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Title : Bulletin de la Société des archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis

Author : Société des archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis. Auteur du texte

Publisher : Mme Z. Mortreuil (Saintes)

Publisher : J. Baur (Paris)

Publisher : H. Champion ()

Publication date : 1893

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : français

Format : Nombre total de vues : 16491

Description : 1893

Description : 1893 (13).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Poitou-Charentes

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k2095148

Source : Bibliothèque nationale de France

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327243242

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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BULLETIN

DE LA SOCIÉTÉ ;,L.

DES

ARCHIVES HISTORIQUES REVUE

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PARIS SAINTES

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LA SOCIÉTÉ !)ES ARCHIVES HISTORIQUES DE

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REVUE

DE SAINTONGE & D'AUNIS BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHIVES

SOMMAIRE DU NUMÉRO DE JANVtER 1893. REVUE DE LA rnESSE.– A\'tS ET NOUVELLES MM. Pellisson, W. Bouguereau, Ma'' Bonnefoy, Mf Henri Valleau, Salneuve, le P. Levé, le pasteur Jean Welsch, un changeur à Rochefort en 1713, l'inventeur du vélocipède, les derniers moments d'Agrippa d'Aubigné, un cachalot à l'île d'Oleron, La Quintinie, le monument de Plumejeau, le tombeau d'Ktie Vinet, le centenaire de Christophe Colomb. Conférences; sociétés savantes. ~rm<unt. L'inscription de la Barde. NECROLOGIE Barraud, Benjamin Bérauld, Noémi Béraud, Marguerite Chadeyras, Chavigner, Guérin, Marcellina Magistel, Martin, Mazières, Péponnet, Person, dom Piolin, Adélaïde de Saint-Légier, docteur de Vermont, Eugène Voix. MARIAGES; André de Berranger et Gabrielle de Bretinauld de Mère Edgard Combes et Sophie Butler Eniile Juin etM~c de Gineste Mas-Latrie et Yolande de Roumefort. VAniÉTES Thomas Portau, imprimeur à Pons en 1591 Catherine de Ctermont-Dampierre le Bayard huguenot, François de Lanoue les Salons de Castagnary. LivttES ET t'EmootQUES Derniers moments de Louis XVI Actes du comité de salut public. QuEST<oxs ET HEroxsEs Les Bigot Fairholm et Luther la ronde de sous-lieutenant la comtesse de Blangy et M' Héry et de Croisille Lecoq de Boisbaudran Jean de Urbieta qui a fait prisonnier François I"' le régiment de Cognac M. de Vignemont deux gentilshommes verriers à Courpignac les Pelletan d'Archiac et le cœur de Louis XVII les Desmontis, de Monty; les frères Guillery; Arnaud d'Espiémont les Grouchy les du Quesne en Saintonge. BtBnoanApHiE ~-D{/. r- REVUE DE LA PRESSE

Ont publié le sommaire du numéro de novembre Le Progrès duK: le Bulletin religieux et la C~aren<e-j7ï/e/'teuredu')2; la Croix de Saintonge, l'Union, le Journal de Marennes du 13 i'jEeho )*oc~e/ats du 16, le Polybiblion de décembre. Le Mëmorïa~ de Saintes du,27 a reproduit l'article de M. le docteur Pineau, Fouilles à la Motte de Virson.

L'Echo rochelais du 26 novembre, sous ce titre, Une légende ToME XIII, i" livraison, Janvier 1893. ~L

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finie, signale les articles sur le Télémaque à Fontcouverte, Dupaty à Bussac, et la fin héroique du Vengeur.

L'Echo rochelais du 12 novembre reproduit la fin de l'article sur Le Terme à Marennes, ainsi que le Conservateur et la Seudre, de Marennes, du 20 « Cette page émue vaut mieux à la mémoire de Le Terme que tous les hommages officiels qui lui ont été rendus le 9 octobre. »

Les Tablettes du 19 signalent, « entre autres études intéressantes, une notice sur les circonstances de la perte du Vengeur; on y trouve les noms des officiers, matelots et novices originaires de la Charente-Inférieure. ]1

La Charente-In férieure du 23 novembre reproduit une grande partie de l'article Le Vengeur.

Le Conservateur et la Seudre de Marennes du 4 décembre extraient de la « toujours intéressante, curieuse et instructive Revue de Samton~e~, une partie de l'article sur le Vengeur, y compris « un document historique, véritable page d'histoire locale c'est-à-dire la liste de ceux qui montaient le vaisseau au 13 prairial. Il termine ainsi Eh bien, me direz-vous, et la dramatique et patriotique légende? Que voulez-vous ?. la vérité avant tout et sur ce point M. Audiat est inflexible. Le Journal de l'Ain du 25 novembre a reproduit l'article Le Veneur du Bulletin de juillet.

Le Courrier de La Rochelle du 24 novembre analyse le dernier numéro de la Revue et en extrait tout ce qui regarde La RocheUe faits divers, noms des marins de La Rochelle qui montaient Le Vengeur, surtout les Lettres de Catherine de Médicis. Ce bon exemple que donne le Courrier devrait être imité par tous les journaux de la région. Ils trouveraient dans nos publications, comme il vient de le faire, un nombre considérable do faits aussi intéressants pour leurs lecteurs que les feux de cheminée, les chevaux échappés ou les chiens démusetés.

Le Moniteur de la Saintonge du 13 a reproduit l'inscription de Pierre-Louis de La Rochefoucauld en ajoutant, ce que nous n'avons pas dit, parce que cela n'était pas vrai, que « le médaillon artistique est substitué à la plaque de marbre noir D qui n'a jamais existé « dont les lettres rongées par le temps n'indiquaient plus que des points dont il fallait rechercher le sens! Jt Ah!

Le Bulletin de l'académie des muses santones d'octobre a


reproduit, page 252, La bataille de Taillebourg par M. Edmond Maguier, publiée dans notre numéro de septembre. L'Intermédiaire de l'ouest d'octobre a publié le sommaire du numéro de septembre.

AVIS ET NOUVELLES

M. Marcel Fonreau, à Paris, a envoyé pour le monument de Taillebourg, 5 francs.

Les tomes XX et XXI vont être mis en distribution. La séance trimestrielle de la société aura lieu le 5 janvier, à 2 heures, au siège de la société. Ordre du jour: comptes de l'exercice 1892; communications diverses; lectures; admissions. Par arrêté préfectoral du 24 octobre, M. J.-M.-Emile Pellisson, membre de la commission de peinture de la société des amis des arts de Cognac, a été nommé conservateur du musée municipal de cette ville. M. Pellisson, amateur d'art et collectionneur de vieille date, a largement contribué à la fondation du musée placé sous sa direction.

Le 8 janvier, aura lieu à Pons l'adjudication des travaux de démolition du fameux escalier (Voir Bulletin, vu), 26a) qui s'enroule autour de la tour « comme un rébus autour d'un mirliton ». Il eut été peut-être mieux de le pas construire. Dans une très intéressante étude sur Les vieux souvenirs de la rue JVeure de Bordeaux (Actes de l'académie des sciences, belles lettres et arts, vol. de ~8'JO), M. Ch. Marionneau raconte l'anecdote suivante à propos des débuts d'une de nos célébrités modernes de la peinture, M. William Bougucreau Vers 1S4), le père de notre compatriote quittait La Rochelle et allait s'établir à Bordeaux, au n° 20 de ladite rue Neuve, pour continuer le commerce des huiles d'olive qu'y exerçait la maison Elisée Raba. Le jeune Bouguereau, commis. chez son père, ne manifestait, parait-il, qu'un goût très modéré pour le négoce, et les factures confiées à ses soins se couvraient d'illustrations, qui, bien qu'informes, témoignaient des dispositions natives de l'artiste. Ces premiers essais déplurent fort au père. qui, toutefois, finit par céder devant l'intention bien marquée de son fils d'entrer à l'école municipale de dessin et pria justement M. Marionneau de lui indiquer les démarches à faire à ce sujet. « Mais, ajouta-t-il sans confiance aucune dans l'ave-


nir rêvé par l'apprenti négociant, il est bien entendu que je ne veux pas en faire un peintre, parce que cela ne mène à rien. » Peu après, le jeune William était admis à suivre les leçons de Jean-Paul Alaux, qui, largement secondé par les aptitudes de son élève, en a facilement fait le maître connu de tous et dont s'honore depuis longtemps l'école française.

DEUX ÉVÊQUES NOMMÉS, M. BONNEFOY ET M. VALLEAU

Les Annales catholiques du 30 novembre, puis le Bulletin religieux du 3 décembre, à propos de M. l'abbé Bonnefoy, curé de Neuilly sur Seine, et de M. l'abbé Valleau, curé de SaintPierre de Saintes, nommés, par décret du 26 novembre, évéques l'un de La Rochelle et Saintes, l'autre de Quimper et Léon, publient sur ces deux prélats une notice biographique. François-Joseph-Edwin Bonnefoy, né à Lorgues (Var) le 27 février 1836, élève des séminaires de Fréjus et de Marseille, ordonné prêtre par l'évêque de Marseille Mazenod, le 8 septembre 1858, appartint quelque temps à la congrégation des oblats, puis fut forcé par sa santé de rester dans sa famille de 1863 à 18fi8. Il entra alors dans le clergé de Paris, comme vicaire de Saint-Ambroise, servit dans une ambulance pendant le siège, fut nommé vicaire à Saint-Germain des Prés, puis à la Madeleine où il resta 13 ans, puis 2° vicaire à Saint-Roch, 1" vicaire à Saint-Augustin, enfin curé de Neuilly en 1890. La presse catholique dit le plus grand bien du nouveau prélat. Victor-FéIix-He~rt Valleau, né le 17 novembre 1835 à La Couarde en HIe de Ré, où son père était brigadier des douanes, élève d'abord, à Saint-Clément des Baleines, de l'abbé Jégu qui fut curé de Roufliac, puis du séminaire de Pons où il fut condisciple de M. Fallières, depuis évéque de SaintBrieuc, du séminaire de La Rochelle en 1855, où il se lia avec M. Fulbert Petit, le futur évêque du Puy, prêtre le S5 mai )861 et professeur à Pons de 4', de 3' et de seconde, vicaire de Saint-Eutrope à Saintes du 4 octobre 1864 au 22 décembre 1666, de Saint-Pierre d'Oleron, de Saint-Louis de Rochefort en même temps qu'aumônier du collège de cette ville, en octobre 1867 curé de Champagne, près de Pont-Labbé, en septembre 1871, de Bourcefranc, près de Marennes, en 1876, de Saint-Martin à Pons en 1879, archiprêtre de Saintes et curé de la cathédrale de Saint-Pierre le 30 novembre 1887, puis chanoine honoraire quelques mois après et doyen de SaintEutrope le 14 avril 1891. Tous rendirent justice à l'attitude énergique et à la conduite prudente dont il ne se départit pas un seul instant, même dans les jours critiques où la disparition l'expulsion non plus par des mains laïques de deux communautés religieuses (lazaristes et sœurs de la charité) et les difficultés qui en furentles conséquences, vinrent jeter le trouble dans les consciences catholiques, » M. Valleau est un érudit,


un archéologue. Il a écrit divers mémoires surdes points d'histoire locale, l'ile d'Oleron, Pont-Labbé et ses environs, publiés en grande partie dans le Bulletin religieux du dtocèse la société des Archives lui doit plusieurs communications. Dans le discours de rentrée à la cour de cassation, M. l'avocat général Baudouin a fait l'éloge d'un de nos concitoyens, François Salneuve, né à Rochefort le 11 février 1802 (22 pluviôse an II) de François-Georges, receveur principal des douanes, et de Marie-Thérèse Dargainorat, conseiller honoraire à la cour de cassation, commandeur de la légion d'honneur, décédé le 23 juillet au Palais de Croustelle, près Poitiers. Salneuve avait rempli quarante ans les fonctions du ministère public: substitut à Poitiers le 1" septembre 1824, procureur général à Riom du 31 octobre 1855 au 25 mai 18C4 où il fut appelé à la cour de cassation. Il prit sa retraite après 53 ans de services, doyen des magistrats de France. Il était frère aîné d'Eugène Salneuve, chevalier de la légion d'honneur et de l'ordre de Charles III, capitaine de frégate en 1850, retraité en 1862, mort à Rochefort où il était né le 27 décembre 1850. Les Annales catholiques du 2 novembre, sous ce titre, Une histoire à écrire, à propos de la notice nécrologique sur le P. Levé, ancien supérieur de l'institution de Pons, publiée par l'Annuaire de l'association amicale des anciens élèves, demandent qu'on se hâte de réunir les traditions, les faits qui serviraient à l'histoire de la maison de Pons.

Le Bulletin religieux du 22 octobre a reproduit le « récit de la translation du chef de saint Eutrope de Bordeaux à Saintes en 1602 », extrait de la vie de l'illustre et pieux cardinal François de Sourdis. Ce récit a été aussi lu en chaire à Saint-Eutrope aux vêpres de la toussaint. On le trouve encore dans l'abbé Briand, Histoire de l'église santone, n, 242 dans Saint Eutrope dans l'histoire, la légende et l'archéologie, p. 252; dans la Vie du bienheureux saint Eutrope (1619), etc.

L'Echo rochelais du 5 novembre reproduit la « Relation véritable de tout ce qui s'est passé dans La Rochelle, tant devant qu'après que le roi y ait fait son entrée, le jour de la toussaint. A Paris, chez Antoine Vitray, MDCxxvm. » Dans l'fntermëdîatre de Fouest, numéro d'octobre, M. Claudin établit, contrairement au doute émis par l'Essai sur l'inzprimerie en.SamtoKge,p. 144, que le premier imprimeur de Jonzac est bien Hiérosme Maran, qui y a publié, en 1612,


l'Amageddon de la Babylon apocalyptique, par Jean Wetsch, ministre de la parole de Dieu en l'église de Jonzac, ainsi que cela avait été dit déjà et sur ses indications mêmes dans le tome n, p 128 (1880) du Bulletin des ~rchtues, confirmé dans le t. iv, p. 234, par M. Jules Pellisson qui possède un exemplaire de ce rarissime volume.

D'une pièce extraite des archives départementales de la Charente-Inférieure et publiée par le Bulletin du protestantisme, 15 novembre )892, il résulte que la cour des monnaies de La Rochelle avait, )e2t août 1709, nommé changeur à Rochefort le nommé Gaillard, bourgeois de cette ville; mais ayant appris-ce qu'il avait probablement réussiadissimuler–qu'il était do la religion prétendue réformée », la cour le révoque de ses fonctions, le 2 mars 1713, et nomme à sa place Julien Gillot, écrivain du roi à Rochefort.

Le Catalogne des lettres autographes, vendus !o 23 décembre par M. Etienne Charavay, indique ? 2, une lettre ()G30) de Renée Huriamachi, racontant la mortd'Agrippad'Aubigné, son second mari < Ce grand homme tomba malade, le dimanche 9 avril J630, à quatre heures du matin. Il éprouva d'abord des douleurs de ventre qu'une purgation et un demi-bain dissipèrent Le mardi, il lui vint une glande à la cuisse et un érysipèle à la jambe, « de quoy il se réjouyt pour ce que c'estoit son mal ordinaire, et ni avoit aucun mauvais accident. D Jusqu'au dixième jour de sa maladie il mangea avec assez d'appétit, mais alors les coliques et les douleurs de reins reparurent. Malgré les purgations, le mal continua et se compliqua de crachements de sang. H avait jusqu'ici vu son médecin ordinaire, M. de La Fosse; on le persuada d'en consulter un second, M. Daufin, qui lui fit prendre de la nourriture. Le H, il soupa assez bien mais le lendemain il refusa tout aliment aussi ses forces diminuèrent-elles rapidement. H a conservé sa connaissance presque jusqu'à sa fin, et il disait à sa femme « Ma mie, laisse-moi aller en paix. Je veux manger du pain céleste. p II fut assisté par deux ministres de ses amis, et il mourut le jeudi 29 avril au matin.

Dans la Revue catholique de Bordeaux, n" des 10, 25 décembre et suivants, M. 1 abbé Caudéran publie Comment saint E)TnHo~auer~ab~e)7teHte:ns<ë,oùi[ est question du monastère de Saint-Martin à Saujon.

Sous le titre Un inventeur rochelais. Elie Richard (~6451706), M. de Richemond a publié, dans l'Intermédiaire de l'ouest de novembre, un article sur Richard, médecin à La Rochelle, qui le premier a eu l'idée du vélocipède. Cet article


complète ce que nous avons dit de lui dans notre dernier numéro, t.xn,446.

Le Petit Journal du 18 novembre, dans un article de Thomas Grimm, Le potager du roy, rappelle que c'est « l'illustre jardinier La Quintinye qui établit à Versailles en 1678 n le potager du roi, d'après les ordres de Louis XIV. « La Quintinie, fils de bons bourgeois de Saintonge, avait fait ses études de droit, s'était fait recevoir avocat et planté là sa toge de jurisconsulte pour obéir à sa vocation qui était de se faire jardinier. homme de génie en fait d'horticulture. » Voir sur La Quintinie né à Chabanais, d'une famille originaire d'Eymoutiers, le Butletin, xn, 14 et 373.

Le Moniteur de Saintes du 1G octobre a loué « les améliorations les plus heureuses apportées à l'autel de la crypte [de Saint-Eutrope] qui, jusqu'à présent, masquait fort mal à propos aux yeux des fidèles et des visiteurs le tombeau du saint. On aperçoit aujourd'hui le grand reliquaire de pierre ciselée qui recouvre le corps de l'apôtre de la Saintonge. La table du saint sacrifice a été agrandie, et la face postérieure a été renouvelée. ? Et renovabit faciem terrée! Le Moniteur aurait pu ajouter qu'un chemin de croix a été placé aux chapiteaux des colonnes de la nef, pour cacher ainsi le plus possible ces grossiers feuillages du moyen âge puis que l'on a coupé son escalier à la chaire de pierre, qui maintenant, privée de cet appendice inutile, est beaucoup plus élégante.

INSCRIPTION TOMBALE D'ELIE VINET

L'Aquitaine de Bordeaux, du 11 novembre, p. 727, dans un article de M. L. Augier, Anciennes inscriptions de l'église SaintEloi, raconte que, par suite de la restauration des chapelles du bas-côté de cette église, on vient de transférer les deux inscriptions qui se trouvaient cachées par les confessionnaux l'une est celle d'Elie Vinet, de Barbezieux, savant professeur au collège do Guienne, l'un des plus anciens historiens de Bordeaux. qui fut inhumé en grande pompe dans cette église, le 14 mai 1487 elle a été placée sur un pilier à l'entrée de l'église. M. Augier qui rappelle qu'elle est en grec, en latin et en français, donne la traduction du grec et du latin d'après M. Marionneau. Voir texte et traduction dans l'EpzgrapMe santone, page 210. M. Augier ajoute qu'il ignore l'endroit de l'église où Vinet a été ensépulturé l'inscription avaitété retrouvéeen 1844 et encastrée dans le mur de la chapelle de Saint-Vincent de Paul. Une autre inscription aujourd'hui perdue était placée au-dessus de la tombe. Bernadau nous en a conservé le texte


VINETI OSSA LAPIS MENTEM CAPIT ARDUUS .t!THER

STERNUM TOTO SPARGITUR ORBE DECUS

NON MtRUM EST COLUIT MUSAS QUO TEMPORE V!X!T

MUSARUM STERNUM OUjER!TUR ORBE DECUS

« Une pierre couvre !es os de Vinet; au haut des cieux réside son âme, et sa gloire est répandue à jamais dans tout l'univers. Ce n'est pas étonnant tant qu'il vécut, il cultiva les muses; et la gloire des muses fait à jamais l'ambition de l'univers. e Le 2 novembre a été inauguré dans le cimetière du Breuil, à Cognac, ie monument élevé par la ville à François-Etienne Plumejeau, qui en mourant a légué sa fortune à sa ville natale, et on y a transféré ses restes. Œuvre de M. Roy, architecte de !a ville, ce monument de cinq mètres de haut, en pierres de Montagnac (Hérault) de couleur brune, forme une pyramide quadrangulaire reposant sur un socle carré couronné par une archivolte, au-dessous de laquelle on lit

F. E. J. PLUMEJEAU

1812-1889

LA VILLE DE COGNAC RECONNAISSANTE

Le maire de Cognac, M. Brisson, a prononcé un discours que publie l'Ere nouvelle du 6 novembre.

LE'CENTENAIRE DE CHRISTOPHE COLOMB

J'ai eu l'honneur de représenter la société des Archives de la Saintonge au congrès des Américanistes et aux fêtes du quatrième centenaire de Christophe Colomb, qui ont eu lieu au mois d'octobre à Huelva et au couvent de la Rabida, à l'extrémité occidentale du beau pays de l'Andalousie, d'où s'embarqua le célèbre navigateur que toutes les nations viennent de fêter avec enthousiasme.

Les journaux vous auront parlé de l'inauguration de la colonne élevée à la Rabida. comme des séances du congrès où assistèrent environ soixante-dix Français, la plupart délégués de sociétés savantes ou de comités départementaux du centenaire mais ce qu'ils ne vous auront pas assez dit, c'est la courtoisie avec laquelle nous avons été accueillis, la bonne harmonie qui n'a cessé de régner entre les représentants de tant de nations diverses, grâce à l'urbanité et à la bienveillance dont 'ne se sont jamais départis les Espagnols chargés de la direction du congrès et des fêtes. Qu'ils veuillent donc bien accepter le témoignage de notre vive et sincère reconnaissance L'exposition rétrospective européo-américaine, qui s'est ouverte quelques jours plus tard à Madrid, renfermait tant de curiosités, spécialement dans les salles américaines, et tant de


richesses d'art, qu'il m'est absolument impossible d'en énumérer même les principales. Je dois donc me contenter de citer un peu au hasard quelques uns de ces superbes objets provenant soit du musée archéologique, soit de la Couronne et de l'Armeria, soit de collections particulières, soit surtout des évéchés ou pour mieux dire des trésors des cathédrales. L'exposition française estbien modeste à côté de ces chefs-d'œuvre; et les deux salles qui nous sont réservées seront, je crains, rapidement traversées par les visiteurs.

Dans les tableaux je mentionnerai une superbe peinture retrouvée, il y a peu de temps, dans les greniers de l'Escurial, attribuable à Roger van der Weyden, représentant Jésus-Christ en croix entre la sainte Vierge et saint Jean un triptyque indéterminé, de la meilleure époque de l'école flamande, représentant trois scènes de la passion. Le monastère de Piedra, en Aragon, a envoyé un grand retable des plus intéressants pour l'histoire si peu connue des primitifs espagnols, dont l'inscription donne avec le nom de l'abbé la date de 1490. Les tapisseries sont incomparables elles vont du xv° siècle à nos jours les plus beaux panneaux sont sortis des fabriques des Flandres, et de celle qu'établit Philippe II près de Madrid, sous la direction d'ouvriers flamands l'une d'elles est imitée de Jérôme Boch. Notons aussi le célèbre tapis brodé appartenant au chapitre de Gérone, représentant la création du monde, les signes du zodiaque, et que les archéologues croient antérieur au x* siècle. On admirera également les colossales broderies, en haut relief, faites pour le comte-duc d'Olivarès, offrant au regard étonné du visiteur des portiques portés par des colonnes torses avec fleurs et animaux de grandeur naturèlle.

La Real Armeria avait envoyé quelques unes de ses pièces remarquables, armures de tous les âges et pays. Je citerai une riche collection d'armes de Tolède et d'Allemagne du xvi" siècle à poignées en fer ciselé une épée du xm" siècle au comte de Valencia avec écusson fascé ondé d'argent et de gueules, entouré de la légende AVE MARIA (peut-être est-elle française) et enfin, sous verre, le costume en velours cramoisi frappé, avec l'épée et le poignard damasquinés, de Boabdil, le dernier roi maure de Grenade.

Parmi les émaux limousins, de la fin du xn" au xiv" siècle, aussi nombreux que beaux, on admire la statue tombale de l'évéque de Burgos, Maurice, mort en 1240, dont l'âme est en bois recouvert de bronze émaillé avec cabochons. Huesca a envoyé trois châsses en forme de grange du xni" siècle, et Mondonedo une crosse de la même époque, de la meilleure fabrique de Limoges.

Citons une châsse, d'Astorga, en argent repoussé du ix~ siècle, cadeau du roi Alphonse qui régna de 866 à 910 de nombreux coffrets en ivoire byzantins et arabes ou plutôt persans. Terminons en appelant l'attention sur les collections particu-


lières du comte de Valencia, de don Juan, de D. Guillermo de Osma, son gendre, qui a des azulejos et des majoliques de toute beauté sur celle de la comtesse de Santiago comprenant de charmantes miniatures dont plusieurs sont françaises puis sur celles du marquis de Castroserna et du général Noguès, dont les vases en argent et surtout les délicieux médaillons des familiers de l'Inquisition attirent les regards.

Comte DE SAINT-SAUD.

Dans un article, Le cachalot de l'île d'Oleron, le Conservateur de Marennes du 17 décembre, raconte l'échouement, à Domino, près de Chaucre, à 20 kilomètres du Château, sur la côte de l'ile d'Oleron, d'un cachalot de douze mètres, qui a été acheté par le muséum d'histoire naturelle de Paris. C'est le 4"° échoué sur nos côtes depuis un sièc)o: en 1875, un échoua devant Guéthary, près de Saint-Jean de Luz, et son squelette est au musée de Bayonne en 1872, un autre dans la conche d'Amour, près du phare de Biarritz enfin, en 1890, un autre sur l'île de Ré (Voir Bulletin, x, 89). Le 14 mars 1784, 31 cachalots vivants échouèrent sur le sable de la baie d'Audierne, au grand effroi des habitants, terrifiés par les cris de ces animaux. Vient de paraître: Les églises réformées de Saujon et de la presqu'île d'Arvert, étude historique, par E. Moutarde, pasteur de l'église réformée de Saujon, précédée d'une préface par Auguste Bouny, pasteur. Ouvrage illustré de 10 photogravures. Paris, Fischbacher, 1892, vii-215 p. Prix: 4 francs. A Royan, chez M. Billaud, imprimeur. le 9e album des Croquis samton~eazs, de M. B. Gautier, Dans ~ïoufwHa~e, 52 sujets très naïfs et très méchants. Prix 4 francs.

CONFÉRENCES A La Rochelle, le 14 novembre, par M"" Maud Gonne, irlandaise, L'Ma~de et sa lutte avec ~Kg~eterre le 16, par M. Vibert, de Paris, Le projet de traité franco-suisse; le 20, à Marennes, L'union des femmes de France, par M. le docteur Duplouy, ancien directeur du service de santé de la marine à Rochefort; à Cognac, La bonne presse, par M. Denys d'Aussy, avocat à Saint-Jean d'Angéiy; à Saint-Jean d'Angély, le 3 décembre, le 10 à Saintes, Le libre-échange, par M. Alphonse Vivier, avocat à Rochefort, membre de la société d'économie politique de Paris, délégué de l'association pour la défense du travail et du commerce; à Rochefort, même jour, Les asiles de nuit, par M. le docteur Burot; le 5, à Cognac, Education morale et religieuse du peuple, par M. Guillard, avoué a~zLtbezieux; à Rochefort, le 6, par M. le docteur Duplouy, Orga~-tsattûH de la ligue contre la tuberculose; le 9, par M. le doc tour Burot, Le rôle des sociétés de secours aux blessés dans


les guerres ~aua~es le 10, à Cognac, par M. l'abbé Noblet, La ma~tè~e dont les Allemands écrivent l'histoire de France le 25, à Jarnac-Champagne, par M. Eutrope Dupon, conseiller général, La situation.

SOCIÉTÉS SAVANTES. Société des sciences naturelles de la Charente-Inférieure. Séance du 11 novembre 1892 le président, M. Beltremieux, présente: 1" deux échassiers empaillés un ced~c~ème criard (indigène), qu'il a acquis pour le musée, et un cursorius isabellus, oiseau d'Egypte, tué à Angoulins, il y a quelques années, par M. Simonnin qui en fait don au musée 2° un magnifique échantillon de radiolite cratériforme, offert par M. Dollot. M. Couneau, délégué de la société au congrès de l'association française pour l'avancement des sciences, remet au président le volume offert par la ville de Pau à chacune des sociétés représentées, volume traitant de l'histoire locale de Pau et publié à l'occasion de ce congrès. M. Foucaud, qui a fait de nouvelles recherches sur deux espèces d'C6na?~/?e longtemps confondues par les botanistes, œ)ia~the peucedani folia et œ. s~at~o~a, relève pour la seconde fois les erreurs commises à leur sujet et présente, à l'appui de la note où sont résumées toutes ses observations, des échantillons et des dessins de ces deux plantes. M. Basset, qui vient d'obtenir, à l'exposition internationale de photographie, 'une médaille d'or pour ses photographies de diatomées, bacilles, insectes, etc., reçoit les félicitations de ses collègues. M. Termonia analyse huit articles de la Rcuue scie~tt~que sur des sujets divers (n"" des 20 août, 3, 17 et 24 septembre). 9 décembre Le président présente, de la part de M. Couneau, un album de photographies très réussies, qu'il a prises au cours de plusieurs excursions géologiques et botaniques et veut bien offrir à la société il fait connaître les acquisitions qu'il vient de faire pour le musée, au nombre desquelles la plus importante est celle d'un poisson très rare de la mer du Nord, le lampris guttatus, péché à La Flotte, île de Ré, et dont la préparation n'est pas encore achevée. M. Basset soumet à la société le plan de la conférence qu'il doit faire, à la séance publique de janvier, sur la micro-photographie et la a photographie appliquée à l'histoire naturelle, ainsi que le choix des photographies de son album à montrer en projections. M. Foucaud présente un glyceria récolté par lui sur les bords de la Charente, que M. Hackel, botaniste autrichien, à qui il a été communiqué, considère comme une espèce nouvelle pour laquelle il. propose le nom Glyceria Foucaudi. La première feuille de la nouvelle Flore de France, de MM. Foucaud et Rouy, sera publiée dans le prochain volume des Annales. Lecture et approbation du compte rendu financier de M. Cassagneaud et du projet de budget pour le prochain exercice. Le scrutin pour le renouvellement du bureau n'y fait entrerqu'un membre nouveau, M. Dollot, remplaçant, comme secrétaire,


M. de Richemond, démissionnaire pour raison de santé. M. Termonia analyse quelques articles de la Revue scientifique. ERRATUM, que nous signalent les Tablettes du 19 novembre, t. xn, p. 387, ligne Chasseloup-Laubat fut ministre de l'Algérie du 24 mars 1859 au 24 novembre 1860, et non 20 janvier 1867 qui est la date où il cessa d'être ministre de la marine après avoir été ministre de l'Algérie notre phrase devrait être construite ainsi « Ministre de l'Algérie, puis ministre de la marine du 24 mars 1859 au 20 janvier 1867. »

Page 395, 3" §, 3e ligne, au lieu de sous-commïssaû'e, lire commissaire adjoint; page 425, note, 1' ligne La fille de l'amiral Renaudin avait épousé non pas un yrère; mais un oncle de Jules Dufaure, lequel oncle ne s'appelait pas Edouard. La Croix de Saintonge e~ d'Aunis du 13 novembre fait remarquer que, contrairement à ce que nous avons dit du silence générai des orateurs et des journaux sur l'initiative prise par André Lételié pour le monument de Le Terme, elle avait parlé (numéro du 12 octobre) « d'André Lételié, qui a essayé, il y a 15 ans déjà, de remettre en honneur la mémoire du sous-préfet de Marennes.

A notre tour faisons remarquer à La Croix que le SaintPorchaire où se sont fabriquées les faiences de Henri II n'est pas celui de l'arrondissement de Saintes, mais « Saint-Porchaire, près de Bressuire o. Voir Bulletin, x, 170. Page 412, dernier §, l'inscription de La Barde, commune de Néré, mal copiée, demande une rectification.

Il en est, en effet, des inscriptions comme des lettres missives: il faut toujours tes lire soi-même et plutôt deux fois qu'une; autrement, on lit mal, on comprend différemment et l'on interprète faussement. Ce petit malheur nous arrive à propos de l'inscription qu'a bien voulu nous transmettre M. Geslin, et que nous avons publiée dans notre dernier numéro, t. xn, p. 412. Notre confrère M. le docteur Marchand, d'Aunay, nous fait remarquer 1° Que l'inscription est sur une tourelle, dernier reste du château de La Barde et non La Ronde; 2" qu'elle est très incomplète, et qu'il faut lire, suivant la transcription du propriétaire lui-même, M. Bafferon

D!EV EST MA GARDE SEVRE

MA HAVTE TOVR ET

FONDEMENT

SVR LEQVEL

IE MASSEVRE

RENÉ DE LA BARDE

MDXCH

3° que le sens est complètement changé « C'est une nouvelle paraphrase du SPES MEA DEvs, et non pas, comme il semblait d'après la version imprimée, une manifestation de la confiance


orgueilleuse du châtelain dans la solidité de ses tours Dieu est ma garde seure, ma haute tour et le fondement sur lequel je m'asseure. » Ce qui est tout différent.– Est-ce complet, enfin ?

NOTES D'ÉTAT CIVIL

I.–DÉCÈS

La Société des Archives a deux nouvelles pertes à déplorer. I.– Le 29 octobre, est décédé, à Rochefort, âgé de 78 ans, Jean de Dieu-Ferdinand Person, chanoine honoraire de La Rochelle le 30 janvier 1867, missionnaire apostolique, chanoine d'Albano, officier de l'instruction publique, chevalier du Saint-Sépulcre, inspecteur de la société française d'archéologie. Né à Niort, le 19 août 1814,. de François-Nicolas Person, qui fut plus tard payeur général du trésor public à La Rochelle, et de MarieAdélaïde Boudault-Champly, il fit ses classes au collège de La Rochelle et entra au grand séminaire il fut d'abord professeur à l'institution naissante de Pons puis ordonné prêtre le 23 décembre 1837, il devint vicaire de Saint-Pierre, à Saintes, où il s'occupa d'archéologie sous la direction de l'abbé Lacurie, puis à Rochefort, où il fut en même temps et pendant 25 ans, aumônier du collège. Après sa double démission, il s'occupa exclusivement des œuvres diocésaines Sainte-Enfance, propagation de la foi, etc., dont il devint en 1864 le trésorier diocésain. Il avait fait le pèlerinage de Palestine et de Rome. Voir dans le Bulletin religieux du 5 novembre un article nécrologique par M. M. S[avineau]. Person, par un codicille du 30 juillet 1892, a légué la plus grande partie de sa bibliothèque, environ 1.500 volumes, à la ville de La Rochelle.

Il.- Le 8 décembre, est décédé, à La Rochelle, âgé de 67 ans, Amédée Péponnet, qui a été 25 ans vicaire dans cette ville. Né le 13 février 1825, à Saint-Pierre d'Oleron, de Jean Péponnet et d'Agathe Gourmel, il était frère de M. l'abbé Emmanuel Péponnet, prêtre habitué à Saintes. Elève du grand séminaire de La Rochelle, professeur, pendant trois ans, d'une classe de français au petit séminaire de Montlieu, il fut ordonné prêtre le 14 juin 1851 et nommé d'abord vicaire de Taugon La Ronde, puis après six mois vicaire à Saint-Jean de La Rochelle, où il reste 25 ans. II y a quelques années, il vit tomber les murs de sa chère église mais il continua d'habiter à l'ombre du clocher, très aimé de cette population de marins à qui il faisait d'abondantes aumônes. Sa santé, qui avait toujours été chancelante, ne lui permettant plus le ministère pastoral, il fut aumônier des carmélites, puis des sœurs de l'Espé-


rance et, depuis trois ans, auxiliaire des aumôniers des Dames blanches. C'était un bibliophile distingué.

Le 22 octobre, est décédé à Saint-Christophe près de La Jarrie, où il était curé depuis 1884, Joscph-Honoré-NicoJas Guérin, né en 1827, prêtre en 1852; il avait été vicaire à Marennes. Après l'absoute, M. le curé doyen de La Jarrie a parlé du défunt, de sa maladie de sa résignation au milieu des plus cruelles souffrances. Le cercueil a été dirigé sur l'île d'Oleron, accompagné de M. l'abbé Berthelot, supérieur de Pons, de M. i'abbé Faillofais, archiprêtre de Marennes, etc. après la cérémonie religieuse dans cette église du Château où il avait reçu le baptême et la première communion, il a été inhumé dans un tombeau de famille.

Le 23, est décédé, chez M. l'abbé Chavigner, curé de Barzan, son oncle, Jean-Baptiste Chavigner, âgé de 21 ans, clerc tonsuré, qui a succombé aux suites d'une affection de poitrine contractée à Aurillac durant son année de service militaire. M. l'abbé Carteau, doyen de Cozes, a présidé les obsèques et prononcé une émouvante allocution.

Le 27, est décédé, à Saint-Genis, où il s'était fixé depuis trente ans, le docteur Félix Mazières, chevalier de la légion d'honneur. Des discours ont été prononcés par M. le docteur Verger président et au nom de l'association des médecins, et par M. Eutrope Dupon, conseiller général du canton, qui les a publiés dans le Peuple du 2 novembre. M. le docteur Auboin a lu une pièce du 2 août 1878, par laquelle Mazières veut être enterré civilement.

Le 3 novembre, est décédé, à Cognac, âgé de 61 ans, MartialBenjamin Bérauld, homme de lettres, frère de M. Gustave Bérauld, imprimeur à Cognac et rédacteur de l'Ere nouvelle. Il s'est beaucoup occupé d'histoire locale et a publié divers ouvrages le dernier est l'Annuaire de Cognac dont nous avons parlé, xn, 442.

Le 4, est décédée, au carmel de Périgueux, dans sa 53'année, la révérende mère Thérèse de Jésus, née Françoise-Noémi Béraud, sœur de M. Louis Béraud, avocat à La Rochelle, et de M'e Paul Drilhon, de Saintes. Née à La Rochelle d'Emile Béraud a un de ces hommes dont le type a presque disparu aujourd'hui, qui se donnent vaillamment et généreusemant à toutes les nobles causes elle prit l'habit au carmel de sa ville natale le 3 juin 1864, puis alla fonder une maison à Périgueux où elle fut prieure. C'était une femme spirituelle, dis-


tinguée,qui avait toutes les qualités du cœur et de l'esprit. Elle est morte vénérée de tout le monde. Voir la Semaine religieuse de Périgueux, reproduite par le Bulletin religieux de La Rochelle du 10 décembre.

Le 7, est décédé, à La Tremblade, âgé de 78 ans, le docteur de Vermont, ancien médecin à Barbezieux, membre du consistoire et du comité de l'asile Emilie à La Tremblade. MM. Auguste Bénezech, pasteur à La Tremblade, Ballande, pasteur à Etaules, et Jacquier, pasteur à Breuillet, ont pris la parole sur sa tombe. Vermont, qui avait perdu sa femme il y a 4 ans, était le père de M~ Marchand, de Montandre. Voir le Bulletin évangélique de l'ouest du 19 novembre.

Le t3 novembre, est décédée, à la maison mère des sœurs de Sainte-Marie de la Providence, à Saintes, Marguerite Chadeyras, en religion Marie-Laure, âgée de 36 ans, dont 18 de profession religieuse, née à Nantes d'Antonin Chadeyras et de Laure Métivier. C'était une femme fort distinguée, écrivain et poète remarquable, dont le talent ne s'est exercé que dans l'intérieur de la communauté et dans des comptes rendus de fêtes envoyés au Bulletin religieux que dirigeait son frère, M. l'abbé Chadeyras, chanoine et secrétaire général de l'évéché.

Le 24 novembre, est décédé, à Aunay, Martin, âgé de 88 ans, ancien juge de paix du canton d'Aunay, ancien juge au tribunal civil de Saint-Jean, ancien membre puis président du conseil d'arrondissement, ancien maire d'Aunay, conseiller municipal. Né en 1803, il appartenait à une famille du canton de Mirambeau et il était venu juge de paix à Aunay, par suite de son mariage avec M"" Guérin. Sur sa tombe, M. Louis Roy de Loulay, député, a fait le plus grand éloge du défunt.

Le 27 novembre, est décédé, à Chervcs lès Cognac, âgé de 42 ans, Eugène Voix, propriétaire, conseiller municipal, qui avait largement contribué, en 1886, à la fondation d'une école libre de filles à Cherves, à la formation d'une société coopérative. M. l'abbé Chaumet, supérieur du petit séminaire de Richemont, fait de lui un grand éloge dans l'Ere nouvelle du 4 décembre. Le 2 décembre, est décédée, à Saintes, à l'âge de 61 ans, Marcellina Magistel, née à Pérignac de Jean-Louis-VincentMagistel et de Renée Foucaud, qui a été pendant 43 ans avec sa sœur, Mlle Louise Magistel, directrice de la pension qui porte son nom. Au temple, plusieurs pasteurs ont célébré les vertus de la défunte. Voir article très élogieux dans le Moiteur de la Saintonge du 11 décembre.


Le 10, est décédée, au carmel de Bordeaux, Marie-Adélaïde de Saint-Légier, un des dix enfants de Pierre-Louis-René, marquis de Saint-Légier et de La Sauzaye, mort en 1842, et de Marie-Bénédictine-Paule de Sartre, dont il ne reste plus qu'une fille M"° Marie-Octavie de Saint-Légier.

Le 19, est décédé, à l'âge de 87 ans, Félix Barraud, propriétaire au Taillis, commune de Chaniers, qui, depuis 50 ans, a toujours été élu conseiller municipal le premier de la liste. Sur sa tombe. le maire, M. Chauvin, conseiller d'arrondissement, a )oué l'affabilité, l'intégrité, le dévouement du défunt. Félix Barraud était frère de notre collaborateur P.-B.-J. Barraud, décédé à 88 ans le 5 août 1890 (Voir Bulletin, x, 3)2), et père de M. Barraud, capitaine en retraite à Chaniers, et de M. Gustave Barraud, pharmacien à Saintes. Voir Bulletin, x, 361. Nous avons reçu la lettre de faire part ci-jointe

«Die VI mensis Novembris, anno -Domini M I)CCC XCII, obiit apud Monasterium nostrum Sancti Petri de Solesmis, Congregationis Gailicse, Ordinis Sancti Benedicti, Reverendus Pater Domnus PAULUS PIOLIN Presbyter et Monachus dictse Congregationis, œtatis suae anno LXXVI, professionis LI. Pro cujus anima vestras precamur orationes e< sacrï/~cïorum suffragia de caritate, et orabimus pro vestris. RjESQ!77ESC.4'T 7N PACE. »

On sait que les bénédictins, chassés de leur couvent qui demeure occupé par deux gendarmes, logent chez l'habitant dans le bourg de Solesmes, ce qui explique cette expression bizarre en apparence, « apud monasterium nostrum. »

II. MARIAGES

Le 26 octobre, a eu lieu, à Saint-Hilaire de Villefranche, le mariage de M'" Marie-Yolande de Senigon du Rousset de Roumefort du Cluzeau, née à Saintes le 5 juin 1852, fille de Henri-LouisCharles-Marie, comte de Roumefort, et de Louise-Marie de Faget de Quenncfer, avec M. de Mas-Latrie, capitaine au 10° dragons en garnison a. Montauban. Voir pour la famille Senigon du Rousset du Cluzeau de Roumefort'le Bulletin, xn, 6. Les témoins étaient: pour le marié, M. le comte de Mas-Latrie, membre de l'institut, son oncle, et M. te baron de Saint-Didier, commandant pour la mariée, M. le comte F. de Rességuier et M. le marquis de Saint-Geniez, ses oncles.

Le 30 novembre, a été célébré, àA)ger, le mariage de M.Emile Juin, né à Rochefort en 1851, capitaine adjudant-major au~premier régiment de zouaves, chevalier de la légion d'honneur, fils


de l'amiral Juin, décédé le 4 août 1892, et de Clémence Dubois (Voir Bulletin, x~i, 170), avec M" de Gineste, fille d'un ancien commissaire de la marine, membre du conseil municipal d'Alger. Le 7 décembre, a eu lieu, en l'église de Saint-Georges des Coteaux, pros.de Saintes, le mariage d'André do Berranger, receveur de l'enregistrement, d'une ancienne famille de t'Orléanais, avec Gabrielle de Bretinauld do.Mérè, fille de LouisThéophile de Bretinauld de Mère, au château do La GrangcBellegarde, commune de Saint-Georges, d'une vieille famille aunisienne et saintongeaise, et de Marie-Louise-Antonine de Puyguyon, d'une ancienne famille du Poitou. Les témoins du marié étaient ses frère et cousin MM. Joseph et René de Berranger; de la mariée, M. Abel de Bretinaud de Mère, son heaufrère, et M. Amédée de Bretinautd,baron de Sault-Sourin. son cousin. Pendant la messe, chants et musique par M. Abet de Bretinauld, M"~ Yvonne et Mario, MM. Fernand et Louis du Poirier de Portbail. La bénédiction a été donnée par M. t'abbé Valleau, archiprêtre de Saintes, évoque nommé de Quimper. Armes des Berranger: Gironné d'or, d'azur, de gueules et de pourpre; des Brctinauld: De sable à 3 hures de sanglier d'argent.

Le 19 décembre, mariage, à Alby, de M. Edgard Combes, officier d'académie, sous-préfet de ChâtiHon, fils de M. JustinEmile Combes; sénateur de la Charente-Inférieure, avec M' Sophie Butler, belle-fille de M. Jossier, préfet du Tarn.

VARIÉTÉS

1

L'IMPRIMERIE EN SAINTONGE-AUNIS

Voir t. I, page 267 II, 125 et 173 III, 158, 288 et 406 IV, 232 IX, 257. THOMAS PORTAU ET SA FILLE MARIE

La Revue nous a donné, tome ix, page 125, un compte rendu des Notes pour servir à l'histoire de l'imprimerie à Niort, par M. Henri Ulouzot. On nous apprend que le premier imprimeur de Niort est Thomas Portau, qu'il y avait son atelier en ]594 et que sa femme s'appelait Madeleine Hay. Ambulant, à l'instar des saltimbanques qui conduisent leur attirail de foire en foire, lui, transportant ses presses de Pons à Niort, de Niort à Saumur, avait-il en même temps un atelier dans chacune de ces localités ? et de plus en changeant de lieu changeail-il aussi de ménagère ?

2


Ce qu'il fit à Niort ou à. Saumur ne me touche qu'à demi autre, son séjour à Pons. C'est là, en pleine Saintonge, qu'il a débute et exercé sa profession, non sans talent. D'où venait-il? à quelle époque exacte s'est-il installé à Pons, et combien de temps y demeura-t-il à poste fixe ? Qu'il soit venu de La Rochelle, où travaillait un Jean Portau dans l'imprimerie qu'il soit môme le fils de cet ouvrier, cela me paraît fort plausible; qu'il ait été appelé à Pons par Yves Rouspeau, le pasteur-poète, pas fâché d'avoir sous la main un metteur en œuvre des produits de son imagination, au lieu d'avoir l'ennui de s'adresser à La Rochelle ou ailleurs, ce qui, à cette époque, était peu commode pour le service des épreuves, je serais tenté de le croire. A Pons, il séjourna tout au plus quatre ou cinq années de 1590 à 1594 Les fleurs du grand guidon de maistre Guy de Cauliac sont de 1591 (1), et c'est en 1594 qu'il imprima son chefd'œuvre, les Sonetz sp~tue~s de l'honneste amour, de son ami Rouspeau un véritable bijou typographique, imprimé en caractères italiques, chaque page renfermant un seul sonnet et surmontée d'une bande d'arabesques variés, d'un goût et d'un effet charmants. On voit que Portau y avait donné tous ses soins c'était son chant du départ pour Niort (2).

Do sa courte station à Pons, je n'ai pas découvert grand'chose: j'ai trouvé qu'en 159~ il avait ou maille à partir avec le libraire de l'endroit. Ainsi il y avait un libraire à Pons; ce bouquiniste porte un nom prédestiné il s'appelle Page. A propos de quoi M. le libraire va-t-il se plaindre de M. l'imprimeur au consistoire ? Affaire de boutique sans doute. Les anciens délibèrent, à la séance du :8 mars, que l'on appellera l'imprimeur à leur barre. Mais le libraire est en voyage? On attendra qu'il soit revenu. On apprend son retour, et vite le frère Dominique Renaudet le convoque pour le G avril. Qui a eu tort ? qui a eu raison ? Je n'en sais rien mais tout de môme je penche du côté de Thomas Portau Page me parait être un mauvais coucheur à trois années au-delà, en 159U, je le retrouve, lui et sa mère, se chamaiNantavcc des voisins, Pierre et sa femme on s'est dit des injures. Le consistoire, qui a pour mission de rétablir le calme dans les ménages, s'interpose; il mande, le 6 avril, tout ce monde-là devant lui, et j'espère qu'il a réussi à ramener la concorde, si belle chose surtout entre voisins d'une petite viltc.

Ces chamailleries n'ont qu'un mince intérêt; mais j'ai gardé mieux pour la fin. Comme l'a trèsjustement remarqué M. Henri

(1) 1590, d'après M. Audiat, qui cite pareillement de l'année 1590 d'autres productions de ses presses à Pons. Essai sur l'imprimerie en Saintonge et en Aunis; Pons, Noët Texier, 1879.

(2) M. Audiat le fait travailler encore à Pons, en 1596. Au même temps il

travaiUait à Niort, ce qui marque bien le caractère amburatoire de Thomas


Clouzot, Thomas Portau a dû s'être marié deux fois, .ct d'une première femme avoir eu une fille nommée Marie. Effectivement si à Niort sa femme s'appelle Madeleine Hay; à Pons; elle s'appelle Marie Bession, et de celle-là est provenue Marie Portau, dont voici l'acte de baptême: « Pons. Du xxvm" d'octobre 1593. Le Dymanche, dernier jour d'octobre, a esté baptizéo par Mons' Chasteigner Marie Pourtcau, fille de Thoumaa Pourteau et de Mathurine Bession (1); perin M'' M' Yues Rouspeau, ministre de la parolle de Dieu merine Marie (en ~~a~c~ femme de M'' Garrineau. Est née le jour d'hier, tr.antiesme du présent moys. »

Cette Marie Portau doit être la femme de Jean Moussat, l'imprimeur, comme le signale M. Henri Clouzot. LA MORINERII~

LA MORINERIE.

II

CATHERINE DE CLERMONT-DAMPIERRE.

Dans le n°du ler septembre 1892, t. x!t, p. 367, laReuue de l'Auniset Saintonge,àpropos de la notice sur L'église et lacollégiale de Pranzac, par mon confrère et ami, M. l'abbé Paul Legrand, fait remarquer que Catherine de Clermont, dame de Pranzac par son premier mari Jean Renouard, aurait épousé, d'après le P. Anselme, Guy de Mareuil en )5t3; et, comme Jean Renouard était encore vivant en 1520, elle se demande si !oP. Anselme n'a pas voulu écrire ~523, ou si Guy de Mareuil n'aurait pas été l'o premier, et non le second mari de Catherine.

J'avais espéré trouver une réponse à cette question dans le dernier numéro. Je me permets de la faire.

i" Dans la séance du 10 juin 1891 de la société archéo)o~ique de la Charente. j'ai, d'après l'opuscule de M. Hugues Imbert Mariage de Nicolas d'Anjou avec Gabrielle de Mareuil (Niort, L. Clouzot, 1874), raconté les curieuses circonstances de ce mariage, et dit que Gabrielle de Mareuil, mariée audit Nicolas d'Anjou, par contrat du 29 septembre )5~), mourut en ~L9J, âgée d'environ 78 ans, ce qui prouve que Catherine de Clermont avait épousé Jean-Guy de Mareuil avant 1515 et parconséquent que la date du P. Anselme doit être maintenue. D'autre part Guy de Mareuil mourut en 1519. (VoyezLe château d'Ardenne, par M. l'abbé Trieoire, p. 231).

2° Il n'est pas admissible que Catherine ait été mariée à Jean Renouard, fondateur du chapitre de Pranzac. Celui-ci, en eu'et,

(1) J'ai respecte l'orthographe Bession, tout en sachant bien qu'il existait A Pons une famille assez répandue du nom de Bossion et que la forme Bession est rare mais il me suffit de l'avoir vue plusieurs fois pour m'en tenir au texte du document.


n'aurait pu être que son second mari, et alors Catherine devrait être qualifiée, dans les pièces postérieures à 1521, veuve deJean Renouard, tandis qu'elle est toujours qualifiée veuve de Guy de Mareuil. De plus, dans les pièces où il est question de la dame de Pranzac, elle est désignée comme étant aux droits de Jean Renouard, ou mieux de Pierre Renouard; mais jamais elle n'est signalée comme veuve d'un Renouard. Voici, par exemple, ce qu'on lit dans une pièce du 24 novembre 1563 (Archives de la Charente, série E, 71) « Entre haulte et puissante dame Catherine de Clermont, dame de Mareuilh et de Pranzac, subrogée au lieu, droit et pocessiun de feu Pierre Renouard, frère et héritier de feu Jean Renouard, qui estoit fils aisné et prim ipal héritier dudit Jean Renouard, son père, en son vivant seigneur de Pranzac, demanderesse. etc. »

De ce passage (1) il ressort que Pierre Renouard, qui ratifie en 1521 la fondation du chapitre de Pranzac, était frère du fondateur, Jean Renouard, et fils d'autre Jean Renouard. 3'' Si Catherine de Clermont n'était pas femme de Jean. le fondateur du chapitre, était-elle sa mère ? Cette hypothèse n'est pas davantage admissible car la remarque déjà faite que Catherine n'est jamais signalée comme veuve d'un Renouard subsiste de plus, il est à croire que, dans l'acte de 1563 et ailleurs, on eût ajouté que Jean Renouard était fils d'autre Jean et de ladite Catherine.

Comment donc Catherine de Clermont ëtait-eDe aux droits de Pierre Renouard? Tout simplement, comme le ditM. l'abbé Legrand (Bulletin de la société archéologique de la Charente, années 1890-1891, page 159~ et comme le redit la Revue d'Au~ïse<Satntonge(loc. cit.), par acquisition: « Deffunte de bonne mémoire Catherine de Clermont, quand vivoit dame de Mareuil et Pranzac, sa mère, après avoir faict l'acquisition de ladite terre et seigneurie de Pranzac. » Si Catherine eût hérité de Pranzac comme veuve et mère d'un Renouard, elle n'aurait pas eu besoin d'acheter cette terre les Renouard la possédaient depuis longtemps (~j. Enfin, cette acquisition est postérieure à 15~1, puisque Catherine s'empresse, aussitôt qu'elle est devenue dame de Pranzac, d'augmenter de vingt livres le revenu des chanoines.

5° En terminant je demande Quelle est la Claude-Catherine de Clermont, dame de Dampierre, veuve de Jean d'Annebault, qui, le 21 août 1565, épouse à Cognac Albert de Gondi ? (Bull. de la soc. arch. et.fust. de la Charente, année 1856, p. 296). Je ne suppose pas que ce soit la dame de Pranzac, bien qu'elle soit

(1) En 1554, Catherine de Clermont rend un hommage à l'évéque d'Angoulême, comme ayant droit « de Pierre Renouard, en son vivant seigneur de Pranzac t. (Archives de la Charente inventaire des titres de l'evccho). (2) En 1481, Jean Renouard rend hommage de son fief de Pranzac à l'évêque d'Angoulême, comme fils de feu messire Jourdain de Pranzac, chevalier. (Archives de la Charente; inventaire de l'éveche).


morte à l'âge de cent ans, ayant conservé une grande beauté. (H. Imbert, <oc. cit., d'après Brantôme). Adolphe MONDON.

Adolphe MoxDON.

La note de M. le curé de Chazelles démontre d'une façon victorieuse la première erreur où est tombé M. l'abbé Legrand en mariant Catherine de Clermont-Dampicrre à Jean Renouard, elle qui n'a jamais été épouse que de Guy de Mareuil « veuve d'abord de Pierre Renouard, dit-il, elle se remaria à Guy, baron de Mareuil, qu'elle perdit aussi » la seconde, en faisant de Pierre Renouard un fils de Jean Renouard, qui était son frère. Et nous qui, voyant des impossibilités à ce double mariage et veuvage, aimions mieux supposer plutôt une faute typographique de date dans les 9 volumes in-folio de l'Histoire des grands o/~cters, que de croire à cette bévue d'un mariage apocryphe dans les 40 pages de la monographie de Pranzac Pourtant, sachant qu'il est dangereux de vouloir rectifier Anselme, nous exposions nos doutes à l'auteur. M. Legrand s'est tu sur ce point, et a continué à donner deux maris à cette femme, et à Jean Renouard un fils qui était son frère mais pour nous punir d'avoir cru trop charitablement à ses assertions ou pour dissimuler ses fautes, il a blâmé les nôtres ou mieux en a inventé pour le plaisir de nous les imputer. Habile tactique heureuse diversion Ainsi il tenait à être le premier qui ait déterminé les armes de la chapelle de Pranzac, partant les créateurs de cette œuvre artistique, les Clermont-Dampierre. Nous l'avons laissé, xtf, 393, dans cette illusion qui lui plaisait. Cependant quand il nous criait « Ce n'est pas vous c'est moi qui ai trouvé cela, et je l'ai dit le 18 octobre 1885, » il nous était bien facile do répondre: <t0ui, vous trouvez, le 18 octobre 1885; ce qui avait été découvert en janvier 1884, et signalé dans le Bulletin, !v, p. 288. » Encore une erreur à corriger. L'erratum eut été moins long, si nous ne nous en étions pas rapporté un peu trop aveuglément à M. Henri Legrand. Nous devons des remerciements bien sincères à M. Mondon.

Pour reconnaitre ce service, je m'empresse de répondre à sa question Quelle est cette Claude-Catherine de Clermont, dame de Dampierre, qui. ? Le Bulletin des Archives, t. iv, p. 292, ou la brochure Dampierre sur Boutonne, par M. Louis Audiat ()88t), lui dira que, fille unique de Claude de Clermont-Dampierre et de Jeanne de Vivonne, tante de Brantôme qui en fait un vif éloge, t. vn, 331, fondatrice du château de Dampierre, Claude-Catherine, cousine-germaine de Brantôme, fort savante en grec et en latin, épouse d'abord de Jean d'Annebaut, baron de Retz, puis d'Albert de Gondy, grand-père du cardinal de Retz, mourut en 160~, âgée de 58 ans, « dame de beaucoup de grâces et d'un bel esprit, » dit Lestoille. Catherine de Clermont, celle qui acheta Pranzac, fille de François et d'Isabeau Chaùdrier, était donc grand'tante de la baronne de Retz. L.À.

L;A.


in

LE BAYARD HUGUENOT. FRANÇOIS DE LANOUE

D'après son récent historien

(Voir BuHe<t'n,vm, 280, 331)

Voici plus de deux cents ans que fut publiée la Vie de Francois, seigneur de jLanoue; l'auteur de ce livre, MoiseAmyraut, ne s'est point uniquement occupé de rechercher la vérité historique il avait surtout en vue d'intéresser et d'édifier ses lecteurs en faisant'ressortir Ils qualités morales et les hautes vertus de son héros. L'oeuvre d'Amyraut ne se recommandait point par son mérite littéraire aussi a-t-elle été vite oubliée; depuis, sauf dans ces derniers temps, la vie du célèbre capitaine n'a fait l'objet d'aucune étude sérieuse. H en est résulté que Lanoue n'a plus été connu que par de courtes notices biographiques, copiées en générât tes unes sur les autres, et qui toutes reproduisaient les données principales de l'ouvrage d'Amyraut. Mais sur ce thème resté le môme, c'est à qui exécuterait les variations les plus brillantes. Le personnage réel a disparu il s'est transformé en un type légendaire, dans lequel se sont incarnées les nobles aspirations, la mâle vaillance des anciens preux, unies à la pratique de toutes les vertus chrétiennes. C'est un chevalier sans peur et sans reproches, un « Bayard calviniste (1) s sa carrière militaire a est une des plus brillantes dont les fastes militaires de la France fassent mention D comme écrivain, « c'est un des prosateurs les plus élégants de son époque. il faut le placer bien-au-dessus de Bodin et de Charron, à peu de distance de Montaigne » (2). Enfin, d'après un auteur allemand (3), « en Lanoue se trouvaient seulement les bons côtés, non les ombres du caractère national français. B (4) Evidemment, dans ces appréciations, la mesure est dépassée; mais, en présence de ces réputations surfaites, combien il est difficile de se tenir à égale distance de l'enthousiasme irréfléchi et du dénigrement systématique! Autour de ces figures poétisées par la légende, les préjugés s'amoncellent comme des nuages, et l'on a mauvaise grâce à les vouloir dissiper car on se heurte parfois aux sentiments les plus respectables. Il y a quelques années, parut, dans la Revue des questions historiques, une étude sui'.Lesdermerescampa~esdejF''ranpO!'s de LaMoue; elle me valut une attaque des plus vives de la part d'un des rédacteurs du Bulletin du protestantisme /rançaïS. Pour avoir montré les aberrations de jugement et les défaillances morales

(1) France protestante de Haag, t. v, article Lanoue.

(2) Phitarète Chasles, Etudes sur <e~V/° stëc~e, p. 192.

(3) Kervyn de Volkaersbeke, Correspondance de François de Lanoue, p. 2. (4) Henri Hauser, François de Lanoue, p. 276.


du capitaine huguenot, je fus accusé d'outrager de parti-pris « les gloires les plus pures du protestantisme ce qui assurément n'était jamais entré dans ma pensée. Un professeur d'histoire, M. Henri Hauser, a publié récemment un travail approfondi embrassant toute la vie de François de Lanoue; il en a fait le sujet de sa thèse pour le doctorat. (1) Bien qu'il ait fait descendre l'idole de son piédestal, et que ses jugements soient parfois sévères, M. Hauser, nous en sommes convaincus, n'attirera pas sur sa tête les foudres de la petite église calviniste; il ne dissimule point, il est vrai, les erreurs de son héros; mais il plaide en toute occasion, et avec tant de chaleur, les circonstances atténuantes, qu'on pardonne aisément ses faiblesses; sa naivo candeur les excuse; s'il a manqué à la parole donnée, c'est que son engagement était conditionnel ou que des motifs supérieurs l'ont exigé.

Quel que soit le mérite incontestable de son livre et le soin qu'il ait eu de s'entourer de tous les documents propres à l'éclairer, nous ne croyons pas cependant que M. Hauser ait définitivement fixé la figure un peu ondoyante du célèbre capitaine. Gêné par les limites qu'il s'était tracées, il a dû laisser certaines parties de son travail forcément incomplètes, mais sans refaire, comme il le dit, l'histoire du XVI" siècle, il aurait pu s'astreindre à une plus grande exactitude et surtout ne pas accorder une confiance exagérée à Moise Amyraut, non que cet excellent pasteur n'ait pas écrit avec une entière bonne foi, mais on est en droit de se défier de son sens critique. Comment, par exemple, M. Hauser peut-il admettre que François de Lanoue ait fait lui-même son éducation, sans passer e: par les mains des humanistes )) Ce n'est pas simplement en lisant les vies des grands hommes de Plutarque qu'il aurait acquis ce fonds de solide instruction dont ses écrits fournissent la preuve; ce n'est pas non plus à la cour, où pages et gentilshommes s'occupaient de tout autre chose que de littérature. Lanoue, comme un grand nombre de jeunes nobles ses contemporains, reçut une forte éducation classique, très probablement sous la direction du dominicain François deLespervier, son grand-père maternel, qui, devenu veuf, était entré dans les ordres. Il fut admis à la cour, non comme page du roi Henri II, mais comme attaché à sa maison. alors qu'il n'était encore que dauphin. Quelle que fût l'ancienneté de sa famille, il n'aurait point obtenu cet honneur si elle eut été dans la condition « modeste que lui attribué M. Hauser; mais son père avait été lui-môme gentilhomme de la chambre son grand-père avait épousé Madeleine de Châteaubriand, alliée aux Croy, princes de Porcian, et aux Bourbons de la branche de Saint-Paul; c'est ce qui lui valut la haute protection du prince de Martigues, le dernier représentant de cette illustre maison.

(1) Henri Hauser, François Lanoue. Paris, Hachette; 1892, in-8°.


M. Hauser passe rapidement sur les premières années de la vie militaire de François de Lanoue; il a hâte d'arriver, comme dit d'Aubigné, e au grand sièges; ce n'était pas une raison cependant, pour taire ou à peu près, la campagne de Lanoue dans les Pays-Bas en '[572. Charles IX avait laissé les protestants entreprendre cette guerre, et peut-être même l'avait-il suscitée; afin d'étouffer dans le sang les voix révélatrices, il eut l'indigne perfidje d'écrire au duc d'Albe de ne laisser échapper aucun des défenseurs de Mons au nombre desquels se trouvait Lanoue. Son agent dans les Pays-Bas, Mondoucet, insistait pour que tous les Français prjs les armes à la main fussent immédiatement égorgés; mais le duc d'Albe, s'il acceptait d'être l'exécuteur impitoyable des ordres de son maitre. ne voulut pas consentir à se faire le bourreau du roi de France. Lanoue et ses compagnons se retirèrent avec les honneurs de la guerre et sans autre condition imposée que le serment de ne plus porter les armes contre le roi d'Espagne, premier engagement solennel dont il ne devait plus tard tenir aucun compte.

Nous arrivons à une des phases les plus étranges de la vie de Lanoue. Au lendemain de la Saint-Barthélémy, le roi le charge d'une mission auprès des Rochelais prêts à s'insurger contre son autorité. Lanoue accepte d'être l'intermédiaire de ce roi encore tout couvert du sang de ses frères cette résolution parut si ex- traordinaire à ses contemporains que quelques uns le crurent obligé de s'y soumettre. Il n'en était rien cependant. « Sa confiante et indulgente bonhomie, dit M. Hauser, ne pouvait croire longtemps à la méchanceté. il fut ému des regrets de Charles IX.

Lanoue s'acquitta consciencieusement de sa mission mais au moment où il allait se retirer, n'ayant rien obtenu des Rochelais, ceux-ci, par la voix de leurs ministres, lui proposèrent de s'enfermer dans leurs murs et de se mettre à leur tête. Il s'y décida sur le conseil de Biron, « afin de mieux servir les intérêts du roi ». Charles IX parut en effet ratifier cet engagement, et dans tous les cas il le connaissait puisque, à la date du 15 février 1573, il écrivait à son frère, le duc d'Anjou a On verra en définitive ce que l'on peut et doit attendre de Lanoue qui peut beaucoup, puisqu'il a à La Rochelle huit cents hommes àsa dévotion. (1) Combattre de toute l'autorité de sa parole les prétentions des Rochelais, en même temps que, les armes à la main, il s'en faisait le défenseur, c'était une tâche bien difficile, et disons-le nettement, au-dessus des forces humaines « Je voudrais, dit Lanoue à un de ses amis dans un moment d'épanchement, je voudrais être frappé d'une balle pour échapper au soupçon de perfidie j2) C'est bien là le cri d'une conscience

(1) Comte de La Ferrière, Le XV/" siècle e< les Va!oi~, p. 364. (2) Ph. Cavriana, Siège de La Rochelle, traduction de Delayant, p. 49.


honnête mais pourquoi s'être placé volontairement dans une situation aussi inextricable?

M. Hauser prétend que Lanoue se serait absolument opposé aux négociations ayant pour but d'intéresser à la cause des Rochelais la reine Elisabeth d'Angleterre, et d'en obtenir des subsides. Il aurait même refusé « au péril de sa vie s do consentir à ces négociations criminelles. L'envoyé italien, dont il invoque le témoignage, était mal informé; dès le 25 octobre 1572,1e maire et les échevins de La Rochelle avaient député en Angleterre Pardaillan, le ministre Claude des Moulins, et un pair du corps de ville, Jean David; à quelque tcm-ns de là, un autre mi nistre,La Place, partait muni de nouvelles lettres de créance. ()) La mission en Angleterre était donc un fait accompli avant que Lanoue entrât à La Rochelle, et il l'accepta si bien que, pour échapper aux difficultés au milieu desquelles il se débattait, il proposa d'envoyer auprès d'E)isabeth une des notabilités du parti, espérant que lui-même serait désigné; mais sa prévision ne fut pas réalisée, et on lui préféra Languiller-Belleville. Ce n'était donc pas pour avoir empêché « la conclusion de l'alliance anglaise que Lanoue redoutait l'arrivée de Montgommery, le promoteur de cette alliance il se rendait parfaitement compte que, du jour où ce dernier entrerait à La Rochelle, le parti des exaltés triomphant lui arracherait son commandement. La résistance de ses partisans pouvait amener une lutte fratricide; c'est cette appréhension qui le décida à se retirer.

« C'est ainsi, dit M. Hauser, qu'il réussit à sortir de la situation scabreuse où il était engagé depuis cinq mois, sans avoir manqué à aucun de ses devoirs, ni envers les Rochelais, ni envers la cour. » Il est certain qu'il traversa cette difficile épreuve sans y laisser son honneur; cependant il n'est pas exact de dire que les deux partis rendirent un hommage égal à sa loyauté. Nous le voyons, il est vrai, accueilli dans l'armée royale non en fugitif, mais en allié, et le duc d'Anjou lui décerner publiquement cet éloge que tout, dans sa conduite, avait été parfaitement honorable mais ceux qu'il avait abandonnés le jugèrent autrement; sans parler'des attaques violentes dont il fut l'objet avant comme après sa sortie de La Rochelle, jamais, depuis, il n'obtint dans cette ville la confiance de ses coreligionnaires il ne put rentrer en grâce auprès d'eux qu'en se soumettant à une humiliante rétractation et tant qu'il demeura à La Rochelle, il fut l'objet de la plus injurieuse surveillance.

Nous ne nous arrêterons point à examiner les divers jugements portés en cette circonstance sur la conduite de Lanoue nous demanderons seulementcomment l'eussent appréciéeceuxlàmémes qui l'exaltent, si, au moment où il abandonnait la ville,

(1) La Ferrière, Le XV~" siècle et les Valois, p. 336.


une balle rochelaise avait mortellement frappé lecélèbretransfuge. Auraient-ils alors répété avec dom Tailhandier « que sa sagesse et sa réputation étaient si bien établies qu'on ne s'avisa jamais de suspecter sa candeur et sa bonne foi 3)? C'est peu probable. Les grands services rendus depuis par Lanoue à la cause protestante ont fait oublier une défection qu'on ne lui aurait, sans cela, jamais pardonnée. A partir de ce moment, nous voyons l'ancien commandant des forces rochelaises, assister en simple spectateur aux luttes acharnées qui signalèrent la fin de ce long siège. H y a là, quoi qu'on en puisse dire, une de ces aberrations de jugement dont Lanoue, du reste, a donné d'autres preuves, et qu'un de ses contemporains, Brantôme, tout en se disant son ami, s'est plu malignement à faire ressortir.

Lanoue eut une part considérable, sinon ]a principale, dans !a formation de la ligue des politiques. a Le gentilhomme confiant et un peu naif, dit M. Hauser, s'est fait politique en même temps il est devenu moins français et plus sectaire. H a de véritables défaillances morales, et cette époque est loin d'être la plus glorieuse de sa vie. n A quelques mois d'intervalle, en effet, Lanoue tint aux Rochelais deux tangages bien opposés pendant le siège il leur prêchait la paix la paix obtenue, il revint leur prêcher la guerre. Cette guerre avait-elle au moins une cause légitime? Aucune. M. Hauser parle de la conspiration ourdie pour livrer La Rochelle au roi. Puisqu'il a eu sous les yeux l'histoire de Barbot, il a dû voir quelles sanglantes intrigues furent mises en œuvre pour vaincre la répugnance des Rochelais et les faire adhérer à la ligue des protestants du Midi.Les exaltés du parti, le ministre Odet de Nort à leur tête, ne reculèrent devant rien, pas même devant le crime, pour arriver à leurs fins. Quand ils eurent dominé par la terreur l'opposition de leurs adversaires, Lanoue parut à La Rochelle; il ajouta foi sans doute à la fable inventée par De Nort car en pareille circonstance, nous aimons mieux le croire dupe que complice et il prit texte de la prétendue conjuration pour soutenir « que les réformés sont déliés du serment qu'ils ont fait de garder la paix, puisque les catholiques ont manqué à leur foi n. Il vajusqu'à dire, d'accord avec l'auteur d'un violent libelle publié pendant le précédent siège, « qu'on ne serait point tenu de garder un serment que l'on aurait fait au préjudice de l'intérêt de son prochain, et beaucoup moins ceux qui sont faits au détriment de la gloire de Dieu même. n

<t Le sault estant franchi », comme dit Barbot, Lanoue s'empressa de régulariser l'adhésion de La Rochelle à la ligue protestante, et, mettant à profit l'expérience acquise pendant les précédentes guerres, il créa des ressources à la cause en organisant la piraterie. Mais auparavant, il fallait se débarrasser du voisinage gênant de deux navires armés en guerre, qui, sous


le commandement d'un officier du roi, Lycani, croisaientenvue des côtes. On s'en empara pendant que leurs chefs étaient à terre, et bien que l'équipage se soit rendu avec la condition d'avoir la vie sauve, on argue de quelques « voleries et piratteries particulières n pour lui faire son procès. Les uns sont roués, les autres fustigés, et Lycani pendu en effigie; « dont plusieurs firent des murmures n, dit Barbot mais le présidial, entre les mains des exaltés, était devenu le docile instrument de leur politique. Ce fait est passé sous silence par M. H&user, aussi bien que les intrigues nouées avec le traître Jean de La Haye, lieutenant général de Poitiers.

Dès que la côte ne fut plus surveillée, Lanoue arma en guerre soixante-et-dix vaisseaux chargés d'écumer la mer depuis le Pas-de-Calais jusqu'à Gibraltar. D'après un règlement rédigé par lui, ne devaient être saisis que les navires « portant vivres et munitions de guerre aux villes, chasteaux et forteresses armés contre ceux de la religion, et regardées comme de bonne prise que les marchandises appartenant aux massacreurs et autres faisant la guerre mais en fait, comme l'avoue Barbot, <f on courroit sus à ceulx qui estoient de contraire party, comme Espaignols, Portugais, Bretons,Normands, Basques ou tous autres », c'est-à-dire sur tous les catholiques. Les commerçants rochelais voulurent protester contre des actes qui mettaient La Rochelle au ban des ports de commerce. Lanoue intervint et déclara que les ressources, uniquement fournies par les ennemis de la cause, étaient indispensables à son triomphe. « Lanoue, dit M. Hauser, souffrait de ces désordres il essayait de la réduire, mais il ne pouvait abolir une pratique si nécessaire à son parti. » Ce n'est pas la seule fois que nous verrons mettre en pratique par le s Bayard calviniste » la détestable maxime « La fin justifie les moyens. »

Les longues négociations qui suivirent la mort de Charles IX n'ont pas paru sans doute à M. Hauser assez dignes d'intérêt pour être rapportées elles décèlent cependant de la part de Lanoue, un esprit très souple, très délié, très habile dans l'art de tromper ses adversaires et de gagner du temps mais nous avons vu avec surprise qu'un des négociateurs, La Hunaudye, aurait été exécuté avec cinq ou six conjurés pouravoir, «au cours même des négociations, tenté une entreprise sur la viDon. H est inutile de grossir le nombre des victimes politiques à cette époque. H n'y eut d'autre sang versé que celui des prétendus conspirateurs de 1573 et des matelots de Lycani. René de Tournemine, seigneur de La Hunaudye, était un cousin de Lanoue il fut, en effet, chargé d'une mission auprès de lui par Henri III, mission interrompue par une manœuvre maladroite du baron de Ruffec, qui pendant les pourparlers s'avança avec sa troupe jusqu'à quatre lieues de La Rochelle. Quant au baron deMirambeau, et aux réponses « dignes d'un Joas )) qu'il aurait faites à la reine-mère, M. Hauser, croyons-nous, a ajouté trop de con-.fiance à un mémoire, dicté vraisemblablement par le baron dei


Mirambeau lui-même, dans le but de dissiper tes soupçons qu'avait fait naître sa conduite équivoque, soupçons très légitimement fondés, puisque ses coreligionnaires le dépossédèrent de sa ville de Brouage, et que de dépit, il la céda au roi Henri III, le 17 mars 1578.

Le chapitre qui traite des campagnes de Lanoue en Flandre, de 15~8 à 1585, nous a paru un des plus complets et des mieux conçus; ce n'est pas que. nous n'ayons à y relever quelques légères erreurs. a Lanoue, dit M. Hauser, n'avait pu accompagner le duc d'Alençon en Flandre, mais il le suivit de près. a C'est le contraire qui eut lieu Lanoue était arrivé en Flandre depuis plus de quinze jours lorsque le duc d'Alençon fit son entrée à Mons le 'J juillet 1578. Nous signalons ce défaut de concordance de date, parce qu'il a son importance. Lanoue n'était pas un des lieutenants de Monsieur; il était entré directement, avec d'autres chefs calvinistes, au service des états; il pouvait ainsi beaucoup plus utilement servir la cause du duc d'Alençon, que s'il l'eut accompagné dans l'expédition qu'il préparait il fallait, en effet, ménager la susceptibilité des catholiques Wallons, et sa présence dans les rangs de l'armée française n'aurait pas manqué de faire naître leurs défiances. Lanoue ne parut au camp du duc d'Alençon que pendant que ce dernier assiégeait le château de Binch.

On sait avec quelle barbarie les Espagnols ont de tout temps traité leurs prisonniers de guerre. Lorsqu'il tomba entre leurs mains, Lanoue, auquel on reprochait non sans raison, d'avoir trahi le serment qu'il avait prêté entre les mains du duc d'Albe, après le siège de Alons en 1572, fut, sur la. recommandation expresse du roi d'Espagne, détenu de la façon la plus rigoureuse. Le malheureux prisonnier eut à souffrir encore bien plus de son inactivité forcée que des privations de toute sorte qui lui étaient imposées. Ses lettres, qui toutes passaient sous les yeux de ses gardiens, sont empreintes d'un sentiment de calme et de résignation chrétienne, qui en réalité étaient bien loin de son cœur. <: Il se tournoit en tous sens, dit Amyraut, pour se tirer de ce malheur, » Il eut sacrifié tous ses biens, risqué même sa vie pour obtenir sa liberté; c'est ainsi qu'il offrit de se rendre en Hongrie, d'y faire pendant quatre ans la guerre aux Turcs à. ses frais; ni sa parole, ni sa fortune ne semblaient à ses ennemis des garanties suffisantes. La seule, au dire d'Amyraut, qu'ils eussent acceptée, c'eut été que Lanoue se résignât à perdre la vue.

Cette proposition est tellement extraordinaire, tellement odieuse, que son seul énoncé devrait la faire révoquer en doute. M. Hauser cependant, sur le témoignage d'Amyraut, la croit vraie « J'ai eu horreur, dit ce dernier, p. 282, quand j'ai vu des enseignements certains qu'un des plus célèbres capitaines et des plus hommes de bien de son siècle, avait été réduit à une aussi grande extrémité. Sept ou huit lettres qu'il a faites de sa main à sa femme, m'ont rendu la chose si indubitable que


sur sa foy je la donne ici pour telle. » Il ne cite aucun des passages de ces lettres, mais il ajoute «H s'y résolut, et tesmoigna diverses fois que c'estoit avec une grande tranquilité d'esprit qu'il le faisoit. et que d'ailleurs trois jours de vie avec les siens et dans la compagnie de ses bons amis, lui estoient plus à souhaiter que plusieurs années dans une condition si lamentable. Dans l'affolement où le jetaient le désespoir et l'isolement, l'infortuné prisonnier résolut d'acheter sa liberté au prix d'une complète impuissance. Aucune condition no lui a été imposée, aucune proposition ne lui aura été faite: car Amyraut n'eut pas manqué de le dire, et cette détermination lui a paru si étrange, si inadmissible dans une âme absolument soumise aux décrets de la Providence, qu'il la suppose a suggérée sous main », ce sont les termes dont il se sert. Donc cette étrange proposition émanait de l'initiative de Lanoue, comme celle d'aller guerroyer contre les Turcs à ses dépens. Rien dans le récit d'Amyraut n'autorise à en faire remonter la re&ponsabifité jusqu'à la cour de l'Escurial.

Ce furent, comme on le sait, les princes de la maison de Lorraine qui obtinrent la liberté de Lanoue. Les conditions imposées étaient extrêmement dures on leur donna la plus grande solennité en les rédigeant par écrit; elles sont signées de Lanoue et du prince de Parme. Le capitaine huguenot s'engageait à ne jamais faire la guerre contre l'Espagne, à peine de cent mille écus d'or dont le roi de Navarre se portait garant pour lui avec le duc de Lorraine; dans une convention particulière arrêtée avec ce dernier, Lanoue promettait aussi de ne jamais prendre les armes contre lui. Demeurer inactif alors que, de tous côtés, on faisait appel à son concours, c'était pour Lanoue une situation aussi pénible que la captivité elle-même. Pour échapper aux obsessions dont il était l'objet, il aurait fallu fixer sa résidence, non à Genève, contre d'action du protestantisme, mais dans quelque contrée étrangère aux luttes religieuses, en Angleterre, par exemple, comme il en eut un instant la pensée. H ne manquait point de docteurs huguenots pour lui rappeler cette maxime que lui-même avait autrefois invoquée devant les Rochelais « On n'est point obligé de tenir les serments qui sont faits contre la gloire de Dieu même. On trouve dans la correspondance de Lanoue la trace de l'impatience avec laquelle il supportait le joug qui lui avait été imposé aussi était-il disposé à accepter tous les moyens propres à le briser. Lors des pourparlers qui précédèrent la grande expédition des reitres, sous la conduite du duc de Bouillon en t587, Lanoue figurait parmi les négociateurs. Au nombre des articles soumis à l'approbation du duc de Lorraine, était le suivant, au moyen duquel ses états auraient été préservés du passage de cette armée de pillards « Monsieur de Lorraine fera descharger monsieur de Lanoue de toutes les promesses faites par luy, à la maison de Lorraine et de Guyse. » Placer le duc de Lorraine dans cette alternative de voir ravager ses états, ou de dégager


une parole donnée, est un procédé tellement odieux qu'on s'explique facilement pourquoi Lanoue voulut en laisser à ses amis l'entière responsabilité, et n'a point signé leur proposition; mais il assistait à la rédaction do cet article, et il n'euttenu qu'à lui d'exigerque son nom ne figurât pas dans les propositions faites au duc de Lorraine. (Mémoires de La Huguerie, t. lit, p. 37). Il était facile de prévoir que dans ces dispositions d'esprit Lanoue violerait tôt ou tard ses engagements. L'occasion lui fut offerte alors qu'après la mort du duc de Bouillon, le duc de Lorraine attaqua Sedan et Jametz. Dans une espèce de conseil de guerre tenu au chevet du duc de Bouillon, presque expirant, à Genève, dans les premiers jours de janvier 1588, il fut reconnu que la conservation de ces deux places au moyen desquelles la communication directe des huguenots avec l'Allemagne était établie, avait une importance considérable, et c'est pour donner cette assurance à son parti, autant que pour protéger sa jeune sœur, que le duc de Bouillon nomma par son testament Lanoue gouverneur militaire de son petit état.

Nous avons dit, et nous maintenons, que dans cette circonstance François de Lanoue a gravement manqué aux lois de l'honneur. Ici même ont été examinées les raisons que Lanoue, et après lui ses panégyristes, ont mis en avant pour justifier sa conduite. M. Hauser n'apporte à cette discussion aucun élément nouveau. D'après lui, l'engagement pris par Lanoue avec le duc de Lorraine avait un caractère conditionnel; il y avait apporté cette restriction a En cas que cela ne contrevienne à ce que je dois d'obéissance, de servitude et de fidélité à la couronne de France et au roy mon souverain seigneur » La question se ramène à établir si la clause résolutoire que Lanoue avait eu soin d'y insérer s'est ou non réalisée. M. Hauser n'hésite point à se prononcer pour l'affirmative. Mais la preuve? Le roi de France serait-il intervenu pour autoriser Lanoue à défendre ses droits ? C'est le contraire qui a eu lieu, puisqu'il luiatrès nettement manifesté son intention de ne le point voir se mêler à la lutte déjà engagée, (i) Comment M. Hauser peut-il prendre au sérieux la crainte manifestée par Lanoue de voir le duc de Lorraine, nouveau Picrochole, reconstituer à son profit le « royaume d'Austrasie s ? Et qui donc avait donné mandat à Lanoue de s'opposer à ces visées ambitieuses? Ces hiérarchies d'obligations, ces subtiles distinctions entre les devoirs n'ont point accès dans une âme simple et droite ce sont arguments de procureurs. Tout esprit impartial reconnaitra qu'en cette occasion, Lanoue, dans l'intérêt de son parti, a oublié ses serments.

H est une autre question longuement traitée par M. Hauser (p. 250 à 261), et sur laquelle nous ne reviendrons qu'incidemment c'est celle de savoir si, oui ou non, Lanoue aurait con-

(1) Mémoires de la Ligue, t. 11, p. 297. Ed. de 1758.


seillé à Henri IV de se convertir au catholicisme. Cette question avait été déjà soulevée lors de la publication d'une lettre de Lanoue faite par M. Hauser dans la Revue historique (t), et puisque l'auteur y attache une si grande importance, il est regrettable qu'il n'ait pas reproduit ce texte au nombre de ses pièces justificatives; cette réédition semblait d'autant plus indiquée qu'une nouvelle lecture a permis à M. Hauser de faire bon nombre de corrections. Nous persistons à croire, que sans la conseiller d'une manière formelle, Lanoue n'était pas opposé à une conversion précédée de conférences et de discussions qui auraient sauvegardé les apparences, et éloigné toute idée de pression de la part de la ligue. D'après M. Hauser, dans cette lettre comme dans maints passages de ses écrits, Lanoue n'aurait visé qu'un but, la réunion d'un concile général et au besoin national, où seraient venus les théologiens de deux partis le roi écoutera évoques et pasteurs, « et ne faut doubter, si Dieu répand ses bénédictions sur le pays, qu'il ne bénisse aussi la concorde de l'église, et que sa majesté ne donne contentement à ses subjects. » Nous demanderons à M. Hauser la permission de rappeler ici la phrase dans son ensemble, laissant au lecteur le soin de lui donner son véritabte sens K Il faut. assembler les princes et officicrs de la couronne, convoquer les estats, puis après requérir un concile général, et au reffus en tenir ung national, faire entendre au roi le mérite de la religion catholique à lui incogneu, par de bons et sçavans évesques et docteurs, n'ayant pour fin que la gloire de Dieu et le salut des âmes, luy représenter qu'elle a esté l'églize primitiue, luy faire considérer les opinions des saints pères qui ont relui au monde comme perles prétieuses, conférer amiablement et sans contention auecques les aultres théologiens qui se trouveront en publique convocacion, et il ne faut doubter, etc. »

Comme on le voit, Lanoue est loin, ainsi que le prétend M. Hauser, de faire de l'accord des deux églises la condition sine qua non de la conversion du roi; ce mot de conversion, il ne le prononce même pas; il entend laisser à Henri de Bourbon une liberté de choix complète, absolue; mais si, éclairé par les ecëques, après les dires contradictoires des autres théologiens, il reconnaît de quel côté se trouve la vérité, il donnera contentement à ses subgects et, comme conséquence, Dieu pourra bénir la concorde entre les églises, c'est-à-dire la paix religieuse.

Lorsqu'après vingt années passées dans les camps, Lanoue fut subitement transporté du tumulte du champ de bataille dans son cachot de Limbourg, il médita profondément sur les événements auxquels il s'était activement mêlé; il eut, dans sa so-

(1) Année 1888, p. 311 et 323.


litude, comme une vision très nette de l'abîme de malheurs où les guerres civiles avaient plongé la France. Emu et troublé en face de sa patrie mutilée et sanglante, ilvoulut sonder ses blessures et chercha le moyen de les guérir. C'est ce qui lui inspira ses Discours politiques et militaires. Il évoque les souvenirs de sa jeunesse il revoit la France de François le' paisible au dedans, respectée au dehors, bravant les armes de Charles-Quint. Dans le tableau qu'il retrace de la décadence de son pays, Lanoue nous montre le progrès de l'athéisme, opinion commune alors, comme elle te devient à toutes les époques troublées il rappelle les exactions des gouverneurs de province, les impositions rejetées en entier sur les campagnes par les grosses cités, « qui fontbruire leurs privilèges », les profusions de la noblesse et la corruption des mœurs. Mais on signalant ces désordres, suite inévitable de l'affaiblissement de l'autorité religieuse et politique, Lanoue n'en indique pas la véritable cause; un de ses contemporains, Montaigne, le dira avec plus d'indépendance que lui « La nouvelleté. qui nous presse despuis tant d'années, n'a pas tout exploicté mais on peut dire, avec apparence, que par accident elle a tout produit et engendré, voire et les maux qui se font sans elle, et contre elle, c'est à elle à s'en prendre au nez

« Heu patior telis vulnera facta meis )'

Nous ne suivrons pas M. Hauser dans l'analyse très complète qu'il nous donne des Discours politiques et militaires. Cet ouvrage fut accueilli avec une faveur méritée et eut plusieurs éditions successives. La célébrité acquise par leur auteur, célébrité dont le retentissement s'était encore accru do tout l'intérêt inspiré par la captivité de Lanoue, aurait suffi, indépendamment de son mérite intrinsèque, pour assurer à son livre un grand nombre de lecteurs. Comme plus tard la Saftre ménippée, les Discours répondaient admirablement à l'état de l'opinion publique. Les catholiques que ne dominait pas la passion fanatique condamnaient les rigueurs de l'édit d'union et reconnaissaient la nécessité d'accorder à l'église protestante une existence légale et une liberté limitée. On devait donc se rencontrer sur le terrain d'une tolérance mutuelle, et c'était précisément celui qu'indiquait Lanoue en dehors de cette solution on n'en entrevoyait aucune possible; il fallait se résigner à prolonger indéfiniment une lutte sans issue, ou bien accepter la loi d'un pouvoir assez fort pour assurer aux partis hostiles, la possession, dans une mesure équitable, des avantages que chacun d'eux cherchait à faire triompher par les armes. Il y a donc dans l'œuvre de Lanoue la profondeur de vue d'un véritable homme d'état, et elle est digne d'être placée au premier rang parmi celles qui peuvent nous renseigner sur la situation morale et matérielle de la France pendant la dernière période de nos guerres civiles. Quant à son mérite littéraire, il est réel; mais quelle part doit en revenir à Lanoue ? Les nombreuses


lettres autographes publiées par M. Hauser et jointes en appendice à son livre, nous ont confirmé dans cette opinion que l'éditeur, Philippe Du Fresne-Canaye, habile écrivain lui-même, imprima à l'ouvrage de Lanoue le cachet très sensible de sa personnalité. Que l'on compare a la correspondance authentique le texte des Discours politiques, on verra combien ces discours l'emportent en souplesse, en vivacité, en éclat sur les écrits tracés directement par la plume de Lanoue. Les longues périodes, coupées d'incidentes, la tournure et les expressions archaïques ont disparu; la phrase s'est faite moderne, et sans rivaliser, comme le prétend Philarète Chasles, avec le style inimitable des Essais, it se maintiendra à un rang très honorable dans t'œuvre littéraire du XVP siècle. Un jour, nous n'en doutons pas, quelque philologue précisera lajuste mesure dans laquelle l'éditeur de Lanoue a remanié ce que ce dernier appelait a ses brouilleries »; il nous suffit d'indiquer ici cet intéressant sujet d'études.

M. Hauser est dans le vrai lorsqu'il nous dit que Lanoue a, dans son livre, tracé les principaux traits de son portrait moral. Mais il est à nos yeux d'autres écrits qui le peignent avec des couleurs encore bien plus vives, ce sont les réflexions et les courtes observations écrites par lui sur les marges de l'Histoire des guerres cl'Italie. II ne faudrait pas croire, en effet, qu'elles aient été uniquement inspirées par la lecture des pages de Guichardin elles ont une portée plus générale et plus haute, elles nous font connaître les véritables sentiments qui agitaient l'âme de Lanoue, sentiments réveillés par l'analogie des faits historiques retracés à son imagination, avec ceux dont lui-méme avait été le témoin. C'est le compagnon d'armes de Condé et de Coligny qui écrit ces lignes « La religion est la couverture de l'ambition cachée au cœur. C'est une injustice de se couvrir du nom du roi et d'union pour entretenir le trouble entre les princes chrétiens l'inclination à un parti, entre les grands du monde, ne procède pas de l'amour de la justice, ains du désir qu'ils ont d'accroître leur particulier. » C'est le partisan du duc d'Alençon qui fait cet aveu cr Qui ne voit le fonds du dessein d'un ambitieux y est trompé. C'est le soldat plein de foi qui explique la défaite par les vues intéressées des défenseurs de la cause «Jamais ne succéda bien à ceulx qui pour advancer leur profit particulier se sont couverts du nom de réformation et d'église. Dieu ne tient pas pour innocents ceulx qui prennent son nom en vain. » C'est l'homme enfin, arraché à ses rêves d'ambition et de gloire, qui jette ce cri de désespoir « 0 cupidité de dominer qui n'apportes à l'homme qu'une ombre de contentement, encore qu'il ait obtenu son désir avec plusieurs travaux combien est misérable celuy qui te loge en son coeur n

Ces sentences et maximes n'ont pas la notoriété des Discours; il faut aller les chercher dans de poudreux in-folios; mais elles mériteraient d'être mises en lumière de préférence à certaines


parties des discours politiques et militaires, offrant aujourd'hui peu d'intérêt. Elles auraient dû, ce nous semble, attirer l'attention de li. Hauser, qui n'a cependant négligé aucune indication bibliographique.

« Modestie, bonhomie, bon sens ferme et droit, indulgence, vaillance et douceur, patriotisme ardent, ferveur tolérante, résignation active, une bonté un peu faible, un peu chimérique. n tel est Lanoue d'après M. Hauser. Il se demande si, de l'étude de documents utilisés par lui, la figure de son héros ressort d'une manière très différente de celle que lui avait prêtée la légende « Faut-il renoncer à l'opinion traditionnelle qui fait de Lanoue un type de pureté, d'honneur, de vaillance et, pour tout dire en deux paroles, un Bayard huguenot? M. Hauser se prononce pour la négative, malgré les « faiblesses x qu'il atténue autant que possible; ses faiblesses même, etileneutd'inquiétantes dans le caractère », sont le résultat d'une trop grande confiance dans les hommes « il ne croyait pas à la méchanceté humaine. D M. Hauser ne prend pas garde que tout ce qu'il accorde à cette prétendue « bonhomie il l'enlève à l'intelligence or, s'il y a quelque chose d'indéniable, c'est la haute portée de l'esprit de Lanoue. Nous croyons avoir plus équitablement fait la part des qualités et des défauts du célèbre capitaine dans ce jugement que nous nous permettons de rappeler ici « Lanoue, par la sévérité de ses mœurs, par l'étendue et l'élévation de son esprit, par sa modération surtout, se distinguait de ses compagnons d'armes dont aucun ne le surpassait en bravoure. C'est en exaltant ces brillantes qualités et même en lui en prêtant d'imaginaires, qu'on a créé ce type chevaleresque plus propre à orner un roman qu'à vivre dans la réalité de l'histoire. Certes on ne doit pas le confondre avec les sectaires des premières guerres ou les sceptiques des derniers jours; il joignait à un éloignement prononcé pour les moyens violents, une vue très large et très nette des inappréciables bienfaits de la liberté de conscience, et cela seul suffirait pour lui mériter notre estimeet notre admiration mais, quelle que soit la part d'éloges que nous lui accordions, nous ne saurions céler les défaillances morales de cette belle intelligence le fréquent oubli de la .foi jurée, le peu de scrupule dans l'emploi des moyens, et, ce qui semble moins pardonnable encore chez un soldat, cette facilité à accepter les situations équivoques qui pouvaient faire suspecter sa loyauté et douter de sa franchise. » DENYS D'AUSSY.

IV

LES Savons DE CASTAGNARY

Voir plus bas page 61.

Aimez-vous les vieux papiers? Oui, puisque vous êtes abonné


à nos publications, qui n'ont d'autre but que d'éditer d'anciens textes. Mais il ne s'agit ici ni de minutes, ni de mémoires remontant à trois cents ans. Nous demandons si vous aimez les vieux journaux? On y fait des découvertes surprenantes; aucune lecture n'offre plus d'attrait. La série des numéros que vous avez sous la main vous permet de voir un événement se dérouler rapidement, de l'embrasser dans son ensemble et ses détails. Au lieu de l'épeler chaque jour, vous en suivez les péripéties d'un seul coup d'oei!. Connaissant les conséquences qu'il détermina, vous appréciez mieux la portée de chaque scène. Telle nouvelle, qui vous avait paru insignifiante, reprend à vos yeux toute son importance. C'était le point initial d'une révolution, et vous n'y aviez pas pris garde. En 1824, l'anglais Ccnstable exposa à Paris deux paysages qui firent sensation. Ils furent le point de départ d'une nouvelle école illustrée par Rousseau, Daubigny, Corot. La transformation s'étendit à la figure. Si vous parcourez une collection antérieure à l'époque où vos parents vous laissèrent lire pour la première fois le journal, vous ferez des trouvailles pleines d'imprévu. Vous vous étonnerez comment des idées acceptées par vous et par tout le monde, presque sans réserves, des œuvres déclarées sublimes, aient soulevé d'aussi vigoureuses discussions, des résistances aussi prolongées, des hésitations aussi longues. En sens inverse, vous éprouverez la plus vive surprise de voir couvrir d'éloges des ouvrages qui vous ennuient ou vous semblent puériles. Nos pères se pâmaient aux romances de Loisa Puget, et bâillaient devantMozart, Beethoven, les Huguenots. N'auraientils pas soulevé les épaules au-dessus des oreilles? quel sourire de dédaigneuse incrédulité n'aurait pas plissé leurs lèvres, si quelqu'un avait prédit qu'un jour Delacroix, Courbet et Millet entreraient triomphalementau Louvre? Qui se souvient aujourd'hui des fleuves d'encre répandus autour de ces noms illustres ?

Ces impressions vous les ressentirez en relisant les Salons de Jules Castagnary. « JI y a dans ces deux volumes, comme le dit très bien M. Spuller, ce qui ne saurait manquer d'y être, des descriptions d'ouvrages dont on ne parle plus, des jugements trop flatteurs, les autres trop sévères, et qui comportent une révision légitime, des pronostics qui ne se sont pas vérifiés et des condamnations dont ont relevé appel ceux qui ont été frappés. Mais ce n'est pas là qu'est l'intérêt principal de ce livre; il est tout entier dans les idées générales, dans les théories esthétiques de l'auteur. » C'est, en effet, ce qui nous touche le plus près. Castagnary a été, pendant vingt ans, un des critiques d'art les plus écoutés, les plus influents avec Thoré et Théophile Gautier. II s'était constitué l'apôtre du naturalisme appelé aussi réalisme, dont Courbet fut le prophète. Pendant dix ans il raisonne sur les nouvelles tendances. Chacun de ses salons porte la trace de la lutte engagée, et contient une conférence sur le moyen de régénérer l'art. On peut dire qu'il a rédigé le caté-


chisme de l'école, qu'il nous a transmis les articles de foi, les dogmes, que tout artiste, selon son cœur, doit mettre en pratique, tout amateur croire, tout critique observer. Dès 18U8, la victoirelui semble définitive.Alors d'autrespréoccupationsl'entraînent sa critique est entachée de politique, puis il prend à partie l'administration des beaux arts. C'est donc dans les salons de 1857 à 1868 que nous chercherons les principes au nom desquels Castagnary formulait ses jugements. Nous lui demanderons une définition de l'art, le but qu'un artiste doit atteindre, les moyens qu'il emploiera pour exprimer sa pensée, à quelles sources il puisera ses inspirations. Il va sans dire que nous exposons la théorie de notre compatriote, sans discuter, blâmer ou approuver. J~ medio tutissimus ibis.

« L'art est avant tout une expression du moi humain sollicité par le monde extérieur, expression réalisée sous le concept suprême de beauté, dans l'infinie variété des types fournis par la nature. (I, p. 5). La beauté est le résultat d'une opération tout intellectuelle, toute psychique, qui se passe dans l'entendement de l'artiste, sollicité par le monde extérieur. « Le beau n'est pas une réalité existant en dehors de l'homme et s'imposant à l'esprit avec la forme même ou l'aspect des objets le beau est un concept individuel ou collectif qui varie dans une société donnée, d'époque à époque, et dans une époque,d'homme à homme. (I, p. 102). L'idéal mot creux ce n'est pas une révélation d'en haut, posée en face de l'humanité en marche, avec devoir de s'en approcher toujours sans se réaliser jamais. s(I, p. 102). Entre le beau et l'idéal il n'y a pas de différence. La peinture n'aura donc d'autre objet que d'exprimer, suivant la nature des moyens dont elle dispose, la société qui la produit. Si le peintre veut être compris, aimé, louangé, que doit-il faire? Produire des ouvrages qui répondent aux idées de la société. « Elles y répondront forcément, si, au lieu de ratiociner sur l'idéal, il se borne à voir et à être peintre: car on n'a d'images que celles des objets ou des formes présentes. Or, le présent, qu'est-ce, sinon la vie ? (I, p. 187). Il faut donc rendre la vie. Aussi le peintre sera de son époque, à l'exemple des plus illustres maîtres qui, même dans leurs compositions les plus éloignées du temps où ils vivaient, né se départirent jamais de ce principe. Il traduira sur la toile les sentiments que nous, société, lui donnerons. « Mais la nature n'est pas seulement une juxtaposition d'objets groupés dans les plans divers. C'est un être vivant plein de sollicitations singulières et dont les chocs répétés sur notre organisme ébranlent à chaque instant notre âme, font jaillir en elle, comme des sources fraîches, les sensations, les sentiments, les idées. Il ne suffit pas au peintre d'avoir réussi à reproduire la forme et la disposition des objets; il lui faut encore, et par-dessus tout, animer ces formes, les faire vivre en y mêlant sonâmed'artiste et le douer, en vrai créateur, de toutes les excitations qui appartiennent à la nature. L'art n'est pas autre chose il commence juste là où le métier finit, » (I, p. 34).


Limité au monde matériel, direz-vous, l'artiste ne pourra donc pas tirer ses inspirations du passé, du monde invisible, imaginaire.

Certes non. « L'art est indigène ou il n'est pas. II est l'expression d'une société donnée, de son esprit, de ses mœurs, de son histoire, ou il n'est rien. II tient du sol, du climat, de la race, ou il est sans caractère.)) (I, p. 231). < Le peintre oubliera la peinture antérieure à lui, si ce n'est pour se former la main, les sociétés écoulées, les interprétations auxquelles elles ont donné lieu. Il sera lui, il aura toujours la nature devant les yeux. Le monde intérieur, l'âme, les sentiments, les caractères, les passions appartiennent au poète, à l'écrivain. Le peintre a pour lui le monde des choses colorées, réelles. Son but est de sensibiliser l'esprit en charmant les yeux. Il doit bannir l'idéal qui rend le peintre aveugle devant la réalité. )) (I, p. 353). La peinture est avant tout objective elle est le contraire de la sculpture essentiellement subjective, a Le sculpteur n'a pas pour tâche de reproduire les corps qui existent autour de lui dans là réalité. Sa mission est d'en créer à nouveau d'en créer dans le sens propre et rigoureux de la nature, mais suivant un mode plus épuré, et d'en créer, savez-vous pour qui pour les seules choses du monde qui n'en ont jamais eu et n'en auront jamais les idées les idées maîtresses qui mènent l'humanité, x (II, p. 3<i3). La sculpture et la peinture ne peuvent donc pas avoir les mêmes tendances.

Laissons Castagnary nous dire comment il faut se comporter devant une oeuvre de peintre.

w Vous vous trouvez au salon, en face d'un tableau, paysage ou figure, il n'importe, comment allez-vous vous y prendre pour le juger? Vous me dites J'examinerai l'idée, la composition, le dessin, la couleur, l'harmonie, et quand j'aurai parcouru chacune de ces catégories de la peinture, j'aurai étudié le tableau dans son ensemble et' dans ses détails, je saurai à quoi m'en tenir sur sa valeur. C'est bien; mais encore, pour juger de l'idée, de la composition, du dessin, de la couleur et du reste, quel sera votre terme de comparaison ? Vous hésitez ? ne regardez pas ce vieil esthéticien, grand casseur de noix vides, qui est derrière vous, et qui vous fait des signes parce que vous avez oublié le style. Dites-lui que depuis longtemps vous ne vous éclairez plus à cette lanterne là, et répondez à ma question directement, dans la droiture et la simplicité de votre bon sens. N'est-ce pas que votre terme de comparaison c'est la nature réelle, la vie qui vous entoure, les formes que vous êtes habitué de voir, les couleurs dont vous avez reçu les impressions ? S'agit-il d'un paysage ? immédiatement vous évoquez la campagne. Vous savez les manières d'être des bois, des prés, des champs, les tons du rocher sous la lumière, de l'eau sous la verdure, et la germination des mousses, et les attitudes des chênes, et toutes les allures de la vie végétative se déployant librement sous la splendeur du ciel. Plus les accents de vérité


fournis par le peintre éveilleront en vous d'images justes et précises, plus vous vous sentirez porté à admirer son œuvre. S'agit-il d'une scène de la vie publique ou privée, reléguée dans la pénombre d'un intérieur ou étalée au grand jour de la rue? c'est la société que vous évoquez. Vous savez les manières d'être des hommes, des femmes, des enfants, les costumes, les caractèreset l'expression particulière aux sentiments, et le mouvement obligé des corps dans les différentes actions humaines. Vous examinez si, les conditions spéciales de son sujet étant données, le peintre a été exact, naturel, observateur consciencieux et traducteur limpide, et si, tout en résolvant ces difficultés premières, il a pu encore par surcroît se montrer pittoresque et vrai dans son dessin, harmonieux et vrai dans sa couleur. Je cherche un genre où cette théorie pourrait ne pas être de mise. En portrait, en nature inerte, en tout, vous vous référez à l'original, au modèle, à la réalité objective, qui peut être selon les cas ou physique ou morale, mais qui s'impose également à tous les intellects et qui est le contrôle décisif quand il s'agit d'un art d'imitation. Cette méthode est bien simple, n'est-ce pas? elle paraît bien naturelle, bien certaine (1). Eh bien cette méthode est une révolution aussi grave que le naturalisme lui-même, qui d'ailleurs s'en aide eten bénéficie. L'art de notre époque se glorifie de rester contemporain par le fond et par la forme. H s'adresse à tous, puisque tous peuvent le comprendre et le juger, d'emblée, rien qu'en comparant les créations qu'il propose aux créations que la vie réalise tous les jours, sous nos yeux, et qui ont déposé leur image dans notre esprit. Le naturalisme qui accepte toutes les réalités du monde visible et en même temps toutes les manières de comprendre ces réalités, est le contraire d'une école. Loin de tracer une limite, il supprime les barrières. U ne violente pas le tempérament des peintres, il l'affranchit. II dit à l'artiste Sois libre! la nature et la vie, qui sont la matière éternelle de toute poésie, s'étendent autour de toi. Va et reviens montrer aux autres hommes ce que tu auras trouvé. Va, et que la vérité, qui est la seule exigence des yeux, soit aussi ta seule loi. Que si les champs, que si l'humanité dans l'infinie variété de leurs combinaisons n'offrent pas un thème assez vaste à ton génie, et que tu éprouves le besoin d'inventer, d'imaginer, de composer compose, je le veux bien, mais compose avec des accents tels de réalité et de vie que chacun s'y méprenne, et prenant ton ouvrage pour une copie de la nature, s'écrie Quelle sincérité » Au nom de ces principes le naturalisme condamne la repré-

(1) Juste en théorie, elle est d'une application bien difficile. Elle exige une connaissance des din'érentes parties d'un pays. Avant de juger un tableau, il faut avoirvu les muttip)es aspects de la France, de l'Océan aux Alpes, de la Méditerranée aux Ardennes. Quel homme peut se flatter de posséder une science aussi étendue ?


sentation des lieux qui ne sont pas la France, des sociétés et des mœurs qui ne sont pas la société et les mœurs de France, parce que le contrôle est impossible. Certes les peintres qui reviennent d'Orient peuvent très bien se conformer au principe et prendre la nature pour modèle. Mais comment juger s'ils sont dans le vrai ? Ceux-là seuls qui ont voyagé dans les mêmes contrées peuvent avoir un avis; encore diffèrent-ils tous sur le point de savoir si le peintre est exact.

Le naturalisme n'a aucune raison de peindre des tableaux d'histoire ancienne. Il n'a que faire de l'archéologie. Le peintre n'est pas un savant penché sur le passé; c'est un homme qui doit regarder le présent, pas autre chose. « L'histoire d'hier appartenait aux peintres d'hier; l'histoire de demain appartiendra aux peintres de demain. Au peintre du jour le phénomène du jour. Peindre les mœurs au milieu desquelles on a été jeté par la destinée, c'est faire de l'histoire pour la postérité. » '(I, p. 281-285).

Le naturalisme chasse de son bagage avec la plus grande énergie tout ce qui est de pure fantaisie. « Le jour où le peintre, usurpant la fonction du poète, veut refaire la nature au gré de son caprice, je m'en vais. La science et la raison n'étant point là pour donner à ses conceptions une base de certitude, les élucubrations qui sortent de sa cervelle surexcitée ou malade restent sans autorité. Trop mêlées de souvenirs et de conventions pour être originales, trop individuelles pour parler au grand nombre, elles ont le double défaut de marcher à l'encontre des idées modernes et ne s'adresser qu'à une petite caste de lettrés ou de dillettanti. Il est inutile d'ajouter que les tableaux de religion vont de pair avec les tableaux de fantaisie. « Aujourd'hui nous ne croyons plus. Les dieux du paganisme se sont écroulés sous les ruines d'un monde; les dieux du christianisme sous l'analyse moderne s'évanouissent en abstraction. La foi disparue, la peinture religieuse pouvait-elle survivre ? non. La peinture religieuse est morte; elle est morte, mais comme la religion même, en nous léguantpour testament de vie des œuvres immortelles. (I, p. 8). Morte, morte! Castagnary le répète tous les ans. Il n'en est pas moins vrai qu'un des tableaux qu'il ait le plus vanté c'est le Christ mort d'Henner (II, p. 216), éloge exceptionnel, nous en convenons. Que n'a-t-il vécu jusqu'à nos jours! il verrait le nombre de toiles empreintes de mysticisme, heureusement rendu parfois, augmenter à chaque salon.

Il semblerait logique, d'après ce qui précède, que le nu fût interdit aux peintres. S'il leur est donné d'en voir à l'atelier, le public n'ayant pas l'habitude d'en rencontrer journellement sur ses pas ne peut juger. Or, les peintres travaillent pour le public. Il n'existe aucun coin de France où les jeunes personnes les mieux tournées obtiennent du garde champêtre l'autorisation de se mettre à l'aise au milieu d'un pré, d'un bois, leur chemise à leurs pieds ou assises dessus, de se baigner sans cos-


tume, de se montrer aux passants nues comme la main, sur une plage ou un canapé. Néanmoins notre critique déc!areune figure nue même imparfaite supérieure au paysage le plus parfait. (I. p. 238).

Nous laissons de côté certaines théories spécieuses particulières à l'auteur, celle-ci par exemple Les hommes faits, ayant une individualité marquée, peuvent seuls poser devant unpeintre, si bien que les neuf dixièmes de nos semblables devraient rcnonceràjamaisôtre« pourtraiturés D. La femme est dans le même cas, parce qu'elle réunit toutes les conditions exigées par la statuaire: la beauté plastique, la mollesse des contours, la pureté des lignes, une heureuse harmonie de tout son corps si bien équilibré. (I, p. 41).

Nous indiquerons d'un mot cette pensée chère entre toutes à Castagnary « Pour la première fois depuis trois siècles, la société française est en voie (1859) d'enfanter une peinture française qui soit faite à son image et non plus à l'image des peuples disparus. (I, p. lûtij.L'écofo naturaliste est la première manifestation sérieuse de cet art nouveau qui débutait avec les Clouet, quand la formation de l'école de Fontainebleau le tua. Depuis, il n'a pu échapper à l'influence italienne. Nicolas Poussin, Claude Gelée ne sont français ni par la tournure de leur esprit, ni par le choix de leur patrie adoptive. Lenain, Watteau, Chardin font preuve d'une individualité plus réelle. Louis David aurait été de taille à produire un mouvement durable, si la république avait duré. « De Louis David, amoureux du Parthénon, à M. Ingres, affolé des Loges, c'est l'esprit étranger qui nous dirige. Ni Gros ni Géricauit, qui firent de la peinture de géants avec un profond sentiment naturaliste, n'ypurent rien. » (Lp.232).

Si longs que soient nos extraits tirés des Salons, ils ne donnent qu'une idée sommaire de la théorie.

En résumé le peintre, et non pas le sculpteur, comme l'entendent les naturalistes, au moins leur porte-parole le plus autorisé, ne sera impressionné que par ce qui frappe ses yeux. L'univers est le thème proposé à son intelligence. Allégorie, légende, mythologie païenne, religion chrétienne, histoire des temps écoulés, érudition, archéologie, littérature, tout cela reste en dehors de son champ d'observation, parce que son œit n'en peut rien percevoir. Un tableau doit être conçu et exécuté de manière que le spectateur n'ait besoin du secours d'aucun livret ou cicerone, et de faire appel à ses lectures. N'est-ce pas bien rétrécir le domaine de l'art et le condamner au plus fastidieux réalisme? cc Réaliste, répond Castagnary, je n'ai jamais su ce que cela voulait dire, et c'est un mot que je n'emploie pas volontiers. L'art n'est pas, n'a pas été, ne peut pas être réaliste. Des réalistes, si l'on entend par ce mot ceux qui poursuivent l'imitation rigoureuse, la photographie en quelque sorte de la réalité, il n'y en a jamais eu que par exception. Desgoffes est un réaliste. o (I, p. 407). D'autres vous disent


que l'art ainsi entendu cesse d'être de l'art. Quant à Courbet, à propos duquel le mot fut inventé, Courbet n'a jamais été réaliste, affirme Castagnary: il a interprété la nature et dans chacune de ses œuvres fait palpiter la vie il a été ce qu'il est toujours, observateur, moraliste et poète.

Courbet poète n'oublions pas que notre critique est un ami dévoué, un admirateur convaincu, enthousiaste, sincère d'un peintre qui a eu certes de beaux moments, mais dont le tempérament fougueux et tapageur ne fut guère tourmenté par la recherche de la poésie, « ce sel mystérieux et profond qui fait les oeuvres vivaces, composé avec les seules ressources de l'imagination et de la sensibilité. » (I, p. 244).

Lorsqu'on trouve un sentiment poétique dans quelques unes de ses œuvres, c'est, qu'on l'y met. Castagnary en était bien capable plus romantique qu'il ne voulait le paraître, soit dit en passant, le charme de la nature avait grande prise sur son esprit. Le paysage le captive tout particulièrement; il lui accorde une préférence marquée, il se montre ému. Lisez ses appréciations enthousiastes sur Millet, Rousseau, Daubigny, Corot, les descriptions pleines de poésie qu'il donne de leurs toiles. Si l'étude spéculative des beaux arts ne t'eût passionné, il nous paraît certain qu'il serait devenu peintre-poète. Nous ne pouvons expliquer autrement son admiration pour Corot, Heilbuth, Henner, Hébert, ce peintre qui, avec Gounod et Octave Feuillet, accaparait les suffrages enthousiasmés des dames. Mais Hébert fut abandonné bientôt par lui. On aurait pu penser qu'étant donnée la doctrine esthétique de notre salonier, jamais artistes ne fussent plus loin de mériter son approbation que Henner, « le coq de l'académie x (II, p. 153), et Corot (1), l'un avec ses formes vagues, ambrées, fondues, noyées dans l'ombre éternellement noire, l'autre avec ses paysages blonds, embrumés, factices, indécis, où rien n'est fait, vu et rendu sur nature.

Pourquoi Castagnary n'apptique-t-i! pas sa méthode de comparaison indiquée plus haut? il avoue qu'il n'a nulle part rencontré ses paysages. Pourquoi Lui-même répond: «De tout cet ensemble joyeux, aérien, resplendissant de fraîcheur et de lumière il se dégage une poésie si pénétrante, si victorieuse, que toutes théories en faveur du métier précis lutteraient vainement contre elle. » (I, p. 371). II y a donc quelque chose audessusdela nature? Eh! oui, ilyale goût, un quelque chose que

(1) Cependant Castagnary commença par l'éreinter de belle façon il a écrit deux pages sévères (Ï, p. 87 et 88) dont nous détacherons la dernière phrase « Nullc vérité dans l'invention, nulle variété dans les tons et dans ses lignes sa composition est uniforme, sa couleur invraisemblable, son dessin faux et perpétuellement lâché. M I! rencontra son chemin de Damas, comme pour Ribot, et (qui le croira?) Courbet, « un brave ouvrier peintre qui, faute de comprendre l'esthétique de son art, gaspille sans profit de belles et rares qualités. » (I, p. 29).


l'artiste fait passer de son âme sur la toile. Il y a un certain arrangement qui, quoi qu'en dise Castagnary, ne dérange pas toujours la nature. L'exécution aussi exerce sa puissante séduction elle domine tout en peinture, puisqu'elle est le moyen d'expression unique et que sans elle rien ne vaut. Combien d'amateurs, d'artistes même se laissent capter par le brio de la brosse! Delacroix excelle surtout par le mouvement, la richesse du coloris et l'habileté du pinceau.

Castagnary, salonier bienveillant en général, ami des jeunes, grand admirateur des tableaux où la nature est fidèlement observée, ditïère cependant parfois de Castagnary philosophe. La théorie rigide n'est pas un bloc que l'on ne puisse abandonner il écoute le cri de son tempérament d'artiste, et au lieu de l'étouuer, il lui donne libre cours. Un tableau lui plaît, bien qu'il ne soit pas conforme aux règles établies il l'avoue franchement, loyalement. Il transige. On le surprend un instant faire la risette à Gérôme, qu'il houspilla certes de grand cœur chaque année. Castagnary n'a guère chargé de sa haine qu'un seul homme, Ingres. Ce nom excite sur son système nerveux l'irritation qu'un manteau rouge produit sur un taureau. Il ne lui reconnaît qu'une supériorité, le portrait. « Ce bonhomme qui n'a jamais eu ni invention ni style, qui a dû sa célébrité à de mauvaises toiles, et l'a consacrée par de mauvais plafonds, qui s'est fourvoyé toute sa vie et qui aujourd'hui (1857), à bout de moyens, fait de la peinture enfantine ce bonhomme a été admirable toutes les fois qu'il a touché au portrait. La patience obstinée, le vouloir indomptable lui ont tenu lieu de génie, » Plus loin il qualifie de cacochyme l'idéalisme de M. Ingres. Le « bonhomme disparu, Gérôme hérita sa colère. Vous pouvez penser que Lefebvre, Cabanel, Bouguereau, sur le talent duquel il s'est expliqué dans cette Revue (IV, p. 123), Baudry, Moissonnier n'étaient pas ses amis. Regnault ne lui plut jamais. Puvis de Chavannes ? « Une image d'EpinaI a certes plus de relief. Quel ton sale t Quel art inutile 1 x (I, p. 226). Ces immenses compositions exigent une trop grande tension d'esprit. Un tableau doit être clairement intelligible pour tous, sans effort.

Castagnary présente volontiers la coupe des éloges à Ribot, contre lequel il garda longtemps un fort préjugé (II, 303) à Neuville, Laurens, Jules Breton, Auguin. Fromentin le captiva tant qu'il resta algérien. Et cependant Castagnary n'a jamais voyagé en Algérie, que nous sachions; il n'a pu se rendre compte par lui-même de la vérité des sites et des personnages Troyon « est devenu par le travail un admirable peintre il ne lui reste plus qu'à être poète ? (I, p. 91). Les préférés se nomment Millet, Rousseau, Daubigny, et au-dessus de tous Courbet, le maître-peintre, pictor. Pour eux il déroge à une conviction très juste exprimée en termes excellents (I, p. 251). Il prononce le mot chef-d'œuvre après avoir écrit: « De chefsd'œuvre il n'y en a pas, du moins quant au présent, et il ne sau-


rait y en avoir. Pour qu'il existe véritablement et s'impose à l'esprit, il lui faut la consécration des siècles. C'est le prolongement du consentement universel à travers la durée, c'est la continuité de l'admiration publique qui le crée, l'installe, lui donne l'investiture et l'autorité. » N'empêche qu'il décerne trois fois de suite à Antonin Mercié la couronne du chef-d'œuvre, et qu'à propos de son groupe placé au-dessus du grand guichet du Louvre il proclame: a un trait de génie d'avoir jeté le jeune dieu sur l'aile de Pégase. » (II, p. 280). Nous pourrions encore surprendre Castagnary en flagrant délit d'encouragement et de compliments à un genre condamné, quand il loue cette mauvaise allégorie de Vibert, L'apothéose de Thiers, et Mélingue pour un tableau d'histoire. (qui n'est pas de son temps) tout d'archéologie, La levée du siège de Metz par Charles Quint. H estime fort Jean-Paul Laurens, peintre d'histoire ancienne. Nous pourrions demander pourquoi, reprochant à Jacquet ses Lansquenets allemands du ~V7' siècle que l'on rencontre le soir au café de Fleurus ou à la brasserie Dreher, avalant des chopes (chez des lansquenets c'est !a nature cependant') sans casque et sans armures (I, p. 297), il ne blâme pas Courbet d'avoir été chercher ses modèles ailleurs que dans le milieu où il faisait agir ses personnages. Pensait-il donc que son peintre favori se fut enfermé dans un séminaire quand il lui prit fantaisie de représenter un Retour de conférence (1862), d'orageuse mémoire ? Nous aussi nous savons où il prit ses modèles. Le tableau, aujourd'hui perdu, dit-on, a été peint à Saintes, chez M. Maillart, directeur du haras. Le petit abbé tirant l'âne par la bride c'est M. Poitiers, avocat, un homme qui ne chanta jamais beaucoup les louanges du Seigneur; le paysan qui rit c'est un nommé Arnold; Jolinon, cafetier, posa pour nous ne savons plus quel personnage. L'une des gouvernantes pourrait bien ressembler à une sage-femme du faubourg, qui n'avait aucune des pieuses habitudes d'une servante de curé. Nous pourrions relever d'autres contradictions. A quoi bon ? elles sont assez rares, et leur rareté prouve l'honnêteté du critique. Loin de se claquemurer quand même dans la forteresse exiguë de la doctrine, de fermer les yeux, de ne rien voir ailleurs de réussi qui ne soit conforme aux préceptes naturalistes, il met le nez à la fenêtre et avoue simplement qu'il y a encore quelque beauté vraie dehors. Combien n'auraient pas cette loyauté! Un mot encore, le dernier de ce compte rendu déjà un peu long; la faute en est au sujet trop ample. Ces 17 salons contiennent des morceaux exquis, des descriptions soigneusement ciselées (1), une recherche de l'expression imagée~pousséeau

(1) Il faudrait citer toutes les descriptions des paysages de Daubigny, Millet, Rousseau, Courbet et Corot. Grâce à la table onomastique on les trouvera facilement. Toutefois en voici une « Nous sommes au bord de l'océan le


scrupule (1), des pages éloquentes (2), des réquisitoires fulminants, des plaidoyers entraînants (3), des éreintements en un trait de plume (4), des passages de la plus fine ironie, des modèles de critique contenue (5), d'autres d'une suavité rare. Nous citerons ce paragraphe délicieux « La mère des sept douleurs, la femme au cœur transpercé de sept glaives a été ravie au ciel en un jour de triomphe. Mais elle est bien vite redescendue et laissant là-haut sa couronne d'étoiles, elle est venue ici-bas se faire l'ange de la misère, la consolatrice des affligés. En chapeau de dentelles ou en cornette blanche, elle se promène dans nos villes, marche dans les campagnes, s'aventure dans les camps. Et on l'a toujours vue, mère héroïque, sœur dévouée, partout où une plaie se montre, partout où un cri

soir tombe, le flot s'est retiré. Sur la grève laissée à sec par le jusant, les varechs font ça et là de larges traînées noires. Tout à fait à l'horizon, le soleil dessine à travers le brouillard son disque rouge, dont les feux viennent se refléter en se décomposant dans les flaques d'eau du rivage. Le ciel est chargé, la mer est grise, l'ombre monte. Les pêcheurs reviennent, le filet sur l'épaule ils ont labouré tout le jour dans les champs de la mer et ils aspirent au logis. Ils vont d'un pied lassé, cependant que la nuit épanche ses ténèbres, et couvrant l'immensité convie le monde au repos. » (II, p. 59). (1) « Pour lui (Corot) il n'est qu'une heure du jour et ce n'est ni le matin clair et joyeux, faisant vibrer la jeune lumière, tressaillir les humbles plantes et chanter les hautes fouillées ni le midi appesantissant sur la terre son morne accablement ni le soir charmant et reposé laissant pleuvoir sur les végétations énervées son subtil et rafraîchissant fluide. » (I, p. 88). (2) Voyez sa page sur les Derniéres cartouches, de NeuviIIe, t. II, p. 52. (3) Par exemple le compte rendu du portrait du maréchal Canrobert (I, p. 400); sa critique des écoles classique et romantique.(I, p. 283); son début au salon de 18'! sur ce thème la république n'est pas responsable des actes de l'administration, ni de ceux du jury.

(4) A propos de la Vérité, de Lefebvre « Ce qui me frappe, c'est la nullité de l'idée. Que veut dire cet artiste avec son puits, sa nymphe, son iris et son chaudron? S'il n'a pas ramassé dans les détritus de l'histoire un vieux mythe défoncé etinserviable. etc. »

La .Fr.tnpoMe de jR[rmn.[, de Cabanel, m'a presque réconcilié avec le groupe dolent d'Ary Scheffer, qui, bien que sans contour et sans modelé, se trouve être un chef-d'ceuvre d'invention poétique auprès du déplorable paquet d'étoffés que le membre de l'institut a trouvé original de jeter sur un canapé moyen-âge. (I, p. 421).

Voyez encore ce qu'il dit (II, p. 231) du même peintre qui ne sait pas tenir un pinceau « Je me suis assis devant ses deux toiles, je les ai regardées avec le soin que commande la notoriété de l'auteur le papier peint vaut mieux. Je vous en conjure, si l'on vient vous parler jamais du génie pictural de Gustave Doré et des kilomètres de peinture qu'il se propose d'exposer l'an prochain, ne répondez pas, mais saisissez le parleur et conduisez-le devant ce P<M/M~e de Savoie ou cette Soirée en Espagne. » (1, p. 231).

« M. Fromentin délaissant l'Afrique pour venir prendre repos à Venise, c'est plus qu'une abdication, c'est la constatation d'un décès. » (II, p. 31). (5) Compte rendu du Portrait de A~apotëon. M, par Flandrin « La qualité du personnage représenté entrave la liberté de ma critique. Je voudrais pouvoir indiquer que le ton du visage est le même que celui de tous les visages traités par l'artiste, etc. Mais avec un tel modèle et un tel peintre il faut glisser, non appuyer. Ce portrait est un modèle de convenance. »


s'élève, fermer de~sa douce main la bouche qui maudit, répandre sa bourse aux affamés, sa sollicitude aux meurtris, son cœur aux inconsolés. » (I, p. 9).

CH. D.

LIVRES ET PÉRIODIQUES

CAPTIVITÉ ET DERNIERS MOMENTS DE LOUISXVI. RÉCITS ORIGINAUX ET DOCUMENTS OFFICIELS RECUEILLIS ET PUBLIÉS POUR LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE CONTEMPORAINE, par le marquis de Beaucourt. Tome I" Récits originaux. Paris, A. Picard, 18!'2, in-8". Ce nouvel ouvrage du savant historien, le lauréat du prix Gobert, se compose: l°de la réunion de tous les récits dus, soit à des témoins oculaires, soit à des écrivains contemporains, sur la captivité de Louis XVI au Temple et sur ses derniers moments:–c'est l'objet du premier volume qui vient de paraître; et 2" de la réunion de tous les textes officiels relatifs au même sujet, depuis le 10 août 1792 jusqu'au 21 janvier 1793 cette seconde partie formera le second volume.

L'auteur, dans son Introduction, passe en revue les éléments des deux volumes et fait connaître la nature, l'origine et la valeur des documents qui s'y trouvent groupés pour la première fois. Les Récits originaux comprennent l°La Relation de Madame Royale 2" les Mémoires de la marquise de Touzel; 3° les Dernières années du régne et de la vie de Louis XVI, par François Hue; 4° le Journal du Temple, de Cléry; 5° les Fragments historiques, d'Eckard, d'après les notes de Turgy 6° le récit de Goret; 7° le Tableau historique de la famille royale au Temple, par Verdier; 8" les Six journées passées au Temple, par Moëlle 9° les Souvenirs, de Lepitre 100 les récits de Malesherbes 11° la Relation des derniers moments de Louis X VI, par l'abbé Edgeworth de Firmont, et 12° les récits de l'exécution de Louis XVI empruntés aux journaux et récits contemporains.

Les Documents officiels relatifs à la captivité et à la mort de Louis XVI n'ont jamais été réunis. Des fragments épars ont été donnés par divers écrivains ou publiés dans certains recueils de documents. Mais le travail reste entièrement à faire. Par malheur, les deux principales, et l'on peut dire les uniques sources qui fourniraient les matériaux nécessaires à cette tâche, ont disparu. Ce sont: l°Les registres contenant les procès verbaux des séances du conseil général de la commune, 2° les registres du Temple; mais si ces derniers registres ont disparu, les papiers du conseil du Temple nous ont été conservés en partie « les uns se retrouvent aux archives nationales, les autres ont échappé à la destruction par une heureuse rencontre qu'il faut bien faire connaître au lecteur. z


(( C'était en 18.48, raconte un érudit Saintongeais, collectionneur passionné. D'habitude, je prenais la rue de la Tixeranderie. Un jour, j'avisai un entassement désordonné de brochures et de papiers. Sur le dessus et c'est ce qui attira mon attention se chauffait, au soleil pâle de la rue, un Mémoire en réponse aux observations présentées par le conseil municipal de La Rochelle au sujet de la translation à Saintes du cheflieu du département de la Charente-Inférieure. Comme le mince fascicule convenait à l'amateur de choses saintongeaises, j'allais le détacher et en demander le prix, lorsque machinalement je me mis à passer la main au milieu de toute cette paperasse il y en avait bien quatre à cinq kilos. Dans le soulèvement des feuilles, sous mes doigts et devant mes yeux, passa fulgurante et rapide comme l'éclair une signature épaisse, mal formée, encadrée dans un paraphe grossier :S!MON. Simon, le geôlier du jeune Capet! Je ne marchandai point; je demandai une corde, serrai fiévreusement et solidement le ballot et le pendis à mon bras.

» Je réunis une à une toutes ces pièces éparses. Au fur et à mesure, je voyais se dresser devant moi les lambeaux du drame émouvant et terrible. Ils en révélaient surtout le côté intime, détails familiers qui produisent sur la toile l'effet de certaines touches plus vives d'accent et de lumière. Ceux-ci dans leur laconisme, ceux-là dans leur vulgarité même, donnaient la note profonde, expressive et nette des événements et des angoisses, pendant les longues heures de l'attente du supplice. » Ces feuillets ont vécu ils ont vu, ils ont entendu, ils ont senti. Les commissaires de la commune de Paris, chargés de la garde des x otages précieux o enfermés au Temple, y ont laissé leur empreinte et en même temps quelque chose d'indéfinissable que seraient impuissantes à reproduire la copie ou l'impression.

» J'avais terminé le rangement de mes feuillets. J'en formai un dossier il contenait 55 pièces, presque toutes des originaux, un grand nombre de la main de Cléry: des demandes faites au nom de la famille royale; le livre de blanchissage des prisonniers la quittance de la montre de Marie-Antoinette; des bulletins de santé de Louis Capet; des délibérations, des procès verbaux rédigés par les membres de la commission du Temple ou extraits de leurs registres, copiés et signés par eux; des rapports sur tes dépenses de la prison, etc. J'en dressai l'inventaire, et ce dossier prit place dans ma bibliothèque (1). » L'auteur ajoute « Cet inventaire, l'heureux bibliophile le conserva longtemps dans ses cartons, avec le précieux dossier, sans faire part au public de sa trouvaille. Ce n'est qu'en 1884,

(1). Papiers du Temple, 1792-1794, p. 5-8. Paris, typ. Georges Chamerot, 1884, gr. in-8" de <3 p. (Extrait de la Nouvelle Revue du le'' avril 1884, et tiré à 25 exemplaires)..


dans le numéro du l" avril de la Nouvelle Revue, que M. le baron de La Morinerie donna, de la façon la plus précise et en mêmetemps la plus saisissante, l'énumération de ses richesses: cinquante-cinq documents d'inégale longueur, depuis le 27 août 1792 jusqu'au 13 juillet 1794, minutieusement décrits et brièvement analysés.

» Ces Papiers du Temple sont donc une épave échappée au naufrage. Grâce à la courtoisie de M. le baron de La Morinerie, nous avons pu en avoir communication et faire profiter notre recueil de cette précieuse source d'informations. On verra, par la publication des Documents officiels, qui rempliront notre second volume, l'utile contingent que nous devons à l'habile et généreux bibliophile, auquel nous sommes heureux d'exprimer ici notre vive gratitude, »

M. S.

RECUEIL DES ACTES DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC, par F.-A. Aulard. Paris, imprimerie nationale, 1891, in-4", tome IV. Parmi les documents de ce volume, qui sont datés du 6 mai au 18 juin 1793, citons: 6 mai, lettre écrite de Rochefort par Niou et Trullard sur l'état des ports de cette ville et de ceux de La Rochelle l'envoi de Saintes (7 mai) par Bernard et Guimberteau, de l'arrêté pour la formation d'un corps de cavalerie procès verbal de la séance de nuit du 10 du comité de salut public « La rapidité inconcevable des progrès de la révolte exigeant qu'il soit porté sans délai des forces imposantes contre les rebelles des départements de l'ouest, quatre bataillons des armées du Nord et des Ardennes seront transportés sur les côtes de La Rochelle par les diligences, voitures publiques et relais. Séance du 12. Le ministre de la marine a écrit à Rochefort d'armer les vaisseaux, frégates et autres bâtiments, pour rejoindre sans retard la division de Joyeuse. Le comité arrête qu'un courrier extraordinaire sera expédié pour l'approvisionnement de La Rochelle le 15, le district et la commune de La Rochelle ayant suspendu la sortie des bâtiments ennemis relâchés en vertu de sauf-conduits, même ceux des villes hanséatiques, le conseil « considérant qu'il importe d'empêcher par tous les moyens que les ennemis de l'extérieur ne puissent concerter leurs opérations avec les rebelles qui désolent ces départements, approuve les dispositions prises )); Niou et Trullard informent le comité de salut public que, malgré leurs lettres de rappel au sein de la convention, ils resteront à leur poste jusqu'à l'arrivée de leurs successeurs, la situation périlleuse de La Rochelle et de Rochefort ne permettant pas de laisser sans commissaires ces villes, pour lesquelles ils réclament de prompts secours. L'infanterie et les canonniers manquent les approvisionnements de blé sont à la veille de faire défaut. Il importe aussi de prémunir l'île d'Aix, a le boulevard de Rochefort)), contre l'attaque possible d'.une flotte anglaise sur le point, dit-


on, de quitter la Manche les arsenaux de La Rochelle et de Rochefort sont « dans l'état de pénurie le plus alarmant » le 16, le ministre de la marine vient de prescrire de nouveau l'armement des navires du port de Rochefort, pour être dirigés sans délai sur la division de Joyeus.e le 18, le ministre de la guerre fera donner sur le champ l'ordre de route à la compagnie de volontaires levée par la section de la rue du Mail (appelée aussi section Guillaume Tell), pour qu'elle se rende de suite à l'armée des côtes de La Rochelle communication de l'arrêté du comité de salut public l'invitant à étudier la question de savoir s'il convient de mettre en état de défense et d'approvisionner sur le champ en subsistances, artillerie et munitions de guerre les îles de Ré et d'Oleron, l'île d'Aix, l'entrée de la Charente et autres places, qui sont dans un dénûment absolu sous tous rapports. Le conseil présente l'état résumé des forces et approvisionnements de ces places l'île de Ré, 650 hommes, 2.300 quintaux de grains ou farines, 110 canons ou mortiers, 26.000 boulets ou bombes, 119,000 kilog. de poudre l'île d'Oleron, 613 hommes et 1.600 quintaux de grains; l'île d'Aix, 426 hommes et 1.400 quintaux de grains ou farines; 20 mai, Guimberteau et Bernard écrivent d'Angoulême qu'il a été établi à Saint-Jean d'Angély une commission des administrateurs des départements de l'ouest pour veiller et fournir aux besoins des armées, et qu'avant de partir pour Saintes, ils ont nommé deux agents militaires pour le recrutement de la cavalerie. De Bordeaux, le 23, Mazade annonce une victoire remportée par 1.200 Bordelais contre une armée de 12.000 hommes. (Il écrivait des bords de la Garonne !) Il estime qu'il serait à propos d'embarquer des troupes à Rochefort et à La Rochelle pour renforcer l'armée du général Boulard et chasser, une bonne fois, les rebelles de la Vendée. Trullard et Niou (La Rochelle, le 26) viennent « d'apprendre la cruelle nouvelle de la prise de Fontenay-le-Peuple et de la déroute de l'armée qui le défendait par les brigands ». Ils ont dépêché à leurs collègues de Niort d' « envoyer quelques uns des membres de leur commission à La Rochelle s « car « la présence d'un ou deux commissaires est indispensable dans cette place et les forteresses qui l'avoisinent, aux fins de prendre des mesures pour que les fuyards de l'armée battue, qui accourent en cette ville, n'alarment pas les citoyens « d'un caractère faible ') et n'y causent « aucun désordre ». Le 29, Mazade fait connaître de Saintes qu'il a vérifié l'état de la citadelle de Blaye, « qu'il est instant de mettre en état de défense », cette place « étant la clef des départements intérieurs de trois côtés qui pourraient se trouver plus ou moins exposés Il est arrivé à Saintes le 26 et a conseillé au département des mesures « pour la conservation de l'espèce si précieuse des bœufs s. Les suspects dangereux « internés à SaintJean d'Angély vont être dirigés sur Brouage », et il se refuse à croire au projet des généraux de retraite sur Poitiers, dans l'hypothèse d'une attaque de Niort. L'adoption de ce mouve-


ment serait la perte de La Rochelle, Rochefort et Blaye, ainsi que des départements méridionaux de l'intérieur. H examinera enfin à La Rochelle si « les soupçons très véhéments » que la conduite du général Verteuil a inspirés à la commission centrale sont fondés. H demande que les dépôts de poudre de SaintJean d'Angély, qu'on avait cru devoir faire replier sur Angoulême, après la déroute de Fontenay-Ie-PeupIe, soient ramenés pour approvisionner Rochefort et La Rochelle. Le 3 juin, le comité écrit aux représentants à l'armée des côtes de La Rochelle qu'il n'a pas d'armes à leur envoyer, mais qu'ils usent des pouvoirs dont ils sont revêtus pour s'en procurer, même par voie de réquisition et en faisant réparer les vieilles. Le 4, lettre des représentants au comité leur collègue Garnier est arrivé depuis deux jours il va se rendre à Rochefort avec Mazade Niou et Trullard restent à La Rochelle, « qui est dans un état imposant et tiendrait avec avantage contre l'attaque des Anglais, si elle renfermait dans son sein un magasin sutnsantdcsubsistances ». Le 5, Guimberteau et Bernard (de Saintes) informent le comité qu' « ils ont scrupuleusement étudié l'esprit public et qu'ils ne peuvent taire que partout on est fatigué, même indigné des débats scandaleux qui s'élèvent dans la convention nationale, qu'on dit hautement être corrompue et désireuse do propager l'anarchie pour conserver le pouvoir », et autres vérités du même genre. Le 8, Mazade et Garnier ne tarissent pas en éloges pour La Rochelle, « infiniment intéressante àtous,égards, foyer d'un civisme ardent autant que pur, amante passionnée de la liberté, de l'égalité et du régime républicain etc. Le 12, les mômes écrivent de cette ville qu' « il est temps dc dire au comité la vérité toute nue et de lui présenter les dangers tels qu'ils sont r. Suit un long exposé de la situation périlleuse causée par l'échec de Fontenay ils concluent en assurant qu'on ne réduira le pays « qu'en déportant la génération actuelle sur d'autres points de la France et en le repeuplant d'hommes nouveaux B, que l'on fabriquera exprès sur commande ? Le 13, tableau tout aussi désespéré de l'état de choses existant, dont « sont responsables surtout les officiers et les soldats, tout disposés à tâcher pied devant l'ennemi ».Ils demandent instamment « une loi les déclarant conspirateurs contre la patrie et accordant des récompenses aux braves volontaires qui, n'ayant pu empêcher ces désertions, les dénonceront". On ne saurait mieux comprendre et prêcher l'union etla franche camaraderie qui sont une des principales forces de l'armée Aussi Garnier et Mazade ajoutent-ils « Nous soumettons cependant ces réflexions à votre sagesse, et la douleur de voir que les défections viennent de la part d'une infinité de gens, ou traitres ou lâches, nous porte à vous solliciter de chercher un remède à ce désordre. » Cela vaut mieux.

G. L.


QUESTIONS ET RÉPONSES

I. QUESTIONS

? 528. Pourrait-on donner quelques renseignements généalogiques sur la famille Bigot, qui existait à Saintes aux xvi* et xvi~ siècles et antérieurement? 2

B.

N" 529. Le copie de lettres (28 octobre 1743-24 octobre 1746) do Jean-Henri Brunet, négociant à Cognac, époux de LouiseFrançoise d'Abzac de Villautrange (Voir Bulletin, I, 315, 261), contient plusieurs lettres adressées « A messieurs Fairholm et Luther o, négociants de l'île de Ré. D'où venait ce Luther? Y a-t-il lieu à rapprochement avec le Martin Luther dont il est question au numéro 476 (Bulletin, XII, 458) ?

J. P.

? 530. Sait-on à quel usage militaire se rapporte une pièce de cuivre trouvée à Chadenac, du module et de l'épaisseur d'une pièce de cinq francs, portant cette légende gravée en creux RONDE DE sovBS LIEVTENANT. Revers A III HEVRES ? Elle paraît appartenir au xvn° siècle ou au commencement du xvm". J. P.

? 531. Je voudrais avoir quelques renseignements sur une dame qui signe « Bouthillier, comtesse de Blangy », une lettre datée de Villers, le 20 juin 1784, adressée à M"" Héry, probablement de la famille Héry de La Taudière. H y est question de M'"° de Croisille, sœur de la destinataire. M" de Blangy conseille à M. et à M"" Héry d'abandonner La Rochelle pour venir se fixer à Villers « Quelle consolation ne serait-ce pas pour madame votre sœur de pouvoir partager avec vous les soins que vous rendés à M. et M"'e Héry? Vous feriez le bonheur de M. et de M'"° de CroisiHe.~ Quels sont ces divers personnages? J. P.

? 532. Dans une obligation en date du 18 juin 1635, je vois un emprunt de deux mille livres fait par Jacques Lecoq, écuyer, sieur de La Roche et de Theil-Rabier, y demeurant, en Angoulmois, de M" M~ Guillaume Ryvet, docteur en théologie, ministre de la parole de Dieu, demeurant en la ville de Taillebourg (Robert, notaire à Saintes). Je désirerais savoir si ce Le-


coq est un ancêtre de la famille Lecoq de Boisbaudran, représentée à Cognac par le savant chimiste.

E. B.

? 533. On demande où l'on pourrait trouver des renseignements sur Jean de Urbieta, qui, à la bataille do Pavie, d'après Larousse, article Hernani, fit le roi François I* prisonnier, et aussi des détails sur les incidents qui amenèrent le roi à se rendre à ce capitaine basque, né à Hernani, ville espagnole près de la frontière française. Larousse n'a d'ailleurs fait que reproduire, en 1873, ce que MM. Bescherclle aîné et Devars avaient publié dans leur Grand Dictionnaire de géographie, paru en 1857. (1) Nos historiens nationaux, Daniel, Anquetil, Michelet, Martin, Duruy, ne nomment point ce capitaine, mais il y a certainement quelque chronique qui en fait mention. P. DE L. ? 534. -Le cardinal Mazarin, exilé volontaire en Belgique au moment des guerres de la fronde, écrivait de Dinant, le 18 novembre 1651, à M. de Fabert « Je vous prie de voir, avec M. le maréchal de La Ferté, si les officiers du régiment de Cognac. se voudroient charger de lever promptement trois cens hommes pour fortifier ledit régiment, et, en ce cas, vous me ferez plaisir de donner l'argent qu'il faut pour la levée desdits 300 hommes. Celui qui le commande, est un des meilleurs officiers d'infanterie qui serve le roy, et est fort de mes amis. Voir Lettres, tome IV, page 500.

Dans le même volume, page 517, le cardinal écrit de Dinan!, le 25 novembre 1651 « Je suis très marry du peu d'apparence qu'il y a de pouvoir lever de l'infanterie et mesme de la cavalerie avec la promptitude qu'il seroit nécessaire. Il 'ne faut pas néantmoins se rebuter et faire tout ce qui se pourra. 11 faut donner aussy pour la recreue de 300 hommes pour le régiment de Cognac à raison de six escus pour homme et les armes. Pour les armes, il est vray qu'il y auroit grand avantage à les tirer de Liège, » Dans le tome IV, p. 633, on voit 60,000 livres assignées au comte du Dognon sur les tailles deMarennes p. 637, Mazarin à Saintes 18 octobre 1650, 4 lettres 19 octobre, 3 lettres; 20 octobre, id.; Saint-Jean d'Angély, 1 lettre a Michel Le Tellier.

Pourrait-on connaître le nom du colonel qui commandait le régiment de Cognac au mois de novembre 1651 ? Ce régiment existait-il depuis longtemps, ou bien avait-il été créé après ou pendant le siège de Cognac, en l'honneur de la défense héroi-

(1) On y lit, III, 265 « Hernani, ville et municipalité d'Espagne, province de Guipuscoa, à 6 kilomètres de Saint-Sébastien, capitainerie générale des provinces basques, diocèse de Pampelune, sur le penchant de la montagne de Santa-Barbara, etc., etc. Patrie du capitaine Jean de C/t'jbie<a, qui, à la bataille de Pavie, fit prisonnier le roi François Ier. »


que de cette ville, assiégée par le prince de Condé, qui fut obligé d'en lever le siège? Sait-on si le régiment de Cognac a compté longtemps au nombre des régiments de l'armée française ?

P. DE L.

? 535. Franquefort et Grenier, gentilshommes verriers à Courpignac. Daniel Legret, écuyer, sieur de Ferrachat et de La Forest, demeurant à Saint-Martial d'Artensec, juridiction de Montpon en Périgord, donna en 1621 quittance de ladotdesafemme en présence de Jean Grenier, écuyer, sieur des Loges, demeurant à Courpignac. Ledit Daniel Legret (aliàs Allegret) avait épousé à Courpignac en Saintonge, par contrat reçu Viaud, notaire audit lieu, Elisabeth de Franquefort, sœur de Jean et de Jacques de Franquefort, écuyers, sieurs de la verrerie de La Marronnière et de la Basse-Verrière. (Arch. dëp. de la Dordogne E. dossier Fournil). Je viens solliciter de mes érudits confrères tous détails possibles sur cette verrerie, et surtout sur leurs nobles propriétaires. DE St-S.

DE S'-S.

N" 536. Le Bulletin d'autographes de décembre annonce la mise en vente par M. Etienne Charavay, au prix de 6 francs; d'une lettre autographe signée de Léon de-Beaumont, évéque de Saintes, neveu de Fénelon, « à monseigneur; Saintes, le 12 mars 1724 '< il le prie d'augmenter la pension de 300 livres dont jouit M. de Vignemont « il est très bien converti et donne làdessus un fort bon exemple dans le pays. » On demande si le Vignemont dont il est question est un Jaulin du Seutre de Vignemont.

A.

II. RÉPONSES

? 475 XI, 212, 392; XII, 45. Les Pelletan d'Archiac et le cœur de Louis XVII.

Un mémoire de M. le docteur Corlieu, attaché à la bibliothèque de la faculté de médecine de Paris, La mort des rotsde France depuis Fra~çots 1er, communiqué en analyse à l'académie de médecine par M. le docteur Rochard, retrace l'histoire médicale de la dernière maladie des rois de France depuis la renaissance. Un passage est relatif à la mort de Louis XVII au Temple, le 9 juin 1795. et à Philippe-Jean Pelletan, chirurgien en chef de l'Humanité, ci-devant Hôtel-Dieu. Nous le reproduisons d'après le Temps du 8 décembre

« Le 9 juin, quatre membres du comité de sûreté générale visitent le cadavre et attestent le décès. Quatre médecins furent désignés pour pratiquer l'autopsie Jean-Baptiste-Eugène Du-


mangin, Pelletan, Nicolas Jeanroy, ancien professeur aux écoles de Paris, et Pierre Lassus, professeur de médecine légale à l'école de santé de Paris.

Ici se place un épisode assez curieux. Dans un mémoire publié en I817, Pelletan dit qu'il fut chargé spécialement des opérations de l'ouverture du corps et de la remise en place des parties. Pendant qu'il s'occupait de cotte dernière, ses trois confrères et les personnes présentes s'approchèrent-de la fenêtre pour causer un peu. L'autopsie avait duré près de cinq heures. Profitant du moment où personne n'avait l'œil sur lui, il enveloppa le cœur dans un peu de linge et le mit dans sa poche. Tout étant terminé et le procès verbal dressé et signé, chacun se retira.

Pelletan mit le cœur dans un flacon avec de l'esprit de vin. Au bout de dix ans, l'esprit était évaporé et le cœur tout à fait desséché. Pelletan le conserva dans un tiroir avec d'autres pièces anatomiques, et le montra un jour à son secrétaire en lui disant sa provenance. II n'y prit plus garde. Un jour, cherchant dans son tiroir, il ne trouva plus le cœur du dauphin il soupçonna son secrétaire de l'avoir soustrait, le lui redemanda avec toutes les précautions possibles pour ne pas froisser sa susceptibilité. Il n'en obtint rien. Mais le secrétaire tomba malade et succomba. Pelletan fit faire des recherches chez ce dernier. Le cœur fut retrouvé et restitué à Pelletan.

Lorsque Louis XVIII fut remonté sur le trône pour la dernière fois, il prescrivit de faire une enquête sur toutes les personnes qui avaient donné quelques marques de sympathie à sa famille pendant ses malheurs et au dauphin pendant sa détention.

Pelletan fit valoir ses services et offrit au roi de lui restituer le cœur du dauphin. C'était en 1817. Une polémique assez vive s'engagea alors entre lui et le docteur Dumangin, qui, on se rappelle, était un des quatre médecins désignés pour l'autopsie. L'authenticité de la relique fut mise en doute. Dumangin dit cependant qu'il croyait avoir vu Pelletan mettre quelque chose dans sa poche, mais il n'y avait fait aucune attention. Pelletan, de son côté, avait gardé le silènee sur son dépôt pendant tout le règne impérial, et la seule personne à qui il s'était ouvert en avait profité pour s'en emparer, et avait tout naturellement gardé le plus profond secret.

Louis XVIII, en homme prudent et habile, rendu sceptique par l'expérience des gens et des choses, n'accepta ni ne refusa l'offre de Pelletan. Il craignait sinon une mystification, au moins une erreur peut-être involontaire sur la nature et l'authenticité de ce cœur qui avait subi quelques pérégrinations. Pelletan toutefois s'en dessaisit, et le cœur fut mis en dépôt à l'archevêché. Mais lors du pillage de ce palais, le 14 février 1832, il disparut de nouveau. Le docteur Jules Pelletan, son fils adoptif, fut assez heureux pour le retrouver et nous le fit voir.


Pelletan fit savoir au comte de Chambord qu'il était possesseur du cœur de Louis XVII et offrit de le lui restituer; en cas de refus, le cœur serait mis dans le cercueil de Pelletan. Il ne paraît pas, ajoute M. Corlieu, que le comte de Chambord ait répondu. Pelletan est mort; sa succession n'est pas complètement liquidée, et le cœur desséché du pauvre dauphin de France attend encore sans doute, en 1892, son prochain propriétaire. M. le docteur Dureau raconte les mêmes faits dans la Gazette médicale, à propos du cours de M. le professeur Tilloux.

? 485. Tomes XI, 278; XII, 46. La famille Desmontis, des Montis ou de Monty.

Les renseignements suivants nous ont été transmis à peu près tous par M. Aymard de Monty, à Laval, descendant de la branche a!née:

Aimeri ou Méry de Montis ou de Montilz est dit époux de Mathurine ou Matheline Rigaude dans un partage de 1461. I! eut: 1° Guillaume Desmontis, seigneur de La Tour, qui épousa à Saint-Jean d'Angély, le 13 février 1484, Pernelle Mercier, dont vint Antoine, qui suit; 2° Marie Desmontis, épouse ()487) de Georges de Chàteauneuf.

Antoine Desmontis, seigneur de La Tour, marié à Louise de Puyrigault, le 23 février 1521, eut: 10 Claude de Montis, seigneur de La Tour, qui vend en 1571 le fief de La Frégonnière et celui de La Mothe-Coutiers il eut une fille, Antoinette, qui épousa Daniel Moreau de Panloy 2° Aymar Desmontis qui, de Jeanne de La Touche (mariage du 17 décembre 1558, à Barbezieux), eut Charles Desmontis, seigneur de Lisle, mari de Suzanne Rabault, le 20 juin 1597 3° Antoine; 40 Réné, qui continua la descendance 5° Christophe, qui eut: a. Antoine, seigneur de La Vigerie, dont vint Charles des Montis, seigneur de La Vigerie b. Gabriel; c. Benjamin; d. Jeanne; e. Elisabeth. Réné des Montis épousa à Saintes, le ~0 avril 1578, Pierrette Regnier, dont est issu Nicolas Desmontils ou des Montis, seigneur de La Coinche, qui d'Antoinette de Cherbeye, mariée le 11 janvier 1611, à Prahec (Deux-Sèvres), eut Alexandre des Montis, seigneur de Lisle-Mesnac. Il épousa, le 23 octobre 1639, à Saintes, Simonne Mauchen, mère de Jacques, seigneur de Villière, qui, le 13 mai 1673, épousa Marie Dussault, dont trois enfants: 10 Catherine des Montis 2° Louis de Monty ou des Montis, seigneur de ViUière, lieutenant de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, né à Saint-Palais du Né le 29 juin 1675, blessé à bord du Fier, en 1704 3° Marie-Louise, née le 25 mars 1677, à Saint-Palais sur le Né; 4" Jeanne. Louis eut de Marie-Anne Houmeau (mariage du 30 mai 1698) une fille, Anne des Montis, épouse de Charles de Beaupoil, seigneur de Beaulieu, et un fils, Jean des Montis, seigneur de Lisle et d'Allas-Champagne, né à Cierzac, à qui Jeanne Templier donna 1" Louis Demontis, né à Saint-Pierre de Germignac le 6 mars 1758, décédé à Cier-


zac le 29 vendémiaire an V; 2° Alexandre. Le 9 août 1770 eut lieu la légitimation de Louis et Alexandre de Montis, fils de Jean de Montis, écuyer, sieur de l'Isle, et de Jeanne Templier, en présence de Hyacinthe Gaultier, ancien curé de Germignac Ferrand, vicaire; Charles-Alexandre de Rippe, sieur de Beaulieu Jean Dusault, avocat au parlement de Bordeaux Hillerin de Rom, curé d'Allas.

Louis de Montis, marié à Anne Moindron, qui vivait encore aux Barissons, commune de Germignac, en 1838, à l'époque de la vente du logis de Bonnefont, a eu Jean-Alexandre de Monty, né à Cierzac en 1786, percepteur à Jarnac.Champagne, mort en 1819(1), marié le 26 avril 1809 à Chillac, avec MarieLouise de Malet, de la famille Malet, qui possédait le fief de Lavaure, commune de Chillac (Voir La noblesse de Saintonge, page 05), dont 4 enfants: 1° Anne-Louise-Alzire de Monty, mariée à son cousin, Cybard de Monty, instituteur primaire à Saint-Cier du Taillon en 1840, à Jonzac vers 1844; ils ont eu a. Régis; b. Marie; c. Marthe, mariée à Pouvereau, professeur; cette branche est encore représentée à Paris 2° Louis-François-Alexandre-Henri de Monty, né à Cierzac le 29 mai 1814, notaire à Barbezieux en 1848-50, puis à Saujon; il a eu d'Adélaide Rouillé, mariée le 24 janvier 1848 à Angoulêmc, quatre fils: Aymard de Monty, qui habite Laval; Fernand, Albert et Léopold 3° Anne-Anaé, épouse de Charles Nivet, boulanger à Archiac, dont Georgette Nivet; 4° Aglaé de Monty, épouse Augier de Lachaise, qui habitait Vars, canton de Saint-Amand de Boixe, où elle est morte dont Aglaé de Lachaise, veuve du Tillet, qui habite Paris. Aymard de Monty, né à Jonzac le 23 décembre 1850, fils de Henri et de Marie Rouillé, a Aymard, né à Laval, le 22 mai 1889.

Voici quelques autres actes concernant les de Monty, des Montis: ils complètent un peu les renseignements ci-dessus.Il y aura aussi quelque chose pour la réponse à la question sur les Beaupoil de La Dixmerie. Voir Bulletin, ix, page 411. Les de Monty ont habité depuis la fin du xvn* siècle, jusqu'en 1838, le logis de Bonnefont, en la paroisse de Cierzac, qui appartenait auparavant aux du Saut, de la famille de l'auteur des Commentaires sur l'usance de Saintes.

Dans les registres paroissiaux de Saint-Palais du Né, on voit, le 4 novembre 1675, le « baptême de Louys de Monty, né 29 juin, fils de Jacques, écuyer, sieur de Villière et de da-

(1) Au nom du roi, le ministre secrétaire d'état des finances maintient le sieur Jean-Alexandre, comte Démenti), dans la place de percepteur de JarnacChampagne, département de la Charente-Inférieure, et ordonne que la présente commission sera transcrite sur les registres de la préfecture du département après qu'il aura justifié de la prestation de son serment de fidélité au roi et d'obéissance aux lois du royaume dans la forme prescrite. Fait à Paris, le 14 juillet 1816.

Pour le ministre secrétaire d'état des finances, absent BAnox DE LA Bouu.LEIUE.


moiselle Marie du Saut; parrain, Louys de Bremond, messire (stc), chevalier, marquis d'Ars; marraine, Marie-Anthoinette de Verdelin, dame de Bremond » en mai 1677 « baptême de Marie-LouyseDesmontys,néeIe25demars, fille de Jacques, escuyer, sieur de Vilière, et de damoiselle Marie du Saut; parrain, Estienne du Saut, sieur de Bonnefont; marraine, damoiselle Marie Louyse Chevalier »; elle mourut Chez-Bardet, le 11 novembre i 678; le 20 février 1681: « baptême de Jeanne Demontis, fille des mêmes; parrain, Louis Demontis marraine, Jeanne Grimard le 19 février 1734 « baptême de Jean de Beaupoil, fils de M. Charles, escuyer, sieur de Beaulieu, et de dame Marianne des Montis parrain, sieur Jean de Montis; marraine, damoiselle Angélique de SaintOiaire, tante. o II mourut âgé de 19 ans, le 9 juillet 1753, après avoir reçu les sacrements, et il fut enterré le 10 dans l'église, dit le curé Brüel de Joly. Notons que les Beaupoil possédaient le logis de Fontaudrut. paroisse de Saint-Palais. Le 22 août 1735 « baptême de Jean de Beaupoil, fils des mêmes; parrain, sieur Jean de Montis marraine, dame Louyse Blanchard » le 22 août 1736 « baptême d'Aimée do Beaupoil, fille des mêmes; parrain, messire Claude de SaintHaulaire, chanoine régulier, missionnaire, curé de Champagnac marraine, dame Aimée Blanchard de Beaupoil le 13 juin 1739 « baptême de Marie de Beaupoil, fille des mêmes parrain, messire Charles de Beaupoil de La Dixmerie, et marraine, damoiselle Marie Duveau (ou Dussau). »

N''5t0; t. XII, 211. Les frères Guillery. On a demandé des détails sur les frères Guillery. On pourra consulter le Mercure de France de 1608, page 289 la Revue des pronmces de l'ouest, article de Benjamin Fillon (1856), t. iv, p. 241 le Bulletin de la société académique de Brest, article de Levot, 1871, p. 118; Ephémérides rochelaises, de Jourdan, t. iv, p. 478; la Chronique saintongeaise, à Saint-Jean d'Angély, 1875, 19 décembre le volume v des Archives de Saintonge, où l'on lit, page i~9: « Le 12 de may (1UÛ6), a esté pendu en ceste ville (La Rochelle), l'aisné des Guillerie, insigne voleur du bas Poitou ». et page 145 <: Le 30 de novembre (1608), Guillerie, voleur insigne, fut emmené de Gascogne en cette ville, et, le 4 de décembre, fut rompu sur la roue.

? 524 XII, 457. Arnaud d'Espiémont. Arnaud d'Espiémont, seigneur de Colombières et de Neuvy, lieutenant du duc d'Epernon au gouvernement d'Angoulême, avait épousé Lucrèce Vigier; il eut une fille, Louise d'Espiémont, qui, par contrat du 16 décembre IGil, épousa Jean-Jacques de Goth, dit de Batarnay, marquis d'Authon, gouverneur d'Angoulême, mort à Paris âgé de 77 ans, le 21 juin 1666, fils de Jacques de


Goth, de la famille du pape Bertrand de Goth, baron de Rouillac, gouverneur de Boulogne, etc., et de Hélène de Nogaret, sœur du duc d'Epernon, mariée par contrat du 21 avril 1582. ? 525 t. XII, 457. Les Grouchy en Saintonge. H y a deux familles normandes du nom de Grouchy. L'une a fait ses preuves de cour l'autre est issue de Louis de Grouchy, conseiller secrétaire du roi en 1663. D'Hozier, Armorial, i, 273, et La Chenaye-Desbois, vif, 489, ont donné la généalogie de la famille de Grouchy. Elle ne parait pas avoir eu de rapport avec les Grouchy de Saintonge. Quant à Emmanuel, marquis de Grouchy; créé maréchal de France pendant les cent-jours, il était né à Paris le 23 octobre 1766 et mourut à Saint-Etienne le 29 mai 1847, frère de la marquise de Condorcet. ? 526 t. XII, 457. Les Du Quesne en Saintonge-Aunis. Léonard Duquesne, qui tenait une auberge à La Rochelle en 1697, qui fit enregistrer non pas i;ërt~er– ses armes à l'armorial de la généralité de La Rochelle, portait bien D'argent au !ton de sable, armé et lampassé de gueules, armes que le même armorial attribue à Abraham du Quesne, seigneur de Belébat, capitaine de vaisseau, petit-neveu du grand Du Quesne et mari de Marguerite Nicolas de Voutron, et l'armorial de la généralité de Rouen aux autres Du Quesne de la province de Normandie. Si « l'hôte de la Croix-Blanche à La Rochelle « fut reconnu d'extraction noble », M. R. E. voudra bien dire par qui et en quelle année car l'insertion des armes à l'armorial ne signifie absolument rien, et l'on sait ce que vaut cet armorial un armorial d'ailleurs n'est pas un nobiliaire. Jal, Dictionnaire, page 1016, dit que ce Léonard du Quesne « était un déclassé d'une famille seigneuriale, que le malheur avait réduit sans doute à la condition d'hôtelier. »

Cet Abraham, marquis de Belébat en la paroisse de Champdolent, neveu du grand marin Abraham, était fils de Jacob du Quesne et de Suzanne Guiton, fille du maire de La Rochelle. De Marguerite Nicolas de Voutron (Voir l'Annuaire de la ~oblesse de 1862, page 155), il eut Henriette, qui épousa Jean Prévost de Traversay, fils de François, seigneur de Puybottier. Une Claire du Quesne, fille de Pierre, seigneur de Lombrun, épousa, le 22 janvier 1753, Jean-François Prévost, seigneur de Traversay, commandant en second à Saint-Domingue, dont la fille, Angélique-Laure, fut mariée en 1783 à François-CharlesGabriel Prévost de Puybottier.

Le 2 mars 1756, en l'église Saint-Pierre de Saintes, Jean-Joseph-Cosme Duquesne, employé dans les fermes du roi, demeurant depuis plusieurs années au bourg et paroisse d'Eschillais, épouse Marguerite Lempouriant de Chovigny, sans autre indication.


BIBLIOGRAPHIE

.4lmanach-annuaire des marées pour les ports d'Arcachon, Marennes, Le Château, l'île d'Aix, La Rochelle, Saint-Martin, de Ré et Les Sables, à l'usage de MM. les ostréiculteurs et pécheurs, année 1892. Le Château d'Oleron, E. Bureau, 1892, in18, 14 pages.

Almanach de l'Indépendant pour 1892. Saintes, imp. Gay, 1892, in-18, 176 pages et les foires.

Almanach d'Aunis et Saintonge. La Rochelle, imp. A. Siret, 1892, in-18, 47 pages.

Annales catho~ques des deux Charentes. Voir xu, 388. Annales municipales. Ville de Saintes. Année M9L Saintes, imp. Chasseriaud, 1892, in-8", 202 pages et table.

Annuaire. de Cognac pour J[892. Voir Bulletin, xn, 442. Annuaire général de la Charente-Inférieure pour 1892. 4° année. Edition complète. La Rochelle, A. Foucher, 1892 imp. nouvelle Noël Texier, in-8", 224 pages.

Nous avons parlé de cet Annuaire dans le Bulletin, xir, 49 nos remarques subsistent entières, éloges et critiques; il ne paraît pas qu'on ait tenu compte de nos observations. ApDtN (Etienne), évêque de La Rochelle et Saintes. Instruction pastorale. sur la nécessité de la religion et mandement pour le saint temps de carême de l'an de grâce 1892. La Rochelle, imp. rochelaise P. Dubois, 1892, in-8", 38 pages. AUDIAT (Louis). Inauguration du monument de saint Louis à Taillebourg, 2~ju:~et 1892. Discours de M. Louis Audiat. La Rochelle, imp. nouvelle Noël Texier, 1892, in-8°, 12 pages. Aussy (Denys d'). Varaize. Notes historiques, 1677-1791. Saint-Jean d'Angély, imp. Ch. Renoux, 1892, in-8°, 27 pages. On sait quelle difficulté il y a à retracer l'histoire de nos petites communes. Le plus souvent, on n'a pas de graves ~événements à signaler; et pourtant, depuis dix-huit cents ans et au-delà, ces lieux ont été habités et des hommes y ont vécu leur vie municipale, sinon politique. M. d'Aussy a réuni tous les faits historique's qui peuvent se rapporter à Varaize. D'abord voici le fanal d'Ebéon, le fanal de Varaize, monuments romains qui sont des fanum, édicules religieux, preuve de la haute antiquité de Varaize. La série des seigneurs est presque complète, dont les Gelinard font un bon nombre (Voir Bulletin, xi, 261).


L'auteur a raconté avec un grand intérêt l'épisode de 1791, le soulèvement des populations, la couardise de la municipalité de Saint-Jean d'Angély, l'assassinat du malheureux Latierce, maire de Varaize, intendant de M. Amelot, qui rappelle de nos jours l'assassinat de M. de Moneys à Hautefaye en 1870 et plus récemment de l'ingénieur Vatrin. Les différents fiefs de la paroisse ont aussi une mention. M. d'Aussy a bien fait d'intituler son excellente brochure Notes historiques car nous aurions demandé davantage et il était si capable de nous donner plus BAYE (Le baron J. de). Le cimetière wisigothique d'Herpes. Paris, Nilsson, rue Saint-Honoré, 338, 1892, in-4", 26 planches coloriées hors texte. Prix 20 francs.

C'est sous format in-4° l'in-8" de la société archéologique de la Charente. Voir Bulletin de septembre, xit, 366. BEAUCHET-FILLEAU (H. et P.). Généalogie de la maison de Bremond d'airs. Poitiers, P. Oudin, 1891, in-4°, 14 pages (Extrait du Dictionnaire des familles de l'ancien Poitou). BEAUCORPS (Le baron Adalbert de). Voir BOUCHER, page 60. BILLAUD (Victor). Eugène Pelletan. Poésie dite par M. Duquesne, du Gymnase, à l'inauguration de la statue d'Eugène Pelletan, à Royan, le 4 septembre 1892. Royan, imp. Victor Billaud, 1892, in-8", 13 pages.

La ville du ciel bleu, de la mer enchantée,

Fête dans sa splendeur celui qui l'a chantée,

Lorsqu'elle s'envolait vers son but triomphant.

La poésie est dédiée « à M. Frédéric Garnier, maire de Royan, député de la Charente-Inférieure o.

BORDAGE (Edmcnd). Voir DswËvRE, plus bas, page 63. BORDAGE (Edmond), licencié ès-sciences, boursier de doctorat ès-sciences au muséum d'histoire naturelle de Paris. La période paléolithique dans le bassin de la Charente. La Rochelle, imp. nouvelle Noël Texier, 1892, in-8", H p. (Extrait à 25 exemplaires du Bulletin de la société des Archives, xn, 78, numéro de mars 1892).

M. Edmond Bordage a encore publié i" Contribution à l'étude géologique du crétacé des environs de Saintes (20 pages avec coupes et carte), dans les Annales des sciences naturelles de La Rochelle (1890) 2° Etude gëo~o~tque sur un point important du détroit jurassique poitevin (48 pages avec coupes et carte), dans les mômes Annales 3° Les mouvements des plantes. Etude de physiologie végétale. Nouveau procëdëpour obtenir, au moyen de la photographie, la représentation exacte


du mouvement (25 pages avec figures), dans les mêmes Anna/es 4° La naissance de l'art aux temps préhistoriques (avec figures), dans la Revue encyclopédique d'août ')891 5° Mouvement général de l'anthropologie et de l'archéologie préhistoriques, dans la même Revue (4 décembre 1891).

BOUCHER DE MOLANDON et ADALBERT DE BEAUCORPS. L'armée a~g~atseramcuepar Jeaw~e d'~rc sous les murs d'Orléans. Paris, Baudoin, 1892, in-8", 315 pages.

Bon travail, plein de savoir, rempli de détails peu connus. M. de Molandon s'est fait une spécialité de la pucelle d'Orléans; on sait avec quel amour il a recueilli tous les faits qui la concernent. En cette circonstance il s'est associé son neveu, M. le baron Adalbert de Beaucorps, ancien capitaine d'infanterie. Pour parler guerre, armée, il n'est pas sans utilité d'avoir été militaire; on sent ici un homme qui parle de ce qu'il sait. BouRRU (Le docteur Henri), médecin en chef de la marine. Ludovic Savatier. La Rochelle, imp. nouvelle Noël Texier, 1892, in-8", p. (Extrait de la Revue de Saintonge et d'Aunis). BREMOND (Anatole de). Le capitaine Satre, ancien maire de Pont-Aven, ancien suppléant du juge de paix. Quimperlé, mai 1892, in-18, 8 pages.

BREMOND D'ARS (Le comte Guy de). Les temps prochains. La guerre, la femme, les lettres. Paris, Perrin, 1892, in-18, vi189 pages.

Trois courts chapitres, sans lien entre eux que le titre général Temps prochains, composent cet opuscule. Bien des idées sont réunies, bien des problèmes posés, bien des questions faites. L'auteur expose ce qu'il pense, sans essayer de nous convertir ou même de nous convaincre. H ne croit pas à l'institution divine de la guerre mais il fait croire à sa nécessité. Qui terre a, guerre a. Deux voisins se querellent pour un sillon ou la branche d'un arbre trop vigoureux. Deux peuples, qui ont tant d'intérêts enchevêtrés, se battront, et cela tant qu'il y aura des hommes et des peuples. La guerre est horrible. Pourtant, si vous me menacez de votre fusil, je vous tire un coup de revolver ma vie vaut la vôtre je suis dans le cas de légitime défense. Pour les femmes, l'auteur voudrait le vote, même politique. Le vote des femmes existait sous l'ancien régime. II s'en promet merveille. Eh mon Dieu ceux-là aussi qui réclamaient le suffrage universel. Je ne sais s'ils l'admireraient autant, le voyant à l'oeuvre aujourd'hui, et surtout dans quelques années. En somme, il y a des pages fort justes et des idées fort sensées dans un style parfois un peu maniéré. Voir compte rendu dans le Polybiblion de septembre 1892, et dans le Bulletin critique du 15 novembre, par M. Tamizey de Larroque.


[BnoouT (L'abbé), curé-doyen deTonnay-Charente]. Le Christ (poésie). Marennes, imp. Florentin-Blanchard, « Noël 1891 in8",16 pages.

CALAS (Théophile). Au cap Nord (aller et retour). Paris, Fischbacher, 1892, in-18, 427 pages, 11 gravures. Prix: 3 fr. 50. Le livre de M. Calas est plein d'humour et d'entrain et j'avoue que j'ai tourné la dernière page avec regret. Pourtant, il y a quelques imperfections il y a trop de passages empreints d'un mysticisme un peu exagéré. L'auteur est un observateur auquel rien n'échappe, qui tient à se rendre compte de tout; il veut voir et il voit juste. De ci de là on serait tenté de lui trouver l'imagination trop féconde, quand il décrit ses impressions en présence du cap Nord, par exemple; mais si nouscroyons son enthousiasme outré, n'en rions pas car il pourrait nous répondre « Allez-y, et vous me ferez part ensuite de ce que vous aurez éprouvé vous-même. » J'ai relevé, entre autres, cette phrase « Un glacier est un doigt de Dieu, qui écrit une page de géologie en style poétique. Pourquoi ne pas être plus simple? La poésie abonde dans cet excellent ouvrage; et si j'ai dû formuler quelques reproches, je crois aussi devoir dire que certainement ceux qui n'ont pas lu ce volume le liront et avec profit. M. M.

CAMIADE (L.-J.), chanoine honoraire, directeur des catéchismes de persévérance. Sainte Eustelle, vierge et martyre. La Rochelle, imp. nouv. Noël Texier, 1892, in-16, '139 pages. (Voir Bulletin, xn, 295).

CAMPET DE SAUJON (De). Château de La Bellerie, par Jonzac (Charente-Inférieure). Trente mille ans. La civilisation brahmanique comparée à la civilisation moderne. Royan, imp. Victor Billaud, !892, in-8°, 131 pages. (L'auteur est M. Duret de Brie).

CANTALOUBE (A.), capitaine de frégate en retraite. Etudes sur la géographie de Ptolémée. L'échelle des cartes. Saintes, imp. A. Hus, 1892, in-8", 16 pages.

Cantate chantée à l'occasion du paMëg~rtque de Jeanne d'~4rc prononcé dans l'église cathédrale de Saint-Pierre de Saintes, le ~6 juin 1892, par monseigneur Pagis, évêque de Verdun. Saintes, imp. Hus, 1892, in-4° piano.

CARMEN (Paul). Les prïmeuères. La Rochelle, imp. Noël Texier, 1892, in-18, 30 pages.

CASTAGNARY (Jules). Salons, M57-f870. Préface de M. Eugène Spuller et portrait à l'eau-forte par Bracquemond. Paris, Char-


pentier, 1892, in-18, 2 vol. Prix de chaque volume 3 fr. 50. Voir plus haut, page 34.

CHABANNEAU (Camille). La langue et la littérature du Limousin. Paris, Maisonneuve, 1891, in-8", 58 pages. (Extrait de la Revue des langues romanes, t. xxxv, p. 379 à 430). Parmi les poètes passés en revue par l'auteur, citons: Jaufre et Rainaut de Pons, 1200-1220?; Jean Bonel, de Confolens, contemporain de Bertrand de Born; Richart de Barbezieux, 1200; Savaric de Mauléon, 1200-1233. Les premiers produits de l'art lyrique du dialecte limousin sont dus à Guillaume IX, duc d'Aquitaine et comte de Poitou. Nommons encore un médecin, de Confolens, vivant à Niort au xvu" siècle, qui a écrit une ode dans sa langue maternelle (Voir Notice biographique sur Philippe Le Goust, par le Dr Phelippeaux). Il avait encore traduit l'Enéide en limousin et écrit dans la même langue des commentaires sur les Grenouilles d'Aristophane.

CHAIGNEAU (Camille). Montmartre, histoire simple. Paris, comptoir d'éditions, 1892, in-18, 155 pages. Prix: 2 fr. 50. Montmartre est le nom du héros de ce roman spirite. Les princes supérieurs, étude comparée d'occultisme et de spiritisme. Paris, librairie des sciences psychologiques, 6 janvier 189t, in-8".

CHAUVET (Gustave). Sur la ctasst~cafton des temps quaterna~res dans la Charente. Paris, 1891, in-8", 8 pages. (Extrait do l'Association française pour l'avancement des sciences. Congrès de Marseille, M9~).

Le squelette quaternaire de Chancelade. Saint-Maixent, typ.Reversé,1891, in-8", 7 pages. (Extrait de la Revue poitevine). Coup d'œ~ sur les temps quaternaires dans la vallée de la Charente. Angoulême, Coquemard, 1891, in-8", 16 pages. (Extrait du Bulletin de la société historique et archéologique de la Charente).

Comice agricole et société d'agriculture de l'arrondissement de Jonzac. Compte rendu du concours agricole de Montlieu, du 28 septembre ~890. Jonzac, imp. de Louis Ollière, 1890, in-18, 39 pages.

Commune de La Flotte (île de Ré). Compte rendu par le conseil municipal au comité républicain cantonal, 1888-1892. La Rochelle, imp. nouvelle Noël Texier, 1892, in-18,11 pages.


Compte rendu de la con férence de charité pour l'année M90. Saintes, imp. Hus, 1890, in-18, 7 pages.

Pour l'année 4~9~ Idem, 8 pages.

COUDREAU (H.). Vocabulaires méthodiques des langues ouayana, aparaï, oyampi, émerillon. Paris, Maisonneuve, 1892, in-8°, 151 p. Prix: 15 francs.

Croix (La) de Saintonge et d'Aunis. Voir xn, 317. DAMPIERRE (Le marquis de), président de la société des agriculteurs de France. Discours. à l'ouverture de la .23° session de la société, du février 1892. Paris, imp. Noizette, 1892, in8°, 7 pages.

Monographie du château de Plassac en Saintonge. La Saintonge et les seigneurs de Plassac, ~~9-~870. Plassao, imprimé à La Rochelle par Noël Texier, 1892, in-8", vn-461 pages. Voir t. xn, 452.

D'EsTRËE (Paul). Voir NEucoMM dans le Bulletin de 1892, t. xfi, page 304.

DEw~vRE et E. BORDAGE. Sur l'analyse photographique des mouvements des végétaux. Paris, Paul Klinck-Sieck [1892]. in8", pages 67-78. (Extrait de la Revue générale de botanique).

DES ROBERT (Ferdinand). Correspondance de deux o~cters de marine en 1789. Nancy, imp. Berger-Levrault, 1892, in-8", 57 pages. (Extrait des Mémoires de l'académie de Stanislas, 1891). Voir Bulletin, xit, 458.

DIENNE (Le comte de)..L'ag~cu~urd et le dessèchement des marais en Corse. Paris, typ. Chamerot, 189?, in-8", 50 pages. (Extrait du tome cxxxiv des Mémoires de la société nationale d'agriculture de France).

Très heureux complément des sérieuses études dé l'auteur sur le dessèchement des marais en France.

DoussrN (Le docteur). Bric à brac et décombres. Saint-Jean d'Angély, imp. Renoux, 1892. Prix 3 fr. 50.

DuBOis (L'abbé Louis-Marie), docteur en théologie, curé de Ciré. La religieuse, son passé et son avenir en Jésus. Discours


pour une triple profession religieuse, prononcé à Nantes, chez les pauvres dames clarisses, le 16 mai 1792. Rochefort, imp. de Ch. Thèze, 1892, in-18.

Notre-Dame du bon conseil dans {'église de Notre-Dame des ~n<jfes à Pontaillac. Charente-Jn/'ërieurc. Rochefort, id., 1892, in-18, 118 pages.

Le pèlerinage de Sainfe-jRadegonde de Courant et la vie de la sainte reine. Idem, in-8", 61 pages.-

Cet opuscule se divise en trois parties souvenirs de sainte Hadégonde à Courant, c'est-à-dire peu de chose l'abbesse de Sainte-Croix de Poitiers y aurait passé en allant à Arles 20 vie de sainte Radégonde; 30 litanies, offices, prières.

Messe solennelle célébrée pour nos marins et soldats. Allocution prononcée en l'église Saint-Louis de Rochefort, le 13 décembre 1891 L'âme de la patrie. Rochefort, société anonyme de l'imprimerie Ch. Thèze, 1891, in-18, 21 pages.

Elégante plaquette, pleine de nobles sentiments exprimés dans un beau langage.

Du Boys (Emile). Soutenance d'une thèse de philosophie au collège de Limoges en 1789. Limoges, Ducourtieux, 18!)2, in-8", 8 pages. (Extrait du Bulletin de la société archéologique du Limousin).

DucouRTiEUX (Paul), imprimeur-Iibr&ire. L'imprimerie. Notions de topographie, le livre, le journal. Limoges, imp. V H. Uucourtieux, 1892, in-8", 32 pages.

C'est une conférence faite au cercle d'études commerciales de Limoges, le 26 juin 1891, par un homme du métier qui parle bien, et que liront avec fruit tous ceux qui désirent savoir comment se fait un livre ou un journal.

DUPLAIS (Antoine). Mne A. Penque)' et son ceMure. Le poe~e de Velleda. (L'enfer d'après une femme). Rochefort-sur-mer, société anonyme de l'imprimerie Ch.Thèze,189'2,in-18,16 pages. DUPLAIS (Léonie). Littré, sa vie et ses ceuures, htstor~uedu Dictionnaire français. Paris, l'auteur, 1891, in-8".

Henri Cazin, médecin-chirurgien de l'hôpital maritime de Berck-aur-mer et de l'hôpital Nathaniel de Rothschild. Carentan, imp. nouvelle de H. Huë, 1892, in-8", 47 pages.


REVUE

DE SAINTONGE & D'AUNIS BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHIVES

SOMMAIRE DU NUMÉRO DE MARS 1893 CHRONIQUE DE LA soc;ET~ Séances budgets admissions revue de la presse. Avis ET NOUVELLES Séance publique publications nouvelles nouvelles littéraires incendie du château de La Barrière conférences sociétés savantes. NECHOLOGtE Le docteur Berjon Marie Chicou (sœur Louise) Clair Cornette de Venancourt Faubladier Emile Galland (M°"! de Beauvais) l'abbé Garnier Marie Lainé (Mme Roy) Parenteau du Beugnon J.-B. Sellier. MA«[AGES Beaussant et Dupuy de La Grand'Rive Joseph de Rolland et Laure Urvoy de Ktosmadeuc Saint-André et Marie de Champeaux. AacHEOLOGtE Substructions gallo-romaines au Château d'Oleron; inscriptions de La Hoguette et de Sablonceaux. VAMETEs Louis de Foix et ]a tour de Cordouan Entrées royales à Saintes Fortin de La Hoguette le cuite de saint Eutrope. LtvnEs ET PÉntooiQUES La Popelinière Les églises réformées de Sauyott. QuEsrioxs ET nm'oNSES Fillonneau, déporté en Angleterre les Grenier les Lecoq de Boisbaudran les Luther en Saintonge un marron de ronde le régiment de Cognaé. BiBHOMApHiE Es-Gu.

CHRONIQUE DE LA SOCIÉTÉ

Séance générale du 5 janvier 1893.

Lecture du procès verbal de la dernière séance.

Excuses de plusieurs membres de ne pouvoir assister à la réunion.

Admission de nouveaux membres. (Voir plus bas, page 67.) Projets d'excursion pour le mois de mai elle est fixée au 18. La société de géographie de Neuchâtel (Suisse) demande échange de publications. Accepté.

Circulaire du ministre de l'instruction publique, relative à la réunion des sociétés savantes à la Sorbonne.

A la place dé M. le docteur Bachelier, démissionnaire, est nommé secrétaire adjoint M. Anatole Laverny.

M" du Boys annonce l'envoi prochain des copies faites par son mari de la correspondance de l'intendant Begon. M. l'abbé Métais annonce l'envoi prochain de son manuscrit des chartes saintongeai ses de l'abbaye de La Trinité de Vendôme. TOME XIII, 2' livraison. Mars 1893. 5


M. le docteur Pineau fait connaitre le résultat des fouilles qu'il a faites dans l'ile d'Oleron. (Voir plus bas, page 8i). Le trésorier annonce que, tous frais payés pour le monument de Taillebourg, il reste une somme de plus de 300 francs. On fera une plaque pourrappeler la bataille de Saintes (1); elle sera placée à Saintes. (Voir, page 68, le résultat de la souscription). Il présente ensuite l'état financier de la société. Voir page 68. M. Dangibeaud montre un certain nombre de chartes du Xtn° siècle, munies chacune de plusieurs sceaux, que M°" Paul Bethmont a bien voulu lui confier; elles concernent, il est vrai, un personnage inconnu, Gombaud Roche, chevalier de Pons, mais elles nous révèlent les sceaux de presque tous les couvents et églises de Pons.

M. Dangibeaud, en outre, a reçu de la même personne un volumineux dossier de documents sur La Rochefoucauld. M. Audiat présente des fragments de bracelets de l'époque néolithique. Ces bracelets, en schiste de Bert (Allier), proviennent d'un atelier de la commune de Montcombroux, découvert récemment; ils étaient taillés avec le silex on enlevait la rondelle centrale, puis ils étaient polis et arrondis; ilyen a de toutes dimensions, même pour les enfants; quelques uns se portaient aux jambes. Les débris recueillis par M. Audiat permettent de suivre le travail de l'ouvrier: pierre presque brute, pierre arrondie, rondelle dessinée, creusée, enlevée; bracelet. Ces très rares et très singuliers spécimens de bijouterie primitive sont destinés au musée de Saintes.

Un assez grand nombre de médailles de bronze restant à la disposition de la société, l'avis unanime est qu'il y a lieu d'en étendre la distribution gratuite en commençant par les plus forts souscripteurs.

Lectures Le cachot de Jacques Cœur à Taillebourg, par M. d'Aussy Rectifications au Dictionnaire des familles du Poitou, par M. Dangibeaud Ho~n~a~e de la châtellenie de Crauans, par M. de La Morinerie il y est question d'une redevance annuelle au prince de Mortagne de deux hanaps d'argent « de la façon et fabrication de Tours ».

Séance du 6 jeûner (Bureau et conseil d'administration). Lecture et adoption du procès verbal du 5 janvier. Lettre de M. Picard, relative à la distribution des volumes

(1) Voici comment le ~VoureM~te de Bordeaux (no du 9 février) a compris et raconte le fait « La commission des arts et monuments historiques de la Charente-Intérieure ayant une somme de 300 francs disponible, résultat de l'ajournement des comptes pour le monument de Taillebourg, va, dit-on, l'employer à une plaque destinée à rappeler le passage de saint Louis à Saintes. Espérons que la société, de concert avec le conseil municipal, tiendra à honneur de faire une fête digne de celui qui en est l'objectif principal. Qui vivra verra, »


Lettre du ministre del'instruction publique demandant pour -l'exposition de Chicago les publications de la société en, 1891. Lettre de M. l'abbé Métais relativeà la reproduction de sceaux et de chartes du cartulaire saintongeais del'abbaye de Vendôme. Examen des projets d'excursion pour 1893.

La société délègue à la réunion des sociétés savantes, le 4 avril, MM. Louis et Gabriel Audiat et Pierre de Tilly, et elle présente un travail de M. Dangibeaud, La justice seigneuriale de Touverac à la fin du XV siècle.

M. d'Aussy dépose son mémoire, La Saintonge pendant l'occupation anglaise, et M. Dangibeaud les chartes de Pons qu'il a présentées à la dernière séance.

La société décide que l'inscription commémorative de la victoire de saint Louis à Saintes sera gravée sur marbre de O'°05 d'épaisseur, 1°'20 de largeur, Om95 de hauteur, et, sauf approbation du ministre des beaux arts et de l'archiprêtre de SaintPierre, encastrée sur la face ouest du contrefort sud du clocher de Saint-Pierre, à environ 4 mètres de hauteur qu'elle sera en français et ainsi conçue <t A saint Louis, vainqueur des Anglais sous les murs de Saintes, 24 juillet 1942, la société des Archives historiques de Saintonge et d'Aunis. 1893. »

Séance du 15 février (Bureau et conseil d'administration). Adoption du procès verbal du 6 février.

Lettre de M. le principal du collège de Saintes relative à l'omission sur le palmarès du prix offert par la société. Admission de nouveaux membres.

Fixation du jour de la séance publique.

Lettre (19 janvier) du comité du monument de Champlain à Québec. On examine ce qu'il y a lieu de faire, et le projet d'une séance publique consacrée à Champlain. Commission désignée. Dans sa dernière séance, la société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis a admis comme membres La bibliothèque d'Angoulême. Bibliothécaire, M. Alphonse Aulard;

La communauté des religieuses de Chavagnes, à Saintes Chavanon, élève de l'école des chartes, à Paris, présenté par M. Musset et M. Audiat;

Pierre de Croze, à Chassaignes (Haute-Loire), présenté par M. le comte Anatole Lemercier et M. Audiat

Aristide de La Taste, percepteur à Blois, présenté par M. Léon de La Taste et M. Audiat;

M""= Emile Du Boys, à Paris, présentée par M. Louis Audiat; Le docteur P. Dupont, médecin en chef de la marine, à Rochefort, présenté par M. Audiat et M. le docteur Termonia L'abbé Gellé, professeurà l'institution Notre-Dame, à Saintes, présenté par M. le baron Oudct et M. Audiat;


M. F. Lucchini, professeur du collège de Saintes, présenté par M. Audiat et M. Maurice Martineau

M. l'abbé Jean, supérieur de l'institution Notre-Dame de La Pinellerie, à Saintes, présenté par M. Bonneville et M. Oudet Le comte de La Chapelle d'Apchier, a. Bergoide, par Arvant (Haute-Loire), présenté par M. Audiat et M. Termonia La bibliothèque de Niort. Bibliothécaire, M. Chotard L'abbé Germain Plumeau, aumônier de la Providence, à Saintes, présenté par M. Audiat et M. Oudet

M. Pierre Rivai!, notaire à Sainte-Marie de Ré, délégué cantonal, présenté par M. Léon Labbé et M. le docteur Termonia. Pierre de Tilly, à Saintes, présenté par M. Audiat et M. Gibouin.

SOUSCRIPTION POUR LE MONUMENT DE TAILLEBOURG

Recettes

Souscriptions 1.613 90 De M. Lemercier (marbre) 368 s Ventes de pierres 15 s médailles 40 » brochures 59 » chanson 34 o

2.129 90 2.129 90

Dépenses

Médailles, boites et port. 566 75 Marbre, inscription et transport 524 75 Musique militaire et lyre saintaise 101 s Fête de l'inauguration 145 A Massiou, entrepreneur 267 10 Impressions et lithographie 141 n 1.745 60 1.745 60

Reliquat. 384 30

BUDGET DE 1892

Actif f

Cotisations 1892 5.707 49 1891. 248 41

Remboursements d'impressions 497 o Subvention du ministère 1.000 » Intérêts 395 50 Ventes de volumes ou Bulletin 49 90 d'insignes 67 70

7.966 D 7.966 n

Remboursement à recevoir. 2.000 s Cotisations en retard 364 a 10.330 t


Passif f

Impressions du XX" vol. 2.470 90 payé 2.300 » du XXI" vol. 2.3H4U

Reuue. 2.654 10 2.654 10

divers.' 4475 44 75

Frais d'envoi des volumes 87 85 87 85 Affranchissements(Revue,

lettres, etc.). 403 » 4M

Loyer 250 » 250 x Impôts. 35 20 35 20 Gravures 50 50 Frais divers 241 55 241 55 de bureau. MO » 300

8.848 75 6.366 45

8.848 75

Différence en faveur de l'actif. 1.481 25

REVUE DE LA PRESSE

Ont publié le sommaire du numéro du !<janvier: la Charente-7M/erïeure du 4; l'Ere nouvelle et le Courrier de La Rochelle du 5 le Bulletin religieux du 7 l'Echo de Jonzac, la Croix de Saintonge, le Journal de Marennes du 8; les Annales catholiques des deux Charentes et l'Echo rochelais du 11 le Journal de La Pallice du 14 l'Echo de Royan, le Conservateur de Marennes, le Phare des Charentes du 15.

Les Tablettes des deux Charcutes, du 10 janvier, mentionnent la lettre de Renée Burlamachi, et « parmi les études intéressantes D du même numéro celle que M. Denys d'Aussy a consacrée à François de Lanoue, « que ses coreligionnaires se sont trop hâtés de surnommer le Bayard huguenot », et une appréciation de M. Ch. D. sur les Salons de Castagnary: Le Mémorial de Saintes du 8 janvier a reproduit l'intéressant article les Salons de Castagnary, « sans toutefois, dit-il, partager toutes les opinions qui y sont émises, »

La Revue historique de janvier-février 1893, p. 174, signale dans nos livraisons des i~ juillet et 1er novembre PhilippeAuguste en Saintonge deux lettres de Louis XI la nouvelle du meurtre de Henri IV à Pons dom Leidet les anciennes ,foires le sceau de Taillebourg le Vengeur, et lettres d'indulgence de la cathédrale de Saintes.


L'Intermédiaire de l'ouest de décembre a reproduit le sommaire de la Revue du 1" novembre.

La Reuue du Bas-Poitou, 1" livraison de 1893, signale l'article de M. d'Aussy sur Lanoue.

La Revue historique de l'ouest, n" de novembre 1892, signale, p. 248, dans nos deux derniers numéros « Le très intéressant compte rendu de l'inauguration du monument de saint Louis à Taillebourg, où se trouve cité le remarquable Discours prononcé par M. Louis Audiat; les textes et la musique de très curieuses chansons saintongeaises, puis la conférence de M. A. Oudet; une très curieuse note sur !e.sceau aux contrats de Taillebourg un miracle de sainte Radegonde les Grouchy enfin un intéressant compte rendu fait par M. DeIavaultdesMëmou'es de du Plessis-Besançon. »

Le Bulletin de la société archéologique du Périgord, de novembre-décembre, note dans notre numéro de septembre « le récit des belles fêtes données à Taillebourg en l'honneur de saint Louis

Le Bulletin-Revue (trimestriel) de la société d'émulation et des beaux arts du Bourbonnais, de janvier, mentionne dans notre livraison de novembre l'article Le Vengeur et Le Terme. La Croix de Saintonge, du 5 février, résume l'article du Bulletin de mai 1892, Ce que devinrent les régicides de la Charente-In férieure.

Le Bibliophile limousin de janvier 1893, qui déclare prendre pour modèles « deux excellentes publications, la Revue de Saintonge et l'Intermédiaire de l'ouest », mentionne des articles des n"' de septembre, novembre et janvier.

Ont publié le procès verbal de la séance du 5 janvier la Charente-In férieure du 25, l'Ere nouvelle du 26, le Progrès du 27, le Bulletin religieux du 28, la Croix de Saintonge et le Mémorial de Saintes du 29, l'Union de Saint-Jean du 2 février, Ies~nMa!esca~o~gMesdu8etlajRe~uepot<emMedul5. L'Echo de Jonzac du 5 février a fait un long et favorable compte rendu du XX" volume des Archives.

Dans un article intitulé La décentralisation, la Croix de Sain-


tonge du ler janvier dit « Nous ne pouvons oublier l'initiative de plusieurs sociétés archéologiques et littéraires de notre département, entre autres celle de la société des Archives historiques de Saintonge, et de la Reuue de Saintonge etd'~unis. Dans ses publications où l'on ne rencontre pas moins de talent que d'érudition, cette société, d'un caractère éminemment régional, fait revivre notre histoire avec les souvenirs du passé, et rien de ce qui même actuellement se rattache à notre contrée ne lui demeure indifférent. »

AVIS ET NOUVELLES

La séance annuelle de la société des Archives aura lieu le l"mars, à 8 heures du soir, dans le local ordinaire de la société, cours National, 89 ter. MM. les membres sont priés de s'y rendre il ne sera pas envoyé d'autre invitation.

M. Gabriel Audiat, agrégé des lettres, fera une conférence sur Domt~t~ue, roman rochelais, d'Eugène Fromentin. Nous avons annoncé que la ville de Québec et le Canada allaient élever un monument à Samuel Champlain, de Brouage, le fondateur de Québec. Un comité, composé de membres du parlement canadien, s'est formé pour recueillir la somme nécessaire il s'adresse de préférence aux compatriotes de Champlain et il demande qu'on n'oublie pas en France ces Français du nord, restés inviolablement attachés à la mère-patrie. On sait que le Canada compte encore les descendants d'un très grand nombre de familles saintongeaises et aunisiennes. Nous sollicitons donc dès maintenant les dons de nos confrères, en attendant que la société puisse elle-même faire quelque chose, probablement une fête artistique et littéraire, pour la glorification d'un homme qui est une des plus grandes gloires de la Saintonge. Le journal la Charente-Inférieure du 11 février et les Tablettes du 21 ont déjà ouvert une souscription. Les volumes XX et XXI ont été distribués au commencement de janvier. Nous prions les membres de la société de retirer les volumes auxquels ils ont droit, le plus tôt possible. Ces volumes sont consacrés tout entiers le premier à Jonzac et Ozillac, le second à Pons et aux seigneurs de Pons; celui-ci est le deuxième volume de la série des archives de Pons. Quelques uns de nos confrères n'ont pas encore retiré les volumes de 1890 ils sont priés de le faire immédiatement. Les membres de la société pourront recevoir franco, moyennant 3 fr. 40, au lieu de 4 fr., l'ouvrage de M. Moutarde, pasteur


à Saujon, Les églises réformées de Saujon, annoncé dans le dernier numéro du Bulletin, t. xui, p. 10;

Et au prix de 3 fr. 50, franco par la poste, l'ouvrage de Nicolas Alain, La Saintonge et ses familles illustres, édité par M. Louis Audiat, texte et traduction.

Le 1" mars, paraîtra Notice sur Mgr Valleau, évêque de Quimper et Léon.

La société des artistes de Munich vient de conférer le titre de membre d'honneur de la société à notre confrère et compatriote, M. William Bouguereau.

Par décision ministérielle, notre confrère, M. Edmond Bordage, vient d'être nommé préparateur, chef de travaux pratiques, au muséum d'histoire naturelle de Paris.

La bibliothèque de la ville de La Rochelle a acheté trois monnaies découvertes, en octobre dernier, par M. l'abbé Letard, dans une carrière des environs de Saint-Just, savoir: deux florins d'or de David de Bourgogne, évêque d'Utrecht (1455-96), et une pièce d'argent de la république de Bologne (14i(M9). L'Ere nouvelle de Cognac a commencé, le 2 février, la publication d'un roman historique, Le chevalier dé Saint-Preuil, épisode historique de la bataille de Jar~ace~ 2569 pendant les guerres de religion.

Le centenaire du 21 janvier donne un regain de curiosité à la publication si intéressante de l'ouvrage de M. de Beaucourt, Captivité et derniers moments de Louis ~VI. Le tome ii vient de paraître chez A. Picard on y trouve le texte de tous les documents manuscrits officiels connus, puisés aux archives nationales, à la bibliothèque nationale, à la bibliothèque Carnavalet et dans les papiers du Temple de notre confrère M. de La Morinerie. M. S. Le Catalogue d'une importante collection de lettres autographes, dont la vente a eu lieu à Paris, à l'hôtel des commissaires-priseurs, le 28 janvier 1893, indique, au n" 84, lettre augraphe signée de Catherine de Parthenay, vicomtesse de Rohan, à son fils, le duc de Rohan, datée du château de Niort où elle était prisonnière, le 8 juin 1G29; elle s'est vendue 105 francs. Le catalogue portait c Lettre historique où elle exhorte son fils à écouter les propositions du roi et du cardinal de Richelieu. Elle a une extrême envie de le voir remis aux bonnes grâces du roi car, comme c'est vostre plus grande gloire, aussi est-ce mon plus passionné désir, lequel, comme vous savez, j'ay toujours eu et ne l'ay point perdu en perdant ma liberté. 0


Le deuxième fascicule, Chab à Chat, du t. II du Dictionnaire des familles du~Ottou vient de paraître. H contiententre autres les généalogies des Chabot de Peuchebrun, Chabot du Breuil, Chabot de Jarnac, de La Chambre, Chaigneau, de Chàteauneuf, de Chasteigner, etc.

Les Annales du midi de janvier 1893 annoncent la publication des t. xx et xxi des Archives. A lire dans cette livraison un mémoire de M. l'abbé Duchesne, qui démolit complètement La légende de sainte Marie-Madeleine et des saints de Provence, saint Lazare, sainte Marthe, saint Maximin, qui ne sont jamais venus en occident.

On a souvent besoin d'apprécier la valeur de l'argent à différentes époques, par exemple un sou de l'an 1300 ou 1400 vaut plus que 5 centimes, puisqu'au xv° siècle un mouton ne coûtait que 7 sous et un veau 17.

On lira donc avec intérêt dans les Mémoires de l'académie de Stanislas (1891) un travail de M. Maurice de Vienne, Des anciens prix et des difficultés inhérentes à leur ëuatuatton. actuelle, sans oublier l'ouvrage classique de Leber, De la fortune privée au moyen âge.

La Reuue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou publie, dans ses numéros de novembre et décembre 1892, Les Chabot et les Rohan à La Rochelle (1527-1628), par M. le comte de Chabot. Nous avons annoncé, t. xn, p. 461, l'ouvrage de M. Surraud, Code de la cour d'assises. La Gazette des tribunaux. si compétente en ces matières, dit (numéro du 30 septembre dernier) « Le caractère distinctif de ce livre est d'être éminemment pratique. Cet ouvrage est appelé à rendre les plus grands services. C'est un des livres les plus complets, lcs plus riches en documents, les plus faciles à consulter, qui aient été écrits sur la matière. Le plan, la méthode et l'exécution lui assurent dans le monde judiciaire un accueil bienveillant et un succès qui ne saurait se faire attendre. » Le ministre de la justice a honoré l'ouvrage d'une souscription.

On a lu dans notre dernier numéro, page G, l'analyse d'une lettre de Renée Burlamachi racontant les derniers moments de son époux, Agrippa d'Aubigné. Le Bulletin du protestantisme du 15 janvier reproduit, page 33-35, le document entier avec son orthographe le numéro du 15 février établit la date de la mort au 1" mai.

Le même recueil fixe, page 37, à Jarnicot, lieu dit de la commune de Parcout (Dordogne, jadis diocèse de Saintes), l'endroit où se réunissaient les protestants de La Roche-Chalais et des environs.


Dans l'Intermédiaire de l'ouest de janvier, M. Tamizey de Larroque publie 4 Lettres inédites de Bertrand de Vignoles, deux datées de Coulonges-les-Royaux, terre qu'il tenait de sa femme Marguerite de Balaguier-Montsalez, veuve de Charles de Monluc. Dans l'une (1617) il raconte à Paul Phélypeaux de Pontchartrain ce qui se passe à La Rochelle, à Surgères, parle du duc d'Epernon, du duc de Rohan, du duc de La Trémoille accusé de faire des brigues en Bretagne comme en Poitou, <t page instructive d'histoire régionale

La Bibliographie générale des inventaires tmp~mës, par F. de Mely et Bishop (Paris, Leroux, 1892, in-8"), indique pour la Saintonge Bégon, n° 765 (1710) Olivier de Coëtivy, n° 254 (1461) Abbaye de Masdion, n" 781 (1721) Jean de Puyrigaud, n° 597 (1639) Château de Royan, n"400 (1548) Saint-Eutrope de Saintes, n" 590 (1633), 859 (1778) Château de Taillebourg, n~4Sl (1588), 825 (1758); Château de Saint-Jean d'Angély, n" 491 (1588) Veyrel, n" 593 (1635).

La Revue des autographes de janvier (3 pages in-4") mentionne une lettre de Jean-Louis de La Valette, duc d'Epernon, gouverneur de Guyenne, datée de Saintes le 2 août 1620 et adressée à Marie de Médicis pour l'avertir qu'il lève des troupes et pour l'assurer de son dévouement. Prix 25 francs. La première livraison du e Codex diplomaticus ordinis sancti Ru/t Va~en~œ, publié d'après les chartes originales conservées aux archives départementales de la Drôme et divers recueils manuscrits par le chanoine Ulysse Chevalier, correspondant de l'institut » (Valence, imprimerie de Jules Céas, 1891, grand in-8", 128 pages), a paru, contenant 107 pièces, de 1039 à 1220. Nous y remarquons plusieurs documents relatifs au chapitre de Saint-Nicolas de Mornac, aux églises de Saint-Pierre de Mornac, Saint-Etienne d'Arvcrt, Saint-Pierre de Chaillevette, Saint-Cier? (Beati Cirici), la chapelle de Saint-Romain, l'église des Mates (de Matis), puis « de Bacia, de Colione e, à identifier. Nous parlerons plus amplement de l'important instrument que l'infatigable chanoine met à la disposition des travailleurs, quand il sera terminé.

Lire dans la Revue des sciences naturelles de l'ouest (numéro de juillet 1892 paru en janvier 1893): Notice générale sur la fixation et le reboisement des dunes du littoral maritime de la Vendée et de la Chare~te-~n/'ërzeure, par M. Léopold Baraban, inspecteur des forêts à Niort, et Excursions du congrès de Pau (septembre 1892), par M. Marcel Baudouin.

INCENDIE DU CHATEAU DE LA BARRIÈRE. cr Guerre aux châteaux Paix aux chaumières » criait-on sottement en 1793, oubliant que le feu se communique aisément du palais à la cabane et du


manoir à la ferme. Il semblerait que la flamme obéisse à un mot d'ordre et s'attaque particulièrement aux logis des environs de Jonzac c'est Saint-Simon de Bordes en 1891 c'est en 1892 le château d'Asnières le 20 janvier 1893, La Barrière, commune d'Ozillac, a eu son tour.

Après avoir couvé toute la nuit dans une lingerie, à l'extrémité gauche des bâtiments, le feu a brûlé des armoires pleines de linge, et a éclaté à 6 heures et demie du matin, dévorant quatorze appartements on a pu préserver la moitié de l'habitation, toutes les servitudes, et sauver du mobilier. Mais la vieille argenterie, les tableaux, les bijoux ont été perdus.

Cet ancien domaine était possédé, dès le commencement du xv!" siècle, par la famille Boybellaud, dont le t. xx des Archives, qui vient de paraître, expose toute la généalogie. Jean Boybellaud de Montacier y fait de nombreuses acquisitions, en 1596 il le transmet à son fils Isaac, licencié ès-lois, juge-sénéchal d'Ozillac Charles Boybellaud l'eut en partage, vers 1645, et il en prit le nom selon l'usage de l'époque. L'armée du prince de Condé ayant ravagé les terres d'Ozillac, en 1652, détruisit son château et commit toutes sortes de brigandages; les habitants de la paroisse eurent beaucoup de peine à se relever de ces ruines, plusieurs crurent devoir se retirer dans des contrées moins éprouvées. Charles de La Barrière céda sa terre à son frère Samuel, sénéchal d'Ozillac, en 1655. Elle était possédée, en 1701, par Jacques de Montverteuil, conseiller du roi et son procureur en la sénéchaussée et siège présidial de Saintes, qui la transmit à son petit-fils, François de Loizelot, garde du corps du roi, qui l'habita en 1760 et prit le titre de seigneur de La Barrière il vota dans l'ordre de la noblesse à l'assemblée de Saintes en 1789. Sa fille, Marie-Catherine, épousa, en 1780, Grégoire de Saint-Légier d'Orignac, capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, qui la légua à sa nièce, mariée à Léon-Paul, marquis de Saint-Légier de La Sauzaie,dontAuréIie, qui épousa Paul-Henri, comte de Cugnac. Depuis peu, elle était échue en partage à son fils Raymond de Cugnac. C'est ainsi que depuis bientôt quatre siècles cette propriété n'a jamais été vendue ni aliénée, mais toujours transmise par héritage, ce qui est rare à notre époque.

CONFÉRENCES. Le 8 janvier, à Pons Panama, par M. le. comte de Montebello le 13, à Rochefort, par M. le docteur Duplouy, Installation des hôpitaux et en parttcu~er des hdpttaux militaires le 15, à Cognac, L'église catholique aux EtatsUnis, par M. le baron Amédée Oudet: compte rendu dans l'Ere nouvelle du 19, reproduit par le Moniteur de Saintes du 26 et dans les Annales catholiques du 25; le 5, par M. de Galzain, avocat à Barbezieux, Une poignée d'objections; le 18, àMarennes, Notions générales d'a~atomïe, par M. le docteur Cornet le 21 et le 28, à Rochefort, Le croup et les moyens de le combattre, par M. le docteur Chagnoleau le 28, à Saintes, Le


passage des souverains à Saintes (Voir le livre de M. Louis Audiat, Entrées royales à Saintes, et plus bas, page 116), par M. Léon Bouyer, avocat à Saintes, au profit de l'oeuvre de la maternité « le conférencier, dit l'Indépendant du 31, dont le sujet a été brillamment traité par lui, a été fort applaudi. » SOCIÉTÉS SAVANTES. Séance de l'académie de La Rochelle le 28 janvier Compte rendu des travaux de l'académie Les médecins à La Rochelle du XIVe au XVIIIe siècle, par M. le docteur Merle, président de l'académie; Médecine et littérature, par M. le docteur Henri Pineau La micrographie et la photographie appliquées à l'histoire naturelle, par M. Ch. Basset. Voir compte rendu dans la Charente-Inférieure du 1" et le Courrier du 2 février.

Société de géographie de Rochefort, séances des 26 décembre et 23 janvier derniers. La société a nommé son bureau et son conseil d'administration. La présidence, si bien remplie par notre regretté confrère, l'amiral Juin, a été offerte au secrétaire général, M. le docteur Bourru, médecin en chef de la marine, sous-directeur du service de santé à Rochefort « Des services éminents et dévoués rendus à la science géographique, une haute valeur bien appréciée, les plus précieuses qualités faisaient à notre savant collègue autant de titres dont nous étions heureux de pouvoir, en cette circonstance, rendre un témoignage public. Des raisons toutes personnelles, résultant des obligations que lui imposent ses importantes fonctions, n'ont pas permis à M. Bourru d'accepter la présidence de la société, ni même de conserver la charge du secrétariat général. » L'assemblée a tenu à lui témoigner ses sentiments de gratitude en lui décernant le titre de président honoraire puis elle a élu pour président M. le docteur Barthélemy Benoit, médecin en chef de la marine, en retraite, 0. pour vice-présidents, M. le commandant Vollet, capitaine de vaisseau, en retraite, conseiller municipal, C. et M. le docteur Chastang, médecin en chef de la marine en retraite, 0. pour secrétaire général, M. Silvestre, chef de bataillon d'infanterie de marine en retraite, professeur à l'école des sciences politiques, membre du conseil supérieur des colonies, 0. pour secrétaires, M. Théodore Giraud, avoué, licencié en droit M. Léger, agent du commissariat de la marine, et M. le docteur Alfred Thèze, ancien médecin de la marine. pour archivistes, M. Léon Perrier, agent du commissariat de la marine en retraite, et M. Courcelle-Seneuil, lieutenant de vaisseau, pour trésorier, M. Texier, économe de l'hospice civil.

Société des sciences naturelles de la Charente-Inférieure: séance du 10 février. Lecture du rapport du secrétaire sur les travaux de la société en 1892 ;*Ie bureau central de météorologie invite la société à envoyer un délégué à la réunion annuelle qui aura lieu le 5 avril, à Paris. La société enverra au ministère de l'instruction publique son volume d'Annales de 1891 pour l'exposition de Chicago. Lecture par M. Beltremieux,


-président, d'un opuscule sur Lamarck, qu'il vient de recevoir de Paris par M. Foucaud, d'une note sur une plante de montagnes, nouvelle pour la France, sagina fasciculata (Boiss.), qu'il a récoltée dans les Hautes-Pyrénées, et sur une variété de cette espèce, trouvée dans la même région et pour laquelle il propose le nom de S. glandulosa; par M. Tcrmonia, d'un article humoristique de la Revue scientifique à propos.de l'ouvrage de M. Westermarck, The history of human ?Man~asfe.

NOTES D'ÉTAT CIVIL

L–DËCËS

Le 14. novembre 1892, est décédée à Aix, dans sa 88e année, Rosalie-Emilie Galland, veuve d'Alexandre de Beauvais, une des dernières représentantes du savant orientaliste Galland, membre de l'académie des inscriptions de 1701 à 1709 et le charmant traducteur des Mille et une nuits. Elle appartenait par son mariage à la famille des comtes de Beauvais, famille originaire du Beauvaisis, établie en Bourbonnais en 1288 avec Jean de Beauvais, chevalier, qui faisait partie de la maison du comte de Clermont, fils de saint Louis. Elle compte, parmi ses alliances, les Ruzé d'Effiat, branche du grand écuyer Saint-Mard, Saint-Priest de La Motte, Conny de La Faye, La Boulaye, de Gaulmyn, de Clairroys, du Bouchat, etc. M"" de Beauvais laisse une fille, Jeanne-Marie-Amélie de Beauvais, mariée à M. Alexandre Joly d'Aussy, ancien directeur d'une administration publique, grand propriétaire viticulteur dans le département du Var. Les armes de la famille de Beauvais, enregistrées à l'armorial de Moulins, en 1696, sont: D'argent au pal de gueules. D. A. Le 8 décembre, est décédé, à Saint-Thomas de Cosnac Etienne Clair, né en 1811, soldat en 1832, caporal en 1833, sergent en 1835, sergent-major en 1839, adjudant en 1840, souslieutenant en 1841, porte-drapeau lieutenant en 1847, capitaine en 1851, chevalier de la légion d'honneur en 1860, qui reprit du service en 1870.M.Layaprononcé sur sa tombe un discours qu'a publié le Peuple du 23.

Le 17 décembre, est décédé, à Rochefort, Joseph Faubladier, commissaire adjoint de la marine en retraite, chevalier de la légion d'honneur, âgé de 69 ans, né à Rochefort, le 19 mars 1823, de Géraud Faubladier et de Marie-Françoise Chauvin. Il fut écrivain le 1er septembre 1839, commis de marine le 1" avril 1846, aide-commissaire le 25 mai 1853, sous-commissaire le 7 juin 1865, commissaire adjoint le 18 novembre 1876. Le 28 décembre, est décédé à Rochefort Ludovic, vicomte Cornette de Venancourt, âgé de 64 ans, rentier, né à La Case-Pi-


lote (Martinique) dé Louis-Charles-Marie et de Marie-LouiseCamille Cornette de Saint-Cyr, époux de Marie-Clara Duval de Sainte-Claire.

Le 9 janvier 1893, est décédé à Saint-Sauvan, où il était curé depuis 1873, Jean-Marie-Auguatin Garnier, né en 1836, ordonné prêtre en 1867.

Le 16 janvier, est décédée subitement à Saint-Genis, chez madame Bernard, sa fille, à l'âge de 70 ans, et a été enterrée à Cognac, Marie Lainé, mère de M. Julien Roy, négociant à Cognac, ancien président du tribunal de commerce, et veuve de Louis Roy, chevalier de lalégiond'honneurle 28 avril 1842, officier le 6 mars 1864, commandeur en 1868, né à Cognac, le 1er juillet 1812, de Vivien Roy et d'Anne Guérin, décédé à Rochefort le 4 janvier 1875, enseigne devaisseau lel" mail833, lieutenant de vaisseau le 24 mars 1841, capitaine de frégate le 8 mars 1854 et capitaine de vaisseau le 1°'' janvier 1863, retraité le 1" juillet 1872 après 44 ans de services effectifs. (Voir l'Ere nouvelle du 19). « Le plus grand bonheur de M" Roy était de s'occuper de toutes les bonnes œuvres, et les pauvres perdent en elle un bon soutien. » Les Tablettes de Rochefort ajoutent « C'était une aimable femme, qui tint dans le monde rochefortais, et par son mari et par elle-même, une place que n'ont point oubliée les survivants de cette époque, r

Le25 janvier, est décédé au Château d'Oleron, âgé de 60 ans, Emile Parenteau-Dubeugnon, ancien président du tribunal civil de La Roche-sur-Yon. Il était né à La Rochelle d'AugusteEdmond Parenteau-Dubeugnon, président honoraire du tribunal civil, chevalier de la légion d'honneur, et d'Adélaide-Zélie Vincent-Molinière. Il avait épousé, au Château d'Oleron, Mlle Thérèse Cousin-Vallée, dont il eut deux filles Thérèse, mariée à Pierre-Gustave-Fernand Surville professeur à la faculté de droit de Poitiers, et Emilie. I! était frère d'Edouard Parentcau Dubeugnon, professeur à la faculté de droit de Poitiers. Successivement substitut à Marennes en 1865, substitut à Niort, puis aux Sables d'Olonne, où il fut révoqué une première fois en 1870 pour ses tendances politiques, réintégré deux ans après procureur à Jonzac; puis président à La Rochesur-Yon, il fut de nouveau révoqué l'année où, à l'occasion des décrets contre les congrégations religieuses, l'inamovibilité de la magistrature fut momentanément suspendue. Magistrat de naissance et de vocation, il ne se consola jamais d'avoir été ainsi arraché à ses études juridiques aussi était-il, pour tous ceux qui avaient recours à lui, le plus bénévole et le plus bienveillant des consultants. Chrétien austère dans sa vie et dans sa mort, en Rochelais de la vieille roche plein d'urbanité, d'aménité, de caractère enjoué, en dépit des chagrins que lui causait la santé de ses proches, enfin d'une inépuisable charité,


sa mort laisse dans le pays, comme dans sa famille, une grande place vide au premier rang. P. Le 26, est décédée, à Rochefort, Marie-Joséphine Chicou, en religion sœur Louise, supérieure de l'hôpital Saint-Charles. Née à Limoges, où habite encore son neveu, M. Maigne, banquier, fille de Jean-Baptiste Chicou et de Léonarde-Augustine Chabot, elle entra à 21 ans dans la; congrégation de Saint-Vincent de Paul, malgré sa famille qui avait déjà donné une enfant à cette communauté. Maîtresse d'école à Bordeaux, elle créa ensuite une maison hospitalière dans la Nièvre, chez M. Benoist d'Azy, fut envoyée à Lisbonne où elle fonda une maison sous le patronage direct du roi de Portugal. Rappelée en France, il y a 34 ans, elle fut mise à la tête de l'hôpital Saint-Charles. On lui doit la restauration de la magnifiquechapelle, la réorganisation des orphelinats annexés à l'établissement elle contribua pour une somme de 35,000 francs à la construction de celui des jeunes filles, et seule aux dépenses d'installation, dota l'hôpital d'un vaste jardin au faubourg, et offrit à la ville une charmante maison de campagne pour l'orphelinat, son oeuvre de prédilection, qui compte actuellement plus de cent enfants et dépense annuellement 20,000 francs.

A la chapelle Saint-Charles où M. Rosset, lazariste, supérieur du grand séminaire do La Rochelle, a chanté la messe, M. l'abbé Aversenq, aumônier de l'hôpital, a prononcé une éloquente allocution sur ce texte « Rachel pleure ses enfants et ne'veut pas être consolée. x II a rappelé les 35 années de dévouement et le patrimoine de la défunte consacré à ses chers orphelins (Tablettes du 28 janvier). Au cimetière, M. Bollon, viceprésident de la commission administrative, a dignement loué la vénérable supérieure dans un discours que publient les Tablettes du 31.

Le 6 février, est décédé, à La Flotte, chez ses parents, âgé de 33 ans, Gustave Berjon, médecin à Sainte-Marie depuis six ans. Elève du petit séminaire de Montlieu, bachelier ès-lettres et bachelier ès-sciences, élève de l'école de médecine navale de Rochefort, il fut reçu aide-médecin et envoyé sur le Catinat au Gabon, où il prit les germes de la maladie qui vient de l'emporter. A son retour en France, il fut nommé au concours, le premier, médecin de seconde classe, et il soutint sa thèse de doctorat. II était désigné pour reprendre la mer lorsqu'il fut forcé d'entrer à l'hôpital de Lorient et mis en non-activité pour infirmités temporaires. Alors il s'établit comme médecin à Sainte-Marie en l'île de Ré; au mois d'octobre la maladie le confraignit à cesser toutes fonctions. « Son honnêteté, sa probité, ses connaissances en médecine lui méritèrent, dit l'Echo rochelais du 15, la considération générale. » Sur sa tombe, M. le docteur Roy lui a adressé les derniers adieux x au nom de


nos anciens condisciples de Montlieu, au nom de nos anciens camarades du corps de santé de la marine. »

Le 11, est décédé, à Rochefort, à l'âge de 70 ans, Jean-LouisMarie Sellier, vicaire de Saint-Louis depuis 1881 et aumônier des orphelines de la marine, né à Marennes en 1823, prêtre le 25 octobre 1846, professeur longtemps au petit séminaire de Montlieu. Les cordons du poêle étaient tenus par M. de Senneville, président de la fabrique de Saint-Louis, M. Rosset, supérieur du grand séminaire de La Rochelle, M. de Laage, supérieur de Montlieu, et M. Aversenq, aumônier de l'hôpital Saint-Charles. M. Faillofais, archiprêtre de Marennes, a célébré la messe. M. Portier, archiprêtre de Rochefort, a rappelé les titres de Sellier aux regrets de tous. Voir les Tablettes du 14.

II. MARIAGES

Le 10 janvier, à Libourne, a eu lieu le mariage de M. Gaston-Gustave Beaussant avec M"" Marie-Thérèse-Catherine Dupuy de La Grand'Rive, et de M. Edmond Beaussant avec Mlle Edwige-Marie-Clémence Dupuy de La Grand'Rive, tous deux fils de M. Ernest Beaussant, ancien sous-préfet de Libourne, ancien conseiller général de la Charente-Inférieure. Le 19 janvier, a été béni en l'église de Tonnay-Charente, par M. l'abbé Portier, archiprêtre de Saint-Louis de Rochefort, le mariage de M. de Saint-André, de Blois, avec M"" Marie de Champeaux.

Le 23 janvier, la bénédiction nuptiale a été donnée en l'église cathédrale de Saint-Pierre à Saintes, par l'archiprêtre, Ms' Henri Valleau, évêque nommé de Quimper, à Laure-MarieFrançoise Urvoy de Closmadeuc, née à Saintes, le 16 juillet 1860, de Victor-César Urvoy de Closmadeuc, capitaine de gendarmerie, chevalier de la légion d'honneur, décédé à SaintJean Leblanc (Loiret), le 3 juin 1880, et d'Anne-Marie-Léonie de Bremond d'Ars, sœur du général de Bremond d'Ars, sénateur de la Charente, et au comte Pierre-Joseph de Rolland de Nizerolles, propriétaire à Bourges, né le 17 septembre 1852, à Contres (Cher), de Joseph-Humbert de Rolland, décédé à Bussy (Cher) le 15 août 1870, et de Catherine Bégassat, d'une famille berrichonne qui a pour auteur Humbert Roland, médecin de Jean I", duc de Berry en 1400. Témoins de la mariée MM. Gabriel Dumorisson, percepteur à La Rochelle, son cousin, et Marcel Méthé de Fonrémis, artiste peintre à Bordeaux, son beau-frère; de l'époux MM. André de Rolland, capitaine au 21° d'artillerie, son frère, et Paul Méthé de Fonrémis, 43


ans, à Saintes, ancien officier de cavalerie. Pour les Urvoy, voir Etudes et documents de la ville de Saintes, pages 7~, 1~5, etc. Originaires de Bretagne, ils ont formé plusieurs branches, dont l'une se fixa en Saintonge au xvu" siècle. On cite un Urvoy qui suivit saint Louis à la 5e croisade en 1248. Armes D'argent à trois chouettes de sable, becquées, membrées et allumées de gueules supports, deux lévriers devise D!E AC NOCTE. Armes des Roland De gueules au griffon volant d'or, accompagné de trois étoiles d'argent, 2 en chef, 1 en pointe supports, deux anges à genoux.

ARCHÉOLOGIE

SUBSTRUCTIONS GALLO-ROMAINES AU CHATEAU D'OLERON En décembre 1892, je fus prié par M. Bourgoin de le renseigner sur l'origine de fondations de murs que commençaient à rencontrer les ouvriers qu'il employait au défoncement d'un champ situé, en son point le plus rapproché, à SO mètres nord du puits Jouan, 500 mètres ouest du Château d'Oleron. Ce puits, complètement isolé dans la campagne et auquel on n'accède que par des sentiers, remonte à une haute antiquité, etest intarissable il suffit presque seul, dans les années de sécheresse, à alimenter la population civile et militaire du Château. La margelle est monolithe, étroite, presqu'au ras du sol, la maçonnerie en pierres sèches, l'eau peu profonde, pourtant excellente. Le champ fait partie d'un léger coteau en pente au S.-O. et qui, si l'on en juge par les débris répandus çà et là, devait être bâti sur un certain nombre d'hectares. Le colon qui le cultivait avait avisé le propriétaire que la carrière commençait dès le creux du sillon. La prétendue carrière, c'étaient les murs rasés et les aires bétonnées.

Il n'a pas été possible, malgré l'extrême obligeance du propriétaire, de suivre les murs jusqu'à leur base car le défoncement ne devait pas dépasser cinquante centimètres et à 1 m. 60 on ne rencontrait généralement pas encore les dernières assises. II est probable que les fondations reposaient à même sur la hanche purbeckienne, qui se trouve là, à mètres environ de la surface du sol.

Partout, du reste, j'ai constaté des ameublissements profonds, des trous irréguliers incomplètement comblés de déblais et de terre végétale, surtout dans la partie est, sous le vent, comme si, sous certaines de ces habitations, il y eut eu des fosses, des caves dans lesquelles se seraient écroulées les habitations. En effet, une grande partie des matériaux qui les constituèrent devait être demeurée sur place; si l'on remarque que ces quelques murs, dérasés de 0 m. 50 à 0 m. 60 seulement, donnè-


rent, pour une surface bâtie d'environ 12 ares, plus de 100 me. très cubes de moellons.

Une des constatations les plus nettes que j'aie pu faire, c'est qu'a. la base des fondations il n'y a que pierres et mortier, mais qu'au voisinage de la surface du sol, un grand nombre de débris de tuiles à rebord ont été incorporés dans la bâtisse. II y a donc ou des reconstructions sur des murs existants déjà, c'està-dire soit une réoccupation, soit une occupation prolongée. La fouille ayant attaqué sur un point fortuit l'emplacement habité, et des champs et des vignes nous bornant de toutes parts, sous lesquels se prolongent les murs mis au jour, il est impossible de faire un plan normal des habitations qui y existaient. Pourtant voici ce qu'on peut remarquer.

Trois longs murs, épais, celui de l'ouest de 0 m. 60, celui du milieu de 0 m. 40, celui de l'est de 0 m. 50, les deux premiers distants de 3 m. 50 dans le bas, se rapprochant en haut à 2 mètres et limitant G petits appartements de 4 à 5 mètres carrés et une piscine de 6 mètres carrés, située à la suite et en contre-bas de 0 m. 40 par rapport au sol de ces petites chambres. Des murs transversaux de 0 m. 40 d'épaisseur séparent ces pièces, que pave un mince béton, dans lequel sont noyés des moëllons espacés et posés debout. Les 2 pièces précédant la piscine sont pavées d'un béton de 5 centimètres d'épaisseur appliqué sur la partie convexe de tuiles à rebord de 0 m. 37 sur 0 m. 48, posées sur un lit de sable et de chaux blanche.

La piscine, ou l'on descendait par une marche, mesure 2 mètres sur 3 et était enduite, outre les murs, d'un béton de 0 m. 20 reposant sur un double dallage de pierres jointes par un mortier rougeâtre à gros grains quartzeux. Le béton, qui, du fond, remontait sur les 4 murs, s'y terminait par un rebord saillant. Nulle trace de conduites d'eau par en dessous. Si c'était là vraimentune piscine, comme ledonnentàpenserlacontiguité avec les chambres les plus soignées, la disposition audessous du sol et la continuité du revêtement en béton du fond sur les parois, l'eau n'y pouvait donc être amenée qu'à la surface du sol. Au nord, la piscine s'arrête à un mur épais de 0 m. 60, qui traverse tout le champ et au-delà duquel on ne trouve plus que la continuation du mur central et quelques autres fragments de murs, mais qui ne limitent rien de bien net.

II en est de même à l'est, où, après une venelle de 0 m. 40, un troisième mur, parallèle aux deux premiers, a dû servir à appuyer les 3 ou 4 murs transversaux qui formaient avec lui une série de pièces vastes et irrégulières. Si l'on note l'inutilisable largeur (0 m. 40) entre les deux premiers murs longitudinaux et ce troisième, et la présence de 2 énormes pierres frustes posées debout comme un bornage, puis la dissemblance des constructions, ici la méthode, l'ordre, là l'irrégularité, on sera porté à conclure qu'il devait y avoir en ce point juxtaposition d'habitations appartenant à des propriétaires différents.


Enfin, dans la partie inférieure du champ, et eh bordure dé l'héritage voisin, à 24 mètres du sentier, située en dehors des murs décrits et complètement isolée, était une construction que je crois avoir été un cellier. C'est une fosse rectangulaire de 0 m. 70 de profondeur, sur une longueur de 2 m. 35 X 1 m. 65; 4 murs de 0 m. 40 la limitent, que tapisse un revêtement très ré-

gulier de moëMona d'une dimension moyenne de 0 m. 25 XO m.35, les angles dressés avec soin, la surface libre bien unie, et épais seulement de 0 m. 04. Le fond, composé d'un revêtement de ces mêmes pierres, logeait, en son centre, un bassin de pierre, en forme de calotte, qui mesurait 0 m. 58 de diamètre sur 0 m. 18 de profondeur. Le tout reposait sur un puissant béton de 0 m. 25 établi sur une double assise de pierres. Ai-je dit que tous ces


bétons sont uniformément constitués par des fragments de tuiles rouges, gros comme de fortes noisettes, noyés dans de la chaux blanche. N'était-ce pas ce qui convenait pour le pressurage des raisins et la conservation des amphores?

Des éboulis, de la terre, des os de boucherie en grand nombre remplissaient cette fosse rectangulaire, ainsi que deux débris d'amphores, un fragment de mortier en grès vert, usé des deux côtés, un autre de lave, une molette en porphyre, de la grosseur du poing, enfin un amas d'une matière hétérogène, formée mi-partie de grains blancs, mi-partie d'autres grains d'un gris bleuâtre, de la même nuance que la poterie commune dont on trouve, là et aux environs, de nombreux fragments. Dans cette matière je crois voir des grains d'un feldspath et d'une pouzzolane, déjà partiellement broyés et attendant leur mise en œuvre définitive pour la confection, dans le voisinage, de la vaisselle domestique. Un amas de terre revêtu d'une enveloppe vitrifiée vient encore donner plus de vraisemblance à cette supposition.

A côté de cette poterie grossière, dont quelques fragments portent pourtant parfois de très jolies moulures et des décors en creux assez finement exécutés, tels A. B, se rencontrent divers débris de formes différentes, qui ont dû appartenir à des vases remarquables. L'un est un petit pot piriforme, gris cendré, sans décoration, mais précieux par le ton et la finesse de la pâte le second, C, est un fragment de coupe en terre rouge, fine, mince, revêtue d'un vernis mordoré relevé d'un feston interverti appliqué en relief et rehaussé d'un filet de vermillon l'autre, D, un débris de terre rouge et poli comme de la laque, orné de baguettes en relief, rappelant des thyrses et présentant au centre un médaillon où l'on voit la lutte d'une chimère et d'un dauphin. M. le docteur Labouesse a bien voulu les dessiner. On les trouve à la page précédente, 83. Trois ou quatre fragments de tablettes de marbre de 0.08 de largeur, des enduits de murailles recouverts d'une peinture de couleur verdâtre, du verre vert, et une pièce d'argent d'Antonin le Pieux, viennent nous apprendre que les propriétaires de ces habitations appartenaient à une classe sociale élevée. J'ai omis de noter, dans un des bétons, l'encastrement, au ras du sol, d'une sorte de cuvette en ciment de 0.40 de diamètre. Comme résidus alimentaires je ferai remarquer qu'aucun os d'animal de boucherie, j'en ai envoyé un certain nombre par M. Beltrémieux, au musée Fleuriau, à La Rochelle, n'était scié; les animaux étaient débités par membres, comme on le pratique encore de nos jours en vénerie. Les coquilles d'huîtres, de moules, de patelles (vulgo jambes) étaient abondantes, aussi les os d'oiseaux, surtout d'échassiers de rivage. Un seul objet en fer, méconnaissable par l'oxydation.

En résumé, ces 7 murs longitudinaux et ces 14 murs transversaux doivent avoir fait partie de 3 habitations voisines, et j'espère que la replantation des vignes, très active en ce moment


à Oleron, en étendant les défoncements aux champs voisins, permettra de donner de l'extension à ces premières fouilles, dans un avenir prochain, et de multiplier en ce point des découvertes d'où ne pourront manquer de sortir des conclusions intéressantes pour l'archéologie et l'histoire.

Dr EMM. PINEAU.

ÉPIGRAPHIE

LES INSCRIPTIONS DE SABLONCEAUX ET M. DE LA HOGUETTE Plusieurs monuments épigraphiques conservent les noms de Philippe Fortin de La Hoguette, dont il a été souvent question dans nos publications et dont nous parlons ici même, page 90, celui de sa femme, Louise de Beaumont de Péréfixe, sœur de l'archevêque de Paris, abbé de Sablonceaux.

Nous avons, Archives, xvi, 26, reproduit, d'après Damien Rainguet, l'inscription de la cloche de Chamouillac (1640) et celle de l'église restaurée par les soins de M. et de M" de La Hoguette, consacrée en 1644 par l'évêquede Saintes, Jacques Raoul. (Voir aussi, p. 13, le tirage à part des Lettres inédites de Philippe Fortin de La Hoguette, publiées et annotées par Philippe Tamizey de Larroque (1888). Il est inutile de les répéter.

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Gautier, Statistique de la Charente-Inférieure, 11, 283, dit que dans le château de La Hoguette, « dont la construction remonte au xvn° siècle, se trouve une vieille chapelle où on lit l'inscription suivante

PHILIPPE FORTAIN, ET PËRÉFIXE, SA CHÈRE ÉPOUSE, LAQUELLE APRÈS AVOIR VECU SAINTEMENT EST DÉCÉDÉE LE 30 MARS 1693, ONT FONDÉ ET FAIT BATIR A LEURS FRAIS LA PRÉSENTE ÉGLISE ET ÉRIGÉE EN PAROISSE, LAQUELLE A ÉTÉ CONSACRÉE EN 1634 SOUS LES NOMS DES APOTRES SAINT JACQUES ET SAINT PHILIPPE.

Rainguet regrette (Etudes sur Jonzac, p. 305), de n'avoir x pu constater l'existence de cette inscription, le château étant fermé lors de notre visite 3); mais il n'hésite pas à l'attribuer à l'an ~63~. Je n'ai pas vu,,moi non plus, les lignes transcrites par Gautier mais j'affirme qu'elle ne sont pas ainsi etje ne les cite que sous bénéfice d'inventaire.

Rainguet, Biographie saintongeaise, à l'article Hoguette, mentionne cette épitaphe, qu' « on lisait avant la révolution, inscrite sur une pierre de la chapelle s du château de Chamouillac


CI GIT PHILIPPE BATAILLEVR

QVI N'ÉTAIT PAS DE MACÉDOINE

CHEZ NOVS N'EN FVT PAS MOINS IDOINE

A CVEILLIR PALMES DE L'HONNEVR

SI DONC SOVS LA PIERRE IL REPOSE

LECTEVR TV DOIS PRENDRE SA CAVSE

ET FAIRE VALABLE ORAISON

POVR QV'IL AIT DE DIEV LE PARDON

AMEN

x x

Faut-il citer les deux inscriptions que, d'après Tallemant des Réaux (Historiettes, vu, 464), le seigneur de Chamouillac mit sur sa porte

SANTÉ ET BADINAGE

et sur son colombier

ILS SONT PRIS S'ILS NE S'ENVOLENT

Une autre cloche, celle de Saint-Romain de Benêt, canton de Saujon, rappelait aussi les deux époux. On l'a refondue en 1892, sans songer à en reproduire le texte sur celle qui la remplace IE SVIS FAICTE EN LHONNEVR DE DIEV POVR SERVIR EN LEGLIZE DE SAINT ROVMAIN DE BENET PAR LA DELIGENCE DE VENERABLE ET DISCRETE PERSONNE IEAN IEHANNEAV PRETRE ET PRIEVR CVRE DVDIT LIEV A ESTE MON PARRAIN NOBLE HOMME PIERRE IEHANNEAV PAIR ET ESCHEVIN DE LA MAISON COMMVNE DE LA VILLE DE XAINTE ET MA MARRAINE HAVTE ET PVISSANTE DAME LOVIZE DE PEREFIXE ESPOVZE DE HAVLT ET PVISSANT MESSIRE FORTIN SEIGNEVR DE LA HOGVETTE ET AVTRES LIEVX AVX FRAIS ET DEPENS DES ABITANS. 1649. Dans le métal étaient gravés deux écussons l'un présentait un chevron accompagné de trois molettes, qui est Fortin De gueules à un chevron d'or, accompagné de trois molettes d'argent l'autre, celui des Beaumont-Péréfixe D'azur à 9 étoiles d'or posées 3, 3, 2 et avec la devise VSQVE ARDENT FIXA NEC ERRANT, allusion évidente aux noms de Hardouin (ardent) et de Pérénxe (fixa).

Pierre Jehanneau ou Johanneau est indiqué comme échevin de Saintes dans une délibération du corps de ville du 9 juin 1660, relative à l'entrée de Louis XIV à Saintes [Entrées royales à Saintes, p. 41) dans une autre du 7 avril, où il est désigné pour visiter la por.te Saint-Louis (Etudes et documents sur la ville de Saintes, p. 146) le 13 juin 1668 et 1669, à l'élection du maire Geoffroy (Idem, pages 177, 442, 445).

Ce qui reste d'épigraphique à Sablonceaux est postérieur à Fortin et Péréfixe; on nous permettra cependant de reproduire ces inscriptions qui sont inédites.


Une pierre tombale dans le jardin du propriétaire de ce qui fut l'abbaye, M. Lemoine, a le nom d'un des officiers civils de Sablonceaux

CI GIT LE CORPS DHONORABLE HOMME

MTRE PIERRE LARTIGVE PROCVREVR FISCAL

DE LABBAYE ET CHATELLENIE DE

SABLONCEAVX ET IVGE DE SAINTE

GEMME DECEDE LE 2 DE IVILLET

1677 AGE DE 66 ANS, DIEV DONNE

REPOS A SON AME IHS MARIA

Sur la grosse cloche de l'église jadis abbatiale, aujourd'hui paroissiale, de Sablonceaux, on lit

SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM AY ETE BENI PAR MONSIEVR IEAN PVOSOL (sans doute pour PûUSO~) PRIEVR DE LABBAYE DE SABLONCEAUX ET GAY EV POVR PARRAIN MESSIRE IEAN DEMIER DE SAINT SIMON COLONEL DV REGIMENT DE TRENEL ET MAtOR GENERAL DE LARMEE DE MONSEIGNEVR LE MARECHAL DE COIGNY ET CHEVALIER DE LORDRE DE SAINT LOVIS ET POVR MARRAINE MARIE ANNE DE CHATEAVROY VEVVE DE MONSIEVR DE DERCIE MONSIEVR CHAZAVD ETEMPS PRIEVR ET CVRE DE SAINT ANDRE DE SABLONCEAVX 1743 LOVIS BROSSART FECIT Un Jean-François Dexmier, comte de Saint-Simon, seigneur de Dercie, était à cette époque lieutenant général des armées du roi. Né en 1714, il mourut à Saintes le 6 décembre 1788, et fut inhumé dans l'église Saint-Michel, auprès de l'autel de SainteCatherine. C'est très probablement le parrain de la cloche de Sablonceaux. Il avait épousé Marthe Guinot, dame de Dercie (ancienne paroisse, aujourd'hui commune du Gua), fille de François Guinot de Dercie et de Marie-Anne de Chàteauroy. Madame de Châteauroy « veuve de monsieur de Dercie » était donc la belle-mère du parrain.

Pour compléter l'épigraphie de Sablonceaux, transcrivons l'inscription de la cloche fondue en 1866

JE MAPPELLE MARIE-LOUISE MON PARRAIN LOUIS MUTEL LEMOYNE MA MARRAINE MARIE-JULIE DAME PENARD PAR LA GÉNÉROSITÉ DE TOUS LES PAROISSIENS MONSIEUR LEMOYNE MAIRE FONDUE EN 1866 Nous recueillons soigneusement ces débris car que reste-t-il des archives, c'est-à-dire du passé de ce monastère ? Jean de Vivionne-Pisany avait eu l'abbaye en commende et s'occupa peu de son chartrier. Les huguenots d'ailleurs avaient déjà passé par là. Dom Boyer, dans son voyage de recherches en Saintonge (Voir Bulletin, vu, 166), écrit à la date du 20 janvier 1714 « Je trouvai fort peu de titres à Sablonceaux. Ils sont presque tous au château de La Hoguette, de même que ceux du prieuré de Sainte-Gemme. M. de Sens et son oncle, M. de Péréfixe, archevêque de'Paris, ont tenu longtemps ces deux bénéfices sans y faire aucune réparation.

Ah! si le propriétaire actuel, M. Hélion de Roumefort, retrouvait dans quelque grenier de son château de La Hoguette,


les liasses qu'y avaient apportées un de ses prédécesseurs, Philippe Fortin, sieur de Chamouillac Louis AUDIAT.

VARIÉTÉS

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LOUIS DE FOIX ET LA TOUR DE CORDOUAN

Malgré le titre, Louis de Foix, donné à la nouvelle plaquette éditée par M. Gaulieur, il ne faut pas attendre des renseignements très nouveaux et inattendus, définitifs, sur le célèbre architecte. L'auteur ne nous apporte point les deux ou trois détails qui compléteraient cette vie si soigneusement étudiée, retournée, scrutée par M. Tamizey de Larroque, le premier entre tous, M. Labat, nos confrères, M. Marionneau et autres. Nous n'avons encore ni le lieu ni la date de naissance, ni celle du décès de Louis de Foix. Son origine et sa fin restent entourées des plus impénétrables ténèbres. Quelle main aura la joie de toucher le document rare, si patiemment recherché, qui mettra fin à toutes les incertitudes ?. Ce jour-là, il y aura plus d'un heureux sur terre. En attendant nous restons au milieu des conjectures. M..Gaulieur, sans toutefois fournir de preuves, croit que Louis de Foix naquit vers 1530, à Paris, et « devait être le fils légitime ou bâtard, peu importe, de l'un des frères cadets de Gaston de Foix ». Quoiqu'il en soit, en 1581, Henri III lui donna l'ordre de visiter la tour dite des Anglais, s'élevant sur le rocher de Cordouan. Le résultat de cet examen fut que la tour ne pouvait être réparée à moins de 50,000 écus sol. Le roi fit lever 28,000 écus d'or sur les habitants des provinces plus particulièrement intéressées à la conservation du phare; la Saintonge dut fournir 3,000 écus. Mais on reconnut bientôt que la tour ne valait pas une si grande dépense, et on résolut d'en construire une nouvelle.

Le 2 mars 1584, Louis de Foix signe un contrat par lequel il s'engage à bâtir un phare en deux années, moyennant 38,000 écus. L'œuvre ne fut terminée que vingt-six ans plus tard et exigea une somme énorme. Le talus seul dévora 71,428 pieds cubes de pierres de taille, et en 1593 Louis de Foix réclamait 66,630 écus. I! avait engagé sa fortune personnelle et emprunté beaucoup. Il luttait non seulement contre les flots, mais surtout contre la mauvaise volonté et les lenteurs de l'administration financière de l'époque. Le 10 septembre 1593, Henri IV ordonna qu'il serait alloué à Louis de Foix 36,000 écus, tant pour l'ouvrage déjà fait que pour les pertes et dégâts, plus 50,000 écus, payables en trois ans, pour l'achèvement de l'oeuvre. « Fort de la protection et de l'amitié de Henri IV, comptant sur les promesses qui lui avaient été faites par le roi, il quitta la cour et se rendit en Saintonge où il séjourna du 15 février au 15 mars 1595, déployant une activité prodigieuse, occupé qu'il


était avec trois chevaux et un homme de pied à faire rentrer les impositions de l'année courante et celle de l'année 1594 qui, par la négligence des receveurs particuliers n'avaient jamais été perçues. C'est peut être pendant ce séjour qu'il visita et acquit détail que M. Gaulieur aurait pu relever dans le tome xix, page 206 des Archives la terre ode Favière, près Mosnac, arrondissement de Jonzac. Il retourne à Bordeaux le 15 mars et y passa un mois. « Pendant ce temps, il partit pour Blaye, afin de s'y renseigner sur les carrières de pierres de taille existant dans la contrée. On lui indiqua celle de la paroisse de Sainte-Mesme, près de Jarnac, comme fournissant en abondance de la pierre dure, d'excellente qualité, qu'il faisait au fur et à mesure transporter à Taillebourg. Pour gagner du temps il fit ouvrir deux autres carrières, l'une appelée La Querillière, dans la paroisse de Saint-Palais, d'où il fit extraire et conduire au port de Plassac 300 pierres de taille de grande dimension l'autre à Royan, à la conche de La Ronie, ou La Roine. » Quel Plassac ? M. Gaulieur met en note: « Plassac, bourg de Saintonge, jadis élection de Saintes (Charente-Inférieure), à 12 kilomètres nord de Mirambeau )) puis il ajoute: « Il existe au-dessous de Bourg une autre paroisse du même nom. » C'est heureux car les habitants de Plassac auraient appris, eux qui n'ont même pas un ruisselet, avec de trop vifs regrets qu'à une époque si rapprochée de nous leur bourg était port de mer Nous ne comprenons pas grand'chose au trajet que parcourent les pierres. De Sainte-Même à Taillebourg c'est facile la Charente est là; mais après ? Quel chemin suivent-elles, la voie de mer ou la voie de terre ? Quel est ce SaintPalais ? Peut-être Saint-Palais sur mer? Il serait incompréhensible que l'on eût amené à Plassac, au milieu des terres, voire à Plassac au-dessous de Bourg, très bas dans la Gironde, les pierres de taille prises en face Cordouan pour les ramener ensuite à Cordouan. Il n'y a pas de carrières à Saint-Palais sur mer et pas davantage à Royan. De Foix n'a pu y trouver que des morceaux de rocher, bons comme blocage. Il doit exister autour de Bourg, probablement, des endroits avec lesquels M. Gaulieur pourra identifier ses carrières, sans être obligé d'aller chercher un village que la mer n'a jamais baigné. Au mois de septembre 1 596, le phare est montéjusqu'àla voûte du troisième étage. On pouvait l'apercevoir de la côte. Malheureusement l'argent manquait. Louis de Foix va trouver le ma- réchal de Matignon dans sa nouvelle seigneurie de Mortagne, qu'il avait achetée à la fin de l'année 1588. Il rencontra chez lui Gilles Maupeou, directeur des finances de Guyenne et de Limoges, et Claude Dupré, que M. Gaulieur dit sieur de Caude au lieu de Candé. Rencontre heureuse car il put les entretenir de ses embarras et les engager à venir visiter les travaux. Tous trois étaient à Royan le 13 septembre. Le 14, ils s'embarquèrent et passèrent six jours à Cordouan. En 1602, de Foix luttait encore contre les' tracasseries de Mathieu Martin, contrô-


leur en la chancellerie de Bordeaux. A partir du 2 janvier 1602, on perd sa trace. M. Gaulieur, pas plus que les précédents biographes, ne sait où ni quand il mourut. H assigne cependant à cet événement la date de 1606 antérieurement au 25 août; mais la raison qu'il en donne n'est rien moins que forte, la faisant résulter de l'envoi à Bordeaux de Claude Chastillon, sans nous démontrer la relation qui existe entre ce voyage du topographe et la construction de Cordouan. Nous pouvons dire d'une façon certaine, d'après le document que nous avons publié dans le tome xfx des Archives, déjà cité, que « Jean de Sainct-Moris, escuyer, seigneur de Rochave et dudict Sainct-Seurin de Clerbise, vandit Rochave au seigneur Bremond, baron d'Ars, et donna Sainct-Seurin à sa fille en mariage, la mariant avec le sieur de Lanche, qui lui randoit quelque argent qui fut employé avec la vante de Rochave pour faire partie du payement de Ja terre de Favières, prcs Mosnac (et Plassac aussi) que le sieur de Foix, ingénieur du 7'o?/, son beau-père, avait accepte peu avant que de mou~'ïr, et qui fut parachevée de payer par ledict Jean de'Sainct-Moris, sieur de Roschaves. » Les SaintMoris n'avaient pas cessé d'être seigneurs de Rochave en 1610. Cette terre n'était donc pas vendue à cette époque. Peut-être en suivant la piste des Saint-Maurice, trouverait-on la solution souhaitée du problème. CH. D. II

PHILIPPE FORTIN DE LA HOGUETTE

LE r'~rA~f~~VT » DE LA HOGUETTE

La Hoguette est à la mode. Qui aurait cru que ce modeste seigneur de Chamouillac, parfaitement ignoré même de son chef-lieu de canton, Montandre,eùtunjour,auxtx°siëcJe,en l'année 189J, un regain de popuiarité?eût-ii pu,lui-même, supposer qu'on s'occuperait de lui, en ce temps de Panama? Fiez-vous donc aux réputations. Croyez à la gloire Tel qui excitait l'enthousiasme de ses contemporains n'a plus qu'un nom dans le catalogue des auteurs. Chapelain a attendu plus de deux siècles la publication du second volume de la Puce~e, si vantée au xvn° siècJe. avant son apparition. Tel autre renaît qui avait sembJé mort, bien mort, ce qui s'appelle mort. C'est le cas de cet honnête Fortin de La Hoguette. Le voilà qui reparait. Multa reKasce~~u)' gus jam cécidere. On en parle, on le réédite, et l'un de nos plus originaux et plus sérieux historiens, M. Albert Babeau, en fait dans la Réforme sociale un éloge sans réserve. La Hoguette doit une fière chandelle à M. Philippe Tamizey de Larroque; c'est lui qui a allumé le candéJabre qui l'éclaire de ses rayons discrets et bienfaisants c'est lui qui a révéJé PhilippeFortin. Depuis Ja publication de cette remarquable Lettre au roi Louis XIII (1884) et en 1888 de sa correspondance avec


les frères Dupuy dans le tome xvi des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, on a regardé de plus près le personnage on l'a étudié. De doctes professeurs ont donné pour sujets de discours à leurs élèves du baccalauréat des lettres de Fortin de La Hoguette (Voir Bulletin, xi, 149), ce qui vaut autant que de leur imposer une .lettre de Sarcey, de Dumas ou de Zola. M. Babeau publie l'analyse de son Testament (Le testament d'un moraliste au~VZZ" s~èc~e, par M. Albert Babeau, correspondant de l'institut. Paris, rue d'Iéna, 51, 1892, in-8°, 20 pages). Ce testament, un livre de 400 pages, a eu une grande célébrité de son temps, puisqu'on en compte seize éditions et qu'il a été traduit en plusieurs langues. Gilles Ménage disait: « Je l'ai lu cinq ou six fois et toujours avec un extresme plaisir. » M. Babeau a. été bien inspiré en nous le faisant connaître. La Hoguette a sur certains points « des sentiments qu'on pourrait qualifier de modernes ». Ainsi il veut que le partage des bien soit réglé par la loi du pays où ils sont situés car l'exhérédation d'un enfant engendre la haine entre frères, ce qu'il déteste avant tout que l'on ne frappe point l'enfant c Le châtiment de la main n'est presque que pour la bête » que l'enfant s'exerce à la chasse, la lutte et le saut; l'équitation, l'escrime, une gymnastique purement hygiénique et musculaire, voilà ce qu'il lui faut, non pas ces sauts périlleux bons pour des bateleurs, ces tours de souplesse bons à divertir les sots. La Hoguette est un précepteur il prend son fils au berceau et le suit durant tout le cours de sa vie, à la maison, au collège il alla lui-même, avant d'y mettre son fils, s'enfermer, à 70 ans, huit jours à Juilly pour juger du régime de l'établissement à la cour, à l'armée de là des avis sages, des leçons excellentes et dont nous pouvons encore faire notre profit. Il n'oublie ni la santé, ni les affaires, à plus forte raison insiste-t-il sur la religion. « L'homme est né pour le service de l'homme. Contemple l'obscurité que tu y trouves (aux mystères) comme une belle nuit en laquelle tu as la lumière de l'évangile. L'unité de l'église, comme la robe du Seigneur, ne doit-être que d'un seul tissu. »

Marié fort tard (55 ans) avec une femme qui n'était plus très jeune (28 ans), Louise de Beaùmont-Péréfixe, sœur du précepteur de Louis XIV, évoque de Rhodez; puis archevêque de Paris, La Hoguette eut trois fils et deux filles. L'une ne se maria pas; l'autre, Charlotte, épousa en 1063, Jean-François de Gaufreteau, baron de France. De ses fils, l'un, Armand, suivit comme son père la carrière militaire et fut tué au siège de Candie le second, Charles, marquis de La Hoguette, lieutenant général, gouverneur de Niort, « fort galant homme et très estimé », dit Saint-Simon, fut tué en 1693 à la bataille de La Marsaille. De Marie Bonneau de Rubelles, fort riche, d'après Saint-Simon, « fort dévote, fort glorieuse, fort dure, sèche et avare y, il eut une fille unique, femme, dit Saint-Simon « de beaucoup de vertu », qui épousa en 1705 Louis-Armand de Brichanteau, marquis


de Nangis, chevalier d'honneur de la reine, puis maréchal de France (1). Le troisième, Hardouin, fut abbé de Sablonceaux et prieurde Sainte-Gemme à la mort de son oncle et parrain (3 janvier 1671), puis évoque de Saint-Brieuc et de Poitiers, archevêque de Sens, mort en 1715. M. Tamizeyde Larroque a donné sur eux de plus amples détails.

DEUX LETTRES DE LA HOGUETTE A HUET

M. Léon-G. Pélissier, ancien membre de l'école française d'archéologie de Rome, professeur à la faculté des lettres de Montpellier, a la bonne habitude de faire, tous les ans, un voyage littéraire en Italie et d'en rapporter des dépouilles opimes. Non seulement il tire de son butin le meilleur parti possible dans des publications non moins savantes qu'intéressantes, mais encore il aime à partager avec ses amis les richesses qu'il puise à pleines mains dans les magniSques collections de Rome et de Florence. C'est ainsi qu'il m'a cédé, avec une générosité dont je lui serai toujours reconnaissant, deux curieuses lettres de mon vieil ami Fortin de La Hoguette, l'une au docte évêque d'Avranches, qui devait donner plus tard à son correspondant une si bonne place dans le Commentarius de~ebusad eum pertinentibus (2), l'autre adressée à la fois au même prélat et à deux autres personnages fort liés avec lui, MM. de Fontenay et de Plaineville (3). T. DE L.

T. DE L.

(1) « Nous y avons perdu La Hoquette, lieutenant général et très bon », écrit Saint-Simon (Mémoires, édition Boislile, t. V, p. 276). Catinat de son côté mandait au roi dans une lettre du 7 octobre « M. de La Hoguette est mort (à Pignerol dans la nuit du 6 au 7). J'ose dire à votre majesté que c'est une perte pour son service. C'était un homme plein de vertu et de mérite il n'y avait point d'emploi dont votre majesté t'eût voulu honorer qu'il n'eut parfaitement bien remp)i. Je suis sensiblement touché de sa perte. M. de Boislisle ajoute: « Charles Fortin, marquis de La Hoguette, après avoir servi dans les gardes, était devenu cornette des mousquetaires gris en 1672, enseigne en 1683, souslieutenant en 168-i, maréchal de camp en 1688, lieutenant général et gouverneur de Méziëres en mars 1693. Il avait aussi le gouvernement de Niort. La Hoguetto montrait de la valeur, de la probité, le génie de la guerre mais on croyait que la nouveauté de son origine lui avait nui en effet, Saint-Simon, lui, nous racontera que le père de cet officier, major à Blaye, avait été à peine anobli. »

(2) J'ai eu le plaisir de citer le passage dans l'Avertissement des Lettres inédites de Philippe Fortin de La 77o~ue«e (tomexv; des ~trc/ttoe.! historiques et tirage à part; 1888).

(3) Les deux documents, qui sont autographes, appartiennent à la bibliothcque Laurentienne, où déjà M Pélissier a trouvé tant de lettres adressées à Huet par diverses plumes célèbres. Qui donc nous donnera, après les correspondants de Huet, les lettres de Huet lui-même, si nombreuses et si précieuses ? Comprend-on qu'une province telle que la Normandie, qui possède tant de sociétés savantes et qui est si fière notamment de sa prospère et brillante société des bibliophiles, n'ait pas déjà publié en de beaux volumes cette série de lettres où l'esprit ett'éruditioncou)entài!ots?Ah!st


A. A Monsieur, monsieur Huet.

A Rouen, ce 5 juillet 1662.

J'aurais besoin d'une lettre circulaire et d'un compliment qui le fust aussi pour respondre à tous ceulx qui m'ont esté faits par mes amis depuis la nomination de M. de Rodez à l'archevesché de Paris. La votre, M.. va jusqu'à l'excès par le souhait que vous faittes en sa faveur (1). Le lustre où il se trouve maintenant est si beau qu'il s'en doit contenter s'il est sage. Pour ce qui est de ma Charloton, je ne peux vous donner un meilleur conseil que de suspendre un peu vos bonnes volontés pour elle jusqu'à ce que vous ayez veu si elle le mérite. Elle est fière et un peu hagarde, ayant été nourrie aux champs (2). Je vous suis très obligé de la promesse que vous me faittes de me voir si vous passez icy pour Paris. Je vous en supplie afïin que je vous puisse tesmoigner combien j'estime votre personne et votre mérite et vous assurer que je suis, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. LA HOGUETTE. B. A Messieurs, messieurs de Fontenay, Huet et de Plaineville, rue de Tournon, à l'hostel de Montmorency, Paris. A Toyr [Tours ?], ce 19 juillet 1662.

Messieurs, ilya une si estroite liaison entre vous trois que je suis assuré que vous ne trouverez point mauvais que pour vous soulager et moi aussi, je vous escrive une lettre en commun pour vous supplier tous, si vous en avez le loisir, de faire cet honneur à mon patriarche (~) d'assister à l'acte qu'il doit faire en philosophie au collège du Plessis sur la fin du mois. Je ne doubte point qu'estant tous de mes amis vous ne fassiez des vceux en sa faveur, afin qu'il se puisse'acquitter dignement d'une action publique dans une célèbre assemblée où il aura M. le proviseur de Sorbonne avec toute la suite de la faculté pour patron et pour surveillant. Si la petite furette (4) qui est avec vous se pouvoit glisser dans la compagnie sans être veue je m'assure qu'elle rendroit un bon et fidelle compte de tout ce qu'y s'y passeroit quoiqu'elle n'en eust l'intelligence que par figures. Je vous demande à tous de la suppléer et de recevoir ici mes très humbles respects et de vouloir prendre la paine de

Daniel Huet avait eu la bonne fortune de naître en Saintonge, toute sa correspondance aurait certainement vu le jour et charmerait depuis longtemps tous les lecteurs délicats.

(1) Je crois deviner que Huet s'était empressé de souhaiter au nouvel archevêque son beau-frère, le chapeau de cardinal.

(2) Sa fille Charlotte, baronne de France, élevée à Chamouillac. (3) Patriarche signifie sans doute ici fils aine. Voir sur ce fus l'Avertissement déjà cité.

(4) Qu'elle est cette furette ? S'agirait-il d'une petite chienne, la favorite de cebonHuet? `t


dipidiatifs ? ny faire mon acteur auque] j'ordonne de vous voir tous et elle aussi avant son acte s'il en a le temps et suis, messieurs, vostre très humble et très obéissant serviteur. LA HOGUETTE.

FORTIN DE LA HOGUETTE A SABLONCEAUX

Hardouin de Beaumont de Péréfixe, archevêque de Paris, né en 1605, mortle 31 décembre 1670, < tiroit son origine de l'ancienne maison de Beaumontdu Poitou)), disent, p. 55-62, lesEloges historiques des évesques et archevesques de Paris qui ont gouverné cette église depuis environ un stèc~ejusques au décès de M. Fra~çoïs de Harlay Chanvalon (Paris, Fr. Muguet, 1698, in-4", 103p.), par M. de Martignac, ouvrage qui contient le portrait de PéréRxe. Chose à remarquer les deux beaux-frères, La Hoguette et PéréGxe, furent, l'un soldat, l'autre évêque, tous deux précepteurs: le premier de ses enfants, puis gouverneur de ceux du duc de Longueville, le second d'un roi de France, Louis XIV. Tous deux eurentdes intérêts à l'abbaye de Sablonceaux, l'un comme abbé, l'autre comme administrateur au nom de son beau-frère, ainsi que M. Tortat va nous le montrer On a dit et répété que l'histoire de nos provinces dormait, oubliée, dans les vieilles liasses des tabellions; même les études des notaires ruraux ménagent bien des surprises à qui veut se donner la peine de secouer la poudre de leurs dossiers. Nous étions loin de nous attendre à rencontrer, dans le petit bourg de Corme-Royal, des traces du correspondant de Pierre Dupuy et voilà que, parmi les minutes qu'a bien voulu nous communiquer M. Soulard, notaire, un acte jette un jour singulier sur les relations de l'auteur de la Lettre au roi Louis XIII, avec ceux que M. le baron de La Morinerie appelle ses amis, les moines de l'abbaye de Sablonceaux » (Archives, xvj, '19), pour lesquels il aurait soutenu un siège, et sur la détresse du pays dans la terrible année 1652. C'est une « sommation faittes par les père de Sablonceau à M. de La Hoguette s. Elle prouve que ses « bonsamis, les moines de Sablonceaux », n'étaient déjà plus ses si « bons amis et que ce défenseur des religieux se faisait payer, et peut-être un peu cher, ses services en tout cas, qu'il n'était sans doute pas à l'abbaye tant pour les protéger que pour y vivre lui-même, faisant, agissant, usant comme l'eut fait leur abbé, son beau-frère, dont il avait pris la place et le logement. « Aujourdhui, 17' janvier 1652, pardevantle notayre royal en Xaintonge soubzsigné, présents les tesmoins bas nommés, a comparu révérand père en Dieu, Louis-Jean Papon, prebstre, prédicatteur, chanoyne régulier et sindicq de l'abbaye Nostre-Dame de Sablonceau, ordre des chanoines réguliers de Saint-Augustin on diosèze de Xaintes, assisté des révérands


pères Simon du Casse, prieur, et Jacques Boyt, soubzprieur de ladite abbaye, parlant à la personne de hault et puissant messire Philipes Fortin, chevalier, seigneur de La Hoguette; lequel susdict sindicq, assisté comme dessus, tant pour lui que au nom de tous les chanoines réguliers et communauté dudit Sablonceau, a dit et exposé audit seigneur de La Hoguette, comme jouissant des biens et revenuz de leur ditte abbaye, et faisant pour monseigneur de Rodaix, abbé d'icelle abbaye, en son absence comme ainsy soit qu'il soit deub à leur communauté par chacun an, sur les fruits et revenuz de leur ditte abbaye, la somme de trois milles livres, payables cartier par cartier et par advance, ce nonobstant, ledit seigneur de La Hoguette, au grand préjudice du service divin de leur communauté, et de leur droit, ne voudroit entendre à les payer que quand bon lui semble et à la façon qu'il lui plaist, faisant quantité de remises, subterfuges et autres traittemens qui sont obmis, en sorte que ledit sindicq est prest de faire paroir par les acquits à lui renduz par ledit seigneur de La Hoguette, leur patience, et que leur ditte pention annuelle de trois milles livres leur a esté payée dans l'an, non seullement apprès les termes des~cartiers escheux, mais encore en trante deux acquits donnés trante deux diverces fois, y comprins ceux du curé et de l'oblat, ce qui cause de fort grandz dhommages à leur communauté, spéciallement les retranchemens et rétentions pardevers soy de diverses sommes notables sur leur ditte pention, que fait ledit seigneur de La Hoguette. C'est pourquoy, ledit père sindicq, et ondit nom, procédant à l'exercice de sa charge, a sommé et somme ledit seigneur de La Hoguette, en la susditte calitté, de leur payer entièrement tant le cartier de leur pention qui a commencé à noel dernier, finissant à la NostreDame de mars prochain, que les arrérages passés, par luy retranchés et retenuz, ainsy que dit est et à faute de ce faire au plus tost, ledit sindicq, tant en son nom que de toutte sa communauté, a protesté, comme cy devant, et proteste de nouveau contre ledit seigneur de La Hoquette et autres, ainsy qu'il appartiendra, de tous despans, dhommages et intérests soufferts et à souffrir, et par exprès, proteste que si, par la malice du temps et danger des guerres que nous voyons en cette province, il arrive quelques inconvéniens en laditte abbaye, ledit seigneur de La Hoguette, ou autres qu'il appartiendra n'auront aucune cause ou prétexte de ne les avoir peu payer, puis que le terme du payement qu'ilz demendent est desjà escheu il y a lomtemps, et que quand mesme il n'auroit pas d'argent, lesdits révérandz ce sont tousjours offerts et offrent de nouveau prandre en payement au pris courant bledz, vins et autres fruits, que ledit seigneur de La Hoguette tient en sa puissance et disposition, et ce pour subvenir à leur extresme nécessitté, et à celles des pauvres marchandz, mercenaires et créanciers ausquelz ils sont redebvables, et qu'ilz soient, à leur grand crève cœur, tous les jours à leur porte, en ce temps de cheretté et de mi-


sères, et pour beaucoup d'autres nécessittés concernant l'entretien du service divin et la subsistance de leur communauté. De plus, ledit père sindicq et ondit nom, a sommé et somme ledit seigneur de La Hoguette de luy randre l'acquit signé de sa main, pour cent quinze livres, quy.ne lui ont estés livré, lequel il lui porta, en la compagnie du révérand père Boyt, soubzprieur susdit, le neufiesme du présent mois, apprès midy, estant en sa chambre, en présence de madame sa femme (mots rongés pour tout ?) l'argent qu'il avoit promis, lequel susdit acquit de [cent] quinze livres sur le cartier de noel dernier, ledit seigneur [a] prins entre les mains du sieur Daston, receveur, et le déchira. Et par [ce] que ledit seigneur ranvoya sans satisfaction lesdits révérandz père soubzprieur et sindicq, et d'aultant qu'il pouroit par advanture n'avoir déchiré que la double feuille blanche de dessoubz dudit acquit, ledit sindicq le requiert de lui randre, ou à faute de ce, et au cas que luy ou autres s'en voullussent servir contre leur communauté, déclare et proteste que ledit acquit sera de nul effait et valeur, et qu'il appellera lesdits seigneur et dame et ledit receveur en justice, à faire serment sollennel de la véritté du fait, et comme ladite somme portée par ledit acquit ne leur a esté aucunement délivrée. De plus, ledit père sindicq, et ondit nom, proceddant à l'exercice de sa fonction et de son office, a aussy sommé ledit seigneur de La Hoquette, que ayent à déclarer présentement, en vertu de quoy èt pourquoy il a usurpé à sa dite communauté, depuis peu de temps, diverses portes de leur département, qu'il a fait murer par le hault ou les voultes de leur réfectoire et au cas que ce ne soit que pour la conservation de sa personne et de son bien, en ce temps de guères, ledit pèrescindicq, et ondit nom, consent pour un temps qu'il s'en serve à ladite fin, déclarant au parsus qu'il si oppose formellement, en tout ce que ladite usurpation leur pouroit nuyre ou choquer leur droit et leur possession de tout temps.

» Ledit seigneur de La Hoguette a dit qu'il ne peut, pour le présent, faire aucune réponce au présent acte, et a requis délay pour cet effect, et n'a voulu signer, de ce interpellé. Dont, et du tout, lesdits révérendz pères ont requis acte à moy ledit notaire, pour leur servir et valoir ce que de raison, que leur ay autroyé. Fait en la chambre dudit seigneur de La Hoquette, en ladite abbaye de Sablonceaus, apprès midy, en présence de Estienne Labrousse, cuisinier, et Jean Prince, cordonnier, demeurans en ladite abbaye; et a ledit La Brousse déclaré ne savoir signer, de ce requis. DncASSE, prieur susdit. J. BovT, sonspr~ew susdit, -}-. LOUIS-IEAN PAPON, syndic de Sablonceaux. J. PRINCE. CHEVALLIER, notayre royal.

» Et le landemain, 18" desdits mois et an, ledit seigneur de La Hoguette, faisant réponce au long et injurieux acte qui lui fut fait le jour d'hier, cy dessus transcript, par lesdits révérendz pères Ducasse, Boyt et Papon, dit qu'il n'a rien fait ny géré en cette abbaye que par les ordres de monseigneur l'abbé,


évesque de Rodez, dont il a l'honneur d'estre beau-frère, on nom duquel il requiert coppie dudit acte, et temps convenable pour lui envoyer, afin d'y estre répondu par ledit seigneur abbé. Et de plus, ledit seigneur de La Hoquette déclare ausdits religieux que présentement il y a un receveur en cette abbaye, de la part de mondit seigneur abbë, onquel il entend qu'ilz s'adressent à l'advenir pour leurs payement, et non plus à lui. Dont il requiert acte, pour estresignifRé ausdits religieux, que lui ay acordé. LA HoGUETTE. CHEVALUER, notayre susdit. B Et à mesme instant, la réponce cy dessus faitte par ledit sieur de La Hoguette, a esté notifïiée par moy, ledit notayre, ausdits révérand père sindicq, assisté comme dessus lequel a requis derechef ledit seigneur de La Hoquette de lui rendre l'acquit de la somme de cent quinze livres cy dessus mantionné, cy tant qu'il ne soit tout à fait déchiré, et que quelcun s'en peut servir avec le temps contre leur dite communauté. (1) [De plus a replicqué que ledit seigneur de La Hoguette, dans sa réponce, est de beaucoup injurieux à l'exemplaire et insigne pitié de monseigneur de Rodez, leur abbé (mots rongés) sa grandeur illustrissime lui faisant l'honneur de le recognoistre pour son beau-frère, il ose néantmoins le rendre l'auteur de touttes les injures et mauvais traittemens que lui mesme a fait à ses religieux dans sadite abbaye, depuis plus de trois ans que, par l'excessive bonté dudit seigneur abbé, il y est; lesquels traittemens obmis, ont esté telz que lui mesme, pour quelques espèces de satisfaction, en a demandé pardon à certins religieux.] Et pour ce qui est du receveur nouveau, ledit révérand père sindicq, ondit nom, soubtient que ledit seigneur de La Hoguette et dame Louise de Perefixe, sa femme, ce sont califfiés et signés tous deux, par acte devant notaire, du douziesme décembre dernier, qu'ilz sont dans ladite abbaye faisant pour mondit seigneur abbé, en son absence, et ont sommé lesditz religieux, en cette calitté, de recevoir le restant de leur payement avec retranchement touttesfois, quoy que eux mesmes, pour obéir aucunement aux ordonnances cy formelles et si pressentes de mondit seigneur abbé, leur eussent heub [fait?] payer leur pention annuelle de trois milles livres sans aucun retranchement ny diminution, jaçoit mesme que le nombre des religieux ne fut que de huit, sur quoy seullement prétexte ledit seigneur de La Hoguette; et partant, c'est avec toutte raison, que lesditz religieux ce sont adressés et s'adressent comme cy devant, par leurs actes de protestations, ausditz seigneur et dame de La Hoguette, jusqu'à ce qu'ilz soient (mots rongés à plain informés) de l'établissement jurisdicq d'un receveur nouveau, s'offrant au reste de recevoir leurs payemens par les mains de qui que ce soit; et cy dans quelque acquit de quatre vingts livres, signé par ledit sindicq puis deux jours en ça, il

(1) Les mots renfermés par les crochets ont été batonnës sur la minute. 7


semble avoir recogneu et callifné ledit sieur Daston de la calitté de receveur de ladite abbaye, c'a esté par pure contrainte et extresme nécessité d'argent, ledit seigneur deLaHoguettece prévalant de tenir la bource, ayant dit qu'il ne leur donneroit du tout point d'argent qu'on ne califfiat ledit sieur Daston .de la calitté de receveur de l'abbaye de Sablonceaux, bien qu'il ne leur en conste en aucune façon, et que ledit Daston ne soit que domesticq audit seigneur de La Hoguette, et qu'il ne puisse disposer aucunement des fruits et revenuz de laditte abbaye, ny leur faire aucun payement que par le commandement de monsieur de La Hoquette, comme lui mesme leur a donné à entendre, ou bien madame sa femme de fait, ce fut elle mesme laquelle, apprès beaucoup de remises, promit dans l'églize au révérand père prieur susdit d'envoyer ladite somme de quatre vingtz livres et partant, ledit révérend père sindicq persiste en ses premiers dires et requiert à moy, ledit notayre, coppie du présent acte pour lui servir ce que de raison, tant auprès de monseigneur de Rodez, leur très digne abbé, que autres qu'il appartiendra, que lui ay autroyé. DucASSE, p~eur susdit. J. BOYT, SOUS prieur susdit, -}-. LOUIS-IEAN PAPON, syndic de l'abbaye de Sablonceaux. CHEVALLIER, notayre royal. » Voilà à quoi étaient exposés les pauvres moines de Sablonceaux et ce de la part du représentant et beau-frère de leur abbé. Ils trouvaient sans doute peu gratuit et fort onéreux le secours de son épée contre « les bandes indisciplinées du comte du Doignon, qui saccageaient toute la contrée ». Pourtant qu'a répondu celui-ci ? Il faudrait le savoir. Combien plus célèbredevait être un jour la lutte de l'abbé lui-même, contre les religieuses de Port-Royal t GASTON TORTAT.

ERREURS OU OMISSIONS D'AUTEURS SAINTONGEAIS

A PROPOS DE LA HOGUETTE

Et puisque nous parlons de La Hoguette, ne serait-il pas à propos de publier un erratum à tous les ouvrages sàintongeais qui se sont peu ou prou occupés de lui ? C'est aux écrivains locaux qu'on demande généralement des renseignements précis; on s'en rapporte à leur exactitude. De là des erreurs qui se glissent dans de graves ouvrages où le public va les prendre de préférence. 0 Larousse, que de bévues on commet, grâce à toi 0 Rainguet, combien de fois Larousse a dû te maudire de toutes les fautes qu'il te doit

Notre plus récent recueil de notices biographiques (1877) est la Biographie de la Charente-In férieure, par MM. Henri Feuilleret, ancien professeur d'histoire au collège de Saintes, et Louis de Richemond, archiviste du département. Venu après les autres, il devait les corriger et pouvait les compléter. Eh bien ? Eh bien à la lettre HO, l'auteur consacre un im-


mense article proportionnellement à « Catherine Hoeufft, native de Hinsberch, duché de Juliers, fille de feu Christophe Hoeufft, chevalier (de sable au sautoir d'argent », qui « habitait La Rochelle, chez sa sœur, lorsqu'elle épousa M"' Octavio de Strada de Rosberg, natif de Prague (Bohême) » à son fils, Jean de Strada; à sa bru, « Marie-Elisabeth Fabrice de Gressenich, fille de feu Otto-Frédéric Fabrice de Gressenich, qui fut détenue dans le couvent des nouvelles catholiques de Paris à une amie de sa bru, « Marie de Beringhen x, aussi prisonnière pour cause de religion, dont on nous narre longuement les souffrances au mari de celle-ci, François Le Coq, mort en 1719, auteur d'un Traité de la transsubstantiation enfin, à un a cousin germain de François Le Coq, Jacques Le Coq des Roches, maire de Saint-Jean d'Angély en 1620 B, le seul ami des amis de M"" « Hoeufft, native de Hinsberg et fille d'Agnès Vanbecq », qui ait quelque rapport avec l'Aunis-Saintonge (1). Et La Hoguette a pour tout potage cette sèche et brève mention « Seigneurs de La Hoguette, de la famille normande de Fortin, anoblie par Henri IV pour fait de guerre, et fixée en Saintonge au xvtt" siècle. A cette famille appartenait un écrivain moraliste qui a publié Testament d'un bon père à ses enfants (Paris, Vitré, 1648,1 1 volume, in-12). o Trois grandes pages à Catherine Hoeufft et six lignes à La Hoguette Ah si Fortin avait été huguenot, son fils protestant, sa fille calviniste, sa bru enfermée aux nouvelles catholiques, et les amis de ses enfants persécutés à la révocation de Inédit D'autant que les « seigneurs de La Hoguette x n'ont pas tous été des Fortin. C'est Philippe Fortin qui implanta dans la paroisse de Chamouillac ce nom de La Hoguette, qui est celui d'une commune du canton de Falaise en Normandie. Ses fils furent aussi seigneurs de La Hoguette. Mais, dès 1714, on trouve Hardouin de Fournel, seigneur de La Hoguette (Bulletin, vu, 174); puis vinrent les Goulard qui ont conservée la terre jusqu'au commencement du xix"siècle, où elle passa' aux Senigon du Rousset de Roumefort. On voit que cet article n'a point de fautes, parce qu'il n'a rien. Passons à d'autres.

D'abord Gautier. Sa Statistique de la Charente-Inférieure, 11, 283, à l'article Chamouillac, qui vient, selon des règles étymologiques inventées par l'auteur, de Champ mouillé, dit qu' « une église en ruines s'y fait remarquer par quelques restes d'architecture du moyen âge x il ajoute que « Philippe Fortain, second mari de la dame Péréfixe, fut tué dans une bataille en Piémont; il était brigadier du roi et chevalier de ses ordres. » Trois erreurs en deux lignes Il y en a quelquefois davantage. Fortin n'était pas chevalier des ordres du roi l'or-

(1) Je ne cherche pas si ce François, mort en 1719, était bien véritablement cousin germain de Jacques, maire en 1620, y ayant entre eux une diifércnce d'âge d'au moins une trentaine d'années.


dre du Saint-Esprit ne s'accordait qu'aux grands seigneurs, jamais au fils d'un anobli il n'était pas brigadier, mais simplement capitaine il ne fut pas tué en Piémont, mais mourut tranquillement à La Hoguette, et même en raillant les médecins, d'après le Menagiana. Gautier a confondu le père avec le fils enfin, il fut l'unique époux « de la dame de Péréfixe comme l'appelle l'écrivain car La Hoguette lui-même dit à ses enfants que leur K mère est restée jusqu'à 28 ans auprès de sa mère avant de se marier », et qu'il l'épousa à 28 ans. Puis Rainguet. Dans ses Etudes sur l'arrondissement de Jonzac, p. 305, il fait aussi La Hoguette « brigadier du roi et chevalier de son ordre », ce qui est moins grave que « de ses ordres B, mais aussi inexact; et le tue aussi « dans les guerres du Piémont au xvn" siècle », ce qui est un peu vague et non moins faux. Par maladresse de rédaction, il lui donne deux frères qui sont ses fils, et une fille qui est sa petite-fille. Lisons s Son fils Hardouin Fortin fut tué encore jeune au siège de Candie en !669. Son frère, Hardouin Fortin. fut archevêque de Sens. et eut l'insigne honneur de succéder à Bossuet comme membre de l'ordre du Saint-Esprit. Son autre frère, Charles Fortin. fut tué en 1695 au combat de La Marsaille en Piémont. Sa fille unique fut mariée au maréchal de Nangis. » Et pour preuve de tout cela, Rainguet renvoie à. Rainguet, et l'auteur des Etudes à l'auteur de la Biographie saintongeaise.

Donc, d'après la Biographie samtoncjfeazse, Philippe Fortin, « brigadier du roi et chevalier de son ordre. fut tué vers la fin du xv; siècle dans une bataille en Piémont et inhumé ainsi que son épouse dans la chapelle de Chamouillac. » H eut quatre fils: 1° Hardouin Fortin, évêque de Saint-Brieuc, de Poitiers, archevêque de Sens 2° Hardouin Fortin, tué à Candie en 1670 (plus haut c'était 1669,vraie date) 3" « un autre fils de Louise qui se signala en 1690 à Dublin en Irlande, dans la bataille que perdit Jacques II contre le prince d'Orange D 4° Charles Fortin, tué à La Marsaille, s laissa une fille mariée au marquis de Nangis ». Et ses filles? H n'en est question ni dans les Etudes ni dans la Biographie.

C'est Fortin lui-même qui nous indique sa postérité dans son Testament < J'ai perdu trois enfans de mon frère aisné, l'un devant Corbie, l'autre devant Perpignan et le troisième au retour du siège de Thionville, et trois enfans de l'une de mes sœurs, dont l'un mourut en garnison, l'autre fut tué devant Saint-Anthonin et le dernier en la bataille de Nordlinguen. » Ailleurs il parle de ses cinq enfants et nomme les garçons dans l'ordre: Armand, Hardouin et Charles, et « Hardouin et Charles, mes deux cadets »; il ajoute « des trois fils que j'ai ». II ne peut y avoir de doute. Plusieurs fois, il s'adresse à ses filles, au nombre de deux, certainement, qui parfont le chiffre de cinq enfants. Sur ce nombre là on doit l'en croire. II faut donc changer le prénom d'Hardouin en Armand, supprimer un des


quatre mâles que lui donne Rainguet et lui ajouter deux filles. Deux filles contre un garçon, il y a compensation. Le rapprochement de Hardouin Fortin et de Bossuet est d'un joli effet, ingénieux peut-être, mais archi-faux. D'abord on no succédait pas plus à un cordon bleu qu'un chevalier de la légion d'honneur ne succède à un autre légionnaire; on était promu dans tel ou tel ordre, Saint-Michel ou Saint-Esprit, comme aujourd'hui dans l'ordre du mérite. agricole. Puis l'archevêque de Sens refusa le cordon bleu, disant qu'il n'était pas de naissance à le recevoir, n grande action, dit Saint-Simon, qui fut universellement admirée et ajouta encore a la considération du roi et au respect de tout le monde. » Si le père avait été chevalier des ordres, le fils n'aurait pas refusé de l'être, surtout après les instances de Louis XIV lui-même (1). Et puisque les ouvrages plus complets ont des lacunes, nous allons citer ce singulier détail que rapporte Saint-Légier de Boisrond et dont a parlé déjà la Biographie samto~geaise « L'été de cette année-là (1690), l'évêque de Poitiers vint encore voir sa mère, et toute la famille s'y assembla. Comme ils sont tous mes amis, je ne les quittais guère. Il n'y a que du mérite dans cette maison. Mais je ne veux pas passer sous silence que leur mère, veuve du vieux La Hoguette et sœur de l'archevêque de Paris, fut si pénétrée de la mort de son fils, tué en Candie, l'année 1670, qu'elle perdit la parole au moment qu'on lui annonça sa perte, et ne l'a jamais recouverte (sic), bien qu'elle entende à merveille tout ce qu'on lui dit, à quoi elle ne peut répondre que par signe. Telle est encore aujourd'hui, en l'année 1690, que j'écris ces mémoires. B

Louis AUDIAT.

(1) Voici ce que dit de lui Saint-Simon en ses Mémoires « C'ctoit un homme sage, grave, pieux, tout appliqué à ses devoirs et à son diocèse, dont tout étoit règle, que son mérite avait fait passer de Poitiers à Sens, aimé et respecté dans le clergé et dans le monde, et fort considéré à la cour. Il étoit fort attaché à mon père, étoit demeuré extresmement de mes amis, et n'avoit pas oublié que mon père avoit fait le sien major de Blaye, qui fut le commencement de leur fortune, qui avoit poussé La Hoguette, petit-fils de celuilà et fils du frère de l'archevêque, a estre premier sous-lieutenant de mousquetaires noirs et lieutenant général fort distingué. Il fut tué aux dernières campagnes de la dernière guerre d'Italie avoit épousé une femme fort riche, fort dévote, fort glorieuse, fort dure, sèche et avare, dont une seule fille qui devoit estre et fut en effet un grand parti. C'étoit donc de quoi le rehausser que ce cordon bleu à son grand-oncle paternel, et le tenter de ne pas faire à cette nièce à marier la honte et le dommage d'un refus. Mais la vérité fut plus forte en lui il répondit avec modestie qu'il n'étoit pas en état de faire des preuves, et refusa avec beaucoup de respect et de reconnaissance. Ces Fortin, en effet, n'étaient rien du tout, et c'est au plus si ce major de B)aye avoit été anobli. Ce n'est pas que M. de Sens ne sentist le poids de ce refus. Quoique savant, appliqué, à la tête des affaires temporelles et ecclésiastiques du clergé, il étoit aussi homme du monde, voyoit chez lui, à Fontainebleau, qui est du diocèse de Sens, la meilleure compagnie de la cour. U y donnoit à disner tous les jours grands seigneurs, ministres, tout y alloit, hors les femmes. » Voir aussi l'éloge que Saint-Simon fait du prélat à sa mort, p. 170.


in

LE CULTE DE SAINT EUTROPE.

Voir Bulletin, IV-X, et plus bas, page 122.

Eutrope, 1" évéque de Saintes et martyr, n'est pas le seul saint de ce nom qui soit inscrit au martyrologe. Les ~4cfa sanctorum des Bollandistes nous indiquent en outre Saint Eutrope, évêque d'Orange, fêté le 27 mai saint Eutrope, lecteur, martyr, le 11 janvier; saint Eutrope, martyr en Cappadoce, le 3 mars; saint Eutrope, martyr, « in Portu romano », le 15 juillet; saint Eutrope, martyr à Tiferni, le l"juin; saint a Eutropius, sive Eoprobus et Euprobus, martyr Tomis x, le 1" octobre saint Eutrope, anachorète à Cypre, le 26 février; saint Eutrope, évêque de Valence, le 8 juin; saint Eutrope, « stue Eutricus, episcopus, et socii martyres in Sardinia s, le 27 mai. Il est donc important, quand on trouve Eutrope vénéré quelque part, s'il n'est pas d'ailleurs déterminé par le titre « évêque de Saintes a, de se demander d'abord, surtout quand il s'agit d'un pays éloigné de son siège épiscopal et de son tombeau, à quelle date on le fête; si c'est le 30 avril ou quelque dimanche dans l'octave, il n'y a aucun doute c'est Eutrope de Saintes. Nous avons déjà cité une foule de lieux où la mémoire du martyr santon est conservée. Voici quelques noms qu'il faut ajouter à la liste déjà longue, et ce ne sera pas la fin. Dans l'église d'Arthenac, canton d'Archiac (Charente-Inférieure), un autel lui était dédié.

A Pranzac, canton de La Rochefoucauld (Charente), dans l'église, à main gauche, s'élevait un autel consacré à saint Eutrope au-dessus, le saint était représenté sous une peinture un peu « grosse dit M. l'abbé Legrand (Bulletin de la société archéologique de la Charente; série, t. I, p. 136, 1890-91). Bunzac, même canton, a un vitrail moderne représentant saint Eutrope.

Un peu plus loin est le <f prieuré de Saint-Eutrope de SeptFonts, paroisse de Cornille, diocèse de Périgueux », canton de Savignac-les-Eglises, arrondissement de Périgueux. Les archives de la Haute-Vienne (série D. 1188-1191) possèdent des pièces qui le concernent. La bulle de 1258 témoigne de son ancienneté, comme aussi les titres, puisqu'ils remontent à 1254. Ruiné par les Anglais, le prieuré se releva plus tard.

On sait combien l'abbaye de la Sainte-Trinité honorait Eutrope, dont elle se vantait de posséder le corps. Dom Hugues


Lanthenas, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, pendant un séjour de près de quinze ans à l'abbaye de Vendôme, fit l'histoire de ce monastère. Nous y lisons ce passage, que transcrit M. l'abbé Charles Métais dans son étude, Manuscrits vendômois de ta bibliothèque Philipps à Cheltenham. (Voir Bulletin de la société archéologiqe du Vendômois, 3e trimestre de 1892, page t64)

Dom Hugues Lanthenas, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, pendant un séjour de près de quinze ans à l'abbaye de Vendôme, fit l'histoire de ce monastère. On y trouve ce passage < Saint Eutrope, évêque de Saintes et martyr, est le second patron de nostre monastère. Nous en faisons l'office du 4" ordre et feste de garde, non seulement pour les religieux, mais aussi pour les domestiques et ouvriers étrangers, le dernier jour du mois d'avril. Son chef (en partie) est enchâssé dans un buste d'argent et son corps (en partie) dans une riche châsse d'argent. Ce saint est beaucoup vénéré dans tout le pais. Sa châsse descendue le jour de la pentecôte, à vespres, en grande cérémonie, et les festes et dimanches exposée dans la nef jusques au 3° dimanche après la pentecoste, qu'on la remet à sa place avec la mesme cérémonie à vespres qu'on l'a descendue. » Dom Lanthenas donne ensuite un texte relatif à la consécration d'un autel de l'église abbatiale en l'honneur de saint Eutrope, tiré d'un missel de l'abbaye, où il existe encore, et mentionne l'office du saint noté en neùmes. « Dans le manuscrit des vies des pères du désert, au dernier feuillet, il y a une messe (lisez l'office) de saint Eutrope, notée sans ligne et à la mode ancienne de chanter. o

Saint-Eutrope est le nom d'un château dans la commune de Linas, canton d'Arpajon, arrondissement de Corbeil (Seine-etOise).

Au Favril, canton de Thiberville, arrondissement de Bernày (Eure), on accourt, le 30 avril, de dix lieues à la ronde, invoquer saint Eutrope pour la guérison de l'hydropisie.

Il ne faut pas s'étonner que tant de villes, tant de bourgs, tant de hameaux se réclament d'Eutrope, puisqu'un historiographe au xvn° siècle l'a hardiment fait originaire de son propre pays. Eutrope n'est plus un missionnaire venu d'Orient, ainsi que l'indique son nom, comme les Pothin, les Irénée, les Polycarpe ce n'est pas même un romain, un latin; c'est. lisez plutôt L'origine des églises de France prouvée par la succession de ses évêques, avec la vie de saint Austremoine, premier apôtre et primat des Aquitaines (A Paris, chez Estienne Michallet, M.DC.Lxxxvm, in-8''de52) pages). L'auteur de cet ouvrage est Dufraisse, chanoine de la cathédrale de Clermont en Auver.


gne. Donc saint Eutrope était auvergnat. Il y a bien une petite difficulté, c'est que, contrairement à Grégoire de Tours, il fait vivre notre évoque au milieu du iv° siècle seulement; il le fallait bien, puisqu'il fût disciple d'Austremoine et enfant de la ville de Clermont, ou il y avait alors tant d'Eutrope. « Puisque l'église de Saintes reconnoist saint Eutrope pour son premier prédicateur et qu'elle n'en sçait point de plus ancien que luy qui y aye presché Jésus-Christ, il se conjecture par là que ce premier évesque n'y fut envoyé que vers le milieu du quatrième siècle durant que les enfans du grand Constantin tenoient l'empire, et qu'il n'y versa son sang pour l'évangile que dans la persécution de Julien l'Apostat. S'il avoit esté envoyé par saint Clément sur la fin du premier siècle, et qu'il eût esté martyr dans celle de Domitien ou de Trajan, son siège auroit vacqué l'espace de plus de deux cens cinquante ans, puisque, suivant la table de ses évesques, Troianus, son troisième successeur, ne gouvernoit cette église que long-temps après le décès de saint Martin, et que Petrus qui luy succéda se trouve avoir souscrit le premier concile d'Orléans l'an 511. Si, dans l'incertitude du temps de la mission de saint Eutrope, il m'est permis de dire ce que je pense de la naissance et du pais de ce premier évesque de Saintes, pour beaucoup de raisons on peut croire qu'il étoit auvergnat, et qu'il avoit esté envoyé dans la Saintonge par quelqu'un des successeurs de saint Austremoine, environ l'an 330 ou 340, puisqu'il se trouve que dans la ville de Clermont la famille des Eutropes y étoit très recommandable par sa noblesse dans le quatrième et cinquième siècle, et qu'il y avoit des sénateurs de cette famille, et des personnes très-illustres par la sainteté de leur vie. A ce sujet on peut lire l'épître sixième du livre 1 de Sidonius Apollinaris, et la sixième du livre 3, la 2" du liv. 6, les martyrologes romain et gallican le 15 septembre et on y verra que la famille des Eutropes étoit très-recommandable et très-illustre dans Clermont. » On doit ajouter que, pour ne point faire dejaloux, l'auteur fait aussi auvergnats, d'après Sidoine Apollinaire et Grégoire de Tours, dit-il, saint Georges, premier apôtre du Velay, et saint Front, premier évêque de Périgueux.

A Fontanes, commune du canton de Brioude, sur la rive droite de l'Allier, on honore particulièrement saint Eutrope. Une fontaine lui est dédiée, située à deux kilomètres du village, à l'orée d'un petit bois de pins, sur les limites des anciens bois de la maladrerie de La Bajasse. Le 30 avril, une procession y attire un grand nombre de pélerins. Au retour de cette procession, tous les assistants se rendent a l'église et chacun fait dévotement ses romaines, c'est-à-dire boit dans le creux de sa main quelque gouttes de vin, qui sont versées par le curé auquel on aumône quelques pièces de menue monnaie. Avant la refonte


des monnaies de cuivre, cette offrande consistait surtout en pièces anciennes et hors de cours.

Cette fontaine est un édicule voûté, en maçonnerie ordinaire, dans le type des plus vieilles fontaines publiques de nos villages. La seule particularité à retenir est une petite cavité en forme d'écuelle, taillée sur le rebord supérieur de la margelle formée d'une longue pierre plate, en granit brut. Avant la révolution, il existait à Fontanes une confrérie très nombreuse sous le patronage de saint Eutrope; elle existe encore, quoique moins importante.

A Reilhac, commune du canton de Langeac, arrondissement de Brioude, on se rend des environs, notamment du département du Cantal, le jour de la Saint-Eutrope, pour y faire la romanie (1). Et pourtant le vocable de l'église paroissiale de Fontanes est Notre-Dame et celui de l'église de Reilhac, saint Privat. Le nom de saint Eutrope ne se rencontre point dans le pouillé du diocèse de Saint-FIour, dont jadis faisaient partie ces deux paroisses; c'est une lacune.

A ces notes M. Paul Le Blanc, aussi obligeant qu'érudit, a bien voulu joindre une pièce du 30 avril 1664, assez banale ordinairement prise de possession de l'église paroissiale de Notre-Dame de Fontanes, par Jean-François Croze, mais ici très importante parce qu'elle relate certains détails particuliers: on y voit célébrer très solennellement la fête du saint, messe chantée à diacre et sous-diacre, sermon, vêpres et complies procession à la fontaine, bénédiction avec un reliquaire d'argent représentant le saint et contenant ses reliques enfin, élection des nouveaux « bailles o ou syndics de la confrérie de Saint-Eutrope. (2)

(1) « Depuis un temps immémorial, et aujourd'hui encore, le jour de la fête patronale de Reilhac, où l'on honore saint Eutrope, on s'y rend des environs, notamment du département du Cantal, pour y faire ce qu'on appelle la rom..t<,r~o (Romagne, pièce de cinq liards), c'est-à-dire boire dans le creux de sa main quelques gouttes de vin bénit que distribue le cure en échange de menues pièces de monnaie, afin de se préserver dé maladies. Page 135, ~M.-n sur t'/uxtot're de !a ville de Z,a7t(/enc et la statistique <j;z canton, parF.-V. Lagrave Clermont-Ferrand, Ferdinand Thibaud, 1857, in-18.

(2) L'an mil six centz soixante-quatre et le mercredy feste du glorieux sainet Eutrope, tranctiesme et dernier jour du mois d'apvril, entour dix heures du matin, audevant l'esglize parrochialle Nostre-Dame de Fontanes, diocèse de Sainct-Elour, a comparu, pardevant les notaires royaux soubzsignés et les tesmoings bas nommés, vénérable personne messire Jean-François Croze, prebtre, bachelier en théologie, prieur curé de ladicte esglise et parroisse Nostre-Dame de Fontanes lequel, revestu de son surpelis, tenant son bonnet quarré & la main, a prie et requis vénérables personnes messires Claude Varenes, aussy bachelier en théologie, prebtre et curé de l'esglise parrochialle Sainct-Picrre de la ville de Brioude, et Jean Courtial, aussy prebtre, curé de la parroisse de La Brousse, diocèse susdit, le vouloir mettre en possession et saisine dudit prieuré-cure de Nostre-Dame de Fontanes, honneur, fruictx, proficts, revenus et esmohtmentx en dépendant, en vertu des provisions qu'il en a obtenu de sa saincteté nostre sainet père le pape Alexandre septiesine, données a. de Home. que ledit sieur Croze a mis ès mains et puissance desdits sieurs Varenes et Courtial lesquelz cn exécutant la commission à eux adressant et receu aveq l'honneur et respect re-


Le Bulletin religieux de La Rochelle du 24 décembre 1892 a reproduit l'article, Le culte de saint Eutrope dans le diocèse de Quimper, publié par la Semaine religieuse de Quimper. quis, inclinant ausdites prières et obtempérant ausdites réquisitions, ont conduict par la main ledit sieur Croze, prieur, dans ladite esglise, à l'entrée de laquelle luy ayant présanté de l'eau bénite, l'ont conduict audevant du maistre hautel, où ilz ont faict diverses génuflexions et salué le très sainct Sacrement quy est exposé en évidence dans un dôme posé en hault dudit haustel et après avoir faict leurs prières, ledit sieur Varenes auroit mis une estolle en signe de supériorité sur le col dudit sieur Croze, prieur, lequel auroict entonné à haulte voix l'himne, Vemt crea<o?' sptrftu~ et icelluy finy, ledit sieur Croze a dit l'oraison, Deux qui corda /t(/enunt; et ensuite revestu de ses habits sacerdotaux et d'un pluvial, ayant faict sonner la cloche par les marguiliers en ladite esglize, a pris en main le reliquaire d'argent où sont enfermées aucunes reliques dudit sainct Eutrope, et commencé en chant les litanies des saincts et faict la procession, suivant la eoustume du lieu, jusques à la fontaine de Sainct-Eutrope où estant, après les oraisons et bénédictions desdictes reliques et de l'image dudit sainct faictes sur le peuple et sur les fruicts de la terre, le dit sieur Croze a béni une grande croix de bois qu'il avoict faict planter le jour d'hier proche et au-dessus de la dicte fontaine, et après avoir adoré et baisé la dite croix, ainsyqu'il est de coustume et ordonné, la dite procession a esté continuée jusques dans la susdite esglise de Fontanes, où le dit sieur Croze, prieur, ayant quiète le dit pluvial et pris la chasuple, a dict et célébré, à haulte voix, à diacre et soudiacre, et accompagné d'un adsistant, la grande messe, à l'offertoire de laquelle il auroit donné la bénédiction à messire Jean Aubert, prebtre, régent de physique du collège royal de Brioude, qui auroit dit la prédication et, la dite messe finie, a esté conduict comme dessus aux fondz baptizmales en la dite esglise, où ont été vérifié icelles avec les sainctz huiles et de là dans la maison prieurale du dit Fontanes, joignant la dite esglise de midy, entré et sorty d'icelle et sur les deux heures après midy le dit sieur Croze, prieur, auroit présidé à l'assemblée tenue par les bailles et confraires de la dite frérie de Sainet-Eutrope pour la nomination des nouveaux bailles et, sur les trois à quatre heures après midy, le dit sieur Croze, prieur curé, ayant commencé les vespres et complies, icelles finies, revestu de son surplis et pluvial, a donné la bénédiction du très sainct sacrement par le moyen desquelz actes et autres cérémonies ordinaires requises et nécessaires, les dits sieurs Varenes et Courtial, commissaires susdits, ont mis et installé ledit sieur Jean-François Croze en la vraye, réelle, corporelle possession et jouissance dudit prieuré et cure NostreDame de Fontanes, honneur, fruicts, proficts, revenus et esmoluments y appartenant et dépendant; laquelle possession a esté tant après la dite grande messe que complies, leue, notifiée et publiée à haulte voix et vulgaire, audevant la grande porte en la dite esglize, le peuple sortant en affluence de les ouyr à laquelle prise de possession personne ne s'est oposée. De tout quoy ce dessus, ce requérant le dit sieur Croze, prieur, luy a esté, par nous no.taires royaux soubzsignés, octroyé le présent acte pour luy valloir et servir en ce que de raison et en ce que lesdits sieurs Varenes et Courtial luy ont remis les dites lettres de provisions et visa. Faict audit lieu de Fontanes, maison prieurale, ès présences de messieurs Blaise Jarlier, prebtre communaliste en l'esglizo et parroisse Sainct-Saturnin dc Vialle sur La MotheCanilhat; et <t présent vicaire de ladite esglise et parroisse de Fontanes messire Jean Amoureux, aussy prebtre communaliste dudit Saint-Saturnin messire Robert Pissis, prebtre, curé d'Agnat Guérin Alezaix, prebtre, curé en l'esglize parroissiale Saint-Geneix dudit Brioude et baille l'année présente de la confrairie dudit Sainct-Eutropc Robert Bellet, advocat en parlement, et Pierre Voisin, procureur au bailliage dudit Brioude, y résidant, qui ont signé avcq lesdits sieurs Croze, prieur, Varenes et Courtial, et de Guillaume Estival et


Saint Eutrope était le patron d'une égiise à Locronan, de chapelles à Scaër, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Quimperlé, et à Clohars-Carnoët, canton de Quimperlé. Il est toujours patron de l'hôpital de Quimperlé et de la paroisse de Botmeur, canton de Helgoat, arrondissement de Châteaulin; on l'honorait aussi dans la paroisse -de.Quilliou, jadis du diocèse de Quimper. De l'église détruite de Loc-Ronan, canton de Châteaulin, son culte a passé à l'église de Saint-Ronan, où l'on voit sa statue au-dessus d'un autel et où l'on vénère ses reliques dans une châsse d'argent du xvi~ siècle.

Au grand pèlerinage sexennal de La Troménie, la première des douze stations que l'on fait à la procession est en l'honneur de saint Eutrope; on y voit sa statue dans une petite châsse d'argent, vrai bijou de l'orfèvrerie de la renaissance; on y baise sa relique, et l'on y chante l'hymne du commun dos martyrs (Saint-Ronan et La Troménie, par l'abbé Alexandre Thomas, p. 52).

Dans le diocèse de Tréguier, il y a l'église paroissiale de Plougonven, qui était une chapelle au xve siècle et dès cette époque dédiée à saint Eutrope. On y voit la statue du saint, moderne et insignifiante, deux autres statues d'évoqués dont l'une doit être la statue primitive du patron. Il est de tradition que c'est un gouverneur de Saintonge, le sire de Rosampoul, qui introduisit dans le pays le culte de l'apôtre saintongeais; et le populaire y voit même son tombeau dans la statue couchée d'Yves du Parc, seigneur de Kerg'adou, chevalier de l'ordre du roi, maire de Morlaix en 1605, mari de Françoise Huon, dame de Kergadou, que fit faire son fils, François du Parc, conseiller au parlement en 1G35; ce qui prouve encore que la tradition est erronée, c'est que, 35 ans avant Rosampoul, un acte de 1404 nomme un chapelain au prieuré de Saint-Eutrope & L'an 1442 fut la chapelle de M. saint Eutrope faite et édifiée par nobles personnes Maurice de Kerloaguen et Louise Béchet, fille du sieur des Landes au pays de Saintonge, femme épouse, seigneur et dame de Rosampoul, en leur terre et héritaige. x Le 12 janvier 1451, fut ladite chapelle avec le cymotière d'icelle benoiste par R. P. en Dieu Jehan de Ploec, évesque de Tréguier, et le 2e dimanche d'aoust fut dédiée par le R. P. en Dieu Jehan de Coatquen, évesque de Tréguier. » Cette chapelle devint promptement un centre de dévotion. Dès 1474, une bulle pontificale accordait 100 jours d'indulgence à ceux qui visiteraient la chapelle, le 30 av,ril (fête de

Vidal Gonnet, laboureurs dudit Fontanes, luminiers l'année présente en ladite esgliso et parroissc de Fontanes Jacques Gilbert, huilier Jean Boyre, laboureur, et autres habitans du dit hoi!, quy onf, deejare ne savoir signer, de ce requis ut interpefte, lus dits heure, jour et an susdits, tranctiesme et dernier jour du mois d'apvril mil six cents soixante-quatre. J.-F. Ciioxn, j'r;et<r. VAnnNES, commt.M'.nre «f.<dt<. jAttMEn. J. CounTtAL, comm;s';t;re .<t. AMOunoux, pre&~re. ALEzAix, /);tt<e. Pfssfs, curé (/*0<tctC. VEZix. MA~tïfKOX, notaire. R. BELLET. BomE, ftO<St're.


saint Eutrope), l'annonciation, le lundi de la pentecôte. « et y bailleront une aumône o.

Les enfants des fondateurs restèrent attachés de cœur à la chapelle Saint-Eutrope car le 22 août 1502, Jean de Kerloaguen fait une fondation de messes à l'intention de son frère Pierre de Kerloaguen, en son vivant archidiacre de Poher, chanoine de Quimper, recteur de Plougonven.

En 1519, Jacques Begoignon, chanoine, vicaire général de Tréguier, accepte la présentation de Hérec au Corvey, Jean Rosampoul et Guy Pennamen, comme chapelains des chapellenies fondées « in capella beati et gloriosi martyris Eutropii in territorio de Rosampoul B, ce qui prouve l'importance de la chapelle, puisque voilà déjà trois prêtres pour la desservir, et ils n'étaient pas les seuls.

En 162S, Alain de Brizec, recteur de Plougonven, défend au chapelain de Saint-Eutrope, Guillaume Prégent, de faire aucune fonction curiale. Mais les fidèles et les prêtres eux-mêmes de Plougonven demandèrent, sept ans après, l'érection de SaintEutrope en trêve, et le 24 novembre 1636, elle fut érigée par l'évêque Balthasar Grangier.

La croix du cimetière, remarquable par la beauté de l'exécution et datant de 1665. montre avec les statues de Marie et de Jean, de saint François d'Assise et de saint Yves, l'image de saint Eutrope au-dessus de ce groupe.

Dans l'église paroissiale de Tréguier, Eutrope est invoqué pour la guérison de l'hydropisie.

La belle église de Penmarc'h, canton de Pont-Labbé, arrondissement de Quimper, possède sa statue, devant laquelle viennent prier ceux qui sont atteints de la goutte ou de rhumatismes. Plusieurs font toucher à la statue les bandes de flanelle ou les vêtements destinés à recouvrir leurs membres endoloris et, comme la statue est placée à une assez grande hauteur, ils se servent d'un long bâton pour l'atteindre.

Le diocèse de Quimper célébrait la fête de saint Eutrope jusqu'en 1542; elle fut supprimée à cette époque pendant la vacance du siège, en même temps que celle de sainte Marie Egyptienne, saint Vincent, saint Patern et de l'invention de saint Denys, parce que, dit le Propre, & elles ne regardent pas le diocèse, quod ad diœcesim non spectent B. Et les autres fêtes, messieurs les chanoines? Cependant la ville épiscopale continua encore à honorer le saint il y avait dans la cathédrale un autel dédié à saint Eutrope. comme l'attestent des actes de 1575, 1684,1700. On a remplacé saint Eutrope par saint Frédéric. A Moulins, c'est Benoît Labre qui l'a chassé de sa chapelle. Histoire de se mettre à la mode; les saints des temps apostoliques sont trop vieux. A Saintes, le culte du patron lui-même a singulièrement été négligé depuis deux ou trois ans: ni neuvaine préparatoire, ni triduum, ni octave; la grande fête de la translation (14 octobre) se résume en une messe basse le matin et des vêpres le soir à 7 heures. La crypte, où l'on pouvait venir prier à toute


heure, n'est plus accessible que le matin. Le tombeau est sous double porte. Passé 9 h. 1/2, il faut courir après les clefs. Si l'on allait dérober le sarcophage de pierre scellé dans le plomb 1

Le midi n'a point moins de vénération pour l'apôtre de la Saintonge. Le Propre du diocèse de Bayonne le fête le 15 mai, en raison de circonstances locales, mais indique que sa fête est bien le 30 avril. Les trois leçons de l'office ne laissent du reste aucun doute à cet égard; elles reproduisent à peu près le texte de Grégoire de Tours « Eutropius, quem ut suum apostolum Santones merito venerantur, a beato Clemente, ut ex vulgari traditione sexto ecclesise saeculo existimatum esse testatur GregoriusTuronensis, episcopali consecratione insignitus,in Gallias adfidemprsedicandam directus est. Cumque, Dec ducente, Mediolanum Santonum pervenisset, ibidem episcopatus sui sedem fixit. o

Le propre des saints du diocèse de Bordeaux (1763) contient .une notice sur saint Eutrope; de même celui de Cahors, 1710, 1715; en 1738, la fête est indiquée le 1" mai, au lieu du 30 avril. Le Manuale parochoru~ sace?~d.o<um ad usum ecc~estœ Caturcensis, imprimé à Cahors en 1593, marque en lettres rouges sa fête au 30 avril avec le mot duplex celui de 1619 le mentionne parmi ceux qu'on célèbre dans le diocèse; le Proprut?~ mtssarum de sanctis ecc~estas Cadurcensîs (1723) le fixe au 5 mai. Le bréviaire de Luçon (1541) contient aussi l'office du saint.

A Noailles, canton de Brive (Corrèze), l'église possède deux reliquaires de saint Eutrope. Dans l'un est, dit-on, la quatrième partie de la tête du saint, qui va du crâne à l'oreille gauche, tradition qui aurait besoin de contrôle, puisque le chef est entier à Saintes. Le second contient aussi de ses ossements, qui ne sont pas autrement désignés. Ces reliques auraient été apportées là par le comte Alexis de Noailles. La fête votive est SaintEutrope mais le pouillé, qui nomme l'assomption et saint Blaise, ne mentionne pas notre saint.

M. le chanoine J.-B. Poulbrière, directeur du petit séminaire de Servières, nous fournit en outre des renseignements sur les autres paroisses du diocèse de Tulle où l'on l'honore encore. A Beaulieu, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Brive, la Saint-Eutrope, 30 avril, est l'une des foires les plus importantes de l'année. On vient de loin baiser dans l'église, ancienne abbatiale, les reliques qui sont exposées dans une châsse émaillée du xm" siècle, dans deux bras d'argent de la même époque et dans une espèce de tourelle pouvant remonter aux temps mérovingiens. L'un des bras contientdes os de sainte Félicité; l'autre, ceux de divers saints; la tour, de saint Emerius. Mais comme un inventaire du trésor de l'abbaye de Beaulieu ne mentionne


qu'un bras, it est à croire' que l'église paroissiale, aujourd'hui chapelle des pénitents, possédait le second bras, qui probablement conservedes reliques d'Eutrope car il y avait à la paroisse une confrérie de Saint-Eutrope; on le voit par ce document « Le 26 novembre 1717, les membres de la confrérie de Saint Eutrope, assemblés au son de la cloche, délibèrent sur les affaires de la dite frérie et spécialement sur un legs, fait par un habitant du village du Battut, de la somme de 30 livres, laquelle sera employée selon l'avis des confrères, sur la proposition de M~ Guillaume Vigier, curé de Beaulieu, pour faire dorer le tabernacle, le retable et le cadre dans lequel est l'image de saint Eutrope, placé au maitre-autel de l'église Notre-Dame de Beaulieu, dont le saint est titulaire. Le tableau n'existe plus, et la confrérie n'est peut-être connue que par cette note.

A Beyssac, canton de Lubersac, arrondissement de Brive, la paroisse honore d'un culte égalsaintEutropeetsainte Catherine. Mais, au dire du curé, « il résulte de recherches sérieusement faites et de documents authentiques, que saintEutrope de Saintes est le patron principal, et a été honoré comme tel dans les siècles qui ont précédé la révolution. L'église fut refaite au XIVe siècle par le pape Innocent VI, qui avait sa famille dans la paroisse, ainsi, croit-on, que son berceau.

A Darazac, canton de Saint-Privat, arrondissement de Tulle, il y a frairie de saint Eutrope et grand concours de peuple des environs au 30 avril, bien que saint Etienne soit le patron de la paroisse.

Il en est ainsi pour Favars, canton de Tulle, où la fête votive est aussi du saint saint Pierre est pourtant le titulaire incontestable. Saint Marcel avait là des reliques signalées par Geoffroy de Vigeois (Chronique), et une fontaine sous son nom est encore très fréquentée à certain jour. Néanmoins, il y a dans l'église les images et sur les petits ossements des reliquaires le nom du martyr de Saintes; il figure aussi, avec celui de sainte Catherine, sur une petite cloche de 1619

S. EVTROPI ORA PRO NOBIS

Pour Grandsaigne, canton de Bugeat, arrondissement d'Ussel, voici un extrait du Dictionnaire historique et archéologique des paroisses du dtocèse de Tulle, par M. l'abbé Poulbrière, en cours de publication dans la Semaine religieuse c Nadaud (Poutre) ne donne pour patron de la paroisse que saint Eutrope; mais le prieur Etienne Degains, en présentant à l'évoque de Limoges Léonard Fougeras pour la cure, appelle cette cure vicairie perpétuelle de Saint-Roch et de Saint-Eutrope de Grandsaigne (1635). Plus tard, en 1719, le vieux martyr de Saintes est déjà supplanté et saint Roch reste seul associé sur la cloche du temps à la très sainte Vierge, patronne du prieuré. D Meillars, canton d'Uzerche, arrondissement de Tulle, a saint Eutrope pour patron secondaire. En 1746, l'évéque, en cours de


visite, ordonna aux fabriqueurs de réparer letoit de sa chapelle. Il y a un petit ossement et une statue du saint.

Porpezac-le-Blanc, canton d'Ayen, arrondissement de Brive et Reggade. canton de Mercœur, arrondissement de Tulle, l'ont pour patron à Saint-Pardoux-ta-Croizitte, canton de La Roche-Canillac, même arrondissement, où son culte n'est que secondaire, une fontaine porte son nom, sur les bords du Doustre on y va en procession, le jour de la fête du saint. Enfin le propre diocésain fait au 30 avril commémoraison de l'évéque-martyr de Saintes avec une leçon, ajoute notre obligeant correspondant.

Le volume, Saint Eutrope dans l'histoire, la légende et l'archéologie, a cité une foule d'usages et de pays qui honorent saint Eutrope, entre autres l'azoura à Montricoux, canton de Nègrepelisse (Tarn-et-Garonne). La même cérémonie se pratique encore de nos jours à Figeac (Lot) en l'église -de SaintSauveur, qui possède des reliques du martyr. Le dimanche qui suit le 30 avril, un grand nombre de pèlerins accourent des communes voisines à Saint-Sauveur <: per azoura et baiser la relique. Azoura est en patois le mot azorar, qui, d'après le Glossaire de la langue romane de Roquefort, signifie prier, adorer et orner, adoï'are et adornare. Près du reliquaire est une table sur laquelle les fidèles placent une bouteille pleine de vin, autour du cou de laquelle ils mettent un gâteau fait en forme de couronne et qu'on nomme fougasso. Le prêtre bénit le tout. Un plat reçoit les offrandes qui lui sont destinées. D'autres pèlerins arrivent et font de même. La foule est telle que les bénédictions successives durent depuis la grand'messe, 11 heures du matin, jusqu'à 5 ou 6 heures du soir. Les enfants qu'on y amène sont très nombreux. Jamais Figeac ne voit autant de monde à ses foires que ce jour-là.

L'église de Themines, a ecclesia parochialis seu vicaria perpetua sancti Eutropii de Theminis D, canton de Lacapelle, arrondissement de Figeac, reconstruite en 1683 par les Pons de Themines-Lauzières, bénéfice dépendant du prieuré de Fons, était dédiée à saint Eutrope.

A Sérignac, canton de Beaumont, arrondissement de Castelsarrazin (Lot-et-Garonne), le 30 avril, la foule assiste à une messe dite en l'honneur du saint parmi les nombreux fidèles sont beaucoup d'estropiés qui naturellement invoquent saint Estropy. (Voir, pour ce mot, t. x, p. 70 Eutropy est devenu Atropy et Acroupy rue Saint-Accroupy, à Dijon). L'église de Flaujac, canton de Livernon, arrondissement de Figeac, dépendant de l'abbaye de l'Herm « de Heremo x, était sous le vocable de notre saint.

J'ai encore rencontré sa statue à Moissac. Lauzerte, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Moissac, le fête, et son nom


est souvent donné au baptême. Il y a une confrérie les tisserands l'honorent particulièrement. On y appelle encore, comme au moyen âge, mal de saint Eutrope l'hydropisie, ou une maladie plus fréquente et moins dangereuse qui dure juste neuf mois.

Dans l'église cathédrale d'Auch, hélas maintenant reléguée à la sacristie parmi les vieilles défroques comme un objet passé de mode et de culte, j'ai vu, grâce à l'indication de M. le chanoine Carsalade du Pont, j'ai vu avec étonnement une grande statue de saint Eutrope tenant de la main gauche sa crosse et dans la droite une navette, la navette du tisserand, e~! -rpe~M, qui tourne bien (Voir Saint Eutrope dans l'histoire, page 176). H était le patron des tisserands, comme à Aucamville, canton de Verfeil, et ailleurs.

Ma surprise n'a pas été moindre en parcourant l'ancienne cathédrale' de Lectoure de voir dans une chapelle de l'abside le nom et le culte de notre Saintongeais. Un vitrail, peint à Condom par Groussard en 1853, et donné par M. Charpentier, représente un évéque; au-dessous un médaillon montre un personnage agenouillé avec une crosse à ses pieds et un ange qui du haut du ciel lui apporte la palme du martyre. On lit ces mots

SCITOTE ME PER ILLUD VULNUS MARTYRII GLORIAM CONSECUTUM. C'est, à deux ou trois mots près, le texte de Grégoire de Tours, De ~orta martyrum, lib. cap. Lvi « Cicatricem, quam contemplati estis in capite, scitote me per eam martyrium consummasse. » Il est encore le patron des tisserands. Dans le pays on l'appelle Estropi, et on répète ce dicton En de sent Estropi

De mai m'approchi.

« Pour saint Eutrope, je m'approche du mois de mai », manière de se rappeler que sa fête est le 30 avril, veille du 1" mai.

Sur le sommet le plus élevé de la chaîne de collines qui sépare la vallée de la Baisole de celle de la Petite-Baise, non loin du confluent des deux rivières, à Theux, s'élève une modeste église, fort ancienne et fort délabrée. Chaque année, le 30 avril, fête de saint Eutrope, le curé de Saint-Elix, canton de Mirande (Gers), y vient célébrer l'office divin en présence d'une foule de pélerins accourus de toutes parts pour implorer le saint patron. Le 30 avril 1891, l'affluence était encore plus considérable en effet, le curé de Saint-Elix, après après avoir orné cette pauvre église, y transférait une relique de l'évêque de Saintes, que Mgr de La Rochelle avait accordée à la paroisse. La cérémonie avait rassemblé plus de 800 personnes et un nombreux clergé.


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A Dunes en Condomois, canton d'Auvillars, arrondissement de Moissac, outre les deux confréries de Notre-Dame et de la Sainte-Trinité, existait la « frayrie demonsieur saintEutrope dont M. l'abbé Bouysson, curé de Dunes, et M. Stéphane Strowski, é)ève de l'école normale supérieure, viennent de faire l'histoire. Voir Une co~/rë~e au xvji" et au xvm" stècie. La confrérie de Saint-Eutrope à Dunes en Condomois extrait du Bu~etm de la société archéologique de Tarn-et-Garonne. (Montauban, imp. Forestié, 1892, 8°, 33 p.) « Vers 1610, quelques hommes de volonté droite et de piété solide convinrent de s'unir pour augmenter les uns dans les autres par cette union la ferveur chrétienne et pour s'aider d'un mutuel secours dans les circonstances malheureuses. x Ils choisirent pour patron saint Eutrope, uniquement parce que son nom était très répandu dans le midi et très populaire en Gascogne. L'association ne comptait que 50 personnes au début au bout de quelques années, ils étaient 500 de 1610 à 17GO on en comptait 1.500 c'était dix entrées par an, le tiers de la population, les naissances étant de trente environ. On n'y admettait d'abord que des hommes, les femmes y entrèrent ensuite. Tous les gens de bien y étaient reçus indistinctement, paysans, artisans, laboureurs, charpentiers, maréchaux, cordonniers, marchands, bourgeois, gentilshommes. Le fondateur fut un homme du peuple, Jean Artigau: il acheta pour elle six serviettes, une paillasse, un chandelier et un drap des morts; les premières servaient aux confrères indigents ou malades, les autres aux funérailles. Ce fut lui aussi qui dressa les statuts de la confrérie l'évêque de Condom, Antoine de Cons, les approuva le 23 mars lt!21. Les auteurs de cette brochure exposent d'une manière vive et animée, d'après un registre découvert dans un grenier, l'histoire de cette petite communauté, avec tousses détails, assemblées, liste des membres, finances, administration. Les confrères, disent-ils, avaient en leur patron la plus grande confiance et la plus grande vénération. « II n'y eut pas de faveurs spirituelles qu'ils ne demandèrent afin de mieux l'honorer ils obtinrent de Ms'' de Condom quarante jours d'indulgence pour chaque confrère, le jour de son entrée dans la confrérie ils obtinrent encore de faire tenir des oCfices solennels dans l'église paroissiale le jour anniversaire du saint (30 avril), et les successeurs de Me' de Cons y ajoutèrent l'autorisation de faire prêcher pour la fête de saint Eutrope, et de garder le saint sacrement exposé toute la journée. Cette piété pour leur Saint, les confrères l'exprimaient d'une autre manière, en donnant à leur culte le plus grand éclat ils voulaient que saint Eutrope eût une chapelle digne de lui, et cette chapelle ils ne cessèrent jamais de l'entourer de leur dévote sollicitude. Peut-être aussi la vanité, le désir d'avoir un saint mieux logé que les autres, fut-il un des motifs qui les déterminèrent à ces embellissements successifs. En 1C27,

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c'est l'autel et ses marches que le prieur Guillaume Dubourdieu fait reconstruire à neuf; en 1673, grâce à la générosité d'un protecteur de la confrérie: le comte Hector de Roquelaure, qui lui donna deux cents tuiles, c'est un toit nouveau que l'on met à la chapelle; puis, c'est le carrelage, la peinture et la décoration des murailles plus souvent encore, c'est l'achat de devants d'autel; enfin, et surtout, une grosse acquisition qui obéra les finances de la compagnie, celle du tabernacle en marbre avec dorures, qui coûta 150 livres c'était la recette de toute une année, mais au moins saint Eutrope pourrait désormais recevoir convenablement Nôtre-Seigneur dans sa chapelle, ses fils ne seraient plus humiliés par les splendeurs rivales de la confrérie de la Sainte-Vierge ou de la confrérie de la SainteTrinité. »

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Salviac, 2.000 habitan's, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gourdon (Lot), a, dit Joanne, Dictionnaire des communes, une église du xiv" siècte beaux vitraux du xiv" siècle représentant le supplice de Hugues Gérard, évoque de Cahors, brûlé à Avignon o.

Cette mention est un peu sommaire; le baron Chaudruc de Crazannes, dans son c Rapport (Montauban, 14 novembre 1838) à son excellence M. le ministre de l'instruction publique, sur le s vitraux peints de quelques églises du département du Lot a, inséré dans l'Annuaire dtf. Lot de l'année 1840, nous explique le fait plus amplement « Dans l'église de Salviac, bâtie en 1320 et années suivantes, dit-il, on a dérogé à la règle de ne représenter, en général et à peu d'exceptions près, dans ces sortes de peintures, que des personnages et des scènes de l'ancien et du nouveau testament, et les saints de la légende et te peintre sur verre, ou plutôt celui ou ceux qui dirigeaient ses pinceaux, y ont reproduit une suite de tableaux appartenant à l'histoire ecclésiastique du moyen âge et du diocèse de Cahors, dont Salviac faisait et fait encore partie. L'événement qu'ils rappellent était de nature a frapper vivement l'imagination, et à porter la terreur et l'effroi dans tes esprits des habitants, et particulièrement des ecclésiastiques de ce môme diocèse. Lacroix, historiographe des évoques de Cahors, et les autres historiens du Quercy racontent qu'en 1317 Hugo Géraldy, évoque de cette ville, fut accusé de plusieurs crimes qu'ils détaillent, conduit à Avignon par ordre du pape quercinois Jean XXII. dégradé de l'épiscopat et de la prêtrise, et livré au bras sécutier, qui le condamna à être écorché vif et brûlé. C'est la représentation de cet horrible supplice et des circonstances qui le précédèrent, qu'on voit sur les vitraux de Salviac. L'église, bâtie sous le pontiticatde ce Jean XXII, a la forme d'une croix latine, si ce n'est que la chapelle de Saint-Eutrope, qui se trouve à droite en entrant, est une espèce dehors-d'œuvre, chapelle consacrée au premier évêque et au premier martyr de


la foi chrétienne chez les Santons, et qui était également et est encore en grande vénération parmi les Quercinois.» Eh bien! ces scènes de supplice sont des scènes de martyre, et l'évéquë représenté est celui de Saintes, Eutrope, et non Géraldy. C'est ce qui résulte du texte même de Crazannes rs. Dans le tableau qui occupe le centre de ce vitrail, on voit l'évoque Géraldy debout et revêtu de son costume violet; il a la mitre blanche ou d'argent sur la tête à côté se trouve un personnage assis, avec un costume bleu et une espèce de tablier rouge il:a sur la tête un chapeau vert à trois cornes et un anneau au doigt, et porte une sorte de bracelet vis-à-vis de lui est un troisième personnage, dont le costume est bleu et rouge. On croit que cette scène est destinée à reproduire le moment où l'évéquë de Cahors est livré à la puissance laique et au bras séculier. A droite de ce premier tableau, on voit encore l'infortuné prélat coëffé de sa mitre blanche, avec quelques personnages à côté de lui. Il paraît que c'est l'instant où on le déshabille, et même un commencement de supplice: car un des assistants tient un couteau à la main. A gauche du premier tableau, l'évéque déjà écorché, est représenté avec la mitre jaune ou d'or sur la tête il est entre deux individus que l'on présume être ses bourreaux. Les chairs de Géraldy sont d'un blanc transparent l'on distingue et l'on compte ses côtes, le supplicié a les mains jointes. Audessus du tableau du milieu est un personnage assis et écrivant, qui doit être un greffier; à côté de lui on voit d'autres personnes coëffées de rouge. Dans la partie supérieure du vitrail et au-dessus du tableau de gauche, se trouvent deux personnages que le peintre semble avoir placés là comme spectateurs du supplice de Géraldy. s

Au premier aspect, cette assertion de l'archéologue saintongeais ne semble-t-elle pas un peu hardie? Quoi.' au x;v° siècle on peint dans une église un personnage qui n'a marqué que par ses crimes ? on représente sur un vitrail le supplice d'un scélérat qui vient d'être châtié, comme ces grossières enluminures d'un forfait récent que les marchands ambulants exhibent dans les foires avec accompagnement de complainte ? S'imagino-t-on bien le pape lui-même voulant perpétuer le souvenir de l'attentat commis contre lui-même ? Et pourquoi à Salviac plutôt qu'à Cahors ou à Avignon ? Crazannes ajoute que ne l'at-il fait plus tôt ? que ces vitraux ornent. la chapelle consacrée au premier évêque et au premier martyr de la foi chrétienne".

Il n'est pas pourtant bien difficile de supposer que, dans les vitraux d'une chapelle dédiée à saint Eutrope, on a peint les actes de saint Eutrope, et de reconnaître dans cet évêque supplicié l'évoque martyr dont la chapelle porte le nom. Puis, c'est la remarque qu'a faite M. Louis Greil, qui me fournit aimablement ces renseignements, l'évoque a un nimbe; donc c'est un saint. Chaudruc de Crazannes l'aurait pu. voir avec un pou plus d'attention; nous voilà loin de l'assassin Géraldy. Pourquoi


d'ailleurs Crazannes ne s'en tenait-il pas à la croyance de la population, qui a toujours reconnu saint Eutrope sur ces vitraux ? '?

Je n'ai pas \'u le vitrail je ne sais si la description du savant est bien exacte, et je me défie un peu de ses peintures depuis qu'il a négligé un détail aussi important que l'auréole. Or, malgré ce peu de précision, il est aisé cependant de reconnaître les scènes principales d'un autre supplice, celui de saint Eutrope, tel qu'il est décrit et figuré dans notre Bulletin de 1089, page 222. Un retable, dont nous avons donné le dessin, grâce à M. le chanoine Potticr, représente d'abord Eutrope en habits pontificaux, escorté de deux soldats, debout devant un personnage assis à côté duquel se tient levé un greffier lisant la sentence. N'est-ce pas là la première scène de Crazannes, un évoque debout à côté d'un personnage assis et d'une troisième personne debout, dans laquelle il a voulu voir « l'évéquo de Cahors livré à la puissance laïque par le bras séculier ') ? Dans le second tableau sont les mêmes personnages, plus le bourreau armé d'une hache qu'il lève pour frapper Eutrope agenouillé et courbant la tête. Ne sont-ce pas là «l'infortuné prélat, quelques personnages à côté de lui, et un des assistants tenant un couteau à la main, » dont parle Crazannes? Enfin, le troisième panneau montre le triomphe d'Eutrope; un orang est à ses genoux, il le bénit au-dessus deux anges. La trilogie est complète. Salviac, d'après Crazannes, offre davantage, parce qu'il y avait peut-être plus d'espace car il y aurait « l'évêque déjà écorché, entre deux individus que l'on pense être ses bourreaux » puis, au-dessus, un personnage assis et écrivant, et d'autres personnes coiffées de « rouge f, ce qui me parait être un scribe recueillant le récit des témoins; enfin « dans la partie supérieure du vitrail », les personnages qui semblent « des spectateurs ne seraient-ils pas des anges? Pour nous, retable et vitrail représentent tous deux avec des variantes le martyre de l'évêque de Saintes. Les actes des saints disent qu'il périt sous les coups d'une foule ameutée, et son crâne porte encore la marque du coup de hache qui causa sa mort. Le bois de Montauban le montre recevant le coup mortel après jugement; le verre de Salviac montre aussi le juge, le grctiicr, le bourreau avec son couteau. L'écorchement serait-il un effet de l'imagination de Chaudruc de Crazannes qui a voulu identifier le supplice avec Géraldy « écorché vif et brûlé ? ? `l LOUIS AUDIAT.

IV

ENTRÉES ROYALES A SAINTES

La brochure ayant pour titre Les entrées royales à Saintes (Paris, Dumoulin, 1875, in-8", 66 p.) mentionne, p. 60, la réception, en 1745, à Saintes, de la dauphine Marie-Thérèse, infante


d'Espagne, fille du roi Philippe V, « qui allait à Paris pour y épouser, le 25 février, Louis, dauphin de France)). L'auteur, M. Louis Audiat, raconte bien divers détails de cet événement; mais il ne dit rien du discours adressé à la princesse, le 5 février, par Simon-Pierre de Lacoré, évêque nommé de Saintes, à la tête du clergé. Le voici, tel qu'il a été recueilli par une contemporaine, Elisabeth de Lataste, comtesse de Bremond d'Ars, et tel que nous le communique M. le comte Anatole de Bremond: Compliment fait à la première Dauphine par M. l'abbé de La Coré, nommé à l'évêché de Saintes, le 5 février 1745; » Madame, au millieu des faveurs que le ciel vient de répandre sur ce royaume, il manquoit quelque chose à notre félicité, et c'est vous qui venez y mettre le comble. Le roi, sensible à l'amour de son peuple, prévoit nos besoins et prévient nos désirs. Tel qu'Abraham, il pense à marier son fils unique et luy choisir dans le sein de sa propre famille une épouse digne de luy par l'heureux assemblage des dons de la nature et de la grâce. Vous nous rappelez, madame, le souvenir des Anne et des Marie-Thérèse, noms précieux pour la France, et vous avez cet avantage sur elles, qu'en traversant de grands royaumes, vous ne renoncez ni à votre patrie, ni à vos proches les d -.ux nations ne font plus qu'un même peuple depuis qu'elles combattent sous les mêmes étendards. Vous retrouverez en notre auguste monarque le père tendre que vous avez laissé, une mère digne de votre amour dans la reine uniquement occupée de ce qu'elle doit à son Dieu, à son époux et à sa famille, et vous vous unissez à un prince que le ciel a formé luy-même pour le premier thrône de l'univers, présage de votre bonheur et du nôtre. B Quelle eut esté la joye du prélat que nous regrettons, s'il eut pu voir le jour heureux qui nous éclaire! En vous rendant ici ses hommages, il eut reconnu dans votre auguste personne un prince dont il avoit aidé a cultiver les vertus, et qui l'honnoroit encor de ses bontés (1). Celle du roi, madame, m'a choisi pour remplir sa place je succède à tous ses sentimens et je me félicite avec justice que ma première fonction publique soit de vous présenter mes respects et ceux du vénérable clergé qui m'accompagne, et de vous offrir les vœux de ce peuple fidelle qui vient avec empressement prendre part à notre joyc et s'unir à nous pour demander à Dieu qu'il vous comble de ses grâces et de ses bénédictions, » E. V.

D'unautrecôte, M. Leiong,archiviste aux archives nationales, nous adresse la pièce suivante, qu'il a transcrite aux archives E. 2039, f° 1. Elle atteste une nouvelle entrée princière à Saintes que n'avait pas connue l'auteur des Entrées rot/a~cs

(1) Il faut signaler dans ce discours l'allusion faite à Léon de Beaumont, prédécesseur de Lacoré sur le siège de Saintes. Léon de Beaumont, neveu de Fénelon, archevêque de Cambrai, avait été sous-précepteur des eubnts de France, le duc de Bourgogne, dauphin, et le duc d'Anjou, roi d'Espagne, père de la princesse.


« Versailles, le 1" juillet 1722.

Le Roy, étant informé qu'à l'occasion du passage de l'infante reine et de la princesse des Asturies en la ville de Saintes, il a été fait par le sieur Renaudet, maire, une dépense de la somme de seize cens quatre livres deux sols, dont il est nécessaire de le faire rembourser, et d'autant que ladite ville n'a aucuns deniers patrimoniaux iiyd'octroy qui puissent être employés à ce remboursement veu t'état de ladite dépense montant à ladite somme de 1,604 livres deux sols, la délibération des maire et échevins du 19 février 1721, par laquelle ils consentent que l'imposition en soit faite tant sur les habitants de la ville que des fauxbourgs de ladite ville de Saintes, et l'avis du sieur Amelot de Chaillou, M'' des requêtes et intendant en la généralité de La Rochelle ouy le raport du sieur Dodun, conseiller ordinaire au conseil royal et au conseil de régence, controlleur général des finances;

» Le roy, étant en son conseil, de l'avis de monsieur le duc d'Orléans, régent, a ordonné et ordonne que ladite somme de 1,604 livres deux sols sera imposée conjoinctement etau marc la livre de la taille de l'année prochaine 1723 sur les habitants de ladite ville et fauxbourgs de Saintes, de laquelle somme il sera fait mention dans les commissions qui seront expédiées pour ladite année 1723. pour être ladite somme levée par les collecteurs et par eux remise audit sieur Regnaudet, sur les ordonnances qui seront à cet effet expédiées par ledit sieur intendant, auquel sa majesté a attribué la connoissance des opositions et autres différons qui pouroient survenir à l'exécution du présent arrest, icelle interdit à toutes ses autres cours et juges. » FLEUR!AU. DODUN. ))

11 s'agit d'un prince des Asturies, fils de Philippe V d'Espagne, pour qui son père, petit-fils de Louis XIV, avait demandé en 172t à Philippe d'Orléans, régent de France la main de sa fille, M"e de Beaujolais. L'alliance accordée, une escorte d'honneur conduisit la fiancée jusqu'à la frontière espagnole et sur son passage elle fut reçue avec de grandes démonstrations d'allégresse. Un de nos confrères a extrait du JoMma~ 'du voyage d'Espagne, publié l'annéesuivante, lesincidentsqui regardentla Saintonge et les a imprimés dans le Rappel charentais du 23 novembre 1892 et dans l'Echo de Royan du 27

« Lundi,8décembre 1721. -AXaintes, si les habitantsavoient pu nous donner le nectar des dieux et tout leur sang à la princesse, ils l'auroient fait.

x Quelques jours auparavant/la ville avoit envoyé un nombre des meilleurs chasseurs qui ont apporté quantité de perdrix rouges, dont les plus belles ont été présentées à la princesse avec un cent de poires, plus grosses que des carafes de pinte. Comme nous y avons eu séjour, les bourgeois ont monté la garde pendant soixante-quatre heures à la princesse et à ses équipages.


» Quoiqu'il y ait dans cette ville les trois quarts de catholiques, qu'elle soit même le siège d'un évoque, il n'y a rien de plus pauvre que ses églises et toutes celles de ce s pa\s qui ne sont t que de tristes vestiges de leur ancienne beauté, qui a été ruinée par la fureur des guerres civiles. H

» Jeudi H.–Nous sommes partis de Xaintes au grand regret des habitants, surtout de la compagnie des cadets qui sont les jeunes gens de la ville qui se distinguent. Ils ont tenu bal pendant tout le temps que nous y sommes restés et se sont montrés infatigables, parce que pendant qu'une partie faisoit faction, l'autre dansoit et tenoit table ouverte.

)) Cette ville peut se vanter qu'elle a été la seule qui ait fait des illuminations dans la même quantité pendant trois nuits, sans quoi nous serions péris, en allant coucher car ces trois jours ont été la plus belle image qn'on puisse voir du déluge universel.

» Nous avons couché à Pons, petite ville appartenant au prince de ce nom. Le peuple n'est pas méchant comme à Lusignan; mais nous sortions d'avec de si braves gens que ceux-là nous ont paru tout autres.

La princesse a )ogé dans le château du prince, vieux bâtiment, fort logeable et qui a un air de grandeur. » « Vendredi 12.– Quoique nous ayons t'ait neuf lieues de France, nous ne sommes point sortis des terres du prince de Pons car nous avons couché à Mirambeau, village qui lui appartient et près duquel il y a un château de la plus belle assiette du monde et qui étoit très fort avant l'invention de la poudre et du plomb. D La princesse n'y a point cependant logé parce qu'il n'y avoit point de place pour tout son monde, et qu'il étoit à quatre portées de fusil du village, qui étoit lui-même si petit, que tous les équipages dont on se pouvoit passer ont été dispersés dans les villages circonvoisins, comme le Petit-Niort, etc. »

Au château de Saint-Bernard de La Graule, appartenant à M. le comte de Traversay, bâti par M. de Carbonne), dans la commune de Touverac, canton de Bnigne-Sainte-Radégonde, arrondissement de Barbezieux, est une pierre apportée là d'une hôtellerie sur la route de Barbezieux on y lit

HALTE DES PRAINCESSE

EN 1748

ÏI s'agit sans doute de Louise-Elisabeth de France, née en 1727, mariée en 1739 à Philippe, infant d'Espagne, duc de Parme et de Plaisance. Je ne trouve en 1748 de voyage princier que le suivant: Madame infante est partie de Madrid !e 28 novembre (1748) elle doit arriver à Bayonne le 13 du mois (décembre) et de là à Versailles, je ne sais quel jour. » Puis à la date du 23 décembre a Le roi va au devant de sa chère fille,


madame infante. Elle sera dans quelques semaines à la cour de France et de là retourner à ses petits états. o Enfin, le 28: « L'infante va arriver à Choisy, les derniers jours de cette année, » Journal du marquis d'Argenson, v, 306.

LIVRES ET PÉRIODIQUES

Le BULLETIN HISTORIQUE fn°' 2-3 de 1892) du comité des travaux historiques et scientifiques au ministère de l'instruction publique contient, grâce à une communication de M. de Montégut, la requête qu'adressa de Paris, le 12 août 1581, Lancclot Voisin de LaPopolinière au prince de Condé, àSaint-Jean d'Angély, pour sa défense contre les reproches de ses coreligionnaires, à la suite de sa publication, en cette même année, de son impartiale Histoire de France depuis 1550: « Monseigneur, écrivait-il, Dieu ne me conseille praticquer aultre moyen pour adoucir vostre courroux contre moy, que de m'offrir à vous rendre tel compte de ma vie et de mes escripts qu'il vous plaira devant ceux qui entendent sans passion. Je confesse que je e pourroys bien avoir dict chose trop briefement ou de telle façon que, non assez esclaircie, elle pourroit avoir donné matière de repréhention aux infirmes de sens ou passionnés. J'espère rendre bon compte de mes actions et faire cognoistre que j'ay plus de moyen de vous faire service que telz accusateurs. PûPELLINIÈRE. ))

A la page 249, on voit aussi que M. Meschinet de Richemond, archiviste de la Charente-Inférieure, a adressé au comité copie de quelques pièces de vers extraites d'un recueil autographe de Gédéon Tallemant des Réaux, l'auteur des célèbres Historiettes, lequel recueil, venu aux mains deMM.Trudainepar leur grand'mère, Mlle Rambouillet de La Sablière, héritière et petite-filie de Tallemant, passa àMonmerqué, l'éditeur des Historiettes, puis à Adolphe Bouyer, qui le légua à la bibliothèque de La Rochelle. Les pièces ont été décrites par M. Musset dans le Catalogue des manuscrits de cette bibliothèque.

Enfin, citons, page 263, un « Rapport de M. Georges Picot sur une communication de M. Julien-Laferrière ') à propos des maires de Pons.

LES ÉGLISES RÉFORMÉES DE SAUJON ET DE LA PRESQU'ILE D'ARVERT (Voir Bulletin, xm, 107), par E. Moutarde.

Beau titre La réforme à Saujon et dans la presqu'île d'Arvert. Belle préface par un ami. Avec cela une illustration de 10 photogravures! Est-ce alléchant! Aussi je me suis empressé de caser l'ouvrage sur un des rayons de ma bibliothèque, et auparavant, de le lire. Donc je l'ai lu et voici mon impression. Pas assez de montant; pas assez d'intérêt; pas assez de nouveau


c'est une étude fort incomplète, composée à coup de livres, et pour laquelle l'auteur n'a consulté aucune des sources originales de nos archives, de notre bibliothèque nationale, de nos autres dépôts publics. En résumé, oeuvre de bon vouloir qui ne nous apprend pas grand'chose sur Saujon, et qui effleure seulement l'île d'Arvert, faute de documents. J'aurais voulu au moins des détails de filiation sur tes pasteurs dont il écrit l'histoire rien de ce chef. Et quelle idée aussi a-t-il eue, M. Moutarde, de débaptiser le baron de Saujon, le grand capitaine huguenot, l'ami du Béarnais et du prince de Condé? H s'appelle Denis, et il le change en Pierre! Après tout, en fait de baptême, M. le pasteur s'y connaît mieux que moi, et il a eu peut-être ses raisons pour opérer sa substitution.

Tiens, mais j'ai oublié de parler des photogravures! M. S.

QUESTIONS ET REPONSES

I. QUESTIONS

? 537. Je lis dans !4mt de la religion du 18 juillet 182)

qu'à Londres, pendant la révotution, « M. Fillonneau. grandvicaire de La Rochelle, érigea la chapelle Saint-Louis dans le faubourg de Saint-Georges-Fields et que le nombre des prêtres réfugiés en Angleterre était en 1793 de 8.000 environ. Peut-on me donner quelques renseignements sur Fillonneau et autres ecclésiastiques des diocèses de Saintes et de La Rochelle, déportés dans la Grande-Bretagne? A. ? 538. Familles de Grenier. Je trouve trois familles de Grenier portant les mêmes armes l'une d'elles étant saintongeaise, je viens solliciter de mes érudits confrères des éclaircissements sur la jonction, s'il y en a, entre ces trois familles qui blasonnent toutes D'azur à 3 chiens courants d'argent. Ce sont 1° les Grenier de La Flotte et de La Sauzaye, paroisse de Chenac, canton de Cozes, arrondissement de Saintes (Dossiers bleus, voir plus loin; Noblesse de la Saintonge, par La Morinerie, etc.); 2° les Grenier de Malardeau, barons de Saint-Léger en Agenois (archives départementales du Lot-et-Garonne, fonds Raymond, n° 42); 3° les Grenier de Nabinaud (production pour la maintenue de 1666) venus du midi en Périgord au milieu du xvi" siècle, et fixés dans la paroisse du Pizon, canton de Montpon sur l'Ille (Dordogne), où ils existent.

Pour me conformer au proverbe Donnant, donnant, voici ce que j'ai recueilli sur les Grenier de Saintonge dans les Dossiers bleus (volume 332, n° 8.439) aux manuscrits de la bibliothèque nationale qui sont depuis peu de temps à la disposition du public <: GRENIER DE LA SAUZAYE, paroisse de Chenac D'azur à 3 chiens courants d'argent. I. Jean Grenier teste le 14 novembre 1559 il lègue l'usufruit à sa femme Françoise Esclauon. H


est père de Guilhen qui suit et de Jean. II. Guilhen transige avec ses frères et Jean Puisnaud, à l'occasion d'un procès pendant entre Jean Grenier et Laure P. (sïc), pères des .parties, le l8 juillet 15(il. H épousa Isabeau Grenier, dont 111. Daniel, marié, le 3 juillet t591, avec Madeleine de Golgeac, dont:-IV. François, marié, le 26 juillet 1626, avec Marguerite Riol, dont: V. Pierre, marié, le 16 juin 166U, avec Charlotte Gaury. » Dans le même vo)ume, sous le n° 8.441, on trouve les détails suivants sur une autre famille du même nom Du GnEMEB en Saintonge D'or au lion de gueules. I. Robert de Grenier (sic) épousa Macine de Cochefilet, dont: Jean qui suit et autre Jean qui viendra après. II. Jean épousa N. dont III. René, marié à Marguerite de Gaignon, dont: –IV. Antoine, chevalier de l'ordre et gentilhomme de la chambre, marié à Anne Le Royer, dont V. Loup, chevalier de l'ordre, baron d'Oleron, marié à Anne du Pont, dont VI. René, chevalier, baron d'Oleron, seigneur de La Pellonnière, produisant, père de VI. René. II bt~. Jean épousa Perrette de Clinchamps, dont: III. Robert épousa Anne de Villeray, dont: –IV. René épousa Marguerite de Villerai, dont: V. Jean épousa Madeleine du Chemin, dont VI. Tanneguy épousa Anne de Chambellan, dont deux fils. VII. Tanneguy, demeurant à Remaillard, époux de Françoise-Marguerite Verie, produisant. VII bis. Jacques, aussi produisant, demeurant à Remillard (SZC). DE SAINT-SAUD. II. RÉPONSES

? 251 IV, 93, ~61, 249 V, 49, i48 VI, 50, 396 VII, 358 VIII, 232, 454; IX, 13-i; X, 69. Pèlerinages en Saintonge. Le culte de saint .Europe. Voir plus haut, page 10:.

? 535. t. XIII, 50. Les Lecoq de Boisbaudran. Jacques Lecoq, seigneur de La Roche et de Theil-Rabier en Angoumois, vivant en 1635 est bien un.ancêtre de la famille Lecoq de Boisbaudran, représentée actuellement par M. François Lecoq de Boisbaudran. Les fief, terres et seigneurie de Theil-Rabier furent vendus, le 2C avril 1783, devant Balland, notaire à Ruffec, à Jean Guillot, bourgeois du bourg de Couhé en Poitou, par Marie-Anne Lecoq, veuve de Louis de Saint-Martin de Mirande. Marie-Anne Lecoq, née en 1724 et morte en 1796, était fille de Charles Lecoq. écuyer, seigneur de Boisbaudran, et de Marie-Anne de La Faye. Veuve en premières noces de Jean de Laporte, chevalier, sieur de Moulins, elle avait épousé, le 7 août 1754, Louis de Saint-Martin, chevalier, sieur des Granges et de La Cabourne en Saintonge. Voir à ce sujet le n° 416, La seigneurie des Granges d'Aumagne, dans le Bulletin, t. ix, 72. S. M.

Jacques Le Coq, seigneur des Roches non de La Roche;


Les Roches, près de Vendeuvre (Vienne)- et de Thiel-Rabier est bien l'ascendant direct de M. Lecoq de Boisbaudran qui habite Cognac. D. M. Pierre Le Coc, sieur du Theil, était en 1664 un des principaux protestants de Villefagnan. A. Jacques Lecoq, écuyer, sieur de La Roche et de Theil-Rabier, qui souscrivit, le 18 juin 1635, une obligation de .000 livres, demeurait à Theil-Rabier, canton de ViHefagnan. H descendait, très probablement, d'Aymar Lecoq, fils de François Lecoq et de dame Jeanne Challot, et avait pour frère Pierre Lecoq, sieur de Boisbaudran en la paroisse de Saint-Fraigne. On ne connaît pas de descendants à Jacques Lecoq, qui a dû mourir à Theil-Rabier vers 1660. C'était un cadet de la branche des Lecoq de Boisbaudran. C'est de la branche ainée que descend M. François Lecoq de Boisbaudran, membre de l'académie des sciences.

Pour une généalogie, consulter les registres de Theil-Rabier, commune du canton de Villefagnan les registres de SaintFraigne, commune dans laquelle sont Boisbaudran et La Roche, et ceux de Villefagnan. P. L. ? 529 t. XIII, 50; et n" 476 XI, 212, 284 XII, 458. Les Luther en Saintonge. Il n'y a rien de commun entre Martin Luther, dont il est question au numéro 476, et M. Luther qui est en correspondance avec J.-II. Brunet. Voici la descendance de Girard Luther Girard Luther, originaire d'Ecosse, épousa Marie Fairholm. II eut: 1° Hopc Luther, époux d'Admyrault. Hope Luther eut Marie-Coralie-Sophie Luther, qui épousa, en 1813, Gabriel-Louis-Elie Seignette. Ils eurent 6 enfants, dont entre autres: A. en 1817, Hope-Elie Seignette, marié en 1844 à MarieLouise Rother. De cette union naquirent a. en 1845, Céline Seignette, mariée en 1867 à Joachim Lespès, vice-amiral b. en 1851, Marie-Louise Seignette, mariée enl878àGustaveMather; B. en 1819, Louise-Gabrielle Seignette, qui épousa en 1836 Jules Vincens dont vinrent en 1839, Georges Vincens, qui épousa, en 1879, Henriette Bouguereau, fille de William Bouguereau, membre de l'institut; et en 1842, Camille Vincens, femme en 1865 d'Henri Canaud 2° Marie-Sophie Luther, qui épousa, en 1771, Daniel Bonfils, sans lignée. Eu&ÈNE L'E. ? 530 t. XIII, 50. Un marron de ronde. L'ordonnance du 9 février 1673 prescrit que, dans toutes les villes fortes et dans les camps, a le tiers des officiers qui ne montent pas la garde feront toutes les nuits une ronde à l'heure marquée sur le marron qui leur sera remis. » Ces marrons, qui sont encore en usage dans l'armée, étaient des sortes de médailles percées d'un trou et portant sur une face la désignation de l'espèce de ronde et sur l'autre un chiffre indiquant l'heure à laquelle la ronde doit être faite. Les sentinelles ont, dans leurs


guérites, des boites spéciales munies d'une tige dans laquelle les marrons s'enfilent de façon à permettre de contrôler l'ordre dans le luel les rondes ont été faites. C. ? 53i t. XIII, 51. Le régiment de Cognac. Dans t'Hï.stoire de raTK~e~p infanterie française, le général Susane donne la c/tro~o/Ofte des corps de troupes, qui ont figuré dans l'armée française depuis Chartes VII jusqu'à la révo)ution. Aucun des 1,700 et quelques régiments qu'il indique n'a porté le nom de régiment de Cognac et il n'est pas probable que le régiment, dont parle Mazarin dans sa lettre du 18 novembre 1651, ait reçu ce nom en l'honneur de la conduite héroïque de cette ville pendant le siège car les régiments avaient alors les noms des gentilshommes qui les commandaient ou bien un nom do province; il est bien plus probable que par ces mots « le régiment de Cognac il a voulu désigner le régiment qui tenait alors garnison à Cognac. Cela admis, quel était ce régiment et quel était son colonel, dont Mazarin fait si grand cas ? P Les historiens 'te Cognac doivent l'indiquer d'une façon précise. Parmi les corps cités par Susane, en voici un qui pourrait bien répondre aux conditions: « Régiment de BourdeiHes. Levé le 24 septembre 1651 par Sicaire, marquis de Bourdeilles. Guyenne, siège de Cognac. Licencié le 28 décembre ')65t. » Susane n'en dit pas davantage, et il n'indique même pas si ce régiment était du côté des assiégeants ou du côté des assiégés. Plusieurs autres régiments sont indiqués comme ayant pris part à c.;t.te guerre de Guyenne, entre autres celui de Montausier, commandé par Charles de Sainte-Maure, auquel les paroles de Mazarin s'appliqueraient parfaitement. C.

BIBLIOGRAPHIE

EscHAS~ERiAux (Le baron), député. Com/s.3to~ des marchés. Rapport présenté sur l'équipement des mobiles et des mùbilisés de In Charente-Inférieure le 21 mars 1873. Saintes, imprimerie P. Orliaguét, 1892,in-18, Il pages. (Extrait du journal Le Pro~fès).

EspÉruNDtEU (Le capitaine Emile). Inscriptions antiques de Lecteur. Auch, Foix; et Paris, Thorin, i892, in-8", 147 pages et gravures.

Quelles bonnes heures archéologiques j'ai passées dans ce petit musée de Lectoure en compagnie du docte conservateur, M. Camcreyt. L'ancien logis épiscopal donne aisément place à rhôtp) de ville, au tribunal, à la sous-préfecture, toute l'administration d'une ville qui n'a guère qu'une rue, et d'un arrondissement elativement aussi grand. Et encore y a-t-il place pour une vaste salle consacrée aux portraits des illustres Lectourais.


Le musée n'est pas la pièce la plus vaste de l'ancien évêché; mais c'est assurément avec la chapelle de Saint-Eutrope, et la statue du maréchal Lannes! ce qu'il y a de plus intéressant sur ce monticule habité; et dans ce musée faut-il encore citer les autels tauroboliques, la plus importante collection qu'il y ait en France. Aussi ces petits monuments ont-ils tenté bien des antiquaires; et ils ont été étudiés souvent. Nul ne l'a tait avec autant de détails que M. 1. mile Espérandieu. On sait le soin qu'il apporte à l'examen des monuments épigraphiques. Il a réuni ou indiqué dans son livre tout ce qui a été dit, et proposé sa lecture, son interprétation; aux opinions des autres il joint la sienne, quelquefois semblable, souvent contraire. On a ainsi sous un petit volume tout ce qu'il faut savoir et sur les autels et sur les cérémonies du taurobole. Explication de la méthode d'oraison à l'usage du séminaire de La Rochelle. La Rochelle, imp. Noël Texier, 1891, in-32, 240 pages.

FAYET, ancien recteur, inspecteur d'académie honoraire. (Eu~re scolaire de l'église et de la révolution en Berry. Résumé de la révolution de l'enseignement, écrit à la hâte pour le comité de défense de l'Indre, mars 1889. Publié en 1890-91 dan, la Revue du Centre. Chàteauroux, typ. et stéréot~pie A. Majesté, 1891, in-8", 51 pages.

Résumé de longues recherches sur l'état de l'instruction avant 1789, particulièrement dans l'Indre, mais aussi comparaison au point de vue général de la situation faite à l'enseignement par les lois récentes. L'auteur n'est pas aussi enthousiaste que certains de nos progrès modernes, et il trouve que nous aurions beaucoup à apprendre de nos devanciers. FLEURY (Paul de). Notice historique sur l'orgue de la cathédrale de Nantes. Angoulême, imp. Chasseignac, 18.)2, in-4", 17 pages, avec gravure. (Extrait du Monde musical du 15 juillet 1892).

L'orgue de Saint-Jacques de L'Hou~Mau, nouvellement restauré par M. A. Cavailié-Coll et inauguré le 3 avril 1892. Notice historique et descriptive. Angoulême, imp. Roussaud, 1892, in-8", 7 pages.

Rapport annuel de l'archïviste au prë/t[de la Charente], 1889, 1890, 1891. Angoulême, imp. Chasseignac, 18S9, 1890, 18'Jl, in-8°, 3 fascicules.

L'auteur a relevé dans lesregistres paroissiaux quelques noms importants (1889) A Aubeterre, Salignac de LaMothe-l''énelon, Bouchard d'Aubeterre, Dreuil de Puycheny, La Roche a Borssous-Montmoreau, Lageard, Cherade, Lartige; à Gondeville,


Laisné, Fé, Lubersac; à Marillac-le-Franc, Thibaud, Magnac, VirouHaud, Fornel, Lâmbertye, Guiot, Perry; à Nlontignac-leCoq, Hauteclaire, du Laux; à Mosnac, Jaubert, d'Auton, SaintHermine, Guichard; à Palluaud,. Jaubert de Saint-Gelais; à Pillac, du Refuge, Martin de Chastenet; aux Pins, Joumard des Achards de La Brangelie, Frétard, Couvidou, Beaupoil; à La Prade, Grignols, Bouchard, du Refuge; à Rivières, Guitard, Crozan; à La Rochefoucauld, La Rochefoucauld, du Pont, Gourville, du Verdier, Lambertie, Pol, Gourdain; à Salles-Lavalette, Corlieu à Saint-Mary, Lubersac, Curzay, Fornel, Regnaud à Saint-Projet, de La Croix, Odét, Maret,Livron; à Saint-Romain, Serran à Saint-Simeux, Méhée, Falligon; à Saint-Simon, Dexmier à Saint-Séverin, La Roche-Jaubert, Jaumard, du Refuge. 1890. A Bourg-Charente, Châteauneuf de Randon, Green de Saint-Marsault, Crugy de Marcillac, d'Albret, Puyguyon, Chabot, La Rochebeaucourt à Bréville, Ferrière, Frétard, Horric, Beaupoit;à à Brossac, de Làge, Barbezières, de Villedon, Rabaine à Chassors,Bonnefoy, Horric, Renouard, Montalembert, Chièvres, Cullant; à Chillac, Desmier, Sainte-Maure; à Houlette, Dumas de Liniers; à Mérignac, Couvidou, Aigron, Saint-Hermine à Nercillac, Laisné, de Chièvres, Green de Saint-Marsault de Châtelaillon; à Sigogne, Lestang, de Pomaret; à Saint-Brice, Beaumont de Monlevrier, Jarnac de Gardépée, Beaumont; à Sainte-Sévère, Montalembert, Ransanne, Mesnard de La Tascherie à Saint-Vallier, de Làge, de La Bayne; à Yviers, de Lur de Saluces, Sainte-Maure, Green de Saint-Marsaud. 1891. A Beaulieu, de Montserant, de Mergey, de Bardonnin; à Bessé, de Lambertie, du Breuil-Hélion; à Cellefrouin, de Livron, Thibaud de La Brousse, de Villedon, de Salignac, Saulnier; à Champagne-Mouton, Guy, Courrivault, Raymond de Rocquard, Lubersac, Magnac; à Charmé, Montbron; à Chassiecq, Salignac de Jarcy, Rabaine, Fornel de La Laurencie, Cumont; à Chenommet, VoI!uyre,Chergé,Dexmier, à Courcôme, Pindray, du Hautmont; à Ebréon, Corgnole, Lestang, de Sens;àLaFaye,d'Abzac, Volluyre, Massacré; à Londigny, Villedon, Philippier; à Parzac, Angély La Laurencie; à Turgon, Angély, de James; à Valence, Prévérauld, Martin de Bourgon à Ventouse, Salignac, Massacré, Barbarin; à Verteuil, La Rochefoucauld, Lestang, Terrasson, Bruslart de Sillery, Saluces.

GAULLIER (Ernest), archiviste de la ville de Bordeaux, officier de l'instruction publique. Louis de Foix. Bordeaux, imp. G. Gounouilhou, 189~, in-8", 52 pages. (Extrait du Bulletin de la société de géographie commerciale de Bordeaux). Voir plus haut, page 88.

GAUTiER (B.). Dans nout'village. Royan, Victor Billaud, 1892, in-4°, 52 croquis. Prix 4 fr.


L'imagination de M. Gautier est inépuisable. Voici le 9me album de ses Croquis saintongeais; c'est toujoursla même verve; et ce n'est pas là son dernier mot.

Les paisans d'agent. Royan, V. Billaud, 1892, in-4", 52 dessins. Prix 4 francs. Voir Bulletin, xn, 165.

GELiNEAU (Le docteur). Maladie et hygiène des gens nerveux. Paris, Octave Doin, 1893, in-18, 443 pages. Prix 4 francs. Trois parties composent cet ouvrage: 1° Les névroses qui forment une collection respectable d'infirmités, vertiges, épilepsies, hystérie, danse de Saint-Guy, angine, tétanos, asthme, coqueluche, migraine, etc.; 2°Ies frontières de la folie, nostalgie, suicide, spleen, mélancolie, délire des persécutions; 3° la folie, folié des enfants et des jeunes filles, folie religieuse, orgueilleuse, jalouse, politique, hygiène des fous. L'auteur décrit sommairement la maladie, ses symptômes, ses causes et ses effets, et indique le remède. Le livre est intéressant à lire, même pour ceux qui n'ont point à y chercher le remède à leurs maux, à cause des anecdotes, des faits et des observations, dont beaucoup se rapportent à la Charente-Inférieure, quand le docteur Gelineau exerçait dans notre pays.

GIRAUDIAS (Ludovic). Frileuse, polka-mazurka pour piano. Prix 3 fr. Saintes, Thibault Aimé.

FW~atre, rêverie pour piano. Grenoble, !ith. J. Baratier. Chanson algérienne, poésie de F. Pergola; musique de Ludovic Giraudiàs. Idem.

Brunette, chanson. Poésie d'André Theuriet; musique de L. Giraudias. Idem.

Les plus belles fleurs se flétrissent, mélodie. Paroles de Jutes Lemaitre; musique dé L. Giraudias. Idem.

Grand almanach de Saintes, année 1893. Saintes, imp. Hus, 1893, in-18, 140 pages. Prix 20 centimes.

GRIMAUX (Edouard). L'œuure sctet~î/ique d'Auguste Cahours. Paris, imp. May et Motteroz, 16 février 1892, in-8", 16 pages. (Extrait de la Revue scie~~que).

GmzEx-DMz (Jules). Heures de mélancolie, 1886-1892. Montdidier, Léon Carpentier, 1" mars 1892, in-8°, nouvelle édition revue et augmentée, tirée à 1.200 exemplaires, 147 pages. Prix 3 fr. L0.


GUIBERT (Louis). Les communes en Limousin du Z7J° au ZV'=Stéc<e. Paris, 1891, in-8", 45 pages. (Extrait de La réforme sociale).

Etude très approfondie et fort bien écrite d'un point d'histoire locale, qui est aussi l'histoire d'une foule de communes dans les autres provinces de France.

Les manuscrits du séminaire de Limoges, notice et catalogue. Limoges, imp. Ducourtieux, 1892, in-8", 107 pages. (Extrait du Bulletin de la société archëo/ogtque et historique du Limousin, t. xxxix').

On connait l'importance des manuscrits du séminaire de Limoges, surtout pour l'histoire du Limousin, ecclésiastique et civile. L'infatigable érudit, M. Louis Guibert; en donne une liste complète, détaillée, enrichie de précieuses remarques. La monnaie de Limoges. Limoges, Ducourtieux, 1893, in-18, 40 pages. (Extrait de l'Almanach ~mousm de 1893). Monographie consciencieuse avec liste des monétaires et monnayeurs de la période mérovingienne à 1837. La lecture de cet opuscule, qui semblerait aride à cause du sujet technique, est très attrayante, grâce au talent de l'auteur; et Ion y puise d'utiles renseignements.

Guide du touriste et de l'étranger à La Rochelle et aux environs. Châtelaillon, Foulas, Rochefort. Illustré de nombreuses gravures et d'un plan en couleurs. La Rochelle, A. Fouché, imp. Noël Texier [)892], in-3~, 8t pages. Prix 75 centimes. Cette seconde édition, identique à la première est-ce une nouvelle édition ? mérite tes éloges que nous avons donnés à l'auteur (Voir Bulletin, ix, 52); nous ne les lui marchanderons pas encore aujourd'hui; mais les gravures auraientgrand besoin d'amélioration. Le texte est parfait.

GUILLARD (Camille), licencié en droit. Trattë-a~unt élémentaire. Méthode simplifiée. La peinture à l'huile en une seule <eçoM. Nouvelle édition. Barbezieux, chez l'auteur, ou chez M. Bouché, éditeur; 1892, in-8° obiong, 64 pages, 4 planches. Prix 3 francs.

GuYHO (Corentin), ancien député, avocat général à la cour d'Amiens. L'empire inédit. 1855. Paris. C. Lévy, 1892, in-18. Prix 3 fr. 50.

Les hommes en 1852. Les beaux jours du second e~pzre. Paris, C. Lévy, 1892, grand in-18.


REVUE

DE SAINTONGE & D'AUNIS BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHIVES

SOMMAIRE DU NUMÉRO DE MAI 1893. Chronique, et revue de la presse une conférence sur Eugène Fromentin. AVIS ET NOUVELLES Fête de Samuel Champlain excursion à La Rochefoucauld plaque de saint Louis à Saintes; le Canada; publications nouvelles; conférences; sociétés savantes; le congrès de la Sorbonne sacre de Mgr Valleau et de Mgr Bonnefoy. NsCROLOGIE Rafaël d'Azcona Désiré Barthet Bladinières Mélanie Bonnin Eugène Bouguereau Bouscasse Ed. Durand Pierre Gendre; Girald; Jules Goulard Huguet Joly d'Aussy Julien-Labruyère docteur Lafon Massias; Pelletier Pellingeas Praud Hippolyte de La Rochefoucauld Saint-Exupéry Vassal de Nesle. MARIAGES André Giraud et Marguerite Michel Le Bailly de La Falaise et Henriette Hennessy François Ratienel et Gabrielle Surraud Léon Bouyer et Marthe Julien-Laferrière. AnCHEOLOGtE Les souterrains de Fontaine d'Ozillac deux nouveau sceaux Saintes dans les auteurs latins et l'épigraphie romaine.- VAniÉTÉs Un roi de Sardaigne en 1242; l'imprimerie en Saintonge-Aunis erreurs d'auteurs saintongeais combat du Pas de Saint-Sorlin, prise de Jonzac et de Saint Thomas les Guillotin; Prosper Mérimée (lettres inédites) et le Fœnexte d'Agrippa d'Aubigné. Livnss ET pEluODiouEs Géographie de la Saintonge antique Fabri de Peiresc Guillaume Le Blanc les déportés de fructidor à Rochefort François d'Alloue, sieur des Ajots, gouverneur de Saint-Jean d'Angély. REPONSES Les Rochon de Puicheny Jean Fillonneau, curé de Sainte-Marie de Rë. BtonoGHApmE ~OM~V–IOT~.

CHRONIQUE DE LA SOCIÉTÉ

Séance du 27 mars (bureau et conseil)

Adoption du procès verbal de la séance du 15 février. Admission de nouveaux membres.

La société d'histoire et archéologie de Beaune demande l'adhésion de la société à une pétition qu'elle adresse au ministre que les grefïiers, secrétaires, bibliothécaires et autres détenteurs d'archives antérieures à'178'j, soient tenus de mettre les dépôts dont ils ont la garde à la disposition gratuite des membres des sociétés savantes. Adopté.

L'excursion du 18 mai est fixée à La Rochefoucauld. (Voir plus bas, page 141).

ToM:XUl,3'livf!dsm.–Mail883. 9.


Le président a reçu de M. Geay, délégué de la société à. Paris, des nouvelles excellentes de la fête projetée de Samuel Champlain. M. le commissaire général du Canada à Paris a promis sa présence on peut aussi compter sur celle du lieutenant gouverneur de Québec, qui acceptera la présidence. Un professeur de la faculté de Bordeaux, M. Imbart de La Tour, a bien voulu accepter de faire une conférence. Discussion sur un projet de programme et diverses mesures à prendre. M. Dangibeaud annonce que notre confrère M. Abel Mestreau, qui s'est rendu acquéreur du terrier de la fade en Courcoury, autorise la société à y faire toutes les fouilles qu'elle voudra. La société a accepté avec empressement. On étudiera les voies et moyens. En attendant on vote une somme de deux cents francs.

REVUE DE LA PRESSE

Ont publié le sommaire du numéro de mars: l'Intermédiaire de l'ouest de mars l'Echo de Jonzac et l'Union de Saint-Jean d'Angély du 26 les Annales catholiques et la Charente-Inférieure du 29 l'Ere nouvelle du 30 la Croix de Saintonge et le. Journal de Marennes du 2 avril le Bulletin religieux du 8. Ont rendu compte de la livraison de mars Les Annales catholiques de l'ouest du 8 mars, qui s'expriment ainsi « Cette société savante est présidée par un érudit dont les travaux ont obtenu maintes fois des éloges mérités et de très honorables suffrages. Les articles que publie M. Audiat dans la Revue de Saintonge e< d'us, organe périodique de ladite société, témoignent toujours de patientes recherches, en même temps qu'ils révèlent un écrivain d'un incontestable talent. La livraison du 1" mars contient une étude consciencieuse sur le culte de saint Eutrope. Ce n'est pas la première fois que M. Audiat s'occupe de cette question d'hagiographie régionale; mais les documents, qu'il a publiés la semaine dernière, nous semblent dignes d'être signalés à la curiosité de nos lecteurs. It met d'abord la piété des fidèles en garde contre la confusion qui pourrait naître de l'homonymie, et distingue l'évêque de Saintes des autres saints personnages qui ont porté le même nom. Suit la nomenclature des villes ou des églises qui honorent saint Eutrope et qui ont parfois élevé leurs prétentions jusqu'à laisser dire qu'elles possèdent son corps ou même que l'évêque martyr naquit sur leurs terres; ainsi le chanoine Dufraisse fait de saint Eutrope un auvergnat. Parmi les diocèses qui ont consacré le souvenir de notre glorieux patron et l'ont honoré d'un culte public, M. Audiat signale le diocèse de


Quimper, où le culte de saint Eutrope a été en honneur jusqu'au xvt* siècle; depuis cette époque il tend insensiblement à disparaître, et c'est ainsi que l'autel qui lui était consacré dans l'église cathédrale, est maintenant dédié à saint Frédéric, comme à Moulins, Benoît Labre. Il est certain qu'après avoir parcouru cette étude, à laquelle nous renvoyons le lecteur, parce qu'il est difficile d'en offrir une analyse satisfaisante, on se sent fier d'avoir pour premier patron de notre belle province de Saintonge un saint, dont le culte s'est répandu dans le nord et dans le midi de la France. On ne peut s'empêcher de souhaiter qu'un culte fidèle honore ses reliques et son tombeau. n L'Echo rochelais du 18 La Revue offre, dans son fascicule de mars, une ample moisson d'études fort intéressantes; elle est d'ailleurs coutumière du fait. Une rapide appréciation du Testament de Fortin de La Hoguette. une curieuse pièce d'érudition par M. Gaston Tortat, puisée dans les minutes poudreuses de l'étude d'un notaire à Corme-Royal. Le culte de saint Eu. trope est le modeste titre d'un long article de M. Audiat. c'est dire la précision de sûreté d'information et l'érudition qui se rencontre dans son travail. Nous devons signaler Louis de Foix, Entrées royales, enfin Erreurs ou ommissions d'auteurs saintongeais, de M. Audiat, toujours grand redresseur de torts et respectueux de l'exactitude. Nous ne saurions trop engager tous les Charentais, soucieux et avides de connaître tous les détails de notre histoire locale, à lire et relire la Reuue de Saintonge et d'~lu~us à la précision et à l'exactitude, elle joint une connaissance approfondie de nos archives et l'élégance, le charme d'écrivains tels que celui qui la dirige. H. G. o Les Tablettes de Rochefort du 2 mars, reproduites par la Seudre et le Conservateur de Marennes du 12, signalent dans le n° de mars la notice de M. le docteur Pineau sur les substructions gallo-romaines du Château, les articles sur La Hoguette « une étude de M. Audiat sur le culte de saint Eutrope dont il reste l'historien le plus autorisé, et une curieuse notice de M. Dangibeaud sur Louis de Foix x, dont l'analyse suit.

Le Courrier de La Rochelle du 23 février, après avoir reproduit le sommaire du numéro de janvier et le passage qui l'y concerne, signale ou analyse les notes sur Bouguereau, Richard, l'abbé Person, Thomas Portau et Yves Rouspeau, Lanoue, Fairholm et Luther, Latierce, maire de Varaize, dont le dossier complet est au greffe du tribunal de La Rochelle. La Reuue historique de l'ouest de janvier et de mars signale dans nos livraisons: Thomas Portau, par M. de La Morineric; Catherine de Clermont-Dampierre, par M. L. A.; les Salons


de Castagnary, par M. Ch. D. « et surtout la remarquable étude de M. d'Aussy sur François de La Noue puis Louis de Foix, La Hoguette, et le Culte de saint Eutrope.

L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, du 28 février, annonce le don au musée de Saintes de bracelets de l'époque néolithique, et reproduit le passage du procès verbal de la séance du 5 janvier (Bulletin, xIII, G6).

Le Bulletin religieux du diocèse de La Rochelle, n<" des 25 mars et 15 avril, a reproduit en grande partie l'article Culte de saint Eutrope.

Ont publié la liste des nouveaux membres de la société l'Echo rochelais et la Charente J~ërïeure du 1°'' mars; l'Ere nouvelle du 2; le Progrès du 3; le Bulletin religieux, l'Union de SaintJean d'Angély, l'Echo de Jonzac et le Journal de Marennes du 4 le Journal de La Pallice du 18.

L'Annuaire du conseil héraldique de France (6e année, 1893), qui contient d'intéressants travaux Famille de Poli, par M. le comte CaisdePierIas, Les armoiries de Ronsard et Les Co~o~bauserutcede~a France, très curieuses études de notre compatriote et confrère M. le vicomte Oscar de Poli, consacre une note à la Reuue de Saintonge et d'Aunis, p. 311, sous la rubrique Louis Audiat « On sait combien est consciencieuse l'érudition de notre honoré collègue il dirige cette revue, organe de la société des Archives historiques de Saintonge et d'Aunis, avec un savoir qui en fait un modèle du genre. Dans le Bulletin archéologique de la société de Tarn-et-Garorme, t. xx, 1892, p. 312, M. Mila de Cabarrieu rend compte de la biographie du Vicomte Maurès de Malartic, <: intéressant travail D publié dans la Revue de Saintonge de mars 1892. H fait remarquer, d'après M. Forestié, que « par erreur AmbroiseEulalie de Malartic est indiqué par son petit-fils, comme membre do l'académie de Montauban; c'est son frère, le général comte Jean-Vincent de Malartic de La Devèze, qui fut reçu mem. bre de cette société en 1764; il était lieutenant du roi en 1789, à Nancy, où il mourut le 27 septembre 1812, étant chanoine honoraire et directeur du grand séminaire de cette ville ». Page 322, est mentionnée la note de la Revue, XII, 194, sur l'abbaye du Mas-Grenier et le P. Faidy. Page 324, « on lit que l'invitation à la fête de Taillebourg est parvenue trop tard pour qu'une réponse utile ait pu être faite; mais l'assemblée félicite hautement M. Audiat de la pensée patriotique qui a présidé à l'éreci on du monument et à l'organisation de cette fête. »


Les Annales du Midi d'avril 1893 signalent dans la Revue de juillet Deux lettres de Louis XI, la nouvelle du meurtro~de Henri IV à Paris, dom Leidet, les anciennes foires de septembre La chanson de Taillebourg, où l'auteur rectifie '« par le los de sa femme a en « par le conseil n, et n'admet pas a ont mal honte de leur entreprise »; or, il faudrait ma!e, honte étant féminin <c ce qui ferait un vers faux Est-ce bien sûr? saint Louis en Saintonge dans celui de novembre Le sceau de Taillebourg, miracle de sainte Radegonde.

UNE CONFÉRENCE SUR FROMENTIN A SAINTES

La société a donné sa séance publique annuelle le l"" mars. La salle était comble. La séance a été ouverte par le président, qui s'est exprimé à peu près en ces termes

« Il était une fois un père qui avait un fils. Le cas n'était pas rare jadis il se présente encore assez souvent, et l'usage persistera longtemps: espérons-le, surtout pour les enfants. Il disait donc pis que pendre de son fils quand il était jeune: il avait tous les défauts réunis et quelques autres encore. Vous savez ce que valent ces paroles dans la bouche des parents; on ne les prend jamais au mot, ils en seraient désolés c'est ce qu'en termes techniques on nomme une antiphrase, et cela signifie toujours enfant charmant, bon, intelligent. Qui de vous, mesdames, ne s'est pas servi des mêmes termes et toujours. dans le même sens?

Un jour le père dit à l'enfant devenu, à son tour, déjà père de plusieurs c Il est temps de venir en aide à votre papa. Il a jusqu'ici porté une bonne partie du fardeau mis sur ses épaules, sans doute allégé par des collaborateurs dévoués qui sont non pas des confrères, mais des amis. Pourtant c'est un fardeau quand même.

Et comme l'enfant avait quelque teinture de lettres et savait même du latin, il ajouta: Solve senescentem ce qui veut dire, mesdames Voyez, ma barbe grisonne, euphémisme coquet pour dire blanchit venez prendre ma place. pour une fois. Venez parler à ce gentil auditoire qui, depuis plusieurs années, sensible aux choses de l'esprit, se montre fidèle à nos séances et nous récompense par sa présence des soins que nous prenons pour lui plaire. Je me fais vieux sans doute je ne radote pas encore, mais je commence à répéter un peu les mêmes idées. Et puis l'histoire, c'est bien beau mais c'est vieux or, le passé est passé nous sommes dans le présent, en attendant que nous soyons dans l'avenir. Choisissez notre programme est vaste, il embrasse la Saintonge et l'Aunis, même une notable partie de l'Angoumois: et tout ce qui se rattache à ces trois provinces, hommes et choses, archéologie et littérature, histoire et poésie, grave et plaisant, jovial et sérieux, tout est de notre domaine choisissez, pourvu que ce soit de La Rochelle ou de Saintes, de Saint-Jean d'An-


gély ou de Barbezieux. de Cognac ou de Marennes, de Rochefort ou de Jarnac, de Jonzac ou d'Aunay tous les sujets sont bons, hors le genre ennuyeux, mais choisissez et arrangez de façon à plaire à notre auditoire où l'élément féminin domine sinon en nombre, du moins en influence. Qui plait aux dames a partie gagnée, c'est un point important voyez Caro, voyez M. Larroumet, que vous avez suppléé quelque temps dans sa classe de rhétorique. En votre qualité de quasi avocat, vous devez avoir la langue bien pendue et au besoin savoir parler pendant une heure sans rien dire. de blessant pour personne.» Il y avait des objections, et le temps, et les occupations multiples, et l'inexpérience, et ceci, et cela.

J'ai répondu <: Je connais ces raisons-là et d'autres encore tous ceux que je prie, tous ceux que j'invite me disent ainsi. même ceux qui ont le plus grand désir de parler. Mais vous n'êtes pas de ceux qui ne vont à l'eau que lorsqu'ils savent nager, ou qui attendent que le fleuve ait passé avant de franchir la rive. Faites vos premières armes à Saintes où vous avez appris l'escrime. Votre auditoire est indulgent sans doute, il n'est pas disposé

A faire du fracas

A tous les beaux endroits qui demandent des bas

H n'est pas de ceux qui « trépignent de joie et pleurent de tendresse », et il ne fera pas crouler le plafond sous ses applaudissements, ce qui serait grand dommage pour le propriétaire de l'immeuble et pour des gens paisibles et honnêtes qui n'aiment pas, au lieu de flots d'éloquence et d'avalanches de poésie, recevoir un toit de tuiles sur la tête mais il est bon juge, très fin appréciateur et soulignera d'un doux sourire les bons passages. Il aime le beau langage la science ne lui fait pas peur, pourvu qu'elle ait un peu fait sa toilette, dont il est flatté. J'ai donc promis que vous serez indulgents, messieurs que. vous serez aimables, mesdames, selon votre habitude. H a fini par céder. Voilà pourquoi je lui cède la parole les lecteurs ordinaires de sa majesté le public de nos séances feront relâche aujourd'hui et ici le papa s'inclinant devant le président, je déclare la séance ouverte, et je donne la parole à M. Gabriel Audiat. D

L'orateur, ainsi annoncé, a parlé pendant deux heures et demie d'Eugène Fromentin. Suivant l'usage, nous reproduisons les appréciations diverses des journaux. C'est la Petite Gironde du 3 mars, dont le rédacteur assistait à la séance, qui a commencé les éloges. LaChare~~e-J~/erïenre du 4, dit: « M. Gabriel Audiat a fait une conférence fort intéressante sur Fromentin. Le jeune conférencier avait pris comme sujet spécial, Dominique, qui lui a fourni la matière d'une étude où M. G. Audiat a fait preuve à la fois d'un jugement sain et d'un esprit très délicat. La nombreuse assistance qui avait répondu à l'appel de la société des Archives. lui a témoigné par


des applaudissements chaleureux tout le plaisir qu'elle avait eu à l'entendre.

L'Echo rochelais du 4: « Fromentin était un peintre, peintre de grand talent en même temps qu'écrivain de race. Ceux qui ont eu le délicat plaisir d'entendre mercredi soir, au salon de la société des Archives, la brillante conférence de M. Gabriel Audiat, ont maintenant dans la mémoire un beau et fidèle portrait de cet illustre contemporain et compatriote ils connaissent sa vie et ses œuvres, et savent quelle estime il faut faire de son caractère, de ses tableaux et de ses écrits. C'est surtout l'homme de lettres, l'artiste littéraire, que l'aimable conférencier s'est attaché à mettre en lumière, et cette lumière il a su la répandre abondante et étincelante sur tous les aspects de l'homme et de l'écrivain. Pendant deux heures, coupées par un quart d'heure de repos, l'auditoire charmé, suspendu à cette parole élégante, d'une correction impeccable, a pu suivre Fromentin depuis sa naissance au village de Saint-Maurice. jusqu'au plein épanouissement de son talent, jusqu'à la célébrité et aux honneurs légitimement conquis, dont il devait jouir trop peu de temps. Le pays d'Aunis et l'Algérie, voilà les deux patries du talent de Fromentin. Avec quelle finesse d'analyse psychologique et esthétique, M. Gabriel Audiat nous a raconté la formation de ce double talent, avec quel relief de descriptions, avec quel éclat de coloris il a reproduit pour nous les principales scènes des tableaux du maître Et comme il est heureux à le peindre par lui-même Les nombreuses citations, que lui fournit son imperturbable mémoire, sont enchâssées dans un style qui a si bien pris l'allure et la couleur de celui de Fromentin qu'il est impossible de les distinguer l'un de l'autre, de marquer le point où le conférencier s'arrête pour laisser parler son héros. Grâce à lui, la société des Archives a pu justifier, cette fois, d'une manière brillante, aux yeux du grand public, et en particulier du public d'élite qui assistait à la réunion, la devise qui accompagne son écusson: Servare, vulgare. La plupart d'entre nous connaissaient à peine le nom du peintre Fromentin et beaucoup n'ont jamais vu une seule de ses toiles; tous les rechercheront désormais et prendront plaisir à les étudier surtout, ce qui leur sera plus facile, ils voudront goûter son œuvre littéraire, passer avec lui un Eté dans le Sahara, se promener à ses côtés dans le Sahel, revivre au pays d'Aunis, dans son cadre véritable, l'histoire de Dommque, aller enfin admirer, jusqu'en Belgique et en Hollande, en compagnie d'un tel guide, Les maures d'autrefois. M. Audiat a pleinement atteint son but il a charmé son auditoire, il a fait connaître et aimer Fromentin, il le fera lire et admirer. » Le Messager des Charentes du 4 mars, reproduit par la Chare~teJnfërteure du 22 a Bien que la salle soitassez exiguë, plus de cent cinquante personnes, dont un très grand nombre de dames, s'y pressaient; quelques retardataires, dont nous


étions l'un, à notre très grand regret, avaient été obligés de stationner dans la salle annexe. Nous avons pu cependant entendre une grande partie de la conférence qui n'a pas duré moins de trois heures, et nous avons été à même d'apprécier les qualités du jeune orateur. Nous n'hésitons pas à dire que de longtemps et très longtemps, nous avions vu réunir chez un conférencier d'aussi nombreuses qualités, celles qui viennent de l'art de bien dire, jointes à une facilité d'élocution peu ordinaire, à une pureté de langage qui a frappé tous les auditeurs, et à une connaissance du sujet que n'apportent pas toujours les conférenciers. Nous ne parlons pas de la mémoire qui est prodigieuse, pour faire ressortir les qualités extérieures de l'orateur dont est doué à un haut degré le jeune professeur. Quel charmant causeur, quel exquis diseur et liseur fera M. Gabriel Audiat, lorsqu'il professera dans une faculté, ce pour quoi il semble né, prédestiné au point de vue oratoire Après avoir fait la biographie d'Eugène Fromentin, « le brillant conférencier nous fait promener avec lui à travers les sables du désert, en passant par l'Egypte, l'Algérie. M. Gabriel Audiat analyse l'œuvre du peintre avec une variété et une justesse d'aperçus qui prouvent, de sa part, une étude approfondie de la manière de Fromentin. Il conclut en le présentant comme un grand peintre, un peu au-dessous cependant de Millet, de Corot, de Daubigny. Mais c'est surtout comme écrivain qu'il le préfère. Avec quel charme de parole, avec quelle délicatesse de pensée et quelle finesse de touche il fait l'analyse de son œuvre littéraire, et en particulier de Dominique, son roman de prédilection. Comme conclusion, il ne placera pas Eugène Fromentin à côté de Pascal, de Jean-Jacques ou de Victor Hugo, mais il lui donnera pour voisins littéraires M"" de La Fayette, La Rochefoucauld et Vauvenargues. Si M. Gabriel Audiat voulait se créer une spécialité dans ce genre, il n'aurait qu'à aller à Paris, salle des Capucines nous sommes convaincus que les échos de cette salle n'ont pas toujours retenti d'une parole tout à la fois aussi attrayante et aussi académique, à laquelle se mariait une action s'harmonisant admirablement avec la pensée. o Les Annales catholiques de l'ouest du 8 mars « Comme chaque année, un nombreux public d'élite, assidu à cette fête intime de l'esprit, se pressait dans la salle, bien exiguë, malheureusement, de la société, pour entendre une conférence de M. Gabriel Audiat, sur Eugène Fromentin et son œuvre. Après une charmante allocution de M. Louis Audiat, président de la société, le conférencier a traité le sujet annoncé avec une remarquable distinction de pensée et de langage. Félicitons aussi la société qui vient de faire placer sur les murs de la cathédrale de Saint-Pierre une plaque commémorative de la victoire remportée à Saintes par saint Louis sur les Anglais. » Le Progrès de la Charente-In férieure du 5 a Pour cette fois les lecteurs ordinaires de sa majesté le public ont, selon le


mot du savant président de la société, fait relâche et peut-être ne leur eût-on pas pardonné cette liberté grande (le public est un despote et la société l'a gâté quelque peu) si le morceau de haut goût qu'on lui a servi n'avait enlevé les suffrages des plus moroses et provoqué les plus unanimes applaudissements. M. Louis Audiat, président, a ouvert la séance par une charmante allocution. Avec esprit et simplicité il dit que, voyant blanchir sa barbe et s'appesantir sur lui le poids des années, il a cru pouvoir se décharger sur son fils du soin de nous faire passer quelques agréables instants.

L'orateur vient de prendre la parole; dès les premiers mots on sent à l'attention et au silence qui règne dans la salle, qu'un courant de vive sympathie s'est établi entre lui et les assistants. Et d'abord M. Gabriel Audiat possède la qualité indispensable de l'orateur la sincérité. Il sent ce qu'il dit; il parle avec conviction il observe le vieux précepte: il est ému lui-même avant de nous émouvoir. Aussi avec quel entrain, quelle chaleur, quel accent de sincérité profonde et convaincue nous expliquet-il l'admiration qu'il a vouée à Eugène Fromentin! ajoutez à cela qu'il possède un organe des mieux doués, que sa parole vibrante et émue sait tenir son auditoire sous le charme! En faut-il davantage pour convaincre et persuader ? H déroule devant nos yeux la vie de Fromentin, nous montre son caractère, ses aspirations, nous fait pénétrer jusqu'aux plus secrets ressorts de son talent. Je voudrais pas à pas suivre le conférencier, tâcher de faire sentir la grâce, la fraîcheur avec lesquelles il conte ces anecdotes gracieuses, telles que les rêveries de l'adolescence d'Eugène Fromentin, la passion qui se développe graduellement dans son cœur pour la cousine d'un de ses amis, les flots de poésie que cette « passionnette o lui inspire, et combien d'autres encore où l'on ne sait qu'admirer le plus, de la sensibilité de Fromentin ou de l'élégance spirituelle de celui que j'appellerais a son apôtre D. Mais je craindrais par une sèche évocation de ces détails pittoresques de gâter le plaisir des personnes qui assistaient à la fête. De longs applaudissements ont salué cette conclusion et ils ont été d'autant plus nourris que tous s'étaient fait violence pendant la conférence, de crainte d'interrompre l'orateur. Et si je voulais employer un cliché qui a beaucoup servi, je dirais que de charmantes dames qui se trouvaient à côté de moi, ont mis à profit les quelques minutes de repos qu'on nous a données, pour s'en donner à langue déployée et manifester tout haut leur admiration. et je suis persuadé que je traduirais ainsi le sentiment de toute l'assemblée. Je l'avoue, pour ma part, à ma très grande honte (beaucoup d'autres sont sans doute dans mon cas). Je ne connaissais pas Dorninique; mais tout le monde, comme moi, voudra maintenant le lire. Or, n'est-ce pas là le résultat qui indique le mieux au conférencier le succès de son entreprise? II a fait passer dans notre esprit l'amour, en même temp que la curiosité de l'oeuvre de Fromentin.


Le président de la société des Archives, avant de lever la séance, nous annonce une grande fête musicale et littéraire dont le produit sera affecté à l'érection au Canada d'une statue du fondateur de Québec, le vaillant saintongeais Champlain, de Brouage. Mais le public ne veut pas partir il est pourtant près de onze heures il faut le pousser par les épaules et lui répéter que la séance est terminée.

L'Union, de Saint-Jean d'Angély, du ~2 c A la société des Archives, où se font entendre sur les sujets les plus divers se rattachant à l'ancienne province, ceux de ses membres qui s'occupent d'histoire, d'archéologie et même de littérature. M. Gar briel Audiat a pendant plus de deux heures, trop courtes au gré de tous, traité un sujet des plus intéressants, Eugène Frome~tin. Les moindres détails sont notés; et, quand d'autres s'égareraient dans une étude, en définitive, passablement complexe, lui s'y meut parfaitement à l'aise. Et cela, parce que le jeune conférencier, il est normalien pourtant, a soigneusement évité de faire étalage d'érudition; et s'il a émaillé sa causerie de très rares et d'ailleurs très heureuses citations, il a surtout cherché à émettre et faire partager ses idées personnelles. Avec quel charme M. Gabriel Audiat nous parle de ces premières années du grand peintre! Sa parole imagée s'identifie tellement avec le style de l'auteur qu'on ne sait plus distinguer les citations du langage même du conférencier; c'est ainsi qu'après avoir délicatement analysé la douce et sympathique passion de l'adolescent pour Madeleine, il suit l'artiste dans les premières étapes de sa vie errante sur ce sol africain auquel il devait s'attacher avec tant d'amour. Le langage du conférencier semble lui-même imprégné de cette lumière répandue à flots dans les toiles du peintre rien de plus brillant que son style, rien de plus heureux que le choix de ses expressions et la propriété do ses termes. » L'auteur fait remarquer qu'au début le conférencier a peut-être un peu trop parlé autour de l'oeuvre de Fromentin o et, « cédant au désir de ne pas fatiguer un auditoire qui pourtant ne demandait qu'à l'écouter encore s, abrégé la comparaison entre Fromentin et Loti et passé trop rapidement sur les Maîtres d'autrefois, l'objet principal de la conférence étant d'ailleurs le roman Dominique, bien petits défauts « qui disparaîtront le jour où M. G. Audiat publiera son étude et qui n'ont entevé à la conférence rien de sa'saveur ni de sa brillante imagination f.

Ces éloges unanimes des journaux de Saintes, de La Rochelle et d'ailleurs ont déplu au Courrier de La Rochelle du 12 il prend à partie et les sots auditeurs qui ont applaudi, et la société des Archives, coupable d'avoir voulu faire admirer Fromentin à Saintes, non à La Rochelle (t), et il dit vertement

(1) J'ai reçu une réponse à cet article du Courrier, très vive, très spirituelle, et qui ne ferait pas rire l'anonyme. Je la garde. Mais j'en extrais un court


son fait au conférencier « Avant lui on ne soupçonnait pas l'existence du peintre rochelais, pas même à Saintes, encore moins à La Rochelle; c'est cette jolie thèse que M. Audiat a dëveloppée devant les Saintais, qui n'ont pas été trop mécontents d'être traités d'ignorants,à la condition qu'on leur servit un fort éreintement des Rochelais. Aussi,à chaque sor~eutrtdente contre La Rochelle, M. Audiat a été couvert d'applaudissements. » Quel mauvais tour joue parfois l'imagination à un honnête journaliste qui rend compte d'un discours sans l'avoir entendu Il ajoute, sur un ton un peu trop mélodramatique « Il est détestable d'entretenir un sentiment de basse jalousie contre nous, qui n'est justifié par rien. Pour recueillir quelques applaudissements puérils et de mauvais goût o, il a eu « recours à ce piètre moyen de couvrir de ridicule des gens qui ne demandent qu'à vivre en bonne intelligence avec leurs voisins. Pauvre Fromentin, sans M. Audiat, tu étais à jamais plongé dans un éternel oubli. Sans lui nous n'aurions jamais su que tu venais passer tous les mois d'été à Saint-Maurice. On aurait cru, paraît-il, en entendant M. Audiat, qu'il avait été un des amis intimes de Fromentin, que tous deux avaient vécu côte à côte, et qu'aujourd'hui M. Audiat s'était donné la mission de révéler Fromentin inconnu à ses ignorants concitoyens. Ce n'est pas à Fromentin que nous devrions élever un monument, c'est à M. Audiat, avec la statue de la Modestie dans le soubassement. Quelle reconnaissance l'humanité tout entière devra à M. Audiat, le jour où il découvrira l'Amérique! ? »

L'auteur, ainsi attaqué, a répondu la lettre suivante, publiée le 23 et reproduite par l'Ere nouvelle du 30 mars, le Peuple'du 31 et les Tablettes du 8 avril

« Dans le Courrier du 12, qu'on me communique seulement

passage qui venge la société des Archives, aussi injustement mise en cause «. Je verse très volontiers mes 13 francs à la société des Archives. Au travers des inerties qu'elle heurte à chaque pas, elle va son chemin, elle fait ce qu'elle peut pour sauver et faire connaître le passé de notre pays, de tout notre pays d'Aunis et Saintonge sEnvARE, vuLGAnE. Je me doute que la tache n'est ni facile, ni enrichissante Chaque année elle nous offre de gros et beaux volumes je ne les ouvre jamais, trop ignorant pour les comprendre mais je ne m'en sers pas non plus pour hausser mes enfants jusqu'à la table de famille. Je les garde avec une sorte de respect religieux, parce que je sais que l'histoire de nos provinces est dans ces pages. En ce moment même, si j'insiste si longuement, c'est que je ne voudrais pas que de cette petite, très petite querelle, il sortit rien qui pût faire tort à une œuvre qui a besoin de toutes les bonnes volontés, ni qu'il restât seulement dans l'esprit de personne le moindre nuage. Ce sont ces défiances absurdes, ces polémiques de village à village, de commission des Arts à société des Archives, qui souvent paràlysent les savants de province, font obstacle aux efforts les mieux intentionnés, découragent les jeunes. Le meilleur moyen de n'être pas attaqué, finit-on par penser, c'est de ne rien faire. Et en effet, si M. A. n'avait pas fait sa conférence pour céder aux sollicitations d'un président à qui il n'a pas grand'chose à refuser, il n'aurait pas reçu la hottée d'injures que le Courrier a versée sur sa tête. Même à la société des Archives on aime, à mon sens, parfois un peu trop la bataille. La paix est un grand bien, a dit un grand sage. Rochelais nos frères, vivons en paix. ')


aujourd'hui, un article étincelant d'esprit m'accuse malicieusement d'avoir voulu allumer une guerre civile entre la Saintonge et l'Aunis en parlant l'autre jour à Saintes du rochelais Fromentin. Voulez-vous avoir l'obligeance, en me permettant de rétablir la vérité, de m'aider à éteindre ce dangereux incendie? Je fais d'abord ma confession. J'ai commis contre La Rochelle une épigramme, c'est vrai, une seule mais elle est de Fromentin, et je lui en ai laissé la responsabilité. C'est la phrase où il peint Ormesson, « ville attristée, vieillotte, hérissée de clochers d'églises. où régnait un silence hargneux. Et tous les soirs, à dix heures, la grosse cloche de Saint-Pierre sonnait le couvre-feu sur une ville déjà aux trois quarts endormie plutôt d'ennui que de lassitude. n

J'ai dit en revanche, nul auditeur ne me démentira, combien il vous aimait et combien vous l'aimiez tous. J'ai dit tout ce que La Rochelle a fait pour sa mémoire depuis qu'il est mort trois articles nécrologiques, une charmante conférence en 1876, son nom donné à une rue.

J'ai nommé et remercié les Rochelais. aimables qui m'ont mis en relations avec la famille Fromentin, et dont les intéressants renseignements m'ont aidé à parler de Dominique d'une manière un peu moins indigne de lui.

Si elle n'avait été une causerie modeste devant un cercle restreint d'invités, j'oserais dire que ma conférence n'a été qu'un hymne enthousiaste à la gloire de Fromentin que j'adore, et du pays d'Aunis dont il a été le délicieux poète. Les journaux de Saintes pourraient m'en vouloir, parce que je leur ai doucement reproché de n'avoir pas, au mois d'août 1876, consacré au moins deux lignes à Fromentin, absorbés qu'ils étaient par une campagne électorale à Marennes. Mais à La Rochelle de quoi donc m'en veut-on ? D'avoir invité les Saintongeais à faire le pèlerinage de Saint-Maurice, avant que le mouvement, si vite grandissant, du port de La Pallice change la physionomie de ces paysages que Fromentin a si amoureusement dépeints? ou bien d'avoir exprimé le regret qu'on n'ait pas encore songé à lui dresser quelque gracieux monument dans ces jolis jardins du côté du Mail, à l'endroit d'où l'on aperçoit sa petite maison champêtre ? Si c'est là ma faute, je prie les Rochelais de pardonner à un dévot de Fromentin ce malencontreux excès de zèle, en leur faisant remarquer d'ailleurs que je ne suis pas allé jusqu'à la statue je n'ai demandé qu'un buste ou un médaillon.

Et puis enfin il est bien vrai que j'ai fait applaudir à Saintes pour la première fois le nom glorieux de leur compatriote. Cela me doit valoir un peu d'indulgence.

A moins que ce ne soit précisément cela qui ait blessé mon spirituel agresseur? Ce serait alors de sa part jalousie d'amoureux, qui ne veut pas qu'on touche à son idole. Mais nous sommes « de Saintonge et d'Aunis » voilà pourquoi je m'étais cru le droit, après tous les hommages autorisés et élo-


quents que l'académie de La Rochelle a rendus à Fromentin depuis seize ans, de brûler à mon tour dans notre humble coin un tout petit grain d'encens.

Que nos confrères de La Rochelle nous fassent donc un peu grâce. Sans cela je me demande si nous pourrons parler de Champlain, comme nous le voulons, le mois prochain. Brouage n'aurait plus qu'à nous intenter un procès, en nous réclamant des droits d'auteur

Veuillez, etc. GABRIEL AUDIAT. Angoulême, 17 mars 1893. s

AVIS ET NOUVELLES

La Société des Archives fera, le jeudi 18 mai, à La Rochefoucauld et à Rencogne son excursion annuelle. On visitera le magnifique château des La Rochefoucauld et les immenses et curieuses grottes naturelles de Rencogne. Cette excursion, déjà faite en 1885, a été redemandée par'plusieurs de ceux qui s'y trouvaient alors et qui désiraient la refaire.

Le rendez-vous est à la gare d'Angoulême à 11 h. 14. Départ de La Rochelle, 5 h. 52 de Rochefort. 6 h. 42 de Saint-Jean d'Angély, 6 h. 31 de Jonzac, 7 h. 44 de Pons, 8 h. 15 de Royan, 6 h. 40 de Saintes, 6 h. 42 ou 8 h. 20.

Déjeûner à La Rochefoucauld à midi départ de La Rochefoucauld pour Angoulême, Saintes, Pons, Jonzac, à 7 h. 56 du soir. Il y a arrêt à la gare d'Angoulême, de 8 h. 50 à 9 h. 40, le temps de dîner. Plusieurs excursionnistes profiteront du voyage pour voir l'exposition d'Angoulême.

Les membres de la société qui désirent prendre part à l'excursion sont priés de se munir de leur insigne et de se faire inscrire avant le 14 mai pour le déjeûner et la voiture de Rencogne à La Rochefoucauld, 6 kilomètres.

FÊTE DE CHAMPLAIN

La fête que la société des Archives organise à Saintes en l'honneur de Samuel Champlain aura un plus grand éclat qu'elle n'avait d'abord osé espérer. Un jeune et des plus distingués professeurs de la faculté des lettres de Bordeaux, M. Imbart de La Tour, dont les deux thèses pour le doctorat ont été, il y a deux ans, si remarquées, a bien voulu nous promettre une conférence sur Champlain et le Canada. Le lieutenant gouverneur de la paroisse de Québec, M. Chapleau, orateur remarquable, présidera; il sera accompagné du commissaire général du Canada, à.Paris,. M. Hector Fabre, qui prendra la parole. Ces deux hauts dignitaires arriveront à Saintes le soir par l'express de Paris. Ils seront reçus à la gare avec solennité. Dans la soirée, réception ouverte au Ramet par M. le comte Anatole Lemercier, maire de Saintes et député.


Le lendemain, visite aux monuments de la ville. Réception à l'hôtel de ville. Le soir, fête artistique et littéraire, chants, musique, discours, conférence, poésie.

Le lendemain, pélerinage à Brouage au monument de Champlain et visite à Rochefort.

Nous ne pouvons encore donner que l'ensemble du programme, qui sera sans doute modifié et augmenté. Les détails viendront en temps et lieu. La fête auralieu dans la première quinzaine de juin.

Cette idée de fêter un de nos plus grands hommes, un colonisateur éminent, un homme d'un génie remarquable et d'une honnêteté antique, a été fort bien accueillie. II faut toujours honorer ses grands hommes, fussent-ils morts depuis deux ou trois siècles. Dans la circonstance actuelle, cela devenait une obligation morale. La ville de Québec élève un monument à son fondateur. La colonie française s'est tournée vers la mère-patrie et demande une obole, un témoignage de sympathie. Brouage n'existe plus que de nom. C'était à la capitale de la Saintonge à répondre. Saintes, en particulier, le devait; en effet, lors de l'incendie de la mairie et de la bibliothèque en 1871, les Canadiens, en souvenir de Champlain, se sent empressés d'envoyer des ouvrages, quelques uns très importants, entre autres les Œuures même de Champlain que l'Université de Laval venait de rééditer à grands frais. Il s'agit aujourd'hui de se souvenir de cet acte de délicate générosité. Enfin, nous nous rappellerons que le Canada a été peuplé en grande partie par des Saintongeais et des Aunisiens, que presque toutes nos familles saintongeaises ont des représentants là-bas qui gardent précieusement la mémoire des ancêtres de France. Malgré un coupable abandon, en dépit de la politique qui les a donnés à l'Angleterre, les Canadiens sont restés Français, Français de cœur, de mœurs, d'idées, de langue. Quand donc des Français nous tendent les bras à travers l'Océan, quand leurs plus illustres représentants viennent à nous, nous les accueillerons comme des parents, absents depuis longtemps, qui s'assemblent un instant au foyer paternel, et nous resserrerons ainsi ces antiques liens d'affection. Lorsque la France sur le vieux continent a tant d'ennemis et de jaloux, il nous doit être doux de songer que dans le Nouveau Monde une race nombreuse nous garde son affection et son dévouement.

A l'annonce de la fête de Champlain dans les journaux du Canada, nous avons reçu une foule d'ouvrages ou brochures qui témoignent de l'intérêt que l'on porte là-bas au saintongeais fondateur de Québec de M. Chauveau, doyen de la faculté de droit à l'université Laval à Montréal, ancien ministre de l'instruction publique, ancien président du sénat du Canada, 5 volumes ou brochures de ses œuvres de M. Ernest Gagnon, Soirées de Québec, et Chants canadiens, chants populaires du


Canada français de l'université Laval, un recueil de phutographies puis Le foyer canadien, la Revue canadienne, puis Les voix mtime~ de M. Caouette, parmi lesquelles une belle pièce de Champlain, etc., etc.

La société de géographie de Rochefort a « fait appel à tous nos concitoyens de la Charente-Inférieure et les invite à s'unir à nos parents et amis du Canada pour concourir à la glorification d'un grand Français dont la mémoire si vivante encore de l'autre côté de l'Atlantique, est restée comme un puissant trait d'union entre nos frères canadiens et nous ».

La Revue maritime et coloniale de février 1893 a publié, de M. le contre-amiral Cavelier de Cuverville, une étude, Le Canada et les intérêts ~rattçats, reproduite en partie dans la Revue scienti fique du 4 mars, où l'auteur montre « le merveilleux développement de la race française au Canada, l'influence qu'elle exerce et les destinées qui l'attendent Lors du désastreux traité de Paris en 1763, nous laissions environ 65.000 Français au Canada; ils dépassent aujourd'hui deux millions. Le chiffre total du Do)7U~non est de 4.823.000 habitants; il était en 1881 de 4.324.000.

Etat des impressions: xxn" volume (1893).'Cartu~atresaMitongeais de la Trinité de Vendôme, chartes concernant l'île d'Oleron, Saint-Aignan, Montierneuf, Olonne, Surgères, etc. Feuilles tirées 2-10.

Une plaque de marbre blanc avec cette inscription A

SAINT LOVIS

VAINQVEVR DES ANGLAIS

SOVS LES MVRS DE SAINTES

LE XXII JVILLET MCCXLII

LA SOCIÉTÉ

DES ARCHIVES HISTORIQVES

DE LA SAINTONGE ET DE L'AVNIS

1893

a été placée sur le contrefort du portail de la cathédrale de SaintPierre. La société, par une attention délicate, avait voulu que Ms' Valleau pour premier acte épiscopal bénit ce marbre qui rappelait et saint Louis et sa victoire de 1242; et c'étaitconvenu; les journaux nous l'avaient annoncé; mais cette partie du programme a été omise. Et la Croix de Saintonge qui nous reprochait de n'avoir pas fait bénir le monument de Taillebourg! Le ministre de l'intérieur, sur la proposition du préfet de la Gironde, a conféré une médaille de première classe à notre confrère, M. le docteur Sostrat, de Saintes, médecin à Mi-


rambeau, pour les soins qu'il rend depuis vingt ans à l'œuvre de la protection des enfants du premier âge.

Notre confrère, M. Bouguereau, a été élu par 761 voix sur 1.034, pour trois ans, membre du jury de peinture de la société des artistes français, et l'un des 20 jurés pour 1893. Notre confrère, M. Charles Dangibeaud, a deux émaux admis au salon.

Le 5 mars, à l'occasion du sacre, M?'' Valleau, Mgr Ardin et Mgr Petit se sont faits réciproquement chanoines d'honneur de Sens, de Quimper et du Puy. M. l'abbé Berthelot, supérieur de Pons, a été nommé vicaire général honoraire de Quimper, et quatre ou cinq autres ecclésiastiques ont été faits chanoines de Quimper.

La société de l'histoire du protestantisme français, fondée en 1852 par Charles Read, aujourd'hui présidée par M. le baron de Schikler, tiendra en Saintonge ses assises annuelles au mois de mai ou de juin.

Le musée de La Rochelle a reçu de la direction des beaux arts une toile du peintre Lafont, Jésus au temple devant les docteurs.

M. Léon Vignols, de Rennes, a offert aux archives de la Charente-Inférieure un registre de la correspondance (du 2 novembre au 15 décembre 1780) d'EtienneDéchézeau,négociantà à La Flotte (iie de Ré), avec P. Borde, négociant à La Rochelle. L'état a accordé une somme de 850 francs à la commune de Ciré d'Aunis pour aider à la réparation de l'église et du presbytère, et 4.500 fr. à la commune de Moëse pour réparations à l'église.

La commission départementale, dans sa séance de mars, a accordé 500 francs à la commune d'Aunay pour la restauration de son église.

Dans sa séance du 11 avril, le conseil général de la CharenteInférieure a, sur la proposition de MM. Meyer et Barbedette, émis le vœu que les notaires effectuent aux archives du département le dépôt de leurs minutes antérieures à la loi de 1791 (29 septembre et 6 octobre).

Le Courrier de La Rochelle du 30 mars publie une délibération de la chambre de commerce de La Rochelle (11 janvier 1669) qui décide qu' « afin de paroistre avec plus d'esclat les juges consuls, « au lieu de toques à l'antiquité a, seront x couverts de chapeaux garnys de velours »; les huissiers assisteront aux audiences avec leurs robes et chapeaux qu'ils feront aus-


sy couvrir de taffetas, ensemble le greffier », auquel on laisse « la liberté de faire couvrir le sien ainsy qu'il advisera bon estre Heureux huissiers!

Le Bulletin d'autographes d'Etienne Charavay annonce (n° de février) une lettre (La Rochelle, 18 janvier 1611) d'Amos Barbot, bailli d'Aunis, à Villarnoul, député général des églises réformées, provenant de la collection de Benjamin Fillon; prix, 15 francs. C'est une réponse à la demande que lui a faite Villarnoul de la copie de quelques unes des pièces du dossier original de l'édit de Nantes, conservé dans les archives du corps de ville de La Rochelle.

Le 1" mars, a paru à Cognac « le Messager des Charentes, journal quotidien, organe républicain des intérêts ouvriers, agricoles, industriels et commerciaux de la région a. Le numéro, 5 centimes.

Le 1" avril, a paru à Saintes, 42, Cours national, sous la direction de M. L. Seuillet, le premier numéro du journal hebdomadaire Le Travailleur, organe de l'agriculteur, du commerçant et de l'ouvrier.

Vient de paraître chez M. Victor Billaud, à Royan, un nouve album de M. B. Gautier, Aupays desbounes Champagnes, in-4 de 52 dessins. Prix 4 francs.

Citons quelques légendes. Entre deux villageois « Les socialisses, moun'ami, c'est des gens qu'a pas le sou et qui voudraient partager z-avec ceux-là qu'a des moyens. Et le gouvernement leû cope pas l'cou e

A la maison: « Ah! tieul homme, m'embéte-t-i avec son ménistère Quéqu'ça m'fait, à moi, l'ménistère. J'me fiche pas mal du ménistère Eh bein s'il est chet, qu'i se ramasse Ah 1 pauv'femme, ce que c'est que l'ingnorance x Entre un villageois qui se rend à la foire et un autre qui reste chez lui « Vous v'nez donc pas à la foëre, maîte Ragonaud ? Mon Dieu, non. M'semble avis que la « mouche « doit <f piquer tantôt sur tieu champ de foëre j'ai envoyé la bourgeoise D

A la foire, une villageoise à son cousin « Vous v'là donc à cette belle foëre, vous étou, cousin Ragonaud? Que voulez-vous 0 n'est point ce qu'on at à zy faire, mais on est curieux de voir ce qui se passe in p'tit on vit pas comme des animal. x

Un gros bonnet de Saintonge passant devant une belle dame: « Cristi! que ça sent à bon, tielle madame; in vrai bazelit » Un lalioùreur, à Royan, sur le passage d'une dame en costume de bain <t Ah voëlà qu'est mignon a m'conveint tout à fait. mais si a m'appârtenait, j'Ia fris niger x Entre deux vieilles femmes t Ma fille est aux bains de Royan'; avec ses maîtres. 1 l'a frant niger Manquerait


p'us qu'ça! D'ailleurs, faurait toujou bein qu'i m'fissiant de quoé vivre a

Un vieux grand-père à,son petit-fils: c Eh'moun'ami.in sou n'est pas grand'chose, mais avec in autre, ça n'en fait tout de suite deux D

La Croix de Saintonge du 19 mars publie une note sur Les Dupaty.

La Revue de Bretagne et Vendée, de décembre, contient Les Chabot et les Rohan à La Rochelle, par M. le comte de Chabot. La Revue des deux mondes du 1°'' mars a publié un article de M. Gustave Laroumet sur les Salons de Castagnary. Dans le Journal inédit d'Arnaud d'Andilly, publié chez Jouaust (1893). par M. Eugène Halphen, on trouvera des détails sur la campagne du roi en 1U21, le siège de Saint-Jean d'Angéty, la défaite de Soubise, etc.

Le t. xm (Amiens, 1892, in-4") des Mëmotres de la société des antiquaires de Picardie (Amiens, grand in-4" de 399 pages), contient Le clergé de l'église d'Amiens en 1789, important travail de 399 pages, qui donne la statistique complète avec notes biographiques et autres. Douze ecclésiastiques du diocèse d'Amiens furent, par arrêté du département du 2 prairial an II (21 mai 1794), condamnés à la déportation à Rochefort. Dix partirent le 3 juin Beltremieux, né à La Rochelle, chanoine de Roye; Fabignon, chapelain de Roye; Ferin, d'Amiens, prêtre à Amiens; Leroux, d'Amiens, prêtre à Amiens, qui périrent sur les Deux-Associés; Grégoire, chapelain de Roye Brunet (le P. Alboin), capucin; Clément, chanoine de Longpré-ies-Corpssaints Damonville, chanoine de la cathédrale d'Amiens, et Heudin, chapelain de Roye ces doux derniers oubliés par M. l'abbé Manseau; Courtin, curé de Dompierre, fut enfermé 4 ans et demi à l'ile de Ré. Deux autres condamnés ne partirent pas JeanBaptiste-Joseph Leroux, frère d'Augustin Leroux, et Pierre-Joseph Rousseau, auteur d'une relation, Martyre des prêtres françaïs déportés dans la rade de l'île d'Aix.

A l'occasion du concours régional, une exposition de peinture, sculpture et d'art rétrospectif s'ouvrira à Angouléme du 7 mai au 9 juillet. Dans la section de l'art rétrospectif seront admis les tableaux, gravures, livres, manuscrits, sculptures, tapisseries, meubles, mosaïques, émaux, ivoires, camées, faiences, porcelaines et tous objets provenant 1° des temps préhistoriques 2° de l'antiquité; 3° du moyen âge; 4" de la renaissance 5° des xvn° et xvni" siècles, et les oeuvres des artistes morts du xix° siècle. Le président du jury de l'exposition rétrospective est notre confrère, M. Paul de Fleury; parmi les


membres nous trouvons encore M. Philippe Delamain et M Laporte, négociants à Jarnac.

Sur un rapport de notre confrère, M. le comte Anatole de Bremond d'Ars, le conseil général du Finistère, dans sa séance du 5 avril, a voté à l'unanimité la somme de 300 francs demandée pour la création d'une chaire de langues celtiques, et le rapport a été accueilli par des applaudissements.

CONFÉRENCES. A Cognac, le 19 février, La lutte de l'église contre le paganisme, par M. l'abbé Brangier, professeur à l'école Saint-Paul d'Angoulême compte-rendu dans l'Ere nouvelle du 23; le 1" mars, à Saintes, Eugène Fromentin, par M. Gabriel Audiat (Voir page 133) le 3, à Montandre, le 16, à Saint-Genis, le Panama, par M. le comte de Montebello; le 5, à Cognac, Le pape Léon XIII, par M. le baron Oudet: compte-rendu dans l'Ere nouvelle du 12, reproduit par le Moniteur de la Saintonge du 16; à Rochefort, le 10, Coup d'œit général sur l'historique des sociétés coopérâmes de consommation, par M. le docteur Ardouin le 11, Exploration à travers t'~4 crique, par M. le commandant Monteil, de l'infanterie de marine; le 12, à Saintes, par M. Lucchini, La toilette d'une dame romaine au temps des Antonins compte-rendu dans l'Indépendant du 14, le Messager des Charentes du 15, le Progrès du 17 le 19, à Montandrc, par M. Gaston Patron, avocat à Jonzac, Les prévoyants cle t'auenir. A la suite de l'assemblée régionale des cercles catholiques à Cognac, les 16, 17 et 18 mars, dont les journaux l'Ere nouvelle des 18 et 23, les Annales catholiques de l'ouest du 22, etc., ont publié les comptes-rendus détaillés, M. le comte de Mun, député, a fait, le dimanche, une conférence devant plus de 4,000 personnes dans la salle Godard, La question sociale, tes patrons et les ouvriers. Le lendemain, 20, à une réunion socialiste dans le même local, « le citoyen Gelez, orateur des réunions socialistes de Paris a, a fait une conférence sur les revendications du parti socialiste. M. l'abbé Naudet lui a répondu, en acceptant presque tout le programme du précédent orateur, sauf la morale humanitaire. M. Flornoy, conseiller municipal de Nantes, a pu à peine dire quelques mots, ainsi que M. Dreyfus, de Cognac. M. Naudet a été porté en triomphe. A Saintes, les 25 et 26 mars, Les pèlerinages en terre sainte, avec projections lumineuses de M. l'abbé Chatenay, discours de M. l'abbé Plumeau et de M. Oudet; le 15 avril, à Saintes, par M. le docteur Moinet, sénateur, qui rend compte de son mandat; le 16, à Paillé, conférence contradictoire entre M. l'abbé Montagne, de Paillé, et MM. Caris et Eugène Réveillaud, pasteurs. M. l'abbé Naudet a pris la parole Voir compte-rendu dans l'Union de Saint-Jean, du 20. SoctËTÉ. Sciences naturelles de La Rochelle, séance du 10 mars 1893 M. Beltremieux présente les objets suivants offerts au musée par leurs expéditeurs 1" M. Auger, notaire,


un squelette découvert au-dessous d'une couche de sabtë maritime recouvrant un banc calcaire de nos côtes; 2° M. le docteur Pinaud, des ossements d'animaux de boucherie de l'époque gallo-romaine trouvés dans les fouilles du Château d'Oteron (Voir Bulletin, xm, p. 81), ainsi que des fragments de minéraux provenant des mêmes fouilles et qui semblent être des grains vitrifiés de pouzzolane et de quartz; 3° M. Rivaud, une cane sauvage blanche tuée dans le canton de Tonnay-Charente et qui paraît être le produit d'un croisement 4° M. Lamouroux, de Saintes, un gros-bec et un pinson des Ardennes artistement empaillés; 5" M. Delavoie, de Rochefort, une boîte de lépidoptères bien préparés. Communication de M. le docteur Boutiron sur l'actinomicose des bovidés, observée à l'asile de Lafond. Présentation par M. Basset de quelques spécimens de planches obtenues au moyen de la photocottographie; elles paraissent assez réussies pour qu'il y ait lieu de confier à ce nouveau procédé, beaucoup moins coûteux que la photogravure, la reproduction de quelques unes de ses microphotographies sur planches qui seront publiées dans le prochain volume d'Annales.avec la conférence qu'il a faite à la dernière séance publique. M. Termonia résume un assez grand nombre d'articles de la Reuue scientifique.

LE CONGRÈS DE LA SORBONNE

Cette année, contrairement à ce qui se pratiquait depuis cinq ans, le congrès des sociétés à la Sorbonne a eu lieu pendant la semaine de pàques, suivant l'usage antérieur. Cinq membres de la société y ont pris part par des lectures. A la section d'histoire, M. Charles Dangibeaud, sous ce titre L'Me justice seigneuriale à la fin du XVe siècle, a analysé un registre de notes d'audiences de la justice seigneuriale de Touverac, aujourd'hui commune de la Charente, pendant les années 1496-1498. La cour du seigneur de Touverac ne possédait que la justice moyenne et basse. Sa modeste compétence avait beaucoup d'analogie avec celle de nos justices de paix. Ce registre est parfaitement d'accord avec ce que l'on savait déjà sur les usages coutumiers appliqués par les petits tribunaux et sur la procédure qu'on y suivait. Mais il n'était pas inutile d'en présenter la physionomie complète et d'appuyer cet exposé par de nombreux exemples. (Page 1.765, Journal officiel du 7 avril). M. Emile Garnault, secrétaire de la chambre de commerce de La Rochelle, a lu un mémoire relatif aux armateurs rochelais et aux armements en course au dix-huitième siècle. a Il est, dit Valin dans son Commentaire sur l'ordonnance de la marine ?narchande de 1681, de prétendus philosophes qui désapprouvent la course. Mais ce n'est là qu'un langage de mauvais citoyens qui cherchent à donner le change en voilant le motif secret qui cause leur indifférence pour le bien et l'avantage de l'Etat. » Cette appréciation du célèbre jurisconsulte rochelais


est de nature à faire croire que la course était pratiquée par ses compatriotes. Il n'en est rien cependant, et tandis que Dunkerque, Saint-Malo, Nantes et Bordeaux cherchaient, pendant les longues guerres maritimes du dix-huitième siècle, à compenser leurs pertes en armant des corsaires, seule La Rochelle faisait exception. On ne peut accuser les Rochelais d'indifférence pour le bien et l'avantage de l'état. Quant à refuser la hardiesse aux compatriotes de Jean Guiton, le souvenir de leur glorieux passé suffirait à les disculper.

Quelles sont donc les causes qui éloignèrent de la course armateurs et marins rochelais?

Le nom de corsaire, illustré par les Jean Bart, les DuguayTrouin, n'était cependant, au dix-huitième siècle, qu'en médiocre estime soit de la part de la noblesse, soit de la part des protestants. Aussi voyons-nous la chambre de commerce de La Rochelle, où l'élément protestant avait une réelle influence, parce que la plupart des fonctions publiques leur étaient fermées, se refuser, malgré les sollicitations qui lui furent faites par le ministre de la marine, de susciter des armements de navires corsaires. Nous ajouterons enfin qu'une grande partie des navires rochelais étaient commandés par des fils de négociants qui, eux aussi, par leur éducation, leur fortune et leur talent, répugnaient à porter le nom de corsaires. Il y eut toutefois une exception à cette sorte de règle, en 1759. Mais il est permis de croire que cette tentative fut médiocrement goûtée car la chambre de commerce, si scrupuleuse à noter dans ses archives les moindres faits de la vie commerciale rochelaise, ne nous donne aucun renseignement sur l'issue de cette expédition. H nous semble que ce simple exposé des faits suffit pour montrer combien les motifs qui dirigeaient les Rochelais, en cette occurrence, leur font honneur, et combien enfin ilsétaientéloignéa de « l'indifférence pour le bien et l'avantage de l'état ». (Journal o~eîe< du 7, page 1.765).

M. Musset, bibliothécaire de La Rochelle, a fait deux communications. « La première a trait aux signatures dans les actes notariés avant le dix-huitième siècle. Après avoir rappelé les formes usitées au moyen âge dans la rédaction des contrats notariés, M. Musset signale le changement qui se produit au seizième siècle à la suite des dispositions prescrites par les ordonnances d'Orléans (1560) et Blois ~579). Les notaires sont dans l'obligation de faire apposer la signature des parties au bas des contracts ou de mettre la mention qu'elles ne savent signer. On rencontre alors à côté des signatures un grand nombre de marques occupant la place des signatures. Ce sont tantôt des monogrammes, tantôt des figures rappelant le nom ou la profession du comparant, tantôt encore des marques commerciales ou industrielles.

» La seconde communication de M. Musset est relative aux rapports des Flandres avec les communes de l'ouest de la France au moyen âge, principalement en ce qui a trait aux


accords et aux conflits des relations commerciales. » (Journal o/~Cïe~du6).

Citons encore un travail envoyé par M. Finot, archiviste du département du Nord, sur les relations commerciales de la Flandre au moyen âge avec les villes de La Rochelle, Niort, Saint-Jean d'Angély, Bayonne, Bordeaux etNarbonne. Souvent troublé et interrompu par les guerres du moyen âge, le commerce des vins, favorisé par de nombreux traités, se développant à la faveur des périodes de paix, prit à diverses époques une extension considérable. M. I''inot fait l'historique de ces relations et entre dans de nombreux détails. (P. 1,765, 0/~Cte~ du 7).

A la section de géographie historique et descriptive, M. Lièvre a fait connaître ses recherches sur les souterrains de SaintPalais, en partie emportés par la mer. Il décrit les types de fortifications dont ces souterrains forment ailleurs le refuge central, et cherche à établir que la construction en appartient à l'époque qui s'étend de la chute de l'empire romain à la constitution de la féodalité. M. de La Noue estime que ces sortes de constructions, dont une motte d'origine normande est le centre, ne peuvent remonter plus haut que le x" siècle. M. Buhot de Kersers essaie d'établir une distinction entre la motte vraie d'origine normande, et certaines éminences artificielles, très connues en Berry, par exemple, et ombiliquées vers le centre. Ces dernières pourraient être plus anciennes que l'époque à laquelle M. de La Noue les fait remonter. M. Lièvre cite l'exemple du cluseau des évéques d'Angoulême, qui n'était, avant le xi" siècle, qu'un souterrain au-dessus duquel on établit alors une fortification.

A la section des beaux arts, M. Henri Stein a parlé d'!7?t artiste français en Pologne ait XV7* siècle. Il s'agit d'un certain Pierre Rémy, orfèvre émaiiïeur, qui pourrait être un fils de Pierre Reymond, FémaiDeur limousin. L'altération du nom ne serait pas un obstacle à l'établissement de cette identité. Si le travail de M. Stein ne produit pas dans l'esprit de l'auditoire une certitude absolue, il dissipe tout au moins plus d'une incertitude, et oriente les recherches des historiens de l'émaillerie vers une direction nouvelle.

M. Emile Biais, correspondant du comité à Angoulême, a lu une note sur la chapelle de Saint-Gelais (xvf* siècle). <: Cette chapelle d'une richesse incomparable, élevée pour servir de tombeau à Octavien de Saint-Gelais, évéque d'Angoulême et poète distingué, a été détruite en ce siècle. M. Biais a su recueillir divers fragments de cet édifice et il reconstitue l'histoire du monument en une notice sagement écrite. D Et dans son rapport, M. Henry Jouin ajoute « Cette chapelle « autant D belle et riche qu'il en fut au royaume de France », selon le mot de l'annaliste Corlieu, fut en effet le lieu de sépulture d'Octavien de Saint-Gelais, poète aimable, mort évéque d'Angoulême, à trente-six ans, en 1502. Corlieu n'a rien exagéré.


Le monument fut de toute richesse. M. Biais en témoigne et ses affirmations viennent à point avant la fin de notre dix-neuvième siècle, qui a vu consommer la ruine de ce morceau d'architecture du seizième siècle. Un artiste renommé de nos jours a commis cette faute de détruire une œuvre exquise. H a profané la tombe d'Octavien de Saint-Gelais, le poète applaudi du Séjour d'honneur. M. Biais s'est ému, et en quelques pages précises, colorées, enthousiastes, il a réparé les heures d'oubli d'un architecte de talent, il a relevé sur ses décombres le tombeau du poète dans sa splendeur ancienne, e

En ouvrant la séance du 6 des sociétés des beaux arts, M. L. de Fourcaud a prononcé un discours où nous trouvons le passage suivant « La peinture sur verre au xvi° siècle est qualifiée « industrie de pourtraicture n, ce qui montre suffisamment à quel point elle est prisée. En Bernard Palissy, que ses contemporains se plaisent à nommer familièrement « maître Bernard ~), la poterie se voit glorifiée aux yeux de tous. Comment ne pas rappeler ici la visite que fit au bon potier le roi Henri III, à la Bastille, où, vieillard de quatre-vingts ans, l'énergie de ses convictions huguenotes lui avait valu d'être enfermé ? « Mon bonhomme, lui dit le monarque, selon la version d'Agrippa d'Aubigné, il y a quarante-cinq ans que vous êtes au service de mon père et de moi nous avons enduré que vous ayez vécu en votre religion parmi les feux et les massacres. Maintenant, je suis tellement pressé par ceux de Guise et par mon peuple, que je suis contraint de vous livrer entre les mains de mes ennemis et que, demain, vous serez brûlé si vous ne vous convertissez. » Le « bonhomme n, tout attendri qu'il fût de ce langage, eut une sublime réponse « Sire, je suis prêt à donner mon reste de vie pour l'honneur de Dieu. Vous m'avez dit plusieurs fois que vous aviez pitié de moi, et moi, j'ai pitié de vous à mon tour car vous avez parlé ainsi Je suis contraint Ce n'est pas là parler en roi, sire et ce sont paroles que ni vous, ni les Guise, ni votre peuple né pourront jamais me faire prononcer. Je sais mourir. Ces choses sont connues, mais elles vaudront toujours qu'on les redise. On laissa s'éteindre misérablement l'auteur naif des rustiques figulines du roy, que tout le monde aimait et respectait. Il compta, l'humble artisan de terre, parmi les meilleurs esprits de son temps. Il compte parmi les plus nobles caractères dont nous ayons mémoire. Nous croyions bien qu'on en avait fini avec ces conversations apocryphes de Palissy. Comme l'erreur est tenace! Mais pourquoi M. Henri Jouin, qui connaît Palissy, n'a-t-il pas averti M. de Fourcaud?

ERRATA. Bulletin, xii, p. 73, ligne 42 après « Parcoul, (Dordogne) » lire « diocèse de Périgueux, sénéchaussée de Samtonge"; page 121, ligne b5, au lieu de Pizon, lire Pizou.


SACRE DE NN. SS. VALLEAU ET BO~NEFOY

Le 5 mars, a eu lieu dans la cathédrale de Saintes le sacre de notre confrère Me' Henri Valleau, évéque de Quimper et Léon, qui avait l'archevêque de Sens pour consécrateur, et pour assistants NN. SS. Fulbert Petit, du Puy, et Coeuret-Varin, d'Agen. La cérémonie, fort imposante, a été racontée dans tous ses détails par la presse locale politique qui y a été invitée, et qui y était représentée par M. Hus du Moniteur, M. Robert du Peuple et M. Troche du Progrès la Revue avait été oubliée. Le sacre de Mgr Valleau est très probablement la deuxième cérémonie de ce genre qu'ait vue la cathédrale actuelle de SaintPierre et la troisième dont la ville de Saintes était témoin. La première fois, c'était pour un archevêque de Bourges. Roland Hébert, aumônier de Henri II de Bourbon, prince de Condé, pendant qu'il était enfermé à Vincennes (1617-1619), avait été, à la prière de ce prince, nommé par le roi archevêque de Bourges à la place d'André de Fremiot. H vint prêter serment à Louis XIII qui assiégait Saint-Jean d'Angély. C'est assurément à cette coincidence tout-à-fait fortuite, peut-être à une liaison antérieure avec l'évêque diocésain, qu'il choisit Saintes. La cérémonie eut lieu le 16 mai 1622. Les prélats assistants étaient Guy Champion, évéque et comte de Tréguier, et Pierre Scarron, évéque et prince de Grenoble; fût-ce à SaintPierre ? c'est très probable, presque certain; mais le Gallia ne le dit pas. Le second sacre fut celui d'un petit-neveu de l'auteur des Essais, Raymond de Montaigne, « prêtre du diocèse de Bordeaux » que la Notice sur !es lègues de Saintes, par l'abbé Théodore Grasilier, appelle « Raymond de Mortagne » et fait « évéque de Bayeux ». I! avait été marié avant d'entrer dans les ordres; il était devenu président lieutenant générât en la sénéchaussée et présidial de Saintes (!606) et abbé de Sablonceaux (1624). Nommé par le roi en 1629 évêque de Bayonne, il demanda à l'évoque de Saintes; Michel Raoul, à ceux de Mirepoix, Louis de Nogaret, et de Maillezais. Henri de Béthune, de le sacrer le 14 juillet 1630. La cérémonie se fit non à la cathédrale, mais dans la chapelle des récollets, où il avait déjà choisi sa sépulture et fait construire un caveau dans lequel il repose. A ce sujet la notice sur Mgr Valleau, évêque de Quimper et Léon (Saintes, Mortreuil, 1893, in-8", 55 pages), raconte cette singulière anecdote

« Le 14 juillet 1630, jour fixé, Montaigne déclare pardevant Verjat, notaire royal à Saintes, que, la veille, les deux évêques assistants, Nogaret et Béthune, lui ayant exposé qu'il devait publiquement, à la messe du sacre, jurer solennellement sur les saints évangiles de se défaire de sa charge de président et « de n'entrer au palais pour quelque cause que ce fût lui, estimant ce serment public injurieux, et s'offrant seulement de leur promettre de se démettre au moment propice, les prélats avaient insisté énergiquement, et Maillezais même avait de-


mandé son carrosse à i heure du matin pour partir. Alors, afin d'éviter un scandale, Montaigne avait promis de faire ce qu'on voulait; mais il protestait que c'était par violence, contre son gré et volonté, et qu'il ne se croirait pas tenu de respecter un serment imposé par force, s'en remettant du reste au roi, au pape, aux prélats de France, pour décider s'il devait se démettre. (Raymond de Montaigne, par M.Dangibeaud, p. 30). » Si le Gallia ne constatait pas formellement le fait du sacre, onen pourrait encore douter. La cérémonie eut donc lieu or, comme si tout dans cette affaire devait être étrange, voici que M. Valleau, faisant l'histoire du couvent des récollets de Pons, raconte: « La peste dépeupla la ville de Pons en 1631. Dès que l'épidémie eut disparu, les récollets reprirent leur travail de conversion. Une petite brochure, imprimée à Saintes en 1633, nous a conservé le récit enthousiaste des fêtes qui eurent lieu à cette époque x, c'est-à-dire en 1633 ou 1632. Cinq prédicateurs se firent entendre chaque jour. cM. de Montaigne, président et lieutenant général de Xaintonge, fit l'ouverture ? des exercices. Le jour de l'assomption, le président Montaigne dit sa première messe dans l'église des récollets; il communia « les religieux et un grand nombre d'autres personnes, et entre icelles monsieur le baron son fils. après la messe, il présidait la procession du Saint-Sacrement. »

II y a un écart trop grand entre son sacre (14 juillet 1630) et sa première messe (16 avril 1632 ou 1633). ~1)

François-Joseph-Edwin Bonnefoy, curé de Neuilly, nommé évéque de La Rochelle et Saintes par décret du 26 novembre, préconisé le 19 janvier, a été consacré le 12 mars en l'église NotreDame de Paris, par le cardinal Richard, archevêque de Paris, assisté de NN. SS. Oury, évéque de Dijon, et Coullié, évêque d'Orléans en présence de sa béatitude Mf Pierre Azarian, patriarche de Cilicie, envoyé extraordinaire du sultan près du

(1) Reste à savoir comment Montaigne, sacré le 14 juillet 1630, chante sa première messe à Pons le 15 août 1632 ou 1633 comment le récit le quali&e lieutenant générât à Saintes, et non pas évêque de Bayonne. M. Valleau ne s'est pas trompé il a reproduit textuellement les termes du « ~e'Ctt t)er[tatte des proceMtons généraLes /a[cfes en ta Dttte de Pons en Xaintonge au mois d'aoust dernier, enxem&te ta co?mer~[0tt de cm~uan<e-/m[t de ta ret)~t0t prétendue re/brme'e, imprimé à Saintes par J.-B. Bichon, Imprimeur ordinaire du Roy. MDcxxxm. » La date de l'impression de la plaquette n'est-elle pas celle des processions et de la cérémonie ? A-t-on dinere trois ans le compte rendu? Alors comment expliquer cet écart entre le 14 juillet et le 15 août? L'ëvêque a-t-il attendu un mois pour dire sa première messe épiscopale? D'autre part, Raymond de Montaigne était prêtre en 1624, quand il prit possession de l'abbaye de Sablonceaux; en 1622, le 2 juillet, il avait prêche au collège de Saintes pour le triduum de la canonisation de saint Ignace de Loyola (Voir Notice sur te cottëye de Saintes). 11 n'y a qu'un moyen de tout concilier, c'est de changer la date des processions, ~M8 au lieu de ~6~ car il n'est pas possible de lire <i ta première messe H il y a M.


souverain pontife à l'occasion de son jubilé; Mgr Nazaire Béguin, coadjuteur du cardinal-archevêque de Québec; de MM. Eugène Eschasseriaux, Jolibois, Lemercier, Roy de Loulay, députés de la Charente-Fnférieure, etc.

Au déjeûner qui a suivi, divers toasts ont été portés par Mgr Richard, qui a montré, assistant le nouvel évêque de La Rochelle, l'Orient représenté par le patriarche de Constantinople, et l'Amérique, ou plutôt le Canada, par l'archevêque de Québec, Mgr Begin, rappelant que sa ville épiscopale avait été fondée par un saintongeais, Samuel Champlain, de Brouage, que lui-même était saintongeais par son grand'père M. l'abbé Fabien, vicaire général de La Rochelle, a dit les liens qui unissaient le diocèse de La Rochelle et Saintes à l'église de Paris Laval de Bois-Dauphin, Frézeau de La Frézelière, Brancas, Menou de Charnizay, Crusse! d'Uzès, évêques de La Rochelle au xvm* siècle, étaient du diocèse de Paris.

YI a pris possession par procureur et a fait son entrée solennelle dans sa cathédrale de La Rochelle le 20 mars et dans celle de Saintes le 26.

Dans son mandement de prise de possession, Mgr Bonnefoy a évoqué les souvenirs du siège de La Rochelle fondé par saint Vincent de Paul qui yappelait l'évêque de Saintes, Michel Raoul; puis s'adressant à Saintes « Eglise de Saintes, ton premier et ton dernier évêque ont scellé de leur sang la foi qu'ils enseignaient l'un a succombé sous les coups d'un pouvoir odieux,. qui avait asservi le monde connu et qui, parlant au nom des dieux, le glaive sanglant à la main, voulait anéantir la liberté en refusant aux croyances et à la prière leur essor civilisateur; l'autre est tombé victime d'une cruauté politique que le coeur se refuse d'apprécier. Il pouvait se soustraire à la mort; il voulut partager le sort de son frère. Tous deux n'avaient d'autre crime que leur foi et leur saint caractère; par eux se consacrait l'illustration d'un grand nom, par eux la dignité épiscopale s'empourprait d'un lustre nouveau. Dans ce sang généreux finissait une lignée de pontifes qui, du siècle à la fin du xvni", d'Eutrope à Pierre-Louis de La Rochefoucauld, avec Ambroise et Vivien, avec Pallais et Léonce, avec tant d'autres, avaient combattu pour le bien des âmes, avaient assisté aux longues et laborieuses transformations de la société, avaient pris leur part des gloires et des angoisses de la patrie. Dans le sang de vos martyrs et dans la vertu de vos saints évêques, église de La Rochelle et de Saintes, Dieu nous fera trouver la grâce de vous aimer et de vous consacrer notre vie. »

ACTES D'ÉTAT CIVIL

I. DÉcÈs.

Le 11 janvier 1893, est décédé à Paris, à l'âge de 88 ans, le


comte Hippolyte de La Rochefoucauld, commandeur de la légion d'honneur, ancien ministre plénipotentiaire. Né le 13 août 1804, il était 4° fils de François, duc de La Rochefoucauld, pair de France héréditaire, et de Marie-Françoise de Trott, fille du baron de Trott, maréchal de camp, d'origine hongroise. H avait épousé en août 1833 Marie-Gabrielle-Elisabeth du Roux, décédée le 25 avril 1875, dont il laisse 1° Gaston, comte de La Rochefoucauld, né le 28 août 1834, ministre plénipotentiaire, marié le 20 avril 1870 avec Emilie Rumbold 2° Aimery, comte de La Rochefoucauld, né en septembre 1843, marié le 10 juillet 1874 à Henriette-Adolphine-Humbertine de Mailly, dont un fils. Le défunt était le grand-oncle de FrançotS-Ernest-GastondeLa Rochefoucauld, prince de Marcillac, ancien officier de cavalerie, chef de toute cette grande maison.

Le 31 janvier, est décédé au château de Cardou en Périgord, à l'âge de 71 ans, Marie-Paulin-Henri-Albert, comte de SaintExupéry, d'une ancienne famille limousine divisée en deux branches dont la seconde seule subsiste. Cinquième enfant de Jacques, marquis de Saint-Exupéry, et de Marie-AlbertinePauline Grenet de Blerancourt, il avait épousé, en 1858, Camille de Bengy, fille de Philippe et de Marie-Célestine de Champgrand, et sœur du P. de Bengy; dont il a eu trois enfants 1° Marie, née en 1859 2° Madeleine, née en mai 1864, mariée au vicomte de Kervenoaël 3° Joseph, né le 27 novem..bre 1872. Voir Nobiliaire de Limoges, iv, 575.

Le 3 février, est décédé à Pau, âgé de 73 ans, SalustianoRafaël d'Azcona, né à San-Martino (Navarre) en 1820, officier de don Carlos, chevalier de Saint-Ferdinand, chevalier de Saint-Jacques, chevalier de l'ordre royal de Charles III d'Espagne. Il fut professeur de langue espagnole aux lycées d'Angoulême, do Bayonne et de Bordeaux. Il avait épousé Stéphanie-Aglaé Robin, d'une famille saintongeaise, fixée au Cormier, commune de Corme-Ecluse. De ce mariage il a eu huit enfants dont trois lui survivent M"" Guément, Carmen et Raphaël. Le 9, est décédé à Champagne, Edouard Durand, né en 1865, élève de Pons, du grand séminaire de La Rochelle où il fut ordonné prêtre en 1889, professeur à l'institution Saint-Pierre de Saintes, vicaire à Marennes,enfin curé de Champagne depuis 1891.

Le 10, est décédé à Saint-Genis de Saintonge, dans sa 86e année, Henri Jaulin du Seutre de Vignemont. Il avait épousé Charlotte-Cora de Sarrau, fille de Louis-Isaac, comte de Sarrau, ancien officier au régiment de La Fère infanterie, et


d'Angélique Causia de Mauvoisin, dont il a eu deux enfants 1° Ludovic, marié en 1868 à Marie de Bruno; 2° Angèle, décédée épouse de Jean-Marie-Gabriel-Alfred de Larrard, fils de Jean-Alexandre de Larrard et de Marie Alefsen de Boisredon. Voir pour ces Jaulin du Seutre, p. 119 et passim, Etudes et documents sur la ville de Saintes. Le défunt avait un oncle, Alain Jaulin du Seutre de Vignemont, qui émigraen 1792 etcombattit dans l'armée de Condé avec son parent le comte Horric de La Rochetotay. Sa sœur, Marie-Josèphe-Augustine, a épousé en 1837 Charles Horric de La Rochetolay. La famille Jaulin du Seutre est encore représentée à Saintes par le fils de FrançoisHilaire-Octaï Jaulin du Seutre. Armes Ecartelé au d'or à une étoile d'azur, mi-parti de gueules à une étoile d'or au 2 d'azur, à un coq hardi d'argent, barbé, crête de ~ueu/es, posé sur six boulets de canon de sable en pyramide placés sur une terrasse de sinople au 3 d'or à quatre lauriers terrassés de sinople, sommés d'un coq hardi de sable crêté et membré de sable au 4 d'azur à un homme d'armes d'argent, surmonté de 3 fleurs de lis d'or. Cou"onne de marquis.

Le 14, est décédé au couvent de la Providence de La Kochelle, âgée de 60 ans, après 38 ans de vocation, la R. mère Mariedel'immaculéeconception, Mélanie Bonnin, née à Taugon, entrée au noviciat de Saint-Joseph de la Providence à La Rochelle, professe en 1857, maîtresse de classe, maîtresse des novices, supérieure pendant six ans. Elle était tante de M. l'abbé Paul Bonnin, curé de Varzay, et sœur du R. P. Pierre Bonnin, chanoine honoraire, qui a été supérieur deMontlieu, archiprêtre de Marennes, aujourd'hui prêtre du Saint-Sacrement.

Le 21, est décédé à Jonzac, âgé de 83 ans, François-Alexandre Julien-Labruyère, avocat, ancien notaire, depuis quarante ans membre du conseil de fabrique. Le deuil était conduit par ses deux fils, MM. Herman et Maurice, et ses trois petits-fils, Jacques, Edouard et René Julien-Labruyère. Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Sarrazin et Bardon, notaires, Gautret, avocat, ancien maire de Jonzac, et Lafon, président du conseil de fabrique.

Le 23, est décédé à Rochéfort, à l'âge de 74 ans, GabrielJean-Baptiste Praud, garde d'artillerie de la marine en retraite, chevalier de la légion d'honneur, né à Taillebourg de Gabriel Praud et de Françoise Peigné, époux de Joséphine-Nathalie Michaud.

Le 26, est décédé à Lafond, près de La Rochelle, âgé de 73 .ans, Henri-Charles Massias, célibataire, ancien garde général


des eaux et forêts, né à La Rochelle le 24 février 1820 de Gabriel-Joseph-Phinée Massias, écuyer, chevalier de la légion d'honneur, maire de la commune de Cognehors, et de LouiseRose-Sophie Torterue-Bonneau.

Le 9 mars, est décédé à Puilboreau, en son domaine de Grammont, Anne-Martial-Edouard Bouscasse, né à La Rochelle, le 19 juin 1822, de Jacques-Marie-Anne-Daniel Bouscasse et d'AnneSara Detandebaratz, d'une vieille famille huguenote dont les lettres de bourgeoisie datent de 1627. Ancien élève de Grignon d'où il sortait vers 1842, il-fonda sur le domaine de son père la ferme-école de Puilboreau, rendue officielle par arrôté du 24 mars 1847. Agronome distingué, il avait obtenu la prime d'honneur au concours régional de La Rochelle. Maire de la commune de Puilboreau pendant 15 ans, président de la société d'agriculture de La Rochelle, il fut fait chevalier de la légion d'honneur, le 8 août 1871. Il était depuis 1865 membre du consistoire de La Rochelle. Il a été inhumé au cimetière de La Rochelle dans un caveau de famille. M. Dumorisson, secrétaire général, représentant le préfet, et M. le pasteur de Visme, qui présidait le service funèbre, ont prononcé des discours. Par arrêté du 23 mars, le ministre de l'agriculture a nommé le neveu du défunt, Albert Bouscasse, son successeur à la direction de Puilboreau.

Le 10, est décédé à Bordeaux, dans la 79° année de son âge, 52° de sa prêtrise, Jean-Baptiste Girald, ancien curé de Préguillac. Le 10, est décédé à Saintes, à l'âge de 85 ans, PierreAntoine Pelletier, professeur honoraire, officier d'académie en 1859, de l'instruction publique, président fondateur de la société de secours mutuels Les travailleurs réunis, né le 11 février 1808 à Saint-Pierre d'Oleron de Jean et de Marie Tessier. Bachelier ès-lettres, il fut nommé répétiteur au collège de Melle le 9 octobre 1833, puis au collège de Rochefort. En 1836, il devint professeur au collège de Saintes où il occupa successivement les chaires de septième en 1838, sixième en 1846, cinquième en 1855 et enfin de quatrième en 1863, simultanément avec la chaire d'anglais de 1864 à 1877. Après 43 ans de professorat, il demanda sa retraite en 1877 et fut nommé professeur honoraire en février 1889.

Il avait pendant quelque temps rempli les fonctions de sousprincipal eten 1868 été membre de lacommission de l'hospice. En 1849, le 1°'' février, Pelletier réunissait les gardes nationaux de la 1" compagnie du bataillon dont il était le capitaine et fondait une association devenue bientôt Les travailleurs réunis. Il en a toujours été depuis le président. En 1869, une médaille d'argent lui fut décernée par le ministre et d'or en 1884. Au-cimetière, M. Paul Brunaud,. pMmier-adjomt, a donné


lecture d'un discours envoyé par M. le comte Lemercier M. Laurent, vice-président des Travailleurs réunis, professeur au collège et conseiller municipal, a retracé la vie de son ancien collègue. Enfin, M. Alexandre Hus, imprimeur, a dit quelques mots au nom des anciens élèves de Pelletier. Les deux premiers discours ont été publiés dans l'Indépendant du 16. Pelletier avait pour neveux entre autres Dandonneau, mort avocat générât à Bastia, et Pelletier, colonel du régiment d'infanterie de marine. Il s'était marié le 29 septembre 1869 avec Marie-Hermance Lavergne, institutrice à Chaniers. Le 14, est décédé à La Folatière, près de Saint-Jean d'Angély, Alexandre-Guillaume-Hippolyte Joly d'Aussy, fils d'Alexandre-Guillaume-Hippolyte, sous-préfet de La Rochelle, auteur de plusieurs ouvrages, et de Marie-Catherine-Adélaide du Tertre de Kerstrat. Né au château de Pellouaille, le 12 septembre 1829, il abandonna l'administration des forêts dans laquelle il était entré, pour se livrer à l'agriculture. Il fut nommé adjoint au maire de Saint-Jean d'Angély en 1858, et succéda à son père et à son grand-père comme maire de Courcelles, fonctions qu'il exerça pendant plus de vingt-cinq ans. Il était vice-président de la société d'agriculture de l'arrondissement de Saint-Jean d'Angély et plusieurs de ses rapports publiés dans le Bulletin de cette société ont été justement remarqués. Hippolyte d'Aussy avait épousé à Saint-Jean d'Angély, le 4 mai 1861, Louise de Meschinet dont vint une fille, Marie-Louise, mariée le 24 avril 1884 à Auguste Leroux de Bretagne. Le 14, est décédé subitement dans sa voiture, en allant voir des malades, le docteur Jean-Joseph Lafon, médecin à SainteSoule, âgé de 65 ans, né à Xanton dans la Vendée, le 4 janvier 1828. Après ses études médicales à Paris, il fut reçu docteur le 28 avril 1856. En 1852, étudiant de seconde année, il avait été envoyé en mission dans le département de la Marne où sévissait une épidémie de choléra et reçut une médaille d'honneur. En 1856, il s'établit à Sainte-Soule où il a passé sa vie. Membre de la société de médecine et chirurgie de La Rochelle dont il fut le président, fondateur en 1880 du syndicat médical régional dont il a été toujours réélu vice-président, médecin des épidémies, des enfants assistés, délégué cantonal, membre correspondant du jardin d'acclimatation, collaborateur du journal l'Acclimatation, il trouvait encore moyen, après les devoirs de sa profession, de se livrer à l'ornithologie et spécialement à la culture des gallinacés. Sur sa tombe, M. le docteur Brard a prononcé un discours émouvant, qu'ont reproduit la CharenteJn/érteure du 22, le Courrier de La Rochelle du 23. Le 28, est dëcédë à Chàtelaillon, où il s'était retiré, Jean-


Baptiste-Eugène Bouguereau, âgé de 82 ans, dans sa 59' année de prêtrise, chanoine honoraire de La Rochelle, curé de NotreDame de Rochefort pendant 40 ans. Né à La Rochelle, le 25 août 1811, d'une ancienne famille qui a donné plusieurs officiers à la Monnaie de cette ville, il avait pour père un estimable professeur d'anglais, protestant converti, qui eut six autres enfants. Filleul d'un frère de l'abbé Boudinet, depuis évêque d'Amiens, il fut élève du séminaire de Saint-Jean d'Angély sous l'abbé Mareschal, puis du grand séminaire de La Rochelle. Prêtre le 20 septembre 1834, il fut nommé le lendemain vicaire de l'abbé Chaigne, curé de Saint-Louis de Rochefort c'est là qu'il fit faire la première communion à l'archiprêtre actuel à Rochefort, qui, à cinquante ans de distance, a présidé à ses funérailles. A 26 ans, il était nommé curé de Mortagne sur Gironde où il resta neuf ans et fonda le couvent de la Providence. Il avait pour hôte assidu de son presbytère son jeune neveu, William Bouguereau, alors élève du collège de Pons, qui déjà échangeait volontiers la plume de l'étudiant contre le pinceau de l'artiste. Son premier tableau, Jacob recevant la tunique ensanglantée de Joseph, a été le premier hommage reconnaissant du jeune peintre de 19 ans, tableau que l'oncle a pieusement conservé. Nommé, le 13 mai 1846, curé de Notre-Dame au faubourg de Rochefort, il trouva une paroisse de 10,000 habitants, presque tous ouvriers du port, et une église informe, étroite, délabrée, insuffisante. Il se fit le père de ses paroissiens, leur montra dans l'épidémie de choléra de 1869 un dévouement héroïque, soignant les malades abandonnés, ensevelissant les morts. Puis, au milieu de difucu)tés renaissantes, il bâtit son église qui fut consacrée le 1" juillet 1860 par Ms~ Landriot. Il reçut à cette occasion les insignes de chanoine honoraire. Il établit une école de frères, un asile de vieillards tenu par les petites sœurs des pauvres. En 1885, il remit la direction de la paroisse à M. l'abbé Périer avec le titre de pro-curé dans ses dernières années il se retira au village de Châtelaillon il y célébrait la messe dans un petit oratoire, ayant pour enfant de chœur un vieux militaire de 88 ans. Voir Bulletin religieux, du 15.

Le 29, est décédé à Saintes, Pierre-Ferdinand-Jules Goulard, chevalier de la légion d'honneur, chirurgien de la marine en retraite, né à Rochefort, le 16 janvier 180î, de Henriette-Sophie Desforges et de Ferdinand Goulard, imprimeur. Veuf de Modeste-Claire Chevalier, décédée à Rochefort le 28 mai 1849, il avait épousé à Saintes, le 6 février 1854, Marie-Madeleine Tercinier, née à Chaniers en 1822, fille de Jean-Baptiste-Michel et de Marie-Eléonore Augereau, et veuve en premières noces d'Armand-Jean-Baptiste Brejon de La Martinière. Il a un fils, René Goulard, sous-lieutenant de chasseurs à pied en garnison à Saint-Dié, et une fille, M" Genet.


Le 30, est décédé à Saintes Emile-Jules Pehngeas, âgé de 33 ans, né, à Guéret, de François Pelingeas et de Marguerite Forest, célibataire, licencié ès-sciences mathématiques et èssciences physiques, professeur de mathématiques au collège de Saintes depuis deux ans. Son corps retiré de la Charente au lieu dit Les Sables a reçu tes cérémonies religieuses le 1" avril. Deux discours ont été prononcés sur sa tombe par M. Lucchini, professeur de seconde, et par M. Aussoleil, professeur de rhétorique,qui ont louéses qualités, bien que, a dit lepremier, «dans sa faim et sa soif du néant », il eut recommandé de l'inhumer sans pompe et sans discours, x La piété envers les morts ne peut faire que nous respections une de ses dernières volontés. » L'I~dëpe~daMtdu 6 les a publiés. (Voir La Croix du 23). Le 30, est décédé à Saint-Jean d'Angély Louis-Jacques-Maurice Vassal de Nesle, âgé de 49 ans. Son père était mort au mois de décembre dernier.

Le 10 avril, est décédé à Rochefort, âgé de 52 ans, JosephDésiré Barthet, chevalier de la légion d'honneur, inspecteur adjoint des services administratifs de la marine, ancien capitaine d'infanterie de marine, très charitable, très dévoué aux bonnes œuvres. Né à Saint-Martin de Ré de Joseph Barthet et de Marie-Catherine Dernaud, il entra au service le 5 octobre 1858, fut sous-lieutenant d'infanterie de marine le 14 septembre 1864, lieutenant le 3 avril 1867, capitaine le 19 février 1872 et inspecteur adjoint de la marine le 4 juillet 1882. Veuf de Marie-Louise Duigo, il avait épousé Blanche Audouin. Il laisse trois enfants. Le 11, est décédé à Etaules, âgé de 60 ans, après 36 ans de prêtrise, Pierre-Henri Gendre, curé de cette paroisse depuis 1877. Né dans le Cantal en 1833, il avait été amené en Saintonge par son oncle, Aubert, qui fut curé à Tonnay-Boutonne, et fut suivi bientôt de deux autres frères Pascal, aujourd'hui curé d'Arces, et Paul, curé de Nieul-Saint-Sornin. Une de ses sœurs est religieuse, deux de ses nevéux sont élèves au séminaire de Montlieu, deux autres sont morts au grand séminaire. (Voir Bulletin religieux du 15).

Le 11, est décédé à Rochefort, âgé de 58 ans, Gilbert-Léo-Julien Bladinières, surveillant général de la marine, chevalier de la légion d'honneur, né à La Réole (Gironde) de Louis Bladinières et de Marguerite-Octavie Marguerie, époux de CécileElisa Guilleminault.

Le 12, est décédé à Rochefort, âgé de 83 ans, François-Alexandre Huguet, ancien notaire à Saint-Porchaire, époux d'Angé-


lique-Virginie Lévéque. Il avait été membre du bureau de bienfaisance et jusqu'au dernier moment il contribua à toutes les bonnes oeuvres de la cité.

II. MARIAGES.

Le 20 décembre 1892, a eu lieu à La Rochelle le mariage de Jean-Pierre-Paul Giraud, lieutenant au 6" régiment d'infanterie de ligne, né de parents français à Ameyugo, province de Burgos (Espagne), le 27 juin 1862, du mariage d'André Giraud et d'Henriette Laurent, demeurant à Chaumont, avec HortenseJeanne-Marguerite Michel, née à La Rochelle, le 1" juillet 1874, de Gustave-Evariste Michel et d'Eugénie-Olympe-Anastasie Le Roy.

Le 28 février 1893, a été célébré dans la chapelle de l'Assomption, rue Saint-Honoré, à Paris, le mariage de M. Gabriel-Venant Le Bailly de La Falaise, comte de La Coudraye, lieutenant au 8° régiment de dragons en garnison à Lunéville, fils unique de Gabriel-Henri Le Bailly de La Falaise, qui a reçu le titre de marquis de Là Coudraye par suite de la cession (acte du 3 février 1876) de Jean-Gaspard de Loynes, marquis de La Coudraye, son cousin germain et de feue Marie-Augustine de Maynard de La Claye, avec M"° Henriette-Lucie-Frédérique Hennessy, fille de feu Jean-Baptiste-Richard Hennessy et de Marthe Hennessy, veuve en secondes noces de lord JamesEdouard Shollo Douglas. (Voir pour les Hennessy Bulletin, X!, 303). Les témoins étaient pour le fiancé M. de La Jarrige, colonel au 8° dragons, et M. Auguste de Maynard de La Clàye, ancien député de la Vendée, oncle maternel pour la fiancée, M. Armand Hennessy, son oncle, et M. le comte de Charnacé, son cousin. Le contrat a été signé chez M°" la comtesse de Damrémont, née Hennessy, tante de la fiancée.

Le 12 avril, à Saintes; a eu lieu le mariage civil et le 13 le mariage religieux de M. Léon-Amédée-Françots Raffenel, chevalier de la légion d'honneur, chef de bataillon au 1" régiment d'infanterie de marine, né le 14 août 1856 à Saint-Servan (Illeet-Vilaine) de Jean-Baptiste Raffenel, décédé à Saint-Denis (ile de la Réunion) le 13 mai 1858, et de Hortense-Marguerite Noël, décédée à Paris le 11 octobre 1872, avec Fernandc-Marie-Gabrielle Surraud, née le 21 octobre 1864 à Saintes, de Jean Surraud, propriétaire, ancien greffier du tribunal civil, juge suppléant de la justice de paix du canton sud de Saintes, et de Marie-Gabrielle Baron.

Le 19 avril, à Saint-Vivien de Saintes, la bénédiction nuptiale a été donnée à M. Léon Bouyer, avocat, né à Saintes, le


17 juin 1865, de M. Marcel Bouyer, docteur en médecine, et de Marie-Louise Besson, et à Afart~e-Renée-HéIène Julien-Laferrière, née à Saintes, le 2 juin 1874, d'Alexis-Guillaume JulienLaferrière, notaire à Saintes, et de Marie-Hélène Drilhon.

ARCHÉOLOGIE

1

LES SOUTERRAINS DE FONTAINE-OZfLLAC

En exécutant les travaux pour l'établissement d'une seconde voie, les ouvriers du chemin de fer de l'état ont, le 25 février dernier, découvert, entre Tugéras et Fontaine-Ozillac, à 440 mètres de cette dernière station, des salles et galeries souterraines assez anciennes.

Grâce à l'obligeance de M. Martial, chef de section, et de M. Triou, conducteur des travaux, j'ai pu les visiter tout à mon aise. La figure ci-contre n'est que le calque du plan levé par M. Triou qu'il a bien voulu me communiquer. Je ne saurais trop remercier ces messieurs de leur complaisance, et de l'empressement avec lequel ils se sont mis à ma disposition pour étudier cette intéressante découverte.

Ce sont deux salles A et B, reliées entre elles par une galerie coudée à peu près à angle droit. Un couloir d'accès, également coudé, tombe dans cette galerie à cinquante centimètres de la salle A. Ce couloir arrive à fleur de terre au moyen de dix marches, C, qui, lors des fouilles, se trouvaient en partie couvertes par deux dalles.

En F il y a dans la voûte une ouverture, accidentelle je crois, qui a été soigneusement fermée au moyen d'une maçonnerie en pierres sèches. Il y a en E, de chaque côté du couloir, une rainure destinée vraisemblablement à recevoir une porte à côté se trouvent percés, intérieurement, des trous dans lesquels on enfonçait des chevilles pour maintenir cette porte et faire l'office de verrous. D est une cavité au fond de laquelle on trouve la terre végétale, il semble que ce soit là le commencement d'une autre galerie.

Au milieu de la salle A, en J, se trouve un silo profond d'un mètre, et dont l'ouverture, large d'environ 55 centimètres, était fermée au moyen d'une pierre. Sa forme rappelle nos saloirs de la campagne. La salle B est beaucoup plus petite et dépourvue de silo mais sur une partie de son pourtour on a ménagé dans le rocher une assez large saillie ayant pu servir de banc; au milieu de ce banc il y a une sorte d'échancrure. L'ouverture qu i donne dans cette salle est petite (O'"50) et en forme de gueule de four. En L est un assez large soupirail, extérieurement fermé par deux grandes dalles.


Ces salles et galeries sont creusées dans la craie; partout la voûte forme le cintre. Les marques, laissées par l'instrument pointu avec lequel elles ont été creusées, sont très apparentes. Malheureusement salles et galeries n'ont conservé aucune trace de ceux qui les ont faites et utilisées pas la moindre monnaie. pas le plus petit instrument, à peine un peu de charbon. Dans les terres qui recouvraient le soupirail~on a trouvé une sorte

d'agrafe ou ornement en fer, mais rien n'indique qu'il soit de l'époque.

Du reste, ce n'est pas la première fois que l'on rencontre de pareilles salles souterraines; sans parler de celles du midi de la France, ni des guériments du Poitou qui leur ressemblent à s'y méprendre, je signalerai dans notre département, celles de Bougnaud, de Berneuil, de Saint-Bonnet, etc., qui toutes


offrent les mêmes particularités et accusent les mêmes préoccupations, les mêmes besoins, chez ceux qui les ont creusées.(i) Je ne crains pas d'assimiler encore à nos salles de FontaineOzillac, celles de La Vallée dont le Bulletin des Archives, iv, 61, a parlé il y a plusieurs années. L'imagination, ce mauvais génie des archéologues, y a fait voir, à tort ce me semble, des grottes funéraires préhistoriques..Bu~etm, vn, 186.

Quand et par qui ces souterrains ont-ils été faits? Quelle en était la destination? Impossible de répondre avec quelque certitude à ces deux questions. Je me contente donc de signaler cette nouvelle découverte et de la décrire, faisant des vœux bien sincères pour qu'un confrère plus heureux trouve bientôt la solution de ce problème archéologique.

M. Triou m'a dit avoir rencontré tout dernièrement, au lieu dit Montassier, entre Fontaine-Ozillac et Jonzac, dans la tranchée de la ligne, une excavation en forme de cercueil contenant des ossements humains associés à des os de cheval et de chien. Enfin, plus près de Jonzac, il m'a fait voir plusieurs silos que les travaux de la voie vont faire disparaître; ils étaient eux aussi absolument vides.

E. MAUFRAS.

II

DEUX SCEAUX SAINTONGEAIS

La sigillographie de la Saintonge s'est augmentée de deux sceaux: celui du nouvelévéque de Quimper et Léon, et celui du nouvel évêque de La Rochelle et Saintes.

Mgr Valleau a pris pour sceau un blason D'azur à une barque d'argent voguant sur une mer démontée de sinople, accompagne à dextre d'une étoile d'or rayonnante du même sur la barque; à un canton senestre d'argent semé d'hermines de sable. L'hermine est un hommage à la Bretagne. La barque et l'étoile, qui répètent un peu les armes que s'est données la ville de Marennes, sont un souvenir de l'île natale, puis de l'île d'Oleron et de la côte saintongeaise où il a exercé le ministère pastoral.

Le sceau de Mgr Bonnefoy, ce qui vaut mieux qu'un simple blason, est ovale, de cinq centimètres, présente un écu D'azur à la croix rayonnante d'or, au chef d'argent chargé de trois

(1) Voici, pour les souterrains refuges, ceux qu'a mentionnés ou décrits le Bulletin. t. i"\ p. 24, ceux de Chez-lès-Longs, en Saint-André des Combes; p. 336, d'Angeac-Champagne, Saint-Pallais sur mer, décrits p. 9 Saint-Pallais de Négrignac, Chailloux en Tanzac, Brie-sous-Archiac, p. 9 Chez-IesMoines en Saint-Bonnet, 12 et 111, 62 Saint-André de Lidon, décrit, 11, 15 Chez-Macheten Pons, décrit, 111, 26, avec la liste de ceux qui existent; SaintGeorges des Agouts, du Chay, Medis, Varzay Semoussac, décrits p. 330 La Vallée, décrit, ;v, 61, et vu, 186 Meursac, décrit 16 Champagnes, Clérac, Gourvillette, décrits, 348 et 349 Chalais, v, 12 Sainte-Colombe, décrit, vt, 231 Saint-Ouen, décrit, vu, 148 Sousmoulins, ix, 316.


roses de gueules l'écu timbré d'une couronne de comte cimier, une crosse. Devise CVM MARIA MATRE IESV. En légende -}- SIGILLVM. FRANCISC:. EPISCOPI. RVPELLENSIS. ET. SANTONENSIS.

Le chef est un souvenir de son oncle maternel, M. AntoineFrançois Roselly de Lorgues, le grand historien de Christophe Colomb, qui porte D'azur à un cœur percé d'une flèche d'or >' au chef d'argent chargé de trois roses de gueules, avec cette devise, allusion au cœur et au nom VVLNERASTI COR MEVM ROS CQELI.

III

SMNTES DANS LES AUTEURS LATINS ET L'ÉPtGRAPHIE ROMAINE Un résumé de l'histoire de Saintes d'après les textes des auteurs anciens, d'après les monuments et les inscriptions les noms de tous les Gaulois qui sont cités par les écrivains ou qui se trouvent sur des monnaies ou sur des inscriptions, leurs fonctions et leurs dignités l'analyse des diverses inscriptions religieuses, municipales, funéraires les voies romaines les médailles, le tout fait par un de nos maîtres dans la science épigraphique, M. Allmer, membre correspondant de l'institut, conservateur honoraire du musée épigraphique de la ville de Lyon voilà ce que nous offre en un substantiel, exact et complet chapitre la Revue épigraphique du midi de la France, dans son 54° numéro (page 443, juillet-septembre 1889). Aussi, n'hésitons-nous pas à le reproduire en entier, en y joignant un paragraphe important que l'auteur a eu l'obligeance de nous envoyer:

« Les Sentons Santones (César, Pline, Ammien Marcellin), Santoni (César, Tacite, Méla, Ausone), peuple de là Celtique et à partir de la nouvelle division de la Gaule par Auguste, de la


province d'Aquitaine, puis, après le remaniement provincial de Dioclétien, de l'Aquitaine seconde, une des sept provinces qui alors composèrent pendant quelque temps la cHcecassM VienMOtSts. Ils étaient voisins de l'Océan « Le long de l'Océan sont » les Santons et les Pictons, ceux-ci riverains de la Loire, ceux)) là de la Garonne x (Strabon, p. 1901 a la Garonne se jette B dans l'Océan, entre te pays des Bituriges surnommés Vivisques » et celui des Santons, deux peuples d'origine celtique (ibid.); <: au bord de l'Océan, on trouve les Santones près de la Ga» ronne (Pline, !v, 11). La partie de l'Océan qui baigne la côte est appelée par Tibulle (Eleg., 1) oceanus Santonicus, par Pline (tx, 5) littus Santonicum, et celui-ci raconte que, sous le règne de Tibère, s'échouèrent sur la plage « plus de trois cents monstres marins, tous d'une variété et d'une grandeur sur» prenantes, entre autres des éléphants et des béliers marins «. Ausone (Epist. jx) vante les huîtres de ce rivage, ostrea Santonico qua' tecta salo il les met des premières après celles appelées Burdegalensia, qui, ayant eu le privilège d'être servies sur la table de l'empereur, étaient les plus estimées de toutes. Il parle aussi (Idyll., x, 473) du flux de la mer des Santons retenant les flots de la Charente Santonico refluus non ipse Carantonus œstM. César (B. G., i, 10) dit les Santons non éloignés des Tolosates Santones non longe ab Tolosatium finibus absunt; Ptolémée les place au-dessous des Pictons et mentionne le Santonum promontorium et le Santonum portus. Leur territoire produisait une absinthe qui était en renom et dont parlent Pline (xxvn, 7) absinthii genera su~tp~ura Sa/ttOMtcum appellatur e Ga~tcB c~tta~e ColumeHe (vi) herba SaMtomca Martial (Epigr., tx, 96) Santonica virga; Dioscoride (111, 28): A~~9t(!~ Bx~ïo~td~ SK~rd~tSt ~MpK.

» Sur les Santons antérieurement à la conquête de la Gaule on est peu renseigné. Les monuments mégalithiques sont nom.breux dans les départements de la Charente et de la CharenteInférieure. A Ardillières, à Saint-Laurent de la Prée, à Fontenille, à Luxé, à Vervant, à Confolens se voient des dolmens, à Bédenac des menhirs, à Montguyon existe une allée couverte. On attribue aux Santons de l'époque de l'indépendance des monnaies de bronze, d'or et d'argent à la légende SANCTNOS ou SANTONOS et au type du cheval galopant, puis encore des pièces d'or au type de la main accostée des lettres S A. D'autres monnaies autonomes, mais qui peuvent appartenir aux Pictons ou aux Pétrucores aussi bien qu'à eux, font connaître quelques noms 'te chefs ANNICOIOS au revers du sanglier, LVCCIOS au même revers; CONTOVTOS au revers du loup derrière un arbuste, la patte sur une tête de bœuf; TASGETIOS au même revers du loup derrière un arbuste; ATECTORIX au revers d'un bœuf VIIPOTAL (Verotai ?) au revers du lion ou du guerrier debout appuyé sur son bouclier; ARIVOS au revers du cheval au galop VIRETIO, même revers avec une édicule audessus.


» Leur premier magistrat, de même que celui des Eduens (César, B. G., i, 16) et que celui des Lixoviates (mon.) avait, paraît-il, le titre de « vergobret s, conservé encore un certain temps sous l'organisation romaine.

D C'est sur le territoire des Santons que l'émigration helvète de l'an 58 avant notre ère se proposait d'aller s'établir (César, B. G., i. 10) Cssart t'enuMitatm' He~etus esse in animo per a<~u?7ï Sequanorum et Ha?duorum iter in SaK<OHU?M/~es/acere, qui non longe a Tolosatium finibus absunt, qua? civitas est in provincia (i, 11) dum omnibus fortunis sociorum consumptis in Santonos He~etuper~e~reni. Vaincus dès l'an 57 av. J. C., comme la plupart des cités armoricaines, par les armes du légat P. Crassus, on voit en l'an 56 av. J.-C. les Santons, soumis et pacifiés, fournir des vaisseaux à César pour l'expédition maritime contre les Venètes (B. G., ni, 11) Decimum Brutum adulescentem classi Gallicisque navibus quas ex Pictonibus et Santonis 7'e<îgu:sqMe pacati.s re~ïon~bMS co?~ue~tre jusserat pra°/~ctf et cum primum posset in Venetos pro~ctsct ~tbet. En l'an 52, ils entrent dans le soulèvement général suscité par Vercingétorix et sont taxés dans le conseil tenu à Bibracte à fournir à l'armée levée pour la délivrance d'Alise, 12,000 hommes. Ils apparaissent là sur pied d'égalité avec les Sequanes, les Senons, les Bituriges, les Rutènes et les Carnutes. Galli concilio prmcipuM indicto. imperant Sequanis, Senonibus, Biturigibus, Santonis, Rutenis, Camutibus, duodena millia. En l'an 28 ou 27 (Mommsen, Histoire, v., pp. 72, 73;, un soulèvement de l'Aquitaine pyrénéenne, probablement suscité par la révolte des Cantabres, ayant été réprimé par MarcusValorius Messalla, celui-ci parcourt à la tête de son armée victorieuse le pays qui s'étend de l'Océan à la Saône et au Rhône et de la Garonne à la Loire c'est du moins ce qui ressort de vraisemblable du passage ci-dessus rappelé de Tibulle (Elégies, i, 7), où il est dit que « Messalla, vainqueur des Aquitains sur l'Adour, eut o pour témoins de sa gloire, la côte océanique des Santons, la Saône et le Rhône, la grande Garonne et la Loire bleue des s Carnutes s. Il serait merveilleusement extraordinaire qu'un soulèvement qui aurait embrassé tous les pays indiqués comme témoins de la gloire du général romain, c'est-à-dire une levée en masse de la moitié au moins de toute la Gaule, fût resté inconnu des divers écrivains qui ont eu à parler de ValeriusMessalla et des événements survenus pendant le règne d'Auguste. Beaucoup plus probablement la victoire de Valerius aura été remportée sur les peuples voisins de l'Adour, ainsi que d'ailleurs cela semble résulter du texte même qui restreint à l'action sur l'Adour les mots victus et forti milite, et aura été suivie. d'une démonstration militaire poussée dans la'Gaule aussi loin que possible.

» La ville chef-lieu des Santons était Mediolanum Mediolano ~ancorum (lisez Santonum, Table de Peutinger); Mediolanium (Strabon, Ptolémée), nom remplacé, au temps de la Notice, par


celui de Santones avec la qualification de civitas: Item in prortnc!!S5Cp<c?7!prou!?~C!a~qu!<aM!casecuMda,cïUï<as Santonum. d'où s'est formé le nom actuel de Saintes. Prima provincia est Aquitanica amplitudine civitatum admodum culta; omissis aliis wtM~ts Burde~a/a et ~4rM?'MÏ pra~ce~~t e< Santones et Pictones (Ammien Marcellin, xv, 21), c'est-à-dire Bordeaux, Clermont, Saintes et Poitiers.

3) A Mediolanum aboutissait une des quatre grandes voies stratégiques créées par Agrippa dans la Gaule en l'an 19 avant J.C., celle qui « de Lyon allait à travers les Cévènes en Aquitaine » et jusque chez les Santons )) (Strabon, p. 190). La ville était au carrefour de trois routes. se dirigeant l'une vers Limonum (Poitiers), une autre vers Vesunna (Périgueux), l'autre vers Burdigala. Elle figure ainsi sur la Table de Peutinger et y est accompagnée de la double maisonnette indicative des chefslieux de cités. Dans l'Itinéraire d'Antonin, elle est marquée comme station de la route de Bordeaux à Autun. Ausone semble faire allusion à la facilité du trajet entre Saintes et Bordeaux dans celle de ses lettres (Epit. xin), où il dit qu'on va en peu de temps de Saintes à Agen et que Bordeaux est à mi-chemin Santonus ut sibi Burdigalam mox jungit Aginnum. C'était, de son temps, une route fréquentée on y rencontrait de nombreux cavaliers, les uns sur des bidets au trot rapide (mannus), d'autres sur de vieux chevaux efflanqués usés au service de la poste (ueredus) la rheda à quatre roues, le pefofttu~ traîné par des mules s'y croisaient avec le léger cisium attelé de trois chevaux ivm et xiv) arrivé à Blaye, où il y avait « un poste militaire n militarem Blaviam, on pouvait se soustraire aux incommodités d'une route « battue et sablonneuse », en prenant un nausum, bateau particulier au pays et, porté par le flux de l'Océan, on remontait en peu d'heures la Garonne jusqu'à Bordeaux (xx). Ausone nous fait aussi connaître quelques noms de localités son ami, le rhéteur Axius Pauius, vit retiré dans une campagne dite de Crebennus, « dans un pays froid et sans vignes, où les s hivers sont rudes, où les vers de Muses transies et grelotM tantes redoublent encore la froidure de l'air x jxn) un autre de ses amis, le rhéteur Tetradius, enseigne à Iculisna (Angoulême), « lieu solitaire et détourné a (xv). Des noms de stations sont fournis par les itinéraires. De Bordeaux à Mediolanum on rencontre Blavia (Blaye), Tamnum (Talmont), Novioregum (Royan) puis, dans la direction de Saintes à Poitiers, Aunedonnacum (Aunay), et, un peu au-delà, les Fines (La Villedieu, d'après M. Espérandieu), c'est-à-dire la limite entre les Santons et les Pictaves enfin, dans la direction dePérigueux, Condate (Cognac) et Sarrum (Charmant). Ausone consacre la xxi" de ses Parentales à sa belle-soeur Attusia Lucana Talisia et à son beau-frère Erminiscius Regulus, qui tous deux reposentau loin, dit-il, a dans les plaines de la Saintonge, Santonicaprocul » in (.~htrejacen~es mais il ne nomme pas l'endroit. D Venu dans la Gaule dans les premiers mois de l'an 16 avant


J.-C. pour en régler les affaires, Auguste emploie à l'organisation des cités une partie d'un séjour de près de trois ans ~il D tire des unes de grandes sommes d'argent, fait pour d'autres s de grandes dépenses, en supprime un grand nombre (Dion Cassius, Liv, 25), en les incorporant dans des cités voisines. C'est alors sans doute que les Santons auront reçu le privilège de commune libre, ainsi que l'indique Pline Santones liberi.

» Les Santons citoyens romains étaient inscrits dans la tribu Voltinia.

D Les notables d'entre eux que nous font connaître les inscriptions portent à peu près tous le nom de Julius et sont fils de Gaulois qui ont adjoint à ce nom romain leur ancien nom celtique, ce qui autorise à penser qu'ils tenaient de César ou d'Auguste ou de quelqu'un des empereurs de la première dynastie qui appartenaient directement à la famille Julia, le droit de cité romaine. Un Caius Julius Rufus, fils de Caius Julius Otyaneunus, petit-fils de Caius Julius Gedemo, arrière-petit-fils d'Eposterovidus (ou Epotsorovidus), élève à Saintes en l'an 21 un arc dédié, non pas à Germanicus « à qui on aurait adjoint par mé» nagement pour l'orgueil jaloux de l'empereur », comme le prétendait Millin, « Tibère et son fils Drusus mais à Tibère Auguste, à qui étaient adjoints secondairement les césars Germanicus et Drusus; les trois inscriptions surmontées chacune d'une statue celle de l'empereur occupant au milieu du sommet de l'arc la place d'honneur, celles de ses fils repoussées aux deux bouts. Un Caius Julius. de la tribu Voltinia, élève en 49 une statue à l'empereur Claude; un Caius Julius Cogidubnus, homonyme d'un roi de Bretagne (Tacite, ~ic~ic., 14), de la tribu Voltinia, fils de Congonnetodubnus, en dresse aussi une au césar Néron, entre son adoption par Claude en l'an 50 et son avènement en 54. Un frère de ce même Cogidubnus à ce qu'il semble, Caius Julius Victor, de la tribu Volninia, fils comme lui de Congonnetodubnus et petit-fils de Agedomopates, est rappelé dans l'inscription d'un monument, probablement un tombeau, que lui élève son fils des mêmes noms que lui. C'est aussi l'inscription d'un tombeau qui nous apporte les noms d'un Caius Julius Marinus, de la tribu Voltinia, fils de Caius Julius Rigoverjugus. Un sénateur romain que Tacite (Ann. vt, 7j dit avoir été mis à mort par Tibère, s'appelait Julius Africanus et était e Santonis Gantas civitate. Tous ces personnages ont été contemporains d'Auguste ou au moins du premier siècle. Un autre Santon encore, Caius Julius Macer, de la tribu Voltinia, fils d'Agedil[lus], remonte certainement au temps d'Auguste. Les noms celtiques se sont, du reste, maintenus dans le pays plus ou moins longtemps sous l'empire, et on trouve parmi les personnes non qualifiées un Julius ~tuftos ou Atur ix, un Aueticeus, une Balorice, à corriger sans doute par Baiorice, une Carantilla, un Cintugenus, un Divixtus et une Divixta, deux Drutedo, un ou une Magirra,


un Namatius (Sidoine Apollinaire), une Venopes (génitif Venopis), un ~erferus, un Vipodvalis, un Vodeluteiacus. x Inscriptions publiques. Empereurs et princes N Le dieu Auguste DIVO AVGVSTO, d'après une inscription actuellement perdue, c'est-à-dire Auguste apothéosé. » L'empereur Tibère et ses fils, Germanicus César et Drusus César, honorés, comme on vient de le voir, d'un arc couronné de leurs statues, arc placé sur le pont qui traversait la Charente, aujourd'hui déplacé et presque entièrement reconstruit à neuf.

» L'empereur Claude et son fils adoptif le césar Néron, honorés, comme on vient de le voir aussi, l'un et l'autre d'une statue.

» L'empereur Claude encore, peut-être rappelé par une borne milliaire trouvée au village de Chadenac, avec indication d'une distance de XXIV milles romains ou lieues gauloises de Mediolanum. D'après M. Mommsen (Hïst. des provinces, p. 99), Auguste aurait imposé obligatoirement à toute la Gaule l'emploi du mille romain, et, à partir seulement de Septime Sévère, aurait été permis le retour à l'ancien usage de la lieue gauloise. » Caracalla, pour qui est offert en 212 par un particulier des noms de Caius Ju!ius Drudeto un sacrifice taurobolique (Bullet. archéologique, 18~8, p. 336).

» L'empereur Gordien le Pieux, rappelé par un débris de milliaire, à Pons, sur la route de Mediolanum à Bordeaux. » Fonctionnaires publics sénateurs ou chevaliers. Aucune trace de fonctionnaires civils de l'ordre sénatorial ou de l'ordre équestre, si ce n'est peut-être le rappel implicite du procurateur provincial par des subalternes de son administration. » Fonctionnaires publics subalternes. Un caissier-payeur, esclave impérial, du titre de dispensator, subalterne du procurateur provincial ou peut-être commis directement par l'empereur il était secondé dans son service par un autre esclave impérial du titre de vicarius.

» Prêtres du culte provincial des'empereurs. Prêtre des trois Gaules à l'autel du confluent de la Saône et du~Rhône l'auteur de l'arc de Saintes, Caius Julius Rufus déjà vu, sacerdos Romae et Augusti ad aram quae est ad confluentem, le confluent, non pas de la Charente, mais de la Saône et du Rhône, au pied de la colline qui fait face au monticule sur lequel était situé Lyon. C'est là qu'était l'autel dressé par l'association des soixante cités des trois Gaules pour honorer dans une réunion annuelle la divinité d'Auguste uni à la déesse Rome, et, après la mort d'Auguste, la divinité de l'empereur régnant. Prêtre des trois Gaules Caius Julius Victor déjà vu, sacerdos Romae et Augusti ad con fluentem; Caius Julius Marinus, déjà vu, [sacerdo]talis, « ancien prêtre soit de quelque divinité honorée à Saintes d'un culte municipal, soit plutôt des trois Gaules; anonyme dont le souvenir est conservé par une inscription de Lyon NVL[.SaM]tOMUs, sacerdos ad tem-


plum Romae et Augusti, Miter co~~ue~tes ~rarts et Rhodani, honoré d'une statue au confluent par les tres provinciae Galliae. Tous les ans, chacune des cités qui composaient l'association dite des trois Gaules envoyait à l'autel du confluent de la Saône et du Rhône un délégué, legatus, qui devait être, non seulement citoyen romain, mais encore omnibus honoi-ibits apud suos functus, c'est-à-dire avoir parcouru dans sa cité la série des hautes fonctions municipales. Parmi ces délégués était créé un prêtre dont le titre, au moins dans les trois Gaules, était sacerdos lui seul avait ce titre, et lui seul aussi présidait l'assemblée, concilium, conventus. Au sortir de ses fonctions, il obtenait habituellement l'honneur d'une statue, décrétée par l'assemblée et dressée dans la circonscription sacrée adjacente à l'autel, et sur le piédestal de laquelle il avait le droit de faire graver son nom, celui de son père et celui de sa cité. Il lui était même permis de grouper avec sa propre statue, celles des plus proches membres de sa famille. C'était un honneur très grand et très envié que d'être prêtre des trois Gaules. Les souvenirs les plus nombreux venus jusqu'à nous de personnages parvenus à la prêtrise appartiennent aux cités *s les plus riches et les plus considérables, tandis que des cités pauvres ne reste que peu ou point de souvenirs de leurs députés devenus prêtres.

» Service dans t'armée. Préfet du génie l'auteur de l'arc de Saintes, Caius Julius Rufus antérieurement à sa prêtrise de Rome et d'Auguste à l'autel du confluent, il avait été praefectus fabrum, grade qui lui avait conféré le titre et le rang de chevalier romain. Préfet du génie et tribun d'une cohorte d'auxiliaires: le Caius Julius Victor déjà vu; lui aussi avait eu, antérieurement à sa prêtrise de Rome et d'Auguste à l'autel du confluent, le grade de praefectus fabrum et précédemment encore celui de tribunus militum d'une cohorte première d'auxiliaires cohortis [J Da~afjarum ou [Be~]arum ou [Brac]aru)Tt mais s'il y a incertitude sous le nom de la cohorte, il n'y en a pas sur le numéro, les cohortes du numéro 1 étant les seules qui eussent pour commandant un tribun les autres étaient commandées par des préfets.

') Préfet. le Santon anonyme du fragment d'inscription de Lyon. PRAEF. [CORVM], c'est-à-dire praef[ectus fabr~m, frtbunus ou prae fectus cohortis.]corum, mot à compléter par Breucorum ou Callaecorum ou Rauracorum ou Vindelicorum ou encore Mattiacorum. Au lieu d'une cohorte, il pourrait être question d'une ala dont le personnage aurait été préfet, et alors le mot terminé par. corum pourrait être Aravacorum, Dacorum ou Noricorum.

» Evocat, chef d'un corps franc dit « des 600 Gésates Rètes e, précédemment soldat d'une ala ~tector~ta~a; Caius Julius Macer, déjà vu, santon inscrit dans la tribu Voltinia, fils d'Agedil(lus ?), d'abord soldat cavalier à double solde duplicarius, dans une ala dite Atectorigiana du nom sans doute d'un Atec.


torix qui l'aurait formée et aurait été son premier chef, ensuite rappelé après sa libération au bout de trente-deux ans de service pour commander un numerus Gaesato?'um D C Raetorum Castello Ircavio, grade pendant lequel il reçut, à titre de récompenses militaires décernées par ses compagnons d'armes, des couronnes et des anneaux d'or: coronis aenulis aureis donatus a com~t~tOMtbus. Il était, d'après M. Mommsen, contemporain d'Auguste. La forme belle et archaïque des lettres de son épitaphe répond très bien à cette présomption d'ancienneté. » Soldats de légion XIIII" Gemma Lucius Autius, fils de Lucius (Autius), de la tribu Aniensis, de la cité de Forojulium, soldat de la légion XIIII" Gentî~a, mort chez les Santons, à l'âge de trente-cinq ans, à quinze ans de service, par conséquent avant le terme légal de libération. N'ayant pas de cognomen, il paraît avoir vécu au premier siècle de notre ère; Lucius Furius, fils de Lucius (Furius), de la tribu Aniensis, de la cité de Crémone, soldat de la légion XIIII" Gen~a, mort chez les Santons. De même que le précédent, il n'a pas de cognomen et doit avoir été son contemporain Soldat d'une légion IP Julius Albus, soldat de la légion II", de la centurie de Laenas, mort chez les Santons, à l'âge de vingt-sept ans, à sept ans seulement de service. La légion simplement dite ici 11° est vraisemblablement~ Augusta et a d'autant mieux pu être désignée sans son nom que jusqu'à Vespasien elle était la seule qui eût le numéro II. Albus doit donc avoir été antérieur à Vespasien.

» Vétéran de la légion I" Mmeruxa Justinius Paternus, vet(eranus) l(egionis) pri(mae) Mine(rviae). L'épitaphe semble donner à la légion le surnom d'Augusta, que cependant elle n'a jamais eu; c'est le nom gentilice, probablement mal copié, de la femme de Justinius elle s'appelait Aug(ustia) ou peut être plutôt Au(relia). La création de la légion n'est que du temps de Domitien.

» Il est étonnant de trouver plusieurs soldats légionnaires morts en activité de service sur le territoire des Santons. On a à se demander si, au premier siècle, il n'y aurait pas eu temporairement chez les Santons quelque détachement des armées du Rhin. La Gaule n'avait pas de soldats et était sous la protection des armées de Germanie. Les légions auxquelles ont appartenu ces soldats dépendaient en effet de ces armées la XIIII~ Gemina de l'armée de la Germanie supérieure, la II* énoncée sans surnom et qui, à cause de cela, doit avoir été la II'~4 ugusta, appartenait également avant Claude à l'armée de la Germanie supérieure et, à partir de Claude, est restée fixée en Bretagne. Quant au vétéran delaI~Mï~eruïa, il peut être venu en retraite à Saintes parce qu'il en aurait été originaire. Si on cherche dans l'histoire des événements relatifs à la Gaule, antérieurement à Claude, quelque fait qui puisse avoir motivé une occupation du territoire des Santons, on n'aperçoit que la tentative de soulèvement qui, en l'an 21, eut lieu sous Tibère et fut


du reste promptement réprimée, mais qui paraît avoir embrassé une partie de la Gaule et notamment les cités riveraines de la Loire. Les deux premiers des soldats ci-dessus rappelés sont morts à Aunay, l'ancien Aunedonnacum. Placé à Aunay, à la limite des Santons et des Pictaves, un détachement aurait maintenu à la fois les deux cités.

» Inscriptions wumctpa!es. Les inscriptions municipales sont des moins nombreuses, mais non des moins instructives: car on leur doit de précieuses notions sur la constitution des Santons, qui, ayant le privilège de cité libre, n'étaient pas tenus de modeler l'administration de leur commune sur la forme des colonies romaines ou des colonies de droit latin, et on y voit, à côté d'un questeur, un vergobret et un curateur des citoyens romains. Ce sont là des renseignements importants de l'un nous apprenons ce fa)t remarquable et des plus curieux pour l'histoire de la constitution administrative de la cité des Santons que, dans les premiers temps de l'empire, elle conservait encore en partie sa forme celtique et avait à sa tête pour premier magistrat un vergobret, qui, peut-être, contrairement au principe romain de la dualité des fonctions, exerçait les siennes sans collègue l'aùtre nous montre, d'accord avec les nombreux noms celtiques ou latins non joints à un gentilice, que les citoyens romains ne représentaientchez les Santons qu'une minorité. s Une épitaphe, dont il ne reste qu'une copie défectueuse, fait connaître deux esclaves publics.

Sur une autre, qui est d'une interprétation diHicile et contestable, apparaissent, mais non d'une manière entièrement certaine, deux corporations d'artisans.

» Questeur et vergobret Caius Julius Marinus, déjà vu comme notable et ancien prêtre de quelque culte local ou des trois Gaules, quaestor, 'uerg[obrefus.]. La cassure du bord de la pierre ne permet pas d'aflirmer que la quatrième lettre soit un G plutôt qu'un C ou un 0, mais la lecture uergobretus est non seulement séduisante, elle est, de plus, entièrement probable. Curateur des citoyens romains le même Caius Julius Marinus. L'inscription énumère ainsi ses fonctions [sacerdo]tali, primo c(uratori) c(ivium) R(omanorum), quaestori, verg[obreto], c'est-à-dire d'après l'ordre de succession, « questeur, vergobret, curateur de citoyens romains, ancien sacerdos ». » Esclaves publics de la cité des Santons Une épitaphe aujourd'hui perdue, aux noms d'un Fiscalis et d'une Urbica, les qualifie, sur la copie qui en reste, PVBLIQVIE SANT, à corriger vraisemblablement par PVLIC(orum ci)VIT(atis) SANT(onum).

» Corporation des Tna~upret~aru b(ï'acaT'u) 'u(est~ces), tailleurs confectionneurs en fin.

» Corporation des maçons bâtissant en pierres. E[sc!apto] ~lu~u[s<o] <aptda[fu] structures]. Placée sous la protection d'Esculape, la corporation était en même temps sans doute un collège funéraire.


» Inscriptions religieuses. On s'attendrait à trouver dans une cité reléguée à l'extrémité de la Gaule occidentale et peu romanisée comparativement à la plupart des cités de la Narbonnaise et des bords du Rhin, d'abondants souvenirs de la religion nationale. Sous ce rapport, l'attente est complètement déçue et, tandis que dans les pays du sud et du sud-est, plus rapprochés de l'Italie, des autels dédiés à. des divinités celtiques se rencontrent en assez grand nombre, le territoire des Santons n'a jusqu'à présent rendu à la lumière que des autels à des divinités romaines.

» Jupiter DM) IOVI AVG, à corriger probablement par IOVI O'M'AVG, c'est-à-dire à Jupiter très bon, très grand, auguste ». L'autel lui a été dédié en exécution d'un ordre reçu de lui e]x imp(erio).

» Minerve. MINERVAE'C, à corriger peut-être par MINERVAE [ait]G. L'autel lui a été dédié par trois personnes, dont une porte un nom celtique.

» Esculape E[sc~apt]0 AVGVjsto], le patron de la corporation des maçons bâtissant en pierres ci-dessus mentionnée. Esculape est à peu près le seul dieu romain dont le nom commence par un E. La pierre étant en mauvais état, il n'est pas impossible que l'E qui paraît être la'première lettre du mot ait été précédé d'un A aujourd'hui disparu.

» Le dieu Robur et le Génie de l'endroit. Deo Robori et Genio loci, d'après un fragment « ramassé dans les démolitions du château d'Angoulême », et perdu depuis.

» Inscriptions funéraires.-Les inscriptions funéraires nous montrent les non-citoyens en proportion presque double de celle des citoyens romains et, chez ceux-ci, le nom deJ~~MS, obtenu sans doute de César ou d'Auguste avec le droit decité romaine, de beaucoup le plus fréquent; les autres gentilices n'apparaissent que par mentions isolées. Les non-citoyens ont un seul nom accompagné de celui du père, et ces noms sont tantôt latins, tantôt celtiques, mais ces derniers en nombre moindre et dans la proportion seulement d'un tiers à peine. On rencontre peu d'étrangers un Rème et un Nervien, celui dont il a été question à propos des manupretiarii. On ne rencontre pas d'industries exercées en dehors des corporations, si ce n'est un médecin.

Aspect des tombeaux. Les tombeaux rencontrés chez les Santons n'ont pas de physionomie spéciale. Ceux des personnes de la haute aristocratie du premier temps, telles qu'étaient par exemple les <h~t! fils de Conconnetodubnus et de Rigoverjugus, devaient être plus ou moins analogues aux mausolées découverts à Trion, composés d'un massif carré à base et corniches saillantes surmonté d'un étage en la forme d'un petittemple ou en maçonnerie pleine leurs inscriptions, gravées sur degrands blocs d'appareil, sont en lettres aussi belles que celles qu'on admire dans les principales villes du midi de la Gaule. Mais les tombeaux des personnes moindres sont des cippes carrés avec


base et couronnement, ou des stèles terminées par un fronton triangulaire presque toujours bordé d'un listel ou d'une moulure et supporté par des pilastres d'angle en saillie sur la face du dé. Le fronton de ces stèles contient souvent ou le D M, ou un croissant en relief, ou bien encore un ornement en platebande qui, partant du sommet, se termine au milieu du tympan par une patte d'ancre, allusion peut-être à la traversée des Iles bienheureuses, de même que le croissant, emprunté, à ce qu'il semble, aux idées du culte de Mithra, peut exprimer l'espoir à un renouvellement d'existence. L'inscription est habituellement encadrée, gravée en assez mauvaises lettres avec des ligatures fantaisistes et nombreuses, et quelquefois avec des intercalations dans les interlignes. La formule initiale ordinaire est dtts Manibus et memoriae ou simplement memoriae. La figure de l'ascia accompagne parfois le texte, soit à côté du D M, soit sur une des faces latérales du tombeau. On ne voit pas sur les tombeaux santons, comme sur ceux de Bordeaux, qui autrement paraissent assez semblables, le portrait du défunt en buste ou en pied, mais peut-être est-ce uniquement par la faute du hasard car une stèle du musée de Saintes offre l'image en pied sculptée de haut relief d'une jeune femme qui rappelle par sa grâce la suave image à peu près pareille de la jeune mère d'Atioxtus et de Craxxillus, la perle du musée de Bordeaux. A Saintes, comme ailleurs, la rage de destruction, dont semblent être surtout possédés les siècles modernes, s'est acharnée sur les monuments de l'antiquité. En '1609, et de nouveau vingt ans plus tard, fut détruit avec la plus brutale insouciance un considérable amas d'inscriptions qu'à une très ancienne époque, une époque réputée barbare, on avait, par respect sans doute pour les tombeaux, déposées religieusement sans les briser sous les fondations des remparts et d'une tour qui en faisait partie. De ces pierres, « trouvées là en un monceau, les unes o tesmoignoyent avoir servy de pilastre à quelque grand Edi» fice,, les autres sembloyent estre des débris de quelques MoB numents et Sépulcres. On trouva, en outre, d'autres struc» tures représentants quelques formes d'Autels à l'antique avec diverses figures et inscriptions dont les unes avoyent la semblance de quelques Prestres Flamines sacrifians avec quelque » instrument de la religion. »

s L'Aquitaine d'Auguste ayant étéjdivisée en 297 par Dioclétien en Aquitaine première, Aquitaine seconde et Novempopulanie, la cité de Saintes passe, en 420 ou peu après, avec la seconde province à laquelle elle appartenaity<sous la domination des Visigoths, et en 507, à la suite de la victoire remportée par Clovis au village de Vouillé près de Poitiers, sous celle des Francs. Une lettre de Sidoine Apollinaire (VIII, 6) est adressée à un seigneur santon du nom de Namatius, qui partageait son temps entre la chasse aux sangliers et aux lièvres dont était peuplée l'ile d'Oleron et la chasse aux féroces pirates saxons qui, à cette époque, infestaient tout le littoral.


» La présence du christianisme s'affirme par d'assez nombreuses inscriptions des v. et me siècles, »

VARIÉTÉS

1

UN ROI DE SARDAIGNE EN 1242

C'était le roi de Sardaigne, Ou le roi des bons enfants. Ran tan plan, gare, gare, gare, Ran tan plan, gare de devant. Il s'était mis dans la tête

De détrôner le sultan.

Ran tan plan.

Il avait pour toute armée

Quinze ou seize paysans.

Ran tan plan.

Et pour toute artillerie

Quatre canons de fer blanc.

Qui m'eût dit que le roi de Sardaigne, ou le comte de Savoie, me causerait un jour des désagréments ? Je savais bien qu'en 1852, il avait refusé de souscrire pour le monument de saint Louis, un de ses ancêtres pourtant, ayant peur de blesser les Anglais que le héros de Taillebourg avait si bien frottés en 1242. Mais je ne supposais pas qu'il pût me susciter une querelle et exciter contre moi un écrivain qui m'arrange à son sujet de la belle façon. Encore, s'il eut existé?

Il y avait bien longtemps que le Recueil de la commission des arts ne nous avait pas attaqué. Ses lecteurs n'ont rien perdu pour attendre. L'attaque nous vient d'où nous ne l'attendions pas, et ce qui est plus fort, c'est à propos d'une conversation privée. Voici la chose M. Luc de Sartorys a publié dans le Progrès de la CharenteJn/'erteure du 23 juillet 1892, il a reproduit avec des commentaires, additions, corrections, dans le Recueil de la commission des arts d'octobre suivant, la chanson de la bataille de Taillebourg, où, même après la revision et les notes de M. Antoine Thomas, Une chanson française sur la bataille de Taillebourg (in-8°, 1892), il a cru devoir laisser subsister plusieurs fautes. Nous aurions pu sans doute alors nous donner le plaisir de relever quelques erreurs réjouissantes et d'en amuser nos lecteurs ce nom commun, sordois, sordeis, honte, déshonneur, souillure, sordes, transformé en un


nom propre et devenu en 1242 un comte de Sardaigne ou de Savoie

C'était le roi de Sardaigne

Ou le roi des bons enfants.

Nous ne l'avons pas fait. parce que c'était déjà vieux, parce qu'on ne peut toujours batailler, parce qu'il y a trop à reprendre, parce qu'il faut bien laisser parfois à l'auteur la satisfaction de croire qu'il a faitunchef-d'ceuvre, parce que. Donc, nous avons laissé passer cela et d'autres choses. Pourtant, il paraît qu'en causant j'ai dit que le duc de Savoie, le roi de Sardaigne, ce Sarde, n'existait pas alors. D'autres sans doute l'avaient remarqué avant moi. Mais moi, je l'ai dit en riant Horace le permettait: Ridendo dicere verttm. Pour le Recueil des arts, c'est un crime. Et voici comment je suis habillé. Je reproduis le morceau il contient des brimades. Bravo cela fait le pendant des éloges d'ailleurs; et s'il n'y avait pas eu de ces aménités à mon adresse, je n'en aurais pas parlé « L'erreur a été relevée par un savant de la ville. Je remercie ce savant, parce que j'aime la vérité par dessus tout et que je la fais passerbien avant ma petite personne. Mais je crains qu'il n'en soit pas de même chez lui, et qu'il n'aime la vérité que si elle flatte son amour propre ou cadre avec ses appréciations réflexion charitable, on le voit Car enfin ce savant me connaît, me sait l'auteur de ces notes, me voit assez fréquemment. Pourquoi donc, au lieu de me dire avec cette franchise du collier qui est de rigueur entre honnêtes gens « Vous vous » êtes trompé! » Va-t-il pouffer de rire et attribuer ces notes à un autre que moi. Est-ce une raison pour biaiser, pour critiquer sournoisement ? Critiquer ainsi, c'est mépriser les gens et n'estimer que soi, c'est. 1>

Franchement, si un ami de M. Luc de Sartorys ne s'était avisé de m'avertir qu'il s'agissait de moi, je ne me serais pas reconnu dans ce portrait. flatté il me semblait pourtant qu'on n'y va pas ici par quatre chemins pour dire la vérité, et que plus d'une fois la franchise, et de ma part et de celle de mes collaborateurs, a été même parfois un peu trop. franche. Ne rouvrons pas des plaies qui saignent encore, en citant des noms propres. Nous avons assez souvent appelé un chat un chat. L'auteur a une théorie pour éviter qu'on « biaise »; elle a été déjà émise dans le Hecue~ la voici « Lorsqu'on aperçoit une faute chez un écrivain, il faut aller la lui signaler, s L'idée est ingénieuse mais que ne la pratique-t-il lui-même?-que n'est-il venu me faire ces remarques qu'il m'adresse publiquement? car, enfin, « il me connaît, me voit assez fréquemment o je lui aurais évité deux ou trois assertions qui sont le contraire de la vérité, et il se fut épargné l'ennui de me dire des choses désagréables, sans provocation de ma part. Mais pourquoi l'auteur exige-t-il que ce soit moi qui redresse ses erreurs? Ceux à qui il a confié son manuscrit, son comité de rédaction composé de sa-


vants hommes, ses amis, lui ont-ils signalé l'erreur? Je ne suis pas le seul à l'avoir vue Ce rôle, qui se pratique ici d'ailleurs très souvent- ceux qui veulent bien me consulter le saventn'est pas pourtant sans danger il y a quelques jours, j'ai été rabroué de la belle façon pour une remarque semblable, et une fois que je lui disais entre quatre yeux qu'il faisait des fautes de français, M. X. a failli m'étrangler. Ces petits désagréments corrigent un peu le zèle qu'on aurait à signaler les bourdes que, en somme, on n'est pas chargé d'émonder.

De plus la faute avait été signalée, corrigée. En juillet se vendait à Saintes La chanson ~ra~ça~e. M. Thomas y disait que Sordois par une~grande S « n'avait pas de sens », et qu'il fallait comprendre « Sur eux en est retombée la honte. » Notre Bu~etm de septembre disait de même

Par devers aus est tornez M sordois

avec la note x Sordois, sordeis, le pire, tout ce qui peut arriver de fâcheux. » Et un mois après, M. Luc de Sartorys maintenait sa première version

De leur côté s'est tourné le Sarde (comte de Savoie).

Il ne reconnaissait donc pas son lapsus. Il ne le reconnaît pas encore, puisque aujourd'hui ce Sordois, ce Sarde, ce comte de Savoie, il en fait un comte de Cerdagne

Enfin, dernière remarque, voiià un monsieur qui se cache derrière un pseudonyme et qui veut qu'on le connaisse. D'abord, il est quelquefois bienséant de respecter l'incognito, puisque l'auteur juge à propos de le prendre puis j'avoue que, en lisant ces pages écrites avec trop de hâte, non sans prétention, j'ai songé à quelque Cazaugade, Noguès ou Caudéran; la pensée ne m'est jamais venue que ce pouvait être un homme de mérite comme M. Lucchini. Il me l'apprend, mais pourquoi écrit-il que je le savais ?

Il en dit bien d'autres. « Je dois l'avertir, en bon confrère, qu'il erre lui aussi en rattachant <i sordois au latin sordidus, sale, honteux. Sordidus n'a donné, en vieux français, aucun mot. Ord, ou mieux orde, sale, vient de horriduîn. » Où donc ai-je dit que sordois vient de sordidus, et pourquoi me préte-t-il ici des propos que je n'ai pas~tenus, là des intentions que je n'ai jamais eues? Ce que c'est de s'en rapporter à des bribes de conversation. Oh les cancans de commères 1 Et quand j'aurais fait venir sordois de sordidus? Je me tromperais en bonne compagnie. Un professeur de langues romanes à la Sorbonne, M. Antoine Thomas, déclare que « sordois est un comparatif neutre du latin sordidus », et il renvoie au Dictionnaire de l'ancienne langue française, où le mot se trouve dans le sens de honte.

C'était le roi de Cerdagne,

Ou le roi des bons enfants.

L. A.


II

L'IMPRIMERIE EN SAINTONGE-AUNIS

(Voir I, 267 II, 125, 173 III, 158, 288, 406 IV, 232 IX, 25'? XIII, n) Maillé ou Maillezais ? Maillé près de Maillezais ou Maillé près de Saint-Jean d'Angély? tel est le problème que pose de nouveau M. Henri Clouzot, Les premiers imprimeurs et libraires de Saint-Jean d'Angély, dans l'Intermédiaire de l'ouest de décembrel892. Où Agrippa d'Aubigné a-t-il imprimé son Histoire universelle? M. Louis Audiat, Essai sur l'imprimerie e~Sai~tonge, dit, page 121 « II y a donc lieu de croire que Jean Moussat employé par d'Aubigné est le premier typographe de SaintJean o (L'erratum, p. 204, indique que le premier fut en réalité François Audebert), et qu'il imprima là l'Histoire universelle. M. Henri Clouzot n'avait pas d'abord voulu admettre Saint-Jean d'Angély (Bulletin, xt, 125), et croyait que Mat~é dissimulait Maillezais. Moi, je demandais des preuves. M. Denys d'Aussy émit cette idée que Maillé était bien Maillé, et que d'Aubigné s'était retiré à Saint-Jean en 1619 pour y achever l'impression de ses Histoires, selon ses propres expressions c'est à Maillé, commune de Coivert, près de Saint-Jean d'Angély, à Maillé, castel appartenant à un chef protestant de ses amis, que d'Aubigné installa les presses de Jean Moussat.

M. Clouzot revient sur ce sujet il croit pouvoir affirmer que Mai!té n'est point mis pour Saint-Jean d'~ngétt/, encore moins pour Maitté, commune de Coivert », et qu'il s'agit bien de Maillé près de Maillezais. Jean Moussat était imprimeurà Niort depuis un an ou deux, quand d'Aubigné le fit venir près de lui avec ses presses. Dès le 1" mars 1616, il mettait au jour l'Apologie de Babylone, du poète de Ruffec, Jean Gommart (in-4°, 412 p.) quelques mois après, La déclaration d'Henri Goulfier, enfin les Tragiques, dont le manuscrit lui avait été remis le 5 août. Pendant ce temps l'impression de l'Histoire se continuait, et au milieu de 1619 les deux premiers volumes étaient terminés; le typographe avait en mains le manuscrit du troisième, tout cela d'après une lettre de d'Aubigné <t de Maillesais, ce 20 juillet 1619, à messieurs les très honorez et magnifiques seigneurs de la république de Genève ». C'est alors que l'auteur « fit sa retraite à Saint-Jean d'Angély, où, s'estant meublé B, il acheva l'impression de ces Histoires. Donc une partie au moins de l'Histoire universelle a été imprimée à Saint-Jean. Donc Moussat a été imprimeur à Saint-Jean. C'est ce que nous avions dit. M. Clouzot ne pense pas que son très court séjour dans cette ville, « amené par des causes si étrangères aux intérêts de la ville », soit un motif suffisant de le compter comme typographe angérien. En tous cas, il n'était pas le premier c'est ce qu'avait dit l'Essai, p. 205, en citant précisément l'ouvrage Anatomie de l'âme, de Jean de Frontinhac « à Saint-lean d'Angély par François Audebert. MDCXvi. »

M. Clouzot cite ensuite: Nicolas Crespon, qui en 1620 impri-


mait à Orthez en Béarn La calamité de Béarn, par Jean-Paul de Lescun Henry Boysset, sans doute un des héritiers de Paul Boysset, imprimeur et libraire, qui eut ses ateliers rue des Bancs, puis rue de l'Horloge, et le libraire Paul Dangycourt, de la famille des premiers imprimeurs-libraires de Fontenay-le-Comte, fils de Jacques et de Suzanne Estouard. Au mois d'avril 1637, il épousa Geneviève Amproux, fille deJean, seigneur de Champlouez, de Blain en Bretagne, au service de Louise de Chastaigner, dame de Bessay, qui dota la mariée de 680 livres. Paul Dangycourt, protestant comme le reste de sa famille, se retira dans le Bocage à la révocation de l'édit de Nantes, puis en Prusse. L. A.

M. Jules Pellisson a mentionné, dans le Bulletin, iv, 234, un exemplaire de l'Armageddon de la Babylon apocalyptique, par Jean Welsch, plus complet que celui de la même date cité dans la France protestante de Haag, ix, 538 mais son volume s'arrêtant à la page 276, il n'a pu en compléter la description. Je possède un exemplaire de ce rarissime ouvrage dont voici l'analyse bibliographique

«L'~r~a~eddon de<aBab:o?t j apoca~p~q~e. ) Parlean Vvelsch, ministre de la Parole de Dieu en l'Eglise de Ionzac, 1 en Saintonge. 1 Zacharie chap. V j 1 V. 2. le voy un roolle volant, duquel la longueur est de 20 coudées et la largeur de 10 coudées. V. 3. Et il me dit, c'est icy l'execration du serment qui 1 sort sur le dessus de toute la terre. ) V. 4. le ladesployerai, dit l'Eternel des armées, & elle entrera en la maison du larron, & en la maison de de celui qui iure faussement par mon Nom, & gistera au milieu de leur maison, & le consumera avec le bcis,&Iéspierresd'iceHe. j ApocaIypsel8.V.4. ) Sortez d'icelle mon peuple. A. Jonzac Par Hierosme Maran M. C.XÏI (sic pour M. DC. XII), in 12 de 40 ff. préliminaires non chiffrés (titre 1 f., un avis au lecteur 8 ff; le sommaire des chapitres 1 f Une épitre « à Messieurs et très honorés Pères, Frères & com j pagnons au service en nostre Sei gneur les Ministres, anciens & Diacres desEglises réformées des 1 provincesde Sainctonge, Onis & Angoulmois. j 24 ff. des pièces de vers latins et français adressés à l'auteur par divers coreligionnaires 6 ff.) et 258 pp. chiffrées. A la suite, avec une pagination suivie de 259 à 299, La 1 conclusion contenant ~'expost Mo~ du 4 Verset du j[8. chap. de l'Apocalypse, etc. Au verso de la p. 299 Fautes à corriger, p. non chiffrées.

Cette édition parait être différente de celle qu'a décrite, sous la même date, M. Claudin (Intermédiaire de l'ouest, p. 63). Le mot FIN se trouve bien à la p. 258, comme dans l'exemplaire de M. Claudin et celui de M. J. Pellisson; mais de même que dans celui de ce dernier, l'imprimeur a ajouté une seconde partie sous le titre de conclusion, et l'épitre contient 24 ff. au lieu de 18.

Le Manuel du ~bra~'e (supplément, T. n) mentionne à la p.


942 « Welsch (J.). L'Armageddon de la Babylon apocalyptique. Bergerac, Gilbert Vernoy. 1612, in-8". Volume fort rare et d'une rare extravagance », dit-il. La date reste la même (1612); mais le format change et de in-12 devient in-8°.

On se trouve ainsi en présence de trois éditions différentes imprimées dans la même année. Je suis obligé de croire aux deux premières, celle qu'a mentionnée M. Claudin et celle que je possède quant à la troisième, citée dans le Manuel je me demande s'il n'y a pas erreur car pourquoi, à côté de l'édition in-8° imprimée à Bergerac, ne trouve-t-on pas celles de Jonzac? Celle de Bergerac serait-elle antérieure ou postérieure à celles de Jonzac ?

Dans l'Essai sur l'imprimerie en Saintonge et Aunis,.p. 152, on lit « Thomas Portau était à Niort en 1596, imprimant un Marot, et à Saumur, en 1602, un Robert Garnier. En '1616 il y imprimait encore, d'André Rivet, Poitevin, pasteur de l'église de Thouars, a Le catholique orthodoxe opposé au catholique papiste, en IV traitez, esquels sont disputées en sommaires toutes les controverses de ce temps, touchant la religion, et le catéchisme d'icelles, dressé et publié par Guillaume Baile, jésuite, du mandement de l'archevesque de Bourdeaus, refuté de point en point. A Saumur, par Thomas Portau, 1616 », 1 fort vol. in-4", 275 p. Le Catalogue (février 1892) de la librairie Clouzot en indique un exemplaire au prix de b0 francs. Ce même ouvrage a été imprimé en latin, 2 tomes en 1 vol. ( Catholicus orthodoxus oppositus catholico papistas. Genevse, Jacobi Chovet », 1644, in-f. Un exemplaire est à la bibliothèque de Saintes. La France protestante croit que le Catholicus est la traduction du Sommaire et abrégé des controverses de nostre temps touchant la religion (La Rochelle, Haultin, 1608). M. M.

III

ERREURS ET OMISSIONS D'AUTEURS SAINTONGEAIS

Voir Bulletin, t. Ill, i64, XI, 120-123,XII, 262

LE COMBAT DU PAS- DE-SAINT- SORLIN (1568).

LA PRISE DE JONZAC BT DE SAINT-THOMAS DE CONAC (15'?0) Nous avons déjà eu occasion de montrer, à propos de la prétendue campagne de Philippe-Auguste en Saintonge, dans quelle erreur l'imagination trop fantaisiste de l'historien Massiou l'avait fait tomber. Les méprises que nous avons à signaler aujourd'hui, bien qu'ayant la même cause, sont cependant loin d'avoir la même importance; mais elles prouvent quelle attention l'on doit apporter dans la lecture de nos anciens auteurs, et combien il est essentiel de se familiariser avec leur langage.

Au début de la seconde guerre civile (1568), un des lieutenants


de Monluc, Madaillan, défit, dans les environs de Marennes, les troupes huguenotes. La rencontre est connue sous le nom de « Combat du Pas-de-Saint-Sorlin. D Massiou (Histoire de la Saintonge, t. iv, p. 112) en rappelant l'ardeur inconsidérée des calvinistes, qui les fit se jeter en désordre sur leurs adversaires, s'exprime ainsi « Lorsque les royalistes parurent au pas de Saint-Sorlin, les « argolets de Pons » et « les hommes de l'abbé de Sablonceaux », emportés par l'ardeur du combat, sortirent en foule de leur retranchements pour se jeter sur l'ennemi. On pourrait admettre à la rigueur que les vassaux de l'abbaye de Sablonceaux, comme les habitants du territoire de Marennes, se fussent joints aux troupes protestantes; mais Antoine de Pons était un des chefs catholiques, et quelques pages plus haut (p. 81), l'historien constate qu'il était rentré en possession de ses domaines enlevés aux huguenots; l'erreur de Massiou provient de ce qu'il fait figurer parmi les calvinistes dont il porte ainsi le chiffre à 8.000 hommes, les compagnies commandées par Combaudière, Pérignac et La Sablière, que d'Aubigné indique, avec <: les hommes de l'abbé de Sablonceaux », comme faisant partie des contingents catholiques (Histoire universelle, liv. !v, p. 223). Cette interversion des rôles, en attribuant au corps d'armée battu et dispersé au Pas-de-Saint-Sorlin un effectif double de ce qu'il était en réalité, donnerait à ce combat une importance qu'il n'a pas eue.

Plus loin, Massiou rapporte en ces termes la prise de Jonzac en 1570 « L'avant-garde, conduite par Richer et d'Aubigné, étant arrivée, au lever du soleil, sous les murs de la place, attaqua, sans attendre le gros de la troupe, un retranchement formé de barriques et de planches et défendu par un corps de mousquetaires italiens. A droite de cet ouvrage se trouvait un tertre mal gardé que les assiégés s'étaient contentés de flanquer d'une palissade il fallait occuper le tertre pour pénétrer dans le retranchement. Pendant que Boisrond attaquait la principale barrière de la ville, et appelait de ce côté toute l'attention de l'ennemi, un Turcqui se trouvait parmi les assiégeants,parvint à gravir le tertre, et de là, franchissant la palissade, il s'éjança dans le retranchement; il se mit alors à jouer d'une longue dague dont il était armé, et faisant tête aux mousquetaires italiens, donna à ses compagnons le temps d'escalader aussi la palissade en s'élevant sur les épaules les uns des autres. » (Histoire de Saintonge, t. iv, p. 112).

La présence de ce Turc dans les rangs des huguenots est tellement bizarre qu'elle aurait dû, ce semble, éveiller l'attention de l'écrivain et lui recommander l'étude du texte de d'Aubigné qu'il a paraphrasé dans son récit. Le voici tel qu'il se trouve au chapitre xxv du livre V de l'Histoire u~zuerse~e (édition de 1626) « Le capitaine S. Richer (Saint-Richier) et d'Aubigné qui menoient les premières troupes, sans choisir par où donner. allèrent, à l'envi l'un de l'autre, attaquer un retranchement fait de double estage de pippes, où ils trouvèrent les Italiens com-


battant sur un corridour de planches, l'espée à la main. Ils avoient, à main droite un terrier eslevé et taillé assez droict, mesme pour tes gens de pied, et pourtant les Italiens n'avoient mis sur ce terrier qu'une suitte de barriques. Boisrond voiant les siens qui faisoient à la barrière pour plaisir, présente le terrier à un turcq qui, en donnant du ventre et se relevant, gravit sur le haut; là dessus ayant fort peu de terre pour prendre pied, il franchit la barriquade. Ce cavalier, armé le corps seulement, vint jouer d'une espée large dans la barriquade, si bien que les attaquans eurent loisir de monter sur les espaules les uns des autres, et par ce coup hasardeux, les compaignies furent deffaictes, hormis ce qui se sauva au chasteau. »

Massiou, qui n'omet aucun détail pittoresque, aurait dû nous montrer son turc « donnant du ventre et se relevant » jusqu'au sommet du talus. C'est là un exercice assez difficile pour un bipède, fut-il turc; mais il s'agit ici d'un cheval. On disait alors un turc ou un barbe, commme on dit encore aujourd'hui un arabe et un mecklembourgeois. Au reste la phrase qui suit lève tous les doutes le caualier qui pénètre dans le retranchement était Saint-Légier-Boisrond; d'Aubigné l'affirme de nouveau dans ses Mëmotres <t La barriquade très eslevée et très avantageuse, dit-il, fust bien deffendue et forcée par la vertu de Boisrond. (Mémoires, p. 19; édition Lalanne). Nous restituerons donc à notre compatriote ce brillant fait d'armes que Massiou avait eu l'idée saugrenue d'attribuer à un musulman (1). Relevons aussi quelques inexactitudes qu'il eut été bien facile d'éviter. Pourquoi transformer en « mousquetaires les Italiens qui se défendaient « l'épée à la main » sur un étroit corridour »? Pourquoi placer dans la main du « turc » une « longue dague » au lieu d'une large espée, comme le dit d'Aubigné? La dague, chacun le sait, était une arme purement défensive et toujours fort courte. Enfin, ce tertre escaladé par Boisrond n'était point « flanqué d'une palissade », mais simplement couronné d'une « suitte de barriques ». Vétilles, dira-t-on, qui ne changent rien au fonds du récit; cela est vrai; mais quand, sur un fait historique, on est assez heureux pour rencontrer un témoin oculaire, on ne saurait trop scrupuleusement suivre ses indications.

=t!

x

Quelques mois après la prise de Jonzac, d'Aubigné et un autre capitaine, Blanchard du Cluzeau, à la tête de quelques hugue-

(1) M. de La Morinerie avait déjà signalé ce quiproquo dans une note de sa charmante notice sur le capitaine Arresrac. (Voir7!et)uede Saintonge et d'A unis, t. ix, p. 333). Le consciencieux éditeur de l'Histoire universelle, M. le baron Alphonse de Ruble, ne connaissait pas ce travail de notre confrère sur Arresrac, quand à cette phrase, liv. V, cL. xxv, t. III, p. 185 Les compagnies d'Anières, Bretauville et Arrerat o il ajoutait en note: « Arrérat est peut-être Ecurat, village de la Charente-Inférieure ou mieux commune du canton de Saintes.


nots, pénétrèrent dans le bourg de Saint-Thomas de Cônac; ils furent arrêtés par cinquante arquebusiers catholiques retranchés sous les halles. « Trois chevau-légers de la compagnie de Chaillou, dit Massiou, fondirent avec quelques gens de pied sur ce faible poste qui prit aussitôt la fuite vers le château; un des trois cavaliers, nommé Lamothe, laissant les gens de pied derrière lui, se précipita avec tant d'ardeur sur les pas des fuyards qu'il les poursuivit jusque sous la poterne du château, et que lui ef son cheval, enlevés avec le pont-levis, furent jetés violemment dans la place. L'image de ce cheval et de ce cavalier enlevés dans les airs et précipités dans la place est vraiment saisissante; mais d'Aubigné qui aime assez l'extraordinaire n'en a cependant rien dit. Lamothe ne pouvait être enlevé avec son cheval, par cette bonne raison que lui et ses compagnons avaient mis pied à terre pour combattre avec les fantassins; séparé de ces derniers, « Lamothe fut enlevé avec le pont dans la place, fort blessé. B dit d'Aubigné (Histoire universelle, liv. V, ch. xxvn). Comme on le voit, Lamothe, isolé de ses compagnons, est blessé, tombe sur le pont qui se relève avec lui c'est là un fait de guerre bien simple, qui a dû se présenter souvent, et auquel il était fort inutile d'ajouter les ornements accessoires dont l'a embelli Massiou.

D.A.

IV

LES GUILLOTIN

Le 29 mai 1892, a été vendu le petit domaine des Mouniers, commune de Saintes, qui emprunte un certain renom à la famille de ses anciens propriétaires, illustrée par le médecin Guillotin. Les personnes qui aiment les pèlerinages aux berceau et habitation d'un mort célèbre, à évoquer son souvenir au milieu de ses appartements, marcher où il marchait, voir son lit, sa table, toucher les objets qui lui étaient habituels, vivre, par la pensée, quelques instants avec lui, auraient pu jouir d'un immense plaisir. Près du portail, en dehors du mur de clôture, sur le bord d'un chemin encaissé, un vieux charme isolé, superbe, vigoureux, au tronc énorme, élève, droit en l'air, un épais faisceau de branches qui s'épanouissent en formant un large dôme de feuillage. Le futur promoteur de la réforme des exécutions capitales, en France, est venu maintes fois chercher un peu d'ombre sous le vaste couvert, < recubans sub tegmine fagi. » La maison (une fenêtre surmontée d'un fronton triangulaire garni de pointes de diamants, porte la date de 1620) présente l'aspect simple et modeste des « logis o des familles bourgeoises au siècle dernier escalier tournant en pierre, plafonds bas à poutrelles, portes étroites, cheminées en pierre, blanchies à la chaux, comme les murailles. Le mobilier était celui d'il y a cent ans, un peu fané, voilà tout. Le long des parois pendaient


des portraits au pastel, plats, dépoudrés, décolorés, encadrés d'une mince baguette noire ou dorée. Ce sont ceux des membres de la famille Guillotin. L'homme illustre de cette famille a le sien. Tous semblent assister ébahis, du haut de leur clou, à la lutte des enchères. Le dernier feu s'éteint. Les Mouniers, qui appartenaient aux Guillotin ou à leurs alliés juste depuis deux siècles, passent aux mains d'un étranger.

Si le visiteur, non content du pèlerinage, avait été atteint de cette maladie particulière qui force ceux qui en sont attaqués à emporter une relique arrachée à la maison célèbre,'dussent-ils la dégrader et hâter sa ruine, ce visiteur, disons-nous, pouvait satisfaire son terrible penchant, sans nuire à personne car on vendait tout et (chose rare) tout était ancien et authentique. Les Mouniersontun privilège. Par lettre de permission datée du 24 août 1717, René-Louis Guillotin obtint le droit de faire dire la messe dans un petit oratoire encore existant. Voici la copie des deux documents qui accordent cette faveur « Jacques Savalete, prêtre, docteur de la maison et société de Sorbonne, archidiacre d'Aulnis et vicaire général de monseigneur l'illustrissime et révérendissime l'évêque de Saintes, sur la remontrance qui nous a été faite de la part de maître RenéLouis Guillotin que sa maison des Moniers est fort éloignée de la paroisse de Saint-Eutrope lez Saintes, dans laquelle elle est située, et qu'il désireroit y bâtir une chapelle pour y faire célébrer la sainte messe, les dimanches et fêtes qu'il y fera son séjour avec sa famille, nous luy avons permis et permettons par ces présentes de faire construire ladite chapelle dans un lieu commode et décent et détaché des autres endroits habitez, afin d'y pouvoir célébrer la sainte messe, lorsqu'après la visite faite de ladite chapelle nous luy en aurons accordé nos lettres de permission. Donné à Saintes, le 21 janvier 1717.

SAVALETE, arch. et 'Utc. gén.

Par monsieur le vicaire général,

DE LAUNAY.

Jacobus Savalete, presbyter. dilecto nobismagistroRenato Ludovico Guillotin, in electione Santonensi consiliario regio, salutem in Domino. Ut in oratorio domûs tuse loci nuncupati Les Moniers, intra limites parochialis ecclesise Sancti Eutropii prope et extra muros hujusce civitatis, autoritate nostra visitato divinoque cultui apto reperto et per nos benedicto, sacrosanctum missse sacrificium, etiam super altari portatili, parva et submissâ voce per sacerdotem ssecularem aut regularem, semel duntaxat in die horaque convenienti celebretur, in gratiam tui conjugis ac familise tantum (exceptis tamen die dominica resurrectionis aliisque annualibus festis) absque panis et aquae benedictione sacramentorumque administratione, quandiu prsodictam domum incoles propter distantiam dictse tuse domus ab ecclesia parochiali prsefata.,licentiam concedimus et facultatem


impertimur per prsesentes, jure parochiali in omnibus semper salvo. Datum Santonis sub signo nostro sigilloque praefati illustrissimi ac reverentissimi D. Santonensis episcopi, ac ipsius secretarii ordinarii subscriptione, die vigesimaquarta menais augusti, anno Domini millesimo septingentesimo decimo septimo. SAVALETE, arch. et vic. gén.

De mandato domini vicarii gen'eralis,

DE LAUNAY.

En côté, sceau de l'évêque de Saintes Henricus-Antoninus Le Pileur.

Nous donnerons maintenant quelques notes généalogiques sur Guillotin, ses ascendants et parents, extraites des papiers de la famille.

Joseph-Ignace Guillotin, neuvième enfant de Joseph-Alexandre et de Catherine-Agathe Martin, est né le 28 mai 1738, àSaintes, dans une maison sise rue Saint-Pierre. Il songea d'abord à se faire jésuite; mais en 1762 il quitta le collége des Irlandais de Bordeaux et alla étudier la médecine à Paris. Son père lui fournissait une pension de 800 livres par an. Le premierenvoi d'argent que nous trouvons sur son livre de dépenses porte la date du 17 janvier 1763 « Mon fils, ex-jésuite, étant parti pour Paris pour étudier la médecine, je lui ai donné cinq cents livres provenant d'une lettre de change. » Tous les six mois, ou peu s'en faut, il envoyait pareille somme. Le 28 janvier 1768, le père inscrit sur son registre « 500 livres à mon fils, tant pour sa pension que pour achever de fraier aux frais de ses degrés de docteur en médecine. J'ai fourni jusqu'à ce jour à mon fils depuis son départ d'ici pour aller étudier en médecine à Paris la somme de 5,024 livres. » Pendant quelques années, Ignace Guillotin reçut encore différentes sommes, notamment 2,000 livres le 28 décembre 1769, l.OOU livres le 3 juillet 1771. Mais en 1775, son père qui n'avait qu'une modeste aisance écrit: < Ici finit tout ce que j'ai entendu donner à mon fils pour sa nourriture, entretien et éducation à Paris, pour luy faire recevoir médecin et lui donner un état afin d'y vivre conformément à cet état en y travaillant, pour y vivre de son travail et à ses dépens, en sorte que si désormais il reçoit quelque chose de moi il lui sera précompté sur ma succession. x Et en fait, l'année suivante il envoie 1,000 livres, parce que Joseph-Ignace « avait marqué à sa sœur qu'il en avait le plus pressant besoin, laquelle somme lui sera précomptée lors du partage de ma succession. » Joseph-Alexandre Guillotin (I). avocat, puis conseiller en l'élection de Saintes, marié à Catherine-Agathe Martin, eut treize enfants 1° 30déeembrel720, Marie-Catherine-Agathe, baptisée à Saint-Pierre parrain, René-Louis Guillotin, conseiller en

(1) Le même probablement que Jean-Joseph-Alexandre Guillotin, avocat au parlement, cité dans les Registres de Saint-Georges. Bulletin, vu, page 109.


l'élection marraine, Marie Meneau, grand-père et grand'mère de l'enfant. Elle mourut le 23 octobre 1733, et fut enterrée à Saint-Maur. 2° 19 janvier 1722. Pierre-Joseph-Louis-Henri, né en l'île d'Oleron parrain, Pierre Martin, juge sénéchal de Saint-Denis; marraine, Catherine Guillon, aieul et aieule maternels de l'enfant mort la même année, à Saint-Denis, en septembre. 3° 20 février 1723, Marguerite, baptisée à Saint-Pierre de Saintes parrain, Jean Meneau, conseiller référendaire au parlement de Bordeaux; marraine, Marguerite Gadouin, grandoncle et bisayeute de l'enfant elle décéda le 5 mai 1753 et fut inhumée à Saint-Pierre. 40 23 février 1724, Alexandre-Ignace, baptisé à Saint-Pierre parrain, Ignace Guillotin, sieur du Plantis, son oncle; marraine, Catherine-Agathe Guillotin, sa sœur aînée. 5" 5 janvier 1729, Joseph-François Guillotin, baptisé à Saint-Pierre; parrain, Henri-François Guillotin, prêtre, curé de Barzan, oncle; marraine, Marie-Anne Martin, satante; il mourut le 16 juin 1744 etfutinhuméà Saint-Michel. 6°2t août 1730, Joseph-Augustin, baptisé à Nieul parrain, AlexandreIgnace marraine, Marguerite; il mourut le 18 septembre 1735, fut enterré à Saint-Maur. 7° 7 août t73), Joseph-Eutrope, baptisé à Saint-Pierre; parrain, Joseph-François; marraine, Marguerite, frère et sœur; décédé le 25 août 1736, inhumé à Saint-Maur. 8° 9 mai 1736, Joseph-Augusti n-Nicolas, baptisé à Saint-Pierre; parrain, Nicolas-Toussaint Guillotin, curé de Saint-Maur,oncle paternel; marraine, Marie-Anne Martin, tante; décédé le 23 novembre 1743, inhumé à Saint-Michel. 9' 28 mai 1738, à 11 heures et demie du soir, Joseph-Ignace, baptisé à Saint-Pierre le 29; parrain, Alexandre-Ignace; marraine, Marguerite, ses frère et sœur. 10" 16 avril 1740, Joseph-Benoit-Ignace parrain, Joseph-François marraine, Marguerite, ses frère et sœur; décédé le 18 mai 1744, inhumé à Saint-Michel. 11" 19 juillet 1742, Marie-Marguerite-Agathe-Monique; parraij), Nicolas-Toussaint Guillotin, curé de Saint-Maur, oncle; marraine, Marguerite Guillotin, sœur de la baptiséé. 12° 13 avril 1745, Joseph-RenéLouis parrain, son grand-père paternel alors âgé de 84 ans trois mois et quelques jours; marraine, la grand'mère paternelle, âgée de 77 ans; décédé en Afrique le 8 août 1764, sur la rivière de Gambie, à bord du navire Le marquis de Marigot. 13° 17 mars ~747, Joseph-Henri-François-Augustin parrain, Nicolas-Toussaint Guillotin, curé de Saint-Maur, son oncle; marraine, Marguerite Guillotin, sœur décédé à La Chapelle, le 20 avril 1748.

De ces treize enfants, trois seulement survécurent à leurs père et mère 1" Marie-Marguerite-Agathe-Monique, qui épousa, suivant contrat du 13 janvier 1780, reçu Pasquier, Jean-François de La Charlonnie, ex-garde du corps, fils de Jean et de Françoise TaHon, demeurant à Villars-Marange, paroisse de Mérignac en Angoumois 2" Ignace-Alexandre, avocat 3° Joseph-Ignace, le médecin. Joseph Guillotin, leur père, testa le 27janvier 1776, et leur mère, Agathe Martin, le 3 décembre 1779..


Il possédait réellement le domaine des Mouriiers et le légua à sa fille. Il vendit son ofRce de conseiller en l'élection, le 3 mars 1778, à Pierre-Alexandre Duchatel, avocat, 12,(t00 livres. Il était fils de René-Louis, conseiller en l'élection, marié avec Marie Meneau, fille de Jean Meneau, échevin de Saintes, et de Marguerite Dugadonneys, suivant contrat du 29 mars 1688, reçu Maréchal. Marie Meneau mourut le 29 juillet 1747, et René-Louis Guillotin, trois jours après le ter août de la même année. De ce mariage naquirent: 1° René-Louis (dit sieur des Mouniers, bien qu'il ne posséda jamais ce domaine),officier marinier, demeurant paroisse de Barzan en 1747, et aux Mouniers en 1755; épousa Bénigne D'Ecard, dont: a. Bénigne, religieuse carmélite; b. Catherine-Bénigne-Louise, alias Marie, morte le 19 avril 1790; il testa le 12 mai 1773 (minutes de Pasquier). 2° Joseph-Alexandre (supra). 3" Henri-François, demeurantau séminaire de Saint-Lazare à Paris en 1715, curé de Barzan, qui possédait en OIeron. 4° Nicolas-Toussaint, curé de Saint-Maur de Saintes. Ignace-Alexandre, marié à N. de Ferant, mort à Saint-Domingue, laissant deux enfants: a. Jean-Louis Guillotin de La Vigerie, lieutenant au régiment de Bigorre, puis capitaine au régiment de Saintonge infanterie b. Marie-Jeanne Guillotin de La Vigerie, mariée à Jean Baury, commandant la milice. René-Louis Guillotin, d'abord procureur au présidial de Saintes, puis conseiller en l'élection, échevin de Saintes, était fils de François Guillotin, chirurgien, en premier lieu au village de Rabaine, puis à Dolus (1650-1690), et de Catherine Chevreuil, fille de Richard et de Jeanne Normandin, mariés suivant contrat du 20. 1651. De ce mariage naquirent cinq enfants: 1" René-Louis (supra) 2° François, marchand 3° Marie-Catherine, religieuse aux Sainte-Claire, âgée de 25 ans, le 24 février 1692 (Archives, t. x, p. 189) 4° Catherine-Angélique, religieuse aux Sainte-Claire (id.), âgé de 28 ans le 2 août 1700; 5° Marguerite.

François Guillotin, chirurgien, était fils de Jacques Guillotin et de Marguerite Gautier, et frère d'Ythier.

Cet Ythier Guillotin a dû laisser une descendance dont nous trouvons quelques échelons en Marie Guillotin, fille de Louis, demeurant à Saint-Denis, 1671, 29 nov. (Registre de SaintGeorges, dans la Revue, vu, p. 104); Jean-Paul Guillotin, greffier à Saint-Georges (Id., p. 219). Mais à qui rattacher Guillotin, vicaire (1722); Pierre Guillotin, marié à Marie, alias Jeanne Prévost; Jean-Baptiste Guillotin, prêtre; Etienne-Nicolas, avocat, mari de Catherine Brunet de Tors, maire de La Rochelle Nicolas Guillotin, administrateur du département de la Charente-Inférieure, marié à Marie-Marguerite Boulanger (Id.) ?

Je ne saurais dire quelle parenté existait entre ces Guillotin et les Guillotin de La Martière: Louis Guillotin, seigneur de La Martière, capitaine de vaisseau. Le 5 mai 1735, Louis Guillotin, seigneur de La Martière, conseiller du roi, président en l'élec-


tion de-Marennes, Louise Guillotin, veuve de François du Monard, seigneur de Villefavard, chevalier de Saint-Louis, major de la citadelle d'Oleron, Angélique-Renée Guillotin, demeurant au bourg de Saint-Denis, partagent la succession de leur mère, Madeleine Allaire, veuve de Louis Guillotin, capitaine de vaisseau, conformément à son testament du 26 mars 1730, reçu Joyeux, contrôlé à Dolus (minutes de Senne, notaire royal à Saintes). Ce Louis Guillotin me paraît être le même que le Guillotin plusieurs fois cité dans l'Inventaire des archives de la marine (Cf Bulletin, vu, p. 381). Les Registres de Sa~t-Geor~es (Bulletin, vn, p. 97) fournissent encore quelques documents. A la date du '2 juin 1716, mariage de Henry Guillotin de La Martière, garde de marine, avec Marguerite Duviviér. 1762,12 août, Marguerite Guillotin de La Martière est marraine. 1779, 2 décembre, baptême de N. fille de Louis-Alexis Guichard de La Forest et de Marguerite Guillotin de La Martière; 1791, 26 août, décès de Marguerite-Suzanne Guillotin de La Martière, femme de Louis Guichard de La Forest, âgée de 40 ans, morte à La

Boulinière

v

PROSPER MÉRIMÉE ET LE BARON DE .FŒ.iV.ESr.E Lettres inédites de Mérimée

Théodore-Agrippa d'Aubigné est revenu à la mode,

et un peu

Prosper Mérimée, puisque M. Augustin Fillon a commencé sur lui une importante étude dans la Revue des deux mondes du l" avril dernier. Aubigné a profité d'abord de cet engouement que nous ont inspiré pour le xvt" siècle les romantiques, archéologues pour admirer le moyen âge en architecture, poètes et linguistes pour chanter la renaissance et la littérature de cette époque. Il a aussi la faveur des philologues qui étudient sa langue et aussi des dilettantes qui recherchent dans nos vieux auteurs ce qu'ils appellent l'esprit gaulois, ce piment parfois âpre ou grossier qui assaisonne une anecdote. SainteBeuve, Sayous, Feugère, Haag, bien d'autres lui ont consacré des notices. La passion religieuse et politique trouve son compte à la publication de l'En fer, à la réimpression des Tra.giques, et aussi de Fce~este. Fceneste, cpof.~s~, paraître, est poltron, vantard, d'une probité suspecte, d'une noblesse douteuse, ignorant, pétri de vices et. catholique Enet, s~a:, être, est brave, instruit, modeste et. parpaillot l'un est le duc d'Epernon l'autre, Agrippa d'Aubigné lui-même. En ces derniers temps (1873-1877), M. Alphonse Lemerre a fait paraître en 4 gros volumes les (Ei~res complètes, c'est-àdire mcomp!è(es, puisqu'il y manque l'oeuvre la plus importante de l'auteur, l'Histoire universelle; et M. le baron de Ruble publie en ce moment pour la société de l'histoire de France, avec quelques erreurs dans les notes sur ce qui touche à nos Sain-


tongeais, cette Histoire universelle que des divergences de vues entre le libraire, M. Lemerre, et les éditeurs, MM. Eugène Réaume et François de Caussade, n'avaient pas permis de comprendre dans leur édition.

Les ~uenhu'es du baron de Fce~este, il y a quarante ans, n'avaient été réimprimées que deux fois. Depuis 1617-1629, dates de la publication à Maillé, près Saint-Jean d'Angély (Voir Bulle.tin, xf, 119) des trois et 1630 de la quatrième parties dont se compose cet ouvrage, il n'y avait eu que l'édition de 1729 (Cologne) et celle de 1731 (Amsterdam) avec commentaires de Le Duchat: c'était peu. Aussi, en 1855, le libraire Pierre Jannet, qui avait entrepris une Bibliothèque elzévirienne, songea-t-il à y faire entrer cette satire spirituelle du xvt' siècle. Il fallait un éditeur responsable. Jannet se fit présenter à Prosper Mérimée par Taschereau, administrateur de la bibliothèque impériale. Il le priait de réviser et d'annoter le texte. D'Aubigné commenté par Mérimée! L'auteur de Colomba revêtant Fœ~e~<e/Mais ce délicat courtisan des Tuileries avait de singulières afïinités avec le rude et'brutal rabroueur de son maître Henri IV. Ces deux esprits se rencontraient pour se conter des grivoiseries. L'académicien accepta l'offre avec empressement les mordantes plaisanteries, ce langage rabelaisien avaient une saveur particulière pour ce rafîiné. S'il n'y avait eu que des gauloiseries et des méchancetés dans le roman du xvi" siècle, ce spirituel érudit s'en serait tiré; mais il y avait toute une langue qu'on ne parlait guère aux soirées de Compiègne ou aux petits soupers de l'impératrice, et une foule de personnages, obscurs provinciaux, qu'on ne rencontrait pas dans les grands ouvrages parisiens de biographie. Seuls, des érudits de chefs-lieux d'arrondissements étaient capables de connaître ces contemporains infimes du duc d'Epernon, qui n'avaient pas de nom en histoire; seuls, des Saintongeais et des Poitevins comprenaient cet idiome, la langue maternelle d'Agrippa. Mérimée essaya de vaincre la difEeulté. Avec de l'esprit on se tire d'un mauvais pas; mais on ne se tire pas de la philologie, de la linguistique et du patois saintongeais. Je prends un exemple, un seul, celui qu'a choisi Mérimée lui-même; il veut prouver que les précédents éditeurs n'ont rien compris au texte de son auteur, et il cite l'expression graonzire. Le substantif zire est bien connu des paysans saintongeais et berrichons, et aussi l'adjectif « zirous, zirouse, dégoûté, délicat »: zire, c'est ce qui inspire l'horreur, le dégoût, le dépit. « Tout mon quieu en souffre ne et qu'o me foit grond zire. 3) Le texte de d'Aubigné est clair; un paysan vient pleurer chez son avocat et lui dit « 0 me fat graon zire grand dépit. Mérimée commente « Il est évident que c'est à tort qu'on a écrit d'un seul mot graonzire, en français grande ire, grande colère. » Oui, il faut lire deux mots; maiszire, s'il vient d'ira, ne signifie plus cogère. (Voir Bulletin, i, 106).

Un peu après ce passage, d'Aubigné raconte « L'autre jour, à Villeboi s. » Mérimée met en note « Il y avoit un château


de Villebois, près d'Agen, appartenant au ducd'Epernon. Mais il y avait aussi, il y a encore en Angoumois,. arrondissement d'Angouléme, un chef-lieu de canton, Villebois La Valette, qui a pris, en 1622, de Bernard de Nogaret, marquis de La Valette, second fils du duc d'Epernon, son surnom de La Valette lorsque la baronnie de Villebois fut érigée en duché-pairie par lui et c'est de ce Villebois qu'il s'agit.

L'éditeur improvisé reconnut qu'il lui fallait des collaborateurs de Saintonge ou de Poitou pour lui donner la clef de bien des anecdotes, le nom de bien des personnages, le sens de bien des termes. Il avait bien une servante poitevine qu'il consultait, comme Molière sa domestique Laforêt; c'était insuffisant. A ce moment, un de nos compatriotes qui avait eu la même pensée de rééditer ce curieux ouvrage, tout plein d'histoires du crû, et où l'un de ses ancêtres, le baron d'Ars, jouait un certain rôle, M. le comte Anatole de Bremond d'Ars eut l'occasion de rencontrer Prosper Mérimée, à Paris, chez des amis communs, entre autres chez Vernoy de Saint-Georges, directeur de l'imprimerie impériale. On aimait en même lieu donc on parla d'Agrippa et de son baron de Fceneste. M. de Bremond d'Ars offrit ses notes, sa bonne volonté, ses connaissances particulières du pays, les récits de son aïeul, qui lui avait donné un exemplaire des Aventures venant du chevalier de Piis. Pensez si l'offre fut acceptée.

Dans une étude, Prosper Mérimée, son portrait, ses dessins, sa bibliothèque (Paris, Charavay, 1879), M. Maurice Tourneux a réuni tout ce qui touchait à la vie littéraire de son ami, à ses esquisses, car l'archéologue était un artiste distingué, à sa bibliothèque qui fut détruite parla commune. « Flambez, rue de Lille » Les billets qu'il écrivait à Pierre Jannet à propos de la publication de Foe~este, et aussi d'un Brantôme préparé avec la collaboration de Louis Lacour, ont été conservés « Je viens, mandait-il en 1854, de recevoir d'un M. de Bremond d'Ars des notes sur Fœneste. Elles sont un peu légères; mais il y en a quelques unes qui concernent des familles du Poitou qui vaudront la peine d'être ajoutées. »

Ces notes « un peu légères », on ne dédaigna pas de s'en servir; en tout cas elles n'étaient pas écrites légèrement; ceux qui connaissent l'érudition si sûre de notre confrère et son amour minutieux de l'exactitude, ne s'en étonneront pas. Ce qui fut léger en cette circonstance, c'est la façon dont les mit en œuvre l'éditeur parisien, un peu dédaigneux peut-être de ces travailleurs de province, et préoccupé aussi de la pensée de ne pas dépasser un certain nombre de pages. Avec son esprit brillant, son imagination prompte et vive, l'auteur de Colomba était-il l'homme des longues recherches, des patientes investigations, des fouilles profondes dans les plus petits coins ? avaitil cet acharnement à la poursuite d'un fait, d'un mot, d'une


date minuscule?Etait-il, pour ne citer que quelques uns de nos confrères, un René Kerviler, un Tamizey de Larroque, un La Morinerie, un marquis ,de Granges de Surgères, un Jules Pellisson, qui écriront des monceaux de lettres, gâteront des rames de papier, emploieront de longues journées à discuter un mot, une syllabe, à fixer un détail, passion du vrai avant tout, qui est la loyauté de l'érudit, la conscience de l'écrivain et qui fait la confiance du lecteur ?

Aurait-il passé six mois -j'en sais quelque chose à s'assurer d'un millésime presque insignifiant dans l'existence vulgaire d'un personnage peu important.d'une ville de troisième ou quatrième ordre? cela coûte des mois de travail et tient dans une ligne mais cela est exact. Aurait-il eu, avant de traiter un sujet, la patience de feuilleter les dictionnaires historiques de la province, les recueils spéciaux, les bulletins de sociétés savantes où s'entassent tant de labeurs sérieux, tant de savoir exact, tant d'informations sures? Un jour qu'il causait avec M. de Bremond d'Ars du projet de publier, après Fœneste et Brantôme, l'Histoire universelle: « Ce serait, dit-il, une œuvre utile; mais je trouve cette Histoire universelle trop locale. C'est en Poitou ou en Saintonge qu'il faudrait y travailler. » Il avait raison. Mais vivent les articles sortis du Dictionnaire de la conversation, et les livres compilés à la hâte, et l'érudition puisée dans Larousse! C'est bien commode et plus vite rédigé. Mérimée se mit à l'oeuvre.

La nouvelle édition de Fœneste parut avec les annotations du savant académicien, un peu écourtées et écrites trop à la hâte, mais cependant avec assez de soin et de zèle. II y avait là un grand progrès sur Le Duchat et un essai très louable d'interprétation. M. Ludovic Lalanne en fit l'examen dans l'~hena~nt français du 28 juillet 1855, louant l'ensemble, critiquant quelques détails (1). L'éditeur Jannet fut néanmoins très satisfait du

(1) <t Mérimée s'est acquitté très bien de sa tâche ses notes multiples décèlent des recherches assidues et intelligentes sans doute il n'est pas parvenu à élucider toutes les obscurités, à découvrir toutes les allusions. rtSMeste fort pénible à lire est devenu aussi agréable que facile, » ainsi s'exprimait M. Ludovic Latanne il ajoutait: '< Cependant il y a des erreurs. Par exemple, p. 137, le SaintGelais n'est pas le poète Mellin de Saint-Gelais, mort 58 ans avant la publication de Foeneste, mais le Saint-Gelais mort en 1591, et compagnon d'armes de d'Aubigné qui en parle ailleurs p. 327, Le Dumoulin n'est pas le jurisconsulte Claude, mort en t566, mais le fameux théologien calviniste Pierre, mort en 1558 p. S26, d'Aubigné cite « le pauvre Calvin, les 12 ministres de Poissi, les sieurs de Chamdieu, etc. »; l'auteur écrit: « Chamdieu, ce nom m'est inconnu ne doit-on pas lire CAotMier, nom d'un cétèbre ministre protestant ? » Si Mérimée avait ouvert l'index de l'Histoire universelle, il y aurait vu les La RocheChamdieu, famille zélée de huguenots; p. 310, il est question de la bataille de Prague, perdue par les protestants en 1620. Mérimée propose de lire « bataille d'Arques », parce que, dit-il, < il peut paraitre assez singulier que d'Aubigné soit » si bien instruit d'un événement arrivé en Bohême. i Or, d'Aubigné écrivait dix ans après la bataille de Prague; il savait les événements de la guerre de trente ans, et le Mercure de France contenait les détails de cette bataille p. 322, « Pharaon, Og, Seon.,» Mérimée croit qu'on doit lire les Séans pour géans, « au t lieu de < .Seon », personnage inconnu ». Seon était un roides Amorrhéens qui,


succès de ce volume qui, suivant M. Maurice Tourneux, fait le plus grand honneur à ta Btb~o~éque elzévirienne. Aussi demanda-t-il à Mérimée un nouveau travail, la réimpression des (Entres complètes de Brantôme, dont le texte avait été collationné par un habile paléographe, Louis Lacour. Le premier volume de cette édition ne parut que deux ans après; interrompue en 1859, au troisième volume, elle n'a été reprise qu'en 1875, et continuée jusqu'au sixième.

M. Anatole de Bremond d'Ars, à qui nous avions quelquefois parlé de sa collaboration à la nouvelle édition des Aventures du baron de Fceneste, a bien voulu nous communiquer quelques unes des lettres qu'il reçut à ce sujet de Prosper Mérimée (1).

« Berlin, 7 octobre 1854.

» Monsieur le comte, j'ai reçu hier soir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser et la date de celle-ci vous expliquera comment je ne vous ai pas répondu plus tôt. » Je travaille depuis quelques mois, fort lentement, à une édition du baron de Fœneste, et je ne sais trop quand je pourrai terminer ce petit travail. Les renseignements que vous avez la bonté de m'offrir me seront très précieux, et à mon retour à Paris, je ne manquerai pas de me procurer la Biographie saintongeoise. Je vous demanderai la permission de vous consulter également sur quelques points qu'à cette distance de mes bouquins il m'est impossible de préciser.

B J'ai eu quelque peine à traduire le poitevin horriblement défiguré par les premiers imprimeurs. Cependant, une vieille cuisinière de Niort m'a donné des leçons fort utiles. La grande difficulté pour l'intelligence de jPcenesfe consiste surtout à deviner des allusions aux personnages de la cour de Henri IV et de Louis XIII, sur lesquels nous n'avons que bien peu de renseignements. J'espère que la Biographie saintongeoise me sera d'un grand secours (2).

comme Og, fut vaincu et tué par le peuple d'Israël: Voir Nombre, xxi, 21, p. 176, « sauvirquet, sobriquet x il veut substituer saupiquet, espèce de ragoût salé p. 32, le brave bouffon Chicot n'était point calviniste, mais catholique. Voir anecdote par l'Estoille, 16 janvier 1586 « qui ne prouva passa catholicité)). p. 162, « Pautrot, de la famille de Saint-Gelais, et une dame de Nuaillé il croit que c'est Jacquette de Parthenay, femme du baron de Nuaillé; sur quoi se fonde-t-il?; même page, entre-seings ne signifie pas synonymes, mais signes, p. 326, « comite (officier chargé de la surveillance des galériens) compagnon, » cotKM, etc. ».

(1) M. Anatole de Bremond d'Ars se trouve aujourd'hui l'un des doyens des archéologues saintongeais, ayant été reçu membre de la feue société d'archéologie de Saintes, le 29 janvier 1851. Il a pour lui cette longue expérience que donne une persévérante étude, jointe au goût des traditions de notre province de Saintonge, qui lui est doublement chère. de.

~2) M. Anatole de Bremond d'Ars avait donné une assez longue nomenclature bibliographique des ouvrages à consulter sur la Saintonge et le Poitou. Mérimée crut que la seule Biographie de P.-D. Rainguet pouvait suffire de là sans doute quelques déceptions pour le commentateur de 7''tBKee<e.


n Veuillez agréer, monsieur le comte, avec tous mes remerciements, l'expression de tous mes sentiments de haute considération. P*' MÉRIMÉE. » Une seconde est datée de Paris, 52, rue de Lille, le 29 novembre 1854

« Monsieur, j'ai lu avec beaucoup d'intérêt les notes que vous avez bien voulu me communiquer. Il y en a plusieurs qui me seront fort utiles. Je ne suis pas parfaitement édifié encore sur le personnage, de Calopse. Le Duchat, dans son commentaire (éditions de 1629 et 1631), croit qu'il s'agit d'un baron de Beauvoir, gouverneur du prince de Navarre (1), et, à l'appui de cette opinion, on peut dire que Calopse, Ka~ B~ est la traduction en grec de Beau voir. A cela on peut répondre que ce serait également une traduction de Mirambeau, et je penche pour l'opinion que vous avez adoptée. Deux éditions de 1619 que j'ai sous les yeux, dont une est de MaiMé par I. M[oussat], donnent Canopse, Galopse et Canopsc l'édition de 1630 répète ces variantes fort religieusement.

» Je vois dans vos notes que vous paraissez douter de l'édition de 1630. Elle n'est pas très rare, et c'est !a première qui contienne les quatre parties de Fûe~este. C'est la dernière qui ait été publiée sous les yeux de l'auteur: car vous savez que d'Aubigné est mort cette même année. L'édition de 1640 est une réimpression textuelle, et je ne sais pas même si ce ne serait pas la même, au titre près. Je n'ai pas encore fait la vérification. Les éditions de 1617 (f" et 2' partie) et 1619 (3° partie) sont excessivement recherchées je n'en ai jamais vu dans les ventes; ce n'est qu'à la bibliothèque impériale que j'en ai trouvé des exemplaires.

» Je vous remercie de la traduction du patois saintongeois. J'ai rétabli et traduit tous les passages où il s'en trouve, à l'aide d'une cuisinière huguenote de Niort, qui est une puriste. » Je suis en ce moment occupé d'annoter le 4e livre qui est le plus difficile, et j'aurai probablement recours à vous dans peu de temps.

» Il parait qu'un colonel Tronchin, de Genève, a un assez

(t) Le Duchat voulait sans doute parler de Louis Goulard, seigneur de Beauvais, qui fut, en effet, gouverneur d'Henri de Navarre, et périt à la Saint-Barthélemy (Voir Beauchet-Filleau, Dictionnaire des familles du Poitou). Mérimée était trop étranger à l'histoire des familles pour faire la distinction. Massiou, Histoire de la Saintonge, d76, reproduit l'explication de Le Ducbat et adopte a le baron de Beauvoir, de l'illustre maison de Pons », croyant que le gouverneur du prince était un Pons-Mirambeau ou un Pons La Caze. Il s'agit bien d'un Mirambeau (Mire en beau, xoL~f] Sfp~}, et c'est François de Pons, baron de Mirambeau. qui n'eut que des filles de ses deux femmes, et pourtant espérait, lit-on d:ms fa;nes!e, « proligner la race de Pompée )). La femme de Calopse était sourde, rapporte d'Aubigné. Etait-ce Marie de La Porte ou Jeanne Bouchard d'Aubeterre, qui se remaria à Charles de Bremond d'Ars ? On voit par là que d'Aubigné aurait bien pu mettre en scène Charles au lieu de Josias de Bremond.


grand nombre de manuscrits de d'Auhigné; je suis en négociation avec lui pour obtenir la permission de les voir (1). C'est un protestant un peu farouche mais je ne désespère pas de l'apprivoiser. Il ne serait pas impossible que dans ces manuscrits se trouvât un 5° livre de Fceneste. S'il y avait un manuscrit des quatre premiers de la main de l'auteur, ce serait déjà une belle trouvaille car il est évident qu'outre des fautes d'impression énormes, il y a dans toutes les éditions des mots, voire des phrases passées.

» Tallemant cite, je crois, d'après F céleste, le mot Jobe~pcratie; c'est d'Aubigné qui l'a inventé. Il s'agit, je pense, au livre III, chapitre 22, de don Antonio, prieur de Crato, se disant héritier de don Sébastien de Portugal, et qui, pendant quelque temps, vécut misérableavec un semblant de couràLa Rochelle)~). » Le mot GuilleBedouin est-il encore en usage en Saintonge?(3) Le sens n'en est pas douteux mais il serait intéressant d'en avoir la vraie étymologie; celle que donne Le Duchat dans ses notes sur la Confession de Sa~c!/ est parfaitement absurde. » Veuillez agréer, monsieur, avec tous mes remerciements, l'expression de ma plus haute considération.

» P~ MÉRIMÉE. »

Mérimée échangea encore quelques lettres avec M. Anatole de Bremond d'Ars pour lui renouveler ses remerciements et surtout pour s'excuser de ce que, malgré ses ordres, Jannet les éditeurs n'en font pas d'autres ne lui avait point envoyé l'exemplaire de F céleste auquel il avait droit comme collaborateur.

Nous joignons à ces deux lettres une troisième qui n'a aucun rapport avec Fce~este, mais qui est la conséquence des deux premières. Cinqanssesontpassés. M.AnatoledeBremondd'Ars est sous-préfet de Quimperlé; l'église de l'abbaye de Sainte-Croix, au chef-lieu de l'arrondissement, avait été classée comme monument historique. On songeait à la réparer d'après les plans primitifs. Cet ancien monument, l'un des plus curieux de la Bretagne, présentait, dans sa construction datant du Xl" ou xn* siècle, l'une de ces réminiscences du temple du Saint-Sépulcre de Jérusalem dont la France et l'Angleterre conservent encore quelques spécimens. La commission des monuments historiques demandait la suppression préalable d'un clocher élevé en 1680

()) Mérimée écrivait en même temps le billet suivant à son éditeur Jannet: « Ce colonel Tronchin est un vieux huguenot qui n'entend pas raison, à ce qu'il parait. Veuillez t'assurer que je suis réformé et très réformé, et que je ne fais des notes à d'Anbigné qu'en vue de faire de la peine à la bête de l'Apocalypse. » (2) « J aimerais autant la Jobelinocratie du prince Mal-aisé de La Rochelle », page 202.

(3) Voir Bulletin, ix, 344.


et d'un style tout à fait incompatible avec les restaurations projetées. Les habitants de Quimperlé, d'un autre côte, qui tenaient absolument à leur clocher, s'opposaient aux plans des architectes de Paris. Le débat se prolongeait et menaçait d'entraver tous ces projets. M. de Bremond d'Ars en avait parlé plusieurs fois à Mérimée, qui avait doublement voix au chapitre et comme sénateur et comme inspecteur général des monuments historiques. Voici une des lettres qu'il écrivait au sous-préfet de Quimperlé, à l'occasion de ce malheureux clocher « Paris, 17 juillet [i860].

» Monsieur le comte, je pars demain pour Londres, mais pour peu de jours. Je viens d'envoyer au ministère d'état la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, en recommandant l'affaire de Sainte-Croix au secrétaire de la commission des monuments historiques. Autant qu'il m'en souvienne, la grande difficulté venait moins de l'absence du concours de la ville que de l'opposition qu'elle faisait au projet de M. Lambert, qui demandait la destruction d'un certain vilain clocher de date récente. Ce clocher surcharge l'église, et il faut absolument le démolir. Au reste, à mon retour, j'étudierai moi-même le dossier, et j'espère que nous parviendrons à faire commencer les réparations.

Je crois que si l'ouvrage de dom Le Duc est bien fait, le ministère de l'instruction publique en encouragera la publication (t); mais il faudrait envoyer le manuscrit en communication au ministre pour que le comité historique fît un rapport. Je pense que l'affaire se fera facilement, surtout s'il ne s'agit que de payer une partie de la dépense.

(1) Il s'agit de la publication du manuscrit d'un savant bénédictin de cette abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé, dom Placide Le Duc, qui avait résumé les actes du cartulaire de l'abbaye, précieux document dont on avait perdu la trace: car il n'était plus en France. Pour suppléer à cette perte si regrettable, M. R.-F. Le Men, l'érudit archiviste du Finistère, proposait de publier l'ouvrage si bien résumé de dom Le Duc, intitulé Histoire de l'abbaye de Sainte-Croix de Quimperlé. C'est pour subvenir aux frais de cette publication que M Le Men s'était adressé à M. Anatole de Bremond d'Ars pour qu'il en parlât à Prosper Mérimée et lui demandât d'intervenir auprès du ministère de l'instruction publique. Ce livre fut publié plus tard à Quimperlé et forme un gros volume grand in-8" de 668 pages.

Depuis cette publication du manuscrit de dom Placide Le Duc, on a su que le cartulaire original de Sainte-Croix se trouvait dans les archives de lord Beaumont. M. Léon Maitre, le non moins savant archiviste de la Loire-Inférieure, a reçu des conseils généraux du Finistère et du Morbihan une as-.ez large subvention pour aller en Angleterre prendre sur place une copie de ce vénérable cartulaire, contenant une foule de chartes intéressantes remontant au Xî* siècle et qui nous donnent l'histoire complète de cette célèbre abbaye fondée au vie siècle. Elle compte parmi ses abbés, depuis saint Gurloës, des personnages bien connus, tels que: Odet de Coligny, cardinal de Chastillon; Henri de Gondi, cardinal de Retz; Jean-François-Paul de Gondi, son neveu, aussi cardinal de Retz; ChristopheLouis Turpin de Crissé, et, en 1705, Jean-Baptiste Hardouineau, qui pourrait appartenir à une famille de La Rochelle.


» Veuillez agréer, monsieur le comte, l'expression de tous mes sentiments de haute considération. pr MËniMËE. La solution de ce débat qui durait depuis deux ans, au sujet de la conservation ou de la démolition du clocher de SainteCroix, eut lieu bientôt, mais d'une façon, hé)as! bien imprévue. Le 21 mars 1862, pendant que l'on travaillait à réparer les piliers intérieurs, la massive tour qui les surmontait s'affaissa sur elle-même, écrasant les maisons adossées à l'église et ensevelissant quatre personnes sous les décombres, dont deux, la fille du concierge du tribunal et le receveur de l'octroi, périrent instantanément. Les nombreuxouvriers et contre-maîtres échappèrent, à quelques minutes près, à cette terrible catastrophe. Le souspréfet et l'autorité municipale, qui prévoyaient déjà l'imminence du danger, les avaient fait sortir de l'église presque de force, et peu s'en fallut qu'eux-mêmes ne fussent au nombre des victimes.

L'église de Sainte-Croix a été entièrement restaurée, ou, pour mieux dire, rebâtie à neuf, comme l'arc de triomphe de Saintes, sauf la crypte qui est demeurée intacte, d'après les plans primitifs de l'antique abbaye mais le clocher n'a point été rétabli, et il est provisoirement remplacé par un simple campanile. Cependant la commission des monuments historiques vient de décider qu'il y avait lieu de construire un clocher dans le style de l'édifice. Louis AUDIAT.

LIVRES ET PÉRIODIQUES

Le BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE &ËOGRAPHIE DE ROCHEFORT (XIII, 1891-1892 n° juillet-septembre) qui a paru en mars 1893 contient: Les précurseurs vrais ou supposés de Christophe Colomb, par M. le commandant Henri Jouan Phongsa-Vadan (Les annales officielles siamoises), par M. Rochedragon Le congrès international de géographie de Berne, par M. Gustave Regelsperger Champlain, par M. Jouan, qui fait l'analyse des Voyages de Champlain Ludovic Savatier, par M. le docteur Bourru, article nécrologique qui a paru dans la Revue, xn, 10; Essais sur la géographie et l'histoire de la Saintonge antique, par M. Courcelle-Seneuil, mémoire qui indique un savoir considérable, mais aussi une imagination un peu vagabonde. Pour ce qu'il dit de la période gallo-romaine, nous renvoyons au sérieux et décisif travail de M. Allmer, page 165 ci-dessus.Voilà de la bonne critique appuyée toute sur des textes authentiques, où rien n'est laissé à la fantaisie. M. Courcelle-Seneuil s'en tient à l'archéologie de Bourignon, et accepte comme vraies toutes ses assertions, même celles qui ont été démontrées fausses « Si l'on se rappelle, dit-il, que dans les Gaules, Mediolanum Santonum fut l'unedes cinq villes qui seules aient eu l'honneur de posséder un capitole » qui est bizarrement défini,


« temple ou panthéon où toutes les divinités tutélaires du pays étaient principalement honorées s & il y a lieu de rechercher le MontmeiHan (Mediolanum) sur le haut rocher où furent réunis tous les dieux du pays des Santons et du pays de Médis. » Que d'erreurs Et l'écrivain les aurait évitées, s'il avait bien voulu lire ce qui a été écrit sur ce sujet dans la Rewue. Voir encore tout récemment, xii, 296.

II y a une note a Les recherches de notre époque n'ont point retrouvé latrace du capitole de Saintes. –Jelecrois bien: il n'y en a jamais eu. Cependant l'assertion de Bourignon sur son existence avait pour base une opinion courante depuis plusieurs siècles. » Or, j'ai mis au défi qu'on montrât, avant Bourignon, un seul mot où il soit question de ce capitole si connu dans « l'opinion courante depuis plusieurs siècles ». Voir Le capitole de Saintes.

Et saint Eutrope Un récit apocryphe et déclaré tel par le père Henschen à qui M. CourceHe-Seneuilt'emprunte, fait saint Eutrope, « fils de Xercès, roi de Babylone ». L'auteur ne croit pas à cette origine royale: « La forme .Xercès, roi de Babylone, a été évidemment produite au cours du moyen âge D c'est vrai; « mais la légende s'est formée soit à l'époque des guerres médiques lorsque Xercès cherchait et trouvait des aIHés dans tout le monde indo-européen, soit à l'époque d'Alexandre, quand les Gaulois lui envoyaient des ambassadeurs, s La légende n'a pas une aussi haute et si belle origine elle vient tout simplement d'une interpolation ou plutôt d'un embellissement romanesque et d'une confusion certainement volontaire. J'en ai raconté la genèse, p. xxt de la préface de Saint Eutrope dans l'histoire et la légende.

Après saint Eutrope, saint Saloine. Chaudruc de Crazannes et après lui Massiou voyaient dans ce martyr, en latin Seronius, le Jupiter Kep~u~o?, qui lance le foudre, dont les chrétiens tout bêtement avaient fait un saint. M. Courcelle-Seneuil fait de lui une représentation du dieu Saturne, père de Jupiter; cela ne le change pas de famille « De nombreux bourgs et villages de ce pays [de Saintonge], dit-il, dissimulent sous des vocables chrétiens le nom d'une divinité païenne bien connue: Saturne se retrouve sous les noms de Sorlin, Saturnin, Sornin, Sarloine, Scronio est-ce une faute typographique, deux fois répétée, pour Seronio ? montrant que ce dieu fut honoré dans la Saintonge où son nom apparaît à chaque pas, et particulièrement aux alentours de Broue. » Oui, il y a Saint-Sorlin de Marennes mais il y a aussi Saint-Sorlin, paroisse du Port d'Envaux, près de Saintes, Saint-Sorlin de Cosnac, canton de Mirambeau, Saint-Saturnin du Bois, non loin de Surgères, et d'autres qui prouvent que le nom s'est répandu un peu partout et non pas « particulièrement aux alentours de Broue Puis, n'y a-t-il que le père de Zeus qui ait porté le nom de Saturne ? Que de Saturnins et de Saturninus se trouvent parmi les Romains! et saint Saturnin de Toulouse, le martyr si célèbre


dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, n'a-t-il pas pu donner son nom à tousces Saturnin, Sornin, Sorlin, Sernin de Saintonge et d'Aunis? ou bien était-il lui-même Saturne, à qui les Toulousains ont élevé la magnifique basilique de SaintCernin, croyant l'élever à un saint véritable

La conclusion est ceci « Il est donc possible que les Carthaginois aient visité cette région, et même qu'ils y aient trouvé un lieu de commerce en sécurité, dont la presqu'île de Broue offre toutes les caractéristiques. » Pour un peu nous reviendrions à Didon, reine de Carthage, accourant en Saintonge fonder Didonne et bâtir son castrum tout près de ce Royan, Roianus, construit évidemment par quelque [TjRoianus, Troyen, échappé au fer d'Hector, et allant de là donner son nom à la forêt de Saint-Trojan.

Tous ces faits, dirai-je toutes ces hypothèses? toutes ces considérations amènent l'auteur à dire que le fameux Portus Santonumc'estl'embouchurede la Charente, etle PromontoriumSantonum, la pointe de Chassiron. Voilà qui n'est pas nouveau; mais nos géographes modernes se contenteront-ils de ces arguments qui reposent sur la linguistique ? Quelques observations géologiques feraient peut-être mieux leur affaire. Le n° 3, t. xn, janvier-mars 1890, contient Phongsa-Vadan (suite) Excursions dans ~tntërïeur du Japon, par M. L. J. Rtchard-Françts Burton, par M. Gustave Régelsperger. La CHARENTE-INFÉRIEURE des 29 mars, 5, 19 avril et suivants, publie de M. le docteur Merle, Médecins de La Rochelle du X7V° au XVZJJ° siècle, état comprenant les médecins et chirurgiens qui ont exercé à La Rochelle et tout particulièrement ceux qui ont été attachés aux hôpitaux et hospices de cette ville. Le CORRESPONDANT des 10 janvier et 10 février publie de M. Emmanuel de Broglie Un Mécène de l'érudition. Peiresc et ses lettres 1580-1637, travail fort étendu et très élogieux de la publication importante de notre confrère. M. Tamizey de Larroque, Lettres de Peiresc aux frères du Puy dans la Collection des documents inédits sur l'histoire de France, dont trois volumes sur dix ontparu en 1888, 1890 et 1892(1). Nous sommes heureux de voir un homme d'un grand talent, d'un beau nom, et dans une revue comme le Correspondant, appeler « sur ce beau travail » l'attention, non pas de quelques érudits, d'amateurs spéciaux, mais du public qui lit. Et c'est justice. Aucun éditeur, peut-être, n'a mis autant de zèle à recueillir les matériaux de l'oeuvre, d'ardeur à les préparer, de sagacité à les disposer,

(1) Signalons l'erreur de l'aimable critique qui croit le labeur terminé avec ces 3 volumes. Or, le 4° paraîtra sous quelques jours l'impression du 5° est commencée, et le 6° est en préparation.


de science à les annoter, de persévérance à les faire paraître. Que de voyages pour rassembler ces lettres que de mois et d'années passés loin de chez soi à les transcrire que de journées à en étudier les phrases, à en chercher et biographier les destinataires A la mort de Peiresc, on trouva rangées avec soin plus de dix mille lettres de tous les érudits de l'Europe. Sa nièce et son héritière longtemps en fit des papillotes et en alluma son feu; on s'en servait même pour faire des couches de ver à soie. Mais les lettres de Peiresc lui-même Les frères du Puy, Pierre et Jacques, tous deux successivement gardes de la bibliothèque du roi, conservèrent celles que l'infatigable épistolier leur envoyait; elles sont à la bibliothèque nationale; c'est là que M. T. de Larroque les a prises, et avec elles bien d'autres, notamment celles de Fortin de La Hoguette. (Voir plus haut, tome XIII, page 90).

M. Emmanuel de Broglie raconte brièvement la vie de ClaudeNicolas Fabri de Peiresc né en 1580, mort en 1637. Elève des jésuites d'Avignon et de Tournon, ilfit ses études de droit à Padoue, ou plutôt, sous prétexte de droit, courut toute l'Italie, voyant tout, examinant tout, visitant tous les hommes connus, Paolo Sarpi à Venise, à Rome Baronius, Orsini, Sirmond, grands savants qu'il étonne de la précocité de son érudition, et en même temps commençant à former une collection de médailles, de marbres, de statues, d'objets d'art, même d'instruments de physique. Après cinq ans de séjour dans la péninsule, il revint en France achever ses études de droit, se lia avec Malherbe, avec le président du Vair qui l'emmena en 1C05 à Paris, où il connut François Pithou, Casaubon, les SainteMarthe, le président de Thou, passa l'année suivante en Angleterre, puis en Hollande, nouant partout des relations avec des savants du pays, Scaliger, Grotius, etc. De retour en France il se fit recevoir conseiller au parlement d'Aix et ne quitta plus guère sa contrée natale, et cette belle maison des champs à Belgentier, où il accumulait tous ses trésors, d'où il correspondait avec tous les savants d'Europe.

M. de Broglie donne un bon nombre d'extraits de sa correspondance, qui montre l'érudit, l'homme, le chrétien, l'écrivain. Citons sa lettre sur la réduction de la ville de La Rochelle « Nous sommes tous en joye de la réduction de La Rochelle, dont la despêche du roy n'arriva qu'hier au soir. A ce jour d'huy, la cour n'estoit pas au palais à cause d'une feste locale de saint Mithre, martyr de cette ville, mentionné dans Grégoire de Tours, auquel jour on porte les reliques du sainct en procession générale par la ville, sans toute foys que la cour s'y trouve assemblée. Mais aujourd'huy elle estésotemnisée bien extraordinairement: car, à ce matin, messieurs du parlement se sont tous rendus au palais où les lettres du roy ayant esté leües, par lesquelles il mandoit de rendre grâces à Dieu du bon succez de ce siège, avec tesmoignage de toute sorte de joye, on a délibéré d'y apporter toutes les solemnitez en tel cas requises


et accoustumées, considérant cette bonne advanture, non pas pour y voir domptez les subjetz du roy, mais pour l'y voir conjoinctement triompher des Anglais, des Espagnols et des mauvaiscatholiques françoiseten effetpouryvoirgarantie l'authoritésouveraineduroyquel'ontaschoit d'entamerdetoutes parts. Nous avons veu les articles accordez par la clémanee du roy à ces obstinez, et les avons certainement trouvés bien doulx, veu l'extrémité où ils étoient réduicts, qui méritoit bien que l'on fist ressentir quelque punition à quelqu'un des principaulx autheurs de la faction. Mais quand on considère la nécessité de l'estat et le grand progrez que va faisant la maladie en diverses provinces, il fault advoüer que l'anticipation d'un seul jour ne se pouvoit assez prinser en une telle occurance, et que la reduction de cette place estoit inestimable, de quelque façon qu'elle arrivast. La cour est donc allée en corps en robbes rouges, les présidans avec leurs manteaux de chevallerie fourrez de menuvair, leur mortier en teste sur le bonnet quarré, et tous les conseillers avec le bonnet. »

Les éloges de M. de Broglie et du Correspondant seront certainement un encouragement pour M. Tamizey de Larroque, en même temps qu'une récompense de ses longs et fructueux efforts. La besogne est considérable encore car il ne se borne pas à éditer la correspondance de son cher Peiresc, il publie aussi, çà et là, dans les revues locales, les lettres des correspondants de Peiresc et ils sont nombreux et divers. Nous en avons déjà signalé une douzaine. Quand nous en aurons le double. ce ne sera pas fini. Les travaillenrs de cette sorte sont rares, qui s'acharnent à leur entreprise et la veulent mener à bonne fin c'est bien pour eux que le labor improbus a été créé.

Le COURRIER DE LA RocHELLE du 23 février publie de M. Musset, L'émeute de la gabelle au xvi~ siècle et l'avocat Guillaume Le Blanc. Guillaume Le Blanc, célèbre avocat bordelais, avocat et juré de Bordeaux, était d'origine saintongeaise: car, à l'époque où il a dû naître il y avait sur les bords de la Gironde, sur les terres de Talmont et de Saint-Georges de Didonne, des Leblanc dont l'un se nommait Guillaume (~rch~ues de la Saintonge, t. i, p. 117 xv, 179), puis à Saint-Jean d'Angély, au présidial de Saintes, à Pons (2dem, t. ix, 378 t. x, 158 xv, 146 Bulletin des Archives, passim). Celui qui a mis Guillaume Le Blanc en lumière est un éminent professeur bordelais, M. Léon Cosme; il a obtenu de la ville l'inscription de son nom sur une rue de Bordeaux, et lui a consacré un intéressant article que le Courrier reproduit sous ce titre La première harangue politique de M. Guillaume Le Blanc, avocat aupaWeme7)tde Bordeaux ~543. Est-ce G. Blanc ou Le Blanc qu'a chanté son cousin André Mage de Fiefmelin dans une pièce latine dont tous les mots commencent par A


Arte animoque attingens Albanus arces Aitius Albanis Albus abibit aiis.?

L'INTERMÉDIAIRE DE L'OUEST de février contient de M. A. Labbé A propos d'un convoi de déportés en Poitou sous le directoire. C'est un extrait, en ce qui concerne Blois, Amboise, Tours, ChâteJJerauJt, Poitiers, Saint-Maixent, Niort, Surgères, Rochefort, de la Relation historique du voyage de quinze des déportés, condamnés le 18 fructidor a?: V, depuis l'instant de leur departjusqu'à celui de leur embarquement à Rochefort. par un citoyen de l'escorte. Paris, an VI 8° de 40 pages « La commune de Surgères est encore régie par une administration municipale anti-fructidorienne. La garde nationale de ce bourg a montré le plus grand zèje les municipaux, qui n'étaient pas fort échauffés, se sont pourtant rangés à leur devoir. Nous eûmes la douleur d'apercevoir trop souvent les ravages affreux de la royauté. Les bonnets de liberté sont effacés sur presque toutes les bornes, où ils remplaçoient les fleurs de lys. Presque partout, les arbres de la liberté, par leurs branches sèches et arides, ne représentent plus que le squelette de la liberté, ou ils sont entièrement disparu.

» Après quatorze jours de marche, nous arrivâmes à Rochefort le premier vendémiaire de l'an vi un peuple immense bordoit la route à une grande distance il brûloit du désir de voir les déportés. La troupe composant la garnison, et celle faisant le service de la marine, nous attendoient sous les armes, hors la porte de la ville. EJJes formèrent la haye, avec l'escorte. Nous côtoyâmes les murs et primes la direction du port qui est à un quart de lieue de Rochefort. A mesure que nous avancions, au milieu des chants civiques et des cris de Vive la république 1 Vive le gouvernement! mille fois répétés, la foule des spectateurs grossissoit. La plaine en étoit couverte. Les déportés s'étoient flattés en route qu'ils passeroient l'hiver à Rochefort. Ils furent extrêmement surpris de ne point entrer dans la ville. Ils le furent bien davantage lorsqu'ils se virent au port. Les barques étoient toutes prêtes pour les recevoir; le peuple se pressoit pour voir leur figure. Les cris de Vive la république et les chansons patriotiques redoublèrent.

» Les négocians de Rochefort envoyèrent offrir à Lafond-Ladébat, autant de fonds qu'il en voudroit emporter il accepta seulement cent louis. Ce fut lui qui passa le premier dans la barque. Dès qu'il y eut mis ie pied, les marins, les chapeaux élevés en l'air, crièrent de toute leur force: Vive la république 1 A bas les tyrans ce qui déconcerta un peu messieurs les déportés. Plusieurs d'entr'eux avoient conservé jusqu'à ce moment l'espérance de recouvrer leur Jiberté. Barthélemy étoit de ce nombre en s'embarquant il laissa échapper de ses yeux quelques larmes. Bourdon voulut engager une querelle, parce que son signalement portoit des yeux gris et qu'il prétendoit


les avoir bleus. Comme le tems pressoit, on ajourna la discussion, et Bourdon fut prié de passer à bord, ce qu'il fit de très-mauvaise grâce. Dossonville ne trouvoit pas non plus que les signalemens fussent bien faits. On lui observa qu'il n'étoit pas étonnant qu'il sût mieux les faire, ayant passé autantde tems à l'école de Rovère et de Cochon qu'au surplus cela ne devoit point l'empêcher de s'embarquer. Ah ah dit-il, nous verrons la suite, nous retiendrons peut-être. Alors il passa dans la barque, salua humblement les matelots qui lui dirent Allons, allons, passe.

» Murinais avoit eu une peine infinie à confier sa valise à un matelot pour la porter à bord. Comme il marchoit devant sur la planche, il se retourna pour voir si la valise le suivoit, ce qui lui fit faire un faux pas et pensa le faire tomber à l'eau, on lui cria de prendre garde à lui. Qu'y a-t-il à craindre ? dit Lavilleurnois, tomber ici ou tomber ailleurs, n'est-ce pas la même chose?

» Rovère, qui, pour intéresser en sa faveur, parloit toujours de sa femme, rappela encore les inquiétudes et les chagrins que sa perte alloit lui causer on lui répondit qu'ayant eu lui-même une singulière indulgence, une humanité sans pareille envers les femmes et les enfans des malheureux qu'il incarcéroit et dont il avoit réduit les familles au désespoir, lorsqu'il étoit membre du comité de sûreté générale, sans doute le ciel l'en récompenseroit. Rovère alors, désespéré de n'avoir pas couvert davantage la France de sang et de ruines, jette un dernier regard de fureur sur la république, qui le vomissoit de son sein avec ses complices, et s'embarqua d'un élan. La terre de la liberté parut allégée d'un fardeau épouvantable.

n La merétoit basse. La chaloupe les porta à bord d'un sloop qui mit sur-le-champ à la voile sur une rivière large et profonde, et alla rejoindre en rade, à six lieues de distance, une corvette qui attendoit les déportés pour les mener àleur destination. La corvette étoit déjà partie, lorsqu'un courrier extraordinaire arriva. On fit des signaux; la corvette revint. Les déportés crurent qu'ils alloient être délivrés, la joie rayonnoit sur leur visage mais il ne s'agissoit que de changer lé capitaine qui étoit trop jeune et de le. remplacer par un homme plus expérimenté et plus sûr. La consternation succéda bientôt à cette allégresse éphémère. La corvette fit voile et ils disparurent. »

La REVUE HISTORIQUE DE L'OUEST qui continue à publier d'importantes études: L'enseignement secondaire dansée diocèse de Nantes, Récits pour servir à t'toh'e des guerres de Vendée, Le colonel françoM de Collârt e( la Martinique de son temps, que nous avons déjà signalé, Mémoires d'Alain Desprez, etc., a commencé, dans sa 6* livraison de 1892 (novembre), la publication de la liste des chevaliers de Saint-Michel pour la province de Poitou, écrite par Jean-François-Louis d'Hozier. Nous


y voyons Jean Larchevêque de Parthenay, baron de Soubise, seigneur du Parc, créé chevalier le 7 décembre 1561 Agrippa d'Aubigné, gouverneur de Maillezais, de Royan, de l'ile d'Oleron, qualifié chevalier de l'ordre du roi dans un acte du 18 septembre 1614; plusieurs autres d'Aubigné, qui ne sont point de la famille d'Agrippa: Claude d'Aubigné, seigneur de SainteGemme Jacques, seigneur de LaRocheferrière; Jean, seigneur de Boismosé; Jacques, baron de Tigny; François, seigneur du Boisrobert; Claude, seigneur de La Rocheferrière, frère du précédent; François d'Alloue, seigneur des Ajots, gouverneur de Saint-Jean d'Angély, sénéchal du comte de La Rochefoucauld, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et enseigne de 50 hommes d'armes de ses ordonnances, qualifié chevalier de l'ordre dans un acte du 25 mai 1605. H avait été nommé précédemment maitre d'hôtel ordinaire de Marguerite de France, duchesse de Berry. Henri IV lui donna le gouvernement de Saint-Jean d'Angély, le 14 novembre 1596, après la mort de Jean de La Rochebeaucourt, seigneur de Sainte-Même, et lui écrivit de sa main la lettre suivante

« Monsieur des Ajots, je suis bien marry de la mort du pauvre M. de Saint-Mesmes; vous ne devyez poynt douter que, vous aymant comme je fay, je ne me souvynsse de vous et de ce que je vous avoys promys et. comme vous verrez par celle que j'ay commandé à Villeroy de vous écryre, ce que vous aurez de moy, pour ce regard est que vous me cervyez an cete charge avec la mesme fydelyté et afectyon que vous avez tousjours fet, vous souvenant que vous avez a fere à un peuple fort bysearre, afin que vous vous gouvernyez avec eux avec prudance et douceur. Au demeurant je vous dyray que, depuis un moys ou sy cemeynes, la mortalyté est tellement myse dans ma meute de chyens courans pour chevreuyl que de quarante que j'en avois et de très bons grys etnoyrs il ne m'an est pas resté vynt; quy me fet vous prier de me vouloir envoyer deus chyens gris des vostres, mais qu'ils soyent des mylleurs et un cervyteur qui ayme son metre, mes que ce soyt avant que vous bayllyez à Rocquelaure ceux que vous luy avez promys; au surplus assurez-vous tousjours de mon amytyé de laquelle je vous tesmoygneray les étés aus occasyons quy s'an ofryron pour vostre contantemant. Sur ce Dieu vous ayt, monsieur des Ajots, en sa sainte garde. Ce XIe may à Fontenebleau. HENRY. JI Jean, comte de La Rochebeaucourt, seigneur de SainteMesme, gouverneur d'Angoumois, sénéchal de Saintonge, « fut remplacé, dit Rainguet (Biographie saintongeaise), en 1601 dans son emploi par le duc de Rohan, et mourut à Saint-Jean d'Angély vers 1603, en 1609 selon quelques écrivains. » Cette lettre rectifierait cette date erronée. François d'Alloue, sieur des Ajots, mort en 1606, est qualifié gouverneur de Saint-Jean d'Angély en 1604.


QUESTIONS ET RÉPONSES

RÉPONSES

? 488 t. XI, 339, 393. Familles de Rochon, de Dreuille, de Beaumont. Voici les armoiries des Rochon, seigneurs de Puycheny, en Angoumois, telles que les donne l'Armorial général de France de 1696, et qui concordent, en les déterminant plus exactement, avec celles indiquées déjà dans la Revue: u Louis Rochon, escuier, sieur de Puicheny, porte De gueules à une fasce d'or accompagnée de 3 turbans, ou bonnets à la Turque, 2 en che~ et l'un en pointe, x (Registre de Limoges, p. 43, n° 27.) Dans le même armorial, aux blasons coloriés (p. 13) les turbans sont dessinés comme dans les gravures de l'époque, c'est-à-dire avec un cône tronqué dans le milieu, fermant par le haut. DE ST-S. N" 537 t. XIII, p. 121. Le 19 juin 1791, « les citoyens du Bois et de Sainte-Marie, formant la 3' section de canton de Saint-Martin de Ré, réunis en assemblée générale dans l'église des ci-devant R. R. P. P. capucins, afin de nommer de nouveaux législateurs », choisirent pour leur président « le citoyen Fillonneau, prêtre, curé de Sainte-Marie-de-Ré ». A la réunion du soir, il est nommé électeur.

TH. PHELIPPOT.

Jean Fillonneau, né en 1750, mort vicaire général le 2 septembre 1826, avait été nommé en 1803 curé de Dompierresur-mer.

Un procès verbal du directoire du district à La Rochelle, 24 mars 1791, indique comme jureur <f Fillonneau, vicaire de Sainte-Marie ».

Il L. A.

BIBLIOGRAPHIE

[JuiN (Louis)]. Société de géographie de Lille. Une question nationale. Le port de Rochefort. Lille, imprimerie L. Danel, 1892, in-8", 24 pages. (Extrait du Bulletin de la société de géographie de Lille janvier 1892). Voir, pour l'auteur, Bulletin, xn,169.

LABAT (Gustave), membre et ancien président de la société des archives historiques de la Gironde, etc. Notice sur Vt~~Mt~e d'Ornon. Bordeaux, imp. G. Gounouilhou, 1892, in-4", 39 pages.


Tirée à cent exemplaires seulement, cette Notice, « écrite sur l'étrier n, est dédiée aux « absents et aux « disparus », dont l'auteur « a retrouvé les noms gravés sur la pierre, dans le modeste cimetière du village où ils dorment au milieu des herbes folles et des menthes sauvages ». Elle est ornée d'un plan et d'une vue du cimetière et de l'église, signés aussi Gustave Labat. Villenave d'Ornon n'a guère d'histoire mais l'écrivain a réuni tous ces petits faits qui concernent sa chère commune, et on lit avec plaisir sa curieuse brochure. Voir compte rendu dans la Gironde du 9 octobre 1892.

LARSEms (Maurice). Les chants du Kosmos. (Sonnets amers. Ame et Kosmos. Visions terrestres. Visions lointaines. Chansons du Kosmos). Paris, comptoir d'édition, 1890, in-18, 159 pages. Prix 2 fr. 50.

L'auteur est de La Rochelle plusieurs de ses pièces sont datées de l'ile de Ré. Comme t'indiquent le titre et aussi la dédicace « SuIIy-Prùdhomme, à tous ceux que la notion de l'être tourmente ce volume est très nettement panthéiste et chante le pessimisme. On y sent parfois l'effort et l'imitation et on y trouve quelques fautes de français, je ne dis pas de versification. Mais aussi il y a de très beaux vers et parfois de fort jolies strophes

Sous nos yeux déroulant ses flots qu'un souffle ride

Et qu'effleure un oiseau, le vaste Océan dort.

A nos pieds, et semblant parsemé de grains d'or,

Un sable fauve et fin couvre la côte aride.

Sur nos fronts un soleil, aveuglant et torride.

LA MARSONNfÈRE (De). L'abbé Gibaud. Discours lu à la séance publique annuelle de la société des antiquaires de l'ouest, du 10 janvier t892. Poitiers, imp. Etais, Roy et C"=, 1892, in-8", 21 pages. (Extrait des Mémoires de la société des antiquaires de l'ouest, 1891).

Jérôme-Bonaventure Gibaud, né le 13 octobre 1763 à Poitiers, où il mourut le 24 novembre 1834, vicaire de Rallais en 1790, puis de Saint-Maurice d'Angers, vicaire épiscopal de l'évêque constitutionnel d'Angers, sous-principal du collège de Poitiers en 1793, professeur de législation à l'école centrale en 1795, de droit civil à la faculté en 1804, bibliothécaire en 1817, chanoine en 1820, est très aimablement biographié par M. de La Marsonnière, disons trop aimablement. L'auteur a des trésors d'indulgence pour ce prêtre, jureur, apostat, démagogue, qui fit voter une statue en 1806 à Napoléon et ne se convertit qu'en 1816. Mais Gibaud rendit de grands services comme professeur et bibliothécaire.

LAVERNY (Anatole). Généalogie biographique. Les La Charlonnie, leurs alliances et leur descendance (Limousin, Angou-


mois, Saintonge) 1489-1892. La Rochelle, imprimerie nouvelle Noël Texier, 1892, in-8°, 343 pages.

LAVIGERIE (Louis). Royan au soleil (poésies). Royan, Billaud, 1892, in-16, 108 pages, 19 dessins d'Henry Somm. Prix: 3 fr. 50. LEDAIN (Bélisaire), ancien président de la société des antiquaires de l'ouest. Sat;art/ deMautëon et le Poitou àson époque. Saint-Maixent, imp. Reversé, 1892, in-8", 58 pages. (Extrait de la Reuue poitevine et saintongeaise.)

« Savoir remarquable, esprit souple et habile, doué même de goûts litéraires, ce grand seigneur poitevin, type curieux du chevalier du moyen âge, mérite une étude particulière. D Et cette étude nul n'était plus à même de la faire que M. Ledain. II a tout fouillé, tout remué pour retrouver les détails de sa biographie et raconter son rôle politique et littéraire. Châtelaillon, Benon, Angoulins, File de Ré, appartenaient à Savary de Mauléon et sa vie se passe en grande partie dans notre province. Voilà pourquoi cette étude est une page de notre histoire provinciale, que l'auteur a su rendre très intéressante. LEMOYNE (André). Fleurs du soir (vers). Paris, Lemerre, 6 mars 1893, in-18, 155 pages. Prix 3 fr.

LIÈVRE (A.-F.), bibliothécaire de la ville de Poitiers. Sanxay. Poitiers, Blanchier, 1892, in-8°, 23 pages. (V. Bulletin, xu, 209). Les limites des cités de l'ouest de la Gaule déterminées d'après les bornes milliaires, la table de Peutt~pef et ritï~eraire d'Antonin. Paris, E. Leroux, 1891, in-8", 8 pages. (Extrait du Bulletin de géographie historique, 1891, n" 4). Le fines des Pictons était à Aunay, ~u~edo~acM~ des Bituriges, à Saint-Ciers-la-Lande; des Pictons et Bituriges-Cubes, à Ingrande des Pictons et des Andecaves, à Saint-André de La Marche. Une planche rend très claire cette dissertation. Les chemins gaulois et romains entre la Loire et la Gironde. Les limites des cités. La lieue gauloise. Poitiers, imp. Blais, 1892, in-8°, 99 pages. (Extrait des Mémoires de la société des antiquaires de l'ouest, année 1891).

Trente-trois chapitres composent cet opuscule qui estunlivre: Nantes à Saint-Philbert de Grand-Lieu, Nantes à Saintes, Nantes à Périgueux, Nantes à Limoges, Nantes à Poitiers, Nantes à Angers, Angers à Saintes, Angers à Poitiers, Angers à Tours, Tours à Poitiers, Poitiers à Nantes, Poitiers au port Sécor, Poitiers à la côte méridionale du Poitou, Ron à la mer, Poitiers à Bourges, Poitiers à Lyon, Bourges à Limoges, Poitiers à Limoges, Poitiers à Saintes, Poitiers à Brioux, Limoges à Saintes, Périgueux aux Bouchauds, Saintes à Périgueux, La Berche à la mer, Saintes à Bordeaux, Saintes à Talmont, Sain-


tes à Royan, Royan à Blaye, Pons à Périgueux, Pons à Coutras, Bordeaux à Périgueux, Périgueux à Limoges, Bordeaux à Périgueux, d'après l'itinéraire, Tours à Bordeaux la lieue gauloise.

Après le travail si consciencieux, il faudra renoncer au mémoire de l'abbé Lacurie, Notice sur le pays des Santons, où sont décrites avec trop de fantaisie les voies romaines de la Saintonge. M. Lièvre a une critique judicieuse, nous l'avons dit déjà, et à propos de ses Mansions de Segora, Germanicomagus, Condate et Sarrum (Voir Bulletin, xti, 72), fragments de son ouvage actuel. Cependant, je regrette qu'il ait quelquefois une fois n'est pas coutume, mais cela lui arrive trois ou quatre fois changé le chiffre de l'Itinéraire qui ne concordait pas avec ses données. Sans doute les copistes font des fautes, et celui de la Table a dû pécher plus qu'il ne devait mais il ne faut admettre l'erreur que lorsqu'elle est parfaitement démontrée, et c'est ce que l'auteur a fait souvent d'une façon complète. Il y a là un danger. Cette remarque n'enlève rien à la valeur de ce travail. M. Lièvre a assis ses grands chemins romains sur un sol fixe et solide ses voies à lui dureront, au moins pour la plupart, aussi longtemps que celles des Romains, sur lesquelles il les édifie d'ailleurs.

Une fête solaire en Agenais au siècle. Essai de restitution et d'interprétation d'un'passage de la légende de saint Vincent d'Agen (Acta sanctorum, die nona j'um:). Poitiers, imp. Millet, 1892, in-8", 7 pages. (Extrait du Bulletin de la faculté des lettres de Poitiers).

En lisant le texte des actes de saint Vincent, M. Lièvre a été frappé de l'expression regione Metensium, pays de Metz à Agen, cela n'a pas de sens mais regio nemeti, pays des nemets, en a un c'est l'emplacement d'un nemet, temple gaulois, fanum. L'auteur trouve là une confirmation de sa thèse que les piles romaines nombreuses en Agenais les fana, étaient les temples gaulois, vernemets, et le nemet, l'espace sacré autour duvernemet.

LOIR (Maurice). Le Vengeur d'après les documents des archives de la marine. Paris, imp. May, 27 juin 1892, in.8°, 20 pages. (Extrait de la Revue bleue). Voir Bulletin, xii, 283 et 419.

LOTI (Pierre), de l'académie française. Une exilée. Paris, Lemerre, 20 février 1893, in-16, 145 pages.

Matelot. Paris, Lemerre, 1893, in-16.


REVUE

DE SAINTONGE & D'AUNIS BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHIVES SOMMAIRE nu NUMÉRO DE JUILLET 1893. Chronique de la société procès verbaux des séances; liste de nouveaux membres; circulaire et lettre pour le monument de Champlain première liste de souscripteurs revue de la presse. Avis ET NOUVELLES Programme des fêtes de Champlain; distinctions honorifiques, inscription commémorative Béon-Luxembourg; origine de la réforme en Saintonge; livre d'heures du comte de Taillebourg; un évêque de Saintes à Jérusalem; les séances de la société de l'histoire du protestantisme. –NECROLOGIE Barriasson, Brumauld-Deshoulières, sœur Désirée, Estelle d'Orbigny, Emard, Garpaud, sœur Germaine, Marchadier, Martin de Beaucé.Mollière, René et François de Mortemart, Perthuis de La Salle, Prieur, Régnier, Rendue!, .baronne de RbchëtailIée.Saint-Blancard, Savigny, Tercinier, marquis do Verthamon. ,MAMiAGEs Choumeils de SaintGermain et Louise de Wavreehin,'Guion .et Marthe Coutant, Renou et Drilhon, Vercheval et Aze. ARCHEOLOGIE La date 'des remparts de Saintes. BEAux-ARTs Nos artistes aux salons exposition d'Angouleme excursion de la société à Rencogne'et à La Rochefoucauld. –VARIÉTÉS Samuel de Champlain Billaud-Varenne. LiVHES ET PERIODIQUES,: .Les registres consulaires de Limoges La famille Le Gendre Le « chevalier André du Magué x Les actes du comité de salut public. QUESTIONS..ET'REPONSES: Un avocat de Bordeaux encomiaste de Champlain; Aymar .dë~Chaste, précenteur de La Chaume, près de Pont-Labé Deux prêtres déportés, Rabiel et Fillonneau. BtsnoenApHiE MAU OU.

CHRONIQUE DE LA SOCIÉTÉ

SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ (EXTRAITS)

Séance du 16 mai. (Bureau et commission Champlain). Admission de nouveaux membres.

M. Audiat, délégué de la société au congrès de la Sorbonne, rend compte des travaux lus qui intéressent la contrée (Voir Bulletin, xn!, p. 148); d'un projet deconférenceaRochefort, qui n'a pas abouti des démarches à Paris auprès du commissaire générât du Canada et de M. Lemercier, maire de Saintes, pour la fête de Champlain.

TOME XtU. 4' livraison. Jaillet 1893. 13


Le comité d'organisation est d'avis que la fête ait lieu le 18 juin prochain; elle commencera par la réception à la gare, le 17, à 6 heures du soir, avec le concours de la musique du chemin de fer. Les invités seront ensuite conduits au Ramet, où les reçoit M. Lemercier. Le soir, réception au château et dans le parc. Pour le lendemain, il est question d'une kermesse au jardin de l'hôpital de la marine, à partir de 1 heure; à 4 heures, visite des monuments. Le soir, fête littéraire et musicale. Le lundi, visite à Brouage, si ces messieurs le désirent. Une notice sur Champlain sera faite. II est aussi question d'un journal illustré de la fête; proposition écartée à cause du peu de temps qui reste. M. Duplais-Destouches a bien voulu se charger de l'illustration du programme de la fête. M. Leroy offre son concours pour l'éclairage.

Sont adjoints au comité de la fête MM. H. Drilhon, Leroy, Rullier et Laverny.

Le président propose ensuite l'ajournement des fouilles du terrier de La Fade en Courcoury, par suite de renseignements donnés que ce tumulus avait été déjà fouillé.

Séance du 27 mai. (Bureau et com'mssMn Champlain). Lecture de lettres de MM. Henri Drilhon et Martineau; de M. Dionne, bibliothécaire de la législature de Québec, qui remercie la société de son initiative dans l'organisation d'une fête dont le souvenir sera un lien de plus entre les deux pays de M. Fabre, commissaire général du Canada, qui exprime les mêmes sentiments; de M. Lemercier, qui propose le programme suivant et la date du 1~~ juillet à 6 heures du soir, réception à la gare par la société des Archives des personnages venus de Paris dîner et soirée au château du Ramet et réception ouverte pour toute personne en tenue de ville; le 2 juillet, après déjeûner, visite des monuments, conférence, banquet; le 3, départ pour Rochefort, embarquement pour le port de La Pallice et réception à La Rochelle par la chambre de commerce. Au sujet des projets élaborés pour cette fête, de leur origine, des phases qu'ils ont traversées, projets à l'examen desquels la société a déjà consacré plusieurs séances, M. le président présente quelques observations. Il est temps d'agir et il faut restreindre le programme.

Tenant compte de ces observations et vu la nécessité d'une sérieuse réduction dans les dépenses, la société décide 1° qu'on s'écartera le moins possible du projet primitif réception solennelle à la gare, visite des monuments le soir, conférence, intermède musical; 2° qu'on fera une souscription. MM. Geay et Pinasseau veulent bien se charger des préparatifs de la réception à la gare. Ceux qu'il y aura lieu de faire aux arènes sont confiés aux soins de MM. Laverny et Henri Drilhon.


Séance du 2 juin. (Bureau et commission).

M. le président présente un spécimen des cartes de souscription il communique aussi la circulaire qui va être envoyée pour solliciter des souscriptions et la lettre qu'il a adressée.à M. le maire de Saintes pour demander que le conseil municipal veuille bien s'associer à la fête.

M. Justice offre de faire une conférence et une pièce de vers sur Champlain.

Le ministre de la guerre accorde la musique militaire et un piquet d'honneur.

M. Audiat émet l'avis qu'un,banquet soit offert aux FrancoCanadiens il sera pour les seuls membres de la société des Archives. MM. Babinot et Proust seront priés de vouloir bien s'occuper de l'organisation.

M. le président croit pouvoir compter sur un buste de Champlain, qui serait offert par un artiste de la contrée, M. Paul Tourette, de Pranzac.

Séance du 4 juin. (Bureau et commission).

Le président annonce qu'une subvention de 600 francs est accordée, cette année, par le ministre de l'instruction publique, pour les publications de la société.

Admission de nouveaux membres.

M. Proust lit plusieurs propositions relatives à la fête de Champlain, qui sont successivement examinées.

Séance du 9 juin. (Bureau et co?)t?msston).

Le président donne lecture d'une lettre du maire de HiersBrouage, faisant connaître que ses concitoyens seraient heureux de recevoir nos hôtes de Québec, pendant leur séjour à Saintes. Mais cette visite, qui était dans le projet primitif, ne peut avoir lieu, les Canadiens devant visiter le port de La Pallice. Il est décidé que la tête comprendra définitivement le samedi, la réception à la gare des invités canadiens; le dimanche, le banquet dont l'heure sera ultérieurement fixée, la visite aux monuments, et, le soir, la séance littéraire et musicale dans la salle de l'ancien palais de justice.

M. Audiat montre le dessin de M. Duplais-Destouches pour le programme de la fête; il est fort bien réussi. M. Leroy est chargé de s'enquérir pour la gravure et le tirage. Séance du 19 juin. (Bureau et commission).

Le bureau et la commission ont arrêté le programme des fêtes des 1" et 2 juillet. (Voir plus bas, page 217). Séance du 22 juin. (Bureau et commission).

On s'occupe de l'organisation du banquet et de la décoration de la salle pour la soirée.


Le président de la société des Archives a adressé au maire de Saintes la lettre suivante (29 mai 18H3) pour demander que )o conseil municipal contribue au monument et à la fête de Champlain

« Monsieur le maire, le 1er juillet prochain, arriveront à Saintes M. Chapleau, lieutenant-gouverneur de Québec, le plus haut dignitaire de la province, et M. Hector Fabre, commissaire général du Canada près le gouvernement français. Ils seront reçus solennelementà la gare par la société des Archives. M. le comte Lemercier a tenu à honneur d'avoir sous son toit ces représentants de nos compatriotes de la Nouvelle-France. Le lendemain, ils visiteront les monuments et les musées de la ville; ils assisteront le soir à une fête littéraire et musicale en l'honneur de Samuel Champlain, de Brouage, fondateur de Québec, un des grands explorateurs et colonisateurs du xvi" siècle. Le produit de la fête est destiné au monument que le Canada élève à notre illustre compatriote ce sera à la fois un hommage à ce grand homme, un témoignage de reconnaissance et d'affection pour nos concitoyens de là-bas, qui nous gardent au fond du coeur un amour filial. Vous savez, en effet, monsieur le maire, que le Canada, peuplé en grande partie par des habitants de la Saintonge et de l'Aunis, est resté Français malgré les traités qui l'ont donné à l'Angleterre que presque toutes les familles de la Charente-Inférieure y comptent des descendants que les Canadiens ont toujours eu pour notre province en particulier un attachement profond qu'ils ont donné à maintes reprises des preuves d'un dévouement sincère. En 't870, ils se sont engagés en grand nombre sous nos drapeaux, et quand les peuples qui nous avaient le plus d'obligation nous laissaient seuls ou se tournaient contre nous, eux, que nous avions abandonnés, n'hésitaient pas à franchir les mers pour venir nous offrir leur secours à l'heure du péril. L'an dernier, ils recevaient notre escadre avec des démonstrations de joie, retrouvant dans nos marins des parents et des frères. Enfin, quand l'incendie de l'hôtel de ville détruisit notre bibliothèque, vite ils se sont empressés de nous envoyer des ouvrages pour réparer une partie du désastre. C'est pour tous ces motifs que nous avons cru indispensable et décent de donner à notre tour à ces Français de la Nouvelle-France une preuve de reconnaissance et de sympathie, de recevoir de notre mieux ses illustres représentants et de resserrer ces vieux liens de parenté pour ainsi dire qui nous attachent au Canada, ce qui ne peut être qu'avantageux au point de vue général et profitable aux relations commerciales de notre département et de notre ville. La Rochelle se prépare à les recevoir. Pour tous ces motifs, ne croyez-vous pas convenable, monsieur le maire, que la ville elle-même fasse quelque chose en cette circonstance ? Peut-être le conseil municipal jugera-t-il bon de s'associer par un vote à la souscription pour le monument de Champlain et de recevoir les hôtes illustres qui nous rendent visite, ces Français d'Amérique qui nous apportent les vœux de nos concitoyens d'outremer, les descendants de ces Saintongeais qui viennent serrer la main des fils de leurs aïeux, de leurs amis, de leurs parents. Veuillez agréer.

La circulaire suivante a été adressée à tous les membres de la société des ~rchiues, le 8 juin


Monsieur et cher confrère, le Canada français élève un monument à l'un de ces audacieux explorateurs qui, au xvt' siècle déjà, cherchaient des pays inconnus où planter le drapeau de la France et introduire notre civilisation, à Samuel Champlain, né en Saintonge à Brouage en 1567, qui fonda en 1608 la ville de Québec, berceau d'une colonie aujourd'hui si florissante.

La société des Archives a cru qu'en souvenir de cet illustre Saintongeais, hardi navigateur, habile colonisateur, pur-dessus tout grand homme de bien en souvenir d'une communauté d'origine entre les Canadiens d'alors et nos compatriotes de Saintonge et d'Aunis, de Normandie, du pays Chartrain, etc. en reconnaissance aussi des services rendus en 1870 par les Canadiens qui sont venus nombreux combattre dans nos rangs, du cordial accueil que l'an dernier notre escadre recevait dans le Saint-Laurent, et en même temps d'un attachement si constant à la mère patrie, nous devions envoyer un témoignage d'intérêt à ces Français de là-bas, qui nous sont restés si fidèles.

La société des Archives a organisé pour les 1'~ et 2 juillet des fêtes dont le dernier numéro de la Revue de Saintonge et it'Aunis a donné le programme et que présidera le premier dignitaire de la province de Québec, M. Chapleau, lieutenant-gouverneur, d'origine saintongeaise, accompagné de M. Hector Fabre, commissaire général du Canada à Paris. Ainsi se resserreront les liens d'amitié et de parenté entre les Français de la nouvelle et ceux de la vieille France. Nous vous demandons une souscription, et vous nous la donnerez de grand cœur pour Champlain, pour le Canada, pour les Français de Québec.

NOTA Les noms des souscripteurs seront publiés dans le prochain numéro de la Revue.

Les souscriptions de 5 fr. et au-dessus donneront droit à une carte personnelle, et de 10 fr. et au-dessus à une carte de famille, qui permettra d'entrer à toutes les fêtes du programme. Un banquet sera offert aux invités du Canada. La souscription, d'environ 10 francs, est réservée aux seuls membres de la société. SOUSCRIPTION POUR LE MONUMENT ET LA FÊTE

DE SAMUEL DE CHAMPLAIN

liste

M. le comte Anatole Lemercier, maire de la ville de Saintes et député, 300 francs.

Son Eminence le Cardinal Thomas, archevêque à Rouen M. Théodore Guillet, négociant, 50 francs.

Mme la marquise de Chasseloup-Laubat, à Paris, 30 francs. MM. le comte d'Archiac Duré~ult, sous-préfet de Saintes; le colonel Gaschet, colonel du 6e de ligne le marquis de Dampierre, président de la société des agriculteurs de France un Saintais (M. N.); M~ Fulbert Petit, évèque du Puy; Emile et Jules Guillet, 20 francs.

Barraud, pharmacien Bugéaud, receveur particulier des finances; Dumontet, avoué; Charles Dangibeauri; Bertrand des Brunais, notaire Anatole de Bremond d'Ars, conseiller général du Finistère Henri Drilhon, avocat le baron Eschasseriaux, député Marcel, Fonreau, ingénieur; Gaillard; Genêt, président du tribunal de commerce;


Anatole Huvet, Joyer, Laurence; Leroy, directeur du gaz; Edmond Maguier délégué cantonal Maufras, ancien notaire Meaume, conservateur de? hypothèques le baron d'Olce, capitaine au 6e de ligne; Oscar de Poli, ancien préfet; Marcel Pellissoii, délégué cantonal Perrineau, entrepreneur; Pinasseau, notaire; Pannetier, professeur de musique Rutiler, architecte; Tamizey de Larrocque, docteur Termonia, Vallein, maire de Chermignac, 10 francs.

Denysd'Aussy, Bouhard, notaire; l'abbé Carteau, archiprétre de Saint-Pierre; Mme la marquise de CaDière.Fournier, Gibouin, Gury, bijoutier Georget, receveur municipal Guibert l'abbé de Laage, supérieur du petit séminaire de Montlieu; Anatole Laverny, le docteur Moinet, sénateur Niox fils Jules Pellisson, juge l'abbé Simon, aumônier du collège Talbot, receveur de l'enregistrement Noël Texier, imprimeur, 5 francs.

On lira avec intérêt les notes biographiques suivantes sur les hôtes illustres que la société des Archives aura l'honneur de recevoir samedi prochain:

M. Joseph-Adolphe Chapleau, commandeur de la légion d'honneur, commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire en 1881, est lieutenant-gouverneur de la province de Québec depuis un an, titre qui correspond chez nous à celui de président du sénat et de la chambre. Il occupe la chaire de droit international à l'université Laval, succursale de Montréal. Né le 9 novembre 1840 à Sainte-Thérèse, comté de Perrebonne, il est d'origine saintongeaise, et son nom est encore porté dans notre région. Entré au barreau en 1861, il s'y fit bientôt une place considérable. En 1867, ses succès comme avocat firent de lui un homme politique. Sa carrière date de 1867, avec la première année de la confédération. II fut ministre de la législature provinciale de 1873 à 1874, puis de 1876 à 1R78, enfin de 1879 a .1882, année où il fut appelé à Ottawa pour faire partie du cabineL fédéral. C'est un des orateurs les plus éloquents du Canada.

M. Louis-Hector Fabre, ofncierde)a)égiond'honneur,estaussid'origine française. H est commissaire général du Canada à Paris. Son frère est archevêque de Montréal. Né le 9 août 1834, il se fit inscrire au barreau en 1856. Il fut nommé sénateur en t875; mais il donna sa démission pour occuper la position qu'il a aujourd'hui à Paris. C'est un littérateur fort distingué et un journaliste remarquable. D'abord rédacteur du Canadien de Québec de 1862 à 1866, il a fondé en 1869 l'Evénement de Québec, qui vit encore. Beaucoup de villes de France l'ont entendu parler et il parle fort bien. On vante son amabilité et sa courtoisie.

REVUE DE LA PRESSE

Ont publié le sommaire du numéro du ]" mai Le Journal de La Pallice, du 29 avril l'Echo de Jonzac, du 30 r{7moM, de Saint-Jean d'Angély, du 4 mai l'Echo rochelais, du 6; les Annales catholiques, du 7 le Bulletin religieux, du 13; la Croix de Saintonge, du 14.


Les Tablettes du 4 mai signalent dans le numéro du I" mai e une curieuse notice de M. Audiat n sur l'édition de .Fœ~es<e, l'article où « M. D. A. relève une erreur bien amusante de l'historien Massiou, qui confond un Turc avec un cheval, tout simplement. »

La Revue historique de l'ouest, de mai, a remarqué dans notre 3° livraison: Saintes dans les auteurs latins, Un roi de Sardaigne en j!242, Les Guillotin, et Prosper Mérimée. Le Courrier du Canada du 13 mai, à propos de la fête de Champlain, fait l'éloge de ia Revue, « ce recueil a acquis en quelques années une grande importance et jouit d'une influence considérable. Bref, personne ne regrettera les deux piastres qu'il voudra bien donner en échange d'une publication aussi patriotique que celle-là. Si elle fait du bien en France, elle peut également en produire ici, où les œuvres de ce genre font singulièrement défaut. »

Le journal Le Pays du 13juin dit: «Un érudittrès distingué. vient de nous apprendre le nom d'un des collaborateurs, restés inconnus, de Prosper Mérimée. Quand l'auteur de Colomba publia les Aventures du baron de Fœneste. il utilisa les connaissances philologiques et les souvenirs historiques do M. le comte Anatole de Bremond d'Ars. Mérimée garda le secret de cette collaboration pour le public; mais il le trahit dans des lettres adressées à M. de Bremond d'Ars, que M. Audiat reproduit, a

<

Le Polybiblion de mai indique les principaux articles des numéros de janvier et de mars.

La Revue historique de mai-juin note dans nos livraisons de janvier et de mars Thomas Portau le Bayard huguenot, a critique assez vive du livre de M. Hauser B les substructions gallo-romaines du Château; Sablonceaux et La Hoguette Louis de Foix et la tour de Cordouan; Le culte de saint Eutrope; Entrées royales à Saintes.

L'Intermédiairé de l'ouest d'avril 1893, paru le 2 juin, publie le sommaire de notre numéro de mars.

Le Bulletin de la société historique du Périgord, 2° livraison de 1893, p. 122; mentionne dans notre numéro de janvier le compte rendu, par M. le comte de Saint-Saud, des fêtes du 4' centenaire de Christophe Colomb.


Ont reproduit la note Fête de Champlain: les Tablettes du 4 mai, l'UmoTt. du 7 le P~ouue~iste de Bordeaux, la Petite Gironde, le Rappel charentais, le Phare des Chare~tes du 10; le Bulletin religieux, l'Indépendant, l'Echo rochelais, l'Echo de Jonzac, la Seudre, le Conservateur et le Journal de Marennes du H la Colonisation (Canada) du 15 les Annales catholiques et le Progrès du 17 le Peuple du 19 la Croix de Saintonge du 20 le Paris-Canada du 18 juin.

A rendu compte du numéro de mai le Progrès de la Charente-Intérieure du 5 « Ce numéro continue les articles si pleins d'intérêt que publie tous les deux mois la société ». Il y est parlé, malheureusement, d'une façon trop succincte pour ceux qui ne l'ont pas entendue, de la brillante conférence sur Eugène Fromentin. » II cite « le caveau de Fontaine d'Ozillac » découvert par M. Maufras l'article très important sur Saintes d'après les textes des auteurs anciens, dû à la plume d'un maître dans la science épigraphique, M. Allmer. A côté du grave le plaisant c'est M. d'Aussy qui donne la note gaie à propos d'une phrase de M. Massiou qui montre dans les rangs huguenots à l'assaut de Jonzac un Turc, alors qu'il s'agissait d'un cheval turc. M. Dangibeaud étudie les Guillotin. M. Audiat publie les lettres inédites de Prosper Mérimée à propos de Fœ~este. En passant, M. Audiat relève quelques singulières méprises du docte éditeur. On voit que cette 3° livraison de l'année courante, constitue non moins que ses ainées une encyclopédie des cho- ses saintongeaises. »

L'Echo rochelais du 24 dit «Fascicule des plus variés et des plus intéressants. Des notes d'état civil d'une utilité incontestable, véritables généalogies consciencieuses et précises des familles saintongeaises et aunisiennes. des appréciations des conférences du mois dernier, et en particulier de celle faite avec tant de succès sur Eugène Fromentin, forment une histoire intellectuelle au jour le jour de la Saintonge. II cite <t les études sérieuses destinées spécialement aux érudits, souterrain de Fontaine-d'Ozillac et le travail très complet et approfondi de M. Allmer N. d' « intéressantes variétés écrites d'une plume fine et alerte, Un roi de Sardane en 1242. L'imprimerie en Saintonge-Aunis, Guillotin, Prosper Mérimée. En tournant la dernière page, après quelques heures de substantielle lecture, nous ne pouvons nous empêcher de regretter que ce rare plaisir ne se renouvellera qu'au mois de juillet.

Le Bulletin religieux du dtocèse de La Rochelle, n"' des 29 avril et 6 mai, a continué à reproduire l'article du numéro de mars, Le culte de saint Europe.


La Semaine religieuse du diocèse de Tu~e (13'année, n" 17) du 29 avril reproduit de l'article, Culte de saint Eutrope, ce qui concerne le diocèse de Tulle.

L'Ere nouvelle des Charentes du 8 juin a publié le compte rendu de l'excursion de la société à La Rochefoucauld: « M. François, maire de La Rochefoucauld; ses deux adjoints, M. Bertrand et M. Henri Chambaud, qui avait préparé tous les détails de l'excursion, accompagnés de M. Fermond et de plusieurs professeurs du collège, attendaient à la gare. Le banquet fut très gai et les toasts du président de la société qui présenta chacun des membres de la société, avec des mots aimables pour tous, et du maire qui offrit ses souhaits de prospérité, ne furent pas des morceaux les moins goûtés. Description complète des grottes de Rencogne. « Il fallut cependant s'arracher à ce magnifique spectacle que chacun emporte gravé dans sa mémoire; nous repassons dans la grande salle du bas, où des feux de Bengale, que M. Laverny a eu la bonne pensée d'apporter, laissent apercevoir le fouillis de pointes de rocher qui forment la voûte, entremêlés, enlacés avec les stalactites énormes, dans un désordre grandiose qui écrase l'imagination. A La Rochefoucauld, guidés par M. Bernard, professeur de rhétorique, à l'obligeance duquel nous devons rendre hommage, la société visite le château. l'église avec ses superbes vitraux, le cloître du collège, ancien couvent de carmes déchaussés. Malheureusement le temps nous a manqué, et à notre grand regret, nous n'avons pu visiter les magnifiques collections préhistoriques de M. Fermond, d'autant plus précieuses qu'il en a luimême recueilli les pièces dans la vallée de la Tardoire. » Ont publié la circulaire relative à la souscription Champlain Le .Rappel charentais, le Progrès et la Charente-I~ërteure, du )4; l'Ere nouvelle, l'Indépendant, le Républicain rochelais, du 15; le Peuple, du 16 le Bulletin religieux, du 17; l'Union co~seruatrtce, le Travailleur, le Conservateur de Marennes, l'Echo de Jonzac, le Journal de Marennes, le Journal de La Pallice, le Mémorial de Saintes, l'Echo de Royan et la Seudre, du 18 l'Echo rochelais du 21.

AVIS ET NOUVELLES

Voici le programme des fêtes organisées à Saintes, les et 2 juillet prochain, par la société des Archives en l'honneur et pour le monument de Samuel Champlain.

Le samedi 1er juillet, à ta gare, à 6 heures 13 du soir, réception par la société des Archives de M. Chapleau, lieutenant gouverneur de Québec, et de M. Hector Fabre, commissaire général du Canada à Paris. La musique du 6e de ligne jouera des airs nationaux. A 9 heures, réception ouverte pour toute personne en habit de


ville, au Ramet, chez M. le comte Anatole Lemercier, maire de Saintesetdéputé.

Le dimanche 2 juillet, à 11 heures, banquet par souscriptjon oifert par les membres de la société des~r~t'oesaux Franco-Canadiens. De 2 à 4 heures, visite aux monuments de la ville, Saint-Eutrope, les musées, etc.

A 2 heures 1/2, aux arènes, conférence La construction et la dt'sposition des arènes ~e Saintes, par M. Lucchini, professeur au collège de Saintes; lâcher de pigeons par la société colombophile l'jE'c~t'f; productions de la société de gymnastique la Santone. Musique de l'Harmonie des chemins de fer de l'Etat. «

A 4 heures, réception des autorités canadiennes à l'hôtel de ville par la municipalité.

A 8 heures 1/2, salle de l'ancien palais de justice, soirée littéraire et musicale. Conférence par M. Imbart de La Tour, professeur à la faculté des lettres de Bordeaux; poésies françaises et saintongeaises; discours de M.Chapleau et de M.Fabre; chants canadiens par la Lyre saintaise; airs canadiens par la musique du 6< de ligne; couronnement du buste de Champlain.

Le mardi, les Franco-Canadiens iront à Rochefort, où la chambre de commerce leur offrira un banquet. Un aviso les conduira à La Pallice, où la chambre de commerce leur donnera à dîner. Un punch par souscription leur est préparé dans les salons du Mail. MM. les membres de la société qui désirent prendre part au banquet, dont le prix est de 10 francs, sont priés d'en donner avis au président avant le 28 juin, terme de rigueur.

Ils sont priés de se trouver à la gare le 1~ juillet, avec leur insigne, pour la réception de nos invités.

Une place leur sera réservée sur l'estrade à la soirée du 2. Les Franco-Canadiens assisteront, le dimanche, à une messe en musique à la cathédrale, qui sera dite à 10 heures.

Un fort joli programme, illustré par notre confrère M.Antoine Duplais des Touches, sera mis en vente le 1°''juillet, au prix de 40 centimes et 50 par la poste. Il reproduit le portrait de Champlain, vues de Brouage et de Québec, etc.

Une notice sur Samuel de Champlain sera mise en vente le 1er juillet, au prix de 50 centimes et 60 par la poste.

Un jeune artiste angoumoisin, qui a déjà exposé à Bordeaux et à Angoulême, M. Paul Tourette, de Pranzac, a offert à la société des Archives un buste de Samuel de Champlain, à l'occasion des fêtes des ler et 2 juillet.

Nous rappelons que la souscription pour le monument de Champlain est ouverte. Les souscriptions de 10 fr. et au-dessus donnent droit pour une famille et de 5 francs pour une personne à une carte d'entrée à la réception du ler, à des places réservées aux arènes et à la soirée du 2.

Par décision du 26 mai, M. le ministre de l'instruction publique a accordé à la société des Archives une subvention de 600 francs.


Le jury de l'exposition internationale de la principauté de Monaco a décerné une médaille d'or à notre confrère M. B. Girard, commissaire de la marine en retraite à l'île de Ré, pour ses deux ouvrages Les côtes de la St/fte et de l'Asie Mineure (1 volume in-8° de )3C pages) et La Bretagne maritime (1 volume grand in-8" de 526 pages).

Notre confrère, M. le comte de Saint-Saud, pour ses travaux topographiques dans les Pyrénées espagnoles, commencés en 1877 et continués sans interruption (Voir Bulletin, XII, 459), a reçu, le 21 avril, en séance solennelle de la société de géographie de France, la grande médaille d'argent du prix Grad. Par décret du 26, la reine d'Espagne lui a conféré la plaque de classe (grade de grand-ofHcier) de l'ordre du Mérite militaire.

Notre confrère, M. 1~ comte Anatole de Bremond d'Ars, conseiller général du Finistère, ancien 'président de la société archéologique de Nantes, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, qui faisait partie du comité international des ordres équestres pontificaux pour recueillir les offrandes à l'occasion du jubilé épiscopal de Léon XIII, a été nommé chevalier de l'ordre pontifical de Saint-Silvestre.

Le prix du numéro de la Revue est de 2 fr. 50, comme il est indiqué sur la couverture. On nous demande souvent une livraison. Nous prions nos lecteurs de joindre à leur demande le prix de ce numéro. Quelquefois on oublie de payer le fascicule reçu. Un quidam a fait mieux: il a refusé de payer, et après avoir gardé trois mois le numéro, l'a renvoyé tout frippé, sans autre forme. Ce goujat-là s'appelle E., instituteur à Saint-G. Nous le nommerons dans le prochain numéro. Le 14 mai, a eu lieu à Marans une cavalcade historique représentant l'entrée à Marans de Bertrand du Guesclin en 1372. Dans sa séance du 8 mai, la chambre de commerce de La Rochelle, sous la présidence de M. Meyer, vice-président, s'est occupée du projet d'un service maritime postal que le Canada se propose d'établir avec escale dans un port français. M. Morch expose qu'il résulte des renseignements pris que cette ligne aurait pour port d'attache un port du nord avec escale à La Pallice. Il croit que la chambre doit profiter de la présence à Saintes de M. Chapleau, lieutenant-gouverneur de Québec, et de M. Hector Fabre, commissaire général du Canada, à Paris, à l'occasion des fêtes de Champlain, pour inviter ces messieurs à venir à La Rochelle et visiter La Pallice. La chambre décide que des démarches seront faites dans ce sens près de MM. Chapleau et Fabre.


De son côté, à la société des sciences naturelles de la Charente-Inférieure, séance du 9 juin, M. Beltremieux a rappelé le rôle important pris par La Rochelle lors de la fondation de la Nouvelle-France, l'établissement au Canada de nombreuses familles rochelaises, les relations actuelles qui existent entre l'association et les sociétés savantes du pays, et émis l'idée d'organiser une fête pour la réception des Canadiens. Mais les délégués devant être invités à dîner par la chambre de commerce et reçus à l'hôtel de ville par la municipalité, la société se bornera à souscrire pour le monument de Champlain. Le Courrier du Canada du 12 mai, sous le titre Samuel Champlain et la ville de Saintes, publie de M. N.-E. Dionne, bibliothécaire du parlement de Québec, auteur de plusieurs ouvrages, notamment d'une étude complète sur Champlain, dont le 1" volume sur quatre a paru en 1891 (Voir compte rendu dans le Bulletin, xn, 3~), un article très élogieux sur la fête projetée, où est reproduite une partie de notre programme « Comme tout ce qui a trait à l'immortel Champlain ne saurait nous être indifférent, on lira sans doute avec plaisir l'extrait suivant de la Revue de la Saintonge, où l'on constatera qu'un bienfait n'est jamais perdu. Si la Saintonge et l'Aunis entrent aujourd'hui avec plaisir dans le mouvement inauguré par le comité du monument Champlain, c'est surtout grâce aux citoyens de Québec, qui, il y a 22 ans. se montrèrent généreux envers la ville de Saintes plongée dans la tristesse à la suite d'un incendie ruineux. »

Le Moniteur de la Saintonge des 25 et 28 mai, 1* 4, 11 et 15 juin, reproduit, sans indiquer la source ni le nom de l'auteur, le mémoire de M. Pierre Margry, publié d'abord en 1864, à Marennes, par A. Florentin, Les pionniers saintongeais et la nationalité française au Canada. Samuel Champlain, réimprimé en 1874, à Saintes, par Alexandre Hus.

Le 1" juin, a paru, à La Rochelle, le premier numéro du Républicain rochelais, bi-hebdomadaire, « journal indépendant de l'arrondissement de La Rochelle N (La Rochelle, imprimerie Noël Texier), dont le rédacteur en chef est M. Michel Savigny, précédemment rédacteur de la Charente-In férieure et du Journal de Marennes. Prix de l'abonnement un an, 12 francs. A l'occasion de la fête de sainte Eustelle, les dames de la Providence de La Rochelle ont fait bénir par M~ Bonnefoy un monument élevé dans leur jardin en l'honneur de la sainte, patronne des jeunes filles. Voici l'inscription gravée sur une des faces


HH. DD. FRANCISCUS-JOSEPH-EDWINUS BONNEFUY

ÎN DOMINO LESTANTES MONIALES S. JOSEPH A PROVIDENTIA POSVERANT

Sur le soubassement se lit cette autre inscription HEIC CONDtT~E SUNT

CUM PULVERE EX OSSIBUS S. EUTROPII ET S. EUSTELL~E RELIQUI~E PLURIMORUM MARTYRUM

A la vente de la collection Spitzer, à Paris, le 18 mai, trois

faïences de Bernard Palissy ont atteint les prix suivants: Coupe circulaire, 3,100 fr. aiguière sur pied bas, 3,100 applique porte-lumière, 4,800 francs. Le 15, ont été vendues sept pièces de Saint-Porchaire, dites d'Oiron: Un biberon (n°668), analogue au modèle du Louvre avec cette différence que la croix qui se trouve sur l'exemplaire du musée est remplacée par un écu sur lequel se trouve gravé un pélican qui nourrit ses petits, provenance inconnue, a été payé 32,000 francs, par M. Salting, de Londres; une coupe (n"665) qui, à la vente Réaux en 1850, avait été achetée 1,300 fr., à la vente Rattier, en 1859, 7,000 fr., à la vente Hamilton, en 1882, 33,000 fr., a été adjugée à 30,500 fr. cinq salières (n°' 667, 666, 664, 663, 662), une provenait de la collection Addington, trois de la collection du comte de Tusseau et la cinquième avait été découverte récemment dans un village de la Vendée; elles ont été adjugées pour 9,100, 9,500, 10,200, 11,000 et 20,000 francs.

Le 21 juin, a eu lieu l'adjudication des travaux à exécuter à l'église d'Aunay, dont le devis s'élève à 5,559 francs. Le 1e''juillet, aura lieu l'adjudication des travaux à exécuter à l'église de Talmont sur Gironde; le devis est de 2,785 francs. Les travaux à faire au donjon de Pons, escalier intérieur

t

D.O.M.

HANC ~DICULAM

B. EUSTELL~E VIRGINI ET MARTYRI

SOLEMNITER DEDICAVIT

ANNO DOMINI MDCCCXCtH

DIEXIVMA!)

EPISCOPUS RUPELLENSIS ET SANTONENSIS

PRIMARIUM LAPIDEM BENEDICTUM

IPSO DIE XII MARTII

QUO PIUS PR~SUL

FUIT EPISCOPALI DIGNITATE AUCTUS

DOMINICA L~ETARE

CONFESSORUM VIR6INUM


pour remplacer l'escalier extérieur récemment construit, et qui ont été adjugés au mois de mars dernier, vont commencer sous peu.

Le 28 mai, a eu lieu à Saintes la réunion générale de la société d'instruction populaire de la Charente-Inférieure. M. le baron Amédée Oudet présidait en l'absence de M. Gabriel Dufaure il a adressé quelques mots à l'assemblée et présenté le conférencier. M. Marcel Geay a lu le compte rendu financier de la société M. de Grieu a fait le rapport annuel. M. Georgeon, avocat à Angouléme, a fait un très éloquent et très émouvant discours sur les œuvres catholiques.

Le 19 janvier 1892, M. Marie-Joseph-Léon-Gabrta! Dupuy, propriétaire-négociant, né à Cognac le 25 mars 1829, y demeurant, et ses deux fils, Marie-Vincent-Robert, né à Cognac le il mai 1865, y demeurant, et Noël-Louis-Jean, sous-lieutenant au 8' régiment de chasseurs en garnison à Verdun, né à Cognac le 25 décembre 1867, se sont pourvus auprès du garde des sceaux à l'effet d'obtenir l'autorisation d'ajouter à leur nom celui de Roy d'Angeac.

L'Armorial français d'août 1892, page 448, sous le titre Sang royal de France, cite « Joseph-Laurent-Louis-Fétix-HenriMarie de Baderon-Thezan, baron de Maussac, marquis de Saint. Geniez, époux, en 1806, de Henriette-Catherine-Charlotte de Bourdeille, descendante de Robert I", roi de France et MarieGratien-Stanistas de Baderon-Thezan, marquis de Saint-Geniez, époux, en 1848, de Marie-Renée de Bremond d'Ars, descendante de Robert I", roi de France. »

Dans la Revue archéologique de mars-avril, M. Salomon Reinach a publié le premier chapitre d'un travail, Les monuments de pierre brute dans le langage et les croyances populaires. Il cite la galloche, la cuiller et le palet de Gargantua dans l'île d'Oleron, et mentionne l'ouvrage de M. Musset, La Charente-In férieure avant l'histoire.

L'Aquitaine historique et monumentale, publiée par la société de Borda (Dax, imp. Hazaël Lobèque, 1893), contient Saint Vincent de Xaintes, premier ëueque de Dax; son apostolat, son martyre. L'auteur admet l'origine saintongeaise du saint; nous aussi, d'après du Saussay mais quelques textes anciens feraient bien notre affaire.

M. l'abbé Brugière, curé de Couloumier par Périgueux, met


en souscription, au prix de 6 francs, le Livre d'or des diocèses de Périgueux et de Sarlat. C'est l'histoire du clergé pendant la. révolution, surtout la liste de 500 ecclésiastiques avec notes et documents. L'auteur nomme Ms~ du Lau, archevêque d'Arles, massacré aux Carmes; il ne parle pas de son compagnon de martyre, Pierre-Louis de La Rochefoucauld, évêque de Saintes, né dans le diocèse de Périgueux mais il en sera certainement question dans son livre.

La Revue des autographes de mai annonce la vente, au prix de 60 francs, d'une lettre de Guy Chabot de Jarnac, gouverneur de La Rochelle, fameux par son combat avec La Chàtaigneraye, à Charles IX (Jarnac, le 24 avril 1572) pour lui demander l'abbaye de Bassac pour son fils aîné et le prier de lui conserver le gouvernement de La Rochelle.

La même Revue, dans son numéro de juin, signale a Famille de Déon-Luxembourg 1 Lettre signée de Jean de Luxembourg, comte de Brienne et de Ligny. à son frère Jean de Luxembourg, seigneur de Ligny: Brienne, 23 mai 1556 (1/2 page in-folio); 20 pièce signée de Louise de Luxembourg, femme de Bernard de Béon Paris, 9 mars 15~5 (1 p. 2/3 in-folio) 3" lettre autographe signée de Louise de Béon, fille de la précédente, femme d'Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne, au prince de Salon (2 p. in-4", cachets) 4" lettre autographe signée de l'abbé de Béon, à l'abbé de Maignan, aumônier de M"" Victoire de France (Mirande), 1 page in-4", cachet, intéressant dossier; 5° quatre lettres autographes d'Elisabeth-Claire de Thou, carmélite sous le nom de Marie de la Trinité, à Louise de Thou, présidente de Pontac, 1651-58 (13 p. in-4", cachet) intéressantes lettres relatives à Louise de Béon en voici une analyse sommaire: (Saint-Denis), 13 mars 1658: «Nous avons M*" de Brienne (Louise de Béon du Massès, femme de Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne) icy depuis plusieurs jours, qui nous parle souvent de vous. » (Saint-Denis), 18 mai 1658: « Il ne tiendra pas à nous toutes cependant que nous ne vous la (Mme de Brienne) rendions bien saine mais elle a de certaines inventions de se maçaerer dont il n'est pas bien aisé de la deffendre. L'esprit qui la porte à cela n'estant pas de la nature de ceux qui se chassent avec la croix et l'eau béniste, ce que l'on peut faire est de la veiller et de détourner de ses yeux et de ses mains, autant qu'il est possible, le crin, le fer et la corde vous entendrez, s'il vous plaist, le français de ce latin, sans interprète et commentaire. » Très curieux détails. » Dans le Livre-Journal de Pierre de Persot publié et annoté par MM. Tamizey de Larrocque et de Saint-Saud, nos confrères, et par M. Huet, dans le Bulletin de la société historique et archéologique du Périgord, t. xx (1893), on lit, page i90:


« 1651. La ville de Cognac, en Angoumois, fut assiégée par les troupes de M. le prince au mois de novembre, et dans le mesme mois, le siège fut levé à raison des inondations qui emportèrent un pont que M. le prince avoit faict bastir sur la Charente, et par quelque léger secours des trouppes de M. de Harcourt qui se joignirent à M. de Jonzac, qui gouvernoit dans le chasteau pour le roy; et dans la ville de Cognac, y avoit aussy quelques volontaires de la noblesse et un maistre de camp de quelque régiment envoié par le roy. Et, page 180: « Au mois de juillet (1650), par les soings du révérend père du Bourg, jésuite, fut installée [à Périgueux] la confrérie de Notre-Dame des Agonisants, dans l'église de Saint-Sillain, dans laquelle les prestres religieux et généralement tous les confrères se doibvent rendre lorsque quelqu'un est à l'agonie, ce qui se sçaura par le signal accordé de la cloche de la maison de ville. Il s'agit ici de Moyse du Bourg, né à Saintes de Dominique du Bourg, maire de Saintes en 1597, 98 et 99.

L'Intermédiare de l'ouest de mars contient de M. de Richemond plusieurs Documents inédits sur l'Aunis e< la Saintonge 10 Délibération (30 décembre 1678) des consuls de La Rochelle qui font une collecte pour meubler leur chapelle « et la mettre en estat pour que la sainte messe y fust célébrée tous les jours d'audience, conformément à la permission que nous en avons eue de monseigneur l'évesque de La Rochelle »; 2° des mêmes (!janvier t6H9) relative à leur coiffure déjà publiée (Voir xm, 144) i3 iettresdei'évcquede Saintes, Guillaume de La Brunetiëre, relatives: l'une (12 juin 1679) à Samuel Prioleau, ministre de Pons; la seconde (30 juillet 1G88) aux enfants de M. de Polignac, nouveau converti, pour obtenir les biens des enfants de Bonniotdes Marais, leur frère utérin; la troisième (16 décembre 1694) à Gaschet, maître apothicaire de Saujon, « bien converti à la foy catholique depuis quinze ans, :D

UN LIVRE D'HEURES DU COMTE DE TAILLEBOURG. La Bibliothèque de l'école des chartes (t. Lui, année 1892) publie les Notes sur quelques manuscrits ~rançats ou d'origine française conservés dans des btb~othèques d'Allemagne, de M. Paul Durrieu. L'auteur signale à Vienne les Heures d'Olivier de Coettt)i/, seigneur de Taillebourg, et de Marguerite de Valois, sa femme, seconde fille naturelle de Charles VII et d'Agnes Sorel, in-8", contenant 153 feuillets manuscrits, tous aux chiffres et armes des deux époux, composé entre les années 1458 et 1473, dates du mariage et de la mort du dernier des époux. Le manuscrit renferme 14 miniatures, dont la beauté fait honneur au goût d'Olivier de Coëtivy, la plupart d'un des plus charmants miniaturistes de la seconde moitié du xv° siècle. Après la mort d'Olivier de Coëtivy, son livre d'Heures passa entre les mains de sa plus jeune fille,


Gillette, mariée en premier lieu à Jacques d'Estouteville, prévôt de Paris, puis à Antoine de Luxembourg, comte de Brienne, qui y ajouta quatre feuillets perdus, tous semblables, qui rappellent ces unions successives par l'union de son blason avec celui de ses deux maris. « L'amour des livres de luxe paraît avoir été héréditaire dans la famille de Coët.ivy. Me'' le duc d'Aumale possède et a décrit le livre d'heures d'une des sœurs de Gillette, Marguerite de Coëtivy, femme de François de Pons, comte de Montfort. et plusieurs beaux volumes avec les armes de son autre sœur, Catherine de Coëtivy, mariée à Antoine de Chouraes enfin, leur frère, Charles de Coëtivy, comte de Taillebourg, prince de Mortagne sur Gironde, a dû vraisemblablement, sans parler des autres volumes de sa bibliothèque, commander l'exécution très soignée, mais malheureusement confiée à un enlumineur assez médiocre, de l'exemplaire de son Discours d'entendement et de raison, dédié et otfert par lui au comte Charles d'Angoulême, père de François I". »

M. Louis Meschinet de Richemond, archiviste de la CharenteInférieure, a publié dans le Bulletin de la société du protestantisme, n" de juin, Les archives des églises réformées de France déposées à La Rochelle. Philippe Vincent, Pierre Mervault, Abraham Tessereau, inventaire des pièces déjà imprimé, avec des notes prouvant que Vincent est l'auteur, en grande partie. du Journal de Mervault (Voir plus bas, page 287), et que c'est l'un des pasteurs de La Rochelle, de Laizement, qui a écrit l'Histoire abrégée de ce qui est arrivé de plus remarquable aux réformés de La Rochelle, attribuée à Abraham Tessereau.

La Croix de Saintonge et d'Aunis, des 4 et 18 juin, contient Les commencements du protestantisme en Aunis et Sa~to~ge. On y lit « Les prétendus réformés s'emparèrent quatre fois de Saintes, et chaque fois, à l'aide de la trahison de quelqu'un des leurs. La première fois, au mois de juin 1562, la porte appelée Mouclier leur fut ouverte. Armés de bâtons ferrés, ils parcoururent les divers quartiers de la ville et pénétrèrent dans les églises où, selon leur usage, ils commirent toute espèce de désordres. Ils se dirigèrent ensuite vers la cathédrale. En ayant trouve les portes fermées, ils les défoncèrent, renversèrent les autels, déchirèrent les tableaux et livrèrent aux flammes les livres, les ornements, les papiers et titres du chapitre. En 1568, à la nouvelle de leur entrée dans la ville, les catholiques se réfugièrent en grand nombre dans la cathédrale, bien décidés à la résistance. Mais au bout de quatre jours l'église fut envahie et tous ceux qui s'y trouvèrent furent impitoyablement massacrés par ordre de Bourdet, sieur de Romegoux. Plus tard, ils donnèrent comme excuse de cette barbarie qu'ils avaient vengé sur les catholiques la destruction de l'estrade élevée à l'entrée du


chœur en 1562. Alors ils commencèrent la démolition de la cathédrale, et en mirent les matériaux en vente. Les statues, qui ornaient le portail et dont on voit aujourd'hui les places vides, furent brisées par le marteau. Ils portèrent alors leur fureur de démolition sur l'église Saint-Eutrope qu'ils détruisirent en partie, et sur le monastère.

« Deux prêtres tombèrent entre les mains de ces fanatiques. Le premier, Michel Magneron, était âgé de quatre-vingts ans. Après l'avoir promené dans toute la ville et crié à l'enchère comme une bête de somme, il fut adjugé pour douze sols à un nommé Boudaud, qui, l'ayant torturé et percé de coups, le jeta dans la Charente à l'endroit appelé la Forme. L'autre, vicaire de Saint-Pierre, fut de même précipité dans la rivière avec une lourde pierre au cou. Ils massacrèrent aussi deux chanoines sous le clocher de la cathédrale, et jetèrent dans des puits plusieurs des catholiques de la ville. Mais il ne faut pas oublier que c'est par le meurtre et le carnage que les protestants ont commencé les hostilités et que les excuses qu'ils apportent n'ont de valeur que pour les catholiques qui étaient attaqués chez eux, obligés de se défendre et excités à la vengeance par l'atroce barbarie de ces fous furieux. n Voir plus bas, page 228. Le n° du 11 juin contient une notice sur M. l'abbé Auguste Eyssautier, né le 30 novembre 1844 à Entrevaux (BassesAtpes), élève du petit séminaire de Digne, puis du grand séminaire à La Rochelle, où son père était receveur des douanes, professeur à Pons en 1867, prêtre le 6 juin 1868, nommé vicaire général de La Rochelle le 27 mars dernier, qui a célébré le 8 mai, à Pons, ses 25 années de prêtrise et de professorat.

Les Annales de la société historique 6t archéologique du Gâtinais, 3' trimestre de 1892, p. 2ti7, publient tagénéatogie de la famille Martel, surtout de la branche des Martel, de La Porte-Martel.

EXCURSIONS. Le 18 mai, à La Rochefoucauld et à Rencogne, par la société des Archives (Voir plus bas, page 242); le ~5, à l'île de Ré, par la commission des arts; le 14 mai, à l'île Madame, le 4 juin, à Fenioux, Grandgent, et le 18, dans la forêt d'Aunay, par la société des sciences naturelles.

SOCIÉTÉS SAVANTES. Société littéraire de La Rochelle; séance du 31 mai M. Meschinet de Richemond communique l'empreinte de deux cachets dont l'un servait en 1671 à Samuel Meschinet de Richemond, avocat on y voit les initiales du propriétaire, le monogramme du Christ avec la devise )N HOC SIGNO vtNCES. M. Merle envoie une monnaie d'or à la légende ROPERTVS ARCHEP. co, ce qui veut dire Rupert ou Robert de Bavière, ar-


chevêque de Cologne de 1463 à 1480. M. Menut parle des prix atteints dans les dernières ventes par les faïences dites d'Oiron ou de Henri II ou de Saint-Porchaire, et des rapprochements qu'on pourrait faire de la maison de la rue des Augustins à La Rochelle avec le château de Coulonges, dont l'architecte, Liénard de Larreau, vient d'être découvert par M. Bouneault. M. de Richemond lit une étude, L'église réformée en Saintonge, qu'il destine au congrès à Saintes de la société du protestantisme français. M. Musset fait part de la découverte qu'il a faite de documents relatifs à Dominique de Gourgues, ce courageux vengeur des Français à la Floride, massacrés en 1568 par les Espagnols. De Gourgues, contrairement à l'opinion reçue, ne fut pas rejeté de tous les partis pour avoir compromis la paix par son audacieuse entreprise car, en 1572, il armait à Bordeaux et à La Rochelle, pour les pays lointains, sous la protection de Henri IV et l'agrément des Rochelais, et de GontautBiron, gouverneur pour le roi de France à La Rochelle.- Séance de la société de géographie de Rochefort; 19 juin La légende de Gargantua comparée aux triages gauloises, par M. Courcelle-Seneuil.

CONFÉRENCES. Le 28 mai, à Nieul-le-Virouil, par M. Eutrope Dupon, conseiller général, directeur du Peuple, La situation politique le 27, à Rochefort, Une excursto~ autour de la Méditerranée, par M. CourceIle-Seneuil à Saintes. Les jeux à l'amphithéâtre de Saintes, par M. Fabien Lucchini; le 14. à Saintes, Les origines de la reforme à Saintes, par M. Weiss le 15, à Royan, La sortie des exilés volontaires pour la foi aux XVn" et X~nj° siècles, par M. Franck Puaux.

UN ÉVÊQUE DE SAINTES A JÉRUSALEM

A l'académie des inscriptions, séance du 19 mai, M. ClermontGanneau a communiqué des observations sur un texte qui vient d'être publié par M. C. Couderc, de la bibliothèque nationale le Journal du-voyage à Jérusalem de Louis de Rochechouart, évêque de Saintes (1461), extrait de l'Orient latin. Il signale l'intérêt de cette relation, qui contient des renseignements archéologiques et historiques d'une réelle valeur. Il rectifie la lecture des noms de quelques localités, tels que celui de Modim, civitas Mac~abeorum, et s'attache surtout à la copie intégrale de l'inscription latine de l'église de Bethléem, en huit hexamètres léonins disposés sur quatre lignes, qui correspondent aux quatre lignes de l'inscription grecque. On n'en connaissait que les derniers fragments des quatre lignes relevés par Quaresmius au xvu* siècle. M. Couderc a découvert ce manuscrit du xve siècle dans une boîte sur les quais de la Seine il l'a offert à la bibliothèque nationale, et l'a publié (Paris, E. Leroux) avec une notice pour laquelle il s'est livré à de très heu.


reuses recherches dans les archives du parlement de Paris. On savait en effet que l'évêque avait été poursuivi pour une rente qu'il devait à l'Hôtel-Dieu de Paris, qu'il avait été emprisonné, puis interné dans la ville de Paris. L'auteur du Malletts male/tcorum, Pierre Mamoris, chanoine de Saintes, curé de SainteOpportune de Poitiers, nous avait appris qu'il avait dit sa première messe à Jérusalem. L'auteur de la Notice a beaucoup ajouté à ces détails.

SOCIÉTÉ DE !HISTOtRE DU PROTESTANTISME

Le 14 juin, a eu lieu à Saintes, et le 15 à Royan, la session de la société de l'histoire du protestantisme français. Le premier jour. à 2 heures au temple, la séance a commencé par un sermon d'un pasteur M. Catelain, président du consistoire de Pons, a souhaité la bienvenue à la société. M. lebaron de Schickler, président de la société a lu un exposé intéressant des travaux de la société depuis sa fondation en 1852, et dans lequel il a signalé les publications de la société des Archives. M. Charles Read a lu un travail où il a exposé la vie de Bernard Palissy, puis interwievé le potier sur divers points de sa carrière et sur ses faïences c'était ingénieux, piquant même, mais fort peu concluant. M. lioutineau père et Al. de Richemond ont fait ensuite des communications. Le tout a été entremêlé de cantiques. A 8 h. 1/~ du soir, la conférence a été faite par M. Weiss, secrétaire archiviste de la société, sur ta réforme en Saintonge. L'auteur sait beaucoup et il s'exprime simplement et clairement. Mais il n'a présenté qu'un côté du sujet, les malheurs, les vexations qu'ontendurés les protestants; un catholique, parlant dans une assemblé catholique, aurait aussi bien pu faire un tableau lamentable de tout ce qu'avaient souffert les catholiques, pillage et destruction des égl<ses, ruines, menaces. (Voir plus haut, page 125, par exemple ce que dit la Croix de Saintonge du 18 juin). Un contemporain, François Tabourin, s'exprime ainsi < En l'année 1568, fallut tous quitter et abandonner t'églize et la ville à cauze des guerres civiles, qui feutl'année que ceux de la religion tuoient tous les prebstres qui tomboient entre leurs mains et mettoient les églizes par terre; et ce feut vers la feste Dieu qu'il fallut s'en fuir, et la première églize qui feut mise par terre en ceste année là, ce feut celle de Sainct-Pierre. s Et ailleurs a Ils firent des meurtres cy estranges et cruels qu'il n'est pas possible de plus grands car, après avoir prins deux prestres vicaires de laditte éghse Saint-Pierre prisonniers, l'ung desquels avoit plus de quatre-vingts ans, que l'on appeluit messire Michel Magneron, après l'avoir bien promené par toute la ville et faict crier avec une trompette à tant, le prestre, à cry public, estant sur les ponts, rencontrèrent les soldats, qui le fesoient aussy crier au plus offrant et dernier enchérisseur, ung habitant du faubourg des Dames, huguenot, qui s'apeloit Boudault, lequel, voyant que iceux soldats ne trouvoient rien dudit prestre Magneron, dit aux soldats « Donnés-moy ledit prestre et je vous en donneroy un teston », qui ne valoit en ce temps là que douze sols six deniers, si j'ai bonne souvenance et voyant iceux soldats que personne ne vouloit achepter ledit prestre, le mirent et le livrèrent entre les mains dudit Boudault, lequel l'ayant le dagua et puis le getta dans la rivière, à droite du lieu que l'on appelle la Forme, là où il rendit son ame à Dieu; et voyait-on icelui prestre Magneron bien à clair dans l'eau.


» Quant à l'autre prestre qu'ilz avoient prins prisonnier, il estoit vicaire aussy de Saint-Pierre et curé de Montpellier, qui nous monstrait estant enfant de choeur à la grand messe, qui feust gesté à l'eau avec une corde, à l'arceau le plus près de la ville, sur main gauche en allant de la ville au bourg des Dames. »

Deux chanoines furent aussi massacrés sous le clocher. C'est pour cela qu'au retour de la procession de la fête Dieu, on chantait là un Libera (Epigraphie Santone, p. 261). Je ne parle que de Saintes, et ce n'est pas tout.

Le conférencier, pour montrer la rigidité de mœurs des protestants d'alors, a cité les admonestations du consistoire de Pons, présidé par le pasteur-poète Yves Rouspeau, à Marie de La Porte, femme de Jacques de Pons, c tant de la teste descouverte que de sa robe faite à ouverture du seing et du vertugadyn. Que) dommage qu'il n'ait pas raconté cette jolie histoire, comme l'a si gentiment narrée M. Léon de La Morinerie, Le corsage et le ~et'tu~ftdt'M de madame de MtreTKÈeaM Voir. le Bulletin, 111, 276. Il aurait pu aussi trouver l'histoire peu édifiante d'un pasteur censuré par ses confrères cela ferait pendant à l'aventure galante prêtée à l'évêque de Saintes, Guillaume de La Brunetière, qui, grand convertisseur des protestants, encourut leur haine c'est lui qui fit venir Fénelon en Saintonge et a mourut en odeur de sainteté. »

A Royan, une première séance a eu lieu à 2 heures, au temple. M. le pasteur Torchut a salué ses hôte~-au nom du consistoire. M. le baron de Schickler a raconté les travaux de la société pendant l'année 1892. M. le pasteur Gaussorgues a fait une communication sur un pamphlet de '1620 contre les Roche!ais; et M. le pasteur Moutarde sur les abjurations en Saintonge après la révocation de l'édit de Nantes; M Troquemé. pasteur à Saint-Sulpice, sur l'état des églises protestantes de la presqu'île d'Arvert à la fin du xvn<' siècle et M. Blot, pasteur à Meschers, sur la situation des églises du consistoire de Royan au xvms siècle et sur le pasteur Dubaptiste, ancien moine récollet, le tout entremeté de can'iques; 8 heures, par M Weiss, sur l'histoire de l'église de Royan. M. Puaux a fait une conférence sur les exilés volontaires pour la foi aux xvue et xv!ii° siècles, d'après un espion huguenot.

ACTES D'ÉTAT CIVIL

I. –DÉCÈS.

Le 29 janvier 1893, est décédé un jeune littérateur de la région, Marc Marchadier, plus connu sous le pseudonyme de Paul de Sivray. Il était fils de M. Marc Marchadier, l'écrivain fort érudit qui signe Pierre Lagarenne; sa mère, Laurence Marchand, était morte en décembre 1861. Une tante dévouée entoura son enfance de soins tout maternels. Né à Cognac, le 26 octobre 1859, Marchadier fut élève externe d'une pension libre jusqu'en 1872. Conduit au collège de Saintes, il tomba malade au bout de quelques semaines il fallut le ramener dans sa famille. De 1873 à 1876, il fréquenta le collège de Co-


gnac, puis il reçut des leçons à domicile. Plus tard, il fut confié, a Bordeaux, aux soins d'un professeur agrégé du lycée il passa dix mois environ chez ce maître, dont la bonté égalait le savoir. Exempté du service militaire, il se donna aux lettres, chérissant les bois, les champs, les prairies. Il lisait avec passion, aimant les beaux livres, les belles gravures, les beaux dessins. Ne sachant pas peindre avec les couleurs, il se mit à écrire pour fixer ses impressions d'observateur original et méticuleux. Du 1"' février 1880 au 1~février 1881, il fonda et dirigea à Pons le Courrier littéraire de l'ouest, revue mensuelle, imprimée avec soin, en jolis caractères elzéviriens. Malgré sa jeunesse, il sut réunir des collaborateurs connus à d'autres pleins d'espoir: Pierre Jônain, Pierre Lagarenne, Henri Sorsène (René Hérisson, son cousin, peintre de talent), François Coppée, Emmanuel des Essarts, Alexandre Piedagnel, Chabaneau, Soulary, etc. Bibliophile de goût, il soignait beaucoup ses critiques sous la signature de Not)odt/. Son cher Courrier ne manquait pas plus de lecteurs que de collaborateurs mais, au bout d'une année, il dut en arrêter la publication, à cause d'irrégularités dans la transmission des fascicules. En même temps, Marchadier dirigeait une autre feuille hebdomadaire, œuvre des mêmts rédacteurs, sortie des mêmes presses (Noël Texier), mais imprimée avec moins de'luxe que le Courrte)'. Le Nouvelliste des Charentes vécut douze mois, luttant, lui aussi, contre la même puissance occulte, invincible. Toutes les forces cérébrales de Marc et ses revenus de famille passaient dans la composition de sa bibliothèque et dans le journalisme. La gloire des lettres le hantait au point de lui faire négliger la profession paternelle, le commerce des eaux-de-vie. Il s'occupa aussi de photographie de paysages entre 1884 et 1888, formant des collections, des albums. Comme beaucoup de travailleurs èsarts ou ès-lettres, il n'était pas apprécié à sa juste valeur, surtout par ses compatriotes. H souffrait sourdement; un gonflement progressif de la région cardiaque lui rendit peu à peu insupportables les désordres de l'atmosphère: le vent, le froid, la pluie, la neige l'obligèrent à garder la maison durant des mois entiers. Et pourtant, il trouvait les heures rapides et ne connut jamais l'ennui.

J'avais fait sa connaissance à Royan, en juillet 1881, au milieu d'un tourbillonnement de personnalités artistiques et mondaines. Un grand courant sympathique unissait notre pensée presque tous les jours, il venait causer chez Victor Billaud, le fondateur de la société des Muses sa~OHes, le directeur de la 6azet(e de Royan. Cette imprimerie était le rendez-vous de presque tous les artistes de la région. Souvent, il m'accompagnait dans mes excursions, à VaMière, au milieu des rochers, ou sous les pins et les chênes-verts de la forêt; je dessinais 'tandis qu'il faisait ses articles. Une autre station, moins bruyante, Fouras, fut dans la suite, en été, notre lieu de rencontre. Que de causeries sur l'art et la littérature Peu à peu le mal l'éloignait de la


mer et du vent d'ouest. H est tombé, presque foudroyé, dans sa chambre, en faisant sa toilette du matin au moment où l'hiver cédait brusquement la place à un renouveau dont la précocité est sans exemple dans la statistique moderne. H n'avait pas encore donné la mesure de son talent, et, 17 jours avant la mort ou le sommeil terrestre, il m'écrivait en m'envoyant des albums de Gavarni, avec des preuves historiques de la guerre civile de 1870-1871 « Les chiens aboient et la caravane passe. Qu'on pense, qu'on dise, qu'on imprime les histoires les plus monstrueuses, que t'importe? dis la vérité tu as pour toi tes parents, tes amis et l'estime des gens de cœur Adieu, mon cher vieux, plus ne peux Pauvre ami, qui m'eût dit que je te ferais, comme réponse, un article nécrologique ?

Sans parler de ses articles de presse, Paul de 8ivray a publié: Joies et déceptions d'un étudiant en droit, Paris, A. Ghio, 1680; Une tempête dans un verre d'eau sucrée, monologue fantaisiste tiré à petit nombre, ')880; Le ver solitaire, autre monologue, 1881 Les victimes du livre, avec illustrations d'Uberti. dans la Vie moderne, des 9, 'tC et 23 février 18S4; Un amour au collodion, nouvelle, dans la Revue bleue, du 20 septembre 188~ Les dangers de la vie rusttque, roman sous forme de lettres datées du village, dans leïemps (18, 19. 20, 2~, 2-), 25 et 26 novembre 1887) Une uocatton contrariée, fragment de roman, dans la Revue bleue, 1.J et 20 avril t869. Paul de Sivray laisse quelques manuscrits inédits; son père, tout~à la douleur, ne peut encore se prononcer sur leur publication.

A. DUPLAIS DES TOUCHES.

Le 5 avril, est décédé au château de Castera, à. Saint-Germain d'Esteuil en Médoc. Martial-Maurice-Edmond, marquis de Verthamon. né le ~5 novembre 1804, fils de Jean-BaptisteCyprien et de Hermine de Segur-Cabanac. II avait épousé, le 8 mai 1828, Marie-Amélie de Piis, sa nièce à la mode de Bretagne. fille de Jean-Baptiste, marquis de Piis, et d'ElisabethMarie-Magdeleine-Anne de Mons. De cette union, sept enfants: 1° Henry, né en 1833, zouave pontifical, tué à Patay le 2 décembre 1870, marié à M"" de Saint-Aulaire, dont Marie-LouiseAmélie-Hermine de Verthamon, épouse de Louis-Charles Roger, baron de Lestrange, au chalet du Bois, commune de SaintGermain d'Esteuil 2° Déodat, né en 1837, époux de Marie Chausàulme de Clarens, dont trois enfants 3° Arthur; 4° Odon, né en 18~3, marié à Germaine de Gerès, sa nièce 5° Marie-Alix, mariée à Amédée, baron de Saint-Surin, décédée le 24 octobre 1883 G° Marie-Hermine, née en 1831, mariée en 1852 à Jules, vicomte de Gères-Vacquez, décédée le 30 mars 1858; 70 Louise-Amélie-Anne, née en 1834, mariée en 1857 à Prosper, baron de Royère, tous deux décédés.

La branche des seigneurs de Saint-Fort sous Brouage s'est


éteinte au commencement de ce siècle, dont était Jean-Baptiste de Verthamon, seigneur de Saint-Fort. conseiller au parlement de Bordeaux, qui obtint des lettres d'honneur le 20 janvier 1748, après avoir exercé pendant 31 ans. Pierre de Verthamon, écuyer, seigneur de Saint-Jean d'Angle, capitaine général, garde-côte. ancien jurat de Bordeaux, acheta la terre de SaintFort en 1732. Louis de Verthamon, seigneur de Saint-Jean d'Angle, a son nom sur la cloche de Saint-Jean. (VoirEpigraphie santone, page 313).

Le 17 avril, est décédé à Saint-Savinien, chez M. l'abbé Grateau, son ami, et a été le 18 enterré au cimetière de Saint-Vivien à Saintes, Eugène Emard, né à Saintes, le 26 septembre 1851, de Jean et d'Eulalie Boisson, prêtre en 1876, ancien curé de Chatenet et de Boisredon, que ses infirmités avaient forcé de renoncer au ministère paroissial.

Le 18 avril, est décédé à Saint-Savinien, dans sa 48' année, Edouard Prieur, négociant, né le 25 mars 1845 de Denis-François-Eutrope Prieur et de Pauline Coupeau; il avait épousé en 1873 Henrictte-PhUomène-Ctaire Guerain, fille de Pierre Guerain, docteur en médecine. Il appartenait à la branche des Prieur de Juicq, dont les Etudes sur la ville de Saintes ont donné la filiation, page 82.

Le 25 avril, est décédé à La Rochelle, âgé de 72 ans; LouisErnest Martin de Beaucé, inspecteur général honoraire des ponts et chaussées, officier de la légion d'honneur, né à Loudun (Vienne), le 14 mai 1820. Elève des ponts et chaussées le 20 novembre 1842, aspirant ingénieur le 12 mai 1846, ingénieur ordinaire de 1" classe le 28 novembre 1860, ingénieur en chef le 22 novembre i869, il avait épousé à La Rochelle, le 4 avril 1853, M"" Leclerc, et y a passé la plus grande partie de sa carrière. Il fut fait chevalier de la légion d'honneur le 14 août 1861. Il a appartenu longtemps à la commission administrative des hospices. Sa famille fut anoblie pour des services considérables, dit r.4rmor!a< du Poitou de Gouget, qui lui attribue: De gueules à une ancre d'argent cdto~ëe de 2 bras aux mains coupées de carnation et un boulet de canon du second en pointe, chargé d'une /!eur de lys de gueules.

Le 27 avril, est décédé à Rochefort Jacques-Adolphe Régnier, sous-commissaire de la marine en retraite, né le 28 mai 1824 sur le domaine de Lhommée; commune de Torxé, arrondissement de Saint-Jean d'Angély, que sa famille possédait depuis plusieurs siècles. Il était fils de Laurent Samuel Régnier, décédé à Saintes le 13 juillet 1863, et de Catherine-Lucie Bréard, décédée sur le domaine de Lhommée, le 21 octobre 1842. Par son père il appartenait aux familles protestantes des environs de Jarnac, Guesdon, Borrau, Petit et autres. Par sa mère, il


était petit-fils de Michel-Ange Bréard des Portes, décédé au château des Portes, commune de Saint-Mandé, le 14 avril 1811 (VoirBu~c<m,x:r,71 et 201), et l'arrière-petit-fils de MichelJacques Bréard, conseiller du roi au conseil supérieur de Québec et contrôleur de la marine en toute la Nouvelle-France, et plus tard trésorier au bureau des finances de Bordeaux, seigneur des Portes et en partie de Saint-Mandé, décédé au château des Portes, en 1775. Michel-Jacques Bréard a été inhumé dans l'église de Saint-Mandé.

Jacques-Adolphe Régnier s'est marié en mars 1853 avec sa cousine, Marie-Louise-Adélaîde-Honorine Mortreuil, petite-fille du capitaine de vaisseau Pierre-Nicolas de Boussard, chevalier de Saint-Louis. Il laisse deux fils Pierre-Jacques-NicolasLucien Régnier, pharmacien de 1 re classe à Montguyon, et YvanMarie-Jacques-Nicolas-Laurent Régnier, lieutenant d'infanterie de marine.

Le 27 avril, est décédé à Aunay Paul-Emmanuel Perthuis de La Salle, ancien conseiller d'arrondissement du canton d'Aunay, né à Aunay, le 18 septembre 182: d'Henry-EmmantieINestor,ancien conseinergénéral, et d'Henriette-Caroline Lelong de La Croizardiëre il était beau-frère de M. Isaac-Louis-Victor Monnier, ancien juge de paix, ancien conseiller général, qui a épousé en 1848 Laure-Béatrix-Henriette Perthuis, et cousin de Martin, ancien juge de paix, ancien conseiller d'arrondissement, qui fut maire d'Aunay Il avait épousé en 1847 sa cousine germaine, Caroline-Béatrix Aube), dont un fils, Nestor-Emmanuel, né à Aunay le 2 avril 1848, marié à M"e Alexandre, de Mâcon. Au cimetière, M. Louis Roy de Loulay, député, a prononcé un discours. Voir, pour les Perthuis de La Salle, l'Annuaire de la noblesse, 1878, page 158.

Le 28 avril, est décédé à Paris, âgé de 89 ans, Anne-Victurnien-René-Roger de Rochechouart, duc de Mortemart, prince de Tonnay-Charente, chevalier de la légion d'honneur, ancien oCncier de lanciers de la garde royale, ancien député du Rhône à l'assemblée constituante, né le 10 février 18U4, marié en février 1829 à Gabrielle-Bonné de Laurencin, dont il a eu deux filles: 1" Louise-Henriette-Mathilde, née en 1830, mariée en 185U au marquis de La Guiche 2° Léonie, née en 1833, mariée en lë54 à Louis Ghislain, comte de Mérode.

Le titre ducal est revenu à son neveu, François-Marie-Victurnien de Rochechouart, marquis de Mortemart, grand d'Espagne, président du cercle agricole, né en 1832, marié en 1854 à Virginie-Marie-Louise de Sainte-Aldegonde, décédé à son tour le 22 mai dernier, laissant six entants 1° Arthur-CasimirVicturnien, ancien officier de cavalerie, né en 1856, marié en 1880 à Hë~ène-Géraldine-Sophie-Marie d'Hunolstein, dont François, né le 22 mars 1881 2° Anne-Marie-Joseph-Victurnien, comte de Mortemart, né en 1865, marié en 1892 à Adélaide-


Florence-GabrielleLe Coat de Kervéguen; 3° René-Marie-Louis, né en 1867, marié en 189Î à Elisabeth Riquet de Caraman; 4° Anne, mariée à Guy, comte de La Rochefoucauld; Jeanne, épouse d'Alexandre, comte de La Rochefoucauld Alix. Le 29 avril, à Cognac, est décédé d'un coup de revolver qu'il s'est tiré, Raoul Barriasson, riche négociant, vice-consul du Portugal.

Le 30 avril, est décédé à Vandré, où il s'était retiré depuis longtemps, Léon MoUière. âgé de 88 ans, entouré de M. Alfred MoHière, son fils, et de M. l'intendant militaire Schérer, son gendre. Maire de Rochefort de 1867 à 1870, il reçut, le 6 octobre 1869, en récompense de ses services, la croix de la légion d'honneur, des mains de l'amiral Rigault de Genouilly, venu à La Rochelle pour inaugurer la statue de l'amiral Duperré. Le 30 avril, est décédé à Paris, âgé de 68 ans, Charles-AlbanGabriel Renduel, commandeur de la légion d honneur (juillet 188(j) et officier de l'instruction publique (3 février 1884), commissaire général de la marine en retraite depuis 1890. Né le 10 avril 1&25 à Clamecy (Nièvre) de Jean-Alban-Louis et de Marie-Gabrielle Duret, il avait été commissaire général à Brest et à Rochefort de là il fut appelé aux fonctions de membre du conseil d'amirauté. Il avait épousé, le 21 mai 1~5; Noémi MaUet, fille d'un chirurgien de la marine en retraite, et de M"" Vaurigaud. M. le commissaire Roussin, secrétaire du comité des inspecteurs généraux, et M. le général Carmier, président de la société coopérative et amicale des officiers des armées de terre et de mer, ont prononcé des discours.

Le 1" mai, est décédé à La Rochelle, âgé de 66 ans, Brumauid-Deshoutières, ancien membre de la chambre de commerce et du tribunal de commerce, ancien agent de change, veuf de Forqueray.

Le 4 mai, est décédé dans sa propriété de Ligueil, commune de Courant, Louis-Chartes-Vïc~or Saint-BIancard, juge honoraire au tribunal civil de Saint-Jean d'Angély, fils de SaintBlancard, qui fut longtemps juge d'instruction à Saint-Jean. D'abord juge suppléant à Saintes, puis substitut à Saint-Jean, il fut nommé juge à ce même siège. M Sorin-Dessources, ancien président au tribunal, a fait un grand éloge de son collègue. Voir l'Union conservatrice du 11.

Le 8 mai, est décédée à La Rochelle, âgée de 92 ans, MarieEstelle d'Orbigny, sœur du naturaliste Alcide d'Orbigny, qu'elle


aida dans ses travaux. Fille de Charles-Marie Dessalines d'Orbigny, médecin à Esnandes puis à La Rochelle de 1821 à son décès le 20 octobre )85(j, qui fut un des fondateurs du musée de La Rochelle, elle éleva ses quatre frères avec une tendresse maternelle, à laquelle Quatrefages a rendu hommage dans ses écrits. Elle était la tante de M. Alcide d'Orbigny, président de la chambre de commerce, qui a payé avec une piété filiale, attentions et affection les soins qu'elle avait pris de son éducation. Deux d'Orbigny, Alcide et Charles, ont acquis une juste réputation, l'un par ses explorations hardies dans l'Amérique du sud, l'autre par d'intéressants ouvrages.

Le 9 mai, est décédé à Rochefort, âgé de 80 ans, François Garnaud, né le 12 janvier 1814 à Archingeay de Pierre Garnaud et de Marie Preau, sous-agerit comptable de la marine en retraite, époux de Marie-Etiennette Poirier.

Le 9 mai, est décédé à Rochefort Théodore-Charles Savigny, chef de bataillon d'infanterie de marine en retraite, âgé de 80 ans, né à Rochefort, fils de Charles et de Marguerite-Rosalie Braud, époux de Corinne Lenfant.

Le 23 mai, est décédé à Saintes, dans sa 74° année, LouisFrançois Tercinier, ancien négociant, ancien président du tribunal de commerce, ancien conseiller municipal et conseiller d'arrondissement. Fils de Jean-Baptiste-Michel Tercinier et de Marie-Eléonore Augereau, il avait épousé Louise Senemaud, dont il a eu: madame Dangibeaud Marie-Léon Tercinier, capitaine instructeur à l'école d'application de cavalerie de Saumur, époux de Marie Imbaud, de Brie-sous-Matha MariePaul, lieutenant au 1440 de ligne, mari de M"' Edith Vallein; Louis Tercinier, employé au chemin de fer de l'état. Le défunt était frère de M. le docteur Prosper Tercinier, médecin à Cognac, de M. Léon Tercinier, chef d'escadrons en retraite, de M"" Imbaud, de La Tour de Geay et Goulard. D'une ancienne famille du pays très justement appréciée, Louis Tercinier, dit le Moniteur de la Saintonge du 25, lègue à ses enfants, dont la plupart sont officiers dans l'armée, un nom sans tache, un patrimoine de considération qu'ils doivent être fiers, à plus d'un titre, de recueillir et de conserver pieusement.

Le 24 mai, est décédée au Vignau, dans les Landes, Marguerite de Dampierre, baronne de Rochetaillée. Fille d'Armand, comte de Dampierre, et de Félicie de Charpin-Feugerolles, elle avait épousé, en 1871, Vital Bernou, baron de Rochetaillée, chevalier de la légion d'honneur, ancien conseiller général de


la Loire, dont Jean, Henri. Marie et Antoinette. Elle était nièce du marquis Elie de Dampierre, président de la société des agriculteurs de France.

Le 31 mai, est décédée à La Rochelle, à l'âge de 68 ans, Renée Moron, en religion sœur Désirée du 13on Pasteur, religieuse de la Sagesse, qui a passé 33 ans à t'hospice Saint-Louis, spécialement attachée au service de la pharmacie. Elle avait été médaillée par le ministre de l'intérieur, au nom de l'assistance publique, au mois de juillet 1891, et avait mérité par son zèle et son dévouement l'estime et l'affection de tout le personnel de l'hôpital.

Le 12 juin, est décédée à l'asile des vieillards de Tasdon, commune de La Rochelle, âgée de 68 ans, Anne-Marie Moulet, en religion sœur Germaine. Née à La Haie, près de La Chapelle sur Erdre (Loire-Inférieure), elle entra au noviciat des petites soeurs des pauvres en 1859, fut appelée en 18U3 à diriger l'asile des vieillards à Chartres, et, six ans après, vint comme assistante, plus tard supérieure, à Tasdon. Voir son éloge dans le Bulletin religieux du 17 juin.

IL–MARIAGES.

Le 24 novembre 1892, a eu lieu à La Ferté-sous-Jouarre le mariage de Jean-Joseph-Marie Choumeils de Saint-Germain, receveur-rédacteur de première classe à la direction de l'enregistrement à La Rochelle, né à Nérac (Lot-et-Garonne), le 16 décembre 1863, de Louis-Jean-Baptiste Choumeils, aujourd'hui directeur de l'enregistrement à La Rochelle, chevalier de la légion d'honneur, et de Caroline Lalande de Lissac, avec Louise-Marie-Augusta-Marguerite de Wavrechin, née à La Chapelle-la-Reine (Seine-et-Marne), le 20 août 1872, de Henri de Wavrechin et de Gabrielle Barbat du Clozel, à La Ferté-sousJouarre.

Le 24 avril 1893, a eu lieu à la cathédrale de Saintes le mariage de Jean-Henri Vercheval, professeur de musique à Pons, né, le 11 août 18()4, à Herstal (Belgique), de Henri-Joseph, propriétaire à Herstal, et de Marie-Catherine Dupont, avec ClaireLouise Aze, née à Saintes, le 22 janvier 1867, de Gustave-Emile, commis principal des postes et télégraphes à Saintes, et de Corinne-Emma Beaussais. Les témoins étaient pour l'épouse, MM. Alfred Aze, son oncle, docteur-médecin à Rochefort, et Georges Dumontet, avoué à Saintes; pour l'époux, Joseph-Alfred Vercheval, professeur de musique à Pons, son frère, et Emile Proust, propriétaire à Saintes.

Le 2 mai, a eu lieu à Saintes le mariage d'Eugène-Baptiste


Guion, avocat à Saintes, né le 6 août i8G6, à Arvert, de Jean, propriétaire à Arvert, et de Suzanne-Marie-Esther Faure, avec Jeanne-Marie-Marthe Coûtant, née le 30 juillet 1870, à Pérignac, de Stanislas Coutant, décédé à Brives le G septembre 1880, et d'Azoline-Marie-Amélie Jarry, demeurant à Saintes. Les témoins de la mariée étaient MM. Octave Pellotier, président du tribunal civil à Melle, son beau-frère Elie Landreau, propriétaire à Pons, son oncle; et pour le marié, MM. Armand Chavanon, inspecteur départemental de l'assistance publique à La Rochelle, son cousin, et Marcel Baron, avocat à Saintes.

Le 16 mai, la bénédiction nuptiale a été donnée dans la cathédrale de Saintes, par M. l'abbé Nail, chanoine de Nantes, à Marie-Gustave Renou, avocat à Nantes, où il est né, le 8 mai 1861, de feu Gustave-Pierre-Félix et de Marie-Clète Legeay.età Claire-Noémi-Marie-Thérèse Drilhon, née à Saintes, le 20 septembre 1865, de Paul-François, ancien avoué, et de MarieAdelaide Béraud. Les témoins étaient pour la mariée, MM. Louis Béraud, avocat à La Rochelle, son oncle, et Amédée Bretinauld de Saint-Seurin pour le marié, MM. Alphonse Couespel du Mesniel, son cousin, et Antoine Ménard, avocat à Nantes, son ami. A la demande du cardinal-archevêque de Rouen, le pape Léon XIII a envoyé sa bénédiction apostolique auxjeunes époux.

ARCHÉOLOGIE

1

LA DATE DES REMPARTS DE SAINTES

On se rappelle peut-être la discussion qui a eu lieu à propos des fouilles dans les remparts de Saintes sur l'époque de leur construction. (Voir Bulletin, vu, 305, et surtout, !X, 19). M. l'abbé Laferrière les attribuait d'abord a Henri IV, puis aux Angtais, enfin au moyen âge (1254-126)). Nous prétendions avec les archéologues les plus compétents que nos remparts, comme ceux de la plupart des cités de la Gaute, étaient de l'an 277-306, Un célèbre antiquaire belge, M. Henri Schuermans, qui avait dans le Bulletin monumental de 1878 soutenu cette thèse la confirma avec de vastes développements dans les t. xvi, xxvn. xxvm et xxix du Bulletin des commissions royales d'art et d'antiquités. Les conclusions, appuyées sur des textes, des inscriptions et des rapprochements frappants, sont celles-ci Toutes les villes romaines de la Gaule, et le reste de l'empire n'est pas une exception, ont été fortifiées d'une façon identique à l'aide de débris de monuments antiques dont aucun n'est postérieur au Icle siècle partout les villes ainsi fortifiées ont été resserrées et les enceintes se sont restreintes d'autant; les


murs antiques contenant des assises de monuments avaient partout des dimensions analogues, 10 à 15 pieds d'épaisseur, 4 à 5 mètres les fragments sont toujours placés à sec, en couches superposées, sans liaison de mortier, et ont été traités avec ménagements, avec un sentiment de respect, ce qui prouve que ce travail a été fait en plein paganisme et avec des précautions excluant toute idée de précipitation, contrairement à ce qu'on avait trop légèrement admis jusqu'à ce jour, puisque l'on voit, à Périgueux, par exemple, la partie supérieure bâtie en petit appareil, dont le revêtement tantôt alterne avec de longs cordons de briques, tantôt est disposé en échiquier à l'aide d'épais carreaux en terre cuite, et même présente une espèce [de mosaïque grossière par la combinaison de pierres noires et blanches et de briques rouges. Les couches de pierres monumentales romaines qu'on voit à la base des antiques remparts ne sunt pas composées de matériaux qu'on avait sous la main, puisqu'on y trouve surtout des monuments funéraires qu'on est allé chercher en dehors de la ville, quelquefois à une longue distance; ils appartenaient à des édifices récemment démolis, comme le prouvent la fraîcheur des sculptures, et aussi en certains lieux le minium dont les Romains rougissaient les lettres de leurs inscriptions. Tout cela amène l'auteur à formuler une loi, dont, dit-il, on retrouvera certainement quelque jour le texte En l'an 288, Dioclétien et Maximin ont ordonné d'appliquer à tout l'empire les mesures que l'empereur Gallien a prises pour Vérone contre les barbares qui avaient pénétré jusqu'à Ravenne. a Par suite des invasions des peuples-barbares qui, depuis plusieurs années, ont franchi les limites du Rhin, du Danube et de l'Euphrate, il y a lieu d'assurer la sécurité du territoire romain. A cet effet, en tous les points menacés et même à l'intérieur, partout où l'invasion a passé et pourrait se présenter, non seulement de nouvelles fortifications seront établies, mais de plus les villes exposées seront entourées de remparts. Partout où la surface des villes est devenue trop grande pour le nombre de ses habitants, elle sera réduite pour faciliter la défense, et tous les monuments religieux, funéraires ou autres, détruits par les invasions ou même restés debout à l'extérieur, dans le voisinage où ils pourraient servir à abriter des assiégeants, seraient renversés et transportés sur le tracé des remparts à établir. Là, sous la protection des divinités auxquelles les remparts, choses saintes, sont consacrés, les pierres des autels et des tombeaux, choses religieuses, seront placées soigneusement à la base du mur, les unes sur les autres, sans ciment, de manière à ne pas endommager les parties saillantes et à préserver les dédicaces. » L'auteur dans quatre articles, il en promet un cinquième, corrobore savamment chaque proposition et passe en revue, dans la Gaule et dans le reste de l'empire, toutes les villes où l'on a trouvé de ces remparts. Pour Saintes, il reproduit nos observations faites dans la Nature du 24 mars i888.


On voit par ce résumé très succinct que les idées soutenues ici sur les remparts gallo-romains de Saintes sont, à part la précipitation, les mêmes que celles de l'illustre archéologue. LOUIS AUDIAT.

BEAUX ARTS

1

Nos ARTISTES AUX SALONS

Voici la liste des artistes de la Charente-Inférieure dont les œuvres figurent au Salon des Champs-Elysées en <893 Louis-Augustin Auguin, né à Rochefort-sur-mer La plage, La dune.

William-Adolphe Bouguereau, né à La Rochelle Offrande à l'amour.

Max Bouvet, né à La Rochelle Les dunes d'Escoublac. Louis-Georges Brillouin, né à Saint-Jean d'Angé~y: Autour de la veuve, La ~eçon de son altesse.

M"' Emma Fanty-Lescure, née à La Rochelle Glaïeuls. Victor Flipsen dit Philipsen père, né à La Rochelle L'arrivée du flot, Pêcheurs du nord.

Jean Geoffroy, né à Marennes La prière des humbles, Un jour de fête à l'école (appartient au musée de Saintes). Eugène Lacheurié, né à Paris, habitant La Rochelle La Rochelle, marée basse.

Elisabeth-Geneviève-Hélène-Radégonde Augier de La Jallet, (M"~ Baude de Maurcelay), née à Saint-Jean d'Angéty Pavots. CharIes-Amabte Lenoir, né à Châtelaillon Rëuerte. M.-F.-Hippolyte Lucas, né à Rochefort Le bain de Leilah. Gabriel Nicolet, né à Pons de parents suisses La brodeuse; Salle de couture, orphelinat d'Amsterdam.

Gaston Roullet, né à Ars en Ré De Chioggia à Santa-Marina, Lagunes de Venise.

M"" Marie Dumas, née à Rochefort-sur-mer Deux por<rat<s, miniatures.

M"" Marguerite Turner, née à Saintes Portrait deAf~ T. panneau décoratif.

Wiltiam Barbotin, né à Ars en Ré: Une gravure (burin) Au bord de la mer, d'après M. Collin; une gravure au burin: Portrait, d'après Reynolds. It a obtenu une médaille. Franck-Jpan Baudoin, né à Saint-Martin de Ré. Une gravure sur bois Portrait de femme d'après Holbein.

Sculpture. Th.-Henri Bouillon, né à Saint-Front (CharenLe) Buste en marbre de Joseph-Ignace Guillotin, doyen de l'académie de chirurgie, député à i'assembtée constituante, commandé par l'état et destiné à la salle du jeu de paume, au musée de Versailles.


Louis Oabié, né à Dol (Ille-et-Vilaine), habitant Bordeaux Sous bois en automne, à Richemont près Cognac. M. Cabié est un habitué de Saint-Georges de Didonne. H a pris aux environs de cette plage beaucoup de vues qu'il a exposées au Salon. Au Champ-de-Mars. Charles Dangibeaud, né à Chartres, habitant Saintes Le Christ dans le tombeau (émail limousin, d'après H. Lévy) Apollon et Marsyas (émail limousin, d'après Baudry).

Peinture. Guillaume Alaux, né à Bordeaux Portrait de Monseigneur Fulbert Petit, évêque du Puy, représenté assis, de face Pierre-Emmanuel Damoye Environs de Royan Pierre Huas, né à La Rochelle Portrait de M. Mannheim, l'expert.

Architecture. Léon-Pierre Vincent, né à Landévennec (Finistère) Château de Dampierre sur Boutonne; Puits du Pilori à Saint-Jean d'Angély (~ châssis).

Salon de l'union libérale. Brillouin: Les sbires de Maurevel. Au salon de 1892, MM. Jules Aviat avait exposé le portrait de M. le comte Lemercier; Camille-Félix Bellanger Les )'ochers de Vat~ères, Souvenir de Royan Louis Cabié Le soir à Saint-Georges Antoine Calbet Jeunesse, panneau décoratif destiné au casino de Royan. Le jury lui a décerné une médaille. Au salon des Champs-Elysées en 1892, a paru le clocher de l'église de Thézac, canton de Saujon, relevé par M. R. Tillot.

II

VISITE A L'EXPOSITION D'AN&OULÉME

La situation d'Angoulême, sur un rocher crétacé-turonien, primitivement très escarpé, est admirable. Du haut des promenades établies sur les anciens remparts, on peut voir les îles, les bords verdoyants de la Charente et de la Touvre, l'animation curieuse des lignes ferrées des gares d'Orléans et de l'état, les coteaux de Saint-Cybard s'estompant en lignes bleuâtres jusqu'au Pontouvre. On arrive en ville par une longue rue montueuse, qui aboutit à l'hôtel de ville. Ce monument, terminé sous Napoléon III, est somptueux pour une ville de province. L'ancien château des Valois, avec tours polygonales des xtv° et xv siècles est enclavé dans ces constructions romano-ogivales du Xtx° siècle. Le musée,peu important, occupe deux petites salles, au fond de la cour des ouvriers sont en train de déménager quelques toiles pour faire place aux envois de l'exposition artistique régionale. Dans le square voisin, une colonne élevée aux enfants de l'Angoumois morts pour la patrie, rappelle les douleurs de la campagne franco-allemande de 1870-i87t. La cathédrale, commencée en 1120, est vraiment grandiose, avec ses coupoles et sa tour romano-byzantines, dans le style de Saint-Front de Périgucux. La vieille église de


Saint-André et la nouvelle paroisse de Saint-Martial ne sont pas sans intérêt archéologique.

A force de marcher à l'aventure, j'arrive devant les baraquements de l'exposition régionale. Le sanctuaire d'Apollon, galerie des beaux arts, est gentiment installé, mais pas de catalogue. Je noterai donc les toiles au hasard du souvenir. AuGuiN, le paysagiste de Rochefort, citoyen bordelais, mérite une mention spéciale pour la puissance de sa peinture. L'effet de soleil dans un parc et le n° 5, Coteau sur le bord d'une rivière, sont des toiles de premier ordre il n'e&t guère possible de mieux rendre, avec le pinceau et le couteau, la roche couverte de mousses, un coteau baigné par des ruisseaux transparents. Par une curieuse coïncidence, M. RENÉ HËmssoN et M. CABIÉ, tous deux élèves d'Auguin, exposent des paysages identiques, Sous bois en automne. Les progrès de M. Hérisson fils sont considérables. L'impression printanière d'un bord de rivière, signée MADELEINE BOULARD, est très juste, malgré la difficulté des verts. Son procédé rappelle la facture du maître Auguin. Le curieux effet de pluie, par RoLL, fait causer bien du monde ceux qui connaissent la mer devinent fort bien les lames sous la brume de la rafale. Les bonnes études de NozAL, paysages de Provence (?), sont à voir, ainsi que les fleurs de FURCY DE LAVAULT, les études parisiennes de JEAN BËRAUD, une vue des boulevards (aquarelle) et une sortie de la Madeleine (peinture à l'huile). Une grande aquarelle très habile de M. MEYRET, intitulée La bataille de Gravelotte, évoque unevictoire française. Les pastels et les peintures originales de M. EDGARD DE MONTZAIGLE, Entr'acte de matinée, sont fort habiles. C'est le dernier mot de la peinture mondaine et troublante. Très juste l'effet de neige de LouiSE ABBÉ MA, avec ses reflets bleus dans les ombres cette toile fait contraste avec l'aquarelle rousse de LESSIEUX, Un temple ruiné d'Arles, placée un peu trop loin de la cymaise. Au milieu de ces vues de France, une signature est venue réveiller en moi tout un passé douloureux JEAN D'ALHEtM; cette ville fantastique, avec ses coupoles, ses quais et le pont, orné de la statue d'un descendant d'Attila, ne semble pas éclairée par notre soleil.

Inutile de juger les aquarelles de pETAiLLE, un dessin superbe de CHAPLIN, les panneaux décoratifs de Puvts DE CHAVANNES, les marines d'ELODIE LAVILLETTE, les études de DUFAU, UMBRICHT, etc. Au fond de la galerie, les peintures nombreuses de M. JARRAUD sont fort intéressantes le portrait d'une jeune malade, appartenant à madame Lazare Weiller, est un chef-d'œuvre de notes grises et délicates.

Parmi les collections d'antiquités, il y a des trésors mais ce n'est pas dans une heure qu'on peut tout apprécier. Quelle bizarre bijouterie fut découverte au cimetière d'Herpes, par M. PHILIPPE DELAMA[N? Ses plus beaux spécimens sont là, sous les vitrines.

Dans la section industrielle, je dois noter les progrès de


M. RENOLEAu avec ses faïences artistiques d'AngouIéme. Son grand plat, genre Palissy, est d'un bel effet.

Je dois aussi une mention à la vitrine où M. Noël Texier, imprimeur de la société des A1 chives, expose les plus beaux spécimens de ses presses, livres, gravures, parmi lesquels sont en bonne place les volumes de la société.

En somme, cette exposition est fort intéressante on voit qu'il y a encore des travailleurs dans la région charentaise, capables de restaurer les ruines ou d'orner les palais de l'avenir.

ANTOINE DUPLAIS DES TOUCHBS

Treuil-Bussac.Fouras, 23 mai 1893.

Nous consacrerons à l'exposition rétrospective d'Angouléme un article spécial, dans notre prochain numéro. Remarquablement installée, sous un jour très favorable, elle mérite une étude moins sommaire qu'un rapide compte rendu. De l'exposition de peinture nous n'avons rien à dire. Tout l'intérêt de cette section vient du concours que lui ont prêté trois amateurs: MM. Pellisson. de Cognac Lazare Weiller et Bertin. H n'y a pas seulement des noms d'artistes connus, mais de.s oeuvres le Prtso~nier de Ribot, un beau Jeune breton récitant son chapelet, de Dagnan Bouveret, un Buveur du même, un Marais de Casin, une Baigneuse de Courbet, un Daubigny, trois Français, une Fabiola d'Henner, deux paysages de Corot, trois Detaille.

Parmi les peintres qui se rattachent par leur naissance à notre région, nous citerons Auguin (5 numéros); Mme Marie AudoinDubreuil, née à Saint-Jean d'Angély; MM. Antouin Baudoin, né à La Rochelle Frédéric-Daniel Bayle, né à Rochefort; Ernest-Jean Chevalier, né à La Rochelle (qui habite Paris); AlbertTibulle Furcy de Lavault, né à Saint-Genis Mme H. de Lajallet, née à Saint-Jean d'Angéty; MM. Georges Larrocque, néà SaintJean d'Angély Louis-Ernest Lessieux, né à La Rochelle Maurice Maurin, né à Royan Georges Moufflet, né à SaintFort-sur-Gironde. On. D. EXCURSION DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHIVES A RENCOGNE

ET A LA ROCHEFOUCAULD

Depuis quelques années, les visites ministérielles nous apportent la pluie le 20 mai, l'arrivée du ministre de l'agriculture à Angoulême a déterminé une épaisse rosée. 0 terque quaterque beati. les agriculteurs. L'excursion annuelle de la société des Arches historiques, fixée deux jours avant l'excursion de nos gouvernants, a été favorisée d'un soleil presque beau. c'est une bonne journée dans mes souvenirs. Parti de Saintes le 18 mai, par le train de 8 heures 20, le groupe peu nombreux


des archivistes fit son entrée solennelle à La Rochefoucauld, a midi, au son des cloches. Si le pape Jean XXII n'avait institué la sonnerie de l'Angelus dès 1316, on eût dit que cet honneur s'adressait à ces historiens de la région. Le maire, M. François, et ses deux adjoints M. Bertrand et M. Henri Chambaud, des professeurs, des amateurs nous attendaient à la gare le président répond rapidemcnt aux souhaits de bienvenue, et l'on se met en marche vers 1 hôtel. La matière est soumise à des lois inexorables l'estomac de plusieurs d'entre nous commençait à murmurer un repas à l'hôtel Gaillard était nécessaire pour réparer les forces des voyageurs. Selon sa coutume, M. Audiat fit à la fin du déjeûner une aimable allocution, versant à pleins bords la liqueur des compliments dans la coupe df sescoliaborateurs c'était une originale façon de nous présenter à M le maire de La Rochefoucauld. Bientôt après nous partions pour les grottes de Rencogne, un peu serrés dans les voitures. Ce coteau jurassique, à 4 kilomètres de La Rochefoucauld, domine la rive gauche de la Tardoire d'une cinquantaine de mètres. De grands arbres ombragent cette rivière à gauche du pont, un moulin à eau mêle le tic-tac de sa roue au bruit des battoirs des lavandières. C'est un vrai motif à la Ruysdaël. En haut de la montée, les tourelles du château rappellent les constructions féodales du xve siècle. Cette habitation a été plusieurs fois remaniée. Dans la cour, où nous reçoit le propriétaire, M. de Barbarin, une porte de chai, datée de 15S'J et ornée d'écussons mutilés avec le collier dé l'ordre de Saint-Michel,attire l'attention des archéologues. Que de folies furent commises par les iconoclastes de nos révolutions barbares L'ensemble de cette cour forme un joli motif d'aquarelle des colonnes à cannelures en torsades soutiennent un balcon à l'espagnole. La pierre est chaudement colorée, comme en Provence des pieds de biches, trophées du maître chasseur, ornent les portes, et sur l'un des piliers, un blason de la renaissance pourrait indiquer la famille du seigneur qui fit construire ce vieux logis Tiercé en fasces, auec trois bandes de merlettes, 3, 2, 1.

Le pays de Rencogne est cité dès le ix" siècle. En 8G6, Emenon, frère de Turpin ou Turpion, comte d'Angoulême, marcha contre Landry, comte de Saintes, qui avait pris, par trahison, le château de Bouteville. Dans la lutte, Emenon tua Landry, le 13 juin 866. Blessé lui-même, il fut porté dans son château de Rencogne, où il mourut, le 21 du même mois. (Besly, Marvaud, D. Massiou, t. i, p. H65). Ce château était établi près de l'église, à droite de la route, sur le coteau siHonné par les galeries souterraines dont je vais parler. Des sires de Rançon possédaient Taillebourg dès le ixe siècle. En 1068, Geoffroy de Rancon donnait à l'abbaye de Saintes une rente de cent sous à prendre sur le péage de son pont rfe Taillebourg.

On doit peut-être confondre les sires de Rancogne en Angoumois avec les Geoffroy de Rancon, de Taillebourg, qui luttèrent contre Richard Coeur de lion, duc de Guyenne (1179-


li87) et contre Hugues de Lusignan, comte de la Marche (1242). Tandis que j'ouvre mon album avec l'intention de prendre nn croquis de la cour, le président annonce le départ pour les grottes il faut suivre le guide et abandonner toute idée de dessin car t'œit n'est pas un.appareil instantané de photographie.

Devant l'entrée du gouffre noir, un écriteau fixe le passage à francparpersonne. Plusd'équivoque.notregénérosité sera limitée. Tandis que le guide allume sa torche et des bougies, plusieurs confrères racontent des choses terribles couloirs mystérieux, précipices embourbés. Quelques personnes hésitent, préférant la lumière du soleil. Comme j'ai vu bien d'autres misères, j'avance avec les braves, MM. Audiat, Laverny, Béraud, Texier, etc.

Pendant près d'une heure, nous avons parcouru ce labyrinthe obscur; tantôt il faut ramper, tantôt escalader des roches, pendant que des animaux invisibles, chauves-souris, errent au-dessus de nos têtes. Dans certains carrefours, aux voûtes grandioses d'où suinte une eau pétrifiante, des stalactites prennent des formes bizarres. On dirait des cascades changées en blocs de sel. Les feux de Bengale allumés par M. Laverny complètent l'aspect sinistre de ces cavernes de cyclopes. On se croirait chez le dieu des enfers ou chez les sorcières de Macbeth. Après une ascension pénible, nous arrivons dans la partie supérieure des gorges découvertes en 1882. Le guide se met à frapper sur des concrétions calcaires, dont la série forme la gamme c'est un piano très original.

Enfin, le retour commence encore plus difficultueux que la montée; l'imprimeur des Archives, M. Noël Texier, se rappellera ces roches glissantes. Pour ma part, je n'étais pas fâché de sortir de ces refuges au sol détrempé, trop pleins de ténèbres, réductions des cavernes des Eyzies-Miremont, en Périgord. Le temps trop limité fit remettre à une autre fois la visite de l'église, monument du xm°siècte, perché sur le sommet de cette colline il fallait regagner La Rochefoucauld, avant le coucher du soleil. Cette ville de 2,5u0 habitants, ancienne baronnie du xf sièf te, est d'un aspect fort pittoresque, à cause de son château, dont le donjon et les vastes tourelles dominent toute la vallée. C'est le plus beau monument de la renaissance dans tout l'Angoumois.

On dit que La Rochefoucauld s'appelait primitivement La Roche, RUPES FUCALDI. Foucauld est le nom de ses barons fondateurs. Hugues I" de Lusignan, dit le veneur, qui vivait au x" siècle, donna cette baronnie à son fils Esmerin, père de Foucauld. La baronnie fut érigée en comté (1515), puis en duché-pairie (t622). Le plus connu de cette maison fut François, mort en 15t7, baron de La Rochefoucauld, conseiller de Charles VIII et de Louis XII, parrain de François I" en 1494. Son fils, François II, époux (151.S) d'Anne de Polignac, fit construire faite orientale. D'après l'abbé Michon, tes travaux


durèrent 10 ans, de 1528 à 1538. Par testament en date de 1533, François II demandait que la chapelle fût achevée et dédiée à Notre-Dame.

Le gros donjon, construction carrée de 30 mètres environ de hauteur, couverte de tuiles rouges, est plus ancien. C'est l'architecture militaire du xt" ou xn" siècle. Il est compris entre des bâtiments du xvn* siècle et les tours du pont-levis, élevées au xv* siècle.

C'est peut-être François VI, l'auteur des Maximes, qui fit construire la partie septentrionale. Il ne nous'a pas été permis de la visiter. La richesse de l'ornementation de l'aile orientale frappe d'étonnement. Hélas la rage des révolutionnaires s'est exercée non seulement sur les personnes, mais encore sur les cheminées et les clefs de voûte de la chapelle.

Dans le grand salon et dans les autres pièces, d'immenses tapisseries couvraient les murs il y a encore des restes de lambris artistiques. La cheminée d'une chambre et les poutres du plafond sont décorées d'ors et de peintures bleues, en camaieu, dans le genre des peintures de Dampierre sur Boutonne. L'artiste qui faisait ce travail a dû être interrompu par quelque deuil ou événementtragique. En 1572, François III, de La Rochefoucauld, gouverneur général de Champagne, fut assassiné la nuit de la Saint-Barthélémy. Dans un cartouche j'ai relevé ces lettres entrelacées II, 0, GG. L'auteur de La renaissance en France, M. Léon Palustre, dit qu'il faut lire $ et G. L'emploi du phi grec, pour représenter la première lettre de François, est très fréquent à cette époque. H est certain que les F et les A, initiales de François II de La Rochefoucauld et d'Anne de Polignac, forment toute la série d'ornementation, à la galerie supérieure du château disposée en mâchicoulis sur des corniches en forme de coquilles.

Les autres peintures de lambris, fleurs et paysages, dans une petite chambre, sont des souvenirs sans grande valeur artistique.

Il faudrait plusieurs jours pour étudier et dessiner l'escalier magnifique de 118 marches, les galeries des trois étages, les salles voûtées des cuisines de Titans, les souterrains et les terrasses qui surplombent les toits de la ville et les .bords ombragés de la rivière. Cette demeure, autrefois somptueuse, monument historique, est aujourd'hui la propriété de M. le duc de La Rochefoucauld-Liancourt.

Au retour du château, nous n'avons fait qu'apercevoir les ruines de Saint-Florent, l'abside romane de Saint-Pierre de la basse ville; le cloître, rvaintenant collège communal. Ce dernier monument possède des arcades trilobées d'un joli effet on dit qu'elles furent construites sous Guy VII, baron de La Rochefoucauld.

L'église paroissiale possède un portail ancien, une flèche du xv* siècle et des rosaces garnies de verrières fort remarquables; mais il fallait partir par le train de 7 heures 40.


La fatigue et l'amour de l'art m'ont fait abandonner les confrères: on dort très bien à La Rochefoucauld, surtout après une promenade avec des lettrés qui discutent, sans colère, les origines simiennes, humaines, héroïques et divines, des races se disputant la surface des planètes.

Antoine DUPLAIS DES ToucHES.

VARIÉTÉS

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SAMUEL DE CHAMPLAIN

NÉ A BROUAGE (1567), MORT A QUÉBEC (1635) « PERE DB LA NoUVEIjLE-FHANCE )) (1)

Les villes, comme les livres, ont leurs destinées. Brouage, port célèbre, a connu les vicissitudes les plus étranges. Qui voit Brouage aujourd'hui peut-il comprendre que de là partaient jadis des milliers de vaisseaux, et que son nom retentissait sur les côtes les plus lointaines du Nouveau-Monde ? A contempler ces puissants remparts aux pierres de taille robustes que des tiges de fer soudent les unes aux autres; ces vastes magasins, jadis entrepôts de marchandises ou greniers d'approvisionnement ces jardins que les folles herbes ont envahis et

(1) Les pionniers M~ioTtyeot'x et la nationalité française au Canada,- Samuel C/tantpiatn [par M. Pierre Margry, conservateur des archives au ministère de la marine], publié sans nom d'auteur ni date, dans le Recueil des actes de la commission des arts et monuments de la Charente-Inférieure, i, n" 9 [1864], à Marennes, imprimerie A. Florentin aîné, et qui a été réimprimé à « Saintes, imprimerie administrative d'Alex. Hus », pour le même Recueil, en 1874, et finalement reproduit par le ~oftt~eur de la Saintonge des 25 et 28 mai, 1er, 4, 11 et 15 juin 1893.

Samuel Champlain, né a Brouage, ~5. mort à Québec, décembre ~6M, par Léopold Delayant, dans la Revue de l'Aunis, de la Saintonge et du Poitou, v (1867), p. 81, 141 et 215.

Notice biographique de Champlain en tête des OEuvres de Champlain, publiées sous le patronage de l'université Laval, par l'abbé C.-H. Laverdière. Québec, imp. au séminaire par Geo.-E. Desbarats, 1870, in-4", 6 volumes.

Samuel Champlain, /b;tda<eur de Québec et père de la Nouvelle-France. llistoire de sa vie et de ses voyages, par N.-E. Dionne, t i" Québec, A. Côté, 1891, in-8". Cet important ouvrage, augmenté d'appendices, notes, pièces justificatives, doit avoir quatre volumes. Voir Bulletin de la société des Archives, t. xn, page 34

Champlain, par M. H. Jouan, capitaine de vaisseau en retraite, dans le .Bu!letin de la société de géographie de Rochefort, t. xnr, année 1891-1892, n" de juitiet-septembre (1893). Résumé de ses voyages.


où quelques touffes d'arbres verts indiquent seules que là étaient des massifs de fleurs et des allées; ces murailles sans volets, sans toits et sans portes, qui furent des maisons et où s'abritaient de hardis pêcheurs, d'aventureux pilotes, d'audacieux marins ces planchers éventrés par les ormeaux, cachés par les orties vivaces; cette église sans prêtre, aux murs humides, dont les dalles sont formées de pierres tombales des gouverneurs ou otRciers de Brouage, et où, il y a cent ans, ont été entassés par centaines les suspects de la Charente-Inférieure et des Deux-Sèvres voire ces rares habitants dans l'ample enceinte des fortifications, qui semblent des âmes en peine, errant dans les décombres pour se chercher elles-mêmes, certainement on éprouve un serrement de cœur, un sentiment de tristesse, la mélancolie de la déchéance et des ruines « Quomodo sedet sola civitas nunc plena populo?~) Mais aussi on a l'idée d'une grande chose. Ces vastes rues désertes étaient pleines d'une foule agitée; ces bâtiments abondaient de produits indigènes ou exotiques dans ces maisons grouillait un peuple d'enfants qui, à peine adultes, montaient sur une barque et s'en allaient là-bas trafiquer, se battre ou coloniser, essaim envolé de la ruche sur ces remparts, des soldats s'exerçaient au maniement des armes ce havre, encombré de navires, fourmillait, de matelots de toutes nations. Des écussons aux armes de France, le blason des du Plessis, sommé du chapeau cardinalice et accosté de l'ancre amirale, disent clairement aux yeux ville royale, amirauté, création de Richelieu. Grandeur et décadence.

Brouage, mentionné dès 1047 (1), fut connu pendant tout le moyen âge comme un port où se faisait un grand trafic du sel (2). Jacques de Pons, baron de Mirambeau et seigneur de Brouage, à la place d'un gros bourg informe, bâtit, en 1555, une ville régulière. Il fit apporter là une grande quantité de terre, d'énormes rochers, dressa une levée et une palissade, planta des mâts de navires entrelacés de planches de sapin cela ne valait peut-être pas les blocs cyclopéens, ou même les murailles vitrifiées qui servaient de défense aux Gaulois, ni les pierres de taille liées par des crampons de fer de Richelieu; mais c'était un rempart. La nouvelle ville eut le nom de Jacopolis, Jacquesville, que lui imposa son fondateur. tBrovage, écrit Maichin en 1671 (Htstou'e de Saintonge, livre 5, ch. vu, p. 15u), est vne Ville nouuelle, bastie en vn liev ma-

(1) Le canal de Brouage, Bro<t<ya, est cité dans la charte de fondation de l'abbaye de Saintes, 1047. Il tire son nom de l'ancienne tour de Broue, « castellum quod Broa vocatur «, lit-on dans une charte de 1068, rapportée par Besly « Ecclesiam sancti Petri et sancti Eutropii de Broa. » (2) En 1488, d'après une lettre de Louis de La Trémoille au roi Charles VIII, « 80 ou 100 navires apparurent aux Sables d'Olonne. qui venoient charger des sels en Brouage, isle de Ré et Noirmoutier. »


rescageux, couuert pour la pluspartdu flux de laMer. laquelle au commencement fut environnée d'vne levée et palissade par Jacques de Pons et fortifiée par des ais de sapins et des mâts de Navires entre-meslés de gazons et fascines. Et fut appellée lacque-Ville ou Iacopolis. Hardouin de Villiers, après la Bataille de Montcontour, la fit munir et fortifier de bons boullevards, terrasses et bastions. Enfin La Rochelle ayant esté prise le 27 d'Octobre 1628 et rasée par le commandement du Roy Louis 13, Monsieur le cardinal de Richelieu résolut de fortifier Brovage de nouueau, et le fit en effect avec tant de soin et de régularité que c'est à présent vne des meilleures places de toute la France. »

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C'est donc à Jacquesville que vit le jour Champlain qui devait rendre illustre le nom de Brouage et c'est par lui que nous connaissons le lieu de sa naissance. Du reste, tout ce que nous savons de lui vient de lui. Mais il ne nous a pas tout dit. Que nous a-t-il aussi appris la date? On a écrit « vers 1570 a. Mais son portrait gravé par Moncornet fixe l'année 1567 en l'absence d'actes officiels, il faut s'en tenir à ce millésime.

Comment se nommait-il ? Samuel Champlain ou Samuel de Champ)ain?I!s'appeHe lui-même « Samuel Champlain, de Brouage », et « le sieur de Champlain », en 1603 s sieur de Champlain.' Xaintongeois, capitaine pour le roi en la marine B (1613) « noble homme, Samuel de Champlain, sieur dudit lieu (i), en 16)0, dans son contrat de mariage, où il ajoute « capitaine ordinaire de la marine, demeurant à la ville de Brouage, pays de Saintonge. » Il signe « Samuel de Champlain » sa dédicace au prince de Condé du « quatriesme voyage du sieur de Champlain B en ')6i3. On a l'embarras du choix. Moréri dit: « Samuel de Champlain, gentilhomme de Xaintonge. » Un Saintais, le P. François du Creux, plus rapproché de son compatriote, lui attribue aussi la noblesse, et n'hésite pas à écrire: « Samuel Uamptenius.eques,exnauticisprsefectis)! ce qui se traduit « Samuel de Champlein, écuyer, capitaine pour le roi dans la marine. (2)

Pourtant, Marc Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France, ne l'appelle jamais que « M. Champlain. » D'autre part, la qua-

(1) Puisqu'il s'intitule « sieur dudit lieu », il est à croire qu'il avait un bien qui portait son nom, comme il y a le lac Champlain. Il était donc autorisé à s'appeler Samuel Champlain, sieur de Champlain u, puis « Samuel Champlain de Champlain enfin Samuel de Champlain. »

(2) Je crois qu'il faut traduire Santue! Camplenius par Samuel de Champlein; la terminaison ius, eus, um étant souvent une terminaison d'adjectif dérivée du nom: argentum, argenteus; aurum, aureu~ j4c/nMM, ~cAtHem, ~Etotu~, Elolius. Du Creux a écrit Camplenius et non Camp!a7t[u~/ ce serait donc Champlein et non Champlain. Mais Champlain signe Champlain; c'est donc cette orthographe qu'il faut adopter.


lité de « noble homme qu'il se donne en 1610, est exclusive de noblesse. Mais de 1610 à 1635, date de sa mort, il s'écoule 25 ans. Or, des lettres d'anoblissement furent accordées à douze des cent associés de la compagnie (1627) qui désigna Champlain pour commander dans la Nouvelle-France. H est très possible que ce soit là l'origine de sa noblesse.

Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'en 1GI0 il met devant le nom de son père le de qu'il ne mettait pas d'abord devant le sien propre: < Antoine de Champlain. e Voulait-il se donner ainsi plus de relief? Peut-être, épousant la fille d'un secrétaire de la chambre du roi, a-t-il cherché à rehausser un peu sa famille. Au berceau de beaucoup de grands hommes on trouve la légende. Rainguet a fait sortir Champlain « d'une famille de pêcheurs~etlaJBtograp~e de la Charente-Inférieure, copiant la Biographie saintongeaise, a répété « d'une famille de pêcheurs. Puis c'est le curé du lieu qui l'instruit.Tout cela, on l'a dit de bien d'autres de Bernard Palissy, son contemporain, avec lequel il a tant de ressemblance on l'a dit du dernier évéque de Saintes, Pierre-Louis de La Rochefoucauld et avec autant de fondement. Il est difficile pourtant d'admettre, selon la remarque de Delayant, « que, parti d'un bateau de pêche, il eut fait à la fois son éducation de navigateur, d'homme politique et d'écrivain car il a été tout cela. x Nous croyons plutôt qu'il appartenait à la bourgeoisie, à cette bourgeoisie qui confinait à la noblesse ou qui allait y arriver par son inteHigcnce, sa fortune ou ses services. Son père, c'est lui qui nous l'apprend. était capitaine de la marine. H pouvait, avant d'être au service du roi, avoir été capitaine de navire. Champlain avait une cousine qui fut son héritière, Marie Camaret, qui, en 16~9, habitait La Rochelle elle y avait épousé Jacques Hersant, contrôleur des traites foraines et domaniales. C'était sans doute la petite fille d'un Champlain, frère d'Antoine, surnommé « le capitaine Provençal », estimé « un bon marinier de France », que le roi d'Espagne avait, à cause de son expérience et de son habileté, avant 1599; pris à son service en qualité de a pilote général de ses armées de mer. » (1)

Le prénom de Samuël n'a pas laissé de prêter à la discussion. Samuël est un nom biblique, cher alors aux protestants. Son père Antoine, sa mère Marguerite Roy sont certainement nés dans l'orthodoxie. D'où vient ce nom de Samuël qu'ils ont donné à leur fils? Champlain était un catholique fervent. S'il découvre des pays, s'il fonde des villes, s'il bâtit des villages, c'est avant tout pour la plus grande gloire de Dieu; c'est afin d'amener à la lumière de l'évangile les populations sauvages qui croupissent dans les ténèbres du paganisme. Dans son mémoire, Utilité que le sieur de Champlain entend que le roy re-

(t) jSrte/'dMcoar~ page 2.


cepura de l'entreprise de la Nouvelle-France (16<8), it met en première ligne < Sa majesté établira la foy chrétienne parmy un peuple infini d'âmes, lequel ne tient ny n'a aucune forme de religion. » (1) Il convertit sa jeune épouse, Hélène Boullé, et si bien que veuve elle prendra le voile chez les ursulines. Faut-il admettre que les parents, nés dans la religion romaine, aient un moment été calvinistes, puis soient revenus au giron de l'église? Brouage était la ville papiste en face La Rochelle, cité huguenote. Les intérêts opposés créaient entre les deux ports une rivalité haineuse qu'excitait encore la différence de cultes. Les ennemis de La Rochelle s'appuyaient sur Brouage et La Rochelle, voulant dominer seule, tentait de combler le canal de Brouage. De là ce cri du doux Champlain: « Mais quoy sont Rochelais, c'est-à-dire tres mauvais et désobéissans subjects, où il n'y a point de justice. Prenez-les, si povez, et les chastiez. » Pouvait-on rester protestant à Brouage? et n'étaitce pas pactiser secrètement avec l'ennemi ? La religion était alors, est encore en beaucoup de pays, surtout à l'étranger, une forme du patriotisme.

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De bonne heure la vue de la mer fait naître dans l'âme de l'enfant le désir des voyages lointains. Brouage était un des ports les plus importants du littoral. Les historiens du temps nous en parient comme d'une merveille. La Popelinière n'hésite pas à le dire <t le meilleur havre de France. » (2) C'était le Rochefort d'aujourd'hui, communiquant avec l'océan par un vaste et profond chenal, assez loin dans les terres pour être à l'abri d'un coup demain. Son port, vaste et sûr, était fréquenté par les navires e tant Flamans, Allemans que autres » il y avait « grand trafic de marchans en toutes sortes de marchandises ». L'Angleterre, comme l'Allemagne et la Flandre, y venait faire sa provision de sel. (3) Presque tous les habitants y étaient poly-

(1) Brouage et Champlain (1879), page 29, et Archives historiques de la SaM<on~re et de l'Aunis, vt, 381.

(2) « Broüage autrefois marais et grauier, puis bourgade et maintenant petite ville et forte, est d'environ 600 pas en carré assize sur sable et pays marescageux et où à grande diiEcutté se prend fondement pour bastir. Il n'y a pas 30 ans que les premières maisons y furent basties par le baron de Mirembeau, Jacques de Pons, qui de son nom l'appela Jacopolis. Car Broüage est le nom de la rivière sur le bord de laquelle la ville est assize prenant le nom de Brou, vieille tour jusques où elle court environ 3 ou 4 lieues dans la terre, et environné de costé et d'autres de marais sallans. C'est bien sans doute le meilheur haure de France et principallement pour les grans navires qui de toutes les parties de la chestienneté vont là pour charger le sel où se fait tel traffic et dépesche que c'est chose admirable que de la flotte de navires qui s'y voit quelques fois tant d'Angleterre, Escosse, Flandre, Allemagne, que de toutes ses autres parties septentrionales. x. L'histoire de France enrichie des plus notables occurances [par La Popelinière], 1582, livre xxxvn. (3) « Spectatur in horum maritimorum locorum media fere parte ingens maris sinus, sive brachium (ut vulgus loquitur) quod ab.occidente terram in-


glottes les langues étrangères, en effet, leur étaient familières, par le contact avec des gens de tous les pays. (1) Le NouveauMonde attirait surtout les indigènes on s'embarquait pour le Brésil et le Canada nouvellement découvert avec une facilité vraiment étonnante.

Henri III, « considérant de quelle importance est à son service la chastellanie d'Hiers, ville de Jacobpolis sur Brouage et havre dudit lieu, et mesme par la bonté dudict havre, auquel est l'apport de navires tant Flamans, Allemans que autres pour toutes sortes de marchandises, de plus seur et commode accès que aultre de la Guyenne », ne voulut pas qu'un tel port fût à autre qu'à lui il chercha à le donner à la couronne. Un échange eut lieu: Laurent de Maugiron, comte de Montléans, lieutenant général en Dauphiné et sénéchal de Valentinois, fils de Guy de Maugiron et d'Ozanne L'Hermite, père de Louis de Maugiron, ce favori de Henri III tué le 27 avril 1578, dans le fameux duel des mignons, tenait de sa tante maternelle, Jeanne L'Hermite, petitefille de Tristan L'Hermite, la principauté de Mortagne sur Gironde. Il échangea sa principauté contre les terres et seigneuries de Saint-Symphorien d'Ozon (Isère), de Pinet, canton de Vienne, et de Sainte-Colombe, canton de Condrieu (Rhône), qui étaient plus voisines de ses autres propriétés du Dauphiné. Et le roi, par acte du 17 mars 1578 (Voir Bouage et Champlain, in-8', 1879, page 4), donna Mortagne à Jacques de Pons qui lui céda le havre de Brouage.

La curiosité naturelle du jeune Samuel de Champlain fut éveillée par les récits des merveilles d'outre-mer, et son goût des aventures excité par les périls de latraversésetlesdangersqu'on courait là-bas contre les sauvages (2). Toutefois, avant de servir dans la marine, il voulut être soldat sur terre il était maréchal des logis dans l'armée catholique du maréchal François d'Aumont, qui mourut en août 1595; il le fut ensuite sous François d'Epinay Saint-Luc, gouverneur de Saintonge, qui défendit Brouage contre les calvinistes enfin à la mort de celui-ci (1597), sous le maréchal Charles deCossé-Brissac. Le traité de Vervins

trans portum facit tota Europa celeberrimum, Brouagium dictum, cujus seque tranquillus est accessus, quam excipiendis oncrariis navibus tutus mercatorum ilhuc de Germania, Flandria, Anglia atque aliis terris commigrantium, ut solem factitium (cujus est hic uberrimus proventus) ad suos importent. » De Santonum regione et illustrioribus familiis (1598), p. 28 de l'édition de 1889.

(1) « Incolœ fere omnes familiares habent peregrinas linguas, quippe illis necessarias ad commercium cum peregrinis ithic indique at'Ouentibus ibidem plerosque videas, quibus in novas quas dicunt terras, Brasiliam quoque et Canadam navigationibus iteratis tam faciis est accessus ut sylvestres homines, feros et anthropophagos sensim cireurent. » Idem, page 30.

(2) <[ C'est cet art (La navigation) qui m'a dès mon bas âge attiré à l'armée et qui a provoqué à m'exposer presque toute ma vie aux ondes impétueuses de l'Océan. » Champlain à la reine régente épitre imprimée en tête de son édition du voyage de 1613.


(2 mai 1598) licencia l'armée alors en Bretagne; Champlain était libre. Une circonstance décida de sa vocation maritime. Son oncle, le capitaine Provençal, fut chargé par Cossé-Brissac de ramener dans leur pays les Espagnols de la garnison de Blavet, place forte que le traité les forçait d'évacuer. Son neveu obtint de t'accompagner. II monta donc avec lui sur le navire le Saint-Julien. C'était un excédent voilier aussi, quand les vaisseaux nolisés pour le roi d'Espagne eurent rapatrié ses soldats dans le port de Cadix, il fréta le Saint-Julien, au prix mensuel d'un écu par tonneau. L'oncle, retenu par la maladie, ne put s'embarquer; il confia son bâtiment à son neveu et voilà Champlain voguant (janvier !599) vers les iles du golfe du Mexique avec les galions de la flotte que commandait un chevalier de Malte, dom Franciso Colombo. Il avait 29 ans. Le voyage dura deux ans. Le capitaine visite les Canaries, découvertes en 1402 par un gentilhomme normand, Jean de Béthencourt, les Antilles, les îles Vierges, Porto-Rico, où il remarque, entre autres, un arbre qui de provins en provins « tenait plus d'une lieue et quart », Saint-Domingue, Cuba, Saint-Jean d'Ulloa, Mexico, qui renfermait alors de douze à q.uinze mille Espagnols, six fois autant d'Indiens chrétiens et quantité de nègres esclaves employés aux mines d'argent puis Porto-Bello d'où il se rendit à Panama en traversant l'isthme la rade est bonne et Panama est une ville fort marchande il pense que si l'on coupait les quatre lieues qui séparent ces deux villes, e l'on raccourcirait le chemin de plus de quinze cents lieues. On voit clairement ici l'idée du percement de l'isthme et par suite du canal interocéanique. Les historiens ont reconnu que c'était un Français, un Saintongeais, Champlain, qui a ce mérite de l'avoir signalé le premier.

Colomb lui avait donné rendez-vous à La Havane il fut fort bien accueilli du commandant, et toute la flotte des Indes fit route vers l'Espagne; elle entra à Séville au commencement de mars l'iOL

Ce voyage fut singulièrement utile à Champlain, en même temps qu'il accrut son amour de courir les mers et de voir des pays inconnus. Partout il levait des plans, étudiait la topographie, les moeurs des habitants, les produits du sol. Il acquérait de l'expérience il voyait par lui-même, examinait, réfléchissait, comparait. H parcourut les colonies espagnoles en observateur. Le récit de cette circumnavigation qu'il nous a laissé montre chez lui beaucoup de science. Il souhaitait que la France ne laissât pas les Espagnols et les Portugais s'emparer des meilleures terres; il voulait que sa patrie, elle aussi, eût des régions où planter son drapeau. H adressa un rapport au roi. Henri IV fut frappé des vues du navigateur; il lui accorda une pension. C'était une récompense et un encouragement. Champlain se rendit à la cour pour remercier sa majesté. Henri IV, avec sa haute intelligence, lui si désireux de la prospérité et de l'agrandissement de la France, entra dans les vues


du navigateur. Il vit immédiatement ce qu'il était possible de faire en cas de guerre contre ses ennemis; il lui fallait à lui aussi des colonies. Il mit Champlain en relation avec le commandeur de Chastes.

Aymard de Chastes, de la maison de Clermont, chevalier de Malte, commandeur de Lormeteau, abbé de Fécamp et grandmaître de l'ordre de Saint-Lazare, était gouverneur de Dieppe, cet autre nid de marins aventureux. C'était un homme remarquable. « Bien qu'il eût la tête chargée d'autant de cheveux gris que d'années », dit Champlain, il avait rêvé de fonder en personne un établissement au Canada « pour consacrer le reste de ses ans au service de Dieu et de son roi, en y faisant une demeure arrêtée, pour y vivre et mourir glorieusement, » (1) H avait des lettres patentes du roi. Chastes, reconnaissant en ce Saintongeais un esprit vif et sagace, un génie observateur et des connaissances spéciales, une conformité d'idées pour le bien public, lui proposa de l'aider; il irait là-bas en éclaireur sur la flotte que Robert Gravé, sieur du Pont, préparait. Le 15 avril 1603, il part de Honfleur. La flottille composée de moyennes barques de douze à quinze tonneaux, arriva, le 24 mai, à Tadoussac; la traversée avait duré un mois et neuf jours. Débarqués, Champlain et Pont-Gravé se mirent à la recherche des habitants. Ils ramenaient deux Indiens qui avaient consenti à suivre Pont-Gravé en France. Les indigènes accueillirent avec de grandes démonstrations de joie leurs compatriotes qu'ils ne comptaient guère revoir; ils écoutèrent avec ébahissement le récit des merveilles qu'ils avaient vues, des bons traitements qu'ils avaient reçus. C'en était fait la France était une grande nation qui voulait du bien aux Indiens, et les Indiens voulaient du bien à la France. Le chef le dit dans une longue harangue; on fuma le calumet de la paix. Nous avions des amis de plus, que la prudence et la probité de Champlain surent nous attacher encore.

Champlain, dans son mémoire Les Sauvages, a peint les mœurs de ces hommes, vraies brutes qui vivaient dans la plus grossière ignorance et les plus honteuses superstitions, et cela depuis des siècles tant il est vrai que les nations déchues ne progressent pas d'elles-mêmes, et qu'elles restent plongées dans la barbarie si quelqu'un n'éveille leur intelligence engourdie et n'ouvre leurs yeux à la lumière de la civilisation. Pourtant, quelques bribes d'une croyance antérieure, quelques réminiscences d'un état meilleur subsistaient encore dans ces âmes matérialisées. Ils croyaient à un Dieu créateur de toutes choses; en outre il y avait un fils, une mère et le soleil; Dieu était le plus grand des quatre. Quand il eut créé toutes choses,

(1) Homme très honorable, bon catholique, grand serviteur du roi, qui avait dignement servi sa majesté en plusieurs occasions signalées. (Voyages de Champlain, liv. I, ch. 7).


il prit quantité de flèches et les mit en terre, d'où il sortit hommes et femmes qui ont multiplié jusqu'à présent. Dieu avait autrefois communiqué avec leurs ancêtres: le diable, lui, parlait à leurs sorciers qui suivaient aveuglement ses conseils, jusqu'à tuer un Français ou un indigène sans remords. Dans ce mélange singulier d'erreurs, Champlain reconnut aisément la doctrine primitive du christianisme un Dieu créateur, la trinité, l'homme sorti de la terre, la lutte du bien et du mal; et il fut convaincu qu'il serait facile d'amener ces peuplades au catholicisme.

Le pionnier rapportait en France, où il débarqua le 20 septembre, une ample moisson de faits et d'observations il rappelait et confirmait les découvertes de Jacques Cartier. Il sut faire partager à Henri IV la résolution de fonder une colonie au Canada. Malheureusement le grand promoteur de l'entreprise, le commandeur Aymard de Chastes, était mort le 1~ mai précédent, et l'on put croire que tous les projets de colonisation étaient à vau-l'eau. Mais notre Saintongeais était tenace il avait vu le Canada, et quand il pouvait trouver ailleurs à exercer son activité et donner carrière à son esprit entreprenant, c'est vers le Canada qu'il dirigea sa fermeté, sa hardiesse, sa résolution c'est au Canada qu'il s'attacha dès lors c'est au Canada qu'il consacra trente ans de son existence. Comme un autre Saintongeais, Bernard Palissy, qui ayant vu une coupe émaillée n'eut plus de repos qu'il n'en eut fait une semblable, et passa 25 années de sa vie à chercher l'émail de même Samuel de Champlain n'eut plus qu'une pensée, donner une grande province à la France, la peupler, y introduire nos mœurs, notre civilisation, notre religion. Les obstacles lui vinrent de tous côtés rivalités des nations, jalousie des envieux, indifférence des uns, hostilité des autres. Il eut à lutter contre les sauvages, contre les Anglais, contre ses compatriotes même. Son noble cœur ne se découragea jamais i'œil toujours fixé sur son but, il va droit son chemin, à travers les dangers, les privations, les fatigues.

La compagnie formée de marchands de Rouen et de La Rochelle, les frais assurés, le roi ayant, par lettres patentes du 18 décembre, octroyé pour dix ans le privilège exclusif des pelleteries et autres marchandises, avec diminution des droits d'entrée en France, la flottille partit du Havre de Grâce, le 7 avril 1604. Quatre vaisseaux la composaient. L'un était commandé par Pont-Gravé qui avait à son bord le capitaine Morel, de Honfleur; un autre, par Du Gua qui avait Champlain comme lieutenant et Jean de Biencourt, sieur de Poutrincourt en Normandie, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, qui allait en Acadie choisir des terres pour y fixer sa famille. Après deux ans d'essais, Du Gua dut revenir en France, son privilège ayant été révoqué. Champlain resta avec Poutrincourt. Pendant trois ans il visita en détail la côte méridionale de l'Acadie et celles de la baie française entre cette presqu'île et le


continent jusque vers les lieux où fut depuis Boston. Puis, les colons, ne voyant venir ni leur chef ni les secours promis, partirent pour la France. Champlain entrait à Saint-Malo dans les premiers jours d'octobre 1607.

Du Gua était découragé; Champlain, par ses récits, par ses démonstrations, parvint à le convaincre que le peu de succès venait de l'idée de s'établir en Acadie, que c'était au Canada qu'il fallait uniquement songer. Henri IV, déjà persuadé, donna l'ordre à Du Gua de porter ses vues sur les rives du Saint-Laurent, et lui accorda à cet effet (7 janvier 1608) le privilège de la traite des pelleteries pour un an. Du Gua nomma Champlain son lieutenant.

Le pionnier allait pouvoir agir par lui-même, avec un titre officiel et l'appui du roi. A son premier voyage il avait remarqué, à 130 lieues de l'embouchure du Saint-Laurent, un endroit où le fleuve se rétrécissait, et nommé à cause de cela Quelibec, Québec, par les indigènes. Il crut ce lieu plus propre à ses desseins que Tadoussac, situé 30 lieues plus bas. L'avenir lui a donné raison.

« Le site que choisit Champlain, dit l'abbé Ferland (Cours d'histoire du Canada, t. I", page 142), convenait admirablement à son dessein de créer et d'organiser une France nouvelle dans l'Amérique. Placé à cent trente lieues de l'embouchure du Saint-Laurent, Québec possède un havre magnifique qui peut contenir les flottes les plus nombreuses, et où les plus gros vaisseaux peuvent arriver facilement de la mer. A ses pieds coule le grand fleuve, qui fournit une large voie pour pénétrer jusqu'au centre de l'Amérique septentrionale. Sur ce point, le Saint-Laurent se rétrécit considérablement, n'ayant au plus qu'un mille de largeur; de sorte que les canons de la villecitadelle peuvent foudroyer les vaisseaux qui tenteraient de franchir le passage. Québec est donc la clef de la vallée du grand fleuve, dont le cours est de près de 800 lieues il est la sentinelle avancée du grand empire français que rêva Louis XIV, et qui devait se prolonger depuis le détroit de Belle-Isle jusques au golfe du Mexique. »

Quand Christophe Colomb eut mis le pied en Amérique (1492) et planté le drapeau de l'Espagne sur ces rivages inconnus, chaque nation rivalisa de zèle pour découvrir à son tour quelque continent ou du moins s'assurer la possession de terres sur le nouveau. Henri VIII chargea le vénitien Jean Cabot et son fils Sébastien d'occuper pour lui un point. François I" donna une pareille mission au florentin Jean Verazzani, qui aborda en 1524 au Canada qu'il nomma Nouvelle-France. Ce fut Jacques Cartier, de Saint-Malo, qui prit réellement possession du Canada, et remonta jusqu'à Montréal. Il y fit quatre voyages de 1534 à 1544: au troisième,avecRoberval,gentiMommepicard,


qui avait le titre de vice-roi. Roberval y alla une seconde fois lui-même en 1549 et ne reparut plus, ni ses vaisseaux. Le résultat était peu encourageant. En 1577, un noble breton, le marquis de La Roche, ancien page de Catherine de Médicis, y retourna avec cinquante repris de justice. L'entreprise échoua, et ce fut peut-être heureux. Le gouvernement sembla abandonner l'affaire. Pourtant, quelques commerçants s'associèrent pour établir un comptoir et choisirent pour mettre à leur tête un capitaine de vaisseau, Pierre de Chauvin, sieur de Tontuit, de Honfleur en Normandie. Chauvin était bien en cour il obtint des lettres patentes qui lui conféraient le privilège du commerce des peaux de castor lui se chargeait des frais d'établissement à Tadoussac, qui furent mesquins. Quand il décéda en 1601, rien n'était fait. Le commandeur de Chastes lui avait succédé on a vu comment sa mort avait tout remis en question.

Notre explorateur, plein de modestie, sentait bien, quoiqu'il fût capable de mener à bien l'œuvre, qu'un mince gentilhomme, sans fortune, sans protections, n'aurait pas l'autorité suffisante pour commander une expédition en chef; il savait s'effacer. Qu'importait pourvu que le succès suivît Il suggéra à Pierre du Gua, de Mons, la pensée de continuer les projets de Chastes il n'y avait qu'à obtenir le privilège de la traite avec quoi il formerait une compagnie de commerce qui lui assurerait les ressources nécessaires. Ainsi font encore les maisons de commerce qui envoient à leurs frais de hardis explorateurs sur tous les points de l'Afrique pour y établir des comptoirs. Pierre du Gua était un Saintongeais. Fils de Guy du Gua, sieur de Mons en la paroisse de Royan, et de Claire Goumard, fille et héritière de Jean, seigneur de Blanzay, du Puy du Fou et de Saint-Georges de Rexe, il était gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et gouverneur de Pons (1) il avait rendu des services au roi pendant ta ligue il ne lui fut donc pas difficile d'obtenir sa commission. L'édit royal du 8 novembre 1603 le nommait « lieutenant général au pays de La Cadie du 40° au 46° degré pour peupler, cultiver et faire habiter ces dites terres le plus promptement. à condition d'y planter la foi catholique, apostolique et romaine, permettant de laisser vivre chacun dans sa religion, »

Le choix était bon car Pierre du Gua de Mons était riche, ce qui n'était pas pour nuire à l'entreprise; de plus il avait déjà visité le Canada en 1599 et montré son courage; il avait des vues élevées, de l'expérience, et sa légitime ambition était d'attacher son nom à une fondation. Mais il était protestant et amena

(1) Voir La Saintonge et ses familles illustres (1889), généalogie des Goumard d'hehUIais, de La Vallée, etc., page 143. Un François du Gua, sieur de La Rochebreuillet, épousa vers 1620 Marie de La Rochefoucauld, fille de François, seigneur du Parc d'Archiac, et d'Isabelle Goumard. Alain appelle les Du Gua « ara familia ». Voir pages 74, 161. De Thou fait l'éloge de Pierre du Gua.


avec lui des ministres Pont-Gravé, son compagnon, papiste, avait des ecclésiastiques sur son bâtiment. La zizanie religieuse se mit dans les immigrants; on discuta l'animosité s'en suivit. Des luttes scandaleuses éclatèrent, qui édifièrent peu les indigènes « J'ai vu, dit Champlain, le ministre et notre curé s'entre-battre à coups de poing. Je ne sais pas qui était le plus vaillant. Les sauvages prennent parti tantôt pour l'un, tantôt pour l'autre. » Où il eut fallu l'union complète, l'harmonie parfaite, régnaient la discorde et la haine.

Enfin Pierre du Gua voulait bâtir en Acadie; il perdit en recherches un temps précieux.

Champlain partit de Honfleur le 13 avril sur le Don-de-Dieu, commandé par le capitaine Couillard, qui avait déjà navigué avec Gravé et même avec Pierre de Chauvin. Pont-Gravé avait mis à la voile huit jours plus tôt sur le Lévrier, capitaine Nicolas Marion. Le 3 juillet, Champlain, parti le 30 juin de Tadoussac, mettait pied à terre sur le rivage de Québec, avec les 30 hommes qui l'accompagnaient. Vite à l'œuvre on abat un carré d'arbres on creuse une cave et des fossés on charpente le bois, on construit magasin pour les vivres, logement pour les hommes. Voilà les humbles débuts d'une ville importante. C'est ainsi que commencent les grandes choses. Le 1er octobre; Champlain semait du blé; le 24, il plantait la vigne, indice d'une volonté ferme d'établissement durable. La colonie apprenait à se suffire à elle-même. C'est une date mémorable que celle où la cognée abattit le premier arbre qui servit à une cabane, et où quelques manouvriers campèrent sous cet abri improvisé. Prévoyaient-ils les magnifiques destinées de cette ville et l'avenir du pays ? Mais quelles difficultés D'abord on conspire contre le lieutenant général il faisait trop travailler et nourrissait mal. S'il n'était plus là, on se gobergerait à l'aise; on pillerait les vivres on défoncerait les tonneaux on ferait main basse sur l'argent; et vive la ripaille. Des contrebandiers Espagnols étaient près, jaloux des Français et gênés par leurs canons ils promettaient auxrévoltés appui, secours, asile. L'assassinat est résolu. Le chef du complot est Jean Duval, serrurier. Jadis blessé d'une flèche

dans une rencontre avec les sauvages, il a été sauvé, soigne, guéri par Champlain il lui en veut à mort cela devait être. Mais le secret est révélé par Natel, un des complices. Quatre matelots sont saisis, garrotés, expédiés à Tadoussac. PontGravé fait une enquête, constitue un tribunal; les coupables, convaincus du crime, sont condamnés à mort; ils furent ramenés en France, à Pierre de Mons, qui pardonna. Jean Duval, lui, fut pendu à Québec; et sa tête mise au bout d'un pique, apprit aux autres que, quoique loin de la France, il y avait une justice et qu'il ne ferait pas bon de tuer, à moins qu'on ne voulût être tué. Et depuis personne oncques ne se plaignit, même de privations dont le chef avait sa part, ni ne parla de sédition, de complots. Champlain, qui était la bonté même, avait montré sa fermeté.

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Puis la maladie, scorbut, dyssenterie. Au printemps, des vingt-quatre Européens il ne survivait que huit, et encore n'étaient-ils pas bien valides. Tant furent difficiles les débuts d'une entreprise que seule pouvaient mener à bonne fin la volonté, l'énergie, l'habileté

Et les déceptions! Le découvreur cherchait à tra.vers l'Amérique du Nord un chemin pour aller aux Indes orientales et en Chine. Un jour, il crut être sur la voie. Nicolas du Vignau lui affirma qu'il avait vu la mer du Nord on y pouvait aller et revenir en 7 jours; un navire anglais y avait échoué, dont l'équipage, 80 hommes, avait été massacré par les sauvages. Convaincu par ces détails, Champlain se mit en route il marcha pendant plus d'un mois, jusqu'à ce qu'enfin du Vignau, « le plus impudent menteur qui se soit veu de longtemps », finit par avouer qu'il avait inventé cette mer dans le désir de la voir.

Et ses tribulations avec la compagnie Les marchands n'avaient qu'un but gagner de l'argent le commerce des pelleteries était leur unique souci; la traite avec les sauvages, leur grande affaire. Ils ne voyaient que le profit, et le profit immédiat. Bénéfice à réaliser, tout est là. Sans doute, leur mandataire faisait tous ses efforts pour les satisfaire; il pourchassait les Basques qui vendaient aux indigènes des armes à feu et des munitions de guerre, péril imminent pour cette poignée de Français jetés en plein pays ennemi il arrêtait les contrebandiers qui enlevaient le. trafic aux agents de la compagnie; il favorisait l'extension du commerce dont elle avait en droit le monopole. Mais il avait des \ues plus hautes peupler ce magnifique pays, rendre productif un sol qui n'attendait que le travail du manoeuvre, le mettre en état de se suffire à lui-même. Il y parvint un peu, mais après 22 ans; ce n'est que le 27 avril 1628 que la terre « fut entamée avec le soc et les bœufs a La persévérance de cet homme remarquable et sa foi dans le succès de son entreprise sont dignes de notre admiration, dit M. Margry; ses biens, son temps, ses talents, sa vie même sont dévoués à la colonie naissante. Au milieu de toutes les contradictions, il marche courageusement vers le but qu'il s'est proposé pour l'honneur de la religion et pour la gloire de la France; tantôt il lutte, se raidit contre les mille tracasseries que l'égoisme et la jalousie lui suscitent de la mère patrie. Il est négligé par les grands; à leur tour les marchands, plus empressés à partager ses profits qu'à fournir aux dépenses nécessaires, l'abandonnent à ses propres ressources sa prudence et sa constance surmontent à la longue tous les obstacles et font enfin réussir la bonne œuvre. JI

Champlain rappelé en France partit de Tadoussac le 5 septembre lt)(X), laissant Québec commencé sous la surveillance de Pont-Gravé. II débarqua à Honneur le 13 octobre. Pierre de Mons était un peu dégoûté ses sacrifices considérables étaient en pure perte. Il ne put pourtant décourager notre pionnier,


toujours ferme, toujours croyant, toujours dévoué. Champlain se tourna vers la marquise de Guercheville. C'était Antoinette de Pons, dame d'honneur de la reine Marie de Médicis, fille de cet Antoine de Pons, comte de Marennes, baron d'Oleron, qui joua un si grand rote en Saintonge au xvi" siècle. Elle offrait d'acheter les droits de Mons, qui ne trouva pas le prix assez élevé. Cependant elle témoigna beaucoup d'intérêt à l'œuvre de Champlain. Elle favorisa (1610-1611) l'établissement des jésuites au Canada, quêta pour eux à la cour, paya leur passage, et fit un fonds pour leur entretien. Ce fut elle qui créa Saint-Sauveur à l'île des Monts-Déserts.

Champlain qui voulait à tout prix réussir chercha des associés à Mons; Legendre et Caulier, de Rouen, fournirent les fonds, et le pionnier repartit de Honfleur, le 7 mars i610, avec son vaisseau et onze artisans. En route, il tombe malade, revient au Havre en bateau; son vaisseau est aussi obligé de relâcher; enfin le 8 avril, il dit adieu à Honfleur et arrive à Tadoussac le 25; c'est la traversée la plus courte dont les annales fassent mention. Deux jours après, il revoyait son cher Québec. Le capitaine Pierre de Chauvin, de Dieppe, sieur de la Pierre, et ses compagnons avaient fort bien passé l'hiver. Les Montagnais l'attendaient pour marcher avec les Algonquins contre les Iroquois. En échange de son appui, ils devaient le conduire dans l'intérieur et lui faire connaître le pays. L'ennemi était retranché derrière une palissade de gros arbres entassés, et faisait de là pleuvoir une grêle de flèches sur les assaillants. Champlain, qui ne se ménageait pas, fut blessé. La flèche, qui lui fendit le bout de l'oreille et pénétra dans le cou, était terminée par une pierre fort aiguë, que nos archéologues classeraient certainement parmi les objets préhistoriques de l'époque quarternaire. Mais quand on eût pratiqué à force de bras une ouverture dans la barricade, les balles des mousquets eurent bien vite raison des Iroquois tous furent tués quinze seulement faits prisonniers.

Il n'entre pas dans notre plan, de raconter par le menu tous les voyages de Champlain du Canada en France et vice uersa, En 1611, il revient en France et débarque à La Rochelle le 11 août. Il repart de Honfleur le 1" mars, et arrive à Tadoussac, le 13 mai, après une traversée extrêmement dangereuse. Le 20 juillet, il disait de nouveau adieu à son habitation de Québec; il abordait, le 10 septembre, à La Rochelle, sur le vaisseau du capitaine Thibault. Le 6 mars 1613, départ de Honfleur sur le vaisseau de Pont-Grave retour à Saint-Malo le 2J août. Il reprend la mer au printemps de 1615 et revoit Tadoussac le 25 mai. Nouveaux voyages en 1617 et en 1618. Il passa quatre ans dans la Nouvelle-France. Le 15 août 1625, il part pour la France, s'embarque de nouveau à Dieppe le 15 avril 162u. On s'étonne de cette-facilité à parcourir les mers tous les ans, de cette insouciance à s'exposer aux périls et aux lenteurs de la traversée. Rien n'arrêtait Champlain. C'était à Paris, à la cour, qu'il s'oc-


cupait du Canada et qu'il protégeait utilement les intérêts de la colonie. Pendant l'hiver, les explorations étaient impossibles mais ce temps-là était avantageusement occupé à plaider la cause de la colonisation auprès des compagnies qui ne voyaient guère que leurs propres avantages, auprès du roi, auprès des grands.

A Paris, il multipliait ses démarches. Nous avons publié (Brouage et Champlain) le mémoire qu'il présenta au roi et à son conseil, le 18 février 1618, < utilité que le sieur de Champlain dict et entend que le roy recepvra de l'entreprise de la Nouvelle-France, s'il plaist à sa majesté d'y entendre, » puis sa supplique « à la chambre de commerce pour lui recommander ses voyages de découvertes au Canada. Depuis 16 ans, il a « travaillé avec un soing laborieux tant aux découvertes de la Nouvelle-France que de divers peuples et nations qu'il a amenez à nostre cognoissance qui n'avait jamais esté connus que par luy lesquels lui ont donné telle et si fidète relation des mers du nord et du sud que l'on n'en peut doubter, qui serait le moyen de parvenir au royaume de la Chine et des Indes Orientales d'où l'on tirerait de grandes richesses, outre le culte divin qui s'y pourroit planter, comme le peuvent tesmoigner nos religieux récollés. » Si le roi abandonne ce pays, « les Anglais ou Flamans, envieux de nostre bien, s'en empareroient en jouissant du f~uit de nos labeurs. Le mémoire énumère les avantages, « d'abord l'établissement de la foy chrestienne parmy un peuple infini d'âmes, lequel ne tient ny n'a aucune forme de religion x puis le roi aura <f une terre de près de 18,000 lieues de long, arrousée des plus beaux fleuves du monde et des plus grands lacs en plus grande quantité et les plus fertiles et abondans en toute sorte de poissons qui se peuvent trouver, comme aussi des plus grandes prairies, campagnes, forests remplis la plupart de nouyers, etcousteauxtrès agréables, où il a trouvé grande quantité de vignes sauvages, lesquelles apportent le grain aultant et plus gros que les nostres, toutes cultivées qu'elles soient; puis les impôts que le roi lèveraient sur les navires et les marchandises « le passage de la mer du sud qui raccourcirait de plus d'un an et demy de temps, » sans compter les dangers. « Et d'autant que tous les estais qui subsistent sont appuyés politiquement sur quatre arcs-boutans, lesquels sont la force, la justice, les marchandises et le labourage, » il veut qu'avec les missionnaires il y ait « trois cens bons hommes bien armez et disciplinez, mais qui sachent pourtant travailler car il ajoute très sagement, « n'estant besoing aux establissements de colonnyes d'y porter des personnes de quelque qualité que ce soit, qui ne sçachent gaigner leur vie. » Et il énumère à la chambre de commerce les productions du pays, blés, mais, fèves, pins, racines, « dont la teinture fait une couleur pareille à la cachemire, » chanvre, vignes, les marbres, jaspes, albâtre, porphyre et autres, les profits qu'on tirera du bétail et du trafic des pelleteries, « tant


des martres,- castors, renards, loups-cerviers et autres fourures avec peau de cerfs, eslans, buffles. »' La chambre de commerce recommanda chaudement Champlain au roi. Il intéressa aussi à sa cause le président Jeannin, qui l'encouragea fort et lui donna d'utiles conseils. Pourtant il lui fallait un protecteur puissant, capable d'imposer sa volonté aux compagnies et de soutenir son œuvre humanitaire. Par l'intermédiaire de M. de Beaulieu, conseiller et aumônier ordinaire du roi, il pùt exposer son plan à Charles de Bourbon, comte de Soissons, fils de Louis I" prince de Condé Le comte l'écouta, l'interrogea, examina ses rapports, ses cartes, et le 8 octobre 1612, il était nommé gouverneur et lieutenant général de la NouvelleFrance. Champlain était son lieutenant jl~ octobre) beau succès. Mais le comte de Soissons mourut quelques jours après. C'était à désespérer. Heureusement, le prince de Condé, Henri II, accepta la succession de son oncle. Ce fils d'Henri I" et de Charlotte de La Trémoille, se souvenait-il que, né à SaintJean d'Angély (1588), il était Saintongeais comme Champlain ? Tout allait bien. Sur ces entrefaites Condé, révolté, fut arrêté (ler septembre tb)6~, resta enfermé trois ans à la Bastille et à Vincennes il avait bien d'autres soucis que le Canada et les marchands recommençaient leurs plaintes, leurs tracasseries, leurs accusations contre l'honnête et persévérant pionnier. Le maréchal de Thémines, Pons de Lauzières, qui avait été fait maréchal pour avoir arrêté Condé, fut nommé lieutenant général de la Nouvelle-France. De là des contestations avec Condé, chacun prétendant avoir seul droit aux gratifications de la compagnie. Le prince, mis en liberté et rétabli dans ses dignités (tu20). céda, moyennant 11,000 écus, sa charge de viceroi à son beau-frère, le duc de Montmorency, amiral de France. Montmorency prit son titre à cœur; il accorda sa confiance entière à Champlain et sa protection hautement déclarée fit un moment cesser les embarras. Mais lui-même, fatigué des ennuis que lui causaient la compagnie d'Emeric de Caen en lutte avec celle de Pierre de Mons, finit par abandonner une charge, « qui lui rompait plus la tête que ses affaires plus importantes », à son neveu Henri de Levis, duc de Ventadour. A travers ces vicissitudes et ces mutations, Champlain restait l'homme nécessaire, indispensable, qui assurait l'unité de vues et de plans, et qui, il faut le dire, sauvait l'entreprise sans cesse menacée. Aussi le duc, par lettre du 15 février 1627, confirma-t-il, comme ses prédécesseurs, Champlain dans ses fonctions de lieutenant, en lui donnant à lui-même pour lieutenant son beau-frère, Eustache Boullé.

On peut juger par là des tracas qu'eut à subir le pionnier. Là bas, c'était l'organisation pénible, la lutte contre les indigènes et même les Européens, Espagnols, Basques, Bretons; les privations, la vie dure et pénible du trappeur, auxquelles s'ajoutaient les soucis et les préoccupations du chef; en mer, où il passait trois mois de l'année à. peu près, les périls de la navigation sur


des barques qui n'avaient rien de nos steamers ou de nos paquebots. En France, où il aurait dû trouver quelque repos, des inquiétudes perpétuelles sur le sort de sa colonie, des combats de chaque jour contre l'hostilité des rivaux, contre les prétentions des Malouins, des Rochelais, des Normands, qui voyaient son succès d'un oeil jaloux et s'efforçaient d'entraver ses démarches, de ruiner l'entreprise. Et ces éternels changements de direction qui mettaient presque chaque année tout en question de Mons, le comte de Soissons, le prince de Condé, le maréchal de Thémines, Montmorency, Ventadour. Il était temps que Richelieu parût.

Déjà, aux états généraux de l6t4, où les plaintes des mécontents contre lui étaient parvenues, il avait su gagner les sympathies d'un grand nombre de députés. II vit les cardinaux, les évêques, leur exposa l'état misérable de ces populations, qui vivaient sans foi, sans loi, sans Dieu il réunit une somme de quinze cent livres pour leur envoyer des religieux. Par l'entremise de Louis Houel. secrétaire du roi et contrôleur général des salines de Brouage, qui connaissait beaucoup le P. du Verger, provincial des récollets, il obtenait des missionnaires pour ces lieux sauvages. Le 26 juillet 1615, il entendait chez les Hurons la première messe célébrée par le P. Joseph de Caron. Québec avait eu ses premiers offices un mois auparavant par le P. Jean Dolbeau et le frère Pacifique Duplessis (1).

Parfois, il recevait aussi quelques consolations et quelques encouragements. Le 24 févrierl621, Louis XIII écrivait: « Champlain, j'ai veu par vos lettres du 15 du mois d'aoust avec quelle affection vous travaillez par delà à vostre establissement et à ce qui regarde le bien de mon service; de quoi je vous sçai très bon gré aussi aurois-je à plaisir de le recognoistre à votre avantage, quand il s'en offrira l'occasion, et ai bien volontiers accordé quelques munitions de guerre qui m'ont esté demandées, pour vous donner toujours plus de moyen de subsister et de continuer en ce bon devoir, ainsi que je me le promets de vostre soing et fidélité. »

C'est pendant son séjour en France de l'année 1610 que le fondateur be maria il avait quarante ans ses continuelles

(1) Veut-on savoir « l'état des personnes qui devaient être menées et entretenues en l'habitation de Québec pour l'année 1619 » ? Trois religieux récollets et le chef de la colonie, puis 80 hommes, commis, officiers et laboureurs.

Liste des armes, munitions, outils, matériaux, habillements, ustensiles de ménage Le service de la table du chef se composait de « 36 plats, autant d'escuelles et d'assiettes, 6 salières, 6 aiguières, 2 bassines, 6 pots de 2 pintes chacun, 6 pintes, 6 chopines, 6 demi-setiers, le tout d'estain 2 douzaines de nappes, 24 douzaines de serviettes pour la cuisine, une douzaine de chaudières de cuivre, 6 paires de chenets, 6 poisles à frire, 6 grilles 2 taureaux d'un an, génisses et brebis autant qu'on en pouvoit emporter, toutes sortes de graines. »


aventures ne lui avaient pas, jusqu'alors, permis de songer à son établissement. A ce moment l'avenir lui paraissait moins sombre. Le 27 décembre, le contrat fut passé à Paris en présence de parents et d'amis « Pierre du Gas, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et son lieutenant général en la Nouvelle-France, gouverneur de Pons en Sainctonge pour le service de sa majesté Lucas Legendre, marchand, bourgeois à Rouen Hercules Rouer et Marcel Chesnu, bourgeois à Paris Jehan Roernan, secrétaire du sieur de Mons, etc. Il épousait Hélène Boullé, fille de Nicolas Boullé, secrétaire de la chambre du roi, et de Marguerite Alix. La future avait douze ans, et le mariage ne devait avoir lieu que deux ans après (1). Elle était calviniste son mari l'instruisit lui-même, et elle embrassa la religion catholique, à laquelle elle demeura fermement attachée. En mai 1620, il emmena en Amérique sa jeune femme qui ne craignit pas les périls de l'océan et les ennuis d'un pays dénué de tout. Eustache Boullé fut agréablement surpris de voir sa sœur braver si courageusement les dangers. Le 12 juillet, on arrivait à Québec. A l'issue d'une messe d'actions de grâces, on lut publiquement les lettres de la commission royale etcelles du vice-roi on tira le canon, on cria « Vive le roi 1 c'était la prise de possession solennelle de la France.

La maison de la jeune épouse n'était pas des plus confortables Je trouvoi, dit son mari, cette pauvre habitation si désolée et ruinée qu'elle me faisoit pitié. H y pleuvoit de toutes parts l'air entroit par toutes les jointures du plancher le magasin s'en alloit tomber, la cour si sale et si orde. Québec commençait comme finit Brouage.

Hélène Boullé supporta toutcles privationsdecepayssauvage et tous les inconvénients d'une demeure incomplète et primitive. Elle se mit à l'oeuvre avec ardeur, secondant son mari dans toutes ses entreprises animée d'une vive ardeur de prosélytisme, elle catéchisait les idolâtres elle préludait ainsiauxaustérités futures de sa vie d'ursuline. Cependant son mari jugea à propos de la ramener eu France en 1624 il était souvent absent et son frère Eustache Boullé aussi elle souffrait beaucoup de cet isolement et de son dénuement, elle accoutumée à toutes les douceurs de la vie de Paris. Quand Champlain quitta la France en 1C33, pour la dernière fois, il ne voulut pas quesa femme l'accompagnât de nouveau prévoyait-il qu'il ne reviendrait pas et songeait-il à lui épargner la douleur de se voir seule là-bas dans la colonie encore naissante ? A la nouvelle de sa mort, Hélène Boullé qui avait toujours eu une

(1) Voir le contrat, page 399 de Samuel Champlain, par M E. Dionne; p. 33 des Pièces justificatives des ouvres de Champlain, t. vi. Le 22 juillet 1617 il engage pour le service de sa femme, pendant quatre ans, une servante, Isabelle Terrier, fille de Richard Terrier, facteur de marchands, qui signe au contrat, « moyennant trente sols tournois par chascun an < )a pièce a été publiée par Etienne Charavay, Documents [rtedt<< sur Samuel de Champlain, page 4.


grande piété, entra au couvent des ursulines du faubourg Saint-Jacques à Paris elle avait 35 ans. Treize ans plus tard, à l'exemple de son mari qui avait fondé des villes, elle fondait à Meaux un couvent de cet ordre, en vertu d'une autorisation de Févêque Dominique Séguier, accordée le 10 mars 1648 à « sœur Hélène Boullé, dite de Saint-Augustin, veuve de défunt Samuel de Champlain, ancien capitaine de la marine du Ponent, lieutenant général pour le roy en la Nouvelle-France, et gouverneur pour sa majesté audit pays. » (1) L'île de Sainte-Hélène près de Montréal a conservé le nom de cette sainte femme, que lui avait donné Champlain en Itill, l'année qui suivit son mariage. On sait que, le l"août 1639, des ursulines débarquèrent à Québec et y établirent un monastère florissant. Un peu plus tard, la congrégation de SaintJoseph, fondée à Bordeaux en 1616 par Marie Delpech de L'Etang, pour recueillir les filles orphelines et abandonnées, créa à La Rochelle une maison à laquelle « le gouvernement civilisateur de Louis XIV, désireux d'établir ses colonies sur des bases solides, demandait des jeunes filles « sages et pieuses e qu'il envoyait au Canada, à la Guadeloupe, etc., pour en faire des mères de famille modèles. Grâce à cette conception élevée, nos anciennes possessions françaises, le Canada surtout, conservent, même encore aujourd'hui, une pureté de mœurs et de foi qu'on chercherait vainement parmi nous. Archives histortques de la Saintonge, I, 331.

La guerre de La Rochelle faillit ruiner tous les projets de Champlain. L'Angleterre, qui favorisait la révolte sur le continent, profitait de l'occasion pour essayer d'anéantir l'établissement de Québec, qui commençait à lui porter ombrage. Trois frères, huguenots écossais, David, Louis et Thomas Kerth, qui avaient quitté la France pour passer au service de la GrandeBretagne, se chargèrent de l'opération. La charte de la compagnie des cent associés, créée par Richelieu, excluait les protestants de la colonie ils trouvèrent <t piquant de ruyner des lieux qu'on leur interdisait ».

Le tO juillet 1628, David, monté sur un navire anglais, après avoir ruiné l'habitation récemment fondée au cap Tourmente, somma Champlain de lui remettre Québec. Douze vaisseaux bloquaient le Saint-Laurent. La situation était fort critique. Les vaisseaux qu'on attendait de France depuis la

(1) La pièce a été publiée en 1875 par Etienne Charavay: Documents inédits de Samuel de Champlain, fondateur de Quejbec, in-8°, 8 pages On y lit que « müe d'un saint désir pour l'établissement d'une maison du dit ordre en la ville de Meaux, elle a libéralement donné à la dite maison, pour commencer l'établissement et fondation, la somme de 20,000 livres, et plusieurs meubles et accommodemens. t


fin de juin n'avaient pas paru; les vivres étaient fort rares: De brai, de voiles, de cordages, écrit Champlain, nous n'en avions point ». On était réduit à sept onces de farine de pois par jour il restait à peine cinquante livres de poudre au magasin. Le gouverneur n'avait que cinquante hommes exténués par les privations. Mais il trouvait infâme de livrer ainsi, sans combat, le fort à lui confié. Il répondit fièrement à la lettre de Kerth que s'il « avait envie de le voir de plus près, il devait s'acheminer et non menacer de si loin. » C'est la réponse de Léonidas « Tes armes Viens les prendre. « On admire cette énergie chez les Grecs et les Romains. Quand donc saurons-nous qu'il y a d'aussi beaux traits dans notre histoire 1

Kerth jugea prudent de ne point attaquer de vive force un homme aussi résolu. Le blocus en aurait plus aisément raison, et la famine ferait lentement, mais sûrement, son œuvre toute place assiégée est fatalement prise,si elle n'est secourue à temps. Les vaisseaux français, qui auraient pu ravitailler le fort, ne surent pas éviter la flotte anglaise qui, plus forte en nombre, les dispersa ou les anéantit. Tout l'espoir de la petite garnison s'évanouissait.

Cependant on ne perdait pas courage. Que ne peuvent des hommes de coeur dirigés par un capitaine habile, par un chef aimé et vénéré? Mais dix mois d'attente, c'est bien long; et la disette se faisait cruellement sentir; les sauvages eux-mêmes avaient peine à se suflire et ne pouvaient fournir des vivres. Champlain exhortait ses compagnons à la patience et à l'espoir il leur donnait l'exemple de l'abnégation, et partageait leurs travaux et leurs privations. On négligea les fortifications pour aller dans les bois chercher des racines comestibles. Avec le blé récolté par les jésuites et les récollets, avec le produit de la pêche et de la chasse, qu'on restreignait pourtant à cause de la rareté do la poudre, on ne mourut pas de faim pendant l'hiver. Champlain s'ingénia, se multiplia, s'oubliant pour ne songer qu'aux autres, essaya de traiteravec les Abenaquis, enfin envoya son beau-frère Boullé chercher des provisions avec les hommes qui préféraient tenter le hasard. La barque fut capturée par lea Anglais. C'était la dernière lueur d'espérance qui disparaissait. Il n'y avait plus qu'à s'incliner il fallait se rendre. Un jourquelesvingt hommesqui restaients'occupaient lesuns à la pêche, les autres à déterrer des racines, « on vit paraître des vaisseaux derrière la pointe de Lévis. Une chaloupe s'avance, portant pavillon blanc. Champlain fait mettre au fort un drapeau de même couleur. La chaloupe aborde, et un gentilhomme anglais s'en vient courtoisement présenter une lettre des deux frères Louis et Thomas Kerth qui le sommaient de rendre la place, lui offrant une composition honorable. Un an de résistance dans une mauvaise bicoque, sans ressource, sans vivres, sans munitions, avec vingt hommes dont l'ennemi avait bien deviné la faiblesse en voyant la maigreur de leurs compagnons faits prisonniers, c'était assez; l'honneur était sauf. Champlain


répondit qu'il ne pouvait nier une situation que les Anglais connaissaient que toutefois ils se gardassent de n'approcher à la portée du canon que lorsque la capitulation serait signée. Cette énergie dans la défense, cette résistance prolongée si longtemps, cette fierté dans la défaite, touchèrent l'ennemi il donnait aux Français un vaisseau pour retourner en France, les officiers au service de la compagnie pourraient emporter leurs armes, leurs habits, leurs pelleteries les soldats, une robe de castor; les religieux, leurs robes et leurs livres; on fit l'inventaire de tout ce qui était au fort et à l'habitation. C'était là des conditions fort honorables et les bons procédés des Anglais auraient pu adoucir l'amertume de la reddition. Ce fut avec la douleur dans l'âme que le vaillant capitaine monta sur le vaisseau anglais, et la rage dans le cœur qu'il entendit tonner le canon du vainqueur sur le fort en signe de réjouissance. Le Canada était perdu.

Champlain avait avec lui trois jeunes filles que ses alliés les Montagnais lui avaient données pour otages il avait été leur parrain et les avait nommées La Foi, l'Espérance et la Charité. Elles lui étaient fort attachées une scène déchirante se passa, quand Kerth ne voulut pas leur permettre d'accompagner leur père en France. Champlain était vraiment ému mais Espérance le consolait, en lui disant qu'il reviendrait. En route, par le travers de La Malbaie, Kerth rencontra Emeric de Caen. Le combat s'engage, acharné on en vint à l'abordage. Dès le commencement de la lutte, Champlain et les Francais avaient été enfermés sous le tillac, les panneaux cloués sur eux ils entendaient, impuissants, le bruit de la lutte. Emeric de Caen, voyant approcher deux pataches anglaises, demanda quartier. Il pria qu'on le laissât voir Champlain. Kerth lui dit « Soyez sûr que si l'on tire du vaisseau vous mourrez. II vous est facile, répondit le prisonnier, de me faire mourir dans l'état où je suis. Mais je ne commanderai rien à ces personnes et ne peux empêcher qu'ils fassent leur devoir. » C'est le mot qu'on a prêté à Palissy « Je sais mourir. » Champlain, dans les fers, montrait encore cette grandeur d'âme, cette fermeté Bimple et sans ostentation qui faisait l'admiration de ses ennemis.

En abordant à Plymouth (20 octobre 1629), grande fut la joie de Champlain la paix était faite, et elle avait été conclue avant la prise de Québec donc Québec restait Français. H insista auprès de l'ambassadeur à Londres, Chateauneuf. La réclamation était appuyée par Richelieu. L'affaire traina en longueur enfin ses démarches, ses efforts furent couronnés de succès. Le traité de Saint-Germain en Laye (29 mars 1632) rendait Port-Royal et Québec à la France.

H avait promis, après la prise de Québec par les Anglais, que si jamais le drapeau français y flottait de nouveau, il édifierait une chapelle. Il accomplit son vœu, et Notre-Dame de Recouvrance s'éleva près de l'esplanade du fort, à l'endroit où est


aujourd'hui le maître-autel de Notre-Dame. Puis il se mit à poursuivre avec ardeur ce qu'il considérait comme sa grande œuvre la christianisation du pays. Les sauvages, en quelques années passées sous la domination anglaise, avaient appris à mieux apprécier la France représentée par Champlain. Champlain, par sa fidélité à tenir ses promesses, par sa bonté, sa droiture dans les transactions, l'appui qu'il leur avait prêté dans maintes circonstances, leuravait inspiré une confiance absolue. Il voulait surtout s'attacher les Hurons, peuple nombreux, puissant, capable de lutter contre les Iroquois, seuls ennemis de la colonie naissante. Il sentait que la communauté des croyances religieuses est un lien fort, plus puissant même que l'intérêt. Les Hurons reçurent fort bien les missionnaires que leur envoyait Champlain. L'un d'eux, le père Brébœuf, avait déjà vécu parmi eux. Il séjourna dans un village qui s'appelait La Rochelle. Un petit édifice fut construit dans un village voisin, et les travaux apostoliques, commencés par les récollets, continuérent avec fruit, à la grande joie du colonisateur.

Champlain avait 65 ans; il avait fait la guerre sur terre et sur mer; il avait subi les horreurs d'un siège et les ennuis de la captivité; il avait dépensé son existence à courir les mers, à solliciter les uns et les autres, à chercher des pays inconnus, à convertir des sauvages; le repos lui était dû. Il se remit en route. Ne devait-il pas revoir « cette terre à laquelle il avait donné la vigueur de ses meilleures années, et que ses travaux passés, comme la crainte de les perdre, lui faisaient chérir doublement ? B Ne pouvait-il pas encore quelque chose pour elle, raffermir les indigènes dans leurs bonnes dispositions, rassurer les colons, donner à la colonie les derniers conseils de sa vieille expérience! La compagnie des Cent-Associés créée en 1627 par le cardinal de Richelieu ne trouvait personne plus propre que lui à prendre la direction de la colonie. Une nouvelle commission du roi le nommait (1" mars 1633) son lieutenant « en toute l'étendue du fleuve Saint-Laurent et autres. n Le 2~ mars, il quittait Dieppe, disant adieu à sa femme qu'il aimait tendrement, et sachant sans doute qu'il ne la reverrait plus. Le 23 mai, les trois vaisseaux le Saint-Pierre, le Saint-Jean et le Don-de-Dieu, portant 28 canons et 197 personnes, mariniers et artisans, parmi lesquels plusieurs saintongeais et aunisiens (1), mouillèrent devant Québec. La joie fut immense le fondateur fut accueilli avec de grandes démonstrations d'affection. C'est ce jour-là qu'on vit réellement en lui le père de la patrie. Tous avaient confiance en sa sagesse, en sa fermeté, en son inaltérable dévoûment. On se prit à envisager l'avenir avec

(1) On en trouve la preuve dans la lettre des Canadiens et des Acadiens qui revinrent en France après la paix de Paris, et auxquels une loi du 25 février 1791 accordait encore des secours pécuniaires. L. Delayant.


éonfiance. Dès lors, la Nouvelle-France vivait de sa vie propre et allait s'étendre au milieu des grandes forêts du NouveauMonde.

Sentant bien que le temps lui était mesuré, itseremitàt'œuvre avec une ardeur nouvelle. Les fortifications furent relevées et augmentées il bâtissait un fort dans une île qu'il appela Richelieu, qui commandait le passage du fleuve. C'était pour empêcher les Anglais d'aller trafiquer avec les indigènes, ce que le traité leur défendait. L'année suivante, pour protéger les sauvages atliés contre les Iroquois, qui leur fermaient les passages lorsqu'ils descendaient pour la traite, il envoya (1"'juillet) Laviolette avec quelques ouvriers construire un fort aux Trois-Rivières sur la rive gauche du fleuve, à 30 lieues de Québec. Champlain qui avait semé à la sueur de son front, ne vit pas la récolte. Le champ fécondé par ses travaux, promettait une riche moisson. Québec se développait chaque jour. Un collège y fut fondé aux frais de la famille du marquis de Gamache, René Rouault, qui était entré dans la compagnie de Jésus. Son influence s'accroisait sans cesse; sa réputation attirait les immigrants il dirigeait sa colonie avec une autorité toute paternelle. < Son exemple et les principes qui le dirigeaient ont eu la plus grande influence sur la première éducation de la population du Canada, un des plus honnêtes du monde. Sa maison était une école de piété, ce qui ne l'empêchait pas d'être un homme d'esprit, ayant le mot pour rire. » Un jour il fallut dire adieu au labeur commencé, aux espérances conçues et déjà en partie réalisées, à ces braves gens qui l'aimaient comme un père, à ces colons qui avaient été son unique souci, à ces sauvages dont l'éducation chrétienne et française lui tenait si fort à cœur Au commencement d'octobre 1635, it se sentit matade; ta paralysie vint, et le jour de noël, 25 décembre, c le jour même de la naissance de notre Sauveur en terre », dit le P. Paul Lejeune, « il prit une nouvelle naissance au ciel. » La population fit éclater ses regrets. Le P. Lejeune prononça l'oraison funèbre de ce « grand homme qui, par son admirable sagesse et non pareille conduite ès-afîaires, s'était tant acquis de renommée. » L'historien le plus distingué des Etats-Unis, Bancroft, protestant et Anglo-Américain, a écrit que son nom impérissable rivalisera dans la postérité avec la renommée de Smith et d'Hudson < il admire son désintéressement, son ardeur pour le bien, son zèle religieux, sa vie toute d'honneur et de probité, de même que ses vastes plans de commerce, de découverte et d'établissement.

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Tel fut Samuel de Champlain. Soldat et marin, pionnier et explorateur, colonisateur et fondateur, par-dessus tout homme de devoir et de dévouement. On chercherait vainement une tache dans cette longue existence de 68 ans. Et pourtant qui eut à subir plus de fatigues, plus de tracasseries, plus de déboires 1


L'adversité le frappa, sans l'ébranler. Cette résistance à un blocus de plus d'un an où l'on n'avait pour vivre que 7 onces de pain, sa noble fierté dans la capitulation, son désespoir de voir flotter sur son fort et sur son habitation le drapeau anglais, si dignes d'admiration, mériteraient d'être cités dans les annales des hauts faits, si l'on n'y admettait presque que des héros anciens, grecs ou romains. Sa patience, sa persévérance sont plus remarquables encore dans ces luttes obscures contre l'indifférence ou l'hostilité sourde. On l'a comparé à Bernard Palissy pour sa ténacité, pour ce magnifique exemple du labeur obstiné et de la recherche désintéressée. Tous deux ont montré ce que peut une âme forte, animée d'une généreuse ardeur tous deux ils ont sacrifié leurs meilleures et plus belles années à la poursuite d'un rêve sublime. L'un l'a vu réalisé et en a joui l'autre est mort au moment où l'idéal prenait corps, et ses derniers regards n'ont pu que saluer l'aube d'une journée spendide. Tous deux ont écrit ce qu'ils ont fait l'un ses longs essais pour inventer l'émail blanc, ses déboires, ses trouvailles, ses courses à travers les provinces de France l'autre ses voyages en lointain pays, ses explorations dans les contrées inexplorées du Nouveau-Monde, ses découvertes (1). Le potier savait écrire le pionnier mettait ses phrases comme elles lui venaient;. celui-ci, sans façon, sans souci de l'art, sans prétention celui-là, dramatisant les faits où il a son rôle, soignant la mise en scène, ne s'oubliant pas un instant. Le public a récompensé l'auteur de

(1) Voici l'indication de ses divers ouvrages

Brief discovrs des choses plvs remarqvables que Samuel Champlain de Brovage a reconnues aux Indes occidentales, au voyage qu'il a (aict en l'année mil Vc //7~a: XIX et en l'année mit VJc j comme ensuit, publié pour la première fois d'après le manuscrit de Dieppe, avec 62 planches, par M. l'abbé Laverdière, dans les OEuvres compléter de Champlain, 1870.

Des Savvages, ou voyage de Samuel Champlain de Brovage faict en la France nouvelle l'an mil six cents trois. Paris, Claude de Monstrœil, in-8". Le privilège est du 15 novembre 1603. Il y a une .EpMre « à très noble haut et puissant seigneur messire Charles de Montmorency. amiral de France et de Bretagne et des vers du « sieur de La Franchire ».

Les voyages dv sievr de Champlain, xaintongeois, capitaine ordinaire pour le roy en la marine, divisé en devx livres, ou journal très fidèle des observations faites ès descouuertures de la nouuelle France. Paris, Iean Berjon, 1613, in-4". Le privilège est du 9 janvier 1613. Dédicace au roi, à la reine régente 16 stances de six vers « Aux François, svr les voyages dv sievr de Champlain a, signées L'Axas, Paris. sept strophes d'un ode A monsievr de Champlain svr son livre et ses cartes marines », signées MorfN ~o/aye~ et descovvertvres (aicles en la nocuette France depuis l'année ~6~~ iusques à la fin de l'année < par le sieur .le Champlain, capitaine ordinaire pour le roy en la Mer du Ponant.. A Paris, chez Claude Collet, 1619 8". Le privilège est du 18 mai 1619 Dédicace au roi « Voicy un troisiesme livre. Vous verrés quelle et combien grande est l'espérance que nous avons de tant de longs et pénibles travaux que depuis quinze ans nous soutenons pour planter en ce païs l'estendard de la croix et leur enseigner la cognoissance de Dieu et gloire de son sainct nom. »

Les voyages de la nouvelle France occidentale, dite Canada, par le sieur de Champlain, Xaintongeois. et toutes les découvertes qu'il a. faites en ce pays depuis l'an 1603 jusques en l'an 16:9. Paris, L. Sevestre,. 1639, in-t°..


t'~dr~ de terre de la peine qu'il a prise pour lui plaire on lit la Recepte véritable et les Discours admirables. Qui connaît les Voyages, pourtant si pleins de renseignements précieux (1) Ils avaient certainement tous deux reçu une bonne éducation première maitre Bernard a pu, sédentaire ou voyageur volontaire, développer ses connaissances; comment maitre Samuel aurait-il eu le temps et les moyens d'étudier, toujours en mer luttant contre les vents et la tempête, ou sous la hutte du trappeur, la cabane du Huron, disputant sa vie aux éléments en fureur et à la flèche des sauvages ?

Le résultat de leurs efforts est en raison inverse de leur utilité et de l'importance du but. Le céramiste agenais a fabriqué ses rustiques figulines, qui ne peuvent même servir de plats, et qui ne sont destinées qu'à orner le dressoir des princes ou des juifs millionnaires. Ses bestioles, serpents, lézards, crabes, anguilles ou crevettes, en argile peinte, brillant d'un vernis transparent, cachent pour le vulgaire, c'est-à-dire pour presque tout le monde, ses mérites comme géologue, chimiste, agronome, écrivain; ses vases et les souffrances qu'ils lui ont causées l'ont rendu populaire. Le pionnier saintongeais a livré à la civilisation une immense étendue de pays, appris le christianisme et l'amour de la France à ces peuplades sauvages qui croupissaient dans le plus honteux abrutissement; la seule noblesse de l'entreprise l'avait séduit, et quand tous couraient au gain, au commerce, à la fortune, lui seul ne méditait que le bien des indigènes, n'envisageait que les intérêts des colons, et ne songeait qu'à faire régner Dieu et le roi de France sur des contrées barbares.

Une aiguière de Palissy, qui a toujours vécu pauvre ou besogneux, se vend maintenant soixante ou quatre-vingt mille francs. Qui a jamais évalué le prix d'une âme sauvée, l'âme d'un Iroquois éclairée des lumières de l'évangile, gagnée à l'amour de la France ? Un chanteur est estimé plus cher qu'un savant, une ballerine qu'un bienfaiteur de l'humanité. Le peuple aime qui le flatte ou l'amuse, plutôt que celui qui l'améliore ou le sert. Mais peut être y a-t-il aussi d'un côté plus d'enthousiasme et d'admiration, de l'autre plus d'estime profonde et plus de vénération. Voyez quelle émotion quand on a découvert le tombeau de Champlain Cet amour sérieux, sincère, fait moins de bruit; l'engouement est plus tapageur. D'autre part, l'un était aussi dévot protestant que l'autre fervent catholique. Bernard Palissy a maintenant six statues, toutes érigées en quelques années. Samuel de Champlain en attend une; heureusement, pour l'honneur de ses compatriotes anciens et nouveaux, il ne l'attendra pas longtemps.

(1) Il est assez curieux de constater qu'au mois d'août 1830, afin de « procurer du travail aux ouvriers typographes », le gouvernement ait précisément choisi les. Vo~/a~M du.sieur de Champlain pour les imprimer à ses frais.


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Le souvenir de Champlain, comme celui de Palissy, a sommeillé pendant deux siècles. Il a fallu l'ardeur archéologique de notre siècle à rajeunir nos vieilles gloires, à faire revivre des noms oubliés, à ressusciter parfois des morts bien enterrés, pour qu'on songeât sérieusement à eux. Grâce aux recherches pieuses des érudits, leurs figures, un peu voilées par la brume du temps, se sont de nouveau montrées éclatantes et radieuses. En Saintonge, le nom de Champlain, qui n'avait jamais été oublié, a été rappelé par des notices, des mémoires, des biographies. Tout récemment, en 1890, il était, à l'institution Saint-Louis de Rochefort, le sujet d'un discours de distribution de prix. Avant, Omer Charlet, de l'île d'Oleron, l'artiste si distingué, amoureux de nos gloires locales, avait demandé au conseil général de la Charente-Inférieure le vote d'une somme de 500 francs pour l'érection, à Brouage, d'un monument commémoratif. La marine sur laquelle on avait compté refusait, par peur de la cour des comptes, quelques débris de vieux canons qui encombrent ses arsenaux, dont elle n'a que faire », et que d'ailleurs « elle avait adressés généreusement partout où elle avait eu quelqu'une de ses gloires plus modernes à honorer, » Omer Charlet insista Le jour de l'exposition universelle approche, dit-il le 22 décembre 1877, a où les Canadiens viendront en foule à Paris, et de là dans cette Saintonge où naquirent leurs aïeux, où ils n'auront qu'à se nommer pour retrouver des familles. B Ils voudront voir le berceau de Champlain, « ce port de Brouage, resté le plus beau du monde dans les récits que se sont transmis les générations canadiennes. Le port n'existe plus ils chercheront en vain dans les ruines de Brouage un vestige qui réponde à la pensée pieuse qui les y aura conduits. Puissent-ils alors ne pas confondre la ruine du port qui est l'oeuvre de la nature et du temps et notre négligence, et se demander « Pourquoi gardons-nous dans le cœur le culte d'une x mère patrie peu soucieuse des œuvres et des gloires d'un commun passé? » Faites, messieurs, que ce sentiment ne naisse pas chez ceux qui, en dépit des odieux traités qui ont depuis longtemps consacré la séparation, en portent encore le deuil. » (i) Et le conseil éleva de 500 à 1.000 francs la somme à consacrer au monumentde Champlain. Il fallut plus tard y ajouter 376 fr. 50 pour un soubassement et une gr

Le 9 juin 1878, par les soins de M. Polony, ingénieur des travaux hydrauliques au port de Rochefort, le monument était mis en place à Brouage. « Ce monument, dit un rapport au conseil général (séance du 20 août), se compose d'une colonne d'ordre composite supportant un chapiteau avec un globe terrestre. Sur le fût de la colonne et sur le piédestal sont gravées

(It Délibération du conseil générât de la Charente-Inférieure, session de décembre 1877, page 463.


une inscription rappelant l'initiative prise par le conseil général et les dates principales de la vie de Champlain. A LA MÉMOIRE

DE

SAMUEL CHAMPLAIN LE CONSEIL GAL

DE LA

CHARENTE-INF""

1878

SAMUBL CBAMPLAnt

Né à Brouage vers 1570 Fondation de Québec 1608 Relations de voyage 1632 Mort en 1635.

Quand la société des Archives, le 13 mai 1886, fit son excursion annuelle à Soubise, Moëze, Echillais, Marennes, elle visita Brouage;etîe président, dans une courteallocution, salua le hardi pionnier; il «envoya un sympathique souvenir au Canada, cette patrie d'adoption de l'illustre Saintongeais et rappela en termes éloquents les liens qui n'ont jamais cessé d'unir l'ancienne et la nouvelle France n. Le 9 août 1891, le congrès national de géographie, réuni à Rochefort pour sa xn* session, passait à Brouage les excursionnistes, conduits par l'amiral Juin, attachèrent au monument de Champlain une magnifique couronne sur le ruban tricolore se lisait A SAMUEL CHAMPLAIN. LE xn* CONGRÈS NATIONAL DES SOCIÉTÉS DE (GÉOGRAPHIE. ROCHEFORT, 1891; et le président dit en quelques mots la vie et les travaux de notre illustre compatriote (1).

La fête du 2 juillet à Saintes, organisée par la société des Archives, ravivera son souvenir et en même temps réunira fraternellement les Saintongeais et les Franco-Canadiens. LOUIS AUDIAT.

II

BILLAUD-VARENNE (2)

Parmi ceux de nos concitoyens qui figurèrent dans le drame sangiantde la révo)ution française, lerochelais Billaud-Varenne joua certainement le rôle le plus important. Sa vie politique est connue mais l'homme lui-même, son caractère, ses mœurs,

(1) Le maire de Québec, M. J. Frémont, informé, répondit d'Ottawa, le 2 septembre « Champlain est considéré chez nous comme le père et le fondateur de la Nouvelle-France. J'ai communiqué votre lettre au conseil de ville et à la presse, et eUe a été d'autant mieux accueillie que les citoyens de Québec sont justement à la veille de réaliser un vœu qui a été bien souvent exprimé, celui d'élever dans la cité un monument digne de celui dont la vieille capitale a toujours vénéré la mémoire et qui est son premier fondateur, » (2) Billaud-Varenne, membre du contre de M!u< pu~~c. M~mtMrM inédits et correspondance, par Alfred Begis. Paris, librairie de La nouvelle revue, 1893, un vol. in-8", 455 pages. Portraits de Billaud et de Collcit d'Herbois.


ses tendances, restaient entourés de ces nuages obscurs, qui, à cent ans de distance, nous empêchent de distinguer les aspects réels et les proportions exactes. Grâce à l'étude que M. Alfred Begis vient de consacrer au célèbre conventionnel, nous le connaîtrons désormàia, et nous le connaîtrons bien. Sauf l'ardeur de sa passion révolutionnaire poussée jusqu'à la frénésie, rien n'élève Billaud-Varenne au-dessus du vulgaire si les événements ne l'avaient pas entrainé hors de sa sphère naturelle, il serait demeuré avocat obscur, rimant de méchants vers, et arrivant peut-être, but de sa suprême ambition, à faire jouer quelque comédie sur un théâtre de second ou de troisième ordre. a Défiez-vous des hommes à talents, disait Collot d'Herbois aux électeurs de la convention je les crains. Ce fut en effet la tourbe des médiocrités qui garnit les bancs de la nouvelle assemblée elle forma celte majorité servile, tour à tour soumise aux entraînements des Girondins et aux sombres fureurs des Montagnards, et ces hommes sans valeur se firent les complices du comité de salut public, « les uns par cruauté, les autres par lâcheté a, comme le leur disait Oarnot. Au-dessus d'eux, ceux qui, comme Billaud-Varenne, exercèrent le pouvoir, obéirent aux mêmes mobiles. L'exagération constante des principes de la révolution fut leur seule ligne de conduite ils passèrent successivement de l'agitation à la fièvre, de la fièvre au délire et à la démence furieuse. Les plus habiles, ceux qui exploitent le crime à leur profit, savent se tenir dans l'ombre Danton organise les massacres de septembre, mais il se garde d'y participer ouvertement; 13illaud, lui, ceint de son écharpe, et les pieds dans le sang, harangue les égorgeurs et leur promet un juste salaire. C'est lui qui rédige ces instructions adressées à Joseph Lebon, le féroce proconsul: « Abandonnez-vous à votre énergie; vos pouvoirs sont illimités. » et encore cette autre circulaire aux représentants du peuple en mission « Marche, le flambeau d'une main; éclaire ceux que d'antiques,préjugés aveuglent encore le glaive de l'autre, frappe les scélérats qui ne prêchent le ciel que pour mieux dévorer la terre Tolérant pour les pre.miers, sois terrible aux conspirateurs. Satellites du dernier tyran, ils doivent périr comme lui son échafaud qui fume encore réclame leurs têtes; ton énergie saura les abattre. Quand on pense aux hécatombes humaines qui suivaient ces ordres sauvages, on se demande si ceux qui les signaient n'étaient pas mille fois plus coupables que les aveugles instruments auxquels ils étaient adressés. Ainsi va Billaud-Varenne, appelant et semant la mort autour de lui: Louis XVI, Camille Desmoulins, Danton, Saint-Just, Robespierre, il les accuse tous, les poursuit tous de sa haine furieuse, et, lorsqu'après le neuf thermidor, la convention, cédant à la pression de l'opinion publique, semble entrer dans des voies plus modérées, Billaud s'indigne et court aux Jacobins arracher le lion à son sommeil <t Le moment où il se réveille, s'écrie-t-il, est celui où il étrangle et déchire aea ennemis. » C'est à la suite de


l'insurrection du 12 germinal, provoquée par lui, que BillaudVarenne et son ami Collot d'Herbois furent déportés à la Guyane.

En abandonnant cette fournaise ardente dont il avait, depuis deux ans, attisé les tlammes, quels sentiments agitaient famé dece farouche révolutionnaire? nous le demanderions vainement à ses Me/noK'es. Ce document, écrit en '18)3, n'est qu'une longue et banale dissertation philosophico-sentimentale, aussi vide dans le fond que bizarre et coniournée dans la forme, et dans laquelle Billaud ne fait que de très lointaines allusions aux événements passés. Ce qui l'occupe avant tout, c'est sa personnalité. H s'indigne d'avoir été relégué dans la « fosse aux lions )) par le commandant du navire chargé de le conduire à Cayenne. Ignorait-il que dans cette même rade de l'ite d'Aix, des centaines de malheureux prêtres entassés sur les pontons, enduraient, peut-être par son ordre, des tortures autrement affreuses ? C'est cet extrême souci de sa dignité personnelle qui lui rendit si sensible la mesure prise par le gouverneur de Cayenne, lorsque, pendant sa maladie, il le fit transférer dans la salle de l'hôpital réservée aux forçats. A la sœur hospitalière qui cherchait à le rappeler au calme et à la patience, et dans sa simplicité chrétienne, lui rappelait que Notre Seigneur pardonnait à ses bourreaux, il fit cette réponse qu'il juge digne d'être consignée dans ses Mémoires « Et moi, non seulement je pardonne à mes ennemis, mais je les méprise »

Ces ((-sœurs grises que la révolution avait oubliées à Cayenne, lui prodiguèrent les soins les plus admirables, et furent auprès du proscrit de véritables anges consolateurs. Mais tout en leur rendant un éclatant hommage, Billaud ne vit point, ou ne voulut point voir à quelles sources elles puisaient leur ardente charité. Il ne faisait pas cependant profession d'athéisme; si le sentiment religieux est absent de ses écrits, comme il l'était vraisemblablement de son cœur, il avait cette vague religiosité du disciple de, Jean-Jacques, et croyait aux peines et aux récompenses dans une autre vie. Je me demande comment il a pu tracer ces lignes sans frémir jusqu'au fond de son être « Athées stupides, ce sont les remords, qui, au mépris de votre jugement, vous jettent, par espoir de l'impunité, dans la persuasion abusive du matérialisme. Platon et Confucius, Pythagore et Zoroastre, Caton et Brahma, avaient le cœur trop pur pour partager la grossièreté de votre aveuglement, et ce n'est pas en vain que moi-même je mets comme eux toute ma confiance dans l'immortalité de l'essence animative, et dans la récompense assurée à quiconque, quelles que soient ses opinions religieuses, aura rempli dignement la tâche que son titre d'homme lui avait assignée, »

Citons encore un passage de ses Mémoires, dans lequel Billaud-Varenne résume d'une étrange façon les vicissitudes de sa vie politique. On y verra tout à la fois l'incohérence de ses idées et combien peu étaient justifiées ses prétentions dé litté-


rateur <t A l'ouverture de la révolution qui fut artistemoni, précédée d'une très vive fermentation que sa longue durée ne rendit que plus incendiaire, moi-même, domicilié dans son funeste berceau, et déjà animé par l'émulation précoce de me distinguer au barreau, de manière à me faire honneur; ayant en outre la tête encore fraîchement imbue des sentiments et des principes burinés dans les fastes de l'antiquité et trop conformes à la dignité morale que je sentais fortement en moi, pour qu'ils ne se fussent pas profondément gravés au fond de mon cœur, je ne me trouvais que trop bien préparé à devenir accessible à l'impulsion volcanique. il fallut céder et prendre l'essor qui m'éleva bientôt jusqu'à l'enthousiasme du dévoûment, en songeant que jamais plus belle cause à défendre ne pouvait se présenter, celle des droits de l'humanité, envahis et foulés aux pieds de l'orgueilleuse oppression qui n'avait d'autres titres que les préjugés, les abus et la force. Dès lors lancé, emporté au centre igné de ce tourbillon combustif d'ambition, de rapacité, de machiavélisme, de scélératesse, se croisant en tous sens, de toutes les intrigues, les excès, les attentats qui les signalent, l'indignation profonde qu'excite chez l'être probe ce monstrueux assemblage d'abominations, venant encore décupler l'effervescence de mon âme, déjà embrasée par le zèle brûlant de ma détermination qui me rendit supérieur à moi-même et triomphant de la timidité paralysante dont la nature m'avait frappé, mon courage et mon énergie suivirent la progression du danger. » Ouf! C'est dans la correspondance de Billaud-Varenne avec les divers membres de sa famille que nous le trouverons tout entier. M. Begis l'a fort habilement utilisée dans sa biographie, et bien mieux que les Mëmotres elle nous parait mériter le titre de Curiosité révolutionnaire. Là, l'acteur n'apparaît plus, grâce aux illusions du théâtre, avec une taille surhumaine, il ne chausse plus le cothurne et dépouille le masque tragique. Ce Billaud-Varenne qui brisa les liens de tant de familles, qui fit couler tant de sang et tant de larmes,,qui envoyait à Fouquier-Tinville l'ordre d'exécuter cent cinquante-quatre personnes dans un même jour, ce bourreau implacable, avait un cœur accessible à tous les sentiments affectueux. Le fait n'est point sans exemple, et Charles Nodier nous montre les conventionnels Vadier et Amar, dignes émules de Billaud-Varenne, sous les traits d'excellents pères de famille. Comme Rousseau qui versait des larmes en contemplant une fleur de pervenche, Billaud s'exalte et s'attendrit en face des beautés de la nature mais plus que le philosophe de Genève, il était doué de l'esprit pratique. Au lieu de s'abandonner au désespoir et de se consumer en regrets stériles, il loua une propriété ayant appartenu à un Saintongeois, Guillouet d'Orvilliers, se fit planteur, et arriva vite à une situation indépendante et même à l'aisance. C'est dans cette situation, au milieu de la végétation luxuriante des tropiques, alors qu'il se balançait dans un hamac, que l'envoyé


du gouverneur lui remit l'arrêté dea consuls mettant fin à son exil. L'amour du sol natal si puissant pourtant et si vivace chez tous les proscrits, s'était singulièrement affaibli dans son cœur. Il reçut la communication froidement et refusa d'accepter la faveur du gouvernement français. Le véritable motif de ce refus, Billaud chercha à le dissimuler sous des couleurs politiques, mais une lettre écrite à son père nous le révèle x Il redoute le mal de mer et la fatigue d'une longue traversée. Au surplus, acclimaté dans la Guyane, le climat de la France ~e saurait plus lui convenir aujourd'hui. » Il était donc de ceux qui disent volontiers Ubi benè, ibi patria. II n'y a point à s'en étonner: cet austère jacobin savait, quand les circonstances l'exigeaient, faire fléchir la rigueur des principes absolus. Ne l'avait-on pas vu, en 1790, alors que, sous le voile de l'anonyme, il attaquait avec la dernière violence les ministres et le gouvernement, solliciter une place de commissaire du roi ? De même, lorsque l'esclavage fut rétabli aux colonies, il n'hésita point à se munir de bétail humain il déplore le tort que lui cause le défaut de négriers qui pendant quinze mois l'ont, par suite de la guerre, empêché de se procurer des nègres « J'ai cinq noirs qui valent 10,000 livres, écrit-il à son père, de sorte qu'en les joignant à la valeur de l'habitation, selon l'usage de la colonie, cela forme un actif de 20,u00 livres. La position où je suis est aussi agréable qu'avantageuse. Le paysage est fort joli, et la vie aisée à cause de l'abondance du gibier et du poisson. B Billaud-Varenne vécut ainsi vingt ans sans regrets et peutêtre sans remords; il s'était fait dans cette âme un calme effrayant. A l'aide de quels sophismes parvint-il à étouffer la voix de sa conscience? sa correspondance ne nous l'explique point. II s'y drape sans cesse dans son manteau de philosophe stoïcien, et se compare avec un naif orgueil aux plus grands hommes de l'antiquité a Né pour dévorer tant de revers, la nature m'a pourvu du courage nécessaire pour pouvoir les affronter. Ne suis-je pas un modèle peu commun de patience et de force d'âme ? » Quelques expressions lui échappent cependant qui prouvent son appréhension du jugement des hommes < Le vœu le plus sage que je puisse former est qu'on veuille m'oublier », dit-il à son père, et à un de ses amis <f II y a du courage à visiter l'asile d'un réprouvé. a

Un article publié en 18J5 dans la Nouvelle Minerve sous ce titre: « Les dernières années de Billaud-Varenne », prétend que les idées politiques de l'ancien conventionnel auraient été étrangement modifiées, sans doute à la suite de ses longues méditations. On y cite des notes écrites de sa main, des aveux surpris dans des épanchements intimes. Il suffit de comparer ces prétendues notes aux textes authentiques de la correspondance et des mémoires pour voir qu'elles n'ont avec eux aucune ressemblance de style. Celui de l'article en question affecte une allure ferme et vigoureuse bien éloignée de la manière d'écrire de Billaud-Varenne. Je ne m'explique pas que l'at-


tention de M. Begis n'ait pas été éveillée sur ce point. Dans ces notes, comme dans les discours qu'on lui prête, l'ancien memdre du comité de saint public s'accuse de ses crimes. Savezvous lesquels? La mort de Danton et celle de Hobespierre. Comment! dans les Mémoires qu'il écrivait, à 56 ans, il se vante de sa lutte contre le ~)'a~. « lutte téméraire d'un pygmée contre un géant », pour venir, deux ou trois ans plus tard. faire amende honorable et proclamer Danton et Robespierre les sauveurs de la république? Cette seule invraisemblance suffirait pour établir la fausseté de ces prétendus documents on a voulu évidemment utiliser le nom de Billaud-Varenne pour défendre une thèse alors fort en vogue, la glorification de 1793 et la réhabilitation des Montagnards.

Lorsqu'après les traités de 1815 la Guyane eut été rendue à la France, Billaud-Varenne, malgré l'amnistie générale proclamée par la charte, ne se crut pas en sécurité dans un pays où régnaient les Bourbons. Il vendit ses propriétés et se retira à New-York, puis à Saint-Domingue, où le président de la république haïtienne, Pétion, l'accueillit avec de grands égards. Il s'installa au Port-au-Prince avec sa négresse Virginie, qui depuis longues années habitait avec lui Le gouvernement haitien nomma Billaud conseiller auprès du grand juge. H voulut reconnaître cette haute faveur en écrivant l'histoire de La révolution de Saint-Domingue. Les scènes qu'il avait à peindre ranimèrent le feu jacobin qui depuis si longtemps couvait sous la cendre; les premières feuilles imprimées furent d'une telle violence que le président Boyer, successeur de Pétion, suspendit leur publication. On comprendra du reste ce qu'elles devaient être en rappelant cette déclaration de BillaudVarenne à Pétion « La plus grande faute que vous avez commise dans le cours de la révolution de ce pays, c'est de ne pas avoir sacrifié tous les colons jusqu'au dernier. Ces colons étaient des Français et la métropole qu'il accablait de ses accusations haineuses, sa patrie. Ce fut la dernière de ses œuvres. Il mourut le 13 juin 1819. à l'âge de 63 ans.

On peut éprouver quelque pitié pour cette âme égarée, mais qu'on n'élève point cet homme sur un piédestal. Intelligence étroite, esprit suffisant et prétentieux, caractère orgueilleux et sombre, il n'y eut de grand chez Billaud-Varenne que son inconscience et ses crimes.

DENYS D'AUSSY.

p. s. Cette notice rectifie et complète certains passages de la note publiée dans le Bulletin. t. m. y7'2. par M Georges Musset, et aussi, vu, 9H7. On sait maintenant que c'est en 17S5 non en 179< qu'il prit le nom de a BiHaud de Varenne lorsqu il se fit inscrire au tableau des avocats de Paris; il signe ainsi son acte de mariage et son ouvrage l'Acéphocratie (t791), et même il se faisait appeler dans le monde « M. de Varenne N. M. Begis dit que Varenne est le nom « d'un village des environs


de La Rochelle où son père possédait une ferme x ce qui est une erreur il y a des terres appelées varennes, et pas de ferme de ce nom.

Morin, de La Rochelle, parle ainsi de lui « Ce monstre est né à La Rochelle fils d'un avocat honnête homme très borné, très ignorant et qui cependant avait assez bien fait ses affaires, Billaud-Varenne fut lui-même avocat à La Rochelle. Tant qu'il demeura à La Rochelle, il ne montra aucun talent ni aptitude c'était le plus mince des avocats, taciturne, mélancolique, vaniteux. c'est en 1781, après l'échec de sa comédie La femme comme il n'y en a point, qu'il se rendit à Paris où il végéta. En 178.}, au mois de mars, sur la recommandation de l'évêque de La Rochelle et celle du procureur général de la Charité, il entra chez les oratoriens, au collège de Juilly, en qualité de professeur laique, et y fut immédiatement nommé préfet des études. C'est bien lui que le père Petit, supérieur de la maison, dépeignait ainsi au père général de l'oratoire (vu, 287) « A-t-il de l'esprit? Je n'ai pas eu assez le moyen de le connaître. Mais il a beaucoup d'amourpropre, et je ne le regarde que comme un mondain revêtu de l'habit de l'oratoire. je ne le crois pas propre à l'oratoire. » M. Begis ne parait pas avoir connu cette appréciation ni ce quatrain que Billaud écrivait sur un ballon que lançait Fouché, le futur duc d'Otrante, en l'honneur de Louis XVI Les globes de savon ne sont plus de notre âge.

En changeant de ballon nous changeons de plaisirs.

S'il portait à Louis notre premier hommage,

Les vents le souffleraient au gré de nos désirs.

Morin ajoute « Il y épousa une ancienne maîtresse d'un agent du clergé. » Ailleurs « II se maria avec une fille qui avait été entretenue, qui n'avait ni fortune ni agréments. M. Begis nous donne son nom Anne-Angélique Doye, fille de François Doye et d'Anne-Angélique Tebbing.(l) « Née en 1766 à Osnabruck en Westphalie, elle était arrivée à Paris depuis peu et à peu près sans ressources. Elevée dans le culte de la religion protestante, elle se convertit bientôt à la religion catholique, et suivant l'usage admis à cette époque, elle reçut une pension de 150 livres à titre de nouvelle convertie. Il est curieux de voir Billaud-Varenne recueillant dans son ménage le profit de la conversion de sa femme, même après la publication de son ouvrage, Le dernier coup porté aux préjuges. » Billaud avait rencontré, il y avait deux ans, la jeune fille qui, selon Georges Duval, < était une des plus belles femmes qu'il eût vues », et en devint

(1) Le Dictionnaire des parlementaires la dit « fille naturelle du fermier général de Verdun » il ajoute qu' « en août 1784, il cherchait à faire repréter un opéra, Morgan, qu'il avait composé son goût pour le théâtre le fit congédier par ses supérieurs il quitta en 1785 l'habit d'oratorien. »


aussitôt éperdument amoureux il l'épousa à Saint-André des Arcs, le 12 septembre 1786. Voilà qui contredit un peu Morin. Billaud n'a pas laissé de descendants. Une seule personne de sa famille lui survécut, sa nièce, fille de son frère Benjamin c'est le fils de cette nièce, Joseph Bellion, peintre paysagiste, qui recueillit dans la succession de son père les Mémoires de son grand-oncle. Quand il partit pour Cayenne, sa femme n'avait pu, malgré son désir, ni l'accompagner ni le rejoindre. En janvier 1797, elle obtint son divorce et épousa Johnson, un américain, très épris de Billaud et peut-être de sa femme, et qui, déjà âgé, voulait leur laisser sa fortune. H mourut à la fin de décembre 1799. Billaud n'apprit tout cela qu'en 1802. Les efforts de sa femme pour rétablir des rapports avec lui ayant échoué, elle se décida à se remarier une troisième fois, et sa fortune, assez considérable, passa à son nouvel époux. Billaud, lui, avait depuis longtemps uni son sort à une négresse, à qui il laissa tout son bien. Il mourut à 63 ans, le 3 juin 1819. L. A.

LIVRES ET PÉRIODIQUES

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE ET HISTORIQUE DU LIMOUSIN, t. XL, 2' livraison (1893, 8°, 389-904 pages). La société archéologique du Limousin, qui compte de si bons travailleurs, vicnt de distribuer le v" volume des Registres consulaires de la ville de Limoges, sans préjudice de son Bulletin annuel, dont le tome XL est formé de deux livraisons, mais des livraisons de 400 pages, quand, héias d'autres sociétés parviennent en trois ou quatre ans à mettre au jour un maigre in-8", pauca non bona. On sait l'importance de ces Registres, qui sont les délibérations de nos conseils municipaux, c'est-à-dire la vie municipale de nos cités et comme les attributions de l'échevinage n'étaient pas restreintes ainsi qu'aujourd'hui au pavage de la ville oa au curage de& fossés; comme le maire, les consuls avaient la garde et la police de la cité, c'est-à-dire à la fois pouvoir militaire, pouvoir civil, pouvoir judiciaire qu'ainsi toute ou presque toute l'administration se concentrait en leurs mains, ces manuscrits ont une valeur immense pour les habitants d'abord, pour l'histoire générale ensuite. Aussi le conseil municipal de Limoges vote-t-il les fonds nécessaires pour l'impression de ces utiles documents, ce dont il faut lui savoir gré. Ah si toutes les municipalités comprenaient, comme Limoges, comme Bordeaux, que l'homme ne vit pas seulement d'illuminations et de flammes de Bengale deux ou trois fois par an, mais qu'il a bien aussi un peu soif de s'instruire et désir de savoir ce que faisaient son grand-père


et son grand-grand-père, et de tirer du passé d'utiles leçons pour l'avenir. elles trouveraient aussi aisément quelques centaines de francs chaque année pour la publication d'un livre, que pour des courses de chevaux, d'ânes et de vétocipédistes. Une seule ville de Saintonge-Aunis a conservé ses anciennes archives, délibérations du corps de ville, décisions de la cour du maire, etc.: c'est Saint-Jean d'Angély,qui devrait avoir à cœur de rappeler sans cesse son antique importance et son passé glorieux pour éveiller dans les âmes une noble émulation et une profitable rivalité. Si la société des Archives voulait entreprendre la publication de ces documents curieux du xiv" siècle et des suivants, penserez-vous qu'elle trouverait là un conseil municipal comme Limoges ?

La seconde partie du t. XL n'est pas moins intéressante ni moins volumineuse que la première, et nous devons des félicitations particulières à nos confrères du Limousin pour tant et de si excellents travaux. Citons l'excursion à La Souterraine et à Saint-Germain de Beaupré, où l'on trouvera la série des seigneurs du lieu, parmi lesquels le fameux comte du Dognon la monographie de la commune de Thouron les études biographiques sur Guillaume Lamy, patriarche de Jérusalem, saint Pierre Damien à Limoges et les bénédictins de Saint-Maur originaires du Limousin le cimetière gallo-romain, mérovingien et carolingien de La Courtine à Limoges, et une boite en verre dans une sépulture gallo-romaine, où M. Ducourtieux rappelle une découverte similaire faite à Saintes en tt!73; chronologie de Saint-Yrieix La Perche, par M. Leroux; essai de classification des anciennes porcelaines de Limoges, SaintYrieix, Solignac, etc., conservées au musée de Limoges, par M. Camille Leymarie documents pour servir à l'histoire de l'industrie et des manufactures en Limousin, par M. FrayFournier un triptyque en émail peinten grisaille, par M. Louis Bourdery, et d'autres travaux par M. le comte de Beauchéne, M. l'abbé Poulbrière, etc. Le toutest accompagné de 25 planches. Que faut-il de plus pour satisfaire les lettrés et les savants? Pourquoi la société aych~o~que met-elle sur son volume, Registres du consulat, un blason timbré d'une affreuse couronne murale, qui n'a rien d'archéologique et qui est ce qu'il y a de plus anti-héraldique ?

Louis AUDIAT.

Le BULLETIN HÉRALDIQUE DE FRANCE d'avril publie la généalogie de la famille Le Gendre, originaire de Saint-Jean d'Angély, où on la trouve fixée dès 1397 dans la personne de Robert Le Gendre, pair du corps de ville. Mais on n'a une filiation suivie que depuis Jean Le Gendre, sieur de La Vauguion, maire de Saint-Jean d'Anséty en 1L92, qui épousa en 1560 Jeanne Giron, dont it eut plusieurs enfants, entre


autres Jacques, sieur de La Vauguion, 1568-1632. pair du corps de ville en 1594, marié 1° à Marie Allenet en 1590, et S'en 1614 à Suzanne Prévost; de sa première femme il eut Jean, 1592-1635, qui épousa en 1622 Suzanne Colladon et en 1627 Anne Razin, dont vint Jean, 1628-1703, avocat au parlement de Bordeaux, qui épousa en 1655 Jeanne Gallaudet. Ce Jean, 1657-1729, sieur de La Courgnaudière, avocat au parlement de Bordeaux, épousa en 1686 Renée Priolo, dont vint Louis, 1688-1751, sieur du Breuillat, marié en 1722 à Antoinette Chevrelière, dont deux fils, Louis et Charles. Charles, 1730-1787, avocat à La Rochelle, juge sénéchal de Mauzé et de Surgères, épousa en 1776 Marie-Suzanne-Henriette Becquet de Boisfontaine, dont est issu Charles Le Gendre, 1778-1861, qui de Sophie Laydin de Laboulerie (1799) eut trois enfants: 1° Charles, époux en 1823 de Joséphine Estourneau de Tersannes 2° Lucie, mariée en 1837 à Augustin Augier deLaJaIlet, officier de marine; 3° Joseph-Alcide, né en mars 1815, époux en 1844 de MarieHerminie Augier de La Jallet, fille de Charles il a été créé comte romain héréditaire par bref de Léon XIII, le 20 août 1889. Il a deux enfants: 1° Elisabeth, mariée en 1883 à Xavier Richard de Latour 2° CharIes-Eutrope-Hcnry Le Gendre, né en 1846, marié en février 1878 à Louise de Chabre, dont sont issus Marthe et Pierre.

L'Armorial du Bourbonnais, qui dit les Le Gendre originaires de Paris, établis en Bourbonnais et Bourgogne, leur donne les mêmes armes D'azur à une fasce d'argent accompagnée de trois bustes de filles de même chevelées d'or, posées de front 2 et 1, que le Bulletin héraldique, qui leur ajoute: De sinople au pélican d'argent se perçant le flanc, au chef de même. Les premières figurent sur divers jetons du xvt° et du ïvn" siècle, conservés au cabinet des médailles de la bibliothèque nationale. Le registre I, p. 258, de d'Hozier, a donné la généalogie des Le Gendre de Larmoi à Paris et des Le Gendre, seigneurs de Saint-Aubin en Bourbonnais, qui portent tous les mêmes armes.

L'EcHo ROCHELAIS du 3 mai a publié, à titre de curiosité, un article, Explications dues au public, et signe « Chevalier ANDRË DU MAGUË B l'on lit: « Etait chevalier, sous l'ancien régime, le jeune homme de bonne origine, qui déposait devant l'autel de Marie son épëe, et qui jurait de ne s'en servir que pour la défense du Christ, du roy et de la dame aimée et respectée cette intention touchante devait être en outre sacrée par une femme de la meilleure noblesse. Ai-je observé cette convention ? Mes écrits répondent affirmativement. Une grande dame m'a-t-elle reconnu chevalier? La duchesse d'Uzès. première pairesse de France, m'a honoré de ce titre. Dès lors plus de discussion sur ce point; les événements prouveront que je ne faillirai jamais ni à mon Dieu, ni à mon roy, ni à ma dame.n


Passons à la question nobiliaire. Ce n'est pas Luc Magué qu'on retrouve premier du nom sur les registres de la paroisse de La Flotte (île de Ré) c'est Antoine Magué. Les deux familles donnèrent au roy de vaillants soldats, à l'église de vaillants prêtres car tous les Magué furent catholiques, sauf mon père qui est protestant de par la volonté de sa mère. Voici d'ailleurs ce que dit d'Hozier, qui est dans les discussions généalogiques l'autorité la plus haute et la plus indiscutée Bibliothèque nationale de Paris, cabinet des titres, armorial général de La Rochelle André Magué, curé de Saint-Maur, porte d'argent avec chevron orné de gueules. e Nous n'avons pas à nous occuper de cette facétie mais nous engageons l'auteur à ne pas confondre un armorial avec un nobiliaire, ce qu'on fait trop souvent. Et puis le curé de Saint-Maur à Saintes qui portait, en 1696-1701, d'argent au chevron renversé (et non orné) de gueules, s'appelait André Magnan et non André Magué. L'auteur nomme encore, mais je ne l'ai pas trouvée dans l'Armorial de La Rochelle, « Aimée Magué, veuve de Magué de Saint-Cui-Cuy. » C'est dommage ce « Saint-Cui-Cuy Il serait bien à sa place dans le d'Hozier de 1696.

Les NOTICES ET EXTRAITS DES MANUSCRITS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE (t. xxxiv, 1" partie) mentionnent dans une étude sur le manuscrit n"4763 de la bibliothèque nationale, compilation de mandements royaux du XVe siècle, dont l'auteur est inconnu, 21 mandements adressés au sénéchal de Saintonge et des pièces qui ne se trouvent nulle part ailleurs et n'ont jamais été « mises en œuvre ». Des documents importantssur la ville et le monastère de Saint-Jean d'Angély se trouvent f' 97 v°et 119. Notons en outre des privilèges accordés à des juifs établis en France après leur expulsion d'Angleterre par Edouard I" en l'année 1290.

A la suite de cette notice sont reproduits plusieurs extraits (pages 18 et 27) du manuscrit, et parmi ceux qui intéressent notre contrée « Ordre au sénéchal de Saintonge d'enquérir sur le cas d'un juif accusé de viol, Salomon de Nui (17 septembre 1302) mandement au sénéchal de Saintonge de faire exécuter le testament d'Ytier Bouchard, dont ledit sénéchal avait saisi les biens sous prétexte que ledit Bouchard avait été clerc du roi d'Angleterre (28 février 1299) un ordre au même de ne pas forcer Robert Ogier, chevalier, au paiement de ses dettes, jusqu'à concurrence de la somme à lui due pour ses gages de la guerre de Gascogne (12 décembre 1300) et un ordre au même d'enquérir sur des attaques à main armée dirigées contre les biens de G. d'Epinai, biens placés sous la main du roi (12 novembre 1302).

RECUEIL DES ACTES DU COMITÉ DE SALUT PUBLIC, par F.-A. Aulard. Paris, imprimerie nationale, 1892, in-4", tome v.


Les documents que renferme ce volume sont datés du 19 juin 1793 au 15 août suivant. A la première de ces dates, Mazade et Garnier écrivent de Rochefort pour réclamer contre la destitution du général Verteuil. Le 22, de Rochefort encore, ils communiquent un état détaillé des forces du port, et se plaignent, le surlendemain, du rappel de la commission des côtes ainsi que d'un décret d'accusation prématuré contre quelques uns d'entre eux et contre le général Menou.

Le 25, lettre de Guimberteau et de Bernard expédiée de Saintes « Vous apprendrez sans doute avec plaisir, y est-il dit, que, quelque voisins que nous soyons des pays insurgés, celui que nous habitons le plus continuellement n'a pas même encore songé à craindre le succès des rebelles car la dernière vente qui vient de se faire des biens nationaux a passé de moitié en chaleur les précédentes. Ces objets estimés 80,000 livres ont été vendus 200,000 livres, et, quoique la vente sur les biens des émigrés ne soit pas annoncée officiellement, le district de Saintes a déjà fait afficher plusieurs maisons, et certes nous ne serons pas les derniers à enchérir, si nous nous apercevons que les citoyens ont besoin d'être aguerris. Ce même district a déjà formé 110 hommes pour le recrutement de la cavalerie, quoiqu'il ait presque doublé son contingent pour l'infanterie, et une forte armée à la Vendée. Il en est beaucoup que la convention a décrété avoir bien mérité de la patrie qui n'ont pas tant de droits à ce décret que celui de Saintes. Nous vous chargeons donc de solliciter le même décret pour ce district, qui le mérite à si juste titre et avec d'autant plus de raison qu'il est le seul du département qui ait tous les rôles de 1792 en recouvrement. L'esprit des sociétés populaires est excellent. Un seul article de la constitution dépiaitàbien du monde, c'est celui qui conserve un tribunal de cassation, dont l'existence a fait sauver bien des scélérats, engorgé des prisons et fait périr nombre de malheureux car ici nous avons été obligés de prendre une maison nationale pour y établir la maison d'arrêt, l'ancienne ayant été empoisonnée par la peste, tellement que les tribunaux ont été forcés d'abandonner le lieu de leurs séances, de manière que nous présumons que cet article pourra souffrir beaucoup de ditïicuttés. Nous venons de gagner 5 à 6,000 livres à la république pour achat de quatre cents culottes de peau pour la cavalerie. Nous ne pouvions en trouver à moins de 42 livres nous avons pris le parti d'envoyer un commissaire à Niort, où il s'est fait une adjudication au rabais, qui nous les a procurées à 21 livres 10 sois. B Le 6 juillet, Mazade et Garnier exposent de La Rochelle la situation des esprits dans le territoire qu'ils viennent de parcourir et ce qu'ils ont vu et fait dans cette ville. Les fortifications y sont dans un état très respectable, les magasins sont fournis d'assez de munitions et d'approvisionnements et subsistances pour mettre les habitants dans le cas de braver la


fureur des rebelles et les tentatives des Anglais. La tenue de la garde nationale annonce ce que peut sur des cœurs républicains l'enthousiasme de la liberté. A Saintes, l'esprit publicy est le même le peuple est prêt à se lever tout entier, pour soutenir la seule autorité qu'il reconnaisse, celle du peuple dans ses représentants. La seule administration du district de Pons, égarée un moment, avait adopté le système de coalition proposé par le département de la Gironde; mais le président et le procureur syndic de ce district, mandés par le département, ont confessé avec franchise que leur erreur était te fruit de l'excès même de leur amour pour la liberté. Nous osons assurer que la Charente-Inférieure est entièrement prononcée pour soutenir l'indivisibilité de la république. A la vérité, nous devons vous dire que nous avons vu un moment l'opinion publique égarée dans la ville de Rochefort. Nous y avons trouvé quelques malveillants entretenant le peuple dans cette erreur. Ce système de corruption avait fait quelques progrès. Cependant, le peuple qui veut toujours la liberté, qu'on trompe un moment, mais qu'on ne corrompt jamais (!), avait repoussé cette mesure désastreuse, et, hier, nous avons eu la satisfaction de recueillir son vœu sur la constitution et la représentation nationale. s Dans sa séance du 7, sur la proposition d'un membre, la convention nationale adjoint les citoyens Goupillaud (de Montaigu) et Ruelle aux représentants près l'armée des côtes de La Rochelle. De Niort, le 11, Auguis et Bourdon annoncent qu'ils sont à la veille d'être attaqués par les rebelles et réclament des fonds en petits coupons. D'Angoulême, le 12, Guirnberteau et Bernard rendent compte de leur enquête sur l'affaire de Poupillier et Seillière, entrepreneurs de la fonderie de Ruelle. Le 20, Auguis, Goupilleau (de Fontenay), Bourdon et Goupillaud (de Montaigu) font connaitre, de Niort, les mesures adoptées pour la sûreté de cette ville et le plan des généraux pour l'attaque de Cholet. Enfin, le 2 août, lettre de Bourdon et de Goupilleau (de Fontenay) donnant, de Niort, des détails sur le combat du 30 juillet à Luçon, avec le regret que la faiblesse de l'armée ne lui permette pas de poursuivre ses avantages sur les rebelles. Ils terminent en demandant que les prisonniers ne soient plus concentrés à La Rochelle. G. L.

QUESTIONS ET RÉPONSES

I. QUESTIONS

N" 339. En tête des Vot/a~cs du s!eur de Champlain ou Journal ès découvertes de la Nouvelle-France, après une dédicace au cardinal Richelieu, est une pièce de vers en l'honneur de Champlain


Veux-tu, voyageur hasardeux, Vers Canada tenter fortune? Que si le pilote est mal duit Aux routes qu'il lui convient suivre, Il pourra être mieux conduit S'il se gouverne par ce livre Qu'en sa faveur a fait Champlain, A qui les grâces ont à plein Prodigué tout leur héritage.

L'auteur signe « Pierre Trichet, advocat bourdelais ». Connaît-on ce poète ? A. N" 340. Dans la Généalogie de la maison de Clermont en Dauphiné, à l'article Branche des seigneurs de Chaste, t. Yin, p. 9~0, de l'Histoire des grands officiers de la couronne, du père Anselme, on lit: xAymarde Chaste. il transigea avec Catherine de Chaste, sa tante, en 1498. Depuis, étant chanoine claustral de Saint-Antoine, ordre de Saint-Augustin, diocèse de Vienne, et précenteur de la maison de Saint-Antoine de La Chaume, ou de Pont-l'Abbé, du même ordre, diocèse de Saintes, il fit donation à Jacques, son frère. n Je savais bien qu'un petit-neveu de cet Aymar, autre Aymard de Chaste, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, grand-maître de l'ordre de Saint-Lazare, vice-amiral de France des mers du Ponant, ambassadeur extraordinaire de France en Angleterre, mort en 1603, avait été le protecteur de Champlain en ses voyages du Canada mais j'ignorais qu'il y eût eu à La Chaume, près Pont-l'Abbé, une maison de Saint-Antoine, de l'ordre de Saint-Augustin. Le prieur-curé de SainteMarie-Madeleine de La Chaume était à la nomination de l'abbé de Saint-Romain de Blaye, L. II. RÉPONSES.

? 537 t. XIII, 121 et 205. Prêtres du diocèse de SaintesLa Rochelle, déportés en Angleterre.- Jean-Gabriel Rabiel, fils unique de Rabiel, docteur en médecine, et de Catherine Guinot, naquit à La Rochelle vers 1734. Il fit son droit à Poitiers et embrassa l'état ecclésiastique. Vicaire à Maillezais en 1765, puis à Nieul-sur-mer, et enfin prieur-curé de NotreDame de Lagord, près La Rochelle, il signa la première fois sur les registres de cette paroisse, le 14 janvier 1776. et la dernière fois, le 2S mai 1791. Ayant refusé le serment constitutionnel, il émigra en Espagne à la fin de 1792, d'où il passa en Angleterre en 1794. Il mourut à Londres, après une longue maladie, dans les derniers jours d'avril 1797. Son cousin germain, l'abbé Boutiron, réfugié à Alcala, écrivant à ses soeurs, à La Rochelle, leur apprend sa mort, et ajoute x Il n'a manqué de secours dans aucun genre, et il est mort comme un saint. C'est tout ce qu'on sait de ce confesseur de la foi.


Quant à Boutiron, il fut nommé en 1803 curé de Saint-Nicolas, à La Rochelle, paroisse dans laquelle il avait été vicaire de 1782 à 179!.

M. BOUTIRON.

M. l'abbé H. Choisnard, curé de Dompierre-sur-mer, nous signale dans le Bulletin de mai, XIII, 205, deux erreurs relatives à Fillonneau qui à regarder de près n'en sont pas «JeanFiIlonneau, né le 20 janvier 1750àDoix (Vendée), n'a pas été curé de Sainte-Marie en Ré, au moins depuis 1785, époque à laquelle il a été nommé curé de Dompierre. 11 demeura dans cette paroisse jusqu'au l"mai 1791. Puis à son retour d'Angleterre, en septembre 1802, il reprit son ancien poste jusqu'à sa mort, le 2 septembre 1826. En second lieu, il ne jura pas. Un procès verbal (30 janvier 1791) de la municipalité de Dompierre constate le refus par le curé de prêter serment. Un autre procès verbal, daté du S mai, relate le serment fait par Douin, et son installation comme curé à la place de Fillonneau. « Ajoutons qu'il eut, pour successeur immédiat, le 31 mars 1791, Bastumeau.

D'autre part un procès verbal du directoire du district de La Rochelle (24 mars 1791) indique comme jureur Fillonneau, vicaire de Sainte-Marie et un autre procès verbal (li) juin) constate l'élection comme président de l'assemblée générale de SaintMartin de Ré du « citoyen Fillonneau, prêtre-curé de SainteMarie ». Voilà qui est non moins certain. Que conclure? Qu'il y avait alors dans le clergé rochelais deux Fillonneau, l'un à Sainte-Marie, l'autre à Dompierre; que l'un resta fidèle, quel'autre jura. La note du Bulletin s'est bornée à citer des faits authentiques, relatifs à ces deux Fillonneau. Mais ces textes réunis sous la même rubrique pouvaient amener la confusion, ce qui n'a pas manqué d'arriver. Grâce à M. Choisnard, la lumière est faite. L. A.

BIBLIOGRAPHIE

MAUFRAS (Émile). Une paroisse du Bourgeais pendant la révolution. Bordeaux, imp. Bellier, 1893, in-8°, 31 p. (Extrait de la Revue catholique de Bordeaux).

Bien curieux détails sur ce qui s'est passé pendant la révolution à Samonac, commune du canton de Bourg (Gironde), où la famille de Maniban possédait le château Rousset: fêtes, constitution civile, vente des biens du clergé, abjuration du curé, délibérations diverses de la commune, dénonciations, arrestations, etc., le tout extrait des registres du conseil général, de la société populaire.

Deux livres de raison bordelais. Bordeaux, imprimerie


nouvelle A. Bellier, 1892, in-8°, 20 pages. (Extrait de la Revue catholique de Bordeaux).

Le premier est celui de Pierre Robert, notaire à Bourg (Gironde) en 1739; le second, celui de Mériadeck Robert, notaire en 1749. M. Maufras analyse les papiers de ses deux ancêtres, et il en tire une foule de détails: petits événements d'un bourg, mutations, changements les saisons, orages, froid et chaud; des pages sur divers incidents de la révolution, le tout semé de sages remarques et de piquantes réflexions.

MENUDIER (Le docteur Adolphe). La lutte contre le phylloxéra. Juin M92. Saintes, imp. Gay, 1892, in-8°, 7 pages. MouTARDE (E.). La réforme en Saintonge. Les églises réformées de Sau~ott. La Tremblade, imp. Daniel Bouny, 1892, in-8°. Voir Bulletin, xin, 120.

Alfred Tennyson. La Tremblade, imp. Daniel Bouny, 1892, in-8", 15 pages.

MERVAULT (Pierre). Saint-Martin de Ré et La Roche~e (16271628). Introduction et notes par Georges Musset. La Rochelle, imp. nouvelle Noël Texier, 1893, in-4", xvi-76 p. Prix: 5 fr.; et sur papier de Hollande, 10 francs.

On connaît le Journal des choses plus mémorables qui se sont passées au dernier siège de La Rochelle, par Pierre Mervault, rochelais, qui a eu plusieurs éditions. Il y avait aussi à La Rochelle une copie faite par Jaillot d'un récit abrégé de cet ouvrage, dont il diffère en quelques points. M. Alfred Richard, archiviste de la Vienne, a découvert l'original et en a fait cadeau à la bibliothèque de La Rochelle. M. Georges Musset s'est empressé de l'éditer pour notre zélé typographe, M. Noël Texier, qui en a fait une édition luxueuse. Une préface nous donne des détails sur les diverses éditions du Journal et sur l'auteur. Pierre Mervault, né à La Rochelle, le 16 août 1607, de Paul Mervault, sieur de La Gravelle, marchand, pair de la commune en 1625 et maître de l'artillerie en 1627, né à La Flotte, et de Marie Duprat, était petit-fils de François Mervault, aussi marchand à La Rochelle, mort avant 1596, et d'Anne Boulineau. Lui fut marchand, et son fils Pierre, né le 8 juin 1638, continua sa maison de commerce. Par contrat du 23 décembre 1632, il épousa (mariage célébré le 28 janvier 1635 seulement) Marie Grenon, fille de Jean Grenon, procureur du roi à l'amirauté et avocat au présidial, et d'Anne Toupet. Il avait 20 ans à l'époque du siège, et écrivait jour par jour les événements dont il était témoin. Son témoignage est donc d'une grande valeur; et l'on a bien fait de publier son Récit sommaire de la plus grand part des choses qui se sont passées au siège et reddition de la ville de La Rochelle à l'obéissance de Louis ~3", roy de


France et de Navarre, t'an 1628. C'est un nouveau service rendu à l'histoire locale par M. Musset et par M. Texier. MussET (Georges), avocat, professeur de législation au lycée de La Rochelle. Traité des usages locaux ayant force de loi dans le département de la Charente-In férieure. La Rochelle, A. Foucher, 1893, in-18, 164 pages. Prix 3 francs. Livre vraiment pratique et dont l'utilité est sentie tous les jours. Que d'usages locaux non inscrits dans le code et qui font loi mais aussi quelle diversité Vérité dans un canton erreur au-delà. Et les Français qui sont censés connaître toutes les lois! Bois, eaux courantes, fossés, arbres, haies, quelles règles suivre pour éviter les procès avec le voisin ? Le louage des domestiques, par exemple, quel enchevêtrement domestiques et servantes, attachés à la terre ou à la maison quelle est la durée du louage ? Peut-on renvoyer ses domestiques sans indemnité ? à quelle époque ? sur quoi calculer l'indemnité ? en est-il ainsi pour l'ouvrier? Location d'une maison: combien de temps ? quand sont échus les termes ? quand donne-t-on congé? Sous-locataires, réparations, décès des locataires? Et les baux, et les vignes, et les marais salants ? Que de nids à guêpes et à procès car toutes les conditions changent avec les communes et les cantons. Les usages de Saintes sud ne sont pas toujours les mêmes que les usages de Saintes nord. Comment se reconnaitre dans un tel fouillis ? II n'y a qu'un moyen, consulter le Traité de M. Musset.

Ville de La Rochelle. Catalogue de la bibliothèque, nouveau supplément publié par ordre du conseil municipal. La Rochelle, imp. Siret, 1893, in-8°, xi-600 pages.

Les Rochelais à Terre-Neuve (1500-1560). Paris, Leroux, 1893, in-8°. (Extrait du Bulletin de la société de géographie, 1892). Compte rendu dans le Courrier de La Rochelle du 25 mai.

ORDONNEAU (Maurice). La plantation Thomassin, vaudeville en trois actes. Paris, Tresse et Stock, 1891, in-18. Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre des Folies-Dramatiques, le l"juin 1891.

OuDET (Le baron Amédée).Saint Louis en Saintonge (juilletaoût 1242). Conférence faite à Taillebourg le ~4 juillet 1892. La Rochelle, imprimerie nouvelle Noël Texier, 1892, in-8°, 16 pages. (Extrait du Bulletin de la société des archives historiques de Saintonge et d'Aunis, xn.page 347).


TomeX/V/~A'son -e~f.M~


REVUE

DE SAINTONGE & D'AUNIS BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHIVES

SOMMAIRE DU NUMÉRO DE SEPTEMBRE FÊTES DÉ SAMUEL CHAMPLAIN. Compta rendu des fêtes à Saintes réception à la gare la messe à la cathédrale le banquet visite aux arènes réception à l'hôtel de ville soirée à l'ancien palais de justice. Discours du président de la société des Archives à la gare, à la soirée toasts de MM. Audiat, Fabre, le colonel Gaschet, le marquis de Dampierre, le comte Anatole de Bremond, au banquet discours de Mo~ Bonnefoy, à la cathédrale de M. Hector Fabre, à l'hôtel de ville, au palais de justice conférence de M. Imbart de La Tour. Aux Canadiens, sonnet, par M. Georges Gourdon Samuet Champlain, poésie, par M. Edmond Maguier Houneur au saintonghoué d'Amérique, par M. Marcel Pellisson. Revue de la presse. Compte rendu des fêtes à Rochefort, à La Rochelle discours de M. Fabre, de M. d'Orbigny, de M. Deforge. A travers les journaux. Nouvelles diverses. Liste de souscription. VARIÉTÉS Champlain et Palissy Le buste de Champlain, par M. Poudensan Brouage, par M. Delavaud De quelques poètes canadiens, par M. Lucchini. Le 1°' mars, à une séance publique de la société des Archives, le président annonçait une grande fête littéraire et musicale, dont le produit serait affecté à l'érection au Canada d'un « monument au fondateur de Québec, le vaillant saintongeais Champlain, de Brouage ». Elle a eu lieu, les l"et2juillet. Nous avons-cru devoir réunir en un fascicule spécial tout ce qui a trait s~ cette solennité mémorable.

Commission des fêtes de Champlain Président, M. LouisAudiat, président de la société pour la réception à la gare, M. François Pinasseau pour le banquet, M. le docteur Léon Termonia pour les arènes, MM. Henri Drilhon et Anatole Laverny pour la soirée, MM. Leroy et Rullier.

D'autres membres de la commission nommée le 27 mai ont aussi prêté leur concours, qui, au moment de la période active, n'ont pu, M. Jules Guillet, absent de Saintes un autre qui avait d'abord montré beaucoup de zèle, par raisons particulières qui n'ont aucun rapport avec la société, ou voulu prendre part à l'organisation définitive arrêtée le 19 juin. Ils ont aussi droità être signalés et remerciés, pro UtrtH parte.


LES FÊTES DE SAMUEL CHAMPLAIN

A l'heure où les peuples de la vieille Europe tournent leurs regards vers ces contrées lointaines qui attendent encore la lumière de la civilisation, et cherchent, à l'envi l'un de l'autre, à y faire pénétrer leur influence et leur drapeau, il est juste de glorifier les hardis navigateurs, les colonisateurs intrépides qui, aux siècles passés, apprirent au nouveau monde à connaître et à respecter leur patrie. Au premier rang de ces hommes d'action, se placera pour la France le fondateur de Québec, Samuel Champlain. Champlain a déjà reçu le plus magnifique hommage qui puisse éterniser une mémoire: un des grands lacs de l'Amérique du nord porte son nom. Mais la ville de Québec a voulu élever dans ses murs mêmes un monument au père de la Nouvelle-France. La province qui a vu naitre Champlain avait le devoir de s'associer à cette oeuvre de pieuse gratitude; aussi, la société des Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, gardienne vigilante des gloires du passé, a-t-elle cru, en cette occasion, devoir prendre l'initiative d'une manifestation patriotique en l'honneur de Champlain, avec d'autant plus de raison que c'est sur la proposition d'un de ses membres que fut naguère élevée à Brouage, aux frais du département, la colonne commémorative rappelant que Champlain y est né. (1)

La fête projetée, à laquelle furent conviés le représentant du gouvernement canadien à Paris, M. Hector Fabre, et le lieutenant-gouverneur de Québec, M. Chapleau, en ce moment en France, puis le premier ministre du Canada, sirJohnThompson, et le ministre de la marine, sir Charles-H. Tupper, devait primitivement avoir un caractère exclusivement privé et littéraire. Grâce au concours de la ville de Saintes et du clergé, de l'autorité militaire et de l'administration des chemins de fer de l'état, elle a eu un éclat, un retentissement, qui a dépassé nos espérances.

1

RÉCEPTION A LA GARE

Le 2 juillet, à G heures 13 du soir, M. le président Audiat et les membres du bureau de la société attendaient, à leur descente de wagon, M. et M" Fabre et leur fils. M. Chapleau avait été, au dernier moment, retenu par une indisposition. Pendant que

(1) Voir sur ce monument la Revue, xm, page 271, et Samuel de Champlain, par M. Louis Audiat, page 30. M. C. Godefroy, à Rochefort, a photographié le monument de Brouage, et en a offert, le 2 juillet, un exemplaire à M"" Fabre.


la musique du de ligne jouait l'air national canadien, ..4. la. belle fontaine, orchestré par son habile chef M. Tilly, ils étaient introduits dans une salle d'attente, élégamment décorée par les soins de l'administration, où le drapeau français s'unissait au drapeau canadien et au blason du Dominion. Là se trouvaient M. le comte Anatole Lemercier, député et maire de Saintes; M. Hélitas, préfet de la Charente-Inférieure; M. Delmas, député et. maire de La Rochelle; M. Braud, député et maire de Rochefort; M. Duréault, sous-préfet de Saintes; MM. Dixmier, président. du tribunal civil, et Genet, président du tribunal de commerce; Delrieu, procureur de la république; Albert Gaschet, colonel du 6e régi ment d'infanterie; Guillet, Huvet, de Laage de Meux, conseillers généraux; Brunaud et Petit, adjoints au maire de Saintes Meaume, conservateur des hypothèques; Burgaud, receveur particulier des finances; Tourgnol, principal du collège de Saintes; Aymard, sous-directeur des contributions indirectes Pinasseau, président de la chambre des notaires; le pasteur Rouffineau; 1 abbéGeMé; Faye, inspecteur principal de l'exploitation des chemins de fer de l'état; de La Messelière, inspecteur de la dite exploitation; Godineau, sous-inspecteur de l'enregistrement le docteur Mongrand, président de la société des médecins Crépel, receveur des postes; Héraud, sous-ingénieur des ponts-et-chaussées; des fonctionnaires, des ofïiciers, des membres de la société, etc., qui, tous, répondant à l'invitation de la société des archives, étaient venus saluer les représentants d'une nation amie.

Un piquet du 6" de ligne faisait la haie et maintenait l'ordre dans la foule.

Le président de la société des Archives souhaite en quelques mots la bienvenue aux voyageurs.

ALLOCUTION DE M. LOUIS AUDIAT

Monsieur le commissaire général,

Le 3 juillet 1608, celui que vous vénérez comme le père de la patrie, que nous admirons comme un dé nos plus grands hommes, Samuel Champlain, abordait avec vingt-huit compagnons au pied du haut promontoire de Québec et y fondait cette colonie aujourd'hui si puissante et si florissante, dont la perte nous cause un éternel regret.

En ce 285" anniversaire de la fondation de votre chère cité, vous débarquez, très gracieusement accompagne: dans cette contrée d'où partit jadis notre illustre pionnier, notre heureux colonisateur. Il ne trouva personne pour le recevoir, si ce n'est des sauvages curieux et menants. Vous voyez autour de vous, messieurs, avec la société des Archives, les chefs de nos diverses corporations ou sociétés, les représentants de la cité, de l'armée, du clergé, de la magistrature, de l'administration.


Ils sont venus spontanément saluer en vous nos compatriotes d'Amérique, nos amis de la Nouvelle-France, les descendants de ces hardis pionniers saintongeais dont vous retrouvez ici les noms encore vivants, qui s'en allaient là-bas, à l'aventure, sur une terre inconnue et barbare, planter la civilisation chrétienne avec le drapeau de la France.

Vous êtes, messieurs, pour nous Saintongeais, des parents qui venez après une longue absence revoir le foyer paternel, raviver les vieux souvenirs, parler des pères à leurs enfants pour nous Français, vous êtes toujours, vous resterez quand même nos chers Alsaciens-Lorrains d'outre-mer.

Au nom de la société des Archives, et permettez-moi d'ajouter au nom de cette cité, au nom de cette province dont les représentants vous diront plus éloquemment les sentiments et l'affection, je vous salue par ce cri qui les résume tous et qui est ici dans tous les cœurs « Vivent les Canadiens) »

Et tous crient « Vivent les Canadiens »

M. le comte Lemercier donne alors connaissance de la dépêche suivante qu'il vient de recevoir de M. Chapleau (1) t Veuillez accepter mes plus vifs regrets d'être empêché, par la maladie, de me rendre à votre si aimable invitation et de prendre part à cette fête du centenaire de Champlain, qui réveille de si touchants et de si profonds souvenirs dans tout cœur canadienfrançais. Je m'associe à vos joies et joins mes souhaits aux vôtres pour le bonheur de la France et du Canada. » La musique joue la Marseillaise et c'est au milieu d'une

(1) Sir John Thompson avait écrit de Paris, le 26 juin « Monsieur, je viens vous remercier de l'aimable invitation contenue dans votre lettre du 24 courant; mais je regrette infiniment que le nombre de mes engagements officiels m'empêche de profiter de votre amabilité.

» Veuillez agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments distingués. » THOMPMN. »

De son côté, l'honorable CharIes-H. Tupper mandait de Paris, le 27 juin « Monsieur, j'ai l'honneur d'accuser réception de l'invitation que vous avez eu la bonté de m'adresser pour assister à la fête par laquelle votre société se propose d'honorer le nom de l'illustre français Champlain, fondateur de la cité de Québec.

» Je m'empresse de vous assurer, monsieur, que je ne saurais me faire un plus grand plaisir que d'assister à cette fête qui a pour but de faire honneur à ce grand homme dont la mémoire est tant digne des hommages du peuple canadien. C'est alors avec le plus vif regret que je me trouve dans la nécessité, à cause de mes devoirs officiels ici à Paris, de me priver de l'honneur de me rendre auprès de vous le 2 juillet.

» En vous remerciant de votre invitation gracieuse, et en vous offrant mes meilleurs souhaits pour le succès de votre fête, je vous prie, monsieur, d'agréer l'assurance de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre tout dévoué serviteur.

» CHARLES-H. TUPPER. »


foule compacte, massée dans la cour de la gare, entre une haie de soldats, que les Franco-Canadiens gagnent leur voiture. Ils suivent l'avenue Gambetta jusqu'au pont et à l'arc de triomphe de Germanicus les maisons sont pavoisées, et tout le monde se découvre sur leur passage.

M. Lemercier avec sa courtoisie habituelle leur avait offert l'hospitalité dans son élégant château du Ramet, sous les ombrages de ce parc qu'arrose la Charente. Un grand dîner, ce soir-là, était donné en leur honneur. M"" de Croze, nièce de M. Lemercier, en faisait les honneurs avec une bonne grâce charmante. Une réception ouverte avait lieu ensuite, qui a été des plus brillantes. Monseigneur Bonnefoy, évêque de La Rochelle et Saintes, y assistait, ainsi que le préfet, le sous-préfet, députés, etc. M. le commissaire général et M"° Fabre ont pu constater l'empressement mis à les venir saluer par l'élite de la population saintaise.

II

MESSE A LA CATHÉDRALE

Le lendemain, dimanche, à 10 heures, dans la cathédrale de Saint-Pierre, nos hôtes canadiens ayant témoigné le désir d'assister à la messe, M. l'abbé Carteau, archiprêtre, avait tout disposé pour eux et a voulu officier lui-même. M. Pannetier, avec son entente ordinaire, avait formé, ou mieux improvisé, un chœur de 80 chanteurs et chanteuses, qui ont fait entendre au commencement l'hymne de Gounod, Chantez, voix bemes puis à l'élévation, l'orphéon a chanté le Sanctus, de Saintis. A l'offertoire, M"° E. Prat, de Cognac, élève du conservatoire, qui s'est ainsi révélée à Saintes, a joué sur le violon le prélude du Déluge, de Saint-Saëns. L'orgue d'accompagnement était tenu par M"" Cécile Pannetier. Cette partie de la fête n'a pas été la moins réussie.

Après l'évangile, M?' Bonnefoy, qui venait de donner la confirmation à l'institution des dames de Chavagnes, est monté en chaire et a prononcé un discours, qu'on lira plus bas, d'après le texte des Annales catholiques de l'ouest, remarquable par l'à-propos et l'élévation des idées. La vaste enceinte de la cathédrale qui, une demi-heure auparavant, était pleine pour la cérémonie de la première communion, s'était de nouveau remplie quoiqu'il n'y eût aucune invitation d'aucune sorte, seulement une annonce en chaire. N'eut été la sainteté du lieu, on eut applaudi les paroles de l'éloquent évêque.

III

LE BANQUET

A 11 heures 1/2, les membres de la société offraient, à l'hôtel des Messageries, un déjeûner à M. et à M" Fabre, et à ceux qui


les accompagnaient M. Paul Fabre, secrétaire du commissariat du Canada à Paris M. Louis Gigot, ingénieur, administrateur de la Société foncière du Canada M. J. Berthier de Cazaunau M. Henri Lorin, correspondant du Journal des débats. Autour de la table ornée de fleurs, s'asseyaient M. Beautey, de Québec; une quarantaine de convives: M. et Mme Pierro de Croze, M. Lemercier, M. le colonel Gaschet, le capitaine Poitou; MM. Denys d'Aussy, vice-président, et le docteur Termonia, secrétaire de la société des Archives Théodore Guillet, Théophile de Laage, conseillers généraux; Imbart de La Tour, professeur à la faculté des lettres de Bordeaux; MM. Leroy,directeur du gaz; Pinasseau, notaire; Henri Drilhon, avocat; Rullier, architecte; Jules Guillet, négociant, membres du comité d'organisation; Gabriel Audiat, agrégé de l'université Louis Planty, négociant; Babinot, notaire; Marcel Pellisson et Edmond Maguier, délégués cantonaux Lucien Foucaud, ancien président du tribunal de commerce de Cognac Joseph Beineix, négociant à Cognac l'abbé Gellé, professeur à l'institution Notre-Dame Arthur Bonnet, ingénieur des ponts et chaussées à Paris le baron Oudet, maire d'Ecurat Giraudias, conseiller d'arrondissement Charrier, maire de Plassay.

La salle est vaste et aérée aux murs, ornés de glaces et de feuillages, sont appendus les écussons des villes de la CharenteInférieure La Rochelle, Saintes, Marennes, Jonzac, Saint-Jeand'Angély, Pons, Rochefort, et des provinces d'Aunis et de Sain.tonge. Les armes de Québec sont au premier rang, et le drapeau canadien uni au drapeau français. Par une délicate attention, les faisceaux de verdure étaient composés d'érable, l'arbre cher aux Canadiens on comprend donc ce mot de M. Fabre « N'était la température sénégalienne du dehors, on se croirait au Canada. D Le menu était excellent, grâce au maître d'hôtel M. Colombier, et aussi à deux aimables Saintais qui avaient ajouté à la carte

quatorze bouteilles

De vins vieux. Boucingo n'en a point de pareilles.

et aussi de fine Champagne, comme on n'en trouve guère. Au dessert, le président de la société des Archives, avec cet & humour qu'on lui connaît, porte un premier toast.

TOAST DE M. AUDIAT

C'était l'usage de nos aïeux communs au temps de Champlain en signe de paix etd'alliance avec les sauvages Iroquois, Hurons et Algonkins, on fumait le petun dans un calumet. Sur cette terre féconde en prodiges de la Nouvelle-France, les sauvages sont devenus des civilisés les Saintongeais de làbas se nomment Canadiens, et sont restés Français comme nous.


Le petun a un autre nom, mais on le fume toujours fumons donc, comme nos pères, le calumet de la fraternité fumons. dans un instant. Mais auparavant buvons de ces vins généreux, moins généreux pourtant que ceux qui nous les ont offerts (1), et aussi de cette fine liqueur que les marins de Brouage, les pionniers de l'Ohio ou les pêcheurs du Saint-Laurent connaissaient peu, .et qui nous donne la joie de pouvoir dire

Bon Français, quand je vois mon verre

Plein d'un cognac, liquide feu,

Je songe, en remerciant Dieu,

Qu'ils n'en ont pas dans l'Angleterre.

Buvons-le donc à la santé. messieurs, les absents ont tort. surtout de n'être pas venus. Voilà pourquoi je propose de boire à la santé de M. Ohapleau. Qu'un télégramme parte pour lui dire nos profonds regrets de son absence et nos souhaits pour son prompt rétablissement. (Bravos). Je bois à vous, mesdames, dont la présence, mieux que ces fleurs et ces feuillages, donne vraiment un air de fête à cette réunion fraternelle. Je bois à M. Fabre qui représente ici le Canada. II dira à nos frères d'outremer nos sentiments d'affection. Mais en attendant envoyons à l'instant même, par-delà les mers, un salut aux Français d'Amérique, une cordiale poignée de main à travers l'Atlantique qu'un télégramme leur dise que les descendants de Champlain, Canadiens et Saintongeais, réunis dans un banquet amical, pensent à ceux qui sont restés là-bas: (Bravos).

M. Fabre, après avoir remercié la société de son sympathique accueil, présente les excuses de M. Chapleau Il est tombé aux mains des médecins, ou plutôt d'un médecin et d'un chirurgien. Le chirurgien ne voyait aucun danger à le laisser venir en Saintonge, au milieu d'amis qui nous traitent si bien mais le médecin ne répondait plus des jours de son malade. Que vouliez-vous qu'il fit contre deux? Si M. Lemercier eut été en tiers dans la consultation, ses vives instances, ses cordiales sollicitations l'eussent décidé mais le chirurgien finit par être de l'avis du médecin Tant-Pis l'emporta sur Tant-Mieux. Et voilà pourquoi le lieutenant-gouverneur n'est pas ici. Pour sir John Thompson, ce ne sont pas les médecins; lui est aux prises avec les avocats. Il est occupé depuis plus d'un mois au tribunal international des pêcheries de Behring, et il croyait bien avoir tout terminé avant le 1" juillet. Mais il comptait sans les avocats. Vous connaissez les avocats français, mais vous ne connaissez pas les avocats canadiens. L'un a parlé quarante-huit heures à lui tout seul et il y en a d'autres: il y a les avocats

(1) Et comme on lui demandait: « Les noms, les noms !», le président, qui seul possédait le secret, a répondu « Messieurs, ne me forcez pas à commettre une indiscrétion. M. Niox et M. Guillet m'ont absolument défendu de les nommer. Je ne puis vous en dire davantage. »


anglais, allemands, de toutes les nations et de toutes les langues. Jugez de sa situation. Je suis donc venu seul, mais je vous apporte les regrets et les sentiments de tous.

TOAST DE M. FABRE

J'aurais voulu du moins amener avec moi un Canadien-Saintongeois. Mais les Saintongeois qui ont émigré là-bas s'y trouvent si bien qu'ils ne quittent plus le Canada, de peur, aussi peut-être, de ne plus pouvoir quitter la Saintonge, s'ils la revoyaient. Et tous, Saintongeois, Normands, Bretons, Picards, nous sommes ainsi Français ici, Canadiens là-bas, attachés aux deux patries.

Chez nous, si vous traversiez les mers comme vos ancêtres et les nôtres, vous retrouveriez la France, l'ancienne France, celle que Champlain a apportée sur notre sol et puis, la nouvelle, modifiée par un milieu nouveau, mais qui n'a cessé de suivre le sillon que vous tracez dans le monde.

Cette ville de Québec, que votre illustre compatriote a fondée, elle est aussi française d'aspect et de caractère que Saintes ellemême. Le comte Lemercier pourrait la représenter au parlement, sans avoir rien à sacrifier de son esprit gaulois et de son âme française. Chaque été, les vaisseaux de guerre français viennent mouiller dans nos eaux et alors nos popujations saluent avec enthousiasme et émotion le drapeau tricolore qui a cessé pour jamais de flotter sur nous. Quel ne serait pas leur orgueil, si elles voyaient, comme moi aujourd'hui à mes côtés, l'uniforme français porté par un des chefs de votre vaillante armée de terre dont le prestige n'a jamais été atteint, ni par les échecs subis en commun avec nous sur notre sol, ni par d'autres plus récents et également immérités

Durant un siècle, les relations entre les deux pays ont été comme suspendues. Nous sommes restés de part et d'autre enfermés dans un passé dont les souvenirs glorieux suffisaient à notre patriotisme. Elles reprennent sous une forme nouvelle qui, en rapprochant les intérêts, ravivraient les sentiments confraternels, s'ils avaient besoin de l'être.

Mais ici, en ce jour, où Saintes et Québec à travers les mers se tendent la main et s'inclinent ensemble sur la tombe de Champlain, il n'y a place que pour le culte du passé. Ce passé est notre patrimoine commun, et c'est tourné vers lui que j'unis en un seul toast: Champlain, Québec et Saintes.

M. le colonel Gaschet, avec le plus heureux à-ptopos, répond que le G" de ligne, qu'il a l'honneur de commander, en combattant jadis pour l'indépendance des Etats-Unis avec Rochambeau et La Fayette, sous le nom de régiment d'Armagnac, s'est avancé dans la baie d'Hudson jusqu'aux rives du Saint-Laurent.


Donc, au nom de l'armée française et de ses glorieux souvenirs, il boit à la France canadienne.

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TOAST DE M. LE COLONEL GASCHET

Messieurs, je suis reconnaissant à notre éminent et sympathique maire, ainsi qu'au distingué président de la société des Archives de la Saintonge, de m'avoir convié à cette fête à laquelle je suis heureux d'assister. Je m'associe d'autant plus au sentiment patriotique qui l'a inspirée que le 6e de ligne, à la tête duquel j'ai l'honneur de me trouver, descend du vaillant régiment de France qui s'est illustré jadis dans. les guerres du Canada (1).

Je vous remercie, monsieur le commissaire général, des paroles gracieuses et aimables que vous venez de prononcer à l'adresse de l'armée dont je suis ici le représentant elles trouvent en nous un écho fidèle et sympathique tous, nous faisons des vœux pour la prospérité du Canada, notre sœur cadette, cette seconde France, dont, là-bas, par-delà les mers, le cœur bat à l'unisson du nôtre. Je bois à nos frères du Canada que vous représentez ici avec tant d'autorité, monsieur le commissaire général je bois aussi aux membres de la société des Archives de la Saintonge dont je m'applaudis de faire partie; je bois enfin à ces dames qui sont venues rehausser l'éclat de notre fête par leur présence et qui lui donnent l'attrait de leurs charmes et de leur grâce.

M. Planty,qui a commandé un corps franc pendant la guerre de 1870 (2), se lève et dit ces simples mots, qui sont fort applaudis « Messieurs, permettez au capitaine des francs-tireurs saintais de 1870 de boire en l'honneur des volontaires canadiens qui ont pris part à la campagne contre la Prusse et dont beaucoup sont morts pour la défense de la France. »

Après le clairon guerrier voici la musette rustique, le laboureur après le soldat. M. le baron Amédée Oudet prend la parole « Mesdames, messieurs, notre président vient de me remettre, pour vous en donner lecture, un toast que nous aurions tous

(1) « Le 6<= régiment de ligne fut forme sous le nom de régiment d'Armagnac, le 24 mars 1776, avec deux bataillons du régiment de Navarre. Au commencement de l'année 1778, Armagnac fut désigné pour aller prendre part à l'expédition de l'indépendance américaine. Le 18 décembre de la même année, il se signalait au combat de Sainte-Lucie. Le 9 octobre 1779, l'expédition de Savannah lui fournissait une nouvelle occasion de gloire; l'expédition de la baie d'Hudson en 1783 termina pour ce régiment la campagne d'Amérique, où tant de fois il avait trouvé le moyen de se distinguer. » ~M~ortque du ?' régiment d'infanterie, par M. Méjécazo, capitaine adjudant-major 1891, p. 7. (2) Voir Saintes en A'ormandt'e, récit des opérations, par M. Charles Auger, qui commandait en second.


été heureux d'entendre de la bouche de son auteur, notre illustre, aimé et vénéré collègue de la société des ~h'chmes, M. le marquis de Dampierre, président de la société des agriculteurs de France. Les deuils cruels qui l'ont frappé ces derniers temps et qui ont retenti dans tous nos cœurs n'expliquent que trop son absence. Avant de m'approprier son langage, ce que je ne saurais faire, vous le comprenez sans une certaine confusion, je crois être le fidèle interprète de vos sentiments en lui adressant, de loin, nos respectueux ~et affectueux hommages. ? »

TOAST DE M. LE MARQUIS ËLIE DE DAMPIERRE

Messieurs, il m'a semblé, alors que l'agriculture française et le Canada entretiennent de cordiales et utiles relations, qu'un Saintongeais, président de la société des agriculteurs de France, devait aujourd'hui joindre ses hommages aux souvenirs dont on glorifie le compatriote auquel nous devons ce bonheur. Mais un deuil cruel m'empêche d'assister à vos brillantes réceptions et à vos banquets, et je dois prier notre président d'être mon organe.

Agriculteurs et Français, nous chérissons le Canada, et nous serions bien ingrats, s'il en était autrement car celui-ci ne laisse échapper aucune occasion de manifester l'affectueux souvenir qu'il garde de la France. Je trouve la preuve de la réciprocité de ces sentiments dans de bien récentes annales, et il me suffira, je crois, de les rappeler pour vous associer à l'émotion qu'elles m'ont fait éprouver.

Il y a trois ans à peine qu'au banquet des agriculteurs de France, j'avais l'honneur d'avoir à mes côtés un Canadien, Mgr Labelle, protonotaire apostolique et assistant-ministre de l'agriculture de la province de Québec, un de ces vaillants pionniers qui continuaient l'oeuvre de Champlain dans les cantons au nord de Québec, en peuplant et fécondant ces contrées. Un toast chaleureux fut porté à monseigneur Labelle par un membre de notre bureau, M. Blanchemain. M. Fabre, commissaire général du Canada à Paris, que j'eusse retrouvé avec bonheur à votre banquet, pourrait vous dire de quel cœur nos 250 convives accueillirent le vénéré prélat, quels applaudissements couvrirent ces paroles de M. Blanchemain, que je veux vous citer « Monseigneur, toute votre politique de ministre de l'agriculture, c'est de multiplier les familles nombreuses, c'est d'y faire fleurir les vertus simples et patriarcales, c'est de lancer ces familles vers les luttes agricoles et c'est d'appeler le plus possible de nouveaux colons de France, pour que la sève d'origine qui vous est si chère ne périsse jamais Voilà votre œuvre et voilà votre agriculture, admirable entre toutes à nos yeux, puisque non content de faire germer le grain qui nourrit, vous faites jaillir des sillons du nouveau


monde une moisson d'âmes françaises. Aussi nous, les agriculteurs de la vieille France, nous sommes fiers d'acclamer en vous le prêtre, le colonisateur, le patriote, l'initiateur de ces vertus de générosité, de foi, d'énergie, de travail, qui sont pour nous comme un délicieux ressouvenir de nos antiques traditions nationales fidèlement gardées ià-bas « »

Dans la touchante et spirituelle réponse de l'éminent convive je ne relèverai que cette phrase, qui le peignait tout entier: <: Quoique nous appartenions à l'Angleterre, nous sommes Français par nos origines et par les fibres intimes de notre être. Quand je vois des Français, je m'écrie « Vous êtes la chair de ma » chair, les os de mes os s Aussi, nous aimons la France avant tout. Nous aimons tout ce qui nous parle d'elle, tout ce qu'elle a d'excellent, bien entendu car pour les mauvaises idées qui circulent parfois et qui ne sont vraiment pas d'elle, nous ne leur laissons point passer la frontière. » II rappelait ensuite que, venus 10.000 Français au Canada, ils y étaient aujourd'hui 2,500,000 pour bénir le nom de la France. Et avec quel charmant sourire et quelle juste fierté, relevant sa haute et magnique stature, il ajoutait a Et vous voyez que nous n'avons pas dégénéré

Messieurs, ce beau, ce vaillant ami de la France n'est plus de ce monde. I! a, dans la force de l'âge, été rejoindre au ciel Champlain. C'est une grande perte pour le Canada, et comment ne pleurerions-nous pas, nous, un homme qui attirait tous les cœurs, et qui était comme la personnification de la noble devise de la province de Québec Je me souviens. Je suis heureux, quant à moi, de cette occasion de rendre hommage à une telle mémoire.

Plus récemment encore, lorsqu'un prince, descendant des rois auxquels le Canada dut le nom de Nouvelle-France, arriva à Montréal, l'accueil qu'il y reçut nous montra comment les Canadiens se souviennent. Un récit, magnifiquement imprimé à Montréal, des fêtes qui furent données à cette occasion, rapporte des chants patriotiques dont chaque strophe émouvante se terminait par ces mots Ensemble crions à genoux Vive la France Ces chants, répétés par 20,000 voix, semblaient un de ces cris du cœur comme on n'en connaît plus.

Nous trouvons dans ces récits un toast de l'honorable M. Chapleau, ministre secrétaire d'état de la province de Montréal, dont je vous demande la permission de citer une phrase car elle dit bien et le loyalisme qui fait de lui le lieutenant gouverneur dévoué de sa province pour l'Angleterre et les sentiments qui l'ont amené jusqu'ici pour célébrer la gloire d'un ancêtre saintongeais. e Nos pères, disait M. Chapleau, ont conservé intacts leur foi, leur langue et leur amour de la vieille patrie; ils ont gardé leur nationalité française mais leur patriotisme est canadien. Ne nous reprochez pas d'aimer l'Angleterre qui nous permet de nous réclamer fièrement de vous et de vous aimer comme aux jours de Montcalm et de~Lévis B »


Voilà, messieurs, un franc et noble langage, qui mérite bien vos applaudissements. Honneur donc et prospérité à nos fidèles amis du Canada que les destinées de ce vaillant pays soient dignes de son grand coeur et que le souvenir de Champlain ajoute encore à l'affection que nous portons à ceux qui, de si loin, viennent rendre hommage à sa mémoire

Pendant le banquet, le président reçoit plusieurs télégrammes Pierre Loti retenu. par son service à la préfecture n, envoie l'expression de ses regrets; de même, M. Emile Pellisson. Notre compatriote, M. le vicomte Oscar de Poli, président du conseil héraldique de France, télégraphie « N'ayant pu me rendre à votre courtois appel, je veux du moins vous en témoigner mon vif regret ainsi que ma profonde sympathie. Trois hommes illustres m'ont appris à aimer la Nouvelle-France l'honorable M. Chapleau, feu Mgr Labelle, Honoré Mercier. Souffrez que j'unisse leurs noms dans une pensée de respectueuse gratitude. Nous aussi nous nous souvenons, et c'est du même cœur que nous chérissons les deux patries de Champlain. OSCAR DE POLI. »

M. le comte Anatole de Bremond, conseiller général du Finistère, qui avait envoyé son toast en cas d'absence, mais avec l'espoir pourtant de venir, télégraphie « Veuillez renouveler mes regrets sincères. Il m'est impossible d'aller avec mes confrères souhaiter la bienvenue à l'éminent représentant du Canada et d'interpréter mon toast personnel. n Voici ce toast fort original,.qui a été fort goûté

TOAST DE M. LE COMTE ANATOLE DE BREMOND D'ARS

Messieurs, vous permettrez au doyen de l'ancienne société archéologique de Saintes de rappeler un souvenir personnel et de rendre hommage aux persévérantes et fructueuses études de ses savants confrères travaux modestes en apparence, mais dont la touchante et patriotique fête de ce jour constate le brillant succès.

Il y a plus de quarante ans, je me faisais u,n devoir d'indiquer pour la Biographie saintongeaise les noms de quelques personnages trop oubliés de nos contemporains. Parmi ces noms, je donnais celui de Pierre du Gua de Mons, le chef et l'ami de Samuel Champlain dans ses premières expéditions. Le président de Thou lui a consacré dix grandes pages de son Histoire universelle, pages aussi intéressantes à relire que les relations de nos modernes et courageux explorateurs du continent africain.


J'ai toujours pensé, messieurs, que le rôle de l'historien archéologue était, avant tout autre soin, de se mettre à la recherche de ces oubliés, perdus pour ainsi dire dans les pages jaunies des respectables in-folios et des indéchiffrables manuscrits enfouis dans les cartons de nos archives. De même le savant voyageur, désireux de fouiller les monuments des premières civilisations, et s'engageant à l'aventure dans les immenses et sombres forêts de l'Indo-Chine, par exemple, découvre tout-àcoup les ruines de palais et de temples de la plus merveilleuse architecture, mais dont la fabuleuse antiquité avait jusqu'alors fait oublier l'existence.

Notre érudit président, M. Louis Audiat, a si bien compris cette véritable mission que nous, Saintongeais, lui devons une sincère et particulière reconnaissance: et je suis certain d'avance que la juste gratitude de nos successeurs ne le laissera point parmi les oubliés, en songeant qu'il a passé tant d'années de sa vie parmi nous, tout occupé à réhabiliter en quelque sorte, à nous faire connaitre même, par de nouveaux et consciencieux récits, les divers personnages dont notre province avait su jadis s'enorgueillir.

Grâce à son actif dévouement, Saintes a vu s'élever la statue de Palissy. Après cette tardive justice rendue au grand artiste, la société des Archives historiques de Saintonge et d'Aunis,toujours si bien guidée par son président, appela notre attention sur le nom, également un peu oublié chez nous, du fondateur de la colonie du Canada, en nous faisant remarquer que Samuel Champlain, assurément l'une des plus grandes célébrités de notre pays, attendait encore ici un monument digne de sa gloire, et que la ville de Québec lui érigeait en ce moment. Les vaillants et fidèles habitants de la Nouvelle-France ont entendu la voix de leurs compatriotes de cette ancienne France, vieille par son amour des nobles et antiques traditions, mais toujours jeune et ardente, elle aussi, comme on est en Amérique, par cet immortel génie qui lui fait comprendre et réaliser tous les genres de progrès.

L'un des plus éminents représentants de cette lointaine contrée, et qui naguère présidait le comité international chargé de porter pour le jubilé sacerdotal de Léon XIII les vœux et les offrandes des chevaliers pontificaux au père commun des fidèles, le lieutenant-gouverneur de la province de Québec, accompagné de M. Hector Fabre, commissaire général du Canada, nous fait l'honneur de venir-, dans la capitale de la Saintonge, présider la fête consacrée à Samuel Champlain et à ses intrépides compagnons. Nous en sommes doublement fiers.

Les ancêtres de l'honorable M. Chapleau et ceux de ces milliers de colons d'origine française qui, depuis bientôt trois siècles, au milieu de luttes incessantes, de combats sans nombre et de vicissitudes de toute nature, sont parvenus à créer, dans des contrées inconnues et sauvages, un vaste état, à le couvrir de villes florissantes, tout en conservant leur même foi religieuse,


leurs mœurs et leur langue, les ancêtres de cette nation remarquable étaient Saintongeais pour la plupart.

Qu'il me soit donc permis, messieurs, à moi votre concitoyen que son éloignement ne peut détacher du sol natal,-comme le comprend tout bon Saintongeais, et ainsi que le prouvent aujourd'hui nos amis et compatriotes d'outre-mer, qu'il me soit permis de rappeler de nouveau le nom de ce brave et généreux Pierre du Gua de Mons. Ne l'oublions pas trop, bien qu'il nous semble effacé par la notoriété plus populaire de son illustre lieutenant Champlain. Il aimait à songer au manoir de sa famille, situé près des côtes de cet océan dont, toutjeune sans doute, la mystérieuse immensité lui inspira le goût des longs et périlleux voyages et le désir de prendre part à d'utiles et riches découvertes à travers des terres inconnues.

Le fondateur de cette redoutable place forte nommée PortRoyal, devenue ensuite l'importante et belle ville d'Annapolis, le lieutenant général du roi de France, Pierre du Gua de Mons, parvenu à la réalisation de ses rêves, fier de ses heureuses découvertes et de ses conquêtes, n'avait cependant garde d'oublier le village voisin de la maison paternelle, ni le petit cours d'eau qui traversait son domaine de Saintonge; et ce fut le nom de ce petit ruisseau du Gua qu'il s'empressa de donner « au fleuve fort large et fort long o qui s'offrit à sa vue, dit de Thou, quand il arriva pour la première fois au cap Saint-Louis. Le cœur humain, en effet, ne peut oublier les souvenirs de la jeunesse, pas plus que l'âme des nations n'abandonne l'amour inné de la patrie d'origine.

Vous pardonnerez, messieurs, à l'arrière-neveu d'une aieulo de Pierre du Gua de Mons, si, envoyant du fond de la BasseBretagne son toast à vos nobles hôtes, il vous parle de toutes ces réminiscences de famille mais elles sont bien permises, j'aime à le croire, entre Saintongeais des deux mondes. (1)

Enfin, M. le comte Lemercier dans une charmante causerie rappelle tout d'abord les vieux liens qui unissent Jacques Bonhomme, le paysan de Saintonge, à son frère cadet Jean-Baptiste, le colon canadien. Jean-Baptiste, d'humeur aventureuse, s'en est allé chercher fortune dans ces pays lointains et s'y est installé mais il n'a pas oublié sa patrie ni Jacques Bonhomme il l'aime, il vient le revoir de temps à autre. Que ces liens se resserrent de plus en plus non seulement au point de vue des intérêts matériels, mais aussi pour les féconds enseignements que la mère-patrie pourra tirer des causes qui ont fait la force et la grandeur de la colonie. « Pouvons-nous oublier, ajoute-t-il, qu'à l'heure présente l'inquiétude, la tristesse ont gagné tous les esprits ? Où trouverons-nous le lien puissant qui ralliera

(1) Notre confrère, dans cette dernière phrase de son toast, fait allusion à Catherine de Bremond d'Ars, mariée le 14 juillet 1475 à Arnaud du Gua, chevalier, seigneur de Chastelars, un des ancêtres de Pierre du Gua de Mons.


tous les cœurs français dans une parfaite union et nous rendra le sentiment de notre vigueur? Notre éminent évêque nous le disait tout à l'heure, les fermes croyances de notre patrie, sa vieille foi en l'évangile sont seules capables de nous rendre la confiance et d'assurer le salut du pays. Comme nos frères du Canada, nous devons chercher en haut le secret de notre force et la source de la véritable lumière. Plein de confiance dans l'avenir, je bois au Canada et à la France catholiques. » La plus franche gaieté, le plus charmant laisser-aller n'a cessé de régner pendant ce repas on se sentait entre amis, et c'est par des bravos que presque chaque phrase de ces divers toasts, tous charmants dans leur genre, était accueillie.

IV

AUX ARÈNES

A deux heures, avait lieu aux arènes la conférence de M. Lucchini. Avant de s'y rendre, M. le commissaire général et les membres de la société des Archives qui l'escortent, visitent en passant la curieuse crypte de Sain't-Eutrope. Malgré la chaleur torride, une foule nombreuse avait envahi la vaste enceinte des arènes où l'Harmonie des chemins de fer de l'état salue de ses brillants accords les invités à leur arrivée. M. Lucchini retrace, dans sa conférence archéologique, en un langage aussi élégant que précis, les dispositions de l'amphithéâtre de Saintes. Malheureusement, un peu pressé par le temps, il n'a, pu, au grand regret de ses auditeurs, donner à son intéressant sujet tous les développements qu'il comportait. Voici un résumé de sa spirituelle dissertation

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CONFÉRENCE DE M. FABIEN LUCCHINI

Mesdames, messieurs, malgré l'affiche, je ne puis faire une vraie conférence; je n'en ai, ne puis, ni ne veux en avoir le temps car trop de distractions vous attendent et me crient de me dépêcher. Du reste je n'ai aucune illusion: entre l'archéologie et un « lâcher de pigeons, ou des morceaux de musique, ou des productions puisque productions il y a de souples gymnastes, vous ne pouvez hésiter l'antique n'est pas assez. moderne, et aujourd'hui ce n'est pas seulement l'article du jour que l'on veut, mais l'article de demain. Le siècle est aux futuristes. Et l'orateur, même jeune, qui évoque le passé, a presque toujours l'air d'un échappé d'outre-tombe, d'un contemporain de Rhamsès-Meiamoun, qui renonce à sa sinécure de momie pour venir ennuyer ceux qui ont le mauvais goût de ne pas être morts. Il faut dire adieu à la gloire, pour être archéologue la barre fixe, le trombone, l'art de lâcher les pigeons. après les avoir dûment plumés, voilà qui vous mène droit à l'immortalité.


N'ayant donc pas le loisir de dire ce que je voudrais, comme je le voudrais, je vais me contenter de quelques indications rapides et me faire votre cicerone, cicerone indigne, puisque je ne dirai que ce que je sais, en conspuant le pourboire. Ces arènes, ou plutôt cette arène le pluriel n'a pas de sens date du t" siècle de notre ère, probablement du règne de Tibère ou de celui de Claude. A l'époque où l'amphithéâtre des Santons a été construit, il était le seul de l'Aquitaine administrative qui, plus tard, en eut quatre ou cinq autres: ceux de Bordeaux, Périgueux,Tintinniac, Limoges et peut-être Bourges. H est bâti en pierres dites de petit appareil presque partout. Son grand axe total est de 132 mètres, son petit de 106; le grand axe de son arène est de 77 mètres, le petit de 46" 50. Vous le voyez, il est adossé, sauf à l'est, au penchant des coteaux qui forment ce vallon; c'est là une disposition économique que l'on trouve en bien des endroits, à Trèves, à Utique, à Ptolémais, à Pergame, à Cagliari, par exemple. La forme en est elliptique, selon l'usage; l'on ne connaît que l'amphithéâtre de Sparte qui ait fait exception il était circulaire. Sur l'arène proprement dite donnaient des portes voûtées, comme il y en a encore à l'extrémité est du grand axe. Elle était limitée par un mur de 2" 50 de haut, en blocs énormes, polis soigneusement pour que les griffes des bêtes ne pussent trouver où se prendre. Sur ce mur régnait un parapet il en reste par ci par là des vestiges destiné à protéger contre les atteintes des fauves les personnages de marque assis à un balcon d'honneur appelé podium. Et par surcroit de précautions, l'on pouvait installer sur ce parapet une grille, des filets, des rouleaux mobiles tournant sur un pivot.

Au podium il n'y avait pas de sièges en pierre, mais des fauteuils et des bancs. Ce balcon devait avoir quatre mètres de large. On y accédait par des arcades et des escaliers situés à l'est; les premières existent encore à l'état de ruines, les derniers ont complètement disparu. L'on voit bien encore deux petits escaliers tournants, très raides; mais, outre qu'ils sont trop étroits pour avoir été d'honneur, ils aboutissent au haut de l'amphithéâtre. Ils sont, à n'en pas douter, de service, et je suis heureux de savoir mon avis partagé par un érudit, connu même au Canada, M. Audiat.

Le podium était absolument séparé des gradins par un mur continu que le public n'avait pas le droit de franchir. H n'y avait ici qu'un étage de gradins, en latin mcema~u?~ ou causa, comprenant, il est vrai, un nombre respectable de rangées, et tel qu'il était à peu près aussi haut que deux étages ordinaires. Ces rangées étaient divisées en segments, en sections cunéiformes ou en forme de coin par des escaliers qui convergeaient vers le mur de séparation du podium et facilitaient la circulation et l'ordre.

Les gradins pouvaient compter quinze à seize mille spectateurs. Tout-à-fait en haut se trouvait une plate-forme appelée


prœct~ctto, qui faisait le tour de l'amphithéâtre. Quand il y avait plusieurs étages de gradins, la prœc~ctto servait à les séparer; mais ici elle servait uniquement de palier d'entrée, où l'on aboutissait du dehors par le penchant des coteaux, et d'où l'on descendait à sa place par les escaliers. Elle pouvait contenir de cinq à six mille spectateurs qui étaient debout, tandis que les autres étaient assis sur des coussins rembourrés de paille ou de feuilles de roseau hachées.

Du côté de l'est seulement on pouvait arriver à sa place, en montant des escaliers, en passant sous des arcades et en entrant par des portes qui s'ouvraient au beau milieu des gradins, comme on en voit au premier étage de la restitution du colisée de Fontana et Hirt.

Sous les arcades de l'est bâille aujourd'hui un conduit d'écoulement défoncé qui, partant du centre de l'arène, amenait au dehors les eaux pluviales et autres avec les immondices. Je m'en voudrais de clore la série de ces indications, sans dire à nos hôtes que, à l'extrémité sud du petit axe de l'amphithéâtre, jaillit une source assez abondante, laquelle, probablement, jaillissait déjà au siècle de notre ère et devait être utilisée pour les besoins de l'amphithéâtre. Cette source a un nom frais et antique comme son eau la Font Sainte-Eustelle. Elle a une vertu prophétique, à laquelle les célibataires bien élevés comme moi croient fermement Quand un jeune homme ou une jeune fille sont piqués par la tarentule de l'hyménée, ils prennent deux épingles et les jettent dans la piscine sacrée. Les épingles tombent-elles dans l'eau en croix, il est sûr oh combien sûr! que les jeunes gens se marieront dans l'année. Y aurait-il une relation perfide entre une croix et les innombrables joies du mariage ? Ou bien maris et femmes donnent-ils toujours des coups d'épingle dans l'eau ? Mystère et candeur Je laisse de côté tout ce qui prêterait à la discussion car pour qu'on pût être explicite et nettement affirmatif sur certains points, il faudrait que les arènes fussent déblayées. Le serontelles jamais? L'état nous a donné, l'an passé, un moment de joie il a proposé au conseil municipal d'exécuter ce travail à certaines conditions. Mais la ville de Saintes a trop de charges pour accorder en ce moment une pareille satisfaction aux archéologues et aux artistes. Avant de faire revivre les pierres, il faut faire bien vivre les hommes avant d'embellir. une cité, il faut l'assainir. Mais j'ai le ferme espoir qu'un jour le projet sera repris et accepté, pour que Saintes rende à son passé galloromain des honneurs dignes d'elle et de ses fiers aïeux.

Et comme si la parole du savant eut évoqué quelque vision antique, une troupe de jeunes athlètes paraissent dans l'arène et nous éprouvons certainement plus de plaisir à admirer l'harmonie et l'ensemble de leurs mouvements que nous n'en aurions à voir les jeux sanglants du cirque romain. M. Fabre, en termes


heureux, remercie-le conférencier et les membres de la société la Santone que dirige M. Caudéran

« Messieurs, je suis.heureux d'être t'interprète de ce nombreux auditoire et de féliciter l'habile conférencier sur le succès qu'il vient de remporter. Une conférence par cette température et sous ce ciel ensoleillé, cela pouvait sembler menaçant; mais M. Lucchini a traité son sujet avec un tel agrément que nous sommes encore sous le charme de sa parole entraînante et légère.

s Quant à vous, messieurs les membres de la société de gymnastique, vous nous avez émerveillés par votre force et votre adresse. Je voudrais pouvoir vous emmener au Canada, pour instruire nos jeunes gens. Nous serions heureux de vous garder jusqu'au jour où, la France ayant besoin de vous, vous repartiriez, suivis de toute la jeunesse canadienne. D Avant de quitter les arènes, cinq cents pigeons lâchés par la société colombophile l'Eclair, présidée par M. Barrière, vont porter aux rives lointaines comme un écho de notre fête. C'était plaisir de voir ces gentils volatiles s'élever dans l'air en un tourbillon, vrai nuage ailé; puis, après quelques secondes, s'étant orientés, ils partent à tire d'ailes de tous les côtés, s'éparpillent dans toutes les directions; quelques uns, novices ou faibles, se perchent quelques instants aux branches des peupliers, et repartent. Tout cela en un clin d'oeil c'est une vision. Le spectacle nouveau pour Saintes a été fort goûté. Et la foule charmée, quinze cents personnes au moins, s'écoulait à flots pressés par les rues et les sentiers, j'allais dire par les vomitorium, qui mènent à l'amphithéâtre (1).

V

RÉCEPTION A L'HÔTEL DE VILLE

On se rend au musée archéologique, dont le conservateur, M. Louis Audiat, fait les honneurs.

Il est quatre heures, l'hôtel de ville orné de trophées attend nos hôtes canadiens. En leur souhaitant officiellement la bienvenue au nom de la ville de Saintes, M. le comte Lemercier rappelle les vieilles relations commerciales qui s'étaient établies entre le Canada et nos ports de l'Aunis et de la Saintonge il souhaite de les voir se renouer, alors surtout que le nouveau port de La Pallice leur permet de prendre une extension qu'aux siècles passés elles n'auraient pu atteindre.

<t Vous êtes ici, dit-il à peu près, reçu par des compatriotes,

(1) Un journaliste, en comptant bien tout, musiciens, gymnastes, soldats de garde, les Canadiens et ceux qui les accompagnaient, la foule qui garnissait les gradins, le « nombreux auditoire 9 de M. Fabre, n'a pu arriver qu'au chiffre de 20 ou 25 personnes. Si on l'eut fait déjeuner, peut-être à cette fête, qu'il a trouvée « piteuse aurait-il vu 20 ou 25 mille hommes.


des amis, des frères. Si nous trouvons plus d'un motif de rester fidèles à l'amitié des Canadiens, nous rencontrons chez eux d'autre part de bons exemples à suivre. Ils sont plus avancés que nous dans la pratique des lois véritablement libérales. Ils mettent en pratique depuis longtemps cette vérité, que M. Constans exposait dernièrement à ses auditeurs de Toulouse la liberté consiste, pour chacun de nous, non seulement à faire ce qui nous plaît, mais encore à laisser notre voisin libre de faire ce qui nous déplaît, quand les lois l'y autorisent. C'est en appliquant largement ces principes, que nous procurerons à notre pays la concorde et l'union de toutes les bonnes volontés. Sans doute, monsieur le commissaire général, en visitant demain le port de La Pallice, vous serez à même d'apprécier qu'il pourrait devenir le point de jonction entre le Canada et les pays de l'Europe méridionale, auxquels nous rattachent de nombreuses voies ferrées. Tout ce qui nous reliera plus étroitement avec nos frères d'Amérique nous comblera de joie, et nous acceptons avec enthousiasme l'augure de ces heureuses relations, qui cimenteront une vieille amitié. D

Il est impossible de répondre avec plus d'esprit et plus de cœur que ne l'a fait M. Fabre. Il montre l'unité morale, intellectuelle du peuple canadien et du peuple français. L'élément français au Canada a absorbé l'élément anglais. Le vaincu a soumis le vainqueur par la force morale.

TOAST DE M. FABRE

Nous sommes toujours Français sous un autre drapeau, à jamais politiquement séparés et patriotiquement unis. Votre langue, vous l'avez embellie et perfectionnée, vos prosateurs et vos poètes l'ont revêtue d'une grâce nouvelle, nous avons cherché à la conserver en toute sa simplicité et sa grâce naive. Vous l'aimez comme une femme charmante à qui l'on ne saurait rien refuser nous la vénérons, nous, comme une mère. On trouvera rarement au Canada des Français qui deviennent Anglais on y trouve au contraire beaucoup d'Anglais qui deviennent Français. Permettez-moi de vous citer une anecdote. Dans un tribunal, le jury entier était composé de membres portant tous des noms anglais, écossais ou irlandais. Les débats terminés, le juge les résuma en anglais. Mais alors le chef du jury, un Anglais, prit la parole et avec le plus pur accent normand « Monsieur le juge, dit-il, serait-ce un effet de votre bonté de recommencer? Vous nous avez parlé en anglais nous ne comprenons tous que le français veuillez nous parler en français maintenant. »

Notre attachement à la vieille patrie n'a pas été moindre que le vôtre. Que Français nous soyons restés Français, qui peut s'en étonner ? Qu'est-ce donc qui aurait pu nous entraîner à


l'abdication ? Vos malheurs mêmes, la façon dont vous les avez supportés, l'élan avec lequel vous vous relevez vous ont grandi dans l'estime du monde. Mais une population comme la nôtre, restée isolée et comme perdue, qu'est-ce qui l'empêchait de faillir à sa tâche ? qui eût pu la blâmer de se fondre dans la masse victorieuse ? le monde entier ignorerait encore sa chute. C'est que l'âme française est vraiment indestructible, et je le sens bien pour ma part, lorsque, comme aujourd'hui, je salue le drapeau de la France.

C'est la fête de Québec comme celle de Saintes, aujourd'hui. L'ombre de Champlain plane sur les deux cités tous les coeurs saintongeois et canadiens sont unis dans une même effusion patriotique. A nos yeux, la France est toujours restée la même, et nous la voyons telle qu'elle nous apparut penchée sur notre berceau national, dans ce cadre gigantesque dessiné sur les bords du Saint-Laurent par Champlain.

A-t-elle été vaincue chez nous ? Non car, au lendemain de la séparation, nous relevions le drapeau qui flotte aujourd'hui sur deux millions de Français. A-t-elle été vaincue en Europe? Non car vous voilà plus puissants et plus respectés que jamais le monde émerveillé regarde l'astre remonté à l'horizon. Passé, présent, avenir se confondent dans un même rayonnement. Pendant que vous vous interrogez anxieusement; que vous passez en revue, dans un examen de conscience viril, vos qualités et vos défauts, nous vous acceptons tels que vous êtes. Il n'y a en présence, dans des manifestations comme celle d'aujourd'hui, que le Canada qui aime la France et que la France qui se souvient du Canada.

Jean-Baptiste, dont M. le comte Lemercier a parlé en termes si charmants, sait tout ce qu'il doit à Jacques Bonhomme; et lui, qui se souvient toujours, il est touché par-dessus tout qu'ici, au foyer, près du cœur de la patrie, le frère aîné se souvienne encore

Au nom de la ville de Québec, je porte un toast à la ville de Saintes et à la Saintonge.

Et dans une aimable causerie M. Fabre rappelait que, candidat au conseil municipal de Québec, il avait été battu. « Présentez-vous à Saintes, réplique M. Lemercier, et je vous promets l'unanimité des suffrages. »

Après cette allocution, que de fréquents applaudissements interrompent, M. Audiat lit un fort beau sonnet, Samuel de Champlain, « père de la Nouvelle-France », dédié aux Canadiens par un poète aussi connu qu'il est aimé, M. Georges Gourdon, de Rochefort. Voir plus bas, page 338.


VI

LA SOIRÉE

Le soir, à huit heures et demie, dans l'ancien palais de justice, devait avoir lieu la séance litéraire et musicale. Grâce aux soins de M. Laroche, tapissier, cette salle, qui fut la salle de la cour d'assises, ne rappelait en rien la banalité des décorations ordinaires.

Le buste de Samuel Champlain s'élève au fond sur un haut piédestal, au-dessous d'un cartouche aux armes de la société et de la ville de Québec. M. Paul Tourette, artiste du département de la Charente, avait bien voulu faire pour nous cette œuvre d'art, largement modelée et qui reproduit scrupuleusement les traits énergiques du célèbre navigateur, tels que nous les ont conservés d'anciennes estampes. (1)

Au-dessus du buste de Champlain, les armes de Québec et de la société des Archives, sa ville à lui et la société qui le fête. Armes de Québec D'or à la fasce de gueules, chargée d'un léopard lionné d'or, accompagnée en chef de 2 fleurs de lys d'azur et en pointe d'une branche de vigne de 3 feuilles. Devise IE ME SOVVIENS.

Armes de la société: Partie d'azur à la mitre d'argent, accompagnée de trois fleurs de lys d'or, qui est Saintonge, et de gueules à la perdrix d'or couronnée de même à l'antique, qui est Aunis. Devise SERVARE VVLGARE.

Au-dessus de la porte d'entrée est l'écusson du Dominion composé des blasons des sept provinces du Canada (2). Le même est reproduit sur le drapeau canadien, qui n'est autre que le pavillon anglais avec l'écusson des sept provinces (3). De chaque

(1) Pour Samuel Champlain, nous renvoyons à la notice publiée dans le numéro de juillet, xm, 246, par M. Louis Audiat, et tirée à part (in-8° de 32 pages. Maintes, Mortreuil La Rochelle, Foucher. Prix, 60 centimes). (2) Il a été peint et offert par M. Camiade il présente sept compartiments

1" De sinople à la branche de houx d'or de 3 feuilles, posée en fasce au chef d'argent à la croix de gueules, qui est Ontario.

2° D'or à la fasce ondée d'azur, chargée d'un poisson d'argent, accompagnée de trois feuilles de chardon de ~ueu!e~ tt~ëes de Stnopte. (NouvelleEcosse).

3° Québec, comme plus haut.

4<' D'or à ta nef de sable pavillonnée de gueules, voguant sur une mer d'azur, au chef de gueules chargé d'un léopard ttonnë d'or. (NouveauBrunswick).

5° D'argent à la couronne royale d'or surmontée d'un tëopard d'or, accosté des deux lettres B et C, le tout entouré d'une couronne de lauriers de sinople. (Colombie anglaise).

6° D'argent à ta terrasse à deux pins, l'un plus petit que l'autre, le tout de sinople, avec ces mots pAnvA sus INGENTI. (Ile du prince Edouard). De sinople au taureau bondissant d'or, au chef d'argent chargé d'une croix de gueules.

(3) On lit dans le Tour du monde de 1878, ~cur~ton. au Canada, par Lamothe, ces lignes « Dans le mouvement révolutionnaire de 1870 avec Louis


côté quatre cartouches La Saintonge e< l'Aunis au Canada, contenant les noms des colons aunisiens et saintongeais dont on a pu constater officiellement la présence dans la NouvelleFrance ils ont été peints en partie par M. Fontenelle. Les murs sont ornés de faisceaux, de drapeaux, de feuillages, parmi lesquels est l'érable, de draperies rouges élégamment disposées. Les écussons des villes sont là, et aussi, à défaut des portraits eux-mêmes ou des bustes, les armes des contemporains de Champlain, amis ou protecteurs, puis de quelques Saintongeais-Canadiens. Ainsi, Champlain se retrouvait pour ainsi dire au milieu des siens; il revivait, ce soir-là. Et nos hôtes voyaient se dérouler en quelque sorte l'histoire de leur pays, depuis le colonisateur Champlain jusqu'au défenseur de l'indépendance canadienne, Montcalm.

Voici d'abord Pierre du Gua de Mons, arrière-petit-nla d'Arnaud du Gua, fils de Guy du Gua, seigneur de Mons en la paroisse de Saint-Pierre de Royan, et de Claire Goumard d'Echillais, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, gouverneur de Pons, « lieutenant général au pays de l'Acadie (8 novembre 1603), célébré par l'historien de Thou. Armes D'argent à trois chevrons de gueules puis, Antoinette de Pons, fille d'Antoine de Pons, marquise de Guercheville, dame d'honneur de Marie de Médicis, morte en 1632, protectrice de Champlain. Armes D'argent à la fasce bandée d'or et de gueules puis, Aymard de Chastes, de la maison de Clermont, chevalier de Malte, gouverneur de Dieppe, vice-amiral des mers du Ponant, mort en 1603. C'est lui qui envoya Champlain au Canada: < Hommetrès honorable,ditChamplain, bon catholique, grand serviteur du roi, qui avait, servi sa majesté en plusieurs occasions signalées.B » Armes De gueules à deux cle fs d'ar~e~t en sautoir. Devise st OMNES EGO NON; Henri de Bourbon, prince de Condé, né en 1588 à Saint-Jean d'Angély, de Henri I" et de CatherineCharlotte de La Trémoille, gouverneur et lieutenant général de la Nouvelle-France, protecteur de Champlain. Armes: D'azur à 3 fleurs de lys d'or, au bâton péri de gueules. Devise TE NVNQVAM TIMVI le duc de Montmorency, pair de France, amiral, vice-roi de la Nouvelle-France (1620). Armes D'or à la croix de gueules cantonnée de seizealérions d'azur. Devise: AnAANOS (sans erreur); Henri de Lévis, duc de Ventadour, pair de France, vice-roi de la Nouvelle-France, mort à 84 ans, en 1680, chanoine de Paris. Armes D'or à 3 chevrons de sable. Devise DIEV AIDE AV SECOND BARON CHRÉTIEN LËvfs; Pons de Lauzières, marquis de Thémines, maréchal de France (1616), lieutenant

Riel, les Canadiens, Français et métis décidèrent d'adopter des couleurs rappelant l'origine des Canadiens, et l'on choisit le drapeau blanc fleurdelisé. Et voilà comment, en l'an de grâce 1870, le drapeau blanc et les fleurs de lis furent dans un coin reculé de l'Amérique du nord l'emblème d'un mouvement révolutionnaire. »


général de la Nouvelle-France, mort en 1627. Armes D'argent au buisson de sinople.

Ensuite, voici: Louis-Hector de Callières (1647-1703), chevalier de Saint-Louis, gouverneur du Canada en 1684, gouverneur général de la Nouvelle-France en 168'J. Armes D'argent à trois fasces contre-bretessées de sable. Devise: A IVVENTVTE VIRTvs. (Don de M°" la marquise de Callières) Isaac-Louis Forant, né à La Tremblade en 1688, fils de l'amiral Job Forant et de Marguerite Richier, gouverneur de l'île Royale en 1739, mort au cap Breton en 1740. Armes D'azur à la Strène d'argent sur une mer de même, au chef cousu de gueules à trois étoiles d'argent; Philippe Rigaud, marquis de Vaudreuil, chevalier de Saint-Louis, lieutenant général au Canada, gouverneur de Montréal, commandant du pays de la Nouvelle-France, mort au château Saint-Louis de Québec (1) en 1725. (Voir dans d'Hozier, registre v<, 363 « Paroles des sauvages Iroquois au marquis de Beauharnais, gouverneur du Canada, lorsqu'ils le virent pour la première fois et qu'ils pleurèrent la mort du marquis de Vaudreuil. Armes D'argent à un lion de gueules couronné, langué et armé de même enfin, Louis-Joseph de Montcalm-Gozon, le héros de l'indépendance canadienne, né en 1712, enseigne à 12 ans, colonel du régiment d'Auxerrois en 1743, commandant des troupes de l'Amérique septentrionale en 1756. Après des exploits merveilleux, une résistance désespérée, mortellement atteint le 14 septembre 1759, il succombait en murmurant « Au moins je ne verrai pas les Anglais maîtres de Québec. » (2)

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(1) Lire dans la Revue canadienne, d'avril, mai, juin et août 1893, Le fort et le château Saint-Louis de Québec, par M. Ernest Gagnon, aussi habile musicien qu'élégant écrivain.

(2) Dans La kermesse du 27 mai 1893, M. Pierre-J.-O. Chauveau a décrit, sous ce titre Les plaines d'Abraham et leurs monuments, p. 185, les deux monuments élevés à la mémoire des deux généraux ennemis Wotfe et Montcalm, tombés tous les deux héroïquement, le 13 septembre 1759, dans la bataille qui décida du sort de la Nouvelle-France. Sur un obélisque dont la première pierre fut posée solennellement le 27 novembre 1827, au bas du côté du fleuve, on lit

MORTEM VIRTUS COMMUNEM

FAMAM HISTORIA

MONUMENTUM POSTERITAS

DEDIT

puis, d'un autre côté

HUJUSCE

MONUMENTI IN VIRORUM ILLUSTRIUM MEMORIAM WOLFE ET MONTCALM

FUNDAMENTOM I. C.

GEORGIUS COMES DE DALHOUSIE

IN SEPTENTRIONALIS AMERIC~ PARTIBUS AD BRITANNOS PERTINENTIBUS

SUMMAM RERUM ADMINISTRANS

OPUS PER MULTOS ANNOS PR~ETERMISSUM QUID DUCI EGREGIO COXVENIEKTIUS ? AUCTORITATE PROMOVENS, EXEMPLO STIMULANS MUNIFICENTIA FOVENS

A. D. MDCCCXXVII

GEORGIO IV BRITANNIARUM REGE.


Armes D'azur à trois colombes d'argent becquées et membrées de gueules. Devise MON INNOCENCE EST MA FORTERESSE. (1) Un très beau programme, dessiné par M. Antoine Duplais des Touches,dontlal"'pagedece fasciculeoffre une réduction minuscule qui ne peut donner de l'original qu'une idée très imparfaite, contient au verso quelques notes sur ces personnages il représente en haut Brouage, la patrie natale de Samuel Champlain, telle qu'elle est maintenant avec ses énormes remparts abandonnés au bas Québec, la ville nouvelle, cité fondée par Champlain de la mort sort la vie. Sur le côté droit, dans un médaillon, le portrait de Champlain, d'après Montcornet; audessous les écussons de Québec et de la société des ~4.rchtDes: le tout entouré de plantes et de feuillages du plus gracieux effet. Des cris de « Vivent les Canadiens s saluent l'entrée du commissaire général et de ceux qui l'accompagnent. La musique du 60 joue l'air canadien. M. Fabre prend place, sur l'estrade, au fauteuil de la présidence, ayant à sa droite M. le comte Lemercier, à sa gauche monseigneur de La Rochelle; puis le colonel du 6° de ligne, le président de la société, M°"' Fabre, M" de Croze et les membres de la société.

M. Fabre donne la parole à M. Imbart de La Tour. Le jeune professeur, dans une magistrale étude dont nous publions un texte reconstitué de souvenir, après avoir esquissé la vie de son héros, si agitée et si pleine, s'est élevé aux plus hautes considérations sur le rôle de la France dans la colonisation. Sa parole claire, élégante, correcte a remué toutes les âmes et charmé tous les esprits. Les applaudissements qui ont accueilli presque chaque phrase de son discours, saluent avec enthousiasme ses dernières paroles; ils éclatent plus vifs encore, lorsqu'on voit un vieillard vénérable se jeter dans les bras du conférencier. Cette scène touchante inspire à Mgr Bonnefoy ces paroles remplies d'à-propos: « Messieurs, après les accents si chrétiens auxquels nous venons d'applaudir, un texte de nos saintes écritures ne vous paraitra pas déplacé « Gloria patris filius sapiens La gloire d'un père, c'est un fils éloquent. Je vous présente, messieurs, l'heureux père de notre conférencier. » M. Fabre prend alors la parole. Il nous explique les causes de la prospérité et de la grandeur de la colonie canadienne. Les quelques milliers de colons abandonnés par le traité de 1763 sur les rives du Saint-Laurent ont donné naissance à un peuple de plus de deux millions d'âmes, et ce peuple doit sa force aux efforts combinés du paysan et du prêtre le premier

Du côté du nord on lit le nom de MONTCALM, et du coté du sud celui de WoLFE.i'unetl'autreengros caractères.

Voir aussi, p. 141, L'album du touriste, Québec, par J.-M. Lemoine. (1) L'écusson de Québec et celui de Vaudreuil ont été peints par un jeune artiste de Saintes, M. Marcel Roux. Les autres sont dus aux dames de Chavagnes.


a fécondé le sol, le second a maintenu avec l'unité de la foi les traditions nationales. C'est avec un véritable soulagement que nous avons entendu M. le commissaire général disculper la France du reproche d'avoir trop facilement abandonné sa colonie aux Anglais. C'est sur le champ de bataille de l'Allemagne que le Canada nous a été enlevé, et ce douloureux sacrifice était aussi inévitable que ceux que nous a depuis imposés le sort inexorable de la guerre. D'enthousiastes bravos couvrent la voix de M. Fabre, lorsqu'en terminant son discours il affirme les sentiments d'amour des Canadiens pour la France. L'orphéon la Lyre saintaise, sous la direction de M. Lamour (président M. Paul Brunaud), nous fait entendre sur un rhythme tantôt gai, tantôt plaintif, ces airs français, vieux souvenirs de Normandie, de Bretagne ou de Saintonge, qu'on aime à redire dans les familles canadiennes d'abord, Chants canadiens, par M. Ernest Gagnon, membre de l'académie de musique de Québec

Nous vous chantons, o doux chants des aïeux,

Fleurs de la France écloses sous nos cieux

Chantons encor des Canadiens

Les chants joyeux, les gais refrains.

puis, A la claire fontaine, chant national canadien arrangé par M. Maillochaud; enfin, Les soirées de Québec, chant à trois voix, sur des chants populaires du Canada français Courez, joyeux cortège 1

Raquette agile, traîneau léger;

Sur l'éclatante neige

Laissez-vous emporter.

N'oublions pas La chanson de la bataille de Taillebourg, paroles d'un trouvère champenois (1242), musique adaptée par M. Weckerlin, chantée pour la première fois à l'inauguration du monument de saint Louis à Taillebourg, le 22 juillet '1892, et qui est devenu le chant « national x de la société des Archives. Tous ces morceaux, qu'accompagnait sur l'harmonium M. Mesnard, professeur de musique, ont été écoutés avec la plus grande attention et ont séduit tout le monde, amateurs et profanes, par leur originalité d'abord, puis par la manière nuancée dont ils ont été dits.

M. Gabriel Audiat, professeur de rhétorique au lycée d'Angoulême, lit avec un talent remarquable une pièce de vers, Samuel Champlain. Le sujet a heureusement inspiré notre distingué poète saintongeais M. Edmond Maguier, et rarement il avait été donné d'entendre poésie plus large et de plus fière allure. Enfin, M. Marcel Pellisson a voulu apporter lui aussi son hommage au héros de la fête, et a lu une pièce de vers en patois saintongeais on sait avec quelle dextérité et quel esprit il


manie notre ancien idiome, celui que parlait Champlain, aujourd'hui. hélas! passé à l'état de langue savante. Toutes les parties du programme avaient été remplies, et bien remplies; mais avantlaclôturedela séance, M. Audiat a remercié avec un tact exquis tous ceux qui avaient concouru à ces fêtes si brillantes, et trouvé un mot charmant pour tous ceux qui ont coopéré à l'œuvre qu'il a su mener à si bonne fin.

ALLOCUTION DE M. LOUIS AUDIAT (1)

.C'est une noble et touchante devise que celle de la ville de Québec, dont vous voyez les armes unies à celles de la société des Archives au-dessus du très beau buste de Champlain Je me souviens.

On raconte qu'après la suprême défaite, après la mort du glorieux Montcalm et la prise de Québec, les Canadiens, restés là-bas sous la domination anglaise, regardaient sans cesse à l'horizon s'ils ne verraient pas enfin flotter le drapeau français. Ils se souvenaient.

Un missionnaire français parcourait un jour les salles d'un hôpital aux Etats-Unis. En l'entendant parler, un malade d'un lit voisin se dresse sur son séant « Et moi aussi je suis Français.- Et de quelle partie de la France ? demande le prêtre. Du Canada. » Encore un qui se souvenait.

En 1870, quand la France, abandonnée de tous, de ceux surtout qui lui avaient le plus d'obligations, luttait courageusement mais péniblement sur son sol contre l'ennemi héréditaire fort de la complicité tacite d'autres nations jalouses, les Canadiens n'ont pas hésité à franchir les mers et sont venus en grand nombre à l'heure du péril nous apporter leur héroïque dévouement. Ils se souvenaient. (2)

Souvenons-nous toujours, messieurs le souvenir est frère de la reconnaissance. Ne soyez donc pas étonnés si, à la fin de cette soirée, que vous avez faite si intéressante et si magnifique, moi aussi je me souviens. Je me souviens que je dois des remerciements à notre hôte illustre, qui n'a pas hésité à entreprendre un fatigant voyage, par cette température, pour assister à notre séance. Votre présence, monsieur le commissaire général, a fait de notre petite fête une solennité, et de la glorification de Champlain presque une démonstration patriotique. La renommée avait parlé de votre talent oratoire, nous avons vu qu'elle n'avait pas menti; elle était restée au-dessous de la réalité; et nous avons admiré avec quelle facilité il passe du familier au grave, et de la douce et spirituelle causerie aux plus hautes considérations historiques.

(1) « Filandreuse et fatigante », a dit le journal Le Peuple.

(2) Voir Le Canada et les Canadiens français pendant la guerre francoprussienne, par M. Faucher de Saint-Maurice.


Je remercie notre aimable et éloquent conférencier, si jeune et déjà si savant, comme le disait ce matin dans la chaire de Saint-Pierre une voix plus autorisée que la mienne. Vous avez, messieurs, admiré sa diction si pure, si élégante, cet enthousiasme si communicatif; accoutumé aux succès d'une grande ville, il n'a pas dédaigné de nous apporter dans cette enceinte si restreinte sa parole, qu'applaudissent de vastes auditoires. Et le vénérable chef de notre municipalité Sa courtoisie, sa bienveillance sont depuis longtemps appréciées de tous c'est grâce à sa généreuse hospitalité que nos hôtes n'auront pas trop à regretter leur séjour parmi nous.

Merci à vous, mon colonel, toujours si prêt à répondre aux désirs de la population de Saintes merci à tous ceux dont la présence ici est un témoignage de sympathies et pour notre œuvre et pour notre société. Vous vous associerez, mesdames et messieurs, aux félicitations que j'adresse aux organisateurs de ces fêtes, aux membres de la société des Archives qui, non sans quelques difficultés, mais avec persévérance, ont tout préparé pour cette fête, et ayant bien commencé l'œuvre ont voulu l'achever dignement M. le docteur Termonia, MM. Anatole Laverny, Henri Drilhon, Leroy, Rullier. Je garde pour le dernier M. Pinasseau, parce que ce n'est pas la première fois qu'il met ainsi au service de ses concitoyens son intelligence, son activité, et j'espère bien que ce ne sera pas la dernière. M. Lucchini, notre conférencier des arènes, a déjà reçu des éloges bien mérités. Mais j'envoie aussi des remerciements à tous ceux et celles qui ont contribué à la décoration de cette salle ou qui ont ici et là prêté leur précieux concours sociétés ou particuliers, compagnie du chemin de fer ou société de l'Eclair; à ces jeunes gens de la Santone, de la Lyre, de l'Harmonie, dont vous avez admiré les talents divers et dont vous voudrez encourager les efforts à ces musiciens du 6° de ligne, aussi habiles à jouer des airs nationaux que braves à sonner la charge quand il faudra.

Merci aussi à ces amis du Canada, qui nous ont procuré l'occasion de raviver le souvenir d'un de nos plus grands hommes. Cette fête, je crois, a été digne par certain côté de celui à qui elle était destinée, le côté idéal, pour ainsi dire, et désintéressé.

Quand d'autres couraient au Nouveau-Monde avec l'espoir d'y trouver des trésors immenses, des mines d'or inépuisables, tout au moins un commerce lucratif avec ces pauvres sauvages qu'ils duperaient, Champlain, lui, ne voyait que la civilisation à importer dans ces terres barbares, que le nom de Dieu à mettre sur les lèvres des Iroquois avec le doux parler de la douce France, l'extension de l'empire de la France et sa part dans les dépouilles opimes que se partageaient les nations européennes. Ainsi nous, sans aucune arrière-pensée, nous avons vu un grand homme à célébrer, une glorieuse mémoire à rappeler, à tirer


un peu de l'ombre, et aussi une occasion favorable de tendre la main, par-dessus l'océan, à des amis de la France, à des parents, à des frères.

Voilà ce que la société a vu dans l'organisation de cette solennité. On aurait pu faire mieux et autrement. Société historique, nous avons fait la fête du souvenir. du souvenir et de l'espérance. Nous nous sommes souvenus et nous nous souviendrons.

x s

Il est onze heures et quart les fêtes de Saintes étaient terminées elles laisseront dans l'esprit de tous ceux qui y ont pris part un ineffaçable souvenir.

DENYS D'AuSSY.

DISCOURS, ALLOCUTIONS, CONFÉRENCES, POÉSIES

1

ALLOCUTION DE M~ BONNEFOY A LA CATHÉDRALE

Mes chers messieurs, avant toute chose, permettez-moi de

vous laisser voir ma première impression en montant dans cette chaire. Elle est faite d'une très douce joie, et je suis heureux de prendre la parole devant vous. Je me plais à rendre d'abord hommage au très honorable et très cher commissaire général du Canada et aux membres de sa famille, qui sont venus avec lui prendre part à nos fêtes. Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai l'honneur de le connaitre, et il sait le vif plaisir que j'éprouve à le voir parmi nous. Après lui avoir été justement rendus, mes hommages vont à travers l'océan saluer dans sa ville archiépiscopale de Montréal, son frère, Mgr Fabre, l'illustre prélat.qui gouverne cette religieuse province. Messieurs, si j'avais à développer devant vous cette thèse que la foi religieuse et l'esprit patriotique se complètent heureusement, qu'ils sont les deux courants partis d'un même foyer, les deux jets lumineux qu'un même centre rayonne et qu'ils forment à leur tour, par leur union, un foyer intense que rien ne peut éteindre, affaiblir ni compromettre, il me semble que ma tâche serait aisée. Chaque page de l'histoire viendrait me fournir un argument en faveur de cette vérité, que les faits ont manifestée partout avec tant de persistance et tant d'éclat. D'ou vient, par exemple, aux races orientales ce lambeau d'indépendance qu'elles sont jalouses de conserver, au milieu de la servitude à laquelle on s'efforce de les soumettre? Comment retiennent-elles encore quelque chose de leur antique splendeur? Courbées depuis des siècles sous le cimeterre des musulmans, en lutte continuelle avec toutes les oppositions doctrinales,


comment donc ont-elles pu conserver quelque chose de leur noblesse ? C'est qu'elles ont gardé dans son intégrité leur foi religieuse: c'est là une force que le glaive de l'Islam n'a pu comprimer et que le croissant s'est inutilement efforcé d'abattre. Les arguments s'offriraient aujourd'hui d'eux-mêmes à ma pensée. En les développant, je craindrais d'anticiper sur des choses que d'autres ont accepté la mission de vous dire. Des deux conférences, que vous entendrez aujourd'hui, et auxquelles j'espère bien qu'il me sera possible d'assister, l'une vous présentera l'histoire de vos magnifiques arènes, auxquelles se rattache le souvenir de nos premiers martyrs dans l'autre, un jeune, mais déjà bien connu, professeur de la faculté des lettres de Bordeaux, vous parlera de nos chers Canadiens. Je dis nos Canadiens: car ils sont bien à nous. C'est du sang français qui coule dans leurs veines et dans les nôtres. Mais laissons ce sujet et réservons-nous pour le plaisir que nous goûterons ce soir à l'entendre.

Quant à la thèse que j'énonçais tout à l'heure, il n'est plus besoin d'en fournir la preuve, tant vous êtes tous convaincus de sa vérité tant elle inspire votre conduite, à vous nos frères bien-aimés d'Amérique! Tournons nos regards vers cette terre si française du Canada; regardons cette incomparable colonie, où notre nom inspire la plus fraternelle tendresse et où la fidélité à la France subsiste comme un sentiment invincible. Baissons la tête, messieurs les vicissitudes de la politique nous ont arraché eettq portion de nous-mêmes, et il nous faut bien nous incliner, sans rien perdre de notre fierté et de notre patriotisme, devant les fatalités de l'histoire, même à l'heure où la patrie pleure ses défaites et sent avec douleur qu'on lui ravit ses enfants. On aime sa patrie telle qu'elle est, comme une mère aime son enfant tel qu'il est. Vous comprenez, messieurs; ces sentiments-là ne s'analysent pas, ne se discutent pas ils s'imposent. Dans la constatation des infirmités et des douleurs de la patrie, il y a encore du patriotisme et du courage elle ne va pas en effet sans que s'affirme notre espérance dans un avenir meilleur, qui no saurait jamais manquer au courage persévérant.

Voilà donc, sur cette terre, d'Amérique, une colonie dont les habitants sont restés fidèles à l'amitié de la France, bien que la France ait dû tristement les abandonner à la domination anglaise, il y a de cela plus d'un siècle. L'histoire de cet abandon et des malheurs qui nous l'ont imposé est écrite dans nos annales,et nous voudrions pouvoir détruire les pages où l'on a consigné un si douloureux souvenir. Devant cette grande infortune, on comprend le mot célèbre de Montcalm, à qui l'on annonçait sa mort prochaine « Ah tant mieux je ne verrai pas la reddition de Québec 2)

Pauvre et malheureuse colonie, la voilà noyée dans ce flot américain ou anglais, privée de ses coutumes et de ses magistrats, subissant toutes les vexations, ployant la tête sous le


joug qu'on lui impose Elle garde malgré tout le souvenir de la France, qui est toujours pour elle la mère-patrie, et conserve l'espoir de sentir entre la France et elle à tout jamais les liens d'une fraternité indissoluble. Où trouverons-nous le secret d'une pareille fidélité et de si constantes espérances? Vous ne me démentirez pas, messieurs. Les Canadiens ont trouvé dans leur foi catholique une nationalité imprenable. Soumis à la domination d'une nation protestante, ils demeurent catholiques romains. Quand on a voulu leur ravir leur liberté, ils ont répondu à ces prétentions par la force. Et qui pourrait les en blâmer? Mais quand ils ont dû recevoir les conditions du vainqueur, ils ont demandé une seule chose Qu'on nous laisse nos croyances, qu'on ne porte nulle atteinte à notre foi on peut en retour compter sur notre loyalisme.. Et fidèle à ses croyances, cette race généreuse continue à se développer avec une admirable fécondité, donnant à l'église d'abondantes générations de chrétiens, à la France des amis toujours sûrs et aux nations catholiques un grand et inoubliable exemple.

Il y a, dans la vie des peuples, des heures où l'on sent l'impérieux besoin de se recueillir. Nous sommes à l'une de ces heures importantes et solennelles. La France catholique gardera-t-elle son indépendance ? A tous ceux qui nous la disputent, il faut qu'à l'exemple de nos frères du Canada nous sachions répondre « Laissez-nous notre foi, respectez nos croyances et croyez en retour à notre loyal dévouement aux institutions de notre bien-aimé pays. Si l'on nous persécute, nous trouverons dans notre foi, plus robuste que les persécutions, le courage de rester fidèles au pouvoir. Si au contraire ceux qui ont en main la puissance assurent à nos âmes catholiques la liberté, oh alors, avec tout notre cœur, avec tout notre enthousiasme, nous leur assurerons notre ferme appui entre eux et nous, l'alliance sera indissoluble: ce sera à la vie, à la mort.

Telle est la leçon que nous ont donnée les Français du Canada leur loyauté doit inspirer notre conduite, et leurs admirables exemples méritent de n'être pas perdus. En parlant de nos frères d'Amérique, je le fais avec un plaisir que rendent plus vif encore des souvenirs personnels, qu'on me permettra de rappeler ici. Au jour de ma consécration épiscopale, Me'' le coadjuteur de Québec, cédant à de délicates instances, auxquelles vous n'étiez pas étranger, monsieur le commissaire général, voulait bien assister à la cérémonie du sacre. Aujourd'hui qu'un courant de sympathie profonde relie Saintes à Québec, envoyons nos hommages, par-delà l'océan, à NN. SS. Fabre et Bégin. Que leur condition est heureuse, à ces pontifes d'outre-mer qui vivent sur un sol où règne la vraie et sage liberté! Avec une noble indépendance, ils y répandent ces idées libératrices et fécondes, dont la foi est le vrai réservoir. Leur zèle n'a d'égal que leur humilité Rappelons-nous avec édification l'exemple du cardinal-archevêque de Québec. Avec


le même sentiment qui jadis inspirait Fénelon, n'a-t-il pas su rendre publique son adhésion aux enseignements du souverain pontife sur un point où ses idées personnelles n'étaient pas approuvées de Rome? Cet acte, accompli en toute simplicité, est tout bonnement sublime. A son exemple, nous trouverons dans notre union avec Léon XIII le courage de servir la vérité et de résister à toutes les erreurs. Défendons nos idées chrétiennes les hommes qui les attaquent passeront elles demeurent. Elles sont assez fortes pour user tous ceux qui viennent se heurter à elles.

Que les Français du Canada sachent donc bien que nous demeurerons leurs frères, que nous les aimons, qu'aux yeux de notre cœur ils sont toujours nôtres. Ne sommes-nous pas les fils d'une même patrie, et en même temps les enfants d'un même père, Léon XIII ?

Nos pères étaient beaux, quand, au moment d'engager la bataille, ils s'écriaient: a Vive le Christ, qui aime les Francs! » A leur exemple, séduits par l'affection de Léon XIII pour notre pays, plaisons-nous à redire, dans une parfaite union de sentiments « Vive le pontife vénéré, qui aime la France » II

SAMUEL CHAMPLAIN

Conférence de M. Imbart de La Tour

Mesdames, messieurs, je dois commencer cette conférence par quelques mots de remerciement. L'accueil si cordial, si courtois que j'ai reçu de la société des Archives h~s<ortques et de son président, m'en fait un devoir. Aussi, quand leur invitation m'a été transmise par un ami qui m'est cher, n'ai-je point hésité. Il m'a semblé, mon cher président, qu'en acceptant, j'étais encore votre obligé. Vous m'avez permis d'acquitter une double dette: celle du travailleur qui doit beaucoup à vos recherches, et aussi celle de l'ami sincère et déjà vieux du Canada, qui sait ce que valent à la France les sympathies de la jeune et forte nation qu'elle a formée.

Deux fois déjà. messieurs, j'ai pu approcher et connaitre quelques uns de ses représentants. C'est de l'un d'eux, Mgr Labelle, que j'ai appris ce qu'était le Canada, ses ressources, ses progrès merveilleux et son avenir. Un an plus tard, appelé à recevoir à Bordeaux la délégation de Québec, présidée par le premier ministre de la province, j'ai eu l'honneur d'être envers elle l'interprète des nombreuses sympathies qu'elle avait éveillées à son passage à Bordeaux. Qu'il me soit permis d'évoquer ici ces souvenirs. En écoutant ce matin M. le commissaire général parler de la France, dans cette belle langue française où il a mis tant d'esprit et tout son cœur, je me félicitais encore de l'heureuse fortune qui m'a permis une troisième fois d'apporter à son pays


et à son gouvernement le témoignage de ma profonde et respectueuse sympathie.

Je puis vous assurer, monsieur le commissaire général, que ces sentiments sont bien ceux aussi du grand corps auquel j'ai l'honneur d'appartenir, et de la jeunesse tout entière de nos écoles. Vous pouvez dire aux étudiants canadiens que maîtres et étudiants français ne sauraient être indifférents, qu'ils leur réservent une place à leur foyer s'il leur plaît un jour de s'y asseoir car nos jeunes gens surtout n'oublient pas qu'en des jours moins heureux, quand leurs aînés tombaient sur le champ de bataille, les volontaires canadiens sont venus à nous, comme ils le feraient encore, si, ce qu'à Dieu ne plaise, nous avions encore la fortune des armes à tenter.

Ces sympathies, messieurs, je ne pouvais mieux les traduire devant vous, qn'en apportant mon modeste concours à cette fête toute française. Vous avez pensé qu'un des meilleurs moyens d'honorer Champlain était encore, après tant d'hommages, d'entendre l'histoire de sa vie. L'honneur que vous m'avez fait de me confier le récit de sa vie est un de ceux dont on est fier. Ouvrons donc ces pages glorieuses sachons surtout en pénétrer l'esprit; moins raconter, année par année, les faits de notre grand homme, qu'étudier ses moyens d'action et ses idées. Peut-être trouverons-nous pour nous-mêmes de grandes et utiles leçons dans le récit d'une vie consacrée tout entière à la grandeur de la France et à la création d'un empire colonial par celui qui est vraiment pour nous, hommes du xixe siècle, un précurseur.

Noble homme Samuel de Champlain naquit à Brouage vers i5b7. Nous connaissons à peine la date de sa naissance, moins encore l'histoire de sa jeunesse. Nous savons seulement qu'il appartenait à une de ces familles de petite noblesse qui, en Saintonge, comme en Bretagne, ont donné à la France tant de marins et d'officiers. Son père, Antoine de Champlain, était capitaine de marine à Brouage. Samuel lui dut peut-être son goût précoce pour le grand inconnu de la mer. « Entre tous les arts les plus utiles et excellents, écrivait-il en tul3, celui de naviguer m'a toujours semblé tenir le premier lieu. C'est cet art qui m'a dès mon bas âge attiré à l'aimer. » Champlain songea toujours très peu à parler de lui-même, et nous n'avons guère que cet aveu sur ses idées d'enfance. Ce ne fut pourtant pas dans la marine qu'il débuta. En 1592, il se rend en Bretagne, y sert dans l'armée royale sous les ordres des maréchaux d'Aumont et de Brissac. La paix de Vervins (1598) lui rend la liberté. Il en profite pour suivre un de ses oncles à Cadix, et de là s'embarquer au compte de l'Espagne sur la flotte des Indes. Ce voyage décida de son avenir. Il était dit que Samuel Champlain serait navigateur. Il ne savait pas encore, il est vrai, le domaine qu'il était appelé à découvrir. Sa rencontre avec MM. de Mons et de Pontgravé, qui avaient fondé une compagnie pour les exploitations du Saint-Laurent, t'entraîna vers le Canada.


En 1603 il faisait voile, pour la première fois, vers Terre-Neuve et Tadoussac. La conquête pacifique de la Nouvelle-France était commencée pour ne plus s'interrompre qu'à sa mort (16031635).

Quelle avait été jusqu'alors notre politique coloniale? Comment cette politique avait-elle été jugée par l'opinion? Il est intéressant de répondre en quelques mots à cette question pour mieux comprendre l'originalité des idées et de l'oeuvre même de Champlain.

Il ne faut pas croire que la France soit restée étrangère aux découvertes du xvi" siècle. Les explorations et les conquêtes des Espagnols, des Portugais, des Anglais nous avaient entraîné, depuis le règne de François P', à suivre le mouvement. Saintongeais, Basques, Normands, Bretons équipent des navires et rivalisent d'audace. En 1524, Verazzani reconnaît la « Nouvelle-France c. Jacques Cartier découvre et explore le Saint-Laurent (1534-1535) qu'il remonte jusqu'à Montréal. Il est bien accueilli, écoute force « prescheries et reçoit force festins. Aussi, dès son retour, songe-t-il déjà à cet établissement français dans le pays qu'il vient de découvrir. Il ne devait pas cependant avoir devant l'histoire l'honneur de faire du Canada une colonie. Roberval (')541), le marquis de La Roche (1578), Noël (1583) ne devaient pas être plus heureux. Il était réservé à Champlain de réussir.

Ces premières tentatives avaient eu pourtant la faveur de l'opinion. Jamais peut-être, sauf de nos jours, la France n'a porté tant d'intérêt à ces excursions lointaines. On lit avec avidité les relations originales ou traduites des Espagnols et des Anglais. Un des grands succès littéraires du temps n'est-il pas le gros recueil de Théodore de Bry, l'India occidentalis, commencé en 1590 et dont seigneurs et bourgeois se font un livre de chevet? La mode gagne les grands écrivains. Rabelais entraine son héros, Pantagruel, sur la route de l'Inde. Montaigne a chez lui des objets exotiques, dont quelques uns se voient encore dans la tour « espées et bracelets de bois, de quoi (les sauvages) couvrent leurs parquets aux combats, et de grandes cannes ouvertes par un bout, par le son desquelles ils soutiennent la cadence. ') Le Canada est déjà si connu, si populaire, qu'il trouve sa place dans le roman ou le drame. En 1603, Antoine du Perrier, sieur de Sallaigues, gentilhomme bordelais, fait de la Nouvelle-France le théâtre des amours de Pistion et Fortunée, roman dont un confrère de Rouen, du Hamel, s'empresse de tirer une tragédie en cinq actes. Ces pièces sont aujourd'hui perdues. heureusement pour la renommée de leurs auteurs. Mais leur titre seul suffit à nous renseigner sur ces~préférences de l'opinion.

Ainsi, à l'époque de Champlain, la France a le goût des aventures lointaines. Ce n'est pas là pourtant la politique coloniale. Voyages ou expéditions ne se font pas sans esprit de retour. On part pour s'enrichir, pour combattre, non pour colo-


niser. L'ambition du gain, la création de comptoirs, la traite, ou bien la lutte contre l'Espagne, le désir de la frapper au cœur en découvrant, au nord de l'Amérique, la nouvelle route des Indes, voilà les vrais mobiles qui poussent marchands ou marins. Ajoutez-y encore l'amour de l'inconnu, la soif de la gloire. Ce sont bien des traits de notre génie national. Nous sommes nés conquérants. Quoi que nous disions, nous n'aimons pas toujours rester chez nous, ce qui est souvent un moyen d'aller chez les autres. Mais d'établissement sérieux et durable, nul n'y songeait alors. Etions-nous même capables de coloniser, de quitter le pays sans esprit de retour ? On ne le croyait pas. A la cour d'Henri IV, même à la cour de Louis XIII, la politique coloniale avait des adversaires décidés. Chose curieuse, on la combattait par les mêmes arguments que de nos jours. On disait volontiers que la France devait se suffire à ellemême, qu'elle n'était pas capable de créer des colonies, et que c'était appauvrir sa population qu'étendre ses domaines. Beaucoup s'en tenaient au précepte de Rabelais qui avouait plaisamment « qu'il faut avoir un pied sur terre et que l'autre ne doit pas en être bien loin. ))

La gloire de Champlain fut de réagir contre ces idées. II leur a opposé le seul argument qu'on ne discute pas, le succès. Son œuvre fut moins une œuvre d'exploration qu'une conquête pacifique et durable. Il a eu l'honneur, même avant Richelieu et Colbert, d'avoir compris que la France devait avoir un empire colonial, et le premier d'avoir travaillé à le lui donner. Voilà son génie propre, sa part dans l'histoire des découvertes. Etudions donc cette œuvre, voyons commentelle se prépare, se poursuit et s'achève dans les trente-deux années que Champlain n a consacrées à l'accomplir (1C03-1635).

Ce fut en 1603 que Champlain fit son premier voyage au Canada. Il n'y allait pas pour son compte. II s'était mis au service de la compagnie fondée en 1601 entre Pontgravé, de Mons et M. de Chastes, gouverneur de Dieppe. Ce fut sous leurs ordres qu'il quitta Honfleur le 15 mars 1C03 il se rendit à Tadoussac, remonta le Saint-Laurent jusqu'à l'emplacement de Montréal. Ce voyage n'était qu'une simple reconnaissance. Champlain en rapporta de nombreuses observations. Il avait étudié avec soin les mœurs, les coutumes, les ressources des Indiens il tira grand profit de ces remarques et l'on trouve déjà, dans sa relation publiée un an plus tard, des vues originales sur la conduite à suivre avec les indigènes. Il note en passant l'emplacement de Québec.

De retour en France, il présenta au roi sa relation et une carte. Le succès de l'entreprise avait été très grand. Un poète inconnu l'a chantée en mauvais vers ce qui valait mieux, ce fut l'approbation du roi qui lui fut par la suite d'un si grand secours.

Toutefois il ne devait pas revenir au Canada avant 1C08. De 1604 à 1606, il se rend avec de Mons en Acadie, et c'est là qu'il


fait son premier essai de colonisation. La petite troupe hiverna à Sainte-Croix, puis après bien des souffrances, à Port-Royal. Le séjour dura deux années; mais la tentative ne fut guère heureuse. On avait à combattre le froid et la disette. Le vin vint à geler dans les outres la petite colonie manquait de tout. En 1605, le nombre des colons était tombé de 79 à 35. L'absence d'ordre, de sécurité, les luttes religieuses elles-mêmes entre protestants et catholiques aggravèrent ce désastre. L'expérience ne fut pas inutile à Champlain. Elle lui permit d'abord en 1605 d'explorer toute la côte d'Amérique, jusqu'au cap Cod; elle lui donna surtout d'utiles leçons pour l'avenir. En 1607, le privilège de de Mons était révoqué Champlain ramena en France les débris de sa colonie.

Ce n'était pas en Acadie, territoire trop étroit et trop pauvre, qu'il pouvait réussir. Il le comprend et dès son retour il revint à son premier projet d'un établissement au Canada. Les circonstances étaient meilleures. Le roi avait accordé un privilège d'un an (1608). Champlain mit à la voile avec Pontgravé (13 avril), mais cette fois comme chef de l'expédition. Ses deux vaisseaux arrivèrent à Tadoussac au mois de mai, remontèrent le SaintLaurent, explorèrent la Saguenayet, le 3 juillet 1608, arrivèrent enfin à la pointe de Québec.

Arrêtons-nous, messieurs, sur cette date mémorable. Elle marque la.prise de possession définitive par la France. Champlain nous en a laissé lui-même le récit. Il n'avait que vingthuit hommes. Cette petite troupe suffit à créer une ville. Il fallait d'abord mettre les vivres en sûreté on commença par construire un magasin. Les colons édifièrent ensuite pour euxmêmes une « maison ;), bâtiment en bois composé de trois corps dp logis à deux étages et reliés entre eux par une galerie extérieure. L'habitation fut défendue contre toute surprise par un fossé et des plates-formes armées de canons. Le 1" octobre, le « jardin fut défriché. On y sema du blé, puis de l'avoine le 24, on y planta des vignes et on se prépara à hiverner. L'hiver fut rude. Les maladies enlevèrent à la petite colonie les deux tiers de ses membres. Une conspiration faillit même la priver de son chef. Il ne s'agissait rien moins que d'assassiner Champlain et livrer Québec aux Espagnols. Le complot fut découvert et puni. Le retour du printemps ranima les courages. La petite troupe fut enfin ravitaillée au mois de juin. Elle partit en guerre contre les Iroquois et, après une facile victoire, Champlain rentra en France, portant au roi les premiers produits du Canada. Québec était fondée.

La période qui va suivre nous montre Champlain, jusqu'à sa mort, occupé surtout à fortifier, à étendre son œuvre. Rien ne vint distraire ce ferme et lucide esprit de la tâche à laquelle il se donna tout entier. Il comprit que les institutions durables ne sont pas l'œuvre d'un jour. Il ne lui avait pas suffi d'avoir fondé Québec il travailla sans relâche à assurer son avenir. Ses moyens d'action furent divers, mais excellents. Sa pré-


sence d'abord était nécessaire au Canada; Champlain y passa une bonne partie de sa vie, la meilleure peut-être. I! y retourna de 1609 à '1610, puis en 1611, après son mariage, en 1613, 1615, )617 depuis 1618, saut' quelques rares voyages en France, il s'y établit. Chassé en 1629 par la prise de Québec, il y revient en 1633, et en 1635 pour y mourir. On peut dire que Champlain a été le premier colon du Canada.

Avant tout il fallait s'assurer du pays. Champlain pousse vers le sud et vers l'ouest ses explorations. En 1609, il profite d'une guerre contre les Iroquois pour remonter leur rivière et découvrir le lac qui porte son nom. S'il se fut avancé plus loin, il eut assurément pu rejoindre Hudson qui remontait alors vers le nord, mais il hésita, il songeait surtout à pénétrer dans l'ouest, toujours séduit par l'idée de rejoindre le Pacifique et de trouver ainsi la route la plus courte des Indes. De là ses trois voyages en 1611, 1613, 1615, vers la région des lacs. En 1611, il remonte le fleuve, s'arrête devant Montréal et songe à établir un poste dans une petite ile, qu'il nomme Sainte-Hélène, en l'honneur de sa femme. En 1613, sur les faux avis d'un aventurier, Duvignau, il croit pouvoir traverser le continent. Il remonte l'Ottaiva qu'il décrit avec soin. Mais bientôt, éclairé par les sauvages, il revient sur ses pan. Ce fut une grosse déception qu'il raconte gaiement dans ses voyages, et qui lui donna la tentation de faire pendre son guide. Il se ravisa, mais se fit mieux renseigner pour son expédition de 1615. Cette dernière lui permit d'explorer une seconde fois l'Ottaiva, puis le lac Nipissing, et par la rivière des Français de descendre au lac Huron. Il y retrouva un missionnaire de la colonie et acquit enfin la conviction que cette mer mystérieuse dont on parlait autour de lui n'était que la région des lacs. II renonça à poursuivre ses voyages, et dès cette époque concentra tous ses efforts sur son poste de Québec. Le grand péril qui menaçait la colonie naissante était de manquer d'hommes et d'argent. Champlain eut donc à s'assurer les fonds nécessaires pour l'entreprise. Ce fut au système des compagnies privilégiées qu'il eut recours. N'oublions pas, messieurs, qu'au xvn" siècle, cette mesure était la seule qui pût permettre de coloniser avec succès. L'action individuelle, isolée, était impossible on ne songeait pas encore à celle de l'état. On devait donc confier à des compagnies seules l'exploitation des colonies, et ces compagnies elle,-mêmes ne pouvaient prospérer sans monopole et sans protecteur. C'est sous cette forme que se font alors les entreprises coloniales et Champlain eut la sagesse de se servir d'un système que le temps n'a pas encore condamné. Mais que de résistances à vaincre, d'intrigues à déjouer, pour obtenir et surtout pour conserver le privitège! Hostilité commerciale des concurrents, basques ou bretons, caprices des courtisans, indécision du pouvoir, Champlain eut tout à combattre la conquête du Canada se fit toutautant à la cour qu'au Canada lui-même. Dès 1601, de Mons avait créé une compagnie. Le privilège est révoqué en 1603 et Champlain a beaucoup de


peine à le faire rétablir. En 1608, les Basques tentent même par la force à s'opposer à l'entreprise. En 1603, Henri VI révoque une seconde fois le monopole et établit la liberté du commerce. Champlain tint bon. « Il n'est pas raisonnable, disait-il, qu'ayant pris les brebis, les autres aient la toison D et depuis 1610, au plus fort de ses voyages, il lutta avec une énergie rare pour obtenir de la couronne une compagnie privilégiée cette compagnie fut enfin créée en 1UM. Pour éviter l'hostilité de ses rivaux, il y fit entrer des armateurs des villes intéressées au commerce du Canada. a II fallait bien, disait-il, de tout bois faire flèche. x La Rochelle seule s'abstint. En même temps, il cherche à sa compagnie un protecteur. H s'adresse d'abord au comte de Soissons. puis à sa mort (1612) au prince de Condé, Henri de Bourbon. En échange de sa faveur, celui-ci se contenta du titre nominal de vice-roi qui lui fut donné par la couronne etd'un cheval de l,000écus que lui promitannuellement la compagnie. Ce n'était pas être trop exigeant. Champlain eut l'habileté de se faire donner, par le prince de Condé; le droit de commettre, établir, constituer tels capitaines que « besoin seroit D. La compagnie semblait donc solide et Champlain indépendant. La chute de Condé faillit tout compromettre (1617). Champlain fut privé de son commandement, et la compagnie se vit menacée de perdre son privilège; un arrêt du roi lui donna raison cependant, et la compagnie retrouva un protecteur dans la personne du duc de Montmorency.

Cet état de choses ne pouvait durer. Champlain comprit qu'il ne devait dépendre de personne, pas même d'un grand seigneur. Il obtint enfin, grâce à ses démarches, en 1620, une commission du roi. H recevait de Louis XIII avec son titre de lieutenant du roi en la Nouvelle-France, le droit de rendre lajustice, le pouvoir de commander. L'arrivée aux affaires de Richelieu assura enfin l'avenir de son œuvre. La compagnie ancienne disparut et, en 1627, le cardinal organisa la compagnie des cent Associés ou du Canada. Il insérait dans ses statuts l'obligation de faire passer sur les bords du Saint-Laurent des familles de colons, d'y développer la culture, d'y construire des habitations. En revanche, le roi donnait à la nouvelle compagnie les droits seigneuriaux Québec et dans les territoires de la Nouvelle-France, exemptait d'impôts leurs marchandises et octroyait des privilèges spéciaux aux artisans. L'émigration, jusque-là entravée, se développa.

Grâce à ces mesures, la petite colonie n'avait fait que grandir. C'est une des belles pages de la vie de Champlain que cette histoire des premières années de Québec. Le principe de son fondateur était que la colonie devait se suffire à elle-même. Le climat ?H en combatles rigueurs en propageant les cultures européennes. H fait planter des arbres, semer des grains ou herbes potagères il renouvelle par la chasse la provision de viandes fraîches aussi les colons s'habituent peu à peu au pays. Dès 1610, la colonie ne perd plus un .seul homme pendant


l'hiver désormais elle ne fera que s'étendre. En 1615, Champlain y construit une chapelle et un séminaire pour les récollets qu'il vient d'établir; il augmente d'un tiers la plantation. En i617, la première famille française, celle d'Hébert, s'établit à Québec. La compagnie rivalisait de zèle. En 1618, elle décide d'envoyer à Québec 80 personnes, officiers, commis, laboureurs, ouvriers, une foule d'instruments de travail et de culture. Cet envoi ne réussit pas. Les affaires d'Europe entravèrent beaucoup les progrès de Québec Champlain trouva le fort presque ruiné en 1620. Il se remit à l'oeuvre, établit un poste sur la colline qui domine le Saint-Laurent et, trois ans plus tard, fit bâtir en pierre, habitations, séminaire et forteresse. Cette année, la charrue prit enfin possesion du sol. Il y avait alors à Québec 50 colons. La création de la compagnie de 1627 devait, dans la pensée de Richelieu, porter leur nombre à 4.000. La guerre avec les Anglais arrêta tout; mais déjà en 1632 la station se relevait de ses ruines et réparait ses pertes. Champlain put mouriravec laconviction qu'unegrande cité commençait à naître.

Ce serait trop restreindre l'œuvre de Champlain que de ne voir en lui qu'un bâtisseur de villes ce seul titre, il est vrai, eut suffi à sa gloire. Mais Champlain afaitplus:il a prétendu donner à la France un empire colonial. Voyons donc comment il a compris la colonisation. En étudiant sa vie et ses écrits, nous verrons peu à peu se dégager, se préciser ses idées, et notre grand homme prendre conscience des moyens à employer pour réussir. Ces idées, très neuves pour l'époque, peuvent se ramener à deux. Champlain a voulu s'assurer le concours des populations indigènes. II a voulu aussi que la France fit de son œuvre coloniale une œuvre de civilisation et de progrès, et appliquât à la conquête des âmes, la seule durable, la plus grande force qui vient des hommes, parce qu'elle dirige les sentiments les plus intimes de notre être, la religion.

Que les Indiens dussent être rattachés à la France, qu'ils devinssent en quelque sorte ses alliés, ses auxiliaires dans la création de son empire colonial, cette idée se retrouve souvent dans les écrits de Champlain. Dès ses premiers voyages il avait noté avec soin les mœurs des sauvages, leurs familles et leurs tribus. Il observe les différences d'organisation de caractère des Hurons, desAlgonquins, des Montagnais, des Iroquois,' en homme qui saura en tirer un jour parti. Ce n'est point qu'il ignore leurs vices, dont le plus commun est la duplicité nomades ou sédentaires, agriculteurs ou guerriers, tous « ne valent pas grand'chose n. Ils sont « grands larrons n et surtout "grands menteurs». Aussi « se faut-il donner garde de ces peuples et vivre en méfiance avec eux. toutefois sans leur faire apercevoir. » Voilà de la bonne politique. Champlain ne voulait pas qu'on apprit trop vite aux Indiens les ressources de la civilisation, encore moins qu'on leur donnât des


armes à feu. Il savait trop bien « qu'aux occasions les armes pourraient servir contre nous.

Mais comment les traiter pour les réduire? Les supprimer par la guerre, l'esclavage, l'exil ? TeHe avait été la politique de l'Espagne. Et en réalité, si on ne voit dans les colonies qu'une ferme à exploiter, on est bientôt conduit à ne voir dans les peuples qui les occupent que des ennemis et dans ces ennemis, à peine des hommes. La force est sans pitié et l'àpreté du gain sans respect pour la vie, même inférieure, pour l'âme, même dégradée. Grâce au ciel, cette politique n'a jamais été et ne sera jamais celle de la France. C'est l'honneur de nos écrivains d'avoir, dès le xvi" siècle, protesté contre cette barbarie des conquérants. Comme Rabelais, ils feront entendre des conseils de douceur et de bonté, recommandant de les allaiter, bercer, éjouir ». Comme Montaigne, ils affirment qu'il est aisé « de faire son profit d'âmes si neuves, si affamées d'apprentissage, ayant pour la plupart de si beaux commencements ». Comme Champlain, ils rêveront toute leur vie cette conquête morale de « ces grands et terribles enfants », dont on peut faire un jour des hommes. Cette grande pitié est bien celle de la France qui, autrefois comme aujourd'hui, n'a jamais séparé les deux forces de son génie, la vaillance et la bonté.

« Je tiens, disait Champlain des indigènes; que qui leur montreroit à vivre et enseigneroit le labourage des terres, ils l'apprendroient fort bien: car je vous assure qu'il s'en trouve assez en eux qui ont bon jugement. » C'est là toute sa règle de conduite. H ne craindra pas d'abord de se mêler aux Indiens; et pour se les concilier, il cherche à les connaître. II ira, sans armes, avec des paroles de paix, dans leurs assemblées ou leurs festins. Quelque dégoût qu'il en ait, il prendra partà leurs fêtes. Aussi parvient-il à attirer quelques uns d'entre eux auprès de lui. En 1603, en i6'll, en lbl3, il emmène en France quelques jeunes indigènes qu'il fait instruire dans notre langue, notre religion et nos mœurs. En 1608, pendant l'hiver, il nourrit toute une tribu dans l'enceinte même de Québec. Ces mesures ne lui suffisent pas. Champlain ne croyait pas qu'il put mériter la confiance des tribus sans défendre leurs intérêts et intervenir dans leurs affaires. De là ces guerres qu'on lui a parfois reprochées, ces expéditions brillantes contre les Iroquois en 1609, 1610, 161~, entreprises au profit de peuplades amies. Champlain s'y résigna aussi bien pour garantir sa sécurité que ses alliances. Ces guerres n'étaient d'ailleurs qu'une exception. Champlain est plutôt un pacificateur qu'un soldat. Il se plaint souvent de ces luttes et, quand il le peut, il y met fin. Son influence est déjà si grande en 1615 qu'il est choisi comme arbitre par les Algonquins et les Hurons. Sept ans plus tard, toutes les tribus du Canada le chargent de régler un différend qu'il termine au gré de tous. Bientôt, il est assez fort pour intervenir dans le gouvernement même des tribus. A plusieurs reprises, il est consulté sur le choix des chefs. Ailleurs, les décisions importantes se


prennent sur ses conseils. On peut dire qu'il exerce sur ces tribus du Saint-Laurent un véritable protectorat. Heureuse politique qui devait rendre chère aux indigènes la domination de la France Champlain eut la consolation d'en voir les résultats. Dès 1620, les Indiens venaient à Québec offrir leurs services ou apporter leurs marchandises. En 1627, trente familles indigènes s'y établirent comme colons. Elles reçurent des lots de terre à cultiver et se groupèrent autour des Français. Le commissaire du roi n'eut pas d'alliés plus fidèles. Ils devaient avec lui combattre les Anglais en 1629. Cent trente ans plus tard, c'est encore parmi ces tribus que la France trouvera ses derniers défenseurs.

Cette œuvre politique n'était pourtant, aux yeux de Champlain. que la préface d'une mission toute morale et religieuse. Hommes du x;x" siècle, messieurs, nous avons peine à comprendre aujourd'hui que nos soldats ou nos marchands cherchent autre chose dans les colonies qu'un territoire à conquérir ou à exploiter. Nos pères n'en jugeaient pas ainsi. Les plus grands d'entre eux, comme Champlain, ne songeaient pas seulement à travailler pour la France ils ne séparaient pas de la cause sainte de la patrie celle de leur religion. N'oublions pas que ces politiques sont des croyants, et des croyants par conviction aussi bien que par politique. Ils n'espéraient pas établir l'unité matérielle sans l'unité première des idées, persuadés que la religion est encore le lien le plus solide entre des hommes de race différente appelés à vivre sous le même gouvernement. Et c'est bien là le second caractère de la politique coloniale de Champlain: c'est une conquête morale qu'il prétend aussi accomplir. Ouvrons ses livres. Avec quels détails ne note-t-il point les mœurs religieuses des sauvages, leurs croyances, leurs rites Ce qui le frappe surtout, c'est ce fond d'idées communes sur l'existence d'un être supérieur et l'immortalité des âmes c'est aussi leur foi aveugle aux pratiques grossières, aux songes et surtout àla puissance de leurs sorciers. « Ils ont. croyance en eux, nous dit-ii, comme s'ils étoient prophètes, et ce ne sont que canailles qui les enjôlent, comme les Egyptiens et les Bohémiens font des bonnes gens des campagnes. » Le irait est vif. Mais Champlain n'observe pas en simple voyageur. Cet homme d'état est un apôtre, et il n'est pas indifférent à des coutumes religieuses qu'il prétend abolir. La conversion des indigènes lui parait un devoir, et leurs œuvres grossières lui inspirent parfois des accents vraiment émus. « C'est grand dommage, dit-il, que tant de pauvres créatures vivent et meurent sans avoir la connaissance de Dieu et même sans aucune religion, ni loi divine, politique ou civile établie parmi eux. x Cette connaissance, il va travailler à la leur donner. De cette œuvre il prend sa part personnelle. Entendez-le dans un de ses récits nous raconter sa controverse avec un chef qu'il essaye de convertir ). H est vrai que le résultat ne fut pas encourageant. Le chef s'avoua chrétien, mais resta incré-


dule. Plus tard, il s'occupe du baptême des néophytes. Il sert de parrain à un grand nombre d'enfants, et prenant ses devoirs au sérieux, il élève trois filles qu'il appelle la Foi, l'Espérance, la Charité. Après bien des déboires, il réussit enfin à créer une mission. Les états généraux de 1614 avaient, sur sa demande, décidé l'envoi de religieux au Canada. Champlain réussit à obtenir le concours des récollets. En 1615, quatre pères s'embarquaient pour Québec, les pères Le Caron, d'Olbeau, Jamay et le frère Pacifique. Le premier devait s'enfoncer dans la région des lacs; les autres s'établirent à la résidence. Telle fut l'origine des églises canadiennes. La première messe fut célébrée le 24 juin 1615, fête de saint Jean-Baptiste, à Québec. Les Canadiens ont fait de ce jour leur fête nationale.

L'œuvre des récollets fut complétée en '1618 par l'arrivée de nouveaux pères et en 1626 par l'établissement des jésuites. Ceux-ci avaient obtenu de grandes concessions. Malgré tout, il ne semble pas pourtant que les progrès de la conversion aient été bien rapides. Champlain le regrette parfois, et ayant constaté que les rivalités entre catholiques et protestants entravaient l'oeuvre des missions, il songea à établir parmi les colons l'unité religieuse pour l'imposer plus aisément ensuite aux indigènes. En 1627, il demanda et obtint l'interdiction aux ministres réformés de s'établir au Canada. Cette intolérance lui a été vivement reprochée. Mais ne jugeons pas Champlain sur les idées de notre temps. La liberté religieuse a été, comme la liberté politique, une conquête du x<x~ siècle. Mais où existaitelle alors ?. Et fallait-il compromettre l'avenir de la colonie en y laissant grandir ces divisions intestines, ces conflits de croyance qui à ce moment même mettaient l'Europe presque tout entière en feu? Champlain et Richelieu n'hésitèrent pas. Le ministre, qui soutenait les protestants en Allemagne et leur laissait en France la liberté de leur culte, ne craignit pas de leur fermer notre colonie. A cette mesure en répondit une autre. Le cardinal accorda la qualité de Français aux indigènes baptisés. Cette décision habile hâta, plus encore que les prédications des récollets, leur conversion. Mais, quelque jugement qu'on porte sur la politique religieuse de Champlain, reconnaissons au moins qu'elle n'a entraîné aucune violence, aucun supplice. Champlain avait l'âme trop haute pour imposer par la force ce qu'il croyait être la vérité.

Nous avons suivi, messieurs, l'oeuvre de Champlain. Cette œuvre est sa vie même, et, en 1627, il pouvait la croire terminée. L'appui de Richelieu, les ressources d'une compagnie nouvelle, les encouragements enthousiastes de l'opinion ne lui permettaient plus de douter de l'avenir. Il ne devait cependant manquer à Champlain aucune des épreuves imposées souvent aux grands hommes comme la rançon de leur génie. Un an plus tard, la guerre éclatait entre la France et l'Angleterre. Un Ecossais, Kert, vint mettre le siège devant Québec. Champlain s'y enferma avec cinquante hommes; après une résistance héroïque,


sans vivres, sans munitions, sans secours, il dut se rendre (19 juillet 1639). Le drapeau anglais flotta sur le fort, et Champlain fut emmené en captivité.

Heureusement, Richelieu n'avait rien voulu perdre de l'empire de la France. La paix signée (1629), il obtint la liberté de Champlain et se fit rendre le Canada et Port-Royal. La Nouvelle-France était sauvée. Son fondateur se remit à l'oeuvre. Malgré son âge, il retourne en 1633 au Canada, relève Québec de ses ruines, établit un fort à la pointe Sainte-Croix, le Richelieu, et un poste aux Trois-Rivières. Les désastres de la guerre furent vite oubliés. Dans son dernier voyage (1635), Champlain put revoir sa ville aussi prospère et aussi grande. Il s'y éteignit le 25 décembre 1635.

Et maintenant, messieurs, écoutons les hommages de tout un peuple qui s'élèvent aujourd'hui autour de ce grand nom, et nous aussi sachons nous souvenir. Qui, parmi ces conquérants, eut une gloire plus pure et a mieux mérité les suffrages des hommes? Qui eut plus que Champlain les dons de l'intelligence et du cœur, cette fermeté persévérante et habile, qui sait tout prévoir, s'impose à la fortune et maîtrise les événements ? Qui plus que lui a eu ce détachement de soi-même, condition essentielle du succès, qui met une vie tout entière au service d'une idée, sans autre récompense que le sentiment d'un devoir accompli? Qui, plus que lui enfin, a eu cette sage bonté, force des grandes âmes, qui craint de verser le sang et ne cherche à conquérir les peuples que par des bienfaits ?

Certes, l'oeuvre de Champlain a été grande, durable surtout, parce qu'elle est sortie de son cerveau et de son cœur. II n'a pu en voir lui-même les résultats. L'histoire comme la nature est lente dans son travail. Qui sait pourtant si une de ces intuitions mystérieuses du génie ne lui a pas révélé les merveilles de l'avenir? Pour moi, j'aime à me le représenter, rêvant parfois à ces générations nouvelles, chargées de continuer sa tâche; à cet empire nouveau, tout un monde jeté entre deux océans, Québec, Montréal, ces filles de sa pensée; ces millions de Français, descendants des premiers colons de 1608, parlant sa langue, ayant sa foi, et malgré de cruels déchirements, si pénétrés encore de son esprit qu'ils n'ont pu renoncer à ce culte de la France, leur seconde religion, toujours prêts à lui tendre les mains à elle, la mère généreuse, la chère blessée, aux jours surtout de ses épreuves et de ses revers.

Mais il ne suffit pas, messieurs, de nos éloges pour honorer la mémoire de nos grands hommes; sachons tirer de leur vie même un~ utile leçon.

Aujourd'hui, comme au temps de Champlain, la France reprend sa marche en avant et retrouve peu à peu cet empire colonial que nos fautes nous ont fait perdre. Aujourd'hui aussi, comme au temps de Champlain, vous entendrez souvent dire


autour de vous « Pourquoi des colonies ? Qu'allons-nous faire en Afrique ou en Orient ? Nous n'avons ni le droit ni les moyens de nous étendre. Veillez à la frontière. Quoi donc, messieurs ? Avons-nous oublié que la patrie saigne encore de ses provinces perdues, et renonçons-nous à cet espoir secret qui est d'autant plus vivant qu'il a grandi dans le silence du souvenir ? Mais qu'avons-nous à craindre?N'est-ce donc rien, en vérité, que d'avoir refait nos armées et nos alliances, et donné à l'Europe l'impression d'un peuple assez fort pour garder la paix avec honneur, et qui, s'il ne veut pas faire la loi, entend au moins ne la recevoir de personne ? N'est-ce donc rien, surtout, que d'avoir créé et maintenu, au-dessus des luttes éphémères des partis, le sentiment national si impérieux, si puissant, qu'il reste dans nos défaillances et nos tristesses comme la suprême réserve de la patrie ? Et c'est quand de jeunes générations se lèvent et arrivent à la vie publique avec leurs ambitions et leur fierté que vous savez nous dire « Halte là Recueillez-vous et résignezvous. Non, mille fois non, nous ne pouvons attendre nous ne laisserons pas l'histoire se faire contre nous, et le monde se partager sans nous. La France a le droit de prendre sa part des dépouilles de la barbarie et ce droit, rien ne peut le prescrire, parce qu'il répond à nos intérêts comme à nos traditions. A ceux qui nient notre génie colonial, je dirai simplement Nos aînés et Samuel Champlain ont témoigné pour nous. N'oublions pas seulement que la Fr:mce a un autre rôle dans ce monde que celui d'agrandir ses domaines ou ses richesses. Que d'autres s'emparent du monde en égoïstes et en trafiquants, sans souci des vies humaines qu'ils sacrifient à leurs calculs. La France a une œu\ro plus noble que celle d'exploiter les peuples, celle de les instruire. Cette mission à laquelle Champlain n'a pas failli, elle n'y faillira pas à l'avenir, elle, la grande et douce nation, où il fait bon de vivre, et qui, quoi qu'en disent ses ennemis, ressemblera toujours à ces grands arbres: où les oiseaux du ciel viennent s'abriter. L'éducation des petits et des faibles, le don d'un idéal nouveau fait de tout ce que nous aimons, croyons, espérons, parce qu'il est justice et fraternité, voilà ce que nous devons aux autres, ce que nous nous devons à nous-mêmes. Si notre drapeau a fait le tour du monde, c'est qu'il portait la civilisation chrétienne et française dans ses plis. Surtout, messieurs, ayons foi dans l'avenir, comme Champlain a eu foi dans lui-même. Les peuples, eux aussi, ont leurs jours d'épreuve et ont besoin de ces vertus qui sauvent. Travaillons, agissons. Aux heures ditHciles où nous vivons, il semble parfois que l'étoile déjà vieille de la France semble pâlir et s'apprête à s'éteindre. et voici qu'elle reprend sa marche. nous entraînant avec elle vers un siècle inconnu. Suivons-là où elle nous mène, messieurs. Les destinées de la France sont entre nos mains et je réponds de l'avenir, si, comme Champlain, nous savons vouloir, entreprendre, et ne jamais désespérer.


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DISCOURS DE M. HECTOR FABRE A LA SOIRÉE

Champlain a été vraiment le fondateur de la colonisation au Canada. A ce titre il a droit à une place à part dans la mémoire du peuple français et du peuple canadien. Son renom ne saurait être moindre que celui de Jacques Cartier. « C'est trop peu dire que de dire qu'on lui doit le Canada, écrit un historien; c'est grâce à lui que la cause de la colonisation fut définitivement gagnée devant l'opinion et quand Colbcrt entreprit de donner un grand empire colonial à la France, aux hésitants, aux indifférents, aux découragés, il pouvait répondre en montrant l'exemple de ce qu'avait fait Champlain. » Et à sa suite on voit se dérouler côte à côte les deux colonisations la colonisation française et la colonisation anglo-américaine. De lui date aussi la longue rivalité entre nous et nos voisins. Avec lui commence l'ère des grandes découvertes.

Aujourd'hu que tous ces événements sont terminés, que la paix éternelle règne sur eux, que nous sommes avec nos voisins dans les meilleurs termes, nous pouvons mesurer la part de chacun dans la découverte et la colonisation de l'Amérique du nord. Eh bien, celle de la France et la nôtre est énorme; elle est incomparablement supérieure.

Nos voisins les Anglo-Américains ne sauraient contester ce qu'avait fait pour eux la France avant Lafayette. Toutes les grandes découvertes faites sur ce sol, où naquit leur république, ont été faites par des Français; ceux d'entre eux qui sont sous l'impression que leur histoire date de la guerre de l'indépendance, sont dans l'erreur. Elle date de plus loin, et, faut-il le dire? de plus haut. La constitution rédigée par Jefferson, si parfaite qu'elle soit, parait un peu pâle, comparée aux aventures héroïques qui lui ont battu la voie.

Il n'y a pas seulement plus de poésie, mais encore plus de vérité humaine, de valeur positive, appréciable, que dis-je? négociable, dans les entreprises auxquelles Champlain, Cavelier de La Salle et tant d'autres ont attaché leur nom, dont les débuts obscurs, tourmentés, ont eu des suites si éclatantes, des résultats si durables. Non vraiment; si grand qu'ait été le service rendu par la France à l'Amérique, lors des guerres de l'indépendance, par l'épée de Lafayette, ce n'est ni le plus grand, ni le plus mémorable. A tout bien considérer, à em.brasser tout le passé, ce n'est pas la statue de la Liberté qu'on aurait dû ériger à l'entrée du port de New-York, c'est la statue de la France.

Le trait caractéristique de la colonisation française a été l'expansion. Obéissant à leurs idées, à leurs instincts, serrant de près leurs intérêts, étroitement liés à eux, les Anglo-Américains restaient près de l'Océan et, comme dit leur historien Park-


man, enfermés entre la mer et les montagnes. Ils n'avançaient dans l'intérieur qu'au fur et à mesure des besoins de leur commerce. Ils n'étaient pas hantés par la vision des découvertes. Le contingent qu'ils ont fourni au bataillon des explorateurs est faible, sinon nul. Ils laissaient les Français préparer le pays, le percer de toutes parts, le pénétrer en tous sens, l'ouvrir à tout venant. Ils s'en occupaient pour le moment si peu que Parkman avoue qu'au sud on connaissait à peine le nom de Canada. Ils s'en tenaient à leurs affaires, comme de fidèles cultivateurs et d'honnêtes négociants. C'est pourquoi leurs établissements prospérant, le chiffre de la population s'élevait si rapidement.

Les Français ne pensaient pas uniquement à cultiver leurs champs, comme s'ils avaient été encore en France dans le domaine de la vie provinciale. Ils songeaient avant tout à l'étendre. Ils étaient dévorés de l'ambition de tout voir, de planter partout la croix, le drapeau. Ils ne voulaient rien laisser à découvrir aux autres. Puisque la destinée les avait jetés sur un continent nouveau, rien sur ce continent ne devait leur échapper. Ils n'avaient pas traversé les mers pour retrouver leur province. C'était pour conquérir l'Amérique du nord tout entière.

Et quoiqu'ils n'eussent pas une connaissance aussi parfaite de la liberté que leurs voisins, ils avaient une allure bien autrement libre. Les Indiens ne s'y trompaient pas. C'était en eux qu'ils reconnaissaient les hommes libres. D'instinct, ils allaient vers eux. S'ils ne trouvaient pas dans leur alliance la liberté compassée, méthodique que forment les lois organiques, ils sentaient dans leur allure et leurs relations la vraie liberté, celle des sentiments, des idées et des mœurs. Ce régime nous avait livré la plus grande partie du continent. Il avait développé en nous, avec le patriotisme et la foi, l'esprit d'aventure, le goût des explorations, le courage et l'audace.

Le système contraire, le régime colonial anglo-américain, qu'avait-il fait? L'historien Parkman assure que les défauts inhérents au régime colonial anglais étaient tels qu'ils suffisaient à enlever aux colonies anglaises tous les avantages qu'elles auraient pu tirer de leur ascendant numérique. Les colonies anglaises, celles du moins qui n'étaient pas directement menacées, ne songeaient pas à se préparer à la guerre, mais à voter, à voter contre le gouvernement bien entendu, à refuser, ou tout au moins à disputer au gouverneur les subsides qu'il jugeait nécessaires pour continuer la guerre, à y mettre des conditions inacceptables et blessantes pour lui. « C'était, dit Parkman, le moment où il était le plus nécessaire d'agir qu'on choisissait de préférence pour faire de l'obstruction. B Vous voyez qu'on connaissait déjà, à côté de nous, le secret des crises politiques, et qu'on n'a pas eu depuis à en perfectionner la méthode autant qu'on le croit.

e Toutes les colonies anglaises, continue Parkman, étaient


soumises à la législation populaire; sans son assentiment on ne pouvait lever ni argent ni hommes. Ces corps élus étaient parfois factieux et égoïstes, et pas toujours clairvoyants et raisonnables. » Et quelles étaient lès conséquences de ce régime? La suppression de tout esprit public, l'aitération profonde du patriotisme. La querelle politique occupait la première place, la question patriotique passait en second. On redoutait plus le gouvernement que l'ennemi. C'était le premier et, pour bien des gens, le seul ennemi à combattre. Franklin, le sage Franklin, voulait faire une concession « Battons, disait-il à ses concitoyens, d'abord lé gouverneur, et nous battrons l'ennemi ensuite. Mais l'opposition n'entendait pas de cette oreille et dénonçait le piège. Elle déclarait que les bruits d'invasion étaient inventés par des politiques roublards, et concluait en disant « Battons le gouverneur, et laissons l'ennemi en paix » car, pour battre l'ennemi, il fallait payer d'abord et elle ne voulait pas payer.

Cette aversion pour le vote du budget de la guerre allait si loin que les Virginiens.ditParkman,déclaraientqu'iIsaimaient mieux être conquis que de renoncer à leurs privilèges. Si les Français, ~emportés par leur ardeur, n'avaient pas inquiété sans cesse leurs voisins si Vaudreuil, mal inspiré à tous les points de vue, n'avait pas lancé sur les colonies an'glaises des expéditions d'Indiens qui y mettaient tout à feu et à sang, les Virginiens seraient restés chez eux à discuter le budget. Mais Vaudreuil ne se doutait pas de ce que produit l'amour de la discussion dans un corps délibérant; il ignorait les entraînements du vote. les mystères du scrutin. Sans cela, il y aurait eu là la meilleure des diversions, le plus utile des concours, et le dénouement de la guerre aurait peut-être été une crise ministérielle en Virginie.

De tous les pays du monde, celui qui aime le mieux à dire du mal de lui-même et qui aurait le moins droit d'en dire, sans contredit, c'est la France. A part les grandes époques qui échappent à toute critique, quelle époque a-t-elle épargnée, sans parler de la nôtre bien entendu, objet de toutes les rigueurs ? A quel moment a-t-elle, avant de se condamner, regardé autour d'elle et comparé ? Lequel de ses critiques est allé hors de ses frontières voir comment elle apparaissait de loin, au milieu des autres nations, et prendre ce qu'on pourrait appeler la vue extérieure de son rôle? Vous ne vous jugez jamais que de l'intérieur, au milieu de la mêlée des partis, dans l'ardeur des discordes et des controverses.

Il y a entre vous et nous Canadiens cette différence que, n'habitant pas la France, si nous sentons comme vous, nous vous voyons autrement que vous. Sensibles à vos défauts, nous ne restons pas pour cela insensibles ou aveugles à ceux des autres. Français vivant hors de France, nous souffrons de ces injustices, de ces jugements rigoureux, de ces arrêts motivés uniquement par le regret de plus grandes gloires entrevues et


perdues. Il nous semble que vous êtes trop pressés de sacrifier le présent et point assez obstinés à défendre votre passé. H est d'habitude et de style consacré de dire que la France a abandonné le Canada, comme si volontairement, de son plein gré, de gaité de cœur, un beau jour, Louis XV, causant avec la Pompadour et voulant se mettre dans les bonnes grâces de Voltaire, leur avait fait le sacrifice du Canada. Je ne songe pas à amnistier complètement le régime qui, en huitans (de 1755 à 1763), voyait passer aux affaires vingt-cinq ministres dégringolant l'un après l'autre, dit Voltaire, comme les personnages de la lanterne magique, et qui, par les suites d'une politique allant de l'alliance prussienne à l'alliance autrichienne, a perdu la partie en Europe comme en Amérique.

La France, la cour, si l'on veut, la Pompadour même, si on y tient, ont-elles vraiment accepté de gaité de cœur la perte du Canada? Etaient-elles si insensibles que cela à la gloire coloniale, à la possession d'un continent? Lorsque Louis de Bougainville allait demander des secours à Versailles, les lui refusait-on par dédain des colonies ou par impossibilité d'en donner ? Si l'on refusait, c'est qu'on ne pouvait faire autrement c'est que la marine était en grande partie détruite, l'armée tout entière occupée en Allemagne, et qu'on n'en pouvait rien détacher sous peine de la mettre en péril c'est que le maréchal de Belle-Isle avaitraison lorsqu'il écrivaitàVaudreuit: « II serait fort à craindre que les troupes de renfort ne fussent interceptées par les Anglais dans le passage et comme on ne pourrait jamais vous envoyer des secours proportionnés aux forces que les AngJais sont en état de vous opposer, les efforts que l'on ferait ici pour vous en procurer n'auraient d'autre effet que d'exciter le ministère à Londres à en faire de plus considérables pour conserver la supériorité qu'il s'est acquise dans cette partie du continent. »

C'était la vérité absolue, navrante, qu'on pouvait contester dans l'ardeur des combats, mais qui s'imposait aux ministres. Des faits récents, suppléant aux paroles, étaient là pour montrer que le gouvernement était sincère. Au temps de la victoire, il avait tenu un autre langage et une autre conduite. Au lendemain de Fontenoy, la première pensée du gouvernement avait été d'organiser l'expédition commandée par le duc d'AnviJJe et composée delJ vaisseaux de ligne, portant 3.000 hommes de troupes, la plus considérable qui ait été dirigée par la France en Amérique. Cette belle flotte fut dispersée par la tempête presque tous les vaisseaux firent naufrage LaJonquière en rallia quatre pour faire le siège d'Annapolis mais une nouvelle tempête éclata sur ce dernier débris de la flotte et l'obligea de faire route vers la France.