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Title : Journal de médecine et de chirurgie pratiques : à l'usage des médecins praticiens

Publisher : (Paris)

Publisher : Impr. de Decourchant (Paris)

Publisher : Impr. de Schneider et Langrand (Paris)

Publisher : Impr. de Crapelet (Paris)

Publisher : Impr. de Ch. Lahure (Paris)

Publisher : [s.n.] (Paris)

Publisher : [s.n.] (Neuilly-sur-Seine)

Publisher : Expansion scientifique française (Paris)

Publisher : Association des amis de Just-Lucas Championnière (Paris)

Publication date : 1852

Contributor : Lucas-Championnière, Just (1803-1858). Directeur de publication

Contributor : Chaillou, François-Hyppolyte (1809-18..). Directeur de publication

Contributor : Lucas-Championnière, Just (1843-1913). Directeur de publication

Contributor : Lucas-Championnière, Paul-Eugène (1845-1918). Directeur de publication

Contributor : Lucas-Championnière, Paul-Henri. Directeur de publication

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : French

Format : Nombre total de vues : 68665

Description : 1852

Description : 1852 (T23).

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k209665p

Source : Bibliothèque nationale de France

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34348793z

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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MÉDECÏNE ET DE CHIRURGIE

A L'USAGE DES MÉDECINS.PRATICIENS.

TOME VINGT-TROISIÈME.

TROISIEME VOLUME DE LA SECONDE SEME.

JOURNAL

DE E

B'~ATE~W~ e


JOURNAL

DE

MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES,

A L'USAGE DES MÉDECINS PRATICIENS.

INTRODUCTION.

Un journal arrivé à sa vingt-troisième année de publication, qui a subi de longues épreuves, résisté à une concurrence active et nombreuse, et traversé des temps si défavorables à la librairie médicale sans rien perdre de sa faveur auprès des praticiens, se recommande à ses lecteurs par la popularité même dont il jouit, et-n'a pas à craindre que les préoccupations politiques, qui portent à l'étude des sciences un si grave préjudice, nuisent jamais à son succès. Quel que soit l'état de bien-être ou de souffrance du corps médical, le praticien, dont le devoir est de soulager l'humanité, cherchera toujours les moyens de s'instruire et de faire profiter ses malades de l'expérience, souvent si chèrement acquise, de ses confrères; or, aucun recueil, plus que le nôtre, n'est propre à lui fournir ces notions si précieuses pour l'homme aux prises avec les difficultés de la pratique aucun ne lui offre des faits plus nombreux, plus variés, plus concluants.

L'utilité, tel est le but constant de nos efforts. Que nos lecteurs ne regrettent pas le léger sacrifice de temps et d'argent qu'ils s'imposent pour se tenir au courant de la science; il n'est pas permis aujourd'hui à un médecin de cesser toutes relations avec le corps enseignant qui lui a concédé son diplôme, et un journal est pour lui un objet de première nécessité.

Mais il ne lui suffit pas de lire et d'apprécier des faits qui peuvent plus ou moins modifier sa thérapeutique il faut qu'il conserve chaque numéro du journal pour en faire


collection. Nos souscripteurs ne doivent point oublier que tous les faits que nous consignons dans notre recueil sont liés entre eux par un numéro d'ordre, ont été rédigés dans un même esprit de critique, et seront tôt ou tard rapprochés d'autres faits de même nature qui confirmeront ou détruiront les observations qu'ils ont suggérées. Notre journal n'est rien autre chose qu'un vaste dictionnaire qui sera d'autant plus utile, d'autant plus indispensable, qu'il aura plus de durée; chaque volume qui s'ajoute à sa collection ajoute aussi à l'intérêt qu'il présente bien différent en cela de tous les recueils du même genre qui n'ont point été conçus dans le même esprit, et exécutés sur un plan semblable. Dix à douze mille faits, peut-être, sur tous les sujets de médecine et de chirurgie, sont déjà consignés dans les vingt-deux volumes publiés jusqu'à ce jour; qu'on juge de l'importance de ce recueil alors que la seconde série en sera terminée. °

Grâce au Dictionnaire des Frs<!C!'e)M, ou table analytique des vingt premiers volumes, destiné à compléter ou à remplacer la première série du journal, tous ces faits, quelque nombreux qu'ils soient, peuvent être à l'instant mis sous les yeux du lecteur. Il en sera de même des faits qui vont suivre, et bientôt, soit que nos souscripteurs possèdent la collection toute entière, soit qu'ils l'aient remplacée par le .Dictionnaire des Praticiens ils auront à consulter une prodigieuse quantité d'observations pratiques qui les guideront dans toutes les circonstances difficiles qui pourraient se présenter. LUCAS- CHAMFIONNtËM!. ART. 4406.

S~MMS<MM.–JPrcMMce de l'iode dans l'air et dans ~'ea~. ?Vams/!M!'oM. -Avortement provoqué.

Bien que nous nous attachions. avec un soin particulier à consigner dans ce journal tous les faits qui peuvent avoir un intérêt direct pour la pratique, il nous a semblé utile, et nous nous proposons à l'avenir, d'appeler chaque mois l'attention de nos lecteurs, dans un chapitre séparé, sur les questions qui, dans le moment où nous écrivons, occupent surtout l'attention publique, et sont en quelque sorte à l'ordre du jour. C'est dans ce but. que nous dirons aujourd'hui quelques mots, de plusieurs communications faites dernièrement à l'Académie, et qui ont vivement excité la curiosité du corps médicaL Nous parlerons d'abord de la


syphilisation, science toute nouvelle, que son auteur, M. Auzias-Turenne, a la prétention d'introduire à la fois dans l'hygiène et dans la thérapeutique.

Qu'est-ce que la syphilisation dont le monde médical est si vivement occupé? C'est la vaccine appliquée à la cure et à la préservation de la syphilis. Le vaccin que l'on introduit dans l'économie pour rendre l'individu inapte à contracter la syphilis, ou pour le guérir d'une syphilis précédemment contractée, est le virus syphilitique lui-même, et c'est un exemple à jamais mémorable de la justesse de cet adage, stMï!SMMn7!&M.s curantur. Voici du reste l'histoire de cette découverte, si tant est qu'il y ait découverte dans les expérimentations de M. Auzias-Turenne, et autre chose qu'une immense mystification.

Ce médecin s'occupe depuis longues années d'expériences sur la transmissibilité du virus syphilitique. Il croit avoir prouvé que ce virus s'inoculait facilement aux animaux, et particulièrement à certaines espèces de singes. Or, avant ces expériences, il était généralement admis que cette inoculation n'était pas possible. Disons, avant d'aller plus loin, que bien des expérimentateurs dignes de foi n'ont point encore changé d'avis, et que la question est à nos yeux fort loin (t'être résolue.

Quoi qu'il en soit, en répétant ses expériences, M. Auzias-Turenne put constater que des singes chez lesquels il développait assez facilement des chancres par inoculation, finissaient par devenir tout à fait inaptes à contracter de nouvelles ulcérations; il remarqua en outre, que les premières inoculations avaient déterminé des chancres trèsvastes et très-aigus, que les inoculations pratiquées plus tard avaient donné des chancres sans induration, et enfin que les dernières tentatives de transmission du virus avaient complétement échoué. En même temps les animaux, qui d'abord avaient l'air amaigris et souffrants, prenaient, lorsque cette immunité s'était déclarée, de l'embonpoint et l'apparence d'une santé parfaite.

M. Auzias-Turenne entrevit aussitôt toute une théorie dans ces faits, qui pour d'autres eussent été assez insignifiants, car, ainsi que nous le disions tout à l'heure, certains chirurgiens, très-compétents en ces sortes de matières, sont convaincus qu'il n'a jamais transmis la syphilis aux singes sur lesquels il a expérimenté. Il crut donc pouvoir conclure de ces remarques, que la syphilis inoculée un certain nombre de fois, rend le sujet inapte à la contracter, et la syphilisation fut découverte.

Frappés du récit de ces faits, des jeunes gens, sans cat-


culer le danger auquel ils s'exposaient, osèrent se soumettre à une expérimentation qui pouvait avoir pour eux les plus terribles conséquences. Nous avons parlé de ce médecin allemand présenté à l'Académie, qui s'était inoculé le virus syphilitique un grand nombre de fois, avait le corps couvert d'ulcères phagédéniques, et offrait, en outre, des signes d'une infection générale. La syphilisation, chez cet audacieux jeune homme, avait complétement manqué son effet, car les dernières inoculations avaient produit des ravages tout aussi affreux que. les premières. Il est vrai que M. AuziasTurenne a expliqué cet insuccès en disant que l'inoculation avait été pratiquée contrairement à ses préceptes. Nous croyons en effet que cet échec ne condamne pas d'une manière absolue la théorie de la syphilisation, mais il montre du moins le danger qu'on court en se soumettant à de pareilles expériences. Deux ou trois autres jeunes gens ont suivi l'exemple du médecin allemand, et prétendent avoir acquis cette immunité qui leur était promise. Mais, hâtonsnous de le ,dire, dans la crainte que de funestes exemples soient imprudemment suivis, aucun de ces faits n'a encore été scientifiquement produit, et la question est tout entière à l'étude. On ne peut se refuser du reste à admettre, que, si les prétentions de M. Auzias-Turenne venaient à se réaliser, il n'eût rendu à l'humanité un immense service, puisqu'on arriverait évidemment, par le moyen qu'il propose, à l'extinction d'une maladie terrible, qui sévit aujourd'hui dans;toutes les classes de la société. Nous attendons avec impatience des faits qui viennent, confirmer ou détruire sa théorie.

On doit à M. Chatin la constatation d'un fait qui peut avoir des conséquences pratiques importantes, à savoir que dans l'air que nous respirons et dans l'eau qui nous entoure, il y une notable quantité d'iode. D'après les recherches de ce savant, l'air expiré contient une quantité d'iode bien moindre que celle qui se trouvait dans l'air inspiré. L'iode est donc en partie absorbé pari l'homme dans l'acte de la respiration, et il est évident que cette substance doit jouer un rôle dans notre économie. 11 résulte en effet des observations de M. Chatin, que, dans plusieurs contrées où le goitre est très-commun, l'air est beaucoup moins ioduré que dans d'autres pays. Les eaux dont on fait usage dans ces contrées ne contiennent point d'iode ou en contiennent très-peu.

Cette observation est de la plus haute importance et nous donnerait raison de la fréquence du goitre et du


crétinisme dans ces contrées. Elle nous indiquerait en outre le moyen de prévenir le développementde ces affections qui affligent des populations tout entières, et. on voit que cette question n'intéresse pas moins l'humanité que la précédente malheureusement, comme elle aussi, elle est bien loin encore d'une solution définitive mais plusieurs savants s'en occupent et nous aurons peut-être prochainement à informer nos lecteurs de l'heureux résultat des expérimentations auxquelles nous savons qu'on se livre activement. Une question, qui semblait jugée depuis longtemps, a été agitée de nouveau dernièrement c'est celle rotative à la transfusion du sang, opération reconnue inutile et dangereuse par nos devanciers, et qui a été reprise cette année par quelques praticiens avec un résultat peu encourageant pour ceux qui seraient tentés d'y recourir de nouveau. On sait que la transfusion avait été considérée d'abord comme une opération merveilleuse qui pouvait être conseillée dans une foule de circonstances, mais que de nombreuses catastrophes forcèrent bientôt à renoncer à la pratiquer. Cependant, depuis que par des expériences sur les animaux on a été plus familiarisé avec les injections de liquides dans le torrent de la circu!ation, on y est revenu différentes fois, mais presque uniquement dans les cas, où, par suite d'une hémorrhagie abondante, les sujets semblaient voués à une mort certaine. Dans tous les cas qui ont été publiés et que nous avons examinés avec attention, il nous a semblé que la guérison, quand elle avait eu lieu, était survenue malgré l'opération et non par son secours. Nous ne voudrions cependant pas imposer notre opinion à nos confrères, que l'appât du merveilleux pourrait engager à imiter cette pratique. H est probable que de nouveaux faits viendront bientôt s'ajouter à ceux que la science possède déjà; car, une opération semblable ayant été dernièrement faite avec succès à l'Hôtel-Dieu de Lyon, c~en est assez pour qu'on cherche remettre en honneur un procédé qui semblait définitivement rejeté de la pratique chirurgicale.

On sait que dans les cas où le bassin est trop étroit pour donner passage à un enfant vivant et à terme, des chirurgiens ont proposé de recourir à l'accouchement prématuré artificiel, pour sauver la vie de la femme et celle de l'enfant. Nous n'avons, pour notre part, jamais compris les objections qui ont été faites à cette pratique, et nous ne voyons aucune espèce d'inconvénient à hâterl'accoucbement d'un ou de deux mois, dans le but d'extraire vivant un


fœtus qui aurait succombé très-certainement, si on l'eût laissé arriver à terme, et d'épargner à la femme une opération qui compromettrait gravement son existence. Mais lorsque le bassin présente une étroitesse excessive, et que son diamètre ne peut même pas livrer passage à un fœtus au terme de sept mois, le chirurgien prendra-t-il sur lui de provoquer les contractions utérines avant le terme où l'observation démontre que le fœtus peut naître viable? C'est unegrave question,soulevée dernièrement à l'occasion d'une femme qui déjà a été trois fois délivrée de la sorte, au terme de quatre mois et demi. L'observation en ayant été lue devant l'Académie de médecine, il est probable qu'un débat s'élèvera sur ce sujet, car il ne s'agit plus d'une opération conservatrice, c'est la destruction du fœtus que le chirurgien se charge de procurer, pour éviter à la mère les dangers d'un accouchement laborieux. C'est, en d'autres termes, un avortement pratiqué trois fois sur le même sujet, et nous concevons parfaitement que des scrupules naissent dans l'esprit d'un accoucheur lorsqu'il s'agit de prendre une pareille détermination.

Nous aurions encore à signaler à nos lecteurs quelques autres questions importantes qui s'agitent en ce moment, mais nous craindrions de donner à cet article trop d'étendue, et nous en renverrons l'examen à notre prochain cahier. ART. 4407.

Corps e'6!m</e?'s dans ~'OMopAa~e., dans la ~'acAee-0!r<éye. –7M/ec<OKpM?'M~em<e~ acom~. jTMmeMr crèche, fNcctKNMom. 0?M/~e !Mc<M'me, coMo~MMM. ~&ce~ moMveau mode de traitement. Plaies ~<M- armes à feu, coups tirés à bout touchant.

Nous avons eu souvent occasion de parler.de la Société de chirurgie de Paris, et des questions intéressantes pour la pratique qui occupent la plupart de ses séances. Cette Société vient.d'achever la publication de ses bulletins pendant les années 1848, 1849 et 1850. Nous y trouvons beaucoup d'observations qui mériteraient d'être reproduites, et dans le compte rendu de ces nombreuses séances, nous n'aurons pour ainsi dire que l'embarras du choix. M. Larrey a fait connaître l'observation d'un soldat doué d'un grand appétit, et mangeant habituellement trèsvite, qui, prenant la soupe à la gamelle, sentit qu'un os s'était arrêté profondément dans l'arrière-gorge. Il éprouva tout d'abord de la gêne dans la déglutition, de la dyspnée même, et, détachant précipitamment son col, il essaya de


provoquer le vomissement parl'introduction de son doigtdans le gosier; il rejeta les aliments qu'il venait de prendre, mais ne put se débarrasser de cet os. Le chirurgien de son bataillon essaya pendant près de vingt minutes de refouler le corps étranger dans l'estomac, mais ce fut en vain, et il adressa ce soldat à l'hôpital. Le lendemain lA malade était assez calme; il ne se plaignait que d'un peu de picotement dans le gosier. L'exploration du conduit œsophagien avec la tige de baleine ne laissa aucun doute sur l'existence et le siége du corps étranger. M. Larrey tenta d'abord de l'extraire à l'aide de l'instrument dit de Dupuytren, ou à double crochet mousse. Saisi facilement, le corps fut ramené de bas en haut jusqu'au-dessous du pharynx, mais il s'arrêta dans ce point. Au double crochet, M. Larrey substitua la longue pince courbe, mais ne réussit pas mieux. 11 essaya vainement ensuite de déplacer le corps étranger pour le refouler dans l'estomac. De mobile qu'il était d'abord, il était devenu fixe, et la tige de J. L. Petit fut sans effet. On eut vainement recours à l'emploi du chloroforme. La contraction musculaire du pharynx persista, et il fut impossible de déplacer ce corps étranger. On laissa alors le malade reposer, en lui prescrivant des panades assez épaisses dans l'espoir de détacher l'os et de l'entraîner dans l'estomac. En effet, le jour suivant, cet homme fit appeler le chirurgien de garde, croyant sentirlecorps étrangersedéplacer, etM.Leguey, après plusieurs tentatives avec la tige àéponge, finit par repousser le corpsjusque vers l'orifice cardiaque. Le malade put avaler alors une assez grande quantité de mie de pain. Le 30 décembre il reconnut que l'os était descendu dans l'estomac; il n'éprouva guère que quelques coliques, et enfin, le ler janvier, en allant à la selle, il rendit son os en éprouvant une faible douleur de déchirure à l'anus. Ce fut donc le sixième jour après son introduction que ce corps étranger fut expulsé.

A l'occasion de cette communication, M. Larrey a rappelé l'observation curieuse dans laquelle Dupuytren fit usage, avec une si grande habileté, de l'instrument de Graefe, dont quelques chirurgiens lui ont à tort attribué l'invention. Il s'agissait d'un homme entré à l'Hûtel-Dieu pour s'y faire débarrasser d'une pièce de cinq francs qu'il avait avalée par défi. Le corps étranger s'était arrêté dans l'oesophage, un peu au-dessous du pharynx. Les premières tentatives d'extraction furent inutiles; on ne pouvait que heurter la pièce sans la saisir ni la déplacer avec les instruments ordinaires, parce qu'elle était placée en travers de l'oesophage qu'elle bouchait presque complétement, et qui


s'était contracté sur elle. Quelques gorgées de liquide parvinrent cependant à faire glisser le corps étranger un peu plus bas mais Dupuytren réfléchit que, si l'on cherchait à le pousser dans l'estomac, on s'exposerait à rencontrer de nouveaux obstacles au cardia, au pylore, à la valvule iléocœcale, points dans lesquels les investigations seraient impraticables. It essaya encore l'extraction à l'aide d'un fil d'archal recourbé en anse, à l'aide aussi de grandes pinces courbes, sans y réussir. Ce fut alors qu'il se servit de l'instrument à double. crochet mousse confectionné par M. Charrière, qui venait de le lui apporter tout exprès. L'application en fut si heureuse et le résultat si instantané, que la pièce d'argent, à peine accrochée par l'anneau métallique, fut entraînée vers le pharynx par un effort de traction rapide, et rejeté aussitôt par la bouche. Le succès et la promptitude de cette opération, a ajouté M. Larrey, excitèrent dans la foule des élèves des applaudissements spontanés, qui firent peut-être regarder Dupuytren comme l'inventeur de l'instrument dont il s'était servi avec tant d'habileté (1).

Dans une discussion sur l'opportunité de la trachéotomie, M. Debout a communiqué l'observation suivante. Un jeune garçon de sept ans jouait ayec des haricots tenus dans sa bouche. Il en avala plusieurs dans une inspiration

(t) Nos lecteurs trouveront, à l'article CoMs ëTRAMEM. de notre Dictionnaire des Praticiens, une quarantaine d'observations de corps de différente nature introduits dans les voies digestives. Ces corps, dont la forme, aussi bien que le volume, varie à l'infini, depuis t cpincte ou le fragment d'os de poulet, jusqu'à la cuiller à café ou même la fourchette, ont produit des effets fort différents, Ils ont passe quelquefois presque inaperçus, ma)gré)eur volume, on ils ont necessité des opérations délicates pour leur extraction, ou enfin ils ont occasionné la mort, soit immédiatement, soit au bout d'un temps plus ou moins long. ]t résulte de la lecture de ces faits, dont le rapprochement offre un intérêt pratique évident, que toutes les fois que des corps étrangers sont arrêtés dans le pharynx ou dans t'eesophage, et que leur extraction est possible, il faut les attirer au dehors et ne pas tes pousser dans l'estomac. Ce dernier parti ne doit être pris par le chirurgien que lorsqu'il a reconnu t'impossibitité de les extraire, et en quelque sorte en désespoir de cause. Pour faire cette opération, aucun instrument n'est préférabte à celui qu'a imaginé Graefe, et qui porte en France le nom de Dupuytren; mais on peut voir, par la lecture des faits dont nous parlons, que les praticiens, qui n'ont pas toujours cet instrument à leur disposition, et qui cependant sont forcés d'agir immédiatement, y suppléent facilement en improvisant, avec des baguettes ttexihtes et des morceaux d'éponges, de petits appareils à t'aide desquels ils font l'extraction des corps étrangers, presque aussi fact-. tement qu'avec l'instrumept de Graefe. (N. du J{ed.)


précipitée, et les rejeta dans une quinte de toux provoquée par la pénétration de l'un d'eux dans les voies aériennes. Les accidents de suffocation imminente cessèrent tout à coup, firent place à un calme parfait de quelques heures, et reparurent ensuite avec une nouvelle intensité. Le frère de M. Debout ayant été appelé, pratiqua la trachéotomie sans pouvoir donner issue au corps étranger, et lui-même, venu après, constata d'abord, par l'auscultation, un bruit cadencé de soupape au niveau des ventricules du larynx. M. Debout, en réfléchissant à la structure du haricot, pensa qu'en se gonflant par la chaleur et l'humidité, sa coque se romprait, et que ses deux cotylédons, séparés ainsi, pourraient être chassés par l'ouverture de la glotte. Cette prévision se réalisa un mois après dans une quinte de toux, et, chose singulière, les cotylédons ainsi expulsés offrirent un certain degré de germination. La plaie de la trachée, qui s'était maintenue ouverte tant que l'occlusion de la glotte avait duré, se cicatrisa aussitôt après la sortie du corps étranger, en même temps que la respiration se rétablit par les voies naturelles (1).

(1) M. Rendu, médecin à Compiègne, a communiqué, l'an dernier, à l'Académie de médecine, un fait à peu près semblable (art. 4171). La trachéotomie fut egalement pratiquée sans succès; mais chez le petit malade, qui était âgé de cinq ans, la plaie se ferma complétement, et ce ne fut qu'au bout de trois mois que le haricot fut rejeté dans une quinte de toux il présentait aussi un commencement de germination.

A notre article 1512, nous avons cité l'exemple d'un enfant qui ne fut point soumis à. la trachéotomie, et qui rendit un haricot par parcelles, dans une quinte de toux, le quarante-deuxième jour. On peut voir un fait à peu près semb)at)ie à notre article 1982. H est incontestable que des corps volumineux, tels que des haricots, des noyaux de prune, des fragments d'os même, ont pu se loger dans les voies aériennes et y séjourner un temps plus ou moins long, sans amener nécessairement la mort des malades, ce qui n'empêche pas que l'opération de la trachéotomie ne soit toujours indiquée lorsqu'on a constaté que le corps étranger a pénétré dans la trachée-artère. U ne faut pas compter sur les ressources de la nature dans ce cas, et on doit d'autant plus facilement se décider à recourir alors à une opération, que la trachéotomie, si rarementsuivie de succès dans le croup, n'offre pas une grande gravité lorsqu'on la pratique dans le but d'extraire un corps étranger des voies aériennes on voit aussi, par les faits que nous avons réums. que lorsque l'opération étant terminée, le corps étranger ne se présente point à l'ouverture pratiquée, ce qui est l'excepUon, les recherches doivent être faites avec une grande discrétion, dans la crainte de déterminer une inflammation qui pourrait être funeste. On doit alors attendre et se fier aux ressources de ia nature.'ou plutôt chercher, comme il a été fait dans le cas de t'ingénieur Brunel, a déterminer la sortie du corps étranger en couchant le malade sur le ventre et lui frappant doucement sur le dos. Nous avons, du reste,


On sait que la teinture d'aconit a été conseillée coutre l'infection purulente. Quelques observations avaient fait penser que cette substance n'était pas sans action contre cette terrible affection. M. Chassaignac a tenté non-seulement de guérir/mais encore de prévenir l'infection à l'aide de l'alcoolature qu'il donne à la dose de un gramme pour le premier jour, en élevant .la dose successivement jusqu'à cinq grammes. Trente malades opérés par lui ont été soumis à l'usage de ce médicament, et aucun d'eux n'a été atteint de l'infection purulente. Mais, ainsi que ce chirurgien en est convenu lui-même, en faisant cette communication, ces faits ne sont ni assez nombreux ni assez concluants pour juger une question aussi difficile et qui nécessiterait des expériences infiniment plus variées. –M. Marjolin a présenté à la Société une petite fille offrant un exemple bien remarquable de guérison d'une tumeur érectile sous l'influence de la vaccination. En 1847, ce chirurgien avait présenté à ses collègues cette enfant alors âgée de six semaines. Elle était affectée d'une tumeur érectile veineuse occupant tout le côté droit de la tête et de la face. Le tissu érectile avait envahi d'une part la peau de la tempe, du pourtour de l'orbite, de la joue et des lèvres et d'autre part la muqueuse de l'oeil et des paupières, celle de la bouche et de la voûte palatine. L'opinion à peu près unanime des membres de la Société fut qu'il ne fallait rien faire. Cependant l'enfant n'ayant pas encore été vaccinée, M. Marjolin pensa qu'il pourrait profiter de cette circonstance pour essayer la vaccination appliquée au traitement de cette grave affection. Il fit'avec une aiguille douzeà quinzepiqûres~M~M/MH~esdeIatumeuren inoculant du vaccin dans chacune d'elles. L'écoulement du sang, quoique peu considérable, fut arrêté assez difficilementUne inflammation vive survint ensuite, s'empara de la plus grande partie de la tumeur, et s'étendit jusqu'à l'œil dont la conjonctive se tuméfia. Ces accidents se dissipèrent enfin; l'enfant sortit de l'hôpital, et elle fut perdue de vue pendant trois ans et demi. Alors seulement sa mère la ramena à M. Marjolin, qui, surpris au dernier point de l'amélioration qui s'était manifestée, a présenté de nouveau sa jeune malade à la Société de chirurgie. L'amélioration était telle, que les caractères de la tumeur avaient presque entièreréuni dans notre Dictionnaire un si grand nombre de faits de ce genre, que la piupart des cas qui peuvent se présenter ont été prévus. (A'. du Md.)


ment disparu. Un peu de tuméfaction subsistait encore à la paupièreinferieure et sur un seul point de la joue, le reste s'était effacé, résorbé, flétri. Le tissu érectile avait fait place, sur la peau dela tête, de latempe et de ta joue, un tissu blanchâtre, ferme, résistant comme un tissu inodulaire, à tel point que l'enfant, dans une chute récente, a eu au front une plaie contuse qui n'a pas été compliquée d'hémorrhagie. Cette guérison a paru si extraordinaire à plusieurs membres de la Société, qu'ils se sont demandé, dans l'absence de renseignements suffisants sur l'état de la petite malade pendant plusieurs années, si la vaccination avait été l'unique cause de la disparition d'un mal aussi grave et aussi étendu. Quoi qu'il en soit, ce fait ne peut qu'encourager les praticiens à recourir à la vaccination à la circon férence de la tumeur ainsi que l'a pratiquée M. Marjolin, et que conseillent de le faire aujourd'hui la plupart des chirurgiens.

M. Larrey a annoncé qu'un élève de son père, M. Meynier, d'Ornans, a fait une heureuse application du collodium au traitement simple de l'ongle incarné. Pour l'application de son procédé, on a seulement besoin d'affaisser les chairs, et de verser entre elles et le bord unguéal une petite quantité de cette substance, qui se dessèche, se solidifie promptement, fait cicatriser l'ulcération, et en maintenant les parties écartées, assure la guérison toutes les fois que la maladie ne dépend pas d'une déviation primitive ou anormale de l'ongle.

M. Larrey a ainsi employé le collodium dans cinq cas ordinaires, et quatre fois il l'a vu réussir. Il pense qu'un moyen aussi simple que celui-là mérite l'attention des praticiens, parce que tous savent combien l'ongle rentré dans les chairs est une infirmité pénible à supporter et difficile a guérir, témoin la multiplicité des moyens de traitement imaginés ou mis en usage et la trop fréquente inefficacité de ceux même qui sont les plus douloureux ou les plus compliqués.

Nous devons aussi mentionner une communication de M. Chassaignac sur le traitement des abcès. Voici les nouvelles idées émises par ce chirurgien.

Les parois d'un abcès chaud ou froid que l'on vient d'ouvrir peuvent être assimilées aux surfaces d'une plaie récente, et sont, comme celles-ci, susceptibles de se réunir par première intention, si, bien entendu, il n'existe point de cause permanente à la formation du pus, telle que la présence d'un corps étranger ou une altération des os. Il


importe aussi que le foyer purulent soit circonscrit, et que ses parois soient assez en rapport avec les tissus circonvoisins pour pouvoir s'adosser à elfes-mêmes. Quant au mode de faire, M. Chassaignac pratique seulement une petite ouverture à l'abcès, et c'est par là qu'il fait sortir la totalité du pus. II s'assure que le foyer est vide en y injectant de l'eau jusqu'à ce que le liquide ressorte sans aucun mélange de pus. Cela fait, le foyer purulent se trouve entièrement détergé, ses parois se rapprochent, s'unissent, se cicatrisent, et la guérison est complète en deux ou trois jours ordinairement.

L'examen du compte rendu des travaux de la Société de chirurgie nous ayant déjà entraîné fort loin, nous terminerons en rappelant une communication intéressante faite par M. Deguise fils.

On apporta à l'hospice de Charenton un homme qui venait d'être relevé au milieu d'une mare de sang il portait au niveau du teton gauche une énorme plaie dont les bords étaient déchirés violemmment, contus et colorés en noir. La peau environnante était également noircie. Les muscles intercostaux et deux côtes étaient brisés, déchirés comme l'eût pu faire un biscaïen. Malgré la gravité de cette blessure, le sujet avait pu faire une trentaine de pas et il vécut encore six à sept heures.

A l'autopsie on trouva des désordres considérables dans la poitrine, et une double plaie au ventricule gauche du cœur. Une petite balle s'était arrêtée entre la huitième et la neuvième côte, à leur point de réunion avec les apophyses transverses.

Ce malheureux s'était suicidé en se tirant deux coups de pistolet dans la région du cœur. En relatant ce fait, M. Deguise a regretté que la science ne nous offre que des données très-peu précises sur les 'effets des coups de feu à bout portant. lt a supposé que te premier coup avait porté dans les parois de la poitrine, mais n'avait point pénétré dans sa cavité, tandis que la balle qui avait blessé le cœur provenait du second coup tiré de la main gauche ainsi que le démontrait la direction qu'elle avait constamment suivie.

A l'occasion de ce fait, M. Rigal a rapporté une observation qui jette quelque jour sur les effets des armes à feu, alors que des coups sont tirés le bout du canon restant fortement appuyé sur une partie de notre corps. Un homme ayant pris la résolution de se donner la mort, s'arme de deux pistolets de poche à balle forcée d'assez gros calibre.


II pose la bouche dlun canon sur la région précordiale et l'appuie sur son gilet aussi fortement qu'il le peut; le coup part, mais la balle ne cause aucune blessure. Elle'va se perdre dans l'appartement, vers le plafond. Seconde tentative dans les mêmes conditions, même effet de la recharge des pistolets il comprime de la main droite la gueule du pistotet contre son front, tire et s'étonne de vivre. II recherche la cause de ce qu'il appelle ses malheurs, et la trouve. Il faut donner de l'air; un canif lui sert à. pratiquer une incision cruciale sur son front, précaution inutile! La plaie n'est vraisemblablement pas .assez large; nouvelles et plus larges incisions. Une cinquième tentative échoue comme les autres. Alors te malheureux s'ouvre les veines aux deux plis du bras avec son canif. M. Rigal, appeléprèsdelui, putle rappeleràla vie, mais cet homme succomba bientôt à une phthisie pulmonaire dont il était atteint. Cependant il avait fait confidence à son médecin de tous les détails que nous venons d'exposer, et en effet, celui-ci constata sur son gilet de casimir gris deux brûlures qui montraient la corde du tissu. Au plafond, sur les murs et à terre, cinq balles avec un aplatissement qui témoigne de leur choc contre des corps durs. Sur le front trois escarres légères, arrondies, ayantla forme, la dimension du canon des pistolets dont l'un est encore chargé. L'aspect de ces escarres est celui d'une brûlure faite par la poudre caustique de Vienne, mais de plus des taches noirâtres au pourtour. Deux de ces brûlures portent sur les angles des incisions cruciales, angles qui ne furent pas relevés et se trouvèrent juxtaposés d'une manière immédiate par la pression circulaire de la bouche à feu.

ART. 4408.

Transmission par intermédiaire du contagium vénérien et de cer<at?M priviléges depréservation. (Observations communiquées par M. Télèphe P. Desmartis, docteur médecin à Bordeaux.)

Premièreobservation. M. attachéà l'un denos théâtres, vint nous consulter, au mois d'avril dernier, pour une maladie vénérienne, et il nous montra un énorme bubon dans l'aine droite. Ce jeune homme vit avec une jeune fille qui exerce néanmoins la profession de courtisane, et est soumise pour cette raison aux visites du dispensaire. M. étonné que les médecins chargés de la visite et lui-même n'eussent trouvé chez cette femme aucune trace de syphilis, me demanda de faire un examen attentif de sa mal-


tresse. Comme les médecins du dispensaire je ne trouvai aucune érosion ni rien qui annonçât une maladie vénérienne. M. qui n'avait jamais eu d'autre atteinte vérolique, et qui depuis plus d'un an n'avait eu de rapports qu'avec cette femme, ne pouvait se rendre compte de la source de son mal. Mais, voici ce qui s'était passé cette courtisane avait eu des rapports avec un homme contagionné, elle s'était mal lotionnée ensuite, et M. avait absorbé tout le virus déposé par un autre, en sorte qu'il en avait .ainsi délivré sa maîtresse, chez laquelle il ne s'est manifesté plus tard aucun symptôme vénérien. Deuxième observation. Au mois de janvier dernier, je fus appelé auprès d'unejeune dame mariée et fort respectable sous tous les rapports; elle se ~aignait pour la première fois de sa vie de pertes blanches abondantes,qui lui étaient survenues depuis peu de jours; elle ressentait également aux parties génitales des cuissons si vives qu'elles devenaient intolérables quand elle urinait, et il lui était survenu, disait-elle, des glandes au sommet des cuisses; elle accusait aussi à l'hypogastre un sentiment de pesanteur qu'elle attribuait, de même que ses autres douleurs, à un retard menstruel. Par pudeur, la malade refusa de se laisser explorer je prescrivis à prendre par petites tasses plusieurs fois dans la journée décoction concentrée de salix x alba (1) un litre, additionnée de sirop de salsepareille deux cents grammes.

Questionné par le mari sur la maladie de sa femme, je répondis d'une manière indirecte, et je profitai d'un long entretien que j'eus avec lui pour lui demander si par hasard il n'avait jamais eu de maladie vénérienne; il me répondit négativement et me prouva, de ~MM~ qu'il n'en était pas atteint dans le moment. Il m'avoua cependant avoir eu, une .douzaine de jours auparavant, des rapports avec une jeune fille qu'il me nomma.

Le 1er février au soir la dame voit ses menstrues apparaître la pesanteur cesse à l'hypogastre, mais elle ressent de violentes douleurs aux grandes lèvres; les glandes sont grossies; elle me permet de les toucher, et je sens aux deux aines deux tumeurs caractéristiques. Je prescris la liqueur antisyphilitique de Mendaca, à prendre par petite cuiUerée à caté matin et soir, dans une tasse de décoction de salix (t) Nous avons fait des études sur cette plante et sur quelques autres nous reviendrons plus tard sur ce sujet.


alba édulcorée; un emplâtre de Vigo sur chaque adénite. Six jours s'écoutent dans le même état.

Le 8, les menstrues cessent totalement. Le 9, la malade se décide, non sans répugnance, à être examinée, et je vois au milieu d'un écoulement blanchâtre deux chancres sur les lèvres. Je fais continuer le même traitement, je cautérise les chancres.avec le chloroforme, et, en outre, je recommande de les lotionner ensuite trois fois par jour avec la liqueur de Van-Swieten. Le 24, la malade est arrivée à prendre chaque jour deux grandes cuillerées de liqueur cyanurée de Mendaca. Le 25, les chancres sont presque disparus, les bubons sont de beaucoup diminués et ne sont plus douloureux; elle cesse l'emploi de la liqueur cyanurée. Le 26, je prescris l'iodure de potassium, qui est continué jusqu'au 5 mars, graduellement de la dose de cinquante centigrammes à la dose de un gramme cinquante centigrammes par jour. Des circonstances particulières obligèrent cette dame de quitter Bordeaux pendant près de deux mois, et suspendirent les soins que je lui donnais; A son retour je l'ai revue, rien n'avait reparu, mais par prudence je prescrivis de nouveau l'iodure de potassium. Aucun symptôme vénérien ne se déclara chez le mari, ni pendant le traitement de sa femme, ni plus tard. Tandis que je soignais encore cette dame, mon père, se trouvant indisposé, me chargea d'aller voir un marin qui avait tous les symptômes de la syphilis primitive gonflement énorme de la verge, chancre sur le prépuce, balanoposthite qui permettait pourtant de découvrir assez le gland pour laisser voir un chancre près du frein (t) et un bubon à l'aine gauche. Sous l'influence des antiphlogistiques, des injections chloroformiques, des lotions mercurielles, et du cyanure de mercure à l'intérieur, l'état du malade s'améliorait rapidement. Tout en causant avec ce marin j'appris qu'il n'avait eu des rapports mais à différentes reprises, qu'avec deux femmes qu'il me nomma, dont l'une était précisément une certaine demoiselle I. qu'avait fréquentée aussi le mari de la dame que je soignais c'est à elle seule qu'il croyait devoir attribuer son mal, l'autre lui inspirait une em~ere com/MKce. 11 me dit que pour se venger il avait voulu faire renfermer à l'hospice Saint-Jean la (1) Nous avons observe, disons-le en passant, que presque toujours, avec )e chancre à la partie inférieure du gland, il existe un bubon; mais, par contre, lorsqu'on voit un bubon, on ne peut pas dire aussi assurément qu'il y a uu chancre aux environs du frein, comme on peut conclure du chancre sous-balanien à l'adénite inguinale.


demoiselle I. mais d'après l'examen fait au dispensaire elle n'était point contagionnée. Je lui fis observer que, puisqu'il n'avait pas eu de syphilis depuis dix ans, que sa première maladie avait été certainement bien soignée par M. Ricord, le mal que je voyais présentait des symptômes primitifs et par conséquent une infection récente. II fit venir chez lui la fille 1. qui avait été reconnue saine par les médecins du dispensaire, et nous pûmes constater nous-même, sous les yeux du malade, qu'il n'y avait aucune trace d'infection. D'après des renseignements ultérieurs, il se trouva que le mal venait de la personne de eom~amee, la demoiselle V. qui avait été arrêtée et envoyée pour cause à l'hospice des vénériens. Or, voici ce qui s'était passé le marin avait contracté la syphilis avec la fille V. et avait transporté le virus chez la fille 1. le mari de la dame dont nous avons parlé était venu puiser chez cette dernière le contagium syphilitique et l'avait débarrassée de tout mal. II était arrivé de la même manière que les rapports du mari avec sa femme avaient enlevé le virus à l'un pour le donner à l'autre, sur laquelle il avait produit tous ses effets. Nous pourrions citer encore l'observation de deux amis qui, après un repas d'où ils étaient sortis un peu gais, eurent des rapports l'un après l'autre avec la même femme ils ne furent point atteints de syphilis, et pourtant l'un d'eux infecta sa femme.

Tandis que nous étions a Montpellier, M. Broussonnet, professeur agrégé à la Faculté de médecine de cette ville, nous a cité des observations très-curieuses analogues à celles que nous venons de mentionner et qui viennent encore à l'appui de notre opinion.

Il résulte des expériences faites par des syphiliographes modernes que l'absorption du virus vénérien est loin d'être instantanée ces expérimentateurs ont, en effet, déposé le germe de cette maladie dans les parties génitales de quelques femmes, et après un séjour plus ou moins prolongé ils ont lotionné l'organe, et aucun symptôme morbide ne s'est développé.

Ne pouvons-nous pas conclure de tout ce qui vient d'être dit, que des précautions de propreté sont un des préservatifs les plus efficaces du mal vénérien; que, par exemple, si l'homme marié qui fait le sujet de la deuxième observation se fût lotionné convenablement,.il aurait enlevé de sa verge le virus dont il alla se débarrasser dans le sein de sa femme, et qu'il en eût été de même des autres. Ces soins sont le seul moyen de préservation que la science offre jusqu'ici et ils seront encore rendus plus sûrs par l'addition


dans l'eau de quelques substances antiseptiques ou neutralisantes. Enfin, nous sommes très-porté à croire que, si on s'enduisait de corps gras le gland et la verge avant la copulation, que si des lotions des injections, l'émission naturelle de l'urine avaient lieu immédiatement après le coït, la vérole disparaîtrait.

ART. 4409.

Note sur les moyens de prévenir et de combattre les accidents qui surviennent pendant l'administration du chloro forme.

M. le professeur Rigaud a fait à la Société de médecine du Haut-Rhin, une communication que la Gazette médicale de Strasbourg a reproduite en ces termes li y a six mois qu'ayant eu à opérer une tumeur du sein chez une femme, je la soumis aux inhalations du c/~ofo/bT'MM. Après quelques inspirations, le pouls cessa de battre tout à coup et la malade ne donna plus signe de vie. On cessa immédiatement les inhalations, on jeta de l'eau sur la face et l'on fit des frictions dans le but de la ranimer. Ces manœuvres, faites pendant deux minutes qui nous parurent de longues heures, amenèrent quelques mouvements faibles du cœur, qui bientôt cessèrent et ne Titrent accompagnés d'aucun mouvement de respiration. Dans cette fàcheuse occurrence, il me vint à l'idée d'appliquer le procédé de Ricord j'introduisis le doigt dans la bouche et, le faisant glisser le long de la base de fa langue, j'accrochai l'épiglotte que je relevai puis je tirai la langue hors de la bouche ce mouvement rapide fut suivi d'une inspiration j'en profitai pour faire respirer de l'ammoniaque. Mais aussitôt que j'eus abandonné la langue, elle rentra et la respiration cessa de nouveau je fis de nouveau la même manœuvre et obtins de nouveau des mouvements d'inspiration mais cette fois je maintins la langue hors de la bouche et la respiration continua, et bientôt elle s'établit et toutes les fonctions reprirent leur activité. Après cela, je fis l'opération projetée sans chloroforme et tout se passa parfaitement.

II est évident pour moi que c'est à l'emploi du procédé de Ricord que je dois d'avoir sauvé les jours de cette malade je m'empresse donc de vous faire part de cette observation qui, dans une' circonstance analogue, pourra vous servir de guide.

J~e~e~to'K~. En attribuant à M. Ricord le procédé mis en usage dans le cas qui précède, M. Rigaud nous semble


avoir commis une erreur. C'est l'insufflation de bouche a bouche qui constitue le procédé de M. Ricord, procédé dont nous avons enregistré deux applications heureuses (1). On peut encore, ainsi que nous le montrerons plus loin, pratiquer l'insufflation par les narines. Cette introduction directe d'air vital dans les voies respiratoires est extrêmement facile, et peut-être est-ce le meilleur moyen de faire cesser l'état de mort apparente qui se manifeste quelquefois chez les individus soumis aux inhalations du chloroforme. Mais puisque M. Rigaud nous a rappelé un genre d'accidents dont on s'est beaucoup occupé depuis deux ans, nous prendrons occasion de ce fait pour résumer ici une discussion récente qui a eu lieu dans le sein de la Société de chirurgie sur cet important sujet et à laquelle M. Sédillot, de Strasbourg, a pris une part brillante.

Cet habile chirurgien n'a pas craint d'avancer et de soutenir, en s'appuyant sur une vaste expérience, que le e/~oro/b?-M!e pur et Mem oi~NMKM~e ne tuait jamais. Les altérations chimiques de l'anesthésique consistent dans la présence du chlore et la production d'huiles hydro-carbonées qui rendent le chloroforme vénéneux. Heureusement il n'est rien de plus aisé à reconnaître que ce défaut de pureté.

Il suffit de verser dans le chloroforme un peu d'acide sulfurique concentré; s'il est pur, le mélange reste transparent dans le cas contraire, il noircit. Quant la manière de l'administrer, elle exige certains soins qu'on ne doit jamais confier à des personnes étrangères à la médecine, et en particulier des précautions prétiminaires dont l'oubli entre pour beaucoup dans la production des accidents .qu'on a signalés. A ce sujet le professeur de Strasbourg a .développé de nouveau les règles tracées par lui il y a quelque temps dans une lettre adressée à l'Union médicale et dont voici l'exposé textuel

« Le chloroforme, écrivait M. Sédillot, est versé sur une compresse roulée de manière à présenter une cavité assez large pour recouvrir facilement le nez et la bouche du malade. L'autre côté de la compresse est froncé et fixé lâchement par une épingle pour ne pas empêcher complétement le passage de l'air. Le malade ne doit pas être tenu, il est .couché sur le dos, la tête légèrement soulevée par un .oreiller. On commence par verser sur la compresse un ou deux grammes du liquide et on approche le linge à quelque distance de la bouche pour laisser le temps au malade ()) Voy. art. 3913.


de s'habituer à l'odeur et à l'impression du chloroforme. Il ne saurait arriver à personne de se laisser plonger dans une perte de conscience absolue, et d'affronter, une opération sans une émotion plus ou moins vive. Le chirurgien s'efforce de tranquilliser ses malades, leur parle doucement, .leur demande quels efiets ils éprouvent, leur explique qu'ils doivent respirer naturellement et sans en'ort, et qu'ils ne s'endormiront pas tout à coup, qu'il faut pour ce résultat un temps assez long. S'il voit les malades faire des inspirations précipitées, il retire entièrement la.compresse et attend un peu plus de calme..Bientôt la respiration se régularise et on reprend l'usage de l'anesthésique. Lorsqu'on s'aperçoit que les inspirations sont bien supportées, et que l'émotion est en partie dissipée, on verse largement le chloroforme sur le linge, et on cherche à en faire inspi.rer les plus fortes quantités dans le temps le plus court, ce qui est le meilleur moyen de prévenir la période d'excita.tion et une anesthésie trop profonde. Le succès nous a .paru moins prompt chez les individus vigoureux et habitués aux alcooliques. S'il survient du spasme, de la gêne respiratoire, de la turgescence de la face, on s'arrête, puis on recommence dès que la normalité respiratoire se réta'blit. S'il y a un peu d'exaltation, des mouvements brusques, les signes d'une ivresse bruyante, sans que la respiration ni la circulation soient gênées, on active l'action du chloroforme, en en versant abondamment sur la compresse. Souvent alors le malade s'alanguit, ses paroles deviennent plus lentes, sa voix plus faible, sa tête se penche sur sa poitrine et il se renverse complétement endormi sur son oreiller. Dans d'autres cas, assez rares, la compresse est repoussée. On attend que l'exaltation diminue, puis l'on renouvelle les mêmes épreuves. Si l'on ne réussit pas et que le malade 'continue à se défendre, on essaye seulement alors de le maintenir et de le sidérer par de grandes doses de l'agent anesthésique. L'on n'en suspend l'usage qu'après Tapparition de la résolution musculaire, lorsque les mem.bres soulevés retombent inertes parleur propre poids. Le chirurgien commence alors l'opération et fait reprendre le chloroforme à la moindre trace de mouvement sous l'action de ses instruments.

« L'indication consiste à maintenir cet état d'insensibilité .et d'immobilité sans en exagérer le degré. Avec de l'intel.ligence et de l'habitude, l'aide accomplit cette .délicate mission d'après des signes qui le trompent rarement, et dans tous les cas son erreur ne doit consister qu'à ne pas chloroformiser assez le malade et jamais a porter trop loin


l'anesthésie. On éloigne la compresse tant que ne se manifeste aucune contraction musculaire, mais lorsqu'un mouvement de la bouche ou des paupières révèle le retour de la motilité, on revient à quelques inspirations de chloroforme, puis on les suspend momentanément. On écoute la respiration, on cesse lorsqu'elle faiblit pour recommencer après. Quelquefois on a pu rester fort longtemps sans donner de chloroforme, dont les effets étaient suffisamment persistants.

« En agissant ainsi on consomme manifestement beaucoup plus de chloroforme qu'il n'en est absorbé (de quinze à soixante grammes), mais c'est là une perte peu importante quand il s'agit d'opérer sans compromettre la sûreté des malades.

M. Sédillot a obtenu un résultat digne de remarque sous le rapport de la fréquence de la période d'excitation. Tandis que les chirurgiens des hôpitaux de Paris observent huit fois sur dix la période de spasmes, M. Sédillot la rencontre à peine trois fois. Et cette différence tient bien probablement à la direction des inhalations chloroformiques, car nous lisons dans le Bulletin de thérapeutique que M. Giraldès a constaté le même fait depuis qu'il suit à la lettre les modifications indiquées par M. Sédillot. La plupart des membres de la Société de chirurgie ont reconnu d'ailleurs avec ce savant praticien que pour être efficace l'anesthésie devait être complète c'est-à-dire portée jusqu'à l'immobilité, condition sans laquelle le chirurgien n'a ni sûreté ni puissance. Mais ils ont protesté en même temps contre l'innocuité absolue que M. Sédillot prête au chloroforme. La proposition dont nous avons souligné les termes et dans laquelle ce chirurgien déclare que le chloroforme pur et bien administré ne tue jamais, a paru non-seulement trop radicale, mais dangereuse car, ainsi que l'a fait remarquer M. Huguier, si cette proposition était érigée en principe, le chirurgien malheureux qui viendrait à perdre un malade soumis à l'influence du chloroforme, pourrait être cité par la famille devant les tribunaux et serait infailliblement condamné.

Disons plutôt qu'en vertu de dispositions individuelles, ou de causes encore inconnues, il se manifeste quelquefois dans les circonstances dont il s'agit, en dépit de toutes les prévisions et de toutes les précautions, un état syncopal ou asphyxique qui peut en se prolongeant compromettre la vie des malades. Les faits de ce genre ne sont pas communs, nous le répétons, mais il y en a et voici entre autres un exemple de cet anéantissement du mouvement


vital qui effraye les plus aguerris, et contre lequel nous devons être en garde.

M. Amussat ayant à faire l'ablation d'une tumeur du sein chez une dame du quartier de la Chaussée-d'Antin, la soumit préalablement à l'inhalation du chloroforme. Ce liquide, préparé par M. Miahte, était très-pur, et le matin même on en avait employé une partie pour une restaura- tion du périnée sur une malade qui fut maintenue pendant cinq quarts d'heure dans l'insensibilité. Le chloroforme fut répandu sur un mouchoir disposé en forme de cône creux la malade en aspira doucement les vapeurs, sans agitation, sans spasmes, et au bout de peu de temps elle devint insensible. Alors le mouchoir fut retiré, et M. Amussat.procéda à l'opération avec la dextérité qu'on lui connaît. Il s'écoula une assez notable quantité de sang; on tordit les artères et pendant tout ce temps on s'occupa peu de l'opérée. Mais au moment de réunir et de panser la plaie, M. Amussat s'aperçut que la malade ne donnait aucun signe de vie. La face était pâle, livide, l'iris immobile, le pouls insensible, la respiration nulle. Il fit ouvrir largement les fenêtres, on projeta de l'eau froide au visage, on fit des frictions, on-exerça des pressions alternatives sur la poitrine et sur la région diaphragmatique, mais tout cela en vain la perte. de connaissance persistait et donnait des craintes sérieuses, lorsqu'un des assistants, M. le docteur Chaussat eut l'idée de pratiquer l'insufflation directe dont nous avons parlé au commencement de cet article. M. Chaussat plaça d'abord un mouchoir au-devant des narines de la malade et appliquant la bouche sur ces cavités, il souftla vigoureusement à plusieurs reprises. Après deux ou trois insufflations, la respiration se rétablit, les accidents cessèrent, et tout se passa ensuite régulièrement.

Cette observation,-que nous devons a M. le docteur Alphonse Amussat, a beaucoup de rapport avec un cas de même nature, publié par le journal ?7<e Lancet, et dans lequel M. Charles Bleeke ne ranima sa malade, également opérée pour un cancer du, sein qu'à l'aide de l'insufflation de bouche à bouche, avec interposition d'une compresse fine ou d'un mouchoir. On peut, en effet, pratiquer l'insufflation en appliquant la bouche soit sur les lèvres, soit sur les narines, le choix doit dépendre des circonstances mais si l'on s'adresse au premier mode, il faut fermer les narines d'une main, tandis que l'autre repousse légèrement le larynx contre la colonne vertébrale. C'est la bouche au contraire qu'on devra fermer, si l'on a quelque


raison de préférer le procédé de M. Chaussât 'tous les deux, au reste, sont excellents dans ces cas exceptionnels. ART. 4410.

HOPITAL BEAUJON.

(Service de 111. Sandras.)

Considérations cliniques sur la chlorose. Rôle important de cette maladie dans les affections nerveuses. Ses caractères et son traitement.

On ne se doute pas en général du nombre infini d'états nerveux qui sont gouvernés par la chlorose. La gastralgie la dyspepsie, l'hypocondrie, les névralgies sont, comme nous en avons rapporté des exemples, très-souvent liécs à cette maladie. Il en est ainsi de certaines bizarreries de caractère qu'on serait tenté de croire inattaquables par les agents médicaux. Tel était le cas d'une jeune personne qui huit ou dix fois par jour faisait semblant de se jeter dans un puits. M. Sandras lui donna du fer, et mit un terme à une fantaisie que la raison était impuissante à réprimer. Ailleurs ce sont des désordres plus graves. Une femme admise a l'hôpital Beaujon, était devenue chlorotique-et idiote à la suite de couches; elle avait perdu toute espèce d'intelligence et de sentiment affectif. On la traita comme la malade précédente, et elle guérit en même temps de sa chlorose et.de son idiotie. Le plus ordinairement, c'est un délire de forme aiguë qu'on observe chez les chlorotiques, un délire subit comme celui de la manie, et qui peut en imposer et provoquer des mesures de rigueur aussi fâcheuses qu'inutiles. Ce délire ne cesse que lorsqu'on a reconnu et détruit la cause qui le domine. Une fille entra dans le service de M. Sandras, en proie à un délire maniaque très-prononcé; elle chantait d'une voix inspirée. Ce médecin ne vit là qu'un trouble intellectuel, dépendant de la chlorose; toutefois il prescrivit un julep avec quarantecinq grammes de sirop de morphine pour donner autraitement général le temps d'agir et calmer le délire, mais il n'en fut rien; le délire ne cédait que pour reparaître de nouveau, et il ne cessa définitivement que lorsque la chlorose fut elle-même modifiée par les préparations ferrugineuses. D'autres fois, ce sont des paralysies qui semblent tenir à des lésions organiques des centres nerveux. Ainsi, nous avons déjà publié plusieurs observations de paraplégie chlorotique. Nous avons vu également dans les salles de


M. Sandras, des paralysies partielles et des paralysies générales de même origine. Une infirmière a présenté une paralysie de la septième paire dont elle a été débarrassée par l'usage des pilules de Vallet, et quelques applications d'électricité. Quant aux cas de paralysie générale que nous avons eu l'occasion d'étudier chez des chlorotiques appartenant à ce service, ils offrent un tel intérêt par l'analogie de cette paralysie avec celle des aliénés, qu'ils feront le sujet d'un article spécial. Il en sera de même de quelques autres affections nerveuses, telles que la chorée, l'hystérie et certains états morbides plus rares, comme l'acrodynie, par exemple. Ce que nous voulions constater dans ce rapide résumé, c'est l'influence que la chlorose exerce sur les maladies nerveuses, pour mieux faire sentir la nécessité d'en saisir les caractères et de la èombattre par une thérapeutique appropriée.

Des faits observés par M. Sandras, il résulte que les signes qui caractérisent la chlorose, peuvent être rattachés à deux chefs. Les uns sont universels ou peut s'en faut, les autres sont communs à un plus ou moins grand nombre de chio rotiques. Parmi les premiers, le plus constant et le plus manifeste, est la mollesse du pouls; cette mollesse va quelquefois jusqu'à l'absence total des mouvements artériels dans toute la longueur de l'avant-bras; nous avons constaté ce fait une fois cette année. On connaît trop l'importance de la décoloration de la peau et des bruits de souffle pour que nous insistions sur ces symptômes, mais ils peuvent manquer,tandis que la mollesse du pouls ne manque jamais. Un autre phénomène très-digne de remarque, est la tendance générale des chlorotiques à se croire gênés par le sang; et en effet, lacéphalalgie est parfois très-violente chez ces malades. Une jeune fille vint à l'hôpital Beaujon, voulant être saignée à toute force, et prétendant que le sang lui portait à la tête; mais loin de satisfaire ses désirs, on la nourrit, on la tonifia de toute manière, et les douleurs et le malaise qu'elle accusait ne tardèrent pas à disparaître. Chez les hommes l'affaiblissement des forces musculaires est un des signes assez généraux de la chlorose; seulement, il ne faut pas le confondre avec'la faiblesse qui signale le début de la phthisie. Cette débilité d'ailleurs commune aux deux sexes, s'accompagne d'une certaine diminution des facultés intellectuelles et affectives; l'esprit est moinsvif, la mémoire moins sûre. Nous nous rappelons une femme qui s'affligeait de ne plus aimer comme autrefois son mari et ses enfants. Ensuite viennent dans un autre ordre de fonctions les palpitations, les. battements prolongés jusque dans le


ventre, les étou<ïements,unepetite toux sèche, ayant beaucoup d'analogie avec celle des individus disposés aux tubercules pulmonaires, et qui mérite par conséquent toute l'attention du médecin. A. côté de ces signesqueM. Sandras appelle radicaux, il y en a de très-ordinaires, mais qui cependant ne sont pas constants. Ce sont d'abord les troubles de la digestion, l'anorexie, la dyspepsie, quelquefois les vomissements. Nous avons vu deux femmes chlorôtiques, qui vomissaient surtout aux époques menstruelles. 11 faut bien discerner ces vomissements de ceux qui révèlent une affection de l'estomac ou une lésion cérébrale. Il convient aussi d'être édifié sur les douleurs de la région du cœur qui simulent une péricardite ou une pleurésie. Ces douleurs peuvent être tout simplement une névralgie intercostale, qu'un petit vésicatoire morphiné enlève à l'instant. Il y a souvent de l'insomnie dans la chlorose, elle est le résultat de la faiblesse; il faut une certaine force pour bien dormir, peut-être aussi l'insomnie est-elle due à l'excitation nerveuse. Enfin, comme derniers signes parmi les principaux, il est bon de noter des douleurs protéiformes exagérées ou réelles, et des douleurs le long durachis, qu'on ne confondra pas avec la douleur circonscrite d'une lésion des vertèbres ni avec celle plus profonde et plus subite de la méningite spinale.

Nous ne dirons qu'un mot des causes de la chlorose ce sont toutes les circonstances physiques et morales qui débilitent l'organisme. C'est ainsi ~ue la gastralgie ent'ante et entretient la chlorose en nuisant à la nutrition. Les fatigues d'un allaitement prolongé produisent un effet semblable. Une femme est devenue chlorotique pour avoir nourri trop longtemps, et a gagné une paralysie de la septième paire qui n'a cédé qu'à l'usage du fer. On voit d'un autre côté, des chloroses aiguës qu'une perte de sang ou une émotion morale font naître en quelques heures.

La chlorose est-elle en soi-même une maladie mortelle ? c'est très-rare. M. Sandras n'a vu qu'une femme y succomber, mais sa gravité lui vient des accidents auxquels elle donne lieu et dont elle tend à prolonger la durée. Voilà pourquoi surtout, il importe de reconnaître cette maladie et de lui opposer le plus promptement possible les ressources de l'art. Il nous reste à montrer de quelle manière cette seconde partie de la tâche du médecin est remplie par M. Sandras.

L'indication capitale qui se présente ici étant de réparer les forces et de reconstituer le sang, on y pourvoit par une alimentation à base de viandes rôties ou grillées et par


l'usage du fer. Quelle que soit, suivant M. Sandras, la combinaison du protoxyde de fer, le choix importe peu. Ce praticien prend habituellement de deux à quatre pilules de allet par jour sans dépasser ce chiffre. Il croit qu'il est inutile d'administrer une quantité plus considérable de fer, parce que l'expérience lui a démontré qu'au delà de la proportion représentée par ces quatre pilules, le fer cesse d'être assimilé et va se perdre comme matière étrangère avec le résidu excrémentitiel.

Mais pour que les proto-sels de fer soient bien supportés et les aliments bien digérés, il est indispensable qu'on les accompagne de substances alcalines. Celles que M. Sandras préfère, sont les suivantes:

10 Magnésie 2 grammes. Eau de chaux. de 1 à 3 cuiUerées. Lait. 125 grammes.

3° Carbonate de chaux 40 à 60 centig. pour quatre pilules.

Lorsqu'on administre le fer et la magnésie, ce qui constitue l'association la plus ordinaire, le fer est pris avant les repas et la magnésie après, délayée dans un verre d'eau sucrée. En mêlant ainsi la substance alcaline aux aliments, on neutralise les acides qui se trouvent en excès dans l'estomac, et dont la présence produit la gastralgie, la dyspepsie et les douleurs protéiformes. It pourrait arriver toutefois que deux grammes de magnésie ne fussent pas suffisants, on en donnerait alors quatre grammes. Une malade de M. Sandras n'est parvenue à bien digérer, qu'en prenant six grammes de magnésie chaque jour. La magnésie possède en outre l'avantage de remédier à la constipation qui est très-commune chez les chlorotiques. Ajoutons qu'il est inutile, en cas de douleurs très-vives de l'estomac, d'appliquer en même temps qu'on administre la magnésie, un emplâtre de thériaque à l'épigastre.

Tel est, avec les tisanes amères ou calmantes, suivant les circonstances, le traitement principal de la chlorose; mais comme auxiliaire, il est un moyen puissant et sur lequel M. Sandras a beaucoup insisté dans ses conférences, c'est le bain frais prolongé. Ce bain est donné à la température de 24°, et le malade y reste quatre heures; on le renouvelle tous les jours. Nous avons vu de jeunes chlorotiques affectées de chorée et d'incontinence nocturne d'urine, obtenir les résultats les plus heureux de l'emploi de ces bains frais. M. Sandras a fait également cette remarque intéressante, que des bains à 2S° arrêtent parfaitement la petite toux


sèche que nous avons signalée comme signe de la chlorose, quand il n'y a rien de sérieux à la poitrine.

L'eau fraîche peut encore être employée en irrigations contre les douleurs que nous avons dit exister dans certains cas, sur le trajet du rachis. Chez une petite malade qui s'est très-bien trouvée de ce remède, on faisait matin et soir une irrigation sur la région vertébrale, à l'aide d'une éponge trempée dans de l'eau à 22".

Il est aussi d'autres complications qu'il ne faut pas négliger. On oppose à l'insomnie quelques centigrammes d'opium administrés le soir, sans perdre de vue que ce médicament retarde la digestion et convient peu dans les conditions dont il s'agit. Si cetteinsomnie sembleêtre produite par l'excitation, ou s'il y a de la toux, on peut donner avec avantage dans la soirée une pilule ainsi composée

Extrait de belladone. 5 centigrammes. de jusquiame: 2

O

Dans les névralgies de la cinquième paire, une pilule à peu près semblable, c'est-à-dire contenant

Extrait de belladone. 5 centigrammes. de jusquiame. 10

enlève quelquefois la douleur comme par enchantement. Par une singularité difficilement explicable, ce médicament a beaucoup moins de prise sur les autres névralgies. Il faut dès lors avoir recours à des moyens plus efficaces, et dans ce cas, ce qui réussit le mieux, c'est le vésicatoire volant, pansé avec un, deux, trois et quatre centigrammes de chlorhydrate de morphine.

iRT. 4411.

HOPITAL DE LA PITIÉ.

( Service de M. Gendrin.)

De <a méthode e.Epec<6[K<e dans l'érysipèle.

Plusieurs malades atteintes d'érysipèle, ont donné à M. Gendrin l'occasion de traiter en quelques mots la question de savoir s'il faut combattre ou abandonner à elle-même cette affection si commune.

Une de ces malades était entrée avec un érysipèle de la face. C'était une fille. scrofuleuse, aux traits gros, aux lèvres épaisses, aux narines gonflées et couvertes d'eczéma. Cet eczéma avait-il été le point de départ de l'érysipèle? peutêtre bien; toujours est-il que celui-ci avait gagné le front


et le cuir chevelu. Il y avait du délire sans douleurs térébrantes ni trémulus spasmodique; il y avait aussi un peu de dévoiement qui constitue parfois un symptôme grave. L'exanthème menaçant de s'étendre encore et d'envahir toute la peau du crâne, un vésicatoire fut appliqué à la nuque. Le lendemain le détire avait disparu et la fièvre étant tombée, la convalescence s'établit. Chez une seconde malade, l'érysipèle était borné à la face et très-léger. M. Gendrin ne prescrivit rien autre chose que de la tisane de chicorée sauvage. Dans un troisième cas, l'érysipèle produisit une petite tumeur au cou, sur laquelle on appliqua des sangsues.

A part quelques épiphénomènes exceptionnels tels que la pléthore, l'état saburral des premières voies, l'extension du mal au cuir chevelu, qui réclament l'emploi de la saignée, des évacuants et des vésicatoires volants, il n'y a, selon M. Gendrin, qu'à se croiser les bras en face d'un érysipèle. L'érysipèle n'est, en effet, que la manifestation locale d'une maladie générale; or, nous n'avons aucun moyen en notre pouvoir pour annihiler la condition morbide dont l'état fébrile est le fait indicatif et dominant. Quelque léger que soit un érysipèle, il dure de six à sept jours; s'il est plus grave, il peut aller jusqu'à dix jours; sa durée sur les divers points qu'il parcourt est uniforme, il n'y a de diminution gradueUe que dans l'intensité; de sorte qu'en face de ces faits, M. Gendrin se croit autorisé à nier formellement les prétendus avantages des médications externes préconisées en pareilles circonstances. Ainsi, l'eau de sureau, les corps gras, les solutions astringentes, etc., ont toujours paru plus nuisibles qu'utiles à ce médecin dont l'opinion bien arrêtée est qu'on attribue faussement à ces médicaments des résultats qui sont dans la marche régulière de la maladie, laquelle guérit spontanément dans la grande majorité des cas.

ART. 4412.

HOPITAL DES ENFANTS MALADES.

( Service de M. Trousseau.)

-Pa~/e<y!'M de cause diverse. Urtication, affusions froides, ?'/HM radicans. Emploi de /'M<~Mre de potassium dans ~t fièvre cérébrale. Diarrhée opMMN<fe ~Men'e jocr ~'Msage de la viande crue.

Le pronostic de la paraplégie exige de la part du médecin une très-grande réserve, attendu qu'en général on connaît peu de chose à la nature de cette maladie. 11 est en


effet tel cas qui paraît fort grave et qui guérit sans difficulté, tandis que tel autre plus léger résiste avec opiniâtreté sans qu'on puisse en déterminer la raison anatomique. Nous avons rapporté l'année dernière (1) l'observation d'une jeune fille chez laquelle une paraplégie complète disparut en quelques jours sous l'unique influence de la poudre de belladone. La belladone est surtout indiquée quand la diminution ou la perte du mouvement s'accompagne de douleurs des membres. La paraplégie peut être considérée alors comme d'origine rhumatismale. On rencontre aussi des cas dans lesquels la paraplégie dépend, selon M. Trousseau, d'une sorte d'usure de ce que Brown appelait l'incitabilité. Ainsi, de même que nos organes cessent après un certain temps de veille d'être excités par les stimulants de toute espèce qui nous entourent, de même il est des états morbides et des abus de fonctions qui épuisent cette faculté au point de produire la paralysie. Tels sont, par exemple, la chlorose, les pollutions, la masturbation, l'excès du coït, etc. La masturbation est une cause fréquente de la paraplégie qui atteint les petites filles. La malpropreté produit une certaine démangeaison à la vulve elles trouvent du plaisir à se gratter, et de là naît une habitude impérieuse qu'elles satisfont par le seul mouvement des cuisses. M. Trousseau a vu des petites filles à peine âgées de trois mois qui, sans le concours des mains, parvenaient ainsi à leur but et présentaient huit ou dix fois par jour le spasme cynique. Dans le service de ce médecin se trouve encore une enfant de quatre ans qui doit à cette fâcheuse pratique une paraplégie assez, prononcée mais, grâce aux soins de propreté qu'elle reçoit aujourd'hui, grâce à la surveillance dont elle estl'objet et au traitement réparateur et stimulant qu'elle subit, cette petite va mieux et elle guérira certainement. D'autres fois, c'est l'exercice immodéré du coït qui produit les mêmes effets sur les membres inférieurs. La répétition exagérée de cet acte débilite, énerve et contribue puissamment à épuiser l'incitabi li té dont nous parlions plus haut. M. Trousseau a été consulté par une jeune femme qui, au bout d'un an de mariage, était arrivée à un tel état de débilité des membres inférieurs que, pour monter l'escalier en spirale qui conduisait de son magasin à l'appartement qu'elle occupait à l'entresol, elle était littéralement éreintée. Cet affaiblissement était plus considérable encore aux époques menstruelles et constituait alors une véritable paraplégie sans lésion des fonctions du rectum et de la vessie et avec (t)Voy:art.6n.


intégrité parfaite de la sensibilité. La flagellation et les frictions faites à l'aide d'une brosse améliorèrent cet état. Cependant la malade éprouvait de temps à autre une _fatigue extrême qui l'obligeait à s'asseoir. M. Trousseau eut recours au quinquina, aux martiaux, à l'urtication aux affusions froides, et il recommanda par-dessus tout le sevrage absolu de l'acte vénérien. Cette médication basée à la fois sur la thérapeutique et sur l'hygiène finit par amener le résultat qu'on en attendait.

Lorsqu'on a employé sans avantage les moyens que nous venons d'indiquer, et parmi lesquels t'urtication et les affusions froides administrées chaque jour méritent une mention particulière, il est un agent auquel on peut s'adresser avec. quelque espoir de succès: c'est l'extrait de rhus ra~tcans ou sumac vénéneux. M. Trousseau a repris cette année les expérimentations faites avant lui avec ce médicament parDufresnoy de Valenciennes et par M. Bretonneau. Dufresnoy traitait spécialement par le rhus radicans les paralysies qui semblaient dues à la rétrocession des dartres. De son côté M. Bretonneau a guéri quelques paraplégies consécutives à une commotion de la moelle ou à une lésion n'entraînant pas la destruction du tissu de cet organe. Une jeune fille, en chargeant du foin sur une charrette, tomba sur les ridelles et gagna une paraplégie pour laquelle on la fit conduire à l'hôpital de Tours. Elle y fut soumise au traitement de la commotion de la moelle saignées ventouses, bains, etc.; mais la vessie n'en restait pas moins paresseuse, et la paraplégie persistait. Dans cette circonstance, M. Bretonneau eut recours à l'extrait de rhus radicans, et en moins de six semaines la malade avait recouvré l'usage de ses jambes.

Cet extrait est préparé avec le suc non dépuré de la plante. On met les feuilles mondées dans un mortier de marbre; on les pile avec un pilon de bois, en y ajoutant une petite quantité d'eau. On exprime et l'on évapore le suc en couches minces sur des assiettes à la chaleur de l'étuve. L'extrait ainsi obtenu est associé à un excipient inerte et divisé en pilules d'après la formulé suivante

Pr. Extrait de rhus radicans. 5 grammes. Excipientinerte. q. s.

Mêlez et faites vingt-cinq pilules à prendre une à seize par jour pour un adulte: tous les jours on augmente d'une pilule. Chez les enfants, on commence par une pilule de cinq centigrammes seulement, et l'on arrive graduellement à cin-


quante centigrammes par jour en dix pilules, dose qu'il est prudent de ne pas excéder.

Quant aux résultats que M. Trousseau a obtenus de ce médicament, ils ont été très-divers. 11 y a huit mois, une dame âgée de dix-neuf ans fut traitée ainsi sans aucun bénéfice pour un affaiblissement progressif des membres inférieurs. Une autre femme s'en est au contraire parfaitement trouvée. Un des cas dans lesquels nous avons pu suivre l'action du rhus radicans était celui d'une petite paraplégique âgée de six ans. Le premier jour l'effet du remède fut nu!, mais le second jour il se manifesta une amélioration qui devint plus sensible les troisième et quatrième jours, et le sixième jour l'enfant était guérie. Dans la même salle, une autre malade âgée de quatre ans, également paraplégique, commençait à faire de petits pas et à marcher après quatre jours de ce traitement. Ces nouvelles applications du rhus radicans montrent en résumé que, sans être un agent curatif dont on doive espérer des résultats constants, il peut être utile, et comme il n'y a d'ailleurs aucun inconvénient à l'administrer, on peut toujours en faire l'essai chez les individus affectés de paraplégie sans lésion organique actuelle.

Parmi les différents moyens thérapeutiques que M. Trousseau a expérimentés sur la foi d'autrui, nous signalerons, après le 7'AtM radicans, l'iodure de potassium dans la méningite tuberculeuse, et la viande crue chez les enfants atteints de diarrhée consécutive au sevrage. L'iodure de potassium a été préconisé il y a deux ans par un médecin de l'hôpital de Pesth pour combattre la fièvre cérébrale il l'a été depuis par un médecin français mais loin de modifier avantageusement cette maladie, M. Trousseau a constaté dans trois cas que l'iodure de potassium n'avait fait que précipiter sa marche fatale. Chez un enfant que nous avons vu traiter de cette manière, le médicament futadministréàla dose de un gramme le premier jour, et de deux grammes te secondjour la mort arriva le troisième jour. Nous sommes donc encore forcé d'avouer l'incurabilité de la méningite tuberculeuse. La seule méningite qui guérisse, c'est la méningite épidémique parce qu'elle est simple mais la méningite granuleuse ou tuberculeuse; la véritable fièvre cérébrale, ne guérit jamais, quoi qu'on fasse. Baron a soutenu, il est vrai, qu'il guérissait la moitié de ses fièvres cérébrales, mais cette affirmation était fondée sur une erreur de diagnostic, les fièvres cérébrales qu'il se flattait d'avoir guéries n'étant pas autre chose que des symptômes


d'éclampsie suivie de coma, état morbide essentiellement curable.

M. Trousseau a été plus heureux avec la viande crue qu'avec l'iodure de potassium. L'idée bizarre de donner de la viande crue aux enfants qui ont de la diarrhée après le sevrage, appartient à un médecin russe.M.Weisse. Nous en parlâmes dans le temps (t), et nous rapportâmes d'après l'auteur des faits prouvant que ce singulier remède donnait de bons résultats et plaisait en outre beaucoup aux enfants. Or, quelque étranges que parussent les assertions de M. Weisse, elles étaient certainement exactes, car nous avons pu dans ces derniers temps en constater la vérité chez un petit garçon confié aux soins de M. Trousseau. Cet enfant, âgé de trois ans, avait depuis six mois une diarrhée contre laquelle on avait inutilement mis en usage les médications les plus variées. On lui donna de la viande crue hachée finement, et presque aussitôt son état s'est amélioré. Ainsi, dés le lendemain, le nombre des garde-robes pendant les vingt-quatre heures est tombé de dix-sept à trois, le surlendemain à deux, puis à une; il est resté ensuite deux jours sans aller à la selle; enfin on a vu cet enfant pâle, étiolé, affaibli, devenir rose et resplendissant de santé en moins de quinze jours.

La dose de viande prescrite chaque matin a d'abord été decentvingt-cinq grammes, puis dedeux cents grammes. On la salait, et loin de manifester lamoindre répugnance pourun pareil mets, le petit malade le mangeait avec joie et avidité. ART. 4413.

HOTEL-DIEU.

(Service de M. Jobert, de Lamballe.)

Affections MMerMKme.Po<t'o?KM<i!Memmoyr/<a<Me. C~aMcres, bubons, bubon suppuré ouvert à l'aide du vésicatoire et des applications multiples de sublimé. 2VN!<eMeH< général, etc.

Nous disions dernièrement que M. Jobert, de Lamballe, traitait indistinctement par les injections iodées l'orchite simple et l'orchite blennorrhagique. 11 convient d'ajouter que dans la dernière espèce ce chirurgien prescrit en même temps le baume de copahu qui, tout en remédiant à l'écoulement, paraît contribuer aussi à la résolution de l'engorgement testiculaire. La potion de Chopart (1) Voy. article 3087.


peut alors remplir l'indication qui se'présente, mais en pareils cas, M. Jobert lui préfère !a potion suivante, dont l'excellence lui a été démontrée dans mainte occasion

JP?'. Eau de menthe. 128 grammes. Copahu. 30

S. carbonate de soude. 2

Éther sulfurique. 2

Sirop de sucre. 32

Le malade prend le matin deux cuillerées de cette potion. Lorsqu'une blennorrhagie s'accompagne de chancre sur le gland, M. Jobert attaque la blennorrhagie et les chancres, puis, sans attendre la manifestation des symptômes secondaires de l'infection syphilitique, il prescrit le traitement général qui s'adresse à celle-ci.

C'est ainsi que ce chirurgien s'est conduit à l'égard d'un homme de trente ans entré à l'Hôtel-Dieu, lé 13 juin dernier, avec une chaude-pisse et des chancres qui occupaient la couronne du gland. L'urétrite était arrivée à sa période décroissante. M. Jobert cautérisa les chancres avec un pinceau de charpie trempé dans le nitrate acide de mercure et prescrivit deux cuillerées de la potion de Chopart à prendre chaque matin le 16 l'écoulement était supprimé. On cautérisa de nouveau les chancres et la potion balsamique fut remplacée par l'usage quotidien de la liqueur de VanSwieten auquel on joignit pendant le temps convenable, le sirop de Cuisinier et les boissons sudorifiques. Cette liqueur était administrée à la dose d'une cuillerée à bouche dans un quart de verre de lait.

Si les chancres ont donné naissance à des bubons, M. Jobert substitue le proto-iodure de mercure au sublimé et oppose au bubon des moyens locaux.

An n° 14 de la salle Saint-Côme était couché un jeune homme entré à l'hôpital le 21 mars 1851 avec des chancres et un bubon à l'aine droite. M. Jobert cautérisa les chancres avec le nitrate d'argent, et fit une prescription dont voici les éléments principaux

Onctions matin et soir sur la tumeur avec mélange à parties égales de cérat et d'onguent napolitain. Tous les matins une pilule ainsi composée

Proto-iodure de mercure. 5 centigrammes. Thridace. 10

Décoction de salsepareille édulcorée avec sirop de Cuisinier.

Une portion d'aliments sans vin. Dans un cas d'ulcéra-


tion du gland avec bubon inguinal suppuré, la cautérisation avait été suivie de lotions avec le vin aromatique et pour donner issue au pus du bubon, M. Jobert employa un moyen très-ingénieux. Un vésicatoire de petit diamètre fut appliqué sur la tumeur et laissé en place un temps suffisant pour qu'en soulevant l'épiderme on pût mettre le derme à nu. Cela fait la plaie fut recouverte d'un morceau de diachylon troué en arrosoir, et sur chaque trou on déposa une petite quantité de sublimé corrosif dont la somme était de cinq centigrammes. Il en résulta autant de petites escarres qu'il y avait de trous et à la chute de ces portions de tissu mortifiée, le pus s'écoula sans inconvénient. Le traitement antivénérien de M. Jobert est donc au principal constitué, soit par la liqueur de Van-Svtieten, soit par le proto-iodure de mercure. Cette dernière préparation est toutefois donnée d'une manière plus générale qurhl'autre. M. Jobert semble même la préférer à l'iodure de potassium dans les cas d'accidents tertiaires, et nous ne l'avons entendu que très-rarement prescrire ce médicament qu'on administre si libéralement dans d'autres hôpitaux. Chez les très-jeunes enfants il est plus commode de donner la liqueur de Van-Swieten. Cette liqueur a été prescrite à la dose d'une demi-cuillerée à café dans un quart de verre de lait pour un petit garçon de deux ans qui portait à l'anus des plaques muqueuses, et dont le père était affecté de syphilis ancienne. Le proto-iodure de mercure est associé à la thridace dans la proportion de 1 à 2. On donnechaquejour une pilule contenant de trois à cinq centigrammes de protoiodure hydrargyrique, et de six à dix centigrammes de thridace. On fait ainsi vingt pilules qu'on renouvelle deux et trois fois s'il est nécessaire. Le malade prend en outre comme .auxiliaires de la médication des boissons sudorifiques et le sirop de Cuisinier.

Ce traitement a été suivi avec succès par plusieurs malades que nous avons observés l'année dernière dans le service de M. Jobert, et entre autres par un teneur de livres qui portait un testicule syphilitique. Mais dans ce cas où il existait un peu de sérosité dans la tunique vaginale, on dut tenir compte aujssi de l'heureuse influence qu'une injection iodée exerça sur le volume et la coloration de la tumeur. Le traitement avait été commencé le 1er juin; on avait procédé à l'injection le 11, et le 16 le testicule était sensiblement moins gros et moins violet. Le 30 l'organe malade reprenait ses proportions normales, et la guérison s'achevait par l'emploi combiné du traitement interne et des onctions avec l'onguent mercuriel.


L'onguent mercuriel sert également à panser les plaies et ulcères qui se rattachent de près ou de loin à une affection vénérienne. Nous ne devons pas oublier non plus le nitrate acide de mercure qui rend les plus grands services dans les circonstances analogues. Nous pourrions citer à ce sujet l'observation d'une femme qui fut guérie par cet agent à l'hôpital Saint-Louis, il y a trois ans, d'un épouvantable ulcère de la jambe. Deux cautérisations faites à un jour d'intervalle changèrent complétement l'aspect de la plaie. Après chaque cautérisation on lave les parties avec de l'eaude-vie camphrée étendue ou du vin aromatique; à moins que l'inflammation produite par le caustique ne soit assez vive pour requérir temporairement l'application de cataplasmes de farine de graine de lin arrosés avec de l'eau de guimauve tiède.

ART. 4414.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

ACADEMIE DES SCIENCES. M. Renault, directeur de l'école d'Alfort, a lu à l'Académie des sciences un mémoire, dont il a formulé toutes les propositions de la manière suivante Des expériences, dit-il, rapportées dans ce mémoire il résulte: 1 ° Que le chien et le porc peuvent manger, sans danger pour leur santé, tous les produits de sécrétion, quels qu'ils soient; tous les débriscadavériques, cuits ou non cuits, provenant d'animaux affectés de maladies contagieuses dont il a été question dans ce travail, à savoir la morve, la maladie charbonneuse, dite sang de rate; la rage, le typhus contagieux et la péripneumonie des bêtes bovines; l'cpizootie contagieuse des gallinacés.

3° Qu'il en est de même pour les poules, à l'égard des mêmes maladies; à l'exception peut-être de celle qui leur est propre, et sur laquelle il serait nécessaire, avant de se prononcer, d'expérimenter hors de l'atmosphère épizootique, ce que je n'ai pu faire dans les circonstances où je me suis trouvé.

3° Que les matières virulentes de ta morve et du farcin aigus, qui perdent complétement leurs propriétés contagieuses dans les voies digestives du chien, du porc et de la poule, les conservent, bien que moins énergiques, dans les voies digestives du cheval.

4° Que la matière -virulente du sang de rate, que peuvent manger, sans inconvénient, le chien, le porc et la poule, donne souvent lieu à des accidents charbonneux, quand elle est avalée par des herbivores tels que le mouton, la chèvre et le cheval.


« 5° Que cette immunité à l'égard de la contagion, dont jouissent les carnivores et les omnivores alimentés avec des matières virulentes, alors que celles-ci peuvent produire tous leurs effets quand elles sont avalées par des herbivores, pourrait bien tenir à ce que les virus étant évidemment, par leur origine, des principes de nature animale; subiraient, dans les organes destinés à digérer des aliments animaux, des modifications qui, en les altérant profondément, leur feraient perdre leurs propriétés malfaisantes; ce qui n'aurait pas lieu chez les herbivores qui, par leur organisation, ne sont aptes à digérer que des aliments végétaux.

« 6° Que, quoi qu'il en soit de cette explication, il est constant, en fait, que les porcs et les poules n'éprouvent, ni dans leur santé, ni dans la qualité des produits qu'ils fournissent à l'alimentation de l'homme, aucune altération par suite de leur nourriture provenant d'animaux morts de la morve ou du farcin, du charbon, de la rage; et que l'homme peut se nourrir sans danger de la chair et des produits de ces animaux ainsi alimentés. « 7° Que la cuisson sur les viandes, et l'ébullition sur les liquides provenant d'animaux affectés de maladies contagieuses, ont pour effet d'anéantir les propriétés virulentes de ces liqueurs et de ces viandes; à tel point que, non-seulement les matières morveuses peuvent alors être avalées impunément par le cheval; lesmatièrescharbonnedsesparlecheval,le mouton et la chèvre; les débris des gallinacés morts de l'épizootie) par les poules mais encore, que toutes ces matières qui sont si actives, dont la puissance-contagieuse est si énergique et si certaine, quand elles sont inoculées, à l'état frais, restent complétement inertes sur quelque animal que ce soit, même après leur inoculation, quand elles ont subi l'action de la cuisson ou de l'ébullition. « La conséquence pratique des faits exposés dans ce mémoire est donc:

< A. Qu'il n'existe aucune raison sanitaire d'empêcher l'alimentation des porcs et des poules avec des débris des clos d'équarrissage, quels qu'ils soient.

<tB. Que si concevable que soit la répugnance de l'homme à se nourrir de viandes ou de laitage'provenant de bêtes bovines, porcs, moutons ou poules, affectés de maladies contagieuses, il n'y a, en réalité, aucun danger pour lui à manger de la chair cuite ou du lait bouilli fourni par ces animaux. MM. Hochard et Sellier ont préconisé un nouveau mode de traitement de la couperose. On sait que cette affection cutanée est rebelle Ma plupart de nos moyens de traitement. Ces médecins pensent, d'après leur expérience, qu'il est possible de la guérir par des frictions avec la pommade d'iodure de chlorure


I)ydrargyreux,à la dose de soixante-quinze centigrammes sur soixante grammes d'axonge. On en frotte seulement les parties afFectées; au bout de quelques jours il se fait une sorte de réaction les parties malades se gouttent, s'enflamment, il se fait une véritable poussée, qui se termine par une exsudation abondante, puis les croûtes se dessèchent et tombent. Les frictions, qui avaient été suspendues, sont reprises alors et, après un certain nombre de réactions semblables, les malades se trouvent débarrassés de leur couperose.

–M. Moreau, de Tours, médecin de Bicêtre, a lu une note bien curieuse sur la prédisposition héréditaire à la folie. « Un père ou une mère (nous pourrions mentionner encore les oncles, les tantes, les aïeux) ayant été atteints d'aliénation mentale, à quels signes reconnaître s'il y a lieu de craindre pour les enfants la même maladie, et lorsqu'il existe plusieurs enfants, lequel d'entre eux est plus particulièrement disposé? Telle est la question que M. Moreau a examinée. Pour la résoudre, il a établi d'abord que des lois constantes, invariables, régissent le mode suivant lequel l'organisation des parents affecte celle des enfants, ce qui donne en résultat la ressemblance. La ressemblance ne se communique pas des parents aux enfants par la transmission de quelques traits isolés, mais bien par la transmission de deux grandes séries d'organes, séries parfaitement distinctes, divisées, définies. L'une de ces séries comprend la forme ou configuration extérieure l'autre tient sous sa dépendance les fonctions nerveuses. La transmission a lieu suivant des lois fixes quand l'un des parents donne une série, l'autre parent donne la série opposée.

Faisant l'application de ces principes à la transmission de l'aliénation mentale par hérédité, M. Moreau en a conclu qu'une famille étant donnée, dont les ascendants comptent un ou plusieurs individus atteints de folie, le mal héréditaire, selon toute probabilité, atteindra de préférence ceux des enfants qui n'ont que peu ou point de rapport de physionomie avec les parents chez lesquels le mal a pris sa source, et qu'il épargnera au contraire ceux qui ont avec ces derniers une ressemblance plus ou moins frappante.

AcADËMtE DE MEDECiNE. M. Champaignac a présenté à l'Académie un mémoire contenant sept observations de guérison de fissures à l'anus par l'emploi de l'onguent de la mère en topique. Cet onguent, joint à une certaine quantité d'axonge pour lui donner la consistance nécessaire, est déposé sur une mèche et introduit dans l'anus. On évite, de cette manière, dans le plus grand nombre des cas, de recourir à l'opération qui, suivant l'auteur,n'est pas toujours sans danger, et que les malades


redoutént d'aitteurs singulièrement. M. Larrey, chargé de faire un rapport sur ce travail, a complétement adopté les vues de l'auteur et a recommandé cette pommade qui doit, suivant lui, être toujours ernptoyée avant d'en venir à l'opération. M. Velpeau a partagé cette opinion. Ce chirurgien, avant de recourir au bistouri, essaye toujours divers topiques et il n'en a trouvé aucun qui lui ait réussi plus 'fréquemment que la pommade d'onguent de la, mère. D'un autre côté, M. Gerdy parait rejeter également tous les topiques; les divers procédés opératoires consultés échouent aussi très-souvent, suivant lui. Depuis une quinzaine d'années il remplace tous ces moyens par l'emploi des purgatifs. La cause qui entretient la fissure résidant seulement dans la constipation, dès que, par l'emploi de purgatifs répétés, la constipation est détruite, la maladie cesse d'elle-même et la guérison est définitive.

MM. Roux et Bégin n'ont, comme M. Gerdy, aucune confiance dans les topiques, quels qu'ils'soient. Dès qu'un malade se présente il leur observation, ils l'opèrent; c'est, suivant eux, le seul moyen d'obtenir une guérison sûre et durable. Cette opération, alors même qu'on opère par le procédé de Boyer, qui consiste à diviser tout le sphincter, n'a aucun inconvénient, surtout depuis qu'on soustrait les malades à la douleur au moyen de l'anesthésie.

M. Btatin a présenté une ventouse qu'on fait fonctionner sans pompe et sans alcool. Elle est construite en caoutchouc vulcanisé; pour faire le vide, on comprime ses parois dans la main, on applique son ouverture sur les téguments, puis, en l'abandonnant à elle-même, elle reprend sa forme primitive par son élasticité, et le vide se trouve ainsi obtenu dans son intérieur d'une manière assez exacte pour opérer une forte succion. M. Lenoir a fait connaître un cas d'avortement qui vient d'être pratiqué à la Clinique chez une femme dont le bassin n'avait pas plus de deux pouces à son diamètre antéro-postérieur. Cette femme, d'une très-petite stature, et présentant tous tes signes du rachitisme au plus haut degré, a déjà été opérée deux fois à quatre mois et demi de grossesse. C'est donc un véritable avortement qui a été pratiqué, et non un accouchement prématuré, le bassin étant tellement rétréci qu'il,y aurait eu Impossibilité absolue d'extraire un fœtus viab)e. Ces deux opérations ont réussi. La femme, aujourd'hui âgée de trente-cinq ans, s'est présentée de nouveau à M. Lenoir enceinte de quatre mois et demi. Celui-ci a cru devoir la délivrer par les mêmes moyens qui avaient déjà été employés, mais ne se dissimulant pas la gravite de cette détermination, il a porté le fait devant l'Académie, atin d'avoir son opinion sur la conduite qu'on doit tenir en


pareil cas. Une commission a été nommée, et nous assisterons sans doute bientôt à une discussion approfondie de cette importante question..

–M. Durand-Fardel a communiqué une observation à l'occasion de laquelle a failli se renouveler la discussion si longue et-si complète que nous avons reproduite, il y a quelques années, sur l'introduction de l'air dans les veines pendant une opération. II s'agissait d'une dame âgée de cinquante-six ans quijouissaitd'une santé parfaite en apparence, mais qui avait un extrême embonpoint et quelques symptômes de maladie du cœur et qui mourut subitement en sortant du bain' Vichy. M. Durand-Fardel, appelé immédiatement près d'elle, pratiqua une saignée au bras et constata avec surprise qu'une notable quantité d'air sortait de la veine avec le sang. La mort paraissait avoir été presque instantanée. A l'autopsie, rien ne put expliquer cette un inatteridué, si ce n'est une hypertrophie du cœur et une grande quantité d'air dans les cavités droites du cœur et dans tout le système veineux en général.

M. Durand-Fardel a pensé qu'il s'était fait une exhalation spontanée d'air dans le torrent circulatoire, et que la mort devait être attribuée à cette cause.

Plusieurs chirurgiens, à cette occasion, sans vouloir se prononcer sur l'existence plus ou moins hypothétique de cette exhalation, ont rappelé qu'une foule d'observations avaient établi d'une manière irrécusable les dangers qu'entraine l'introduction spontanée d'air dans les veines pendant une opération pratiquée dans le voisinage du cou. M. Velpeau qui a constaté plusieurs fois cette imminence de mort subite a, jusqu'à présent, toujours rappelé ses malades à la vie en comprimant avec le doigt la veine ouverte dès qu'il les voyait tomber en syncope et qu'il entendait le glouglou caractéristique qui annonce l'introduction de l'air dans les vaisseaux divisés. Cependant quelques membres de l'Académie ont paru moins afErma tifs dans la production de cette cause de mort et ont rappelé qu'on peut injecter dans les veines des animaux des quantités d'air très-considérables sans déterminer la mortoumême sans causer de désordre apparent.

–M. le docteur Marchant, de Charenton, a adressé une note de laquelle il résulte que les enfants qui viennent très-faibles au monde périssent souvent asphyxiés par les aliments qui tombent dans les voies respiratoires pour éviter cet accident il se sert ordinairement de la sonde oesophagienne pour nourrir ces enfants débiles jusqu'à ce que la vie soit bien établie chez eux. -Dans sa séance publique annuelle l'Académie a entendu l'éloge de Halle par M. F. Dubois, son secrétaire perpétuel, puis


le programme des prix décernés et à décerner a été lu dans l'ordre suivant.

PMXDE')8m.

Prix de F~ca~'fMi'e.–L'Académie avait mis au concours la question des tumeurs blanches. Ce prix était de 'tSOOfr. L'Académie accorde: le prix à M. le docteur A. Richet, mudecin des hôpitaux, agrégé à la Faculté, auteur du mémoire n" 5; une mention honorable à AI. le docteur A. Legrand, médecin à Paris, auteur du mémoire n° 4.

Prix fondé par M. Portal. -Faire connaitre, en s'appuyant sur des observations microscopiques suCfisantes, l'anatomie norma)e du foie et la nature de l'altération pathologique connue sous le nom de ~bt'e gras. Ce prix était de 1200-fr. L'Académie décerne un prix de 4000 fr. à M. Lereboullet, docteur en médecine et docteur ès sciences; professeur d'anatomie comparée à la. Faculté de Strasbourg, auteur du mémoire n° 3.

Prix fondé par M°"' ~erMrd Cffn'etM'. Des convulsions trois mémoires avaient été envoyés au concours; aucun d'eux n'a été juge digne de récompense.

L'Académie déclare que cette question ne sera pas remise au concours.

Prix fondépar M. docteur Ze/ct;r<Au meilleur ouvrage sur la mélancolie. Ce prix était de 1800 fr.

L'Académie accorde 1° un encouragement de 600 fr. à M. le docteur Poitevin du Motel, auteur du mémoire n° 3; 2° une mention honorable à M. le docteur Letertre du Vallier, médecin à Amiens, auteur du mémoire n° 3 (4).

PRIX PROPOSÉS POUR 1853.

Pri.rde!CN~<'nnc.

L'Académie met au concours la question suivante Existe-t-it des paraplégies indépendantes de la myélite? En cas d'affirmative, tracer leur histoire.

Ce prix sera de 4000 fr.

Prix fondé par~Y. jPo/a~ membre de t'~cndf'Mt'e.–L'Académie met au concours la question suivante De l'anatomie pathologique, des difTérentes espèces de ~o~re, du traitement préservatif et curatif decette maladie.

CeprixseradelOOOfr.

Prix fondé par M"" Bernard de Civrieux. L'Académie "'et au concours la question suivante Faire l'histoire du tétanos. CoprixseradelSOOfr.

(1) Ce prix <;tMt triennal, ne sera décerné qu'en <65i il sera pour cette fois deMoefr,


Prix fondé par 111. le docteur Capuron, membre (!e<caf!MH'e. –L'Académie divise, pour cette fois, la somme disponible et propose deux prix, dont l'un, de la valeur de 4 000 fr., sera accordé à l'auteur du meilleur mémoire sur la question suivante Des conditions Physiologiques et pathologiques de l'état pKprperaL 1.

Pour le second prix, de la valeur de < 500 fr., l'Académie a formulé une question qu'elle croit devoir faire précéder des considérations suivantes:

Les méthodes d'analyses des eaux minérales ont reçu dans ces derniers temps des perfectionnements considérables et y ont fait découvrir un assez grand nombre de principes minéralisateurs qu'on n'y soupçonnait pas auparavant; considérée sous ce rapport, la connaissance des eaux minérales laisse peu à désirer, car elle démontre les substances qui les composent aussi exactement qu'il est possible de l'espérer dans l'état actuel de la science, mais dans quel ordre ces substances s'y trouvent-elles combinées? Quelle est finalement la constitution chimique normale de ces eaux? C'est encore un problème à résoudre pour la plupart d'entre elles.

Dans l'état actuel des choses, le chimiste isole des acides, des bases, des matières organiques, des gaz, etc. et quand il a constaté leur qualité et leur poids, il les combine ensuite, suivant certaines considérations théoriques, pour en former les composés qu'il suppose devoir exister dans ces eaux à l'état de nature quelquefois aussi il se contente d'isoler les corps, d'en établir les proportions relatives et d'en faire une simple nomenclature, sans recourir à aucun essai synthétique. Tout en appréciant l'importance de ces résultats, on ne peut méconnaître tout ce qu'ils laissent à désirer, et c'est en vue d'y satisfaire autant que possible, que l'Académie met au concours la question suivante yroit~er une méthode d'expérimentation chimique propre à faire cof)7M!fre dans les eaux minérales les corps simples ou composés, tels qu'ils existent réellemeut à l'état normal, L'Académie croit devoir rappeler ici les prix proposés pour <853.

.Prix fondéparm. Ilard, membre de l'Académie.-Ce prix, qui est triennal et de 3000 fr., devra être décerné au meilleurlivre, au meilleur mémoire de médecine pratique ou de thérapeutique appliquée; et pour que les ouvrages puissent subir l'épreuve du temps, il sera de condition rigoureuse qu'ils aient au moip~ deux ans de publication.

Le concours étant ouvert depuis le 22 septembre 849, )e prix sera décerné en 4852.


Prix /byt<!epar A~. d'~rfjfCHtettt~K(rai< de son testament: Je lègue à l'Académie de médecine de Paris la somme de 30 000 fr. pour être placée, avec les intérêts qu'elle produira du jour de mon décès, en rente sur l'État, dont le revenu accumulé sera donné tous les six ans à l'auteur du perfectionnement le plus important apporté, pendant cet espace de temps, aux moyens curatifs des rétrécissements du canal de l'urètre. Dans le cas, mais dans le cas seulement où, pendant une période de six ans, cette partie de l'art de guérir n'aurait pas été l'objet d'un perfectionnement assez notable pour mériter le prix que j'institue, l'Académie pourra l'accorder à l'auteur du perfectionnement le plus important apporté durant ces six ans au traitement des autres maladies des voies urinaires. D L'Académie n'ayant pas décerné le prix destiné à rémunérer les perfectionnements qui auraient pu être apportés à la thérapeutique des rétrécissements du canal de l'urètre, et subsidiairement à celle des autres maladies des voies urinaires pendant la première période (4838 à 4844), les perfectionnements proposés ne lui ayant point paru assez importants pour mériter soit le prix, soit même des encouragements pécuniaires; les fonds provenant de ce prix seront reportés sur les périodes suivantes: .en conséquence, le prix à décerner à l'auteur du perfectionnement juge assez important, pour la seconde période (< 844a 1850), sera de la valeur de 4 000 fr.

Prix de l'Académie.-« Du seigle ergoté considéré sous le rapport physiologique, sous le rapport obstétrical et sous lerapport de l'hygiène publique.

Ce prix sera de 1000 fr.

Prix fondé par M. Portal. L'anatomie pathologique de l'innammation du tissu osseux

Ce prix sera de ')000 fr.

Prix fondé pNf.M°" Ct~rt'efM?.–a Étiologie de l'épilepsie: rechercher les indications que l'étude des causes peut fournir pour le traitement soit préventif, soit curatif de la maladie. D Ce prix sera de')200 fr.

BIBLIOGRAPHIE.

ART. M 5. Anthropologie, OH organes, fonctions, ?K<!Mi'M de ~'Aommc et de la femme, comprenant, etc., par Antônia Bossu (')).

M- ~e docteur Bossu a publié, il y a quelques années, sous ce c ~°~o). in-8 avec at)a: au bureau de t'~eHf<<! /'onKit/ai)'e, rue de

Seme, 1.


titre un peu ambitieux, un ouvrage destiné à la fois aux gens du monde et aux médecins. Cet ouvrage devait embrasser, sous un assez petit format, l'ensemble des connaissances médicales première difficulté; il devait, en outre, être mis à la portée des hommes étrangers aux connaissances médicales, tout en conservant le caractère sérieux qui convient à un ouvrage scientifique: seconde difEculté que bien des gens croiront insurmontable. Un point incontestable cependant, et que le critique le plus sévère ne pourrait nier, c'est que l'auteur a réussi, c'est-à-dire que, dans un temps assez court, plusieurs éditions successives de son ouvrage ont été épuisées. Celle qu'il donne aujourd'hui au public est assez différente des précédentes et de plus elle a été enrichie de nombreux articles sur la médecine légale. Cet ouvrage, du reste, ne contient rien qui puisse être l'objet de nos observations, puisque ce n'est qu'un résumé de tous les auteurs que chacun de nous a sous les yeux. Cela ne veut pas dire que ce travail ne présentât aucune diBEeuIté et que nous n'ayons point d'éloges à lui adresser; un pareil livre était au contraire chose fort difEciIe à faire, et plus d'un écrit original a demandé moins de recherches, d'études et de réflexions. Il faut, pour réussir en ce genre, des qualités peu communes, et ce n'est pas sans quelque raison que l'auteur s'applaudit et se félicite de son succès. Nous joindrons volontiers nos éloges à ceux que lui ont donnés déjà quelques organes de la presse, mais nous ne saurions partager ses convictions sur la moralité de son entreprise. Son livre ne porte en aucune façon le cachet du charlatanisme; c'est un travail sérieux et bien différent en cela de presque tous les écrits destinés aux gens du monde; mais par cela seul qu'il doit être lu par des personnes étrangères à notre art, il est, suivant nous, au moins inutile et peut-être dangereux.

Nous ne craignons pas d'être démenti par aucun de nos confrères malheur au médecin appelé près d'un malade qui aura lu le livre de M. Bossu. s Monsieur, dira le patient (c'est du malade que nous voulons parler et non du médecin, on pourrait aisément s'y tromper), monsieur, mes organes digestifs sont en mauvais état dès que le bol alimentaire est descendu dans l'estomac, j'éprouve un sentiment de pesanteur fort incommode; chynM/iea<(o?t s'opère mal; il se développe des gaz en abondance, je crois que c'est par une altération particulière de la salive et des sucs gastriques, peut-être que la fermentation qui s'opère est insuffisante ou excessive, ou bien ce sont les centres ner~e'~ qui sont malades. » Puis notre savant, poursuivant ses cx.cations physiologiques, parle des ~a/o~ semi-lanai-es, des pfMnmo-<)'cM<n~!tM dont il indique le trajet, et il n'abandonne son bol alimentaire que quand il l'a suivi dans toutes les sinuo-


sités du tube digestif qu'il connaît parfaitement, grâce aux planches de M. Bossu.

Si vous n'entrez pas dans toutes ses suppositions plus ou moins bizarres, si vous n'abondez pas dans ses explications physiologiques qu'il a puisées dans le livre que nous annonçons et qu'il croit avoir comprises, vous n'êtes qu'un ignorant qui ne savez pas les premiers principes de votre art; mais c'est a la thérapeutique surtout qu'il vous attend. A chaque médicament dont vous prescrirez l'usage, il vous faudra lui dire si c'est un antiphlogistique, un tonique ou un expectorant. Il ne consentira à se soumettre à vos prescriptions qu'autant qu'il les aura commentées, analysées et approuvées; en un mot, ce sera le plus détestable client, )e malade le plus indocile et le raisonneur le plus fastidieux de tous ceux auxquels vous serez condamné a donner vos soins.

Tel est le résultat le plus ordinaire de la prétendue éducation médicale donnée aux gens du monde. Encore n'envisageonsnous la question que sous son côté plaisant. H nous serait facile de prouver que les livres de médecine, mis entre les mains des malades ou de ceux qui croient l'être, ont produit souvent les plus fâcheux effets et ont amené même de déplorables catastrophes Ce n'est pas le lieu d'insister sur ce point; mais tout en rendant justice aux sentiments honorables de l'auteur et même au talent dont il a fait preuve en plus d'un endroit de son livre, nous ne pouvions nous empêcher de blâmer un médecin qui s'adresse dans ses écrits aux gens du monde, et qui cherche à introduire un public profane dans le temple dont l'entrée devrait à tout jamais lui être interdite.

ART. 4416.

VARIËTËS.

L'Académie de médecine a renouvelé son bureau ainsi que les membres du conseil d'administration. Ont été é!us MM. Métier, président; Bérard, vice-président; Gihert, secrétaire annuel; membres du conseil MM. Bégin, Cruveilhier et Guéneau de Mussy. On lit dans !'{~MO)tt!KMt'M!e

Des renseignements précis nous permettent de démentir la nouvelle publiée par plusieurs journaux de la transformation des bâtiments du neuve) hôpital de la RépuMique en caserne. Aucun projet de cette nature n'a jamais été sérieusement agité. Plus que jamais, au "mtraire, ce nouvel hôpital va devenir indispensable, car it est probau~ que d'ici à peu de temps toute la partie de t'Hôtet-Dieu bâtie sur la ive droite du petit bras do la Seine sera démolie. ~M" pouvons assurer que trois étudiants en médecine seulement ont été arrêtés par suite des derniers événements. L'un d'eux est un élève des plus distingués de t'Ëcote, et n'a du probablement son


arrestation qu'à une de ces erreurs si difficiles a éviter en pareilles circonstances. Nous savons que M. le doyen de la Faculté a fait et fait encore tes plus instantes démarches pour t'élargissement de ces élevés. « Quant aux prétendus morts et blessés parmi les étudiants en médecine, on n'avait encore, et heureusement, rien appris de semblable à la Faculté. Les cours et les examens n'ont pas été suspendus. e Un habitant de Paris, M. Simonin, a offert à l'administration de l'assistance publique de fonder huit nouveaux lits dans les hospices d'incurables, moyennant le prix principal de soixante-douze mille francs. La commission appelée à délibérer sur cet objet a formulé ainsi sa décision

La commission municipale de Paris, touchée du nouvel et important acte de libéralité de M. Simonin, envers lequel elle consigne ici l'expression de sa gratitude, émet l'avis qu'il y a lieu d'autoriser le directeur de l'assistance publique à accepter la fondation de huit nouveaux lits dans les hospices d'incurables, faite par M. Simonin, et la donation stipulée à cet effet d'un prix principal de soixante-douze mille francs, etc. Ampliation de la présente délibératien sera adressée à M. Simonin.

M. Simonin est coutumier de fait. Déjà, en 1847, il a fondé vingtcinq lits du même genre, moyennant la somme de deux cent quarantequatre mille francs.

-La chaire de chimie à la Faculté des sciences de Montpellier est vacante par suite de la démission de M. Gerhardt.

Aux termes des statuts et règlements, la nomination à cette chaire doit être faite par le ministre de l'instruction publique, entre quatre candidats au plus, dont deux doivent lui être présentés par la Faculté elle-même, et les deux autres par le conseil académique de Montpellier. En conséquence MM. les aspirauts à la candidature sont invités à faire parvenir leurs titres, francs de port, au doyen de ladite Faculté des sciences, d'ici au 20 janvier prochain inclusivement. On écrit de Berlin le 30 novembre

<t Le ministre des cultes et de l'instruction publique vient de publier une statistique du corps médical en Prusse. D'après ce document, il y a actuellement dans notre pays 281 médecins de cercle, 326(! autres médecins, 862 chirurgiens de première classe, et 9~3 chirurgiens de seconde classe; total, 548S. Ce chiffre, réparti sur la population entière, qui, suivant le dernier recensement, était de tG millions 2)6,912 personnes, donne médecin ou chirurgien par environ 3000 habitants. Le nombre des vétérinaires est actuellement de 828, et celui des pharmaciens de 1471.

Dans la visite que M. le président de la République a faite au Val-de-Grâce pour visiter les militaires blessés dans les journées des 3 et 4 décembre, il a décerné la croix d'officier de la Légion d'honneur à M. Hipp. Larrey. Par décret de M. le président de la République, M. Pasquier,seph-Philippe-Adolphe), inspecteur, membre du conseil de sa~s des armées et M. Magendie (François), membre de l'Institut e' de l'Académie de médecine, président de la commission d'hygic'te hippique ont été promus à la dignité de commandeur de la Légion d'honneur.


Un médecin de Marseille, M. le docteur Arsène Guien, vient de publier sur le charlatanisme un petit livre fort singulier dans le fond et dans la forme. Jusqu'à ce jour les médecins avaient écrit pour fournir à l'autorité les moyens de détruire le charlatanisme le livre que nous annonçons est destiné an contraire a en régler l'emploi, et à en faire tirer, dans l'exercice de la médecine, tout le parti possible (t). Cet opuscule, dit l'auteur, équivaut par lui-même à cinq ans d'expérience toujours aussi coûteuse que péniblement acquise il est en quelque sorte le complément des études classiques. Celles-ci enseignent le savoir, et mon traité apprend le savoir-faire. Mais notre confrère, dans son respect pour le savoir-faire, distingue deux espèces de charlatanisme. "Le vulgaire, dit-il, considère comme charlatan celui qui court les villes et les campagnes pour vendre des médicaments auxquels il attribue des effets merveilleux. Les savants donnent cette épitheteà à tout individu qui, par un artifice quelconque, cherche à surprendre la confiance publique en se faisant passer pour plus habile qu'il n'est en réalité. Ce dernier genre de charlatanisme peut être considéré comme une science qui mérite une étude spéciale c'est le savoir-faire, talent en général trop négligé des hommes d'un grand mérite; aussi restent-ils souvent cachés sous le boisseau, tandis que les esprits médiocres, se gardant bien de le dédaigner, y prêtant même toute leur attention, arrivent rapidement à la fortune et à la considération publique.

Entrant immédiatement en matière, l'auteur, fort de sa distinction entre le charlatanisme permis et )e charlatanisme d~/etnht, trace au jeune médecin )a route semée de ruses innocentes et de petites supercheries, qui doit ie conduire à la fortune. < Et d'abord, dit-il, dans quelque ville que vous vous établissiez, il est pour vous de la plus haute importance de faire élection d'un joli quartier. N'allez pas toutefois vous camper au milieu des gens riches qui n'accordent leur contiance qu'aux médecins âgés ou traînant équipage. Pour les jeunes médecins, ils consentent quelquefois à leur accorder leur protection, mais voilà tout. N'habitez pas non plus un quartier pauvre, parce que vous ne verriez bientôt affluer dans votre cabinet que des gens déguenillés. Sans toutefois dédaigner les malheureux, quand ilsse présentent chez vous, ce qui serait répréhensibie, néanmoins, pour votre réussite, il convient beaucoup mieux de loger dans un quartier ou figurent l'honnête bourgeois et l'industriel aisé ils sont moins difficiles, et bien souvent ils savent mieux apprécier les jeunes talents. Quand vous aurez fait'choix d'une maison d'habitation, ne redoutez pas la dépense du loyer; le premier étage est de rigueur, et c'est là ou vous devez fixer votre sanctuaire, qui doit briller comme celui d'un grand docteur; une belle bibliothèque enrichie de tous les auteurs anciens et modernes, des meubles en acajou, des broderies dans le dernier goût, en feront le plus bel ornement. Notre confrerejusqu'iciavéritahlementraison d'appeler ce petitcharlat''1,isme, si c'en est un, du charlatanisme permis. U en est de même du P'~édé suivant dont chacun de nous sans doute se reconnaîtra

,(').C" e'M'aHtSt!)e, o)j véritables moyens de parvenir dans la pratique de !a médecine. i t~ ,n-)9 che: Mequet, rue de la Harpe, M.


coupable. a Un docteur fera bien de se fixer dans son pays, s'il renferme beaucoup de gens intelligents et surtout généreux et aisés. En arrivant il n'oubliera pas de distribuer aux notabilités de l'endroit des exemplaires de la thèse qu'il a soutenue à la Faculté. Il montrera par là que son diplôme est parfaitement en règle ces honnêtetés le relèveront aux yeux de ses concitoyens et lui concilieront l'estime générate. Nous serions presque tenté d'adhérer également au précepte suivant qui ne sera pas cependant du goût de tous nos lecteurs. « Un principe généra), une loi immuable, nous poussent vers le progrès et nous forcent à marcher avec notre siècle, même dans ses modes et ses usages. Par conséquent nos jeunes docteurs, qui désirent sincèrement parvenir, doivent aujourd'hui être pleins de grâces et d'éiégance, avoir le ton patelin, le sourire romantique; en un mot, être les Dorats de la Faculté. Si une nature ingrate vous a fait manquant de dehors, de grâces et de manières, vous avez plus besoin de qualités solides, votre réputation se formera lentement, vous devez être plus polis la politesse coûte peu et rend beaucoup. Puisque la mode le veut ainsi, pourquoi ne pas rehausser l'éclat du mérite par le luxe et le goût de la toilette et du bon ton? Souvenez-vous qu'on est traité dans le monde suivant ce qu'on y parait qu'un Rotschitd, un ministre d'État, un prince se présentent mal habillés, ils passeront pour des cuistres.

Cela peut être vrai avec certaines restrictions, mais il n'en est plus ainsi du précepte suivant qui serait d'une dangereuse application. « Un bon médecin doit se mettrè dans l'esprit qu'il doit discourir sur tous les sujets, bien ou mal, n'importe. Il doit répondre hardiment à toutes les questions proposées et bien se souvenir qu'un seul mot n'est pas médical, c'est le mot Je ne sais. »

Nous ne suivrons pas plus loin l'auteur. dans l'étrange exposition qu'il nous donne du charlatanisme permis son livre n'est que l'exposé des abus qui existent dans l'exercice de notre profession. Ces abus, il les reproche à chacun de ses confrères et, comme à ses yeux, tous ont des fautes à se reprocher, il en conclut ironiquement que ces fautes sont permises.

Nous n'avons que des éloges donner à la manière spirituelle et mordante dont ce petit livre est écrit, mais franchement quelle est l'utilité de pareils discours? Jamais nous n'avons compris, quant à nous, l'avantage que retire le corps médical de la publicité donnée aux fautes commises par quelques-uns de ses membres. Si vous découvrez une plaie qui nous ronge, cherchez-en le remède, vousren~*drez service à la société mais si, comme dans l'espèce, vous n'avez à nous proposer, pour en amener la cicatrisation, que les conseils de discipline, c'est-à-dire la guerre civile dans le corps médical, et la souscription forcée de chaque citoyen, c'est-à-dire,)a dégradation morale etla servitude du médecin, ceux qui auront lu votre ouvrage en tireront la triste conclusion que tout ce qui s'élève dans notre pro~ fession,. doit son succès à l'intrigue, ce qui est une calomnie; qu~ le corps médical tout entier est en proie au charlatanisme per*"s ou défendu, assertion qui n'est pas de nature à nous relever d~ la considération publique, et enfin qu'il n'est aucun remède ? cette triste situation qu'il était, par conséquent, au moins inutile signaler. e


ART. 4417.

~p~'ca<OM du forceps au détroit sMpeneMy.–Fy~yop~o~e. Blanc de zinc.

Dans un 'siècle de progrès, chacun croit pouvoir contribuer au perfectionnement de la science. Les vérités les plus anciennement reçues sont mises en question, les procédés consacrés par l'expérience des siècles sont modifiés ou rejetés, et chaque jour on remanie la thérapeutique sous prétexte de perfectionnement. Sans doute, il résulte de cette tendance des esprits à. innover et à douter, d'heureuses applications et un progrès réel que nous sommes toujours des premiers à proclamer. Mais souvent aussi, par t'enët même de ces tentatives, loin d'avancer, la science re- cule et le prétendu perfectionnement proposé n'est qu'un pas en arrière qu'il est de notre devoir de signaler. Ces réflexions peuvent s'appliquer, nous le craignons du moins, à une modification nouvellement proposée par un accoucheur instruit, M. le docteur Hatin, dans l'application du forceps au détroit supérieur. On sait que dans les cas, heureusement assez rares, où l'on doit appliquer le forceps à cette hauteur, il est indispensable d'introduire la main tout entière dans le vagin et qu'après avoir placé une des cuillers de l'instrument, on est.obligé d'introduire la main opposée, c'est-à-dire de pratiquer deux opérations extrêmement pénibles, car la main ne franchit jamais l'anneau vulvaire sans déterminer de vives douleurs. C'est cette double introduction de la main que M. llatin a voulu éviter. Il conseille de faire pénétrer la main, et le plus ordinairement la gauche, jusqu'au point le plus élevé possible, puis après avoir, placé la cuiller du.forceps, ainsi que les auteurs en donnent le précepte, de retirer un peu cette main pour lui faire contourner la concavité du sacrum et servir de guide ensuite à la seconde branche du forceps. C'est donc, dans ce procédé, la même main qui sert à guider les deux branches de l'instrument, et cette main n'est introduite qu'une seule fois. D'après M. Hatin ce serait un procédé beaucoup plus simple que le procédé ordinaire, et ce chirurgien affirme l'avoir mis en pratique avec le succès le plus complet. La commission nommée pour examiner son mémoire lui a donné raison, et M. Chailly, le rapporteur, a complétement adopté ses principes et proclamé le perfectionnement proposé dans le manuel opératoire. Mais il suffit de réfléchir quelques instants à cette étrange modification TOME XXUt. DE FEVRIER )852. 2


pour reconnaître qu'elle est sans objet et inexécutable. Elle est sans objet, car le forceps n'est appliqué au-dessus du détroit supérieur que dans des cas extrêmement graves, et peu importe pour ia femme, dans les différentes épreuves auxquelles elle va être soumise, que la main soit introduite une ou deux fois; c'est une bien petite douleur comparée à toutes celles qui l'attendent. Elle est inexécutable, car comprenez-vous la position du chirurgien qui après avoir contourné la tête du fœtus, de droite à gauche, par exemple, avec sa main gauche, va se trouver en supination forcée, dans la situation la plus incommode, pour guider son instrument, et dans quelle circonstance encore? Alors que le bassin est rétréci, qu'il n'y a pas de place pour la seconde cuiller du forceps, et qu'il est besoin de tentatives longues et douloureuses pour arriver à embrasser la tête du fœtus avec l'instrument, sans endommager les parties molles voisines. Ce prétendu perfectionnement n'est évidemment qu'une mauvaise manœuvre, qu'on est étonné de voir préconiser par des accoucheurs aussi distingués, et M. Paut Dubois, juge assurément très-compétent dans cette matière, n'a pas eu de peine à le démontrer à l'Académie. Vers le milieu du siècle dernier, un nouveau moyen prophylactique de la rage fut proposé par Pierre Dessault et soutenu bientôt par un grand nombre de médecins. C'était l'emploi des préparations mercurielles que les uns conseillaient de porter jusqu'à la salivation et les autres d'administrer au contraire en évitant de déterminer une action sur les glandes salivaires. Les faits que l'on citait à l'appui de cette méthode étaient de nature à faire sensation, et en effet on eut pendant un assez long temps pleine confiance dans les frictions mercurielles, que l'on prescrivait le plus souvent indépendamment de la cautérisation, des lotions, des scarifications, des vésicatoires, etc. Mais enfin les observations qui semblaient justifier ce mode de traitement furent examinées de plus près et on arriva à conclure, non-seulement que le mercure ne jouissait d'aucune vertu préservatrice de cette terrible affection mais encore que, dans un certain nombre de cas, il avait produit des accidents graves et même une terminaison funeste. La confiance dans ce moyen fut bientôt ébranlée, et aujourd'hui les frictions mercurielles sont à peu près complétement bannies du traitement prophylactique de la rage. Les praticiens lui préfèrent avec beaucoup de raison la cautérisation, soit à l'aide du feu, soit à l'aide des caustiques.

Cependant un médecin du département de Maine-et-


Loire, M. le docteur Dezanneau, a transmis dernièrement à l'Académie un mémoire, dans lequel, s'appuyant sur quelques faits tirés de sa pratique, il recommandait les frictions mercurielles, injustement, suivant lui, tombées dans l'oubli. L'attention des membres de l'assemblée a été appelée sur cette question, bien plus encore par le rapport remarquable auquel le mémoire de M. Dezanneau a donné lieu, que par les faits contenus dans ce travail. Ces faits, comme on pourra le voir à notre article SOCIÉTÉS SAVANTES, sont trop peu nombreux et beaucoup trop incomplets pour résoudre une question de cette importance; mais le rapporteur, M. Renault, directeur de l'école d'Alfort, ne s'est pas borné à exposer et à apprécier les idées de l'auteur, il a complété son travail par des recherches et des expériences du plus haut intérêt, et c'est pour cette cause que nous appelons toute l'attention de nos lecteurs sur la question que l'on vient d'agiter.

En examinant les faits cités dans les auteurs à l'appui de telle ou telle méthode prophylactique, M. Renau)t s'est demandé jusqu'à quel point ta rage est contagieuse et dans quelle proportion les inoculations accidentelles, ou faites expérimentalement, réussissent à développer la maladie. II a constaté que sur un nombre considérabte de chiens (224) qui ont été amenés pendant l'espace de dix ans à Alfort et abandonnés sans traitement, soixante-quatorze seulement, c'est-à-dire le tiers, sont devenus enragés. On a observé une proportion à peu près semblable dans les autres écoles vétérinaires mais un pareil résultat ne prouve pas que la rage inoculée par morsure ne soit pas toujours contagieuse, puisqu'on manque le plus souvent de renseignements sur les animaux suspects qui ont fait les blessures. M. Renault a donc entrepris UM série d'expériences infiniment plus positives. Il a fait mordre quatre-vingt-dix-neuf individus, chiens, chevaux, moutons, par des animaux enragés, ou leur a inoculé la salive recueiHie. pendant l'accès, puis il a abandonné sans' secours les sujets de ces expériences. Or, un tiers environ de ces animaux n'a pas contracté la rage. Il est donc bien' constaté que, si dans les circonstances les plus favorables à la contagion, alors que la salive est apphquée directement sur des parties dénudées, l'inoculation est sans résultat dans le tiers des cas, la valeur des faits cités par les médecins en faveur des frictions mercurielles se trouve singulièrement attenuée. Cette observation doit être prise en' grande considération quand il s'agit d'apprécier l'action d'un remède prophylactique. II ne faut pas perdre de vue qu'en ne faisant rien, le tiers des individus mordus a MM


ne deviendront point enragés. Mais le plus ordinairement les malheureux atteints par les loups et les chiens enragés sont mordus à travers leurs vêtements; on fait d'ailleurs toujours saigner les plaies, on les lave, on les essuie. Toutes ces circonstances sont défavorables à l'inoculation et il n'est pas étonnant que tant de moyens prophylactiques aient été préconisés et appuyés sur des faits qui paraissaient probants. Aujourd'hui les expériences de M. Renault nous apprennent ce qu'on doit penser de cette action préventive, qui sans doute n'est si efficace que parce que dans un très-grand nombre de cas les animaux sont impunément mordus par des individus atteints de la rage.

M. Renault s'est borné à démontrer l'impuissance des frictions mercurielles qui n'ont point empêché le tiers au moins des sujets d'être atteints de la rage, et n'a point examiné les effets de la cautérisation qui est jusqu'à ce jour le moyen préventif par excellence et que les praticiens ne doivent jamais négliger.

Un sujet bien digne de nous occuper ici, quoiqu'il ne concerne en rien la. pratique médicale, est la substitution du blanc de zinc au blanc de plomb dans la peinture, que l'on a proposée et mise à exécution dans ces derniers temps. On sait la déplorable influence de la céruse sur ta santé des ouvriers aucune industrie ne leur est plus fatale, et il en est bien peu qui échappent à la mort ou aux infirmités après quelques années'de séjour dans ces fabriques. En dix ans, les hôpitaux de Paris ont reçu trois mille cent quarante-deux malades empoisonnés par l'absorption du plomb; sur ce nombre cent douze ont succombé, et cependant il n'y a dans la capitale que <~eM.x fabriques de céruse et de minium. Un tel résultat est effroyable, et l'on conçoit que tous les gouvernements qui se sont succédé aient du faire leurs efforts pour remplacer la céruse par une substance moins délétère. Après bien des tentatives faites par d'honorables industriels, on semble enfin y être parvenu. Il résulte de rapports nombreux faits devant les corps savants de la capitale, que le blanc de zinc, c'est-à-dire l'oxyde de zinc préparé avec de l'huile siccative au manganèse, préparation à peu près inerte et dont les émanations ne sont nullement dangereuses, remplace parfaitement et même avec avantage le blanc de plomb ou céruse jusqu'à ses derniers temps exclusivement employé dans la peinture. Le blanc de zinc coûte à la vérité un tiers plus cher, mais pour couvrir une surface égale il en faut un tiers de moins, en sorte que les deux substances reviennent au même prix. De plus, il paraît


prouvé aujourd'hui que la peinture au blanc de zinc est plus belle et plus durable que l'autre,'et cependant, faut-il le dire? les peintres persistent à préférer la céruse. Ils continuent à s'empoisonner eux-mêmes et à empoisonner leurs ouvriers, et !e blanc de zinc, malgré son incontestable supériorité, malgré son innocuité parfaite, ne remplace point et ne remplacera peut-être jamais la substance la'plus nuisible qui soit employée dans les arts.

Dans un mémoire fort remarquable sur ce sujet lu à l'Académie de médecine par M. le docteur Bouchut, ce médecin a peut-être signaié la véritable cause de l'éloignement que montrent nos peintres en bâtiments pour i'emp)oi du blanc de zinc c'est que cette substance n'est pas susceptible d'être falsifiée, tandis qu'ils ajoutent à la céruse une énorme quantité de matières étrangères qui-rendent à la vérité la peinture de très-mauvaise qualité, mais qui leur permettent de réaliser des bénénces considérables ou de faire leur besogne à très-bas prix. Espérons que, le bon sens et l'humanité prévalant', une des plus belles découvertes industrielles de notre siècle sera enfin justement appréciée, et que la céruse ne sera plus réservée qu'à quelques cas particuliers, dans lesquels l'infériorité de l'oxyde de zinc semble démontrée.

ART. 4418.

.F<'MM~e ? l'anus. 'Section du spltincter ~'MM seul coup de ciseaux. Ratanhia, OM</MeM< de la mère. Guérison instantanée par la dilatation exercée à l'aide des deux pouces. Sous le titre de Nouveau procédé pour l'opération de la fissure et <'a;KM~, M. Hervez de Chégoin a publié, dans l'Union médicale, une note où ce chirurgien expose les avantages que présente, suivant lui, la substitution des ciseaux au bistouri quand on veut diviser les fibres du sphincter.

En opérant, dit l'auteur, par la méthode de Boyer, c'està-dire avec un bistouri boutonné conduit de dedans en dehors, l'incision n'est presque jamais terminée convenablement d'un seul coup, parce que la membrane muqueuse, le muscle et la peau n'étant pas tendus et ne résistant pas au même degré, la plaie offre à sa partie moyenne une dépression qui exige une nouvelle incision pour la régutarisation de la cicatrice. L'incision de dehors en dedans, en dirigeant la pointe du bistouri sur le doigt ou mieux encore sur le fond d'un gorgeret fenestré atteint


presque la perfection et, sous ce rapport, doit être préférée à la première; cependant il y a encore dans cette manière de faire une certaine lenteur nécessitée par le cheminement de l'instrument sur le gorgeret ou par la crainte de se blesser soi-même ou de blesser la paroi opposée du rectum. Pour éviter ces inconvénients, M. Hervez propose d'opérer la section du sphincter d'un seul coup de ciseaux dans le point le plus mince de sa circonférence. Ce procédé lui semble garantir toutes les conditions d'une division régulière, complète, égale dans ses diverses parties. M. Hervez ne s'en est pas tenu du reste à l'idée théorique que nous venons d'indiquer. Aussitôt que l'occasion s'est présentée à lui d'en faire l'application, il l'a saisie avec empressement et il cite entre autres un cas dans lequel il n'a eu qu'à s'en louer.

C'était chez une jeune fille âgée de vingt-quatre ans. Le doigt indicateur de la main gauche introduit dans le rectum, et la pulpe tournée vers le coccyx en faisant saillir -cette partie de la circonférence de l'anus qui s'amincit par la distension, M. Hervez glissa sur cette pulpe la pointe mousse d'une paire de ciseaux à bee-de-lièvre, et d'un coup sec et rapide il divisa toutes les parties molles dans la hauteur d'un pouce. Selon son habitude, ce praticien ne plaça qu'une seule mèche pendant trois jours, non point pour empêcher la réunion des fibres musculaires qui n'est point à craindre, mais pour s'opposer à l'adhésion des parties molles placées au-dessus et au trajet fistuleux qui pourrait en résulter. La plaie fut ensuite abandonnée à elle-même et, avant même qu'elle fût cicatrisée, la malade dont la guérison a été complète allait et venait comme si elle n'eût pas été opérée.

Réflexions. Nous avons dû reproduire, au moins succinctement, la note qui précède, puisqu'elle tend à simplifier une opération délicate; mais à vrai dire nous ne saurions voir un grand progrès dans le nouveau procédé de M. Hervez de Chégoin. Que la section du sphincter se pratique à l'aide du bistouri ou des ciseaux, elle a toujours pour conséquence une plaie saignante et suppurante et c'est cette plaie qui constitue le principal inconvénient de l'opération de Boyer. Il n'est pas rare de voir en pareilles circonstances survenir des hémorrhagies, des érysipèles, des phlébites et quelquefois même les accidents de l'infection purulente. C'est pour cette raison que Blandin avait cherché à diviser le sphincter par la méthode sous-cutanée. Nous l'avons vu opérer ainsi plusieurs fois à l'Hôtel-Dieu, mais sans bénéfice constant. On sait aussi que divers mé-


decins ont essayé de traiter ta fissure à l'anus par des lavements de ratanhia ou de monésia, et tout récemment M..Campagnac a lu devant l'Académie de médecine un mémoire où sont consignées des observations assez nombreuses de fissures semblables guéries par la simple introduction d'onguent de la mère dans l'anus. Il est certain, et nous en avons montré des exemples dans ce recueil (1) que ces topiques peuvent être avantageux. On s'en trouvera bien dans le cas d'érosion superficielle ou de fissure encore peu ancienne; mais dans la vraie fissure, dans celle qui pénètre jusqu'au sphincter, comme dans celle qu'on appelle fissure sans fissure, et qui, suivant M. Hervez de Chégoin, n'est que la vraie, la plus vraie fissure, c'està-dire la déchirure des fibres du sphincter avec spasme de ce muscle et intégrité de la membrane muqueuse au point correspondant, il est évident que le chirurgien devra intervenir d'une façon plus directe et plus active. Sera-t-il, dès lors, obligé de recourir à l'instrument tranchant? Cela n'est pas.nécessaire, et s'il sait pratiquer convenablement la dilatation de l'anneau musculaire il peut sans faire courir le moindre danger au malade obtenir une guérison immédiate. Disons quelques mots de cette méthode déjà connue de nos lecteurs mais qui suivant nous n'a pas été suffisamment propagée.

M. Récamier ayant remarqué dans sa longue et féconde pratique que certaines contractures musculaires cédaient' instantanément à des efforts violents exercés en sens inverse, en conclut par analogie, il y a environ huit ans, que l'écartement des fibres circulaires du sphincter produit à l'aide des doigts ferait également cesser l'état de rigidité que présente ce muscle dans la fissure et qui parfois à lui seul constitue toute la maladie. Cette considération le conduisit à tenter l'opération bizarre qu'il désigna sous le nom de massage cadencé. Mais alors on n'avait pas le chloroforme, et comme cette pratique était d'une application douloureuse, les malades s'y prêtaient difficilement. Une fois la question de la douleur éliminée, on a expérimenté ce mode de dilatation sur une plus large échelle, et grâce à quelques perfectionnements apportés dans le manuel opératoire, il y a tels de nos chirurgiens éminents qui ne traitent plus la fissure anale que par cette méthode. Nous citerons entre autres un des professeurs de clinique de la (l)Voy. art. 2088, 2555, 2900, 3199, 3331, 3582 et ~t'onHOt'fe des Praticiens, art. FtssuRE.


Faculté, M. Néiaton, et nous rapporterons un fait dont nous avons été témoin dans son service et qui montrera comment il convient de procéder à la dilatation du sphincter dans les conditions dont il s'agit.

Le 14 janvier dernier, une femme de quarante-cinq ans fut amenée à l'amphithéâtre de l'hôpital des cliniques pour être débarrassée d'une fissure à l'anus dont elle souffrait depuis quatre mois. Elle avait commencé par éprouver de la gêne qu'elle attribuait à une constipation opiniâtre, puis elle avait ressenti des douleurs pendant et surtout après la défécation.

Il importe beaucoup, a dit M. Néiaton, de bien faire préciser, parles malades, la nature de ces douleurs, parce que ce sont elles qui font reconnaître la véritable fissure. Il y a, sous ce rapport, quelque chose à rectifier dans la description qu'en a donnée Boyer. L'observation démontre que généralement les souffrances qui accompagnent l'acte de la défécation sont moins vives et mieux tolérées que ne l'a dit ce grand maître. C'est dix minutes, un quart d'heure après que la douleur se manifeste et va croissant pendant une heure et demie à deux heures, terme auquel son maximum d'intensité est acquis. Les malades éprouvent alors ces sensations qu'ils décrivent par les expressions poétiques de lames et de tranchées de feu, de coups de rasoir, etc., supplice qu'ils endurent huit et dix heures encore après la défécation et qu'ils cherchent à rendre moins cruet par des artifices variés. Ne pouvant rester debout ni assis, ils se couchent d'ordinaire sur le dos en opposant au siège un plan résistant. M. Nélaton a vu une femme du monde qui s'étendait ainsi sur son tapis et plaçait un livre entre la fesse gauche et le sol. Elle n'était soulagée qu'en prenant cette position. Pour remédier à une telle infirmité, ce chirurgien a quelquefois employé avec succès un lavement contenant deux grammes d'extrait de ratanhia en solution dans un verre et demi d'eau froide. Ce lavement provoquant de la cuisson et le désir d'évacuer n'est pas conserve longtemps mais il l'est suffisamment pour modifier le mal, et si la fissure est récente et qu'on ait le soin de prévenir chaque jour la constipation par un lavement, on peut mettre le malade à l'abri de nouvelles éradtures. Dans le cas qui nous occupe, il fallait agir plus promptement et plus sûrement. Or M. Nélaton n'a rien trouvé de mieux à faire que de dilater le sphincter jusque rupture de ses fibres; et voici comment il s'y est pris pour y parvenir.. La malade ayant été rendue tout à fait insensible au


moyen des inhalations anesthésiques, l'opérateur a introduit dans le rectum le pouce de la main gauche préalablement enduit de cérat. Le pouce de la main droite a suivi celui-ci de manière que ces deux doigts se trouvaient opposés par leur face dorsale, tandis que les quatre autres doigts de chaque main étaient appliqués extérieurement sur les tubérosités sciatiques correspondantes. Dans cette position, il a suffi de faire jouer les pouces en sens inverse de dedans en dehors pour vaincre la résistance du muscle et permêttre à la pulpe de ses doigts de toucher le côté interne des tubérosités sciatiques. La sensation brusque d'une rupture profonde, ayant annoncé que ce terme était, atteint, M. Nélaton a retiré les pouces! Un peu de sang s'est écoulé; c'était du sang provenant de la fissure qui se trouve étendue et saigne; cet écoulement n'a nulle importance! Maintenant voici ce qui s'est passé à la suite de l'opération. La malade reportée à son lit est revenue à elle, et quand on l'a interrogée sur ce qu'elle éprouvait, elle a répondu qu'elle sentait quelque chose d'insolite, tenant de la brûlure et de la meurtrissure, mais qui ne ressemblait en rien à ce qu'elle éprouvait auparavant. La sensation de brûlure au niveau de l'anus a disparu au bout d'une demiheure la meurtrissure s'est fait sentir une partie du jour, puis tout a cessé. La malade pouvait dès le soir même se tenir debout et s'asseoir sans souffrir. On n'a fait aucun pansement, il eût été inutile. On a donné seulement un lavement pour prévenir l'accumulation de matières fécales dans le rectum. Le surlendemain, 16, la malade se levait, marchait, prenait un bain et mangeait; elle était guérie. La seule objection qu'on puisse faire à cette méthode, c est qu'en rompant violemment le sphincter on s'expose e à causer des épanchements sanguins et des abcès. Mais à cela, M. Nétaton répond qu'il n'a jamais été témoin de cet accident, et que s'il est théoriquement possible, une expérience assez longue lui permet de penser qu'en fait il se produit très-rarement, ce qui ne saurait, dès lors, être un motif de renoncer à une méthode qui, sous tant de rapports, est préférable à l'incision. On sait, au reste, que l'incision n'est pas la seule opération à laquelle on puisse recourir en pareils cas. L'excision compte aussi de nombreux succès et n'a pas autant d'inconvénients. On peut donc ébarber la portion de muqueuse ulcérée comme le fait M. Jobert, et c'est à ce mode de traitement que nous donnerions le choix si la dilatation nous semblait devoir être rejetée.


ART. 4419.

HOPITAL SAINT-LOOIS.

(Service de M. Matgaigne.)

GsM<y/'<~e des pieds par congélation. Chute de deux orteils; amputation de la jambe gauche. Préférence donnée à l'amputation NM lieu d'élection, sur l'amputation susmalléolaire en général.

Considérée au point de vue du traitement, la congélation est, suivant M. Malgaigne, un des phénomènes les plus curieux de la pathologie. Il faut, dans ce cas, opposer le froid à l'effet du froid, et faire de l'homœopathie quand même; car si, pour une brûlure légère, vous pouvez indistinctement vous servir avec avantage du froid ou du chaud, vous n'avez plus ce choix dans la congélation.

Lors donc qu'un individu a subi une déperdition de calorique telle que certaines parties de son corps sont menacées de congélation, le premier soin doit être d'éviter de le réchauffer par l'intervention immédiate et directe du feu, comme on le fait trop souvent dans nos climats tempérés. Les peuples septentrionaux nous donnent, à cet égard, des exemples qu'il importe de suivre. Si les pieds ou les mains sont engourdis, rouges, douloureux, il suffit d'un mouvement accéléré de ces parties pour y ramener la circulation et la chaleur. Pour le nez, les joues et les oreilles, on remplace par des frictions sèches l'agitation et le mouvement qui ne sont pas possibles. Voilà pour le premier degré de la congélation. Mais quand à la douleur et à l'engourdissement a succédé une insensibilité complète, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de frictionner les parties malades avec de la neige ou de la glace pilée jusqu'à ce que le retour de la sensibilité indique celui du mouvement vital dans ces parties. C'est malheureusement ce qu'on n'a pas fait chez un pauvre garçon auquel M. Malgaigne a enlevé la jambe gauche, et qui a perdu deux orteils du pied droit par suite de gangrène consécutive à l'action prolongée d'un froid plus humide qu'intense.

On trouva ce jeune homme couché dans la cave d'une maison en construction. C'était de grand matin on le porta chez un boulanger, qui crut bien faire en le plaçant devant la bouche de son four; mais quand le malheureux revint à lui et voulut se lever, il s'aperçut qu'il ne pouvait marcher ni se tenir debout, et ce fut alors qu'on le transporta à l'hopital Saint-Louis. Tout le pied gauche et les orteils du pied


droit, en partie du moins, étaient frappés de mort. Cependant, comme l'insensibilité n'était pas encore parfaitement limitée, M. Malgaigne prescrivit l'application continue de compresses imbibées d'eau à la température de zéro, et recommanda que cette température fût élevée graduellement dans la journée, au fur et à mesure que la réaction s'établirait, de manière que le lendemain matin l'eau dont on se servait était à 15°. Plus tard, les parties privées de vie ont été lavées avec du vin aromatique et les plaies pansées avec du styrax, puis l'on a attendu que la gangrène se bornât bien exactement.

H y a tout bénéfice, dans ces cas graves, à temporiser, parce que la mortification des tissus est quelquefois moins considérable dans les couches profondes qu'elle ne le paraît à la superficie, et c'est en effet ce qui est arrivé chez le sujet dont il est question. D'un côté, tous les orteils semblaient compromis, et il n'en perdra que deux; de l'autre, la mortification n'a pas dépassé le pied en hauteur, en sorte qu'il eût été permis de pratiquer ici avec toute chance de succès l'amputation de la jambe au-dessus des malléoles. Cette amputation sus-malléolaire a le très-grand avantage de conserver le mouvement du genou et de se prêter à l'emploi de moyens prosthétiques qui dissimulent avec plus ou moins de perfection la perte du membre. Elle est aussi un peu moins grave que l'amputation au lieu d'élection, comme étant pratiquée à une plus grande distance du centre et cependant M. Malgaigne a préféré ici l'amputation au lieu d'élection par les raisons suivantes Pour bien juger, a-t-il dit, une méthode ou un procédéen chirurgie, il faut suivre les malades et voir ce qu'ils éprouvent après avoir été opérés par cette méthode ou'par ce procédé. Ainsi, par exemple, Lisfranc avait appliqué, avec les résultats les plus satisfaisants en apparence, la méthode à lambeaux à l'extirpation du pouce. C'était une opération facile, rapide, brillante; mais en laissant au côté palmaire une cicatrice que venaient heurter à chaque instant les objets saisis par le malade, on exposait ce dernier à des douleurs telles qu'un officier, opéré ainsi au Val-de-Grâce, affirmait à M. Malgaigne qu'il ne pouvait plus se servir de sa main. Or, si l'on voyait aussi ce qui se passe après l'amputation sus-malléolaire, on reconnaîtrait bientôt les inconvénients notables de cette opération. Pour les apprécier, M. Malgaigne n'a eu qu'à remonter à la source, et il s'est. assuré que de tous les amputés qui portaient des jambes artificielles, les seuls qui en fussent vraiment satisfaits étaient des gens qui marchaient peu. Les autres n'aspi-


raient qu'au moment de déposer chaque soir un appareil qui les excédait de fatigue. Ce sentiment était, en particulier, celui d'une jeune fille opérée par Blandin, et qui fut montrée, il y a déjà quelques années (1), comme offrant un type des beaux résultats qu'on pouvait obtenir par l'amputation sus-malléolaire. Néanmoins, s'il s'était agi d'une jeune personne à laquelle les occupations de son sexe per.mettent des habitudes sédentaires, M. Malgaigne lui eût proposé cette amputation, parce qu'elle est moins compromettante pour la vie des opérés et qu'ensuite elle ménage des intérêts de coquetterie très-légitimes et qui méritent d'être pris en considération. Mais pour un garçon de chantier, tel que le pauvre diable qui fait le sujet de ces remarques comme pour tout individu voué par nécessité à un travail rude, c'est-à-dire dans la majorité des cas, le pilon est préférable à la meilleure jambe artificielle, et c'est par ce motif que M. Malgaigne se décide, en général, comme il l'a fait ici en faveur de l'amputation au lieu d'élection.

ART. 4420.

HOTEL-DIEU.

(Service de M. Roux).

Opération <MMOM~ suivie de pertes séminales nocturnes., –~o~odM~eFa~'tm~Mm d'une pipe dans < M<;OMC:c. M. Gosselin, chargé pendant les vacances dernières de remplacer M. le professeur Roux, a été témoin d'un accident assez singulier qui s'est produit après une opération de phimosis. Un jeune garçon de seize à di.-huit ans voulant être débarrassé d'un phimosis qui entretenait un prurit gênant, se présenta à l'Hôtel-Dieu et fut opéré le 8 septembre de la manière suivante Le prépuce fut saisi entre deux pmces et coupé avec le bistouri. On rabattit ensuite la membrane muqueuse et son bord fut réuni à celui de la peau avec les serres-fines de M. Vidal. Six de ces instruments avaient été appliqués mais trois seulement ont donné une adhésion complète du jour au lendemain. En enlevant les trois autres, les bords de la plaie se sont écartés. Toutefois après un peu de gonllement oedémateux et quelques érections douloureuses qui cédèrent aux pftules camphrées et opiacées, la. (t) Yoy. art. 2739,


cicatrisation était complète le 22 septembre. Mais quatre où cinq jours plus tard le malade rentra à l'Hôtel-Dieu se plaignant d'un engorgement dans l'aine, et disant que depuis deux jours il avait eu deux pollutions chaque nuit. Dans la nuit du 27 au 28, le nombre des pollutions fut de cinq et il assura en avoir eu douze dans la nuit suivante. M. Gosselin prescrivit un lavement froid et un bain de siège frais, matin et soir; puis supposant que la susceptibilité trop vive du gland pouvait être mise en jeu par le contact des draps et du linge, il recouvrit cette partie du pénis, privée désormais de son tissu protecteur, d'une couche de collodion. Mais en dépif~de ce procédé ingénieux les pollutions n'en continuèrent pas moins à fatiguer le malade. On eut recours alors aux pilules de camphre et d'opium ainsi composées Camphre. 15 centigr. Extrait d'opium. 01 Pour une pilule.

Trois de ces pilules étaient prises dans la soirée pour que leur action se fit sentir pendant la nuit. Ce traitement fut commencé le 10 octobre, les 11 et 12, il n'y eut que trois pollutions, le 16 une seule. Le 18, quelques érections avaient eu lieu pendant la nuit sans pollutions. En même temps le gland devenait de moins en moins sensible et le malade sortit cette fois bien définitivement guéri des suites de la circoncision.

-Le même service a présenté un autre cas fort extraordinaire dont M. Gosselin entretenait derhièrementia Société de chirurgie. Un ouvrier manœuvre se plaisait à faire des paris ayant pour objet l'ingestion dans l'estomac de corps étrangers de nature diverse. Il avait avalé entre autres une pièce de ciqq francs, un couteau fermé, une cuiller à café. Ces objets avaient franchi le canal intestinal sans accidents. Le 27 juillet dernieril lui vint à l'esprit de parier deux francs qu'il avalerait la pipe avec laquelle il fumait mais cette fois le tube digestif se montra moins tolérant que d'habitude. Dès le lendemain de l'ingestion survinrent des coliques, des vomissements, de la diarrhée, de l'insomnie, etc. Il s'y joignit de la fièvre suivie bientôt d'amaigrissement et de marasme qui le décidèrent à entrer à l'Hôtel-Dieu où il fut admis dans )a salle Sainte-Marthe, le 31 août; Il avait alors tous les signes d'une gastro-entérite, avec le facies et l'habitude générale des phthisiques arrivés à la période ultime de la maladie. M. Gosselin combattit du mieux qu'il put ces fàcheux symptômes et il eut même quelque espoir de sauver cet homme après la sortie de la pipe qui se fit au milieu


d'une garde-robe liquide quelques jours après; néanmoins cet espoir fut déçu et le malade épuisé par les souflrances, succomba le 8 septembre. À l'autopsie on trouva l'estomac et l'intestin grêle intacts, mais le colon couvert d'ulcérations dont quelques-unes étaient déjà cicatrisées.

MÉLANGES SCIENTIFIQUES.

AnT. 4421.MoNOMAME-sutC!DE.–Le journal anglais !~e Lancet rapporte un curieux exemple de monomanie-suicide. Le sujet de cette observation est une jeune fille de vingt-tro~ans, en service chez une dame d'Islington. Elle n'avait jamais donné de signe d'aliénation mentale. Son père, sa mère, aucun membre de sa famille n'a offert de dérangement d'esprit. Elle-même paraissait contente de son sort; elle allait chaque dimanche à la messe et jouissait d'une bonne santé. Dans la matinée du 7 novembre, sa maitresse venait de quitter la cuisine lorsqu'elle sentit une forte odeur ammoniacale. Elle demanda si du linge avait été jeté dans le feu, et ne recevant pas de réponse, elle rentra dans la cuisine où elle trouva sa domestique devant le foyer ayant son bras gauche dans les flammes. La main en avait été complétement séparée et était jetëe'dans le feu, et comme, eHrayée de cet horrible spectacle, elle lui demanda ce qu'elle faisait, cette jeune fille répondit tranquillement qu'elle avait coupé sa main avec un couteau pour obéir aux ordres de Dieu; puis elle s'empara d'une broche en acier et en plongea la pointe dans ses yeux. Un chirurgien fut aussitôt appelé et arriva presqu'à l'instant. Il retira du feu la main qui brûlait encore, et cette malheureuse créature s'élança alors vers le foyer et, plongeant son bras droit dans le feu, se fit une grave brûlure. On s'empara enfin d'elle et on la porta à l'hôpital.

On put constater alors que la main gauche avait été complétement et nettement séparée du bras. On eût dit une amputation ordinaire. Seulement il ne restait plus de peau pour couvrir le moignon, lequel était noirci par le feu. L'hémorrhagie eût dû être considérable, mais il est probable que la cautérisation avait arrêté l'écoulement du sang. Le bras et la main du côté droit avaient été gravement brûlés, et enfin les yeux étaient dans un état déplorable.

La malade répondait néanmoins avec justesse à toutes les questions qui lui étaient faites sur son âge, sa santé, sa famille. Quand on lui demandait pourquoi elle s'était ainsi mutilée, elle répondait invariablement que Dieu lui avait ordonné de le faire ,et se bornait à dire avec un sentiment de résignation « Dieu l'a voulu.


ART. 4422. IVRESSE. LAVEMENT DE SEL MARIN.-L'Abeille médic<t<e a publié dans ces derniers temps une note de M. le docteur Lalaux sur l'utilité des lavements de sel marin pour dissiper rapidement les symptômes les plus graves de l'ivresse. La solution que M. Lalaux injecte dans l'intestin, est composée de deux fortes cuillerées à bouche de sel gris fondu dans quatre verres d'eau tiède. Il en résulte une débâcle formidable à la suite de laquelle toutes les fonctions rentrent en exercice. Ce moyen a sur l'éther et l'ammoniaque l'avantage de se trouver partout, et de plus nous avons eu l'occasion d'observer dans un cas analogue qu'il est plus puissant que l'ammoniaque pour faire cesser le coma qui succède à l'intoxication alcoolique. ART. 4423. VERMIFUGE EFFICACE ET A BON MARCHÉ. M. John Colvan, médecin à Armagh, rapporte dans le Dublin medical press, le cas d'une petite fille de six à sept ans, qui pendant deux ou trois mois rendit onze gros vers de l'espèce des ascarides lombricoïdes. Le vermifuge employé durant cet espace de temps était composé de calomel et de rhubarbe en poudre séparés: deux grains de calomel en une pilule, et dix grains de poudre derubarbe en un paquet. La pilule était prise par l'enfant le soir avant de se coucher, et la poudre le lendemain matin de bonne heure. On répétait tous les six ou sept jours l'administration du remède. La petite malade loin d'être affaiblie par ce traitement s'est fortifiée grâce à ses bons effets, et elle était assez bien à la date du 20 septembre dernier, pour que M. Colvan cessât de lui prescrire les vermifuges.

ApT. 4424. PNEUMONIE MÉTHODE ExpECTANTE.–Nous n'oserions pas conseiller la méthode expectante dans la pneumonie. Cependant il est hors de doute que les homœopathes ne perdent pas tous les malades qu'ils traitent pour cette inflammation. Il estdonc raisonnable de rechercher si dans un grand nombre de cas lanature aidée de quelques soins hygiéniques n'atteindrait pas tout aussi bien le but que nos médications les plus actives. Or cette question trouve un commencement de solution dans une statistique qu'un médecin autrichien, le docteur Dietl, a publiée et dont les journaux anglais, le Provincial ;OMrna< entre autres, nous ont transmis la traduction.

On voit dans ce travail que sur quatre-vingts pneumoniques traités par la saignée, M. BietI a compté dix-sept morts. Sur cent six pneumoniques traités par'le tartre stibié, sans le concours des émissions sanguines, le nombre des morts a été de vingt-deux. Tandis que sur cent quatre-vingt-neuf malades de la même catégorie chez lesquels on a tout simplement fait de la médecine expectante, on n'a enregistré que quatorze morts,


proportion exactement semblable à celle d'un service dans lequel la pneumonie était traitée homoeopathiquement. Nous savons qu'en médecine la méthode numérique est loin d'être rigoureusement concluante, mais cette statistique n'en est pas moins curieuse, ne fût-ce que comme explication des succès qu'obtientrhomœopathie,qui pour nous n'est encore que l'expectation.appliquée avec intelligence.

ART. M26. SPIRÉE ULMAIRE. SIROP ET TEINTURE DE CETTE PLANTE. M. Tessier, de Lyon, et plusieurs autres praticiens, ayant tiré d'un oubli peut-être injuste la spirée ulmaire ou reine des prés, pourla prescrire comme diurétique (<), M. Romewyn, pharmacien des hôpitaux de Tirlemont, s'est livré à des recherches qui l'ont conduit à proposer, pour l'administration de ce médicament/tes formules suivantes que nous empruntons à la Prc~e medicale belge.

Sirop de spirée ulmaire.

Sommités de spirée ulmaire. 250 grammes. Eau bouillante. 3000 D

Sucre blanc. 4000 D

On fait infuser d'abord les sommités pendant douze heures dans la quantité d'eau bouillante prescrite, en employant un vase convenable et couvert; après cette infusion, on les fait bouillir pendant dix minutes, puis on les passe avec expression, on laisse déposer et on ajoute à la liqueur clarifiée, le double de son poids de sucre pour en faire, selon l'art, un sirop par simple solution.

?~n<H)'e alcoolique de spirée ulmaire.

Sommités de spirée ulmaire finement

découpées. '100 grammes. Alcool à 23° centigrades. 40 »

Faites macérer pendant huit jours; passez avec expression, puis filtrez.

ART. 4426. SïpHtLis. LiQUtBE PROPHYLACTIQUE. Le Journal de pharmacie annonce que M. Langlebert vient de trouver une préparation qui neutralise l'action du virus syphilitique déposé sur les parties. Voici la formule qu'il en donne

Alcool à 36" 40 grammes. Savon mou de potasse avec excès de

base. 40

(i~ Vov. art. 42Tf!.


Faites dissoudre et filtrez, puis ajoutez

Huiieessentieliedecitrot). 20grammes. H suffit de lotionner avec ce liquide les parties contaminées. ART. i42T. AVULS)OP) DE L'OE)L, PRODUITE PAR UNE BALLE ET PAR UKK CLEF.–La science possède plusieurs observations d'yeux chassés de leur orbite par suite de violences extérieures, et ne tenant plus à la tête que par quelques tissus incomplétement divisés. Nous avons vu dans ce genre un fait curieux qui s'est produit à la suite des collisions sanglantes des A et S décembre. Un homme, aujourd'hui couché dans le service de M. Jobert, à l'Hôtel-Dieu, passant pendant ces journées dans la rue de Cléry, reçut une balle qui lui venait probablement d'une fenêtre, et qui le toucha dans la région sourcilière droite. Le projectile effleura seulement cette partie, puis, passant au-devant de la racine du nez,. il s'introduisit dans l'orbite du, côté gauche et en lit sauter le globe de l'œil comme on eût pu le faire avec une curette. L'ënucléation cependant ne fut pas entière, l'œil restait suspendu par le nerf olfactif et des portions de muscles; le blessé put donc le relever et le remettre en place lui-même, puis quelques jours plus tard il vint, comme nous l'avons dit, se faire soigner à l'Hôtel-Dieu. On le saigna, et l'œil fut touché avec le nitrate d'argent. La région sourcilière et frontale droite contusionnée par le projectile n'a pas encore recouvré sa sensibilité normale, mais du côté gauche les choses vont aussi bien que possible; les plaies se cicatrisent, le globe oculaire revient sur lui-même, et avant peu cet organe réduit à l'état de moignon pourra recevoir un œil artificiel.

Les Annales d'oeulistique ont rapporté cette année un cas d'extirpation de l'œi) faite également sans le secours de la chirurgie et par un agent qu'on ne se serait pas attendu à voir figurer en pareille circonstance, c'est-à-dire par une clef de porte. Un pêcheur d'Ostende, adonné à la boisson, rentra chez lui profondément ivre. Pendant qu'il était en train de se déshabiller, il trébucha et alla tomber de tout le poids de son corps contre )a porte d'entrée de sa chambre. Dans cette chute la région orbitaire du côté droit rencontra l'anneau de la clef qui se trouvait fixée dans la serrure de la porte, et comme cet anneau était tres-aminci par un long usage, il entama la paupière supérieure, qu'il divisa verticalement de part en part jusqu'à son bord libre, entra dans l'orbite, et, agissant comme une espèce de levier, extirpa l'œil en coupant complètement toutes ses adhérences avec l'orbite. L'organe visuel, ainsi isolé avec une Jmrce dont on se fera facilement une idée, fut chassé de l'orbite et alla rouler par terre. On,comprend que dans ce cas la réintégration de l'œil dans l'orbite ne dut pas être tentée. Le malade


fut conduit à l'hôpital où, après avoir repoussé les lambeaux des muscles oculaires, M. Verhaeghe, auquel on doit la communication de ce fait, réunit la plaie de la paupière au moyen d'un point de suture, et recouvrit la région blessée de compresses imbibées d'eau froide. La guérison a été rapide.

ART. ~438. EMPOISONNEMENT PAR QUATRE GRAMMES DE CAMPHRE DONNÉS EN LAVEMENT.–M. Aran a communique à la Société médicale des hôpitaux de Paris un fait d'empoisonnement par le camphre qui mérite d'autant mieux d'être connu que la dose employée dans ce cas est celle indiquée dans les formulaires les plus nouveaux.

Le sujet dont il s'agit était une jeune femme de vingt-sept ans qui présentait des accidents nerveux variés et chez laquelle après avoir essayé vainement ut\e foule de remèdes, M. Aran voulut administrer le camphre. Il prescrivit à cet elfet quatre grammes de camphre en lavement; mais deux minutes après l'ingestion de ce lavement, la malade se plaignit d'un sentiment de défaillance et d'une douleur dans le ventre; puis elle fut prise d'un violent accès convulsif avec perte de connaissance, écume à la bouche, torsion des membres, renversement de la tête en arrière, cyanose de la face, refroidissement des extrémités, affaiblissement du pouls, dyspnée extrême, etc. Cet accès dura de douze à quinze minutes. La malade reprit connaissance dès qu'on lui eut jeté de l'eau à la figure, mais elle ëtouSait toujours et disait qu'elle allait mourir. Un lavement purgatif fit évacuer ce qui restait encore dans l'intestin du lavement de camphre; on lit des frictions stimulantes sur les membres, et on fit prendre d'instant en instant une infusion de café noir. Cependant les accidents persistant, M. Aran fit placer la malade sur un lit de sangle; le corps fut couvert de sinapismes arrosés d'ammoniaque liquide, et pendant vingt minutes on fit tomber continuellement un filet d'eau froide sur la tète en même temps qu'on administrait, comme il a été dit, quelques gorgées de café noir. Les affusions calmèrent l'agitation et l'anxiété. Le pouls se relevait sensiblement; alors on remit la malade dans un lit bien chaud. Le café fut continué; on en donna même une infusion en lavement et on éloigna ainsi tous les dangers. Le lendemain il ne restait plus qu'une grande faiblesse et pas le moindre souvenir de ce qui s'était passé.

Il est résulté de la discussion qui a suivi cette communication, et à laquelle ont pris part MM. Trousseau, Bricheteau et Gendrin que la dose de quatre grammes indiquée dans les formulaires est trop forte. H vaut mieux commencer par une faible quantité et l'augmenter graduellement. Quant aux moyens à mettre en usage en cas semblable, il faut surtout noter parmi


les plus efficaces tes affusions froides continuées avec persévérance, et qui rendent ici les mêmes services que dans d'autres empoisonnements et en particulier dans l'empoisonnement par l'acide hydro-cyanique.

ART. 4429. BOUCHON DE HÉGE DANS L'ÛESOPHACB. OESOPHAGOTOMIE. -Les plus singuliers accidents peuvent être observés dans la pratique en voici un nouvel exemple: Un homme essayait d'enlever, avec ses dents, un bouchon en liége qui fermait une bouteille en grès pleine de bière. Tout à coup le bouchon saute, chasse par la tension du gaz acide carbonique, pénètre violemment dans l'arrière-gorge du malheureux buveur et va se loger profondément dans l'œsophage. Des secours lui furent immédiatement administrés par un médecin, mais ce fut en vain. Le malade fut transporté à l'hôpital de Portsmouth, où on lui pratiqua l'œsophagotomie. Le Medical Tintes, qui rapporte ce fait, ne dit pas si le malade fut sauvé. Malgré les dimensions assez considérables du bouchon, dont la circonférence n'était pas moindre de six centimètres et demi, on n'eût pas eu recours en France à une opération aussi chanceuse, et l'on eût débarrassé le malade avec le crochet de Graëffe. Cet utile instrument est à peine connu de nos confrères d'outre-Manche.

ART. 4430.HERNfE ÉTRANGLÉE.POTtON AVEC LE CHLOROFORME.–Nous avons signalé quelques cas de hernie étranglée réduite sous l'influence du chloroforme, mais c'est toujours en soumettant le malade aux inhalations de cet agent qu'on avait obtenu le résultat désiré. M. le docteur Lizé de Beaujé paraît avoir administré le chloroforme à l'intérieur dans des cas semblables avec le même succès. Nous trouvons en effet dans l'Union médicale l'histoire d'un homme affecté d'étranglement herniaire chez lequel, après avoir employé vainement les nombreux moyens usités en pareil cas, M. Lizé vit les accidents cesser lorsqu'on eut administré la potion suivante

.Pr.CMoformeiiquide. 4 gramme. Eaudistiilëe. 400 a

Siropdeneursd'oranger. 30 »

On donna une cuillerée à bouche de cette potion d'heure en heure. Le malade s'endormit et sommeillait depuis quelques heures, lorsqu'en essayant de nouveau le taxis on parvint à réduire la hernie pour ainsi dire sans efforts.

ART. 4434 ICTÈRE ET COLIQUES VENTEUSES DES NOUVEAU-NÉS. PRÉPARATIONS PURGATIVES. L'ictère, chez l'enfant qui vient de naître, reconnaît plusieurs causes; mais il n'en est pas de plus comm.une que la rétention du méconium. Un moyen tout naturel


de remédier & cet accident, c'est de faire sucer le Iait materuel à l'enfant, lé colostrum jouant parfaitement alorsle rôle de laxatif; mais si ce moyen fait défaut, si vous n'avez pas une nourrice convenable, il faut de toute nécessité provoquer une évacuation qui seule est capable de guérir la jaunisse. Nous lisons à ce sujet dans la Gazette médicale de yon7oHM, que A!, le professeur Duclos administre avec succès à la crèche de l'Hôtel-Dieu de cette ville la préparation suivante contre la rétention opiniâtre des matières méconiales

Pr. Eau de roses pâles. }

Siropdeehicorëe. M30 grammes, de fleurs de pècher.

Cette mixture est donnée une ou deux fois dans la journée, à la dose d'une, deux ou trois cuillerées a café, suivant l'âge de l'enfant.

Il arrive quelquefois que cet état de rétention amène, après l'évacuation du méconium, une tympanite et des douleurs connues des nourrices sous le nom de coliques ven<eMM, qui tourmentent l'enfant, empêchent le sommeil, excitent les cris. Dans ce cas, la médication qui a toujours réussi entre les mains de M. le professeur Duclos se compose de l'administration de la rhubarbe et de la magnésie ainsi combinées

Pr. Rhubarbe. décigrammes. Magnésie calcinée. 2 à 4 »

A prendre deux fois le jour, ou le matin seulement, suivant la gravité de la tympanite.

ART. A432. EDGELOiES S!MPLES ET ULCÉRÉES. FORMULES DtVERSES. Les Annales de la Flandre occidentale ajoutent à la nomenclature des nombreux remèdes préconisés contre les engelures la recette suivante, qui, d'après M. Van-Ryn de,Vladsloo, serait presque infaillible dans le cas d'engelures non ulcérées. Pr. Huile essentielle de térébenthine. ) &grammes. < Esprit-de-vin camphré. )

Eau de rosés. ''M x

M. Imbibez un linge de ce liquide et enveloppez pendant la nuit les parties affectées.

Nous avons déjà fait connaître dans ce recueil (4) les moyens de traitement que MM. Devergie, Guersant, Chabrely, etc., emploient contre les engelures. Nous saisirons l'occasion qui se présente de joindre à cette liste quelques formules empruntées à la pratique de M. Trousseau.

(1) Voy. art. 3691, 9521, 206), etc.


Ce médecin fait laver trois fois par jour tes parties atteintes d'engelures avec de l'eau boratée préparée comme suit

~r. Borax. SOgrammes. Eau. 500 «

(Dissolvez. Quatre cuillerées à bouche de cette solution dans un titre d'eau chaude suiEsent pour former le liquide qui sert aux lotions.

M. Trousseau prescrit dans les mêmes circonstances, soit pour réprimer, soit pour prévenir les engelures, des lotions faites matin et soir avec la liqueur ci-après

~r.Setammoniac. SOgràmmes. Eau. 40 »

Alcoolat vulnéraire. 40 »

Dissolvez le sel dans l'eau et ajoutez l'alcoolat.

Lorsque les engelures sont ulcérées, on se trouve bien de laver ces ulcères avec une solution ainsi composée

.Pr. Tannin. 40 grammes. Eau. MO »

Ou bien on les enduit de la mixture suivante

jPr. Extrait sec de ratanhia. 4 grammes. Mucilage de pepins de coings.. q. s.

pour donner à la préparation la consistance d'un électuaire mou. Cette mixture convient également très-bien aux gerçures des lèvres, qui sont aussi fort communes pendant l'hiver. ART. 4433. CONVULSIONS. PROJECTION D'EAU FROIDE A LA FACE POUR PROVOQUER LA DÉGLUTiTtON. On comprend aisément que la syncope, l'asphyxie et les convulsions pourraient être avantageusement modifiées par l'ingestion dans l'estomac de quelques gouttes d'un liquide stimulant ou antispasmodique; mais la grande difficulté est de faire avaler ce liquide. Il ne suffit pas, en effet, de desserrer les dents et d'entr'ouvrir la bouche, il faut que le mouvement de déglutition s'opère, et c'est précisément ce qui ne se fait pas dans les conditions dont il s'agit. Pour provoquer ce mouvement de déglutition, existe un moyentrès-simple, c'est de jeter quelques gouttes d'eau froide a la figure des malades au moment où vous avez introduit dans leur bouche la cuiller.contenant le liquide qui convient a leur position. M. Simpson (de Stamford) a remarqué, il y a quelques années d~ja, que ce procédé réussissait infailliblement chez les femmes atteintes de convulsions éclamptiques. Cette observation n'a pas été perdue pour les physiologistes qui se sont occupés de l'action réflexe, et nous voyons dans le ~HH<'<;M de thé-


rapeulique qu'elle a surtout fixé l'attention de M. MarsaM Hall. Quel que soit, au reste, le mode d'action de cette excitation de la peau de la face, qu'elle agisse en provoquant directement la déglutition, ou seulement en déterminant une inspiration qui entraîne les liquides jusque dans le pharynx, toujours est-il qu'il y a dans ce phénomène un moyen précieux qui peut être utilise par le médecin, principalement chez les individus atteints de convulsions éclamptiques, hystériques ou vermineuses. ART. 4434. ULCÈRES VARIQUEUX. ÉCORCE DE CHÊNE. NOUS lisons dans un rapport des travaux de la Société des sciences médicales de Gannat (Allier), que M. le docteur Rodes s'est servi très-avantageusement de l'écorce de chêne pour obtenir la cicatrisation rapide et durable des ulcères variqueux. Le premier malade soumis à l'emploi de ce topique portait aux deux jambes des varices et des ulcères atoniques qu'on avait essayé vainement de modifier à l'aide du ratanhia sous plusieurs formes, du quinquina, des lotions chlorurées, etc. M. Rodes songea alors à l'écorce de chêne; il fit préparer une décoction concentrée de cette écorce pour laver les plaies et en humecter la charpie et les compresses dont on les recouvrait. Il y joignit la poudre de la même écorce en applications directes. Sous l'influence de ces moyens, la surface des ulcérations ne tarda pas à devenir vermeille, et ces plaies, jusque-là rebelles, arrivèrent rapidement à une complète cicatrisation. Depuis lors M. Rodes a toujours traité de la même manière les ulcères variqueux, et l'expérience, assure-t-il, n'a pas cessé de confirmer la bonne opinion qu'il avait conçue tout d'abord de cette médication aussi simple que peu dispendieuse pour les malades.

ART. 4438. NOUVEL ENDUIT. COMBINAISON DU COLLODION ET DE L'nuiLE DE RICIN. M. Guersant s'est servi tout dernièrement avec avantage du collodion, uni à l'huile de ricin, en application sur la peau dans un cas d'érysipèle grave. Ce collodion modifié était ainsi composé

.Pr. Collodion. 30 grammes. Huile de ricin. 2

Une application de cet enduit faite trois jours de suite sur les parties envahies par l'exanthème ont fait disparaître la chaleur mordicante et la rougeur noirâtre des surfaces malades; les phénomènes généraux ont paru aussi en ressentir l'influence favorable, et le jeune garçon sur lequel on faisait cet essai est entré beaucoup plus tôt qu'on ne pensait en convalescence. C'est à M. Robert Latour qu'on doit l'idée d'avoir associé l'huile de ricin au collodion. Seulement sa formule n'est pas


la même que celle de M. Guersant. Pour éviter l'inconvénient que présentait le collodion desséché de se fendiller et de s'écailler, tout en exerçant sur les tissus enflammés une constriction insupportable pour quelques personnes, ce médecin a proposé d'ajouter au collodion ordinaire un quinzième en poids de térébenthine, privée de son essence par la vaporisation, et cinq ou six gouttes d'huile de ricin par trente grammes. Nous n'avons pas vu employer de collodion; mais quant à celui de M. Guersant, nous tenons de ce chirurgien lui-même qu'il forme un enduit très-souple et d'une élasticité bien supérieure à celle du collodion ordinaire. Jl est en outre plus facile à détacher, et il suffit de l'application d'un cataplasme émollient pour l'enlever par lambeaux, sans qu'il en résulte aucune douleur pour les malades. L'huile de ricin est préférée ici aux autres huiles comme étant plus onctueuse et moins siccative que celles-ci. ART. 4~5.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

ACADÉMIE DES SCIENCES. Nous avons fait connaître à nos art. A008 et 4027 le procédé de M. le professeur Sédillot, pour pratiquer avec certitude la stapbyloraphie. Ce chirurgien étant parvenu, par la section préalable des péristaphylins, à surmonter les difEeultés principales qui s'opposaient à la réunion des deux moitiés du voile du palais, pense que l'opération, telle qu'il la propose, est praticable chez les jeunes enfants. En opérant de bonne heure, on a l'immense avantage de leur apprendre à prononcer avec netteté, ce qui devient presque impossible plus tard. M. Sédillot a transmis à l'Académie l'observation d'un jeune enfant qui vient d'être ainsi opéré avec succès, et qui prononce déjà les mots plus nettement que des malades plus âgés chez lesquels on a remédié depuis un temps beaucoup plus long à la division du voile du palais.

M. Chatin, à qui l'on doit des recherches si curieuses sur la présence habituelle de l'iode dans l'air, et sur son absence plus ou moins complète dans les pays où le goitre et le crétinisme s'observent fréquemment, a lu à l'Académie la dernière partie de son travail sur ce sujet important. Nous croyons, en raison des graves questions agitées dans ce travail, devoir donner textuellement les conclusions ou plutôt le résumé dont l'auteur a fait suivre l'exposition de ses recherches.

Négligeant les nuances intermédiaires et quelques faits spéciaux d'ailleurs confirmatifs des observations générales, je diviserai en six zones les pays sur lesquels ont porté mes études. ZONE PREMIÈRE, OU DE PARIS. SECTION A. Le yot<re et le


crétinisme sont inconnus. On trouve en moyenne que dans cette zone le volume d'air respiré par un homme en vingt-quatre heures (7 à 8000 litres', suivant M. Dumas), contient au moins 4/200 de millig. d'iode; le litre d'eau pluviale, 1/180 de millig. le litre d'eau de source ou de rivière, 1/300 de milligr. et 40 grammes de sol arable 1/200 milligr. du même corps. SECTtON B.–Dans la zone de Paris, les eaux potables peuvent ne pas contenir de quantité sensible d'iode (ce qui arrive chez celles d'entre elles qui sont dures) sans que le goitre se manifeste dans la plupart des cas. Si par hasard on l'observe (vallée de Montmorency), c'est principalement, comme dans les zones deuxième, troisième et quatrième, chez les femmes habituées à porter des fardeaux sur ou derrière la tête, forcée de se fléchir sur la glande thyroïde, ou à la suite des efforts de l'accouchement.

« ZONE DEUXIÈME, ou DU SotssONNAis.–Ze goitre est assez rare, le crétinisme inconnu. Diffère de la première zone par un sol sensiblement moins ioduré, par la fréquence des eaux dures et privées d'iode.

a ZONE TMiStÈME, OU DE LvoN.–Zeyo«)'eM<<!MMrar~ le crétinisme inconnu. L'air, les eaux, le sol sont à la fois médiocrement iodurés; la proportion de l'iode dans 8000 litres d'air, un litre d'eau de pluie, un litre d'eau potable et 10 grammes de terre arable variant de'l/SOO à l/tOOO de milligr.

t ZONE QUATRIÈME, OU DE TURIN ET DE CLERMONT.–Ze goitre n'est pas rare, le crétinisme àpeu près inconnu (1 ). Diffère surtout t de la zone troisième par l'iode des eaux potables, qui est généralement au-dessous de 1/1000 demilligr.

t ZONE ONQUtËME, OU DES HAUTEURS ALPINES, Le goitre est assez commun, le crétinisme assez rare. L'air et les eaux pluviales sont parfois et irrëgutièrement chargés d'un peu d'iode; le sol et les eaux potables ne contiennent pas 1 /) 000 de milligr. de ce corps pour 50 grammes du premier et un litre des secondes. « ZONE S)X!ÈME, OU DES VALLEES PROFONDES DES ALPES. Le goitre et le crétinisme sont communs. 10000 litres d'air, un litre d'eau pluviale, un litre d'eau de source ou de torrent, 50 grammes de terre ne fournissent pas le plus léger indice d'iode, élément qui ne se trouve dès lors, dans ces divers corps, qu'à une dose inférieure à 1/1000 de milligr.

« Et pour condenser plus encore ces divisions générales, je ne distinguerais volontiers que trois zones, savoir la zone normal (Paris, section A), la zone /ro~i~ (Lyon, Turin, Clermont, Sois(<) '< J'ai vu un crétin à Royat, tocatité qui appartient moins, il est vrai, à la quatrième zone qu'aux suivantes.


sonnais, Nancy, Strasbourg), la zone du cre~'n~me. Dans la première, le goitre est absolument inconnu; dans la seconde, il est subordonné aux influences générales; dans la troisième, la cause spéciale prend une importance décisive, les causes générales n'offrant plus qu'une action accessoire et limitée.

« On peut ramener la proportion de l'iode au type normal ou de la section A de Paris.

«DansIasectionBdela zone première(Montmorency, Brie, etc.) et dans la zone deuxième, en recueillant les eaux pluviales pour les substituer dans tous les usages domestiques aux eaux calcaires.

« Dans les zones troisième et quatrième (à Turin notamment), en recueillant aussi l'eau de pluie et en faisant venir les produits alimentaires de contrées riches en iode, telles que la Brie, la Beauce, la Bourgogne, le Bordelais, les basses plaines du Piémont (1).

« Dans les zones cinquième et sixième, oit l'emploi des eaux pluviales ne serait que d'une médiocre utilité en raison du peu d'ioduration de l'atmosphère, on devra préférer les produits étrangers au sol, et surtout utiliser, après les avoir rendues potables par l'exposition à l'air, les eaux minérales iodo-sulfureuses qui jaillissent en grand nombre des contrées les plus affligées par le goitre et le crétinisme. Les sels iodurés, dont l'emploi a déjà été conseillé par M. Boussingault et par M. Grange, fourniraient l'iode nécessaire aux populations à portée desquelles il n'existerait ou ne serait découvert aucune source minérale iodurée. «Jenesaurais terminer sans recommander d'introduire, autant que possible, des produits iodurés dans l'alimentation des animaux destinés à fournir à l'homme une partie de sa nourriture. Autant il est facile d'approprier les eaux sulfureuses aux usages de l'homme, autant on trouvera d'avantage à donner aux animaux les eaux salines, pour lesquelles ils ont un goût prononcé. « Le traitementàchaud des terres par une eau alcaline pourrait en outre fournir, au moins aux animaux, une boisson iodurée les cendres pourraient remplacer les alcalis.

:< II est évident encore que les engrais(2) et les irrigations pourront être des moyens efficaces, en certaines contrées, d'iodurer tes aliments tant de l'homme que des animaux. Les dépôts des sources minérales et l'emploi en irrigations des celle de ces der(t) « Gènes, où le goitre se montre parfois chez les habitants pauvres des rues étroites et obscures, se mettrait dans les conditions les meilleures en remplaçant seulement l'eau de ses fontaines par des eaux pluviales. (2) « L'iode existe en proportion considérable dans le vin des vignoh)es de la Rochelle et dans les céréales des eûtes du Calvados, où le sol est fumé avec les varechs.


nières qui ne pourraient être bues ne devront pas être négligés.

« Tels sont les résultats principaux de ces recherches; j'ail'espoir qu'au lieu d'être enregistres comme de simples faits scienti. fiques, ils serviront les intérêts de l'humanité en contribuant à fixer l'opinion du corps médical, ainsi que celle des gouvernements intéressés, sur la cause essentielle de maladies qui privent la société et l'État d'un nombre assez considérable de leurs membres et de leurs soutiens. Que ceux que des doutes poursuivraient encore pèsent bien ces trois faits

« ')" Le goitre et le crétinisme sont inconnus dans les contrées normalement iodurées;

« 3° Ces maladies se montrent quand la proportion de l'iode diminue;

« 3° L'iode est le spécifique du goître. D

ACADÉMIE DE MÉDECINE. M. le docteur Pellieux, de Beaugency, a écrit à l'Académie pour lui signaler les effets presque merveilleux du sous-nitrate de bismuth à haute dose dans le traitement de la dyssenterie. Ce médicament lui a procuré des succès vraiment inespérés, et il le recommande aux praticiens comme l'agent le plus efficace qui puisse être employé contre cette affection.

La note de M. Pellieux contenait trois observations dans lesquelles le sous-nitrate de bismuth a été employé. Dans la première il s'agissait d'un homme de vingt-sept ans atteint de dyssenterie chronique. Cette maladie durait depuis une année. Il avait quelque fois soixante selles par jour, mais rarement il en avait moins de dix. Plusieurs fois il était entré à l'hôpital et en était sorti presque guéri, mais dès qu'il avait repris sa vie ordinaire les selles avaient reparu, et lorsqu'il se confia aux soins de M. Pellieux, les selles, au nombre de dix àquinzechaque jour, se composaient d'un liquide stercoral mêlé à des degrés divers de mucosités et de sang. Le 27 avril, le bismuth fut prescrit (quatre grammes chaque jour en deux fois), on ne permettait en outre que quelques potages. Après neuf jours de ce traitement, il y avait un peu d'amendement; la dose du sous-nitrate de bismuth fut doublée; en moins d'une semaine la guérison était complète. Mais après quinze jours de convalescence, il survient une rechute on donne quatre grammes de sous-nitrate de bismuth. L'amélioration qui survient aussitôt permet d'augmenter graduellement le régime alimentaire. Cette fois la guérison a été définitive.

Le second fait est celui d'une femme de cinquante ans, atteinte d'une dyssenterie épidémique aiguë. Le onzième jour de la maladie, M. Pellieux prescrivit quarante-cinq grammes de


sous-nitrate de bismuth à prendre en trois jours. Deux jours après, la dyssenterie était transformée en une simple diarrhée. Enfin, le sujet de la troisième observation communiquée par M. Pellieux est un enfant de quatre ans, atteint également de la dyssenterie épidémique. Huit grammes de sous-nitrate de bismuth ont été administrés en quatre prises, et bientôt les selles perdent leur caractère dyssentërique.Après un jour de repos, on prescrit de nouveau le bismuth, et l'amélioration est considérable cependant, au bout de huit jours, les selles étant encore nombreuses, on donne de nouveau huit grammes de bismuth en cinq prises et en trente-six heures, et le petit malade est définitivement guéri.

M. Pellieux a employé le sous-nitrate de bismuth chez un grand nombre de malades atteints de dyssenterie épidémique, et le succès qu'il en a obtenu a été tellement constant qu'il recommande l'usage de ce médicament avec beaucoup d'instance. Les doses ont été portées chez les adultes de huit grammes à trente grammes par jour, et chez les enfants, même fort jeunes, à quatre, huit, douze et même treize grammes. Ces doses, suivant ce médecin, pourraient être portées beaucoup plus haut, jusqu'au double même, si la maladie résistait. Le mode d'administration est fort simple; on peut suspendre le sous-nitrate de bismuth réduit en poudre très-fine dans une quantité plus ou moins grande d'une des boissons mais il est beaucoup prëfërable de l'unir à une potion gommeuse qu'on fait prendre par cuillerée, et dans laquelle la poudre de sous-nitrate de bismuth se tient bien mieux suspendue que dans une simple tisane, où sa tendance à gagner le fond des vases en rend l'administr.ation assez laborieuse. Il n'est pas nécessaire que le régime alimentaire soit très-sévère, à moins d'indications particulières. M. Moride, pharmacien à Nantes, soumis à l'Académie ses procédés pour la composition des bains de mer factices. Cet habile chimiste, considérant que les bains composés de diverses substances à l'effet d'imiter les bains d'eau de mer, ne représentent jamais la composition de ces derniers, a pris le parti de concentrer l'eau de mer elle-même, afin que transportée facilement sous un petit volume et mélangée à l'eau douce, elle représentât autant que possible la composition des bains de mer. Ce n'est donc point une composition que M. Moride propose d'ajouter au bain, s'est, ainsi que l'a dit M. Jolly chargé de faire à l'Académie un rapport sur ce sujet, l'extrait de l'eau de mer elle-même obtenu par voie de concentration et d'évaporation, pouvant ainsi servir à la composition du bain de mer, par son seul mélange à l'eau simple dans des proportions déterminées ou à un


degré de saturation convenable, soit cinq kilogrammes d'eau de mer concentrée dans cent soixante litres d'eau de Seine. Les produits envoyés par M. Moride étaient un résidu salin de consistance pâteuse et de couleur grisâtre, et un liquide ambré provenant des marais salants. M. Henri a reconnu par une analyse minutieuse, que le premier de ces produits présente d'une manière aussi fidèle, aussi identique que possible les principes qui se trouvent dans l'eau de mer puisée à l'endroit qui l'a fournie. Quant à l'eau de mer des marais salants, sa composition est naturellement moins riche en chlorure de sodium, mais elle renferme beaucoup de chlorure de calcium et de magnésium en même temps que des sulfates de chaux et de magnésie. Mais ces produits sont exactement semblables à ceux sur lesquels M. Moride a opéré. En un mot, a ajouté le rapporteur, c'est le bain de mer naturel avec ses principes minéralisateurs et organiques pouvant varier suivant les circonstances déterminées, mais tels que les renferme l'eau de mer à son lieu de puisement. M. Dezanneau, docteur en médecine à Montrevanit (Maineet-Loire), a communiqué un mémoire surle traitement prophylactique de la rage par les frictions mercurielles. Voici les faits qui ont donné lieu à ce travail. Le 2~ février 48'M, vers sept heures et demie du soir, un loup mordit en plusieurs endroits de la face le nommé Granet. Un chirurgien, appelé aussitôt, cautérisa les blessures, mais d'une manière imparfaite, tant elles étaient profondes et nombreuses. Vingt-deux jours après, ce malheureux mourut enragé. Le loup continua sa course et mordit plusieurs animaux qui furent abattus par leurs propriétaires; mais le lendemain matin il mordit successivement quatre personnes, qui ont été visitées par M. Dezanneau. L'une d'elles, le nommé Guiet, entendant son chien aboyer, sortit en chemise et fut assailli par le loup, qui lui fit plusieurs morsures au bras et. à la main. Les plaies saignèrent abondamment et, deux heures après, un ofEcier de santé les cautérisa avec l'acide sulfurique et les recouvrit d'un appareil.

Un voisin de Guiet, jeune homme scrofuleux et lymphatique étant sorti pour connaitre la cause du bruit qu'il entendait, fnt également renversé par le loup, qui lui fit une profonde morsure au bras, au travers de la chemise, et une autre à nu vers l'apophyse mastoïde. Ces plaies furent cautérisées avec l'acide sulfurique, mais imparfaitement, le malade s'étant opposé a un emploi plus prolongé du caustique.

Un troisième individu fut aussi attaqué par le loup, qui lui fit d'aureuses blessures à la face et à la tête. Ces plaies furent cautérisées comme les précédentes.

Enfin, une femme de soixante et dix ans fut mordue au bras


gauche par-dessus ses vêtements, puis, comme elle était tombée, t'animai se jeta sur elle, lui arracha sa coiffe et lui fit à la tête une profonde morsure qui saigna abondamment; ces plaies furent cautérisées avec le nitrate d'argent.

M. Dezanneau ne fut appelé auprès des trois premières personnes que le quatrième jour, et auprès de cette dernière femme que le septième jour. 11 conseilla et fit mettre en pratique des frictions mercurielles sous les aisselles, sous le menton et à la face interne des cuisses, à la dose de cinq gros en trois fois par jour, avec prescription de n'employer que deux gros dès que se manifesteraient les premiers symptômes de salivation. Sous l'innucnce de cette médication~, trois des malades salivèrent abondamment et très-longtemps. Le quatrième ne fitusage que d'une petite quantité de mercure,'puis quelque temps après, voyant son état déjà maladif s'aggraver, il quitta le pays et mourut après avoir présente quelques symptômes de la rage. Les trois autres malades ne furent point atteints d'hydrophobie.

M. Renault, chargé de faire un rapport sur ces observations, a conclu d'abord qu'il n'était pas certain que le loup fût enragé, la maladie à laquelle les deux individus ont succombé ayant été très-imparfaitement décrite par M. Dezanneau, et en second lieu que rien ne prouvait que les individus préservés dussent leur salut à l'emploi des frictions mercurielles.

BIBLIOGRAPHIE.

ART. 4437..PM pansements dés plaies sous le rapport de leur fréquence et de <e;tr rareté, par le doe~ttrA. BERTHERAND(')). ). Un chirurgien militaire fort distingué, M. le docteur Bertherand, vient de publier une brochure qui mérité une distinction honorable de la part du ministre de la guerre. -L'auteur, ainsi qu'on le voit par le titre de sa brochure, s'est proposé de résoudre une question fréquemment débattue dans les livres et devant tes sociétés savantes, et non encore résolue, sans doute parce que notre esprit est toujours trop prompt à généraliser, et qu'uu précepte n'a d'attraits pour nous que quand il est donné d'une manière absolue. M. Bertherand a examiné la question sous toutes ses faces, a interrogé les meilleurs praticiens, et s'est efforcé de conclure conformément à l'expérience en faisant la part des circonstances qui peuvent se présenter. Voici ces 'conclusions, qui feront connaitre suffisamment les opinions de l'auteur.

()) Brochure in-8, chez J. B. BaiOMre.


I. Les inconvénients des pansements rapprochés sont de maintenir les parties affectées dans un état continuel d'irritation, de déchirer la surface et les bords de la plaie, et de contrarier ainsi la formation de la cicatrice; ils épuisent les malades en activant la suppuration et en ébranlant le système nerveux. Leurs avantages répondent à une plus grande propreté des plaies, à la soustraction des sécrétions viciées ou en excès, à une certaine excitation des surfaces indolentes et à une surveillance plus directe des lésions douteuses ou compliquées de corps étrangers.

II. Les inconvénients et les avantages des pansements rares se déduisent naturellement par les contraires des considérations précédentes.

III. Les avantages et les inconvénients des uns et des autres n'ont rien d'absolu.

IV. Quand une surabondance de pus fait craindre la résorption, ou quand la chaleur atmosphérique, hâtant la décomposition, rend le maintien de l'appareil promptement désagréable par l'odeur qui s'en exhale, si la plaie enfin reste stationnaire, les pansements fréquents font cesser ces mauvaises influences et leur en substituent de salutaires.

V. Les pansements rares conviennent aux plaies simples toutes les fois que l'on peut espérer la réunion immédiate, aux plaies qui suppurent peu, à celles dont la consolidation demande surtout du repos et une légère compression, aux fractures, aux ulcères variqueux, aux hémdrrhagies.

Vf. Les pansements fréquents sont indiqués dans les solutions compliquées de corps étrangers non extraits; dans les ulcères entretenus par un vice interne, tant que cette cause persiste dans les suppurations de mauvaise nature'; dans les fractures rebelles à la consolidation; dans la gangrène humide, etc. VII. Les plaies d'armes à feu s'accommodent généralement bien des pansements éloignés.

VIII. Après les amputations, les pansements, ramenés à une simplicité suffisante, doivent être le plus distancés possible. IX. Ne pas changer fréquemment les appareils, ce n'est point renoncer à les surveiller. L'exacte connaissance de ce qui se passe à leur surface peut seule régler la cure rationnelle des plaies. X. Un pansement doit être renouvelé toutes les fois que la propreté l'exige.

XI. Il sutut qu'un pansement soit inutile pour qu'on s'en abstienne on ne doit jamais panser par complaisance. XII. La douleur, la quantité et la qualité du pus, les changements survenus, l'intensité de leur influence, les complications internes ou locales guideront mieux le praticien, en face de la


lésion, que des préceptes, impossibles d'ailleurs à formuler d'avance, pour toutes les éventualités.

XHf. Dans l'appréciation de ce qui sied à chaque lésion en particulier, l'homme de l'art ne perdra jamais de vue que son rôle, M<t<r<B minister, est de prêter secours à la nature toutes les fois qu'elle en manifeste le besoin, comme aussi de ne pas la déranger dans son travail par un zèle inconsidéré. Prodesse et 'non nocere (Hipp.). « Les principes généraux des pansements, dit M. Gerdy, ont beaucoup d'analogie avec les principes généraux des opérations; et ce qui fait le bon chirurgien dans un cas, le fait aussi dans l'autre. »

ART. 4438. Traité de l'amaurose ou de la goutte sereine, onfra~e contenant, etc., par CH. DEVAL (')).

Une querelle des plus vives et des plus animées, s'éleva il y a quelques années dans les journaux, entre les chirurgiens spécialistes et ceux qui prétendaient cultiver avec une égale habileté toutes les branches de l'art. Ces derniers traitaient leurs adversaires d'empiriques, et soutenaient que leur esprit, dirigé sur un seul objet, ne pouvait s'élever à la hauteur nécessaire pour envisager sous toutes ses faces un point quelconque de pathologie. Les chirurgiens spécialistes prétendaient de leur côté avoir autant de connaissances que leurs confrères et posséder en outre sur le sujet habituel de leurs études une expérience que rien ne pouvait remplacer. Nous ne savons si cette querelle est apaisée, mais ce qu'il y a de certain c'est que, malgré les anathèmes lancés par les chirurgiens d'hôpitaux sur leurs confrères spécialistes, ces derniers n'en ont pas moins continué à voir lafouleadiuer vers leurs cabinets et que quelques-uns d'entre eux même ont publié d'excellents ouvrages sur la matière qui avait fait l'objet constant de leurs études.

De ce nombre est M. le docteur Deval qui vient de nous donner un très-bon traité de l'amaurose. Nous doutons qu'un chirurgien, quelque étendue que soit sa clientelle, s'il donne indifféremment ses soins à toute espèce de maladies, puisse réunir autant de faits curieux et intéressants sur cette affection que ne l'a fait cet auteur, qui depuis longues années s'adonne d'une manière toute spéciale à l'étude de l'ophthalmologie. On sait ce qu'est l'amaurose dans les cas de cécité complète; une affection réputée incurable dans l'immense majorité des cas; or, M. Deval affirme que, par un traitement convenable, on peut quelquefois rendre la vue à des malheureux qui semblaient devoir en être à jamais privés. Les observations rapportées dans (t) t vol. in-8' chez Victor Masson.


son ouvrage sont des plus curieuses. Nous nous bornerons à en reproduire quelques-unes pour initier nos lecteurs à la thérapeutique de ce médecin.

M. Deval s'attache surtout à découvrir la cause de la goutte sereine et quand il y est parvenu, bien que la cécité soit complète et absolue, il ne désespère pas d'obtenir la guérison. Une jeune fille de dix-huit ans languissait à l'hospice des Incurables lorsqu'elle fut présentée à ce médecin le 43 avril 1848. L'affection oculaire remontait à plus d'une année; elle avait d'abord accusé de la céphalalgie, perception d'étincelles et de mouches, la vue avait baissé peu à peu et avait fini par s'é-'teindre. Les pupilles étaient dilatées, le regard morne et sans but; l'ombre de la main n'était constatée que vaguement. Cette malade avait été longtemps traitée à l'Hôtel-Dieu de Paris, mais sans aucun succès. Elle en était sortie pour entrer aux Incurables.

M. Deval, en remontant à l'origine de l'affection, découvrit que la première apparition du flux menstruel avait eu lieu dixhuit mois anparavant, qu'il s'était montré deux fois encore, puis avait cessé tout à fait. H y avait bien quelques symptômes de chlorose, cependant le teint était coloré et la malade semblait jouir d'une bonne santé. Ce médecin saisit néanmoins l'indication qui se présentait et donna le fer combiné avec l'aloès, la rhubarbe, la cannelle et y joignit une stimulation graduée vers l'appareil visuel; au bout de quelques mois les règles se rétablirent et la vue s~améliora sensiblement bientôt elle put apercevoir les objets environnants; aujourd'hui elle se conduit sans peine et se dirige vers l'objet qu'elle veut saisir. Elle ne peut encore se livrer à la couture, mais elle soigne les malades et s'adonne avec -intelligence à tous les travaux qui ne demandent pas une grande portée de vue.

Plusieurs autres observations-d'amaurose coïncidant avec un dérangement de la menstruation sont citées par M. Deval. Cette cause, qui a beaucoup d'analogie avec la suppression d'un flux hémorrhoïdal habituel, doit être prise en grande considération par le praticien. L'une et l'autre ont souvent produit des amauroses qui seraient restées très-certainement incurables si l'on n'était parvenu à découvrir leur origine. M. Deval en cite plusieurs exemples remarquables. Il en est de même des hémorrhagies auxquelles certaines personnes sont sujettes et dont la suppression peut entraîner la cécité. L'omission d'une saignée habituelle peut produire les mêmes résultats. Enfin l'amaurose dépend assez souvent de la suppression d'une éruption cutanée; en voici un exemple remarquable

Le mars 1850, dit l'auteur, premier jour où Mathis, tailleur sur cristaux, demanda mes conseils, il ne souffrait de l'œi!


droit que depuis une semaine. Un corps filiforme, de couleur noire était venu se placer à tout coup dans le champ dela vision; te lendemain, ce corps qu'il comparait à un cheveu formait un demi-cercle; quelque temps après, le cercle était complet; l'obstacle s'étala plus tard à l'instar d'une fumée noire. Le malade était tourmenté, le soir notamment, par la perception de scotomes étincelants. La céphalalgie était légère. Je constatai un trouble considérable de la vision du côté droit. L'œil gauche jouissait de son intégrité normale.

« Mathis signala une circonstance utile à connaitre. Depuis deux années il avait la tête farineuse et une éruption existait au cou et aux oreilles. Je ne pus constater la nature de la dermatose qui avait complétement disparu depuis un mois. Ce fut, dans ma pensée, à sa répercussion que devaient être attribués les désordres actuels.

<t Je conseillai cinquante grammes de sulfate de soudeà prendre le lendemain matin dans du bouillon aux herbes, les poudres de crème de tartre et d'émétique, suivant la formule de Frank. Des bains de pieds irritants, des cataplasmes sinapisés aux extrémités inférieures, des affusions réfrigérantes, des frictions sur une large étendue à la nuque et derrière les oreilles avec la pommade stibiée. D

Au bout de quelques jours et dès que des pustules nombreuses se furent développées, l'amaurose commença à se dissiper. On continua les purgatifs et les frictions stibiées, et bientôt le malade put reprendre ses travaux.

Dans une autre circonstance, Famaurose était due à la suppression d'une transpiration habituelle. il s'agissait d'un jeune ,professeur qui éprouvait depuis quelque temps des symptômes assez graves de cette affection. !I attribuait l'origine de son mal à la suppression rapide d'une transpiration des pieds sous l'influence de l'immersion de ceux-ci dans l'eau froide. M. Deval conseilla, outre le repos absolu des yeux, la continuation des minoratifs dont le malade, habituellement constipé, faisait usage, des affusions réfrigérantes et des pédiluves irritants. De plus, le malade devait se tenir les pieds très-chauds et à l'abri de toute humidité, les couvrir de bas de laine épais et extérieurement protégés par des chaussons de taffetas gommé, et saupoudrer l'intérieur des bas d'un mélange de parties égales de farine de moutarde et de chlorhydrate d'ammoniaque. Sous l'influence de ce moyen, la transpiration des pieds se rétablit et l'amaurose se dissipa.

M. Deval signale encore un grand nombre de causes qu~peuvent produire la goutte sereine et qu'il est indispensable de reconnaître pour arriver à la guérison. Ainsi il cite des exemples d'amaurose chlorotique, comme celui que nous avons rapporté


au commencement de cet article, d'amaurose rhumatismale, d'amaurose syphilitique, d'amaurose vermineuse, puerpérale, éclamptique, épileptique, hystérique, pellagreuse, compliquant l'albuminurie et le diabète, etc. Ce sont, pour ainsi dire, des affections différentes, bien qu'elles se manifestent par des lésions semblables. Les faits rapportés par l'auteur et concernant ces différents genres d'amaurose présentent un très-vif intérêt; mais nous voudrions faire connaître la thérapeutique adoptée par M. Deval, et nous avons hâte d'arriver au traitement qu'il a formulé.

M. Deval partage les amauroses en sthéniques, en asthéniques et en amauroses tenant à des causes spéciales. Dans les premières il se montre assez réservé sur les émissions sanguines. Il cite un grand nombre d'amauroses qui ont été aggravées par des saignées abondantes « Saignez, dit-il, largement et adoptez de préférence la phlébotomie du bras ou celle du pied lorsqu'une amaurose est liée à un état congestionnel violent qui menace de produire dans la texture des parties où se passe l'acte de la vision des désordres qu'il vous serait impossible de maîtriser plus tard, dans les gouttes sereines à invasion brusque, par exemple. L'amblyopie procède-t-elle sourdement, insidieusement, ce qui arrive presque toujours, évitez les saignées spoliatives, n'usez des émissions sanguines qu'avec réserve. » La saignée du bras, celle du pied, les sangsues en petit nombre, les ventouses sont conseillées, suivant les cas, par l'auteur, qui y ajoute les bains de pieds chauds suivis d'application de cataplasmes sinapisés, les affusions fréquentes avec de l'eau froide sur la région oculaire et les parties limitrophes. Les purgatifs sont aussi d'une grande ressource. H en est de même du tartre émétique associé à la crème de tartre et du mercure, soit en frictions, soit administré à l'intérieur. Mais c'est surtout dans l'amaurose asthénique que les médications sont nombreuses et variées. Les stimulants, les antiparalytiques proprement dits en font tous les frais.

< Une grande circonspection, dit l'auteur, doit être apportée dans le choix et dans le mode d'administration de ces agents, de ceux surtout qui ont le plus d'énergie, pour ne pas donner lieu à une réaction trop forte vers la membrane sensitive et n'y point anéantir un dernier reste d'excitabilité. Graduer la stimulation, c'est-à-dire commencer par des excitants faibles pour s'élever peu à peu à d'autres plus énergiques, est une règle dont il ne faut pas se départir, si l'on veut obtenir des succès dans le traitement des amauroses asthéniques. Une amélioration trèsconsidérable surgit-elle instantanément sous l'empire d'une médication très-puissante, il y a plutôt lieu de la déplorer que de s'en féliciter, d'après la remarque de Wather e L'observation


démontre, dit-il, qu'elle est de courte durée et peut être suivie de la plus grande et de la plus permanente de toutes les détériorations visuelles. Par une vive excitation, en effet, l'organe frappé de torpeur est susceptible de se congestionner, de s'enflammer même et de devenir le siège d'une complication trèspernicieuse qui n'existait point auparavant. z

Les stimulants les plus faibles qu'emploie M. Deval sont les alcoolats de romarin, de lavande, de métisse, le baume de Fioraventi avec ou sans addition de camphre, d'éther sulfurique, d'huile essentielle de girofle ou de menthe. Le malade en verse une cuillerée à café dans la paume de la main pour frictions sur le-front et les tempes, si les deux yeux sont affectés, sur le front et la tempe du côté compromis, si un seul organe est envahi puis les yeux ou FœH sont exposés à la vapeur du même remède. Si la lésion demande une impulsion plus énergique, on ajoute aux agents mentionnés, à la teinture alcoolique de noix vomique ou à toute autre, une certaine quantité d'ammoniaque, en général d'un demi-gramme à un gramme de cet alcali pour trente grammes de véhicule; à un degré plus avancé, la strychnine peut entrer dans la composition des mêmes méianges. La dose est généralement de dix à trente centigrammes de cet alcoloïde pour trente grammes d'excipient. On peut faire raser le sommet de la tête sur une étendue d'un pouce et demi à deux pouces, et faire frictionner deux ou trois fois par jour cette partie du cuir chevelu avec une liqueur spiritueuse.

Un degré plus avancé de stimulation consiste dans les vaporisations ammoniacales le ma)àde, à cet effet, promène plus ou moins souvent dans la journée l'œit ou les yeux au-dessus d'un flacon débouché d'ammoniaque, ou bien on fait un mélange d'ammoniaque et d'éther, de chaque deux à quatre grammes pour quinze grammes d'alcool à quarante degrés. On en verse quelques gouttes dans une œillère, et l'organe affecté est soumis à la vapeur qui s'en exhale.

M. Deval a recours encore à beaucoup 'd'autres stimulants directs que nous ne pouvons énumérer ici. Il fait aussi des frictions sur le front avec la pommade de strychnine; il promène des vésicatoires sur la région fronto-temporale, a recours à la pommade de Goudret, aux applications de strychnine; mais il blâme les moxas, conseillés par plusieurs praticiens. Il préconise aussi un moyen dont on fait peu usage de nos jours, les sternutatoires, qui, assure-t-il, lui ont assez fréquemment réussi. Le sucre suffit, chez quelques malades, pour procurer un effet sternutatoire. On peut se contenter parfois, surtout au début, de recommander au malade de placer sous l'orifice des fosses nasales le mélange stimulant et d'en humer seulement l'arome. M. Deval conseille la vératrine unie au sucre candi et à la poudre


Saint-Ange. Il emploie plus fréquemment un mélange de bétoine, d'asaret et d'ellébore blanc; ces dernières substances doivent seulement être réduites en poudre grossière. H peut encore être utile d'introduire entre les paupières un liquide irritant pour déterminer une inflammation de ces parties et modifier avantageusement l'état de la rétine. Enfin M. Deval a recours à l'électricité par un procédé qui lui est particulier, aux verres à lunettes et à une foule de moyens dont une longue pratique peut seule faire apprécier la valeur et l'opportunité.

Cette longue liste de médications variées contre l'amaurose sthénique et asthénique n'offre assurément rien de nouveau et qui ne se trouve dans tous les ouvrages sur la matière. L'auteur n'a point de secret a nous dévoi)er,età l'époque où nous vivons, en effet, il ne saurait y avoir de mystère dans la thérapeutique d'un praticien, quelle que soit sa renommée. Son secret, nous le pensons du moins, consiste à faire un choix convenable dans le riche arsenal qu'il fait passer sous nos yeux, à diriger convenablement ses armes et à s'en servir sans frapper dans le vide et sans les émousser. L'efEeacitë de nos meilleurs moyens de traitement dépend souvent de la manière dont on en fait usage, et c'est l'application qui distingue le médecin habile du praticien inexpérimenté. En lisant l'ouvrage que nous annonçons, on est facilement convaincu que son auteur est familiarisé par une longue pratique avec son sujet. Les conseils qu'il donne indiquent suffisamment te médecin habitué à formuler des prescriptions. Transcrivons pour exemple les préceptes indiqués dans le traitement de l'amaurose qui reconnaît pour cause une suppression de la menstruation

« Lors donc, dit l'auteur, que j'ai à traiter une amblyopie ou une amaurose de ce genre et que je connais l'époque où le flux périodique tend à s'accomplir, je me contente, dans le courant du mois, de conseiller l'aloès, les pédiluves, les affusions froides, l'exercice, etc., et je concentre tout l'appareil des expédients emménagogues dans les quatre ou cinq jours qui précèdent la période. Je fais prendre chaque jour alors des pilules où je fais entrer l'aloès, la sabine, la rue, le safran, le seigte ergoté, etc. Chaque jour aussi ou tous les deux jours, j'ordonne l'application de deux ou trois sangsues à la région interne et supérieure de chaque cuisse; je fais pratiquer sur la face interne des membres pelviens des frictions avec des mélanges stimulants; je n'oublie pas les fumigations d'armoise ou autres vers les parties génitales. Cette médication est réitérée tous tes mois à la même époque. Parfois encore, après avoir recommandé les remèdes qui viennent d'être mentionnés, sauf les sangsues, je ne fais poser celles-ci, mais au nombre de douze ou quinze, que lorsque le flux


n'a point apparu au temps prévu ou qu'il a été insuffisant. A-t-on perdu la trace de l'époque des règles, on choisit indistinctement dans le mois un laps de quatre ou cinq jours, et l'on se comporte alors comme il a été ci-dessus indiqué, et chaque mois suivant le même mode.

« Le moyen suivant, que je tiens d'un vieux praticien, a réussi plusieurs fois à ramener les règles on applique le soir deux sangsues à la face interne ou supérieure de chaque cuisse ou aux grandes lèvres. Le sang arrête, on dirige vers le vagin, à l'aide d'un clysoire, une fumigation provenant de l'eau bouillante ou d'une infusion aromatique. Dix minutes ou un quart d'heure après, on cesse la fumigation; on applique sur chaque aine un emplâtre de poix de Bourgogne et un cataplasme chaud sur les parties génitales. La matade'se couche dans un lit bien bassiné, et on lui administre une infusion de safran ou de tilleul ou toute autre boisson diaphorétique.

On ne peut nier que ce ne soit là le langage d'un praticien qui sait que la véritable thérapeutique consiste bien plus encore dans les soins minutieux avec lesquels on exécute une prescription que dans la prescription elle-même.

Bornons ici le compte rendu de cet ouvrage, sur lequel nous ne nous sommes si longtemps arrêté que parce qu'il nous a semblé que son auteur était animé du même esprit qui préside à la rédaction de ce journal, et qu'il a voulu nous donner dans son livre peu de théorie, beaucoup de pratique, des faits bien observés.

ART. 4439.

VARIËTËS.

On lit dans l'{7)tt0)t de la ~at'~M

La mort vient de frapper un des hommes de bien de notre département, M. Pierre Dagron, médecin et maire de Saint-Cosme le Vair. Un nombreux cortége dans lequel on remarquait des individus de tout sexe, de tout rang, de toute classe, de tout état, et en tête duquel marchait le conseil municipal en entier et un peloton de la garde nationale de Saint-Cosme, avec son digne chef de bataillon, M. Fleury, a accompagné à sa dernière demeure le magistrat intègre enlevé avant t'age à ses administrés. Le triste recueillement de cette foule qui suivait le cercueil disait assez combien était profondément sentie la perte de l'homme excellent, aux mœurs si douces, au caractère si affable, qui avait su se concilier l'estime et l'affection générales. M. Noël, médecin à MaroHes-les-Brauts, a rendu un dernier hommage d'amitié à son ancien condisciple, en prononçant sur sa tombe quelques paroles touchantes que l'espace nous empêche de reproduire. Mais nous ne saurions mieux retracer la vie simple de l'homme aussi modeste qu'éclairé pleuré par tous les habitants de.sa commune


et des communes voisines, qu'en publiant, d'après les souvenirs d'un des assistants, l'improvisation suivante de M. Fleury

Sur la tombe de notre bon docteur, il n'est pas besoin d'une voix éloquente pour dire combien it était aimé, combien il est regretté. Ce nombreux çortége d'amis, cette affluence de pauvres proclament assez haut tous les regrets qu'emporte l'homme de bien que la mort vient de nous enlever.

Médecin à vingt-cinq ans, il a toujours exercé au milieu de nous sa noble et pénible profession avec un dévouement et un désintéressement qui lui ont acquis des titres à la reconnaissance de tous ceux qui l'ont connu.

« Comme maire de cette commune, sa mort laissera un vide immense. D'un caractère facile; d'une âme loyale et droite comme ta probité même, étranger à toute coterie, à tout esprit de parti, jamais son cœur n'eut de fiel pour personne. Pénétré vivement de l'importance des devoirs d'un magistrat, il essaya constamment, et souvent avec succès, d'apaiser ces divisions de communes, trop fréquentes, hélas! dans le temps où nous vivons. Il possédait au suprême degré cet esprit de conciliation qui est la plus précieuse qualité, la vertu la plus recherchée chez un citoyen revêtu des fonctions publiques. Adieu, notre bon docteur, quand on a vécu comme vous, on doit avoir vu approcher sans crainte le moment suprême la mort ne doit apparaître que sous la forme d'une vision céleste, venant réclamer l'âme de l'élu du ciel pour la conduire dans l'éternité.

< Adieu, ami dévoué, adieu, noble cœur; nous vous laissons dans cette tombe près de l'excellente femme qui fut votre compagne sur cette terre, et dont le Dieu de bonté et de justice, pour récompenser vos deux existences si bien remplies, a déjà sans doute uni l'âme à la vôtre dans un éternel embrassement.

'< Adieu pour la dernière fois!

On écrit de Lyon

Le corps médical lyonnais vient de perdre MM. Frédéric Montain ainé et Fleury Imbert.

M. Montain était lauréat de la Société de médecine de Bordeaux, pour un mémoire sur les émissions sanguines, qui lui avait valu une médaille. Nous avons entendu citer un ouvrage sur l'apoplexie, qu'il avait composé conjointement avec son frère. Il était encore auteur du Guide des mères, dédié à la reine Hortense, dont il fut le médecin pendant environ dix ans.

M. Montain aine avait quitté Lyon à la suite d'une affaire politique qui devint l'occasion d'un beau trait de dévouement fraternel, dont notre ville a conservé la mémoire. Sur la fin de sa vie il avait fait plusieurs campagnes en Algérie, en qualité de médecin attaché à l'état-major de l'armée. 11 vient de mourir à Paris à l'âge de soixanteonze ans. M. Frédéric Montain avait été médecin de l'Hôtel-Dieu en 1812, en même temps que le docteur Lusterbourg, qui l'a précédé de peu de temps dans la tombe.

M. Imbert, médecin de l'Hôtel-Dieu, ancien chirurgien en chef de la Charité, professeur à l'Ëcoie préparatoire de médecine, membre de t'Académiedes sciences, arts et belles-lettres, etc., est mort à Lyon le 25 décembre dernier à l'âge de cinquante-cinq ans.


P Nous regrettons que )e défaut d'espace nous empêche de reproduire les belles et dignes paroles prononcées sur sa tombe par M. de Polinière au nom de l'Académie, par M. Candy au nom de la Société de médecine, par M. Roy au nom des médecins de l'Hôtel-Dieu, et par les docteurs Chapot, Baranjard et Duchéne.

On lit dans le Journal des Débats:

Le ministre des affaires étrangères et le ministre de l'agriculture et du commerce ont clos hier les séances de la conférence sanitaire internationale. Cette conférence, composée de deux délégués de douze nations différentes, était appelée à traiter des questions qui intéressent à la fois la santé publique, te commerce ét la navigation. 'Après six mois d'un travail assidu, elle est parvenue à résoudre le problème difficile qui lui avait été posé. Grâce à l'activité que ses membres ont montrée, grâce à leurs lumières, la santé publique en Europe, tout en étant sauvegardée avec toute prudence contre l'invasion des maladies contagieuses, pourra désormais se montrer moins rigide dans l'appareil de ses précautions, moins rigoureuse dans le détail de ses mesures quarantenaires.

Le ministre des affaires étrangères a loué les délégués d'une grande partie de l'Europe et des efforts qu'ils avaient faits dans un but commun, et des concessions qu'ils s'étaient accordées dans ('intérêt général, et de l'entente si satisfaisante qui vient de couronner leur oeuvre. 'Après avoir rapporté à MM. Baroche et Buffet l'honneur, en inaugurant les travaux de cette conférence, de lui avoir indiqué par quel esprit de conciliation elle pourrait arriver à son but, de l'avoir, les premiers, encouragée dans sa tâche et d'avoir présagé son succès, le ministre s'est félicité de pouvoir aujourd'hui annoncer à l'Europe que le progrès qué la France avait conçu à ce sujet était désormais réalisé. En effet, si le ministre, ainsi qu'il en a donné l'espérance à chacun des délégués, parvient à faire accepter par leurs nations méditerranéennes ces projets de règlement et de convention sanitaire, ce sera un bienfait immédiat pour le commerce et la navigation, et un germe futur de bonne entente internationale et de paix européenne. Après le ministre des affaires étrangères, le ministre de l'agriculture et du commerce a donné aussi en quelques mots )a preuve de sa sollicitude pour l'œuvre de la conférence, et des efforts qu'il avait faits individuellement afin qu'elle pût aboutir à son résultat actuel. Avant la clôture dénnitive de )a conférence, le ministre des affaires étrangères a appris aux délégués que le prince président de la République, qui avait suivi avec intérêt les travaux de ia conférence et qui avait tout espoir dans leur bon résultat, n'avait pas voulu les laisser quitter la capitale de la France sans leur donner une preuve de son estime particulière en les nommant membres de l'ordre de la Légion d'honneur.

La conférence, par l'organe de son président, M. C. E. David, a exprimé toute sa reconnaissance au prince président de la République, aux ministres des affaires étrangères et du commerce, et elle s'est séparée en laissant, comme actes qu'elle a produits, une convention et un règlement sanitaires qui établissent, autant que possible, l'uniformité dans les quarantaines aussi bien que dans tes droits et dans les administrations sanitaires de la Méditerranée.


Le tribunal correctionnel de Strasbourg vient de se prononcer sur une grave question de responsabilité médicale. Un dentiste de cette ville ayant soumis une dame aux inhalations de chloroforme pour lui arracher plusieurs dents cariées, a eu la douleur de voir sa malade succomber, bien qu'une dose infiniment petite de chloroforme eût été aspirée. Il a été traduit devant les tribunaux correclionnels et les juges, avant de se prononcer, ont voulu s'entourer de toutes les lumières que la science pouvait mettre à leur disposition. Plusieurs professeurs de la Faculté ont été appelés à donner leur avis, et il en est résulté une discussion approfondie de la question, discussion du plus haut intérêt pour les praticiens. Nous croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs une partie de ces débats que nous trouvons rapportés dans la Go~et<e médicale de Strasbourg. MM. les professeurs Tourdes, Rigaud et Caillot chargés par l'autorité de faire un rapport sur les causes de la mort de la dame Simon. ne se sont pas bornés à faire l'autopsie du corps, ils ont recherché par l'analyse le chloroforme qui pouvait se trouver dans le sang, et ont eu enfin à répondre à de nombreuses questions qui leur avaient été posées par l'autorité. Les parties de ce rapport que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs sulBront pour faire connaître les faits de la cause.

M"" Simon, âgée de trente-six ans, mère de trois enfants, d'une forte constitution, d'un tempérament nervoso-sanguin, était en général d'une bonne santé; elle souffrait seulement de douleurs dentaires presque habituelles, provenant de la carie de plusieurs dents. H y a quelques années, on lui avait extrait quatre dents molaires, et cette opération avait été l'occasion d'une vive exaltation morale. Depuis cette époque, Mm' Simon se préoccupait sans cesse de? conséquences que pouvaient entraîner les caries dentaires dont elle était atteinte. Les douleurs se renouvelant, elle redoutait une maladie des os maxillaires elle pensait qu'une nouvelle extraction de dents était nécessaire pour la garantir de ce danger, et en même temps elle craignait au plus haut point les douleurs de l'opération. Cette double préoccupation fut portée à un tel degré dans ces derniers temps que sa santé générale en reçut une atteinte notable; elle perdit l'appétit et le sommeil, elle maigrit de manière à donner des inquiétudes à sa famille. Elle prit enfin la résolution de se soumettre à l'extraction des dents gâtées, et elle exigea comme condition expresse que l'on fit usage des inhalations de chloroforme. Le matin même du jour où l'opération devait être pratiquée, elle était en proie à l'agitation la plus vive, et, tout en demandant l'opération, elle témoignait des pressentiments sinistres. L'opération fut pratiquée par un officier de santé, en présence du mari et d'une servante. La malade fut assise sur une chaise. On allait commencer l'opération quand elle se leva éperdue et parcourut la chambre en proférant des paroles incohérentes.

On parvint à la calmer; elle déclara elle-même qu'elle était décidée à l'opération, et elle se replaça sur la chaise. Une petite quantité de chloroforme est versée sur un mouchoir qu'on approche des narines et des lèvres. La malade annonce presque aussitôt qu'elle ressent les effets du chloroforme; on pratique rapidement l'extraction des trois


dents. Pendant cette opération, qui ne dure qu'un instant et qui se fait avec la ptus grande,promptitude, le mari est frappé de l'altération des traits de sa femme; la face devient cadavéreuse. » Elle est morte! dit-il. Et elle avait effectivement cessé de vivre. Tous les soins qu'on lui prodigue restent inutiles. La quantité de chloroforme employée avait été très-faible; on nous a représenté l'ordonnance de l'oflicier de santé, portant dix grammes de chloroforme que l'on avait été chercher dans une pharmacie voisine; le vase en renferme encore six grammes soixante-quinze centigrammes, ce qui réduit à trois grammes vingt-cinq centigrammes la quantité de chloroforme employée.

Après l'exposé des faits, les experts rendent compte de l'autopsie qui n'a offert que des lésions habituellement observées dans ce genre de mort. Ils ont constaté la présence du chloroforme dans le sang et dans les organes, et enfin ils ont reconnu que le chloroforme employé était parfaitement pur. Passant à un autre ordre de faits, ils ont répondu dans ces termes aux questions qui leur étaient posées par l'autorité.

Première question. Y a-t-il des règles particulières a observer pour administrer le chloroforme à un malade?

L'application'du chloroforme comme moyen anesthésique est une découverte récente; la science ne s'est pas encore prononcée d'une manière définitive sur tes différentes conditions qui doivent en régter l'emploi, sur le mode d'action de cette substance, ainsi que sur l'énergie relative de ses effets. Aucun traité dogmatique ne résume d'une manière positive les règles qui doivent présider à t'apptication du chloroforme. Mais l'expérience d'hommes compétents est aujourd'hui connue par des publications nombreuses, et il existe un certain nombre de points sur lesquels les praticiens sont tombés d'accord, et que l'on peut considérer comme des règles généralement acceptées, sauf les modifications qu'elles subissent dans les cas spéciaux. Deuxième question. Quelles sont ces règles de l'art consacrées par l'expérience déjà acquise?

Ces règles sont relatives aux indications, aux contre-indications, au choix du chloroforme, au manuel opératoire, aux soins consécutifs..

Les indications sont une opération chirurgicale d'une certaine gravité devant entraîner beaucoup de douleur, ou bien une maladie particulière que l'on suppose pouvoir être avantageusement modifiée par l'action du chloroforme.

En général, la prudence commande de ne pas employer un moyen aussi actif pour une opération légère; mais la gravité même d'une opération résulte d'éléments complexes; elle dépend du manuel opératoire et des dispositions mêmes du sujet.

En général, pour les simples extractions de dents, il vaut mieux s'abstenir de l'emploi du chloroforme, mais cette règle est elle-même subordonnée à deux conditions à l'état du malade qui peut se trouver dans l'impossibilité de supporter sans inconvénient une trop vive douleur, et à la nature même de l'opération; il est évident que si plusieurs dents doivent être extraites à la fois d'un maxillaire déjà malade, on pourra recourir très-légitimement à l'emploi du chloroforme.


Les contre-indications dépendent de maladies antérieures ou de dispositions individuelles. Cette détermination rentre dans la septième question qui nous est adressée. Nous constaterons seulement ici que s'il existe des contre-indications évidentes, il en est quelques-unes qui ne peuvent être reconnues a priori.

Le choix du chloroforme est déterminé par certaines conditions physiques et chimiques relatives à sa pureté. Des principes étrangers mélangés à cette substance peuvent en rendre les effets plus pénibles et plus dangereux~

Les règles qui concernent le manuel opératoire se rapportent à l'attitude du malade, à la quantité du chloroforme, au mode d'application, à la durée de l'inhalation, à l'observation du malade pendant l'opération, aux signes qui annoncent l'action plus ou moins rapide et plus ou moins complète du chloroforme, au choix des aides. La plupart de ces questions sont posées dans les paragraphes qui suivent. Nous insisterons ici seulement sur la nécessité d'appliquer avec prudence le chloroforme au début de l'opération, l'observation ayant constaté que la mort a eu lieu le plus souvent dans les premiers moments de l'inhalation.

Nous rappellerons encore que la prudence commande de surveiller sans cesse l'état du malade pendant l'inhalation, d'examiner l'état du pouls, l'état de la respiration, l'expression faciale, la situation du globe de l'œi), la résolution des membres, tous les signes qui peuvent servir à mesurer le degré d'action'du chloroforme et l'imminence du danger. Nous devons cependant constater que dans quelques faits malheureux ces précautions paraîtraient avoir été prises, sans qu'on ait pu éviter un résultat fatal.

Les soins consécutifs à donner au malade seront examinés à l'occasion de la douzième question.

Troisième question. Quelle doit être la position du corps de l'opéré lorsque le chloroforme lui est administré?

En général, on doit recommander la position horizontale; mais il est des cas particuliers, tels que certaines opérations sur la face et sur la bouche, et notamment les extractions de dents, dans lesquelles on ne peut éviter de donner au malade une position verticale. Quatrième question. A quelle distance du nez et de la bouche le chloroforme doit-il être approché pour produire ses effets sans danger? L'application doit être faite de telle sorte que le passage de l'air ne soit pas intercepté.

Cinquième question. Y a-t-il danger à l'appliquer immédiatement sur les organes extérieurs de la respiration ? 1

Cette question est résolue conformément au même principe que la précédente. On peut appliquer immédiatement le mouchoir ou la compresse qui renferme le chloroforme sur le nez et sur les narines, en ayant soin de ne pas fermer d'une manière complète l'entrée des voies respiratoires et en laissant toujours à l'air un passage suffisant. On évite en général l'application tout à fait immédiate par la forme que l'on donne au linge arrosé de chloroforme.

Sixième question. Dans quelle proportion cette substance peutelle être administrée? 1

La dose de chloroforme nécessaire pour annihiler la sensibilité ne


peut être déterminée d'une manière absolue; elle varie snivant la nature du sujet et suivant le procédé opératoire. ![ est évident qu'une grande partie du chloroforme est presque toujours perdue dans chaque opération; cette substance s'évapore ou pénètre dans les linges que l'on emploie. La quantité de chloroforme employée varie encore suivant la durée de l'inhalation et le temps pendant lequel on veut conserver le malade insensible. Il est impossible de déterminer avec précision la quantité de chloroforme que le malade inspire et celle qui se perd. On verse ordinairement en une fois trois ou quatre grammes de chloroforme sur le linge, et pendant la durée de l'opération nous avons souvent employé vingt à trente grammes de chloroforme et même davantage. La question importante se trouve non dans la dose que l'on verse sur le linge, mais dans la manière d'administrer le chloroforme; il faut surtout l'appliquer avec prudence, avec précaution, graduellement, permettre l'entrée de l'air dans les voies respiratoires, cesser l'inhalation dès que les phénomènes d'anesthésie se sont produits, et surveiller avec le plus grand soin le malade pendant toute la durée de l'opération.

Septième question. L'âge, le tempérament, le sexe du sujet sont-ils à considérer dans la chloroformisation pour modifier d'une manière ou d'une autre l'administration du chloroforme? On a administré le chloroforme sans danger à des individus de tout âge, de tout sexe et de tout tempérament. Il faut de plus grandes précautions chez les enfants, qui ressentent très-rapidement les effets du chloroforme; cette substance agit aussi avec plus de facilité sur les personnes d'un tempérament nerveux. Ces conditions doivent être prises en considération dans l'emploi du chloroforme; elles conduisent à en diminuer la dose, à restreindre la durée de l'inhalation et à redoubler de surveillance.

Iluitième question. L'époque des menstrues chez la femme estelle un obstacle à ce qu'elle soit chloroformisée?

En général, on doit s'abstenir à cette époque, à moins d'urgence, de toute opération chirurgicale, et par conséquent aussi de l'application du chloroforme.

L'irritabilité nerveuse des femmes se trouvant augmentée sous l'influence de cette fonction, il est vraisemblable qu'elles ressentiront avec plus d'énergie l'action du chloroforme, mais on ne peut voir dans cette circonstance la cause d'un résultat fatal.

Neuvième question. Une personne dont l'imagination est vivement frappée, dont le système nerveux est violemment surexcité, chez laquelle cette surexcitation et de vives appréhensions se manifestent d'une manière' non équivoque par des paroles presque délirantes et par des mouvements du corps involontaires, tels que des soubresauts peut-elle être ehloroformisée sans danger au moment même?

En général, dans des circonstances de ce genre, la prudence commande de calmer d'abord l'exaltation du malade et d'attendre le retour de l'état normal de l'intelligence et la cessation de l'excitation nerveuse, avant de recourir à l'emploi du chloroforme. Nous devons cependant faire remarquer qu'au moment de subir une opération chirurgicale, beaucoup de malades, les plus nerveux et les plus pu'-


sillanimes, ceux qui réc!ament surtout l'emploi du ciuoroforme, sont dans des conditions inévitables d'excitation et d'inquiétude, qui n'empêchent pas de passer outre et de les chlornformiser sans danger. Quelquefois même des malades, qui consentaient d'abord à l'application du chloroforme, résistent ensuite, et c'est malgré leur résistance qu'on les jette dans t'anesthésie. On a d'ailleurs fait usage du chloroforme sans inconvénients dans diverses névroses, dans le tétanos, dans l'aliénation mentale, notamment pour calmer des attaques de manie furieuse.

Dixième question. Spécialement une femme dans ce cas est-elle à ménager plus qu'un homme

Les femmes peuvent ressentir plus vivement que les hommes l'action du chloroforme par suite de la prédominance chez elles du tempérament nerveux et de l'existence d'une affection hystérique. Les mêmes règles de prudence sont d'ailleurs applicables aux deux sexes. Citerne question. Est-il du devoir de l'opérateur de résister à la volonté du malade qui demande à subir une opération avec le secours du chloroforme), lorsque l'état nerveux de ce malade ou toute autre circonstance, dont il est le seul appréciateur, devrait dans sa pensée faire ajourner l'opération?

U est de toute évidence que le médecin est le seul juge de la convenance d'une opération et de l'application du chloroforme. Sa règle de conduite est basée sur les indications et sur les contre-indications la volonté du malade ne peut être considérée que comme une circonstance favorable qui rend les chances de l'opération d'autant meilleures qu'it s'y soumet avec plus de confiance; cette bonne volonté rend aussi plus facile le mode d'application du chloroforme. Douzième question. -En cas d'opération chirurgicale, le chirurgien manque-t-il à la prudence s'il ne se fait pas assister, pendant l'opératiou, d'un homme de l'art qui puisse concourir à atténuer les effets fâcheux de l'opération, en cas de besoin?

La prudence exige que le médecin ne procède pas seul à l'application du chloroforme comme moyen anesthésique il est nécessaire qu'il se fasse assister d'un homme de l'art compétent, ou au moins d'un aide intelligent et exercé qui puisse concourir, avec lui, à diriger et à surveiller l'inhalation, et lui prêter secours dans le cas d'accidents. L'urgence peut évidemment entraîner des exceptions à cette règle.

Treizième question. Le chloroforme ne peut-il et ne devrait-il pas, en raison des dangers que peut offrir son emploi, n'être administré que sous la surveillance et avec le concours d'un docteur en médecine?

L'application du chloroforme entrainant du danger et exigeant des connaissances médicales étendues et des précautions minutieuses, il serait à désirer qu'elle fût exclusivement réservée aux docteurs en médecine. Peut-on considérer l'application du chloroforme comme une grande opération chirurgicale interdite aux officiers de santé? Cette interprétation sera examinée à l'occasion de la quinzième et dernière question.

Quatorzième question. La prudence la plus ordinaire n'exiget-elle pas que t'homme de l'art qui administre !e chloroforme s'entoure


d'avancé de tout ce qui pourra lui devenir nécessaire, pour le trouver sous sa main, dans le cas où il deviendrait urgent d'en combattre les effets?

Un chirurgien doit préparer à l'avance tous les objets qui lui sont nécessaires pendant une opération, ou qui pourront lui être utiles pour remédier aux accidents consécutifs. En ce qui concerne l'application du chloroforme, les principaux moyens de traitement sont la position horizontale, l'abaissement de la langue, l'insufllalion pulmonaire, l'inhalation de l'ammoniaque, les affusions froides, l'application des substances irritantes sur la peau et sur les muqueuses. La science ajoute tous les jours de nouvelles ressources à celles dont elle dispose déjà, mais nous ne croyons pas qu'il soit possible d'incriminer la conduite d'un médecin pour l'omission de l'un ou de l'autre de ces moyens, ou pour avoir donné la préférence à l'un d'eux. Nous ne pouvons également considérer comme une circonstance annonçant l'imprudence ce fait, qu'à l'avance le médecin ne s'est pas muni d'ammoniaque.

(hftmjnewe guMtton. Une opération chirurgicale n'est-elte point à considérer comme une grande opération, dès que la douleur qu'elle entraîne fait recourir à l'emploi du chloroforme? L'application du chloroforme peut-elle être considérée comme une grande opération chirurgicale? a

La loi du 19 ventôse an x< interdit aux officiers de santé toute grande opération chirurgicale hors de la présence d'un docteur en médecine elle ne pose, au contraire, aucune limite à la pratique médicale, même dans les cas les plus difiiciles elle n'interdit pas, et par conséquent elle autorise l'administration des médicaments les plus actifs. On ne peut assimiler l'application du chloroforme, comme moyen anesthésique, à une grande opération chirurgicale le manuel opératoire que cette opération nécessite ne suftit point pour autoriser cette assimilation; ce manuel est d'une exécution facile il exige plutôt de la prudence et des connaissances médicales que de l'habileté chirurgicale. L'application du chloroforme nous parait devoir être plutôt assimilée à l'administration de toute autre substance d'une grande énergie, dont l'emploi n'est pas interdit aux olliciers de santé, quelle que soit la voie par laquelle le médicament pénètre dans l'organisme.

Nous croyons donc que, dans le sens rigoureux de la loi, l'application du chloroforme ne peut être considérée comme une grande opération chirurgicale interdite aux ofEciers de santé, mais la loi n'a pu prévoir les progrès de la science en ce qui concerne l'emploi des moyens anesthésiques,et, dans l'intérêt de l'humanité, nous devons émettre le vœu que l'application d'agents aussi redoutables soit réservée aux docteurs en médecine, aux hommes de l'art qui donnent, par leur éducation médicale complète, les garanties les plus sérieuses a la société.

37. le président. M. Sédiitot pense-t-il nécessaire de demander une remise pour se donner le temps de rédiger un rapport, ou de donner une réponse verbale plus longuement méditée, ou se croit-il éclairé par les dépositions des témoins et les rapports des premiers experts, pour donner immédiatement son opinion ?


Jtf. Sédillot. Mon opinion est parfaitement arrêtée, et je suis prêt à l'exposer immédiatement.

~f. le président. Dans ce cas, le tribunal vous écoute, et je vous prie de répondre à ces deux questions

1° La malade a-t-elle succombé à l'action du chloroforme P 2° Faut-il accuser de ce résultat l'imprudence et l'impéritie de ['opérateur?

Jtf. Sédillot. Oui, dans mon opinion, la chloroformisation été la cause de la mort, mais je ne pense pas que M. Kobeit soit coupable d'imprudence ni d'impéritie, parce que cet ofBeier de santé a suivi une pratique très-habituellement employée et même recommandée par des médecins considérables, dont l'exemple et l'autorité devaient suiEre à lui inspirer une sécurité suffisante et le mettent à l'abri de tout reproche.

Je demande cependant la permission d'entrer dans quelques détails, pour rassurer l'opinion publique et montrer que la science n'est pas restée impuissante devant les dangers révélés par l'emploi du chloroforme, et qu'elle a découvert les moyens de les conjurer. Tous les jours on remplace les procédés de l'art par d'autres procédés plus efficaces et moins périlleux. Telle est la voie du progrès, et ce sont les accidents survenus qui activent les recherches et conduisent à des résultats plus heureux. L'emploi du chloroforme ne pouvait échapper à cette loi de perfectionnement, et la grande voix de l'expérience proclame chaque jour de nouvelles précautions à prendre et de nouvelles ressources à appliquer. M. Kobelt a suivi un procédé que l'on croyait bon et qui avait réussi plusieurs centaines de fois. M. Kobelt n'est donc pas coupable; mais il est important de prouver que le mode de chloroformisation auquel il a eu recours est vicieux, et qu'il faut l'abandonner si l'on veut se mettre à l'abri de malheurs semblables à celui qu'il a eu à déplorer.

Deux méthodes distinctes se partagent l'emploi du chloroforme. L'une exige peu de temps et une très-petite quantité de l'agent anesthésique. H sufSt, pour produire l'insensibilité, de rendre les inhalations concentrées. Le malade respire peu d'air atmosphérique, et si l'on continue l'action du chloroforme sans tenir compte de la gêne respiratoire et de l'agitation des mouvements, un ronflement caractéristique se fait bientôt entendre et indique que la sensibilité et la conscience ont disparu.

Ce sont là, sans doute, de grands avantages, mais ils sont compensés par d'inévitables dangers. Quelques personnes plus irritables et plus susceptibles sont frappées d'asphyxie ou de syncope et succombent, dans le cas particulièrement où on les chloroformise assises. Ces exemples de terminaisons funestes sont très-rares et véritablement exceptionnels, mais ils ont inspiré une terreur légitime à quelques-uns de nos confrères qui, n'en connaissant pas la cause, n'ont plus osé chloroformiser leurs malades. Je serais de leur avis, si on ne possédait pas les moyens d'éviter de si regrettables accidents. Mais ces moyens existent et constituent la seconde méthode de chloroformisation dont nous dirons quelques mots.

Dans cette méthode,on commence par faire inspirer te chloroforme mêlé à une très-forte proportion d'air atmosphérique; on maintient


la régularité, la normalité de la respiration; on n'augmente que lentement et peu à peu là concentration des inhalations, et on les suspend à la moindre imminence d'accidents.

L'insensibilité est huit ou dix minutes à se produire, et on consomme de douze à vingt grammes de chloroforme; it y a perte de temps et perte de l'agent anesthésique, mais ces inconvénients sont compensés par l'absence du danger.

Avec cette méthode, on peut continuer les opérations les plus délicates pendant une heure, sans que les malades en aient conscience; on consomme cent grammes et plus de chloroforme, si on le juge nécessaire, et l'on n'a pas de mort à déplorer.

La question est donc tranchée c'est à cette méthode qu'il faut recourir, et nous le faisons en toute confiance, puisque dans notre opinion le chloroforme pur et bien employé ne tue jamais. Une objection s'est néanmoins présentée. On a dit M. Kobelt s'est conformé à ces règles et n'en a pas moins perdu sa malade. Nous démontrerons facilement, je crois, le peu de fondement de cette assertion.

Un des témoins a rapporté, il est vrai, que le mouchoir sur lequel on avait versé le chloroforme avait toujours été tenu à trois ou quatre travers de doigt de distance de la dame Simon. Je n'accuse pas le sentiment consciencieux de ce témoignage, mais je n'hésite pas à afurmer qu'il manque d'exactitude, et doit être attribué à une confusion de souvenirs, bien naturelle au milieu des émotions d'un tel événement. Il est impossible d'anesthésier complétement les malades avec trois grammes soixante quinze centigrammes de chloroforme versés sur un mouchoir que l'on tient écarté de la figure. U a donc fallu que M. Kobelt ait agi autrement, ou qu'il se soit trouvé en présence de conditions tout à fait exceptionnelles. Or, cette dernière hypothèse n'est pas soutenable.

M. K6be)t avait demandé dix grammes de chloroforme. Il en a consommé près de quatre grammes, a chloroformisé lui-même la malade, l'a opérée dès l'apparition de la sensibi)ité.

Jusqu'à ce moment, les conditions de l'anesthésie avaient donc été semblables à celles dont il était journellement témoin. Autrement, il eût été frappé par la différence des phénomènes, et au lieu d'opérer, il se fut occupé de remédier à'l'imminence des accidents. Si l'insensibilité est survenue très-promptement chez M" Simon, malgré la très-petite quantité de chloroforme employée, sans étonner ni surprendre M. Kobelt, c'est qu'il était habitué à ces résuitats, et comme il est impossible de les obtenir en ch)oroformisant les malades à distance, nous sommes en droit d'affirmer que le mouchoir a été directement porté sous le nez de la malade, et que les inhalations ont été brusques et concentrées.

La confiance de M. Kobelt était si grande, qu'il n'a pas ajouté foi aux craintes exprimées par M. Simon, et qu'il a cru au retour prochain de la sensibilité.

H est donc évident par la rapidité de l'anesthésie, la petite dose de chloroforme employée, et ta confiance de M. Kobelt, que l'on a mis en usage la première méthode, dont le danger nous parait incontestable. Nous résumons ces considérations en disant s


Il est regrettable que le chloroforme n'ait pas été mieux administré.

2° M. Kobelt a employé un procédé vicieux qui est généralement en usage, et qu'il pouvait se croire autorisé à pratiquer, d'après les résultats heureux de sa propre expérience et l'autorité des hommes de l'art qui y ont encore recours.

3° M. Kohelt n'est pas coupable, puisqu'il a imité la conduite et partagé l'opinion d'hommes haut p)acés dans notre profession; mais cette conduite et cette opinion constituent une méthode erronée et dangereuse qu'une connaissance plus approfondie des phénomènes anesthésiques fera nécessairement abandonner.

4° Ce n'est pas le chloroforme qu'il faut accuser de la mort de M"' Simon, mais le mode vicieux d'inhalation dont on s'est servi. A la suite de cette déposition, M. le procureur de la République déclare abandonner l'accusation à t'égard de M. Kobelt, et, après une courte délibération, M. le président prononce le jugement suivant Attendu que l'emploi du chloroforme n'est pas une des opérations chirurgicales qui soient interdites aux officiers de santé, qui, en général, toutefois, quoiqu'il n'y ait point encore de règle à cet égard, doivent regarder comme un devoir de ne t'administrer qu'après avoir pris l'avis et appelé le concours d'un docteur;

< Attendu qu'il résulte des débats et des explications fournies par un homme de l'art dont l'opinion doit faire autorité, que si, au point de vue scientifique, le mode de procéder employé par Kobeit peut être critiqué, au point de vue pratique, il n'a pas commis de faute; Le tribunal renvoie Jean-Chrétien Kobelt des fins de la prévention. P

La Société de médecine de Nimes a, dans sa séance du 8octobre, entendu le rapport de la commission chargée de lui rendre compte des Mémoires qui lui avaient été adressés sur la question mise au concours pour l'année 185), et ainsi conçue f Que! rapport existe-t-il entre le développement des fièvres intermittentes et l'hypertrophie de la rate 2° l'affection générale précëde-t-eiie la maladie locale, ou n'en est-elle qu'une manifestation? c

Le prix consistait dans une médaille d'or de tOO fr. Un seul Mémoire lui a paru mériter son attention et elle a décerné à l'auteur, M. Louis Jourdan ex-chef interne des hospices, docteur-médecin à Aix (Bouches-du-Rhône), une mention honorable et le titre de membre correspondant, en lui exprimant le regret que son travail consciencieux, et basé sur l'observation sévère des faits, n'eût pas entièrement répondu à ses intentions.

Elle propose pour l'année 1852 la question suivante 1° J~e tartre ïttMe et t'tpccacMM/tŒ employés à haute dose dans le tfOt'tement des maladies de poitrine ont-ils le même mode d'action the'ropeutt'gMe;' i' 2° S'il n'en est pas ainsi, préciser les cas qui réclament l'une ou l'autre de ces médications? i'

Le prix consiste en une médaille d'or de 200 fr. Les Mémoires devront porter en tête une épigraphe qui sera répétée sur un billet cacheté, contenant l° le nom et )e domicite de fauteur 2° être adressés, franco, avant le 15 décembre 1852, terme de rigueur, à la Société de médecine de Nimes, hôtel de ville.


AttT.4440.

~ecoMc~cMeK<; application /brce~M. CA/oyo/M'M/Mtion, méthode de ~f..Se</<7/c'7''<e~ye~ intermittentes; sel marin.

Nous avons toujours été frappé, en suivant les leçons cliniques de nos maîtres, des modifications que l'âge apporte dans leur pratique et dans leurs opinions. Tel d'entre eux qui, jadis passionne pour la chirurgie militante, avait sans cesse recours au fer et au feu et dont les salles offraient quelque ressemblance avec un champ de bataille voit en vieillissant s'anitibtir peu à peu sa confiance dans ces moyens extrêmes, et finit par se reposer sur la nature du soin d'obtenir des guérisons qu'autrefois il s'empressait de demander à la médecine opératoire. II n'est pas un médecin qui, revoyant après quetques années d'absence les bancs sur lesquels il s'était assis, n'ait, fait la même remarque, et nous pourrions même ajouter que le refroidissement du professeur pour les grandes opérations est d'autant plus prononcé, qu'il avait eu dans sa jeunesse une confiance plus inimitée dans les arsenaux de la chirurgie. Les jeunes gens dont l'impatience ne saurait approuver cette sage réserve, trouvent que t'âge a fait bai-ser les facuttés de leur maitre, et t'abandonnent pour atter sur un autre théâtre où les solutions sont plus rapides et plus sûres. C'est ainsi que les leçons de l'expérience sont négligées et que se propagent des principes, dont l'exagération n'est démontrée que par le temps et de cruelles déceptions.

L'âge, c'est-à-dire l'expérience, apprend à ne se servir qu'avec circonspectiôn d'une arme dangereuse; ainsi le forceps, cet admirable instrument qui, manié à propos et avec adresse, produit chaque jour de si heureux résultats, devient aussi bien souvent la cause des plus déplorables déceptions. Plus les accoucheurs acquièrent d'expérience, plus ils en reconnaissent les inconvénients et plus rarement ils ont recours à son emploi. 11 n'y a que tes jeunes accoucheurs ou les chirurgiens ne se livrant pas d'une manière exclusive à la pratique des accouchements, qui regardent son application comme une opération légère et fréquemment indiquée. Ainsi, dans une des dernières séances de l'Académie de Médecine, nous avons entendu deux chirurgiens distingués, MM. Matgaigne et Gerdy, reprocher aux accoucheurs de ne pas faire assez fréquemment usage du forceps. Ils attribuaient à la longueur du travail la plu')'OME XX))!. N* DE MARS 1852. 3


part des accidents qui surviennent chez les femmes en couche, et l'un d'eux, M. Malgaigne, a été jusqu'à prétendre que ce retard dans la terminaison de l'accouchement, était une des causes des métro-péritonites si souvent observées à la Clinique et à la Maternité. MM. Moreau et Paul Dubois ont vivement repoussé ce reproche et, disonsle sans détour, ils n'ont pas eu de peine à se laver d'une accusation si peu fondée. Ils étaient l'un et l'autre comme ces vieux praticiens dont nous partions tout à l'heure, qui ont plus de confiance dans les ressources de la nature que dans les secours de l'art, appuyés sur la force et la violence. Ils sont, eux aussi, ennemis des grands moyens; et tout en sachant y recourir lorsque la nécessité l'exige, ils pensent que l'art ne doit intervenu' activement que dans de rares circonstances. Bien des confrères qui nous lisent penseront qu'ils ont raison, et que MM. Matgaigne et Gerdy, dont personne ne peut mettre en doute l'expérience chirurgicale, se montreraient probablement moins empressés de recourir à l'emploi du forceps s'ils avaient dirigé pendant de longues années des services spéciaux, dans lesquels on finit par apprécier à leur juste valeur les avantages et les inconvénients du forceps. Nous persistons donc à croire que cet instrument doit être employé le plus rarement possible, tout en convenant qu'il faut savoir s'en servir à propos. C'est d'ailleurs aujourd'hui une opinion généralement accréditée et un précepte de bonne et saine chirurgie, appuyé surtout par les vieux patriciens.

Les communications de M. Sedillot aux corps savants et aux tribunaux criminels relativement au chloroforme et aux dangers qui résultent de son emploi, ont dû préoccuper l'opinion publique que quelques faits malheureux avaient assez vivement inquiétée. Nous sommes revenu trop souvent sur la valeur de ces faits isolés, dont on s'est plu à augmenter le nombre et la gravité, pour nous arrêter au- jourd'hui longuement sur cette matière. 11 nous suffira de rappeler que M. Sedillot attribue les catastrophes observées à la manière dont on chloroformise. 11 importe, suivant lui, qu'on fasse .respirer au malade une infiniment petite quantité de chloroforme à la fois, et il assure qu'en prolongeant l'opération de manière à soumettre le sujet lentement à l'action de l'agent médicamenteux, on n'éprouvera aucun des accidents qui, à bon droit, ont effrayé les praticiens. La théorie de M. Sedillot nous paraît en contradiction évidente avec les faits. 1° Nous voyons journellement, depuis la découverte de l'éthérisation, employer le chloroforme ou l'éther par la méthode qu'il proscrit, et jamais


encore nous n'avons été assez malheureux pour être témoin de graves accidents survenus par cette méthode. 2° Quefques-uns des malades qui ont succombé M dam, l'éthérisation avaient absorbé une si petite quantité de chloroforme qu'on. peut dire qu'ils avaient, à bien peu de chose près, suivi tas préceptes de M. Sedillot.

Ce qu'il y a de particulier dans cette question soulevée par. le protesseur de Strasbourg, c'est qu'il a exposé sa théorie devant le jury du Bas-Rhin, précisément à l'occasion d'un fait dans lequel la mort était survenue après quelques aspirations d'une quantité infiniment Eirne de chloroforme. Nos lecteurs peuvent se reporter au compte e rendu que nous avons donné de ce procès criminel (art. 4439), et ils verront que dans l'opération qui a été si fatale à M- Simon trois grammes cinquante centigrammes de chloroforme seulement ont été dépensés, et que d'après la déclaration des témoins, 1-éthérisation a été faite suivant toutes les Tègtes de l'art, c'est-à-dire .en laissant le libre accès de l'air atmosphérique aux voies respiratoires. Le mouchoir de poche sur lequel on avait versé le chloroforme a e:e tenu à distance convenable des narines, les émS en déposent. 1 est vrai que M. Sedillot que les témoins ont mal vu; mais nous en croyons plus volontiers leur déposition que sa théorie, et il reste acquis à la science que dans Je cas observé à Strasbourg, la mort est survenue EnK'Srof~ d'une quantité extrêmement

minime de chloroforme.

II se peut que M. Sedillot ne rencontre jamais dans sa pratique de cas malheureux en suivant la méthode qu'il préconise; nous ajouterons même qu'il est ex r~men probable qu'il n'en rencontrera jamais, mais cela tiendra uniquement à l'innacuité de ces aspirations en ~ér~ à quelque méthode qu'on s'astreigne, et non aux précautionsqu'il déclare indispensables dans l'éthérisation. Nous répétons que nous n'avons jamais été témoin d'aucune catastrophe à Paris, quoique nous ayons déjà vu employer le chloroforme plus de fois qu'if n'est donné à un chirurgien d en hure usage pour son propre compte dans tout le cours de sa carnere. Ces faits déplorables sont tout à fait rares et S=~=~

bien dOnstatés, mais comment se produisent-ils? Nous sou

=~°. rien. 11 est extrêmement

probable qu'une notable partie des accidents signalés jus-

qu'à ce jour ne sont point dus au chloroforme, mi"1) nous paraît difficile de croire, comme le font cependant certains praticiens, quecette'su~ce'so&ée'~


gère à toutes ces terminaisons funestes et imprévues, qui ont rendu les chirurgiens circonspects dans l'emploi des anesthésiques. Il est vrai qu'il serait facile de réunir une bien grande quantité de cas dans lesquels, avant l'invention desanesthésiques, la vie s'est éteinte subitement sans cause appréciable et sans lésion apparente d'organes, en sorte que l'histoire des morts subites est encore à faire, et qu'il n'est guère possible de distinguer la cause d'un accident dont on ne connaît pas le mécanisme. Mais peut-on croire que trois à quatre grammes de chloroforme, employés avec circonspection, aient déterminé une sorte d'asphyxie, ainsi que le prétend M. Sedillot, alors que tous les jours des milliersde malades en aspirent des quantités dix fois plus grandes sans en éprouver la plus légère incommodité? Il y a là quelque chose d'étrange, d'insolite, nous en convenons volontiers, mais la théorie de M. Sediflot est tout à faitimpuissante pour nous éclairer et nous en rendre compte. Ajoutons que nonsentement la méthode qu'il préconise ne préviendra point les fâcheux etïets de lachloroformisation, mais encore qu'elle donnera lieu à des accidents nerveux qui, bien souvent, force! ont à renoncer à l'emploi de cet agent, car certaines personnes ne supportent l'action du chloroforme qu'à la condition qu'elles soient soumises à son action d'une manière assez rapide pour qu'elles n'aient point à passer parce demiévanouissement, qui parfois est intolérable et s'accompagne de mouvements convulsifs. Tette est l'opinion que nous nous sommes formée de la théorie de M. Sedillot; nous en parlons librement ici, parce que nos lecteurs savent dans quelle haute estime nous tenons les conseils de cet habile et savant chirurgien, dont nous avons eu bien souvent occasion de louer les remarquables travaux. L'Académie, au reste, ne peut tarder à se prononcer sur la question qui lui a été soumise et nous nous empresserons d'informer nos confrères de sa décision.

–Malgré l'efficacité de l'écorce du Pérou dans les fièvres intermittentes, de nombreux fébrifuges sont proposés chaque année, et l'Académie est sans cesse appelée à se prononcer sur leur valeur. Si nous en jugeons par les déceptions éprouvées et l'oubli dans lequel la plupart de ces prétendus succédanés du quinquina ne tardent pas à tomber, ce corpssavant se montrerait peut-être un peu trop faci le dans son appréciation et ratifierait trop promptement les conclusions favorables de ses commissions H n'en a pas été ainsi d'un succédané proposé récemment, le sel marin, que quelques observations semblaient recommander à l'attention des praticiens. M. Piorry avait été appelé à se pro-


noncer sur la valeur d'un mémoire adressé par M. ScelleMontdezert(voy. art. SOCIÉTÉS SAVANTES), et avait conclu en faveur de ce médicament. L'Académie n'a pas voulu prendre sous son patronage un remède qui ne jouit évidemment d'aucune propriété fébrifuge et elle a rejeté avec beaucoup de raison, suivant nous, les conclusions de son rapporteur. Mais ici la question était complexe et il n'était pas possible que ce corps savant se laissât entraîner dans la mauvaise voie où l'on cherchait à l'engager. Pour M. Piorry, les fièvres intermittentes, on le sait, n'existent pas. Il ne voit qu'une affection de la rate, une hypertrophie, ou, pour parier son langage, une ~eKo~eya~e. Qu'it y ait ou non accès fébrile, peu lui importe, quand il a constaté par la plessimétrie que la rate a dépassé ses limites ordinaires, les limites qu'il lui a assignées et auxque))es il s'arrête pour le moment. Or, après t'emptoi du set marin, il a vu la rate diminuer de volume; donc, a-t-il dû conclure, le sel marin est un fébrifuge.

Mais M. Piorry. nous semble avoir dans son rapport et à son insu, qu'on nous passe le terme, fait d'une pierre deux coups; il a prouvé 1° que la splénomégalie n'était point la fièvre intermittente; 2" que le sel marin, qu'il préconise comme un très-bon succédané~du quinquina, n'aque'des propriétés fébrifuges très-douteuses.

Pour le premier point, ses expériences répétées en publie et sur un très-grand nombre de malades, ont démontré, assure-t-il, que le sel dissipe plus promptement, aussi constamment et d'une manière plus durahle que le quinquina le gonflement de la rate. Or, si le gonflement de la rate n'est autre chose que la fièvre d'accès, le sel marin est un fébrifuge plus efficace que le quinquina tui-même. Cette conclusion est logique, ce nous semble. Eh bien c'est tout le contraire qui arrive. Le sel marin a été employé en Algérie, en France, à Rome, etc., il se peut qu'il opère le retrait de la rate, mais il ne guérit point de la fièvre.' Donc la fièvre et la splénomégalie, pour parler le langage de M. Piorry, ne sont point une seule et même chose.

En second lieu, il suffit de lire le rapport de ce médecin et le récit des expériences auxquelles il s'est livré pour reconnaître qu'un médicament, que les malades ne peuvent se décider a prendre tant sa saveur est insupportable, qui lé plus ordinairement est rejeté par le vomissement et n'est jamais toléré par l'intestin, ne saurait être proposé sérieusement pour rempiacer le quinquina. It est impossible d'arriver à des conclusions plus directement opposées aux


prémisses du rapport. Un jeune académicien, M. le docteur Grisolle, dans une argumentation pleine de faits, de logique et d'esprit, a surabondamment démontré les étranges illusions de M. Piorry et entraîné le rejet de ces conctusions, tout en rendant justice au zèle du rapporteur et aux louables intentions de l'auteur, M. Scelle-Montdezert, dont il a à peine été question dans ces débats.

ART. 4441.

De ~a dépilation à l'aide de bandelettes emplastiques dans le traitement de la teigne.

Nous lisons dans le Journal (~e M~ecMte de Bruxelles que M. le docteur Henriette, médecin de l'hospice des Enfants-Trouvés de cette ville, s'est, après de nombreux essais, arrêté aux pratiques suivantes pour guérir la teigne sans exposer les malades aux inconvénients de la calotte. Lorsqu'on s'est assuré, dit-il, qu'il n'existe aucune contreindication de supprimer le favus, l'enfant est soumis à un régime tonique, puis on fait tomber les croûtes faveuses à l'aide de cataplasmes émollients et l'on coupe les cheveux avec.des ciseaux. Cela fait, la tête est lavée deux fois par jour pendant quatre ou cinq jours avec une solution de sous-carbonate de potasse dans la proportion de quatre grammes pour cinq cents grammes d'eau. On applique ensuite tous les jours, sur différents points -de la tête, là où siège le favus, deux ou trois bandelettes, larges de deux ou trois centimètres, longues de huit ou dix centimètres et recouvertes d'une couche légère d'une préparation ainsi formulée

Poix noire. 192 grammes.

Cire jaune. 32

Térébenthine de Bordeaux.. 32

Le tout est exposé à un feu doux jusqu'à fusion complète. Le mélange étant opéré à l'aide d'une spatule, on en étend une couche d'une ligne d'épaisseur sur chaque bandelette de toile, en ayant soin de laisser une des extrémités libre, afin qu'en les enlevant le lendemain on ne se couvre pas les doigts de poix. La puissance adhésive de cet emplâtre peut être augmentée ou diminuée à volonté. Ainsi, chez un sujet robuste et courageux, il suffit de diminuer la quantité de térébenthine ou d'augmenter la dose de poix pour que la bandelette ne laisse pas un seul cheveu sur le point de la tête où elle aura été appliquée. Si, au contraire, il s'agit d'un enfant très-jeune ou par trop craintif, on ajoute au


mélange une certaine proportion d'huile de lin. Une fois posées combien de temps ces bandelettes doivent-elles rester en p)ace? M. Henriette les enlève d'un trait et rapidement au bout de douze à vingt-quatre heures. Le cuir chevelu apparaît alors dépouillé de la plus grande partie des cheveux s'il en reste, il réapptique 'de nouvelles bandelettes jusqu'à ce qu'il soit arrivé à une dépilation complète.

Par ce procédé de dépilation graduelle, ainsi que son auteur l'appelle, huit ou dix jours suffisent pour donner au cuir chevelu un aspect lisse comme celui de la paume de la main, et cela sans que le malade ait éprouvé de douleur vive. Ce résultat étant obtenu, M. Henriette fait faire tous les jours des frictions avec l'huile de cadectdestotions avec la solution alcaline au sous-carbonate de potasse. S'il se reproduit, comme cela arrive en même temps que les cheveux grandissent quelque godet faveux, il épile aussitôt le cheveu qui le traverse à l'aide d'une pince à ligature. Lorsque le favus est disséminé, ce médecin n'applique les bandelettes que sur les plaques malades sans épiter la tête en totalité. Il donne en outre le conseil de les distancer les les unes des autres et de ne pas les réunir toutes sur un même point; car la douleur ressentie dans ce cas est plus considérable que lorsqu'on en applique une par exemple sur le frontal, une autre sur l'occipital ou l'un des pariétaux. Il faut aussi, lorsqu'on procède à l'enlèvement de ces bandelettes, le faire dans une direction opposée à celle que suivent les cheveux et rapidement, en ayant soin de maintenir la peau avec la main restée libre pour l'empêcher de suivre le mouvement du tissu emplastique.

Réflexions. II est à remarquer qu'en établissant les bases du traitement rationne! de la teigne, Alibert n'a pas considéré l'arrachement des cheveux comme une condition essentielle de la guérison de cette maladie. M. Devergie est aussi d'opinion (1) qu'avec une hygiène convenable et des soins persévérants on peut guérir le favus sans avulsion préatabte des cheveux. Cependant plusieurs praticiens, et tes médecins bctges particulièrement, persistent à penser qu'on arrive avec plus de promptitude et de sûreté à la guérison en débarrassant la tête de ses cheveux, soit à l'aide de poudres et de pommades dépilatoires, soit à l'aide de la calotte autrefois si généralement préconisée. C'est pour cela que nous revenons de temps à autre sur ce sujet et que nous

(t) Voy. art. 3t4G et notre Dictionnaire à Farh TEIGNE.


faisons connaître la pratique des médecins qui partagent cette dernière opinion. Nous ajouterons aujourd'hui, pour compléter tout ce que nous avions à dire sur cette matière, le résumé succinct d'un travail que M. le docteur Chicoyne, de la Chapelle-sur-Loire, vient de publier sur le même sujet dans le Journal des connaissances Mc~tco-c/MrM~'ca/M. Ainsi que M. Henriette, M. Chicoyne a voulu conserver ce qu'il y avait de bon dans la calotte en faisant subir à cet affreux remède une modification qui rend à'ta fois le traitement moins douloureux et d'une efficacité plus constante. Pour atteindre ce double but, M. Chicoyne s'y prend de la manière suivante

Les cheveux sont préalablement coupés avec soin le plus près possible du cuir chevelu à l'aide de ciseaux. Des cataplasmes de farine de graine de lin renouvelés matin et soir, et arrosés d'.eau de Goulard, sont ensuite appliqués à nu sur toute la surface malade, jusqu'à ce que toutes les croûtes qui la recouvrent soient tombées. Alors le cuir chevelu étant bien nettoyé, dans la partie affectée, au moyen d'eau de savon, les cheveux sont coupés de nouveau, mais cette fois avec un rasoir, le plus près possible de leurs racines, et puis toute la surface étant essuyée avec un linge, on a recours à l'usage d'une préparation ainsi composée

jpy. Farine de seig)e. 30 grammes. Vinaigre blanc. 1/4 de litre.

Délayez la farine de seigle dans le vinaigre et agitez sans cesse sur le feu pendant une demi-heure, ajoutez ensuite

Poix noire. 50 grammes.

Résine. 30

Poix de Bourgogne. 45

Quand le. tout est fondu on laisse sur le feu, en agitant sans cesse jusqu'à ce qu'on ait obtenu une consistance telle qu'on puisse étendre aisément au besoin le médicament refroidi sur une toile forte, à la manière du diachylon gommé. La toile, enduite avec soin de cette préparation, est coupée par bandes de quatre centimètres de largeur, qui sont appliquées de bas en haut en rayonnant vers le sommet de la tête sur toute la surface malade. Au bout de huit à neuf jours de cette application, on lève avec soin, de bas en haut, chaque bandelette qui emmène avec elle, sans trop de douteurs, les racines et les bulbes malades des cheveux. On laisse alors écouter huit jours sans application pendant lesquels on fait des lotions d'eau de savon et des frictions avec du saindoux puis, au bout de ce délai., on fait une nou-


vë))e application de l'emplâtre qu'on lève de la même manière et après le même laps de temps que le premier, et ainsi de suite jusqu'à la guérison qui est plus ou moins prompte, selon que la maladie est ptus'ou moins invétérée. M. Chicoyne dit avoir guéri de cette manière vingt-trois teigneux, dont l'un était atteint de cette anection depuis treize ans. D'autres étaient malades depuis huit et dix ans, et la plupart avaient subi sans avantage des traitements divers. Or, chez tous la guérison, assure-t-il, a été complète, radicale, et, chose digne de remarque, on peut constater aujourd'hui que la chevelure est redevenue aussi touffue, aussi belle que si les téguments du crâne n'eussent jamais éprouvé la moindre altération.

MT. 4442.

Observation tT/M/~roMa hématique. Injection iodée suivie de l'incision; guérison rapide.

M. le professeur Ducasse, de Toulouse, a, lu à l'Académie des sciences de cette ville l'observation d'un hygroma hématique opéré par incision et dont la guérison parait avoir été accélérée par une injection préalable de teinture d'iode.

II s'agissait d'un de ces kystes prérotuliens si communs chez les femmes qui, dans l'accomplissement des pratiques religieuses, restent longtemps à genoux. La malade appartenait à une communauté et portait depuis plusieurs mois, au-devant de la rotule du côté gauche, une tumeur qui avait acquis le volume d'une pomme ordinaire. Sa forme était ronde, circonscrite et uniformément étendue. La peau épaisse qui la recouvrait était le siège d'une inflammation érysipétateuse, sans douleur positive, et la fluctuation, quoique un peu obscure, s'y percevait cependant avec assez de facilité dans tous les points de sa circonférence. Sans se préoccuper d'abord de l'espèce d'hygroma qu'il avait traiter, mais qu'il supposait être un hygroma séreux, en raison de. ('ancienneté et du développement graduel du mal, M. Ducasse combattit d'abord, par le repos absolu et les cataplasmes émoHients, la phlegmasie cutanée intense qui compliquait la tumeur. Ce résultat obtenu il songea à procurer à la malade une guérison radicale, et se décida en faveur de t'injection iodée pour atteindre ce but. M. Ducasse plongea donc un trocart à paracentèse à la partie externe et la plus déclive de la tumeur. Mais au lieu de sérosité il. s'écoula un sang pur, liquide, sans odeur, et dont la quantité put être évaluée à soixante-quatre gram-


mes. La tumeur étant vidée, on pouvait encore apprécier à la pression de sa base un sentiment de crépitation qui forme le caractère spécial de ces collections sanguines, et qui était produit par quelques caillots fibr ineux. Un instant M. Ducasse eut l'intention de changer de procédé, et de pratiquer une large incision, mais tout étant préparé pour l'injection iodée, il poussa à deux reprises différentes le liquide irritant dans le kyste, l'y laissa cinq minutes en malaxant la peau du genou, et se contenta d'envelopper et de maintenir la partie au moyen de linges de toile fixés par quelques tours de bande.

Dès le lendemain la tumeur avait repris sa forme et son volume ordinaires sans douleur, sans tiraillement. Le troi~ sième jour la peau présenta un peu de rougeur, mais la phlogose cessa de se manifester extérieurement. Il sembla dès lors que l'injection serait impuissante à modifier assez profondément la surface interne du kyste pour prévenir un nouvel épanchement, et M. Ducasse n'hésita pas plus longtemps à inciser la tumeur dans une étendue de six centimètres. H s'écoula un liquide rouge offrant les mêmes caractères physiques qu'après l'injection. Les parois du kyste étaient souples sans dureté on les soutint avec de la charpie, qui devait en outre irriter la face interne et y déterminer l'inflammation adhésive sans laquelle il n'y a pas d'oblitération du sac. On pansa toutes les vingt-quatre heures. Peu à peu la poche perdit de son étendue, et au bout de quinze jours la guérison fut complète. M. Ducasse, qui a traité un grand nombre de ces kystes par incision, dit n'avoir jamais obtenu leur oblitération dans un espace de temps aussi court, ce qu'il attribue à l'influence exercée par la teinture d'iode sur le développement de l'inflammation adhésive et la formation des bourgeons charnus. ~e/i~o~M.–II y a, selon nous, double avantage à imiter la conduite de M. Ducasse dans le cas où la ponction viendrait à faire reconnaître un hygroma hématique. En effet; si les parois de la poche ne sont pas épaissies, on peut obtenir quelquefois la guérison par la simple injection iodée. Cela se voit surtout quand une certaine quantité de liquide séreux se trouve mélangé avec le sang; car il résulte des remarques faites par M. Velpeau que l'action thérapeutique de l'iode, pour tout ce qui concerne les épanchements des cavités closes, est d'autant plus efficace que les parois de ces cavités sont moins épaisses, et que le liquide épanché contient une plus grande quantité dé sérosité. Mais en supposant que l'injection n'amène pas l'oblitération qu'elle


a pour but, ii est raisonnable d'admettre que t'innammation consécutive à laquelle elle donne lieu tourne encore au bénéfice du malade alors que celui-ci est traité par l'incision. L'influence que l'inflammation exerce sur le succès de l'incision est un phénomène clinique curieux et d'une grande importance pratique. Ainsi, nous avons entendu M. Jobert insister plusieurs fois sur ce fait, que l'incision appliquée d'emblée au traitement des hygromas simples est assez fréquemment suivie d'accidents graves, tandis que si ces bourses séreuses sont devenues le siège d'une inflammation plus ou moins intense, la même opération n'offre plus de dangers et constitue le seul moyen de prévenir la suppuration, et par suite la diffusion du pus. Or, ce que l'inflammation accidentelle fait en pareil cas, l'inflammation provoquée par l'injection peut le produire également. D'autre part la remarque de M. Ducasse, au sujet de la rapidité insolite de la guérison dans les conditions que nous avons indiquées, mérite d'être prise en considération. Il y a donc là, comme on voit, des motifs suffisants de recourir à l'injection préalable de teinture iodée, lors même que la nature du liquide épanché donnerait peu d'espoir d'obtenir l'oblitération de la poche par le concours exclusif de cette méthode.

ART. 4443.

~Vo~MMr vaecine, adressée par Laforèt, <~ZaM<(7'<M'm-'et-Garonne) à M. le re~Nc~Mr en chef du Journal de médecine et-de chirurgie pratiques.

J'ai appris, par la lecture de votre journal, que le savant et honorable M. Bousquet, dans son rapport à l'Académie sur les vaccinations de 1849, tout en établissant la prééminence de la vaccination s.ur l'inoculation variolique, en faveur de laquelle quelques chirurgiens semblent vouloir s'inscrire, avait cependant réservé cette dernière pour le seul cas où une épidémie meurtrière de petite vérole envahirait une contrée complétement dépourvue de vaccin. Cette question intéresse à un trop haut point la médecine et l'humanité pour que je ne vous demande pas la permission de vous exposer aussi brièvement que possible, mais avec vérité, les résultats de mes vingt huit années d'expérience à cet égard.

Pendant cette longue carrière, nous avons pratiqué la vaccine avec tout le soin que comportait le but important que nous voulions atteindre, et que nous permettaient les nombreux obstacles que le vaccinateur rencontre encore sur ses


pas, même dans les contrées où, comme dans la nôtre, peu de personnes osent contester les avantages de cette admirable découverte. Nous avons observe parmi nous, depuis 1823, époque où remontent nos premières et principales études sur fa vaccine, nous avons observé, disons-nous, plusieurs épidémies de petite vérole d'une intensité ou d'une gravité variée. Nous avons étudié avec attention l'influence de la vaccine sur cette dernière, en tenant toujours un compte exact du degré d'intoxication Jennérienne subi par les individus qui ont pris plus ou moins de part à ces épidémies, et nous sommes resté convaincu que tous les vaccinés chez lesquels la vaccine s'est convenablement développée trouvent, dans ce précieux virus, un bouclier impénétrable contre la petite vérute; mais, en même temps, nous avons acquis la certitude que tous les vaccinés ne jouissaient point au même degré de cette immunité. A quoi attribuer ce résultat si déplorable aux yeux de ceux qui ne rêvent que le bonheur de leurs semblables?

Plusieurs causes nous ont paru devoir être accusées avec juste raison. La première réside dans le peu d'aptitude de certains sujets à contracter la vaccine, à subir l'imprégnation ou l'intoxication vaccinale. Ce que l'expérience a appris des dispositions négatives de quelques constitutions à contracter certaines ma!adies contagieuses, s'applique parfaitement à la vaccine. Nous n'avons jamais vu la gale s'implanter dans notre peau, malgré nos rapports réitérés avec des galeux de toute espèce. Nous pourrions en dire autant de quelques autres maladies qui se communiquent. On sait que dans un groupe d'individus ayant fréquenté des femmes infectées du mal vénérien tous ne subiront point au même degré l'action du virus syphilitique, et que certains sortiront même sains et saufs de ce gouffre de corruption, quant à leur santé. Cela étant établi, on concevra facilement ce que nous venons de dire de l'inaptitude de certains individus a contracter la vaccine. 11 faudra donc redoubler de précautions auprès de ces individus, ainsi que nous l'avons toujours fait, et les revacciner autant de fois qu'ils se montreront réfractaires à l'intoxication vaccinale. Nous en avons vu ne devenir accessibles à la vaccine qu'après sept ou huit épreuves bien soignées, répétées chaque année. Les changements apportés dans la constitution par les révolutions organiques qu'entrainent tes diverses périodes de la vie ne pourraient-i!s pas la rendre moins hostile à l'action du virus Jennérien? Nous avons vu tel individu ne pas pouvoir supporter la plus petite friction d'onguent merciiriel sans éprouver des symptômes d'hydrargyrie grave, tandis quo


plusieurs années auparavant il avait pu, pour ainsi dire, être saturé de mercure par de semblables frictions sans présenter aucun indice de cette curieuse éruption. Ne cessons point dès lors d'interroger la constitution par de nouveaux essais, car, si nous avons la certitude qu'il existe des constitutions capables tantôt de neutraliser complétement l'imprégnation vaccinaie, d'autres fois de t'affaiblir plus ou moins sensiblement et de la rendre ainsi plus ou moins impuissante contre la petite vérole, d'un autre côté, nous venons de voir que l'âge pouvait changer ces prédispositions fâcheuses, et que les efforts du vaccinateur finissaient par être vainqueurs.

Les autres causes de cette impuissance viennent de ce que l'on s'est servi de vaccin puisé dans des pustules trop avancées dans leur déve)oppement, c'est-à-dire après le septième bu huitième jour d'insertion, au moment surtout où l'aréole, étant à son summum d'accroissement, levirus tend à perdre de la limpidité qui le rend aussi transparent que de l'eau de roche. Ceci arrive très-souvent dans les campagnes lorsqu'on s'en rapporte à la volonté des parents des vaccinés, qui ne trouvent que fort tard le bouton vaccin assez mûr pour se prêter à de nouvelles vaccinations. Le vaccin sur verre aura les mêmes inconvénients s'il est recueilli dans les mêmes conditions. Voici, à cet égard, une observation très-juste du cétèbre Jenner; elle mérite toute l'attention des amis de la vaccine. Nous copions Ce savant ayant vu une personne qui avait trait une vache atteinte du véritable cowpox et qui avait paru éprouver les suites ordinaires de i'an'ection vaccinale, prendre ensuite la petite vérote, découvrit que le fluide contenu dans les pustules de la vache subissait des changements progressifs dans sa nature, à mesure que ces pustules avançaient vers leur dessiccation; que lorsqu'il était appliqué dans son état de dégénération, il pouvait bien produire une utc~ration, mais qu'it ne pouvait plus amener le changement constitutionnel qui est nécessaire pour mettre le corps à t'abri de la contagion variolique; que dès lors il devenait évident qu'une personne pourrait traire une vache aujourd'hui, prendre d'elle la maladie et être pour toujours iuaccessible à la petite vérole, tandis qu'une autre personne, qui aurait trait le lendemain cette même vache, pourrait éprouver l'influence locale du virus sans que sa constitution se trouvât à l'abri de l'affection vario)ique.

Nous devons encore accuser d'autres circonstances ainsi, le trop grand retard apporté dans l'emploi du virus sur verre. 11 faut l'insérer au bras dans les premières vingt-


quatre heures, ne pas trop l'étendre d'eau et accélérer autant que possible l'opération. Nous avons vu récemment échouer, sur quatre beaux enfants, du virus sur verre puisé quatre jours auparavant dans des pustules offrant les conditions les plus normales, et, huit jours avant, nous avions obtenu, sur cinq enfants, la plus belle éruption vaccinale avec des croûtes employées immédiatement après être détachées des bras qui les portaient. Ce qui revient a dire que, soit que l'on vaccine avec du virus sur verre, ou bien avec des croûtes, il faut en user dans le moment le plus rapproché de celui où l'enfant les a fournis. Le succès sera encore plus sûr si on délaye ces croûtes fraîches sur une plaque de verre préalablement chargé de virus liquide d'origine récente. Nous en avons maintefois fait l'épreuve, nous osons répondre de la bonté des résultats. Les vaccinations pratiquées tout autrement ne peuvent manquer de nuire à cette importante découverte, et, par suite, au sort de la pauvre humanité si souvent en butte aux agents destructeurs de la vie.

Ainsi, si les vaccinés peuvent être plus ou moins gravement atteints de la petite vérole, ne nous en prenons point à la dégénérescence du virus qui doit les en préserver, mais bien recherchons-en la cause dans les circonstances que nous venons de mentionner et d'établir de notre mieux. C'est à en bien remplir les indications que le médecin vaccinateur doit. s'attacher pour conserver à la vaccine la réputation qu'elle mérite et à l'humanité une des plus grandes merveilles descendues du ciel pour le soulagement de ses maux.

Qu'il nous soit permis, en terminant, d'exprimer ici nos regrets de voir si faiblement récompensés les vaccinateurs de campagne, qui ne reçoivent que'cinquante centimes environ par vaccination, quelle que soit la distance à parcourir et quelle que soit l'importance des observations, des travaux ajoutés par eux à la partie matérielle de leurs opérations travaux et observations qui ne sont, même pour leurs juges, d'aucun poids dans la balance des appréciations les chiffres seuls ayant de la valeur, et on sait ce que peuvent valoir des chiffres isolés en une matière aussi délicate. Dirons-nous encore qu'il ne leur est rien alloué pour les revaccinations, que tant de circonstances peuvent rendre indispensables en temps d'épidémie surtout, et que, pour cette raison, on devrait encourager convenablement.


ART. 4444.

HOPITAL BEAUJON.

(Service de M. Sandras.)

Faits cliniques démontrant la liaison intime et fréquente qui existe entre la chlorose et la chorée.

Nous disions dans un de nos derniers cahiers que la chlorose, selon M. Sandras, dominait une foule d'états nerveux parmi lesquels il fallait compter la chorée nous allons citer plusieurs faits à l'appui de cette assertion.

Le 9 juin 1851, un typographe âgé de dix-neuf ans entra à l'hôpital Beaujon avec les symptômes d'une chorée violente. Il ne pouvait saisir les petits objets, ses membres étaient en proie aux agitations les plus étranges, son visage grimaçait, et ce qu'il y avait surtout de remarquable et de fâcheux chez lui, c'était une gène dans la déglutition par suite de laquelle l'introduction des liquides alimentaires ne pouvait s'opérer sans qu'il en pénétrât dans les voies aériennes. On le nourrissait en lui mettant un peu de bouillon sur la langue à l'aide d'une petite cuiller. Au moment de son entrée, cet état était exaspéré par une varioloïde intercurrente et dura trois jours. Le quatrième jour on examina le malade avec attention et l'on reconnut chez lui des symptômes non équivoques de chlorose. L'indication était trop claire pour ne pas être saisie par M. Sandras; ce médecin laissa passer l'éruption, et le 14 il prescrivit quatre pilules de Vallet par jour accompagnées d'un régime convenable. Dès le 20, l'amélioration était sensible. Le 26, on remarquait encore chez ce jeune homme quelque chose de brusque qui pouvait bien être l'effet naturel de son caractère, mais il tenait alors d'une main ferme son verre et sa fourchette, chose qui auparavant lui était tout à fait impossible. On a continué ce traitement en y ajoutant plus tard des bains~sulfureux, et quand au bout d'un mois ce malade est sorti de la salle, sa santé était des plus satisfaisantes. Nous avions déjà vu, pendant le mois de février de la même année, dans ce service une petite fille de onze ans atteinte également de chorée, et dont la guérison par le protocarbonate de fer et les bains frais avait été très-rapide. Il est inutile d'ajouter que dans ce cas la chlorose était manifeste.

Un peu plus tard, une petite fille à peu près du même âge entra dans la salle avec une chorée de forme chronique, c'eet-à-dire qu'elle n'avait pas de mouvements désordonnés


l'empêchant de se tenir debout, mais ainsi qu'il arrive toujours ces mouvements ont augmenté et on a eu peine à la maintenir. Elle avait des contorsions de la bouche, de la difticu)té à articuler les phrases. Elle était maussade, sans raison, rieuse sans motifs, impatiente et apathique alternativement. Du reste on retrouvait encore chez cette petite des signes évidents de chlorose. Elle a été soumise en conséquence au traitement de cette maladie. Elle a pris deux pilules de Vallet par jour; puis tous les deux jours un bain de quatre heures à vingt-quatre degrés. En moins d'une semaine l'emploi de ces moyens avait produit son effet. L'enfant allait beaucoup mieux et pouvait se livrer à quelques travaux manuels dans la salle. On a insisté sur cette médication en y joignant des exercices variés, et sous t'influence de son action tonique on a vu disparaître simultanément les symptômes de la chlorose et de la chorée. Parmi les autres observations de chorée chlorotique que nous avons recueillies dans le service de M. Sandras, nous trouvons encore celle d'une fille de vingt ans dont le cas ne diffère pas sensiblement de ceux qui précèdent, si ce n'est qu'on ajoutait aux pilules ferrugineuses et aux bains frais un julep contenant 30 grammes de sirop de s'dfate de morphine et une pilule de 3 centigrammes d'extrait aqueux d'opium le soir pour modérer l'irritabilité de cette malade.

Il est un fait aussi que nous avons constaté, c'est que, chez aucun des sujets en question, il n'existait concurremment avec la chorée une affection rhumatismale. Or cette remarque n'est pas sans importance, parce qu'il y a déjà plusieurs années que l'attention des médecins a été appelée sur ce point de pathologie. M. Sée, dans un mémoire couronné par l'Académie, M. Trousseau, M. Lassègue de Dreux ont pubtié ou communiqué des observations tendantes à prouver qu'on trouve chez le quart des choréiques les symptômes d'une affection rhumatismale caractérisée par des douleurs articulaires avec ou sans lésion des valvules du cœur. Eh bien! suivant M. Sandras, cette coïncidence est loin d'être aussi commune que le supposent les médecins que nous venons de nommer. Pour son compte, il ne l'a jamais rencontrée; tandis que la chlorose s'estmontréeàtuien même temps que la chorée dans t'immense majorité des cas. Cependant M. Sandras n'est pas arrivé de suite à faire la médecine qui lui semble aujourd'hui ta plus rationnette dans l'espèce. Autrefois on conseillait la saignée et la saignée réitérée pour combattre les accidents choréiques parce qu'on en plaçait la cause dans une congestion active des


centres nerveux.M. Sandras n'a pas rejeté a priori ce mode de traitement, il en a suivi l'application, mais les résultats qu'eiïe a donnés lui ont paru si peu encourageants qu'il s'est hâté d'y renoncer. I) citait a ce propos le cas d'un jeune homme entré à l'Hôtel-Dieu avec un commencement de chorée aiguë. Le pouls étant fréquent on le saigna, mais aussitôt les désordres déjà très-graves devinrent excessifs. Ce malheureux s'agitait comme un convulsionnaire et offrait aux yeux le spectacle le plus triste.. Il vécut ainsi trois jours et mourut; on en fit l'autopsie et l'on ne trouva rien d'appréciab)e dans la substance nerveuse. Peut-être ici la saignée ne doit-elle pas être accusée d'avoir causé l'issue fatale, mais il est certain qu'elle ne l'a pas retardée, et l'expérience prouve au reste qu'en pareille circonstance elle est plus nuisible qu'utile. Eu résumé, pour traiter convenablement la chorée, il faut remonter à son origine et voir dans quelles circonstances elle se produit. Si le rhumatisme articmaire paraissait ainsi qu'on l'a pensé avoir présidé à son développement, il faudrait combattre le rhumatisme par le sulfate de quinine et s'abstenir de prescrire les bains à basse température. Si la chorée, ce qui est incontestablement plus fréquent pour ne pas dire générai, est .gouvernée par un état chlorotique, il convient de s'adresser à ce dernier et l'on peut être assuré qu'en le modifiant par une médication appropriée on fera cesser en même temps les troubles choréiques.

ART. 4445.

HOPITAL DE LA PITIÉ.

(ServicedeM.Gendrin.)

Influence de l'état puerpéral sur la marche et le traitement des phlegmasies intercurrentes.

Le 22 janvier, est entrée dans le service de M. Gendrin une jeune fille enceinte de six mois, à l'occasion de laquelle ce médecin-a fait quelques remarques sur les maladies inflammatoires qui compliquent la grossesse.

Cette jeune fille remplissait les fonctions de repasseuse dans des ateliers trës-chautfés. A-t-elle éprouvé un refroidissement subit en quittant son travail? 11 est permis de )e supposer. Le fait est que, le 4 janvier, elle a été prise de fièvre et de douleurs qui, après avoir voyagé des épàules à d'autres articulations, se sont fixées sur un des genoux. Saignée chez elle, soumise ensuite à des applications stimulantes, elle a vu tomber sa fièvre mais depuis le 21 celle-ci


s'est relevée, et l'articulation du genou gauche restant compromise, la malade a pris le parti de se faire traiter à l'hôpital. A cette date, en effet, la capsule était distendue par du liquide. Il y avait tuméfaction, déformation, rougeur, douleur et sensation manifeste de fluctuation. Or, cette phlogose aiguë persistait encore le 25, et bien que ceci se rencontre dans les affections rhumatismales, il est rare qu'il en soit ainsi et que l'acuité persiste aussi longtemps dans la même articulation. On peut néanmoins admettre ici la cause rhumatismale, d'autant plus que l'état fébrile faible, il est vrai, qu'on remarque encore, n'est pas motivé par la lésion locale. Il y a d'un côté un peu de bruit de frottement au cœur, mais il se pourrait que ce bruit fût chlorotique, parce que cette fille, d'une constitution assez forte en apparence, a été mal réglée et présente encore une certaine décoloration des tissus. L'endocardite n'est donc pas chez elle chose prouvée. D'ailleurs, on sait très-bien qu'une arthrite permanente peut se substituer au rhumatisme articulaire au déclin de celui-ci chez un individu prédisposé; et dans les circonstances où se trouvait cette malade, il est permis de penser que le froid a pu produire ces deux espèces d'arthrite.

Au reste, M. Gendrin a pris la donnée rhumatismale pour base de sa thérapeutique, tout en se réservant la faculté de combattre ultérieurement la maladie du genou par des. moyens locaux. Ainsi, il a prescrit à cette jeune personne- le sel de nitre à la dose de vingt grammes. Ce sera, a-t-il dit, la pierre de touche si l'arthrite est rhumatismale elle décroîtra avec la lésion générale. Si cet état général disparaît et que l'arthrite persiste, on attaquera ceUe-ci par des vésicatoires volants.

Mais ici surgit une question d'une haute importance. La malade dont il s'agit est enceinte. Or, quelque puissante que soit la médication employée, il faut bien savoir que ses en'ets ne seront pas complets avant l'accouchement et même avant les six ou sept semaines qui suivront les couches. C'est là, suivant M. Gendrin, une règle qui ne souffre pas d'exception. L'exagération des fonctions vitales propre à l'état puerpéral imprime une plus longue. durée à toutes les maladies qui surviennent pendant la grossesse oii immédiatement après l'accouchement. Chez la femme même qui est accouchée de la manière la plus heureuse, dont l'état puerpéral n'est troublé par rien de sérieux, vous constatez jusqu'au retour des règles, de la pâleur, quelque chose de morbide dans l'aspect de la peau, des sueurs erratiques, en un mot une santé mal assise. Or, dans les meilleures conditions i[


faut sept semaines pour que l'équilibre des fonctions reprenne son assiette. Si donc, à plus forte raison une femme a été malade pendant sa grossesse ou après l'accouchement, il arrivera, quoi qu'on fasse, que cette maladie intercurrente se prolongera pendant toute la durée de l'état physiologique temporaire dont.la limite vient d'être indiquée. l! résulte de là que l'on ne devra pas s'étonner de l'opiniâtreté de ces maladies intercurrentes, qu'il faudra l'annoncer comme certaine et ne pas chercher dans une médication à outrance une terminaison qui ne sera obtenue qu'à une époque déterminée.

Conformément à ces principes, M. Gendrin s'est conduit et se conduira avec une grande réserve dans le cas particulier qui lui suggérait ces remarques. S'il y a, disait-il, simple affection rhumatismale, l'arthrite du genou s'améliorera, mais en raison de l'état de grossesse, il restera des douleurs et des sueurs erratiques. Si l'arthrite inflammatoire locale survit à l'affection rhumatismale, il faudra que la malade garde le repos jusqu'après le rétablissement de la fonction menstruelle. On ne donnera dès lors qu' un certain degré d'énergie au'traitement général et local, une modération salutaire devant l'emporter ici sur des pratiques imprudentes qui pourraient interrompre Je cours de la gestation sans protit.

ART. 4446.

HOPITAL DES ENFANTS MALADES.

( Service de M. Trousseau.)

Fièvre de cause obscure. Adénite; Stomatite aphtheuse et mercurielle; Muguet. Ti-aitément de ces affections. Il n'est pas rare de rencontrer chez les enfants un état fébrile continu dont on ne se rend pas compte au premier abord et qui peut faire croire à l'existence d'une fièvre muqueuse. Le plus souvent cet état fébrile tient à une adénite.

Une jeune fille de douze à treize ans, admise à l'hôpital pour une chorée, allait être traitée par l'ammoniure de cuivre, lorsqu'une fièvre véhémente s'est déclarée chez elle. Aucune lésion viscérale ne pouvait expliquer ce phénomène, rien ne faisait présager un exanthème. Voyez les ganglions, dit M. Trousseau, ils sont probablement malades; et, en effet, en découvrant les membres inférieurs, on trouva une angioleucite et un engorgement ganglionnaire à l'aine


droite. Quelque temps avant son entrée/cette illle avait reçu une marmite d'pau chaude sur le pied. Il en était résulté une brûlure qui, n'étant pas complétement cicatrisée était devenue le point de départ de l'inflammation des vaisseaux et des ganglions lymphatiques. Deux jours de repos, un purgatit huileux, un hain dissipèrent cet-accident et, chose assez commune, la chorée, dont les accès avaient été suspendus sous l'influence de l'affection fébrile, a repris son cours aussitôt~que la fièvre a disparu. H importe donc dans ces cas de diagnostic douteux d'examiner attentivement les régions occupées par des ganglions nombreux qui s'enflamment, comme on sait, avec une extrême facilité chez les enfants.

Il survient aussi, notamment à l'époque de la dentition, des stomatites auxquelles on ne prend pas garde et qui, selon M. Trousseau, déterminent une fièvre tenace et embarrassante. Lorsque, autrefois, cemédecindonnaitiecatome) dans la pneumonie, dans le rhumatisme, etc., il voyait parfois la fièvre se prolonger, même après la disparition des phénomènes inflammatoires locaux. Il constatait en même temps une odeur désagréabte de l'haleine et un gonflement plus ou moins considérable des gencives. Il en concluait que c'était à l'action du mercure sur la bouche qu'il fallait attribuer la persistance de l'état fébriie. Mais depuis cette époque M. Trousseau a pu s'assurer que le même phénomène se produisait chez des enfants auxquels il n'avait administré aucune préparation mercurielle. Il a vu entreautres it y a une dizaine d'années, une petite fille qui lui semblait atteinte de fièvre typhoïde, et chez laquelle il reconnut à la fin l'existence d'une stomatite; il traita celle-ci par des topiques, et aussitôt qu'elle fut guérie la fièvre tomba. C'est pourquoi M. Trousseau a toujours l'attention éveillée sur ce point. Lorsqu'il voit une fièvre très-vive avec une langue chargée, rouge à la pointe et une haleine mauvaise, il inspecte minutieusement la bouche et bien souvent il constate que la stomatite est la cause exclusive de l'état fébrile. Dernièrement encore, il était appeté pour un enfant de vingt-trois mois qui n'avait que seize dents et chez lequel existait une fièvre violente. Cette fièvre tenait uniquement à une stomatite déterminée par le travail de la dentition, et s'accompagnant d'engorgement des ganglions du cou. On combattit ta maladie buccale par des moyens convenables, et la fièvre céda. II est d'ailleurs d'observation que cette affection se manifeste aussi bien à l'époque de la seconde dentition qu'à celle de la première. Elle est ordinairement aphtheuse et donne lieu à des engorgements glanduleux du


cou plus ou moins prononcés. Elle suffit évidemment pour déterminer une fièvre assez vive et dont la durée peut être de dix, quinze, vingt et trente jours; mais, au demeurant, ce n'est pas une maladie grave si on la traite de bonne heure, et l'expérience démontre qu'elle cède aisément aux médications suivantes Emploi d'un mélange à parties égales de borax et de miel ou de sirop, soit

Pr.~Borax. 10 grammes. Miel ou sirop simple. 10

Réduisez le borax en poudre, mêlez le miel ou le sirop, et faites une mixture avec laquelle on barbouillera huit ou dix fois la bouche dans les vingt-quatre heures.. Autre collutoire

Pr. Alun en poudre. 4 grammes.

Miel blanc. 20

Réduisez t'atun en poudre fine; broyez-le sur un porphyre en ajoutant quelques gouttes d'eau. On peut aussi toucher les aphthes avec un pinceau chargé d'alun ou d'un mélange contenant

Ff. Acide chlorhydrique. 1 gramme.

Miel rosat. 25

La guérison par ces divers moyens s'obtient dans trois à cinq jours.

Ce traitement, qui ne diffère pas de celui que M. Trousseau dirige contre le muguet des très-jeunes enfants, convient encore parfaitement dans le cas de stomatite mercurielle qui, sans être aussi commune que la stomatite liée à l'éruption dentaire, n'en réclame pas moins des soins empressés en raison des graves conséquences qu'elle peut avoir.

Dans cette espèce, M. Trousseau s'est quelquefois trèsbien trouvé de l'usage de la poudre de chlorure de chaux sec, puis, si la maladie persiste ou s'aggrave, il prescrit un collutoire avec

F~. Extrait de ratanhia. 10 grammes.

Eau. 100

On agite la solution chaque fois qu'on s'en sert; mais si l'enfant ne sait pas la retenir dans la bouche, on fait usage d'un collutoire plus épais qu'on porte sur les gencives matades l'aide d'un pinceau. S'il s'agit d'un enfant de sept à


huit ans, on peut avec avantage prescrire le gargarisme suivant

jPr. Extrait mou de ratanhia. 10 grammes.

Teinturederatanhia. 15

Eau. 250

Siropdemûres.< 60

Pour tenir dans la bouche et baigner les gencives et la langue.

Enfin, dans les cas de salivation mercurielle grave, il est un dernier collutoire dont l'efficacité et t'éaergie ne sauraient être mises en doute, c'est la solution à parties égales d'acétate de plomb liquide et d'eau distillée. Seulement il faut savoir que cette solution laisse sur les dents une couleur noire qui ne disparaît qu'avec une difficulté telle, que M. Trousseau, qui la prescrit sans hésitation avant la seconde dentition, donne le conseil de s'en abstenir d'une manière absolue quand les sujets ont acquis leurs dents permanentes.

MÉLANGES SCIENTIFIQUES.

ART. 4447. ACCOUCHEMENT PRÉMATURÉ. L'observation suivante nous est transmise par M. Prevost, docteur en médecine aïtazebrouck (Nord)

a L'année dernière, au mois d'avril, j'ai accouché la femme Patteyn, âgée alors de trente-deux ans, de son premier enfant; elle était en travail depuis six jours et assistée par une accoucheuse de cette ville. Les eaux étaient déjà écoulées, mais la tête de l'enfant ne pouvait pas s'engager dans le bassin supérieur. En la touchant, je remarquai qu'il avait saillie du sacrum, et que le diamètre antéro-postérieur ne présentait qu'une étendue de deux pouces et demi à deux pouces trois quarts. Dès lors, je pouvais prévoir toutes les difucuttës que j'éprouverais à terminer cet accouchement. Faire l'opération césarienneeûtëte rationnel, si déjà la femme n'eût été épuisée par six jours de douleurs aiguës, et si la vie de l'enfant ne fût devenue problématique. Je me décidai donc à en faire la version et à amener l'enfant par les pieds. Cette manœuvre ne se fit pas sans difficultés et sans des tractions douloureuses pour la mère et dangereuses pour l'enfant, qui en venant au monde ne donnait plus aucun signe de vie. Néanmoins la mère, sauf une inertie de la vessie et du rectum qui persista pendant quinze jours à trois semaines, se rétablit promptement.

« Elle ne tarda pas à redevenir enceinte; après lui avoir pra-


tiqué trois saignées pendant le cours de sa grossesse, je lui proposai l'accouchement anticipé. D'après le calcul que je n'ai pu baser que sur le moment où elle avait commencé à sentir les premiers mouvements du fœtus, elle devait accoucher à la fin de février. Je proposai donc la délivrance anticipée pour la fin de janvier. Je trouvai une femme pleine de courage et de résolution, capable même de supporter l'opération césarienne pour conserver la vie à son enfant.

a Le 20 janvier à deux heures de l'après-diner, en présence de M. Beesau, docteur en médecine à Hazebrouck, je fis coucher la femme sur le bord du lit et j'introduisis avec la plus grande facilité dans le col de la matrice, un tampon d'éponge fortement comprimé de la longueur de six centimètres et de la grosseur d'un tuyau de plume (deux centimètres). Le. soir je m'assurai que le tampon était bien en place, et déjà je le trouvai trèsgonflé. Mais aucune douleur de parturition ne s'était éveillée. Le lendemain matin, la femme me déclara avoir éprouve quelques douleurs pendant la nuit, mais comme elles me parurent insufRsantes, je lui fis administrer quatre grammes de seigle ergoté, en quatre fois, d'heure en heure, à commencer à onze heures du matin. Les deux dernières doses furent rejetées; elle éprouva un léger surcroit de douleurs, mais toujours insuffisantes pour espérer l'expulsion du fœtus. La nuit du 24 au 22 a été èalme; je n'osai plus administrer une nouvelle dose de seigle ergoté, parce que ce médicament n'avait pas été to)ëré par l'estomac et que d'ailleurs la patiente éprouvait une répugnance invincible à s'y soumettre. J'enlevai l'éponge qui était tellement engorgée, qu'elle avait le volume du poing. Je trouvai le col complétement dilaté, très-souple et dans les conditions les plus favorables pour terminer l'accouchement. Cependant je ne voulais rien précipiter dans un cas où la nature avait mis sept jours à terminer le premier accouchement. J'introduisis un nouveau tampon d'éponge préparée, deux fois plus volumineux que le premier; à midi, les eaux firent éruption deux heures après que le tampon avait été placé. Dès lors, les douleurs d'accouchement quoique lentes étaient en pleine activité; une garde intelligente était en permanence près d'elle. J'enlevai le tampon vers le soir et je trouvai le passage fort souple, le col suffisamwent dilaté et le foetus se présentant par les fesses; à une heure du matin, les douleurs présentèrent plus d'énergie on m'appela à trois heures; dès )ors,*je ne quittai plus cette femme. a Le travail marcha très-lentement et ce ne fut qu'à neuf heures du matin que les fesses franchirent la vulve. Bientôt parut l'abdomen et je me mis à dégager les bras pour les poser le long du tronc; mais la tête engagée dans le détroit supérieur


ne pouvait pas vaincre l'obstacle opposé par l'étroitesse du passage et.par la saittie du sacrum. Cependant elle se trouvait dans Ja position la plus avantageuse et j'avais fortement baissé la mâchoire inférieure sur le sternum. Mais les contractions utérines furent insuffisantes pour en produire l'expulsion. Dès lors j'exerçai de légères tractions sur la mâchoire it-iférieurc et sur les épaules; l'expulsion s'en opéra, mais l'enfant était presque asphyxié. Je le plongeai immédiatement dans un bain d'eau chaude, je fis des frictions sur la colonne vertébrale, des insu Mations, etc. Néanmoins, je ne l'ai conservéen vie que pendant deux heures environ. La mort me paraît avoir été produite par la compression du cerveau. H y avait en enet un peu d'aplatissement vers la région occipitale. Au surplus, le fœtus était parfaitement bien conformé, du sexe masculin il pesait environ deux kitogrammes. La tête était assez volumineuse pour un fœtus de huit mois, elle avait vingt-neuf centimètres de circonférence en mesurant audessus de la région sureiliaire et de l'occiput.

< La femme se porte à merveille et se trouve bien heureuse en comparant cet accouchement à celui de l'année dernière. Aussi 'i est-elle bien décidée, en supposant une nouveile grossesse, à se soumettre à l'accouchement prématuré, au terme de sept mois à sept mois et demi, ainsi que je le lui conseille. En deçà de cette période, je ne voudrais pas provoquer Paccouchement, je préférerais l'opération césarienne que j'ai déjà pratiquée avec succès deux fois sur trois à Hazebrouck, entre autres sur une femme que j'ai opérée il y a vingt ans et qui vit encore. Je n'ai échoué qu'à la campagne et dans quelques villages environnants où je n'ai été appelé, il est vrai, que lorsque les femmes étaient épuisées par un travail long et des manœuvres imprudentes. Je considère cependant l'accouchement prématuré comme une des plus heureuses découvertes de la médecine moderne. J'aurai encore à le pratiquer au mois d'avril prochain sur une femme qui a déjà mis au monde trois enfants morts et j'espère bien qu'en faveur de cette pratique, je conserverai cette fois un enfant à sa mère. p

ART..Ht8. POTASSE CAUSTIQUE. CAf!TËn)SAT)0!< PAR DtLUTtON. L'heureuse idée qu'a eue M. Filhos de so)idifier la pâte de Vienne, rend l'application de cet agent si simple, si facile, si exempte de dangers que depuis le n(Bt)t~' le plus superficiel jusqu'au cancer du col utérin, il n'est guère d'afl'ection circonscrite qu'on ne puisse détruire ainsi avec une précision parfaite. Malheureusement le caustique Filhosnese trouve pasdans toutes les pharmacies, d'où résulte la nécessite de se servir deia poudre de Vienne délayée dans un peu d'alcool de manière à faire une pâte plus ou moins ferme dont il est possible de graduer et de


limiter ('action rapide par des applications successives. Quoique cette pâte n'ait pas les avantages que présente dans certains cas surtout le caustique sotidifn' son usage n'en est pas moins couronne en général de succès si no)ab)psquc le plus grand nombre des praticiens ont renoncé à la potasse caustique, pour se servir exclusivement de la poudre de Vienne. Cependant il estquelques chirurgien;, qui tiennent encore à l'ancien cautère potentiel, et nous voyons dans les Archives de medeO/tf que M. Je docteur Bourgeois d'Étampes a cru même devoir appeler l'attention des médecins sur une manière d'appliquer la potasse caustique à laquelle il a recours depuis près de dix-huit ans et.qu'il anpe))e carriérisation par <Mun'on.

Ce procédé que l'auteur n'a vu conseillé, ni décrit nulle part, consiste à promener circulairement sur les parties malades un crayon de potasse caustique, maintenu dans un porte-nitrate ou à l'aide de pinces à pansement. La vive irritation déterminée par le caustique amène ordinairement une sécrétion séreuse à l'aide de laquelle il pénètre les chairs; celles-ci ne tardent pas à se déjayer et à former une sorte de bouillie brunâtre qui s'amasse circulairement autour de l'espèce de fonticule qu'on creuse de la sorte aussi largement et aussi profondément que le nécessite le genre de mat auquel on a auaire. Dans le cas où les parties ne s'humecteraient pas sous l'inlluence du caustique, on pourrait les mouitter iégèrement d'eau ou même de salive. M. Bourgeois indique en traitant de la destruction de chaque maladie pour laquelle il réserve particulièrement l'emploi de ce moyen, les modifications qu'il convient de-lui faire subir suivant !a nature du mal. Or ces maladies sont ta pustule mafigne, les taches de naissance ou no'u: ma~r/tt, et certains cancers que la poudre arsenicale ne pourrait attaquer qu'incomplétement; s'il s'agit d'une pustule maligne, voici les petites précautions qu'il est bon de prendre. Lemalade étant tenu soiidonent.on délaye, comme il est dit plus haut, les parties malades en promenant circulairement sur elles le morceau de potasse caustique. Le détritus qui s'amasse autoùr de la plaie doit être essuyé au fur et à mesure de'sa formation avec le plus grand soin, à l'aide d'un mouchoirou d'une compresse; car si on l'abandonnait, il ne tarderait pas & coûter en raison de la grande quantité de substances alcalines, très-avides d'humidité qu'il contient, et il déterminerait de longues trainées d'escharres suivies de cicatrices plus ou moins difformes. Si le centre du boulon est déjà sphacélé, il devient frès-dtfr et serait difBcite à détruire; dans ce cas, M. Bourgeois l'enlève avec la pointe d'une lancette. H faut le plus souvent cautériser jusqu'à ce que le sang paraisse, à moins que le bouton malin n'ait été pris à son début. Ces exemples de no'cf


ma/ernf, consignés dans ce travail, sont relatifs a des nœpt superficiels et peu étendus. Le premier qui se présente est celui d'une petite fille chez laquelle existait depuis le moment de sa naissance une tache rouge au-dessus du sourcil droit. Cette envie, comme l'appelait sa mère, offrait à l'âge de huit mois une étendue de sept à huit millimètres sa couleur était d'un rouge vif, son rebord saillant. Les vaisseaux veineux étaient fort distendus dans son voisinage, surtout pendant les cris de l'enfant. M. Bourgeois cautérisa d'après son procède Une légère pellicule de détritus se forma, et une escharre centrale brune, qui ne tarda pas à s'étendre sur toute l'étendue du tissu érectile remplaça ce dernier. L'enfant s'agita, cria beaucoup; mais bientôt après elle redevint très-gaie. Au bout de huit à dix jours une croûte peu épaisse, d'un jaune brun foncé se détacha et laissa voir une cicatrice rosée un peu saillante. Quelques semaines après, on De voyait plus qu'une cicatrice à peine teinte, plus étroite que le mal auquel elle avait succédé. M. Bourgeois ne sait pas si dans le cas où il s'agirait de tumeurs érectiles, plus étendues, la cautérisation par dilution, réussirait aussi complétement, mais ilcroitla chose probable. Quant aux ulcères carcinomateux et aux tumeurs cancéreuses, il en a traité de cette manière un certain nombre et toujours avec un succès complet, alors que quelques-unes de ces affections avaient résisté aux préparations arsenicales, ces dernières n'ayant pu pénétrer les tissus malades à cause de leur sécheresse et de leur épaisseur.

Il résulte des observations publiées à l'appui de ce mode de cautérisation que la cicatrice est loin d'être identique après la destruction de tel ou tel genre de mal. Ainsi celle qui remplace les 7)<BM est ordinairement peu teinte et assez large; après les tumeurs carcinomateuses elle a toujours été étroite et blanche, presque détruite; enfin on remarque qu'elle est boursouflée et longtemps rouge, quand elle fait suite à la pustule maligne. On peut voir aussi dans quelques-unes de ces observations que bien que le mode opératoire soit désigné par son auteur sous le nom de cautérisation par dilution, il arrive fréquemment à M. Bourgeois de laisser un morceau de caustique au fond de la plaie pour achever la désorganisation des tissus malades. Cette pratique a paru nécessaire dans les cas de pustules malignes et de tumeurs carcinomateuses; mais il faut se garder d'y recourir chez les jeunes sujets, dont les tissus sont si délicats que l'extension de la brûlure s'y fait avec une dangereuse facilité et donne naissance à des escharres profondes et à des cicatrices lâcheuses. ART. 4449. DISPOSITION MAOTCELLE A L'AVORTEMENT. INFUSION DE SABiNE. Un journal allemand, te~Veue~ei~c~r; fùr Geb, contient un mémoire du docteur Metsch sur l'utilité de la sabine


pour combattre la disposition morbide qui expose certaines femmes & des fausses couches réitérées.

Sans exposer ici la théorie sur laquelle l'auteur s'appuie pour expliquer le mode d'action de la sabine dans le cas dont il s'agit, nous devons dire avec lui que ce remède est formellement contreindiqué lors que la disposition Favortement est déterminée par une pléthore locale ou générale ou bien quand il existe de la fièvre. Ce n'est pas non plus dans le cours de la grossesse que la sabine doit être administrée. M. Aletsch en commence l'emploi à la fin d'une période menstruelle, et le continue jusqu'à la période suivante; ce temps suffit, dit-il, pour faire cesser la tendance à l'avortement.

Ce médecin prescrit une infusion de sabine aussi fraiche que possible à la dose de un à deux gros jusqu'à une demi-once sur six onces d'eau qu'on laisse digérer pendant une heure, et à laquelle on ajoute un sirop agréable au goût; il fait prendre matin et soir une cuillerée à bouche de cette infusion. En même temps il conseille d'éviter toute excitation des organes sexuels et de suivre un régime régulier sans proscrire l'exercice modéré, et en plein air. Parmi les faits rapportés par l'auteur, nous citerons le suivant, qui nous a paru digne d'intérêt.

Une femme de petite stature et de faible constitution avait eu onze fausses couches entre la treizième et la quatorzième semaine de la grossesse. M. Aletsch l'engagea à rester pendant trois mois séparée de son mari. A l'expiration de ce terme, il prescrivit une potion ainsi composée

~r. Sabine fraîche. 4/2 once. Seigteergote. 2 gros.

Eau bouillante. 6 onces. Faites digérer pendant une heure, filtrez et ajoutez Teinture de cantharides. 6 gouttes. Sirop d'écorce d'orange. 4 once.

A prendre une cuillerée matin et soir pendant trois semaines. On conseilla en outre l'exercice et un régime sévère. Les règles qui suivirent furent très-abondantes. Sept semaines après ce traitement cette femme devint grosse pour la douzième fois et mit au monde au bout de neuf mois un enfant bien portant, sans s'être assujettie à aucune précaution particulière pendant la durée de la gestation.

Le seigle ergoté est un auxiliaire auquel M. Metsch a recours lorsqu'il n'y a pas seulement atonie de l'utérus, mais en même temps irritahitité et contractilité de cet organe, coïncidence morbide qui s'observe quelquefois. La teinture de cantharides


est indiquée quand les avortements ont été précédés par un état spasmodique des voies urinaires, caractérisé par du ténesme vésical et par une miction difUcite et douloureuse. Nous ajouterons que chez une dame qui n'est pas devenue enceinte de nouveau après le traitement, l'infusion de sabine a fait disparaître, sans le concours de moyens extérieurs, un prolapsus de l'utérus et du vagin dont cette dame était atteinte depuis plusieurs an'nées, à la suite de fausses couches consécutives. ART. ~4SO. URÉTRITES UËES A L'EXISTENCE DU SCORBUT. On sait grâce aux travaux de Swediaur et d'Atibert que la diathese goutteuse joue un certain rôle dans l'étiologie de Furetrite, mais jusqu'ici la diathèse scorbutique n'avait pas été signalée comme une des causes qui rendent cette maladie assez souvent rebelle au traitement banal dirigé contre elle. Un médecin d'Épinal, M. le D' Boyé, a publié à ce sujet dans la Gazette médicale de Strasbourg, un petit travail qui offre de l'intérêt. M. Boyé n'a pas observé moins de vingt-six cas d'urétrite scorbutique, et voici ce qu'un examen attentif lui a permis de constater à l'occasion de ces faits.

Dans l'urétrite entretenue par la diathèse scorbutique, la muqueuse est d'un rouge-brun et comme piquée de petites taches blafardes. On trouve en même temps dans certains cas sur la verge ou sur le scrotum des taches ou des tumeurs fongueuses d'un petit diamètre rebelles à toute espèce de traitement local; mais l'altération la plus commune est celle des gencives qui ont cette teinte rouge-brun, cette mollesse et cette disposition à l'hémorragie que chacun sait. Si cet état n'existe plus on le retrouve toujours dans les antécédents du malade. Dix-neuf fois sur vingt-six, M. Boyé a trouvé i'urëtritc scorbutique, chez des sujets jeunes, forts, présentant plus que tout autre le tempérament sanguin, ce qui explique comment la diathèse scorbutique peut si souvent entretenir f'urëtrite et rester méconnue malgré sa fréquence. C'est qu'en effet, elle se larve, et l'on prend alors pour une urétrite chronique simple une manifestation ordinaire du scorbut; il n'est pas rare alors de voir se calmer les accidents dont les malades s'étaient plaints du côté des gencives; les symptômes extérieurs se sont déplacés. Ces malades portaient en général une vieille chaude-pisse, chez les uns c'était une simple goutte militaire; chez d'autres, un suintement qui, deux ou trois fois par an reprenait brusquement le caractère d'une urétrite nouvelle et violemment inflammatoire; chez quelquesuns enfin, l'écoulement était accompagnée d'ulcération de la muqueuse, du gland ou du prépuce, ayant tous les caractères du scorbut. Presque tous avaient suivi plusieurs traitements et renoncé courageusement à toutes leurs habitudes pour prendre un


régime de diète et d'abstinence, dans l'espoir toujours déçu de faire disparaître cette inflammation si opiniâtre.

La première prescription de M. Boyé a porté précisément sur ce régime. Ce médecin a voulu que le malade prit une alimentation réparatrice, des potages gras, des rôtis, du vin, des légumes, des mets de haut goût. H a défendu les alcools, le café, la bière et les grands bains tièdes. h a employé à l'intérieur surtout )e jus de cresson à la dose d'un grand verre chaque matin à jeun; une heure après le malade prenait quatre capsules de copahu. En combinant ainsi ces deux moyens on évite, selon M. Boyé, la congestion que le jus de cresson produit quelquefois vers la tête. A l'intérieur encore on donnait des sels de fer et de manganèse, le sirop de bourgeonsdesapins et de Tolu additionné d'iodure ou de bromure de potassium. Les bains de rivière dans la belle saison ont toujours été avantageux.

Telle est en somme le traitement qui a le mieux réussi dans cette forme de t'urétrite. H a suffi pour guérir lesdeux tiers des malades; chez le dernier tiers, il a fallu en venir à la cautérisation à l'aide du porte-nitrate de Lallemand. Dans tous les cas, on doit être prévenu que le traitement soit médical, soit chirurgical, n'a de chance de succès qu'autant qu'il est continué avec persévérance, sauf contre-indication formelle.

ART. 4451. INFILTRATIONS SÉREUSES, HYDROPIStES. POTION ET VIN DiCRÉTtQUES. Nous empruntons au Journal dechimie médicale, la formule de trois préparations que M. le professeur Cruveilhier emploie spécialement contre les infiltrations séreuses et les hydropisies si communes chez les personnes affectées de maladie du cœur. Dans les cas d'infiltration séreuse ce médecin prescrit souvent la potion suivante

/'r.MaccrationdefcuiiIesdedigitaie. gramme. Eau. tSO Ether nitrique. 2 x Sirop des cinq racines. 30 D Ou bien un vin dfure~~He mineur ainsi composé

Pr.Axotatede potasse. )2grammes. Baies de genièvre. 60

Faites macérer pendant vingt-quatre heures dans une bouteille de vin blanc.

M. Cruveilhierfait prendre en trois fois chaque jour, une heure au moins ayant le repas, un verre de ce vin dont il faitjusagesen lement contre les enHnres œdëmateuses des pieds, des jambes et les hydropisies commençantes.


Dans les cas plus graves il a recours au vin <!t'ar~(t~ne majeur qu'il formule ainsi

Pr. Jalap concassé. 8 grammes. Scille concassée. 8 Azotate de potasse. 45 5 »

Mêlez et faites tremper dans un litre de vin blanc pendant un Jour.

Le malade prend trois cuillerées à bouche par jour de ce vin, deux heures avant le repas. Après deux jours on ëièvëtadose à six cuillerées en trois fois par jour, et après deux jours, à neuf cuillerées en trois fois également.

ART. 4452.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

AcADÉM)E DES SoENCES. M. Charles Dupin a lu une note statistique fort intéressante sur les ravages comparés du choléra en 1832 et en 18M. Il résulte de ces chiffres qu'en 1832 le choléra afait périr trois mille six cent soixante-cinq individus par chaque million d'habitants, et en 4849 quatre mille cinq cent deux. Cette dernière épidémie a été moins meurtrière 'a Paris que la précédente, mais, comme on le voit, elle l'a été davantage dans .le reste de la France. En 4849, le département de la Seine n'a éprouvé que les trois quarts de la mortalité qui l'avait frappé-en 1832, tandis que dans les départements la mortalité due au choléra surpasse pour 4849 de 23 pour 100 la mortalité de 1832. La durée de fa vie moyenne s'est tellement accrue en France depuis quatre-vingts ans qu'il faudrait doubler ou même tripler la mortalité de l'année 1849, époque du choléra, pour arriver au nombre de décès par million d'hommes qu'on observait de 1771 à 1780, époque où il ne régna aucune épidémie extraordinaire. ACADÉMIE DE MÉDECINE.–M.teD'Scette-Montdezertaadressé à l'Académie un mémoire sur l'emploi du calomel dans l'amygdalite. Ce médecin incorpore trente centigrammes de calomel dans un gramme cinquante centigrammes desavon médicinal. On en fait six pilules donton donne une le matin et une autre le soir. -Le même médecin a adressé un autre mémoire sur l'emploi du sel marin dans les fièvres intermittentes, et ce travail, sur lequel M. Piorry a fait un long rapport, a été l'occasion d'une assez vive discussion à l'Académie.

M. Piorry a commencé par déclarer qu'il parlait en son nom et non en celui de la commission nommée pourexaminer ce travail, le sujet étant en quelque sorte de son domaine, puisqu'on sait qu'il a étudié d'une manière toute particulière les fièvres inter-


mittentes et qu'il s'est fait sur leur nature une théorie qui n'est pas celle de la généralité des praticiens.

M. SeeDe-Montdezert a été conduit à employer le sel dans les fièvres intermittentes par le raisonnement; il s'est dit dans tes fièvres d'accès la fibrine se trouve dans le sang en trop grande quantité et elle y circule en suspension dans le sérum en conséquence, il.a donné le chlorure de sodium pour la dissoudre. Il prétend que la pratique est venue confirmer la théorie et il cite un certain nombre de guérisons par ce moyen.

M. Piorry a repris les expériences de M. Sce!)e-Montdezert et a fait sur son travail un rapport beaucoup plus complet que le mémoire tui-même. H a recueilli trente-sept observations dans les cliniques de la Pitié et de la Charité, et en a constitué un corps d'ouvrage qui établit d'une manière irréfragable, suivant lui, les propositions suivantes

Le sel marin, administré à un individu dont la rate est saine, en détermine immédiatement, comme le sulfate de quinine, un rétrécissement de tous les diamètres. H en est de même lorsque la rate est hypertrophiée et cette sorte de retrait s'opère en quelques minutes. Cette diminution dans les dimensions de la rate n'est point momentanée; elle persiste pendant plusieurs jours, pendant plusieurs semaines; enfin l'action du sel est aussi prononcée, plus rapide et peut-être plus durable que celle du sulfate de quinine.

Quant à l'action du sel sur la disparition de l'accès, M. ScelleMontdezert l'a constatée dans un grand nombre de circonstances et les observations de M. Piorry ne laissent aucun doute à ce sujet. Dans la très-grande majorité des cas, les accès se sont calmés, éloignés, ou même ont été supprimés. Quelquefois cependant le médicament a échoué, et alors il a fallu recourir au sulfate de quinine.

Le sel marin présente certains avantages sur le sel de quinine; il se trouve partout et à très-bas prix, son mode d'administration est des plus simples et il n'exerce pas sur le système nerveux d'action toxique comme la quinine donnée à haute dose. Mais sa saveur est insupportable et beaucoup de malades ne peuvent se décider à en faire usage. Il en faut administrer de dix à trente grammes pour obtenir la guérison d'accès fébriles; or, rarement l'estomac s'accommode d'une pareille dose et conserve le médicament. On ne peut songer à l'administrer en lavements, l'intestin se contractant aussitôt.

Cependant M. Piorry a terminé son mémoire en concluant 41 Que le sel marin donné à la dose de dix à trente grammes dans cent à cent-cinquante grammes de véhicule [ café (ScelleMontdezert), bouillon à l'oseille, etc.], diminue en général la rate


d'une façon très-rapide, et que, dans un grand nombre de cas, il prévient le retour des accès fébritcs;

2° Qu'il agit avec la même énergie sur la rate que la quinine soluble;

3° Qu'il est un remarquable succédané du quinquina; 4° Que son peu de prix, la faciHté avec laquelle on peut se le procurer, en font un médicament bien précieux pour la médecine du pauvre;

8° Qu'il peut être employé conjointement avec le sulfate et l'alcoolé de quinine, et que, dans les cas où l'un de ces moyens de traitement échoue, on peut avoir utilement recours aux autres.

6" Que de la combinaison de l'emploi du sel à de hautes doses et de l'alcoolé de quinine administré à de hautes proportions résulte quelquefois un effet tel sur la rate, que cet organe éprouve très-promptement une diminution considérable;

7° Que l'on ne pourrait encore préciser tous les cas où les préparations de quinine devraient être préférées au sel marin, et réciproquement, mais qu'il en est déjà où il semble que l'on doit emptoyer l'un plutôt que l'autre;

8° Enfin,qu'au point de vue du prophytaxisme et de l'hygiène publique, l'emploi du chiorure de sodium dans les pays marécageux serait peut-être d'une grande utilité.

Ce rapport et surtout ses conclusions devaient soulever une viveopposition dans l'Académie et, en effet, M. Grisolle a d'abord fait observer que la première partie de ce travail, celle qui est relative à la théorie de la fièvre intermittente avait été déjà l'occasion de plusieurs débats dans cette même enceinte et que AI. Piorry n'était pas parvenu à faire parmi les membres de l'Académie un seul prosélyte. H n'a donc pas cru nécessaire de revenir sur ce sujet et de combattre des propositions qui ne sont soutenues par personne. Mais le côté pratique de la question lui a semblé plus important et c'est par le travail même du rapporteur que M. Grisolle a cherché à démontrer l'inexactitude de ses conclusions. Ainsi, pour que les effets d'un médicament que l'on veut expérimenter soient convenablement appréciés, il faut que l'on ait bien constaté l'existence de la maladie qu'il est destiné à combattre; 2° que le médicament soit donné à l'exclusion de tout autre; 3° enfin, il faut prendre garde d'attribuer au remède des effets qui peuvent dépendre de circonstances étrangères à son administration. Or, d'après M. Grisolle, le rapporteur aurait précisément négligé ces trois conditions. Ainsi, quand des malades se sont présentés à son observation, il

s'est peu inquiété de savoir le type de la fièvre, sa durée, sa cause, etc. il a mesuré la circonférence de la rate, et toutes les


fois que cet organea dépasse sept centimètres, on a diagnostiqué une fièvre d'accès. Il est résulté de cette manière de procéder que, dans un grand nombre de cas, on a administré le sel à des sujets qui n'avaient point de fièvre intermittente. D'un autre côté le sulfate de quinine a été très-souvent administré aux malades de 5!. Piorry conjointement avec le sel marin et ce sont autant d'observations à retirer du mémoire; enfin, souvent le remède a été donné lorsque, par la diminution croissante des accès, il était facile d'en prévoir la fin naturelle; on a même donné le sel lorsque la fièvre était entièrement guérie. On sait que les malheureux fébricitants qui nous arrivent de certains pays marécageux guérissent très-souvent par leur seul séjour dans nos hôpitaux et sans faire usage d'aucun fébrifuge. Aussi, toutes les fois qu'on a voulu apprécier la vertu d'un nouveau médicament, on ne l'a administré qu'alors qu'il était bien prouvé que les accès abandonnés à eux-mêmes persistaient comme par le passé. Or, M. Piorry a manqué à cette règle invariablement suivie par tous les expérimentateurs; ses expériences ont donc été faites dans les conditions les plus défavorables et ne prouvent absolument rien.

A la vérité M. Piorry, sans s'embarrasser de toutes ses objections, proclame que le sel est un excellent fébrifuge, car il produit presque instantanément la diminution de la rate; mais la strychnine, substance qui, plus que toute autre, a la propriété de diminuer, la rate, n'est pas un fébrifuge; il en est de même de l'acétate de morphine et du camphre. Pourquoi le sel seraitil un fébrifuge, par cela seul qu'il diminue le volume de la rate?

Bien loin d'encourager les praticiens à recourir à l'emploi du sel, M. Grisolle voudrait que l'Académie se tint dans une prudente réserve et attendît, pour se prononcer, des faits plus nombreux et surtout plus concluants que ceux qui ont été apportés par M. Piorry.

L'honorable rapporteur, froissé dans son amour-propre et piqué sans doute de quelques traits satiriques lancés par M. Grisolle contre sa théorie de la fièvre intermittente, s'est quelque peu écarté des convenances académiques en supposant que son adversaire lui gardait rancune, ayant dernièrement échoué dans un concours dans lequel lui, M. Piorry, était juge. Cette étrange argumentation a soulevé immédiatement dans toute l'assemblée un vif mouvement de réprobation et l'orateur, comprenant que des injures ne sont pas des raisons, a répondu aux principales objections de M. Grisolle en niant une partie des faits avancés par lui et en persistant dans sa théorie et dans ses conclusions.


Un médecin militaire, dont la parole beaucoup de poids à l'Académie, M. Lévy, est venu apporter quelques renseignements sur la valeur du sel marin comme fébrifuge. Malgré la considération qu'il professe pour M. Piorry, il s'est joint à M. Grisolle pour repousser ses conclusions. Le sel marin a été essayé par les chirurgiens militaires en France et en Algérie, mais il n'a point donné de bons résultats, en sorte que M. Lévy ne pense pas que ce soit un véritable succédané du quinquina. Ce médecin a d'ailleurs fait observer avec beaucoup de raison qu'il y a une différence infinie entre les fièvres d'accès qu'on observe à Paris et celles qu'on observe dans les pays marécageux, et principalement en Algérie, en Corse et à Rome. Il a peint le terrible effet des miasmes paludéens, qui portent sur la constitution de nos soldats une empreinte si profonde, qui manifeste ses effets, non-seulement par des accès fébriles, mais encore par un vaste engorgement de la rate et par un épuisement général des forces, qui prédispose à une foule de maladies. C'est dans ces localités qu'il faut expérimenter la valeur des fébrifuges et non à Paris, où il est presque sans exemple de voir des accès résister à l'emploi du quinquina. M. Levy a terminé son discours en engageant l'Académie à ne point recommander aux praticiens l'usage du sel marin et à se borner à renvoyer le mémoire de M. Scelle-Montdezert à la commission chargée d'examiner la ,valeur des différents fébrifuges proposés. C'est aussi ce que l'Académie a décidé, du consentement du reste de MM. Grisolle et Piorry.

L'Académie est revenue quelques instants sur ta discussion qui l'avait occupée le mois dernier relativement à l'application du forceps au détroit supérieur. M. Chailly a pensé qu'il n'avait pas suffisamment expliqué te procédé de M. Hatin et il a rappelé qu'il consistait à introduire la main tout entière dans l'utérus afin de mieux diriger l'application de l'instrument et surtout à contourner la tête du fœtus avec la même main et à appliquer ainsi la seconde branche du forceps sans désemparer. M. Dubois prétend que cette manœuvre est contraire au bon sens, mais s'il l'avait employée, il en aurait reconnu les avantages, et M. Chailly se propose de publier quatorze observations dans lesquelles on a employé ce procédé avec un entier succès. M. Dubois a répondu à M. Gerdy, qui lui faisait également le reproche de juger ainsi définitivement un procédé qu'il n'avait pas expérimenté, en lui demandant si, dans le cas où un chirurgien viendrait proposer d'opérer la cataracte de la même main sur les deux yeux, il essayerait son procédé avant de déclarer qu'il est vicieux. Il en est de même du procédé de M. Hatin; il n'est pas nécessaire d'introduire la main tout entière dans ces cas


do rétrécissement du bassin, deux doigts atteignant facilement le col et suffisant pour diriger la branche du forceps. La principale raison qui porte M. Dubois à rejeter le procédé de M. Itatin, c'est qu'il est complétement inutile. M. Danyau a ajouté que, trois fois, il a eu recours à ce procède, et que s'il n'a pas éprouve de difficultés sérieuses à introduire les branches du forceps, il n'en a du reste retiré aucun bénéfice les branches n'ayant pu être régulièrement appliquées sur les parties latérales de la tête de l'enfant.

Une conversation s'est ensuite engagée entre MM. Ma)gaigne, Gerdy, Dubois et Moreau sur les causes de la mortalité chez les femmes en couche. M. Ma)gaignc a attribué la fièvre puerpérale à la longueur du travail et au refroidissement auquel s'exposent les femmes, et a reproché aux accoucheurs de ne pas appliquer assez souvent le forceps; M. Gerdy a été d'un avis semblable. MM. Moreau et Dubois, au contraire, reprochent aux praticiens de l'appliquer trop souvent et de ne pas savoir attendre et se fier dans les efforts de la nature.

M. Cazenave, de Bordeaux,~ écrital'Acadëmie pour lui faire connaitre la formule suivante, avec laquelle il a souvent, depuis deux ans, guéri des douleurs névralgiques faciales et hémicramiennes.

~*r. Chloroforme pur. ')2grammes. Cyanure de potassium. 40 0 »

Axonge récente. 60 M

Cire, suffisante quantité pour obtenir la consistance d'une pommade.

M. le D' Margoton a aussi très-vivement recommandé la pommade suivante contre les engelures.

-Pr.Eau commune. 92 grammes. Acide sulfurique concentré 3 D

Teinture de safran., 45gouttes.

Mêlez pour imbiber une compresse en deux doubles qui doit être appliquée sur M partie malade et y rester vingt-quatre heures. Renouveler de quatre en quatre heures.

BIBUOGRAPHIE.

ART. 4453. Les trois règnes de la nature. Règne végétal etc., par LE DOCTEUR LE MAOUT (1).

Nous avons, aux articles 2866 et 3204 de ce journal, rendu (<) t vol. grand in-8 avec planches et figures dans le texte, chez Curmer.


compte à nos lecteurs de deux ouvrages élémentaires sur Ja botanique dus à la plume élégante de M. le docteur Le Maout. Celui que nous annonçons aujourd'hui ne le cède en rien aux deux premiers. M. Le ttaout s'est fait dans l'enseignement de la botanique une sorte de spécialité. !t a la prétention de mettre cette science à la portée d'un chacun il a pitié de nos oreilles et voudrait en éloigner les mots barbares et les sons discordants; il a pitié de notre mémoire et cherche à débarrasser la nomenclature des expressions malsonnantes et des détails inutiles. Non-seulement il bannit de la science les mots impropres ou les comparaisons indécentes, mais sa brillante imagination les remplace immédiatement par des termes euphoniques et qui se placent d'eux-mêmes dans la mémoire de l'élève, par des expressions aussi riches que poétiques qui donnent aux plantes une âme, une existence, qui les font en quelque sorte sentir et se mouvoir autour de nous.

M. Le Maout a spécialement pour but dans ses ouvrages de nous aplanir la route qui conduit si péniblement & la connaissance des végétaux. H faut convenir que dans ce genre de travail il a peu de rivaux car il en est de la botanique comme de toutes les autres sciences, il semble que chaque ouvrage qui paraît ait pour objet de créer de nouvelleset plus grandes difncuttés a son étude. Nous nous sommes plus d'une fois élevé dans ce journal contre la désolante manie de quelques auteurs qui veulent absolument introduire en médecine un langage barbare, inintelligible pour ceux-là même qui savent le grec et le latin; il en est ainsi, à ce qu'il parait, dans la science que M. Le Maout professe, et on dirait que les lauriers de M. Piorry empêchent de dormir nos botanistes modernes, qui, au dire de notre auteur, ont adopté un jargon bien fait pour effrayer les jeunes gens dès leur début dans i'étude des fleurs. Après avoir exposé cette ridicule et barbare nomenclature, M. Le Maout pose ce dilemme aux savants qui persistent à rendre la science de la botanique inabordable pour le plus grand nombre

< La science est-elle ou n'est-elle pas, dit-il la propriété exclusive des savants ? Dans l'aflirinative il n'y a ;0s lieu de les accuser ce sont purement et simplement des prêtres d'Egypte; ils ont usé de leur droit en se créant une langue qu'eux seuls peuvent parler et qui rend leur sanctuaire inaccessible ils peuvent s'y tenir bien tranquilles, jamais le profane vutgaire ne tentera de pénétrer dans une enceinte gardée par des dragons tels que ))M. ~;e/!e/!dor/, ~7eMeMcAmM/, /i'r<McAemf'MAo/etc. Mais si (ce que personne ne conteste) le profane vulgaire, qui n'est autre que )e public, a droit aux jouissances de la science, dont il est, en définitive, le plus puissant protecteur, pourquoi,


après t avor convié à ces jouissances par des leçons publiques et des livres éfémentaires qui stimulent sa curiosité, lui présenter dans la nomenclature un obstacle insurmontable? D Les genres messerschmidtia,benninghausenia,krascheninskovia valent bien les aëropncumonectasies et les hypercardiotrophies des médecins néologistes. Peut-être ces mots barbares sont-ils encore plus déplacés dans un ouvrage de botanique que partout ailleurs, car aucune science n'exige dans son exposition un style plus harmonieux et plus fleuri. Un professeur de botanique doit être un peu poète, et nous en avons la preuve sous les yeux M. Le Maout est poëte, et s'il ne parle pas en vers à ses auditeurs, c'est sans doute pour se conformer à l'usage qui veut qu'-m professeur n'adresse la parole à ses élèves qu'en vile prose. Mais c'est vainement qu'il se fait violence pour comprimer ses inspirations poétiques. Toutes ses pensées sont élevées, ses comparaisons sont gracieuses et justes, son style est riche et harmonieux. On le lit sans fatigue, on )c comprend sans efforts, et l'on ne s'aperçoit pas, en feuilletant ses livres, qu'on apprend les éléments d'une science qui n'offrirait ailleurs qu'une aride et froide nomenclature. M. Le Maout est passionné pour la science qu'il professe, et il a le talent bien rare de communiquer son enthousiasme à ses lecteurs. Qu'on en juge par le passage suivant. dans iequelit.décrit les jouissances de i'amateur forcé de vivre de souvenirs et condamné, comme le vieillard, à se nourrir du récit des hauts faits de sa jeunesse. «L'herbier, ce jardin sec, véritable jardin d'hiver, est pour le botaniste une source de jouissances que peut seul comprendre celui qui a cueilli et desséché des plantes. Il profite du mauvais temps pour visiter son trésor, et son plaisir présent s'augmente de ceux que lui promet l'avenir; car quelles que soient ses richesses végétales, il est assez heureux pour qu'il lui reste toujours quelque chose à désirer. Puis quand l'âge vient arrêter ou espacer ses excursions et le réduire à vivre de souvenirs, les cartons de son herbier deviennent de précieuses archives où il trouve écrite l'histoire de sa jeunesse. Chaque plante, en lui rappelant le lieu, l'époque, l'heure où elle fut cueillie, lui retrace en même temps les circonstances de son herborisation, l'état de l'atmosphère, la disposition de son esprit et de son cœur, le vers dont il cherchait la rime, le motif musical qu'il poursuivait, les espérances juvéniles qui le rendaient plus allégre. Cette anémone o/~f'e fut sa première conquête; cet <!fNm lacheléfut ia seconde; il arriva au bon moment pour constater la chaleur dévetoppëe par le ~pa~M et le sue caustique de ia plante lui causa une légère ophthaimie. Cet opArj/MtOttcA~ it l'obtint en échange d'une cardamine ~p~tf~e. Cette saxifrage


tridactyle fut récoltée sur un mur et lui valut de la part du propriétaire, qui le surprit en flagrant délit d'escalade, une interpellation à laquelle la présence d'un bouledogue ajoutait un intérêt tout particulier. Ce varec ecar/a&efut cueilli au dernier moment du reflux, sur les récifs les plus voisins du lit de la haute mer, et l'amateur d'algues, à peine en possession de son butin, se vit obligé de fuir à grands pas, poursuivi sur la grève par la marée montante, marée d'équinoxe qui, dans certains parages de la Bretagne marche plus rapidement que l'homme. c Cette méligue des montagnes, qui fut la cause de sa prédilection pour la famille des graminées, il la rencontra près de la lisière d'une haute futaie sous laquelle il s'était abrité pour jouir impunément d'une ondée de mai tombant à la clarté du soleil. Il pensa d'abord à la cause physique du riant phénomène qu'il avait sous les yeux; mais cette condensation des vapeurs aqueuses, rapidement entraînées par les courants ascendants vet;s les régions froides de l'atmosphère et se liquéfiant avant d'avoir passé à l'état de nuage ne l'occupa que peu d'instants; il voyait se dérouler devant lui un amphithéâtre enchanté que vivifiaient à la fois la p~uie et le soleil. Bientôt la folle du logis vint murmurer à ses oreilles, etc. a

Laissons l'amateur d'herbier s'inspirer de ses souvenirs poétiques, et voyons-le s'enivrer de sa gloire et du juste sentiment de son importance personnelle.

<t Je n'ai pas terminé l'énumération des plaisirs de l'herborisateur il en est un encore, le plus vif de tous peut-être, c'est celui qu'il trouve dans sa vanité. Il est bien entendu que je parle ici de certains collecteurs et non des botanistes sérieux. Celui dont je veux parfèr est fier de posséder seul une espèce, fier de l'avoir seul récoltée, fier de connaître seul sa localité. Mais s'il pouvait découvrir une espèce nouvelle! que dis-je, établir un genre nouveau et lui donner son nom! Ambition pleine d'inquiétude et de charme qui abrége son sommeil et le fait bien souvent devancer l'aurore sur le théâtre de ses explorations. tl y a certaines plantes rares qui ne sont qu'imparfaitement connues les auteurs qui les ont décrites n'ont pu les observer qu'à l'état sec, peut-être ont-ils confondu desMpecM voisines! peutêtre même réuni en un seul deux genres distincts! Ce sont ces plantes que~'herborisateur recherche le plus curieusement. Les détails les plus insignifiants de la structure deviennent l'objet d'une minutieuse analyse. S'il rencontre le plus léger caractère exceptionnel ou même une simple variation dans les dimensions ou la couleur, cette différence prend à ses yeux des proportions exagérées. Il croit avoir fait la découverte d'un nouveau type, et il n'a plus de repos jusqu'à ce que son nom gaulois ou tu-


desque, terminé en our, ou en ard, ou en M)', ou en acA, ou en ?nann, ou en berg, ou en ski, ou en etor/, soit allongé de la désinence latine ia, qui en fera un nom générique! D Maigre les railleries que se permet M. Le Maout à l'endroit de ce bienheureux herborisateur, est-il un seul de nous qui n'envie la placide et douce quiétude dont il jouit et qui n'aspire en secret à la récite félicité d'un collecteur qui peut sans remords et sans regret assouvir son innocente passion. Collecteurs de médailles, de vieux bahuts, de caricatures politiques, d'autographes, de papillons, de reliures, de coquillages, et de tant d'autres objets précieux, qu'incapable d'en apprécier !a valeur, nous ne daignerions pas même ramasser dans ia rue, nous professons pour vous une vénération profonde, car dans cette vie semée de tant de soucis et de peines, vous avez trouvé le moyen de vous procurer une véritable félicite. De tous ces goûts exclusifs, de toutes ces passions absorbantes, la plus innocente peutêtre et la moins dispendieuse est celle de l'herborisateur dont le portrait vient d'être si habilement tracé. Gardons-nous donc bien de faire naître en son esprit le moindre scrupule et de porter atteinte à sa vanité, c'est-à-dire à son bonheur, en mettant en question l'importance qu'il s'attribue.

Revenons au livre de M. Le Maout, et disons en quelques mots !e plan suivi par l'auteur.

Si nous nous en rapportons au titre de l'ouvrage, ce n'est que la première partie d'un vaste travail dont l'ensemble embrassera tous les corps de la nature. L'auteur se borne aujourd'hui à l'histoire du règne végétât et nous expose seulement l'histoire naturelle des familles et des principales espèces. Nous avons dit avec quelle clarté il expose les principes de la science, nous devons ajouter que, pour parler aux yeux aussi bien qu'à l'esprit, il a joint au texte une foule de figures admirablement dessinées, qui permettent d'étudier dans son cabinet et, pour ainsi dire, sans peine les principes les plus indispensables de la botanique. Ces dessins sont d'une rare perfection, et ne sont surpassés peut-être que par les planches gravées et coloriées qui font partie de son livre et qui constituent un délicieux album, rappelant d'une manière admirable les fleurs de nos serres, de nos jardins et de nos champs.

UV.JO Il I.IV~ -11--lr~*

Tel est l'ouvrage élémentaire que nous avons sous les yeux et que nous ne pouvons nous lasser de feuilleter et d'admirer. En parcourant cet immense travail, en lisant ces descriptions si pittoresques et si animées, en songeant à toutes les connaissances, à toutes les patientes recherches qui ont présidé à la rédaction de ce livre, nous nous sommes rappelé l'auteur assis avec nous, il y a tant d'années, hélas! sur les bancs d'un col-


lége de Bretagne, et doué dès sa première jeunesse de la bouillante imagination qui en fait aujourd'hui un écrivain si brillant et si fécond. t) promettait alors tout ce qu'il a tenu depuis cette époque, et les prédictions faites tant de fois par ses maîtres se sont accomplies. Être à la fois savant et poète, c'est une destinée peu commune, mais aucun de ceux qui l'ont connu dans son enfance n'est surpris en lisant tes œuvres dont il enrichit la science dans son âge mûr.

ART. 4454.. yrNfM~MfM'uro~M<!('OtMdt<yM<f\'M. Gastralgie et cn<e'r<f'e, par M. YtGNES (.1).

Bon nombre de nos lecteurs peuvent se rappeler encore un local enfumé, situé au rez-de chaussée d'une des vieilles maisons de ia rue des Grès, où chaque soir, il y aura bientôt trente années révolues, le professeur Broussais venaitexposer aux élèves et aux médecins avides de l'entendre les principes de la doctrine 'physiologique. f)~ n'ont peut-être pas oubiie cette parole vive et saccadée, cette éloquence abrupte, cette togique pressante et inexorable dont l'illustre professeur poursuivait ses adversaires, ators qu'après avoir exposé leurs systèmes avec une clarté et une précision dont on chercherait vainement des modèles aitteurs que dans ses ouvrages, il donnait un libre essor à son indignation, et passait souvent, en prononçant ses anathèmcs, d'un débit difficile et embarrassé, aux expressions les plus énergiques et les plus pittoresques, et même à la véritable éloquence. Pour nous, it nous semble voir encore la physionomie si mobile, si fine, si railleuse de notre cë)ebrema!tre; ces yeux brillants cherchant par-dessus ses lunettes à lire sur la figure de ses auditeurs l'effet magique de ses paroles, son enthousiasme se communiquant ses élèves, et l'ontologie à jamais extirpée de l'enseignement médical.

Un sujetsans cesse renaissant exerçait particulièrement la verve du professeur Broussais, et excitait son indignation contre ses contradicteurs, c'était la gastrite chronique confondue, suivant lui, par une foule de praticiens, avec ces douleurs nerveuses qu'on a désignées sous le nom de gastralgies et d'en<et'n/M. Que d'anathèmes ne )anç;U-if pas contre Barras et ses partisans! Si l'ouvrage que nous avons sous les yeux eût été publié trente années plus tôt, il eût certainement donné lieu à desemblables apostrophes, car l'auteur adopte la théorie de Barras, repousse les prétentions de la médecine physiologique, et accorde aux névroses de l'estomac une place importante dans le cadre noso(')tvo).i<)-s°ehe!!T..)bbé.


logique. Mais ptus heureux que Barras et Broussais, il affirme avoir trouvé à la fois la cause et le remède du mal, et il appuie ses prétentions sur une quarantaine d'observations qui sont en partie consignées dans son livre.

Quant à la cause, ce n'est pas le lieu de renouveler les querelles auxquelles la mort de Broussais a mis un terme. II est aujourd'hui peu de praticiens qui n'admettent l'existence des névroses de l'estomac. Broussais lui-même ne les rejetait pas d'une manière absolue. Mais on peut dire qu'elles sont plus ou moins communes, suivant les opinions bien arrêtées des médecins qui ont à traiter des affections des organes digestifs. Tous les auteurs conviennent que la ligne de démarcation est trèsdifïicite à établir entre la gastrite chronique et la gastralgie. M. Vignes, à qui l'on ne peut refuser une longue expérience et des connaissances positives dans le traitement des maladies, en convient lui-même, et il emploie, pour les distinguer, une sorte de pierre de touche qui, dit-il, ne lni fait jamais défaut. Ce sont les infusions aromatiques, et particulièrement la mélisse que conseillait, contre les maux d'estomac, le professeur Alphonse Leroy, son maître. Les accidents vont-ils en diminuant, le caractère de la maladie est alors bien arrêté, et l'on attaque le mat par un régime tonique et fortifiant, ainsi que te faisait Barras, mais surtout par une thérapeutique active dont l'auteur revendique la propriété.

Cette thérapeutique est fort simple, elle consiste dans Femploi d'une potion aromatico-calmante, dont voici la formule

Eau communc. 60 grammes

Eau distillée de mélisse. 30 u

Sirop diacode. 30

A prendre en deux fois dans la journée.

Quelquefois M. Vignes varie un peu sa formule, et prescrit

Eau distillée de menthe. 30 grammes.

infusion de mélisse. 60 p

Siropdemorphine. 30

Eau de neursd''oranger. D

Dans d'autres circonstances, il remplace toute potion par une application externe sur ie creux de l'estomac trente centigrammes d'acétate de morphine, étendus sur un cmptâtre de sparadrap ordinaire, sont laissés en place pendant quatre ou cinq jours. « L'action thérapeutique de ce moyen, ajoute l'auteur, était d'ordinaire plus lente ou plus tardive que celle des potions, mais elle était aussi certaine; je n'ai jamais été dans la nécessite de la-renouveler chez la même personne. z

Eh bien! nous regrettons de trouver cette phrase dans le livre


de M. Vignes. Elle refroidit nos bonnes dispositions envers le' médicament préconisé par l'auteur, car nous nous disons deux genres de moyens sont préconisés par lui dans la névralgie de l'estomac. L'un, d'après les idées généralement reçues en thérapeutique, n'a ni plus ni moins d'action que le thé, le tilleul, et toutes ces substances innocentes avec lesquelles on trompe, pour quelques instants, l'impatience de l'estomac, mais que nous ne prescrivons pas habituellement dans la maladie en question. L'autre est un médicament énergique, et faisant partie obligée de tout traitement antinévralgique, et dont, hélas! nous avons mille fois constaté l'impuissance. Or, M. Vignes les mettant tous deux sur la même ligne, nos illusions vont être détruites, et nous en serons réduit a nous demander si les gastralgies que l'on observe dans le pays de Caux sont bien de la même nature que ceHesqui, à Paris, font le désespoir des malades et le nôtre. Broussais ne serait-il pas fondé à prétendre qu'une affectiou de l'estomac, qu'on guérit avec une infusion de mélisse, c'est-àdire avec de l'eau chaude un peu aiguisée d'aromes, n'est qu'une gastrite chronique qui ne se trouve pas mal, dans certaines circonstances, d'un léger stimulant, comme nous en avons, du reste, tous les jours la preuve dans les phlegmasies chroniques de l'extérieur du corps?

Ajoutons que le régime ne paraît pas être d'une grande importance aux yeux de M. Vignes, qui n'a pas pour habitude de. stimuler les organes digestifs par des viandes noires et une alimentation forte, comme le faisait Barras; les objections du professeur du Val-de-Grâce restent par conséquent dans toute leur force, et nous craignons bien que la plupart des observations dans lesquelles M. Vignes a réussi n'aient pas été de ces névroses contre lesquels Barras, Broussais et les autres médecins échouaient si fréquemment.

En résumé, cependant, nous voyons un honorable praticien quianirme~ avec pleine conviction, avoir constamment réussi dans le traitement des gastralgies avec l'eau de métisse et les opiacés. Ma)gré les objections sérieuses et multipliées qui peuvent lui être adressées, les médecins qui liront son ouvrage voudront essayer à leur tour l'emploi des aromatiques. S'ils ne réussissent pas, ils n'auront pas du moins à se reprocher d'avoir, exposé la vie de leurs malades par l'administration d'un médic* ment violent ou inconnu.


ART. 4455.

VARIETES.

-Les journaux de la Côte-d'Or ont annoncé, comme un événement malheureux pour ce département, la mort de M.,le dpetcur Bourée, qui a succombé a Châtillon, après une existence ausst~onorable que bien remplie. Plusieurs notices ont été publiées sur cet excellent confrère, qui laisse après lui d'unanimes regrets, moins peut-être encore à cause de sa grande érudition etdes services qu'it rendait à la science et au pays, qu'en raison de son caractère affable et bienveillant, qui lui avait concilié l'affection de tous ses compatriotes. Une notice biographique, publiée dans le journal le CMttHonnots et !Ma!Ot'ï, par M. Jules Beaudoin, retrace la vie de cet homme de bien, et rappelle les qualités qui le distinguaient. « Il pratiquait, y est-il dit, le bien pour le bien. D'une obligeance à <oute épreuve, c'était pour lui un plaisir de rendre des services, qu'il oubliait aussitôt pour ne se souvenir que de ceux qu'il pouvait avoir reçus.-D'un sens juste, d'un esprit élevé et droit, il avait pour les autres autant d'indulgence que de sévérité pour lui-même. D'une 'modestie simple qui n'appartenait qu'au vrai mérite, ayant conscience de lui-même, d'une égalité de caractère qui ne se démentait pas, cet homme de bien ne connut jamais la haine. Ceux-là seuls qui ont été admis dans son intimité ont pu apprécier les nobles qualités de son excellente nature. Le travail était pour M. Bourée un véritable besoin. Sans cesse occupé, il connaissait la valeur du temps, et n'était satisfait que lorsqu'il savait n'en avoir pas perdu. Les heures qu'il ne consacrait pas à ses malades, il les passait au milieu de ses livres il travaillait sans cesse, il travaillait encore étant en proie aux souffrances d'une maladie cruelle qui, en lui laissant toutes ses facultés intactes, lui permettait de suivre les progrès du mal, et de calculer jour par jour les heures qu'il lui restait a vivre. Mais tout en travaillant, il supportait avec le calme de l'homme courageux, avec la résignation du chrétien, ces souffrances dont dès le principe il avait prévu l'effet.

M. Bourée n'était pas seulement un bon praticien, il avait des connaissances extrêmement étendues en histoire, en littérature, en archéologie, en numismatique. C'est à lui que la ville de Châtillon doit sa riche bibliothèque, dont il a eu si longtemps l'administration. On lui doit aussi un musée d'antiquités et un musée d'histoire naturelle. Enfin il était un des. membres les plus actifs etdes plus laborieux de la Société des antiquaires de France, de l'Académie de Dijon et de plusieurs autres sociétés savantes qui ont si puissamment contribué a répandre le goût des sciences et des lettres dans les départements de l'ancienne Bourgogne.

M. Bourée est mort a l'âge de soixante-quinze ans, montrant jusqu'à sa dernière heure la sérénité de l'homme juste, le calme et la résignation du chrétien.

-Nous annonçons aussi la mort de M. Dezeimêris, bibliothécaire de la Faculté de médecine de Paris, ancien membre de la Chambre


des députes et de t'Assembtée constituante, qui vient de succomber à t'Mge de cinquante-deux ans.

M. Dezeiméris était une des lumières du corps médical de Paris mais depuis plusieurs années il ~'était adonné particulièrement à )'étude de l'agriculture. )t a publié de nombreux écrits qui avaient rendu son nom populaire. Sa mort sera vivement sentie par tous ceux qui s'intéressent aux progrès des sciences que ce savant cultivait avec un égal succès.

-Le tribunal civil de la Seine vient d'être appelé à se prononcer sur une action intentée à t'Académie de médecine par les exécuteurs testamentaires du marquis d'Argenteuil. On sait que le marquis d'Ai-genteuil, en mourant, avait )éguë à l'Académie une somme de trente mille francs dont les intérêts cumulés devaient servir à la fondation d'un prix à décerner, tous tes six ans,à à l'auteur du perfectionnement le plus important apporté, pendant cet espace de temps, aux moyens curatifs des rétrécissements de l'urètre. Quatorze ans se sont écoutés depuis cette époque, et l'Académie n'a pas encore décerné de prix. Les exécuteurs testamentaires ont cru devoir protester contre un tel état de choses, et ont demandé au tribunal une décision qui obligeât l'Académie a se conformer au vœu du testateur.

Par le même testament, une somme de quarante mille francs avait été )éguée à la Société d'encouragement, et celle-ci a déjà donné deux fois le prix mis sa disposition. Pourquoi l'Académie n'en a-t-elle pas fait autant? Serait-ce, a dit l'avocat, que ce corps craignit de faire un piédesta) à quelque chirurgien pris hors de son sein? Cependant ces perfectionnements existent plusieurs commissions les ont proctamés. L'intention du testateur n'a pas été de décerner une récompense seulement aux grandes découvertes; il a voulu qu'on encourageâUes efforts de la science pour perfectionner un art jusqu'ici resté impuissant à soulager l'humanité souffrante. II n'y a aucune raison de retarder plus longtemps l'exécution du testament, et les tribunaux doivent intervenir pour s'opposer au mauvais vouloir de l'Académie. M. Orfila s'est chargé de répondre à ces accusations. II a établi que plusieurs commissions avaient été nommées par ('Académie; que ces commissions, composées d'hommes extrêmement honorables, s'étaient livrées à des expériences longues et minutieuses; qu'elles avaient examiné avec te plus grand soin tes prétendus perfectionnementsapportés au traitement des rétrécissements de l'urètre, et qu'elles n'avaient reconnu aucun des concurrents digne du prix proposé. II est vrai que ce prix avait d'abord été fractionné et devait être partagé entre plusieurs chirurgiens; mais un jurisconsulte distingué n'ayant pas cru que l'Académie eût le droit d'interpréter ainsi le testament du marquis d'Argenteuil, on avait fini par renoncer à donner une récompense qu'aucun des prétendants ne méritait. L'Académie, du reste, ne demande pas mieux que d'être débarrassée de l'obligation de décerner un prix dont le programme était tellement restreint et'si mal défini, qu'il devenait excessivement difScite de se conformer aux intentions du testateur.

Le tribunal, reconnaissant qu'il ne pouvait s'immiscer dans l'appréciation des travaux dont l'Académie est seule juge, a débouté les


exécuteurs testamentaires de leur demande et les a condamnés aux dépens.

-Depuis quatre ou cinq années, M. Orriard, omcier de santé, a quitté une commune rurale peu importante du département de Maine-et-Loire pour venir se fixer à Angers. Il se fit connaître comme un disciple de Hahnemann, et bientôt sa clientèle prit des proportions assez importantes.

Cependant, aucune ordonnance du nouveau médecin n'était présentée dans les pharmacies d'Angers; il était évident qu'd distribuaittuiméme les remèdes à ses malades. Le jury médical s'en émut, et consigna, dans un rapport à M. le préfet de Maine-et-Loire, ses observations à ce sujet.

Le 7 octobre )85), M. le préfet transmettait ce rapport au parquet; le 23 octobre, une perquisition du commissaire de police au domicite de M. Orriard faisait découvrir une pharmacie bomœopathique complète, composée de cent soixante-cinq flacons environ. Ces remèdes furent saisis comme pièces à conviction.

L'incu)pé, interrogé par M. le juge d'instruction, prétendit qu'il ne distribuait ses remèdes qu'après s'être inutilement adressé à tous les pharmaciens d'Angers; mais il fut forcé de reconnaitre, en présence des dénégations des pharmaciens, qu'il n'avait fait aucune tentative sérieuse de mise en demeure à leur égard.

Seulement, depuis )cs poursuites, il avait envoyé deux de ses clients avec une ordonnance chez plusieurs pharmaciens, et comme il était arrivé, contre l'attente des porteurs de cette ordonnance, que deux pharmaciens avaient consenti à la préparer si on leur donnait le temps nécessaire, on s'était rejeté sur l'urgence pour exiger à l'instant même le remède, et ces deux malades, qui ne pouvaient accorder aux pharmaciens les quelques heures qu'ils réclamaient, avaient trouvé la force nécessaire pour porter leur ordonnance à toutes les extrémités de la ville dans treize pharmacies.

Mais comme aucune trace ne restait de cette mise en demeure, l'incutpé voulut procéder plus régulièrement. La veille de l'audience, il se présenta lui-même, accompagné d'un huissier, chez tous les pharmaciens de la ville en leur faisant sommation de lui livrer certaines substances énumérées dans la sommation., telles que lachesis (venin de vipère d'Amerique), psoricum (virus de galeux; ce remède est employé, parait-il, pour gxérir la gâte), rhus toxicodendron (poison végétal très-violent), scilicea (si)ice),HM:~ug!a):s(noix);ietoutàdes dilutions très-élevées, notamment pour une de ces substances à la huit-centième dilution.

Quelques pharmaciens furent surpris en lisant cette nomenclature de remèdes peu employés par la médecine atiopathique. Ils répondirent que n'ayant jamais vu dans leurs officines d'ordonnances de cette nature, ils n'avaient point pris soin de réunir à l'avance des remèdes que personne ne leur avait jamais demandés d'autres déclarèrent qu'ils étaient prêts à préparer une partie des remèdes énumérés dans la sommation quant à ceux dont ils n'avaient pas les éléments premiers, ils s'engagèrent à les faire Pnir de Paris, ainsi que tous autres qui leur seraient demandés..


Ces dernières réponses étaient contraires au résultat que devait se promettre le sieur Orriard en faisant sa sommation, aussi a-t-il essayé de combattre les offres des pharmaciens en faisant plaider, l'Organon de MMx'moM à )a main, que les pharmaciens attopathes d'Angers étaient dans l'impossibilité scientifique et matériette de préparer dans leurs officines certaines médications homœopathiques. Les pharmaciens répondaient, par l'organe du phaanacien en chef des hôpitaux, qu'ils se croyaient à bon droit des connaissances suffisantes pour exécuter les prescriptions de M. Orriard. L'un d'eux même, chez lequel on avait fait la sommation la veille, et qui s'était retranché derrière sa qualité de témoin dans l'affaire pour refuser de répondre, faisait connaître à l'audience qu'aussitôt après la sommation il s'était adressé à Paris par l'intermédiaire du télégraphe électrique, et que le chemin de fer lui avait apporté, dans la nuit, une pharmacie homœopatique à la disposition du prévenu. L'affaire se présentait en cet état à l'audience du tribunal de police correctionnelle d'Angers, à l'audience.du 19 décembre 185).

M. de Soland, substitut du procureur de la république, a exposé tous ces faits à l'appui de la prévention il a soutenu que le sieur Orriard ne peut invoquer le bénéfice de l'article 27 de la loi du 21 germina) an xi, puisque cet article, qui permet aux officiers de santé de distribuer des remèdes à leurs clients, n'est fait que pour le cas où il n'existe pas de pharmacie ouverte dans la tocahté, et que, dans l'espèce, il suffisait d'un acte de la volonté du prévenu pour que plusieurs pharmacies homœopathiques fussent ouvertes pour lui à Angers.

Selon le ministère public, cette circonstance particulière qu'il s'agit de médecine homœopathique est loin d'être favorable au prévenu; car, suivant la doctrine des adeptes de cette école, les glohules et les ditutions contiennent des quantités de médicaments si infiniment petites, si inappréciables en chiures, et près desquelles une goutte me!ée à f'Océan tout entier serait quelque chose de si énorme, qu'aucune vérincation n'est possible et que la chimie est impuissante à constater la présence plutôt idéale que réelle des substances homœopathisée~. Le charlatanisme peut donc se glisser à côté de la science, et faire ingérer aux malades de l'eau claire ou des globules de sucre de lait au lieu de remèdes sérieusement préparés.

La publicité d'une pharmacie et le contrôle des concurrents diminueraient ces inconvénients qui compromettent la santé publique, la dignité professionnelle et les intérêts des pharmaciens. Le ministère public conclut à l'application de la déc)aration du 21 avril 1777, ou tout au moins de l'article 36 de la loi du 21 germinal an xt.

Le défenseur, M" Guitton, invoque en faveur du prévenu les faits analysés plus haut, pour établir l'absence de toute pharmacie homœopathique à Angers au moment des poursuites, les illusions des pharmaciens sur leur science homéopathique, et la nécessité pour le sieur Orriard de délivrer à ses malades des substances inconnues dans les officines de la ville. )) cite, à l'appui de sa thèse, un arrêt de la cour de Dijon du 7 mai 1835 (arrêt non publié dans les recueils et inséré dans la Bibliothèque ~onttMpoMMgMe, Genève, )S4)). Cet arrêt décide


que le sieur Laville de La Plaigne, médecin homœopathe, a pu, sans violer la loi du 21 germinal an X), distribuer des remèdes à ses clients, 1° parce qu'aucune loi n'interdit la pratique de la médecine homœopathique 2° parce qu'aucun pharmacien de Dijon ne s'était mis en demeure de fournir des remèdes homœopathiques, et que Laville de La Plaigne n'avait fait venir ses remèdes de chez un pharmacien de Lyon que par suite du refus qu'il avait éprouvé de la part des pharmaciens de Dijon, auxquels il avait adressé une sommation de lui fournir des remèdes.

A l'audience du 27 décembre 1851, le tribunal a rendu le jugement qui suit

« Attendu qu'aux termes de l'article 36 de la loi du 24 germinal an xî, tout débit au poids médicinal, toute distribution de drogues et préparations médicamenteuses sont interdites;

Que l'article 27 de la même loi n'autorise les médecins à délivrer de médicaments que dans les villes où il n'existe pas de pharmaciens; « Attendu, en fait, que depuis quatre ans environ qu'il est venu résider à Angers, Orriard a constamment délivré aux malades qui le consultaient des médicaments prescrits par lui, qu'il reconnaît ce fait, et prétend seulement qu'il avait droit d'agir ainsi parce que les pharmaciens d'Angers étaient dans l'impossibilité de préparer des médicaments conformes aux prescriptions de la médecine homœopathique « Mais attendu qu'il résulte des explications données par les hommes de l'art, que les pharmaciens d'Angers peuvent parfaitement préparer les médicaments homœopathiques; que l'un d'eux a délivré pendant quelque temps les remèdes qui étaient prescrits par l'un des docteurs médecins de cette ville, d'après la méthode homœopathique; « Que jamais Orriard n'avait, antérieurement aux poursuites, mis aucun des pharmaciens d'Angers en demeure de préparer les médicaments ordonnés par lui, et que lors de la sommation faite en son nom récemment et pour les besoins de la cause, plusieurs des pharmaciens ont fait connaitre qu'ils offraient de préparer tous les médicaments qui pouvaient être prescrits par lui;

"'Attendu dès lors que l'impossibilité alléguée par Orriard n'existant pas, il ne peut invoquer pour sa défense ni l'esprit ni les termes de l'article 27 de la loi de germinal;

Qu'il se trouve ainsi sous le coup de l'article 36 de la même loi, et a encouru les peines prononcées par cet article et la loi du 29 pluviôse an xm

« Le tribunal condamne Orriard à cent francs d'amende et aux dépens. n

Devant la Cour, à l'audience du 26 janvier 1852, M" Guitton a soutenu l'appel interjeté par le sieur Orriard.

La Cour, sur les conclusions conformes de M. d'Aigny, avocat général, adoptant les motifs des premiers juges, a confirmé purement et simplement le jugement de première instance.

On lit dans un journal

K Avant-hier, le train de neuf heures du soir du chemin de fer de Lyon a conduit jusqu'à Châlons soixante femmes extraites de l'hospice de la Salpêtrière et dirigées par l'administration sur la maison d'aliénées de Bourg-en-Bresse.


Ces infortunées occupaient des voitures de seconde classe. On ne saurait se faire une idée de leur étonnement en entendant mugir la vapeur et en se sentant emportées avec une rapidité de plus de trente kilomètres à l'heure. A ce premier mouvement de stupeur succéda une joie d'enfant, qui se manifesta par des chants, par de bruyants éclats de rire, enfin par des accès de gaieté de toutes sortes qui ne cessèrent qu'à l'arrivée du convoi à sa destination.

Une seule, revêtue de la camisole de force, et que l'on avait dû confier à la garde et aux soins intelligents de d~ux jeunes employés de l'hospice, contrastait par son effroi et par ses cris perçants avec ses compagnes.

Le voyage s'est accompli sans le moindre accident. Une surveillante accompagnait chacune des malades. o

Le président de la république, sur le rapport du ministre de l'instruction publique, a rendu, le 23 février, un décret ainsi motivé et formulé

« Considérant qu'au commencement du siècle, la pile deYotta a été jugée le plus admirable des instruments scientifiques;

Qu'elledonne à la chaleur, les températures les plus élevées; à la lumière, une intensité qui dépasse toutes les lumières artiticieites; aux arts chimiques, une force mise à profit par la galvanoplastie et le travail des métaux précieux; à la physiologie et à la médecine pratique, des moyens dont t'efUcacité est sur le point d'être constatée; qu'elle a créé la télégraphie électrique; qu'elle est ainsi devenue et tend à devenir, comme t'avait prévu l'empereur, le plus puissant des agents industriels;

Considérant, dès tors, qu'il est d'un haut intérêt d'appeler les savants de toutes les nations à concourir au développement des applications les plus utiles de la pitedeVotta;

Décrète

Art. )". Un prix de cinquante mille /rottC4' est institué en faveur de l'auteur de la découverte qui rendra la pile de Yoita applicable avec économie

Soit à l'industrie, comme source de chateur,

Soit à i'éciairage,

Soit à la chimie,

Soit à )a mécanique,

Soit à la médecine pratique.

« Art. 2. Les savants de toutes les nations sont admis à concourir. a Art. 3. Le concours demeurera ouvert pendant cinq ans. « Art. 4. H sera nommé une commission chargée d'examiner la découverte de chacun des concurrents, et de reconoattre si elle remplit les conditions requises. a

-L'Avon apporte des nouvelles de la Jamaïque du 31 janvier. Le nombre des victimes du chotéra dans cette ite a été, dit cette feuille, de trente mille!


ART. 4466.

Chloroformisation, méthode Sedillot; morts subites. M. le professeur Sedillot nous a adressé la lettre suivante au sujet de notre article 4440

Monsieur et très-honoré confrère,

Je viens de lire dans le dernier numéro de votre savant et utitejournal (mars, troisième cahier), votre appréciation de mes idées sur l'emploi du chloroforme et pour répondre à la bienveillance dont vous avez bien voulu m'honorer, je vous soumettrai quelques observations contradictoires qui modifieront, j'espère, votre jugement. J'ai dû certainement me mai expliquer, ou l'on aura parcouru trop vite mes diverses publications car it me parait évident que je n'ai pas été compris. De là beaucoup de fausses interprétations et d'erreurs, que je voudrais particulièrement combattre dans l'esprit d'un honoraMe confrère dont les paroles s'inspirent de l'amour de l'humanité et de la science.

Vous me prêtez l'opinion suivante « En faisant respirer au malade une infiniment petite quantité de chloroforme à la fois, et en prolongéant l'opération de manière à soumettre'ie sujet lentement à l'action de l'agent médicamenteux, on n'éprouvera aucun des accidents qui, à bon droit, ont effrayé les praticiens. » Telles ne sont pas mes idées, ni ma doctrine.

J'ai donné le conseil formel de faire inspirer aux malades de grandes quantités de chtoroforme, dans un temps très-court, pour hâter t'apparition de i'anesthésie.et pour supprimer la péf)ode d'excitation. On ne saurait donc me reprocher de plonger votontajfcment les ma)ades dans ce demi-évanouissement, qui est parfoi! intolérable et s'accompagne de mouvements convùisits. Je veux, autant que possible, l'éviter, mais je subordonne cette indication à i'état de l'acte respiratoire.

Je n'ai cessé depuis quatre années, comme on peut le voir, en lisant la discussion du rapport sur le chloroforme à l'Académie de médecine, de répéter :qu'iiétaitindispensabte de maintenir la régularité, la liberté de la respiration, et qu'en suspendant momentanément les inhalations, dès l'apparition de la résolution musculaire, on se mettait à l'abri du danger.

La règle que j'ai formutée de faire inspirer très-peu de chloroforme à la fois, ne s'applique pas à toute la durée de l'opération. C'est une précaution initiale, pour juger de la susceptibilité individuelle et pour prévenir tes spasmes de la glotte, les syncopes, les congestions ceréhrates, dont on a vu de trop nombreux exemples. J'al discuté trèstonguement ces questions, dans une lettre adressée à l'Académie <)o médecine, et publiée dans le numéro du mois de février) 1852 de taG=jMMem~dtcate de Strasbourg. Je repoussais les objections que m'avait adressées M. J. Guérin, et je démontrais que l'on pouvait se mettre parfaitement en garde contre les idiosyncrasies les plus exceptionnelles. !1 importe beaucoup, selon moi, de s'assurer de la manière dont le chloroforme est supporté; c'est une sorte ~l'épreuve sur laquelle on se guide pour suspendre momentanément l'inhalation ou la rendre très-énergique, selon les indications. Tout le monde sait de quels spasmes on se trouve atteint, lorsqu'une seule goutte d'eau tombe dans le larynx; la voix se perd, on étouffe, la figure se congestionne, et il faut quelque temps et quelques efforts pour ramener la respiration à l'état normal. Certains malades offrent les mCmet acTOME XXIII. ? D'AVRIL 1852. <


cidents aux premières inspirations du chloroforme; ils ne peuvent plus respirer, s'agitent et étouffent. Supposez qu'au lieu de leur rendre un air pur et de combattre cette imminence d'asphyxie, on n'en tienne aucun compte, et que l'on poursuive l'anesthésie en maintenant violemment les malheureux patients, on les verra bientôt après cesser tout mouvement, pâlir et s'affaisser sur eux-mêmes ils seront morts, et je dois dire qu'on les aura tués. Les mêmes remarques s'appliquent a des imminences de syncope ou de congestions cerébrales. Si on n'y accorde pas d'attention, les malades peuvent succomber. C'est la connaissance de ces faits qui m'a conduit aux précautions que j'ai signalées, et sur lesquelles j'insiste avec conviction. Dès l'instant que les premières inhalations restent sans effets dangereux, dès qu'on constate la régularité de la respiration, on donne le chloroforme en toute abondance et on précipite l'anesthésie, sans discontinuer néanmoins une active surveillance, afin de suspendre les inhalations si la respiration s'embarrasse, ou si la résolution musculaire, ce dernier terme à mes yeux d'une chloroformisation parfaite, est obtenue. Ces considérations me semblent clairement établir, qu'il serait trèsinjuste d'attribuer encore à ma méthode, comme vous l'avez fait, les cas de mort où peu de chloroforme avait été inspiré. J'ai soutenu, et je soutiens, que te plus grand nombre des cas funestes déterminés par le chloroforme, ont eu lieu très-vite, et par conséquent sous l'influence de doses presque insignifiantes de l'agent anesthésique, et l'on doit comprendre actuellement comment j'explique ces résultats, et par quels moyens je crois être parvenu à les éviter.

Je n'ai plus qu'un mot à dire au sujet des dépositions des témoins de l'affaire Simon. C'est la même objection déjà soulevée parM.J. Guérin, et dictée par une intelligence incomplète des débats. J'y ai répondu dans la lettre déjà citee. L'un des témoins (la servante) avait afhrmé dans la déposition écrite, que le mouchoir mouillé de chloroforme avait été appliqué exactement sur le nez et la bouche de la malade. A l'audience elle a modifié cette assertion et a dit que le mouchoir était resté écarté du visage d'un centimètre le deuxième témoin M. Simon, a également déposé que le mouchoir était resté à un centimètre d'intervalle de la bouche. Ces faits n'établissent nullement que l'on ait suivi mes préceptes, et il n'est pas nécessaire d'y ajouter plus de foi 9!t'A ma théorie, puisqu'ils la confirment. Veuillez, Monsieur et très-honoré confrère, jeter un coup d'œi! sur mon dernier opuscule, intitulé Des Be<~M de l'application du chlofo~brme aux opérations chtntr.<)tco!es (Paris, t852). Parcourez ma réponse à M. J. Guérin, dans la Gazette de Strasbourg (février ~852), et je ne doute pas que votre appréciation de mes idées ne se modifie. Dans ce cas, je vous serais reconnaissant de revenir sur ce sujet auprès de vos lecteurs, afin de ne pas les laisser sous le coup d'un jugement qui les empêcherait d'adopter une méthode de chloroformisation propre à les sauver de tout accident, en leur permettant de maintenir l'insensibilité pendant les plus longues opérations.

Recevez, etc. C. SEDILLOT. Nous regrettons de ne pouvoir partager la confiance de notre honorable correspondant, et nous allons déduire en peu de lignes les raisons qui nous forcent à persister dans notre opinion. Quelques mots tirés de la brochure à laquelle M. Sedillot fait allusion seront suftisants pour bien préciser la méthode qu'il préconise, et à l'aide de laquelle cet habile chirurgien promet que nous n'aurons rien à redouter de l'emploi du chloroforme.


« Les ma)ades ne se soumettent pas à une opération et à l'action du chloroforme sans une vive anxiété; il faut les rassurer, agir avec lenteur et les habituer à l'odeur des anesthésiques. En versant quelques gouttes seulement de chloroforme sur le mouchoir dont je me sers, et le maintenant à une certaine distance du malade, on voit ce dernier se calmer peu à peu; la respiration, ordinairement précipitée par la crainte, se régularise; on évite la toux et les spasmes, et lorsque la confiance a reparu, on imbibe largement le mouchoir et on précipite l'anesthésie. En quoi cette méthode est-elle différente de celle que l'on suit généralement dans les hôpitaux de Paris et ailleurs? En ce que M. Sedillot recommande de verser d'abord quelques gouttes seulement de chloroforme sur le mouchoir, afin d'habituer le malade à l'action de la substance anesthésique avant de le mettre entièrement sous son influence. Or, si tous les chirurgiens ne se conforment pas à ces préceptes, on peut du moins dire qu'ifs en ont tous reconnu l'utilité. Lorsqu'on se servait d'appareils pour déterminer l'anesthésie, n'a-t-on pas toujours recommandé de débuter par l'emploi d'une dose très-minime de chloroforme pour éviter la suffocation? Tous les appareils n'ont-ils pas été faits dans ce but? Et aujourd'hui qu'on a généralement recours au mouchoir ou à l'éponge, ne commence-t-on pas par mettre ces objets à une certaine distance du nez des malades, pour les rapprocher lorsque les bronches se sont habituées à l'action desanasthésiques. Ceci équivaut, à bien peu de chose près à la précaution que prend M. Sedillot de ne verser d'abord que quelques gouttes de chloroforme sur le mouchoir.

La différence entre le mode de procéder de M. Sedillot et celui de tous les chirurgiens n'est donc pas extrêmement grande. Nous cherchons vainement un point capital, une ligne de démarcation que nous puissions établir entre son procédé et celui que décrivent les auteurs, et qui nous mette dans des conditions différentes de celles où nous nous trouvons habituellement. Nous cherchons surtout un procédé différent de celui qui a été suivi dans les cas malheureux qui sont à notre connaissance, et nous ne le trouvons point. Croit-on, par exempte nous le répétons, que l'officier de santé qui a eu la douleur de voir périr M"'° Simon s'était beaucoup écarté des préceptes de M. Sedillot? Trois grammes cinquante cëK<!yra'MM!M de chloroforme avaient été déposés sur un mouchoir. C'est assurément une quantité bien minime. Mais M. Sedillot prétend que le mouchoir a été appliqué .!?/' le nez et sur la &oMcAc; les té-


moins de la scène le nient, et parmi les témoins, il y a le mari de la victime qui assurément doit être peu porté à atténuer les torts de l'officier de santé. Il est vrai que dans l'instruction écrite leur déposition pouvait faire croire que l'application avait été immédiate; mais quand à l'audience on les a engagés à préciser, ils ont tous reconnu que le mouchoir était placé à une certaine distance du nez. En vérité, nous ne pouvons supposer que ces gens se soient parjurés pour faire mentir la théorie de M. Sedillot. Nous n'avions donc pas tort quand nous faisions remarquer que dans l'affaire Simon, l'officier de santé s'était, à peu de chose près, conformé aux préceptes du professeur de Strasbourg. Ajoutons que le chloroforme employé dans ce cas était parfaitement pur, ce qui achève de détruire l'assertion de M. Sedillot mise en tête de sa brochure en forme d'épigraphe le chloroforme jpMr et bien employé ne tue jamais.

Mais ce fait malheureux n'est pas le seul dans lequel la mort soit survenue, alors que les malades avaient respiré une si faible quantité de chloroforme, qu'il eût été réellement difficile de procéder avec plus de ménagement. M. Sedillot lui-même en convient, puisqu'il dit à la page 39 de sa brochure Tous les cas de mort connus ont été occasionnés par de très-petites doses de l'agent anesthésique." Ainsi, dans le cas malheureux observé par M. Gorré (art. 3653), <?MMM;e ~M~ </oM«es au plus-de chloroforme avaient été jetées sur un mouchoir. Dans l'observation d'Hannah Greener, on avait promené sous les narines une cuillerée à café pleine de chloroforme. Est-il possible de procéder avec plus de lenteur et de précaution que dans ces cas malheureux, et M. Sedillot eût-il fait autrement s'il eût été à la place des chirurgiens qui ont recueilli ces observations ? Pa~contre, nous sommes tous les jours témoins de chloroformisations faites en l'absence de toutes ces précautions. Les malades se plaignent de suffoquer, ils se roidissent, ils se débattent, puis ils s'endorment, et on les opère sans accidents.

C'est que dans ces terribles catastrophes, où l'on a vu des individus pleins de vie et de santé périr instantanément, après avoir aspiré une quantité homœopathique de chloroforme, il s'est passé quelque.chose que ni M. Sedillot ni aucun praticien ne peut expliquer. C'est en vain que nous cherchons la cause de ces terminaisons fatales. Il y a là une inconnue qui s'oppose à la solution du problème mais en affirmant l'avoir trouvée, l'honorable professeur de Strasbourg a commis une erreur qui peut être double-


ment factieuse pour ses confrères. D'abord il entretient chez eux une sécurité funeste, les empêche de chercher quelle est la cause de la mort dans ces circonstances exceptionnelles, et les expose à de cruelles déceptions et en second lieu, en proclamant sa méthode infaillible et prétendant qu'il n'arrivera jamais d'accidents par son emploi, il fournit aux tribunaux un prétexte de sévir contre les médecins qui seraient assez malheureux pour rencontrer dans leur pratique un de ces accidents terribles et imprévus que toute la prudence humaine ne saurait conjurer.

Heureusement pour le chirurgien qui n'a point encore trouvé le secret de préserver ses malades de tout danger dans l'emploi du chloroforme, que ces cas malheureux sont excessivement rares, comparativement au nombre prodigieux d'éthérisations pratiquées chaque jour. Aucun remède héroïque n'a ~produit moins de mat, et il en est bien peu qui aient rendu de si éminents services. Se priver des bienfaits de t'anesthésie, parce qu'il est arrivé qu'une fois sur cinquante mille, sur cent mille cas peut-être d'éthérisation le malade a succombé, serait aussi peu sensé que de renoncer à toute médication active dans la crainte de trouver une idiosyncrasie particulière qui s'accommodât mal des médicaments. Ce ne serait voir qu'un des côtés de la grande question humanitaire que les médecins sont chargés de résoudre et qui ne saurait se juger sans un certain mélange de succès et de revers. Nous avons toujours été convaincu d'ailleurs que les cas de mort véritablement imputables au chloroforme étaient beaucoup plus rares qu'on ne s'est plu à le proclamer. Jusqu'à ce que les nombreuses causes de mort subite aient été complétement étudiées, il restera souvent de l'incertitude sur la part que les anesthésiques auront prise à ces funestes terminaisons. L'emploi des anesthésiques est si général et les morts subites sont si fréquentes, qu'il peut arriver journellement des coïncidences aussi fâcheuses pour la réputation du chirurgien que nuisibles à la confiance qu'inspire son médicament. Nous n'en voulons pour exemple que le fait suivant que nous communiqueM. te docteur Mazier, médecin de l'hospice civil de l'Aigle (Orne). Voici ce que nous écrit cet honorable confrère ZD « Il y a deux ans, un homme de la campagne, nommé R. âgé de quarante -cinq ans environ, d'une assez bonne constitution, mais ayant depuis quelque temps des accès de fièvre intermittente qui souvent cessaient seuls ou étaient coupés avec le sulfate de quinine, vint me consulter pour un engorgement de nature squirrheuse qu'il portait au testicule droit. Le cordon était déjà passablement com-


promis. Je conseillai l'ablation de cet organe comme l'unique moyen de guérison. Le teint de cet homme était bien décoloré, mais du reste il était assez fort et il attribuait cette pâleur aux applications de sangsues auxquelles l'avaient soumis les médecins qu'il avait consultés avant moi. 11 ne se refusa point à l'opération; mais il mit pour condition qu'il serait éthérisé j'y consentis et donnai l'heure pour faire cette opération le lendemain. Mais un cas grave m'ayant entraîné d'un autre côté, je ne pus me trouver à l'heure convenue chez ce malade et je remis l'opération au jour suivant. Cependant cet homme ne me voyant pas arriver se leva, puis, après avoir mangé, sortit pour aller chez un voisin y régler un compte; mais au moment où il sortait de sa cour, il s'affaissa et tomba mort. N'est-il pas infiniment probable que, si une circonstance fortuite n'eût fait changer l'heure convenue pour l'opération, cet homme fût mort pendant l'éthérisation même ou peut-être quelques instants après, et on aurait vu figurer pendant un mois dans tous les journaux tant politiques que scientifiques un nouveau cas de mort par le chloroforme ?

Sans doute, on eût fait l'autopsie de ce malheureux, mort d'une façon si imprévue, et peut-être eût-on constaté un épanchement cérébral ou la rupture d'un anévrisme, mais outre qu'il ne fût pas resté prouvé dans l'esprit de tous que le chloroforme eût été parfaitement étranger à cet accident, qui nous assure qu'on eût trouvé ces désordres? Ne rencontret-on pas tous les jours des cas de mort subite, dans lesquels l'autopsie n'explique point la brusque cessation de la vie ? 2 Ce sont ces cas surtout qui dans ce moment sont intéressants à étudier, et qui nous éclaireront sur bien des points encore obscurs de la médication anesthésique. Aucune question n'a plus d'actualité que celle des morts subites, et nous engageons ceux de nos confrères qui possèdent des faits de ce genre bien constatés par l'autopsie à nous en faire part, pour leur donner toute la publicité qu'ils méritent.

tRT. 4457.

HOPITAL DE LA PITIÉ.

(Service de M. Valleix.)

Revaccination. Variole; pommade au mercure et a~m<don délire ec~KepNr les opiacés à petite dose. La vaccine s'en va-t-elle, ainsi qu'on le répète chaque


jour, et le vaccin a-t-il à ce point perdu sa force préservative qu'il faille vacciner de nouveau après un certain laps de temps ou revenir à l'inoculation variolique? Telle est la question toujours en litige que M. Valleix examinait dernièrement dans une des conférences cliniques que ce médecin fait à l'hôpital de la Pitié.

On sait combien de discussions se sont élevées sur la nécessité des revaccinations, discussions dont plus d'une fois nous avons signalé le danger, en montrant qu'elles favorisent l'incurie des familles ou diminuent leur confiance dans un moyen prophylactique, que des hommes. éminents du corps médical ne craignent pas d'accuser hautement d'impuissance. Cependant on persiste dans le système d'attaques dirigées contre la vaccine, et récemment encore nous entendions M. le professeur Trousseau déclarer en présence d'un auditoire nombreux que le vaccin dégénéré, usé par une longue transmission, n'était désormais qu'un préservatif relatif, et qu'il faudrait recourir à une nouvelle vaccination tous les quatre ou cinq ans. M. Trousseau racontait qu'il s'était inoculé huit fois la variole impunément, qu'il avait pratiqué cette opération chez des individus d'âges divers, et qu'il avait été amené par ces expériences a considérer les sujets vaccinés au commencement du siècle comme inattaquables par la variole, tandis que les sujets vaccinés depuis trente ans. étaient plus ou moins aptes à contracter cette maladie. On pourrait sans doute répondre ici que l'aptitude dont il s'agit tient plus à l'àge des individus qu'à la dégénérescence du vaccin, mais d'ailleurs rien n'est moins solidement établi que cette prétendue décadence de la vaccine. Pour son compte, M. Valleix la nie formellement, et voici à ce sujet les principaux arguments que cet observateur distingué fait valoir en faveur de l'opinion qu'il professe.

S'il est vrai, disait-il, qu'il y ait de nos jours plus d'individus atteints de la variole après avoir été vaccinés, qu'il y a trente ans, c'est qu'il y a trente ans, le nombre des vaccinations était beaucoup plus restreint qu'à notre époque, où presque tous les enfants sont soumis à cette opération. En second lieu, on ne tenait pas compte alors de certaines éruptions, telles que les varicelles dont l'identité de nature est encore contestée, mais qui n'en sont pas moins des varioles modifiées, et qu'à ce titre il convient de noter comme les varioloïdes. Ce qui démontre ensuite que le vaccin n'a rien perdu de sa propriété primitive, c'est que les épidémies de variole qui sévissent de temps à autre, ne prennent point les proportions considérables qu'elles auraient infail.-


liblement si- le vaccin perdait, comme on le soutient, sa puissance au bout de quelques années. Ajoutez qu'alors même qu'il se dévefoppe dans le cours ou en dehors de ces épidémies, chez quelques sujets vaccinés, des varioles presque confluentes et s'accompagnant de symptômes alarmants, on voit vers le septième ou le huitième jour tous ces symptômes s'amender, et la dessiccation commencer et s'effectuer rapidement. Enfin, et c'est là un fait capital, il est positif 'que dans les conditions les plus fâcheuses, la mortalité chez les varioleux vaccinés est infiniment moindre que chez les autres. A Marseille, en 1825, elle fut seulement de deux pour cent dans la première catégorie, tandis qu'elle était des deux tiers pour la seconde. Depuis cette époque, la proportion n'a pas changé. La vaccine modifie toujours profondément la variole quand elle ne la prévient pas d'une manière absolue, et si elle ne protége pas également tous les individus, cela tient à d'autres causes qu'à la dégénérescence du vaccin, puisque le cow-pox retrouvé dans ces dernières années n'a pas donné, sous ce rapport, des résultats plus complets que l'ancien virus. La question pendante est donc résolue scientifiquement pour M.Valleix contre la nécessité de la revaccination. A plus forte raison l'est-elle contre l'inoculation; mais il est juste de dire que cette dernière a peu de partisans sérieux, ce qui se conçoit quand on sait qu'indépendamment des varioles souvent graves qu'elle donnait contre son intention à des sujets qui peut-être n'auraient contracté cette maladie à aucun degré, elle devenait une cause d'épidémies effrayantes par l'action de son contagium. On n'ignore pas en effet que Thomson avait constaté par des chiffres que depuis l'introduction de l'inoculation, la mortalité s'était énormément accrue, comparativement à ce qu'elle était pendant les dix années qui précédèrent l'emploi de cette méthode de préservation.

Quoi qu'il en soit, et bien que la vaccine n'ait pas cessé de justifier la confiance qu'elle inspirait il y a vingt ans, on n'en doit pas moins convenir que cette confiance a été ébranlée, et que le doute est passé des corps savants dans le public. Il en résulte pour l'homme de l'art l'obligation de faire quelques concessions à cette disposition d'esprit, ne fût-ce que pour couvrir sa propre responsabilité. D'ailleurs on n'est pas toujours sûr que la vaccine se soit manifestée franchement. Examinant donc la question au point de vue pratique, M. Valleix a tracé ainsi qu'il suit les règles très-simples qui doivent présider à la conduite du médecin consulté sur la nécessité de la revaccination.


C'est l'existence ou la non-existence d'une épidémie actuelle de variole qui doit le guider en pareils cas. S'il y a épidémie, le médecin n'attend pas qu'on lui demande son avis sur l'utilité de la revaccination, il est le premier à la conseiller pour toutes les personnes vaccinées depuis quinze à vingt ans. Dans l'hypothèse contraire, il se borne à reconnaître lés traces de la vaccine. II fait appel surtout à la mémoire des parents il interroge leurs souvenirs pour savoir si, à l'époque de la vaccination, il y a eu ou non des phénomènes généraux. Ceci est très-important, parce qu'il est acquis à la science que l'intensité de l'état fébrile et des symptômes d'intoxication vaccinale ont plus de valeur comme cachet d'une vaccine efficace que les caractères spéciaux de cette' éruption. Dès lors, si ces souvenirs, si ces caractères sont de nature à dissiper toute incertitude, le médecin déclare la revaccination inutile, et n'y procède qu'autant qu'on insiste pour qu'elle ait lieu. Lorsqu'au contraire ces éléments d'appréciation font défaut, il doit dans tout état de cause revacciner immédiatement, attendu que, dans le doute, l'abstention ici serait une faute. M. Valleix a fait remarquer, du reste, qu'en revaccinant on n'a pas toutes les chances de mettre le sujet à l'abri de la variole, et qu'on aurait tort de le croire préservé.à jamais par ce seul fait que le vaccin inoculé de nouveau n'aurait pas pris. L'aptitude individuelle à contracter la variole est de sa nature mobile et capricieuse. Telle personne aujourd'hui réfractaire à l'action de cette maladie sera vulnérable et atteinte par elle dans quinze jours. On pourrait citer des sujets revaccinés chez lesquels le vaccin n'avait pas pris, et qui trois jours plus tard étaient affectés d'une variole volante.

M. Valleix était entré dans les considérations précédentes à propos de deux malades qui sont venues confirmer ce qu'il avait dit de l'influence de la vaccine sur la marche de la variole. De ces deux femmes, l'une n'avait pas été vaccinée, elle a succombé/ L'autre, âgée de trente-trois ans, avait été vaccinée à l'âge de six ans. Elle n'avait conservé de sa vaccine que des traces à peine apparentes, mais elle assurait qu'à cette occasion elle avait eu une fièvre assez forte. Aussi, chez elle, l'éruption variolique a-t-elle, à part un érysipèle de la face, parcouru ses périodes sans accident et présenté jusqu'à la fin un caractère de bénignité notable, quoiqu'en certaines parties du corps les boutons fussent très-rapprochés et même confluents.

Dans ces deux cas, et dans plusieurs autres qui leur ont succédé, M. Valleix a fait appliquer sur la face un mélange


d'onguent mercuriel et d'amidon pour empêcher le développement des pustules. Nous ne rappellerons pas à ce propos les nombreuses tentatives faites dans cette intention depuis Cotugno jusqu'à nos jours. Après la cautérisation avec le nitrate d'argent, on a essayé les topiques mercuriels, et parmi ceux-ci, l'emplâtre de Vigo a, pendant longtemps, joui d'un crédit tout spécial. Mais comme, te masque formé par la juxtaposition des bandelettes emplastiques tendait continuellement à se déranger, M. Briquet a eu l'idée de substituer à cet emplâtre une pommade hydrargyrique composée de la manière suivante

Pr. Onguent mercure!. 2 parties.

Amidon 1 partie.

L'amidon est associé ici à l'onguent mercuriel pour rendre celui-ci moins diffluent, et l'empêcher de couler le long des joues. Dans les applications que nous en avons vu faire, la proportion d'un tiers d'amidon pour deux tiers d'onguent n'ayant pas paru suffisante pour donner la consistance convenable, M. Yalleix a prescrit un mélange ainsi préparé

Pr. Onguent mercuriet. ) parties égales. Amidon. jj' s

Cette nouvelle formule a parfaitement atteint le but qu'on se proposait. Les pustules constamment recouvertes de cet enduit se sont transformées en papules et aucune d'elles n'a suppuré.

Comment s'opère cette transformation? On ne saurait le dire positivement. Est-ce à l'action antiphlogistique du mercure qu'il faut en faire honneur? On avait quelques raisons de le penser, d'après ce qu'avaient observé après Zimmermann MM. Serres et Briquet; mais des effets semblables ayant été obtenus par M. Aran avec le collodion, il a fallu reconnaître que le rôle joué ici par le mercure n'a pas l'importance qu'on lui attribuait. Le collodion pourrait effectivement remplacer la pommade mercurielle qui, comme lui, n'agit peut-être que mécaniquement sur les pustules, mais il présente quelques inconvénients qui l'ont fait abandonner. Il se rétracte et comprime les parties sous-jacentes d'autant plus violemment que la face est alors tuméfiée. Cette compression est allée dans un cas jusqu'à produire le sphacèle superficiel des téguments du nez. D'un autre côté, si la couche est trop mince, le gonflement la fait éclater. Peut-être un jour évitera-t-on ces deux excès en se servant du collodion plus souple et plus é!as-.


tique, que M. Robert Latour obtient par l'adjonction de l'huile de ricin mais cette combinaison n'a pas été suffisamment employée pour en juger le mérite, et jusqu'à nouvel ordre il est prudent de s'en tenir aux pommades que nous venons d'indiquer. Quant aux pustules volumineuses qui apparaissent sur la conjonctive ou sur les lèvres, M. Valleix les cautérise à la manière de M. Velpeau. H les ouvre à l'aide de ciseaux fins, et en touche l'intérieur avec la pointe d'un crayon effilé de nitrate d'argent. En combinant ainsi ces deux méthodes, on évite souvent des lésions fort graves des yeux, on diminue le gonnement de la face, et comme au lieu de pustules vous n'avez que de petits tubercules aplatis qui s'affaissent graduellement, vous prévenez la rupture du derme et les cicatrices indélébiles de la maladie.

Nous ne parlerons. pas du traitement général de la variole, qui ne présente, rien de particulier quand l'éruption suit régulièrement ses phases. Qu'il nous soit permis seulement de faire remarquer en terminant que les opiacés a petite dose exercent une action sédative notable sur le délire et l'agitation qu'on voit survenir dans le cours de cette affection. M. Valleix prescrit en pareilles circonstances un julep diacodé et une pilule d'extrait gommeux d'opium de trois centigrammes. Or, loin de congestionner le cerveau, comme on l'aurait craint il y a peu de temps encore, ces narcotiques modifient très-avantageusement les troubles nerveux, et calment le délire avec une promptitude que nous croyons digne de fixer l'attention des praticiens.

ART. 4458.

HOPITAL DES ENFANTS MALADES.

(Service de M. Trousseau.)

Bons effets des bains sul fureux dans la diathèse suppurante. jMMma<t.~6 chez les convalescents de scarlatine. Ostéites rhumatismales chroniques guéries par les bains de sublimé.

I! survient parfois dans le cours des maladies de nature septique, comme la scarlatine, des affections herpétiques du nez, des inflammations du canal nasal amenant plus tard des tumeurs et des fistules lacrymales, des otorrhées qui peuvent être suivies de la, perforation de la membrane du tympan et donner lieu à des phlébites pétreuses mortelles;


mais ce qui s'observe le plus communément en pareils cas, c'est une diathèse suppurante.

Nous avons vu, dans le service de M. Trousseau, un exemple de cette disposition morbide chez une petite fille couchée au n° 25 de la salle Sainte-Geneviève. Cette enfant était entrée à l'hôpital avec une stomatite couenneuse, un lichen et des pustules assez nombreuses d'impétigo. Elle a été prise de scarlatine, e~ vers le déclin de l'éruption, le lichen et l'impétigo sont devenus ecthymateux en même temps que les plus légères excoriations de la peau offraient une tendance manifeste à la suppuration. Pour combattre cette diathèse il n'est pas de médication plus efficace, selon M. Trousseau, que l'emploi des bains sulfureux. Ces bains ont donc été prescrits à la petite malade et préparés de la manière suivante

Pr. Sulfure de potassium solide. 15 grammes. Eau. 105

Dissolvez et ajoutez la solution à l'eau du bain. La dose de sulfure de potassium pour les enfants doit être de dix à quinze grammes sans aller au delà. Grâce à cette médication, aidée d'un régime tonique, la tendance à la suppuration a diminué en moins d'une semaine, et bientôt on n'a eu à traiter qu'un lichen revenu à son état de simplicité; mais contre lequel, en raison du caractère opiniâtre de cette maladie, il faudra employer plusieurs remèdes, en tête desquels M. Trousseau place l'huile de cade, la pommade au goudron et les pommades alcalines. -Une autre affection qui vient souvent contrarier la convalescence de la scarlatine c'est l'arthrite rhumatismale. Deux petites filles en ont été atteintes simultanément au moment où elles avaient traversé heureusement la période de desquamation. Chez l'une, un des coudes et l'épaule du même côté étaient le siège de douleurs aiguës chez l'autre, le rhumatisme occupait les poignets et les genoux. Cette coexistence, ou si l'on veut, cette succession des deux maladies, est, ainsi que noùs le disions, très-commune, et mérite qu'on s'en préoccupe sérieusement dès le début; car si on la néglige, le rhumatisme peut devenir trèsviolent et produit des lésions organiques incurables du côté du cœur. Aussi M. Trousseau n'a-t-il pas hésité à prescrire ici le sulfate de quinine et la digitale concurremment. Chacune des malades a pris cinquante centigrammes de sulfate de quinine dans une infusion de café et cinq centigrammes de poudre de digitale le premier jour. Dans un cas il a suffi de deux jours de ce traitement pour faire


disparaître.les douleurs articulaires; dans l'autre, il a fallu augmenter la dose de sulfate de quinine, qui doit être en général portée jusqu'à production du bruissement des oreilles la quantité de poudre de digitale a été élevée aussi à dix centigrammes. Le cinquième jour, la fièvre était tombée, les douleurs avaient cédé, et l'on n'entendait pi us.le bruit de souffle rude qu'on percevait auparavant en auscultant le cœur. Si l'endocardite eût persisté, M. Trousseau eût appliqué deux cautères sur la région précordiale pour prévenir une altération plus sérieuse des valvules. Le rhumatisme articulaire n'est pas dangereux seulement par le rôle qu'il joue dans la phlegmasie de l'endocarde il l'est encore par la rapidité avec laquelle chez l'enfant les extrémités des os sont envahies dès que l'affection rhumatismale a frappé les membranes synoviales. Or, à cette époque de la vie, l'ostéite est d'une extrême gravité. Elle est très-fréquemment le point de départ de la tumeur blanche. Chez un sujet prédisposé, elle est en outre un centre de fluxion qui peut devenir le siège d'un dépôt de matière tuberculeuse, et quand même cette disposition n'existerait pas, il y a toujours un gonflement du tissu osseux, qui, s'il affecte une vertèbre, par exemple. dévie la colonne épinière et amène consécutivement les accidents de la compression de la moelle. Il suffit, suivant M. Trousseau, qu'une petite apophyse soit gonflée pour donner lieu à des incurvations de ce genre très-appréciables à l'extérieur. Ce fait a été constaté sur plusieurs malades, et, entre autres, sur une petite fille couchée au n° 3 de la salle Sainte-Geneviève.

Cette enfant, entrée à l'hôpital avec le cou de travers, souffrait beaucoup quand on lui tournait brusquement la tête. Les douleurs qu'elle éprouvait existaient depuis six semaines, et comme on les avait attribuées à un torticolis musculaire, on s'était borné à leur opposer un vésicatoire volant et des frictions avec la pommade de belladone. Mais un examen plus attentif fit voir qu'on s'était trompé; il fut aisé de reconnaître, en malaxant les muscles, qu'ils n'étaient nullement affectés de contracture. D'un autre côté, on constatait l'existence d'une endocardite remontant à une certaine date. Ainsi-, le diagnostic s'éclairait; ce n'était pas d'un spasme musculaire qu'il s'agissait, mais d'un rhumatisme très-circonscrit de la région cervicale, d'une de ces arthrites rhumatismales mono-articulairès si communes chez les femmes en couche et chez le& enfants. La tuméfaction osseuse était limitée à deux apophyses articulaires;


mais si peu considérable qu'elle fût, elle aurait pu, comme nous t'avons dit, entraîner des conséquences plus fâcheuses que l'inclinaison du cou, et il importait d'y remédier promptement.

En général ces ostéites sont difficiles à guérir; cependan l'expérience a démontré à M. Trousseau qu'on peut en vènit à bout, et à ce sujet ce médecin a rapporté quelques faits mtéressants. En 1830, a-t-il dit, un groom âgé de quinze ans entra pour un rhumatisme articulaire aigu dans le ser vice de Lisfranc. Il y fut traité par les antiphlogistiques et y resta un an sans grand bénéfice, après quoi on le dirigea sur Saint-Louis, d'où il sortit dans le même état, c'est-àdire ayant toutes les articulations gonflées. II vint alors à FHôtet-Dieu, où le hasard le plaça dans les salles de M. Trousseau. Ce médecin, supposant qu'une maladie aussi rebelle était peut-être dominée par une cause syphilitique, lui prescrivit des bains de sublimé. Le malade en prit soixante en deux mois, et au bout de ce temps il quitta l'hôpital entièrement guéri. En 1823, un vieux soldat au cou de taureau portait une arthrite cervicale qui avait déterminé un gonflement énorme de cette région et entraîné la paralysie des membres supérieurs et inférieurs. On le traita comme le malade précédent, et il guérit pareillement en quatre mois. Enfin, une jeune fille de Semur vit céder avec rapidité, sous l'influence de ces bains, des accidents de même nature sans qu'il y eût chez elle la moindre trace d'affection syphilitique. M. Trousseau en est venu à conclure que les préparations mercurielles exercent ici une action favorable, alors même que l'existence de la syphilis n'est révélée par aucun indice, et il en a fait dès lors la base du traitement de cette espèce d'ostéite.

Ainsi, chez la petite malade qui fait le sujet de ces remarques, ce médecin a d'abord combattu ce qu'il y avait encore d'aigu dans les symptômes par l'administration du calomel à doses réfractées. On lui a donné pendant six jours, jusqu'à très-téger gonflement des gencives, vingtcinq milligrammes de calomel par jour en cinq paquets mélangé avec du sucre. Puis on lui a prescrit pour chaque jour un bain de sublimé préparé comme suit jP?'. SuMimé corrosif. 10 grammes. Alcool. 100 »

Dissolvez pour un bain entier à prendre dans une bai'gnoire en bois.

Quand les malades sont plus âgés, la quantité de sub!imé peut être portée à quinze, vingt, trente et jusqu'à cinquante


grammes. Au-dessous de trois ans, la dose doit être de deux à quatre grammes pour cinquante grammes d'alcool. M. Trousseau prescrit aussi des bains de sublimé composés, qui ont l'avantage de pouvoir être pris dans une baignoire de zinc avec moins d'inconvénient que les bains de sublimé simples. On les prépare avec le sel ammoniac et le sublimé dans les proportions de quinze à trente grammes de sublimé et de trente grammes de sel ammoniac pour un adulte, et de deux à quatre grammes de sublimé pour cinq grammes de sel ammoniac, s'il s'agit d'un enfant. On triture avec soin ces deux agents, on fait dissoudre ensuite le mélange dans deux cent cinquante grammes d'eau, et la solution est ajoutée au bain ordinaire.

Il peut d'ailleurs être utile de joindre à l'usage de ces bains l'iodure de potassium à l'intérieur, et comme traitement local des douches de vapeur et des révulsifs. C'est ce que M. Trousseau se propose de faire dans le cas dont il est question ici. Seulement comme les cautères laissent des cicatrices qu'il faut éviter avec soin chez une jeune fille, on établira, s'il est nécessaire, un petit séton. qui, placé au-dessus de la naissance des cheveux, sera dissimulé et ne laissera aucune trace visible. Mais, nous le répétons, ces moyens ne sont que des auxiliaires, et c'est sur les bains de sublimé continués pendant trois et quatre mois avec persévérance que M. Trousseau fonde surtout l'espoir de la guérison.

ART. 4459.

HOTEL-DIEU.

(Service de M. Jobert, de Lamballe.)

Cancer de ~'M~e<re chez une femme. Ablation de la presque totalité de ce canal sans perturbation consécutive des fonctions urinaires.

La plupart des auteurs qui ont parlé du cancer de l'urètre chez la femme, n'ont guère décrit sous ce nom qu'une dépendance d'un cancer développé originairement sur quelque autre point des organes génitaux externes. Le cancer primitif de l'urètre est une affection rare, et, pour son compte, M. Jobert n'en connaissait que deux exemples dont l'un est consigné dans l'ouvrage de M" Boivin, lorsqu'un troisième cas s'est présenté dans son service, chez une femme de Dieppe, âgée de cinquante-six ans. Réglée à dix-sept ans, cette malade avait toujours eu une menstruation régulière. Elle était mère de six enfants, et


avait fait trois fausses couches. Elle n'avait jamais eu aucune affection des organes génitaux. A une époque qu'il est difficile de préciser, elle avait remarqué un petit écoulement d'abord blanc, puis rougeâtre. Plus tard, elle avait senti de la cuisson en urinant, et s'était aperçue qu'une tumeur, qu'elle croyait formée par la matrice, écartait les grandes lèvres, et tendait à se faire jour au dehors. Cette circonstance l'ayant effrayée, elle entra à l'Hôtel-Dieu, et voici dans quelle situation elle se trouvait, le 7 mai, quand nous la vîmes pour la première fois. Un érythème assez prononcé existait sur le pourtour de la vulve et de l'anus; les grandes lèvres étaient œdématiées et volumineuses, les petites lèvres intactes entre ces dernières se dessinait en saillie une tumeur irrégulièrement arrondie, mamelonnée d'un rouge noirâtre, grosse comme une petite noix, se continuant par sa base avec la circonférence du méat urinaire, excepté dans la portion voisine du clitoris. Une ligne horizontale formant la corde de cet arc supérieur, laissait au-dessous toute la masse cancéreuse qui fermait ainsi l'ouverture vaginale. Le mal était du reste parfaitement circonscrit. Le vagin et le col de l'utérus n'étaient le siège d'aucune altération il n'y avait rien du côté des ganglions inguinaux. Une sonde engagée dans l'urètre arrivait sans difficulté à la vessie, et jusqu'alors, la présence de cette tumeur n'avait pas empêché l'urine de s'écouler librement. Cependant il y avait de la cuisson, parfois des élancements, une sensation de tiraillement. D'ailleurs par sa nature même, le mal était de ceux qu'il faut extirper sans délai, quand ils sont bornés. M. Jobert prit doncce parti, et* le 14 mai, il procéda à l'opération de la manière suivante

La malade étant placée comme pour la taille, et la tumeur saisie à l'aide d'une érigne par un aide, M. Jobert circonscrivit sa base par deux incisions semi-elliptiques, et en deux coups de ciseaux, enleva tout le tissu qui paraissait altéré. Dans cette section, l'artère bulbeuse fut divisée et liée. L'urètre fut détruit dans toute son étendue excepté en haut, mais l'instrument respecta le col de la vessie.

Or, lorsqu'on peut en agir ainsi, la perte d'une portion considérable de l'urètre devient presque insignifiante. L'urine est retenue comme auparavant, et le vice de conformation résultant de l'opération, a si peu d'influence sur la miction, qu'il est inutile de remédier par une restauration autoplastique à la déperdition de substance. M. Jobert a vu une femme dont l'urètre avait été enlevé tout entier, et chez laquelle le col vésical remplaçait ce canal; les urines


étaient gardées pendant plus de trois heures, et rendues ensuite sans plus d'inconvénients qu'autrefois. Après l'opération, on fit une injection d'eau froide pour prévenir l'inflammation et l'écoulement du sang. Une sonde en gomme élastique armée d'une rondelle d'amadou qu'elle traversait au centre, fut placée dans la vessie. Cette sonde avait un double but èlle empêchait l'urine de baigner la plaie, puis à l'aide de la rondelle d'agaric, qui, glissant sur sa tige, venait s'appliquer sur cette plaie, elle offrait un moyen de compression fort utile en cas d'hémorrhagie. D'un autre côté, M. Jobert avait placé dans le vagin un tampon d'amadou cylindrique, afin de soutenir la sonde à demeure, et, le tout étant bien assujetti par des compresses et un bandage convenable, l'opérée fut reconduite à son lit. Pendant deux ou trois jours les choses se passèrent au mieux. Vers le quatrième jour il survint un érysipèle et du dévoiement. On combattit ces accidents, le premier par des onctions avec la pommade au nitrate d'argent, le second par la décoction blanche et le diascordium. L'inflammation de la muqueuse digestive était générale, et s'étendait depuis les lèvres jusqu'à l'anus. Néanmoins, on fut assez heureux pour s'en rendre maître. Le 28, la malade allait trèsbien sous tous les rapports. Du côté de l'urètre, il n'y avait plus qu'un petit point de suppuration au lieu même où la paroi de ce canal avait été séparée du col de la vessie. Il se formait là des bourgeons charnus, qui plus tard ont réparé, en partie du moins, la perte de substance. L'opérée est sortie dans les premiers jours de juin. Elle était complètement guérie, et l'émission des urines se faisait chez elle aussi régulièrement qu'à l'état normal.

ART. 4460.

HOPITAL DE LA FACULTÉ.

(Clinique de M. Nélaton.)

Procédé simple et ingénieux pour la cure palliative du varicocèle.

Le varicocèle est une maladie des plus communes et dont les variétés sont'assez nombreuses quand on la considère sous le rapport des phénomènes auxquels elle donne lieu. Il y a tel varicocèle énorme qui ne gêne en aucune manière le malade, alors même que celui-ci se livre à des travaux pénibles ou à de. grandes fatigues, tandis que tel autre au contraire est peu volumineux, très-petit même, et


n'en cause pas moins des douleurs qui finissent par devenir insupportables. Un cas de cette dernière espèce s'est présenté le 15 janvier dans le service de M. Nélaton, et à cette occasion ce professeur a exposé les avantages d'un moyen palliatif qui mérite d'être connu et vulgarisé comme étant d'une application extrêmement facile.

Pour comprendre le mode d'action de ce moyen qu'on doit à un vétérinaire habile, M. Richard du Cantal, il faut se rappeler l'opération qu'A. Cooper conseillait de pratiquer en pareil cas, et qui se trouve décrite à notre article 1760. Cette opération consistait à faire avec la partie supérieure des bourses une sorte de suspensoir organique qui, soutenant suffisamment le varicocèle, ne guérissait pas le mal, mais faisait disparaître la gêne et la douleur. A cet effet, le chirurgien anglais refoulait le testicule et les veines variqueuses vers l'anneau, et retranchait une portion assez considérable du scrotum, après quoi il réunissait les bords de la plaie à l'aide de quelques points de suture. Cette opération a été faite en Angleterre et en France avec plus ou moins de succès, mais elle avait des inconvénients. Le testicule tendait à s'échapper par la plaie, ou bien il se formait un foyer de suppuration dans les bourses, de manière qu'on y a renoncé. Cependant l'idée de Cooper était bonne et ne devait pas être perdue, et c'est cette idée en effet que M. Richard a réalisée par un procédé très-simple et qui ne comporte pas la moindre effusion de sang.

Au lieu d'exciser une portion du scrotum, M. Richard comprime circulairement cette poche au-dessous du testicule et du faisceau variqueux. Il imite en principe M. Hervez de Chégoin, qui proposait de tirer en bas la peau des bourses du côté malade en l'entourant d'un lien, mais comme agent de compression il emploie un tube élastique que l'on peut fabriquer soi-même de la manière suivante On prend une bande de caoutchouc non vulcanisé large de deux à trois centimètres et dont la longueur mesurée préalablement sur place à l'aide d'un lien doit embrasser suffisamment le scrotum. On fait à ses deux extrémités une coupe fraîche et régulière à l'aide de bons ciseaux, on les soude par un simple rapprochement, et l'on obtient ainsi une espèce de rond ou d'anneau de serviette dans lequel on engage la portion excédante du scrotum.

M. Richard a fait sur lui-même l'expérience de ce petit appareil et il s'en est bien trouvé. Nous avons pu de notre côté en constater les bons effets chez le malade de M. Nélaton. C'était un ouvrier qui, comme nous l'avons dit, portait un varicocèle très-petit, mais qui pourtant éprouvait


des douleurs si vives et si persistantes (tans la bourse correspondante et dans les reins, qu'il demandait à être soulagé par n'importe qu'elle opération. Eh bien en moins d'une minute cet appareil a été confectionné et placé, et aussitôt le malade a cessé de souffrir. C'est donc là un palliatif plus parfait que ceux qui ont été imaginés dans le même but jusqu'à ce jour et qu'il convient d'essayer avant de recourir à la cure radicale par une des méthodes opératoires qui se trouvent décrites dans ce recueil (t).

ART. 4461.

MALAMES DE LA PEAU. De la forme morbide et du traitement de l'impetigo rodens e< de certaines variétés de noli me tangere qui peuvent affecter la figure, par M. DEVERGIE, médecin de l'hôpital Saint-Louis.

Nous avons esquissé succinctement dans ce journal les traits caractéristiques de l'impeligo rodens, il y a environ deux' ans. Nous avons fait connaître par quelles circonstances nous avions été conduit à la thérapeutique de cette singulière affection que les auteurs n'ont fait que citer. Depuis cette époque, nous avons eu l'occasion de voir assez fréquemment des personnes atteintes de cette malàdie. Nos confrères de la province ont bien voulu nous en adresser quelques-uns, et le hasard nous a favorisé, soit à l'hôpital Saint-Louis, soit en ville. Nous avons pu étudier avec plus de soin cette singulière dermatose plus commune qu'on ne le suppose et reconnaître des variétés tout à fait inconnues. Nous avons retiré des avantages marqués d'une médication compte que nous ferons connaître, association qui vient à l'appui des doctrines que nous avons émises et sur la thérapeutique des accidents secondaires et tertiaires de la syphilis et sur celle de la scrofule. Nos confrères se rappelleront en effet qu'à l'égard de ces deux sortes de maladies, nous avons préconisé des médications composées dans lesquelles nous réunissons et nous donnons en même temps les médicaments qui, pris isolément, jouissent de plus d'efficacité. C'est ainsi que pour les accidents syphilitiques nous donnons à la fois les sudorifiques, l'iodure de potassium et le sublimé. Pour la scrofule, les amers, l'iode, le fer et l'huile de foie de morue. S'il nous était donné d'enregistrer ici les nouveaux succès que nous avons obtenus depuis, nous n'hésiterions pas à produire des résultats fort (t) Voy. notre Dictionnaire à l'art. VARICOCÈLE. ·


remarquables. Nous en ferons l'objet d'une sorte de statistique détaillée. Bornons-nous, quant à présent, à parler de deux affections qui résistent à un bon nombre de médicaments employés isolément et qui cèdent à la médication composée, ce sont celles qui font l'objet de cet article, l'impetigo ?'o<~M, et quelques formes ulcéreuses du nez que l'on désigne ordinairement sous le nom de noli me tangere. Ces deux maladies présentent d'autant plus d'intérêt qu'elles affectent la figure, qu'elles sont pour les malades l'objetde tourmentes moralés incessantes. Qu'ils les voyent envahir progressivement et lentement les organes les plus voisins et les plus importants au point de les menacer, et qu'en toute circonstance elles altèrent les traits du visage et lui impriment un cachet plus ou moins repoussant. L'une d'elles surtout par son caractère rongeant, par la destruction des parties qu'elle entraîne, par l'induration de ses bords, sa sécrétion sanieuse, est généralement regardée comme étant au-dessus des ressources de l'art. linpetigo rodens. On sait que le cachet de l'impétigo réside principalement dans la nature de sa sécrétion semblable à du miel concret. De là le nom de mélitagre qu'elle a reçu~ Cette sécrétion est plus ou moins abondante, disséminée ou ramassée dans une surface plus ou moins étendue. De là les variétés d'impetigo sparsa ou figurata. Dans cette forme morbide, on distingue très-bien à l'œil nu les pustules qui ont amené la sécrétion purulente. Cette sécrétion est aussi celle de l'impetigo rodens, moins les pustules, mais elle ne devient bien évidente que lorsque la maladie a été surexcitée. Disons tout d'abord, d'après nos observations récentes, que l'MKpe~o rodens se présente sous trois formes diiférentes forme diffuse, forme ramassée, mais excentrique, forme ulcéreuse. Dans ces trois variétés, c'est par un très-petit point malade que l'affection débute. Il se fait une petite sécrétion d'un jaune grisâtre dans un point donné de la peau du visage, avec une légère démangeaison, secrétion qui représente une croûte de la grosseur d'une tête d'épingle. Le malade n'y fait pas attention, il y porte involontairement la main et en trois ou quatre jours il fait tomber la croûte. A la place se trouve une petite surface déprimée comme s'il y avait une petite perte de substance, sans qu'il paraisse y exister de plaie. Mais en examinant bien attentivement, on voit dans le fond de la dépression un point rouge qui dans quelques cas saigne si le malade tourmente la surface. Cette petite dépression se remplit peu à peu en quelques jours, et au bout de huit à dix jours elle est comblée par une croûte d'un gris jaunâtre tout à fait semblable


à la première. II suffit d'un peu d'axonge, de suif, de pommade de concombre, ou d'un corps humide appliqué pendant une ou deux heures, pour la faire tomber, et alors quand ces précautions ont été prises la dépression préexistante paraît moins profonde, et elle ne semble pas s'être élargie. H s'écoule des mois et quelquefois des années avant que cette surface ait atteint la largeur d'une très-petite lentille. Dans certains cas, la maladie semble s'être totalement arrêtée, et on ne voit plus alors qu'une très-petite dépression cicatrisée qu'on peut rapprocher de lamarque que laisse une petite pustule de variole. C'est la variété que je désigne sous le nom d'impetigo rodens d~M~a. Elle se montre ordinairement sur les joues, et notamment au voisinage des pommettes. Les points affectés sont espacés les uns des autres.

Dans une seconde espèce, beaucoup plus commune que la précédente, c'est à l'angle interne des paupières et sur les côtés du nez, mais surtout au voisinage de t'œi) que l'on voit survenir cette maladie. Elle a alors son cachet tout spécial, en ce sens que débutant comme dans le cas précédent par un petit point croûteux d'un gris jaunâtre, la croûte tombe et la partie malade semble se guérir; en effet il se forme une cicatrise centrale; mais autour de ce point apparaît une petite croûte circulaire, circinée, qui tombe à son tour pour augmenter lès dimensions de la cicatrise première, autour de laquelle se forme de nouveau une petite croûte à cercle plus ou moins complet. Je dis à cercle plus ou moins complet, car il est rare qu'à la troisième ou quatrième évolution successive ce cercle ne se rompe pas sur un point plus ou moins étendu de sa circonférence, pour ne plus laisser que trois quarts ou demi-cercle de croûtes; dans l'espace de six, huit ou dix ans la surface malade constituée dans sa presque totalité par une cicatrice blanche, légèrement froncée ou lisse et terminée par une portion de couronne croûteuse, occupe une surface d'un centimètre à un centimètre et demi d'étendue; gagnant de l'angle interne de l'œil le dos et les côtés du nez, de manière à s'allonger sur le même côté et ne pas dépasser la ligne médiane du nez. En fait de sensation, une légère démangeaison de temps en temps, encore est-elle peu appréciable. Un corps gras fait immédiatement tomber les croûtes, et il faut y regarderde près pour reconnaître une surfacemalade. Singulière forme morbide, à marche lente, mais continue, qui résiste à toute médication interne ou externe excepté à une cautérisation toute spéciale, ainsi que nous le dirons tout à l'heure.


Dans une troisième variété tout aussi inconnue que la première, les choses se passent différemment; le cachet de cette troisième espèce, c'est la forme ulcéreuse; le siège est aussi un peu différent, quoique voisin du précédent. C'est sur l'aile du nez, ou à l'angte externe de l'ceit, ou à l'angle interne mais en gagnant vers le sourcil, qu'elle se montre. Elle débute de la même manière et sa marche est presque aussi lente. Mais là où elle se montre, la sécrétion est plus abondante, la croûte plus élevée,' plus humide, plus purulente et quelque peu sanieuse. Elle laisse moins de cicatrice par derrière elle en s'étendant et il existe sous chaque croûte une ulcération qui, tantôt gagne seulement en profondeur et tantôt gagne à la fois en profondeur et en surface, de telle sorte qu'il en résulte une destruction de parties d'organe ayant déjà peu d'épaisseur. C'est ainsi que nous avons vu l'angle interne des paupières de l'un des yeux détruit, les points lacrymaux ulcérés et désorganises, l'œit mis à nu dans une certaine surface en dedans. Chose remarquable, chez un de nos malades, l'affection s'était développée sur les deux angles internes des yeux à la fois, ce que nous n'avions jamais vu à l'égard de l'impetigo rodens qui n'affecte ordinairement qu'un seul côté.

Quoi qu'il en soit, il résulte une forme particulière d'aspect et d'état morbide de cette maladie, qui est d'autant plus grave qu'elle tend d'une manière incessante à la destruction des parties molles. Il est vrai de dire que, comme dans les deux précédentes variétés que nous venons de décrire, la marche uicéreuse est très-lente, mais elle n'existe pas moins. C'est ainsi que nous avons vu les deux angles internes des paupières détruits, ou l'angle externe, ou l'aile du nez et le dos du nez rongé et ulcéré en surfaces linéaires et courbes, ou même l'aile du nez voisine de la perforation et de la communication avec les fosses nasales, principalement dans le point où la peau et les chairs sont le plus animées, c'est-à-dire dans ce triangle qui sépare le bord libre de l'aile du nez, le dos du nez et la jonction du nez avec la joue.

Ces diverses formes de maladies sont tout à fait distinctes de ces variétés de noli me tangere dont je parlerai plus loin. Leurs ravages à marche si discrète, si lente; leur aspect de plaies ou de productions morbides, de sécrétion, de bonne nature les en distinguent essentiellement. Leur ténacité semblerait seule pouvoir les en rapprocher; mais il n'y a aucune comparaison à faire entre les trois espèces d'~pctigo rodens et quelques cas de noli me tangere que nous avons été assez heureux pour guérir. L'aspect plus ou moins


circiné de la maladie à forme ulcéreuse ou non ulcéreuse, le siège au voisinage des ouvertures naturelles, pourraient peut-être faire naître la pensée d'une cause syphilitique. Il n'en est rien d'abord, nous avons vu cette affection chez bon nombre de malades qui n'ont jamais été atteints de vérole sous quelque forme qu'eue soit; ensuite, c'est une maladie de l'âge adulte et de l'âge plus qu'adulte, c'est-àdire du retour d'âge. Chose fort remarquable encore; elle nous a paru moins fréquente chez la femme que chez l'homme.

Quant à son traitement, il est, suivant les circonstances, général ou local, et comme le traitement général est applicable à ces espèces de noli me Mmyere que je me propose de spécifier, je me réserve de le faire connaître en parlant de la seconde maladie sur laquelle je me propose d'appeler l'attention dans un prochain article. DEVERGIR.

DEVERGIE.

Médecin de !'Mpt<t~ Saint-Louis.

MÉLANGES SCIENTIFIQUES.

ART. 4463. GLANDULES SALIVAIRES IlYPERTROPIIIÉES. ABLATION. Parmi les lésions organiques de la bouche, il en est une qui n'a pas été suffisamment étudiée, c'est l'hypertrophie des glandules qui entrent dans la composition de la muqueuse buccale.

Le Bulletin de thérapeutique rapporte qu'il y a quelques années, M. Nélaton eut à traiter une altération de cette espèce chez une religieuse de la petite ville d'Orbec. H s'agissait d'une tumeur d'origine déjà ancienne; elle s'était développée lentement sans grandes douleurs, et avait acquis graduellement un volume tel qu'elle remplissait l'arrière-bouche, déprimait la base de la langue et appuyait sur l'épiglotte, au point de produire des accès de suffocation fort inquiétants. D'un autre côté, le voile du palais était porté en haut et en arrière, d'où résultait une gêne extrême de la déglutition et de la phonation. L'état général était d'ailleurs satisfaisant, et la lésion ne présentait aucun caractère malin. M. Nélaton croyant avoir à pratiquer une opération diuicile et laborieuse, s'adjoignit M. Michon; il pensait qu'il ne pourrait enlever cette tumeur qu'en sacrifiant le voile du palais, afin d'isoler celle-ci et d'attaquer le pédicule fibreux qui sans doute l'unissait aux os avec la pince de Liston. Mais ce diagnostic était erroné, la tumeur comme on le reconnut était très-mobile, pourvue d'un kyste et très-facile aënucleerà à l'aide du doigt une fois la muqueuse palatine incisée.


Or ces tumeurs, dont l'examen anatomique a montré la nature glandulaire, sont loin d'être rares. MM. Netaton, Miehon, Marjolin fils et plusieurs autres chirurgiens en ont publié des exemples. Elles ont fait au sein de la Société de chirurgie l'objet de discussions intéressantes. On s'est assuré qu'elles sont le résultat d'un développement hypertrophique des glandules salivaires qui entrent dans la composition de la muqueuse buccale. Elles sont de nature bénigne, renfermées dans une enveloppe kystique, et peuvent être enlevées à l'aide d'une simple incision de la muqueuse qui constitue la paroi antérieure du kyste. Ce procédé opératoire, outre la facilité de la mise en œuvre, offre le meilleur moyen de prévenir la reproduction du mal, puisqu'il permet de l'extirper entièrement; le doigt suffit le plus souvent à cette énucléation. Il est aussi pour les reconnaître un signe très-précieux qui résulte du glissement à la surface de la tumeur de la muqueuse que l'on a saisie vers la partie antérieure avec une érigne. On peut encore, ainsi que le fait M.Néiaton, pour s'assurer que la tumeur n'a pas contracté d'adhérences avec les os, engager le malade à exécuter un mouvement de déglutition, ia bouche légèrement ouverte, la vue plongeant dans l'arrière-bouche, on voit la tumeur se mouvoir avec le voile du palais. ART. 4463. ANÉMIE CHRONIQUE DES ENFANTS. EXTRAIT DE SANG DE BOEOF. Nous trouvons dans le Joitrnal de chimie médicale les indications suivantes sur la préparation et l'usage du sang de bœuf, appliqué au traitement de l'anémie par le directeur de la clinique des enfants malades de Vienne.

Du sang frais de bœuf est passé par un tamis de crin et évaporé au bain-marie jusqu'à dessiccation complète; on obtient ainsi une poudre qui s'administre à la dose de cinquante centigrammes a un gramme en substance ou dissoute dans de l'eau. Les cas dans lesquels ce remède a été employé sont particulièrement les anémies qui succèdent aux diarrhées chroniques, au typhus, aux pneumonies graves non complétement résolues et où il existe encore de la toux et de la fièvre; à l'anémie qui fait suite à la suppuration prolongée d'abcès et d'ulcères scrofuleux. Mais les circonstances dans lesquelles il paraitagirle plus favorablement, senties convalescences du typhus et de la scarlatine avec hydropisie. Il constitue alors le meilleur tonique qu'on puisse prescrire pour relever les forces, et en général il est bien supporté par les organes digestifs.

ART. 4464. PaO.TOtODURE DE FER. MODE NOUVEAU D'ADMINtSTRATioN. Le protoiodure de fer est donné aujourd'hui chez les tuberculeux dans une double intention. On veut agir sur les tubercules par l'iode et combattre au moyen du fer l'anémie qui se


produit consécutivement. A l'hôpital de la Pitié, nous voyons M. Valleix prescrire dans ces conditions une cuillerée à bouche d'huile de protoiodure de fer matin et soir, chacune de ces cuillerées contenant cinq centigrammes de substance active. On fait aussi un sirop, et des pilules de protoiodure de fer, mais ces préparations sont infidèles, en sorte que pour avoir le médicament dans toute sa pureté, M. Bonnewyn, pharmacien de l'hôpital de Tirelemoht, a proposé de le prescrire de la manière suivante

? 4. Pr.' Iodure de potassium. 20 grains. Eau distiHëe. 9 onces.

Mêlez.

? 2. -Pr. Sulfate de protoxyde de fer pur bien sec, 24 grains. Réduisez en poudre très-Sne et divisez en doses égales n" 48. On fait prendre d'abord une poudre n° 2, dissoute au moment de l'avaler dans une cuillerée d'eau pure et sucrée, et à l'instant même on administre une cuillerée à soupe de la liqueur n" 4. Il y a par là formation dans l'économie d'un grain à peu près de protoiodure de fer à l'état naissant.

La Presse médicale belge, a JaqueHe nous empruntons ces détails, ajoute que M. Bonnewyn conseille de ne faire préparer que six poudres à la fois, afin d'empêcher autant que possible la suroxydation, et de les conserver dans un endroit bien sec. ART. A46S. CALCULS BILIAIRES. CHLOROFORME A L'INTÉRIEUR. On lit dans les Annales médicales de la Flandre occidentale, qu'un médecin suédois, M. Lemchen, a communiqué dernièrement à l'association médicale de Stockholm les heureux résultats qu'il a obtenus de l'emploi du chloroforme dans le traitement des douleurs hépatiques auxquelles donnent souvent lieu les concrétions biliaires. Chez un malade entre autres, que ni la saignée ni les purgatifs n'avaient pu soulager, des inhalations de chloroforme furent prescrites et eurent pour effet de produire une amélioration notable. Cette amélioration cependant ne fut pas de longue durée, et l'hépatalgie reprit bientôt son intensité première. AI. Lemchen ordonna alors le chloroforme à l'intérieur à la dose de dix gouttes par heure. Ce traitement amena la cessation complète de la douleur, mais fut suivi de bruissements d'oreilles et de quelques autres symptômes de congestion vers la tête. En faisant cette communication, l'auteur a assuré ne connaître aucun moyen d'une eŒcaeité pareille dans les cas ana~ logues.

ART. 4~66. CHAtNE GALVANIQUE. COUP DE TONNERRE; PERTE suBtTE DE LA vus.–M. E. Henrotay, médecin de régiment a


Namur, a publié dans les .~reAK'M belges de medeOne militaire, une observation qui prouve que les chaînes galvaniques dont l'usage est si commun aujourd'hui, ne sont pas tout à fait sans dangers.

Ce médecin rapporte qu'un employé du génie, accablé de rhumatismes, portait depuis quelques mois une de ces chaînes pendantes sur la poitrine, lorsque l'été dernier, il fut pris subitement d'une forte dyspnée au moment où la foudre venait de tomber à une distance de cinq minutes du lieu où il se trouvait. Au bout d'un quart d'heure, remis de son émotion, il avait pu regagner son domicile. Un peu plus tard, et alors que tout souvenir de cet événement était passé chez lui, il lisait un journal dans sa chambre, une fenêtre entr'ouverte, quand tout à coup le tonnerre éclate, et aussitôt cet homme est pris de vertiges, chancelle et perd complétement la vue. M. Henrotay appelé près de lui, lui trouve l'air égaré, les yeux ouverts et immobiles, les pupilles un peu plus dilatées qu'à l'état normal. Le malade accusait de la céphalalgie et des vertiges, il avait des nausées, de la soif, de l'anorexie et une légère douleur épigastrique. Le pouls lent et faible, contre-indiquait l'emploi de la saignée générale; quarante-huit sangsues furent appliquées en deux fois derrière les oreilles. Au bout de deux jours, ce traitement n'ayant pas amené d'amélioration, un large vésicatoire fut appliqué à la nuque, et dès ce moment un mieux prononcé se déclara à tel point que le sixième jour la vue était complètement revenue. M. Henrotay croit inu.tile de faire remarquer que ce brave homme n'a pas gardé plus longtemps sa chaîne galvanique.

ART. 4~67. CORPS ÉTRANGERS DANS LES VOIES RESPIRATOIRES. FÈVE DANS LES BRONCHES.–M. Cormack rapporte dans le journal anglais Tlae Lancet, qu'ayant été appelé pour visiter un enfant de deux ans et demi, il fut d'abord frappé de l'aspect particulier de ce petit malade, assis sur les genoux de sa mère. Il apprit qu'environ cinq semaines auparavant, étant à jouer dans le jardin avec son frère, il avait été rapporté par un voisin qui l'avait trouvé suffoquant. Son jeune frère, âgé de quatre ans et demi, disait qu'il avait avalé une pierre. Un chirurgien futmandé aussitôt, et il pensa que l'enfant avait avalé un corps étranger large et rugueuxqui avait causé quelques déchirures dans l'œsophage il croyait qu'il en était ainsi parce qu'il retirait du sang à son doigt lorsqu'il l'introduisait dans la gorge de l'enfant, etqu'i! lui semblait sentir un corps dur sur ce point. En conséquence, un vomitif fut donné,maisne produisit aucun effet. La poitrinenefut ni auscuttée ni percutée. Dix-sept jours s'écoulèrent ainsi; cependant l'enfant allait de mal en pis. De continuelles quintes de toux le fatiguaient horriblement, il maigrissait et s'affaiblissait,


enfin M. Cormack fut mandé près de lui. H semblait alors dévor par une fièvre hectique, et lorsque ce médecin s'approcha de lui pour examiner la poitrine, il fut pris de trois ou quatre quintes de toux avec un sifflement particulier et fort remarquable. La poitrine présentait à la percussion de la matité dans l'étendue de quatre pouces de diamètre au-dessous de la clavicule gauche, et l'oreille perçut dans ce point non-seulement cette sorte de son plaintif qu'on entendait pendant les quintes de toux, mais encore un frôlement, un bruit de rape, comme si l'air avai passé sur une substance étrangère fermant en partie le passage. En arrière les mêmes bruits s'entendaient, tandis que dans le côte droit la respiration était puérile.et sonore.

M. Cormack déclara aux parents que le corps étranger était logé précisémenta à la bifurcation des bronches, mais plusàgauchequ'à droite, et qu'attendu l'extrême débilité du petit malade, sa position était des plus critiques. H conseilla, malgré le peu de chance de succès qui restait encore, de recourir à la trachéotomie mais les parents n'ayant pu s'y décider, l'enfant mourut subitement dans un accès de toux le 8 février. On trouva à l'autopsie une fève implantée à la division de la trachée. Les parties voisines étaient le siége d'une inflammation à diflerents degrés; le côté gauche de la poitrine était infiltré de pus et des traces de phlegmasie aiguë s'étendaient au côté droit.

ART.~468.–CORPS ÉTRANGERS DANS LA VESSIE HARICOTS, CALCULS. -Le docteur Haynes Walton a présente à la Société médicale de Londres plusieurs calculs contenant des haricots & leur centre, et retirés de la vessie d'un homme par la lithotomie. David S., laboureur, du comté de Kinross, âgé de quarante-six ans, fut admis à l'infirmerie royale d'Édimbourg, dans le service du docteur Mackensic, le 47 septembre 1 851. Depuis six mois, il éprouvait les symptômes ordinaires de la pierre dans la vessie. L'opération futpratiquée le 13 octobre, et cinq calculs furent extraits. La forme prismatique et la grosseur uniforme de tous ces calculs furent remarquées par les assistants, et on reconnut qu'ils avaient tous un corps étranger pour noyau. Le malade fut alors interroge, et on apprit de lui les détails suivants dont on put vérifier l'exactitude.

Vers la fin de mars de la présente année, après une débauche avec deux garçons de ferme, il s'éleva une querelle, à la suite de laquelle il fut frappé et renversé par ses compagnons. Soit par l'euet.de ces mauvais traitements, soit par l'ivresse dans laquelle il était plongé, il perdit connaissance, et alors ses compagnons lui introduisirent une quantité de haricots dans la bouche, dans le rectum et dans l'urètre. On ne sait comment ces derniers pénétrèrent jusque dans la vessie; mais il est probable


que les insensés qui le maltraitaient ainsi les firent glisser avec les doigts dans la longueur de l'urètre. Quoi qu'il en soit, le lendemain matin il fut trouvé dans un état d'insensibilité et les parties génitales couvertes de sang. Ses compagnons s'étaient enfuis et n'ont pu être découverts. Le malheureux rejeta par le vomissement un grand nombre de haricots d'autres sortirent par l'anus. Il en rendit aussi, avec grandes douleurs, plusieurs fragments par les urines; mais au bout d'une semaine, il se rétablit et reprit ses travaux; il ne lui resta que des douleurs de vessie pour lesquelles il devait plus tard se soumettre à la lithotomie. L'opération réussit très-bien, et cet homme sortit de l'hôpital, le 27 novembre, entièrement guéri.

ART. 4469. CORPS ÉTRANGERS DANS LES VOIES DIGESTIVES. DENTS ARTIFICIELLES. PLAQUE METALUOUE. Un journal anglais rapporte le fait suivant, qui prouve que des corps pesants, hérissés de pointes et très-volumineux, peuvent parfois traverser le canal digestif, sans déterminer d'accidents.

Le docteur Scots Alisan fut consulté, le 42 mars 4850, par une dame âgée d'une quarantaine d'années, et douée d'une bonne constitution. Elle lui apprit qu'elle portait habituellement dans la bouche une plaque d'or sur laquelle étaient fixés plusieurs dents artificielles mais a l'époque de l'accident dont nous allons parler, trois dents seulement étaient fixées sur cette plaque. Dans la première semaine de janvier, la plaque d'or se détacha de sa mâchoire pendant son sommeil, et fut avalée ainsi que les dents qu'elle retenait. Le lendemain, lorsqu'elle voulut prendre de la nourriture, il lui sembla que le bol alimentaire s'arrêtait dans son gosier. Quelques jours après, elle éprouvait une sensation pénible dans la région épigastrique. Ette était depuis deux mois dans cet état, n'éprouvant pas de douleur vive ni d'accidents dignes d'être notés. Ses digestions étaient bonnes, et il semblait qu'il ne se passait rien d'insolite chez elle. Cependant elle eut recours à quelques purgatifs pour expulser le corps étranger. La légère douleur qu'elle éprouvait vers le pylore se dissipa au commencement d'avril, après avoir pris des pilules de savon et de jusquiame. On lui faisait, en outre, mettre de la gomme arabique dans son thé. Le 40 mai, elle éprouva de la pesanteur à l'anus, comme si elle eût été constipée, et enfin, expulsa le corps étranger, sans douleur et sans peine.

M. Scots vit ce râtelier, qui consistait en une plaque métallique semblable à de l'or, et auquel trois dents étaient fixées. H était de forme circulaire, inégal, pointu et rugueux sur ses bords. Sa disposition, et l'absence d'un certain nombre de dents


dans les alvéoles, en rendaient la surface tranchante et trèspropre à déchirer les parties molles avec lesquelles ce corps étranger a dit se trouver en contact. H avait près de deux pouces de longueur, et on comprend difficilement comment il a pu traverser tout le tube digestif sans causer de lésion plus ou moins grave.

ART. 4470. CORPS ÉTRANGERS DANS LES VOIES DIGESTIVES PAQUETS DE cnEVEux. Une jeune servante, âgée de vingt-trois ans, aujourd'hui pâle et délicate, mais jadis fortement constituée,futadmise te46novembre')8S') dans t'hôpitaldeMiddtesex, et confiée aux soins du docteur Crawford. Elle avait été menstruée à l'âge de douze ans, et à treize, étant dans un parfait état de santé, elle contracta l'habitude de s'arracher les cheveux, de les mettre dans sa bouche, de les mâcher, et entin de les avaler. Elle continua ainsi pendant quatre à cinq mois, mais alors ayant été réprimandée, elle perdit cette habitude, qu'elle n'a point reprise depuis cette époque. Bientôt après cependant, elle commença à souû'rir sous les fausses côtes, du côté gauche, vers la rate et la grande extrémité de l'estomac. Elle fut traitée de différentes manières, et entra dans plusieurs hôpitaux et dispensaires pendant plusieurs années; car personne, et elle non plus, ne se doutait de l'origine de son mal. On constatait une tumeur dans le voisinage de la rate; il y avait de la douleur dans cette région la constipation était habituelle et l'amaigrissement seusible. A la fin, elle fut prise de vomissements et rejeta, avec d'autres matières, une concrétion de ]a grosseur d'une noix et contenant des cheveux dans son intérieur. On y fit peu d'attention, mais quelques jours après, elle rejeta également par le vomissement une autre concrétion -beaucoup plus grosse, et ce fut alors qu'on commença à être éclairé sur la nature de la maladie. Environ deux mois plus tard, cette fille rendit, par les selles, un paquet de cheveux, et depuis cette époque sa santé s'est peu à peu rétablie.

AnT. 447't. Coups ÉTRANGERS DANS LES VOIES DIGESTIVES: ÉPINGLES, PAQUETS DE FICELLE. Le Dublin Medt'ca! Press fait connaître un fait non moins curieux que les précédents c'est celui d'une femme âgée de quarante et un ans, déjà mère de six enfants, grande et bien constituée, qui éprouva les symptômes suivants En décembre 1842, quatorze jours après la naissance de son cinquième enfant, elle eut un vomissement de sang trèsabondant. Pendant les vingt-quatre heures qui suivirent, elle resta sans connaissance; les pupilles étaient dilatées; le pou)s à peine sensible. Elle se rétablit lentement, et même sa constitution n'a jamais repris la vigueur qu'elle avait avant cet accident.


Elle accoucha sans accident aucun en 4844, et se rétablit fort bien. Dans l'automne de 184S, elle accusa de la douleur à la région épigastrique et dans le flanc gauche, et eut de fréquents vomissements. On constata dans cette dernière partie la présence d'une tumeur, du volume d'un placenta ordinaire, dure et mobile; quand la malade changeait de position, cette tumeur se déplaçait et causait des nausées, mais non de la douleur. Elle n'était pas non plus sensible au toucher. Elle accusait aussi de la douleur entre les épaules et dans le côté gauche de la poitrine, et était fort tourmentée par les gaz. Les règles n'avaient pas paru depuis trois mois, et elle se croyait enceinte. La constipation était très-opiniâtre, et il y avait de fréquents vomissements de matières mêlées de sang de plus, la maladè s'amaigrissait rapidement, et devenait si faible que sa mort semblait prochaine. Elle se rétablit cependant, sans avoir pris autre chose qu'un peu de vin pendant deux jours. Ses forces revinrent peu à peu, et bientôt sa santé parut aussi bonne que jamais. Elle resta ainsi dans un état satisfaisant pendant cinq ans. Alors elle éprouva renouveau des accidents du côté du ventre; les vomissements se reproduisirent et elle mourut après une maladie de trois semaines.

A l'autopsie, on trouva l'estomac distendu en forme de bouteille à champagne, et descendant jusqu'aux pubis; plusieurs organes de l'abdomen étaient déplacés. Il n'y avait nulle part de trace d'inflammation; mais l'estomac contenait dans sa moitié gauche neuf onces d'épingles de couleur brune forcée, nullement corrodées, mais toutes étaient ou pliées ou rompues; plusieurs étaient très-pointues. Les parois de l'estomac étaient trèsépaissies le duodenum contenait une masse d'épingles, formant un paquet qui obstruait complétement l'intestin. Leur poids était environ d'une livre.

Le mari de cet!e malheureuse femme ne lui avait jamais vu mettre d'épingles dans sa bouche, mais son fils déclara qu'il l'avait vue souvent en mâcher, et qu'il était persuadé qu'elle les avalait. Il fut constaté que son appétit avait toujours été capricieux et parfois très-vif, et sa sœur assura que lorsqu'elle était enfant, elle avait coutume de manger de l'empois et de l'ardoise, et qu'elle l'avait vue mettre des épingles dans sa bouche. A dix-sept ans, elle avait été prise d'un vomissement de sang, et était ensuite restée assez longtemps malade. A l'occasion de ce fait, qui a été communiqué par M. Marshall à la Société royale de.médecine et de chirurgie, M. Pollock a rapporté le fait suivant Une jeune fille de dix-huit ans souffrait depuis plusieurs mois d'une tumeur peu volumineuse, qui se trouvait dans la région de t'estomac. Cette tumeur faisait un


peu saillie, mais elle n'était pas douloureuse lorsqu'on la comprimait légèrement. La constitution de cette jeune malade était chétive; les intestins fonctionnaient assez irrégulièrement, et elle n'avait vu ses règles qu'une seule .fois; son appétit était variable, et souvent elle vomissait après les repas. La tumeur acquit peu à peu du volume, devint très-douloureuse, et enfin la malade mourut après a voir éprouve de violents vomissements. On trouva, à l'autopsie, l'abdomen à moitié rempli d'un liquide semi-purulent; l'estomac, le duodenum et une partie du jejunum étaient occupés par deux tumeurs très-dures, formées par une masse de cheveux et de ficelle, pesant de huit à dix livres, et mêlées à des matières alimentaires. La tumeur qui occupait le duodenum et une partie du jéjunum était particulièrement formée de ficelle. Aucune nourriture solide ne pouvait franchir le passage, et les liquides même n'y passaient qu'avec peine. On n'avait jamais vu cette jeune fille manger de la ficelle ou des cheveux, excepté quand elle était à l'âge de trois à quatre ans, mais on n'y avait attaché aucune importance. L'obstruction a duré trois ou quatre ans.

AnT. A472. SUPPRESSION DES MENSTRUES. OBÉSITÉ.–Ledocteur Byrn, de New-York, a publié, dans le ~Vor</terftZance<, un cas très-remarquable d'une obésité extraordinaire survenue chez une jeune fille dont les menstrues avaient été supprimées. Cette 6Uc était d'un'embonpoint ordinaire jusqu'à l'âge de vingt-deux ans; elle était d'une bonne santé et pesait cent vingt-huit livres. Elle conçut alors une vive passion pour un jeune homme qu'elle devait épouser mais des circonstances particulières ayant rompu ce mariage, son amant quitta le pays, et elle ne l'a jamais revu depuis cette époque. Cet événement se passait au moment où ses règles allaient venir. Elles ne parurent point, et cependant il ne survint aucun accident. Le second, le troisième mois se passèrent ainsi; mais vers le quatrième elle commença, dit-elle t à engraisser; z et en effet, depuis cette époque, les règles n'ont jamais paru, et elle a acquis un embonpoint prodigieux. Elle est aujourd'hui âgée de quarante ans, et pèse trois cents livres. C'est un objet de surprise et de pitié, et cependant elle ne se plaint que d'une certaine difficulté dans la respiration, d'une toux fatigante, surtout la nuit, et d'une, peine extrême dans la locomotion.

ART. 4~73..

SOCIÉTÉS SAVANTES.

ACADÉMIE DE MÉDECINE.–Tout l'intérêt des séances de l'Académie de médecine s'est concentré pendant le mois qui vient


de s'écouler sur le rapport de M. Cazeaux, chargé d'examiner une question bien importante soulevée par M. Lenoir et relative à l'avortement provoqué. Voici les faits qui ont donné lieu à cette mémorable discussion H se présenta Fan' dernier, dans le service de M. Lenoir, une femme rachitique dont le bassin offrait à peine cinq centimètres à son diamètre sacro-pubien. Elle était enceinte de quelques mois et M. Lenoir n'avait évidemment qu'à opter entre l'avortement pratiqué immédiatement et l'opération césarienne au terme de la grossesse.

Cette femme n'en était pas à sa première grossesse déjà, en 4846, M. Cazeaux, faisant le service de la clinique, avait cru devoir provoquer l'avortement au terme de trois mois et demi, et l'année suivante M. le professeur Dubois avait pratiqué la même opération avec le même bonheur. Guidé en quelque sorte par ces précédents, M. Lenoir crut devoir imiter la conduite de MM. Cazeaux et Dubois; il pratiqua l'avortement et la femme était rétablie au bout de huit jours.

Mais cet honorable praticien, rëCéchissant aux graves conséquences que pourrait entraîner une semblable pratique admise par la généralité des accoucheurs, résolut de saisir l'Académie de cette importante question et de lui demander ou une approbation ou un blâme de sa conduite. Une commission fut nommée et M. Cazeaux fut chargé de soutenir ses conclusions devant l'Académie. Le rapporteur s'est demandé d'abord si, dans les cas extrêmes de rétrécissement du bassin, il était permis au médecin de provoquer l'avortement dans le but d'éviter les chances si périlleuses de l'opération césarienne; en d'autres termes, s'il était permis de tuer l'enfant pour soustraire la mère aux chances de cette grave opération. Ces chances équivalent dans les grands centres de population à peu près à la certitude de la mort, car à Paris, depuis cinquante ans, on n'a pas à citer un seul exemple de guérison après l'opération césarienne, et à Londres, sur vingtcinq femmes soumises à cette opération, une seule a survécu. Il est vrai que la pratique de la province offre des résultats beaucoup plus satisfaisants, mais on perd toujours au moins soixantedix femmes sur cent. De plus quand on a recours à l'hystérotomie on n'a pas la certitude d'extraire un enfant vivant, et l'expérience a prouvé que très-souvent cette opération est aussi fatale à l'enfant qu'à la mère.

M. Cazeaux, après avoir rappelé toutes les raisons qui s'élèvent contre l'hystérotomie, cherche à prouver que c'est à tort que les théologiens ont dénié au médecin le droit de tuer l'enfant pour sauver la mère. Il examine et interprète les livres saints et en conclut que le meurtre n'est point défendu d'une manière tellement absolue qu'on ne puisse, sans offenser la religion, y recourir


dans certaines circonstances. C'est encore, suivant lui, par une fausse interprétation du Code pénal que certains légistes croient y voir une interdiction formelle de l'avortement médical. C'est évidemment l'intention criminelle et non l'acte lui-même que !ë législateur a voulu punir.

Ces divers points établis, M. Cazeaux soutient que la femme est ici dans le cas de légitime défense; sans doute celui qui va la faire périr n'a pas la conscience de ses actes, mais il est comme un malheureux aliéné que vous êtes en droit de tuer, lorsque dans sa folie furieuse il menace vos jours, et le médecin doit venir au secours de la mère comme tout homme doit secourir son semblable qu'il voit dans un danger imminent. Conformément à ces observations, le rapporteur reconnaît au médecin le droit de sacrifier l'enfant toutes les fois que le bassin n'offre qu'un diamètre de cinq centimètres et même de six centimètres et demi. Mais les rétrécissements du bassin ne sont pas les seuls motifs qui aient déterminé des accoucheurs à pratiquer l'avortement: une foule d'accidents liés à la grossesse peuvent, suivant quelques-uns d'entre eux rendre cette opération indispensable. M. Cazeaux ne saurait partager cette opinion, au moins dans la plupart des cas. Quand la femme est arrivée au septième mois de sa grossesse, on peut assurément tenter cette opération, parce qu'alors on a des chances raisonnables de conserver l'enfant mais avant ce terme, comme il n'est jamais certain que ta femme soit vouée à la mort, on ne doit pas faire périr l'enfant pour sauver la mère, qui, peut-être, n'est pas dans un état aussi périlleux qu'on pourrait le croire. Les vomissements, par exemple, qui sont quelquefois portés au point de compromettre sérieusement la vie de la mère, peuvent se dissiper spontanément ou céder parfois aux efforts de l'art. Ainsi la femme d'un de nos confrères éprouvait depuis dix-huit jours un spasme de l'estomac tellement violent que le moindre mouvement, l'ingestion dans l'estomac ou par l'anus de la moindre quantité de bouillon, déterminait aussitôt des vomissements horriblement douloureux. M. Cazeaux eut l'idée de faire pénétrer de la pommade de belladone jusque sur le col utérin, et aussitôt ces mouvements spasmodiques cessèrent et la femme put aller jusqu'au terme de la grossesse.

Une jeune dame allemande était depuis deux mois tourmentée par des vomissements si violents et si opiniâtres qu'elle semblait arrivée au terme de sa carrière. MM. Dubois etChomet, qui furent appelés en consultation, portèrent le pronostic le plus fâcheux et pensaient même qu'elle n'avait plus que quelques jours à vivre, lorsque tout à coup il se manifesta une dia~hëe abondante; les vomissements cessèrent aussitôt pour ne plus se reproduire.


D'un autre côte on n'est pas certain d'obtenir la guérison de la femme en provoquant l'avortement. Souvent, après cette cette opération, les vomissements ont continué et la femme a succombé. Ce n'est donc que dans des cas bien exceptionnels que l'avortement devra être provoqué chez les femmes au commencement de la grossesse pour toute autre cause que pour un rétrécissement extrême du bassin.

Le long rapport de M. Cazeaux, dont nous n'avons pu faire qu'une analyse bien incomplète s'est terminé par les propositions suivantes:

')" C'est par suite d'une fausse interprétation que les lois divines et humaines, relatives à l'avortement, ont été appliquées à l'avortement pratiqué dans un but médical;

Les lois punissent le crime; elles ne peuvent donc atteindre sans injustice un acte accompli avec les intentions les plus pures; 3° Placée dans la cruelle alternative de choisir entre la vie de son enfant et sa propre conservation, la femme a, de par la loi naturelle, le droit d'opter pour la mutilation du fœtus; 4° Dans ce cas, le médecin peut et doit sacrifier l'enfant au salut de la mère;

L'avortement provoqué étant beaucoup moins grave pour la mère que l'embryotomie pratiquée au terme de la grossesse, le médecin peut et doit lui donner la préférence;

6° Les rétrécissements dans lesquels le bassin offre moins de six centimètres et demi dans son plus petit diamètre, les hémorrhagies que rien n'a pu arrêter, les tumeurs des parties molles ou dures, qui ne sont pas susceptibles d'être déplacées, ponctionnées, incisées ou extirpées, sont les seules indications de l'avortement provoqué

7° Le médecin ne doit jamais s'y décider, sans avoir préalablement pris l'avis de plusieurs de ses confrères éclairés. M. Cazeaux ajoutait qu'on devait adresser des remercîments à M. le docteur Lenoir et renvoyer son très-intéressant travail au comité de publication.

Lorsque la discussion s'est ouverte sur ce remarquable rapport, M. Cazeaux, prévoyant que ses conclusions ne seraient point admises par la majorité des académiciens, a prévenu ses collègues que la commission ne demandait point que l'Académie tout entière s'associât aux conclusions de ce rapport, mais qu'elle désirait seulement voir adopter les deux dernières.

M. Dubois a fait observer que quelles que fussent les restrictions apportées par la commission dans ses prétentions, elle ne pouvait pas faire que M. Lenoir n'ait désiré consulter l'Académie et lui faire juger cette grave question. Si les deux dernières conclusions étaient adoptées sans que les autres eussent été combat-


tues, l'Académie s'associerait donc au rapport; or il ne semble pas à M. Dubois qu'il fût nécessaire ni opportun de soumettre cette question au jugement de l'Académie. On ne demande point en effet à ce corps savant de décider si une opération est prëférable à une autre, et quelles sont les règles à suivre dans tel procédé chirurgical. Non. La question qui s'agite, celle de savoir si, dans des conditions données, on doit sacrifier l'enfant à la mère, est toute morale et par conséquent de celles qui doivent être laissées a la conscience et aux lumières du médecin. Lui seul peut et doit la résoudre selon les circonstances particulières et la nature des cas qui se présentent a lui.

Il est bien certain que la question ne se rencontrera jamais posée dans les mêmes termes; ainsi, en Angleterre, où les opérations césariennes ont presque toujours étéfatales, l'avortement a été proposé et accepté it en a été de même t'ëcote de Paris; mais en Allemagne, où l'hystérotomie a parfois réussi, l'avortement a rencontré des partisans et des adversaires; il en devrait être ainsi en France dans la province qui, chaque année, envoie à l'Académie des observations d'opérations césariennes pratiquées avec succès. M. Dubois a vivement critiqué aussi l'opinion émise par le rapporteur et qui consisterait à comparer l'enfant que la'mère porte dans son sein à un assassin, à un fou furieux, qui se précipiterait l'épée à la main sur une personne inoffensive; si ce pauvre enfant, qui n'est assurément pas coupable de sa procréation, a dit M. Dubois, pouvait défendre sa cause, ne dirait-il pas que ce n'est pas lui qui est l'ennemi de sa mère, et qu'il en est bien plutôt la victime? M. Dubois, en terminant, a demandé qu'on modifiât les conclusions de l'Académie en proposant seulement de remercier M. Lenoir de sa communication et de déposer son travail dans les archives.

Nous ne dirons rien d'une discussion qui s'est élevée entre M. Dubois et le rapporteur au sujet d'opinions émises à une époque antérieure par le professeur de la Clinique sur l'opportunité de l'avortement provoqué chez les femmes rachitiques. Nous avons hâte d'arriver à la discussion, qui a été véritablement sérieuse et complète.

M. Danyau déctaréque, bien qu'il adoptâtles principes posés par M. Cazeaux et qu'il sacrifiât de préférence l'enfant à la mère lorsqu'il était forcé d'opter entre l'embryotomie ou l'opération césarienne, il ne pouvait admettre lesconclusions du rapporteur d'une manière générale et absolue. Il peut en effet se trouver des circonstances favorables à l'opération césarienne, soit à Paris soit en province, et il ne voudrait enchaîner à l'avance ni sa liberté ni celle de ses confrères. Quant h l'avortement provoqué


chez des femmes bien constituées mais dont la vie est menacée par des vomissements incoercibles ou par d'autres accidents, des faits nombreux et incontestables prouvent d'une part que, pratiqué dans des circonstances déterminées, il a, dans un bon nombre de cas, sauvé la vie des femmes, et, d'un autre côté, que lorsqu'on n'a pas eu recours à cette opération, très-souvent les femmes ont succombé. M. Danyau a réuni et mis sous les yeux de l'Académie plusieurs faits de ce genre en sorte qu'il serait moins disposé que ne l'a été M. Cazeaux à rejeter l'avortement dans ces cas déterminés.

M. Bégin, dans un remarquable discours, a envisagé la question sous un point de vue tout à fait différent de celui qui avait frappé les précédents orateurs. Il n'en a examiné que le côté moral et a nié dès le début le droit.que s'arrogent certains accoucheurs de faire périr l'enfant contenu dans le sein de la mère. < J'ai la conviction, a-t-il dit, que les accoucheurs, partisans de l'avortement obstétrical, s'exagèrent le droit qu'ils s'attribuent de décider dans certains cas de la vie ou de la mort de l'être vivant encore contenu dans le sein maternel. Je suis également convaincu que si cette doctrine venait malheureusement à se propager, elle ouvrirait la voie à de déplorables abus. Après avoir agi avec toute la circonspection et la prudence que com- mandent la gravité de l'opération et la responsabilité qui en dérive, on se familiariserait avec elle. ËHe descendrait, si je puis ainsi dire, des praticiens les plus éminents à d'autres du rang inférieur. Rare d'abord, elle serait pratiquée bientôt plus souvent. Des cas extrêmes et positifs qui semblent à la rigueur pouvoir la justifier, on arriverait à.l'appliquer à des cas moins urgents ou même douteux, enfin derrière la pratique honnête s'abriteraient les manœuvres criminelles, qui s'efforceraient de puiser dans les doctrines reçues et dans les exemples donnés des motifs d'excuses et des raisons d'impunité.

Examinant ensuite une à une les raisons qu'a fait valoir Fhbnorable rapporteur en faveur de l'avortement, M. Bégin les a combattues avec une force de logique peu commune et une conviction qui font autant d'honneur à ses connaissances qu'à son caractère. « J'ai été élevé, a-t-il dit, médicalement parlant, dans cette doctrine qui est en harmonie d'ailleurs avec mon état moral tout entier, à savoir que notre art est, avant tout et pardessus tout, un art conservateur, de telle sorte que tuer directement, de propos délibéré, pour quelque motif que ce soit, une créature humaine, est un acte qui ne doit en aucun cas trouver place dans les opérations. » H a vivement Marné le rapporteur d'avoir voulu prouver que le meurtre était autorisé par les saintes Écritures. « Que dire, par exemple, de ces meurtres, de


ces massacres empruntés aux saintes Écritures et produits à l'appui de sa cause, si ce n'est que la prudence conseille de se taire sur ces actes dont le mérite nous échappe: et qui n'ont été que trop souvent évoqués par le fanatisme, pour exciter à des crimes exécrables particuliers ou publics, justement poursuivis par la réprobation universelle des hommes de bien. Qu'ont à faire les croisades et les victimes du champ de bataille avec la vie d'un embryon confiné dans le sein maternel? r

M. Bégin s'est ensuite étonné qu'on nous ait cité l'exemple des autres pays comme un argument décisif en faveur d'une opération que la morale réprouve. Si l'Angleterre s'engage dans une mauvaise voie, est-ce une raison pour que nous nous attachions à sa suite, et que la médecine française, par suite de cette tendance que chacun de nous a malheureusement à l'imitation, s'écarte de la sage réserve qu'elle met ordinairement dans toutes les questions litigieuses et qui a fait sa gloire, pour suivre un exemple funeste et dont les résultats seraient déplorables. M. Cazeaux a comparé la position de la femme rachitique et de son fruit à celle de deux naufragés qui saisissent la même planche et dont le plus fort s'efforce avec raison de submerger l'autre pour se sauver; sans doute il est possible que la loi n'atteigne pas celui qui s'est ainsi sauvé aux dépens de son compagnon, mais qui donc se sentira le courage de l'en féliciter? Une barque est surchargée, les plus forts jettent les plus faibles par-dessus le bord, est-ce là un acte louable? Ces manifestations d'un égoïsme sauvage peuvent-elles être considérées autrement que comme les résultats déplorables de l'oubli du sentiment le plus noble de l'humanité, en présence des dangers extrêmes, ou par suite de privations cruelles et prolongées; on gémit sur elles mais on ne les produit pas en aveugle. Quant à moi, a ajouté assez plaisamment M._Bégin, j'hésiterais fort à prendre pour compagnons de voyage des personnes trop pénétrées des droits que la loi de la nécessité pourrait leur conférer.

L'honorable orateur s'est ensuite élevé avec force contre le droit qu'on attribue à la femme de choisir entre le sacrifice de son enfant et une opération très-dangereuse pour elle, et l'obligation où se trouverait le médecin d'exécuter ce jugement contre nature. J'admire, s'est-il écrié, la facilité avec laquelle )e médecin se trouve transformé en exécuteur de l'arrêt inacceptable d'une mère sans entrailles. Ce que j'admire plus encore, c'est le sans façon avec lequel on disserte sur ]a valeur absolue ou comparative d'un foetus de trois, quatre, cinq à six mois, et même d'un enfant arrivé au terme de la vie utérine. Mais qui donc a institué l'accoucheur juge de cette vie encore à sa première lueur? Qui a livré à sa discrétion ce petit être~qui, pour


n'avoir pas eu encore de relations directes avec le monde extérieur, n'en est pas moins contië à toute sa sollicitude et placé d'ailleurs sous la protection des lois? D

Abandonnant ensuite le côté moral et philosophique de la question, M. Bégin s'est demandé si les moyens de mesurer le bassin étaient tellement perfectionnes qu'un accoucheur dût annoncer avec certitude à l'avance que non-seulement l'enfant ne peut être expulsé à terme par les voies naturelles, mais encore qu'il soit impossible de pratiquer l'accouchement prématuré artificiel s'il ne peut pas survenir un relâchement dans les symphyses qui rende l'expulsion du fœtus possible à l'époque de sa viabilité, et en admettant qu'il en fût ainsi, si l'on doit rejeter sans examen une opération qui conserve la vie du fœtus d'une manière à peu près certaine et qui laisse encore à la mère trente pour cent de chances, d'après les tables de mortalité qui ont été dressées. Mais l'orateur n'a pas beaucoup insisté sur la valeur de l'opération en elle-même, il a voulu rappeler seulement à ses collègues les grands principes qui ont porté si haut l'éclat de la médecine française. « Préoccupé de la conservation des principes, a-t-il dit, et bien autrement ému, au point de vue de la sécurité publique, des dangers qui peuvent résulter de l'abus de la pratique autorisée de l'avortement obstétrical, que des quelques cas rares auxquels il semble applicable, je serais porté à vous proposer une désapprobation formelle de cette opération. Mais un jugement aussi sévère, aussi absolu, aurait le double inconvénient de jeter un blâme indirect et immérité sur des praticiens étrangers et français qui font autorité à juste tilre, et de poser un obstacle susceptible d'empêcher, dans certaines circonstances que toute ~a prudence humaine ne peut prévoir, les accoucheeurs d'user utilement de la plénitude des ressources de l'art. En nous abstenant au contraire de toute approbation ou désapprobation formelle, et en abandonnant la solution de la question à la conscience individuelle des accoucheurs, nous restons dans la réserve qui nous appartient, n'enchaînant pas l'avenir, n'anticipant sur aucun droit et imprimant à la pratique d'autant plus de circonspection que nous laissons aux hommes de l'art toute la responsabilité de leurs actes. D

M. Chailly-Honoré a reproché à MM. Danyau et P. Dubois de pratiquer une opération parfaitement rationnelle et permise, et de ne pas oser la recommander ouvertement; il a donné son plein assentiment au rapport de M. Cazeaux, et aurait voulu que l'Académie approuvâtpar son-vote la conduite de M. Lenoirqui, dans ce cas, a été, suivant lui, parfaitement conforme aux saines doctrines chirurgicales.

M. Velpeau a pris la parole pour soutenir le rapport et ses


conclusions, sans toutefois faire valoir de nouvelles preuves à l'appui de son opinion. M. Moreau, au contraire, trouvant que la science et l'humanité n'avaient rien à gagner à une pareille discussion, a demandé que l'Académie passât à l'ordre du jour sans répondre à aucune des questionsqui ]ui:étaient posées; un débat des plus confus s'estélevé sur la priorité des amendements à mettre aux voix, et il a été impossible l'Académie d'arriver à une conclusion. La plupart des membres ayant quitté la salle, on a dû renvoyer le rapport à la commission qui, aux termes du règlement, aura à formuler de nouvelles propositions. BIBLIOGRAPHIE.

ART. ~74. Guide pratique, scientifique et administratif de r~ndiant en médecine, par EDMOND LANGLEBERT (')j. J.

<

L'étudiant qui arrive à Paris avec l'intention de parvenir au doctorat, se trouve ordinairement fort'embarrassé pour se diriger dans ses études médicales. Il ne sait quelles démarches sont indispensables auprès de la Faculté pour être admis à faire partie de ses élèves, quels cours H doit suivre, quels livres se procurer. Ce besoin de renseignements administratifs et scientifiques explique suffisamment le succès du livre que nous annonçons, et dont l'auteur vient de donner une seconde édition beaucoup plus complète que !a première.

On peut puiser dans ce petit ouvrage une foule de notions qu'on ne trouve qu'avec peine partout ailleurs quand on est étranger à la capitale, et qu'on n'obtient en outre bien souvent qu'à ses dépens. Il en est sans doute beaucoup qui sont parfaitement inconnues de nos lecteurs; et cela n'a rien d'étonnant, attendu.la mobilité des règlements qui régissent nos écoles depuis trente ans. Au moment où nous écrivons, huit examens et une thèse, dont cinq dits examens de réception, d'après un arrêté du 7 décembre 1846, doivent être subis après !a seizième inscription, et les trois autres à la fin de chacune des trois premières années d'étude, se partagent ainsi les matières de l'enseignement..E'~eameM de r~eep~on, premier examen Anatomie et physiologie avec une épreuve de dissection; deuxième examen Pathologie interne et externe avec opération; troisième examen Histoire naturelle médicate, Physique médicale Chimie médicale et Pharmacie; quatrième examen Matière médi-

(t)2'6dit.tVot.)n-t8,chezJ.B.Bai))iëre.


cale, thérapeutique, hygiène et médecine légale; cinquièmeexamen Clinique interne, Clinique externe et Accouchements. -E'~antgM de fin d'année, premier examen Physique, Chimie et Histoire naturelle; deuxième examen Anatomie et Physiologie; troisième examen Pathologie interne et externe. A ces divers examens, il faut ajouter ceux qui sont nécessaires pour obtenir le double diplôme de bachelier ès lettres et bachelier ès sciences physiques. Le premier de ces diplômes est exigé avant la première inscription à la Faculté; le second n'est nécessaire que pour prendre la cinquième.

Ainsi constitué, l'enseignement médical paraît insuffisant à M. Langlebert. Cinq années d'études dans une faculté, dix examens et une thèse, des sacrifices pécuniaires énormes, et tout cela pour arriver à gagner une moyenne de milie écus par an En vérité, te public aurait mauvaise grâce à trouver insuŒsantes les épreuves auxquelles nous sommes soumis avant de faire partie du docte corps. Mais M. Langlebert, qui passe sa vie au milieu des élèves, qui les forme lui-même et doit les connaître mieux que tout autre, est-il bien fondé à dire au jeune médecin qui quitte les bancs « Attendez, jeune docteur, le jour où le premier de vos malades viendra frapper à votre porte, et mettre à l'épreuve la science que vous rapportez de Paris. C'est alors que vous entendrez cette grande voix de la conscience vous demander le compte de vos connaissances et peser votre mérite. C'est alors aussi que commencera pour vous, si vous êtes homme de cœur, cette série interminable de déceptions, d'incertitude, de tâtonnements, de craintes réelles ou imaginaires, qui vousferont déplorer bien amèrement votre indigence scientifique.

Devons-nous voir dans ce sombre pronostic les noirs pressentiments d'un esprit chagrin qui s'exagère la responsabilité de ses actes, ou faut-il attribuer le peu de considération que l'auteur affiche pour les jeunes docteurs à la connaissance intime qu'il a de leur indigence scientifique? Ce n'est pas la question que nous nous proposons de résoudre. Nous dirons seulement que si les assertions de M. Langlebert étaient fondées, on pourràit comparer l'éducation médicale à l'éducation universitaire. Le programme de la Faculté est de toutpoint satisfaisant. Huit examens et une thèse En voilà plus qu'il n'en faut pour attester la science du nouveau docteur. Celui des colléges est peut-être encore plus riche et plus varié. Nos enfants y apprennent le français, le latin, le grec, l'allemand, l'anglais, les sciences physiques, chimiques, mathématiques, l'histoire, la géographie, etc., etc. Et puis quand nous les avons entretenus à grands frais dans ces établissements pendant huit à dix années, il se trouve qu'ils


n'ont rien appris, au dire de l'Université elle-même, qui refuse le diplôme de bachelier aux quatre cinquièmes de ses élèves. Les jeunes gens de notre époque manquent-ils donc d'aptitude ou d'application? L'Université, aussi bien que la Faculté, n'a t-elledone plus de professeurs capables d'enseigner les principes de la science ? Eh mon Dieu à quelle époque les chaires ontelles été mieux occupées? Quand les cours ont-ils été plus fréquentés ? Ni les élèves ne manquent aux professeurs, ni les professeurs aux élèves. Mais n'est-il pas évident que le programme de l'une et de l'autre est trop chargé?Quelque zèle qu'apportent les professeurs, quelque intelligents, quelque studieux que soient nos jeunes gens, ils ne peuvent, dans un espace de temps comparativement fort court, pénétrer dans la profondeur d'une science dont ils ont à peine le loisir d'apercevoir la superGcie. Qu'on nous permette de citer un proverbe bien trivial, mais juste, et qui peut être appliqué avec raison au programme de l'Université et à celui de la Faculté de médecine Qui trop embrasse mal étreint. A moins de garder nos enfants dans les colléges jusqu'à vingt-cinq ans, ou de porter le temps des études médicales à dix années, les aspirants aux diplômes de bachelier et de docteur seront toujours, avec de pareils programmes, forcés de préparer leurs examens, comme le dit M. Langlebert, à coups de manuels, et on ne formera ni de bons écoliers, ni de bons médecins.

Mais ce n'est pas l'avis de M. Langlebert, apparemment, car il ne trouve pas le programme de la Faculté encore assez chargé. Il veut y joindre l'usage des langues anciennes et l'étude de l'histoire et de la philosophie médicales. En vérité, on devrait décréter que les élèves, à l'avenir, apprendront l'arabe pour étudier dans le texte Rhasès et Avicenne. Et quand donc ces jeunes gens trouveront-ils le temps de disséquer et de voir des malades, si tous leurs moments sont absorbés par l'étude des sciences dites accessoires? L'examen du baccalauréat ès sciences, le troisième examen de réception, le premier examen de fin d'année, sont consacrés aux sciences physiques et chimiques. C'est plus du tiers du temps des études consacré par le règlement, que les élèves sont forcés d'employer à un genre de travail en dehors de la médecine proprement dite, et l'on est surpris ensuite qu'un jeune docteur se trouve dans l'embarras lorsqu'un malade se présente à son observation. H serait bien plus surprenant qu'il en fût autrement. Le médecin qui, aussitôt après la réception de son diplôme, se montre bon praticien, est comme l'écolier qui sortant du collége obtient immédiatement le grade de bachelier. C'est l'exception et non la règle. Forcés de se conformer aux exigences d'un programme sans limites, l'un


et l'autre se sont épuisés en vains efforts pour embrasser tous les matériaux qui leur étaient confiés et n'en ont saisi presque aucun.

Mais nous nous sommes bien longuement étendu sur une grave question à l'occasion d'un petit livre qui contient seulement des avis utiles aux étudiants en médecine. Nous aurions peut-être dû nous borner à annoncer à nos lecteurs la seconde édition de cet ouvrage. Le succès d'un livre est la meilleure preuve de son utilité et toutes les éditions nouvelles portent .avec elles leur recommandation.

ART. 'H75. T/'at'M de l'art de formuler, contenant, etc., par MM. TROUSSEAU et REVEIL (')).

Le petitlivre que MM. Trousseau etReveil viennent de publier n'est pas entièrement semblable aux ouvrages de ce genre que tous les praticiens ont entre les mains. Avec les mêmes éléments qui sont en quelque sorte du domaine public, les auteurs ont fait un recueil sinon absolument nouveau, au moins assez différent des autres formulaires, pour qu'il ne fasse pas double emploi dans la science, et qu'on le consulte de préférence à bien d'autres qui jouissent cependant de l'estime générale. Ce formulaire, cemme toutes ces sortes d'écrits, contient beaucoup de choses dans un petit nombre de pages. Les auteurs ont donné d'abord une classification des médicaments offrant, sous forme de tableaux, leur nom leur mode d'administration, leur dose, etc. Viennent ensuite des considérations essentiellement pratiques sur l'art de formuler, puis un Abrégé de pharmacie, et enfin un Formulaire magistral suivi d'un Mémorial thérapeutique. L'ouvrage est terminé par un Abrégé de toxicologie, excellent résumé des meilleurs écrits sur la matière.

On voit que le livre de MM. Trousseau et Reveil est bien rempli. Il se rapproche, sous ce rapport, nous le répétons, du plus grand nombre des formulaires mais il en diffère souvent dans les détails, et il faut bien en convenir, ce sont les détails qui font le mérite de tous les écrits relatifs à la thérapeutique. On en jugera par la citation suivante, extraite de l'Abrégé de pharmacie. Voici ce que nous disent les auteurs au sujet des cataplasmes <t Plusieurs précautions sont à prendre quand on veut ajouter certains médicaments à un cataplasme ordinaire. ( Toutes les fois qu'on veut employer des plantes aromatiques, il est préférable de s'en servir à l'état de poudre. On peut réchauffer le cataplasme au moyen d'un liquide approprié, don(t) iYo).m-t2, chez Béchet jeune.


ner à la poudre une consistance convenable et en arroser le cataplasme on fait aussi une décoction bien chargée de la plante et on la verse sur le cataplasme;

« Toutes les substances (poudre de ciguc, safran, camphre, acétate de plomb, etc.) qui par l'action de la chaleur nécessaire à la cuisson du cataplasme pourraient perdre de leur vertu médicamenteuse doivent être ajoutées au cataplasme, en partie refroidi ou froid; )a surface d'un cataplasme étant la partie véritament efficace par son contact immédiat avec le point malade, on aura soin de fes recouvrir avec les substances dont nous venons de parler, au lieu de les incorporer à la masse, comme on le fait souvent;

« 3" Les vins, les teintures, les alcoolats, tes huiles, se versent tout simplement à la surface du cataplasme;

« 4° Les sels, les savons et les extraits demandent à être dissous préalablement dans suffisante quantité d'eau, puis on les répandra sur le cataplasme;

« 5° Les onguents, les pommades et tous les corps gras étant délayés d'abord dans un peu d'huile, seront ensuite étendus à la surface du cataplasme pendant qu'il sera encore assez chaud pour les liquéfier.

Rappelons ici qu'un cataplasme conserve plus longtemps sa chaleur, colle peu à la peau et cause moins de refroidissement au moment où on l'enlève quand il renferme des corps gras. » Suivent les formules des cataplasmes anodins, antiarthritique, suppuratif, etc., donnés comme exemples. Des considérations de même nature sont émises à l'occasion des liniments, etc.; puis quand le lecteur est initié à la préparation des diO'ërentes formes de médicaments, il trouve dans le Formulaire magistral l'indication de toutes les formules dont il peut avoir besoin. II n'y a,commeon le voit,rien de bien nouveau dansie plan suivi par les auteurs, cependant nous devons faire observer que dans leur formulaire ils ont classé les médicaments dans l'ordre où ils se trouvent dans le yr<n<e de thérapeutique de MM. Trousseau et Pidoux. C'est peut-être le plus rationnel, mais ce n'est assurément pas le plus commode pour les recherches. Quoi qu'il en soit, nous ne doutons pas que ce nouvel ouvrage de M. Trousseau ne soit bien accueilli des praticiens et des élèves auxquels il est particulièrement destiné.

ART. 4476.

VARIÉTÉS.

-Nous avons la satisfaction d'apprendre nos lecteurs que M. Paul Dubois vient d'être nommé doyen de la Faculté de médecine, en


remplacement de M. Bérard qui, appelé aux fonctions d'inspecteur général, a dû renoncer au décanat. Aucun choix ne pouvait, être plus agréabie à l'École, ainsi qu'au corps médical de Paris, qui regrettait vivement de voir l'honorable M. Bérard dans la nécessite de donner sa démission.

-Le concours ouvert'devant la Faculté de médecine de Paris, pour la chaire d'hygiène, s'est terminé par la nomination de M. Bouchardat. Quatre tours de scrutin ont été nécessaires, et en dernier résultat M. Bouchardat a obtenu huit voix, M. Tardieu, son concurrent le plus sérieux, en ayant obtenu six.

N. Dupré vient, également à la suite d'un concours, d'être nommé professeur de clinique médicale à la Faculté de Montpellier. Le conseil supérieur de l'Université a voté à !'unamité la fondation d'une École secondaire de médecine et de pharmacie dans la ville de Lille.

Par décret du 9 mars sur l'enseignement public, le concours est aboli dans les facultés. Le président de la république, sur la présentation du ministre de l'instruction publique, nomme et révoque les professeurs. Les choix doivent être faits soit parmi les docteurs âgés de trente ans au moins, soit sur une double liste de présentation qui est nécessairement demandée à la Faculté où la vacance se produit, et au conseil académique.

-Le jMonttctH-vient de publier un décret relatif a l'organisation du corps de santé des armées de terre et de mer. Ce décret est divisé en vingt-deux sections ne renfermant pas moins de quarante-cinq articles. Dans l'impossibilité où nous sommes de donner ce document entier, nous nous bornons à reproduire la rapide analyse qu'en a faite l'PtM'ott médicale de ce jour

« f SECT)0!f.–fn$tt<ttttO)t du corps et du conseil desanté de l'armée de terre. H est institué un corps d'officiers de santé comprenant 1° les médecins chargés, sans distinction de profession, de l'exercice de la médecine et de la chirurgie dans les corps de troupes, dans les hôpitaux et dans les ambulances; 2° les pharmaciens chargés de l'exercice de la pharmacie dans les dépôts de médicaments, dans les hôpitaux et dans les ambulances. Lorsque les ressources du cadre normal des officiers de santé militaires ne suffisent pas pour assurer l'exécution du service sanitaire dans les corps de troupes et dans les établissements hospitaliers, il peut être nommé des officiers de santé -auxiliaires qui sont commissionnés par le ministre ou requis par les intendants militaires.t est institué un conseil de santé composé de trois ou de cinq inspecteurs désignés chaque année par le ministre de la guerre.-Un officier de santé du grade de principal ou de major est attaché au conseil en quaiité de secrétaire.

2' SECTton.t'erarchte.–La hiérarchie des médecins militaires comprend les grades ci-après médecin inspecteur;–médecin principal de 1" classe;-id. de 2' ctasse;–médecin-major de i" ctasse;–id. de 2° ctasse ;–médecin aide-major de etasse; -id. de 2° classe.


-Cette hiérarchie forme une série distincte elle ne comporte aucune assimilation avec les grades de la hiérarchie militaire proprement dite. -La hiérarchie des pharmaciens militaires comprend les grades ci-après pharmacien inspecteur;-pharmacien principal de t'° classe;-id. de 2° ctasse;–pharmacien major de t" classe;-id. de 2° classe ;–pharmacien aide-major de t" classe ;–id. de classe. -Cette hiérarchie se définit dans les mêmes termes que celle des médecins. Les médecins et les pharmaciens auxiliaires ne forment point de hiérarchie ils sont classés à la suite du cadre de la profession à laquelle ils appartiennent.

SECTfO*SttbordttKttt'ott des officiers de Mttte.–En ce qui concerne la discipline générale, tous les officiers de santé sont soumis à l'autorité des officiers généraux. En ce qui concerne le service des places, tous les otBciers de santé sont soumis à l'autorité des commandants de place. En ce qui concerne le service, dans les corps de troupes les officiers de santé attachés à un régiment sont subordonnés au colonel et au lieutenant-colonel ou à l'otucier qui les remplace intérimairement.–L'ofncier de santé chargé du service sanitaire près d'une partie de corps détaché est subordonné à l'officier qui commande le détachement. –Pour te service des hôpitaux, ambulances, ils sont subordonnés aux officiers de l'intendance militaire. 4° SECTION. EnsM'gtteme~. H est institué une école dans laquelle sont réunis les élèves des Facultés qui se destinent au corps de santé de l'armée de terre. Un règlement spécial déterminera les conditions d'admission dans cet établissement et son régime intérieur. < 5* SECHON.–FMCftiton du cadre.

Médecins inspecteurs. 7

Médecinsprincipauxdet'°c!asse. 40

id. id. de 2' classe. 40

Médecins. Médecins majors de l"c)asse. 100 id. id. de 2' classe. 220

Médecins aides-majors dei"e)asse. 340

id. id. de 2' classe.. 340

Pharmacieninspecteur. 1

Pharmaciens princip. de classe. 5

id. id. de 2, classe 5

Pharmaciens. PharmacienS-maj.ors rle 1" classe. 15 id. id. de 2" classe 30

Pharm. aides-majors de )" classe. <5

id. id. de 2' classe. <5 5

« 6* SECTtON.–Des o~ct'o's de santé auxiliaires.

« 7' SECTION.dmt'MtOtt dans le cadre des o/tC<eM de santé militon'e!Les e)ëves de l'École spéciale militaire de médecine sont nommés aides-majors de deuxième classe aux conditions suivantes f avoir passé à l'École de médecine militaire le temps qui sera déterminé par le règlement spécial sur le régime intérieur de cet établissement, et avoir satisfait aux examens de sortie; 2° posséder le titre universitaire de docteur. Pour les pharmaciens, le titre de docteur sera remplacé par celui de maître en pharmacie.


8' SECTtON.dMMMtOtt des au~t!t<ttfe!.

SECTtON.–Fottch'otM des médecins.

<

tu* SECTtON.–FoKCttOtt! des pharmaciens.

< )t° SECTtON.–ConfKh'oM de !'ot:attcemg)tf.–Nut ne peut être major de première classe s'il n'a servi au moins deux ans dans le grade d'aide-major de deuxième classe; major de deuxième classe qu'après deux ans de grade d'aide-major de première classe major de première classe qu'après quatre ans du grade inférieur; principal de deuxième classe qu'après trois ans du grade inférieur; principal de première classe qu'après deux ans de grade inférieur; inspecteur qu'après trois ans de grade inférieur.

t2* SECT!ON.–PfOp(Mt<MKÏ pour l'avancentent.

t3°SECT;ON.–DecOfOitOH!. s.

14° SECTION.–JfomneuM et préséances.-Les médecins et tes pharmaciens inspecteurs reçoivent le salut des sentinelles par la présentation de l'arme.-Les médecins et les pharmaciens principaux, les médecins et les pharmaciens majors et aides-majors reçoivent le salut des sentinelles par le port de l'arme. Les médecins et tes pharmaciens reçoivent tes honneurs funèbres par des détachements dont le nombre varie selon le grade.-Les officiers de santé militaires et auxiliaires prennent leur rang de préséance à la suite de t'état-major du corps auquel ils sont attachés.

Les autres sections sont relatives à l'uniforme, à la tenue, aux pensions de retraite et de réforme.

-L'Académie des sciences a décerné dans sa séance publique annuelle du 22 mars

1° A M. Jules Guérin, un prix de deux mille cinq cents francs pour la Généralisation de la te/totomt'e sous-cutanée;

2° A M. Huguier, une récompense de deux mille francs pour ses Recherches sur les maladies dont l'appareil sexuel chM /emme peut étre le siége, et particulièrement sur l'esthiomène;

3° A MM. Briquet et Mignot, une récompense de deux mille francs pour leur Traité pratique et analytique du choléra;

4° A M. Duchêne (de Boulogne), une récompense de deux mille francs pour ses Recherches e7e<;<ro-pht/Mo!o~tque!oppHf;ueM<! ~o pathologie et à la !hc'fapeMfhtgue;

5° A M. Lucas (Prosper), une récompense de deux mille francs pour son Traité physiologique et pratique de l'hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie;

A M. Tabarié et à M. Pravaz, une récompense de deux mille francs chacun; à M. Tabarié, pour avoir employé le premier, l'air comprimé dans le traitement des affections des organes de la respiration;-à M. Pravaz pour son Essai sur l'emploi de l'air comprimé; 7° A M. Gluge, une récompense de deux mille francs pour son ouvrage sur l'Histologie pathologique;

SO A M. Gosselin, une récompense de quinze cents francs pour ses Recherches sur les oblitérations des voies spermatiques; 9" A M. Garriel, une récompense de deux mille francs pour les apt


plicalions qu'il a faites à lâ médecine et à la chirurgie du caoutchoucvutcanisé;

10° A M. Vidal (de Cassis), une récompense de quinze cents francs pour l'invention des serres-fines;

11° A M. Serre (d'Uzès), un encouragement de mille francs pour ses Recherches sur les phosphènes

12° A M. Boinet, un encouragement de mille francs pour son JMmoire sur le traitement des abcès par co~Mh'on par les injections iodées.

Des mentions honorables ont été accordées à MM. Monne.ret et Fleury, pour l'important ouvrage intitulé Compendium de médecine pratique, et à M. Sandras pour son Traité des maladies nerveuses. La commission a regretté que la nature de l'ouvrage de MM. Monneret et Fleury, qui ne remplit pas les conditions exigées par le concours, ne permit point à l'Académie de récompenser les auteurs d'une manière mieux proportionnée à )eur mérite.

Le prix de physiologie expérimentale a été accordé à M. CI. Bernard pour son .Ne'motre sur une fonction nouvelle du ~Ote chM !'Aomme et~MdntntoMT.

Des mentions honoraMes ont été accordées à M. Brown-Séquard pour son .tMmotfe sur la transmission des impressions sensitives dans la moelle épinière;

A M. Léon Dufour, pour son Histoire anatomique ei physiologique des scorpions;

A M. Johert (de Lamballe) pour un mémoire intituié Considérations sur les appareils électriques de la torpille et du gymnote. L'Académie a décerné en outre:

t°AM.Masson, un prix de deux mille francs pour avoir introduit dans l'usage alimentaire des conserves végétales qui améliorent le régime des équipages à bord des navires;

2° A M. Sucquet, un prix de deux mille francs pour son procédé destiné à prévenir l'infection des amphithéâtres de dissection. Le prix de statistique a été décerné à M. le baron de Watteville, inspecteur général des établissements de bienfaisance, pour ses Re,herches statistiques sur les monts-de-piété.

-Nous avons sous les yeux une brochure très-curieuse écrite par un de nos estimables confrères M. le docteur Dancausse, sur la topographie de la ville et des environs de San-Luis-Potosi, dans le Mexique (t). Nous y trouvons, entre autres choses dignes d'être citées, des détails intéressants sur t'état de la médecine et de la pharmacie dans ce pays « L'art de guérir, dit l'atitcur, est exercé à SanLuis et autres populations du Mexique, par des médecins créoles, et accidentellement par des Européens. Ceux-ci ne se fixent d'une manière définitive dans un point quelconque du nouveau monde que )orsqu'i)s y sont retenus par des aiiiances ou des propriétés. It est par trop dur de quitter son pays sans espoir de retour. Quoique gradués

(1) Extrait de Ales raM'tfMd'oKtre-mff, par le docteur Dancausse, A Tou'euse,che:Labou!sse-Rochefort.


par les universités étrangères, les médecins arrivant dans cette contrée sont tenus de subir des examens qui prouvent leur capacité. Us sont astreints aux mêmes épreuves que les nationaux; ils jouissent, une fois admis, des mêmes prérogatives. Les obligations à l'égard de la société, les charges vis-à-vis de t'Ëtat sont égales sous tous les rapports. tt n'existe pas dans notre ville d'école de médecine. On a songé dans le temps à en établir une; elle y serait très-utile en considérant les choses au point de vue philanthropique, car les petites localités des départements occidentaux de la confédération manquent de médecins. Lorsqu'un candidat se présente, le gouvernement nomme un jury spécial pour procéder à sa réception. tt se compose de quatre médecins et d'un pharmacien. Les pièces à produire sont, pour l'étranger, le diplôme de l'université à laquelle il appartient, dûment légalisé par le consul chancelier de sa légation, et un certificat de catholicisme. Ce dernier document se borne à constater l'identité et t prouve que le propriétaire du diplôme est issu de parents catholiques. Pour les nationaux, un certificat d'études prescrites par les lois et règlements du pays. Le candidat subit trois épreuves orales et écrites sur toutes les branches de l'art de guérir. S'il est admis, on lui délivre son titre en lui faisant prêter, la main droite appuyée sur les Évangiles, en termes précis, un serment touchant les devoirs à remplir dans l'exercice de sa profession. A quelque différence près, les formalités sont les mêmes à Mexico, et dans toutes les capitales des États. Depuis quelque temps, le titre délivré parles jurys des États n'est valable que pour exercer dans l'étendue de sa circonscription. « Les jeunes gens qui se destinent aux études médicales dans ce pays, doivent avoir, outre un titre correspondant au baccalauréat ès lettres, une connaissance suffisante de la langue française. II ne peut en être autrement chez une nation où les ouvrages qui ont trait à la science, sont presque tous écrits dans cette tangue. Il n'est pas étonnant pour le même motif que le Mexique, comme la plupart des républiques hispano-américaines indépendantes, soit le rellet de l'école française.

< II y a peu d'années, la médecine et la chirurgie se trouvaient pratiquées par des hommes distincts aujourd'hui, ces deux branches des sciences médicales sont cultivées par le même praticien. On voit encore au Mexique des médecins et des chirurgiens très-recommandables d'ailleurs, formés par l'ancienne université espagnole. Cette distinction que des statuts nouveaux ont fait disparaître, n'altère en rien la considération à laquelle ils ont droit auprès de leurs jeunes confrères, pour leur savoir et leur expérience.

La petite chirurgie, dans la pratique civile, se trouve invariablement livrée aux phlébotomistes, connus sous le nom peu harmonieux de sangradores.

D'après un usage établi sous le gouvernement espagnol, les médecins continuent à formuler en latin. C'était anciennement dans la péninsule une des prérogatives des médecins proprement dits, qu'on distinguait des chirurgiens appelés médecins d langue romane préci-

sément pour ce motif.


ART. 4477.

Avortement provoqué, discussion à l'Académie. jË7/ter!sation prolongée.

L'art de guérir embrasse, pour ainsi dire, toutes les connaissances humaines, et il n'est presque aucune science à laquelle le médecin n'ait parfois besoin de recourir. La question relative à l'avortement artificiel, par exemple, que l'Académie a examinée dans le courant du mois dernier, est essentiellement pratique, et intéresse au plus haut point les accoucheurs de toutes les conditions, et cependant elle ne saurait être résolue sans mettre en jeu les plus hautes considérations de morale et de philosophie. Nous croyons même que si l'Académie eût fait une plus large part à la moralité de l'acte qu'elle avait à examiner, elle eût évité ce désaccord, ces hésitations au moins singulières, ces conclusions enfin, qui n'ont satisfait personne et qui dans tous les cas ne sauraient venir en a<de au praticien. Les faits sont sans doute encore présents à la mémoire de tous nos lecteurs (1). Un chirurgien distingué, M. le docteur Lenoir, reçoit dans son service une femme rachitique dont le bassin n'avait guère que cinq centimètres de diamètre antéro-postérieur. Elle était enceinte de trois mois environ et jouissait d'une santé parfaite. Que devait faire cet honorable praticien? En laissant la grossesse suivre son cours, il était évident pour lui que l'opération césarienne serait devenue une nécessité. En pratiquant l'avortement artificiel, il donnait la mort à l'enfant, mais il sauvait probablement les jours de la mère. 11 se décide pour cette dernière opération, et, au bout d'une quinzaine, cette femme délivrée de son fardeau, avait repris ses travaux ordinaires. Mais un scrupule &'é)ève dans l'esprit du chirurgien; il craint que son exemple, aveuglément suivi par d'autres accoucheurs, ne conduise à des abus préjudiciables à l'honneur de sa profession il se demande même s'il s'est conformé aux règles d'une saine pratique, et pour mettre sa conscience en repos, pour s'éclairer sur un point qui lui parait d'une haute importance dans la pratique des accouchements, il transmet l'observation à l'Académie et lui demande une approbation ou un blâme de sa conduite. Une commission est nommée suivant l'usage, et le mémoire de M. Lenoir ayant été examiné, M. Cazeaux, l'un des membres les plus zélés et les plus instruits de la sec(t) Yoy. article 4473.

TOME XXUL DE MA) 1852. &


tion d'accouchement, est désigné pour faire le rapport. Ses conclusions ne sont pas équivoques elles donnent à M. Lenoir une pleine et entière approbation, et posent en principe, que, dans un cas semblable, le chirurgien peutet doit agir comme l'a fait celui-ci.

Si l'Académie se fût conformée à la marche qu'elle suit ordinairement dans l'examen des travaux qui lui sont présentés, elle eût déposé le travail de M. Lenoir dans ses archives, ou en eût ordonné l'impression, et eût passé à l'ordre du jour sur toutes les autres conclusions du rapport; car ce corps savant n'est pas institué pour donner aux chirurgiens un bill d'indemnité de leur conduite ou pour leur infliger un blâme alors même qu'ils veulent bien se soumettre à son jugement. Ce parti, le plus sage, suivant nous, a été proposé tout d'abord, mais rejeté par la majorité. La question soumise à l'Académie par M. Lenoir a donc dû être examinée, et on a entendu des orateurs pour, contre et s,urles conclusions du rapport. On sait que, la majorité n'ayant pu se former à une première séance, les conclusions ont été renvoyées à la commission, qui, après les avoir profondément modifiées, est parvenue à les faire accepter par dix-sept des membres présents.

Nous disions que dans ces débats qui ont vivement agité le corps médical, la question morale et religieuse n'avait pas été suffisamment invoquée et examinée. C'était en effet la seule qui dût être agitée dans cette circonstance il ne saurait s'élever la moindre contestation sur la question médicale proprement dite. Nous avons sous tes yeux un être informe, qui, malgré la plus effroyable disposition des os du bassin a conçu, mais ne pourra évidemment expulser par les voies naturelles l'enfant qu'il porte dans son .sein, pour peu qu'on permette à cet enfant do se développer quelques mois encore. Il faut donc, dans l'intérêt bien entendu de la mère, l'en débarrasser au plus vite, et la question médicale, nous le répétons, nous semble toute jugée. Mais quelle sera la moralité de l'acte que le médecin va com-mettre, et comment se justifiera-t-il dans sa propre conscience et aux yeux des hommes ? Sur ce point nous avons entendu des assertions si étranges, nous avons vu professer, qu'on nous passe le mot, de telles hérésies, que nous ne pouvons nous dispenser de faire remarquer à nos lecteurs la facilité avec laquelle on se laisse entraîner par le raisonnement aux conséquences les plus absurdes et en même temps les plus déplorables.

Et d'abord examinons le fait en lui-même. II s'agit d'une femme qui vient demander qu'on fasse périr le fruit qu'elle


porte dans son sein, parce qu'arrivée au terme de la grossesse, elle ne veut pas courir les dangers d'une opération qu'elle sait être inévitable. Un habile chirurgien se rend à ses vœux, et lui procure l'avortement désiré. Elle se retire satisfaite et sait maintenant, cette mère à la fois incapable et indigne de l'être, qu'il est des moyens de faire périr son enfant en évitant les douleurs et les dangers d'un accouchement laborieux en effet elle revient une seconde fois, puis une troisième, et toujours elle trouve le même empressement à la satisfaire en sorte que nous pouvons espérer voir compléter cette curieuse observation. par une série d'avortements successifs qui se reproduiront dans les années à venir, jusqu'à ce que l'âge l'ait dispensée de la soumettre à une pareille nécessité.

N'y a-t-il pas dans ce seul exposé d'un fait, unique dans les fastes de la science, un effroyable concours de circonstances qui, plus que tous les raisonnements, condamne les partisans de l'avortement provoqué. Eh quoi! cette femme ne se lasse pas de procréer des êtres auxquels elle doit donner la mort avant leur naissance, et vous, qui lui avez enseigné le chemin qu'il faut suivre pour commettre ces meurtres impunément, qui l'assistez chaque année dans cette œuvre abominable, vous croyez faire un acte d'humanité et ne vous apercevez pas qu'en encourageant ces débordements, vous êtes en réalité ses complices? Vous avez consulté, dites-vous, les livres saints, et vous y avez vu que dans certaines circonstances le meurtre est, non-seulement permis mais ordonné par l'Église, et vous vous armez du texte même des saintes Écritures pour répondre aux théologiens qui nous ont dénié le droit de faire périr l'enfant dans le sein de sa mère. Mais que répondriezvous à un théologien qui, peu satisfait de vos procédés opératoires, voudrait vous faire modifier votre pratique en l'art des accouchements, et vous dirait J'ai voulu m'assurer par la lecture des auteurs de chirurgie si vous procédiez conformément aux règles de l'art, et j'ai reconnu que votre pratique est mauvaise. Vous lui diriez avec beaucoup de raison les auteurs que vous citez ne sont parfaitement compris que quand, par des études spéciales et par des connaissances que vous ne possédez pas, on s'est initié à la science que je professe. Vous êtes sans doute savant théologien, mais, étranger à l'art des accouchements, vous ne sauriez m'aider de vos conseils. Eh bien ceux qui ont fait des saintes tentures l'étude de leur vie entière et qui hésitent cependant parfois à se prononcer sur leur véritable sens, n'ont-ils pas dû. voir avec étonnement un accoucheur, fort habile et


fort instruit sans doute, mais certainement étranger aux discussions de la Sorbonne, introduire dans une société de médecins un débat inattendu sur l'appréciation des textes de la Bible?

M. Cazeaux, à qui personne ne contestera des connaissances très-précises et une grande habileté de discussion, s'est aussi étrangement fourvoyé quand il a comparé le malheureux enfant contenu dans le sein de sa mère à un fou furieux que chacun a le droit de tuer pour l'empêcher de nuire. Tous les points de sa comparaison portaient à faux. Ce n'est pas l'enfant en effet qui s'est placé de luimême dans cette cruelle situation et qui menace les jours de sa mère, c'est cette femme cruelle qui lui a donné naissance et qui, froidement, avec une barbarie sans nom, veut le faire périr pour éviter les dangers d'une opération. Le rapporteur n'a pas été mieux inspiré quand il a comparé la situation de la mère et de l'enfant à celle de deux individus naufragés qui ont saisi une planche trop mince pour les soutenir, et dont le plus fort noie le plus faible afin. de sauver ses jours. Les préceptes de morale ne doivent jamais marcher escortés de pareils exemples. Si nous excusons jusqu'à un certain point des actes atroces en prenant en considération la triste nécessité qui, dit.-on, n'a point de loi, jamais du moins on n'a eu la prétention de les citer comme modèle à suivre. Trouvez-nous des exemples (et ils ne sont pas rares) de mères qui se sont sacrifiées pour sauver les jours de leurs enfants, et ne nous citez point en modèle cet égoïsme brutal devant lequel s'effacent même les plus doux sentiments de la nature. Votre comparaison manque d'ailleurs d'à-propos, et on cherche vainement une similitude entre ces deux situations.

En admettant, ce que nous n'accordons point, qu'il y eût de l'humanité à tuer l'enfant pour épargner à la mère une opération cruelle, il ne serait pas encore prouvé que le chirurgien dût s'y résoudre, car dans une foule de circonstances le meurtre pourrait être commis par lui avec les plus louables intentions, et de la part de l'homme de l'art, ce serait en quelque sorte un acte d'humanité. N'est-il pas, par exemple, chaque jour spectateur forcé de scènes horribles auxquelles il pourrait mettre un terme, et que son devoir au contraire l'oblige parfois à prolonger? Qui n'a pas vu vingt fois dans sa pratique des malheureux sans espoir rongés par un cancer arrivé a son dernier terme, et suppliant pendant des semaines, pendant des mois d'agonie, leur médecin et les personnes qui les entourent d'abréger des maux que la raison humaine ne peut plus supporter. L'ho-


micide dans ce cas serait assurément un acte de charité, et nous ne sachions pas cependant qu'il soit encore venu à l'esprit d'un médecin, dans certains cas donnés, de recourir à l'empoisonnement pour abréger les douleurs de son malade, bien qu'on nous accuse dans le public d'étouffer entre deux matelas les malheureux atteints d'hydrophobie (1).

Si, comme on l'a dit dans cette discussion, la société ne demandait compte au médecin que de ses intentions, assurément elle devrait'absoudre celui qui, voyant son malade en proie à une longue et horrible agonie, aurait abrégé ses inutiles douleurs par l'administration d'un puissant narco*~ tique; mais une pareille conduite, bien que dictée par un mobile excellent, serait l'objet d'un blâme universel à cause des terribles conséquences qu'elle pourrait entraîner. L'homme qui nous supplie de mettre par la mort un terme à ses douleurs, ne peut donc espérer que nous cédions à ses instances; or, la mère sans entrailles qui exige que nous fassions périr son enfant pour lui épargner une opération cruelle; aura-t-elle le droit d'être obéie, et devrons-nous par notre complaisance nous rendre complices de son inhumanité ? Nous ne saurions, quant à'nous, croire qu'une pareille condescendance se concilie avec les devoirs du médecin, et si nous avions quelque influence sur l'esprit de

(t) Chacun connaît le trait suivant Un incendie considérante s'étant déclaré à la tin du siècle dernier dans un établissement pub)ic de Paris, trois malheureuses femmes parurent tout à coup a une fenêtre, poussant des cris déchirants et implorant ia pitié desassistants, qui ne pouvaient leur porter aucun secours. Déjà les flammes les avaient atteintes et les dévoraient, et le publie, témoin de cet affreux spectacle, restait gtacé de terreur, lorsqu'un officier qui commandait un petoton destine à maintenir l'ordre dans la foute crut faire un acte d'humanité en ordonnant à ses soldats de faire feu sur ces' trois femmes, qui cessèrent à l'instant de crier et de soufïrir. Cet oflicier n'était certainement pas un assassin, mais sa conduite peut-elle être donnée en exemple à ceux qui commandent la force publique en pareil cas? H en est de même du fait suivant, non moins horrible, et qui a dû se répéter plus d'une fois dans les guerres de la République et de l'Empire. Un corps de troupes françaises se retirait devant des forces supérieures lorsqu'un otticier eut les deux cuisses enlevées par un boutet de canon; il routa dans la poussière, et, conservant encore quelque énergie il suppliait un de ses compagnons de lui porter secours et de ne pas le laisser tomber au pouvoir des ennemis. « Je ne puis rien pour toi, lui répondit celui-ci, si ce n'est d'abréger tes tortures.') Et en même temps il lui déchargea un pistolet dans la tète. Si l'homme avait le droit de vie et de mort sur ses semblables, combien n'en ferait-il pas périr par humanité? C'est l'histoire des anciens, qui jetaient à l'eau les-enfants difformes ou chëtifs, et des sauvages, qui égorgent les vieillards pour leur éviter les horreurs d'une mort teuteetuoutoureuse. (N.duH.)


nos confrères, nous leur donnerions le conseil de ne jamais recourir à l'avortement provoqué pour éviter, dans une époque encore éloignée, les dangers de l'opération césarienne. Ces dangers sont immenses à Paris, cela est vrai, mais les femmes qui se trouvent dans cette terrible alternative ne peuvent-elles donc pas s'aller confier aux chirurgiens de la province, puisqu'il est démontré que loin des grands centres de population cette opération réussit fréquemment ? Nous ne consentirions à aucun prix à suivre une autre ligne de conduite. Si les chirurgiens qui, les premiers ont été consultés par cette femme, et ont pratiqué l'avortement artificiel, s'en fussent prudemment abstenus, ils ne se seraient pas trouvés dans la nécessité de recourir trois fois à une opération que l'homme de l'art ne doit tenter qu'avec une répugnance extrême, sans parler des éventualités qui peuvent conduire régulièrement chaque année cette femme à la Clinique pendant un temps indéterminé pour réclamer de la science un service semblable à ceux qu'elle lui a déjà rendus.

En résumé, la pratique de l'avortement artificiel chez une femme dilforme, nous semble avoir éprouvé dans la discussion dont nous avons été témoin le mois dernier, un échec tel qu'elle ne saurait s'en relever en France, et si nous nous en rapportons à l'impression que cette discussion a produite dans le public médical, malgré l'extrême vivacité avec laquelle quelques-uns de ses défenseurs l'ont soutenue, on peut affirmer que les chirurgiens ne se décideront point à recourir à une opération que l'Académie n'ose pas conseiller, que presque aucun accoucheur ne veut prendre sous son patronage et que ses partisans eux-mêmes ne préconisent qu'avec de telles restrictions qu'ils semblent se défier des conseils qu'ils nous donnent et n'avoir pas sur ce point une opinion bien arrêtée.

Tandis que certains chirurgiens n'emploient le chloroforme qu'avec hésitation et défiance, que d'autres même, dit-on, l'ont complétement proscrit de leur service, l'immense majorité des praticiens y ont journellement recours dans toutes les opérations chirurgicales de quelque gravité, et quelques-uns même cherchent avec plus ou moins de bonheur à étendre le domaine des anesthésiques. Nous ne pouvons, sous ce dernier rapport, citer aucun fait qui prouve mieux la puissance et l'innocuité du chloroforme dans certaines circonstances que celui que l'on lire tout à l'heure et dans lequel trente-six onces de ce médicament ont été dépensés sur la même personne, qui a été miantenue pendant quatorze jours dans un état d'insensibilité presque


continuel. Cette observation, recueillie aux États-Unis d'Amérique, et dont on ne peut révoquer en doute l'authenticité, ouvre en quelque sorte une voie nouvelle aux expérimentations. Elle prouve qu'on peut tirer parti des anesthésiques dans certaines affections nerveuses tout à fait au-dessus des ressources ordinaires de la médecine et contre lesquelles on possède maintenant un remède à expérimenter. Quelque prodigieuse, au reste, qu'ait été dans ce cas la consommation de l'agent anesthésique, quelque prolongée qu'ait été son action, nous ne pouvons dire que nous en soyons très-surpris, les faits que nous avons chaque jour sous les yeux nous ayant en quelque sorte préparé à la tentative hardie'que vient de faire le docteur Byford. Dès que l'extinction de ta sensibilité par les aspirations d'éther fut parfaitement constatée, nous conçûmes l'espérance de voir cét agent employé, non pas seulement pour faire éviter les tortures des opérations chirurgicales, mais encore pour combattre, pour annihiler la douleur en général qui semble attachée à notre existence, quoiqu'elle soit le principal agent de notre destruction. Nous disions alors qu'un jour viendrait peut-être où, grâce à la découverte des agents anesthésiques, les maladies,.dégagées des douleurs qui les aggravent, suivraient un cours plus régulier et moins souvent funeste, et que les hommes, sous cette influence salutaire, descendraient au tombeau exempts des souffrances, jusqu'à ce jour compagnes redoutées et inséparables de la mort.

La douleur est la plus funeste complication de nos maladies. Si dans une foule'de circonstances les muscles se convulsent parce qu'ils ont pris l'habitude de la convulsion, de même très-fréquemment nous souffrons parce que nous avons déjà souffert. Les organes fonctionneraient régulièrement si on pouvait, pendant un certain temps, faire abstraction de la douleur, qui est devenue pour eux presque l'état normal. Combien de maladies interminables qui épuisent la constitution et rendent l'existence insupportable, et qui céderaient d'elles-mêmes à une quinzaine seulement de repos!

On verrait donc le champ de la thérapeutique prendre tout à coup une immense extension si l'on pouvait pendant des heures, pendant des semaines entières, et sans dommage pour la constitution, endormir la douleur et suspendre en quelque sorte toute sensibilité. Que les praticiens n'oublient pas que la science de i'anesthésie est encore toute nouvelle. Elle en est à ses débuts et elle fait des merveilles. Que sera-ce quand on connaîtra toutes ses ressour-


ces, quand on l'aura suffisamment expérimentée, quand des faits nombreux et bien observés auront montré sa puissance et ses limites que chacun aujourd'hui, avec beaucoup de raison, craint de franchir, parce que dans son application on marche encore au hasard? Nul ne peut prévoir où lé praticien s'arrêtera dans l'usage qu'il fera de cette arme puissante, mais, en lisant le fait qui va suivre, on ne saurait mettre en doute les immenses ressources qu'il trouvera dans l'emploi raisonné de l'anesthésie. ART. 4478.

Observation d'une jeune femme qui aspira trente-six onces de c~oro/bnKe dans l'espace de quatorze jours. Le professeur Byford a publié, dans l'M:e7'!CQ!M Journal of medical Sciences, l'observation suivante, qui contribuera peut-être à donner plus d'extension à l'emploi du chloroforme.

Une jeune dame de dix-huit ans présenta, il y a six années environ, les signes d'une carie des deux dernières vertèbres lombaires. Avant que la colonne vertébrale se courbât, 'il y avait eu des douleurs excessives dans les extrémités inférieures, avec claudication. Ces accidents, après avoir duré plus d'une année, se dissipèrent enfin, et la colonne vertébrale se raffermit. Cependant, il survint de temps en temps des accès de fièvre, avec douleurs dans l'épigastre, s'irradiant dans les épaules et dans les bras et s'accompagnant de vomissements et de constipation. Dans un de ces paroxysmes un des bras fut paralysé temporairement les purgatifs, la morphine, les vésicatoires, etc. furentopposés à ces accidents qui, après s'être dissipés complètement, reparurent de nouveau en février dernier. Lecinquième jour de cette rechute, M. Byford fut appelé près de la malade elle avait alors de fréquents vomissements, et n'était pas allée à la selle depuis quatre jours. Elle se plaignait de douleurs lancinantes dans l'épigastre, s'étendant dans les épaules, les bras, l'abdomen, les jambes; partout en un mot où s'irradient les nerfs de la moelle épinière, avec des contractions irrégulières de tout le système musculaire. Elle avait pris sans succès de fortes doses de morphine, et ses souffrances étaient telles qu'on pouvait entendre d'une grande distance les cris qu'elle poussait nuit et jour. M. Byford pratiqua deux larges saignées, eut recours aux purgatifs, aux liniments, aux vésicatoires; puis, il revint à la morphine mais sans pouvoir soulager sa ma-


lade. Enfin, le huitième jour, il se décida à recourir au chloroforme. Trente gouttes furent répandues sur un mouchoir de poche, et dès que la malade eut fait quelques aspirations, elle cessa de souffrir,: quelques moments après cependant, les douleurs reparurent et furent apaisées de nouveau par cet agent. Elle fut laissée sous l'influence du chloroforme pendant environ une heure, après laquelle elle s'endormit et resta ainsi trois heures sans faire usage du chloroforme. Dans ce moment, elle fut réveillée par le retour de ses douleurs. M. Egleston, étudiant en médecine, lui donna alors le chloroforme, qui lui rendit le calme pour une heure au plus après avoir ainsi fait usage des anesthésiqués pendant quelque temps, leur effet s'épuisa plus vite; en sorte que les douleurs revenaient avec une grande violence peu de temps après qu'on avait cessé l'emploi du chloroforme; il en résulta qu'elle fut presque constamment maintenue sous l'irifluence des anesthésiques pendant quatorze jours, durant lesquels on ne dépensa pas moins de trente-six onces de chloroforme. Certainement, il y eut une certaine quantité de cette substance perdue parl'évaporation; mais une quantité au moins égale fut aspirée, et, sous l'influence de cette longue chloroformisation, le paroxysme s'éteignit graduellement, et enfin la malade recouvra sa santé ordinaire, qui semble parfaite. Aucun effet permanent n'a paru résulter de cette prodigieuse anesthésie; la convalescence a été non interrompue. rapide et, en apparence, complète. Voici, du reste, ce qui a été observé relativement à l'influence du chloroforme sur les organes de la circulation et de la respiration. Le pouls perdit de sa fréquence et de sa force, mais jamais outre mesure. Les poumons subirent une influence plus prononcée une légère bronchite fut déterminée, probablement par l'usage du chloroforme et persista pendant tout le temps de son administration mais elle se dissipa graduellement quand on cessa son emploi. Le nombre des inspirations subit aussi la même diminution qu'avait éprouvé le nombre des pulsations. On n'observa pas, sur le système nerveux, d'autre effet qu'une absence complète de douleur et une quiétude qui ressemblait au repos naturel.


ART. 4479.

HOPITAL DE LA PITIE.

(Service de M. Valleix.)

Bronchite. Névralgie intercostale. Névralgie sciatique. Cautérisation transcurrente. Insuccès et inconvénients de l'iodure de potassium à haute dose.

Les bronchites ont été très-communes dans les trois premiers mois de l'année. M. Valleix leur a opposé avec avantage les vomitifs, qui généralement ont amené un soulagement rapide. Dans le cas de bronchite capillaire, avec fièvre, face vultueuse, râles étendus et ronflement de la poitrine, il prescrivait d'abord une saignée, et deux heures après le malade prenait deux grammes d'ipéca dans un verre d'eau, en une seule fois. Chez un jeune homme, âgé de vingt-deux ans, qui, sous le rapport de la netteté des symptômes, présentait une bronchite modèle, trois vomitifs ont fait disparaître en quatre ~ours le r&le sibilant. Quelquefois le sulfate de soude était associé à l'ipéca à la dose de quinze grammes. M. Valleix a prescrit pour un enfant de six mois apporté à sa consultation, des cataplasmes émollients sur la région épigastrique, cent grammes de sirop d'ipéca à prendre par cuillerée à café, de dix minutes en dix minutes, jusqu'à production de cinq à six vomissements, et le soir une demi-cuillerée à café de sirop de pavots blancs. Les calmants étaient administrés d'une manière générale pendant huit à dix jours et consistaient en une pilule d'extrait gommeux d'opium de trois centigrammes donnée le soir, en juleps diacodés, et dans certains cas en une pilule d'extrait de datura de trois centigrammes remplaçant celle d'extrait gommeux d'opium.

Ces bronchites ont offert à M. Valleix l'occasion de faire remarquer le rapport qui existe entre quelques-unes d'entre elles et la névralgie intercostale ou dorso-intercostale, affection déjà décrite, mais sur laquelle ce médecin a jeté un jour nouveau. Ce fut à la Salpêtrière que son attention se fixa sur certains points très-douloureux des parois thoraciques existant chez des femmes atteintes de bronchite capillaire avec fièvre intense. On avait donné à l'ensemble de ces phénomènes le nom de péripneumonie bâtarde, mais en le décomposant, M. Valleix n'y trouva qu'une bronchite très-étendue et une névralgie intercostale qu'il a constatée depuis un très-grand nombre de fois dans des conditions


semblables, et dont il suffira de citer un exemple pour en faire connnaître les traits principaux.

Le 26 février dernier, un jeune homme attaché au service des salles et toussant depuis quelques jours, ressentit des élancements violents dans la région précordiale et à l'épaule gauche. Loin de s'améliorer, cet état, qui se reproduisait par crises, s'aggrava, et quand le malade prit le lit, le 3 mars, on observait chez lui les phénomènes suivants Face pâle, souffrante, toux, oppression, céphalalgie poitrine sonore à la percussion, râle sous-crépitant en bas et en arrière des deux côtés à l'inspiration et même à l'expiration dans les points où il était très-abondant. Les élancements persistaient et par moment devenaient extrêmement vifs. Puis, indépendamment de ces douleurs spontanées, une douleur très-aiguë se faisait sentir à la pression du doigt dans certains points du thorax correspondant au trajet des nerfs intercostaux ou de leurs divisions. Ainsi, lorsqu'on portait le doigt en dehors de la ligne des apophyses épineuses, entre les apophyses transverses des sixième et septième vertèbres dorsales, le malade accusait par un mouvement significatif la sensation pénible produite par cette pression. Même effet pour les deux espaces intervertébraux situés immédiatement au-dessous du premier. Suivait-on ensuite le bord inférieur des côtes correspondantes, on trouvait de distancé en distance des points également douloureux sur les parois de la poitrine; tl y en avait ausst un certain nombre au-dessous de ceux-là jusqu'à la dou-~ zième côte inclusivement, ainsi qu'à l'épigastre suivant la ligne oblique formée par les cartilages, et ne dépassant pas cette ligne. Entin, la pression provoquait encore quelques douleurs circonscrites dans les régions précordiale et scapulaires postérieures, mais c'était en résumé vers la région moyenne et latérale du thorax que les points douloureux étaient le plus multipliés. Il est, du reste, probable que des points semblables se seraient manifestés en remontant de la sixième à la première côte en arrière, si la présence de l'omoplate n'eût pas rendu la pression impossible dans toute l'étendue de cet os. Quoi qu'il en soit, la situation des points douloureux que nous venons d'indiquer était suffisante pour démontrer la nature névralgique de la douleur et l'existence non douteuse d'une névralgie intercostale chez ce jeune homme. Il ne pouvait s'agir, en effet, dans ce cas de point pleurétique, ni de pleurodynie, ni de contusion, les seules affections qu'on pût confondre avec la névralgie intercostale. Le point pleurétique n'existe pas sans pleurésie, et celle-ci se révèle par des signes spéciaux qu'on ne ren-


contrait pas ici. Ce n'était pas non plus une pleurodynie car dans le rhumatisme des muscles intercostaux, la douleur occupe toute la largeur du muscle et ne se traduit pas par une série de points circonscrits répondant exactement au trajet du nerf intercostal. En outre, dans la pleurodynie la douleur s'exaspère à un haut degré par la toux et les vastes inspirations, lesquelles sont même parfois impossibles, tandis que la douleur névralgique n'est pas très-sensiblement augmentée par ces phénomènes. La respiration chez ce malade était, il est vrai, pénible et incomplète, mais elle n'était pas anxieuse comme elle l'eût été s'il y avait eu pleurodynie. On peut en dire autant de la contusion qui rend le mouvement de la respiration très-douloureux douleur qu'on peut d'ailleurs faire cesser sur-le-champ par l'application d'un bandage de corps.

Nous pourrions rapporter plusieurs observations analogues à celle qui précède, mais si l'on se rappelle la direction des nerfs intercostaux et de leurs branches, il sera facile de retrouver celle de la douleur qui caractérise la névralgie en question. Parlons maintenant du traitement de cette maladie.

Si la névralgie, comme nous venons de le voir, survient dans le cours d'une bronchite, la première chose à faire est d'attaquer d'abord la bronchite qui paraît exercer une influence notable sur la production de la névralgie. Chez le malade, dont nous avons résumé brièvement l'histoire, deux vomitifs et quelques pilules d'extrait gommeux d'opium administré le soir, ont fait disparaître en moins de huit jours la bronchite et la névralgie. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Aux n°' 53 et 56 de la salle Sainte-Marthe étaient couchées deux femmes, chez lesquelles la névralgie intercostale a persisté malgré la disparition de la bronchite. Eh bien dans ces cas, M. Valleix a fait appliquer de petits vésicatoires votants sur les points douloureux. Ces vésicatoires pansés simplement suffisent, en général, pour enlever la douleur; on en applique deux, trois et quatre simultanément, et quand la névralgie ne cède pas on panse la surface dénudée du derme avec le chlorhydrate de morphine à doses croissantes. En poursuivant ainsi la douleur partout où elle se fait sentir on finit par s'en rendre complétement maître. Quelquefois la névralgie intercostale se montre dans toute sa simpticité. Nous en avons vu un exemple dans la salle Saint-M'ichel chez un ancien militaire âgé de cinquante ans, aujourd'hui corroyeur, homme robuste et coloré qui, le 2 mars, la suite d'un effort, fut pris en travaillant d'une ~ioiento douleur au côté droit. Le 4 mars, cette douleur


loin de diminuer avait envahi l'épaule. Le malade se coucha, et le 6, à son entrée à l'hôpital, on constatait chez lui l'existence de points douloureux dans les six premiers espaces intervertébraux de la région dorsale du même côté et sur les parois de la poitrine dans les espaces intercostaux correspondants. Or, ici il n'y avait pas de bronchite ni tremblement alcoolique, qui parfois s'accompagne de points douloureux, ni maladie d'aucune nature. La névralgie était véritablement simple et elle avait cela de remarquable qu'elle était survenue brusquement chez un homme bien portant, et sans doute comme celui-ci l'avait observé à la suite et par le fait d'un effort musculaire. Le traitement est venu prouver que le diagnostic porté à cette occasion était juste. Le malade était sanguin, on lui fit mettre huit ventouses sur le côté douloureux; mais cette émission sanguine, qui eût guéri ou amélioré sensiblement l'état du malade s'il se fût agi d'un rhumatisme ou d'un tour de reins n'eut aucune action sur la névralgie. Celle-ci diminua, au contraire, d'intensité sous l'influence de l'extrait thébaïque, donné à la dose de trois centigrammes chaque soir, du repos et des boissons délayantes; si elle eût persisté, on lui eût opposé les vésicatoires multiples simples et morphinés, et en dernier recours la cautérisation transcurrente qui eût réussi tout aussi bien ici que dans un cas de sciatique. –Nous venons de nommer la névralgie sciatique. Après la névralgie intercostale et la névralgie de la cinquième paire, c'est assurément la plus fréquente de toutes les maladies de cette classe, c'est celle dont les vieux auteurs ont parlé presque exclusivement. M. Valleix ne partage pas l'opinion qui considère la plupart des sciatiques comme symptomatiques d'une affection plus ou moins éloignée. 11 croit, au contraire, que beaucoup de ces névralgies sont simples, et parmi les faits à l'appui qui se sont présentés dans le service de ce médecin, nous citerons le suivant qui montrera en même temps les avantages de la cautérisation transcurrente appliquée au traitement de cette affection.

Au n° 74 de la salle Saint-Michel, était couché dernièrement un homme, âgé de soixante-onze ans, ancien militaire et depuis successivement carrier, soldat d'Afrique, employé des châteaux royaux et marchand ambulant. Il y a dix ans, à une époque où il lui arrivait de se coucher étant en sueur, sur la terre humide, il éprouva des douleurs de reins et de hanches dont il guérit, dit-il, au bout d'un mois après deux saignées. Deux ans plus tard, réapparition de ces douleurs qui se prolongent dans la jambe droite. Il com


mence à boiter et ressent de temps à autre des élancements assez vifs. Vers la fin de 1848 les douleurs augmentent; durent trois semaines de suite, en s'accompagnant d'insomnie. A l'hôpital Necker, on lui donne des bains de vapeur sans profit. Il y reste un mois, et de là se fait admettre à Picpus, puis à l'hôpital Sainte-Marguerite, où M. Valleix constate chez lui une sciatique des plus intenses. Ce médecin voulant le débarrasser promptement de son mal, lui applique immédiatement la cautérisation transcurrente sur toute l'étendue du membre. Au bout de quatre jours, le malade pouvait marcher avec sa canne. Quelques jours plus tard, on procède à une nouvelle cautérisation. Le dix-septième jour il sort de l'hôpital-et marche sans le secours de sa canne, n'éprouvant plus que des douleurs inappréciables pour la première fois depuis trois ans. Pendant trois mois la santé se soutient, mais cet homme se fait marchand de gâteaux sur les places publiques et s'expose de nouveau à toutes les variations de l'atmosphère. Aussitôt la sciatique revient, le malade entre à Beaujon où on le cautérise cinq fois en dix-sept jours. Dès qu'il est délivré de ces douleurs, il reprend sa profession, qui cette fois ne lui est pas plus favorable que la première, en sorte que le 27 février il vient pour la troisième fois prier M. Valleix de lui pratiquer la cautérisation, seul remède dont il ait constaté les bons effets. A cette époque, la douleur s'étendait de l'échancrure sciatique au jarret. Elle se manifestait par des points situés principalement au milieu de cette échancrure et sur la partie moyenne d'une ligne allant de celleci au grand trochanter. La douleur très-aiguë à cette hauteur tournait le grand trochanter et se propageait vers le milieu de la cuisse où elle s'interrompait dans une longueur de quatre à cinq travers de doigt, pour reparaître à la partie supérieure du jarret, sa limite inférieure.

D'après ce qu'on vient de voir, il est bien clair que la sciatique dans ce cas était simple, et on s'explique parfaitement ses réapparitions sous l'influence des intempéries, auxquelles cet homme est exposé par état.

Dans cette espèce, les éléments de la médication mise en pratique par M. Valleix sont les vésicatoires et la cautérisation transcurrente; les vésicatoires ne doivent pas être larges; ils n'en procureraient pas plus de soulagement et ils sont plus douloureux. En se servant d'emplâtres vésicants, de deux à quatre centimètres, on obtient presque sans douleur les résultats désirés. Ces vésicatoires doivent être appliqués simultanément sur les points principaux, et non se succéder; ils sont alors très-efficaces. S'ils sont in-


suffisants, on les panse avec un centigramme ou plus de chlorhydrate de morphine. Si ce moyen échoue totalement, M. Valleix a recours à la cautérisation transcurrente, qui de tous les irritants de la peau est le plus actif et le plus efficace.

Rien n'est plus simple que cette opération. Le malade est d'abord soumis aux inhalations de chloroforme, et dès que la période d'excitation a fait place à l'insensibilité, un cautère en rondache chauffé convenablement est promené sur toute la région endolorie, de manière à ce qu'aucun des points douloureux n'échappe à l'action du feu. On applique ensuite sur la peau des compresses réfrigérantes, et plus tard, on panse avec du cérat, si l'action du cautère a été profonde. A ce sujet, nous devons dire que dans tous les cas il ne faut que charbonner l'épidémie et agir surtout avec beaucoup de réserve, sous ce rapport, quand la cautérisation se pratique sur une femme.

Quant aux résultats curatifs de cette opération, M. Valleix a imprimé qu'ils étaient infaillibles, et il ne retire point cette expression. Lorsque la névralgie est simple, a-t-il dit, et non périodique, elle cède à ce mode de traitement, sauf de très-rares exceptions. Il faut seulement insister sur son application et ne pas se décourager au premier échec. On doit remarquer d'abord que l'amélioration produite par cautérisation n'est pas immédiate; elle ne commence à être sensible que les troisième et quatrième jours; alors elle marche rapidement, différant en cela de l'électricité, qui, quand elle améliore, améliore sur-le-champ. Chez le malade dont nous parlions il y.a un instant, la première cautérisation a été faite le 3 mars. Dès le lendemain, les élancements ont été un peu moins fréquents. Il souffrait en marchant, mais cependant il pouvait faire quelques pas dans la salle, à l'aide d'une canne. Le 11, seconde cautérisation pratiquée sur le côté opposé, qui était aussi le siège de douleurs. Le 12, le malade allait aux lieux sans sa canne le 20, il quittait l'hôpital. M..Yatleix a cautérisé sept et huit fois certains malades dans l'espace de six semaines à deux mois. A l'hôpital Sainte-Marguerite, une vieille femme, dont les douleurs atroces se réveillaient au plus léger mouvement, a été cautérisée ainsi sept fois. A la première, pas de résultat sensible; à la seconde, elle pouvait mouvoir un peu le membre malade; à la troisième, elle l'étendait; à la quatrième, elle le posait à terre; à la cinquième, elle faisait quelques pas; à la sixième, elle allait et venait dans la salle. Ce fait montre qu'il faut revenir à l'emploi de ce moyen plusieurs fois et sans se lasser d'en faire usage.


H est vrai de dire cependant qu'il est certains cas de sciatique dans lesquels la cautérisation répétée a peu de succès, lorsque, par exemple, la névralgie a été la suite d'une contusion. Les ventouses pourraient alors être appliquées avec avantage, mais dans ces conditions même, on peut encore tenter la cautérisation, qui a pour effet du moins de limiter le mal.

Si dans le cours de ces sciatiques, on croit saisir le type intermittent, il est évident qu'il est indiqué d'administrer le sulfate de quinine. M. Valleix donne ce sel à la dose d'un gramme par jour, mais c'est encore une médication qu'il faut continuer pendant huit jours au moins quand la névralgie est rebelle.

Enfin, dans ces derniers temps, on a vanté l'iodure de potassium à haute dose contre la sciatique. Cet agent donné à la dose de huit grammes par jour avait, disait-on, enlevé la douleur en vingt-quatre heures. M. Valleix en a fait l'expérience sur un peintre affecté de sciatique très-douloureuse. Le 17 mars, ce malade prit en deux fois, matin et soir, une potion contenant huit grammes d'iodure de potassium pour deux cents grammes de véhicule. Le 18 au matin, il avait encore pris la moitié de sa potion, mais il survint chez lui, sans aucune amélioration du côté de la névralgie, une ophlhalmie à droite, du coryza, de la sécheresse de la gorge et de la céphalalgie le pouls s'éleva; en un mot, il y eut des phénomènes généraux, tels qu'il fallut suspendre cette médication dont l'essai, comme on voit, n'est pas assez encourageant pour qu'on y ait recours de nouveau en pareille occasion.

aRT. 4480.

HOPITAL BEAUJON.

(Service de M. Sandras.)

Observation curieuse d'acrodynie et d'hystérie, liées à l'existence d'un état chlorotique.

En reproduisant les opinions de M. Sandras sur l'importance du rôle de la chlorose dans les maladies nerveuses et dans quelques affections encore peu connues, nous avons mentionné parmi ces dernières, l'acrodynie, dont nous allons rapporter un exemple qui offre de l'intérêt. Le 10 avril de l'année dernière, M.'Sandras appela l'attention de ses auditeurs sur une femme âgée de vingt-deux ans, couchée au n° 61 de la salle Sainte-Claire. Cette


femme, réglée à quatorze ans, avait eu depuis lors des menstrues très-irrégulières; A vingt et un ans elle eut une couche heureuse, suivie seulement d'un abcès au sein avec fièvre, et plus tard d'une douleur au pied gauche. Cependant, jusqu'au'mois de novembre 1850, sa santé fut assez bonne. A cette époque elle commença à ressentir un froid considérable au bout des doigts, puis les extrémités de ses doigts prirent, ainsi que les ongles, une teinte violacée et devinrent le siège d'une douleur comparable à celle que donne l'onglée. Ces phénomènes au lieu de s'amender, prirent un caractère permanent, et augmentèrent d'intensité à ce point qu'au bout de quinze jours le moindre contact déterminait des souffrances atroces dans les parties que nous venons d'indiquer. Un chirurgien des hôpitaux, prenant en considération dans ce cas la cyanose des doigts, attribua celle-ci à une artérite. Il fit appliquer quarantequatre sangsues sur la paume des mains et sur les doigts; il prescrivit en outre, des cataplasmes laudanisés, des potions éthérées, etc., le tout sans amélioration notable. Il survint des épistaxis répétées, puis trois semaines après les douleurs qui avaient perdu un peu de leur intensité, reparurent avec plus de vivacité que jamais, et s'accompagnèrent de violentes attaques d'hystérie. Le même chirurgien insista sur l'emploi des narcotiques, et finit par penser en raison des palpitations qu'éprouvait la malade, et du bruit de souffle que l'oreille percevait dans la région du cœur, que la maladie des doigts était symptomatique d'une affection de cet organe. Dans cette hypothèse il fit pratiquer cinq saignées de quatre palettes chacune, en quinze jours. Un vésicatoire et des cautères furent ensuite appliqués sur la région précordiale, puis on administra la digitale sans que cette nouvelle médication eût plus de succès que la première. Vers la fin de janvier 1851 la douleur avait néanmoins perdu quelque peu de sa continuité; mais elle revenait à la première occasion, et déterminait aussitôt des attaques d'hystérie d'une violence telle, qu'il fallait attacher la malade. Elle criait, se débattait, poussait des gémissements plaintifs, et alors les doigts et les orteils prenaient une teinte cyanique des plus foncées, coloration qui se manifestait aussi à un certain degré à l'extrémité du nez et aux oreilles.

Après un examen approfondi et détaillé des organes, M'. Sandras reconnut que le souffle doux et prolongé qu'on entendait dans la région du cœur était de nature chlorotique ou chloro-anémique. L'existence de l'hystérie était trop évidente pour n'être pas admise d'emblée. Quant à l'affection


singulière qui avait pour siège certaines extrémités du corps et des membres, et notamment les doigts, ce médecin crut devoir la rattacher à l'état pathologique désigné sous le nom d'acrodynie. Se plaçant dès lors au triple point de vue de ces diverses maladies, et trouvant qu'il y avait surtout urgence à remédier à l'hystérie, voici le traitement qu'il institua pour cette femme

Bains gélatineux prolongés pendant trois et quatre heures, pour calmer la malade sans l'affaiblir. Médication dirigée contre la chlorose et constituée par l'administration quotidienne de quatre pilules de Vallet, avec adjonction après les repas, de deux grammes de magnésie pour rendre les digestions moins pénibles. Julep avec quarante-cinq grammes de sirop diacode, et compresses imbibées de chloroforme en applications sur les doigts, dans le but de diminuer la sensibilité générale et locale. Le chloroforme était préféré ici aux narcotiques opiacés comme plus propre à modérer les douleurs locales et à prévenir par son action sur la peau, la gangrène qu'on pouvait redouter et qui déjà avait frappé l'épidémie.

Ce traitement avait été commencé le 10 avril. Le 17 la malade était sensiblement mieux. Le chloroforme avait modéré l'extrême sensibilité des doigts, avec cette circonstance remarquable, qu'il agit en sens opposé sur un des doigts qui, par exception, échappait à l'état cyanique et douloureux des autres.. Le chloroforme produisit en effet sur ce doigt une impression de cuisson très-vive, ainsi qu'une légère vésication. Les applications anesthésiques furent suspendues, mais on continua très-exactement le traitement général or, à partir de cette époque, les attaques d'hystérie ne se reproduisirent plus. L'acrodynie persistait seule à des degrés variables et fut l'objet de médications très-diverses. 5n essaya entre autres calmants, les irrigations froides qui, pendant quinze jours, eurent un grand succès, puis l'amélioration cessant, on passa à l'emploi de la pommade morphinée en onctions. Ce moyen n'ayant donné aucun résultat, M. Sandras lui substitua une pommade contenant un soixantième de sulfate de strychnine, laquelle a réussi quelquefois dans des cas où les pommades narcotiques avaient échoué. Ce topique parut effectivement rendre la sensibilité moins vive. Toutefois c'était encore aux irrigations froides que la malade recourait avec le plus de profit quand elle ressentait trop de douleur et de chaleur. Au reste, quelque efficaces qu'aient pu être ces moyens, il est bien plus probable que l'amélioration très-sensible que nous constatâmes, vers le 25 juin, était due à l'influence


du traitement antichlorotique suivi avec persévérance par la malade. A cette époque celle-ci était non-seulement délivrée de ses attaques d'hystérie, de ses battements de cœur et de son bruit de souffle; mais en outre l'état des extrémités chez elle s'était modifié dans un sens également heureux. Les doigts pouvaient être alors saisis et serrés sans douleur. La cyanose qu'ils avaient présentée si longtemps disparaissait aussi d'une manière graduelle; en sorte qu'à la fin de juillet il n'en restait plus de trace: preuve évidente que les artères et le cœur n'étaient pour rien dans la production de ces phénomènes bizarres.

ART. 4481.

HOPITAL DES ENFANTS MALADES.

( Service de M. Trousseau.)

Méningite <M&ercM~Mse. Méningite spinale. -Éclampsie saturnine; prescription.

Au n" 1 de la salle Saint-Jean est un petit garçon, âgé de huit ans, qui, selon toute apparence, est atteint de méningite tuberculeuse. L'état de stupeur qu'il présente est le premier indice d'une affection cérébrale. Or, l'examen attentif des organes ne permet pas de supposer que cette affection soit sympathique. L'extrême lenteur de la respiration exclut l'idée d'une phlegmasie de la poitrine; le ventre est excavé plutôt que bombé; par conséquent il n'y a pas lieu de croire à une fièvre grave. D'un autre côté, vous trouvez un peu de chaleur fébrile, le pouls régulier, assez fréquent; la langue humide. Il y a eu la veille un vomissement et une selle liquide. Puis, si vous raclez avec l'ongle le ventre, les cuisses, le front, vous déterminez sur la peau une rougeur vive, signe d'une valeur immense, suivant M. Trousseau; car cette tache, à laquelle il a donné le nom de macula meningitica, est pour lui le caractère constant ou presque constant de la méningite cérébrale. Maintenant, comme il n'y a pas eu explosion de délire violent, comme il n'y a pas de roideur des muscles vertébraux, et d'ailleurs que l'enfant tousse depuis longtemps, tout annonce qu'il s'agit ici d'une méningite tuberculeuse. On pourrait penser même que cette méningite s'accompagne de ramollissement du cerveau à droite, car il y a aussi, dans ce cas, hémiplégie du côté gauche avec abolition très-prononcée de la sensibilité et de la motilité. On sait quelle est l'issue de cette maladie quoi qu'on


fasse, elle se termine fatalement. Cependant on a prétendu qu'on la guérissait avec du sutfate de quinine. M. Trousseau n'hésite pas à qualifier d'absurde une pareille prétention mais pour n'avoir aucun reproche à se faire, et quelque peu sensé que soit ce traitement, il a prescrit ici la solution suivante

Sulfate de quinine. 1 gramme. Acide sulfurique 3 goutes. Eau distiUée. 100 grains.

Pour deux lavements à prendre chaque jour matin et soir. Non loin de ce petit malade sont deux enfants également affectés de méningite, mais de méningite spinale. Un de ces malades occupe le n° 12 de la même salle. Il est âgé de six ans. H y a dix jours, il fut apporté à l'hôpital ayant une fièvre vive, de la roideur des muscles du cou et du tronc avec paraplégie complète. Des sangsues ont été appliquées à deux reprises le long du rachis, et, depuis cette époque, il retient ses urines, et pour le reste, il va de mieux en mieux.

Le second de ces malades est couché au n° 22. C'est un grand garçon de quatorze ans, entré depuis deux jours seulement dans le service. H était alors en proie à un délire atroce il croyait voirBarbès et Raspail guillotinant successivement les habitants de la rue Saint-Jacques. De plus, il avait de la roideur des muscles du tronc et une paraplégie qui l'empêchait de se tenir debout. Il y avait eu chez lui des saignements de nez et quand on l'examina à son entrée, la fièvre était ardente. M. Trousseau lui fit pratiquer une saignée du bras et prescrivit cinq centigrammes de calomel en douze paquets à prendre de deux heures en deux heures. Quoique cette quantité fut très-minime, l'enfant éprouva, dès le lendemain, un certain degré de gonflement des gencives ,on continua cependant le calomel, mais en diminuant de moitié la dose prescrite. Aujourd'hui il est infiniment mieux et ne tardera pas à entrer en convalescence.

On voit par ces deux faits que la méningite spinale est loin d'avoir la gravité de la méningite cérébrale. C'est d'ailleurs une affection rare, ou du moins elle l'était autrefois car depuis qu'elle s'est montrée, en 1848, dans la garnison de Paris et en particulier dans la garde mobile, elle parait s'être naturalisée dans cette ville, où on a pu l'étudier et acquérir la certitude qu'elle cède, en général, à l'emploi d'un traitement antiphiogistique fort simple.


A propos de ces méningites, et surtout de la méningite céphalique, M. Trousseau a fait remarquer dans ses salles un jeune garçon offrant des symptômes qui faisaient surgir quelques doutes sur la nature de sa maladie. Ce jeune garçon était peintre d'éventails et, comme tel, faisait un fréquent usage de la céruse. Or, quand il est entré à l'hôpital, il avait des vomissements, des pertes de connaissance alternant avec des convulsions, un pouls d'une lenteur remarquable, et pas de coliques. D'un autre côté, les gencives présentaient le cachet de l'intoxication par le plomb ce qui, joint à la teinte sub-ictérique de la peau et aux précédents, porta M. Trousseau à diagnostiquer une éclampsie saturnine, contre laquelle il fit la prescription suivante

l°jP?-.CaIome! Oe'C5 Sucre pulvérisé 5 00

Mélangez et divisez en douze paquets à prendre un paquet de deux heures en deux heures.

Fr. Eau de mélisse. 60~,00 Musc. 00 50

Teinture de belladone. 15 gouttes.

Sirop d'éther.)

de fleurs d'oranger. )

7' S. A. une potion à donner en trois fois dans les vingt. quatre heures.

Cette médication fut continuée pendant deux jours et suffit pour mettre un terme aux accidents, et montrer par conséquent qu'il ne s'agissait pas là d'un commencement de méningite.

ART. 4482.

HOTEL-DIEU.

(Service de M. Jobert, de Lamballe.)

Efficacité dit débridement dans les cas de fracture de la jambe avec distension considérable des téguments. Nous avons remarqué chez un malade couché au n° 20 de la salle Samt-Côme, les excellents enets. du débridement pratiqué pour combattre la tuméfaction énorme qui accompagne certaines fractures de la jambe.

H s'agissait d'un homme robuste, qui en tombant sur les pieds d'un lieu élevé s'était brisé complétement la jambe


droite à l'union du tiers inférieur avec le tiers moyen des deux os. Il n'y avait pas de plaie mais ce qui rendait la fracture grave, c'était le travail inflammatoire et la distension extrême de la peau qui s'étaient manifestés, après l'accident. Les sangsues, dit à ce sujet M. Jobert, semblent indiquées en pareils cas, mais l'expérience démontre qu'au lieu de diminuer le gonflement du membre, elles l'augmentent quelquefois et déterminent des gangrènes plus ou moins étendues. La saignée générale doit être préférée ici aux émissions sanguines locales; répétée deux ou trois fois, elle favorise la résorption des liquides épanchés, abat l'inflammation et produit une détente marquée. Néanmoins, il est certaines circonstances dans lesquelles ce moyen, toutpuissant qu'il soit, ne suffirait pas et qui réclament par conséquent quelque chose de plus direct et de plus énergique. Or ce qui donne sous ce rapport les meilleurs résultats selon M. Jobert, c'est le débridëment pratiqué non pas sur le foyer même de la fracture, car en facilitant ainsi l'introduction de l'air dans ce foyer, on pourrait amener d'abondantes suppurations et par suite la dénudation et la nécrose des os, mais à une distance convenable du siège du mal et parallèlement à l'axe du membre. Chez le malade qui nous occupe, deux incisions longues de plus de douze centimètres chacune et comprenant toute l'épaisseur de la peau et du tissu cellulaire sous-jacent ont été faites à droite et à gauche des points où l'on sentait de la crépitation. Aussitôt la peau s'est détendue; dès le lendemain les phénomènes réactionnels avaient disparu; on se bornait aux applications de cataplasmes froids, et à partir de ce moment les choses se sont passées avec toute la régularité que présentent les fractures simples.

Nous devons ajouter qu'un autre phénomène non moins important que la tuméfaction et dont les chirurgiens se sont beaucoup préoccupés s'est produit pareillement chez ce malade. Nous voulons parler de la tendance au déplacement des fragments, déplacement qui entraîne une difformité contre laquelle on a conseillé des moyens très-variés. Parmi ceux-ci, M. Jobert pouvait employer l'appareil inamovible, mais dans l'espèce cet appareil a le double inconvénient de masquer et de comprimer des parties enflammées et tuméfiées. On peut en dire autant de l'appareil de Scultet. Il fallait donc choisir entre la planchette à suspension de Mayor et le coussin-gouttière ce dernier a été préféré comme plus simple et atteignant d'ailleurs parfaitement le but désiré. Le fragment inférieur étant celui qui se déplace, c'est sur celui-ci qu'on a dû agir. Il a été


maintenu par une bande roulée autour du pied et dont les chefs étaient fixés à la barre du lit, tandis qu'un drap passé. en écharpe sous la cuisse et fixé à l'extrémité opposé€ faisait une sorte de contre-extension sur le bassin. Ces dispositions étant prises, il a suffi de placer un drap en cravate sur le fragment supérieur pour que tout déplacement fût rendu impossible. En agissant ainsi on évite la compression des parties molles, compression d'ailleurs bien inutile puisque la réunion ne commence guère à se faire que du douzième au quatorzième jour, et qui après cette époque ne peut être encore que nuisible en gênant la circulation et par suite l'apport des matériaux constitutifs du cal. ART. 4483.

MALADIES DE LA PEAU. De la /<M'Me morbide et du traitement de l'impetigo rodens, et de certaines variétés de noli me tangere qui peuvent affecter let ~Mre; par M. DEVERGIE, médecin de /t<)p:'<S~ 5a!K<-ZOMM.– FÏH. ( voir art. 4461. )

J'ai décrit dans le dernier numéro de ce journal trois -variétés de cette singulière affection, que l'on nomme MKpetigo rodens, et dont une seule variété a la forme ulcéreuse et mérite réellement cette dénomination. J'en exposerai le traitement tout à l'heure; je veux auparavant parler d'affections plus graves du nez ou de l'angle interne de l'œi), et qui, à cause de leur aspect, porte le nom de noK me tangere.

En général, on attache à cette dénomination l'idée d'une ulcération avec croûte noirâtre, à aspect plus ou moins suspect, à bords engorgés et légèrement durs, se rapprochant ainsi du cancer, sans en avoir l'hypertrophie, l'indu-. ration complète, la douleur et la production d'un tissu anormal tout spécial. On abandonne généralement cette maladie à elle-même, parce que les applications locales sont presque sans succès, et que la maladie d'ailleurs fait des progrès très-lents. On craint ensuite les récidives d'une opération dans laquelle on est obligé d'enlever des parties qui mettent largement à découvert les fosses nasales ou les yeux.

Il existe suivant nous, deux variétés de cette affection dans l'une, on trouve sur le dos du nez, ou à l'extrémité du nez et, en général, sur des personnes déjà assez avancées en âge, une petite ulcération qui se recouvre d'une croûte noire très-peu épaisse. Cette croûte se sèche très-


rapidement; elle acquiert la densité du parchemin et reste indolente, tout en s'étendant peu à peu à la circonférence. Si l'on vient à la faire tomber, on trouve une plaie, une érosion superficielle plus ou moins vive, facilement saignante, mais peu sécrétante; les tissus sous-jacents, loin d'être hypertrophiés, sont plutôt atrophiés. Le nez, car c'est le plus souvent là le siège du mal, le nez s'amaigrit, s'amincit, et il faut plusieurs années pour que la croûte acquière l'étendue d'un centimètre à un centimètre et demi en surface. Si l'on cautérise superficiellement cette plaie avec la pierre infernale, on donne lieu à une escarre sèche, qui reste là des jours, des semaines entières à l'état indolent.

J'ai en ce moment, à l'hôpital, un malade qui porte une pareille altération depuis cinq ans; et, chose assez rare, il s'en est montré une autre à la main gauche, mais qui, dans l'espace de quelques mois, a pris une étendue bien plus considérable. Il n'y a pas dans cet état du nez de cachet syphilitique, mais l'ulcération de la main en présente les caractères.

Dans une autre variété, la marche est plus rapide et la destruction des parties coïncide toujours avec elle. L'observation suivante en donne une idée assez exacte La femme F.âgée de quarante ans, domestique, est entrée, le 31 juillet 1851, dans mon service, al'hôpital Saint-Louis. Elle est fille, née de parents qu'elle croit sains; elle a quatre frères qui ont une parfaite santé réglée à dix-sept ans, elle commence à perdre. Avant la menstruation, elle était sujette à des éruptions sécrétantes à l'époque du printemps, éruptions qui disparaissaient dans le cours de l'été. K II y a cinq ans, dit-elle, un bouton est survenu sur le nez; il avait la longueur d'une pièce de cinquante centimes il était induré, rouge, enflammé à la base. Elle a écorché ce bouton à plusieurs reprises il en sortait chaque fois une sorte de petit pédicule ou bourbillon. Un médecin cautérisa cette surface avec le nitrate d'argent, et l'affection parut guérie; mais plus tard survint une récidive. Elle se mit alors entre les mains d'un curé, qui la pansa avec une eau verte. La maladie s'accrut, et l'ulcération, partant du sommet du nez, couvrit bientôt toute la surface de l'aile du nez du côté droit. C'est alors qu'elle vint réclamer nos soins après sept ans d'invasion.

A son entrée, on trouve la totalité de l'aile droite du nez détruite; une partie de l'os vomer n'existe plus. L'ensemble de la maladie occupe une surface de quatre centimètres en hauteur sur trois de largeur. La narine droite est large-


ment ouverte, et la plaie qui circonscrit cette ouverture présente des bords recouverts de croûtes noirâtres, de mauvais aspect, en même temps que les lèvres de la plaie sont dures engorgées, épaissies et indurées la membrane muqueuse des fosses nasales est superficiellement érodée; et telle est l'induration des lèvres de la plaie que, par le toucher, on passe brusquement d'un tissu engorgé a la peau saine. Une partie de l'aile du nez du côté gauche participe en avant à l'affection; plusieurs points du plancher des fosses nasales sont à nu en avant, avec pertuis fistuleux de la membrane muqueuse épaissie et suppurante. La lèvre supérieure est d'ailleurs saine; l'ensemble de ces altérations à croûtes noirâtres donne à cette maladie un aspect repous.sant, et inspire tout d'abord la pensée de respecter cette affection à marche si lente quoique destructive. Cependant cette malade est aujourd'hui guérie; toutes les plaies sont cicatrisées, et le côté droit du nez offre, il est vrai, une large ouverture béante, à travers laquelle on aperçoit la profondeur des fosses nasales; le sommet du nez. est atrophié, ainsi qu'une partie de la narine gauche mais un nez artificiel réparera tous ces désordres.

Etait-ce là une affection cancéreuse? La guérison, sous l'influence d'un traitement général et de quelques cautérisations locales superficielles, exclut cette idée. Était-ce une maladie de nature syphilitique? Les antécédents de cette yieille fille contredisent cette opinion. L'absence de tout symptôme morbide ailleurs vient encore détruire cette manière de voir, et quoique nous ayons administré un traitement dans lequel le mercure pouvait, à dose très-modérée, agir comme modificateur, nous pensons que c'était là une affection que l'on caractérise généralement de noli me ~am</e?'e.

J'ai choisi, pour exemple, un cas fort avancé et fort grave; car je considère la guérison comme une cure heureuse mais les progrès du mal ne sont pas toujours aussi étendus ce qui, en résumé, caractérise cette variété de noli me tangere, c'est la progression du mal en profondeur, tandis que dans la première espèce la progression a lieu en surface. Dans les deux cas, la marche est extrêmement lente,'et ce n'est que dans le cours de plusieurs années que la maladie a envahi d'une manière notable une certaine étendue de parties.

J'aborde maintenant le point capital du sujet, la thérapeutique. On n'a pas oublié que, dans l'article du mois dernier, j'ai traité de trois formes d'impetigo rodens. Il en est deux qui ne réclament qu'un traitement local, le caus-


tique de canquoin ( chlorure de zinc tombé en ~~MM<m au contact de l'air, et que l'on associe à la farine ). Ainsi liquéfié sans addition d'eau, on le mélange à de la farine de très-bonne qualité; on en fait une pâte molle, que l'on étend en couche mince sur la partie dénudée de ses productions croûteuses, et seulement sur les surfaces croûteuses car les cicatrices qui se sont formées au centre peuvent être considérées comme guéries; une seule cautérisation suffit ordinairement pour amener la guérison de la partie modifiée la matière étendue sur la petite surface malade prend une apparence liquide, puis elle se dessèche, se solidifie, le tout sans addition de linge de sparadrap ou de tout corps étranger. Elle développe au bout d'une ou deux heures une inflammation assez vive, qui dure vingtquatre à quarante-huit heures, qui tombe et disparaît, sans qu'on ait besoin d'aucune application émolliente. Peu à peu, et dans l'espace de quinze à dix-huit jours, la croûte s'est desséchée de plus en plus; les bords se sont détachés, et enfin elle tombe en laissant une cicatrice à peine apparente. Que si, en raison du tempérament trop lymphatique du sujet, la cautérisation amène une sécrétion accidentelle, l'escarre se détache plus tôt il en résulte une plaie qui se cicatrise rapidement, à l'aide d'un pansement à la charpie, enduite d'un peu de cérat créosoté, à la dose de huit gouttes de créosote pour trente grammes de cérat. Au surplus, je suis entré dans des détails très-circonstanciés à ce sujet dans l'article Impetigo rodens (voy. art. 3158 ). A l'égard des impetigo rodens ulcéreux et des noli me tangere, dont je viens de parler, voici ce qui m'est arrivé. Peiné de voir résister, à des médications partielles actives, soit internes, soit externes, ces sortes de maladies qu'à cause de cela même on réputait au-dessus des ressources de l'art; guidé d'ailleurs par les succès remarquables que j'obtenais depuis longues années à l'aide de ma médication mixte dans le traitement des accidents secondaires et tertiaires de la syphilis; par ceux que me donna depuis deux ans ma médication composée dans la scrofule, j'ai administré, contré les affections dont je traite en ce moment, la réunion de tous les agents qui, dans le traitement des maladies de la peau, jouissent de plus d'efficacité, de puissance et d'énergie: l'huile de foie de morue, l'iodure de potassium, le bi-chlorure de mercure et l'arsenic. A cet effet, je fais prendre aux malades, matin et soir, de l'huile de foie de morue, une cuillerée à bouche, sans dépasser la dose de quatre cuillerées, deux le matin, deux le soir, et en arrivant progressivement à cette dose immédiatement


après l'huile, et dans une tasse de tisane des quatre bois sudorifiques très-légère; vingt grammes des quatre bois pour un litre d'eau à faire bouillir pendant dix minutes; ou, s'il y a prédominance du tempérament lymphatique, dans de la tisane de houblon; une cuillerée à bouche d'un sirop ainsi composé

F/ Limaille de fer. o~, 40 Iode. 1 70

Eau. 4 00

Triturez à froid dans un mortier, en ajoutant l'eau goutte àgoutte.

Dissolvez dans la plus petite quantité d'eau possible lodure de potassium. 10~, 00

Ajoutez à cette dernière dissolution

Bi-chlorure de mercure. 00 10

que vous aurez divisé et dissous par quelques gouttes d'alcool.

Mêlez à l'iodure de fer, et incorporez le tout à Sirop de sucre. 500 grammes. Au milieu de la journée, dans une tasse de chicorée sauvage, je fais prendre entre les deux repas de la dissolutipn de Fowler, en commençant par une goutte, augmentant d'une seule goutte par jour, de manière à arriver à huit gouttes, et continuant à cette dose.

Ce traitement est prolongé sans inconvénient pendant plusieurs mois. Je fais prendre aux repas, suivant l'état de l'estomac, de l'eau ferrugineuse rougie de vin les viandes et légumes forment la base de l'alimentation à l'exclusion des ragoûts et des mets vinaigrés.

Après deux mois, lorsque la partie malade a subi, de la part de ce traitement, une modification heureuse, que la sécrétion a changé de nature, que la plaie a pris un meilleur caractère, qu'elle s'est en grande partie cicatrisée, que ses lèvres ont perdu de leur engorgement; alors je modifie les surfaces malades par le caustique de Canquoin, apphqué par petites portions sur les surfaces malades, et je termine ainsi la guérison dans un espace de temps plus ou moins long, plusieurs mois, sans abandonner le traitement interne, sauf à le rendre peu à peu moins actif, par la diminution des doses de substances actives. Je puis assurer que j'ai obtenu de cette médication composée des résultats remarquables, et c'est avec confiance que je la livre à l'appréciation des praticiens. A. DEVERGIE.


COM~ESPONDANCE MÉDICALE.

ART. 4484. BLENNORRHAGIE ET BLENNOMtHÉE APPPHCAT!ON DIRECTE Du copAHU.–Je soumets à votre appréciation quelques essais sur l'application directe du copahu dans le traitement des écoulements blennorrhagiques et leucorrhéiques, quel que soit le siège de la blennorrhagie, urètre, vagin, utérus. On connaît la répugnance que les malades éprouvent à prendre le copahu à l'intérieur, quelle que soitla forme sous laquelle il est administré; la durée, fort longue parfois, pendant laquelle le médicament doit être continué pour faire tarir les écoulements urétraux, les inconvénients que cette administration prolongée peut entraîner, tels qu'irritation gastro-intestinale, diarrhée, éruptions cutanées; le peu d'efficacité du copahu donné en lavement comme antiblennorrhagique, l'impuissance du médicament administré à l'intérieur, dans le cas de blennorrhagie vaginale ou utérine; d'autre part, on sait que les lavements de copahu sont administrés avec succès dans les diarrhées atoniques; que, donnée à l'intérieur, cette même substance a une action utile dans l'inflammation chronique des bronches, de la trachée, dans le catarrhe et même dans la phthisie pulmonaire, surtout lorsqu'il y a expectoration puriforme on se demande donc pourquoi le copahu, porté dans l'urètre, le vagin, l'utérus, n'agirait pas d'une manière plus directe, plus prompte et plus efficace que donné à l'intérieur ou injecté dans le rectum. Ces considérations m'ont porté à établir depuis plusieurs années une série d'expérimentations que je vais exposer d'une manière rapide. Du copahu liquétié a été injecté dans l'urètre de l'homme et de la femme auectés de blennorrhagie, et souvent le succès fut prompt, d'autre fois l'écoulement résista à ce moyen des faits analogues ont été signalés par M. le professeur Taddey. Je me demandai si le copahu divisé ne produirait pas plus d'efficacité je l'alliai à la gomme dans la proportion de cinq parties sur huit de cette dernière substance dissous dans cent parties d'eau distillée. Les injections de ce liquide réussirent parfaitement chez la femme la Mennorrhagie urétrale disparut en peu de jours; chez l'homme j'obtins le même succès, mais quelquefois des accidents inflammatoires furent le résultat de l'introduction maladroite de la seringue. Je fis placer un bout de sonde creuse comme conducteur de la canule et je prévins les accidents; plus tard, je substituai à l'injection une sonde creuse en caoutchouc, chargée et enduite de l'émulsion indiquée; je la laissai à demeure: elle ne pénétrait pas dans la vessie et était fixée au corps à l'aide de lacs; glissant cependant dans le canal de l'urètre par suite des


mouvements, elle lubrifiait celui-ci par le liquide qu'elle dégorgeait et soumettait ainsi l'urètre à un bain de copahu. Le succès a été constant sans médication interne, et la durée moyenne du traitement de cinq à huit jours. Dans le même but, j'ai fait essai de bougies d'emplâtre simple vingt, cire jaune dix, baume de copahu six, ou emplâtre simple, cire jaune, résine de copahu à parties égales; mais ce moyen m'a paru moins efficace. Je dois ajouter que, dans la majorité des cas, le traitement par injection n'a été mis en usage que lorsque l'acuïté de l'inflammation avait cédé aux moyens propres à combattre ce symptôme. Le succès du traitement auquel j'ai soumis l'urètre contaminé m'a fait étendre les mêmes moyens à la blennorrhagie vaginale et à la blennorrhagie utérine, aussi bien qu'à la leucorrhée. Les mêmes injections ont été portées dans l'utérus et dans le vagin; des tampons imprégnés du liquide ont été placés dans ce dernier et les résultats ont été identiques la muqueuse a présenté un meilleur aspect et l'écoulement, modifié chaque jour, a tari. J'ajouterai que les injections portées dans l'utérus n'ont pas été suivies des accidents survenus assez souvent à la suite de ces pratiques. MAMHAL, Professeur à la Faculté de médecine de Strasbourg.

ART. 4~83. PERFORATION DU PÉRINÉE VERS<ON SPONTANÉE. M" Payard, marchande de fruits, rue aux Fers, n° 42, à Paris, âgée de vingt-cinq ans et enceinte pour la première fois, éprouva les douleurs de l'enfantement le 43 novembre dernier. Un médecin fut appelé vers huit heures du soir. Il reconnut que le travail était commencé et que l'enfant présentait le sommet en première position mais pensant que l'accouchement ne se terminerait que le lendemain, il se retira. Cependant le travail ayant marché rapidement, et ce médecin ayant été vainement solicité de se rendre auprès de la malade je fus appelé et arrivai près d'elle vers cinq heures du matin. Les douleurs étaient fortes et se succédaient très-rapidement. La tête paraissait à la vulve, me dit-on, depuis une demi-heure environ. Je trouvai en effet le sommet en partie dégagé et faisant saillie entre les lèvres de ia vulve, dont les bords étaient fermes et fortement tendus; mais je fus frappé de l'étroitesse de cette ouverture, de sa position élevée, de sa direction en avant, et, comme conséquence de cette disposition, de l'éloignement de la fourchette à l'anus. Le périnée excessivement bombé offrait une largeur de cinq à six pouces environ.

Les parties étant sèches et arides, je fis pénétrer un peu d'huile entre la tête de l'enfant et les lèvres de la vulve, et enduisis celle-ci avec une dissolution d'extrait de belladone. Sous l'influence de ces moyens la vulve se dilata un peu, mais pas


assez pour permettre la sortie de l'enfant. Le périnée, malgré tous mes efforts à le soutenir, était de plus en plus tendu et je craignais de le voir se déchirer. Déjà je me demandais s'il ne serait point convenable de faire deux ou trois incisions sur les parties latérales de la vulve, lorsqu'une forte douleur eut lieu, et, bien que je soutinsse avec une main le périnée autant que possible, une ouverture en étoile se fit vers sa partie moyenne, et je reçus dans ma main les bras, la poitrine et les membres inférieurs de l'enfant; la tête sortit enfin la dernière par cette ouverture accidentelle. Le cordon faisait trois tours autour du cou de l'enfant il était excessivement long. La délivrance se fit par la même voie.

L'irrégularité de la plaie m'ayant paru un obstacle ainsi que l'écoulement des lochies à la réunion immédiate, ce ne fut que le douzième jour que j'eus recours à la suture. Quatre points de suture encheviltée, une bandelette de diachylon et quelques compresses longuettes me suffirent, avec un bandage approprié, pour établir le rapprochement des parties divisées. Le 4 5 décembre, la réunion complète était obtenue. BIAUTE,

Médecin à Paris.

ART. 4486. AccÈs Au PLI DE L'AINE VERS LOMBRfcs.–Catherine Lapôtre, âgée de soixante deux ans, manouvrière, domiciliée à Saint-Remy sur Bussy (Marne), de petite taille, d'une constitution bilioso-sanguine,jouissaithabituellementd'uneassez bonne santé, lorsque après un refroidissement subit elle éprouva un malaise général avec perte de l'appétit. Cette femme me fit appeler pour lui donner des soins le 47 juillet 1854; je la trouvai dans l'état suivant abattement général, langue sèche et d'un rouge vif à sa pointe, perte d'appétit, sensibilité à la région épigastrique, douleurs abdominales, diarrhée, vomissements bilieux, pouls dur et fréquent, douleur sourde au pli de l'aine du côté droit, flexion du tronc impossible, gonflement considérable des glandes inguinales du côté droit.

Je prescrivis aussitôt une saignée du bras de deux cent cinquante grammes environ; fomentations émollientes sur l'abdomen cataplasmes émollients sur la région inguinale; toutes les quatre heures un lavement avec eau de guimauve et pavots; pour boissons: eau gommée, limonade nitrée; diète et repos absolus. Le lendemain 18 à ma visite, légère amélioration. Un grand bain,26"Rëaumur, et d'une durée de deux heures. Les 19 et 20, peu de changement dans la position de la malade. Prescription, nt ~Bpra. Le 3 ), mieux très-marqué du côté des organes digestifs, plus de vomissements, évacuations alvines peu abondantes, pouls régulier, langue humide dans toute son étendue; tumeur au pli


de l'aine douloureuse et dure au toucher, pouvant égaler la grosseur d'un œuf de poule; la peau qui la recouvrait était rouge dans toute son étendue. Je prescrivis huit sangsues et des cataplasmes maturatifs sur la tumeur. Trois jours après, cette tumeur avait acquis le volume d'un œuf d'oie, Ja peau était d'un rouge vif dans son pourtour et violacée au sommet, où se faisait déjà sentir une )égère fluctuation.

Prescription: cataplasmes maturatifs, tisane de chiendent nitrée et lait coupé. Le 25 au matin, la malade me fit appeler, là tumeur abcédée s'était ouverte à sa partie supérieure, d'où s'écoulait à grands flots un pus gris sale et d'une fétidité insupportable. Je fis appliquer sur le tout un épais plumasseau de charpie, recouvert d'un cataplasme émollient arrosé d'eau chlorurée; un lavement d'eau de lin et une tisane de gruau gommée. Le 28, la malade éprouva dans la région inguinale un léger chatouillement qui l'obligea à lever son cataplasme pour en connaître la cause, et quelle ne fut pas sa surprise en apercevant un corps mouvant sorti à moitié de la plaie d'où s'échappait le pus ? elle m'envoya chercher de suite et, avec mes pinces, j'en fis sortir un ver bien vivant et présentant les caractères suivants Corps cylindrique, ayant vingt-cinq centimètres de longueur, sillonné d'une rainure de chaque côté, aminci par les deux bouts; bouche enferme de tube, entourée de trois valvules; queue moins amincie que la tête. Aussitôt sa sortie une pression légère exercée sur la tumeur en fit sortir un pus d'assez bonne nature mais d'une odeur fétide.

Prescription: charpie et cataplasmes sur la tumeur, tisane ordinaire, lait coupé et bouillon de veau. La plaie résultant de l'ouverture de l'abcès présentait un trajet fistuleux, d'où s'échappait une grande quantité de gaz et de matières stercorales; pendant plusieurs jours des soins de propreté et un pansement simple furent )e seul traitementemployé. Le ') 2 août, en changeant l'appareil, je fus très-étonné de trouver deux vers, un de dixcentimètres de longueur, et l'autre de vingt et un centimètres, présentant tous deux les mêmes caractères physiques que le, premier. Je prescrivis de la poudre de semen-contra et des lavements anthelmintiques; mais cette médication ne provoqual'expulsion d'aucun ver intestinal. Pendant quatre à cinq jours un bandage compressif fut appliqué sur la plaie fistuleuse et par ce moyen son'diamètre se réduisit considérablement. Le 48 j'eus recours à la cautérisation; ce moyen, employé trois fois, amena une oblitération complète de la fistule et la cicatrisation de la plaie. Quelques bains et un régime tonique achevèrent de rétablir tout à fait et promptement la santé de cette intéressante malade. BA)SS)ÈRES,

Officier de santé à Saint-Remy sur Bussy (Marne).


ART. 4487. MIGRAMES ET NÉVRALGIES FACIALES; POMMADE AU cnLOROFonME ET AU CYANURE DE POTASSIUM.–Jusqu'ici on a vainement cherché un médicament qui pût toujours calmer les douleurs hémi-craniques, la nëvra)gie orbito-frontale, connues sous le nom de migraine, et les douleurs déchirantes, les fulgura doloris de la névralgie faciale.

A moins d'indications particulières, et depuis près de deux ans, je traite ces deux névroses avec des succès très-marqués, en usant d'une pommade dont voici la formule

Chloroforme pur. ~2 grammes. Cyanuredepotassium. 10 D

Axonge récente. 60

Cire, sufEsante quantité pour obtenirla consistance d'une pommade.

Je sais que le cyanure de potassium a été employé avec succès dans la névralgie faciale par Lombard, de Genève. Toutefois, dans les expériences comparatives que j'ai faites, tantôt avec ce médicament seul employé en topique, selon les données fournies par le savant médecin suisse (I), et tantôt avec la pommade dont je viens de donner la formule, j'ai obtenu des résultats tout à fait différents. C'est ainsi qu'un tiers à peine des malades chez lesquels je n'ai employé que le cyanure de potassium a été fort peu soulagé, tandis que tous ceux que j'ai traités de la migraine, ou d'une névralgie faciale par la pommade, ont été, les uns (près des deux tiers) guéris, et les autres (un tiers) très-notablement soulagés.

Tels sont les résultats de mon expérience personnelle, que j'ai hâte de voir se confirmer dans les mains de ceux de mes confrères qui voudront bien prendre la peine de suivre les instructions que je prends la liberté de leur donner. Voici ces instructions

H faut prendre le soir, en se couchant, gros de la pommade comme deux œufs de pigeon l'étendre sur la paume des mains et en enduire les cheveux en tous sens. Dès que cette opération est terminée, et il faut y procéder très-rapidement, on couvre la tête avec un bonnet en tatfetas ciré et à coulisse, afin que la volatilisation du chloroforme soit à peu près nulle. En opérant de la sorte, les cheveux et le cuir chevelu sont enduits de pommade pendant douze heures; et on recommence de la même façon, plus ou moins souvent, selon que les douleurs cèdent rapidement ou lentement,

Bien que j'aie toujours obtenu d'excellents effets de l'applica(t) Archives ge'neraiM de midecine, t. XXVI, p. 425.


tion de la pommade au chloroforme et au cyanure de potassium, l'expérience m'a appris qu'il fallait persévérer dans l'usage de ce moyen, malgré la disparition des douleurs, et cela parce que les rechutes sont faciles si l'on ne prend pas de grandes précautions pour les éviter.

La pommade sur l'emploi de laquelle je viens de donner quelques indications a toujours été préparée, depuis deux ans, et d'après ma formule, par notre excellent chimiste M. Fauré, de Bordeaux, et se conserve six mois sans altération. J. J. CAZENAVE (de Bordeaux),

Correspondant de l'Académie de médecine de Paris.

ART. 4488.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

AcADËonE DES SCiENCES. M. Damoiseau a adressé a l'Académie une note sur un nouveau traitement des fractures du col du fémur. Par le procédé qu'il propose, ce médecin croit pouvoir à la fois protéger la vie du malade contre les escarres et les inconvénients des machines, ramener le membre à sa longueur et à sa rectitude naturelles et assurer l'immobilité absolue des deux fragments.

–M. Blanchet, chirurgien de l'Institut national des sourdsmuets a adressé un mémoire sur l'enseignement et le développement de la parole dans les établissements belges et allemands. Il résulte des observations consignées dans ce travail Que les sourds-muets, à l'étranger comme en France, sont presque tous des individus atteints seulement de surdité; 2° Que l'appareil vocal du sourd-muet et celui du parlant, sont à de rares exceptions près, aussi régulièrement organisés l'un que l'autre;

3" Que, dans tous les cas où l'appareil auditif ne peut être" ° traité avec succès, toujours ou presque toujours il est possible à l'appareil vocal d'entrer en fonctions sous l'influence non plus de l'excitation auditive, mais de l'excitation visuelle imitative et au moyen de l'impression tactile des ondes sonores, la parole du sourd-muet qui entend restant toutefois incomparablement plus nette, plus intelligible que celle du sourd-muet privé de l'ouïe;

4° Que'si l'étude de la parole a été jusqu'à présent si peu cultivée en France, on peut en trouver la cause dans les efforts en quelque sorte exclusifs de l'abbé de L'Épée au début de son apostolat pour détruire le préjugé qui avait fait regarder longtemps le langage parlé comme indispensable au développement de l'intelligence. En démontrant a priori que le signe mtm~ae


est pour le sourd-muet ce que le sf~ne~oca! est pour le parlant, et que l'un conduit aussi naturellement que l'autre à l'instruction, l'abbé de L'Ëpëe n'a jamais eu la prétention d'interdire la culture de la parole à ses enfants adoptifs. Ce qu'il a voulu prouver seulement, c'est que les mots de nos langues articulées écrites ne sont qu'arbitrairement et conventionnellement les représentants des idées, et la'preuve c'est que, quelques années après être entré dans la carrière de l'enseignement et avoir triomphé des préjugés dont ces malheureux étaient alors les victimes, il dirigea tous ses efforts et toutes ses recherches vers un art encore peu connu en France, celui au moyen duquel on peut arriver à leur apprendre la parole. Malheureusement cet habile instituteur n'eut pas le temps de réaliser sur ce point toutes ses vues charitables il fut enlevé trop tôt à la religion, à la patrie, à l'humanité

5° Que le dialecte de tel ou tel pays n'est pas pour lui un obstacle invincible c'est tout au plus une difficulté qu'il est presque toujours possible de vaincre;

6° Que les lésions organiques de l'appareil auditif chez les sourds-muets belges et allemands, à part certains vices primordiaux de conformation, d'arrêts de développement ou d'absences d'organes, ne sont pas différentes de celles que l'on rencontre dans la surdité sans mutisme;

7° Qu'il est possible de doter presque tous les sourds-muets de France de la parole et de la faculté de la lire sur les lèvres (sont exceptés les sourds-muets idiots, les individus atteints de paralysie des membres supérieurs et de cécité)

8" Et qu'un sourd-muet, sur ou 5 dans l'état actuel de la science, est susceptible de recouvrer l'ouïe et la parole de manière à pouvoir s'en servir dans ses relations.

M. Fourcault a adressé un nouveau travail dans lequel il indique les moyens de remédier à la dégénération physique et morale de l'homme. Ces moyens consistent à créer des écoles de gymnastique et de natation, fondées sur les grands fleuves et sur le littoral de la mer; 2" des dispensaires de gymnastique; 3° une gymnastique clinique; 4° des hôpitaux agricoles et des succursales maritimes; 8° des établissements publics réunissant les procédés simples et économiques de l'hydrothérapie, les étuves sèches, humides, les eaux minérales artificielles. M. Marchai (de Calvi) s'est livré à une série d'expériences pour arriver à constater le degré de nutritivité des différentes viandes (porc, bœuf, mouton, poulet, veau). Il a choisi une partie musculaire bien dégagée des parties graisseuses et tendineuses, l'a débarrassée, au moyen de l'éther, de la graisse qui se trouve


entre les fibres et l'a fait ensuite évaporer au bain-marie; et il est arrivé à conclure que les différentes viandes énumérées cidessus étaient nutritives dans des proportions correspondant à l'ordre suivant: 4 bœuf; 2° poulet; 3° porc; -t" mouton; 8° veau.

AcADËMfE DE MÉDECINE. Bien que la discussion sur l'avortement provoqué eût été close, M. le professeur Paul Dubois ayant manifesté l'intention de lire un mémoire sur la nécessité de pratiquer cette opération dans certains cas de vomissements opiniâtres, l'Académie n'a pas voulu se priver des éclaircissements qui ne pouvaient manquer de se trouver dans ce travail et en a autorise la lecture. Le but de M. Dubois a été de prouver que, dans un certain nombre de cas, les vomissements sont tellement opiniâtres, tellement incoercibles qu'ils peuvent tinir par devenir une cause de mort. Cet accident est même bien plus fréquent qu'on ne le pense, puisque dans l'espace de treize années seulement ce chirurgien a rencontré vingt cas devenus mortels par suite d'une semblable complication. Dans tous ces cas, la mort n'a pu être attribuée qu'à l'état pathologique particulier dépendant de la grossesse et déterminant presque continuellement les contractions de l'estomac. Seize observations de ce genre ont été rapportées dans le mémoire de M. Dubois: chez quatre de ces femmes l'avortement a été pratiqué mais il est vrai de dire qu'une seule fois l'opération a réussi,cequidoitétrcattribué sans doute à ce qu'on espère toujours que les vomissements s'arrêteront et qu'on recule trop longtemps devant cette pénible nécessité. Quoi qu'il en soit, il paraît démontré à M. Dubois que, dans un assez grand nombre de cas, les vomissements ont causé la mort des femmes grosses et que l'avortement artificiel est dans certaines circonstances le seul remède à leur opposer. Reste à spécifier le moment opportun pour recourir à cette opération. L'orateur ne s'est point dissimulé la diftieulté que présentait cette question, cependant il ne la croit point insoluble. a Les opérations que j'ai pratiquées, a-t-il dit, et dont je vous ai rendu compte, permettent déjà de poser une première règle c'est de ne jamais provoquer l'avortement dans les cas de vomissements opiniâtres, lorsque les phénomènes qui caractérisent la dernière période de la maladie se sont manifestés; ces phénomènes sont une céphalalgie continue, un obscurcissement prononcé de la vue, une somnolence comateuse et un certain désordre des facultés intellectuelles. J'ai à peine besoin de dire qu'à cette première règle, la raison en ajoute une seconde; c'est celle de s'abstenir également, mais par une raison contraire, lorsque les vomissements, quoique violents et répétés, n'ont cependant pas pour résultat le rejet de toutes les substances alimentaires;


lorsque la malade, déjà amaigrie et affaiblie, ne l'est pas assez cependant pour être obligée de rester alitée; lorsque le malaise et la souffrance n'ont pas encore provoqué une réaction fébrile, intense et continue; lorsque enfin les moyens variés et nombreux dont l'expérience a démontré l'efficacité dans quelques cas, n'ont pas encore été tous essayés sans succès la provocation de l'avortement dans le premier cas aurait le grave inconvénient de ne pas sauver les malades, de précipiter peut être leur fin et de compromettre l'art. Elle aurait dans le second le tort non moins grave de sacrifier une grossesse qui aurait pu peut-être parvenir heureusement à son terme. C'est donc dans la période intermédiaire aux deux précédentes que l'avortement peut être provoqué, dans cette période que caractérisent

')°Des vomissements presque incessants par lesquels toutes les substances alimentaires, quelles qu'en soient la nature et la quantité, sont rejetées presque immédiatement;

« Un amaigrissement et une faiblesse qui condamnaient la malade au repos le plus absolu;

« 3" Des syncopes provoquées par le moindre mouvement ou l'émotion même la plus légère;

< Une altération profonde des traits;

a 8° Une réaction fébrile intense et continue;

6° Une acidité excessive de l'haleine et enfin l'insuccès de toutes les médications.

Mais dans cette période même, dont la durée est très-variable et pendant laquelle apparaissent successivement les phénomènes divers que je viens d'énumérer, il faut encore choisir le moment opportun.

« Ce moment me paraît arrivé lorsque, l'impuissance des médications les mieux indiquées ayant été reconue, on voit la fièvre persister avec la même intensité, et l'affaiblissement et la maigreur faire des progrès sensibles.

< L'accoucheur déclare alors la convenance de l'avortement provoqué, laissant à la famille, éclairée et consultée par lui, le soin de décider en dernier ressort. »

Sans doute ces indications ne sont pas tellement précises que l'accoucheur puisse toujours les saisir facilement et n'éprouve aucune hésitation à se prononcer dans ces cas difficiles: quelques femmes ont pu être rappelées à la vie dans des circonstances exceptionnelles, les vomissements ayant cessé subitement à une époque où l'on semblait ne pouvoir plus conserver d'espoir mais il ne faut pas compter sur un pareil résultat et trop de faits malheureux sont là pour qu'on puisse nier le danger de cette position et le parti qu'on peut tirer de l'avortement artificiel. < Chose étrange, messieurs, a dit M. Dubois, plus je pénètre


dans ce sujet délicat et grave, plus je suis convaincu que, des deux questions comprises dans le rapport de M. Cazeaux, et qui sont relatives à la provocation de l'avortement, celle qu'il a cru devoir résoudre négativement est précisément celle dontla solution affirmative devait être le plus facilement acceptée. Remarquez, en effet, que la provocation de l'avortement dans les cas de vomissements incoercibles a pour raison déterminante la nécessité. Elle n'implique pas une préférence accordée à l'une des deux existences aux dépens de l'autre; elle n'a pas pour but le sacrifice de l'une afin d'épargner à l'autre les chances d'une mort extrêmement probable, il est vrai, mais enfin d'une mort qui n'est pas certaine. Et si le sacrifice est consommé, ce n'est pas du moins comme dans les cas de rétrécissement extrême du bassin, dans l'intérêt d'une malheureuse qui n'a pas et qui n'aura jamais d'avenir maternef. (Le succès que j'ai obtenu prouve assurément le contraire.)

< L'accoucheur qui prend la sérieuse résolution de provoquer l'avortement pour arrêter des vomissements qui ont étéjusque-Ih rebelles à toutes les médications peut avoir la conviction que les deux existences sont également en péril; il peut consciencieusement penser que s'il s'abstient elles périront infailliblement l'une et l'autre; il est donc en droit d'intervenir pour sauver du moins la seule dont le salut soit possible.

« S'il est arrêté par quelques considérations, il ne l'est que par celles qui justifient une prudente hésitation dans un certain nombre d'opérations chirurgicales importantes. » Après une réplique de M. Cazeaux, l'Académie a adopté la nouvelle conclusion substituée par la commission à celles qu'elle avait proposées d'abord et que nous avons fait connaître dans notre dernier numéro. < Considérant que, dans le cas de la fille Jutie Gros, M. teD~Lenoir, s'appuyant sur l'exemple déjà donné par deux praticiens et sur l'avis de plusieurs consultants, était sufEsamment autorisé à pratiquer l'avortement, l'Académie remercie,cet honorable médecin de son intéressante communication et renvoie son mémoire au comité de publication. –M. Pamard, chirurgien en chef des hôpitaux d'Avignon, a lu une observation dans laquelle sont survenus des accidents qui pourraient peut-être, suivant lui, être attribués au chloroforme. il s'agissait d'un soldat qui portait une tumeur sanguine de la partie supérieure du péroné. L'extirpation de cette tumeur ayant été décidée, M. Pamart soumit son malade à l'action du chloroforme. Quatre grammes environ de ce liquide furent versés sur une éponge, puis, comme au bout de quelques minutes l'anesthésie ne se manifestait pas, on eut recours de nouveau à une dose semblable. Le malade devint enfin insensible et on


l'opéra; mais, l'opération terminée, il tomba dans un affaissement extrême, la .chaleur du corps ne se rétablit pas, le pouls resta insensible, cet homme déclarait qu'il ne souffrait point, il prenait même des bouillons; mais malgré l'emploi des stimulants extérieurs et intérieurs on ne put déterminer de réaction. La jambe se couvrit de phlyctènes, la plaie se sphacéta et la mort survint le neuvième jour de l'opération.

M. Pamard, qui a employé le chloroforme plus de deux cents fois, n'a jamais observé d'accidents semblables, et bien qu'il n'attribue pas à l'anesthésie la mort de son malade, il a demandé à l'Académie si néanmoins on ne pourrait pas le regarder comme la cause de cette absence de réaction qui a compliqué l'opération d'une manière si fâcheuse. MM. Velpeau et Roux n'ont trouvé aucune raison d'attribuer au chloroforme les accidents observés. Ils ont rencontré souvent dans leur pratique une prostration semblable après des opérations, même de peu de gravité, pratiquées sans le secours des anesthésiques; cependant M. Cloquet s'est montré disposé à croire que le chloroforme n'était point étranger à cet accident et bien qu'on n'ait jamais rien noté de semblable après l'éthérisation, ce fait lui a paru devoir appeler l'attention des praticiens et être considéré comme un exemple possible des effets nuisibles du chloroforme dans des circonstances exceptionnelles.

M. Leroy-d'ËtioDes a adressé un mémoire sur la cautérisation directe des rétrécissements de l'urètre. Cette cautérisation par le mode qu'il propose doit être employée lorsqu'il n'est plus possible de pénétrer dans la vessie même avec les bougies tortillées et qu'il ne reste de ressource que dans la ponction de la vessie, le cathétérisme forcé ou l'incision de l'urètre. M. Barrier, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Lyon, a lu une observation fort curieuse de réduction d'un renversement complet de l'utérus par un procédé particulier. Une femme fut admise dans son service, offrant une chute complète de l'utérus datant dequinze mois etsurvenueque~quesjoursapresune délivrance difficile. Cette femme était épuisée par une leucorrhée abondante et des métrorrhagies qui l'avaient réduite au dernier degré d'anémie. M. Barrier procéda à la réduction de la manière suivante:

La malade étant couchée sur le dos, le bassin sur le bord du lit, les jambes écartées, et soumise à l'éthérisation, il introduisit la main dans le vagin. Pour donner M'utérus le plus de fixité possible, il le plaçadansla concavité des quatre derniers doigts alors, à l'aide de la pulpe du pouce directement appliquée d'avant en arrière sur le fond de la matrice formant la partie déclive de la tumeur, l'opérateur le repoussa dans la direction de l'axe du


détroitinfërieur, dans le but d'appliquer le col de l'utérus contre le sacrum, et de soutenir le fond du vagin par un plan résistant pour éviter la rupture. Après quelques minutes d'une action lente et soutenue avec une certaine force, le fond de l'utérus était rentré de deux à trois centimètres en lui-même. Le même effort fut encore soutenu un instant, et, sentant l'organe céder graduellement, l'opérateur fit entrer ses deux doigts, index et annulaire, dans le canal où son pouce commençait à se loger à mesure qu'il repoussait le fond de la matrice, et avec ses deux doigts il changea la direction de l'effort sans en augmenter l'énergie. Il repoussa donc le fond de l'utérus de bas en haut et d'arrière en avant. Aussitôt l'utérus céda complétement et reprit sa position normale. Toute espèce d'effort ayant été cesse, M. Barrier reconnut l'état des parties. La main placée sur l'hypogastre lui fit sentir la matrice à sa place ordinaire, les doigts placés dans le vagin s'engagaient facilement à une grande profondeur dans le col utérin dilaté. Le col, toutà fait effacé, se continuait avec le vagin, sans ligne de démarcation sensible. 11 suffit ensuite d'introduire dans le vagin une vessie en caoutchouc vulcanisé qui fut insufflée de manière à empêcher la reproduction de la maladie et l'écoulement du sang aucun accident ne survint et la malade se rétablit très-bien. L'Académie a procède au scrutin secret à l'élection d'un nouveau membre dans la section d'accouchement. Au premier tour de scrutin M. Depaul a obtenu trente-huit voix; M. Lenoir, trente et une; M. Devilliers, quatorze; M. Jacquemier douze. Un second tour a donné quarante-huit voix à M. Depaul et trente-six à M. Lenoir. En conséquence M. Depaul a été nommé membre de l'Académie, sauf l'approbation du Président de la république.

BIBLIOGRAPHIE.

ART. ~89. Précis des maladies vénériennes, de leur doctrine e< de leur traitement par A. BERTUERAND (')). ).

On a tant écrit sur la syphilis qu'il semblerait que les médecins dussent être d'accord sur toutes les questions qui peuvent se présenter relativement à son origine, à sa nature et à la thérapeutique qui lui convient. Mais il s'en faut beaucoup que la science soit arrivée à ce point de perfection, et il règne malheureusement encore bien des incertitudes non pas sur des points d'une importance secondaire, mais sur les bases mêmes de son (i) ) vot.in-S, à Paris, chez J. B. Bai))iere; à Strasboar; chez Berger-Levrautt.


traitement, en sorte que les écrits sur ce genre de maladie sont toujours acceptés et lus avec empressement par les praticiens. Celui que nous annonçons aujourd'hui sera reçu favorablement non-seutcmentàcause du nom de l'auteur qui est un chirurgien distingué de l'armée, mais encore en raison de la distinction flatteuse dont il a été l'objet, une médaiiïe d'or lui ayant été décernée par le ministre de la guerre avant sa publication. Dans ce travail qui a été composé pour répondre à la question suivante mise au concours: « Déterminer, principalement à l'aide des faits, quels sont dans l'état actuel de la science, la doctrine la plus rationnelle et le meilleur mode de traitement des maladies vénériennes. » L'auteur a abordé la plupart des difficultés qui se présentent dans l'étude des maladies syphilitiques, et bien qu'il ait souvent conclu dans un sens opposé à celui que nous avons toujours cherché à faire prévaloir, nous n'en conseillons pas moins à nos confrères la lecture d'un ouvrage qui contient une foule de faits pratiques intéressants et un résumé assez exact des diverses opinions aujourd'hui en présence. Disons d'abord que M. Bertherand n'admet pas que la syphilis soit d'origine moderne, et il trouve dans les anciens auteurs une foule de passages qui prouvent, suivant lui, que cette maladie sévissait parmi les populations bien avant la découverte du nouveau monde. Ce point ne nous parait pas avoir d'importance pour la thérapeutique de la syphilis. t) est évident que si cette affection existait avant le xv° siècle, elle n'avait en aucune façon l'importance qu'elle a acquise alors et conservé malheureusement jusqu'à nos jours. En supposant que cette ma tadie vint aujourd'hui à s'éteindre et que tous les ouvrages écrits depuis trois cents ans sur la syphilis fussent anéantis, nos neveux ne conserveraient cependant aucun doute sur son existence parmi nous, car le virus syphilitique a une telle action sur notre économie, il fait si généralement partie intégrante de toutes nos souffrances qu'il n'est pas un ouvrage relatif it la médecine, à la chirurgie, aux accouchements, qui ne mentionne en vingt endroits les désordres attribués à cette terrible affection; son nom serait plus facilement oublié que ses effets désastreux, et personne ne pourrait ignorer dans les siècles futurs que notre âge a été ravagé par ce fléau. Si donc la syphilis a existé de tout temps, ce n'était pas la syphilis de nos jours; mais ce point, disionsnous, a peu d'importance aujourd'hui. L'auteur d'ailleurs ne lui consacre que quelques pages pour s'occuper de sujets plus en rapport avec la pratique médicale. H admet un virus syphilitique, ne pense pas que la vérole puisse se développer spontanément, croit à l'hérédité ainsi qu'à la diathèse syphilitique et ne paraïtadmettredeguérison réeUectdurabte que quand lesmalades ont fait usage des mercuriaux. < Il n'est pas démontré, dit-il,


que la syphilis guérisse par les seules forces de la nature. La cure radicale exige presque toujours l'emploi des spécifiques la méthode dite simple n'est applicable avantageusement qu'à certaines périodes, à certaines formes et à certaines complications de la maladie. Cependant nous trouvons un peu plus loin cette déclaration qui, nous prouve que l'auteur n'est point aussi absolu partisan des mercuriaux que la première partie de son livre nous le faisait supposer. Il ne nous en paraît pas moins positif que les antiphlogistiques ont réellement guéri un grand et même un très-grand nombre d'accidents vénériens, surtout d'accidents primitifs. Aussi, loin de travailler à perpétuer un antagonisme exclusif entre deux thérapeutiques rivales, serions-nous plutôt d'avis avec M. Bégin qu'il y a lieu de les concilier et d'établir < entre elles une fusion rationnelle, » de fonder en un mot une sorte d'éclectisme justifié par l'expérience et l'induction logique. »

Il nous semble en effet que c'est aujourd'hui la seule pratique rationnelle imposer à tout syphilitique l'obligation absolue de faire un traitement mercuriel est aussi peu sensé que de se priver systématiquement d'un médicament précieux et qui a incontestablement une action particulière sur la résolution des accidents vénériens. Mais on dirait que pour un grand nombre de praticiens, tous les écrits qui ont paru sur la matière depuis vingtcinq années n'existent pas. Il est possible, disent-ils, que quelques symptômes syphilitiques s'effacent momentanément sous l'influence du repos et des antiphlogistiques, mais la guérison n'est réelle et radicale que quand le malade a pris le spécifique dans une certaine proportion. H est possible! Mais cela est très-certain, et, pour ne parler que du plus célèbre d'entre tous les praticiens qui se sont livrés d'une manière exclusive au traitement des maladies vénériennes, de M. Cullerierneveu, n'a-t-il pas pendant quinze années traité le plus grand nombre de ses malades sans mercure ou avec des doses insignifiantes de ce spécifique; et n'avons-nous pas pendant longtemps nous-même dans nos écrits rendu un compte détaillé de sa pratique? Ce ne sont pas quelques malades,maisbiendes milliers d'individusqui,dans son service, ont été soumis à ce traitement et quisont sortis très-bien guéris. M. Bertherand, qui connaît parfaitement tous les écrits publiés sur ce sujet important, ne pouvait pas tomber dans l'erreur de ces praticiens; il analyse la plupart de ces travaux, combat quelques-unes des prétentions élevées par leurs auteurs et finit par conclure que quand on se prive de donner du mercure on guérit plus lentement et moins sûrement; mais en parlant du traitement sans mercure il ne nous parait pas avoir fait une part assez large à la médication mixte qu'avait adoptée M. Cullerier et que ne peuvent atteindre la plupart des reproches adressés avec


juste raison à Ja méthode purement antiphlogistique. M. Cullerier pratiquait cette fusion que M. Bertherand recommande, et sa méthode de traitement, que nous avons exposée très en détail dans les premiers volumes de ce journal et dans nos Recherches sur la thérapeutique de la syphilis, nous a toujours paru être ]a meiHeurc.Sonserviceëtaitde tous points satisfaisant; it guérissait vite'et sans accidents. Cela ne peut offrir matière à contestation; mais guérissait-il aussi sûrement que les praticiens qui font dans tous les cas et par principe usage du mercure? Nous croyons avoir répondu dans ce journal à cette question dont nous ne nous sommes jamais dissimulé la gravité. C'est la seule qui à nos yeux, après tant de travaux, de recherches et d'expériences, puisse être encore agitée avec quelque utiiitë pour la thérapeutique de !a syphilis, et nous regrettons que M. Bertherand dont l'esprit élevé comprend parfaitement l'importance de semblables recherches, n'ait pas profité de la haute position qu'il occupe dans ]a science et de l'expérience qu'il a acquise dans le traitement des maladies vénériennes pour constater par une masse de faits l'action des divers traitements sur l'avenir des malades qui ont pris ou n'ont pas pris le mercure; c'est, nous le répétons, la question capitale, et elle ne peut être résolue que par des chefs d'un service nombreux, qui, jugeant sans idée préconçue, établiront si réellement le mercure préserve des rechutes autrement qu'en contribuant à faire disparaître complétement te symptôme primitif, et si les sujets qui par le repos, la diète, l'emploi de quelques stimulants généraux ou locaux ont vu disparaître un chancre du gland, par exemple, sont moins à l'abri d'une syphilide ou d'une exostose que ceux qui ont pris la précaution d'avaler quarante ou cinquante doses de sublimé. Mais ces recherches, il ne faut pas se le dissimuler, seront longues, fastidieuses et difficiles. II faut interroger tous les malades atteints de symptômes consécutifs, inscrire leurs réponses avec la plus scrupuleuse attention et ne pas se hâter de conclure avant d'avoir bien pesé toute la valeur des renseignements fournis par les malades. Pendant trois années nous avons poursuivi ce travail avec persistance; mais le service de M. Cullerier qui, au dire des partisans absolus du mercure, aurait dû être encombré de récidives, en présentait au contraire de si rares exemples que nous n'avons pu ajouter qu'une pierre à l'édiCce que nous voudrions aujourd'hui voir élever par de consciencieux observateurs. Si; comme nous en sommes convaincu, il est démontré par des faits nombreux et irrécusables que les sujets qui ont fait usage du mercure ne sont pas plus que les autres à l'abri des affections consécutives, la question sera définitivement jugée et la fusion entre les deux méthodes de traitement s'établira de toute nécessite au grand avantage des malades.


M. Bertherand n'a pas cru devoir traiter de la sorte la question qui lui était posée. Il n'a consacré qu'une petite partie de son livre aux questions théoriques et s'est rarement appuyé sur sa propre expérience pour les'résoudre; mais il a traité avec beaucoup de soin la thérapeutique de la blennorrhagie, du chancre, du bubon et d'autres symptômes de syphilis primitifs ou secondaires. Son livre sera certainement lu avec fruit par les praticiens, et nous ne doutons point qu'il n'ait parfaitement mérité la distinction flatteuse accordée par le ministre de la guerre. ART. 'H90. Supplément au Dictionnaire des Dictionnaires de médecine, rédigé par une société de Professeurs et sous la direction de M. ÂMBROISE TAMtEU (<).

L'ouvrage que nous annonçons aujourd'hui est destiné à former le IX* volume du Dictionnaire des Dictionnaires de médecine. Ajouté aux volumes parus, il équivaut à une nouvelle édition, et c'est dans l'intention de rendre l'ouvrage plus complet et de le mettre plus au niveau de la science, que l'éditeur a publié ce Supplément, qui se vend aussi séparément du reste de l'ouvrage. Nous y avons remarqué des articles importants et faits avec un soin particulier, notamment aux mots AGENTS ANESTHÉSIQUES, CONTAGION, CONVALESCENCE, DIGESTION, FIÈVRES, MICROSCOPE, INFECTION PURULENTE, etc. Voici quelques passages extraits de l'article MÉDECtN que l'on doit à M. le docteur Carrière. Nos lecteurs applaudiront sans doute aux principes émis par cet honorable confrère:

« Le médecin est investi d'un sacerdoce et vit d'une industrie. Il remplit une fonction et tire ses moyens d'existence d'un état. Cette double condition lui permet de s'élever bien haut, ou peut le faire descendre bien bas. S'il exerce sa profession avec dévouement, désintéressement et dignité, il n'y a pas de position qui soit au dessus de la sienne; si, pour arriver promptement à la fortune, il oublie ses devoirs pour imiter les industries vulgaires, il ne mérite plus la considération, il descend même jusqu'au mépris. Voilà pourquoi un médecin est si diversement jugé par les masses qui, le plus souvent, tiennent moins en estime la profession que l'individu. Tel médecin, en effet, sera un dieu pour une famille, tel autre se verra repoussé comme un vil charlatan. Ces différences si frappantes dans l'opinion ne peuvent être que le résultat de différences analogues'dans la conduite. Lorsque les membres de la corporation étaient liés par une sorte de solidarité, le sentiment de la dignité avait plus d'empire. Depuis que la liberté profession(t) Un- très-fort vol. in-9 de 644 p. sur double colonne, chez Germer-Bailliére.


nelle n'a laissé au médecin que sa conscience pour juge et pour peine que les arrêts de l'opinion, chacun peut agir comme il l'entend dans cette carrière de la pratique, où les intérêts matériels ne devraient jamais mettre en oubli les intérêts moraux. a II y a donc un idéal légué par les traditions anciennes et considéré comme règle par la profession, mais il y a aussi des conditions qui tiennent aux nécessités de l'existence et à l'état de la société dans laquelle le médecin pratique son art. L'idéal est écrit dans le serment hippocratique. Il y est dit que le médecin respectera son maitre, qu'il transmettra la doctrine à ceux qui consentiront à se lier par le même serment,'qu'il passera sa vie dans l'innocence et la pureté, qu'il n'entrera dans les maisons que pour l'utilité des malades, et non pour aucun méfait volontaire et corrupteur, et que ses yeux n'y verront pas et que sa bouche ne rapportera pas ce qui s'y passe. Le médecin et la sagesse sont aussi inséparables, dit le vieila lard de Cos; le médecin met en pratique tous les préceptes de < la sagesse, le mépris de l'argent, la modération, la décence, la modestie, la probité, la douceur, l'affabilité la gravité, la a juste appréciation des choses de la vie, l'éloignement de toute < crainte superstitieuse, le respect pour la divinité vers laquelle c la médecine ramène sans cesse. Il manque dans cette série qui caractérise le vrai médecin une qualité très-essentielle le mépris de la mort en présence du devoir, le sacrifice de sa vie pour conserver celle des autres. Aujourd'hui, Galien ne fuirait pas Rome ravagée par la peste; il serait accouru du fond des provinces les plus éloignées, pour venir s'asseoir au chevet du lit des mourants. D

M. Carrière a trouvé pour ses confrères des paroles de consolation et d'encouragement dans cet article, qui sera lu avec intérêt par les parties intéressées. Le tableau qu'il trace du\Mcdecin praticien, du Médecin des salons, du Médecin d spécialités, nous a semblé yrai et peint d'après nature. On se rappelle en le parcourant le charmant livre de M. Munaret, le Médecin des cilles et le Médecin des campagnes, qui sera toujours pris pour modèle par quiconque voudra peindre les rigueurs, les ennuis, les devoirs et les quelques compensations attachés à la profession.

II est un article que nous avons In avec intérêt et qui est traité avec assez d'étendue dans ce Dictionnaire, c'est l'article MiCMscopE, dû à M. Ch. Robin. L'usage de cet instrument a été introduit depuis quelques années seulement dans l'arsenal de l'art il sert également à l'anatomiste, au chimiste, au médecin, au naturaliste, et il a rendu à la science des services assez importants. On trouve dans cet article la description des


instruments le plus généralement employés, avec la manière de s'en servir.

L'article PANSEMENT, du à M. Jamain, est un résumé assez exact de l'état de la science sur ce point important de chirurgie. Nous en pourrions dire autant de l'article MALADIES DES VOIES URINAIRES, dû à M Phillips, et de beaucoup d'autres mots auxquels on peut, dans la pratique, avoir besoin de recourir. Les dictionnaires sont généralement recherchés par le praticien, bien que ce genre de livres soit nécessairement le plus imparfait qui se puisse trouver dans sa bibliothèque. Celui que nous annonçons aujourd'hui aura le sort de tous les autres il sera consulté avec fruit et rendra des services, dans la mesure et la proportion que l'on doit attendre de ces sortes d'écrits. ART. 4491.

VARIÉTÉS.

-Le corps médical de Paris a fait une perte sensible dans la personne de M. le docteur Rochoux, membre de l'Académie de médecine et professeur agrégé à la Faculté, qui a succombé après une longue et douloureuse maladie.

-Voici les principales dispositions du décret du 10 avril, afférentes aux études de la médecine

Art. t". Indépendamment de la division élémentaire qui sera étahlie, s'il y a lieu, pour préparer les enfants à l'enseignement secondaire, les lycées comprennent nécessairement deux divisions, la division de grammaire, commune à tous les élevés et la division supérieure, où les lettres et les sciences forment la base de deux enseignements distincts.

Art. 2. Après un examen constatant qu'ils sont en état de suivre les classes, les élèves sont admis dans la division de grammaire, qui embrasse les trois années de sixième, de cinquième et de quatrième. Chacune de ces trois années est consacrée, sous la direction du même professeur

t" A l'étude des grammaires française, latine et grecque; 2" A l'étude de la géographie et de l'histoire de France. L'arithmétique est enseignée, en quatrième, une fois par semaine, à l'heure ordinaire des classes.

A l'issue de la quatrième, les élèves subissent un examen, appelé examen de grammaire, dont le résuttat est constaté par un certilicat spécial, indispensable pour passer dans la division supérieure. Art. 3. La division supérieure est partagée en deux sections. L'enseignement de la première section a pour objet la culture littéraire, et ouvre l'accès des facultés des lettres et des facultés de droit.

L'enseignement de la seconde section prépare aux professions commerciales et industrielles, aux~coles spéciales, aux facultés des sciences et de médecine.


Les études scientifiques ont lieu pendant trois années correspondantes.

Les langues vivantes sont enseignées pendant les trois années dans les deux sections.

Les programmes indiqueront les autres études qui pourront être communes aux deux enseignements.

Une dernière année, dite de logique, obligatoire pour les deux catégories d'élèves, a particulièrement pour objet l'exposition des opérations de l'entendement et l'application des principes généraux de l'art de penser à l'étude des sciences et des lettres.

Art. 9. Il y a un seul baccalauréat ès sciences.

Les candidats sont dispensés de prendre le diplôme de bachelier ès lettres.

Les épreuves sont de deux sortes

1° Deux compositions écrites; ¡

2° Questions orales embrassant tout ce qui fait l'objet de l'enseignement de la section scientifique des lycées.

Art. 11. -Les parties les plus élevées des mathématiques, de la physique, de la chimie et de l'histoire naturelle, qui étaient comprises dans les anciens programmes du baccalauréat ès sciences mathématiques et du baccalauréat ès sciences physiques, sont reportées à l'examen des trois licences ès sciences mathématiques, ès sciences physiques et ès sciences naturelles, qui demeurent distinctes. Art. 12. Les étudiants des Facultés de médecine et des Écoles supérieures de pharmacie sont dispensés de produire le diplôme de bachelier ès lettres. Ils doivent produire celui de bachelier ès sciences avant de prendre la première inscription.

Art. 15. Les professeurs des Facultés de droit, de médecine, des lettres, des sciences et des Ëeo!es supérieures de pharmacie s'assureront, par des appels ou par tout autre moyen, de l'assiduité des auditeurs.

Art. 18.-Le présent décret sera mis à exécution à partir du t" octobre prochain.

Le ~o'M(etH' publie également une circulaire de M. te ministre de l'instruction publique aux recteurs, dont il est utile de faire connaitre les extraits suivants

J'ai donc décidé que MM. les doyens des Facultés de droit et de médecine, MM. les directeurs des écoles supérieures de pharmacie et des écoles préparatoires de médecine et de pharmacie, seront tenus d'adresser désormais aux parents des élèves, à la fin de chaque semestre de l'année scolaire, un bulletin contenant l'état des inscriptions et des examens subis pendant le cours de ce semestre; ils y joindront leurs observations particulières sur l'assiduité aux divers cours obligatoires, sur la manière dont les examens auront été subis, sur la conduite de l'étudiant à l'intérieur et au dehors de l'école. <t MM. les doyens et directeurs seront également tenus de notifier sur-le-champ aux parents ou au tuteur de l'étudiant les poursuites disciplinaires ou autres dont celui-ci aurait été l'objet. « Vous donnerez en conséquence~es ordres les plus précis pour que te relevé des. notes du dernier semestre soit adressé, sans retard, aux parents de chaque étudiant.


Ces mesures ont pour but d'obvier, autant que possible, aux inconvénients qui résultent de la négligence de quelques étudiants à prendre leurs inscriptions ou à passer leurs examens aux époques déterminées par les règlements, négligence qui leur fait prolonger le temps des études au delà de la durée fixée par les lois. –Par décision du 9avril, le princeprésident de la République a donné son approbation au classement résultant de la fusion des sections de médecins et de chirurgiens en un seul corps de médecins militaires fusion consacrée par le décret dont nous avons fait connaitre les dispositions essentielles.

Ce classement comprend

Les inspecteurs;

Les officiers principaux,

Les médecins ordinaires de r" classe et majors de l'e classe; Les médecins ordinaires de 2° classe et chirurgiens-majors de 2' c)asse;

Les médecins-adjoints et les chirurgiens aides-majors de l" classe. Les chirurgiens aides-majors de 2° classe restent classés comme ils l'étaient dans les annuaires précédents, à cette exception près que les anciens aides-majors non docteurs et d'une nomination antérieure à l'ordonnance du 12 août 183G sont mis hors cadre, tout en conservant leurs emplois jusqu'à leur admission à la retraite ou leur réception au doctorat. )

La fusion est faite de telle sorte que les médecins et chirurgiens conservent sur le nouveau contrôle un rang exactement correspondant à celui que chacun occupait précédemment dans sa hiérarchie professionnelle.

–L'Académie nationale de médecine figure au budget de 1852 pour 44 700 fr., parmi lesquels se trouvent compris les traitements d'un secrétaire perpétuel à 4000 fr.; du directeur du service de la vaccine à 2000 fr.; d'un bibliothécaire à 1200 fr., et 15000 de jetons de présence.

L'Institut est porté au budget pour une somme de 586300 fr. Les dépenses communes aux cinq Académies, bibliothèque et secrétariat de l'Institut, s'élèvent à 58000 fr. Chaque secrétaire des sections reçoit 6000 fr. Les indemnités et droits de présence sont les mêmes pour les cinq académies, et fixés à JMO fr. par chaque membre ce qui donne une somme de 222 500 fr.; dont 97 500 fr. pour les 65 membres de l'Académie des sciences. H y a, en outre, 10 académiciens libres à 300 fr. aux académies des sciences, des inscriptions et belles-lettres et des beaux-arts, et 5 académiciens libres égatement à 300 fr. à l'Académie des sciences morales et politiques.

Le co))ége de France a 28 professeurs qui reçoivent un traitement de 5000 fr.; un secrétaire et des préparateurs dont le traitement varie de 1500 a 2400 fr.

Le Muséum d'histoire naturelle possède 15 professeurs à 5000 fr., 2 maîtres de dessin à 2000 fr., un bibliothécaire à 3000 fr., un sousbibiiothécaire à 2400 fr.; 15 aides naturalistes et aides préparateurs de 1500 à 3000 fr.; 20 préparateurs de 800 à 1800 fr. Les indemnités aux voyageurs naturalistes sont portées à 25 000 fr. Le matériel, qui


comprend les galeries, le jardin, les serres, la ménagerie et autres frais, reçoit comme entretien la somme de 215000 fr. On lit dans le Courrier de la Dr~Me

Un de ces événements qui épouvantent les populations vient d'avoir lieu dans la 'commune de Livron. Le 11 de ce mois, à sept heures du soir, la rage a enlevé, en quarante-huit heures, M. le docteur Vanel, jeune médecin de trente-trois ans, de beaucoup d'espérance et d'avenir. M. Vanel laisse une jeune femme enceinte, une soeur et une mère qu'il adorait. Son talent, la douceur de ses mœurs, et son extrême modestie, le faisaient aimer de tout te monde, et lui avaient acquis en peu de temps une clientèle nombreuse. Il y avait quarante jours qu'un jeune chien qu'élevait M. Vanel l'avait mordu au-dessus du pouce de la main gauche. La mère de ce petit chien était morte enragée. M. Vanel cautérisa immédiatement sa blessure au nitrate d'argent. Ce même petit chien mordit ensuite quelques autres personnes du voisinage, qui le caressaient, et mourut trois jours après. M. Vanel cautérise ators de nouveau et plus profondément sa blessure au fer rouge, et prend même, ainsi que les personnes mordues comme lui, un breuvage populaire. Mais la force morale, quoique grande chez M. Vanel, n'avait pu prendre assez d'empire sur lui pour le débarrasser de l'idée (ix.e et désolante qui le préoccupait sans cesse au sujet de sa blessure. Il comptait les jours, il présageait les symptômes, et son moral, profondément affecté, l'entraînait irrésistiblement vers la catastrophe qu'il redoutait. Ce (ut dans la nuit du 9 au <0 avril que les soubresauts, une agitation violente et des symptômes désespérants se manifestèrent. Un courageux et digne voisin, M. Mon. dan, instituteur communal, passa cette nuit près de lui, en proie aux plus vives émotions; il ne l'a plus quitté jusqu'à la dernière heure, et n'a pas cessé de lui prodiguer les soins, les conseils et les secours les plus généreux. Profondément religieux, M. Vanel a conservé jusqu'à la fin toute la force de sa raison, toute la puissance de son âme. Mes membres ne sont tous, disait-il, qu'un chaos de douleurs, la mort est là; mais mon âme est intacte, elle siège dans mon cerveau, je la sens, elle est au service de mes facultés, comme aux meilleurs jours de ma vie, preuve irrévocable de son immortalité. Puis il tendait la main à tous ceux qui l'entouraient, en ajoutant Ne me redoutez pas, je n'ai jamais été méchant, je ne vous mordrai pas, je ne veux faire de mal à personne. Les liquides qu'on voulait lui faire prendre le faisaient bondir et le rendaient menaçant. Enfin, il a succombé. La Société de médecine de Nîmes a mis au concours la question suivante 1° le tartre stibié et l'ipécacuanha administrés à haute dose dans le traitement des maladies de poitrine possèdent-ils le même mode d'action thérapeutique? 2° s'il n'en est pas ainsi, préciser les cas qui réclament l'une ou l'autre de ces médications. Prix une médaille d'or de 200 fr. Les mémoires doivent être adressés, selon les formes académiques, avant le 1" décembre 1S52, terme de rigueur, d la Société de médecine de Nîmes, hotet de ville.


ART. 4492.

Gale, guérison instantanée. Cidre sophistiqué, colique des peintres. Docteurs em médecine, bacheliers ès lettres.

Nous devons signaler, parmi les modifications les plus remarquables apportées à la thérapeutique, dans ces derniers temps, le nouveau traitement de la gale, adopté dans plusieurs établissements publics, et qui permettrait de guérir cette maladie, non pas en quelques semaines ni en quelques jours, comme on le faisait jadis, mais en quelques heures seulement, de manière à dispenser les galeux d entrer dans les hôpitaux. Ce résultat, tout surprenant qu'it paraisse, est aujourd'hui incontestable, puisque le traitement dont nous parlons a été expérimenté sur une grande échelle et depuis un temps suffisamment long pour qu'on puisse sûrement maintenant en apprécier les effets. Nous avons fait connaître ce procédé (t), que l'on doit principalement à M. Hardy, médecin de l'hôpital SaintLouis, et qui aujourd'hui d'ailleurs est mis,en pratique dans plusieurs autres grands établissements; mais le moment nous paraissant arrivé de se prononcer sur la valeur de ce traitement, et aucune objection bien sérieuse ne lui ayant' été adressée par les hommes les plus compétents en cette matière, nous croyons devoir revenir sur cette pratique en reproduisant les propres paroles que M. Hardy a prononcées dans une des séances de la société médicale des hôpitaux de Paris, en réponse aux questions qui lui étaient faites sur sa manière de procéder dans le traitement de la' gale

Je fais d'abord, a-t-il dit, frictionner les malades sur tout le corps avec du savon noir, pendant une demi-heure. Cette friction a pour but d'enlever la malpropreté et de rompre les sillons. Immédiatement après, le malade prend un bain simple d'une heure-de durée; puis, à sa sortie du bain, on lui pratique une nouvelle friction générale pendant une demi-heure, avec la pommade suivante, préparée d'après la formule de M. Gobley axonge, huit parties; soufre, deux parties; sous-carbonate de potasse, une partie. On doit faire dissoudre préalablement le sel de potasse dans une petite quantité d'eau. Immédiatement après cette friction, les malades quittent l'hôpital. Dans le principe, vou(1) Voy. art. i390.

TOME XXIII. ? DE JUt~ 1852. 6


lant m'assurer de l'efficacité de ce mode de traitement, je gardais les malades pendant une quinzaine de jours. Aujourd'hui, ma conviction est complète. Lorsque la gale est compliquée d'eczéma ou d'ecthyma, je garde alors les malades, et dans ce cas je puis constater directement la guérison je dois dire qu'il m'est arrivé de voir revenir quelques malades non guéris la proportion est de un environ sur soixante-quinze. Mais, depuis les premiers jours de janvier, il n'en est pas revenu un seul. En examinant les malades immédiatement après l'application du traitement, il est difficile de constater la guérison seulement, on doit la regarder comme très-probable lorsque, en inspectant les mains, on trouve les sillons déchirés et l'épiderme renversé à droite et à gauche. Au reste, cette recherche, qui est assez difficile, me paraît complétement inutile, et je possède aujourd'hui un chiffre assez élevé de guérisons (treize ou quatorze cents depuis le mois de mars 1851) pour me croire autorisé à ne pas y avoir recours, et pour regarder toujours la guérison comme certaine. Lorsque l'ecthyma complique la gale, ce qui d'ailleurs est assez fréquent, le résultat est moins certain. Dans cette circonstance, les frictions étant douloureuses, les malades ne les font que d'une manière incomplète; et quelquefois alors, après la guérison de l'ecthyma, qui a lieu en général au bout de quinze jours, oh est obligé de pratiquer une nouvelle friction. Les malades se trouvent donc guéris après une seule fric~'OM. Il paraîtrait que de nouvelles frictions seraient douloureuses et irriteraient la peau sans bénéfice pour le malade, puisqu'il est débarrassé de sa gale. Il en est de même des bains sulfureux dont on a reconnu l'inutilité. Ce résultat est, disions-nous, parfaitement constaté, et c'est dans la thérapeutique un véritable progrès que nous aimons à signaler. Mais on a droit de demander si une guérison si rapide d'une maladie dont l'invasion remonte souvent à une époque assez éloignée, et qui constitue une sorte d'habitude de sécrétion et de démangeaison, se peut faire sans porter un certain préjudice à l'économie. L'expérience, plus que la théorie, nous semble devoir être consultée pour la solution de cette question; or. les malades, déjà bien nombreux, traités par cette méthode, ne paraissent pas en avoir éprouvé de sérieux inconvénients. Nous ne croyons pas d'ailleurs qu'il y ait plus de danger à supprimer une éruption en deux heures.qu'en deux jours. Le traitement de M Hardy consiste à tuer l'acarus immédiatement. Il faudra toujours plusieurs jours pour rendre ensuite la peau à son état naturel de souplesse et de propreté, et on ne


peut dire que cette irritation extérieure, cette sorte'de révulsion à laquelle l'économie était habituée, soit immédiatement supprimée. Nous ne prétendons pas nier cependant que dans certains cas exceptionnels il ne soit utile de modifier un peu ce traitement mais ce qu'il importe au praticien de savoir, c'est qu'il possède maintenant les moyens de débarrasser en quelques instants les malades d'une affection qui, il y a quelque temps, ne nécessitait jamais moins d'une semaine de traitement. C'est une immense économie pour les institutions de charité, et un bénéfice non moins grand pour les malheureux atteints de cette dégoûtante maladie qui, par sa nature contagieuse, tend toujours à se propager et à se perpétuer dans les masses, et est en quelque sorte endémique dans certaines contrées. Les habitants de Paris se sont émus dernièrement à la nouvelle que le cidre, qui se vend en très-grande quantité dans la capitale, et qui fait la boisson habituelle de bon nombre de familles d'ouvriers, était falsifié et avait causé de graves accidents. La nouvelle était vraie, en effet. Le préfet de police et le conseil de salubrité ont promptement constaté le fait reproché. Des quantités considérables de cidre sophistiqué ont été saisies et bientôt on a cessé de recevoir des plaintes sur les effets malfaisants de cette boisson. Le cidre sophistiqué avait été clarifié avec de l'acétate de plomb.. Les rapports des médecins chargés de constater ces délits, n'ont point encore été publiés, et nous ne savons pas d'une manière exacte la quantité de plomb qui se trouvait dans le liquide. Mais il faut que cette quantité ait été considérable, car l'acétate de plomb est souvent donné en médecine à des doses élevées, sans produire d'accidents semblables à ceux qui ont été notés. Les personnes qui avaient fait usage dece cidre offraient les symptômes de la colique de plomb, et comme et)es ne s'étaient point exposées à l'action des émanations saturnines, la nature de leurs souffrances avait presque toujours été méconnue. Dès qu'on a su qu'elles avaient fait usage de cidre sophistiqué, on leur a fait subir le traitement de la colique des peintres, et la guérison ne s'est pas fait attendre.

On n'a pas eu de peine à constater la présence du plomb dans le cidre; il a suffi de le traiter par l'acide sulfhydrique pour y déterminer aussitôt un précipité noir très-abondant. it ne saurait s'élever de doute sur l'existence de ces empoisonnements, et sur leur cause aujourd'hui bien constatée, et cependant il est à remarquer que ces accidents ont été rares, et que la quantité de cidre sophistiqué livré à la


consommation parait avoir été considérable. Des individus ont été indisposés après avoir bu une très-petite quantité de cidre sophistiqué; d'autres, au contraire, en ont bu impunément des doses assez considérables. Cela prouve, ou bien qu'il est des idiosyncrasies particulières qui ne s'accommodent pas de la plus minime portion de sels plombiques, ou bien plutôt que le poison n'était pas en quantité égale dans les cidres livrés au commerce. Des dépôts de sels peuvent se faire, par exemple, au fond du tonneau, et les dernières bouteilles tirées contenir alors du. plomb à dose suffisante pour porter rapidement une grave atteinte à la santé.

Quoi qu'il en soit, la police a promptement mis un terme à cet état de choses, et aujourd'hui on ne trouverait plus à Paris de cidre contenant de l'acétate de plomb. Il n'est aucun de nos lecteurs qui n'ait remarqué avec inquiétude les profondes modifications qui vont être apportées dans les études universitaires. On sait qu'à l'avenir les médecins, dispensés du diplôme de bachelier ès lettres, et astreints seulement à celui de bachelier ès sciences, n'auront que des notions très-superficielles des langues anciennes, et qu'on devra dès la troisième faire abandonner aux enfants ce que nous appelions les humanités, pour leur donner une éducation spéciale, dont nous attendons encore le programme.

Nous avons vu des médecins profondément affligés de cette innovation, qu'ils regardent comme l'anéantissement de la dignité professionnelle et la déchéance du haut rang que la médecine française a toujours occupé parmi les nations civilisées. D'autres, peu satisfaits du semblant d'éducation concédé à la jeunesse, et de la mauvaise voie dans laquelle étaient dirigées les études universitaires, se sont réjouis d'un changement qui à leurs yeux ne pouvait aggraver la situation présente, et était peut-être destiné à améliorer un état de choses devenu tout à fait intolérable. Nous ne saurions, quant à nous, approuver ou blâmer d'une manière absolue des mesures encore incomplètes, et que de nouveaux décrets sur l'instruction publique sont appelés à étendre ou à modifier.

A peine nous est-il loisible de dire notre façon de penser sur ce que l'on connaît aujourd'hui du décret organique qui va apporter un si notable changement dans les études médicales.

Les personnes qui. regrettent que la connaissance du grec et du latin ne soit plus exigée pour l'aspirant au doc-


torat, sont mues en générai par cette pensée que les médecins ne pourront plus lire les ouvrages écrits en latin, et que, la plupart des mots employés dans le langage médical étant d'origine grecque, les élèves n'en sauraient comprendre la véritable acception.

Ces reproches faits au décret précité nous paraissent puérils. La génération qui nous a précédés ne savait pas Je grec, et elle comprenait aussi bien que celle qui l'a suivie la valeur des mots. Nous ajouterons qu'à quelques rares exceptions près, les médecins de nos jours ne savent pas plus le grec que ceux du siècle précédent, car les jeunes gens qui sortent aujourd'hui du collége sont incapables de lire Hippocrate sans le secours d'une traduction. Nous ajouterons que la plupart des bons ouvrages écrits en latin ont été traduits en français, et que ces traductions deviendraient plus nombreuses encore si la langue latine était ignorée des médecins. Est-ce à dire pour .cela que nous approuvions le décret qui n'astreint plus les médecins à l'étude des lettres ? Nous n'avons nullement l'intention de nous faire apologiste d'une mesure que, nous le répétons, nous ne connaissons pas encore, mais nous regrettons qu'on ait dispensé les médecins de savoirle latin, par des considérations d'un autre ordre et qui nous paraissent plus élevées. L'étude des lettres était bien moins destinée à don. ner aux jeunes gens la connaissance d'une langue morte qu'à leur faire connaître leur propre langue, à élever leur esprit et à les rendre aptes à l'étude de toutes les sciences. Bien que la plupart des jeunes gens sachent de nos jours très-imparfaitement le latin, ils ont cependant étudié les meilleurs écrits dans cette langue. Les beautés de Virgite d'Ovide, d'Horace, ont agrandi le cercle de leurs idées, et les ont singulièrement disposés à la conception des grands problèmes qui vont se dérouler sous leurs yeux. Toutes les études qui développent Tintettigence et qui ajoutent aux facultés des jeunes gens, sont indispensables pour les préparer.aux sciences médicales. Or, l'étude des lettres les disposait admirablement à des travaux qui ne sont pas à la portée de toutes les intelligences. Nous regrettons donc qu'on ait cru devoir fermer aux jeunes gens qui se destinent à la profession de médecin la carrière des lettres, qui secondait merveilleusement l'étude des sciences naturelles, et nous le regrettons d'autant plus que le diplôme de bachelier ès sciences fera, pour ainsi dire, double emploi avec les épreuves auxquelles ils seront soumis pour le doctorat, toutes les sciences naturelles devant faire l'objet d'examens spéciaux pour le médecin, avant qu'on lui ac-


corde son diplôme. Nous attendons du reste que le décret organique sur l'instruction publique soit rendu pour apprécier ses résultats sur notre profession, ne connaissant pas encore quelles sont les matières qui seront enseignées dans la section des sciences, depuis la troisième jusqu'à la logique.

ART. 4493.

HOPITAL DE LA PITIÉ.

(Service de M. VaUeix.)

Ascite essentielle guérie par les saignées locales. De/malgie. Névralgie intercostale maîtrisant une laryngite chronique. Vésicatoires morphinés, fumigations, cautérisation.

L'ascite essentielle s'offre rarement à notre observation. L'hydropisie abdominale est presque toujours symptomatique de quelque lésion viscérale étrangère au péritoine ou elle dépend d'une altération des liquides. H arrive toutefois telle circonstance où l'examen le plus attentif ne fait reconnaître ni cette lésion, ni cette altération; alors force est d'admettre une ascite idiopathique, et c'est ainsi qu'a jugé M. Valleix dans un cas sur lequel ce médecin appelait récemment l'attention de ses auditeurs.

Une couturière, âgée de vingt ans, entrée dans son service le 5 mars dernier, présentait les phénomènes suivants décubitus dorsat; face pâte; ventre volumineux, globuleux avec saillie de l'ombilic, sans veines tlexueuses faisant relief à la peau; palper douloureux dans les régions itiaques et hypogastrique fluctuation et son mat à la percussion dans toute l'étendue de t'abdomen, excepté en haut où la matité était limitée par une courbe à concavité supérieure qui changeait de ptace selon les diverses positions qu'on faisait prendre à la malade. M. Valleix a beaucoup insisté sur la valeur de ce signe diagnostique, parce que la mobilité de ce niveau indiquait d'une manière plus précise que la fluctuation l'existence d'une ascite dont il restait seulement à déterminer l'espèce. Or, en interrogeant successivement les organes de l'abdomen et de la poitrine, on ne découvrait aucun désordre qui pût rendre compte de l'épanchement péritonéal. Quant aux liquides, ils avaient tous les caractères de l'état normal. Il n'y avait ni chtorose ni albuminurie. La malade n'avait jamais eu ni gonflement du ventre, ni œdème des membres inférieurs. Le pouls était à


soixante-douze et l'appétit conservé. Un mois auparavant, sans cause connue, sans coup, sans chute, sans refroidissement subit, cette jeune fille avait senti au périnée, pendant la marche, une douleur qui s'était propagée d'abord le long des cuisses, puis était remontée dans une des fosses iliaques où, selon toute apparence, l'épanchement avait pris naissance pour suivre ensuite sa marche ascensionnelle. Dans ces conditions, et sous toute réserve pour l'avenir, M. Valleix conclut en faveur d'une ascite idiopathique sthénique, les douleurs abdominales annonçant qu'un certain degré de phlogose présidait à la perturbation sécrétoire dont la suffusion séreuse était le résultat direct. Ce diagnostic posé, les conséquences thérapeutiques qui en découlaient étaient toutes tracées. Après quelques jours de repos, pendant lesquels on se borna à l'emploi des boissons nitrées, des lavements huileux et des juleps diacodés, la malade fut soumise à un traitement plus actif. Le 8, elle prit une bouteille d'eau de Sedlitz. Le 9, six ventouses scarifiées furent appliquées sur l'hypogastre le surlendemain, le niveau du liquide avait baissé de trois centimètres. Le 11, l'ombilic rentrait un peu; nouvelle application de six ventouses scarifiées sur la même région. Le 16, on ne constatait plus de matité, et le 17 il ne restait pas de traces de la maladie. 11 suffit effectivement, dans cette sorte d'ascite, de quelques évacuations sanguines locales pour enrayer l'irritation sécrétoire dont le péritoine est le siège. Celle-ci arrêtée, le liquide épanché se résorbe avec une extrême promptitude, mais il convient, et c'est aussi le conseil qu'on a donné ici, d'éviter avec soin les causes de rechute, telles que la fatigue, le refroidissement, le corps étant en sueur, et l'ingestion des boissons glacées qui paraissent avoir une action spéciale sur la production de ces hydropisies actives.

Une maladie beaucoup moins rare que la précédente, mais encore peu connue, est la dermalgie ou névralgie cutanée, c'est-à-dire la névra)gie portant sur la terminaison des nerfs qui se distribuent à la peau. La bronchite est une des circonstances qui prédisposent'à cette névralgie, et cela se conçoit puisque la bronchite, ainsi que nous l'avons vu, s'accompagne fréquemment de névraigies dorsointercostales, et qu'on sait aujourd'hui que lorsqu'un nerf a été atteint dans un point circonscrit de son trajet, il est assez ordinaire de voir les autres points de ce nerf se prendre à un degré quelconque. Au reste, de même que la névralgie peut occuper tel ou tel nerf et passer de ce


nerf à un nerf voisin ou même à un nerf très-étoigné, de même on voit la dermatgie se produire en même temps ou successivement sur diverses parties du corps, et il arrive aussi, en raison de leur identité de nature, que la dermalgie est remplacée par une névralgie et réciproquement, soit dans la même région, soit dans des régions différentes. Ceci exposé, nous rapporterons brièvement deux faits qui montreront que la dermalgie et la névralgie, ne différant que par leur siège, cèdent l'une et l'autre à des moyens de traitement parfaitement semblables. Un employé d'usine, âgé de trente-sept ans, robuste et bien nourri, fut pris, le 8 mars dernier, de frissons légers suivis de toux avec douleur au côté gauche. Le 19 il entra dans le service de M. Valleix, et le 20 voici ce que son état offrait à l'examen de ce médecin en comprimant avec la pulpe du doigt la région dorsale du côté gauche, depuis la troisième vertèbre jusqu'à la douzième et même jusqu'à la seconde vertèbre lombaire, on provoquait une douleur vive qui diminuait à trois travers de doigt en dehors des vertèbres, pour se retrouver, suivant une ligne verticale, s'étendant de l'aisselle à la crête iliaque. Il existait en outre dans tout ce côté, tant à la poitrine qu'à l'abdomen jusqu'à un centimètre de la ligne médiane, une sensibilité tellement exagérée de la peau qu'au moindre attouchement le malade'en suait de douleur et faisait des contorsions horribles. A droite rien de semblable. Le pouls était à cinquante-six. M. Valleix fit appliquer deux vésicatoires, l'un entre les apophyses transverses des neuvième et dixième vertèbres, l'autre en avant dans un point correspondant au même espace intercostal. Ces vésicatoires furent d'abord saupoudrés avec un centigramme de chlorhydrate de morphine, mais après un jour de ce traitement, la douleur avait si notablement perdu de son intensité qu'on les pansa simplement. Le 23, on pouvait promener impunément la main sur toutes les parties auparavant si sensibles. La névralgie.intercostale s'était de son côté circonscrite dans un plus petit nombre de points, de manière qu'il suffit d'appliquer deux nouveaux vésicatoires volants sur le siège des principales douleurs pour faire disparaître tout vestige du mat.. Le sujet de la seconde observation se trouvait dans les conditions hygiéniques et morales les plus fâcheuses. C'était une pauvre femme, âgée de cinquante ans, mat.togée, mal nourrie et qui depuis un an avait éprouvé de profonds chagrins. A cette époque, disait-ette, elle avait souffert à l'épigastre et aux tombés, en même temps que le con-


tact de ses vêtements devenait incommode. Ces accidents avaient pris surtout depuis le 15 février une intensité qui ne lui permettait plus de travailler, et le 2 mars elle entrait dans la salle Sainte-Marthe, où M. Yalleix reconnut chez elle une névralgie intercostale, caractérisée par un point douloureux situé à l'extrémité antérieure de la onzième côte du côté droit, et de plus une dermalgie trèsviolente ayant pour siège le même côté et l'épigastre, et dont la vivacité était telle que le simple contact de la chemise sur ces régions était insupportable. Il y avait d'ailleurs une grande agitation, de l'anxiété, de l'insomnie sans fièvre notable. On se borna au début à des prescriptions très-simples frictions avec le baume tranquille, cata-'plasmes laudanisés, lavements opiacés alternant avec des lavements purgatifs, pilules d'extrait thébaïque. Le 15, un vésicatoire fut appliqué sur le point signalé à l'extrémité de la onzième côte et produisit un bon effet, car dès le lendemain la douleur avait cessé dans tout le côté mais en même temps que la dermalgie abandonnait le tronc, elle était remplacée par une névralgie occipitale qui nécessita l'application d'un vésicatoire au-dessous de la bosse de ce nom, au point où le plexus cervical devient superficiel. Le 19, la tête était libre, mais alors on vit les douleurs se manifester par des points appréciables aux genoux, aux jambes, aux pieds, puis ces douleurs cédèrent à l'emploi de nouveaux vésicatoires, et aussitôt la dermalgie vint reprendre sa première place au côté droit. Cependant on ne perdit pas l'espoir d'en débarrasser la malade, et en effet un dernier vésicatoire appliqué sur le côté fit enfin disparaitre cette manifestation névralgique mobile et opiniàtre. Ces deux faits montrent combien est rapide et heureuse en pareils cas l'action des vésicatoires, soit que la névralgie occupe le trajet des nerfs ou qu'elle affecte leurs dernières ramifications. L'amélioration obtenue par ces agents a été soudaine, et sans qu'on ait eu besoin de panser les surfaces dénudées avec les sels de morphine~ Il a fallu seulement dans le second cas poursuivre la douleur parce qu'elle fuyait d'un nerf pour reparaître dans un autre, comme il arrive dans les névralgies à forme erratique. On a vu aussi que les opiacés à l'intérieur n'ont procuré qu'un soulagement temporaire. M. Beau a conseilté contre les dermalgies la chaleur élevée, ou la diaphorèse. Cette recommandation peut s'appliquer aux dermalgies produites par un refroidissement. et qui d'ordinaire sont peu violentes; mais si la maladie est quelque peu intense, c'est au vésicatoire qu'il faut avoir recours pour la vaincre sûrement.


Placé sur le centre de la région endolorie, le vésicatoire guérit en vingt-quatre heures. Si par exception ce moyen venait à échouer, et qu'il n'y eût pas lieu de faire intervenir le sulfate de quinine, on ferait appel à la cautérisation transcurrente qui agit comme le vésicatoire mais dans des proportions plus larges, et par conséquent avec plus de puissance.

Nous prendrons occasion de ces divers exemples de névra)gie pour faire remarquer avec M. Valleix la relation qui, dans certaines circonstances, existe entre les affections de ce genre et d'autres maladies concomitantes. Ainsi, comme fait à !'appui, nous rapporterons très-succinctement l'histoire d'une femme couchée au n° 5 de la salle Sainte-Marthe, laquelle était atteinte de laryngite chronique et de névralgie intercostale, et chez laquelle les moyens curatifs dirigés contre la laryngite n'ont eu d'efficacité qu'après la guérison de la névralgie. A son entrée, le 29 février, cette malade était dans l'état suivant face pâle et souffrante, voix rauque, inégale, pénible, ayant ce caractère depuis environ deux mois; pharynx un peu granuleux, toux fréquente sans aucun signe d'affection tuberculeuse. Douleurs vives au côté gauche et dans la gouttière vertébrale, depuis la septième vertèbre dorsale jusqu'aux premières vertèbres lombaires. Points également douloureux dans les septième, huitième, neuvième et dixième espaces intercostaux, et à l'épigastre, qui, comme il est bon de le savoir, correspond à ces mêmes espaces. En prenant ces diverses affections dans l'ordre de leur apparition, on reconnaissait que l'enrouement s'était montré à d'autres époques pour devenir permanent, et qu'il était survenu intercurremment d'abord une bronchite, puis une névralgie intercostale. Or l'importance du rôle que la névralgie jouait dans ce cas était considérable, et le traitement s'est chargé de le démontrer. Du 28 février au 9 mars, les émollients, les opiacés, les fumigations avec la belladone, les frictions sur le cou avec l'huile de croton tiglium et l'eau d'Enghien furent employés sans succès. A partir du 10, on cautérisa le pharynx tous les jours avec le nitrate d'argent, on joignit le datura à la belladone, mais. en dépit de ces efforts l'amélioration était peu sensible. M. Valleix appliqua deux petits vésicatoires sur les points principaux où la névralgie intercostale se faisait sentir; te 27, deux autres vésicatoires furent placés dans la gouttière vertébrale, on les pansa soir et matin comme les premiers avec un centigramme de chlorhydrate de morphine,


et alors, les douleurs cessant, la face reprit du calme, la malade reposa, et les moyens précédemment dirigés vers la gorge furent de nouveau mis en usage, et cette fois avec un résultat qu'on avait inutilement poursuivi jusque-là. Quant au choix etàl'emp)oi de ces moyens, nous en dirons un mot puisque l'occasion s'en présente. Nous avons cité entre autres les fumigations et la cautérisation avec !e nitrate d'argent. Voici de quelle manière ces agents de traitement sont dirigés par M. Valléix. Pour préparer les fumigations, on prend

Eau ordinaire. 500 grammes. Feuilles de belladone 5 n

On fait bouillir ces feuilles, et le malade aspire deux fois par jour la vapeur de cette décoction, en se plaçant audessus et à distance convenable pour n'être pas gêné par la chaleur. Si la belladone semble insuffisante, on peut lui associer partie égale de feuilles de datura; puis on passe à la cautérrsation profonde et directe. Cette opération se fait comme s'il s'agissait d'un cas de croup. On se procure une baleine assez forte, qu'on peut couder à deux ou trois centimètres de son extrémité en la faisant chauffer à la flamme d'une bougie; on encoche cette extrémité et on y attache solidement une éponge de la grosseur d'un bon œuf de pigeon. Cette éponge est plongée dans une solution composée de

Nitrate d'argent cristallisé. 2 grammes. Eau distiHée 10, 20 ou 30

En général, la proportion de deux grammes pour trente est suffisante. La bouche étant ouverte et la langue abaissée, on porte l'éponge ainsi imbibée et sans l'exprimer vers la paroi postérieure du pharynx, où on la maintient en place quelques instants. Dans cet état le pharynx se contracte sur l'éponge, tandis que le larynx s'ouvre pour laisser entrer l'air dont le besoin se fait sentir, et quelques gouttes de la solution pénètrent dans cet organe. Cette cautérisation est suivie d'une sensation de chaleur passagère, et laisse pendant quelques heures une saveur âcre assez désagréable mais qui finit par disparaître. A ces grands moyens, M. Valleix ajoute comme auxiliaires les eaux d'Enghien, à la dose de deux tiers de verre le matin, ou mieux les Eaux-Bonnes ou de Cauterets, qui dans les maladies de ce genre ont. une efficacité réeUe, surtout quand on les prend à la source et qu'on suit un traitement thermal complet.


ART. 4494.

HOPITAL DES ENFANTS MALADES.

(Service de M. Trousseau.)

~bMM~ considérations pratiques sur la co~M<°~Mc7~ et ses complications les plus communes.

Divers cas de coqueluche, observés dans ses salles, ont servi de texte à M. Trousseau pour tevenir sur une maladie qui, trop souvent, fait te désespoir des familles et des médecins.

M. Trousseau a signalé d'abord, comme fait intéressant par sa rareté, la terminaison fatale à la suite d'hémorrhagie pulmonaire d'une coquetuche survenue pendant la convalescence d'une pneumonie, et vainement traitée par le café. Il a parlé ensuite de plusieurs malades chez lesquels la coqueluche avait été traversée par des phlegmasies telles que la pneumonie, le catarrhe morbilleux, etc. A ce sujet, il a fait remarquer que la diminution des quintes de coqueluche n'est pas toujours d'un présage heureux, et qu'elle peut coïncider avec l'invasion d'une affection inflammatoire. Loin de s'en féliciter, il y a donc quelquefois lieu de s'en affliger, puisque ces maladies inflammatoires sont alors fort graves mais, par contre, on doit aussi accepter, comme signe favorable en pareilles circonstances, le retour de la toux spasmodique, parce qu'elle indique que le catarrhe spécifique reprend ses droits sur la maladie incidente. Parmi les exemptes d'affections intercurrentes qui sont venues ainsi modifier la manifestation de la coqueluche, M. Trousseau a rapporté le cas d'un petit garçon couché au n" 3 de la salle Saint-Roch, qui avait des quintes assez rapprochées lorsqu'il est survenu de la fièvre, et aussitôt ces quintes se sont réduites à deux par vingt-quatre heures. C'était une rougeole qui, tant qu'elle a duré, a masqué comptétement la coqueluche; mais celle-ci n'y a rien perdu, et lorsque le catarrhe morbilleux a cédé, le catarrhe spécifique est revenu. Il se passe ici quelque chose de comparable à ce qu'on voit dans la blennorrhagie traitée par le copahu. Le copahu charrié par les urines va substituer une inflammation à l'inflammation blennorrhagique, et fait disparaître celle-ci; mais supprimez le copahu au bout de deux ou trois jours, dès que l'urine ne répand plus d'odeur balsamique, le catarrhe blennorrhagique reparait avec les caractères qui lui sont propres.


Nous avons déjà exposé les opinions de M. Trousseau sur la thérapeutique de la coqueluche, nous n'aborderons donc de nouveau cette question que pour montrer ce que l'expérience de deux années a pu apprendre à ce praticien sur les avantages des médications assez nombreuses qu'on a préconisées contre cette maladie. Un fait aujourd'hui bien acquis, bien positif pour M. Trousseau, c'est qu'il n'y a, pour modifier la coqueluche, que deux choses utiles les vomitifs et les stupéfiants.

L'administration des vomitifs, répétée tous les deux ou trois jours, pendant la période fébrile, est, en pareils cas, la méilléure entrée en campagne. On peut employer indistinctement tous )ës vomitifs; cependant, le plus commode et le plus sûr est le sulfate de cuivre ainsi administré ·

Sulfate de cuivre. ogr,20 à 0,30., Eau distiHée. 30,M

Sirop simple 20 ,00

-r -I~

A prendre en quatre fois, de dix minutes en dix minutes, jusqu'à effet suffisant ou bien on donne la même dose de ce sel en quatre paquets, dissous chacun dans une cuillerée d'eau sucrée, et aux mêmes intervalles. En fractionnant de cette manière la quantité du médicament, qu'on a portée quelquefois jusqu'à soixante centigrammes, on ne court pas le risque de déterminer l'apparition de phénomènes toxiques. Quant aux stupéfiants, c'est aux solanées et à la belladone, en particulier, que M. Trousseau donne toujours la préférence sur les autres substances jouissant de propriétés narcotiques. Mais il n'est pas indifférent d'employer tette ou telle préparation de cette plante, et il est surtout d'une haute importance de l'administrer avec méthode, car, sans ces deux conditions, it n'y a pas de

succès possible. La poudre de la racine paraît supérieure à celle des feuilles, et c'est elle qu'il faut employer, l'extrait et le sirop de belladone étant des préparations infidèles sur lesquelles on ne peut compter. Maintenant cette poudre doit être prise en une seule fois par jour. c'est là un point capital: On la donne en paquets d'un à deux centigrammes, mélangée avec un peu de sucre pulvérisé, ou bien en pilules de même quantité et dans lesquelles on fait entrer seulement un demi-centigramme d'extrait de la plante, pour donner une consistance convenable à la pâte pilu)airé. Ainsi, lorsque vous avez débuté par deux outro's vomitifs, vous donnez le matin ou le soir un des paquets ou une des pilules ci-dessus. En général, le premier jour


l'en'et de la médication n'est pas sensible. Le lendemain même dose si le résultat est heureux, vous continuez de cette manière pendant deux ou trois jours; puis, d'ordinaire, l'amélioration s'arrête, alors vous augmentez d'un paquet ou d'une pilule, et ainsi de suite, en vous guidant toujours sur l'effet obtenu et sur la tolérance individuelle. Cet effet c'est la diminution du nombre et de l'intensité des quintes; seulement, ici il convient de ne pas se presser, et de n'augmenter la dose de la substance active que lorsque l'état est stationnaire. Si, par hasard, il n'y avait, pas d'amélioration, bien que la dose de la belladone fût assez élevée, c'est qu'alors il y aurait encore un peu de fièvre, et le meilleur antispasmodique serait le sulfate de cuivre donné comme précédemment.

M. Trousseau a beaucoup manié la poudre de belladone, et il n'est, dit-il, pas de jour qu'il ne constate la grande activité de ce médicament. Il n'en faut pas plus d'un centigramme chez un enfant de quatre à cinq ans pour dilater la pupille, et deux centigrammes pour produire plus d'effet que quinze grammes de sirop de belladone. Au n" 27 de la salle Sainte-Anne est une petite 611e qui, avant d'entrer à l'hôpital, prenait depuis un mois, pour une maladie de cette nature, quinze grammes de ce sirop. Elle avait de dix à douze quintes par jour et autant la nuit. On lui donne en commençant deux centigrammes de poudre de belladone en une fois le matin. Dans les vingt-quatre heures qui suivent, l'amélioration se fait sentir très-notablement; l'enfant n'a plus que trois ou quatre quintes la nuit. Le lendemain et le surlendemain même dose. Le quatrième jour, retour des quintes quatre centigrammes de poudre de belladone; pendant toute la journée il n'y a pas une seule quinte. On continue ainsi pendant trois jours. Les quintes reviennent un peu on augmente d'un centigramme; puis l'amélioration obtenue de nouveau se soutient quelques jours; alors on diminue d'un centigramme, pour se tenir là cinq à six jours, et diminuer ensuite d'un centigramme, en se conduisant ainsi jusqu'à la fin. Quand on se sert bien de la belladone, le traitement dure ordinairement trente jours; on ne le suspend que lorsque la coqueluche est réduite à l'état de catarrhe simple.

Nous avons dit que M. Trousseau avait essayé le café, préconisé par M. Jules Guyot, sans retirer de son emploi aucun bénéfice appréciable. Il y a quelque chose de plus avantageux à mettre en usage vers le déclin de la coqueluche, c'est le changement de lieu. Au début de la maladie, pendant la période fébrile, ce changement ne produit rien


d'heureux; à la fin il agit tout différemment. Une jeune personne toussait depuis deux mois, on l'envoie à la campagne, et les quintes s'arrêtent aussitôt. Le changement d'air donne ici le même résultat que dans l'asthme. Mais, dans la coqueluche, il y a autre chose à traiter que la coqueluche elle-même; il y a, indépendamment des maladies intercurrentes, qui exigent des soins appropriés, certains accidents, parmi lesquels il convient de ranger, en premier lieu, les hémorrhagies. La perte de sang peut se faire, comme on sait, par des voies très-diverses. M. Trousseau a vu une dame qui portait, près de l'aile gauche du nez, un petit naevus d'où s'échappaient des gouttelettes de sang pendant ses quintes de toux. Certains enfants pleurent des larmes de sang; d'autres ont des hémoptysies qui, le plus ordinairement, sont liées à -des tubercules. Mais !a plus commune de ces hémorrhagies est, sans contredit, l'épistaxis, et cette épistaxis peut être fort grave par son abondance ou par sa continuité. Voici, dans ces deux cas, comment M. Trousseau a l'habitude de se comporter.

Le sang s'échappe-t-il en quantité inquiétante, il fait pratiquer, trois ou quatre fois par jour, dans les narines des injections avec la décoction de racine de ratanhia froide, soit

Racine de ratanhia. 15 grammes. Eau 200

Ensuite il procède au tamponnement. Ce tamponnement ne se fait point avec la sonde de Belloc. C'est le tamponnement dit en queue de cerf-volant, de M. Bretonneau, auquel M. Trousseau a recours pour arrêter ces hémorrhagies nasales. Il se compose de petites boulettes de ouate ou de coton cardé qu'on serre par un nœud sur le même fil, en laissant entre chacune d'elles une distance de six pouces. Ces petites boulettes étant imbibées d'eau de ratanhia, sont introduites, à l'aide de simples pinces à pansement, dans les narines, où elles séjournent le temps nécessaire, et d'où on les retire les unes après les autres avec le même instrument.

M. Trousseau s'est également servi avec succès des petits appareils en caoutchouc vulcanisé, imaginés par M. Gariel, et qui sont tout à fait semblables, quant à leur disposition, à ceux que ce médecin a proposé pour arrêter les hémorrhagies utérines (1). A défaut de ces appareils,

(1) Voy. article 3991.


on peut d'ailleurs en confectionner de moins parfaits, mais qui rendront les mêmes services, avec un jabot de poulet ou de dindon. II suffit'de constituer une petite poche à parois souples, qui puisse se mouler exactement sur les parties avec lesquelles on veut la mettre en contact. On introduit cette poche à l'état de vacuité dans la narine d'où vient le sang, on y pousse ensuite de l'air avec un tuyau de plume ou de paille, et quand elle est gonflée on lie le pédicule avec un fil. De cette manière, la poche comprime toutes les anfractuosités de la cavité, et le sang s'arrête. Les petits instruments de M. Gariel ont cet avantage que le caoutchouc vulcanisé ne s'altère pas comme le jabot des oiseaux de basse-cour, et qu'étant formé de deux poches communiquant entre elles par un conduit rétréci sur le.quel est fixé un petit robinet, il suffit d'ouvrir et de fermer celui-ci pour faire passer, à l'aide d'une simple pression, l'air de la poche extérieure dans la poche intérieure et de rouvrir le robinet quand on veut retirer l'appareil. Enfin, dans le cas où l'épistaxis est peu abondante, mais où elle affaiblit le matade par ses répétitions, un moyen infaillible de l'arrêter, et dont nous avons déjà eu occasion de parler dans ce recueil, est le quinquina jaune en poudre à la dose de deux à quatre grammes par jour, continué pendant quinze et vingt jours. Comment agit ici le quinquina? M. Trousseau n'en sait rien; mais le fait est là, et ce fait a une valeur qu'il ne faut pas perdre de vue. On peut, en ce moment, voir dans ses salles un jeune garçon affecté de fièvre typhoïde, chez lequel des épistaxis répétées produisaient de très-fâcheux effets et faisaient craindre aussi qu'il ne survînt des hémorrhagies intestinales. On a mis cet enfant au quinquina à la dose de quatre grammes par jour. 11 en a pris pendant trois jours, et les épistaxis se sont arrêtées. C'est donc une ressource précieuse sur laquelle on nous saura gré d'insister, puisqu'elle est applicable à toutes les circonstances où il existe une disposition aux hémorrhagies.

ART. 4495.

HOTEL-DIEU.

(Service de M. Jobert, de Lamballe.)

Aec~oM du tibia. Extraction du séquestre par un procédé très-simple; guérison rapide.

Autrefois, dans le cas de nécrose du tibia on amputait,


'ou bien, pour aller à la recherche du séquestre, on enlevait la totalité des chairs, ce qui donnait naissance à d'énormes suppurations. Aujourd'hui-on comprend mieux l'importance de la chirurgie conservatrice, et les procédés se perfectionnant, on obtient des résultats plus satisfaisants sans exposer les malades aux dangers qui accompagnent le délabrement des parties molles. Le fait suivant recueilli par nous dans le service de M. Jobert de Lamballe montrera la vérité de cette proposition.

Au n° 13 de la salle Saint-Côme était couché un jeune garçon de seize ans, faible, débile, non scrofuleux, exerçant la profession de journalier, lequel racontait le 12 mars à son entrée à l'Hôtel-Dieu, qu'après un excès de fatigue occasionné par une course de trois lieues, il avait ressenti dans le membre gauche une douleur qui l'avait fait boiter. Avec la douleur étaient venus des accidents fébri)es, du gonflement de la malléole interne, et quatre jours plus tard de la rubéfaction de la peau. Le tibia chez ce jeune homme était, comme cela arrive si communément dans l'adolescence, le siège d'une violente périostite, et au bout de quinze jours un abcès s'ouvrit. Deux mois plus tard, second abcès dont l'ouverture resta fistuteuse il portait en somme trois fistules par l'une desquelles il avait rendu des parcelles d'os exfoliées. Dans ces conditions, la nutrition s'était altérée, le malade était affaibli, souffreteux, la peau de la jambe était dure, tendue, furfuracée; l'os présentait des inégalités qui indiquaient un travail réparateur. M. Jobert ne vit point dans ce cas, ce qu'on est suivant lui trop disposé à voir aujourd'hui, un dépôt de matière tuberculeuse. II y avait eu marche forcée, fatigue, chaud et froid éprouvés successivement. C'en était assez pour qu'il conclût en faveur d'une périostite. Quelquefois, il est vrai, la périostite se produit autrement. Ainsi, l'année dernière ce chirurgien fut appelé pour une écuyère de l'Hippodrome, qui, en sautant de cheval sur le sol, éprouva dans une des jambes une commotion qui amena une périostite, à la suite de laquelle toute la couche antérieure du tibia fut détruite. Les parties molles étaient décoltées, te pus fusait entre la peau et l'os, et il fallut pratiquer une longue incision de la partie inférieure de la cuisse à l'extrémité inférieure de la jambe pour guérir cette affection grave. Mais ordinairement on peut dire que la périostite se produit par un concours de circonstances semblables à celles exposées par le jeune malade dont il s'agit, et donne lieu consécutivement à la formation de la nécrose invaginée. Que fallait-il faire dans ce cas? La nature aurait-elle eu la puissance de re-


médier à un tel état? Évidemment non. H n'y avait qu'une chose à faire, c'était d'enlever le séquestre; or, comment devait-on s'y prendre? En thèse générale, a dit M. Jobert, toutes les fois qu'il existe une nécrose de la clavicule, du tibia, du radius, de l'humérus, il faut agir le plus loin possible de l'articulation, et porter les instruments sur le côté opposé aux vaisseaux. 11 convient d'abord d'attaquer directement les trajets fistuleux et de les réunir par une seule incision en zig-zag; mais cette incision ne suffirait pas, car on n'aurait ta que deux lèvres dont l'écartement ne donnerait pas assez de jour. L'opération en deviendrait plus difficile, plus longue, plus périlleuse. Pour éviter cet inconvénient, on termine cette première incision en haut et en bas par une incision perpendiculaire en T, qui permet de faire deux lambeaux s'ouvrant comme les battants d'une armoire. En agissant ainsi, la surface sur laquelle vous devez agir se découvre aisément, la manœuvre est facile, et vous pouvez, à l'aide de pinces, saisir une des extrémités du séquestre et l'extraire par un des orifices fistuleux si cet orifice est suffisamment ouvert. Dans le cas où la voie n'est ,pas assez grande, on l'élargit avec le trépan on enclave la pointe'de la couronne de cet instrument sur la fistule même; et quand on a enlevé la rondelle osseuse qu'elle circonscrit, on recommence les tentatives d'extraction. Quand une couronne ne suffit pas, on en applique deux, trois et plus s'il est nécessaire, en les imbriquant, et de manière à épargner le plus possible l'os nouveau.

C'est ainsi qu'a été opéré le jeune homme qui fait le sujet de ces remarques. Deux couronnes de trépan ont suffi pour faciliter l'issue du séquestre qui était formé par la lame antérieure du tibia. Le nouvel os était poreux et trèsvasculaire. Après l'opération on pansa avec de l'agaric cératé, un linge troué et de la charpie trempée dans de l'eau froide. Il y eut peu de traumatisme les lèvres de la plaie se tuméfièrent seulement un peu, et se renversèrent en dehors, mais cela n'eut pas de durée. Le malade prenait .deux pilules d'extrait aqueux d'opium d'un centigramme, et quelques aliments. Bientôt l'excavation qu'on touchait avec le nitrate d'argent se combla, et si l'os. de nouvelle formation était inégal et volumineux comme toujours, du moins était-il assez fort pour faire espérer que le membre ne serait nullement affaibli par cette opération. Ce jeune homme est sorti en effet au commencement de juin, un peu débilité par un de ces dévoiements si fréquents dans les hôpitaux, mais conservant une jambe qui ne fera qu'augmenter de force au fur et à mesure que la santé générale


se rétablira et sur laquelle il pourra s'appuyer avec une entière sécurité.

ART. 4496.

HOPITAL DE LA FACULTÉ.

(Clinique de M. Nélaton.)

Abcès phlegmoneux de la région rénale. Abcès du pourtour de l'anus. -Foyer sanguin converti en kyste séreux et yMe~Mf les injections de teinture d'iode.

Les inflammations qui se développent dans le voisinage du rein peuvent donner lieu à des abcès dont l'ouverture exige d'autant plus de précaution, qu'il y a nécessité d'évacuer promptement le pus.

Un jeune homme est entré dans le courant de janvier à l'hôpital de la Facutté avec une inflammation de cette espèce. H souffrait beaucoup dans la région du rein gauche qui 'était sensiblement tuméfiée. Deux saignées, des bains, des cataplasmes produisirent une certaine amé!iorauon. Un refroidissement ayant ramené des douleurs, on appliqua un vésicatoire qui les fit disparaître. Cependant la tumeur persistait et devenait surtout évidente quand on soulevait par derrière la région hypocondriaque. M. Nélaton diagnostiqua un abcès formé probablement en avant du rein. Ceci reconnu, la première indication était de pratiquer une issue au produit de la suppuration, mais l'abcès faisait saillie en avant, et il avait pu soulever le péritoine rénal de manière à rapprocher ce feuillet du péritoine abdominal. En ouvrant l'abcès on pouvait donc rencontrer ces deux feuillets et déterminer une péritonite partielle; aussi convenait-il d'agir avec une grande réserve M. Nélaton prit le parti de procéder ici comme s'il s'était agi d'un kyste du foie, c'est-à-dire en favorisant l'adhérence de la paroi antérieure de l'abcès à celle de l'abdomen, à l'aide d'applications répétées de pâte de Vienne sur un même point, de manière à pénétrer dans le foyer purulent en dix jours. Le 26 janvier eut lieu la première application de ce caustique. Le 27, excision de l'escarre, comprenant la peau et la couche celluleuse sous-cutanée seconde application du caustique sur le muscle. Le 28, excision de l'escarre, troisième cautérisation. Le 30, la tuméfaction ayant pris plus d'extension en arrière et s'accompagnant d'cedème et de fluctuation bien sensible, M. Nélaton pensa qu'on pouvait arriver au foyer sans traverser le péritoine. Cependant,


comme à cet égard il éprouvait quelque doute, il prit comme moyen d'exploration une aiguille à cataracte qui écarte plutôt qu'elle ne divise les tissus, et il la porta au fond de la plaie. Or, il avait à peine pénétré à travers le petit oblique de deux à trois millimètres, qu'il éprouva la sensation d'une résistance vaincue. Il retira l'instrument, et une gouttelette de pus parut à l'orifice du petit trajet. M. Nélaton eut alors la certitude que son aiguille était arrivée dans le foyer purulent sans avoir traversé le péritoine. Celui-ci avait été refoulé en dedans par l'accumulation du liquide. Il n'hésita plus à donner au pus une large issue; il incisa profondément le fond de la plaie, et vida ainsi cet abcès, dont les parois, sous'la pression des viscères se sont recollées avec la promptitude qui distingue la guérison des abcès phlegmoneux de la cavité abdominale.'

Une espèce d'abcès très-commune est l'abcès du pourtour de l'anus. La phthisie y prédispose, quoique M. Andral n'ait trouvé que deux fistules anales sur huit cents phthisiques. M. Nélaton a par-devers lui nombre de faits qui prouvent que cette influence est réelle, et auxquels est venu s'ajouter le cas d'un jeune homme entré dans son service pour un vaste abcès à l'anus. Ce malade était né d'une 'mère phthisique, et lui-même avait craché du sang. En l'auscultant on entendait un bruit de souffle prolongé sous les clavicules qui indiquait un engorgement du sommet des poumons. Cet abcès a été ouvert, le pus s'est écoulé en abondance, et, chose curieuse, au bout de quelques jours le foyer était cicatrisé. Si donc, il est vrai que les abcès de l'anus se terminent fréquemment par des fistules; il faut reconnaître qu'ils peuvent aussi se cicatriser rapidement et complétement dans certains cas.

Au n° 18 de la salle des hommes est un malade. entré à l'hôpital pour un épanchement sanguin considérable, situé à la cuisse gauche, et résultant du passage d'une roue de voiture sur cette partie du membre inférieur. M. Nélaton s'est bien gardé d'ouvrir ce foyer, pratique dangereuse qui favorise l'infection putride; il l'a attaqué par des applications successives de vésicatoires, à l'aide desquels il obtient ordinairement une résorption assez prompte du liquide épanché. Ici on a pu croire un instant qu'il en serait de même; il ne restait ni tumeur ni fluctuation; cependant quelques doutes s'élevant à ce sujet, on a gardé cet homme pour éviter les suites d'une fausse guérison, et on lui a recommandé de marcher et de reprendre ses habitudes journalières. Or, au bout de trois semaines; un peu


de liquide s'est manifesté de nouveau dans le foyer primitif; ce liquide n'a fait qu'augmenter, ma)gré le repos auquel s'est astreint le malade, et bientôt une ponction a montré qu'une exhalation consécutive de liquide séreux s'était faite dans le sac occupé originairement par du sang. Après ce!a il n'y avait plus de raisorr de temporiser ni de recourir à de nouveaux vésicatoires. C'était à un kyste séreux qu'on avait désormais affaire, et c'était comme tel qu'il fallait le traiter ce qui a été fait avec succès à l'aide des injections de teinture d'iode.

CORRESPONDANCE JMEDICALE.

AM.~497. ÛXGLE )NCAM<É, NOUVEAU PROCÉDÉ OPÉRATOIRE. Dans le numéro de janvier 1852 de votre journal, vous parlez. de la cure de l'ongle incarné au moyen du collodion. Sans vouloir révoquer en doute l'elucacité du nouveau moyen proposé par M. Meynier-d'Ornans, j'observerai que ce praticien dit que ce moyen n'est applicable, ou du moins n'a de chances de succès, que lorsque la maladie ne dépend pas d'une déviation primitive et anormale de l'ongle. Or c'est le cas le plus ordinaire. Je viens vous faire part d'un moyen fort simple que j'ai employé huit à neuf fois, depuis douze ans, avec un succès constant et en obtenant toujours une guérison prompte qui, à ma connaissance, n'a pas été suivie de rechutes une seule fois. J'ajouterai que la plupart des malades étant de ma clientèle habituelle et habitant près de ma résidence, je ne les ai pas perdus de vue depuis leur guérison. Mon procédé est le suivant. Je place deux bandelettes de diachylum gommé, larges de un à deux centimètres, parallèlement à l'ulcération, l'une sur l'ongle et l'autre sur la peau saine qui avoisine le bord de l'ulcère. Chacune des bandelèttes s'étend en haut jusqu'à,la naissance de la racine de l'ongle, c'est-à-dire à environ un centimètre et.demi au-dessus de la partie supérieure de l'ulcération et en bas jusqu'au bord libre de celle-ci. Elles sont distantes environ d'un centimètre en haut et en bas. Je réunis l'espace qui les sépare par deux bouts de bandelettes un peu moins larges que les précédentes, et je forme ainsi un parallélogramme au milieu duquel se trouve la rainure formée par les chairs ulcérées et par l'ongle. Je remplis bien exactement cet espace de pâte de Vienne, de la consistance d'une pâte ordinaire(poudre de Viennedélayëe avec s. q. d'alcool, et je recouvre le tout d'un morceau de diachylum. Je laisse l'appareil en place pendant une heure et demie. Les deux ou trois jours suivants, j'entoure tout le doigt malade d'un cataplasme émollient; après ce temps, je lève l'escharre; si, ce qui m'est arrivé deux fois, je ne trouve pas la racine de l'ongle suffisam-


ment gangrenée, je mets une petite portion de pâte de Vienne sur cette racine, et deux ou trois jours plus tard j'enlève tout le bord dévié de l'ongle avec des ciseaux bien tranchants et sans la moindre douleur. Je recouvre la plaie d'un plumasseau de charpie enduit de cërat simple. Je continue les cataplasmes émollients pendant deux ou trois jours, après lesquels je les supprime en continuant l'usage du cërat et du vin aromatique jusqu'à la guérison qui ne se fait pas attendre. S'il y a des chairs exubérantes je les réprime en les touchant avec le nitrate d'argent fondu. Chaque pansement, c'est-à-dire trois fois d'abord, et ensuite deux fois par jour, j'ai soin de relever le bord libre de l'ongle tout le long de la section, avec une spatule, de manière à lui imprimer une direction moins concave. Avant la découverte du caustique de Vienne, je me servais de la potasse caustique; mais celle-ci réussissait moins bien en ce que je ne pouvais pas borner aussi facilement son action, et que l'escharre était ou trop ou trop peu étendue. Jelerépète, j'ai emptoye huit à neuf fois cette méthode sans un seul insuccès et sans une seule rechute. Je citerai entre autres le sieur Gros, jeune homme de dix-huit ans, de la Tour de Salvagny (Rhône), commis négociant à Lyon, obligé par état de faire de nombreuses courses sur le pavé très-fatigant de cette ville, qui fut guéri en moins de quinze jours et put reprendre sans inconvénient ses travaux ordinaires.

Je sais bien que le procédé dont je viens de parler n'a rien de nouveau. Les méthodes employées par MM. Senne, Payan et Jobert ne diffèrent de celle que je viens de décrire que par quelques légères variations, aussi ne vous adressé-je ces observations que pour donner plus de poids à ce procédé par des exemples nouveaux de son efficacité et de sa parfaite innocuité, et parce que je suis surpris que l'on ait proposé tant de méthodes diverses plus ou moins comp)iquées ou plus ou moins douloureuses, tandis qu'on peut guérir l'ongle incarné par une méthode aussi simple que celle que je viens de décrire. Dupuytren lui-même ne disait-il pas qu'on ne pouvait en obtenir la guérison que par l'évutsion de l'ongle au moyen de l'instrument tranchant, procédé aussi douloureux que peu sûr, car la récidive est assez fréquente lorsqu'on a ainsi opéré? FINAZ, Docteur-médecin à Marcy-Sainte-Consorce (Rhône).

ART. ~498. ENGELURES, EMPLOI DU coLLODMN. Dans les derniers numéros de votre estimé journal, vous faites mention de plusieurs remèdes contre les engelures. Si je prends la liberté d'en augmenter le nombre déjà assez considérable, c'est parce que je me suis servi cet hiver d'un remède dont les bons effets


étaient tellement màrqués que je me fais un devoir de lui donner la plus grande publicité en vous le communiquant. C'est un fait bien avéré par de bons observateurs que les engelures doivent leur origine à la même cause que les brû)ures, c'est-à-dire à une température trop élevée subitement; car la plupart des personnes sujettes aux engelures ies ont gagnëcs en exposant les mains ou les pieds gelés par une course ou un travail prolongé en plein air à la température trop élevée d'un poêle ou d'une cheminée. D'après ce principe, j'ai eu recours assez longtemps, dans les engelures, à la pierre infernale, que j'avais employée avec le plus grand succès dans les brûlures, d'après la méthode de MAI. Pricke et Velpeau.

Ayant abandonné plus tard l'usage de la pierre infernale dans les brûiures, pour la remplacer par !e collodion, qui me rendit les mêmes services, je me suis décidé dernièrement à essayer celui-ci dans les engelures.

Les effets du collodion dans les engelures sont presque instantanés dans un assez bon nombre de cas que j'ai observés, la douleur et la démangeaison ont cessé presque immédiatement après l'application du collodion. La rougeur des parties affectées a disparu de même, mais il a fallu pour cela quelquefois plusieurs jours et une application réitérée. Dans les cas où il y avait ulcération, l'usage du collodion a été suivi des mêmes résultats, mais j'étais forcé d'en répéter l'application trois à quatre fois. Les cas d'engelures ulcérées, que j'ai eues à soigner dernièrement, n'étant pas des plus graves, je ne suis pas à même de dire si le collodion agira aussi bien dans les engelures ulcérées, d'une sécrétion plus abondante qu'a l'ordinaire. Avant de connaître le collodion j'ai obtenu de promptes guérisons en 'touchant légèrement les parties environnantes de l'ulcère rougies avec la pierre infernale et en couvrant l'uicère d'un morceau de linge enduit d'une pommade de nitrate d'argent (nitr. d'argent 4 p., cérat 250 p.). WETZLAK, Docteur-médecin, à Aix-)a-Chape)Ie.

MÉLANGES SCIENTIFIQUES.

ART. 4499. ABCÈS DES SEINS PENDANT L'ALLAITEMENT; COLLODION. On lit dans le Western journal'que le docteur Evans des États-Unis a employé avec beaucoup de succès le collodion pour prévenir ou dissiper les abcès qui se forment avec une grande facilité dans les seins chez les femmes qui allaitent. On sait quelle di(ncu)të on éprouve à empêcher la formation du pus qui s'épanche d'autant plus facilement dans ces organes que leur tissu est mou, ftasque et nullement soutenu ni comprimé.


M. Evans a pense que le collodion déterminerait une sorte de contraction capable de favoriser l'absorption du pus. C'est ce qui lui estarrivé dans cinq cas dont il a pubHé les détails. Une dame souffrait d'une inflammation mammaire pendant le lactation. Lorsque M. Evans fut appelé près d'elle, il la trouva maintenant le sein dans un bain continuel avec des liniments et des cataplasmes, mais ces moyens n'avaient eu aucun résultat avantageux; on sentait manifestement de la fluctuation dans le point le plus douloureux. I) ordonna que le sein fût recouvert de collodion et l'inflammation fut promptement arrêtée. Quelques jours après il fallut ouvrir un petit abcès, mais il n'en sortit qu'une petite quantité de pus et la malade fut promptement rétablie.

M" S. accoucha le 5 juin 48SO d'un troisième enfant. Le 7 du même mois, elle fut prise de frisson suivi d'une forte.fièvre et d'une inflammation des deux seins. A chacune des deux couches précédentes elle avait éprouve de semblables accidents qui s'étaient terminés par un vaste abcès du côté gauche. La sécrétion laiteuse était très-abondante, et malgré la précaution que l'on prit de donner souvent le sein à i'enfant, une tumeur indurée et très-sensible se forma dans le point où déjà un abcès s'était développé. Le collodion fut alors appliqué de manière à recouvrir compiétement cette tumeur et le premier effet fut de calmer promptement les douleurs. On répéta cette application matin et soir pendant quelques jours et bientôt l'induration se dissipa. On se borna à prescrire en même temps une poudre laxative.

M" M., huit jours après son accouchement, fut prise d'une inflammation mammaire accompagnée de frissons et de fièvre. Le lendemain, un sein était gonflé, très-sensibteau toucher, il y 'avait de la soif, de la fréquence du pouls, de la sécheresse de la bouche, et M. Evans ordonna une potion laxative et fit enduire le sein de collodion comme dans les précédentes observations. Cette application produisit un soulagement immédiat et la guérison fut obtenue sans même qu'il se formât de suppuration. M. Evans a obtenu de semblables résultats dans une quatrième et dans une cinquième observation qu'il serait inutile de reproduire ici.

ART..4500. CHLOROFORME DANS LES ACCOUCHEMENTS. NOUS trouvons dans le Dublin medical Press un compte rendu des séances de la société chirurgicale d'trtande dans une desquelles M. le docteur Beatty a donné à ses collègues des détails pleins d'intérêts sur l'emploi qu'il fait habitueHement du chloroforme dans les accouchements. Quetques-uns.d'entrc vous, a-t-il dit,


peuvent se rappeler un mémoire que j'ai publié il y a deux ans pour prouver la valeur et l'innocuité du chloroforme- dans !a pratique des accouchements et pour démontrer que ce précieux agent peut être employé conjointement avec le seigle ergoté, autre médicament d'une immense importance dans l'obstétrique. Depuis ce temps j'ai continué à me servir du chloroforme et cela avec les plus heureux résultats. J'ai employé le chloroforme chez toutes les femmes qui l'ont désiré, à moins que je n'eusse de bonnes raisons de m'en abstenir, et je'suis heureux de pouvoir dire, après deux ans d'expérimentations, que ce moyen a constamment produit les meilleurs effets et qu'il ,n'a jamais causé le moindre accident pendant ou après )a délivrance, soit à !a mère soit à l'enfant. Plusieurs femmes, àprès avoir été délivrées sous t'innuence du chloroforme, sont revenues à Dublin, de grandes distances, pour être soumises au même moyen lors de nouveaux accouchements, et aucune considération n'a pu les empêcher de recourir à ces inhalations. On comprend que ma confiance dans le chloroforme a dû s'augmenter avec mon expérience, et il est aisé de concevoir combien je souffre lorsque je suis témoin pendant de longues heures des tortures auxquelles les femmes sont soumises, alors que par l'emploi des anesthésiques le travail serait transformé en un plaisir ou un bonheur, pour employer des phrases dont se sont servies quelques femmes que je soumettais à l'emploi de ce moyen.

L'application du chloroforme aux accouchements se fait trèsdifféremment de celle qui est destinée aux opérations chirurgicales. Dans ce dernier cas, il faut que la sensibilité soit comp)ëtement éteinte afin que le malade n'ait pas ta conscience de l'opération qu'on lui pratique. Le sommeil obtenu doit être alors beaucoup plus profond que chez la femme en travail. Chez celleci, du reste, on ne doit recourir au chloroforme que quand le travail est commencé depuis quelque temps. Le but du chirurgien est de calmer la douleur qui existe et il est très-certain qu'itfaut pour obtenir cet effet une dose du liquide anesthésique. bien p)us faible que quand on veut jeter les malades dans l'insensibilité pour leur pratiquer une opération chirurgicale. Aussi obtient-on ce soulagement dont la femme témoigne sa reconnaissance et s'applaudit, bien avant de ]a rendre insensible. Une légère et graduelle administration de petites quantités de vapeurs, renouvelée de temps en temps, sera sufïisante pour )a jeter dans un état de tranquillité et d'absence de douleurs, bien qu'e))e conservera connaissance en sorte que pendant des heures entières elle adresse la parole aux personnes qui l'entourent, et lorsqu'elle s'aperçoit que la douleur va venir elle approche le chloroforme de ses lèvres et sait très-bien demander qu'on


le renouvelle lorsque, la quantité qui était sur le mouchoir, devenant insufEsante, son action s'affaiblit.

La marche d'un accouchement traité par le chloroforme est en général celle-ci Supposons par exemple un cas dans lequel le travail est commencé depuis huit, dix ou douze heures avec cette augmentation dans les douleurs que toutes les femmes éprouvent jusqu'à ce que le col utérin soit presque dilaté. A ce moment les douleurs deviennent plus violentes et les femmes perdent leur tranquillité sont impatientes et se plaignent plus vivement. Si dans ce moment on commence le judicieux usage du chloroforme, le calme survient d'abord après quelques aspirations. Au lieu de s'agiter dans leur lit, les femmes sont parfaitement tranquilles et les personnes qui les entourent restent stupéfaites de ce changement opéré instantanément. Huit fois sur dix, les malades expriment dans les termes les plus vifs la satisfaction qu'elles éprouvent. Quelquefois elles poussent des exclamations de plaisir et se félicitent de leur bonheur. J'ai vu une femme, qu'on ne pouvait contenir et qui s'agitait dans son lit 't sous l'influence d'un certain degré de délire, devenir calme instantanément après avoir aspiré une petite quantité de chloroforme, et rester ainsi pendant quatre à cinq heures sans perdre connaissance, sans s'agiter et sans crier.

Le premier effet de l'administration du chloroforme est de faire disparaître ces horribles douleurs de reins qui tourmentent tant les femmes dans l'intervalle des contractions utérines et qu'on cherche vainement à calmer par un certain degré de compression. Bientôt reconnaissant le bénéfice qu'elle en obtient, la femme demande une plus forte dose de chloroforme. On le lui accorde et peu à peu elle s'habitue à aspirer eDe-meme l'agent anesthésique à l'approche des douleurs, et elle passe ainsi des heures entières sans souffrances. Quelques malades dorment dans l'intervalle des douleurs. On sait combien ce repos est avantageux à la marche du travail; loin de l'empêcher, les anesthésiques le favorisent lorsqu'ils ne sont pas portés jusqu'à produire l'assoupissement et l'insensibilité. Lorsque le moment de la délivrance approche, on augmente la dose de chloroforme, bien qu'on ne doive pas jeter la femme dans l'insensibilité comme s'il s'agissait de pratiquer une opération. Cela n'est nécessaire dans aucun cas, et il est vraiment digne de remarque que les malades reconnaissent parfaitement qu'elles ont une douleur, mais elles n'en souffrent pas. J'ai connu des femmes qui ont été délivrées sans en avoir la conscience. Ainsi une dame a été soumise à l'action du chloroforme dans deux accouchements. La première fois elle l'a aspiré pendant deux heures et la seconde fois pendant quatre heures. Cette dernière fois, elle causa avec moi pendant tout le travail et conserva son


intelligence parfaitement intacte; cependant elle accoucha sans s'en apercevoir et ne reconnut qu'elle était délivrée que lorsque l'enfant lui eut été présenté/Un autre cas fut bien plus remarquable encore. H s'agissait d'une dame qui, un an auparavant, était accouchée après un travail très-long, très-pénible, et sans le secours du chloroforme; à son second accouchement, qui eut lieu le mois dernier, elle demanda à se faire éthériser, et elle fut soumise à l'usage du chloroforme pendant quatre heures; comme la plupart des femmes qui ont recours à ce moyen, elle tint et)e-mëme l'appareil dans ses mains pendant la plus grande partie du temps, et il était si difficile de lui faire aspirer le chloroforme convenablement que j'étais ob)igé de rengagera fermer ses narines avec ses doigts pour respirer par la bouche, ce qu'elle n'aurait pu faire assurément si elle avait été dans un état d'insensibilité, et cependant elle n'eut aucune espèce de conscience de son accouchement. L'enfant fut saisi, on coupa et lia le cordon ombilical, et la nourrice était occupée à l'habiller près du feu lorsque cette dame me demanda si je pensais qu'elle accoucherait bientôt. Il fallut lui présenter son enfant pour la con.vaincre que l'accouchement était terminé, et elle affirma alors qu'elle n'avait eu aucune espèce de conscience de ce qui s'était passé.

Des femmes, ainsi que je le disais plus haut, qui avaient une ,première fois été soumises au chloroforme, sont venues de fort loin pour être accouchées de la même manière une seconde fois, et jamais il n'est survenu d'accidents ni à la mère ni a t'entant. t.

Lorsque le chloroforme est bien pur il ne détermine jamais d'agitation, mais dans le cas contraire il agite, excite et produit même une sorte de délire.

Le plus long temps que j'aie employé le chloroforme a été de cinq heures et le plus court d'un quart d'heure. C'est encore beaucoup de pouvoir employer les anesthésiques pendant un si court espace de temps On se figure aisément combien les femmes sont heureuses d'éviter ces dernières douleurs qui sont si cruelles et de franchir à leur insu la période où elles donnent le jour a leur enfant.

En consultant les notes que j'ai prises, sur trente-trois accouchements dans lesquels j'ai eu recours au chloroforme depuis la publication de mon premier mémoire, je vois que deux femmes ont aspiré le chloroforme pendant cinq heures, deux pendant quatre heures, trois pendant trois heures, quatre pendant deux heures, quatre pendant une heure et demie, six pendant une heure, douze pendant à peu près une demi-heure. Total trentetrois.


Dans plusieurs cas on a donné le seigle ergoté en même te~nps que le chloroforme et on s'en est très-bien trouvé. Le docteur Beatty a terminé ses communications en citant quelques cas qui démontrent les bons effets de l'usage de ces deux médicaments dans certaines circonstances et en engageant ses confrères à imiter sa conduite jusqu'à ce jour si heureuse et si parfaitement exempte d'accidents.

ART. 4804. CHLOROFORME, EMPO!SO!)!SEMEf<T.COUQUE DE PLOMB. M. Aran, médecin des hôpitaux, a publié dans le Bulletin de Thérapeutique, une curieuse observation d'empoisonnement par le chloroforme survenue dans son service. Ce médecin paraît faire un usage très-fréquent du chloroforme à l'intérieur; il l'a administré dans le traitement de l'hystérie, des coliques spasmodiques, de la colique de plomb à des doses considérables, à vingt, trente, quarante, cent et même cent cinquante gouttes dans les vingt-quatre heures, tant en potions qu'en lavements, sans observer jamais d'accidents. Il a donc dû s'empresser de publier lefait suivant, qui prouve en quelque sorte l'innocuité du chloroforme à l'intérieur, puisqu'une dose énorme de cette substance n'a point produit la mort.

Un homme âgé de trente et un ans, peintre en bâtiments, entra à l'hôpital de la Pitié le 9 mars dernier, atteint pour la seconde fois d'une colique de plomb. Les principaux symptômes étaient une face ictérique, la langue sale, perte d'appétit, circulation très-ralentie, sensation d'une barre à la région épigastrique, douleurs dans ce point et a l'hypogastre soulagées par la pression, diminution notable de la sécrétion des urines, brisement des membres, crampes et tremblements, constipation invincible, vomissements très-abondants et presque continuels de matières vertes porracées. On prescrivit application sur la région épigastrique d'une compresse humide pliée en plusieurs doubles et arrosée de trente à quarante gouttes de chloroforme; julep avec trente gouttes de chloroforme à prendre par cuillerées un lavement simple immédiatement suivi d'un quart de lavement avec jaune d'œuf n" < et chloroforme, vingt gouttes; bains sulfureux et limonade tartrique.

Le malade fut soulagé; cependant il vomit encore pendant la nuit. On continua les mêmes moyens en portant le chloroforme à cinquante gouttes dans la potion et à trente dans le lavement. Les jours suivants, on prescrit deux juleps, chacun avec trente gouttes de chloroforme, un pour la journée, l'autre pour la nuit, et deux lavements également de trente gouttes. Sous l'influence de ces moyens, l'amélioration se prononça, et le 48 mars le malade était à peu près convalescent lorsqu'il s'empoisonna dans les circonstances suivantes il avait pris dans la journée la pre-


mitre potion de chloroforme et un des lavements. A six heures et demie du soir, il prend le second lavement, se couche pour le conserver; et croyant prendre sur sa table de nuit le second jutep, saisit par mégarde le flacon de chloroforme qu'on avait commis l'imprudence de laisser près de'lui et en avale une forte gorgée. Averti par la sensation de chaleur et de brûlure qu'il éprouva aussitôt, il regarda l'étiquette et reconnut son erreur il avala alors de l'eau en abondance et fit quelques efforts de vomissements, mais sans succès. Au bout de dix minutes, il eut quelques grincements de dents et commença à tenir des discours sans suite; puis il s'assit sur son lit et se mit à chanter. Les yeux étaient brillants, la face animée; il ne reconnaissait pas les personnes qui l'entouraient Tout son corps ne tarda pas à devenir 'insensible les pincements, les tiraillements, les piqûres ne paraissaient avoir sur lui aucune influence Il y avait de la carphologie et des mouvements de la main comme pour arracher quelque chose de la bouche. Un verre d'eau sucrée avec quelques gouttes d'ammoniaque ne produisit aucun effet.

Vingt ou trente minutes après l'accident, le malade se coucha et s'endormit profondément. Il tomba bientôt dans un assoupissement complet avec ronflement dont il n'était plus possible de le tirer. Il y avait alors anesthésie générale et résolution des membres. Seize sangsues furent appliquées derrière les oreilles etbn donna un lavement purgatif. Bientôt le malade ouvrit les yeux, cessa de ronfler, peu a peu reconnut tes personnes qui l'entouraient et enfin, vers minuit, s'endormit d'un sommeil nature) qui dura jusqu'au lendemain matin. I) ne conservait alors nul souvenir de ce qui s'était passé depuis l'invasion du détire, et n'éprouvait plus que quelques accidents insignifiants qui se dissipèrent d'eux-mêmes.

M. Aran-pense que son malade a avalé trente à quarante grammes de chloroforme, et malgré cette énorme dose il est promptement revenu à la vie avec le seul secours de sangsues derrière les oreilles et d'un lavement purgatif. Ce médecin aurait préféré qu'on eût prescrit l'emploi d'une infusion de café noir, les affusions froides sur la tête, les sinapismes promenés sur les extrémités.

M. Aran, après avoir fait connaître ce fait intéressant, nous apprend qu'il a employé le chloroforme dans la colique de plomb sur une grande échelle, et recommande vivement aux praticiens cé moyen dont il s'est parfaitement trouvé.

ART. 4502. ULCÈHES VÉNÉRIENS PRtMITfFS, ACtDE ACÉTIQUE. Dans une des conférences scientifiques que les médecins des hôpitaux militaires betges tiennent à Bruxelles, M. le docteur Henrotay vient de proposer de cautériser le chancre vénérien pri-


mitif à son début, ainsi que le pratique M. Ricord; mais au lieu d'employer le nitrate d'argent, il conseille de recourir à l'acide acétique qui aurait une action beaucoup plus prompte et beaucoup plus certaine. M. Henrotay qui a suivi longtemps la clinique de M. Ricord, avait cru, ainsi que l'enseigne ce professeur, qu'un chancre cautérisé de bonne heure, puis pansé avec le vin aromatique amer, était généralement guéri au bout de huit à dix jours. Mais une plus longue expérience lui a démontré que bien peu de chancres ainsi traités arrivent à parfaite cicatrisation sans avoir eu au moins une durée d'un mois. Le pus d'un chancre cautérisé perd bien en effet momentanément ses propriétés contagieuses, mais il ne tarde pas à les reprendre au bout d'un certain nombre de jours, en sorte qu'il est nécessaire pour prévenir l'infection générale de cautériser de nouveau, une seconde, une troisième et même une quatrième fois. L'attouchement par lé crayon de nitrate d'argent ne change donc pas complétement la nature de l'ulcère vénérien primitif et ne s'oppose pas rigoureusement à toute chance d'infection générale. Les chancres cautérisés profondément et à plusieurs reprises s'indurent d'ailleurs presque constamment, ce qui doit être considéré comme un commencement de syphilis constitutionnelle, d'après les opinions de M. Ricord. M. Henrotay pense qu'on évite ces inconvénients en substituant au nitrate d'argent l'acide acétique, dont M. Ricord a du reste signalé la propriété neutralisante du virus syphilitique. Il a employé ce moyen dans plusieurs circonstances et a toujours vu le succès couronner son expérimentation. Plusieurs autres chirurgiens ont répété les mêmes expériences et s'en sont bien trouvés. Il résulte de leurs communications que l'acide acétique doit être appliqué avec un pinceau, comme lorsqu'on se sert de tout autre caustique liquide; cette application est renouvelée un ,plus ou moins grand nombre de fois suivant les circonstances, et on voit bientôt l'ulcère changer d'aspect et marcher vers la cicatrisation.

ART. 4503. HYDARTHMSE, POMMADE AMMONIACALE, ÉTOUPE, TAFFETAS GOMMÉ.–M. Anoch a préconisé dans les mêmes conférences le traitement suivant de l'hydarthrose.

Depuis quelques années, a-t-il dit, douze cas d'hydropisie du genou ont été soumis à mes soins j'ai eu autant de succès à enregistrer. Deux militaires appartenant au cours d'équitation viennent tout récemment encore de me fournir la preuve des bons effets de ce traitement.

< Je ferai observer qu'à l'exception d'un seul, tous ces cas d'hydropisie articulaire étaient dus à une cause externe; je n'en .ferai pas l'histoire pour ne pas tomber dans des détails inutiles, .je me bornerai à faire remarquer que parmi les cas dont je viens


de parler, j'ai dû prendre en traitement un individu chez lequel, après avoir employé pendant deux mois une infinité de moyens sans obtenir la résolution de l'épanchement, on avait fini par faire la ponction à laquelle on ajouta sans succès l'injection iodurée.

a Voici le traitement auquel j'ai eu recours on étend sur une compresse assez grande pour couvrir les parties latérales et antérieure de l'articulation une pommade qui se compose comme suit:

Axonge. une once,

Ammoniaque liquide. un gros.

« H faut avoir soin de surveiller cette application, afin d'éviter la vésication (ce qui est un point très-essentiet) et de ne produire qu'une forte rubéfaction qu'on obtient en dix à quinze minutes. On retire alors la compresse et on enlève avec précaution toute la pommade qui reste attachée à la peau. On couvre la tumeur de lin ou d'étoupe en assez grande quantité, que l'on maintient au moyen d'une pièce de taffetas gommé et d'une bande. H survient incontinent une chaleur considérable, mais très-supportabte, et il s'établit localement une transpiration qui 'humecte parfois le lin comme s'il avait été trempé dans un liquide. Cette opération se renouvelle tous les jours jusqu'à résolution complète de l'épanchement:

« Le repos au lit est d'une grande importance. Il survient quelquefois de petites vésications pendant l'emploi de la pommade on ne peut pas toujours les éviter. Pour continuer les applications journalières de la pommade ammoniacale, on recouvre les points dénudés avec des morceaux d'emplâtre de diachylum.

< Parfois l'hydropisie du genou reconnaît pour cause une métastase érysipélateuse, le rhumatisme aigu ou chronique, et s'accompagne d'une grande douleur, de chaleur et de rougeur. La méthode que je préconise ne lui est pas applicable dans ces circonstances mais après la disparition de ces phénomènes morbides, elle reprend son emcacité en réveillant l'action des absorbants. »

ART. 4504.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

ACADÉMIE DES SCIENCES.–M. Charrière a présenté à l'Académie des sciences un nouveau modèle de ciseaux qu'il recommande aux chirurgiens, et dont il croit que la science doit tirer parti. On sait que cet instrument est fort imparfait, qu'il coupe mal, se nettoie difficilement, et éprouve sans cesse un relilchement dans la vis qui articule ses deux branches, de manière que si on


n'a pas le soin de le faire réparer fréquemment, il coupe mal, ou même ne coupe pas du tout les objets minces ou résistants. M. Charrière a cru remédier à cet état de choses en remplaçant la vis par un tenon qui est rivé sur une branche et s'introduit dans une mortaise pratiquée sur l'autre. La désarticulation ne s'opère que quand on fait subir aux branches des ciseâux le plus grand écartement possible. Le principal' avantage de cette disposition consiste surtout en ce que les branches, qui sont unies entre eHes par un corps fixe et rivé, ne s'écartent plus lorsque l'instrument vient à se fatiguer, ou que si ce relàchement a lieu au bout d'un certain temps/il suffit de donner quelques coups de marteau sur le tenon pour que le rapprochement ait lieu et que l'instrument se retrouve en état.

Nous devons ajouter cependant que plusieurs couteliers ont réclamé contre la communication de M. Charrière, affirmant que cette modification était connue dans la coutellerie depuis longues années, et qu'elle n'offrait point les avantages qu'on prétendait aujourd'hui lui trouver.

–M. Rayer a présenté de la part de M. Boutet médecin vétérinaire à Chartres, et au nom de l'Association médicale d'Eureet-Loire, le résumé de nombreuses expériences qui ont été tentées pour reconnaître les propriétés contagieuses des affections charbonneuses chez l'homme et chez les animaux.

Voici quelles sont les conclusions générales de ce mémoire 4° Le sang de rate du mouton, la ~eore charbonneuse du cheval, la maladie du sang de la vache, la pustule maligne de l'homme, sont des affections de nature septique qui se communiquent par inoculation.

La communication a lieu, pour le sang de rate, non-seulement du mouton au mouton, mais encore du mouton au cheval, à la vache et au lapin.

3° La maladie charbonneuse du cheval se communique également du cheval au cheval, et du cheval au mouton, mais non à la vache. (il n'y a pas eu pour cette affection d'inoculation faite au lapin.)

4° La maladie du sang de la vache se communique aussi de la même manière au mouton, au cheval et au lapin; elle ne se communique pas à la vache elle-même.

La pustule maligne de l'homme se transmet également, par inoculation, au mouton. L'expérience est toujours restée sans effet quand elle a été pratiquée sur un cheval, une vache ou un lapin.

6° Les hommes affectés de pustule maligne sont impunément inoculés dans leurs parties saines, avec le liquide séreux provenant du pourtour de cette pustule.


7° Avec ce liquide, on ne produit pas plus d'effet quand, au lieu d'un homme, on inocule un mouton, un cheval, une vache ou un lapin.

8° On détermine cependant la mort quand, au lieu d'inoculer ce liquide, on introduit dans le tissu cellulaire sous-cutané un ou plusieurs lambeaux de la pustule elle-même.

9° La pustule maligne, ainsi inoculée au mouton, seul animal chel lequel elle a produit de l'effet, se transmet aussi bien du vivant qu'après la mort de l'individu qui a fourni la matière virulente.

10° La même expérience faite une fois seulement pour la maladie du sang de la vache et deux fois pour la fièvre charbonneuse du cheval, n'a pas été suivie du moindre effet sur les. trois individus inoculés.

')')" Les chiens ne sont aptes à contracter, par inoculation, ni l'une ni l'autre des affections qui précèdent.

42° Les poulets, les canards, les pigeons ne contractent pas non plus le sang de rate du mouton ni la fièvre charbonneuse du cheval. La maladie de sang de la vache et la pustule maligne de l'homme ne leur ont pas été inoculées.

<3° Pour les quatre affections qui précèdent, la mort a lieu chez toutes les espèces animales expérimentées au bout de seize à cent trente-quatre heures.

<~° Toutes les parties du corps, telles que le foie, la rate, les reins, le tissu cellulaire au pourtour des piqûres d'inoculation; le sang du cœur, des veines, des artères, etc., possèdent éga)ement la propriété de tuer par inoculation.

<8° Le virus charbonneux ne nous a pas paru perdre de ses propriétés en s'éloignant de la source qui l'a produit, pas plus qu'en vieillissant; il tue tout aussi bien et tout aussi vite au quatrième degré d'inoculation qu'au premier, six jours après la mort que le jour même où a succombé l'animal qui l'a fourni. 46° Les quatre affections qui nous occupent paraissent être des maladies identiques, sous le double rapport des lésions anatomiques et des effets d'inoculation qu'elles produisent. 47° Ces effets permettent de les classer, quant à leur activité et à la rapidité avec laquelle ils se produisent, dans l'ordre que nous indiquons ci-dessous 4 ° sang de rate du mouton 2" ma!)die de sang de la vache; 3° pustule maligne de l'homme; A" enfin maladie charbonneuse du cheval.

48° L'animal qui contracte le plus facilement ces affections est le mouton; vient ensuite le lapin, puis le cheval, et enfin la vache qui n'a succombé qu'une seule fois aux inoculations nombreuses que nous avons pratiquées sur elle.

19° Une seule expérience de transfusion de sang charbonneux faite sur un cheval a été suivie de mort.


30" Sur cinq expériences de cohabitation d'animaux bien portants avec des bêtes mortes ou atteintes du charbon, une seulement a occasionné la mort d'un mouton.

2)° Trois expériences de contact ont eu lieu; deux ont été suivies de mort.

23" L'alimentation de l'homme et des animaux avec des débris cadavériques provenant de bêtes charbonneuses ne produit jamais le moindre effet malfaisant.

Un ancien chef de clinique à Montpellier, M. Girbal, a adressé de nombreuses observations sur l'emploi de l'arsenic dans les fièvres intermittentes; voici les conclusions de son travail

L'acide arsénieux a une propriété fébrifuge réelle dans les fièvres intermittentes par intoxication paludéenne profonde. 2° II réussit dans les fièvres tierces plus que dans les quartes et les quotidiennes.

11 n'exerce pas d'action appréciable sur l'engorgement splénique ni sur l'état général.

4° La tolérance de l'acide arsénieux administré, depuis la dose de quatre milligrammes jusqu'à neuf et même douze milligrammes par jour, a été complète chez la moitié des malades. 5° Les accidents qu'il a déterminés ont été le plus souvent sans gravité.

6° La tolérance peut avoir lieu sans le secours d'un régime copieux et de fortes rations de vin.

7" L'emploi des eméto-cathartiques a le triple avantage de faciliter la tolérance, de faire cesser les accidents arsénicaux, et de contribuer à la guérison de la fièvre.

II est prudent.de suspendre l'acide arsénieux dès l'apparition de l'épigastralgie, des coliques,.des nausées ou de la diarrhée.

9° L'administration de l'acide arsénieux doit avoir lieu par la bouche, pendant les intermissions, ou au déclin des paroxysmes. 40" Le mode de préparation le plus simple et le plus sûr consiste en un mélange d'acide arsénieux bien pulvérisé dans la proportion d'un sur vingt, à prendre dans soixante grammes de véhicule.

440 ° On peut débuter par deux milligrammes d'acide arsénieux en deux fois, dans les vingt-quatre heures, et en élever au besoin progressivement la dose jusqu'à neuf milligrammes, en trois ou quatre fois, dans la journée.

12° Quand les accès sont arrêtés, il convient de réduire, suivant la même progression, les doses de l'acide arsénieux. 13° Les préparations de quinquina administrées après l'acide


arsénieux semblent agir avec plus de promptitude et plus de sûreté que si on les employait seules.

–M. le professeur Sédillot a adressé un mémoire sur les effets de l'eau de M. Pagliàri, pharmacien à Rome. Cette eau posséderait, suivant le professeur de Strasbourg, la propriété de coaguler le sang, et serait ainsi un hémostatique précieux dans une foule de circonstances.

ACADÉMIE DE MÉDECINE. Les séances de l'Académie de médecine ont offert peu d'intérêt sous le rapport de la pratique dans le mois qui vient de s'écouler, bien qu'on ait entendu plusieurs communications importantes sous un autre point de vue. Nous devons parler d'abord d'un rapport de M. Hervez de Chégoin sur un mémoire envoyé par M. Mayer de Belfort et intitulé « des scarifications multiples du col de la matrice à l'aide d'un instrument nouveau dans le traitement des leucorrhées symptomatiques des engorgements utérins. Ce mémoire avait pour but de démontrer que certaines leucorrhées, rebelles à tous les moyens conseillés jusqu'ici, dépendent d'un engorgement du' corps ou du col de la matrice et que le seul moyen de guérir, et l'engorgement et la leucorrhée, qui en est le résultat, c'est d'opérer une déplétion sanguine locale. Voici, au dire de M. Mayer, l'état dans lequel se présentent les femmes qui portent des engorgements de cette nature ces écoulements, plus ou moins abondants, généralement d'une certaine consistance, n'offrent pas cependant toujours le caractère pathognomonique que les auteurs assignent à la sécrétion de la muqueuse utérine, c'est-àdire la viscosité. Sa coloration est intermédiaire entre le gris sale et le jaune propre au pus. Quelquefois sans influence sensible sur les surfaces qu'il touche, son âcreté est d'autres fois portée au point d'enflammer et même d'excorier la peau des cuisses. Les malades se plaignent de lassitudes, de phénomènes gastralgiques revêtant les formes les plus graves. La prostration des forces et l'amaigrissement sont quelquefois si marqués que les femmes ne peuvent se livrer à aucun exercice. Des accidents nerveux avec la forme hystérique compliquent souvent l'état local. La sensibilité du col est augmentée, la chaleur en général, plus élevée, quelquefois normale cependant, la résistance plus grande. Les malades accusent un poids incommode sur le rectum. Avec le spéculum on découvre un boursouflement de la membrane qui tapisse la surface externe du col, quelquefois des excoriations superficielles, d'autres fois des granulations dans un petit nombre de cas la turgescence est telle que le moindre contact détermine un écoulement de sang. On s'assure, du reste, en écartant les lèvres du col, que la suppuration provient


de son intérieur et non du vagin, bien que dans certains cas elle puisse être fournie par ces deux sources.

M. Mayer a employé une foule de médications contre cet état pathologique, mais sans succès. H a bientôt renoncé aux sangsues sur le col, qui ont été préconisées par M. Duparcq, et enfin il a eu recours aux scarifications. 11 y procédait d'abord avec une iame de forme lancéolée; il l'a remplacée ensuite par un scarificateur de son invention. Après avoir introduit le spéculum, il nettoie convenablement les parties, puis it fait plusieurs scarifications à la surface du col. Il recommence cette opération tous les six ou huit jours et prescrit en même temps des bains de siége, un régime convenable, etc.

M. Hcrvez de Chégoin a fait remarquer qu'il ne suffit pas de voir l'écoulement sortir de l'orifice utérin pour se prononcer sur sa nature. Celui qui provient du col est très-différent de celui qui provient du corps de la matrice; le premier est visqueux et l'autre est terne offrant une couleur variable. Cette différence de structure et de sécrétion, dans des points si rapprochés de la même membrane, a dit le rapporteur, n'est point exclusive à la matrice, comme elle n'est point sans une grande importance en diagnostic et en thérapeutique. La vessie, par exemple, avec une disposition inverse, nous offre les mêmes différences entre son coletsonfond. On sait queles mucosités fournies par le col sont courtes, disséminées, minces, comme pelliculcuses tandis que celles du fond sont longues, épaisses, liées ensemble et filantes; que celles de l'urètre enflammé, comme celles du vagin, ont une forme purulente; on sait de même que le mucus du larynx, dans son inflammation de nature bénigne, est arrondi, floconneux, grisâtre, un peu gommeux tandis que, à quelques lignes plus bas, celui de la trachée et des bronches est aplati, épais, vert jaune et sous forme de plaques distinctes.

Quoi qu'il en soit, sur trois observations communiquées par M. Mayer, deux fois l'écoutement appartenait à l'intérieur du col et une fois il provenait du corps de l'utérus. Dans certains cas même, ce médecin a guéri de la sorte des écoulements provenant de granulations internes et externes et de f'inuammation très-ancienne des follicules muqueux, profonds et superficiels. Les conclusions du rapporteur ont donc été très-favorablès, et M. Hervez de Chégoin est disposé à regarder les scarifications du col utérin comme une médication précieuse dans certaines leucorrhées, et, comme telle, à la recommander aux praticiens. M. Landousy a présenté à l'Académie une pièce d'anatomie pathologique recueillie sur une femme qui a succombé à la pellagre à l'hôtcf-Dieu de Reims. Cette femme, âgée de soixantc"dix ans, était née dans le département de la Marne et ne s'était


jamais nourrie de maïs. EHe habitait Reims depuis plus de quarante ans et servait en qualité de domestique, lorsqu'une éruption de couleur noire envahit le dos des mains. La maladie faisant des progrès, cette femme ne put se livrer à aucun travail et tomba dans une misère affreuse. Elle se nourrissait d'une quantité insuffisante de pain de méteil et enfin fut conduite à l'hôtel-Dieu avec tous les symptômes de la maladie arrivée à son plus haut degré. Elle y mourut peu de temps après, et l'on a pu constater, par l'histoire de sa vie, qu'elle n'avait été soumise à aucune des causes que les auteurs sont convenus d'attribuer à la pellagre.

Le même médecin a signalé un cas de diabète sucré qui s'est terminé par la gangrène des extrémités et la mort, terminaison qu'avait déjà signalée M. Marcha), de Calvi, et qui ne parait pas être extrêmement rare.

M. Lernier, médecin en chef de l'asile des aliénés de Niort a lu sur la médication bromo-iodurée un mémoire dont voici les conclusions

PnEMtÈRE PART)E.–4. L'huile de foie de morue agit à la fois par sa substance grasse et par l'iodure et le bromure de potassium qui entrent dans sa composition.

3. Ces deux sels alcalins favorisent la digestion delà substance grasse en activant la sécrétion du suc pancréatique. 3. Cette substance grasse, aliment essentiellement combustible, joue un rôle important dans l'acte de la respiration et dans le développement de la chaleur animale

4. L'iode et le brome réunis agissent avec beaucoup plus d'é.nergie qu'administrés isolément.

5. On peut remplacer l'huile de foie de morue par la médication bromo-iodurée associée à des substances hydro carbonées, au chocolat par exemple.

6. La médication bromo-iodurée augmente la sécrétion des sucs digestifs, active les fonctions organiques et surtout favorise le développement du système adipeux.

7. Cette médication détermine quelquefois du côté de la peau et des membranes muqueuses une inflammation légère, qui n'a d'ailleurs nulle tendance à la suppuration.

8. Elle provoque aussi, mais beaucoup plus rarement, des accidents cérébraux qui affectent la forme de la fièvre nerveuse et plus encore la paralysie générale progressive.

9. Les matières grasses arrivent toutes formées dans le canal digestif ou proviennent de la transformation des principes immédiats non azotés.

)0. Parvenues dans le sang, elles y sont brûlées immédiate-


ment ou se déposent provisoirement dans les tissus pour servir de réserve à la respiration. °

«. Ce dépôt de la graisse dans les tissus a lieu quand l'oxygène introduit dans l'économie est insuffisant pour la brûler immédiatement.

DEUXtËMEpARTtE. 4. La maigreur, qui n'a pour cause aucune lésion organique grave,est combattue avec succès par l'huile de foie de morue ou la médication bromo-iodurée associée à des substances grasses

3. L'opium en général neutralise les effets de la médication bromo-iodurée; employé avec précaution, il peut avoir quelque utilité dans le traitement de l'obésité.

3. La médication bromo-iodurée doit modifier avantageusement certaines maladies chroniques du pancréas.

Dans la phthisie, l'huile de foie de morue agit surtout en fournissant un aliment à la combustion pulmonaire. 5. Elle sera donc contre-indiquëe dans la période aiguë de la maladie, alors qu'il est urgent de laisser en repos l'organe malade.

6. Les eaux sulfureuses agissent surtout dans la phthisie pulmonaire par l'iode et le brome qui entrent dans leur composition. 7. Dans certains cas de chlorose invétérée, on se trouvera bien d'associer la médication bromo-iodurée aux préparations ferrugineuses.

8. Dans le rachitis, l'huile de foie de morue paraît agir plus spécialement par sa substance grasse.

9. Dans le coryza chronique et dans l'ozène ulcéreux, la médication bromo-iodurée modifiera avec avantage l'état de la muqueuse des fosses nasales.

40. Cette médication, par suite de son action directe sur l'utérus et de l'activité qu'elle imprime à la circulation capillaire,. sera souvent employée avec succès pour rétablir ou provoquer la menstruation.

«. La médication bromo-iodurée seule ou associée aux préparations ferrugineuses produit d'excellents résultats dans le traitement de la paralysie générale progressive.

42. Par son action sur les sécrétions et sur les fonctions digestives, elle détermine dans la folie certains phénomènes critiques que la nature seule est souvent impuissante à provoquer. 43. Elle est surtout indiquée dans la folie chronique et plus spécialement dans la lypémanie et l'hypocondrie.


BIBLIOGRAPHIE.

A)t ). 4805. T/Y«<e ~ftr les ma~a~t'e~ cAroM~ue~ qui o'~ leur ~t'egfe dans les organes de l'appareil respiratoire; par M. I. BfucMETEAU(')).

]I faut distinguer, parmi les médecins qui, chaque année, contribuent à enrichir la science par de nouveaux ouvrages, deux catégories d'auteurs différents pour le fond aussi bien que pour la.forme de leurs écrits les uns, et c'est le plus grand nombre, sont des hommes jeunes encore, et qui cherchent, par la publication d'un livre souvent estimable, à se faire une position dans le monde médical; qui ont beaucoup étudié, beaucoup appris, qui établissent parfaitement l'état de )a science sur un sujet donné, mais auxquels l'expérience fait défaut dès qu'il s'agit de substituer leur jugement à celui des auteurs qui les ont précédés. Les autres apportent peut-être dans leurs écrits moins d'élégance et de correction, leur érudition semble moins vaste, leurs opinions même sont moins arrêtées; mais comme ils écrivent après de longues années d'observation, qu'ils racontent en quelque sorte ce qu'ils ont vu, leurs récits sont pleins d'intérêt et de charmes, et ils sont particulièrement recherchés des praticiens..

L'ouvrage que nous annonçons aujourd'hui appartient à cette dernière catégorie. L'auteur est un des praticiens les plus justement estimés de la capitale; il a préparé de longue main ce Traité, qu'il aurait pu nous donner beaucoup plus tôt, et qu'il n'a Hvréa à )a publicité que lorsque les faits qui lui servent de base ont été assez nombreux et assez variés pour devenir sans réplique. Successeur de Laënnec à l'hôpital Necker, il a continué les travaux de cet illustre médecin. H avait sous la main les mêmes matériaux ses observations ont donc dCt contribuer à élucider beaucoup de points de l'histoire des maladies de poitrine qui n'avaient été étudiés que d'une manière incomplète par le célèbre auteur de l'Auscultation.

M. Bricheteau a particuHèrement étudié dans son livre la phthisie pulmonaire, la gangrène et le cancer du poumon, l'emphysème, les vomiques, les épanchements purulents dans les plèvres, la bronchite chronique et l'asthme. Chacune de ces affections est considérée dans ses rapports avec la clinique. Ce n'est pas une monographie, ce sont des considérations pratiques

(t~tto).ir<-8, chez Hipjiotyte Souverain.


émises par un homme dont le jugement est sûr et dont )e savoir et l'expérience vont nous guider dans l'application si ditncite des règles de notre art.

Les praticiens sont encore aujourd'hui divisés d'opinion sur plusieurs questions relatives à la phthisie pulmonaire; ils seront désireux de savoir la solution que leur donne M. Bricheteau. La contagion, par exemple, qui a été admise par quelques-uns, et mise en doute ou rejetée par le plus grand nombre, ne parait à ce médecin que le produit de la frayeur et de l'imagination. C'est, dit-il, surtout en Italie que la contagion a trouvé le plus de partisans; elle a même été publiquement professée par un grand nombre de médecins italiens, à la tête desquels il faut placer Morgagni. Cet illustre pathologiste en fut tellement pénétré qu'il refusa toujours de disséquer les cadavres des poitrinaires. Dans ce pays, comme en Espagne, en Portugal, dans certaines provinces méridionales de la France, on brûle ou l'on vend tout ce qui était à l'usage des phthisiques décédés; on blanchit avec de la chaux les murs de l'appartement qu'ils ont occupé. De plus, on fait payer une amende aux héritiers d'un mort étranger, pour indemniser le propriétaire de l'infection des lieux.

L'effroi qu'inspire tout ce qui a touché les poitrinaires était tel dans certaines parties de l'Italie qu'en Étrurie, par exemple, selon Borsieri, quoique le collége de médecine ait déclaré que la phthisie n'était pas contagieuse, la loi, conséquente en ce point, puisqu'elle entre dans les mœurs et les- croyances, ordonne pourtant que tout ce qui a servi aux phthisiques soit détruit et que les murs de leur appartement soient désinfectés et repeints. »

Après avoir établi que la croyance à la contagion existe dans certaines contrées, M. Bricheteau démontre que les faits invoqués à l'appui ne peuvent soutenir un examen sévère que tous les sujets qui sont l'objet de ces observations pouvaient avoir été' primitivement tuberculeux, et qu'on s'est parfois appuyé sur des histoires indignes d'être racontées.a Telle est, dit-il, l'historiette si souvent racontée de l'Uzuriaga, d'après laquelle deux religieuses seraient mortes en peu de temps de la phthisie, pour avoir habité une chambre où une autre religieuse avait succombé à cette maladie. Tout le mobilier avait été cependant détruit, les murs btanchis. Tout, nous nous trompons; on avait oublié un cordonde sonnette encore empreint de la crasse des poitrinaires décédées. Une fois cette découverte faite, tout s'explique; le terrible cordon fut entevé, et les religieuses qui habitèrent dans la suite cette chambre, d'ailleurs très-saine, se portèrent à merveille. Des observations plus sérieuses peuvent également être réfu-


tées, et si, d'ailleurs, cette maladie était contagieuse, n'en aurait-on pas à chaque instant des preuves irréfragables? < J'ai, dit l'auteur, exercé la médecine pendant dix ans dans la circonscription du dispensaire de Paris qui renferme le plus de poitrinaires (le 4"); j'ai traité un grand nombre de tuberculeux presque tous entassés avec leur famille dans des habitations étroites et insullisantes, usant du même lit, des mêmes ustensiles, etc.; aucun fait favorable à la contagion n'est cependant venu à ma connaissance. c

L'habitation dans les localités marécageuses et humides préserve-t-elle de la phthisie pulmonaire? Y a-t-il une sorte d'antagonisme entre cette dernière. maladie et les fièvres intermittentes ? M. Bricheteau ne pense pas qu'il y ait incompatibilité entre ces deux maladies; cependant on ne saurait nier, suivant lui, qu'il n'y ait, soit dans le climat des contrées marécageuses, soit dans les influences paludéennes, quelques conditions favorables aux tuberculeux.

Une des questions les plus graves que puissent s'adresser les médecins qui ont des phthisiques à traiter est la question relative à la curabilité de la maladie. Ainsi que le fait remarquer M. Bricheteau, les anatomistes, témoins des. désordres causés par cette cruelle maladie, l'ont presque tous proclamée incurable les praticiens, au contraire, peu familiers avec les caractères anatomiques de cette affection, ne se souvenant que des cas représentant ou simulant la phthisie et particulièrement t de ceux qu'ils avaient ou croyaient avoir guéris, se sont crus fondés à dire au contraire qu'un grand nombre de moyens leur avaient réussi. On sait que certains anatomo-pathologistes ont considéré la ph)hisie comme curable, mais seulement par la fonte des tubercules et la cicatrisation des cavernes. M. Bricheteau ne paraît pas porter sur cette maladie un pronostic tout à fait aussi fâcheux. Il croit qu'il n'est pas impossible de trouver un remède à la phthisie commençante. Pourquoi, dit-il, l'art ne pourrait-il pas dans cette circonstance, comme dans plusieurs autres, modifier l'organisme de manière à le faire rentrer dans les conditions telles que de nouveaux tubercules ne puissent se développer et que les anciens se dissipent ou deviennent stationnaires. Ce qui fortifie singulièrement, au reste, les considérations auxquelles nous venons de nous livrer, c'est qu'il est aujourd'hui bien reconnu et il sera établi dans cet ouvrage, que les conditions de curation, indispensables pour le tuberculeux,dont nous parlons, se trouvent dans certains climats doués d'une chaleur douce et d'une température égale en sorte qu'on peut déjà établir ici, par anticipation que le remède est là et qu'il ne s'agit plus que d'aller le trouver, chose à la vérité difficile pour'beaucoup.de malades. D


M. Bricheteau paraît avoir une confiance assez grande dans le séjour sous un ciel plus serein que le nôtre. « La première et la plus sûre des précautions à prendre pour n'être pas atteint de phthisie, quand on a reçu de ses auteurs une fatale disposition à cette maladie, consiste à fuir les températures inhospitalières, les changements de temps brusques et homicides'de certaines latitudes pour aller habiter un climat dont la chaleur douce et égale n'offense pas la poitrine et facilite au contraire une active perspiration, si importante au maintien de l'équilibre des fonctions organiques. C'est là un premier point de pratique actuellement acquis à la science médicale et fondé sur les observations les plus authentiques; ce qui ne veut pas dire, entendons-nous bien, qu'il sufEt d'aller dans un pays plus chaud pour guérir la phthisie à tous les degrés. La migration sous une autre latitude n'est généralement efficace que dans la période de crudité, avant la fonte tuberculeuse et le développement de la fièvre de suppuration. Nous donnons comme règle à suivre de prescrire aux* malades de fuir les latitudes septentrionales, en particulier le climat si variable de Paris; de se diriger sur plusieurs localités du midi de la France ou bien d'émigrer en d'autres climats, ou, si cela se peut, dans quelqu'une des îles des mers du Sud, telle que Madère, ou encore, ce qui est plus facile, de choisir entre les .latitudes de Nice, de Pau, d'Hyères, différents points des côtes méridionales de Bretagne, de Gascogne,, etc., ou mieux enfin, de passer les monts et d'aller se fixer pour quelque temps à Pise, à Rome, et revenir pendant l'été pour y retourner ensuite.

<! Que si cette émigration salutaire n'est pas possible, il faut alors, à force de soins et de précautions, se créer un genre de vie et des habitudes ridicules peut-être aux yeux des gens bien portants, mais qui, en réalité, prolongent la vie et peuvent puissamment concourir à la guérison; se créer, par exemple, une atmosphère particulière dont la température toujours assez élevée est peu susceptible de varier. Plusieurs hommes distingués et d'une grande autorité dans cette matière ont dû à de pareilles précautions de prolonger une vie utile et précieuse. Nous citerons le célèbre Laennec, qui déjà atteint de phthisie et menant une vie laborieuse, a néanmoins vécu jusqu'à cinquante ans. 11 restait souvent couché pendant l'hiver jusqu'après midi, se maintenait constamment dans la même atmosphère, etc. Les précautions de ce genre et beaucoup d'autres prises par un autre médecin français très-connu (Landré-Beauvais), rëputë phthisique pendant près de quarante ans, sont devenues proverbiales, et il a vécu jusqu'à soixante-dix ans. Nous l'avons vu la tête constamment couverte, parlant bas, évitant d'une manière presque puérile les courants d'air, usant, en un mot, de mille prë-~


cautions pour éviter l'influence des variations atmosphériques, si dangereuses pour les tuberculeux.

Un praticien distingué comme M. Bricheteau sait bien qu'il n'y a pas de remède à proprement parler contre la phthisie pulmonaire, et que si on peut parvenir à arrêter la marche des tubercules ce n'est que par un ensemble de moyens dont la prescription raisonnée fait la valeur thérapeutique; cependant il a expérimenté dans cette maladie la plupart des médicaments qui ont été préconisés; ainsi on trouve dans son ouvrage des détails précis sur I'emp)oi des émissions sanguines, des émétiques, des révulsifs de la peau, des toniques, de l'huile de foie de morue, de la digitale, de l'arsenic, etc., etc. M. Bricheteau a tenté de tous ces moyens, et les praticiens trouveront dans son livre et les meilleurs conseils sur leur application et la plus juste appréciation de leur valeur dans le traitement de la phthisie pulmonaire.

Ce que l'auteur a fait pour la phthisie, il l'a répété pour d'autres maladies chroniques de la poitrine; en sorte qu'on ne trouverait nulle part ailleurs des conseils plus sages, plus précis, plus pratiques sur ces affections qui présentent tant de diŒcultés, soit pour le diagnostic, soit pour le traitement. Nous pensons donc que ce livre, fruit de plus de vingt années d'étude, de recherches et d'expérimentations, est appelé à un grand succès et prendra place dans toutes les bibliothèques auprès de l'ouvrage de Laennec dont il est, en quelque sorte, la continuation.

ART. 4506. De l'accroissement de la médecine pratique, par G.BACUV!(<).

H faut bien en convenir, la langue latine a fait son temps. C'était autrefois la langue des savants mais, soit que le nombre de ces savants ait diminué, soit qu'ils se mettent à étudier les langues vivantes, les ouvrages écrits en latin n'ont plus cours, et, à peine depuis vingt années, avons-nous eu occasion d'en annoncer quelques-uns. Celui que nous avons sous les yeux semblait faire exception. Bien peu d'élèves atteignaient au doctorat sans avoir lu Baglivi en latin. Grâce à M Boucher, ils pourront le lire dans leurlangue maternelle,et nous croyons fermement qu'ils n'y perdront rien, non que nous mettions en doute le mérite des traductions latines, mais, même à la sortie des bancs, on ne lit pas sans fatigue un ouvrage écrit dans la langue

(t) Traduction nouvelle, par le docteur J. Doucher, t vol. in-s, chez Labé.


de Cicéron, et fût-on un bachelier ès lettres de fraîche date, on ne saurait, sans une certaine tension d'esprit, se bien pénétrer de la pensée de l'auteur, quand à l'obscurité du sujet il faut encore joindre les dimcultés inhérentes à l'idiome.

La traduction française, que nous donne M. Boucher, est précédée d'une introduction dans laquelle ce médecin examine l'action de ta méthode de Bacon sur l'étude des sciences médicales. L'auteur'fait preuve, dans cette dissertation, d'un esprit sérieux et d'une érudition fort étendue; ce sujet n'est pas, à proprement parler, du domaine de la médecine pratique, et nous nous abstiendrons d'en parler ici. Quant à l'œuvre de Baglivi, nous rappellerons seulement que ce médecin célèbre a voulu surtout appuyer ses doctrines sur des faits, et que son livre a servi de modèle aux meilleurs écrits sur la pratique qui ont paru depuis sa publication. « La médecine et tout ce qu'elle a de certain, son origine et ses progrès ne sont dus qu'aux observations. D Celui qui a mis au jour une pareille vérité, a dû singulièrement modifier la manière d'étudier les maladies; il a opéré dans le monde médical une véritable révolution, et nous recueillons aujourd'hui les fruits que la méthode de Bacon ne pouvait manquer de développer et de mûrir, une fois importée parmi nous. « Ce n'est point le fil à plomb qui s'accommode aux pierres, mais bien les pierres qui s'accommodent au plomb, D disait encore l'illustre médecin de Lecce, et les images qu'il empruntait à des expressions proverbiales nous peignent suffisamment son aversion pour les vues spéculatives cependant, ainsi que le fait remarquer son traducteur, Baglivi n'est pas l'ennemi des théories, il veut seulement qu'elles reposent sur des faits bien observés. La médecine sans théorie ne serait que de l'empirisme, et ce n'est pas l'empirisme qu'il professe. Bien que cet ouvrage soit connu de tous les praticiens, nous ne pouvons nous empêcher d'en citer quelques passages qui, tout en ayant une utilité pratique évidente, feront connaître la traduction de M. Boucher.

Par rapport au traitement des fièvres, je ne connais pas d'urine de plus mauvais augure que les urines trop rouges; car de deux choses l'une ou elles indiquent une maladie fort aiguë, ou elles indiquent une fort longue maladie. Et quand les urines offrent cette couleur, si malheureusement vous administrez les diaphorétiques, les alexipharmaques ou quelque autre espèce de médicaments chauds, vous arriverez nécessairement à ce résultat que vous verrez s'exalter l'âcreté des sels qui communiquent leur couleur à l'urine, et qu'ainsi vous ferez naître sous vos yeux des inflammations intestinales et des fièvres longues autant que dangereuses; c'est là une chose que j'ai vue cent fois


à Rome. Les urines trop colorées, trop rouges, indiquent dans .la masse du sang un excès de matières salines. Gardons-nous bien de déclarer jamais un malade à l'abri du danger, dans les fièvres aiguës comme dans les fièvres intermittentes, tant que les urines n'auront pas repris leur coloration naturelle. Notre auteur recommande ensuite de bien se donner de garde de tirer du sang dans ce cas, car, dit-il, ce n'est point la bite ou la chaleur qui donnent cette couleur à l'urine, comme le croyaient les galénistes; ce sont des sels fixes, une sorte de sels bruts et hétérogènes qui envahissent le sang et communiquent aux sécrétions urinaires la couleur et la nature des eaux lixivielles or, tant que ces principes morbides circulent avec le sang, le sang lui-même en modère l'ardente impétuosité, il met un frein à leur fureur et les empêche de se faire les tyrans des autres éléments qui le composent. Nôtre observateur, comme on le voit, s'est fait théoricien, et sa théorie a eu le sort de bien d'autres, elle est tombée, le fait seul est resté.

Toutes les fois qu'il nous tombe sous la main un livre anciennement écrit, si l'auteur s'est occupé des crises et des jours critiques, nous lisons avec intérêt, mais non sans surprise, ces sortes de prédictions que nos pères portaient sur la marche des maladies, prédictions qu'aujourd'hui il est si difficile et si rare de voir se confirmer. Baglivi, comme tous les médecins de son époque, croit fermement aux jours critiques. C'est, dit-il, vers le septième jour ou vers le quatorzième que se jugent la plupart des maladies, à moins que le médecin ne vienne avec ses purgatifs, ses diaphorétiques et autres remèdes semblables, administrés sans méthode et sans raison, entraver la marche uniforme de la nature. Quand les choses se sont passées ainsi, les phénomènes, qui se manifestent dans le cours des maladies aiguës, révèlent beaucoup moins les efforts de la nature médicatrice que les effets des remèdes, et la-médication devient alors tout aussi impossible que le pronostic. Observez avec tout le soin possible les mouvements de la nature à chacune des cinq périodes quaternaires comprises dans les vingt premiers jours; l'ensemble de cinq quaternaires équivaut en effet précisément à trois semaines, et comme ces jours sont indicateurs des jours critiques, examinez avec soin tout ce que vous y voyez de bon ou de mauvais, et soyez sûrs que vous reverrez aux jours critiques quelque chose de semblable, à moins pourtant (et que ceci soit bien entendu une fois pour toutes), à moins que vous n'ayez fait quelque erreur thérapeutique et troublé, par une fausse médication, l'heureuse régularité des mouvements de la nature.

Tout a été dit sur les jours critiques, et aujourd'hui les méde-


cins en général y attachent bien peu d'importance. Il est difficile de s'expliquer l'illusion des anciens ou l'aveuglement des modernes, car, en s'attachant à signaler des phénomènes qui, selon eux, devaient fatalement s'accomplir, nos pères voyaient des choses qui n'existaient point, ou, en négligeant ces mêmes phénomènes, auxquels nous croyons fort peu, nous ne voyons pas ce qui existe. Mais il est tant de choses dans l'histoire de la mé- decine que nous ne pouvons nous expliquer, que cette étrange modification dans nos croyances ne doit pas nous surprendre plus que bien d'autres que nous pourrions rappeler. Nous ne nous permettrons pas de plus longues citations d'un auteur depuis si longtemps classique, et qui est dans les mains de tout le monde; il nous sutEra d'annoncer à nos lecteurs qu'ils peuvent maintenant se procurer une excellente traduction française de l'un des meilleurs écrits qui aient paru sur la pratique de la médecine.

ART. 4507. Du délire des sensations, par M. C. F. MicnËA (<). M. le docteur Michëa vient de publier une seconde édition de son ouvrage sur les hallucinations. Le succès de cette publication et l'encouragement que l'Académie lui a accordé prouvent suffisamment son mérite, et nous ne nous arrêterons pas à rappeler le plan d'un livre, connu déjà d'un grand nombre de nos lecteurs. Nous dirons seulement que l'auteur a ajouté un certain nombre de faits à ceux qu'il avait réunis dans sa première édition, et qu'il a cherché à le rendre aussi complet que possible, en profitant des découvertes acquises à la science depuis l'année 1845, époque à laquelle ce travail fut composé. ART. 4508.

VARIATES.

M. le docteur Despine père, ancien inspecteur des eaux d'Âix, en Savoie, vient de mourir à t'âge de soixante-quinze ans. Le docteur Guillaud fils, de Chambéry, a publié dans le Courrier des Alpes, sur cet honorable médecin, une notice biographique dont nous extrayons le passage suivant

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si la prédilection du docteur Despine pour l'étude des affections nerveuses et pour certains moyens de les traiter fut plus ou moins avantageuse à ces branches particulières de la science. Nous constatons seulement sa réputation euro-

(t) ivot. in-8,2~ édit., chez Labe.


poème dans cette spécialité médicale, et les remarquables améliorations introduites par lui à ce point de vue dans l'administration des eaux thermales. Mais ce que nous dirons, c'est cette candeur, cette modestie d'adolescent, qui s'alliaient délicieusement chez lui avec l'érudition variée et l'expérience consommée du vieillard. Ce contraste donnait à ses rapports un charme singulier. Pas un confrère qui, traversant la Savoie, ne désir&t le connaître; pas un qui, après t'avoir connu, ne devînt son ami. Et ce qu'il était pour ses confrères, il l'était aussi pour ses malades. « Jamais médecin, dit le Journal de Genève, n'a plus appartenu à ses malades et moins à lui-même; la seule acception de personnes qu'on ait pu lui reprocher, était de s'oublier plus volontiers auprès des pauvres que des riches. Une dame de Genève, qui avait recours à ses soins, pour exprimer cette préférence bien connue de l'excellent docteur, disait que décidément, si elle retournait faire une cure à Aix, elle se déguiserait en pauvre pour avoir une part un peu plus large du temps que lui accordait le docteur Despine. Jl ne voyait en effet, dans un malade, qu'une souffrance a soulager ou un cas à étudier; il s'y vouait tout entier, de tout son cœur et de toute son intelligence. Bien que sa fortune eût été compromise par un de ces actes de délicatesse et de désintéressement qui ne sont pas de notre siècle, il trouvait dans son ministère le moyen d'exercer la charité avec cette constance de tous les instants, et cette efficacité inépuisable qui naissent d'un instinct naturel rehaussé parle mobile religieux. ii était, à Aix, le médecin des pauvres dans l'acception la plus positive du mot. Et la maison hospitalière d'Haldimand y fut toujours l'objet de sa plus vive prédilection. D

Le docteur Despine était né à Annecy et avait pris ses grades à Montpellier; il avai~uecédé à son père dans le poste d'inspecteur des eaux d'Aix, et était remplacé lui-même, depuis quelques années, par son fils. Il a vu sa fin s'approcher avec la résignation d'un chrétien, et s'est éteint dans les bras de sa famille, après une très-courte maladie.

On lit dans les journaux politiques

L'un des plus savants et des plus célèbres professeurs de la Faculté de médecine de Paris, M. le docteur Chomel, a cessé d'appartenir à l'enseignement et à la Faculté de Paris pour le refus de serment. Il laisse vacante la chaire de clinique interne à l'École de Médecine. Deux jeunes gens, employés en qualité de commis dans un magasin de droguerie de la rue Simon-le-Franc, et couchant dans la même chambre, éprouvaient depuis quelque temps des douleurs vagues, qu'ils attribuaient à l'influence de la saison nouvelle. Ils résolurent de prendre un purgatif, et de profiter du repos du dimanche pour achever de se guérir de leur indisposition.

Ils envoyèrent acheter, chez un fabricant de produits chimiques, une dose de tartrate de soude, qui leur avait été prescrite. Vers onze heures du soir, ils se partagèrent ce sel, et, après l'avoir avalé, ils se mirent au lit. Au bout de cinq minutes, ils furent en proie à de violentes crampes d'estomac. D'abord, ils ne s'inquiétèrent pas de cette crise, qu'ils considéraient comme un effet passager du purgatif. Mais leurs souffrances altèrent en augmentant. Vers cinq heures du matin,


elles devinrent si vives, qu'ils jetèrent des cris auxquels accoururent plusieurs personnes. La porte fut enfoncée, et l'on trouva les deux jeunes gens dans un état tellement grave, que l'on s'empressa d'aller chercher plusieurs médecins. Malgré leurs soins empressés, l'un des commis ne tarda pas à succomber. Son compagnon est dans t'état le plus grave.

Prévenu de ce fait, le commissaire de police du quartier a procédé aussitôt à une enquête, d'où il résulte que la substance prise comme purgatif était un mélange de tartrate de soude et d'un sel arsenical. Par la plus déplorable des erreurs, le poison avait été placé dans le bocal contenant du tartrate de soude.

Le directeur de l'École de pharmacie ayant eu connaissance des faits que nous signalons, a de suite adressé à tous les pharmaciens de Paris la lettre suivante, afin de les mettre en garde contre les mal-'heurs que pourraient produire de pareils mélanges

On me prévient à l'instant que plusieurs cas d'empoisonnement viennent de se produire dans Paris, par suite d'une grave erreur. On a vendu de l'arséniate de soude pour du tartrate de soude. Je crois devoir vous en prévenir, atin que vous puissiez vous assurer de la pureté du tartrate de soude que vous avez dans votre pharmacie.

« Je profite de cette occasion pour vous recommander d'examiner tous les produits que vous tirez du commerce avant de les admettre dans votre officine.

La cour d'assises de la Somme vient de décider que les sages-. femmes sont comprises dans les termes médecin, chirurgien et autres officiers de santé mentionnés dans l'article 317 du code pénal, et qu'en conséquence, lorsqu'elles se rendent coupables d'un avortement provoqué, elles sont passibles de l'aggravation de peine prescrite par la loi pour les hommes de l'art. M. Hélie, aujourd'hui conseitter à la Cour de cassation, avait soutenu à notre artiete 669 une opinion con-.traire, mais la cour a adopté la jurisprudence de la cour d'assises de la Somme, et aujourd'hui il: ne saurait plus s'étever de doute sur ce point. La femme Vacavant, sage-femme, convaincue d'avoir procuré l'avortement à une fille Dumont, a donc du être condamnée aux travàux forcés à temps, au lieu de la peine de la réclusion, qui l'auraitatteinte si elle eût été étrangère à l'exercice de notre profession. Le Jloniteur du tt mai renferme le décret suivant .< Art. l". -Les jeunes gens qui désirent être admis à étudier dans les écoles de médecine navale, ou à prendre part au concours pour le grade de chirurgien ou de pharmacien de troisième classe de la marine, devront justifier jusqu'au 1" octobre 1855 soit du titre de bachelier ès lettres, soit de celui de bachelier ès sciences.

A dater du l" octobre 1855, nul ne sera admis à étudier dans les écoles de médecine de la marine, ou à concourir pour le grade de chirurgien ou de pharmacien de troisième classe, s'il n'est pourvu du diplôme de bachelier ès sciences.

« Art. 2.-Le ministre secrétaire d'État de ta marine et des colonies est chargé de l'exécution du présent décret.


ART. 4509.

Abcès par congestion, injections iodées. -Poisons, absorption, élimination. Personnel médical, patente. Les injections iodées datent d'une époque assez récente et déjà elles sont en chirurgie d'un usage général. On a reconnu qu'elles ne sont pas seulement irritantes, comme les alcools, les acides, etc., mais qu'elles favorisent l'adhésion des surfaces contiguës par une propriété qui leur est particulière, et qui les a placées en tête de tous les moyens que l'art emploie pour oblitérer les cavités accidentelles. C'est ainsi que beaucoup de chirurgiens ont remplacé par les injections iodées les injections vineuses avec lesquelles cependant on obtenait, dans l'hydrocèle, des résultats à peu près constants. EUes ont produit d'admirables résultats dans le traitement de certaines tumeurs enkystées, dans les trajets fistuleux, et l'attention des praticiens a surtout été appelée dans ces derniers temps, par MM. Abbeille et Boinet, sur leurs effets curatifs dans les abcès froids et même dans les abcès par congestion.

La guérison de certains abcès froids par les injections iodées est incontestable, et il est aujourd'hui prouvé que la chirurgie s'est enrichie d'un moyen précieux dans le traitement de cette maladie. Peut-on en dire autant des abcès par congestion? C'est la question qui s'agite en ce moment et qui divise des chirurgiens éminents. Si l'on en croit Ai. Robert, chirurgien de l'hôpital Beaujon, ces injections seraient tout i fait impuissantes pour guérir tes abcès symptômatiques d'une carie vertébrate non pas cependant qu'elles restent absolument sans action et que le malade n'en retire aucun bénéfice; l'inflammation qu'elles déterminent est au contraire très-modérée et il semble survenir une certaine amélioration mais les accidents ordinaires de la décomposition du pus, de la résorption puru)ente,e dévoiement colliquatif, le marasme se montrent bientôt, malgré les injections iodées, et )e malade succombe mévitabiement. Seuiement la vie a été un peu prolongée, et peut-être les souffrances ont-elles été un peu moins cruelles.

M. Robert s'est appuyé sur trois faits malheureux pour mettre ainsi en doute l'efficacité du traitement des abcès symptomatiques par les injections iodées. L'un des malades qui ont fait le sujet de ces expérimentations, a été traité dans son service par M. Boinet lui-même. C'était un jeune homme de vingt-sept ans, de très-bonne constitution, qui, TOME XXUI. ? DE JUILLET 1852. 7


quatre années auparavant, sur le point de tomber d'une hauteur de quinze picd~ environ, avait sauté de l'échelle où il se trouvait et avait touché ta terre sur les talons il avait ressenti une douleur dans la colonne vertébrale, et bientôt après il lui fallut entrer à l'hôpital. Le corps était alors ployé en deux, et des douleurs très-violentes,se faisaient ressentir dans les reins. Ma!gré l'emploi des moyens les plus énergiques, on n'obtint qu'une amélioration passagère les douleurs persistèrent et à la fin de l'année 18.')!, un abcès se forma dans l'aine droite. La tumeur avait le volume d'un oeuf de poul&, et les téguments qui la recouvraient n'étaient nullement altérés. M. Robert y fit une ponction sous-cutanée, et en retira cent cinquante grammes d'un pus bien lié. Quelques jours après, le pus s'étant reformé, M. Boinet se chargea lui-même du traitement de ce malade. Quatre ponctions et autant d'injections furent faites à plusieurs jours d'intervalle. L'état du malade sembla s'améliorer, mais il y avait de la fièvre, des douleurs; l'appétit se perdait, et enfin it était dans un état peu satisfaisant, lorsqu'il fut pris d'une pleurésie purulente qui l'emporta.

A l'autopsie on trouva une ostéite purulente de la colonne vertébrale, communiquant avec l'abcès de l'aine par un trajet tellement étroite qu'il était impossible de faire remonter les injections iodées, jusqu'au point de départ de la maladie. Les désordres étaient d'ailleurs considérables et tout à fait au-dessus des ressources de l'art, bien qu'on ne trouvât de tubercules nulle part.

M. Boinet ne fut pas plus heureux chez un second malade admis dans le même service, et cependant M. Robert pense que le premier de ces cas, dans lequel l'abcès par congestion était purement accidentel, semblait être de ceux qui doivent être guéris par les injections. Il n'accorde donc pas une grande efficacité à ce moyen, et il croit que M. Boinet s'est tait illusion sur ses en'ets avantageux. Néanmoins ce dernier affirme qu'il a obtenu ainsi des guérisons fort remarquables, et il a pubtié des faits en faveur de son procédé. Les objections de M. Robert ne semblent pas d'ailleurs bien concluantes, car si l'on peut, dans certaines circonstances, attribuer la guérison à un remède efnptoyé, on ne saurait conclure d'un insuccès à l'inel'ticacité ~e ce moyen. Ce dernier cas est un résultat négatif qui fournit tout au plus une présomption, et qui, pour avoir quelque valeur, demanderait à être rapproché d'un certain nombre de cas semblables. Ce n'est pas que nous trouvions les objections de M. Robert sans gravité. 11 nous paraît


bien difficile que l'injection iodée pénètre au travers de trajets sinueux jusqu'à )a source du pus, et, quand même elle y parviendrait, il est encore bien douteux qu'elle pût remédier à de pareils désordres. Mais c'est là de la théorie et M. Boinet lui oppose l'autorité des faits. Jt dit J'ai guéri dans plusieurs circonstances, mais je n'ai pas la prétention d oth'ir un remède infaillible. H est vrai que ses adversaires lui répondent On guérit le mat de Pott par toutes les méthodes et même quelquefois en ne faisant aucun traitement il faudrait nous prouver que votre procédé est supérieur aux autres. Là serait la difficulté, et c'est presque toujours celle qui se présente quand il s'agit de faire accepter un remède nouveau. Mais il est une grave'objection qu'on peut adresser à M. Boinet. Il ne s'est pas borné à pratiquer ses injections dans les cas heureux qu'il a cités; il a donné en même temps des remèdes à l'intérieur, et particulièrement les iodures. Cela est d'un bon praticien, assurémentmais quand deux remèdes sont employés concurremment il est difficile d'attribuer à chacun la part qui lui revient dans la guérison. Les objections qu'on peut faire contre les injections iodées, restent donc dans toute leur force, et nous devons attendre, pour nous prononcer sur la valeur de ce traitement, que des faits plus nombreux et plus concluants nous aient été présentés.

II y a quelques années seulement que le chimiste va chercher les posons minéraux loin du siège où ils ont été déposés, et ce procédé qui semblait si simple, si conforme à nos connaissances physiologiques, mis en lumière par M. Orfila, restera assurément dans la science comme une des plus belles découvertes de la chimie moderne. Mais combien de temps le poison ainsi transporté sur dinérents points de l'économie, par voie d'absorption, reste-t-it dans le corps, comment nos organes parviennent-ils à s'en débarasser et en sont-ils même jamais entièrement débarrasses ? Ce sont des questions qu'il importait de résoudre et qu'un jeune chimiste,. M. F. Orfila, neveu de notre célèbre professeur, a entrepris d'élucider. Ses expérimentations ont porté sur quatre substances seulement, le subiimé corrosif, t acétate de plomb, le sulfate de cuivre et le nitrate d'argent. De nombreuses expériences ont été faites sur les hommes etsur les animaux aveccessubstances toxiques, et il a reconnu que l'arsenic est complétement expulsé en quinze jours des organes des animaux auxquels on a fait prendre de t'acide arsénieux. Le mercure, après l'administration du sublimé, ne reste pas un mois; l'antimoine,


quand il a été donné à l'état d'émétique, séjourne dans les tissus plus de quatre mois. L'argent a été retrouvé sept mois après l'administration de l'azotate d'argent; mais il n'a pu être décelé huit mois après cette époque. Le plomb et le cuivre, introduits, le premier à l'état d'acétate, le second à l'état de sulfate, existent encore dans les organes au bout de huit mois.

Ces résultats sont extrêmement curieux assurément, et ils ne doivent être ignorés d'aucun médecin consulté par l'autorité dans un cas de médecine légale; mais il paraît, d'après les expériences de-M. F. Orfila, que non-seulement les poisons restent plus ou moins longtemps dans l'écono- mie suivant leur espèce, mais encore que certaines constitutions, certaines idiosyncrasies particulières les conservent bien plus longtemps que des constitutions opposées; ainsi chez quelques sujets on ne retrouvait plus de mercure huit jours après qu'on avait cessé l'administration du sublimé, et chez d'autres on en trouvait encore après dix-huit jours.

Les questions relatives à l'absorption et à l'élimination des poisons sont, ainsi qu'on le voit, fort loin d'être résolues, et on doit applaudir aux efforts qui sont tentés pour faire avancer la science sur ce point. Aucune partie de la médecine légale ne nous semble plus digne d'intérêt et n'appelle avec plus d'actualité les recherches des praticiens. Le gouvernement vient de publier, à l'appui du projet debudgetde 1853, des documents qui nous font connaître, de la manière la plus exacte, le nombre des médecins exerçant leur art en France. On sait que tous les hommes de l'art, quel que soit leur titre, sont depuis deux ans soumis à la patente, aussi bien que les avocats, les notaires, etc. Or, voici le dénombrement des patentes fait par le fisc, et il est à peu près impossible que ce tableau ne soit pas de la plus grande exactitude.

Docteurs en chirurgie. 168 Docteurs en médecine. 10 971 Chirurgiens dentistes. 411 Officiers de santés. 4522 'Vétérinaires. 2045 Total des patentés. 18117

Si l'on retranche les vétérinaires de ce tableau, on verra que le nombre des praticiens s'élève en France à seize mille soixante-douze.

Ce chiffre, qui ne saurait manquer d'être exact, est


inférieur d'environ trois mille à celui que nous avons donné dans notre Statistique du personnel médical publié en 1845. I) résulte en effet de' la comparaison de nos anciennes listes avec celles que nous nous procurons maintenant,' et qui sont récemment confectionnées, que, bien: loin d'augmenter, comme certains écrivains le prétendent, le nombre des médecins a sensiblement diminué depuis cette époque. Ce résultat était facile à prévoir, le nombre des réceptions allant en diminuant depuis dix années, et la mort moissonnant parmi nous avec une rapidité dont on ne se rend peut-être pas bien compte..

Quoi qu'il en soit, les seize mille praticiens soumis à la; patente donnent au gouvernement la somme de trois cent soixante-dix mille huit cent soixante-cinq francs. Les avocats. ne fournissent que cent soixante-huit mille huit cent vingttrois francs. Mais une remarque assez curieuse, inspirée par le tableau des patentés, c'est que les dentistes sont en général dans une situation' de fortune bien supérieure à celle des médecins. La valeur locative ayant servi de base à la patente, a été en moyenne, pour les docteurs en médecine, de quatre cent sept francs, tandis que pour les dentistes elle s'est élevée à six cent soixante-six. Aussi les premiers ont-ils payé en moyenne vingt-sept francs dixsept centimes de patente, et les seconds quarante-quatre francs quarante-quatre centimes. La position des officiersde santé, de beaucoup inférieure à celle des docteurs et des dentistes, n'est pas même égale à celle des vétérinaires.. Ceux-ci, en effet, ont offert une valeur locative moyenne de cent soixante-dix-sept francs. La moyenne du loyer des officiers de santé ne s'élève qu'à cent soixante-huit francs; aussi ces derniers payent-ils en moyenne une patente de onze francs vingt-deux centimes, et' les vétérinaires une patente de onze francs quatre-vingt-quatre centimes. Dans le groupe des professions, dites autrefois libérales, qui étaient jadis exemptées de la patente, les officiers de santé occupent, sous le rapport de la fortune, le dernier rang; ils sont précédés par les vétérinaires, les greffiers, les huissiers, les maîtres de pensions viennent ensuite les docteurs en médecine, et enfin les avocats, qui sont moins riches que les avoués, mais le sont plus que les notaires. Quelques-uns de nos lecteurs seront peut-être bien aises d'apprendre que si tous les médecins sont soumis à la; patente, cet impôt n'est exigé qu'autant qu'ils exercent leur profession. Nous lisons, en effet,' dans la Gazette desTribunaux du 8 juin

Le médecin qui exerce habituellement sa profession,'


encore bien qu'il allègue .ne l'exercer. que gratuitement et qu'il ne soit p's prouvé qu'il l'a exercée moyennant rétribution est soumis à la patente.

Mais le médecin qui, après avoir déclaré qu'il renonçait h ta médecine, fait accidentellement et gratuitement nuciques actes de sa profession, par exemple en donnant occa-' sionnellemènt des soins gratuits à des malades pauvres, ne doit pus être soutins a )a patente.

Ces solutions qui, d'une part, maintiennent pour les médecins, te pri.ncipo générât de l'exercice effectif de la proffssion et qui, d~autre part, consacrent )a distinction:. que nous venons de faire ressortir, résultent de divers décrets rendus au conseil d'Etat les 5 mars, 15 mai et 4 juin 1852." »

AM. 4510.

Compte rendu des travaux de la Société de médecine de la jSai~/te.–Su~ <'<îye auquel il convient d'opérer le &M-de~cure.t'me couenneuse, cautérisation. –JP/:eMMtOK!'e latente, erreur de diagnostic. Cathétérisme cAen la /ëmme.– Ascarides, oblitération de l'intestin. La Société de médecine du département de la Sarthe vient de publier un bulletin de ses travaux dans lequel nous trouvons un grand nombre de faits intéressants pour le praticien, et dont nous allons porter quelques-uns à la connaissance de nos lecteurs.

M. le docteur Guiet a examiné la question de savoir si le praticien doit opérer le bec-de-lièvre à une époque rapprochée de la naissance, ou s'il doit attendre l'âge de raison, afin que l'enfant vienne en aide au chirurgien et qu'on ait moins de chances de voir l'opération échouer. Après avoir examiné les raisons pour et contre, M. Guiet finit par conclure que l'opération du bec-de-lièvre doit être pratiquée dans le premier mois de la vie, à moins de contreindications morbides appréciâmes par le chirurgien; et que cette opération n'est pas seulement urgente pour les becsde-tièvre doubles ou compliqués, dans lesquels la vie du. sujet est en jeu, qu'elle est encore avantageuse dans les becsde-tièvre simples constituant une difformité toujours nuisible, dont t'enfunt a intérêt à être débarrassé le plus promptement possible.

M. Guiet appuie cette opinion par le récit d'une opération de ce genre qu'il a pratiquée chez un très-jeune


enfant, et qui a présente des circonstances assez singulières. Un enfant né avec un bec-de-lièvre double lui fut présenté vers la fin de mars 1849. It était à peine âge de huit jours. La difformité était complète, un mamelon informe formant continuité avec la cloison médiane des fosses "asales, deux fissures tatérates se tinnt à gau< he avec la division du.palais et de la voûte palatine, une large communication de la bouche avec les fosses nasates, une impossibitité absolue de succion, une physionomie horrible lorsque t'enfant venait à contracter ses muscles buccaux tout cela formait un ensemble repoussant, hideux. M. Guiet se décida à pratiquer l'opération immédiatement. Après avoir détaché le tambeau médian avec le bistouri, il aviva avec des ciseaux les quatre portions de la muqueuse correspondant aux solutions de continuité, puis il les maintint rapprochées à l'aide de deux épingles ordinaires et de la future entortillée. L'opération fut faite le 11 avril, et l'enfant était alors âgé de vingt jours. Le 12, le 13 et le 14, tout semblait dans d'excellentes conditions, mais le ]5, l'appareil avait été dérangé. En examinant de près le petit malade, M. Guiet s'aperçut qu'il y avait de la bouillie sur l'appareil, et qu'ainsi, malgré sa recommandation expresse de ne donner que des liquides au petit malade, on avait compromis' le succès de l'opération en donnant des aliments solides. Le 16, l'épingle supérieure fut entevée. H y avait de la suppuration dans tout son trajet; on enleva alors la deuxième épingte, et, laissant les fils en place, on recouvrit d'une.bandelette aggtutinative. On croyait que t'opération avait comptétementéchoué, et en effet, le 17, la bandelette avait quitté la lèvre supérieure, les cicatrices avaient cédé: La bandelette fut remplacée par une autre, mise avec plus de soin, et on recommanda aux parents de ramener t'enfant au bout de huit jours. Quel ne fut pas l'étonnement de l'opérateur, torsqu'après avoir coupé la bandelette restée en place, on reconnut que le succès était complet du côté droit. On recommença l'opération le 2 juillet pour le côté gauche. Elle fut des plus simples, et l'adhésion fut parfaite sans aucune sorte d accidents. Dix-huit mois après cette opération, le bec-de-tièvrc était aussi peu appareut que possible, et les parties divisées de la voûte palatine s'étaient sensiblement rapprochées (1). (1) Nous croyons, en ctret, qu'aujourd'hui la question est.à peu près jugée, et que la plupart des praticiens pre~'eat opérer le bec-


Après avoir rapporté cinq observations d'angine membraneuse, M. le docteur Jules Le Bêle a cru pouvoir établir les règles de traitement de cette maladie de la manière suivante

Les pseudo-membranes ont, suivant ce médecin, d'autant plus de tendance à envahir le larynx que les enfants sont plus rapprochés de la première année de la vie. Plus tard, elles restent de préférence dans l'arrière-gorge et sont infiniment plus accessibles au traitement c'est alors que la cautérisation est véritablement la planche de salut. .Toutes les fois que le larynx est affecté, il y a au début rougeur de l'arrière-gorge et gonflement des amygdales, mais non constamment des points pseudo-membraneux, comme on l'a avancé la maladie diphtéritique peut occuper le larynx d'emblée.

Dans cette hypothèse, les amygdales, déjà rouges et tuméfiées sous l'influence d'un certain degré de phlegmasie spécifique, peuvent offrir ultérieurement des plaques blanches.

Dans tous les cas, au moindre indice douteux, il faut tout de suife recourir à la cautérisation, qui ne peut d'ailleurs avoir aucun inconvénient sérieux.

Dans un genre d'affections aussi rapidement désespérées,

de-Uëvre dans les premiers mois de la vie. Lorsque l'opération réussit, il y a d'immenses avantages, et si elle échoue, on a toujours la ressource d'y revenir plus tard, lorsque l'enfant a atteint l'âge de raison. Mais, à l'aide des perfectionnements récemment introduits dans la chirurgie plastique, il est rare qu'on échoue, alors même qu'on opère des enfants nouvellement nés. Ces avantages ont été si bien sentis par les chirurgiens, qu'ils ont proposé de faire même la staphyloraphie dans le premier âge et que M.'Sédiilot a déjà publié des faits constatant les avantages d'une pareille pratique. Cependant nous devons dire que des difficultés assez sérieuses se présentent parfois dans le procédé opératoire. La sensibilité n'est pas exquise a cette époque de la vie cependant les contractions des muscles de la face peuvent s'opposer, jusqu'à un certain point, à ce que les bords des plaies soient exactement affrontés. D'un autre côté, les parties sont si molles et si délicates que les aiguilles peuvent les couper, et qu'il est souvent difficile de les comprimer par la suture sans les endommager, les contondre et les enflammer. On obtiendrait la paralysie des muscles de la face, s'il en était besoin, par quelques aspirations de chloroforme, et l'expérience a déjà prouvé que certains aggiutinatifs, et le collodion en particulier, pouvaient, jusqu'à un certain point, suppléer à la ligature, ou tout au moins favorisaient tellement son action chez les jeunes enfants, que l'adhésion a été obtenue presque par leur seul usage. A l'aide de ces moyens, auxquels il faut savoir recourir à l'occasion nous croyons, comme le docteur Guiet, que le bec-de-lièvre, simple ou compliqué, doit presque toujours être opéré dans les premiers mois 'de la vie. (N. dMRe'd.).


il ne faut pas craindre d'user de trop de précautions. Si l'état de la gorge est peu inquiétant, on peut toujours espérer qu'une petite portion de la solution caustique s'introduise dans la glotte, et agisse au moins sur l'épiglotte et les cordes vocales, sinon plus profondément.

Un autre avantage de la cautérisation, surtout lorsque les vomitifs sont tolérés, c'est !a possibilité de produire par ce moyen de puissants efforts d'expuition, qui peuvent encore, à une époque avancée de la maladie, amener une expulsion salutaire de produits spécifiques.

La cautérisation doit être pratiquée tous les jours deux fois, ou au moins une fois; et on ne doit pas hésiter à employer la solution concentrée de nitrate d'argent cristallisé, à cause de l'action superficieile de ce caustique. Aussitôt et en même temps que la cautérisation, on doit faire vomir et faire vomir en permanence (de deux heures en deux heures), avec l'ipécacuanha, l'émétique, le sulfate de cuivre, le sulfate de zinc, en variant et alternant avec soin pour prévenir une prompte tolérance. L'émétique et l'ipécacuanha sont bien les plus sûrs; le dernier surtout est le plus difficilement toléré. Le sulfate de cuivre a l'inconvénient de provoquer d'abondantes évacuations alvines séreuses qui sont suivies d'une grande prostration. Si, malgré la cautérisation et les vomitifs vigoureusement employés dès le début, les accidents persistent ou s'aggravent, il ne faut pas tarder à se servir du calomel à doses fractionnées (vingt à vingt-cinq centigr. par jour suspendus dans une émulsion).

En même temps on a recours-subsidiairement aux frictions napolitaines sur le devant du cou et de la poitrine, réservant le dos pour l'application d'un large révulsif. Cependant, malgré l'efficacité bien reconnue des mercuriaux, M. Le Bêle engage à n'y recourir qu'avec de grandes précautions, les enfants pouvant facilement être empoisonnés par cette substance, et il cite l'exemple d'une'petite fille de dix mois qui guérit du croup, mais succomba aux~ suites de la salivation.

M. le docteur Lejeune a appelé l'attention de ses confrères sur la nécessité d'ausculter les malades, alors même qu'ils ne paraissent présenter aucun accident du côté des poumons, II a cité plusieurs exemples dans lesquels il a été commis des erreurs fâcheuses parce qu'on a négligé cette précaution. C'est surtout chez les enfants et chez les vieillards qu'on peut être exposé à méconnaître une pneumonie latente ou un épanchementpleurQtique, qu'aucun


symptôme ne ferait soupçonner parfois si l'on ne recourait à la percussion et à l'auscultation (1).

Le cathétérisme chez la femme est facile à pratiquer à cause des dispositions de l'urètre, mais il arrive souvent qu'on voudrait pouvoir exécuter cette opération sans découvrir la malade, et alors il est assez maiaisé de rencontrer le méat urinaire sans se livrer à des tàtonnements plus ou moins pénibles pour la femme et pour le médeon. M. le docteur Fisseau indique une méthode qui, assure-t-il, lui m Le conseil donné par M. Lejeune est celui que les élèves reçoivent aujourd'hui dans toutes les cliniques de la Faculté, Nous convenons volontiers de son importance, cependant il ne faudrait pas toujours le suivre à la lettre et s'en exagérer la portée. t on voulait adresser au malade qui réclame nos soins toutes les quesOons que certains professeurs de clinique repèrent à chaque lit pour l'inslruction des élèves, on le fatiguerait souvent par uo m~errogatore inutile et on s'exposerait soi-même à une confusion d'idées qui ne pourrait que nuire a l'exactitude du diagnostic. Le professeur UroussaiS ne restait que quelques minutes autres de ses malades, et nous n avons vu aucun praticien porter un diagnostic plus juste et plus sur. M.~s nous ne humons ici que t'exagéraUon du principe qui veut qu'on n'établisse jamais un diagnostic qu'après s'être informé des antécédents du matade, et surtout après avoir interrogé tous ses orOn a beaucoup parlé, dans ces derniers temps surtout, de la pneumonie latente et des erreurs de diagnostic qu'une absence complète de toux et de douleurs pouvait occasionner. Cette pneumonie tnstdieuse existe assurément, et le praticien ne saurait trop se tenir sur ses gardes pour éviter d'énormes bévues qui trop souvent ont été commises; mais si dans ces cas le médecin eût songé à appeler l'attention de son malade sur l'état de ses organes pulmonaires, il en aurait appris qu'au déhut de la maladie il y a eu de la douleur, de l'oppression et des symptômes suffisants pour t'engage'- à porter l'oreille sur les parois de la poitrine. Si donc il a "n tort à se reprocher, c'est de n'avoir pas songé à préciser ses questions sur l'état de la poitrine, plus encore que de n'avoir pas eu recours à l'auscultation. La pneumonie véritablement latente est des plus rares; mais celle qui peut être méconnue par des praticiens inattentifs, parce qu'elle ne s'annonce pas avec tous les symptômes ordinaires de cette affection, est malheureusement assez commune. Les exemples cités par M. Lejeune doivent être rangés dans cette dernière catégorie, et c'est avec beaucoup de raison que ce médecin appelle sur ce point l'attention de ses confrères.

On en peut dire autant, du reste, des organes de l'ahdomen qui doivent être palpes et examinés avec le soin le plus scéupuleux. C'est peut être plus encore dans la constatation de l'état des organes que dans le choix des médicaments que consiste lé talent du praticien. Grâce à la découverte de Laënnec, il est plus facile aujourd'hui de constater !'état du poumon que celui des organes de l'ahdomen, et si l'on cite des pneumonies méconnues et causant d'immenses désordres à t'insu du médecin, combien ne pourrait-on pas rappefer de cas dans ies~juefs~es tumeurs abdominales, des abcès ont passé inaperçus et ne se sont révélés qu'à une époque où l'on n'avait )dus rien a attendre des ressources de l'art ? (N. du Réd.).


a constamment réussi. Je place, dit-il, dans l'entrée même du vagin mon doigt indicateur de la main gauche, la face palmaire tournée en avant. Là, sa position est bien assurée, un mouvement de la femme ne peut le déranger; il est là un conducteur fidèle sur lequel je glisse la sonde prise de la main droite comme une plume à écrire. L'instrument toujours guidé, toujours senti par lui, ne peut faire fausse route; il ne peut glisser dans le vagin et rencontre presque immédiatement, le méat urinaire. Cette pratique est facile chez les femmes jeunes comme chez celles qui sont avancées en âge mais il faut se rappeler que chez les premières le méat urinaire est situé un peu plus haut, et que chez les autres, comme chez les femmes dans un état de grossesse avancé, il est plus rapproché du vagin.

M. le docteur Perrin a fait connaître un fait curieux dans lequel la mort a été due à une oblitération de l'intestin grêle par des ascarides.lombricoïdes. I) s'agissait d'un enfant de deux ans qui mourut presque subitement et sans l'assistance d'un médecin. L'autorité ayant ordonné l'ouverture du cadavre, M. Perrin, chargé de cette opération, apprit que la veitle de sa mort, l'enfant avait fait avec ses parents un repas copieux composé d'une fricassée de gras double. 11 avait succombé au bout de quelques heures à la suite de vomissements incessants et répétés, et sans que ces vomissements eussent été accompagnés ou suivis d'une seule garde-robe. 0

A l'ouverture du corps, on trouva l'estomac vide et n'offrant rien de particulier. Mais le petit intestin renfermait' dans son tiers inférieur 1° deux cents grammes d'un liquide épais, trouble, dont la coloration rouge palissandre était manifestement due au sang contenu dans le gras double in-' géré; 2° vingt vers lombrics formant un véritable peloton de la grosseur d'un œuf de poule et obturant complétement la cavité intestinale; 3° enfin, au milieu de ces lombrics, sept ou huit fragments de gras double décolorés parle travail de la digestion, d'une texture fibreuse et élastique, d'un centimètre d'épaisseur environ et de la dimension, en longueur et en largeur, de la phalange onguéale du petit 'doigt d'un adulte. Mais ce qu'il y avait de plus curieux à noter, c'est que plusieurs lombrics avaient perforé de part en part ces corps étrangers, de telle sorte que ces ascarides pelotonnés les uns sur les autres, et ces morceaux de viande de boucherie, dont quelques-uns étaient embrochés par eux, avaient dû former, pendant la vie du sujet, comme une masse moitié inerte, moitié vivante, qui, à un moment


donné, avait tout à coup déterminé chez le petit malade une obstruction complète de l'intestin, puis bientôt amené à sa suite tous les accidents mortels et foudroyants de l'étranglement interne par obstacle au cours des matières intestinales.

ART. 4511.

HOPITAL DE LA PITIÉ.

(Service de M. Valleix.)

~MpAyxeMe pulmonaire. De~'rtMM tremens. Remarques sur l'administration du chloroforme comme anesthésique général.

L'emphysème pulmonaire est une maladie très-fréquente et qui pourtant n'est bien connue que depuis les beaux travaux de Laënnec. Avant la découverte de l'auscultation, on la confondait avec l'asthme essentiel, parce qu'on tenait compte seulement de ses signes extérieurs les plus frappants, et qu'autrefois on supposait que la suffocation revenant par accès, était le résultat d'un spasme des voies aériennes ou d'une perturbation nerveuse quelconque. Or l'auscultation est venue montrer que ce phénomène peut être également déterminé par la dilatation exagérée de cellules pulmonaires, état pathologique extrêmement commun, et sur lequel M. Valleix a cru devoir appeler l'attention de son auditoire à l'occasion d'un malade, dont voici l'observation succincte.

Un passementier âgé de quarante-sept ans, d'une constitution faible, entra, le 6 mars, dans le service de ce médecin, pour des accidents de suffocation tels qu'il croyait ne pas passer la nuit. Il y avait trois jours que la dyspnée portée jusqu'à l'orthopnée durait et faisait des progrès. L'interne, à sa visite du soir, donna deux grammes d'ipéca à ce malade, qui vomit abondamment et se trouva, au bout de quelques heures, notablement soulagé. Le lendemain M. Valleix prescrivit deux fumigations de feuilles de belladone par jour, et une pilule d'extrait gommeux d'opium de trois centigrammes. Le 8 on constatait les symptômes ° suivants Face pâle, creux sous-claviculaires et espaces intercostaux presque effacés malgré l'état de maigreur trèsaccusé du malade. Poitrinè globuleuse avec saillie précordiale oblongue, remarquablement sonore à la percussion, surtout en bas et en arrière; respiration faible des deux côtés un peu de sifflement à l'inspiration pendant l'expi-


ration, qui est prolongée'du double, on entend le bruit sonore comparé au roucoulement de la tourtelle. Du reste, pas de râle sous-crépitant toux peu fréquente, légèrement quinteuse expectoration difficile de crachats glaireux avec stries jaunâtres de muco-pus, et mousse aérée flottant à la surface; battements du cœur profonds mais réguliers pouls à quatre-vingts, normal rien de notable du côté des fonctions digestives.

Malgré les symptômes stéthoscopiques, qui annonçaient encore ici un emphysème vésiculaire, persistant à un degré assez prononcé, la situation du malade était sensiblement améliorée. Aussi suffit-il d'insister sur les mêmes moyens thérapeutiques pour que les accidents disparussent au bout de quelques jours.

Il faut remarquer, disait à ce sujet M. Valleix, que cet homme après avoir joui pendant longtemps d'une bonne santé, a été pris, il y a dix ans, d'un rhume opiniâtre, et que depuis cette époque il n'a cessé complètement de tousser qu'à de très-courts intervalles. Les rhumes se sont succédé chez lui presque sans interruption. Il avait un coryza, puis une bronchite, et avec la bronchite des accès de suffocation devenant de plus en plus forts. C'est là l'histoire du plus grand nombre des emphysémateux. M. Louis et plusieurs autres médecins ont bien dit que certains malades avaient été pris d'emphysème vésiculaire sans avoir jamais eu ni coryza ni bronchite; mais, en général, c'est à la suite de ces bronchites répétées, lorsque les bronches sont restées engouées et qu'il y a eu des efforts de respiration et de toux prolongés et portés au delà des limites ordinaires, que l'emphysème pulmonaire se produit. Cette affection se reconnaît facilement et ne saurait être confondue, à moins de coexistence des deux maladies avec l'asthme essentiel ou nerveux. L'accès d'asthme prend, comme on sait, brusquement en pleine santé, le plus souvent pendant la nuit, sans autres prodromes que quelques moments de gêne, d'agitation et d'anxiété inexplicables. La respiration est sifflante, la toux quinteuse, trachéale, suffocante. L'asthmatique manque d'air et en demande à cor et à cris; puis après une durée de plusieurs heures le mal diminue une crise se fait par une expectoration de matières filantes et tout rentre dans l'ordre jusqu'au retour plus ou moins éloigné d'un nouvel accès. Certains individus sont repris de leur asthme dès qu'ils marchent contre le vent, d'autres en allant à la campagne ou en entrant dans un bateau. Une dame avait un accès d'asthme pour peu que sa veilleuse de nuit fumât. Or, si quelques-uns de ces signes, comme la,


suffocation et le besoin d'air, par exempte, se rencontrent chez les emphysémateux les autres sont bien différents. La toux est celle de la bronchite et se comporte de la même manière tes accès sont bien plus longs; d'aitteurs, la dilatation des vésicules, par l'air qui les remplit, donne à la poitrine une forme globuleuse, et surtout une sonorité qui n'admettent pas d'équivoque.

On dit que l'asthme nerveux n'est pas grave c'est vrai si cet asthme est réduit à son état de simplicité: il ne fait alors que fatiguer les malades et leur permet de vieillir; mais il n'en est pas de même de l'emphysème. C'est une maladie qui fait toujours des progrès et se termine un peu plus tôt, un peu plus tard, par une affection du cœur, une bronchite capillaire ou une pneumonie. Elle exige donc une surveillance qui doit avoir principalement pour objet d'éviter les causes de bronchite, mais avec les plus grandes précautions on y parvient bien rarement. Il arrive toujours, quoi qu'on fasse, quelque rhume qui gagne les extrémités des bronches, et vuità ce qui fait la gravité de cette affection. Quant au traitement des accès nous avons vu en quoi M Valleix le fait consister. On donne au début deux grammesd'ipéca; l'ipéca agit comme vomitif et plus doucement que le tartre stibié. Les jours suivants, le matade prend le soir une pilule d'extrait gommeux d'opium de trois centigrammes, etit fait usagedeux fuis par jour des fumigations de belladone et de datura. préparées comme nous l'avons. dit dans notre dernier cahier (art. 4493). L'expérience a démontré en effet que les narcotiques ont une puissante action sur cet emphysème ils rendent la respiration moins pénible et catmen). l'irritation des bronches. Si l'opium ne donne pas de résultats suffisants, on peut lui substituer avec avantage t'extrait de datura à la même dose. Quelquefois M. Valleix est conduit à faire pratiquer une saignée maisc'estdanstecasoù unehypertrophie du coeur commençante vient se joindre à l'état emphysémateux des poumons; on désemplit ainsi le système vasculaire et la respiration devient plus libre. De même, s'il y a un engorgement du foie, une application de ventouses ou de sangsues sur la région hypocondriaque ou à l'anus, diminue cette congestion, et le diaphragme cessant d'être refoulé, il en résuhe moins de gêne dans le jeu des poumons.

-Non loin du malade précédent et à peu près à la même époque, se trouvait un garçon de bureau, autrefois garçon marchand de vin qui était entré dans !e service avec du délire et du tremblement. On fut informé que cet homme,


âgé environ de cinquante-quatre ans, avait tremblé depuis son enfance, mais que sous l'influence probable de ses habitudes d'ivrognerie, ce tremblement avait augmenté, et que le 1" février, à la suite d'une vive altercation et de nouveaux excès de boisson, il avait pris une mtens'tc excessive. Les facultés intellectuelles étaient aussi légèrement trouvées, et à ces phénomènes se joignait une msummo complète sans fièvre le pouls était à soixante-huit. M. Valleix prescrivit la médication suivante Solution de sirop de groseilles, deux pots, une pilule d'extrait gommeux d'op'um de trois centigrammes, un julep gommeux et un bain. Le troisième jour, mieux sensible; mëme prescription, à laquelle on ajoute un verre d'eau de Sedlitz, chaque matin; Le sixième jour le malade marche sans aide. Le quatorzième il quitte l'hôpital n'ayant plus que le tremblement peu prononcé qui lui est habituel. r u

A propos de ce cas léger de delirium tremens, M. Vatteix a fait remarquer combien les opinions professées sur le traitement de cette maladie sont din'érentes, et la difncutté qu'il y a en tirer des conclusions u'ites pour la pratique. On a beaucoup vanté t'opium à haute dose contre les accidents de ce genre. Mais d'un autre côté, Esquirol, Calmeil et le docteur Warren de Boston ont prétendu que ce médicament était pernicieux. L'expectationet les bains leur ont paru préférables aux narcotiques. D'autres ont conseillé le tartre stibié, le sutt'ate de quinine, ladigitale, etc. Eh bien! 1 it faut ici tenir compte des degrés, des nuances, et S!, par exemple, il s'agit d'un cas léger, il est probable qu'un traitement très-simple suffira pour conduire les choses à bien. Celui qu'on a prescrit chez le malade dont nous parlons, a même réussi dans des cas plus graves. On a employé aussi en pareilles circonstances le chloroforme, et it a été publié, dans la Lancette anglaise, un exemple de delirium tremens dissipé sous l'influence du sommeil chtoroformique. D'autres faits viendront peut-être confirmer le succès de cette nouvelle médication mais en attendant que l'expérience ait prononcé sur sa valeur dans l'espèce, M. Vattefx cruit convenable de s'en tenir à des moyen simples, et de réserver le chloroforme pour les cas seulement où l'agitation est extrême.

-Nous venons de nommer le chloroforme. Cet agent prenant chaque jour une importance plus considérable dans la pratique médicate, nous reproduirons ici quelques remarques faites par M. Vatteix sur la manière de diriger les inhalations anesthé~iques.


Pour éviter les dangers de ces inhalations, il importe, selon ce médecin, d'avoir toujours présente à l'esprit, la division en trois périodes des effets physiologiques produits par le chloroforme périodes d'étourdissement, d'excitation et de collapsus, noms qui répondent assez bien aux sensations qu'éprouvent les malades. Ces périodes se manifestent chez tous les individus soumis l'action du chloroforme sans exception seulement, la durée et la forme de la seconde varient à l'infini, en sorte que quelquefois elle passe inaperçue pour ainsi dire, et qu'après un très-petit nombre d'inspirations on voit arriver la période de collapsus Or c'est dans ce cas'qu'il peut y avoir danger, parce que celui-ci n'est pas en rapport avec le plus ou moins de chloroforme qu'aura usé !e malade, mais en raison de ta prolongation des inhalations pendant la troisième période. Tant qu'il n'yaqu'étourdissement ou excitation, c'est-à-dire tant qu'on n'a pas dépassé la limite de la seconde période, il n'y a nul inconvénient à faire aspirer le chloroforme on peut le prodiguer impunément. Il n'en est plus de même quand on est entré dans la période de collapsus, et alors il peut arriver que quelques inspirations de plus compromettent sérieusement la vie. It faut donc s'arrêter sur le seuil de cette période, et il y a tout avantage à le faire, puisque c'est aussi le meilleur momentpour opérer. Ladifficulté est de bien connaître les diverses formes de l'excitation, chose qui n'est pas aussi aisée qu'on pourrait le croire. L'excitation ne se manifeste quelquefois que par le mouvement spasmodique d'un doigt ou quelque autre contraction isolée, en apparence insignifiante. Il en résulte qu'il convient de donner toute son attention à l'habitude extérieure du malade, d'aller très-doucement par conséquent, et en prenant cette précaution il devient possible de saisir le passage de la seconde à la troisième période, et de s'arrêter en temps opportun.

Lorsque ensuite on désire prolonger l'influence de l'agent anesthésique, on attend .pour en reprendre l'usage, que le malade soit un peu revenu à lui alors on lui fait respirer le chloroforme jusqu'à production d'un nouveau collapsus, et ainsi de suite. En se conduisant ainsi, M. Valleix a tenu pendant huit heures de suite, sous l'action du chloroforme, une femme qui souffrait d'une colique néphrétique, et il a pu sans inconvénient administrer à de très-courts intervalles, une semaine durant, le même agent pour cal'mer des douleurs atroces causées par une péritonite violente.


ART. 4512.

HOPITAL BEAUJON.

( Service deM.Sandras.)

De la paralysie ~e'Mera~~ro~Ms~e chez les individus non aliénés.

La paralysie générale progressive, peu connue autrefois, est intéressante à étudier à raison de sa durée, de la difficulté du pronostic et du traitement qu'elle comporte, et surtout à cause de ses rapports avec celle dont les aliénistes se sont occupés avec tant de zèle depuis quelques années.

Nous allons en rapporter d'abord plusieurs exemples empruntés au service de M. Sandras, après quoi nous verrons quelles conclusions il est permis d'en tirer. Le premier fait de ce genre qui se présente à nous est relatif à un commis couché au n° 33 de la salle Saint-Éloi. Ce jeune homme, chez lequel n'existe aucune trace d'affection syphilitique, éprouva, en 1846, des lassitudes dans les jambes, avec sentiment de constriction circulaire de l'abdomen. En 1848, la marche devint embarrassée, sans fourmillement, mais avec diminution de la sensibilité, laquelle s'aggrava, ainsi que la difficulté de mouvement, jusqu'au mois de juin 1851. Le malade était, à cette époque,'dans un état de paraplégie, que l'absence de douleurs sur le trajet du rachis empêchait de rapporter à une affection de la moelle. On a soumis ce malade pendant plusieurs mois à l'usage des frictions sur les membres paralysés avec une pommade contenant un soixantième de sulfate de strychnine il a pris des bains alcalins ayant pour but d'enlever la graisse attachée à la peau et de rendre cette membrane plus perméable. Sous l'influence de ces moyens, la sensibi!ité est revenue; le retour du mouvement se fait attendre plus longtemps; on continuera cette médication aidée d'un bon régime, et bientôt on achèvera le traitement à l'aide de l'électricité.

Un autre cas de paralysie générale, dont l'histoire est très-longue et très-accidentée, a pour sujet un médecin qui a quitté l'hôpital après un séjour de près de deux années. Il y avait, en effet, quinze mois que M. Sandras le traitait quand nous vîmes ce malade pour la première fois. On savait alors qu'étant, enfant il avait eu des convulsions, qu'il était bègue, qu'il avait présenté les phénomènes de la cachexie paludéenne, qu'on l'avait saigné


un grand nombre de fois pour des névralgies crâniennes et autres maladies. La paralysie avait commencé chez lui comme chez le sujet précédent par un sentiment de lassitude puis survinrent des pertes séminales nocturnes qui attèrent en augmentant, suivies de douleurs occipitales. En 1.846. il eut des hallucinations de )a vue; il voyait des corps brillants qui sautillaient. Et ce qui prouvait qu'il ne s'agissait pas là d'une affection organique du cerveau, c'est que la névralgie était soulagée par la distraction. Cette affection alla croissant jusqu'en 1847. Alors le malade eut l'idée de se donner des douches froides sur la tète, ce qui le sou)agea. Néanmoins, les pertes séminales se répétaient, des hallucinations de l'ouïe s'ajoutaient à celles de )a vue, puis vinrent de l'hémiplégie et de la coxalgie à gauche. Pendant un an il eut ptus de deux cents accès d'hémiplégie, lesquels s'accompagnaient d'une sorte de chorée. En 1848 commença la paraptégie. La vessie devint difficile à vider; il fallait aussi des purgatifs drastiques pour débarrasser l'intestin. Dans le mois de juin de cette année il eut un véritable accès d'hystérie, de l'étranglement, de )'étounement et jusqu'à la sensation de la boute. M. Ricord, qui voyait ce malade, lui prescrivit un traitement spécifique par l'iodure de potassium, qui lui donna le choléra dont il guérit, mais avec aggravation des anciens symptômes. Il avait été traité de toute manière et pour des affections très-diversement appréciées au point de vue du diagnostic. On lui avait administré, entre autres médicaments. la belladone à haute dose, et il avait eu, sur le trajet du rachis, plus de soixante cautères et trente à quarante raies de feu.

En présence de ces symptômes bizarres et opiniâtres, M. Sandras, jugea que c'était là une affection périphérique du système nerveux liée à un état chtoro anémique dépen.dant peut-être du traitement suivi, et il établit sa médication en conséquence de ce diagnostic.

Pendant deux mois de suite le malade prit chaque jour un bain froid de vingt à vingt-deux degrés, moyen dont l'action sur la chlorose est très-puissante. On lui donna dans la même intention des préparations ferrugineuses. Sous l'influence de ces moyens, les forces sont revenues, l'.intelligence, parfois troublée, s'est réguiarisée, l'expression de la figure s'est améliorée. Ces résultats obtenus, on est passé à l'emploi de l'électricité. On a commencé par éveiller la sensibilité des membres inférieurs (il ne sentait ni ses jambes ni les vêtements qui les recouvraient). Un des pôles de la piieaétépiaeésur le ventre avec une éponge mouil-


!ée, puis, avec un pinceau métallique, on a agi sur les or'teils en établissant des courants dans divers sens. En même temps on a réveillé, par des applications analogues, l'action de la vessie. Pour cela, on introduisait dans ce réservoir une sonde communiquant avec un des pôles, et on mettait l'éponge mouillée en contact avec t'abdomen. Aussitôt la vessie se contractait et chassait l'urine. A l'intérieur, on donnait des pilules de strychnine, et on faisait sur tout le corps, et notamment sur-les parties matades, des onctions avec la pommade de sulfate de strychnine au soixantième. Ce traitement, continué pendant près d'un an, a réussi. Au n° 143 de la même salle est un troisième malade affecté d'une paralysie générale comparable à celle dont nous 'venons de faire t'exposé, moins la circonstance de i'état chtoro-anemique. Même traitement sansles ferrugineux; 'sous son influencé, le mouvement est revenu, le bégaiement, dont le malade était affecté, est moindre, et la guérison, ~en somme, peut être considérée comme à peu près certaine.

I) est un cas aussi que nous ne pouvons passer sous silence en rapportant ces faits curieux; c'est celui d'un mécanicien qui avait manié énormément de mastic au minium. En 1849 il fut pris de choléra de forme typhoïde, et plus 'tard de paralysie générale. Celle-ci était-elle la conséquence de l'action du minium ou la suite du chotéra? On ne saurait le dire. Ce qui est certain, c'est que la sensibilité.et la 'contractihté musculaire des extrémités étaient perdues. Les mouvements d'opposition du pouce et du petit doigt 'étaient spécialement impossibles; il fallait faire manger le malade. Pensant que l'intoxication saturnine dominait ici la paralysie générale, M. Sandras a eu recours, pendant plusieurs mois de suite, au persulfure de fer, et, grâce à cette médication, il est survenu une amélioration notable. 'De maigre et cachectique qu'il était, cet homme est devenu gras et fleuri. 1/électricité agissant de son côté contre les lésions de la sensibilité et de la motilité, on a vu les muscles des éminences thenar et hypothenar reprendre leur volume, le malade se servir de sa main'et les orteils se relever ce qui prouvait que l'atrophie signalée ici n'avait rien de commun avec la transformation graisseuse des muscles dont M. Aran a donné le premier la description, mais une ~paralysie dépendant d'une influence saturnine et augmentée par le choléra.

Voici maintenant une femme dont la paralysie pouvait offrir des rapports assez nombreux avec la paralysie générale des aliénés, et qui, par ce motif, méritait une attention


toute particulière. Cette femme a eu depuis trois ans des chagrins violents son mari est mort, et, à la suite de'cet événement, elle a dû abandonner un établissement qui prospérait. Elle est devenue morose, bizarre, quinteuse, solitaire puis tout à coup elle a perdu connaissance, et, en revenant à elle, elle a senti un engourdissement des extrémités supérieures, et. inférieures. La parole aussi s'embarrassa. H restait encore des traces de cet embarras quand nous la vîmes. Est-ce là un commencement de paralysie générale des aliénés? Cela est possible, quoiqu'il n'y ait pas eu de délire ambitieux avant l'apparition des symptômes de paralysie. M. Sandras préfère cependant ne voir dans ce fait qu'une paralysie générale gouvernée par la chforose, et it la combat en.conséquence. Or, s'il est dans le vrai, l'état général se modifiant, les symptômes de paralysie s'amenderont. Sinon le cas sera très-grave, car on sait que la paralysie générale, des aliénés est incurable.

A côté de ce fait pourrait trouver place l'observation trèsintéressante d'une femme couchée au n° 39 de la salle Sainte-Claire, et qui présentait tous les signes de cette paralysie des aliénés il y a deux-ans elle éprouva un senti.ment de fatigue inexplicable avec des fourmillements qui se dissipèrent temporairement sous l'influence du repos. Elle accompagna sa maîtresse à Carlsbad où e'ie prit les eaux, mais, à son retour, elle sentit les extrémités s'affaiblir. Elle eut alors une incontinence d'urine, puis un strabisme divergent qui parut céder à l'usage des purgatifs cependant'l'affaiblissement des extrémités allait en augmentant, et en même temps la malade, à son grand chagrin, sentait diminuer ses facultés affectives. Ce fut dans cette situation qu'eUe entra à l'hôpital Beaujon. Or, M. Sandras :constata chez elle un état chlorôtique dont l'influence fut combattue par un traitement approprié et avec succès, car aujourd'hui cette femme manie son aiguille et marche un ,peu; elle sent aussi que le calme lui revient, et que son affection pour son mari et pour ses enfants reprend son ancienne ardeur. On continue chez elle les bains froids et les bains alcalins alternativement. Elle prend du fer et subit de temps en temps des applications d'électricité sur les membres supérieurs et inférieurs. Enfin, nous ne devons pas oublier, dans cette rapide énumération, la paralysie, générale progressive, évidemment liée à une infection vénérienne; nous en citerons un exemple qui terminera ce faisceau d'observations. C'est celui d'un homme âgé de trente-huit ans, grand et fort, qui, après avoir été sujet des rhumatismes, fut exempté du service mili-


:taire pour des varices. A l'âge de vingt-neuf ans il contracta une blennorrhagie suivie d'orchite et de crêtes-de-coq. Au mois d'avril il entra dans le service de M. Robert pour un ulcère variqueux dont on le guérit, mais il éprouva bientôt des engourdissements marqués, avec hyperesthésie aux .membres supérieur et inférieur droits, puis à ceux du côté gauche. Fallait-il attribuer ces phénomènes à la suppression de l'ulcère? M. Robert le pensait. Le malade fut toutefois envoyé dans un service de médecine, et M. Sandras, qui le reçut, reconnut aussitôt des signes de syphilis, tels que taches à. la peau, exostoses et périostoses, lesquelles ne pouvaient être attribuées à la suppression de l'ulcère variqueux. Après trois semaines d'un traitement dont l'iodure de potassium, à la dose de deux grammes dans un julep, faisait la base, on a vu les accidents de la paralysie diminuer sensiblement. Il peut serrer la main avec une certaine force et marcher ûn peu. La périostose, située à la partie antérieure du tibia a disparu aux trois quarts. On continuera, par conséquent, ce traitement et il est trèsprobable que la guérison de ce malade sera prompte et complète.

Eh bien il résulte de ces faits et d'une foule d'autres ayant avec ceux-là plus ou moins d'analogie, que, dans certains cas, la paralysie débute par la périphérie et remonte -vers le centre.

On est, en général, jusqu'à présent du moins, peu avancé dans la connaissance des causes de la paralysie générale progressive. 11 en est une cependant sur laquelle M. Sandras se croit mieux renseigné, c'est l'abus des boissons alcooliques. Ce médecin a donné des soins à une dame anglaise qui, à la suite d'accidents nerveux et chlorotiques, avait reçu d'un médecin de son pays le conseil de consommer chaque jour au moins une bouteille de vin de Madère, plusieurs grands verres d'eau-de-vie de Cognac, sans compter les vins les plus doux.et les liqueurs édulcorées dont elle faisait incessamment usage. Ce régime extravagant avait fini par amener chez elle une paralysie générale bien dessinée, avec rétraction et contraction des jambes et des mains, douleurs et crampe~ dans les muscles de ces parties et difficulté extrême de la prononciation. M. Sandras a rencontré cette paralysie chez des ouvriers exposés pendant longtemps à l'action d'un froid humide, et chez ceux entre autres qui passent leur vie à creuser des puits. Nous avons cité des exemples de cette paralysie qui semblent démontrer l'influence qu'exercent sur sa production l'intoxication saturnine, la cmorose, la syphilis. On a vu aussi que les longs chàgrins, les contra-


riétés ne sont peut-être pas étrangères à son étiologie; mais, hors ces cas, il arrive souvent que la cause en reste tout à fait inconnue.

Le pronostic de cette affection est très-grave, et quand le retour vers le mieux a lieu, il est toujours excessivement lent, et on peut ajouter qu'il est bien rarement complet. Cependant ce retour à la santé est possible, et c'est là une des grandes différences qui distinguent cette paralysie sans atiénationmcntate de celle des aliénés, qui. comme on sait, est infailliblement et constamment mortelle. Quel sera le traitement d'une pareille maladie? On peut dire tout d'abord qu'il est, en général, fort dimci)e à conduire dans tout état de cause il est long et se compose de deux éléments traitement principal s'adaptant à la paralysie proprement dite, traitement des complications primitives ou secondaires. Chez les malades dont nous avons parlé, on a combattu la chlorose et l'état chioro-anémique par l'usage des ferrugineux et le régime tonique. Les bains froids ont eu surtout dans ces cas une très-grande efficacité. S'agit-il d'intoxication saturnine, M. Sandras s'attache à détruire pendant un temps suffisant le poison qui existe dans les organes, en le rendant, comme nous l'avons déjà dit dans ce Recueil, insoluble et en le chassant au dehors sous cette forme. Il donne, à cet effet, le persulfure de fer pendant huit ou dix mois à la dose de deux cuillerées chaque jour. Les effets de certains climats ou des lieux humides et froids dans lesquels ont pu vivre plus ou moins longtemps ces malades, doivent être prévenus par un changement de localité et d'habitudes professionnelles, ou anéantis par une hygiène convenable on se trouve alors très-bien .des bains de vapeur répétés le plus souvent possibte, des bains de sable chaud, des bains alcalins, sulfureux ou savonneux et des frictions sèches ou aromatiques, auxquettes on joint l'usage intérieur des boissons habituelles, chaudes et très-iégèrement excitantes. S'il existe une affccdon syphilitique, il est superflu de dire qu'on devra lui opposer un traitement spécifique. Et il en sera des complications morales comme des complications physiques. Dans tous les cas, on aura beaucoup fait pour la guérison en réduisant les accidents de la paralysie à leur expression la plus simple. Alors on attaquera directement ces accidents par des moyens appropriés à leur nature et à leur siège.

Contre l'engourdissement avec difficulté de mouvoir et de sentir, et lorsqu'il existe aussi un peu de paralysie de la vessie, M. Sandras emploie la strychnine de diverses manières. S'il n'y a pas de congestion trop active vers les cen-


très nerveux, il prescrit ce médicament à l'intérieur et à la dose de cinq milligrammes pour commencer, et il en augmente lentement la quantité. Si la congestion dont nous venons de parler contre-indique cette médication, là strychnine est employée à l'extérieur seu)cment. On établit, par exemple, sur les points les plus paralysés, des vésicatoires volants, et on en panse les surfaces dénudées avec une pommade dans laquelle on aura fait incorporer pour chaque jour, deux, trois et jusqu'à cinq centigrammes de strychnine. Le plus souvent on se contente de faire faire sur la peau des membres malades des frictions réitérées avec une pommade simple dans laquelle on fera entrer la strychnine pour un soixantième, un cinquantième, un trentième, en ayant soin de faire laver fréquemment les surfaces ainsi utilisées avec une solution alcaline ou au moyen de bains savonneux.

Quand ces moyens qui, dans beaucoup de cas, ont réussi ne suffisent pas, on a recours à l'électricité, dont t'application peutse faire avec la pile à augeordinaire, et mieux encore à t'aide du petit appareil étectro-médicat de Breton, ou bien encore avec celui de M. le docteur Duchennc de Boulogne. L'expérience a démontré à M. Sahdras qu'il vaut mi~ux réveiller la sensibilité avec un pinceau métniïique et agir ensuite avec l'éponge mouiitée sur la contractitité musculaire. Presque tous les malades soumis à ce traitement ont conscience, après une séance électrique, d'une plus grande force dans les mouvements, d'une sensibilité plus marquée, d'une sorte de travail dans les muscles qui ont été mis en jeu. Ce résultat se soutient pendant un, deux ou trois jours. 11 est inutile, en conséquence, de répéter l'électrisation plus souvent. Et d'ailleurs, il ne faut pas oublier, lorsqu'il s'agit d'action nerveuse, que l'exercice ibrtine et que la fatigue affaiblit. C'est donc une raison suffisante pour user avec prudence et-modération de l'excitant le plus énergique que nous puissions appliquer aux organes de la sensibilité et de la locomotion.

ART.4513.

HOTEL-DIEU.

(Service de M. Jobert de Lamballe.)

Ulcère cancéreux de la lèvre in férieure. Ébarbement combinéavec la suture. Réunion immédiate sans difformité consécutive de la bouche.

M. Jobert a opéré, à quelques semaines d'intervalle,


deux cancers de la lèvre inférieure, par le procédé modifié de Fabrice d'Aquapendente, de Dupuytren et de Richerand. Ces chirurgiens croyaient, vu l'extrême vitalité de la lèvre, qu'une fois la portion cancéreuse enlevée avec des ciseaux courbes, et le sang arrêté à l'aide d'une compression modérée, le bourgeonnement était suffisant pour combler le vide que l'instrument avait fait. Cette opinion était fondée jusqu'à un certain point. On ne peut nier que le tissu des lèvres ne soit richement pourvu de vaisseaux, et qu'en conséquence la vitalité n'y soit très-énergique; mais il n'en résulte pas que la plaie qui succède à l'excision du cancer doive être abandonnée à elle-même dans tous les cas. En faisant ainsi, on s'exposerait à des mécomptes et, d'ailleurs, la suppuration, après des ablations de ce genre, doit être évitée autant que possible. Pour prévenir ces deux inconvénients M. Jobert combine la suture avec l'ébarbement, et quand la déperdition de substance n'est pas très-considérable il obtient une réunion immédiate. C'est ce qui est arrivé dans les deux cas dont nous voulons parler. Le premier malade, homme de quarante-sept ans, s'était aperçu il y a six ans qu'un petit bouton se formait sur le bord libre de la lèvre inférieure, il le laissa croître sans s'en inquiéter mais au mois de mars de l'année dernière, le développement de cette petite tumeur l'ayant préoccupé il consulta un médecin qui cautérisa le mal avec le nitrate d'argent, et transforma la tumeur en tumeur ulcérée. Cet ulcère était festonné, à fond chagriné et portait plutôt sur la muqueuse que sur la peau; il avait environ un centimètre de diamètre, et un peu plus peut-être en profondeur. Les ganglions sous-maxillaires étant intacts, M. Jobert se décida à enlever le mal, et il y procéda à l'aide du bistouri, en retranchant, suivant une ligne courbe tout le tissu altéré. Cela fait, il fronça la pfaie de manière à la faire disparaître complètement, et maintint ses bords en contact au moyen de trois points de suture entortillée. Le tout fut soutenu par une simple mentonnière. L'opération avait été faite le 7 mai. Le 11, les épingles étaient retirées, et le 12 on constatait une réunion parfaite sur tous les points. Le 14 le malade mangeait, et à la rigueur il aurait pu sortir. La bouche, il est vrai, était un. peu petite, mais l'expérience démontre qu'en pareil cas les tissus cèdent peu à peu, et que cet orifice finit par s'élargir; en sorte qu'il ne reste ni difformité, ni trace de l'opération.

Lorsque l'ulcère cancéreux est très-étendu, il est encore possible d'obtenir un aussi beau résultat, en ayant soin de décoller la peau du menton, de la remonter, et de prati-


quer sur les côtés deux incisions qui permettent aux lèvres de la plaie de se réunir sans tiraillement. M. Jobert s'est conduit ainsi chez un second malade auquel il avait enlevé le 13 juin la presque totalité de la lèvre inférieure, ou du moins une portion de cette lèvre dans la totalité de sa hauteur. Il a décoiïé la peau du menton il l'a relevée; deux incisions ont été faites sur les côtés de la plaie et à la faveur de cette pratique on a pu réunir immédiatement et reconstituer une lèvre susceptible de fonctionner librement et d'opposer une barrière à la salive. Ce malade a quitté l'Hôtet-Dieu le 3 juillet.

ART. 4514.

HOPITAL SAINT-LOUIS.

(Service de M. Denonvilliers).

Lésion de l'artère brachiale dans une saignée. Ligature !'Mmédiate'au-dessus et. SM-~e~OM~ de la plaie. CsM~rëKe suivie de mort.

Le 4 juin dernier, M. Denonvilliers terminait une des conférences cliniques qu'il fait à l'hôpital Saint-Louis, lorsqu'on lui amena un homme auquel une sœur de charité venait d'ouvrir l'artère brachiale. Cet homme, ~gé de soixantedeux ans s'était fait saigner par précaution, et pour reprendre promptement son travail il'avait exigé qu'on le saignât au bras gauche, où les veines, plongées dans un tissu celtuiai're graisseux abondant, étaient à peine sensibles, tandis qu'au bras droit elles étaient superficielles et très-dévetoppées. Or, soit que la soeur fût inhabile à se servir de la main gauche, soit que le malade ait fait un mouvement brusque au moment de l'opération, un jet de sang rutitant, saccadé, annonça aussitôt qu'une artère venait d'être atteinte par la lancette. La religieuse comprit la portée de cet accident et fit preuve alors de bon sens et d'abnégation. Elle arrêta de suite le sang et apptiqua sur la plaie une petite médaUte enveloppée dans une compresse, établit par dessus un bandage convenable, et sans chercher à dissimuler le malheur qui lui était arrivé, elle dirigea le blessé sur l'hôpital Saint-Louis.

M. Denonvilliers, voulant reconnaître cette blessure, enleva l'appareil provisoire qui la recouvrait, et aperçut au pli du bras la plaie cutanée faite par l'instrument. Cette plaie ne donnait issue à aucun liquide, mais toute la région où elle se trouvait présentait une tuméfaction insolite; le


biceps, de son côté, était gonfté et avait acquis en apparence des proportions athlétiques. En portant la main sur ces parties on sentait un frémissement spécial produit par le passage du sang dans les maittes du tissu cettutaire. C'est qu'en eti'~t le goouement constaté ici n'était pas stationnaire on le voyait croître graduellement, et ses progrès mêmes étaient tels qu'après trois minutes d'exploration M. Denonvilliers ne crut pas pouvoir attendre )e ch)ornforme qu'on était allé chercher dans la prévision d'une opération urgente, et qu'il pratiqua sur-le-champ la ligature de l'artère brachiale à son extrémité inférieure. Une incision de sept à. huit centimètres ayant divisé la peau dans la direction du vaisseau blessé, ce chirurgien rencontra une masse de sang déjà coagulé et ressemblant à de la chair musculaire; il 1 incisa, ainsi qu'une veine peu volumineuse, située en travers; laquelle donna du sang qu'un aide arrêta en plaçant l'extrémité du doigt sur le bout inférieur de cette veine. On trouva ensuite l'expansion aponévrotique du biceps, dont la couleur était viotacée, et qu'on ne reconnaissait qu'à la tension de son tissu. On la saisit en un point avec des pinces à disséquer; une petite Ouverture y fut faite, et à t'aide d'une sonde recourbée introduite par cette voie, l'aponévrose fut fendue de manière à découvrir le côté interne du biceps. Pendant cette partie de l'opération, l'interne chargé de comprimer l'artère au lieu détection fut invité à suspendre la compression; aussitôt un jet de sang s'élança par la plaie et servit de jalon au chirurgien pour diriger son instrument. C'est ainsi qu'on arriva sur la gaine des vaisseaux; elle était remplie de caillots au milieu desquels apparaissait l'artère sous la forme d'un cylindre brunâtre. On la dégagea, et on vit que son calibre allait en augmentant de haut en bas au fur et à mesure qu'on s'approchait du point d'où avait jailli le sang. Sa game celluleuse était soulevée par du sang innttré; on la divisa, et l'artère, complètement mise à nu, isolée et soulevée, fut liée à l'aide d'une aiguille de Deschamps, à un centimètre et demi au-dessus du siége de la blessure. La compression étant de nouveau suspendue, il ne s'écoula pas de sang; néanmoins M. Denonvilliers ne s'en tint pas à une ligature unique. 11 prolongea en bas l'incision faite à l'aponévrose, afin de lier le bout inférieur de l'artère. Ce bout était renfté comme le'supérieur, mais en sens inverse, de sorte que le vaisseau offrait la forme d'un fuseau dans l'étendue de trois à quatre centimètres. On agit ici comme plus haut, et après avoir placé une seconde ligature au-dessous de la plaie artérielle, on fit cesser définitivement la


compression. En examinant alors la portion interceptée de i'artère, on vit que la gaine cet!u)eufe formait ~jn petit dôme perforé à son centre et contenant un caiuot. Ce caillot enlevé, un peu de sang jaillit au dehors. H y avait ta par conséquent tous les caractères de t'anévrisme faux primitif décollement de la gaine celluleuse par le sang intittré, formation du dôme/et ensuite du fuseau.

II y a quelques années, M. Denonvilliers opéra un homme de la mème manière et dans des conditions analogues, et cet homme guérit parfaitement. Ici, malheureusement, le résultat a été différent, et cela par le fait de circonstances quiéchappaientauxp)us sages prévisions. Toutes les précautions avaient été prises pour favoriser le rétour de la circulation dans le membre malade. Cependant, dès le lendemain 5 juin, la plaie laissait suinter un liquide clair et d'une odeur désagréable. Cette odeur devint de plus en plus fétide. Le 8, elle était extrêmement prononcée; en même temps le liquide exhalé était plus abondant, et quoique t'avant-bras conservât de la chaleur et de la sensibilité, on ne sentait encore aucun battement sur trajet de l'artère radiale. Certaines portious du membre présentaient une coloration ardoisée, grisâtre, signe précurseur de la gangrène. Le malade avait en outre un demi-dénre et le cachet non équivoque d'une prostration de mauvais augure. Le 9, progrès de la gangrène; peau feuille morte et flasque depuis t'avant-bras jusqu'à t'épaule; doigts insensibles et froids; débilité croissante; mort à onze heures du matin. Voici ce que l'autopsie estvenurévéler vasteépanchement sanguin distendant la gaine musculaire du biceps et l'aponévrose d'enveloppe. Le biceps étaitlui-même entièrement infiltré de sang. Mais ce qui était surtout digne de remarque, citait t'étatde vacuité absolue des artères radiale eteubitaie, ainsi que le défaut de développement des artères collatérales. Cette circonstance anatomique rendait à elle seule un compte suffisant de ce qui s'était passé pendant et après l'opération. On s'expliquait très-bien comment après l'application de la première ligature l'écoulement du sang, contrairement à ce qui se voit ordinairement, ne s'était pas reproduit par le bout inférieur, et pourquoi enfin/dans de telles conditions,'ta circulation supplémentaire n'ayant pu s'établir, ce pauvre homme avait succombé à une infection gangreneuse (1).

(I)En voyant M. DenonviHiersnpërer, séance tenante, )e sujet f)e)'ohservation qui précède, quelques persoones se sont demandé s'it n'eût pas préférable de se borner à la compression et d'attendre. Peut-


CORRESPONDANCE MEDICALE.

ART. ~815. CATHÉTÉRISME DANS LES RÉTENTIONS D'URtNE, PROCÉDÉ DE M. MAtSONNEuvE.–Guide par ce fait connu de tous les praticiens, qu'une bougie fine et uëxiMe, à extrémité .oHvaire, pénètre toujours sans diŒcuttés sérieuses, et surtout sans douleurs ni dangers, partout où une sonde quelconque peut pénétrer, et que de plus elle peut être introduite là où l'introduction être eût-on, la nature aidant, réussi à transformer l'anévrisme faux primitif diffus en anévrisme faux consécutif circonscrit, et ce dernier eût été attaqué ultérieurement soit par la ligature suivant )a méthode d'Anei, soit par la galvano-poncture. Nous ne voulons pas discuter ici les avantages et les inconvéniens des diverses méthodes curatives applicables aux anévrismes traumatiques, mais il n'est pas hors de propos de rechercher si, dans les cas semblables à celui qui se présentait ici, la temporisation est possible et doit être conseillée d'une manière générale. Pour notre compte, nous ne le pensons pas. Il nous semble qu'en se conformant aux préceptes de nos meilleurs auteurs, M. Denonvilliers a fait la seule chose rationnelle qu'une saine pratique commandât de tenter dans cette circonstance. I! est sans doute des cas, et nous en avons cité un certain nombre, dans lesquels la compression a donné des résultats on ne peut plus heureux. Blandin, entre autres, en a vu quelques-uns, et nous comprenons que, séduit par ces résultats, il ait professé que la compression avait l'avantage de préparer la circulation collatérale et d'assurer le succès de la ligature par la méthode d'Anei, quand elle n'était pas elle-même un agent de guérison définitive (art. 2546). Mais si l'on se reporte aux faits qui servaient de base à cette opinion, on verra que sous le rapport de la gravité ils n'étaient nullement comparables à celui dont it est question ici. Lorsque la plaie est très-petite et dirigée suivant l'axe du vaisseau, la compression', on le conçoit, peut être efhcace; mais si la plaie, par son étendue ou par sa direction ouvre au sang une issue facile, la compression est non-seulement impuissante, mais dangereuse, s'il y a surtout comme ici de vastes infiltrations dans les tissus. Elle agit, en effet, dans le même sens que le produit de ces infiltrations. Indépendamment de l'artère principale qu'elle comprime elle affaisse en outre les branches artérielles et les veines, et concourt ainsi à la production de la gangrène en interceptant toute circulation. Voilà pourquoi chez le malade de M. Denonvilliers la temporisation était impossible, car la rapidité avec laquelle te sang s'extravasait annonçait une plaie trop large pour qu'on put songer à comprimer avec efBcacité. II y avait évidemment périt en la demeure, et il fallait ou amputer le membre, ou lier immédiatement l'artère, or, dans l'ignorance où l'on était de la disposition anatomique signalée plus haut, ce dernier parti était le seul à prendre.

L'artère a donc été liée, et, conformément encore aux préceptes des auteurs, elle l'a été au-dessus et au-dessous de la plaie. Il serait assurément plus facile, en pareil cas, de découvrir l'artère et de la lier en un seul point à la partie moyenne du bras; mais la double ligature est bien plus sûre. En opérant d'après la méthode d'Anel, on s'expose à voir t'hémorrhagie se reproduire par le bout inférieur, comme il est arrivé à Breschet, qui fut oblige de pratiquer une seconde opération, de vider le sac et de lier au pli du bras les deux extrémités du vaisseau ouvert. (~. du j~d.\


.d'une sonde serait impossible, M. Maisonneuvea a imaginé un procédé aussi simple qu'ingénieux, pour pratiquer le cathétérisme.dans les cas de rétention d'urine.

L'appareil dont il se sert, se compose d'une bougie d'un fil et d'une sonde.

La bougie (n° 9) a trois millimètres environ de diamètre; elle est souple et terminée par un bout olivaire; à son extrémité supérieure est fixé le fil qui doit être très-fort et avoir trois fois la longueur de la bougie; ce fil est, à son extrémité libre, muni d'un bouton. La sonde, de six miHimètres et demi de diamètre (n°30) est en tissu élastique très-souple, courbe et percée à ses deux extrémités.

Disposition de l'appareil. Au moment de se servir de cet appareil, on le dispose de la manière suivante la bougie armée de son fit est introduite par l'extrémité supérieure de la sonde, et en est retirée par l'extrémité inférieure, de sorte que le fil, entraîné avec elle, se trouve introduit dans le calibre de la sonde..

Opération; premier.temps., introduction de la bougie. Le ma,]ade étant couché horizontalement sur le dos, les cuisses écartées, !e chirurgien, placé comme pour l'opération ordinaire du cathëtérisme, saisit de la main gauche la verge du malade et de ]a main droite introduit dans l'urètre la bougie olivaire. Cette introduction doit être faite avec lenteur, et ne rencontre ordinairement aucun obstacle jusqu'au niveau de la prostate; mais à ce point du canal, la bougie rencontre parfois un moment d'arrêt. Il faut alors un peu de tâtonnement et une légère pression pour la faire pénétrer dans la vessie. On'saura qu'on est arrivé dans cet organe, lorsque la bougie tout entière est introduite dans le canal et qu'elle y joue librement. Deuxième temps, introduction de la sonde. Quand la bougie est introduite, on confie au malade ou à un aide le bouton fixé a l'extrémité du fil, lequel doit être tenu dans un état de tension légère. Le chirurgien, soutenant alors de nouveau la verge du malade avec la main gauche, saisit de la main droite tenue en supination la sonde, qu'il fait glisser doucement de haut en bas .sur le fil d'abord, puis sur la bougie, qui la fait glisser lentement jusque dans la vessie. Cette dernière partie de l'opération est toujours d'une extrême simplicité (')).

Nous ajouterons pour notre part que nous avons eu l'occasion plusieurs fois d'user dans notre pratique de l'ingénieux procédé .de M. Maisonneuve, et qu'il nous a réussi dans plusieurs circonstances où tous les autres moyens avaient échoué. (t)Cetapparei)setrouvechezMM.CharriÈreett,aserre.


Aussi croyons-nous rendre un service réel aux praticiens en .tes mettant à même d'en faire l'expérience.

D' ALEXIS FAVMT.

Art. 45<6. ËPtStAXtS, NOUVEAU MODE DE TAMr-OXSEMENT. La plupart du temps, accident de peu d'importance; crise salutaire 'et de courte durée, suscitée par la nature ette-meme pour débarrasser l'économie d'un excès de sang, l'épistaxis peut, dans 'quelques cas, créer au praticien de vives inquiétudes et de grands embarras; plus d'une fois sa persistance obstinée a déterminé la mort par syncope. Les chirurgiens se sont donc, à diverses époques, préoccupés d arrêter le mal, soit en agissant d'une manière révulsive, dynamique, empirique même, sur la causé de t'hémOrrhagic, soit en lui opposant sur place un obstacle mécanique. C'est dans le sens de cette dernière indication qu'on't fêté imaginés divers tamponnements des fosses nasales, et tout .le monde connaît le plus ingénieux sans contredit, celui qui s'opère avec là sonde de Belloc.

Malheureusement cet instrument coûte assez cher et manque "à l'arsenal de beaucoup de nos confrères d'aucuns le possèdent et ne l'ont pas à leur disposition au moment voulu. C'est ce qui vient de m'arriver dernièrement encore j'ai pensé qu'il ne serait pas inutile de rapporter l'expédient que me suggéra la nécessité.

Je pris une sonde creuse emplastique, n" 5, de la filière Charrière, la plus mince qui se trouvât sous ma main, et d'un coup de ciseaux j'abattis le bourrelet de cire rouge adapté au pavillon. Après y avoir poussé le mandrin courbé, comme pour le cathétérisme urétral, je fixai, à l'extrémité terminale de l'appareil, un double fil de cinquante centimètres environ de longueur, au moyen de deux nœuds coulants pris tout simplement dans la plicàture même du tien; les deux chefs libres furent ramenés parallèlement à la tige de l'instrument et saisis avec lui, entre les trois premiers doigts de la main droite. Puis dirigeant la sonde, la concavité tournée en bas, d'avant en arrière, dans le méat inférieur du côté d'où provenait l'écoulement, je la portai directement dans le pharynx là, un mouvement de bascule l'appuya sur la base de la langue, et je retirai vers la partie du mandrin, de manière à rendre flexible l'extrémité profondément engagée de mon cathéter. J'invitai alors le malade à expirer fortement et expectorer même ce mouvement avait pour but de rapprocher la sonde du voile palatin et de l'isthme du gosier; il me devint, en effet, trèsfacile d'en saisir avec la main gauche une partie et de l'amener à moi tout entière, ainsi que son fil, par la bouche, tandis que le mandrin, qu'elle abandonnait graduellement dans les fosses


Basâtes, testait entre ma main droite avec les chefs libres du double lien.

La sonde une fois sortie, je n'eus qu'à refouler les deux nœuds 'coûtants au delà du cul-de-sac de l'instrument, pour les défaire sans'section et sans rupture du fit on comprend tout de suite comment la pticature restée intacte fut constituée de nouveau en nœud coulant pour recevoir un tampon et comment l'opération s'acheva d'ailleurs de la même manière que par la sonde de Belloc.

Nous avons décrit, avec un soin qui paraîtra peut-être exagère, les déférents temps de cette petite manœuvre, parce que leur stricte observance assure à nos yeux le succès et le mérité du procède. Ainsi

4° La section du bourrelet de cire rouge permet au corps de la sonde de glisser sans obstacle dans la narine, le gosier et la bouche;

2' La finesse de la sonde rend sa présence dans le pharynx moins incommode et sa propulsion vers la bouche plus aisée. Le mandrin qu'on y insère pour le temps de l'introduction, lui confère d'ailleurs toujours une solidité suffisante pour l'introduction

3° Le mode de fixation du fil a aussi son importance, à cause de la facilité qu'il donne pour le dégager, ii n'y a point besoin d'instrument tranchant pour couper les premiers nœuds, point de temps perdu et point de peine à nouer ensuite le tampon que l'extrémité pharyngienne du lien doit emporter au fond de la gorge. A. BEUTHEnAND,

Médecin principal à t'hôp. milit. de Strasbourg.

Art. 4547. SOLUTIONS DE CONTINUITÉ) EMPLOI DU COLLODtON. Divers articles de votre estimabie journal relatent des faits de thérapeutique chirurgicale dans lesquels plusieurs praticiens ont su tirer un très-bon parti de la propriété agg!utinativcdu collodion. Ayant eu dans ma pratique quelques occasions d'utiliser cette substance, permettez-moi de vous adresser les faits les plus saillants qui vous paraitront peut-être de nature à intéresser vos nombreux lecteurs.

')° Dans le courant du mois de septembre <8SO, un garçon de ferme est venu dans mon cabinet réclamer mes soins pour une blessure provenant d'un coup de pied de cheval qu'il avait reçu à la face. Cette blessure consistait en une solution de continuité de tous les tissus qui forment l'épaisseur de la lèvre supérieure, et s'étendait parallèlement à la bouche depuis un peu en dehors de la commissure droite jusque vers la ligne médiane, ayant une longueur d'environ cinq centimètres. Le bord de la lèvre formait comme un cordon charnu ayant moins d'un centimètre


d'épaisseur, tendu de la commissure de la bouche à la ligne médiane. La situation de la blessure, le peu de prise qu'offrait le lambeau qu'il fa))ait'réunir, ne me permettaient pas de compter sur les bandelettes de sparadrap comme moyen contentif, sans m'exposer à voir se former une cicatrice qui aurait pu devenir une difformité. Il aurait fallu, pour fixer solidement le lambeau, recourir à la suture simple ou entortillée, opération toujours douloureuse. Voulant éviter cette opération au malade et désirant aussi profiter d'une occasion qui me paraissait favorable à l'application du collodion, je fis prendre chez M. Joly, pharmacien, quelques grammes de cette substance, puis, saisissant les deux lèvres de la plaie entre le pouce et l'index de la main gauche, après avoir bien séché les surfaces avec du linge fin, je promenai à diverses reprises un pinceau chargé de collodion sur toute l'étendue de la plaie, la main gauche en maintenant toujoursles lèvres rapprochées jusqu'à la dessiccation du collodion. La blessure fut ainsi complétement recouverte par cette substance; après quoi je renvoyai mon malade chez lui sans aucun appareil, lui recommandant seulement de se tenir à l'abri des intempéries de la saison. Quinze jours après je revis le malade, la couche de collodion avait presque entièrement disparu et laissait à découvert une cicatrice linéaire à peine perceptible la réunion par première intention avait été aussi complète que possible.

Au mois de mars dernier une jeune fille de neuf ou dix ans heurta malheureusement, en tombant, le bord d'une cruche cassée; il en résulta une plaie de quatre à cinq centimètres de longueur, située un.peu au-dessous de la pommette droite. Cette blessure, pansée avec le collodion et avec les mêmes précautions, a produit une cicatrice régulière, qui sera à peine perceptible à l'âge auquel les jeunes filles tiennent le plus à avoir la figure régulière et exempte de difformités.

Vers le milieu du mois de mars dernier, le nommé Emery, propriétaire à Cap, aidait ses ouvriers à déblayer les restes de sa maison qui venait d'être presque détruite par un incendie, lorsque la chute d'une cheminée vint en quelque sorte l'ensevelir sous ses décombres. Retiré de là couvert de contusions, il fut porté dans son lit et je fus immédiatement appelé auprès de lui. Je reconnus quelques contusions ou ecchymoses qui n'avaient rien de sérieux; mais mon attention fut particutièrement fixée sur la jambe gauche, où existait une rupture complète du ligament rotulien. Le diagnostic ne permettait pas le moindre doute à cet égard, puisque, par le fait de la rétraction des muscles extenseurs, la rotule avait été ramenée tout à fait au-dessus du niveau des condyles du fémur; en sorte que.la


gouttière qui sépare les deux éminences osseuses,'n'étant plus recouverte que par la peau du genou, donnait à la jambe un aspect surprenant pour les assistants, qui ne pouvaient pas se rendre compte du fait qu'ils avaient sous les yeux. La distance qui séparait la rotule de l'extrémité supérieure du tibia, était de huit à dix centimètrès. Comment cette rupture s'est-elle produite ? C'est ce qu'il m'a été impossible d'expliquer par les renseignements qui m'ont été fournis; mais cela importe peu. Pour remédier à cet accident, j'avais à choisir entre la gouttière employée par le professeur Boyer dans les cas de fracture de la'rotule et l'appareil unissant de Jean-Louis Petit; mais l'un et l'autre de ces appareils ont à mes yeux le grave inconvénient d'être difficilement supportés par les malades, ou d'exiger une compression circulaire capable de gêner la circulation veineuse, et de produire l'engorgement œdémateux du membre malade, accident dont il est parfois bien difficile d'obtenir la disparition. Pendant que j'hésitais, rëftéchissant sur les motifs qui devaient déterminer ma préférence, le membre étant placé dans une extension complète, je remarquai qu'en saisissant la rotule entre le pouce et l'index de la main droite, il ne fallait pas un grand effort pour la ramener à sa position normale et l'y maintenir. Toute la difEcutté consistait à trouver le moyen de la fixer dans cette position sans courir le danger d'œdema~er le membre par une compression circulaire trop forte. Ce moyen, je l'ai trouvé dans le collodion employé de la manière suivante. Deux bandes de toile forte, larges de quatre centimètres et longues d'environ un mètre et demi, ont été garnies de collodion sur une de leurs extrémités, dans une étendue d'environ'trente où trente-cinq centimètres. Ces extrémités des deux bandes ont été collées, l'une à la partie interne, l'autre à la partie externe de la cuisse, de manière à venir se croiser par le point où elles commençaient à être flottantes, précisément au-dessus de la position normale de la rotule où elles formaient une sorte de croix de Saint-André. Sur ce point, la rotule étant ramenée à sa place, j'ai placé sur une couche de coton cardé un bourrelet de linge embrassant les bords supérieur, interne et externe de la rotule. Ce bourrelet, solidement fixé par les deux bandes qui se croisaient sur lui, devait rendre invariable la position de la rotule ramenée à sa place. Après leur croisement au-dessus de la rotule, l'interne devenu externe et l'externe devenu interne, les bandes'allaient se croiser de nouveau sous le mollet, pour se rencontrer encore sur le'coude-pied; de là, conduites sous la plante du pied, elles ont été ramenées sur la partie dorsale de cette extrémité, où elles ont été fixées solidement au moyen d'un nœud à rosette. Toutefois, j'ai pris la précaution de garnir


avec du cordon cardé toutes les parties où, à raison des saillies osseuses, la pression exercée par les bandes aurait pu déterminer la rubéfaction ou l'excoriation du tissu tégumentaire. Ainsi, mes deux bandes ont été, au moyen du collodion, solidement fixées sur la peau de la cuisse, point d'insertion qui, à raison de son élasticité, m'a permis d'exercer sur la rotule une pression constante et uniforme, suffisante pour la maintenir en place; pendant que d'autre part la portion flottante des deux bandes, contournant la jambe sans la comprimer, allait trouver autour du pied un point d'appui sufnsammcnt solide pour que l'effort d'extension qui avait ramené la rotule à sa place, fût soutenu aussi longtemps que besoin serait. Le malade, âgé de cinquante ans environ, étant un homme raisonnable et docile aux instructions qu'il recevait, j'ai pu me borner à rouler une bande depuis le pied jusqu'au milieu de la cuisse, pour prévenir les mouvements involontaires pendant le sommeil. On pourrait par plus grande précaution, surtout chez les malades indociles et remuants, au lieu d'une simple bande routée, compléter l'appareil par des attelles latérales avec des coussinets, ou par un drap à fanons, afin d'assurer l'immobilité du membre malade; ce qui, dans tous les cas, est nécessaire pour le succès du traitement. Pendant vingt jours que l'appareil est demeuré en place, j'ai chaque jour veillé à la portion des bandés collées par le collodion, introduisant une nouvelle quan.tité de cette substance avec la barbe d'une plume, partout ou l'adhésion n'était pas complète.

Après ces vingt jours, le ligament rotulien paraissait complétement rétabli cependant, par précaution (c'était pour ma pratique le premier cas semblable que j'avais à soigner), j'ai cru prudent de rétablir de nouveau l'appareil, qui a été conservé encore pendant huit jours; au bout desquels le malade a commencé à reprendre ses occupations, auxquelles il se livre à présent avec autant de facilité qu'avant son accident. La simpHcité de cet appareil m'a permis de faire sur la partie malade toutes les applications de sangsues, de cataplasmes, etc., avec autant de facilité que si le membre avait été entièrement nu.

Je pourrais ajouter d'autres observations de l'emploi du collodion comme moyen de pansement; mais comme ils ne seraient que la reproduction de plusieurs faits déjà publiés par votre journal, je me borne à vous adresser ceux qui précèdent. J'ai eu dans ces circonstances à me féliciter de l'emploi du collodion, que je considère comme une substance précieuse, destinée à modifier plusieurs des appareils que le chirurgien emploie journellement. MAtCEL, Docteur en médecine à Gap.


MÉLANGES SCIENTIFIQUES.

ART. 4818. ËnysiPELE, NITRATE DE POTASSE.–M. Macare! chirurgien de l'hôpital de Chûtcttereau, a adressé au Bullclin de thérapeutique plusieurs observations sur la manière dont il. traite les érysipètes. Les antiphlogistiques locaux ou généraux, dit-il, aussi bien que le vésicatoire sur le crâne, nous ont toujours paru plus nuisibles qu'utiles. Il n'en est pas de métne des révulsifs sur le tube intestinal, et de f'apptieation des corps: gras soit simples, soit médicamentaux, sur la surface érysipélateuse. Parmi ces derniers, l'onguent mercuriel figure au premier rang, mais la facilité et la rapidité de son absorption doivent rendre très-circonspect dans son emploi. Dans les cas, simples, nous nous bornons à l'axonge purifiée et récemment préparée; c'est le seul topique auquel nous donnons la préfé- rence dès le début et jusqu'à la terminaison de la m;))adie._ Comme médication interne, après avoir débute par un ëmétocathartique ordinaire, toutes les fois que l'état des premières voies l'exige, nous employons, les jours suivants, le ca)ome) & doses réfractées et suivant la mëthode'de Law (calomel 5 centigrammes, sucre en poudre quatre grammes, en douze prises égaies, une d'heure en heure). Nous cessons cette dernière médication aussitôt que les signes de la salivation mercurielle apparaissent, ce qui a lieu souvent dès le second ou le troisième jour. Des boissons acidulées et quelques cuillerées. de bouillon sont accordées au malade..

Lorsque sous l'influence de ce traitement, les, symptômes locaux et généraux continuent et s'accompagnent d'accidents cérébraux c'est alors que nous prescrivons les pitutrs suivantes, et.nous les administrons au malade d'heure en heure, ou de deux heures en deux heures, suivant la gravité des circonstances Fr. Azotate de potasse. grammes.

Camphre.< 4 D

Conserve de rosés. 9

Divisez s. a. en 20 pilules.

Si le malade ne peut avaler ces pilules, on les fait dissoudre dans de l'eau sucrée.

Les effets de cette médication sont d'abord de mettre fin audélire, et de se traduire sous forme de phénomènes critiques, soit vers la peau par des sueurs fétides, soit vers les urines par une diurèse plus abondante.

ART. ~8)9. DIVERSES ESPÈCES DE SAULES, PXOPtUËTES MED!CtNALES.–Dans une petite brochure publiée récemment sur les propriétés médicinales des diverses espèces de saules, M. ie docteur


Telèphe Desmartis affirme que cet arbre est un des meilleurs toniques, qu'il est astringent, emménagogue, antipëriodiquc, vermifuge et diurétique. C'est, suivant ce médecin, un tonique précieux qui peut remplacer le quinquina; sa décoction en bain et à l'intérieur est très-précieuse chez les sujets lymphatiques ou scrofuleux. La décoction de saule lui a très-bien réussi dans les métrorrhagies passives à l'intérieur et en bain, elle a guéri des leucorrhées rebelles, ou a rétabli les règles chez de jeunes filles mal menstruées. A l'intérieur et en injections, elle a tari des blennorrhées qui semblaient incurables.

La même décoction en bain a remédié à la débilité des membres inférieurs des enfants. Elle convient encore dans les convalescences, et peut être préférée à celle de quinquina, parce qu'elle est moins irritante. Voici les préparations et les doses que prescrit M. Telèphe Desmartis.

Écorce de saule. A l'intérieur 30, 60 et 100 grammes et plus par kilogramme d'eau.

Pondre 10, 30, 50 et plus en bols, électuaire, dans du vin, du cidre, etc.

Teinture Une partie de salix sur 4 d'alcool et l'on met 40, 20, 30, 50 grammes

dans une potion.

~p~ (1sur10<reau). 3~ grammes

j&~<ra:tp6[rdecoc<tOK.(1sur8deau). 50 grammes jE'.c<rai< a<coo!~ae. ( < sur 6 d'eau), pouon.

Extrait alcooliqae. ( sur 6 d'eau)..

A l'extérieur la décoction peut servir pour lotions, injections, gargarismes, lavements.

Le jus exprimé est un excellent tonique et les feuilles pilées ou hachées peuvent être employées en cataplasmes. Le Salix viminalis est celui qui, exprimé, donne le plus de jus. Salicine. A l'intérieur, on la donne depuis un gramme jusqu'à dix par jour, en bols, pilules, dissolution. Le sirop de salicine se prescrit dans une potion a ta dose de 30 à 60 grammes pour la journée.

A l'extérieur, de 4 gramme à 4 grammes par ta méthode endermique.

Les substances incompatibles avec le saule et la salicine sont la gélatine, les sets de fer, les carbonates de potasse et d'ammoniaque, l'eau de chaux, etc.

ART. 4530- AFFECTIONS SCROFULEUSES ET CARCINOMATEUSES, CHLORURE DE xtNC. M. le docteur Verbeeck a publié dans les Annales médicales de la Flandre occidentale, quelques observations sur les effets thérapeutiques du chlorure de zinc. C'est à l'çxempte d'un médecin hollandais, le docteur Hancke, que. M. Verbeeck a eu recours à ce médicament. H donne cette sub-


stance à l'intérieur, soit èn pilules, soit en solution. La dose en a été élevée jusqu'à huit grains, dans les vingt-quatre heures, sans inconvénients. A l'extérieur, on peut l'appliquer en dissolution, ou mêléàl'axonge, ou enfin à l'état sec et pur, comme caustique. M. Verbeeck nous fait connaître trois observations de scrofules, et. un fait de carcinome du nez, dans lesquels le chlorure de zinc a produit un résultat remarquable. Un homme de quarante-deux ans, d'une constitution rachitique, portait depuis un an des u)cèresscrofu!eux au dos et aux épaules. Un grand nombre de moyens avaient été employés inutilement, lorsque M.Verbeeek lui prescrivit quatre grains de chlorure de zinc dissous dans quatre onces d'eau distillée, à prendre quatre cuillerées à bouche par jour. La même solution fut appliquée sur les ulcères. Le traitement fut continué pendant trois semaines, et au bout de ce temps le malade était définitivement guéri. Huit ans se sont écoulés depuis cette époque et la maladie ne s'est pas reproduite.

Il en .fut de même d'une jeune fille de seize ans qui portait au cou des ulcères, s'améliorant parfois, sans jamais guérir. Elle avait inutilement pris l'huile de foie de morue. On prescrivit deux grains de chlorure de zinc dans quatre onces d'eau distillée, à prendre une cuillerée quatre fois par jour. Extérieurement, elle fit usage d'une solution aqueuse de chlorure. de zinc (un grain sur une once). Au bout de quatre semaines, la guérison était complète et définitive.

Le même succès fut obtenu chez une petite fille de cinq ans, qui portait un engorgement strumeux très-prononcé des glandes du cou. M. Verbeeck fit frictionner les tumeurs glandulaires trois fois par jour, avec un gros d'un onguent composé de six onces d'axonge et de deux scrupules de chlorure de zinc. Enfin le même médecin a guéri, par l'usage du chlorure de zinc en pilules, une femme qui portait sur le nez un bouton cancéreux. Le mal ayant assez facilement cédé d'abord, puis ayant récidivé quelque temps après, le même traitement amena une guérison définitive.

ART. 4821. EAU DE MER, ACTION THËBApEUMQtJE.–M. Édouard Aubert vient de publier dans ~tT~ne médicale quelques observations pratiques sur l'administration de l'eau de mer tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les bains de mer, suivant ce médecin, agissent tantôt à la manière des excitants ou toniques, tantôt à la manière des sédatifs, des apéritifs, des dépuratifs et des désobstruants. Cela dépend de la manière dont on en fait usage. On obtient une action stimulante ou excitante en prescrivant un bain d'une minute au plus, pendant lequel le baigneur en se baissant et se relevant brusquement dans l'eau trois ou quatre fois, ne subit


réellement dans la mer que le premier effet des bains, c'est-àdirel'imprcssionnabitité. Après cette immersiondcsbains, iircgagne en courant sa cabane, et il est peine arrive qu'il éprouve tous lessymptômes d'une réaction vive etimpétueuse, dont le dernier résultat est de produire une action essentiellement excitante. Ces sortes de bains conviennent dans tous les cas de débilite, et ils doivent être prescrits aux natures délicates et faibles, aux vieillards, aux femmes, aux enfants. Ils détruisent les prédispositions fâcheuses aux catarrhes et aux dyspnées qui se lient à l'atonie des muscles inspirateurs.

On obtient plus difficilement une action tonique; cependant pour y parvenir, on prescrit un bain de deux ou trois minutes. Ces bains conviennent dans toutes les affections nerveuses de l'estomac, des intestins et des viscères contenus dans l'estomac, dans les coliques néphrétiques, les calculs des reins et de la vessie, les dysuries et l'incontinence. Ils conviennent encore dans l'asthénie sanguine et nerveuse, et surtout dans le vice strumcux, le mal de Pott, le rachitisme, les scrofules et toutes les affections lymphatiques. Toutefois dans ces diverses affections, il faut les faire alterner avec les bains excitants. Les bains toniques sont encore indiqués contre les tumeurs blanches, la paralysie des jambes ou des bras, les plaies, les rétractions contre les roideurs ou les faiblesses qui se déclarent à la suite des entorses, des luxations, des fractures, des ankyloses. Enfin contre les empêchements douloureux occasionnés par des cicatrices vicieuses, rësultant de brûlures étendues ou d'engelures ulcéreuses. De plus, les bains toniques ont la propriété défavoriser la transpiration et les sécrétions.

Le bain est sédati f dans l'espace de temps qui s'écoule entre le moment où l'économie se trouve en quelque sorte en équilibre au sein de l'eau, et celui où elle commence à éprouver un sentiment de froid. Cette sédation ne dure guère que quelques minutes et elle convient dans les affections qui se rattachent à une surexcitation sanguine ou nerveuse..

Enfin, les bains de mer sont apéritifs, ~M'a< fondants et depm'aft/s~ mais pour cela il faut les prendre dans des baignoires. Dans cet état, ils agissent différemment, suivant leur température. Les bains au-dessus de trente-quatre degrés centigrades sont stimulants ou excitants; les bains au-dessous de ce degré sont au contraire sédatifs ou hyposthénisants. En outre, l'action chimique de l'eau de mer est en raison directe de la quantité d'eau absorbée; or, c'est entre le vingt-deuxième et le vingthuitième degré que l'absorption de l'eau se fait avec le plus d'abondance.

Les bains de mer pris dans une baignoire à la température de vingt-cinq it trente degrés impriment un sureroit de force et d'ae-


tivité aux fonctions digestives et aux sécrétions. Ils augmentent aussi les forces musculaires; de plus, par la quantité de sels qu'ils livrent à l'économie par absorption, ils agissent comme apéritifs, laxatifs, fondants et dépuratifs. Toutefois on favorise singulièrement ces divers effets en prescrivant concurremment l'eau salée à l'intérieur. Ce double traitementa pour effet de dissoudre comme par enchantement les engorgements passifs des glandes cervicales, si fréquents chez les enfants lymphatiques. Quelquefois même il suffit pour détruire les obstructions des viscères et des glandes.

Les bains de mer, pris dans une baignoire à une température de trente a trente-cinq degrés, ont une très-grande action sur tes rhumatismes et les mouvements goutteux. On les emploie aussi avec succès contre les prurits des muqueuses et de la peau, les ulcères atoniqucs et indotents, les troubles de la menstruation, l'obésité déterminée par ia langueur des fonctions. Au-dessus de trente-cinq degrés ils ne doivent être employés que dans des cas très-rares, et encore ils ne sauraient jamais être continués ]ongtemps. Us sont excellents 4° pour enrayer ou faire avorter immédiatement une p!curesie ou une fluxion de poitrine commençanle; 2" pour redonner vivement des forces à l'économie épuisée par des fatigues violentes ou par des pertes excessives d'innervation ou de caloricité.

JI. Edouard Aubert résume ainsi les effets qu'une observation suivie lui a fait reconnaître aux bains de mer.

'Tous les enfants, dit-il, sans exception, se fortinent aux bains de mer; tous y prennent du ton, de la couleur et de la vigueur; quelques-uns y grandissent d'une manière extraordinaire tous s'y trouvent bien, et les quittent avec regret. a Les femmes dont la constitution se rapproche le plus de celle des enfants; celles qui ont beaucoup souffert physiquement ou moralement, qui ont été éprouvées ou épuisées par des veilles, par des chagrins ou par des maladies, retrouvent promptement à la mer la force et la santé qu'elles croyaient avoir à jamais perdues.

'Les vieillards se trouvent également bien de leur séjour à la mer. Tous les systèmes lymphatiques ou scrofuleux se feiicitent des bains de mer. Les rhumatisants éprouvent des cu'ets différents ceux qui sont atteints de rhumatismes vagues, mobiles ou erratiques se trouvent admirablement de leur séjour aux bains; ceux au contraire qui sont affiigés de rhumatismes fixes et chroniques, sont presque toujours forces de t énoncer à i'usage des bains de mer, et quelquefois même de fuir l'air maritime.

"Les hommes forts, pléthoriques, vigoureux et sanguins, sont les seuls qui nous aient paru ne pouvoir supporter long-


temps ni l'action des bains de mer, ni l'action de l'air; quelquesuns même, ceux qui sont atteints d'affections organiques du cœur ou des gros vaisseaux, ont éprouvé une aggravation notable dans leur état.

N" 4822. CORPSÉTRANGERS DANS LA TRACHÉE, FRAGMENTD'ÉPONGE, 'fRACHËOTOMiE.– On lit dans le Fu~o medical journal l'observation curieuse d'un malheureux âgé de quarante-quatre ans, et dans le larynx duquel un volumineux morceau d'éponge pénétra et nécessita la trachéotomie. Une partie des os de la face avaient été détruits par la maladie scrofuleuse, et il s'introduisait plusieurs fois par jour dans les narines de l'éponge mouillée pour absorber la sécrétion fétide qui s'écoulait par ces conduits. Le 23 juillet485O, au moment où il se livrait à cette opération, l'éponge lui échappa des doigts et tomba dans l'arrière-gorge. Aussitôtil eut un violent paroxysme de toux et de dyspnée, et il envoya promptement chercher le docteur Peaslee qui arriva au bout de quelques minutes. Celui-ci introduisit aussitôt ses doigts dans le pharynx espérant y rencontrer le fragment d'éponge, mais il n'y trouva aucun corps étranger; il se servit alors de longues pinces courbes et ne fut pas plus heureux. Le malade, cependant, afErmait que ces manœuvres avaient fait descendre le corps étranger plus bas et qu'il le sentait maintenant dans l'œsopbage; la respiration était devenue plus libre et la toux avait cessé. Le fragment d'éponge, d'après la déclaration de cet homme, avait le volume de la moitié d'un œuf de poule. Il montra d'ailleurs l'éponge dont il avait détaché ce morceau, et il semblait tout à fait impossible qu'un pareil fragment eût pénétré.dans les voies aériennes. Une plume fut en conséquence introduite dans l'œsophage et passa sans difficulté; de l'eau fut avalée asez facilement, et enfin on prescrivit un émétique. Il est à remarquer, qu'après avoir bu, le malade se sentait soulagé et annonçait que le corps étranger était descendu dans l'estomac. Bientôt le vomitif opéra, les liquides qui se trouvaient dans l'estomac furent lancés avec force au dehors, mais le corps étranger ne sortit point. La respiration au contraire s'embarrassa davantage, et le malade affirma que l'éponge avait remonté dans le pharynx; mais une sonde introduite de nouveau n'y rencontra rien. Cette dernière manœuvre soulagea encore te malade qui déclara que maintenant il avait la certitude que le corps étranger était tombé dans l'estomac.

Néanmoins M. Peaslee resta convaincu que le fragment d'éponge était dans les voies aériennes. Il fit appeler le docteur Crosby qui partagea son avis, et le lendemain ils pratiquèrent la trachéotomie. M leur fut impossible de trouver le corps étranger. Pendant les recherches auxquelles ils se livraient, du sang


pénétra dans la trachée et le malade tomba inanimé; on le crut mort. Cependant on parvint enfin à saisir )e fragment d'épongé; mais il était si solidement fixé qu'il fallut s'y reprendre à trois fois pour l'arracher. On y parvint enfin, et le malade, qui semblait complétement asphyxié, revint peu à peu à la vie. Le corps étranger était énorme: il avait un pouce trois quarts de longueur et un pouce un quart de largeur. Le malade succomba vingt-trois heures après l'opération.

BIBLIOGRAPHIE.

Art. 4523. Traité de toxicologie, par M. OnriLA (<). II y a moins de dix années que nous annoncions la quatrième édition de cet ouvrage, et que nous signalions aux praticiens les importantes modifications que l'auteur avait dû faire subir à son. livre pour le mettre au niveau de la science. Depuis cette époque, la toxicologie a fait des progrès assez sensibles pour que cette quatrième édition parût incomplète, et qu'il fût nécessaire, par des additions nombreuses, d'éclairer les praticiens sur une foule de questions qui, dans ces derniers temps, ont reçu une solution définitive. L'histoire des poisons, d'ailleurs, grâce aux progrès de la chimie moderne, marche à pas de géant et en quelques années l'ouvrage le. plus complet surja matière vieillit et paraît insufusant, si son auteur ne s'empresse de le refondre et de l'enrichir des découvertes qui recutent chaque jour les bornes de la science. Cette insuffisance qui force les praticiens à se défaire de leurs vieilles éditions est précisément ce qui fait le charme de l'étude des sciences chimiques; c'est une région nouvelle et inconnue que le chimiste parcourt sans sortir de son laboratoire. A chaque instant des tableaux variés et inattendus s'offrent à ses regards. H ne se traîne pas, comme pour les autres sciences, dans la route battue, trop heureux de rencontrer quelques points obscurs qui avaient échappé à f'œi) vigilant de ses devanciers ce sont des régions tout entières qui s'offrent à sa vue et qui n'ont encore été parcourues par aucun voyageur. Prenons-en pour exemple un empoisonnement célèbre qui a récemment ému un pays voisin du nôtre et dans lequel l'habileté du chimiste a démontré aux juges quel crime avait été commis et comment il avait été exécuté nous voulons parler de l'affaire Boçarmé et de la découverte de la nicotine faite par M.Stasdans le cadavre de la victime, alors que rien ne pouvaitfaire supposer à l'expert chimiste la nature du poison qui avait été administré. Cette affaire qui restera à jamais célèbre .dans les fastes du crime, en démontrant toute la puissance de la chimie, nous (') 5' édition, 2 très-forts volumes in-s, chez Labe.


prouve aussi !o nécessité d'en suivre attentivement tes progrès. Est-il aujourd'hui un expert qui ne doive connaître ce redoutable poison et les moyens que la sciencelui offre d'en constater la présence dans nos organes?

Chaque jour des corps nouveaux sont découverts ou tout au moins sont appliqués nouvellement à l'industrie. Leur emploi peut donner )icu à des accidents, à des questions de médecine légale pour lesquelles l'expert sera consulté. Ne doit-il pas être informé de toutes les ressources que la science peut lui offrir dans le cas où il serait appelé par le jngc, et des questions nouvelles se trouvent elles traitées dans de vieux thres? !i faut donc, quoi que nous en ayons, nous défaire de nos TieiHes éditions et recourir aux nouvelles dans lesquelles d'ailleurs les auteurs apportent toujours plus d'expérience, d'étude et de réflexion c'est au reste un assez léger sacrifice auquel le médecin se soumet dans l'intérêt de la science, car bien peu d'auteurs ont l'heureux privilége de prélever sur leurs lecteurs cet impôt volontaire. De tous les écrivains de notre époque, aucun peut-être ne jouit plus que M. Orfila de la faveur publique, et iln'estguère de médecin qui n'ait dans sa bibliothèque quelques-uns de ses écrits. Celui dont nous annonçons aujourd'hui la cinquième édition, est devenu tellement classique et populaire que tout éloge en serait superflu. L'auteur possède à un si haut degré le talent de l'enseignement, ses démonstrations sont si claires, si nettes et si précises, son esprit est si incisif, que celui qui entend ses leçons, aussi bien que celui qui lit ses ouvrages, n'a presque aucun effort à faire pour pénétrer les mystères de la science. La clarté et la précision, voilà les deux qualités qui distinguent ce professeur entre tous les autres. Sous ce rapport, son Traitéde toxicologiepeut être offert en modèle 4 tous ceux qui se livrent à l'enseignement. Cette nouvelle édition, plus complète que les précédentes, qui est à la portée de toutes les intelligences, qui s'adresse aussi bien à I'éte\'e qu'au praticien le plus expérimenté, qui touche à toutes les questions les plus controversées de la science des poisons, et le ptus souvent en donne une solution satisfaisante, sera certainement recherchée avec autant d'empressement que l'ont été les premières, et rendra d'aussi éminents services aux praticiens et aux tribunaux. Art 4524. -Annuaire de ~eropea~a~ de matière médicale, de pharmacie et de toxicologie, pour ')85~, par M. BouotAnDAT ~nntMi're de médecine et de chirurgie pratique, pour 883, par le docteur A. W AHU (f).

Ces deux petits ouvrages qui semblent marcher de conserve, (t) Chez Germer BaiUiêre.


paraissent chaque-année chez le même éditeur, .et donnent l'un ei t'autrc un résumé.des faits les plus saillants' qui ont été publiés sur l'art de guérir. Celui de M. Bouct'ardat, comme t'indique son titre, contient presque cxetusivcment des faitsrelatifs à la matière'mëdicate et à la toxicologie. Celui de M. Wat)U envisage la pratique sous un point de vue ptus général, et l'au-.tcur y enregistre toutes les observations qui lui ont semblé avoir de t'intcret pour le médecin; ce sont de petits mémentos qu'on aime à consulter et qui contiennent beaucoup de choses bonnes à savoir. Nous n'avons rien & en dire de plus, ces petits annuaires ayant été nombre de fois annoncés dans ce journal. AM.4525.

YARIËTËS.

*Hnus avons à annoncer la mort d'un grand nombre de nos confrères. quelques-uns dans un âge avancé, mais la plupart dans la force de t'age et du talent. M. Francois-Gédéon Gourjon, docteur en médeçine à Condé-sur-Noireau! M. Girard, ancien directeur de t'écote d'A)fnrt;M,Va)et,dopteurenmédecineàParis,ancienchirurgienmajor t)e la garde impériale; M. le docteur Guillaumel, d'Argentan M. le docteur Cottart, chirurgien-major en retraite à Metz; M. JulesRaphaët Moreau médecin ordinaire de deuxième classe à t'bopitat militaire de Strasbourg; M. te docteur Pradier, chirurgien-major du '7t' de ligne, mort à Paris à )'age de quarante-quatre ans; M. le docteur Gama. chirurgien-major du 37' de ligne, mort également à t'age de quarante-quatre ans au Vat-ne-Gr&ce, etM.Nepveu, médecin à Chateauneuf. Les honneurs funèbres ont été rendus avec une grande pompe aux docteurs Pradier et Gama, et au milieu d'un concours considérahte d'amis, de confrères et de soldats. M. le docteur Sonrier. a prononcé sur la tombe du docteur Pradier un discours qui a vivement ému les assistants, et M. Larrey a fait t'étoge rie M. le docteur Gama auquel il était étroitement uni par les liens de t'amitié. Le docteur Gama était le neveu de l'ancien chirurgien du Yat-de-GrAce. Nous lisons, en outre, dans le Journal de Jt/ottte-et-tot'rc, la notice suivante sur M. Nepveu, due à M. le docteur Dehrais. qui a rappelé en quelques mots bien seutis la perte que ses concitoyens viennent défaire: M. Nepveu, médecin à Chateauneuf, vient de mourir dans un âge peu avancé, après une courte et douloureuse maladie. Entré au service en i8)). âgé de vingt-deux ans, comme chirurgien militaire, il prit une part activeatuutes nos guerres dans l'est de l'Europe; et à une époque où nos soldats dévoyèrent tant (le courage et d'énergie, il se montra leur digne et vaillant camarade en leur donnant, en toute occasion, les soins les plus dévoués. En 1812 il reçut une balle dans la jambe en pansant un blessé sous te feu de t'ennemi. M. Vidât, l'un des chirurgiens principaux du corps d'armée qui "ccupait la Saxe, le père d'une de nos célébrités médicates actuelles appMcia le sang-froid et la résolution de M. Nepveu, et se lia aveé


lui d'une étroite amitié. Ce sang-froid du chirurgien opérant sur te champ de bataille s'alliait, chez M. Nepveu, au courage militaire. Nous n'en citerons pour exemple qu'un trait bien remarquable: Un détachement, dont il faisait partie en Silésie, avait été chargé de pousser une reconnaissance de l'autre côté de l'Oder. Cette faibte troupe, obligée de battre en retraite devant des forces supérieures, repasse le fleuve, laissant sur la rive opposée un peloton de tirailleurs qui, emportés trop loin par leur courage, n'ont pu arriver à temps pour franchir !e pont que l'ennemi occupe aussitôt après le'passage des Français. Ces braves, se défendant toujours, remontent le fleuve jusqu'à une masure, où ils se retranchent, pendant que leurs camarades, sur l'autre rive, préparent à la hâte une espèce de radeau. On. demande un homme résolu pour porter, de l'autre côté du fleuve, le lien qui doit amener à nos vaillants soldats le radeau sauveur. M. Nepveu se présente s'attacher la corde autour du corps, braver à la nage les flots dangereux de la rivière, le danger plus imminent encore des balles ennemies, dont il est le point de mire, est pour lui l'affaire d'un instant; le succès couronne ses efforts, et bien'tôt un long cri de joie apprend à l'ennemi qu'une proie qu'il croyait certaine lui a échappé. M. Nepveu fut porté, pour cette belle action, à l'ordre du jour de l'armée et proposé pour la décoration; mais, fait prisonnier quelques jours après, il fut oublié et ne rentra en France' qu'à la paix.

'< Pour secourir ses frères d'armes, M. Nepveu avait souvent bravé la mort sur le champ de bataille avec le courage du soldat; à la fin de sa carière, il l'a vue venir avec la foi et la résignation du chrétien. Enfin on écrit de Bougie Le 14 mai, nous avons retrouvé flottant dans la Soumam le corps du docteur Laur, qui a péri victime de son dévouement, au passage de cette rivière, le 23 février dernier, en revenant de la malheureuse expédition du général Bosquet. Les honneurs funèbres lui ont été rendus le lendemain avec toute la pompe désirable en pareil cas. Nous nous proposons, avec l'aide du personnel des autres hôpitaux de l'Algérie, d'élever un modeste monument à la mémoire de ce cher et digne confrère.

M. le ministre de l'intérieur vient d'adresser aux préfets une circulaire dans laquelle il leur recommande de faire une enquête suivie et minutieuse sur tous les cas d'hydrophobie qui se présenteront. Le résultat devra faire connaître:

l° Le sexe de la personne exposée à la contagion ou atteinte 2" Son âge;

3° Sa résidence

4° L'espèce de l'animal qui a fait la morsure

5° Le mode d'inoculation, ou la nature et le siège des blessures virulentes

Les signes propres à établir l'existence de la maladie ~hez l'animal supposé enragé, lés causes probables à lui assigner, la marche qu'elle a suivie en se transmettant d'un premier individu aux autres, et les différences d'énergie que peut présenter le principe contagieux après plusieurs transmissions


La date du jour où a eu lieu la transmission du mal; 8° Le nombre des individus simultanément mordus, et la proportion de ceux qui ont été atteints de la rage;

9° La date du jour où se sont manifestés tes premiers symptômes et la durée de l'incubation

i0° La durée de la matadie

11° Le mode de terminaison;

12° Les moyens préventifs qui auront été employés pour combattre la contagion; 13° L'époque exacte où auront été appliqués ces moyens et le temps qui s'est écouté entre leur emploi et l'inoculation

14° Les moyens de traitement et les remèdes divers mis en usage; 15° Les observations particulières que chaque cas d'hydrophobie pourrait suggérer.

Le directeur du commerce et de l'agriculture vient d'envoyer à plusieurs de nos Académies de province des secours destinés à fonder des prix pour les personnes qut trouveront un spécifique contre la rage.

-Le tribunal correctionnel de Paris vient de prononcer des peines sévères contre les brasseurs qui, pour clarifier leur cidre, y avaient méfangé une certaine quantité d'acétate de ptomb, et avaient ainsi empoisonné un grand nombre de personnes dont deux ont succombé.U a condamné le sieur Henon à dix-huit mois d'emprisonnement et six cents francs d'amende, le sieur Dorvet à six mois d'emprisonnement et cinquante francs d'amende le sieur Stenacher à huit mois d'emprisonnement et cinq cents francs d'amende, et les sieurs Yaudré et Vandeling chacun à trois mois d'emprisonnement et cent francs d'amende. H les a condamnés en outre à payer à vingt-neuf personnes, qui s'étaient portées parties civiles, différentes sommes d'argent qui ne se sont pas élevées à moins de vingt-cinq mille francs. La Revue de l'Orient publie des conseils hygiéniques aux colons. de l'Algérie, adressés par M. Baudens, membre du conseil de santé des armées. Nous croyons devoir reproduire cette excellente leçon d'hygiène qui peut s'appliquer sans doute à toutes les régions équatoriales

J'ai assisté pendant tes dix premières années de la conquête à toutes les expéditions militaires importantes dans les trois provinces de t'Atgérie j'ai pu ainsi apprécier i'iniluence du climat de nos possessions de l'autre côté de la Méditerranée, et c'est avec empressement que je réponds au désir qui m'a été exprimé de formuler en quelques mots mon opinion sur la question hygiénique, si étroitement liée à la colonisation.

« Sécurité et salubrité étaient deux problèmes qu'il fallait à tout prix résoudre avant d'attirer en Algérie le flot,de l'émigration. La moitié de cette entreprise difficile est accomplie, l'autre est en cours d'exécution. En effet, la plus grande sécurité règne actuellement, dans les contrées livrées à la culture; encore quelques efforts, et la domination sera générale. Quant à.la salubrité, grâce à d'incessants travaux de dessèchement, elle agrandit chaque jour son cercle.


« Les questions qui touchent à la saluhrlté et à )'hyg!ène revêtent en Algérie une.physionomie à part et d'une haute importance. « Séduit par la beauté du ciel, par la richesse du sol, l'Européen oublié souvent que ce ciel, que ce sol si nouveaux pour lui fui imposent certaines précautions d'acclimatement auxquelles il ne saurait sans danger se soustraire.

« Quand on parle du climat, on confond presque toujours en Atgérie t'innuenco du.climat avec l'action délétère des émanations marécageuses. 11 importe de bien distinguer l'une de l'autre. « L'acclimatation, c'est faction du climat opérant sur la transformation organique des nouveaux venus. Or, je me hâte de ie dire, le climat de t'Amène est hospitalier pour l'Européen. Quelques mesures d'hygiène suffisent pour éviter tout danger. Les cotons ne devront pas arriver en Algérie pendant les grandes chaleurs )a der"nière quinzaine de septembre est l'époque la plus favorable pour l'émigration. C'est d'ailleurs le moment où les lahours vont commenrer. Ils n'ont guère à redouter a'tors que des flux diarrhéiques, qui promptement dégénéreraient en dyssenleries graves s'ils ne les arrêtaient dès le début. Comme moyen curatif et préservatif à la fois, on mettra sur t'abdomen une ceinture de nanette; on évitera les fruits aqueux, pastèques, grenades, oranges, timons, figues, bananes, etc. On ne fera usage que des eaux connues et réputées de bonne qualité il faudra savoir résister au besoin d'étancber la soif et s'habituer à boire peu. L'eau &era toujours coupée avec du vin à défaut d'eau vineuse, on prendra une tégère décoction de café ou de petite centaurée il faut se rappeler qu'une lasse de café pris bien chaud, faite à la manière arabe, rafraîchit plus et fait moins transpirer qu'un verre de limonade froide ou qu'un verre d'eau sucrée. Ces dernières boissons devront toujours, si faire se peut, être tonifiées par l'addition d'un verre de madère, d'eau-de-vie ou de rhum. L'usage du thé, dont je me suis trouvé si bien pour tes matades de mes am* butanees, devrait être répandu en Algérie.

f Le riz constitue l'aliment par excellence; on ne saurait trop en conseiller t'usage. La poute au riz devrait chaque jour figurer sur ta tahle des colons; on évitera pendant t'étë les viandes de porc, d'une digestion lourde, et défendues par les anciens législateurs, sans doute parce qu'elles ont été reconnues malfaisantes sous les climats chauds. i )! faut se rappeler que la diète ahsotue pendant un jo.ur ou deux est le meilleur moyen de guérir les (tux de ventre. Pour boisson, on prendra alors de l'eau de riz édutcoree si on le peut. avec le sirop de coing, puis qnefques panades bien cuiles avec addition d'un jaune d'oeuf, ou bien encore quelques potages au riz. Un verre de vin sucré, dans lequel on trempe quelques morceaux de pain blanc, m'a souvent parfaitement réussi. Aussitôt que la dyssentcrie, reconnaissable à des traces de sang survient, it faut consulter un médecin. Traitée dès le début, cette maladie est très-rarement sérieuse; elle devient au contraire fort grave quand elle est négligée.

« La nourriture devra être saine, tonique composée surtout de viandes rôties et peu abondantes; it faut éviter de charger t'estoma': de substances peu nutritives; on évitera comme un poison mortel


l'abus des boissons alcooliques. Aux bains tièdes qui sont débititants, je préfère les bains maures dont le massage excitant nettoie si parfaite'ment la peau. Je conseille, d'ailleurs, de n'en prendre que rarement, uniquement comme moyen de propreté des ablutions générales suivies dé fortes frictions sèches les remplaceraient avec avantage. « La chemise de toile, si glaciale quand elle est humectée par la sueur, devra être remplacée par la chemise de coton et mieux encore par une chemise en laine légère, à l'imitation des indigènes.c Dans la saison des chateurs. on peut commencer le travail journalier une heure après le lever du soleil pour éviter la rosée. Mais il faut t'interrompre à partir de dix heures jusqu'à trois heures, faire quelques heures de sieste ou travaiiter sans fatigue, à i'abri des rayons solaires. Le soir, il faut rentrer au logis de bonne heure pour se sous- traire à t'hum~dité et à t'iuttuenee des miasmes qui retombent sur la terre où ils se condensent.

<- L'habitation, toujours bien aérée, sera tenue proprement, aussi loin que possible des marécages et au sud de ces derniers, pour échapper aux émanations si dangereuses quand elles sont apportées par les vents du midi et surtout par le siroco.

On répète constamment que les jeunes enfants s'élèvent mal en Algérie; c'est une erreur qu'il faut détruire. La mortalité sur les enfants indigènes est moins élevée qu'en Europe. 'J'ai vu à Alger des Européennes donner le jour à cinq ou six enfants sans en perdre un sent. M est vra) que ces femmes étaient, acotimatëes et n'étaient pas sujettes aux flux dyssentériques. J'ai remarqué, en effet, que beaucoup de nouveaux-nés succombent uniquement parce que leurs nourrices éprouvent des purgations qui flétrissent leurs mamelles et tarissent te lait à sa source; ils dépérissent ators promptement et meurent d'inanition. Voilà pourquoi les nourrices négresses qui ne sont pas sous ces influences font à Alger de très-beaux nourrissons. Les nourrices nouvellement arrivées devront par conséquent observer scru. puleusement les préceptes émis plus haut. Quant aux enfants qui sont sevrés, il faut également les soumettre aux règles déjà posées et dont l'infraction leur est d'autant plus préjudiciable qu'ils sont plus jeunes et partant moins forts pour résister à ce genre d'indisposition. 11 faut surtout éviter bien soigneusement, pendant t'été, quand les enfants ont le corps couvert de sueur, de les exposer à ces courants d'air, si bien ménagés dans les maisons mauresques et à des refroidissements, en les laissant jouer sur les dallages de ces habitations. J'ai observé effectivement, pendent mon séjour à Alger, que bon nombre d'enfants de trois à six ans succombaient par suite de cesim.prudences dont on se préoccupe généralement fort peu. Une bnnna mesure serait de recouvrir le dallage de la chambre où se trouvent tes enfants, en été, d'une natte ou d'un tapis pour éviter les suppressions brusques de transpiration.

Les (tux diarrhéiques sont à peu près les seules indispositions inhérentes au climat de t'Atgérie et contre tesqueites duivent se prémunir les nouveaux colons.

Les mutations qui plus tard s'opèrent graduellement sur leur or~nisme et par lesquelles ils s'accommodeut aux influences nouvelles des modificateurs externes finissent, après des oscillations plus ou


moins prolongées de fonctions et de santé, par aboutir à l'acclimatement.

< Une fois acclimatés, les colons pourront sans danger abandonner graduellement quelques-unes des mesures préservatrices conseillées." M. Baudens termine ses conseils par quelques considérations sur les fièvres intermittentes de l'Algérie et sur les moyens de les prévenir ou de les combattre.

On lit dans le journal anglais la Lancette que le docteur Chowne a reçu dans son service, à l'hôpital de Charing-Cross, une femme dont le système pileux était singulièrement développé. Cette femme se présentait à lui pour obtenir un certificat constatant qu'elle était bien du sexe féminin. Elle était en effet sur le point de se marier, et comme elle avait une longue barbe, ceux qui devaient procéder au mariage hésitaient à y consentir dans l'incertitude où ils étaient sur son véritable sexe. Cette jeune fille était âgée de vingt ans, originaire de la Suisse. Ses parents tui ont assuré qu'à sa naissance elle avait la figure couverte de barbe, c'est-à-dire qu'une quantité considérable de poils couvrait les parties de ta face sur lesquelles croit la barbe ordinairement chez tes hommes. Les seuls points qui n'étaient pas couverts de poils étaient la lèvre supérieure et la fossette du menton. Cette particularité seule ta distinguait des petites filles à leur naissance. La barbe cependant s'accrut graduellement, et à huit ans elle avait deux pouces de longueur; à seize ans, les rentes parurent et se sont maintenues r6gu)iorcmcnt. Sa santé a toujours été excellente. Ses occupations et ses habitudes sont celles d'une femme. Aujourd'hui, sa barbe et ses favoris sont très-abondants. Ils sont plus épais même que chez la plupart des hommes de cette contrée. Les poils couvrent les pommettes et s'étendent jusque sous les yeux, mais les parties qui en étaient exemptes la naissance n'en offrent encore aucune trace. Sa barbe et ses fayoris ont de un pouce quatre pouces de longueur. Quand elle sort détenez elle, elle est obligée de se couvrir la figure avec un mouchoir, ne laissant paraitre que les yeux dans la crainte d'attirer les regards du public et de la police qui la prendrait pour un homme déguisé. Ses cheveux ont deux pieds et demi de longueur; ils sont, ainsi que sa barbe, de couleur brune, et n'offrent d'aiiteurs rien de. particulier. Sur plusieurs parties du corps elle offre des poils aussi longs et aussi serrés que ceux de certains hommes vêtus, mais d'autres régions en sont comptétement-dépourvues ainsi, on ne voit aucun poil sur la partie antérieure du sternum et sur les mamelles qui sont belles et bien développées. La poitrine est large, belle et présente tout à fait l'aspect de celle d'une femme. L'abdomen et les pubis sont couverts de poils qui ressemblent à ceux d'un homme pour la disposition et la quantité. Les extrémités supérieures et inférieures sont extrêmement velues.

Cette jeune tille est de petite taille. La forme de sa tête n'offre rien de remarquable. Sa poitrine aussi bien que son bassin sont ceux d'une femme. Il en est de même de ses extrémités qui sont faibtes et délicates. Ses manières sont du reste celles de son sexe, et quand elle chante, elle a la voix d'une femme. Enfin, elle est arrivée à cinq mois de grossesse, et on entend très-distinctement les battements au cœur du fœtus.


ART. 4526.

Diagnostic des tumeurs ponction. Fer~MeMMOMM épizootique, inoculation. –Fy~o~~o&~e, remèdes secrets. Responsabilité des avocats et des médecins.

L'attention des observateurs s'est portée principalement dans ces dernières années sur la science du diagnostic, et c'est au perfectionnement de cette partie de l'art de guérir que sont dus les plus grands progrès que,nous ayons eus a signaler en médecine. Il est, en effet, plus important et pour la dignité de l'art et pour le bien de l'humanité que le praticien sache éviter une cause d'erreur que de lui enseigner à faire usage d'un médicament nouveau. On ne peut donc qu'applaudir aux efforts qui sont faits chaque jour pour éclairer le diagnostic par d'honorables confrères, et nous devons chercher à les encourager par la publicité.

Le résultat des autopsies :a démontré que parmi les erreurs qui sont le plus fréquemment commises dans le diagnostic, on doit mettre en première ligne l'appréciation des nombreuses variétés de tumeurs qui se développent sur toutes les parties du corps humain. Les difficultés d'établir un diagnostic dans ces cas sont telles, que parfois tous les doutes ne sont pas levés alors même que le scalpel du chirurgien a pénétré dans leur intérieur. On n'est pas toujours d'accord, par exemple, sur la nature cancéreuse de' certains tissus, et l'expérience du médecin a quelquefois besoin de s'aider des lumières du physicien et du chimiste pour constater par la disposition des fibres ou la forme des globutes le degré de dégénérescence des pièces qu'il a sous les yeux.

Nous ne sommes pas de ceux qui nient les services rendus à la science par l'usage du microscope ou des réactifs. H est probable qu'un jour nous en saurons tirer de puissantes ressources pourle diagnostic. Jusqu'à ce moment, à la vérité, les résultats de ces investigations ne sont pas teiïement positifs -qu'on doive leur accorder une confiance iHimitée, cependant on ne peut <;e dispenser d'y,recourir toutes les fois que les circonstances le permettent et qu'il reste de l'obscurité dans le diagnostic. Dans tous les cas, lorsqu'il s'agit d'enlever ou de dissoudre une tumeur, on conçoit qu'i) importe grandement d'être éclairé sur sa nature, aussi n'a-t-on rien négligé pour y parvenir. Indépendamment de tous tes moyens d'examen qui de tout temps ont été au service de l'homme de Fart, on a aujourd'hui partiTOME XXm. N" D'AOUT <8M. S


culièrement recours à la ponction sous-cutanée de la tumeur. De cette manière par des voies détournées et en déplaçant fortement la peau, on pénètre jusqu'au tissu que l'on veut examiner soit au moyen d'une aiguille à acuponcture, soit avec un trois-quarts, soit seulement avec le bistouri, et on ramène à soi une certaine quantité de matière dont la simple inspection suffit souvent pour faire apprécier la nature. Ces ponctions exploratrices dont on a d'abord conseillé l'usage dans quelques cas particuliers sont aujourd'hui rigoureusement prescrites dans une foule de circonstances. Ainsi, pour ne citer qu'un fait, le chirurgien serait inexcusable s'il enlevait un testicule avant de s'être assuré par une ponction dans l'intérieur de l'organe du degré de dégénérescence subie'par ses tissus. Nous entendions citer au commencement de notre pratique de nombreux cas d'erreurs de diagnostic dans lesquels le testicule, quoique sain, avait été enlevé. Aujourd'hui ces malheurs sont sans exemple, et il faut en grande partie attribuer au progrès qu'a fait le diagnostic des tumeurs et en particulier à l'emploi de la ponction préalable l'absence de ces lourdes fautes, aussi fâcheuses pour la réputation du chirurgien que pour le malade qui s'est confié à ses soins. Mais cette ponction n'est pas toujours elle-même suffisante pour faire bien juger de la nature du liquide contenu dans une tumeur; que sera-ce donc quand la tumeur sera solide? On a conseillé alors d'en enlever avec le bistouri une petite partie pour l'examiner au microscope et bien en déterminer la nature. MM. tes professeurs Sedillot et Küss, de Strasbourg, ont même proposé à cet effet des instruments destinés à ramener au dehors des parcelles du centre même de la tumeur, afin de connaître sa compo sition d'une manière plus intime que si on n'en avait examiné que l'a superficie. On conçoit en effet que le caractère cancéreux peut exister à son centre et ne pas se montrer à sa circonférence. Quand il s'agit d'enlever un organe précieux, un testicule, par exemple, ce diagnostic ainsi établi aurait de l'im ortance. Un professeur à l'école de Montpeitier, M. Bou\'son, a imaginé dernièrement, pour arriver au même but, un instrument qu'il croit d'un effet plus sûr que celui d~ M. Küss, et auquel il a donné le nom de ketectôme. C'est une sorte de trois-quarts, dont la canule est enfoncée dans la tumeur et en détache une partie de forme cylindrique, la peau ayant été préalablement incisée et déplacée. Une tige, en forme de tirebouchon, est ators poussée dans cette gaine; elle accroche le fragment cylindrique et par un mouvement de rotation


en opère la section. On obtient ainsi une certaine portion des tissus situés au centre même de la tumeur, dont, par des investigations minutieuses, on va démontrer la nature.

I~ous n'avons pas à nous prononcer sur la valeur relative de ces petites inventions qui peuvent être utiles aux praticiens. Nous voulions seulement faire remarquer à nos confrères avec quel soin scrupuleux on examine aujourd'hui une tumeur avant d'en: proposer l'ablation. Cette .sévérité que l'on apporte dans le diagnostic serait déjà un progrès dans l'art de guérir, quand même on no serait pas parvenu à perfectionner les moyens d'éviter l'erreur et de préciser la nature de l'affection que l'on veut combattre.

Les médecins vétérinaires, qui comptent aujourd'hui parmi eux un si grand nombre d'hommes instruits, sont vivement préoccupés d'une nouve!le qui intéresse aussi notre profession, car elle démontre le concours que la médecine humaine peut prêter à la médecine comparée; nous voulons parler de la guérison de la péripneumonie des bêtes bovines par l'inoculation. Depuis plusieurs années l'espèce bovine est décimée dans une notable partie de l'Europe par la péripneumonie qui règne d'une manière épidemique, est éminemment contagieuse et a déjà causé la ruine d'un grand nombre de cultivateurs et d'industriels. Les gouvernements se sont émus à la nouvelle de ces désastres ils ont envoyé sur les lieux des commissions qui ont constaté 1& mal sans en trouver le remède; et enfin. le ministre de l'intérieur, en France, a promis un prix de dix mille francs à celui qui trouverait le moyen de guérir cette terrible maladie.

C'est un de, nos confrères, un médecin belge, M. le docteur Willems, qui paraît avoir trouvé le moyen, non pas de guérir, mais de prévenir cette cruelle affection Le père de cet honorable confrère est distillateur à Hasselt et a des étables contenant une centaine d'animaux de l'espèce bovine. Depuis 1836, époque où la maladie fut introduite dans le Limbourg par des vaches venant des Flandres, "s a fait des ravages terribles dans ses troupeaux, et M. le docteur Willems a eu occasion l'étudier sous toutes ses formes dans ces foyers d'infection. I! s'est livré d'abord à la recherche d'un remède qui put la combattre, mais on sait que la péripneumonie épizootique est presque constamment au-dessus des ressources de l'art. Or, après avoir reconnu l'insuffisance de la thérapeutique, il songea


à la prévenir par l'inoculation. La péripneumonie, en effet, est de nature contagieuse; de plus, c'est un fait constant qu'un bœuf ou une vache qui ont été délivrés de cette affection en sont à jamais préservés. Ces deux conditions, bien constatées par M. Willems, ont le conduire à rechercher si par l'inoculation il ne changerait pas en une maladie bénigne une affection qui, suivant son cours ordinaire, est, comme la petite vérole dans l'espèce humaine, d'une extrême gravité. Ses expériences remontent au 10 février 1851. Cent huit bœufs ont été inoculés par lui et tous ont été préservés de la maladie, en sorte que ses étables sont aujourd'hui débarrassées de toute infection. Or, depuis 1836 jusqu'au moment de l'inoculation, la maladie n'avait pas cessé de sévir dans les étables de M. Willems père. Pour rendre les effets de l'inoculation plus sensibles encore, cinquante bêtes ont été disséminées dans l'étable au milieu des animaux inoculés, et,sur ce nombre dix-sept ont été atteintes de la péripneumonie.

Ces faits paraissent concluants, et le gouvernement français qui, sans doute, accordera à notre confrère la prime promise, vient d'envoyer à Masser M. Yvart, inspecteur *r général des écoles vétérinaires, pour étudier sur les lieux mêmes les effets de l'inoculation.

Voici du reste comment, d'après la communication faite à l'autorité par M. Willems, ce médecin procède à cette opération. 11 prend le liquide exprimé du poumon d'un animal malade récemment abattu ou d'un animal mort de l'épizootie et il l'introduit, à l'aide de deux ou trois piqûres, à l'extrémité inférieure de la queue de l'animal qu'il veut. préserver de la maladie. Une seule goutte de liquide suffit pour faire l'inoculation. Il choisit l'extrémité de la queue, parce que s'il survient des accidents gangreneux à la suite de l'inoculation, leurs conséquences sont moins dange/")uses dans ce point éloigné des organes, essentiels que <3!ans d'autres régions du corps où la marche envahissante "le la gangrène peut amener des résultats funestes, ainsi que l'expérience le lui a démontré. L'inoculation avec d'autres liquides que celui extrait du poumon malade, ne donne pas des résultats aussi certains.

Aujourd'hui que ces faits sont connus, ils paraissent simples dans leurs conséquences; et on s'étonne qu'on n'ait pas eu plus tôt recours à l'inoculation pour prévenir i'épizootie en question. La commission nommée à Paris par le ministre du commerce avait le projet de la tenter expérimentalement. Le médecin belge a devancé ses intentions, et mil doute que la gloire ne lui en revienne tout


entière si, comme tout le fait espérer, le temps confirme les résultats qu'il annonce avoir obtenus.

L'autorité est depuis quelque temps sérieusement occupée des moyens de prévenir l'hydrophobie qui semble iamais n'avoir été plus commune que dans ce moment. Les préfets sont chargés non-seulement de prendre note de tous les cas de rage qui se déclarent dans leur département, mais encore de s'enquérir des remèdes qui pourraient exister contre cette terrible maladie; remèdes qui, bien entendu, ne sont point dans la possession:des hommes de l'art, puisque nous ne savons que trop que jusqu'à ce jour l'hydrophobie s'est toujours montrée incurable. Des philanthropes se sont joints au gouvernement et ont promis des récompenses assez considérables aux possesseurs d'un remède préservatif ou curatif de l'affection qui nous occupe. Aussitôt on a vu se produire de tous côtés des annonces d'arcanes infaillibles contre la rage. Jamais un animal mordu par un chien enragé et qui en a fait usage n'a été atteint d'hydrophobie; et ce qui est bien plus précieux, jamais ces remèdes convenablement administrés n'ont échoué dans la rage confirmée. Affriandés par la récompense promise, ou seulement guidés par cette foi si vive et si générale dans le merveilleux, une foule de citoyens ont déjà offert de faire profiter l'humanité de leurs précieuses découvertes. Quelques-uns de ces possesseurs d'arcanes se montrent tort désintéressés et publient sans réserve la formule qui doit infailliblement anéantir le virus rabique. Voici, par exemple, la recette .de M. le vicomte Chifler, qui a paru dans plusieurs journaux o Prenez; ditil, des coquilles de dessous d'huîtres mâles, faites-les calciner sur un brasier, réduisez-les en poudre impalpable, conservez cette poudre dans un pot de faïence bien bouché. Nota bene Ne pas en avoir une trop grande quantité d'avance, car elle pourrait perdre sa force. Soixante-deux grammes de cette poudre sont divisés en quatre paquets. Aussitôt, dit la recette, qu'un malade se présentera à vous, vous lui demanderez s'il n'a pas mangé depuis trois heures; quand les trois heures seront révolues, vous mettrez un des paquets dans un verre de vin blanc, vous remuerez bien le liquide et le ferez avaler au malade. Il ne devra pas manger pendant les trois heures suivantes, etc. « Jamais, assure te possesseur de la recette, le remède n'a manqué son effet. » Nous sommes très-porté à croire, en effet, à l'efficacité de la poudre de coquille d'huître mâle, et nous engageons ceux de nos confrères chez lesquels se


jo/M~ro~ des malades atteints d'hydrophobie a la Leur faire avaler dans du vin blanc.

e Voici un autre remède qui est également infaillible. Ce sont des moines qui en possédaient le secret et charitablement ils se donnaient bien de garde d'en divulguer la formule. Mais la révolution a détruit leur couvent, et comme ils n'ont plus à craindre de concurrence pour la vente de leur médicament, ils ont confié ce secret important à un archiviste de la préfecture de Toulouse, qui, après en avoir constaté l'efficacité, l'annonce en ces termes à ces concitoyens « II faut prendre environ soixante grammes de racine fraîche d'M-M ~HMMM/Me. Après les avoir bien lavés et épluchés, on les coupe en petit morceaux de la grosseur d'un dé et on les fait frire soit dans du saindoux, soit dans du beurre frais. Lorsque cette racine est ramollie on la mêle avec deux ou trois œufs et l'on fait du tout une omelette, sans sel, qu'on fait manger à la personne ou à l'animal mordu. On réitère pendant trois jours la même confection et l'on peut être sûr que l'hydrophobie ne se manifestera pas. »

Cette précieuse omelette, si l'on en croit le moine qui en a divulgué le secret, a même guéri des personnes chez lesquelles la rage était déclarée; mais celui auquel nous devons la connaissance de cette formule et qui a constaté un grand nombre de fois sa vertu préservative, ne nous dit pas qu'il ait guéri des enragés~

Voici venir maintenant un docteur en médecine qui guérit la rage eoMMKemça~e, c'est-à-dire dont l'invasion est d'une ou de deux heures: « Ma découverte, dit-il, consiste à prendre sept bains de vapeur dits à la russe, en sept jours, à une forte chaleur et proportionnés au tempérament, boire cinq à six litres d'eau chaude par jour, se coucher entre deux édredons, vaquer à ses affaires et suivre son régime ordinaire. Les personnes réfléchies voient que je guéris par exhalation une maladie produite par absorption." D'autres philanthropes offrent au gouvernement un moyen de préserver les chiens non pas de la rage, mais de l'envie de mordre lorsqu'ils sont enragés. 11 suffit pour cela, lorsque ces animaux sont jeunes, de leur enlever un tendon qu'ils ont sous la langue et qui ressemble à un ver blanc. Les chiens qui ont subi cette opération, s'ils viennent à être mordus par un animal enragé, peuvent bien devenir hydrophobes, mais ils ne cherchent qu'à se cacher et vont mourir dans un coin sans jamais mordre personne.

Ces faits, comme les précédents, sont incontestables et


pourraient être affirmés par une multitude de témoins oculaires.

Nous en passons, et des meilleurs, comme on peut le penser, car nous ne voulons pas, dans un journal sérieux et sur un sujet aussi grave, nous occuper plus longtemps de pareilles bouffonneries. Ces possesseurs d'arcanes dont nous venons de parler constituent la partie honnête de l'espèce; ils ont foi dans leurs remèdes, sont parfaitement désintéressés et n'ont d'autre but en les divulguant que de faire profiter l'humanité d'une découverte qu'ils croient précieuse, Il n'en est pas ainsi d'un nombre considérable d'industriels qui ne publient de leur remède que les merveilleuses propriétés, sans en faire connaître la composition. Si le gouvernement veut leur assurer une pension viagère, ou seulement une dizaine de mille francs, ils sont prêts à faire profiter l'humanité du secret qui doit enfin mettre un terme aux ravages causés par l'hydrophobie. Depuis un mois les journaux politiques ne sont remplis que de pareilles'propositions; et si la récompense promise doit se partager entre tous les inventeurs, la part de chacun ne saurait être bien grosse, à moins qu'on n'y veuille employer tout l'or de la Catifomie.

Mais les instructions du gouvernement nous semblent avoir été mal comprises de ces philanthropes.

Dans un moment où, par un concours de circonstances malheureuses, un grand nombre de personnes ont été mordues par des animaux enragés, il a été fait un appel à la science et non à l'ignorance et au charlatanisme. On a appelé l'attention des hommes compétents sur la multiplicité des cas d'hydrophobie et on a cherché à stimuler leur zè!e, mais nous ne croyons pas qu'on a'it eu la pensée de recueillir les innombrables formules qui.sont la propriété de certaines familles et qui ont causé tant de malheurs en empêchant les btessés de recourir immédiatement à la cautérisation, seul moyen véritablement préventif. Nous espérons donc que ceux de nos confrères qui ont fait sur l'hydrophobie quelques remarques intéressantes les com muniqueront aux corps savants, qui seuls peuvent juger ( de leur importance. Peut-être sortira-t-il de ces communications et des débats auxquels elles donneront lieu, quelque lumière propre à nous éclairer dans l'étude de cette terrible affection, contre laquelle sont venues échouer jusqu'à ce jour les médications les plus rationnelles aussi bien que les recettes des empiriques.

De toutes les questions relatives à l'organisation me-


dicale, celles qui concernent la responsabilité du médecin vis-à-vis de ses malades, sont assurément les plus difficiles à résoudre. En droit, chacun est responsable de ses actions et doit réparation du mal qu'il a causé par sa faute. Ce principe, si souvent invoqué contre nous, a été la cause d'un grand nombre de condamnations plus ou moins sévères qui ont ruiné quelques médecins, mais n'ont point établi une jurisprudence fixe et arrêtée, et qui serve de guide au tribunaux. En attendant qu'il ait été statué à notre égard, par une législation plus équitable que celle qui nous régit, notre fortune et notre liberté sont en quelque sorte à la merci du premier mécontent qui voudra nous traîner devant les tribunaux, et démontrer à des juges, nécessairement incompétents pour se prononcer sur une question médicale, que nous n'avons pas les premières notions de l'art de guérir et qu'il est victime de notre négligence ou de notre incapacité.

Nous avons traité avec quelque étendue la question de responsabilité du médecin dans notre Statistique du personnel médical; et lorsque cet ouvrage parut, nous vîmes avec surprise qu'un journal judiciaire, dans un compte rendu, du reste très-bienveillant pour l'auteur, lui reprochait néanmoins de vouloir débarrasser le médecin de toute espèce de responsabilité et de ne le rendre justiciable que de sa conscience. Telle n'est pas l'opinion que nous avons soutenue. Nous admettions le principe de responsabilité générale énoncé plus haut, mais nous prétendions qu'avec l'interprétation qu'on donne aux lois qui nous régissent, il est à peu près impossible d'en faire, à l'égard du médecin, une juste application; nous demandions pourquoi, alors que par le fait les autres professions libérales sont à peu près exemptes de toute responsabilité, les médecins seuls sont soumis à la rigoureuse application de la loi et condamnés chaque jour par les tribunaux. Nous réclamions donc, .quant à ce qui nous concerne, l'indulgence dont les juges se montrent pénétrés, lorsqu'ils ont à apprécier la conduite d'un juge, d'un ingénieur, d'un avocat, etc., dont la responsabilité est nulle, par l'impossibilité où 1 on est presque constamment d'apprécier sa conduite. Le journal judiciaire dont nous parlons soutenait que nous préSndions à tort que les tribunaux ne faisaient pas aux avocats l'application du principe de responsabilité. Cependant le tribunal de Paris vientde se prononcer d'une manière assez explicite à cet égard. On lit en effet dans la 6a~~ des Tribunaux du 30 juin

La seconde chambre du tribunal, sous la présidence


de M. Fléury, a rendu aujourd'hui un jugenient qui consacre les principes de responsabilité dans les rapports des avocats avec leurs clients. I. s'agissait d'une demande en dommages-intérêts formée par un plaideur contre son avocat, à la négtigence duquel il imputait la perte de son procès

'< Attendu, dit le tribunal, qu'à raison de l'indépendance de son ministère, l'avocat ne peut pas être réputé le mandataire de son client, et soumis aux conséquences légales du mandat, tors même qu'il a accepté la défense qu'il ne relève en effet que de sa conscience dans l'accomplissement de ce ministère, et que par conséquent, hors le cas de fraude, il ne saurait être responsable envers le client du mauvais choix ou de l'omission des moyens, ni par suite de i'insuccès de la défense.

Le jugement constate ensuite, en fait et subsidiairement, qu'aucun grief n'existait à la charge de l'avocat, et, que la défense ayant été présentée d'une manière suffisante, le plaideur n'èst pas tonde à alléguer que la décision de justice lui a causé un préjudice, à moins de remettre en question la chose jugée. »

On a de la peine a comprendre comment l'avocat que vousavez choisi pour défendre votre, honneurou votre fortune ne relève que de sa conscience dans )'accomp)issement de son ministère, et n'est responsable qu'en cas de fraude du mauvais choix ou de l'omission des moyens de défense; tandis que le médecin, qui est choisi par le malade pour le guérir, doit compte, au même magistrat qui se trouve incompétent pour juger l'avocat, des moyens qu'il a employés ou omis dans l'exercice de sa profession.

L'honorable jurisconsulte qui, faisant la critique de notre livre', soutenait que les avocats n'étaient pas même de fait exempts de responsabilité envers leurs clients, commettait une double erreur; car, suivant la décision du tribunal de Paris, ils sont de fait et de droit en dehors du grand principe qui veut que chacun réponde des dommages qu'il a pu causer. Que pouvions-nous demander davantage pour notre profession ?

ART. 4527.

Hernie étranglée réduite a~r~ ~'em~<M du chloroforme.

Le docteur Robert Burns a publié, dans le Medical exam!Ke/' de Phifadeiphie, un cas de hernie étranglée dans lequel la réduction paraît être due aux inhalations du chloroforme. Il s'agissait d'un homme de moyen âge qui por-


tait une hernie crurale depuis plusieurs années. Comme il ne la maintenait par aucun bandage, cette hernie s'étrangla et il essaya vainement de la réduire, comme il était accoutumé de le faire. Son médecin, lé docteur Wiley, fut appelé. Il le saigna, employa la glace, le taxis prolongé, etc., mais ne put parvenir à faire rentrer l'intestin. Le lendemain soir, le docteur Burns de Frankfort fut appelé en consultation. On eut recours aux lavements de tabac et au tartre stibié mais la hernie ne put être réduite. Tous les efforts pour arriver à ce but étant infructueux, l'opération parut inévitable, et on convint de faire venir le docteur Keller de Philadelphie. Celui-ci ne put arriver que dans la matinée du troisième jour. II fit des efforts considérables pour parvenir à faire rentrer la hernie, mais il ne put y réussir. La tension et la sensibilité de l'abdomen faisaient craindre le développement d'une péritonite. Cependant, avant de recourir à l'opération, on voulut encore essayer l'action du chloroforme. On se hâta donc de s'en procurer, et l'on recouvrit toute la tumeur herniaire d'une compresse imbibée de ce liquide et en même temps on en fit aspirer au patient. Au bout d'un certain temps, le malade s'agita et cherchait à repousser les personnes qui l'entouraient. Le docteur Keller fit alors des efforts de réduction, et il y réussit sans peine. Chacun se réjouit d'un si heureux résultat mais, dès le soir même, des accidents de la plus haute gravité se déclarèrent, et le malade succomba à une péritonite suraiguë.

Réflexions. On ne saurait mettre en doute, d'après le récit du docteurBurns, l'action des anesthésiques, dans ce cas, sur la réduction de la hernie. Des chirurgiens instruits et habiles avaient épuisé depuis trois jours toutes les ressources de l'art, sans réussir à vaincre l'étranglement; et à peine les inhalations de chloroforme avaient-elles détruit la sensibilité, alors même que la résolution musculaire n'était point encore complète, l'intestin rentrait dans l'abdomen aux premières tentatives de taxis. Mais il est évident aussi qu'on avait trop attendu, et que les violences auxquelles la tumeur herniaire avait été soumise, jointes à la compression par les parties fibreuses qui étranglaient l'intestin, avaient déjà, lorsque enfin on put procéder à sa réduction, déterminé une inflammation à laquelle le malade devait infailliblement succomber.

Il est donc à regretter que les inhalations de chloroforme n'aient pas été proposées plus tôt. Cependant, bien qu'un certain nombre de faits dans lesquels les anesthésiques ont favorisé la réduction des hernies aient été déjà publiés, on ne peut dire que l'emploi du chloroforme ait été suivi, dans


le cas qui nous occupe, de résultats aussi satisfaisants que dans d'autres déplacements où les muscles jouent un grand rôle, dans les luxations, par exemple, dont la réduction est devenue incomparablement plus facile, depuis qu'on peut jeter les malades dans l'insensibilité et obtenir la résolution musculaire. Cette différence dans les effets des anesthésiques se conçoit très-bien, puisque, dans la luxation, la résistance des muscles s'oppose à ce que les os déplacés soient repoussés dans leurs articulations, tandis que; dans la hernie, les parties engagées dans l'anneau sont étranglées par des tissus fibreux sur lesquels la volonté n'a aucune prise. JI était donc facile de prévoir que, dans ce dernier cas, on aurait peu de chose à espérer du chloroforme. Cependant l'observation qu'on vient de lire et quelques autres qui ont été publiées dans les journaux prouvent que, dans certaines circonstances, ces inhalations ont produit un effet merveilleux. II est probable qu'alors la tension des muscles abdominaux et la sensibilité étaient extrêmes. Au moment où la main du chirurgien pressait les parties herniées, tous les muscles de l'abdomen entraient en contraction par la douleur et s'opposaient à ce que la portion des intestins qui se trouvait au dehors fût convenablement dirigée dans le trajet qu'elle avait à parcourir pour rentrer dans l'abdomen. La sensibilité éteinte et les muscles détendus, le taxis devenait plus facile et plus efficace, et la hernie, qui semblait irréductible, cédait comme par enchantement. On peut donc, sous le rapport de l'art, considérer l'observation rapportée par M. Burns comme un beau cas de succès dû au chloroforme, bien que la terminaison en ait été fatale, et conclure de son exposé qu'il faut surtout recourir au chloroforme dans les cas de hernie étranglée, alors que la sensibilité est vivement exaltée et que les muscles se convulsent fortement dans les efforts de taxis; et, de plus, qu'il faut se décider à l'employer ayant que les efforts trop répétés de réduction ou le long temps qui s'est écoulé depuis l'accident aient rendu toute opération inutile en désorganisant l'intestin.

ART. 4528.

Stomatite mercurielle déterminée par des frictions avec, l'onguent citrin.

Nous lisons dans le Recueil des travauxde la Société médicale du départemenl d'Indre-et-Loire, une observation dans laquelle une petite dose d'onguentcitrin, employé en friction


pourguérirlagate,déterminaunesativation des plus violentes qui ne céda qu'à un traitement énergique et prolongé. Il s'agissait d'une dame qui se présenta, ainsi que son mari, à la consultation de M. le docteur Cabaret, de Saint-Mato. Tous deux avaient la gale, et ce médecin prescrivit un bain tiède et des frictions avec la pommade sutfuro-atcaline d'Helmerich. Le mari se soumit à ce traitement et guérit .en quelques jours; mais la femme préféra aller consulter un pharmacien qui promit de la guérir promptement avec l'onguent citrin. Elle fit en effet des frictions, avec huit grammes d'onguent, sous les poignets et les jarrets pendant deux jours de suite. Dès la seconde friction, elle s'aperçut .du gonflement de ses gencives et se plaignit d'éprouver une saveur métallique. Elle fit appeler aussitôt M. Cabaret, qui reconnut une salivation mercuriette des plus prononcées. Il fit immédiatement supprimer les frictions d'onguent citrin, ordonna des frictions savonneuses sur tes jarrets et les poignets, et toucha les gencives avec un pinceau imbibé d'acide hydrochlorique fumant. Malgré l'emploi d'un traitement énergique, cautérisations, sangsues à plusieurs reprises, gargarismes de toutes sortes, purgatifs, 'alun en poudre, etc., la maladie fut portée à son summum d'acuité, et .il ne fallut pas moins de vingt jours pour rétablir complétement cette dame, qui dut alors seulement faire usage de .la pommade d'Helmerich contre sa gale qui avait persisté. 7M/!e;C!o?M. Notre intention, en reproduisant le fait publié par M. Cabaret, n'est point de détourner les praticiens d'employer l'onguent citrin dans le traitement de la gale. Il n'est pas un de nos lecteurs qui ait aujourd'hui la pensée de recourir à ce médicament, et ils savent très-bien qu'ils ont à leur disposition une foule de médications ptus expéditives et plus sûres (1). Nous leur ferons seulement remarquér à quels dangers on expose les malades, lorsqu'on a recours aux préparations mercurielles, alors même qu'on commence par les doses les plus minimes. Ainsi, seize grammes d'onguent citrin employé en frictions, dans l'espace de deux jours ont déterminé une des plus violentes stomatites qui puissent s'observer; et qu'on ne dise pas qu'il suftit, pour arrêter les désordres, qu'on supprime les mercuriaux dès que les malades accusent de la sensibilité dans la bouche et la saveur métallique, puisqu'on a cessé les frictions dès le second jour; on a eu immédiatement recours à tous tes remèdes les plus propres à arrêter la sali(1) Voy. )0<c<i<.<t~aifc des praticiens, art. &AM, et nos art. 4390 et 4492.


vation, ët la stomatite n'en a pas moins suivi son cours. Qu'on juge de la gravité des accidents par l'état de cette malade au sixième jour de l'invasion Nuit très-agitée, insomnie complète décubitus et sommeil impossibles sur le dos. Les paroxysmes fébriles, marqués surtout vers le soir, étaient accompagnés d'anxiété, d'irritabilité, de céphalalgie atroce, de douleur du cou et de délire. Ptyalisme toujours aussi abondant; audition diminuée, douloureuse; soif augmentée, urines rouges et rares; persistance de la constipation plus grande intensité de l'inflammation buccale. La tuméfaction des joues, des lèvres et de la langue avait rapidement augmenté, et ces parties présentaient, dans tous les points de leur étendue en contact avec les arcades alvéolaires, des sillons verticaux séparés par des crêtes assez vives, qui correspondaient à la saillie des dents et aux intervalles que ces dernières laissent entre elles. Dans ces mêmes points avaient surgi de nombreuses ulcérations peu profondes et recouvertes d'une pellicule blanchâtre quelques-unes étaient saignantes, surtout vers l'isthme du gosier, lorsque la malade se livrait à des efforts de déglutition. Du reste, fièvre vive et salivation toujours copieuse. Depuis la veille, la malade avait perdu au moins quinze cents grammes de salive visqueuse et horriblement fétide. Pour quiconque a vu la salivation mercurielle chez un grand nombre de sujets, ce tableau n'a rien qui doive sembler étrange ou exagéré; nous ajouterons même que les accidents sont parfois beaucoup plus graves, puisque, chez des sujets malheureusement prédisposés, il n'est pas rare d'observer la gangrène de la bouche et même la mort par suffocation.

Ces accidents, qui ne sont, il faut bien en convenir, que des exceptions plus ou moins rares, nous ont tellement frappé dans le service de