enseignant dépendit de l'autorité universitaire et le conseil municipal dolivré de prooccupations embarrassantes ne garda que l'administration financière de l'établissement. Ainsi s'evanouirentles \ieilles causes de dissension le recrutement de maîtres capables fut désormais assuré, leur compétence soumise à l'examen de juges toujours à même de l'apprécier, et leur zèle encouragé par une surveillance supérieure et plus large, mais sans cesse en éveil et que ne pouvait distraire l'obstacle de soucis étrangers. La loi générale mettait un terme à la mobilité de l'arbitraire particulier. Le régime des coutumes était aboli l'enseignement secondaire avait, lui aussi, sa constitution.

La situation nouvelle ne pouvait pas, sans doute, empêcher le retour de toute épreuve et de tout désordre, et le collège traversera encore des heures critiques, mais les incidents d'intérêt purement local deviennent plus rares dans son histoire. Est ce à dire que l'originalité du collège va être sacrifiée tout entière au culte intransigeant d'une rigoureuse uniformite ? C'est un excès qu'on a souvent reproché aux mesures dictées par Napoléon, mais s'il est vrai que l'enseignement secondaire ait eu à en souffrir, ce ne fut guère dans les collèges. Ceux-ci eurent pour sauvegarde outre leur organisation spéciale, leur modestie même les jugeant moins importants, on les laissa plus libres. L'histoire du collége de Semur en est la preuve la transformation exigée par lus ordres du grand maitre de l'Université s'y accomplit sans brusquerie, presque d'une manière insensible. Le 17 septembre 1808, le bureau d'administration préposé à l'école secondaire se réunit en séance extraordinaire pour appliquer les nouveaux décrets en fait, il se contente d'on prendre connaissance sans accomplir sur lo champ aucune modification appréciable. Il est vrai que l'uniforme est bientôt imposé aux élèves: l'empereur veut habituer do bonne heure les jeunes gens à la tenue militaire; mais ce n'est là qu'un détail extérieur. Au reste, le collège garde assez longtemps encore ses anciens usages, entre


autres celui des exercices publics on y retrouve un souvenir du règlement de 1786 avant la distribution des prix, qui dès lors avait lieu chaque année, les elèves passaient une sorte d'examen solennel, en présence des invites. Sans doute, les questions étaient prévues et les réponses quelque peu préparées d'avance car les élèves se tiraient toujours d'affaire à leur honneur. La fête ne s'aohevait pas sans une représentation donnée par les élèves sur quelque sujet de morale courante, tel que la « Vanité punie » ou « l'Enfant prodigue ». Le personnel enseignant n'est pas changé le bureau d'administration se contente de le présenter au recteur de l'Académie. Le directeur do l'école secondaire, M. Tisserand, conserve ses attributions.

On respecte même l'organisation spéciale à l'école secondaire touchant l'internat. C'etait une question nouvelle l'ancien collège n'était par lui même qu'un simple externat il n'est parle d'internat ni dans les traites conclus par la vil!e soit avec des séculiers, soit avec les Carmes, ni dans le régloment de 1786. Or, en 1807, M. Darnaud, instituteur d'une école primaire à Semur, avait été désigné pour tenir provisoirement un pensionnat près l'école secondaire M. Tisserand avait été exempté de ce soin en raison de son âge et de ses infirmités, on ne voulut pas davantage le lui imposer même après la reunion du 17 septembre 1803, et, pendant deux ans encore, le pensionnat et le collèga demeurèrent deux administrations connexes, mais séparees.

Cette dualité s'explique parfaitement en elle-même, elle peut produire les résultats les plus heureux, mais, dans le cas particulier, elle était funeste au bon ordre du collège aussi, le régime universitaire n'y fut sérieusement observé, tout en laissant place à l'initiative d'un organisateur habile, qu'au jour où l'abbé de Calonne, ancien membre de l'Université de Paris, vint, en 1810, réunir les fonctions do principal à celles d'administrateur du pensionnat. Dans ces conditions, le collège fait de rapides progrès, 50 élèves y entrent en quelques mois, un petit nombre d'entre eux, particulièrement dignes d'intérêt, y sont instruits d'une manière gratuite. Une écolo primaire spéciale est attachée à l'établissement pour les enfants qui se destinent à y faire leurs études, l'instituteur


est chargé de leur apprendre les éléments de la grammaire latine. Les classes des commençants, celles de grammaire, d'humanité et de rhetoriqne sont confiées à cinq régents il y a deux maîtres d'étude enfin, une charge de sous-principal est créée par M. Darnaud. Outre le grec et le latin, les élèves apprennent l'italien, par manière de récréation. M. de Calonne a l'idée d'etablir à côté de la rhétorique classique une rhétorique purement française, sorte de première ébauche de l'enseignement moderne. L'histoire, les mathérriatiques, la botanique même ne sont plus négligées. Les succès répondent à l'activité déployée. Aussi, le préfet de la Côte-d'Or, M. de Cossé Brissac, très satisfait d'une première visite au collège, vint en 1813 présider la distribution dos prix où l'on se mit en frais d'eloquence pour célebrer la régénération de l'etablissement. Soudain survinrent des difficultés administratives devant lesquelles M. de Calonne et M. Darnaud se retirèrent. On était arrivé à la chute retentissante de Napoléon, et la France abaissée dut subir en quelques mois trois gouvernements différents! les troubles nationaux s'ajoutant à des inquiétudes particulières, le collège connut quelques mauvais jours. Plusieurs principaux s'y succedèrent rapidement. Enfin, le collège sortit de cette période d'instabilité avec M Marchand les études sont rétablies dans leur intégrité première, la rhétorique est reconstituée une classe de philosophie et do mathémitiques est fondée grâca à la générosité de la ville. Aussi, quand M. Marchand, recompensé de son zèle par un poste supérieur, dut quitter Semur, au début du rôgn3 do Louis-Philippe, il laissa derrière lui des sympathies et des regrets. Son successeur, M Œuf Laloubière, fut moins heureux. Son installation avait eu lieu, cependant, avec une so'ennité presque inaccoutumée on s'était attendri en des adresses de bienvenue, et néanmoins dos dissentiments intimes ne tardèrent pas à éclater, l'établissement en souffrit; il ne comptait plus qu'une cinquantaine d'élèves en 1833. M. Œuf Laloubière se retira, M. Gresley réussit mieux à sa place. Sous sa direction, le collège renforma une centaine d'élèves. Une bibliothèque particulière y fut fondée, elle s'est enrichie peu à peu des ressources instructives et récréatives qu'elle renferme aujourd'hui. L'établissement fut doté à la même


époque d'une horloge, et on inscrivit au-dessous un de ces adages que l'on aimait autrefois et qui, en rappelant d'une manière un peu naïve la brièveté du temps, invitaient les hommes à le bien employer. La mort de M. Gresley, dont les funérailles furent pour toute la \ille une occasion de manifester sen attachement au collège, n'interrompit pas le cours de ces années prospères. Le nouveau principal, M. Martin, vit le nombre des élèves grossir plus que jamais. L'enseignement prit alors un caractère plus pratique un cabinet de physique fut créé. Vers 1840, les langues vivantes, anglaise et allemande, commencent à prendre place dans les programmes. Les cours destinés aux élèves qui ne faisaient pas d'humanités sont réorganisés. Malgré ces améliorations, l'effectif du collège se trouva sensiblement réduit aux approches de 1848, sans doute par suite des préoccupations politiques, car la direction était la même. Ainsi, le coliège de Semur a subi différentes vicissitudes, mais le ressort avec lequel toujours il a triomphe de ses passagères décadences prouve sa vitalité. Avec MM. Léger, Sirot et Joly, successeurs de M. Martin, le collège reste stationnairc. MM. Loger et Sirot n'y firent qu'un rapide passage; l'administration de M Joly remplit la Republique de 1848 et les premières années du second empire. La ville se signale alors par ses libéralités pour le personnel enseignant dont elle veut améliorer la situation matérielle, et pour le collège où elle lait faire d'importantes réparations soins prévoyants qui, sans doute, facilitèrent singulièrement la prosperité future du col'ège par malheur, on songe surtout au conditions physiques du bien-être, et l'instruction même est négligée un seul professeur est chargé de la logique, qui a remplacé la philosophie, de la rhétorique et de la seconde. On juge à propos «le supprimer le professeur d'allemand un simple maitre d'étude suffira pour s'acquitter de cette tâche, quand il en aura le loisir. Ces réformes restrictives etaient inspirées, il est \rai, par le louable desir d'augmenter, avec le désir de chacun, la rétribution à laquelle il avait droit; encore aurait-il fallu discerner avec plus de soin les hommes d'une capacité assez étendue et d'un dévoûment assez éprouvé pour remplir ces rôles multiples. En tous cas, il est certain que l'effectif du collège n'arrivait guère à dé-


passer une soixantaine d'élèves, et, ce qui était plus grave et plus significatif, la discipline et la tenue des élèves, même au dehors, laissaient beaucoup à désirer.

Mais tout change lorsque, en 1859, M. Pion devient principal. Sa mémoire est restée populaire à Semur. M. Pion appartenait depuis vingt-cinq ans environ au personnel enseignant du collège. Il eut la bonne fortune de faire successivement toutes les classes nul ne pourrait mieux connaître l'établissement qu'il allait diriger. C'est sous son administration que le collège parvint au comble de sa prospérité il possède alors une moyenne d'au moins 150 élèves. Il faut adjoindre un nouveau professeur de français, créer un cours supplémentaire de mathématiques. M. Pion se multiplie malgré la surveillance constante qu'exigent de lui plus de 80 pensionnaires il s'est chargé de la philosophie, de la rhetorique, de la seconde et d'un cours d'anglais. Le local même devient trop étroit de nouveaux aménagements sont indispensables. Les arts sont cultivés, l'etude du dessin rendue obligatoire, celle de la musique établie. L'enseignement annexe qui existait depuis longtemps au collège fut régularisé, lorsque, en 1865, M. Duruy créa l'enseignement spécial. Celui ci répondait bien aux besoins de la région semuroise, car, à lui seul, il comptait 75 élèves à Semur en 1867.

Cet état de prospérité fut compromis par les événements de 1870; mais après ces jours de deuil, une foule d'élèves plus compacte encore vient se presser au collège. On tirait une leçon de l'année terrible, et on songeait que le salut de la France était dans l'éducation, dans l'éducation autrement comprise. Les nécessites de la vie moderne avaient été méconnues, le corps trop sacrifié à l'esprit. Une inspiration nouvelle souffle au collège de Semur; dès 1872, des exercices physiques et militaires y sont introduits on y fait des cours d'hygiène un gymnase y est etabli quelques années après. Quant aux études, les langues vivantes sont enseignées avec plus de sérieux. La géographie n'est plus une science aride et abstraite les élèves ont des cartes et des sphères. Une chaire de physique et chimie est créée en 1877. Une méthode nouvelle est appliquée à l'enseignement des langues anciennes les vers latins sont supprimés sans pitié et la version est pré-


férée au thème. Enfin la langue française obtient la place prépondérante qui lui convient. Telles sont les réformes qui furent adoptées au collège, après la guerre, sous les auspices de M. Pion.

II y avait vin.gt ans que cet administrateur expérimenté régissait le collège et près d'un demi-siècle qu'il y professait, quand l'âge le contraignit à prendre sa retraite. Il a\aiteu dans les derniers temps presque 200 élèves et jusqu'à 130 pensionnaires. Ce qui vaut mieux encore, c'est sous sa direction que s'étaient préparés à jouer un rôle important dans les sciences, dans les lettres et dans l'armée des hommes qui sont la gloire du collège de Semur MM. Siredey, Mouchot, Coquillon, Lecomte, Bertrand, enfin le général Gresley, un ministre de la guerre, et tant d'autres. M. Pion ne quitta pas le collège sans avoir reçu la récompense de ses travaux. Sa longue et glorieuse carrière lui avait valu l'estime générale, et sa dernière distribution des prix, celle du 4 août 1879, où il reçut la croix de la Légion d'honneur fut pour lui un véritable triomphe. Avant de mourir, il devait encore présider la distribution des prix en 1883, à la fois comme ancien principal et comme maire de Semur, double titre dont l'assemblage représentait l'étroite union du collège et de la ville.

Le départ de M. Pion n'arrêta pas le cours des réformes qu'il avait entreprises. Sous son successeur, M. Monnot (18791881), se manifeste un souci d'être moderne qui va jusqu'au raffinement; on enseigne au collège même la sténographie, mais cette concession au siècle du journalisme fut de courte durée il n'en était déjà plus question lorsque M. Monnot fut remplacé par M. Bresson (1881-1886). Ce dernier venait de laisser la charge de principal à M François (!886-IS92), quand le Conseil municipal de Semur fut appelé à se prononcer sur une proposition tendant à transformer le collège en un établissement consacré d'une manière exclusive à l'enseignement spécial (54 novembre 188G). Or la suppression de l'enseignement classique ne pouvait être que préjudiciable dans une sous-prcfccture où le fond de la population appartient surtout à la bourgerisie éclairée et au monde des fonctionnaires. Aussi la réponse n'était pas douteuse. Dans la réunion du 20 juin 1887, M. Chevalier étant alors maire de Semur,


l'assemblée municipale défendit énergiquerr.ent l'intégrité des études en des termes oit l'on croit retrouver l'esprit généreux qui remplissait dejà la vieille donation de 1573. Les voici textuellement

« Considérant que la municipalité doit s'imposer de grands sacrifices pour obtenir ce résultat (il s'agit de favoriser le développement du collège) attendu que l'instruction est une chose tellement necessaire et obligatoire qu'il n'est guère permis de la restreindre sans s'arrêter dans la voie de progrès et de perfectionnement dans laquelle elle s'est engagée; que d'ailleurs un collège est une cause de prospérité et d'orgueil pour notre ville le Conseil est d'avis de maintenir le collège tel qu'il est actuellement. »

L'élément traditionnel était sauvé et le culte des langues anciennes, si cher aux vieux échevins, n'etait pas renié par leurs successeurs. Le résultat de cette délibération reçut une consécration plus définitive par le renouvellement de l'engagement décennal. Le 21 août 1890, sur le rapport de M. Thevenot, membre du bureau d'administration du collège et 1" adjoint, le Conseil municipal décida de nou\eau de conserver à la fois l'enseignement classique et l'enseignement spécial. Mais ce dernier n'avait pas longtemps à vivre l'année scolaire 1891-1892, il faisait place à l'enseignement moderne. Celui ci exigeant des études plus longues que son devancier ne put être organisé complètement au collège que peu à peu. La première année, l'enseignement moderne n'y comporta pas de classe au-dessus de la troisième, les classes superieures ne furent constituées que les années suivantes. Cependant la direction du collège passait des mains de M. François à celles de M Martel (1892-1893) et bientôt à celles de M. Moisset (fin 1893), qui mourait subitement après un principalat de quelques semaines changements rapides et particulièrement fâcheux dans un temps où les progrès mêmes de l'instruction et la multiplication des écoles de toute sorte nécessitaient une administration plus vigilante et plus régulière pour maintenir le bon renom d'un établissement. Aussi l'effectif des elèves avait-il diminué depuis les temps de M. Pion. C'est dans ces circonstances qu'au début de l'année 1894


M. Bellard (1894-1900) fut mis à la tête du collège. Son premier soin fut d'y établir une section d'agriculture, création originale et fort opportune. L'enseignement spécial avait laissé un vide l'enseignement moderne, plus élevé et moins pratique, ne convenait plus aux enfants de la campagne qui ne cherchaient plus pour la fin de leurs études la sanction d'un baccalauréat et ne pouvaient passer au collège qu'un séjour assez limité. Or c'est le cas de beaucoup d'enfants dans un pays presque exclusivement agricole comme l'Auxois. S'engager dans l'enseignement moderne sans en poursuivre le programme jusqu'au bout, c'était, pour eux, se charger inutilement la mémoire de notions incomplètes et par conséquent superflues, tandis que la section nouvelle, divisée en trois années, répondait exactement à leurs besoins. Ce qu'on leur retranchait de l'enseignement moderne, l'étude des langues étrangères, était remplacé par celle des connaissances scientifiques, aujourd'hui nécessaires à tous les cultivateurs. Le grand jardin du collège se prêtait aisément aux travaux pratiques, et la nomination d'un professeur spécial d'agriculture à Semur (1894) donnait un maitre compétent pour l'enseignement théorique. La section nouvelle fonctionna dès l'année scolaire 1894 1895.

M. Bellard, ayant été appelé à un autre poste au commencement de l'année 1900, a été remplacé par M. Simon, qui a terminé l'année scolaire Enfin, M. Savey exerce les fonctions de principal depuis la rentrée d'octobre. Les debuts de cette dernière direction ont été remplis par la préoccupation de préparer le renouvellement de l'engagement décennal pour la fin de l'année 1900. La conclusion de celui ci, grâce à la libéralité héréditaire de la ville et aux faveurs exceptionnelles de l'Etat, assure au collège de sérieuses améliorations sans rien lui retirer de son antique caractère et semble lui promettre de beaux jours pour le siècle qui va s'ouvrir.

PAUL BOULOGNE.

Sources principales de l'histoire du collège de Semur les archives de l'Hôtel de Vile de Semur, les archives du collège. Le Mémoire historique sur la ville de Semur, par le marquis de Thyard, écrit au siècle dernier. La Notice historique sur les écoles de Semur (Bulletin de la Société des sciences de Semur, i872), par G. Leleu.


Dans un questionnaire manuscrit, rédigé par Courtépée, et conservé à la Bibliothèque de Semur, l'érudit auteur de la Description du Duché de Bourgogne demandait au marquis de Thiard pourquoi lu grosse cloche de l'église Notre-Dame de Semur était appelée Barbe ?

Le marquis de Thiard, voulant donner réponse à tout, répliquait avec ingéniosité

On sait qu'on fait aux cloches une bénédiction qu'on appelle Baptême et qu'on leur donne un parrain et une marraine. Sans doute la première marraine de cette cloche s'appelait Barbe. Cela n'est pas plus lin que cela.

Le marquis de Thiard ne connaissait pas l'origine de la cloche et ignorait qui avait été sa marraine. 11 est possible que Courtépée qui n'en savait pas plus posait la question pensant avoir une réponse moins nrive. Quelle était cette marraine?. Actuellement nous pouvons répondre, grâce à des documents qui nous sont tombés sous la main à Mâcon, à Semur-en-Brionnais et aux archives du Doubs.

On sait que l'église Notre-Dame de Semur-enAuxois fut bâtie par le duc Robert lor, qui dota richement ce prieuré en 1065. Pour les éclaircissements qui suivent, nous devons remonter à la première construction de cette église. Nous entrons donc dans quelques détails.

Semur-en-Brionnais, au ix° siècle, était une châtellenie qui relevait des comtes de Chalon bientôt il eût ses propres seigneurs, Robert Ier, duc de Bourgogne, épouse Hélie ou Alix, fille de Dalmace de Semur (en Brionnais), et de Aremburge de Vergy, en 1402. On croit que Dalmace descendait des anciens rois de Bourgogne.


La tradition rapporte que Robert Ier fit construire l'église de Semur-en-Auxois pour expier l'assassinat de Dalmace de Semur (en Brionnais), son beau-père, commis de sa propre main.

Le duc Robert fut inhumé à Semur-en-Auxois, en 1075, au nord, sous un petit portail détruit, qui conduisait du jardin du Prieuré (ancien cimetière), à la Ponte des Bleds. Au-dessus de cette porte de l'église NotreDame, l'on voit encore d^s bas-reliefs représentant le meurtre de Dalmace de Scmur, dans un festin, l'expiation du crime et la mort de Robert qui pas^e la barque à Caron, accompagné d'un moine. Avant la Révolution, le portail était orné de la statue du duc et d'Hélie ou Alix de Semur, son épouse, et de deux saints. Nous n'avons point à entrer dans les détails de construction et reconstruction de l'église. Nous avons publié cet historique en 1881 et en 1884 dans nos recherches d'histoire locale sur Semur-en-Auxois ce point, du reste, n'a rien de commun avec ce qui nous occupe aujourd'hui.

Quelques notes sont toutefois nécessaires sur les seigneurs de Semur (en Brionnais)

Geoffroy de Semur, fils aîné de Dalmace de Semur soutint l'éclat de la maison Rainai de Semur mourut archevêque de Lyon en 1129 Simon de Semur, premier baron de Luzy, épouse Marie de Bourgogne, fille du duc Eudes IV en 1196 Guy en 1277 Pierre, chanoine d'Autun, fut chancelier de Bourgogne en 1315; Guichard de Semur, seigneur de Sancenay, doyen de Chalon, mourut en 1386 Pierre, chevalier, chambellan du duc, seigneur d'Arcy et de Saint-Christophe, en 1387; Claude de Semur eut de Jeanne de Vernay, dame de Trémont, Jean qui épousa en 1475 Marie de Villers-la-Faye.

Ne faisant pas une généalogie, nous nous arrêterons à Claude de Semur, chevalier et seigneur de Trémont et de Sancenay (Sancenyer ou Seinceney), qui eut de Françoise de Belletruche Claudine de Semur et Barbe de Semur.

Claudine épousa Jean de Gorrevod, chevalier, comte de Pont-de-Vaux, etc., mort le 10 septembre 1544, et enseveli dans l'église de Brou. Claudine épousa en


secondes noces Jean-Jacques de Suzannes, seigneur de Fourg. Le château de Fourg était situé à 27 kilomètres de Besançon, dans la commune de ce nom. Il avait été construit par Hugues de Montferrand, seigneur de Thoraise en 1281, date de sa construction, il déclarait le tenir en fief du comte de Bourgogne.

BARBE de Semur, sœur de Claudine, naquit en 1520.

Les seigneurs de Semur (en Brionnais) avaient des rapports fréquents avec les curés de l'église NotreDame de Semur-en-Auxois, édifiée par leur ancêtre Robert Ior, inhumé à l'entrée du portail latéral. Nous signalerons un seigneur de Semur, propriétaire du château de Montille vers cette époque. Aussi, à la naissance de Barbe, Alexandre Boulet et Isabelle Chantepinot, sa femme, ayant fondé une chapelle en l'église Notre-Dame, elle tut consacrée en 1526 à Sainte-Barbe en l'honneur de la fille du seigneur de Semur. Cette chapelle, bâtie entre les contreforts de la nef, existe encore. On y remarque les beaux vitraux représentant la vie de la mainte. Les principales légendes reproduites sont 2. Comment sainte Barbe est visitée par l'ange. 3. Son père fait construire une tour. 4. Sainte Barbe refuse le sacrifice. 6. Comment sainte Barbe met en pièces les idoles et les détruit. 7. Comment le Prévot la fait flageller. 8. Comment sainte Barbe est jugée et brûlée. 9. Sainte Barbe meurt frappée par son père.

L'église Notre-Dame n'avait alors qu'une cloche nommée Antoine, faite et fondue en 1507. Celle de l'Horloge, nommée Nicolas, est de 1515.

Denis de Cluny, qui était alors curé de Notre-Dame, ayant fait appel à divers bienfaiteurs, obtint de Claude de Semur et de divers autres personnages et paroissiens l'argent nécessaire pour une nouvelle cloche. Il fit choix, comme le respect le lui commandait, de Barbe de Semur pour marraine. C'était alors un honneur réservé au seigneur du lieu, et le curé de l'église expiatoire de Dalmace de Semur trouva, non sans raison, que Barbe de Semur était bien la personne prédestinée à cela. La bénédiction eut lieu en grand cérémonial en 1539 Barbe avait alors dix-huit ans.


Disons en passant que le mot baptême donné par le peuple d'alors à la bénédiction des cloches, comme s'il lui attribuait une âme intelligente, n'est qu'un abus de langage. Il est vrai dans le sens littéral, puisqu'on y lave réellement les cloches mais il est inexact dans le sens spirituel, puisque les cloches sont inanimées. On n'appelle donc cette bénédiction baptême que dans le sens figuré. Du reste, on ne regarde pas comme très ancien l'usage de donner un parrain et une marraine à une cloche. Il doit, d'après Joseph d'Or tigues, avoir été introduit par suite de l'habitude qu'on a contractée, dès l'origine, de se servir du mot baptême au lieu du mot bénédiction.

Si l'on impose ordinairement le nom d'une sainte à une cloche, c'est probablement à cause de son genre féminin. II y -a néanmoins des exceptions assez nombreuses. Ainsi, les anciennes cloches de Beauvais se nommaient Pierre, Paul, Guillaume, Gabriel et Raphaël. Elles ont encore reçu des noms allégoriques. Telles étaient les trois anciennes cloches de la métropole de Cambrai, qu'on appelait l'Argentine, la Glorieuse et l'Espérance.

Mais, cette digression nous éloigne de notre sujet. Barbe de Semur, dont le nom se perpétue sur la cloche et sur la chapelle de Notre-Dame, n a pas d'histoire. Cette malheureuse jeune fille, si choyée, mourut à l'âge de 21 ans, en 1542. Elle expira au château de Fourg (Doubs), chez sa sœur, Claudine de Semur, remariée, nous l'avons dit, à de Suzannes, seigneur du lieu.

La tombe de Barbe subsista jusqu'à la Révolution dans la chapelle du château de Fourg.

L'abbé Baverel, ancien chapelain de l'église SaintPierre, à Besançon, dans son recueil manuscrit n° 114, conservé à la Bibliothèque de Besançon, dit « II y avait au château de Fourg une chapelle dans laquelle on voyait sur une pierre longue une figure en bas-relief représentant Harbe de Semur, enterrée en ce lieu; au pied de la figure, on lisait cette épitaphe intéressante


Si tu t'enquiers viateur quelle dame

Repose ici et gist soulz cestc lame

Tu treuveras dedans noblesse enclose

Virginité et de vertuz la rose

Vingt et ung ans rendirent le corp meur

Bel et parfait de Barbe de Semeur

Et en ce temps mort lui fist cet outraige

Qu'elle la print à la fleur de son aige

Du Pont de Vaux la comtesse de Seur

A faict du corps ce tombeau possesseur

Qui décéda en janvier le vingtième

L'an quinze cent et quarante deuzième.

Pour terminer, nous donnerons la chronologie des refontes de la cloche Barbe

Première. 24 mars 1549. Poids, 2,847 livres. Elle venait d'être brisée par la foudre.

2e, 3°, 4e, 5e. 29 septembre 1576; elle fut manquée jusqu'à 3 fois. Enfin, la 4e fois, en 1577, la refonte réussit.

b". 28 octobre 1654. Barbe pesait 8,443 livres. Elle fut bénite par le curé Picard. Sa marraine était la dame Barbe David, veuve de Guy Jacob, avocat. Son parrain était le Mayeur.

7°. En 1711. On rapporte que la mention qui fut faite alors sur Barbe rappelait qu'elle avait été refondue jusqu'à sept fois par les soins et deniers des habitants.

8°. En 1780. Elle posait 10,000 livres.

9\ Sa dernière refonte est de 1857. Baptisée le 14 décembre 1857. Parmi les inscriptions on relève

Je m'appelle Barbe

Refondue pour la 8e fois en 1780 et pour Ia9e en 1857

Elle pèse actuellement 4,969 kilog. avec son battant. LEDEUIL D'ENQUIN.


UN POÈTE DE L'AUXOIS LE CHEVALIER DE BONNARD

Sans être un poète de premier ordre, notre compatriote, le chevalier de Bonnard mérite mieux que l'oubli. Avant de parler de ses œuvres, commençons par esquisser sa physionomie à grands traits. Bernard de Bonnard est né à Semur en 1744; il appartenait à une famille nob;e, mais sans fortune. Son père s'appelait Emilian (le Bonnard, seigneur de Chassenay sa mère était Françoise Fournier. L'auteur de la biographie qui figure en tête de ses œuvres poétiques, le fait naître à la date du 24 octobre c'est une erreur.

D'après les registres conservé? à l'Hôtel-de-Ville de Semur, notre poète fut ondové à la maison de son père, le 22 octobre, par permission spéciale obtenue le 29 du mois précédent. D'où il suit que Bernard de Bonnard était déjà né à la date du 29 septembre 1744. A part cette légère rectification, il n'est pas possible de préciser davantage la date de naissance du chevalierpoète, car les registres de Semur ne donnent pas l'acte de supplément des cérémonies du baptême on ne le trouve ni nans l'année 1744, ni dans les années suivantes (1).

Le père du chevalier de Bonnard mourut en 1759, laissant une veuve et trois enfants qui n'avaient pour tous que cent écus de rente.

Le marquis de Thiard, ami du défunt, les secourut et fut leur providence.

Bernard commença ses études auprès de l'instituteur de Semur, M. Bizouard, homme instruit qui donna à bon élève d'excellentes leçons son éducation fut complétée au collège des Godrans à Dijon.

(t) La Biographie générale de Firmin Didot (tome VI, page 611) fixe la naissance du chevalier de Bonnard au 22 octobre 1744.


A quinze ans, Bernard conçut une violente passion pour une cousine de son âge; celle-ci, ignorant peut-être ou dédaignant ce qu'elle pouvait regarder comme un enfantillage, accepta une autre alliance et mourut deux ans après. Bernard, sérieusement épris, supporta mal cette première déception une fièvre violente faillit l'emporter. C'est peut-être au souvenir de cette juvénile passion qu'il écrivit la pièce intitulée « Comme j' 'aimais l »

Bernard, quoique poète, avait de grandes aptitudes pour les sciences exactes. Il prépara, en un an, et passa brillamment l'examen qui le fit entier, comme officier, dans le corps royal de l'artillerie il fut reçu premier, avec des éloges du commissaire de l'Académie des sciences. Il avait d'abord commencé l'étude du droit qu'il abandonna à la mort de sa mère.

Le chevalier de Bonnard fut l'ami de Guéneau de Montbéliard qui rédigea en partie Y Histoire naturelle des oiseaux. Buffon lui-même appréciait et aimait le jeune poète.

Ses premières poésies parurent dans l'Almanach des Muses ce qui ne l'empêchait pas de poursuivre e l'étude des sciences et d'analyser les travaux de Buffon, Montesquieu, Newton, etc.

A trente-trois ans, Bernard de Bonnard fut nommé sous-gouverneur des enfants du duc de Chartres, emploi dans lequel il devait être remplacé par Mme de Genlis. « Il faut bien que ce soit un bon choix, disait « le duc d'Orléans, car tout le monde le dit. » Aussitôt installé à ce poste, le poète donna une preuve de sa bonté d'âme en faisant une pension de cent livres à sa nourrice. Il ne garda ses fonctions que quatre ou cinq ans.

Nommé chevalier de Saint-Louis en 1783, il mourut à Semur le 13 septembre 1784, victime de sa sollicitude pour son fils qu'il venait de faire inoculer et auprès de qui il prit le germe de la variole, au moment où il était question de lui confier l'éducation du Dauphin. Il avait quarante-deux ans.

Les oeuvres du chevalier de Bonnard ne sont, pour la plupart, que des poésies fugitives où l'on retrouve souvent la note épicurienne


Aux douces erreurs du printemps

J'abandonne mon existence.

Sans ambition et sans tourments,

Voyant un jour suivi par l'autre,

Je lis des livres du vieux temps,

Et je sers des beautés du nôtre

Le gracieux triolet suivant est un peu dans la même note

Grondez -moi, si vous le pouvez,

Mais je vous aime à la folie

Maintenant que vous le savez,

Grondez-moi, si vous le pouvez.

A la beaute que vous avez,

Unir raison, grâce et saillie

Grondez-moi, si vous le pouvez,

Mais je vous aime à la folie.

L'ironie lui était familière qu'on en juge par les vers suivants, adressés à M. de Beauverseau, en lui donnant du vin de Bourgogne

Le voilà, ce vin qui produit

Tant d'effet sur ces pauvres têtes

Des gans d'esprit il fait des bêtes,

Des sots il fait des gens d'esprit.

Il charme la beauté sauvage

Les plus sages il les rend fous

Bois-en, Beauver, et montre nous

S'il pourrait d'un fou faire un sage.

Les vers suivants, adressés à une jeune personne, sont aussi délicieux que malicieux

Sans qu'on y pense,

J'ai bien grandi depuis deux ans

J'ai passé l'âge de l'enfance ? P

Ah! grandirai-je encore longtemps

Sans qu'on y pense ? P


Les quatre strophes sur V Amour et V Amitié sont à citer dans leur entier

Fils des sens et tyran des cœurs,

Tendre, brillant, vif et volage,

Nourri de plaisirs et de pleurs

L'Amour est le dieu du bel âge.

L'Amitié paisible a son tour,

Ses fruits sont les fleurs de l'automne

Son règne dure plus d'un jour,

II promet moins qu'il ne nous donne.

Aux premiers rayons du printemps,

On voit la rose purpurine

Briller aux yeux quelques instants,

Puis se flotrir sur sa racine.

Moins orgueilleuse en sa couleur,

L'immortelle, plus tard éclose,

Des hivers bravant la rigueur,

Vit cent lois l'âge de la rose.

Ces deux dernières strophes dénotent, chez leur auteur, un réel talent d'oservation des choses de la nature. On peut en dire autant de plusieurs passages de l'épître à son ami revenant de l'armée

o Lieux charmants, campagnes chéries,

C'est vous, c'est vous que je vais voir »

Ton attente n'est point déçue

Déjà la pointe du clocher

Dans l'air te parait suspendue

Bientôt tu vois ses alentours

C'est là que ta première aurore

Fit le bonheur de tes paients;

C'est là que les soins caressants

De leur tendresse vigilante

Firent dans ton âme naissante


Germer les plus doux sentiments

C'est là que depuis ton absence

Ils ont compté tous les moments.

Dans un salon vaste et commode

De leur château peu regulier,

Tes parents, à la vieille mode,

Entourent un large foyer.

Les dames sont à leur ouvrage

Quelques amis du voisinage

Et le bon curé du village,

Assis près du feu sans façon,

Règlent d'Etat, parlent d'affaire,

Du chaud, du froid, de la saison,

Puis des impôts, puis de la guerre,

Et puis du fils de la maison.

Mais un bruit soudain les fait taire

Chacun se lève avec transport,

Court à la fenêtre et d'abord

Regarde, doute, considère

« C'est lui! le voilà »

N'est-ce pas une scène prise sur le vif et du plus parfait naturel ? Mais n'abusons pas des citations et, pour finir, contentons-nous de cette apostrophe un peu mélancolique à la Raison

Pauvre Raison, ma vieille amie

Deviens bonne, prêche-nous moins

On aime peu.qui nous. en,nuie

Apprends à perdre quelques points,

Si tu veux gagner la partie,

Ces quelques lignes suffiront, je L'espère, à décider ceux des compatriotes du chevalier Bonnard qui aiment la poésie à faire plus ample connaissance avec ses œuvres; ils ne le regretteront certainement pas. Les Poésies diverses de M. de Bonnard ont été publiées à Paris, en 1791 (in-8°), avec une notice sur sa vie par Santereau de Maris, et réimprimées avec


l'addition de quelques pièces inédites en 1824 et 1828 (in-32). Garat fit paraître en 1785 un Précis historique sur M. le chevalier de Bonnard, dont il existe, remarque l'érudit dijonnais Gabriel Peignot, une contrefaçon, remarquable par quelques pièces ajoutées au volume et contenant des traits satiriques contre Mm° de Genlis. Un choix de ces poésies a été publié en 1884 par l'éditeur Quantin (1).

J. UTINET,

curé de Vic-de-Chassenay.

(1) On sait que M"' de Genlis, née Illicite Ducrest, naquit le 27 janvier 1710 dans une petite terre des environs d'Autun, et que son mariage avec le comte de Genlis, colonel des grenadiers de France, fut tout un roman. En 1770, elle réussit a entrer au Palais-Royal, comme dame de la duchesse de Chartres, et grâce à ses insinuantes faussetés, comme elle l'avoue ingénuement, elle reçut en 1782 le brevet de gouverneur des princes l'émoi fut grand, il fallut l'ordre du roi pour qu'on acceptât cette nouveauté. On trouve dans les Mémoires de M"™ de Chastenay, qui vécut à Chàtillon-sur-Seine les années de la Terreur, quelques allusions à la rivalité du professorat entre l'officier d'artillerie Bernard de Bonnard et la marquise de Sillery, comme s'appela un moment M"* de Genlis, la petite Ducrest, disait le vieux La Popclimore. En recherchant et en groupant les détails épars dans les récits du temps, on donnerait de la vie et de la couleur à l'existence de M. de Bonnard, qui n'a été ni aussi effacée, ni aussi insignifiante qu'on pourrait le croire d'aptes ses biographes. M. de Bonnard ne fit pas oublier son voisin de Dijon, Alexis Piron, mais il eut un instant la vogue de son homonyme le dauphinois Gentil Bernard.

C'est par ces menus raccords que la vie littéraire en province au xvhi* siècle peut s'éclaircir et s'animer. (Note du comité de rédaction.)


Il existe au secrétariat de la Chambre des notaires de Semur un très modeste registre dont le temps a jauni les feuillets; il s'ouvre sur ce titre:

Livre pour servir aux délibérations des notaires royaux et greffier des arbitrages de la ville de Semur en-Auxois, siège principal du baillage et présidial, commancé ce jourd'huy, douziesme du mois de décembre mil six cent quatre-vingt.seize.

La dernière délibération qui y est inscrite porte la date du 3 novembre 1791 Le registre est demeuré inachevé. Ces pages où les notaires semuriens, qui vivaient sous les règnes de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI ont consigné les règlements, les usages de leur compagnie ou, pour parler leur langage, de leur communauté, où leurs sentiments, leurs preoccupations, leur vie ont laissé une trace, ont, au point de vue de l'histoire locale, un indiscutable interêt. Certes, elles ne sont pas attachantes comme ces memoires écrits à loisir par les hommes qui vivaient alors à la cour, mêlés à ses intrigues et à ses plaisirs, ou qui occupaient dans les provinces des situations en vue gouverneurs, intendants, membres de la noblesse, des Parlements, du haut clergé et de l'armée. Leurs auteurs à elles sont des humbles qu'absorbent les soins et les soucis journaliers de leur profession, de la vie qu'il faut gagner, non sans travail ni sans peine, mais en exerçant leurs charges « avec l'honneur et l'intégrité qui les doit accompagner. » Mais sous la forme aride et monotone des procès-verbaux du vieux registre, on entrevoit à certains détails des existences faites de labeur, de probité et de dignité, et on cherche à les revivre.


A leur lecture, c'est un coin de l'épais voile du passé qui se soulève, c'est une vision rapide sur les mœurs et la vie de l'époque.

Je veux, Messieurs, feuilleter avec vous ces pages, en désirant qu'elles fassent un jour l'objet d'une étude plus complète et faite par un homme plus compétent que moi. Les notaires qui résidaient à Semur en 1696 étaient au nombre de treize et ce chiffre n'a rien qui doive nous surprendre, car par suite du peu de diffusion de l'instruction et surtout des connaissances juridiques, les notaires etaient alors les rédacteurs obligés do presque toutes les conventions.

La première délibération qui figure au registre est du 15 décembre 1696. La communauté s'assemble ce jour-là pour entendre son syndic, MI Denis Seguin, rendre compte de son voyage à Paris, où elle l'avait député, pour négocier l'union du Contrôle, l'Enregistrement d'alors, aux études de notaires. L'arrêt du Conseil d'Etat qui concède aux notaires de Semur le titre de conseillers du roy et de contrôleurs de leurs actes est du 30 octobre 1696. Pour l'obtenir, la compagnie s'était engagée à verser 11,684 livres et 1,162 livres 8 sols pour les deux sols pour livre.

Ce droit de contrôle n'appartint pas longtemps aux notaires de Semur, car en 1698 le roi le leur retira pour le réunir à son domaine Les sommes payées pour l'obtention de ce droit furent alors remboursées.

Le voyage de Denis Seguin à Paris avait duré « six vingt jours (quatre mois), y compris l'aller, le séjour et le retour. »

Bien qu'il fallût à cette époque quatre jours pour se rendre de Semur à Paris, la communauté n'hésitait pas à y députer à ses frais l'un de ses membres pour y aller soutenir ses droits, ses intérêts ou ses prérogatives, toutes les fois qu'elle le jugeait à propos.

Deux ans plus tard, Me Germain Joly y est député « pour obtenir liquidation de la finance des charges de controlleurs réunies par le Roy à son domaine. »

En septembre 1699, M" Denis Seguin est à nouveau envoyé


à Paris pour solliciter le jugement du procès intenté par les notaires de Semur aux procureurs de la même ville. Parti de Semur le 2 septembre, il arrive à Paris le C et y séjourne, ainsi qu'à Fontainebleau, jusqu'au 16 octobre.

Je ne sais ce qu'il faut plus admirer ou de la vigilance de cette communauté à defendre ses droits ou du dévouement de ceux qu'elle députe et qui pour la cause commune, s'exposent aux fatigues de voyages alors longs et pénibles, et sacrifient leurs propres intérêts dans des absences de plusieurs semaines, parfois même de plusieurs mois.

Il fallait qu'une étroite union existât entre ces hommes et qu'ils se sentissent bien en confiance les uns envers les autres

A cet égard, on ne peut qu'admirer le règlement adopté par eux le 20 juillet 1696, homologué par arrêt du Parlement de Bourgogne du 30 octobre suivant, et qui est transcrit sur notre registre.

Veritable modèle de prudence et de dignité que je voudrais reproduire tout entier et dont je ne transcrirai ici que le titre, à cause de sa belle allure, et quelques articles qui m'ont paru particulièrement intéressants

Règlements et statuts politicques des notaires, garde-nottes, tabellions du Roy et greffiers des arbitrages de la ville de Semuren-Auxois faicts et arrestez entre eux pour entretenir ceux qui composent la communauté d'iceux notaires dans le bon ordre et dicipline, l'union et la paix. afin que leur charges si importantes au repos publicque soient exercez avec l'honneur et l'intégrité qui les doit accompagner, en sorte qu'elles ne tombent dans le mépris. ARTICLE PREMIER.

Premièrement. Lesd. notaires s'assembleront en robe chacun an la veille, le jour et le lendemain de la feste de saint Luc choisie pour leur patron en l'auditoire Royal dudict Semur pour aller en corpq au service divin qu'il est accoustumé de faire le dict jour au nom d'iceux notaires aux jours et heures qui seront indiquez de la part du sindic, touttes affaires cessantes, aux peynes qui seront arbitrées par la compagnie contre les défaillants à moins d'une excuse légitime qu'ils seront tenus do faire proposer et décider à la pluralité des voix en lad. assemblée ou chacun d'iceux notaires paiera sa part contingente pour lesdicts services divins et luminaire de l'année entre les mains dudict sindic ou vice sindic qui


seront nommés par lad. communauté pour chacun an, lesquels pourront néanmoins estre continuez s'il est ainsi jugé à propos. ARTICLE 2.

Seront aussi élus et choisis de ladicte assemblée deux d'iceux notaires à la pluralité des voix pour conjointement avec ledit sindic travailler comme députés pendant l'année à l'administration de toutes les affaires de la compagnie jugement et descisions de toutes les contestations, contravantions, procez et difficultés qui pourraient naistre en conséquance des présents règlements et statuts, et seront tenus lesdicts notaires d'acquiescer et se soumettre auxdictes décisions comme dès à présent ils le consentent à peyne de tous despands dommages et intérest.

ARTICLE 3.

Lesdicts notaires useront de termes honnestes, doux et civils les uns avec les autres, s'aideront de leurs conseils autant qu'ils le pourront pour le devoir et les fonctions de leurs charges, se rendront les services réciproques en cas d'absence ou de maladie, assisteront aux processions générales, céiémonies et autres assemblées, au même rang accordé aux notaires de Dijon par l'arrest du conseil contradictoirement rendu entre eux et les procureurs du Parlement de la mesme ville, le douzième octobre 1695 et en conformité d'un autre arrest du conseil du troisième juillet dernier les charges de notaires et de procureurs seront déclarées incompatibles, comme a esté pareillement jugé en faveur desd. notaires de Dijon.

ARTICLE 11.

Ceux qui remettront et cèderont leurs offices après les avoir exercés vingt ans participperont aux honneurs, rang, séances, dans toutes les assemblées, processions, cérémonies générales et particulières où Ils voudront se trouver, de mesmes que s'ils estoient actuellement notaires, sans pouvoir néanmoins précéder le doyen de la compagnie.

La fête de saint Luc était célebrée chaque année le 18 octobre.

Dès la veille, les notaires, assemblés en robe dans l'auditoire royal, se rendaient en corps aux premières vêpres chantées par le chapitre de l'église Notre-Dame

Le jour, c'était la messe solennelle, annoncée par toutes les cloches du carillon se mêlant à la grande voix de la cloche Barbe, le bourdon de Semur, l'orgue résonnant sous les


voûtes dans la fumée de l'encens. La compagnie y arrivait avec le même cérémonial que la veille.

Le lendemain avait lieu un service pour les confrères defunts.

Une délibération du 17 octobre 1701 nous a conservé le détail des frais qu'occasionnait la célebration de cette fête. Il était paye

Pour la messe. 5 livres »» sols. Pour le luminaire de l'année. 5 »» Pour la cloche Barbe. » `?0 Pour le carillon. » 18 Pour l'organiste. )) 15 Pour le porte-encens. » 5 Pour la messe des morts du lendemain. » 10 Au total. 13 livres 8 sols.

Suivant délibération de l'année suivante « La communauté « a remonstre qu'il est à propos de faire célébrer le lende« main du jour de saint Luc une grand'messe de Requiem à « diacre et sous-diacre, au lieu d'une messe basse. Il a esté « délibéré que ladite grand'messe sera célébrée annuellement « pour le repos de l'âme des défunts notaires, leurs confrères. » Quels motifs avaient déterminé les notaires dans le choix de leur patron ? Pourquoi saint Luc plutôt que saint Yves, par exemple, l'ordinaire protecteur des gens de loi ? Saint Yves devait avoir à leurs yeux un grand tort les procureurs l'avaient choisi, et il n'existait entre ceux-ci et les notaires qu'une médiocre sympathie, encore diminuée par le grave litige de la préséance dont nous parlerons tout à l'heure.

L'Evangeliste saint Luc, à qui sont atlribués les Actes des Apôtres, leur avait paru à ce titre tout désigné pour leur patron. N'était-tse pas un ancien confrère ?

Nous venons de le voir, les notaires semurois n'oubliaient pas leurs morts leur registre mentionne parfois les docès des membres de la compagnie en quelques lignes comme celles ci-après, qui se suivent sur une même page:


Le 24 août 1719, M~ Germain Joly, notre doyen, est mort, Requiescat in pace.

Le 30 août 1720, Me Jacques Delamaison est mort.

Le 31 août 1721, M. Jean Garnier est mort.

Requiescant in pace.

Parfois la mention est un peu moins brève

Mort de Hugues Passerat, notre doyen, âgé de 82 ans. Le samedy 24 octobre 1705, Me Ilugues Passerat, notre doyen, est décédé entre cinq et six heures du matin, fort regretté d'un chacun par sa probité et surtout du soussiné, son bon amy.

J'ai envoyé chez lui, suivant la coutume, six cierges de la part de notre communauté.

Signé SE&HN, sindic.

Et cet autre

Du dix-neuf mai i742 Est mort Me Denis Seguin, notre doyen, sur environ les huit heures du matin, qui fut très regretté tant du public que des soussignés ses confrères.

Elles ont été plus durables que de pompeuses épitaphes ces quelques lignes d'une simplicité si grande grâce à elles nous savons qu'au jugement de leurs pairs ceux dont elles parlent furent des hommes honorables et dignes des iegrets qu'elles expriment. Leur concision est plus probante et plus éloquente que no le seraient de longues inscriptions laudatives.

Laissez moi vous citer encore, toujours dans )o même ordre d'idées, une autre delibération qui jette un jour très net sur la vraie confraternité qui unissait entre eux les membres de la communauté des notaires semuriens.

Ce jourd'hui trois décembre mil sept cent quatre-vingt-deux, la communauté s'est assemblée pour délibérer au sujet de la mort de Madame Compagnot arrivée hier, si la communauté assisterait ou non à son convoi; il a été résolu que l'usage étoit que la communauté assistât au convoi des femmes et veuves de notaires en place, et qu'on envoyât de la cire au nombre de deux livres. En conséquence, il a été dé)ihéré que la communauté assistcroit à son convoi, et il a été envoyé à Me Compagnot deux livres de cire et il en sera usé de même par la suite.


L'affable courtoisie des notaires les uns envers les autres ne s'exerçait pas seulement dans ces tristes circonstances; i nous en avons une preuve dans une délibération du 20 août 1699, où il est rapporté « qu'une robe a été donnée en présent par la « communauté à Me François Pion pour le recognoistre de ses « soins et peynes qu'il a prise pour elle, pendant fe temps de « son exercice du controlle de leurs actes. »

Une des constantes préoccupations de la communauté des notaires de Semur, qui nous apparaît par de nombreuses délibérations, est celle do sauvegarder leurs prérogatives et leur droit de préséance contre les prétentions et les empiètements des procureurs.

C'était pour eux une question de dignité, et lorsqu'on les attaquait sur ce point, ils savaient se faire respecter et ne reculaient pas devant les procès à soutenir, les démarches à faire, les frais à payer.

Le 24 août 1698, Me Germain Joly, rendant compte de son voyage à Paris, dont j'ai précédemment parlé, rapporte qu'il a obtenu une commission au conseil privé du Roy pour faire assigner audit conseil les sieurs procureurs de cette ville, à l'effet de se maintenir en la préséance que nous avons sur eux sur quoy la compagnie a délibéré que led. Germain Joly, sindic, fera assigner incessamment les procureurs en vertu de lad. commission pour ensuite poursuivre l'instance jusqu'à sa fin.

Le 22 du mois d'août 1G69, les notaires assemblés .sur la représentation qui a esté faite par Me Germain Joly, scindicq, de trois lettres qui lui ont esté envoyées par le sieur Ricard, leur avocat au conseil, touchant l'instance qu'ils ont avec les procureurs pour la préséance, par la première desquelles du mois do juillet il marque qu'il y a un nouveau rapporteur, par la seconde et par la dernière des neuf et dix-neuf du présent mois d'aoust, que l'affaire est en estat et qu'il est temps de députer pour solliciter le jugement, ils ont nommé pour cet effect Me Denis Seguin, l'un desd. notaires, pour partir dans huit jours, auquel il sera fourni par jour en allant, séjours et retour la somme de trois livres dix sols, et ce pendant deux mois, pour l'effect de quoy lui sera avancé par le sieur Joly la somme de trois cents livres, dont lui sera tenu compte.


Me Denis Seguin se rendit donc à Paris. Parti de Semur le 2 septembre, il y arriva le 6 et y séjourna, ainsi qu'à Fontainebleau, jusqu'au 16 octobre.

Pendant son séjour « l'affaire ayant été rapportée à Fona tainebleau le 20 septembre par M. de Sassaud, rapporteur, « elle avait esté renvoyée par arrest du conseil au Parlement « de Dijon pour y estre jugée, delaissant auxdictes assem« blées de faire pour co subject telles délibérations qu'elles f jugeront à.propos, »

L'avocat au conseil privé ayant envoyé le mémoire de ses frais et vacations, la compagnie des notaires decide de lui faire offre de quarante-deux livres outre deux cents livres qu'il a touchées à titre de provision, mais dans une délibération du 10 mai 1700, Me Joly, syndic « remonstre que ledit sieur a Ricard, leur avocat au conseil, ne s'est point voulu contenter « ?ux trois louis d'or à lui offerts pour le reste do ses avances « et vaccations au procès de préséance contre les procureurs « et qu'il a esté oblige de luy donner jusqu'à quatre louis a d'or, à quoy il s'est bien voulu contenter à sa solicita« tion. »

Après que Bonaventure Logerot, notaire à Semur, eut été député à Dijon pour solliciter le jugement du Parlement, l'arrêt fut enfin rendu le 19 juillet 1701.

Le voici tel qu'il est transcrit au registre

Louis, par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres en forme d'arrest, verront, salut. Savoir faisons qu'en l'instance meue en nostre Cour de Parlement de Dijon entre nos notaires de nostre ville de Semur-en-Auxois originaires demandeurs aux fins de commission par eux obtenue de nostre conseil privé le dix-huit juillet mil six cent nonante huit, et à présent par requeste présentée à nostre dicte Cour, le trente juillet mil sept cent, en suite de l'arrest de nostre dict Conseil du trente septembre mil six cent nonante neuf, à ce qu'ils soient maintenus au droit de précedder les deffenseurs, et qu'ieeux soient condamnez en tous les despans, comparant .par Bannelier, procureur, d'une part,

Et les procureurs du baillage de nostre siège présidial dudict Semur, deffendeurs, comparant par Boucart, leur procureur, d'autre.


La cause ayant été portée à l'audiance, et après que les advocats des partyes ont été ouys pendant deux audiances – savoir Ranviot pour les demandeurs et Rancy pour les deffendeurs ouy aussi Carré pour nostre procureur généra), Nostro dicte Cour, faisant droit en l'instance, a maintenu les notaire de nostreville de Semuren-Auxois au droit de preccdder les procureurs du baillage de nostro siège présidial de la mesme ville en toutes assemblées publicques ot particulières, à l'exception néanmoins do co qui se praticque en la Chambre de nostre dicte ville. Tous despens compensés. Si mandons à réquisition do~d. notaires au premier nostre huissier ou sergent, à co qu'il fasse pour l'exécution desdictes présentes tous exploits de justice qu'il sera nécessaire de signifier. Donné à Dijon en Parlement le mardy dix neuf de juillet do l'an do grâce nul sept cent un du matin, et de nostre règne le cinquante neuvième.

Signé par la Cour GOTTtN.

Ainsi, après trois an'; de litispendance, se trouvait tranche ce différent mais l'arrêt portait une réserve « à l'exception do ce qui se prat que en la Chambre de nostre ville dont les. procureurs pretendirent à diverses reprises s'autoriser pour contester la préséance aux notaires dans les assemblées communales

C'est ainsi que M' Germain Joly, nomme échevin le 24 juin i703 et se présentant en la Chambre do ville pour y prêter serment, le procureur Benigne Gautherin, cchevin, en l'abscrce du maire Potot, no consentit à recevoir ce serment qu'à condition que son nouveau collègue ne passerait qu'après luy ». Celui-ci s'étant ensuite présente pour expédier l'audience de la mairie « au devant de t'cghsc de Saint-Jean, lieu accoutumé x, le même procureur, se sentant fort de la présence de nombreux confrères voulut l'empêcher de tenir cette audience, et après quelques démêlés de part et d'autre, M' Joly dut se retirer.

Les notaires décidèrent de se pourvoir au Parlement contre le sirur Gautherin; mais soit que celui ci ait fait amende honorable, soit que l'instance n'ait pas cté engagee, aucune dotibération postérieure ne nous rc\c)e quelle suite eut cette affaire.

La compagnie des notaires n'était pas moins jalouse de son


indépendance que de ses prérogatives, et nous la voyons, le 24 mars 1786, refuser d'aller en corps complimenter M. Reuillon « qui s'installait lieutenant général et décider fièrement qu'elle n'est point dans cet usage-là. »

Si bons défenseurs de leur dignité, les notaires semuriens ne pouvaient l'être moins de leur réputation de probité et d'honneur. Témoin la delibération suivante

Ce jourd'hui trente un juillet mil sept cent soixante dix neuf, les notaires soussignés s'étant assemblés sur ce qu'ils ont appris que M' Champagne, leur doyen, a été accusé publiquement le jour d'hier d'avoir passé des actes dix jours après la mort des rontractans, ils ont considéré que la conduite d'un notaire doit être sans tache et qu'il importe à l'honneur de la communauté qu'aucun de ses membres ne soit dans le cas d'un pareil reproche, et ont délibéré que ledit Champagne sera tenu de se justifier incessamment de l'accusation dont il vient d'être parlé, à peine d'être pris à ce sujet par la communauté telle autre résolution qu'il conviendra. Délibéré aussy qu'il sera donné communication de la présente audit Me Champagne par M' Maillard, secrétaire de la communauté. L'imputation était calomnieuse, et son auteur dut le reconnaitre et en faire une déclaration notariée qui fut reçue par les notaires Maillard et Magnien, à la date du 24 août 1769. En voici un extrait

Pardevant les conseillers du Roy, notaires à Semur, soussignés, le vingt quatre août mil sept cent soixante neuf, fut présent Me Edme Chargrasse, avocat à la Cour, demeurant audit Semur. Lequel a déclaré.

Que s'étant trouvé au jeu de l'arcbuse le trente juillet dernier et ayant eu une difïicutté (au sujet d'affaires) avec le sieur Champagne, dans la chaleur de la dispute et trompé par l'erreur du greffier qui a expédié l'acte de tutelle des enfants de Edme Aubry, vigneron audit Semur (dans ladite expédition il est dit que la tutelle a été faite le six février 1754), il imputa au sieur Champagne d'avoir passé le douze du même mois une obligation où il est énoncé que ledit Aubry était présent, et, par conséquent, l'avoir déclaré présent six jours après sa mort que l'erreur du sieur Ruelle, greffier, se trouve reconnue en ce que, dans la vérité, ce n'est que le seize qu'a été faite la tutelle de ses enfants et non le six qu'il a fait cette imputation


au sieur Champagne en présence d'un grand nombre de personnes et par esprit de vengeance qu'il la reconnait injurieuse et qu'il est fâché de lui avoir fait cette fausse imputation, qu'il lui en demande pardon et le prie de l'excuser et de ne garder aucun ressentiment de tout ce qui s'est passé, et qu'il est prêt à lui déclarer publiquement, à la première assemblée qui se fera au jeu de l'arcbuse, qu'il reconnait ledit sieur Champagne pour homme de bien, incapable do prévariquer dans son ministère, n'ayant jamais donné lieu de penser autrement.

Cet acte de rétractation ne fut transcrit au registre des délibérations qu'à la date du 3 novembre 1783, après la mort de M' Champagne et à la dcrr.ande de sa veuve et de ses enfants. En l'accueillant, la communauté déclare

Que cet ancien confrère, dont l'honneur et la probité n'ont jamais souffert la moindre atteinte, s'est parfaitement justifié de l'accusation calomnieuse du sieur Chu'grassc. ce qu'elle se serait empressée il y a longtemps de rendre par ses registres, audit sieur Champagne la justice qui lui était duo, s'il n'avait pas constamment persisté pendant sa vie à exiger que la délibération du 31 juillet 1769, portant qu'il se justifierait, fut batonnée et rayée, ce qui était irré-' gulier.

Une préoccupation bien grave aussi que révèle chez les notaires semuriens leur livre de délibérations, est celle de se défendre autant qu'ils le pouvaient contre les incessants impôts dont ils étaient frappés sous la forme de rattachement à leurs charges do fonctions créées souvent dans le seul but de remplir les coffres du trésor royal vides par les guerres. Quand ces impôts déguises étaient trop lourds ou par trop disproportionnés, les notaires ne se trouvaient pas en mesure do les acquitter, et des garnisaires venaient s'etablir chez leur syndic jusqu'à, ce que par des démarches auprès de < Monseigneur l'Intendant do Bourgogne o, ils eussent obtenu une modération de ces taxes et que, recourant à l'emprunt, Us eussent réuni les sommes nécessaires pour les payer. C'est ainsi que sont relatés divers contrats d'emprunt, notamment envers les Dames Ursulcs de Semur et divers particuliers.

Comme documents intéressants, je signalerai encore


1° La formule invariable par laquelle sont mentionnées au registre les entrées dans la compagnie des nouveaux notaires voici par exemple celle qui nous fait connaître la nomination do Me Guy Bruzard

Le mercredy vingt-huit novembre 1725, M' Guy Bruzard, fils de M. Bruzard, bourgeois, demeurant à Marigny, a été reçu en l'office de M' Guy Galluet. après avoir rendu visite à la communauté, luy avoir communiqué ses provisions, demandé son approbation, l'honneur de son amitié, promis d'exécuter les statuts et règlements politiques de ladite communauté, d'entrer dans les dettes d'iceUe et de payer pour tous droits et frais de réception le service de saint Luc prochain. En foi de quoy il s'est soussigné avec nous en la maison de M* Denis Seguin, notre doyen.

2° Un bail entre les notaires et les Capucins de Semur. Les notaires soussignés ce jourd'huy quatorze mai mil sept cent soixante onze, assemblés dans la salle des révérends P. Capucins ont fait la convention suivante avec lesd. révérends pères, représentés par le révérend père Ignace, leur gardien, et autres soussignés

Savoir que led. Père Ignace a donné à la communauté des notaires de Semur à titre de bail à loyer pour autant de tems qu'il plaira auxdits révérends pères Capucins et à lad. communauté des notaires, une salle voûtée qui est la première dans le fond en entrant, qui a son aspect sur le grand jardin, le petit jardin à côté appartenant au pcro gardien, avec le droit en toms de froidures d'usage de la salle a manger a coté de lad. salle pour y faire du feu, dont le bois sera fourni par lesdits notaires et une place au fond du corridor à cotté de lad. Chambre pour y placer une ou deux voitures de bois, ensemble, la permission de faire poser des rayons aussi aux frais desd. notaires et une serrure à deux clefs et des barreaux à la croisée et en cas de résolution de la présente convention, il sera libre aux notaires de reprendre lesdits rayons, ferrures, clefs, barreaux et généralement tout ce qu'ils auront fait faire, et au moyen de tout ce que dessus lesd. soussignés notaires s'obhgcntdepayerpar chacun an aux RR. PP. Capucins la somme de virgt quatre livres, à commencer le premier paiement d'aujourd huy en un an, et ainsi continuer d'année en année jusqu'à fin de jouissance, tems auquel ils repareront toutes les déterriorations qui pourraient être faittes.


Au pied de cette convention sont les signatures F. Ignace câp. gardien, f. Romain câp., f. Barthelemy de Ternay câp. vie., Champagne, Magnien, Cosseret, Perreau, Potier, Rémond, Compagnot et Maillard, notaires.

Jusqu'alors les notaires s'étaient assemblés dans la maison de leur doyen ou de leur syndic. A partir de cette date et pendant un certain temps leurs réunions eurent lieu dans la salle louée par eux au couvent des Capucins, devenu depuis le collège de Semur.

Je signalerai encore une délibération du 22 février 1779, allouant à un sieur de la Platrière qui a travaille pendant plusieurs années dans le notariat dans diverses villes un secours de 12 livres pour l'aider à se rendre à sa destination. Nous arrivons, Messieurs, aux dernières pages du registre, qui portent les dates de 1788 et 1789.

Les Etat généraux vont être convoqués cette convocation devient la grande préoccupation de la France tout entière. « Au mois de novembre 1787, le roi a déclaré qu'il convoquerait les Etats généraux. Le 5 juillet 1788, il demanda à tous les corps et personnes compétentes des mémoires à ce sujet; le 8 août il fixe la date de la tenue. Le 5 octobre il convoque les notables pour en délibérer entre eux. » (Taine. Les o;îgines de la France contemporaine).

Le 22 décembre 1788 la communauté s'assemble chez M' Potier, son syndic « au sujet de l'invitation qui lui a été « faite par la municipalité de se trouver à l'assemblée de la « commune qui doit avoir lieu mercredy prochain (au cloître « Notre-Dame, lieu ordinaire de ses réunions) pour y délibérer « sur la représentation du Tiers-Etat aux prochains Etats généraux.

« Sur quoy, après en avoir conféré, la communauté a député « Me Potier, syndic, et M" Maillard, pour assister à ladite < assemblée de la Commune et y porter le vœu de la communauté des notaires qui est que

« Les députés du Tiers-Etat seront choisis librement « dans leur ordre par leurs pairs

« 2° Que lesdits députés du Tiers-Etat seront en nombre « égal à ceux du clergé et de la noblesse réunis;


a 3" Qu'il sera voté par tête et non par ordre

« Et que dans le cas où les Etats de la province seraient « convoqués avant la réunion des Etats généraux le TtersEtat y sera représenté dans la forme sollicitée pour les « Etats généraux.

« Le 18 janvier )789, nouvelle réunion, où Me Potier, syn« die, expose qu'il a reçu aujourd'liuy, à trois heures après midi du syndic des avocats de cette ville une invitation pour se trouver à une assemblée qu'ils doivent tenir demain à « 9 heures du matin, à l'effet d'y deHberer sur des affaires im« portantes qui intéressent )e Tiers-Etat.

« Qu'il y a apparence et qu'il a été informe que cotte assemblee des avocats de Semur a pour objet la lettre et la déliberation des avocats de Di;on (sur la représentation du « Tiers-Etat, la convocation des Etats provinciaux et le « mode de scrutin) et qu'on y doit proposer de présentes « requêtes aux officiers municipaux de cette ville pour assem« bler la commune, afin do prendre en considération ce qui a « été arrête par la délibération de Dijon. »

Deux membres de la compagnie sont deputés à cette réunion « et à toutes autres que les circonstances pourront occasionner s pour déclarer qu'ils adhérent à la délibération des avocats de Dijon, et qu'il convient de présenter requête au roi pour.que les Etats provinciaux soient convoqués dans telle ville qu'il lui plaira choisir.

Il y a je no sais quoi de Sévreux dans ces délibérations. Tenu jusqu'alors à l'ecart de toute politique, sans aucune action sur le gouvernement du Royaume, le Tiers-Etat se sent tout à coup devenir un des pouvoirs de l'Etat, et le plus puissant de tous, puisque sa représentaton égale en nombre celles réunies des deux autres ordres et que le vote a lieu par tête, comme il l'a demandé. II prend conscience de son importance, il se l'exagère même parfois.

Les no'aires semuriens n'echappent pas à cette influence. N'est ce pas l'impression qui se dégage de cette dernière délibération que je vais i apporter pour terminer cette étude ? P

« Ce-jourd'huy trois aoust mil sept cent quatre vingt neuf,


« la communauté assemblée chez le sieur Perreau, pour l'ab« sence du syndic, après que lecture a été faite du billet à elle «adressé par M. Demontbelliard, commandant de la milice « bourgeoise de cette ville, relativement à la réunion do tous « les ordres, elle a arrête d'une voix unanime qu'elant bien « assurée de la sincérité du vœu que la noblesse vient de manifester, elle ne pouvait concourir trop tôt à cette réunion si vivement désirée. En conséquence, elle a nomme M* Theureau, l'un des soussignés, pour manifester le vœu « de la communauté tant au comité de la milice bourgeoise <' que partout où besoin sera, lui donnant tout pouvoir de « consentir la réunion de tous les ordres et de l'accepter. » J'ai fini, Messieurs~et en vous remerciant de votre attention bienveillante, dont je crains d'avoir abusé, je m'estimerai heureux si j'ai pu vous intéresser un peu aux vies modestes, mais loyales, de mes confrères d'autrefois (1).

HUGUENET,

notaire a. Semur.

(1) Plusieurs délibérations que les limites restreintes de cette étude ne m'ont pas permis de relater, établissent le fait intéressant de l'existence de rapports entre les diverses compagnies de notaires du Royaume, pour la défense de leurs intérêts communs.

En septembre 1715, les notaires de Lyon écrivent à leurs confrères de Dijon « On se persuade qu'en se donnant quelque mouvement, on pourrait obtenir la suppression du controle et insinuation de nos actes. Nous estimons qu'il serait à propos que MM. les notaires du Royaume fussent d'intelligence pour présenter par un même placet leurs humbles remontrances à ce sujet.

Si ce party vous convenoit, messieurs, ayez la bonté de députer l'un de vous pour toute votre province et généralité. Nous écrivons pareillement à MM. nos confrères du Royaume des villes capitalles de chaque province et généralité pour qu'iis fassent de même. On vous marquera, le rendezvous pour le jour et l'endroit un MM. nos députés devront se trouver à Paris. »

Les notaires de Dijon transmettent cette lettre aux notaires de Semur en leur demandant de participer aux frais de l'envoi du député, et à leur tour ceux-ci invitent leurs confrères du baillage à se joindre a eux. (Uéhhération du 5 octobre tit5.)


ETUDE HISTORIQUE ET ÉTYMOLOGIQUE

DES

NOMS DE LIEUX HABITÉS VILLES, VILLAGES ET PRINCIPAUX HAMEAUX

DU

n

DÉPARTEMENT DE LA CÔTE-D'OR

PRÉFACE

I] est bien peu de personnes qui ne s'intéressent aux questions d'étymologie des noms de lieux habités. Savoir quelle est l'origine et le sens de tel ou tel nom de ville, de village, de hameau, d'écart et même de lieu-dit, est un problème que bien peu d'entre nous n'aient eu la curiosité do chercher à résoudre.

Mais le problème n'est pas, comme on le croit trop généralement, de curiosité pure. Tl intéresse à un très haut degré l'Histoire, non seulement l'Histoire locale, mais aussi, et dans une large mesure, l'Histoire générale.

Pour ce qui est de l'Histoire locale, les noms de lieux habités, qui d'ordinaire remontent à l'établissement même du village ou du hameau, sont parmi les souvenirs les plus anciens qu'aient pu laisser les premiers habitants de ialocahté. Souvent ces noms nous fournissent des indications précises, qu'en leur absence rien ne saurait suppléer, sur le genre de vie, sur les mœurs, sur la religion, sur l'industrie de ces tout premiers habitants. Rien, par exemple, si ce n'est Fétudo du nom du village, ne saurait nous apprendre qu'Izeure, au canton de Genlis, est une ancienne forteresse gauloise. Le nom seul de Menesbles, au canton de Recey, suffit, à qui l'étudie, pour savoir qu'en ce lieu était à l'époque romaine un temple dédié à la déesse Minerve. Les formes anciennes du nom du village de Salmaise, au canton de Flavigny, nous apprennent qu'il y a eu là, à l'époque romaine, une de ces colonies d'auxiliaires Sarmates dont il est parlé dans les textes


contemporains. Le vocable de la petite ville de Flavigny nous apprend qu'un nommé Flavinius a été soit le fondateur, soit au moins l'un des propriétaires de la villa gallo-romaine fondée en ce lieu. Enfin le nom de Molinot, au canton de Nolay, est un témoin de l'industrie du meunier à l'époque lointaine où ce village s'est formé.

A l'Histoire générale, les noms de lieux habités fournissent des documents de haute importance sur les migrations des peuples qui ont occupé notre sol. Pour cette époque incertaine et mal connue qui sépare les temps préhistoriques des temps historiques et pour laquelle on n'a que peu ou pas de documents écrits, les noms de localités sont, comme nous le verrons plus loin, des traces précieuses du passage et du séjour des peuples anciens et là où les textes manquent entièrement, ils peuvent encore fournir, à l'historien des premiers âges de l'humanité, quelques indications sur l'origine, sur la race, sur i'industde, sur la religion, sur la langue même des populations primitives qui furent nos ancêtres. L'étude étymologique des noms de lieux est donc une étude à la fois attrayante et importante. Pour les pays de langue française, elle a donné lieu à d'assez nombreux travaux mais généralement ce ne sont guère que des notes éparses, qu'on retrouve assez difficilement dans les Recueils publiés par les Sociétés savantes, et où fréquemment l'absence de méthode, de documentation précise, le manque de connaissances générales et aussi la fantaisie individuelle ont conduit à des résultats incomplets ou erronés.

A notre connaissance, en dehors des ouvrages de Houzé (1), de Quicherat (2) et d'Hippolyte Cocheris (3), qui ne sont déjà plus tout récents, les seuls travaux d'ensemble sur ces questions, ceux d'ailleurs qui font le plus autorité en la matière, sont ceux de M. d'Arbois de Jubainville (4) et ceux de M. Longnon (5).

M. Longnon expose le résultat de ses recherches personnelles dans le Cours qu'il professe à l'Ecole des Ilautes-Etudes, à Paris. On y trouve, à côté d'intéressantes vues d'ensemble sur la toponomastique de notre pays, une critique attentive et détaillée du document, une prudence dans le raisonnement, une précision dans la (1) Houzé. études Sur la signification des noms de lieux en France. 1864.

(21 Quicherat De la (onnahon française des anciens noms de lieu, Pans, 1861. (3) H. Cochet 19. Origine et formation des notMa lieux.

(4) D'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de la vropriélé foncière et des tio~ns de lieux (4) D'Arbois de JubatuvtHe. ~c~te e~ jMf ~orf~/tt* ~ro~r)e~/onct'ër< ~cs ~tft~ cft h'etf~ Aa~tt~ <n fVos~, Paru, 1890. Z. ~femte~ AfJ~ffjH~ de /Mro~e, 2 vol., paria, 1889-1894. (5) Lotigtion. Mémoires divers dans la Revue celtique, passim Cou? s prolessés au Collige de Fr<Mf< t< < t'FM/t t<M .Hf)t(;M-~<)«<M. Cm~r~Mt fft <t) Ca;<te au !tMt. – /t;~t ~MtcFranre et d !'Eeole des Hautes-Etudes. Géographle de la Gaule au VI° siècle. Atlas htsto- '')'}«! <<t h France, 1683.


méthode, qui sont toutes scientifiques, et grâce auxquelles ceux qui marchent à sa suite sur ce terrain éminemment mouvant des ëtymologies arrivent néanmoins à avoir souvent la sensation d'un sol solide sous leurs pas.

Ayant eu l'heureuse fortune de pouvoir suivre, pendant plusieurs années, les savantes leçons de M. le professeur Longnon, nous avons pensé faire œuvre utile en appliquant la méthode et le plan de ce remarquable Enseignement à l'étude étymologique des noms do localités du département de la Côte-d'Or (1).

La méthode employée consiste à rechercher pour chaque nom de localité les formes les plus anciennes que l'on connaisse (2), et à s'appuyer do préférence sur elles pour tenter de démêler la structure du vocable, son origine ethnique, son mode de formation et sa signification.

La première difficulté qu'on rencontre est d'appliquer aux localités modernes les formes anciennes qui leur correspondent effectivement. Souvent ces formes anciennes sont si différentes des noms actuels qu'il y a difficulté sérieuse à faire l'identification; d'autre part, il faut aussi se garder d'identifier deux vocables ayant un certain air de parenté, mais où la ressemblance n'est que purement fortuite. Pour qu'on puisse appliquer avec certitude une forme ancienne à une iocatité déterminée, il faut d'abord que, par son contexte, le document qui l'a fournie (inscription lapidaire, manuscrits anciens, chartes, etc.) permette cette attribution. Il faut ensuite que la dérivation soit phonétiquement possible, c'est-à-dire qu'on puisse passer de cette forme ancienne au vocable actuel sans heurter aucune des lois phonétiques aujourd'hui bien connues qui, dans le cours des siècles, ont présidé aux transformations du langage. Cette double condition est nécessaire et, dans la presque unanimité des cas, suffisante elle sera notre base de travail. En conséquence, nous rejetterons comme inexactes ou inexactement attribuées les formes anciennes qui n'y satisfont pas (3). (1) En ce moment même, pendant l'année scolaire 1900-1901, à l'une des conférences de 1 Ecole pratique des Hautes-Etudes, l'un de nous expose, sous la haute direction de M. Longuon. les pmncyaux resultats de nos recherches. Ce sont ces resultats, rectifies et souvent amendes par M Longnon, qui font l'objet de la présente publication.

elles ont en gênerai conserve que peu formes pur le thème primitif, sont néanmoins, on car elles ont en géneral conserve a peu près pur le theme primitif parfois, neanmoma, ou voit reparaître à une époque plus tardive une forme voisine de ce thème primitif, qui est alors d'un grand secours a l'etymologiste. Les formes plus récentes sont surtout utiles pour suivre l'évolution du vocable vers son etat actuel.

(3) Malgré tout le som apporté par M. Joseph Garnier dans sa Nomenclature historiqut A la C~f-fOr, quelques erreurs de cet ordre se sont glissées dans son excellent travail nous les rectifierons à l'occasion.


Ayant en mains les formes anciennes qui peuvent être attribuées sûrement à un nom de localité, on les analyse, on les dissèque pour ainsi dire. Si le vocable et c'est le cas le plus fréquent est un mot composé ou sufBxé, on cherche à en déterminer les éléments constituants, on essaie de reconnaître leur origine ethnique et enfin, autant que possible, on tâche de pénétrer to sens du vocable dont on a ainsi élucidé la structure.

Dans cette besogne, qui est délicate et difficile, car on n'y peut guère procéder que par induction, on est fort heureusement aidé par la comparaison avec des vocables analogues appartenant à la même famille toponomastique. A la suite des recherches effectuées sur un grand nombre de vocables topographiques, les savants ont reconnu, en effet, que ces noms peuvent être rangés en groupes, sous-groupes ou familles, tous les noms d'une même famille possédant des caractères communs et s'éclairant mutuellement quant à leur étymologie.

Pour expliquer ce qu'il faut entendre par là, nous prendrons comme exemple les noms d'origine celtique; on range dans une première série tous ceux d'entre eux qui sont des composés df deux termes; et, dans cette série, on groupe ensemble tous ceux qui ont pour second terme le mot gaulois latinisé durum on a ainsi une famille toponomastique bien définie et nettement limitée celle des noms celtiques composés dont le second terme est durum. Or, les divers vocables d'une telle famille ont des propriétés communes, qu'ils tiennent de leur finale identique généralement précédée d'un o. On sait, en effet, que la finale -odurum n'a pas évolué d'une façon quelconque dans la suite des siècles. La forme odurum de l'époque romaine a fait place, à l'époque mérovingienne, à la forme -odorum et celle-ci à la forme basse -odrum puis cette dernière a donné successivement en français -orre, puis -eurre; qui luimême vers le xnr siècle s'est parfois atténué en -erre. Il en résulte que si l'on se trouve en présence d'une forme latine en -odurum, -odorum ou -odrtim, ou d'une forme vieux-français en -orre, -ore, -eu?'re, -eure, ou enfin d'une forme moderne présentant l'une ou l'autre de ces finales ou une de leurs variantes authentiques, on sera tout naturellement conduit à y voir un primitif d'origine celtique en -odurum, formé par la combinaison du mot durum avec un autre nom. Une fois l'attention attirée sur ce point, le problème est en partie résolu.

Enfin, lorsqu'on étudie des noms do localités pour lesquels les formes anciennes sont insufïisantes (notamment lorsqu'elles sont trop récentes), on peut trouver un précieux secours en s'adressant


aux localités homonymes qui figurent, avec leurs formes anciennes, dans les Dictionnaires topographiques des Départements. Cette utile collection, en voie de publication à l'heure actuelle, comprend déjà une vingtaine de Départements.

Telles sont les grandes lignes du travail que nous avons cherché à faire pour chacun des noms de communes de la Côte-d'Or et pour quelques-uns des vocables de hameaux dont on connaît des formes anciennes. Pour ce que notre travail renferme d'idées justes, d'étymologies exactes ou simplement vraisemblables, l'honneur revient de droit à notre maître M. Longnon, àquinous sommes entièrement redevables de notre initiation à des études aussi spéciales et aussi délicates. En particulier, tes considérations générales que nous développons en tête de chaque famille onomastique sont tirées pour la plus grande part du Cours même de M. Longnon, et nous sommes heureux de le remercier ici d'avoir bien voulu nous autoriser à les reproduire. Quant au reste, le lecteur voudra bien nous laisser la responsabilité des inexactitudes que notre travail pourra comporter.

Il ne faut pas s'attendre à trouver ici l'étymologie de tous les noms de communes de la Côte-d'Or personne d'ailleurs, croyonsnous, n'est à même de prétendre à un tel résultat pour quelque département que ce soit. Pour une partie des vocables des 717 communes que compte notre département, nous serons en mesure de donner la solution exacte du problème étymologique. Pour une autre partie, nous n'arriverons qu'à une probabilité, dont le degré, selon les cas, variera dans une assez large mesure. Pour une dernière catégorie enfin, nous devrons avouer notre ignorance complète ou à peu près.

Envue de la recherche des formesanciennes, nous avons largement usé de l'excellent livre de M. Joseph Garnier Nomenclature historique des communes, hameaux, ('car<s, lieux détruits, cours d'eau et montagnes du département de la Côte-d'Or, Dijon, 1869 (paru aussi dans l'Annuaire départemental de la Côte d'Or en 1860, 1861 et 1862). Mais nous avons cherché à contrôler nous-mêmes et à compléter les indications qu'il fournit. Nous avons dans ce but compulsé en particulier les ouvrages de Pérard (!), de Dom Plancher (2), auxquels M. J. Garnier a fait de nombreux emprunts sans toutefois les utiliser complètement. Nous avons passé en revue la Chronique (t) fërar<t.Mt<ci/<<e~K«M'<MMffMMn<te''t«')-~ à l'Histoire de Bourgogne, p*rit, 1664. (9) Dom PtMcher. ~H<M're du ~KcM de Bourgogne.


de Saint-Bénigne (1) et la Chronique de Bèze (2). Nous avons tiré du Cartulaire de !~gfHse d'Autun, publié par M. de Charmasse (3), un assez grand nombre de formes intéressantes, que M. J. Garnier n'avait pu donner dans sa Nomenclature, puisque ce cartulaire n'avait pas encore paru à cette époque. Nous avons enfin pu parcourir le Ca~u!atre de Molesmes, commenté et complété par M. Jacques Laurent, d'après les manuscrits de la Bibliothèque de Dijon (4). On remarquera que la plupart des sources auxquelles sont empruntées les formes anciennes des vocables géographiques sont des documents fournis par les monastères. Parmi ces documents, les uns, titres de propriété réunis dans les Cartulaires, fournissent des formes dont ta date est exactement fixée par ta date de l'acte luimême. Les autres (Chroniques, 77tS/0!'res, etc), sont des relations d'événements anciens rédigées à une époque postérieure dans ce dernier cas, on ne doit pas considérer les formes produites comme ayant l'âge même des faits à propos desquels elles sont citées. Si, en effet, le chroniqueur a parfois gardé intactes les formes anciennes rencontrées dans les parchemins qu'il avait sous les yeux, le plus souvent il leur a imposé la physionomie et la graphie qui avaient cours de son temps. Ainsi la C/u'OM'que de Saint-Bénigne, qui rapporte des événements écoulés depuis la fondation de l'abbaye à Dijon vers 511, a été écrite dans la première moité du xi" siècle. De même la Chronique de Béze, rappelant le passé de l'abbaye fondée à Bèze en 630, a été composée par un religieux de cette abbaye vers le commencement du xn' siècle.

Dans le cours de notre travail, nous donnerons, en regard des formes anciennes puisées dans ces deux Chroniques, la date qui s'y trouve indiquée mais il est bien entendu que cette date s'applique aux faits qui y sont rapportés et que les formes citées ne sont pas forcément aussi anciennes. Elles sont, nous le répétons, en général postérieures, et, le plus souvent peut-être, contemporaines du chroniqueur.

Aux formes anciennes, nous avons ajouté, quand il y a lieu, suivant en cela M. J. Garnier, certaines formes modernes intéressantes, en particulier les vocables qui, à l'époque de la Révolution, remplacèrent pendant quelque temps les noms jusquo-Ià en usage. (1) Chronique t~ StJt~-Bent~tf, ëfhtée par M. l'abbé Bougaud, Dtjon, 1875. (2) Chronique de Bf;e, éditée par M. Joseph Garnier, Dijon, 1875.

(3) De Charmasse. Cartulaire ~c ~~M ~u~M.

f4) Le C~M/f!)fe de A/o/e~'f~ a fait l'objet tl'une thèse de l'Ecole dctt Chartes, encore incdtte, par M. J. Laurent, auquel nous adressons nos plus vifs remeiciements pour l'obligeance avee laquelle il nous a permis de compulser son précieux travail.


Nous avons cité aussi, chaque fois que le fait nous a paru digne d'être signalé, la forme patoise de certains noms de villages. Le patois bourguignon a, en effet, conservé intactes quelques formes médiévales (1), et, dans ce cas, le nom patois actuel se trouve être, non pas comme on le croit généralement, une déformation du nom français, mais bien une survivance du vocahle ancien. Savoir, par exemple, que l'ancienne Muter~a, localité du canton de Recey devenue en français Menesbtcs, est encore aujourd'hui appelée en patois bourguignon « M'nève » ou « Mnevre », où le v étymologique est parfaitement conservé, c'est là, nous semble-t-il, une observation linguistique digne d'être notée.

Ouvrages consultés, en dehors de ceux dont il vient d'être parlé LONGNON. Cours professés au Collège deffa)tcee<à<'Eco!e des 7/au~es Etudes. Mémoires divers dans la Revue celtique. D'ARBOU DE JuBAiNVtLLE. Recherches sur l'origine de la propriété /bnct6)'e et des noms de lieux habités en France, Paris, 1890. Les premiers habitants de ~Europe, 2 vol. Paris, 1889-1894. DUCANGE G!ossa)'tM)Tt medtas e< tM/:)T:ae ~a<t)tt<a/ts, édit. Hensche), 1840-1857.

HOLDER Trésor de l'ancienne langue celtique, en allemand (en cours de publication).

Abbé Ph. GARNtER..Essais sur les étymologies des noms des villes et des villages de la Côte-d'Or, 2° édit., Dijon.

DE CHAMBURE. Glossaire du Moruan, Paris, Autun, 1878. DARMESTETER. Grammaire historique de la langue française, 4 volumes, Paris.

BRACHET. Dictionnaire étymologique de la Langue française, 2t' édition.

BRUNOT. Précis de pramma~e historique de la Langue française, Paris, 189H.

LtTTRÉ. Dictionnaire de la Langue /'ra?tçatse. Paris, 1889. HATZFELD, OARMESTETER ET THOMAS. Dictionnaire ~ë?të)'at de la Langue française. Paris, 1900.

Dictionnaire des Postes et Telégraphes.

(1) AM<)~<, qui <e rapporte au moyen-Age.


INTRODUCTION

GÉNÉRALITÉS ETHNOGRAPHIQUES

Nous établirons d'abord dans notre étude, suivant en cela le plan de M. Longnon, de grandes coupes basées sur les nationalités qui se sont superposées sur notre sol, en ce sens que nous essayerons de rattacher successivement à chacun de ces peuples, en allant des plus anciens aux derniers venus, la part qui lui revient dans la formation des noms de lieux, c'est-à-diro les vocables qui ont leur source dans sa langue et qui sont parvenus jusqu'à nous. Aussi croyons-nous devoir rappeler ici, sur l'ethnologie de la France, des notions qui ne sont peut-être pas familières à tous nos lecteurs, et dont la connaissance nous parait nécessaire à la clarté, à la facile compréhension de notre travail.

Les nations qui peuplent l'Europe actuellement n'ont pas toujours occupé le sol où nous les voyons aujourd'hui; les documents que l'antiquité nous a transmis, joints à ceux que l'anthropologie a reconstitués, ont permis aux savants d'édifier une conception d'ensemble, sinon inattaquable et définitive, au moins satisfaisante dans l'état actuel de nos connaissances, sur les migrations de ces populations et leur point de départ.

La théorie dite de la famille indo-européenne ou aryenne voit dans les peuples de l'Europe les membres aujourd'hui dispersés et individualisés d'un tronc commun au début, d'une population primitivement une, groupée dans une même contrée située aux confins de l'Europe et de l'Asie, entre la mer Caspienne et le massif asiatique central des montagnes du Pamir. Cette nation, ou, si l'on veut, cet ensemble de populations sœurs ayant une même langue, une même religion, les mêmes coutumes, se dissocia successivement par l'ébranlement, le départ, à des époques différentes, de fractions dont les unes prirent le chemin du sud-est et allèrent couvrir t'Hindoustan (rameau indique), les autres s'acheminèrent vers l'Europe (rameau européen). Celles-ci parcoururent deux voies principales dans cette partie du monde. A partir des bords de la mer Noire, un courant longea la vallée du Danube, tandis qu'un autre, remontant le cours du Volga, alla aborder aux rives de la Baltique, puis côtoyant ces rives et celles de la mer du Nord, poursuivit sa marche vers l'ouest, vers l'Océan. Pendant la longue durée de ces migrations, dont une partie des hordes peuplait les régions parcourues, tandis que le reste continuait à se déplacer, les populations ainsi séparées perdirent plus ou moins les liens communs qui les unis-


saient à l'origine, se différencièrent plus ou moins complètement en modifiant leurs mœurs, leur religion, leur langue, leur outillage, leur armement, et prirent une physionomie propre à chacune, un ensemble de caractères spéciaux qui créa les nationalités, à tel point que des populations aussi rapprochées que possible à tous égards, telles que les Gaulois et les Germains, devinrent un jour, la rivalité d'intérêts aidant, des peuples ennemis. Toutefois des caractères généraux persistaient encore assez visibles et assez nombreux à l'époque historique pour que la science moderne ait pu, en recueillant et réunissant ces traits communs à tous, édifier l'hypothèse d'une famille « indo-européenne » comprenant comme éléments principaux les Hellènes, les Italiotes, les Ligures, les Gaulois, les Germains, les Slaves. C'est surtout l'étude comparée des langues qui a servi de base à cette hypothèse, et qui, en nous livrant le patrimoine commun formé des mots usités avant la dislocation de la souche primitive et par suite te nombre et la nature des choses nommées et connues, nous a fixés sur le mode de vie, le degré de civilisation do la population mère. Insistons-y, les langues des nations indoeuropéennes, le sanscrit, le grec, le latin, les dialectes celtiques, les vieux idiomes germains, slaves, lithuaniens, présentent de grandes analogies dans les mots ou les radicaux des mots d'usage courant, tels que ceux que pouvait employer l'homme simple, peu avancé en civilisation, de la souche aryenne primitive, mots relatifs par exemple à l'habitation, aux troupeaux, à la chasse, à la nourriture, à la famille, aux qualités des êtres animés et des choses, etc. Il no faudra donc pas s'étonner lorsque nous emploierons une expression telle que « racine indo-européenne », et lorsque nous rapprocherons certains mots celtiques, allemands, latins et grecs.

Limitons maintenant la question à la France. Les plus vieux écrits grecs pouvant nous éclairer en la matière nous montrent le midi de notre pays occupé par deux peuples qu'ils appellent les Ibères et les Ligures; c'est le Rhône qui sert de frontière entre eux, les Ibères habitant les terres à l'ouest de ce fleuve, les Ligures à l'est.

De ces deux peuples, les Ibères étaient les plus anciens sur notre sol. On ne sait rien de positif sur leur origine. Les uns supposent qu'ils étaient là depuis une époque excessivement reculée, et en font les descendants de cette race, dite de l' « âge de la pierre taillée », dont on a retrouvé les vestiges dans la grotte de la Madeleine, et qu'on nomme magdalénienne. Les autres ne sont pas éloignés de croire que les Ibères sont arrivés par mer en Europe occidentale,


aux temps antéhistoriquos, d'un groupe de vastes iles, d'un continent que les légendes de l'antiquité appellent Atlantide et qui aurait été situé à l'ouestdu détroit de Gibraltar, entre ['Espagne et l'Amérique, continent englouti dans l'Océan depuis plusieurs milliers d'années. En tous cas, on est tenté de les considérer comme préaryens, comme n'étant pas venus de l'est de l'Europe, de cette contrée étendue entre la mer Caspienne et le Pamir, que nous avons dit avoir servi de berceau à la plupart des nations européennes ils ne seraient pas indo-européens, alors que l'étaient les peuples qui vinrent successivement s'abattre sur notre pays, et que nous allons énumérer. Les Ligures furent le premier banc aryen h'storiquement connu qui soit venu s'établir sur le sol qui devait un jour être la France. On ne sait pas au juste s'ils ont pénétré par le nord, en traversant le Rhin, ou par l'est, en traversant la Suisse et les Alpes cette seconde voie est p!us probable. Ils paraissent être survenus à Fâgo du bronze, peut être quinze ou vingt siècles avant notre ère. C'était, tout ptrto à le croire, une race d'hommes petits, hraehycéphates, bruns.

Aux Ligures vinrent se superposer de nouveaux conquérants, les Celtes ou Gaulois (t), venus par la nord, en traversant le Rhin, en deux bancs principaux le premier, croit-on, au vu' siècle avant J. C., le second au iv siècle avant J. C. Eux aussi étaient de la famille indo européenne, mais ils constituaient un type bien différent des Ligures ils étaient de grande taille, dolichocéphales, blonds ils apportaient Je fer: leurs armes et leurs outils étaient faits de ce métal.

Au cours de ces invasions, que devenait la population précédemment maîtresse du sol ? Une partie restait sur place et était subjuguée par l'envahisseur, une autre partie se retirait devant lui. Si bien qu'au temps de César, si les Gaulois occupent et dominent toute la Gaule, les Ibères refoulés au sud-ouest sont encore comme nombre l'élément prédominant entre la Garonne et les Pyrénées, et les Ligures retirés au sud-est constituent la majorité vers les côtes de la Méditerranée, entre la partie inférieure du cours du Rhône et les Alpes, où ils garderont même leur puissance et leur indépendance jusqu'en l'an 121 avant notre ère, date à laquelle ils sont vaincus par les Romains, qui organisent sur la contrée la Province romaine.

Après la défaite de Vercingétorix par César, l'an 52 avant J.-C., la Gaule passe sous de nouveaux maîtres, les TPomams. (I) Nous prendrons Ici ces deux termes comme synonymes, bien qne cette synonymie soit discutable et discutée.


A son tour la puissance romaine s'écrouto sous les coups dos invasions barbares au ve siècle de notre ère; la Gaule devient la conquête des Germains Burgondes, Goths, Francs, pour ne citer que les principaux, qui ressemblent beaucoup aux Gaulois, comme eux sont grands, dolichocéphales, blonds ou roux.

Avec ces derniers venus, auxquels nous pouvons ajouter les Normands, de race scandinave, est close la liste des apport ethniques principaux qu'a reçus notre pays, et c'est d'eux, c'est des Francs, qu'il prend son nom définitif. la France, Francia. C'est de la fusion de ces divers éléments que résulte la France actuelle, mais ils y ont respectivement une part bien inégale.

Jusqu'à ces trente dernières années, nous avons été nourris de cette croyance que c'est aux Gaulois que revient le rôle principal dans la constitution de la nation française, que nous sommes fils des Gaulois. C'est là une erreur qu'il importe de combattre. Au point de vue physique, nous n'avons peut-être pas dans nos veines un vingtième de sang gaulois. Nous avons encore beaucoup moins de sang romain, car le nombre de fonctionnaires et de colons latins que Rome envoya en Gaule fut insignifiant par rapport à la population d'alors. Les Germains ont fourni un contingent beaucoup plus important dans la formation de notre race. Mais la part prépondérante appartient à ces populations en grande partie inconnues qui ont peuplé notre sol depuis le premier âge de la pierre jusqu'à celui du fer, à ces populations anté-gauloises dont l'histoire no nous a gardé que le nom de deux types, les Ibères et les Ligures, et qui, sous la domination gauloise, formaient la masse des habitants, comme leurs descendants la forment encore aujourd'hui. Car les envahisseurs victorieux n'ont été chez nous qu'une minorité, à laquelle son caractère belliqueux, son armemontmeitteur assuraient la suprématie sur une race paisible bien plus nombreuse. Cela est vrai des Gaulois, cela est encore plus vrai des Romains, cela l'est aussi, quoiqu'à un moindre degré, des Germains. Si donc par notre sang nous sommes quelque peu fils des Gaulois, nous le sommes davantage des Germains (au moins pour les deux tiers de la France), nous le sommes surtout de ces couches profondes mal connues, de ces anciennes populations ignorées, antéhistoriques et protohistoriques.

Au point de vue de notre civilisation, ou, pour nous en tenir au point qui nous intéresse plus particulièrement ici, au point de vue de notre langue, il en est tout autrement. Là, nous procédons presque exclusivement du Romain, et de sa langue, le latin. Le Gaulois


ne nous a presque rien laissé, le Germain pas beaucoup plus. H en est à peu près de même en ce qui concerne les noms géographiques. Les peuples antégaulois paraissent pouvoir revendiquer la majorité des noms de montagnes et de cours d'eau mais en fait de lieux habités, il en est bien peu qui remontent jusqu'à eux ce qui s'explique., entre autres causes, par cette raison que de longs siècles nous séparent du temps où ils vivaient en maîtres sur notre sol, et que leurs établissements ont été détruits ou ont changé de nom. Les Gaulois, moins éloignés de nous, mieux connus, nous ont transmis un nombre déjà très appréciable de vocables créés par eux. Mais la majorité des noms de lieux habités est de source romaine. Enfin les Germains ont fourni, au moins dans la moitié septentrionale de la France, un chiffre assez important de ces noms.

Nous suivrons, dans notre travail, l'ordre chronologique suivant

I. PÉRIODE ANTÉ-ROMAINE

II. PÉRIODE ROMAINE

III. PERIODE GERMANIQUE

IV. PÉRIODE FRANÇAISE


Nous classerons les noms de lieux correspondant à la période anté-romaine en trois catégories, suivant leur origine.

A. Origine ibère.

B. Origine ligure.

C. Origine gauloise ou celtique.

Disons tout de suite que la répartition des vocables dans cette classification est loin d'être certaine, absolue. Il est, en effet, diflicile parfois de distinguer si un nom est plutôt gaulois que ligure, étant donné que nous ne savons pour ainsi dire rien de la langue des Ligures, et fort peu de chose de celle des Gaulois. Ajoutons même, pour être plus précis, que nous ne connaissons de la langue des Ligures que les noms géographiques, en particulier les quelques noms de lieuxqu'onpeut leur attribuer avec une certaine vraisemblance. Pour les Gaulois également les noms de lieux habités que nous leur rapportons, mais avec beaucoup plus de probabilité que pour les Ligures, et souvent même avec certitude grâce aux notions léguées par les auteurs anciens, forment un contingent important de ce qu'on possède de leur langue le reste est fourni par les inscriptions, qui nous livrent beaucoup de noms d'hommes, fort utiles d'ailleurs pour l'étude des noms de lieux.

Comme il est des savants qui pensent que la langue des Ligures devait être très voisine de celle des Gaulois (hypothèse assez légitime, puisqu'il s'agit de deux membres de la famille indo européenne qui se sont détachés du tronc commun l'un après l'autre, qui ont opéré des migrations analogues, se retrouvant au cours de ces migrations et à leur point terminus), il est possible que certains vocables que nous classerons comme gaulois aient été ligures en réalité. Faisons en outre remarquer qu'en pariant de noms d'origine soit ibère, soit ligure, soit celtique, nous voulons seulement dire: noms dérivés de la langue de ces peuples mais nous n'entendons nullement impliquer que les noms en question et les localités qui les portent aient toujours été créés par les Ibères, par les Ligures, par les Gaulois aux temps où ils étaient les maîtres du sol. Voici ce


que nous pouvons avancer, pour ne pas nous en tenir à un énoncé trop vague.

La plupart des lieux habités qui portent un vocable d'origine celtique ont été réellement fondés par les Gaulois au temps de leur domination, ou tout au moins dans le siècle qui a suivi leur soumission, siècle pendant lequel la nationalité gauloise conserva jusqu'à un certain point (à un degré qui allait d'ailleurs chaque jour s'affaiblissant), conserva, disons-nous, sinon de nom, au moins de fait, une individualité en tant que coutumes et que langue. Il en est tout autrement des vocables dits d'origine ibère. Les quelques noms do lieux quo la langue ibère parait avoir laissés par la France, tels que Arligue, Chaume, Gar?'t~ue, Serre, Sat'g~e, ne remontent très probablement pas aux temps si lointains où cette langue était celle de notre pays. Ces noms sont des substantifs communs de l'idiôme ibère, qui sont restés dans le langage courant de la population mélangée résultant des envahissements successifs; ils ont ainsi survécu jusqu'à une époque plus ou moins tardive, parfois jusqu'à nos jours, comme il en est par exemple pour le mot « chaume Ils ont donc pu être choisis comme vocables géographiques à une période quelconque, même assez récente, tant qu'ils ont été usités dans le parler du pays.

En ce qui concerne les Ligures, qui par ordre d'ancienneté se placent entre les Ibères et les Gaulois, nous pouvons proposer une opinion intermédiaire entre celles formulées à propos de leurs prédécesseurs et de leurs successeurs. Ils ont pu fonder et dénommer au temps où ils exerçaient leur puissance sur les contrées où nous retrouvons aujourd'hui ces vocables, une partie des localités dont on attribue les noms à leur langue mais une autre partie n'a certainement été créée que plus tard, à l'époque gauloise, à l'époque romaine, et, peut-être même, postérieurement. En raison de la parenté probable de la langue des Ligures avec celle des Gaulois, en raison aussi de ce que les premiers étaient et restèrent plus nombreux que leurs conquérants, des mots, en quantité inconnue, et même des procédés grammaticaux de l'idiôme ligure (tel celui de la dérivation à l'aide du suffixe oscMS, comme nous le verrons plus loin), se sont perpétués, cela est certain, jusqu'au cours de l'époque romaine.

Telles sont les réflexions que nous avons cru bon d'émettre au sujet de l'époque do création des lieux habités et de celle de leurs vocables, pour établir une notion sur laquelle nous ne craindrons pas, d'ailleurs, de revenir à l'occasion.


CHAPITRE PHE5HER

NOMS D'ORIGINE IBÈRE

A dire vrai, on ne sait rien de la langue des Ibères, qui ont occupé à une époque très reculée une partie de la France actueHe, peutêtre la plus grande partie, sinon la totalité, sans qu'on puisse indiquer toutefois, même approximativement, avec une base d'informations sérieuses, quelle fut au nord la limite de leur extension. La seule notion certaine sur leur répartition en France, c'est qu'ils étaient encore, au temps de César, prédominants dans le bassin de la Garonne, au sud de ce fleuve. Assez communément on croit retrouver dans l'idiome basque ou euscara une survivance de leur langue ajoutons toutefois que cette opinion n'est pas admise par certains savants autorisés. Serait elle exacte d'ailleurs, qu'il faudrait bien admettre que le basque, en se modifiant à travers des temps aussi pro'ongés et subissant l'invasion des langues étrangères, est aujourd hui forcément bien différent du parler primitif. Ce qui est vrai, c'est que la grammaire de l'euscara a un cachet très antique, que cet idiome agglutinant est entièrement distinct et fort éloigné des langues indo-européennes.

On pense devoir rapporter à la langue des Ibères quelques appellations topographiques qui peuvent se rencontrer çà et là par toute la France, mais qui sont généralement plus spéciales aux départements aquitains. Ces termes auraient été des substantifs communs dans la langue en question il se trouve qu'ils ont persisté comme tels dans les parlers locaux, sans doute avec la signification qu'ils avaient au début et qui nous a été ainsi conservée.

Trois de ces noms seulement intéressent notre département.

1. CALMIS

Un mot probablement ibère, conservé en espagnol sous la forme calma, plateau désert ou pâturage élevé, doit être considéré comme identique aux calma et calmis des textes bas-latins (1). Bien qu'on ait latinisé le plus souvent calma, la forme primitive, d'après M. Longnon, est calmis (au plur. calmes). Calmis a donné, en Bourgogne et en Franche-Comté, deux formes différentes chaume et chaux, qui ont servi à former divers noms de tocatités et qui, ayant subsisté dans le langage courant, ont pu, à une époque (1) Ducange, If,p. 95-3$.


relativement récente, être associées à l'article pour former les vocables la Chaume et la Chaux qui sont si répandus dans notre région,

Chaumette, ou la Chaumette, est le diminutif de Chaume; son équivalent dans le midi est Calmette, et celui de Chaume y est Cahn ou Calme, toujours soudé à l'article sous la forme Lacalm ou Lacalme. C~LM7S a donné dans la Côte d'Or les deux formes CHAUME et CHAUX.

(a; CHAUME.

La métamorphose de C.AL.M7S en CHAUME s'explique

t' par le chuintement (1), phénomène qui a produit par exemple champ, chien, châ<eatt, aux dépens de campus, canis, castellum.

2" par la vocalisation de devenant u, changement qui frappe l placé devant une consonne, soit à l'intérieur des mots, comme dans alba, alnus, devenus aube, aune, soit à la fin, comme on l'observe pour le pluriel des mots termines en al au singulier, ex. cheval, journal, <oca~, devenus au pluriel cheuaMx, journaux, locaux.

Le mot chaume subsiste dans le nom de trois communes du département de la Côte-d'Or et dans le nom d'un grand nombre d'écarts. Citons les suivants

CHAUME, c. de Selongey.

FORMES ANCIENNES Calmas, Calmelas (xi' s., Chronique de Bèze). CHAUME, c. de Baigneux.

FORMES ANCIENNES: Chalma (1151, Reamaus, p. 206). Chaume (Pouillé du x[v° s., Cartul. de l'église d'Autun, II).

LA CHAUME, c. de Montigny.

FORME ANCIENNE La Chaume (1371, Terrier de Châtillon). La Chaume, com. de Magnien, c. d'Arnay-le-Duc.

FopME ANCIENNE Calma (1276, Titres de l'abbaye de La Ferté). La Chaume, com. de Viévy, c. d'Arnay-le-Duc.

FORME ANCIENNE La Chaulme (1396, Rôle des feux do l'Auxois). La Chaume, une des deux agglomérations qui composent le village de Salmaise, c. de Flavigny.

La Chaume, forme et moulin de la com. de Corgoloin, o. de Nuits. Etc., etc. il y a dans la Côte-d'Or au moins 28 lieux habités présentant cette dénomination.

(1) Le chuinte.ment est la traustollnation du o latin devenant le groupe ch en français le le chuintement de c precédunt a fut de règle dans la Frauce du nord, sauf pourtant dans les pays normand, pIcard et wallon, dont les parlera locaux ont conservé le o dur (II cateau» pour château) comme ceux de la France do midi. Par le chuintement, on devient e~tt, ou simplement ohe. Ce phénomène phonétique t'est accompli dans notre langue du vm* au x* siècles.


Tous ces vocables rentrent dans la première des formes qu'a prises dans notre région le mot ibère qu'on latinisait ca!mM, ou parfois secondairement caima. Cette forme Chaume a été ou non associée à l'article.

Spécifions que le mot c/taMme est resté dans le langage courant de nos campagnes jusqu'à nos jours on appelle encore chaume un terrain inculte, généralement situé sur les plateaux de notre région et ne fournissant qu'un maigre pâturage. Il en résulte que les nombreuses localités qui portent le nom de Chaume ou La Chaume ne sont pas forcément de fondation ligure (bien qu'elles portent un vocable d'origine ligure); elles peuvent très bien ne dater que du moyen-âge; et c'est d'ailleurs sûrement le cas pour les vocables la Chaume puisque l'article la (ici associé au mot chaume) n'a pris naissance qu'à l'époque romane.

CHARMES, c. de Mirebeau.

FORME ANCIENNE Calmas p?'opc Mù't6eHM)K (xf s., Chron. de Bèze). M Joseph Garnier rapporte à Charmes la mention Calmas du xr siècle. L'attribution parait jusqu'à un certain point justifiée par le complément prope ~trtbe~um, « près Mireboau qui précise la situation du lieu en question. En dehors de cette circonstance topographique, y a-t-il une autre ou d'autres raisons qui militent en faveur de cette identification ? Celle ci est elle faite seulement pour ce motif qu'on ne trouve pas au voisinage de Mirebeau de lieu habité aujourd'hui dénommé Chaume, et a-t-on dès lors été conduit à attribuer Calmas à la localité dont le nom moderne s'en éloigne le moins, c'est-à-dire à Charmes ? Ou bien enfin existe-t-il des preuves, telles que des formes intermédiaires, démontrant le passage de Calmas à Charmes, et par suite le bien-fondé de l'identification ? C'est ce dont nous ne sommes pas informés, M. Joseph Garnier ne nous citant que la seule forme Calmas; si bien qu'en présence do cet élément unique de la cause, nous no pouvons pas nous prononcer. Ce que nous pouvons dire, c'est qu'au point de vue phonétique il n'y a aucune impossibilité à ce que Calmas soit devenu Charmes, car le changement de < en r rentre dans le phénomène phonétique, souvent observé, dit de la substitution des liquides (ex. ulmus, devenu orme, St!ua devenu Serve, ham. de la com. do Lacanche, c. d'Arnay, etc.) Ajoutons d'ailleurs, d'après M. l'abbé P. Garnier, que l'on appela jadis aussi charmes les chaumes, les landes et les bruyères on disait par ex. Vain pâturage est en pleines charmes.

Si l'attribution de Calmas à Charmes était inexacte, i) faudrait


simplement voir dans ce vocable le nom même de l'arbre bien connu, qui, comme c'est le cas pour bien d'autres arbres, aurait servi à former un nom de localité.

Un cas analogue s'observe pour un hameau de la commune de Blaisy-Haut, commune de Sombernon, qui s'appelle aujourd'hui Charmois et qui est latiniséCalmeium en 1199 (Cartul. de St-Seine). Peut-être faut il lire Calmetum, qui rendrait compte de la terminaison -ois, laquelle ne s'accorde guère avec la Imate -eium. Dans ce cas, et si l'attribution de la forme do 1199 à Charmois est bien exacte, nous aurions là une transformation analogue à celle qui do Calma a conduit à Charme.

(b) CHAUX.

La métamorphose de CALMIS en CHAUX s'explique par les mêmes procédés grammaticaux que pour chaume, avec en plus la chute de l'm (phénomène qui ne s'expliquerait pas avec calma, où l'm, soutenu par l'a qui suit, aurait persisté). Comme autre exemple de cet accident, M. Longnon cite le nom d'homme d'origine germanique latinisé Anshelmus, qui a laissé comme produit définitif Ansaume, mais qui avait aussi engendré Anseaus ou Ansiaus qu'on rencontre usité à partir du xn* siècle. Les trois vocables qui suivent ont conservé dans notre département la forme Chaux du mot ibère latinisé Calmis.

CHAUX, canton de Nuits.

FORME ANCIENNE C/taMs (tl20, Cartulaire de Citeaux, 11). Notons que le mot chaux est au singulier, en dépit de l'apparence plurielle que lui donne l'x final. La preuve est dans l'expression la C/taux. Dans la forme Chaus de 1120, l's terminal représente celui du latin calmis. Quant à l'x du mot Chaux actuel, on voit qu'il est l'équivalent de s, par suite d'une habitude injustifiée contractée à la fin du moyen âge, et grâce à laquelle on nota par x presque tous les s qui suivent u, habitude qui a surtout son application dans les mots pluriels terminés en aux ou en eux (chevaux pour c/Mvaus, etc.)

Le vocable Chaux est particulier à la région de l'Est, qui fut jadis occupée par les Burgondes Bourgogne, Franche-Comté et partie de la Suisse avoisinante.

Borde de la Chaux, com. de Franxault, c. de Saint-Jean-de'Losne.

La Chaux, com. de Labussière, c. de Pouilly.

IL JARRIE

D'après M. Longnon, ce mot parait avoir pour origine un mot probablement ibère, au sens de chêne, qui a laissé le mot garrig,


désignant en catalan le chêne ou quelqu'une de ses variétés, et les dérivés suivants en provençal garrigo, en limousin j'amjo., en frangais du midi garrigue, tous trois au sens de chênaie. Comme noms de lieux habités, on retrouve Garrigue, Garrigues (Gascogne. Provence) La Jarrige, Les Jarriges (Plateau central) plus au nord, La Jarrie (vallée de la Loire, Yonne), Les Jarries (Orne). Dans la Côte-d'Or, le seul représentant de cette série est La Jarrie, éc. de la com. de Chaumont le-Bois, c. de Châtillon. La ferme dont il s'agit a été bâtie en ]845 peut-être l'a-t-elle été sur un emplacement dénommé « la Jarrie », peut-être a-t-elle pris le nom de son propriétaire, car ce nom de lieu a passé aux personnes, et nous nous rappelons avoir rencontré le nom d'un Jarry de la Jarrye qui fut seigneur de Cessey-les-Vitteaux.

De toute façon, le vocable n'est point ancien il ne remonte pas au delà du moyen-âge. Ce qui le prouve, c'est la présence de l'arti(;)e, qui ne prit naissance qu'à l'époque romane (I). La même remarque s'applique, comme nous l'avons vu, au vocable la Chaum e. III. ALISO

ALISE-SAINTE-REINE, c. de Fiavigny.

FORMES ANCIENNES Alisiia (inscription découverte à Alise-SainteReine). Alesia (Commentaires de César). A~s-nx, Alêsia (dans les auteurs grecs). Alixia (inscription de Séraucourt). Alesia (723, dom Plancher). ~UtStensM locus (vers 845, Vie de Saint Germain d'Auxerre). Alisia (1246, Titres de l'abb, deFIavjgny). Quel est exactement le thème primitif du nom d'Alise ? Nous avons été habitués au thème .4lesia, transmis par César, jusqu'au jour où la découverte de la fameuse inscription en langue gauloise vint apporter le thème Alisiia. Voici cette inscription (2) Haut. 46 cent. L~rg. 7; <:tr.t. Hau!*nr

des

ïetîre':

J.tABTIAI.i~DAKNf~ ~°*

lEVRV VCVËTT. '.05!~ '!°"

CËLiCffON t< ETtC }!'°°

GoBEDB).DVGfIofjf,jo ;)–

ci < ~~ET)N c

'M ~LISjiA

(1) Lorsqu'on trouve un substantif a été us'té de nom commun la l'fpoque romane d'un nom de lieu, on peut en induire que ce mot a été us~té comme nom commun à l'epoque romane ou depuis, s, car la creatiun de l'arVcie date de la formation de la langue romane.

(2) Voyez Lef.iy, /H~~ft~~ton~ de la C~f-O), artille ALISE, ou nous avons beaucoup puise pour notre redaction. Nous reproduisons l'inscription ci-dessus d'aptes l'ouvrage de M. l'abbe Lejay, avec la gracieuse autorisation de M* veuve Bouillon, éditeur.


On lit On traduit:

MARTIALIS DANNOTALI Ma)'iia!ts, fils de Danno<a!ttS, IEVRU UCUETE SOSIN · a fait pour !7cMet:s cette CELICNON, ETIC tour, et

GOBEDBI DUGEONTIIO p!a)se l'ouvrage

UCUETtN à UcMetts

IN ALISIIA (t) dans Alise (2)

La graphie ALISIIA se lit également sur une petite pièce de bronze provenant du territoire d'Alise et décrite par Fr. Lenormant elle présente de face une tête de femme, et au revers un aigle aux ailes éployées.

Le nom ancien d'Alise nous est encore donné par deux tessères de plomb, contemporaines, semble-t-il, de la haute époque de l'empire romain, et qui ont un faciès identique. L'avers représente Mercure debout tenant de la main droite une bourse, de la gauche un caducée, et ayant un coq à ses pieds le revers est orné d'une palme. Elles ont été trouvées toutes deux au territoire d'Alise, l'une au lieudit « la Porto », l'autre près d'une fontaine des bains de l'Hospice la première porte pour légende ALISIENS (pour ALISIENSIS), la seconde ALESIENS.

De ces documents et surtout de l'inscription en langue gauloise, qui, tout porte à le croire, remonte au premier siècle de la domination romaine, et peut-être même à la première moitié de ce siècle, il résulte pour nous que les Gaulois, que les habitants d'Alise appelaient leur ville Alisia et non Alesia. Le thème Alis- est jusqu'à un certain point appuyé encore par le nom Alisanos, qu'on considère comme celui d'un dieu local, et qui nous apparait gravé sur deux manches de patère trouvés dans le département de la Côted'Or, l'un à Couchey, l'autre à Viévy. Le premier de ces objets offre une inscription en langue gauloise, et, dans celle-ci, le mot AL1SANV; le second porte également une inscription, mais en latin, qui est une dédicace votive commençant par ces mots DEO ALISANO. II n'est pas trop téméraire de croire que le culte du dieu Alisanos avait son point de départ à Alise; on peut même supposer (1) Disons qu'un éminent celtiste anglais, *W. Stokes, Ut Af./S~A, prenant les deux Jambages, considères comme deux 1 dans notre lecture, pour la lettre (iui sert souvent représenter E dans les inscriptions latines des deux ou trois premiers siècles de l'empire romain. Ce point n'a du reste qu'un intérêt aecomijure dans le deuat, qui porte principalement sur la voyelle de la deuxième syllabe.

(2) M. Brunot (O~tUM de I,~<ct«<«i't)t')t, introduction à t'Ht~fc la Langue et de la ~««'MMft/rMfOKM <le Petit de JnUe~ltle. Fana lMO,t. t. p.xvm) donne la traduction suivante ~ttr/<tt/~ (/t~ de) DtM~o~/f~ d <<nMM~ (ou coftsufr~) cette a~/e (?) ~CMf UcH~)t. Le Ben a de la suite, ajoute M. Drunot, n'est pas assuré.


que ces patères, toutes deux de facture analogue~ avaient été fabri. quées à Alise, où l'art de travailler les métaux avait acquis un grand développement.

Pourquoi César a t-il adopté la notation Alesia, notant e la voyelle qu'il entendait sonner i dans le parler de la Gaule? C'est un problème qu'il ne nous appartient pas de résoudre nous dirons seulement qu'il ne nous parait pas très étonnant qu'un mot, en passant d'une langue dans una autre, éprouve des modifications dans l'intonation, même s'il est transmis par la plume d'un lettré, car celui-ci a la préoccupation de le noter conformément à la phonétique et au génie propre do sa langue.

Alesia n'est pas le seul cas, du reste, où César semble avoir rendu par e l'i gaulois; s'il nous a transmis intact l'i de rix, rigos, où il pouvait cependant être tenté de substituer e sous l'influence de l'équivalent latin rex, regis, il nous a fourni Orgelorix, Aulerci, Lexovii, alors que les monnaies gauloises nous ont légué les tégend s Orcitirix, Oh'rcos, Lt-Koutos.

On a discuté également sur la question de savoir comment Alesia avait pu produire Alise en français mais l'analogie avec les mots Decetia, ecclesia, devenus Decize, église, permet d'exphquer cette transformation. A nos yeux, la raison d'être de cette discussion est tombée le jour où l'on a découvert l'inscription d'Aiise elle nous dit clairement que la population de l'endroit a continué de prononcer Alise sous les Romains, et après eux jusqu'à nos jours, parce que les habitants d'Alise d'avant la conquête prononçaient ainsi le nom de leur ville. Alise est « Alise » parce qu'elle fut toujours « Alise c'est la tradition orale gauloise que ce vocable nous a transmise, il ne dérive nullement du latin Alesia. Nous ne serions pas éloignés de croire qu'il en est do même pour Docize (Nièvre). Mais si Alise, en raison de son antiquité pré-latine, ne procède pas de Alesia, il est un vocable qui s'y rattache et qui a, lui, sa source dans le latin c'est le mot Auxois, mot créé, comme celui de tous les pagi ou pays", à i'époque franque, pour dé signer le pagus Alesiensis. Dans l'adjectif alesiensis, l'e est bref et atone, l'accent portant sur la pénultième H en est résulté do bonne heure la chute de cet e atone, suivie pou après de celle de l'i bref médial et de la nasale. Le mot se trouve ainsi réduit à Alsesis. Comme la désinence do la déclinaison latine ne persiste pas en français, la finale -is tomba, et le radical Alses- donna Auxois (d'abord Aussois), par vocalisation de < devenant u devant une consonne, et par le changement de e tong accentué en la diphtongue oi. C'est à tort qu'assez tardivement on latinisa Auxois sous la rubrique Auxelus ou Auxetum,


La chute de la nasale dans le groupe latin ens ou ms fut un phénomène habituel et précoce c'est ainsi que mensis, insula se réduisirent à mesis, is(u)la, et donnèrent en français mois, isle (puis He). Ce fut le cas pour tous les adjectifs topographiques, qualifiant ou non les pagi, qu'on forma en développant les noms de lieu au moyen du suffixe -ensis, lequel a laissé en français la finale -ois. C'est par ce mécanisme que les appellations pagus Be!nens:s, pagus Dutsmensts, mons Laftsee?M:s ont produit le (pays) Beaunois, le Duesmois, le mont Lassois.

Savons-nous quelque chose de la signification du mot Alise, et de la langue à laquelle il convient de rapporter sa genèse ? M. d'Arbois de Jubainville a tenté d'interpréter ainsi le sens de ce mot. Il y voit un thème alisa, au masculin a~sos, qui aurait été le nom ligure de l'arbre que nous nommons aune, du latin alnus, et qui s'appelle erl en allemand (elira en vieil allemand), elz en hollandais, olsza en polonais. Outre la constatation des analogies qu'il pense trouver entre le mot alisa ou a!;so et les termes qui désignent l'aune dans certaines langues européennes, constatation dont il s'autorise pour considérer ledit mot comme indo-européen, il fonde aussi son hypothèse sur ce fait qu'en Corse, terre ligure, le patois local appelle encore aujourd'hui l'aune also, et que dans cette ile il rencontre une demi-douzaine de vocables géographiques, et parmi ceux aliso, qui sont apparentés au thème en question. Donc, dit-il, aliso est ligure. A rencontre de cette thèse de M. d'Arbois de Jubainville, M. Longnon fait observer qu'il n'existe pas à sa connaissance de vocables topographiques alliés à la racine alis- dans l'ancienne Ligurie d'Italie. II remarque, d'autre part, qu'il est un pays, voisin du nôtre, où précisément le mot aliso sert à désigner l'aune, c'est l'Espagne, et que de plus le nom basque de l'aune est altze. Il en conclut que le thème aliso, considéré comme nom de l'aune, doit être attribué non pas aux Ligures, mais aux Ibères.

Ajoutons que cette conception n'est pas en conflit avec la constatation de l'existence du mot also, pour nommer l'aune, dans le dialecto corse, et de divers vocables topographiques reliés à aliso dans notre ile méditerranéenne, car les Ibères ont habité la Corse avant les Ligures, et le thème aliso peut y faire partie de leur héritage. Pour la même raison, les dérivés de cette racine alis- peuvent être sur notre sol les vestiges de son passé ibère, soit que cette famille de mots ait pénétré et persisté plus ou moins longtemps dans la langue des conquérants qui devinrent les maîtres de notre pays après les Ibères, c'est à.dire dans la langue des Ligures, soit même que certains do ces vocables, sinon tous, aient été créés en place par les Ibères eux-mêmes au temps de leur suprématie. Alise peut-elle revendiquer une antiquité assez haute pour avoir été ville


des Ibères ? Peut-être. On sait en effet que Diodore de Sicile, historien grec qui écrivait dans la seconde moitié du i~sièeto avant notre ère, se fait l'écho d'une légende d'après laquelle Alise aurait été fondée par Hercule au cours de son expédition contre Géryon. Or on admet aujourd'hui que ces récits mythologiques, légués par la poétique Hellade, ont été brodés en partie au moins sur des événements authentiques comme fond; ces événements se seraient accomplis aux temps antéhistoriques ou protohistoriques, et leur souvenir se serait gardé, en prenant des attributs merveilleux, dans la mémoire des hommes, qui les auraient transmis, défigurés, jusqu'à 1 Histoire. Le mythe d'Hercule pourrait nous cacher les migrations et les luttes d'un peuple très ancien, tel que les Ibères, ou d'un peuple contemporain de ceux-ci et les ayant combattus

Mais nous marchons là de plus en plus dans ]e domaine des hypothèses. Résumons donc le dernier point abordé en disant: Ou bien Alise signifie « lieu p)anté d'aunes et dans ce cas io vocable ne pouvant être gaulois, puisque l'aune en gaulois se disait vernos, terme bien différent, a une origine antégau!oiso et il nous parait ibère plutôt que ligure.

Ou bien cette opinion, pour plausible qu'elle soit, est inexacte, et elle n'est acceptable, il faut l'avouer, qu'à la condition d'admettre que le village, situé sur la hauteur, aurait tiré son nom d'un arbre qui croit d'ordinaire dans les terrains humides et qui n'aurait pu se développer en abondance que sur les flancs et à la hase de la montagne.

It convient toutefois, pour terminer, de signaler les affinités qui semblent exister entre le vocable Alise et les noms des deux rivières, t'Oze et l'Ozerain, qui arrosent le pied du mont Auxois. Le nom de l'Oze peut se déduire phonétiquement d'un thème tel que ./Utsa. Quant au nom de l'Ozerain, il semble être un nom tel que l'Ozéfe, visiblement apparenté à celui de l'Oze, et pris ici au cas régime. En conséquence, on peut concevoir que les deux rivières aient tiré leur nom du nom ligure (aliso) de l'aune, arbre qui pouvait croître en abondance dans la partie basse et marécageuse des vallées. Puis le radical commun aux deux vocabtes de rivières aurait servi à former le nom du village bâti sur la colline enserrée par elles.

Si l'une et l'autre de ces opinions sont inexactes, alors le sens du mot Alise nous échappe, et ce mot peut être d'origine gauloise.


LIVRE II

NOMS D'ORIGINE LIGURE GÉNËItAUTÉS

Il était assez naturel de penser qu'il avait dû persister jusqu'à nos jours, ou tout au moins jusqu'à l'époque romaine, des noms de lieu imposés par les Ligures, dans cette région italienne en bordure de la Méditerranée, qui a pour ville principale Gênes, et qui porte encore maintenant le nom de Ligurie. Pendant des siècles, en effet, les Ligures ont maintenu leur puissance dans ce pays et ils ont dû y acquérir un certain degré de civilisation.

Une heureuse découverte, celle d'une inscription romaine portant la sentence arbitrale rendue 1 an 117 avant J.-C. par les frères Ah'tUtttus entre les Gennafes (Génois) et les Veiturii, deux peuples ligures, a fait connaitre vingt-neuf noms géographiques de la région, noms qui, appartenant à la Ligurie dès cette époque reculée, peuvent être considérés comme étant presque certainement d'origine ligure. Parmi ces noms, il y en a quatre terminés par le suffixe asca, suffixe qui ne se retrouve dans aucune autre langue européenne. Un autre document épigraphique, la « Table alimentaire de Veleia o, gravé deux siècles plus tard (tes habitants de Veleia étaient ligures), mentionne à son tour deux noms géographiques terminés en -ascus. On en a conclu que les Ligures employaient le suflixe ascus (asca au féminin) dans la formation des noms de lieux, et que par conséquent lorsqu'on rencontre un vocable topographique terminé par ce suffixe, on doit lui accorder une origine ligure. On trouve encore aujourd'hui un certain nombre de vocables topographiques dans lesquels il est possible de reconnaître l'ancien suffixe ligure ascus, asca; dans d'autres, c'est un sufHxo très voisin, usons, usca, ou encore oscus, osca; ces suffixes sont considérés comme des variantes du suffixe ascus, et comme étant ligures au mcme titre quo lui.

M. d'Arbois de Jubainville a retrouvé des noms géographiques terminés par ce suffixe dans les pays où les auteurs anciens nous ont signalé le séjour des Ligures Italie, France, Espagne et Portugal, et en outre dans des contrées situées en bordure des précédentes, et où les découvertes archéologiques seules nous portaient à


supposer l'expansion ligure Suisse, Haute-Bavière, Alsace-Lorraine.

On rencontre en Corso vingt noms de lieu terminés en -asca. C'est encore là une preuve à l'appui de l'origine ligure de ce suffixe. En effet, la Corse n'a reçu la visite que des Ibères et des Ligures; les Gaulois n'y ont pas pénétré; le suffixe ascus n'a donc pu être apporté en Corse par les Gaulois il ne saurait être celtique, comme certains l'ont cru. Au surplus, sur le continent. les noms en -ascus sont le plus répandus dans les contrées où nous savons que les Ligures ont été le plus nombreux et le plus longtemps fixés, et ailleurs le nombre de ces noms est proportionnel à l'importance que l'élément ligure y a eue, telle que nous la connaissons. Ainsi, M. d'Arbois de Jubainville relève les chiffres suivants pour ces noms en -ascus ou variantes

271 en Italie (Ligurie, Piémont, Lombardie).

20 en Corse.

70 en France,

27 dans la Péninsule ibérique.

En France, les 70 noms en-ascus appartiennent presque exclusivement au bassin du Rhône quatre seulement sont situés en dehors et d'ailleurs sur sa bordure, à savoir deux dans l'Aveyron. un dans la Haute-Loire, un dans l'Aube. M. Longnon fut le premier à signaler, dès 1879, dans son Enseignement à l'Ecole des HautesEtudes, ces noms en -ascus du bassin du Rhône, et à leur attribuer une origine ligure. C'est dans la partie inférieure, méditerranéenne, du bassin rhodanien que le nombre des noms en -ascus est le plus grand, et il décroit à mesure qu'on remonte vers le nord. Or nous savons que c'est entre les Alpes et la Méditerranée que le peuple ligure se montra le plus dense et le plus longtemps indépendant. La toponomastique confirme donc l'histoire elle la précise même, car elle nous prouve que les Ligures ont jadis occupé tout le bassin du Rhône en France, et non pas seulement sa partie inférieure, comme il fallait l'inférer des textes de l'antiquité.

H nous faut maintenant placer une remarque importante. Les noms de lieux habités que nous relevons avec le suffixe ascus (ou une désinence qui en procède) dans le passé et aujourd'hui, ne remontent pas tous au temps où le peuple ligure était maitre du sol qui nous livre ces vocables un assez grand nombre de ceuxci lui sont certainement postérieurs. C'est que la langue d'un peuple et ses procédés de dérivation des mots ne sont pas supprimés du jour où cesse la suprématie de ce peuple sur la contrée qu'il continue à habiter vaincu quoique subjugué, là où il reste l'élé-


ment le plus nombreux de la population, il maintient plus ou moins longtemps sa )anguc, et lorsqu'enfin il l'abandonne pour adopter co)!e du vainqueur, il a déjà pu lui imposer des mots à lui, des tournures, des suffixes à lui, dont l'usage restera d'autant plus fréquent et prolongé que sa race se maintiendra prédominante par le nombre dans le pays. Et c'est ainsi que sur un sol ayant plusieurs fois changé de maitre, on continue à tormer, pendant de longues générations, des noms de lieux habités à l'aide d'un suffixe emprunté à une langue depuis longtemps oubliée, suffixe qu'on combine successivement à des mots fournis par les langues des conquérants ultérieurement venus.

C'est là un fait assez général, qui a eu lieu pour le suffixe ascus, comme pour d'autres que nous verrons plus tard mais il est juste d'ajouter que c'est avec ce suffixe que le phénomène a eu son maximum de développement. En effet, lesufExo en question, après avoir servi à t'époquo ligure, e~t resté en usage

t" A l'époque gauloise on trouve des noms de lieux habités où le suffixe ascus est allié à un radical celtique

2° A l'époque romaine on connait des vocables dont le radical suflixé en -ascus est latin

3" Après les invasions barbares, en Italie, à la période lombarde, donc postérieurement au ve siècle de notre ère, comme le prouve l'existence de noms de lieux habités tels que Bosonasco, Garibaldasco, où le suffixe ascus est uni à un nom d'homme germanique; 4" Et même, pour ainsi dire, à t'époquo contemporaine, comme en témoignent les noms français « Bergamasques », « Monégasques x servant à désigner les habitants de Bergame, de Monaco, deux anciennes villes ligures.

Ces termes « Bergamasques » « Monégasques » sont des adjectifs pris substantivement les Romains auraient dit c:'ues Bergomates; nous devrions dire en français les (citoyens) Bergamais, comme nous disons les (citoyensl Marseillais. Or cette constatation nous montre que ie procédé de dérivation caractérisé par le suffixe ascus n'a pas changé depuis l'époque ligure, car dès ces temps reculés les termes géographiques formés avec ce suffixe devaient constituer des adjectifs, ainsi que !o fait s'est produit pour la langue celtique (nous le savons pertinemment pour le suHixe acus, qu'on peut regarder comme l'équivalent gaulois du ligure ascus). La comparaison avec acus nous porte même à croire que ascus était employé dans la langue courante pour former des adjectifs aux dépens des substantifs communs, avant d'avoir été appliqué à la création de noms topographiques, ou concurremment à ce dernier mode d'usage, ainsi que ce fut le cas pour acus.


SK/T~-e ~SCUS, OSCt/S, USCUS

Le suffixe ascus, asca, et ses équivalents oscus, osca et useus, usca, nous sont parvenus sous des physionomies un peu diverses, suivant les régions de la France. Nous nous contenterons d'indiquer les formes principales qu'ils ont revêtues dans la partie moyenne et supérieure du bassin du Rhône.

ASCUS, ASCA. Il faut envisager séparément le suffixe masculin et le suffixe féminin

a. Dans les départements que nous avons en vue, l'évolution du suffixe masculin est caractérisée par l'assourdissement du c. Nous n'avons pas d'exemple certain de nom de lieu à citer à propos du suffixe ascus. On peut cependant, avec une probabilité suffisante, proposer Maatz (Haute-Marne), que M. J. Garnier, dans son édition de la Chronique de Bèze, identifie avec raison, semble-t-il, au Maj'oscMs ou Maiascus mentionné à maintes reprises dans cette Chronique et également Domats (Yonne), pour lequel M. Longnon tend à admettre un thème primitif en -ascus.

b. Le suffixe féminin gardant, comme c'est la règle, sa désinence féminine a réduite à e muet, conserve en même temps le c, qui se trouve appuyé et sauvegardé par cette désinence féminine comme c'est la règle aussi dans la région qui nous occupe, ce c chuinte et la finale latine -ca devient -c~e en français en outre, l's subit l'assourdissement puis la chute qui lui sont habituels devant une consonne si bien que nous trouvons -asca rendu par -ache. Ex. Gillivache (Isère), qui est anciennement Girvasca. USCUS, USCA OSCUS, OSCA.–Le suffixe oseus, osca parait être traité de façon identique à uscus, usca, et avoir abouti aux mêmes finales françaises. Il n'y a donc pas lieu de les examiner séparément, il suffira de faire la distinction entre les genres masculin et féminin.

a). Le masculin oscus, uscus a subi un double assourdissement, qui l'a réduit à des finales françaises ayant le son o

L'assourdissement du c, lettre qui dans la graphie est remplacée par t ou d muet. Le t (ou le d) peut persister d'une façon définitive, et alors oseus en l'absence d'autre altération concomitante, aboutit à -ost, comme dans Champlost (Yonne), Niost (Ain), qui sont d'anciens Cambloscus, Noioscus ou bien à o<, à od, s'if se fait en même temps la chute do l's que nous indiquons plus bas ex. Blanot (Saône-et-Loire), Sirod (Jura), qui viennent de Blanuscus, Siguroscus.


2" L'assourdissement de Fs précédant une consonne (ce qui s'observe dans ~us~Ms, /:<Mpt<em, devenus goût, hôte). L's, cessant d'être prononcé, peut persister dans l'orthographe ex. Champlost, Niost, cités plus haut, Chanos 'partie sepfentrionale de la Drûme); ou bien disparaitro totalement, ce qui se voit dans Blanot, Sirod. En définitive, nous constatons que le masculin -oscus, -uscus a laissé dans la région précitée les finales françaises suivantes est, os, ot, od. Ajoutons-y les deux formes ou, produite par l'allongement do o, et eu, par l'allongement de M ex..Bafosf/MS, llemuscus qui ont donné Barou, nom porté aujourd'hui par une forêt de Saôneet Loire, et Eymeux, localité do la partie septentrionale de la Drôme.

t)~. Le féminin osca, usca. a donné généralement la finale -ocAe ex. Cauafosca..1/e?~f<sca, devenus Chevrochos (Nièvre), Mantoche (Haute-Saône).

Dans le département de la Côto-d'Or, nous considérons comme étant d'origine ligure les deux vocables suivants nâche (déterminatif dans Saint-Scine-en-Bâche), et Blanot.

En outre, nous croyons intéressant de rapporter ici un vocable de lieudit, mentionné au territoire de la paroisse de Sussey dans une charte de 1294 figurant au Cartulaire de rEgtise d'Autun, où on lit « in nemore quod TM~a?'<ey dt'cttMrLt~urcaz)'. Le mot Ligureaz, qu'on l'interprète comme étant le nom même des Ligures ou son dérivé immédiat, ou bien comme provenant d'un nom propre d'homme, nous parait rappeler au premier chef le souvenir des Ligures.

BACHE (SAINT-SEINE-EN) (1), c. de St-Jean-de-Losne. FORMES A~CŒKNES Baascha (Sanclus Sequanus M) (tm-t)37, Chron. do Bexo, p. 46')). Beesca (même époque, même Chronique, p. 500, 501, 502).

La bonne latinisation de Bâche est Raasca il ne faut pas tenir compte de l'h que nous offre le Baascha du xu" s. il a été introduit sous l'influence de la forme françaisa d'alors qui était déjà Bâche.

D'après M. Longnon, le double .1 de Raasca laisse supposer la chute, antérieure auxu* s., d'une consonne intervocale préexistante, (1) D'âpres M. J. Garnier (G~ront iue de Bèze, p a0!, en note), B&c~e et Sfunt-Setne Anrim'nt cte deu~aggtomërattonspri[inttvemMtt(lLahUtctes,mai~Ms<:B vutsmeapûur qu'en ac ~cvel&~ant t elles se M]Lnt fondues en un seul village dénomme Santt-Some-cn-uacttû, VQpabte dcj& en usage entre H25 et 1137. A cette epo'Mc, le monastère de c~ze avait un ~rteure B~che même.


gutturale ou dentale, telle que c dur, g ou t on est donc conduit à un thème primitif probable tel que Bacasca, Bagasca ou Batasca. Bâche procède de Baasca par réduction du double a en à long, et par chuintement du c précédant a, phénomènes phonétiques normaux tous deux. BLANOT, c. de Liernais.

FORMES ANCIENNES Blanou (!) (!2~5, Cart. du prieuré de Bar) Blaanou (12H6, Cart. de l'évêché d'Autun, p. 342). Blasnal (xiv s., Pouillé du Cart. de l'év. d'Autun, p. 385).

Les formes que nous venons d'énumérer, et qui sont peu anciennes du reste, ne nous permettraient pas d'assigner avec quelque probabilité une origine ligure à ce vocable, si nous n'avions pour nous guider le Blanot de Saône-et-Loire (arr. de Mâcon, c. do Cluny), qui est connu sous les formes B/anuscus en 930, et Blanoseus au xr s. L'identité morphologique actuelle des deux Blanot et leur situation dans deux départements voisins nous autorisent jusqu'à u)t certain point à les considérer comme homonymes, et à attribuer à celui de la Côte-d'Or le thème primitif Blanuscus qui est celui de l'autre. La forme Blanou, que nous relevons en t275, est d'accord avec cette étymologie. Nous avons dit en effet que -oscus a pu devenir -ou: nous avons cité l'exemple do Barou (Saône-et-Loire), auquel nous pouvons ajouter celui de Branoux, ancien Branoscus, localité de la partie cévenole du Gard.

Dans la notation Blaanou de 1M6, le double a n'a d'autre but que de marquer l'accentuation et la longueur de la syllabe, encore sensibles aujourd'hui dans la prononciation locale du mot Blanot. L's de la forme Blasnol du xiy s. joue le même rôle quant à i final, il est abusif, a moins que ce ne soit une façon de rendre le son ou par la graphie ol, sous l'mnuence de mots tels que col, fol, mol, devenus cou. fou, mou, avec la prétention de restituer une orthographe plus ancienne quoiqu'il en soit, le vocable se prononçait certainement alors « Blano x ou « Blanou D. Quant au sens primitif possible du terme Blanot, nous rapporterons l'opinion de M.d'ArboisdeJubainvi)le,quiconsidereB!aKMscus comme formé à l'aide du suffixe uscus sur le nom d'homme gaulois hypothétique Blanos, reproduisant l'adjectif gaulois blanos, qui signifie x chassieux ». Blanot serait donc le nom, développé au moyen d'un suffixe ligure, de son fondateur gaulois ou celui d'un de ses premiers possesseurs.

(1) ~ous rétablissons ~dMou la fo]mn de 1275 que M J Garnier transcrit .B/ttMow. Cette dernière leçon ne peut quëtte fauttve, d'après M. Longnon, qui explique l'erreur par la confusion facile d'u final avec n Q<ms la lecture des manuscrits. M. Longnon rejette Blanon, parce que la phonétique B'oppose à ce que le Blanot actuel ait jamais pu être ~ïnoM s'il eût été Blanon dans le passé, il fût resté tel, le Bon nasal &ndl ne se perdantjamais, du moins dans nos contrées.


LIVRE Ht

NOMS D'ORIGINE CELTIQUE GÉNÉRALITÉS

Si nous ne retrouvons dans la Côte-d'Or que de rares exemplaires de noms de lieux habités de source ibère ou de source ligure, la liste des vocables d'origine celtique est par contre assez longue. Ceci ne doit pas nous étonner. Les Gaulois sont, en effet, moins éloignés de nous que les Ligures (pour ne parler que de ceux-ci), puisque les Ligures furent soumis par eux, à une date qu'on place, pour notre région, vers la fin du tV s. avant notre ère. Mais surtout la civilisation des Gaulois atteignit un degré bien plus avancé que celle de leurs prédécesseurs, en particulier dans cette florissante cité éduenne, de bonne heure en relation avec Marseille, puis avec Rome, à laquelle l'unissait dès 123 av. J.-C. un traité qui donnait aux Eduens le titre d' « amis et alliés du peuple romain ». Or, un des fruits de la civilisation est la fondation d'établissements nombreux et durables.

M. d'Arbois deJubainville range, d'après les indications fournies par les auteurs anciens, notamment par César, les lieux habités de Gaule en trois catégories 10 les oppida, ou villes fortes; 2" les ~t'ct, 1, bourgades ou vittages sans défense, sans murailles; 3" les cedi/ïcta, dont le savant celtiste distingue deux genres les maisons de maitre, généralement entourées d'un bois, et les constructions rurales, consacrées à l'exploitation agricole et au logement des cultivateurs.

Conformément au plan suivi par M. Longnon, nous classerons les vocables d'origine celtique en trois groupes, eux-mêmes subdivisés: 1< Vocables composés de deux termes, dont le second est un substantif commun ()).

2° Vocables simples terminés par un suffixe;

3° Vocables simples, non auflixés.

(1) Remarquons <[ te !ursqn'on traduit en français actuel j'undeces noms celuquea composes, dans la traductlou t'odredes termes est renversé, le second terme du mot gaulois apparaissant le premier. Exemple ~t~oma~s qu'on doit traduire « champ (magus) du roi (r)~-o~) a et non a roi du champ “.


Nous donnons ci-dessous la liste do ces vocables, où nous n'avons fait figurer que les agglomérations ayant rang de communes. Presque tous peuvent être considérés comme ayant été créés à l'époque gauloise, et les localités qui les portent auraient été fondées avant le premier siècle de notre ère quelques-uns sont, ou certainement, ou probablement contemporains de la domination romaine. Ajoutons du reste que certains noms du département de la Côted'Or que nous n'étudierons qu'à l'époque romaine sont vraisemblablement d'origine gauloise nous le mentionnerons lorsqu'il y aura lieu.

PREMIER GROUPE NOMS COMPOSES

§ I. Lo 2' terme est DE/iVf7.M Belan, Broindon, Semond. § H. Lo 2- terme est DU~fVM Bierre, Izeure, Seurre. § HI. Le 2' terme est DR~?A Beneuvre.

§ IV. Lo 2' terme est MAGUS Réome.

§ V. Le 2' terme est NANTUS Nan-sous-Thil, Arcenant, Echarnant, Grenant, Pernand, Ternant.

§ VI. Le 2' terme est LAJVf/M M&lain.

§ VII. Le 2' terme est LOCC7S Saulieu.

§ VIII. Le 2' terme est BONA Echevronne.

DEUX)ÈME GROCPE NOMS SIMPLES AVEC SUFFIXE §IX. Le suffixe est AVUS Belleneuve, Bellenod, Bellenot, Renève.

§ X. Le suffixe est ENTUM Nogent.

§ XL. Le suffixe est ISMUS Duême, Louesme, Molesme. § XII. Le suffixe est JSS~ Santosse, Vandenesse. § XIII. Le suffixe est OIAL US Antheuil, Chazeuil, Gergueil, Marandeuil, Mercueil, Nantoux, Orgeux.

TROSŒME GROUPE NOMS SIMPLES SANS SUFFIXE XIV. PARTICULARITÉS D'ORDRE TOPOCRAPH1QUE Bar, Bard, Montbard, Baulme, Braux, Vesvres.

§ XV. NOMS DE RIVIÈRES Beze, Bézouotte, Laignes, Norges Til-Châ.tel, Vougeot.

§ XVI. NOMS D'HOMMES Is-sur-Tille, Vertault.

§ XVII. – NOMs bE DIVINITÉS Beaune, Beaunotte, Tart.


§ I. DUNUM.

Le mot gaulois (probablement dounos) latinisé duKMm parait avoir eu primitivement le sens de « montagne et plus tard avoir pris secondairement celui de « forteresse ». Cette dernière acception devait avoir prévalu vers la fin de la domination gauloise, à en juger par l'exemple de Tours qui fut fondé au premier siècle de la conquête romaine sous le nom de Cœsa) odunum or ici dMKMm ne peut avoir eu le sens de montagne, puisque cette ville est bâtie en plaine. Le terme en question a d'ailleurs gardé, sous la forme dun (pron. dounn), le sens do forteresse dans l'irlandais, qui est un dialecte néo-celtique.

Dunum a été employé isolément comme nom de lieu habité. Il a alors subsisté sous la forme actuelle Dun, qui se retrouve généralement accompagné d'un qualificatif, à un certain nombre d'exemplaires en Franco. Tels sont: Dun-les-Places (Nièvre), Dun-surMeuse (Meuse), Châteaudun (Eure-et-Loir).

Dans les nombreux cas où il est entré en composition (1), dMtium se retrouve aujourd'hui sous des aspects un peu variés l" It est resté -dun. Ex. Issoudun (Indre), ancien Exoldunum; Loudun (Vienne), anc. Laucidunum; Verdun (Meuse, etc.), anc. Virodunum.

2" 11 s'est changé en -don. Ex. Brandon (Saône-et-Loire), ancien Bl'anodunum; Lourdon (Saône-et-Loire), anc. LurdunMnt; Meudon (Seine-et-Oise), anc. Meldunum.

3" Dans les exemples suivants, où le radical précédant dunum se terminait par une voyelle, le d se trouvant être intervocal (2) est tombé, si bien que le groupe restant, en se fondant avec la voyelle finale du radical, n'a laissé que -un ou -on. Ex. Achun (Nièvre), ancien ScadM?tMm; Autun (Saône-et-Loire), anc. Augustodunum; Melun (Seine-et-Marne), anc. Afeioduttttm; Brancion (Saône-et-Loire), anc. Brancrdunum (xm' s., pour un plus anc..BraMCM)dnHum) Cervon (Nièvre), anc. Ceruedunum; Lyon (Rhône), anc. LttgduttMHt; Laon (Aisne), anc. Lugdunum, puis Laudunum au moyen-âge; Sion (Suisse, Valais), anc. Sedunum.

4'' Dans un petit nombre de cas, -dun ou -un s'est atténué en-din (1) Le premït'rt~rme associé ~~MMU)M,<~rM~~W~t, M~i~ dans les noms de lieux habités gaulois de forme c ) nposee paraît être dans la majorité des cas un nom d'homme ou de divinité. C'est aussi parfois un adjectif qualificatif (jVc~t'o~M/n, foiteresss neuve), un substantif commua (Brivodurum,foateresse du pout), ou un nom derivvre (hlosomagur, champ de la nteuse). (2) /n~eryoca/, placé entre deux voyelles.


ou -in. Ex. Ardin (Doux-Sèvres), anc. Aredunum; Suin (Saône-etLoire), anc. Seodununi ou SedM~un~.

5° Enfin, en certains cas, -on a pu s'atténuer en -an. On connaît déjà l'exemple du nom de la ville de Laon (Aisne) qu'on prononce « Lan )'. Nous en verrons plus loin un second exemple dans Belansur-Ource. Dans ce cas, la finale -an (venant de la réduction de -odMtium) a une toute autre origine que dans les vocables Argentan (venu do Argentomagus), Rouen (no~oma~us), Caen (Cadomagus),etc., où elle provient de la finale -oma~MS~ ainsi que nous le verrons dans la suite.

BELAN-SUR-OURCE, c. de Montigny-sur-Aube.

FoRMEH ANCIENNES Beleon (vers 1100,Cart.deMoIême).–Be~ouK, qu'il faut probablement lire Beleun (1147, Titres de l'abbaye do Clairvaux). Balaun ou Belaun (1) (1151, Reomaus, p. 206.) Nous avions soupçonné ce vocable de relever d'un thème primitif en -duKMm, mais nous étions arrêtés par sa finale actuelle -an, à laquelle aucun primitif en dunMm n'avait, à notre connaissance, abouti en France. M. Longnon a tranche nos hésitations en admettant !ui-même comme très probable pour Belan un thème composé ayant dMtWMt pour second terme. Il fait valoir en effet que les formes anciennes du vocable sont terminées en -on ou en -MK, ce qui concorde bien avec l'hypothèse présentée. Il considère d'autre part que la finale actuelle an, pour insolite qu'elle soit en pareille occurence, n'est pas une difficulté insurmontable, ce n'est mémo pas un processus phonétique anormal car si la finale -om, reste de -omagus, a pu donner -an comme nous le verrons plus tard, si domnus (classique dominus) a pu laisser dam, il n'y a pas de raison majeure pour que dM~Mm précédé d'une voyelle, surtout d'un a et même d'un o, n'ait pas abouti à -an.

Quel est alors ce thème primitif en -du~um ? Nous avions pensé à Bah)dMKU~, obtenu en combinant à dMHMW le premier terme contenu dans Balodurum, vocable d'origine gauloise qui est devenu Ballore (Allier), Ballore et Balleure (Saône-et-Loire). Nous avions songé également à Be~odMMMm (dont le double < du radical se serait réduit à un seul, comme ce fut l'ordinaire, entre le vm* et le x' s., pour les doubles consonnes médiales), thème qui aurait pu être composé avec le nom d'homme gaulois BeHos.

Nous nous rangerons à l'pvis de M. Longnon, qui préfère ]e thème Ba!adM?tM?rt, qu'il retrouve dans Ballon (Sarthe) noté au (1) M. J. Garnier donne Balaun dans l'article couadcrë Belan, et Belaun dans la table terminant l'ouvrage. Nous ne savons quelle est des deux la forme authentique.


ix' s. Baladon, pour un plus antique Baladunum, et dans les vocables méridionaux suivants Balaruc (Hérault), Balazut (Gard) et Balazun (Ardèche).

Au reste, la présence d'un a antique dans la seconde syllabe de Balaun, de même que celle d'un e (équivalant à a) dans Beleon, prouve l'existence d'un a devant dunum dans le thème étymologique de Belan. C'est donc bien vraisemblablement quelque chose comme Ba!adum<m.

BROINDON, c. de Gevrey.

FORMES ANCIENNES Brendum, Bredot (1220, 1245, Cart. de Cîteaux, I).

Ce sont là deux formes françaises. La première doit être prononcée Brendon, car, jusqu'au xvi° s., M?Tt s'est prononcé on. Quant à la seconde, il faut rétablir Bt'eKdot, d'après M. Longnon qui pense qu'un copiste aura oublié sur l'e ce signe d'abréviation nommé « tilde et employé dans l'écriture du moyen âge pour représenter un n passé sous silence.

Comme ces deux formes du xm* s. ne sont pas beaucoup plus instructives que le vocable actuel, nous nous appuyons sur la finale -don pour le rattacher à un thème primitif en -dM~urn.; voyons quelle pouvait être la structure complète de ce thème. Il faut rejeter l'hypothèse Brennodunum, où le mot dututm serait uni au nom d'homme gaulois Bfen~os dans une pareille combinaison, en effet, le d intervocal serait très probablement tombé pour laisser en français quelque chose comme Brenon. Il ne faut pas non plus songer à BranodMnum, qui est précisément un nom mentionné à l'époque romaine pour une localité de Grande-Bretagne (auj. Brancaster), en raison de ce que nous voyons au xm° s. Brendon écrit par un e et non par un a, Nous devons considérer cet e comme étymologique, et admettre en définitive un thème primitif BrettodunMm ou BWttoduKMm, comportant un premier élément sur la nature et la signification duquel nous ne nous prononcerons pas.

Brendon est devenu Broindon par une modification tardive, qui se produisit au XV siècle dans divers mots (avoine, foin, moins, tenus de avena, /ennm. ~:nus) et dont on n'a pas donné d'explication certaine. Le même changement de e en oi a frappé Broin (canton de Seurre), qui est .Bren en 1200.

SEMOND, c. de Baigneux.

FORMES ANCIENNES Psedunum, Sedunum, villa gallo-romaine ruinée au v* a. par les Vandales qui y martyrisèrent saint Florentin et saint IIélior (Bollandistes, xxvii junii).


Ces deux formes anciennes ont donné lieu à des interprétations très diverses et leur attribuhon à Semond est encore très discutée. Comme il y a une impossibilité phonétique à passer de Sedunum à Semond, divers auteurs et en particulier l'abbé Philippe Garnier (Etymologie des noms de lieux habités dudëpaWemeKfde!aCô/e-d'0?'), supposent qu'à un moment donné on aurait substitué à la finale dunum le mot latin mo~s ayant le même sons. Mais une telle sorte de semi-traduction est malheureusement sans exemple dans toute la toponomastique française. D'ailleurs elle n'aurait pu se produire qu'à une époque où )o sens du mot dMtmm. était encore celui de « montagne ». Or nous avons vu précédemment, en parlant de Tours (Cesarodunum), que le mot dunum a pris le sens secondaire de « forteresse » dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, c'està-dire bien avant l'époque où Sedunum se serait cha'ngé en Semond.

Une autre manière de voir a été présentée en 1892 par M. Longnon (Cours professé au Collège de France). M. [jongnon, rejetant, pour les raisons que nous venons d'exposer, l'attribution de la forme Psedunum ou mieux P~eMdunum au vocable Semond, a cherché dans la région la localité à laquelle on pourrait vraisemblablement la rapporter. Il a cru, pour des raisons que nous verrons dans la suite, trouver dans le village de Brémur le représentant de l'antique Sedunum.

La forme Psedunum, à côté de Sedunum, est due, selon M. Longnon, à l'inuuence du grec pseudos on a de môme, pour Suèvre, au Blaisois, Sadobria à l'époque carolingienne et Pseudoforus au commencement du ix° siècle.

S'il nous était permis d'émettre une troisième hypothèse, nous dirions que peut être Sedunum a pu donner Sen, puis Se, comme Nou:omagMs semble avoir donné, d'après M. Longnon, Noé (Yonne), anciennement Noen. Puis, plus tard, la position escarpée du village, à laquelle était due la forme primitive en -dunum, continuant à frapper l'imagination du populaire, on aurait ajouté au vocable réduit Se le second terme mons ou mont, synonyme de dunum, pour rappeler la même particularité topographique.

HOMONYMES. Un Sedunum, ancienne ville de [ llelvétie, est devenu Sion, dans le Valais. Suin (Saône-et-Loire) est aussi un ancien Sedunum; c'est d'ailleurs à ce dernier Sedunum que certains hagiographes ont rapporté le lieu du martyre de saint Florentin et ses compagnons.

REMARQUE. On se sera aperçu, en lisant l'article consacré à Semond, que nous avons eu plutôt en vue le thème Sedunum que


le vocable Semond, qui n'apparaît, jamais dans les textes anciens et sur lequel nous n'avons aucun renseignement.

§ II. DURU.~

Un mot gaulois qui était probablement douros, et qu'on latinisa durum (ou mieux durus) était un adjectif au sens de « dur », de « ferme », de « fort a il fut pris substantivement avec l'acception de « forteresse et c'est cette acception qu'il possède dans les noms de lieux habités qu'il a servi à composer il est donc, en somme, sensiblement synonyme de dunum.

A l'encontre de ce dernier mot, durus ou durum ne parait pas avoir été employé isolément comme nom de lieu, du moins nous n'en connaissons pas d'exemple nous le rencontrons uniquement dans des vocables composés, où il figure comme dernier élément dans la majorité des cas, parfois aussi comme premier terme. Tandis que dunum et ses composés paraissent avoir été usités dans toute la France comme noms de lieux habités, on ne trouve pas de vocables construits avec durus dans la partie méridionale de notre pays, bassin de la Garonne et Provence. Ils manquent de même en Espagne, alors qu'ils s'étendent sur les Iles-Britanniques, la Suisse, la Bulgarie.

Lorsque durus (ou durum) constitue le dernier élément d'un vocable toponomastique (seul cas que nous envisagions), le premier élément auquel il est uni est, dans la forme latine primitive, très généralement terminé par un o. 11 en résulte un groupe final -odurus, sur lequel il faut raisonner pour en suivre l'évolution phonétique. L'accent portant, en effet, sur l'antépénultième, c'est-à-dire sur l'o, cette voyelle s'est constamment maintenue au contraire, l'u du groupe-dur (nous négligeons la désinence us qui est devenue muette en français) étant bref et non accentué, s'est d'abord changé en o, puis est tombé; il en est donc résulté au début une finale latine -odo7'um qu'on trouve dans Grégoire de Tours (v[' siècle), puis -odfMm, notée au cours des siècles suivants. En passant en français, il y a eu assimilation du d à l'r suivant, produisant un double r comme dans quadra/um, quadraria, adripare, devenus carré, carrière, arriver; et en définitive la finale -odurum a laissé en français -o?'fe, qui s'est fort souvent modtiïé on -eMfre. Ces finales françaises -orre et -eurre ont revêtu du reste diverses variantes orthographiques et même phonétiques, dont nous allons énumérer les principales

l* -orre ou -ore. Ex. Ballore (Saône-ct-Loire, Allier), anc. Balodurum; Izernore (Ain), anc. Izarnodurum.


-eurre ou -eure. Ex Aujoures (Haute-Marne), anc. Albiodurus Balleure (Saône-et-Loire). anc. Balodurus (Balodrum, vin* s.) Izeuro (Côte-d'Or), anc. Zct'odM?'um (Iciodorum, vur s.) Mandeure (Doubs), anc. Epamanduodurum.

S" -oire. Ex. Issoire (Puy-de-Dôme), anc. Z~'odurMm. 4" -ouars. Ex. Jouars (Seine-et-Oise), anc. Diodurum. b" -erre (par atténuation de -eurre, transformation qui s'est produite au xnr s.). Ex. Auxerre (Yonne), ano. AMKsstodMfurn Tonnerre (Yonne), anc. Turnodurum.

Trois seulement des vocables communaux de la Côte-d'Or se rattachent à un primitif en -durum. Ce sont Bierre, Izeuro et Seurre.

BIERRE-LËS-SEMUR, c. de Semur.

FORME ANCIENNE BM'?'eta (1243, Reomaus, p. 270).

Il est douteux que la seule forme ancienne que M. Joseph Garnier rapporte à Bierre-lès-Semur s'applique bien à cette localité, car Birreia est accentué sur l'e; il n'aurait pas donné Bierre, mais quelque chose comme Birrée ou Bierrée. D'ailleurs Birreia n'est là qu'une forme basse, ne remontant qu'au xui" siècle, et dont on ne pourrait rien déduire quant à l'origine du vocable.

D'autre part, des textes carolingiens citent une localité bourguignonne qui pourrait bien être Bierre-lès-Semur. Une charte du Cartulaire de Ffavigny (760) mentionne une villa baiodrensis, et on trouve dans Pérard l'indication de biens situés « in pa~fo duismense in /me baiodrense )).

M. J. Garnier attribue ces dénominations au village de Barjon, qui est effective nent situé dans le Duesmois mais t impossibilité linguistique qu'il y a à faire dériver Barjon de BatodrMm doit faire rejeter cette attribution.

Au contraire, le Baiodrum des textes est tout à fait le thème étymologique de Bierre. On aurait eu d'abord Baierre, puis Bierre. La difficulté qui résulte de ce que Bierre-Iès-Semur est dans l'Auxois (et non dans le Duesmois comme l'indique le texte de Pérard) n'est pas, d'après M. Longnon, absolument irréductible. En 878 les deux pagi n'étaient peut-être pas complètement distincts et indépendants une charte de l'abbaye de FIavigny mentionne, plus tard il est vrai (1013), l'Auxois et le Duesmois comme placés sous l'autorité d'un seul et même comte. S'il en était de même au ix' siècle, on conçoit qu'il ait pu y avoir erreur d'un clerc, et dans ce cas le Batodrun~ en question pourrait s'appliquer à Bierre-lèsSemur.


Le thème primitif serait alors ~atodufMS ou Baiodurum, dont la forme basse ~atodt'um aurait donné régulièrement Baterre, puis Bierre.

HOMONYMES Bierre (Eure-et-Loir, Orne, Saône-et-Loire). On trouve dans la Côte d Or deux localités n'ayant pas rang de communes, qui sont peut-être des homonymes de Bierre-lès-Semur Bierre-l'Egaré, ham., com. de La Iloche-en-Brenil, c. de Saulieu.

FORME ANCIENNE Bières (1377, Rôle des feux de l'Auxois). Le déterminatif ~E~are est peut être une mauvaise graphie de -les-Guarets, le mot « guaret », auj. guéret, désignant en vieux français une terre laissée en jachère.

L'~afë pourrait aussi s'entendre au sens de localité perdue, éloignée de tout centre important.

Bière (ferme de), com. de Savigny-s. Beaune, c. de Beaune. FoRME ANCIENNE Bière (1243, Titres do l'abbaye de Sainte-Marguerite).

IZEURE, c. de Genlis.

FoRtfES ANCIENNES /c:odo)'Mm (763, Pérard, p. 10). Izzodora (830, Pérard, p. 18). Yzoire (1006-1020, dom Plancher, pr., p. 26). Yzorra (1220, Cartulairc de Citeaux, I).

7ctodort<m est la forme basse d'un Icciodurits plus ancien, ayant le sens de « forteresse d'7cc:MS Iccius est un nom d'homme qu'on trouve dans César (Commentaires. livre III).

.fctodot'um, accentué sur le premier o, a perdu le second o puis il s'est fait une assimilation de d a )'. produisant rr, ce qui conduit à la finale -orre. On trouve précisément Y'zo~'ra, forme latinisée d'Yzorre, au xiu* s. Un des deux r a dispiru dans la graphie moderne.

HOMONYMES. Yzeure (Allier), Yzeure (Indre-et-Loire) – Issoire (Puy-dc Dôme).

SEURRE, ch.-I. do canton, arr. de Beaune.

FORMES ANCIENNES Sai~'ra (1208, Cartul. de Citoaux, I). Suerre (t2C6, Pérard, p. 5)5). &t/u(n'e (1277, Pérard, p. 540) Ceo)-)-e (t277, Pérard p. 540). SeAKrre (1278, Pérard, p. 545). Les différentes formes de ce vosable font penser à un primitif en -odurum. D'autre part, la forme de i208, qui est latine et qu'il faut prononcer Sa urra, et la forme de 1277, Sa/tMrr~ qui est française, nous fournissent vraisemblablement les deux premières lettres du mot qui était joint à odurum on arrive ainsi au thème Saodufum.


Il est probable qu'entre a et o avait existé une de ces consonnes, gutturales ou surtout dentales, qui tombent habituellement lorsqu'elles sont intervocales.

En cherchant à-rétablir la consonne syncopée, nous nous arrêtons de préférence à la consonne d, qui nous conduit au thème Sadodufum.Ce thème est appuyé, dans une certaine mesure, par l'existence d'un terme ancien analogue, celui de Sadebria, qui désigne au x' siècle Sèvre (Vienne), et qu'il est logique de rétablir Sadobriga (puisque, en composition, briga se montre toujours, comme nous le verrons, précédé de o). Ajoutons aussi le Sodobria des textes carolingiens qui est aujourd'hui Suèvres (Loir-et-Cher).

Sadodurunt aurait donné d'abord Saurre ou Saorre, qu'on retrouve plus ou moins intacts dans les textes du xiu' s. cités plus haut. L'h intercalé dans les formes françaises est un artifice graphique destiné à faire sentir l'hiatus qui, dans la prononciation, séparait a ou e de u ou o. On retrouve préoisémeut cet /t dans la même charte de 1278 qui donne Sehurrp, dans le mot « sehurté pour « sûreté (securitas).

REMARQUE. La forme Suerre, qu'on trouve concurremment avec 5eM!']'e dans le même acte, n'en est qu'une variante graphique la prononciation était la môme, car ue a le même son que eu à cette époque.

La finale -urre n'est pas habituelle comme produit d'évolution de -odMfum; il y a quelque difficulté à comprendre le changement de o on u que nous constatons au xnr s à côté d'une forme parfaitement régulière Ceorre; mais un cas analogue s'observe pour Avalleur (Aube), considéré comme un ancien vocable en -durum (probablement A&a~odufum), et que nous voyons noté Auci~orra, Auahtn'a et même Avaluria au Cartulaire de Molêmo (fin du xr s. et commencement du xn s.).

III. BRIGA

Les textes de l'antiquité nous font connaître un certain nombre de noms de lieux habités terminés en briga. On regarde ce mot brtjfa, constituant le deuxième élément de ces vocables composés, comme étant un substantif commun gaulois, synonyme de duHum et de durus, c'est à-diro qu'il aurait signifié lieu fortifié, forte.resse o.

De ces vocables toponomastiquos en -briga que nous a transmis le monde romain, la grande majorité, soit plus d'une vingtaine, se trouvait dans la péninsule ibérique. Parmi les six situés hors


d'Ibérie, un était placé en Asie mineure, dans la Galatie, un autre dans la Bavière actuelle, les quatre derniers en Gau'e, et parmi eux celui qu'on a lu d'abord dans César sous la leçon Adma~efobria, corrigée depuis en Jlagetobria, et aussi Afo~etobna. On a cherché et assigné dans plusieurs départements de l'est l'emplacement de ce lieu aujourd'hui disparu, où le chef germain Ariovisto battit les Gaulois, et la Côte-d'Or a eu sa part de ces attributions. T) en est une qui nous parait assez rationnelle, parce qu'elle est exacte au point de vue phonétique, c'est celle qui reconnait ~a~e/obfta dans le lieu-dit « la Moigte-Uroye », lieu autrefois habité et situé non loin de Pontailler.

Si l'antiquité ne nous rapporte pour la Gaule qu'un très petit nombre de vocables termines en briga, on s'accorde néanmoins à croire que ces noms y ont été fort répandus, à en juger par les fréquents exemplaires qu'on pense reconnaître pour tels dans les textes du moyen-âge et à l'époque moderne. Cette opinion est basée sur les déductions suivantes

On a tout lieu de croire que dans les mots composés en bnga, l'i de cette finale étant bref, l'accent portait sur l'antépénultième, c'està-dire sur la deuxième syllabe du premier élément, celle précédant immédiatement briga. Or l'examen des noms en -briga fournis par l'antiquité montre que ce premier terme uni à briga finissait très habituellement par un o. C'est donc cet o qui était accentué, et c'est une finale -obriga que nous devons envisager pour en suivre la destinée phonétique. On voit que nous avons ici un cas analogue à celui que nous a offert -odurum pour les noms composés en durum, et que nous retrouverons pour les noms dont magus constitue le second élément.

Comme on doit s'y attendre avec un groupe final -obWgfa accentué sur o, la dernière partie de ce groupe devait tomber, pour aboutir en français à -obre. La première réduction, dans les formes latines les moins altérées, porte sur le g qui disparait, et nous en avons déjà un exemple dans César qui écrit Afa~obna au lieu de Magetobriga. C'est cette finale -obria, plus souvent -obrium, qu'onrencontro dans les textes du moyen-âge elle y est concurrencée par une autre un peu plus simplifiée, -obra ou -ob)'u)K, plus fréquente souslaforme adjective -obrensis.

En français, le groupe obriga a laissé le plus communément les terminaisons suivantes

-:<bre, dans le midi. Ex. Vezenobros (Gard), qui est Vede)~bftum en 1100, et parait être un antique Vedmobn~a Hanobro (Cantal).


2' -ovre, caractérisé par la substitution de v à b (ce qui a eu lieu dans la France de langue d'oil pour tous les représentants de -obriga), Cette terminaison -ovre, encore à demi-méridionale, est d'ailleurs rare on ne la connait guère que dans Verosvres (Saône-et-Loire), qui est Vorovre au xive siècle.

3' -ouvre, dans Courouvre (Meuse), qui est Corrobrium en 1207, et peut-être anciennement Corrobriga. et Moussouvre (Rhône), finis de Mosobro vel Mosouro en 857, peut-être pour un plus ancien Mosobriga.

4° -euvre, qui est l'aboutissant normal de -obriga dans la France du Nord. Ex. Denœuvre (Meurthe-et-Moselle) connu sous la forme adjective donobrinsis aux textes carolingiens c'est probablement un ancien Donnobriga.

5* -èvre, variante phonétique de -euvre. Ex. Suèvres (Loir-etCher), Sodobria du vin" au xe siècle, pour quelque antique Sodobriga ou Sotobriga Volesvres (Saône-et-Loire), villa de Volabro au xme siècle, Volovre au xiv s.

On voit que les types -odurus et -obriga ont évolué de façon analogue le premier aboutit à -ore et -eure, le second à -obre ou ovre et -euvre, qui s'en distinguent seulement par la présence de b ou v. Dans quelques cas même, cette différence disparait parce que v tombe, et alors dans les deux séries le représentant est -ore c'est ce qui s'est produit pour Solore et Uzore (Loire), qui sont d'antiques composés en briga. C'est alors l'examen des formes anciennes qui permet d'élucider l'origine de pareils vocables, et quand ces formes manquent, il devient impossible de décider entre -odurus et -obriga. Le mot briga, comme le mot dunurn, a été employé à l'état isolé comme nom de lieu. C'est du moins ce qu'il est permis de croire en présence du vocable toponomastique Broye ou Broie, qu'on rencontre à plusieurs reprises en France; mais les textes de l'antiquité ne nous ont pas laissé d'exemple de Briga pris isolément. Ce mot, dans ce cas, avait l'accent sur l'i et cet i bref accentué est devenu tout naturellement oi.

Dans la Côte-d'Or, nous ne voyons qu'un nom de commune qu'on soit autorisé, en raison de sa terminaison -euvre, à rattacher à un primitif en -obriga c'est Beneuvre.

BENEUVRE, c. de Recey-sur-Ource.

FORMES anciennes Benouvra (vers 1170, Titres du grand Prieuré de Champagne). -Iionum opus (Guy deliono Opère) (1160, Courtépée). L'analogie avec Deneuvre nous conduit à proposer le thème étymologique Bonobriga, qui aurait donné Beneuvre, comme le Dono-


briga (donobrinsis des textes carolingiens) a donné le Deneuvre de Châtel-de-Neuvre (Allier).

L'o accentué est devenu eu et le 6 s'est changé en v, comme dans proba devenu preuve, aboclus (pour abocul us, privé d'yeux) qui a donné aveugle. L'adoucissement du b latin en v, au milieu d'un mot, est d'ailleurs constant et très ancien 01 trouve dans les plus vieux monuments aceruus, devitum pour acerbus, debilum, et dans des textes du vi" siècle deliveralionem pour dcliberalwnem. etc.

Homonymes Beneuvre n'a pas, en France, d'homonyme identique à lui. Mais on a Bonnœuvre (Loire-Inf ), pour lequel M. d'Arbois de Jubainville admet comme probable un primitif Bonobriga, au sens de « forteresse de Bonus », co darnier mot étant un cognomen latin. Toutefois il est permis de penser que le vocable Bonos existait chez les Gaulois, puisque ceux-ci changèrent en Bononia le nom de Felsina, capitale des Etrusques qu'ils venaient de vaincre à Melpum (d'Arb. de Jub. Les premiers habitants de l'Europe, t. II, p. 272). D'ailleurs Holder admet que Bonos a été un nom d'homme celtique enfin ce nom de Bonos suffixé n'est pas un fait isolé dans la toponomastique gauloise on connaît un Donomagus, « champ de Bonos ».

Dans un acte de 1189, Othon de Saux donne à l'abbaye de SaintSeine tout ce qu'il possède à Léry et tout le fief que tient de lui son gendre Gualterius de Bannovre (dom Plancher, I, pr., p. 63). Il semble bien que ce Bannovre doive se rapporter à Beneuvre. Si cette forme a quelque autorité, il faudrait, en raison de l'a que comporte sa première syllabe, songer à un thème un peu différent de Bonobriga, soit à Bannobriga.

2 IV. MAGUS

Magos est un substantif gaulois, latinisé magus, synonyme du latin campus « champ, plaine ». Il subsiste avec le même sens sous la forme mag en irlandais, sous la forme maez en breton. C'est surtout l'époque romaine qui nous fournit les vocables présentant intégralement la terminaison -magus. On les trouve encore de même dans Grégoire de Tours, au vi8 siècle; mais dès le siècle suivant, cette terminaison so réduit. L'a du deuxième terme magus étant bref, et l'accent portant sur l'antépénultième, caractérisée généralement par un o final du premier terme du mot composé, le groupe -omayus s'est réduit à -omus. C'est ce qu'on constate dans la Chronique do Frédégaire (vu8 s ), et sur les monnaies mérovingiennes, où le vocable est au cas oblique Nouiomo (pour Novio*


magus, Noyon), Rotomo (pour Rotomagus, Rouen), Dans la langue vulgaire, -omus faisait -om (pouvant être noté -um, avec la même prononciation), qui est devenu -on à partir du xnc siècle. En définitive, c'est aujourd'hui la finale on qui partoute la France représente habituellement le groupe latin -omagus dans les vocables toponomastiques. Comme c'est également l'aboutissant assez fréquent de dunum, comme c'est de plus le témoin de ces nombreux noms propres d'homme imparisyllabiques terminés en latin par -o, -O7iis, il devient difficile, dans bien des cas, de préciser l'origine de cette terminaison française -on dans les noms de lieux actuels. Le caractère suivant peut heureusement aider à retrouver le primitif en -omagus il réside en ce fait que les vocables issus d'un tel primitif conservent assez communément jusqu'au xme s. une finale française -om ou -um, et une finale latine -omus, -omum, -omium. Lorsqu'on est en présence d'une pareille finale, on peut supposer avec grande probabilité un vocable primitif composé ayant magus pour second terme.

A côté de la finale actuelle -on remplaçant le plus communément l'ancien groupe -omagus, il convient de citer la variante phonétique notée -an ou -en, qui se rencontre de préférence en Normandie, où Rouen, Caen, Argentan sont d'antiques noms en -omagus, et aussi de place en place en Touraine (Ciran, Monthélan), et accidentellement ailleurs (Noé, plus anciennement Noen, dans l'Yonne). Pour la Côte-d'Or, nous croyons devoir rapporter à la série de noms composés dont le second élément est magus l'ancien vocable Ré3me,et celui du hameau de Bâlon.

RÉOME ou MOUTIER-SAINT-JEAN, c. de Montbard. Formes anciennes Reomaus (482 (?j Pérard, p. 1). Reomaus (vi° s. dans Grégoire de Tours). Reomacensem (abbatiam) (Chronique de Saint-Bénigne, éd. Bougaud, p. 81).

Réome, sous la première République.

Bien que Réome ne figure plus depuis longtemps au vocabulaire topographique de la Bourgogne, la localité qui le portait ayant. depuis de longs siècles changé ce nom pour celui de Moutier-SaintJean, nous avons cru devoir ne pas passer sous silence ce vocable des temps anciens, intéressant à plus d'un titre.

Ce serait à la fin du va siècle que le fils d'Hilarius et de Quieta, honoré par l'Eglise catholique sous le nom de Saint Jean-de-Rcome, aurait fondé le monastère qui fut plus tard l'abbaye de MoutierSaint-Jean, et qui porta au début le nom de Reomaus (en latin). Le monastère aurait, d'après divers auteurs, pris son nom de celui


même du ruisseau sur les bords duquel il fut édifié, et qui s'appelle encore actuellement le Réome. Cette opinion n'est guère admissible, en raison de la signification du mot Réome, que nous donnerons tout à l'heure, et qui n'est pas applicable à un cours d'eau. Il est beaucoup plus probable que, à défaut d'un lieu habité préexistant et prénommé, le territoire où fut fondé le monastère portait le nom de Reomaus le ruisseau a pu partager antérieurement ce nom, où même ne l'emprunter que plus tard à l'abbaye, soit qu'il fût resté innommé jusque-là, soit qu'il eût changé alors de vocable. En tout cas, le mot Reomaus lui-même n'a certainement pas été créé en même temps que le monastère, car à la fin du va siècle notre pays complètement romanisé ne savait plus construire de noms de lieux habités en -magus.

La tradition constante fut de noter en latin Reomaus, et, pour l'adjectif, reomaensis, parfois atténué en reomensis; c'est ainsi quo nous trouvons en 1228 et en 1257, dans Pérard, ab bas reomaensis. en 1230 abbas reomensis. La Chronique de Hugues de Flavigny nous donne toutefois une forme plus complète de l'adjectif dans la mention abbatiam reornacensem (citée par M. Bougaud, note de la page 81 de son édition de la Chronique de Saint-Bénigne).

Raisonnons donc sur Reomaus, qui fut la forme consacrée pour désigner le monastère fondé par saint Jean,et que Petrus Roverius prit pour titre de son histoire de cette abbaye, rédigée en 1638 sur des documents anciens (Reomaus, seu historia monasterii sancti Johannis Reomaensis). Que représente le vocable Reomaus ? Nous y voyons un composé do magus, composé qui, sous son thème complet, pourrait être quelque chose comme Rigomagus oette opinion est également présentée par Holder. Rigomagus signifie champ du roi, ou champ de Rigos, selon que l'on considère le premier terme comme étant le substantif commun gaulois rix, rigos, correspondant au latin rex, régis, ou comme étant un nom propre d homme. Le premier terme ngo- de ce composé s'est réduit à reo. Cela n'a rien qui doive nous étonner, car on connaît un exemple authentique d'une telle transformation, celui de civitas Rigomagensium qui existait au département actuel des Alpes-Maritimes, et qui avait laissé son nom à une vallée dite vallis reumagensis au temps de Louis-le-Pieux. Ici donc rigo- est devenu reu-; or reo- et rett- sont équivalents, puisqu'au moyen-âge o et u se prennent constamment l'un pour l'autre.

Toutefois M. Longnon fait remarquer que Reomaus se trouvant dans un texte du vie s., il y a lieu de le distinguer du Ricomagus ou Rigomagus qui existe sous ces deux formes, dans Grégoire de Tours lui-même, pour désigner Kiom (Puy-de-Dôme). La consonne intervocale tombée serait différente, serait par exemple une dentale sa


chute aurait été plus précoce, et on s'expliquerait ainsi que dès le yi* s. on soit déjà en présence d'une forme basse Reo~, alors que pour Riom les formes contemporaines gardent encore intact ou à peu près inctact le thème primitif, Rigo- ou Rico-.

Le second term3 maus du vocable Reomaus est fort intéressant, car on n'a que de très rares exemples du premier stade de la contraction de magus, correspondant à la chute de la gutturale intervocale seulement. Holder, dans son Trésor de la Langue celtique, n'en cite que trois exemples connus. Mantalomaus, Latiomaus, Reomaus et comme le premier est noté d'autre part Mantalomagus, le passage de magus à maus ne peut laisser place à aucun doute. La forme reomacensem de la Chronique de Saint-L'énigne garde d'ailleurs une trace non équivoque du g de magus.

Le vocable latin Reomaus n'a jamais été francisé dans la langue populaire il avait disparu, remplacé par la forme latine de Moutier-Saint Jean, avant que le latin populaire fût devenu la 1 mgue romane. Mais le mot Reomaus n'ayant pas cessé d'être employé, dans les documents écrits en latin, pour désigner l'abbaye, les clercs ou les savants imaginèrent, à une époque plus récente, do traduire ce vocable en français par le mot « Réome ». C'est là, à n'en pas douter, une forme savante; elle n'est nullement le produit de l'évolution phonétique régulière de Reomaus évolution qui l'eût amené à la forme Réon ou Rion.

C'est ce vocable de forme savante Réome que la Révolution reprit lorsqu'elle voulut faire disparaître le nom deMouticr Saint-Jean. Au xixe s., Réome a continué à figurer, mais facultativement, comme complément déterminatif dans le vocable de la commune d'Athiesous-Réome, écrit tel par M Joseph Garnier en 18GO, mais devenu maintenant Athie-sous-Moulier.

Homonymes. Réome n'a pas d'homonyme, littéralement parlant, puisque c'est une forme savante. Mais si l'on admet le thème Rigomagus, la ville de Riom (pron. Rion) (Puy-de-Dôme), laquelle est un ancien Rigomagus authentique, est en quelque sorte un homonyme. Il en est peut-être de même pour quelques-unes des localités suivantes Riom (Cantal), Rion (Ain, Landes, Saône et-Loire, Yonne). Bâ.lon, com. de Gerland, c. do Nuits.

Nous ne connaissons aucune forme ancienne de co vocable. Mais l'accent circonflexe et la nasale finale le rapprochent nettement de Baulon (Allier) pour lequel on a au xm« s. llaalom (Cartul. de l'église d'Autun, T, p. 298); Baulon pouvant être rattaché à un primitif en -omagus, il nous parait indiqué d'y rattacher aussi Dâlon. On pour-


rait songer à y voir quelque'antique Dalomagus, par analogie avec Balodurum devenu Balleure (S.-et-L.)

Homonymes. Baulon (Allier, Ille-et-Vilaine), Baalon (Meuse), Baalons (Ardennes).

§ V. NANTUS

Le mot nant est considéré comme étant d'origine celtique. Latinisé nantus ou nantum, il devait être en langue gauloise nantos. On lui attribue le sens de « vallée » c'est la signification qu'en donne le Glossairc gaulois d'Endlicher, qui traduit nanto par le latin ualle (cas oblique), et trinanto par tres valles.

Dans le seul dialecte celtique où d'après Holder, nant ait subsisté, le kymrique, ce mot a bien le sens de « vallée », mais aussi celui de « ruisseau ». Ce sens de ruisseau est le seul que ce terme possède dans le parler local de la Savoie, où le mot nant existe encore, couramment usité aujourd'hui pour désigner ces ruisseaux à eaux rapiaes qui occupent le fond de vallées encaissées, et qui, à sec l'été, deviennent torrentueux lors de la fonte des neiges. On dit en Savoie le « nant du mont », le « nant de Lignières », comme nous dirions en Bourgogne le « rû du mont », le « rû de Lignières. » Il est fort probable que le gaulois nantos a eu tout d'abord le sens de ruisseau, et que plus tard il prit par extension celui de vallée, en raison du lien qui unit la vallée au ruisseau qui en sillonne le fond. D'ailleurs ce procédé de rhétorique qui consiste à étendre au tout ou au contenant le sens d'abord réservé à la partie ou au contenu est bien connu et d'une application assez fréquente.

Quoi qu'il en soit, nous prendrons le mot nant comme synonyme de vallée. La synonymie est-elle absolument exacte ? et nant avait-il une acception aussi large que celle que nous accordons au mot vallée ? C'est une question sur laquelle il n'est guère possible de se prononcer aujourd'hui. Toutefois lorsqu'on réfléchit que nous avois encore actuellement dans la région bourguignonne et les régions avoisinantes trois termes, nant, braux, combe, qui nous ont été légués par les populations anté romaines, et auxquels nous attribuons également et indifféremment la signification de « vallée », on est conduit, selon nous, à chercher la raison de cette riche synonymie, peu compatible avec l'état encore assez primitif do cos langues anciennes, dans l'une des deux explications suivantes Ou bien ces mots n'ont pas leur origine dans une seule et même langue, leur paternité remonte au moins à deux peuples, par exemple les Ligures et les Gaulois;

Ou bien ils ont réellement leur source dans une seule langue, la


celtique par exemple, mais ils n'étaient pas complètement synonymes, ils exprimaient des nuances variées du sens que nous rendons en français par le mot « vallée », lequel englobe indistinctement ces nuances. De cette deuxième hypothèse il résulterait que la langue de nos pères d'il y a vingt ou vingt-cinq siècles aurait été plus riche que ne l'est la nôtre, au moins en ce qui concernelesmoyens derendre l'idée de vallée.

Sans vouloir trancher le débat, ce que nous croyons pouvoir dire, d'après l'application faite en Savoie du mot nant,et d'après l'examen du relief du sol dans les localités de la Côte-d'Or dont le vocable nous offre le mot (employé seul ou en composition), c'est que ce terme nant parait s'adapter à ces petites vallées profondes et resserrées, assez habituellement peu longues, qui entrecoupent en rangs pressés les plateaux des régions montagneuses.

Le mot nant est resté comme nom de lieu habité en France, so't employé seul, soit en composition La majorité de ces vocables appartient au bassin du Rhône une partie des autres se rencontre dans les départements voisins ou presque voisins de l'arête montagneuse qui limite ce bassin ù l'ouest: Aveyron, Puy-de-Dôme, Haute-Loire, Loire, N èvre, Yonne, Haute-Marne. Quelques-uns enfin sontépars dans l'Indre, t'Orne, 1 Aisne, la Somme, et même en Belgique, où il faut citer Dinant.

Dans la Côte-d'Or, nous avons une commune dont le nom est le mot nant, employé isolément, c'est Nan-sous-Thil, et cinq communes dont le vocable composé contient nant comme second terme ce sont Arcenant, Echarnant, Grenant, Pernand, Ternant. Ajoutons-yles vocables Nanloux, nom d'une commune, et Nanteux, écart de la com. de Maligny. c d'Arnay ce sont des noms apparentés aux précédents ils seront étudiés ultérieurement. En outre, le mot nant figure aussi dans le nom dun ruisseau, affluent de l'Armançon, le rù de Cernant, né sur le finage de Vic-deChassenay, c. de Semur et dans le nom de la ferme de Bornant, com. de Quincy-le- Vicomte, c. de Montbard.

Ajoutons encore une réflexion à propos du premier terme combiné à nant dans les composés. Ce premier terme n'a nulle part (en laissant de côté bien entendu les vocables modernes do la Savoie) une physionomie latine c'est du moins l'impression qui ressort pour nous de l'examen de noms en -nant de la Côle-d Or, et de ceux que nous avons relevés au Dictionnaire dos Postes pour les autres départements et que nous croyons pouvoir rattacher à nant Voici ces noms, et la liste en est certainement incomplète: Bornant (Savoie); Cernant (Indre) Gernans (Jura) – Cornant (Ain,


Yonne) Dornand (Saône-et-Loire) Dornant (Nièvre) ;– Lournant (Saône-et-Loire) Marnand (Rhône, Saône-et-Loire) Marnans, (Isère) Marnant (Saône-et-Loire) Mornand (Loire) –Mornans (Drôme) Sonnant (Isère) Tornant (Savoie) Vernant (Ain).

Donc le premier terme, qui n'est pas latin, doit être considéré d'une façon générale comme étant celtique, de même que son associé nant. Il en résulte pour ces vouables une origine gauloise pure on peut donc les envisager comme ayant été créés à l'époque gauloise, et vraisemblablement aussi les lieux habités qui les portent ont été fondés antérieurement à la période romaine; toutefois cette dernière proposition est moins sûre, le village ayant pu être établi, à une époque plus tardive, dans un lieu-dit en -nant dont il aurait pris le nom.

Cela posé, pouvons-nous interpréter le premier élément des mots dont le second est nant? Non, le sens de ces mots celtiques nous échappe il ne nous est connu pour aucun des cinq vocables de la Côte-d'Or que nous aurons à examiner. Constatons toutefois que le premier terme combiné à nant est toujours très simple et presque toujours monosyllabique nous avons donc là des racines élémentaires, sur lesquelles on arriverait peut-être à jeter quelque jour en recourant aux sources celtiques. D'autre part si nous voulons réunir quelques données sur les idées qui ont guidé nos ancêtres gaulois dans la formation de ces mots, il faut peut-être prendre en consi dération le mode de composition des vocables modernes savoyards qui nous offrent le mot nant. Car, en cette matière, l'esprit humain a sensiblement opéré de même jusqu'à présent, et les hommes d il y a deux mille ans ont, dans la genèse des noms de lieux, obéi à peu près aux mêmes préoccupations, aux mêmes sentiments que les hommes de nos jours. Quand donc nous voyons en Savoie le mot nant uni à un nom d'homme, comme dans le Nant-Richard, ou à un adjectif qualificatif, comme dans le Nantsec, nous pouvons nous dire avec une assez grande probabilité, que les Gaulois ont employé lcs mêmes procédés, et que sous ce premier terme dont nous cherchons en vain le sens se cachent vraisemblablement tantôt des noms d'hommes gaulois, tantôt des adjectifs celtiques. Si en outro nous examinons, dans le même ordre d'idées, comment a été traité le mot val, vallis, équivalent du nant gaulois, nous constatons également qu'il a été associé à des noms d'homme et à des adjectifs qualificatifs, et de plus qu'il l'a été à des noms d'arbre (chêne, saule, vcrnel et à des noms de ruisseau, le nom mémo du ruisseau coulant dans le vallon. Nous sommes donc amenés à classer sous quatre chefs


principaux les combinaisons auxquelles a dû se plier le mot nant 10 Avec un nom d'homme, combinaison qui aurait été la plus fréquente, si nous en jugeons d'après ce qui s'est passé pour le mot val, et aussi, jusqu'à un certain point, pour nant en Savoie à une époque récente

Arec un adjectif qualificatif, tel que: clair, grand, petit, froid, chaud.

Avec le nom d'une essence végétale, dominante dans le vallon ou seulement sur les bords du ruisseau du fond.

Avec le nom du ruisseau lui-même.

NAN-SOUS-THIL, c. de Précy.

Formes ANCIENNES Nana Suptilio (pour sub Tilio) (1253, Cart. de l'Eglise d'Autun, p. 177). Nantum sub Tilio (1328, Chambre des Comptes. B, 200). Nam subtus Thillium (xiv° s., pouillé du Cart. de l'Évêché d'Autun, p. 281).

Pâtis de Nant, ha n., com. de Lucenay-le-Duc, c. de Montbard. Forme ancienne Pasquis de Nantz (1666, Déclaration des Communautés).

Ces deux vocables Nan et Nant représentent, employé isolément, le mot gaulois nantos, latinisé nantus, et ayant le nom de « vallée ». La situation de ces deux localités n'est pas en désaccord avec cette étymologie.

Remarque. 11 est curieux de rappeler que le vocable Nan sousThil a pu revêtir la graphie Nansouty, conservée jusqu'à nos jours dans un nom de famille. D'ailleurs Courtépée écrit « Nan-sousThil ou Nansouty » en tête de l'article consacré à ce village. L'hôtel construit au xvue s. à Dijon, rue Vannerie 39, est appelé I ôtel de Nansoutil. Ces formes proviennent sans doute de ce que, dans la région, on énonce toujours le nom du village d'un seul bloc, comme s'il s'agissait d'un mot simple on ne dit jamais « Nan » tout court. L'on sait, d'autre part, qu'avant le xvi" siècle l'orthographe en France n'était pas fixée; c'était d'ailleurs si bien l'habitude de considérer comme simples ces vocables composés quand ils étaient paucisyllabiques, que Courtépée écrit encore « Issurlille » le nom de la commune d'Is-sur-Tille.

Remarquons que Nan a perdu le t final qui fait partie intégrante du radical de l'anc:en thème, ce qui s'explique facilement puisque ce t est muet.

Homonymes. LemotKant revêt en France des graphies variées, comme le montre la liste suivante des homonymes probables Nant (Ain, Aveyron, Haute-Loire) Nans (Alpes-Maritimes, Var, Bouches-


du-Rhôno, Jura, Doubs) Les Nans (Jura) Namps !Somme). Enfin, en Savoie et Haute-Savoie, le vocable est répandu à de nombreux exemplaires, sous les formes le Nant, les Nants, le Nand, les Nands, le Nand-Pollet, le Nand-Richard, le Nand-Robert, le Nantsec, le Nandrion. C'est là qu'il offre son plus haut degré d'épanouissement, dans cette contrée rapprochée du pays qui, situé à l'extrémité orientale du lac Léman, était au temps de César occupé par les Nantuates, peuple dont le nom est évidemment formé sur le radical nant.

ARCENANT, c. de Xuits.

FORMES anciennes Arcegnanum (870, Histoire de Saint-Martin d'Autun, II, 10). Arcenans (xiv° s. pouillé du Cart. de l'Evêché d'Autun, p. 378.)

A n'envisager que cette forme, et elle mérite considération en raison de son ancienneté, on devrait rattacher le vocable Arcenant à un thème primitif Arsenianus, formé du gentilice Arsenius, développé au moyen du sufïixe latin -anus. On sait combien était fréquent dans l'Italie romaine l'emploi de ce suffixe pour créer des noms de lieux habités au moyen des noms propres de personnes. Il le fut également, de ce côté-ci des Alpes, dans la Province romaine et dans la Novompopulanio, qui furent plus tôt et plus complètement romanisées que le reste de la Gaule. Mais l'usage de ce suffixe dans la Transalpine resta presque localisé à ces provinces méridionales plus au nord il fut remplacé par le suffixe gaulois acos, latinisé acus, si bien que les vocables ayant eu un thème primitif en anus se raréfient à mesure qu'on s'élève vers le nord dans le bassin du Rhône, où ils no dépassent pas le département de l'Ain, s'y montrant même déjà très rares. En outre, dans la partie septentrionale de son aire de distribution géographique (Isère, Rhône, Ain), le suffixe -anus toujours précédé de l'i (i-anus) a donné une finale -i-ins qui, d tns la suite, s'est réduite à -in ou -ins. Ex. Poncin (Ain), Valencin, Tullins (Isère) La forme ̃ian ne s'observe pas.

A ce fait, qui est la règle, de l'absence de vocables topographiques en -anus dans la moitié septentrionale de la Gaule, il y a pourtant une exception remarquable c'est celle de Aureliani, la ville d'Orléans, qui après avoir été entre temps Otiiens, a bien conservé la finale primitive -ian sous la variante -éans.

Arcenant, Arsenianus, serait-il une exception de même ordre ? M. Longnon, respectant la forme Arcegnanus de 870, a tendance à le croire, et préfère s'en tenir au thème Arsenianus. Toutefois, cer-


taines circonstances plaident contre Arsenianus. C'est d'abord le caractère tout exceptionnel d'un nom de lieu en -anus dans la Côted'Or c'est ensuite ce fait que si nous avons une forme fort ancienne en -anus, nous n'en avons qu'une, par conséquent la possibilité de contrôle nous fait défaut, ce qui autorise le doute. D'autre part, la situation du village dans une gorge qui forme le sommet d'une vallée s'accorde suffisamment avec l'idée qu'évoque le mot nant, d'autant plus qu'Arcenant se trouve là au voisinage d'Echarnant, Grenant, Pernand, Ternant, Nanteux. Nantoux, qui sont tous vocables de même famille, et semblent caractériser une région naturelle de la Côte-d'Or que nous appellerions volontiers la région des nants. Dans cette manière d'envisager Arcenant, comma un vocable composé dont le second terme est nant, quel sens pourrait-on lui attribuer? Il faut, selon nous, se dispenser de songer, comme premier terme, au mot latin arx, arcis, d'abord parce que la traduction serait alors la vallée du faîte, du sommet, ce qui est peu satisfaisant pour l'esprit ensuite. parce que le mot nant ne paraît pas, comme nous l'avons déjà fait remarquer, avoir été associé à des mots latins pour former des vocables composés. Cette solution rejetée, nous n'en avons pas d'autre à présenter que la suivante, en faveur de laquelle nous n'avons d'ailleurs aucun argument probant à apporter. Il existe au territoire de Bure-les -Templiers un lieu-dit appelé le Val d'Arce; à première vue, cette appellation paraît bien l'analogue de Arcenant. Ce Val d'Arce doit son dônominatif au i uisseau qui le parcourt, l'Arce, qu'on trouve latinisé Arsia. L'Arce est aussi le nom d'un affluent de la Seine dans le département de l'Aube (Archia, Arcia en 1147, Artia en 1263, Arsia en 1610). Bref, nous serions assez disposés à croire qu'Arce fut le premier nom du ruisseau qui descend d'Arcenant et qu'on appelle aujourd'hui le Raccordon.

ECHARNANT (MONTCEAU-ET-), c. de Bligny-s.-O. FORMES anciennes :Escareta (878, Ilist. de Saint-Martin d'Autun, II, 10).– Escharnant (1204, Titres de la Commanderie de Beaune et 1290, Cartul. de l'Evôché d'Autun, p. 327). –Charnant (1253. Cartul. de l'Eglise d'Autun, l, p. 183).

La forme de 878, Escareta, attribuée par M. J. Garnier au village qui nous occupe, est à rejeter, car elle n'a pu dans la suite devenir Echarnant.

Nous voyons dans ce nom le mot nantos associé à un premier terme sur lequel on ne peut guère faire que des hypothèses. Le radical Echar-, antérieurement Eschar-, et sans doute à l'origine


Scar, semble bien être le même que celui qu'on retrouve dans la forme ancienne d'Echevronne, Scrabona pour Scarbona. Dans l'un et l'autre vocable, le radical Scar- est sans doute pour un mot Scara dont nous ignorons totalement le sens, mais qui a dû appartenir à la langue celtique.

Il sera parlé plus en détail de ce radical à l'occasion du vocable Echevronne (voy. plus loin).

GRENAND, c de Sombernon; écrit GRENANT par M. J. Garnier dans sa Nomenclature historique.

Formes anciennes Granant (1205, Titres de la Commanderie do Bcauno; 1225, Archives de la Bussière).

On trouve la mention graunanlo vico sur des tiers de sou d'or, on croit devoir la rapporter à une des localités du nom de Grenand ou Grenant.

Grenant, écart, com. de Cressey-s.-Tille, c. d'Is-s.-Tille. Nous ne savons rien du terme associé à nant dans ces deux vocables; la forme la plus ancienne nous le donne sous la graphie grau; nous ne connaissons pas d'autre nom de lieu qui le présente; il est très probablement gaulois.

Homonymes. Grenant (Haute-Marne, Nièvre).

PERNAND, c. de Beaune,

Foume ancienne Pernant (1154, Titres do l'abbaye de Maizières). Comme dans Grenand, la finale nant, vallée, est associée à un premier terme dont le sens et la forme même nous sont inconnus. M. Longnon pense à une combinaison telle que Parronantos par analogie avec Parrodunum, localité mentionnée par Ptolémée. Homonymes. Pernant (Aisne, Orne).

TERNANT, c. do Gevrey.

Forme ANCIENNE Tarnantum (!O23, Histoire de la maison de Vergy, Preuves, p. 64).

Nantos nous apparaît ici combiné à un premier terme tar. C'est apparemment lui qui se retrouve dans un certain nombre de vocables géographiques antéromains, dont nous empruntons la liste à M. d'Arbois de Jubainville (1) c Tara, orthographié Thara à l'époque carolingienne, nom ancien (1) Les premiers habitants de l'Europe, Il, p. 151.

i


d'une rivière qui est aujourd'hui le Thérain, affluent de l'Oise, passant à Beauvais;

Tarus, cours d'eau qui est aujourd'hui le Taro, affluent de droite du Pô, en Italie;

Tarauus, rivière qui est le Taravo, en Corse;

Tarantasia, aujourd'hui Moutiers-Tarentaise (Savoie) Tarusco, onis, forme ancienne do Tarascon (Bouches-du-Rhône, Ariège)

Tarodunum, localité citée par Ptolémée, et qui est aujourd'hui Zarten (duché de Bade). Un Tarodunum devait être aussi le chef-lieu du pagus tardunensis, devenu le Tardenois, pays du département de l'Aisne

Brogitaros, Dejotaros, noms d'hommes galates, où tarfigure comme second terme.

Nous pouvons proposer pour Ternant le thème primitif Taronantos, dont la première partie serait le nom d'homme gaulois Taros, comme on le suppose dans Tarodunum. Ce thème nous parait plus probable que celui qui verrait dans la première partie du mot Tarnantum un nom de cours d'eau Taros ou Tara, homonyme de l'un de ceux que nous avons cités plus haut, et qui aurait été autrefois le vocable supposé du ruisseau de la vallée de Ternant.

Le nom de Ternant est encore représenté au département de la Côte d Or dans le vocable de la commune de LA MOTTE-TERNANT, c. de Saulieu, sur lequel nous reviendrons dans la suite.Le vocable la Motte étant de création médiévale (à partir du xie s.), il est évident que le nom de Ternant existait antérieurement, sur cet emplacement ou à son voisinage, pour désigner une agglomération ou tout au moins un lieu-dit.

Homonymes. Ternand (Rhône), Ternant (Ain, Charente-Inférieure, Nièvre, Orne, Puy-de-Dôme). 11 convient de citer ici le nom de lieu Ternanteuil (Deux-Sèvres), apparenté à Ternant. § VI. L,ANUM

MALAIN, c. de Somberr.on.

Formes anciennes Mediolanum (1073, Histoire de Vergy, Preuves, p. 80). Meilanum (1131, Gallia Christ., IV, pr. col. p. 89). Maaulain (1272, Cartul. de l'Evéché d'Autun, p. 19.)

Le nom de Alediolanum était très répandu en Gaule. La ville actuelle de Milan (Italie) fut un Mediolanum fondé par les Gaulois il y en avait cinq dans la Gaule transalpine, un en Germanie, un dans l'île de Bretagne.


Les noms actuels de localités qui en dérivent appartiennent à deux séries

1° L'une dérivant de la graphie Mediolanium, qu'on trouve désignant Milan sur les monuments épigraphiques, et qui est cn outre adoptée par les auteurs grecs, Strabon, Ptolémée, qui parlent de cette ville.

2° L'autre dérivant de Mediolanum, qui est la forme fournie pour Milan par les auteurs latins.

Chacun de ces doux types a donné 1 ieu à une série de dérivés qu'on distingue par ce fait que les dérivés deMediolanium offrent la mouillure de l'l, par suite de Yi de la finale ium, qui a passé dans la syllabe accentuée {-Uanum). Cette mouillure se traduit graphiquement dans la France méridionale par le groupe Ih et dans la France du Nord par Il précédé de i (ex. Château-Meillant, Cher) ou suivi dei (Melliens, Somme), ou à la fois précédé et suivi de i (Montmeillien, Côte-dOr), ou enfin par un seul suivi de i (Moliens, Oise). Dans la seconde série se rangent des vocables la mouillure de 17 n'existe pas. Ex Màlain (Côte-d'Or); Meulin (Saône-et-Loire) autrefois vicaria Mediolanensis (époque carolingienne) Mioland (Saône-et-Loire), Moëlain (Haute-Marne) ancien Mediolanum castrum (1163), etc.

Quel sens attribuer à ce vocable Mediolanum Henri Martin le traduisait par « terre sainte du milieu », lanum ou lanium étant un mot celtique rappelant le mot germanique land, terre (avec le sens particulier de lann, sanctuaire, en breton), et medio, également terme celtique, équivalant au mot latin médium, milieu. 11 attribuait un Mediolanum central à chaque nation celtique.

Cette hypothèse a été combattue par M. Longnon (in Revue celtique, vin), qui remarque que les Eduens auraient eu dans ce cas trois dc ces « terre sainte du milieu », ce qui est topographiquement inadmissible, et que d'autre part ces Mediolanum sont parfois aux confins des anciennes cités gauloises.

Holder rapporte une iulre interprétation du mot lanum ce serait la forme neutre d'un adjectif celtique offrant le même sens que le latin planus, plan. Cette manière de voir s'accorde bien avec la situation topographique du village de Mûlain, qui est bâti sur une large plaine située à mi-hauteur entre le fond de la vallée de l'Ouchc et le plateau de Langres.

Le sens du vocable est donc encore incertain, mais sa celticité ne fait au contraire aucun Joute.

Montmeillien ou Montmilien, com. de La-lioche-cn-Brenil, c. de Saulieu.


Forme ANCIENNE Montmelien (1377, Rôle des feux de l'Auxois). Ce vocable se rapporte à un ruons mediolanium ancien (Voy. plus haut MALAIN).

§ VII. LOCUS

SAULIEU, ch. 1. de canton, arr. de Semur.

FORMES ANCIENNES: Sidolocum (Itinéraire d'Antonin). Sidotocum (Table de Poutinger). Sedelaucum (dans Ammien Marcellin). Sidilocum (Saint Loup de Ferrières). Sedelocus (723, dom Plancher, I, pr., p. 1). Sidilocum "(Ghron. de St-Bénigne). A partir du vin* s. c'est la forme Sedelocus ou Sedelocum qui est adoptée. Selon M. d'Arbois de Jubainville, le mot qui est entré en combinaison dans le vocable ancien de Saulieu sous la forme latine locus serait un mot gaulois locos ayant même sens que le latin locus, lieu. La première partie du nom composé dériverait d'un nom d'homme, Sedios Saulieu voudrait dire « le lieu de séjour de Sedios ». Le composé Sedegenos ou Sediogenos est un nom d'homme gaulois qui, dans l'hypothèse de M. d'Arbois de Jubainville, aurait le sans de « fils de Sedios ». Or ce nom d'homme est le thème primitif du nom ancien d'une localité, la Touche. com. de Cherve (Vienne), qu'on trouve latinisé à l'époque carolingienne Sedegenacus (929) ou Sedegenagus (893). Ces deux étymologies s'appuient l'une l'autre dans une certaine mesure.

§ VIII. – BON A

Bona semble avoir été un subtantif commun anté-romain, dont la signification ne nous a pas été conservée, bien qu'il fût encore en usage à l'époque romaine comme durum et magus. Certains savants, d'Arbois de Jubainville, Ernault, Stokes ont voulu lui attribuer comme source un mot celtique supposé, baunos, qui aurait eu la la même racine que les mots allemands bauen, construire, bau, construction, et qui aurait été proprement un participe passé signifiant « chose construite », puis « bâtiment, maison, demeure ». Ils sont arrivés à cette opinion par la comparaison avec certains termes plus ou moins approchants empruntés à quelques langues indoeuropéennes, savoir: en irlandais, both ou buta, qui signifie « hutte »; en vieil haut-allemand bûau, en gothique bauan, en vieil indou blavana, qui veulent dire « demeure » (1). Disons que cette tentative d'in(1) M. d'Arbois de Jubainville « etend encore ce sens de bona (maison, demeure) jusqu'à celui de lieu habité, car il écrit que « le mot bona signifiait probablement ville ». (Recherches sur l'origine de ta propriété foncière, p. 584J.


terprétation du mot bona ne séduit point M. Longnon, qui lui reproche notamment de ne pas tenir compte de la dissemblance existant entre une racine bau par au, et le mot bona où l'o existe dès l'antiquité, et par conséquent peut être considéré comme primitif. Il vaut mieux avouer, selon lui, qu'on ne sait rien du sens qu exprimait bona. On ne connaît que quelques noms de lieux en -bona, transmis par les textes de l'antiquité. Les deux plus classiques sont Augustobona, ville fondée au premier siècle de la domination romaine et qui fut la capitale du peuple des Tricasses. Au m" siècle, cette vil'e perdit ce nom pour prendre celui même de son peuple, Tricasses; c'est aujourd'hui Troyes (Aube).

2° Juliobona, fondée aussi au 1er siècle, au pays des Caletes (maintenant pays de Caux). C'est aujourd'hui Lillebonne (Seine-Inférieure) Les noms de quatre autres vocables anciens en -bona nous sont parvenus. Ce sont Arrabona, Colobona, Equabona, Vindobona; cette dernière ville était située près de 1 emplacement, sinon sur l'emplacement même^ de Vienne, capitale de l'Autriche. Il en a certainement existé d'autres à travers les pays celtiques; les uns ont disparu à jamais, les autres pourront être retrouvés dans de modestes localités, à mesure qu'on étudiera plus complètement les noms de lieux anciens et modernes. Nous en a^ons un exemple dans Serbonnes (Yonne), ancien Silbona, que M. Longnon croit pouvoir rattacher à cette série.

11 nous semble, en outre, que c'est le cas pour Echevronne. ECHEVRONNE, c. de Nuits.

Formes ANCIENNES Scrabona. (878, Hist. de Saint-Martin d'Autun, II). –Eschevrone (1281, Pérard, p. 4i5).

Par sa forme la plus anciennement connue, Echevronne semble se rattacher à la série des noms de localités d'origine celtique composés de deux termes dont le second est bona.

Dans ce composé Sa abona, quel peut être le premier terme? Il nous paraît être un mot tel que Scara.

Ce mot Scara appartient en effet au domaine des langues indoeuropéennes. Il a été employé par Ammien Marcellin, avec une acception particulière, comme synonyme de turma, compagnie de cavalerie. On le retrouve encore auj. entrant en composition dans quelques mots italiens scaramuccia, escarmouche, Scaramella, nom d'homme. Enfin, fait plus important au point de vue qui nous occupe, c'est ce même mot qui paraît constituer la première partie du nom d'Echarnant, comme nous l'avons expliqué précédemment.


Pas plus que pour bona, nous ne savons d'ailleurs quel sens attribuer à Scara (1).

Le thème hypothétique Scarabona aurait donné d'abord Scarbona par chute du deuxième a, bref et atone, qui devait tomber en sa qualité de prétonique, le premier a, bref aussi mais marqué de 1 accent second, devant au contraire persister. Scarbona se serait transformé en Serabona par une simple metathèse de IV, phénomène des plus fréquents dans l'onomastique du moyen-âge, et nous arriverions ainsi a la forme de 878 qu'on relève dans 1 Histoire de Saint-Martin d'Autun.

Comment Echevronne est-il sorti de Scrabona ? Ce thème donnait d'abord (au moins théoriquement) en français la forme Escravone

1" Par prosthèse d'un e initial, phénomène qui s'observe toutes les fois qu'un mot latin commençant par s suivi de c, p, t, m passe en français (exemples scribere, speraro, slabula, smaragdum devenus écrire, espérer, étable, émeraude

Par substitution de v a b, la substitution étant très-fréquente et réciproque entre ces deux labiales lorsqu'elles précèdent une voyelle, comme cela se voit dans habere, probare, roborem qui ont donné « avoir, prouver, rouvre ». Puis, la consonnance de ce mot ayant paru sans doute peu euphonique, il se fit une nouvelle métathese de l'r, différente de celle qui avait déjà transformé Scarbona en Scrabona, et grace à laquelle l'r fut reportée de la deuxième syllabe dans la troisième. Cela donnait Escavronc mais en même temps le c se trouvant en contact avec a fut destiné à chuinter et la devenant normalement e on eut Eschevrone, comme nous le voyons en 1231 il ne restait plus qu'a réaliser le redoublement de l'n et la suppression de l's pour avoir la forme actuelle. C'est la metathèse de l'r qui a imprimé a Echevronne une physionomie au premier abord peu compatible avec un primitif Scrabona; sans cette métathèse, le dérivé eût été Eci evonne, beaucoup plus normal. Et le changement de l'a libre en e ayant eu heu vers le ix* siècle dans notre langue, il faut que la métathèse de l'r fût alors déjà effectuée, sans quoi c se serait trouvé devant e et n'aurait pas chuinté.

Dans la contrée d'Echevronne. ce village est appelé en patois « Echavarne»; le parler local en est donc resté au point ou la métathèse de l'r était chose faite, sans que le fut le changement de a en e, on voit de plus que dans sa métalhèse IV est ici repoussé plus loin que dans la forme française. Il est curieux d'observer chez un même vocable, dans la suite des temps, deux et peut-être jusqu'à trois métathèses différentes de l'r étymologique 1° dans Scarbona devenant Scrabona (métathèse probable mais hypothétique) 2° dans Scrabona devenant quelque chose comme Escavrone, puis Eschevrone 3° enfin dans la formation du patois Echavarne.

§ IX SUFFIXE AVUS

Le suffixe latin avus (aua au féminin), que l'on rencontre fréquemment dans l'onomastique do l'antiquité, et àtravers l'Europe actuelle comme finale de noms géographiques (noms de cours d'eau, de (1) Dans le LyouaaiS, on trouva Scarabeus, Scaravacas, Scaravagms, Scaravcus, comme foinies dilemmes d'un nom de ruisseau, elles sont devenues en français Escliaravay, d'où est sorti le nom propre Cud\al jy (par aphérèse, comme dans Escharnaiit devenant diamant).


peuples, de lieux habités) appartenait incontestablement à la langue celtique sous la forme avos. C'est ce suffixe qui termine le nom de divers peuples de la Gaule, tels que les Andécaves {Andecavi), les Ségusiavos les Vellaves (Vellavi ou Vellavii) il termi- nait également cerlains noms d homme, tel le nom Iccavos, gravé sur une inscription en langue gauloise découverte à Auxcy (Côted'Or) et où nous surprenons le suffixe auos dans sa pureté primitive.

D'autre part, ce suffixe parait avoir quelque peu retenti en Germanie nous le ren onlrons en effet dans le nom des Bataves (Balavi) qui étaient vraisemblablement germains, et dans celui des Chamaves (Chamavi) qui l'étaient sûrement.

Enfin M. d'Arhois de Jubainville, constatant en Corse (où les Gaulois sont censés n'avoir pas pénétré) deux vocables suffixes en ̃auus, à savoir celui d'un cours d'eau, Taravo, et celui d'une localité, 7Acavo, et trouvant en Ligurie le vocable Varavo, pense que le suffixe slvos était également employé par les Ligures. Si la chose a eu lieu effectivement, nous remarquerons cependant que ce suffixe n'a laissé, dans l'ancien domaine vraiment ligure, que bien peu de traces, comparativement au suffixe bien ligure ascos ou uscos et nous en conclurons que si le suffixe avos a existé dans plusieurs langues indo-européennes, il a eu son plein épanouissement chez les Gaulois.

Sa trace peut être retrouvée dans un certain nombre de vocables de la toponomastique française, où il est combiné à des noms d hommes et comme ces noms d'hommes apparaissent dans la plupart des cas comme gaulois, il y a tout lieu de croire que lesdits vocables sont antérieurs à la période romaine (I).

(1) Notons toute'ois qu'il est quelques noms de localité suffises en avus qui ne sont pas antdneuis à la période romaine Le fait ne semble pas domeut pour AmeUavus qui est au xi» s. la forme latine de Milhau (Ave>ion) On a la vraisemblablement un dernë du bas-Utin Ameltus repiesmtant le gentilne classique Aîimluis (d'Arbois de Jubuiu\ille) Cela nous montre que l'einiiloi du suffixe avos pour la foimation des noms de lieu ne s'est éteint qu'au cours de la domination romaine mais il > ail ailleurs ete fort restreint.

On releve aussi quelques j-jg-j, constitues a epoque merOMngienne et à 1 époque carolingienne, dont le vocable est fjrine par un nom de uvicre suffixe en ans (pour avus) Ainsi on a le pagus masaits (pour mosants) doive de lit Meuse, j\[osa Le pagus tellaus (pour tellavus), du nom de lu Telle, et qui est auj le Talou (Scine-lnfeileure} le pagus vimwaus (pour vimwavus), du nom de la rivière la Vlsme [Vimmj), qui est auj le Vnneu (aninine) On y peut joindre le Halndut [pag~ts luinaus poui hattutus) Mais il est à remaiquei que tous ces pagi sont dans dt-s levions qui, au vit* et vmB siècles, etnent île population geiinanique Le f.ut est d'ailleurs très gênerai, dans la Gaule flanque et en Geimame, de ïolr des noms de régions formes sur les noms des cours d'eau qui les an osent.

Mais à part les deu* exceptions qui Mennent d être signalées dans cette note, les noms suffises en avus doivent être considères comme remontant Par leur origine à l'cpo<iue celtique il en est ainsi en nartuulier des vocable en -aviis du d(pnrteineot de la Côte-d'Or.


Voyons maintenant quelles formes a revêtues le suffixe avos. En latin, quand il apparaît complètement, le suffixe est avus ou sa forme fémin. aua. Mais au moyen-âge, on ne trouve souvent que aus, forme basse de avus. Ainsi Grégoire de Tours donne au vie s. Andelaus pour Andelot (Haute-Marne). On trouve de même Merlaus (878) pour Merlau (Vlarne), Merlaus (x's.) pour Merloux (S.-et-L ), si bien qu'on s'accorde généralement à considérer la finale -aus comme équivalant à -avus

En français, le suffixe qui nous occupe a laissé des finales variées

1° -ave, dans Antonaves (Hautes-Alpes);

-ève, dans Renève (Côte-d'Or)

-euve, dans Bclleneuve (Côte-d'Or).

Ces trois formes féminines représentent le féminin ava. 2° -au, dans Milhau (Aveyron), Merlau (Marne), Tharaux (Gard) (au xiB s., Taravus)

-ou, dans le nom du pays de Talou (S.-Inf.), l'Arroux, riv. (Atv.ra.vus)

-eu, dans le nom du pays de Vimeu (Somme)

-ot ou od, dans Andelot (Haute-Marne), Bellenot (Côte-d'Or), Bellenod (Côte-d'Or)

Ces formes assourdies représentent le masculin avus. Dans la Côte d'Or, deux vocables de communes sont cités par SI. d'Arbois de Jubainville comme relevant du suffixe avos ce sont Bellenouve et Chenôve. Nous croyons d'une part pouvoir y joindre Renève et, à la suite de M. Longnon, Bellenot et Bellenod. Nous pensons, d'autre part, et pour des raisons que nous développerons dans la suite, devoir en distraire Chenôve.

BELLENEUVE, c. de Mirebeau

Formes anciennes Le nom de cetts localité revient souvent dans la Chronique de Bèze, qui nous fournit les formes suivantes (1) liellenavus (830, p. 255 et 258). Belenaca (1008, p. 292 et 293; 1115-1120, p. 430). Balenavus, Daletiava (vers 1100, p. 398). Dale?iauus(II03, p. 420). Dalenava (1109, p. 418; 1125-1137, p. 502). (1) Toutes ces formes puisées dans la Chronique de Beze sont empruntées à des chartes, comme il s'en trouve en grand nombre dans ce îecueil, ces formes appartiennent donc bien a l'époque dont la dite les accompagne.


Belenaua (vers 1115 1120, p. 430L Balenava (vers 1130. p. 464'. Belenavia (vers 1130-1137, p. 476. Beilanava (p. 481), Baleneva (p. 482, vers 1137-1140).

D'autre part, on a Bellanova (1241 Cart de Saint-Etienne, II). Beleneve (1244, p. 458, et 1260, p. 500, Pérard).– Bellenevre{sic) (12831294, Pérard, p. 5i2).

Le vocable Belleneuve, classé dans la famille du suffixe aros, parait formé sur le nom d'homme gaulois écrit Bellinus sur plusieurs inscriptions (d'Arbois do Jubainvillo, Origine de la propHeié foncière, p 563).

La forme la plus ancienne, Bellenamis, caractérisée dans son radical par le double 1 et la persistance de la voyelle suivante, qui pourtant est atone. prouve que le double 1 est étymologique il a sauvegardé la voyelle qui le suit. Cela s'explique bien avec un radical tel que Bellinus, mot où d'ailleurs l'accent était sur 1 i. Toute autre eut été l'évolution avec le nom divin Delenus, dont Bellinus n'est peut-Être qu'une vanante. Belenus, employé seul, est devenu Beaune, parce que le second e, atone, est tombé de très bonne heure, laissant Belnus, le groupe el se trouvant placé devant une consonne s'est changé en eau. La combinaison du suffixe aua avec le nom Belenus aurait donc donné quelque chose comme Beauneuve, mais n'aurait pu produire Belleneuve.

Le thème primitif est-il réellement masculin? M. Longnon n'est pas disposé à l'admettra, la terminaison ève ou euve du vocable français étant féminine, et ne pouvant dans le cas présent provenir, selon lui, que d'une finale primitive au féminin. On s aperçoit du reste, en parcourant la liste des formes anciennes dressée plus haut, qu'il parait y avoir eu un certain flottement sur le genre du vocable si la forme de 830 est masculine, celle de 1008, qui nous offre un âge encore très respectable, est féminine, et l'alternance se maintient jusque dans le même acte (témoin celui cité vers 1100). au commencement du xu* siècle, dans le cours duquel le féminin triomphe définitivement. Devant cette hésitation qui semble indiquer un manque de tradition ferme, et qui tient peut-être à ce que les scribes étaient embarrassés pour distinguer le genre du vocable vulgaire de leur époque, il ne faut attacher qu'une importance médiocre à ce fait que la forme la plus ancienne parvenue jusqu'à nous se trouve être masculine, et il convient de suivre bien plutôt ici les exigences de l.i phonétique qui réclame un thème féminin nous adopterons donc non pas Bellmavus, mais Bellinava.

Nous observons que le double I du thème primitif, conservé par la forme de 830, se réduit à un seul dans les formes du xi", xn" et xin* s. C'est 1\ pour ces époques un fait normal les consonnes doubles, qui sont toujours


médiales, perdent leur premier élément, et c'est ainsi que bellam fait alors « belle ». Plus tard le écrivains font reparaître, par souci d'étymologie, la consonne tombée (Darmesteter).

Il est, assez étonnant de voir la finale laline ava devenue en dernier lieu euue en français. Ce sont en effet les voyelles o et u qui deviennent eu, mais-non pas l'a. Cet a, accentué et libre comme c'est le cas ici dans au-, devait régulièrement se changer en è français, comme nons le voyons dans faba devenu fève, dans Rionava devenu Kcnève, et dans la forme française Beleneve donnée au sur s. par Péraid pour Belleneuve. C'est sans doute par corruption que eue a donné -euve, car grammaticalement la chose s'explique difficilement.

Peut-être pourrait-on dire, avec M. Longnon, que Beleneve a été transitoirement Belenove sous l'influence du dialecte bourguignon, qui change fréquemment e en o ultérieurement Beleuove serait devenu normalement Belleneuve, comme le v.-fr. nove (nova en latin) est devenu auj. « neuve » (la nove ville de Clux, in Pérard, p. 541, année 1277).

Homonyme. Bellenaves (Allier).

BELLENOD-SUR-SEINE il) c d Aignay.

Formes anciennes Baleno (12y5, Titres de l'abbaye do Quincy).–Balenou (Pouillé du xive s., in Cartulaire de l'Eglise d'Autun, p. 382).

BELLENOT, c. de Pouilly.

FORMES anciennes Baleno (1150, Titres de l'abbayo de La Bussière). Balenou (1291, Gart. de l'Eglise d'Autun, II, p. \:A). Bellenoul (1396, Rôle des feux de l'Auxois). Baleno (Pouillé du xiv s. in Cartul. de l'Eglise d'Autun, p. 380).

Aux formes précédentes, il faut joindre Ballenoul, Balenou (1332, Pérard, p. 351) qui no s'appliquent pas avec certitude à l'un plutôt qu'à l'autre des deux vocables précédents.

M. Longnon voit dans ces deux noms de localité, du reste identiques, d'anciens Belliuavus qui seraient des homonymes de Belleneuve, à cette difïérence près qu'ils proviennent du thème masculin, dont le suffixe devient également en français ait par vocalisation en u du v de av-us. Ce son au peut revêtir des graphies diverses, entre autres celles (ol et od) qu'il affecte dans les vocables qui nous occupent, et aussi, par développement, la notation ou que nous constatons aux xine et xiv siècles quant à VI terminal de Ballenoul, Bellenoul (xiv* s.), il est arbitraire, et apparaît d'ailleurs pour d'autres vocables de la Côte-d'Or auj mrd'hui terminés en ot (Avot, qui est Avoul en 124G; Cormot, qui e t Cormoul en 1391). Si les formes anciennes de Ballenot et Bellenod offrent un a dans (1) Bellesoi-she-seine, au Dictionnaire des Postes.


leur première syllabe, il ne faut pas dire pour cela qu'il est étymologique, et que le thème primitif de ces vocables différait dans son radical de celui de Belleneuve nous avons vu, en effet, que les formes anciennes de Belleneuvo présentent fréquemment cet accident du remplacement de e par a.

Homomymes. Le département de l'Aube a deux communes du nom de Balnot, qui sont homonymes de nos Bellenot, comme le montrent leurs formes anciennes qui sont

1° Pour Balnot-la Grange Balenum, 1147 Iialeno, 1167; Dclono (pour Baleno), 1198; Baleno, 1''02, 1214; Beleno, 1210; Balnot, 1370 Ballenod, 1547; Ballenau, 1679; Balnot, xvni" s. (carte de Cassini) 2° pour Balnot-sur-Laignes Balenou, 10G8; Baleno, 1 144-1 153 Belleno, 1388; Balleno, 1391 Balenot, 1679; Balnot, xvin» s. (Carte de Cassini).

On voit la concordance qu'il y a entre ces formes anciennes et celles des Bellenot de la Côte-d'Or. Si les Balnot du département voisin ont, dans la graphie, perdu une syllabe très tardivement, l'analogie entre les vocables actuels n'en persiste pas moins dans la prononciation, puisque dans Be'lenot l'e de la syllabe médiale est absolument atone, et passé sous silence; on prononce « Belnot ».

Il y a lieu de remarquer enfin que les quatre localités homonymes de l'Aube et de la Côte-d'Or sont les seules en France de cette sorte et se trouvent réparties dans une aire peu étendue. RENÈVE, c, de Mirebeau.

FORMES anciennes Rionava vicus pu s., Chronique de Frédégaire). Renavis (xi° s., Chronique de Bèze). Renavos H391, Rôle des feux du Dijonnais).

La forme la plus ancienne est au singulier et au féminin la seconde est une forme oblique plurielle et féminine. On observe les mêmes variations pour Autonaves (Hautes-Alpes). noté Autonnava et Autonavi; il n'y a pas lieu d'y attacher d'importance. Ici toutefois le pluriel du xie s. s'explique par ce fait que Renève comprenait trois agglomérations avant 1636 (Courtépée). Il y en a encore deux aujourd'hui Renève-l'Eglise, ancien chef-lieu de la paroisse, maintenant celui de la commune, et Renèvc-le-Ghàteau, hameau. 11 est possible que les diverses parties ne soient pas contemporaines, que l'une d'elles ait seule existé au début, ce qui justifierait le singulier Rionava du VIIe s.

Le nom d'homme sur lequel, probablement, a été lormé Renève, est un nom gaulois tel que Rigonus, apparenté au mot gaulois rix,


rigos, chef, roi la forme du radical, déjà simplifiée au vu* s., fait en effet penser à une gutturale disparue, la chute des gutturales ayant eu lieu plus tôt que celle des dentales. Le thème primitif serait donc Rigonava.

Rigonava a laissé Rionava puis Renève par une transformation du radical analogue a celle qui de Rigomagus a conduit à Hiom (Puy-de-D.). Remarque. Courtépée rapporte que c'est à Renève que la reine Brunehaut fut mise à mort en 614, et c'est précisément à ce propos que la Chronique de Frédégaire mentionne cette localité. Homonymes Renève (Gironde), Reneuve (E.-et-L.).

§ X. SUFFIXE ENTUM

On croit voir dans le thème primitif du nom de lieu habité Notent, qui aurait été Novientos en gaulois, un suffixe celtique entos, latinisé entus ou entum, qui serait comparable au sutlixe breton entez, lequel dans ce dialecte sert à former des substantifs aux dépens des adjectifs ex. Nevezenlez, « nouveauté ». On admet du reste que le mot Novientos, devenu Nogent, aurait précisément eu ce sens de « (hose nouvelle », de « village nouveau » il serait donc l'équivalent de ces vocables Neuville, Villeneuve qu'ont portés depuis lors un grand nombre de localités, d'ailleurs créées à des âges postérieurs.

On ne connait pas, en dehors de Nogent, d'autre exemple certain de vocable toponomastique dans lequel figure le suflixe entos combiné.

NOGENT-LES-MONTBARD, c. de Montbard.

Formes anciennes: Nogentum (vers 1157.Cart. deSaint-Etienne de Dijon 1186, Titres de l'abbayc de Fontenay.) Noiant (1276, Cart. de l'cvêché d'Autun, p. 31.)

Le vocable Nogent (ou ses variantes) est très répandu dans la moitié septentrionale do la Franco, mais il n'apparait pas dans le Midi; il ne se trouve pas au sud du département de l'Allicr. Le thème primitif. qui n'a d'ailleurs pas été relevé à l'époque romaine, est latinisé Nooienlum ou Novigentum à l'époque mérovingienne. C'est Novigentum qui nous est transmis le premier par Grégoire de Tours, au vie s puis on lit Nov entum dans un diplôme de 692.

Il parait répondre à un thème gaulois Noi-Lcntos. formé de la combinaison d'un suffixe entos avec l'adjectif gaulois novios, connu ailleurs en combinaison avec dunum et avec mngus (noviodunum,


noviomagus), et qui a le même sens que l'adjectif français « nouveau », le latin novus, le grec neos, et le breton nevez. Novientum a produit Nogent par consonnification de l'i qui suit la labiale et qui devient g doux, phénomène phonétique qu'on retrouve dans diluvium, cambiare,. devenus déluge, changer. Cette consonnification a entraîné la chute du v, d'où la forme actuelle Nogent.

Homonymes. Nogent (une vingtaine dans la moitié septentrionale de la France) Noviant (M.-et-M.), Novéant (Alsace-Lorraine). Nouviant était autrefois le nom de quatre communes du département de l'Aisne, appelées auj. Nouvion. On trouve enfin Noyant (Ain, Allier, Indre-et-Loire, Maine-et-Loire).

Les vocables Noviant, Novéant ont gardé une physionomie bien voisine du thème primitif Novientos ils n ont pas subi la consonnification de l'i.

§ XL SUFFIXE ISVIUS

Un certain nombre de vocables topographiques de la France offrent la terminaison esme, qui procède directement d'une finale latine israus, fournie pir les formes anciennes de ces vocables. Ces finales esme et ismus représentent, selon toute apparence, un suffixe gaulois ismos, que M. Holder considère comme une désinence superlative, ayant dans la langue celtique la mémo valeur que issimus dans le latin. C'est cotte finale qui apparaît dans le nom des Osismi ou Osismi;, peuple de l'Armorique combattu par Jules César et cité bien avant lui par le voyageur grec Pythéas, qui parle des Ossismi au ive s. avant J.-C. La même finale parait se retrouver au féminin dans le nom de la déesse gauloise Sulis7na, livré par une inscription.

Une des hypothèses qu'on peut faire au sujet des noms de lieux habités répondant à un primitif en -ismos, c'est qu ils représentent des noms d'hommes gaulois, ou parfois de divinités. Trois noms de communes de la Côte d'Or ont en français la finale esme (ou ême) et pour leur forme latine la finale ismus ce sont Duêmc, Louesme, Molôme. Louesme offre encore l's étymologique de ismus, alors qu'il a disparu dans Duémc et Molême, en laissant comme trace l'accent circonflexe. Au reste, l'orthographe de ces vocables n'est pas bien fixée, car si M. J. Garnier écrit « Duéme », le Dictionnaire des Postes adopte « Duesme ».

Du radical des trois vocables Duême, Louesme, Molême, disons de suite que nous ne savons rien, pour ne pas avoir à y revenir.


DUÊME c. d'Aignay-le-Due.

Formes anciennes Duismum Duismense caslrum (123, dom. Plancher, I, pr. p. 1). Pagus dusmensis (8*8, I'érard, p. 150.) Comitaius dumensis (1005, Pérard). Duisme (1262, Pérard), forme française.

On retrouve Dutsmus (ou Duismum) et l'adjectif duismensis ou dusmensis à diverses époques on a, par exemple, (au cas oblique) Duismo et duismensi, dans une charte du Cartulairo de SaintEtienne de Dijon, citée par Pérard, charte dont la rédaction se place entre les années 1098 et 1113.

Holder donne Duisma comme titre du court article qu'il consacre à ce nom il n'indique pas s'il a rencontré cette forme féminine quelque part (1).

Nous ignorons quelle est la graphie complète, ainsi que le sens du radical uni au suffixe ismus, dans Duême. Peut-être comprenait-il une consonne, tombée de très bonne heure, entre 1'u et l'i, consonne qui pouvait être une gutturale ou une dentale, bien plutôt qu'une labiale, ce qui conduirait à quelque thème covarae Dugismos ou Dubismos.

On trouve à la date de 783 dans une charte de St-Bénigne (rapportée par Pérard, p. 12), une dusmensis villa in pago Divionensi mention que M. J. Garnier attribue à Domois, hameau de la commune de Fénay, au canton de Govrey. La même localité est appelée Dumes («apud Dûmes», porto letexte; c'est sans doute la forme française), et Dumea villa dans une charte de Saint- Etienne de Dijon rapportée par Pérard, dans un acte non daté, mais qui se place entre les années 1059 et 1008. Ainsi, au xi" s., ce village e-t appelé Dume, il aurait dû faire Dome en français actuel il est Domois, parce que le vocable définitif s'est formé aux dépens de l'adjectif dusmensis on dumensis; nous savons, en effet, que la finale adjective latine -ensis, se réduisant à -esis, donne -ois en français. La notation de 783, Dusmensis villa,, donnerait à penser que ce vocable était homonyme de Duôtne toutefois la forme Dumea villa du xi° s. autorise un doute, qui se trouve d'ailleurs fortifié par les autres formes suivantes in fine Dom iso, 812-850 in Dicmeusi, 870; in Dumiso, vers 902; Dusmisus, 10l5(ChroniquedeSaint-Bénigne, p. 95, 100, 119, 180). LOUESME, c. de Montigny sur-Aube.

FORMES anciennes Legismus (1082, Cartulaire de Molcme). –Leesmum (1083. Cartulaire de Molême). Leesma (11401 H8, Car(1) n l'a probablement puisee dans A. Longnon, Allas historique de la France, où figure la forme Duisma.


tulaire de Molémc). Laesme (1209, Titres du grand Prieuré de Champagne).

La forme de 1082 doit être bien rapprochée du thème primitif, si elle ne lui est pas identique. Elle nous a conservé la gutturale qui n'existe plus dans le nom actuel Louesme, et qui était certainement déjà tombée, probablement depuis plusieurs siècles, dans la forme vulgaire d'alors cette chute amène un hiatus, qui, si nous n'avions pas sous les yeux la forme Legismus, évidemment fort ancienne, que nous a conservée lo texte de 1082, nous eût induit à supposer la disparition d'une consonne à cette place. La disparition de la gutturale, accompagnée sinon précédée de celle de la sifflante dans la prononciation, laissait Leime c'est à peu près ce que traduit le Leesmum de 1083, si on fait abstraction de s; la forme Laesme se comprend plus difficilement en raison de 1 introduction d'un a remplaçant un e, ce qui ne peut guère s'expliquer que par le désir de la part du scribe de conserver au vocable ses trois syllahes originelles.

Quoi qu'il en soit, Léime devint Loime, soit par l'influenc-J bourguignonne qui change e en n, soit par suite du changement en oi de la diphthongue éi, transformation qui dans l.i France du nord, frappa la diphtongue éi en syllabe atone vers le x siècle, et en syllabe accentuée (ce qui est le cas ici), vers le xme siècle. C'est ce stade Loime que traduisent les formes suivantes relevées pour le Louesme du département de 1 Yonno Loima (xiii' s.); Loesme (1483) Loesma (1480). Au xv* et au xviesiècles,la diphtongue Ot, après avoir passé par l'intermédiaire oè (Loesme. 1483) se prononce « ouè ». C'est ce son que rend la graphie Louesme qui a persisté jusqu'à nos jours. Le parler local a conservé la forme médiévale « Loimo » est encore l'appellation patoise qui désigne cette localité.

Homonymes. Nous relevons pour le département de la Côte-d'Or, dans la Nomenclature hislorique de M. Joseph Garnier, deux autres exemplaires du mot Louesme

Combe do Louesme, com. do Vauvey, c. de Chàtillon Ruisseau de Louême, com. d'Athic-sous-.Mouticrs, c. de Montbard.

Hors du dépirtement, un seul lieu habité figure sou ce vocable au Dictionnaire des Postes c'est Louesme (Yonne).

MOLÊME, c do Laignes.

Formes anciennes MolMnum (1075, Cart. do Molûmo, I). – Moloimes, Moloismes (1261, Pérard, p. 502).


La forme Molismum nous montre le suffixe ismum combiné à un radical sur lequel nous n'avons aucun renseignement. La forme Aloloime correspond à la forme Loima (xui' s.) que nous avons signalée pour Louesme a l'article précédent.

Homonymes. – Molesmes (Yonne) (Molimse, en 1283), Molosmes (Yonne) (Moloisrne, 131j).

Remarque. Le Molcmo de la Côte-d'Or est écrit Molesme au Dictionnaire des Postes (I).

§ XIL SUFFIXE ISSA

Les Gaulois ont appliqué un suffixe issa à la formation des noms de lieux habités. Dans les exemples que nous en connaissons, le mot suffixé en -issa parait être un nom propre de personne, et le vocable ainsi formé est, à proprement parler, un adjectif féminin, qui en fait est pris substantivement; ainsi le nom de lieu Villonissa signifie «la chose du nommé Villon», ou, si l'on veut,la terre de Vil- 1- lon, en sous-entendant le mot gaulois équivalant au latin tel-ra. C'est en somme un suffixe d'un emploi analogue au suffixe acus si généralement usité à l'époque romaine, et dont nous parlerons plus loin.

Pour M. d'Arbois de Jubainville, le suffixe serait seulement -ssa (au masculin -ssos) comme on le rencontre dans des noms d'hommes gaulois, où il peut être être précédé dune des voyelles a, e, i, u. Dans les noms de lieux apparaît une finale issa, la voyelle i ne ferait pas en réalité partie du suffixe, mais serait le débris de la terminaison ius des gentilices, parce que, dit-il, ces noms de lieux ont été formés sur des gentilices. Il en résulterait que la création de ces noms ne remonterait forcément qu'à l'époque romaine, puisque c'est avec la domination romaine seulement qu'ont pris pied en Gaule les gentilices, c'est-à-dire ces noms propres de personnes qui étaient à Rome caractéristiques de ce grand groupement familial appelé la gpns. C'est une opinion que M. Longnon ne par(1) On remarquera que les trois villages de Duême, Louosme, Molême appartiennent au Châtillonnais.

ri J Laurent a attira notre attention sur une ancienne localité, aujourd'hui disparue, dont le vocable se rattache à la même famille onomastique, et qui était probablement située au canton de Grancey-le-Chateau, canton limitiophe du nhatillonnais. Cette localité (dont le souvenir a peut-être laisse quelque trace au plau cadastral de la contrée) est mentionnée sous le nom de Burismus au Caitulaire de Moleme, dans un acte de donation rédige entre les années 108» et 1110. Les donations y sont énumérees dans 1 ordre sunant pour les territoires qu'elles concernent; Solongttus, Grjncetus, But ismits, Novavilh Ce dernier village, aujourd'hui Neu\ elle, étant voisin de Graucey, il est à presumer que Burismus était dans les mêmes parages.


tage pas pour lui les vocables en -issa qu'on rencontre en Gaule sont antérieurs à la conquête romaine, ou tout au moins s'il y en a parmi eux qui lui sont quelque peu postérieurs, ils n'ont pas été formés sur des gentilicos. mais sur des noms d'hommes gaulois. Même en admettant qu'ils soient justifiables de noms d hommes en -ius, ces noms no sont pas forcément des gentiliecs, puisqu'il y avait, comme César en cite, des noms d'hommes gaulois en -ius. M.iis nous ne voyons pas la nécessité d'une finale tus pour les noms d'hommes qui ont servi à former les noms de lieu en -issa; et cc qui sert de base à nos déductions, c'ett la comparaison avec le mode d'emploi du suffixe issa dans le lat n de la décadence, où il servit à créer des noms qualificatifs de femmes, tels que abbatisst, cotnitissa, diacom'ssa, formés sur les masculins (pris à l'accusatif) abbatem, comttem, diaconum. Il est assez logique de supposer que ce procédé de formation de noms féminins qualificatifs d'emplois a été emprunté par le bas-latin aux habitudes de la langue gauloise, et que le vocable Villonissa (pris comme exemple) a été constitué par l'adjonction du suffixe issa au radical soit du nom d'homme Villo, -onis, soit de Villonus, comme comitissa et diaconissa l'ont été par l'adjonction de ce même suffixe au radical des mots cornes, -itis, diaconus.

Et d'ailleurs pourquoi les Gaulois auraient ils attendu les Romains et leurs gentilice3 pour avoir l'idée de créer des noms do lieux habités en -issa, alors que C3 suffixe était depuis longtemps usité dans les noms propres de personnes? Le suffixe est gaulois les noms d homme auxquels il est combiné sont gaulois, à tel point que M. d'Arbois de Jubainville est obligé d admettre que les vocables qu'il qualifie de gentihees dans le cas présent sont des noms d'hom mes gaulois gentilicés.

Enfin ce sont les pays celtiques, en particulier la Gaule, qui fournissent ces vocables toponoma'sliqucs en -issa Il est donc bien plus naturel, bien plus simple de croire qu'ils sont purement gtu'ois et d époque gauloise. Certainement la Gaule a produit à 1 époque rom.iine des nims do lieux habités formés sur des noms d'hommes devenus gentilices, mais le suffixe qui servit alors fut acus, commo il sera dit plus loin.

Ce qui vient encore à l'appui de l'antiquité do l'usago du suffixe iSis;t, c'est que ce suffixe qui n'est pas sp6ci.il à la langue celtique, est entré en jeu en des temps très anciens chez des nations diverses. Il était notamment connu dans le monde grec dès l'aurore des temps historiques, car Homère mentionne déjà dans l'Iliade la ville dVlrgissa situé en Thessalie, province où nous trouvons encore aujour-


d'hui l'ancienne ville de Larissa. D'autre part, au nombre des villes que Ptolémée mentionne dans la contrée située au sud du Caucase, qu'il appelle Ibérie d'Asie, on rencontre Artanissa et Zalissa. Doux noms de communes de la Côtc-d Or rentrent dans la famille des noms suffixés en -issu ce sont Santosse et Vandenesse. Lo suffixe issa donne régulièrement en français esse. Mais un caractère du dialecte b mrguignon est d'avoir changé l'e en o. Il en résulte que les noms en -esse se présentent parfois à nous, dans les départements soumis à l'influence bourguignonne, avec la finale osse, comme c'est le cas pour Santosse, cette finale pouvant aussi offrir une graphie un peu différente gardant sensiblement le même son c'est ainsi qu'on écrit aujourd hui Villenauxe (prononcez Villenausse) le nom d'une localité du département de l'Aube qui est notée Villenossa en 1107 (Cart. de Molème, II), et qui provient d'un primitif Villonissa.

SANTOSSE, c. de Nolay.

Formes anciennes Gentissa (954, Cartulaire de Eglise d'Autun, 1, p. GQ) Centesses (1239, Cartulaire de l'Eglise d'Autun, p. 158); Centosses (1275, Cartulaire de l'Eglise d'Autun, p. 328); Santosses (1290, Cartulaire de l'église d'Autun, p. 289); Sdnthosses (1391, Rôle des feux du Beaunois).

Cette succession de formes est des plus instructives; elle nous fait assister aux étapes par lesquelles passa le vocable qui de Centissa comme point de départ aboutit à Santosse. Centissa donne d'abord Centesse, que nous constatons en 1239, orné d'ailleurs d'un s pluriel qui n'a rien d'étymologique puis vers le milieu du \ii.° s. Centesse devient Centosse, sous l'influence du dialecte bourguignon. En 1290 apparaît la forme Santosse qui devait prévaloir, caractérisée par une orthographe différente de la première syllabe, et qui ne fait d'ailleurs que traduire le son que le langage parlé donnait à cette syllabe depuis près de deux siècles. C'est en effet vers la fin du xi* siècle que lo groupe nasal en (et à l'occasion cm), qui jusqu'alors se prononçait comme nous prononçons actuellement in, ain, ein, commença à prendre le son an. La transformation était opérée au xii" siècle, mais ce ne fut qu'au xin* et au xiv" qu'elle fut consacrée par l'orthographe (pas dans tous les cas cependant ainsi cent, centaine ont conservé l'ancienne graphie). Lorsque le groupe an provenant de en était précédé de la consonne c, pour lui conserver le son doux que nous traduisons aujourd'hui dans l'écriture en lui adjoignant une cédille, on le remplaça par s, qui a la même valeur pho-


nétique. C'est pour cela que le dérivé du mot latin cingula. s'écrivit sangle, après avoir été cengle (1).

Le vocable Centissa a été formé en combinant le suffixe issa au radical du nom d homme gaulois Ccntos, ou plus exactement Cintos, car le premier est une variante du second. Cintos doit en effet être considéré comme la souche pure de toute une famille de noms celtiques de personnes, écrits tantôt par Cint-, tantôt par Cent-,et dont voici les principaux Centius Cinto, -onis CentullusetCentullius Centugenos et Centigenos Cintucalus Cintugnatus; Cintumarus, Cintusmus, Cintusmina (celui-ci nom de femme); ces trois derniers appartiennent à des inscriptions trouvées dans le département de la Côte-d'Or.

Le thème primitif pur de Santosse est donc Cintissa, venu du nom d'homme gaulois Cintos, qui lui-même a été obtenu en partant de l'adjectif celtique cmto- et cinlu-, qui a le sens des termes latins primus, prœcipuus, prœstans et qui signifie proprement « le premier », et par extension « c^lui qui l'emporte sur tous » (Ilolder). Il est intéressant de rapprocher de Santosse, venu de Cintissa, la localité du département du Doubs qui a nom Santoche, sorti de Centusca. Nous sommes bien tentés de voir là deux quasi-homonymes, dérivés du même nom d homme Centos (ou mieux Cinlox), mais l'un avec un suffixe gaulois, issa, l'autre avec un suffixe ligure, usca le premier est donc purement celtique, le second est celtoligure. On voit que leur radical primitif Cint- a été traité de façon identique en passant en français dans les deux ca*, il a revêtu la graphie Sant-.

Enfin il peut être utile du rappeler qu'une localité de l'Isère porte un nom peu éloigné de celui qui nous occupe c'est Chantesse, ancien Cantissa. Mais ici le nom d'homme gaulois qui sert de base est Cantos. avec c dur et a primitif; d'où le dérivé français Chantesse, où c dur a chuinté devant a.

VANDENESSE, c. de Pouilly.

Formes ANCIENNES Vandenause (1229, Titres de l'abbaye de la Bussière). Vanclenissa (xive s., pouillé du Cartulaire de l'Eglise d'Autun).

Le thème primitif de re vocable esl, d'après M. Longnon, bien connu c'est Vinrfonissa, qui nous est donné dès l'antiquité pour une localité homonyme, aujourd'hui nommée Windisch, en Suisse, où le vocable a pris jno physionomie germanique. C'est Tacite qui (11 Darmesteter. Grammaire historique, /'• partie, Phonétijut, p. 145.


nous signale ce Vindonissa, en rapportant qu'un camp romain y existait en l'an 71. J.

En 977, nous retrouvons le mot Vindonissa, bien conservé, pour désigner une localité qui est aujourd'hui Vendresse (Ardennes) d). Au xi* s., on a Vindenissa, puis Vendonessa pour Vendenesse-surArroux (Saône-et Loire).

Vindonissa a été formé en ajoutant le suffixe issa au nom d'homme gaulois Vindonus, nom propre qui figure même comme épithète d'Apollon dans une inscription de la région transalpine. L'o bref situé entre deux consonnes aurait dû tomber dans Vi)tdnniss.1; c'est ce qu'il a fait dans Vendresse (Ardennes). Dans les Vandenesses bourguignons, c'est a peu près comme s'il était 'tombé, car l'e atone qui le représente ne parait avoir été conservé dans la graphie que pour permettre de faire sonner le d qui sans cela aurait fini par ne plus étre prononcé et par disparaître totalement. Nous voyons qu'ici le groupe latin in de la première syllabe est devenue an, comme dans Santosse. La forme Vandenause de 1229 est une forme bourguignonne, qui se rapproche comme graphie de celle actuellement adoptée pour Villcnauxe dans l'Aube. Régulièrement il eût fallu écrire Vandenosse. Au reste, la finale bourguignonne n'a pas prévalu il y a ou retour à la forme française.

Homonymes. Nous en avons déjà cité deux sur le sol français Vendresse (Ardennes), et Vendenesse-sur-Arroux (Saône-et-Loire). Ajoutons y Vendresse (Aisne) Vendenesse-les-Charolles (Saôneet-Loire) Vandenesse /Nièvre).

On voit que dans la distribution de ces six Vindonissa, le pays éduen en comptait quatre.

§ XIII. SUFFIXE OIALUM

Un grand nombre de localités françaises ont ou leur vocable formé au moyen du suffixe gaulois oialos, latinisé oialus ou oialum. Ce suffixe a pris dans la suite des temps, les formes principales suivantes

1° Aux époques anciennes, du ive s. au vu* s., on trouve -oialum. Ex. Maroialicœ thermae (Lettre de saint Paulin de Noie, iv s ); Maroialum (Grégoire de Tours, vi- s.) pour Mareuil (Loir-et-Cher). 2" Dès l'époque mérovingienne, on trouve -oilum. Ex. RlOilum (11 Vmdcnissa est devenu Yeudresse par substitution de r u n après chute de la. voyelle atone précédente, comme on l'observe dans nombre de cas, par exemple Luigones, diaconus, cojjinus devenu « Langrca, didcie, coffre ».


(640. Chronique de Frédégaire) pour Rigoialum. auj. Rueil (Seine). 3' Dans la deuxième moitié de l'époque carolingienne, vers le milieu du ix* s., -ogelum puis -ogilum so substituent à -oilum. Ex. Bonogelum, auj Bonnouil, Allogilum, auj. Auteuit (Seine). 4° Enfin -oilum s'est transformé parfois en -olium. Ex. Radolium (vir s.) pour Radoilum, auj. Ueuil (S.-et-M.)

Ces diverses .'ormes latines ont engendré la terminaison -tuil (et sa variété -eil) si fréquente dans la toponomastique française (Limeuil, Limeil, Verneuil, Verneil, Buxeuil, Busseuil, Epineuil, Nanteuil).

Dans le Parisis, ancien diocèse de Paris, il a pris la forme -eil (Corbeil, Rueil, Créteil, Maroil, Epinay-s.-Seine et Epinay-s.-Orge pour Epineil) il cn est de môme dans la région du Maine (Mareil, Verneil, Sableil devenu auj. Sablé).

Dans quelques déparlements situés au sud du Parisis, -euil s'est assourdi en -eau. Ex. Nanteau (Loiret), Mareau (Seine-et-Marne). Bléneau, Epineau (Yonne).

Enfin, en pays de langue d'oc, on a la forme -uéjols où l'o est atone, et qui doit se prononcer à peu près comme -uège. Ex Maruéjols, Marvéjols qui sont les équivalents de Mareuil. Ozalum a donné e.xnl par chute de l'a bref qui suit la tonique, et par le changement de o accentué et bref en eu, comme dans dohum. folium, solea, devenus deuil, feuille, seuil.

Les anciennes formes françaises, en langue d'oïl, intermédiaires entre -oilum et -euil, sont

-oil, qui provient directement de -oilum par chute de la désinence latine ainsi Caisoil est une forme médiévale de Chazeuil (Cote-d'Or,. 2° -ot, par assourdissement de la précédente

3° -eul, qui parait procéder de -olum (avec o long), par changement de o en eu; Chazeuil-Lavault (Nièvre) était en 1484, Chaseul de même pour Chaseul (xiv s.), auj. St-Firmin (S.-et-L.);

-eu (ou -eux) par assourdissement de -eul Luxeuil (Haute- Saône) et la forme médéviale Luceux sont le même mot. Orgeux (Côte-d'Or) a conservé cette forme; on trouve _nriofs la graphie erronée -oui [Antoul pour Anteul, auj. Antlieuil (Côte d'Or).

5" -uil(i (i étant ici un i coiwmne se prononçant comme y dans le mot yeux); c'est au xn*, xnr, xiv s., une forme très répandue dans la région bourguignonne. Ex. Anl uil (1262), Anlhuil (xiv' s.), auj. Antheuil (Côted'Or) Argenluil (118G), auj. Argenteuil (Yonne) Chasuil (120'J, 12G2), auj. Chazeux (S.-et-L.) Chazuil (Uil) auj. Chazeuil-Lavault (Nièvre) Chasuil 1 (1356), auj. Chazué (Nièvre); Marsuil (xn" s.), auj. Herceuil (Côte-d'Or); Orguti (1147), aul. Orgeu-j (Côte-d'Or).

Quelle est la valeur du suffixe oialos ? M. Longnon a fait remarquer (Revue celtique, 1892) qu'il est souvent combiné à des substantifs communs désignant des espèces empruntées aux trois règnes,


des végétaux surtout, parfois des minéraux, plus rarement des animaux. Ces substantifs communs, qu'il est facile de reconnaître associes à oialos, sont l' tantôt gaulois, comme dans Cassanoialum {cassanos, chêne), auj. Chassencuil Vernoialum (vernos, aune) auj. Verneuil 2" tantôt latins, comme dans Buxoialum (buxus, buis) au]. Buxeuil Spinoialum (spina, épine) auj. Epineuil, etc. M. Longnon a considéré qu'on est là en présence de vocables analogue^ à Casnetum, Alnelum, Buxetum, Spinetum (auj. Chesnay, Aunay, Bussy, Epinay), et que par conséquent oialos était un suffixe gaulois faisant le pendant du suffixe latin eturn, c'est-à-dire un suffixe fréquentatif, destiné à former des vocables rappelant une idée collective. Cassanoialos signifierait donc, comme Casnetum et comme le français Chêna'e, un lieu où les chênes croissent en abondance. Vernovalos serait de même un endroit planté d'aunes, clc., etc.

Outre cet usage du suffixe oialos entrant en combinaison avec des substantifs communs désignant des êtres d'ordre naturel, M. Longnon admet parfaitement que, dans d'autres cas, dans d autres composés en -oialos, ce suflixe existe associé à des substantifs désignant des sites géographiques, ainsi dans Nanteuil (formé sur nanlos, vallée), et aussi à des noms de personnes, comme le fait a eu lieu pour le suffixe aria (Voy. plus loin), qui, combiné d'abord comme etum à des noms empruntés à la nature, finit par l'être à des noms propres de propriétaires.

Dans ces dernières combinaisons oialum sert donc à former des adjectifs. Nanteuil ou son homonyme Nanteux (Côte-d'Or) aurait donc un sens tel que celui de lieu « vallonneux », situé dans un « vallon ».

Démarque. Le sufIixe oialum n'est pas le seul qui ait en français abouti à -euil en d'autres termes, tous les vocables toponomastiques aujourd'hui terminées en -euil ne sont pas forcément d'anciens thèmes en -oialum. Le suffixe diminutif -olus a subi une évolution analogue dans certaines régions. Comme oialus, il est deicnu le plus communément -eud dans la France de langue d'oïl, et il y offre les mêmes variations locales c'est ainsi que Monastenohtm, signifiant x petit monastère », qui fait ordinairement Montreuil, donne Montereau dans la région où -oialus est représenté par -eau, donne Ménétrcux dans la Côtc-d'Or, où d'anciens vocables en -oialos sont maintenant Nanteux, Orgeux c'est ainsi même que dans le pays bourguignon, le suffixe -olus peut comme oialus revêtir du su" au xiv s. la forme -uil, comme nous le voyons pour Marcheseuil, dont le primitif est Marcasiolus, signifiant « petit marécage »,


et qui est noté Marchesuil au xui" et au xiv s., et aussi M&rchisoil en 1200, Marchiseul en 12i2.

Dans la Gôte-d'Or, six vocables communaux nous semblent reconn?î re un thème primitif en -oialot. Ce sont Anlheuil, Chazcuil, Gergueil, Mavandeuil, Merceuil et Orgeux Nous y joindrons le hameau de Nantcux, dont le nom offre un intérêt particulier. ANTHEUIL, c. de Bligny-sur Ouchc.

Formes anciennes Antoul (1220, Cartul de Citeaux, II). Antuel (12:20, Titres de l'abb. de la Bussière). Anlolio {pnoralu de) (1249. Cartul. de l'église d'Autun, II, p. 138). Anluil (12G2, id. I, p. 338). Anlkuil (xiv" s., Pouillé du diocèse d'Autun, Cartul. de l'Evêché d'Autun, II, p. 318).

La forme Antoul est sans doute une mauvaise lecture pour Anieul au xin" s. les o et e se confondent facilement dans l'écriture. La forme la plus ancienne ainsi rétablie Anteul, ainsi que les formes en -olium et en -uil nous conduisent tout naturellement à voir ici un nom originair ornent en -oialum. D'ailleurs son homonyme Anteuil (Doubs) a des formes anciennes Antogilus, AntoHum qui ne laissert aucun doute à ce sujet. Le thème primitif serait donc Anloialos.

Mais quel est le radical qui s'y trouve combiné à oialos, et quel sens possèd:-t-il ? A dire vrai, nous ne savons rien là-dossus. C'est avec les plus grandes réserves que nous risquerons des hypothèses telles quo les suivantes

1" Le radioal peut être un nom d'homme gaulois, Antus, connu pour tel, et qu'on peut regarder comme le terme le plus simple d'une famille de noms d'hommes celtiques tels que Antelus.Anttllus, Antulliu», Antunnus, Antedus, etc.

2' Le territoire d'Antheuil possède une caverne très vaste, composée de plusieurs salles. Cet accident du sol a bien pu inviter à donrer au village bâti à proximité un nom qui le rappelât; on pourrait dès lors supposer dans Anlheuil un radical antoi, qui serait un mol celtique signifiant « grotte, caverne », et Antoialus voudrait dire « lieu caverneux » Mais c'est là, ajoutons le, uno pure hypothèse de notre part.

Oialum s'appliquerait ici à une particularité géographique, comme c'est le cas pour Marcuil (mêmc radical que mare, marais, masse d'eau) Nantouil (rad. nantos, vallée) et surtout pour Arcuoil, près Paris, oit le radical nrcus, arc, rappelle la série de3 arches de l'aqueduc construit on ce point par les Romains pour l'adduction des eaux à l.utèce.


Remarque. Le patron du prieuré était saint Anthide. Homonymes. Anteuil (Doubs), Anthcuil (Oise).

CHAZEUIL, c. de Selongey.

Foiuœs anciennes CharnU (883, Ghron. de Bèze, p. 270). Casolum (xn° s., id.. p 420, 428, 448, 468, 488) Casatum (xw s., id., p. 379 et 43i). Chasotum (\n* s., id., p. 478) Caisoil (1133, Titres du grand Prieuré de Champagne).

Les formes Casotum, Casalum, Chasotum, sont des formes latines dc conventions imaginées par le chroniqueur. Au contraire, les formes Cliasuit et Caisozl sont rapportées par lui dans des chartes reproduites en entier; ce sont donc des formes authentiques etexactement datées.

Jointes au vocable actuel Chazeuil, ces deux formes nous suffisent pour envisager Chazeuil comme sorti d'un primitif en -oialos. Quant au radical du vocable, nous y voyons le mot latin casa, chaumiere le thème serait Casoialos devenu Caisoilum, Chazeuil, et ayant le sens d' « agglomération de chaumières ». Le mot casa appartenait en effet, ainsi que l'a remarqué M. Longnon, à la langue courante et dès l'époque impériale entrait dans la formation des noms de heu les casa bastanensis, casa candida, de divers textes, et le casa romuli d'une inscription du Capitole en font foi.

La mot casa au sons de « maison rustique faite de poteaux et de branchages » fut très usité dans la suite, particulièrement à l'époque franque mais le vocable Chazeuil n'est pas pour cela forcément contemporain de l'invasion germanique il a vraisemblablement dû être formé à l'époque romaine, à l'aide du suffixe d'origine gauloise latinisé alors oialum.

En Bourgogne, l'a étymologique de casa s'est conservé avec le chuintement normal du c, le mot est devenu a chas », aujourd'hui encore employé dans la langue populaire pour désigner un corps de bâtiment. De même les dérivés de casa casale, emplacement d'une casa, et casella, petite cabane, ont donne en Bourgogne, non pas Chaizal, Chaizel, Chaizeau comme dans d autres régions de langue d'oïl, mais bien Chazeau (Jura, Nièvre, Saône et-Loire), Chazelles (Côte- d'Or, Saône-et-Loire, Haute-Saône, Jura), Chazeleau (Doubs).

De même encore pour les homonymes bourguignons ou suhbourguignons de Chazeuil Chazeuil (Nièvre. Allier), Chazeux (Saône-et-Loire), Chazeuil Lavault (Yonne), Chaque (Yonne).

GERGUEIL, c. de Sombornon.

Forme ancienne Gergullium (xue s. Cartul. de Citeaux, I) (I). (1) Ce village fut bâti au xn" s. sur l'emplacement occupé par les hameaux de Nervals et de Cïvert mais cette fondation assez récente ne prouve rien contre l'antiquité du mot Qcrgueil, qui pouvait être le nom du lieu-dit sur lequel s'éleva le village.


M. Longnon est porté à voir dans Gergueil un vocable homonyme de Jargeau (Loiret1, avec cette double différence que le g dur y est remplacé par un g doux, ce qui n'est pas sans présenter une difficulté, et que ta terminaison n'est pas la mémo. Cette dernière anomalie s'explique parfaitement, Jargeau étant dans cette région au sud de Paris où les Montreuil, Nanteuil, etc. ont pris la forme Montereau, Nanteau.

Si l'on admet l'identité des deux vocables, notre Gergueil doit prendre place dans la série en ̃ oialum, car on a pour Jargeau une forme ancienne Jargogilum tout à fait caractéristique. La terminaison latine -ogdum ou plus exactement en l'espèce -gogilum eût devenir gued ou -gueau et non -geau à ce point do vue Gorgueil est donc une forme ctymologiquement plus correcte que Jargeau. IIomonwies. Dans le C mtal, pajs la finale -euil prend parfois la forme -ois (Vernols pour Verneuil), on a un Girgols (Gergols en 1 -2G9) qui semble être un homonyme de Gergueil.

MARANDEUIL, c. de Pontailler.

Forme ancienne Marandehum (1310, Cartulaire de Saint-Léger). La forme relativement très récente Mamndelium est évidemment pour Marandolium on est en droit d'y voir un vocable en -oialum. Quant au radical il/ara ne! il est très répandu dans la toponomastique française du centre et du nord de la France: Marand, Marando Marandat, Les Marandos, La Marandièro, etc. on trouve aussi la série parallèle Méran 1, Mérando, Mérandicre, La Mcrandoa-c. Le sens de ce radical, qui n'est pas forcément le môme que celui de la racine celtique et germanique mar, masse d'eau (d'ou sont venus mare. marais, marécage), nous est inconnu.

MERCEUIL, c. de Bcaune-Sdd.

Formes ancienïves Hatronecum (723, Dom Plancher, pr. p 1) –Maissolium (8G8, Uom Bouquet, VIII, 5ô5). Mercuel, (1ÎÔ3, Cartul. de 1 Eglise d'Autun). Marsolium (1280, tri., p. 274). Marsuil (\iv° s. Pouillé du diocèse d'Autun, in Cartul. de l'Evéché d'Autun). 11 nous paraît évident que Malronecum ne s'applique pas à Merceuil. Les quatre autres formes permettent de voir dans ce vocable un nom suffixe en -oialum, mais où le suffixe aurait pris, comme cela se voit dans maints autres exemples (Voy. précédemment) la forme -olium.

Dans le passage de Maissolium aux formes suivantes, il s'est produit nn changement de s en r par dissimilation c'est la un phénomène phonétique fréquent à diverses époques ainsi Massalm ou Massilid est devenu Mar-


scille. La forme Maissolium en français Masscuil, est donc la forme primitive Mercuel, qu'on doit prononcer Mersu-ye (ou l'y a la même valeur phonétique que dans le mot yeux) ou Merseuil, et Marsuil sont les formes dérivées.

Etant donnée la forme primitive Maissolium, le nom de Merceuil nous parait se rattacher au radical du bas-latin mansus, en français mes, au sens do maison, habitation rurale, qu'on retrouve dans le meix hourguignon, dans les mas provençaux, dans les mots français Mèzières, masure, maison, etc.

Merceuil aurait donc comme Chazeuil le sens d' « agglomération de maisons » mais spécifions que c'est là une manière de voir toute hypothétique.

IIovomyjies. Merceuil n'a pns d'homonyme. Il n'y a pas non plus de Maisseuil, mais on a Masseuil (Vienne).

La rente de Masse, commune de Brognon, est en 137G Alaisses (Rôle des feux du Dijonnais).

Nanteux, com. de Maligny, c. d'Arnay le-Duc.

Formes anciennes Finis nanluasensi\ (877, Munier, Recherches servant à 1 Histoire de l'ancienne cité d'Autun, i' p.. p. 93). Nantolinm (1290, Cart. de I'Evôché d'Autun, p. 329) Nanluil, 1206, Cart. do l'Egl. d'Autun. p. 124 et 1390, Rôle des feux do l'Auxois). L'adjectif nantuasennis, dont l'orthographe correcte est nantuacensis, conduirait à un vocablo primitif Nantuacus. Mais cette conséquence est loin d'être forcée, car les scribes d'autrefois ont souvent appliqué, par une analogie erronée, la finale adjective -acensis ou -iacensis à des noms de 1 eu habité pour lesquels elle était absolument injustifiée. Nous en citerons les exemples suivants les adjectifs Seduniacensis (96G) et Gordoniacensis figurent dans des chartes de Cluny pour Sum et Gourdon, dont les anciens vocables sont en -dunum et non en iacus; de même on lit dans une charte de la Chronique de Bèze l'cpithèlc Iciacensis qualifiant un certain Eudes qui, quelques pages plus loin, est nommé Oddo de Iccio, c'est-à-dire Eudes d'fs sur-l'ille (en latin Fliccius sous son thème plein) Donc une forme adjective en -acensis ne prouve pas forcément un substantif en -acus, n'en a pas la valeur, et nous avons le droit de no pas nous arrêter à la forme nantuasensis, vraisemblablement imaginée par le scribe sous l'influence des deux vocables qui la précèdent (1).

Reste donc, pour nous éclairer sur l'étymologie de Nanteux, le (1) Le texte est amsi conçu « In pago Belnensi, m fine Novrlracense et m (tne îfjscispliaseefse et m fine Nantuasense». rieullty, Novihacus, est, comme Nanteux, un hameau de Maligny, A/j5c/(tuacus.


Nantuil de 1206 et 139G joint au vocable actuel, il suffit pour nous édifier. Nous savons en effet que, dans la région, la finale -uil représente du xir au xiv» siècle l'oialos celtique Nanluil nous conduit donc à un antique Nantoialos, sorte de fréquentatif formé sur le substantif commun gaulois nantos, en français « nant ». et ce collectif signifie à peu près «endroit vallonneux». Le vocable Xantoialos fut très répandu en Gaule: il est devenu régulièrement Nanteuil, dont les exemplaires sont nombreux sur notre sol. Notre Nanteux bourguignon résulte de l'assourdissement de la terminaison, d'où disparition de la mouillure finale nous constaterons aussi le fait pour Orgeux il se retrouve encore dans divers vocables dont lo thème primitif était terminé en -olus; ce dernier suffixe diminutif a généralement subi, en passant en français, le même sort que -oialus c'est-à-dire est le plus souvent devenu -ev.il, mais a donné fréquemment -eux en Bourgogne (Ménetreux, Baigneux, venus de Monasleriolum, Balneolum). Dans la région au sud de Paris où les suflixes oialus et olus ont aussi éprouvé un assourdissement de la finale ayant abouti à -eau, Xanloialus est devenu Nanteau, comme Monasteriolum et Balneolum ont fait Montereau et Bagneau. Homonymes. Nanleuil (Ardennes, Aisne, Charente, Dordogne, Jura, Loir-et-Cher, Marne, Nièvre, Oise, Seine-et-Marne, DouxSèvres, Vienne); Nampteuil (Aisne); Nanteau (Seine-et-Marne). ORGEUX, c. de Dijon.

Formes anciennes: Urgeolum (2e moitié du xi* s., Cartul. de SaintEtienne). -Orguil (1147, Cart. de Saint-Etienne, 1). Orgeolo {Guillermus de) (1171, Cartul. de l'Eglise d'Autun I, p. 106 Orgeolo (Vuillermus de) (1175, Pérard, p. 248, d'après le Cartul. de SaintBénigne). Orgeolo (Ecclesiam de) (1193, Pérard p 268). Vers le milieu du xne s., on voit figurer comme témoin, dans diverses pièces du Cartulaire de Saint-Etienne de Dijon, ce mêmo Guillermics ou Vuillermus de Orguil, dont le nom est orthographié de plusieurs façons différentes: Orguil, Orgiul, Orgeuil, Orgoil,Oriul, Orgialum, etc.

Toutes ces formes nous paraissent se rattacher fort bien à un thème Orgoialum pour un primitif Hordeoialos. De même qu'on a formé sur le nom latin du huis, Jjuxus, des dérivés suffixes en -aria (Duxaria), et antérieurement des dérivés en -oiulum [Iluxoinlum, auj. Bussouil), de même on aurait formé sur le nom latin do l'orge Hordeum, non seulement des dérivés en -aria (Orgères est connu en Franco à do nombreux exemplaires), mais aussi des dérivés en -oialum; Hordeoialum serait devenu successivement Orgoialum,


Orijcolum, Orguil et enfin Orgeux ce dernier nous parait d'ailleurs être le seul exemple connu d un collectif en oialum formé sur le nom latin de 1 orge.

Ilordeoialum a donné Orgeux comme liordeum a, donne orge. La finale -oialum, au lieu de donner -euil comme dans la plupart des cas, s'est assourdi(, en eux, comme on en a de nombleux exemples dans la toponomastique française Montreux pour Montrcuil, Nanteux pour Nanteuil, etc. § XIV. PARTICULARITÉS d'oiidre TOPOGRAPHIQUE

IiAR

Les vocables de trois communes de la Côte-d'Or se rattachent à ce mot, dont nous allons d'abord parler a un point de vue général. Le mot bar, latinisé ban'us ou barrum. est regardé commcctnnl d'origine celtique, et comme signifiant « lieu élevé, sommet ». Il est donc à peu près synonyme de briya et de dunum pris dans leur acception première; mais nous n'avons pas d'indice probant qu'il ait, comme eux, vu son sens primitif se doubler du sens secondaire de « lieu fortifié, forteresse ». Bornons nous donc à t'envisager comme adéquat à 1 idée d'endroit élevé, culminant. Cela n'implique nullement, d'ailleurs, que les lieux ayant conservé jusqu'à nous le nom de Bar n'aient jamais été fortifiés dans les temps reculés, et nous aurons un exemple du contraire à propos de Bar-le-Réguher. Il n'y a rien qui doive étonner, puisque les anciennes populations recherchaient pour établir leurs enceintes fortifiées les sites déjà naturellement défendus par leur élévation et leurs abords difficiles. En dépit do leur nom, les localités dénommées Bar ne couronnent pas forcément une montagne ou une colline elles peuvent être situées en coteau, il en est même qui sont en plaine, par exemple les trois villes de Bar le Duc, Bar-sur-Aube et Bar-sur Seine, dont la première a valu à la contrée qui l'environne le nom de Barrois. Cette apparente contradiction s'explique par la raison que le lieu habité a tiré son nom d'une éminence voisine comme c'est le cas pour Bar le-Régulicr (1), ou bien que la localité primitivement habitée, après avoir été établie sur la montagne, s'est déplacée postérieurement, en conservant son nom.

Homonymes. Bar (Alp -Marit, Ardcnnes, Aube, Cher. Corrèzo, Landes, Meuse); Barr (Alsice) Bard (Jura, Haute-Loire, Loire, (I) De memc poui B.ir-snr-\ulje, d'apiès ce passage de la Chronique de Bèze. « Ecclesia m honate B. Stcphum dedicata, tit emmentt qttoJam monte, qui Ban us dicitur, dcceitltsstmc fundau » [p. 38o). ).


Puy-de Dôme, Haute-Saône, Haute-Savoie, Seme. Haute- Vienne). Les localités du nom de Bardeau, Bardel, sont des diminutifs probables du vocable Bard.

On remarquera dans la distribution géographique des Bar ouBard, que l'extrême Nord (Flandre, Picardie) et l'Ouest (en particulier la Bretagne) en sont totalement dépourvus. En ce qui concerne la péninsule armoricaine, le fait n'a rien de surprenant pour qui sait que les noms de lieux gaulois les plus authentiques, tels que les composés en -dunum, -durum, -briga, -mogus, etc., ne so rencontrent pas dans cette contrée, qui a si longtemps été regardée comme la terre celtique par excellence.

Notons enfin que le mot bar a toujours été emploie é isolément comme nom de lieu, sans entrer en combinaison à la façon des mots dunum et briga qui lui sont, dans une certaine mesure, comparables.

BAR-LE-REGULIER, c. de Liernais.

FORMES anciennes Barrum regulare, fondé au Xe s., (d'après J. Garnier).– Barrum (lin du xi" s., Cart.de l'Eglise d'Autun, I, p. 29). -Barro Regulari (conventus de) (1277, Cart. d'Autun, p. "222). Bar-le-Régulier est situé en vallée, au pied d'une montage conique complètement isolée dans une plaine assez étendue, et qu'on appelle « montagne de Bar ». Son nom est certainement très ancien, tt il ne nous paraît pas douteux qu'il ait passé de la montagne au village bâti à sa base. Le sommet de ce mont a d'ailleurs été habité à une époque bien lointaine, car il montre encore actuellement une enceinte fortifiée assez bien conservée, composée d'un double rempart en terre avec fossés. On sait aujourd hui que ces fortifications, qualifiées, il y a cinquante ans, de « cunps romains», ont une antiquité beaucoup plus reculée on les fait remonter jusqu'à l'âge de la pierre polie, ou tout au moins jusqu'à l'âge du bronze. L'épithète le-Règulier, qui sert de complémentdétcrminatif à Bar, lui vient du Prieuré fondé au x* siècle dans cette localité. Rappelons qu'on désigne sous le nom de réguliers, les religieux qui vivent en commun dans les monastères, astreints à une discipline, à une règle particulière, tandis que les ministres du culte qui vivent dans le monde constituent le clergé séculier.

Remarque. Le Dictionnaire des Postes écrit Bard-le-Régulicr. BARD-LES-EPOISSES, c. de Somur.

FORME ancienne Barrum (1147, Iteomaus, p. 201).

Cette localité est située sur le plateau d'une montagne Sa position


concorde donc avec son nom. Celui-ci so retrouve comme épithète dans le vocable d'une commune voisine, Jeux-les-Bard. MONTBARD, ch. 1. de canton, arr. de Semur.

Formes anciennes Mons liarrum (1129, Gall. Christ. LV, pr., col. Iol>. J/on(bar(1209, Pérard).– Caslrum Monlis Barri (1228, Pérard) Mon.lba.rl (1334, 1376, Pérard).

La petite ville de Monlbarcl est bâtie sur une colline isolée, doat elle couvre de nos jours un des flancs ens'étagoantpitloresquement de la base au sommet.

Nous avons dit que le mot bar n'était pas entré en composition, n'avait pas donné de vocables composés à l'époque gauloise ou à la haute époque romaine, ou tout au moins qu'il n'en est pas parvenu do tels jusqu'à nous. Le mot Montbard ne contredit pas cette remarque. Ce n'est pas en réalité un mot composé, et il ne remonte probablement pas plus loin que le début du moyen-âge, temps où le mot mont fut surtout en faveur dans la formation des noms de lieux Montbard résulte de la juxtaposition do deux termes qui s'écrivirent sans doute séparément à l'origine, au heu d'être soudés comme nous le voyons depuis le xn° siècle, et qui auraient pu sans inconvénient garder leur individualité comme ils le faisaient du reste en latin, ou les mots Mons et liarrum restaient isolés et se déclinaient chacun pour son compte.

HosicrmiE. Montbar (Aisne).

BAULME-LA-ROCHE, c. de Sombernon.

Forme ANCIENNE Balma (1147, Cart. de Saint-Etienne de Dijon). Le vocable latinisé Iialma et habituellement devenu en français Baume, avec des graphies variées, a son origine dans un mot ayant appartenu à la langue d une des populations qui ont occupé notre sol avant les Romains, soit les Gaulois, soit les Ligures. La signification en est connue, parce que le mot s'est conservé assez tardivement, comme substantif commun féminin, dans les parlers locaux do certaines régions de notre pays aussi le vocable Baumo est-il fréquemment accompagné de l'article. Il servait à désigner ces excavations des rochers que nous appelons communément grottes ou cavernes. Il en existe en effet une très belle au territoire de Baulme-la-Iloche.

Un hameau de la commune de Créancey, canton de Pouilly, porte aussi ce vocable il est écrit Baume par M. J. Carnier, et Beaume par le Dictionnaire des Postes. Nous avons pour lui la forme française Balmet en 11G4 (Titres de l'abbaye


de Sainlo-Margucrite). C'était donc alors un diminutif de Dalma, formé à l'aide de la terminaison habituelle en pareil cas. qui est -ittus, -illn en bas-latin, -et, -ette en français, et ot, -otte en dialecte bourguignon. La vocalisation qui change le groupe ;i/ en au, phénomène phonétique qui date de la lin du xuc siècle, n'est pas encore opérée ici: n ais il rst assez surprenant de constaterque le diminutif est masculin, tandis que son générateur est féminin, et qu'il n'est pas doté de la finale diminutivc bourguignonne -ol. Celleci était partout déjà usitée h cette époque, car nous trou\ons dans Pérard '1148) un Balmota qui paraît s'appliquer à Beaumotte, com. d'Agey, c. de Sombernon. Balmota est une forme correcte, qui n'encourt pas les mêmes reproches que le Balmet de 1161. Homonymes. Le thème Dalma. a laissé, sous des graphies variées, une nombreuse postérité sur le sol français. Il y a de nombreux Baume, Baulme, Beaume, Iialmo, Barme, avec leurs diminutifs Baumelle, Biumctte, Balmette, etc.

On trouve, en o'itre, cas mêmes vocables associés à l'article singulier ou pluriel (La Buime, Les Baumes, etc ), ce qui montre bien que le substantif B.iume et s.-s vaiiantcs sont restés en usage, dans les parlers locaux, nu moins jusque vers la fin du moyen âge. Il convient d'observer que le vocable Baume, sous ses diverses formes graphiques, se rencontre surtout dans le bassin du Rhône, de préférence dans des contrées montagneuses ct calcaires, et aussi, quoique moins abondamment, dans la région montagneuse du plateau central. Mais lo Dictionnaire des Postes n'en mentionne pas au voisinage de la chaîne pyrénéenne.

BRAUX, c. de Précy sous-Thil.

Formcs anciennes Breca. (1556, Titres du Chapitre de Scmui). – Urecas (12)8, Cait d Aulun, II). Broyés (1?GO, Ch. des Comptes, B, 199). Broies, (Fouillé du .\ive s in Catt d'Autun). Le vocable Br.iux, dont il existe un certain nombre d'exemplaires en France, est bien connu pour descendre d'un thème primitif Bracu.s, latinisation d'un substantif commun emprunté à la langue gauloise où il avait le sens de rallie. Il est donc, comme synonjmic, très proche ptrent de udiitos, et comme celui-ci il a servir à désigner d'abord le cours d'eau de la vallée, avant de s'appliquer par extension à cette dernière. Le cas de la commune de Braux (Aube) vient à 1 appui de cette manière de voir ce village est en effet situé sur un ruisseau, qui est mentionné au s. sous le nom de jluviu-, Brali et fluvius Brau, et c'est évidemment de lui que le lieu habité a tiré sa dénomination. Quant au sens de « vallée », il


est attesté dans ce passage « Bracus sive valli-i, qua dicitur Dirginis » qu'on lit dans Gebtd abb. Fontan. 6, aux Monumenta Germanise Scrlplores, II, ?79.

Bracus a, par vocalisation du c final du radical, donné normalement Bray, qui est son dérive le plus fréquent; nous en avons un représentant dans Itfnif, écart du territoire de Dijon, latinisé Bruchum au xu° s. Mais a donné Bi-atix (~IVEC Lin x al)~isit), qili est iiioiii,3 f~icile a Bracus a aussi donné Braux (avec un x abusif), qui est moins fort bonne a expliquer on peut toutefois penser que le c final est tombé de fort bonne heure, et que la voyelle a s'est alors développée en ait. Un phénomène comparable s'observe pour focus, jocus, locus devenus « feu, jeu, lieu », et pojr fagus (le hêtre) devenu « fay », mais aussi « fnu » et « fnu ». Maintenant que nous avons résumé 1 histoire du mot Braux, il nous faut aborder un problème qui concerne le Braux de la Côted'Or c'est la question do savoir si c'est bien là un Braux primitif, en d'autres termes si ce village a toujours, dès 1 origine, répondu au vocable qu'il porto aujourd'hui. Nous ne le croyons pas, en raison des formes anciennes Brccas et Broyes. qui ne s'.tccordcnt pas avec Braux.

Constatons d'abord que ces formes anciennes s'appliquent bien à la localité actuellement dénommée Braux le Brecas do 1288 est en en effet spécifié ainsi ecclesia de Brecis versus sanctwn Tlieobaldum; or ce complément désigne évidemment le village de SaintThibault, situé à quelques kilomètres de Braux. D'autre part, le Broies du Fouillé du \iv" s. figure dans le Ministerium Sinemuri m Auxeto où sa position est fixée par la nomenclature des paroisses voisines. Donc topographiquement l'attribution peut être considérée comme certaine. Mais philologiquement, nous le répétons, l'identification n'est guère admissible, ou plutôt eile ne l'est pas du tout. L'origine du mot Broyé est bien connue il descend en droite ligne de bnga (avec i bref accentué) qui, nous l'avons dit antérieurement, signifie « colline, forteresse », et dont Brecas est une forme basse il en descend comme Troyes (Aubel provient de Trecas, forme basse de Tricasses.

Bnga a donné Broie, comme frigida, ngida, corrigia ont donné froide, roide. courroie. Le g mtervocal tombe, ce qui laisbe Bria, modification qu'opère déjà César dans le nom Magp.lobna (pour Magelobnga, auj. La Moigte-Brojes, près Pontailler) puis Vi bref accentué devient oî, d'où Broie ou sa variante I3roye.

Ainsi Broyes et Hraux sont deux vocables étymologiquement différents, le second n'est nullement le stade évolutif ultime du premier, et si Braux a usurpé la place de Broyes, c'est par une confusion qui reste pour nous parfaitement inexpliquée.


Homonymes. Braux (Ardennes, Aube, Basses-Alpcs, Marne Haute-Marne, Meuse) Bray (vocable très répandu dans les pays do langue d'oïl) Brach (Gironde).

VESVRES, c. de Vilteaux.

Formes anciennes Vaierensis finis (748, Cart. de Flavignj). –Vabra (841, dom Bouquet, VIII, 370). Vuabra ou Wabra (11Ô4, Pérard). En outre un Wavra du Pouillé du xi" s. du Cartttlaire d'Autun semble s'appliquer à notre Vesvros.

Le mot latinisé Vabra au thème primitif était un substantif commun venu peut-être du celtique, à coup sûr anté-romain, qui avait continué à être employé dans le langage populaire à l'époque romane la preuve découle de ce fait qu'il est fréquemment accompagné de l'article dans les noms de lieu ce qui le prouve encore, ce sont certains textes du moyen-âge, tel celui qui nous donne justement le sens du mot, et où il s'agit d'un certain Gumulfus qui offre au monastère de Fleury-sur Loire « alodum union Boscum scdicet Vevram nocatum » (G irlulaire de Perrccy, second quart du Xe s ). Yèvrc élait donc synonjmo de « bois »; on retrouve d'ailleurs asse/ fréquemment en Franco aux plans cadastraux, l'expression bois de Vèrre ou bois de la Vècre nous citerons dans notre département, par exemple, le bois de Vesvres, au voisinage du hameau de Mouillon, com. de Châtellenot.

Vè\re avait-il le sens général que nous attribuons au mot « bois » ou bien un sens plus restreint, soit au au point de vue de 1 étendue, soit au point de vue de l'usage qui en était fait, soit sous tout autre rapport Nous n'en savons rien En ce qui concerna l'étendue, on pourrait penser que la << vôvre » ôtut un bois de surface plutôt médiocre, d'après la donnée que nous empruntons à M. de Charmasse (IntroduclionauGartulaire de l'Eglise d'Aulun, p 73): leManso était un domaine habité p ir une seule famille, comprenant, la maison et des dépendances variées pour subvenir aux besoins des habitants et de leurs animaux terres cultivées, fi ichcs, prés, vignes, et une certaine étendue de bois, ordinairement appelée vèvre, où paissaient de nombreux porcs. Mais d'autre part, il existe dans le Verdunois (Meuse) une grande région forestière appelée Wocvrc, ce qui nous prouve que le nom de Vcvre pouvait s'appliquer aussi à do vastes surfaces boisées. Contentons-nous donc de considérer le vocable Vcvre comme rappelant un lieu boisé, ayant tout au moins été tel à une époque ancienne, s'il ne l'est plus maintenant. HoMONiMCs Le thème Vdbra a donné lieu dans notre pays à do nombreux dérivés, diversement orthographiés


Vabre, qui a gardé la forme originelle, dans la Franco méridionale (Aveyron, Gantai, Tarn) on a aussi le même mot joint à l'article roman. le Vabre, la Vabre, les Vabres, dans les mêmes régions.

Vaure ou Vavres (Ain, Loire, Rhône), avec parfois l'article roman le Vavre, la Vavre, les Vavres, dans la partie moyenne du bass n du Rhône

3' Vaitre, dans la partie septentrionale du bassin du Rhône (Doubs, Jura, Haute-Saône, Saône-et Loire).

4° Yèore, dans La Vèvre (Cher, Haute-Marne, Nièvre, Saône-etLoire, Yonne) et Les Vèvres (Allier).

,V Vesvres (Cher, Nièvre, Haute-Marne) la Vesvre (Saône-etLoire) les Vesvres (Allier, Saône-ct-Loire).

G" Voivres (Aube, Sarthe) la Voivre (Ilaute-Marre, Meuse, HauteSaône, Vosges) les Voivres (Haute-Saône, Vosges).

Citons enfin les diminutifs correspondants Vabrettes (Aveyron, Haute-Loire) la V.ivrette (Ain).

Dans la Côte-d'Or, nous retrouvons Vesvres, ham. de la com. de Licrnais los diminutifs Vesvrotte, ham. de la com. de Fraignot, c. de Granccy: Vesvrotes, château du territoire de Beire le-Ghâtel, c de Mlrebcnu, dont le nom est écrit Vaivroles en 1311 En outre nous re'evons dans la Nomenclature hislor que do M. J. Garnier Le ruisseau de la Vèvre, affluent de la Laignes la fontaine des Vèvres, com. de Magny- Lambert la ferme du bois de Vevre, com. de Pothicrcs la fontaine des Pâtis de la Grande Vesvre, com de Sacquenay.

En résumé, les lieux habités qui sont nés du thème primitif Vabra se rencontrent presque exclusivement dans l'est de la France (du nord au sud), et dans le Plateau central ou à son pouitour, s'étendant là jusqu'au Tarn et au Tarn-ct-Garonno. C'est à peu près la même distribution géographique que pour lo vocable Baume. Comme pour Baume aussi, les localités portant le nom de Vèvre ou ses variantes sont pour la plupart très peu importantes il n'y en a pas plus d une sur dix qui ait rang de commune. Nous rappellerons enfin, pour Vesvivs comme pour Baume, comme pour tous les vocables qui peuvent se montrer d'autre part avec l'article (prouve commun de la persistance do leur emploi comme substantif dans la langue romane) que les lieux habiles ainsi dénommés ne sont pas forcément de fondation anté-romaine ou même romaine, et peuvent parfaitement être des établissements du moyen âge ou même des temps modernes.


Aux noms des communes qui précèdent, nous joindrons le vocable le Breuil qui est le nom de plusieurs écarts et de nombreux lieuxdits du département de la Côte-d'Or.

« Le Breuil » est un nom très répandu en France la signification du mot breuil est bien connue, c'est celle de « bois taillis ou buissons fermés de haies » (Liltré), « bois clos spécialement affecté à la chasse » (Du Cange).

Le thème primitif du mot est nnlé-romain on trouve à l'époque carolingienne les formes biogilas et broilus.

Le Breuil, com. de Thoisy-la-Bcrchère, c. de Saulieu. Formes anciennes: Brullium (1128, Titr. del'abb du Puits d'Orbe). Breul (1202, Cartul. du Prieuré). Brohum (1290, 1292, Cartul. d'Autun, II, p. 53 et GO). Broho (Prioralus de) (Pouillé du \iv s. m Cart. d'Autun, p. 386).

Le Breuil, com. de Sussey, c. de Liernais.

Forme ancienne Brolium (1294, Cartul. d'Autun, I, p. 290). Le Breuil, com. d'Allerey, c. d'Arnay-le-Du^.

Forme ancienne Brolium de Alereio (Cartul. d'Autun, 1, p. 375). Mentionnons encore lo lieu dit au Breuil, com. d'Aubigny laHonce, c. de Nolay, qui est in Broillio (1289, Cart. d'Autun, T, p. 276). On trouvc enfin, dans une charte en français de l'époque (1285, Cart. d'Autun, II, p. 51) « au bois de Bruil ». com. de Susse; et à la môme époque (1286, id. p. 44) « g rang ta cfou Bruil », com. de Thoisyla-B.

§ XV. Rivjères

Nous rattacherons aux origines anté-romaines les vocables qui reproduisent un nom de rivière. Les noms des cours demi sont ordinairement très anciens. Ils sont pour la plupart anté-romains certains savants les regardent même comme anlé-gaulois.On pourrait due d'une façon générale que ces noms remontent à une antiquité d'autant plus haute que les cours d'eau qui les porlcnt sont eux-méaics plus importants.

Pour ce qui a trait aux rivières qui nous intéressent dans ca chapitre, la Bèze, la Laignes, la Xorg-cs, le Suzon, la Tille, la Vouge, leurs vocables sont très vraisemblablement anlé-romains. Mais il faut bien se garder d'adopter la même conclusion pour les localités qui en tirent leur nom. S'il est possible que certaines d'entre elles soient antérieures à la domination romaine en Gaule, il est probable que la plupart d'entre elles sont au contraire contemporaines do l'Empire ou même postérieures.


BÈZE, c. de Mirebeau.

Formes anciennes Iiezua, Dezuense monasterium (630. Chronique de Bèze). – Fons Besua (G">7, 663, 664, in Pardessus Diplomata). –Fons Besuse (673, in Pertz Diplomata).

Cette localité tire son nom de la rivière la Bèze, qui y prend sa source et émerge d'un rocher au village môme.

Go vocable se retrouve en divers points du département, appliqué à une fontaine (Fontaine de Bèze, eom. de Lucenay-le-Duc), à un ruisseau (ruisseau de la Bèze-Courtavaux, com. de Prcmeaux) et à un moulin (Moulin de Bèze, Baisa (1199), com. d'Alise-SainteIteine).

La présence de l'article dans le vocable la Bèze Courtavaux montre que le mot de bèze était encore employé, dans le langage roman. comme substantif commun. On peut supposer que ce mot avait le sens de fontaine ou de ruisseau, comme c'est le cas pour les mots Dive, en Poitou, Douée, Douaix et Douix dans différentes régions de la France et particulièrement dans la Côte-d Or. IIomonimes. Il n'y a pas, en France, d'homonyme à Bèze. Mais le vocable Bize, que nous y rattachons, très hypothétiquement Il est vrai, se trouve à quelques exemplaires dans divers départements (Ardèche, Aude, Haute-Marne, Mayenne, Nièvre, IIautesPj rénées). Dans la Côte d Or nous trouvons un ruisseau de Bize, au territoire do Culétre, un ruisseau de la Bize et un étang de la Bize, au territoire de VillargoK. C'est ce fait de trouver le mot bize attaché à des noms de cours d eau qui nous porte à le rapprocher du mot bèze.

Il convient de citer aussi, comme apparentés, les deux vocables Bézonne (Aveyron) et Bidonnes (Isère), dont la terminaison onne peut être considérée comme le mot gaulois onnos ou onna, au sons de cours d'eau ou de fontaine, qui constitue l'élément final d'un grand nombre dj fleuves ou de rivières.

BÉZOUOTTE, c. de Mirebeau.

Forme ancienne Iiezunnculu (1008, Chron. de Bczc, p. 293). –Besuela (1034, id., p. 322). Bezoeta (2° moitié du xie s., id., p 365) II est à peine besoin dc faire remarquer que Bpzuuncula. n'est pas le thème primitif de Bézouotto; ce \ocable a été créé à pcu près tel qu'il est aujourd hui, aux dépens du mot Bèze à l'aide de la terminaison diminutive bourguignonne otte. fiezuuncula n est que la latinisation, faite par un clerc, du vocable d'alors, qui était déjà Bézouolte.


Nous constatons dans Bézouotte la présence de Vu étymologique de Bezua, qui a disparu dans Beze, ce qui tend a prouver que Bézouotte a été formé antérieurement au xi" ou xii* siècle, car à cette époque on disait déjà Bèze et on aurait dit Bé?otte.

Notons que Gourtépée, qui écrivait dans le dernier quait du x>m* s., écrit Bezeuotte.

LAIGNES, ch. 1. de canton, arr. de Chûtillon.

Forme anciennes Fons Lagnis (G32, Pérard, p 7) Lannia (1083109G et 1107. Gartul. de Molôme).– Lainia (IO83-IO96,Cart. deMoléme T). L.ignia (vers 1102, même recueil).I.ammn (1198, Titres de l'abbaye de Quincy).

Laignes tire son nom de la rivière la Laignes (Lamnia), qui y pt end sa source.

La forme Fons Lagnis n'a peut-être qu'une apparence d'ancienneté. Le document qui la fournit, bien que relatant des faits passés en 632, a peut être été rédigé beaucoup plus tard. Lagnis, en effet, aurait donné « Lain » cc n'est donc pas un thème primitif, mais une simple latinisation du vocable tel qu'il était à l'époque du clerc qui l'a transcrit. Le thème originel est plutôt Lannia ou quelque chose d approchant, par <yc. Lamnia.

Lannia a donné Laigne par suite de l'attraction de l'i par la tonique et de sa diphtongaison avec elle. comme dans campanin devenu campaigne (puis campagne), Marniania devenu Marmaigne (puis Marmagne). L's terminal est un s parasite ajouté, comme il est fréquent, à une terminaison muette.

Il y a lieu de remarquer, avec M. Longnon, l'analogie des modes de formation de Fons Ilezua, Fons Lagnis avec les vocables de Fonsommos (Aisne, à la source de la Somme), de Fontvannes (Aube), de Fouvent (Haute-Saône), etc mais, dans notre région, le mot fons a disparu des vocables modernes en question.

Homonymes, ou du moins apparentés La Laigne (Gli.-Fnf.), Laigneville (Oise) la Lagne (B.-Alp.)

NORGES, c. de Dijon-Nord.

Formes anciennes Firzis zronuierz.sis (77a, Pérard, p 11).- Noruia (viii= et ix" s, Chron. de Saint-Bénignc, p. 79, 9G, 112 et 113).–Norgis {in) (8G9, Pérard.) Norgia (870, 1015, Chron. de Saint liénigne, p. !00, 180). Norga (881, Pérard).– Nonjiai (1124, 1177, 1193, Pérard). Norges (1177, ici.).

Cette localité emprunte son nom à la rivière la Norge, en latin Norvia, affluent de droite de la Saôno par l'intermédiaire de la Tille; la Norge est déjà Norgia flucius en 8G7 (Chartes bourguignonnes).


Norvia, qui est peut-être pour un plus ancien Aorbia (voy. plus loin, à l'art. VOUGEOT, les noms de cours d'eau en -bia), a donné Norge par consonmfication de l'i qui suit un v, phénomène très fréquent, et par chute ultérieure du v. 1.'s terminal de Norges est l's parasite dont on a oiné si souvent les terminaisons muettes.

Homonymes. Le Dictionnaire des Postes mentionne. dans la mêmc région do la Côte-d Or, trois agglomérations du même nom Norges-la-Ville, ch. 1 de la commune; Norges-le-Pont, ham. de Norgcs-la-Villo; Norges-le-Bas, ham. dc Brétigny-les -Norges. Remarque. Norges est situé à la source; de la rivière du même nom à Norges-le-Pont passait l'ancienne voie romaine de Chàlon à Langres par Dijon on y a trouve, sur le bord de la voie romaine, une borne milliaire.

STJZON (VAL-DE-), c. de Saint-Seine.

Formes antiennes Sisunnus 836, Susciones 837, Suzio 106G (Pérard, p. 18, 20, 11) I), pour la riv. le Suzon. Vallis Suzionis (1275, Dom Plancher, II, pr., p. 41), pour le village.

Nous sommes ici en présence d un de ces noms de rivière en -o, ̃onis, comme il y en a plusieurs dans la région. Ex l'Armançon, (Hormentio, avant 800) l'Ignon (Angw) 1 Ognon (Ligno, avant 700), le Brevon, le Revinson, etc.

TIL-CHATEL, c. dïs-sur-Tille.

Formes anciennes: Filena (Carte theodosienne). TileCaslellum (801, Pérard, p. 47). 7'illeiisis finis (81), Chronique do lîcze). Tylecaslrum 1124 et 1139, Tilecastrum 1133, T ricattellum 119G, Titcliaiel 1246, Tncha^lel 1240 et 1254, Tirechaitrl I2G2, Trichnstenl 12i3 (Pérard).

Mont-sur-Tille, sous la première République.

On a pensé que la station romaine de Filena devait coincider avec l'emplacement actuel de Til-Chàtel. Le fait est que cette localité est située sur l'ancienne voie romaine de Lyon à Langres par Mâcon, Chalon, Dijon, au passage de la Tille; la voie romaine est encore reconnaissable dans le bourg, el'e est appelée « la 1 -vvée » et où elle est croisée par une autre voie romaine on y a en outre retrouvé beaucoup d'objets romains, bas-reliefs, colonnes, monnaies. Mais même en admettant comme exacte l'opinion que Til-ChÛtel occupe l'emplacement de Filena, il est presque inutile de faire observer que les deux vocables sont entièrement dissemblables.

Til-Chàtel doit son nom à la rivière la Tille, sur les bords de


laquelle il est bâti. Cette rivière, affluent de droite de la Saône, nous offre les formes anciennes suivantes Tila (830, Pérard, p. 18). Thila (870, Chron. de Bèze). Tile (12GG, Pérard, dans un acte en français). Tilia (1267, Pérard).

Nous voyons ainsi, tant par les formes anciennes de Til-Châtel que par celles du nom de la rivière, que le vocable ne comportait autrefois qu'un 1; la forme Trllensis finis de 815 fait seule exception, mais il ne faut pas oublier que la Chronique de Bczo fut en réalité écrite au commencement du xa* s. En somme, la mouillure de 1'l semble s'est produite assez tard.

On remarquera l'altération qui apparait à la fin du xir siècle, transformant Tilchâtel eu Trichâtel. La forme Tirechastel du siècle suivant nous donne sans doute la mécanisme de cette altération Tilechastel a produit Tirechastel par substitution de liquides, puis la métathèse de l'r conduit à Trichastel. Cette erreur n'a pas prévalu définitivement, puisqu'on est revenu à Til-Châtol, conformément à l'étymologie.

Nous ne connaissons pas de vocable delieuhabitéoudecours d'eau à rapprocher de Til. Quant au sens caché sous le vocable latinisé Tila, nous l'ignorons complètement.

VOUGEOT, c de Nuits.

Formes ANCIENNES Vooget (vers 1100, Cartul. de Citeaux, I), qu'on prononçait « Vouget Vougetum (xnr s d'après Courtépée). Vougeot est un d,minutif bourguignon de Vouge, nom de la rivière (affluent de droite de la Saône) qui passe à Vougeot.

Le village tire peut-être son nom directement du nom du petit Vougeot, ruisseau qui a tout son parcours sur le territoire de la commune et qui est une des deux branches originelles de la Vouge. Mais peut-être aussi Vougeot est-il un diminutif créé par comparaison avec une autre autre localité, aujourd'hui disparue, qui aurait existé en même temps que Vougeot et se serait appelée Vouge. Cette seconde hypothèse mérite dêtre produite, car nous savons précisément qu'un lieu habité, désigné par le nom même de la rivière appelée auj. la Vouge, a existé à l'époque romaine. Nous trouvons en effet mentionné aux Itinéraires un relai du nom de Vidubia (nom latin ancien de la Vouge), relai qui était situé à l'endroit où la voie romaine traversait cette rivière.

La finale -bia s'observe dans plusieurs noms anciens de rivières de la Gaule transalpine ou cisalpine à notre Vidubia, il faut joindre la Vésubie, affluent du Var; la Trébie, affluent du la Dourbie, affluent du Tarn enfin la Norges [Norbia) est de la même famille,


les deux labi.iles v et /J se remptaçant fréquemment l'une l'autre, comme on sait.

Vi~M~ta a donné Vouge 1° par consonnification de i final, consécutif d'une labiale, et devenant g doux 2° par chute du d intervocal comme dans u:c(f)'<' devenu ueo:)' puis \on'.

On a du dn'e. sans doute, au moyen-âge quelque cliose comme Veouge, avec une syllabe de plus que dans Vouge; et Vooget est peut-être pour Veoget.

On trouve un Afo~dwum supra la Doiz de Vohege (1277, Cartul. de Citoaux )t) pour te moulin de la Douaix. com de Chambolle, c. de G~vrey c'st bien là une forme intermédiaire a trois syllabes. § XVf. – NOMS D'HOMMES

IS-SUR-TILLE, ch. 1. de canton, arr. de Dijon.

FonMEs ANCIENNES Htcctum (1) (72.3, dom Plancher, I, pr., p. 1). /<tMm ~10~7, GaU. Christ. IV, pr., co'. 5')3) /cmnt. yct'Mm, 7<t'um, i\~ tt xn' s., Chron. de Saint-Bénigne, p. iGj et 203, et Chronique do Ucze, p. 32), 3.')1,3G9. 399, 402, 4):). (1032. Pérard, p 197). /ctaceTtsts (mt;es) ()i(j0, Chr. de Bèze, p. 399). – Idz (Ht. Pérard, p. 88). /7tsmtTt (1186, dom Plancher, I, preuves, p. f;0). rs(12j4, Perard). Fst'um (~279, dom Plancher, f, preuves, p 109). Co vocahle a très vraisemblablement, pour thème primitif le nom d homme Jcctus.Ce nom figure d~ns les Commentaires de César, où il désigne un chef gaulois de la nation des H.?mes, qui )ui fut envoyé en ambasside l'an 57 av. J. G. Plus tard, sous 1 empire, Iccius est gentilice, comme le prouve une inscription de Nimes. H n'en est pas moins évident que c'est là un nom propre gaulois, qui sous sa forme originelle devait être 7cc<o~.

L'4 initial n'est pas une dtfneultë pour homologuer )e vocable à sa forme la plus ancienne, car cet h tombe fréquemment en passant du latin au français, ex ~a~efc, /t0)'deu))t, hot't'MM.s devenus avo.r. orge, ordure. La succession des formes //tectnm. ~i~non. ~Cit[))),~(~ct7;nousdunnc, sans qu'i[ soit bc~om de commentaires, les phase', de L). teductinn ahfuttisbant a la forme actuelle Is.

Ho~ox\MCS. Le n~m d'Iccios devait être assez fréquemment employé comme nom d'homme dans la cité des Lmgons, car, outre Is-sur-Tille, on le retrouve dans les voc.tbles d'fs-cn-Dassigny (Haute-Marne) et d Izeure (Côte d'Or).

(1) L''(ht)0n(ïedom Plancher, Histoire de Bourgogne, que nous mons eue entre les mains pmte Hrcmm (ou plus rtgouteusemeut Hmo, au eas o~itque).


Dans le reste de la Gaule romane, on note encore Hyds (Allier), qui nous semble relever de la même étymologie.

Notre-Dame d'Y,com. Je Massingy-)es-Vitteaux,c. de Vitteaux. FORME ANCIENNE Ys les Viteal (1396, Rôle des feux de l'Auxois). C'est probablement un homonyme d Is-sur-Tille.

REMARQUE. De ce qu'Iccius est un nom d'homme dont l'origine gauloise est bien établie, il ne s'en suit nullement que les localités telles qu'Is-sur-Tille, dont le nom procède de celui-là, aient été fondées avant la conquête romaine. Le nom Zccuts a persisté durant l'époque romaine, et il est assez probable que c'est à cette époque qu'il a servi à dénommer des lieux habités. M. d Arbois de Jubainville est exclusivement partisan de cette dernière opinion, qu il étend même aux vocables composés formés sur Iccius, tels que Icciomagus, /cctodu)'Mm.

VERTAULT, c. de Laignes.

FORMES ANCIENNES Vct'<tHe)tMS (utcant) (inscription de l'époque romaine, trouvée à Vertault). Ver~eohot (1081, Cartul. de MoIcme, 1). Ver~e~um (début du xn'' s., Cartul. de Mo)émo, p. 89). D'importantes substructions romaines, signalées au voisinage de Vertault, témoignaient qu'ii avait existé en ce point une localité supposée gallo-romaine. Des fouilles longtemps poursuivies et particulièrement fructueuses sont venues confirmer cette opinion. On avait cru, jusqu'en 1862, que là était l'antique Landunum; mais une inscription votive trouvée en ce lieu à cette époque montra que le nom ancien était Ver~t~us. Dans cette inscription on lut d'abord Vicani Ve~t!tCMses; cet adjectif Vertilienses conduisait au vocable primitif Vertilius; mais cette lecture a été rectifiée en Ve~t~euses, ce qui ramène à Ver<MS.

Ce thème Ver/t~us est considéré comme la forme latine d'un nom d'homme gaulois Ve~t~os la finale illos est en effet caractéristique d'une famille très nombreuse de noms d'hommes gaulois. Vertillus est devenu plus tard fo'teitus, qui a donné le français ~c)'<ct puis la finale el a subi la vocalisation habrueUequi l'a transformée en eau (comme dans annel, ehapej, ?)taWe<, devenus anneau, chapeau, marteau). Régulièrement on devrait donc écrire ~e)'<eau l'orthographe qui a prévalu est fantaisiste (1).

(i) Comme vocables reprodmgant des noms propres il'hommes (l'origine celtique, nous n'avons retenu têt que les noms Is et VettanU Ce aont les seuls <jUt nous aient petrnis (le fixer avec 1 1. p~ et sa source lirigtii,tique Il en est I)robablemLiit d'autres grumie ~ratscmbhtnce le thème p!)[ïuttf et su source htigm~que 11 en est probablemeut d'autres appartenant a ta inêfne Cdtcgone et reitrodutSttnt dea noms de personnes ay.int uppattenu aux populations anteromames. malheureusement la documentmtion qui les concetne nest pas sunlsante pour qu'ou puisse les classer avec certitude faute de mieux, nous en rejetterons l'étude au moment ou nous tra;terons de 1 epoque romaine, laquelle compreuAra un certain nomb~e Je vocables t'MMr~ sedis.


§XV!I.-DtYIK!TÉS

BEAUNE, ch.-L d'arrondissement.

FoitMES ANCiENKES Be~e~o cas (pour jBe!eno castro), légende monétaire lue sur un tiers de sou d'or mérovingien. Pa~us belnensis (664, Chronique de Beze).– Behtus t'actMW est jR?!no~()004, Pérard, d'après le Cartul. de Saint-Bénigne). Behtocas/rum (1005, id). jBehta (H64-t294 Titres de l'abbaye de Sainte-Marguerite, etpassim; parfois, mais rarement, Berna).

Le thème étymologique est Belenus, nom latin d'une divinité gauloise assimilée a Apollon et mentionnée par Ausone au )v~ siècle de notre ère. C'est cette forme qu'on retrouve sur la pièce de monnaie citée plus haut.

retenus, accentué sur l'antépénultième, a donné tout naturellement .Beinus, l'e atone étant tombé de très bonne heure ainsi qu'en témoigne la forme de 664.

Belnus est devenu, en français, régulièrement Beaune, par la vocalisation de 1'l, phénomène qu'on retrouve dans t<e«t<s, bel, devenu beau. La terminaison muette du vocable Beaune a fait croire au moyen-âge que le mot était féminin c'est pourquoi on le latinisa couramment Be!na. dont la variante Berna résulte de la substitution de l'r a t, qui est assez familière aux chartes bourguignonnes (de Charmasse, Cart. Rg!. Autun, Introduction, p. xn).

Uo~ûNYMES. Beaune (Allier, Corrèze, Drôme, Haute-Loire, Loiret, Pu)-de-Dôme, Savoie, Haute-Vienne) Beaunes (Loiret, Cher), Beaulne (Aisne', Baulne (Aisne, Seine-et-Oise). LaBeauno (Ch.-Inf., D.-S.) a sans doute une autre origine étymologique.

BEAUNOTTE, c. d'Aignay-Ie-Duc.

FORMES ANCIENNES; Berna, pour BehM (Voy. BEAUNE) (1150, Chambre des Comptes D. D ). –Beinote(t367, Chambre des Comptes, B, 200).

HeaMKOtte est littéralement un « petit Beaune », la terminaison -ot, -otte étant le suffixe diminutif bourguignon correspondant au suffixe français -et, -e«e. La forme féminine vient de ce que Beaune, au moyen âge, était considéré comme un nom féminin (Voy. plus haut).

Beaunotte a été primiti\ ornent Beaune, comme en témoigne la forme du xn° siècle (~etna). C'est postérieurement à cette époque, et par suite de la nécessité de distinguer deux localités de même nom appartenant au même diocèse (Autun), que le plus petit des deux Belna prit le nom de Belote, qui dans la suite se transforma régulièrement en Beaunotte.


TART-L'ABBAYE, c. de Genlis.

L'Oi~tES ~ciENXES: F'inis TarMe?ts:s (920,Cartu). doSaint-Etienne, I).– 7'ardMm (!024, Ga!). Christ. IV,pr.coI.!j7) -Tart (1132, dom Ptanchorl.pr.,p 38).–7'ar()220,CartuL de Saint-Bénigne, d'apr. Pérard p. 322).

TART-LE-BAS ou -LE-CHATEL, c. de Gcn)is.

Fon\fE \~ciE\NE 7'a?'-<e-C/tas~e~ (1287, Chambre des Comptes, U, 200).

TART-LE-HAUT ou -LA-VILLE, e. do GenHs.

I''on~ir:s A~c)EN\ES: Finis T'd?'nens~s in pM~o Oscat'enst (8u0, Perard). r.'H'dum (~14). Cart. de Saint Etionne).

Le vocable Tart, qui à l'origine devait désigner un territoire unique, un seul iicu habité, s'applique aujourdhui, comme on vient de le voir, à trois communes de notre département. Le point le plus anciennement habité a été probablement Tart-te-Haut, car on y signale des « vestiges de castramétation romaine ». vestiges auxquels il fautsans doute attribuer une antiquité beaucoup plus reculée. Au moyen-âge, c'est Tart-i'Abbaye qui est cité )o premier et qui a la plus grande impo: tance, en raison de son monastère de Bernardines, fondé en ~t31.

Le vocable Tart est très ancien et certainement antéromain. Son t final actuel est évidemment parasite, ainsi que le de la latinisation 7'ardMm la forme 7'arne~sts le montre suffisamment, et la forme Tar de 1220 nous offre une forme française conforme au thème étymologique.

La forme Ta~'uoMt's ou Va;'t'ens:'s nouscon fuit à un thème primitif 7'a)'t'os. C'était le nom d'une sorte de divinité gauloise; ~amos était le nom gaulois du taureau <a)'Ms <r:ca)a):cn est le taureau surmonté de trois grues, représenté sur un autel parisien du temps de Tibère. 7'aruos fut aussi un nom d'homme gaulois, connu par une inscription de Lucanie il se peut que tel ait été le nom du fondateur ou premier propriétaire de la localité.


VOCABLES ANTËROMAINS D'ÉTYMOLOGIE

INDÉTERMINÉE

Un certain nombre de noms de communes de la Cô'e-d'Or. terminés en -o<, -od, -eux, n'offrent pas de forme ancienne suffisamment instructive; de plus ils sont isolés dans la toponomastique française, d'où tmpossibitité de s'éclairer à leur endroit à l'aide des homonymes. Nous sommes donc en quelque sorte désarmés en face de ces vocab!es, et incapables de proposer pour eux une étymologie tant soit peu solide. Néanmoins, malgré la faible documentation que nous possédons, et qui se réduit pour chacun à une ou plusieurs formes peu anciennes (du siècle au plus tôt) voisines de la forme actuelle, nous avons la sensation que nous nous trouvons en présence de noms très anciens, antéromains.

Cette opinion repose en premier lieu sur la difficulté qu'il y a de faire dériver ces noms du latin selon les règles de la toponymie romaine, ou de la toponymie des époques postérieures. Elle résulte, en second lieu, de la comparaison avec quelques autres vocables, ayant aujourd'hui le même son final o (noté ot, od), ayant eu de même assez fréquemment du xu" au XtV s. la finale ou, et sur lesquels nous possédons des données étymologiques suffisantes. C'est ainsi que nous les rapprocherons de Blanot, qui est Blanou au xtii~ s., et dont l'homonyme de Saôno'ct-Loire est un antique B!aKuscus, et do Bellenod et Bettenot,anciennementBa~e?to,Ba~noM,Be~eTtOtf!, que nous croyons avoir été originellement des Bellenavus. En définitive, les vocables si mal déterminés qui vont nous occuper nous font songer à des primitifs dotés soit du suffixe ligure uscus, oscus, soit du suffixe gaulois auM.s ces deux suffixes ont, en effet, comme nous l'avons vu, abouti en français à un son o, développé ou non en ou.

Il est bon d'insister sur ce fait que ces noms de lieu énigmatiques ne se rencontrent qu'isolément sur le sol français, ou à peine à deux ou trois exemplaircs c'est assez bien là un caractère de beaucoup do vocables antéromains, caractère qui a sa ~raison d'être dans ce fait que d'une part les établissements étaient avant l'époque romaine peu nombreux comparativement à ce qu'ils furent par la suite, et que surtout beaucoup ont disparu.

Il faut remarquer également qu'ils n'apparaissent qu'assez tard dans les documents auxquels nous avons coutume d'emprunter les formes anciennes, comme si lesdites tocahtés s'étaient trouvées, pour une raison ou pour une autre, maintenues à réeart des motifs, dona-


tiens, échanges, voyages qui amènent habituellement dans les actes du passe la mention des lieux habités. Pour une partie do ces localités, leur situation dans des régions montagneuses, pauvres, d'accès difficile, éloignées des centres de population ou des abbayes explique assez bien le silence observe à leur égard tel nous semble être le cas pourAvot, Balot, Echalot, Minot, Nod. Pour d autres ce rais)nnement n'est guère admiss;b!e: témoin Vantou\, situe au canton dc Ihjon-Xord entre plusieurs villages cités fréquemment et de bonne heure dans les Cartulaires des abbayes dijonnaises, et pour lequel nous n'avons cependant aucune forme antérieure à 1186. Voici la liste des nom-! de communes que nous avions en vue dans les réflexions qui précédent Avot, Dalot, Clomot, Cormot, Echalot, AImot, Nod, Vernot Nantoux, Vantoux.

Xous n'aurons que très peu de choses à dire sur chacun do ces mots ne connais~'nt tien de précis quant à leur origine ethnique et quant à leur thème primitif, nous nous contenterons de relater leurs formes anciennes, d'en rapprocher à l'occasion quelques vocablesparaissant homonymes ou apparentés, et d'ajouter quelques commentaires, s')l y a lieu.

AVOT, c. de Grancey.

FonMES AKOE~ES :/luou~2M, Pérard; 1401, d'après Courtépée, II, p. 320). –~L'o~tm (t2'J4, Ch. des comptes, B, 200~

Peut-être Avot répond-il a un ancien j4uoso.ts? Toutefois nous n'avons aucune raison spéciale de nous arrêter à ce thème primitif plutôt qu'à tout autre.

HOMONYMES.–Co vocable n'a pas d'homonyme. II est possible que le même radical existe dans A von, nom de rivière (Aube), et de plusieurs localités (Aube, Indre-et-Loire, Soine-ct-Marne, UeuxSevres).

BALOT, c. de Laignes.

FORCES ANCIENNES Hac~o (ecc~e.sta c!e) (lt4j, dom Plancher, I, Preuves, p. 44). Bace~out~ (tf&'gMe) (même acte). –B~o, Dj!eoK))i, l3aalo (lt45, Cart. de N.-D. doChatiHon). ~aa!o J1250, d'après Courtépée, VI, p 507).

I-.es trois formes empruntées par M J. Garnier au Cartulairo de Notre-Dame de Chatillon appartiennent à peu près certainement à la pièce même que reproduit dom Plancher (Confirmation par le pape Eugène 111 des droits et des églises appartenant à l'abhayo da Châtillon); mais alors les lectures no concordent pas, puisque dom Plancher donne une syllabe médiale à consonne gutturale c qui


n'apparait pas de l'autre côté, soit 7}ac!n, J?ace!o, contre Balo (Y~ace~u)ti, L'a~eoum sont évidemment des latinisations de la forme vulgaire, et doivent être lues BdCf!o-um,Ba~o-Mnt).

Au surplus, que le thème primitif ait ou non comporté cette syllabe composé de la gutturale c suivie d'une voyelle atone, nous n'avons pas la possibilité d'en fixer la forme et la signification nous avons simplement l'intuition que le vocable a à l'origine posséder le suffixe (MCMs ou uscus, comme le Blanot de Saône-etLoire.

HOMONYMES. Il n'y a pas au Dictionnaire des Postes d autre Balot que celui de la Côte-d'Or. Peut-être Baloux (Ain, Dordogne, Lot-et-Garonne), Balous (Lot et-Garonnc) sont-ils sortis du même thème étymologique ou d'un thème voisin.

CLOMOT, c. d'Arnay.

FORMES AKCiEKKEs C!oMo/ (1243, Ch. des Comptes, B, H)9). –C~onot (.\[V s., Pouillé du Cart. de i'Evccho d'Autun, p. 385). –C~omot (!258, d'après Courtépée, V!, p. 127)

Nous n'avons rien d'utile à produire sur ce vocable. Pour hasarder une conjecture, nous dirons que nous regardons, mais très dubitativement, ce mot comme l'équivalent do Cromot, dont Userait dérivé par substitution de liquides; à son tour Cromot peut être considéré luimême comme le même terme que Cormot ayant subi un déplacement de i'r. En effet la ferme deCromot, au territoire de Marigny-leCahouet, est notée Cot'mo~ en )366.

HOMONYMES. Ce vocable n'a pas d homonyme.

CORMOT, c. de Noiay.

FORME ANOEt~E ConïtOM~ (1391, Rôle des feux du Beaunois). Nous ne savons rien sur ce nom.

Deux vocables paraissent être ses homonymes ce sont Cormoz (Ain) et Cormost, appelé aussi Crémeaux (Aube). A première vue, les finales oz, ost de ces vocables semblent plaider en faveur d'un primitif en -o.scus; mais il convient d'observer que cette manière de voir ne pourrait en réalité s'appuyer que sur Cormoz, car pour le Cormost de l'Aube, la finale ost ne se montre qu'assez tardivement, et par suite ne semble pas étymologique. Voici en effet les formes anciennes données pour cette iocahtë par le Dictionnaire topographique de l'Aube ,CM!'mottum, lu97 Cut'mont, 1233 Cot'mot, 1240; Co?-moM<, 1263; Courmos~ 1328; CofmeaMx, 1703;Cre)Keat<; Cormost, Cromost, xvin* s.


ECHALOT, c. d'Aignay.

FûMMES A~idE~KES Bsc~o (Wf'do~ a!'c~!p)'esbt/<er de) (vers HOO, Cart. de Moderne, il). Sca~um (H72, Cart. de Saint-Seine). Eschalo (t246. Pérard). Eschalon (t257, Ch. des Comptes, D. D.). A la date de lOi'7, on rencontre, dans la Chronique de SaintBénigne, un vo abte Sca~MrcMS qui d~ns 1 Index est identifie à Ec-lialot. Malheureusement le contexte ne permet pas, selon nous, de trancher aussi délibérément cette question d'attribution, au point de vue topographique (!) reconnaissons toutefois que l'assimilation de Scalurcus a Echalot reste plausible. Si, comme le pense M. f.ongnon.Sca~ufctts est une mauvaise lecture pour Scahtscus, cotte forme Sca~u~cMS phonétiquement rend parfaitement compte dEchatot, qui en procède par prosthèse de initial, par chuintement de c devant a, et par réduction à o du sufiixe oscus.

La forme v. fr. E&c/!a~OK apptiquoeàEchatotnous parait suspecte à cause de sa nasa)e.

Uo~o~YMES. Pcut-ëtro est-il permis de regarder comme toi E'haioli (Lon'e, Orne), et comme apparenté Echation (Ain). MINOT, o d'Aign.iy.

FomfEg A~c~E~ES ~/t)!no (t08j-tl0i, Cart. de Moiéme, I). – ~ftnon~ (Y;i'' s., Chronique de Bèze). ~t~no (1246, Pérard). On peut songer à quoique thème jMùmoscus ou .Mnmauus. Le radical est peut êt e le même que le premier terme de l'ancien Mmuodn?ut)n, auj. ~!oudon (canton de Vaud, Suiasc), ce premier terme AftMnos étant assez vraisemblablement un nom d'homme anteromain.

HOMONYMES Ce vocable n'a pas d'homonyme.

NOD, c. de ChâtiHon.

PoinfE ~NCtENNE Nou (1158, Cart. do Saint-Etienne, J). Nous nous ~bst.ondrons ici de toute conjecture. Nous remarquerons simplement que devant ce vocabtc monosyllabique, il y a quelque raison de croire à la réduction d'un thème autrefois un peu moins bref.

HOMO~MES. Comme homonymes possibles, nous citerons sous toutes réserves Nods (Doubs), Notz (Indre), Xoth (Creuse). VERNOT, c. d'Is-sur-TiHe.

Fû[~tcsA.\CtE'<NES Vatat'ao L't~a, Vada)'i!o~t<n( (tOOj, Chron. do (Il Il s'agit de ulonatlons (le Lnens a Vnlle-Clnarles (territoire d'I8-sur-Tille), à Dii·onp, e Sculurcus, pm8 dans des loculites titi voisinage de Dijon.


Saint-Bénigne, p. 171). Vet'no (1132, dom Plancher, I, pr., p. 38). A ne considérer que le vocable actuel Vernot, nous aurions été tentés de le rapprocher soit de Vernosc (Ardèchc), qui semble <~orrespondre à un thème en -oscus, soit de Vcrnou (Indre-et-Loire) qui, appelé Vernaus au vr s. par Grégoire de Tours. répond sans doute à un ancien Vema~us. Mais la forme Vadartto de 1005 nous indique un radical différent comptant une syilubo de plus. Quant à la forme latine Vadat'Hodtf))~ elle porterait à. croire, au premier abord, en raison de son âge déjà reculé, que la dentale de la fin faisait partie du thème étymologique, et par suite à rejeter l'idée d'une finale oscus ou auus. Mais nous ne croyons pas qu il en soit ainsi c'est simplement à nos yeux une façon de 1 ttimscr Io français VadanM pour cela le clerc du xf s. a ajouté une terminaison dum comme il aurait pu ajouter <um, ou même Km, do même que te clerc de 1145 a faimace~oum pour Dalot, et celui de 1294 a fait ~4t;o<um pour Avot. En admettant donc un radical Vada)'!t-, qui appartient peut-être à un nom d'homme, nous croyons à sa combinaison avec l'un des suffixes ascu.s, auus~ pour constituer un thème qui a laissé Vadarno, puis Vaarno, Varno, Verno.

HOMONYMES. Les vocables Vernou, Vernoux, répandus à une dizaine d'exemplaires, ne sont pas forcément homonymes une partie d'entre eux au moins répondent au thème VernosMS, « endroit où pousse l'aune (verne) ».

NANTOUX, c. de Beaune-Nord.

FoRMcs ANCIENNES ~Van<ou! (1289, Cart. de l'Eglise d'Autun, p. 275). Nan<o (xiv° s., Pouillé du Cart. de l'Evêché d'Autun, p. 37-?).

Nous laissons de côté une forme ;Van<KacM)M (ix" s., Munier, Histoire des comtés d'Autun) que M. J. Carnier rapporte à Nantoux, car nous avons tout lieu de croire qu'il s'ngit là de la restitution au substantif dc l'adjectif ?Mn<t<ase)HM ~/uus~ qui désigne Nanteux (voir ce vocable) c'est donc presque certainement la répétition de l'erreur d'attribution qu'a déjà commise Courtépée (t. III, p. 66. D'ailleurs phonétiquement NaHfuacMm n'eût pas donné Nantoux, il eût laissé » Nantuay ».

Les deux formes relevées au xm' et au xiv- s ne nous apprenant à peu près rien, nous en sommes réduits aux conjectures. Deux hypothèses peuvent être présentées relativement à l'étymologie du vocable Nantoux.

1° On peut y voir une variante de Nanteux, dérivée comme celui-ci du thème Nantoialos (Voy. précédemment l'article NANTEUX). Cette


substitution de -ou.x à -ettx est très admissible dans notre région, où le parler local affecte d'une terminaison -oux, -ouse, tous lcs adjectifs qui en français sont terminés en -eux, -euse. En outre, il convient do remarquer que le suni\o diminutif o!M))t. qui a été traité, en passant en français, de la même façon que Otahtm, a, dans certains cas, donné -oux ex. Meninthiroux, com.doManlay; c'est un ancien Afo<tas<p)-Mhtm. et par conséquent un équivalent de Meno'reux. Enfin, un autre argument peut être tiré de ce fait que le son ou apparaît dans les diminutifs des vocables en euil, anciennement en -oialos tels sont Vernouillet, Nantouiïïct, Aiitliouillet correspondant à Verneuil, Nanteuil, Antheuil.

Mais à cette manière de voir on peut objecter que si le thème primitif de Nantoux avait été A~u~o'a~os, on retrouverait au xm' et au xiV s. la trace du suffixe. sous la forme latine oitum on sous les formes françaises -ot< et su; tout -MtL Or il n'en est rien nous avons Nanloul (prononcez « Nantou ») et Nanto.

2" On peut voir dans le mot Nantoux, et c'est à cette douxjcmc hypothèse que nous nous rallions de préférence, le radical xantos unsscau. va!ico, muni d'un dos suflixes itscus (ou oscus) ou avus. Les finales françaises assourdies -o ou -ou ont, en effet, fréquemment pour point de départ l'un ou i'jutro de ces suffixes ex. B~rou, nom d'une forêt de Saône-et-ijoire, gardant le souvenir d'un ancien lieu habite 7Ja?'oscus; Merloux (Saône et-Loire), anc. Jlerlaus, pour ~er~auMS; Vornou (fndro-et-fjoirc). anc. Vemaus pour Tentaft'.s.

Nantoux peut également bien abriter l'un ou l'autre de ces suffixes, sans qu'il nous paraisse justifié de formuler un choix entre eux. Xous nous contenterons donc do dire en terminant qu'on peut assez raisonnahlcment supposer pour Nantoux soit le thème Nan.. /KSCt.s ou ~Van/oseus, soit le thème ~VanfauMS.

HoMONtME. Nantoux (Saône-et-Loire), anciennement .iVa~o. Nantoux (Yonne), qui est ,Ya~o au xm' s. et en 1490.

VANTOUX, c. de Dijon-Nord.

[''0!<\tE ANCfEXKE Ve?~os (1186, Gall. Christ., IV, col. 192). L's final de la forme Vo~os est peut-être 1 indice d'un sutlixe oscus. tje groupe oac a parfois en effet, ayant perdu le c, subsisté sous la finale os dont l's est muet on en a un e\emp)o dans Chanos (Urôme) qui est C'anoscus en tOjO. Dans ce cas, d faudrait pour Vantoux songer à quelque primitif toi que Van~ascus~ Vantoscus, Vt~OSCKS.

HOMONYME. Vantoux (Haute-Saône).


ADDENDUM

BRION SUR-OURCE, c. de nlontigny-sur-Aube.

FORMES ANOENKES.'TMorct (sic) (1102, Cartul. de Motcmo, I). 7~'tOK(!t~5,Cartuf.do N.-D.de Gh~tUlon) (d'après J. Garnier). 7~t~na (x)i° s.) (d'après l'abbé P. Garnier, sans indication de textes). La forme 7i)-t0)-a ne s'applique pas à Brion. tout au moins au point de vue phonétique. Nous sommes donc, pour appuyer nos conjectures, réduits à la seule forme moderne et aux homonymes des autres départements. Or tous les Brion n'ont pas le même thème étymologique. Ils peuvent provenir soit d'un nom d'homme Brio, -on:s, soit d'un composé en -ma~us ou -dit?mm tel que Dt'MO)T!agus ou ~)-ModM?mm.

Pour le Brion de la Côte-d'Or, le thème le plus plausible nous paraît être Dt'~oduKMm, formé de la combinaison dos deux substantifs celtiques bftua, pont, et dMHMtn, fortercs''o..DrtuodunMm ou Brion aurait le sens de c forteresse du pont ». Ce qui à nos yeux justifie cette manière de voir, c'est la position du village de Brion, sur les bords do l'Ource, à l'endroit où cette rivière est traversée par l'ancienne voie romaine d'Auxerre à Langres.

Ce vocable doit donc prendre place dans la série des noms composés d'origine celtique dont le second terme est dUKMm (voy. page 39).

On remarquera la synonymie de Brion avec lesnombrcux Briare, Brière, Brieutios et variantes, qui ressortissent d'un thème Briuodurum (brira, pont; durum, forteresse) ayant le même sens que 7.!)'tUOdM)Ht)Tl.

IIo~!ON\Mi:s. Brion (Ain, Hérault, Indre, Isère, Lozère. Maineet-Loire, Nièvre, Saône-ct-Loiro, Deux Sèvres, Vienne, Yonne) Brions [Puy-de-Dôme;

ERRATA

Page 38, ligne 28, au lieu de Mercueil lire Merceuil

id. id. suppprimer Nantoux;

id. hgne 33, ajouter Val-de-Suzon.

Page M, ligne 20, au lieu de ie ?t0)n de. lire <e sens de. FIN DE H l'EtUODE AVrÉ-nOMUKE


DES T~OMS DE LOCAT~tT~~S ET DE LEDUS FORMES ANCIENNES

Les noms de communes sont en CAPITALES, les noms de hameaux ou écarts en a romain o, les formes anciennes en ?<a!!que.

Lorsqu'en face d'un nom plusieurs pages différentes sont indiquées, c'est le nombre écrit en caractères gras (ex. 301) qui renvoie à l'article principal relatif a ce mot.

~~{a. 292 A~mx. 292 ~h'sanos. 292 ADSE-SALNTE-REINE.. 291 ~h'SM. 291 a<tstens:i, 29)292 ~L~stM. 291 ~L7SO. 291 292 ~H.M. 291 ~~MM- N3 ANTHEUIL 303 344 346 Anthuil 34H ~l):;oftum. 346 ~l)ti!ou! 346 ~K<ue: 346 ~K<ut; 346 ~IrcegfKanum. 322 ~Ircenans 322 ARCENANT 303 322 ASCUS, ASCA 296 297 299 ATHIE-SOUS-REOME 317 Auxois 293 AVOT. 368 ~Lco<um.368 ~uotti'3b8 ~Vt/S. 304329 Baa!o.3C8 DaascAa.MO Bace<OMm.3G8 BACHE (SAINT-SErNË-EN-) 300

Bach).3C8 baiodfattsts.309 J~a:od)-uw.309 BaMa.359 Ba~auH.30530G ~a~MM. 33t33~ ~a~enacMS 33] Ba~Keua.332 Bai'eHo.333 Balenou .333 Ba~omM.368 l3allerloul 333 /j'ai'ma.353 DahMe<3.~3 Ba~Mo/a.354 Ba!'o.368 RA!on. 31 ï BALOT.368 BaMnoure.314 /i'/tR.351 BAH-LE-REGULIEH. 303 352 BA)iD(JEUX-f.ES).3.)3 RAHU-LES EPOISSES. 3K J3a!')'t<m.3àl3j-23.')3 3 /}an'M]~He~t~are.352 DAULME LA-HOCIIE. 303353 Baume.3~ Boaumo .353 Beaumolte.353 BEAUNE 303 365 BEAUNOTTE, 303 365


Beesca 300 BELAN. 303305 De~amt. 30ï 7~'eienaua.332 Gei~a~t'a 332 7~;e)T.et;a .332 7~eieneue.332 ~e~e~ocas. -3C5 7?e~oK.305 /~e~et<?t. 305 ~e~anoua 332 7~He)taua.332 /]'e«cnauMS..33[ DEfjLENEUVE.331 7~e«e?teue, J~e!!e?teu)'e 332 BELLENOD. 333367 BELLENOT 333 3(!7