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Full notice

Title : Journal de médecine et de chirurgie pratiques : à l'usage des médecins praticiens

Publisher : (Paris)

Publisher : Impr. de Decourchant (Paris)

Publisher : Impr. de Schneider et Langrand (Paris)

Publisher : Impr. de Crapelet (Paris)

Publisher : Impr. de Ch. Lahure (Paris)

Publisher : [s.n.] (Paris)

Publisher : [s.n.] (Neuilly-sur-Seine)

Publisher : Expansion scientifique française (Paris)

Publisher : Association des amis de Just-Lucas Championnière (Paris)

Publication date : 1840

Contributor : Lucas-Championnière, Just (1803-1858). Directeur de publication

Contributor : Chaillou, François-Hyppolyte (1809-18..). Directeur de publication

Contributor : Lucas-Championnière, Just (1843-1913). Directeur de publication

Contributor : Lucas-Championnière, Paul-Eugène (1845-1918). Directeur de publication

Contributor : Lucas-Championnière, Paul-Henri. Directeur de publication

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : French

Format : Nombre total de vues : 68665

Description : 1840

Description : 1840 (T11).

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k209653k

Source : Bibliothèque nationale de France

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34348793z

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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A L'USAGE DES MÉDECINS PRATICIENS.

IMPRIMERIE DE SCHNEIDER ET LAN&RAND, BUE D'BMCBTH, ? 1.

JOURNAL

MEDECINE ET DE CHIRURGIE

PBATfE~ES, o

TOME ONZIÈMÉ.

!PAM3o 9

1840.


r JOURNAL

MÉDECINE ET DE CHIRURGIE

..l PRATIQUES,

A L'USAGE DES MÉDECINS PRATICIENS.

INTRODUCTION.

Dix années se sont écoulées depuis la fondation de ce journal. Pendant ce long espace de temps, ses lecteurs ont été tenus au courant de la science par l'analyse raisonnée de tous les écrits offrant quelque intérêt pour la pratique par de nombreux articles originaux, et surtout par des observations recueillies dans les hôpitaux et aux cliniques des meilleurs maîtres. C'est ainsi qu'après avoir reproduit, et convenablement apprécié une foule de publications de tous genres, nous avons successivement étudié la chirurgie dans les services de Boyer, de Dupuytren, de MM. Roux et Lisfranc; la médecine dans celui de M. Rostan, les maladies de la peau aux leçons d'Alibert, les accouchements à la clinique de M. Dubois, la lithotritie à celle de M. Civiale, les maladies des enfants près de MM. Baudelocque et Baron, la syphilis et. toutes ses variétés dans le service et avec les conseils de M. Cullerier. Nous nous sommes efforcé, en mettant sous les yeux de nos lecteurs les tableaux variés de ces différents services, de les familiariser avec la pratique des professeurs que nous venons de citer, puisant ainsi largement à ces sources d'instruction pour faire participer la province aux richesses de la capitale. Ces leçons cliniques, ces observations recueillies aux lits des malades, constituent pour les praticiens la partie la plus intéressante du Journal. C'est à elles principalement qu'il doit son succès, succès tel, que jamais avant lui recueil médical n'en avait obtenu un semblable.

Nous n'avions, en créant ce Journal, d'autre but que


d'offrir aux praticiens un ouvrage qui leur permît de ne rien ignorer de tous les travaux utiles et chaque jour publiés un recueil pratique qui facilitât l'exercice de leur profession en leur rappelant sans cesse toutes les ressources de la thérapeutique et les essais tentés pour la perfectionner. Nous voulions, en un mot, créer un guide du praticien. Le succès est venu couronner nos efforts et justifier nos prétentions.

Dirigé par nous seul depuis sa fondation, ce Journal a dû suivre une marche constamment égale. L'impulsion que nous lui avons donnée l'a conduit vers un seul but. Toutes ses parties ont été disposées de manière à concorder entre elles, et à se compléter chaque année sans répétitions pour les anciens souscripteurs, et cependant sans lacune importante pour les nouveaux. Ceux qui possèdent aujourd'hui les dix volumes ont, à l'aide de la table générale, un dictionnaire essentiellement pratique qu'ils doivent sans cesse éprouver le besoin de consulter. Supposons, en effet, qu'un cadavre soit trouvé frappé de plusieurs coups de couteau la justice commet aussitôt un médecin pour opérer la levée du corps, examiner les blessures, faire un rapport à ce sujet. Celui-ci, peu familiarisé avec ce genre de travaux, peut éprouver quelque embarras pour y procéder; ces fonctions, qu'on lui confie, sont assez délicates et assez difficiles d'ailleurs pour qu'il ne s'y livre qu'avec circonspection et en s'éclairant de l'avis des hommes spéciaux en cette matière. Un auteur justement célèbre, et dont le nom fait autorité en médecine légale, a traité dans une suite d'articles des principaux points de cette science le médecin-expert voudra-t-il s'aider de son opinion? il trouvera aux articles Levée de corps et Blessures, indiqués par la table générale, tous les renseignements nécessaires pour procéder avec méthode à ces investigations, et éviter des erreurs si facilement et si fréquemment commises. Puis le mot Rapport lui fournira un modèle de rédaction qu'il n'aura, pour ainsi dire, qu'à copier; le mot Honoraires fera connaître la somme qui doit lui être allouée; enfin, aux mots Législation médicale, Liberté médicale, il apprendra s'il est libre d'accepter ou de refuser la mission qui lui est confiée.

Il en sera de même de presque tous les cas de médecine légale qui peuvent se présenter. Les mots Asphyxie, Avortement, /M/aM<tc~e, Empoisonnement, etc., seront tour à tour et utilement consultés, et ces articles épars se présenteront aux recherches du lecteur, à l'aide de la table


générale, aussi facilement que s'ils se trouvaient réunis dans un seul volume.

Si, maintenant, de la médecine légale nous passons à la médecine pratique, nous reconnaîtrons que le lecteur y peut puiser des renseignements aussi précieux. Un accouchement présente-t-il quelques circonstances insolites? `t plus de cent articles ont été consacrés à l'étude de cette fonction le mot Accouchement indiquera immédiatement si dans le cours de l'ouvrage cette difficulté a été signalée,' et souvent d'utiles renseignements viendront lever l'obstacle et mettre un terme aux hésitations.

Il en est de même dans une foule d'affections, que le meilleur praticien est souvent fort embarrassé pour reconnaître et surtout pour guérir; il verra d'un seul coup d'oeil les moyens dont, en pareil cas, d'autres médecins ontretiré de bons effets ainsi les mots Blennorrhagie, Cancers, Cofpse<r<tKgeî's,Ept!epsM,FteurestK<ermt(teMtM,etc.,etc., sont reproduits plus de quarante fois dans cette table générale il est difficile que dans un aussi vaste répertoire le praticien ne trouve pas quelque solution aux difficultés qui l'arrêtent.

Si cette première série du Journal est d'une aussi grande utilité pour les praticiens, on.peut prévoir combien chaque volume ajoutera d'intérêt à sa collection. Le long avenir que son succès lui assure promet d'en faire le recueil de médecine pratique le plus complet que l'on possède, et ses nouveaux souscripteurs peuvent, comme ceux qui les ont précédés, compter sur une réunion de faits aussi variés et aussi utiles pour l'exercice de leur art que ceux qui sont contenus dans les volumes précédents. En effet, bien que çette publication se continue depuis dix ans, et que déjà ses dix volumes renferment près de deux mille articles, on sent que cette matière inépuisable a dû à peine être effleurée. Les hôpitaux toujours ouverts à nos investigations, les Sociétés médicales dont l'activité s'accroît chaque année, les publications aujourd'hui si nombreuses, qu'aucun praticien ne peut les lire en entier, vont nous fournir des matériaux abondants et variés parmi lesquels la longue expérience que nous avons acquise nous permettra de faire un choix plus profitable encore à nos lecteurs.

Nous promettons donc à nos confrères, qui ont accueilli nos travaux avec tant de bienveillance, qu'ils trouveront encore dans la publication de ce Journal l'exactitude à laquelle ils sont habitués, la même variété dans le choix des sujets, et la même sévérité qui, sans égard pour les per-


sonnes, ne nous a fait admettre que des observations ayant un intérêt direct pour la pratique.

LUCAS-CHAMPÏONMÉRE,

D..M.-P.

ART. 1944.

Du traitement de la fausse ankylose angulaire du genou. M. te docteur Dnval, dont nous avons annoncé les importantes recherches sur le traitement du pied bot (1), vient de publier, dans une revue des spécialités médicales, quelques considérations pratiques sur le traitement de la fausse ankylose du genou. On sait que lorsque, par une cause quelconque, un membre est maintenu pendant un long espace de temps dans un état de flexion permanente, il ne peut ensuite être étendu sans faire éprouver au malade des douleurs plus ou moins vives. Souvent même cette extension devient impossible, et on ne pourrait l'obtenir à l'aide de machines sans faire courir aux malades les plus grands dangers, si on n'avait recours d'abord à la section des tendons des muscles raccourcis. C'est sur cette opération que M. Duval appelle l'attention des praticiens, et les' observations qu'il cite à l'appui de son procédé n'offrent pas moins d'intérêt que celles que nous avons fait connaître l'an dernier, et qui sont relatives au pied bot. Après avoir établi que nulle articulation n'est plus exposée aux violences extérieures que le genou, qui supporte le poids du corps dans la station.et dans la marche, qui se présente en avant, et porte presque toujours sur le sol lorsqu'une chute a lieu, M. Duval explique de la manière suivante l'invasion de la difformité en question: a Lorsque, dit-il, l'inflammation de l'articulation fémoro-tibiale est une fois établie chez un sujet disposé aux scrofules, elle dure des mois, des années; elle envahit toutes les parties fibreuses, séreuses et cartilagineuses, les os et même les tendons environnants; au moindre mouvement, l'articulation souffre, les muscles qui la mettent en jeu deviennent sensibles à cause de l'irritation dont les irradiations reçues par les tendons se prolongent quelquefois assez haut dans ces muscles. Si le malade veut tenir sa jambe étendue sur lacutsse, des mouvements involontaires, comme des cram(t) Voy.art.t859.


pes, des tremblements, ont lieu dans tout le membre, et ces accidents causent beaucoup de douleurs à l'articulation malade. Pour les éviter, pour moins souffrir, les malades Néchissent )à jambe sur la cuisse, de manière à placer les muscles fléchisseurs dans le relâchement, ainsi que les ligaments latéraux, le postérieur et les obliques. Ea vertu de cette position plus ou moins fléchie, l'extrémité supérieure du tibia glisse d'avant en arrière sur les condyles du fémur, plus prolongés dans ce sens qu'ils ne le sont en avant; le seul ligament rotulien est alors allongé et distendu, Quand les malades ont gardé cette posture assez longtemps pendant quinze jours ou un mois, par exemple, l'extension ne s'obtient plus que très-douloureusement, parce que les musctes fléchisseurs et les ligaments se sont rétractés, raccourcis, et que le membre est devenu un levier dont la force se trouve dans les muscles fléchisseurs et la résistance dans l'articulation affectée. » Indépendammentde cemouvementdeflexion qu'envient de voir s'établir, la jambe éprouve au bout d'un certain temps un mouvement de rotation, le plus souvent en dehors, et de plus, quand la flexion se prolonge, la partie postérieure des condyles du fémur s'affaisse, perd une partie de sa convexité, de sorte que quand on rend au membre sa rectitude naturelle, la jambe se trouve portée en arrière, la rotule est sailtante ainsi que le jarres. On conçoit que la fausse ankylose du genou, s'accompagnant toujours d'un certain degré de luxation, il est très-important de pouvoir étendre la jambe sur la cuisse; car, en supposant de grands désordres dans l'articulation, à l'aide de tuteurs latéraux, le malade pourra toujours appuyer son pied par terre, tandis que s'il cherchait à appuyer le genou sur une jambe de bois, le point d'appui ayant heu sur les condyles du fémur abandonné par le tibia, il éprouverait une grande gêne à la moindre course. Ces détails étaient nécessaires pour bien faire comprendre les avantages du procédé de M. Duval, et les cas qui nécessitent la section des tendons des muscles fléchisseurs de la jambe.

Ce chirurgien a pratiqué pour la première fois la section des tendons des muscles Héchisseurs de la jambe sur la cuisse dans les circonstances suivantes

Un enfant de deux ans et demi, à la suite de convulsions compliquées d'une paralysie temporaire du côté gauche, conservait à la fois une fausse ankylose angulaire du genou et un pied bot du même côté. Son père l'amena à Paris dans l'intention de lui faire couper la jambe, ainsi que


plusieurs chirurgiens lui en avaient donné le conseil, et ce fut alors, dans les premiers jours d'août 1837, qu'il futprésenté à M. Duval.

La jambe était fléchie sur la cuisse de manière à former avec celle-ci un angle droit elle était retenue dans cette vicieuse position par les muscles biceps crural demi-tendineux et demi-membraneux fortement raccourcis et trèssaillants aux deux bords du jarret. Le pied était dans une extension telle, que si le malade avait touché le sol avec ce pied, ce n'aurait été que par la face dorsale des orteils, également fléchis vers la plante.

M. Duvatcommença par opérer le pied bot; le 20 août il coupa le tendon d'Achille ainsi que le court fléchisseur des orteils, et quinze jours après, le pied avait repris sa forme normale. Le 8 septembre, les tendons des muscles biceps crural, demi-tendineux et demi-membraneux furent également coupés. Dans l'espace de vingt jours la jambe fut complétement étendue sur la cuisse, et l'enfant put marcher sur ce membre inférieur dont naguère on voulait le débarrasser.

Ce fut la première opération de ce genre pratiquée par ce chirurgien depuis cette époque plus de trente malades ont été soumis au même procédé et presque tous ont pu, dans un temps fort court, faire exécuter à leur membre des mouvements faciles et étendus. Voici une autre observation également intéressante sous plus d'un rapport Une petite fille âgée de cinq ans, était atteinte d'un gonflement du genou droit depuis deux ans et demi avec flexion de la jambe sur la cuisse telle que lorsque cette enfant était debout, le genou malade rapproché de l'autre, la pointe de son pied s'éloignait du sol de trois pouces et demi. Ce genou, très-dou)oureux était plus gros que l'autre de plus de deux pouces. Malgré des sangsues, des cataplasmes, des vésicatoires volants, etc., la maladie était restée stationnaire. On était alors au commencement du mois de mai 1838 M. Duval conseilla le traitement suivant qui fut continué pendant une partie de l'été.

Bains d'eau salée tous les deux jours, cataplasmes de farine de graine de lin délayée dans une décoction de ciguë pendant la nuit, frictions le matin sur la partie malade avec une pommade composée comme il suit

Fr. Axonge, deux onces (soixante gramm.);

Bromure de fer, deux gros (huit grammes)

Extrait de ciguë, ) 1

Camphre, ( ââ deux gros (huit grammes).


On employait chaque fois gros comme une noisette de cette pommade.

M. Duval conseillait en même temps de faire beaucoup d'exercice en plein air au soleil, et donnait à l'intérieur tous les jours trois ou quatre tasses d'infusion de houblon, dans chacune desquelles on faisait dissoudre dix grains de bicarbonate de soude; au repas on faisait boire du vin de Bordeaux coupé avec la décoction de houblon. La nourriture consistait principalement en viandes grillées ou rôties, en consommés, etc.

Sous l'influence de ce traitement, la maladie du genou disparut. La fausse ankylose angulaire seule persista mais sans douleur. Ce fut alors qu'on procéda à la section des tendons des muscles biceps crural et demi-tendineux dix-huit jours après, la jambe était complétement étendue sur la cuisse, et bientôt cet enfant pouvait marcher sans béquilles pour la première fois depuis trois ans. Les deux malades dont on vient de lire l'histoire, étant encore fort jeunes, leur guérison paraîtra moins surprenante que celle qui suit et qui fut obtenue chez une demoiselle de vingt-quatre ans. Cette jeune personne portait, depuis t'âge de six ans, une fausse ankylose du genou à laquelle on avait essayé de remédier par une foule de moyens. Après lui avoir fait éprouver des tortures inouïes, on avait fini par abandonner tout traitement. Lorsqu'au mois de septembre 1839 elle fut présentée à M. Duval, la jambe était fléchie sur la cuisse de manière à former un angle de soixante-cinq degrés le pied était tout à fait dévié en dehors, et la jambe, comme luxée en arrière ne s'articulait plus qu'avec la partie postérieure des condyles du fémur. La section des tendons des muscles biceps crural, demi-tendineux et demi-membraneux fut opérée et la machine à extension avait redressé la jambe d'une manière complète au bout d'un mois. Mais comme, attendu la longue durée de la difformité, la jambe avait été presque luxée en arrière, il en résultait une saillie de l'extrémité supérieure du tibia qui ne recouvrait que les deux tiers postérieurs des condyles du fémur; M. Duval fit alors coucher la malade deux heures par jour sur un lit orthopédique, et exerçant sur la jambe une extension continue, mais moderée, il avait obtenu au bout de quinze jours, une réduction presque complète..Le 12 du mois de novembre, cette demoiselle quitta la maison de santé, marchant aisément sans le secours d'aucun soutien artificiel, et tout annonce que son membre recouvrant la force


qu'il a perdue, lui permettra bientôt de marcher comme si elle n'avait jamais eu de fausse ankylose du genou. L'espace nous manque pour reproduire d'autres faits également intéressants, et qui démontrent à la fois l'innocuité du procédé de M. Duval, et les résultats vraiment admirables que l'on obtient par son emploi. Nous ferons connaître dans un prochain article la manière dont il procède à cette opération délicate afin de mettre nos lecteurs à même de profiter de l'expérience de cet habile chirurgien. Réflexions. L'ankylose, cette affection si commune et qui conduit si fréquemment à l'amputation du membre,. reconnaît ,le plus ordinairement pour cause, suivant cet auteur, l'insouciance des malades qui ne réclament pas assez tôt les conseils d'un homme de l'art, ou la timidité des chirurgiens qui n'opposent au début des phtegmasies articulaires que des antiphlogistiques insuffisants et des résolutifs plus nuisibles qu'utiles, distraits qu'ils sont par la faiblesse du sujet, l'idée d'une constitution lymphatique ou l'existence d'une affection scrofuleuse. Ainsi la dernière malade dont on vient de lire l'histoire avait été prise subitement d'un gonflement inflammatoire et fort douloureux de l'articulation fémoro-tibiale son médecin s'est borné à lui prescrire des bains aromatiques, au lieu de couvrir l'articulation chaude, douloureuse et tuméfiée, d'un nombre suffisant de sangsues, de cataplasmes de narcotiques, et de déployer avec activité tout l'appareil antiphlogistique que réclamait la violence de la maladie. Un second fait presque semblable dénote encore la même faute, plus inexcusable peut-être, puisqu'il s'agissait d'un jeune homme de dix-sept ans, vigoureux et bien constitué, qui avait fait une chute sur le genou pour calmer les violentes douleurs qu'il éprouvait dans l'articulation et dtssiper le gonflement énorme survenu aussitôt, on se borua à des cataplasmes émoUients, puis bientôt on eut recours à des vésicatoires volants, des ventouses sèches, des moxas etc. Ce traitement si intempestif fut suivi de la fausse ankylose du genou à laquelle il fallut remédier par la section des tendons.

«N'oublions jamais ceci, dit M. Duval, que tes enfants soient sanguins ou lymphatiques, peu importe, il faut toujours, après les contusions les injures graves des grandes articulations, agir vite et ferme sur eux, et ne pas s'inquiéter de ce qu'en pourront dire ou penser des gens pusillanimes ou ignorants."

Les faits cités par ce chirurgien contribueront donc non-


seulement à guérir une difformité extrêmement pénible, mais encore à la rendre plus rare en appelant l'attention des praticiens sur les moyens d'éviter son développement. Ces difformités des articulations, que l'on semblait naguère considérer comme étant au-dessus des ressources de l'art, préoccupent maintenant beaucoup les esprits. Certains chirurgiens combattent l'ankylose par l'extension lente et graduée au moyen de machines plus ou moins ingénieuses d'autres, et M. Duval est du nombre, préfèrent la ténotomie ou section des tendons, suivie d'une extension modérée; enfin il en est un beaucoup plus hardi qui cherche au moyen de l'extension brusque, à rendre au membre sa rectitude naturelle sans avoir préalablement divisé les tendons. Ce chirurgien, M. le docteur Louvrier, a déjà appliqué son appareil sur une douzaine de malades, soit en ville soit dans divers hôpitaux où les chefs de service ont été témoins de ses succès. L'extension brusque est appliquée par lui au traitement de l'ankylose même complète, c'est-à-dire de celle dans laquelle les os de l'articulation sont entièrement soudés entre eux. Le cartilage qui les unit étant brisé, il en résulte la possibilité de faire des mouvements, mouvements bornés, à la vérité, mais extrêmement précieux pour le malade. Le succès est plus satisfaisant encore quand un point seulement de l'articulation est soudé; enfin dans l'ankylose incomplète, celle que nous venons de voir traitée par la section des tendons, M. Louvrier restitue en quelques secondes la mobilité de l'articulation.

L'application de son appareil n'est pas assure-t-il aussi douloureuse qu'on pourrait le croire; elle amène d'ailleurs l'extension du membre dans te court espace de vingt à trente secondes, et si la guérison devait s'opérer sans accident, la douleur quelque vive qu'elle fût, ne serait pas un motif de rejeter une opération destinée à remédier, en si peu de temps à une difformité aussi déplorable. Jusqu'à présent, à la vérité, aucun accident grave n'a été signalé, ntais le nombre des malades opérés est encore bien faibte, et il faut upe plus longue expérience pour qu'on puisse porter un jugement sur un procédé en apparence contraire à tous les principes de l'art. En résumé, le traitement de l'ankylose par les procédés de la ténotomie et de l'extension brusque est.encore trop récemment introduit dans la science, pour que nous veuillons, dans cet article, autre chose que mettre sous les yeux de nos lecteurs le tableau des louables efforts que font


quelques chirurgiens pour perfectionner la thérapeutique de cette maladie nous nous empresserons de leur annoncer les résultats que de nouvelles, expériences vont produire, et le jugement que les hommes, compétents porteront sur ces divers procédés.

ART. 1945.

Du traitement des dartres et de la teigne par la suie de bois.

M. de Nobèle a publié dans le Bulletin de la Société de médecine de Gand une note sur les bons effets de la suie en pommade et en lotions dans la teigne et quelques autres affections cutanées. Les résultats obtenus par ce médecin sont confirmatifs de ceux que nous avons eu plusieurs fois occasion de signaler et qui ne laissent aujourd'hui guère de doute sur le parti avantageux que l'on peut tirer de cette substance. M. de Nobèle a employé la suie en lotions et en pommade chez un enfant de onze ans, atteint depuis deux mois d'une teigne faveuse qui avait envahi le cuir chevelu et une partie du front, et résistait opiniâtrément à des moyens variés. La guérison a été obtenue en moins d'un mois. H en a été de même des trois frères de cet enfant qui avaient contracté cette maladie presque en même temps que lui.

Le même succès a été obtenu chez un enfant pauvre âgé de onze ans qui, outre une teigne répandue sur tout le cuir chevelu et qui avait déterminé une alopécie presque compléte, offrait un engorgement considérable des ganglions cervicaux avec utcérations dans plusieurs points. Deux mois de l'emploi de la pommade de suie ont amené la guérison; à cette époque aussi l'engorgement des ganglions avait presque entièrement disparu.

M. de Nobèle a guéri de la même manière deux teignes granulées et une éruption syphilitique qui avait résisté aux mercuriaux, enfin une dartre éléphantine située à la partie inférieure de la jambe-chez un adulte, a été sensiblement améliorée par l'emploi de la même pommade. Après avoir exposé ces faits, M. de Nobèle établit les corollaires suivants qui sont importants pour l'emploi de ce médicament

« 1° La suie, dit-il, ne peut être employée avec espoir de succès qu'après qu'on a enlevé les croûtes et diminué


l'irritation des parties au moyen d'applications émollientes.

« 2° On doit avoir soin d'enlever par des lotions légèrement savonneuses l'espèce d'enduit gras et tenace que la décoction de suie laisse à la surface de la peau. Cette précaution est également applicable à l'usage de la pommade. <t Chez les enfants, pommade faite avec parties égales de suie et d'axonge est souvent trop chargée et irrite les petites plaies que la chute des croûtes a mises à nu. Il est bon de commencer par nn quart de suie et trois quarts de graisse.

Il m'est arrivé de prescrire de la suie de bois et de recevoir une décoction faite avec de la suie provenant d'une cheminée dans laquelle on n'avait consumé que de la houille. L'effet en a été nul. c

Cette note, tue à la Société de médecine de Gand, a été suivie d'un rapport dans lequel M. de Brabant a fait connaître le résultat de divers traitements essayés contre la teigne à l'hôpital des enfants de cette ville. Ce rapport est fort remarquable en ce sens que l'auteur déclare n'avoir obtenu de succès que par l'emploi de la calotte et par la suie. Cette dernière substance a parfaitement réussi chez cinq teigneux quatre autres étaient encore en traitement lors de cette communication et promettaient d'être bientôt guéris enfin un des membres de la Société en avait guéri dix-huit 'par le même moyen.

Il résulterait donc de ces expériences que le traitement par la suie devrait être préféré à tous autres et même à l'emploi de la calotte, car il aurait l'avantage d'être infiniment moins douloureux, et de plus, suivant M. de Brabant, il guérirait beaucoup plus vite, six semaines à deux mois ayant suffi d'ordinaire pour un traitement complet, tandis que la calotte exige cinq ou six mois. Ajoutons cependant, pour être exact, que les teignes qui ont si facilement cédé à la suie dans le service de M. de Brabant n'étaient pas des teignes faveuses qui, comme on le sait, sont les plus rebelles à tous nos moyens de traitement. (Voyez pour plus amples détails sur ce sujet les mots Dartres, Suie et Teigne à la table générale.)


ART. 1946.

Observations pratiques sur les bons effets du massage, de la gymnastique et des bains de vapeurs dans le traitement des maladies articulaires chroniques.

M. le docteur Seguin a publié dans la Revue médicale quelques observations de roideurs articulaires heureusement combattues par les bains de vapeur et te massage. Les difformités que ce médecin a observées à la maison de santé des Néothermes étaient, comme celles dont on a vu l'histoire à l'article 19~, le résultat d'une phlegmasie articulaire incomplétement guérie et principalement d'une inflammation rhumatismale ou goutteuse. Le repos conservé au membre au delà de l'époque nécessaire pour la guérison avait amené insensiblement une contraction permanente des muscles voisins qui ne s'étendaient plus qu'en causant une douleur très-vive. Bien que les surfaces articulaires ne fussent aucunement sondées entre elles, les mouvements n'en étaient pas moins extrêmement bornés, douloureux, et les malades se trouvaient plus ou moins complétement privés de l'usage de leurs membres. En voici quelques exemples qui feront comprendre quel parti l'on peut tirer du massage favorisé par les bains de vapeur.

Une 'demoiselle de trente ans éprouva à la suite d'un mouvement brusque une vive douleur dans l'articulation coxo-fémorate. Le repos le plus absolu, les cataplasmes, les sangsues, les vésicatoires n'amenèrent qu'un soulagement incomplet. Les mouvements de la hanche réveillant les douleurs, on insista sur la prolongation du repos qui, loin de les faire cesser, les rendit plus vives encore. Ce fut deux ans après le début de sa matadie que cette demoiselle se rendit aux Néothermes M. le professeur Velpeau constata alors que le membre n'offrait aucune altération appréciable les mouvements qui augmentaient les souffrances étaient devenus difficiles et limités, surtout dans le sens de la Qexion. Les muscles de la partie postérieure du membre avaient perdu leur souplesse; ils restaient roides et cédaient difficilement aux mouvements qu'on lui imprimait. M. Velpeau, convaincu qu'il n'existait rien de grave du côté de l'articulation et ne s'effrayant pas des douleurs éprouvées.par la malade, conseilla les bains de vapeur en recommandant de faire exécuter au membre


des mouvements de flexion et d'extension successifs, afin de rendre à l'articulation sa liberté de mouvements; et, en effet, à partir de ce moment, tous les jours après le bain on avait recours au massage et à des mouvements qui causèrent d'abord une assez vive douleur; mais bientôt la roideur et la sensibilité se dissipèrent, les mouvements devinrent plus faciles et plus étendus, et enfin la malade put marcher comme avant [son accident.

Un succès semblable fut obtenu chez une dame qui, en descendant de voiture, avait senti son genou céder sous elle. De la douleur, du gonflement, furent la suite de cette entorse, et bientôt de la crépitation et de la fluctuation se manifestèrent~dans l'articulation.Après une succession d'améliorations et de rechutes, la malade entra aux Néothermes à la 6n d'octobre 1838. L'articulation du genou était alors gonflée, le tissu cellulaire était empâté, les dépressions situées sur les côtés de la rotule effacées, les moindres mouvements douloureux et la marche tout à fait impossible. MM. Marjolin et Velpeau conseillèrent d'appliquer successivement des ventouses scarifiées autour du genou, de garder le repos, d'avoir recours aux applications émollientes d'abord, puis à la compression, etc. Ces moyens, employés pendant tout le courant du mois de décembre, n'amenèrent aucune amélioration. On fut obligé de cesser la compression, qui produisait de trop vives douleurs. Ce fut alors que M. Velpeau conseilla les bains de vapeur-avec recommandation d'insister sur le massage et d'imprimer au membre des mouvements de flexion. Mais la malade gardait alors le repos depuis neuf mois. Le genou était à demi fléchi et roide, et les moindres mouvements étaient fort douloureux. Les muscles de la partie postérieure de la jambe, durs et contractés, présentaient une résistance considérable. Après le premier bain, on fit exécuter quelques mouvements très-limités de flexion ils déterminèrent de la douleur, mais on n'en continua pas moins à les renouveler chaque jour, malgré la résistance involontaire de la malade, pour qui ces tentatives étaient très-pénibles. La fluxion inflammatoire ne fut point ramenée dans l'articulation. A la fin du mois de mars cette dame se trouva complétement guérie.

Plusieurs affections du même genre ont été guéries de la sorte, et entre autres un torticolis ancien et une roideur des articulations des poignets et des doigts.

M. Seguin termine son Mémoire en concluant qu'un repos trop prolongé dans les organes locomoteurs, lors-


qu'ils ont été le siège d'une inflammation quelconque, a des conséquences funestes pour le jeu de ces mêmes organes 2° que lorsque les mouvements sont restés incomplets ou perdus, l'une des indications les plus puissantes consiste dans un exercice successivement gradué de ces mêmes organes que la persistance du symptôme de douleur ne doit pas être une contre-indication à l'emploi de ces mêmes moyens, lorsqu'elle n'est augmentée que passagèrement et qu'ils n'occasionnent pas des accidents inflammâtoires; 3" qu'il faut persister dans l'usage de ces moyens pendant un laps de temps souvent considérable, et ne pas craindre de les employer dans certains cas avec beaucoup devigueur si l'on veut vaincre la résistance musculaire enfin, que l'un des moyens qui favorisent de la manière la plus efficace le succès de ce traitement, se trouve dans l'emploi des bains et des douches de vapeur.

ART. 1947.

Note sur la stérilité et l'amaurose chlorotiques. M. Blaud, médecin de l'hôpital de Beaucaire, a publié dans le même Journal quelques observations sur la chlorose considérée comme cause de stérilité et d'amaurose. Quatre faits prouvent les liaisons qui peuvent exister entre cette maladie et la stérilité, et l'action pour ainsi dire spécifique des pilules ferrugineuses.

Une dame, âgée de vingt-deux ans, était mariée depuis le 10 août 1838; elle devint chlorotique quelques jours après son mariage, et le 10 novembre, époque à laquelle M. Blaud fut consulté, elle offrait une pâleur verdâtre de la peau, de l'oppression, de l'étouffement, des palpitations de cœur, enfin tous les signes qui caractérisent cette maladie. Les pilules antichlorotiques lui furent données (1). Le 6 décembre la guérison de la chlorose était complète.Dés le mois de janvier les règles manquèrent, et cette dame accoucha le 1~ septembre.

Une jeune personne fut réglée à quinze ans, mais après la première apparition des menstrues, elle devint chlorotique et resta dans cet état jusqu'à dix-huit ans. Après bien des traitements infructueux, on pensa que le mariage serait un (t) Chacun connaît la composition des pilules du docteur Blaud, dont nous avons rappelé le mode d'administration à notre art. 1772. (Note du rédacteur.)


remède plus 'efficace, mais loin de là, la chlorose devint plus intense encore. Enfin, un an après on lui conseilla un voyage dans le midi de la France. Ce fut à cette occasion que M. Blaud fut appelé à lui donner des soins. Le traitement anti-chlorotique fut commencé te4 décembre 1838, et !e 18 tous les symptômes de chlorose avaient disparu. Les règtcs étaient attendues à la fin du mois, mais elles ne parurent pas il en fut de même le mois suivant cette dame accoucha au mois de septembre.

Les deux autres observations sont à peu près semblables, et prouvent également que la chlorose se dissipant, la stérilité cesse en même temps chez certaines femmes. Quant à l'amaurose due à la même altération du sang, M. Blaud n'en cite qu'une seule observation.

Une fille, âgée de vingt et un ans, était chlorotique depuis dix-huit mois et amaurotique depuis un an lorsqu'elle fut présentée à M. Blaud le 5 décembre 1838. Au mois de novembre 1837 il s'était joint aux symptômes chlorotiques une vive céphatatgte au côté gauche du front, et peu après une dilatation de la pupille du même côté avec un obscurcissement de la vue, qui avait fini par une cécité complète. L'oeil du côté droit avait bientôt éprouvé les mêmes désordres, et cette malade pouvait à peine se conduire lorsqu'elle fut soumise à l'action des pilules le 5 novembre. Le dixième jour la chtorose était entièrement dissipée et avec elle tous les symptômes amaurotiques; les pupilles n'étaient plus dilatées et avaient repris leur contractilité normale à la lumière. La vision était pleinement rétablie. M. Blaud appelle toute l'attention des praticiens sur cette espèce d'amaurose qu'on tenterait vainement,dit-il,do combattre autrement que par les remèdes anti-chlorotiques. ART. 1948.

Un mot sur le traitement de l'ophthalmie scrofuleuse photophobique, par le docteur Payan, chirurgien de 1 hôpital d'Aix.

Le Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques ayant donné une analyse de ce'qu'il a appelé un intéressant Mémoire sur l'ophthalmie scrofuleuse et son traitement, que j'avais publié dans la Revue médicale (1), je viens, par quelques nouveaux faits que je transmets à ses lecteurs, (1) Voy.art. 1842.

TOM. Xt. N'* DE JANVIER, 2


corroborer les idées que j'avais émises touchant cette ma-ladie. Dans ce trayait, je m'occupais principalement de cette espèce d'ophthalmie fort commune chez les enfants, qui provient de la constitution scrofuleuse, et qui est caractérisée par une vive horreur de la lumière ou photophobie, une contraction comme spasmodique des paupières pour empêcher l'impression des rayons lumineux, une sécrétion abondante de larmes âcres et chaudes, etc., ophthalmie que je nommais scrofuleuse photophobique, à cause de sa nature et de son principal symptôme; et, admettant en principe, d'après l'observation, que la photophobie était nonseulement le signe d'une vive irritabilité oculaire, mais encore l'indice d'une grande irritabilité générale, j'en concluais que les méthodes de traitement toniques et excitantes par lesquelles on voulait la combattre, à cause de sa nature scrofuleuse, étaient préjudiciables, et n'étaient propres qu'à donner un résultat mverse de celui qu'on voulait obtenir. J'ajoutais encore que, confirmé dans cette manière de penser par les insuccès dont j'avais vu suivis les traitements ordinaires, j'avais, depuis plusieurs années et avec avantage, renoncé au régime restaurant, aux boissons vineuses, aux tisanes amères, aux sirops ou élixirs excitants dits anti-scrofuleux, aux vésicatoires trop répétés, etc., pour conseiller, au contraire, un régime doux et anuphtogistique, les boissons émollientes, les fruits aqueux, et même le lait et les bains, moyens dont je secondais l'effet par l'usage de celui des anti-scrofuleux qui à une action spécifique bien reconnue sur la nature de la maladie, réunit des qualités sédatives plutôt qu'irritantes, je veux parler de l'hydrochlorate de baryte. Je remplissais ainsi les deux indications qui doivent présider au traitement de cette maladie, et qui consistent à calmer l'éréthisme général en même temps qu'on s'attaque à la spécificité de l'ophthalmie, Voici quelques nouvelles observations à l'appui de cette méthode rationnelle que l'expérience m'a démontrée comme la meilleure.

Première observation. Le petit Josnau, enfant de troupe, âgé de sept ans, ayant eu la rougeole vers la fin de l'hiver, fut atteint consécutivement (i'une ophthalmie photophobique qui l'obligeait, pour fuir le jour, à cacher ses yeux derrière un bandeau, à porter souvent ses deux mains devant les globes oculaires et à gagner les recoins les plus sombres: il y avait en même temps écoulement sur les joues de termes irritantes et un peu de chassie sur les paupières quand on entr'ouvrait celles-ci, ce qui n'était pas toujours


possible, on voyait les pupilles très-resserrées, les yeux brillants et n'offrant point d'injection de la conjonctive, ni rien qui de prime abord expiiquât une si grande aversion pour la lumière. Quoique cet enfant ne présentât point de gtandes engorgées, il me suffit de la présence de l'ophthalmie et de ses caractères pour la regarder comme scrofuleuse. Ce malade était depuis plus de deux mois dans les salles du médecin, sans que des collyres divers des vésicatoires répétés, le sirop de Portal, des sangsues aux tempes eussent aucunement modifié l'ophthalmie, lorsque je demandai à M. le médecin de me confier ce malade, ce à quoi son obligeance voulut bien consentir. En conséquence, le 23 mai, je prescrivis la potion avec hydrochlorate de baryte, un grain; sirop de sucre, demi-once; eau distillée, trois onces, à prcKdre une cuillerée à bouche de deux en deux heures; de plus une pinte de lait le MKt<tM abstinence de vin. 24 mai, le malade n'a été aucunement incommodé deux grains du remède dans la même quantité de ce/ttCM~e. 28 mai, <fOM amélioration prononcée la lumière affecte moins péniblement les yeux. 6 juin, quatorzième jour du traitement, le malade depuis deux jours en était à,six grains; il n' éprouvait plus de difficulté pour fixer légrand jour; la guérison était complète. Le remède fut néanmoins continué à cette dernière dose jusqu'au 9du mois, époque oùnous le supprimâmes. Quoique le petit malade ait encore séjourné une douzaine de jours pour attendre le départ de son conducteur, il n'y a plus eu de trace de désordre de cette ophthalmie que deux mois de soins ordinaires n'avaient point amendée.

Deuxième observation. ït nous vint, vers la même époque, un enfant de t'hûpitat de la Charité, le no:i)méBouchet, âgé de onze ans, qui, trois mois auparavant, avait été atteint de la rougeoie; et c'est quelque temps après celle-ci que commença se déclarer une ophthalmie photophobique dontla manière d'être et la constitution lymphatique du sujet'indiquaient suffisamment la nature scrofuleuse. En effet, cet enfant était pâte, glanduleux avec engorgement de l'abdomen; sa photophobie était cause que nous ne pouvions remarquer les yeux qu'avec difficulté ici le cercle péricornéen existait évidemment avec le resserrement de la pupille les paupières étaient un peu chassieuses. Des vésieatoires, des collyres divers avaient été déjà employés. Notre diagnostic ne nous offrant plus d'incertitude, nous prescrivîmes, le 25 avril, troisième jour de son entrée l'hydrochlorate de baryte dans trois onces <feaM di8tillée,


en commençant par deux grains et augmentant d'MM grain tous les trois jours ou à peu près. En même temps régime doux et émollient matin et soir. Nous nous arrêtâmes à dix grains le vingt-deuxième jour. Déjà depuis quelques jours ia guérison était complète. Quand il nous a quitté, le 1 juin, il ne restait aucune trace d'ophthalmie.

Troisième observation. La nommée Garibardi, fille de la Charité, âgée de neuf ans, fut reçue le 28 juin à l'hôpital le front et le pourtour des yeux étaient recouverts d'une espèce d'exanthème furfuracé; les bords des paupières étaient chassieux; la photophobie très-manifeste, la conjonctive oculaire un peu injectée; plusieurs plaies strumeuses existaient au membre supérieur gauche, savoir au bras deux plaies fistuleuses, dont l'une près de l'articulation du coude, l'autre vers la fossette deltoïdienne deux ',autres plus étendues se voyaient vis-à-vis l'extrémité inférieure du radius près du poignet; l'os, vers le même point, paraissait tuméfié. Tous ces symptômes existaient depuis un temps que la malade ne pouvait préciser et qui paraissait assez reculé.

C'est encore par l'hydrochlorate de baryte que je voulus traiter cette réunion de symptômes scrofuleux, et je commençai le 1"' juillet à prescrire deux grains dans trois onces d'eau distillée, à prendre par cuillerées dans le jour. –ISjuittet, nous en étions à~Mt~raMMdu remède. L'ophthalmie était notablement amendée, ou plutôt elle était presque guérie; les deux fistules du bras étaient presque cicatrisées.La malade disant souffrir un peu de l'estomac, nous suspendîmes la baryte,quoiqu'il y eût exemption de gastrite. -26 juillet, retour des accidents primitifs la lumière cette fois est si insupportable et si douloureuse, que la malade reste dans son lit entourée d'épais rideaux; des larmes acres inondent ses yeux, une espèce de blépharospasme empêche de voir le globe oculaire; on observe en même temps peau chaude, soif, constipation, pouls fréquent. Je prescrivis une tisane émulsionnée, du lait, un lavement émollient et deux grains de muriate de baryte. Le lendemain 27 j uillet même prescription, plus un &(MM.–26août, la malade, qui a été amenée peu à peu à la dose de huit grains, peut fixer sans peine le grand jour il ne lui reste plus que quelques taies de la cornée, indices de la kératite qui avait accompagné l'ophthalmie spécifique. Nous continuons cependant son remède, qui est bien supporté jusqu'au 28 septembre, jour de sa sortie, époque où elle en prenait dix-huit grains par jour dans trois onces d'eaM


distillée. Sou ophthalmie n'avait plusreparu, l'herpes de ta figure n'existaient plus depuis longtemps, et tous les ulcères scrofuleux du membre supérieur étaient desséchés. La face colorée de la jeune personne indiquait, avec la cessation du vice scrofuleux, l'heureuse modification que nous étions parvenus à obtenir.

Quatrième observation. La petite M~ âgée de sept ans, d'une constitution lymphatique et cependant irritable, commença à souffrir des yeux en janvier i8?9, six mois avantque je ne la visse confiée aux soins d'un médecin estimable à tous égards, qui reconnut une ophthalmie scrofuleuse, elle fut soumise aux méthodes ordinaires de traitement. Ainsi, alimentation restaurante, viandes rôties, infusion de houblon avec le sirop de Portal, une huitaine de vésicatoires successivement appliqués aux bras, à la nuque, entre les épaules, telles furent les bases de ce traitement. Enfin, en dernier résultat et en désespoir de cause, it avait été conseillé un séton à la nuque ou un vésicatoire sur les paupières. Ce fut dans ces circonstances que les parents m'amenèrent cette jeune fille que je trouvai dans l'état suivant excitation générale, peau chaude et sèche; pouls fréquent et tendu, altération vive et désir des boissons fraîches et acides., constipation, en même temps éruptions herpétiques vers le front et les joues, contraction convulsive des paupières telle, que de quatre ou onq jours, on n'a pu voir les yeux dont les parents éplorés craignaient la perte, larmes âcres et brûlantes qui ont fait rougir la peau du eillon naso-labial. Je n'eus pas de peine, à la

vue de tant d'intensité dans la maladie, à deviner le traitement irritant qui avait été employé et qui avait occasionné tant d'exaspération. Le haut de la région dorsale était encore tout écorché, comme me disait le père, par le dernier vésicatoire qu'on avait cru devoir appliquer large pourdéviert'innammation Je m'empressai de prescrire un bain, une tisane émulsionnée, du lait, des aliments maiyres et des plus doux, des lavements et la cessation des vésicatoires. Ensuite, après deux jours de ces moyens qui avaient déjà donné du calme à cet organisme si irrité, je leur associai, le 25 juin, l'hydrochlorate de baryte à la dose d'un grain et demi dans trois onces d'eau distillée. l'"juinet, mieux notable l'oeil gauche commence à s'ouvrir assez librement quand il n'y a pas trop de jour; la peau a recouvré de la fraîcheur. 3 juillet, retour de la photophobie, de l'irritation générale, de la fièvre. Ne pouvant croire que la baryte fût cause de ces accidents, j'étais à


me demander comment l'amélioration s'était ainsi suspendue, quand je reconnus un phlegmon dans la lèvre supérieure qui était tendue et très-douloureuse. Ceci m'expliqua tout cette inflammation agissait dans ce cas, comme les vésicatoires trop irritants.-Diète, tisane émulsionnée, lavements, fomentations d'eau de mauve ~Mf lèvre, suspensionde la baryte.-9 juillet, le petit phlegmon s'étant terminé par résolution, et l'ophthalmie persistant encore, nous reprenons notre traitement qui fut continué jusque vers le milieu de juiliet, en recommençant par un grain et demi par jour; et quoique nous n'ayons pas dépassé quatre gains par jour du remède, nous avons pu obtenir par cette médication une guérison assez prompte. Depuis, cette jeune fille est à sa pension, et n'a plus eu de récidive. Il est vrai que, pendant la saison des melons et des raisins, nous en recommandions l'usage pour humecter ses intestins qu'avait irrités une médication échauffante trop longtemps continuée.

Nous ne saurions trop engager les praticiens à imiter notre conduite dans le traitement de l'ophthalmie scrofuleuse photophobique. On voit qu'en peu de jours nous les guérissons, alors même que plusieurs mois de durée semblaient leur avoir donné un cachet d'incurabilité. Nous ajouterons que quelques lotions émollientes étaient seules prescrites pour les yeux de temps en temps, quand l'irritation oculaire était prononcée. Nous n'attachions presque aucune importance aux moyens locaux. ART. 1949.

Recherches cliniques sur le diagnostic l'étiologie, la curabilité, etc. de ~opr~mtere période de la phthisie pulmonaire. Par Jules Fournet. (Analyse.)

Ces recherches sont la seconde partie de l'ouvrage que vient de publier M. Jules Fournet (1). Nous n'avons pas, malgré la gravité et la fréquence de la phthisie pulmonaire, de nombreuses occasions d'en entretenir nos lecteurs, sans doute à cause du peu de ressources que présente sa thérapeutique cependant on a pu voir dans ce Journal rappeler

(1) Recherches cHniques~urt'auscuttation des organes respiratoires et sur la première période de la phthisie pulmonaire. 2 vol. in 8°, chez Chaudé, rue Molière, 2.


quelques médications cmpyriques dont les heureux résultats ont paru, dans de rares circonstances, avoir été constatés. C'est ainsi que le chlore, l'émétique, la digitale les escargots, le séton, la créosote, etc. ont été signalés quelque peu de confiance que nous eussions dans leur emploi (1). La pénurie de moyens plus précieux nous faisait un devoir de les signaler puisque des médecins dignes de foi avaient cru leur reconnaître quelque vertu curative. M. Fourhet considère la phthisie pulmonaire sous un rapport bien différent; il rejette entièrement l'empyrisme de la cure de cette maladie qu'il ne combat que par des moyens rationnels et raisonnés. Malgré sa gravité, il ne considère pas la phthisie comme au-dessus des ressources de l'art; mais si, dit-il, jusqu'à présent on n'a guère éprouvé que des insuccès dans son traitement, c'est qu'on ne la reconnaît, en général, que lorsque la seconde période est arrivée, alors que toute médication est impuissante. I) n'en serait pas ainsi, si on pouvait l'attaquer dès son début. Malheureusement à cette première période les signes indiqués par les auteurs sont tellement incertains.~qu'elle passe plus souvent inaperçue. C'est donc à signaler la phthisie commençante que M. Fournet s'attache dans son ouvrage qui, sous ce rapport, présente des observations pleines de nouveauté et d'intérêt.

La phthisie pulmonaire, suivant l'auteur, nous est révélée, dès son début, par des signes nombreux tirés de l'état du malade, de son aspect, de l'état de ses organes, etc. L'examen de toutes les circonstances qui peuvent contribuer à éclairer ce diagnostic est fait avec un soin minutieux nous nous bornerons à dire quelques mots des signes fournis par l'auscultation.

Dans -la première période de la phthisie, le bruit inspiratoire augmente ordinairement d'intensité, et en même temps sa durée est moindre la bruit expiratoire éprouve à la fois une augmentation de durée et d'intensité. Un peu plus tard les bruits respiratoires offrent des altérations de timbre qui sont très-aensibles on reconnaît d'abord un souffle un peu plus clair que le souffle naturel de l'inspiration ou do l'expiration, puis un timbre résonnant, puis soufflant, puis bronchique. Ce dernier caractère qui existe d'abord au premier degré, passe bientôt au second, puis au troisième, et prend enfin le caractère caverneux ou ampho-

(1) Voyez à la Table générale le mot PHTH!StE.


rique suivant l'étendue de la cavité qui s'est creusée au sein du tissu pulmonaire. La première période de la phthisie ne dépasse pas le caractère bronchique (1). Ces diverses modifications du timbre ont pour caractère constant d'apparaître d'abord à l'expiration, et de ne s'étendre que plus tard à l'inspiration. Ainsi pendant une certaine époque de la première période de la phthisie pulmonaire, l'expiration présente seule des altérations de timbre, ce n'est qu'à une époque subséquente que les mêmes modifications apparaissent aussi à l'inspiration on a donc, dans cette circonstance, un moyen sûr de juger les progrès de l'affection.

Si nous passons du bruit inspiratoire à l'examen des rdles, nous trouvons, suivant M. Fournet, dans cette première période de la phthisie, le froissement pulmonaire, le craquement sec et le craquement humide; après le craquement humide vient le râle muqueux à timbre métallique, puis enfin le râle caverneux ou de gargouillement (2). La voix éprouve aussi chez une grande partie des phthisiques une certaine modification; son ton est plus grave, son timbre est moins clair elle est beaucoup plus faible et le malade est en quelque sorte obligé de faire effort pour parler. Elle est comme voilée, sourde, pectorale, un peu semblable à la voix des ventriloques, on bien encore à celle

(1) Dans le premier volume de son ouvrage, M. Fournet explique aussi clairement que possible les diverses altérations de timbre que l'on peut rencontrer dans les bruits respiratoires. La première, à laquelle il donne le nom de caractère c/offrctap)us grande analogie avecce que nous appelons la respiration puérite; la seconde, qui est le car~c~e/e rMOMna/t~, annonce que l'air, pour arriver à l'oreille, traverse une couche de tissu pulmonaire où la respiration ne se fait plus ce bruit semble venir de loin, aussi l'auteur lui donne-t-il également le nom de caractère lointain la troisième, lorsqu'elle est très-prononcée, constitue la respiration ~of(/yfa/i<e de Laennec;c'est un souffle plus ou moins fort qui donne ordinairement la sensation d'une colonne d'air prise et rejetée dans)'orfine de t'observateur par la poitrine du malade,c'estle caractère ~oK/oH<.Les caractèresbronchiques, caverneux, amphoriques sont sufnsamment connus pour que nous n'ayons pas besoin de les rappeler ici. (Voir le précis d'auscultation consigné à notre art. 415.) (Note du rédacteur.)

(~Vo~e du /-e'dacteu?'.)

(2). Le bruit de/o/.Mfme/!f signalé par M Fournet a pour caractère, ainsi que son nom l'indique, de donner à l'oreille la sensation d'un tissu comprimé et froissé contre un corps dur. A son degré le plus léger, il rappelle le bruit que l'on obtient en soufflant sur du papier végétal. Quant aux bruits de craquement, ils offrent une sensatiou de déchirures successives et sont en quelque sorte la première période du râle muqueux. (/<<<m.)


que l'on produit quand on veut parler haut en inspirant. M. Fournet désigne la voix des phthisiques à cette période sous le nom de voix étouffée.

Avec le secours de l'auscultation, on reconnaît surtout.' une différence dans la résonnance de la voix, car il est rare que le développement des tubercules soit également avancé~ au sommet des deux poumons; et quand même tes lésions seraient les mêmes, l'habitude de l'auscultation démontrerait encore que la résonnance n'est pas celle de l'état normal. M. Fournet conseille, à cette occasion, l'application immédiate de l'oreille sur la région sous-claviculaire afin d'obtenir un son plus direct et plus pur enfin la toux, par ses caractères particuliers offre aussi des signes précieux qui concourent à faire diagnostiquer cette première période de la phthisie.

Les caractères et la marche de cette toux, dit M. Fournet, sont à peu près ceux de la toux qui accompagne ordinairement la bronchite simple d'abord sèche et plus tard humide; un peu rauque, voilée, un peu quinteuse, produite avec effort; pectorale s'accompagnant d'un retentissement thoracique assez pénible pour le malade; se montrant plus fréquente et plus fatigante la nuit, surtout si déjà il existe un peu de recrudescence fébrile et de sueurs nocturnes; diminuant beaucoup ou bien disparaissant presque tout à fait dans le jour s'accompagnant d'une expectoration nulle ou presque nulle d'abord, puis un peu glaireuse, ensuite muqueuse; cessant d'&bord avec les premiers rhumes, puis leur survivant quelques jours et enfin s'établissant d'un manière à peu près continue dans les intervalles de plus en plus courts que les rhume:- laissent entre eux elle s'accompagne dans ses intervalles d'une expectoration qui d'abord est seulement salivaire, qui ensuite reste muqueuse et s'entremêle de petites masses) de matière catarrhale grisâtre ou blanchâtre; elle éprouve assez régulièrement des recrudescences à propos des changements brusques de température, principalement à l'époque des temps froids et humides; elle se renouvelle presque constamment vers la fin de l'automne pour rester plus prononcée pendant toute la saison d'hiver, quelquefois elle augmente aussi pendant les grandes chaleurs. M. Fournet indique encore une autre espèce de toux qu'il a rencontrée chez le quart environ de ses malades, et qui peut servir à dénoter la première période de la phthisie pulmonaire. « Cette toux, dit-il, est brève, sèche, légère composée d une seule saccade ou de deux tout au


a

p.) us produite sans presque aucun effort et comme naturellement non accompagnée d'accès ni de sentiment d'étouffement surprenant quelquefois le malade au milieu d'une phrase hors ce cas s'échappant en quelque sorte de la poitrine par un petit mouvement convulsif, presque sans que le malade s'en aperçoive. Elle est plus fréquente le matin que dans la journée elle est peu marquée la nuit. Si l'on veille auprès d'un phthisique qui présente ce genre de toux et qui dort, on entend la toux se produire de temps en temps sans que le malade se réveille; son sommeil paraît seulement en être rendu un peu moins calme, un peu moins profond. D'autres fois elle n'a pas lieu du tout pendant la nuit. Elle se reproduit facilement à propos de la plus petite excitation nerveuse ressentie par le malade, Eileaugmente un peu avec les progrès de la maladie; mais, en général, elle perd ses caractères prononcés à mesure que l'on passe de la première à la seconde période de la phthisie. On n'en retrouve que fort peu de traces aux époques avancées de la maladie, soit qu'elle cesse tout à fait, soit que les nouvelles conditions physiques dans lesquelles se trouvent les poumons aient modifié ses caractères de manière à les rendre méconnaissables, soit enfin que la toux de bronchite qui domine alors la couvre tout à fait et d'une manière continue, comme elle le faisait dans la première période de la phthisie lors des recrudescences des rhumes. La toux particulière que je décris a pour caractère essentiel d'être sans expectoration. Elle paraît ne se manifester que lorsque déjà des tubercules existent dans les poumons. Elle semble, par la nature de ses caractères, se rapporter à une sorte d'excitation nerveuse subie par les poumons à la suite de l'infiltration tuberculeuse dont ils sont le siège, bien plus qu'être le résultat des conditions dans lesquelles se trouve la muqueuse bronchique. » Telle est la description que donne l'auteur de cette toux qui fatigue les phthisiques dès le début de leur maladie non-seulement cette toux varie on intensité chez les différents sujels, mais encore il est des malades chez lesquels ce symptôme manque complétement, et il est important que le praticien soit avsrti de la possibilité de ce fait pour ne pas rester, rassuré par son absence, dans une sécurité funeste à son malade.

Nous avons cherché en annonçant l'ouvrage de M. Fournet, à appeler l'attention des praticiens sur l'étude d'une maladie que sa réputation d'incurabilité fait le plus souvent abandonner à l'empirisme ou aux seules forces de la


nature. Ce travail, en contribuant à éclairer le diagnostic de l'invasion de la phthisie, a peut-être plus fait pour sa thérapeutique que si on y eût trouvé réunies les nombreuses médications auxquelles on a recours souvent en désespoir de cause, et dont les succès sont plus que problématiques. Si, en effet, une lésion organique est susceptible de guérison~ ce doit être à son début, et ce qui se passe sous nos yeux, dans les maladies externes, dans les affections cancéreuses, par exemple, doit nous faire penser qu'il en est de même pour les tubercules pulmonaires qu'on s'efforcera vainement de résoudre, quand ils auront acquis un certain développement.

ART. 1950.

Traité des pansements proprement dits, par M. Gerdy. (Analyse.)

M. le professeur Gerdy vient de publier une seconde édition de son traité des pansements. Nous allons, en annonçant cet ouvrage, faire connaître l'opinion de l'auteur sur plusieurs sujets qui nous ont occupé dans les années précédentes.

On sait que depuis quelques années des chirurgiens, et en particulier M. Mayor de Lausanne, ont préconisé l'usage du coton dans le pansement des plaies et des ulcères. M. Gerdy, qui accuse ce dernier auteur de beaucoup d'exagération dans l'exposé des avantages de cette substance, convient cependant qu'il est certaines circonstances dans lesquelles on peut en tirer un parti très-avantageux. Certains ulcères et certaines plaies peu sensibles et peu étendues seront avantageusement modifiées en les couvrant de coton au lieu de charpie; mais il ne faut pas perdre de vue que le coton constitue un topique irritant qui souvent rend les plaies saignantes, douloureuses, et qui ne saurait par conséquent remplacer la charpie. Voici un cas dans lequel il a déterminé, suivant M. Gerdy, des effets bien funestes, et qui doit tenir les praticiens en garde contre son emploi. Ce chirurgien avait opéré depuis quinze jours la désarticulation de la cuisse chez une femme de cinquante à soixante ans, pour une tumeur encéphaloïde qu'elle portait dans cette région. La malade avait été jusque-là parfaitement bien, lorsque, dit-il, poussé par une aveugle fatalité, il conçut la malheureuse idée d'essayer en


petit l'usage du coton. H en appliqua en conséquence sur deux pouces carrés de la vaste plaie qu'il avait à panser. Deux ou trois heures après la malade était tourmentée par une irritation ardente qui s'était développée aussitôt après le pansement. M. Gerdy s'empressa de lever l'appareil; la plaie était très-rouge, surtout à l'endroit où le coton avait été appliqué; on la recouvrit avec un cataplasme puis, au bout d'une heure, l'irritation n'étant point calmée, on eut recours aux irrigations d'eau tiède d'abord, puis fraîches ensuite; mais ces moyens restèrent impuissants le trismus se manifesta dans la journée même, et cinquante heures plus tard la malade expirait.

Ce fait n'a pas suffi pour empêcher M. Gerdy de se servir du coton dans le pansement de certaines plaies de peu d'étendue; mais il a pu constater que ces applications déterminaient souvent de l'irritation, et que par conséquent il doit avoir dans la plupart des cas de notables inconvénients.

Nous trouvons parmi les caustiques indiqués par l'auteur la pâte de chlorure de zinc et d'antimoine, désignée à notre article 965 sous le nom de pâte Cancoin.Ce caustique, assez défavorablement jugé en général, a cependant rendu à M. Gerdy des services qui annoncent que dans certains cas on en pourrait peut-être tirer un parti avantageux. Cette pâte est composée, comme on le sait, sous trois numéros différents, indiquant ses divers degrés d'activité. La pâte n° 1, qui est la plus active, est formée de deux parties de farine et d'une partie de chlorure de zinc. La pâte 2 contient 3 parties de farine et une partie de chlorure de zinc. Enfin dans la pâte n° 3 il y a quatre parties de farine pour une partie de chlorure de zinc. Pour la préparer on mélange le chlorure de zinc avec la farine en ajoutant le moins d'eau possible, et on laisse la pâte à l'air pour qu'elle puisse attirer l'humidité, et acquérir l'élasticité convenable. La pâte antimoniale du même chirurgien se fait dans la proportion d'une partie de chlorure d'antimoine et de deux parties de chlorure de zinc. M. Gerdy a obtenu des effets très-différents de ces caustiques quelquefois une couche très-mince a détruit les parties assez profondément d'autres fois une couche plus épaisse a produit un effet beaucoup moindre. Voici un cas dans lequel cette pâte a parfaitement réussi.

Un journalier, âgé de soixante-onze ans, entra à l'hôpital Saint-Louis, le 9 mars 1835, pour se faire traiter d'un noli me tangere, qui s'était formé depuis six ans sur le côté


du nez. H y avait une ulcération inégale raboteuse, dentelée, à bords coupés à pic, remontant jusqu'à la partie inférieuredes os propres de cet organe.De plus, vers la pointe du nez était un tubercule saillant de la grosseur d'un pois, et un autre moins gros vers la partie supérieure de l'ulcèrc. Le 12 mars, on coupa les végétations, et on fit sur toute l'étendue de la solution de continuité une application avec la pâte de Cancoin. La couche du caustique était épaisse d'une fraction de tigne, et dépassait un peu les limites du mal. Dans la journée, le malade éprouva des douleurs assez vives, mais non intolérables. Le lendemain et le surlendemain, une rougeur érysipétateuse occupa tout le nez, puis elle disparut. La pâte, convertie en croûte dure, ne tomba que le 28 mars avec toute l'aile du nez sans le moindre accident à sa chute; il était encore quelques points non cicatrisés qui ne tardèrent pas à se fermer, et le malade sortit guéri le vingt-septième jour après l'application du caustique.

Il parait que quoi qu'en ait dit M. Cancoin, tes effets du caustique qu'il préconise sont extrêmement variables, ce qui justifie les reproches adressés par M. Velpeau à cette pâte composée d'après les proportions indiquées (1) chez une femme, en effet, qui portait sur le front, la paupière et la racine du nez, une vaste ulcération cancéreuse. M. Gerdy, redoutant la trop vive action du caustique, l'avait affaibli beaucoup plus que ne le fait M. Cancoin. Il n'avait mis qu'une partie de chlorure de zinc sur huit de farine. De plus, on étendit sur l'ulcère une couche excessivement mince de cette pâte, et il n'y en avait pas plus épais que le papier le plus fin. Néanmoins, à la suite de cette application, toute la surface de l'ulcère fut frappée de mort l'inflammation s'étendit même jusqu'à l'œil, et détermina une opacité de la cornée enfin l'action du caustique pénétra jusqu'au frontal lui-même.

Dans un autre cas d'ulcération cancéreuse des paupières, M. Gerdy n'employa qu'un seizième de chlorure, et réussit parfaitement bien. Cependant ayant obtenu plus tard des résultats tout différents, ce chirurgien a fini par revenir aux proportions indiquées par M. Cancoin (2). M. Gerdy a employé dans le traitement des ulcères la (1) Voy. art. 965.

(2) On est surpris de ne trouver dans l'ouvrage de M. Gerdy aucune mention du sublimé en poudre propose comme caustique par M. Ordinaire, et dont nous avons eu plusieurs fois occasion de par-


plupartdes moyens connus. C'est l'usage des bandelettes combiné avec le repos du membre qui lui a procuré les plus rapides succès. C'est donc à cette méthode de traitement qu'il donne la préférence, toutes les fois que les circonstances le permettent. On se rappelle que M. Ph. Boyer avait fortement préconisé ce moyen. (V. art. 44d.) Mais loin d'astreindre ses malades à un repos complet, il les engageait à prendre de l'exercice pensant que la cicatrice était plus solide lorsqu'on ne maintenait pas le membre en repos.

Le cathétérisme forcé à l'aide des sondes de M. Mayor n'est admis par M. Gerdy, dans certains cas seulement, qu'avec des restrictions et des additions considérables à sa méthode. Les chaagements que ce chirurgien propose en font une méthode nouvelle qu'il ne croit pas, du reste, préférable à bien d'autres, mais dont on peut tirer parti à l'occasion. Nous renvoyons à l'ouvrage lui-même pour y étudier les modifications qu'il apporte à ce procédé, sur la valeur duquel les chirurgiens ne sont pas d'accord. Le Traité des Pansements de M. Gerdy est trop connu pour que nous ayons besoin de l'annoncer comme un ouvrage élémentaire utile. Les additions que l'auteur a faites à cette nouvelle édition lui donnent beaucoup plus de prix encore, car le sujet qu'il embrasse est tellement vaste, que deux volumes ne peuvent, qu'à grande peine, contenir l'abondance de détails qu'il comporte.

&M. 1951.

HOPITAL DES ENFANTS-TROUVÉS.

(Service de M. Baron.)

Considérations pratiques ~Mf ~eMteW<e simple inflamtnatoire, sur la colite et sur l'entéro-colite des nouveaunés.

L'observation rapportée à l'article 1927 de ce Journal nous a présenté la réunion des symptômes qui caractérisent ler dans cet ouvrage. Nous sommes d'autant plus étonné de cette omission que l'ameur passe en revue tous les caustiques usités en chirurgie, et s'arrête sur quelques-uns qu'il ne citeeu quelque sorte que pour mémoire, ce qui ferait penser qu'il ignorait, lors de la publication de cet ouvrage, les faits que nous avons déjà faitconnattre depuis plusieurs années. (A'ofe (<Kre'~c~Kf.)


l'inflammation bornée aux limites de l'intestin grêle aussi à l'autopsie du petit malade dont nous avons fait l'histoire, outre les lésions particutières au poumon et qui expliquaient la mort, pouvait-on encore remarquer des traces nombreuses et bien évidentes de l'affection qui s'éteignait sous l'aspect d'une coloration grisâtre, rouge foncé et livide répandue par plaques sur de longues portions d'in. testin. Mais pour résumer les symptômes qui avaient servi à baser ce diagnostic ainsi justifié, qu'il nous suffise de rappeler que le baUonnement du ventre joint à sa sensibilité exagérée souvent au point que la moindre pression vers l'ombilic arrache des cris à l'enfant, que la diarrhée si variable sous le rapport de sa fréquence, de sa couleur et de sa nature, et qu'enfin la faiblesse et l'accélération du pouls dont les battements s'élèvent jusqu'à cent dix et cent vingt même par minute, sont tes signès les plus habituels à cette affection. La rougeur de la pointe et des bords de la langue, son enduit saburral à la base, les vomissements qui surviennent plutôt quelque temps après l'injection des aliments dans l'estomac, qu'immédiatement après le repas, sunt encore des symptômes qu'on remarque fréquemment, bien qu'ils ne soient pas aussi constants que ceux qui précèdent. Enfin il est encore à observer que l'entérite simple inflammatoire passe fort souvent à l'état chronique et qu'il n'est pas rare même de ta voir débuter à cet état; elle peut alors durer plusieurs mois comme en est un exemple l'observation que nous avons citée; quand au contraire elle persiste à l'état aigu, elle peut n'avoir que quelques jours de durée en se terminant d'une façon fatale au petit malade.

Dans les cas oùt'innammation n'a pour siége que le gros intestin seulement, les symptômes que nous venons d'énumérer varient. Ainsi la diarrhée est généralement plus abondante et semble faire souffrir davantage les enfants, les évacuations alvines étant précédées et accompagnées de coliques et de ténesme, car à chacune d'elles le petit patient pousse des cris aigus. Ces matières fécales sont tantôt muqueuses, tantôt glaireuses, jaunâtres ou blanchâtres, mais, d'après l'opinion de M. Baron, ne se colorent jamais en vert, lorsque le gros intestin est seul malade. Dans ce cas encore les érythèmes aux environs de l'anus s'observent presque constamment mais le ballonnement du ventre est bien loin d'être apparent comme dans l'entérite simple, la sensibilité à la pression est égatement bien plus difficite à vérifier. La peau qui d'abord est brûlante, de-


vient bientôt froide et aride lorsque l'enfant s'épuise par des selles abondantes et répéiées, et le pouls est peut être moins souvent élevé au-dessus de sa fréquence normale bien que l'agitation et les douleurs semblent être plus intenses quand la colite est aiguë.

En outre l'affection elle-même se présente moins souvent seule que l'entérite, et passe plus facilement encore à l'état chronique. Cependant quoique ce soit là sa marche ta plus habituelle, quoique dans la majorité des cas, et dans le monde surtout, elle ne devienne pas mortelle, elle peut néanmoins avoir en peu de jours une terminaison funeste dans des cas analogues au suivant, que nous avons rccueilli dans les salles de M. Baron.

Legros, jeune enfant âgé de vingt-deux jours, entra le 22 juillet à l'infirmerie, et fut placé à la couchette n° 16. Il présenta à l'examen l'état suivant une constitution chétive, un amaigrissement déjà remarquable et une pàleur excessive frappaient au premier aspect; les extrémités étaient livides, les environs de l'anus envahis par un érythème commençant le pouls était petit et facile à déprimer les cris étaient presque continus. On avait en outre annoncé que l'enfant avait, depuis quelques jours, une diarrhée jaune qui devenait de plus en plus abondante; la langue était enduite de mucosités et un peu rouge à sa pointe, la tension et la douleur du ventre n'étaient pas apparentes. L'exploration minutieuse des autres organes n'offrant rien qui ne fût normal, la prescription suivante fut formulée par M. Baron Tisane de riz édulcoré avec le sirop de gomme pour boisson lotions émollientes sur les parties envahies par l'érythème cataplasme de même nature sur le ~e)!<fe lavement émollient avec une goutte de laudanum et la diète.

Le 24, la tension de l'abdomen devint plus évidente, l'altération des traits plus prononcée; la diarrhée n'était ni moins abondante ni moins liquide; les selles tout aussi rapprochées et douloureuses. Aux lavements on ajouta de l'amidon et deux gouttesde laudanum; l'enfant fut plongé dans un bain sans que le lendemain il y eût d'améhoratioa marquée.

Deux jours encore le régime fut maintenu aussi sévère.ment, et le mal ne semblait faire que des progrès; enfin le 27 l'état du petit malade devint désespéré; il était froid aux extrémités; les cris qui avaient été presque continuels les jours précédents, commencèrent à s'éteindre, un grand accablement survint, les yeux étaient excavés, et tous les


traits profondéments altéré, et le lendemain il mourut. A l'autopsie, le coton seul présenta des traces de l'affection intestinale à laquelle ce nouveau-né avait succombée outre la rougeur générale qu'on remarquait uniformément répandue sur toute la surface de cet organe, de larges et nombreuses plaques d'un rouge plus foncé, et au niveau desquelles la muqueuse semblait comme boursouflée, venaient expliquer les accidents observés pendant la vie. Tels sont les caractères différentiels de ces deux affections, caractères qu'il ne faut pas s'attendre à trouver toujours aussi tranchés, et dont l'impossibilité de les distinguer ne peut avoir d'ailleurs aucune conséquence fâcheuse en thérapeutique, le traitement qui convient à l'une étant dans tous les cas applicable à l'autre. Leur réunion donne lieu à un ensemble de symptômes qui constitue l'entéro-colite; une observation sufHra pour en donner une idée complète. Le 20 mars, Naudin, petite fille âgée de cinq jours, eut quelques mouvements convulsifs à la crèche, elle fut apportée à l'infirmerie, et lorsque M. Baron pratiqua l'exploration le lendemain, les premiers accidents avaient disparu mais on remarquait un léger œdème dur du tissu cellulaire des extrémités et du dos, ainsi qu'un érythème à l'anus. La face était pale, mais sans altération des traits l'état d'embonpoint était assez satisfaisant. Le pouls petit et serré battait cent huit pulsations; la langue avait un aspect normal. Une diarrhée de couleur verte, qui s'était déclarée deux jours avant son entrée à l'infirmerie, ne tendait qu'à augmenter d'abondance; le ventre était volumineux et déjà douloureux à la pression. Malgré ces premiers symptômes, l'enfant ne poussait pas de cris, et le calme dans lequel il était plongé semblait même insolite. M. Baron prescrivit deux sangsues à ~'<MHM, de la tisane de riz avec du sirop de gomme, des lotions émollientes sur l'érythème, un cataplasme sur le ~eK<re on donna en outre un lavement d'amidon des sinapismes ~Mr~t< tnatM~HM~ aux pieds, et il fut ordonné une diète sévère.

Le lendemain, les accidents cérébraux avaient complétement disparu, quoique les sangsues n'eussent donné lieu qu'à une émission sanguine très-peu abondante. La diarrhée continuait, le ventre était plus ballonné et plus douloureux, la physionomie plus souffrante; la petite malade poussait de temps en temps des cris. La langue était devenue rouge, il y eut quelques vomissements et de l'agitation dans la journée.

Sauf les sangsues, la même prescription fut comttKMee TOM. XI. ? DE JANVIER. 3


on y ajouta un bain et des frictions avec ~'eatt thériacale sur les parties eM~ahtes par l'ulcère.

Le 23, l'état était à peu près le .même, mais le lendemain les vomissements et la rougeur de la langue avaient disparu. M. Baron donna du lait coupé pour aliments. Les symptômes qui tenaient à l'affection abdominale avaient également diminué. Tous les jours la petite malade était plongée dans un bain, mais les sinapismes avaient été supprimés. Le 26, le ballonnement du ventre devint moins apparent, sa sensibilité plus difficile à exalter par la pression, et le lendemain la diarrhée cessa.

Le 2 avril, une double blépharite se développa et fut d'abord combattue par l'application d'une sangsue à chaque angle externe des deux yeux, avec la recommandation de ne pas les poser trop près de l'œil dans la crainte des enchymoses. M. Baron employa encore les cautérisations avec le nitrate d'argent, et après douze ou quinze jours de durée, cette affection céda elle-même; mais il fallut encore surveiller la convalescence jusqu'à la fin du mois avant de confier l'enfant aux nourrices.

Cette fois-ci l'autopsie n'est pas venue révéler les lésions qui caractérisaient l'affection dont nous avons supposé cet enfant atteint d'après les symptômes qu'il a présentés, mais nous avons pour nous le diagnostic éclairé de M. Baron. Telle est donc l'entéro-colite simple inflammatoire cette rougeur de la langue, ces vomissements pourraient encore aussi faire supposer que l'estomac avait participé à cette inflammation dont alors eût été atteint tout le tube digestif car il eût suffi, pour en avoir la conviction, d'un peu plus d'intensité et de durée dans les phénomènes qui nous en ont fait venir la pensée. Ceci no peut d'ailleurs que nous connrmer dans l'opinion que nous avons émise sur la difficulté qu'il y a à saisir chacune des nuances qui différencient le siège de l'inflammation dans le conduit digestif; mais nous y voyons heureusement aussi le peu d'inconvénient qu'il y aurait à les confondre.

Il n'en serait pas de même pour quelques affections plus graves dont nous aurons occasion de parler dans un prochain article.

&RT. 1952.

De l'emploi du sulfate de quinine administré en lavements dans le traitement des /!eure$ intermittentes.

La lettre suivante nous est adressée par M. le docteur Malapert, secrétaire du conseil de santé des armées


Dans le numéro d'octobre i839 'de votre Journal, en rendant compte des séances de la Société de médecine pratique, vous citez l'un de nos honorables confrères qui administre en potion le sulfate de quinine à la dose de dixhuit à vingt-quatre grains, pour combattre les fièvres intermittentes. Ce genre de médication compte des succès, sans aucun doute; mais il existe une infinité de circonstances où, selon moi, pour réussir, il faut avoir recours à un autre mode d'administration.

Souvent, avec la fièvre intermittente, existe une irritation et parfois une inflammation de l'estomac. Quand lâ fièvre ne dépend pas de cette inflammation, elle peut du moins être entretenue par elle, lorsque surtout on administre en potion le sulfate de quinine, qui, dans ce cas, contribue à alimenter ta phlogose, et tend alors par le seul effet de son contact immédiat avec une membrane irritée, à provoquer l'inflammation. Voilà ce qui, malgré des doses fortes et longtemps répétées du fébrifuge par excellence, peut surtout contribuer à occasionner la disposition rebelle de ces fièvres, que l'on voit résider encore après six mois et même un an d'invasion chez des sujets gorgés de sulfate de quinine.

Convaincu depuis longtemps de cette vérité, que j'ai pmsée au lit des malades, c'est en lavements que d'ordinaire je fais administrer aux fébricitants le sutfate de quinine. Quatorze grains dans deux onces d'eau suffisent pour les adultes. Lorsque l'inflammation de l'estomac est manifestement déclarée, je débute par une application de sangsues à l'épigastre, et le premier effet de cotte saignée locale est d'atténuer la fièvre et parfois de supprimer l'accès. Je n'en fais pas moins prendre du sulfate de quinine en lavement, avant l'époque présumée de l'accès. C'est ainsi que tout récemment encore, ayant été passer quelque temps dans une contrée où les fièvres intermittentes sévissent sur ta population, j'ai guéri en quelques jours des malades qui conservaient la fièvre depuis plusieurs mois, malgré les nombreuses potions de sulfate de quinine qu'ils avaient prises régulièrement.

Je pense que dans tous les cas pathologiques analogues le sulfate de quinine ingéré dans t'estomac, loin de combattre l'affection périodique, tend à prolonger son existehce, tandis qu'administré en injections intestinales sont action thérapeutique se manifeste seule sur l'économie en général, sans produire une surexcitation locale préjudiciable. Il ne faut pas non plus outrer la dose de ce médi-


cament, afin de retirer purement le fruit de son action thérapeutique, dépouillée de toute cause d'irritation. L'ingestion du sulfate de quinine dans l'estomac est malheureusement la méthode la plus généralement usitée, soit que l'on donne ce fébrifuge en potion, en pilule, ou en substance et mélangé à une minime quantité de matière alibile.

Le mode d'administration d'un médicament est d'une immense importance en thérapeutique souvent le succès en dépend. C'est sur ce sujet que je souhaite, par ces quelques mots, attirer l'attention des médecins praticiens. C'est deux heures avant l'arrivée de l'accès que doit être pris le lavement de sulfate de quinine, précédé, une heure encore avant son administration, d'un lavement entier destiné à vider l'intestin. Il est fort essentiel que la solution du sulfate soit opérée sans addition d'acide sulfurique, autrement celui-ci provoque le rejet du remède. La solution, quoique trouble, agit efficacement; quatre à cinq gouttes de laudanum liquide contribuent à disposer l'intestin à la garder.

Ainsi, d'une part, c'est, selon moi, à des doses trop considérables que souvent on fait prendre te sulfate de quinine ensuite on met ce médicament en contact avec une surface vivante déjà irritée, et dont la surexcitation périodiquement renouvelée contribue à entretenir la fièvre. C'est donc à doses modérées et en injections intestinales (lorsque, bien entendu, la partie in férieure du tube digestif n'est le siége d'aucune inflammation ) qu'il est préférable d'administrer le sulfate de quinine pour combattre les fièvres intermittentes (1).

et) La lettre de M. Malapert n'est que la confirmation des préceptes que nous avons eu occasion de donner dans plusieurs articles de ce Journal sur le traitement des ttèvres intermittentes. Déjà, à plu.sieurs reprises, nous nous sommes élevé contre l'habitude où sont certains praticiens de recourir à l'ingestion du sulfate de quinine dans l'estomac alors même que cet organe est enuau)mé, tandis que les injections anales supprimeraient les accès d'une manière bien plus certaine; mais, pour que cette médication soitefScace, il est nécessaire 1° que la solution du sulfate de quinine soit opérée sans addition d'acide sulfurique; 2° que le médecin assiste à l'administration du lavement, car on se fait difficilement idée de la négligence et de la maladresse avec lesquelles ces sortes de prescriptions sont exécutées. Nous devons ajouter, du reste, qu'à l'exception de quelques cas particuliers, le sulfate de quinine administré par l'estomac nous a paru avoir une action plus sûre que lorsqu'on le donnait en lavement, si toutefois l'organe qui le recevait n'était pas ennammé.Nous croyons même que sa solution simple est plus efficace que les diverses préparations par lesquelles on s'efforce de masquer l'amertume du médicament, (Note du ~<c~;<r.)


ART. 1953.

MÉDECINE LÉGALE.

DE L'ASPIIYXIE PAR LA VAPEUR DE CHARBON.

Des ~OM/M diverses de /'<t~e parlavapeurdu c/tar&o/t.– Que se passe-t-il dans Mne/);cceoM/'o/!p/aceM/: réchaud allumé M.,

L'étude dcl'asphyxie par la vapeur du charbon avait peu fixé l'attention des médecins, lorsque, en 1836, une affaire judiciaire, celle du sieur Amouroux souleva une série de questions nouvelles pour la solution desquelles la science ne possédait que des données incomplètes. Nous fournlmes alors à la justice, autant qu'il était en notre pouvoir, des documents qui concoururent à ]a découverte de la vérité, mais qui laissaient à désirer sous bien des rapports. Depuis cette époque, deux affaires analogues devinrent l'objet de nouveaux jugements; ce sont ces circonstances qui nous:ont engagé à faire quelques recherches dans le but d'éclairer la solution des questions qui se rattachent à ce sujet important.

Nous rappellerons en quelques mots les faits relatifs à l'affaire Amouroux et à celle de la fille Ferrand, afin de mieux faire sentir de quelle importance peuvent être les questions que ces sortes de débats soulèvent en justice.

Faits extraits des pièces de l'instruction.

Le samedi, 13 février 1836, les époux Amouroux dînent vers six heures du soir; la femme mange plus que son mari; du feu était allumé dans un poêle. A sept heures environ, Amouroux remplit de charbon un fourneau qui pouvait contenir un quart de boisseau, il retire du poêle la majeure partie de la braise qu'il contenait, allume le charbon du fourneau, et place ce dernier entre lui et sa femme au voisinage du lit, et de manière à respirer ,tous deux la vapeur qui s'en exhalait. La femme Amouroux n'a pas tardé à dormir, car vers sept heures et demie ou huit heures moins un quart, elle avait la respiration un peu râleuse. A onze heures et demie ou minuit moins un quart, Amouroux, qui jusqu'alors n'avait éprouvé qu'un peu d'altération, soulève le bras de sa femme pour savoir si elle vivait encore: le bras retombe, il s'aperçoit qu'elle venait de mourir; le membre soulevé était encore chaud. A ce moment il boit beaucoup d'eau. A minuit, il remplit le fourneau de charbon, et reste éveitlé toute la nuit, exposé qu'il était à la vapeur méphitique de cette substance. Le lendemain matin il renouvelle le charbon dans le fourneau; l'effet de la vapeur ayant été nul pour lui jusqu'alors, il achète lui-même un boisseau de charbon, et en consume de nouveau un plein réchaud. Le soir, il brûle dans une terrine le reste du charbon acheté le matin. Le lundi, nouveau boisseau de charbon consumé inutilement; il en est de même du mardi; le mercredi, il achète en sus d'un boisseau de charbon un panier de braise; il superpose la braise et le charbon par couches dans la terrine, de manière à leur faire prendre feu en masse. cproK~e, pMdon~ cinq


jours et cinq nuits, passés auprès du eorp~~e~a/eMMe sans prendre de nourriture, qu'une soif assez vive qu'il a satisfaite. Cependant il s'exposait à la vapeur du charbon; il avait le plus souvent deux fourneaux allumés auprès de lui et placés tellement près, qu'il s'est fait plusieurs brûlures aux jambes et à d'autres parties du corps. Des fumerons se trouvaient-ils dans le charbon, il les laissait brûler et respirait en vain la vapeur et la fumée qu'ils exhalaient. Tels sont les résultats des documents fournis à l'instruction par le sieur Amouroux. L'accusation supposait au contraire que toutes ces circonstances d'asphyxie étaient fausses et imaginées par Amouroux, que ce dernier avait étrangle sa femme, et qu'il avait conservé le corps de la victime pendant quatre jours et demi dans sa chambre. Voici le résumé des faits résultant de l'instruction relative à l'affaire de la fille Ferrand.

Le sieur Lion vivait en concubinage avec la fille Ferrand la chambre de celle-ci était sur le même carré et au même étage que celle occupée par Lion et sa femme, rue du Roi de Sicile, n° 17. Le 25 février dernier, vers onze heures et demie du soir, la fille Ferrand rentra chez elle avec Lion, qui était dans un état d'ivresse assez prononcé. D'après la version de cette fille, à peine la porte est-elle fermée sur eux, que Lion s'empare d'un couteau, et, déclarant qu'il veut se détruire, il éherche à s'en frapper la fille Ferrand se précipite alors sur lui, et, après un débat de quelques instants, elle saisit le couteau, l'arrache des mains de Lion, et le jette à l'extrémité de la chambre, du côté de la porte violemment émue par cette scène, elle tombe presque aussitôt à la renverse, s'évanouit, et ne recouvre ses sens que vers six heures et demie ou sept heures du matin; elle se trouve alors étendue sur le carreau, entre sa commode et le lit, la tête tournée du côté de la porte.

Que se passa-t-il pendant son évanouissement? Elle l'ignore complètement dit-elle; mais quand elle fut revenue de cet état de syncope, et qu'elle put se lever, elle fut horriblement effrayée en voyant Lion couché tout habillé sur son lit, la face appliquée sur la couverture, et souillée par le sang qui s'écoulait de la bouche et du nez il était mort. Elle vit alors au pied du lit, du côté de la croisée, deux fourneaux et deux terrines remplies de cendres et de débris de charbon, qui lui firent assez comprendre quelle avait été la cause delà mort de Lion.

Quant à elle, elle se sentait étourdie, et lorsqu'elle entendit!qu'on lui demandait d'ouvrir?sa porte, et que, sur son refus, on menaçait de la faire enfoncer, elle chercha à se pendre à une corde attachée à un clou près de la porte mais la corde cassa, et la fille Ferrand était tombée à terre lorsqu'on pénétra dans sa chambre.

U y avait évidemment ici deux homicides masqués par deux simulations de doubles suicides, et la question ne fut pas douteuse pour le jury qui condamna aux travaux forcés & perpétuité et le sieur Amouroux et la fille Ferrand.

Mais ces deux affaires soulevèrent de nombreuses questions tout


à fait neuves elles devinrent l'objet de rapporta muttipUés, et dans, les débats les opinions émises par les médecins appelés à éclairer la justicefurentsouventcontradictoires.

Depuis cette époque, tes docteurs Marye et L'Héritier ont publié d'excellents mémoires sur ce sujet. M. Ollivier a plus récemment inséré dans les ~~tna/M d'hygiène le rapport de l'expertise dont il avait été chargé dans l'affaire de la fille Ferrand, et dès t année )836 j'avais livré à la publicité, dans le m&me recueil, deux consultations médico-iégaies sur l'affaire Amouroux.

Ces divers travaux ont singulièrement éclairé l'histoire de l'asphyxie par le charbon et its m'ont permis de tracer avec quelque méthode la conduite qu'il faut tenir dans tes expertises de ce genre ainsi que tes données qui peuvent éclairer la justice dans ia découverte d'une simulation de suicide.

Les questions posées par la justice sont ordinairement tes suivantes

Les dispositions d'une tocatité donnée sont-elles compatibles avec la supposition d'asphyxie par la vapeur du charbon ? ? Quelle peut être la quantité de charbon qu'il faudrait brûier pour rendre dététère une chambre dont tes dimensions sont connues ? Quelle quantité de charbon représente une quantité donnée de cendres ?

La position différentequ'occupaient deux personnes dans une pièce, peut-elle avoir de finnuence sur t'asphyxie chez chacune d'elles ? Est-il nécessaire qu'une pièce soit parfaitement close pour que l'asphyxie ait tieu ?

Les hommes résistent.i)sp!us à la vapeur du charbon que les femmes et vice versâ P

La putréfaction est-elle modinée dans sa marche par la mort par asphyxie?

L'état anatomique dee asphyxiés persiete-t-i! longtemps aprèa la mort?

Des sources diverses de /'a.tp/t~<;te par la vapeur du charbon. On a jusqu'à présent tenu peu de compte des phénomènes qui se passent dans les appartements en raison des dispositions des cheminées et des poétes qui s'y trouvent, et de leurs communications avec ceux du voisinage. On croit générniement que l'asphyxie ne saurait avoir lieu, si un foyer de charbon ou de braise ne se trouvait dans l'appartement même ou l'asphyxie s'opère.

En thèse ~énérate, tout rétrécissement ou toute dilatation par laquelle une'pièce peut avoir une communication au dehors, est, dans des conditions données, capable d'étabtir un courant d'air, soit du dedans au dehors, soit du dehors au dedans, soit enfin d'un appartement dans une pièce voisine ou dans un appartement placé au-dessus ou au-dessous.

Toutes les fois que l'on fait du feu dans une cheminée, t'air~y est dilaté et devient spécifiquement plus té~er; il s'étèvc dans son tuyau


et fait appel à l'air de la chambre; l'air de l'extérieur ou celui de la pièce voisine, pénétrant ;dans la chambre, vient remplacer l'air brûlé et l'air dilaté par la chaleur, et c'est ainsi que deux feux étant al) urnes à la fois dans les cheminées de deux pièces contiguës, si l'air du dehors n'alimente pas suffisamment chaque foyer, alors la fumée rabat ainsi qu'on le dit, parce qu'il y a inégalité de tirage ou d'appel dans tes deux cheminées.

Si nous supposons l'absence de tout corps en combustion dans tes cheminées, il suffira d'une cause de dilatation d'air bien moins énergique pour donner naissance à un appel qui pourra, suivant tes circonstances, déterminer la sortie de l'air de l'appartement, ou la rentrée dans cette même pièce de l'air du tuyau d'une cheminée voisine. Que, par exemple, le soleil vienne à frapper dans une certaine étendue un tuyau de cheminée, ses parois vont s'échauffer et l'appel va avoir lieu du dedans au dehors que l'air de la chambre soit, au contraire, échauffé par le soleil, it va être dilaté, devenir spécifiquement plus léger, s'échapper par tes portes où par tes fenêtres, et faire appel à la cheminée qui introduira de l'air du dehors. Si cette cheminée, comme cela a lieu très fréquemment, communique avec la cheminée d'un voisin, et que du feu soit allumé dans cette dernière, alors la fumée ou la vapeur du charbon du voisin arrivera dans la pièce. Même phénomène pourra avoir lieu par le tuyau d'un poêle, et it suffira d'approcher pendant ce tirage inverse une chandelle de l'un ou l'autre conduit pour la voir s'éteindre aussitôt. Qui de nous n'a été incommodé en été par l'air froid qui nous arrivait de l'ouverture d'une cheminée ? Ainsi on peut établir en thèse générale t" que toute cheminée d'un appartement fait appel, si l'air de son tuyau est plus dilaté que celui de la chambre, ou qu'il apporte de l'air à la pièce dans le cas contraire, 2° qu'il en est de même des poêles; 3° que si une communication'existe entre le tuyau d'une cheminée, ou d'un poète, avec la cheminée ou le poêle d'un voisin, soit d'un étage inférieur, soit d'un étage supérieur, it peut s'introduire dans la pièce où ils sont placés de la vapeur de bois ou de charbon en combustion, et cette introduction de vapeurs délétères devient par cela même une source d'asphyxie, ainsi que tes exemples suivants rapportés par M. d'Arcet (~i<ï/M d'Amené, xvi, 30) vont le démontrer; 4° que si l'air d'une pièce est plus dilaté que l'air de la cheminée, it y aura entrée de l'air par la cheminée s'il s'opère un vide dans la pièce, et vice versâ. Ces sources d'asphyxie ont été généralement peu appréciées jusqu'alors. Voici les faits cités par M. d'Arcet.

J'ai vu, dit M. d'Arcet, dans la maison du mont-de-piété de la rue des Petits-Augustins, un homme de ma connaissance traîner et dépérir, quoique jeune et d'une bonne constitution. Je l'engageais souvent à faire examiner son logement et même à Je quitter; it me pria, à la fin, de rechercher la cause du malaise qu'il éprouvait lorsqu'il restait chez lui. Je trouvais que son appartement était souvent rempli de produits gazeux provenant de la combustion du charbon.


La cheminée de son salon, dans laquelle il faisait rarement du feu, était commune à une cuisine de l'étage supérieur la cheminée de sa chambre à coucher faisait continuellement appel en hiver à cause du feu qu'on y entretenait, et en été, par suite, pendant la nuit, de l'élévation de la température dans cette petite chambre à coucher, l'acide carbonique descendant par la cheminée du salon pénétrait dans ta chambre à coucher, et en rendait le séjour malsain. La cause du mal étant connue, on y remédia facilement en établissant une bonne cheminée à courant d'air chaud dans la chambre à coucher; en mettant une trappe à la cheminée du salon, et en plaçant, en outre, des bourrelets à la porte séparant le salon de la chambre à coucher.

M. Anglès, étant préfet de police, me pria un jour, à six heures du matin, d'aller examiner, au coin du boulevart et de la rue de Bondy, un appartement dans lequel deux dames de sa connaissance avaient été asphyxiés pendant la nuit. Je reconnus facilement l'acide carbonique cherchant par où ce gaz avait pu pénétrer dans la chambre à coucher de ces dames, je trouvai qu'il était entré par le poêle de la salle à manger où l'on n'avait pas fait de feu depuis longtemps (il suffisait d'approcher une chandelle allumée de la porte du poêle pour qu'elle s'y éteignit); qu'il avait pénétré dans la chambre à coucher par suite de l'appel de la cheminée de cette chambre. Le propriétaire questionné me dit que la cheminée où donnait le tuyau du poêle dépendait du logement d'un dentiste qui occupait le premier étage. J'allai sonner à la porte de ce dentiste; it vint lui-même m'ouvrir; it avait des pincettes à la main, et avait passé la nuit à faire cuire des dents artificielles dans un fourneau de coupelle, chauffé au charbon de bois, et avait ainsi donné lieu à l'asphyxie des deux dames qui logeaient au-dessus de lui.

A l'époque où M. Vauquelin logeait à l'école des mines, son ménage était tenu par les deux sœurs de Fourcroy ces dames, qui avaient chien, chat et serins, allant passer deux jours à la campagne avec M. Vauquelin, donnèrent amplement à manger et à boire à ces animaux, et tes enfermèrent dans l'antichambre. Au retour, M. Vauque)in trouva l'antichambre remplie de fumée et les animaux morts. La fumée avait pénétré dans l'appartement par le tuyau du poêle, et venait d'une cheminée de l'étage supérieur elle était tombée par suite de son refroidissement, ou avait été amenée dans l'appartement par suite de l'appel de l'une des cheminées de M. Vauquelin, dont le tuyau avait pu être échauffé, soit sur le toit par le soleil, soit par son adossement à une cheminée voisine où l'on aurait fait du feu. Que se passe-t-il dans une pièce CM l'on place un fourneau de charbon allumé? Lorsque le charbon s'allume, comme tant qu'il brûle, it absorde de l'oxygène à l'air, it se transforme d'abord en produits gazeux, l'acide carbonique et l'hydrogène carboné qui se forme aux dépens de l'hydrogène et du carbone du charbon mais le gaz hydrogène carboné venant à brûler aussitôt qu'il se produit, il donne lieu à de l'eau et à de l'acide carbonique, et il ne reste que ce qui peut échapper à la combustion.


Plus tard, tl ne se produit que de l'acide carbonique; ce gaz n'a pas plus de volume que l'oxygène qui concourt à le former; plus tard enfin, il se forme peut-être un peu d'oxyde de carbone qui s'enflamme et se transforme aussi en acide carbonique. D'où il résulte: que la quantité de gaz contenue dans la chambre ne se trouve augmentée, pendant toute la durée de la combustion du charbon, que de la trèspetite quantité d'hydrogène carboné qui peut échapper à la combustion, et cette augmentation est presque de valeur nulle. Concluons donc de ces faits que la formation des gaz pendant la combustion du charbon ne saurait accroître la quantité en volume de l'atmosphère de ta pièce dans laquelle t'asphyxie a lieu. Mais les gaz sont très-expansibles; il y a beaucoup de calorique mis à nu pendant la combustion du charbon qui s'élève peu à peu à la température rouge, et qui échauffe l'air ambiant en raison de la quantité de chaleur produite; la moindre température qui en résulte est celle de 500°, et les gaz qui entourent le foyer étant énormément dilatés, puisqu'à cette température ils ont acquis un volume presque triple de celui qu'ils avaient auparavant, sont devenus très-légers. ont gagné la partie supérieure de la pièce, ont été remplacés par les couches gazeuses supérieures en sorte que l'on peut établir en fait que l'atmosphère occupe, sous l'influence de cette dilatation, et non pas sous celle des gaz produits, un espace beaucoup plus considérable pendant toute la durée de la combustion du charbon, et qu'elle doit s'échapper par toutes les fissures de l'appartement, par les tuyaux de cheminées, par les poêles, etc.; ou, s'il n'existe pas d'issue, qu'elle doit alors exercer sur tous les corps ambiants une pression qui est en raison de sa dilatation, pression capable d'apporter une gêne très-grande dans les mouvements de la respiration, et qui contribuera par conséquent à bâter singulièrement l'asphyxie lorsque toutes les pièces sont parfaitement closes.

Une autre conséquence à tirer de ce fait, c'est que, pendant toute la durée de la combustion du charbon, il doit s'établir deux courants de gaz l'un ascendant d'air dilaté, l'autre descendant d'air froid et comme l'air dilaté contient l'acide carbonique, ce gaz doit être disséminé dans toutes les parties de la chambre et par tout à peu près également.

L'expérience n'avait encore rien appris à cet égard; j'ai voulu savoir si cette supposition était fondée, et voici à quel résultat je suis arrivé en opérant comme je vais le dire

J'ai brûlé, dans une salle de 166 mètres cubes, 86 centimètres, 5 kilogrammes de charbon quatre chandelles placées à diverses hauteurs depuis le niveau du sol jusqu'à quatre pieds audessus, ont été allumées; un moineau très-fort (une mésange) fut placé dans une cage, en haut de la pièce, à 2 mètres 33 centimètres au-dessus du sol. Dans les derniers temps de la combustion, la flamme des chandelles a semblé rougir un peu, mais leur combustion s'est bien entretenue pendant toute la durée de l'expérience qui a été de trois heures. Dans la dernière heure, l'oiseau, qui


jusque là n'avait rien offert d'extraordinaire, a commencé à s'agiter, à ouvrir par fois largement le bec et à étendre les ailes, comme s'il cherchait à respirer puis il a cessé de chanter; it est devenu presque immobile et sa respiration était ptus'.lente. !1 a repris de la vivacité aussitôt qu'on a ouvert tes fenêtres mais il a succombé dans les vingt-quatre heures.

Cette même expérience ayant été répétée sans chandelles et sans oiseau, deux appareils à recueillir les gaz furent ouverts aussitôt la combustion du charbon terminée nous avons mesuré l'acide carbonique comme dans l'expérience analogue que l'on va voir détaillée ci-après, et nous avons obtenu dans le flacon placé en haut de la pièce comme dans le flacon disposé près du sol, une quantité sensiblement égate d'acide carbonique, cinquante, et cinquantedeux centimètres cubes de gaz. L'air était alors vicié par ut, cinquantième d'acide carbonique. D'où il résuite que pendant la combustion du charbon, l'acide carbonique se trouve disseminé dans toute l'étendue d'une pièce.

Enfin l'acide carbonique et le gaz oxyde de carbone ne pouvant se former qu'aux dépens de l'oxygène de l'air de la pièce où est placé le fourneau, cet air se trouve impropre à la respiration par deux causes to parce qu'il ne contient plus d'oxygène dans la proportion nécessaire à l'entretien de la respiration; 2° parce qu'il est altéré par la formation de gaz déiétères qui se mêlent avec lui. Jusqu'alors nous ne nous sommes occupé que de ce qui se passe pendant la combustion du charbon, voyons maintenant ce qui a lieu lorsque la combustion est terminée.

L'atmosphère. élevée à une température qui varie en raison de la quantité de charbon qui a été brûtée, tend i se mettre en équilibre avec la température extérieure de là pièce; l'air dilaté se condense peu à peu; il occupe moins de volume. Si une portion d'air s'était échappée de la pièce par des fissures ou des ouvertures, il rentre de l'air en raison du vide qui s'opère par le refroidissement; en sorte qu'après l'équilibre établi, l'atmosphère se trouve moins viciée qu'elle ne l'était pendant la combustion du charbon. Si l'air n'avait pu s'échapper par aucune issue, la pression qu'il exerçait en raison de sa température diminue, et revient à ce qu'elle était avant la combustion; mais ce fluide reste dans ce cas aussi altéré par les gaz délétères, qu'il l'était pendant la combustion du charbon. A. DEVERGIE,

Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris.

ART. 195~.

VARIÉTÉS.

ACADÉMIE DE MEDECtNE.L'Académie s'est occupéedans une deses séances de l'ophthalmie purulente qui règne épidémiquement dans l'armée belge depuis 1815, et a déjà fait un si grand nombre de victimes. M. tedocteur Caffe, envoyé en 1838 par le ministre du commerce, a visité la Belgique la Hollande et la Prusse. Il s'est transporté partout où se trouvaient dés garnisons et des hôpitaux a in-


terrogé les médecins de l'armée, examiné les malades, enfin recueilli une foule de documents sur l'invasion, les causes, la marche et le traitement de cette terrible maladie. C'est le résultat de ces recherches que M. Caffe a présenté à l'Académie. M. Bouvier a fait sur ce travail un rapport qui a captivé l'attention de l'assemblée. L'ophthalmie qui désole actuellement l'armée belge s'est montrée dès 1814, mais c'est surtout après 1830 qu'elle a sévi avec le plus d'activité. Déjà elle a attaqué plus de cent mille hommes un tiers et quelquefois la moitié des regiments en ont été atteints, et une foule de malheureux privés de la vue sont restés à la charge de t'état. Le gouvernement belge s'est maintes fois occupé des moyens de combattre ce fléau; il a nommé des commissions composées des plus habiles médecins de t'armée, il a fait venir des pays étrangers des oculistes cétèbres, mais tous ses soins ont été inutiles et l'armée composée de 50,000 hommes en 1838, comptait encore cinq mille ophthalmiques.

Les Belges ne sont pas les seuls intéressés à combattre ce fléau car le voisinage doit faire craindre qu'il envahisse nos frontières, et peut-être a-t-on droit de s'étonner que notre gouvernement n'ait pas envoyé plus tôt des médecins français pour joindre leurs efforts à ceux des médecins belges et tâcher d'étouffer enfin cette cruelle épidémie. Le travail de M. Caffe doit donc exciter l'attention des praticiens aussi allons-nous l'analyser avec quelque étendue. L'ophtbalmie de t'armée belge est désignée sous le nom de btennorrhée, elle a la plus grande analogie ave l'ophthalmie purulente et est caractérisée par l'injection, le ramollissement et le gonflement de ta muqueuse oculaire qui se couvre de granulations, et fournit un liquide séreux d'abord, puis mucoso-purutent, puis enfin purulent. Elle débute ordinairement par une légère injection de la sclérotique, le malade éprouve peu de douleurs, il lui semble qu'un grain de sable roule sous ses paupières, la rougeur augmente et on aperçoit sur la conjonctive une multitude de granulations disposées par ordre ou éparses sur cette membrane. Bientôt la rougeur augmente d'intensité, tes granulations deviennent plus nombreuses, la conjonctive s'épaissit et se boursoufle, les paupières se tuméfient, prennent une couleur rouge violacée et laissent échapper en abondance, lorsqu'on les écarte, un liquide purulent qui irrite et excorie les joues. La cornée se ramollit et se boursoufle; des abcès se forment dans son épaisseur, enfin elle se perfore, et les humeurs de l'oeil s'écoulent, ou bien, si l'ulcération pénètre moins avant, les opacités qui en résultent produisent également une cécité complète.

H parait que dans ce moment l'ophthalmie suit fréquemment une marche chronique, se prolonge pendant un temps fort long et est toujours sur le point de passer à l'état aigu sous l'influence de la moindre cause.

Il y a, comme on le voit, la plus grande analogie entre cette ophthamie et l'ophthalmie blennorrhagique, l'ophthalinie catarrhale, l'ophthalmie purulente des nouveau-nés. Celle que M. Caffe a étudiée en Belgique est caractérisée surtout par Icdéveioppement des granulations que nous venons de signaler, bien que dans quelques cas ce symptôme puisse manquer.

Depuis vingt-cinq ans que cette ophthalmie désole la Belgique, on a discuté dans de nombreux écrits sur sa nature et sur ses causes présumées. M. Caffe rejette presque toutes tes explications que l'on a données sur ce sujet et se borne à considérer la maladie comme contagieuse, pouvant se transmettre soit par le contact im-


médiat soit par infection de l'air chargé de miasmes dépendant des liquides secrétés par les yeux malades. L'inoculation directe ne saurait être mise en doute, on l'a constatée dans une foule de circonstances, soit que le hasard présidât à cette inoculation, soit que pour résoudre ce problème on la tentât sur des animaux domestiques et même sur des hommes. Quant à la contagion par infection, elle est également prouvée suivant M. Caffe, bien que beaucoup de médecins refusent encore del'admettre. Enfin l'ophtbalmie pourrait aussi se manifester spontanément sous l'influence de certaines causes, comme on l'a observé pour l'ophthal mie purulente qui a'est développée en France à diverses époques dans des salles d'hôpitaux personne ne pouvait l'avoir importée.

M. Caffe a terminé son mémoire sur l'ophthalmie belge en indiquant comme seuls moyens d'obtenir la cessation de l'épidémie: t" d'éloigner des rangs de l'armée tout individu menacé ou affecté d'ophthalmie purulente, à quelque degré que soit la maladie; 2° de diriger ces hommes sur des dépôts différents qui seraient établis dans toutes les provinces; 3° de ne les réintégrer dans leurs corps respectifs, qu'après les avoir fait passer un certain temps au sortir des dépôts dans des compagnies d'attente que l'on pourrait préposer à la garde des citadelles et des places fortes.

A l'occasion de ce Mémoire, M. Velpeau a fait connaître le traitement qu'il suit à l'hôpital de la Charité dans les cas d'ophthaimie purulente qui doivent avoir avec l'ophthalmie belge la plus grande analogie. Ce traitement consiste dans des lotions et des injections avec une solution de nitrate d'argent. D'abord M. Velpeau ne mettait qu'un grain par once d'eau distillée, mais ce caustique a été porté successivement à la dose d'un demi-gros, d'un gros et même de deux gros. Dans cette énorme proportion le nitrate d'argent, loin d'être nuisible, produit des cures vraiment inespérées. M.Baron, qui emploie la même méthode à l'hôpital des Enfants-Trouvés, nonseulement fait usage d'une solution caustique aussi concentrée, mais encore dans certains cas cautérise avec le nitrate d'argent solide et s'en trouve très-bien. C'est, suivant ce médecin, le moyen le plus efficace que t'en possède dans cette maladie. Cependant M. Velpeau a fait remarquer que cette médication ne devait être suivie que dans les cas où existe une conjonctivite; dans les cas contraires elle serait nuisible. M. P. Dubois s'est également très-bien trouvé dele cautérisation dans l'ophthalmie purulente des nouveaunés, mais M. Moreau a pensé que les antiphlogistiques, les émollients et surtout tes soins de propreté étaient tout aussi efficaces et devaient lui être préférés. Quant à la question de la contagion chez les enfants nouveau-nés, M. Baron se déclare positivement pour l'affirmative, mais plusieurs membres de l'Académie n'ont pas partagé cette opinion.

Deux opérations de taille ont été rapportées à l'Académie l'une a été faite sur un homme âgé de soixante et onze ans, par M. Souberbielle, âgé lui-même de quatre-vingt-quatre ans. Le malade avait été sondé par plusieurs chirurgiens qui n'avaient pas trouvé de pierre, parce que, la vessie étant bi)obée, la sonde n'arrivait probablement pas jusqu'à la seconde poche qui contenait quarante-cinq calculs. M. Souberbielle l'a opéré par le haut appareil, et la guérison a été obtenue en quinze jours.

L'autre opération a été pratiquée par M. Léonardon sur un homme de quarante-cinq ans. On jfitj d'abord une incision au périnée; mais l'ouverture s'étant trouvée insuffisante pour donner passage au calcul, on incisa longitudinalement l'hypogastre. Le calcul ne put pas


encore être extrait à Cause de son volume alors on le brisa, et il fut retiré par fragments. Cependant le panent n'était pas encore détivré il restait à la paroi interne de la vessie une couche de graviers qu'il fall ut râeter avec une cuil ler d'argent. Malgré la longueur et la gravité de cette opération, dans laquelle la péritoine avait été incisé, le malade guérit en quelques semaines.

Un membre de l'Académie a fait remarquer, à cette occasion, que les observations sur la taille seraient beaucoup plus complètes si, en les transmettant à l'assemblée, les correspondants y joignaient les calculs ou les fragments de calculs qu'ils ont retirés de ta vessie. M Renaud a mis sous les yeux de l'Académie des portions de la peau d'un chien auquel on avait inoculé la morve prise sur un cheval. L'inoculation ayant parfaitement réussi, on a transporté chez un autre cheval du pus recueilli sur ce chien, et la morve a été également communiquée. Un interne de l'Hôtel-Dieu a aussi présenté des pièces d'anatomie pathologique recueillies chez un palefrenier qui avait succombé à cette matadie. Nous avons déjà rapporté tant de faits semblables, qu'il ne peut plus exister de doute sur la transmission de la morve du cheval à l'homme.

L'Académie a formé son bureau, qui est ainsi composé pour l'an. née 1MO

Président, M. Bally;

Vice-président, M. Roux;

Secrétaire annuel, M.Girardin;

Trésorier, M. Merat.

PMX PROCLAMES Dans la séance publique annuelle dut*'décembre.M.te président adonné lecture du programmedes questions mises au concours en 1837. Aucune des questions n'ayant été résolue compiétement, l'Académie les remet au concours pour l'année 1841. Des récompeases cependant ont été décernées

1° Pour le prix Portal, une médaille en or, de la valeur de 600 fr., a été décernée à M. Amédée de Chambre;

2° Pour le prix Civrieux, une médaille en or, de la valeur de 500 fr., à M. Aussaille, de Verdun;

3° Le prix de vaccine, d'une valeur de 1,500 fr., a été partagé entre MM. Boisson, Clermont et Thomas.

Pan PROPOSES.– F/Ede /ce!<fe'm;e (remis). Kt° Déterminer, parttcutièrement par des nécropsie!,si la phthisie tuberculeuse a été quelquefois guérie 2° en cas d'affirmative, assigner les conditions probables à la faveur desquelles la guérison s'est opérée 3° rechercher jusqu'à quel point l'art pourrait, dans certaines circonstances, faire naitre des conditions analogues pour s'élever aux mêmes résultats. » Ce prix est de 2,000 fr.

.Py/.c/o~depHrM. le baron fo/<ï/(remis). 'Décrire les différentes espèces de ramollissement des centras nerveux (cerveau, cervelet, moelle épinière) en exposer les causes, les signes et le traitement. » Ce prix est de 1,200 fr.

Prix fondé par niante ~Ma'e-.E/M&e~ Bernard de Civrieux, <j&M.fe de -M. Mc/te/~eK~e (remis). << De l'influence de l'hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse, sur les maladies qui en résutteut, et des moyens de les guérir, Ce prix est de 2,000 fr. Les Mémoires, dans les formes usitées, doivent être envoyés, francs de port, au secrétariat de l'Académie, avant le t~ mars 1841. Prix fondé par J~. le M;ar~M!~ Lebascle d'Argenteuil. Extrait de son testament: « Je tèeue à l'Académie de médecine de Paris 1 a somme de 30,000 fr. pour être placée, avec les intérêts qu'elle produira du jour de mon décès, en rente sur l'état, dont le revenu accu-


mulé sera donné tous les six ans à l'auteur du perfectionnement le plus important apporte, pendant cet espace de temps, aux moyens curatifs des rétrécissements du canal del'urètre. Dans le cas, mais dans ce cas seulement. où pendant une période de six ans, cette partie de l'art de guérir n'aurait pas été l'objet d'un perfectionnement assez notable pour mériter le prix que j'institue, l'Académie pourra l'accorder à l'auteur du perfectionnement le plus important apporté durant ces six ans au traitement des autres maladies des voies urinaires. »

Ce prix sera décerne en 1844 sa valeur sera de 8,238 fr. et des intérêts de cette somme cumn)és pendant ces six années. Prix relatif au magnétisme a/n)~on~e'p<tfjy. 7!K/-A~, membre <tt l'Académie. « Je dépose une somme de 3,000 fr. pour être donnée en prix à la personne qui, au jugement d'une commission de l'Académie, pourra lire, sans te secours des yeux, les objets pouvant être écla)rés,à à l'aide même du toucher, en tant qu'il ne sera pas supplémentaire du sens de la vue, dans des ouvrages fournis par la commission. »

Ce prix, fondé le 12 septembre 1837, sera retiré au bout de deux ans, s il n'est pas remporté.

Nota. Ce prix a été prorogé par son auteur au t" octobre 1840 avec les modifications suivantes, qu'il a formulées ainsi « Amenez-nous une personne magnétisée ou non magnétisée, « endormie ou éveillée; que cette personne lise, les yeux ouverts « et au grand jour, à travers un corps opaque, tel qu'un tissu de « coton, de fil ou de soie, placé à six pouces de la figure; qu'elle « lise. même à travers une simple feuille de papier. » (Bull. de l'Acad. de méd., U), 1123.)

N. B. Tout concurrent qui se sera fait connaître directement ou indirectement avant le jugement porté sur )e concours, dans le cas des trois premiers cessera par ce seul fait d'en faire partie. (Décision de l'Académie du t" septembre 1838.)

L'Académie croit devoir rappeler ici les sujets de prix qu'elle a proposés pour 1840.

Prix de /c<ïf/em<e. « Faire l'histoire physiologique de la menstruation faire connattre l'influence que cette fonction exerce sur les maladies, et celle qu'elle en reçoit Cc prix est de 1,200 fr. Prix Po/a/Faire l'histoire des découvertes relatives au syst~ne veineux, depuis Morgagni jusqu'à nos jours, et déterminer l'influeuce que ces découvertes ont exercée sur la connaissance et le traitement de ces maladies Ce prix est de 1,200 fr. Prix 6<t'ei< n Déterminer l'influence de t'ëducation physique et morale sur la production de la surexcitation du système nerveux et des maiadies qui sont un effet consécutif de'cette surexcitation. » Ce prix est de 2,000 fr.

Ces prix seront décernés dans la séance publique annuelle de t8~0, et les Mémoires adressés avant le )' mars de la même année. AcAMEMtE DES sctEKCEs.–f/<: accole.: d'après un rapport fait par H. Serres, au nom de la commission chargée de l'examen des pièces adressées pour )e concours des prix de médecine et de chirurgie, fondation Montyon, l'Académie a accordé

10 Des médailles en or, de la valeur de 1,500 fr.,àMM. les docteurs Bright (de Londres). Martin Solon et Rayer, pour leurs travaux sur t'aihunnnurte ou néphrite albumineuse;

20 A M. le docteur Ricord une médaille en or, de 1,500 fr., pour son 7'ro~e <<M Ma~;M syphilitiques;


3° A M. Martin, une somme de 1,000 fr., pour le perfectionnement d'unejambemécanique.

Prix proposés par la Société </eme'<<ecMc~ 7.y6/ La Société de médecine de Lyon décernera,dans le courant du mois de février 1841, une médaite d'or de la valeur de TROIS CENTS FRANCS, à l'auteur du meilleur Mémoire sur la question suivante

« Du régime alimentaire dans les maladies aiguës et chroniques des organes dela digestion.

« Indiquer son action et les modifications qu'il doit subir dans les diverses périodes de ces maladies, et suivant les diverses circonstances et conditions où se trouventles malades. N

Une seconde médailled'or, de la même valeur, sera accordée à l'auteur du meilleur Mémoire sur cette autre question

« Rechercher si depuis quelques années la syphilis est plus fréquente à Lyon.

« Apprécier les effets de cette maladie, sur le bien-être et lés habitudes de travail des ouvriers.

« Dans tous les cas, déterminer les causes qui peuvent donner de l'extension à ce fléau, exposer l'état actuel des secours publics qui lui sont affectés, et s'ils sont reconnus insufBsants, indiquer le moyen de les proportionner aux besoins de la population. » Les Mémoires envoyés au concours devront être adressés, francs de port, avant le t" novembre 1840, à M. Rougier, secrétaire général de la Société, place de la Préfecture, à Lyon.

Chaque Mémoire devra porter, en tête, une épigraphe qui sera répétée dans un billet cacheté, contenant le nom et l'indication de la demeure de l'auteur.

Prix obtenus par les t'nfe/ïM des hôpitaux. INTERNES DE 3' ET 4" ANNÉE.-Prix. M. Billiet (Louis-Frédëric-Thëodore-Albert), élève interne de 4e année, à l'hôpital des Enfants. Une médaille en or, avec prorogation de ses fonctions d'interne pendant deux ans à partir du t" janvier 1840, et choix de la place au commencement de chaque année.

)~cce.Mi<. M. Becquerel (Louis-Alfred), élève interne de 3e année à l'hôpital de la Charité. Une médaille d'argent.

Me/t/ion honorable. M. Durand (Chartes-Louis-Maxime), éiève interne de 4" année, à l'hospice de la V ieillesse (femmes). Par une faveur exceptionnelle, il lui a été accordé des livres pour la valeur de 40 fr., à cause de ses nombreux et remarquables travaux particuliers.

INTERNES DE 2° ANNÉE. Prix. M. Rogée (Charles-Augustin), de l'hôpital Cochin. Une médaille en argent.

Accessit: M. Renauldin (Louis-Firmin), de l'hôpita) Beaujon. Livres pour une valeur de 40 fr.

EXTERNES.–fr;.t;. M. Richet (Didier-Dominique-Alfred), externe de 2° année, remplissantles fonctions d'interne provisoire àl'hôpitat Saint-Louis. Livres pour une valeur de 40 fr.

Accessit. M. Hélot (Jules), externe de 2" année, remplissant fonctions d'interneprovisoire al'hôpital Saint-Louis. Livres pour une valeur de 30 fr.

Mentions honorables. MM. Jamain, Tavignot, Frenny, Verjus, Guérin, Gelez.

Tous ces externes ont été compris dans la liste des internes nommés au dernier concours.

Concours. A la suite du concours qui vient d'avoir lieu à la Faculté de médecine de Strasbourg, pour la chaire d'hygiène et de physique médicale, M. le docteur Rameaux, qui a seul concouru, a été nommé professeur.


ART. 1955.

Quelques considérations sur la manière de formuler en poids décimaux.

On sait que depuis le commencement de la présente année les médecins sont tenus de formuler en poids décimaux. Nous n'avons pas à nous prononcer sur la valeur de cette décision, et à examiner la question de savoir s'il n'eût pas été plus sage de conserver, par une exception en faveur de l'art de formuler, les anciennes mesures, dont une longue habitude, jointe à une grande simplicité, rendait l'usage peu dangereux. II ne nous serait pas difficile de démontrer que cette innovation, quant à ce qui nous concerne, n'offre pas les avantages .qu'ette est appelée à produire dans les autres circonstances de la vie; mais puisque la loi, qui doit être générate pour tous, nous a soumis aux mêmes règles, et que l'Académie a cru d'ailleurs que le temps était venu d'abandonner les anciennes formules ( voyez article 1883 ), nous devons nous conformer à la règle qui nous est imposée, et formuler à l'aide du gramme et de ses divisions, comme on le fait déjà dans la plupart des hôpitaux de Paris. Ce que nous allons dire de l'emploi du système décimal n'aura donc point pour but de détourner nos confrères d'une étude qui leur est devenue indispensable au contraire, nous les engageons de tout notre pouvoir à suivre le mouvement général et à quitter l'usage du système ancien, pour adopter le nouveau; mais nous voyons traiter cette question avec tant de légèreté, dans .la presse et dans les sociétés savantes; les avantages du système décimal sont tellement exaltés par tous, et une défaveur si universelle accueille les moindres objections à cet égard, qu'il est à craindre que la plupart des médecins ne se fassent pas une idée bien juste, des difficultés qu'ils rencontreront dans son application à la pratique. Les uns croiront sur la foi de l'Académie et des journaux qu'ils formuleront immédiatement et sans plus d'erreurs que par le passé, avec le gramme et ses divisions les autres, qui n'ont vu que la théorie du calcul décimal, immédiatement suivie d'une entière approbation, s'effraieront peut-être de leur peu d'habitude de calculer, et s'exagéreront les difficultés que l'on éprouve toujours à renoncer à d'anciens usages. C'est cette double erreur que nous voulons combattre dans cet article. Non, il n'est pas vrai que la substiTftME Xt. t«° DK FÉVIUBR. 4


tution du nouveau système à l'ancien, soit sans danger dans la préparation et l'administration des médicaments. Ce système si simple, et que l'intelligence la plus bornée possède après quelques moments de réflexion, porte avec lui, dans son application à l'art de formuler, une source continuelle d'erreurs. Son extrême divisibilité, qui, dans d'autres circonstances fait sa force, ici sera la cause principale des dangers auxquels il exposera. il est besoin en effet, pour formuler avec sûreté, d'un petit nombre de chiffres différents entre eux, pourle nom, comme pourla forme, et c'est ce que nous présentaient l'once, le gros et le grain. Il fallait une préoccupation inexplicable pour les confondre dans nos prescriptions aujourd'hui, l'attention ta plus grande sera nécessaire, pour ne jamais substituer les milligrammes aux centigrammes, les centigrammes aux grammes, et surtout les décigrammes aux décagrammes; cette même consonnance enfantera des erreurs continuelles et l'esprit s'en effraie, lorsqu'on vient à se rappeler à combien de malheurs a donné lieu la nouvelle nomenclature de chimie, si admirable sous d'autres rapports, combien de fois on a prescrit du deuto-chlorure de mercure, pour du proto-chlorure, du sulfate de morp/MtM, pour du sulfate de quinine, et tant d'autres médicaments, dont les noms, par une déplorable fatalité, se sont trouvés au bout de la plume tlu médecin, préoccupé à la fois de l'état de son malade et de la formule qu'it composait.

Nous disons que les erreurs seront nombreuses cette année, car elles proviendront de plus d une source. D'abord, le système décimal est nouvellement introduit dans nos usages; à la vérité, il est d'une application simple et facile; mais nous ne nous en servons encore que par comparaison avec les anciennes mesures. Nous connaissons tous le volume approximatif d'une once, d'un gros, d'un grain, mais nous ne savons ce que c'est qu'un gramme. Il faut donc réduire dans notre esprit les poids anciens en poids nouveaux, quand nous voulons nous en servir. Cette réduction est facile, c'est vrai, mais enfin elle exige une certaine habitude, et, à son défaut, une très-grande attention, première cause d'erreur. En second lieu, ainsi que nous le disions, il ne faut pas une longue distraction pour que, sous notre ptume, le mot décigramme prenne la place du centigramme auquel on avait pensé, pour que le décagramme soit substitué au décigramme, etc., second écueil à éviter; enfin, le poids bien pensé, bien réduit, peut encore être mal exprimé. Une seule lettre différencie ledeci~ramme


dudécagramme, on peut la tracer illisiblement et faire commettre ainsi une énorme bévue, assurément fatale au malade. Nous ne parlons point de la manière de formuler. par chiffres; nous pensons qu'il ne viendra dans l'esprit de personne d'écrire de la sorte 1, 5, un gramme, cinq décigrammes le transport ou l'oubii de la virgule aurait des résultats si fâcheux, qu'il est bien convenu qu'on formulera en toutes lettres; mais on fera précéder les mots grammes, décigrammes, etc., d'un chiffre quelconque; or, ce chiffre pouvant avoir jusqu'à quatre colonnes, puisque un kilogramme est mille grammes, le moindre oubli pourra faire ajouter ou omettre unchiffre, et la prescription sera ainsi dix fois trop forte ou trop faible. Nous en pourrions déjà citer desexemples dans les feuilles mêmes ou le système décimât est exatté sans réserve. Enfin, bien que la dénomination des anciennes mesures soit seulement tolérée par une faveur spéciale dans nos ordonnances, il s'en faut de beaucoup que tous les praticiens y aient encore renoncé; or le mot grain ressemble considérablement au mot gramme, et surtout au mot gram. par abréviation, quand il est écrit à la main, et cependant il diffère bien de valeur. Cette ressemblance est même si grande dans certains cas, qu'il est absolument impossible de les distinguer, et ce qu'il y a de p~us! singulier, c'est que la même confusion peut exister pour les caractères imprimés. Ainsi, parmi la foule des formulaires que la nouvelle loi sur les mesures décimales a fait éclore, il en est un qui prescrit évidemment un gram. de vératrine au lieu d'un grain, et cela sans que l'auteur puisse se le reprocher, car la faute en est à l'imprimeur qui a oublié de mettre un point sur ~i. Que conclure de tout ceci? q c'est que l'extrême divisibilité des nombres entralne à des erreurs extrêmement faciles, que ces erreurs le plus souvent fort graves, se présenteront dès que par'la cause la plus légère, l'esprit du praticien se trouvera distrait, et enfin, que pour les éviter, l'attention la plus soutenue sera nécessaire, indispensable, toutes les fois qu'on devra prescrire l'usage d'un médicament actif (1).

Ces observations, nous le répétons encore, n'ont point (1) Un de nos chirurgiens les plus érudits prescrivait dans son service, il y a quelques jours proto-iodure de mercure, deux centigrammes puis il ajouta c'est un quart de grain, je crois. Cette distraction, partout ailleurs, aurait pu avoir un résultat fâcheux, car deux centigrammes sont plus qu'un quart de grain; c'est plus qu'un tiers de grain, c'est presque un demi-grain. Or, supposons que ce chirurgien formulât de la manière suivante Proto.iodure de mercure, deux centigrammes; sirop et poudre de réglisse, quantité suf-


pour but de détourner nos confrères de l'emploi des mesures nouvelles. Nous aurions mauvaise grâce à prêcher une croisade contre elles, alors que chacun les adopte et quo d'ailleurs c'est pour nous une nécessité, puisque la loi nous y contraint. On eût assurément mieux fait, suivant nous, d'attendre pour tes introduire dans nos formules, qu'un plus long usage dans les actes ordinaires de la vie, nous eût familiarisés avec elles, mais puisqu'on en a décidé autrement, adoptons-les et formulons en grammes; seulement n'oublions jamais les inconvénients qui viennent d'être signalés et les erreurs qui peuvent résulter de la plus tégère distraction.

Maintenant nous allons démontrer que la réduction des anciennes mesures en nouvelles est une opération facile, et qui ne demande que de l'attention, mais une attention qui ne doit jamais être distraite par les objets extérieurs. Déj~, dans plusieurs articles de ce Journal, nous avons donné des tableaux de mesures nouvelles comparées aux anciennes (1). Il nous suffira aujourd'hui de rappeler quelques chiffres qui vont nous servir à formuler en grammes et fractions de grammes.

D'abord il ne fautjamais perdre de vue que la livre équivaut à 500 grammes, ou mieux au demi-kilogramme; ce sera toujours le terme dont nous nous servirons. Le demi-kilo est, comme on le sait, partagé en seize parties ou onces. Or, l'once équivaut à 32 grammes. Il faudra donc, pour réduire les onces en grammes, les multiplier par 32, ce qui devient, comme on le voit, une opération assez compliquée; mais dans la pratique on a rarement occasion de porter loin cette multiplication. Il n'est pas ordinaire, en effet, que l'on prescrive autre chose qu'une demi-once, une once, deux onces, trois onces, quatre onces d'une substance. Or, se rappelant que l'once équivaut à 32 grammes, on sait aussitôt que la demi-once équivant à

fisante pour une pilule. Faites vingt pilules semblables, et donnezen une le matin et une-le soir; il aurait cru donner un demi-grain de proto-iodure de mercure dans les vingt-quatre heures, et il en aurait donné presque un grain. Cette erreur, dans l'espèce, n'aurait pas eu de graves inconvénients. Il n'en eût pas été de même s'il se fut agi d'un médicament plus actif, tel que le sublimé, l'arsenic.etc. Les médecins les plus haut placés ne'sont donc pas à l'ahri d'une distraction fâcheuse pour leurs malades. Ils peuvent se tromper conune les autres hommes dans l'application du système décimal, ce qui doit nous convaincreque l'adoption des mesuresnouvelles dans la pharmacie n'est pas tout à fait sans inconvénients. ()) Voy.art.t87<,]883et)90L


16 grammes,et que les deux onces en valent 64. Dans l'immense majorité des cas, on ne va pas dans les formules audelà de deux onces. Si on dépasse cette quantité, il suffit de &e rappeler que trois fois 32 valent 96; trois onces équivalent donc à 96 grammes. Va-t-on plus loin encore? le calcul n'est pas plus difficile. Nous avons dit que le demi-kilogramme, composé de seize parties, valait ~'00 grammes; la moitié ou huit onces en valent 250, lesquelles, partagées en deux à leur tour, ou quatre onces, en valent 125. On obtient donc sans le moindre travail d'esprit, et par le plus léger effort de mémoire, les résultats suivants:

1 livre. 1/2 kilog. ou 500 grammes. l/~hvreouSonces. 250

4onces. 125 3onces. 96

2 onces. 64

1 once. 32

l/2once. 16

Nous pouvons affirmer que ces chiffres suffisent presque toujours dans les formules, à l'exception de six onces, que l'on prescrit quelquefois et qui équivalent à 192 grammes. Les autres divisions, telles que 5, 7, 9, etc. ne sont pour ainsi dire jamais employées mais arriveraient-elles sous la plume, il serait encore très-facile de les réduire immédiatement en grammes. En effet, l'once n'équivaut pas précisément à 32 grammes; on est plus près de la vérité en lui assignant le nombre 30 grammes; mais on a probablement choisi 32 parce qu'il est divisible facilement en 16, 8, 4, 2. Quoi qu'il en soit, quelques grammes de plus ou de moins ne sont pas d'une grande importance quand on compte par onces.Or si cinq, sept, neuf onces se présentent, négligez le chiffre 32 pour vous arrêter à 30, et vous n'aurez plus alors qu'à faire une multiplication d'un seul chiffre, c'est-à dire 3 par 5, par 7, par 9, en y ajoutant ensuite un zéro. Chacun sait parfaitement que trois fois 5 font 15 en y ajoutant un zéro on a 150 grammes pour 5 onces. Trois fois 7 font 21; ajoutez un zéro, vous avez 210. 210 grammes égalent 7 onces. Il serait puérile de s'arrêter plus longtemps sur ce point. Les lecteurs, qui nous auront compris, transformeront donc immédiatement sans calcul et sans plume les onces en grammes. Nous


allons voir maintenant que pour les gros cette réduction est bien plus facile encore.

Le gros est la huitième partie de l'once or l'once équivaut à 32 grammes donc le gros doit être représenté par grammes. Ainsi il suffira de multiplier par 4 pour avoir immédiatement des grammes au lieu de gros. 2 gros, 8 grammes; 4 gros, 16 grammes, etc..

Pour les grains le calcul est plus simple encore si cela est possible. Le grain équivaut à 5 centigrammes, c'està-dire un demi-décigramme, par conséquent on transformera les grains en mesures nouvelles en en prenant toujours la moitié et en substituant au mot grain le mot décigramme. Exemple 4 grains, deux décigrammes; 16 grains, huit décigrammes, etc. Que si on avait un nombre impair de grains, il faudrait ajouter le mot demi. Ainsi onze grains équivalent à cinq décigrammes et demi, sept grains à trois décigrammes et demi, etc.

Ce calcul, à la vérité, n'est pas parfaitement juste, car, comme on suppose qu'un grain équivaut à un demi-décigramme, tandis qu'il vaut en réalité trois milligrammes de plus, on se trouve un peu en arrière de la valeur réette, mais on peut en dire autant des onces et des gros. Ce sont des quantités approximatives que nous cherchons,et quand on prescrit vingt grains de sulfate de quinine, peu importe qu'il s'en trouve dix-neuf ou vingt et un grains. Ce sont de tégères différences qu'il est presque impossible d'éviter dans ces réductions (1).

H ne nous reste plus qu'à parler des fractions du grain, et ceci n'est pas sans importance. Le grain équivaut à 5 centigrammes, le demi-grain sera 2 centigrammes et demi, le cinquième du grain est 1 centigramme. Pour en

(t) Quelques médecins ont cherché un autre mode de rapprochement ils ont comparé le gramme au franc, le grain au sou et le centigramme au centime. Ils ont dit dans le franc il y a vingt sous; dans!e gramme i) y a vingt grains; dans le sou i) y a cinq centimes, dans le grain il y a cinqcentigrammes; par conséquent on peut, par ce rapprochement, réduire promptement les grains en mesures nouVeUes. Supposons que nous ayons trente grains à réduire, nous dirons 30 sous égalent t fr. 50 c., par conséquent trente grains épalent un gramme cinquante centigrammes. D'un autre côté, si l'on avait deux grammes vingt-cinq centigrammes à réduire en grains, on dirait 2 fr. 25 c. équivalent à 45 sous, deux grammes vingt-cinq centigrammes équivatent donc à quarante-cinq grains. Nous préférons transformet en décigrammes, le calcul est muniment plus simple et moins sujet à erreur.


avoir le quart, comme 5 centigrammes ou 50 milligrammes, ce qui est la même chose, ne sont pas divisibles par 4, on suppose 48 milligrammes dont le tiers est 16,dont le quart est 12, dont le huitième est 6, dont le seizième est 3. Le grain et ses fractions sont donc réduits comme suit

1 grain.. 1/2 décigramme ou 5 centigrammes. 1/2 grain. 2 centigrammes 1/2. l/5grain. 1 centigramme. l/3grain. 16 milligrammes. 1/tgraio. 12 milligrammes. t~8grain. 6 milligrammes. 1/16 grain. 3 milligrammes.

Maintenant que nous avons bien spéci&é la valeur de la livre; de l'once, du gros et du grain, posons quelques principes qu'i) ne faudra jamais oublier en formulant. Et d'abord nous avons dit q~'it fallait écrire en toutes lettres et se bien donner de garde de formuler ainsi 4, 5 pour quatre grammes cinq décigrammes. En second lieu << ne faut jamais se servir dM mot décagramme. Ce mot doit être banni à toujours du langage. H ressemble beaucoup trop au mot décigramme, et vous. pourriez les confondre soit dans votre esprit soit sur le papier, et commettre ainsi une énorme bévue. Nous en dirons autant du mot hectogramme; il est tout aussi facile de dire ou d'écrire dix grammes, cent grammes, que d'avoir recours aux termes, inutiles pour nous. de décagramme et d'hectogramme. Moins nous multiplierons les termes, moins nous serons exposés à les confondre. It nous semble également plus simple de dire un demi-kilogramme que cinq cents grammes. Enfin, nous avons conseillé par la même raison d'écrire deux décigrammes et demi au lieu de deux décigrammes cinq centigrammes.

Si maintenant, pour faire l'application de ce que nous avons dit jusqu'à présent, nous prenons un exemple, nos lecteurs, même les plus éttangers aux opérations mathématiques, exécuteront cette réduction en aussi peu de temps que nous en mettons à l'écrire. Supposons une potion calmante ainsi composée


Fr. Eau de fleur d'oranger, deux onces;

-de laitue, une once;

Sirop de gomme, quatre gros

Thridace, deux grains.

N'est-il pas vrai qu'on réduira immédiatement les onces en grammes en multipliant par 32, les gros en les multipliant par 4, et enfin les grains en substituant le mot décigramme et en en prenant ta moitié? On aura donc Eau de fleur d'oranger, soixante-quatre grammes; Eau de taitue, trente-deux grammes

Sirop de gomme, seize grammes;

Thridace, un décigramme.

Supposons une pilule composée de

Deuto-chlorure de mercure, un quart de grain; Extrait de quinquina, huit grains;

d'opium, un demi-grain,

Vous aurez le quart de 48 milligrammes, ou 12 milligrammes. La moitié de 8, en substituant le motdécigramme ou 4 décigrammes. Enfin, la moitié de 5 centigrammes, ou 2 centigrammes 112. Ainsi nous formulerons Deuto-chlorure de mercure, douze milligrammes; Extrait de quinquina, quatre décigrammes Extrait d'opium, deux centigrammes et demi. Dans l'immense majorité des cas, la réduction des anciennes en nouvelles mesures n'offrira pas plus de difficultés. On aurait donc tort de s'effrayer de cette innovation en pensant que depuis longtemps, livré entièrement la pratique, on n'est plus familiarisé avec ce genre de calcul. Nous croyons que la lecture attentive de cet article suffira pour convaincre que ces sortes d'opérations sont d'une facilité extrême mais, ainsi que nous le disions en commençant, c'est une opération facile, mais compliquée, qui réclame une attention soutenue, et que la plus légère distraction peut rendre fausse. Nous ne saurions donc trop engager nos confrères à procéder lentement dans l'exécution de leurs ordonnances, et à ne pas croire, qu'ainsi qu'on le leur a répété dans tous les journaux, ils n'auront pas plus d'écueils à éviter en formulant que par le passé. Ils en auront beaucoup, au contraire, mais ils les éviteront en ayant


constamment devant les yeux les inconvénients du système décimal, inconvénients que nous avons dû signaler parce que nous les rencontrons nous-même à chaque instant dans la pratique. Ajoutons qu'ils devront,pendant quelque temps encore, et ainsi que nous le ferons dans ce Journal, énoncer simultanément les anciennes et les nouvelles mesures toutes les fois qu'ils auront à prescrire un médicament actif dont la dose a besoin d'être exactement spécifiée (t).

A&T. 1956.

Observations et considérations sur quelques causes de surdité.

M. le docteur Prosper Meynier, médecin à Ornans (Doubs), nous adresse, au sujet de notre art. 1904, quelques observations qui seront lues avec intérêt. Après avoir signalé la nécessité d'étudier les maladies de l'oreille, et

(') L'obligation de se servir des mesures nouvelles, a fait inventer pour en faciliter l'application, une foule de tableaux, de cartes et d'instruments qui ne sont pas sans utilité dans la pratique; mais aucun de ces derniers ne nous a paru plus simple et plus ingénieux que lePorte-plume re'f/MC<eM<- de M. Debourge, médecin à Rollut, dans le département de la Somme.Ce porte-plume est une tige de cuivre de la forme et de la longueur des porte-plumes ordinaires, à l'une des extrémités de laquelle s'adapte une plume métallique. Cette tige est creuse et présente six facettes régulières qui sont percées chacune de deux trous de quelques lignes de largeur. Elle reçoit dans son intérieur une tige en bois de même forme, sur les facettes de laquelle sont écrites toutes les divisions de la livre et du gramme. Ces divisions sont disposées de manière que le poids qui parait par l'ouveitnre inférieure de la tige métallique équivaut à celui que l'on aperçoit en mesures différentes par l'ouverture supérieure. Un tirant légérement cette tige hors de son mandrin, on parcourt ainsi toutes les divisions de la livre jusqu'au seizième de grain, et l'on a immédiatement sa réduction en grammes. De cette manière, lorsque la mémoire est embarrassée, il n'est pas besoin de recourir à un livre ou à une carte, ce qui est toujours fort désagréable lorsque l'on opère en public.

M. Debourge a établi des dépôts de ces porte-plumes, à Montdidier, chez MM. Gamat et Davillé, pharmaciens, à Koye, chez M. Coulon, et à Paris chez M. Debourge, rue de la Verrerie, 45. Le prix en est de 3 francs.

Nous devons signaler aussi une petite carte publiée par le libraire Bechet, sous le nom de Boussole me'dtco/e, et qui représente toutes les mesures de pesanteur, celles de capacité et d'étendue. Ces diverses inventions sont d'une grande utilité quand on ne possède pas parfaitement les principes de réduction que nous venons d'exposer.


par conséquent de bien observer ses causes, ce médecin convient, ainsi que l'avait fait M. Troussel, que l'accumulation du cérumen dans le conduit auditif doit parfois déterminer la surdité puis il ajoute

Je n'ai rien à dire de plus que notre confrère sur la causes! simple et si commune de surdité qu'il signale. J'en veux rappeler uns moins connue, plus intéressante, et confirmer le judicieux précepte d'examiner avec soin le conduit auditif externe. D'ailleurs, des enseignements de plus d'un genre surgiront de ce que je vais raconter. Première observation. Un jeune homme de seize à dixsept ans, M. S* de B* me consulta pour une dureté de l'ouïe du côté droit, maladie dont il était affecté depuis son bas âge. D'après son rapport une voiture, dont la roue lui avait passé sur la tête, aurait été la cause de son infirmité. De cet accident il était résulté de la phlogose et une suppuration de longue durée, pour lesquels il avait reçu les soins d'un officier de santé voisin.

Quelle avait été, au juste, l'espèce de lésion primitive de l'appareil acoustique, c'est ce que M. S* ne put dire. La perte de l'ouïe était complète à droite, et la physionomie du malade offrait un peu l'air triste et distrait, méfiant et soupçonneux des sourds.

Avant moi un autre médecin avait été consulté; il y avait peu de temps de cela. Au dire du jeune S* (et ce qui va suivre prouvera sa véracité), aucun examen n'avait précédé le conseil banal de faire des injections d'eau tiède dans l'oreille. Trois fois ce moyen avait été employé sans résultat avantageux. Consulté do nouveau le médecin s'était borné à répondre, avec un aplomb qu'on pourraitnommer autrement, qu'il fallait encore quarante injections pareilles pour obtenir quoique succès.

Au premier coup d'œil porté dans l'intérieur du conduit auditif externe, je fus frappé du peu de profondeur de celui-ci. En y regardant da plus près, je vis qu'il paraissait se terminer en cul de sac à deux lignes environ. C'était la peau qui tapissait ou formait cette cloison accidentelle, au centre do laquelle on voyait la trace d'un pertuis dont tes bords en contact ne s'écartaient qu'avec effort. Un stylet mousse, engagé dans ce trou, me permit de sentir que le conduit était libre au-detà, et jusqu'à la membrane tympanique dont le contact douloureux et la résonnance parcheminée m'apprirent que tout était là dans l'ordre accoutumé. Ce diaphragma était, je pense, une cicatrice, un tissu inodulaire résultant de la longue pyorrhée anténeare.


L'indication thérapeutique était claire. I) fallait agrandir l'ouverture de la cloison accidentelle, et le malade entendrait par là. Mais alors se présentait une question devais-je me borner à dilater l'hiatus existant, ou fallait-il inciser la membrane adventice ?

Ici, qu'on me permette une digression.

Les praticiens qui se tiennent au courant des progrès de la science savent quel dissentiment règne encore entre les chirurgiens au sujet du traitement des rétrécissements de l'urètre. Qui veut qu'on dilate, qui veut qu'on incise d'autres disent brûlez d'avant en arrière, de dedans en dehors, etc., etc.

Voici ma façon de penser sur tout ceci

Avez-vous affaire à un engorgement, disons mieux, à une inflammation chronique? dilatez. La dilatation n'est qu'une compression excentrique, et la compression est un puissant moyen résolutif. Vouspouvez encore, dans ce cas, cautériser, mais légèrement. Cela change le mode inflammatoire, et la résolution peut en résulter.

Mais est-ce à une bride dûment organisée, bien vieille, tout à fait muqueuse ou cutanée? incisez ou mieux excisez, si vous voulez éviter le retour à l'ancien état de choses. Telles furent les réftexions que je fis à l'occasion de l'obstacle qui se présentait à détruire. Toutefois je commençai par la simple dilatation, et voici pourquoi je voulais confirmer d'abord par la vue les notions données par le toucher, puis tâter en quelque sorte le sens de l'ouïe si longtemps endormi. Ce fut avec des cordes à boyau, avec de t'éponge préparée, que je commençai la cure. Comme je l'avais prévu d'abord, au-delà du diaphragme accidentel tout était normal; contre mon attente il n'y avait là que fort peu de cérumen. L'audition se fit aussitôt, non pas pourtant brusquement et trop fort, comme dans vos observations, mais d'une manière qui enchanta cependant le malade.

Le résultat dela dilatation pùre et simple vient confirmer ce que j'ai dit épisodiquement plus haut. A peine cessaiton de la pratiquer, l'élasticité de tissus anciennement et complétement organisés ramenait tout à l'état antérieur. Force fut donc d'en venir à t'excision des angles résultant d'une fente cruciale. La plaie se cicatrisa sur un petit tronçon de sonde creuse en caoutchouc, qui permit pendant ce temps l'introduction des ondes sonores, et la nouvelle éducation d'un sens si longtemps assoupi.

Deuxième observation. Depuis plusieurs années, M. le


comte de F* littérateur distingué, se plaint de bourdonnements parfois insupportables dans une oreille. H aconsulté de tous côtés, et les traitements les plus variés sont restés sans succès. Le fameux docteur Ch. M* dont les annonces emplissent les journaux, y a perdu son latin, si latin il a jamais su, et la cure de M. de F. n'ira pas grossir la brochure-affiche de Migraine et Surdité.

Chez ce malade l'ouïe n'est point détruite, mais eiïe est altérée par un tinnitus continuel plus ou moins furt, toujours importun. Si M. de F., pour se soulager, introduit son petit doigt dans l'oreille, et l'agite avec force, le bruit redouble, et la sensation morbide peut arriver au point de jeter le sujet en syncope.

Pour tâcher de trouver une cause visible à une affection trop souvent regardée comme une névrose, je ptaçaite malade de telle façon qu'un rayon de soleil vînt tomber jusque sur la membrane du tympan. Il ne me fut pas difficile d'apercevoir celle-ci, que je reconnus à son reflet nacré. Un peu plus en dehors, je découvris un replis semilunaire, vertical, dont l'aspect mat et tout-à-fait dermoïde tranchait distinctement sur le brillant de la cloison tympanique.

Chez ce sujet aussi un flux purulent avait existé quelque temps dans l'oreille à une époque déjà éloignée. Il n'est pas irrationnel je crois, d'attribuer encore à cette circonstance la formation de la bride membraneuse observée. Dès lors il me fut aisé d'expliquer les symptômes eprouvés par M. de F. C'était la vibration de ce rebord vatvulaire c'étaient des frôlements qui, exagérés par le voisinage de l'organe de perception, causaient le tintoin si pénibie au malade. Celui-ci mettait-il son doigt dans l'oreille, l'air refoulé par cette manœuvre agissait plus fortement encore sur l'espèce de corde en vibration; cette corde elle.même se trouvait peut-être plus tendue, et ses sons devenaient si aigus, qu'ils amenaient des vertiges ou l'évanouissement.

Quelque plausible que soit cette explication, il y manque encore, je dois l'avouer, la sanction du traitement. L'excision mettrait, je n'en doute pas, une prompte fin à un mal si incommode. Mais jusqu'à présent M. de F. a cru devoir ajourner une opération dont il s'exagère et le péril et)esdit6cu)tés.

Comme appendice à ces observations sur une des maladies de l'oreille, j'ajouterai quelques remarques de pratique.


Je ne me sers d'aucun spéculum pour explorer le conduit auditif externe. Le pavillon tiré en haut et en dehors, je cherche à faire pénétrer, soit un rayon solaire, soit une lumière artificielle, au moyen d'un réflecteur, d'une glace, par exemple jusqu'au fond du canal à examiner. Par ce moyen, on voit très-bien, chez la plupart des s.'jets, la membrane du tympan. Il y a plus c'est que l'on distingue à merveLte, chez quelques individus, la corde du tympan, dont le trajet derrière la membrane, est marqué par une ligne opaque sur le champ satiné et un peu diaphane de celle-ci.

Cette remarque me semble tout à fait neuve, et je crois pouvoir la revendiquer pour mienne.

Un chirurgien ingénieux s'est servi d'une sangsue pour extraire un corps étranger introduit dans l'oreille ( v. art. 899). Si l'on échouait, en pareil cas, avec des pinces ou la curette, qui empêcherait qu'on fixât le corps à extraire au bout d'une sonde creuse en gomme élastique, en faisant le vide avec la bouche par l'autre extrémité? Quelquefois l'audition est abolie par suite d'une sécheresse du conduit auditif externe, affections analogues, ce semble, à la xérophthatmie, jusqu'ici sans nom particulier, et pour laquelle je proposerais celui de xérotite. Peu connue encore, cette maladie, dont les causes sont variées, est combattue avec avantage par les fumigations, les douches de vapeur et les distillations huileuses, 7!e/?e;Kt07M. Aux observations de M. le docteur Meynier sur diverses causes de surdité dont le siège est dans le conduit auditif externe, nous en ajouterons une autre signalée par M. le docteur Petrequin, dans le Bulletin de thérapeutique, mais qui a son siège dans la trompe d'Eustache. Bien qu'elle ait déjà été indiquée par tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, nous devons la rappeler ici, et faire connaître surtout le traitement que ce médecin est dans l'usage de lui opposer. Chez un grand nombre de malades, le coriza et l'angine s'accompagnent d'une inflammation chronique de la trompe d'Eustache avec augmentation de volume de ses parois, et par conséquent obtitération plus ou moins complète de ce conduit. On sait qu'il est destiné à laisser passer l'air dans cette partie de i'oreitte qui a reçu le nom de tambour, à cause de son analogie avec cet instrument de musique, et que lorsque l'air n'y peut pénétrer, la surdité est toujours plus ou moins complète. Lors donc qu'un individu se plaint de surdité, i) ne faut pas se borner à examiner le conduit auditif ex-


terne pour s'assurer s'il n'est pas oblitéré par du cérumen, par une fausse membrane ou par un corps étranger quelconque; il faut encore reconnaître si l'air pénètre dans l'oreille par la trompe d'Eustache. A cet effet on engage les malades à faire une forte insufflation, le nez et la bouche étant maintenus fermés et s'ils ne sentent pas Fair pénétrer dans l'oreille, c'est un indice que.ce conduit est obt.térë.

JI n'y a, comme on le voit, rien de nouveau dans ce précepte, et qu'aucun praticien ne sache parfaitement; et cependant ce mode d'expioration est fréquemment négligé; les malades sont souvent les victimes de cette omission, et tes médecins eux-mêmes peuvent en souffrir, car ifs perdent de leur réputation dès que des confrères plus attentifs ont reconnu la cause du mal.

Ce genre de surdité bien constaté, M. Petrequin le combat à l'aide de l'alun, qu'il emploie de trois manières; 1° il le donne en gargarisme à la dose d'un demi-gros à un gros et plus pour quatre à cinq onces de véhicule; les gargarismes sont répétés plusieurs fois par jour avec le soin de les garder longtemps comme un bain local; 2° il fait insufuHr dans l'arrière-gorge une ou deux fois par jour le métange suivant de poudre alumineuse: alun pulvérisé, demi-gros à un gros, sucre demi-gros. On en insuffle une pincée avec un tuyau de plume; les molécules vont se répandre partout,et exercent en se dissolvant une action médicatrice sur ta muqueuse 3" enfin, M. Petrequin touche tous les deux ou trois jours les parties malades avec )a~ pierre d'alun qu'il promène sur les piliers du palais et les régions du pharynx.

L'alun doit être ainsi employé alors même que l'inflammation de l'arrière-gorge n'existe plus car l'expérience a prouvé que souvent la muqueuse de la trompe et celle de la caisse du tympan no sont pas revenues à leur type normal alors que t'angine a disparu. Ainsi, qu'il y ait ou non trace d'inflammation gutturale, on aura recours à cette médication, lorsqu'on supposera que la surdité tient à la cause que nous venons de signaler. Voici maintenant une observation dans laquelle cette pratique fut suivie avec beaucoup de succès.

Un homme de quarante ans avait été atteint dès sa jeunesse de fréquentes douleurs d'oreilles; ces douleurs s'accompagnèrent quelquefois d'un écoulement et de surdité plus ou moins comp)ète;eo6a, en 1837, les douleurs redou-


blèrent d'intensité, l'écoulement s'établit dans les deux orc'ht's, et le malade devint sourd des deux côtés. Ce fut Je 18 juillet ~838 qu'il consulta le docteur Périssel, pour la première fois il avait alors des douleurs d'oreille, des bourdonnements, une céphalalgie continuels. Un écoutement puriforme avait lieu par l'oreille gaucho, et la surdité était complète de ce côté elle n'était pas entière du côté droit, et cet homme pouvait entendre parler lorsqu'on élevait la voix. M. Périssel prescrivit l'usage de bouittons aux herbes et de lavements laxatifs, fit appliquer douze sangsues à l'anus et un vésicatoire derrière chaque oreille. Sous i'inHuence de ce traitement, l'abondance de t'écoutpment du conduit auditif diminua, ainsi que la céphalalgie et les bourdonnements; la surdité devint aussi moins complète. M. Pétrequin ayant alors été consulté, constata que ce malade avait eu de nombreuses angines. La luette, le voile du palais et le haut du pharynx offraient une couleur violacée,lie de vin, et une injection variqueuse des plus prononcées. On prescrivit en conséquence l'emploi quotidien d'un gargatusme avec deux scrupules d'alun des insufflations dansFarrière-gorge avec parties égales de sucre et d'alun, un vésicatoire à la nuque et un purgatif salin. Ce traitement fut commencé le 24 août; le 13 septembre, il n'y avait presque plus de suppuration dans t'oreille gauche la phtegmasie chronique du voile du palais et du pharynx ne laissait que de tégéres traces; le malade entendait très-bien de l'oreille droite, et passablement à gauche. Le sulfate d'alumine fut porté à un gros, et on remplaça les insufflations par des attouchements avec la pierre d'alun. Ce traitement fut continué jusqu'au mois d'octobre. A cette époque le malade était parfaitement rétabli, et l'ouïe aussi fine qu'on pouvait le désirer. Tels sont les moyens conseillés par M. Pétrequin pour remédiera certaines surdités dont la cause est, comme on le voit, bien différente de celles qui se-trouvent signalées à notre art. 1904 et au commencement de celui-ci. Il serait inutile de reproduire les autres observations citées par l'auteur, et qui sont en tout semblables calla que l'on vient de lire; nous aurons bientôt occasion d'appeler l'attention de nos lecteurs sur d'autres faits qui contribueront à éclairer le traitement des diverses maladies de l'oreitte.


ART. 1957.

Considérationspratiquessurunnouveaumode d'application des vésicatoires.

M. Trousseau s'est occnpé dans le Journal des Connais~NMces médico-chirurgicales de questions diverses sur la manière de préparer et d'appliquer les vésicatoires. Ce médecin nous apprend qu'il était autrefois dans l'usage de suivre, pour leur application, le procédé suivant, que M. Bretonneau lui avait enseigné. Dans un flacon à large tubulure, ou même dans un pot de pharmacie tout simplement, on met de la poudre de cantharides et de l'huile, de manière à donner au mélange la consistance d'unélectuaire, puis on prend une fouille de papier dans laquelle on a taillé une ouverture de la grandeur et de la forme que l'on veut donner au vésicatoire. Cette feuille de papier est collée sur un morceau de sparadrap adhésif; puis, avec une spatule, on étend dans le cercle circonscrit par la feuille de papier ce mélange épispastique, dans l'épaisseur d'un à deux millimètres. La feuille de papier étant alors enlevée, la pommade reste sur le sparadrap sans bavures et sans inégati..tés. Ou n'a plus alors qu'a appliquer le vésicatoire que le sparadrap tient suffisamment en place s'il est de bonne qualité.

Le vésicatoire ainsi préparé a, suivant M. Trousseau, une très-grande supériorité sur tous ceux que l'on emploie habituellement. Seulement, son action étant très-rapide, il faut avoir soin de ne pas le laisser en place plus de huit à dix heures, parce que, l'épiderme étant une fois soulevé, l'absorption de la cantharidine aurait promptement une influence fâcheuse sur la vessie.

M. Trousseau a substitué à ce vésicatoire ainsi appliqué un procédé qui l'emporterait autant sur le vésicatoire de M. Bretonneau que celui-ci l'emportait sur tous les autres. Ce vésicatoire n'est autre chose que l'huile de cantharides par l'éther, qu'il appelle extrait éthéré de cantharides, et qui se prépare de la mainière suivante d'après le nouveau Codex

Poudre de cantharides, mille grammes (deux livres) Ether sulfurique, quantité suffisante.

Faites une teinture éthérée de cantharides par lixivation (dans un appareil à déplacement) distillez cette teinture


pour en retirer l'éthcr vous obtiendrez une huile verte, épaisse et très-vésicante.

Pour se servir de cette huile, M. Trousseau colle un morceau de papier brouillard sur du diachylon gommé, puis il l'en imbibe légèrement, sans toutefois qu'on en puisse faire sortir en l'exprimant. Ces vésicatoires, appliqués sur la peau, commencent à faire éprouver de la cuisson au bout de deux heures, et, sept à huit heures après leur application, l'épiderme est tombé.

On voit que ce vésicatoire est très-facile à préparer; il a de plus l'avantage d'être facilement transportable, car on peut imbiber ainsi d'huile de cantharides une grande feuille de papier brouillard, la plier et la mettre dans son portefeuille sous enveloppe, et, lorsque l'occasion s'en présente, on taille des vésicatoires aussi larges qu'on le désire. Enfin, il faut pour les préparer une si petite quantité de cet extrait, que ces sortes de vésicatoires se font à très-peu do frais.

ART. 1958.

Considérations sur l'ammoniaque et le calorique appliqués comme agents épispastiques.

Ce médecin a publié dans le même journal quelques observations sur le moyen d'obtenir une prompte vésication à l'aide de la pommade ammoniacale et du calorique. On sait que lorsque l'on veut appliquer des remèdes énergiques sur l'épiderme dénudé, on se sert le plus souvent de l'ammoniaque, soit pure, soit en pommade. Quand on se sert de l'alcali volatil, on en imbibe une compresse pliée en dix à quinze doubles et taillés convenablement, et on l'applique sur la peau que l'on veut dénuder, avec la précaution de la recouvrir immédiatement d'un morceau de sparadrap que l'on enlève de temps en temps, afin d'y verser encore quelques gouttes d'ammoniaque. L'action de ce caustique ainsi appliqué varie suivant le degré de finesse de la peau; mais, au bout d'une demi-heure, quelquefois, l'épiderme n'est pas enlevé. La pommade ammoniacale est bien préférable, mais il est assez rare, suivant M. Trousseau, d'en trouver de bien préparée; elle est trop dure, ou trop molle, ou mal combinée. Pour remédier à ces inconvénients, on doit s'arrêter aux formules suivantes

TOM. XY. N" PB FÉVMM.


Formule d'~c.

Pr. Axonge récente, trois gros (douze grammes ); Suif do mouton, un gros ( quatre grammes );

Ammoniaque à 22", quatre gros (seize grammes ). Formule d'hiver.

Pr. Axonge récente, .)

àà quatre gros ( seize ). Faites fondre les graisses dans un flacon à large ouverture, et bouché à l'émeri, jusqu'à ce qu'elles deviennent parfaitement limpides, puis laissez-les refroidir en les agitant doucement, jusqu'au moment où elles commencent à grener légèrement ce qui est indiqué par une teinte un peu opaline versez alors l'ammoniaque, fermez vivement )e flacon. et ficelez-le, puis agitez le mélange pendant un quart de minute, ou une demi-minute faites chauffer alors le flacon pendant quelques secondes. Si la mixtion n'est pas bien intime, on agite de nouveau et on fait môme quelquefois réchauffer encore, jusqu'à ce que le mélange soit parfait; ce qui a lieu ordinairement au bout d'une minute ou une minute et demie. On plonge alors le flacon dans l'eau froide, et on le laisse en repos.

Lorsque l'on fait usage de la pommade ainsi préparée, on en étend un petit tas sur la peau que l'on veut dénuder; mais il faut bien se donner de garde de recouvrir avec un déjà coudre, une cupule métallique, le goulot d'une bouteille, etc., comme font beaucoup de praticiens il est indispensable qu'on ait t'œit sur ce que l'on fait, car on ne peut juger des effets de l'ammoniaque par le degré de la douleur que son application produit. Cette douleur varie singulièrement chez les divers individus, et chez le même sujet, suivant le point sur lequel on l'a déposée. En examinant avec attention, on voit bientôt la peau rougir et l'aréole s'étendre peu à peu à quelques centimètres de rayon; cette rougeur indique que l'effet est produit, et qu'il est temps de retirer la pommade cependant il est bon d'être prévenu que dans un petit nombre de cas l'épiderme est soulevé sans que cette rougeur apparaisse. La partie la plus sensible à l'action de la pommade ammoniaoale est la tempe, puis les parties latérales du cou, puis le tronc, la face interne des membres, le dos du poignet, la face externe des membres, et enfin le coude-pied. Ordinairement cinq à huit minutes sont nécessaires pour


produire l'effet désirable afin de ne pas porter son action trop loin, il convient d'enlever la pommade toutes les cinq minutes, et d'en réappliquer de nouvelle si t'épidermo ne commence pas à se soulever; c'est en effet ce moment qu'il faut savoir saisir, car si la phlyctène est entièrement formée, on a été trop loin. Si, en effet, après avoir enlevé la pommade, on passe le doigt sur la peau, on reconnaît souvent que l'épidermo est légèrement soulevé, sans que cependant il forme vésicule alors on le détache par un léger frottement, et le derme dénudé se trouve dans les conditions les plus favorables à l'absorption. Si, au contraire, l'épiderme est soulevé en bulle tendue par la sérosité, le derme a déjà éprouvé un commencement d'altération, et est beaucoup moins bien disposé à l'absorption des médicaments. Il arrive même souvent que l'action du caustique ayant été portée trop loin, il en résulte une cicatrice indélébile, circonstance extrêmement fâcheuse lorsqu'on agit sur des parties habituellement découvertes.

On comprend de quelle importance sont les préceptes minutieux donnés par M. Trousseau, pour une opération si légère en apparence. Ces détails ne sont pas sans intérêt pour le praticien, car leur omission peut compromettre le succès de l'administration d'un médicament actif, par la méthode endermique.

Après avoir parlé de l'ammoniaque, M. Trousseau passe au calorique, que l'on emploie fréquemment dans le but de déterminer une violente dérivation snr les extrémités inférieures. L'eau bouillante, employée dans ce but, soit qu'on la projette surles membres, soit qu'on en imbibe un mouchoir qu'on applique ensuite sur ces parties, a pour inconvénient grave de porter souvent son action beaucoup plus loin qu'on ne le voudrait, et de désorganiser le derme. M. Trousseau n'emploie l'eau bouillante qu'à l'aide du marteau préconisé par M. Mayor. On sait que ce dernier médecin a proposé de tremper un marteau dans de l'eau bouillante, et de l'appliquer ensuite sur la peau, afin d'y produire une brûlure ma~s cette eau bouillante cède à l'instrument une quantité beaucoup trop forte de calorique, et une véritable escarre résulte de son application. M. Trousseau avoulu voir à quel degré l'eau, ainsi appliquée, déterminait seulement une vésication, et il a reconnu que c'était à soixante degrés centigrades; à ce degré en effet, le marteau étant resté plongé dans l'eau pendant quelques instants et étant ensuite appliqué sur la peau, produit une douleur


extrêmement vive, et une seule application détermine l'apparition d'une vésicule; si l'application était renouvelée, il se formerait bientôt une légère escarre.

Le marteau de M. Mayor, appliqué de cette manière, est le moyen le plus sûr d'employer l'eau bouillante; on peut s'en servir dans certains cas graves qui nécessitent une action prompte et énergique; mais le calorique ainsi dirigé, pour obtenir une~vésication, est toujours un agent infidèle, douloureux et dangereux, qui doit, suivant M. Trousseau, être banni de la thérapeutique. ART. 1959.

Observation" de cristalline; coMStdefattO?: sur cette maladie.

M. le docteur Fréjacque a publié sous ce titre, dans le Journal de médecine de Toulouse, l'observation suivante, recueillie à Carcassonne.

Un garçon perruquier vint consulter ce médecin [pour des hémorroïdes qui, disait-il, le faisaient beaucoup souffrir. Celui-ci fut surpris, en examinant l'anus, de trouver une tumeur à surface raboteuse, fendillée profondément, couverte d'une abondante suppuration et répandant une odeur infecte. Cette tumeur, d'un volume considérable, était divisée en deux lobes, dont le pédicule avait un diamètre de deux pouces et demi environ. Pressé de questions, le malade finit par avouer que, deux mois auparavant, il avait été saisi par un homme qui avait étrangement abusé de lui, que bientôt ce mal s'était développé, avait fait des progrès considérables, et qu'enfin il se trouvait forcé de réclamer des secours, repoussé qu'il était par tout le monde, à cause de l'odeur infecte qui l'accompagnait un ulcère avait aussi existé à la verge, mais il s'était cicatrisé pendant le développement de la tumeur anale.

M. Fréjacque, n'osant enlever une masse si considérable avec le bistouri, se décida à la tiaverser par un fil et à en faire la ligature; mais elle était beaucoup trop volumineuse pour être détruite de la sorte. On eut recours à de nombreuses ligatures partielles, qui en déterminèrent enfin la chute. Il en résulta une plaie fort étroite, qui ne tarda pas à se cicatriser. Un traitement interne fut prescrit pour préserver le malade de récidives.

.TÏe/~MMOtM. Nous n'avons à critiquer dans cette observation que le nom donné par l'auteur à cette maladie. La


cristalline est un terme impropre qui doit être rayé de la nosographie, car il donne une idée fausse de l'affection que l'on veut désigner. Suivant M. Cullerier, la cristalline serait une infiltration du prépuce ou des petites lèvres, infiltration que l'on rencontre chez quelques malades, mais qui n'implique pas l'idée d'une affection syphilitique. Le symptôme que M. Fréjacque a eu à combattre ne mérite point un nom particulier, car c'est un symptôme de syphilis, c'est un développement de végétations autour de l'anus, végétations absolument semblables à celles que l'on observe si fréquemment sur le gland et survie prépuce. Ces végétations, bien que considérées comme syphilitiques, peuvent s'observer aussi dans quelques cas, sans qu'il y ait infection. On les voit parfois, rarement à la vérité, se développer autour de l'anus, chez des personnes ,qui ne se sont point exposées à la contagion, qui ne se sont hvrées à aucun acte contre nature, mais qui portent à l'anus un point d'irritation déterminé, soit par des hémorroïdes, soit par une éruption dartreuse.

Dans d'autres circonstances, les végétations de l'anus ne sont que le résultat de la contagion par les parties naturelles. On se tromperait grandement,. si l'on croyait que les malades atteints de ces végétations anales sont tous pédérastes elles surviennent, comme les pustules muqueuses, sans qu'il y ait eu de rapprochement honteux, et coexistent très-souvent avec une blennorrhagie, une balanite ou d'autres symptômes syphilitiques. Il en est de même du reste de ces rhagades que l'on rencontre aussi fréquemment, car, dans l'acte du coït avec une femme infectée, les muqueuses et la peau voisines des parties génitales ne sont point à l'abri de l'inoculation.

Ainsi, non-seulement les végétations qui surviennent à l'anus peuvent avoir été contractées tout autrement que par un commerce honteux, mais encore elles peuvent quelquefois n'être pas de nature syphilitique, et se développer chez des individus qui ne se sont point exposés à la contagion.

Ajoutons, en terminant, que le rapprochement contre nature peut être suivi non-seulement du développement de végétations à l'anus, mais encore de chancres syphilitiques et même d'une blennorrhagie; à la vérité ce dernier cas est assez rare les pustules muqueuses et les rhagades sont communes. On rencontre donc à l'anus les mêmes symptômes syphilitiques qu'à la verge; et nous ne voyons donc pas pourquoi l'on donnerait à l'un d'eux plus particu-


lièrement le nom de cristalline, alors surtout qu'il n'offre, en aucune manière, la transparence que son nom semblerait indiquer.

ART. 1960.

Emploi de la sonde œsop~a~MMMe dans un cas d'empoisonnement par les champignons.

Nous recevons d'un de nos confrères la lettre suivante Vous avez, dans plusieurs articles de votre Journal, paru regretter que l'on ne fît pas en France un usage plus fréquent de la sonde oesophagienne dans les cas d'empoisonnement voici une observation d'empoisonnement par les champignons, dans laquelle l'emploi de cette sonde a été suivi du plus heureux succès, quoique, par la nature solide et volumineuse du poison, ce moyen pût paraître, à priori, peu avantageux. En octobre 1839, Joseph Clair, âgé d'environ soixante ans, ancien marchand forain, dans un état voisin de l'indigence, avait mangé avec sa femme, au repas de midi, une assez grande quantité de champignons cuits à l'eau, ensuite passés au beurre avec un peu de farine et de sel; la femme, d'assez faible complexion, et nourrice, éprouva, vers les deux heures, de violentes coliques; elle prit aussitôt dix centigrammes de tartre stibié, vomit abondamment, se trouva mieux, eut une forte sueur qui se prolongea jusqu'au lendemain, quelques selles liquides, une légère altération, et fut complétement remise le surlendemain.

A cinq heures du soir Clair fut atteintpresque subitement de fortes tranchées, de vertiges et d'angoisses inexprimables il sortit pour aller dans une pharmacie prendre la mémedose de tartre stibié qui avait soulagés a femme. Ne le voyant pas rentrer, des voisins furent à sa recherche ce ne fut qu'à huit heures du soir qu'il fut trouvé gisant sans connaissance dans une rue peu fréquentée, et apporté chez lui. C'est alors que je le vis pour la première fois; il était tenu assis sur une chaise, se laissant aller comme une personne morte, presque sans respiration; le pouls n'était sensible que par un léger frémissement le visage était grippé et couvert d'une sueur visqueuse; il me parut près de rendre le dernier soupir. Je le fis mettre au lit bientôt il survint des mouvements convulsifs, des cris saccadés, le pouls s'éleva, la respiration devint haletante, les yeux


fixes. Cette alternative d'état convulsif et de prostration absolue se renouvela plusieurs fois.

H me fut impossible do lui faire avaler aucun liquide un peu d'eau versée dans la bouche tandis qu'on tenait les narines fermées~ tomba dans le larynx, et fut rejetée par la toux. Alors je pris le parti d'introduire une sonde œsophagienne par l'une des narines jusque dans l'estomac, pendant un moment de prostration. Le malade porta brusquement la main au nez ce fut le seul signe de douleur qu'il donna pendant toute la durée de l'opération; il s'échappa par la sonde presqu'un litre d'un liquide jaunâtre, épais, visqueux, et d'une odeur légèrement acide, avec quelques parcelles d'aliment solide. J'injectai trois fois environ demi-litre d'eau tiède, que je laissais séjourner une minute dans l'estomac. L'eau de la dernière injection sortit limpide; it était inutile, pour vider l'estomac, d'aspirer les liquides avec la seringue, une légère pression sur les parois abdominales suffisait. J'ajoutai à une nouvelle injection du vinaigre, la laissai séjourner huit minutes, lavai de nouveau l'estomac avec de 1 eau seule, y injectai cinq centigrammes de tartre stibié, et retirai la sonde.

Dix minutes après, m'étant approché de Clair, je fus surpris de lui voir la figure naturelle il put répondre à quelques questions; le pouls était subitement r ;venu à son état presque normal, la peau s'échauffa. Je lui fis avaler encore cinq centigrammes de tartre stibié; demi-heure après, le malade vomit tout ce qu'il avait dans l'estomac. Dès ce moment il ne restait à Clair qu'un peu d'agitation et une grande prostration de forces; it but une légère limonade pour toute médication; le surlendemain, se trouvant tout à fait bien, il reprit son régime ordinaire. L'examen de ce qu'il restait des champignons dans le plat me fit connaître, entre autres espèces, la fausse oronge; je'compris que Clair avait été induit en erreur, parce que les pluies avaient enlevé les taches blanches, débris de la vol va.

Cette observation me paraît intéressante par la prompte disparition des symptômes de l'empoisonnement, qui a suivi l'expulsion des liquides contenus dans l'estomac probablement ces liquides contenaient en dissolution la partie vénéneuse, et, n'étant pas encore absorbés, n'agissaient que par contact.

H.D.,d..m.p.


AM. 1961.

FM~MMOMtMMMM< par l'arsenic métallique. Emploi du peroxyde de fer comme contre-poison.

M. Batilliat pharmacien à Maçon, a publié dans le Journal de Chimie médicale une observation dans laquelle les bons effets du peroxyde de fer, comme contre-poison de l'arsenic, ont été constatés.

Le 4 octobre dernier, MM. S* père et fils éprouvèrent de violents vomissements à leur repas du soir. On crut en avoir trouvé la cause après s'être aperçu que la bouteille ayant contenu le vin qu'ils avaient consommé renfermait un corps étranger; et en effet, cette substance fut reconnue par M. Batilliat pour être de l'arsenic métallique. Aussitôt ce pharmacien remit au médecin que l'on était venu chercher de l'hydrate de peroxyde de fer desséché àl'airlibre. On l'administra par cuillerée dans de l'eau sucrée, mais cela ne put être effectué que trois heures après les premiers symptômes de l'empoisonnement, à cause de la distance. Néanmoins, à la troisième dose pour l'une des personnes, et à la quatrième pour l'autre, les vomissements cessèrent. Pendant ce temps, M. Batilliat s'occupait de préparer d'autre peroxyde de fer, qu'on put donner à l'état humide; mais comme le temps pressait, on eut recours au procédé suivant, plus expéditif que ceux que l'on a conseillés. On mit de la limaille de fer dans une grande marmite de fonte avec de l'acide nitrique étendu, et l'on fit chauffer; on ajouta de l'eau à la dissolution, on décanta pour séparer l'excès de limai!le, on versa de l'ammoniaque en léger excès, puis on versa le tout dans la marmite. On la plaça de nouveau sur le feu afin de chasser une partie de cet excès d'alcali, et de donner au précipité une cohésion qui le rendît plus facile à être lavé on tira au clair à l'aide d'un siphon, et l'on termina par des iavages à l'eau chaude, la première ayant été légèrement acidulée par du vinaigre on fit égoutter sur un linge.

En opérant ainsi, on put expédier deux heures après environ deux litres d'une bouillie de peroxyde de fer d'une bonne consistance. Le médecin l'administra à haute dose, quoique les vomissements eussent cessé, et vers les quatre heures du matin les malades s'endormirent et ne se réveil-


lèrent qu'à sept heures. Le reste du jour se passa sans accidents le lendemain ils se promenaient dans la campagne. Il était évident que le vin qu'avaient bu les deux malades contenait de l'acide arsénieux. Trois personnes qui, après l'accident, avaient voulu en déguster, furent aussitôt prises de vomissements qui cependant n'eurent pas de suite, attendu sans doute la petite quantité de vin avalé. M. Batilliat voulut savoir approximativement combien devait contenir de poison le vin qui avait été bu. A cet effet, il remplit de vin la bouteille où se trouvait le morceau d'arsenic métallique, pesant quarante grammes. Après vingtquatre heures de macération, on se livra à divers procédés chimiques qui permirent d'extraire du vin environ un gramme trois décigrammes d'acide arsénieux. Mais il est probable, ajoute ce pharmacien, que la dose du poison ayaté par MM. S* étaitbien plus considérable, car, indépendamment de la partie pulvérulente entraînée par le vin au moment de le verser, le séjour de l'arsenic dans cette bouteille avait été de huit mois.

Réflexions. Il est à regretter que cette observation ait été publiée par le pharmacien qui a fourni le tritoxyde de fer, et non par le médecin qui l'a administré. Nous manquons en effet de certains détails qui n'ont pu être donnés, puisque l'auteur n'a pas assisté le malade. On aurait, par exemple, désiré savoir combien de temps après l'ingestion du vin les vomissements sont survenus, si ces vomissements étaient abondants, douloureux, accompagnés ou non de coliques, do crampes, etc. La dose élevée du poison avalé, et la facilité avec laquelle les symptômes ont cédé dès tes premières prises du tritoxyde de fer, porteraient à croire que la plus grande partie de l'acide arsénieux avait été rejetée par le vomissement avec les aliments, et cependant le poison avait été pris en dissolution il avait dû se répandre sur toute la surface de la muqueuse gastrique, de manière à être absorbé assez facilement enfin, ce ne fut qu'au bout de trois heures que le contre-poison fut administré. D'un autre côté, les accidents cessèrent aussitôt l'administration du tritoxyde, etles malades se rétablirent si promptement et d'une manière si complète, qu'ils purent sortir au bout de quelques jours. On ne peut guère se refuser à voir dans cette observation une action spécifique du tritoxyde de fer sur l'acide arsénieux, en supposant même que la plus grande partie du poison eût été rejetée au dehors par le vomissement. Ce fait pourra donc être ajouté à ceux que nous avons déjà fait connaître sur te


même sujet, et contribuera à éclairer cette question, d'une si grande importance pour la thérapeutique (i). Il est à remarquer que l'hydrate de peroxyde de fer ne fut point donné à l'état humide, et que cependant son administration eut dé très-bons résultats, ce qui confirme les observations de M. Doville publiées à notre art. 1870. ART. 1962.

Du suicide, de l'aliénation mentale et des crimes contre les personnes, etc.; par Cazauvieilh (Analyse.) (2). Le livre que M. Cazauvieilh vient de publier offre ceci de remarquable, qu'il est en grande partie composé de faits recueillis dans la campagne, loin des grands centres de civilisation, et sur des sujets simples laboureurs pour la plupart, dont, par conséquent, les auteurs de médecine légale ont rarement occasion d'étudier les moeurs. En parcourant ce travail intéressant sous plus d'un rapport, nous ne nous bornerons pas à citer des faits et des rapprochements curieux son analyse nous offrira des observations utiles, et dont le praticien peut tirer parti.

L'auteur exerce la médecine dans un village du département de l'Oise, il est médecin de l'hospice de Liancourt; le canton qu'il habite ne contient pas dix mille âmes, et cependant, dans un espace de trente ans, quatre-vingt et un cas de mort volontaire ont été recueillis par lui. Le suicide est, suivantce médecin, tout aussi fréquent dans les autres cantons du même département; ce serait donc une erreur de croire que ce fléau, qui de nos jours a pris une si déplorable extension, ne sévit que sur les villes. Les retevés présentés par M. Cazauvieilh nous le montrent tout aussi fréquent dans les campagnes. A la vérité, le département dans lequel il a recueilli ses observations est voisin de Paris, et on y chercherait vainement, dans la classe ouvrière, de la religion, de la morale ou des affections de famille, qui, dans certaines contrées, rendent le suicide plus rare. Les causes qui conduisent au suicide sont étudiées avec soin dans cet ouvrage. Les prédispositions, les tempéraments, les âges, etc., sont successivement passés en revue, et, dans l'examen de ces causes diverses, ii est quelques (1 Voy.art. 955, 967,')68, 1022, t07<, <H2, )67), 1748 et 1870. (2) Un vol. tc'8. Chez J.-B. Bai)Uerc,ruc de t'Ecuïe-de-Mëdecinc,<7.


remarques qui nous ont frappé; ainsi il existe entre le nombre des suicides et celui des accusés de crimes contre les personnes un singulier rapprochement il résulte en effet des tableaux publiés sur ce sujet que, dans les années 1827, 1828 et 1829, la moyenne des suicides était, pour la France, de 1733, et celle des criminels, de 1848 pour les années 1830, 1831 et 1832, il y avait 1993 suicides et 1878 criminels enfin, pour les années 1833,1834 et 1835, on comptait 2118 suicides et 2232 criminels. Cette proportion constante, qui existe entre des criminels et des aliénés, est bien digne de remarque, et elle doit frapper le médecin comme le législateur.

Un autre point également important pour la classification de la maladie qui nous occupe, est l'hérédité considérée comme cause habituelle du suicide. On sait que l'aliénation mentale est, de toutes les maladies, celle qui se transmet le plus ordinairement dans les familles; on devait s'attendre à trouver la même remarque pour la transmission du suicide, qui n'est d'ailleurs, le plus ordinairement, qu'une variété de l'aliénation mentale; aussi, sur soixante cas de suicides, sur les antécédents desquels M. Cazauvieilh a pu prendre des renseignements, il s'en est trouvé un cinquième et demi qui donnaient des preuves de l'hérédité ou de l'influence dé l'exemple.Dans certaines familles même, on peut presque dire que le suicide était la fin du plus grand nombre. Ainsi un ivrogne, dont on citait la gaieté habituelle, mit fin à ses jours en se pendant, de même que quatre membres de sa famille; un autre eut sa première femme, son aïeul, ses frères et ses sœurs atteints de la manie du suicide; un troisième vit périr de la même manière son père, son neveu, son gendre, etc.

Ajoutons que chez les ascendants de plusieurs autres, il eût été facile de constater diverses variétés d'aliénation mentale, ou tout au moins des bizarreries de caractères, qui faisaient supposer qu'ils n'étaient pas entièrement sains d'esprit.

Parmi les autres prédispositions au suicide qui méritent d'être signalées, il faut encore remarquer l'âge, qui diffère beaucoup dans les villes et dans les campagnes. Il résulte en effet des tableaux de M. Esquirol que le maximum des aliénés, des suicides, comme des criminels, est de vingt à trente ans, puis de trente à quarante-cinq. Dans le tableau do M. Casauvieilh, c'est à un âge plus avancé que le suicide se montre principalement le maximum est dans la


période de cinquante à soixante-cinq ans, ét beaucoup do vieillards de quatre-vingts ans ont mis eux-mêmes un terme à leur existence, qui, chez les habitantsde la campagne, devient ordinairement fort à charge à cette époque. Cette différence entre les suicides des villes et ceux des campagnes est remarquable; mais on se l'explique aisément par la différence des occupations et des pensées habituelles qui, chez tes uns et les autres, doivent porter à l'aliénation mentale.

Presque tous les suicidés observés par l'auteur avaient mis fin à leurs jours en se pendant ou en se noyant. Aucun des premiers n'a offert de luxation de la colonne vertébrale; une seule fois cette lésion a été observée, mais il devint évident que la mort n'avait pas été volontaire. La veuve R.âgée de soixante-dix ans, demeurait seule. Le 25 février 1834, cette femme fut trouvée étendue par terre, couchée sur le ventre, la tête posée entre deux chenets et la face appliquée sur les cendres du .foyer. Un chirurgien, appelé en premier lieu, constata les faits suivants figure en partie brûlée, surtout les lèvres et les joues; tête nue, cheveux épars, légèrement atteints par le feu, au-dessus du front un peu de sang caillé aux ouvertures des narines et au pourtour des oreilles; point de cendre dans la bouche ni dans les narines. Ce praticien ne trouve aucune cause de mort dans les organes intérieurs. A l'extérieur il constate des traces de violence aux cuisses, à la poitrine et à la tête où existait sur la tempe droite une plaie contuse d'un pouce de long sur un demi-pouce de large, et une bande rougeâtre qui régnait d'une oreille à l'autre en passant sous le menton. Les cartilages du nez étaient écrasés sur la lèvre supérieure, ce qui pouvait donner l'idée d'une chute fortuite, et faire croire que la tête avait porté sur le garde-cendre.

La justice, n'étant pas suffisamment éclairée, ordonna une seconde visite du corps de la veuve R. cette nouvelle autopsie fut faite par le docteur Mangot, de Montdidier, qui constata l'existence d'une luxation entre la première et la seconde vertèbre. La bande rougeâtre qui s'étendait d'une oreille à l'autre en passant sous le menton, la luxation de l'atlas sur l'axis et l'état des voies aériennes qui ne contenaient pas un atome de cendre, démontraient suffisamment que cette femme avait été d'abord pendue, puis jetée dans le feu, pour faire prendre le change à la justice. a Les individus qui ont voulu mettre fin à leurs jours par submersion ont souvent donné des preuves d'une résolu-


tion persévérante, qui aurait pu faire croire à l'existence d'un homicide ainsi, plusieurs des pendus reposaient à terre par.les extrémités inférieures les noyés avaient quelquefois péri en maintenant la figure plongée dans une très-petite quantité d'eau. Une femme voulant se noyer, descend dans un puits à l'aide d'une corde, et, le lendemain, on la trouve morte, accroupie, la tête fléchie sur la poitrine, le dos contre le mur et n'ayant d'eau que jusqu'aux aisselles les mouchoirs du cou et de la tête n'étaient pas mouillés. Un jeune homme se précipite dans un puits et s'y noie, bien qu'il y eût si peu d'eau qu'on apercevait la partie supérieure et postérieure de la tête, les épaules et le dos. La face seule de toute la tête plongeait dans le liquide. En traitant des altérations que l'on constate après la mort, dans les organes des suicidés, M. Cazauvieilh examine la question de savoir si la muqueuse de l'estomac ne peut pas, dans certains cas, être ramollie et même détruite par l'action seule du suc gastrique. Déjà, à notre article 190, M. le professeur Fodéré s'était occupé de ce sujet important de médecine légale. L'auteur de l'ouvrage que nous analysons s'est livré à des expériences sur des lapins, qui contribueront à éclaircir cette question. Tous ces animaux, tués peu de temps après avoir mangé, ont présenté un ramollissementetmême unedestructiondelamuqueuse gastrique, dans une étendue variable. La membrane musculeuse ellemême participait à cette altération. Enfin la même lésion fut observée chez deux hommes qui s'étaient suicidés peu d'instants après le repas. Cependant, chez un assez grand nombre d'autres qui étaient dans le même cas, on n'a point observé de changement dans la consistance de la muqueuse.

M. Cazauvieilh termine son ouvrage par l'examen de plusieurs points relatifs à l'aliénation dans ses rapports avec la médecine légale. Nous ne suivrons pas l'auteur dans un examen qui nous entraînerait trop loin; nous bornant à reproduire un fait bien curieux de folie temporaire. Alexis,âgé de vingt-trois ans, fils d'un cultivateur trèsaisé, d'une constitution médiocre, d'une taille au-dessous de la moyenne, d'une intelligence assez bornée, s'adonnait à l'ivrognerie. Lorsqu'il sortait avec ses camarades, il partageait rarement leurs plaisirs, le sien était au cabaret. Il avait été souvent grondé par ses parents pour ce fait. Le 6 décembre 1831 il le fut encore dans la matinée; cependant toutelaijournée fut bonne; Alexis s'occupa de ses travaux agricoles. Le soir il était assis auprès du foyer domestique,


en société de son père, de sa mère et de sa jeune sœnr. Soudain, sans agitation, sans incohérence dans ses discours, sans colère, mais en conservant toujours son air sournois, Alexis se lève, prend un couperet de la main droite, pose la main gauche sur un bloc, et, d'un seul coup, il fait tomber les extrémités des quatre derniers doigts de cette même main. Ses parents sont effrayés, Alexis ne dit rien. On se met en devoir d'arrêter le sang, mais on attend au lendemain pour appeler un médecin. A mon arrivée ce jeune homme se trouvait sous tous les rapports dans le même état que la veille; seulement il fut d'une grande pusillanimité, car il ne voulut me permettre aucune espèce d'opération. Peu à peu les os furent couverts, et la cicatrisation fut parfaite au bout d'un mois. Aujourd'hui Alexis laboure presque aussi facilement qu'auparavant. Le jour de ma première visite, et souvent depuis cette époque (car je le rencontre fréquemment), je l'ai pressé de me dire dans quel but il s'était ainsi mutilé il me répond toujours « Je n'en sais rien. Mais enfin, vous pensiez à quelque chose dans ce moment-tà ? C'est une idée qui m'a passé comme ça.n Je n'ai jamais pu en savoir davantage. L'une des sœurs de sa mère est morte en démence, et la seconde est aliénée en ce moment. »

Si,au lieu de tourner son arme contre lui-même, cet homme eût blessé quelqu'un des siens, aurait-il fallu le considérer comme criminel ou comme aliéné? H eût sans doute été difficile de se prononcer. En présence de faits semblables l'esprit hésite et cherche une solution qui satisfasse à la fois l'humanité et la justice. Notre opinion dans ces cas difficiles étant d'un très-grand poids devant les tribunaux, on ne saurait trop méditer sur ces aberrations de l'esprit humain, et étudier sous toutes ses formes les nombreuses variétés de l'aliénation mentale; c'est un devoir pour le médecin, qui peut être appelé à prononcer sur la vie ou la liberté de ses semblables. Aussi avons-nous lu avec un vif intérêt l'ouvrage de M. Cazauvieilh, bien que nous n'adoptions pas toutes les opinions qui y sont exposées. Les faits qu'il contient ont été recueillis avec une patience persévérante, qui atteste à la fois dans son auteur un grand amour pour la science et un excellent esprit d'observation.


ART. 1963.

HOPITAL CLINIQUE DE LA FACULTÉ.

(Clinique d'accouchement.)

jEc!<!Mtp!t6 chez une femme arrivée au terme de sa g~fOMeMe, ~KCMMM du col utérin, application du forceps.

Une femme d'une vingtaine d'années, primipare, et arrivée au terme de la grossesse, a été apportée à la clinique, le 9 janvier. Déjà elle avait eu depuis le matin quelques accès d'éclampsie; ces accès so reproduisirent aussitôt son arrivée, et quatre ou cinq s'étaient succédé lorsque M. Dubois arriva près d'elle; ils n'étaient ni trèslongs ni très intenses, ils se terminaient par le retour à la connaissance, et, par conséquent/offraient moins de gravité que quelques-uns de même nature qu'on a récemment observés dans cet hôpital. Pour en diminuer l'intensité, on essaya un moyen conseillé dernièrement dans Fépitepsio on comprima la carotide; il sembla que l'accès eut un peu moins de durée que le précédent. Cependant on ne peut rien affirmer à cet égard, ce moyen ayant complètement échoué il y a quelque temps chez une femme qui se trouvait dans une position semblable.

Le col utérin, chez cette malade, était dilaté de la largeur d'une pièce de deux francs; ses bords étaient amincis, tendus, résistants, et il aurait fallu un travail considérable pour que l'enfant fût expulsé naturellement. D'un autre côté les battements du cœur du fœtus étaient très-sensibles à l'oreille; il était donc urgent de terminer l'accouchement d'abord pour extraire l'enfant, qui vivait encore, et qui probablement allait succomber sous l'influence des mouvements convulsifs de la mère, et ensuite pour soustraire cette dernière à la cause qui déterminait chez elle des accidents très-graves.Mais d'assez grandes difficultés se présentaient d'abord on ne pouvaitsonger àopérer la version, car le col n'était pas suffisamment dilaté pour permettre l'introduction de la main; les bords de son orifice étaient assez résistants pour faire croire qu'ils ne céderaient pas facilement à l'effort des doigts; enfin la tête était descendue fort bas; elle s'appuyait sur l'orifice, et se serait opposée au passage de la main. Les mêmes difficultés ne permettaient pas d'appliquer le forceps; il fallait donc au préa-


lable recourir à une opération qui facilitât l'exécution d'une de ces manoeuvres; aussi M. Dubois se décida-t-il immédiatement à inciser le col de l'utérus. A cet effet, le doigt fut introduit dans son orifice, et une incision fut pratiquée à l'aide d'un bistouri courbe-boutonné une contraction utérine qui survint dans ce moment favorisa l'action de l'instrument tranchant alors on procéda à l'application du forceps. On avait affaire à une première position du sommet, et la tête était encore située obliquement. La branche à pivot fut introduite sur le côté gauche du bassin; on y parvint sans beaucoup de difficultés; elle embrassait bien la tête du fœtus, mais il était impossible de la faire pénétrerun peu plus profondément, en sorte que, lorsque la seconde branche eut été introduite, cette dernière se trouvant portée plus avant que l'autre, il devenait impossible d'articuler l'instrument. M. Dubois n'hésita pas à retirer le forceps, puis, après quelques essais infructueux, il se décida à introduire la branche à pivot irrégulièrement, c'est-à-dire du côté droit, où elle pénétra sans difficulté puis quand elle fut ainsi appliquée, il lui fit contourner la tête du côté du périné, et la ramena ainsi facilement au côté gauche du bassin. La seconde branche fut ensuite introduite, et l'instrument articulé; de légères tractions furent exercées et suffirent pour amener à l'extérieur un enfant bien vivant. Cependant, chez cette femme, le périné était épais, et résistait; il fallait se hâter d'agir; aussi le forceps détermina-t-il une petite déchirure, accident de peu d'importance, mais qui fut cependant remarqué, parce qu'immédiatement après la délivrance qui fut faite aussitôt, il s'écoula une assez grande quantité de sang. On put croire d'abord que ce sang venait de l'incision pratiquée au col utérin, mais il n'en était rien; il était fourni par cette légère déchirure qui probablement avait intéressé quelque artériole le simple rapprochement des cuisses suffit pour suspendre cette légère hémorrhagie. Cette femme fut reportée dans son lit; elle était sans connaissance, et bientôt des accès convulsifs se manifestèrent sept accès se succédèrent en peu de temps, ce qui fut considéré comme d'un assez fâcheux augure. On appliqua alors trente sangsues aux apophyses mastoïdes; il en résulta un écoulement de sang assez considérable. Le soir, la femme était pale, et fort affaiblie; elle était, de plus, agitée, mais cette agitation provenait de la douleur que lui causaient des sinapismes appliqués aux jambes. Vers dix heures elle commença à parler; l'intelligence revint suc-


cessivement, et le lendemain elle était dans un état satisfaisant.

M. Dubois a fait remarquer, à l'occasion de ce fait, que i'éclampsie ne se rencontre pas le plus souvent chez les femmes pléthoriques. C'est, au contraire, suivant ce professeur, le tempérament lymphatique qui prédispose aux convulsions. On observe surtout cet accident chez tes femmes qui offrent une inifiltration prononcée, non-seulement des extrémités.inférieurps, mais encore des autres régions en sorte que si cette infiltration ne prédispose pas à la maladie qui nous occupe, on peut dire du moins qu'elle coïncide avec elle.

On a vu que, malgré la violence des convulsions, l'enfant vivait encore c'est en quelque sorte une exception à la règle générale, car dans la plupart de ces cas d'éctampsie, ~a mort du fœtus arrive promptement, soit par le trouble apporté dans la circulation de la mère, soit par t'innuenco du système nerveux dont nous supposons la connexion entre la mère et l'enfant. Quoi qu'il en soit, l'existence de l'enfant ayant été reconnue, il fallait se hâter do terminer l'accouchement, autant pour tâcher de le soustraire aux accidents dont il était menacé, que pour mettre un terme aux convulsions qui compromettaient également la vie de la mère. Cependant, deux circonstances ont contribué à engager l'opérateur à inciser te col utérin, savoir l'amincissement de ce col, et la facilité que 1 on avait de l'atteindre avec le doigt, et ensuite la portion de la tête qui était déjà descendue fort bas, devait se trouver trèsaccessible à l'instrument. Si le col eût été très-épais et très-dur, il eût fallu l'inciser sur plusieurs points, et ces incisions multipliées ne se font pas très-aisément. De plus, on n'aurait peut-être pas pu, après cette opération, dilater l'orifice utérin au point de permettre l'introduction des branches du forceps. Les efforts tentés dans ce but auraient peut-être produit des déchirements, et ces déchirements sont infiniment plus graves que les incisions. Le cas qui s'est présenté à notre observation était donc très-favorabte à l'opération que l'on a tentée, et il est probable que si les circonstances avaient été différentes, on se fût décidé à attendre encore quelque temps.

Une seule incision a suffi pour dilater l'orifice qui cependant n'avait, avant l'opération, que le diamètre d'une pièce de quarante sous. Dans presque tous les traités d'accouchement, on conseille d'en faire plusieurs. Ces incisions multiples ne sont nécessaires que quand )e col est TOM. XI. K" DE FÉVRIER., C


dur, épais squirreux; mais lorsqu'il est, comme dans cette observation, déjà fort aminci, une seute incision est suffisante. Cette incision même a été faite très-petite la douleur qui est survenue lui a donné une plus grande extension, en favorisant l'action du bistouri.

L'opération qui a été pratiquée n'offre pas d'ailleurs de gravité; souvent on en pratique de semblables à la clinique, sans que les femmes éprouvent d'accidents. C'est donc mal à propos qu'on s'effraie de ce mot opération césarienne vaginale. Quand elle est bien faite, elle ne compromet pas les jours do la femme. Madame LachapeUe, à la vérité, la redoutait singulièrement, pensant que ces incisions pouvaient, par les contractions utérines subséquentes, se prolonger jusqu'à la matrice. Mais cette opinion était appuyée sur ce qu'en effet on voit quelquefois les déchirures du col s'étendre jusqu'au corps del'utérus; il n'en est pas de même des incisions. L'expérience a démontré à M. Dubois que quand elles sont convenablement pratiquées, elles n'ont aucun résultat fâcheux.

ART. 1964.

De l'emploi du fac~e de fer dans le traitement de la chlorose. -Citrate de fer, chocolat ferrugineux, eau gazeuse ferrée, etc.

M. Manzini a publié dans la Lancette du 23 janvier quelques observations de chlorose guérie par l'emploi du lactate de fer, médicament nouveau proposé par MM. Gélis et Conté internes à la Charité. Cette substance a été administrée sous forme de pastilles à la menthe, ou sans l'association de cette dernière substance. Ce sel, ainsi administré, est extrêmement soluble, ce qui est un fort grand avantage car il sera absorbé avec facilité, et par conséquent on pourra se borner à en donner des doses très-peu élevées. Dans le service de M. Bouillaud, où t'en a expérimenté ce médicament, on n'a jamais dépassé la dose de vingt grains dans les vingt-quatre heures. MM. Andral et Fouquier n'en ont pas donné plus de douze pastilles, dont chacune contenait un grain de lactate de fer. On commence ordinairement le traitement par six pastilles (6 grains) dans les vingt-quatre heures, et l'on va en augmentant de deux pnstiUes de deux jours en deux jours.

Voici maintenant quelques-uns des faits recueillis


Une fille de vingt-quatre ans. entra dans le service de M. Bouillaud, le 27 novembre dernier. Elle annonçait être malade depuis un mois, éprouver de la céphalalgie, des palpitations et des essoufflements déterminés par la simple marche. La figuro était pâle et jaune, ainsi que le reste de la peau; les règles n'avaient pas cessé. de paraître, mais elles étaient venues peu abondantes et décolorées. On donna six pastilles de lactate de fer; leur nombre fut augmenté progressivement dans l'ordre suivant six pendant doux jours, huit pendant trois. jours, dix pendant trois jours, douze pendant les autres jours, jusqu'à la fin du traitement.

Dès le 11 décembre l'état de la malade était considérablement amendé. Elle pouvait monter et descendre les escaliers sans essoufflement ni battement de cœur; les joues étaient d'un rouge vermeil, la teinte jaunâtre de la peau avait presqu'entièrement disparu. Elle voulut quitter l'hôpital, bien qu'elle ne fût pas entièrement guérie. Une autre jeune fille avait des symptômes de chlorose depuis seize mois. Elle entra dans le service de M. Fouquet le 18 août 1839 dans un état chlorotique des plus prononcés. Le 20, elle prit six pastilles de lactate de fer. Dès le 23, la céphalalgie diminuait, et l'appétit était revenu. Le 27 il n'y avait plus de douleur dans les membres, l'amélioration était considérable. Le 3o, les joues étaient colorées, et l'amélioration était telle que la malade voulut sortir de l'hôpital elle prenait alors dix pastilles.

H en fut de même dans les autres cas. Le lactate de fer, pris avec plaisir par les malades, eut un effet extrêmement favorable; et bien que plusieurs d'entre elles fussent atteintes depuis un temps assez long, la guérison survint toujours avec beaucoup de rapidité.

Réflexions. Le fer est une préparation si fréquemment administrée et si généralement efficace dans la chlorose et dans plusieurs autres maladies, qu'on s'est souvent occupé d'en varier les préparations, et chaque médecin, pour ainsi dire, a sa formule, qu'il donne de préférence quand l'occasion s'en présente. Parmi celles dont l'usage est le plus répandu, nous devons citer les pilules si fréquemment employées sous le nom de Pilules de Blaied (1), et qui, il faut le dire, réussissent presque constamment dans les cas qui réclament l'emploi des ferrugineux. Mais tous les ma-

()) Yoy.art.t772.


lades ne peuvent pas fair~ usage de pilules; les enfants surtout sont obligés de prendre les médicaments sous une autre forme aussi a-t-on fait entrer le fer dans une foule de préparations qui !uien!évcntptus ou moins de ses propriétés médicinales, mais que F~n est fort aise de pouvoir prescrire quelquefois, à cause de la facilité avec laquelle les malades les prennent. On sait qu le fer entre souvent dans la préparation du chocoat. Beaucoup de fabricants en préparent de diverses manières. Vo'ici celui que M. le docteur Bally prescrit quelquefois à ses' malades, sous le. nom de pastilles ferrugineuses.

paTK~

Pâte de chocolat, a gram.);

Safran en poudre très-fine, 1 gros (~' gram.);

Mucilage de gomme adragante, q. s.

Faites des pastilles de douze grains (six d~cigrammes). On en donne trois ou quatre par jour.

On a donné aussi des pastilles au citrate de fer qui doivent se rapprocher beaucoup pour les effets de celles au Jactate de fer. Elles sont ainsi composées

Pr. Cit.rate de fer, ) ràà 2 gros 112 (10 grammes);

Ac~riqu~; j Sros 1~ (10 grammes);

Essence de citron, 8 grains (~. décigrammes);

Sucre Raguenet, 5 onces (160 gram.);

Eau, q. s.

Faites des pastilles de 10 grains (5 décigr.). On en donne cinq à six et plus daus la journée.

Un pharmacien de Paris, M. Moussi, a dernièrement adressé à l'Académie la formule d'un sirop de ct~rote de fer. Ce sirop est formé avec une once et demie de solution aqueuse de citrate de fer sur deux livres de sirop de sucre très-cuit. Chaque once de ce sirop contient six grains de citrate de fer.

On a préconisé encore, surtout dans ces derniers temps, certaines poudres ferrugineuses qui peuvent trouver Jeur emploi. Voicicelle qu'a conseillée M. Cotombat .Pr. Sulfate .de fer pur, 112 gros (2 grammes); Acide tartrique, 1 gros 4(2 (6 grammes);

Sucre, 3 gros (12 grammes).

Pulvérisez, mêlez et divisez en 12 paquets dans du pa'pter blanc.


Bi-carbonate de soude, deux gros (8 grammes) Sucre, 3gros(t2 grammes).

Mélez et divisez en 12 paquets dans du papier bleu. On fait dissoudre séparément chacun de ces paquets dans un demi-verre d'eau on mêle et on avale au moment de l'effervescence.

Enfin, la poudre ferrugineuse de M. Quesneville, dont on a pu voir les annonces dans un grand nombre de journaux, paraît être ainsi composée

~r. Bi-carbonate de soude, 4 gros (16 grammes) Acide tartrique, 7 gros (28 grammes)

Sulfate de fer pur, 4 gros (16 grammes);

Sucre, 1 once (32 grammes).

L'acide tartrique et le bi-carbonate sont introduits dans le mélange en poudre grossière. On renferme dans un flacon. La dose est d'une cuillerée à café pour une demi-livre (250 grammes) d'eau sucrée.

Nous aurons occasion de revenir sur d'autres préparations ferrugineuses dont il se fait maintenant un très-fréquent emploi.

ART. 1965.

Cas remarquable de bronchorée asphyxiante.

M. le docteur Boussat, médecin à Castillonez (Lot et Garonne), a pub)ié l'observation suivante dans la Gazette -des médecins-praticiens.

a Le 21 mai 1838, je fus appelé, vers les neuf heures du soir, auprès d'un malade qui, plus tard, dans la nuit du 5 au 6 février 1839 présenta absolument les mêmes accidents que j'avais déjà observés, et que je vais décrire. Je ae ferai donc qu'un seul tableau des phénomènes qu'il m'a deux fois présentés.

a Jean Coussaud est un cultivateur, Agé de cinquantedeux ans, d'un tempérament nerveux, de taille au-dessus de la moyenne, d'une constitution maigre, mais robuste, possédant tous les attributs d'une bonne santé. Il passe, auprès de ses voisins, pour être irritable et très-colère. Avant le 2t mai 1838, il n'avait jamais été atteint d'accidents semblables à ceux qu'il présenta ce jour-là. C'est un homme sobre ne faisant jamais d'excès, et la


seule indication étiologiquo que je puisse mentionner, est la peine qu'il éprouva, le jour de sa première attaque, de voir détruire une belle treille de son jardin, à laquelle il tenait beaucoup. La seconde attaque est survenue sans cause appréciable.

« La première comme la seconde fois, je trouvai Jean Coussaud dans l'état suivant assis sur une chaise au-devant de son lit; le malade se livrait à de très-grands efforts d'expulsion pour débarraser ses bronches d'une quantité effrayante d'écume semblable à celle qui sort des poumons de veau quand on les fait bouillir. Je le fis placer dans son lit. La percussion de la poitrine donnait une sonoréité normale dans tous ses points. L'auscultation faisait entendre un râle muqueux à grosses bulles une sorte de grouillement et de gargouillement dans l'inspiration comme dans l'expiration. Les battements du cœur étaient à peine perceptibles à l'oreille, masqués qu'ils étaient par le bouillonnement de la poitrine le pouls radical était régulier, mais d'une excessive fréquence, 120 à 125 pulsations fortes, et soulevant le doigt qui les comptait. La circulation veineuse présentait un obstacle évident; toutes les veines périphériques étaient développées, et la peau, d'une teinte pâle et violacée, surtout à la face, offrait un refroidissement excessif. Chose fort remarquable, ce refroidissement était plus marqué à gauche qu'à droite. L'hématose ne s'exerçant presque plus, la stase du sang veineux et le refroidissement de l'enveloppe cutanée s'expliquent très-bien. Mais comment expliquer que ce refroidissement fût plus marqué d'un côté que de l'autre, et que le sang se trouvât dans les vaisseaux du côté gauche moins fluide et comme coagulé ? La peau était recouverte d'une sueur froide très-abondante.

<r Figurez-vous cet individu étendu sur son lit, la tête trèsélevée pour éviter la suffocation, ne faisant d'autres efforts respiratoires que pour chasser des quantitésénormes d'une écnme épaisse et blanche, les paupières alternativement fermées et ouvertes, les yeux vitrés, le corps froid comme glace et couvert d'une sueur visqueuse, sans parole, ayant conservé le sentiment et le mouvement, et entendant tout ce qui se disait autour de lui. Figurez-vous les lamentations de sa femme et de ses enfants, le départ des voisins, qui, émus de voir le malade dans ua si cruel état, ne vou.laient pas. disaient-ils tout haut, assister à ses derniers moments. Avouez qu'un pareil tableau était fait pour troubler le médecin, et lui faire perdre sa présence d'esprit.


Je fus assez heureux pour qu'il n'en arrivât pas ainsi. Dans l'attaque du 21 mai, je lui fis immédiatement une large saignée, et ce ne fut qu'à force de soins et de persévérance que je parvins à lui tirer environ une livre de sang. En effet, j'avais la certitude que ta veine céphatique était ouverte, et cependant le sang ne coulait pas. A mesure qu'il se présentait à l'ouverture, il se coagulait, formait une petite tumeur, et c'était àgrand'peinequeje parvenais à la dissoudre ou à l'extraire avec une épingle ce ne fut qu'après une demi-heure que, la respiration devenant moins gênée, le sang reprit son cours, et qu'il aurait coulé autant que je l'aurais voulu. Je!ui6s pratiquer en même temps des frictions sèches sur tes jambes et sur les cuisses, je lui fis appliquer des sinapismes aux extrémités et de temps à autre il prenait une cuillerée de la potion suivante eau de laitue, 96 grammes; teinture éthérée de digitale, 1 gramme; sirop de pointes d'asperges, 32 grammes. Les accidents se dissipèrent peu à peu. Le 24- mai, le malade était bien il sortit sans inconvénients.

a Dans l'attaque du 6 février, te même traitement, prescrit de concert avec mon confrère M. le docteur Guine, fut suivi des mêmes résultats le malade dut vaquer à ses occupations au bout de trois jours.

ART. 1966.

MÉDECINE LÉGALE.

DE L'ASPHYXIE PAR LA VAPEUR DE CHARBON.

M.,

~'opeye-f-;7, après le refroidissement de l'atmosphère une séparation des gaz en raison de leur poids .~e'c~Ke. La solution de cette question est d'une haute importance en matière d'asphyxie, et, pour en concevoir toute la portée, i! nous suffira de faire une supposition deux personnes s'asphyxient dans la même pièce; l'une d'elles se place sur un lit, l'autre s'étend A terre: quelle est celle des deux qui est soumise à une cause asphyxiante plus puissante ? Le raisonnement et l'expérience peuvent tous deux concourir à la solution de la question.

Après la combustion du charbon, l'air respirable est devenu spécifiquement plus léger; car une grande quantité d'oxygène en a été enlevée pour former de l'acide carbonique et peut-être du gaz oxyde de carbone; t'EMte est devenu prédominant, et ce gaz est plus të~er que l'air; or, l'azote mis à nu s~y trouve en proportion si grande' qu'elle égale presque celle de l'air restant, ainsi qu'on le verra plus toin.L'hydrogche carbonéetle gaz oxyde de carbone sont eux-mêmes plus légers que: t'air, en sorte que t'en peut établir avec certitude


que le poids spécifique de l'air, non compris l'acide carbonique, a notablement diminué.

Le poids spécifique de t'acide carbonique étant de 1,5(96, c'est-àdire une fois et demie plus pesant, il s'ensuit, qu'en raison du changement que l'air a s'~hi, it se trouve avoir un poids relatif plus considérabtc encore. Le raisonnement indique donc qu'une fois le refroidissement opéré, et même probablement déjà pendant le refroidissement, l'acide carbonique tend à gagner la partie la plus déclive de la pièce.

On pourrait à ce raisonnement objecter une expérience de M. Dal-.ton, de laquelle résulte que tous les gaz se mêlent, quoiqu'ils soient de poids spécifiques différents. Ainsi, que l'on prenne deux flacons, l'un rempli d'oxygène, l'autre d'hydrogène; qu'on les fasse communiquer entre eux seulcment au moyen d'un tube, en maintenant le flacon d'hydrogène en haut, et celui d'oxygène en bas c'est-à-dire en plaçant les gaz dans la position la plus favorable à leur poids spécifique, au bout de trois ou quatre semaines on trouvera dans les deux flacons partie égale d'hydrogène ou d'oxygène. Ces deux gaz se seront donc metés contre teur propre poids. Cette expérience est d'une grande valeur, surtout lorsqu'on l'applique à un mélange de gaz de pesanteur spécifique différente, mélange tout opéré pendant la combustion du charbon. Néanmoins, porté que nous étions à croire qu'une partie de l'acide carbonique se sépare après le refroidissement, et qu'elle occupe la partie la plus déclive dela pièce en y formant une couche dont l'épaisseur variera en raison de la quantité d'acide carbonique formée, nous avons fait l'expérience suivante dans le but de lever toute incertitude à cet égard.

Nous avons placé dans une salle deux appareils propres à recueillir des gaz l'un dans la partie la plus étevée l'autre dans la partie la plus basse; cette pièce avait 16 mèt.c. 686 millim., de capacité. Nous y avons fait brùter dans la soirée 8,509 grammes de charbon nous avons laissé refroidir la pièce pendant ta nuit, et le lendemain, à onze heures du matin, nous avons en même temps vidé le flacon supérieur de chaque appareil; nous avons introduit rapidement une dissolution de potasse dans chaque flacon que nous avons fermé immédiatement et, au bout de deux heures, nous avons mis la liqueur dans un appareil muni d'un tube à entonnoir, et d'un autre tube propre à conduire le gaz sous une éprouvette graduée; nous avons versé de l'acide sulfurique par le tube droit, jusqu'à saturation de la potasse et nous avons retiré <M centimètres cubes d'acide carbonique de la liqueur du flacon placé dans la partie la plus déclive de la pièce, tandis que celle du flacon situé dans la partie la plus élevée ne nous a donné que 32 centimètres cubes de gaz. Un chat avait été mis sur le sol de cette pièce poussa des plaintes pendant une hfure et demie et le lendemain matin il fut trouvé dans un état de rigidité cadavérique des plus prononcés.

Nous considérons donc comme démontré par cette expérience,


dont les résultats sont s! concluants, qu'après )a cessation de !a combustion du charbon, et pendant le refroidissement de l'air de la salle où on a fait brûler ce combustible, l'acide carbonique ee sépare de l'air en vertu de son poids spécifique, et vient former une couche dont la hauteur doit être variable en raison de la quantité de charbon qui a été brûlée. Cette expérience nous donne aussi la certitude que la séparation du gaz acide carbonique ne s'opère pas en totalité, qu'il en reste dans la partie supérieure de l'atmosphère et tandis que l'air de la partie inférieure se trouve contenir un dix neuvième d'acide carbonique, l'air de la partie supérieure n'en renferme qu'un soixante-dix-huitième. Se ferait-il dans ces circonstances une sorte de départ en raison d'unions gazeuses en proportions définies, et aussi en raison des températures des diverses couches atmosphériques, ainsi que cela s'opère pendant le moulage du savon ou le refroidissement des alliages dans les )ingotières? C'est ce qui est poss!ble, mais nous n'en avons pas la preuve.

L'observation suivante vient tout à fait à l'appui de l'expérience que nous venons de rapporter.

M. Marye (De l'asphyxie parla vapeur du charbon, 1837, 42) rapporte le fait suivant « M* qui avait occupé une position élevée sous l'ancien gouvernement, et qui l'avait perdue à la suite des événements de 1830, conçut par suite de cette perte un violent chagrin il plaça dans sa chambre une quantité donnée de charbon, et se mit dans son lit; il eut soin d'alimenter le foyer mais voyant après quelques heures que ce moyen ne produisait sur lui qu'une trèslégère indisposition, il abandonna ce projet. Peu de jours après cette tentative, il fut voir des personnes avec lesquelles il était lié, et raconta cet événement comme le fait d'un de ses amis, et il soutint que la vapeur du charbon n'était pas un moyen infaillible. Un pharmacien de mes amis, qui se trouvait présent et qui était de ta connaissance de M* lui demanda quelques détails alors M* lui expliqua que son ami s'était placé dans son lit, et qu'il avait dû se développer dans la chambre assez de gaz pour produire l'asphyxie car une bougie allumée s'était éteinte. Ce pharmacien lui répondit que le gaz acide carbonique était beaucoup plus pesant que l'air, qu'il occupe toujours la couche inférieure, que la lumière, placée plus bas que le niveau du lit, avait pu se trouver dans l'atmosphère de la vapeur du charbon et s'éteindre, et que le gaz acide carbonique n'ayant pas dépassé cette limite, c'était à cette circonstance que son ami avait dû son salut. On changea de conversation, et de la soirée il ne fut plus question de ce sujet. Deux jours écoutés on trouva M* mort dans sa chambre, assis devant son lit, et une bougie encore allumée était placée sur sa tahte de nuit; il avait mis en pratique les fatales connaissances qu'il s'était procurées, » De la nature des milieux asphyxiants.

On ne possède qu'une seule donnée sur la composition du gaz provenant de la vapeur du charbon, et cependant ses proportions et la nature du gaz doivent varier, suivant que l'atmosphère as-


phyxiante provient du bois, du charbon, de la braise, du charbon de terre ou du coke.

Sur cent quatre-vingt-huit parties, on trouve

Acide carbonique, vingt-six parties;

Air atmosphérique, trente-huit parties;

Azote, quatre-vjngt-dix-huit parties;

Hydrogène carboné, vingt-six parties;

au moment où la combustion du charbon n'est pas encore en pleine activité et

Acide carbonique, vingt parties;

Air atmosphérique; quatre-vingt-une parties;

Azote, soixante treize, parties;

lorsque la combustion dti charbon est à son maximum d'activité. (Orn)a, MeW. /< !tt, 374.)

J'ai peine à admettre les résultats de ces analyses, attendu qu'en les comparant entre eux on voit que dans le premier cas il y a un septième environ d'acide carbonique dans la totalité du gaz analysé; tandis que dans le second, où t'air devrait être plus attéré, on trouve seulement un neuvième environ de ce gaz il est vrai qu'il n'y a pas d'hydrogène carboné. La quantité d'hydrogène carboné me parait très-considérabte; quelle est donc celle qui s'est produite, puisque, malgré la combustion qui a dû en faire disparaître la plus grande partie, il en reste encore treize parties sur cent d'atmosphère délétère. Comment ensuite concevoir une si grande proportion d'hydrogène carboné qui aurait échappé à la combustion, tandis que la totalité du gaz oxyde de carbone qui a dû se produire aurait été brûlée en totalité? La seule conséquence probable à déduire de ces remarques et des expériences analytiques que nous venons d'exposer, c'est que l'asphyxie par la vapeur du charbon est presque exclusivement due à l'acide carbonique.

La vapeur du charbon vue en masse a une teinte bleuâtre trèsmarquée, qui est due à de la fumée provenant de ce que la décomposition du ligneux n'est jamais complète. Cette coloration subsiste-t-elle longtemps après la combustion du charbon ? C'est ce que nous ne saurions préciser mais c!)e se produit constamment, et elle disparaît complétement après un certain laps de temps. Dans l'expérience que nous avons citée précédemment et où nous avons laissé refroidir l'atmosphère pour recueillir de l'air, elle n'existait plus douze heures après la combustion du charbon. )) y a lieu de croire qu'elle met moins de temps à se dissiper c'est encore un f.'ut à éclaircir. Sa connaissance peut être la source de données utiles à la justice, dans le cas par exemple où il s'agirait de déterminer à quelle époque telle personne a commencé les préparatifs de l'asphyxie. La vapeur du charbon a une odeur caractérisque, désagréable pour tout le monde, amenant des nausées, et donnant lieu à un mat deMto fort incommode; elle entête, ainsi qu'on le dit communément. Cette odeur est surtout sensible pendant le temps où le charbon s'aUumc elle cesse une fois que le charbon est bien allumé;


aussi les ouvriers craignent-ils moins le charbon en pleine combustion. Il est très-probable qu'elle joue un grand rôle dans la production de l'asphyxie, et que c'est à son influence qu'il faut attribuer la tendance au sommeil qui se manifeste dans les premiers moments où la vapeur du charbon exerce ses effets délétères. La vapeur du charbon est plus pesante que l'air atmosphérique; elle rougit la teinture du tournesol, précipite l'eau de chaux en blanc, en vertu de l'acide carbonique qu'elle renferme, et forme du carbonate de chaux; elle éteint les corps en combustion, mais une masse donnée d'air avec laquelle elle serait mélangée pourrait déterminer l'asphyxie et entretenir cependant la combustion. Nous venons de citer un fait dans lequel on a trouvé auprès d'une personne morte une chandelle encore allumée nous rapporterons un exemple ana'ogue où le gaz asphyxiant avait été le produit de la fermentation de fruits, mais c'était toujours l'acide carbonique qui constituait le gaz délétère on en a encore une preuve dans les expériences que nous avons faites. Cinq chandelles brûfaient, quoiqu'un chat succombât et que deux oiseaux mourussent. Enfin la vapeur de charbon ne renferme jamais assez d'oxyde de carbone et d'hydrogène carboné pour s'enflammer à l'approche d'un corps en combustion. JI n'en est pas de même du gaz qui s'échappe dans les galeries pratiquées dans les houiitèrcs mais ici la cause asphyxiante est le gaz hydrogène proto-carboné A. DEVERGtE. ART. 1967.

VARIÉTÉS.

ACADÉMIE DE MÉDECINE. M. Rayer a fait un rapport sur un Mémoire de M. J. Pelletan, sur la pneumonie. Les faits contenus dans ce travail sont au nombre de soixante-quinze, tous recueillis dans le service de M. Bouillaud, à l'hôpital de la Charité. Ces observations sont extrêmement favorables à la méthode des saignées coup sur coup, adoptée par M. Bouillaud, et que nous avons fait connaître à notre art. 18t9, puisque dans les pneumonies, d'un seul côté, il n'y a eu que deux morts sur cinquante- cinq malades, et dans les pneumonies doubles, la guérison a eu lieu sur plus des deux tiers. Dans les trois ou quatre premiers jours de leur entrée à l'hôpital on leur a retiré de dix à dix-sept palettes de sang. M. Husson a obtenu des résultats analogues par l'e<np)oi du même traitement. Quarante-six individus, affectés de pleuro-pneumonie, sont entrés dans son service pendant les sept derniers mois de 1839. Tous ont été saignés depuis une fois jusqu'à onze, et sur ce nombre quarante-trois ont été guéris et trois sont morts.

M. Pelletan a signalé, dans son Mémoire, les bons effets du vésicatoire appliqué lorsqu'on avait saigné suffisament, ce qui est en opposition avec les remarques de plusieurs médecins, qui, dans ces derniers temps, ont, au contraire, dénoncé les inconvénients de ce moyen thérapeutique.

Les séances de l'Académie, dans le mois qui vient de s'écouler, ayant offert peu d'intérêt pour le praticien, nous n'en ferons pas une plus tongue analyse, pour pouvoir exposer avec quelque étendue deux faits extrêmement curieux dont nous avons été témoin. ANKYLOSEMJGEKOC. Nos lecteurs doivent se rappeler que dans le dernier cahier, à l'art. 1944, nous les avons entretenus d'un procédé


fort extraordinaire employé dans ce moment à Paris par M. le docteur Louvrier, pour guérir les ankyloses anciennes, et consistant 6 étendre brusquement le membre ankytosé, pour lui rendre ainsi instantanément sa rectitude naturelle. Tout irrationnel qu'il puisse paraître, ce procédé compte cependant déjà un certain nombre de succès. Jusqu'à présent on n'avait point eu occasion de faire l'examen anatomique des membres soumis à l'action de la machine, aucun des malades n'ayant succombé, si ce n'est un seul dont l'articulation avait été tellement désorganisée par l'affection qui avait amené l'ankylose, qu'il n'était plus possible de distinguer les désordres causés par la maladie, de ceux résultant peut-être de l'opération. Nous avons assisté il y a quelques jours à l'autopsie d'une femme opérée par M. Louvrier, et nous pouvons donner sur ce sujet quelques renseignements bien capables de piquer la curiosité de nos lecteurs.

Une femme reçue dans le service de M. Velpeau, à l'hôpital de la Charité, portait depuis dix ans une ankylose de genou. Le membre était Béchi à angle droit' Depuis longtemps tout travail inflammatoire avait cessé dans l'articulation, et la femme marchait appuyant le genou sur un support. M. Velpeau ne croyait pas qu'elle fût dans le cas d'être opérée avec avantage, pensant avec raison, comme on le verra plus tard, qu'attendu l'ancienneté de la maladie, il devait persister après l'extension du membre une luxation qui ne permettrait plus à cette extrémité de soutenir le corps. Néanm"ins M Louvrier voulut la soumettre à son procédé opératoire. Il étendit brusquement le membre au moyen de la machine dont nous avons parlé, brisa les adhérences des os, et restitua à l'articulation une partie de ses mouvements. Aucun accident ne survint et la malade se rétablit mais, ainsi qu'on l'avait prévu, le tibia était tuxé sur le fémur, et le membre se trouva plus court de deux à trois pouces que celui du eôtéopposë. De plus, le redressement n'étant pas complet, et la jambe restant toujours un peu fléchie sur la cuisse, il en résultait que ce membre ne pouvait supporter le poids du corps, les os chevauchant l'un sur l'autre. Cependant, à l'aide d'un appareil contentif, qui maintenait la jambe, et de béquilles sur lesquelles elle s'appuyait, cette femme marchait dans les sattes. Depius longtemps, d'aitteurs, elle ne se ressentait plus de l'opération qu'elle avait subie, lorsqu'une maladie tout à fait étrangère à son anbytose l'a fait succomber.

Cette femme, d'une constitution très-détériorée, fut prise d'une pleurésie, qui, malgré des sangsues, des saignées et des vésiratoires volants, se termina promptement par la mort. On voit que la matadie à laquelle elle a succombé était tout à fait indépendante de l'opération qu'elle avait subie, et dont elle n'avait plus rien a craindre depuis longtemps. La pièce pathologique a été montrée aux élèves réunis en grand nombre pour voir ce fait curieux, et voici ce qu'elle offrait de remarquable.

tt n'y avait eu de rupture ni dans les tendons, ni dans les muscles, ni dans les gros vaisseaux. On voyait sous les muscles,que l'on avait isotés. l'espace poptité qui offrait un grand creux, et toute l'épaisseur du tibia, qui avait passé derrière le fémur, de manière à former une luxation complète. Cependant il est juste de dire que la tête de cet os était arrêtée par les attaches supérieures des musctes jumeaux qui lui formaient une sorte de coiffe assez solide pour le maintenir, ou du moins pour offrir une grande résistanceà son déplacement. Les t'gaments latéraux internes et externes étaient intacts, ainsi que le ligament rotulien. Les ligaments croisés n'avaient non plus éprouvé aucune tésion, mais il était facile de reconnaitre que la face postérieure des condyles du fémur avait été soudée avec ceux du tibia, et que


tes uns et tes autres étaient tellement déformes, qu'ils ne pouvaient plus s'offrir un point d'appui résistant.

Cette autopsie, extrêmement curieuse dans un moment où il n'est bruit dans le monde médical que des tentatives hardies de M. Louvrier, démontre donc que, dans une ankylose complète et fort ancienne, le redressement du membre peut être obtenu brusquement sans qu'il y ait autre chose de brisé que la soudure qui unit les os entre eux, mais que, dans des cas semblables à celui-ci le redressesement incomplet et la déformation des os, qui ne leur permet plus de s'appuyer l'un sur l'autre, rendent l'opération au moins inutile; car si dans ce cas la malade eût survécu, elle se serait très-probabtement repentie de s'être soumise à cette douloureuse exteut'ion. puisque la marche aurait été plus difficileque lorsque sa jambe, néchie à angle droit, lui permettait d'appuyer le genou sur un support. OPÉRATION CÉSARIENNE. M.te professeur Dubois vient de pratiquer une opération césarienne, à t'hôpitat clinique de ta Facuttë. sur une femme d'une très-petite stature, dont le bassin était rétréci par le rachitisme, au point de n'offrir que dix-huit lignes de diamètre antéro-postérieur. Cette malheureuse ainsi contrefaite était Bgée d'une vingtaine d'années, et jouissait d'une assez bonne santé. Aucun accident n'était survenu pendant la grossesse qui avait suivi son cours ordinaire. Lorsqu'elle entra à l'hôpital, elle était à peu près à terme et n'eut que peu de temps à attendre pour subir l'opération inévitable que M. Dubois devait pratiquer. Le 2) janvier, les premiers signes du travail se manifestèrent, et malheureusement les premières douleurs eurent pour résultat d'amener la rupture des membranes et l'écoulement prématuré des eaux de t'amnios. Le travail marchant lentement le col ne se trouva suffisamment dilaté que le lendemain soir 22. Ce fut à cette époque que M. Dubois jugea convenable de pratiquer l'opération. La femme fut amenée à l'amphithéâtre mais, bien qu'on lui eût fait pressentir que son accouchement ne pouvait pas se terminer naturellement, elle fut effrayée à la vue des élèves et poussa, pendant quelque temps, des cris de -e désespoir. La frayeur qu'elle éprouva lui fit supporter plus impatiemment les douleurs de l'opération, qui, cependant, ne présenta rien de particulier. Une incision fut pratiquée sur la ligne médiane, et on pénétra sans difficulté jusque dans l'utérus. La section des parois [abdominales ayant été faite un peu petite afin de donner moins facilement passage à l'utérus, qui aurait pu être projeté au. dehors dans les efforts violents auxquels la femme se livrait, on eut quelque peine à extraire le fœtus, mais enfin on y parvint sans trop d'efforts, ti était bien conformé et bien vivant. Au moment où nous écrivons il est dans un parfait état de santé.

Aussitôt après son extraction, le doigt fut porté dans l'utérus pour reconnaitre le degré de dilatation du col. Bien qu'il ne fût pas complètement effacé, on pouvait espérer que les liquides s'écouteraient à l'extérieur par cette voie, mais, dans cet examen, on reconnut que du sang s'échappait en assez grande abondance des parois utérine3 divisées. Cet accident détermina M. Dubois à laisser entre les points de suture qu'il pratiqua aux parois abdominales, un intervalle assez grand pour pouvoir donner passage au sang qui, sans cette précaution, aurait pu s'épancher dans la cavité abdominale et déterminer des accidents mortels.

La femme, immédiatement reportée dans son lit, était d'une paleur et d'un affaiblissement extrêmes. Elle éprouva aussitôt une syncope tcllement profonde, que l'on put, pendant quelques instants croire qu'elle avait succombé. Mais enfin des frictions la ranimèrent, et bientôt elle reprit ses sens. Elle se plaignit alors de coliques excessivement vives, surtout du coté droit de l'abdomen. On craigna~


qu'il se formât dans ce point un épanchement sanguin heureusement il n'en fut rien. L'opérateur n'avait pu prendre aucun moyen pour arrêter l'hémorragie, seulement il maintenait sur !es bords de la plaie des éponges imbibées d'eau froide. Ce moyen suffit pour remédier à un aussi grave accident, et peu n peu le sang cessa entièrement de couler à l'extérieur. Quarante gouttes de laudanum furent données en lavement. La nuit fut calme; il y eut même un sommeil de plusieurs heures. Le lendemain 23 au matin, l'état général était satisfaisant; le soir, il survint des douleurs très-vives à la partie inférieure du ventre qui se ballona et devint très-sensible à la moindre pression. De l'huile de ricin avait été donnée par la bouche, mais comme elle avait déterminé des vomissements, on y avait renoncé et on s'était borné à des lavements répétés qui ne suffisaient pas pour détruire la constipation. On avait évidemment à combattre les symptômes d'une métro-péritonite assez violente. On le fit par plusieurs applications de sangsues, malgré la répugnance de la malade. Un essaya en outre plusieurs moyens qui ont été conseillés en pareille occurrence les applications froides étaient horriblement douloureuses, et il fallut y renoncer. Les boissons de même nature déterminaient des coliques, enfin on voulut faire prendre le sein à l'enfant; mais il ne s'était fait aucune flexion vers les mamelles, et on dut encore abandonner ce moyen.

Malgré ces circonstances fâcheuses, la malade a résisté aux accidents qui menaçaient savie et aujourd'hui (31 janvier) neuf jours après l'opération, elle est dans un état aussi satisfaisant que possible. Dès le 24, on lui permit, sur sa demande, un léger bouillon. Depuis ce moment on a continué à la nourrir la fièvre a beaucoup baissé, la peau n'est pas chaude, et les lochies s'écoulent par la plaie et par les parties naturelles. Le ventre est encore un peu balloné, mais il est beaucoup moins sensible a la pression. Cette femme ne souffrant plus, a repris sa sérénité et songe déj!i à s'occuper de quelques légers travaux, eu sorte qu'il est infiniment probable qu'elle survivra à cette grave opération.

Si, comme on peut t'espérer, cette femme guérit, ce sera le premier succès obtenu à Paris. Déjà M. Dubois avait pratiqué quatre fois cette opération, mais toutes les femmes ont succombé. La première est morte le huitième jour, bien qu'elle fût dans des conditions assez favorables à la guérison; mais les trois autres opérations étaient entourées de circonstances qui ne laissaient que bien peu de chances de succès. Chez la seconde femme, le travail avait débuté par des convulsions. Chez la troisième, une anse intestinale s'était présentée à l'extérieur dès le début de l'opération. Des vomissements survenus aussitôt en avaient fait sortir des portions plus considérables on avait eu de la peine à les faire rentrer à l'intérieur, et ces manipulations favorisèrent la péritonite à laquelle elle succomba. Enfin, chez la quatrième, il y avait un paquet d'intestins interposé entre les parois abdominales et la matrice. Ces intestins se trouvèrent par conséquent en dehors; lorsqu'on les rentra, ils étaient souillés de sang, et on eut une très-grande peine à empêcher la hernie de se reproduire. Cette circonstance était tellement fâcheuse, qu'elle ne laissait presque aucun espoir de guérison.

bl. Dubois a été moins malheureux chez cette dernière femme. Si elle succombe, ce sera à l'opération elle-même et non à des complications, car il n'y en a point eu. Cependant il est juste de faire remarquer que deux circonstances auraient pu avoir des effets fâcheux, d'abord t'hémorrhagie. qui a été assez abondante, et en second lieu, un accident qui a forcé à faire l'opération un peu plus tôt qu'on ne l'aurait dû dans l'intérêt de la mère nous voulons parler de l'écoutement prématuré des eaux. M. Dubois, qui désirait conserver la


vie l'enfant, n'a pas attendu, dans la crainte qu'il succombât dans le sein de la mère, que le col fût entièrement dilaté; or, cette précaution cutccpendant offert plus de chances deguérison,caril est important, après une opération sembtaMc, que les liquides prennent leur cours par le vagin; on a moins à craindre les épanchements abdominaux que l'on a si fort redoutés dans cette observation. r!EcnomG!E. Le mois qui vient de s'écouler a vu suécomber plusieurs de nos sommités médicales. M. te baron Richerand, professeur de pathologie chirurgicale à la Faculté de Médecinedc Paris, est mort à l'âge de soixante et un ans; M. Laudibcrt, ancien pharmacien en chef des armées, et M. Fauché occupant encore le même grade, ont également succombé; enfin, la science a perdu M. le docteur Marc, premier médecin du roi, qui a été remplacé dans ses fonctions par M. le professeur Fouquier.

ptttx PROPOSÉS. La société de médecine de Bordeaux a accordé une médaille d'or de 200 fr. et le titre de membre correspondant à G. Peyraud, docteur médecin à Lyon, et des mentions honorables et le même titre a MM. Barth, chef de clinique médicale à l'Hôtel-Dieu, et Raciborski, à l'hôpital de la Charité de Paris. MM. Lalesque u!s, docteur médecin à La Teste, et Dumesnil, élève interne des hôpitaux de Paris, ont obtenu chacun un jeton d'or de la même société, pour l'envoi de mémoires en réponse aux diverses questions proposées. La société décernera en 1840 un prix de 200 francs à l'auteur du meilleur mémoire sur la question suivante

« Rechercher, par l'analyse chimique, les principes actifs de t'écorce de la racine de grenadier sauvage, et confirmer par des faits cliniques leurs vertus thérapeutiques.

Elle propose pour sujet d'un prix de 300 f. à décerner dans la même année les questions suivantes

« La varioloïde est-elle une maladie nouvelle P

« La varioloïde est-elle une maladie distincte ou une simple modification de la variole. »

« Eclaircir par des faits ces questions. Le sujet d'un prix de 300 fr. à accorder dans l'année 1841 est le suivant

« Faire connaître les altérations que peuvent subir les eaux distillées en général, et, en particulier, celles de fleurs d'oranger, de menthe, de mélisse et de laurier-cerise. Indiquer les causes chimiques de ces altérations. Y a-t-il une méthode générale pour la conservation des eaux distiUées ? Y en a-t-il une particulière pour la conservation de quelques-unes d'entre elles ? » u

Enfin la société propose pour sujet d'un prix de la valeur de 400 fr. à décerner en t8~t la question suivante

«Déterminer par [des faits cliniques, des recherches d'anatomie pathologique, et par l'analyse chimique, les caractères différentiels des maladies du système osseux. Dire jsi ces maladies n'ont pas des différences de nature plus fondamentales que celles de leurs formes. En déduire la thérapeutique la plus rationnelle. » Les Mémoires écrits très-lisiMement en latin ou en français doivent être rendus /~<Mc.c de port, chez M. Burguet, secrétaire général de la Sooété, rue Fondaudége, n° 41, avant le 15 juin de t'annéo où chaque prix doit être décerné.

Fn!~ DE VACCUXE. L'Académie royale de médecine a décerné dans sa séance annuelle les récompenses suivantes relatives à la vaccine. Le premier prix, de la valeur de 1,500 fr., est partagé entre MM. Boisson, D. M., à Lure (Haute Saône); Clermont, M. à ClermuntFerrand (Puy-de-0.), Thomas,;d.à Saint-Etienne (Loire). Des médailles d'or sont accordées à MM. Bontils D. M. à Haroué (Meur.); Cayrel, id. à Toulouse (H-G.); Couraux, id. & Yi)Ié(Bas-R.); Fontan, id. à Chazellessur-Lyoh(Loire),et des médailles d'argent à MM. Adam, id. à Montcorner (Aisne) Auger,méd à Pithiviers (Loire); Barry, à id. Besançon


(Doubs); M* BartMtemi, sage-femme, A Vierxon (Cher);Baudry, méd. à Evreux (Eureh Bavay père, offi. de santé, à Crozon (Finistère); Benéiech; méd., Conques (Aveyron); Bert, ofn. de santé, à Moutiers (Cote-d'Or); Bloudiot, id. à Orbais (Marne), Bonnafous, eh. aid. maj., à Constant)ne(A)gérif); Bonnet, méd., à Coutanres (Manche) ;M°'~Bory, sage-femme, à Lachapelle (Creuse); Moudoc, méd., à Saint-Chëty (Lozère) Bouignes, t(<. à Aurillac (Contai); Bout ëf, a Montigny (C<)te-d'Or);Bourzac,ofn. de santé,à à Charras (Charente); Buès (Jean), méd., à Valonne (B. Atpt's): Buisson, offi. de santé, A Terrasson (Dordognc); Carilian. méd., à Chateau-V))ic VieJUe (H. At~e."); Cayre Mirat'e). ;f/. à Reuilly (tndre);Caz<;s, chir., à Aspct (H. Garonnt); Chabanxn, méd., à Uzès (Gard); Charopt'in. offi. de santé, à Pons ~Char.-tnf.); Chrétien, méd., a Thann (H. Rtun Cruteiiher, uffi. de santé, i Allassac (Corrèze); Damian, mëd.. à Lodève (Hérault); Daniel, id. à Saint-Julien (Jura); Dautour, ofti. de santé, à Estampes (Gers); Defresnoy, id. à Elincourt-Ste.-Marguerite (Oise); M'°" Delabrosse, propriétaire, à Toutry (Côte-d Or); Delemar, méd., à Lille (Nord); Demeunench, id. Bourhourg (Nord); M'"° Dessalles, sage-femme, à Villandrant (Gironde); Drouet, méd., à Saint-Phi!bert (Loire fnf.); M"'° Duchatet-Coquet, ~age-femme.àArdes (Pas-de-Cal.); Dupourqué, méd., à Salies (B. Pyrén.); Eudes, id. à Bayeux (Calvados); Fallières, ofn. de santé, à Cuq-Toulza (Tarn); Fermier, mëd. /Aude); rorest. ofn. de santé, à MartigxesjBouches-du.Rhone); Fourcy, id. à Doutilly (Seine-et-Marne); Gaffe, id. à St.-Valéry (Somme); Galpin (Auguste),M.àPontvaUain (Sarthe); Galtier, cbir., à Rcquista(Aveyron) Genin, méd., à Charmes (Vosses); M" Géraud, sage-femme, à Curvale (Tarn); Gonon Dallary, ot'fi. de santé, à Sury, (H. Loire); Goupil (Jules-Auguste), méd., à Nemours(Seine-et-Narne); Guillo, Of<}. de santé, à Prades (Pyrén. Or.) Honet, méd., à Sasselot (Seinetnfër<t Honeix, ~<. à Pluermel (Morbihan); Jean, :W. à Aups (Var); Lafage, id. à Mont-de-Marsan (Landes); Laumont, id. ABourmont (Haute-Marne): Ledeschaute, id. à Paris (Seine); Leseigncur, id. à Valéri (Seine-tnfër.j; M" Limosin, sage-femme, à Romorantin (Loireet-Cher) Lombal, nft]. de santé, à Dombaste (Meuse); Luroth, méd., à Bischwiller (Bas-Rhin~ Marëcha), offi desanté.àWaMigny (Aisne); Martin, méd., à Avignon (VauctusH); Martin, chir.. à Tessé-ta Madeleine (Orne); Maupetit. id. à C!;f'unoy (Vienne); Métier, méd., à SaintArnoult(Seine-et-Oise); Mercier, ofM. de santé, à Saint-Lup)cin(Jura); Méresse, méd., à Guérande (Loire-tnfsr.); Nertand, fW. (Vendée); Mitlet, doct. méd., à Cusset(Atiier); Miroi!)f, méd., à Venderesse (Ardennes);Moussicr, id. à Saint-Vallier (Drôme); Nichet, chir., à Lyon (RMne); Ollet fils; niéd., à Boufe-d'Amoct (Pyrén. Or.); Ortowtki, id. à Saint-Etienne-Lovareuce (Rhône); Pages, f~. Saugues (HauteLoire) Paquier, offi. de santé, à Saint-Cirq (Lot); Përonnier, méd., à Romans (Drôme); Peyroux, doct. méd., a Bourbon-t'Arcbambaud (Allier); Pézerat, méd., à Charolles (Saûne-et-Loire); Plissard chir., à Guérigny (Nièvre); Polinière, mëd., à Lyon (Rhône); Poupard-Dujaunay, <d. à Segré (Maine-et-Loire); Pourcelot, id. Pierrefond (Oise); Prëvost, ofu de santé, à Rédon (Ule-et-Vii ); Rach, mëd., à Benfeld (Bas-Rhin); Renaud (Camiiie),;<<. Loches (tndre-et-Loire); Robbe, id.à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loire); Roche, chir., à Caraman (HauteGar.) Rosec Maisonneuve, ofn. de santé, à PIoudatmexeau (Finistère); Rousset, mëd ,àSarguèmines (Moset)e); Roussitlie, id. (Aude); Soum, ofti. de santé, à Oust (Arriège); Sulpici, id. à Saint-Yrieix (HauteYienne); Testu, méd., à Saint-Jean-de-Bournay (Isère); Thëfu, offi. de santé, à Dunkerque (Nord); Thiaudièrc,mëd.,a à Gençay (Vienne); Trichard, id. à Chaufailles (Saône-et-Loire); Tripier, ofn. de santé, à Pont-Rémy (Somme); Vernhes (Félix), méd., à Niort (Deux-Sèvres); Villeneuve, ofC. de santé, à Tréguier (Cotes-dû Nord); Winter, méd., à Nancy, (Meurthe).


AM.1968.

0&Mfps<tOM sur divet'ses substances employées dans l'asthme essentiel.

On trouve dans le Bulletin médical du Midi quelques observations d'asthme essentiel guéri par l'emploi du copahu, qui, suivant l'auteur de cet articte, serait un médicament fort efficace dans le traitement de cette maladie. Un militaire, très-adonné à l'usage des liqueurs fortes, éprouva, dans la campagne de Russie, de la difScutté à respirer, qui bientôt prit les caractères de véritables accès d'asthme. Peu peu cette maladie acquit tellement d'intensité, que ce malheureux ne pouvait garder le lit, même dans l'intervalle des attaques, et que, pendant les crises, il courait le risque d'être asphyxié.

La guerre finie, cet homme alla résider en Biscaye, où un médecin espagnol essaya de le guérir, en lui composant un opiat balsamique de copahu. Sous l'influence de ce médicament, l'amélioration obtenue fut telle, que le malade put, en peu de jours, dormir étendu dans un lit, et que les attaques cessèrent de se reproduire, bien qu'il continuât l'usage immodéré des boissons alcooliques.

De retour en France, cet homme, pensant être guéri, négligea do conserver la recette que lui avait donnée le médecin espagnol; cependant son asthme revint et acquit, en quelques mois, l'intensité qu'il avait autrefois. Après avoir essayé en pure perte plusieurs médications, il pria' son médecin de lui administrer du copahu, ce que celui-ci s'empressa de faire. Le succès ne fut pas aussi complet qu'il favaitétéen Espagne,cependant on obtint une très-grande amélioration,puisque le malade put dormir couché horizontalement, et que les accès d'asthme furent beaucoup plus rares que par le passé. tt est même probable que la guérison eût été entière, si cet homme avait voulu renoncer à la funeste habitude des liqueurs spiritueuses.

Depuis cette époque, l'auteur de l'article que nous analysons a employé le copahu chez plusieurs asthmatiques, et it en a toujours retiré de très-bons effets, mais les malades n'en ont jamais voulu continuer longtemps l'usage. Les drastiques ont encore été d'un grand secours dans les mains de ce médecin mais une substance dont il se loue beaucoup est la menthe à feuilles rondes, vulgairement appelée menthastro ( Ment/M MtMmdt~bMo ). Les tiges et les Tous Y t. ? DE MA Ht. 7


feuilles de cette plante se prennent en infusion plusieurs fois par jour. Il a suffi de ce léger excitant pour dissiper de violents accès d'asthme, en éloigner le retour, et même en débarrasser entièrement tes malades.

ART. 1969.

~e~')OMsa6tM(~?Kedtca!e. Consultations médico-légales sur plusieurs cas d'accouchement.

M. Ollivier, d'Angers, a publié dans les Annales d'Aygiène et de médecine légale plusieurs consultations qui lui ont été demandées par l'autorité sur des cas de responsabilité médicale.

La première est relative à un accouchement laborieux dans lequel une des cuisses de l'enfant fut fracturée et le périnée déchiré dans une certaine étendue. Voici l'exposition des faits

Le 22 septembre 1838, une dame, âgée de vingt-sept ans, d'une constitution délicats, ressentit les premières douleurs de l'accouchement; elle fit, appeler une sagefemme qui resta auprès d'elle la nuit du 22 au 23 septembre. Le lendemain, le travail marchant lentement, celle-ci crut devoir déchirer les membranes. Le col était encore peu dilaté; elle reconnut que l'enfant présentait le dos. La nuit du 23 au 24 se passa sans aucun changement. Les douleurs étaient rares et faibles. Dans la matinée du 2t, il survint un léger écoulement de sang; alors la sage-femme crut devoir appeler un médecin. Celui-ci, trouvant le cas assez grave, réclama lui-même l'assistance d'un confrère. Ces deux médecins se réunirent à onze heures près de la malade. Le toucher leur fit reconnaître que l'enfant présentait en effet le dos les fesses étaient placées dans la fosse iliaque gauche. Le col était peu dilaté, les douleurs faibles, ettafemmedansunétatdedébitité extrême. Vingt grammes de seigle ergoté furent prescrits en deux doses. Sous t'influence de ce médicament tes douleurs se réveillèrent, et l'orifice utérin se ditata un peu: mais, à une heure et demie de t'après-midi, la femme était dans un tel état de faiblesse, qu on jugea prudent de terminer au plus tôt l'accouchement. Le col utérin n'étant pas entièrement effacé, il fut impossible d'introduire la main jusque dans l'utérus pour opérer la version; mais, étant parvenu à reconnaître, avec le doigt indicateur, le pli de l'aine de l'enfant, le chirurgien


conduisit sur ce doigt le crochet d'une des branches du forceps, qu'il engagea ainsi au-dessus de l'aine droite. Dans cette position difficile l'opérateur prévint te mari, qui t'assistait, que peut-être il surviendrait quelque accident grave pour l'enfant, et celui-ci s'empressa de dire qu'il en faisait volontiers le sacrifice pour sauver la mère. Les tractions qui furent exercées fracturèrent, en effet, le fémur mais cette manœuvre ne fut pas sans résultat, car les fesses s'engagèrent aussitôt dans l'excavation du petit bassin, et il fut possible alors de terminer l'accouchement sans de grandes difficultés. L'enfant était dans un état d'asphyxie complète.Après deux heures de soins, il revint à la vie. On constata qu'il avait une fracture de la cuisse droite, et un appareil fut immédiatement appliqué pour la contenir. Pendant que les médecins étaient occupés à donner des soins à l'enfant, la sage-femme voulut opérer la délivrance. Les tractions qu'elle exerça sur le cordon le déchirèrent, et le placenta resta dans la matrice. Comme l'accouchée avait beaucoup souffert, on ne jugea pas prudent de faire de nouvelles tentatives pour achever la délivrance; on la reporta sur son lit, et ce ne fut que cinq jours plus tard que le délivre fut expulsé.

Le 27 septembre, dans la soirée, l'état de la femme semblant s'aggraver, on alla chercher le médecin, qui, après l'avoir accouchée, continuait à lui donner des soins. H se trouvait absent de chez lui on eut recours à un confrère, qui fit les prescriptions convenables, et examina la cuisse de l'enfant. Ce dernier fut alors envoyé en nourrice et recommandé au~médecin du lieu. Cependant la réunion des os a été si vicieuse, qu'il doit exister un raccourcissement d'un pouce environ de ce côté. De plus, la mère a conservé une infirmité extrêmement fâcheuse, résultant de la rupture de la cloison recto-vaginale et du sphyncter externe de l'anus. Ce sont ces deux derniers accidents qui ont motiyé une plainte dirigée contre ces deux médecins par la famille de cette femme, plainte sur laquelle MM. Boudart et Ollivier d'Angers ont été appelés à donner leur opinion. Ces médecins avaient à répondre aux trois questions suivantes 1° La déchirure du périnée et l'incommodité qui eh est la conséquence pour la dame peuvent-elles être considérées comme le résultat de l'imprudence et de la maladresse de l'accoucheur?

20 La fracture de la cuisse de l'enfant de la dame est elle également un accident que F on puisse attri-.


buer à l'imprudence et à la maladresse de l'accoucheur? 3° Peut-on attribuer cette conséquence fâcheuse au défaut de soins ou à la négligence que M. aurait apportée dans le traitement de cet enfant?

Ces trois questions ont été résolues par la négative, et, sur ce rapport, la chambre d'accusation a décidé qu'il ne serait pas donné suite à la plainte portée contre les deux accoucheurs.

Le second rapport fait par MM. Ollivier d'Angers et P. Dubois avait été demandé pour un cas beaucoup moins grave que celui-ci. H s'agissait d'une fille enceinte pour la première fois, et qui, arrivée au terme de sa grossesse, avait présenté une infiltration considérable des extrémités inférieures et des parties génitales externes. Un officier de santé,appelé près d'elle au moment des premières douleurs, avait jugé convenable, après plusieurs heures d'attente, de la délivrer à l'aide du forceps. On conçoit que l'application de cet instrument ne pouvait avoir lieu sans qu'il en résultât quelques désordres; aussi le périnée fut-il déchiré dans une certaine étendue. Cependant les sphyncters ne furent aucunement intéressés, en sorte qu'aucun accident bien fâcheux ne pouvait en être la suite. C'est dans cet état de choses, que l'officier de santé était accusé, non-seulement de maladresse, mais encore de négligence dans l'exercice de son art, car on lui reprochait d'avoir abandonné sa malade quelques jours après l'accouchement. Mais, outre qu'on ne pouvait attribuer à sa maladresse un accident que les circonstances fâcheuses dans lesquelles se trouvait cette fille rendaient inévitable, il fut prouvé que le chirurgien ne s'était retiré qu'après avoir remarqué et inutilement fait observer que ses prescriptions n'étaient point suivies, et que les imprudences que commettait sa malade étaient de nature à compromettre la responsabilité de ceux qui lui donnaient des soins. D'ailleurs, cette fille n'avait réclamé que douze jours plus tard les secours d'un autre médecin.

Mais à ces questions, qu'on ne pouvait résoudre autrement, s'en joignait une autre bien plus importante, à laquelle les médecins experts avaient à répondre. C'était celle de savoir si un acouchement laborieux doit être rangé parmi les opérations graves qu'il est interdit aux officiers de santé de pratiquer. Voici la réponse de ces médecins, qui, dans le vague et l'incertitude de la loi qui nous régit, mérite que nous la transcrivions textuellement Quant à la question de savoir, disent-ils, si l'applica-


tion du forceps est une des opérations qui ne doivent être pratiquées par un officier de santé qu'en présence d'un docteur en médecine,nous pensons que l'application duforceps pouvant compromettre, dans beaucoup de cas, la santé et même la vie de la mère etcelle de l'enfant, pouvant en conséquence offrir autant de danger que la plupart des grandes opérations dont l'interdiction tégate aux officiers de santé n'est pas douteuse, cette application doit être rangée dans la catégorie des opérations qui ne peuvent être pratiquées qu'avec l'assistance d'un docteur. Mais nous devons ajouter que, dans la pratique de l'art des accouchements, ii est souvent impossible, et il serait même dangereux de respecter rigoureusement ce principe. Les circonstances qui requièrent l'application du forceps ne sauraient être prévues dans un grand nombre de cas; et quand elles se présentent, tout délai apporté à la terminaison artificielle de l'accouchement pouvant devenir préjudiciable à l'enfant et à la mère, et compromettre le salut de l'un et de l'autre, l'accoucheur, lorsqu'il n'a que le titre d'officier de santé, est non-seulement excusable de ne pas se conformer au texte rigoureux de la loi, et de ne pas différer l'opération jusqu'à l'arrivée d'un docteur, mais il pourrait même être répréhensible de sacrifier à ce texte les intérêts que le législateur a voulu au contraire protéger. Enfin, le dernier rapport contenu dans le travail de M.Otlivier d'Angers est relatif à un cas infiniment plus grave, dans lequel la responsabilité de l'accoucheur était éga!ement mise en jeu. Il s'agissait d'un accouchement laborieux dans lequel le fœtus n'avait pu être extrait que par la perforation du crâne et l'application du forceps. Des fistules vésico-vaginales et recto-vaginales avaient été le résultat des violences auxquelles il avait fallu se livrer, et l'officier de santé qui avait terminé l'accouchement, dénoncé par un confrère, était également accusé de maladresse et d'impéritie. Le rapport de MM. Ollivier d'Angers et P. Dubois a complètement disculpé ce chirurgien de l'accusation portée contre lui, en démontrant que les déplorables résultats de cet accouchement étaient dûs, d'une part à la mauvaise conformation du bassin, et de l'autre à ce que cette malheureuse femme était restée pendant trois jours confiée aux soins d'une femme ignorante, et se livrant illégalement à la pratique des.accouchements. Réflexions. L'étendue que nous avons déjà donné à cet article ne nous permet pas de reproduire quelques-unes des raisons sur lesquelles les médecins experts s~ sont ap-


puyés pour déclarer fausses et calomnieuses les inculpations dirigées contre l'accoucheur. On voit avec peine un homme de l'art dénoncer ainsi un confrère qui, dans une circonstance excessivement pénible, s'est strictement conformé aux règles que lui imposait la nécessité. Les termes de cotte dénonciation annoncent d'ailleurs, ou une ignorance complète des opérations qui se pratiquent en pareil cas, ou une animosité que des intérêts froissés expliquent, mais n'excusent point. C'est donc avec toute justice que les médecins consultés par l'autorité se sont attachés à repousser tout soupçon d'impéritie qui aurait pu nuire à l'opérateur.

Les cas dans lesquels la responsabilité du médecin est invoquée ne sont pas rares, et malheureusement notre réputation y perd toujours quelque chose, alors même que les tribunaux repoussent d'injustes accusations. Aussi est-ce presque toujours en spéculant sur la crainte des débats judiciaires, excessivement nuisibles au praticien, que les familles nous intentent des actions qu'elles espèrent nous amener à éteindre par un arrangement onéreux. Depuis que deux ou trois jugements mémorables ont mis en jeu la cupidité ou l'ingratitude des malades, ces déplorables procès sont devenus infiniment plus nombreux, et l'exercice de notre art, déjà si pénible, et récompensé par un gain si modique, sera tout à fait impraticable,si les médecins consultés par l'autorité dans ces tristes débats ne s'élèvent pas avec énergie, ainsi que l'ont fait les auteurs des rapports que l'on vient de lire contre les criants abus que nous nous efforçons de signaler. Déjà cette épouvante est telle, qu'elle conduit quelquefois les médecins à des actes qui seront certainement blâmés, et qui, disons-le hautement, seraient extrêmement blâmables si l'on ne connaissait les motifs qui ont pu les faire agir ainsi. Dans plusieurs circonstances ils ont refusé de donner leurs soins à des malades qui leur semblaient dans des conditions périlleuses, craignant, avec plus ou moins de raison, dans le cas d'une terminaison funeste, pour leur réputation et même pour leur responsabilité. C'est principalement dans des cas d'accouchements laborieux que l'on a trouvé cette répugnance des hommes de l'art à se charger d'opérations difficiles. Ainsi nous serons bientôt en mesure de publier un cas très-curieux de présentation de l'épaule, dans lequel trois médecins refusèrent successivement do porter secours à la malade; un quatrième se rendit près d'elle; mais après avoir reconnu la position vicieuse du fœtus, se


retira sur-le-champ, et il fallut recourir, après un assez long intervalle de temps, à des chirurgiens plus hardis ou plus versés dans la pratique des accouchements. De pareils actes sont blâmables sans doute, mais ils ne sont que le résultat des poursuites exercées contre des liommes de l'art qui souvent n'avaient d'autres reproches à se faire que d'avoir écouté la voix de l'humanité, au risque de voir à la fois compromises et leur réputation et leur fortune. Nous avions présagé les effets inévitables de ces nombreux procès en en faisant connaître les détails aujourd'hui nous les constatons, et nous ne pouvons que les déplorer, car il est pénible de songer que le praticien peut, par l'effet de la loi qui nous régit, continuellement se trouver placé entre l'intérêt de l'humanité et celui de la conservation de son honneur et de sa propre fortune. ART. 1970.

Considérations sur le testicule retenu à l'anneau. La lettre suivante nous est adressée par M. Oustallet, médecin à Montbelliard (Doubs).

Permettez-moi de vous soumettre quelques réftexions sur un fait chirurgical d'un haut intérêt, et digne, sous tous les rapports, de fixer l'attention des praticiens. La plupart de nos grands traités de chirurgie gardent le silence le plus absolu, ou laissent au moins dans l'incertitude et le vague, sur la sortie tardive des testicules, les dangers qui accompagnent souvent ce vice de conformation et les moyens propres à y remédier.

MM. Roche et Sanson, dans leurs nouveaux éléments de pathologie et de thérapeutique, s'expriment ainsi à ce sujet "L'absence des testicules n'est ordinairement qu'apparente elle provient de ce que, par l'effet d'une cause quelconque, les organes retenus dans l'abdomen ne sont point descendus dans le scrotum; il est rare que les deux testicules manquent à )a fois, mais il l'est beaucoup moins de voir manquer l'un d'eux. Dans l'un et dans l'autre cas, il n'y a rien à faire. »

Les journaux de médecine ne m'ont également rien appris à cet égard. Cependant le professeur Richerand parait avoir senti vivement le danger de ce vice de conformation. Voici comment il en parle dans sa nosographie chirurgicale: « Cette disposition organique me parait tellement grave, que je n'hésite pas à la ranger parmi celles qui rendent impropre au métier des armes. » tl cite une observation


quejetui ai empruntée, et que je reproduirai plus bas,où il démontre tous les accidents qui peuvent accompagner cette difformité congéniale; deux observations qui me sont personnelles, et d'autres empruntées à la longue et heureuse pratique de mon père, m'ont conduit à quelques considérations que je vais vous présenter

1° Dans l'immense majorité des cas, les testicules arrêtés derrière l'anneau descendent-ils jamais dans le scrotum? Des accidents graves, et parfois capables de compromettre l'existence des individus, n'accompagnent-ils pas ce vice de conformation ? `?

2° Si, dansl'immense majorité des cas, les testicules arrêtés derrière l'anneau au moment de la naissance ne descendent point dans le scrotum, et si cet arrêt s'accompagne d'accidents graves et susceptibles de compromettre la vie des individus atteints de ce vice de conformation, n'estit point prudent et rationnel d'y remédier dès la naissance, lors même que des observations rares, mais authentiques, prouveraient que cette descente,qu'on me passe l'expression, a pu avoir lieu dans quetques circonstances heureuses. Je me suis livré, autant que le permettait l'exiguité de mes ressources bibliographiques, à des recherches sur l'absence des testicules, l'issue que pouvait avoir ce vice de conformation, les accidents qu'il déterminait et les moyens d'y remédier.

Hevin.seut, parmi les chirurgiens du dernier siècle, s'exprime ainsi dans son Cours de pathologie et de thérapeutique (page 43~: Quelquefois, dit-il, après avoir descendu lentement, le testicule tombe tout à coup du ventre, dans une adolescence avancée, lorsque le sujet fait quelque effort, mais il ne descend jamais dans le scrotum aussi bas que celui qui s'y trouve dès )a première jeunesse. H reste, pendant toute la vie, une inégalité à cet égard. ? » C'est presque toujours derrière t'annpau que cet organe s'arrête d'autres fois, il s'engage dans cette ouverture, J contracte des adhérences avec eUe, et, dans ces deux cas, il fait tumeur à la partie interne du pli de l'aine; cette tumeur est douloureuse quand on la comprime des vêtements trop serrés, les fatigues de la marche, des travaux pénibles, des efforts violents, l'impression du froid, peuvent en déterminer le gonflement inflammatoire; elle expose, en outre, à un accident sur lequel les auteurs se taisent, malgré sa gravité, et dont je rapporterai des observations parmi lesquelles se trouve consignée celle du professeur Richerand.


Première observation. H y a plusieurs années qu'un praticien distingué fit appeler mon père en consuitation; il s'agissait d'un nouveau marié chez lequel on soupçonnait l'étranglement d'une hernie à la suite du coït. Le malade- présentait les symptômes suivants: vives douleurs abdominales irradiant dans l'aine droite, où il existait une tumeur du volume d'une grosse noix, extrêmement sensible au toucher, anxiété extrême, pouls petit et serré; plusieurs vomissements avaient eu lieu; en explorant la tumeur, mon père s'assura que le scrotum était entièrement vide de ce côté. H reconnut alors un étranglement occasionné par le testicule; une saignée du bras, des bains généraux tièdes et émollients, des fomentations de même nature firent cesser tous les accidents. Le sieur C., aujourd'hui âgé de cinquante ans, conserve sa difformité congéniate, et n'a point eu d'enfant.

Deuxième observation. Un cultivateur me fit appeler pour donner des soins à son fils, âgé de vingt-cinq ans. Je trouvai ce jeune homme couché, sa figure exprimait l'anxiété, son pouls était petit et serré, le ventre dur et tendu. Il se plaignait d'une vive douleur dans l'aine, et avait eu quelques vomissements. Je reconnus une petite tumeur excessivement sensible au toucher, située dans l'aine gauche, avec vacuité du scrotum de ce côté ayant constaté tous les symptômes d'un étranglement testiculaire, si je puis parler ainsi, je lui fis une saignée du bras; il fut ensuite placé dans un bain; on frictionna la partie avec une pommade de belladone, et, au bout de quelques heures, le calme reparut. Ce jeune homme attribuait, avec raison, tout ce désordre aux efforts qu'il avait faits en levant et en portant plusieurs sacs de pommes de terre.

Troisième observation (empruntée au professeur Richerand). Un jeune homme, âgé de vingt ans, avait conservé, des jeux de son enfance, l'habitude de sauter à la corde; il se livrait à cet exercice, lorsque deux corps ovoïdes, qu'il portait derrière les anneaux, s'engagent dans les ouvertures, avec la sensation d'un déchirement et d'une douleur extrême. Il y porte la main; son scrotum était vide comme par le passé, mais l'aine du côté droit se trouvait remplie par une tumeur globuleuse et qui, sortie par l'anneau inguinal, s'étendait en dehors, de manière qu'elle ressemblait plutôt à une hernie crurale, qu'à un bubonocèle. M. le docteur Louyer Villermay, médecin des dispensaires, est consulté. <'A l'examen du scrotum, continue M. Richerand, qu'on avait fait appeler; je reconnus de suite


que cette tumeur était formée par le testicule qui, dans sa tardive, mais brusque sortie, avait entraîné à sa suite le péritoine et une portion d'intestin. La forme de la tumeurne put m'en imposer, et je compris qu'elle ne s'était étendue du côté de l'aine que par la difficulté qu'elle avait éprouvée à descendre dans le scrotum. Le malade fut plongé dans un bain pendant cinq heures, et lorsque l'immersion eut produit le relàchement désiré, je parvins à réduire la tumeur avec assez de faci)ité, en y employant toutefois sept à huit minutes; le testicule rentra à la suite. Le lendemain, je fis appliquer un bandage inguinal double, en avertissant le malade qu'il devait le porter pendant cinq ou six ans, temps nécessaire pour l'obtitération de l'anneau.a La rétention des testicules derrière l'anneau est, comme on le voit, une incommodité fâcheuse et grave par la gêne que leur présence occasionne, par les hernies auxquelles leur sortie tardive expose, et, enfin, par l'étranglement qui peut survenir; je crois donc qu'il est prudent et rationnel, dès qu'on a reconnu, au moment de la naissance, l'absence d'un ou des deux testicules, de conseiller l'application d'un bandage, l'oblitération de l'anneau étant le meilleur moyen de remédier aux accidents ci-dessus mentionnés. ART. 1971.

De l'embaumement considéré comme méthode curative de la gangrène.

M. le docteur Lafargue a proposé, dans le journal la Lancette, de tirer parti des procédés de M. Gannal dans le traitement de la gangrène. Après quelques considérations sur cette maladie et sur les médications qu'elle réclame à ses diverses périodes, ce médecin fait connaître le fait suivant, dans lequel il a emptoyé avec succès la liqueur conseillée pour les embaumements.

a Bertrand, charpentier, âgé de soixante-dix ans, habitant Villeneuve-le-Roi, près Paris fut atteint d'un érysipète au mollet gauche, cette partie étant préatabtement un peu infiltrée. L'atonie était générale chez ce vieillard; le cœur n'offrait cependant pas d'altération apparente; le pouls était faible, mais lent et régulier; la rougeur exanthémateuse, plus foncée qu'à t'ordinaire, n'était point limitée la douleur et la chaleur, d'abord assez vives, disparurent complétemeut le huitième jour, et la peau devint


livide. Le cinquième jour je trouvai plusieurs taches noires surmontées de petites phlyctènes remplies d'une sérosité roussâtre; ces plaques étaient parfaitement insensibles. Au bout de vingt-quatre heures elles s'étaient étendues au point de se confondre. Ce jour-):) la partie était froide et crépitante. Le lendemain l'escarre était très-manifeste et bien circonscrite; sa largeur était de cinq pouces, et son diamètre de deux pouces et demi; elle était ramollie, noire et très-fétide; elle s'étendait jusqu'à deux lignes dans l'épaisseur du tissu cellulaire sous-cutané. Les toniques les plus actifs, administrés depuis quatre jours à l'intérieur et à l'extérieur, furent sans effet; il ne restait donc plus qu'à prévenir la putréfaction de cet escarre en attendant sa chute. Il me vint alors à l'esprit de recourir, non aux lotions chlorurées ni aux astringents, mais à la liqueur conservatrice de M. Gannal, que ce célèbre chimiste venait alors de faire connaître. Je pris donc

Eau ordinaire 2 livres. Alun et chlorure de sodium, de chaque 4 onces. Nitrate de potasse 2 onces. L'eau étant en ébullition, j'y fis dissoudre en premier lieu l'alun, puis le chlorure de sodium, et enfin le sel de nitre. Je filtrai le mélange, et dès qu'il fut tiède, je m'en sèrvis pour lotionner l'escàrre, que j'incisai en plusieurs endroits, afin de mieux l'imbiber. Ayant trempé une douzaine de plumasseaux de charpie dans ce liquide, je les apposai en trois couches sur la partie gangrenée je mis par-dessus une compresse qui fut maintenue par un bandage médio crement serré. Je persistai néanmoins dans l'administration interne de l'extrait de quinquina, et j'eus soin d'entretenir une douce température autour du pied et de la cuisse. L'appareil fut enlevé à midi. Mon espoir ne fut pas vain l'odeur repoussante n'existait plus, les tissus étaient moins crépitants, et le malade ressentait de la douleur aux environs. Le même pansement fut immédiatement renouvelé, ainsi que le soir. Je me comportai le lendemain absolument de la même manière ce jour-là un cercle franchement inflammatoire s'était dessiné; l'escarre était résistante et sans odeur. Qu'il suffise enfin de dire que la suppuration éliminatrice ne tarda pas à survenir, que l'escarre ne tomba que le vingt-huitième jour, que l'utcère qui lui succéda fut promptement cicatrisé, et le malade parfaitement rétabli. »

Ce n'est pas, suivant M. Lafargue, par l'emploi du liquide


de M. Gannal qu'il faut débuter dans le traitement de la gangrène. Lorsque la plaie fournit un mélange de pus et de matières putrides, dont la résorption pourrait avoir des effets funestes, on doit chercher à dessécher l'escarre en le saupoudrant avec la poudre de chêne; puis, lorsque les liqueurs sànieuses ont disparu, on arrose avec le liquide indiqué ci.dessus, qui jouit bien plus que le tan de la propriété d'arrêter la putréfaction. On conçoit facilement dans quelles circonstances ce liquide pourrait être employé; ce n'est évidemment que dans la gangrène humide, et alors seulement qu'il devient nécessaire de retarder la putréfaction.

M. Lafargue a fait usage, en outre, de l'alun, de l'hydrochlorate de soude et du nitre, dans certains cas d'ulcères atoniques. H a employé ces sels sous forme de pommade, en les unissant à l'axonge (une partie de ces sels sur quatre parties d'axonge); enfin, l'analogie le conduit à penser qu'on en pourrait tirer un parti avantageux, soit en liquides. soit en pommade, dans le traitement de la pourriture d'hôpital, de la stomatite gangréneuse, de certains écoulements, et de plusieurs autres maladies dans lesquelles il est besoin de médicaments antiseptiques.

ART. 1972.

Considérations pratiques sur les blessures de ~'o~. Le docteur Isaac Hays a publié, dans l'american Journal of <~e medical sciences, quelques observations sur les blessures de l'œi), qui ne paraîtront pas dénuées d'intérêt. Un enfant de douze ans fut admis à l'hôpital le 10 novembre 1838. Six semaines auparavant, étant occupé avec un autre garçon à cueillir des châtaignes, un de ces fruits revêtu de son enveloppe épineuse tomba de l'arbre sur son œi). Il en résulta une assez vive inflammation. que quelques soins ne dissipèrent qu'imparfaitement. La vision ne se rétablissant pas complètement, sa mère l'envoya à l'hôpital. En y examinant l'œi) malade, on voyait alors quatorze ou quinze épines de châtaigne implantées dans la cornée que quelques-unes d'entre elles traversaient entièrement la conjonctiveétait rouge,mais moins que ne l'aurait fait supposerla présenced'une si grande quantité de corps irritants. Trois de ces épines furent extraites avec la pointe d'une aiguille à cataracte. L'œii devint alors tellement irritable, les larmes s'écoulèrent si abondamment en même temps


que les vaisseaux s'injectaient, que je pensai qu'il était convenable de suspendre toute opération, pour y revenir plus tard.Uneonce de sel d'epsom fut prescrite pour ce jour et le suivant. Deux jours après la rougeur et l'irritabilité persistaient je ne pus extraire que deux épines, et prescrivis encore le sel d'epsom. En continuant ainsi, toutes les épines furent successivement enlevées; l'une d'elles avait traversé la cornée, et semblait pénétrer dans l'iris; son extraction fut difficile, et je n'y parvins qu'après plusieurs tentatives. Lorsque je l'enlevai, une partie de l'humeur aqueuse s'écoula. Cependant la plaie se cicatrisa aussi bien que les autres, et il serait difficile de voir dans quels points les épines ont pénétré. Le 29 octobre le malade était complètement guéri.

La légère inflammation qui résulta de ces blessures est digne de remarque; cependant, il est d'observation que les plaies de la cornée s'accompagnent généralement de moins d'inflammation que celles qui atteignent toute autre partie de t'œit, et bien souvent après leur guérison elles laissent peu ou point d'opacité; mais aussi lorsque cette partie a été prise d'inflammation, lorsque ses vaisseaux ont été dilatés de manière à donner passage au sang rouge, i! est extrêmement difficile de lui restituer ses conditions normales.

Un accident très-commun chez les tourneurs en fer est la perforation d'une partie de la cornée par des parcelles de ce métal. J'ai été consulté par un malade qui avait une semblable blessure; la portion du corps étranger, qui dépassaitla cornée, irritait violemment la conjonctive; je l'enlevai aisément avec une aiguille à cataracte, et je conseillai l'usage du sel d'epsom à l'intérieur, et des applications froides sur t'œit. Ce cas était trop léger pour que le malade fût admis dans l'établissement; et, en effet, quelques jours après, t'œit était complètement guéri.

Une petite fille de huit ans fut admise à l'hôpital le 8 novembre 1838, offrant un prolapsus de l'iris du côté droit; (juinze jours auparavant elle s'était frappée t'œit droit avec une fourchette dont la pointe avait pénétré dans la partie inférieure et externe de la cornée, à une ligne ou deux de sa jonction avec la sclérotique; l'inflammation s'était développée, et persistait encore lors de son entrée à l'hôpital. L'iris était poussée en avant, formant une petite tumeur qui était attirée vers la plaie, et rendait ainsi la pupille ovale. L'inflammation fut d'abord combattue par )a saignée, les purgatifs et la série habituelle des antiphlo-


gistiques; puis on toucha le prolapsus de Firis avec du nitrate d'argent. Sous l'influence de ce traitement cette chute de l'iris disparut, la plaie se ferma, et la petite malade put sortir guérie le 19 décembre. Il restait cependant une adhérence permanente de l'iris à la cornée au point blessé, et la pupille était irrégulière; sa vue n'en était pas moins excellente, et les mouvements de l'iris, bien que li- mités, n'étaient pas entièrement détruits.

Un homme âgé de trente-deux ans, se trouvant auprès d'une personne qui tirait un coup de fusil, un fragment de la capsule fut lancé dans son œil droit, passa au travers de la cornée vers son centre, et pénétra dans la lentille, où probablement elle se logea. Six semaines après, le 15 septembre 1838, il fut admis à l'hôpital; la blessure de la cornée était alors cicatrisée; le cristallin était opaque, la conjonctive fort enflammée, et enfin il existait une photophubie prononcée avec abondante sécrétion de larmes. L'impression douloureuse que lui faisait éprouver la lumière l'avait forcé à interrompre ses travaux, parce que l'autre œil souffrait par sympathie. Les saignées, les ventouses, les purgatifs, enfin tous les antiphlogistiques dissipèrent l'inflammation mais comme la saison n'était pas favorable pour l'opérer, cet homme retourna chez lui, et reprit ses travaux sans qu'il éprouvât d'autre inconvénient de la présence du corps étranger dans son œil que la perte de la vue de ce côté.

Dans les blessures de l'œil par de petits projectiles, tels que des portions de capsules, de petits fragments de pierres, etc., il faut s'occuper de retirer immédiatement ces corps étrangers, et peut-être n'a-t-on pas assez insisté sur ce point. Il y a quelques années, un homme vint me consulter pour un mince fragment de pierre d'un demi-pouce de longueur, qui avait pénétré-dans son œil; l'une de ses extrémités atteignait le cristallin, et l'autre répondait à la cornée. Cet accident était arrivé quelques jours auparavant dans une carrière où il travaillait, et où une mine avait fait explosion prématurément. Un médecin qui l'avait visité aussitôt s'était borné à lui prescrire un purgatif et des lotions froides sur l'œil, mais avait refusé d'extraire le corps étranger, disant que la suppuration le détacherait. Le malade éprouvait des douleurs tellement intolérables, qu'il se décida à venir réclamer des secours à la ville. On s'imagine facilement dans quel état il devait être au bout de quelques jours son œil était enflammé au plus haut degré. Le corps étranger fu~


aussitôt saisi avec des pinces et retiré, à l'exception d'un très-petit fragment qui resta implanté dans le cristallin, comme il parut par la suite. Par un traitement antiphlogistique très-actif, l'œit fut sauvé; il resta cependant une légère tache de la cornée, et une complète opacité du cristallin. On peut donc avancer comme règle générale que les corps étrangers lancés dans l'œit doivent être retirés immédiatement il n'y a d'exceptions que pour les cas dans lesquels ces corps sont de petites parcelles de fer, qu'ils sont entrés dans la chambre antérieure sans blesser l'iris, ou qu'ils sont complètement ou presque comptétement cachés dans le cristallin.Dans le premier cas,il peutar-'river qu'ils soient entièrement résorbés, et, dans le second, l'expérience m'a prouvé qu'ils ne déterminent pas d'irritation générale, et que, bien que l'opacité du cristallin en soit la suite, on ne pourrait prévenir cet accident en cherchant à les retirer. Le cristallin peut d'ailleurs être extrait plus tard, si on le juge convenable.

Los moyens employés pour retirer ces corps étrangers doivent varier suivant l'étendue de la plaie, la partie dans laquelle ils sont implantés, leur situation et le temps qui s'est écoulé depuis leur introduction dans t'œi). Si le corps étranger a perforé la cornée, sans cependant se loger derrière elle,c'est avec uneaiguille à cataracte qu'on doit le retirer s'il en parait encore une partie t'extérieuron te saisit avec des pinces dans ce dernier cas, il est possible qu'on soit obligé d'agrandir la plaie, soit avec un bistouri, soit avec une aiguille à cataracte. Si le corps étranger a entièrement passé dans la chambre antérieure, pénétrant ou non l'iris, et si la plaie de la cornée n'est pas cicatrisée, on élargira suffisamment cette plaie avec un couteau à cataracte, ou bien, ce qui est préférable, avec des ciseaux, et on le retirera avec des pinces très-fines. Si la plaie est cicatrisée, il faut r'ouvrir la cornée comme si on avait à faire l'opération de la cataracte.

Lorsque le corps étranger a complètement disparu dans t'œit, et qu'il ne peut être aperçu, comme cela arrive quelquefois, son extraction est très-difScitc, et le plus souven~ les résultats en sont fâcheux pour l'organe. Un cas semblable s'est présenté il y a quelques années à mon observation. Un homme avait une plaie pénétrante de la cornée, près de son bord s'étendant jusqu'à l'iris. En déchargeant un fusil, une portion de la capsule l'avait frappé à t'oei) Y- à l'instant une certaine quantité de liquide s'était écoutée, J mais il ne pouvait dire si le corps étranger s'était échappé


ou non. Plusieurs heures s'étaient déjà écoulées depuis ce moment l'œil, fort enSammé, était excessivement douloureux, et le blessé avait eu plusieurs vomissements. L'organe était dans un état à ne pas permettre un examen approfondi, qui d'ailleurs eût été inutile. Un traitement antiphlogistique très-actif calma en peu de jours les accidents inflammatoires, et cet homme, éloigné de plusieurs milles de sa demeure. voulut absolument retourner chez lui. La douleur et l'inflammation, bien que modérées, ne se dissipèrent pas entièrement; à la moindre cause elles se ranimaient. Ce fut alors qu'un médecin du voisinage, pensant avec raison que ces accidents étaient dus à la présence du corps étranger, se décida, bien que l'œil fût complétement désorganisé, à y plonger un bistouri pour en faciliter la sortie. L'humeur aqueuse, le cristallin, qui était opaque, et l'humeur vitrée.s'échappèrent par la plaie; avec cette dernière s'échappa aussi le fragment de capsule, qui probablement était en contact avec la rétine, et causait ainsi de la douleur et de l'irritation. L'absence de certitude que ce fragment fût encore dans l'œil, et, dans cettè supposition, quelque espoir qui me restait qu'il se fût logé dans le cris.tallin où sa présence ne produirait d'autres accidents que l'opacité de cette humeur, m'avaient empêché de recourir à cette opération avant le départ du blessé.Si je l'eussepratiquée alors, j'aurais à la vérité épargné beaucoup de douleurs au malade mais c'est une mesure extrême à laquelle je n'ai recours que dans les cas les plus désespérés. ART. 1973.

Considérations pratiques sur les maladies de la peau. Diverses affections exanthémateuses par le docteur de Boret, médecin à Jussey, membre correspondant de plusieurs sociétés savantes (1).

Après avoir consacré dans ce journal plusieurs articles à l'histoire des affections vésiculeuses et papuleuses, et avoir décrit la plupart des exanthèmes, je dois aujourd'hui dire quelques mots des maladies de ce dernier ordre, pour lesquelles il n'est point utile de rédiger des articles spéciaux.

S 1. Erysipèle. L'érysipèle est un exanthème non ())Voy. à la Table générale les mots Herpes, Eczéma, ~:7<at'c, $tf dam/M, Prurigo, Liehen, etc.


contagieux qui consiste en une inflammation douloureuse de la peau, avec rougeur et chaleur de cette membrane, et tuméfaction plus ou moins prononcée du tissu cellulaire sous-cutané. Dire que l'érysipèle peut être vrai ou simple, apyré~ique, fébrile, bilieux, œdémateux, phlegmoneux, adynamique, gangreneux, ambulant ou erratique, traumatique, spontané, métastatique, c'est rappeler des distinctions qui sont connues de chaque praticien. Souvent il contracte, d'une manière accidentelle, des caractères qui n'appartiennent point à l'ordre des exanthèmes; ainsi, il n'est point rare de voir sa surface couverte de vésicules confluentes (E. miliaire), ou de bulles plus ou moins développées (E. phlycténoïde). Le plus souvent alors, les vésicules bulleuses s'entr'ouvrent, et l'évaporation convertit une partie de la sérosité en croûte jaunâtre ou noirâtre d'un à plusieurs millimètres d'épaisseur; d'autres fois, au contraire, l'épiderme résiste, et la sérosité est transformée en une couche molle, jaunâtre, qui recouvre le derme. J'ai vu ainsi un érysipèle bullo-vésiculeux couvrir moitié du visage d'une espèce de masque jaunâtre qui a persisté après la diminution de l'inflammation, et dont il eût peut-être été difËcite, au premier aspect, de reconnaître la nature. En général, l'érysipèle a une marche tellement caractéristique, qu'on ne peut le confondre avec aucune autre maladie; il a été classé par Alibert dans l'ordre des dermatoses exémateuses. Il est à peine utile de rappeler que les. principaux moyens employés pour le combattre sont, suivant les indications particulières, les évacuations sanguines, les vomitifs, les purgatifs, les cataplasmes, les lotions, les poudres absorbantes, le camphre mouillé, la pommade hydrargirique double à haute dose, la cautérisation avec le nitrate d'argent sur les limites du mal, les vésicatwires et la compression.

§ 2.-Syphilide exanthémateuse. (Roséole syphilitique de plusieurs auteurs). L'histoire d'un ordre d'affections cutanées serait, je crois, incomplète si l'on n'y faisait pas mention, au moins pour mémoire, de la syphilide qui s'y rapporte. Voici donc les caractères à l'aide desquels on peut distinguer l'exanthème syphilitique des autres maladies du même ordre il se montre plus souvent avec les phénomènes primitifs qu'avec les accidents consécutifs de la syphilis; presque toujours il apparaît brusquement, à la manière de la roséole, couvre une grande partie du corps sous forme de petites taches d'un rouge cuivreux, s'effaTOM. XI. DE MAM. 8


çant momentanément par la pression, et n'occasionnant généralement ni chaleur, ni prurit; après quelques jours de durée, il pâtit, devient jaunâtre et ne disparaît complétement qu'après plusieurs semaines, en laissant à sa suite une desquamation presque insensible.

§ 3. Brûlure ea:a?t~tem~(eMse. (Brûlure érythéma<eM.<e; erythema pef adustionem, d'Alibert; premier degré de la brûlure de Uupuytren). Suivant l'intensité et le siège de la brûlure, suivant la nature du corps qui l'a produite, elle peut affecter diverses formes qui la rapprochent de l'érythème, de l'érysipèlephtycténoïde ouphlegmoneux, du pemphigus et de la gangrène. Il n'est même pas besoin, pour produire une brûlure examhémateuse ou bulleuse, que la peau soit soumise à une température très-élevée. C'est ainsi que les rayons solaires, l'usage habituel des chaufferettes, peuvent déterminer des brûlures présentant les caractères d'un exanthème aigu ou chronique. Dans ce dernier cas, il existe une desquamation furfuracée. L'eau froide, la pulpe de pomme de terre, la gelée de groseilles, l'encre, le coton, l'eau rendue astringente ou résolutive, un topique de terre ferrugineuse arrosée de vinaigre, un cataplasme d'huile et de farine, sont les moyens généralement employés contre la brûlure exanthémateuse. § 4. Engelure exanthémateuse. (Engelure erythémateuse erytheme pernio d'Alibert). Le degré le plus simple de l'engelure consiste en un engorgement peu prononcé, avec rougeur légère et prurit augmentant par l'action de !a chaleur. Le moyt;n.~d'éviter cette maladie, est de changer le mode de vitalité des parties qui y sont disposées à cet effet, on emploie les bains locaux sulfureux, les lotions avec l'eau très-froide, le vin rouge du midi, l'eau de vie camphrée, le baume de Fioraventi, l'eau alumineuse; on pratique aussi des frictions avec la neige et la flanelle; enfin, on évite avec soin les changements subits de température, et les applications émollientes. Si l'engelure est déclarée, et que, sous forme aiguë, elle affecte le tissu cellulaire sous-cutané, on la combat par des cataplasmes de sureau et de farine de seigle légèrement arrosés d'extrait de saturne; à un moindre degré d'intensité, elle est avantageusement modifiée par les teintures aromatiques. (Voy., en outre, les art. 1237,1804 et 1835 de ce journal.) § 5. Exanthèmes artificiels. Les frictions stimulantes, les piqûres, les applications de farine de moutarde et de feuilles d'ortie, les emplâtres irritants, l'usage interne du copahu, sont des causes d'exanthèmes artificiels qui res-


tent en général bornés à une petite surface, et ne sont point accompagnés de danger; la pression longtemps continuée sur une même partie du corps occasionne aussi une inflammation cutanée qu'Alibert désignait sous le nom d'erythema paratrimma.

Parnu tes insectes, il en est plusieurs qui peuvent occasionner des exanthèmes. Les applications de cantharides, les piqûres de puce, de pou, de cousin, de taon, de punaise, de guêpe, d'abeille, produisent des effets qui sont connus de tout le monde les fourmis déterminent aussi la vésication, soit qu'elles déposent simplement l'acide formique à la surface de la peau, soit qu'elles t introduisent sous l'épiderme au moyen d'un aiguitton dont la plupart d'entre elles sont pourvues. Plusieurs carabes rendent par la bouche une liqueur noire irritante; ils jettent aussi par l'anus lorsqu'on les inquiète, une humeur caustique qui peut occasionner quelques accidents. M. le Peige, qui s'occupe d'entomologie depuis longues années, reçut un jour, sur le menton et sur un (Bit, le liquide qui lui fut lancé par un crabe (procrustes coriaceus) dont il traversait le corselet au moyen d'une épingle; il en résulta une cuisson assez vive du menton, et une douleur intolérable de t'œit, avec cécité pendant quelques instants, et obscurcissement de la vue durant une semaine. Le même entomologiste, d'après sa propre expérience, admet, avec les auteurs, que les chenilles velues sont presque toujours celles qui déterminent des accidents exanthémateux, et que ces accidents doivent être attribués, non à l'existence d'un venin particulier, mais à l'action toute mécanique des poils dont la plupart d'entre elles sont pourvues; il admet en outre, avec quelques auteurs, que les chenilles nues peuvent déterminer des exanthèmes sur les personnes très-irritables, et il en donne une explication satisfaisante en attribuant cet effet aux crochets dont leurs pattes membraneuses sont pourvues, et qui servent à assurer leur marche sur les feuilles et les tiges.

Le traitement des exanthèmes artificiels se compose de l'éloignement des causes et d'applications émollientes, narcotiques ou résolutives les liniments huileux sont surtout utiles pour entraîner les poils des chenilles qui irritent la peau. En cas de piqûres de guêpe ou d'abeille, si l'aiguillon est resté dans la peau, on doit t'enlever avec soin et sans comprimer la vésicule dont it peut être muni.


ART. 1974.

Du traitement médical et préservatif de la pierre et de la gravelle, par le docteur Civiale. (Analyse.) (1) M. le docteur Civiale a voulu compléter, par la publication de ce volume histoire do la maladie calculeuse qu'il aura ainsi étudiée sous toutes les formes. La gravelle est peut-être plus importante encore à étudier que la pierre puisqu'elle est l'origine de cette maladie, qu'eue est accessible à nos moyens médicaux, et que si les malades recouraient à propos à des moyens rationnels ils éviteraient, dans bien des cas, le développement d'un calcul vésical qui nécessite plus tard la cystotomie ou la lithotritie. L'auteur étudie donc avec soin la gravelle dans toutes ses périodes, depuis le moment ou l'urine contient seulement des sables rouges et des dépôts pulvérulents, jusqu'à celui où il s'échappe par l'urètre des calculs volumineux. Les praticiens trouveront, dans les considérations étendues auxquelles il se livre sur ce sujet, des préceptes que la fréquence et la gravité de cette maladie rendent précieux. Ces préceptes découlent non pas d'une vaine théorie, car M. Civiale est l'ennemi déclaré des théories sur la dissolution de la pierre, mais de l'expérience et d'une longue application à la pratique, qui les lui ont démontrés véritablement utiles. Nous ne prendrons pour exemple que te traitement 'conseitie par ce chirurgien pour calmer les douleurs qu'accompagne l'expulsion de la gravelle chez certains malades, et que l'on désigne sous le nom de coliques-néphréH~MM. Chacun sait qu'un traitement antiphlogistique trèsactif doit être employé, que des saignées, des sangsues, des bains prolongés, les boissons et les applications émollientes sont les moyens auxquels on a recours. Mais, si ce traitement est insuffisant, ou si des circonstances particulières s'opposent à son emploi, que fera le praticien dans ces cas embarrassants ? Voici les conseils que donne M. Civiale sur ce sujet

« Quelquefois cependant, dit-il, le résultat se fait attendre il n'est pas rare, d'ailleurs, qu'on éprouve des difficultés dans l'emploi de ces divers moyens. Les vomissements qui accompagnent souvent tes coliques néphrétiques (1) Un vol. in-8. A Paris, chez Crochard et compagnie, place de a'Eco)e.de.Mëdecine,<7.


privent de la puissante ressource des boissons. D'un autre cote, la sécrétion rénale est presque toujours considérablement diminuée, sinon même suspendue au moment où les accidents offrent le plus de gravité. Ces deux circonstances, dont on n'a pas suffisamment tenu compte dans l'indication des traitements conseillés par les auteurs, placent le praticien dans un pénible embarras, surtout lorsqu'il peut supposer un gravier engagé dans les uretères. On ne saurait guère compter sur une série de moyens secondaires qu'on a vantés successivement, mais qui demeurent sans résultat. Dans plusieurs de ces cas graves, j'ai été réduit à tenir les malades plongés pendant plusieurs heures dans un bain émollient ou légèrement alcalin, préparé en mettant six à dix onces de bi-carbonate de soude dans une baignoire ordinaire, et qu'on avait soin d'entretenir à la même température. En même temps, j'administrais quelques doses d'opium sous forme de petits lavements ou de suppositoires; mais il y a des circonstances où cette dernière ressource manque, le malade ayant la diarrhée.

« Lorsque les matières ingérées, soit par la bouche, soit par l'anus, ne peuvent être retenues, il ne reste d'autres ressources que les saignées et les bains. De temps en temps on essaie un petit lavement calmant, composé de deux cuIHerées à bouche d'un mucilage de graine de tin, d'une cuillerée à café d'huile d'amandes douces, et d'un demigrain à un grain d~ extrait gommeux d'opium. Si le malade rend ce lavement, on lui en donne un second, un troisième, un quatrième, jusqu'à ce qu'il Ënisse par en absorber une certaine quantité, et aussitôt on voit survenir un soulagement qui permet de recourir aux autres moyens que je viens d'indiquer. Ici, aussi bien que dans la plupart des maladies des voies urinaires, les opiacés ne doivent généralement être employés que pour faciliter l'application d'autres remèdes.

« Si les petits lavements sont repoussés instantanément, on essaie les suppositoires, préparés avec un demi-gros de beurre de cacao, un demi-grain d'extrait d'opium et autant d'extrait de jusquiame. On peut en introduire plusieurs à la suite l'un de t autre, quand le malade ne les garde pas. Cependant il faut user avec modération des substances opiacées par l'anus, se rappeler que l'absorption par le rectum est très-active, et ne pas perdre de vue que, si l'on n'y prend garde, on provoquera un narcotisme qui, à son tour, aura de graves inconvénients.


« Je ne saurais trop le redire, ces cas deviennent sonvent fort embarrassants. Aussitôt que les vomissements cessent on prescrit quelques boissons, en donnant la préférence à celles qui flattent le goût du malade; dès qu'on le peut, on a recours à celles qui sont réputées les plus propres à favoriser la sécrétion rénale, telle que l'eau alcaline gazeuse et la plupart des eaux minérales précédemment indiquées (t). Une fois que, par l'emploi de ces divers moyens, on est parvenu à calmer les douleurs locales, et à faire tomber t'éréthisme général, le traitement devient de plus en plus facile, et l'on ne tarde pas à voir le gravier entrainé par l'urine, à moins qu'il ne s'arrête dans la vessie.

I) y a des cas où tout l'appareil urinaire se trouve pris. Cet appareil est alors dans un tel état d'éréthisme, qu'on ne sait par où débuter. Les bains, les lavements, les opiacés, et tous les moyens ordinaires ont échoué, quoiqu'on ait beaucoup insisté sur leur emploi, même jusqu'à provoquer une débilitation qui ne permet plus d'y revenir. On ne découvre point d'indications spéciales; on n'aperçoit aucun symptôme propre à mettre sur la voie pour trouver la source des désordres il y a plutôt souffrance générale que douleur locale fixe, le malaise se portant tantôt sur un point et tantôt sur un autre; mais il y a fièvre, perte d'appétit et de sommeil, amaigrissement; l'urine est rare, foncée en couleur et souvent fétide; elle forme un dépôt; l'excrétion en est fréquente et accompagnée de sensations pénibles. Ces états sont d'autant plus embarrassants pour le praticien, qu'ils se prolongent quelquefois beaucoup. Ce qui m'a le mieux réussi, c'est le traitement que j'emploie contre les névralgies de l'urètre et du col vésicat, mais conduit avec une lenteur extrême (2). Les premières bougies, quoiqu'on se borne à les passer dans l'urètre, sans les y laisser séjourner, produisent un peu d'exaspératon; mais, à mesure que la sensibilité du canat diminue, l'état général s'améliore; les injections dans la vessie, d'eau tiède d'abord, puis froide, par lesquelles on termine ce traitement, amènent de bons effets. Si, dans l'introduction des bougies ou des sondes, on brusque, on violente, si l'on veut aller trop vite, it y a (t) Les eaux que M. Civiale conseille de préférence sont celles de Bassani. Vichy,Carlsbad, Contrexeville,Pougues,etc. (2) Voy. art. 1606.


réaction, et les désordres qu'on cherchait à combattre, contre lesquels on avait déjà obtenu quelques avantages, reprennent avec violence. li faut recommencer, et le malade se décourage à tel point quelquefois, qu'il renonce au traitement, ou plutôt qu'il se borne aux moyens simples dont j'ai parlé, et qui restent sans succès, au moins pendant longtemps. a

M. Civiale s'occupe ensuite des coliques néphrétiques qui ne sont pas accompagnées de l'expulsion de calculs, et indique avec autant de détails les moyens à employer. Les différentes espèces de gravelles sont également étudiées, et l'auteur n'omet aucune indication qui puisse contribuer à en fixer la diagnostic ou le traitement.

Le peu d'espace que nous pouvons consacrer à l'annonce de cet ouvrage essentiellement pratique, ne nous permet pas de suivre l'auteur d::ns ses savantes dissertations sur quelques opinions émises au sujet de la maladie qui nous occupe, par quelques auteurs modernes. H nous suffira de dire queles discussions auxquelles il se livre ont toutes un intérêt direct pour la thérapeutique de la maladie calculeuse car si les idées qu'il combat avec beaucoup de vivacité sont en effet erronées, les calculeux, qui se bercent de l'espoir d'éviter une opération douloureuse par l'emploi des moyens qui leur sont conseillés, rendront par chaque jour d'attente, leur position plus critique, et arriveront enfin à une époque où la lithotritie, qui eût été d'une exécution facile au début de la maladie, deviendra une opération compliquée, douloureuse, et peut-être impraticable. ART. t975.

HOPITAL CLINIQUE DE LA FACULTÉ.

(Clinique d'accouchement.)

Accouchement prématuré, provoqué chez une naine. Nos lecteurs se rappellent peut-être qu'à notre art. 1658, nous avons rapporté l'observation singulière d'une naine qui, arrivée au terme ordinaire de la grossesse, ne put expulser un fœtus dont les diamètres n étaient nullement en proportion avec ceux du bassin d'ailleurs régulièrement conformé. Cet accouchement laborieux, que compliquaient en outre des accès d'éclampsie, fut terminé par l'application du forceps et la perforation du crâne qui permit de


l'aplatir assez pour lui faire franchir l'étroit passage qu'il avait à traverser. La vulve eUe-même ne put se prêter à cet accouchement qu'à la faveur d'une déchirure qui n'intéressa pas heureusement le sphyncter de l'anus; elle s'opéra en travers et du côté de l'une des cuisses, en sorte qu'elle put se cicatriser sans que la femme conservât aucune infirmité.

Cependant des accidents graves de métro-péritonite se déclarèrent on dut se borner à les combattre par de simples émottients, attendu L'extrême débiHté de la petite malade. Quoique faibles que fussent ces moyens, ils suffirent néanmoins pour en triompher et amener enfin un rétablissement complet. C'est encore de cette petite naine qu'il va être question dans cet article. Si elle a été pour nous un bien vif sujet de curiosité, nous devons dire que sous le rapport scientifique elle ne nous a pas offert un moindre intérêt, car M. te professeur P. Dubois, dont toutes tes observations tournent au profit de la science, après avoir montré aux élèves cette petite créature, est entré à son sujet dans des considérations qui ne seront nullement dépiacées dans un journal de médecine pratique. Cette petite femme a dit ce professeur, est une véritable naine; elle est d'une très-petite stature, mais toutes les pa rties de son corps sont parfaitement proportionnées bien différente en cela de cette malheureuse qui a été opérée dernièrement à la Clinique, et qui n'était réduite à une taille si exiguë que par le rachitisme qui avait contourné ses os et l'avait rendue difforme. En effet, sa têie, son col, son rachis avaient exactement tes formes et tes dimensions ordinaires. Les extrémités seules offraient de très-petites dimensions mais ce n'était point une naine, c'était une rachitique. C'est donc à tort qu'en rapportant cette observation, plusieurs journaux ont annoncé qu'une ma~e avait subi l'opération césarienne. Cette qualification doit être réservée pour une autre classe d'individus, et celle dont nous allons rapporter l'histoire en fait assurément partie (<).

(1) M. Dubois ne prétend pas cependant que les nains soient tout à fait exempts de rachitisme; au contraire, quelques parties de leur corps en portent ordinairement des marques:ainsi leur tête est en général plus volumineuse que ne le comporterait la largeur des cpautes. Cependant la petite naine que nous avons eue sous les yeux nous a paru dans des proportions~ parfaites, et sa petite tête était exactement en harmonie avec i'exiguite de sa taille. (~V. ~t A.)


Comme elle regrettait vivement,après son rétablissement, de n'avoir pu mettre au monde un enfant vivant, M. Dubois l'engagea, si jamais elle redevenait enceinte, à réclamer ses conseilsavantd'êtrearrivéeautermede~sagrossesse, lui faisant espérer que peut-être il parviendrait à la débarrasser sans de si grands dangers et pour elle et pour son enfant. Cette femme n'a pas oublié cette recommandation. t! y a quelques mois elle écrivit à M. Dubois qu'elle n'avait pas vu ses règles depuis le mois de mai, et qu'elle croyait être enceinte de la fin de ce mois ou du commencement de juin. Elledevait donc être arrivée au huitième mois, lorsque dans les premiers jours de février elle fut montrée aux élèves à l'amphithéâtre de la Clinique. Nous ne saurions en donner une idée plus exacte qu'en disant que c'était une femme en miniature sa taille ne dépassait pas 3 pieds 3 pouces, parfaitement proportionnée elle marchait, malgré le volume assez considérable du ventre, avec une grande aisance; sa tête petite, sa figure régulière, ses extrémités fines et déliées ne lui donnaient aucune ressemblance avec cette femme rachitique et difforme qui a succombé si malheureusement à l'opération césarienne; on eût dit une petite fille de cinq ans avec les seins développés et l'abdomen distendu, comme une femme arrivée bientôt au terme de sa grossesse.

L'intention de M. Dubois avait été de déterminer l'expulsion du fœtus avant son entier développement, afin do ne pas exposer la mère aux conséquences fâcheuses de l'accouchement à terme mais quelques considérations le faisaient hésiter encore, et ce chirurgien flottait incertain sur le parti à prendre dans ce moment. En effet, les personnes qui avaient assisté cette femme dans sa dernière grossesse s'accordaient à dire que son ventre était alors beaucoup plus développé que maintenant elle se trouvait elle-même beaucoup plus alerte et marchait bien plus facilement. En palpant l'abdomen, il semblait qu'il contenait une plus grande quantité de liquide. Le fœtus était extrêmement mobile; on le déplaçait aisément, et tout annonçait qu'il avait un très-petit volume. Ces considérations, jointes à quelques autres que nous allons exposer, avaient fait ajourner toute opération pratiquée dans le but de provoquer l'accouchement.

H y a dans l'histoire de cette petite naine quelques particularités très-curieuses qui ne sont pas sans intérêt pour la science. Elle a, dit-elle, 23 ans, et est née en Italie d'un père qu'elle dit avoir trois pieds et demi de hauteur et


d'une mère de taille ordinaire. Il est né de ce mariage six enfants parmi lesquels il y a eu trois individus de taille ordinaire et trois nains, et ce qui, dans la circonstance actuelle, est digne de remarque, c'est que cette succession s'est opérée régulièrement il y a eu tour à tour un enfant nain et un enfant de taille ordinaire.

Son père a trois sœurs qui, toutes les trois, sont de trèspetite taille, et son grand-père, si on en croit son rapport, serait né en Laponie, et aurait été transporté en Italie par des circonstances particulières.

Dans son enfance elle était excessivement petite. L'une de ses parentes assure qu'on la plaçait habituellement sur une table et qu'elle avait pour siége une pelotte à épingles (I).

Cette petite naine vint en France à l'âge de 10 à 12 ans, accompagnée d'un de ses frères, nain comme elle. M. Dubois les vit alors; ils étaient l'un et l'autre remarquablement petits. Ils furent engagés chez une acrobate célèbre, madame Saqui, et on les a vus longtemps à Paris faire preuve, sur le théâtre, d'adresse et d'agilité. Cette jeune fille, parvenue à un âge plus avancé, atteignit le terme de l'engagement que ses parents avaient contracté pour elle; devenue dès ce moment la maîtresse de ses actions, elle quitta le théâtre, et grâce à la liberté dont elle jouit alors, des relations intimes s'établirent entre elle et un homme d'une taille très-étevée relativement à la sienne. Les premiers rapports qu'elle eut avec lui furent excessivement douloureux, et on le conçoit aisément lorsqu'on songe au défaut de proportion qui devait exister dans les parties sexuelles. Enfin elle ne tarda pas à s'apercevoir de sa grossesse, et revint auprès d'une parente dont elle s~était éloignée. Cette grossesse fut heureuse et n'offrit rien de particulier; nous avons vu comment l'accouchement se termina d'une manière funeste pour l'enfant et faillit être fatal à la mère.

Tels sont ses antécédents jusqu'au moment où elle a été soumise à notre observation. Si maintenant nous comparons son histoire à cette de plusieurs autres nains, ces rap(<) Ces détails ne sauraient paraitre futiles ni trop minutieux lorsqu'il s'agit de faire connaitre un des faits tes plus curieux que la science possède, alors surtout qu'on va voir comment on est parvenu à faire mettre au monde, sans trop de douleur et par une opération hardie à un être si petit et si débile, un enfant bien conformé et bien vivant.. (N. du R.)


prochements ne seront pas sans intérêt pour la science. Nous avons vu qu'elle est née d'un père nain et d'une mère de taille commune; mais il ne faut pas en conclure que les nains soient nécessairement le produit d'individus de petite taille; au contraire, des nains sont nés fréquemment de parents de taille ordinaire, et on en a vu procréer des individus beaucoup plus grands qu'eux. Ainsi, Borwilawski, nain polonais, très-célèbre, qui vivait au temps de Bébé, avait des parents de grandeur ordinaire. Il en était de même pour un grand nombre de ceux dont on nous a transmis l'histoire. Nous devons ajouter qu'on n'a presque jamais vu un nain seul dans une famille; Borwilawski, dont nous parlions tout à l'heure, avait plusieurs frères et une soeur de même taille que lui, et on a même signalé quelquefois, ainsi que dans la famille de la petite femme que nous observons, une succession régulière et alternative de nains et d'individus de taille ordinaire. Cette dernière remarque est importante, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, et elle n'a pas peu contribué, sans doute, à faire éloigner momentanément de l'esprit de M. Dubois toute idée d'accouchement artificiel provoqué.

Nous avons vu encore que cette naine était venue au monde fort petite. 11 en est ainsi de presque tous les nains. Bébé, le nain de Stanislas, dont nous avons le modèle dans les cabinets de la Faculté, et qui fut le premier dont la vie fut étudiée scientifiquement, naquit, dit-on, tellement petit, qu'un sabot lui servait de berceau. On cite cependant, comme exception à cette règle, un nain qui naquit en Angleterre en 1750, et qui, à l'âge d'un an, était absolument semblable aux autres enfants. A cette époque il cessa, pour un temps de grandir, et à seize ans il n'avait que trois pieds de hauteur. il faut ajouter que l'accroissement en longueur, qui, chez les autres hommes, n'a lieu que jusqu'à un certain âge, se renouvelle quelquefois tout à coup chez les nains; c'est ainsi qu'à un âge assez avancé Borwitaw~ki grandit d'une manière assez notable, et cessa presque d'être nain.

Si nous examinons maintenant ces petits êtres sous le rapport de l'intelligence, nous verrons qu'en général ils sont assez mal partagés de ce côté. Bébé était presque idiot; on n'avait jamais pu lui apprendre à lire, et cependant il avait des passions assez vives il était irascible et jaloux; et lorsqu'il arriva à l'époque de la puberté, il se développa, dit-on, chez lui des désirs ardents, qui ne contribuèrent pas peu à amener sa fin prématurée. La petite naine


que nous observons a au contraire beaucoup d'intelligence il en était de même du nain Borwilawski, auquel on apprit à lire, à écrire, ainsi que plusieurs langues qu'il parlait parfaitement. On assure même que quelques nains ont été doués de facultés intellectuelles très-développées et de qualités fort remarquables.

La naine qui nous occupe est devenue enceinte; c'est un cas extrêmement rare, et M. Dubois n'en connaît qu'un seul exemple, recueilli en Angleterre en 178~, chez une naine qui mourut en mettant au monde un très-bel enfant. Cependant ces petits individus étant assez nombreux, il a dû exister de fréquents rapports entre les sexes, soit parmi les individus de même taille, soit entre les nains et de plus grands sujets. On dit même qu'à différentes époques des nains ont été réunis, et que l'on a fait des mariages assortis pour en multiplier l'espèce; mais ces unions sont toujours restées stériles. Cependant le père de notre petite naine a eu six enfants à la vérité, il n'est peut-être pas absolument nain comme ceux dont nous nous occupons. Mais cette femme que nous observons doit assurément être rangée dans la catégorie des nains.

Enfin, si l'on recherche quelle a été la durée ordinaire de leur vie, on verra que la plupart d'entre eux sont morts jeunes; cependant on a vu en France une naine âgée de soixante-treize ans, et Borwilawski n'est mort qu'à un âge fort avancé.

Les considérations dans lesquelles M. Dubois est entré à l'occasion de la petite naine soumise à notre observation, devaient trouver place ici, car presque aucune d'elles n'était étrangère à l'art des accouchements. Nous allons voir maintenant la suite de cette curieuse observation en rentrant tout à fait dans le domaine des sujets que nous traitons habituellement dans ce journal.

On avait, ainsi que nous le disions, éloigné momentanément toute idée d'accouchement provoqué, lorsqu'on a remarqué que le ventre prenait un développement considérable. Les investigations pour reconnaître le volume et la position du fœtus, sont devenues plus difficiles; et après mûres rénexions, M. Dubois s'est décidé à terminer l'accouchement le 12 février. La femme était alors à peu près autermed'unpeu plus dehuitmois.Un bain lui fut donné la veille. Le lendemain matin on introduisit dans le col utérin un morceau d'éponge préparée, disposé en cône, et attaché à un fil qui devait être maintenu à l'extérieur. Pour faire cette opération, la femme étant convenablement placée


sur un lit, on introduisit dans !e vagin un spéculum qui mit à découvert l'orifice utérin l'éponge fut saisie avec une pince, et poussée jusqu'à ce que sa base ne fût saillante à l'extérieur que de quelques lignes. Cela fait, une éponge ordinaire fut placée dans le vagin afin de prévenir son déplacement on retira le spéculum et on maintint cet appareil à l'aide d'un bandage en T, dans la crainte que de brusques mouvements ou des efforts d'expulsion.en dérangeassent les pièces.

Très-peu de temps après, des douleurs se déclarèrent; mais comme elles étaient peu prononcées, on donna quarante grains de seigle ergoté, divisés en paquets de cinq grains à prendre toutes les dix minutes. Les douleurs devinrent alors beaucoup plus vives; elles n'étaient séparées que par un intervalle très-court, pendant lequel les contractions utérines ne cessaient pas entièrement. M. Dubois jugea alors qu'il était convenable de retirer les éponges, ce qn'il fit à une heure de l'après-midi. Le travail n'en continua pas moins. L'orifice était dilaté de manière à recevoir l'extrémité de deux doigts, mais sa partie supérieure seuie subissait ces changements, sa portion inférieure restait longue et très-résistante. Le travail continua pendant le reste du jour. A huit heures, deux doigts pouvant être facilement introduits dans l'utérus, on rompit les membranes dans l'espoir que le travail marcherait avec plus de rapidité, et que la tête (car on supposait que le fœtus présentait cette partie) s'engagerait bientôt dans le bassin. Mais il arriva qu'au lieu de la tête, que l'on avait cru reconnaître, le fœtus présentait l'extrémité pelvienne. Une énorme quantité d'eau contenue dans l'utérus n'avait pas permis d'établir un diagnostic complet avant la rupture des membranes.Ce contretemps était extrêmement fàcheux,parce que la vie du fœtus se trouvait singulièrement compromise, et sa conservation étant le but de l'opération qu'on pratiquait, on pouvait craindre de ne pas obtenir tout le succès désirable. Cependant les douleurs persistaient. Le col s'effaçait de plus en plus son segment inférieur seul présentait encore de la résistance. Pendant la nuit on remarqua avec peine que les douleurs devenaient plus rares, plus faibtes, puis se suspendirent entièrement. On donna alors le seigle ergoté par la bouche, mais il fut rejeté par le vomissement; enfin, un lavement contenant trente grains de cette substance fut administré. Les douleurs se réveillèrent et l'oriËce utérin fut franchi par les fesses et les pieds réunis. A sept heures du matin le siége étaitdescendu assez bas pour


qu'on put le saisir avec les doigts en forme de crochet. De légères tractions furent opérées, et les extrémités inférieures amenées au dehors; le corps et les bras suivirent de près enfin, en introduisant deux doigts dans la bouche de l'enfant, et tirant sur le corps avec précaution on parvint à terminer l'accouchement.

On avait à différentes reprises appliqué l'oreille sur l'abdomen de la mère, et on s'était assuré que les battements du cœur du fœtus étaient très-sensibtes aussi, après quelques instants d'étonnement commença t-i) bientôt à respirer et à pousser des cris qui annonçaient sa viabilité. Cet enfant, qui est d'une petitesse extrême, n'est cependant pas un nain, car il pèse trois livres douze onces sa longueur est de quinze pouces. Sa tête est plus volumineuse que ne le comportent les dimensions de son corps. Du reste il est très-vivace et semble dans d'excellentes conditions de viabilité. Quant à la mère, délivrée peu d'instants après, elle s'est trouvée aussitôt dans un état extrêmement satisfaisant, et aujourd'hui, 4 mars, elle et son enfant ont quitté la Clinique.

ART. 1976.

HOPITAL DES ENFANTS-TROUVÉS.

(Service de M. Baron.)

Considérations sur la dyssenterie chez les nouveau-nés. Avant d'aborder l'histoire des autres affections graves du tube intestinal, dont nous avons annoncé l'exposé, qu'il nous soit permis de dire quelques mots sur une maladie qui se rattache à celle du gros intestin dont nous avons parlé en dernier lieu en ce qu'elle a son siège dans la même portion du canal digestif c'est la dyssenterie chez les nouveau-nés. Des selles sanguinolentes en sont, comme on le sait, le signe le plus certain c'est aussi là ce qui la distingue de la colite simple.

Cependant on ne pourrait donner le nom de dyssenterie à ces écoulements de sang pur ou métangé aux matières fécales qu'on a assez souvent occasion de voir se manifester chez les enfants; exhalation sanguine ayant quelquefois lieu dans le cas d'oedème dur du tissu cellulaire et qui tient alors à cet état de congestion intérieure, à cette concentration du sang dans les ramifications nombreuses des vaisseaux qui entourent tes intestins, sans que pour cela it y ait


de diarrhée; exhalation sanguine qui se produit également dans les cas où les intestins sont enflammés, et se fait snr toute l'étendue de la surface de ces organes indistinctement, tantôt le sang étant expulsé par la voie des selles qui en sont cô)orées, tantôt n'étant que dans leurs intervalles, et parfois même rejMé dans les vomissements. On ne reconnaît nullement dans ces hémorrhagies intestinales le type bien connu de l'affection dont nous parlons et que nous n'avons pas observée à l'hospice des EnfantsTrouvés. Ce n'est pas d'ailleurs à dire pour cela qu'il ne s'en présente pas de cas dans cet établissement ni à l'âge des enfants qui y sont reçus les nouveau-nés, déjà en butte à tant de dangers, en proie à tant de maux, ne sont point exempts de cette douloureuse et terrible maladie. M. Baron a eu maintes fois occasion d'observer la dyssenterie dans son service, mais il ne l'a pas vue offrir de caractères spéciaux qui puissent la différencier de celle qui sévit sur les adultes; il ne l'a jamais vue non plus revêtir la forme épidémique, ce qui tient sans doute à ce que les enfants ne sont placés dans aucune des conditions propres à en déterminer chez eux le dévetoppemeot.

Les cas observés étaient donc des cas isolés, ajoutant aux évacuations sanguinolentes les autres symptômes connus, tels que le retour si répété de ce besoin des selles, les efforts douloureux que font les enfants pour le satisfaire, les cris dont ils s'accompagnent et la chute rapide des forces du petit malade.

On sait d'ailleurs tous les dangers auxquels la dyssenterie même sporadique expose les adultes; il est facile par là de juger de sa gravité lorsqu'elle atteint un nouveau-né. ABT. 1977.

Traité de matière médicale et des indications thérapeutiques des nte~a?Hem~, par Capter. (Analyse.) (1)

L'ouvrage que M. le docteur Galtiër vient de faire paraître est un résumé c)ai~t précis de toutes nos connaissances en matière médicdW. Ne pouvant en faire une analyse qui serait extrêmement fastidieuse pour nos lecteurs, nous nous bornerons à y puiser quelques détails sur des médicaments dont nous avons eu rarement occasion de parler dans ce Journal.

(1) 2 vol. :n-8. Paris, chez Lucas, rue de l'Ecote.de-Mëdecme, n. 4.


Dans la classe des médicaments altérants, ce médecin, examinant les propriétés du brome, s'exprime ainsi « Des quelques essais, dit-il, faits par M. Fournet, sur les effets physiologiques du brôme, il résulterait que ce corps est bien moins actif qu'on ne le pensait. Ce jeune médecin a opéré sur des malades atteints d'arthrite chronique. Il a donné le brome suspendu dans quatre onces de potion gommeuse, en commençant par deux gouttes; il l'a porté successivement jusqu'à soixante gouttes pour la même quantité de liquide. I) donnait cette potion en deux doses, le matin et le soir, après l'avoir bien remuée. Les symptômes les plus remarquables ont été une saveur particulière dans la bouche, et, un quart d'heure après l'ingestion, sentiment de cuisson, de chaleur intérieure, pesanteur d'estomac, envies fréquentes de vomir, mais sans vomissements; coliques, borborygmes. Ces symptômes étaient d'autant plus prononcés, que la dose était plus élevée ils étaient même presque nuls à faible dose. Le brome, chez trois personnes atteintes d'arthrite chronique qui avait résisté à d'autres traitements, a calmé assez promptement les douleurs, diminué la tuméfaction, et enfin les membres ont recouvré leur mobilité. M. Pourché a donné'Ie brôme à l'intérieur à la dose de six gouttes d'abord, et graduellement à celle de trente gouttes dans trois onces d'eau distillée, mélange qu'il administrait en trois doses dans les vingt-quatre heures chez une femme scrofuleuse, avec engorgements glanduleux de chaque côté du cou. U appliquait en même temps sur la tumeur des cataplasmes arrosés avec un mélange de trois à douze gouttes de brôme et trois ou quatre onces d'eau. Trois mois ont suffi pour l'entière guérison. M. Magendie recommandé le brome dans les scrofules, les suppressions des règles, l'hypertrophie des ventricules. Il le dit propre à remplacer les préparations iodurées dans les scrofules, lorsque celles-ci n'apportent aucun changement par suite de habitude qu'en ont contractée les malades.

L'or, quelquefois, administré comme antisyphilitique et antiscrophuleux, est un médicawpnt très-actif qu'il ne faut pas donner sans de grandes prédations. Voici les formules qui sont indiquées par M. Galtier

1° En poudre Or pulvérisé, un grain; poudre d'iris préparée, deux grains; mêlez et divisez en quinze paquets. Le soir ou le matin, on prend un paquet avec son doigt humecté d'eau, et on pratique des frictions sur la langue, de la durée de quatre à six minutes; lorsque les quinze


paquete sont employés, on divise le nouveau mélange en douze paquets, dont chaque contient-alors un douzième de grains; et le troisième mélange en dix paquets, ce qui fait des frictions à un dixième de grain, et ainsi progressivement, on peut porter la dose à un ou deux grains par friction. Les oxydes, le cyanure se prescrivent de même et aux mêmes doses, ainsi que le chlorure d'or et de sodium, qui se donne de un quinzième à un huitième de grain. Les frictions pourraient être pratiquées à la partie interne des joues, sur les gencives, en ayant soin de ne pas toucher aux dents qui seraient noircies. Comme le doigt se colore en pourpre, on pourrait se servir de l'éponge d'une brosse à dents humectée d'eau; les frictions pourraient être pratiquées sur le gland, à la partie interne du prépuce, si la bouche était affectée.

2° Pilules. La même quantité des préparations d'or peut être donnée en pilules, associée à de l'amidon, de la gomme, ou plutôt à deux grains d'extrait de mézéréum par pilule. Ainsi cyanure d'or, un grain; extrait de mézéréum, trentedeux grains.; poudre de guimauve, suffisante quantité pour seize pilules. A prendre une matin et soir, en augmentant de une tous les huit jours, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à dix par jour. M. Chrestien, de Montpellier, les donne dans la phthisie tuberculeuse au premier degré, les ulcérations tuberculeuses. L'or en poudre et les oxydes s'administrent de même. M. Chrestien, dans les pilules mercurielles de Dupuytren, remplace le sublimé corrosif, soit par un cinquième de grain de chlorure d'or et de sodium, soit par un quart de grain de cyanure ou d'oxyde. It a donné même la préférence à ce mode d'administration sur la méthode iatraleptique, comme antisyphilitique.

3° Tablettes. On compose des tablettes avec du sucre et du mucilage de gomme arabique, ou seulement avec la pâte de chocolat, dans chacune desquelles on fait entrer la même quantité de ces préparations. L'or en poudre, les oxydes, le cyanure se donnent sous cette forme. Ainsi Tablettes d'or au chocolat or en poudre, un grain; pâte de chocolat, cent soixante grains. Mêlez et divisez en seize pastilles. Tablettes d'or or en poudre, un grain; sucre, deux gros; mucilage de gomme arabique, suffisante quantité. Faites seize pastilles. Ces tablettes s'administrent comme les pilules.

Nous ne donnerons pas un plus grand nombre d'extraits de l'ouvrage de M. Galtier; c'est, comme on le voit, un traité de chimie dans lequel on trouve d'utiles renseigneTOM. M. ? DE MARS. 9


ments pour l'exercice de notre profession. C'est de plus, on pourrait le dire, un ouvrage de circonstance. En effet, l'obligation imposée aux médecins de faire usage des poids décimaux a donné naissance à une foule de formulaires dans lesquels les nouvelles mesures sont placées en regard des anciennes (1). Les ouvrages de ce genre, qui déjà avaient pris rang dans les bibliothèques, ont été refondus dans de nouvelles éditions, et cela était indispensable, pour familiariser les praticiens avec l'emploi des mesures décimales. Cette transformation qu'ont subie les formulaires doit atteindre également les ouvrages ptus importants de matière médicale. Le traité que vient de publier M. Galtier se recommande donc aux praticiens, non-seulement par sa clarté et la méthode avec laquelle il est écrit, mais encore par une circonstance d'actualité qui ne contribuera pas peu à son succès.

ART. 1978.

Observation de hernie étranglée avec sphacèle de ~'mtes~M. La lettre suivante nous est adressée par M. le docteur Ordinaire, médecin à Saint-Laurent-les-Mâcon (Ain). Je vous ai communiqué et vous avez inséré, dans votre dernier numéro (2), une observation d'opération do hernie étranglée, faite par un procédé nouveau. Je vous envoie une seconde observation sur un cas d'étranglement dans lequel te mode opératoire que j'ai indiqué n'a pu être mis en pratique. Cette observation contient quelques faits qui ne sont pas sans importance pour la pratique. Le dimanche, 1' septembre, je fus appelé, à trois heures du soir, par le docteur Bouchard, médecin distingué de la ville de Mâcon, pour visiter avec lui le maire de la com-

(t) Parmi les formulaires qui ont paru récemment, nous devons citer la septième édition du ~'orm;</<?t/'f de /;oc/!<' à Tusage des praticiens, par M. le professeur Richard. Le A'oMfe<?u foymK/M/'e M~g:c~, précédé d'une notice sur les hôpitaux de Paris, etc., par A. Bouchardat, et la troisième édition du Fc7'mM/<?:c f~M praticiens, par le docteur Foy. On sent que l'analyse de ces nombreux formulaires, qui peuvent être consultés avec fruit, n'offrirait que des extraits dont ta lecture serait extt êmement fatigante et peu profitable; aussi nous bornons-nous à annoncer ici leur publication. (2) L'abondance des matières nous a empêché de publier plus t&t cette lettre, que nous avons reçue au mois de septembre dernier. (~'OM~M~.)


mune de Feuillens, âgé de soixante-huit ans, d'un tempérament nerveux, d'une maigreur prononcée, d'une constitution délicate, qui, depuis la veille, souffrait d'une hernie inguinale droite étranglée. Cette hernie datait de trente-deux ans, et, depuis quelques années, n'avait jamais été entièrement réduite.

Le docteur Bouchard avait visité le malade dans la matinée, et ne trouvant à cette époque d'autres symptômes fâcheux que la dureté et la sensibilité excessive de la tumeur, quelques coliques continues mais légères, sans vomissements, crut devoir, après de vains efforts pour obtenir la réduction, recourir aux lavements purgatifs, à t'extrait de belladone, et pouvoir, sans inconvénient, différer l'opération jusqu'au soir. M'ayant assisté dans celle que j'avais pratiquée avec tant de succès sur le nommé Verdelet, le docteur Bouchard me pria de vouloir bien opérer M. le maire de Feuillens par ma nouvelle méthode. Le malade étant placé sur une table recouverte d'un matelas, je fis une section de deux pouces sur l'anneau. Après une dissection lente, mais peu douloureuse, je pénétrai dans le sac herniaire par une petite ouverture destinée seulement au passage d'une sonde cannelée, nécessaire au débridement; mais le sac ne fut pas ouvert qu'il s'échappa une quantité considérable de sérosité noire et fétide une odeur de gangrène très-prononcée me frappa. Je sentis l'urgence de visiter l'intestin, et je renonçai à mon procédé. Dirigeant alors ma sonde cannelée de haut en bas, dans la partie inférieure du sac, je l'ouvris dans l'étendue d'un pouce et demi environ. L'intestin grêle fut mis à découvert, et je reconnus qu'il était sphacélé au point qu'en le saisissant, les parties mortiSées me restèrent dans les doigts. Glissant ensuite ma sonde sous l'anneau, je débridai facilement, et après avoir enlevé une partie de l'intestin gangrené, je ne balançai pas à établir un anus artificiel. J'avais préatab'cment voulu faire rentrer l'épiploon qui constituait la plus forte partie de la tumeur; mais, à mon grand étonnement, je l'avais trouvé tellement adhérent, qu'il faisait corps commun avec le sac et les cordons spermatiques, et j'avais renoncé à sa réduction. Enfin, comme le malade était atteint de toux, et qu'à chaque effort une masse d'intestins tendait à s'échapper par la plaie, je pratiquai deux points de suture, ne laissant au dehors que la partie intestinale mortifiée. Le lendemain nous revîmes l'opéré. ït avait dormi. Une assez grande quantité de matières fécales s'était échappée


par la plaie il n'éprouvait ni Ëèvre ni sensibilité dans le ventre. Le quatrième jour, les deux bouts de l'intestin prirent une couleur rosée; le huitième, j'enlevai les aiguilles, et l'anus artificiel fut parfaitement établi. Nous sommes au dix-septième jour de l'opération et si le malade, usé par l'abus des spiritueux, peut résister à l'état de faiblesse résultant des digestions incomplètes, je ne doute nullement de sa guérison.

De ce qui précède, je conclus ce qui suit

Dans les cas de hernies étranglées, l'absence des vomissements, du hoquet et des coliques violentes ne. doit pas laisser le médecin dans une fausse sécurité, puisque dans l'observation précitée trois pouces d'intestin étaient entièrement sphacelés sans qu'aucun signe indiquât une aussi fâcheuse complication.

2° L'opération de la hernie offre très-peu de dangers, si elle est pratiquée à temps. Aussi est-il rationnel d'opérer quelques heures après l'étranglement, après avoir vainement essayé le taxis. Bien certain alors que l'inllammation n'a pu atteindre sa dernière période, on peut se servir du procédé nouveau que j'ai indiqué à l'art. 1895 de votre Journal, et avec d'autant plus d'avantage,-qu'en moins de dix jours le malade peut vaquer à ses occupations.

5° L'opération sans retard est surtout indiquée chez les personnes herniées depuis plusieurs années, qui ont pris l'habitude de pratiquer eux-mêmes la réduction, lorsque, par négligence dans le port ou la confection d'un bandage, ils ont éprouvé des symptômes d'engouement, parce qu'alors le taxis devient le plus souvent inutile, après les efforts désespérés faits par le malade pour éviter l'opération.

4° Dans les cas où le médecin, appelé plus ou moins longtemps après l'apparition des premiers symptômes d'étranglement, trouve la tumeur douée d'une sensibilité exquise, il doit se tenir sur ses gardes, et, sans renoncer au mode opératoire que j'ai indiqué, il doit faire au sac une ouverture assez grande pour explorer l'intestin avant de le réduire.

5° Lorsque l'épiploon est adhérent au sac, il peut sans inconvénient être abandonné à lui-même, puisque le débridement empêche tout accident consécutif.


ART. t979.

Apozème purgatif du docteur Degland contre la colique de plomb.

Séné, 6~ grammes (2 onces);

Sutfate de soude, 32 gram. (1 once);

Sirop de nerprun, 64 gram., (2 onces);

Eau, 500 gram., (1 tiv.).

Faites selon fart un apozème purgatif que l'on fait prendre au malade, par verre, de demi-heure en demi-heure. M. Degland, médecin de l'hôpital Saint-Sauveur, à Lillo, qui est chargé de la santé des ouvriers de la fabrique Théodore Lefebvre de Moulins-les-Lille, a tiré un grand parti de cet apozème. (JoMftt. de chimie méd.) ART. 1980.

Magnésie effervescente de Moxon.

Cette poudre est très-vantée en Angleterre contre les faiblesses d'estomac, les indigestions, les nausées, etc. Elle est vendue à un prix très-élevé. M. Durand croit qu'on l'imite très-bien de la manière suivante

Carbonate de magnésie, 1 part.

Sulfate de magnésie,

Bicarbonate de soude, 2 Tartrate de potasse et de soude, °" ~P" Acide tartrique,

Tous ces sels sont employés exempts d'eau de cristallisation, pulvérisés et conservés ensemble dans une bouteille hermétiquement fermée, à l'abri do toute humidité. La dose est d'une cuillerée dans un verre d'eau qu'on boit au moment de l'effervescence. (Ibid.) ART. i98i.

MÉDECINE LÉGALE.

De la ~tMn~ de charbon qu'il faut brfiler pour rendre délétère une quantité donnée d'air.

Il résulte des expériences de Varin (Dissert. physiol. et méd. sur les asphysies et la respiration, Thèse, Paris,in-8'anX.n°8), p. 17) que les animaux périssent en trois minutes lorsqu'ils respirent une atmosphère qui renferme un cinquième de eon volume


d'acide carbonique. Ces expériences ne prouvent pas qu'il faille, dans l'atmosphère d'une chambre où du charbon brûle, un cinquième d'acide carbonique pour que l'asphyxie ait lieu. En effet, ii y a une grandedifférenceentreunmétanged'acidecarbonique etd'airfait de toute pièce et la vapeur du charbon, dont l'acide carbonique ne se produit qu'aux dépens de l'oxygène de l'air. Cet air devient d'une part impropre à la respiration, parce qu'il ne contient plus assez d'oxygène; et d'une autre part il acquiert des propriétés délétères par le gaz acide carbonique qui se mélange avec lui. Ainsi soit, par exemple, qu'il se forme par la combustion du charbon un mètre cube d'acide carbonique dans une pièce dont la capacité est de cinq mètreseubes (t'air est composé de 79 d'azote et de 21 d'oxygène, et une fraction très-minime d'acide carbonique, on l'évatue à 111200); on aura une atmosphère qui sera formée de trois mètres cubes d'azote, de cinq centimètres cubes d'oxygène et d'un mètre cube d'acide carbonique. En d'autres termes, il ne restera plus dans la pièce qu'une atmosphère composée de 0, 25 mètre cube d'air, de i mètre cube d'acide carbonique, et de 3, 75 mètres cubes d'azote. De sorte que l'air ne sera pas seulement vicié par un cinquième d'acide carbonique, il contiendra quatre fois son volume, ou vingt fois plus de cet acide que si on avait mété un cinquième de gaz acide carbonique avec quatre cinquièmes d'air, et il sera en outre altéré par près de quatre fois son volume d'azote.

D'une autre part, Varin a démontré que la plus forte proportion à laquelle l'acide carbonique puisse être meté à l'air sans le rendre nuisible à la respiration, est de deux centièmes. D'où it résulte qu'on est encore au-dessous de la proportion réelle en disant que l'asphyxie par la vapeur du charbon qui brû)e dans la pièce où la personne est soumise à son influence doit avoir lieu dans une atmosphère te quart de l'oxygène de l'air serait transformé en acide carbonique, ou lorsque l'air contiendra un vingtième d'acide carbonique. En effet, outre ce gaz on a encore un excédant d'azote égal au cinquième de la totalité de l'atmosphère, plus la quantité d'hydrogène carboné et de gaz oxyde de carbone qui ont pu se produire. Certes, nous n'avons pas la preuve directe des assertions que nous émettons, mais les expériences de Varin et le raisonnement nous autorisent à les regarder comme parfaitement fondées.

Voilà l'un des éléments de la question dont la solution nous occupe recherchons actuellement quelle est la quantité de charbon qu'il faut brûler pour transformer en acide carbonique le quart de l'oxygène d'une quantité donnée d'air.

Rien de plus variable que le charbon sous le rapport de la quantité de carbone qu'il renferme sous un volume et même sous un poids donné. Le volume du charbon, la nature du bois qui a servi à sa confection,le degré de carbonisation qu'on lui a fait subir,l'humidité qu'il renferme, la. proportion différente des sels qui entrent dans sa composition, sont autant de circonstances qui ne permettront jamais de résoudre ta jqueetion qui nous occupe d'une manière absolue.


Mais, d'une part, il peut rester une portion du charbon qui a été employée pour amener l'asphyxie d'une autre part, on peut, à quelques fractions près, arriver à un résultat approximatif; nous allons le chercher.

Nous avons fait acheter un boisseau de charbon dans six endroits différents voici les poids que chacun d'eux nous a donnés 3275, 3)52, 2652, 2530, 2970 et 3030 grammes. La moyenne de ces chiffres est de 2934 grammes; mais un charbon pesé par M. Ollivier d'Angers donnait 4007 grammes.

Un décalitre de charbon, ou boisseau, pèse donc ordinairement 3000 à 3500 grammes; soit 3000 grammes, pour ne pas être au-dessus dé son poids. !t donne par sa combustion un vingt-cinquième de son poids de cendres, c'est au moins ce qui résuite dela combustion successive de cinq quantités de charbon, exprimées par 8500, 5000, 5500, 3250 et~OCO grammes, qui ont donné 300, 150, 210, t65. 188 grammes de cendre, représentant les 28, 33, 26, 20 et 22' parties dont la moyenne est 1126°. Par conséquent un boisseau de charbon ne contiendrait réellement que 2880 grammes environ de carbone, en supposant que le charbon ait été employé à t'état parfait de siccité, ce qui n'a jamais lieu. Faisons la part de cette humidité, et admettons qu'elle égaie le poids de la matière saline, nous aurons toujours au moins, en déBnitive, 2760 grammes de carbone par boisseau ou décalitre de charbon.

Maintenant, on sait quel'acidecarbonique est composé en poids de:

Carbone, 27,67 ou ( Carbone, 100 Oxygène, 72,33 ( j Oxygène, 261,4

Il suffira donc, pour connaître !a quantité d'acide carbonique en poids que pourrait donner un décalitre ou boisseau de charbon, de poserla proportionsuivante:

100 261,4 2760 x = 7214 grammes acide carbonique. Veut-on savoir ce que 7214 grammes d'acide carbonique représenteront de mètres cubes ? On sait qu'un décimètre cube de ce gaz pèse 1 gram. 9741 par conséquent 1 mètre cube pèse 197 gram. 4t. Un décalitre de charbon donne donc autant de mètres cubes d'acide carbonique qu'il y a de fois 197 gram. 41 dans 72t4 gram, d'acide carbonique, ou 36 mèt.cub.i4.

A-t-on besoin de connaitre les poids respectifs du carbone et de l'oxygène dans un mètre cube d'acide carbonique, on établit les deux proportions suivantes

361,4 représentant la composition de l'acide carbonique, est à 100 de carbone comme 197,41 poids de 1 mètre cube d'acide carbonique est à ;e == carbone 54,7.

361,4 261,4 197,41 x = oxygène, 142,78.

D'où il suit que 1 mètre cube d'acide carbonique est formé en poids de 54 gram. 60 de carbone et de 142 gram. 78 d'oxygène.


Soit donc que l'on ait à déterminer la quantité de charbon qu'il a fallu brûter pour rendre délétère une capacité de 25 mètres cubes d'air, on dira puisqu'il faut que le quart de t'oxygène de la pièce soit converti en acide carbonique; que 25 mètres cubes d'air contiennent 5 mètres cubes d'oxygène (nég)igeant une fraction), dont le quart est 1 mèt. cub. 25; qu'il faut 54 gram. 70 de carbone pour donner naissance à 1 mètre cube d'acide carbonique que 54 gr. 70 de carbone représentent 58 grammes environ de charbon à cause des sels et de l'eau.qu'il contient qu'un déca!itre de charbon pèse, terme moyen, 3,000 grammes, on arrivera à ce résultat qu'it a snfB de bruter la cinquante et unième partie d'un décalitre ou boisseau, en supposant que l'espace fut parfaitement clos. Observons qu'un espace de 25 mètres cubes est très-petit it donne un cube d'un peu moins de 3 mètres de côté.

Remarquons que, dans toutes ces opérations, on ne peut arriver qu'à des approximations; aussi doit-on toujours se rapprocher de la détermination numérique la plus favorable à la défense. Des moyens de déterminer la capacite de la chambre où s'est opérée l'asphyxie.

Si toutes tes pièces offraient dans leur construction des parattétogrammes réguliers, rien ne serait plus facile que de déterminer par un simple calcul leur capacité; il suturait de multiplier d'abord la hauteur de la pièce par sa largeur, puis le produit de la multiplication parla longueur, et l'on obtiendrait le cube de l'espace, en prenant le soin de toujours se servir de la mesure métrique ann de rendre tes calculs plus simples.

Mais tantôt il existe dans la chambre plusieurs compartiments, des alcôves, des cabinets; tantôt c'est un corps de cheminée qui avance; ici un pan de mur d'une certaine obliquité, là de petites excavations tout à fait irrégutières.

Pour vaincre ces difficultés, it faut s'attacher à mesurer isolément chacun des espaces après leur avoir donné la forme d'un parallélogramme, puis tes réunir ensuite par )e calcul. En cas d'inégalités par vices de conformation, on s'attachera à fractionner Jes espaces de manière à avoir des cubes ou des parattétogrammes assez réguliers; et quant aux fractions d'espace dépendantes de t'oMiquité d'un mur, d'une encoignure, on ta négligera, attendu quequelques pieds cubes d'air jouent en généra! un rôle bien peu important dans cette énumération, et pour arriver à un calcul exact, il faudrait se livrer à des opérations assez compliquées. Des moyens de déterminer la quantite de charbon qui a été brûlée. Cette détermination ne peut se faire qu'en ayant égard à la quantité de cendres que l'on trouve dans !e fourneau qui a servi à la combustion. Nous avons vu que )e poids des cendres représentait environ la vingt-cinquième partie du poids du charbon employé it suffit donc de recueillir les.cendres, de les peser et de muttiptici ce


poids par 25 pour avoir celui du charbon brute. Mais outre que cette évaluation ne saurait être toujours exactement la même, puisque la quantité de cendres est variable en raison de la qualité de charbon et de l'espèce de bois qui l'a produite, nous ferons remarquer que le fourneau dans lequel on trouve des cendres pouvait en contenir une partie avant que ie charbon employé à opérer l'asphyxie y fût p)acé; qu'à moins du cas où it est acquis à l'instruction que ie fourneau a été acheté dans le seul but de s'asphyxier, il n'est pas possible de prendre les cendres comme une donnée certaine de la quantité de charbon qui a été employée enfin qu'il faudrait encore tenir compte de l'état hygrométrique du charbon employé, ce que l'on ignore toujours.

Cette évaluation ne devient à l'abri de toute objection que lorsqu'il reste dans la chambre une partie du charbon employé, comme cela a eu lieu dans l'affaire de la fille Ferrand.

De la cM/Mre des pièces, MM'.M~ee sous le rapport de la production de Pasphyxie.

C'est une opinion généralement accréditée, que celle qui regarde comme indispensable à l'asphyxie la clôture exacte d'une pièce où brule du charbon; c'est une erreur. Certes, la clôture parfaite est une condition très-favorable à ce genre de mort, mais ce n'est pas une condition indispensable. Dans les expériences que nous avons faites, les croisées étaient mal jointes, la cheminée non exactement fermée mais la preuve la plus positive à cet égard, se trouve dans les faits que nous avons rapportés en 1836 et dans un de ceux relatés par le docteur Marye. Voici quels ils sont quatorze personnes éprouvèrent les effets de l'asphyxie dans une chambre à coucher; des poutres carbonisées existaient dans l'épaisseur des murs au fur et à mesure qu'une personne venait porter secours à celles qui étaient malades, elle était prise des mêmes accidents, et cependant la porte était continuellement ouverte pour l'administration des soins. Les feuilles quotidiennes ont cité plusieurs exemples d'asphyxies survenues par l'imprudence de personnes qui brûlaient du coke dans des poêles, et qui, en fermant le tuyau de conduite de la fumée au moment où le coke était encore rouge, avaient peri victimes de .leur défaut de précaution. Ces asphyxies, toutes accidentelles, prouvent assez qu'il n'avait pas été pris de précaution pour la clôture des pièces. M. Ollivier d'Angers dans son rapport relatif à l'affaire de la fille Ferrand, a cité un cas fort remarquable du même genre. « Au mois de janvier 1835, M. C. marchand de nouveautés, se couche après avoir fermé le tuyau du poète de sa chambre; ce poêle avait été chauffé avec un mélange de bois et de coke; la chambre situéeàt'entre-sot, immédiatement audessus du magasin, communiquait avec ce dernier par une ouverture de plus de ~eK.<: pieds carrés à laquelle aboutissait l'escalier tournant par où l'on montait du magasin à la chambre à coucher Le lendemain matin, on frappe inutilement à la porte du magasin; à


l'aide d'une échette, on pénètre dans la chambre par la croisée, qu'on trouve incomplétement fermée dans sa partie inférieure. M. C. était couché dans l'attitude d'un homme qui dort profondément le corps était déjà froid le poêle était rempli en partie de coke et de charbon incomplétement consumés on trouva après la mort tous les caractères de l'asphyxie. Deux faits analogues ont étécités par le docteur Marye dans l'un, un carreau de la fenêtre manque, un linge seulement est étendu au devant de lui pour,le fermer et il voltige au gré du vent dans l'autre, la croisée n'était pas totalement fermée.

Concluons donc de ces divers exemples, que l'asphyxie peut avoiv lieu dans une pièce qui n'est pas parfaitement close; qu'une cheminée non bouchée, une fenêtre incomplétement fermée, une porte qui laisse du jour dans ses points de jonction un poêle dont la clef est ouverte, sont sans doute autant de conditions défavorables à t'asphyxie, mais qu'elles sont loin de la rendre impossible. De l'influence de la situation de la personne sur la production plus ou moins rapide de l'asphyxie.

Nous avons emprunté au Mémoire du docteur Màrye, un fait qui tend à démontrer que l'atmosphère asphyxiante n'a pas partout !a même intensité, puisque la personne n'avait pas pu s'asphyxier une première fois, lorsqu'elle s'était placée sur un lit, et qu'elle y parvint une seconde fois en se mettant à terre. Nous avons de plus démontré que pendant la combustion du charbon, la totalité de l'air était également viciée, mais que l'acide carbonique se rassemblait en proportion considérable dans la partie inférieure de la pièce pendant le refroidissement de l'atmosphère. On peut donc établir comme un fait acquis à la science que t° quelle que soit la situation de la personne dans une chambre, elle périra asphyxiée si la quantité de charbon qui a été brûlée était assez considérable pour rendre, pendant sa combustion, l'atmosphère suffisamment délétère 2° que si deux personnes sont placées, l'une sur le sol de la chambre, l'autre à une hauteur de trois ou quatre pieds celle-ci pourra ne pas être asphyxiée, tandis que la première succombera s'il est reconnu que la quantité de charbon qui a été brûlée, était insuffisante pour rendre la totalité de l'air non respirable pendant que la combustion s'en opérait mais suffisante pour former à la partie inférieure de la pièce, une couche d'acide carbonique, qui, une fois le refroidissement de l'atmosphère arrivé, rend délétère, à une certaine hauteur, les couches d'air les plus inférieures.

De l'influence du sexe, de /'<~e, de la profession, sur l'asphyxie. Toutes les personnes ne sont pas également impressionnables à la vapeur du charbon. Les hommes et les femmes qui par état consomment une grande quantité de ce combustible résistent beaucoup mieux à ses émanations. Dans l'affaire Amoureux, j'ai soulevé la question de savoir si les femmes résistaient plus à l'action de la vapeur du charbon que tes hommes. Il résulte d'un retevé que j'ai fait


sur les registres de la préfecture de police, que pendant les années 1834 et 1835, il y a eu trois cent soixante cas d'asphyxie par le charbon que sur ce nombre, on en compte dix-neuf de deux personnes ensemble (homme et femme), et un seul de deux hommes ensemble qu'il n'y a que trois exemples sur ces dix-neuf cas, où une des deux personnes ait pu être rappelée à la vie, et que dans ces trois cas ce sont les femmes.

La proportion des femmes que l'on a pu sauver est beaucoup plus considérable que celle des hommes. Sur cent quatre-vingt-quatre asphyxies survenues en 1835, il y a eu dix-huit femmes sauvées sur soixante-treize ou le quart des asphyxiés; et dix-neuf hommes sur quatre-vingt-trois, ce qui ne constitue que la proportion de un cinquième et une fraction.

MM. Marye et Ollivier d'Angers ont cité des faits d'aphyxie dans lesquels les hommes ont plus résisté que les femmes à la vapeur du charbon, ce qui tendrait en apparence à infirmer les résultats. En publiant le relevé que nous avons fait, et qui a plus de valeur que des faits isolés, puisque c'est une statistique de deux années, nous n'avons pas prétendu établir comme règle immuable que les femmes résistent plus à la vapeur du charbon que les hommes; nous avons même fait sentir que cette statistique ne porte pas sur un assez grand nombre de faits, mais néanmoins nous lui accordons bien plus de confiance qu'à des observations détachées que la mémoire est venue reproduire, sans avoir égard à tous les faits opposés qu pouvaient se grouper autour d'elles, Nous sommes donc porté à considérer nos données comme établissant de grandes présomptions en faveur de cette assertion. A. DEVERGIE. ART. 1982.

VARIÉTÉS.

ACADÉMIE DE MÉDECINE. M. Capuron a fait à l'Académie un rapport sur une observation fort curieuse communiquée par M. le docteur Lasserre d'Agen. U s'agissait d'un enfant de trots ans, dans la trachée-artère duquel un hartcot sec avait pénétré. Les accès de suffocation se répétèrent un très-grand nombre de fois pendant quarante jours, mais le calme se rétabtissait toujours tres-promptement,dès qu'on faisait avaler à l'enfant une petite quantité d'huile d'olive. Ce r'e fut qu'après ce long espace de temps que le haricot fut expulsé dans un violent effort de toux (1).

M. Amussat a présenté un col utérin cancéreux dont il a fait la

(l)Nous ne donnons pas avec plus de détails ce fait intéressant, parce qu'en 1837 M. Capuron avait déjà faitun rapportsur la même observation, et quelle se trouve reproduite à notre art. t5~2. On a pu voir dans divers articles de.ce Journal des faits de ce genre extrêmement singuliers et à peine croyables. Le cas dans lequel un osselet de mouton séjourna quarante jours dans les voies respiratoires, et fut rejeté spontanément à cette epoquefartJA52) offre avec celui que l'on vient de lire la plus grande analogie; mais ni l'un ni l'autre de ces fails ne doit engager tes praticiens à retarder l'opération de la trachéotomie, lorsqu'ils ont acquis la conviction qu'un corps étranger a pénètre dan~ les vo!<s aériennes. U est innniment ptûbable que leurs malade;


résection chez une jeune femme de trente-deux ans. L'opération <t présenté ceci de particulier qu'après avoir saisi le col avec des airignes, et l'avoir amené à l'orifice de la vulve, on en a fait la section avec un bistouri; mais comme si cette section eût été complète, t'utérus remontant aussitôt à sa place, n'aurait plus permis de surveiller la plaie saignante, on n'a pas resequé le col entiÈrement, et pendant qu'on le maintenait à l'extérieur, on a tordu une artère qui fournissait du sang alors on a achevé l'opération avec des ciseaux l'utérus est remonté à sa place, et il n'est survenu aucun accident. Pour prévenir une récidive, qui est toujours fort à redouter dans ces sortes d'opération, M. Amussat se propose de cautériser profondément la plaie avec la potasse caustique avant qu'elle soit entièrement cicatrisée.

M Bouvier a présenté un jeune homme âgé de quatorze ans auquel il a pratiqué la section du sterno-c)éido-masto!dien, pour remédier à un torticolis dont il était affecté depuis son enfance. Il y avait chez lui flexion latérale du cou à gauche et rotation de la tête à droite. M. Bouvier fit la section du faisceau sternal, du sternocleido-mastoïdien gauche en introduisant un bistouri étroit au moyen d'une légère ponction faite d'abord à la peau. Il s'écoula à peine quelques gouttes de sang. La position de la tête fut aussitôt améiiorée et sa résistance au redressement en partie effacée. On se borna à appliquer un morceau de taffetas d'Angleterre sur la petite plaie, le soutenant par quelques tours debande. Il n'y eut ni fièvre ni gonflement du cou. Deux jours après, M. Bouvier appliqua un appareil destiné à redresser la tête, et le succès fut tel, qu'au. bout de deux mois il n'existait aucune tracede torticolis. M. Recamier a fait un rapport peu favorable sur un mémoire dans lequel un médecin M. le docteurJacquot, préconise l'alun à t'extcrieur et à l'intérieur dans les affections cancéreuses. L'auteur prescrit depuis deux grains (10 centigr.) jusqu'à vingt grains (1 gram.) d'alun par jour, dans une potion. A l'extérieur, il emploie un mélange d'eau une livre (1/2 kilogr.) et alun une demi-once ( 16 gram. ). M. Recamier n'a point obtenu les bonseffets signalés par M. Jacquot, seulement il a remarqué que l'alun en injection arrêtait les hémorrhagies et que, pris à l'intérieur, il avait quelquefois rappelé l'appétit. fi a été question dans la même séance du lactate de fer dont nous avons parlé dans notre dernier cahier. Les bons effets de ce sel ont été signalés par M. Bouillaud qui, après de nombreuses expériences, lui a reconnu des avantages sur les autres préparations ferrugineuses.

M. Velpeau a présenté une pièce d'anatomie pathologique extrêmement curieuse. !) s'agissait d'un jeune homme de vingt-sept ans dans le scrotum duquel on a trouvé un fœtus.

Ce jeune homme portait dans le scrotum du côté droit une tumeur du volume du poing environ. Cette tumeur était insensible à la pression on pouvait la piquer, l'inciser, sans que )e malade en eût seraient victimes de cette hésitation, comme it en arriva dans le cas suivant, rapporté à cette occasion par un journal

Un enfant de deux ans, jouant seul, fut menacé tout à coup de suffocat ion. Un médecin appelé soupçonna l'introduction d'un corps étranger dans la trachée-artère. Deux jours se passèrent dans cette incertitude, et la mort de l'enfant étant devenue imminente, Fon provoqua une consultation. La trachéotomie, proposée par l'un des consultants, ayant été rejetée, j'enfant mou. rut deux jours après.A l'autopsie, on trouva un haricot engagé dans l'origine des bronches. (Note du Tt~ccf.)


la conscience; mais quand on touchait à la peau du scrotum on déterminait aussitôt une douleur très-bien perçue. A sa partie postérieure, elle présentait une ulcération fistuleuse par laquelle il s'échappait une mèche de poils et quelques liquides. Ces remarques firent supposer à M. Velpeau qu'il avait affaire à une tumeur fœtale, et, en effet, il en fit l'extirpation et reconnut qu'elle contenait dans son intérieur de nombreuses portions de squelette trèsbien organisées. On distinguait la clavicule, les os du bras, du bassin, des portions de vértèbres, etc.

Il résulte des renseignements pris au domicile de ce jeune homme qu'il portait lors de sa naissance une tumeur dans les bourses, mais que cette tumeur était alors fort petite. Elle fut prise d'abord pour un pneumatocèle ptus tard, on crut que c'était un phlegmon mais comme il n'en souffrait point, on s'en était fort peu occupé. Le volume de cette tumeur s'était donc accru avec l'âge, puisque lorsqu'on en a fait l'extirpation elle égalait environ le poing d'un adulte. Elle a donc vécu et s'est développée aux dépens de celui qui la portait.

Cette ope'<?<to/< césarienne pratiquée chez l'homme, dont l'exécution était des plus simples puisqu'il n'y avait en quelque sorte qu'une incision à faire et une légère dissection, en respectant le testicule, a cependant été suivie de la mort du malade qui a succombé à un épanchement purulent très-abondant dans la plèvre et à des abcès métastatiques excessivement nombreux dans les poumons. Faisant l'ouverture du corps devant les élèves, M. Velpeau a signalé avec raison ce fait malheureux comme une preuve nouvelle du danger qui accompagne toutes les opérations même les plus légères. On voit en effet les malades succomber aux accidents qui sont la suite d'une saignée, d'une application de sangsues ou d'un vésieatoire enfin des lésions les plus superficielles. Ces cas, heu reusement sont assez rares, car ils sont bien de nature à jeter le découragement dans l'âme des chirurgiens.

M. Malgaigne a présenté un malade affecté d'une hernie qu'aucun bandage ne pouvait contenir, et chez lequel il est parvenu, par un moyen fort simple et fort ingénieux, à s'opposer à la sortie des intestins. Cet homme était âgé de quarante-deux ans il portait sa hernie depuis l'âge de vingt ans. Le 27 novembre dernier il se présenta à M. Malgaigne. La hernie située du côté gauche était directe; il n'y avait plus aucun vestige du canal inguinal, et les intestins sortaient par un trou qui admettait l'extrémité de trois doigts réunis et menait directement dans l'abdomen.

Plusieurs bandagistes essayèrent de contenir cette hernie mais aucun ne put y parvenir. Les bandages qui s'opposaient à )a sortie de l'intestin déterminaient des coliques tellement vives, qu'il fallait bientôt renoncer à leur usage. Ce fut alors que M. blalgaigne eut l'idée de refouler la peau dans le ventre avec les doigts et de t'y maintenir au moyen d'un bandage. Après divers essais, il fut conduit à se servir pour cet effet d'une pelote indépendante du ressort. Il fit faire en bois, par un tourneur, une espèce de champignon dont la tête arrondie présentait vingt-deux millimètres de diamètre, supportée par une tige un peu plus mince, nxée elle-méme au centre d'une plaque circulaire de cinquante sept millimètres la hauteur du champignon monté sur la plaque était de quarante millimètres.

Le champignon fut alors introduit dans l'anneau et soutenu par un bandage très-faible. La contention fut parfaite; mais une demiheure ne s'était pas écoulée, que la circonférence de la plaque


contondait les chahs de la partie interne et supérieure de la cuisse; le champignon semblait aussi pénétrer trop profondément. Pour remédier à ces inconvénients, M. Malgaigne donna à sa plaque la forme ovale et la fit légèrement rembourrer du côté du champignon, ce qui rendait sa pression plus douce et diminuait la hauteur de l'instrument. De cette façon, la hernie fut parfaitement maintenue. « Je n'ajouterai que peu de mots à cette communication, a dit M. Matgaigne: sous le rapport de la coutention par les bandages les hernies inguinales se classent natureUement en trois catégories celles qui traversent le canal dans toute sa longueur, ce sont les plus faciles; celles où le canat est dilaté et déjà détruit en partie parte rapprochement des anneaux. et enfin les hernies directes, les plus difficilesde toutes et contre lesquelles j'ai vu échouer plus d'une fois toutes les ressources des bandagistes. Le nouvel appareil que je viens de présenter à l'Académie modifie singulièrement cet état de choses en effet, les hernies directes deviennentdésormaisaussifaeiles à contenir que les hernies qui traversent tout le canal, et ce sont les hernies de la deuxième catégorie qui passent au troisième rang sous le rapport de la difficulté.

OPÉRATION CÉSARIENNE. Nous avons dans notre dernier cahier rapporté l'observation de cette jeune femme rachitique qui a subi l'opération césarienne à l'hôpital clinique de la Faculté. Au moment où nous mettions sous presse, les accidents inséparables de cette opération étaient dissipés, il n'y avait plus de fièvre, la plaie était presque entièrement cicatrisée, et tout présageait un prompt et entier rétablissement. Nos prévisions ne se sont point réalisées, et cette malheureuse a succombé au dix-huitième jour de l'opération à un tétanos qui s'est manifesté tout à coup sans cause appréciabie. Le 5 février, dans la journée, cette femme éprouva quelque difficulté à avaler, causée par une légère contraction des mâchoires. Cette contraction augmenta sensiblement dans la soirée et bientôt on ne put la faire boire qu'avec une très-grande peine. Aussitôt des sangsues furent apptiquéessur les parties latérales de la tête, et l'on prescrivit une dose assez élevée de laudanum ainsi qu'un bain. Ces moyens amenèrent une nuit assez bonne; mais, le lendemain, nonseulement les muscles de la mâchoire étaient contractés spasmodiquement, mais encore la raideur tétanique s'étendait à ceux du cou. On eut ide nouveau recours à un bain très-prolongé, on répéta l'application de sangsues et on éleva la médication narcotique au point de jeter la malade dans un état de stupéfaction qui dura toute la journée, et fut remplacée la nuit par une agitation excessive. Le lendemain la rigidité musculaire fit des progrès elle gagna surtout la partie gauche du cou, en sorte que la tête était tournée de ce côté. La journée se passa dans une anxiété inexprimable, et enfin la malade expira le jour suivant.

Cette malheureuse avait surmonté toutes les conséquences de l'opération; elle était dans )emeil)eùr état possibte et semblait entrée en convalcscence depuis plusieurs jours. Cependant elle avait toujours accusé d'assez vives douteurs à la partie inférieure de la plaie de l'abdomen qui n'était pas encore cicatrisée, et qu'irritait sans cesse l'écoulement des liquides venant de l'utérus. C'est sans doute là le point de départ du tétanos qui l'a enlevée.

L'autopsie en a été faite avec beaucoup de soin. La paroi abdominale a été détachée et rejetée en avant elle était parfaitement libre jusqu'au niveau de l'ombilic; à partir de ce point, elle était fortement adhérente aux parties voisines et, en détruisant ces ad.hérences par la dissection, on ouvrait quelques petits kystes rem-


plia de pus. L'utérus a Été incisé par derrière afin de voir l'étendue de la plaie qui restait à cicatriser. On a reconnu que tes bords ne s'étaient réunis que dans la partie supérieure. Dans toutle reste de leur étendue ces bords s'étaient cicatrisés isolément et restaient écartés, en sorte que la paroi antérieure de l'utérus se trouvait, grâce aux adhérences contractées, formée en bas par la paroi postérieure de la vessie et en haut par tes parois abdominales. La plaie des parois abdominales était en grande partie réunie, il ne restait qu'une petite ouverture qui, selon toute apparence, se serait fermée bientôt. Les viscères n'ont présenté aucune lésion, à l'exception du cerveau qui était fortement injecté, mais il serait difficile de dire si cette injection tenait au tétanos ou à la médication narcotique à laquelle cette femme avait été soumise.

INFANTICIDE. La Gazette des yn&MnaK.t; du 27 février a fait connaitre un cas d'infanticide extrêmement curieux, dans lequel il a été possible de reconnaitre par la docimasie qu'un enfant avait respiré, bien que cet enfant eût été dévoré par un porc, et:que ie médecin ne pût examiner que des fragments de poumons retirés de l'estomac de cet animai. Voici )e fait

Le dimanche 3 novembre 1839, vers dix heures du'matin, le commissaire de police et le lieutenant de gendarmerie furent inforfOës que la veuve Saillot était accouchée dans la nuit et qu'on ignorait ce qu'était devenu son enfant. Ils se rendirent au domicile de cette femme, et la trouvèrent couchée dans son lit. A leur vue la femmeSaillot devint pâle et tremblante; néanmoins elle nia être accouchée. On appelaplusieurs médecins et la dame Géroutt, sagefemme ce)Ie-ci reconnut que la veuve Saillot était nouvellement accouchée, et que l'accouchement ne devait pas remonter à plus dé six heures. La veuve Saillot ne pouvait pas nier plus longtemps; elle fut forcée d'avouer qn'elle était accouchée; elle dédara que la veilte, vers huit heures du soir, elle avait ressenti les premières douleurs qui précèdent l'enfantement, que vers minuit elle était accouchée seu)e, sans se plaindre,sans proférer un seul cri, qu'elle avait perdu tant de sang qu'eue ne savait ce qu'elle faisait, qu'enfin sa domestique l'avait trouvée vers six heures dans sa cuisine presque sans connaissance.

On lui demanda ce qu'elle avait fait de son enfant, elle répondit: K Persuadée qu'il était mort, voulant d'ailleurs cacher ma faute, je suis descendue dans ma cour, la tête égarée, et je l'ai jeté dans l'étaMe de mes porcs. Cette action n'a été de ma part que la suite d'une mauvaise pensée qui s'est emparée de moi dans t'état du délire où je me trouvais j'ai cherché à cacher ma grossesse par tous tes moyens possibles, et notamment en me serrant beaucoup. Je pensais qu'on ne connaissait pas ma faute, je supposais que les porcs, dont ta voracité est bien connue en avaient effacé toutes les traces."

Sur cette déclaration, on procéda immédiatement à une perquisition dans t'étabte à porcs où l'on trouva des fragments d'os provenant du crâne d'un enfant.

On fit abattre et ouvrir tes deux porcs, et l'on trouva en effet les débris du corps d'un enfant et notamment les poumons. M. Anquetin, un des médecins, mit ces débris dans un baquet d'eau pour les nettoyer, tes deux fragments de poumons surnagèrent. Cette ci t constance frappa son attention, il tes projeta dans un nouveau baquet d'eau, ils restèrent sur la surface, II fit apporter un seau d'eau propre, les y déposa et les ôta à plusieurs reprise!, et il obtint toujours Je même résultat, tt demeurait constant que l'enfant avait vécu.


Le lendemain, un second médecin fut adjoint au premier. Il résulta de leur examen 10 que les fragments et lambeaux de fœtus faisaient partie d'un fœtus qui devait être à terme; qu'il devait être assez fortement constitué pour faire croire qu'il était né viable, à moins qu'il ne présentât quelques vices de conformation que l'état des lambeaux n'aurait pas permis de constater; 3° que le fœtus a respiré, mais que la respiration et par conséquent la vie a été de courte durée.

La veuve Saillot fut interrogée de nouveau, et après avoir longtemps soutenu que son enfant n'avait pas vécu, elle avoua qu'il avait respiré, mais elle ajouta qu'elle ne lui avait fait aucun mal; qu'elle ne pensait accoucher que vers le mois de janvier; qu'elle ne l'aurait probablement pas laissé mourir si elle n'et!<p<M entendu dire qu'on ne recevait plus d'enfants dans les hospices.

Cette femme a été condamnée aux travaux forcés à perpétuité, les jurés ayant admis des circonstances atténuantes.

FACULTÉS. Le concours ouvert devant la Faculté de Paris, pour une chaire de pathologie interne, s'est terminé par la nomination de M. le docteur Piorry.

JH. Bouisson, professeur à la Faculté de Strasbourg, vient égaleMetft d'être nommé professeur de pathologie interne à la Faculté de M~tpellier, en remplacement de Dugès.

Co~couM Un concours pour des emplois de chirurgien sous-aide auxiliaire sera ouvert à Paris le 16 mars, et le 26 mars à Metz, Nancy, Strasbourg, Besançon, Lyon, Montpellier, Toulouse, Marseille, Bordeaux, Rennes et Lille.

Chaque candidat devra se faire inscrire à l'intendance militaire de celle de ces villes où il désirera concourir. U lui sera donné communication des conditions d'admission au concours dont le programme a été inséré au journal militaire.

Le registre d'inscription sera clos à Paris le 14 mars, et dans les autres villes le 24 mars.

ASSOCIATION DE PRÉVOYANCE. L'association de prévoyance des médecins de Paris a tenu sa séance annuelle le 19 janvier sous la présidence de M. Orfila. Il résulte du rapport de son secrétaire général que, depuis sept années environ que dure l'association on a eu soixante-treize demandes de secours à examiner mais un seul sociétaire a été dans le cas d'en réclamer près de la société, et on a pu satisfaire à sa demande. Bien que le nombre des sociétaires ne s'élève qu'à quatre cents environ, la société possède un capital de 34 à 35,000 fr., qui produisent en ce moment 1,575 fr. de rentes. Plusieurs villes de France ont demandé communication des statuts de l'association, et on doit espérer qu'avant peu l'exemple donné par la capitale sera suivi par nos confrères des départements.. SOCIÉTÉS SAVANTES. La société médico-chirurgicale de Bruges propose la question suivante pour le concours de 1841 Faire un exposé historique des progrès que le diagnostic médical a faits depuis le commencement du dix-neuvième siècle jusqu'à nos jours. »

Une médaille d'or, de la valeur de 300 francs, sera décernée à l'auteur du meilleur travail sur cette question.

Les mémoires, écrits lisiblement en français ou en latin, devront être remis, francs de port, avant le 1" janvier 1841, au secrétariat de la société.

Les auteurs devront inscrire leurs noms, qualités et demeure sur un billet cacheté, qui portera à l'extérieur une devise semblable à celle qu'ils auront placée en tête de leur mémoire.


AM.1985.

De la guérison de la fistule )<acr~ms~e par l'obstruction du canal nasal.

Le Journal de la médecine pratique de Bordeaux contient un rapport de M. le docteur Arthaud sur un point fort intéressant du traitement de la fistule lacrymale. Suivant M. le docteur Biangini, auteur du Mémoire analysé, le traitement de cette maladie devrait reposer sur des bases absolument contraires à celles que tous les praticiens ont adoptées jusqu'à ce jour. Ainsi, pendant que tous les efforts des chirurgiens tendent à rétablir une libre communication entre les points lacrymaux et les fosses nasales, lui, au contraire, s'efforce d'oblitérer complétementles voies lacrymales dans toute leur étendue par une solide cicatrisation. La cautérisation du sac lacrymal serait donc le meilleur procédé à suivre pour la guérison de la fistule, et ce médecin appuie son assertion sur la longue pratique du professeur Louis Camicci et sur celle d'un grand nombre d'autres chirurgiens distingués. Voici un fait en faveur de cette manière de voir.

En i833, étant élève dans l'hôpital royal de Pistoie, l'auteur fut chargé par son professeur, François Camicci, de disséquer attentivement l'appareil lacrymal de la nommée Stephanini, morte des suites d'une maladie aiguë, mais qui, plusieurs années auparavant, avait été complétement guérie d'une fistule lacrymale au troisième degré au moyen de la cautérisation. Il examina avec le plus grand soin ces voies lacrymales qui avaient été le siège de tant de désordres, et trouva, à sa grande surprise, le sac lacrymal et le conduit nasal entièrement oblitérés et convertis en une substance très-dense, ayant tous les caractères du tissu fibro-cellulaire accidentel. Ne pouvant s'expliquer comment il se faisait que cette femme dont les voies lacrymales étaient oblitérées n'eût éprouvé qu'un très-léger épiphora qui l'incommodait à peine, il dirigea ses recherches vers la glande lacrymale. Cette glande fut trouvée d'un volume moins considérable, et même presque atrophiée.

M. Biangini n'a pas eu l'occasion de faire d'autres autopsies qui auraient pu confirmer cette remarque; mais il a examiné les voies lacrymales de beaucoup de personnes opérées par. la cautérisation et parfaitement TOM. Xt. ? D'AVRIL. 10


guéries. A la simple vue, il a reconnu une dépression remarquable dans la région du sac lacrymal. En comprimant avec le doigt, il a senti une résistance plus grande que celle du côté opposé, ce qu'il attribue à la substance Sbro-ceUulaire qui remplace le sac. Les malades ont assuré qu'ils n'étaient pas incommodés par le larmoiement, et que de loin en loin seulement quelques larmes débordaient sur leur joue. Il en est un petit nombre cependant qui ont dit que, sous l'influence de certaines circonstances atmosphériques, le larmoiement était plus considérable. M. Biangini croit pouvoir assurer que, chez ces individus, non-seulement le sac lacrymal était oblitéré, mais encore que la glande avait subi un commencement d'atrophie, car il existait à peine chez eux un léger degré d'épiphora; et nonseulement cette oblitération existerait chez les personnes qui ont été traitées par la cautérisation, mais encore le séton, les corps dilatants, etc., ne guériraient très-probablement qu'en ulcérant les voies lacrymales, et en faisant cicatriser le sac, de manière à fermer ainsi à jamais toute communication entre les points lacrymaux et les fosses nasales.

C'est fondé sur ces observations que M. Biangini propose le procédé suivant pour le traitement de la fistule lacrymale après avoir ouvert le sac lacrymal à la manière de Petit, on doit remplir sa cavité avec un bourdonne! de charpie enduit d'un corps gras, et recouvert d'une couche de nitrate d'argent en poudre. Il faut continuer l'usage du caustique jusqu'à ce que tout le gonflement morbide ait disparu, et faire en sorte que la cicatrisation marche du fond vers les bords, en observant les préceptes indiqués pour les Sstules à l'anus.

ART. 1984.

Observations de ~o~M~Ms avec expulsion d'une portion d'intestin.

M. Gasté a publié, dans le Recueil des mémoires de médecine et de chirurgie militaires, une observation curieuse de sphacèle avec expulsion d'une très-longue portion d'intestin.

Un soldat, âgé de vingt-six ans, entra à l'hôpital de Montpellier le 12 octobre 1838, au deuxième jour d'une rougeole. M avait subi récemment, à l'hôpital militaire de


Perpignan et à celui de Montpellier, un long traitement antisyphilitique par la liqueur de Van-Swieten et le muriate d'or, et il portait au col un phlegmon énorme, résultat d'une vaste inflammation de l'amygdale. L'abcès suppurait; il se compliquait de vives douleurs dans l'oreille, lorsque, le 9 novembre, il éprouva de très-vives coliques. On remarqua qu'il s'était formé entre l'ombilic et la crête iliaque droite une tumeur grosse comme le poing. La moindre pression sur cette partie causait des douleurs extrêmement vives. Cinquante sangsues furent appliquées sur cette tumeur, mais il n'en résulta aucun changement favorable; il survint bientôt, au contraire, des hoquets, des vomissements de matière stercorale la face était grippée, le pouls petit, misérable, le ventre baUonné et excessivement douîoureux. Un traitement antiphlogistique très-actif fut dirigé contre ces accidents formidables, mais ce ne fut guère que vers le 15 que le mieux commença à se manifester. Les vomissements se calmèrent, le ventre devint moins douloureux, la tumeur était plus facile à circonscrire, et le malade eut en même temps plusieurs selles. Le 20, cet homme étant sur la chaise percée, s'aperçut qu'une portion membraneuse sortie de l'anus ne pouvait s'en détacher. M. Crasté, t'ayant examiné, reconnut qu'il se présentait en effet dans ce point une tumeur plus volumineuse qu'un œuf de poule, formée par l'intestin gangrené. S'étant aperçu qu'une légère traction faisait descendre une plus grande portion d'intestin, il s'empressa de faire rentrer toutes les parties qui n'étaient pas gangrenées, craignant avec juste raison un déchirement excessivement dangereux. Le docteur Franc fut appelé, et excisa quatre à cinq centimètres d'un lambeau sphacélé. On reconnut, après l'avoir bien lavé, les membranes muqueuses et séreuses de l'intestin.

Cette tumeur rentra bientôt spontanément; mais, quand le malade faisait effort pour aller à la selle elle sortait aussitôt, soit en partie, soit en totalité, et il fallait s'empresser de la faire rentrer. Le 24, le malade eut une selle assez abondante, et il retira des matières fécales une portion d'intestin longue de cinquante-trois centimètres, qui fut présentée aux professeurs Dubreuil et Lallemand. Cette pièce anatomique fut examinée avec soin par plusieurs chirurgiens, et il resta évident qu'elle était formée par une longue portion d'intestin appartenant à la fin de l'iléon~ Le malade, ainsi débarrassé de cette masse gangrenée, entra aussitôt en convalescence; le ventre était souple et


indolore sans trace de tumeur. H avait de l'appétit, mangeait, allait à la selle. Cependant, le 5 décembre, il eut des coliques assez violentes. Ces coliques se répétèrent un grand nombre de fois et varièrent en intensité. On les combattit par les antiphlogistiques, les topiques narcotiques, huileux, etc. Malgré tous les moyens qu'on put leur opposer, ces accidents s'aggravèrent, le ventre se gonfla et devint douloureux il y eut des alternatives de constipation et de diarrhée. Après quelques jours de repos, il survenait tout à coup des tranchées excessivement douloureuses; le malade, épuisé par les souffrances, s'amaigrit, ses extrémités inférieures s'œdématièrent, et enfin, le 19 mai, arrivé au dernier degré du marasme, il succomba après une agonie de plusieurs mois.

L'autopsie devait offrir un bien grand intérêt. On trouva en ouvrant l'abdomen une masse d'intestin liée par l'épiploon épaissi, et fixée par de nombreuses adhérences à la colonne vertébrale. En ouvrant le tube intestinal, à partir de l'estomac, on reconnut plusieurs ulcérations dans l'intestin grêle. A sept ou huit centimètres de la vulvule iléocœcale, existait un rétrécissement annulaire oblique avec épaississement des tissus d'une épaisseur de cinq à six centimètres à l'extérieur le péritoine formait un repli flottant et libre par son bord supérieur, adhérent inférieurement, et simulant une espèce d'entonnoir au fond duquel semblait pénétrer la portion d'intestin supérieure à l'étranglement. Toutes les parties voisines étaient fortement unies au culde-sac du cœcum, et à la partie supérieure et latérale droite de la vessie. C'est dans ce point que s'était opérée la cicatrice. La portion d'iléon qui lui était supérieure contenait des fèces en bouillie; le cœcum et le colon n'en contenaient pas et n'offraient aucune altération. Réflexions. M. le docteur Gasté fait suivre ce fait intéressant de plusieurs observations semblables recueillies dans les auteurs. Dans cette liste, qui du reste est fort incomplète, il omet de rappeler les deux faits curieux publiés à nos articles 696 et 868. Le premier, qui avait été recueilli en Belgique offrait toute la certitude désirable, la pièce anatomique ayant été présentée à une société médicale de la province de Namur. Le second, observé en France, avait également été le sujet d'investigations sérieuses, et l'auteur nous avait mis à même d'examiner la portion d'intestin expulsée. Enfin, l'un s'était terminé par le retour à la santé, et l'autre par la mort; mais il est à remarquer que celui dont l'issue fut heureuse faillit plusieurs fois finir au-


trément, et que ce ne fut qu'en nourrissant son malade avec du lait et des bouillons pendant un temps assez considérable que le médecin parvint à calmer les coliques déterminées par des aliments plus substantiels. Peut-être avec une diète plus sévère eût-on prévenu la triste fin du malade de M. Gasté. Quoi qu'il en soit, un fait est pour nous parfaitement établi, c'est que la mort n'est pas le résultat inévitable de l'expulsion d'une anse intestinale gangrenée; mais cet accident, s'il n'est pas essentiellement mortel, est toujours excessivement grave, et jusqu'à ce que des adhérences solides aient amené un complet rétablissement, les malades doivent être surveillés avec la plus grande attention, et soutenus, plutôt que nourris, par une alimentation très-légère.

Aux faits déjà connus nous ajouterons le suivant que nous a communiqué M. Chapuis, médecin à Champagney (Haute-Saûnc). Bien que cette observation soit incomplète et ne donne qu'imparfaitement la description de la pièce pathologique, ainsi que les détails des symptômes qui ont dû suivre son expulsion, elle sera lue avec intérêt, parce qu'elle offre avec celle qu'a publiée M. le docteur Gasté la plus grande analogie.

« Marguerite Cardot, de Champagney, âgée de cinquantedeux ans, fut prise tout à coup, et sans cause connue, de très-vives coliques vers le mois de juillet 1838. Elle avait joui jusque-là d'une santé excellente, bien qu'elle fût sujette à des hémorrhoïdes, et elle était encore régulièrement menstruée. Les douleurs qu'elle éprouvait avaient surtout leur siège dans la partie gauche du bas-ventre. Elles duraient depuis plusieurs jours et s'accompagnaient de selles abondantes lorsque cette femme alla consulter M. Mandeler, médecin des houillères et forges de Champagney. Celui-ci prescrivit un traitement convenable; mais les accidents s'étant aggravés, je fus appelé, et je me joignis à lui pour soigner cette malade. Je la trouvai profondément abattue. La langue était large et couverte d'un enduit blanchâtre, le pouls fébrile. Les coliques étaient continuelles et souvent si vives, qu'elles lui arrachaient des cris perçants; les selles étaient liquides et écumeuses. Mais le siège de la douleur avait changé, il était fixé dans la partie latérale droite de l'abdomen, où l'on sentait sous la main une tumeur oblongue, excessivement sensible à la pression.

<t La malade s'opposant à ce qu'on appliquât des sangsues au siège, un fit une saignée du bras qui ne procura aucun soulagement. Les émollients et les narcotiques furent


employés sous toutes les formes. Sous l'inSuence de ce traitement les douleurs se calmèrent, l'amendement obtenu était assez considérable pour nous faire espérer une prochaine guérison; mais les imprudences et l'indocilité de cette malade ramenèrent bientôt les accidents. Cette tumeur, dont nous avions signalé la présence au côté droit de l'abdomen, dans la région du colon ascendant, acquit plus de volume et de sensibilité, et parcourut successivement le trajet de la portion descendante et transverse de cet intestin. En même temps tous les symptômes s'aggravèrent. Il survint des vomissements fréquents et les aliments les plus légers étaient rejetés. La malade éprouvait des coliques atroces accompagnées d'un sentiment de brûlure qui s'étendait jusqu'à l'anus, et provoquait un besoin continuel d'aller à la garde-robe. Parfois il lui semblait qu'un corps se détachait de la région du colon et se portait vers le rectum. Les douleurs s'irradiaient dans les lombes et dans les cuisses; les traits de la figure étaient tirés, les yeux caves, la face terreuse et plombée; cette femme, arrivée au dernier degré du marasme, épuisée par une fièvre continuelle, des douleurs excessives et une diarrhée abondante, semblait devoir bientôt expirer, lorsqu'elle nous annonça qu'une tumeur se présentait à l'anus, et qu'elle la faisait rentrer aisément. Nous crûmes d'abord à une chute de la muqueuse du rectum; mais l'ayant examinée, nous vîmes, avec le plus grand étonnement, que l'anus, resté béant, livrait passage à une tumeur molasse, cylindrique, d'une longueur de cinq à six pouces, à l'extrémité de laquelle était une ouverture qui donnait passage aux excréments. Cette tumeur était d'un brun noirâtre et sphacélée. Nous fûmes plus surpris encore lorsque la femme, cédant à un besoin d'expulsion, rejeta ainsi une portion du tube alimentaire d'une longueur de quinze à seize pouces. Il nous fut aisé de reconnaître l'intestin rectum et une partie du colon bien que les parois en fussent altérées par l'inflammation, on distinguait très-facilement les bosselures, les fibres de la tunique musculeuse, les rides et les replis que présente la face interne de l'intestin.

a Le soulagement qu'éprouva cette femme fut tellement grand, qu'elle se crut entièrement guérie; mais il s'en fallait de beaucoup que nous fussions aussi rassurés sur son compte, puisqu'une partie considérable du tube digestif manquant ainsi complétement, il devait, pensions-nous, se faire dans l'abdomen un épanchement mortel. Cependant, malgré nos fâcheuses prévisions, Marguerite Cardot se


trouva entièrement rétablie au bout de trois mois. On le voit, la description de cette curieuse pièce pathologique est bien incomplète; mais cette observation acquiert, par sa comparaison avec celle de M. Gasté, un trèshaut degré d'intérêt, parce que les symptômes éprouvés avant l'expulsion de l'anse intestinale sphacélée ont été à peu près les mêmes. Cette tumeur observée dans l'abdomen est devenue dans l'un et l'autre cas le signe caractéristique de l'étranglement, et chez la malade de M. Chapuis on a pu même suivre son trajet à travers les parois abdominales. De plus, l'invasion dans les deux cas a été subite et inattendue; enfin, si l'on ajoute que,.dans la dernière observation, la guérison a été obtenue après trois mois dé traitement, il y aura encore quelque analogie, car le malade de M. Gasté n'a succombé qu'à une longue suite d'accidents, et après avoir donné à plusieurs reprises l'espoir d'une entière guérison.

ART. 1985.

Observations curieuses de phimosis congénital. Considérations pratiques sur ce vtce de con formation et les opérations qu'il nécessite.

M. le docteur Ramaugé a communiqué à la Société médicale du Temple une observation de phimosis recueillie chez un enfant de trois ans. Cet enfant, sans doute atteint d'un phimosis congénital, ne pouvait uriner depuis plusieurs jours qu'avec une très-grande peine. Le prépuce recouvrant le gland était gonflé induré et comme cartilagineux. Cette dégénérescence s'opposait à ce qu'on pût te ramener derrière le gland; il n'offrait d'ailleurs qu'une ouverture tellement petite, qu'on y pouvait à peine introduire une sonde cannelée. Il fallait nécessairement remédier à cet état de choses par une opération, et M. Ramaugé yprocédadela manière suivante. Une sonde cannelée étant introduite par l'opverture préputiale, et conduite sur la face dorsale du gland jusqu'à la base du prépuce, ce repli fut divisé d'un seul coup de bistouri, et comme il fut aisé alors de constater que son tissu était induré et non susceptible d'extension, ses portions latérales furent enlevées par deux incisions successives on vit alors que le frein, se prolongeant jusqu'au méat urinaire, déformait le gland et faisait croire à l'existence d'un hypospadias. On le divisa aussitôt, et le gland prit une forme plus régulière. Les


parties se cicatrisèrent promptement, et au bout d'une quinzaine de jours l'enfant était entièrement rétabli. Réflexions. A cette observation dans laquelle le prépuce avait acquis une consistance cartilagineuse nous devons en ajouter une autre, fort curieuse, que nous avons recueillie ces jours derniers à l'hôpital de la Charité dans le service de M. Velpeau. H s'agissait également d'un phimosis congénital dans lequel la contexture du prépuce était altérée; mais ce repli membraneux contenait en outre trente-sept petits calculs qui furent retirés par une simple incision. Voici le fait

Un maçon âgé de vingt-cinq ans est entré à la Charité pour un phimosis datant très-probablement de son enfance. La difficulté d'uriner est le seul motif qui l'a porté à réclamer les secours de l'art, et cependant sa verge a acquis un volume considérable, et en pressant sur le gland, qui est énormément développé, on reconnaît que le prépuce contient dans son intérieur des pierres dont le frottement détermine un bruit assez sensible. Cet homme déclare ~ue l'extrémité de sa verge a grossi graduellement depuis quelques années, et que le cours de l'urine devenant de plus en plus difficile, il est arrivé au point de se trouver presque dans l'impossibilité de satisfaire au besoin d'uriner.

En introduisant un stylet dans l'ouverture du prépuce, on reconnaissait que l'instrument pouvait glisser dans tous les sens, par conséquent on pouvait faire l'incision en haut comme en bas; c'est dans ce dernier sens que M. Velpeau a préféré porter le bistouri il a divisé le prépuce d'un seul coup et après avoir incisé quelques brides lamelleuses, il a extrait, ainsi que nous le disions, trentesept petits calculs formant une masse de treize grammes. Un seul de ces calculs pesait quatre grammes; ils étaient lisses et formés en grande partie par du phosphate ammoniaco-magnésien.

M. Velpeau préfère l'incision du prépuce à la circoncision que pratiquent plusieurs chirurgiens; il pense que !e gland, complétement privé de son prépuce, est exposé à des frottements incommodes, et qu'il vaut mieux autant que possible lui laisser son enveloppe naturelle. Pour opérer le phimosis on peut faire une incision sur la face dorsale du gland ou sur sa face urétrale. Dans le premier cas ona une grande plaie, et de chaque côté pend un lambeau membraneux, qui non-seulement est une difformité désagréable, mais encore par son contact avec lesvétements,


s'irrite et devient le siège de fluxions continuelles. M. Velpeau préfère inciser par en bas; la plaie produite est assez grande pour permettre au prépuce de donner passage au gland, les bords se rapprochent, et il n'en résulte aucune difformité.

ART. 1986.

Des topiques pulvérulents employés à sec dans les lésions de la peau et des ganglions lymphatiques.

M. Chabrely a publié, dans le Bulletin médical du Midi, un mémoire sur l'emploi des topiques pulvérulents qu'il propose de substituer aux cataplasmes, aux graisses, aux huiles, enfin à tous les topiques humides que l'on est dans l'usage d'emptoyer.Après avoir cité quelques exemples dans lesquels ces diverses applications ont été nuisibles, ce médecin indique ainsi les substances par lesquelles il veut les remplacer.

Le traitementlocal de l'érysipèle, dit-il, quelle qu'en soit la cause interne ou externe, quelle qu'en soit l'espèce, doit être fait à sec, depuis le simple érythème jusqu'à l'érysipèle phlegmoneux on remplacera donc les liquides et les onguents par le composé suivant

? 1. Amidon en poudre, 60 grammes

Camphre en poudre, 8 grammes.

N" 2. Hydrochlorate d'ammoniaque, 2 grammes; Amidon en poudre, 70 grammes.

Ces poudres dont on recouvre l'érysipèle, ne doivent point empêcher de recourir aux sangsues aux débridements, si cela est jugé nécessaire. C'est seulement un topique que propose l'auteur, et qui concourt à hâter la guérison de t'érysipèle.

Trois exemples sont cités à l'appui. Dans le premier, il s'agissait d'une femme de quatre-vingt-deux ans elle était fréquemment atteinte d'érysipèle, portait des varices volumineuses aux jambes, et un ulcère atonique qui persistait depuis plus de vingt ans. La peau voisine de l'ulcère était indurée, hypertrophiée, le membre était déformé et avait acquis un volume considérable. Au mois de février 1839, elle avait un érysipète phlegmoneux s'étendant sur toute la jambe, qui était œdématiée et menacée de gangrène. De la poudre d'amidon camphrée fut répandue sur les points


où l'épiderme était intact!; te vieil ulcère et les plaques gangreneuses furent pansés avec la charpie enduite d'un mélange de résine, de copahu et de cérat, et l'on établit une légère compression autour du membre. Au bout d'un mois les plaies dues à la chute des escarres étaient cicatrisées, et le vieux ulcère allait beaucoup mieux; mais l'œdéme, qui était énorme à cause de l'hypertrophie et de l'induration de la peau, nécessita une attention spéciale; on continua l'usage de la poudre d'amidon et une légère compression, et ces moyens amenèrent une grande amélioration. On en était à ce point, lorsqu'un nouvel érysipè!e survint; cette fois on se borna à saupoudrer le membre de fécule d'amidon. Ce moyen, continué pendant cinq mois, finit par amener la guérison de l'ulcère et de l'œdème cutané.

Le sujet de la seconde observation est également un vieillard qui portait sur les jambes des ulcères dartreux et un œdème considérable accompagné de varices. Les points ulcérés furent pansés avec la charpie sèche; les jambes et les pieds furent couverts d'un mélange de neuf dixièmes de poudre d'amidon et d'un dixième de soufre sublimé en poudre très-ténue. Une compresse enveloppait les membres, et on établissait ensuite une légère compression. En moins de deux mois l'ulcère dartreux et l'cedème ont disparu.

Enfin, dans la troisième observation, on voit un homme de soixante-six ans portant depuis longues années des utcères variqueux et herpétiques aux jambes. Le tissu cellulaire et la peau du membre avaient acquis un tel développement que cet homme semblait atteint d'un éléphantiasis. Les ulcères fournissaientune suppuration abondante, âcre et fétide. M. Chabrely fit la prescription suivante Pansement des membres ulcérés avec de la charpie sur laquelle on étendra un mélange de résine, de copahu et de cérat ordinaire (8 grammes du premier et 30 du second) les parties non ulcérées seront recouvertes de la poudre suivante

Fécate de pomme de terre, 30 grammes; Soufre sublimé, 8 grammes.

Une large compresse de toile fine devait entourer la jambe et le pied, et un bandage roulé, serré modérément, assujettir le tout. Au bout d'un mois l'amélioration obtenue était considérable. Cependant il fallut six mois pour obtenir une guérison complète.


L'auteur de ce mémoire assure que ce topique sec pulvérulent lui a toujours parfaitement réussi pour dissiper l'œdème, soit qu'il fût essentiel, soit qu'il fût symptomatique. Dans les œdèmes qui surviennent aux pieds et aux jambes durant la convalescence de longues maladies, il emploie de préférence le topique suivant

Poudre de digitale, 5 grammes;

Camphre en poudre 3 grammes;

Amidon en poudre, 30 grammes.

Le convalescent peut saupoudrer des bas de fil de ce mélange, et obtenir une diminution prompte de son œdème, en tenant les bas constamment aux jambes.

Dans la phlegmasia alba dolens, M. Chabrely conseille le mélange suivant

Fécule de pomme de terre, 60 grammes

Acétate de morphine, 5 décigrammes;

Camphre en poudre, 10 grammes.

Dans un cas d'herpes au creux du jarret, ce médecin a conseillé un mélange de vingt parties de poudre d'amidon et d'une partie de soufre sublimé; on en saupoudrait une peau de cygne qu'on attachait sur la partie malade. La guérison fut obtenue très-rapidement. Dans l'herpes du cuir chevelu, il prescrivit

Fécule de pomme de terre, 60 grammes;

Poudre de belladone, 3 grammes

Soufre sublimé, 8 grammes.

Ce métange, qui a plusieurs fois heureusement modifié la teigne, offre t'avantage de détruire les poux et de protéger les bulbes des cheveux. Il n'a été employé que dans la teigne muqueuse.

On sait que certains topiques mercuriels ont été appliqués sur la peau des varioleux pour faire avorter les pustules et prévenir la difformité. M. Chabrely propose de lui substituer le mélange suivant

Amidon en poudre, 20 parties;

Calomelas 1 partie.

Dans un cas de pemphygus, ce mélange a amené une guérison presque subite.

La fécule de pomme de terre mêlée à quelques grains d'acétate de morphine a eu de très-bons effets dans le


rhumatisme aigu, dans les gonflements inflammatoires de la peau dus à une entorse, une contusion ou une plaie contuse. Dans ce dernier cas, le topique a été ainsi compose Poudre d'amidon, 60 grammes;

Poudre de digitale, 6 grammes;

Camphre en poudre, 5 grammes.

Dans les contusions, le mélange suivant est ordinairement employé

Amidon en poudres, 20 parties;

Limaille de fer ou carbonate de fer, 2 parties;

Camphre, 1 partie.

On saupoudre du coton en rame de ce mélange, et on l'applique sur le lieu de la douleur et du gonflement. Pour obtenir la résolution d'un engorgement, M. Chabrely, loin de recourir aux sangsues, aux frictions mercurielles, hydriodatées, etc., prescrit le topique suivant Amidon en poudre, 60 grammes;

Iode en poudre 50 centigrammes;

Acétate de morphine, 45 centigrammes.

On en saupoudre une peau de cygne qu'on maintient sur le lieu engorgé.

Dans un cas d'engorgement squirrheux de la mamelle et des glandes de l'aisselle réputé non susceptible d'être opéré, ce médecin prescrivit un topique ainsi composé Poudre d'amidon, 120 grammes;

Iode en poudre, 2 grammes;

Acétate de morphine, 3 décigrammes.

Mêlez pour en saupoudrer une peau de cygne qu'on tiendra constamment sur le lieu engorgé. L'amélioration obtenue fut considérable, et tout à fait inespérée; il en fut de même de plusieurs engorgements de même nature. L'auteur fait cependant observer que dans cette préparation la dose d'iode est un peu trop élevée.

Dans les abcès froids, dont la résolution marche si lentement, un mélange de sept huitièmes de poudre d'amidon et de un huitième de calomelas étendu sur un morceau de fourrure, est infiniment plus efficace que les cataplasmes. M. Chabrely a guéri par les mêmes moyens deux bubons vénériens et des pustules de même nature. H propose dans le traitement local des goitres de remplacer le sachet de


M. Duméril par le topique sec suivant, dont on saupoudre une peau de cygne.

? 1. Iode, i gramme;

Amidon en poudre, i20 grammes.

? 2. Hydrochlorate d'ammoniaque, 1 gramme Sulfate de fer, 1 gramme

Poudre d'amidon, 160 grammes.

Quant au sachet proposé par Dupuytren, il pense qu'on devrait lui substituer le suivant

Charbon de saule en poudre, 30 grammes;

Camphre, 10 grammes

Poudre d'amidon, 120 grammes.

En6n des topiques secs pulvérulents et résolutifs pourraient être employés avec avantage dans les engorgements des viscères abdominaux et dans les tumeurs blanches des articulations.

Réflexions. Nous sommes forcé de passer sous silence des faits assez nombreux sur lesquels M. Chabrely appuie la médication qu'il propose. Parmi ces observations it en est dans lesquellesles bons effets des topiques pulvérulents pourraient être contestés; il en est d'autres qui présentent des guérisons assez remarquables, pour que les praticiens fassent à l'occasion l'essai de cette médication. Les trois premiers faits cités par ce médecin nous apprennent en outre que d'anciens ulcères, qui depuis longues années fournissaient un pus abondant, ontétécicatriséspar l'emploi de ces poudres résolutives, et que les malades n'ont pas paru souffrir de la suppression de ces émonctoires. Ces observations sont remarquables, car elles prouvent d'une part que des ulcères calleux, abords indurés et œdémateux, peuvent céder à un traitement bien entendu, et que, de plus, leur guérison ne compromet pas nécessai* rement la santé des individus qui s'en trouvent ainsi débarrassés. Nous devons ajouter que ces guérisons sont assez communes, et que les accidents signalés sont bien rares et souvent contestables.

Il est vrai que certains œdèmes chroniques et habituels, certains ulcères atoniques certains engorgements froids résistent souvent avec une désespérante opiniâtreté aux topiques émollients ou résolutifs, huileux, graisseux ou liquides peut-être n'a-t-on pas fait assez usage des topiques


pulvérulents, mais on ne saurait !e~ considérer comme médication nouvelle, puisqu'ils sont recommandés et employés dans une foule de circonstances. Les faits cités par M. Chabrely n'en doivent pas moins attirer l'attention des praticiens jusqu'à ce qu'une plus longue expérience ait prononcé sur leur valeur.

ART. 1987.

Recherches sur l'introduction accidentelle de l'air dans les .veines; par J.-Z. Amussat (Analyse) (1).

M. Amussat a réuni dans une monographie tous les faits qui composent l'histoire complète de l'introduction de l'air dans les veines pendant les opérations. On sait que cet accident, presque toujours mortel, signalé déjà par quelques chirurgiens, a été, surtout de la part de cet auteur, le sujet do recherches et d'expérimentations qui n'ont pas peu contribué à éclairer une question jusqu'alors fort douteuse. Quelques faits recueillis chez l'homme, et de nombreuses expériences tentées sur les animaux ont démontré que l'introduction de l'air dans les veines était à redouter lorsqu'on pratique des opérations sur le cou, la partie supérieure de la poitrine, l'aisselle et t'épaule, mais particulièrement au-dessus et au-dessous de la clavicule, dans une région assez circonscrite, où s'observe le flux et le reflux du sang, ou le pouls veineux. Ce point bien démontre, les conclusions pratiques qui en découlent sont importantes.

a Dans l'état actuel de la science, dit M. Amussat, lorsqu'on pratique une opération grave, on n'est guère préoccupé que d'un seul genre d'accident c'est l'hémorrbagie; toutes les précautions sont prises pour l'empêcher mais dorénavant la possibilité de l'introduction de l'air dans les veines étant bien démontrée, il faudra se précautionner aussi contre ce genre d'accidents, qui est plus redoutable encore que l'hémorrhagie. Ainsi toutes les fois qu'on opérera dans le voisinage des veines jugulaires sous-clavtères, et même des axillaires, le chirurgien devra se tenir sur ses gardes et prendre ses précautions. La meilleure, selon nous, consiste à comprimer le tronc veineux principal, entre le cœur et la partie sur laquelle on opère; c'est aussi ce (1) Un vol. grand in-8. Paris, Germer- Baillière, rue de l'Ecole-deMédecine.


que l'on fait pour prévenir t'hémorrhagie. Dans un cas, c'est pour empêcher le cœur de donner du sang, dans l'autre, c'est pour l'empêcher de recevoir de l'air. Faisant l'application de ces préceptes à des cas spéciaux, l'auteur examine d'abord l'opération la plus simple et la plus commune, la saignée de la jugulaire. D'après ses expériences, l'accident signalé ne serait à craindre que lorsqu'on ouvre cette veine très-bas, là où le reflux est très-évident, et encore il ne peut avoir lieu si on comprime constamment au-dessous de l'ouverture. Dans les maladies du cœur, on doit redouter davantage l'introduction de l'air dans la veine, parce que le pouls veineux remonte alors beaucoup plus haut.

Lorsqu'on pratique la ligature de l'artère carotideâta partie inférieure du cou, l'accident est à craindre si on blesse la veine jugulaire interne. Pour le prévenir, on doit par précaution faire comprimer cette veine aux deux extrémités de la plaie. Cette précaution a encore l'avantage de favo" riser la recherche de l'artère carotide.

Lorsqu'on opère une tumeur dans cette région, on doit prendre les mêmes précautions sur les veines jugulaires internes et externes.

On doit agir de même pour les veines axillaircs et sousctavières, quand on fait la ligature des artères correspondantes, quand on opère sur l'épaule ou dans l'aisselle, et enfin quand on opère un énorme cancer du sein, ou mieux quand le cancer ou la tumeur avoisinent les veines sousr clavières et axillaires.

A ces précautions 'pour éviter un si grave accident, M. Amussat joint quelque préceptes pour s'opposer aux fâcheux résultats de l'introduction de l'air dans les veines lorsqu'on n'a pu la prévenir.

« Supposons, dit-il, qu'on n'ait pris aucune précaution contre l'introduction de l'air, ou que, malgré ces précautions, l'accident ait lieu, qu'il soit bien reconnu par l'opérateur, et qu'il ne soit encore entré que peu d'air. A 1 instant il doit empêcher la continuation du phénomène en fermant l'ouverture, et puis faire ressortir l'air s'il est possible.

a La première indication est en général facile à remplir; il n'en est pas de même de la seconde.

D Pour la première, rien de plus simple que de boucher l'ouverture avec le doigt.

» Pour la deuxième, le moyen le plus simple et le plus rationnel consiste à favoriser la sortie de l'air. Dans ce


but, il faut placer le malade de manière que l'ouverture de la veine soit supérieure, et comprimer le ventre et la poitrine pendant l'expiration à plusieurs reprises; au même .instant on cesse de comprimer l'ouverture de la veine, et on la referme au moment où on cesse de favoriser l'expiration, ou simplement il faut favoriser l'expiration à plusieurs reprises.

» Si les symptômes cessent, on doit fermer définitivement l'ouverture de la veine, soit par la torsion, soit par la ligature..

» Si on ne voulait pas obturer la veine par l'un des deux moyens précédents, et qu'on pût craindre que la compression ne fût insuffisante, il faudrait disséquer le vaisseau, afin de détruire sa canalisation et de favoriser l'aplatissement de ses parois.

» Supposons maintenant qu'il soit entré beaucoup d'air, et que les phénomènes persistent; si le malade ne revient pas à lui, il faut se hâter d'introduire profondément un tube armé d'une seringue vide, une sonde de femme, par exemple, jusque dans l'oreillette. On pourrait aussi, à défaut de seringue, faire l'aspiration avec la bouche, en prenant toutes les précautions convenables pour empêcher l'entrée de l'air par la sonde, c'est-à-dire en fermant la sonde avec le doigt ou avec un bouchon.

» Si c'est une petite veine ou une veine secondaire se rendant aux jugulaires ou aux sous-clavières, il faut ouvrir la jugulaire droite pour agir avec plus de facilité. » D'après les faits observés sur l'homme, on trouve que c'est lorsqu'il est entré peu d'air que l'accident n'a pas été funeste.

» Supposons maintenant qu'il soit entré beaucoup d'air, avant qu'on ait soupçonné le phénomène, ou que l'introduction se soit faite rapidement; alors les moyens que nous avons proposés étant insuffisants, il faut, après les avoir employés, cependant se hâter d'introduire un tube dans la veine aussi loin que possible, jusque dans l'oreillette, et faire l'aspiration avec la bouche si on n'a pas de seringue; on doit faire deux ou trois aspirations, puis retirer le tube et fermer l'ouverture avec soin; si les phénomènes cessent, on doit fermer définitivement l'ouverture de la veine, soit par la torsion ou la ligature. On doit en même temps employer tous les moyens qu'on met en usage dans la syncope, faire respirer du vinaigre, frotter les membres, etc. a

Ces préceptes, extraits de l'ouvrage que M. Amussat


vient de publier, compléteront les détails que nous avons donnés dans divers articles de ce Journal sur l'introduction de l'air dans les veines et les dangers qui accompagnent cet accident (1 ). Nous devons ajouter que ce sujet, d'une si grande importance pour les praticiens, ne pouvait être mieux traité que par l'auteur, qui depuis plusieurs années s'en est occupé d'une manière toute spéciale, et possédait lui seul tous les matériaux nécessaires pour en composer une complète monographie.

ART. 1988.

Précis théorique et pratique sur les maladies vénériennes; par P. Baumès. (Analyse.) (2)

M. le docteur Baumès publie sous ce titre des considérations sur plusieurs points de l'histoire de la syphilis. Nous nous bornerons aujourd'hui à examiner quelquesunes de ses propositions sur la blennorrhagie, nous réservant plus tard de revenir, s'il y a lieu, sur d'autres sujets qui pourraient intéresser nos lecteurs.

On sait que, la blennorrhagie, bien qu'excessivement commune, n est pas encore tellement connue dans ses causes et son origine, que tous les praticiens soient d'accord sur sa nature. On la confond souvent avec d'autres écoulements qui offrent avec elle la plus grande analogie. M. Baumès établit cette distinction première, que la blennorrhagie est essentiellement contagieuse, et que les autres écoulements ne le sont pas. 11 cite pour exemple le fait suivant

« Un mari a des rapports avec sa femme pendant que les règles de celles-ci coulent.Il en résulte pour lui, trois jours après, un écoulement muqueux, blanchâtre, peu épais, avec légère cuisson en urinant, qui dure cinq six jours. Il voit dans cet état une autre femme qu'il entretenait celle-ci n'éprouve pas le moindre symptôme dans les parties génitales. Il revoit aussi sa femme avec cet écoulement; elle ne ressent rien. Le même mari, quelques jours après, contracte avec une fille publique un écoulement qui dure vingt-huit jours, avec tous les symptômes ordinaires d'une blennorrhagie, sans grande douleur ni forte inflammation. H ne

(t)~oy.à)a Table génëratc le mot Am

~2) Un vol. in-8. Paris, chez lainière; Lyon, chez Savy. TONR Xt. ? D'AYML. tt


prend que des tisanes rafraîchissantes. Le trente-unième jour, n'ayant qu'un suintement et se croyant guéri, il exerce le coït avec sa femme et sa maîtresse; il leur communique à toutes deux une chaude-pisse.Cette dernière !a fait passer à un jeune homme qu'elle voyait de temps en temps. De nombreux faits de ce genre, observés par Fauteur, l'ont amené à conclure qu'il y a entre le muco-pus blennorrhagique et le mucus ou le muco-pus de tous les autres écoulements une différence analogue à celle qui existe entre le pus du chancre primitif et les autres pus, quoiqu'aucune circonstance ni physique ni chimique no nous en donne l'explication. Ces écoulements peuvent avoir quelque chose d'âcre,;d'irritant, qui, par son transport sur une muqueuse, détermine une inflammation plus ou moins vive, et par suite une sécrétion purulente; mais cette inflammation ne sera plus communiquée à un second. à un troisième individu, comme on l'observe constamment pour la blennorrhagie.

M. Baumès, après avoir établi ce point de doctrine, se demande si le principe contagieux de la blennorrhagie est te même que celui du virus des chancres. Cette proposition est résolue par la négative. u Jamais, dit-il, le pus d'une blennorrhagie, quand il n'y avait pas de chancre parfaitement appréciable au méat urinaire, dans la fosse naviculaire ou à l'extrémité du canal, n'a produit un chancre ni par le coït ni par l'inoculation. Quand un individu est venu me consulter pour un chancre qu'il disait avoir contracté avec une fille publique ou une autre femme, assurant de leur côté n'être affectées que de blennorrhagie, l'examen de leurs parties au spéculum m'a montré un ulcère syphilitique dans la profondeur du vagin ou sur le col de la matrice.

Cependant M. Baumes, après avoir ainsi tracé une ligne de démarcation entre ces deux symptômes, admet la possibilité d'une infection générale chez des individus qui n'ont jamais eu d'autres symptômes qu'une blennorrhagie. H cite cinq observations dans lesquelles des chancres à la gorge se sont manifestés, ainsi que des syphilides, bien que les sujets n'eussent été atteints précédemment que de blennorrhagie. Chez deux d'entre eux, il avait inutilement tenté d'inoculer le virus blennorrhagique sous l'épiderme, et chez les trois autres, le canal de l'urètre, exploré attentivement avec une sonde, n'avait laissé apercevoir aucune trace d'ulcération pendant l'écoulement blennorrhagique. Nous avons dit ailleurs qu'il est impossible d'affirmer


qu'un malade n'ait jamais eu d'autre symptôme qu'une blennorrhagie, surtout quand il s'agit d'ouvriers généralement fort peu soigneux de leur personne, qui nous trompent ou se trompent eux-mêmes dans leurs rapports sur leurs antécédents. Maintes fois nous avons découvert des ulcères syphilitiques dans les replis du prépuce chez des gens qui affirmaient n'avoir aucun indice de syphilis ou n'être atteints que d'une blennorrhagio. Nous ne considérons donc pas les cinq observations de M. Baumès comme un argument bien sérieux à opposer à ceux qui pensent que la blennorrhagie n'est jamais suivie d'une syphilis constitutionnelle. Nous devons ajouter cependant que ce médecin fait connaître en outre deux cas de blennorrhagies bâtardes conservées pendant plusieurs années, qui furent non-seulement suivies de symptômes d'infection générale, mais encore conservèrent la propriété contagieuse, déterminèrent de l'inflammation à la vulve et au vagin, un écoulement, des plaques cuivreuses, etc. Mais ces deux malades n'ont point été visités par M. Baumès lors de leur première infection; il ne les a vus que lorsque leurs femmes ont été atteintes de la contagion, c'est-à-dire longtemps :)près.'

Nous avons dit que suivant M. Baumès la blennorrhagie ne pouvait point produire le chancre; mais il résulte de ses observations que dans certains cas le chancre produit une véritable blennorrhagie. Toutefois l'écoulement qui en résulte ne peut à son tour produire t'ulcère syphilitique. Ce médecin considérerait donc la blennorrhagie comme d'origine syphilitique; il suppose que le chancre lui a donné naissance ainsi qu'aux pustules humides, et il se fonde en partie sur cette circonstance que ce n'est guère que trente à quarante ans après l'apparition du chancre en Europe, qu'on a signalé l'existence des pustules humides et de la blennorrhagie.

Après ces diverses questions dont l'intérêt ne saurait être mis en doute, M. Baumès passe à l'examen de plusieurs propositions qui ont un rapport plus direct avec la pratique; i) signale d'abord comme étant quelquefois contagieuses des blennorrhagies qui durent depuis fort longtemps, qui sont réduites à un trés-iéger suintement, et que les malades désignent sous le nom de goutte.

Les praticiens doivent se tenir en garde contre la tendance que l'on a généralement à considérercommeinsigniSanteune lésion qui ne se manifeste que par i'excrétion d'une si faible quantité de matière purulente. Pour reconnaître si cette ex<


crétion est ou non contagieuse, il est à noter, suivant l'auteur, que lorsque le suintement est limpide, incolore, transparent, plus ou moins filant ou gluant métne, it ne possède pas en général cette propriété fâcheuse on produit ce ré.sultat en modifiant l'urètre par des cautérisations successives, de même qu'en cautérisant quelquefois le chancre on amène bientôt sa surface à ne plus fournir qu'un mucus dépourvu de toute propriété contagieuse. M.Baumès s'étend longuement sur les funestes résultats de cette goutte, à laquelle les jeunes gens font peu d'attention, etqui produit chez leurs femmes, lorsqu'ils se marient, soit une affection générale, soit des accidents du c&té des parties génitales, des chaleurs, des ardeurs, des flueurs blanches, des amaigrissements, etc. Si on examine au spéculum ces jeunes mariées, on reconnaît une vive rougeur du vagin, du col de l'utérus, sur lequel existent souvent de nombreuses érosions. Les avortements, déterminés sans doute par l'irritation des fibres de l'utérus, sont très-fréquents chez ces femmes. II cite à cette occasion des faits fort curieux, que nous ne pouvons reproduire ici, mais qui prouvent avec quel soin il est besoin parfois d'interroger les malades pour reconnaître la véritable cause des accidents que l'on veut combattre.

Le livre de M. Baumès dénote un praticien judicieux et exercé; l'auteur a fait sur les maladies syphilitiques des études sérieuses qu'ont dû singulièrement favoriser les circonstances heureuses dans lesquelles il se trouve, puisqu'il est à la tête d'un service spécial dans une ville extrêmement populeuse. Espérons que cet ouvrage ne restera pas incomplet, et que l'auteur ne se bornera pas aux aperçus que nous venons d'annoncer.

ART. 1989.

HOPITAL DE LA CHARITÉ.

(Service de M. Velpeau.)

Co?Mt<!efa<tOtM pfat:aMe~ sur la fausse cataracte, ou cataracte par violence extérieure.

Bien que la cataracte qui survient après une blessure de t'cei) ne soit pas une maladie très-commune, il s'en est cependant trouvé, dans le service de M. Velpeau, trois exemples réunis pendant les premiers jours du mois dernier. Ces


malades, qui étaient dans des circonstances un peu différentes, ont donné occasion à ce professeur d'entrer, à leur sujet, dans quelques considération* qui ne paraîtront pas sans utilité pour la pratique.

On considère généralement la cataracte comme une affection dépendant de cause interne et caractérisée par l'opacité du cristallin ou de ses membranes; mais il existe aussi certaines cataractes bien différentes par leur cause, leur siège, leur degré de gravité et les opérations qu'elles nécessitent. Ces cataractes sont le résultat d'une fausse membrane, d'un grumeau de sang ou de pus dans un point quelconque de Feeit; et ce corps étranger, qui vient s'opposer au passage des rayons lumineux, est le produit d'un coup, d'une blessure, d'une lésion quelconque de ('œil. On les désigne sous le nom de fausses cataractes, dénomination impropre et qui ne donne point une idée véritable de la maladie.

La cataracte, suivant M. Velpeau, est l'opacité d'un des miticux de l'œi). Cette opacité peut avoir un siège trèsdifférent. En effet, une iritis violente peut être suivie de la formation de ):)meUes accidentelles, de petits dépôts purulents qui persistent après la guérison de la maladie première il existealors une cataracte, et cependant le cristallin, qui est situé derrière elle, reste parfaitement sain. Si l'ophthalmieoccupele fonddel'œi), elle peutproduireles mêmes désordres derrière le cristallin, et l'on a alors une cataracte qui s'oppose au passage des rayons lumineux, bien que cristallin, qui est situéau-devant d'elle, ne soit opaque dans aucun de ses points.

L'opacité du corps vitré peut être le résultat d'une blessure de Fœi), soit qu'il s'y forme un épanchement de sang ou de pus, soit qu'un corps étranger se loge dans son inférieur. II peut donc exister des cataractes tout à fait indépendantes du cristallin dans la chambre antérieure de t'-œH ou dans sa partie profonde.

~1) est pour le pronostic de très-grandes différences à établir entre ces variétés, car il s'en faut bien qu'elles aient le même degré de gravité.Celles qui se trouvent au fond de l'oei). derrière le cristallin, sont infiniment plus fâcheuses; on effet, si on suppose que quelques tameHes opaques se soient formées dans le corps vitré, on ne comprend guère comment on pourrait aller les atteindre et les détruire. Si l'opacité est produite par du sang épanché, il y aura encore peu de chances de succès, car ce sang se combine avec le corps vitré, il en fait partie en quelque sorte,


et il n'y a, dans ce cas, aucune opération à proposer. Ce qui complique en outre ce genre de cataracte, c'est la commotion reçue par l'œil lors de l'épanchement sanguin; il est difficile, en effet, que cette hémorrhagie soit produite sans que les parties profondes de cet organe aient été violemment ébranlées ou désorganisées, et, sous ce rapport, il faut établir une très-grande différence pour le pronostic, entre les épanchements sanguins dans le corps vitré dus à une contusion de l'œil, et ceux qui sont le produit d'une blessure. Ces derniers, quoique fort graves, le sont assurément moins que les autres, qui ne peuvent guère avoir lieu sans lésion plus ou moins profonde de la choroïde et de la rétine. Si donc on avait affaire à une cataracte sanguine, résultat d'un coup sur l'œil, M. Velpeau pense qu'il n'y aurait point d'opération à proposer; si, au contraire, cette cataracte était le résultat d'une blessure, on pourrait tenter d'y porter l'instrument, parce qu'il serait possible qu'elle fut constituée par la présence d'un grumeau, et que, dans ce cas, on aurait quelque espoir de le déplacer. Mais, en général, ces cataractes profondes sont d'une extrême gravité, et ne laissent que bien peu de chances de guérison. Les cataractes antérieures sont d'un pronostic moins fâcheux; elles dépendent d'une inflammation spontanée ou traumatique. Ainsi', le malade couché au n° 38 a une cataracte, résultat d'une vive inflammation par cause traumatique son voisin a reçu un coup dans l'œil, àla suite duquel il est survenu un épanchement qui n'a été accompagné que de très-peu d'inflammation. Chez le premier, un fragment de cuivre a été lancé dans l'œil, et lui a fendu la cornée et l'iris il y a eu kératite et iritis, à la suite desquelles il s'est développé de fausses membranes qui s'opposent au passage de la lumière, mais le fond de l'œil n'a point été lésé; par conséquent, les fausses membranes détruites, il y a des chances de guérison à peu près comme dans Ies)eataractes ordinaires. Cependant bous devons rappeler' encore ici la différence qui existe pour le degré de granité entre les cataractes produites seulement par une légère blessure, et celles qui résultent d'une inflammation plus ou moins étendue, car lorsque les filaments opaques sont le produit d'une iritis, il existenécessairement d~s adhérences qui rendent les mouvements de l'iris moins complets, la pupiHe est irrégulière, et quand même on parviendrait, ce qui est assez difficile, à détruire toutes les fausses membranes qui obstruent le passage des rayons lumineux, on ne lui rendrait pas sa forme et sa contractilité premières.


Quand il n'existe qu'un simple épanchement déterminé par une blessure, le cas est infiniment moins grave. Ces fausses cataractes, considérées maintenant sous le rapport du traitement, doivent toutes être opérées par abaissement. La méthode par extraction né convient chez aucune d'elles, car cette opération amènerait nécessairement une inflammation dangereuse, et on ne pourrait pas faire sortir ces corps étrangers facilement, tandis qu'avec l'aiguille à cataracte on les divise, on les abaisse, on les déplace avec moins de peine et de danger. En second lieu, on ne saurait, pour le procédé opératoire, indiquer de règles générales. Ce procédé doit être modifié suivant chaque individu, car ces cataractes n'ont point le même siège que les cataractes ordinaires; elles sont tantôt dans un pointettantôt dans un autre. Elles ontordinairement des adhérences dontles points d'insertion varient beaucoup. Ainsi le malade couché au 36 avait la pupille très-rétrécie, des frictions avec la belladone l'ont dilatée, mais cette dilatation n'a eu lieu que dans sa partie supérieure et interne; tout le reste do sa circonférence, qui est resté fixe, est donc maintenu en place par des adhérences. Le contraire aurait pu avoir lieu, par conséquent on ne peut indiquer d'une manière générale comment il faut porter l'aip,uille.

Non-seulement on est souvent fort embarrassé dans le choix du point sur lequel il faut porter l'instrument, mais encore, une fois qu'on a pénétré dansl'œil, on peut éprouver les plus grandes difncultés'pour détruire tes adhérences qui se sont formées. Si ces adhérences sont un peu solides, souvent l'organe auquel elles sont attachées se déplace, l'iris se laisse entraîner et quelquefois détacher plutôt que de céder ce sont des difficultés réelles qui rendent les chances de guérison beaucoup moins probables que dans les cataractes ordinaires.

Après ta leçon, M.Velpeau a opéré deux malades atteints de ces fausses cataractes antérieures. L'opération a présenté peu de difficultés, seulement les adhérences qui s'étaient formées sur différents points ont rendu l'introductiondel'aiguille un peu difficile; mais,cetobstacle surmonté, le corps étranger a été divisé et-abaissé assez rapidement. Le troisième malade a été opéré quelques jours après; il offrait, ainsi que les deux premiers, une cataracte de l'œil gauche, et comme eux encore, c'était en dehors que paraissaient surtout exister les adhérences. Son cas a semblé fort grave c'était un jeune garçon qui, quelque temps


auparavant, avait reçu dans l'ceil un coup violent d'un morceau de bois. Bien qu'il en eût résulté peu d'inflammation, le malade, au bout de quelques jours, cessa d'y voir; il consulta un médecin qui lui assura qu'une cataracte s'était développée. L'opacité chez lui occupait le cristallin mais ce qui était très-fâcheux, c'est que la pupille restait immobile et très-dilatée, ce qui portait à croire que le corps vitré avait participé à la lésion. Cependant le malade étant jeune et distinguant d'ailleurs la lumière de l'obscurité, M. Velpeau s'est décidé à opérer l'abaissement de sa cataracte, comme il l'avait pratiqué chez les deux autres.

ART. i990.

HOPITAL DES ENFANTS-TROUVES.

(Service de M. Baron.)

Entérite folliculeuse et ramollissement de la muqueuse intestinale.

Ces formes graves dans les affections des intestins, dont nous parlions en terminant nos dernières considérations sur l'entérite simple inflammatoire, sont les analogues de celles que nous avons vues bornant leurs atteintes aux parois de l'estomac. Elles ont également pour caractères anatomiques, tantôt le développement morbide des follicules de la membrane muqueuse intestinale ou leur ulcération, tantôt la désorganisation générateou locale, étendue ou restreinte de ce tissu elles peuvent encore tenir à la coexistence de ces deux genres de lésions.

Comme dans leurs analogues, ces maladies ne prouvent leur identité qu'à l'autopsie leurs symptômes dans ces cas n'ayant établi entre elles que des nuances trop fugitives ou trop tégères pour être facilement saisies par l'observateur. Chacune d'elles cependant possède certains caractères propres que nous tâcherons do faire ressortir par des exemples. Mais une distinction, peut-être plus importante, est celle qu'il faut faire entre les symptômes de t'cntérite simple inflammatoire, et ceux qui appartiennent à ces lésions plus profondes ces derniers se distinguent à leur intensité, quelquefois à la violence de leur attaque; toujours à l'accablement profond dans lequel ils jettent le petit malade, et le plus ordinairement leur fin rapide et funeste, lorsqu'ils sévissent sur des enfants déjà épuisés.


Ces cas réclament des soins plus prompts, plus efficaces, mais ces moyens plus. puissants sont néanmoins toujours subordonnés aux ressources que présente le sujet auquel ils s'adressent. On voit donc par là combien est réelle. l'utilité de cette distinction, qui peut-être aussi est celle qui échappe le moins.

Si maintenant nous abordons en particulier une de ces variétés graves des affections intestinales, soit celle à laquelle.on a donné le nom d'entérite folliculeuse, nous verrons qu'elle consiste dans le développement anormal, la tuméfaction, la rougeur et l'ulcération des follicules intestinaux, qu'ils soient isolés ou réunis en plaques. Une diarrhée muqueuse abondante n'a souvent pour cause que ce développement morbide, que cette turgescence des follicules, et quoique lesenfants aient quelquefois succombé à l'abondance des pertes qu'ils faisaient par cette voie, on ae rencontrait à l'autopsie aucun signe d'une altération plus profonde. Mais le plus ordinairement les lésions sont plus évidentes et plus graves les follicules isolés sont rouges, les plaques foIliculeuses sanguinolentes; il y a boursouflement de la muqueuse à leur niveau, ou leur ulcération est bien manifeste.

Chez les nouveau-nés, cet état pathologique ne se traduit trop souvent pendant la vie que par une série de symptômes qui lui sont communs avec l'entérite simple, nous l'avons déjà dit, mais c'est dans les cas où l'affection n'a pas encore atteint son summum d'intensité; car alors M. Baron regar,le comme signes non équivoques une diarrhée très-abondante, incolore et muqueuse dans ia première période, lorsque les follicules ne sont qu'hypertrophiés cette diarrhée se charge de quelques traces de pus ou de stries sanguinolentes, quand ces organes sont ulcérés; elle est aussi toujours féttde un amaigrissement rapide, une prostration excessive des forces, la décomposition des traits, la perte du pouls et sa fréquence. Tel est le groupe de symptômes auxquels on peut reconnaître une entérite folliculeuse. Une observation recueillie à l'hospice des Enfants-Trouvés va nous donner l'occasion d'y joindre quelques développements.

Deboubers, jeune enfant du sexe masculin, né le 26 mai 1839, entra le i4 juin de la même année dans la salle de M. Baron. Quelques points de muguet dans la bouche, un peu d'érythème aux environs de l'anus, des selles de matières vertes sans diarrhée, de légères rougeurs sur divers points du corps, éruption indéterminée, qui se dissipa


quelques jours après, étaient les seuls symptômes morbides que présentât le petit malade. Le pouls d'ailleurs était calme, la physionomie paisible, l'embonpoint ordinaire, et les autres organes fonctionnaient normalement. Il lui fùt prescrit tisane d'orge édulcorée avec du sirop de gomme, un gargarisme émoUient suivi de l'emploi de l'alun pour en toucher les parties de la bouche envahies par le muguet, des frictions émollientes sur les points atteints d'erytbème, et pour aliments, du lait coupé. Jusqu'au 23 juin, l'état ne changea pas, la prescription fut aussi la même; cependant le muguet, après avoir augmenté pendant quelques jours, commençait à disparaître, lorsque l'enfant fut pris d'une diarrhée incolore et très-liquide. A la tisane d'orge, M. Baron substitua celle de riz édulcorée avec le sirop de coings. Le 25, la diarrhée continuant, le médecin ordonna un lavement avec deux gouttes de laudanum. Le 28, l'état du petit malade ne changeant pas, un cataplasme lui fut appliqué et maintenu sur i'abdômen les lavements d'amidon laudanisés, administrés jusqu'alors sans interruption tous les jours, furent continués; on donna en outre un bain, et la diète fut prescrite.

A cette époque la diarrhée était muqueuse, abondante, l'enfant avait pâli, le ventre était douloureux à la pression, les cris spontanés annonçaient même des souffrances continues. Le pouls était devenu vif, mais petit; il battait cent douze pulsations par minute; la peau était chaude, la langue rouge à la pointe, et un peu sèche. Le muguet avait disparu sous l'influence du gargarisme astringent.' Le 1~ juillet, M. Baron ajouta à la prescription trois décigr.ammes ( six grains) de sous-nitrate de bismuth qui furent administrés à l'enfant dans une cuillerée d'eau ou de sirop, et fit en outre appliquer des sinapismes aux pieds et placer un vésicatoire volant sur l'abdomen. Grâce à ces moyens, tes selles devinrent pendant quelques jours moins abondantes et moins souvent répétées; mais vers le 11 juillet, toute cette amélioration disparut, et la muqueuse buccale se recouvrit de muguet elle était chaude et rouge un gargarisme émoHipnt fut prescrit.

L enfant n'avait p~s subi d'aussi rudes épreuves sans devenir très-faibte il était décoloré et tombait dans le marasme. Déjà depuis quefques jours M. Baron lui avait fait prendre en petite quantité de la crème de riz trèsliquide. Malgré cette précaution, il n'en continua pas moins à s'affaiblir sous les progrès du mal; le pouls fut bientôt


plus difficile à trouver, les yeux s'excavèrent, tous les traits du visage prirent l'aspect de ceux d'un vieillard; le teint devint livide et les cris continuels, mais déjà plus faibles; le marasme augmentait chaque jour, le ventre était trèsdouloureux. La diarrhée, depuis qu'elle était devenue fréquente, était glaireuse et mélangée de flocons tantôt verdâtres, jaunes ou blanchâtres, parfois même on y apercevait quelques stries de sang. L'agitation, qui avait été remarquable au début de cette recrudescence, se changea peu à peu en une prostration très-grande la peau était encore chaude.

A tous ces symptômes fâcheux il se joignit des vomissements le 15 juillet. On prescrivit tisane d'orge édulcorée avec le sirop do gomme, et coupée avec de l'eau de Seltz; cataplasme émollient sur te ventre cataplasmes sinapisés aux pieds, diète.

L'état du petit malade empirant tous les jours, le 20 juillet la mort mit fin pour lui à cette longue agonie. L'autopsie fut faite le lendemain, et le tube digestif fut trouvé dans l'état suivant

La bouche présentait encore de nombreux points de muguet; l'oesophage en était de même tapissé jusqu'au cardia, et sous cette exsudation la muqueuse était injectée de sang;

Dans l'estomac il y avait des mucosités limpides, transparentes, mélangées de grumeaux blancs; les parois de ce viscère étaient épaissies;

L'intestin grêle contenait dans son tiers supérieur des mucosités blanchâtres; il était décoloré dans cette portion. Dans ses deux autres tiers de nombreux follicules étaient ulcérés on y pouvait encore remarquer des rougeurs assez vives de distance en distance, et des traces d'inflammation plus ancienne caractérisée par une coloration grisâtre de portions d'intestins;

Enfin le gros intestin portait quelques follicules isolés développés morbidement, et entourés d'un cercle rouge. Nous avons suivi dans cette observation les diverses phases par lesquelles peut passer cette affection des follicules. La première période, celle dans laquelle la maladie se bornait à un dévotement muqueux, correspondait au premier développement anormal des follicules, qui bientôt s'unit à une inflammation des autres portions de la paroi intestinale. Plus tard les symptômes s'aggravèrent encore, et suivirent cette marche funeste jusqu'à la fin, se faisant


en cela l'écho des progrès de la désorganisation interne que l'autopsie a révélée.

Telle n'est pas cependant la marche constante de la maladie; elle est ordinairement beaucoup plus rapide; car souvent elle a débuté, parcouru ses périodes et causé la mort en quelques jours.

Dans l'autopsie du nouveau-né dont nous venons de rapporter la maladie, et mieux encore fort souvent dans celles que l'on pratique sur de jeunes sujets, morts également à la suite d'affections fo!)icu)euses, on a lieu d'être frappé par les rapports qui existent entre ces lésions qu'on rencontre dans l'intestin, et celles qui se retrouvent chez les adultes qui ont succombé à la fièvre typhoïde. Cependant M. Baron ne pense pas qu'on puisse regarder les symptômes dans l'un et l'autre cas comme constituant une même maladie, ceux qui présentent entre eux quelque analogie n'étant ni assez importants ni assez nombreux pour permettre ce rapprochement; quand on en voit surtout totalement manquer d'aussi caractéristiques que ces atteintes plus ou moins profondes au système nerveux, signes patognomoniques de la dothynentérite chez les adultes. Serait-ce qu'à cet âge ils passeraient inaperçus? Nous ne pouvons rien préjuger à cet égard; toujours est-il qu'on les peut observer surgissant plus tard dans ces affections à mesure que les enfants croissent'en âge. Ainsi, dans la même salle que ce petit malade dont nous venons de tracer l'histoire, mais quelque temps auparavant, nous avons vu chez une petite fille âgée de trois ans une entérite~ se compliquer de tous les symptômes typhoïdes. H n'est pas même nécessaire que les enfants aient atteint cet âge; nous avons maintenant sous les yeux un jeune enfant de dix-huit mois qui vient d'être atteint d'une maladie éruptive, de 1a rougeole, au milieu d'une convalescence d'affection typhoïde on a vu même ces accidents particuliers se développer chez des enfants âgés de quinze, dix et même huit mois seulement.

ART. 1991.

Observation de fièvre miliaire compliquée de pleurésie; mort rapide. (Communiquée par M.le docteur DaiienSts, médecin à Thiaucourt (Meurthe).

Le 18 avril dernier, M. M* demeurant à Thiaucourt, âgé de trente-quatre ans, est pris tout à coup, darant


la nuit, d'un point douloureux au côté droit, qui bientôt s'étend dans toute la poitrine, et gêne fortement la respiration. I) reste dans cet état de souffrance ce jour-là et le suivant, espérant que ce n'était que l'effet d'un refroidissement qu'il fera disparaître par le repos au lit et les boissons chaudes.

Le 20, les douleurs persistant, M. M* me fait appeler. Je le trouve dans une agitation extraordinaire; la face est fortement colorée, les yeux sont brillants, la langue rouge et sèche, la respiration courte et pénibte; une toux rare et fatigante amène quelques crachats teints de sang. Le point pteurétique est violent; il s'étend parfois à tout le thorax; le pouls est fort et fréquent, la peau chaude et très-humide. Ces symptômes existaient ainsi depuis le 18; seulement les sueurs étaient un peu plus abondantes. Croyant à une péri pneumonie, je prescrivis de suite une application de douze sangsues sur le lieu douloureux, me réservant, à cause de la constitution affaiblie de M. M* de pratiquer un peu plus tard une saignée du bras si les signes de la pleurésie persistaient. (~otMOK~ gommées, infusion pectorale, diète absolue.) L'écoulement du sang procura un mieux-être qui dura jusqu'au 22 au matin. Le point et la dyspnée ayant alors reparu, je pratiquai une saignée de douze onces, qui amena un peu d'amélioration. Les sueurs étaient toujours copieuses, surtout à la périphérie de la poitrine; les urines rares, rouges etsédimenteuses; cependant la toux était devenue plus facile; les crachats continuaient à être visqueux et sanguinolents. (M~me boisson, looch blanc). L'agitation étant extrême vers le soir, je prescrivis une potion pectorale anodine à prendre parcuitterée d'heure en heure. Le 23, même état le point semble disparaître tout à fait, mais la toux continue; la langue est toujours rouge, sèche, la soif très-grande, et les sueurs abondantes. Le 24, une douleur vive à la région épigastrique s'étant déclarée, j'y fis appliquer dix sangsues auxquettes je fis succéder des fomentations émollientes. Le soir M. M* me dit ne plus éprouver d'aussi fortes don~ leurs.

Le 25, à ma visite du matin, je trouve mon malade tout couvert d'une éruption miliaire bien caractérisée; tous los symptômes de pneumonie et de gastrite avaient disparu; les sueurs persistaient encore, la peau était très-brûtante mais ce qui surtout m'effraya, ce fut le calme dans lequel se trouvait le. malade, et qui contrastait d'une manière frappante avec l'état du pouls, qui battait avec une force


et une vitesse étonnantes. L'éruption se maintint le 26 le 27 au matin elle disparut sans cause connue. Aussitôt des sinapismes furent promenés sur les membres, et des corps chauds appliqués de chaque côté de la poitrine. Peu de temps après l'éruption reparut; le malade n'éprouva plus qu'un malaise général; parfois seulement il était dans une grande agitation, sans toutefois qu'il y eût du délire. Quoique l'état du pouls continuât à faire naître en moi des craintes pour l'avenir, je croyais cependant à un mieuxêtre réel, et j'en fis part à la famille.

C'est alors seulement qu'un hasard heureux me fit jeter les yeux plus attentivement que la première fois sur l'article 1762 de votre Journal, où M. le docteur de Boret cite plusieurs observations de fièvres miliaires sporadiques comptiquées. A l'instant je vis que j'avais affaire, non pas à une péripneumonie simple, mais plutôt à une fièvre miliaire sporadique compliquée de pleurésie, et d'autant plus terrible que dans ces sortes de complications la mort arrive lorsque tout semble annoncer une terminaison heureuse. Je me hâtai de détruire aussitôt l'espérance que j'avais fait naître, et j'annonçai à la famille la fin prochaine de M. M* Cette nouvelle étonna d'autant plus que quelques heures auparavant j'espérais moi-même, et j'avais fait espérer. Le 28, à deux heures du matin, mon malade n'existait plus.

ART. 1992.

Considérations sur le traitement de la phthisie pulmonaire par les sels alcalins.

M. Pascal, médecin en chef de l'hôpital militaire deStrasbourg, vient de publier une brochure surle traitement de la phthisie pulmonaire (t). Ce médecin, partant de cette assertion que l'albumine coagulée forme le point de départ de la plus grande partie des lésions organiques, conclut que si l'on trouvait un moyen de détruire cette coagulation, on pourrait prévenir le développement d'une foule d'altérations de texture, et entre autres des tubercules pulmonaires jugés par tous les praticiens comme à peu près incurabtes.

Or il résulte des recherches des chimistes que la potasse jouit de la propriété de liquéfier l'albumine ou de la main(i) De la ~V<M/'s et du Traitement des altérations pulmonaires. Brochure ia-8. chez Baillière.


tenir liquide dans le sang lorsqu'elle tend à se coaguler. Tous les alcalis, l'ammoniaque, la soude ont le même effet. L'alcool, au contraire, les acides, le chlore, la chaleur, la solidifient; c'est donc à introduire dans l'économie un dissolvant efficace que le médecin doit s'attacher pour combattre la phthisie pulmonaire.

Pour corroborer cette opinion, M. Pascal cite un fait qui est à la connaissance d'un chacun.

Chez l'homme, dit-il, et chez les animaux, l'usage des sels alcalins est continuel, mais sans qu'on se rende toujours compte de l'effet qu'on produit, ni de la marche rationnelle qu'il est avantageux de donner aux moyens qu'on emploie. Chacun sait que le sel marin (chlorure de sodium) est indispensable à l'homme comme aux animaux. Cet agent, chez ces derniers, est devenu pour l'agriculture un des premiers besoins. Pourquoi ? parce qu'il stimule les organes à la manière des condiments en général, et en outre parce qu'il s'oppose aux obstructions des viscères. L'expérience vulgaire a appris au fermier, à l'agronome que cet élément, ajouté à la nourriture des animaux, favorise leur santé. Les engorgements, les affections organiques, auxquelles ils sont si sujets, sont alors plus rares. Ceux qui existent se dissipent. Il est inutile d'ajouter à cette occasion que les animaux sont peut-être encore plus sujets que l'homme à ces affections organiques dont nous parlons ~ici. Rien n'est plus commun chez eux que les tubercules, les indurations, les kystes, les engorgements de tout genre et les entozoaires, qui se voient assez rarement chez l'homme.

Ce fait n'est pas le seul qui prouve l'efficacité des alcalins pour dissiper certains engorgements. Les voyages sur mer ont été conseillés dans la phthisie pulmonaire. Le sel, répandu dans l'air et déposé dans les poumons par la respiration, serait, suivant M. Pascal, le fondant qui dissout alors les tubercules. Il est bien prouvé que l'usage des viandes salées dans les voyages de long cours produit des effets semblables (1); et d'ailleurs la plupart des fon(1) Un médecin M. le docteur Amédée Latour, a préconisé dernièrement le sel comme un médicament puissant dans la phthisie pulmonaire. II raconte à ce sujet que passant près d'un homme qui exposait des singes à la curiosité publique, il lui nv;)it demandé si la plupart de ces animaux ne lui étaient pas enlevés, comme ceux que l'on conserve au Jardin-des-Plantes par la phthisie pulmonaire.Cet homme l'assura qu'autrefois, en effet, ils succombaient très-rapide-


dants conseillés par les anciens pour dissoudre divers engorgements étaient à base alcaline. La soude et la potasse entraient surtout dans leur composition, et ils obtenaient parleur emploi des guérisons quelquefois tout a fait inattendues. Les eaux minérales, la plupart salines et alcalines, agiraient de la même manière; il en serait ainsi des sels d'iode et de potasse, de l'hydrochlorate de baryte prescrit contre les scrofules, de l'émétique, du sous-carbonate de potasse, etc., qui n'amènent la dissolution des divers engorgements que par la propriété que possèdent les alcalis de dissoudre l'albumine.

Ces diverses considérations ont conduit M. Pascal à proposer le traitement alcalin comme le traitement rationnel de la phthisie. Les observations contenues dans la brochure que nous analysons ne sont qu'au nombre de sept; mais, ii faut le dire, ce n'est pas sur un si petit nombre de faits que fauteur s'appuie pour démontrer la réalité de sa théorie. La première est celle d'un soldat qui fut atteint d'une pleuro-pneumonie intense. Un traitement antiphlogistique très-actif améliora d'abord les symptômes, mais il fallut recourir à l'émétique à haute dose pour résoudre entièrement les noyaux d'engorgements qui persistaient encore dans tes~ poumons. C'est en effet vers une guérison entière de l'affection du poumon que M. Pascal dirige tous ses efforts en cela il suit les principes de tout bon praticien, mais it attache, d'après sa théorie, une grande importance à la sature du médicament prescrit à cet effet. Dans un cas de bronchite avec hémopthysie il donna le sous-carbonate de potasse dans une potion gommeuse d'abord à la dose d'un décigramme, puis de trois, puis de quatre enfin il éleva la dose jusqu'à un gramme, répétée deux fois par jour. Il y joignit la tisane alcaline, composée de huit grammes de sous-carbonate de potasse dans un litre d'eau; cette tisane ayant déterminé du dévoiement, fut remplacée par l'eau gommeuse alcaline préparée dans les mêmes proportions. Enfin, ces bouillons furent encore remplacés par des potions avec un décigramme, puis deux ment, dès qu'on les transportait dans notre climat froid et humide, mais qu'il possédaitmaintenant un moyen.certain de prévenir ce funeste résultat. Dès qu'un singe était atteint de rhume it lui présentait aussitôt un morceau de carotte frotté de sel; la toux cédait très-prompteuient, et l'animal continuait à se bien porter. M. Latour fit son profit de cette découverte et employa le sel chez plusieurs phthisiques. Cette médication, assure-t i), lui a parfaitement réussi un grand nombre de fois (A~tjR.)


décigrammes de sulfure de potasse, M. Pascal supposant à l'affection de poitrine un caractère herpétique. Dans un autre cas on a fait usage de la solution de potasse ( une partie de potasse pure sur neuf parties d'eau) d'abord à la dose de vingt gouttes, puis de vingt-cinq à trente gouttes; on y a joint les potions avec le nitrate de potasse. L'auteur a dissipé de cette manière des engorgements pulmonaires chroniques qui, très-probablement, abandonnés à eux-mêmes, auraient eu un résultat funeste. Une pluslongue expérience apprendra si les sels alcalins sont d'aussi précieux fondants que l'assure M. Pascal, et s'ils agissent en dissolvant l'albumine, comme ce médecin cherche à l'étaMir par sa théorie.

ART. 1993.

Observations de névralgies résultant de la lésion d'un filet nerveux dans lasaignée du bras.

Les douleurs qui dépendent de la section incomplète d'un filet nerveux sont, comme on le sait, combattues par divers procédés. Voici trois cas de ce genre qui furent traités d'une manière différente et que nous trouvons consignés dans le journal la Lancette.

Une femme de trente-quatre ans entra dans le service de M. Ronx pour des accidents survenus au bras droit, à la suite d'une saignée pratiquée un mois auparavant. Au moment de l'opération, elle avait éprouvé une vive douleur qui avait toujours persisté depuis ce moment, s'était étendue en haut jusqu'à l'aisselle et au côté externe de la mamelle, et en bas, le long de l'avant-bras, envahissant le pouce, l'indicateur et le bord radial du médius. Cette douleur s'est accompagnée d'engourdissements et de fourmillements, etd'ungonSementsanscaractèresinuammatoires. De plus, les articulations étaient raides et les moindres mouvements très-pénibles.

La saignée avait été pratiquée sur la veine médiane céphalique. La piqûre était toujours restée béants et laissait suinter un peu de pus. La moindre pression sur ce point réveillait une douleur très-vive. Un grain de potasse caustique fut appliqué dans la piqûre même de la veine. et y détermina, pendant quatre ou cinq heures, une grande souffrance. La malade se plaignait encore vivement au bout de trois jours, cependant les accidents mentionnés plus haut avaient diminué d'intensité; les douleurs se calTOM. X!. ? D'AVMÏ.. 12


mèrent peu à peu. L'escarre tomba le dix-huitième jeu)') et, très-peu de temps après, legonSement, ainsi que la sensibilité, avaient disparu. Les mouvements du bras avaient recouvré leur liberté.

Dans le service de M. Malgaigne fut reçue une fille de vingt-quatre ans, qui, trois semaines avant son entrée, avait été saignée sur la veine médiane céphalique. Cette fille, chez qui la saignée avait déjà été pratiquée un grand nombre de fois sans accidents, assurait avoir ressenti alors une douleur vive et insolite qui fut bientôt suivie d'un gonflement inflammatoire du bras. Les jours suivants, la main et les doigts se gonflèrent, les mouvements devinrent douloureux et même impossibles, et cet état persista jusqu'à son entrée à l'hôpital. M. Malgaigne prescrivit l'application d'un vésicatoire de Ia'4argeur d'une pièce de cent sous sur le trajet du nerf musculo-cutané, au-dessus du poi<:t où il avait été lésé. Ce vésicatoire fut pansé tou! les soirs avec un demi.grain d'acétate de morphine. Sous l'influence de cette médication, l'amélioration fut très-rapide; au bout de huit jours, la douleur, ainsi que la raideur et le gonflement du membre, avaient tout à fait cessé, et les mouvements étaient revenus comme avant l'accident. La troisième malade avait été reçue à l'hôpital SaintLouis, dans le service de M. Jobert. Il était également survenu, à la suite d'une saignée de la médiane céphalique, une vive douleur s'irradiant dans le bras et dans les doigts, et la saignée avait été immédiatement suivie de la flexion de l'avant-bras. Un médecin consulté eut recours au vésicatoire, aux cataplasmes et aux frictions, mais sans aucun succès. Ce fut après plusieurs mois de souffrances que cette femme se décida à entrer à l'hôpital Saint-Louis. M. Jobert fit aussitôt appliquer un vésicatoire volant dans toute l'étendue du bras sur le trajet de la douleur, et sur la plaie il fit étendre du datura stramonium; il eut ensuite recours à la cautérisation transcurrente; mais aucun soulagement ne fut obtenu. Alors ce chirurgien se décida à pratiquer la section du nerf malade.

Au mois de janvier, cette femme ayant assuré que le point le plus douloureux était à l'extrémité inférieure do i'avant-bras, sur la face palmaire, au-devant de l'extrémité du radius, une incision transversale de quinze millimètres environ y fut pratiquée. L'opérateur mit à nu un filet nerveux qui fut coupé. Cette opération fut très-douloureuse, surtout lorsque le nerf fut saisi pour être incisé. Un peu de phlogose survint, qui dura deux jours; elle disparut


ensuite. La douleur primitive n'existait plus depuis l'incision jusqu'au pli du coude; elle persistait en bas depuis cette inctsion jusqu'au bout du pouce, et en haut depuis le pli du coude jusqu'à l'aisselle. Le sixième jour, la plaie était cicatrisée.

Huit jours après, nouvelle opération; la douleur étant surtout violente au pli du coude, M. Jobert fit une incision transversale comme la précédente et de même étendue; un filet nerveux fut mis à découvert. Le moindre tiraillement sur ce nerf produisait d'atroces douleurs; l'opérateur l'incisa, et la douleur disparut en ce point. Mais la plaie étant cicatrisée, il restait encore deux points douloureux, l'un en haut du bras, sur le trajet primitif, et l'autre au pouce. M. Jobert se décida à poursuivre ces douleurs; il fit une première incision en haut du bras et une seconde sur l'extrémité palmaire du pouce. Il survint un érysipèle, mais qui n'eut aucune gravité. Les douleurs disparurent complètement, et cette femme sortit de l'hôpital parfaitement rétablie.

ART. t994.

Note sur une préparation antipsorique employée eM Egypte.

Dans une thèse soutenue à l'Ecole de pharmacie de P.aris, M. Honnoraty a fait connaître le procédé suivant, (prf usité en Egypte, pour guérir la gale.

On commence par imbiber d'huile d'olive ou de toute autre des chiffons de coton ou de chanvre ces chiffons ainsi imprégnés d'huile, on les tourne autour d'une tige de fer, longue d'un demi-mètre environ, en ayant soin de saupoudrer fortement de fleur de soufre ces linges, chaque tour qu'on leur fait faire sur la tige et sur eux-mêmes, de manière que leurs surfaces paraissent d'un jaune couleur de soufre. I[ est bon d'observer qu'il ne faut pas trop serrer ces linges sur la tige et sur eux-mêmes la tige doit dépasser de quelques centimètres, à chaque extrémité, le faisceau de linge.

Pour que ce faisceau ne puisse glisser sur la tige, on doit avoir soin de le maintenir à l'aide de quelques tours de fil de fer qui, tout en faisant un réseau autour de ces chif.fons, viennent se fixer à la partie supérieure de la tige. Le tout ainsi bien disposé, on place !a ti{;e, garnie des linges huilés et soufrés, sous une cheminée qui tire bien; oa fait


reposer la partie inférieure de la tige dans une capsule de porcelaine ou de toute autre matière, et sa partie supérieure contre l'àtre de la cheminée; ou mieux, sionlepeut, on la fixe par le moyen le plus convenable, de manière qu'elle soit dans une position verticale. Toutes ces dispositions prises, on met le feu aux linges. Il arrive quelquefois que la combustion ne se fait pas parfaitement et qu'elle s'arrête cela tient à ce que chaque tour de chiffons a été trop serré, ou encore à l'abondance de l'acide sulfureux provenant de la combustion du soufre et qui n'est pas emporté par le courant d'air, si la cheminée ne tire pas parfaitement il faut alors entretenir cette combustion, en présentant, de temps en temps, des allumettes en ignition. On peut faire cette opération à l'air libre, et c'est même ainsi que les Arabes opèrent.

Pendant toute cette combustion il s'écoule de la tige une huile noire, qui est celle dont on se sert dans le service de santé de la marine égyptienne pour le traitement de la gale.

Le mode d'emploi de ce médicament consiste à en enduire un peu de coton, ou de laine, ou de charpie, et à en frotter les parties malades, de manière à les couvrir d'une légère couche de la préparation; puis, le malade s'étend, nu, au soleil, sur le sable, ou sur tout autre corps, pendant environ deux heures, en ayant soin de présenter successivement à l'insolation chaque partie frictionnée; ensuite, il prend un bain assez chaud, ou mieux, un bain de vapeurs aqueuses, et il se savonne pour enlever, autant que possible, le topique qui est emporté par le massage et par le frottement de frottoirs faits avec le stype de palmier, qui servent à ce savonnage.

Les malades sont en général guéris après six à huit frictions, c'est-à-dire au bout de douze à quinze jours do traitement.

ART. 1995.

Bains d'écorce de cMme, contre les engelures; par M. Jannyot.

Pr. Ecorce de chêne, 500 à 1000 grammes (1 à 2 livres); Alun, 30 à 60 grammes (1 à 2 onces); Eau commune ou vin rouge, 5,000 grammcs(10 liv.). Faites réduire aux deux tiers par l'ébullition, ajoutez ensuite l'aluc qui se dissout facilement.


Ce liquide doit être employé aussitôt que l'on éprouve des démangeaisons, car si les engelures étaient ulcérées, il ne conviendrait plus. Les mains et les pieds sont plongés dans ces bains pendant une demi-heure, deux ou trois fois seulement. (Journ. des Connaiss. médic.) ART. t996.

Pommade de Banier contre la même maladie. Térébenthine de Venise, 8 onces (250 grammes). Litharge, 2 onces (60gramm. ). Alun calciné, 4 gros (16 gramm. ).

Calomélas, 4 gros ( 16 gramm. )

Axonge, 2 livres ( 1 kUog. ).

Ciguë fraîche incisée et contusée, 186 gram. (6 onces). Sirop simple à 34° R., 558 gramm. (d8 onces ). On fait infuser au bain-marie la c'guë dans le sirop; on passe avec expression, et on fait encore infuser le résidu dans une livre de sirop à 36°; on me)c le produit des deux infusions, et on obtient deux livres de sirop d'une saveur amère, d'une couleur verte, avec l'odeur narcotique de la ci~uë. On l'emploie à la dose d'une à deux onces pour un. adulte dans les affections chroniques du foie et d'autres viscère' ( J~Mrma~ de C/MtKM tHcdtcs<e. )

Eau savonneuse de Barlow contre le Porrigo. Sulfate de potasse, 2 gros (8 grammes). Savon blanc, 2 gros ~2 ( dO gramm. ). Eau de chaux, 7 onces ( 21~ gramm. ). Alcool rectifié, 1 gros (4 gramin. ).

F. S. A.

ART. 1997.

(JoMrn. de Chimie Mtcdtca~e. )

ART. 1998.

Sirop de ciguë, par Righini.


ART. i999.

MÉDECINE LÉGALE.

tS~m~M/HM de /'a~/t~r<e par le charbon et de celles du m~/He genre. Pesanteur de tête sentiment de compression à la région des tempes, vertiges, troubles de la vue, propension au sommeil, bourdonnements et tintements d'oreilles; quelquefois le malade éprouve une inquiétude vague, un pressentiment funeste qui l'avertit du danger qu'il va courir.

Il est d'observation assez générale que la mort est calme et sans douleur dans l'asphyxie par le charbon. D'ailleurs, la figure ne porte presque jamais l'empreinte de la souffrance. On a rapporté, il y a deux ans, dans une des Gazettes des tribunaux, la lettre qu'écrivait un jeune homme qui s'était asphyxié par le charbon, et qui relatait toutes tes sensations qu'il éprouvait; il s'arrêtait au moment où il peignait les angoisses horribles auxqusttes il était en proie. Cette narration a du laisser quelques doutes dans l'esprit des médecins, et M. Marye ( Mémoire cité) a fait observer avec raison que si ces phénomènes se sont montrés dans quelques cas, ils sont loin d'être communs il pense même qu'une assertion opposée pourrait être regardée comme l'expression plus générale, et comme se rapprochant plus de la vérité. Il a cité à l'appui de ses opinions, d'une part l'attitude des personnes qui succombent à ce genre de mort, et qui ne dénote pas des convulsions; d'une autre part l'expression de la face, qui indique une mort calme. Il rapporte cinq exemples d'asphyxie dans lesquels les individus auraient pu appeler à leur secours, puisqu'ils se donnaient la mort pour des motifs de peu de valeur, et qui ne l'ont pas fait Le cas d'un jeune homme qui était observé dans ses moindres démarches un ami de son père logeait au-dessous de lui, le moindre mouvement, la moindre plainte eût appelé l'attention.

Une femme qui fut trouvée morte dans son lit et couchée sur le côté, les jambes demi-fléchies, dans l'attitude d'une personne qui dort.

Une autre femme était assise sur une chaise, la tète fléchie sur la poitrine, les mains jointes sur le ventre, les jambes allongées. Un homme fut asphyxié en onze heures, à la suite d'ivresse il était étendu à terre dans l'attitude du sommeil. Sa chambre était séparée de celle d'un voisin par une simple cloison en planches, le moindre gémissement eût été entendu.

La femme G., âgée de trente-six ans, est trouvée morte dans son lit à cinq heures et demie de t'après-mtdi les personnes qui habitaient au-dessous d'elle avaient entendu à trois heures remuer des meubles, puis le plus profond silence avait succédé au bruit. Son attitude après la mort était cette d'un sommeil paisible.


Dans un autre cas, i) y eut des plaintes et des gémissements qui appelèrent l'attention des voisins et les déterminèrent à apporter des Secours. Dans cette observation, la jeune femme qui avait été asphyxiée et qui avait comptétcment perdu connaissance, déclara, lors de son retour à la fanté, n'avoir éprouvé aucune souffrance. Je me sentais, disait-ellc, tn'e/i aller sans ~o;(/y/'tf, .'cM~eme/tf~ ressentais dans les membres des crispations.

Des /i~MM'ft et parfois des vomissements ont /!CM. –M. Marye a émis à cet égard une proposition tout à fait oppasée. « L'estomac, dit-il, loin de se débarrasser des aliments qu'il contient, se pré') sente au contraire à l'ouverture du corps rempli par ces mêmes aliments. Il appuie sa manière de voir de trois faits d'individus qui avaient copieusement bu et mangé peu de temps avant de s'asphyxier, et qui n'ont présenté aucun vomissement ( ne l'asphyxie par le charbon, 1837, p. 5 ). L'un d'entre eux était ivre, et avait encore bu un litre de vin pendant qu'il s'asphyxiait. Les deux autres ( homme et femme ) avaient fait un dinCr copieux et se trouvaient aussi dans l'ivresse lorsqu'ils se sont asphyxiés. M. Ollivier a rapporté deux autres faits qui viennent à l'appui de l'opmi~n émise par M. Marye mais l'assertion de ce dernier médecin est trop générale et trop exclusive on en trouvera la preuve dans les observations suivantes. Je fus appelé au mois de septembre t839 pourdonner des soins à une fille de ving-quatre ans qui s'était asphyxiée elle avait vomi la totalité des aliments qu'elle avait pris peu de temps auparavant outre qu'on les voyait répandus à terre, elle n'en rendit pas dans les vomissements provoqués par de l'eau tiède qu'on lui admisnistra.

Le 3t mars 1837, est entrée à la Charité, dans le service dont j'étais chargé, une fille âgée de vingt ans, nommée M (Marie-Joséphine), demeurant rue Saint-Nicaise, n° 1.

Cette jeune fille est d'une constitution forte cheveux noirs, sourcils noirs, yeux noirs, pommettes légèrement colorées. Les détails de J'asphyxie sont les suivants

Après avoir fait quelques préparatifs nécessaires, cette demoiselle a pris à onze heures du matin une tasse ordinaire de café au lait et un pain a café. Elle a fait quelques courses, et il était près d'une heure lorsqu'elle a allumé le charbon. Elle avait préatabtement fermé la porte à clef. Une large couverture fortement ouatée avait été ptacée devant la cheminée, de manière à intercepter compiétementJe renouvellement de l'air. Les fenêtres bien jointes n'avaient pas nécessité de calfeutrage. Sur les deux heures, une personne ayant des soupçons sur son dessein est arrivée, a fait ouvrir la porte, et, sur les déclarations rassurantes de la demoiselle, est sortie deux minutes environ après avoir pénétré dans la chambre la porte n'avait pas été largement ouverte. Uu premier fourneau de charbon fut brûlé. Ët)c en alluma un second. Chacun d'cnx pouvait contenir environ ) )0 de boisseau de gros charbon. Dans l'intervalle, la jeune personne s'était occupée à écrire plusieurslettres; elle n'avait encore rien res-


senti avant la combustiou du deuxième fourneau. Une demi.heure après le renouvellement du charbon, elle senti un léger mal de tête. Elle n'a nut)ement souffert. Ses yeux se sont troubtés environ dix minutes après les premiers accidents; elle a quitté la plume, et est allée s'asseoir sur un fauteuil, dans la crainte de tomber sur le fourneau, dont elle n'était d'abord éloignée que d'environ un pied et demi à deux pieds, et d'éveiller l'attention par l'apparition du feu qui aurait pu prendre à sa robe. Elle se trouvait alors éloignée du fourneau d'environ la longueur d'un lit (,ce sont les propres termes de !a malade). Elle avait d'abord imbibé son mouchoir de quelques gouttes de;vinaigre, l'avait appliqué devant son nez, et s'était évanouie en perdant toute sensibilité et fermant les yeux, qu'on a trouvés ouverts quand on a enfoncé la porte.

Des vomissements n'ont eu lieu que dans le moment où elle était sans connaissance et à son insu. Les matières projetées étaient j aunes, en grande quantité et tout à fait liquides.

La chambre dans laquelle se passait la scène est petite et le plafond en est bas.

La personne qui lui a porté des secours a enfoncé la porte. On a secoué la malade, et celle-ci a entendu assez distinctement dire qu'il était trois heures.

Le fourneau contenait encore des charbons embrasés quand la porte a été enfoncée.

Couchée sur le lit, la malade, dont les joues étaient fortement colorées en bleu noirâtre, a éprouvé de fortes convulsions les arcades dentaires étaient fortement pressées l'une contre l'autre. Les bords latéraux de la langue présentaient évidemment l'emprinte de quelques morsures. Difficilement on a pu lui desserrer les dents pour introduire quelques liquides dans la bouche.

Pour la faire revenir à la vie, on a projeté de l'eau froide sur son corps, en même temps qu'on lui pratiquait une saignée du bras. Le sang a été long à venir, mais il a pu en sortir ensuite une grande quantité (huitpalettes environ). Quelques instants après, on lui a fait prendre uuc potion, et on lui a posé des sinapismes aux mollets. Alors la vue lui est revenue, mais excessivement troublée. Dans la soirée, la malade a été portée à l'hôpital.

~~A~t-M par la vapeur du charbon. O~en~'oM eow/ntM<quées par Baron

Au n" 105 de la salle Henri tV est couché le nommé Lecordier, âgé de vingt-deux ans, garçon de cuisine à t'hôpit.i) Saint-Louis. Ce jeune homme, couchant avec deux autres personnes dans une petite chambre mal aérée et chauffée par un poète danslequel brûle du charbon de terre, eut l'imprudence d'intercepter le cours de la. fumée qui ainsi se répandit dans la chambre. Ces trois hommes étaient endormis. Ils éprouvent des phénomènes morbides variés. Le jeune homme dont je parle se réveiUe il a des vertiges, des étour-


disscmcnts, une pesanteur de tète horrible; /)/«~<eM/ fois dans la nuit il vomit. Le matin il veutse lever, mais il lui est impossible. Il arrive dans l'état suivant

Quelques nausées langue un peu rouge à la pointe. Un ~om<Mcment quelques instants après son entrée. Ventre indotcnt; pas de diarrhée abattement général laisser-nller; un peu de brisure dans les membres. Ce dont se plaint le malade, c'est de la douleur de tête il dit qu'il a des battements dans les tempes, un bandeau trèsdouloureux à la région frontale; la téteest chaude, les paupières appesanties, habiluellement closes; la lumière lui fait mal à voir. Descataplasmes synapisés sont promenés sur les membres inférieurs; des compresses imbibées d'eau fraîche sont maintenues constamment apptiquées sur te front;vingt sangsues aux apophyses mastoides. Le lendemain la tête est moins lourde, la face moins rouge. Un lavement avec deux onces de sel de Glauber. Le surlendemain il est bien, et retourne quatre jours après son accident à ses travaux. Fleury, âgée de vingt-cinq ans, couturière entrée à l'Hôtel-Dieu le 9 avril 1838.

Cette femme ayant déjà tenté de s'asphyxier deux fois par suite de chagrins de famille, à ce que l'on présume, demeurait depuis cinq jours dans une petite chambre, au quatrième étage, d'une maison rue de la Tacherie. Cette chambre a huit à neuf pieds de longueur, un peu plus de six pieds de largeur, et six à sept pieds de hauteur. Une fenêtre de trois pieds de largeur et de quatre pieds de hauteur se trouve sur l'une des faces les plus larges, et peu distante d'une porte à un seul battant située sur l'un des côtés les plus étroits de la pièce.

Le lit se trouve contre le mur opposé à la porte. Il n'y a ni cheminée ni poète. Chaque matin on voyait cette femme aller à son ouvrage le soir elle rentrait de bonne heure et se couchait. Le 8 avril elle éprouva un chagrin vif, que l'on suppose relatif à l'amour; elle rentra toute triste au milieu de la journée et ne reparut pl us jusqu'au lendemain 9 avril, où elle descendit pour acheter un boisseau de charbon vers cinq heures du matin. Elle remonta ensuite dans sa chambre, où elle s'enferma. Entre sept et huit heures et demie, son voisin entendit des gémissements à travers la cioison qui le séparait de sa chambre. Aussitôt il court avertir quelques personnes de la maison. On ouvre au moyen d'une double clef; on trouve une chambre pleine de fumée, un tas de charbon allumé au milieu de la chambre la malade étendue sur son lit, faisant entendre quelques plaintes mal articu]ées, n'entendant pas les paroles qu'on lui adressait, ne faisant aucune réponse aux questions, ne paraissant avoir aucune conscience des objets environnants. Un rideau était tiré devant la fenêtre, une serviette avait été disposée sur la porte pour intercepter le passage de l'air. On transporte aussitôt la femme hors de la chambre, on la dépose devant une fenêtre puis après quelques instants on la porte dans une autre chambre sur un lit, où vers neuf heures un médecin lui pratique une saignée. Entre midi


et une heure elle semble reprendre connaissance; elle répond quelques mots aux personnes qui l'interrogent elle dit qu'elle ne veut rien prendre, que déjà elle a voulu se détruire deux fois, et qu'elle veut mourir. Plus tard, elle dit qu'elle a trop souffert, qu'elle ne recommencera pas elle se plaint d'avoir les membres brisés, de souffrir au creux de l'estomac. Elle eut Knpe~fomi'.Mement~ematières bilieuses. Vers trois heures on l'apporte à l'hôpital. A son entrée, tendance à l'assoupissement face colorée céphalalgie très-grande douleur dans les membres peine à soulever les paupières. Vingt sangsues derrière les oreilles; elles tirent peu de sang.

Etat actuel, le 10 avril

Céphalalgie très-forte; pesanteur de tête; face rouge membres brisés; pupilles égalant un peu moins de la moitié de la cornée transparente; bouche pâteuse, amère; légère sensibilité abdominale par la pression. Constipation depuis sept à huit jours. Chaleur élevée, halitueuse sensation de froid aux pieds. Quatre-vingt-douze pulsations régulières légère oppression; mouvements faciles; respiration pure en arrière des deux côtés. Rien de remarquable dans les battements du cœur mémoire nulle sur tout ce qui s'est passé entre cinq heures du matin et une heure de l'après-midi. Elle a dormi cette nuit. (Limonade citronnée, trois pots; lavement purgatif diète.) Le 1), la céphalalgie est plus forte; tendance au sommeil un peu de douleur épigastrique quatre-vingt-douze pulsations; chaleur douce; sens intact. (Ventouses scariCées derrière les oreilles; lavement de séné.) Pas de selles hier. Le 12, le mal de tête est beaucoup moindre; sommeil; pouls calme, chaleur douce. Le 13, elle s'est levée hier une partie du jour. Ce matin un peu de douleur de tête. Elle a un peu moins dormi qu'à l'ordinaire. (Quart d'aliments.) Le 14, peu de céphalalgie; bon appétit; chaleur douce; pouls très-calme soixante-dix-huit pulsations; bon sommeil. (Demie d'aliments. ) Le )5, la céphalalgie est passée;la gaieté est revenue. Elle sort le lendemain.

Les battements cfMMMfrM ralentissent ef<fe<e/!nM<pf!M/or< Suivant M. Mar'ye, les battements du cœur ne sont plus sensibles alors que ceux du pouls sont encore très-évidents. La respiration devient difficile et lente, la vue et les autres organes des sens s'affaiblissent, les forces musculaires s'éteignent, le coma devient profond, enfin la respiration s'arrête, et peu après la circulation. A cette époque, la face s'est plus ou moins colorée en rose en rouge ou en violet les oreilles participent surtout à cet état diverses parties du corps offrent la même coloration, et cette couleur est indépendante de la position du malade. M. Marye n'a jamais observé que des colorations partielles et très-fimitécs des orei)teset de la face; 1 & vu des asphyxiés par lecbarbon à toutes les époques de l'asphyxie, et, à l'appui de ses remarques, il cite des faits dans lesquels il n'est nullement mention de la coloration de la peau. Loin de là, la figure les mains et le reste de la surface du corps sont pales dans les derniers


moments de l'asphyxie par le charbon. Cet état s'est présente à lui d'une manière tellement constante, qu'il en a fait l'objet d'une proposition spéciale; sa manière de voir rentre d'ailleurs tout à faitdans les idées émises à ce sujet par M. Lhéritier, et que nous allons faire connaître plus bas.

La chaleur du corps n'est pas diminuée les muscles conservent leur souplesse. C'est encore ta, suivant M. Marye, une erreur des observateurs anciens. Loin de conserver sa souplesse, l'asphyxié, dans ses derniers moments, offre une rigidité musculaire tellement prononcée, qu'on peut l'enlever en le saisissant à ses deux extrémités, à la manière d'une planche. Il cite dans son Mémoire des faits à l'appui, entre autres celui d'un homme qui fut trouvé sur une chaise les talons arc-boutés contre le sol; la partie postérieure du cou appuyée sur le dos de la chaise le tronc soulevé en avant au moyen des bras tendus dont les mains venaient prendre point d'appui sur le siège dela chaise. M. L'héritier a signalé aussi cette circonstance, mais seulement à l'égard des individus qui périssent dans des convulsions, tandis que M. Marye la regarde comme très-commune > si ce n'est même générale; Attumonelli en parle aussi à l'occasion des chiens que l'on fait périr dans la fameuse grotte des eaux minérales de Naples. L'urine et les matières fécales sont quelquefois reyzdMe.! involontairement.

L'individu est encore vivant; il peut rester dans cet état pendant une, deux ou trois, et même six heures, sans que la mort survienne. Si l'on ouvre une veine dans ce moment, le sang qui s'en écoule est, d'après MM. Lhéritier et Marye vermeil et non pas noir ce dernier cite des faits nombreux qui ne peuvent laisser de doute à cet égard. La digestion est-elle arrétée au moment CM /'<)~t:<e par le charbon survient P

Cette question est très-importante car si elle est résolue par l'affirmative, il est évident que l'on doit retrouver dans l'estomac les mêmes aliments qui ont été pris peu de temps auparavant. Plusieurs observations citées par M. Marye démontrent quela digestion estsuspendue par l'asphyxie. Deux autres faits, plus concluants encore, ont été rapportés par M. Ollivier (Annales d'hygiène, tome XX). Il s'agit d'une mère qui, ayant résolu de se suicider, fit souper son n)s aine, âgé de cinq ans, et donna le sein à son autre enfant âgé de dix mois. Elle les coucha tous deux; aussitôt elle alluma deux réchauds de charbon, et les mit au milieu de la chambre; puis elle alla se jeter dans le canal de la Villette. A l'autopsie des enfants, MM. Ollivier et West reconnurent chez l'alné des aliments non digérés remplissant l'estomac, et chez l'enfant soumis à l'allaitement, du lait tel qu'il venait d'être pris.

Qtt<< dst fe temps necessaire à ta pM~HC/t'on </< l'asphyxie P 11 est impossible de résoudre cette question, mais voici des faits empruntés à M. Marye qui peuvent t'éctaircir.


Une f<'n)mc, âgée de vingt-trois ans, est vue à huit heures à la fenêtre de la chambre d'une de ses amies chez laquelle elle était allée; cette amie s'était absentée à neuf heures elle rentre, et trouve cette femme morte par asphyxie.

Un jeune homme s'enferme à huit heures du matin dans sa chambre, à onze heures on entend un corps lourd tomber sur le plancher; on enfonce la porte, on trouve le jeune homme étendu à terre il était tombé d'une chaise, et la mort était déjà survenue. Une femme remue les meubles de sa chambre à trois heures; c'étaient les apprêts de sa mort; à cinq heures et demie on la trouve morte dans son lit.

Un homme de cinquante-quatre ans reste seul à neuf heures du matin; il calfeutre ses fenêtres avec des bandes de papier col)é et ferme hermétiquement toutes les issues en les garnissant de linge. tt allume du charbon; à ocze heures et demie il est trouvé mort, et la rigidité était déjà survenue.

A huit heures du soir on entend pétiller le charbon dans la chambre d'une jeune femme à dix heures, plaintes; on enfonce la porte. l'asphyxie était incomplète, mais il y avait peu de connaissance: chaleur considérable des murs et des serrures.

Un homme et uue femme rentrent ivres à onze heures et demie. On entend faire les préparatifs de l'asphyxie. A neuf heures du matin on entre dans la chambre, la femme était morte, l'homme a encore vécu trois heures environ. A. DEVERGIE. ART.2000.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

ACADÉMIE DE MÉDECINE. NI. Piedagnel a tu à l'Académie une observation fort curieuse qui tendrait à faire croire qu'il existe entre la mère et le foetus certaines relations nerveuses. Ce médecin donnait des soins à une femme en travail. Le fœtus présentait les fesses. On reconnaissait au toucher une tumeur volumineuse et molle que l'on prit pour une tumeur sanguine. M. Piedagnel essaya de percer cette tumeur avec les ongles, mais il ne put y parvenir. Chaque fois qu'il renouvelait ses tentatives, la femme ressentait une vive douleur, et cependant cette tumeur appartenait au fœtus, dans le scrotum duquel elle avait son siège, comme on put s'en assurer après avoir terminé l'accouchement. On voyait à sa surface la trace des ongles que les efforts de l'accoucheur y avaient imprimée. M. Gaultier de Claubry a fait un rapport sur un Mémoire, dans lequel l'auteur propose comme moyen prophylactique de la phthisie pulmonaire, de forcer, à l'aide d'un appareil, l'air à pénétrer profondément dans les poumons. En dilatant ainsi les bronches outre mesure, on augmenterait, suivant lui, le diamètre de la poitrine, et on favoriserait l'expulsion de la matière tuberculeuse. Plusieurs observations ont été citées à l'appui de cette théorie, mais l'Académie a paru avoir peu de confiance dans un moyen dont il est difficile de pouvoir apprécier les résultats, )a phthisie pulmonaire ne pouvant guère être reconnue dans sa première période. M. Orfila a lu un Mémoire fort important sur l'empoisonnement par le tartre stibié. On se rappelle les travaux de ce médecin sur


l'empoisonnement par l'acide arsénieux, qui pourrait, d'après ses recherches, être retrouvé dans tous les organes. alors qu'on ne peut plus constater son existence dans l'estomac. !t en serait de même suivant lui, du tartre stibié, alors qu'il a déterminé la mort sans avoir été! rejeté par le vomissement.

A la vérité, ces sortes d'empoisonnement sont assez rares, mais il suffit qu'il s'en soit présenté quelques exemples, pour qu'on doive chercher à s'entourer de toutes les lumières qui peuvent jeter quelque jour sur ce point de médecine légale.

Le procédé employé par M. Ortila pour découvrir des traces de tartre stihié dans nos organes, est semblable à celui qu'il conseille dans l'empoisonnement par l'acide arsénieux. !I traite par l'acide nitrique concentré le sang ou les divers organes, soumet ensuite à l'action de l'appareil de Marsh les produits carbonisés traités par l'acide hydrochtorique bouillant, additionné de quelques gouttes d'acide azotique.

Les expériences auxquelles M. Orfila s'est livré à ce sujet lui ont démontré que c'est surtout dans le foie, dans les reins et dans les urines que le tartre stibié se trouvait en plus grande quantité quand tes chiens avaient été empoisonnés par ce sel. Cette particutarité l'a conduit à rechercher s'i) en était ainsi pour l'acide arsénieux, et it a reconnu en effet que l'urine en contenait une proportion plus grande que les autres liquides. Ce sera donc dans le foie, dans les reins et dans l'urinequ'il faudra principalement chercher l'émétiquc et l'acide arsénieux, quand on voudra reconnattre si ces substances ont été absorbées.

Ces faits sont, comme on le voit, d'une très-haute importance. M. Orfila en a conclu que lorsqu'on retrouverait, après la mort, de l'antimoine métallique dans tes organes d'un sujet qui n'aurait point pris de tartre stibié comme médicament, it faudrait déclarer qu'il avait été empoisonné par cette substance, puisqu'aucun de nos organes n'en contient naturellement. Cette conclusion est plus positive encore que pour l'acide arsénieux qui se trouve dans les os, et nécessite certaines précautions dans les investigations médicolégales.

11 est noter que le tartre stibié séjourne fort peu de temps dans le sang, et qu'une heure après l'empoisonnement, ce liquide n'en contient plus une assez grande quantité pour que l'appareil de Marsh décelé sa présence.

M. Patissier a fait un rapport demandé par le ministre, sur l'effi.cacité des eaux de Vichy dans la goutte; c'est à M. Petit qu'on doit d'avoir signalé cette propriété des eaux de Vichy. Ce médecin a remis à la commission quatre-vingts observations qui prouvent qu'en effet ces eaux peuvent être utiles dans la goutte. Dans le plus grand nombre des cas, les malades ont été guéris, ou leur état a du moins été considérablement amélioré. Dans un petit nombre seulement, le traitement est resté inutile, et même a paru causer de légers accidents. M. Petit fournira sans doute de nouveaux renseignements qui mettront à même de décider dans quelles circonstances les eaux de Vichy doivent être recommandées pour le traitement de la goutte.

SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PRATIQUE. M. Serrurier a fait à la Société un rapport sur une eau hémostatique présentée par M. Rrocchieri. Cette eau, dont la composition est encore un secret, jouirait, comme l'eau de Binelli, dont nous avons parlé à notre art. 173, de la propriété de coaguler immédiatement le sang dans les vaisseaux ouverts, et par conséquent d'arrêter les hémorrhagies. De nombreuses


expériences ont été tentées par la commission nommée à cet effet. Plnsieurs fois on a ouvert la carotide d'un mouton, et tandis que le sang coulait en abondance, des bourdonnets de charpie, imbibés de cette eau, ont été appliqués sur la plaie. L'hémorrhagie a été arrêtée sur-leachamp, ce qu'on n'a pu obtenir avec de la charpie trempée dans un autre liquide. Ces expériences ont paru fort curieuses à la Société, qui cependant n'a pas voulu se prononcer avant de posséder des faits plus nombreux.

Pnix. La Société médico-pratique de Paris met au concours la question suivante

« Apprécier l'influence sur l'organisme sain et malade des divers flux sanguins dont le développement ou la suppression ont été spontanés ou provoqués, déterminer ensuite les lois physiologiques de cette double influence. »

Une médaille d'or de trois cents francs sera accordée au Mémoire qui remportera le prix. Les manuscrits devront être envoyés/<.t/!co, avec le nom de l'auteur scellé, avant le t" janvier 1841, et adressés au secrétaire général, M. Lagasquie, place de l'Estrapade, n. 30. -La Société royale de médecine de Marseille propose, pour le concours de 1840, la question suivante

« Fixer la thérapeutique des maladies des veines, »

En mettant au concours une question qui depuis quelques années attire l'attention des praticiens, la Société royale de médecine de Marseille désire que MM. les concurrents

Déterminent, autant que possible, le traitement à opposer aux diverses maladies des veines, partout où elles sont accessibles à nos moyens thérapeutiques

2" Qu'ils éclairent ce traitement par la connaissance dçs divers états pathologiques du système veineux;

3° EaBn, qu'ils indiquent les affections consécutives aux maladies des veines et les moyens de les prévenir.

L'auteur du meilleur mémoire recevra une Médaille d'or du prix de trois cents francs.

Les Mémoires devront être adressés (/a/:M de port) à M. Chargé, secrétaire général, avant le f*'septembre 1841.

La Société de médecine d'Anvers, dans sa séance du 28 septembre, a proposé la question suivante pour le concours de t84t f Donner une esquisse rapide de l'état de la médecine en Belgique, <f depuis le commencement du dix-neuvième siècle jusqu'à nos « jours, afin de montrer les services que nos compatriotes ont rendus <' a l'avancement des scienc.es médicales. N

Une médaiiie d'or, de la valcur de trois cents fr., sera décernée à l'auteur de ia meilleure repense à cette question.

Les Mémoires, écrits lisiblement en Namand, français, allemand ou latin, devront être remis (/7'a~M de port), avant le 1" janvier 1844, au secrétariat de la Société.

Les auteurs seront tenus d'inscrire leurs noms, quatités et demeure sur un biUet cacheté, portant l'extérieur une devise se mblable à celle qu'ils auront placée en tête de leur Mémoire. Les manuscrits envoyés au coucours deviennent la propriété de la Société; il est toutefois loisible aux concurrents d'en faire prendre copie.


ART. 2001.

VARIÉTÉS.

M. le docteurBiett médecin de!'hôp!tal Saint-Louis, atteint depuis longtemps d'une maladie du cœur, est mort dans les premiers jours de mars. M. Hippolyte Cloquet a été enlevé à la même époque par une apoplexie foudroyante. 1

–M. A. Devergie, médecin de l'hôpital Saint-Antoine a été nommé par le conseil des hôpitaux, médecin de l'hôpital Saint-Louis, en remplacement de M. Biett.

-La clinique de M. Rostan a été transportée de l'hôpital clinique ù t'Hôtet-Dieu. Celle de M. P. Dubois est augmentée du service de ce médecin, ses salles ne pouvant contenir les femmes qui se présentaient.

Le rédacteur d'un journal de médecine est assigné en police correctionnelle par M. le docteur Gendrin, pour fait de diffamation, à l'occasion du dernier concours de pathologie interne à la Faculté de Paris.

D'après des recherches exactes et dont les résultats sont certains, le nombre des médecins exerçant à Paris s'est encore accru, dans l'année qui vient de s'écouter, dans une proportion vraiment effrayante. Près de cent noms nouveaux figurent sur les listes récemment dressées. Les médecins venus de l'étranger ou des départements figurent pour plus de moitié dans cette augmentation. Le nombre des décès ne s'étant élevé qu'à vingt-cinq environ, le bénétiee net de la capitale est de 75.

Plusieurs journaux politiques ont annoncé que la grippe régnait à Paris. Cette assertion n'est pas exacte mais on observe une quantité considéraMc de laryngites et de bronchites assez opiniâtres, surtout chez les enfants. Les toux croupales sunt très-communes et résistent souvent à la plupart des moyens employés. Une délibération du Conseil royal, en date du 17 mars, porte qu'à l'avenir les candidats au cinquième examen de docteur seront alternativement interrogés dans la clinique médicale de t'Hôtcf-Dieu ou de la Charité, sur les maladies internes, après visite des malades. L'examen durera une heure pour chaque candidat, au lieu des trois quarts d'heure fixés par t'arrêté du Conseil royal, en date du 26 septembre 1837. Ce changement a lieu sans doute pour remédier à un abus qui rendait à peu près illusoire l'examen clinique auquel les élèves étaient soumis. En effet, cet examen, lèsent qui concernât la pratique médicale, pouvait toujours être soutenu d'une manière brillante par l'élève témoins instruit. Il lui suffisait d'avoir suivi, pendant une quinzaine de jours, la visite du professeur, 1 pour connaître parfaitement toutes les lésions dont le très-~etit nombre de malades du service étaient atteints. M. Knstan les examinant tous avec un .soin scrupuleux notant les moindres circonstances qui pouvaient servir à étab)ir le diagnostic, ses élèves savaient pour ainsi dire par cœur les symptômes à signaler. Sans avoir jamais fait usage du stéthoscope, ils prononçaient avec sécurité sur l'existence d'une respiration incomplète; ils désignaient l'espèce de rate et circonscrivaient l'espace dans lequel l'air ne pénétrait point; ils entendaient des bruits circulatoires qu'ils écoutait'nt pour la première fois, et découvraient, aussi &!<n (/H<e~/Y;/cA!<w, les lésions les plus cachées. Cet abus existait depuis plusieurs années chacun, élèves et professeurs, en était instruit, et ce n'est


que par une mesure toute récente qu'on a cherché à y remédier. Aujourd'hui la fraude sera plus difficile. Elle sera même presque impossible, si l'on interroge dans les quatre services à la fois. Ajoutons qu'une heure d'examen au lit des malades doit donner à un élève l'occasion de faire preuve d'instruction ou démontrer que ses études médicales ont été mal dirigées.

Les exemples de morve communiquée du cheval à l'homme se multiplient. Il n'est pas de mois qu'il ne soit présenté à l'académie des pièces d'anatomie pathologique démontrant l'identité de cette maladie chez l'homme et chez le cheval, et la possibilité de sa transmission par contagion. Jusqu'à présent ces faits n'avaient été recueillis que chez des palefreniers.M. Renault vient de faire connaitre à l'académie deux cas de morve aiguë survenus chez des militaires qui avaient soi. des chevaux morveux. La maladie s'est, comme chez tous les autres sujets promptement terminée par la mort. Ces faits ont motivé un rapport au préfet de police sur les mesures à prendre pour prévenir la contagion de la morve du cheval à l'homme. En voici les principales dispositions

Il est défendu à qui que ce soit de coucher ou de faire coucher <!es palefreniers dans les écuries où il se trouverait des chevaux seulement suspectés de morve. U est défendu même de coucher et de faire coucher des palefreniers dans des écuries servant d'infirmeries .de chevaux, et même dans tout local servant à loger des animaux malades de quelque espèce qu'ils soient.

Toute personne qui aurait en sa possession'des chevaux, ânes ou mulets atteints ou suspectés de morve ou de farcin, sera tenue d'en faire sur-le-champ sa déclaration, dans les communes rurales du ressort de la préfecture de police, devant le maire, et à Paris, devant un commissaire de police.

11 est défendu de vendre et d'exposer en vente, dans les marchés et partout ailleurs, des chevaux, ânes ou mulets atteints ou seulement suspectés, de morve ou de farcin; il est également défendu d'employer à un service quelconque et même de conduire sur la voie publique les animaux qui se trouveront dans ce cas.

11 sera fait de fréquentes visites par un vétérinaire ou par tout autre préposé à cet effet, soit dans les marchés, soit sur les places affectées au stationnement des voitures de place, et sur tout autre point de la voie publique, à l'effet de rechercher les animaux présentant des signes de morve ou de farcin.

Les animaux qui seront dans le cas des articles précédents seront. à Paris, conduits dans une fourrière destinée à les recevoir et, dans les communes rurales, conduits dans une fourrière semblable, s'il y en a une, ou consignés chez le propriétaire, s'il est habitant de la commune, ou consignés dans tel endroit que le maire jugera convenable, si le propriétaire de l'animal n'est pas un habitant de cette commune.

L'animal, dans le plus court délai possible, sera visité par un vétérinaire désigné par l'autorité.

Si l'animal est reconnu sain par le vétérinaire commis par l'autorité, il sera rendu au propriétaire.

Si le cheval est reconnu morveux, incurable, par le vétérinaire, et si le propriétaire consent à ce que l'animal soit abattu, il sera marqué d'un .M fait au ciseau dans le poil de la croupe, pour être livré sans délaiàl'équarrisseur. Il sera dressé delavisite un procès-verbal qui contiendra le consentement de l'abattage.

L'abattage devra avoir lieu en présence du vétérinaire ou de tout autre préposé de l'administration qui en rendra compte au préfet, ttc.


ART.2002.

Rétention d'urine; engorgement de la prostate. Ulcérations du èanal de l'urètre produites par les sondes à demeure dans la vessie.

M. le docteur Troussel a publié dans la Revue medtca~e une observation de rétention d'urine due à un engorgement de la prostate. U s'agissait d'un vieillard qui depuis plusieurs années n'urinait qu'avec difficulté et expulsait même de temps en temps par le. canal de l'urètre une certaine quantité de sang. A la suite d'une assez longue course à pied, il fut pris, le 24 mai, d'une rétention d'urine complète. Ce ne fut qu'après vingt-quatre heures d'efforts infructueux qu'il fit appeler M. Troussel celui-ci voulut aussitôt pratiquer le cathétérisme il essaya d'introduire une sonde courbe d'argent; mais, arrivé à la portion bulbeuse, il ne put pénétrer plus loin. H ne fut pas plus heureux avec une sonde élastique de moyenne grosseur, garnie d'un mandrin métallique à courbure peu prononcée. Craignant de déchirer le canal de l'urètre s'il prolongeait ses efforts, ce médecin fit appliquer vingt sangsues au périnée et plonger le malade dans un bain, en attendant l'arrivée de M. Amussat qu'il avait fait demander. Ce dernier chirurgien, s'étant fait rendre compte des antécédents du malade, supposa aussitôt que l'obstacle était produit par l'engorgement de la prostate et en effet, le doigt introduit dans le rectum démontra que cette glande était très-volumineuse, faisait sailtie dans l'intestin et se divisait en deux lobes très-distincts. En conséquence M. Amussat, ayant choisi une sonde métallique plus longue et à courbure plus prononcée, pénétra dans la vessie sans difficulté. Cet organe ne fut vidé que peu à peu, et de temps à autre on maintenait fermé l'orifice de la sonde, afin do donner le temps à ses parois de revenir sur eties-mémes; onlaretira ensuite et on la remplaça par une sonde en gomme élastique garnie d'un mandrin métallique à courbure assez prononcée. Cette sonde fut fixée en place au moyen de plusieurs fils de coton disposés autour de la verge et l'on ferma son orifice avec un fosset de bois.

L'usage des antiphlogistiques et des délayants fut continué, et l'on changea plusieurs fois la sonde, dont on introduisait divers numéros dans la vessie, en engageant le malade à faire des efforts pour expulser l'urine entre l'instruTOM. M.– N" M MA). t3


ment et les parois de l'urètre. On ne considéra la guérison comme complète que lorsquela vessie put se vider entièrement de la sorte, la sonde restant bouchée.

M. Troussel, après avoir rapporté cette observation fort en détail, insiste sur ce point signalé parM. Amussat, que la rétention d'urine est très-fréquemment le résultat du gonflement inflammatoire de la prostate, et en conctutque lorsqu'on est appelé près d'un malade qui ne peut uriner, il est prudent de s'assurer par le toucher anal de l'état de cette glande. Puis il cite, à cette occasion les paroles de M. Amussat, que nos lecteurs ne seront pas fâchés de voir reproduire ici

a Souvent, dit ce chirurgien, l'engorgement chronique dela prostate existe depuis plusieurs années sacs qu'on s'en soit douté; ses causes peuvent être ia syphilis, la présence d'un corps étranger dans la vessie les rétrécissements de l'urètre, le contact prolongé des instruments lorsque les malades se sondent eux-mêmes, parce qu'il arrive souvent qu'ils viennent buter contre la portion transverse do la prostate, qu'ils prennent pour un rétrécissement et qu'ils ne franchissent qu'avec effort.

» Tout porte à croire que la prostate a acquis un volume assez considérable, lorsqu'on voit se dévetoppsr les symptômes suivants chaleur et pesanteur à t'anus, fourmittement dans toute l'étendue du canat, émission de l'urine difficile et douloureuse, et envies d'uriner très-fréquentes; le jet n'en est point formé l'urine sort goutte à goutte, ou comme en bavant. H est rare qu'un catarrhe vésical ne vienne pas cumpliquer cette maladie.

e Quand on veut faire pénétrer une sonde dans la vessie, elle est arrêtée au col par un obstacle dur, résistant; l'indicateur, introduit dans le rectum, sent au-dessus de l'anus une tumeur dure, arrondie, quelquefois douloureuse au toucher. Quand le mal a fait des progrès, les douleurs deviennent intotérabtes si les malades vont à la garderobe, ils éprouvent un sentiment de déchirement, de pesanteur dans tes parties affectées, et lors même qu'ils ne rendent aucun excrément, il leur semble qu'une masse considérable de matière va s'échapper par l'anus. ti peut survenir une rétention complète d'urine dans ce cas l'introduction de la sonde devient plus difHcitp., et demande beaucoup de prudence et d'habHeté de la part de l'opérateur. On doit se servir s!ors d'une sonde très recourbée, parce que le col de la vessie, par suite du gonflement de la glande se trouve plus élevé que dans l'état normal,


et que le cul-de-sac de la prostate est ptus prononcé. Lorsque la sonde, dont l'introduction est toujours utilement précédée de quelques injections, est parvenue à la prostate, il faut bien so garder de chercher à vaincre la résistance qu'elle oppose par un mouvement de bascule trop brusque; il faut au contraire chercher à l'éviter en portant le bec de l'instrument vers la symphyse pubienne, etc. a

Réflexions. Nous reviendrons plus tard sur le gonflement de la prostate considéré comme cause de la rétention d'urine. Nous voulons aujourd'hui appeler l'attention de nos lecteurs sur un accident qui, suivant un jeune chirurgien, serait le résultat fréquent de l'habitude où l'on est de maintenir des sondes à demeure dans la vessie pour remédier à la rétention d'urine. M. le docteur Mercier a publié dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales un mémoire tendant à prouver que dans un très-grand nombre de cas les sondes maintenues dans l'urètre ont amené l'ulcération de ce canal au niveau du ligament suspenseur de la verge, et que cet instrument s'oppose à la guérison des fistules qui existent déjà, bien loin d'en favoriser la cicatrisation.

On sait que la méthode la plus ordinaire de combattre les rétrécissementsde l'urètre est la dilatation, qui consiste à introduire une bougie dans le canat et à la remplacer, au bout d'un certain temps, par une seconde d'un volume plus considérable. On sait aussi que l'urètre présente plusieurs courbures que l'on peut comparer à une S; mais on pense généralement que ces courbures s'effacent lorsqu'on introduit la sonde dans son intérieur. C'est une erreur, suivant M. Mercier ;°ou du moins, si l'instrument parvient dans la vessie en parcourant une ligne droite, ce n'est qu'en comprimant fortement le canal en trois points, et particulièrement au niveau du ligament suspenseur; or, ce point, violemment comprimé, ne tardera pas à s'enflammer, puis à. s'ulcérer, soit qu'on ait fait usage d'une sonde métallique, soit même qu'on ait introduit une sonde flexible. M. Mercier rapporte plusieurs observations à l'appui de cette assertion, et fait remarquer que les auteurs en ont publié un grand nombre, bien qu'ils aient cherché à leur donner une explication tout à fait différente. II cite aussi des faits dans lesquels des fistules urétrates étaient infructueusement traitées par la sonde à demeure et se sont cicatrisées promptement dès que par un motif quelconque on a laissé le canal libre.


Il nous suffira d'avoir signalé ce fâcheux résultat des sondes à demeure dans l'engorgement de la prostate ou dans une affection quelconque de l'urètre, pour que les praticiens se tiennent en garde et reconnaissent si les craintes de M. Mercier sont réelles ou exagérées. ART. 2003.

Descente tardive du ~!CM/e prise pour une hernie étranglée.

M. le docteur Delasiauve a publié dans le même journal un cas extrêmement curieux de descente tardive du testicule, qui donna naissance a une fâcheuse erreur de diagnostic.

Un jeune garçon de quinze ans et demi portait depuis longtemps une hernie inguinale du côté droit, lorsqu'il aperçut une seconde tumeur dans l'aine du côté opposé. Cette tumeur, fort douloureuse à la pression, paraissait et disparaissait fréquemment, lorsqu'un jour, sans que le sujet se fût livré à aucun effort, elle se montra beaucoup plus grosse et plus douloureuse, et ne putplus être réduite. Il survint alors des coliques, des nausées, de l'insomnie. Un chirurgien fut appelé, crut reconnaître les symptômes d'une hernie étranglée, et essaya vainement et à plusieurs reprises d'en opérer la réduction. Le lendemain et le surlendemain les efforts furent renouvelés sans plus de succès, bien qu'on déployât un traitement antiphlogistique assez actif. La peau, jusque-)à saine, se tendit, devint rénitente; il survint de la chaleur et une excessive sensibilité. Le chirurgien, de concert avec un praticien de la capitale qui avait été appelé, résolut alors de pratiquer l'opération de la hernie étranglée.

M. Delasiauve, appelé par ces messieurs pour fournir les instruments nécessaires, fut à peine admis à examiner le malade et ne fut point consulté sur l'opportunité de l'opération cependant il put remarquer que la tumeur affectait la direction du canal inguinal, dont elle dépassait de six lignes environ l'ouverture inférieure. Elle était dure, chaude, volumineuse. Les douleurs étaient vives et irradiaient dans l'abdomen; la fièvre était nulle; le faciès nullement altéré; le ventre mou, souple; il n'y avait point de vomissements, et dans la nuit même il y avait eu une selle naturelle. Malgré les observations de ce jeune médecin, on crut devoir procéder immédiatement au débridement.


Une incision fut faite, et l'on parvint, après de longs tâtonnements, jusqu'à l'anneau. On croyait avoir affaire à une hernie crurale, mais on reconnut avec surprise que l'on avait découvert l'orifice externe du canal inguinal qui était fort étargi. Après une incision de quelques lignes, on trouva qu'il était rempli par une tumeur plus grosse qu'un œuf, ovale, allongée, enveloppée d'une tunique que l'on incisa en dédolant; il s'en écoula une certaine quantité de sérosité. Mais au lieu d'une anse intestinale, on vit une masse molle, arborisée, que l'on prit d'abord pour un rein. Ce fut alors que, portant la main dans le scrotum, on s'aperçut que le testicule de ce côté manquait, et on n'eut p))M alors de doute sur la nature de là tumeur herniée. Dans l'état où étaient les choses, il fallait bien enlever le testicule; c'est ce que l'on fit aussitôt en reséquant le plus haut possible les débris de la tunique vaginale, Le malade se rétablit très-bien dans l'espace de dix-sept à dix-huit jours, et depuis cette époque it a été exempté du service militaire.

La pièce pathologique examinée montra que le volume de l'organe était plus que doublé son tissu était rouge, livide, dans un état voisin de la gangrène; l'épididyme, fortement engorgé, présentait, dans quelques points, l'aspect squirreux.

Réflexions. Cette observation vient fort à propos s'ajouter à celles qui ont été consignées à notre art. 1970; elle constate, d'une part, les dangers auxquels sont exposés les sujets dont les testicules sont retenus à l'anneau, et de l'autre les difficultés du diagnostic lorsqu'il survient des symptômes d'étranglement. 11 ne nous appartient pas de juger la conduite des médecins qui ont commis une erreur fâcheuse pour le malade; avec plus d'attention, ils auraient assurément reconnu, avant de procéder a l'opération, que le testicule n'était point descendu dans les bourses; mais nous devons dire que quelquefois it se forme dans l'aine des tumeurs dues à la rétention de cet organe, et qui mettent l'opérateur dans le plus grand embarras. tl reconnait en effet que le testicule n'a pas encore franchi l'anneau; mais il existe de la fluctuation. et de plus il y a des symptômes d'étranglement qui ne laissent aucun doute sur l'existence d'une hernie; de sorte qu'on a des symptômes d'hydrocèle de hernie inguinale, et la preuve que le testicule n'est pas sorti; et souvent, en pratiquant l'opération, on trouve ces trois choses ainsi que Dupuytren le signalait dans ses cours. Nous serions même tenté de croire que


dans l'observation rapportée par M. Delasiauve, il en était ainsi, car les chirurgiens ont cru avoir fait rentrer dans l'abdomen une partie de la tumeur il est probable que c'était une portion d'intestin ou d'épiploon qui tombait dans le ventre. Quant à l'hydrocèle, elle existait évidemment, puisqu'une grande quantité de sérosité s'est écoulée dès qu'on a incisé la tunique vaginale.

En résultat, les chirurgiens qui donnaient des soins à ce malade ont été conduits, tout en ignorant la nature de la lésion, à pratiquer la seule opération convenable, car le testicule, devenu squirreux, devait nécessairement être enlevé; mais ils ont dû regretter les hésitations, les tâtonnements qui ont embarrassé leur marche, et enfin l'erreur qui, jusqu'au dernier moment, leur a dérobé le véritable caractère de la maladie.

AM. 2004.

Traitement des varices des extrémités inférieures et du varicocèle par la ligature sous-cutanée des veines. M. Ricord a donné dans le Bulletin de thérapeutique la description du procédé qu'il emploie pour obtenir l'oblitération des veines variqueuses. Ce chirurgien commence, lorsqu'il veut obtenir la guérison d'un varicocèle, par raser les parties génitales, puis il favorise le gonflement des veines, soit en faisant marcher les malades, soit en recouvrant le scrotum d'un cataplasme- chaud. Cela fait, il isole avec soin le canal déférent du paquet veineux, saisit ce paquet dans un pli de la peau du scrotum, et passe alors au-dessous des vaisseaux une aiguille plate lancéolée et armée d'un fil double se términant en anse. Quand l'aiguille a traversé complétement la peau d'un côté à l'autre, on lâche les veines en ne retenant que la peau, et alors, avec une seconde aiguille armée d'un fil de la même manière, on pénètre audessus des veines en entrant par le trou de sortie et en sortant par le trou d'entrée. Le paquet veineux se trouve ainsi entre deux fils doubles placés t'un au-dessus, l'autre audessous. Les chefs doubles des fils de chaque côté sont ensuite passés dans les anses des fils qui leur correspondent, et en les tirant en sens opposés, les vaisseaux se trouvent serrés sous la peau.

La constriction s'opère dans ce procédé au moyen d'un serre-nœud particulier qui consiste dans une canule courbée en fer à cheval, aplatie à sa partie moyenne où se trouve


un bouton garni d'une roue à crémaillère qui en fait une espèce de petit tourniquet Les chefs des ligatures sont passés dans les extrémités de cette canule et viennent se rendre sur le bouton où on les noue, de telle façon qu'en tournant celui-ci, on les tend par rapport à la canule comme la corde d'un arc. On peut augmenter la constriction tous les deux ou trois jours, et ordinairement du dixième au vingtième les vaisseaux sont coupés.

Déjà M. Ricord a fait l'application de son procédé sur douze malades atteints de varicocète, et chez tous il a obtenu le résultat le plus complet et le plus satisfaisant. La même méthode a été employée chez neuf malades porteurs de varices aux jambes. Les uns avaient de simples varices; d'autres portaient en outre des ulcères variqueux. On a fait chez ces malades de une à.quatre ligatures; chez aucun il n'est survenu d'accidents, et tous ont parfaitement bien guéri.

Réflexions. On s'est beaucoup occupé dans ces dernières années du traitement des varices et du varicocèle par la ligature dea veines, et on a cherché par une foule de procédés plus ou moins ingénieux à obtenir l'oblitération des vaisseaux, en exposant le moins possible les malades aux terribles conséquences de la phlébite (i ). Nous croyons qu'aucun de ces procédés ne met à l'abri des accidents que l'on doit toujours redouter lorsqu'on divise une veine d'un certain calibre, et surtout une veine enflammée; mais le zèle et l'ardeur des chirurgiens ont été singulièrement refroidis, lorsque le temps, qui pouvait seul prononcer sur l'efficacité de leurs méthodes, a démontré que les gùérisons obtenues étaient presque toujours illusoires, et que six mois, un an après une opération suivie en apparence d'un succès complet, les malades voyaient leurs varices se développer de nouveau exactement comme si aucune veine n'avait été )iée en sorte qu'ils avaient couru en pure perte les risques d'une phlébite dont personne ne peut se dissimuler la gravité. Déjà des chirurgiens anglais en avaient fait la remarque. Aujourd'hui qu'une foule de malades ont été traités de leurs varices par la ligature des veines, depuis un certain temps, on peut constater que les rechutes sont tellement fréquentes, que peut-être faudra-t-il renoncer à cette opération. C'est donc à prévenir les récidives, et non à modifier les ligatures, que les chirurgiens devraient (<) Voy. à la Table générale le mot VAHtCES.


s'attacher, car il est bien prouvé que les procédés de MM. Breschet, Davat, Velpeau, etc., sont d'une exécution facile il en est sans doute de même de celui de M. Ricord mais de quelle valeur est un mode de traitement qui au bout d'un an laisse les malades avec leurs infimités ? ART. 2005.

Considérations pratiques sur les maladies de la.peau. Des exanthèmes en général. Par le docteur de Boret. L'ordre des exanthèmes renferme des maladies ayant génératementune marche a iguë, caractérisées par des taches rouges, de forme variable, disparaissant momentanément par la pression, laissant entre elles des intervalles d'une couleur naturelle, et se terminant avec ou sans exfotiatfon de l'épiderme. D'après cette définition, il est facile de reconnaître que le mot exanthème n'a pas la même signification dans les classifications de Willan et d'Alibert. Dans cette dernière, en effet, il désigne les maladies vésiculeuses, pustuleuses, papuleuses, exanthémateuses auxquelles on donne généralement le nom de fièvres éruptives (variole, vaccine, varicelle vésiculeuse et papuleuse, roséole, rougeole, scarlatine, miliaire). Les exanthèmes affectent la totalité ou seulement une partie de la surface du corps; ordinairement ils n'ont qu'une courte durée, surtout lorsqu'ils sont étendus et qu'ils s'accompagnent de symptômes généraux; ceux-ci, quandils existent, révèlent un état morbide de la membrane muqueuse des intestins ou des bronches. Deux de ces maladies, la rougeole et la scarlatine, font évidemment contagieuses et souvent épidémiques; elles se distinguent encore des affections du même ordre en ce qu'elles ont une marche plus régulière et n'attaquent communément qu'une seule fois le même individu.

Les exanthèmes se terminent par résolution, souvent par desquamation, rarement par délitescence ou par suppuration quelquefois ils revêtent d'une manière accidentelle la forme bulleuse. Ils s'accompagnent le plus souvent d'une sensation de prurit, de brûlure, de picotement ou de tension, et pourraient être confondus avec les maladies d'autres ordres dont je vais établir les caractères différentiels. 10 Les affections bulleuses consistent, il est vrai, dans Jeur période d'invasion, qui peut durer quelques heures, en taches rouges qui passeraient facilement pour des exan-


thèmes; mais, dans leur état, elles en diffèrent par un caractère que t'œit le moins exercé saisit facilement; quant aux exanthèmes, ils revêtent quelquefois la forme butleuse d'une manière accidentelle, et cette complication ne peut suffire pour faire méconnaître leur nature. 2° Aux afj~c~tOMs vésiculeuses peut s'appliquer ce que j'ai dit des précédentes seulement l'erreur deviendrait possible, s'il s'agissait de comparer les maladies parvenues à l'état chronique. L'herpès annulaire, par exemple, pourrait alors passer pour un érythème de même nom, si l'on n'avait pas observé les vésicules. L'eczéma fluent chronique de t'oa'ettte, de l'anus, du nombril, si l'on a méconnu d'abord ~'éruption vésicuteuse, pourra simuler un érythème intertrigo de ces régions, bien qu'il en diffère encore par sa ptus grande opiniâtreté. Les gerçures de l'anus, des oreilles, des mamelons, présentent les mêmes caractères, quelles qu'aient été leurs causes c'est ainsi que j'ai observé dernièrement des gerçures des lèvres qu'on aurait pu rapporter à t'érythème chronique, si la présence de plusieurs vésicules d'herpès dans les environs n'avaitdéceté leur nature,et si le malade n'avait déclaré que depuis plusieurs mois elles étaient sans cesse aggravées ou reproduites par ces éruptions vésiculeuses. Quant à la miliaire, je ne pense pas qu'elle puisse être confondue avec la rougeole et la scarlatine, bien que ces deux dernières maladies s'accompagnent quelquefois de vésicules accidentelles. 3° Parmi les affections pustuleuses je ne vois guère que la variole qui puisse être la cause d'une erreur. Au début de la rougeoie. l'éruption est quelquefois saillante, comme paputouse sur la face, et peut imiter une variole naissante; mais sur la poitrine et sur les autres parties du corps, on observe de véritables taches qui bientôt se réunissent en groupes semi-lunaires bien différents des étevures de la variole. Les papules du lichen urticatus sont plus petites, plus dures, moins rouges, plus fortement prurigineuses que les plaques de l'érythème rugueux. Les élevures de t urticaire sont plus étendues, plus pâles, plus saillantes que celles du lichen; de plus elles ne suivent pas la même marche et ne sont pas environnées de véritables papules. 5" Les affec<toms furonculeuses et gangreneuses peuvent certainement offrir quelque analogie avec t'érysipète mais elle ne suffit pas pour excuser les méprises de certains médecins dans l'imagination desquels la plupart des érysipèles graves sont transfbrmésenphtyctégangrio (~ux-x~a, phtyctèneou vésicule bulleuse; ~t~ gangrène) (pustule maligne).


D'un autre côté, les plaques de l'urticaire, par leur as" pect blanchâtre, s'éteignent parfois des caractères assignés à l'ordre des exanthèmes; l'érythème présente fréquemment des étevurcs et une desquamation qui le rapprochent du lichen et de l'eczéma chronique; l'érysipèle est souvent accompagné de vésicules butieuses; d'un autre côté, diverses affections d'ordres différents (telles que le pemphigus, t'ecxéma, l'herpès, la variole, le lichen, le pityriasis, le purpura) pourraient être rapportées aux exanthèmes, soit dans leur période d'augment qui est généraiement accompagnée d'une congestion de la peau, soit dans leur période de déclin pendant laquelle on observe le plus souvent une teinte morbide de l'organe cutané avec desquamation plus ou moins prononcée. D'après ces observations, il ne faudrait pas supposer que l'ordre des affections exanthémateuses serait composé d'espèces disparates et pourrait être augmenté ou diminué à volonté; en effet, les exanthèmes dans leur état forment un groupe tellement naturel, que les personnes même peu versées dans l'étude des dermatopathies ne commettent guère d'erreurs cliniques dans le diagnostic de ces maladies. Sous le rapport du traitement, on peut les diviser en cinq sections: la première se compose de la syphilide exanthémateuse dont l'histoire ne peut être séparée de celle de la syphilis; la deuxième renferme la scarlatine, la rougeole et la roséole, dont la thérapeutique est du ressort de la pathologie mterne la troisième est formée des exanthèmes artificieis qui ne réclament guère que les secours de la médecine expectante; dana la quatrième se rangent la brûlure et l'engelure exaothémateuses, ainsi que l'érysipète, affections dont te traitement est décrit dans les traités généraux de pathologie externe, bien que, dans mon opinion, ces maladies doivent à l'avenir être considérées comme appartenant spécialement à la dermatologie enfin, à la cinquième se trouvent t'érythème et l'urticaire, qui mentent bien le nom d'éruptions spéciales de la peau, et qui faisaient partie du groupe désigné par Alibert sous le nom collectif de dartres.

Laissant de côté les deux premières sections, je vais résumer le traitement des autres exanthèmes. Les lotions, inutiles dans l'érythème rugueux, seront rendues émollientes dans les autres variétés de cette maladie et dans i'érysipèie où elles peuvent être négligées; elles seront acidules dans l'urticaire prurigineuse, alcalines dans la forme chronique de cette affection, stimulantes sur les


parties disposées à l'engelure exanthémateuse, astringentes lorsque cette maladie est déclarée; elles seront froides ou à peine tièdes dans la plupart des cas, excepté dans l'érysipèle. Les cataplasmes, généralement inutiles dans les exanthèmes, même dans l'érysipèle où ils semblent diminuer momentanément la douleur, seront froids dans la brûlure, toniques dans le paratrimma, résolutifs dans l'engelure, émollients dans l'intertrigo des enfants. ïaes topiques de corps gras, ou liniments, sont employés contre l'érysipèle, t'intertrigo, l'érythème chronique limité avec gerçures, l'exanthème artificiel produit par le chenilla; l'axonge, l'huile, le suif et le cérat sont les graisses généralement usitées, excepté dans l'érysipèto où la pommade hydrargireuse a été substituée, peut-être sans avantage, à l'axonge récente. Les bains seront tièdes ou frais dans l'urticaire et l'érythème aigus, toujours tièdes dans t'érysipèle phlegmoneux, froids et longtemps prolongés dans la brûlure, alcalins, sulfureux, aromatiques dans l'érythème et l'urticaire chroniques; comme préservatifs de l'engelure, ils seront sulfureux; contre cette maladie déclarée, on doit les rendre gélatineux. Les bains et douches de vapeur servent à combattre l'urticaire ancienne et surtout l'érythème circonscrit et chronique (taches de feu). Dans ce dernier cas, on fait encore usage de douches d'eau sulfurée. Le lycopode ou toute autre poudre absorbante est utile dans l'intertrigo des enfants; les frictions sèches sont un moyen préservatif de l'engelure; le coton réussit contre la brûlure. Divers autres moyens externes sont encore employés, mais spécialement dans l'érysipèle; tels sont le vésicatoire au centre du mat pour le fixer, le nitrate d'argent sur les limites pour arrêter les progrès, le camphre mouillé pour modérer la chaleur, le taffetas gommé recouvert d'une couche de coton comme topique, les fumigations sulfureuses générales comme sudorifique, la compression pour favoriser la résolution de la variété œdémateuse. Les saignées sont destinées à combattre l'état fébrile ou pléthorique qui complique quelquefois l'érythème ou l'urticaire et souvent i'érysipèlo; les sangsues, nuisibles dans t'érythème lisse avec œdème, rarement utiles dans l'érythème rugueux et dans les autres exanthèmes, si ce n'est dans l'érysipète déjà combattu par la saignée, ne doivent jamais être appliquées directement sur le mal. Le régime doit être sévère dans les exanthèmes aigus et spécialement dans toutes les formes do l'urticaire. Les boissons seront prises en plus ou moins grande quantité suivant les


complications existantes; elles seront acidutes dans l'urticaire, l'érythème et l'érysipèle; ies vomitifs ne sont utiles que dans l'érysipèle accompagné d'une affection bilieuse et dans l'urticaire résultant de l'ingestion de substances indigestes tes laxatifs ou tes purgatifs sont employés dans ces maladies peu après les vomitifs; en outre leur action répétée rend des services dans les formes chroniques de l'érythème rugueux, de l'urticaire et de l'érysipèle. L'urticaire ou plutôt les accidents qui'l'accompagnent peuvent réclamer l'usage de l'éther, de l'opium et du sulfate de quinine. Les préparations arsenicales sont inutiles dans les exanthèmes, si ce n'est peut-être dans l'urticaire chronique qui a résisté aux autres médications.

A&T. 2006.

De la folie considérée dans ses rapports avec les questions inédico-judiciaires, par C. C. H. Marc. (Analyse.) (K L'ouvrage dont nous allons parier était sur le point de paraître lorsque l'auteur a été enlevé par une mort aussi prompte qu'inattendue. M. Marc y avait consigné le résuitat d'une longue pratique comme M. Esquiroi dans son .Traité des maladies mentales, il avait réuni dans un corps d'ouvrage de nombreuses observations déjà publiées ailleurs mais de leur rapprochement et du parallèle qu'il établissait entre elles devait jaillir une lumière qui met en évidence et l'importance du sujet et les difficultés sans nombre qu'il présente.

On ne saurait mettre en doute que les médecins ne soient seuls juges compétents pour prononcer sur des questions judiciaires relatives à la folie fauteur, en entrant en matière, en donne des preuves irrécusables. I! combat vivement l'opinion d'un jeune avocat qui soutint, it y a quelques années, que te simpie bon sens suffisait pour fairereconnaîtrefétatmentatd'unindividu. Les observations de M.Marc démontrent aux plus incrédules que le médecin seû) est apte à prononcer sur de pareilles questions, et que, matgré la grande habitude qu'il a d'étudier l'homme dans l'état de santé et de maladie, il se trouve souvent fort embarrassé pour reconnaître si un accusé est ou n'est pas privé d'une partie de sa raison, s'il est réettement atteint de folie, ou si, (1) Deux yo). m-S.Chex BaiUièM.


daas le but de se dérober aux châtiments, il se livre a des actions désordonnées et simule avec adresse une lésion de l'entendement. Les difficultés qui s'élèvent sont parfois si grandes, que l'homme de l'art, quelle que soit sa longue expérience, est forcé de rester dans le doute, ou, s'il se prononce, il ne le fait qu'en hésitant et en s'entourant de précautions qu'un médecin seul est capable de prendre. Nous allons en citer deux cas remarquables.

En 1792, un criminel détenu dans les prisons de SaintAnge, bourg considérable de la province de Lodi, eut à peine appris que ses complices l'avaient dénoncé comme l'auteur principal de leur forfait, qu'il ne parut plus qu'en état de folie. Les médecins de l'endroit chargés de constater l'état du malade firent sur lui. plusieurs observations pleines de discernement d'après lesquelles ils conclurent .que la folie en question était plutôt feinte que naturelle. Cependant ils ne se prononçaient que sous la forme du doute. Aussi le prétendu maniaque fut-il transporté en juillet de l'année suivante dans les prisons de Milan, oùto professeur Monteggia eut mission de l'observer. Le prisonnier, âgé de quarante-cinq ans, était d'une petite taille; il paraissait ins<nsé et imbécile; il y avait dans ses manières une sorte de bizarrerie et d'affectation, qui nt d'abord présumer qu'en effet il simulait la folie. Si on s'appliquait à le regarder fixement, il avait pour habitude de porter les yeux ailleurs. Il paraissait, en remuant les doigts et le cou d'une certaine manière, s'éloigner volontiers de celui qui l'observait. Il semblait aussi faire attention à ce que ses camarades faisaient autour de lui, et lorsque quelqu'un le regardait, il affectait tout d'un coup de ne pas s'en apercevoir. Si quelqu'un l'appelait dans l'endroit où il se trouvait, il entendait certainement, et changeant de place pour aller où on l'appelait, il finissait ensuite par ne pas aller directement vers la personne, mais il errait incertain en regardant un des autres assistants. En général son regard était fixe et lent.

Au surplus, ce fou singulierne parlaitjamais,et on n'avait jamais entendu le son de sa voix.Il produisait seulement un sifflement semblable au vent quand il s'engouffre dans une ouverture étroite, surtout lorsqu'il était ému par la vue de quelque objet qui lui plaisait ou lui causait du déplaisir. Ceux qui vivaient avec lui ne l'avaient jamais vu dormir. il restait sur son lit, remuant presque continuellement les jambes ouquelque autre partie du corps, ou jouant avec un chiffon qu'il avait l'habitude do garder entre ses mains


pendant le joui' il se l'appliquait tantôt sur tes yeux, tantût sur la bouche, ou it l'entortillait autour de ses mains. II aimait aussi à bander les yeux des autres avec ce chiffon et à le leur mettre sur la bouche ou le cou il se retirait ensuite à quelque distance pour les regarder et se réjouir avec un air riant accompagné d'un petit bruit. Il caressait et serrait souvent d'une manière amicale les joues de ceux qui étaient présents. Il ne s'habillait ni ne se déshabillait jamais seul, et il fallait à cet égard le traiter comme un enfant. Étant habitué à manger dans des plats de terre, il refusait absolument les aliments qu'on lui donnait dans des vases d'une autre matière. Quelquefois il cachait son pain dans son lit et n'y pensait plus. H fallait qu'on le cherchât pour le lui donner à manger. Il ne paraissait jamais ni désirer ni chercher des aliments, quoiqu'il les mangeât avec avidité, même devant le monde, lorsqu'il avait faim. Quelquefois, au lieu de manger sa soupe dans le piat, it ta renversait par terre, la prenait ensuite avec sa cuiller et la mangeait.

A ces bizarreries il en ajoutait une foule d'autres en sorte qu'il était évident pour tout le monde qu'il était réellement fou. Cependant, comme les médecins qui t'avaient précédemment observé avaient pensé que sa folie était simulée, le professeur Monteggia, voulant pouvoir se prononcer définitivement, eut 1 idée de l'enivrer pour le faite parler; mais cet homme avait une horreur invmcible pour le vin, et quand on parvenait à lui en faire avaler une cuillerée, il le crachait aussitôt avec dégoût. Pour remplacer le vin on résolut de lui donner de l'opium à forte dose. Un matin six grains d'opium en poudre furent mêlés'à à sa soupe. Il mangea le tout, et n'en parut éprouver aucun effet.PIusieurs jours après étant sur le point de déclarer que cet homme était réellement fou, M. Monteggia mit de nouveau dans sa soupe six grains d'opium et la lui fit manger tout entière. Six heures après, cette énorme dose d'opium n'ayant produit aucun effet, six autres grains, pris dans une autre pharmacie, lui furent donnés de la m<~me manière le soir il n'était survenu absolument aucun changement. L'explosion imprévue de quelques pétards ne parut produire aucun effet sur lui. ît passa la nuit, comme de coutume, éveillé. La journée du lendemain se passa comme à l'ordinaire mais sur le soir il paraissait un peu inquiet, et regardait d'un air épouvanté les fenêtres de l'infirmerie où il était. Il se coucha comme de coutume, et, vers une heure du matin, il se leva beaucoup plus


chagrin, poussant de gros soupirs et s'écriant à la En 0 mon Dieu je me meurs 1

L'infirmier des prisonniers, qui n'avait jamais entendu sa voix, fut fort effrayé; il fit appeler le professeur Monteggia, qui arriva aussitôt et trouva le malade tranquillo parlant sensément, sans aucune apparence de folie. Celuici déclara n'avoir aucune idée de ce qui s'était passé. Cependant il avait cru voir aux fenêtres des personnes qui lui avaient dit qu'on venait de lui faire manger une soupe empoisonnée. It était assez calme et se plaignait seulement d'un peu d'embarras à l'estomac. Un émétique lui fut administré, et dès le lendemain il était entièrement rétabfi. Depuis lors, cet homme se porta bien, parla, se comporta sagement, remercia plusieurs fois le professeur Monteggia de l'avoir guéri enfin, au bout d'un mois, il fut conduit dans une autre prison, et depuis cette époque on n'en avait plus entendu parler.

Ce fait est, comme on le voit, extrêmement curieux. Il n'est guère possible de croire que cet homme ait simulé la folie. Pour feindre si longtemps et si parfaitement, il aurait falluuneinstruction que ne pouvait posséder un bandit italien, et d'ailleurs l'absence complète de sommeil que l'on observait chez lui aurait suffi pour convaincre que sa folie était réeiie.S'i! était resté quelques doutes, ils auraient certainement été dissipés par le défaut d'action de l'opium qui, administré à une dose énorme, neproduisitaucune action apparente. Comment la guérison a-t-elle été obtenue? c'est ce qu'il nous serait impossible de dire, à moins qu'on ne voulût supposer que, sur le point de succomber à t'empoisonnement, il ait recouvré la raison, comme les fous qui cessent de t'être queiquefois, au rapport de Zimmermann, quelque temps avant de mourir.

Cette observation montre toute la difficulté du diagnostic de la folie vraie ou simulée; elle est suivie d'une seconde qui offre avec elle quelques points de ressemblance. I) s'agissait également d'un criminel qui, peu de temps après son arrestation, fut atteint d'aliénation mentale ou simula la perte de la raison avec une rare persévérance. On se rappelle peut-être qu'à la fin de l'année 1837 un homme fut assassiné et volé au Bourget près de Paris Cet homme, nommé Jobprt, était un voleur de profession qui, après avoir soustrait une somme d'argent chez son oncle, avait été volé à son tour et égorgé par ses deux camarades. Les deux assassins étaient les nommés Rodolphe et Gilbert, Le 13 mars 1838 ils parurent tous les deux devant les


assises de la Seine. Là Gilbert donna des signes évidents d'aliénation mentale, et sur le rapport de M. le docteur Jacquemin, sa cause fut distraite et remise à la session suivante. Rodolphe fut condamné à mort.

Gilbert avait été arrêté le 30 septembre, peu de temps après l'assassinat il ne donna d'abord aucun signe d'aliénation mentale, seulement il parlait souvent seul avec véhémence et se promenait constamment dans le même sens, au point que les carreaux de sa chambre en étaient usés. Le 26 octobre il fit une tentative d'évasion qui échoua, grâce à la surveillance de ses gardiens. Quelque temps après, étant sorti du secret, ilcommença à se livrer à quelques actes étranges. Ainsi, après avoir fait en courant quinze ou vingt fois le tour de la cour, il entrait dans le chauffoir, ramassait un brin de paille, la portait dehors et se remettait à courir. D'autres fois il prenait plusieurs pains, les posait sur son bras, les caressait, les berçait comme un enfant au maillot. Il se levait la nuit, dormait peu, tourmentait ses voisins et troublait l'ordre dans les dortoirs. Parmi plusieurs remarques importantes qui furent faites dans la prison par M. Jacquemin, nous devons signaler son insensibilité à la douleur. Elle est portée chez lui lau plus haut point, déclare ce médecin dans son rapport. Il se frappe la poitrine d'une force à briser les côtes. It donne de terribles coups de poing sur les portes, sur les tables; il saisit avec les mains les barreaux d'une grille de fer sur lesquels il donne avec sa tête de si violents coups, que. toute la grille en est ébranlée. Je ne m'explique pas comment de si fortes percussions ne déterminent pas de lésions cérébrales. Un jour, en frappant sur l'angle d'un poêle en fonte, il s'était fait une plaie à lambeau; il saisit avec ses dents ce lambeau de peau et l'arracha avec violence en produisant une déchirure profonde (1).

Cette circonstance et une foule d'autres portèrent M. Jac-

()) L'insensibilité à la douleur chez les fous a bien souvent été remarquée, et ce fait est d'autant plus à noter dans la circonstance présente, qu'il est assez difficile de la simuler. Parmi les exemples d'insensibilité cités par M. Marc, il n'en est pas de plus remarquable que celui de cet homme qui, dans un accès de monomanie religieuse, parvint à se crucifier. Il avait commencé par s'enlever complétement les parties gouttâtes avec un instrument tranchant, puis la plaie étant bien guérie, il fit une croix avec le bois de son lit, se nt une blessure au côté avec un tranchet de cordonnier, et parvint à se fixer sur le bois en s'enfonçant dans les pieds et dans tes mains des clous de plusieurs pouces de longueur. Il était parvenu à l'aide d'efforts


quemin à déclarer que Gilbert était dans un état évident d'aliénation mentale.' M. Esquirol, ayant été joint à ce médecin, fut un peu moins afnrmatif, mais cependant partagea son avis. Sur ce rapport, l'accusé fut transféré à Bicetre, où les soins de M. Ferrus lui rendirent la raison. Le 29 novembre 1838, il fut traduit devant la Cour d'assises, s'y défendit avec beaucoup d'adresse et de présence d'esprit; mais les faits étant évidents, il fut condamné à la peine de mort. Une heure après sa condamnation, il fut pris de nouveaux accès de manie tout aussi caractérisés que ceux qu'il avait eus avant son jugement. MM. Ollivier d'Angers et Marc n'hésitèrent pas alors à déclarer qu'il était réellement fou. Gilbert fut en conséquence transporté à Bicêtre, d'où il parvint à s'échapper le 11 avril i839. It fut repris dans Paris huit jours après. H était alors dans un moment lucide et déclara que la raison lui étant revenue pendant son séjour à Bicêtre., il avait été extrêmement tourmenté par un aliéné qui lui répétait continuellement Gilbert, on te guillotinera demain 1 qu'alors il avait pris le parti de s'évader en grimpant dans l'angle d'un mur comme les ramoneurs. Bien qu'il raisonnât assez juste, on voyait aisément qu'il était menacé de retomber dans ses divagations habituelles. Cependant sa peine ayant été commuée il n'a plus offert de signe d'aliénation mentale.

M. Marc a successivement examiné dans son ouvrage toutes les variétés de la folie; il a recherché avec soin toutes les difficultés qu'elles peuvent présenter pour le diagnostic il a essayé par l'exposition de faits nombreux d'éviter aux praticiens les embarras inséparables du sujet; mais, malgré les travaux et la vaste expérience de ce médecin distingué, les rapports de la folie avec les questions judiciaires seront longtemps encore l'écueil contre lequel viendront échouer tous les efforts de la science; et ce sujet restera toujours un des plus difficiles dans son application à la pratique.

incroyables à diriger près de sa fenêtre la croix à laquelle il se trouvait ainsi suspendu, lorsque des passants l'ayant aperçu, le détachèrent et lui donnèrent des soins convenables. Son accès de monomanie était alors porté au plus haut point. U n'accusait aucune douteur, bien qu'il résultât une assez vive inflammation des blessuresqu'il s'était faites; mais au bout de quelques jours it recouvra en partie la raison, et aussitôt it se ptaignit de souffrir dans les pieds et dans tes mains. Cette amélioration ne persista que pendant quelques instants, et it retomba bientôt dans son délire habituel, en même temps qu'il retrouvait la même insensibitité. (A~te </K Réd.) TOM. Xt. ? DE MAI. «


Des principaux vices de conformation du bassin, et specta- lement du rétrécissement oblique, par le docteur Naegelé, traduit de l'allemand par Danyau. (Analyse.) (1) M. le docteur Danyau vient de publier la traduction d'un ouvrage allemand sur une forme particulière-de rétrécissement du bassin qui n'avait point encore été signalée, et qui cependant, suivant l'auteur, se rencontrerait assez fréquemment c'est le rétrécissement oblique qui consiste dans aune ankyiosecomptètedeFune des symphises sacro-iliaques, avec développement imparfait de la moitié du sacrum, rétrécissement des trous sacrés antérieurs de ce côté, et largeur moins considérable de l'os coxal et de son échancrure ischiatique. a I[ résulte de cette disposition que le bassin est rétréci obliquement, c'est-à-dire dans la direction du diamètre qui croise celui qui, du point de l'ankylose, s'étend à la cavité cotyloïde du côté opposé, tandis que ce dernier diamètre au contraire n'est point diminué, et offre même, quand le vice de conformation est considérable, plus d'étendue que dans l'état normal. M. le docteur Naegeté a rencontré pour la première fois ce vice de conformation en 1803. Deux femmes qui faisaient le sujet de ces observations n'avaient été délivrées qu'après beaucoup de peines; chez l'une l'application du forceps avait offert de très-grandes difficultés, chez l'autre il avait fallu recourir à la perforation du crâne; toutes deux avaient succombé aux suites de couches. L'auteur ne vit alors que les pièces anatomiques mais en 1828 il rencontra une femme qui en offrait un exemple remarquable. C'était une jeune fille grande et paraissant bien con formée. Lecompasd'épaisseurdonnaitseptbons pouces d'avant en arrière; avec un et même deux doigts on ne pouvait atteindre l'angle sacro-vertébral. Le travail dura trois jours avant que la tête fût assez descendue pour que l'application du forceps parût possible et sûre. La terminaison de l'accouchement à l'aide de cet instrument présenta des difScuttés auxquelles on ne s'était pas attendu, et exigea de tels efforts, qu'on regretta plus tard de n'avoir pas pratiqué la perforation du crâne. La femme succomba (t) Un Tû!r. in.8. ChM BaHMre.

ART. 2007.


cinq jours aprèt à la fièvre puerpérale. On trouva à l'autopsie les caractères du vice de conformation que le docteur Naegelé décrit sous le nom de rétrécissement oblique. L'attention étant éveillée par ces faits, M. NaegetéSt faire des recherches dansles musées anatomiques, etreconnut avec surprise que ce vice de conformation, qui avait jusqu'alors passé inaperçu, était au contraire assez fréquent, car en quelques années un assez grand nombre de bassins semblables ont été rencontrés.

Ce rétrécissement oblique est le sujet principal de l'ouvrage que nous annonçons; cependant on y trouve aussi des considérations importantes sur quelques autres vices de conformation qui rendent l'accouchement laborieux, et le traducteur l'a enrichi de notes d'un très-grand intérêt pour le praticien.

Douze planches lithographiées mettent sous les yeux la forme de ces bassins dont la simple description pourrait paraître insuffisante à l'esprit des lecteurs. ART. 2008.

HOPITAL DE LA CHARITÉ.

(Service de M. Velpeau.)

Considérations pratiques sur les abcès du creux du jarret.

Quatre malades se trouvant en même temps, dans le service de M.Velpeau, porteurs d'abcès dans l'espace poplité, ont fourni à ce professeur l'occasion d'émettre, au sujet de cette lésion, quelques considérations d'un très grand intérêt pour la pratique. Ces malades étaient couchés aux numéros 2 et 23 de la salle des femmes, et aux numéros 11 et 20 de la salle des hommes.

Le jarret, a dit M. Velpeau, comme l'aisselle, l'aine, le périnée, les régions inguinale, iliaque etc., est une partie fort complexe, composée de tissus deplusieurs sortes, d'os, de ligaments, de muscles, de tendons, de coulisses synoviales, de tissu cellulaire; or, toutes les régions composées d'éléments si divers offrent des maladies variées dont le diagnostic est souvent fort difficile. Les abcès se développent dans cette partie, comme ils le font partout ailleurs, sous l'influence de causes diverses. Les uns sont sous-cutanés, et comme ils ne diffèrent pas do ceux que


l'on observe dans les autres points du corps, nous n'aurons rien à en dire mais ceux qui sont situés plus profondément sont souvent fort difficiles à reconnaître, car des couches épaisses de tissus variés les séparent de la peau, et il est impossible, avant une certaine époque, de les diagnostiquer d'une manière bien précise. Ainst cette jeune fille couchée au numéro 23 offrait bien une douleur sourde, profonde dans la région poplitée, il y avait de L'empâtement sur ce point, mais on ne pouvait affirmer que derrière ces épais tissus il existait une collection purulente. De plus, l'abcès formé dans cette région peut se faire jour dans un point fort éloigné; le pus peut remonter vers la cuisse ou descendre dans l'épaisseur du jarret, et même jusque sur les côtés du tendon d'Achille. Le jeune homme couché au numéro 11 semble être dans le même cas; on a fait une incision au bas de la jambe, et il en est sorti une quantité énorme de pus.

Mais c'est moins vers la jambe que se dirige lepus formé dans le jarret que vers la cuisse, en suivant cette sorte de canal qui donne passage aux vaisseaux et nerfs ischiatiques. Des fusées peuvent s'établir sur leur trajet, et le pus se faire jour sur un point fort élevé, avant qu'on ait reconnu, d'une manière positive, la présence d'un abcès dans le jarret. La jeune fille couchée au numéro 2 est dans un cas pareil il est survenu chez elle de la douleur dans le jarret; on a bien senti de l'empâtement, mais non de la fluctuation; la douleur s'est étendue dans la partie inférieure de la cuisse, et enfin la fluctuation a été reconnue sur le côté externe du membre. Chez celle du numéro 23, au contraire, l'abcès est resté dans la région poplitée; la peau a fait saillie en dehors, s'est amincie, et un coup de bistouri a donné issue à une quantité considérable de pus.

L'abcès peut aussi se porter en dedans ou en dehors dans le premier cas, il devient assez facilement sous-musculaire, le vaste interne n'étant pas fixé au fémur par des liens très-serrés.

Si l'abcès se porte en avant il ne rencontre que des tissus osseux et ligamenteux; alors on a à redouter que le pus pénètre dans l'articulation. On aurait à combattre dans ce cas une arthrite purulente, ce qui est un cas excessivement grave.

Si le pus accumulé dans l'espace poplité peut se porter dans les régions voisines, il peut aussi venir de points plus ou moins éioignés.et se former en collection dans cette partie. On a vu, par exemple, du pus provenant d'une carie


des vertèbres venir s'accumuler dans le jarret. M. Velpeau a donné des soins à un homme qui portait dans ce point un abcès énorme; on reconnut à l'autopsie que le pus provenait du sacrum carié. Il y avait, ces jours derniers, à t'hôpital un homme qui portait des ulcérations du rectum et un abcès dans la fesse; le pus avait filtré et s'était porté de ce point jusque dans le jarret. D'autres fois le pus vient des vertèbres dorsales cariées, en sorte que ces abcès par congestion peuvent se former dans le jarret, prenant leur origine dans la poitrine ou dans le ventre.

La collection purulente peut venir aussi de la jambe la carie ou la nécrose de la partie supérieure du tibia sera suivie d'un abcès qui quatre fois. peut-être sur six se formera dans le jarret, parce que les parties moDes de la jambe sont d'une contexture de plus en plus serrée, à mesure que l'on approche de sa portion inférieure il est donc tout naturel que les fusées purulentes se dirigent de préférence vers le jarret.

Les abcès du jarret peuvent être symptomatiques de certaines lésions; par exemple ils sont quelquefois le résultat d'une maladie de l'articulation du genou il y a arthrite avec épanchement; l'articulation s'ouvre et l'infiltration se fait dans le jarret; mais cette terminaison est assez rare, et le plus souvent le pus se porte en avant. M. Velpeau n'en a pas vu plus de trois ou quatre exemples. Toutes les maladies des os voisins peuvent produire ces abcès du jarret symptomatiques; c'est facile à concevoir; mais la collection purulente peut en outre se former dans l'espace poplité lui-même de bien des manières différentes. Les bourses synoviales, et il y en a un grand nombre dans cette région, soumises à un certain frottement, peuvent s'enflammer, suppurer et s'ulcérer du côté du creux du jarret cette terminaison n'est pas sans exemple. Les ganglions peuvent être aussi le siège d'une inflammation, et par suite le point de départ d'un abcès, bien qu'ils soient peu nombreux et que les ganglions profonds soient d'ailleurs infiniment moins susceptibles de s'enflammer que ceux qui. sont situés superficiellement. On a alors les mêmes accidents que dans l'adénite de l'aisselle; le tissu cellulaire voisin peut participer à l'inflammation, et il se forme par la suite un très-vaste dépôt qui remplit le jarret.

H yadoncdanscetterégiondesabcèsidiopathiquesde deux sortes les uns débutent par l'inflammation du tissu graisseux lui-même, les autres par l'inflammation des ganglions; de plus, des abcès sympfomatiques,qui sont fort nombreux


et qui peuvent venir du bassin, de l'abdomen, peuvent résulter d'une maladie de la matrice, de la vessie, du rectum, d'une carie des os du bassin ou des vertèbres, d'une lésion organique du colon, des reins, etc. Ils peuvent aussi provenir d'une carie du grand trochanter, du corps du fémur lui-même, du tibia ou du péroné ils peuvent être symptomatiques d'une inflammation de l'articulation, des bourses synoviales, et leur origine devra toujours être recherchée avec soin, car le pronostic variera beaucoup, suivant le point de départ de cette collection purulente. Il est évident, en effet, qu'il n'y aura, sous le rapport de la gravité, nulle comparaison à établir entre l'abcès provenant d'une inSammation du tissu cellulaire, et celui annonçant une carie des vertèbres, une maladie de la poitrine ou du ventre, une carie ou une nécrose des os du bassin, de la cuisse et de la jambe.

Mais, abstraction faite de ces différences d'origine, l'abcès du jarret doit toujours être considéré comme une maladie grave; car, en supposant le cas le moins défavorable, que l'on ait affaire à un phlegmon du tissu cellulaire, on ne pourra donner issue au pus que lorsqu'il formera déjà une collection assez considérable; avant cette époque on n'osera plonger un bistouri dans cette région, dans la crainte de blesser des organes importants; or, il est bien difficile qu'après une longue attente il ne se soit pas formé quelques culs-de-sac, quelques fusées purulentes qu'on ne tarira pas aisément; et en outre quand, après bien des peines et peut-être plusieurs contre-ouvertures, on aura obtenu la cicatrisation, la guérison no sera pas complète, car le tissu cellulaire sera ou détruit ou induré dans plusieurs points; les mouvements resteront difficiles et peutêtre y aura-t-il une fausse ankylose. On voit donc que l'abcès du jarret, dans la supposition même la plus avantageuse, est toujours une maladie sur laquelle il faut porter un pronostic fâcheux.

Le traitement offre ceci d'embarrassant, qu'il nécessite en quelque sorte deux choses incompatibles. Il faudrait ouvrir ces abcès dès que la collection purulente s'établit, et cependant on ne peut guère procéder à cette ouverture que lorsque l'abcès a déjà acquis un développement considérable. Si on pouvait, en effet, donner issue au pus quand il existe encore en petite quantité, il n'y aurait ni déperdition sensible, ni induration du tissu cellulaire la plaie se réformerait sans autres conséquences fâcheuses mais comment oser porter un bistouri dans cette région avant


d'avoir bien reconnu la collection purulente, s'exposant ainsi à faire une blessure des plus dangereuses. Cependant il faut, dans ces cas difficiles, saisir toutes les indications. La fluctuation n'est pas toujours facilement sentie, mais il est d'autres signes qui annoncent la formation de l'abcès. Ainsi, si le sujet est jeune, bien constitué, et si l'iuflammation est aiguë, il doit, au bout de dix ou quinze jours, exister de la suppuration, bien qu'en palpant la partie on ne trouve que de l'empâtement.

Lorsque, par une investigation faite avec soin, on a constaté l'existence d'une collection purulente, il faut choisir le point où l'on ouvrira l'abcès; mais il faut savoir que si pour reconnaître la fluctuation on presse avec les doigts sur le milieu de l'espace poplité, le pus fuit sur les côtés et qu'on ne le retrouve plus; si, au contraire, oa presse sur les côtés, il fuse vers le milieu; en sorte que cette investigation devient insuffisante. Pour obvier à cet inconvénient, il est nécessaire que les côtés du jarret soient préalablement embrassés par la main du chirurgien ou d'un aide, ou bien qup l'on comprime fortement la partie moyenne, afin de forcer le pus à s'agglomérer sur un seul point. Cela fait, il faudra donner issue au liquide par un coup de bistouri mais cette opération n'est pas sans danger et demande à être faite avec soin. On sait que les vaisseaux qu'il faut éviter sont situés un peu plus du côté du bord interne que du bord externe du jarret; c'est donc en dehors des vaisseaux que le pus s'accumule en général. On peut couper les tissus couche par couche ou d'un seul coup; ou enfin, s'il restait du doute sur la situation des parties, enfoncer préalablement une aiguille à cataracte, en agrandissant ensuite l'ouverture avec un bistouri étroit.

Ce que nous avons dit des abcès du jarret suffit pour prouver que ces collections purulentes diffèrent essentiellement de toutes celles qui sont placées sur les autres parties du corps, et qu'elles méritent, tant par leur gravité que parla difficulté du diagnostic, de fixer toute l'attention des praticiens (1).

(1) Quelques jours après avoir fait ces leçons sur les abcès du jarret, M. te professear Velpeau présenta aux étèves une pièce anatomique qui démontrait l'exactitude d'une partie de ses réflexions sur ce sujet. La jeune fille couchée au 2 succomba. Elle avait été prise, sans cause connue, d'une inflammation gangréneuse de la jambe gauche. Cette inflammation s'était promptement terminée par un


ART. 2009.

Préparation et emploi de la solution de dextrine dans le traitement des fractures.

M. Darcet, interne du service de M. Velpeau, a communiqué à la Gazette des médecins praticiens la note suivante sur la manière dont on emploie la dextrine à l'hôpital de la Charité.

La première qualité d'une solution dextrinée, c'est de pouvoir sécher promptement, afin que le membre blessé puisse jouir le plus vite possible de l'immobilité que lui assure l'inflexibilité de l'appareil. Pour atteindre ce but, il n'est pas indifférentd'emptoyer sans proportions la dextrine et l'eau. La prompte dessiccation d'un appareil dextriné dépend, en outre, non-spulement d'une juste proportion dans les éléments de la dissolution, mais encore de quelques circonstances d'application. Disons en peu de mots quelles sont les circonstances les plus favorables pour obtenir le résultat qu'on se propose.

Le meilleur mélange dextrine, celui qui réunit tous les avantages de solidité et de prompte dessiccation, doit être composé de cent parties de dextrine pour soixante parties d'eau-de-vie camphrée, et cinquante parties d'eau chaude mais toutes ces matières ne doivent pas être immédiatement métées ensemble. Voici comment on doit procéder La dextrine étant déposée dans un vase on y ajoute im-

vaste abcès avec chute des téguments sphacéics. Quand elle entra à l'hôpital elle présentait vers la partie moyenne de la jambe une vasteouverture, et des fusées purulentes se dirigeaient dans diverses parties du membre, indiquant une cause profonde à ces graves désordres. )) survenait en même temps un gonflement au genou et au creux du jarret du côté opposé. Ce gonflement prit bientôtlescaractères d'un abcès du jarret, et il était aisé de voir que le pus remontait dans cette région de la partie supérieure de la jambe. L'ouverture en fut faite au coté interne et inférieure de la cuisse. Cette jeune fille, épuisée en outre par une diarrhée abondante, ne tarda pas à succomber L'autopsie a montré une vaste périostite avec nécrose du tibia et du péroné, fusées purulentes remontant dans le jarret, et diffusion du pus jusqu'à la partie supérieure de !a cuisse. La jeune n!te couchée au n" 23, au contraire, portait un abcès idiopathique circonscrit dans le jarret. Une ouverture ayant donné issue au pus, la guérison ne s'est pas longtemps fait attendre. Enfin, un homme couché au n° )t présentait des fusées purulentes s'étendant dans f'épaisseur des muscles de la jambe; mais comme il n'y avait probablement point de périostite, que la lésion était moins profonde, )j allait mieux et on espérait en obtenir la guérisou. (~'o<e d~ Réd.)


médiatement t'eau-de-vio camphrée, qu'on pourrait à la rigueur remplacer par de l'eau-de-vie ordinaire, ou par de l'alcool à seize degrés. Puis on malaxe ce premier mélange, et on le pétrit avec les mains jusqu'à ce qu'il ait acquis la couleur, la consistance et ta transparence du miel. On. ajoute alors l'eau chaude, et après une ou deux minutes d agitation le mélange est complet, et peut être emptoyé. Nous nous servons, à l'hôpital de ta Charité, pour imbiber la bande qui doit entourer le membre fracturé, d'un petit appareil que j'ai fait construire et qui est analogue à celui qu'emploient les teinturiers pour plonger leurs étoffes au fond du bain coloré; il consiste en un vase en fer-blanc, muni d'une traverse au fond et d'un tourniquet au sommet. La bande, engagée sous la traverse du fond, est obligée de passer dans le mélange dextriné que contient le vase, puis elle vient s'enrouler sur un axe que la main fait mouvoir; de cette manière la bande est roulée avec justesse et régularité, et la pression modérée qu'elle subit sur l'axe mobile en exprime très-bien la dextrine excédante. Voici les quantités dedextrine sèche que nous employons pour confectionner les divers appareils

Pour une fracture de cuisse, 500 grammes. Pour une fracture de jambe, 300

Pour une fracture du bras, 200

Pourune fracture de i'avant-bras, 200

Pour envelopper une articulation, 100

Ces appareils sèchent en quatre ou cinq heures, sans autre soin que celui do suspendre le membre, soit sur un filet, comme le fait M. A. Bérard, soit à l'aide de deux ou trois bandes, comme on le pratique dans le service de M. Velpeau. M. Blandin place tout simplement le membre sur un oreiller, et le fait tourner quand il est sec d'un côté. Résumant ce qui vient d'être dit, nous voyons que, pour obtenir une solidité convenable et une dessiccation aussi prompte que possible par les appareils dextrinés, il faut réunir les circonstances suivantes

i" Faire un mélange de cent parties de dextrine, soixante parties d'eau-de-vie camphrée, ou simplement d'eau-devie ordinaire, et cinquante parties d'eau chaude 2° Exprimer avec soin l'excédant du mélange qui mouille inutilement la bande;

3° Appliquer avec soin l'appareil, en faisant le moins possible de renversés;


4° Bien glacer ou vernir l'appareil avec lerestant du mélange, en y passant la main de haut en bas dans le sens dans lequel les circulaires sont imbriquées

5° Suspendre le membre ou sur un filet, ou sur trois ou quatre bandes attachées à un cerceau et enduites de cérat, afin qu'elles n'adhèrent pas à l'appareil quand il sera sec. ART. 20 iO.

Notesur l'administration de la poixdans le traitement des hémorrhoïdes.

M. le docteur Wardleworth a publié la note suivante sur le traitement des hémorrhoïdes par la poix.

La poix noire, dit-il, qui n'a jamais été employée à l'intérieur dans le traitement d'aucune maladie, paraît cependant produire des effets avantageux contre les hémorrhoïdes. Voici ce qui m'amena à la connaissance de cette propriété Une jeune femme que je venais d'accoucher fut prise de douleurs hémorrhoïdales six mois après sa couche, et contrelesquelles les moyens de traitement ordinaires restèrent tout à fait impuissants.Fatiguéede plusieurs essais, elle se décida à suivre le conseil d'un voisin qui l'avait assurée que plusieurs pilules de poix la soulageraient elle en prit deux, et presque aussitôt le ténesme et les tiraillements qu'elle éprouvait à l'estomac disparurent. Quelques instants après,l'ayant rencontrée et la trouvant beaucoup mieux portante, elle merapporta cequi lui étaitarrivé, et me vanta les bienfaits de la poix. Je pourrais rapporter un grand nombre de cas où le même moyen m'a réussi; mais ne pouvant m'expliquer son mode d'action, je me contenterai de dire qu'il a une grande efficacité dans le traitement des hémorrhoïdes internes et externes, avec ou sans perte de sang. Voici la formule que j'emploie ordinairement Poix noire, 3 grains 1/2 pour 3 pilules.

On en prend deux chaque soir, et on a soin que le ventre soit entretenu libre. L'efficacité connue des balsamiques dans le traitement des hémorrhoïdes pourrait, jusqu'à un certain point, rendre compte de celle de la poix que nous venons de signaler.


ART. 2011.

Mémoire sur les plaies sous-cutanées. Section des tendons suivie d'un érysipèle phlegmoneux dans un cas de fausse ankylose du genou.

Nous avons dit à notre art. 1883 quelques mots des expériences tentées par M. Jules Guérin pour prouver l'in- nocuité des plaies sous-cutanées. Le travail de ce chirurgien, présenté alors à l'Académie des sciences, vient d'être publié dans la Gazette médicale, et son importance nous engage à en parler de nouveau.

M. J. Guérin a commencé par se livrer à des expériences sur des animaux. H a mis à découvert, par une incision longitudinale à la peau, les muscles sacro-lombaires d'un chien, puis les a coupés transversalement, en a enlevé même une certaine partie, ensuite a recouvert la plaie avec la peau dont il a maintenu les bords en contact avec des points de suture très-rapprochés. Il n'est survenu aucun accident, aucune réaction ne s'est déclarée. It y a bien eu un épanchement assez considérable, mais au bout de quelques jours il était résorbé, et la cicatrice s'est établie d'une manière solide, comme l'a démontré l'autopsie plus tard.

Le résultat a encore été plus simple lorsque, par une simple ponction à la peau, on a divisé ces mêmes muscles avec un bistouri étroit, ainsi qu'on opère la section du tendon d'Achille. Il y eut des épanchements assez considérables, mais qui furent absorbés dès le lendemain. Des expériences sur les animaux, l'auteur a passé aux opérations pratiquées sur l'homme; il opéré dans l'espace d une année vingt-cinq fois la section sous-cutanée des muscles sterno ou cIeïdo-mastoHiens pour remédier au torticolis, et dans tous les cas a obtenu une guérison des plaies sans apparence d'inflammation locale. Les fluides épanchés se résorbaient en vingt- quatre ou trente six heures, et il restait à leur place une substance moite qui passait graduellement à l'organisation fibro-celluleuse. Et cependant ces plaies sous-cutanées ont parfois été assez vastes; on coupait souvent transversalement les tendons et le corps charnu du muscle, des nerfs, des artériotes il s'opérait sous la peau un épanchement très-votumineux qui semblait devoir être suivi de phénomènes inflammatoires rëdoutaMes.Mais, dans ces vingt-cinq observations, l'ab-


sorption a toujours eu lieu avec beaucoup de rapidité; il n'y a point eu réunion par première intention, mais bien formation d'une substance intermédiaire qui a permis l'allongement du muscle coupé.

Dans ces vingt-cinq opérations, comme sur plus de deux cents individus affectés de pied-bot, M. J. Guérin avait toujours pratiqué de simples piqûres à la peau dans la largeur de quatre à cinq millimètres au plus, et encore avait-il eu la précaution d'en rapprocher les bords immédiatement avec un peu de diachylon gommé de cette manière, il n'y avait eu aucune communication de l'air extérieur avec la plaie, et c'est à cette circonstance que ce chirurgien attribuait les succès obtenus. Mais il importait de savoir jusqu'à quel point la privation du contact de l'air pouvait prévenir les dangers des opérations. A cet effet, l'auteur se livra à une série d'expériences sur les animaux vivants. De très-vastes plaies musculaires furent faites à des chiens de la même manière et en prenant-la précaution d'aller atteindre les parties profondes à une assez grande distance de la section linéaire de la peau dont on détruisait aussitôt le parallélisme. Des masses charnues énormes dans les lombes, dans les cuisses, ont été coupées de la sorte avec un bistouri de deux millimètres de largeur; on a prolongé l'incision dans toute la longueur de la colonne vertébrale en faisant à sa partie moyenne une seule ouverture qu'on refermait aussitôt avec un point de suture. Il devait résulter de si vastes sections des épanchements considérables et une paralysie momentanée; mais aucune réaction ne s'opéra, soit dans la plaie, soit dans l'état général, et au bout de quelques jours les chiens étaient complétement rétablis.

Des opérations du même genre ont été faites chez l'homme. M. J. Guérin a pratiqué cinquante fois environ sous la peau la section totale ou partielle des muscles du dos et de la colonne, du trapèze, du rhomboïde, de l'angulaire de l'omoplate, du sacro-lombaire et dulong-dorsal, faisant ainsi parfois des incisions de huit à dix centimètres d'étendue sous la peau, et de quatre à cinq centimètres de profondeur. Dans ces opérations, des faisceaux musculaires, des aponévroses, des gaines tendineuses, des vaisseaux et des nerfs ont été divisés. Quelquefois il s'est fait immédiatement sous la peau un épanchement considérable. Dans tous ces cas. on s'est borné à maintenir les lèvres de la plaie extérieure à l'aide d'un morceau de diachylon et à exercer une légère pression; mais tous les sujets ont pu


dès le troisième jour se lever et marcher, ou supporter les appareils nécessaires pour redresser la colonne vertébrale. Dans un seul cas il survint quelques accidents inflammatoires, mais ils étaient évidemment dus à de l'air qui s'était introduit par les plaies extérieures auxquelles on avait donné trop de dimension. C'était la seconde fois que hl. J. Guérin faisait la section de la totalité des muscles de la gouttière vertébrale. Depuis cette époque un pareil accident a toujours été évité en ne faisant, autant que possible, qu'une seule ouverture à la peau, et en ayant soin ensuite d'expulser l'air qui aurait pu s'introduire dans la plaie.

Nous n'exposerons pas ici la théorie que donne l'auteur pour expliquer l'absence d'accidents qui suit les plaies sous-cutanées. H nous suffira de dire qu'il attribue ce résultat heureux à ce que l'air extérieur ne pénètre point dans la plaie. I) en conclut naturellement que, toutes les fois qu'on aura à pratiquer une opération sous la peau, il faudra se donner de garde de diviser cette dernière, et que, lorsqu'on aura à traiter une plaie ordinaire, on devra s'efforcer de la ramener autant que possible à l'état de plaie sous-cutanée, c'est-à-dire en rapprocher les bords afin de priver les tissus du contact de l'air.

Réflexions. Le travail de M. Jules Guérin sera ]u avec intérêt à une époque où les esprits sont tournés vers ce procédé opératoire auquel on a donné le nom de ténotomie. Les expériences de ce médecin confirment d'ailleurs l'observation qui a démontré depuis quetque temps déjà le peu de danger de la section sous-cutanée des tendons. Cependant il ne faudraitpas s'exagérer l'innocuité de ce genred'opération, car quelquefois, malgré les précautions que l'on prend pour prévenir le contact de l'air, on n'est pas à l'abri des abcès et des érysipèles qui peuvent en résulter. Nous en avons vu dernièrement un exemple dans le service de M. Velpeau, et on ne trouvera pas sans doute hors de'propos que nous rapportions ici et l'observation et les rénexions dont l'a accompagnée ce professeur. Un jeune garçon d'une quinzaine d'années est arrivé de province dans les premiers jours de février dernier, et a été couché au numéro 32 du service.Il portaituneankylose incomplète du genou droit, dont l'origine remontait à plusieurs années. Depuis sept à huit mois i) avait complétement cessé de souffrir de l'articulation, et cependant letravail pathologique n'était pas entièrement éteint, car il éprouvait encore quelques douleurs à la pression.


Ce jeune homme semblait dans des conditions avantageuses pour subir la ténotomie le tibia et le fémur n'étaient pas entièrement soudés, et la rotule conservait de la mobilité. M. Velpeau résolut donc de le soumettre à l'opération. Cependant, après avoir fait remarquer combien la section des tendons est une pratique innocente en générai, il insista sur quelques difficultés que présentait la ténotomie du jarret en particulier. En effet, pour remédier à la flexion continue de la jambe, il peut être nécessaire de couper les tendons du demi-tendineux du demi-membraneux, du grêle interne, du couturier même, et les parties ligamenteuses et aponévrotiques qui s'étendent du jarret à la jambe. Toutes ces parties ne sont pas superficielles; souvent même elles sont voisines de tissus qu'il faut ménager, surtout te demi-membraneux, qui est appliqué contre le côté interne et postérieur du fémur, assez près des vaisseaux et des nerfs poplités.

Cependant il faut ajouter que dans la fausse ankylose du genou on est rarement obligé de couper toutes ces parties. Le demi-membraneux, qui est presque parallèle au fémur, ne fléchit pas beaucoup la cuisse, et sa section n'est pas aussi fréquemment indispensable que celle des autres muscles. D'ailleurs on procède méthodiquement, et comme ces muscles n'ont ni la même longueur, ni la même force, on les coupe successivement, et on ne se décide à faire la section du demi-membraneux que lorsque, les autres étant coupés, le redressement ne peut s'opérer. Aujourd'hui la ténotomie est assez connue pour qu'on n'hésite pas sur le moyen de la pratiquer. On fait une petite incision préalable à la peau avec la pointe d'une lancette, et l'on glisse un ténotomo, bistouri convexe et très-étroit, sous le tendon que l'on veut couper. ït est d'autres ténotomes qui font eux-mêmes l'incision à la peau. Ce point établi, il faut choisir, pour l'introduction du bistouri, la partie où les tendons sont le plus fortement tendus ainsi pour le biceps, c'est ordinairement un pouce au-dessus de la tête du péroné; pour les tendons internes, c'est à peu près à la même hauteur. Pour le demi-membraneux, il vaudrait mieux que la section fût pratiquée un peu plus haut. Cependant, comme on ne fait, en général, qu'une seule piqûre à la peau, on se sert de la même pour couper tous les tendons de ce côté.

Au reste, on doit dire, d'une manière générale, que c'est dans le point où, en faisant étendre la jambe, on sent le mieux le tendon, qu'il faut porter le bistouri. C'est donc


au chirurgien à se décider au moment de pratiquer l'opération.

La ténotomie terminée, on s'occupe d'étendre le membre mais au genou ce redressement ne s'opère que lentement, parce que l'ankylose n'est pas venue sans une maladie de l'articulation, dont les ligaments sont raides et engorgés. Le tissu cellulaire qui l'enveloppe a perdu sa souplesse; il faut donc songer à étendre le membre avec lenteur. C'est dans ce but que, chez le jeune homme qui aUaitétre soumis à l'opération, M. Velpeau avait pris la précaution de faire établir autour de la cuisse et de la jambe quelques tours de bande amidonnée, afin de pouvoir fixer le membre sur le lit et opérer à volonté une extension graduelle. La ténotomie a été pratiquée, ainsi que nous venons de l'indiquer; trois ou quatre tendons ont été coupés par deux ouvertures à la peau l'une au côté interne, l'autre au côté externe. H n'a pas été nécessaire d'atteindre le demi-membraneux. L'opération, très-simple et très-promptement terminée, a été fort peu douloureuse pour le patient; mais il n'en a pas été ainsi lorsqu'on a voulu étendre la jambe sur la cuisse il a donné aussitôt des signes d'une très-vive douleur. Et, en effet, le travail inflammatoire, qui n'était pas complètement arrêté, fut bientôt ranimé dans l'articulation. H a fallu combattre l'irritation du genou par upe application de sangsues; leurs piqûres ont été ie point de départ d'un érysipèle qui a envahi la cuisse et la jambe, et s'est terminé par plusieurs abcès qu'il a fallu ouvrir. De semblables accidents ont mis dans la nécessité d'abandonner toute tentative de redressement, et le jeune malade est sorti de l'hôpital, au bout de six semaines, débarrassé de son érysipèle; mais, sous le rapport de son ankylose, dans le même état que lors de son entrée dans le service. Cet insuccès nous semble dû à la fois à deux causes qui ne sauraient porter préjudice à la ténotomie d'abord la section des tendons a été pratiquée à une époque où la maladie de l'articulation n'était pas encore complétement éteinte, ce qu'il faut toujours se garder de faire; et, en second lieu il régnait dans les salles de M. Velpeau une épidémie d'érysipeîes et d'abcès qui sévissait sur un trèsgrand nombre de malades. Ce sont donc les circonstances qui ont nui au succès de la ténotomie, et ce fait, fût-il isolé et ne pût-on lui opposer une foule d'autres opérations suivies d'un heureux résultat, ne prouverait rien contre l'efficacité de cette opération.


ART. 2012.

Nouveau procédé pour la désarticulation de l'épaule. Deux ~w&eaMa': un aMterieMf, un po~~neMf. Article communiqué par M. Honoré Malapert, chirurgien major au 2e dragons.

La chirurgie est déjà en possession d'un bon nombre de procédés pour pratiquer cette opération, et nous reconnaissons que les états pathologiques qui peuvent la réclamer présentent quelquefois des conditions telles qu'it n'est possible d'en suivre aucun dans toutes ses prescriptions. Cependant, celui que nous allons décrire très-brièvement nous semble offrir des avantages qui lui mériteront peutêtre la préférence comme opération réglée.

Le malade reste étendu sur le bord du lit, ou même par terre. Le membre pourrait aussi être laissé dans la position où il se trouve. L'opérateur reconnaît d'une main le coude que forme en dehors le bord inférieur de l'acromion, et attire légèrement le moignon de l'épaule en dedans; de l'autre main it plonge la pointe du couteau sous l'aisselle, au devant des vaisseaux et du plexus axillaire, la pousse de dedans en dehors et de bas en haut de manière à la faire passer au-devant du col anatomique de l'humérus, et sortir aux environs du point sus-indiqué, au-dessous de l'acromion; puis 'il taille en descendant un lambeau antérieur de trois pouces à peu prés un aide tient ce lambeau relevé. L'instrument, porté transversalement sur la tête de l'humérus, coupe avec la plus grande facilité les tendons des muscles sous-scapulaire, biceps, sus-épineux, sous-épineux et petit-rond, en même temps que le ligament capsulaire dont l'incision doit être prolongée de chaque côté. Dès lors, le lambeau postérieur est déjà commencé l'aide s'apprête à comprimer l'artère axillaire dans son bord interne entre deux doigts, tandis que le plein du coutoau,porté derrière la tête de t'humérus, rase la face postérieure de cet os et termine ce deuxième lambeau long d'environ un pouce et demi il ne reste plus qu'à lier les artères.

Le lambeau antérieur contient: masse charnue commune au coraco-brachial et à la courte portion du biceps, tendon du grand pectoral et moitié antérieure du deltoïde le sommet de l'apophyse coracoïde se trouve sous le milieu de sa base. Le lambeau postérieur comprend vaisseaux et


plexus axillaires, tendon du grand dorsal, masse charnue du grand rond, longuo portion du triceps, moitié postérieure du deltoïde, et artère circonftex'j postérieure. Si on écarte les deux lambeaux, on voit que -la ligne qui va d'une commissure à l'autre traverse obliquement le plus grand diamètre de la cavité glénoïde, sans être néanmoins en désaccord avec le précepte de diviser les parties molles suivant la plus grande épaisseur des os, attendu que nous avons ici une voûte osseuse située au-dessus de cette même cavité, et dont le plus grand diamètre, étant précisément en sens inverse, nous indique de suivre la diagonale. Le lambeau antérieur, par son seul poids, s'adapte si exactement à la plaie, qu'on serait tenté de n'y appliquer aucun appareil. Ce résultat opératoire ressemble beaucoup à celui qu'obtiennent MM. Baudens et Manec après la désarticulation de la cuisse. La ligature préalable de l'artère, que M. te baron Larrey a toujours cru devoir pratiquer lorsqu'il eut à faire la même opération sur l'articulation coxo-fémorale, s'appliquerait ici avantageusement la pointe du couteau partirait alors de cette première incision faite sur le trajet de l'artère axillaire. Cette précaution hémostatique, si généralement réprouvée depuis quelques années, nous semble pouvoir être quelquefois indiquée.

Nous ferons observer que le chirurgien n'a nullement besoin de cette précision anatomique si sévèrement recommandée par les auteurs, dans l'opération qui nous occupe qu'il n'y a même pas d'écueil à éviter. Existe-t-il un autre procédé qui découvre, tout d'abord, plus haut et plus largement les parties que le couteau doit ensutte diviser pour traverser l'articulation? Nous pouvons faire agir l'instrument à plein tranchant, il n'a pour ainsi dire qu'à descendre. En prenant la dépression axillaire pour point de départ, on évite sûrement les vaisseaux et plexus axillaires, puisque le couteau est dirigé dans un sens opposé. La commissure interne de la plaie peut être portée assez haut sous l'aisselle pour y prévenir t'étrangtement inSammatoire et les foyers purulents, la commissure externe assez en dehors pour qu'on n'ait pas à craindre que l'acromion y apparaisse à découvert; le pus pourra s'écouler avec la plus grande facilité, et sans que celui qui sera formé vers un angle de la plaie doive parcourir toute l'étendue de la profondeur de celle-ci pour arriver à s'échapper par l'angle opposé. Nous regardons surtout comme avantageux de n'avoir ni à remuer le membre, ni à tenir le matado sur TOME M. ? PB MAJ. <5


son séant, conditions qui, en nécessitant mouvements, efforts, fatigue et douleur, ajoutent beaucoup à la dépense d'innervation qui résulte de l'opération elle-même, et qui influence l'organisme d'une manière plus ou moins fâcheuse. Il nous suffit d'un seul aide dont le rôle est même rendu si facile, qu'il serait à la portée dupremier venu. La position de l'artère dans le bord interne du lambeau postérieur rend sa compression très-facile entre deux doigts, au lieu des deux'mainsqueM. le professeur Velpeau conseille d'y appliquer quelquefois dans tes procédés où elle se trouve au centre d'un lambeau. Enfin, nous évitons la nécessité d'un grand nombre d'aides dont on a souvent à regretter l'absence, et dont la présence ne peut manquer de gêner plus ou moins les mouvements de l'opérateur. Tout en proposant ce procédé comme simple et facile dans son exécution, nous sommes loin de lui attribuer le mérite d'être d'une application aussi générale que celui de M. Larrey qui, commençant par une incision verticale faite au-dessous du sommet de l'acromion, facilite l'exploration, et permet de se borner quelquefois à une extraction d'esquilles ou à une résection. Nous maintenons cependant que c'est par le côté où elle est le plus à découvert, c'est-à-dire en avant, qu'il convient de pénétrer dans l'articulation, et que dans tous les procédés qui l'attaquent par un autre point de sa circonférence on ne peut éviter l'inconvénient d'avoir à contourner la tête de l'humérus sous une grande étendue de la voûte osseuse qui la protège, de ne pouvoir le faire qu'avec la pointe du couteau qui doit alors monter, puis traverser, puis descendre, au risque de buter contre l'apophyse coracoïde, contre le rebord interne de la cavité glénoïde, de blesser les artères circonflèxe postérieure et scapulaire inférieure pendant le cours de l'opération. Enfin, nous rappelons qu'en dirigeant la pointe du couteau de dehors en dedans vers le thorax, le chirurgien s'expose, soit par une échappée de l'instrument, soit par un mouvement imprévu du malade, à atteindre prématurément les mêmes artères ainsi que les vaisseaux et le plexus axillaire.

ART. 2013.

Description d'un appareil pour faire des capsules en gélatine.

M. Hunoult Desfontenelles a publié dans le Journal de


chimie médicale la description d'un procédé pour obtenir des capsules gélatineuses qui permettent aux malades d'avaler san~ dégoût les substances les plus fendes, tell<~s que le copahu, l'assa fœtida, etc.

On prend, dit-il, une vessie natatoire de tanche ou de tout autre poisson; les poissons de cinq à sept pouces de longueur donnent des vessies convenables. On la fixe au bout d'un tube en cuivre avec du fil 6n. On recouvre la ligature avec un petit tuyau; le tube, dans sa partie moyenne, contient une petite soupape qui le ferme de bas en haut. Au-dessous il y a un petit trou qui se trouve fermé par une petite clef. En soufflant par l'extrémité du tube, la vessie se tend et reste dans cet état, puisque la soupape, qui est fermée par l'effort de l'air insufné, empêche l'air de sortir. On prépare une solution de gélatine semblable à celle proposée par M. Garot (1), pour recouvrir de gélatine les pilules. On imprègne la vessie d'axonge, pour que lagéiatine ne puisse y adhérer, et on la plonge dans la solution, de façon à ce qu'elle soit bien recouverte de gélatine. On la retire, on roule le tube dans ses doigts, pour que la solution se répande d'une manière uniforme sur la vessie tendue, et on laisse refroidir. Lorsque le refroidissement est complet, on détache la capsule fixée au bas du tube, en faisant, à l'aide d'un canif, une incision tout autour. On ouvre la clef, l'air s'échappe, et le moule peut être facilement retiré, puisque, privé de l'air qui le tendait, il peut se replier sur lui-même. Avec sept ou huit de ces moules, on peut préparer un grand nombre de capsules, surtout dans les temps froids.

L'on pourrait, au lieu de vessie natatoire, employer des petits moules faits avec la baudruche, ou avec de la gaze recouverte d'un vernis de caoutchouc. On ferait un petit moule en argile, on y adapterait un tuyau de plume et on le laisserait sécher; on recouvrirait ensuite le moule avec la gaze ou la baudruche; on la fixerait avec du fil sur le tuyau de plume, et on appliquerait plusieurs couches de vernis.Lorsque le vernis serait sec,l'on pourrait faire sortir l'argile par l'ouverture et l'adapter ensuite sur l'appareil. L'emploi des vessies natatoires peut encore être mis en pratique d'une maniB~ très-simple; il s'agirait de refouler l'air contenu dans le tube à l'aide d'un piston. Cet air dt(t) Voy.art.t6t3.


laterait là vessie. Lorsque la couche gétatineuse serait sèche, on retirerait le piston, la vessie se replierait sur aue-mëme, et on pourrait enlever la capsule. ART.

Tablettes pectorales incisives.

M. le docteur Grünn, de Phalsbourg, préconise la formule suivante contre les catarrhes chron:ques/ Pr. Sucre en poudre, 500 grammes Manne en larme, 125

Thridace, 8

Ipécacuanha en poudre, 18

Scille en poudre, 4

Mucilage de gomme adragante, q. s.

Mêlez; faites une pâte homogène que vous diviserez en tablettes de un gramme, cinq à six par jour.

ART. 2015.

FofîMM~e de la poudre de Carignan, telle qu'elle a été donnée d MM. Piat et Deyeux, par madame la princesse de Carignan.

Poudre de guttète, 250 grammes;

Ambre jaune porphyrisé, 375

Corail rouge, 125

Terre sigillée, 125

Cinabre, 12

Kermès minéral, 12

Noir d'ivoire, 12

Métezselont'art, et divisez en prises de dix centigrammes. ART. 2016.

MÉDECINE LEGALE.

Etat des organes après la mort des individus asphyxiés. Les altérations que l'on observe après la mort par asphyxie provenant du charbon, sont celles que nous avons données comme type de ta mort par asphyxie en faisant l'histoirj~des asphyxies en générai. Toutefois des observations nouvelles onPenrichi Je domaine de la science sous ce rapport. M. Lhéritier (Médecine pratique, par Fossone) a reconnu que la rigidité cadavérique était très-prononcée chez tes sujets qui succombent alors qu'ils sont en proie à des mouvements convulsifs violents; que la peau, tes membranes


muqueuses de la bouche et du nez et la langue étaient pâles au lieu d'être fortement colorées, et dans quelques cas seulement cyanosés, lorsque l'ouverture du corps e7a<7/<ït~e immédiatement après la mort

Qu'il en était de même à t'égard de la peau du reste de la surface du corps et des membranes séreuses ou muqueuses des grandes cavités que le sang contenu dans le rœur et dans tout le système vasculaireétait d'une couleur rose vif ou rouge cerise;

Que lorsque l'asphyxie s'établissait lentement, le sang était d'une couleur foncée, violacée ou lie de vin; que le même phénomène se manifestait lorsque l'autopsie n'avait lieu qu'après un certain laps de temps écoulé depuis la mort;

D'où i) résulterait deux états bien tranchés des organes des asphyxiés, suivant que l'asphyxie est prompte ou lente, et aussi selon que l'autopsie a lieu à une époque plus ou moins rapprochée de la mort.

M. Marye déclare au contraire qu'il a trouvé le sang rouge à toutes les époques de l'asphyxie, mais il ne cite guère, à l'appui de sa manière de voir, que des saignées pratiquées pour rappeler des asphyxiés à la vie, ou des ouvertures de corps faites peu de temps après la mort. M. Lhéritier nous parait tout à fait dans le vrai en rapportant cette différence dans l'état du sang et de la peau à la durée de l'asphyxie d'une part, mais surtout au temps écouté depuis la mort. J'ai ouvert un grand nombre d'asphyxiés par le charbon, et je puis assurer que j'ai constamment trouvé le sang noir, épais et liquide; mais tes autopsies que j'ai faites ont toujours eu lieu après vingt-quatre heures au moins écoutées depuis la mort et souvent après deux ou trois jours. Dans cinq cas d'asphyxie M. Otlivier a vu le sang vermeil. Dans l'un d'eux l'asphyxie avait eu lieu dans un espace de temps très-court. car it s'agissait d'une femme qui était rentrée chez elle après huit heures et qui fut trouvée morte à neuf, le charbon n'ayant pas été consumé en entier. L'un de ces cas se rapportait à une jeune fille de dix-sept ans qui avait succombé à l'asphyxie par le gaz de l'éclairage. (Annales d'hygiène, juillet 1838, p. t20.)

Mais nous ne saurions trop nous élever contre cette assertion de M. Marye <' que l'engorgement des vaisseaux veineux, le développement des poumons, leur couleur d'un brun noirâtre, leur parenchyme rouge, laissant écouter sous le scalpel un sang liquide trèsnoir et très-épais, ne sont pas des caractères propres spécialement l'asphyxie, mais qu'ils sont susceptibles de se présenter sur des cadavres d'individus morts de causes étrangères à /'<Mp/t~);te. Nous concevons cette proposition de notre honorable confrère à une époque où nos travaux sur tes morts subites n'étaient pas encore puhtiés, et où on ignorait le rôle puissant que peut jouer la congestion pulmonaire dans l'extinction de la vie. Il est évident que cet état est commun à toutes tes morts par asphyxie; mais il est beaucoup plus prononcé encore dans l'asphyxie par le charbon. Il faut


donc seulement dire que la couleur rouge du sang n'exclut pas l'idée d'asphyxie par le charbon.

Ces faits établis, je rapporterai ici la description que M. Marye a donnée du corps des asphyxiés ~endan~ les trois ou quatre premières heures qui suivent la mort, parce que je la crois fondée sur l'observation, sauf toutefois les restrictions que je viens de faire connaître dansle cours de cette narration.

« Habitude du corps. Pâleur générale de toute la surface. Cependant il est des cadavres sur lesquels on aperçoit une marbrure rose des cuisses rigidité tétanique qui permet d'enlever le corps d'une pièce comme un morceau de bois.

» Face. Décoloration de la face; malgré cette décoloration, Hn'est pas rare de trouver quelquefois deux ou trois petites plaques roses placées sur le cou ou sur les joues bouche fermée; lèvres légèrement pâles; paupières abaissées; le gtobe de l'oeil souvent vitré; la pupille rarement dilatée. L'ensemble de la face n'exprime qu'une mort calme pour l'individu qui vient de succomber.

» Evacuations. Nulle évacuation ne se remarque; on n'aperçoit aucune matière rejetée soit par la bouche, soit par l'anus. n Les extrémités se font voir dans les mêmes positions que celles qu'elles ont prises avant la mort, c'est-à-dire que si t'asphyxié avait le bras élevé avant de mourir, vous trouverez ce membre dans la même situation après la mort, et telle force que vous déployiez, vous ne pourrez le ramener complétement auprès du tronc. Les mains et les pieds sont pâles; jamais les doigts et les ongles de la main ne sont violacés.

L'asphyxie par la vapeur <~ charbon acee/ere-c ou retardet-elle la marche de la ~K~c~c~'o~ ¡>

La science ne possède aucun fait qui puisse servir à résoudre cette question d'une manière satisfaisante. Les expériences de Nysten sur la rigidité cadavérique ont seulement démontré que ce premier signe certain de la mort persiste chez les asphyxiés pendant un temps beaucoup plus long que dans tout autre genre de mort, puisque dans un cas il l'a vue durer sept jours, et qu'ordinairement ce phénomène ne dure guère au delà de quatre, vingt ou trente heures. Comme la putréfaction est toujours précédée de la roideur cadavérique, on pouvait seulement inférer de ce fait que la décomposition putride devait survenir plus tard dans l'asphyxie que dans un autre genre de mort; mais on n'en avait pas encore la preuve. J'ai dû vériner l'exactitude de cette induction.

Le corps du sieur Devar. qui s'était asphyxié par le charbon, fut reçu à ta Morgue le 7 avril 1836 je t'ai conservé à l'air libre dans une salle humide, exposé à toutes les variations atmosphériques de sécheresse, d'humidité, de chaleur et de froid au milieu de corps putréfiés, et j'ai été frappé de la lenteur avec laquelle la putréfaction est survenue; le corps, au lieu de se colorer en tertau bout de quelques jours, puis de prendre une teinte brune, de se ramollir, de


suivre, en un mot, toutes tes phases de la putréfaction humide, n'a commencé à prendre une teinte verte au cou et sur les côtés de la poitrine que vers le huitième ou le dixième jour. Au trente-cinquième, cette teinte n'avait pas encore envahi la totalité de la surface des membres inférieurs; it nous a même semblé que du vingtième au vingt-cinquième jour elle a perdu de son intensité dans les points où elle s'était développée mais certainement elle n'a jamais acquis la teinte foncée des autres cadavres. Le corps, au lieu de se ramollir, a semblé au contraire se dessécher il ne s'est pas développé de gaz sous la peau it ne s'est pas écou!é de sanie putride mêlée de gaz par la bouche et le nez; tes yeux ont été envahis et vidés par tes mouches et tes vers, et tes paupières sont restées intactes ce n'est qu'au trente-troisième jour que la peau de la partie postérieure des cuisses a commencé à devenir brune et à laisser suinter du sang altéré. La peau de l'abdomen etcelledela poitrine se sont conservées intactes, élles se sont seulement colorées en vert, mais c'était plutôt un vert très-clair, très-peu intense, que cette coloration d'un vert noirâtre que l'on observe dans tes cas de putréfaction ordinaire; le sujet, sans être gras, n'était pourtant pas maigre. En résumé, it nous a été démontré que la putréfaction n'avait pas, à beaucoup près, marché avec la rapidité qu'elle affecte dans les autres genres de mort.

Le 16 mai suivant, on a apporté à la Morgue les corps d'un homme et d'une femme qui s'étaient asphyxiés par le charbon un mois auparavant ils offraient le même genre d'altération putride, c'est-àdire une tendance à ta dessiccation, qui se dessinait surtout d'une manière très-marquée à la face, aux mains et aux avant-bras; on ne voyait pas cette tendance à la fonte putride que l'on remarque ordinairement; pas d'état emphysémateux du tissu cellulaire; la peau était jaunâtre, verdâtre dans quelques points; mais il n'y avait aucun ramollissement, aucune destruction de parties. Dans ces deux faits, la mort par asphyxie a évidemment retardé l'apparition des phénomènes de la putréfaction.

Qu<* s'il s'agissait d'émettre notre opinion sur la cause de cette conservation des corps dans ce genre de mort, nous n'hésiterions pas à indiquer l'acide carbonique de la vapeur du charbon, qui a été absorbé, porté dans le torrent de la circulation, mêlé au sang, et a donné à ce liquide la faculté de se conserver pendant un temps beaucoup plus long que de coutume sans s'altérer. Nous avons en effet démontré que le sang était le premier à se putréfier et à développer des gaz, qui à leur tour chassaient ce liquide des cavités du cœur et des gros vaisseaux, pour le porter à toutes tes parties extérieures du corps, tes imprégner de sang altéré, et les placer dans une condition plus favorable à la fonte putride. D'une autre part, Hildebrand a donné la mesure de la faculté antiputride de l'acide carbonique, puisqu'il a pu conserver pendant cinquante et un jours de la chair musculaire dans ce gaz, sans qu'après ce laps de temps elle répandît d'odeur.


Jusqu'à quelle époque la coloration rosée de la peau, qui est un des pft7:c;pa«.E caractères de /'<pA~cte,peMM<e-<-e//e après la mort? La science ne fournit aucun document propre à résoudre cette question; mais voici ce que j'ai observé sur l'asphyxié que j'ai conservé pendant trente-cinq jours à la Morgue. A son arrivée, c'està-dire après deux jours de mort, il existait au-devant de la cuisse et de la jambe droites une teinte rosée ectt/MM; cette couleur était à peine apparente sur la jambe gauche, et tout à fait nulle sur la cuisse. La nn de l'avant-bras droit et le poignet de ce côté paraissaient presque dans l'état naturel. Vers le douzième jour, ces colorations ont commencé à prendre plus d'intensité dans tous les points, en sorte qu'elles sont devenues beaucoup plus apparentes, et qu'elles se sont montrées d'une manière très-sensiMe là où elles existaient à peine; puis elles ont acquis une teinte d'un rouge vif, qu'elles ont conservée pendant trente-trois jours, à la partie antérieure de la jambe et du pied droits. Cet effet avait lieu en raison du développement de la coloration en vert; plus celle-ci approchait des parties cotorées, plus la coloration rosée devenait intense puis la couleur verte s'étendant peu à peu sur les membres, a fait disparattrela coloration en rose dans tous les points où etteavaitété primitivement peu apparente niais elle n'était pas effacée, même au bout de trente-trois jours, sur les parties où elle avait été d'abord trèsmarquée.

Il n'en a pas été de même à l'égard des deux individus qui s'étaient asphyxiés ensemble depuis un mois.

tt ne restait que quelques traces incertaines de coloration de la peau sur la fin de la jambe droite de l'homme.

Néanmoins on doit, des observations que j'ai faites, tirer cette induction, que la coloration rosée de la peau des asphyxiés peut nonseulement se conserver fort longtemps après la mort, mais encore acquérir plus d'intensité devenir plus évidente à une époque où la putréfaction en vert se manifeste sur le tronc et persister encore dans les points où elle a été plus marquée, quoique la couleur verte de la peau existe dans les autres parties. Quant à assigner le terme de la permanence de la coloration rosée, cela ne nous est pas possible, parce que nous ne possédons pas assez de faits propres à éclaircir ce point de la science. Nous établirons seulement comme conséquence de nos recherches antérieures sur la putréfaction et de celles des médecins qui nous ont précédé, qu'elle sera fort lente en hiver et très-prompte en été; car il résulte de recherches que nous avons faites postérieurement, qu'il suffit quelquefois de quatre et même de trois jours pour faire disparaitre cette coloration. Traitement de l'asphyxie.

Prendre t'asphyxié, t'étendre à terre tout nu (ne pas placer l'individu de prime abord dans un lit chaud, à moins que le corps ne


soit froid), lui jeter avec force à la surface du corps de l'eau à <0". A défaut d'eau chaude, il faut faire usage, lorsque l'atmosphère n'est pas à une trop basse température, des affusions ou projections d'eau froide; elles ont été préconisées par Borel (Cent. 11, obs. 4), Sauvages (Nos méthod., t. I", p. 816), Harmant (Traité sur les /<fnc~M ~<A! du charbon allumé; Nancy, 1775), Portal (Obs. ~Kr les effets des vap. méphit.; Paris, 1787 p. 30). Il survient un frisson' assez fort lorsque la respiration commence à s'établir c'est alors qu'il faut cesser les affusions, exciter la plante des pieds et l'épine du dos par des frictions faites avec une brosse ou de la flanelle sèche; le saigner immédiatement si la peau est cotorée par plaques à la surface du corps, si l'individu est fort et bien constitué, ou si le pouls, quoique leut, est plein. Quelques médecins, M. Marye entre autres, saignent dans presque tous les cas. Stimuler les fosses nasales au moyen de l'ammoniaque que l'on verse sur un mouchoir et que l'on place sous le nez du malade sans l'introduire dans les fosses nasales; exercer des frictions sur la poitrine et des compressions propres à simuler la respiration, comme dans l'asphyxie par submersion; administrer des cordiaux et mettre l'asphyxié dans un lit chaud quand il revient à la vie; mais ne jamais administrer de liquide dans l'estomac avant que la déglutition soit rétablie, car on s'expose à en. introduire une certaine quantité dans la trachée-artère et à faire naitre une cause asphyxiante chez un individu déjà asphyxié. Le cas suivant, cité par M. Lhéritier, donne une certaine importance à l'emploi du galvanisme pour combattre les effets de la vapeur du charbon. Une jeune fille avait commencé à s'asphyxier à quatre heures du matin, elle fut secourue à huit heures seulement. Pendant deux heures, les moyens tes plus énergiques furent employés sans résultats alors on résolut de tenter l'emploi du galvanisme. On plaça un des pôles d'une pile composée de vingt-quatre éléments dans le pharynx et l'autre pôle dans le rectum quatorze minutes après, quelques mouvements se manifestèrent dans le tube digestif, et la malade ne tarda pas à revenir à la vie. Lorsque les secours, quels qu'ils soient, ont été efficaces, on entend;un râle trachéal extrêmement faible qui annonce le retour de la respiration des mouvements de hoquet et de régurgitation s'opèrent dans l'oesophage le pharynx et la bouche; t'asphyxié éprouve des mouvements d'horripitaiion et du frisson. Si une ligature est restée appliquée autour du bras, on laisse écouter du sang; en effet les veines se remplissent de sang au-dessous d'elle; on entend ensuite du râle muqueux dans toute l'étendue de la poitrine; un bruissement sourd dans la région du cœur annonce le retour de ses battements qui se prolongent bientôt dans les artères; l'asphyxié reste plongé dans le coma plus tard, it reprend connaissance et semble sortir d'un sommeil profond; it éprouve des douleurs dans la poitrine il y a de la plénitude et de la fréquence dans le pouls; la céphalalgie est intense; le malade a des sifflements et des tintements d'oreilles; souvent it est pris d'un


délire furieux et se jette sur la personne qui lui porte des secours tels sont ,les symptômes qui persistent le plus longtemps ils durent souvent pendant plusieurs jours. Il faut toujours continuer l'administration des ~ecoMf~ jusqu'à ce que la rigidité cada. vérique soit survenue, car c'est alors seulement que l'on peut consàdérer la mort comme certaine et il ne faut pas prendre rigidité convulsive, si commune dans /Mp~y-.):te, pour la rigidité cadavérique. Hormant cite le cas de deux jeunes filles qui ne filrent rappelées à la vie qu'au bout de trois heures, M. Bourgeois rapporte un exemple analogue pour la durée des secours, et dans lequel la connaissance ne revint qu'après douze heures de traitement. M. Lhéritier fait observer qu'en général it faut conserver peu d'espoir toutes les fois que la vessie s'est vidée et qu'il y a eu évacuation de matières fécales. A. DjEVEMtE. AM. 2017.

SOCIÉTÉS SAVANTES. o

ACADÉMIE DE MEDECINE. Le rapport de M. Patissier sur l'emploi des eaux de Vichy dans le traitement de la goutte a été suivi d'une discussion intéressante, et qui s'est terminée tout à l'avantage de l'auteur du Mémoire. Quelques membres redoutaient la médication proposée, parce que les eaux de Vichy, d'après l'opinion de l'inspecteur de l'établissement, M. Prunelle, avatent déterminé dans cette maladie des accidents fort graves, et que d'ailleurs on croit généralement qu'il est dangereux de chercher à guérir la goutte par un moyen quelconque; mais la discussion a singulièrement éclairé ce point de doctrine qui, comme on le voit, est d'un haut intérêt pour la pratique. Il parait d'abord que M. Prunelle avait peu d'objections à faire au traitement de la goutte par tes eaux de Vichy, car la commission tui ayant écrit plusieurs fois pour savoir ses motifs de répulsion, n'en a point reçu de réponse; en second lieu, tes membres qui ont combattu les conclusions de la commission ont vainement cherché dans leur mémoire des faits propres à démontrer les dangers que courent tes malades lorsqu'on tes guérit de la goutte. Ils n'ont pu citer que des observations sans valeur, des cas de péritonite, de pleurésie, survenus six mois, un an après la guérison des accès de goutte, et qui n'avaient évidemment aucune liaison avec la maladie en question. Il résulte au contraire des quatrevingts observations présentées par M. Petit, qu'il n'y a aucune espèce de raison pour engager tes malades à conserver leurs douleurs et tours infirmités. Sur ce nombre soixante-dix ont été débarrassés complétement de leurs accès, ou du moins considérablement soulagés. Les dit autres étaient dans des conditions particulières qui n'ont guère permis de faire usage des eaux, et dans aucun cas cette médication n'a été nuisible. La commission a donc persisté à considérer, d'après tes observations présentées par M. Petit, les eaux de Vichy, soit naturelles, soit artificielles, comme un médicament très-précieux dans le traitement de la goutte. L'Académie a adopté à t'unanimité tes conclusions de sa commission. M. Dubois, d'Amiens, a lu un rapport dont tes conclusions ont été fort différentes, 11 s'agissait d'un remède secret proposé également contre la goutte par le sieur Boubée, pharmacien à Auch. Ce dernier avait envoyé au ministre une demande de brevet


d'invention, accompagnée d'une liasse de papiers constatant à la fois l'excellence de son remède et les récompenses qu'il lui avait values dans sa ville natate.~L'Académie a répondu au ministre qui la consultait qu'il n'y avait point lieu à accorder le brevet d'invention demande, 1° parce qu'il n'y avait point de découverte, 2' parce que le remède était nuisible. Le remède de M. Boubée n'a point trouvé de partisans dans la docte assembtée, et un membre a même proposé de recommander l'inventeur au procureur du roi.

M Chevalier a entretenu l'Académie de deux cas d'empoisonnement par l'acide arsénieux, dans lesquels on n'a pas trouvé de poison dans le tube digestif, qui était fortement irrité. Mais en suivant le procédé de M. Orfila, on a obtenu des traces évidentes d'arsenic dans les organes soumis à l'ébullition. On s'est assuré que la terre du cimetière dans lequel les corps avaient été inhumés n'en contenait point.

A cette occasion M. Orflla a fait connaître deux faits du même genre recueillis depuis la lecture de son Mémoire. Nous reviendrons bientôt sur ce sujet, d'une si haute importance pour la médecine légale. Ce médecin a annoncé en même temps qu'il avait reconnu que les sels de cuivre étaient également absorbés, et qu'on pouvait aussi constater leur présence par l'appareil de Marsh, ce qu'il se proposait de démontrer dans un prochain Mémoire.

M. Leroy, d'Etioles, a lu un Mémoire fort intéressant sur la prostatite chronique. Ce travail devant sans doute être bientôt publié, nous en rendrons compte d'une manière plus complète et plus utile pour nos lecteurs que nous ne le pourrions faire aujourd'hui. Pmx. La Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles avait mis au concours la question suivante:

(t Décrire les causes, les symptômes, la nature et le traitement de l'ophlhalmie qui règne dans l'armée.

» La Société désire que les concurrents s'attachent spécialement à o la partie prophylactique de la question, et qu'ils appuient leurs a opinions de faits authentiques et concluants. »

Trois Mémoires sont parvenus en réponse à cette importante question.

La Société, après un long et minutieux examen, a décidé, dans sa séance du 6 avril 1840, que le prix ne pouvait être décerné, la question n'ayant pas été complètement résolue par les concurrents mais voulant donner un témoignage honorable de son estime aux Mémoires qui ont le plus approché du but qu'elle s'était proposé d'atteindre en mettant la question au concours, elle a décerné, à titre d'encouragement, les récompenses suivantes

1- Une médajile d'or de la valeur de 600 fr. et le diplôme de membre correspondant à M. Henri-Vincent Deconde, docteur en médecine, médecin de régiment au 2° chasseurs à pied, en garnison à Liège, auteur du Mémoire ayant pour devise Les faits sont main<M<M~, dans l'ordre intellectuel, la puissance en crédit. ( Guizot. ) 2° Une médaitte d'or de la valeur de 400 fr. à M. H. P. Gouzée, docteur en médecine, médecin principal d'armée, etc., à Anvers, déjà membre correspondant de la Société, auteur du Mémoire ayant pour épigraphe Dira p< incautum serpunt ca/!«r~a ?'M/~M.t. (Virg., Georg., Hl, vers 469.)

ART. 2018.

VARIÉTÉS.

Le concours pour la chaire d'opérations vacante par le décès de M. Richerand s'ouvrira dans le mois de novembre prochain.


M. le doctenr Lucien Baudens, chirurgien de l'hôpital militaire de LiUe. vient d'être nommé chirurgien en chef de l'hôpital militaire du Gros-Caillou à Paris.

M. Malgaigne vient d'être nommé chirurgien de l'hospice de Bi cétre.

-M. Petit, le doyen des médecins de l'Hôtel-Dieu, est décède à l'Age de 80 ans, à la suite d'une longue et douloureuse maladie. M. le docteur Chrestien, cëtèbre praticien de Montpellier, vient de mourir.

-Une délibération du Conseil royal de l'instruction publique arrête différentes dispositions pour la distribution des prix dans tes trois Facultés de médecine du royaume Il résulte de cette décision que le premier prix consistera désormais en une médaifie] d'or et une dispense de frais s'élevant à &t5 fr. Les deux autres premiers prix recevront, outre une médaitte d'argent, une allocation universitaire de 315 fr. Les trois seconds prix dispenseront des frais du diplôme s'élevant à 100 fr. Le nouvel arrêté apporte en résultat une allocation de 800 fr. par an à la Faculté de Paris, et de 715 fr. pour chacune des Facultés de Montpellier et de Strasbourg.

Une ordonnance du roi, en date du 24 mars, apporte les modifications suivantes au cadre constitutif du corps des officiers de santé de l'armée de terre

Art. let. Le cadre constitutif du corps des officiers de santé de l'armée de terre est fixé, pour le temps de paix, ainsi qu'il suit Médecins.–Inspecteurs, 2; principaux, 10; ordinaires, 57; adjoints, 36. Total, 105.

Chirurgiens. Inspecteurs, 2; principaux, 24; majors, 231 aidesmajors, 402; sous-aides, 460. Total, 1,119.

Pharmaciens. Inspecteur, 1 principaux, 10; majors, 33; aidesmajors, 60. Total, 104.

2. En temps de guerre, et en cas d'insuffisance du cadre constitutif calcuté pour les besoins du pied de paix, il peut être crée des cbirurgiens sous-aides auxiliaires, commissionnés par notre ministre secrétaire d'état de la guerre, dont le nombre varie suivant les besoins du service.

-L'administration des hôpitaux vient d'augmenter le nombre des lits du service des calculeux confié à M. Civiale, et d'y ajouter une salle pour le traitement des femmes.

La grande nouvelle du jour est la demande faite à la Chambre des députés, par M. le ministre de l'instruction publique, d'un crédit de 58,200 fr. pour fonder à Rennes une Faculté de médecine et une Faculté des sciences. Le but de M. Cousin, eu dotant de ces deux institutions la ville de Rennes, qui possède déjà une Faculté de droit et une Faculté des lettres, a été de créer en Bretagne un centre d'instruction, une sorte d'Université Bretonne, qui deviendra pour cette province un foyer de lumière. Voici les principaux motifs sur lesquels M. le ministre a appuyé sa demande de fonds

Dès 1824, la ville de Rennes. avait acquis l'espoir fondé d'obtenir une Faculté de médecine; diverses délibérations du conseil municipal avaient fixé le choix d'un emplacement convenable pour la nouvelle Faculté, et alloué les sommes nécessaires pour l'appropriation du local.

Sur les trois Facultés de médecine actuellement existantes, l'une est située à Paris, l'autre dans le midi, la troisième dans le nord-est de la France. Depuis longtemps on a senti la nécessité d'établir une quatrième Faculté à Rennes, pour les départements de l'ouest. La population de la ville se prête à cet établissement. Rennes compte même


un peu plus d'habitants que Montpellier, dont la Faculté de médecine jouit d'une vieille et légitime renommée. Rennes possédait anciennement un collége royal de chirurgie et un cottége royal de médecine, qui avaient été largement dotes par les Etats de Bretagne. En )793 la dotation disparut; mais l'enseignement médical subsista avec éclat. Plusieurs des jeunes médecins formés à Rennes à cette époque furent couronnés dans tes premiers concours que l'école de Paris venait de fonder parmi ces anciens élèves de l'école de Rennes, it suffit de citer Laennec et Broussais.

L'écote secondaire actuelle a compté, à diverses époques, près de cent étèves inscrits ce nombre, it est vrai, a diminué depuis quelques années mais il augmentera rapidement lorsque les ëièves qui auront commencé leurs études médicates dans les écotes secondaires les plus rapprochées et tes jeunes aspirants au titre de chirurgien de marine pourront venir de Nantes, d'Angers, des ports de Brest et de Lorient, prendre leurs grades dans la ville de Rennes, sans avoir à entreprendre le voyage lointain et coûteux de Paris. Par là diminuera le nombre des officiers de santé et s'accroltra celui des docteurs, au grand profit de la population de tous nos départements de l'ouest, de celle des campagnes comme de cette des villes.

Rennes offre d'ailleurs des ressources certaines pour l'instruction des étèves elle possède quatre hôpitaux renfermant plus de mille lits. Des services spéciaux sont organisés pour tes diverses maladies. Déjà tes étèves en médecine assistent à tous tes accouchements qui sont pratiqués en grand nombre dans l'hospice de la Maternité. U y a de plus un hôpital militaire qui contient près de cinq cents lits; .et l'une des trois prisons de cette ville renferme à elle seule près de cinq cents détenus. Le service des cliniques et des amphithéâtres est donc assuré. L? ville possède un jardin botanique fort riche en espèces, un cabinet d'histoire naturelle et une bib)iothèque nombreuse, renfermant une collection considérante de bons livres de médecine; enfin, plusieurs des professeurs actuels de l'école secondaire pourraient être appetés à faire partie de la nouvelle Facutté. Cette Facutté serait organisée d'une manière solide; mais on n'y constituerait d'abord que l'enseignement indispensable. Les élèves trouveraient dans la Faculté des sciences les connaissances accessoires qui sont le commencement des éludes médicales les leçons de physique, chimie, botanique, zoologie et minéralogie seraient spécialement dirigées vers ce but. De cette manière, il suffirait d'établir dans la Facutté de médecine dix chaires ayant pour objet 1° Anatomie;

2° Physiologie;

3° Pathologie interne;

4° Pathologie externe;

5° Accouchements et clinique des accouchements;

60 Clinique interne;

*!° Clinique externe;

8° Matière médicale et thérapeutique;

90 Matière pharmaceutique et toxicologie;

t0° Hygiène et médecine tégate.

Quelques-unes de ces chaires pourraient provisoirement n'être connées qu'à des adjoints. A la Facutté de Strasbourg, it y a douze professeurs, et la dépense annuelle de cette Faculté est de 6),000 fr. Nous ne vous demandons, pour cette de Rennes, qu'un crédit de 68,200 fr., qui se répartira ainsi qu'il su!t

a


10 Personnel.

Sept professeurs titulaires à 4,000 fr. chacun, 28,000 Troisprofesseursadjointsà2,u00fr. 6,000 Préeiputdudoyen, 1,000 Traitements éventuels des dix professeurs, évalués d'après un effectif de 100 à 125 élevés. 6,500 (Cette dépense est compensée par une dépense égale provenant des droits perçus par le Trésor. )

Fonctionnaires et employés divers, savoir:

Un secrétaire agent comptable, à 2,500 S

Un chef des travaux anatomiques, 1,500 i

Unprosecteur, 1,000 Trois aides de clinique, choisis parmi les in- ternes des hôpitaux, 1,200 Unaidepréparateur, 600 Un garçon de salle pour tes cours, 600 t Un appariteur, concierge, 1,000/ 2° ~rtf/.

Chauffage et éclairage, 1,500 Frais des différents cours, 3,200 Col lections, 2,000 Prix, MO Frais de bureaux, 500 Entretien et dépenses diverses, 500 Somme égate, 58,200

L'association de prévoyance des médecins de Paris a adopté dans une séance extraordinaire tenue le 29 mars dernier l'article réglementaire additionnel suivant:

« La commission générate est en outre chargée de veiller à la répression ,des abus qui nuisent à l'exercice de notre profession, en déférant ces abus à l'autorité et en leur donnant, au besoin, de la publicité pour prémunir la société contre les dangers qu'ils entraînent..

Pour faciliter l'exécution de cet article, la commission a présenté et l'assemblée a adopté deux propositions ainsi conçues « Une séance annuettesera spécialement consacrée à la police médicale.

<) Des comités d'arrondissement seront chargés de recueillir tous les renseignements rotatifs aux abus qui nuisent à l'exercice de notre profession, et de faire chaque mois un rapport sur cet objet à ta commission générale. »

Ces dispositions adoptées, on a nommé aussitôt dans chaque arrondissement sept commissaires chargés de la police médicale conjointement avec la commission. C'est, ainsi qu'on le voit, l'établissement inattendu et si vivement repoussé il y a quelques années des conseils de discipline. Comment cette institution a-t-elle surgi du sein d'une société de charité? comment les médecins de Paris, qui s'étaient naguère montrés si hostiles à tout établissement de police destiné à surveiller leur conduite, ont-ils approuvé une mesure qui les met tout à coup sous la dépendance de quelques confrères? c'est ce que nous ignorons entièrement mais on peut assurer que le petit nombre des membres de l'association présents à la séance gênérale a suivi, sans en calculer la portée, une impulsion qui ne saurait manquer d'être fatale à l'institution de prévoyance.


Déjà nous nous tommes élevé contre cette tendance qu'avaient quelques membres à accroître tes pouvoirs de la société et à la détourner de son but charitable pour en faire une œuvre de police et de surveillance. Nous disions à cette occasion que cet envahissement serait inévitablement la cause de l'anéantissement de la société, car notre but est de soulager et non de punir, de protéger et non d'inspecter. Nous nous sommes réunis comme des membres d'une même famille, et nous nous sommes associés mutuellement contre la misère mais jamais nous n'avons eu l'intention de surveiller la conduite de nos confrères, et encore moins de leur permettre de surveiller la nôtre. Or, du moment qu'on ne suit plus la voie dans laquelle nous nous étions engagés en fondant l'institution, on peut considérer l'association comme dissoute, puisque ses membres sont divisés d'intention.

Lorsqu'en 1830 les médecins se formèrent en assemMée pour chercher tes moyens de maintenir en honneur une profession qui leur semblait déchoir dans l'opinion publique, on proposa l'établissement de conseils de discipline; mais cette idée fut presque unanimement repoussée. On sentait l'impossibilité de choisir des juges parmi des confrères qui ne seraient pas à l'abri de certaines animosités de profession, ou qui du moins en seraient suspectés chacun descendit en soi-même et fut effrayé en pensant que sa réputation, son honneur, et partant son existence étaient à la merci d'une dénonciation, quelque calomnieuse qu'elle fût; car une citation devant un conseil de discipline, fût-elle terminée par un acquittement, constituera toujours une prévention fâcheuse qui réagira longtemps d'une façon dép)orab)c sur la réputation de t'accusé. On trouva que c'était assez de répondre, comme les autres hommes, de sa conduite devant des juges institués par la loi, sans se créer encore un tribunal d'inquisition, tribunal de pairs, c'est-à-dire composé d'hommes passionnés, ou trop sévères, ou trop indulgents.

Les mêmes raisons qui firent rejeter cette proposition en ]830 existent encore aujourd'hui, comment donc subissons-nous sans murmures un empiètement si funeste à nos libertés ? comment, surtout, la presse médicale a-t-elle enregistré cette mesure sans remarques et sans protestations?

Mais, nous dit-on, il faut arrêter le charlatanisme qui envahit le corps médica); signaler tes intrigues qui déshonorent notre profession, et reconquérir la considération dont chaque jour nous perdons quelque chose. D'accord mais quelqu'un a-t-i) jamais pensé qu'on parviendrait à ce but par l'institution des conseils de discipline ? et les commissaires d'arrondissements eux-mêmes, qui doivent surveiller notre conduite ont-ils réfléchi un instant à la nature des fonctions dont ils s'étaient chargés? A la moindre délation qu'ils se croiront obligés defaire devant la commission, ne va-t-il pas s'élever contre eux un cri général de réprobation? Ne va-t-on pas les accuser d'écraser le faible et d'épargner le médecin haut piacë qui se livre impunément aux intrigues etau'charlatanisme de'bonne société? Ne va-t-on pas dire que l'accusation portée par eux n'est que le fruit d'une animosité personnelle, d'une jalousie de métier, une basse manœuvre pour perdre un confrère qui leur enlevait des clients ? Toutes ces imputations seront fausses,calomnieuses sans doute; les membres du conseil de discipline, tous bien connus par leur horreur pour le charlatanisme, ne seront animés que des meilleures intentions, ne céderont jamais aux considérations personnelles, frapperont le fort comme le faible, et seront tous jusqu'à la fin des modèles de désintéressement etd'équité; mais enfin ils serontjuges, et partant soupçonna de malversation ib seront puissants, et inévitablement re-


doutés et C'est le sort de tous tes pouvoirs alors qu'ils sont établis parmi des égaux, et le conseil de discipline des médecins de Paris ne saurait s'y soustraire.

Ces raisons, ainsi que nous le disions tout à l'heure, avaient fait repousser toutétablissement disciplinaire, parce que d'un côtéonne trouvait pas de juges qui voulussent s'exposer d'injustes récriminations, et que de l'autre personne né voulait se soumettre à leur juridiction. Aujourd'hui les juges sont institués; mais voudra-t-on leur obéir? Il est permis d'en douter, car ce sont des juges sans pouvoir, c'est une institution illégale qui ne peut infliger de châtiment qu'autant qu'il nous plaira d'être châtiés. Supposons en effet qu'un médecin manque à ses devoirs, qu'il fasse un acte jugé repréhensibleparta commission, et que dans la séance annuelle consacrée à la police médicale un des juges ait le triste courage de le dénoncer en face et d'en appeler à l'opinion publique qu'arrivera-t-il ? C'est qu'aussitôt le médecin lésé aura recours aux moyens légaux pour venger son injure. Il dira a La loi ne vous permet pas d'alléguer publiquement des faits qui peuvent porter atteinte à mon honneur alors même que ces imputations seraient exactes. Vos aUégations sont mensongères, et ne le fussent-elles pas, elles sont diffamatoires. Or, si vous me traduisez devant des juges que, dans un mouvement de vapeurs ambitieuses,il vous a plu d'instituer et que jene reconnais pas, je vais vous appel er devant un tribunal dont vous ne déclinerez JMS la juridiction, c'est le tribunal correctionnel qui punit le diffamateur. Que deviendront la nouvelle institution les juges par quartier, les séances mensuelles et annuelles, et toute la juridiction? Tout cela s'abîmera devant les considérants du juge qui; sans égard pour la nouvelle dignité de ces prétendus magistrats, les dépouillera de la robe qu'ils ont usurpée, leur déversant d'une main prodigue et l'amende et le ridicule.

Ainsi finira l'institution disciplinaire en l'an de grâce 1840, dans celui même où elle aura vu le jour. Et cependant, nous l'avouons, nous regretterions peu cette fin prématurée si ce tribunal de moderne invention ne devait entrainer dans sa chute l'institution de bienfaisance à laquelle on a eu le matheur de l'associer. On sait en effet qu'aucune réunion, qu'aucune association de plus de vingt personnes ne peut exister si elle n'est autorisée par le gouvernement. Lors de la fondation denotre association mutuelle,on sollicita cette autorisation, mais on ne put l'obtenir seulement le ministre, prenant en considération le but de ta société qui ne se formait que dans un esprit de bienfaisance, promit de nous tolérer; ce qu'il a fait depuis rette époque. Que va t-il arriver, au premier acte des conseils dediscipline? C'est que le médecin qui sera mis en prévention dénoncera immédiatement au procureur du roi l'existence de cette société; que celui-ci, forcé de faire exécuter la loi, saisira nos registres et fera prononcer la dissolution etdu conseil de discipline et de l'association mutuelle, enveloppant ainsi dans une même proscription un établissement utile et une institution sans but, fruit avorté d'une tentative ridicule de domination.

Ces courtes rénexions sur ce qui vient de se passer au sein de l'association des médecins de Paris engageront sans doute ceux de nos confrères des départements qui s'occupent de fonder à notre exemple une société de secours mutuels, à ne jamais oublier que les institutions dans un corps savant et libre n'ont de chances de durée que quand leurs membres se réunissent pour s'éclairer ou se secourir, et que ceux-ci doivent, dans tous les cas, se prêter assistance et non se régenter, s'ils veulent fonder un établissement à la fois utile et honorable.


ART. 2019.

Cautérisation d'un fongus cancéreux par le sublimé corrMt/' suivie de mort.

On trouve, dans les Annales de la Société des sciences naturelles de Bruges, une observation communiquée par le docteur Dubiez sur les effets fâcheux de la cautérisation avec le sublimé corrosif. Un jeune homme de dix-sept ans vit se développer, vers la partie moyenne et antérieure de la jambe, une tumeur qu'on chercha vainement à résoudre par divers moyens, et qui prit bientôt les caractères d'un fongus cancéreux. M. le docteur Thunot, jugeant, au mois de janvier 1838, que cette tumeur, qui avait acquis le volume du poing, ne pouvait être extirpée en entier, proposa l'amputation de la jambe comme unique et dernière ressource. Mais, plusieurs chirurgiens ayant été réunis, deux d'entre eux pensèrent qu'il était possible de la détruire par les applications de sublimé corrosif, auxquelles ils avaient eu recours plusieurs fois avec succès dans des affections semblables. En effet, le 16 janvier, ils circonscrivirent la tumeur avec une once et demie de sublimé; l'escarre produite par cette application détruisit toute la peau de la surface, à l'exception de la partie centrale où l'on n'avait point appliqué de caustique. L'escarre fut enlevée !e sixième jour et remplacée par une nouvelle couche de sublimé, qui détruisit le reste de la peau et tout le tissu cellulaire de sorte que, quand les parties mortifiées furent tombées, la tumeur apparut comme disséquée. De nouvelles applications eurent lieu successivement, d'abord de dix en dix jours, puis on les rapprocha, et quatre furent faites de cinq en cinq jours. Les progrès de la maladie furent un moment suspendus. Les chairs fongueuses parurent même complètement emportées à la partie supérieure de la tumeur. Le péronée, mis à nu, sembla gonfté, ramolli et atteint d'un commencement de spina-ventosa. On y appliqua plusieurs couronnes de trepan; mais les douleurs que déterminait la dissection au travers du fongus forcèrent à y renoncer. On dut alors se borner aux cautérisations, que l'on étoigna cependant plus tard, à cause de la douleur que déterminait l'enlèvement de l'éscarre. A dater de ce moment, la tumeur fit de rapides progrès en hauteur et en largeur la santé générale s'altéra sensiblement; il survint de la diarrhée, et le malade tomba promptement dans le marasme. TOM. XI, N" DE JUIN. 16


Le 30 mars, ilaccusa de légères douleurs vers la première grosse molaire du côté droit, bien qu'elle ne fût point cariée on n'observait absolument rien du côté des gencives. Le 6 avril, l'haleine était fétide, la gencive rouge et un peu enflée. La dent fut extraite, mais elle n'était point cariée. Le 11, il y eut une nouvelle consultation. Le malade portait alors dans la bouche deux vastes escarres gangreneuses. La mâchoire était dénudée et nécrosée, les gencives gonOées, les dents vacillantes; la déglutition était difficile, et il s'écoutait une salivation abondante. La plaie de la jambe était aussi recouverte d'une vaste escarre gangreneuse et de l'aspect le plus repoussant. Les jours suivants, la gangrène de la bouche prit plus d'extension; la joue fut perforée, les lèvres détruites. Du fond de ce cloaque infect s'écoulait continuellement une grande quantité de salive. La déglutition était presque impossible, et enfin la mort vint mettre un terme aux souffrances de ce malheureux. Réflexions. Après avoir publié, dans ce journal, des faits nombreux en faveur de la cautérisation avec le sublimé corrosif, nous devons rechercher avec soin tous ceux qui tendraient à prouver que ce caustique peut être absorbé, et déterminer, comme l'arsenic, des accidents graves et même mortels. Nous avons donc reproduit l'observation que M. le docteur Dubiez a communiquée à la Société des sciences naturelles de Bruges. Mais nous no pensons pas, ainsi que paraît le faire ce médecin qu'aucune conclusion défavorable à l'emploi de ce caustique puisse en être tirée; car rien n'est moins prouvé qu'un empoisonnement dans ce cas, qui pourrait être invoqué plutôt en faveur de la cautérisation avec le sublimé que comme un argument propre à démontrer les fâcheux résultats de son application. On a vu, en effet, des doses énormes de sublimé déposées soit sur la peau, soit sur une plaie saignante ( puisque la première application aété d'une once et demie de ce caustique) et cependant, malgré une quantité si prodigieuse de poison mêlé à des tissus vivants, malgré une cautérisation répétée un si grand nombre de fois, pendant deux mois et demi, aucun indice d'absorption n'aétéobservé des masses énorme de tissus dégénérés ont été détruites, et certes le malade aurait guéri, si la tumeur eût été susceptible de céder une médication quelconque. La première cautérisation avait eu lieu le 16 janvier; ce n'est que le 30 mars que le malade accuse une douteur dans la mâchoire, alors seulement que le cancer dela jambe avait fait d'immenses progrès; que le sujet était réduit an dernier


degré du marasme; qu'il y avait de la fièvre, dela diarrhée, etc. enfin, qu'il allait succomber à son propre mal, sans qu'un empoisonnement dût venir aggraver tes accidents. L'absorption du sublimé ne nous paraît aucunement nécessaire pour expliquer l'extension du cancer de la jambe aux os de la mâchoire rien n'est plus ordinaire que de voir une pareille complication, alors que les malades n'ont point fait usage de sublimé et d'aitteurs l'absorption de ce poison ne s'annonce point par une altération des os de la mâchoire suivie de la gangrène des parties molles 'de la bouche. Nous avons vu quelquefois la salivation mercurielle suivie de la carie des os maxillaires mais nous ne savons si, comme dans le cas présent, le mercure porte jamais son action sur les os avant d'attaquer les parties molles; nous serions donc porté à attribuer la carie de l'os de la mâchoire, et, par suite, la gangrène de la bouche, plutôt à l'extension de la maladie de la jambe qu'à l'absorption du sublimé qui, pendant deux mois et demi, a été administré sans signes d'empoisonnement dans des proportions véritablement énormes. Il ne faudrait pas cependant donner à ces réflexions un sens, qu'elles ne doivent point avoir. Nous sommes loin de prétendre que le sublimé employé comme caustique ne puisse être absorbé et causer un empoisonnement; mais nous ne croyons pas que le fait que l'on vient de lire doive être une arme de plus dans les mains des adversaires de ce caustique. Au contraire, on peut assurer qu'en admettant même, ce que nous ne croyons pas, que la gangrène de la bouche et la carie des os de la mâchoire soient le résultat de son absorption, on n'eût pu faire usage, pendant un temps aussi long et à des doses aussi énormes, d'un autre caustique quelconque, et surtout de l'arsenic, sans déterminer bien plus tôt de véritables symptômes d'empoisonnement. Ce fait, dans lequelon a évidemmentabusé d'un caustique précieux, ne contribuera donc point à le faire rejeter de la thérapeutique; it servira au contraire à prouver qu'on peut, sans craindre de le voir absorbé, détruire avec le sublimé des masses cancéreuses d'un certain volume~ alors que l'emploi d'un caustique sera indiqué.


ART. 2020.

Considérations sur les soins que les dents de lait réclament depuis leur sortie jusqu'au moment de leur chute. Divers modes de plombage usités de nos jours.

M. Delmond a publié dans le journal l'Esculape un article intéressant sur les maladies des dents pendant l'enfance. Ce médecin examine quelle conduite on doit tenir pour conserver ces dents, et, lorsqu'elles sont cariées, quelle influence leur extraction a sur le développement de celles qui doivent leur succéder. Les affections gastro-intestinales réagissent, suivant lui, d'une manière très-fàcheuse sur les dents de l'enfant aussi bien que sur celles de l'adulte; il est souvent difficile d'éloigner cette cause de destruction; mais une autre source de maux, c'est l'abus des sucreries qui, contenant toujours une grande quantité d'acide malique, y déterminent un agacement douloureux, précurseur ou compagnon de la carie. Lorsque les enfants .éprouvent cette douleur, il faut avoir le soin de frotter pendant quelques instants les dents avec une brosse douce fortement chargée de magnésie décarbonatée. La douleur ou l'agacement cesse sur-le-champ, l'acide malique se combinant avec la magnésie.

Lorsque le tissu de la dent, plus avancé dans sa décomposition, alaisséla pulpe dentaire en contact immédiat avec les agents extérieurs qui peuvent l'irriter, il faut employer tous les moyens propres à faire cesser l'irritation pour plomber ensuite la dent de lait, afin, s'il est possible, d'attendre le développement de celle qui doit la remplacer. M. Delmond, dans ces cas, s'est bien trouvé du mélange suivant

Huiled'amandesdoucescamphrée, 3 onces (6<- gram.); Laudanum de Sydenham, demi-once ~i 6 grammes); Essence de menthe, quatre à cinq gouttes.

On en imbibe une petite boulette de coton que l'on introduit dans la cavité produite par la carie. Quelques gouttes d'huile d'amandes douces ou de lys, laudanisées ou non, de légères frictions derrière les oreilles, un suintement que l'on déterminera sur cette partie en y plaçant des linges enduits de pommade épispastique, de petits vésicatoires camphrés qu'on pourra appliquer dans quelques circonstances, ou bien quelques sangsues derrière les oreilles, aux angles de la mâchoire, suivant les indica-


tions, pourront produire de bons effets et faire cesser !a douleur en faisant avorter l'inflammation. Alors on s'empresse d'en prévenir le retour en plombant la dent. ~tais lorsque ces moyens ne réussissent pas, lorsque les membranes alvéolo-dentaires sont le siège d'une inflammation chronique, qu'il s'échappe autour du collet de la dent une suppuration plus ou moins considérable, alors il faut bien se décider à en faire l'extraction, quelque fâcheuse que soit cette nécessité.

Il n'est pas exact de dire que la perte des dents de sept ans doive être attribuée à l'extraction des dents de lait. Cette extraction, au contraire, ne peut nuire aux germes des dents secondaires, à moins que l'opérateur, par maladresse, ne cause aux bords alvéolaires une fracture considérable qui mette à découvert le germe de la dent qui est au-dessous. Il est même possible que la dent de lait entièrement cariée soit rejetée au dehors par la dent secondaire qui sort de son alvéole au milieu de ces débris, sans que cette dernière éprouve la moindre altération. Mais lorsque la caric a attaqué la dent do lait dans un âge trèspeu avancé, si ses membranes alvéolaires sont le siége d'une inflammation chronique, si lcs douleurs sont fréquentes et prolongées, ainsi que les fluxions, l'irritation peut s'étendre plus profondément, et alors la chute des deux dents réunies en est la conséquence. On eût évité cet accident soit en plombant la dent do lait dès le principe, ainsi que nous l'avons indiqué, soit en l'arrachant après avoir reconnu qu'on ne pouvait arrêter les progrès de la carie.

Cependant M. Delmond ne se décide point sans un motif grave à extraire les dents de lait, surtout la dernière molaire, car vers l'âge de six à sept ans, lorsque pousse la première molaire permanente, ne trouvant point d'obstacle à son développement, elle se porte en avant, et l'espace que les dents secondaires devront occuper se trouve ainsi diminué.

A l'appui de ces réflexions, ce médecin cite trois observations. La première est relative à un enfant dont une dent fut arrachée avec un fil. Les douleurs avaient été vives et prolongées, les gencives étaient gonflées et du pus s'échappait autour du collet de la dent. C'était une première molaire; elle fut extraite avec la couronne de la, dent permanente qui lui resta accolée. La carie avait déjà gagné cette dient, et il eût été impossible de la conserver. Le second fait cité par M. Delmond est çelui de son


propre enfant, âgé de huit ans, dont la seconde molaire supérieure était cariée, mais sans causer de douleur. Tout à coup cette dent devint le siège d'une violente inflammation, et il fallut en faire l'extraction. Un abcès s'était formé dans la gencive. Il s'écoula, dès que la dent fut arrachée, une assez grande quantité de pus une petite fistule s'établit et ne se tarit que quand un petit fragment de l'alvéole se fut détaché. Alors on vit à découvert la couronne de la dent permanente, jaune, rugueuse, et qu'il fallut arracher. Depuis cette époque, la première petite molaire est sortie de son alvéole, mais elle s'est placée de côté, est souvent douloureuse et ne se conservera pas longtemps. Enfin la troisième observation citée par M. Delmond est celle d'une jeune fille de sept ans, qui se trouvait dans des conditions beaucoup plus fâcheuses. Une molaire avait été cariée; on n'avait pas voulu l'arracher, et la carie faisant des progrès, un gonflement inflammatoire était devenu habituel de ce côté. Lorsque M. Delmond fut consulté, il existait une nécrose de la mâchoire dans une étendue assez considérable. Ce fragment d'os enlevé, on reconnut qu'il contenait dans son intérieur les couronnes de l'incisive latérale, de la canine et de la première petite molaire. Ces couronnes étaient noires et atrophiées. Il en est résulté une assez large brèche qui cause aujourd'hui une difformité désagréable.

Réflexions. Nous n'avons que bien rarement occasion d'entretenir nos lecteurs de la thérapeutique des maladies des dents, parce qu'il paraît un très-petit nombre d'ouvrages sur cette branche importante de la chirurgie, et que les écrivains de nos jours semblent avoir entièrement négligé un sujet qui cependant intéresse au plus haut point les praticiens. Nous avons donc dû mentionner te'travail de M. Delmond, et nous le ferons suivre de quelques considérations qu'un dentiste distingué.M. 0. Taveau, vientde publier dans le journal la Lancette, sur l'obturation ou plombage des dents. Nous reproduisons textuellement ces réflexions trop concises et trop essentiellement pratiques pour pouvoir être analysées.

1° Opportunité de l'obturation. Tous les auteurs qui ont écrit sur ce sujet s'accordent à reconnaître qu'il ne faut jamais plomber d'abord une dent douloureuse, ensuite une dent affectée de carie sanieuse ou humide. La première partie de ce précepte, ne jamais plomber une dent douloureuse, est vraie dans la plupart des cas, mais elle souffre cependant quelques exceptions; car on rencontre, par


exemple, des dents cariées qui ne sont douloureuses que précisément parce que leur intérieur est assujetti aux vicissitudesatmosphériquesquil'impressionnentpéniblement et qui cessent de faire souffrir aussitôt que leur cavité est soustraite par son occlusion à l'action du froid et du chaud. J'en ai actuellement sous les yeux une preuve fournie par un médecin qui a une seconde grosse molaire inférieure profondément excavée, et qui n'en souffre que lorsqu'il enlève de sa cavité un tampon de coton dont il est obligé de l'obturer tous les jours. Que cette personne se présente chez un dentiste après avoir enlevé le coton que contient sa dent, elle annoncera certainement une douleur qui, dans quelques cas, est très-vive, mais cette douleur sera-t-elte une contre-indication de l'obturation, et même d'un plombage dénnitif? Non, très-certainement, puisque ce moyen pourra seul la faire cesser.

Dans d'autres circonstances, une douleur, affectant une dent plus ou moins excavée par la carie, peut avoir son siège non dans la cavité accidentelle, mais dans le périoste alvéolaire; ce dont on s'assure par la percussion qui aggrave la douleur, et par l'introduction dans la carie d'une sonde qui ne détermine aucune sensation pénible. Ce genre de douleur ne contre-indique par conséquent pas non plus précisément toujours l'obturation de la dent. 11 n'y a donc, relativement à la douleur, rien de bien absolu quand elle est prise pour mesure de l'opportunité du plombage; aussi est-il plus conforme, à ce que démontre l'expérience, de se borner à dire S'il ne faut pas plomber une dent douloureuse, c'est surtout celle dont la cavité est le siège d'une douleur continue, ou dans les cas où la douleur s'accompagne de phénomènes inflammatoires.

Quant au conseil donné, sous forme aphoiistique, de ne pas plomber une dent affectée de carie sanieuse ou humide, il est tout à fait obligatoire, si on a voulu entendre par le, mot plomber l'obturation définitive d'une dent cariée; mais il est moins juste, si par ce mot on a voulu défendre toute introduction dans la dent malade d'un corps étranger capable de la soustraire provisoirement à l'action de l'air et des aliments. En effet, c'est presque toujours par là qu'il faut commencer, puisque les substances susceptibles d'arrêter la suppuration de la pulpe dentaire ou la décomposition de la matière éburnée doivent rester en contact avec les parties malades un certain temps, en un mot, le temps nécessaire à la cicatrisation, ou, si l'on veut, ail dessèchement de la carie. Le précepte, dans le cas de carie sanieuse,


doit donc, pour exprimer convenablement l'indication rationnelle, être donné à peu près en ces termes Soustraire provisoirement la cavité de la carie au contact de l'air et des corps étrangers, pour faciliter son dessèchement, et plomber ensuite.

Pour remplir les premières indications, opérer le desséchement de la carie, je me suis longtemps servi avec succès, et faute de mieux, d'une sorte de ciment ou pâte composé de sulfate d'alumine et d'éther sulfurique; mais j'ai été forcé de reconnaître que les avantages de cette substance, qui se durcissait d'ailleurs assez promptement, étaient annulés par l'espèce d'astriction que t'alun exerçait inévitablement sur les parties voisines, et par l'incommodité qui résultait du dégagement de l'éther. J'ai fait à ce sujet de nouvelles recherches qui m'ont conduit à la découverte d'une autre substance qui, non-seulement a tous les avantages de la précédente, sans en avoir les inconvénients, mais qui me semble même préférable sous tous les rapports à cette foule de préparations que l'esprit industriel et spéculatif de notre époque a fait éclore et préconise avec emphase comme moyen infaillible de suspendre les douleurs dentaires. C'est une solution de résine du pistacia lentiscus de l'île de Chio, ou simplement du benjoin dans l'alcool à 42 degrés, et dont on imbibe un peu de coton qu'on enfonce dans la cavité de la carie, en tamponnant assez fortement.

Cette préparation, qui ne laisse pas dans la bouche l'odeur et la saveur pénétrantes de l'éther sulfurique et de la créosote, et qui n'a pas, comme cette dernière, l'inconvénient de cautériser toutes les parties qu'elle touche, a le double avantage i° do dessécher très-promptement, c'està-dire en deux ou trois applications et souvent même en une seule, la pulpe dentaire, et, suivant l'expression habituelle assez peu médicale d'ailleurs, de charbonner l'intérieur de la dent; 2° de se durcir en six ou huit heures, de telle sorte que non-seulement elle soustrait la carie au contact de l'air et des aliments, mais qu'elle habitue encore la dent à la présence d'un corps moins dur, il est vrai, que tous les métaux employés pour plomber, et cependant d'une consistance [telle, qu'il obture comptétement ta cavité de la carie. Elle peut donc servir à la fois de topique par ses propriétés escarotiques,.à la manière de toutes les teintures alcooliques, et de moyen contentif pour toutes les substances qu'on jugerait nécessaire de maintenir un cer-ain temps en contact direct avec le fond d'une carie den-


taire, comme l'opium, le camphre, la myrrhe, etc. Ajoutons à cela que sa texture permet de l'extraire facilement, dès qu'on le pense convenable.

2" Matière obturante. Quand, par l'emploi de moyens appropriés, locaux ou généraux, on est parvenu à arrêter les progrès d'une carie, qu'on en a pour ainsi dire obtenu la cicatrisation, on doit s'occuper de la plomber d'une manière définitive; et je persiste à soutenir que cette opération, peut-être trop négligée de nos jours, pourrait, convenablement faite, conserver quatre-vingts dents au moins sur cent de celles dont on réclame de nous l'extraction. Quoi qu'il en soit, on a généralement employé jusqu'ici, pour plomber, cinq sortes de métaux: le plomb, l'étain, l'or et le platine, qui s'emploient en feuilles, et le métal de Darcet, qui s'utilise à l'état de fusion..

Le plomb est avec raison totalement abandonné aujourd'hui, et il en est presque de même de l'étain qui, quoique obturant assez bien, s'oxyde toujours à la longue, et laisse pénétrer cette oxydation au fond de la carie qu'elle tend à entretenir; on les a remplacés avec le plus grand succès par l'or et le platine. Mais l'or, que quelques dentistes modernes disent à tort avoir les premiers employé à cet effet, puisque Fauchard le désigne en termes formels, est préférable à tous. Quand il est convenablement préparé, il est d'un excellent usage, parce que nonseulement sa couleur ne diffère pas très-sensiblement de celle des dents, comme l'étain et même le platine qui sont toujours d'un gris de fer, mais encore parce qu'il ne s'oxyde pas comme l'étain et s'identifie plus intimement qu'aucun autre avec lui-même et les parties environnantes. I) est seulement à regretter qu'il soit très-difficile de se procurer de l'or pur à Paris, car il n'y a guère que M. Motin, rue Grénetat, qui lé livre à cet état; encore est-il moins convenablement préparé que celui de Vienne en Autriche, et même que celui des Etats-Unis.

Les métaux à l'état de feuilles peuvent être employés comme moyen d'obturation dentaire dans des circonstances que les auteurs ne me semblent point avoir assez rigoureusement déterminées. Ces circonstances sont presque exclusivement ou des cas de petites caries centralement placées, ou des caries dont l'ouverture est très-étroite. Mais malheureusement ces cas ne sont pas les plus communs, car les caries sont plus habituellement larges et affectent trèssouvent les parties latérales des dents; disposition qui, dans quelques occasions, ne permettrait pas aux métaux en


feuilles de subsister seulement vingt-quatre heures. I! a donc fallu chercher une substance plus solide, plus susceptible pour ainsi dire de contracter adhérence avec la dent. On a cru l'avoir trouvée dans le métal de Darcet, qui n'est, comme on sait, qu'un composé de huit parties de bismuth, cinq de plomb et trois d'étain, auxquelles un de nos honorables maîtres, M. Regnard, a ajouté un dixième de mercure pour augmenter sa fusibilité. Si cette substance a sur les métaux en feuilles l'avantage de s'amalgamer ptus uniformément, et par conséquent de ne pas laisser dans son intérieur ces vides que j'ai souvent rencontrés en sciant des dents plombées avec les autres substances; de ne pas permettre une sorte de filtration par capillarité des sucs buccaux dans son intérieur; elle a cependant un inconvénient c'est d'exiger l'emploi d'une température qui, sans être assez élevée pour brûler la dent et les parties environnantes, peut néanmoins enflammer ces dernières et dessécher l'émail au point de le faire éclater. Aussi, quoique pouvant rendre de grands services, exige-t-elle une longue expérience et une grande prudence dans son emptoi car il ne suffit pas de savoir « qu'elle entre en fusion à la température de l'eau bouillante; il faut pouvoir juger promptement cette température qui, au-dessous du point voulu, laisse l'opération incomplète et force à y revenir, et au-dessus peut véritablement brûler.

Pour obvier à tous ces inconvénients, je me sers depuis quatre ou cinq ans, avec un incontestable avantage, d'une pâte que j'ai nommée pâte d'argent, et dont je me suis aussitôt empressé de communiquer la composition à plusieurs de nos confrères. C'est la même que celle qu'un dentiste anglais a tout récemment importée à Paris, où il l'a donnée comme chose nouvelle, et qu'il a fort mal àpropos désignée du nom de minéral succédané, désignation qui est pour le moins un non sens, puisqu'elle n'indique ni sa nature ni ses usages. Cette pâte se prépare avec de l'argent vierge et du mercure. Pour cela on sature d'argent vierge, réduit en poudre très-fine et bien épuré, une quantité donnée de mercure; on broie le tout dans un mortier environ deux heures, pour que les métaux s'incorporent bien; et l'on passe, ou pour mieux dire, on exprime fortement le tout dans une peau de chevreau dépourvue de son épiderme, afin d'en extraire presque tout le mercure. Le résidu qu'on obtient ainsi est une pâte assez compacte qu'on renferme dans un bocal bouché à l'émeri pour l'utiliser au besoin. On emploie cette préparation à froid, en la faisant péné-


trer avec un fouloir dans l'excavation de la carie, et en se conduisant exactement comme pour les substances en feuilles. Le mercure venant à s'évaporer par la seule chaleur de la bouche, et cela dans le court espace de trois ou quatre jours, l'argent reste en une seule pièce dans l'excavation de la dent, en remplit toutes les anfractuosités, et devient aussi compacte que s'il avait été fondu dans cette même cavité. Ce nouveau moyen de plombage a donc une incontestable supériorité sur tous ceux qu'on emploie communément aujourd'hui, puisque d'abord il s'amalgame mieux et sans demander autant do foulement que les métaux en feuilles, ensuite parce qu'il ne nécessite pas l'emploi du feu, comme le métal de Darcet, enfin parce qu'il ne se durcit que dans un temps qui permet de l'enlever dans le cas où l'expérience prouverait que la dent n'était pas dans une condition requise pour un plombage définitif. La pâte d'argent n'a presque pas de retrait, comme on pourrait le èraindre par Ifévaporation du mercure qui n'y est, après son expression dans la peau de chevreau, que dans une proportion presque inappréciable. Quant à la crainte qu'on pourrait avoir de l'action de cette portion de mercure sur les dents, elle est absolument illusoire, puisque ce métal n'y reste qu'en quantité bien moindre que dans le métal de Darcet, modifié par Regnard; aussi est-it infiniment supérieur en dureté. En résumé, cette pâte mo paraît devoir être bientôt appelée à remplacer tous les autres moyens de plombage, puisque non-seulement elle en a tous les avantages sans en avoir les inconvénients, mais qu'elle peut s'accommoder à presque tous les cas, et qu'elle offre en même temps et une parfaite homogénéité et une dureté qu'on chercherait vainement ailleurs. Cette dureté est telle, en effet, que la pointe des instruments d'acier, qui pénètre très-aisément le métal fusible, a quelque peine à l'érailler. Je me fais donc un devoir de chercher à en répandre l'emploi en appelant sur elle l'attention des praticiens qui pensent avec raison que la perte d'une dent est toujours regrettable, et que son évulsion est un sacrifice auquel il ne faut se résoudre qu'à la dernière extrémité. ART. 2021.

Considérations pratiques sur quelques cas d'oMMMfoM. Traitement par les saignées les moxas aux tempes et ~apnua<tOM de lumière,

Le docteur Georges Fox a publié, dans un journal amo-


ricain (1) un compte rendu des cas les plus intéressants de maladies des yeux qai se sont présentés dans son service, pendant un trimestre de 1839. Parmi ces observations il a mentionné six exemples d'amauroses dont voici les deux plus remarquables

Une couturière, âgée de vingt-trois ans, entra l'hôpital 6 avril avec une amaurose des deux yeux. Depuis trois années sa vue, qui n'avait jamais été bonne, baissait graduellement. Dans la croyance qu'elle était myope,.cette femme avait porté pendant quelque temps des verres concaves. Ses pupilles étaient entièrement noires et très-dilatées; son regard était celui des amaurotiques; sa santé, du reste,, se maintenait très-bonne; elle éprouvait quelquefois de la douleur dans les yeux, mais uniquement après avoir cousa~ Elle se plaignait aussi de ce que des étincelles de lumière: passaient fréquemment devant ses yeux. Du reste, elle n'apercevait tes meubles de sa chambre que quand ils étaient à une très-petite distance, et la vision était encore plus mauvaise pendant la nuit et dans l'obscurité. On prescrivit un purgatif avec le séné tous les trois jours~ un bain avec affusions chaque matin, et unpédiluve irritai le soir. La malade fut en outre mise à un régime léger,. consistant en végétaux, thé et pain. Le 12, deux moxas furent appliqués aux tempes le 15, il y avait une légère amélioration; le 22, elle distinguait certains objets à quelque distance on continua le même traitement; le 26, on mit un moxa à la tempe gauche; le 29, la vision était meilleure la pupille se contractait et se dilatait mieux; le 4. mai, un moxa à la tempe droite; le 9, un moxa à la tempe gauche; le 14, l'amélioration était considérable, les pu~ pilles semblaient naturelles le 17, on mit encore un moxa: à la tempe droite; le 29, cette femme quitta l'hôpital parfaitement bien guérie elle lisait très-bien de petits caractères, et sa vue semblait fort bonne.

Depuis cette époque on a appris qu'entrée comme domestique dans une maison particulière, elle avait éprouvé une sorte de rechute, sans cependant être obligée de recourir à un nouveau traitement

Le docteur Fox a considéré cette amaurose comme dépendant d'un état asthénique de la rétine, joint à une congestion locale. Le fait suivant a beaucoup d'analogie avec celui qu'on vient de lire.

Un ouvrier horloger, âgé de 19 an~ entra à l'hôpital le ()) The ~Mencan/oMr~a~ of the m«<. Mt'enc~.


t avril t838, avec une amaurose des deux yeux. Au mois de juillet 1837, il s'était aperçu pour !a première fois d'une diminution de la vue du côté gauche. Bientôt cet affaiblissement augmenta avec cette circonstance singulière qu'il distinguait mieux les objets qu'il regardait de côté que ceux qu'il fixait directement. Au bout de quelques semaines, il n'y voyait plus de ce côté. H continua cependant à travailler jusqu'au mois de septembre, époque à laquelle l'œit du côté droit fut affecté à son tour. Il consulta un médecin qui lui donna des soins pendant quelques mois sans aucun succès. Il était alors presque complètement aveugle, ne pouvant se conduire seul dans les rues, et tourmenté continuellement par des étincelles qui passaient devant ses yeux ou des images d'animaux de toutes les formes. Il lui fut prescrit trois grains de pilules bleues chaque soir (1), un purgatif au séné chaque matin, et de fréquents bains de pieds à la moutarde.

Le 5, ~0 sangsues furent appliquées aux tempes; le 8, on mit un petit vésicatoire à chaque tempe; le 13, il y eut un léger mouvement de fièvre on tira seize onces de sang par la saignée; le 14, on prescrivit un bain avec affusion chaque matin.

Le 23, on signala une légère amélioration dans l'aspect des yeux; les pupilles étaient moins dilatées, mais la vue était la même. Le purgatif au séné fùt supprimé; les pilules bleues ne furent données que tous les deux jours, et enfin on prescrivit une tisane de valériane et de camomille.

Le 2 mai le malade commençait à apercevoir les objets un peu moins confusément on lui prescrivit un errhin composé d'une partie de turbith minéral et de huit parties d'une poudre inerte.

Le 16, l'amélioration était considérable du côté droit; mais il y avait peu de changement dans l'œil gauche. L'errhin fut supprimé et on continua le même traitement; de plus, 40 sangsues furent appliquées aux tempes, et on donna un sixième de grain de strychnine trois fois par jour.

Le 30, le malade se plaignant de la tête, la strychnine (1) Les pilules bleues, ou M~e /)/)', sont composées de mercure et de conserve de roses, de chaque trois gros, et un gros de poudre de réglisse.On triture ensemble, et l'on fait des pilules de trois grains. Les Anglais font uu très-fréquent usage de cette préparation. (Note du traducteur.)


fut supprimée, et l'on appliqua de nouveau 40 sangsues aux tempes.

Le l"~ juillet, le malade pouvait lire de gros caractères de l'œil gauche on continua le même traitement, appliquant des sangsues tous les dix jours, et donnant de temps à autre de légers purgatifs. Sous l'influence de ces moyens la vision s'améliora de plus en plus, et le malade put sortir, le 21 novembre, entièrement débarrassé de son amaurose. Réflexions. Nous sommes revenu, dans ce journal, un grand nombre de fois sur le traitement de l'amanrose et sur les moyens proposés comme jouissant d'une sorte de spécificité dans cette maladie (1). Parmi les médications dont on paraît avoir retiré de bons effets dans certaines circonstances, il en est une que nous trouvons indiquée dans les Archives générales de Médecine et qui mérite, par sa singularité, d'être rapportée ici.

Cette méthode de traitement est due au docteur James Alderson, médecin de l'infirmerie générale de Huile. Elle est basée sur cette remarque, que dans la paralysie saturnine, si l'on vient au secours des muscles extenseurs paralysés en soutenant avec des ateltes les doigts, les poignets et les bras, on rend quelquefois à ces muscles, après un long repos, leur faculté contractile. Partant de ce point, et par analogie, le docteurAlderson a pensé q~en soustrayant pendant un certain temps les yeux a l'action de la lumière, on rendrait aux nerfs de cette partie la faculté qu'ils ont perdue.

Ce n'est que dans l'amaurose saturnine que ce moyen a été employé, et l'auteur ne cite que deux cas qui, tous deux, ont été suivis de guérison. Voici ces deux faits dont nos lecteurs pourront tirer parti à l'occasion.

Elisabeth Clayton, âgée de vingt-cinq ans, non mariée, est entrée à l'infirmerie le '27 décembre 1833. Depuis sept ou huit ans, elle travaille au plomb sans avoir jamais été atteinte de paralysie. Il y a environ six semaines, elle s'aperçut que ses mains se paralysaient, environ trois semaines avant l'affaiblissement de la vue. En ce moment, l'amaurose est complète les pupilles sont un peuditatéës. Les jambes sont également paralysées, mais la malade no peut dire depuis quelle époque. ( 4 grammes de sulfate de magnésie avec deux gouttes de laudanum dans 30 grammes d'infusion de roses toutes les quatre heures; 5 décigrammes (t) Voy. art. 227, 545, 563. 590, 797, 853, <097, 022, 1704.


de poudre d'ipécacuanhaiesoir; frictions avec un liniment stimulant sur le cou et le long de l'épine; alimentation substantielle). Pendant trois semaines, ce traitement fut employé sans aucune amélioration de la vue, bien que la paralysie des membres diminuât notablement. On appliqua alors un bandage qui fermait exactement les yeux, et qui fut gardé jour et nuit. Le 14 février, amélioration notable (quinine à l'intérieur) la malade distingue les objets, mais confusément. Le 18 février, elle peut lire de gros caractères peu de temps après, guérison complète. Elisabeth Dyson, âgée de dix-huit ans, fut reçue à l'infirmerie le 10 juin 1835. Elle avait une amaurose complète et une paralysie des mains; elle dit avoir travaillé neuf mois au plomb et avoir eu plusieurs fois la colique, qui céda'toujours à l'administration du castoréum. Un bandage fut appliqué, comme dans le cas précédent, et maintenu exactement jour et nuit. Le 2t juin, la vision est' un peu revenue; il y a aussi de l'amendement dans la paralysie. Le 8 juillet, la guérison est complète.

ART. 2022.

Observations sur un pied bot guéri par le plâtre coulé. Double pied bot '~Mert par la section des tendons. M. Verger, médecin à Chàteaubriant a communiqué l'observation suivante à la Société académique de la Loireinférieure.

Au commencement du mois de novembre, dit-il, on m'apporta un enfant âgé de deux mois, dont la plante du pied était complétement tournée en dedans, et dont le pied appuyait entièrement sur le bord externe mais la malléole, de ce côté, n'appuyait pas encore sur le sol. La mère me dit qu'il était ainsi venu au monde et qu'elle en était d'autant plus effrayée, qu'elle a un frère affecté de naissance de cette difformité aux deux pieds, et complétement estropié. Je reconnus un pied bot ( varus) par luxation congénitale; je tentai de ramener le pied à sa position naturelle, et j'y réussis, quoique avec peine et après plusieurs efforts et beaucoup de cris de la part de l'enfant.

Mais comment maintenir les parties réduites ? J'éprouvai qu'il faudrait une force bien précise et longtemps continuée. Je reconnus que tous les bandages et appareils à fractures et à luxations, toutes les attelles, n'y pouvaient rien absolument.


Après y avoir mûrement réfléchi, je m'arrêtai à la mé.thode de Dieffenbach, de Berlin, pour les fractures, au plâtre coulé, que je résolus d'appliquer au pied bot. Aidé de deux sculpteurs qui travaillaient aux réparations de l'église de Béré, prèsChâteaubriant, j'appliquai une première bottine en plâtre. AlaSn de l'opération, nous nous aperçûmes qu'elle n'avait pas parfaitement atteint le but; je n'avais pu tenir le pied dans une immobilité parfaite au moment où le plâtre passait de l'état liquide à l'état solide. Nous recommençâmes pendant que l'enfant tétait, et qu'il se reposait des efforts et des cris qu'il n'avait cessé de faire pendant un quart d'heure. Cette seconde bottine fut parfaitement adaptée.

Elle fut levée le huitième jour le pied fut trouvé trèsdroit, mais avec tendance à revenir à sa déviation primitive.

Une troisième bottine fut appliquée avec beaucoup plus de'facilité que la première, pendant que l'enfant tétait, et nous eûmes soin de la dégrossir; elle fut sculptée, afin de ne laisser au pied de cet enfant qu'un poids de deux livres au lieu d'un poids de quatre livres qu'il avait la première fois.

Cette troisièmebottine resta quinzejours en place, en tout vingt et un jours de traitement et alors le pied fut trouvé parfait et sans tendance à revenir à sa difformité primitive mais, pour plus de sûreté, un petit soulier lui fut appliqué et, au moyen de lacets il fut lié solidement sur le pied et sur la jambe, préalablement garnis de linges. Depuis lors cet enfant est bien guéri, sans crainte de récidive.

Réflexions. La lecture de cette observation a donné lieu à des objections, très-fondées suivant nous, sur la valeur de ce procédé. On a fait observer qu'il était assez rare de pouvoir réduire ainsi immédiatement le pied bot et qu'ordinairement il faut, pour ramener le membre dans sa position, des tractions longues et soutenues. Le bandage inamovible ne pourrait donc être employé pour remédier à cette difformité que dans des cas exceptionnels, et dans cette circonstance encore ne vaudrait-il pas mieux recourir au bandage amidonné, qui paraît avoir beaucoup moins d'inconvénients que le plâtre ? Ces observations nous semblent justes et nous ne pensons pas que les praticiens aient de fréquentes occasions de traiter le pied bot par le plâtre coulé.

Une méthode qui a pris depuis quelque temps une ex-


tension considérable dans le traitement de cette difformité. est celle qui consiste à opérer la section du tendon d'Achille et dont nous avons plusieurs fois entretenu nos lecteurs (1). Cette opération, d'une exécution facile et qu'un chirurgien, même peu exercé, peut exécuter sans danger, n'est point restée la propriété exclusive de quelques hommes qui se sont adonnés plus spécialement à F étude de l'orthopédie; elle est passée dans le domaine public, et sera sans doute bientôt reconnue, comme une des plus simples et en même temps des plus précieuses découvertes de la chirurgie moderne; Déjà plusieurs de nos correspondants nous ont annoncé l'avoirpratiquée avec succès; envoici un exempleque nous transmet M. le docteur Dalien fils, médecin à Thiaucourt (Meurthe).

Le 6 août dernier, nous écrit-il, je fus appelé à SaintJulien-les-Gorze(Mozelle) pour visiter un enfant nouveauné, atteint d'une difformité des pieds. A mon arrivée, je reconnus un double pied bot en haut, c'est-à-dire la face dorsaletellement relevée, qu'elle semblaitaccolée à la partie antérieure et externe de la jambe, les talons seuls devant porter tout le poids du corps. Ayant reconnu que cette difformité ne tenait nullement à la défectuosité des os, mais bien à l'action anormale des muscles, je rassurai les parents qui étaient au désespoir, et je leur annonçai que je remettrais dans leur état naturel les pieds de leur enfant.

Enhardi par les belles cures publiées par M. Vincent Duval, je me décidai à opérer le lendemain la ténotomie chez les enfants étant, selon lui, beaucoup plus simple, et surtout suivie d'un succès bien plus complet et beaucoup plus constant que chez les adultes. L'enfant maintenu sur les genoux d'une femme, les pieds dégagés du maillot, j'opérai de la manière suivante, en présence de M. Laval, pharmacien à Thiaucourt, qui, désirant être témoin de cette opération, avait bien voulu s'offrir comme aide. La partie inférieure de la jambe gauche fut d'abord fixée par lui; puis, saisissant le pied de la main gauche, je lui fis exécuter un mouvement de bascule qui fit apparaître de suite les tendons alors, la main droite munie d'un bistouri étroit et à tranchant légèrement convexe, je coupai, d'après le procédé de M. Duval (c'est-à-dire de la face profonde à la face cutanée, et en sciant), les tendons du jambier antérieur, du long extenseur du gros orteil et du long extenseur (1) Voy. art. 1434, t7<9et<889.

TOM. XI. ? DE JUIN.


commun dt's orteils en ne faisant toutefois qu'une seule petite piqûre à la peau pour chaque section. Les petites plaies furent immédiatementrecouvertes d'un petitemptâtre de diachylon gommé. A l'instant te pied s'abaissa, et prit la position horizontale dans laquelle je le maintins de suite par une petite semelle dé canon fort fixée solidement à une attelleconcave, surlaquelle fut contenue la jambe au moyen d'une bande. J'opérai de la même manière l'autre pied, et je le maintins aussi de même. Deux ou trois gouttes de sang s'échappèrent des piqûres, ei l'enfant sentit à peine cette double opération, dont le résultat si subit étonna et rempli de joie les parents.

Ceci fait, je ne regardai pas ma mission comme entièrement remplie. Je vis què non-seulement javais affaire à un pied bot en haut, mais aussi à un pied bot valgus, pour lequel il serait nécessaire de couper le tendon du long péronnier latéral. Craignant une inflammation dangereuse chez un être aussi frêle, je remis cette opération à un peu plus tard. J'ordonnai de maintenir, sans y rien déranger, les pieds de 1 enfant dans la position où je les avais placés, puis je partis te cœur content.

Le 9 je visitai ma petite opérée, elle était dans un état satisfaisant; pas le moindre indice de souffrance no s'était fait voir, et toutes les fonctions se faisaient très-bien. Je remis en ordre les appareils qui s'étaient un peu dérangés. Le 13, à ta levée des appareils, je pus à peine reconnaître le lieu des piqûres. J'opérai ensuite ta section du tendon du long péronnier latéral, ce qui, contre mon attente, ne produise aucun résultat. Le talon persista à se maintenir renversé éndehors. Je remarquai que le tendon d'Achitte contribuait principatèment à ce renversement. J'en demeurai là, et je plaçai fes pieds dans des espèces de sabots en carton qui les maintinrent horizontalement au moyen de l'attelle sous jambière. L'enfant continua à jouir d'une bonne santé; ses pieds furent laissés dans tes appareils jusqu'au 20 novembre dernier, jour où j'opérai la section du tendon d'Achitte. Alors le pied reprit, à ma grande satisfaction,sa position normate; et tout me faitespérerque j'aurai eu le bonheur de soustraire à une difformité repoussante un individu dont l'existence aurait fait pour toujours le tourment de sa famille.


AM.2023.

Observation curieuse d'un enfantné avant <erMe, qui resta pendant deux mois sans prendre de nourriture. M. Chauvin, docteur en médecine à Sion, a communiqué à la même Société le fait suivant qui, par sa singularité, mérite d'être reproduit.

I) y a trois ans qu'il naquit au village de Grée, en la commune de Rufdgfié, un enfant du sexe masculin qui n'était pas à terme. La mère, qui se nomme Anne Hupel, était primipare et incommodée depuis le commencement de sa grossesse elle n'était enceinte que de sept mois. Après l'accouchement, elle ne présenta rien de remarquable mais son enfant, quoique bien conformé, était plus petit qu'un enfant à terme. Il avait assez d'embonpoint, la peau délicate et d'un rouge vif, et les yeux constamment. fermés. La fonction respiratoire s'établit facilement, mais la voix et les fonctions digestives et locomotrices restèrent dans l'assoupissement le plus complet pendant sept semaines. Pendant tout ce temps il paraissait dormir constamment tous ses mouvements consistaient, quand on le démaillotait, à se pelotonner les cuisses sur le ventre, les jambes sur les cuisses et les bras sur la poitrine, pour reprendre la position qu'il avait dans le'sein de sa mère. Les autres enfants nouveau-nés opèrent ce mouvement pendant deux ou trois jours seulement, et ils en font d'autres mais celui-ci le ttt pendant sept semaines, et ne fit que cela. Il ne poussa pas un seul cri; il ne but ni ne mangea. Si on lui mettait dans la bouche quelques gouttes. de lait, de vin ou autre chose, même de la bouillie, on le retrouvait, viugt-quatreheuresaprès, danslemêthe endroit sans qu'aucun mouvement de succion ni de déglutition lui eût fait subir aucun déplacement. Il n'évacua, pendant tout ce temps, aucune matière stercorale; il n'urinh point, et ne salit nullement les linges sur lesquels il était déposé. En un mot, il paraissait, à la respiration près, vivre de la même manière que pendant qu'il avait été renfermé dans le sein de sa mère. Il n'augmenta pas, mais aussi il ne diminua point; sa fraîcheur et son embonpoint restèrent toujours dans le même état.

Lorsque les sept semaines furent écoulées, tous les organes sortirent à la fois de leur assoupissement; il se mit à crier jour et nuit, à boire, à manger et à évacuer par


toutes les voies ordinaires; il prenait beaucoup de nourriture, eu égard à sa force, et cependant il dépérit considérablement il devint jaune, maigre et ridé, et on désepéra encore une fois de pouvoir rélever cependant, après un espace de temps de deux à trois mois, il prit le dessus, et maintenant qu'il a trois ans, il est aussi fort et aussi bien portant que n'importe quel enfant de son âge.

ART. 2024.

Examen pratique des maladies de matrice; par Ph. Hutin. (Analyse.) (1)

Les maladies de matrice ont particulièrement attiré l'at tention des praticiens depuis quelques années, et leur étude a donné naissance à de nombreux écrits dont nous annonçons aujourd'hui le plus récent. Cet ouvrage est plutôt un aperçu qu'un traité des affections de l'utérus; c'est, en quelque sorte, une conversation que l'auteur veut, avoir avec ses lecteurs. Mais, quelque abrégé que soit son livre, il nous fournira matière à des considérations qui ne seront pas sans intérêt pour la pratique.

M. Huth), éuumérant les causes éloignées des maladies en question, fait remonter ses investigations jusqu'à la naissance des sujets, et il s'élève avec force contre l'habitude où l'on est, dans les grandes viltes, d'envoyer les enfants en nourrice dans les campagnes, ou de les confier à des femmes qui les allaitent chez leurs parents. Ce médecin voit là un grave abus qui prive les enfants de leur nourriture naturelle, appauvrit leur constitution, et par conséquent prédispose les petites filles aux maladies de matrice. Nous ne comprenons guère comment un lait étranger peut prédisposer aux affections de matrice; mais nous sommes surpris qu'un praticien aussi expérimenté que paraît l'être M. Hutin voie une pratique vicieuse et funeste à l'éducation des enfants dans le seul moyen que l'on possède de corriger la constitution détériorée des habitants des grandes villes, et de remédier à l'affaiblissement progressif de leur lignée. On sait qu'à la fin du siècle dernier tes éloquentes paroles d'un écrivain célèbre amenèrent dans l'éducation physique des enfants un changement complet. Les mères, qui étaient presque toutes alors dans l'usage de confier leurs nouveau-nés à des nourrices, se firent un ()) Un vol. in-8 de 2)2 pages. Chez Germer ttai))ière.


pointd'honneur de les attaiter ettes-mêmes fortes et faibles, valétudinaires et bien portantes, toutes les dames de la classe aisée rougirent de charger une femme mercenaire d'un soin qu'on leur avait représenté, à juste titre, comme le plus saint de leurs devoirs. Mais en abandonnant un usage qui certainement avait de graves inconvénients, on devait nécessairement, avec le caractère d'exagération qui nous est naturel, tomber dans un excès contraire, et les médecins purent bientôt s'apercevoir que les conseils du philosophe de Genève, tout en réformant un abus préjudiciable, avaient parfois aussi, dans les grandes villes de déplorables résultats. L'usage admis de nourrir soi-même ses enfants ne permit pas aux hommes de l'art de spécifier les cas où l'allaitement maternel était impraticable. C'était une honte pour une mère de choisir une nourrice; il fallut donner le sein àl'enfant, fût-on d'une constitution nerveuse, irritable, entachée du vice scrofuleux, scorbutique ou cancéreux, existât-il des germes de phthisie ou d'autre lésion organique, enfin y eût-il absence d'un lait suffisant pour les besoins de l'enfant. H en résultait des tentatives infructueuses extrêmement préjudiciables aux enfants des accidents nombreux du côté de la mère, et en6n ta nécessité de confier à la première nourrice venue un enfant débilité par une nourriture insalubre et insuffisante, qui aurait eu besoin, au contraire, d'un sein rempli d'excellent lait et des soins d'une femme attentive et dévouée. Nous n'hésitons pas à le dire, les femmes de la classe riche des grandes villes sont, dans la grànde majorité des cas, incapables, malgré leur dévouement, de nourrir ellesmêmes leurs enfants. Leur constitution et les circonstances dans tesquettes elles vivent ne leur permettent point de supporter les rudes épreuves attachées à l'allaitement et d'ailleurs, en admettant que le lait maternel, quand il est mauvais, soit préférable au lait d'une nourrice quand il est bon, il serait encore insuffisant pour le nouveau-né, car dans la plupart des grandes villes, et à Paris spécialement, l'air que l'on respire est chargé de miasmes essentiellement nuisibles au jeune âge or l'enfant a besoin d'un air pur, plus encore peut-être que d'un bon lait. Les personnes qui n'ont pas suivi l'éducation de la première enfance dans les villes populeuses ne se doutent pas des difncuttés que Ce pénible devoir présente aux mères qui en sont chargées. L'enfant, renfermé dans une chambre étroite ne respirant que l'air épais et humide d'une rue fréquentée ne prenant qu'un lait mal élaboré, parce qne


les jeunes mères d'une santé robustè sont ràres dans les grandes cités, est dans uti état de souffrance continuet il dort peu, crie et s'agite tout le jour et si on le porte sur une promenade éloignée du centre de la ville, ou ses pouinons sont dilatés par un air moins vicié, il éprouve un bien-être qui se traduit aussitôt par un sommeil paisible, et ne demande presque jamais le sein'que lorsqu'il rentre dans les conditions de souffrance habituelle.

Il n'est donc pas étonnant que les habitants des viilés tecômiaissant tes difScuttés que présente l'éducation du premier âge, et désirant donner à leurs enfants, dont la constitution est souvent chétive, l'air et le lait qui leur manquent, aient adopté l'usage presque général de les conBer à des nourrices. C'est l'abus de ce principe, bon en luimême pour les habitants des cités populeuses, qu'il fallait combattre mais aujourd'hui le médecin qui reproche aux mères de ne pas nourrir leurs enfants répète une accusation qui, depuis Rousseau, est devenue banale et n'en est pas moins injuste; car, loin de se refuser à cette tache pénible, elles s'obstinent- au contraire, le plus souvent, à l'entreprendre, au grand détriment de leur santé et de celle de leur nourrisson. Nous démontrerons cette vérité plus tard, si nos occupations nous permettent d'achever un ouvrage sur l'éducation de la première enfance, ouvrage auquel nous travaillons depuis longues années et qui offrira, nous l'espérons, quelque utilité pratique. Mais cette dissertation sur l'allaitement maternet nous a entraîné un peu loin de notre objet; revenons au livre de M. Hutin.

Ce médecin, poursuivant l'examen des causes des maladiés de matrice, s'élève, avec beaucoup do raison, contre les funestes effets du corset qui, gênant la circulation de la poitrine et du ventre, doit favoriser les engorgements de l'utérus. Il cite, à cette occasion, le fait suivant Il y a environ trois mois. dit-il, jefusappptéprèsdcM"~deL. qui passe dans te monde pour avoir une taille parfaite, et qui paie de son bien-être une partie de ce dangereux avantage. Depuis plusieurs mois, elle se plaignait d'avoir. presque habituellement, dans l'intervalle de ses règles, un léger suintement sanguin qu'elle attribuait à sa vie trés-active. Je l'examinai avec soin; là matrice était saine. ît me vint à l'idée de lui conseiller de s'abstenir de corset pendant quelques jours, et le lendemain tout avait disparu, a Les faits de ce genre sont bien communs, et it n'est pas de praticien qui n'en ait recueilli un grand nombre. Tous


les traités d'hygiène ont d'ailleurs suffisamment démontré lesinconvéhientsducorset.

Nous ne nous arrêterons pas sur les causes des maladies de matrice qui, comme on le sait, sont extrêmement nombreuses surles moyens d'éviter des erreurs de diagnostic, et sur la manière la plus convenable d'explorer l'organe malade, questions que l'auteur traite ayecque)que étendue, pour terminer cet article en faisant cdhnanrele traitement des descentes de matrice; tel que le prbpose M[. Hutin. « Après avoir acquis, dit-il là certitude que la matrice est saine, et que là descente est le résultat d'un re)achemcnt général des tissus, ou seulement des organes contenteurs de l'utérus, je soumets lamatade à un traitement qui remplit à la fois la double indication de corriger la prédisposition organique, et de relever, soutenir et fortifier la partie déplacée.

a Je fais prendre, matin et soir, environ quatre onces de vin astringent et amer, préparé de la manière suivante

Très-bon vin blanc vieux de Bordeaux, 2 boute~tes; Osmonde royale, 1 poignée; Germandrée vulgaire (sommités fleuries), 1 once; Poudre de c6nes de cyprès, 4~2 once. Faites infuser à froid, pendant huit jours, â lâ cave. A un régime analeptique, je joins, pour couper le yjn aux repas, une légère infusion de trois ou guerre pt~cees de sommités de germandrée, ou bien, si cette boisson répugne trop à la malade, je lui fais prendre de cette plante en poudre, associée à un peu de rhubarbe, dans la première cuillerée de potage. j Je fais prendre, tous les deux ou troi;s jours, un grand bain préparé ave& une forte décoction de tan,.et dans la belle saison, quelques bains de rivière, ou de mer. « D'un autre côté, je fais faire des injections dans les organes sexuels, avec de l'eau presque froide, .dans laquelle on ajoute, en quantité suffisante et modérément progressive, la préparation suivante

Vinaigre de vin blanc,. 2htres; Poudre de cônes de cyprès, de germandreë, 1 once foUeSéurdetan, t

Faites macérer à froid, pendant huit jours.


« Enfin, je relève la matrice, et je la soutiens en place au moyen d'un instrument fort simple, que la malade introduit elle-même tous les jours, en se levant, et retire en se couchant. »

M. Hutin donne ensuite la description de cet instrument qui peut être remplacé par les pessaires généralement en usage, ou mieux encore par des morceaux d'éponge fine trempés dans un liquide astringent fréquemment renouvelés et maintenus dans le vagin.

L'ouvrage que nous annonçons, bien que tout à fait incomplet, offre de l'intérêt pour le praticien qui ne saurait étudier avec trop de soin les maladies de la matrice, maladies encore peu connues et qui donnent chaque jour naissance à de nombreuses erreurs de diagnostic. ART. 2025.

Traité de l'incubation et de son influence ~efspeM~Me par le docteur Jules Guyot. (Analyse.)

Nous avons parlé, à l'article 1700 de ce Journal, des expériences de M. Guyot sur la chaleur considérée comme moyen de thérapeutique mais nous n'avons pu que mentionner seulement les quelques tentatives qui avaient été faites par ce médecin dans le traitement des plaies et des ulcères. Aujourd'hui la science est un peu plus avancéesous ce rapport, et les faits que l'on possède sont plus nombreux et plus concluants.

M. Guyot nous apprend, dans une préface qui se trouve en tête de son ouvrage, qu'un Mémoire renfermant trentedeux observations dans lesquelles l'incubation a été employée comme moyen thérapeutique fut adressée par lui à )'académie des sciences, au commencementde décembre t838; mais, matgré le nombre de ces faits, malgré l'importance du sujet, aucun rapport n'a encore été fait sur ce travail. L'auteur a donc été forcé, pour donner de la publicité à ses expériences, de publier )envre que nous annonçons. Cet ouvrage contient plus de quatre-vingt-dix observations de plaies, d'ulcères, de tumeurs blanches, etc., dans lesquelles on a eu recours à l'air chaud pour hâter la guérison. Bien que ces faits soient encore insuffisants pour fixer la valeur de ce moyen thérapeutique ils sont assurément assez nombreux pour que les praticiens les prennent en considération, et suivent avec intérêt les nouvelles expériences qui vont être tcntéfs.


Le livre de M. Guyot est divisé en quatre parties la première est purement théorique !a seconde indique les moyens de produire l'incubation la troisième comprend les faits connus; et enfin, la quatrième, les conséquences et les déductions qui résultent des faits. L'auteur ne considère l'incubation que comme un moyen d'aider au rétablissement des tissus dans teurétat normal. Les expériences auxquelles il s'est livré lui ont démontré que pour tirer un parti convenable de ce moyen, il fallait que la température au milieu de laquelle se trouve la partie blessée fût constamment maintenue à 36° centigrades. Cette incubation peut être partielle, c'est-à-dire bornée à une seule partie du corps, dansles plaies, les ulcères, les tumeurs blanches, par exemple, ou diffuses, s'étendant à des surfaces beaucoup plus étendues pour rétablir les fonctions des organes, ou enfin générale et s'étendre à tout le corps dans certains cas do scrofule, de rachitisme, de naissance avant terme, etc.

Pour obtenir ces diverses sortes d'incubation, M. Guyot a inventé des appareils dont la forme varie, mais qui se réduisent tous à une boîte en bois dont deux côtés sont remplacés par des sarraux de toile qui se froncent à l'aide d'une coulisse dans laquelle est un cordon. De cette manière, le bras ou la jambe, par exemple, sont introduits dans la boîte, et les cordons étant tirés, la partie malade se trouve enfermée sans communication avec l'extérieur. Un tuyau en fer-blanc amène dans la boîte la chaleur d'une' lampe à alcool placée au pied du lit. Enfin, la paroi supérieure de la boîte est une vitre en verre, afin qu'on puisse apercevoir son intérieur où se trouve un thermomètre qu'on peut retirer de sa coulisse et consulter à chaque instant. Cet appareil varie pour la forme et l'étendue, suivant l'effet qu'on en veut obtenir; nous renvoyons à l'ouvrage lui-même pour connaître ces nombreuses modifications que chaque praticien peut lui apporter. H ne nous serait pas possible non plus, sans dépasser les bornes de cet article, de faire connaître, même en abrégé, les faits intéressants qui, pour la plupart, militent en faveur de l'incubation; nous nous bornerons à reproduire quel ques-unes des conséquences qui sem blent découler des expériences auxquelles 1 auteur s'est livré. Le procédé de l'incubation consiste dans l'application et l'entretien constant d'une température de 36° centigradesau-dessus dezéro, jusqu'à la guérison d'une maladie, ou du moins jusqu'à ce que la guérison soitassurpe. Les variations les plus étendues no


doivent pas dépasser 40" m descendre au-dessdus de ~2. La dutée nécessaire de {'incubation est tout à fait subordonnée à la durée nécessaire de la maladie à son ancienneté et à sa gravité. Ainsi, lorsque deux, quatre, six jours suffiront à la cicatrisation d'une plaie supernciette~. deux, quatre, six jours d'incubation seront peu de chose pour une amputation de jambe ou dé cuisse et pour les vastes plaies qu! succèdent aux érvsipèles phlegmdheux; vingt~ours ne seront rien pour certaines tumeurs blanches. Mais cette incubation ne suffit pas pour guérir elle met seulement les tissus daRs là position la plus favorable à là guérison; C'est au chirurgien à diriger convenablement tes secours dé l'art et à faire un usage rationnel des moyens généraux et locaux.

.Sur les quatre-vingt-cinq malades auxquels la Chaleur à été appliquée, on compte dix-huit cas d'ulcères, dix claies, deux érysipèles phlegmoneux, un érysipële simple, un eczéma, un éléphantiasis, cinq œdèmes, dix tumeurs blanches et affections lymphatiques, deux rhumatismes, une sciati(}ue, une pleurésie, une péritonite puerpérale, unè hystérie, des cas de fièvres intermittentes et trente-deux amputations.

Dans tous ces cas, l'effet le plus constant a été de calmer les douleurs quand il en existait. La rougeur et la tuméfaction ont aussi diminué. L'état général a aussiété considérablement amélioré mais si les plaies et les ulcères se sont proniptemenf. cicatrisés sou~ son influence, si tes douleurs se sont calmées, si les fonctions se sont régularisées, il faut convenir que dans une foule de circonstances ce moyen sera impuissant ou même nuisible il ne faut pas lui accordér plus de vertu qu'il n'en possède réellement, car on serait bientôt conduit, par de nombreuses déceptions, à le rejétër de !a thérapeutique.

Ces sages avis, sur lesquels M. Guyot revient plusieurs fois, disposent favorablement en faveur d'une méthode qui ne fait encore que de naître et dont l'auteur se borne à signaler l'action bienfaisante sans pouvoir préciser tous les cas dans lesquels elle se montrera efficace. ART. 2026.

Observation singulière d'une a~ectMM nerveuse qui résista à toutes les médications et ~MpafM~ subitement d'ellemëme.

M. te docteur Lubert, médecin cantonnât à Réricourt


( Haute-Saône ), nous adresse t observation suivante. Mademoiselle âgée de vingt ans, d'une forte constitution, d'un tempérament sanguiu, fraîche, grasse, jouissant de la plus belle santé fut prise au mois de février 1837 d'un coryza accompagné d'un légercatarrhedesbronches; on ne 6t pas d'abord grande attention à cette indisposition qui, après quelques jours, perdit ses symptômes aigus; mais il restait à mademoiselle une petite toux sèche, brève, gutturale, qui la tourmentait beaucoup et qui revenait de demi-minute en demi-mittute, plus fréquemment même encore; du reste, expectoration fort rare et seulement de matières muqueuses, point de douleurs à la poitrine ou à la gorge, nu)le altération dans le poMs, dans la respiration; l'auscultation ne faisait reconnaître aucune particularité; toutes les fonctions s'exécutaient bien, et la santé aurait été parfaite sans cette toux continuelle et fort incommode.

Mais voici ce que cette affection présentait de tout à fait insolite si mademoiselle se couchait, soit dans son lit; soit sur son canapé, la toux cessait à l'instant. Mademoiselle pince de la guitare; aussitôt qu'elle prenait cet instrument et commençait à en tirer quelques sons, la toux se suspendait également, pour recommencer à l'instant où elle se levait ou bien déposait sa guitare. Durant le cours de cette singulière maladie plusieurs fois le décubitus a perdu sa faculté suspensive de là toux, toujours la guitare l'aconservée; et notez qu'il n'était pas nécessaire que l'attention de la musicienne fût fortement appliquée à ce qu'elle jouait, il suffisait qu'elle tînt l'instrument et promenât ses doigts sur les cordes de manière à en tirer des sons presque impérceptibles, si bien qn'én lisant ou en conversant et pour suspendre ses efforts de tout aussi incommodes pour elle-même qu'importuns pour les assistants, elle avait pris l'habitude d'avoir toujours sa guitare entre les mains. Une bonne musique, qui éveillait vivement l'attention de la malade, jouissait aussi de la vertu momentanément médicatrice, de sorte qu'ayant été à une représentation d'opéra, elle ne toussait nullement pendant les morceaux de chant, et attirait les regards de fous les spectateurs à cause de sa toux continuelle pendant le dialogue des acteurs. La marche, le grand air exaspéraient les abcès l'exercice en voiture les diminuait sans les suspendre.

Cet état de choses durait depuis plusieurs mois et inquiétait beaucoup la famille de mademoiselle on avait employé au début tous les moyens antiphlogistiques et


révulsifs la saignée du bras les sangsues, les boissons émollientes, les sirops de toute espèce, les vésicatoires, la pommade stibiée; rien n'y avait fait.-L'absence de toute altération appréciable dans les organes et dans les fonctions, faisait penser que l'affection était nerveuse, pour se servir d'un mot qu'on emploie souvent à défaut d'un autre plus précis. On eut donc recours aux antispasmodiques et aux calmants sous toutes les formes éther, digitale, opium y jusquiame, belladone, daturastramonium, castoréum, assafœtida, camphre en nature et en cigarettes aspiré, comme vous nous l'avez enseigné dans ce Journal, etc., etc.; !e tout en pilules, en potion, en lavement, en fumée, par la méthode endermique, de toutes manières et toujours sans résultat. Plusieurs consultations furent demandées, et Ies' efforts des médecins réunis demeurèrent impuissants. La guitare resta toujours le seul et unique remède.

Cependant le cas devenait.inquiétant par sa persistance l'arrière-gorge se fatiguait, s'irritait, les mucosités étaient quelquefois sanguinolentes; nous écrivîmes au professeur Chomel. Cecéièbre praticien nous envoya une consultation fort bien faite il conseillait les fnuittes de stramoine famées comme du tabac, moyen qui avait déjà été employé sans succès; la poudre de belladone administrée endernuquement des bains progressivement froids; et enfin, par une induction très-ingénieuse, considérant qu'on pouvait à volonté, par le décubitus et la guitare, faire naître et faire cesser les accès, il conseillait d'établir une affection intermittente, artificielle, et de la traiter parle sulfate de quinine. Tout cela fut fait sans le moindre succès.

Au bout de dix-sept mois de tentatives de toutes sortes' qu'il serait fastidieux df rappeler dans tous leurs détails, et deux mois environ après qu'on eut cessé toute médication, tfademoisette un beau matin, sans cause connue, se trouva parfaitement guérie; elle ne toussait plus. Dans le courantde 1839, après plusieursmois d'une santé florissante, la maladie a reparu avec tous les symptômes ci-dessus décrits; avertis par l'inutilité de tous les remèdes mis en usage la première fois, nous laissâmes mademoi- 0 selle absolument abandonnée à ~Ile-même au bout de six mois environ, elle put mettre la guitare de côté la toux avait disparu. Serait-elle partie plus promptement parce qu'on s'est abstenu cette dernière fois de vouloir la traiter? Depuis lors, mademoiselle se porte fort bien. Quelles conséquences tirer de cette observation au point de vue théorique et scientifique ? Nous laissons le champ


libre à ceux qui voudront tenter d'établir le caractère pathologique de cette affection si rebelle aux agents thérapeutiques si docile aux accords de la musique elle nous paraît intéressante à étudier pour ceux qui s'occupent de l'action du système nerveux et de ses altérations si variées èt souvent si bizarres au point de vue pratique, la seule conclusion que nous nous permettrons d'en tirer, estcelleci que, dans certains cas, la meilleure médecine à faire est de n'en faire aucune.

ART. 2027.

HOPITAL DE LA CHARITÉ.

(Service de M. Velpeau.)

Considérations pratiques sur les abcès du cfe!MC de l'aisselle.

H a été reçu dans les premiers jours de mars, et couché au n° 50, un homme d'une trentaine d'années, atteint d'un abcès à l'aisselle. Cet homme avait eu, quelque temps auparavant, des douleurs de tête pour lesquelles on lui avait placé un vésicatoire sur la nuque. Ce vésicatoirc parait avoir été le point de départ de l'irritation qui s'est rendue à l'aisselle et y a déterminé la formation d'un dépôt. Lors de son entrée à l'hôpital, il accusait des douleurs dans cette région. L'engorgement était profond, la peau encore intacte et mobile; cependant on reconnaissait, en pressant devant en arrière et en maintenant avec une main la partie postérieure de l'aisselle; un empâtement et une bosselure qui annonçaient la formation d'un abcès dans ce point. Les douleurs duraient, d'ailleurs, depuis huit à dix jours, et il était bien évident que depuis cette époque du pus avait dû se former. On aurait donc pu enfoncer un bistouri pour iui donner issue; mais M. Vetpeau préféra attendre encore -quelque temps, pour qu'il n'existât plus de doute à cet regard et que les élèves pussent l'examiner à loisir. Le 14 mars, cependant, cette opération fut pratiquée, et il s'écoula par la plaie une quantité abondante de pus de bonne qualité.

Ce cas a fourni à M. Velpeau l'occasion d'entrer dans quelques considérations pratiques sur ce genre d'abcès. L'aisselle, a dit ce professeur, est comme l'aine, le jarret et toutes les parties qui avoisinent les articulations, une


régi on complexe, formée de muscles nombreux, de vaisseaux, de nerfs, de ganglions lymphatiques et d'une quantité énorme de tissu cellulaire graisseux. C'est un point qu'il ne faut jamais oublier quand on a à traiter des abcès dans cette région. Les dispositions anatomiques qui sont connues de tous les praticiens permettent aux abcès qui se forment dans les diverses régions du cou, dans le rocher, les amygdales, le tissu cellulaire qui enveloppe ces parties, etc., de venir aboutir dans le creux de l'aisselle, comme nous avons vu ceux du jarret correspondre avec les abcès de la poitrine et du ventre. La région postérieure du cou offre la même communication par l'espace qui existe entre le trapèze, l'angulaire et les muscles du second plan de cette partie. D'un autre côté, la suppuration fournie par une carie du sternum, ou par un abcès du médiastin, peut suivre le trajet des nerfs et des vaisseaux, et venir s'accumuler au même point; enfin, le pus formé sur les parois de la poitrine peut remonter entre le grand dentelé et le grand pectoral, et venir ainsi d'un point assez éloigné se réunir dans l'aisselle. Mais ce n'est pas de ce genre d'abcès que nous devons nous occuper; il nous suffira d'avoir signalé la possibilité d'une collection purulente dans cette région, venant de divers points de la poitrine et du cou. Les abcès de l'aisselle peuvent s'établir immédiatement sous la peau, et comme ils se développent alors dans un tissu cellule-graisseux dont les filaments sort longs et extensibit s, ces foyers ont de la tendance à re5ter longtemps circonscrits; ils sont peu développés et ressemblent assez à des furoncles; aussi M. Velpeau leur a-t-it donné le nom d'abcès furonculaires. Ces abcès sont ordinairement multiples ils surgissent, en général, à l'occasion d'un frottement du membre, d'une irritation de la peau déterminée soit par le contact des corps extérieurs, soit par la liqueur des follicules sébacées de l'aisselle, qui prend souvent un degré d'âcreté considérable. C'est, en un mot, le résultat d'une irritation locale de la peau.

La marche de ces abcès furonculaires est très-simple c'est à peu près celle des clous. Jamais ils n'acquièrent un grand volume; ils s'ouvrent en général spontanément et n'offrentaucunegravité.Cependantitspeuvent persister pendant un long temps, parce que l'irritation de la peau qu'ils produisent est suffisante pour en engendrer de nouveaux; qu'ils se multiplient ainsi indé6niment,et finissent par devenir un accident fort pénible. D'un autre côté, lorsqu'on les ouvre, le foyer de suppuration ne se tarit pas toujours


très-vite, et quelquefois la plaie fa(;e aux téguments s'accompagnc d'eczéma ou d'érystp~e. !0nne peut conseiller autre chose contre ces sortes d'abcès que qes soins de propreté, des cat~asmes et l'ouverture avec ta tapcette, quand on !e juge nécessaire. ~e tissu cet~aire lamelleux en contact avec l'aponévrose est aussi te siège d'a~ce~soM~-cMtaKe~M~moHStM:. Les premiers, beaucoup plus voisins de la peau/avaient une tendance toute naturelle à s'abcéder 'à l'extérieur. Ceux ci peuvent suivre une même marche,; mais ils franchissent aussi quelquefois l'aponévrose et deviennent abcès profonds de FaisseUe. Ils naissent aussi souvent par irritation de là peau mais ils peuvent se dévetopper spontanément. Les malades accusent une douleur assez vive; il y a de ta chaleur, de la réaction, et la suppuration qui se forme s'étend de manière à envahir le creux de l'aisselle. ïi y a presque des chances égales à ce que cet abcès étant abandonné à lui-même, la suppuration se porte à l'extérieur ou pénètre plus profondément.

Ces abcès doivent être traités avec une certaine énergie. Quand les douleurs se manifestent, on doit appliquer vingt, trente, quarante sangsues, suivant la force du sujet; ia saignée généra!e peut être utïïe puis on emploie les pommades résolutives, les frictions avec l'onguent mercuriel à haute dose. Tels sont les moyens auxquels on doit se hâter de recourir pour faire avorter )'inHammatioa; mais quand ta suppuration est étabHe, i} faut bien recourir à d'autres expédients. Il faut alors faire une large ouverture, et cette opéraoon doit être pratiquée p)us tôt que plus tard, cari! n'y.aurait point d'inconvénient à ouvrir i'abeès avant que la collection purulente fut bien formée, tandis qu'it y en aurait beaucoup àtaisser }~ pus fuser dans la profondeur

de Faisselte.

Les. véritables abcès du creux de FaisseUe peuvent être rangés en deux catégories les uns sont des abcès pMe~moMM<a; qui prennent leur point de départ dans )e tissu ceiiulaire qui garnit cette région les autres débutent par !a phtegma~e des ganglions de Faissejte, ce sont des''<!6c~ ga~gt~'onM<t~'M ou par adénite. Les abcès purementphlegmonenx sont rares; ils ne surviennent guère qu'à la suite d'upab}essure qui a pénétré dans cette région, tandis que les~ abcès ganglionnaires sont très-communs ce: sont eux au' résument des tésipns de la ma;n et du bras, qui saccèdentsi souvent aux piqûres des doigts et surtout aux pi-

qû~és aqa~omiques, aux eczérri~, aux lichens, aitx'vésieâ=

qûres ana~omiquos, aux eczéma, aux lichens, aux a-


toires, aux irritations quelconques du membre thoracique. La marche de ces deux abcès est différente ceux dont le siège primitif est dans le tissu cellulaire débutent par une vive inflammation qui s'annonce par de rapides progrès il n'en est pas ainsi de l'autre variété. Tandis que l'abcès ganglionnaire met six, huit, dix jours à arriver à suppuration, quatre ou cinq jours ont ordinairement suffi pour conduire à la dernière période l'abcès phlegmoneux, et on conçoit qu'il en doit être ainsi, car l'abcès de l'aisselle n'est aigu que lorsque le tissu cellulaire devient le siège de l'inflammation, car dans l'adénite un certain temps est nécessaire pour que la phlegmasie ait gagné ce tissu. Les phlegmons profonds du creux de l'aisselle ne se terminent que bien rarement par résolution, et, à moins de pouvoir les combattre dès leur début, il ne faut pas espérer cette heureuse terminaison il faudrait d'ailleurs, pour s'opposer à leur développement, si on pouvait les reconnaître dès le début, un traitement antiphlogistique trèsénergique. Ainsi, lorsqu'il existe une piqûre, une blessure, une irritation quelconque du membre thoracique, et que l'on veut prévenir le développement d'un abcès dont on a reconnu l'origine, on doit saigner largement, appliquer un très-grand nombre de sangsues dans le creux de l'aissetle, et donner en même-temps des purgatifs énergiques le tartre stib.ié à haute dose ainsi que le calomel; c'est en un mot à la méthode antiphlogistique la plus puissante qu'il faut recourir; on fait ensuite des frictions mercurielles en portant l'onguent, pour ainsi dire, à pleines mains, plusieurs fois par jour, dans l'aisselle; enfin, un vaste vésicatoire volant peut encore, à une période plus avancée, être d'un grand secours.

Ces moyens énergiques, employés dès le début, arrêtent quelquefois la formation de l'abcès dans l'aisselle; mais si déjà plusieurs jours se sont écoulés depuis l'invasion des s douleurs, il n'y faut pas songer, et on doit se borner à en favoriser l'établissement pour donner issue à la collection purulente.

Hn'est pas très-aisé, quandi'abcès estformé, de reconnaître la fluctuation avant que la collection purulente ait acquis une étendue considérable. En effet, pour que la présence du pus soit sensible sous les doigts qui le pressent, il faut que ce liquide repose sur un plan solide et résistant. Or, l'aisselle est une cavité qui n'offre d'aucun côté des parois assez dures pour résister à la pression; ce sont des muscles, des aponévroses, et cette circonstance fait que souvent une


assez grande quantité de pus s'est épanchée avant qu'on en ait constaté la présence. M. Vetpeau s'est attaché à trouver les moyens de rendre ce diagnostic moins difficile. Pour diriger convenablement ses investigations à cet effet, il faut savoir que les abcès de l'aisselle sont plutôt portés en dedans qu'en dehors de cette cavité; ils sont en quelque sorte plaqués le long du thorax, en sorte qu'on peut, le plus souvent, glisser les doigts le long du bras, de manière qu'en repoussant l'abcès le long des parois de la poitrine, on a un plancher résistant qui permet de reconnaître la fluctuation.

Quand on ne peut parvenir à introduire ainsi les doigts !e long du bras, il faut, avec une des mains, chercher en arrière et soutenir le bord postérieur de l'aisselle et le refouler un peu en avant, puis, quand on a ainsi déprimé les tissus, avec l'autre main on cherche à les refouler de haut en bas et d'arrière en avant; l'engorgement se trouve ainsi emprisonné entre les deux mains, et, avec les deux pouces, on peut appuyer sur la bosselure que l'on a formée, et reconnaître ainsi la fluctuation.

M. Velpeau a vu, il y a deux ou trois ans, un malade qui portait un abcès dans l'aisselle depuis une quinzaine de jours. On hésitait à en faire l'ouverture parce que la fluctuation ne paraissait pas bien manifeste. Ce mode d'investigation démontra évidemment la présence du pus, et l'on se décida immédiatement à lui donner une issue. Le seul remède à opposer aux abcès de l'aisselle, lorsque la fluctuation a été constatée, est de les ouvrir. Il faut être bien convaincu qu'on ne peut les ouvrir trop tôt, parce que si l'on attend trop tard le pus fuse et s'échappe par toutes les voies que nous avons indiquées au commencement de cet article; il peut remonter vers le cou, retomber dans la poitrine, pénétrer dans la vaste caverne qui se trouve entre le grand dentelé et le rhomboïde, descendre sur les parois du thorax, etc. I) faut donc inciser les parois du foyer le plus promptement possible. Malheureusement les chirurgiens hésitent souvent et montrent de la timidité à cause des parties importantes qui se trouvent dans l'aisselle et qu'ils craignent de léser. Or, pour ouvrir un abcès de l'aisselle sans danger pour le malade, il suffit de faire écarter le bras du tronc, et de diriger l'incision horizontalement comme si on voulait pénétrer dans la poitrine. On est certain, de cette manière, de ne pas léser les vaisseaux et les plexus nerveux qui suivent le bras. Les chirurgiens n'ont donc aucun motif pour retarder cette ouverture, et ils se TOME xt. DE jmK. 18


hâteront d'autant plus que bien des exemples ont déjà prouvé que cette incision fût-elle faite avant la formation complète de la collection purulente, l'opération serait encore plutôt utile que nuisible, car, dans certains cas, elle a déterminé une prompte résolution qu'on n'aurait pas osé espérer. Ainsi, d'un coté, il n'y a aucun danger à ouvrir de bonne heure ces abcès; de l'autre tes accidents les ptus graves peuvent être le résultat de la temporisation les praticiens n'auront donc pas à hésiter sur le parti à prendre.

Quant à la forme à donner à cette ouverture, M. Velpeau pense qu'une simple ponction suffit lorsque le foyer est peu étendu et que fin'ision est faite en quelque sorte à titre d'abortif ou de résolutif; mais quand le foyer est considérable, c'est par une très-large incision qu'il faut y pénétrer. Les larges ouvertures ne retardent jamais ta guérison des abcès mais quand le foyer n'est pas suffisamment découvert, on s'expose à des complications qui augmentent encore la gravité de cette maladie.

En résumé, le traitement des abcès de la cavité de l'aisselle se réduit à ceci si la résolution est encore possible, un traitement antiphlogistique très-actif, des saignées, des sangsues nombreuses, des purgatifs énergiques, l'émétique à haute dose, les frictions mercurielles sur t'engorgement, et enfin un large vésicatoire volant qui offre l'avantage de hâter la formation de la collection purulente lorsqu'il ne peut la prévenir. L'abcès une fois établi, on constate l'existence de la suppuration par les deux moyens que nous avons indiqués, et l'on fait une simple ponction si l'abcès est très-peu considérable, ou une large ouverture si le foyer a plus d'étendue, l'incision étant dirigée presque perpendiculairement aux parois de ta poitrine.

ART. 2028.

Note sur la piqûre de la chique et les moyens d'y remédier. Un chirurgien de la marine du port de Brest nous adresse sur la piqûre de la chique quelques considérations que nous croyons devoir reproduire.

La chique (pulex penetrans), ds la famille des parasites, est un petit insecte d'Amérique qui s'introduit sous l'épiderme, et donne souvent tieu à desutcérations fort incommodes, douloureuses, et parfois longues à guérir, lorsqu'on n'y apportepas remède. Dans quelques circonstances même,


ces ulcérations négligées ont eu des résultats fâcheux. La chique a une sorte de prédilection pour les pieds; je n'en ai point vu ailleurs. Aussi les personnes qui marchent pieds nus ou jambes nues, celles même qui, ayant des bas, se chaussent avec des pantoufles ou des souliers, sont trés-exposées à prendre des chiques. On ne s'en garantit sûrement qu'en portant des bottes. La chique se loge sous l'épiderme de la plante des pieds, sur les orteils, et particulièrement au pourtour des ongles. Il est rare de ne pas en voir plusieurs sur le même pied ou sur le même orteil. On ne s'en aperçoit pas tout de suite; mais, deux ou trois jours après, une démangeaison, d'abord assez agréable, mais ensuite incommode, se fait sentir sur le point qu'occupe l'insecte. Cette sensation, plus forte la nuit que le jour, engage bientôt à s'examiner attentivement les pieds, et on aperçoit, à l'endroit qui est le siège du prurit, 'un point noir, plus petit que la tête d'une épingle quelquefois autour la peau a blanchi circulairement, comme s'i) y avait un petit abcès. Deux ou trois jours plus tard, la chique s'est enfoncée dans le derme y a déposé une assez grande quantité d'œufs blancs, renfermés dans un kyste ou poche membraneuse sphérique, assez solide, et dont la tête noire de l'animal forme le point extérieur apparent. Si l'on n'est pas sûr de l'existence de la chique, une petite déchirure de l'épiderme permet la sortie des œufs, et il n'y a alors plus de doute.

Si l'on est appelé de bonne heure, avant que la poche ou le kyste soit ouvert, on prend une forte épingle, avec laquelle on écarte, on soulève lentement l'épiderme autour du point noir; on déchire peu à peu cet épiderme de manière à découvrir, isoler le plus possible le kyste alors on saisit ce kyste avec des pinces, soit immédiatement, soit à travers un linge très-fin, et on arrache le tout. Quand la poche est venue entière, ce qui met toujours à l'abri de la récidive, elle se présente sous la forme sphérique, ayant la grosseur d'un pois, offrant un petit point noir en dessus, et contenant intérieurement une matière assez épaisse, blanche, grumeleuse il y a ordinairement un peu de sérosité entre le kyste et cette partie grumeleuse, qu'on regarde comme les œufs de l'insecte. L'enveloppe est assez résistante. A la place qu'occupait la chique se trouve une petite cavité circulaire assez profonde. Pas une goutte de sang ne s'écoule dans cette petite opération, qui ne demande pas de pansement.

Mais souvent, en cherchant à l'isoler, ou en l'arrachant,


la poche se déchire, alors les œufs se répandent autour, et Je mat ne tarderait pas à se reproduire; il faut alors tâcher d'enlever le kyste, soit en l'arrachant par portions, soit, ce qui est préférable, en !e disséquant. Cette dissection, à l'aide d'une pince, est assez facile. S'il en reste quelques petites parties, ou lors même qu'il n'en reste pas, on conseille de mettre dans la petite plaie de la cendre de cigare, 'du tabac en poudre ou de l'onguent mercuriel. L'on prétend qu'un de ces moyens, particulièrement le dernier, suffit pour détruire les œufs qui pourraient être restés, et assurer ainsi la guérison. Quant à moi, j'ai souvent employé la cautérisation avec le nitrate d'argent fondu. Ce dernier moyen est douloureux à la vérité, mais je le crois beaucoup plus sûr, surtout lorsque la chique est ancienne et les tissus enflammés, ramollis. Je n'ai eu recours à l'onguent mercuriel ou au tabac que dans les cas où le kyste tout entier avait été enlevé sans déchirure, c'est-à-dire dans des cas où on pourrait se dispenser de tout panse.ment. Quand la chique est négligée, la peau s'enflamme, se i"amoHit, se déchire une ulcération douloureuse, de mauvat's aspect, survient; elle fait des progrès, s'étend peu à peu .aux tissus environnants. L'expérience seule peut alors faire reconnaître l'origine et la nature de la maladie, qui restera .stationnaire ou continuera de s'aggraver tant qu'on n'aura pas détruit la cause qui l'entretient.

Les cataplasmes émollients sont alors indispensables pour calmer 1 irritation. On prétend que tespédituvestiédes ont l'inconvénient de faire enfler les jambes; j'en ai prescrit, malgré ce dicton populaire, et je ne l'ai point re.marqué. Quand l'irritation est affaiblie, la sensibilité dimi'nuée, on panse avec de l'huile mercurielle, ou du cérat mercuriel, ou mf'me de l'onguent mercuriel. Ces petites ulcérations sont parfois longues à se cicatriser; elles empêchent de se chausser. Je me suis bien trouvé dans ces cas do la cautérisation, répétée tous tes jours ou tous tes deux jours, avec le nitrate d'argent fondu. La première application est douloureuse, la deuxième l'est moins. La guérison par ce moyen m'a paru beaucoup plus prompte. On panse dans l'intervalle des cautérisations avec du diachylum gommé.


ART. 2029.

Procédé pour la préparation du lactate de protoxyde de fer; par M. JLoMfadoMr, pharmacien.

M. Louradour extrait l'acide Jactique du petit-lait que l'on recueille, aux environs de Paris, dans les laiteries où l'on prépare beaucoup de fromage. Ce petit-lait, abandonné assez longtemps à la fermentation sous l'influence d'une température un peu élevée, se charge d'une grande quantité d'acide lactique. Evaporé au tiers ou au quart de son volume, décanté et filtré il est ensuite saturé avec du lait de chaux qui y détermine un abondant précipité, formé en grande partie de phosphate calcaire. La solution Sttrée est ensuite précipitée par l'acide oxalique; on 6)tf de nouveau et on concentre le liquide jusqu'à ce qu'il ait acquis une consistance sirupeuse. On le délaye alors avec de l'alcool qui précipite la lactine et les sels. On filtre, on distille l'alcool et on obtient l'acide lactique pur. On prépare le lactate de protoxyde de fer en faisant digérer au bain de sable, à une douce chaleur, cet acide étendu d'eau sur de la limaitte de fer. Au bout de six à sept heures de réaction, on porte la liqueur à t'ébuttition, on filtre, on concentre, et on obtient par le refroidissement le sel cristallisé. Les cristaux égouttés dans un entonnoir et lavés à l'alcool, par déplacement, doivent être séchés rapidement et enfermés à l'abri du contact de l'air.

La faible solubilité du lactate de fer a permis à M. Louradour de simplifier encore son procédé en supprimant la purification de l'acide lactique par l'alcool, et en le traitant immédiatement par la limaille de fer; la liqueur, évaporée convenablement, laisse cristalliser le lactate, les sels étrangers et la lactine restent dans les eaux-mères que l'on rejette. ( Y. art. 1964.) (Journal de Pharmacie.) ART. 2030.

Note sur la préparation de la pâte de mou de veau. Sirop de mou de veau, 3000 grammes; Gomme arabique en poudre gross., 1750 grammes Extrait d'opium gommeux, 125 centigr. On fait dissoudre la gomme arabique dans 1750 grammes


d'eau; on ajoute à ce soluté le sirop de mou de veau; on rapproche le mélange à l'aide de la chaleur de l'eau bouillante et en agitant jusqu'à ça que la masse ait acquis la consistance convenable; on ajoute 60 grammes d'eau do fleurs d'oranger double, et on coule la pâte sur un marbre légèrement huité. Lorsqu'elle est froide, on la frotte avec du papier Joseph, pour enlever l'huile qui adhère à la face de dessous, et on la conserve dans une boîte de fer-blanc. Si on n'a pas de sirop de mou de veau, on procède à la confection de cette pâte de la manière suivante

Mou de veau,

Dattes,

Jujubes,

Raisins,

Racine de réglisse, de consoude, Eau,

1000 grammes; 160 grammes; 176 grammes; 176 grammes; 32 grammes 32 grammes; 1250 grammes.

On coupe par petits morceaux le mou de veau, on le lave dans l'eau froide; on le met avec les autres substances et la quantité d'eau prescrite dans un bain-marie couvert, que l'on tient dans l'eau bouillante pendant six heures; on passe avec expression; on décante la liqueur dans une bassine, où l'on y met 1750 grammes de gomme arabique en poudre grossière et 2000 grammes de sucre; on chauffe au bainmarie on l'agite continuellement, et lorsqu'elle est rapprochée en consistance de pâte, on y ajoute 60 grammes d eau de fleurs d'oranger-double, tenant en dissolution 125 centigrammes d'extrait d'opium gommeux, et on coule comme il est indiqué ci-dessus. (Journal de pharm. du Midi.) ART. 2031.

jPo~tOM ~OHn~M'e contre le croup (d'Albert de Bremen). Camphre, 25 milligrammes; Emétique, de 5 à 10 centigrammes; Vin d'ipécacuanha, 2 grammes 4 décigrammes Mucilage de gomme arabique, 8 grammes; Sirop de guimauve, 24 grammes Eau distittée, 60 grammes. Cette potion, selon Hahnemann, doit être donnée par cuillerée à café, toutes les dix à trente minutes. Quelquefois on y ajoute 75 milligrammes de kermès minéral. Dans l'intervalle de la potion, on fait boire de l'eau sucrée ou un mélange d'eau et de lait. (Journal de chimie médicale.)


ART. 2032.

MÉDECINE LÉGALE..

Des divers genres de mort par suspension; des phénomènes qui l'accompagnent.

M.,

tt n'est peut-être pas de point de médecine légale qui ait été l'objet de plus de contestations, eu égard à la valeur des faits sur lesquels repose la solution des diverses questions qui s'y rattachent. Un grand nombre de médecins ont payé leur tribut à la science, et la science est souvent demeurée impuissante.Toutefois c'est plutôt encoredans la généralisation des faits que dans leur application à la pratique particulière qu'elle nous est insuffisante, et il en sera toujours ainsi tant qu'il s'agira de phénomènes qui ressortent de la vie. C'est assez faire sentir qu'il y a lieu de se livrer à de nouvelles recherches sur ce sujet qui appelle toute l'attention des médecins. Sous le titre d'asphyxie par suspension on comprend en géoéral deux choses qui ont entre elles beaucoup d'analogie quant aux effets, mais qui se différencient quant au mécanisme: la pendaison et la strangulation. Les mots pendaison ou suspension ne doivent jamais être appliqués qu'à l'asphyxie qui est la conséquence d'une suspension du corps à un lien appliqué autour du cou la strangulation n'indique autre chose qu'une constriction exercée sur le cou, soit par la main, soit par un lien, soit par toute autre cause, indépendamment de toute suspension du corps. Aussi nous occuperons-nous isolément de la pendaison et de la suspension.

Déterminer si la suspension a eu lieu pendant la vie? si elle a été le fait du suicide ou de l'homicide? telles sont les deux questions qui dominent le sujet qui nous occupe et que les magistrats adressent toujours aux médecins appelés à examiner le corps supposé du délit. La première de ces questions semble au premier abord devoir être renfermée dans l'étude pure et simple des signes qui prouvent que la suspension a été opérée pendant ta vie ou après la mort; mais il n'en est pas ainsi, et l'énumération seule de ces signes serait tout à fait insuffisante pour résoudre la question; il nous faudra donc en les détaillant étudier leur valeur, leurs causes, leurs effets, afin de les apprécier et de voir à quelles conséquences ils peuvent et doivent conduire, Il nous faut encore, avant d'aborder leur étude, nous rendre compte des divers modes suivant lesquels la mort peut survenir dans les cas de suspension, et les conditions dans lesquelles la suspension peut s'opérer.

Vous vous rappelez combien l'attention publique fut éveillée par la mort du prince de Condé. Les pieds posaient à terre, et beauçoup de personnes ne concevaient pas que la mort par suspension pût


s'effectuer sans que le poids du corps n'exerçât une traction complète sur les liens, traction indispensable suivant eux, pour causer la mort. M. Marc qui, à l'instar de ceux qui ont approfondi la matière, avait une opinion tout opposée, a rassemblé treize observations recueillies par divers médecins, et dans lesquelles la suspension avait été incomp)ète,c'est-à dire où la mort était survenue dans des circonstances où la traction exercée sur le lien ne représentait qu'une partie du poids du corps, attendu que, ou tes pieds touchaient à terre, ou le corps portait sur les genoux sur tes fesses, sur tout un côté et j'en ai cité d'autres dans lesquels ta suspension s'étaitopérëe par le seul poids des épaules, les individus étant couchés sur le dos dans leur lit.

On ne concevait pas non plus comment le prince de Condé avait pu se suspendre a l'espagnolette de sa croisée, puisqu'il ne pouvait faire qu'un usage incomplet de l'un de ses bras. On a alors cité l'exemple d'une femme qui, privée presque entièrement de l'usage de la main droite, fut trouvée fortement penchée sur le côté gauche d'un des )its de l'Hôtel-Dieu de Paris; elle s'était étranglée. Le cou avait été serré au moyen d'un fichu ptié en cravate. Un premier tour serré avait été forme en ramenant le mouchoir d'arrière en avant un second tour simple avait été fait, et tes deux chefs de la cravate ayant été passés d'avant en arrière, avaient servi à faire un troisième tour, arrêté également par un noeud simple. Si l'on n'avait pas eu la certitude que cette femme se fût suicidée, on aurait pu, vu l'état de sa main droite, être tenté d'élever des doutes sur la possibilité du fait.

Remarquez bien qu'ici je ne préjuge rien à l'égard de la mort du prince de Condé: je me borne à combattre des opinions qu'elle aurait pu faire naître. Sur cent et un cas de suspension, Remer en a compté quatorze dans lesquels le corps portait sur le sol dans une étendue plus ou moins considérable, d'où il faut admettre en résumé qu'il suffit du poids représenté par tes épaules et la partie supérieure de la poitrine pour exercer sur le cou une constriction capable d'amener la mort.

L'année dernière, le docteur Rigal de Gaillac a dû recourir à ces faits pour combattre des opinions émises par des médecins nommés par la justice pour décider si uu homme trouvé suspendu dans une grange, dans l'attitude d'une personne assise et opérant l'acte de la défécation, avait été pendu ou s'était suicidé. H a avancé avec raison que cette position ne prouvait rien à t'égard de l'homicide- Un fait sur lequel on est loin d'être d'accord, c'est sur tes divers inodes suivant lesquels la mort peut survenir dans tes cas d'asphyxiepar suspension. Le mot asphyxie pris dans son acception ordinaire, c'est-à dire comme représentant la mort qui survient par f'eagorgement sanguin des poumons, n'en est qu'un des modes, et c'est peutêtre le plus rare. H n'a lieu le plus souvent que lors du cas où le lien étant appliqué très-bas sur le cou, exerce une compression assez forte sur la trachée-artère pour oblitérer le passage de l'air, tout


en laissant libre une certaine étendue de la circonférence du cou qui permette le retour du sang du cerveau au cœur et ne détermine pas de congestion cérébrale.

Un second mode de la mort par suspension est celui qui a lieu par congestion cérébrale, ou plutôt engorgement du système vasculaire ~Iu cerveau; ici il faut une disposition contraire du lien la compression doif être circulaire, modérée, permettant encore le passage plus ou moins incomplet de l'air. C'est probablement ainsi que meurent tes personnes chez lesquelles la suspension du corps est in'complète, et où la traction opérée par le poids du corps ne s'opère qu'aux dépens de la partie supérieure du tronc et des membres thorachiques.

Dans un troisième mode, la mort a lieu par luxation de la première vertèbre sur la seconde. Cette luxation peut avoir tieu verticalement ou latéralement. Que l'on suppose un individu d'un poids considérable se suspendant de manière à donner une grande longueur au lien, et s'abandonnant ensuite à l'influencede la pesanteur, la force de traction sera augmentée par l'espace parcouru elle s'exercera d'une manière brusque, saccadée la tête sera repoussée instantanément en avant par la corde au moment de sa tension derrière le cou, et la luxation des vertèbres pourra avoir lieu. Tel a été peut-être le cas de ce sabotier de Liège qui fut trouvé pendu à une poutre de quatre pouces et demi de diamètre, de telle manière que la corde formait une anse qui par une de ses extrémités embrassait la poutre, tandis que l'autre, placée au-dessous du menton, passait derrière tes oreilles pour se terminer vers le haut de l'occiput. Le visage était pâle et sans bouffissure la langue était restée dansla bouche, tes yeux dans t'état naturel, la tête prodigieusement renversée en arrière. Mais l'ouverture du corps n'ayant pas eu lieu, on ne peut étaMir que des présomptions sur la cause qui a déterminé la mort et qui toutefois a laissé tes apparences extérieures d'une luxation de la colonne vertébrale.

Il n'en a pas été de même quant à la preuve de la distension des té.guments et du déplacement des vertèbres dans l'exemple qui a été rapporté par bi. Ansiaux de Liège. La femme d'un marchand de gravures, demeurant dans cette ville, était d'une haute stature. Elle fut trouvée pendue à une poutre de son grenier. Le corps était etevé à un pied et demi au-dessus du plancher, et à deux pas de là se voyait une chaise qui avait été renversée. Un billet écrit de sa main, en langue italienne, prouvait et le désordre de ses idées et sa détermination au suicide. Une corde très-forte avait imprimé au cou une trace profonde, de couleur brune, oblique d'avant en arrière et de bas en haut, partant de la partie tout à fait supérieure du cou et remontant derrière tes oreilles; le menton était ftéchi sur la poitrine la langue ne sortait pas de la bouche; la figure était dans l'état naturel elle ne présentait ni tuméfaction ni altération de couleur tes yeux n'étaient pas rouges les ièvres étaient dans leur état ordinaire. A l'ouverture du corps on ne trouva pas d'ecchymose à la


partie antérieure du cou, mais du sang était épanché derrière les deux premiers vertèbres qui présentaient à leur partie postérieure un écartement bien remarquable. Ces deux vertèbres enlevées avec précaution, on trouva les ligaments postérieurs rompus le ligament transverse,un peu remonté et distendu, maintenant encore l'apophyse odontoïde fortement serrée contre la surface correspondante de l'at'las. Les ligaments odontoMieas étaient intacts. Ici encore la luxation d'avant en arrière n'est pas complète, mais elle aura été suffisante pour amener ou une compression de la moelle, ou une commotion capable d'entrainer une mort instantanée. La luxation latérale ne saurait être l'effet du suicide. Elle ne peut s'opérer qu'autant qu'on imprimerait au corps un mouvement de rotation sur son axe. Telle était la manœuvre de certains bourreaux qui, après avoir ûxé la tête des suppliciés, saisissaient les pieds et faisaient tourner brusquement le corps sur son axe. Un quatrième mode de mort par suspension est mixte, il a lieu par asphyxiie et par engorgement cérébral. C'est le plus commun et celui que les altérations anatomiques démontrent le plus souvent à l'ouverture du corps, ainsi que vous le verrez dans la description que nous ferons de l'état le plus général des organes des pendus. Enfin il en est un que quelques auteurs admettent et que l'on con. sidère comme dépendant d'un état nerveux développé sous l'influence de l'horreur que peut causer la mort, et que l'on pourrait plutôt considérer comme le fait d'une syncope, très-admissible d'ailleurs.

Cette énumération nous démontre que c'est à tort que l'on a considéré l'apoplexie comme un des genres de mort des pendus, en tant que le mot apoplexie sous entend toujours un épanchement sanguin du cerveau, ou au moins une congestion sanguine active. Dans la mort qui est le fait de la suspension, il n'y a pas de congestion active il y a seulement engorgement des vaisseaux du cerveau par obstacle au retour du sang.

Quelles sont If~sensations que développe l'asphyxie par suspension ? M. Fleichmann a fait sur lui-même des expériences propres à éclairer cette question. Si,dit-il, on place entre l'os hyoïde et le menton une corde autour du cou, on peut la serrer fortement, soit de côté, soit sur la nuque, sans que la respiration soit sensiblement troublée, et l'on peut pendant longtemps continuer d'inspirer et d'expirer de l'air, cequi est tout naturel, puisqu'on cet endroit lacompression ne s'exerce sur aucun point du conduit aérien. Mais alors le visage se colore en rouge, les yeux deviennent un peu saillants, et il se développe une chaleur plus grande vers la tête, un sentiment de pesanteur, un commencement d'engourdissement, une sorte d'angoisse, et tout à coup on entend un sifflement et un bruissement dans les oreilles. Ce dernier symptôme, dit Fleichmann, doit particulièrement tixer l'attention, car il est temps alors de cesser l'expérience. J'avoue que j'oserais à peine la pousser une seconde fois aussi loin. Les mûmes accidents résultent de l'application de la corde sur le larynx. Il


me semble cependant que dans ce cas les accidents arrivent plus promptement, et quela respiration éprouve un peu d'embarras. J'ai pn prolonger la première expérience pendant plus de deux minutes, tandis que dans le second essai une demi-minute s'était à peine écoulée, lorsque le bruissement aux oreilles et une sensation au cerveau difficile à décrire m'ont averti de cesser promptement l'expérience. Cette apparition plus prompte des symptômes s'explique facilement par la pression du lien. Dans la première expérience il reposait sur les parties latérales et sur les angles de la mâchoire in.férieure, et les vaisseaux principaux du cou ne se trouvaient soumis qu'à une compression légère, tandis que, dans le second, le lien placé horizontalement, comprenant les deux côtés du cou, en même temps qu'il était appuyé au devant sur un corps solide, il n'en agissait que mieux et plus promptement, il interrompait plus facilement la respiration et produisait ainsi une prompte accumulation du sang dans la tête.–Si l'on serre le cou au-dessous du cartilage thyroïde, il en résulte un effet marqué, soit que la pression porte sur le cartilage cricoïde, soit qu'elle agisse au-dessous de lui sur la trachée-artère même. Dans le premier cas, on peut respirer un peu plus longtemps; dans le second, on sent instantanément la respiration s'affaiblir, et cet état ne peut être supporté que très-peu de temps. L'expérience dans laquelle on place le lien entre l'os hyoïde et ,le cartilage thyroïdene saurait non plus être prolongée longtemps, particulièrement si ce lien embrasse l'os hyo!de. Elle ne peut être continuée que pendant un temps extrêmement court, si l'expiration a eu lieu au mo ment de l'étranglement.

Pendant les temps les plus malheureux de la révolution de 93, un certain nombre de personnes ont pu être rappelées à la vie et faire connaître les sensations qu'elles avaient éprouvées. Fodérë rapporte qu'après avoir longuement discuté avec un de ses amis sur les phénomènes de t'axphyxie, il se suspendit à sa porte, comptant bien pouvoir arrêter à volonté les progrès de la suspension. Heureusement on entra dans la chambre assez à temps pour le sauver. Le chancelier Bacon a cité le cas d'un gentilhomme à qui il prit fantaisie de savoir si ceux que l'on pend éprouvent beaucoup de mal. U en fit l'essai sur lui-même, se plaça une corde autour du cou, l'accrocha après être monté sur.un petit banc qu'il abandonna ensuite dans l'espérance de pouvoir remonter dessus quand il le voudrait, ce qui lui fut impossible à cause de la perte presque subite de connaissance qui survint presque aussitôt. Cette expérience aurait eu, dit-il, un résultat tragique, si un ami, amené par hasard, n'eût interrompu la scène.

Des renseignements que l'on a pu obtenir dans ces divers cas, il résulte que la mort par suspension est douce toutes les fois qu'elle est le fait du suicide, et que l'on n'exerce aucune maotouvrc propre :') en hâter l'accomplissement. Peu d'Instants après l'application de la corde un sentiment de plaisir se manifeste, puis U survient du trouble dans la vue, des flammes bleuâtres apparaissent devant les


yeux, et bientôt la perte de connaissance arrive; la mort lai succède dans un espace de temps variable. De là le visage.calme, l'expression hébétée de la figure qui dénotent l'absence de toute souffrance.

Mais il n' en est pas de même si la suspension a été le fait ou de t'homicide, ou de l'exécution d'un supplice dans lequel des tortures ont été employées: alors la physionomie exprime la souffrance tes yeux deviennent saillants, semblent sortir de leursorbites; lalangue fait une saillie plus ou moins considérable hors de la bouche; les mâchoires la compriment en se rapprochant l'une de l'autre, et en se croisant de manière à ce que la mâchoire inférieure soit placée derrière la mâchoire supérieure la bouche présente diverses contorsions tes membres supérieurs se roidissent avec force, et souvent cette constriction est si grande, que les ongles viennent pénétrer dans l'épaisseur de la peau. A cet état convulsif qui dénote les souffrances tes plus aiguës, succède l'état de collapsus de la mort. C'est en rattachant au suicide et à l'homicide ces deux tableaux si différents, que nous avons expliqué des descriptions si opposées qui ont été données par quelques auteurs; mais l'observation d'un nombre considérable de pendus nousadémontréqu'AtbertidcHates, qui avait donné la dernière description comme l'expression générale des faits, et qui avait été copié par presque tous les auteurs, avait puisé ces défaits sur des suppliciés et non pas sur des suicidés. Une conséquence .importante qu'il vous faudra tirer des recherches auxquelles je me suis livré à cet égard, c'est que l'état calme de la face appartient en général au suicide, et doit tout d'abord en faire naître la présomption tandis que si vous rencontrez les désordres des traits qui expriment la souffrance, l'idée d'un homicide devra tout d'abord se présentera à votre esprit, sans que vous y attachiez cependant plus d'importance qu'elle n'en mérite. A. DEVERGIE.

ART. 2033.

SOCIÉTÉS SAVANTES.

ACADÉMIE DE MÉDECINE. M. Jobert a adressé à l'Académie un mémoire sur un nouveau procédéopératoire pour remédier A lacystocèle vaginale. On sait que les moyens palliatifs conseillés dans cette maladie ne remédient que très-imparfaitement aux accidents qu'elle produit,et que les opérations proposées par divers chirurgiens pour en obtenir la cure radicale ne sont pas d'une exécution très-facile, et toujours sans danger pour les malades. Dans cette affection, d'ailleurs, la vessie a acquis une ampleur anormale, et le rétrécissement du vagin que l'on obtient par les déperditions de substance n'empêche pas cet organe de conserver une disposition vicieuse qui s'oppose à un rétablissement parfait. M. Jobert a donc cherché à ramener la vessie dans son lieu naturel, et à réduire à ses proportions ordinaires la paroi antérieure du vagin distendue par la tu-


meur. Voici, pour y parvenir, le procède opératoire qu'il a choisi. Il circonscrit dans deux lignes courbes transversales un espace ovale plus ou moins considérable de la face postérieure de la tumeur, ou face antérieure du vagin au moyen de la pierre infernale, de manière à former une espèce d'ite transversale, et il réitère l'apptication du caustique jusqu'à ce qu'il ait obtenu la dissolution de la membrane muqueuse, ti ravive alors par les ciseaux ou le bistouri, les bords de la plaie, et il les réunit à l'aide d'aiguilles droites et de la suture entortiitëe,après avoir refoulé en avant et en haut. Ce procédé opératoire a été mis en pratique sur plusieurs femmes avec un succès complet mais M. Jubert ayant reconnu que le rétrécissement du vagin ainsi obtenu attirait nécessairement d'autant la matrice en bas a formé l'lie dont nous avons parlé dans le sens vertical, et il ne s'est opéré de cette manière aucun tiraillement. La chute de la vessie, à taquette un a donné le nom de cystocètp, n'est point due, suivant M. Jobert, à t'éraittcment et à la rupture de la paroi antérieure du vagin c'est le résultat <tu relâchement de l'aponévrose pelvienne supérieure qui, après avoir été distendue outre mesure par l'élévation de la matrice dans les grossesses successives perd son ressort et ne soutient plus après l'accouchement la paroi antérieure du vagin d'une manière assez exacte. Le rapport qui a été fait sur ce travail est extrêmement favorable à l'auteur, déjà très-avantageusement connu pour des travaux du même genre.

M. Gaultier de Claubry a fait connaître une observation de croup développa chez un enfant de sept ans, et dans leq uel on pratiqua, avec un succès complet, l'opération de la trachéotomie La suffocation était imminente, et cet enfant allait iuétitabtement succomber, lorsque l'opération fut faite par M. Robert. La respiration se rétablit aussitôt, et l'on retira par la plaie, pendant plusieurs jours des fragments de fausses membranes. Une pneumonie vioiexte vint compliquer ce cas, déjà si grave, et la mort semblait inévitable et prochaine, lorsque l'on administra i'émétique à haute dose. qui amena des résultats tout à fait inespérés. Le petit malade serétabtit entièrement, et l'occlusion de la plaie était eompiètetc quarantequatrième jour.

M. Malgaigne a communiqué un exemple de luxation de i'humérus réduite après cinq mois et demi de durée. La luxation était sousacromiale, et par conséquent incomplète. M. Malgaigne fit t'extention à l'aide de poulies. L'attraction fut d'abord portée à cent dix kilogrammes, et à la première tentative la tête rentra presque complétement on éleva la force de traction à cent vingt kilogrammes, la luxation fut aisément réduite.

M. SediHot a lu un mémoire fort intéressant sur l'emploi des poulies et des moutnes dans la réduction des luxations anciennes; la force de ces machines est réglée par le dynamomètre de manière à ce qu'on connaisse exactement le degré de traction qui est opéré. Nous reviendrons plus tard sur les moyens proposés par M. Sedillot, moyens qui déjà avaient été rejetés de la chirurgie, mais dont l'auteur assure avoir retiré d'excellents effets dans quelques cas de réductions anciennes.

Il a encore été question, à l'Académie, du lactate de fer. MM. Gelis et Coûté, qui s'en prétendent les inventeurs, demandent au ministre un brevet qui leur en assure la vente. L'Académie, fidèle à ses précédents, a refusé cette autorisation par des motifs qu'il serait Inutile de reproduire ici, puisqu'on se rappelle que cette assemblée a demandé elle-même qu'il ne fût accordé aucun brevet d'invention pour la vente des médicaments.


M. Nouat a lu un mémoire sur l'emploi du sulfate de quinine et des ventouses scarifiées dans les fièvres intermittentes et dans l'engorgement de la rate. L'auteur a cherché à déterminer à quelles doses on devait donner ce sel, et de quelle manière il devait être administré pour agir efficacement. Nous reviendrons sur ce travail, qu'une rapide lecture n'a pu faire connaître que d'une manière très incomplète.

Nous avons plus d'une fois entretenu nos lecteurs des bouts de sein et biberons en liége que nous considérons comme de beaucoup supérieurs à ceux dont on faisait usage précédemment, et qui étaient construits avec la tétine de vache préparée. H paraîtrait, d'après un rapport de M. Capuron que l'ivoire flexible employé par M. Charrière est une matière de beaucoup préférable à toutes celles dont on avait usé jusqu'ici. Bien que l'Académie, dans ses conclusions. n'ait pas été aussi absolue que M. Capuron, son avis a cependant été assez favorable pour que les praticiens aient recours au besoin, à ce nouveau mode d'allaitement.

L'Académie s'est adjoint un nouveau membre dans la section de médecine vétérinaire, après trois tours de scrutin, dans lesquels MM. Renault, Leblanc et Huzard se sont partagé les voix. M. Renault a été élu à une assez forte majorité.

ART. 203~.

VARIÉTÉS.

M. Begin, professeur de la Faculté de Strasbourg, chirurgien en chef de l'hôpital militaire d'instruction de cette ville, est nommé à l'emploi de chirurgien en chef, premier professeur au Val-de-Grâce. Sa promotion à ce poste important de la chirurgie militaire laisse vacante, à la Faculté de Strasbourg, la chaire de clinique chirurgicale et de médecine opératoire.

M. Begin se met, dit-on, sur les rangs pour la chaire de médecine opératoire.

M. Alquié, médecin en chef de l'hôpital du Gros-Caillou, vient d'être promu au grade de médecin principal de l'armée. M. Soudan, professeur au Yal-de-Graec, est nommé chirurgien en chef, premier professeur de l'hôpital d'instruction de Metz, en remplacement de M. Hénot, qui passe en son grade à l'hôpital de Strasbourg.

M. Thiriaux professeur de pharmacie au Val-de-Grâce, est appelé comme pharmacien en chef, premier professeur, à l'hôpital d'instruction de Lille.

Le concours pour la chaire de médecine légale à la Faculté de Strasbourg vient de se terminer par la nomination de M. Tourdes fils, qui a obtenu quatre voix contre trois accordées à 51. Malle, l'un de ses compétiteurs.

Une mesure importante pour l'avenir des officiers de santé militaires vient d'être prise par le ministre de la guerre. Depuis longtemps le service médical des régiments et des hôpitaux de l'armée exigeait le contrôle d'une inspection directe et compétente. Les membres du conseil de santé, quoique revêtus du titre d'inspecteur, n'en ont rempli les fonctions, depuis 1816, que d'une manière exceptionnelle et dans des circonstances spéciales; malgré sa haute intelligence de tout ce qui concerne les institutions administratives, le corps de l'intendance militaire ne pouvait, dans ses inspections an-


nuelles, porter que des jugements incomplets sur le personnel médical de l'armée; il a senti la nécessité de s'appuyer sur des données plus précises, plus rigoureuses, fournies par l'examen d'arbitres compétents, et le conseil de santé vient de recevoir la mission d'inspecter le service médical de la France militaire, partagée en quatre zones; M. l'inspecteur Moisin est chargé de visiter, sous ce rapport spécial, Paris ft le nord, et sera assisté dans sa tournée par M. Bégin; M. Gasc se rend dans l'est; le midi et l'ouest sont dévolus à MM. Pasquier et Urautt. M. le baron Larrey reste à Paris, chargé des fonctions attachées à la résidence. Cette mission, heureusement renouvelée des meilleurs temps de la médecine militaire, honore à la fois et ceux qui l'ont rétablie et ceux qui en sont investis; conûée à des hommes d'un mérite et d'un caractère si retevés elle ne peut manquer de profiter à t'armée et au corps des officiers de santé qu'elle possède. (Gazette médicale.)

Les sciences viennent de perdre MM. Poisson et Turpin, membres de l'Académie des sciences, et MM. Robiquet et Planche, membres de l'Académie royale de médecine.

Nous avons annoncé, dans notre dernier numéro, que le ministre de l'instruction publique avait demandé aux Chambres un crédit de 58,200 fr. pour l'établissement d'une Faculté de médecine à Rennes. Cette démarche inattendue a soulevé de très-nombreuses et trèsvives réclamations. Les villes voisines de Rennes, qui possèdent des écoles secondaires de médecine, Nantes, Angers, Caen, etc., se sont surtout efforcées de détourner le coup dont leurs institutions sont menacées L'annonce de la formation de quelques autres Facultés a donné lieu également, sur d'autres points de la France, à des plaintes aussi énergiques, dont messieurs les députés auront à apprécier la valeur.

La création de Facultés nouvelles peut être diversement jugée. Les uns y voient un moyen de disséminer sur le sol de la France l'instruction médicate, dont le foyer se trouve presque exclusivement concentré dans la capitale. Ce serait, suivant eux, un acheminement vers l'admission d'une seule classe de médecins; ce serait encore une source de richesses pour tes villes favorisées, et une grande économie pour tes jeunes gens, en générât peu riches, qui se destinent à la carrière de la médecine. Les autres, au contraire, pensent que ces Facultés nouvelles ne seront pour la science d'aucune utilité; qu'elles compteront dans leur sein un si petit nombre d'élèves. que la même affluence persistera à encombrer tes cours de Paris. Us prétendent que, loin de multiplier ces institutions, il faudrait, au contraire, en retrancher quelqu'une; car il y a danger laisser exister une Faculté dont l'utilité est problématique, puisqu'elle sera toujours suspectée d'apporter dans ses réceptions une indulgence excessive, qui pourra seule accroître le chiffre de ses inscriptions. Tel est le texte habituel des discussions dans le monde médic.it, depuis un mois que la demande de fonds a été présentée par le mioistMc.

Nous n'ajouterons rien à ces débats que la décision de la Chambre pourra seule terminer; cependant, il résulte évidemment de ces discussions quelques faits que nous ne pouvons nous empêcher de signaler il est certain, par exemple, que si dé nouvelles Facultés de médecine sont instituées en France, les cccles secondaires auxquelles on a cherché, il y a trois ans, à d~nuar un~tiu plus active, \ont voir le nombre de leurs é)èvrs,déjàsi restreint, (iiminucr~ncorc, et qu'en peu d'années elles seront pour la plupart réduites a néant; or, ces institutions, bien que très-incomptétement organisées, suivant nous, existent, et comptent dans leur sein. bon nombre de médecins qui


ont déjà fait, pour se livrer à l'enseignement, des sacrifices considérables. U n'est pas juste de détruire ainsi leur avenir, pour satisfaire de nouvelles exigences, qui n'auraient peut-être, pour la science, qu'un résultat négatif. A la vérité, ces écoles secondaires sont bien loin de répondre aux espérances qu'on en avait conçues. Elles ont, pour la plupart, un si petit nombre d'élèves, qu'elles ne diminuent presque en rien la foule sans cesse renouvelée qui encombre la Faculté de Paris; et, bien que l'enseignement y soit généra)cment supérieur à ce qu'il était naguère; bien qu'un élève studieux puisse, en peu d'années, y acquérir une instruction solide, les écoles secondaires de médecine ne profitent guère qu'aux jeunes gens qui se bornent à prendre le diplôme d'officier de santé.

Ce fâcheux résultat ne saurait être nié; mais, bâtons-nous de le dire, il ne tient ni à l'impuissance des professeurs, ni à l'institution en cité-même, mais à la manière dontclle a été organisée, et aux rapports trop indirects qu'on lui a donnés avec les Facultés. On sait, en effet, que pour diminuer. le nombre des réceptions, le diplôme de bachelier ès-sciences est exigé après ta quatrième inscription dans les Facultés. Cette mesure, la plus funeste à l'instruction médicale qui ait été prise de nos jours, entraine en même temps la ruine des écoles secondaires de médecine; car les jeunes gens, après avoir terminé leurs études, sont presque préparés à passer cet examen. qu'engénëral ils redoutent beaucoup. Les principes élémentaires des sciences physiques, chimiques et mathématiques leur sont familiers; quelques moi:! d'étude encore, et ils seraient en état d'aspirer au diplôme exigé, et cette épreuve les conduira à se débarrasser promptement de leur premier examen, qui n'est, en quelque sorte, qu'une répétition decelui-ci; tandis que, s'ils passent deux ou trois ans dans une école secondaire, il leur faudra recommencer des études qu'une longue interruption leur aura fait oublier. Les jeunes gens, toujours empressés de se rendre à Paris, ont donc d'exceiientes raisons à opposer aux conseils de leurs parents, qui voudraient les voir passer en province les premières années de leurs études médicales, et il ne faut pas s'étonner si, avec de bons professeurs, et tous les éléments nécessaires d'une instruction solide, les écoles secondaires de médecine sont désertes, et les fruits portés par cette institution jusqu'à ce jour si peu nombreux.

Nous signalerons plus tard les vices du mode de réception tel qu'il existe maintenant dans les Facultés médicales. Ce vice est évident pour quiconque voit de près les élèves qui affluent dans ces établissements; mais nous pouvons dire à l'avance qu'on eût tiré le parti le plus avantageux possible du trop plein qui se faisait sentir dans les écoles en portant à six ans, au lieu de quatre, le temps des études médicales, en supprimant l'examen de bachelier ès sciences, essentiellement inutile pour un médecin, et en chargeant les écoles secondaires de faire subir aux élèves un ou deux examens pour le doctorat. On aurait donné, de cette manière, à ces institutions une importance dont certainement elles se seraient rendues dignes. Les élèves qui, sous le rapport de leur réception, n'auraient plus perdu leur temps dans ces établissements, y auraient afflué en foule, et ne seraient venus que plus tard terminer leurs études dans les Facultés. Le but que le gouvernement se propose aujourd'hui, en créant des Facultés nouvelles, se serait trouvé atteint sans qu'aucune existence fût compromise car la Faculté de Paris n'aurait pas été encombrée par la foule des étudiants de première année, qui généralement prolitent peu de leur séjour dans la capitale, et la province, ainsi favorisée, aurait pu réclamer une large part dans l'honneur auquel elle aspire de former de nombreux et d'excellents praticiens.


ART. 2035.

Observations de strabisme guéri par la section du muscle dro~dc~'œ

Nous avons déjà, dans de nombreux articles, entretenu nos lecteurs de la section des tendons pour remédier à des difformités diverses. On a vu, .que depuis quelques années, les chirurgiens avaient eu recours à ce) te opération dans le pied bot, l'ankylose du genou, la flexion de la colonne vertébrale, le torticolis, etc. nous avons à faire connaître aujourd'hui un procédé du même genre, appliqué par M. Dieffembach à la cure du strabisme, et nous ne saurions donner de renseignements plus précis sur ce sujet qu'en analysant une lettre adressée à la Société des sciences naturelles de Bruges, par un médecin, M. le docteur Verhaeghe, qui, affecté lui-même de strabisme, en a été délivré par le célèbre chirurgien de Berlin.

Ce fut au mois de décembre dernier que M. Dieffembach pratiqua cette opération pour la première fois chez un petit garçon: le résultat en fut des plus satisfaisants. Depuis cette époque les opérations se sont succédé, et, le 12 mars, le nombre des opérés s'élevait à dix-huit. Chez presque tous le succès avait été complet. M. Verhaeghe, voulant se débarrasser d'une semblable difformité, alla les visiter pour la plupart, et trouva que, depuis la section du muscle, t'œit avait repris une direction tout à fait droite. Quelques-uns cependant louchaient encore, mais à un trèsfaible d<'gré. Aucun accident un peu sérieux n'était venu entraver la guérison. A t'époque où cette communication fut faite à la société, l'opération avait déjà été pratiquée ptu~de cinquante fois.

Ce fut le 2t mars que ce médecin subit l'opération. Elle dura trois à quatre minutes, et fut plutôt désagréable que douloureuse. Aussitôt qu'elle fut terminée, t'œit put se mouvoir dans tous les sens, et il fut aisé de prévoir un succès complet. Le droit interne avait été coupé, et à peine quelques gouttes de sang s'étaient écoutées. Le quatrième jour il survint une légère ophthalmie; mais une application de quelques sangsues la dissipa promptement. Le neuvième jour l'opéré put r< prendre sa manière de vivre. Non-seulement sa physionomie avait considérablement gagné, mais encore la vue était beaucoup meilleure qu'auparavant. Au bout de quelque temps t'œit qui louchait, et quiétaitplusfaibte que l'autre, avait repris une force égate. TOMR XI, N" DE JUILLET, t9


Enfin les yeux avaient recouvré leur direction naturelle, et il était presque impossible de reconnaître quel était celui qui se déviait en dedans avant l'opération. Nous aurons ans doute bientôt occasion de revenir, avec plus de détails, sur ce procédé opératoire que les chirurgiens de Paris ne sauraient tarder à introduire dans leur pratique, si les résultats en sont aussi merveilleux que l'assure AI. Verhaeghe. II paraît, au reste, que M. Dieffembach n'a pas eu seul t'itiée de pratiquercette opération délicate car les rédacteurs des Annales ont ajouté la note suivante à la lettre dont on vient de lire l'analyse K Nous lisons dans le Journal d'oculistique ( tome II, 2* année, publié par F. Cunier, page 54) un nouveau procédé pour la cure du strabisme spasmodique, par M. Strohmeyer (sachs's central xet<MM~). Des essais tentés sur le cadavre portent M. le professeur Strohmeyar à recommander le procédé opératoire suivant contre le strabisme de nature spasmodique

B Cn doit fermer t œit sain, et on recommande au malade de porter t'œit malade le plus possible en dehors de ta direction vicieuse qu occupe. Si le strabisme a Ii(;u en dedans, on enfonce alorsdans le bord interoede la conjonctive oculaire une érigne fine que l'on confie à un aide intetttgent qui s'en sert pour tirer t'œit en dehors. La conjonctive ayant été soulevée à l'aide d'une pince, on la divise à l'aide d'un couteau à cataracte par une incision pratiquée dans le bord interne. La traction en dehors est augmentée jusqu'àce qu'apparaisse le muscle droit interne; un stylet lin est passé sous ce dernier, qui est divisé à l'aide des ciseaux courbes ou avec le couteau qui a servi à ouvrir la conjonctive.

Le traitement après l'opération est tel qu'il est décrit dans la leitre de M. Verhaeghe (qui est postérieure à la publication de cette note.)

ART. 2036.

Rapport sur un cas présumé d'infanticide; par M. Pingrenon, chirurgien major du bataillon de pontonniers en garnison à Strasbourg (~).

Le 2 septembre 1836, à midi, nous, Pingrenon, docteur(1) Kous pubUnns, à la d(mande de M. le docteur Pingrenon,ce rapport qui peut offrir quelque intérêt pour les praticiens. La gros-


médecin, chirurgien-major en garnison à en vertu d'une ordonnance de M.juge d'instruction près le tribunal de première instance de ladite ville, en date du 2 courant, nous sommes transporté à la prison dudit lieu, à l'effet de visiter la nommée prévenue d'infanticide dans la nuit précédente, afin de constater t'état physique de cette femme, et d'en déduire nos conclusions.

Après avoir fait connaître à ladite l'objet de notre mission, nous lui avons adressé quelques questions tendantes à nous éclairer sur son état physique et sur lés circonstances qui ont motivé son accusation elle nous a répondu qu'elle était dans sa période menstruelle depuis la nuit dernière; que l'arrière-faix trouvé dans un pot de chambre sous son lit y avait été bien certainement apporté; qu'il était faux qu'elle eût accouché, et qu'elle était innocente du crime dont on la soupçonnait.

Nous avons atorsprocédé à ta visite de ladite. et avons reconnu

1° Que !espartiesgénitate!'externes,tégèrementtuménées et sans blessures, sont teintes de sang, ainsi que les cuisses et la chemise dans presque toute sa circonférence, à partir de la hauteur des parties génitales; ~"que le vagin, homecté par du sang, est dilaté; que le col de {'utérus, un peu élevé, frangé et entr'ouvert, donne passage à un corps mou et pendant que nous en avons extrait, et qui nous a offert les caractères d'une portion de membrane amnios, de forma irrégulière, d'environ six pouces de diamètre en plusieurs sens; 3° que les parois du ventre, très-nasques, permettent de sentir profondément, à la région hypogastrique, un corps gtobuteux et résistant, évidemment dû à ta matrice non encore entièrement revenue sur elle-méme; j4." que les glandes mammaires présentent un peu de dureté, bien que les ma-' melles ne soient pas évidemment engorgées, que le faciés de la prévenue ést pâle, qu'il exprime la souffrance; et que son pouls est accéléré.

D'où nous concluons

1" Qu'un corps plus ou moins volumineux a été expulsé sière erreur qui fut commise par un médecin atteint de myopie, et qui, ayant ouhlié ses lunettes; prit le thymus de l'enfant pour le pouruon serait à peine croyante si elle était rapportée par un observateur moins digne de foi. Nous livrons ce fait aux méditations de nos lecteurs bien que nous ne leur fassions pas l'inj ure de supposer qu'ils puissent jamais faire une méprise semblable.

(Note dit rédacteur.)


récemment de l'utérus, et a été suivi d'un suintement sanguin abondant, qui s'est continué depuis par les parties génitales; 2° que la portion de membrane que nous avons extraite du vagin et du col de l'utérus laisse tout lieu de penser que le corps expulsé était un enfant 3" enfin, que l'accélération du pouls, l'expression de la physionomie, la dureté des glandes mammaires, nous paraissent à la fois le résultat des douleurs que la prévenue a dû éprouver, et les préludes du gonflement des mamelles et de la sécrétion du lait.

D'après ces indices, ayant été requis de nouveau, ledit jour, pour procéder à l'examen du corps d'un enfant màte, trouvé submergé le matin dans le bassin d'une fontaine située en face de la demeure de la prévenue, nous nous sommes transporté à l'hospice civil. où était déposa le corps, et où il avait été ouvert le matin par M. médecin qu'alors, en procédant à un nouvel examen avec lui, en présence de MM. le procureur du roi, le juge d'instruction, assistés du greffier, nous sommes parvenus à constater

1° Que le cadavre de cet enfant mâle, couché horizontalement sur une table, bien et fortement constitué, de la longueur de dix-huit pouces, n'offre aucun signe de putréfaction ni de lésion externe; qu'il a des cheveux et des ongles bien développés, la peau enduite d'une humeur sébacée, et que l'anus donne issue à du méconium; 2° que le cordon ombilical, sans ligature, divisé obliquement à cinq pouces de son insertion (qni a lieu à environ cinq lignes au-dessous du milieu de la longueur de l'enfant), est ecchymosé, et d'un rouge résistant au lavage vers le point de sa section; 3° que ~oute la tête (1) est de couleur bleuâtre, en raison de l'engorgement par du sang noir des vaisseaux cérébraux et de la face; que la poitrine, dont le sternum et le thymus avaient été enlevés le matin par M. médecin, pour faire les expériences de la docimasie pulmonaire, présente du sang noir épanché, provenant de la section des vaisseaux de ce corps glanduleux, et que les autres viscères, intacts et à découvert, sont d'un rouge légèrement violacé exté(t) Pour que i'examen fût complet, il eût fallu ouvrir le crâne, examiner le cerveau, et porter ses investigations dans l'abdomen cette omission. que je considère moi-même comme une faute, bien quedans l'espèce cUe ne fùtpasd'une grande importance, oedoitpas être commise. Elle a été le résultat de la précipitation que j'ai dû mettre dans cet examen que j'avais été appelé à faire à l'improviste au moment où un service pressé réclamait ma prësenec ailleurs.


rieurement; que le cœur, bien conformé, contient un peu de sang noir; que les poumons, légèrement distants des plèvres costales en avant, ont leurs bords antérieurs saillants, écartés des côtes, et qu'ils occupent un peu plus du tiers des cavités des plèvres; que plusieurs portions, détachées avec un instrument tranchant, présentent peu de traces de sang, out une couleur rose à l'intérieur, et de l'écume à bulles extrêmement petites, s'échappant par les orifices bronchiques que ces différentes parties des poumons restent à la surface de l'eau (ni froide ni chaude), et qu'après les avoir bien exprimées entre les doigts, sous l'eau, elles surnagent encore, tandis que les portions de thymus détachées le matin, et qui avaient été replacées dans ta poitrine, se précipitent immédiatement au fond de ce liquide.

D'où nous concluons

1° Que le cadavre soumis à notre examen est celui d'un enfant à terme, et qui, par son organisation, était dans des conditions favorables à ta vie; 2° que l'enfant a dû respirer et mourir d'asphyxie instantanément par un obstacle quelconque à la respiration; 3° qu'il ne porte pas de traces apparentes de violence, de blessures ni de vice originel qui puissent expliquer la mort; 4° qu'il n'est resté que très-peu de temps dans l'eau.

Après avoir pris ces conclusions, nous nous sommes tous transportés à la demeure de la prévenue, et nous y avons découvert:

10 Une tache récente de sang, d'environ deux pieds de largeur, sur le plancher au-devant des pieds du lit, ayant aussi des petites taches, paraissant résulter d'éclaboussures; d'autres petites taches de sang sur to seuil de la porte contiguë aux pieds du lit, et qui conduit au corridor, lequel en présente à de petits intervalles jusqu'à la porte extérieure de la maison. En traversant la rue, nous observons aussi, jusque près du bassin de la fontaine, d'autres taches de même nature; 2° une chemise ensanglantée dans le lit, dont les draps offrent de légères,traces de sang, paraissant provenir de ladite chemise et de différents frottements; 3° un pot de chambre sous le lit, contenant un arrière-faix humain, volumineux, gorgé de sang, sans atteintes de putréfaction, et dont la membrane amnios présente une perte de substance de forme analogue à la portion que nous avions extraite à midi du vagin et du col de l'utérus de la prévenue; le cordon ombilical de ce placenta a environ quatorze pouces, il est noué deux fois vers son extrémité, qui est divisée obli-


quement, contuse, et présente absolument le même aspect et la même forme que l'extrémité du cordon du cadavre de l'enfant, objet du deuxième examen de ce rapport. D'où nous concluons des trois examens successifs qui précèdent

l°Que la nommée M. est accouchée la nuit dernière, probablement vers le pied de son lit: 2° que l'enfant, l'objet de notre deuxième examen, est le sien. Appelé comme témoin aux assises pour expliquer mon rapport, j'ai repoussé, en raison des nœuds du cordon du placenta, l'existence d'aliénation au moment de l'accouchement, que le défenseur avait invoquée comme excuse mais j'ai déclaré que la respiration de l'enfant avait été incomplete; que bien des causes différentes, indépendentes de la volonté de cette femme, qui, voulant cacher sa grossesse et son accouchement, était restée seule, sans assistance pendant l'acte de la parturition, en butte à la douleur, à la faiblesse et au trouble qui en avait dû être !a conséquence; que bien des causes différentes, dis-je, avaient pu empêcher la respiration de s'exécuter comptétement qu'une congestion au cerveau survenue pendant le travail, que des tractions inconsidérées sur la tête, ou la présence de mucus obstruant l'arrière gorge avaient pu en être la cause; qu'enfin, l'enfant nous paraissait avoir été submergé après la trort, et qu'il y avait lieu d'écarter la prévention d'infanticide par commission pour ne l'attribuer qu'à celui par omission involontaire. Le jury s'est prononcé dans ce sens mais le jugement a été cassé pour défaut de forme, et cette fille, par suite, a été acquittée. ART. 3037.

Corps étrangers introduits dans les voies digestives, e< sor<:ts à la périphérie du corps.

On trouve, dans les Annales de la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, un Mémoire de M. !e docteur Pétrequin, de Lyon, dans lequel ce médecin a réuni plusieurs observations curieuses de corps étrangers introduits dans les voies digestives, et sortis à la périphérie du corps, ce qui lui donne occasion d'établir quelques propositions générales sur cet accident. L'auteur examine d'abord le cas le plus simple, celui dans lequel des corps étrangers, plus ou moins volumineux, ont été avalés et sont sortis par l'anus, sans déterminer d'accidents fâcheux.


Il cite, à cette occasion, le fait suivant «Un de mes parents, dit-il, fait prisonnier en ~Espagne, fut jeté dans les pontons anglais, où tes Français eurent à souffrir la plus horrible misère, endurant la faim et la soif et toutes sortes de privations. On les faisait jeûner jusqu'à deux ou trois jours, puis on leur donnait du pain frais, si bien que sur 5 A 600 prisonniers, 80 périrent en un seul jour. Pour conserver 8 à 10 pièces d'or qu'il avait, et pouvoir ainsi subvenir, au fur et à mesure, à ses plus pressants besoins il les avalait les unes après les autres, et, après un temps variable de cinq à dix jours, il les rendait successivement par tes selles., Cène opération fut souvent répétée, autant que dura l'or, et toujours sans accident." »

M. Pétrequin, passant à des cas moins communs, quoique encore assez nombreux, cite l'observation d'une dame qui, ayant avalé par mégarde une aiguille Une, n'éprouva ni douleurs ni accidents, et ne pensait plus à cet événement, lorsque trois mois et demi plus tard, elle éprouva tout à coup une vive piqûre vers le milieu du bras gauche. 0~ sentait sur ce point un corps étranger mobile; le bras se gonfla cite crut qu'il allait s'y former un dépôt. mais il n'en fut rien. Au bout do douze jours elle reprenait ses occupations ordinaires, lorsqu'elle sentit une nouvelle piqûre dans ce point, et, en sedéshabillant, aperçut une petite pointe cfntéequi faisait saillie à travers la peau :ettcta saisit et fit elle-méme l'extraction de t'ai;;ui)te qui était brune, semblable à de l'acier brû)é, et non courbée. Elle n'avait plus de tête, mais on ne put savoir si elle était cassée auparavant.

L'auteur ajoute deux exemples du même genre dans lesquels une aiguille avalée par regarde sortit par les lombes chez un enfant, et par le sein chez une jeune dame. Puis il cherche à tirer quelques conclusions générales qui puissent servir à guider le praticien lorsque des corps étrangers tendent à se faire jour à l'extérieur. Ces considérationa n'étant guère susceptibles d'analyse nous renvoyons aux nombreux articles que nous ayons déjà pubtiés dans ce journal sur les accidents bizarres que ces accidents peuvent déterminer (1).

(1) Voir, à la table générale le mot conps ËTRANGER.


ART. 2038.

Expériences sur le sulfate de zinc, adtMtMM~rc comme vomitif.

M. Toulmouche, professeur à l'école secondaire de médecine de Rennes a publié dans la Gazette médicale le résultatd'une série d'expériences auxquelles il *s'est livré pour déterminer d'une manière certaine l'action vomitive du sulfate de zinc. On sait que les auteurs ne sont pas d'accord sur les doses auxquelles doit être administré ce sel qui, cependant, est considéré comme un vomitif puissant, et qu'on prescrit en général dans certains empoisonnements par des substances narcotiques qui ontparatyséi'estomac.Pour s'assurer de l'effet de cette substance, M.Toutmouchet'aadministrée seule dans une once de liquide à quatre-vingt-trois malades atteints, pour la plupart, d'embarras gastriques. Ladose avariédepuis JO centigrammes jusqu'à 75centigr., e et l'on a évité de prescrire un liquide abondant qui aurait pu déterminer des vomissements, indépendamment du sel qu'on exprimentait. Voici les résultats que l'on a obtenus; ils sont résumés dans les conclusions suivantes 1° Le sulfate de zinc, à la dose de 10 centigr., ne produit presque jamais l'effet vomitif;

2° A celle de 20 il provoque, dans un peu plus de la moitié des cas, des vomissements au nombre d'un ou deux, et dans les deux tiers, des selles liquides; 3° A celle de 30, il fait presque constamment vomir, et ne purge que dans la moitié des cas;

4° A celle de 40, il détermine, dans les quatre cinquièmes des cas, la médication vomitive, et, dans le cinquième seulement, celle purgative;

5° A la dose de 50 centigrammes, le même sel provoque, dans les deux tiers des cas, l'effet vomitif, et, dans un peu plus de la moitié seulement, celui purgatif, la moyenne des évacuations étant dans l'un et l'autre de trois à quatre.

6" A celle de 60 centigr., il détermine toujours des vomissements

7° A celle de 75, il ne les provoque que dans le tiers des cas, tandis qu it provoque des évacuations alvines dans les deux tiers;

8° Enfin, dans un peu plus du tiers des cas, cet agent thérapeutique a produit des coliques en général peu fortes.


ART. 2039.

CotMt<Mfa<tOMs pratiques sur les maladies de la peau. Lépriasis. Par le docteur de Boret.

Le lépriasis est une affection squameuse caractérisée par l'existence d'une ou de plusieurs plaques orbiculaires, élevées sur leurs bords, déprimées à leur centre et recouvertes de squammes minces qui n'occupent en général que leur circonférence. Les plaques de dimension variable peuvent être éparses à la surface de la peau, ou réunies et confondues de manière à perdre leur forme régulière. A des époques diverses, le nom de lèpre ou lepra fut appliqué à une foule de maladies; les Grecs s'en servirent pour indiquer les dermati-pathies orbiculaires recouvertes de squames, c'est-à-dire le )épriasis,Io psoriasis, le lichen orbicutaire, etc. les Septante l'appliquèrent au saraat des Hébreux ( lèpre des Juifs), affection complexe qui se compose de maladies squameuses, tuberculeuses, etc. dans le moyen-âge, il devint générique et désigna la plupart des maladies graves de la peau, et, en particulier, l'éléphantiasis des Grecs. Beaucoup de médecins de nos jours le réservent encore à cette hideuse affection dans le langage d'Albert, il comprend collectivement i'éléphantiasis des Grecs, celui des Arabes et d'autres maladies tuberculeuses exotiques. Au milieu de cette confusion, Willan et tous les auteurs modernes qui suivent sa méthode, sous prétexte de lui rendre sa signification primitive, l'appliquent à l'affection que je crois devoir désigner ici sous le nom de lépriasis, tant pour rappeler son analogie avec la lepra des Grecs et avec ta lèpre de Willan, que pour éviter l'emploi d'un mot qui devrait être banni du langage scientifique, parce qu'il désigne, depuis deux mille ans, les maladies les plus dissemblables.

Alibert (:'oue.z art. 1190) a décrit le lépriasis sous le nom d'herpes furfuraceus circinnatus et d'herpes squammosus orbicularis; les autres espèces d herpès du même auteur se rapportent au psoriasis, au pityriasis, à l'eczéma et au lichen.

Le tépriasis peut reconnaître pour cause une disposition héréditaire, les affections morales tristes, l'abus des boissons spiritueuses, l'usage habituel des aliments stimulants et la malpropreté; toutefois il n'est point rare que son développement ait lieu dans des circonstances opposées. On


le rencontre génératement au-dessous des genoux ou des coudes, bien qu'il puisse affecter toutes les autres régions du corps.

Le plus souvent, au début, il n'existe qu'une seule plaque de lépriasis; plus tard, on en voit d'autres se développer dans les environs; en s'élargissant, elles peuvent se rencontrer, et alors il arrive ou bien que les bords en contact se confondent et perdent leurs formes régulières, ou bien au contraire qu'ils se croisent sans en éprouver la moindre déformation, de même que les différentes ondes produites au même moment à la surface d'un liquide se propagent sans se troubler. L'éruption peut envahir progressivement la plus grande partie de l'organe tégumentaire cependant elle ne compromet jamais les jours du malade. Lorsqu'elle est ancienne, surtout chez les vieillards, elle résiste parfois à tous les moyens thérapeutiques dirigés contre elle. Sa guérison radicaten'a lieu spontanément que dans quelques cas récents.

Après avoir esquissé l'histoire générale du lépriasis, décrivons les caractères que chaque plaque présente au début un point rouge, légèrement saillant, d'un à deux mil'timètres de diamètre, se montre sur la pe~'u; bientôt il est surmonté d'une squame qui ne tarde pas à-tomber. Alors l'élevure s'élargit, forme une plaque circulaire couverte, surtout sur les bords, de petites squames grisâtres; cellesci se renouvellent de temps en temps, et le disque, dont les dimensions s'accroissent progressivement, acquiert bientôt un diamètre de deux à quatre centimètres: dans la majorité des cas il est exactement circulaire; ses bords légèrement saillants et entourés d'une ligne rougeâtre, sont recouverts de squames, pendant que le centre, un peu déprimé, est à peu près sain.

Le lépriasis, tel que je viens de le décrire, a reçu de Willan et des écrivains modernes le nom de lèpre vulgaire ils ont assigné celui de lèpre alphoïde à l'alphos des Grecs, variété dans laquelle les plaques sont petites, exactement arrondies et recouvertes de squames blanches; enfin, ils ont appelé tèpre noirâtre (lepra nigricans), une autre variété qui paraît être le melas des Grecs et qui est caractérisée par la couleur noire des squames. Le lépriasis peut, dans certaines circonstances, être confondu avec l'herpes circinnatus, le pityriasis, le lichen circonscrit, le favus, la syphilide tuberculeuse, l'impétigo en anneau et le psoriasis. Nous reviendrons plus tard sur le diagnostic différentiel de ces affections.


Ï/ormepyramidal.ledaphné mezerenm,l'ellébore blanc, lerhus radieans.tes anti-moniaux, le chlorure hydrargyrique, la salsepareille, le goudron, les bains de vapeurs sulfureuses, etc., ont été préconisés et sont à peu près abandonnés dans le traitement du lépriasis. Chez les sujets sanguins, lorsqu'il existe une pléthore générateouune irritation vive de la peau, la saignée sera emp)oyée de préférence aux sangsues et aux ventouses scarifiées; en même temps on fera prendre au malade des bains émonients, des bains de vapeurs aqueuses; on fera pratiquer sur les parties affectées des onctions avec l'axonge récente, et on aura recours aux boissons délayantes ou laxatives. Lorsque, soit de prime abord, soit après l'usage de ces moyens, le lépriasis se présentera sans complication hyperhémique, on commencera l'emploi d'un traitement plus actif. A l'intérieur, les purgatifs, la teinture de cantharides, et les préparations arsénicales; à l'extérieur, les lotions détersives, les pommades d'iodure de soufre ou de chlorure hydrargyreux, les bains sulfureux ou alcalins, les bains de mer, les applications d'emplâtre vésicant, les cautérisations superficielles avec l'acide chlorhydrique; têts sont les moyens qui comptent le plus de succès. H est inutile d'ajouter que ces divers remèdes ne doivent pas être employés dans te même moment on peut débuter par les purgatifs, dont l'action sera secondée par l'usage des lotions détersives; d'une pommade résolutive et dequelquesbains peu chargés de principes actifs; ensuite on essaiera la teinture de cantharides aidée de l'action d'une pommade. Si ces moyens échouent, les eaux alcalines ou sulfureuses pourront être employées; enfin, en cas d'insuccès, on aurait recours & l'administration des préparations arsenicales en même 8 temps qu'on agirait directement sur le mal au moyen d'emplâtres vésicants ou de cautérisations supernciettes. Le traitement aura d'autant plus de chances de succès que le malade observera mieux les règles de t'hygiène, et suivra avec plus d'exactitude le régime que la maladie et son état général réclament.

Avant de terminer, disons quelques mots des différents moyens thérapeutiques dont il vient d'être question. Le purgatif le plus généralement employé, dans les maladies de ta peau, et particulièrement dans le lépriasis, est le chlo~nre hydrargyreux, qui s'administre seul ou associé à la rhubarbe, au jalap: il doit être donné tous les deux ou trois jours, et mëtpe tous les jours, suivant quelques praticiens, et constamment à dose purgative sans cette condi-


tion il serait probablement absorbé et pourrait déterminer la salivation. -La teinture de cantharides a procuré des guérisons nombreuses et radicales; elle s'administre dans une boisson mucilagineuse, progressivement à la dose de vingt à quatre-vingts centigrammes, et même quelquefois d'un à deux grammes par jour; toutefois, il faut surveiller son action et diminuer la dose ou même cesser son usage dès qu'elle détermine des accidents du côté des voies digestives ou urinaires. Les préparations arsénicales lesplus employées sontta liqueurdePéarson (douzegouttesàquatre grammes par jour), celle de Fowler (trois à quinze gouttes), et les pilules asiatiques (une ou deux par jour) (l).On doit suspendre leur emploi s'il survient de la soif, de la sécheresse de la bouche ou de la gorge, des dérangements des organes digestifs, etc. Pour les lotions détersives on peut employer l'eau aiguisée d'acide chlorhydrique une solution de polysulfure de potassium ou de chlorure hydrargyrique, l'eau alcoolisée, une décoction de douceamère, etc. La pommade de chlorure hydrargyreux se compose de cinq grammes de chlorure incorporé dans quarante grammes d'axonge celled'iodure de soufre renferme un à trois grammes d'iodure, sur quarante d'axonge. U importe de ne pas oublier que l'iodure de soufre préparé depuis quelque temps, et conservé dans des flacons mal bouchés, perd une grande partie de son activité. Le bain sulfureux du Codex (qui est d'un prix élevé), se compose de sulfure de sodium cristallisé, carbonate sodique, chlorure de sodium, de chaque soixante-quatre grammes, eau trois cent vingt grammes. Faites dissoudre et versez dans trois hectolitres d'eau tiède. Il peut être remplacé par (2) le bain alcalin et une solution de cinquante à deux cent cinquante grammes de carbonate sodique dans trois hectolitres d'eau.

Première observation. Lépriasis discret borné aux membres inférieurs. Nièvre, âgé de douze ans, vient me con-'sulter en juillet 1838. Depuis trois ou quatre mois, il présente sur la partie antérieure de la jambe, et particulièrement au genou, plusieurs plaques squameuses d'aspect et de dimension variables les unes et ce sont particulièrement celles qui ont envahi la région rotutienne, paraissent plus (<) Pour la composition de ces médicaments, voy. les nO' U7. 09 et 539 du Codex.

(2) Une solution de 60 à 80 grammes de polysulfure de potassium dans la même quantité d'eau.


anciennes et offrent un diamètre de trois à quatre centimètres elles sont au nombre de six, ont les bords saillants et le centre déprimé; les squames minces, blanchâtres, occupent principalement leur circonférence; les autres plaques éparses sur la région antérieure de la jambe sont plus récentes et plus petites; quelques-unes d'entreelles consistent simplement en élevures solides de deux ou trois millimètres, recouvertes d'une squame et entourées d'une !i;;ne rougeâtre. Je prescris un régime végétal, des boissons délayantes, quelques laxatifs et des lotions alcalines. Six semaines plus tard, le mal avait diminué d'intensité, mais plusieurs plaques persistaient encore; les boissons délayantes et les lotions alcalines avaient seules été employées je conseillai alors une pommade hydrargyrée; en un mois, la guérison fut obtenue, mais elle ne fut pas durable. Persuadé qu'un traitement interne était indispensable, j'exhortai les parents à y soumettre leur enfant les boissons laxatives, les purgatifs répétés, les lotions sulfureuses et la pommade d'iodure de soufre obtinrent, en deux mois, une guérison qui ne s'est pas démentie. Deuxième observation. ~ept-tasMeoM/~MeK~Mf~ oroM~bras et discret sur les aM~e~ partiesdu corps.Madame X. âgée de quarante-cinq ans environ, remarquable par sa malpropreté et en proie à des affections morales tristes, voit se développer d'abord aux coudes, aux avant-bras, puis sur la région postérieure du tronc et ensuite sur la poitrine, des plaques orbicutaires squameuses dont les dimensions varient depuis celle d'une pièce de 50 centimes à celle d'une pièce de 5 francs. A l'avant-bras droit, près du coude, les plaques confluentes forment une surface écailleuse, saittante, irrégutière, sur laquelle il est à peu près impossible de distinguer des portions de circonférence du côté gauche, au contraire, la moindre attention fait reconnaître que la surface malade présente des arcs de cercle saillants et squameux; sur le tronc, les plaques de petite dimension sont déprimées au centre, saillantes sur les bords et recouvertes, dans toute leur étendue, de squames grisâtres assezadhérentes.Les bains, tesdétayants et une saignée modifièrent avantageusement cette éruption qui datait de dix-huit mois; je couseillai alors le chlorure hydrargyreux à dose purgative, deux fois par semaine, la pommade hydrargyréeettesbains;t'éruptiondisparutbientot sur te tronc, mais persista sur les membres. Après trois mois de traitement j'eus recours à la teinture de cantharides et à la pommade d'iodure de soufre; ces moyens, continués


pendant sept semaines, procurèrent une guérison que la malade crut radicale; mais bientôt de nouvelles élevures squameuses se reproduisirent aux coudes: c'est alors que je prescrivis les pilules asiatiques et les cautérisations légères la goérison se fit attendre encore deux mois, mais ne se démentit pas.

ART. 2040.

HOPITAL CLINIQUE DE LA FACULTÉ.

(Clinique d'accouchement.) f"

§ 1" Observations sur quelques cas de présentation de l'épaule.

Les présentations de l'épaule sont des accidents assez rares. H s'écoule quelquefois un temps fort long sans qu'oti ait occasion d'en-observer à la Clinique, et cependant on en a rencontré, dans le cours du mois de janvier dernier, plusieurs exemples, tant à cet hôpital qu'à la Maternité. Le rapprochement de ces diverses observations ne sera: pas sans utilité pour la pratique; carde toutes les présentations vicieuses aucune n'offre à l'accoucheur de plus grandes difficultés.

Le a janvier fat apportée à la Clinique une femme entravail, sur les antécédents de laquelle on ne put avoir que des renseignements très-incomplets. It paraît que sa grossesse avait été assez heureuse. Etant arrivée au terme ordinaire, le 3 janvier les premières douleurs survinrent. Dès leur début, elles étaient très-intenses. Une sage-femme fut appelée, et te travail marchant lentement; les membranes furent rompues vers le soir. !t s'écoula une assez grande quantité d'eau; mais le travail n'avança pas davantage. On réclama alors le secours d'un médecin; ceJui-ci prescrivit le seigle ergoté. Les douleurs furent assez vives toute la nuit. Le lendemain elles duraient encore; mais bientôt elles se ralentirent et finirent par cesser eh-~ fièrement dans la soirée du En même temps, la femme s'affaiblissait. Un second médecin fut appelé, et il paraît que ce fut alors seulement que l'on constata une présentation'de l'épaule. Ce dernier fit quelques tentatives pour opérer la version sans pouvoir y parvenir. It revint dans la journée du 5 avec deux de ses confrères. La version fut de nouveau essayée, mais sans résultats plus heureux. Ce fut alors que l'on transporta cette femme à la Clinique. A l'entrée de la malade à l'hôpital, il existait un délire


très-prononcé, nne sorte de loquacité désordonnée, tranquille elle ne répondait à aucune question; la face était grippée, amaigrie; le nez eftité, les yeux ternes, le pouls ntiforme et très-fréquent. Les battements du cœur étaient tumultueux et les extrémités froides; il .n'y avait point de contractions utérines. Le bras droit du fœtus descendait dans te vagin; l'épaule était profondément engagée dans le bassin ainsi qu'une partie du thorax.

M. Dubois fit quelques tentatives pour repousser le tronc du fœtus et opérer la version; mais il reconnut bientôt que cette manœuvre était impossible; il crut alors convenable de remettre au lendemain toute opération; fit réchauffer la femme au moyen de couvertures et de bouteilles d'eau et prescrivit quelques cueillerées d'une potion excitante. Le lendemain cette femme était en quelque sorte revenue à la vie; le délire avait cessé et était remplacé par une grande agitation. Les contractions utérines s'étaient réveillées, mais peu énergiques; une plus grande partie du thorax s'était engagée dans le bassin, et la version étant aussi impraticable que la veille, M. Uubois, après avoir acquis la certitude de la mort de l'enfant, résolut de recourir immédiatement à l'embryotomie. A cet effet, la malade fut placée sur une table solide, recouverte d'un matelas introduisant la main gauche dans le vagin, le chirurgien chercha à repousser une portion du thorax engagé, pour arriver à la tête plus facilement; ne pouvant y parvenir, à cause de l'épaule qui était au détroit inférieur, il prit la résolution de désarticuler le bras. Dans ce but, de longs ciseaux courbes sur leur plat furent introduits dans le vagin, et, au moyen de petits coups répétés et soigneusement ménagés, t'épaute fut bientôt enlevée. 11 fut alors plus facile d'arriverau cou de l'enfant. Les ciseaux courbes furent de nouveau introduits; guidés par la main gauche, ils arrivèrent sur le cou, dont ils opérèrent promptement la section. Cela fait, le tronc du foetus fut extrait sans peine.Quant à la tète, qui était restée dans la matrice, elle fut également amenée au dehors au moyen de la main droite qui accrocha la mâchoire inférieure et l'attira sans difScuhé. Toute l'opération dura environ cinq minutes, et ne fit aucunement souffrir la malade.

La délivrance eut tieu naturellement un quart d'heure après l'accouchement.

Après t'opération, la malade fut reportée dans son lit; elle était calme et n'accusait aucune douleur. Un chercha à la ranimer par quelques potions excitantes; mais eito


s'affaiblit de plus en plus et s'éteignit vers les quatre heures du 'soir sans douleur et sans agitation.

A l'autopsie, on trouva deux déchirures du tissu de !a matrice, dans l'étendue de deux pouces et demi. Le col utérin était également déchiré, dans l'étendue d'un pouce, du côté gauche.

Après avoir parlé si souvent dans ce journal des présentations de l'épaule (1) il nous reste peu de choses à dire sur les difficultés inséparabtes de cette position. Nous ferons remarquer seulement avec quelle facilité M. Dubois opéra Fembryo~omieparcettesection du col avec les ciseaux. Dans le cas suivant, la section ne pouvant être opérée sur le cou lui-même ce fut sur le tronc que l'on porta l'instrument. Une femme âgée de vingt-cinq ans, déjà mère de deux enfants, était arrivée au huitième mois et demi de sa grossesse à la fin de décembre dernier, sans quit fût survenu d'accidents. Seulement on avait noté un développement extrême de l'abdomen et une infiltration considérable des extrémités inférieures. Le 30 décembre, elle éprouva les premières douleurs de l'enfantement; ces douleurs persistèrent pendant toute la journée sans que le travail avançât. Cependant le lendemain matin elle commença à perdre un peu de sang; à cinq heures, les membranes se rompirent et il s'écoula une énorme quan' ité d'eau. Aussitôt après une hémorrhagie abondante se manifesta; des caillots de sang s'échappaient par la vulve; enfin le cordon parut aussi à l'extérieur. Cette perte continua, avec moins de force à la vérité, jusqu'à deux heures de l'après-midi, et s'accompagna de défaillances. La sage-femme qui l'assistait n'avait pu reconnattre la position du fœtus, à cause de sa trèssa ande élévation. Un médecin fut appelé; il constata une présentation de l'épaule et du bras droits, et tenta aussitôt !a version par les pieds mais il ne put y réussir. Ce fut alors que M. Dubois fut appelé.

Le bras était entièrement sorti de la vulve; la poitrine du fœtus, profondément engagée dans l'excavation du bassin, était visible au dehors quand on écartait les lèvres de la vulve.Le placenta, à moitié sorti, se voyait au-dessous de la commissure supérieure de la vulve, et une anse du cordon pendait au dehors. L'utérus était fortement rétracté sur le corps de l'enfant; mais on n'observait aucun effort expulsif. La femme, plongée dans un état de faiblesse extrême, ne répondait claire(1) Voir à la table le mot ACCOCCHEM~NT.


ment à aucune question et paraissait à peine avoir la conscience de ce qui se passait autour d'elle.

M. Dubois, dans cette circonstance, tenta d'abord d'introduire la main dans l'utérus; mais il reconnut bientôt l'impossibilité d'y parvenir sans causer des douleurs excessives et compromettre immédiatement la vie de la femme. H se décidadonc, l'enfant étant déjà mort depuis longtemps, à faire la section du cou; mais comme cette région était tellement élevée,qu'on ne pouvaitl'atteindreavec l'instrument, il pensa qu'il vaudrait mieux diviser le tronc lui-même qui se présentait à la vulve. A cet effet, on commença par enlever le bras qui gênait, et avec de forts ciseaux on divisa le tronc jusqu'à la colonne vertébrale. Arrivé à ce point, on introduisit le crochet mousse d'une dos branches du forceps, et quelques tractions suffirent pour plier le corps en deux et l'engager dans le bassin, comme dans l'évolution spontanée. La partie inférieure du corps, qui ne tenait plus à l'autre que par de faibles liens, ayant traversé la vulve, fut retranchée, et le reste du foetus fut ensuite extrait sans difficulté.

La malade éprouva, les jours suivants, quelques atteintes de métro-péritonite; mais un traitement antiphlogistique local en triompha promptement. Quinze jours après son accouchement elle était parfaitement rétablie. Nous ne saurions trop recommander ces deux faits à l'attention de nos lecteurs. Dans ces cas désespérés, où la mort de l'enfant est bien constatée, où la delivrance ne peut être opérée sans des violences telles,que la mort de la mère en sera la conséquence presque inévitable, la section du cou de l'enfant par le procédé de M. Dubois, ou meme~ !a section du tronc lui-même est la seule planche de salut qui reste encore au praticien. La facilité avec laquelle nous avons vu cette opération terminée, la promptitude de son exécution l'absence de douleurs pour la mère, et l'impossibilité où l'on est, en prenant les précautions convenables, de léser des parties importantes; tout se réunit pour recommander cette pratique, à l'exclusion de tous les autres modes d'embryotomie.

Deuxautres cas de présentation del'épaule heureusement terminés par la version n'ont pas offert de particularités qui méritent d'être rapportées ici.


ART. 2041.

g 2. CoMStd~o~oMs pra~M sur <fe~.r ca~ de grossesse extra-utérine.

Dans une de ses leçons cliniques, M. le professeur Dubois nous a présenté une pièce d'anatomie pathologique recueillie 'chez 'une femme qu'une grossesse extra-utérine avait fait succomber. La description de cette pièce a été précédée des considérMtions suivantes, qui, comme on va le voir, sont d'un grand intérêt pour la pratique.

H y a quelques années, un médecin, qui habite les environs de Paris, crut avoir rencontré une femme qui présentait un cas de grossesse extra-utérine. Il pria M. Dubois de venir t'examiner lui-même, pour donner son avis sur la nature d'une tumeur que cette femme portait dans l'abdomen; mais il résulta des investigations auxquelles çelui-ci se )iyra, que la tumeur était squirreuse, occupait un des ovaires, et qu'il n'existait point de grossesse extrautérine. Cependant ce médecin persista à croire qu'il y avait grossesse, et résolut de l'en débarrasser par l'opération césarienne. It incisa, en effet, les parois abdominates, pénétra jusqu'à la tumeur, et reconnut alors qu'elle était formée par un squirre de t'ovaire et non par un fœtus. Dans cette circonstance fâcheuse, on dut se borner à rapDr.OQhe~ tes bords de la plaie, après en avoir enlevé une partie; mais l'inflammation s'étendit au péritoine, et cette femme ne tarda pas à succomber.

Ce n'est pas, a dit ce professeur, qu'une opération de ce genre soit nécessairement mortelle. On a vu des méprises semblables ne pas entraîner une terminaison funeste, et les blessures les plus vastes, tes sections les plus profondes de l'abdomen ont quelquefois été suivies de guérison. Ainsi, il 'y a plusieurs années, un pharmacien de Chartres voulant se suicider, se plongea un couteau dans le ventre, retourna l'instrument dans la plaie, et Je retirant brusquement, arracha une grande partie de l'épiploon. Cependant des secours convenables lui furent donnés; la plaie fut pansée et réunie, et cet homme guérit parfaitement, bien qu'une partie du grand épiploon ne ae trouvât plus dans la cavité abdominale.

L'opération qui fut pratiquée par erreur n'était donc pas essentiellement mortelle; il existe d'ailleurs des exemples bien constatés de guérison.

Quelque temps après, le même médecin annonça de nou-


veau à M. Dubois qu'il pouvait lui présenter une femme qui, cette fois, offrait réellement un exemple de grossesse extra-utérine. Ce professeur s'empressa encore d'aller la visiter. C'était une femme qui tenait une boutique de marchand de vin, et qui, par conséquent, menait une vie très-active. Elle raconta que, dix-huit mois auparavant, elle s'était crue enceinte, et que tous les symptômes ordinaires de la grossesse s'étaient succédé jusqu'au terme accoutumé qu'alors elle avait éprouvé des douteurs pour accoucher, puis que ces douleurs avaient cessé tout à coup. Les jours suivants, la fluxion laiteuse s'était établie mais, n'éprouvant plus aucun travail, elle s'était levée et avait repris ses occupations.

M. Dubois l'ayant fait coucher, trouva le ventre développé comme au terme de la grossesse; il reconnut une tumeur résistante contenant un peu de liquide et quelques parties d'un corps étranger que l'on touchait par plusieurs surfaces. Le doigt introduit dans le vagin rencontra une portion de cette tumeur descendue dans la cavité du bassin. C'était évidemment la tête d'un fœtus, car on en distinguait les sutures; elle ne semblait séparée du doigt que par l'épaisseur des parois du va~in. Elle était située ':ntre le rectum et la matrice, dont le col, aplati contre les pubis, était petit, mince et nullement ouvert. Il était évident qu'on avait affaire là à une grossesse extra-utérine. Mais cette femme ne souffrait plus; bien qu'elle fût debout du matin au soir, elle pouvait vaquer à ses travaux sans trop de fatigue. Elle refusa donc de subir aucune opération. M. Dubois n_Q la perdit pas de vue pendant quelque temps, mais elle fit de mauvaises affaires, et disparut sans qu'on pût savoir ce qu'elle était devenue. M. Dubois regretta d'autant plus que cette femme se fût ainsi soustraite à son observation, qu'il lui fut amené à cette époque, à la Clinique, une femme que t'bn disait offrir une grossesse extra-utérine. Cette dernière, en effet, assurait être enceinte depuis quinze mois, et, en l'examinant, on trouvait exactement les mêmes particularités que chez la précédente. Bien qu'elle ne souffrît pas beaucoup, cite désirait être débarrassée de cette tumeur qui la gênait; aussi ce professeur résolut de tenter une opération pour extraire par le vagin la tête, que l'on sentait évidemment sous le doigt. Il fit donc une incision aussi étendue que possible, pensant que, par cette voie, il extrairait la tête avec le forceps; mais it rencontra des difficultés tettes, qu'il fut obligé d'y renoncer; it espérait cependant que la nature


aidant, il parviendrait plus tard à en faire l'extraction, et, en effet, c'est ce qui arriva. Il s'écoula d'abord par la plaie une très-grande quantité de liquide sanieux, puis les jours suivants, l'ouverture s'étant agrandie, on put, à l'aide de pinces, attirer au dehors la plus grande partie des os de la tête. Bientôt on put amener à l'extérieur les restes du squelette par fragments, que l'on conservait soigneusement. La tumeur ayant été ainsi enlevée, la plaie se referma, et la femme sortit guérie. Cependant il manquait au squelette de l'enfant deux petits os que l'on n'avait pas trouvés; on pensait qu'ils avaient été perdus dans les pièces d'appareils, lorsque cette femme revint à l'hôpital et les présenta. Elle avait senti dans le vagin des douleurs qui l'avaient engagée à y porter les doigts, et elle en avait retiré ces deux petits os.

On conçoit que ce fait si intéressant devait faire vivement regretter que la femme dont nous avons parlé plus haut se fût soustraite à toutes les recherches, et on ne conservait plus l'espoir de compléter son observation, lorsque M. Dubois apprit qu'entrée à l'hôpital Necker, elle était sur lepoint de succomber. Elle mourut, en effet, quelques jours après, et c'est le résultat de son autopsie qui nous était présenté.

La tumeur était, ainsi que nous le disions, située en partie dans le bassin elle pressait en arrière l'intestin rectum, et en avant refoulait l'utérus et la vessie. Cette tumeur était formée par un vaste kyste, qui contenait le squelette d'un fœtus à terme. Toutes les parties molles et liquides qui avaient dû s'y trouver avaient disparu par une vaste ouverture dans l'intestin rectum. Cette ouverture était située assez haut pour qu'on ne pût y parvenir avec le doigt qu'assez difficilement. Peut-être avec une pareille disposition aurait-on pu espérer de voir le squelette expulsé successivement par cette voie; mais le kyste s'était rompu depuis peu à sa partie supérieure, et il en était résulté une péritonite mortelle.

Quoi qu'il en soit, le rapprochement de ces deux faits nous a paru extrêmement curieux et instructif; car il est très-probable que si on eût soumis cette dernière femme à l'opération qui a si heureusement débarrassé la première, ou eût également obtenu la sortie du fœtus tombé dans l'abdomen, et qu'une simple incision aurait ainsi suffi pour sa guérison.


ART. 2042.

§ 3. Grossesse à sept mois et demi; hémorrhagie considérable dès le début du travail, suspendue immédiatement par la rupture des membranes.

Le 24 janvier dernier M. le professeur P. Dubois a été appelé près d'une jeune dame anglaise dans les circonstances suivantes Cette dame était grosse de sept mois et demi environ, lorsqu'elle éprouva une perte légère, qui disparut bientôt par le repos au lit. Quelques jours après. dans la nuit du 23 au 24 janvier, la perte reparut avec beaucoup plus d'intensité. Un médecin, qui déjà l'avait accouchée, fut appelé près d'elle vers les cinq heures du matin; mais inquiet sur le sort de cette dame, qui avait déjà perdu une quantité considérable de sang, il fit demander M. P. Dubois, qui ne put la visiter que sur les sept heures et demie.

L'hémorrhagie avait été si considérable, que le sang, après avoir imbibé toutes les pièces du lit, ruisselait sur le carreau. Cette femme, exténuée par une si énorme perte, éprouvait à chaque instant des syncopes alternant avec des convulsions.

Il était évident qu'il fallait immédiatement agir pour remédier à cet état de chose. La malade, dans les courts instants où elle conservait sa raison, annonçait n'avoir éprouvé aucune douleur, n'avoir aucune conscience d'un travail commencé, et cependant, en la touchant, on reconnut qu'it existait un certain degré de dilatation de l'orifice utérin; il sembla aussi, bien que le fœtus fût fort élevé, qu'il se présentait par la tête. M. Dubois n'hésita pas, et résolut de déchirer les membranes immédiatement, dans l'espoir que l'utérus, revenant alors sur lui-même, t'hémorrhagie serait suspendue. A cet effet, il tailla convenablement une plume, et en porta le bec sur son doigt jusqu'à l'orifice utérin. Le toucher ayant déterminé une contraction, il put sentir les membranes qui bombaient, et il les perça avec la plume. Aussitôt un flux de liquide s'écoula à l'extérieur la sortie en fut favorisée encore en soulevant la tête avec le doigt de plus, des frictions furent faites sur le ventre, et on donna une potion avec lé seigle ergoté. A peine les membranes furent-elles rompues,que l'utérus se rétracta immédiatement avec sensation douloureuse pour la femme, et, à partir de ce moment, il ne s'écoula pas à l'extérieur


une goutte de sang. Les contractions utérines devinrent de plus en plus prononcées, et, vers les neuf heures, cette femme mit au monde un fœtus qui ne respira qu'imparfaitcment, et ne tarda pas à mourir. La malade, promptement délivrée, se rétablit bientôt. Elle est aujourd'hui dans un parfait état de santé.

Nous avons reproduit cette observation parce qu'elle est une preuve de plus à ajouter en faveur des préceptes émis par M. P. Dubois à l'art. 1271 de ce Journal, touchant le traitement des hémorrhagies utérines. Ce professeur insistait alors sur l'efRcacité de la rupture des membranes dans les cas même où le travail n'était pas commencé. Les détails essentiellement pratiques dans lesquels il est entré à ce sujet nous dispensent de nous y arrêter plus longtemps nous nous bornerons à dire que cette pratique a été suivie de succès dans des cas mêmes où le placenta étant implanté sur l'orifice utérin, il restait néanmoins assez d'espace pour pénétrer jusqu'aux membranes sans opérer de déchirement.

ART. 2043.

HOPITAL DE LA CHARITE.

(Service de M. Velpeau.)

Considérations pratiques sur les abcès qui se forment dans le voisinage du creux de l'aisselle. (V. art. 2027.) Ce n'est pas seulement dans le creux de l'aisselle qu'il faut étudier les abcès de cette région. Ceux que l'on observe dans l'épaisseur des parois de l'aisselle, de l'épaule, de la poitrine, méritent aussi des considérations particulières. Ainsi, nous avons dit que le pus pouvait s'accumuler dans le creux de l'aisselle et provenir de la carie d'un os voisin ou de l'intérieur de la poitrine; il peut fuser dans ce point par la partie supérieure, en suivant le trajet des vaisseaux et des nerfs, ou traverser les parois de la poitrine et tomber directement dans l'aisselle. It est important d'établir ces distinctions, car, quand on s'est assuré qu'il vient par la partie inférieure du cou, on sait que la plèvre n'est pas perforée, et que l'abcès doit avoir son siège sur un autre point, dans le médiastin antérieur, par exemple. Le diagnostic ne sera donc pas aussi défavo-


rabte, et it faudra ouvrir l'abcès de bonne heure pout donner issue à la matière purùlente. Quand, au contraire, l'abcès s'est formé directement à travers les parois de là poitrine, le cas est beaucoup plus grave c'est une sorte d'empyème que l'on aura à pratiquer, l'air pénétrera dans le foyer, eti) en résultera une éhortde cavité purù)ënte avec tous les accidents qui en sont inséparables. Il faut dans ce cas retarder l'ouverture le plus possible et porter un pronostic des plus fâcheux. H est à peine ùtite d'ajouter que si le malade est phthisiqué, il doit nécessairement succomber que s'il existe une carie du sternum ou des côtes, il en résultera une fistule très-difncile à guérir, et que là maladie sera fort grave, sinon mortelle; si le pus ét~it fourni par une carie de l'apophyse mastoïde ou des os du crâne, le pronostic serait un peu moins fâcnëux que s'il existait une carie des côtes il s'établirait un trajet sinueux: dont l'origine recouverte par un grand nombre de mùsciesserait placée en un point assez éteigne. L'ouverture en serait donc moins dangereuse, et l'on devrait porter un pronostic plus favôrabtë que si le pus arrivait directement de la poitrine. Dans ce cas encore, il faut ouvrir de bonne heure pour éviter que le pus né stagne dans lé foyer, et ns fuse dans les parties voisines, en produisant des compticàtions fâcheuses.

Il n'est pas très-rare de rencontrer dans le creux dé l'aisselle du pus provenant d'une maladie de l'articulation. La véritable nature de cette affection peut être méconnue: le malade souffre d'abord dans l'épaule, puis on observe dans l'aisselle de l'empâtement et enfin de la fluctuation. On croit que le pus s'est formé dans l'endroit du~ on l'observe, et on ne s'aperçoit du siège primitif du ind! que torsqu'aprës avoir vidé l'abcès, les mouvements d(ï bras restent douloureux ou impossibles. C'est ainsi que! dernièrement M. Velpeàu a ouvert un abcès dans le creux ~x' de l'aisselle chez un malade du service de M. Rayer il y avait sous l'aisselle une targe plaque ph)egtnoneùsë;)a nuCtuation était évidente, on plongea dans ce point un bistouri qui donna issue à une énorme quantité de pus mais après l'opération, il restait de l'engorgement et de l'induration dans Fépaute, et le ma)adë ne pouvait lèver le bras ce fut alors qu'ôt) apprit qu'il avait depuis longtemps une mdiadie de l'articulation, point de départ de l'abcès de l'aisselle. Quand on à reconnu la nature de ces abcès, il ne faut pas iropseh&tët dotes ouvrir cependantonnëdoitpasattëndre aussi longtemps qu~ lorsque le pus provient directement delà


poitrine.Il faut aussi prévenir les malades que, l'abcès ouvert, it restera une affection de l'épaule et souvent un trajet fistuleux de la raideur dans l'articulation, etc. Indépendamment de ces sortes d'abcès, il en est qui s'établissent dans les parois mêmes de l'aisselle; ainsi, quand le pus s'accumule entre le grand dentelé et les parois de la poitrine, on ne reconnaît que très-difScitement la fluctuation, parce que le liquide est recouvert par une couche musculaire très-épaisse. Les malades se plaignent de douleurs dans cette partie il y a de la chaleur et des symptômes d'inflammation, mais on ne sait pas bien dans quel point s'est formé l'abcès. Cependant on soupçonne la formation d'une collection purulente, lorsqu'après les symptômes d'une phlegmasie locale, on voit la paroi de l'aisselle se tendre, se soulever de ce côté, et sa cavité s'effacer en partie; si le foyer continue à se développer, il finit par dépasser en arrière le bord de l'omoplate qui semble s'enfoncer, et on sent dans ce point une fluctuation vague d'abord, mais bientôt plus évidente.

M. Velpeau a vu, en 1832 un malade qui offrait un cas singulier on voyait ainsi un bourrelet saillant à t'angte inférieur de l'omoplate; ce bourrelet remontait dans l'aisselle et venait faire saillie jusque dans la région claviculaire, en sorte que le creux de l'aisselle était en grande partie effacé, et ne présentait plus qu'une sorte de fente. It sortit d'une incision deux litres et demi de pus, et en introduisant le doigt dans la plaie, on vit que le foyer s'était formé sous le grand dentelé, et quête pus provenait des cinquième et sixième côtes qui étaient nécrosées. Ce qu'i) y eut de singulier, c'est que cet homme, qui avait l'aspect d'un scrofuleux, guérit complétement après l'ouverture de son abcès: la plaie se ferma, et la maladie des côtes ne se reproduisit plus. Ce fait, dont la terminaison parut singulière, ayant été publié à cette époque, M. Bedor, chirurgien distingué de Troyes, affirma à cette occasion, dans le journal qui avaitreproduitcettèobservation.que des faits de ce genre n'étaient pas très-rares, et qu'ayant à traiter chaque année un très-grand nombre de scrofuleux, il en avait vu plusieurs atteints de carie des côtes, et par suite d'abcès de l'aisselle et des parois thoraciques qui, après l'évacuation du pus, s'étaient trouvés entièrement guéris. Si l'abcès qui nous occupe était purement phlegmoneux. il faudrait l'ouvrir de très-bonne heure. Le gonflement produit par le pus peut s'étendre dans toute la longueur de l'espace compris entre le grand dentelé et le grand dorsal,


il peut faire saillie en haut ou en bas. Le plus souvent c'est dans ce dernier point. Cependant on voit quelquefois l'abcès proéminer à la partie supérieure, et M. Velpeau a ouvert une fois un abcès de ce genre chez une femme, à travers le trapèze ce sont des variétés d'abcès de la possibilité desquelles il faut être prévenu.

Les abcès dans l'épaisseur de la paroi antérieure de l'aisselle sont assez communs, et ils donnent fréquemment lieu à des erreurs de diagnostic; ainsi il s'en développe parfois entre les deux muscles pectoraux; le pus alors n'a pas grande tendance à se porter dans le creux de l'aisselle, cependant tantôt il se fait jour à l'extrémité à travers les fibres du grand pectoral; tantôt il fuse et descend dans le creux de l'aisselle; d'autrefois enfin il éraille la cloison axillaire, et c'est en arrière de cette région qu'il se fait jour à l'extérieur.

Cette sorte d'abcès ne se vide pas bien quand on l'ouvre, et souvent on est obligé de pratiquer plusieurs incisions.

Les abcès des parois thoraciques présentent une particularité dépendant de la disposition anatomique de ces parties. Lorsque le pus se forme on observe un gonflement modéré, œdémateux, qui peut descendre jusque dans le flanc; la laxité du tissu cellulaire de cette région permet au pus de fuser jusqu'à la partie inférieure du tronc, et l'on a alors un véritable érysipète phlegmoneux qui s'étend à la crête iliaque et dans la région lombaire. On peut éprouver même de très-grandes difficultés pour le diagnostic car la peau est assez épaisse, le tissu cellulaire et l'aponévrose offrent une certaine résistance, et du côté opposé, les muscles intercostaux cédant à la pression, la fluctuation est assez difficile à sentir Le passage du pus de l'aisselle aux parois thoraciques est, du reste, assez facile, grâce à la laxité du tissu cellulaire qui se continue dans ces deux régions, et comme sur la ligne moyenne ce tissu cellulaire est plus dense, le pus fuse en avant et en arrière, laissant au milieu un trajet aplati. L'an dernier on a vu ici un jeune garçon qui offrait un cas semblable il portait au pli du bras unutcèrenstuteux, suited'un abcès de l'aisselle.Le trajet fut agrandi avec un bistouri; mais, au bout de huit jours, il survint de la fièvre et un état général de souffrance. Bientôt on vit la tumeur de l'aisselle descendre le long des parois thoraciques, se diviser en deux, et s'étendre ainsi jusqu'au flanc. On donna dans ce point issue à du pus qui provenait de l'inflammation d'une glande de l'aisseUe.


D'un autre côté, ce genre d'abcès peùt débuter par cette partie même, à la suite d'un frottement, d'un coup, etc., et se présenter, soit sous la forme d'un phlegmon circonscrit, soit sous celle d'un érysipèle phlegmoneux mais, dans ce point, le pus a généralement une tendance extrême à s'épancher en nappe.

On peut, avec quelque espoir de succès, tenter d'en obtenir la résotution avant que la suppuration soit formée. Un traitement antiphlogistique très-actif, des frictions mercurielles à haute dose un large vésicatoire volant et des purgatifs à l'intérieur, peuvent faire avorter l'inflammation plus facilement que dans le creux de l'aisselle. Quand la suppuration est formée, il est nécessaire d'inciser de bonne heure pour éviter la fusion du pus lé long des parois de l'abdomen et du dos, et on peut d'autant plus se hâter d'ouvrir, qu'on n'a ni vaisseaux ni nerfs importants à épargner. On enfonce le bistouri du côté de la poitrine, jusqu'au niveau des côtes, et ces grands clapiers, une fois ouverts dans un ou piusieurs points, se tarissent en généra! assez facilement. Ces sortes d'abcès sont beaucoup moins graves que ceux de l'aisselle qui laissent souvent à leur suite de ]a gêne dans les mouvements du bras, et des iàdurations qu'il est fort difficile de dissiper entièrement.

ART. 2044.

HOPITAL DES ENFANTS-TROUVÉS.

(Service de M. Baron.)

Con~erd~dtM pra<t~MM sur le ~aMo~tMëtMCM~ des tntestins.

C'était déjà une affection bien souvent et en peu dé temps fata)o aux nouveau-nés que celle dont nous parlions pré' cédemment, celle qui a pour signe pathotogique t'attération des follicules intestinaux. Mais nous allons tracer l'histoire d'une lésion p!us grave encore. Car bien que l'entérite folliculeuse offre le problème difficile à résoudre de savoir jusqu'à quel point on peut attendre la cicatrisation des utcères et la guérison complète des malades bien qu'il soit probable que, lorsque les ulcérations sont manifesteméat développées, il ne reste jamais aux enfants assez de force pont suffire aux frais d'une convalescence longue et difficile. Cependant tt y a encore quelques cHànces pour


cette terminaison heureuse, lorsque les premiers phénomènes de turgescence et d'hypertrophie se sont encore seuls développés dans le fdtlicule. Tandis que le ramollissement des intestins, lorsqu'il est bien déterminé, ne doit laisser aucun doute sur son inc~rabitité. Néanmoins nous essaierons de décrire d'après les faits observés dans le service de M. Baron, les symptômes à t'aide desquels on reconnaît que la maladie a atteint cette période fatale.

Le ramollissement des intestins est une lésion qui con.siste dans la désorganisation plus ou moins complète, plus* oti moins étendue des tissus de ces organes, qui sont alors réduits en une pulpe de couleur variable du blanc mat à une teinte rougeâtrë, ayant parfois aussi l'aspect d'unê gelée demi-transparëhte. La membrane muqueuse en est souvent seule atteinte; d'autresfdis au contraire les diverses tuniques ont toutes subi cette altération morbide. Diverses causes produisent cette lésion elle peut survenir à la suite d'entérites inflammatoires franches; elfe peut également succéder à un état d'atonie remarquable et de faiblesse profonde qui ne s'est accompagné le plus souvent d'aucuns symptômes de réaction générale, état tjùë M. Baron regarde comme là suite d'entérites chroniques, qu'elles aient débuté par le mode inflammatoire, ce qui est le plus habituel chéz les enfants chétifs, peu vivaces, lymphatiques, ou qu'elles aient remplacé des affections primitivement aiguës. 1

De là, dans la lésion elle-même, des caractères assez différents de là surtout dans les symptômes à saisir dés modifications importantes, et dans le traitement des indications particulières à remplir.

Lorsque le ramollissement a eu pour cause une entérite sur-aiguë, son aspect est généralement rougeâtrë, du tosé mêlé de stries sanguinolentes son siège est ordinairement aussi plus borné il s'établit sur des portions d'intestins distinctes non loin desquelles cet organe est sain ou au moins non encore désorganisé; l'afBux du sang est manifesté, les tissus voisins en.sont gorgés.

Quant aux symptômes, ils sont, dans ces cas, ceux d'une entérite iduammatoire très-intense nous n'insisteronspas de nouveau sur la marche dé cette affection. On sait qu'une diarrhée abondante parfois accompagnée même de fiux sahguin par l'anus, que les cris, l'anxiété, le pouls agité, puis l'altération rapide des traits, la prostration des forces et le plus souvent une mort prompte, a moins qu'un traite-


ment énergique no la prévienne, en sont les traits caractéristiques.

Mais d'autres fois ces ramollissements se rencontrent sur des intestins complétement décolorés alors ils sont plus étendus, leur siège est bien moins défini, et souvent même le tube intestinal n'est pas dans l'économie le seul organe qui ait eu à subir leurs atteintes. Les vaisseaux qui environnent les points ramollis sont exsangues, tandis que ces points eux-mêmes sont d'un blanc mat, ou infiltrés de sérosité. Dans ces casles petits malades annoncent pendant leur viecetteaffectionpar une décoloration remarquable de tous les téguments; les muqueuses elles-mêmes sont pâles dans toutes les parties accessibles à la vue c'est une pâleur particulièrement mate, ou d'aspect chlorotique. En outre, un état languissant, et quelquefois un peu d'œdème qui empêche l'amaigrissement de devenir sensible comme dans les autres lésions graves des intestins, enfin une marche un peu moins rapide, constituent des caractères différentiels importants dans le diagnostic de cette affection. M. Baron y reconnaît en plus une diarrhée verdâtre et abondante mélangée souvent de flocons blanchâtres, comme de débris de fausses membranes. Le ventre est tendu, parfois œdématié, sa sensibilité peut être moins exaltée, et cependant la figure exprime la douleur, mais sans frapper autant par cette décomposition des traits si remarquable dans d'autres formes des maladies intestinales. La peau est géDéralementfroide, et le pouls peu élevé, petit et dépressible, comme à la fin de presque toutes ces entérites chroniques; mais ce n'est que dans les cas où ces ramollissements succèdent à cet état de langueur et d'anémie, tandis que, dans les cas inflammatoires aigus, M. Baron a toujours remarqué qu'il avait une grande fréquence.

Il faut encore noter que plus les enfants sont jeunes, et plus ils sont prédisposés à ces sortes de ramollissements bien d'autres organes que les intestins en subissent l'influence désorganisatrice; le cerveau lui-même n'en est pas exempt. Les altérations que ces affections causent dans les tissus sont si profondes, qu'à l'autopsie le poids des liquides où les plus légères tractions suffisent pour rompre les intestins, alors même qu'on peut avoir la certitude que la décomposition putride n'y a rien ajouté. On peut néanmoins quelquefois, dans un examen superficiel, prendre pour des lésions de cette nature des mucosités d'aspect membraniforme sous lesquelles la muqueuse est saine ou seulement injectée de sang.


Cependant ces affections qui sévissent plus particulièrement dans les saisons chaudes sont moins communes qu'on pourrait se l'imaginer, si l'on jugeait d'après l'hospice des Enfants-Trouvés; elles se rencontrent bien plus rarement dans la pratique.

En voici un exemple remarquable:

Le 6 avril d839, une petite fille âgée de cinq mois, nommée Boutigny, fut apportée àl'infirmerie pour une diarrhée dont elle était atteinte depuis quelques jours. Cette enfant étaitpàte, affaissée, etle pouls, serré, donnait quatre-vingtdouze pulsations à la minute. La chaleur de la peau n'était encore que légèrement augmentée, mais lalangue était sèche et rouge sur ses bords; l'abdomen était tendu à sapartie inférieure. M. Baron n'ayant que des renseignements assez peu précis sur la nature et l'abondance de la diarrhée, ainsi que sur l'état antécédent de cette petite malade, se borna à prescrire de la tisane de riz, un cataplasme émollient sur le ventre et un lavement de même nature.

Le lendemain, lé pouls était plus fréquent, la langue trèssèche, et depuis la veille la diarrhée était devenue excessivement abondante et liquide elle avait une couleur verdâtre. Il y avait eu plusieurs fois vomissement des boissons. Quatre sangsues à l'anus, lavement d'amidon avec deux gouttes de laudanum, lavement émollient, tisane de riz édulcorée avec le sirop de gomme; diète.

Le 9, les phénomènes inflammatoires avaient cédé, mais l'état de cette enfant n'en était guère moins grave. Le pouls était moins fréquent, les vomissements s'étaient momentanément arrêtés, et les selles avaient paru s'éloigner; la face elle-même exprimait un peu moins d'abattement, mais elle était d'une pâleur remarquable.

Même prescription sauf les moyens.

Ce calme apparent dura à peine deux jours, et la petite malade~fut de nouveau prise avec une égale intensité de tous les symptômes précédents mais cette fois sans la plus [égère réaction fébrile. Le pouls était concentré et facile à déprimer; il n'y avait pas d'amaigrissement appréciable, toutes les parties du corps au contraire restaient, ainsi que la face, à la pâleur de laquelle ils avaient participé, comme boufSs d'une sorte d'œdème. Les yeux étaient excavés et démesurément ouverts, et bien que la figure exprimât de la douleur, il ne s'y joignait pas de cris, l'attention de l'enfant pouvait même être fixée; enfin, le ventre était tendu, mais présentait une sensibilité bien moins exaltée que dans les premiers jours, et quelques


hoquets se faisaient remarquer de loin en loin. M. Baron prescrivit de couper la tisane avec l'eau de Seltz, et recommanda de donner froids les lavements émollients et laudanisés, ainsi que les boissons.

Cette médication ne fut pas plus heureuse les jours suivants l'état fut le même, la diarrhée persistait avec une abondance excessive, la bouche était sèche et les extrémités se refroidissaient. En outre, l'enfant fut prise d'une toux légère, et à laquelle la gravité de l'affection intestinale empêcha sans doute de prêter attention. Aux lavements qu'on continuait à donner froids, on ajouta une décoction de ratanhia et trois gouttes de laudanum, et cependant sans plus de succès; car, après quelques apparences de mieux, suivies de redoublement de gravité dans les symptômes, l'affaissement devint profond, et l'enfant mourut le 22 avril.

A l'autopsie le cadavre frappait à l'extérieur par une décoloration remarquable que l'on retrouvait aussi à l'intérieur répandue sur toute la masse intestinale. En explorant le tube digestif dans toute sa longueur, on découvrit successivement fès altérations suivantes L'oesophage portait deux ulcérations vers sa partie inférieure la muqueuse de l'estomac n'était que décolorée; celle du duodénum avait un aspect laiteux et était légèrement épaissie; il y avait quelques ganglions engorgés dans le mésentère, qui était injecté de sang.

Onrencontra untégerramoltissement dans letiers moyen de l'intestin grêle, mais il ne s'étendait qu'à la muqueuse. On put y remarquer aussi une vive rougeur de l'étendue d'un ou de deux pouces, ainsi qu'une vaste plaque rouge, épaissie immédiatement au-dessus de la valvule itéo-cœcale le gros intestin présenta des rougeurs éparses et livides, signes d'une inflammation qui cédait, quelques follicules hypertrophiés et commençant à s'aitére)~ Ces lésions étaient plus que sufdsantes pour expliquer tous les symptômes observés pendant la vie, et cependant elles seraient peut-être encore devenues plus profondes les points atorsenftammés,et dont la rougeur ne paraissait vive peut-être que par le contraste que formaient avec elle les tissus voisins décolorés, se seraient, aussi,eux pris de ramollissement,si l'affection des poumons, qu'on n'avait pas soupçonnée, n'était venue mettre brusquement un terme à la vie et aux souffrances de cette enfant. Cette affection consistait dans un ramollissement partiel des poumons eux-mêmes, désorganisation à laquelle on a


donné !e nom de gangrène, mais qui n'en a pas l'odeur caractéristique, et à laquelle M. Baron conserve le nom de ramollissement, ce qui vient à l'appui de ce qu'il nous a plusieurs fois fait observer, que les nouveau-nés sont sujets à mille formes de cette maladie, qui atteint la cornée, te cerveau, les autres viscères, et dont on a vu parfois la peau même devenir )e siège.

ART. 2045.

Observations sur l'emploi du nitrate d'argent en injections dans les écoulements blennorrhagiques t~re~rM. On trouve dans les Annales de la Société de médecine de Gand, un mémoire de M. le docteur Marinus, sur le traitement de ces blennorrhagies interminables qui ne se présentent plus que sous la forme d'un écoulement très-peu abondant, bien qu'extrêmement difficile à tarir. Les essais tentés par ce médecin n'ont fait que confirmer les résultat~ obtenus par M. Serres, et toutes les fois que le nitrate d'argent a été emp)oyé, ces btennorrhées anciennes ont été définitivenient supprimées, bien qu'elles eussent déjà été vainement combattues par une foule de moyens. Parmi les faits de ce genre que M. Marinus possède, trois seulement ont été cités dans ce mémoire.

La première observation est celle d'un homme de 28 ans, qui portait depuis trois années une blennorrhagie chronique contre laquelle on avait inutilement employé une foule de remèdes. 11 s'écoulait parl'bri8cedo l'urètre un liquide assez épais, btanchatre, parfois jaune-verdâtre, plus.abondant le matin que pendant le reste do la journée. Le malade éprouvait une légère douleur dans le trajet du canal, mais particulièrement la racine de la verge. Lorsqu'il consulta M. Marinus, il était fort affaibli par de nombreuses médications auxquelles il avait eu recours ses organes digestifs étaient malades et son moral très-abattu. Un régime tonique rétablit la santé générate, et on essaya par des injections toniques et astringentes de supprimer t'écputement, mais il cessait momentanément et reparaissait bientôt avec plus de force. Ce fut alors que M. Marinus résolut de tenter le nitrate d'argent en injections, d'après la méthode de M. Serre. H prescrivit donc un grain de nitrate d'argent cristaHisé, dissous dans quatre onces d'eau distillée, pour faire deux injections, et prit ta précaution, avant d'injecter le liquide, de comprimer le périnée en plaçant un mou-


choir roulé entre cette partie et le bord d'une chaise sur laquelle était assis le malade. La canule de la seringue ayant été introduite jusque près de la fosse naviculaire, l'injection fut poussée lentement afin de ne pas distendre trop précipitamment le canal l'orifice de ce)ui-ci fut ensuite comprimé pendant quelques instants entre le pouce et l'index, afin d'y laisser séjourner le liquide. Dès le second jour l'écoulement était moins abondant. Le troisième, le nitrate d'argent fut élevé à la dose d'un tiers de grain par once d'eau. Cette médication, continuée pendant huit jours, amena la cessation complète de la blennorrhagie. H en fut de même chez un autre malade, chez lequel un écoulement existait depuis près d'une année, et avait résisté à des doses énormes de cubèbe et de copahu, à des injections chlorurées et astringentes, etc. Le nitrate d'argent fut injecté de la même manière que dans le cas précédent, avec cette différence que le périnée ne fut point comprimé, M. Marinus jugeant cette précaution inutile, attendu la contractilité du sphyncter de la vessie, qui devait, suivant lui, s'opposer à l'introduction du liquide dans cet organe. Le sel d'argent fut graduellement porté à la dose d'un grain par once, et, au bout de quinze jours, la guérison était complète.

Le troisième fait, cité par l'auteur, n'Offre rien de remarquable. La guérison eut lieu avec autant de rapidité, et il en fut de même de tous les malades affectés d'urétrite chronique, non entretenue par une cause spécifique, auxquels ce médecin prescrivit des injections semblables. Mais, pour que cette médication ait d'heureux effets, il est nécessaire que le chirurgien fasse lui-méme les injections, et qu'il en surveille l'action avec le plus grand soin, a6n de leurdonnerplus d'activité ou de les rendre moins irritantes, ou même d'en suspendre l'emploi, suivant les circonstances: Ainsi exécutées, ces injections de nitrate d'argent semblent à M. Marinus la médication la plus efficace dans ces écoulements chroniques qui font le désespoir des malades, parce que presque tous les moyens employés sont impuissants à les tarir d'une manière complète.

Réflexions. Nous sommes revenu assez souvent, dans ce journal, sur le traitement de la blennorrhagie (1), pour que nous n'ayons que quelques mots à ajouter à l'exposé des faits rapportés par M. Marinus. Remarquons seule-

(1) Voy. à la Table générale !e mot BtJENNORRBAeiB.


ment que les injections dont ce médecin a tant à se louer ont été prescrites par divers auteurs dans la blennorrhagie aiguë et dans la blennorrhagie chronique. A l'époque d'acuité, quand il y a de la douleur, de la chaleur et un écoulement abondant, cette méthode est essentiellement vicieuse, bien qu'elle ait réussi dans quelques cas, et les accidents immédiats qu'elle détermine forceront bientôt les médecins qui en feront l'essai à l'abandonner. A une époque plus avancée de la maladie, lorsque les symptômes inflammatoires ayant été calmés, on est dans l'usage de recourir aux révulsifs sur le canal intestinal, les injections, en générât, quelle que soit la nature du liquide que l'on emploie, constituent un moyen assez efficace, à la vérité, mais dont les résultats sont extrêmement fâcheux, en ce que cette pratique paraît être le point de départ le plus ordinaire des rétrécissements du canal de l'urètre. Le plus grand nombre, en effet, des individus atteints de cette dernière affection, que nous avons interrogés sur leurs antécédents, nous ont déclaré avoir pratiqué des injections pour tarir leur écoulement. Nous n'avons donc recours à ce moyen, dans la seconde période de la blennorrhagie, que quand il ne nous est pas permis d'employer une méthode plus douce. Mais, à une période plus avancée, alors que l'écoulement est peu abondant, que l'inflammation chronique a, pour ainsi dire, pris droit de domicile dans le canal de l'urètre, il est assez difficile de la dissiper entièrement sans porter directement sur le point qu'elle occupe les agents plus ou moins irritants que l'art met à notre disposition. Parmi ces agents, celui dont M. Marinus a obtenu de si bons résultats est, en effet, un médicament précieux dont on retirera de très-bons effets, bien que nous l'ayons vu plus d'une fuis échouer complètement ainsi que les autres stimulants portés sur le canal de l'urètre; mais dans la blennorrhagie comme dans tous les symptômes de syphilis, il faut savoir varier les applications. Nous l'avons dit bien des fois, quand un grand nombre de médications diverses ont échoué, on finit par en rencontrer une, quelquefois beaucoup moins active en apparence, à l'aide de laquelle on obtient une guérison presque instantanée. Voilà pourquoi nous avons mis sous les yeux de nos lecteurs une foule de moyens dont les praticiens ont vanté les heureux effets. Ce n'est pas que nous les jugions toujours aussi favorablement que les auteurs qui les préconisent, mais nous savons qu'ils se sont parfois montrés utiles, et que s'ils ne réussissent pas dans tous les cas, ils constituent du moins un remède TOM. X!. ? DE JHft.LET. 2t


de plus, qu'à l'occasion on sera heureux de rencontrer. C'est dans ce but que nous devons signaler un mélange, qu'à l'exemple de M. Ricord, M. le docteur Mathieu vient de préconiser dans la blennorrhagie, à savoir, l'alun et le poivre cubèbe réunis dans les proportions suivantes Poivre cubèbe, 2 onces.

Sulfate d'alumine, 1:2 once.

Mélangez ensemble et divisez en neuf doses. Trois doses par jour.

L'alun, ajouté au poivre cubèbe, semble, à ce médecin, jouir de plus d'efficacité que chacune de ces substances isolées.

ART. 20M.

Accès a'ep~epMe traités avec succès par le sulfate de quinine. Observation communiquée par M. Loustan, docteur en médecine à Tabanac (Gironde).

Le 3 novembre dernier, je fus mandé par le sieur D. laitier au Médochin, commune de Persac, pour donner mes soins à son fils. Ce jeune homme, âgé d'une vingtaine d'années, est bien constitué, habituellement bien portant et d'un tempérament lymphatique. À mon arrivée, it prenait un bain de pieds sinapisé, sa figure était très-animée, le pouls était fort et agité. Interrogé sur ce qu'il avait éprouvé avant mon arrivée, il me dit qu'étant occupé à garder les vaches, il avait senti quelque chose de froid partir du basventre, monter jusqu'à la gorge et l'étrangler; après quoi i) avait perdu connaissance. c

Le père travaillait à quelques pas de là il accourut en voyant son fils tomber, le ramassa sans connaissance, pâle comme un mort et la bouche garnie d'écume sanguinolente. (Dans sa chute il s'était mordu la langue.) I[ eut quelque peine à le transporter à la maison à cause des contorsions qu'il faisait.

Je demandai s'il avait déjà éprouvé antérieurement quelque attaque semblable, la réponse fut négative. Après l'examen attentif des autres appareils, je pratiquai la saignée du bras et prescrivis infusion de feuilles d'oranger, lavement et potion avec eau distillée de valériane, quatre onces; teinture de castoreum, deux gros; sirop d'écorce d'orange, une once; sirop diacode, demi-once, à prendre par cuillerées toutes les heures.

Le lendemain, j'appris que, quelques minutes après mon


départ, i) avait éprouvé une nouvelle attaque aussi violente que la première, mais qu'il avait bien passé le reste de la journée aprèsavoir pris quelques cui))erées de ma potion. La nuit avait été tranquille. Le jeune homme me dit qu'il n'éprouvait aucune douleur; mais il me témoigna une vive inquiétude de voir son mal lui revenir. Je le tranquillisai de mon mieux, et me retirai après avoir prescrit une potion purgative. Soupçonnant qu'il pouvait s'adonner à la masturbation, j'invitai le père à le surveiller attentivement. Les 5, 6,7, rien de remarquable. Le 8, violente attaque sur les cinq heures du soir, j'en fus témoin.

Lavement d'assa-fœtida potion calmante, tisane de racine de valériane, vésicatoiro au bras, pilules pour prendre pendant plusieurs jours, d'après la formule suivante Pr. Oxyde de zinc, 1:2 gros. Extrait de valériane, 1 gros.

Castoreum, 20 grains.

Sirop, Q.S.

Pour 36 pilules, 3 par jour.

Le jeudi, 14 novembre, nouvelle attaque aussi violente que les précédentes. Dans l'intervalle, le malade n'avait rien éprouvé. Frappé de l'intermittence des attaques, je résolus de recourir au sulfate de quinine, et prescrivis la potion suivante

Eau distillée do valériane, onces.

Sulfate de quinine, 15 grains.

Acide sulfurique, Q. S.

Sirop, 1 once.

A prendre par cuillerées toutes les deux heures. Tisane de quinquina, 3 verres par jour.

Le lendemain, le père, inquiet de l'état de son fils, le conduit, à mon insu, chez un de mes confrères de Bordeaux, le docteur R. qui approuve l'emploi de la tisane de valériane et des pilules, mais qui juge inutiie l'emploi du décoctum de quinquina et la potion. H fait avouer au jeune homme qu'il se masturbe depuis longues années. Sans m'arrêter à l'opinion de mon confrère, j'insiste sur l'emploi du quinquina et du sulfate de quinine. A partir du moment de l'emploi de ces deux substances, le malade n'a rien éprouvé, te père a seulement observé quetques mouvements convulsifs dans la nuit du 24 au 25, pendant le sommeil du malade. Il est bon de dire que le jeune homme est corrigé de la pernicieuse habitude de l'onanisme.


Le malade a continué quelque temps à prendre tous les jours quelques cuillerées de potion avec sulfate de quinine, et, à partir de ce moment, il n'a plus éprouvé de nouvelle attaque.

ART. 2047.

Cas d'empoisonnement par l'opium, guéri avec l'emploi de la pompe dite à estomac.

M. le docteur Mabit a publié dans le bulletin médical du Midi une observation qui démontre de nouveau la nécessité d'ajouter à nos instruments habituels de chirurgie la pompe dont les Anglais font un si fréquent usage dans les empoisonnements.

Une institutrice, âgée de 25 à 26 ans, s'empoisonna avec du laudanum liquide de Sydenham apporté d'Angleterre et préparé selon la pharmacopée de Londres, qui prescrit un douzième d'opium relativement au liquide qui le contient, tandis que celui des pharmaciens de France et d'Italie n'en reçoit qu'un seizième. Elle en avait avalé quatre onces et demie, et n'avait pas tardé à éprouver les symptômes de l'empoisonnement. M. Mabit ne put arriver près d'elle que deux heures après l'ingestion du poison. Elle était alors étendue sur son lit et plongée dans une stupeur profonde, interrompue de temps à autre par des mouvements convulsifs de tout le corps, et notamment des membres abdominaux. La face était pâle, les pupilles dilatées semblaient insensibles à l'action de la lumière. La mâchoire inférieure était fortement serrée contre la supérieure, et il fallait beaucoup d'efforts pour les séparer. On avait déjà admi-.nistré à la malade, mais sans succès, du café pur, de l'eau émétisée, du suc de citron, mais sans obtenir de vomissements.

M. Mabit, qui était muni de la pompe stomacale, l'introduisit aussitôt dans l'oesophage, et, en moins d'une minute, put extraire de l'estomac près de trois livres d'un liquide noirâtre qui exhalait une forte odeur de laudanum; bientôt l'opération continuée en amena à l'extérieur sept à huit kilogrammes, et enfin la pompe n'en fournit plus. Cependant, comme on pouvait penser que toute la substance léthifère n'était pas évacuée, et que quelques portions avaient pu être retenues dans les villosités de l'estomac, on porta dans cet organe, sans déranger la pompe, une grande quantité d'eau tiède qui fut ensuite extraite, entraînant avec elle beaucoup de matières brunes. A mesure que cette opéra-


tion avait lieu, l'eau provenant de l'estomac était plus claire, et on la continua jusqu'à ce que le liquide sortît aussi clair qu'il y était entré.

Ce travail, ou fonctionnement de la pompe, dura près de vingt minutes, pendant lesquelles la malade ne donna aucun. signe de douleur. Le tuyau œsophagien étant retiré, elle parla et déclara se trouver très-soutagée, mais avoir toujours a tête embarrassée. Pensant alors que quelques par ties d'opium avaient dû passer dans le conduit intestinat, M. Mabit prescrivit l'emploi d'une forte décoction de noix de Galles, et fit appliquer des cataplasmes émollients sur l'abdomen. Le rétablissement suivit de près l'emploi do ces moyens.

M. Mabit termine son observation en insistant avec raison sur l'utilité de cette pompe stomacale et sur la nécessité d'en faire usage dans une foule d'affections diverses. (Voy. art 216, 1801 et 1960.)

ART. 2048.

O~ereattons sur l'emploi des fraises contre la goutte. Le Journal de chimie médicale publie l'observation suivante, qu'on jugera peut-être de quelque intérêt. M. Sauquet. pharmacien chimiste à Sigean, a adressé naguère à la Société des sciences physiques, etc., une observation relative à un de ses amis qui s'était délivré de la goutte en mangeant annuellement, soir etmatin, des fraises. En parcourant divers auteurs pour chercher quelque autre fait qui pût prêter quelque appui à cette observation, nous avons trouvé dans les œuvres de Linné l'exposé suivant <' Linné était fort sujet à des attaques de goutte vers la 6n de juin 1750, il en éprouva une très-violente il y avait quinze jours qu'il était dans cet état, lorsqu'on lui apporta des fraises ne pouvant prendre ni repos ni nourriture, il en mangeabeaucoup et dormitplusieurs heures. A sonréveit il s'en fit servir une plus grande quantité, et le lendemain, après avoir reposé presque toute la nuit, il fut en état de quitter le lit, sans autre ressentiment que celui de la faiblesse occasionnée par la maladie.

« L'année suivante, à la même époque, il eut à Drottningholm une nouvelle attaque,il se mit de suite à manger des fraises, et le lendemain Linné put se présenter à la cour. a La goutte reparut la troisième année, mais moins violente que dans les attaques précédentes; cet accès fut aussitôt guéri par les fraises.


a Une quatrième et une cinquième attaques, toujours moins fortes, eurent lieu à la même époque, les deux années suivantes même traitement, même succès. En faisant usage des fraises tous les étés, le célèbre Linné se délivra graduellement de la goutte, et il passa près de vingt ans sans éprouver la moindre atteinte. » D'après ces faits, Linné a recommandé les fraises aux goutteux, comme le meilleur des médicaments découverts jusqu'à lui contre cette maladie.

Un pareil traitement par une substance alimentaire si agréable et sans nul inconvénient mérite quelque attention de la part des praticiens.

Les fraises ont été aussi recommandées contre d'autres maladies Gesner dit qu'elles jouissent de propriétés curatives dans la gravelle, le calcul vésicat Gelnecke, de Stetin, les a préconisées comme vermifuge, et il en faisait prendre aux malades ayant le taenia et qu'il voulait traiter (Journalde méd. de Hufeland. d834); Schulze, Hoffmann, Gilibert, disent que des phthisiques ont été guéris par suite de l'usage des fraises. On les a conseillées contre la jaunisse, les obstructions. Les fraises sont pour quelques personnes un sujet d'antipathie; chez d'autres, qui les aiment, elles déterminent des éruptions cet effet est assez fréquent, car nous avons connu trois personnes, M°"~ R* et G* et M. P. B* qui ne pouvaient manger de ce fruit sans éprouver un prurit qui était suivi d'éruptions plus ou moins considérables.

ART. 2049.

MÉDECINE LEGALE.

j~pAj'.ft'e ~ar suspension. J~a~ des organes dans la mof~ par suspension.

L'exposition que nous avons faite des divers modes suivant tesquels la mort pouvait arriver dans l'asphyxie par suspension nous conduit naturellement à vous retracer les caractères anatomiques qui sont la conséquence de chacun d'eux. Et vous allez voir que l'état anatomique des organes est tout à fait en rapport avec les notions que nous vous avons données.

Vu à l'extérieur, le corps d'un pendu se fait remarquer par la pâleur générale de la peau; it faut toutefois en excepter les oreilles et les jambes qui sont assez fréquemment colorées en rose par l'injection sanguine de ces parties. La coloration des oreilles se montre surtout lorsque la constriction du cou a été presque complète. Elle manque toutes les fois qu'il n'y a pas eu arrêt dans la circulation,


obstacle au retour du sang. Celle de la peau des jambes est un effet tout cadavérique, c'est un phénomène de stase sanguine; elle ne se manifeste par conséquent que dans les cas où le corps est resté suspendu après la mort pendant un temps assez long pour que le sang se rende dans les parties les plus déctives ce sont donc là de véritables lividités cadavériques du genre de celtes qui se produisent ofdinairement sur le dos ou sur la partie postérieure des membres, lorsque le corps se trouve dans une position horizontale après la mort. La conséquence à tirer de cette coloration de la peau est donc que le corps est resté suspendu plusieurs heures après la mort. La face est généralement pâte sans aucune altération des traits, n'exprimant pas la souffrance et présentant presque toujours un air hébété. Les yeux sont demi-ouverts la bouche béante la langue saillante ou non saillante entre les arcades dentaires, avec ou sans gonflement, selon qu'elle a été ou qu'elle n'a pas été comprimée par les arcades dentaires. Mais lorsque la mort a eu lieu par suspension violente, la figure peut offrir le cachet des souffrances plus ou moins vives que l'individu a éprouvées dans les derniers instants de la vie.

Messieurs Esquirol et Fleichmann ont fait observer que la pâleur de la face pouvait être modifiée par la conservation du lien autour du cou après la mort. Ainsi un pendu, qui au moment de la mort offrira une pâleur très-marquée de la face, pourra présenter quelques heures plus tard une coloration rouge ou violacée, même avec gonflement des tissus situés au-dessus du lien, si ce dernier comprimait le cou et s'il n'a pas été enlevé.

Les opinions sont très-partagées sur la cause de la sortie de la langue au delà des arcades dentaires et sur sa turgescence. Les uns comme Bettoe, Foderé et M. Orfila, ne voientlà qu'un phénomène tout mécanique dépendant de la position que le lien appliqué sur le cou a occupée; M. Deslandes a fait des expériences qui viennent à l'appui de cette manière de voir. Ainsi cet organe se trouverait placé derrière les dents toutes les fois que le lien situé au-dessus de t'o~ hyoïde viendrait refouler la base de la langue en arrière. Le lien estil p!acé au-dessous du larynx de manière à le porter en haut, il soulèverait la langue, et t'entraînerait en avant de manière à ce que sa pointe vlnt se placer entre les dents et fit saillie au delà des arcades dentaires. Elle occuperait des positions variables et intermédiaires lorsque la constriction du cou s'exercerait dans un point intermédiaire à ceux que je viens de citer.

Fleichmann s'est éteigne de ces idées toutes mécaniques en admettant que la saillie et la morsure de la langue sont le résultat d'une mort plus lente, plus douloureuse et plus agitée, qui survient de préférence après une expiration. tl regarde au contraire la rétraction de cet organe comme le signe d'une mort ptus prompte qui vient interrompre la dernière inspiration déjà commencée. U se fonde sur ce que dans chaque inspiration, surtout si elle est un peu forte, la langue se rétracte légèrement elle est au contraire poussée un peu


en avant dans chaque expiration, principalement lorsque celle-ci a eu lieu avec quelque vigueur c'est donc l'un ou l'autre de ces mouvementsd'inspiration, et qui selon toute vraissemblance s'exerce avec une certaine violence au moment de la suspension, qui détermine soit la saillie et le serrement de la langue entre les dents, soit sa rétraction. On reconnaît à cette explication M. Fleichmann observateur minutieux des phénomènes de la nature qui s'opèrent dans l'état normal; mais si nos opinions à l'égard du fait que nous discutons se rapprochent plutôt de celles de FIeichmann que des autres savants que nous avons cités, nous ne saurions pourtant pas les partager entièrement.

Un fait de notre observation qui détruit complétement l'explication de Belloc, Foderé, Orfila et Deslandes, c'est que l'on peut observer la saillie de la langue et la constriction par les arcades dentaires dans des genres de mort autres que la suspension et où par conséquent il n'y a paseu de lien appliqué autour du cou. Or, nous avons vu ce phénomène se produire sur des noyés et des individ us morts subitement. Ici c'était donc une cause toute vitale qui avait causé la sortie de la langue. Qui ne sait ensuite qu'il suftit d'exercer une pression sur le larynx pour faire, comme on dit communément, tirer /M<Ennn, si le phénomène est purement mécanique, il doit toujours être en rapport avec la situation du tien or il résulte d'un tableau comparatif d'un grand nombre de pendus quenous avons dressé dans notre traité de médecine légale, qu'il existe de très-grandes variations à cet égard et que l'on peut trouver la langue placée au-devant des arcades dentaires et mordue par elles, alors que le lien est situé à la partie la plus élevée du larynx et vice versâ.

Concluons donc de l'exposition que nous venons de faire des opinions de divers auteurs à cet égard, que ce serait à tort qu'on émettrait des idées trop exclusives en admettant une seule et même cause pour expliquer ce phénomène si commun chez les pendus, et regardons-le comme pouvant dépendre à la fois d'une cause mécanique et vitale.

Ecoutez maintenant Michel Alberti de Hales et la plupart des auteurs qui ont écrit antérieurement à MM. Esquirol et Orfila, et vous verrez qu'ils vous tracent un tableau tout différent de l'état de la face des pendus lividité et gonflement de la face, surtout des )èvres qui sont comme tordues; paupièrestuméfiëes.a demi fermées et bleuâtres; rougeur, proéminence et parfois déptacement des yeux; langue gonflée, livide repliée ou passant entre les dents qui la serrent, et sortant souvent de la bouche écume sanguinolente dans le gosier, les narines et autour de la bouche; impression de la corde livide ou noire, ou ecchymosée peau enfoncée et quelquefois excoriée dans un des points de la circonférence du cou déchirement desmuscles et des ligamentsqui s'attachent à l'os hyoïde; déchirure et rupture ou contusion du larynx et des premiers segments de la trachée-artère ecchymoses des bras et des cuisses lividité des doigts qui sont contractés comme pour serrer fortement un corps que


l'on tiendrait dans la main contusion et ecchymoses des poignets €t de toutes les parties du corps sur lesquelles on aurait appliqué des liens; raideur et lividité du tronc; engorgement considérable dans les poumons, dans le cœur et dans le cerveau.

Que d'erreurs en si peu de mots! 1° On ne rencontre jamais d'ecchymose notable au cou à plus forte raison il n'y existe pas de fracture du larynx, de déchirures de ligaments ou de muscles, pas de contusion et de rupture dans les segments de la trachée pas d'ecchymoses des bras, des cuisses, des poignets, etc. etc. Bien entendu qu'il ne s'agit ici que des cas de suicide. Voici ce que l'on remarque à l'égard du cou.

A une hauteur variable existe un ou plusieurs sillons dont la largeur, l'étendue et la direction diffèrent en raison du diamètre des liens, le point où ils ont été appliqués et la direction qu'ils ont reçue pendant la chute du corps au moment de la suspension. Ces sillons peuvent offrir plusieurs aspects. Si on les examine au moment où la suspension est récente et où le lien vient d'être enlevé, alors leur surface est Manche, décolorée etles lèvres supérieure et inférieure sont plus ou moins injectées. La suspension date-t-elle de vingt-quatre ou trente heures, et le lien a-t-il été enlevé depuis plusieurs heures, alors il est jaune, ou jaune brunâtre, sec et parcheminé Cet effet est le résultat de la dessiccation de la peau au contact de l'air. Elle a été comprimée par le lien, les mailles de son tissu ont été rapprochées, une partie des liquides qu'elle contenait en a été expulsée, et sa dessiccation a eu lieu au contact de l'air par cela même qu'elle ne possédait plus qu'une très-petite proportion de fluides comparativement à la peau environnante.

Quant à l'injection des tèvres du sillon, elle est en général plus prononcée à la lèvre supérieure qu'à la lèvre inférieure. Dans la première l'injection est due à deux causes 1° l'arrêt de la circulation de ces lèvres; 2° l'irritation de la peau causée par le lien et par suite l'afflux sanguin; cette dernière cause existe seule pour expliquer l'injection de la lèvre inférieure, aussi ce dernier phénomène est-il tout à fait vital et en avons-nous tiré parti, ainsi que vous le verrez plus tard, pour déterminer si la suspension a été opérée pendant la vie ou après la mort.

Ou nesaurait rien préciser à l'égard de la largeur des sillons, puisqu'elle est une conséquence de celle du lien qui a été appliqué, mais je vous ferai remarquer que l'aspect de la surface du sillon est souvent très-propre à faire reconnaitre t'espècc de lien qui a été employé ainsi les étoffes qui déteignent le plus souvent sur la peau par le fait de la chaleur et de la transpiration de cette enveloppe, t une cravate de soie noire par exemple, laissent souvent une teinte qui les fait reconnaître. On peut encore, au moyen des dépressions ou empreintes de la peau, distinguer lesrenflements ou nœuds qui existaient sur les liens. Les dispositions dont je viens de parler servent aussi à faire entrevoir comment un lien était disposé autour du cou, et cette circonstance est assez importante dans son application


à la pratique pour que Je vous relate ici l'une des principales expertises judiciaires dans laquelle ces notions ont reçu une application directe, je veux parler du suicide de Champion qui avait tenté d'assassiner le roi.

En vertu d'une ordonnance de M. Jourdain, juge d'instruction, qui nous conumet à l'effet de procéder à l'examen et à l'ouverture du corps de Jacques-Philippe Champion, de déterminer les causes de la mort, et si celle-ci a été le fait d'un suicide ou d'un homicide, nous nous sommes'rendus, aujourd'hui 27 février 1837, à la Morgue, où, en présence de M. Jourdain et de M. Coppaux, faisant les fonctions de substitut de AI. le procureur du roi, nous avons procédé à cette opération, et observé les faits suivants

j! < On nous a représenté:

1° La chemise que Champion portait le jour de son décès; 2' Une cravate noire, qui aurait servi à opérer la suspension; 3" Deux bandes à l'aide desquelles Champion se serait attaché les mains avant de s'abandonner au lien qui devait le tenir suspendu. 2. La chemise, en grosse toile, est fendue sur le devant et dans toute sa longueur; elle a été déchirée, probablement pour faciliter l'administration des secours après l'accident. En réunissant les deux parties qui en forment le pan de devant, on aperçoit plusieurs taches grisâtres, de grandeur variable, depuis un jusqu'à quatre ou cinq pouces. Dans ces endroits la'toile est ferme, empesée; en un mot, ces taches offrent tous les caractères des taches de sperme. 3. La cravate est en soie noire, et elle se compose de deux morceaux d'une égale grandeur. L'un a sept pouces et l'autre quinze pouces et demi de large, ce qui donne en totalité vingt-deux pouces et demi, représentant la longueur du lien qui a servi à la suspension, et non pas la longueur de la cravate.

5 4. Ces deux morceaux appartiennent bien à la même cravate, car la section qui termine une de leurs extrémités est nette; sur chacun d'eux la largeur de l'étoffé, la texture et la finesse sont uniformes.

§ 5. Les deux autres extrémités qui terminent les deux morceaux offrent deux anses assez larges pour permettre à l'une d'elles d'être engagée dans l'autre. Ces anses sont formées aux dépends du tissu d'abord contourné sur lui-même, puis replié et noué à l'aide d'un Nœud formé aux dépens de l'étoffe.

g 6. Sur la portion la plus longue de la cravate se trouvent disséminées,dans l'étendue de trois pouces, des lames d'épidermes; mais en contournant la cravate sur eUe-mcme dans le seas de la torsion qui a été opérée pour faire l'anse dont est pourvue son extrémité, on rapproche toutes ces lames épidermiques de manière à ce qu'elles forment un tout continu paraissant avoir deux pouces de longueur sur six lignes de largeur; cette couche d'épiderme est; située près du nœud qui assujettit l'anse dont est pourvue l'extrémité de cette portion de cravate.

§ 7. Les deux bandes ont cinq pieds onze pouces un quart de longueur; elles ont la largeur des bandes ordinaires à panse-


ment. On nous déclare qu'elles servaient habituellement à recouvrir une plaie que Champion portait à la jambe droite, et dont il sera parlé plus bas.

S 8. JS-ca/nfK du corps. En bas, et sur le côté'dela poitrine, on voit de larges plaques parcheminées tout à fait incolores.

5 9. Deux plaques d'un rouge brun à la surface externe de l'avantbras gauche; elles sont arrondies, de quatre lignes de diamètre; la peau y est desséchée et parcheminée.

§ )0. Une plaque un peu moins large sur la saillie du coude gauche, et présentant les mêmes caractères.

§ H. Une quatrième plaque à la partie supérieure et externe de l'épaule gauche, ayant le même aspect.

g 2. Dans tous ces points la peau seule est injectée; i) n'y a pas d'ecchymose dans le tissu cellulaire.

g ) 3. Le long de l'épine du dos, et à partir de la hauteur de l'épine de l'omoplate, cinq contusions. La première a deux pouces et demi de largeur, la peau en estMeuâtre; du sang est intiltré et coagulé dans le tissu cellulaire sous-cutané, sous la forme d'une couche d'une ligue et demie d'épaisseur; lesautres, de forme ovoïde, et ayant au plus un pouce dans leur plus grande longueur, sont placées à intervalles à peu près égaux le long des apophyses épiueuses dorsales et premières lombaires elles sont accompagnées d'ecchymoses du tissu cellulaire, mais le sang y est infiltré en quantité bien moindre. Enfin, sur la saillie du sacrum, on trouve une dernière ecchymose superficielle. g 14. La peau de ces diverses ecchymoses est plus Ou moins desséchée, et elle présente des traces évidentes d'excoriations à sa surface.

g 1 5. Pas de traces de contusions ou de constrictions aux poignets.

<6. Au tiers supérieur de la jambe droite, une plaie de huit lignes de diamètre, environnée d'une peau rouge, lisse, dépourvue de poils, comme cela a lieu quand des ulcérations existent depuis un temps assez long. Cette plaie est encore recouverte d'un morceau dé diachylon gommé.

§17. La peau de la face offre une teinte légèrement violacée et très-distincte de la couleur de la peau du reste du corps la peau des oreilles fort épaissie, et comme boursouflée par l'afflux du sang dans ces parties, aussi ces organes ont-ils une teinte plus colorée que la face. § 18. Au cou existe un sillon oM~Ke d'avant en arrière et de bas en haut; ce sillon a son siège en avant, sur le cartilage thyroïde, immédiatement au-dessous de la saillie de ce cartilage il se termine en arrière à deux pouces c;H-~e~;M de la racine des cheveux; là il ne forme pas un cercle continu et fermé, il offre deux extrémités séparées entre elles par un espace de dix-huit lignes, où la peau ne présente pas d'empreinte.

Si l'on suppose appliqué horizontalement autour du cou un lien circulaire à partir du siégedu sillon sur lecartilage thyroïde, et que l'on mesure la distance qui en arrière et en hauteur séparait ce lien des extrémités du sillon dont noua venons de décrire le trajet, on a un in-


tervalle vertical de trois pouces, qui donne la mesure de l'obliquité réelle du sillon.

g <9. Ce sillon est unique.

§ 20. Sa largeur est de six lignes sur le cartilage thyroïde, de huit lignes sur le muscle sterno-mastoïdien du côté droit, et de quatre lignes sur celui du côté gauche.

S 2). En bas, et un peu en arrière de l'apophyse mastoïde du côté gauche, le sillon présente une sorte d'élargissement brusque, de forme arrondie, ayant sept lignes de diamètre en tous sens; la peau est injectée et de couleur brune dans ce point.

§ 22. La teinte générale du sillon est généralement blanche. § 23. La peau d'une portion du sillon qui longe le côté gauche du cou est dépourvue d'épiderme dans une étendue de trois pouces. } 24. Les deux lèvres du sillon sont fortement colorées en rouge par une injection de la peau, et la coloration de la lèvre inférieure est très-prononcée, elle a dans plusieurs points un demi-pouce de largeur.

25. Pas d'apparence de contusion ou de toute autre violence dans tout le trajet du sillon; la peau est desséchée et parcheminée. § 26. Le tissu cellulaire sous-cutané offre principalement en avant la trace argentine qui résulte du rapprochement et de la dessiccation des lames du tissu cellulaire; çà et là existent quelques stries vasculaires elles sont plus dessinées sur la saillie du cartilage thyroïde la où la pression du lien était plus directe.

§ 27. Pas de traces d'ecchymoses dans les muscles superficiels ou profonds des régions antérieures et postérieures du cou. Aucune déchirure des ligaments qui réunissent les premières vertèbres cervicales entre elles. Pas de fracture au larynx ou à l'os hyoïde. Pas de sang dans le canal vertébral ni de déchirure de la moelle. La membrane interne des artères carotides tout à fait à l'état normal. § 28. La langue est appliquée immédiatement derrière les arcades dentaires, qui sont incomplétement rapprochées.

5 29. Les vaisseaux des méninges sont notablement remplis de sang. La substance cérébrale est un peu piquetée. La base de la langue est injectée et rouge; il en est de même de la membrane muqueuse qui tapisse le larynx, la trachée-artère et les bronches. Ces deux derniers conduits contiennent environ unecuiUeréeàbouchedesangsputneux, épais, filant, évidemment mété d'air et de mucus. Les deux poumons contiennent beaucoup de sang; ils ont en arrière une teinte violacée très-marquée, et leur tissu d'un rouge noirâtre en arrière, est encore fortement coloré en avant; la section des vaisseaux veineux de ces organes laisse écouler une quantité assez notable de sang noir et épais. Du sang existe dans les cavités droite et gauche du cœur, mais dans une proportion plus grande à droite qu'à gauche, ce sang est fluide. Le foie contient aussi une assez grande portion de sang. § 30. L'estomac renferme une petite quantité d'aliments de couleur lie de vin, dont la digestion est avancée. Les intestins sont à l'état normal. (Le tube digestif est recueilli après avoir été examiné physiquement. On place l'estomac et les intestins dans deux bocaux isolés~


avec d'un mélange d'eau et d'alcool, pour le tout être soumis à l'analyse.)

31. L'extrémité de la verge est d'un rouge violacé, humectée d'un enduit incolore et niant; quand on presse le canal, on en fait sortir une matière d'apparence et de consistance spermatique. Le canal de l'urètre est blanchâtre.

Cette opération terminée, nous avons manifeste à M. le juge d'in. struction le désir de connaître la disposition des lieux où la suspension avait été opérée. Cette visite a été faite par nous, en sa présence, le lendemain 28 février.

A cet effet, nous nous sommes rendus à la prison de la préfecture de police; le directeur de la prison nous a conduits à une chambre située au premier étage, et portant le titre de cellule n" t. Cette chambre est éclairée au midi par une fenêtre de trois pieds quatre pouces de largeur, occupant le milieu du côté opposé à la porte d'entrée. Cette fenêtre a deux battants, qui se ferment au moyen d'une garniture à espagnolette du crochet supérieur qui termine le montant de la fermeture au sol de la pièce existe une hauteur de six pieds quatre pouces. Le long de la fenêtre, et dans l'encoignure opposée à la porte d'entrée, se trouve un lit de sangle recouvert d'un matelas; de la surface du matelas au solla distance est de vingt-deux pouces, et du matelas au plafond de cinq pieds quatre pouces. Les gardiens de la prison nous déclarent que peu de temps après la mort de Champion.un d'eux est entré dans sa chambre,qu'il l'a trouvé suspendu au moyen de sa cravate, fixée au crochet supérieur de l'espagnolette, le dos appuyé le long de l'espagnolette, la face en avant, les mains attachées le long et derrière ic dos, mais assez distantes l'une de l'autre pour se trouver appliquées derrière les hanches; une personne aurait coupé la cravate immédiatement au-dessus de l'anse dans laquelle la tête était engagée, tandis qu'une autre soutenait le corps; ils auraient placé Champion sur le lit de camp pour tui prodiguer du secours, la cravate restant encore appliquée autour du cou, et un d'eux se serait empressée de la couper de nouveau, dans la pensée où cite était que te cou était encore comprimé, mais le mouvement opéré à l'aide d'un couteau, pour arriver à ce résultat, n'aurait pas produit de section, il aurait seulement déterminé la sortie de la portion de cravate restée engagée dans l'anse qui faisait l'office de nœud coulant. Et en effet, si deux sections avaient été pratiquées, la cravate aurait été divisée en trois parties, tandis qu'elle ne l'est réellement qu'en deux.

Le corps de Champion était chaud au moment où il a été détaché, mais on aurait en vain prodigué des secours pour rappeler Champion à la vie.

Conclusion.

1° La mort a été le résultat de la suspension;

2° La suspension a été opérée à l'aide de la cravate qui nous a été représentée

3° La suspension est le fait d'un suicide.


Motifs.

La mort a éte le résultat de la suspension. Il ne peut pas y avoir de doute à cet égard, les preuves de cette assertion se trouvent dans t" La coloration de la face des oreilles et de la partie supérieure du cou au-dessus du lien, } )5;

2° L'injection des deux lèvres du sillon, 2!;

3° L'injection des vaisseaux des méninges; la coloration de la base de la langue, du larynx, de la trachëe-artère; l'existence de sang spumeux dans la trachée; l'engorgement des poumons et la coloration de leur tissu; la plus grande quantité de sang tant dans les cavités droites du cœur que dans les cavités gauches, et la fluidité de ce liquide, §27

4° L'injection de l'extrémité de la verge, humectée d'ailleurs d'un liquide muqueux et filant analogue, pour l'espèce et la consistance, à la liqueur spermatique, § 29

5° L'existence de taches spermatiques sur le devant de la chemise, 2, reconnues telles par l'analyse chimique. (royez rapport ciannexé.)

La .fK~pfnt:'on a été opérée à l'aide de la cravate qui nous a été re~)/'e.M~<*e. Les faits suivants en donnent la preuve

1 La largeur du sillon comparée à l'épaisseur de la cravate contournée et tordue sur elle-même, l'accroissement en largeur de ce sillon, à partir du côté gauche du cou en se dirigeant vers le côté droit, coïncidant avec l'épaisseur des divers points de ce vêtement, dont une extrémité occupait le côté gauche du cou, § t8;

2° L'excoriation de la surface du sillon à gauche, § 2<;

3° L'empreinte ovale qu'il présente à gauche, au-dessous et derrière l'apophyse mastoïde, en rapport avec le nœud de l'une des extrémités de la cravate, § <9

4° L'existence sur la cravate d'une couche d'épiderme au voisinage même du nœud qui arrêtait l'une des anses, § 6.

La .M.<pe/M!07: a été le fait d'un suicide.

Ea effet,*d'une part, on ne trouve aucun indice d'empoisonnement; il n'existe pas de traces de violences qui puissent être rattachées au fait d'un homicide; ainsi: absence de contusions, excoriations, se rattachant à une lutte engagée entre Champion, homme très-fort et très-vigoureux et ceux qui auraient voulu attenter à ses jours. Pas de traces de constrictions aux poignets, ni aux bas des jambes dans la supposition où on admettrait que Champion aurait été saisi et garrotté pendant le sommeil. Pas de double sillon au cou de contusion, de fracture au larynx ou à la colonne vertébrale, de trace de pression en supposant que Champion eût d'abord été étrangté, puis pendu.

D'une autre part, tous les faits observés s'expliquent parfaitement dans la supposition d'un suicide, en admettant par exemple que Champion ait confectionné un anneau à chaque extrémité de sa cravate, qu'il soit monté sur le lit de sangle placé au devant de


la fenêtre, qu'il ait placé une extrémité de la cravate dans l'anneau de l'extrémité opposée, de manière à faire un lien de suspension à travers lequel aura engagé sa tête et le cou, pour de ta ttxer l'extrémité libre de la cravate au crochet de la ferrure de la fenêtre. L'appareil de suspension une fois établi, it se serait attache les mains derrière le dos avec les bandes qu'il avait préalablement retirées de ses jambes, puis, repoussant fortement le lit de sangle en prenant avec les épaules un point d'appui sur la fenêtre, il serait tombé brusquement,et dans la chute te dos aurait porté sur les divers renflements de la ferrure de la fenêtre, et produit les ecchymoses que nous avons observées le long de l'épine dorsale.

Certes l'application du lien a pu ainsi être opérée en suivant une autre marche; par exempleon peut encore supposer que, fixant avec ta main gauche sur le côté gauche du cou une extrémité de la cravate, laquelle extrémité était garnie d'un nœud, il aurait contourné ce vêtement sur lui-même en l'appliquant successivement autour du cou, de manière à ramener l'extrémité la plus longue du lien à droite et à la faire passer dans l'anneau de l'extrémité la plus courte, préalablement Hxée pour l'attacher en dernier lieu au crochet de la ferrure et, dans cette dernière supposition comme dans la première, jon explique parfaitement l'étroitesse du sillon à gauche et sa largeur croissante de gauche à droite, largeur proportionnée & l'épaisseur graduée du vêtement, 2° l'empreinte d'un nœud à gauche, 3° l'excoriation det'épiderme à gauche, )aoù la torsion aurait été primitivement la plus forte, l'obliquité dit sillon.

A. DEVERGIE.

ART. 203~

VARIÉTÉS.

ACADEMIE DE MÉDECïKE. Le seul travail remarquable, sous le rapport de la pratique, présenté à l'Académie dans le cours du mois qui vient de s'écouter, est un long mémoire lu par M. Orfila, sur l'empoisonnement par les préparations cuivreuses. On se rappelle les travaux intéressants de ce médecin, sur l'empoisonnement par lespréparations arsénicales et antimoniales (1). De nouvelles expériences ont été dirigées dans le but de reconnaître les effets de l'empoisonnement par le cuivre, et les moyens de constater la présencede ce métal dans l'économie après son absorption par les tissus. Un grand nombre de chiens ayant été empoisonnés avec l'acétate et le sulfate de cuivre, M. Ortila a pu s'assurer qu'au bout d'un certain t< mps le foie, la rate et les autres viscères contenaient du cuivre. Mais pour conclure à un empoisonnement par le cuivre, il est une précaution à prendre; car on sait qu'une certaine quantité.de ce métal est contenue naturellement dans notre économie; or fauteur affirme que le cuivre qui fait partie de nos tissus ne s'en détache point par l'ébullition prolongée, et qu'il faut pour cela recourir à (1) r. art. 1806. <8)9, f84 et MOO.


l'incinération des organes. Si donc, avec la lame de fer plongée dans un décoctum aqueux préparé en faisant bouillir pendant une heure avec de l'eau distillée, des organes d'un individu supposé empoison~né, on retrouve des traces évidentes de cuivre, on devra conclure qu'il y a eu empoisonnement, à moins qu'il ne soit prouvé que cette substance est arrivée dans les organes par suite d'une imbibition cadavérique.

Les nombreuses expériences auxquelles M. Orfila s'est livré à cette occasion lui ont permis de conclure t° Que l'acétate et le sulfate de cuivre introduits dans l'estomac, ou appliqués sur le tissu cellulaire sous-cutané des chiens vivants, sont absorbés et portés dans tous les organes de l'économie animale.

2" Qu'il en est probablement de même pour l'homme. 3° Qu'il est possible, à l'aide de certains procédés chimiques, de retirer le cuivre métallique de la portion de ces sels cuivreux qui a ~té absorbée.

4° Qu'il devient indispensable de recourir à cette extraction lorsqu'on n'a pas trouvé ces poisons dans le canal digestif ou sur les. autres-parties sur lesquelles ils avaient été immédiatement appliqués, ou dans les matières des vomissements; car, en se bornant. comme on l'a fait jusqu'à ce jour, à rechercher les sels cuivreux dans les matières provenant de l'estomac et des intestins, on court risque de ne pas les découvrir, soit parce qu'il n'en restera plus dans te canal digestif, soit parce que les matières vomies auront été soustraites, tandis que l'on pourra toujours obtenir le métal de la portion qui aura été absorbée.

5" Qu'un rapport médico-légal devra être déclaré incomplet et. insufnaant par le seul fait que, dans le cas indiqué, on aura omis de rechercher les sels cuivreux dans les parties où ils existent après avoir été absorbés.

PRIX–La Société de pharmacie décernera un prix de 1,000 francs à l'auteur du meilleur travail sur le seigle ergoté, qui aura fait connaître et aura étudié d'une manière satisfaisante son principe actif. La même société décernera une médaitte d'or de la valeur de 1,000 francs à l'auteur du mémoire qui donnera le moyen d'isoler le principe actif de la digitale, et qui fera connaître sa nature chimique et ses propriétés.

Les Mémoires écrits en français ou en latin seront envoyés francs de port à M. Soubeiran, secrétaire de la Société de Pharmacie, rue de l'Arbalète, à Paris, avant le f'' août 1841.

FACULTÉ. M. le ministre de l'instruction publique a retiré le projet de loi qu'il avait présenté à la chambre pour la création d'une Faculté de médecine à Rennes. Il a déclaré ajourner ce projet à la session prochaine. La demande de fonds pour la création d'une Fa. culte des sciences dans cette ville a été maintenue.

CoKCOUM. –Un concours sera ouvert, le 20 août prochain, pour l'admission de chirurgiens-étèves dans les hôpitaux militaires d'instruction de Metz, Strasbourg et Lille, et à l'hôpital militaire de perfectionnement de flaris.

Les examens auront lieu à Paris, Metz, Nancy, Strasbourg, Besancon, Lyon, Toulon, Toulouse, Bordeaux, Rennes, Lille, Bastia, Bayonne et Perpignan.

Chaque candidat devra se faire inscrire à l'intendance militaire de celle de ces villes où il désirera concourir. Il sera donné, dans les bureaux de l'intendance militaire, communication des conditions d'admission au concours dont le programme a été inséré au Journal Militaire.

Le registre d'inscription sera clos le 18 août.


ART. 205J.

Du traitement local des bubons par les pt~fM multiples. Nous avons déjà dans cet ouvrage entretenu nos lecteurs de bien des moyens employés pour obtenir la résolution du bubon syphilitique. La gravité de ce symptôme et sa fréquence dans la pratique nous ont fait insister, à plusieurs reprises, sur les améliorations que la chirurgie moderne a apportées dans son traitement. C'est à cette occasion que, dans les nombreuses observations recueillies à l'hôpital des vénériens, nous avons fait remarquer combien étaient rares aujourd'hui, dans le service de M. CuUerier, ces vastes décollements de la peau si communs jadis dans cet établissement, et qui nécessitaifnt de nombreuses et larges ouvertures, ces bubons ulcérés, cette pourriture d'hôpital qui faisaient du bubon un des symptômes tes plus graves et les plus redoutés de l'affection syphilitique.

Nous voulons aujourd'hui, pour compléter l'histoire du bubon (1), dire quelques mots d'un procédé souvent employé par M. Cullerier' pour en amener une plus prompte terminaison. Ce sont des piqûres plus ou moins profondes, et multipliées sur la surface de la tumeur, à quelque période que l'on soit arrivé et dans quelque circonstance que le malade se trouve.

Déjà nous avons eu occasion, dans ce journal et dans nos Recherches sur la thérapeutique de la syphilis, de signaler les bons effets que ce chirurgien retirait depuis longtemps des piqûres multipliées; mais ce moyen, réservé pour quelques cas exceptionnels, n'était employé que lorsqu'il existait une collection purulente qui avait décollé les tissus dans une assez vaste étendue, et que le pus situé superficiellement pouvait facilement se faire jour par ces légères ouvertures. Des piqûres multipliées faites avec la lancette,nonseulement alors donnaient issue d'une manière plus complète au liquide purulent, mais encore la peau, stimulée par de nombreuses mouchetures, reprenait plus de vie, plus d'élasticité, et le recollement s'opérait avec plus de promptitude. M. Cullérier a maintenant généralisé cette méthode dans toutes les phases dububon syphilitique, et les mouchetures ()) Voy. ce motà!aT&He générale.

TOME Xt. N° D'AOUT. 22


lui semblent préférables au vésicatoire suivi de la cautérisation, moyen également.fort précieux, mais qui a l'inconvénient de laisser une large cicatrice dans l'aine, et pendant longtemps une coloration désagréable de la peau. Les piqûres avec la lancette, au contraire, divisant la peau dans une très-petite étendue, laissent après elles des cicatrices moins apparentes encore que celles des sangsues, et les bons effets que l'on en retire ne sont ni moins sensibles ni moins prompts.

Les mouchetures multipliées sont pratiquées à l'hôpital des vénériens sur les bubons inflammatoires non suppurés dès l'entrée des malades. La peau est-elle rouge, enflammée, douloureuse, cinq à six piqûres de lancette, à quatre ou cinq millimètres de profondeur, donnent issue à une petite quantité de sang; puis un cataplasme émollient est appliqué sur l'aine; et le malade maintenu dans un repos parfait; le lendemain la peau a repris en grande partie son état normal; la tumeur s'est dégorgée et s'offre dans des conditions beaucoup plus favorables à la guérison. La même opération convient encore lorsque le ganglion paraît seul être le siège de l'engorgemeht, et que la peau reste parfaitement intacte. Les piqûres de lancette agissent sans doute à la manière des sangsues, et le dégorgement s'opère de proche en proche jusqu'à la partie enflammée. Si les malades se présentent à une époque plus avancée, lorsque déjà le pus est formé, soit qu'il soit disséminé dans les mailles du tissu cellulaire, ou réuni en collection, les piqûres multipliées sont d'un très-grand avantage. Le pus, mêlé au sang fourni par la peau divisée, s'écoule à la fois par ces ouvertures il ne s'accumule dans aucun point, et non-seulement les foyers se trouvent ainsi complétement vidés, mais encore la peau légèrement stimulée par ces piqûres, adhère avec plus de promptitude et d'une manière plus complète aux tissus sous-jacents.

On conçoit que, lorsque la collection purulente est profondément située, dans cette classe de bubons dont nous avons tracé l'histoire sous le nom de bubons sous-aponévrotiques, les piqûres superficielles seraient insuffisantes pour donner issue au pus aggloméré; elles doivent être faites de manière à pénétrer jusqu'au foyer.

Enfin, dans le bubon indolent ou chronique, les piqûres multipliées ont encore l'avantage inappréciable d'animer, de réchauffer les tissus, d'augmenter leur activité, d'en accélérer la résolution, ou d'amener la fonte purulente des


parties indurées; dans ces cas on fait pénétrer l'instrument jusque dans l'intérieur du ganglion malade.

On voit que ce mode de traitement, qui jadis était réservé par M. Cullerier pour quelques cas particuliers, est maintenant généralisé par ce praticien et opposé à presque tous les genres de bubon syphilitique, depuis sa période inflammatoire jusqu'à sa terminaison par une collection purulente; depuis l'engorgement douloureux de la glande jusqu'à son induration, son engorgement chronique que les stimulants ordinaires ont tant de peine à résoudre. Cette pratique adoptée depuis quelque temps dans son service, a déjà eu de fort beaux résultats.

Dans les cas les plus simples, c'est-à-dire lorsque le bubon est pour ainsi dire à son début, quelques jours suffisent pour que la résolution s'opère et que les piqûres se ferment; il faut plus de temps, lorsque l'inflammation a déjà fait des progrès, que la tumeur a acquis un certain volume, et que plusieurs ganglions participent à l'engorgement, lorsque la peau amincie, décollée, désorganisée en quelque sorte, recouvre un foyer purulent plus ou moins étendu.

M. Cullerier se sert de préférence de la lancette; cet instrument à deux tranchants pénètre moins douloureusement les tissus que le bistouri ce dernier instrument peut pourtant être employé.

Voici comment il procède. II met la lame de l'instrument entre le pouce et le doigt indicateur, de manière à ce que l'extrémité de la lame ne dépasse les doigts que de la longueur qu'il veut faire pénétrer. En agissant ainsi, il n'est pas exposé à faire des plaies trop profondes, et il évite les accidents qui pourraient résulter d'un mouvement brusque du malade ou de tout autre cause; car on ne doit point perdre de vue que l'on agit dans l'aine.

ART. 2052.

Note sur la gale et sur son traitement.

M. le docteur de La Harpe, médecin en chef de l'hôpital de Lausanne, a publié, dans la Gazette médicale, une note sur le traitement qu'il a employé, depuis quatre ans et demi, sur quatre cent huit galeux. Sur ce nombre, à l'exception de deux ou trois qui se sont évadés, tous sont sortis guéris. La plupart l'ont été du quatrième au quatorzième jour; mais un petit nombre a dépassé ce temps, en sorte


que la moyenne de durée du traitement a été de dix-huit jours en 1836, de quinze jours en 1837, de onze jours en 1838, et de dix jours en 1839. Cette différence s'explique, suivant M. de La Harpe, par la plus grande régularité qui a été apportée dans son service à l'emploi des moyens prescrits.

Voici maintenant le traitement employé

« A son entrée à l'hospice, dit M. de La Harpe, le malade prend un bain de propreté. Au sortir du bain, il reçoit une chemise, un pantalon et une blouse de toile, puis il est conduit dans la chambre des galeux, où il est placé sous clef. 11 se frictionne tout le corps avec l'onguent pour la gale; il répète ces frictions soir et matin, pendant trois à quatre jours. Au bout de ce temps, il ne ressent pour l'ordinaire plus de démangeaisons. Il est alors envoyé derechef au bain, où il se nettoie avec soin, et se savonne tout le corps. Au sortir de ce second bain, ou bien il est renvoyé guéri, ou bien il reçoit du linge propre, et recommence à se frotter pendant trois à quatre jours, comme ia première fois.Après cette seconde cure, il reçoit un troisième bain de propreté, qui, pour l'ordinaire, termine la cure. Quelquefois cependant on lui administre une troisième cure, semblable aux 'précédentes, pour détruire quelques pustules nouvellement apparues. Lorsque la gale est compliquée d'ulcérations, de furoncles en suppuration, ou de dartres, j'ai toujours obtenu de bons effets de quelques bains soufrés pour terminer la cure. L'onguent pour la gale dont je fais usage ressemble beaucoup à t'MK~Me~tMM sul/MrtCMMt compositum de la pharmacie de Londres.Il se compose de

Fleurs de soufre, 16 grammes.

Sulfate de zinc, 2

Poudre d'ellébore blanc, 4

Savon noir, 31

Axonge, 63

a Cette dose coûte à l'hospice quatre batz, ou 60 centimes de France. Chaque galeux en emploie environ deux hectogrammes en moyenne. Lorsque les galeux en emploient davantage, ils no sont point guéris plus rapidement.

<r La propreté est le point le plus difficile à obtenir dans <e traitement, et cependant elle en est une partie très-importante. Pendant que les malades se frictionnent, on place leurs habits à la lessive. Chaque fois que le malade prend


un bain, il importe que les draps et les couvertures de son Ht, ainsi que ses vêtements de cure, soient lavés avec du lessif, ou désinfectés par l'acide sulfureux. Dans l'intervalle des bains, il faut, au contraire, que les malades gardent soigneusement les mêmes vêtements, et n'enlèvent point l'onguent qui couvre leur corps. »

Les effets de ce traitement sont extrêmement prompts, suivant M. de La Harpe; sitôt après la deuxième ou la troisième friction, la démangeaison diminue considérabtement, ou même cesse complétement. Après le deuxième bain, la plus grande partie des pustules est flétrie ou desséchée, l'épiderme s'est détaché autour des plus grosses, et l'auréole qui les entoure a pris une teinte bleuâtre. Depuis six ans M. de La Harpe emploie également ce traitement dans sa pratique particulière, remplaçant les bains, lorsque les malades ne peuvent pas en prendre, par des lotions générales avec de l'eau de savon chaude, qui suffisent pour nettoyer et irriter convenablement la peau. ART. 2053.

Affection cutanée transmise des animaux à l'homme. Névralgie faciale, section du nerf sous-orbitaire. Pelote à mamelon employée contre les hernies. Punaisie traitée par le nitrate a'af~eK~ en injections.

Nous trouvons, dans le compte rendu des travaux de la Société de médecine de Toulouse, par M. le docteur Ducasse, de nombreuses observations dont nous allons faire connaître à nos lecteurs les plus intéressantes pour la pratique.

Dartre contagion. Dans une ferme des environs de Toulouse, un veau naquit affecté d'une éruption dartreuse phlycténoïde, occupant plusieurs points de la peau. Cette maladie 6t des progrès considérables sur cet animal, et bientôt deux autres veaux renfermés avec le premier dans une étable assez étroite furent atteints de la même affection ils périrent tous deux après avoir langui dans le marasme le troisième fut abattu sans pouvoir être guéri. H régnait à cette époque, dans les environs de Toulouse, une épizootie qui sévissait sur les vaches, et qui était caractérisée par des ulcérations dans la bouche et sur la peau. Les vaches do cette ferme en furent atteintes, ou du moins on le crut ainsi; mais l'épidémie avait disparu dans les autres étables, et persistait dans celle-ci. On reconnut alors que


ces ulcérations, que l'on croyait dues à l'épizootie, étaient de la même nature que celles que l'on avait observées chez les trois veaux. Cette affection herpétique fut attaquée par des lotions sulfureuses, des frictions mercurielles, un mélange de suie et de vinaigre, etc., et céda au bout de deux mois environ.

Mais ce qu'il y eut de plus remarquable, ce fut de voir la maladie passer chez le vacher et la vachère qui donnaient des soins à ces animaux. Des dartres de la même apparence se montrèrent sur la figure, sur l'abdomen et sur les membres, et ces dartres ne cédèrent qu'après avoir obtenu, par des irritants, la suppuration des vésicules phlycténoïdes. Enfin, le propriétaire de la ferme, qui venait fréquemment dans l'étable visiter ses vaches, contracta à son tour une dartre phlycténoïde circonscrite, de l'étendue et de la forme d'une pièce de cinq francs, ayant son siège à la partie antérieure du bras droit, maladie fort rebelle, qui résista longtemps à tous les traitements employés pour la combattre (1).

Névralgie. Une dame de soixante-deux ans, à la suite

(t) M. Audouy, qui a rapporté cette curieuse observation, a rappelé qu'Alibert avait vainement tenté d'inoculer la matière herpétique mais que, dans tous ces essais, le pus avait été transporté sur la peau ou sous l'épiderme seulement. Dans le cas présent, au contraire, la maladie s'est communiquée non-seulement par contact, mais encore par infection, comme on l'observe pour les maladies contagieuses. Cette différence est, suivant ce médecin, importante à signaler, car peut-être donne-t-elle la raison des dissidences qui existent entre les contagionistcs et les non-contagionistes. )t est bien difficile, eu effet, dans l'ignorance où nous sommes sur le mode de transmission de nos maladies, de faire la part de l'infection par contagion, et de celle que l'on obtient par inoculation d'un virus quelconqne. tt est cependant des maladies qui se transmettent constamment de certaine manière ainsi la syphilis est essentiellement contagieuse, mais ne se transmet point par infection il n'en a pas toujours été ainsi. U parait que, lors de son introduction en Europe, elle se transmettait à la fois et par contagion et par infection. En a-t-il été de même d'autres affections cutanées? La lèpre, par exempte, se transmettait-elle des deux manières? Tout porte à le croire, si l'on en juge par la précaution extrême avec laquelle on séquestrait les lépreux. De ce qu'aujourd'hui les maladies de la peau ne se transmettent point par le contact, il ne faudrait pas conclure qu'il en a toujours été ainsi, car le caractère des maladies est variable suivant les lieux et suivant les temps. 11 est bien certain, par exemple, que la morve qui attaque les chevaux a revêtu depuis quelques années un caractère particulier qu'elle n'avait point autrefois. Cette maladie se transmettait, disait-on, d'un animal malade à un autre bien portant, et par contact et par infection. On séquestrait les chevaux morveux qui pouvaient infecter les chevaux voisins, mais ja-


de longs et profonds chagrins, et d'une exposition de plusieurs heures à un courant d'air froid et humide, ressentit à la joue droite une douleur vive qui, depuis cette époque, se reproduisit sans cause connue à des intervalles irréguliers, mais principalement dans les grands froids et dans les chaleurs excessives. Cette douleur ayant acquis une très-grande intensité, on employa vainement, pour la combattre, les émissions sanguines, les révulsifs, les vésicatoires, les tempérants, les sudorifiques, etc. Ce fut après que tous ces moyens eurent échoué que cette dame consulta M. Martin jeune, de Lyon. Elle éprouvait alors une douleur vive au milieu de la fosse canine, s'irradiant à la commissure des lèvres, sur l'aile droite du nez, le long de la mâchoire correspondante, sur les paupières, l'œil, le sourcil et le front du même côté, mais sans jamais dépasser la ligne médiane de la tête. M. Martin ayant reconnu l'insuffisance de tous les moyens usités en pareils cas, résolut de faire la section du nerf sous-orbitaire. Cette section, qui causa une vive souffrance, fut suivie aussitôt d'un endolorissement de toute la joue, mais immédiatement la douleur névralgique cessa. Cependant les souffrances reparurent pendant les quinze jours que la plaie mit à se cicatriser, mais elles étaient plus vagues et plus irrégulières qu'auparavant. Dès que la plaie fut entièrement cicatrisée, elles disparurent entièrement. Depuis cette époque, cette dame n'a pas éprouvé autre chose que de la raideur dans les muscles, qui s'étendait jusqu'à la partie postérieure du cou.

mais on n'avait redouté cette maladie pour le palefrenier. Aujourd'hui la contagion est parfaitement prouvée. Nous avons à étudier une maladie nouvelle d'une excessive gravité, que le cheval transmet à l'homme, et dont on possède depuis deux années seulement de très-nombreux exemples. Si, avant la communication de M. Rayer à l'Académie, la morve se fût ainsi transmise du cheval à l'homme, elle eût obtenu une mention spéciale dans les traités de médecine, car sa fréquence et sa gravité lui méritent une large place dans le cadre nosologique; mais évidemment il n'en était pas ainsi, et cette maladie a subi, dans son mode de transmission, une modification qui nous donne à étudier une grave affection de plus. Ainsi, d'une part, la syphilis a perdu de son aptitude à se transmettre d'un individu malade à un individu sain, autrement que parle contact,et, de l'autre, la morve, maladie autrefois contagieuse, mais seulement pour les animaux, se transmet maintenant des animaux à l'homme, soit par contact, soit par habitation dans un lieu infecté. Tout porte à croire cependant que, pour la morve ainsi que pour l'affection cutanée dont M. Audouy a fait connaître l'histoire', la transmission s'est faite des animaux à l'homme plus encore par infection que par application directe du virus. (7v. du R.)


Hernies. -M. le docteur Mocquin, médecin à Saint-Cbamond, a envoyé à la Société deux observations de hernies guéries par l'application d'une pelote à mamelon, avec laquelle il prétend contenir les portions intestinales herniées qui résistaient à tous les bandages. Ce mamelon est placé sur la face que la pelote qui doit reposer sur la peau. C'est un véritable cône de treize millimètres de longueur, dont la base a quarante millimètres de circonférence, et le sommet, qui est arrondi, quatre millimètres de diamètre. Il est fait avec du tiége recouvert avec la même enveloppe que la pelote, et ne forme qu'une masse avec elle. Pour s'en servir, on isole le testicule avec la peau et les deux premiers doigts de la main droite, on exerce ensuite avec ces mêmes doigts, sur le scrotum, des frottements semblables à ceux que l'on fait pour éloigner l'intestin, quand on veut ouvrir le sac d'une hernie étranglée, et en même temps on les accompagne de mouvements de propulsion, comme si on voulait s'introduire avec la pointe du pouce et de l'index dans l'orifice; puis, avec l'indicateur de la main gauche, on fait pénétrer, aussi profondément que possible, la peau dans le canal, et, dans le renversement opéré, on dirige immédiatement le mamelon do la pelote.

Cette pelote, en tout conforme à celle qu'on emploie pour contenir les hernies ombilicales de la femme à la suite de !a grossesse, ne peut guère être employée contre la hernie des enfants, à cause de la délicatesse de la-peau dans le jeune âge. Elle offre, suivant M. Mocquin, l'avantage de ne pas s'opposer à la constriction de l'orifice abdominal du canal inguinal; elle ne contond pas le cordon spermatique, et, n'exerçant aucune compression sur ses vaisseaux, elle prévient la série des maladies qui en sont souvent la suite. ËnSn, son usage n'est que temporaire, et produit une guérison récite, en retenant dans les canaux inguinaux et cruraux du tissu cellulaire, des fibres du crémaster et une portion du sac herniaire, jusqu'à ce que l'inflammation se soit emparée de ces tissus, et tes ait convertis en un seul corps qui adhère solidement à leurs parois, et prévient ainsi le retour des viscères dans ces cavités (1).

Punaisie. Une dame, âgée de trente-huit ans, éprouva (t) Nos lecteurs remarqueront que M. Malgaigne a employé, pour contenir une hernie directe qui avait résisté à tous les bandages, un apparei)abso)umentsemb)ab)eàce)uideM. Mocquin (voy. art. 1982); mais il ne cherchait à obtenir qu'un moyen cententif, tandis que ce


une fluxion à la joue gauche, puis une douleur à la bosse frontale du mémo côté, accompagnée de tous les symptômes d'un coryza très-aigu. L'inflammation de la muqueuse produisit bientôt l'obstruction du canal nasal et une punaisie insupportable. La sécrétion des mucosités était si grande, que la malade mouillait six mouchoirs par jour, et que son sommeil était même souvent troubté pour satisfaire à ce grand écoulement. Cet état durait depuis une année, lorsque M. Lassus conseilla l'emploi du nitrate d'argent. Il injecta trois fois le jour, dans les fosses nasales, une dissolution de nitrate d'argent, à la dose de vingt centigrammes par trente-deux grammes d'eau distillée, au moyen d'une seringue appropriée.Sous l'influence de cette méthode, la malade se trouva mieux instantanément; l'inflammation de la muqueuse nasale perdit de son intensité, le passage de l'air devint plus facile, et telle fut, au huitième jour, l'amélioration produite par l'action caustique de la dissolution, que !a narine avait repris son étendue ordinaire, et qu'en se mouchant la malade détermina la sortie d'un corps de la grosseur d'un œuf de pigeon, et dont la rétention produisait sans doute la plus grande partie des accidents. Ce corps était d'une odeur insupportable, d'une couleur jaune verdàtre d'un côté; de l'autre, ressemblant beaucoup au phosphate de chaux, dont il avait la consistance. Un pus trèsépais l'environnait de toutes parts. C'était sans doute le produit morbide de la sécrétion retenue supérieurement par l'hypertrophie de la membrane, et qui, par son séjour prolongé, avait pris successivement les caractères qui le distinguaient.

Après cette expulsion spontanée, tous les phénomènes morbides disparurent comme par enchantement, et la guérison, opérée déjà depuis deux années, ne s'est pas un instant démentie (1).

dernier a la prétention de parvenir ainsi à une guérison radicale de la hernie.

Remarquons encore que la priorité appartient évidemment à M. Mocquin, bien que M. Maigaigne n'ait pu avoir connaissance de son travail, puisqu'il n'était pas rendu puhlic lors de sa communication à t'Académie. (~V. R.) (1) Nous avons signalé déjà bien des fois, dans ce journal, les bons effets du nitrate d'argent dans l'inflammation de la muqueuse nasale. Nous aurons occasion plus tard de faire connaitre avec détails les succès tout aussi remarquables que M. Velpeau ohticnt à la Charité, avec la même substance, dans diverses espèces d'ophtbatmie. )) nous suffira de dire en ce moment que ce chirurgien a dans le nitrate d'argent une confiance iUimitée, lorsque l'ophlhalmie est superfi-


ART. 2054.

Expulsion de douze <<BMt<M existant simultanément dans l'estomac.

Le docteur Mongeal a publié dans les Archives générales de médecine l'observation extrêmement curieuse d'une dame de trente-deux ans qui, bien que jouissant habituellement d'une très-bonne santé, éprouvait, depuis sept à huit mois, un malaise général, un sentiment de gène et de pesanteur dans tout l'abdomen, mais principalement dans la région épigastrique. Elles avait de fréquentes envies de vomir, la bouche amère et pâteuse, éprouvait àl'épigastre un sentiment de pincement, de déchirement, et lorsqu'elle courait elle sentait dans ce point descendre et remonter un corps qu'elle comparait à une vessie pleine de liquide. Deux fois en outre elle avait eu pendant la nuit des accès convulsifs très-violents.

M. Mongeal, soupçonnant l'existence de vers dans le tube intestinal, engagea cette dame à examiner ses garderobes avec attention, et en effet, au bout de quelques jours, on reconnut dans les matières fécales un fragment de taenia. Aussitôt il fut prescrit 60 grammes d'écorce de racine de grenadier en décoction dans 1,000 grammes d'eau réduits à 750 grammes par l'ébullition. Une heure après l'ingestion du premier verre, la malade rendit tout à coup et en une seule fois une masse considérable de taenias

cielle, c'est-à-dire lorsqu'elle attaque seulement la conjonctive et la cornée.Dans ces cas, quelques gouttes de solution de nitrate d'argent instillées entre les paupières enlèvent ordinairement la maladie dans l'espace de peu de jours.

Quand i'innammation estp)us profonde, quand e!!es'étend jusqu'à l'iris, par exemple, la solution de nitrate d'argent est encore efficace, mais à un bien moindre degré que dans la conjonctivite. M- Velpeau avait d'abord employé le nitrate d'argent à la dose de 5 à 20 centigrammes par 30 grammes d'eau mais il a été conduit à élever la proportion du set à un degré beaucoup plus considérable. Dans les conjonctivites simples ou purulentes de quelque gravité, il emploie 1 gramme et même 3 grammes de nitrate d'argent par 30 grammes d'eau. En même temps il applique un vésicatoire au front, donne le calomel à l'intérieur ou le copahu, suivant les cas. Les succès obtenus par ce mode de traitement dans l'ophthalmie sont fort remarquables, et nous avons cru devoir en dire quetques niots à l'occasion du coryza traité de la même manière, parce qu'il y a entre ces deux maladies une très-grande analogie qui devait faire supposer une égale efficacité dans les remèdes. (~. du 7!.)


pelotones. M. Mongeal, les ayant examinés, reconnut qu'Us étaient au nombre de douze,et qu'ils avaient ensemble une longueur de quarante-huit mètres. A partir de ce moment, tous les symptômes qu'éprouvait cette dame ont disparu, et le ballottement qui lui était si incommode ne s'est plus reproduit.

M. Mongeal insiste avec raison sur la rareté de faits semblables. Il est en effet sans exemple qu'une même personne ait expulsé en même temps un si grand nombre de taenias, bien que de nombreuses observations aient appris que la dénomination de ver solitaire soit impropre, et que cet entozoaire est loin d'habiter toujours seul chez le même individu.

ART. 2055.

Fièvre intermittente et catarrhe vésical symptomatiques d'un rétrécissement du méat urinaire.

M. le docteur Payan, chirurgien de l'Hôtel-Dieu d'Aix, a publié dans la Revue Médicale une observation dans laquelle le sujet éprouva, pendant longues années, des accidents locaux et généraux fort graves, dont la cause eût été facilement détruite si on ne l'eût pas toujours méconnue. Un homme éprouvait, depuis neuf ou dix ans, tous les symptômes d'un rétrécissement urétral qui le gênait considérablement et comme il ne pouvait rendre les urines que par un jet fort petit, il lui arrivait fréquemment, quand il était en compagnie d'autres personnes, ou qu'il se trouvait pressé d'une manière quelconque, de ne vider qu'incomplétement sa vessie. Il en résulta une inflammation chronique de cet organe qui s'annonça par une exhalation de mucosités purulentes et fétides délayées dans les urines et rejetées avec elles, des douleurs sourdes dans la région hypogastrique, etc.; mais ce qu'il y eut de plus remarquable, ce fut de fréquents accès de fièvre qui se manifestaient au moindre excès dans la nourriture ou dans le travail. Ces accès et les douleurs que lui causait l'affection des voies urinaires l'avaient considérablement amaigri, et il avait été forcé d'abandonner ses occupations ordinaires.

Cependant divers médecins consultés avaient prescrit le sulfate de quinine, le bicarbonate de soude, le nitrate de potasse, les bains, les boissons délayantes, etc., pour combattre la fièvre intermittente et la cystite chronique; mais


tous ces moyens devaient échouer, puisque la cause qui produisait tous les accidents persistait. Ce fut alors que le malade consulta M. Payan. Ce dernier, l'ayant examiné, s'occupa d'abord de rendre aux urines leur cours naturel. It s'assura, par un examen attentif, que les urines ne sortaient que par un jet filiforme, et que cet obstacle à leur cours dépendait de l'étroitesse de l'extrémité du cana!, c'est-à-dire de cette partie qui est creusée dans le gland. On sentait effectivement le reste du canal se distendre, quand la vessie se contractait, jusque vers le gland, siège de la stricture. On pouvait voir, au reste, à t'œit nu, combien l'ouverture en était étroite.

Il fallait donc agrandir cet orifice; M. Payan avait à choisir entre les corps dilatants et le bistouri; il préféra avec raison ce dernier; mais comme le malade était trèspusillanime, il résolut d'introduire à son insu t'urétrotome de M. Civiale. La tige de cet instrument, ne pouvant franchir le méat urinaire trop rétréci, on obtint d'abord une légère dilatation avec deux morceaux de racine degentiane; puis, l'élargissement convenable étant produit, l'instrument fut porté dans le canal et l'incision immédiatement opérée. L'extrémité d'une bougie fut placée dans l'orifice élargi pour prévenir le recollement des lèvres de la plaie. A partir de ce moment les urines coulèrent librement, le catarrhe chronique se dissipa bientôt et les accès fébriles ne se reproduisirent plus.

M. Payan, qui a eu plusieurs fois occasion de pratiquer cette légère opération, a remarqué que Furétrotomede M. Civiale a 1 inconvénient de ne contenir qu'une seule lame, à peu près comme le lithotome de frère Corne, et par conséquent ne fait d'incision que d'un côté, ce qui donne aux urines un cours oblique. Pour éviter ce léger accident, lorsque les malades sont trop pusillanimes pour qu'on emploie la lancette ou le bistouri, ce chirurgien fait usage d'un instrument auquel il donne le nom de balanotome, et qui, construit à peu près sur le modèle du lithotome double do Dupuytren, fait à la fois une double incision, sans que la direction du canal soit déviée.

ART. 2056.

De l'emploi du spéculum bivalve pour faciliter l'application du tampon dans le cas d'hémorrhagie utérine. Article communiqué par le docteur Josse, médecin à Montdidier. Dix, quinze et vingt boulettes de chanvre peu serrées,


de la grosseur d'une petite noix, après avoir été graissées avec un peu de beurre frais ou de cérat, et passées dans un fil, sont introduites dans un spéculum bivalve (spéculum de Lisfranc), de manière que cet instrument en soit entièrement rempli, et que ces boulettes s'y trouvent tassées. Le spéculum est alors introduit dans le vagin, les branches tournées du côté du pubis; l'introduction faite, si l'on est à la gauch&de la malade, on presse avec la main droite sur les branches du spéculum pour en écarter les valves au même moment, avec l'indicateur de la main gauche, on pousse sur les boulettes, et tirant en même temps sur les branches légèrement rapprochées, on fait sortir le spéculum, et le tampon reste dans le canal vulvo-utérin. Le tamponnement est alors opéré tel qu'il doit être pour favo.riser la formation d'un caillot obturateur.

Nous avons dit 1° que les boulettes ne devaient point être trop serrées sur elles-mêmes, car, trop dures, elles blessent les parois du vagin et n'en sont pas plus obturatrices

2" Qu'elles doivent être passées dans un fil, car lorsque l'on juge leur sortie nécessaire, il suffit de tirer sur le fil pour les amener au dehors; de plus, on a la garantie qu'it n'en est resté aucune dans le vagin, comme cela s'est vu quelquefois;

3" De tamponner le vagin de manière à arrêter l'hémorrhagie, car on rencontre parfois des accoucheurs qui, avec trois ou quatre boulettes de chanvre ou de charpie introduites dans le vagin, s'imaginent pouvoir faciliter la formation d'un caillot obturateur et arrêter une hémorrhagie utérine.

Depuis plusieurs années, j'ai tamponné par ce procédé des femmes atteintes

1° D'hémorrhagie utérine précédant ou accompagnant une fausse couche;

2° D'hémorrhagie utérine après la sortie d'un foetus de trois à cinq mois avec rétention du placenta dans la cavité utérine (1)

3° D'hémorrhagie du col utérin, déterminée par des érosions, des ulcères cancéreux de cette partie

(1) On voit souvent cetterétention du placenta survenir à la suite de fausse couche au terme de trois à cinq mois, sans déterminer d'accidents immédiats; puis, un mois et quelquefois six semaines après, les règles paraissent une hcmorrhagif plus ou moins abondante a lieu, et le placenta est expulsé avec les caillots accumul és dans la matrice.


Enfin, d'hémorrhagie foudroyante à diverses époques de la grossesse et avant le travail de l'accouchement, avec l'espoir de conserver le produit de la conception, comme en voici un exempte

La nommée B. enceinte de sept mois, vingt-quatre heures après avoir reçu un coup sur le ventre, fut prise d'une~hémorrhagie utérine en quelques instants les accidents furent tels qu'à mon arrivée je n'avais plus le choix sur les moyens à employer. J'appliquai le tampon, l'hémorrhagie s'arrêta; quarante-huit heures après, ayant voulu enlever quelques boulettes faisant partie du tampon, l'hémorrhagie reparut. J'eus de nouveau recours à ce moyen. Je laissai encore écouler quarante-huit heures avant de faire l'extraction du tampon. La malade conserva pendant huit jours une position horizontale, et l'hémorrhagie ne reparut plus.

Jusqu'au terme de neuf mois, cette femme resta pâle et décolorée, néanmoins elle accoucha à terme d'un enfant bien portant.

De ce qui précède, il résulte

1° Que le tampon arrête l'hémorrhagie utérine en facilitant la formation d'un caillot obturateur;

2° Que le tampon ne détermine pas toujours les contractions de l'utérus (comme on l'a dit) qu'il a un résultat plus avantageux, puisqu'en arrêtant l'hémorrhagie, il laisse encore l'espérance de conserver le produit de la conception 3" Enfin, que le col utérin est moins susceptible d'être agacé par la présence du tampon, quand t'hémorrbagie a déjà été assez considérable, surtout si le sujet est pléthorique

Que partant de ce principe, il ne faut pas se hâter trop d'appliquer le tampon, si l'on veut par ce moyen arrêter l'hémorrhagie et conduire l'accouchement à terme.

ART. 2057.

Note sur le meilleur procédé à suivre pour opérer les kystes cutanés ou sous-cutanés.

M. Laugier a publié dans le Bulletin chirurgical quelques mots sur la manière de détruire ces kystes si nombreux do la face, du cuir chevelu, des paupières, que l'on désigne sous le nom de tannes, kystes mélicériques, etc. On saitqu'it est d'usage, après avoir incisé la peau, de chercher à en obtenir la dissection complète, ou d'en achever


l'extraction parune sorte d'énuctéation.Cemode opératoire parait vicieux à M. Laugier, en raison des douleurs qu'il cause et du long espace de temps qu'il nécessite. Il préfère ouvrir largement la tumeur à sa paroi antérieure. On saisit alors le kyste avec une pince à disséquer, à larges mors, et on le sépare du tissu cellulaire qui l'environne par un léger effort de traction. Le kyste, ainsi arraché, vient ordinairement tout d'une seule pièce. Cependant, lorsque la maladie est ancienne, le kyste, au lieu de prendre une grande solidité en même temps qu'il gagne de l'épaisseur, devient au contraire quelquefois friable, et ne peut être enlevé qu'en trois ou quatre lambeaux. Dans d'autres circonstances,il a contracté en quelques points des adhérences assez intimes avec les parties fibreuses voisines, pour qu'il soit nécessaire d'attaquer ces adhérences à l'aide du bistouri ou des ciseaux; mais ces cas sont exceptionnels. M. Laugier fait remarquer encore que l'on pourrait détruire, à l'aide de la cautérisation, des tannes, alors même qu'elles ont acquis un volume considérable. Il cite, à cette. occasion, le fait suivant Une femme de cinquante ans, dit-il, portait sur la région pariétale droite une tanne de la grosseur d'un œuf de poule. Cette femme avait en même temps un eczema chronique sur la face qui fit redouter à M. Marjolin le développement d'un érysipèle si la maladie était attaquée par l'instrument tranchant. Il nous donna le conseil de l'ouvrir par la potasse. Dans cette vue, une traînée de pâte de Vienne ayant été appliquée longitudinalement, et l'escarre ayant été incisée, la suppuration qui s'empara du kyste suffit pour le détacher par fragments des parties voisines; Il fut ainsi facilement extrait, et aujourd'hui la guérison complète est sur le point d'être obtenue. On voit qu'il n'est point question ici de cautériser toute la paroi interné du kyste, mais seulement d'en favoriser l'exfoliation en pénétrant dans son intérieur avec le caustique.

En6n', un des avantages du procédé proposé par M. Laugier serait de ne point obliger à enlever une partie des téguments qui recouvrent la tumeur. Après l'avoir largement ouverte avec le bistouri, le kyste ayant été extrait, on voit la peau revenir sur elle-même et on reconnaît presque toujours que, lors de la cicatrisation, elle n'a que les dimensions convenables pour recouvrir les parties sous-jacentes.


~RT.2058.

Hémorrhoïdes internes ~MenM par l'excision des plia de la marge de ~'aMtM.

On trouve dans le même recueil une observation qui ne sera pas lue sans intérêt par les praticiens.

Une fille de quarante-deux ans entra à l'hôpital Beau joh le 2 novembre i837; elle portait depuis quinze ans des hémorrhoïdes internes qui la faisaient beaucoup souffrir. I) avait d'abord paru à l'extérieur de l'anus, pendant les efforts de la défécation, une petite tumeur qu'elle faisait rentrer aisément. Mais peu à peu cette tumeur était devenue plus volumineuse et. s'était présentée à l'extérieur au moindre effort. Lorsque cette femme entra à l'hôpital, elle ne pouvait faire vingt pas sans qu'il se précipitât au dehors une masse irrégulière du volume du poing, lobée, rénitente et d'une couleur violacée, présentant çà et là des utcérations peu étendues en largeur et en profondeur. Cette tumeur était formée en partie par des veines variqueuses, et en partie par la membrane muqueuse du rectum qu'elles avaient entraînée avec elles.

On prescrivit d'abord la position horizontale, les quarts de lavements froids, les lotions froides et la poudre antihémorrhoïdale (fleurs de soufre, tartrate de potasse). Ces moyens n'amenèrent aucune amélioration durable, et la malade, découragée, réclamait avec instance une opération. M. Laugier, qui craignait d'agir directement sur une masse aussi considérable, ayant remarqué qu'après leur réduction les veines perdaient beaucoup de leur volume, pensa que si on pouvait s'opposer à leur sortie on obtiendrait une guérison complète ou du moins une grande amélioration. Dans ce but il se décida à pratiquer l'opération conseillée par Dupuytren dans la chute du rectum, opération à laquelle il avait déjà eu recours avec succès dans un cas semblable. En conséquence, la malade étant couchée sur le ventre, le bassin élevé par des oreillers et les fesses tenues écartées par des aides, le chirurgien saisit avec une pince un des plis rayonnés autour de l'anus, et, avec des ciseaux courbes, excisa un lambeau de deux lignes de largeur et de cinq à six lignes de longueur, de manière à venir la terminer à trois ou quatre lignes de l'orifice. Trois incisions furent faites sur les régions latérales et antérieures. Cette petite opération parut assez douloureuse, mais ne


fut suivie d'aucun accident. Les plaies mirent près de vingt jours à se cicatriser. Pour tout pansement, on tint constamment sur l'anus une éponge imbibée d'eau fraîche. Depuis le jour dé l'opération jusqu'à celui de la sortie, la malade alla plusieurs fois à la garde-robe, et, malgré les efforts assez violents auxquels elle se livrait, elle ne vit pas ressortir ses hémorrhoïdes. Elle se plaignait seulement de douleurs très-vives au moment du passage des matières, et d'un sentiment continuel de pesanteur au fondement. Lorsqu'elle quitta l'hôpital, le pourtour de l'anus était tendu, gonflé, et paraissait le siège d'une congestion sanguine assez forte. Cependant cette femme s'étant présentée dernièrement à M. Laugier, a déclaré que, pendant six mois environ, elle avait persisté à éprouver des pesanteurs vers le rectum, mais que, depuis cette époque, elle était complétement guérie, et que la tumeur hemorrhoïdatone s'était jamais reproduite. La santé générale, assez profondément altérée, était aussi parfaitement rétablie depuis l'opération.

ART. 2059.

Mémoire sur l'opération du strabisme spasmodique; par C. Crommelinck. (Analyse.) (1)

Nous avons, dans notre dernier cahier (2), dit quelques mots d'une opération nouvelle qui fait aujourd'hui grand bruit dans le monde médical c'est la section d'un des muscles droits de t'œit,pratiquée dans le but de remédier au strabisme. M. le docteur Crommelinck, chirurgien distingué de Bruges, vient de publier sur ce sujet une petite brochure qui est en quelque sorte un livre de circonstance, car la curiosité a été, jusqu'à ce jour, ptutût excitée que satisfaite par les courts extraits insérés dans tes journaux. L'auteur examine d'abord la question de priorité, qui n'est d'aucun intérêt pour nos lecteurs, et que nous ne débattrons point avec lui, nous bornant à ne reproduire que les points les plus indispensables pour bien comprendre l'utilité et l'exécution de cette opération.

Le strabisme que l'on combat ainsi est de beaucoup le plus fréquent, c'est celui qui dépend de la contraction (t)Broch. in-8". A Bruges, chczBog.iert-Dumortier.

(2) V. art. 2035.

TOM. Xt. ? D'AOUT.. 23


spasmodique du muscle droit interne de l'œil, et que l'on appelle strabisme convergent. H faut, pour qu'on se décide à opérer, que le droit externe ou abducteur de l'œil soit dans une intégrité parfaite, car on conçoit que, s'il était paralysé, par exemple, à la suite d'une apoplexie, il serait fort inutile de faire la section du droit interne. Si cependant ce muscle avait perdu seulement quelque chose de sa force, on pourrait espérer de la lui voir recouvrer tout entière après l'opération. Pour s'assurer, au reste, de l'état de ce muscle,il faut fermer l'ceU sain dusujet etl'engager à mouvoir l'oeil malade.On reconnaît alors immédiatement le degré de contractilité de l'abducteur. Il faut aussi que les grand et petit obliques de l'œii aient conservé leur intégrité. En général, chez les louches, tous les muscles de l'œi), à l'exception du droit interne malade, ont beaucoup perdu de leur contractUité par le défaut d'usage; mais torsque ce dernier est coupé, Us reprennent promptement leur force d'action, et les sujets peuvent également mouvoir les deux yeux. Enfin il est aussi indispensable que la vue ne soit pas abolie dans cet œi), et que le malade soit bien résigné à supporter l'opération.

Cela posé, voici maintenant le procédé opératoire tel que le décrit M. Crommelinck

« Pour pratiquer cette opération, dit-il, le chirurgien doit être muni l°de deux crochets mousses'et aplatis, pour relever et abaisser les paupières; 2° de deuxairignestrès-Snes; 3° d'une pince à disséquer; 4° d'une paire de ciseaux à pointes mousses ou indifféremment d'un couteau à cataracte et d'un stylet mousse; et enfin d'une petite éponge et d'eau froide.

<( Le malade sera assis sur une chaise ordinaire devant une fenêtre bien éclairée et de telle sorte que la lumière vienne frapper obliquement en dedans de l'œil à opérer il aura la tête appuyée sur la poitrine d'un aide chargé de fermer ('œil sain et de tenir l'airigne, si le chirurgien opère sur l'œi) gauche. Un second aide, placé à la gauche du malade, relève et abaisse les paupières un troisième éponge l'œil pendant l'opération; un quatrième, qui n'est pas de rigueur toutefois, veille à ce que le chirurgien puisse se procurer les instruments à mesure qu'il en a besoin. Dans l'opération sur l'œU droit, il faut un aide de moins, car celui qui est placé derrière le malade peut abaisser luimême la paupière inférieure en tenant le crochet mousse de la main droite et relever l'autre de la main gauche, tandis que l'opérateur tiendra lui-même l'airigne on conçoit que


par là l'opération sur l'oeil droit doit être de beaucoup plus facite~ c'est par celle-là que j'engage tout opérateur à débuter.

Le malade étant convenablement assis, et les aides bien disposés, t'opérateurptace t'étévateur et l'abaisseur des paupières, et les confie immédiatement à l'aide placé derrière le malade. It ordonne à celui-ci de porter t'œit directement en avant et autant que possible en dehors, et lui-même, saisissant t'œit avec l'airigne tout à fait en dedans, vers la séparation de la caroncule avec la muqueuse oculaire, il le tire fortement en dehors. On peut et l'on doit même exercer une assez grande force de traction, pourvu que l'on a