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Titre : Mémoires. Fin de siècle / Marie Colombier ; préface par Armand Silvestre

Auteur : Colombier, Marie (1841-1910). Auteur du texte

Éditeur : E. Flammarion (Paris)

Date d'édition : 1898-1900

Contributeur : Silvestre, Armand (1837-1901). Préfacier

Sujet : Colombier, Marie (1841-1910) -- Autobiographie

Type : monographie imprimée

Langue : français

Format : 3 vol. ; in-12

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Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k114804h

Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Ln27-46221 (2)

Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30260080f

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date de mise en ligne : 02/04/2008

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MARIE COLOMBIER

M EMO I RE S FIN DE SIÈCLE-

i

ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR, 26. RUE RACINE, PAHIS

Sixième Mille.


MEMOIRES


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MARIE COLOMBIER

MÉMOIRES FIN DE SIÈCLE

PARIS

ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR 26, rÔe racine, près l'odéon

Tous droits réservés.


j.

Cher maître et grand ami

Vous avez bien voulu prendre sous votre illustre patronage le premier volume de ces MÉMOIRES. Cette sympathie d'un grand. poète, cette fidélité d'amitié dans les tris- cesses et les cruelles épreuves. que je viens de elle a été pour moi le plus précieux des encouragements. En vous priant d'accepter la dédicace du second volume de mes souvenirs, je vous adresse publiquement Vhommage de mon admiration, de ma grande affection ët de ma profonde reconnaissance.

MARIE COLOMBIER.


mémoire (0-r

CHAPITRE PREMIER

Tout s'oublie. Les rats de l'Opéra. Première du Rendez-Vous de François Coppée. La comédie dans le monde. Trop d'expression cuit. Amour de poète et de comédienne. La littérature ne perd jamais ses droits. Après cette triple épreuve de la guerre, du siège, de la Commune, Paris'se reprenait timidement à la vie mais une sorte d'accablement pesait encore sur la grande ville, semblable à cette lassitude désolée qui demeure longtemps dans l'âme des veuves. De telles catastrophes laissent après soi un • ébranlement qui en prolonge l'écho dans tous les cœurs. La cité meurtrie sortait avec (1) Le premier volume des Mémoires de Marie Colombicr' a pour titre Fin d'Empire.,


peine de ses voiles de deuil, et les fumées de la guerre civile, récemment éteinte, lais- saient voir des maisons éventrées,des murs percés de meurtrières, toutes les plaies de l'émeute, encore béantes. Les beaux arbres de l'avenue du Bois, déracinés, gisaient sur la chaussée, couchés en travers, et l'on se demandait quelle invasion de barbares s'était épandue dévastatrice à travers les merveilles de, notre civilisation. C'était bien une. barbarie officielle. Le gouvernement de la Défense nationale et celui de la Commune avaient rivalisé pour cette œuvre de vandalisme leurs représentants éphémères avaient voulu prouver leur utilité par l'extravagance des mesures qu'ils édictaient sous un prétexte de préservation. Ils avaient promené-leurs fàulx à tort et à travers, ne discutant pas avec les fantaisies burlesques de leurs cerveaux, et saccageant sans un scrupule Paris et la France, comme un domaine personnel qu'il leur. aurait plu de ravager. ̃ Comme en un pèlerinage de désolation, on remontait l'avenue. du Bois, on refaisait ce fameux tour des lacs, le Persil, comme on


l'appelait encore il y avait si peu de -temps.' C'est là que déniaient naguère les voituyes sur quatre rangs on admirait les chevaux qui stoppaient, et encensaient, les voitures ide haut style, fleuries de toilettes exquises. Alors, une femme qui voulait se lancer n'avait qu'à venir pendant quelques semaines aux Lacs avec une robe à sensation et un attelage fringant on se demandait le nom de l'apparition nouvelle, une légende vite circulait, et le succès ne :se faisait pas attendre, si la femme en valait la peine. Toutes les habituées se connaissaient grandes et petites dames, artistes, étoiles galantes. Les cavaliers paradaient, regardant le défilé. C'eût été un événement de ne pas voir la victoria de madame X. ou le ph aéton de Mr Z où le huit-ressorts de madame* Pour rien au monde, une femme à la mode n'aurait manqué son tour de Bois. D'ailleurs le flirt, autant que l'élégance, y trouvait son compte et de mystérieux coups d'œil s'échangeaient entre les belles dames renversées sur leurs coussins et les gentlemen bien campés sur leur selle. Et le décor de cette allée célèbre


aux beaux ombrages contribuait à l'enchantement de pareilles scènes. Maintenant, on circulât à peine, à cause des arbres arrachés qui jonchaient le chemin. Il semblait que tout le passé fût mort, comme ces troncs magnifiques' qui traînaient sur le sol leurs branchages éplorés. Plus rien ne renaîtrait de tant de luxe, de plaisir et d'insouciance. On se sentait las infiniment. Le grand ressort était cassé qui avait fait mouvoir tous ces pantins. On restait chez soi, et les femmes en robes sombres étaient endeuillées, comme pour la, mort de 'la Patrie. Peu à peu cependant des visages connus réapparaissaient.

On se retrouvait encore ensemble, ceux qui avaient fait leur devoir patriotique, et ceux qui l'avaient déserté soit en Belgique, soit en Angleterre. Tout d'abord on s'était bien promis de tenir ceux-là en quarantaine. Ah bah trois mois après, tout était oublié. Timidement ils avaient fait leur rentrée, se faufilant avec circonspection et tâtant le terrain à chaque pas ils tendirent d'abord deux doigts, puis, comme on les avait pris, la main large-


ment ouverte. Encouragés, ils racontèrent des histoires qui prouvèrent que leur patriotisme n'avait pas abdiqué en exil ceux qui avaient été en Angleterre avaient suivi, à les entendre, les armées de l'Est, et rapportaient des nouvelles de Bourbaki avec le récit d'engagements auxquels ils avaient assisté. Paris ne comptait plus que des héros et des patriotes.

C'étaitàpeinesilesthéâtres entre-bàillaient leurs portes. L'Opéra se trouvait sans directeur. M. Emile Perrin, ne voulant pas assumer la responsabilité d'une direction qu'il jugeait onéreuse, abandonnait le'navire, que les pauvres petits rats ne pouvaient pas quitter, malgré le proverbe.

Après un si long chômage, ils se voyaient dans la détresse. Combien intéressant ce petit monde et pour quelques-unes qui guettent le vieux monsieur, combien de ces fillettes, des enfants presque, sont les soutiens de nombreuses familles trop largement bénies par le Ciel

La sœur de Marie était élève de madame Dominique professeur au Conservatoire.


Marie :assistait donc -aux classes de danse, s'intéressant au sort de ces fillettes. Pendant le siège, les pauvres petites, pour. entretenir l'élasticité de leurs membres, car il fallait malgré tout rester en forme 'venaient tous les jours à la classe faire leurs exercices, toutes bleuies de froid. Souvent, quand elles le ventre vide! Pauvres petites cigales obligées 4e danser tout iMver, à jeun! Aussi, combien de bronchites est de pleurésies I

Parmi elles se trouvait là charmante B6zaechi, dont les débuts dans Covpêlis avaient été si éclatants. Contrairement à la règle de cette carrière, où l'on sort du rang si difficilement et. presque toujours, à l'anabonnés dont le suffrage décide du succès, elle avait pu éviter la corvée des figurations. Madame ©ominique, ce professeur si épris de so a art et si enthousiaste du métier, avait et par ses qualités exceptionnelles elle obtint


Ses débuts furent une surprise pleine d'enthousiasme mais après l'enivrement d'un tel, succès, vint la guerre, le siège Ses appointements furent suspendus. Marie l'avait vue à la classe toute triste, toute désolée.

Le soir de ce jour, Charles Bocher, aujourd'hui le plus vieil abonné de l'-Opéra, dinait chez Marie. Elle lui fit part de la pénible impression qu'elle avait emportée de la classe de danse Bocher lui dit combien la pauvre petite étoile était misérable, et le dénuement où elle se trouvait. Marie s'attendrit d'autant, plus à ce récit, que sa ^sœur, qui se trouvait au loin, était une camarade de Bozacchi en secourant celle-ci elle.porterait bonheur à l'absente. Elle alla donc passage Saulnier, où demeurait la danseuse: Bozacchi occupait là un logement-sombre dans une maison triste. Marie s'offrit à lui prêter ce dont elle aurait 'besoin, en souvenir de sa petite camarade. !La danseuse, très touchée, refusa; l'ambassade d'Italie, avant appris sa détresse, lui ételt déjà venue'en aide. ffiélasi deux ours pauvre enfant mourait de noire, disait-on. Le -mal


avait été foudroyant dans cette nature anémiée par les privations.

Marié était donc très au courant de ce qui se passait dans ce petit monde, où le désarroi était complet. On avait subi le siège, la Commune, et, pour comble, c'était maintenant la défection de M. Perrin. « Que devien-, drons-nous? Allons-nous mourir de faim?» se 0 'demandaient toutes ces fillettes. Pour parer. au plus pressé Marie, commença une quête chez les abonnés de l'Opéra, assistée de son amie; mademoiselle Beaugrand, la charmante première danseuse, qui avait eu la chance pre-sque unique d'enlever tous ses grades à la pointe de son petit pied, et, brûlant les étapes, de conquérir son bâton de maréchal, c'est-à-dire le titre de première. Toutes deux munies de la liste sur laquelle M. Perrin s'était inscrit en tête, firent leur tournée charitable. A tout s'eigneur, tout honneur Elles frappèrent d'abord à la porte des Rothschild; les barons Alphonse, et Gustave s'inscrivirent chacun pour vingt-cinq louis. Pillet-Will, Marcouard-André, de Ma-


chy, suivirent. Raymond Sellières donna vingt francs. Sa réputation de prodigue ne lui coûtait vraiment pas cher. Après tout, il n'était peut-être économe que dans ses charités.. La maison Heine, comme toujours, figura au premier rang de la bienfaisance. En cette occasion, les abonnés£rent généreusement leur devoir.

Le Figaro, dans son numéro du 30 juin 1871, annonçait ainsi l'œuvre entreprise par Marie, en lui souhaitant le succès.

« Mesdames Beaugrand et Marie Colombier ont eu là charitable idée de faire une souscription en faveur des pauvres petites du corps de ballet de l'Opéra, dont quelques-unes ont été si cruellement ^éprouvées. Nous ne doutons pas que les abonnés et le public ordinaire de l'Opéra ne répondent à l'appel de ces deux dames. »

La collecte produisit plusieurs milliers de francs dont la répartition fut faite par l'admi- nistration de l'Opéra, ce qui permit d'adoucir un peu les tristesses de l'heure présente et de faire renaître l'espérance dans tous ces petits coeurs. • i


flnfîn^Opéra entr'ouvrit ses portes. Le- théâtre était administré presque en société, avec un directeur irresponsable. M. Hâlanz^er avait bien voulu accepter la tâche -de réorganiser la troupe, pendant que M. Perrin accep- de la, République de la rue de Richelieu. Le caractère autoritaire de ce- lui-ci devait s'accommoder assez mal de la dépendance où il se trouvait à l'égard 4es sociétaires mais du moin-s, à la Comédie Française, il n'y -avait aucuns risques matériels -à courir. Tous les théâtres subventionnés imitèrent l'Opéra et peu àpeu'om vit réapparaître les exilés volontaires, tous, iesfeancs-flleurs enhardis par l'indulgence :du'monde les loges se garnirent dévisageas connus. L'été- ment étranger manquait encore cependant. Il n'avait pas confiance, sentant la ?France désemparée, trop mal en train pour festoyer: Le cosmopolitisme prenait une autre :dkection on se rattrapait à Kloiste-Oarlo.

Le gouvernement prussieiE qui avait assez récolté avait soif de considération :-les jeux avaient été interdits à (Bade et à'HomODourg. Les désœuvrés, les je-rn'en-f®utis,t&s, se


rejetaient sur la principauté que Blanc, l'an- €ien directeur de HlGHiil)0!urg, était e.n train de transformer. Des concessions de terrains .avaient été données à des gens en vue. Villemessant, entre autres, fit bâtir la superbe villa habitée, depuis sa, mort, par Edmond Dolfus. L'aimable financier vient tous les hivérs s'y reposeir des émotions de la cor- v beille, des succès delà hausse et de la baisse. L'Odéon rouvrait, les engagements sui- vaient leur cours, maintenus par le directeur Duquesnel, .un lettré qui faisait jouer Ponsard, George Sand, Bouilhet, Alexandre Dumas, après avoir révélé François Coppée, Porto-Riche, Glatigny. Envers et contre tous il imposa Sarah Bernhardt, surtout à' son associé de Chilly.

Le 8 octobre 1871, L'Odéon faisait sa réou- verture avec le Jeu de V Amour et du Hasard et les Femmes savantes. « La distribution, disait le Figaro, nous promet une soirée très intéressante. Pierre Berton doit jouer, pour la première fois, le rôle de Clitandre, Porel celui. de Trissdtin j Georges- Richard,


l'auteur des Enfants, la pièce en répétitions au Théâtre-Français, débutera par le rôle de Vadius. Du côté des dames, mademoiselle Marie Colombier jouera le rôle d'Armande, mademoiselle Émilie Broisat celui djlHenriette. »

Les salons se rouvraient aussi, sous prétexte de charité. Les femmes de France, prélevant sur leurs toilettes et leuts bijoux la V dame du patriotisme, avaient voulu payer leur part des milliards destinés à la libération du tèrritoire, et cette générosité spontanée avait inspiré à de la Délivrance, écrits pour Marie Colombier. La première audition en fut donnée, chez le mar- quis d'Osmond. C'était sa sœur, la duchesse de Maillé, qui faisait avec lui les honneurs de ses salons. Cela intimidait bien un peu Marie elle n'avait encore fréquenté que chez les artistes, et se demandait avec quelque inquiétude l'attitude qu'elle prendrait avec les femmes du monde. Car pour les hommes, quelle que fût leur valeur, ce n'était pas la même chose. «

Mais elle fut vite rassurée. Aussitôt que le


domestique eut fait retentir son nom, elle voulut rejoindre le marquis, retiré à l'écart avec quelques convives il lui fallait, pour cela, traverser un immense salon qui servait de salle de danse. Elle avançait sur le par- quet brillant et glissant tout à coup une exclamation joyeuse se fit entendre « Oh, Marie » Et, d'une glissade comme, les patineurs sur la glace, un homme s'élança, étendant les bras en équilibre. Il arriva jusqu'à elle, lui prit les deux mains, et, dans une nouvelle glissade, l'entraîna auprès du maître de la maison.

C'était Charles de Fitz- Jaurès, bien connu pour son esprit excentrique et indépendant. A l'enfrée de Marie, il lui avait, donné le « la » désormais, elle se sentait tout à fait à l'aise. On la présenta à la duchesse, vraie grande dame de naissance et d'esprit, à qui l'on aurait pu appliquer ces vers de Coppée dans le Passant

Il faut être une grande dame

Pour traiter dignement chez soi, comme les siens,

Les poètes errants et les musiciens.


Sur la présentation de son frère) elle accueillit Marie de la; plus gracieuse façon:. Rien de' curieux comme cette réception du marquis dans le charmant hôtel de l'avenue Maillot, où grandes dames et artistes se rencontraient dans un laisser-aller plein de cor- dialité, un aibandon de tout préjugé et de toute convention.. Il y avait là Laure Ponta, Lins B'ell,. Marié Cabel, égrenant ses trilles encore merveilleux; Alexandre Dumas, de Costé, Halanzier, le marquis de Paris, 'fe comte de Lourencqurt, le marquis 'de Panisse-Passis, Charles de Fitz-JamBs; la charmante cantatrice HeilÎDronner, la créatrice\de Manon; Élise Demain, le charme, la gaieté, le rire, avec un visage d'espièglerie et de malice encadré de'cheveux d'or elle faisait applaudir son répertoire aux sous-entendus grivois, qui chatouillait la ;pudeur de rassemblée sans 1^ .faire? crier. Bien qu'il fût manchot, le marqu:is trouvait .moyen d'être au piano un virtuose dont la dextérité prestigieuse éblouissait ses invités, de même que, de sa main unique, il savait con'duire ses quatre trotteurs au Bois. On y voyait


encore, parmi les habituées, Marie Loyd, Reichenberg, À. Gérard 'mesdames ÏBartet, RositaMauri, l'adorable danseuse la OKrauss, Jouassain, la jeune duègne du Théâtre-Français Jane Essler, les comtesses de Beaumont, Lepic la générale de Bernis, marquise d'Aoust, mesdemoiselles MauduitjE. Parent, E, Sanz, Marguerite Ugalde5 Jane, Granier; touslesRothschild Xavier Anbryet, Claudim," Àrcos père et âls, Santiago, Ànissondu Perron l'aimable député de la S eime-Imlérieure les trois Abeille, dont deux devaient -mourir si tragiquement ;Béchard; E. Blavet et Salvayre, les deux collaborateurs à qui Heilbronner devait un de ses plus grands succës Adrien Marx et, P. Gilles, du Figaro; René de Boisdeffxe; le comte de Borda et son frère le brillant sportsman le comte de Bourgoing, le marquis de Villerlafait, Brayar Delahaye, Maurice deiBeaufort, le comte de la Boutetière, Blin de Bourdon, le marquis de Broc, Bay vet, le prince d'Orange, géaaéral Cambriels, €ampbell-Clark, marquis !de Croset, Jourdain, Widor, le marquis de Gouy, G^ill, Ernest Gervais;les frères Hécht, les


mécènes de la peinture, familiers de l'atelier, Manet; Heyrauld, Gaston Jollivet, comte :de la Ferrière, Fernand Leroy, Quatrelles, Labiche, Meynard, -marquis de Montebello, marquis de Nadaillac, comte de Gontaut-Biron, comte de Najac, Nisard, le nouvel ambassadeur près du Saint-Siège, Oppenheim, François Coppée, marquis de Panisse-Passis, prince Radziwill* Baudouin, le marquis de Rouge, le comte de Saint-Germain, prince de Sagan, Saintin, Diaz de Soria, Francis Thomé, Louis Véron, comte de Vallerand de la Fosse de la Cour des Comptes, Sarcey, les deux Coquelin, Camille Doucet, Delle-Sedie, Louis Enault, le comte de Féraudy, E. Cabrol, de Pène, 'marquis de Modène, prince de Rohan, E. Tassin; etc., etc. L'hôtel' était merveilleusement disposé pour les réceptions. Les salons étaient en enfilade, avec une vaste rotonde au centre. Le maître de la maison aimait à faire faire le tour du propriétaire. Marie fut ainsi initiée aux détails de lamaison. Le marquis la conduisit àla., chambre à coucheur une vraie curiosité. Cette pièce était toute capitonnée de satin pour-


pre; un grand lit de milieu se dressait sur une estrade avec deux grands ours blancs. Tout autour, reflétant partout votre image sur les murs, au plafond, de grandes glaces. Heilbroner trouvait que c'en était intimidant. Dans un recoin, un grand hamac. En bas, le fumoir, tendu de cuir de Cordoue avec un divan circulaire, et toute une' fumerie compliquée, que les dames ne dédaignaient pas. Quelquesunes même, comme la générale de Bernis et la baronne de Poilly, laissaient de côté la cigarette et fumaient carrément le cigare. On se sentait là dans son"monde les artistes ne sont-ils pas de tous les mondes?

Le marquis racontait les péripéties pleines d'imprévu d'un voyage qu'il venait d'accompÊrde Vienne à Nice. Il avait fait construire une grande roulotte â la façon des foraine chambre à coucher, cabinet de toilette j boudoir servant aussi de salle à manger. Suivait une autre roulotte avec cuisine, qui voiturait la domesticité. Au :hasard de la fan- taisie, on s'arrêtait, voyageant à petites journées, menant la vie des Bohémiens, niais d'une Bohême dorée. C'est la seule manière


vraiment amusant de courir le jmoniée; on est toujours chez soi, on évite les descentes dans les hôtels plus ou moins confortables, et surtout la mauvaise cuisine..Avoir w® yacht pour aller en mer et sa roulotte sur les grandes routes, quel rêve! Voilà scooffiient je comprends la vie! Avec cinq,cent, mille livres de rentes, un hôtel à Paris où l'on re- çoit la cour et les artistes, c'est le paradis retrouvé, dit Marie. Je m'en contenterais.

-Ajoutez un bon intendant, répliqua Laboutetière je m'inscris sur vos tablettes

Et de rire.

Au moment où Marie avait fait ses débuts à l'Odéon, Coppée n'était pas à Paris elle reçut ses félicitations par lettre. Le hasard les avait rapprochés sans provoquer d'intimité, puis la guerre était venue, et chacun s'était dispersé.

Mais l'Odéon rouvrait; on donnait la première du Bais; Glatigny, mourant, n'avait :pu. assister qu'à la répétition générale, soutenu par Théodore de Banville qui avait suivi les répétitions est voulait son ami entendre


applaudir ses vers, et ¥oi3*les créations de

ses rêves évoluer aux feux -de- la rampe

dans l'atmosphère idéale de la scène. Après la

première, Coppée, qui avait assisté au dernier

triomphe de son frère en poésie, vint dans la

loge de Marie. Un,flirt s'établit. Un soir, pre-

nant un .crayon et un bout de papier, l'amou- reux Zanetto griffonna ces vers

Yoici ma main, ma bien-aimée,

Tu la prends dans ta main fermée.

Mon cher amour, voici mes yeux,

Tes regards se fixent sur eux.

Mon doux trésor, voici ma bouche;

Mais déjà ta lèvre la touche.

Voici mon cœur, il t'appartient,

Ne me refuse 'pas le tien.

François,

A partir de ce soir-là, l'intimité s'établit

entre le poète et la comédienne. Après le spectacle, bras dessus, bras dessous, ils s'en demeurait Marie. En arrivant, on avilit faim et on faisait la dînette. Cet amour-là était f uelfue «chi&se

de gai, de printanier, trop amusant peuriii'être pas éphémère, ae qu'on appelle :si joliment


un déjeuner de soleil. Ce furent quelques mois. d'insouciance et de galté que Marie n'avait pas encore connus. -Elle s'aban-' donnait au plaisir de vivre avec un compagnon plein de verve et de bonne humeur, pas du tout l'homme de ses élégies. Chaque matin le courrier lui apportait des vers pleins i de charme, qui l'enchantaient, la trausportaient dans le rêve, et le soir, elle retrouvait un esprit gavroche, presque rabelaisien. Lé contraste était piquant; la fantaisie romanesque de la jeune femme et son besoin de gaieté étaient également satisfaits.

Le neveu de Girardin, Léonce Détroyat, vint demander à Marie de dire dès vers chez lui il allait donner, dans quelques ouri, une grande soirée. Elle demanda à Coppée de composer quelque chose pour; elle. Après avoir vaineme.it cherché, Coppée lui déclara qu'en dehors des vers qu'il lui adressait, il était absolument, incapable de rien prôduire, absorbé par sa tendresse. Mais, dans


un moment de flânerie, il avait fait une piécette qu'il n'avait. pas même relue; il la lui donnait pour ce qu'elle valait, pas grand'chose. Si, après l'avoir lue, elle n'en voulait pas, elle n'avait qu'à la laisser, sans aucune gêne. Elle lut le poème qui s'appelait le Rendez- Vous et en fut enchantée; elle y trouvait, dans un genre opposé, plus complètement humain, un pendant à ce Passant si célèbre. Pierre Berton accepta d'être son partenaire et la première eut lieu chez le di- 4 recteur de la Liberté. Oublié depuis au point t, que Barbey d'Aurevilly, un jour qu'on lui annonçait sa. visite, demanda « Qu'est-ce que me veut cet imparfait du subjonctif?» De troyat était alors une puissance.

Tout ce qui marque dans le monde des arts, de la finance, de, la diplomatie et même du faubourg Saint-Germain était réuni dans ses salons.

Cette soirée est restée pour Marie le souvenir le plus vivace, de sa carrière artistique. Sur la demande du* prince Orloff, elle eut l'honneur de le nommer à Alexandre Dumas; l'ambassadeur de Russie ne s'était


jamais rencontré avec le oélèbre éerwain, A fla suite de *cette représentatioai, son de- manda le Benêez-Vous de tous les .côtés p&m les soirées, etjQOtammentchez Bénie, l'ancien ministre. Madame Béhic était malade et impotente. Adorant la poésie, elle pria Marie non seulement de venir j orner, mais encorede lui faire des lectures. Un soir, auprès, le lui demanda « Gomaais-5spz-vousJa comtesse Walewska?-–IJJe nom. -rEh bien, je vais vousprésenter. » Laréputation de la comtesse était restée légendaire. Marie avait entendu louer sa suprême élégance, vanter la grâce exquise avec laquelle elle faisait les honneurs de, la Présidence. Vile grande curiosité lui vint de la voir, un vif désir de l'admirer, de parler à une femme qui était une des gloires mondaines de cestemps. Madame Béhic fit un signe une per sonne de taille moyenne s'approcha; c'était la comtesse. Quelle déception, -moi Dieu f Un sourire stéréotypée d'une amabilité officielle une élégance bourgeoise presque surannée rien qui répondît à (une steBe réputation et justifiât l'auréole dont on avait' entouré


ce nom/M. de Laboutetière vint, de la part de la baronne de Pdilly, demander à Marie de jouer chez elle le une invitation à diner accompagnait la demande. Très flattée, Marie accepta l'une et l'autre. Elle avait été présentée à la baronne chez ïe marquis d'Osmond. Le dîner était de douze-couverts. Les comtes et le due de FItz-J'ames, le comte de Grandmaison, neveu delà baronne son fils le vicomte de Brigode,; Dubost, le prince d'Henin, madame de Pourtalès, la princesse Souvaroff, la baronne de Colobria y assistaient. Ce fut, ce soir-là, une exquise débauche d'esprit, tout l'épanchement d'un libertinage de bonne compagnie qui donna à la jeune femme l'impression des petits soupers du Régent. Madame de Poilly était vraiment, par les élégances de sa beauté très épanouie et de sa conversation, une grande dame du: dix-huitième siècle, et comptait parmi celles qui accusaient avec le plus de charme la ressemblance qu'on a remarquée entre les floraisons féminines du second Empire et celle qui enchanta le règne de Louis XV.

Au moment où les gais propos s'échan-


geaient nvec le plus de verve, on énonça. les premiers invités de la soirée le duc et la,; duchesse de Gramont. A la minute même et comme par le fatal coup de baguette d'une fée envieuse, toutes ces physionomies qu'ensoleillaient les vins de choix, les nourritures exquises et la verve éblouissante de certains convives, se transformèrent, se fermèrent pour ainsi dire. La baronne donna le signal, on passa dans les salons. Marie se réfugia dans le cabinet de toilette de madame do Poilly, tandis que Pierre Berton donnait des ordres et faisait disposer une petite scène dans un coin du salon.

Quand on eut fini d'applaudir le RendezVous, on demanda à Marie les Bijoux de la. Délivrance qu'on avait déjà entendus chez d'Osmond. Elle s'exécuta. Mais pendant qu'elle disait les malheurs de la Patrie, au lieu des larmes qu'elle s'attendait à voir cou1er, elle apérçut à sa* grande stupéfaction des visages souriants bientôt ce furent des rires étouffés. Elle se demandait ce que cela vou-rlait dire et ne comprenait rien à la galté qui accueillait ces vers tragiques. A la fin, très.


vexée, se dérobant aux applaudissements et aux compliments qu'on cherchait à lui adresser, elle s'enfuit dans le cabinet de la baronne qui lui servait de loge. Là tout lui 1 fut expliqué. Céline Montaknd, son amie, était venue la voir dans la journée. En causant, elle lui avait vanté une découverte qu'elle avait faite, un cosmétique extraordinaire, qui .ombrait les yeux et leur donnait une expression intense en accentuant les cils., Céline, en avait envoyé chercher chez elle et lui avait montré la manière de s'en servir. Pendant le dîner et pendant le Ren- dez- Vous, tout avait bien été; mais aux Bijoux de la Délivrance, Marie, prise àsapropre émotion, avait senti les pleurs humecter sa paupière, et avait fait fondre le. cosmétique qui lui brûlait les yeux, comme si du savon y avait pénétré, et les larmes d'inonder son visage, ce qui était tout à fait de circonstance. Èn encrant dans le cabinet, Marie se vit dans la glace avec une figure de charbonnière son « expression » avait déteint. En s'apercevant ainsi,, elle éclata de rire, follement.

Elle eût été tout à fait heureuse, répétant


le jour, jouant le soir, car, elle adorait son art; mais, hélas! il fallait vivre, et la cuisinière ne faisait pas de crédit. Il fallait faire « marcher, la maison,)) et les appointements étaient dérisoires en ce temps-là à peine gagnait-on de quoi payer ses fiacres. N'y pouvant pas toujours suffire, elle ne trouva. rien de mieux que de prendre une voiture .au mois. On la vit arriver en page à ses répétitions. Elle faisait des diges de diplomatie pour que son ami ne s'aperçût pas de ses ennuis. Elle-même s'efforçait de chasser toutes ses préoccupa- tions pour sourire à l'heure présente, avec ce. compagnon dont le charme intellectuel flaÉtait son esprit, et qui conseillait ses; études*. Malheureusement, elle avait æson servie une femme de chambre avide et rapace, qui avait servi chez Margot Bellanger du temps .de l'Empereur, et ne pouvait admettre d'être- privée des bénéfices auxquels elle croyait avoir droit chez une femme à? la mode. Elle exagérait les réclamations, excitait les créanpoursuites; Commet Marie n'avait mis; de côté que des dettes* elle se trouvait


aux inventer mille super- .ch,erie,s ne pas avouer les complications qui encombraient son.existence. Mais .hélas on ne vit pas de joie et de gaîté. Lorsqu'elle eut engagé son dernier bijou, et qu'elle ne put même plus faire de dettes, la femme de chambre y ayant mis bon ordre, -il fallut bién rompre avec une situation insoutenable. Du j our au lendemain cette maîtresse) qui avait montré tout l'abandon de la lemme éprise devint de glacer. L'amant ne s'expliquait pas une telle transformation, et cette brusque rupture sans sujet apparent. Il ne revint plus rue Auber pendant des semaines. Marie n î levoyait guère qu'aufoyer les loges des camarades.

Tout s'apaise, se calme, et tout finit, hélas Mais la littérature ne perd jamais,ses droits. Un jour, l'éditeur Lemerre vint demander à Marie, de la part du poète, les vers qu'il lui avait adressés, au temps de leur bonheur; elle refusa, voulant conserver pour elle seule le plaisir de lire ces pages qu'elle avait inspirées et qui l'avaient ravie. Quel ne fut pas son étonnement, lors de l'apparition d'un


volume du poète, d'y retrouver presque toutes les pièces qui lui avaierit été adressées L'amoureux en avait gardé copie.

Pas de toutes cependant. Il ne faudrait pas priver le public de quelques poèmes qui ne lui ont point été transmis, croyons-nous. On y retrouve, dans une note' toute différente^ d'ardeur sensuelle et dé volupté le charme et l'envolée du Passant: la rêverie sentimentale a fait place au poème en|housiaste de la -chair. C'est, avant le cantique de la Bonne Souffrance, la chanson de la belle jeunesse. A ees poèmes est jointe une lettre dont la prose est aussi harmonieuse que des vers.

A MARIE l

Oui, mes vers passeront de mode,

Les papillons vivent un jour;

Mais mon enthousiaste amour

Prétend les hausser jusqu'à l'ode.

Avec la naïve fierté

De Corneille envers la marquise,

Je veux de toi, maîtresse exquise,

Parler à la postérité,


Et, comme si l'on devait lire Dans bien longtemps mes humbles vers,

Confier à to*ut l'univers

Notre amour et notre délirer

Je dirai la sombre clarté De tes yeux où c'est mon délice

De voir pétiller la malice

Et s'attendrir la volupté

Je dirai la souple encolure

Que j'étreins jusqu'à faire mal,

Et l'enivrement aroma-1,

Que dégage ta chevelure.

Aucun de tes charmes, aucun,

Mon orgueil ne voudrale taire,

Et je livrerai le mystère

'De ton plus intime parfum.

Devant l'avenir que j'affronte

Je dirai nos moindres frissons,

L'ivresse dont` nous rougissons

Et le bonheur qui nous fait honte*

Et même l'extase où je sens, Après mes caresses hardies, '•

/rémir tes lèvres refroidies,

Sous mes baisers reconnaissants.

Et s'il me survit, ce poème Fait de ton âme et de ton corps,

Peut-être un amoureux d'alors,

Le lisant à celle qu'il aime,


Ton amour dans un

Oui, je souffre de savoir

Que ce soir

Dans cette fête frivole,

Au bras de tes beaux amis,

Si bien mis,

Tu ris, oublieuse et folle.

Ce vilain monde où je sais

Il est méchant comme un singe,

Mais ses rires élégants

Un peu de grâce et du linge.

Et s'ils lisent dans tes yeux,

Ces messieurs,

Que tu m'aimes, je sais comme,

Avec quelques mots d'esprit

On flétrit

Tout le bonheur d'un pauvre homme

Ils diront d'un air moqueur Cité chez les inhumaines

S'est d'un poète râpé


Dépuis biec Lot six semaines,

lis te railleront un peu,

Coin du<feu,

De nos charmantes vesprées,

Où ton sourire du soir

Soit, tu n'écouteras pas

Les appâts

De ce monde où l'on s'amuse.

Tu les laisses. aujourd'hui

Pour l'ennui

D'être ma mie et ma muse»

Mais je ne suis pas 'bien -gai,

Fatigué

Par mes souffrances d'artiste. Ainsi qu'hier tu me vois

Quelquefois*

L'esprit las et le cœur triste.

'Si tout cela t'inspirait

Le regret

Si tu voulais .ressaisir Le plaisir

D'être pour les autres belle?

Ce doute à peine permit,

J'en frémis Comme un arbre sous la brise;


Car si tu viens, coeur. léger,

Mais non, je t'aime et je crois,;

Mes effrois

Sont injustes, ma Marie

Et prouvent que, seulement,

Ton amant

T'aime avec idolâtrie.'

Donc, lorsqu'ayant pris demain

Le chemin

Qui mène. vers ma mignonne,

J'arriverai, soucieux,

Que ses yeux

Aient le regard qui pardonne.

Par un geste tendre et prompt,

Que son front

S'incline sur mon épaule

Et que, dans son mouvement

Indolent

Sa chevelure me frôle.

Alors je serai l'heureux

Amoureux,

Et j'oublierai mes alarmes

Dans mes longs baisers jaloux

• Et si doux • ->

Qu'ils me font venir des larmes^


< « Lundi soir, 10 heures.

» En te quittante ma chère Marie, j'ai ren-

contré un ami que j'ai emmené dîner avec mor, pour ne pas être seul. Car ma politesse est pleine de ton souvenir, et dans ce moment ton souvenir m'est aussi douloureux qu'il m'est cher.

» Notre vie va changer; je n'y serai plus

toujours présent, et mes craintes d'amou,l'eux sont vives. Jure-moi bien qu'elles sont injustes.'Je m'aperçois que je t'ai donné toute' ma pensée, tout mon amour. Répète-moi que j'ai bienfait, ma Marie; rai besoin d'être avec toi, près de toi, à toi. Arrange, ton existence comme il te plaira, mais réserve-m'en la p?rt la meilleure. Je serai chez toi demain vers trois heures et demie.

Que ton baiser me promette tout cela.

» Je t'aime, va, et la preuve c'est que o

commence à en souffrir.'

« Je ne suis pas heureux aujourd'imi je

me décide à aller te voir, et je te manque.


» Pour te prouver que je voulais être avec toi, j'entre dans un café et je te fais les vers que voici. Je demain samedi, entre onze heures et midi mais ne te gêne en rien. Si tu avais mieux à faire, sors en me laissant un mot restaurant.

» F. » On n'est plus que des amis.

Est-ce que cela t'effarouche

Que je le fasse « sur ta bouche »

Les verrf qu'un jour je t'ai promis ?

Vers le regret, vers le désir

Mon vers du moins peut se poser

> Sur ta bouche chaude et vermeille Qu'il y vole comme une abeille Puisqu'un vers n'est pas un baiser.

Qu'il y rarriène une risette

Comme en un temps qui n'est pas loin,

Et qu'il fasse, dans chaquecoin.

Naître une adorable fossette-


Qu'il "pénètre même dedans;

J e ne puis plus le faire en prose

Et qu'il sente ta langue rosé

Darder entre l'émail des dents.

Ce n'est qu'une caresse écrite,

Aucun mal de jouer avec,

Comme on embrasse sur le bec

Reçois donc mon vers familier

Avec lui fais un peu la folle

Et permets-lui de s'oublier

Sur ta chère bouche élastique

Qüi buise, qui rit et qui mord,

sont d'accord

comme, les rimes d'un distique. Vendredi, 2 heures.



CHAPITRE II

Il ne faut pas faire la leçon à son,époque. Pourquoi remettre au lendemain ce qu'on peut faire la veille ? En revenant de Neuilly. En Bohême. Du- quespel directeur 'de 1'Odëpn. L'empereur du Brésil. =- Pour`les pauvres.. --Victime de soi-même. r- Arsène Houpsaye à l'Ambigu 36 vertus ou les malheurs d'un bon jeune homme. Le succès de la rob'e de mademoiselle M. Drouart. Trop embrasse mal étreint. Coups de coeur et coups de feu. '̃ Souffrances de l'àme, souffrances du corps. La gloire et le néant. Se sentir aimé rend la mort Maria, la femme de chambre de Marie, ou-

vrit brusquemerit là porte du cabinet de toilette-boudoir, où la comédienne, après déjeuner, s'attardait avec son ami, à prendre le,café « Madame, trois messieurs sont la, qui demandent à vous parler. Trois mes-


sieurs ? des huissiers sans doute ? Alors, pourquoi, que réclament-ils ? Ils viennent pour saisir. Mais au nom de qui ? demandez-le-leur. »

La femme de chambre sortit, ferma derrière elle la porte du boudoir.

L'ami de Marie, Henri Thierri, fils de l'un des propriétaires des grandes fonderies de Mulhouse, avait le type de ces méridionaux du nord, toute franchise; toute loyauté, toute crânerie ce caractère est assez fréquent chez' les Alsaciens, une des races qui connaissent et pratiquent le mieux toutes les susceptibilités de l'honneur. Il était parmi ceux de ses compatriotes qui avaient 'revendiqué leur patrie par leur argent et par leur sang il avait servi parmi les francs-tireurs, et après la [capitulation il avait participé, avec les siens, à la souscription nationale pour deux millions que l'on s'engageait à doubler, et au delà, si la somme recueillie atteignait un chiffre déterminé. Hélas! ce rêve de patriotisme ne devait trouver d'écho, en dehors de l'Alsace -Lorraine, que chez les Français d'outre-mer. Arrêtée en France par décision


ministérielle, la souscription avait continué son élan dans ces lointaines contrées lettres et dépêches affluaient toujours du Canada, de la Louisiane, de la Californie, du Mexique, de l'Egypte; de i'île Maurice, dé l'Abyssinie. Le pays sur lequel règne aujourd'hui Ménéück, l'empire très chrétien, offrait cent mille francs.

Les Thierri-Koechlin, pour conserver à

leurs fils; la qualité de Français, avaient quitté l'Alsace, abandonnant leur grande industrie, mise en actions. Le plus jeune fils, Henri. Thierri, venait d'instalier à la Vil- lette une grande filature. Il était en train d'expliquer à Marie les difficultés d'une création industrielle où la mise de fonds est considérable; pour occuper les ouvriers et les retenir, la production s'entasse, et il faut pouvoir attendre la réussite de la nouvelle marque.

Le crédit de cinq cent mille francs con-

senti à nouveau par son père était presque épuisé il ne lui restait que juste de quoi, faire face,, le lendemain, à l'échéance de fin de mois. Il racontait à Marie son embarras,


quand l'arrivée delà femme de chambre l'avait interrompu. Celle-ci revint

Madame, ils viennent saisir pour les tapissiers Levy-et Worms.

Ils réclamaient. vingt-six mille francs. C'était le reliquat de la fourniture commandée par Henry Leroy, et que Marie avait prise à son compte, fors de leur rupture. Pour. Henri Thierri, fils d'un grand industriel, le mot huissier évoquait une sorte de déshonneur, le manquement à l'engagement consenti. Il ne vit que cela, l'humiliation de son amie devant ces gens, et sa gêne présente, et sans calculer les conséquences de son inspiration: Il faut vingt-six mille francs pour les renvoyer, dit-il; tenez voilà un chèque, payez, débarrassez-vous de ces gens de proie..

Marie allait tendre la main et prendre le papier sauveur, quand elle se rappela ce que Thierri venait de lui dire sur sa situation. Elle, repoussa le chèque.

-Non, mon ami, vous en avez besoin pour votre fin de mois. Les huissiers de mon tapissier attendront. Ils peuvent saisir, j'irai


en référé. Oh je connais la procédure. Je ne veux pas que vous cédiez à une surprise.

En sortant de. chez Marie, sous l'impres-

sion du désintéressement dont la comédienne avait fait preuve, il rencontra un de ses cou- sins, Hottinguer, de la maison de Banque il raconta ce trait avec toute l'émotion qu'il en ressentait encore son cousin partit d'un- éclat de rire

Oh, vous êtes jeune, mon petit Elle a refuse vingt-six mille francs, c'est qu'elle en voulait cent mille.

Huit'jours la famille, que 1.'on avait effrayée, faisait, embarquer le jeune homme pour un voyage lointain.

Et voilà cé' qu'il en coûte à une femme pour

s'être permis le paradoxe du désintéresse- ment on ne le croira jamais et elle n'aura que ce qu'elle mérite. Il ne faut pas faire la leçon à son époque.

maigre de Paris, car la meilleure amie de


Marie eût semblé très capitonnée à coté de cette dame surnommée Trompe-la-Mort, vint prier la comédienne à dîner. Elle réunissait chez elle quelques gens aimables, entre autres un Rothschild, amené par un ami de Thierri,, Alsacien comme lui, un homme d'esprit et un avocat de grand talent. On dîna, on causa, on dansa, on flirta, puis le desçendant du grand baron offrit à Marié de la reconduire. ̃'• La proposition fut acceptée. Séduite parla beauté lumineuse de la nuit, Marie demanda faire le chemin à pied. Elle demeurait tout près de là du reste. Arrivée à sa porte, elle tendit la main à son cavalier, l'invitant à venir lavoir. Le surlendemain elle rencontra l'ami de Thierri, qui lui dit que M. de Rothschild était amoureux d'elle le-coup de foudre quoi Il l'avait aperçue à la sortie de la matijnée du Vaudeville, s'était' informé d'elle, et le diner avait été organisé pour la rencontre « Mais vous l'avez écondùit On ne fait pas poser un Rothschild. Vous appelez ça faire poser Alors, parce qu'on a de l'argent, le plaisir de liré la préface.'On


saute comme cela, tout de suite, au dernier feuillet? Eh bien, jeplainsles porteurs de titres ils ne connaîtront jamais les plaisirs de l'attente. La devise de l'amour devrait être celle des bons feuilletons la suite au prochain numéro. » A quelques jours de là, Marie rencontrait le jeune baron dans son escalier: il allait chez savoisiné, très jolie, et qui, elle, n'avait pas dû remettre au lendemain ce qu'elle pouvait faire la veille.

Cette matinée du Vaudeville, après laquelle

M. de Rothschild avait pour la première fois aperçu Marie, était l'épilogue d'une'aven- ture assez amusante-,

La comédienne avait vu arriver chez elle une pauvre femme en grand deuil, traînant, un petit garçon, son fils, aussi chétif qu'elle était énorme on. se demandait par quelle bizarrerie de la nature cette puissante per- sonne avait -enfanté ce pâle rejeton. C'était le produit de l'union libre d'un journaliste au nom pastoral, Nérée Desarbres, avec Thaïs Petit. Secrétaire général de l'Opéra, Nérée avait fait dans les journaux une guerre de coups d'épingle à son directeurs M. Emile


Perrin. Il avait de l'esprit,' une verve assez cruelle; il eut les rieurs pour lui'. La mort le surprit, laissant une femme et un enfant dans la misère. La femme avait été adressée il Marie par madame Gisette Desgranges, devenue madame Adolphe d'Ennery, morte récemment.

'Il ne fut pas difficile .d'attendrir la jeune femme sur cette infortune. Après réflexion, elle alla trouver Villemessant, qui avait eu Nérée pour collaborateur. Il fut ému, et mit son journal à la disposition de Marie elle organisa au Vaudeville une matinée de bienfaisance dont le programme fut ainsi' donné dans le Figaro

« 1.2 février 1873. -'La'représentation an..noncée au bénéfice d'un orphelin, le fils de Nérée Desarbres,r aura lieu au Vaudeville. Cette représentation sera une des plus brillantesde la saison, grâce au concours d'un grand nombre d'artistes éminentes qui ont voulu coopérer à cette œuvre, entourée de tant de sympathies. Lebureau de location est assiégé; cet empressement s'explique par la


composition du spectacle, dont voici les principaux éléments, » Le Passant, joué par mademoiselle Marie

Colombier et mademoiselle Sarah Bernhardt le Post-Scriptum, par madame .Arnould-* Plessis et M. Bressant, de la Comédie Française le Fils de Famille,, par, Lafontaine, Lesuéur et Berton, madame Mélanie, et les autres rôles par la troupe du Gymnaste. Poésies par Coquelin aîné. » Un concert instrumental et vocal, par les

artistes de l'Opéra, de l'Opéra-Comique, des théâtres de genre, etc., etc. n

Plusieurs fois, Marie s'était rencontrée avec

M. Perrin, qui avait toujours été fort aimable. Elle alla le voir avec Thaïs Petit, qui refusa d'entrer et l'attendit à la porte. Quand la jeune femme.lui demanda l'autorisation de laisser jouer les artistes de la Comédie, sa physionomie changea tout coup et devint presque hostile. Puis, il lui dit

J'ai contracté une dette envers vous en \r vous priant d'organiser, avec mademoiselle. Beaugrand, une quête au profit des enfants


du corps de ballet de l'Opéra, dont j'étais encorele directeur.Je la paie aujourd'hui je vous accorde l'autorisation que vous demandez. Il se leva, indiquant à la jeune femme qu'elle pouvait se retirer. Elle sortit toute déconcertée, ne comprenant rien à ce changement d'attitude. En s'installant dans la voiture à côté, de madame Petit, elle eut le motde l'énigme. Celle-ci lui demanda anxieu-, sèment si elle avait réussi. Marie lui répondit qu'elle avait l'autorisation. Alors, dans une explosion de joie, elle lui dit ses craintes, son angoisse, à cause de ce passé dont elle ne lui avait point parlé, craignant de décourager son zèle.

C'était donc après la représentation organisée par Marie pour cette pauvre femme que M. de Rothschild, s'étant, attardé sur le boulevard à regarder sortir la foule, avait aperçu la comédienne, et avait conçu pour elle un de ces caprices de milliardaire qui n'attendent pas plus que ceux des rois.

Un soir, avec une bande d'amis et d'amies, Marie était allée à la foire de Neuilly. Le groupe rencontra un autre groupe de jeunes


gens; on fusionna, et tous de partir, riant et se tenant par la main, à l'escalade des baraques foraines, à .1'assaut des ménageries Pezon des jeux de massacre des chevaux de bois, etc. Le hasard avait donné Marie comme cavalier Arthur Rostand; il lui dit que le lendemain il partait en voyage. « Je vais'en Bohême, déclara-t-il. Veinard, dit Marie. Une veine que vous pouvez parta- tager, si le coeur vous en dit. Je suis libre, vous aussi; eh bien, unissons' nos deux libertés en camaraderie, et venez à Marienbad. » On partit sur ce dada, chevauchant à belles foulées. Après la foire de. Neuilly, toute la bande s'en vint souper au Café de la Paix. Rostand reconduisit Marie chez elle, rue Auber. En la quittant, il lui dit demain. Je compte sur vous je fais retenir le compartiment. Un mot vous donnera toutes les indications. Je vous enverrai un omnibus pour les bagages, une voiture pour vous. » Marie, toujours riant, répondait « Bien, c'est en- tendu. »

Mais il parait que le ton manquait de; côn-

viction, car Rostand crut devoir insister


« Maintenant que vous m'avez donné cette espérance, j'espère que vous n'allez pas me lâcher. Quel coup pour la fanfare! Que risquez-vous? Nous ferons un joli voyage. Le pays de Bohême est tout aussi amusant que celui de Murger. Allons, ne vous dédites pas, vous me rendriez trop malheureux.

Montée chez elle, Marie, fatigué¿ d'lavoir -piétiné toute lasoirée, se jetai sur son lit où elle s'endormit du sommeil des justes. Elle fut réveillée par un mot de Rostand; il lui donnait les indications annoncées; pour couper lé- voyage, on s'arrêterait, quarante-huit heures à Vienne. Alors, c'était sérieux. Au 'fait, pourquoi pas? rien ne la retenait le théâtre-allait. fermer ses portes, elle avait près de trois mois de congé. Bah! vogue la fan- taisie ''X

Et elle donna ordre de faire les malles. Elle s'habilla à la hâte, alla faire les emplettes nécessaires pour le départ improvisé;

Quand on arriva à Marienbad,, Rostand dit à Marie

Si vous voulez, pour simplifier la sïtuation, nous serons M. et madame Rostand.


• La Bohême évoque pour les imaginations un peu littéraires le souvenir des romans fantastiques de George Sand Consuelo et la Comtesse de Rudolstadt, tout un pittoresque de forêts sévères, de rochers d'Opéra sur lesquels s'érigent les châteaux-forts aux tourelles dentelées, aux flèches en aiguille déchirant un ciel de brume. On songe aux souterrains extraordinaires qui vont des ou-* bliqttes du manoir à travers les ténèbres redoutables, a des profondeurs infinies; et que peuplent les' spectres fanatiques des hussites, des taborites, de tous ces mystiques sanglants qui s'y réfugièrent, quand ils renoncèrent à défendre par les armes la religion égalitaire qui devança de plusieurs siècles le socialisme en revendiquant pour les pauvres le bien des riches, et le privilège de communier comme les prêtres sous les deux espèces, il;. la table du Seigneur. Un grand souffle de poésie passe sur le pays tchèque et tousses paysages aux verdures opaques* frémissent dans une atmosphère de légende.

Telle est la Bohême, à, travers nos imaginations et nos rêves. C'est en réalité, main


tenant, en beaucoup d'endroits, un vaste sanatorium où viennent se traiter des malades, que leurs maladies rendent souvent un peu ridicules, et qui promènent leurs difformités à travers ces champs héroïques du roman et de l'histoire. On soigne à Marienbad, par des procédés identiques, les pauvres gens que l'éléphantiasis envahit et boursoufle de son horrible oedème, et ceux, que l'étisie a émaclés et rendus impalpables, chimérique comme des ombres. On y voit aussi ceux qui n'ont qu'à maintenir dans ses justes limites un heureux embonpoint, et même ceux qui n'ont rien à soigner du tout.

A l'époque où Rostand et Marie le visitèrent^ Marienbad était en création, connu surtout. des Allemands. Cependant, le roi de Portugal y promenait son ménage morganatique il venait d'épouser une chanteuse. La formalité conjugale est en pareil cas une satisfaction d'orgueilleuse moralité, qui n'a d'importance que pour les enfants, à qui elle donne un semblant de légitimité l'union libre, serait plus simple et plus digne, mais la mode allemande en décide autrement, et l'hypocrisie y


trouve son compte. On a, sous le nom d'épouse, une maîtresse légitime c'est insulter à la fois le mariage, en le faisant servir à une combinaison toute sensuelle, et l'amour ou le caprice, en le dissimulant sous une fiction légale, comme une chose honteuse: Mais. la pruderie germaine est satisfaite il n'y à qu'un mensonge de plus.

Le docteur Schindeler, à Marienbad, était le grand pontife et le grand maître il prési- dait aux douches, aux bains de boue, qu'il avait inventés avant l'Alsacien Kneipp, à la graduation des verres d'eau à boire, aux excursions à travers une admirable forêt de sapins où tout était aménagé pour que la promenade fûA un plaisir sans fatigue. Tous les cent pas, on trouvait des bancs. Et sans, se cacher le moins du monde, des kiosques offraient aux malades leur hospitalité si ''appréciée; ils s'y trouvaient dos à dos" séparés seulement par une mince cloison de sapin on voit d'ici le spectacle. Armand Silvestre, qui célébra l'épanouissement triomphal de la chair en son impudeur magnifique, en eût été ravi. D'autant plus qu'elle présen-


tait cîiC7 les habituées de Marienbad une opulence parti 4ière.

Rostand, h vingt-six ans, était très fort. Marie était mm e, sans maigreur; son docteur lui faisait fa^ de la médecine préventive. Désirant cependant, pour l'honneur du pays, la rendre impalpable, il désespérait d'v arriver. Un jour qi/il formulait ses do- léances, Marie lui dit

mais, je suis en conscience -votre ordonnance, docteur; ce n'est pas de ma faute si la cure rie se produit pas:

Comment voulez-vous maigrir, madame ? Vous riez toujours Je ne vous rencontre jamais que le rire aux lèvres. Ce n'est pas le moyen de maigrir.

Eh bien, docteur, j'ai du mérite, car le pays est beau mais bien embêtant. Il me faut une fameuse réserve de bonne'humeur pour la semer le long de vos routes, dans vos bois de sapins qui ressemblent à un grand cimetière. Dites-moi un peu, docteur, pourquoi rire fait engraisser? f Mais vous subissez le jeu dés poumons. Regardez les chanteurs, les chanteuses, qui


sont forcés, pour l'émission v 3 la voix, d'emmagasiner, en respirant, une grande quantité d'air l'épigastre se développe rapidement chefc eux. Eh bien, rire, c'est la même chose..

Alors les gens gais deviennent gras. Eh bien, docteur, vive un agréable embonpoint, s'il est l'enseigne de la belle humeur!

On revint à Paris bons amis, se promettant de continuer l'intimité de Marienbad. Rostand, banquier et homme pratique, avait fini par amener Marie à faire l'exameu de sa situation, et à tâcher de connaître le chiffre de ses dettes. Mais il y avait souvent des surprises. Les dettes avec les frais et les intérôts s'élevaient au double de ce qu'elle sup- posait.4., et puis on oublie ces choses-la si facilement

Désirant s'attacher la jeune femme par une communauté d'existence plus complète et se mettre ainsi à l'abri d'une rupture « irréfléchie Rostand lui proposa de déménager, de prendre un petit hôtel, ce qui lui permettrait d'avoir sa mère et sa sœur près d'elle. L'hôtel serait -'au nom du banquier,


provisoirement, jusqu'à, ce que la, situation s'éclaircît, et qu'on se fût arrangé avec les créanciers. Avoir sa mère, surtout sa sœur auprès d'elle Marie ferma volontairement les yeux sur la dépendance où elle allait se mettre elle ne voulut voir dans cette combinaison que la "possibilité de partager enfin son luxe avec les siens.- Elle accepta avec joie, et l'on s'occupa aussitôt du déménagérient. ..•'

De Chilly, co-directeur de l'Odéon, était mort. Duquesnel restait seul pour diriger lue second Théâtre-Français. Il s'en acquittait, avec le goiit littéraire le plus délicat il avait à la fois le souci de découvrir de nouveaux auteurs, de faire progresser la production dramatique, et de maintenir l'éclat du réper^toire en le remettant à la scène avec les traditions originales. Il remplissait ainsi le double devoir qui incombe au directeur d'un théâtre qui est tout ensemble un théâtre d'innovation et d'initiative, et une sorte de conservatoire de la perfection classique.

Le Mariage dé Figaro n'avait pas été donné depuis plus de dix ans il le remonta


avec la curieuse distribution que voici dans son ensemble

« 29 décembre 1873. Almaviva, Brin-

deau Figaro, Porel Antonio, Georges Richard, (l'auteur ̃ de Nos enfants) Bridoison, M. Noël Martin Bartholo, Clerh Bazile, Richard Doublemain; Fréville; Chérubin, Léonid. Leblanc la comtesse. Marie Colombier Suzanne, E. Broizat; Fanchette Blanclie Bâretta Marceline Masson. Divertissement Laure Fonta, ̃MM.. Raymond, de l'Opéra entre le troisième et le quatrième acte, intermède musical. » Un jour, François Coppée, qu'elle avait revu de loin en loin, au foyer du théâtre, à. l'orchestre,. parmi les spectateurs, vint an*̃ noncer à. Marie la visite de la comtesse de Reneville, dame d'honneur de rimpératrice du Brésil. Le ménage impérial qui se trou- vait à Paris, et qui était descendu au GrandHôtel, était désireux'd'entendre 'le on priait Marie de venir le jouer. La pièce appartenait au répertoire de l'Odéon Sarah Bernhardt, engagée au Théâtre-Français,


avait été remplacée dans son rôle de Zanetto par une jeune débutante. Le Passant a besoin du cadre il faut le clair de lune, le .grand escalier de marbre, et dans le lointain le palais de Silvia. tout le, décor de fraîcheur, de mystère et de songe) pour que la délicate et fluide poésie de ses vers se dégage à la récitation. Remplacer par un salon au Grand-HÔtel ce rêve blanc, traversé de bleus frissons, l'illusion magique risquait d'y sombrer tout entière. Sur l'avis de Marie; on décida que la représentation aurait lieu à l'Odéon; l'empereur, l'impératrice et leur suite occuperaient les avantscènes. Le spectacle comprenait enr outre Tartu f e, avec Marie Colombier dans le rôle d'Elmire ce fut elle, naturellement, qui joua* Silvia du Passant. L'empereur du Brésil donna à l'artiste un,e décoration pour son directeur. La boutonnière de Duquesnel restait vierge un jour que Marie lui en avait montré son étonnement, il avait spirituellement répondu

J'attends la brochette.

Ce louable souci d'un bon ensemble que


Duquesnel apportait à l'exécution des pièces lui fit commettre une petite-injustice envers Marie. Un rôle qui n'était pas de son emploi ,lui'fut distribué dans une pièce que Narey, l'auteur, lui adressa avec mille excuses. On lui demanda de le répéter par complaisance on allait chercher une autre interprète. En fin de compte, on l'obligea à le jouer, sous prétexte qu'elle l'avait répété. Le procédé la vexa elle jurasses grands' dieux de s'en aller à la fin de son engagement, qui expirait dans un mois. Sa rancune persista. Le soir du dernier jour, voyant que l'affiche du lendemain portait son nom dans la distribution des Femmes savantes et dans celle du Mariage de Figaro, où elle avait à jouer la Comtesse, elle fit annoncer à son directeur qu'il n'avait pas à compter. sus elle. Elle était libre ce soir' m'ême elle ne parai-'trait plus à l'Odéon.

Duquesnel croyait son dépit calmé. Il vint lui dire que ce n'était pas sérieux, qu'elle ne pouvait songer à partir en pleine saison elle était de tout le répertoire. Avec l'entêtement des faibles, elle s'obstina. Ne pouvant


rien obtenir, il lui dépêcha les camarades. A cette époque, on était très unis à l'Odéon la camaraderie'avait des allures affectueuses, amicales. Cependant, en cette circonstance elle échoua. Marie n'en voulut:pas démordre, et elle quitta l'Odéon le cœur gros. Duquesnel devinait ses regrets il ne renonçait pas à la faire revenir sur sa décision. Il lui en fournissait l'occasion en réclamant son con- ,cours pour des représentations comme celle qui eut lieu le 3 avril 1873, au bénéfice des amputés de la guerre, et dont le Figaro rendit compte en ces termes

«Une quête a été faite dans la salle. Les quêteuses étaient les artistes de l'Odéon, renforcées par mesdames Reichenberg, Arnould-Plessis et Marie Colombier. Cette dernière; quoique n'appartenant plus à l'Odéon, n'a pas voulu refuser de concourir à une bonne œuvre. Mademoiselle Colombier était du reste digne de quêter pour les amputés. N'était-elle pas, pendant le siège, attachée à une ambulance militaire, et son dévouement, pendant cette triste époque, n'a-t-il pas été récompensé par une médaille de bronze


Puis, en juin 1873:

« Dans une représentation à ce même théâtre} au bénéfice de lâ caisse ée secours des auteurs dramatiques, on donnait la. pre- mière du Vertige, pièce en un acte de PortoRiche. On y jouait aussi le Bois,, de Glatigny, qui n'avaït pas paru sur l'affiche depuis près de deux ans. Pierre Berton joua le rôle du satyre Mnaziïe, qu'il avait créé, et Marie Colombier le rôle de la nymphe, un de ses grands succès à TOdéon.»

Chaque fois Duquesnel, aimable et bien- veillant, demandait à Marie «Eh bien, nous restez-vous ? » Invariablement elle refusait.

Et elle l'adorait ce théâtre Ses études, songoût littéraire, tout l'y attirait; tout lui en donnait le regret. Elle savait quelle folié elle faisait et qu'elle compromettait sa carrière Et malgré tout, elle demeurait dans un entêtement invincible. A la fin, le directeur se lassa.

Marie avait double charge, à présent que sa mère et sa soeur habitaient avec elle. Il ne lui était plus possible de risquer une rup-


tu Te, elle ne pouvait leur faire subir l'éventualité d'une situation nouvelle.

Rostand trouvait l'Odéon bien loin, et sa maîtresse bien absorbée par le théâtre qui la prenait le jour pour les répétitions, le soir pour les représentations il ne pouvait ni déjeuner, ni dîner avec elle. Naturellement il l'influençait et son désir de l'avoir plus complètement à lui fit -qu'il détourna *Marie de se raccommoder avec la direction. Il était trop heureux de la voir quitter un théâtre qui lui laissait si peu de° temps pour la vie commune.

Il avait une singulière façon d'envisager la carrière dramatique. Quand on demandait à Marie d'aller jouer dans un salon où il n'avait pas accès, il lui disait « On vous donne cinq ¢s francs, n'est-ce pas ? Eh. ,bien, je vous en donne mille pour refuser. » Elle avait beau lui expliquer que ce n'était pas la même chose, que l'argent ne com-, pensait pas le succès sa jalousie autoritaire ne voulait rien ^entendre. Pour éviter des scènes, elle cédait.

Le désir de ne pas mécontenter Rostand


n'était pas le seul motif qui éloignait Marie de l'Odéon. Quel que fût son succès, ses appointements étaient peu de chose à côté de? grands frais que nécessitaient les toilettes. La direction ne fournissait des costumes neufs que pour les pièces nouvelles, ou celles qu'on remontait à nouveau mais, pour le répertoire, courant, il fallait se contenter des costumes du magasin ayant servi à plusieurs générations de comédiennes. Marie ne s'y résignait pas. La fin de l'année se solda par quarante-cinq mille francs de toilettes. Décidément les ailes de la fantaisie théâtrale coûtaient trop cher. :La direction de l'Ambigu était aux mains d'un aimable homme, M.. Moreau-Sainty. Rencontrant un jour Marie, il lui demanda «Voulez-vous jouer à l'Ambigu? Avez-vous une pièce, un rôle à me faire jouer? La pièce! apportez-lar-moi du moment qu'il y aura un rôle pour vous, je l'accepte. »

Charmée de tant de gracieuseté, elle repondit « Eh bien, je vais chercher. »

Le soir, chez elle, à dîner, elle contait son* embarras à Saint-Victor, qui était placé à sa gauche. Il se pencha vers elle, et lui dési-


gnant Arsène Houssàye « Dites-lui devons; faire votre pièce.- Moi/ un Parisien des Champs-Elysées, fairé une pièce presque pour le boulevard du Crime ? Vous n'y pensez pas, Mais si, j'y pense, répond Saint-Viefcor. Tenez, je vais vous indiquer le sujet Mademoiselle trente- six vertus dont vous vene^. de faire une réimpression. Il y a des situationspoignantes, des caractères originaux, un drame tout tracé. »

Marie insista. Un-drame d'Arsène Hôussaye, c'était le clou rêvé Il fut convenu quey lelendemaiïi, Houssàye lui enverrait le roman elle le lirait et lui dirait si le rôle de Lucile lui convenait. Elle lut. Le personnage était antipathique, mais intéressant il la séduisait, Houssaye se mit au travail. Un mois après, la pièce entrait en répétitions.

Hâtivement faite, presque bâclée, lue partiellement, elle démontra, sitôt mise à l'étude, que le développement psychologique des caractères pouvait être une cause suffisante de succès pour un roman, mais que le théâtre • offrait des difficultés imprévues et demandait d'autres qualités. Les personnages entraient


.et sortaient sans raison, ou bien on les oubliait dans un coin de la scène, ne sachant qu'en faire, et ils entendaient ainsi ce qu'ils devaient ignorer. La figuration était recrutée dans le monde aimable Houssàye envoyait à l'Ambigu toutesles belles qu'il rencontrait. Ces petits rôles, n'étant pas payés, voulaient bénéficier du moins de la lorgnette, et tous envahissaient le premier plan.

Il y en avait une qui dépassait de la tête tous les hommes. Brihdeau, qui était cependant d'une belle- venue, paraissait un garçonnet à côté d'elle; d'instinct elle se baissait en passant sous les portes ce grenadier s'appelait Méry Laurent, celle-là même qui se vantait d'être une des dernières amies du poète Mallarmé et à qui il envoyait des lettres dont l'adresse était en vers. Quand elle entrait en scène, on ne pouvait s'em.pê-. cher de rire. C'était si drôle ce corps immense, terminé par une toute petite tête d'oiseau, et qui semblait une falote sïlhouette d'échassier. Elle avait si bonne opinion d'elle-même qu'en voyant les autres rire, elle ne soupçonnait nulle moquerie, et sou-


riait agréablement, regardant tout le inonde avec un air étonné et montrant ses dents qu'elle savait jolies.

Ce fut bien a'utre chose,, quand Houssaye amena mademoiselle Henriette Drouard, fluette, mince, toute petite. L'effet de cette opposition fut irrésistible on se mît à pouffer, et Houssaye, qui cependant était aimable et bon, se décida à congédier le grena.« dier.

On arriva à la première après bien des péripéties, et dans un énervemént` qui gagnait tout le monde, même Houssaye le flegmaAh cette prémière Le Tout-Paris qui y assistait se rappelait .encore le drame comique qui venait d'avoir pour théâtre le boudoir de Cora Pearl. Duval le boucher, sur- nommé duc de Bouillon, avait été pendant quelque temps l'intime de la courtisane, Elle lui avait signifié son congé; désespéré, il s'était tiré un coup de pistolet chez elle; lui-même parlait maintenant avec gaieté de cette catastrophe manquée

Quand on se donne le ridicule de vou-


loir se tuer, on ne se rate. pas; disait-il en riant.

Cora, voyant le tapis et les meubles éclaboussés de sang, se serait écriée Imbécile! Il'ne pouvait donc pas faire cela chez lui! il avait. bien besoin de venir salir mes tapis

Mademoiselle trente-six vertus avait paru en roman, plusieurs années avant l'incident mais le public voulait voir dans la pièce des allusions à cette actualité. La simplification nécessitée par 1,'adaptation scénique ne laissait subsister que les situations identiques, en éliminant toute la psychologie du livré une courtisane, ruinant u:o bon jeune homme et le renvoyant quand il n'a plus rien le bon jeune homme, désespéré, se brûlant le peu de cervelle qui lui reste. La salle faisait un sort comique aux situations les ;plus poignantes, d'autant qu'on se mon- trait Duval guéri moralement aussi bien que physiquement, provoquant les lazzis, interpellant le public ami avec cet esprit gavroche qu'il a adopté et se blaguant le premier luimême. Cet esprit-là faisait parfois enrager


Cora, lorsque, dînant chez elle avec des princes et des seigneurs d'importance, il s'écriait « Elle est bonne cette selle d'agneau. Oh c'èst que je l'ai choisie et préparée moi-même. » Le nez de Cora s'allongeait, mais ces sorties mettaient enjoie Caroliné Le1 tessier, dont le père nourricier était un brave homme nommé Graindorge, ancien boucher et ami du père de Duval. Celui-ci était boucher à Poissy, ou se tenaient les grands marchés de bestiaux. Ce fut lui qui contribua à faire décréter la liberté de la boucherie, c'est-à-dire -le droit de vendre à n'importe quel'prix. Ses confrères, se prétendant lésés dans leurs intérêts par cette mesure, le conspuèrent, et, s'étant ligués,, résolurent de lui faire un mauvais parti. Ils l'avaient saisi et lui avaient déjà passé la corde au cou, quand Zidler, celui qui fonda l'Hippodrome avec les frères Berthier, et plus tard l'Olympia et le Moulin-Rouge, s'interposa et, jouant des poings et dès coudes, parvint à défaire le nœud coulant qui l'étran- glait, et ensuite .à le dégager. Ainsi fit sauvé le futur fondateur des Bouillons Duval.


Les avant-scènes et l'orchestre étaient mis en gaieté par l'exhibition des demoiselles très en vedette qui occupaient les planches mais la gaieté ne connut plus de bornes à l'apparition de mademoiselle Drouard. Voici ce qu'Auguste Vitu, l'éminent critique, en disait dans son compte r endu

« Mademoiselle Drouard, chargée du rôle très épisodique de la Dëcavêè, s'y ,fest taillé un succès qui comptera dans sa carrière d'artiste. Je veux dire que sa couturière le lui a taillé, en l'habillant d'une robe à queue qui a produit sur le public des places supé- rieures, peu familiarisé avec les merveilles du chic, une impression profonde, et voisine de la stupéfaction. Cinq minutés après que mademoiselle Drouard eût quitté la scène, la queue de sa robe y frétillait encore. Enfin des mains officieuses se sont discrètement emparées de cet appendice embarrassant, et sont parvenues à le réintégrer dans les couloirs préalablement évacués.

» Les acteurs ont fait de leur mieux. Ma- demoiselle Marie Colombier a lutté, avec un courage qui ne s'est pas un instant démenti,


contre la tempête qui s'adressait précisé. ment au rôle odieux dont elle était chairgée. Si elle avait faibli un seul instant c'en était fait de la pièce. »

tJnanimement la presse fut élogieuse pour Marie. Beaucoup prétendaient qu'elle avait sauvé la pièce.

L'amour-propre de l'auteur fut blessé des éloges accordés à son interprète. Sa pièce avait donc besoin d'être sauvée ? Cela le disposait mal à donner satisfaction à Marie contre mademoiselle Drouard, qui n'avait «rien trouvé de mieux que de faire un effet comique de retroussage de jupe dans une scène dramatique, où elle coupait ainsi le seul effet de sympathie que Marie pouvait obtenir en un rôle odieux.

Les ciseaux de la,couturière avaient, il est vrai, retranché de moitié l'exagération de cette rcrbe; l'invention de mademoiselle Drouard n'en nuisait pas moins au final de l'acte sur lequel avait compté l'artiste. Marie protestaauprès de l'auteur, mais vainement d'amitié dévouée de Houssaye fut mise en


échec par,la taquinerie d'une mauvaise cama- rade. • ̃̃̃'̃»'. Le 26 décembre 1873 eut lieu la prémière de Monsieur Alphonse. Le rôle dé Raymonde fut joué par mademoiselle Pierson, mais il avait été primitivement destiné à Aimée Desclée, qui avait même commencé à le répéter..

Il semble que'tous nos vœux les plus nobles et les plus légitimes* soient justement ceux qui aient le plus de chance d'être trahis parla destinée. Desclée l'expérimenta d'une façon cruelle. Le moment paraissait venu où l'ambition de toute sa vie devait pleinement se réaliser; elle allait pouvoir subsister uniquement de son labeur artistique; et, s'appuyant sur le grand succès qu'elle avait le droit d'escompter, à l'avance, elle établirait son existence selon son idéal de dignité et d'indépendance fière. Déj à souffrante de la maladie qui devait l'emporter, elle ne recula pas devant l'imprudence dernière qui lui fut fatale. Elle avait contracté, malgré sa santé déplorable, un engagement pour Londres, qui lui garantissait mille francs par repré-


sentation pour trente représentations assu- réés. ̃̃̃̃

Au Gymnase, ses appointements soldaient tout juste ses toilettes; elle avait accepté ce traité comme une aubaine elle voulut le remplir coûte que coûte. Cependant, une tumeur fibreuse s'était déclarée l'opération était urgente.

Quand elle revint de Londres, il était trop tard.: les fibrones étaient devenus cancé- reux. Péan déclara que l'opération ne pouvait plus être pratiquée.

Alors commença pour la malheureuse artiste le martyre le plus atroce. ^Encore tout agitée des ambitions et des espérances que la création de la pièce de Dumas avait fait surgir en elle, il lui fallut garder la chambre, et bientôt, le lit. Le mal hideux l'envahissait, la mort prenait possession peu à peu de sa chair torturée. Elle était couchée, le buste horizontalementétendu, les jambes soutenues par des piles d'oreillers, dans une position presque ridicule. Et elle avait l'âme toute vibrante de la fièvre sublime de son art; elle ne songeait qu'aux enivrements de la


scène, au travail, à la lutte, aux bravos qui consacrent la victoire, dans l'inièomparable minute où l'on sent affluer vers soi le courantimmense d'enthousiasme émané de la salle tout entière.

Et elle se disait que ce triomphe serait pour une autre.

En sortant de la répétition, mademoiselle Pierson- venait la voir, des fleurs à la main. Belle, rayonnante de charme, elle s'approchait de ce lit- de torture. Elle avait beau être une comédienne habile, elle ne pouvait pas cacher la joie orgueilleuse que respirait toute sa personne, dans la certitude d'une victoire qui serait la plus enivrante de toute sa vie de théâtre. Sop élégance incomparable humi- liait la pauvre Desclée, si simple, si modeste hors de la scène. Et, raffinement de cruauté atroce dans son inconscience, Dumas venait avec elle. Il accompagnait son interprète n'était-ce pas tout naturel? Son interprète. C'était elle, l'interprète de Dumas, pour qui la pauvre Desclée avait éprouvé la plus pure adoration de sa vie, pour qui elle avait con- senti à affronter de nouveau le terrible public


parisien C'était elle, avec son charme redoutable, cette allure souple et sinueuse qui était un poème de grâce C'était elle, enfin, la grande coquette triomphante qui souriait, devant la martyre avec l'implacable splendeur de sa beauté et de sajoie!

Quand la gerbe de lilas avait glissé de ses belles mains. sur la couverture, il semblait à Desclée qu'il y avait une terrible ironie dans cet hommage, dans ces fleurs inclinées vers elle, en offrande, par sa rivale. Cette parure d'un triomphe qui devait être le sien avait l'air d'être apportée ainsi pour sa sépulture. Quand elle se trouvait seule, elle mordait ses draps, et, ravalant ses sanglots, elle s'écriait:

Je ne suis pas encore morte Qu'elle attende!

A Monsieur Alphonse se rattache encore un souvenir. Au commencement de janvier 1872, une des meilleures amies de Marie, une des plus assidues de sa maison, la créatrice des Beaux Messieurs de Bois-Doré, du Roman' d'un jeune homme pauvre, Jane Essler, partit en


tournée, pour jouer la superbe pièce de Dumas avec une troupe qui devait parcourir le Nord, en particulierl'Alsace-Lorraine. Elle désirait des recommandations pour les villes qu'elle allait traverser, afin de trouver un public tout prévenu d'avance en sa faveur. Marie lui fit avoir, entre autres, une lettre pour Kœchlin, l'oncle de Thierri, qui habitait encore Mulhouse. Ce fut l'origine d'une liaison qui devait amener Koechlin à Paris, où il devint maire du neuvième arrondissement. Il démissionna plus tard, se séparant d'avec une femme belle et charmante, don il avait deux adorables filles, pour vivre tout à fait avec Jane Essler, bien plus âgée que lui, mais qui avait gardé .un charme et un. pouvoir de séduction extrêmes. Jane Essler n'avait jamais été jolie, elle n'était plus jeune elle n'en fut pas moins adorée jusqu'à sa mort..

Quand il eut démissionné, M. Koechlin entreprit avec elle de grands voyages, non point la banale excursion aux lagunes de Venise, aux vallons de l'Engadine ou aux lacs d'E- 1 cosse, que s'offrent les amants bourgeois, mais


ces traversées merveilleuses qui dorment à l'aniQuir la joie infinie -de changer de ciel, d'nénMSphère etfouT ainsi dire de monde tout em demeurant délicieusement' le même. Es visitèrent ainsi la Chine-, le Japon, la Laponie, accomplissant le rêve de Vigny dans son immortelle Maison du Berger parcourir le décor changeant de l'univers sans sortir d'une: félicité amoureuse immuable et commune; Fût-ce la lassitude des sensations trop fortes et trop neuves, la fatigue des horizons, et des climats toujours nouveaux, «1 -usure » des nerfs par tant de pérégrinations à travers des mondes inconnus? Jane Essler, au re- tour, se sentit atteinte d'un mal' mystérieux, ;̃ elle se fixa à Antibes avec son amant, et y vécut ses dernières années sous la caresse éternelle de ce soleil du Midi, qui flatte et endort la souffrance. Se sachant condamnée, elle éprouvait néanmoins une douceurinfinie de cet amour qui l'environnait, suave comme la vie à laquelle elle disait adieu, fort comme la mort qui allait la prendre. Elle se résignait à sa fin; c'était encore si doux de mourir, quand on mourait ainsi, aimée de plus en


plus, jusqu'à la dernière heure. A mesure que déclinait la lueur pâlissante de son* exis- tence, le flambeau précieux de cette tendresse semblait redoubler d'ardeur. Eniaéiée et spiritualisée par la maladie, elle finît. par n'être plus qu'une frêle chose légère, une ombre qui flottait dans de grands vêtements blancs et que son ami prenait sans en sentir le poids, dans ses bras puissants, pour la porter.vers le mobile rayon de l'astre sauveur.

Enfin Jane Essler, qui avait si souvent joué le rôle de Mimi, mourut comme la pâle et fantasque fille de Murger, de cette mort impitoyable qui prend à la gorge les frêles héroïnes de bohème. Elle légua sa fortune à son ami quelques centaines de mille francs, qu'il ne voulut pas lui faire l'injure de refuser, faisant passer avant les scrupules mondains sa piété envers la morte, et lui-même mourut quelque temps après cette femme qui était pour lui la femme.



CHAPITRE III

Trois directeurs pour un opél i. La littérature du baron de Rein a ch. Veine et déveine. Un financier qui refuse de jouer les pitres, Yerba volant.

La sœur de Marie achevait son éducation chorégraphique dans la classe particulière de son professeur, Madame Dominique On pen-'sait la faire engager à l'Opéra et on espérait des débutsbrillants. Marie pria M. Halanzier, directeur de l'Académie de musique, de venir la voir un jour fût pris pour l'audition. Sur ces entrefaites, la comédienne reçut une lettre d'Arsène Houssaye, avec qui elle était en froi(i depu' Mademoiselle trente-six Vertus. Marie prétendait qu'il y en avait une trente-septième que ne comptait pas l'auteur "avoir joué sa pièce.


« Si Rostand fait pour moi ce qu'il fait pour Halanzier, ta soeur est' mon étoile, et je lui donne des étoiles d'or. » A. Houssaye. »

Voilà ce que lui écrivait l'ancien administrateur de la Comédie Française. Elle répondit tout de suite en priant Houssaye devenir lui parler.

Il lui expliqua ce qu'il désirait il, fallait un nouveau crédit de dix millions pour l'achèvement du nouvel Opéra. Les chambres infusaient de le voter. Deux combinaisons de banque étaient en présence l'une comprenant la Banque de Paris, et dirigée par Joubert, Bambgrger,, les Stem, soutenait l'ancien directeur qui n e: demandait pas mieux que-de reprendre les rêves abandonnés l'autre, queformait la maison, Gay-Rostand, était favQrable à Halanzier.

Celui-ci avait été ennuyé des attaques dela pressa contre sa, direction, inspirées,, disait-on. par les amis de Perrin. On luireprochait. des excès- d'ordre et d'économie, on prétendait qu'il allait lui-même baissée le? gaz:.


dans les couloirs. Après tout, celât valait touj ours mieux que de compromettre les fîaoaaiees de l'administration. il. force de prodigalité et d'imprévoyance, et d'épuiser ainsi la caisse de retraite des petits employés,. comme le fit un autre administrateur, mort assez brusquement pour qu'on fit le. silence sur sa mauvaise direction.

Excédé par la campagne malveillante des journaux, Halanzier jeta le manche: après la cognée il envoya* sa démission au ministre. Il s'agissait de pourvoir à son remplacement. Toutes les sympathies allaient vers M. Emile Perrin, très diplomate et habile à se faire des partisans. Mais voilà, il n'y avait pas moyen d.'accorder les deux combinaisons financières pour l'achèvement de cet Opéra qui allait s'éternisant. Labanque juive, elle, en faisait une affaire de spéculation et montrait de grandes prétentions, tandis que la maison Gay-Rostand en faisait une affaire presque honorifique et de pur patriotisme. Malgré la faveur dont jouissait M' Perrin,. il était dîfËcile de lui: donner la. préférence,.en présence de If exigence du. groupe financier qui le sou-


tenait on craignait une interpellation à la Chambre.

Le ministre écrivit alors à Rostand de venir lui parler. Il lui proposa, puisque M. Halanzier avait démissionné, de soutenir la direction de M. Perrin. Le banquier ayant conté le fait à Marie, elle se souvint de son entre- vue avec l'ex-directeur de l'Opéra, et de cette rancune toute italienne qui ne désarmait pas, in2me devant la mort et devant un orphelin elle en craignit l'effet pour sa sœur, qu'elle voulait faire engager à l'Opéra. Par contre, elle se rappelait la bonne grâce accueillante de M. Halanzier. Elle.supplia Rostand de ne pas faire bénéficier M. Perrin de sa combinaison.

Rostand fit donc savoir au ministre que sa préférence pour M. Halanzier était exclusive. On en était là. Rostand partit à la chasse pour deux jours. Les journaux avaient an- noncé la retraite de M. Halanzier; les ambitions s'étaient déclarées. Arsène Houssaye était àllé .chez le ministre poser sa candida-,ture, et celui-ci lui avait répondu « Décidez M. Rostand à reporter sur vous l'appui


financier dont il soutient M. Halanzier, et vous êtes directeur de l'Opéra. » Telle était la situation. L'amitié de Marie pour Arsène Houssaye lui fit accueillir avec enthousiasme la pensée de le voir directeur du théâtre où elle espérait faire débuter sa soeur. Mais Rostand n'avait pas iout à fait oublié la petite querelle survenue entre l'auteur àe' Mademoiselle trente-six Vertus et son interprète il l'avait faite sienne, et il n'avait pas les mêmes raisons d'excuse affectueuse que Marie. Celle-ci demanda vingt-quatre heures pour le ramener; le soir mxême il rientrait de la chasse, Houssaye recevait une répense le surlendemain.

Ces vingt-quatre heures furent funestes à la cause d'Arsène Houssaye, Le ministre, ne le voyant pas revenir, crut qu'il avait échoué dans sa démarche, et pour en finir, renvoya à Halanzier sa démission. »

Quel ne fut pas l'étonnement de Rostand, venu chez Halanzier pour se dégager défini- tivement, lorsque ce dernier se jeta dans ses bras en lui disant avec effusion

*Oh! mon cher ami, combien je vous


suis reconnaissant! à vous, à votre rèâis de vous entendre avec M. Perrin,. je reste directeur de l'Opéra, le ministre vient de me renvoyer ma démission.

Eh- bien, moi, je venais vous dire que, si vous la mainteniez j'avais refusé de marcher avec M. Perrin, mais je consentais. A marcher avec Houssaye? interrompit Halanzier.

!!• entrait chez le ministre comme, j'en sortais, et il m'a dit qu'il était candidat.

Et voilà comment Houssaye ne fut pas. directeur de l'Opéra, parce que Rostand avait été- à la chasse. Ce fut sans. doute tant pis. pour l'art lyrique de la France.

.La, soeur de Marie passa audition devant M,. Ilalanzierj qui l'engagea pourtrois ans. Après discussion, les Chambres sedéeidèrrent. à voter les fonds pour l'achèvement du nouvel Opéra. Cela réduisit à' néanitoutes-les combinaisons financières, mais M. Halanzier resta directeur et bénéficia du grand escalier. Lebârpii^deReiiiach, bien avant les histoires des chèqueset du Panamarprenait sur les sablées des opérations de Course le


temps de faire de la littérature. Il n'avait pas donné encore le ballet avec Léo Delibes, où s' affirma le grand talent de Sangalli, qui révolutionna l'Opéra par son fameux tour de reins de l'acrobatie, disait-on. De l'acrobatie, soit, mais combien gracieuse et féerique, quand, la danseuse parcourrait d'une envolée la grande scène de l'Opéra Que de fois on l'a. imitéè sans en donner l'illusion.. Reinach, amené à déj euner chez Marie, par Rostand, demanda à lui- lire une pièce en un acte il était très désireux de lui voir jouer son héroïne. Après la lecture, elle lui servit de l'eau bénite de cour. Mais l'ama- teur, prenant les compliments à'la lettre, la pria de jouer la pièce chez elle il ne pou- vait, disait-il, organiser de fête chez lui.

c La comédienne se souvint des bruits qui couraient' sur le caractère fantasque de la baronne, qui sortait quand elle avait du monde, ou descendait dîner quand on se levait de tablè *elle marchait dans la vie avec 8 les allures les plus incohérentes.

Malgré son désir d'être agréable à l'ami de


Rostand, Marie refusa. C'était vraiment trop nébuleux. Chez l'auteur, on pouvait avoir un succès de politesse, mais elle ne voulait pas forcer la bonne grâce de ses amis:

Après la lecture, Reinach emmena Rostand et Marie à Saint-Cloud. Il venait d'y installer une distillerie de bière. dans, le genre de celles d'Allemagne, prompt à pro- fiter du développement que prenaient les brasseries à Paris. Comme la bière perd à être transportée, il fit venir les,. meilleurs brasseurs d'Allemagne, pour la fabriquer sur place, en utilisant d'immenses souterrains qui dépendaient de l'orangerie de SaintCloud.

Dumoret,le bijoutier bien connut de la rue de la Paix, et dont la femme avait une maison de couture, était créancier de la comédienne pour une grosse somme il avait prias une assurance sur la vie de sa débitrice. En apprenant qu'elle habitait un hôtel au nom du banquier Rostand, il ne voulut plus de la transaction qu'il avait acceptée, ni des délais accordés, il fit saisir le mobilier, les bijoux, les effets se disant qu'on n'oserait pas


réclamer devant les tribunaux. Mais Rostand, révolté de ce qu'il considérait comme un acte de mauvaise foi, ne céda pas et donna ordre de faire le procès, dont le Figaro rendit compte. L'action du banquier qui revendiquait comme sien le mobilier de sa "maîtresse, fut commentée désagréablement, à l'instigatîon du créancier déçu. Ros- tand était chef du portefeuille, et occupait une situation prépondérante dans la maison de banque' de son père l'article fit tapage dans le monde de la Bourse l'arrivée de Rostand fut saluée ce jour-là par toutes sortes de plaisanteries. Son père, furieux de tout ce bruit, qui compromettait la raison sociale, ne trouva rien de mieux, que de l'envoyer faire un voyage en Egypte, où la maison avait des succursales.

Cela arrivait précisément l'avant-veille d'une grande fête annoncée chez Marie. Elle voulait la décommander, d'autant que la plupart des invitations avaient été faites par Rostand, dont elle ne connaissait pas tous les amis. Mais il la supplia de laisser les choses en l'état. Il partait pour donner satisfa,ction


aux siens l'orage apaisé, il serait due retour dans quelques semaines. Il chargeait 4s©'n ami, Georges Paré, agent de change ^assister Marie et' de faire face aux réclamaRostand était grand joueur, il avait fait de gros bénéfices. Il prétendait que la comédienne lui portait chance, et il l'avait associée à sa veine. Quel ne fut pas l'étonnement -des siens, en constatant que loin d'entamer son capital, il l'avait accru

Au début de leur intimité, Marie avait eau beau lui faire des observations quand il s'était substitué au prête-nom de l'appartement où elle habitait, rue Auber. Il s'était obstiné, la voulant sans doute sous sa dépendance. Cette liaison, acceptée sans grand enthousiasme par la comédienne, lui causa, par ses conséquences, un véritable chagrin. Elle promit à Rostand qu'elle ferait ce qu'il lui demandait.

La fête eut lieu, sans trop d'entrain on le conçoit. Le plus pénible pour Marie fut d'y participerrcomme comédienne. Elle joua avec le futur directeur Pore} la scène de Démo-


crite de Regnard et une piécette inédite de Meilhac qui lui en avait donné la primeur. Il l'a reprise depuis en l'élargissant et en la développant, et elle a été interprétée par l'adorable comédienne Céline Chaumont. Enfin la porte se referma sur le dernierdes invités, et Marie resta seule, avec ses. deux amies, Jane Essler et Cécile Lemaltre, aujourd'hui mariée avec le comte de R. Cécile était liée avec le baron de Vivier qui a reconnu son enfant. Un jour quelqu'un cherchait à faire douter le baron de sa paternité. Alors, se levant brusquement, il se planta devant le malveillant: « Eh bien, mon cher, dit-il, j'aime mieux faire du bien à l'enfant d'un autre, que de m'exposer à laisser le mien dans la, misère. » Ces deux amies avaient entouré la jeune femme,: la réconfortant de leur affection,, tâchant de la consoler, lui disant qu'après tout, il n'y avait pas de sa faute. Le lendemain, elle devait jouer avec mademoiselle Valentine Angelo et son camarade PoreL chez M. Germain, le créateur et le directeur:'


du Crédit Lyonnais, Comme elles sont toutes, de Narey, qui avait été indirectement cause de son départ de l'Odéon.' Très lié avec Alexandre Dumas, les mauvaises langues prétendaient qu'il avait collaboré avec son ami pour cette pièce. On donnait pour raison que c'était' son unique succès. Deux académiciens, Legouvé et Camille Doucet, avaient, recommandé Marie à madame Germain, et pour la deuxième fois, elle jouait dans ce salon dont une maîtresse de maison, aimable et bienveillante pour les àrtistes, faisait les honneurs. Le programme comprenait les choeurs du Conservatoire et deux grands chanteurs, Fauré et madame Carvalho la comédie finissait la soirée. Porel jouait à l'Odéon, mais comme la pièce se donnait eh dernier ^Lieu, on croyait qu'il aurait le temps d'arriver.

Depuis longtemps, Je concert était uni. Madame Germain s'impatientait, elle avait du mal à retenir ses invités dans le salon. l'e*ntr'acte se prolongeant indéfiniment. L'élément jeune surtout s'insurgeait on lui avait promis un bal à la suite de la représen-


tation. La maîtresse de maison dit aux artistes de- commencer quand même. Porel n'était que de la fin de la pièce, cela lui donnait encore un bon quart d'heure pour arriver. « Mais si le retard se prolonge et s'il manque son entrée ? Oh tant pis, dit madame Germain, si on tarde, tout le monde aura déserté la salle. Et puis, dit Marie, son rôle est très peu de chose, n'importe qui peut lejouer. Et avisant M. Joubert, le banquier, elle" lui mit la brochure dans les mains Tenez, vous voyez, monsieur, à la fin de la scène, vous entrez, vous butez et vous vous étendez sur le parquet. Nous partons d'un grand éclat de rire, vous cherchiez à vous relever d'une façon burlesque, nous éclatons de plus belle devant votre ahurissement. Et ce que vous devez dire, nous nous le partagerons en coupant la scène finale. Mais j'espère bien que la corvée vous sera évitée et que Porel sera arrivé à temps.

Tout à coup, Marie arrêta son boniment, devant la figure affolée du banquier, et pour tout de bon, partit d'un éclat de rire qui trouva écho dans l'assistance. Elle n'avait


pas regards faire

parquet toute la Banque coups frappés:: juste à de trois

La.pièce, elle- au et la séance

Marié débuta un elle, et on;les la rentrée dû dans que temps créa. la Ribaude dans. quoi, un pas


mes espérances, je ne puis maintenir la progression d'appointements. Si vous voulez, elle restera aux mêmes conditions que la première année; je nefais pas d'engagement, elle restera tant qu'elle voudra.

Marie rappela au directeur toutes les belles promesses qu'il lui avait faites. Celui-ci, après avoir silencieusement écouté, lui dit Mais tout cela, i'ai-je écrit?

Ah! monsieur Halanzier! il me semblait que votre parole suffisait

Et cet homme réputé honnête) ce directeur intègre, de répliquer

Eh bien, il fallait me le faire écrire! Vous, c'est votre grande préoccupation; vous pouvez vous le rappeler. Mais des que vous êtes sortie de mon cabinet, une autre prend votre placer et ainsi de suite. Comment voupensais: Mes impressions se sont effacées, j'ai oublié, yoyez-vous, il y a un vieux proverbe Les paroles Renvoient, les écrits restent. Telle est la psychologie des directeurs modernes j peints par eux-mêmes.



CHAPITRE IV

Le danger de parler haut en cabinet particulier. Le théâtre mène à tout. -777 Un merle. qui change de. plu*mage. Splendeur et misère d'une ex-demoiselle du Louvre. ̃– L'amour enfant de bohème. Dèche princière.

une femme la persuasion, la ruse et la force. J'ai échoué avec les deux premiers, permettez-moi sayer du troisième.

quelque temps, lui faisait une cour assidue. Viel- Castel, fils du célèbre journaliste avait trenie ans; il était secrétaire aux affaires étrangères. Doué d'esprit et de faconde, mais aspect lourd et épais, il* amusait, ne séduisait pas.. Il


le disait lui-même, la persuasion ne lui avait pas réussi, et pas davantage la ruse, qui consistait à donner quelques louis à une femme de chambre pour trouver la porte close, et verrouillée au dedaiïs. Restait la force. Marie la déclarait inutile. Du moment où l'on sait ce que l'on vous "veut, la forteresse est imprena- ble -par des moyens loyaux, bien entendu. Laissez-moi tout de même essayer, et surtout, si je réussis, ns me gardez pas ran- curie,

Il en fut décidé ainsi. Toute l'après-midi se passa en attaques et en si bonnes défenses, qu'à un moment donné les deux adversaires se- trouvaient assis dans les boudoir, face à face, sur le tapis, se regardant comme des augures et riant comme des. fous, la jeune femme enroulée dans une robe d'intérieur à longue traîne.

Si Marie avait voulu jouer un mauvais tout à l'ennemi, elle n'aurait eu qu'à consentir. Après trois heures de lutte il devait être désarmé, certainement il n'aurait pu; profiter de, sa victoire. Le viol moral est possible-, mais, physiquement vient la lassitude.


convenu qu'on en resterait là de la démons- tration. On demeurerait tous amis comme devant, et pour sceller ce nouveau pacte de ca1 maraderie, Marie consentirait à dîner avec Viel-Oastel chez Voisin. Le repas fut très gai, plein de sous-entendus, apéritive. Viel-Castel de Turenne la partie de la nuit précédente au petit cercle elle, s'était soldée pourCastel par un bénéfice de près de quatre*vingt mille francs. li au cercle, où la partie devait reprendre de plus belle. •

Dans le cabinet à côté dînait son parrain, un Hollandais, vieux garçon très riche, qui l'avait presque adopté. Viel-Castel vivait près de lui dans son hôtel, et devait hériter de son immense fortune. Effrayé de l'entraînement que son filleul montrait pour le jeu, des « culottes » multiples qu'il avait prises, il, avait été plusieurs fois obligé de i payer la forte somme pour l'empêcher d'être affiché. Seulement il l'avait averti que ce serait la dernière fois, et lui fait donner ,il ̃'


sa parole de nr plus jouer. Il s'y était fié, est voici que le hasard lui avait fait entendre toute la conversation sur la fameuse partie. Furieux, mais pas au point de déshériter son Rlleul, il le maria de svive force. D'ailleurs; J Viel-Castel n'était pas à plaindre, la îuture comtesse était adorablement jolie.

Par contrat, son parrain garantit lafortune du jeune ménage contre le caprice de la dame de pique.

Et voilà comme quoi il faut parler bas dans un cabinet particulier.

Marie n'avait pas tput à fait abandonné la Guimont de temps en temps elle allait chez elle faire provision d'un peu de scepticisme. Un jour elle arriva au moment où une dame sortait, reconduite par Esther. Celle-él, voyant Marie qui allait sonner, lui dit

Ah .1 vous arrivez bien; jé vais vous pré- senter à la plus grande artiste du dame Stoltz, princesse de la Paix.

On rentra dans le salon. La Stoltz fît Marie des compliments qui lui furent rendus en crescendo. Elle déclarait qu' elle avait plus de soixante ans, et montrait ses dents


qui eussent fait honneur à la vitrine d'un dentiste. Regardez, elles sont toutes àsait-eîle en découvrant ses gencives.

Il y a plus de vingt ans dé cela, eut l'on dit qu'elle court encore le monde, tantôt à' Vienne, tantôt à Rome, un peu à Paris. Par quel philtre étrange brave-t-elle la marche dutemps?

Marie s'était réconeiliée avec sa meilleure amie2 tout en gardant le vous cérémonieux. Celle-ci lui avait fait demander dé jouer Le Passant avec elle au bénéfice de mademoiselle Cécile de Gournay, une -jeune fille qu'elle protégeait.

« Marie,

» Quand? A quelleheure voulez-vous répéter ? Chez vous? Chez moi? Ou dans la, salle Dviprez que nous ne connaissons, je crois, ni l'une ùî l'autre Je vous remercie infiniment du service que vous voulez bien rendre à, mademoiselle de Gourna-y-rElie m'a priée de vous faire ne lui refusez pas, elle


le faire. Combien voulez-vous de places ? Voici bien des questions, mais elles sont utiles. Un » Mille choses rade,

Plus tard, Marie ayant manifesté le désir une première tation, elle, répondit à sa demande par la lettre suivante chère balcon viennent cher. Vous ne. ils sympathie d'artiste.


dans les natures douées de quelque vie in- tellectuelle) et capables de comprendre l'es- pèce de solidarité qui existe7 entre tous les fervents de l'art. Il était demeuré vivace chez la jeune femme.

Un monsieur à l'accent étranger se pré- sente un jour chez Marie, sous le nom de Napoléon-Bonaparte Wyse; de madame Rattazzi, 'que la comédienne n'avait plus rencontré depuis la Il venait prier jouer chéz indiqua, pour le rôle de Zanetto, mademoiselle Fassy avec qui elle avait joué la pièce, en remplacement de Sarah à l'Odéon.. Les soirées de madame trop légendaires pour qu'il soit besoin de les décrire. La jeune femme en garda une impression inoubliable, celle de sa rencontre qui avait déjà théâtre. Elle était placée à la droite de madame et souper. Solli- citée par tous, la: grands artiste voulut; bien, mais refusas ^l'admiration*, avide du public


D'une voix puissante, au timbre merveilleux, elle entonna

C'est l'Espagne qui nous donne

Le bon vin; les belles fleurs.

Puis, sur de nouvelles instances, elle chanta le Brindisi de Galathée,. qu'elle avait créée à l'Opéra-Comique, et où elle était demeurée inremplaçable.

Les deux artistes avaient sympathisé tout de suite, et quand elles quittèrent l'hôtel, elle youlut bien que Marie la mît à sa porte. 4 La jeune femme n'avait ni rôle ni engagement. On lui offrait d'aller en représentation à Bordeaux, où elle devait cesse Georges. Regnier la lui fit étudier. Justement il venait d'indiquer le rôle à mademoiselle Tallandièra, qui était une des pâles, amoureuses du puissant maître Dumas, et que l'on aurait pu appeler une des Alexandrines. Séduite par cette nature ardente et primesautière, Dumas avait guidé ses études il avait fait reprendre La Princesse Georges • exprès pour lui servir, de débuts. Peu de


temps après, hélas ? elle devait jouer au naturel lés Dames aux Camélias. Comme la blanche pécheresse de Dumas, elle s'en allait de la poitrine. La reprise de la pièce au Gymnase lui avait donné un renou- veau d'actualité. C'est pourquoi on proposa à Marie d'aller la jouer isn représentation. Elle n'était retenue à Paris ni par le. théâtre ni par les convenances de sa vie intime. Rostand s'était laissé influencer par le désir des siens la séparation était devenue une rupture. L'existence de la comédienne se -traînait dans une monotonie pleine de tristesse. Elle accepta donc l'engagement offert, séduite par la perspective des beaux cachets. Avant le départ de Mfarie; Houssaye et Saint-Victor lui firent la gracieuseté de l'inviter aux Spartiates. C'était le nom d'un diner fondé par Sainte-Beuve et ses adeptes, où le brouet était remplacé, grâce aux soins de Brébant, par le menu le plus exquis. Les dîneurs étaient ce soir-là le général Turr, Armand Gouzien, le général S chmidt, 'Bôisgobey, Nigra l'ambassadeur d'Italie, Gaston Jollivet, les peintres Henry Dupray et Ziem,


et te prince Galitzine la. Fluxion. Marie demanda à Arsène Houssaye

Le titre de ce monsieur élevé, qui mange à ne pas le faire partie d'une réunion de gens d'esprit? M.& chère, est bon public.

Marie apprit qu'elle était jusqu'alors la seule femme qui, eût été admisemasculines.

Elle n'était pas très en fonds-. On lui indi- qua. une couturière toute disposée à lui fair© crédit, pour ses toilettes de théâtre. Onl'ap-- pelait Gazin c'était un nom d'emprunt. Elle ̃ était connue aussi sous un autre pseudonyme, Saccachini ainsi se nommait un Egyptien avee qui elle était au mieux.

L'existence de cette femme était bien la, plus fantaisiste qu'il fût possible d'imaginer. Vendeuse au se sen- tit un jour pousser les ailes d'une nymphe de Cythère et voulut les essayer elle s'envola Mariée et mère de famille elle abandonna sanichée, sur laquelle pourtant elle a toujours, veillé de loin; Son,


caprice errant la porta un peu. partout, en Egypte, en Turquie elle en. revint avec amant. La nostalgie du comptoir l'avait re- prise, seulement, elle voulait faire désormais le: commerce pour son compte, commander après avoir obéi, au lieu d'être au service desautres. Elle fonda une maison de couture, où Ton faisait le plus large crédit, mais avec des- prix tels que c'eût été folie de s'y fournir, si l'on n'avait pas eu, l'espoir de ne j amais payer. Elle se lassa vite d'habiller les autres. Elle trouvait plus lucratif de se déshabiller.

Cette femme eut le génie de la mise en scène. Pour séduire un, seigneur exotique, elle donna un dîner embelli par les plus j olies danseuses de. l'Opéra tandis qu'on épuisait les voluptés d'un menu savant et d'une cave généreuse, un invisible orchestre, masqué par des plantes, faisait entendre, d'une védes. rythmes semblables aux murmures entrecoupés sir qui défaille pour accompagner les- poses des ballerine attitude de luxure, et lan- vers les pluie de. corolles.


L'invention de cette fête romaine faisait honneur à l'imagination de couvre placée à la droite du prince, elle souriait de son émerveillement devant ces splendeurs dont elle était l'ordonnatrice et la' magicienne. Il n'y qui sache comme une féerie du la séduction, on proposa un grand voyage; on devait chercher les s'arrêta à prise. « Est-ce qu'il va de la, ,forte somme se demandait l'ancienne de- patienter son intendant avait semé les louis la route, le prince la traitait vraiment trop en femme du monde.

départ. C'était a la fasurprise. En arrivant sur le port, le prince lui montra un yachtl et lui ..dit bateau pour notre voyage en offre le


« Mince de surprise en effet! » pensait la 1 dame. Louer un yacht, lui en offrir le commandément « temporaire», c'était peu pour reconnaître trois mois d'amabilité N'importe, elle fît bon visage et s,'embarqua gaiement. Quand il lui fut bien prouvé qu'elle avait rencontré plus fin qu'elle, elle s'entendit avec le capi- taine, elle qui était commandante. On aborda en canot dans une île, on descendit pour la visiter et on s'arrangea pour que le Prince se rembarquât le dernier. Quand il voulut monter, paf un coup d'aviron, la barque était loin Le voyageur crüt à une des plaisanteries dont la dame était coutumière. Il resta sur le rivage à regarder, à écouter le rire blagueur, à appeler Mais, sous les signes d'adieu, le canot aborda le yacht, le laissant dans l'île comme Robinson sans Vendredi. Le yacht fila au loin, pareil au vaisseau fantôme.,

Pendant deux jours, le solitaire philosopha sur l'inconstance des femmes et les inconvénients du lapin. Et quand on sut le bon tpur à Paris, on se dit que «l'hoir oie qui rit» n'avait pas dû en ru 3,


La femme avait repris, son. nom. Son luxe

étonna une ville peu facile à étonner par les fantaisies qu'elle inventait où rééditai! A force de lui jeter de lai poudre aux yeux, elle aveugla un financier; il l'enchaîna sa fortune, et lui fit gagner des millions sur l'agio des métaux. Alors son coeur. s'ouvrit aux ambitions les plus. insensées.

Devenir reine, elle ne le pouvait; elle s'ea consola en se faisant épouser par un vice-roi, le elle troqua son nom de Marguerite Merle, pour celui de vice-reine des Canaries elle changeai de plumage,, voilà tout.

Mais comme elle s'en étaittune s'en alla. Ce fut un effondrement, une débâcle. Adieu, le sceptre, adieu la cou- renne, adieu cette légère royauté! On ven- dit, à Paris, les ineubles de l'hôtel. Une dame, d'honneur .qui en manquait tout à fait, abusant de la connance royale, s'appropria, tout ce qui avait été abrité par sa responsabilité.. Tout Paris assista à cette vente, où Bouillon, relles, et la Bacchante de Càrpeaux,,


Ainsi finit l'odyssée de la vendeuse du Louvre, aussi fantastique que celle de madame Angot devenue sultane. Le roman aux lice et le charme endiablé de la Parisienne sont capables de tous les miracles. Pour faire une princesse prenez d'une toilette chiffonnée par la bonne faiseuse, et lâchez-le à travers le royaume de la fantaisie. Vous le retrouverez au bout d'une surpris, de s'y voir seulement alors la fée Rageuse vient tout gâter; l'enchantement cesse, et la reine des Canaries redevient un pauvre petit merle.

Marie jouait donclettes de Cazin, autrement dite Sacchachini ou Merle, en attendant Marie et ses toilettes eurent beaucoup de succès. Désireuse d'en pronter, elle prit l'entreprise théâtrale à son compte, ce qui lui permit de satisfaire fantaisie pour le réperDiane de naturel. Elle comédie, négligé©


par un directeur qui ne croyait qu'à l'opérette. Elle- y fit entrer une camarade de Conservatoire dont le mari avait pris la direction du Théâtre Louit et n'y avait pas fait de brillantes affaires Mademoiselle Lamaieray, son ancienne camarade de Bruxelles, qu'elle était destinée à rencontrer dans ses déplacements; puis deux ou trois artistes qu'elle fit venir de .Paris. Elle constitua ainsi un ensemble qui étonna et charma le public bordelais elle afferma le Grand Théâtre municipal pour deux mois de la saison d'été, et revint à Paris afin de former sa troupe. Sa résolution était bien prise, elle était décidée à jouer en province les rôles qui lui plaisaient et qu'elle ne pouvait » jouer à, Paris. Elle s'assura le concours d'une partie de la troupe de l'Odéon, PauiBondoit en tête, l'admirable metteur en scène.

Désireuse de diminuer ses dépenses, Marie quitta son hôtel de la rue du Rocher dont l'entretien lui coûtait trop cher. Elle le sousloûâ en meuble, à un étranger et à sa famille, et vint habiter avec les siens boulevard Ma- lesherbes. Elle organisa un dîner, d'adieu, où


elle pria quelques amis et une camarade, Léonid Leblanc. En allant l'inviter, elle rencontra Emilie Ambre, l'ancienne maîtresse du roi de Hollande. Celle-ci aimait à raconter. Elle raconta devenir reine, mais qu'elle ne regrettait pas la catastrophe qui avait brisé sa royauté future. Prévenu par des lettres anonymes, le souverain l'avaitsurprise dans les bras du fbgrant délit impossible de nier!

Elle pouvait donc reprendre le théâtre elle n'avait qu'une joie chanter, se faire applaudir. i

Vous comprenez bien qu'elle jetait pardessus les moulins la couronne de comtesse d'Àmboise, dont le roi l'avait affublée dans la pensée d'en faire une « épouse morgana- tique. » Elle la loin de son soleil et devenir la compagne d'un maniaque jaloux, qui l'aurait tenue enfermée jour et Car il ne L'épousait que pour cela! Âh! non. Et elle se mit à chanter


avait bien pueasoreeter ce folie voyait bouche trop rouge, aux lièvres épaisse,; aux deiifeiblaaches, au nez fort, busqué légèrement. La taille était plate, .les hanches trop ^développées pour le buste, maigre aiors. ^foilà eèlle *§pû <̃ et Ambre, II était bourgeois pour sa femme, obligée de porter


forcé d'habiter dans une garçonnière plits les usuriers venait' prodigue quand; il fallait satisfaire la fantaisie d'une maîtresse.

Trop sûre de, son céda au désir bien féminin abuser. beauté médiocre, bourgeoise d'allures et de d'&me d'honneur et chambellan quoi la. griser. les pension% retirer des charges^ dK tout cet qui ne concernait- pas son emploi. Les- courtisans sentirent en elle le péril et la les- secrets- de sèrent le roi.

comme on l'appelait, il


dait, pour rentrer avec elle à Pans ou plutôt à Meudon. Là s'abritaient leurs amours, dans cette maison nommée château construite par le propriétaire du "café Anglais qui l'a vendue à son royal client avec le mobilier et la cave, une cave dont se souviennent encore les amis dé la diva. Le roi avait les clefs de la maison. Instruit des rendez-vous, un jour qu'Emilie retour- nait en France il partit derrière elle. Après lui avoir dit adieu, à la frontière il penchant hors du compartiment, faire signe un jerne homme qui monûa près d'elle et ne la quitta plus. A la gare de Paris, il tes vit monter tous deux dans la postière qui devait les conduire à Meudon. Il fît tout cela comme un bon bourgeois en train défiler sa femme. Vous voyez bien que les rois savent user de 1 incognito et se disent que la police qu'on fait- soi-même est là meilleure.

Ce monarque, qui donnaittoujours des cadeaux de rupture si « soignés », n'en laissa aucun à celle que, d'apparence, il avait le plus aimée. La maîtresse infidèle ne reçut plus rien de lui, après les appointements déjà


touchés. Pour avoir «mortifié*» son royal amant, elle perdit sa pension de retraite. Marie devait retrouver Emilie Ambre en Amérique, à Chicago età la Nouvelle-Orléans, où elle alla semer lès perles de sa voix.

Léonid Leblanc accepta l'invitation delà jeune femme, le dîner eut lieu dans le nouvel appartement du boulevard Malesherbes les convives étaient Paul de Saint-Victor, Arsène Houssaye, Bardoux le sénateur, futur ministre, Albéric ,Second, Emile Blavet, Amoid Mortier, Auguste Vitu et le prince d'Orange. Dans le courant de la soirée, tous partirent les uns après les autres à l'anglaise. Marie resta avec Léonid et le prince celle-cri s'attardait par curiosité, s'imaginant que Marie faisait mystère de son intimité avec Citron. Elle voulait

quand il voulait, nul n'était plus grand sèigneur. Il racontait qu les usuriers étaient intraitables. La graine s'en faisait rare en France on n'en voyait plus. Il fallait négoAnglais.


H cent mille franc* et ne riait! Lui, filsvaux de courses, rade il avait plaisir


Les amours d'un tribun. Comment on bat monnaie avec De temps en temps, venait déjeuner ou


belles dents. On ne trouvait rien de la douceur féminine dans ses longues mains noueuses, aux veines en relief, et ses jointures proéminentes. Sa peau avait l'air d'avoir été passée à l'ocre. Il y avait en elle, à défaut de charme, une énigme. C'était une de ces figures en qui l'on devine, malgré un enlacement volontaire, des àbîmes de" dissimulation, des secrets figés tout au fond de l'âme.

Qui était cette femme? -Elle disait être venue de l'île -Mais' à son accent, aux confidences qui lui échappaient quand il lui arrivait par'hasard de parler des siens, on la sentait Allemande, de Francfort certaine- ment. Elle prétendait avoir couru le monde avec une troupe de chanteurs dont l'impre- sario avait eu les prémices de sa chair, et cette soi-disant, musicienne ne s'approchait jamais d'un piano, sa voix se révélait fausse si, par extraordinaire, elle, s'oubliait à fre- donner la moindre note. Dans un de ses lointains voyages, elle avait, disait-elle, ren- contré un lord d'Angleterre qui lui avait constitué six mille livres de rente,


C'était l'indépendance assurée. De bonne heure, elle avait apprisà connaître le prix de l'argent, et elle se disait que ce qu'il y avait de mieux, c'était d'être à l'abri des nécessités de la vie. Aussi était-elle ménagère de ses deniers pour les épargner, rien ne lui coûtait, tout expédient lui était bon.

Ainsi, elle avait eu fantaisie de faire exécuter son portrait par un peintre à la mode. La besogne n'était pas des plus tentantes, mais une femme qui a des rentes ne doute de5 rien. Elle alla donc trouver • Amaury Duval, et il fut convenu qu'elle poserait dans son atelier. A l'avant-dernière séance, le modèle se trouva mal, il étouffait La chaleur sans doute! Très embarrassé, lé peintre prit de l'eau dans une carafe, eut humectant un mouchoir, se mit à tapoter les tempes et le front de son modèle. Mais' elle portait les mains à son cou, dans un geste de souffrance, elle cherchait 'à dégrafer son corsage. Le peintre comprit. Il s'empressa de faire sauter les agrafes, mettant à nu la poitrine, la gorge, soutenant le buste qui s'affais.sait vers lui. Comme il' se penchait pour l'interroger, il


jours après, il envoyait, à Quoique peu intelligente, cette femme, en avait on y peut moissonner sur 1m vanité des hommes et des domaine indéfiniment exploitable. Avec les de compagnie, les?. flattant par l'humilité de ses dehors. Toujours prête à les fournisseurs, ne demandant jamais. rien, mais se nommé ser* lea miettes de tous les festins; avec le luxe des autres, elle se faisait du bien-être. Pour les «hommes, elle employait use analogue:riété ou leur, Une célébrité. surgissaitelle, vite, elle de. lettres, hosard; sait-once qui peut arriver?' Dans te nombre,, quelqu'une frapperait juste. Elle s'attachait aux. aurores, réputations- enaux orgueils- qui; ont, encore


ti ol, aux illustrations qui ne sont pas déjà Munie d'un nom de mieux retenir l'attention, tous les artistes, peintres, poètes,, musiciens,, comédiens, chanteurs. Ce qu'elle Mounet-Sully, cela ne se peut dire; elle n'excita pas ;même sa curiosité, le. grand tragédien était blasé sur les aventures épistoiakes. Moins gâta par ses correspondante^

défaut d'intuition psychologique, elle avait im flair de chien de chasse pour découvrir l'homme de demain. Bien libres elle encensait Mistral l'auteur avait fini par lui adresser, ponse a ses lettres, des strophes enflammées comme à une muse de loin .il s'imaginait avoir fait une conquête. Une correspondance en règle s'organisa entré .eux.

morts, aidaient encore sa fortune. Par système, elle suivait tous les enterrements.


puis on fait souvent demère un corbillard on y entretient aussi ses relations cela remplace des- épargne des. frais de voiture. Aussi la voyaiton toujours comme les requins derrière les cadavres notoires; ellele tout-Paris des grandes premières funèbres.

Malheur à celui qui se laissait surprendre par cette accapareuse implacable elle s'atpar tous les moyens.elle l'excédait, s'il ne répondait pas à 'ses lettres. Pendant des'heures, elle le guettait à la porte du cercle ou de sa maison, comme le chat la souris, puis surgissant à l'improviste, elle feignait de remercier' le hasard de l'heureuserait dans la maison d'Anna prince Napoléon avait été épris pendant des années. Subissant malgré lui, bief longtemps aprës la rupture, l'attrait dutait laissé entraîner chez la commensale de son

Elle parlait avec orgueil de ces visites, donnant entendre qu'elle en était 'l'unique


but. Peut-être bénéficiait-elle de l'attendris- sement voluptueux qu'elle donnait au prince, en lui rappelant son ancienne maîtresse. Enfin, le grand événement de sa vie appro-, tr chait. Pour surveiller plus à Faisë réclosion des nouvelles gloires parlementaires elle allait fréquemment à h Chambre des députés. L'étonnement enthousiaste qui accueillit les premiers discours de Gambetta lui donna naturellement le désir de le connaître. Elle lui écrivit, ses lettres restèrent sans réponse. Elle sollicita un rendez-vous pour demander conseil sur un procès imaginaire elle l'obtint. Elle avait dès lors cause gagnée. Une fois en face du tribun, tout le grand jeu de ses séductions pape^-f lardes. Elle lui prenait les mains, les pres- sant contre ses lèvres, pour mieux lui dira* son admiration elle se jetait à ses>genoux, elle le serrait dans ses bras comme si elle avait voulu étreindre, sous sa- grosse ehve- v loppe, son génie et sa gloire. Moitié ronchonnant, se révoltant contre cette tentative de surprise, lesgraïid homme finit par céder. Il était plus habitué à batailler dans Thémi-


cycle jqnfâ Tepousser femmes. Très peu de après, il -vint presque s'installer <dam.e, qui av-ait compris toute l'importance :semblable prise cte possession .sur un homme que les intimités

'Chez presque tous cenx dont la parole est assez puissante pour dominer les assemblées, façonner .et pétrir à sa guise l'àme inconfoules, .exercer; en un les auditoires hostiles ou charmés,. le despoau même degré que le conquérant et le maître des esprits. La .plupart des tribuns .ou des parlementaires illustres lurent de grands amoureux; ainsi, eu l'ami -,de mistres -et même le .pturitainstone; chez mous Mirabeau, l'amant de le, Cabarrus, qui -pressa dans son éteinte léonine, les jolies ides' les filles avait' déca-


Est-ce 'que les- femmes cèdent au: seul attrmt aussi des fronts timides de- rêveurs et poète que leur baiser ne fleurit la foule, l'autorité dû; verbe, faite en. même temps que de charme $ et.' que le tempérament est le même qui maîtrise les âmes populaires, et s'assujettit victorieuse- ment les douces âmes féminines.

Il n'en fut pas ainsi pour Lamartine, dont le prestige incomparable triompha, en 1848, du lion révolutionnaire charmé et dompté, aucun orateur, 03 tribun, n'eut le pouvoir d'attirer miration et l'enthousiasme, d'emporter de, vive force toutes les résisianees, de donner aux foules le frémissement de l'esclave 'devant Non seulement il était: L'idole* d'un parti, mais irréductibles adversaires subissaient la. contalion du fanatisme déchaîne autour de lui. Ils adoraient cette flamme de échauffait son. éloquence, et cette faculté^


merveilleuse qu'il avait d'adapter son intelli- gence à tous les emplois, se transformant à mesure que l'exigeaient les circonstances et selon les progrès de son pouvoir, hier di- recteur de la défense nationale, mieux entendu que quiconque aux choses de la finance, demain réorganisateur de l'armée, appelant pour l'aider dans cette tâche des généraux aristocrates comme Miribeï et Galliffei Eh bien, cet homme, qui séduisait ou domi- nait presque tous les hommes, n'exerçai la moindre séduction sur le cerveau et la sensibilité des femmes. Toute sa gloire ne par venait pas à le donjuaniser. La faute en était sans doute à une espèce de vulgarité foncière dont il n'essaya Jamais de se débarrasser, car elle 'faisait un peu partie de sa politique, de sa personne officielle autant que physique. Il avait fait sa carrière dans le patriotisme de brasserie. :Ses façons triviales et tapageuses servirent à son triomphe auprès de ses admirateurs populaires mais elles écartèrent lgs femmes. Que leur importait l'autorité poli- tique de Gambbtta, ses facultés d'assimila-


tion, le choix qu'il savait, faire de ses colla- borateurs parlementaires ? Elles voyaient un homme épais, sôufflant comme un phoque à chaque pas, toujours suant, fumant ou crachant, et d'une laideur qui n'était ni vicieuse comme celle, de puissante comme celle de Danton. Elles ne rêvent pas ainsi ceux qu'il plaît à leur caprice d'élire. Et elles ne commencèrent à s'occuper*de lui que vers la fin de sa carrière, alors que sa toutepuissance rayonnait sur ses ridicules.

Son régne n'était pas encore établi quand il rencontra celle qui avait juré de le séduira on ne l'avaitpas gâté, il se laissa faire. La dame qui, d'ailleurs, ne se souciait pas de rester dans la maison d'Anna Deslions, ou logeaient des amies curieuses et gênantes, déménagea, et s'installa de façon à"le chambrer plus à l'aise. Cette femme, qui n'avait jamais vécu dans son intérieure qui prenait ses repas tantôt chet l'une, tantôt chez « l'autre, se disant que ce qu'elle ne dépensait pas lui était acquis et faisait masse, organisa l'y retenir, lui fit tin foyer, elle qui n'en avait eu pour elle-


même. Bile lui faisait les plats qu'il aimait^ qui' n'avait' jamais subi l'intimité d'une la cheminée, ou, même sur le parquet elle acceptait tous, supportait tout; elle avait perdu les susceptibilités deses dans la Gambetta subit peu à peu la suggestion. Il finit par s'habituer à la, douceur du nid leur du « homevahit, endormant compagne, d'ailleurs, n'était Il trouvait le lit chaud en rentrant, mais- il pouvait s'y endormir tout prendre Ainsi, vie* en commun- qui n'avait iû


rôle commencèrent à désirer sa conquête. Il connut alors le plaisir des flirts avec de belles mondaines aux. élégances raffinées, ayant l'attrait du nom, de la situationAprès avoir coqueté, discouru dans les salons-, il rentrait dans son intimité presque inavouable,auprès de la gouvernante et de la servante d'amour. Le changement ne lui déplaisait pas, il se reposait de l'effort fait se laissait lui avoir lavé les piedsv on lui chaussait ses pan- toufles, on; lui passait sa pipe et. son pot à tabac. Mors, installé dans- un grand fauteuil


lation à Saint-Sébastien, connue seulement de quelques intimes, qui la reniaient et la traitaient en dame de compagnie, ne comprenant pas la préférence du maître, elle sentit l'hostilité dont elle était l'objet, et voulut s'en délivrer. Elle se croyait indispensable, et ne ménageant rien, elle lâcha îa bride au mauvais caractère qu'elle avait con- tenu jusqu'alors elle chercha à éloigner les amis ils se liguèrent tous contre elle, Pephau en tête. Le dévouement de celui-ci inspirait toute confiance. à Gambetta, il eut gain de cause.

Un beau jour elle attendit en vain le, tribun, la rupture fut consommée. Les amis firent cercle autour du maître, et inter- ceptèrent lettres et réclamations. Une pa- rente, la tante Moïna, vint s'installer auprès de son neveu, pour diriger sa maison, avec l'aide du fidèle François devenu le, garde du corps de. Gambetta. Personne n'eut 'désor- mais accès auprès de lui, sans l'agrément de soir dévoué gardien.

La dame se désespéra et conta sa peine à tous. Elle exhibait les lettres du tribun où il


l'appelait sa Rereine et signait Ton Lonlon, lettres pleines de naï^ îtés et d'enfantillages, dont eussent été bien surpris s'ils avaient pu lès lire les auditeurs du farouche orateur. Une de ses admiratrices, celle qu'on appelait son Egérie, s'en vint trouver la dame^ et lui proposa le rachat des lettres de l'Idole. L'affaire fut négociée et pour quelques billets de mille francs, l'ex-maîtresse se dessaisit de ces reliques. Elle avait, de plus, une superbe photographie de Gambetta elle portait au bas cette dédicace où le patriotisme du tribun « posait » encore en associant à ia France le nom d'une femme qui justement,6 ironie! se trouvait être allemande

« A ce que j'aime le mieux au monde après ma patrie, à rrca femme, madame de. • Aujourd'hui la dame a toujours le portrait, mais un trou noir fait à remporte-pièce marque la place de la dédicace qui, avait suivi le chemin des lettres. Un jour elle contait le fait à une amie* disant « Voilà une liaison qui nem'a jamais donné que, de l'ennui il est bien temps qu'elle me rapporte


que livré « C'est par; amour-propre devoir été semée; mais ce gros homme, qui, tenait tout le lit) me collant: dans- lamelle., qui et- soufflait tout lelait laver comme un enfant au berceau, oh

Un jour, doutes sur les intimités- dont elle se vantait.

Eh bien, quoi? elles sont- jolies, élégan- tes, biensent cent mille francs par ans rières pour leurs dessus et leurs dessous elles oni; des intérieurs tendus: de belles- étoffes,, lias de pique, avee leurs restes bien souvent'! du-, papier sur les- murs, une bonne à ta faire. En bien, leurs quelquefois- me restent. Pourquoi? parce qu'ils peuvent se croire 'aimés pour eux-


que ee moment ils n entre pas dans ma dépense. qui continue son petit la valeur qui va monter Du descendre; enjpTOd'un petit .bénéfice, -jet je m'adresse aux. agents de .citange .qui sont les amants ils ne me demandent pas de courtage, et ils ne dans .une par .trèssère et de regrets.

et elle continue à.écono- miser, se de tout, même- d'une .domestique, tant :elle ne la yole. La concierge est^sa femme de. ménage..Elle tremble surprenne le: secret de sa fortune et ne ^sait qui .se fier. Elle


temps qui la parcheminé elle s'écrier Je suis jeune, et, si j'en veux, j'en aurai, des maris, des amants. Je n'ai que l'em- barras du choix.

C'est la manie, l'idée fixe qui l'obsède, cette femme à qui l'amour, ou même la simple. sensualité, demeurèrent toujours inconnus. Dans les rues, dans les tramways, tout ce qui l'approche, toutce qui la regarde, lui. suggère le même espoir ridicule et séniïe de séduction et de conquête elle s'i]44;gi ne- toujours qu'on va la suivre. Et comme on lui disait autrefois qu'elle avait la jambe belle, elle trousse sa robe un peu haut pour la bien montrer.

Elle finira comme la Macette Elle est assidue au confessionnal; elle rehausse de dévotion le prestige caduc de sa renommée galante. Elle espère qu'à force de hanter les prêtres, elle leur dérobera quelque ombre de respectabilité. Ainsi elle les «attire, sous prétexte du pieux emploi qu'elle compte faire de ses économises, dont elle fera profiter des oeuvres charitables. Elle rêve la considération posthume. elle désire


être enterrée à de Mistral et de Mireille elle fera la ville l'abandon d'une partie de sa fortune condition d'entretenir sa tombe. Que ne peut-elle l'emporter avec elle, cette fortune qui a été le but de vie!

Un jour le bruit se répandit que Gambetta était mourant. Tout le monde; s'en émut. Ses partisans, ses admirateurs étaient affolés. On se demandait comment cet homme qui) hier encore) pouvait être à la mort. Les bruits les plus fantaisistes circulaient. Enfin, Ton apprit qu'il avait été blessé la balle d'un revolver lui avait perforé les entrailles. Voici le drame intime qui s'était passé, et sur lequel on avait cherché à faire le silence. Un clou chasse l'autre, dit le proverbe. La dame en question fut remplacée par une brave créature nommée Léonie, en pleine éclosion de beauté, un pur tYpe du Midi presque une parente Cette liaison devint régulière quoique moins in-


l'autre. Cependant on attribuait ,trois amoureuses, dont las noms étaient sur toutes les .lèvres. Trois femmes du monde, mais d'un monde différent une V pafeietenae, tenant au noble faubourg et alliée aux plus hauts personnages de l'Etat la veuve d'un grand industriel, et la veuve d'un membre du Parlement. C'était cette dernière qui avait acheté

des bruits qui circulaient, voulait -savoir se qu'il y avait de vrai. Allait-elle aussi ëtm abandonnée par le tribun ? On annonoait.son mariage. Résolue à provoquer une explica- tion, elle s'en. fut à passa-t-il entre l'amant et la .maîtresse ? On ne ^peut que le supposer. La jeune femme, dans son désespoir, essaya d'attenter à :sa vie. Gamibetta, voulant l'en empêcher) lui saisit le fX)ignet pour détourner l'arme et reçut luttas inquiétée ainsi l'ordonna .Gambetta. Elle &e réfugia à Rendant Jaien longtfîE|ps jon ^y â vu


grand deuil, au visage flétri par les larmes et par une vieillesse précoce, se promener en tenant par la main un petit garçon c'était la pauvre désespérée, l'amie fidèle en sa douleur.à l'amant disparu.

Par contre, une personne qui s'avisa, après la catastrophe, de présenter sets compliments de condoléances- à la dame dé Francfort, sur la disparition du grand patriote fauché en pleine gloire, en reçut cette réponse

Laissez-moi donc Il est mort, tuant mieux puisqu'il n'était plus à moi, je l'aime ïïiieuxmort,

Il restait à lai dame une relique de Gambetta sa pipe qu'il fumait près d'elle, au coin dui feu, dans le fauteuil Voltaire. Que Elle désirait être agréable au commissaire parce qu'on, peut avoirsoin d'un commissaire, n'est-ce pa&? dans les circonstances de la vie.. Elle lui aT offert cette pipe culottée par le grand tribun.

servi

Elle lui doit la sympathie de son, commis-


CHAPITRE VI

Direction éphémère. Quel voyage, mon Dieu! Quel > voyage 1 La comédie italienne. Au pays de Pulcinella. Naples s'amuse.

Une révolté venait à l'esprit de Marie, contre les nécessités de la qui là dominaient jusqu'alors, elle avait suivi len'ayant ^aucune raison pour chercher à l'endiguer. Elle s'était créée elle-même intellectuellement, eutdait que de son bon plaisir. subir l'intimité d'un homme qui avait sorbe sa vie la joie d'avoir les siens près d'elle, de préparer l'avenir de sa sœur, lui avait fait accépter cette protectionvivait sement en famille, presque en servage, ne V


recevant chez elle c'est-à-dire chez lui-'que les amis approuvés, triés, choisis d'un commun accord. le sacrifice de ses ambitions artistiques, en quittant un théâtre auquel son talent et ses goûts la rattachaient naturellement* Et après ces deux années de ménage, l'homme qui avait volontairement, et en connaissance de cause, assumé la responsabilité de .sa vie, déclarait que c'était fini Ce logement même, qu'il avait voulu prendre à son nom, et qui appartenait à Marie, il s'en désintéressait. C'était à elle de se débrouiller tant pis

^Pour la première fois, Marie se demanda ce qu'elle allait faire. Jusqu'alors elle avait accepté le compagnon qui lui plaisait. S'il était pauvre, elle faisait des dettes,, vendait les objets de prix, engageait les bijoux; s'il était riche, tant mieux il lui apportait une protection plus efficace, et elle pouvait se débarrasser de ses créanciers. Sa situation en vedette lui permettait cette demi-liberté. Aujourd'hui, pour la première fois, elle était obligée de 'réfléchir à ce qu'elle allait faire il lui fallait un amant riche.


gueil se révoltaient.- aussi' de vivre de son venir même; N'ayant- pas elle irait jouer en province le produit' de la location de son hôtel ses créanciers. Sa sœur, avait des appointements- qui lui donnaient le -nécessaire pour elle et sa terait ce qu'elle pourrait en superflu, mais la vie leur? était assurée De ce côté elle était tranquille. Elle partit donc en avait? été direc- tBUT et y avait laisséçal)le,.car il était peut-être de vrais: autiste de Capucines. Aussi dation 1


veille; eUe fut Parmi lès Habitués des avant-scènes, iïy avait H. Arnavon, et sa femme, charmante ad- cette jeune ses promesses jetant par une des fenêtres de son* hôtel. Tousse acte de désespoir. Beau-frère de a une écurie risiens, pour qui ses nyme de qu'il ne donne pas honneurs de ses


au Prado, et suivait l'admirable route de la Corniche. Au théâtre, le public marseillais, très exubérant, lui faisait fête, lui jetant des fleurs, l'acclamant. Elle jouait avec les acteurs du théâtre, renforcés de quelques artistes qu'elle avait fait venir pour compléter l'ensemble.

De Marseille, elle se rendit a Bordeaux, j rejointe par une partie de la troupe de l'Odéon, qu'elle avait engagée pour le temps des vacances. -Eprise de son grand désespoir de L3 pouvoir jouer à Paris le$ rôles qui l'enthousiasmaient, elle voulut profiter de ce qu'elle était temporairement directrice pour monter les pièces qu'elle avait envie dé jouer. La salle du théâtre municipal de Bordeaux est superbe les décors, les costumes, et la figuration prise parmi les soldats de la ville, étaient à la disposition de l'artiste.

Elle commença ses représentations par la puis vinrent le Demi- de Lys, la Maîtresie légitime* Elle se donna la joie de jouer le beau rôle de la duchesse


sous qui venait de, révéler Porto-Riche. Les vers colorés et puissants du poète l'avaient séduite. Aujourd'hui encore, elle se demande pourquoi ce Crame, si pathétique, d'un intérêt si littéraire, n'a jamais été repris. Le rôle de la duchesse, si merveilleusement interprété par Rousseil l'Odéon, a de quoi tenter sa meilleure amie. La série des représentations continua, malgré l'inondation qui de Toutou avait submergé tout un quartier, se répandait sur Bordeaux. Tout lé bas de la ville était envahi par la Gironde. Marie joiia, au dArc de Gounod et de Barbier quatre mille francs furent préfet de Bordeaux, pour les sinistrés. Ce fut avec cette pièce qu'elle clôtura ses représentations, et les musiciens de l'orchestre,, les chœurs, les petits' emplois, firent l'abandon d'une journée de leurs appointements pour lui offrir une superbe couronne de lauriers. Elle revint à Paris, où l'agence M à Grau, un superbe


engagement pour Eîlè n'était p$s- encore mûre pour les grands voyages; l'esprit d'aventure ne lui pas encore soufflé sa fantaisie Elle l'engagement que lui offrait; pour l'Italie; le imprésario; Elle mit ses amis en campagne pour lui ;avoir des lettres de recommandation, d'abord pour Naples, où l'on devait jouer deux mois, à Oh ce voyage! désir', transporter sa troupe avec le moins de frais- possible.

Embarqués a un voilier qui ne tenait pas la mer,, les artistes montraient trient, dans les conditions qui offrent le moins de sécurité sur des bateaux désignés souvent pour aller au chantier: L'aimable et spirituel imprésario-compositeur s'était bien gardé d'accompagner ses artistes il' s'était car 10 -trempa' essuyé la plus affreuse tempête qui se • perdue


f passade dont stridents et sede pluie, chaque instant, il semblait JL'eau envahissait les couloirs batterie de cuisine, les uns après les autres; tout le long^du corridor, avec un Jbruit de vaisselle brisée et de vieille ferraille; on entendait, les clameurs -aies pasles uns malades, tombés des «ou- à tout, sauf à la. souffrance qui les torturait; les autres se lamentant dans la. nuit- sombre, toutes lumières éteintes, s'appelant, criant, hurlant, se répandant en invectivas contre tous, surtout contre le directeur' qui; les avait embarqués sur ce sabot

les lueurs .des éclairs se firent moins


pont, ayant dormi, sans s'en douter, un temps indéterminé. Les gens du bateau, matelots, mitrons, valets de chambre, avaient réparé le dommage, épongé l'eau des couloirs, réintégré la batterie deployé les tentes sur le pont, où de petites tables étaient installées. Chacun, oubliant les transes passées, s'épanouissait aux rayons du soleil, sur une mer d'huile, dans une bonne humeur communicative. Celui-ci récla- mait une verte, cet autre un vermouth, toutes les variétés d'apéritifs. Il était trois heures. « Dans une .heure, nous serons à Naples, » dit le capitaine, un vrai type de gabier.

On se prépara les dames se firent coquettes la poudre de riz et la pommade au raisin pour les lèvres marquaient leurs inten- tions conquérantes

Par un soleil radieux comme une bienvenue, on entra dans la baie de tapies. On dit que la baie de Rdo-de-Janeiro est plus superbe encore Marie, qui n'était pas allée au Brésil, était en extase, joignant lesmains et se disant: «Certes, il y a un Dieu Comment appeler le créateur de semblables merveilles? »


Il lui vint le désir inconscient de s'agenouiller. Le rivage tournait en -ellipse indéfiniment, comme un cirque immense; les jardins s'étageaient sur les hauteurs de la rive, à limitation des jardins aériens de Babylone suspendus entre le ciel et la terre l'île merveilleuse de Capri évoquait toutes les vo- luptés séculaires qu'elle abrita, comme une autre Cythère, et le panache du Vésuve, audessus de cette scène d'une douceur magnifique et puissante, blanchissait le ciel de turquoise.

On avait recommandé Marie VittoriaHôtel, sur la Chiaia. Après le débarquement sur un port tout grouillant de monde, ce qui Tétonna et là charma, ce fut la gaieté universelle, toutes les figures épanouies, le rire aux lèvres. Elle montra avec sa femme de chambre dans une voiture découverte, et prenant avec elle les sacs et la malle de cabine, elle laissa au régisseur le soin de faire porter les bagages: On suivit le port qui aboutissait à la Chiaia, la promenade $ la mode. Marie n'était pas très ferrée sur le calendrier; elle se crut en carnaval eut pensa qu'elle était tombée en


pleine folie les le cocher était enrubanné, s'agitant, interpellant ses cama- rades au passage, riant avec une exubérance de gaieté extraordinaire; qui avait fini par gagner la jeune femme. Elle augurait bion d'un pays où le peuple avait l'air de vivre.

Elle arriva à l'hôtel et cément au rez-de-chaussée pour elle, deux grandes pièces très hautes de plafond, et une.- troisième pour sa femme de chambre et ses malles. A Naples, l'étage chic est le dernier, le cinquième, à cause des moustiques, qui sont en abondance. Mais vers la fin de no-- vembre, époque tempérée, le retrouve tous ses avantages.

Marie n'était pas fatiguée. Après avoir pris un tub et fait s -rvir lettres de recommandation que lui avaient données des amis et amies. Comme elle ne saembarrassée pour faire parvenir ces lettsea qui ne partaient que dès


lui avait vanté la le Et prier de venir la trouver, et lui demanda le moyen de destinataires. Elles étaient de provenances différentes plusieurs pourtant lui avaient été données par M. contré chez sa meilleure amie; Blowitz, quoique journal anglais, est Itaplus grande partie de ses études en Italie. Le comte K. premier secrétaire de l'ambassade russe, avait écrit le consul à Alger.

Le propriétaire de l'hôtel était absolument intelligent, presque homme du monde, et doigt. Il avait l'esprit et la faconde méridionale". Il, Marie les grands seigneurs «napoli- tains, qui sont pour la plupart blonds et flegIls détestent leur pays que la co- si beau, et portent sur leur face le stigmate de l'ennui Tout les


accable, les excède, et ils n'ont qu'un désir s'évader de cette ville qu'ils n'habitent que par économie. Paris les attire, et cependant ils exècrent la France'et les Français, ne faisant d'exception qu'en faveur de la Parisienne. Marie s'étonnait de ce portrait qui contras- tait si fort avec la belle joie insouciante et expansive du populaire dont elle avait été charmée. Le propriétaire de l'hôtel lui conseilla d'envoyer le lendemain au cerclevants (Buontemponi) les lettres de recommandation qui lui avaient été données pour les personnages les plus considérables. Elle se conforma à cet avis. Dans la soirée du lendemain, ce fut chez elle un défilé de ce qu'on pouvait appeler le Tout-Naples. Chacun voulait connwitre la diva. La ville offrait si peu de distractions Le S&n-Carlo était fermé de- puis la chute de la royauté; il n'y avait que des directions intermittentes. Privée de la subvention royale, l'entreprise ne pouvait vivre l'élément étranger, surtout russe, qui dominait, n'était pas assez nombreux pour ralimenter, et les Napolitaines étaient presque


tous à -la côte, -ne pouvant, malgré leur va- nité bien connue, s'offrir ie luxe d'un abonnement. Quantauxcâfés-concerts,ilsn'étaient fréquentés que par les gens inférieurs les autres ne s'y montraient pas, car le montmartrisme n'était pas encore de mode.

L'ouverture du Théâtre-Français, l'arrivée de la troupe annoncée à grand renfort de réclame, excitaient la« curiosité. Chacun de ceux ,ui avaient reçu des lettres pour recomman-' der Marie pensait arriver bon premier, et faire son effet au cercle, en racontant qu'il connaissait « la Colombier a, dont le nom et la réputation étaient familiers à, tous. Le duc de San-Cesarr montra à la jeune femme une Sympathie toute particulière, parmi les diyers seigneurs qui, instantanément, lui formèrent une petite cour.

Le duc avait vécu plusieurs années à Paris, ayant quitté Naples. lors de la révolution. Il avait dans un souper, par le duc de Fernan-Nunez, dont il étaitl'ami. Il portait beau, avait l'air grand sei-' gneur, la barbe châtaine; il avait épousé unQ princesse Doria réputée pour sa beauté.


ée fruits, à per d'inauguration du cercle des ponî} ou des Bons Vivante

On. appelait ainsi une le fut pris la place San-Ferdinando.

La vie de Naples se passait presque toute entière sur cette place au café de l'Europe et au Grand-Café. Jeunes et vieux, usuriers et procureurs de femmes, ceux qui s'amusent,- -ceux qui flânent et ceux qui grouillaient pêle-mêle. Très sabres bailleurs, tous ces habitués faisaient peu de frais ils ne buvaient que de l'eau, avec des gelait. Le souper était disposé à l'entresol. Le duc d-e San-Cesario avait.fait envoyer une voiture à Marie, pour la prendre à l'hôtel. Ellie se rendit ail café. La fête était -quatre petits salons en enfilade, et l'assis- tance se trouvait au grand complet. Il ne


La naturel'avait peu avantagé physiquement vm tain il a\ it la verve gavroche et le alerte, amusant, il trouvait moyen de plaire à beaucoup de femmes. Très drôlement, il fit à sonnages les plus marquants de la société. Vous voici parmi nous toute nouvelle, lui dit-i1; Naples vous est inconnu, et vous vous trouvez sur un terrain mouvant. Il faut que je vous présente votre Celui-là, c'est le duc de Merigliano, le plus grand coureur de la jours accompagné par un avocat, Luigi Rossi, dans min une femme qui lui vite,


jaloux Sa femme, une belle-soeur de seule il lui permet ner dans une voiture fermée, dont le plancher est même à claire-voie, afin qu'elle n'ait reste fermée à clef Voyez- vous ce beau Tiraboschi, frère du duc par le bout du nez. Il a trois enfants, aucun n'est' de lui. Le dernier est le fils du beau- fils de la princesse Voilà qui embrouillera les généalogistes* de l'avenir. Ce beau-fils, le duc Cici,fet sa Elle Tiraboscni. Quelle famille J grand maigre, un Cubain, qui est poitrinaire. Puis, dans le salon voisin, ce beau garçon, le prince René de comme il se trouvait s'en fut servie, elle déclara que personne


désormais ne devait Prenez le dit le prince. Mais quel ne fut pas son étonnement, lorsque, dînant chez elle, il reQuant au troisième amant de la dame, c'est son coiffeur.

En face de nous, cette figure de faune, c'est le prince Casareale. Il mafrige sa fortune avec toutes les actrices de Naples. Mais s femme ne manque pas de compensations. Elle fait comme les autres toutes ici sont en puissance d'amant.

*Ce grand blond, c'est Charles Balzaroni, î 'amani d'Amalia Gioia, pour qui, en cinq ou six mois, ila dépensé un million et,demi. Ce .petit rabougri est le prince kaffeo Orsatti-, qui est né ônzé mois après la mort de son père. Il est du dernier bien avec une beauté russe, dont un célèbre peintre vient de faire un portrait que le prince lui a payé cin- quante mille francs. Le mari, ne voulant pas que le portrait de sa femme se trouvât chez un garçon, hôtel de Paris mais ses scrupules tenu devant l'offre d'un autre jeune homme,


le duc sieurs fois syndic de c'est le duc de beau-fils de étonnez pas de la ren- contre. Ici c'est Ainsi Melissano égrenait le chapelet des scandales, riant lui-même de-t-oua'.0e,raconces deux gamins de vingt ce sont deux princes et pour maîtresse une chiqué. en stimuler a


Vite, on la console avec un cadeau encore plus brillant. payé à son cinquante ne voulut pas rester en arrière, d'autant plus, vaniteux qu'il. est bâtard et fils d'une actrice française. Il acheta mille francs, engageant l'héritage

un poulet de son amie

L'idiot vient de me donner des émcraudes ton Nicknemon- sella), que va-t-il te donner?

» Que j Il exige de je mette des gants noirs jusqu'aux aisselles et que

et toi, viens, pour passer une soirée ensemble.


• » Je vais dire que ma mère est malade, et toi trouve une autre excuse. Allons passer une nuit à Capri ou à Sorrente. »,

Fusella, furieux, rompit avec la Ferrera, et Castracane imita son exemple. Ils se consolént ,de leur commune déception d'amour dans une mutuelle amitié, et passent leurs? journées à jouer ensemble au Bézigue.

Ce vieux, là-bas, c'est le duc d'Asciutto, auteur dramatique, plein d'esprit; il est affligé de goûts étranges. Quand on lui demande quel plaisir il y trouve «Un plaisir douloureux répond-il.

Cet homme apoplectique s'appelle le comte Henri Statella,- mais nous le surnommons le Bœuf-à-la-Mode. Voici le très correct chevalier Mario de Belgiojoso, dit le chevalier Beau-Visage, et à cette table, les trois anabaptistes, trois gentilshommes milanais, élégants et blonds. Voici Fontana, blond, égale- ment et dont la moustache rivalise avec celle du duc de Massa, et Calandrino, ce brun à la figureldésagréable. Il a e,u autrefois, à Turin, une fâcheuse histoire de cercle mais à


Naples nous en a de ces *sans aucune fortune, les poches toujours pleines! Bah les dames sont si charitables Voici deux barbes, l'une grise eï Vautre brune. La barbe brune, c'est le duc CivitàGrande, dont la femme vit à Paris et possède l'amitié du prince de Galles. On dit; qu'elle en a même un souvenir vivant, une fille. On sert au, mari une' rente de dix mille francs, et il se tient content. La barbe grise appartient au prince de Cavaradosso. Voici le duc de Caprin qui a pour maîtresse Àngiolina la Fioraia, cette jolie fille que vous voyez là- bas il souffre qu'elle vende des fleurs dans là rue pour vivre. Ce visage sympathique est celui du marquis gnol. Il est marié à la plus jolie femme de Naples, charmante, pleine d'esprit, intelligente, instruite, des allures de reine/ née cet autre-là, en face de vous, le de Perdifumo, qui n'a qu'un, désir habiter Paris.


Et de tons ces fantoecini de la grande comédie napolitaine, qui s'agitent ici entre le ciel èt la mer bleue, que je, vous ai montré les fils, du caprice et de l'intrigue qui les font mouvoir, vous attendez sans doute, madame, que je vous apprenne aussi qui je suis. Si les vous ont intéressée, vous voudriez connaître aussi celui qui vous les fit voir. Oh! mon Dieu, mon histoire est très simple, madame. Je suis bâtard. '(Ceci une souveraine désinvolture qui en palliait le cynisme.) Quand j'ai su qui était mon père, je l'ai forcé à me reconnaître; c'estpourquoi je suis le prince Melissano, un prince bien ennuyé; je vous le jure. c'est Paris qu'il faut a-mes appétits intellec- tuels, et sans doute vous m'y verrez quelque jour.

Et elle l'y vit en effet. C'est même lui qu'elle a pris plus tard comme modèle pour le principal personnage de Cour te et Bonne. Il s'est brûlé la cervelleau cercle de l'Épa- tant où il avait pris logement: II était quatre heures du maMn. !Un dor


mestique du cercle entra suivi d'un cocher de fiacre et s'avança brusquement.

Mais si, vous avez laissé après avoir marché longtemps dans la campagne. Le bruit courut de table en table. Enclore une farce de San^Cesario On prit des fiacres et l'on partit en file indienne. Le cocher avait dit vrai, .Sun-Cesario s'était tué. Il avait fait de fausses signatures pour avoir de quoi donner des fêtes à la Filarmonica,.

Le temps a passé sur tout cela quelquesuns des acteurs de la comédie napolitaine sont morts; d'auties sont bien changés. Le prince Castracane est venu à Paris, il a épousé une Vega Fusella ruiné, portant des bottes trouées et des plastrons de chemise. sans chemise, s'est refait par son mariage avey une filîe de madame Hepworth, est non de M. Hepworth. Mais le maladroit s'est brouillé avec sa nouvelle famille M. Hepworth lui fait une petite rente, à condition de ne ja-


mais se montrer à Paris ni !en Angleterre. Et voilà un prince, un Fusella. qui, pour des appointements de maître-d'hôtel, renonce même à voir ses enfants Un jour, n verrons sénateur ^'Italie.

Les deux filles du prince Merigliano ont épousé l'une Giovajmini Valiente, qui- ressemblé à Alfonso de Aldama; et l'autre, le prince de Celengia. Les'deux mariages ont mal tourné. Marigliano vit encore il est très vieux; hébété, la langue pendante, il se mène toujoûrs avec le docteur, mais celui-ci nie fait plus de commissions galantes. Et les deux fantoches, vieillis, errent mélancoliquement au soleil de Naples, acteurs falots qui, la farce finie, rôdent encore comme des âmes en peine, autour du tïiâtre. On dirait la décrépitude de la comédie italienne. Après la conversation avec Melissano, Marie connaissait son public aussi bien'que si elle avait habité Naples depuis longtemps. Après avoir discuté le choix de la pièce qui servirait de début pour les représentations, on s'arrêta au grand succès de l'Odéon, les


Danicheff. Marie devait j ouer le rôle de la princesse Lydia, créé de façon si charmante par Antonine, à Paris. La pièce était nouvelle à Naples, elle donnait satisfaction à la colonie russe.: c'était parfait. Mais on avait compté sans l'empressement du public tous les Russes donnèrent au bureau de location comme un seul homme, renforcés encore parlers officiers de l'escadre qui avaient fait escale dans la baie de Naples avec le vaisseau-amiral du grand-duc Alexis, et le soir, toutes les bonnes places avaient été retenues. Ceux qui n'avaient pris que l'abonnement habituel,-c'est-à-dire des entrées, ne purent trouvera se caser. De là,grande animosité contre Marie que l'on rendait responsable du mécompte « Ellè, joue une pièce russe Il lui faut un public russe! Que n'est-elle allée en Russie, alors!» Ce fut bien pis, quand, dans le courant de la soirée, à un entr'acte, des Napolitains, étant venues la complimenter dans sa lôge^ trouvèrent porte close. Nazimoff était venu avec le grand-duc Alexis, à qui il avait présenté la comédienne.



CHAPITRE VÏI

Le vaisseau Déception d'une étoile filan.te. Une fête chez l'ambassadeur de France à Berim. Amours et intrigues diplomatiques.

La guerre était déclarée entre la Russie est l'Egypte. Le grand-duc Alexis, avec son escadre, attendait dans la baie de Naples le moment d'éprendre part.

Adorant Paris et le théâtre français, il passait la plus grande partie de ses soirées dans la salle etlesentr'actes la loge de Marie il s'amusait à détailler les toilettes de« Celles-ci sont de telle maison, dé maître, cri- une sûreté


rentrait à l'hôtel de ses croisées elle apercevait le grand-duc se promenant sur laquai qui mène/1 la Chiaia, avec son chien. Les chiens du grand-duc ont toujours été célèbres celui de cette époque était un superbe bull-* terrier. Le prince aimait à bavarder avec la jeune femme il s'appuyait sur la balustrade de là croisée souvent il entrait, acceptait une tasse de thé. On causait de Paris, des artistes, des pièces nouvelles. Un jour, la conversation tomba sur Léonid Leblanc, et, dans l'entraînement des racontars, Marieselaissaallera direj « On prétend qu'elle a eu une maladie h. Dites malheureuse, » interrompit le grand-duc. Délicate atténuation qui prouvait toute l'humanité de ce fils d'empereur, frère d'empereur, et qui devait le devenir luimême, à défaut de postérité impériale directe. Marie avait le très grand désir de visiter, le vaisseau-amiral. Il paraît que les dames n'ont pas facilement accès sur les navires de guerre; mais cette mesure ne pouvait gêner leigrand-duc et, pour satisfaire le caprice de la comédienne, une partie fut organisée. Une barque conduite par douze rameurs


vint prendre au port les invités. Les douze avirons frappèrent l'eau en cadence, la rive s'éloigna deux autres bârques suivaient l'une portait un orchestre qui fît entendre la Vie pour le Tsar de Glinka. La musique triste et farouche était rythmée par les coups de rame. La mer, le ciçl, les montagnes bleuis- saient uniformément sous la caresse dorée du soleil. ̃ On aperçut la frégate russe un cri rauque d'appel en arriva, auquel répondit le patron du canot. On accosta après avoir gravi l'échelle, Marie apparut la première à la coupée l'officier de quart s'avança, très droit, la tête nue; le maître de quart donna un long coup de sifflet, le signal des honneurs. Les matelots se tenaient respectueuse à distance, presque tous blonds moustaches fines; barbes en éventail. Plusieurs portaient des lunettes, ce qui, avec leur air un peu gauche, à cause des étrangersqui les intimidaient, leur donnait comme un faux aspect de professeurs allemands. D'autres étaient forts, largues d'épaules, comme il sied aux descendants d'une race héroïque.


d'hercule du puissiante mais toute la finisse de sa race sur ce front

la pensée toujours en travail s'attestait par de vigoureux renflements. Il avait la peau légèrement veinée de bleu. bien cette moitié et de grâce. La majestueuse beauté du prince frappait décor où elle apparais- était ornéi au milieu, 4


faite de pavillons drapés* Les ferais profusion étaient contenues dans supports de petits dans tous les coins des miroitements farouches et clairs d'acier poli, baïonnettes, fusils; haches d'abordage, disposés avec une originalité barbare et recherchée.

Cependant, par les sabords, entraient des bouffées de musique ardente taient des airs napolitains, que l'on jouait pour enchanter le: repas de fête, quialangui des flots dans le golfe napolitain, et de l'harmonie divine. Mais le rêve unit comme tous les i» .Marie demanda sa pelisse, et, présentant au grand-duc ses hommages reconnaissants pour la féerique hospitalité de cette journée^ elle. prit congé de lui. Le général, chargé par leprince elle dans le canot. C'était madame Varaey, femme de i'iia- presario, qui était l'étoile la voix était encore bette, mais fatiguée toute


la science de l'artiste n'y pouvait stippléer, et la femme comptait trop d'automnes pour tenir un répertoire qui exigeait le charme exubérant, l'émotion et la belle humeur de la jeunesse. Les souvenirs de la troupe de iMeynadier ne pouvaient être effacés par la troupe nouvelle. Varney., compositeur et chef d'orchestre, avait surtout engagé des musiciens, des chanteurs d'opérette et des choristes. Marie et un jeune-premier étaient lès seuls vartistes de comédie.

La pièce de début, les Dânicheff, avait été répétée et montée avec soin, Mais le succès des trois premières représentations épuisa le i public étranger.

Les Italiens, vexés, s'abstinrent. D'autant plus qu'il était bruit de rouvrir San-Carlo. Une entreprise milanaise en courait la chance c'était la maison Sonzogno, qui édita Verdi. On offrait même à la soeur' ment: pour venir danser un ballet Après bien des tergiversations, elle opta pour Berlin, où le frère de la grande Taglioni était maître de ballet.. La pensée de se perfectionner sous là di-


rection d'un tel professeur décida son choix. Elle était humiliée de ce qué le contrat passé avec M. Halanzier n'avait pas été exécuté intégralement il lui était pénible de rentrer à l'Opéra, sans engagement déterminé.

Temporairement, elle avait accepté la situation offerte mais' aussitôt qu'un engagement se présenta, elle résolut de partir, Marie apprit tout à coup son arrivée à La danseuse ne tarda pas à se repentir de ce que sa. soeur aînée appelait une fugue. Elle devait remplacer une danseuse, made- moiselle de Froshdorff, qui était malade depuis deux ans. Celle-ci se rétablit subitement il fut convenu qu'elle ferait sa rentrée dans le ballet qui devait servir de début à Amélie Colombier. Il y aurait dans ce ballet deux premières danseuses.

Mademoiselle de Froshdorff, très aimée du public et de ses camarades, et, de plus, protégée, par le surintendant général de l'Opéra et desbeaux-arts, Mgr de Hulsen, avait toutes les chances pour elle.


se disait qu'il pousr quatre premières danseuses. Les deux autres rivales étaient depuis à Paris et qui tenait la barre avec beaucoup d'autorité sensé se sentait en avec mademoiselle de velle et étrangère. Elle comprit la folie qu'elle avait. faite, et elle accabla Marie de lettres, de dépêches; la suppliant devenir, de la soutenir de sa présence. Marie avait toujours tendrement chéri sa sœur, lui disait justement un jour « Si vous aviez fait pour vous la moitié de ce que vous avez fait pour elle, il y a longtemps queriez sociétaire à la Comédie-Française. ? A cet appel désespéré, elle quitta tout. Varney en profita pour ne pas payer les appointements échus à la comédienne; et reporter tous ses efforts sur l'opérette. La jeune femme ses rendit à Berlin, à to* > vers le Tyrol, voyageant trois jours et deux nuits, sans vouloir s'anèter, tant elle avait


Arrivée dans la nuit, elle assistait le quand elle aperçut en bas, dans le hall, les uniformes des officiers prussiens, casque en tête, son sang ne fit qu'un tour, et elle près continuer la descente, curieux de ces hommes qui se tenaient rangés sur le pacage des étrangères! Depuis la guerre, il y avait six n'avait pas revu les vainqueurs de la France en se trouvant à coup, en face de l'uniforme tant elle sentit son sang de chauvine se figer; son Coeur Mit presque cessé de ©©minant son émotion, baissait les yeux, elle suMt sa sœur. Celle-ci avait passé le temps de la guerre, du siège et de la Commune, au fond des campagnes de la Creuse/, où lui arriwait seulement l'écho des fracas Puis, elle était tpop ©mie pour sentir viveïn^irt, et l'émotion de son aînée


avait été attribuée long-voyage. Les débuts d'Amélie Colombier avaient lieu le lendemain. Au bout de huit jours, les craintes se justifiaient l'engagement de trois ans avec deux mois d'épreuves était résilié. Ce fut un désastre, un effondrement de toutes les espérances, et, naturellement, on en chercha toute espèce de raisons, hormis la véritable l'insuffisance d'un talent qui n'a- s'imposer. La danseuse avait reçu un mois d'avance à Paris le mois qu; restait à toucher était absorbé par la note du grand hôtel, où elle était descendue avec sa femme de chambre. ,Que faire ? -Pas d'argent, pas. d'engagement. Elle ne voulait pas rentrer en France elle avait annoncé, à ses camarades un engagement de trois ans, car, dans voyant, les deux mois d'épreuves ne comp- taient pas. Elle ne voulait revenir qu'avec la certitude d'une autre situation.

Encensée par sa mère, qui adorait en elle l'enfant de\sa jeunesse tardive, par sa soeur qui avait mis à contribution ses amis pour


faire son éloge de confiance, elle s'imaginait être une déesse de la dansé, proyant^de bonne foi tout ce que la tendresse fraternelle faisait Dans le désir de concilier à sa sœur le plus de synipathie possible, Marie avait été très aimable avec tous, notamment avec Paul Taglioni., Le maître déplorait le début sensa- ? tionnel avant le complet épanouissements d'un talent qui avait encore grand besoin d'exercice et d'étude. Désespérant de faire revenir la direction sur sa détermination, Taglionr s'offrit à donner à Amélie Colombier, gracieusement, ses conseils, pendant tout le temps de, son séjour. Il désigna un de ses meilleurs danseurs pour en surveiller l'application, et lui faire faire les groupes. Il expliqua à Marie comment, après un succès, teï ballet, ou plutôt telle pantomime à grand spectacle créée par lui, était montée dans le monde entier, à Vienne, en Russie, en Italie, en Amérique, par ses élèves qui étaient devenus ses collaborateurs, et se ré- pendaient dans tous les pays. A ce moment Paul Tagîioni avait' soixante-douze ans; sa


classes de danse. J'ai formé tout ce monde. Nous sommes une grande famille dont pereur est l'aïeul, le patriarche; il noms de tous et de toutes. Il les a vu- enfants, il note leurs progrès. L'Opéra est une dépendançe de la Cour ral, Mgr de Hiilsen, mais pereur qui gouverne rien ne se fait qu'avec son approbation. Quand il y a un ballet nou- veau, sitôt qu'il est assez au point pour qu'on essaye la mise en scène, il vient aux répétitions dt donne ses conseils toute la figura- tion marche comme un bataillon, au commandement et en mesure. Il n'y a pas de re- présentation qu'il n'y assiste, le plus souvent dans sa petite loge d'avant-scène durez-dechaussée. Puis il vient dans les coulisses, au » L'Opéra est entretenu sur sa cassette par- quai est pwir lui le premier des- .arts. 'S'est.


les arts en effet; sont compris dans celui-là; l'intelligence dramatique, la mimi- mie et le geste, le sens de la ligne et de l'harmonie, en même temps que la virtuosité elle, adore la comédie français elle a son théâtre, sont tous Français, et aussi son secrétaire, qui lui sert de pereur vient peu à la Comédie, c'est un événement quand on signale la présence de l'impératrice à l'Opéra.

Quand votre sœur est arrivée, elle n'a pas su se faire d'amis; elle a critiqué à tort et à travers, trouvant le s danseuseslaides, vieilles, sans élégance. Tout cela, répété, commenté, a rendu sévère et exigeant. Si elle avait tenu ce qu'on espérait d'elle, cela n'eût rien été. Mais nos secondes danseuses lui sont supérieures. Il était dov.c difficile de la maintenir à une première place. »

dans la troupe de plusieurs camarades de Paris et même du Conservatoire. Pour accédor au


désir de sa soeur, elle se décida à attendre près d'elle qu'elle eût trouvé un engagement. Mais comment faire, sans argent, sans ressources ?.Qn résolut |T abord de quitter Kaiserhof-hotel, beaucoup trop dispendieux, et l'on prit un petit appartement meublé. La. femme de chambre ferait la cuisine. Marie écrivit à un ami, Charles Bocher il lui donna une nouvelle preuve de son amitié en lui envoyant par courrier des lettres de recommandation pour notre ambassadeur, lie comte de Gontaut-Biron, et pour le duc de Ratibor, frère du prince de Hohenlohe, ambassadeur à Paris. Le comte de Gontaut était le type du diplomate, grand, mince^ d'une distinction suprême, d'une courtoisie achevée. Il fit à Marie, qui se présentait sous les auspices de son vieux camarade Bocher, le plus chaleureux accueil, et la pria de venir dire des vers à une fête de l'ambassade, Très fin lettré, il prenait plaisir i lui faire faire des lectures..

Désirant que sa soeur participât à- ses succès de salon, Marie lui apprit le rôle de Zanetto du Passant. Elle l'avait tant entendu


jouer par sa meilleure amie, qu'elle en connaissait ,parfaitement les traditions.

Aux répétitions qui avaient lieu à l'ambassade de France, elle fit connaissance de la petite baronne Mita de Benkendorff, dont le mari, second secrétaire de l'ambassade de Russie, remplaçait provisoirement l'ambassadeur en congé. C'était une jeune femme ayant l'aspect d'une fillette, très simplement vêtue d'une robe noire en dentelle,- sans un bijou. Le type kalmouk s'accusait chez elle par des pommettes saillantes et des lèvres épaisses. Avec son front; bas, ses grands yeux marrons, ses sourcils en ligne droite, ses 'cheveux collés aux tempes, on ne pouvait dire qu'elle fût vraiment jolie, mais quelque chose en elle intéressait un tempérament étrange, à la fois timide et volontaire, en qui l'on devinait toutes les aspirations et toutes les curiosités bref, ce qu'on est convenu d'appeler une nature artiste.

La première arriva. L'hôtel de l'ambassade, grande bâtisse du genre rococo et maniéré qui fut si à la mode au dix-huitième siècle, se remplit de la foule chamarrée des uni-


formes. Le comte étant veuf, les honneurs étaient faits par sa mèGe, la princesse Marie velours broché et de dentelés blanches. elle était mariée au prince Antoine aujourd'hui grand-maître du palais c'est lui qu le jeune kaiser d'Allemagne envoya, avec 1a princesse, pour le représenter aux ainsi doublement honneur à la France, par ce choix d'une Française qui, avait si longtemps présidé avec une grâce incomparable aux réceptions de notre ambasv sade.

La représentation du Passant fut un triomphe pour les deux interprètes. Marie plematique de Berlin, initiée à ce monde spécial dont le code est le' protocole, ou les mœurs et. les usages sont si particuliers. Elle vit de près cette espèce de petite colonie aristocratique, constituée autour d'un s gouvernement, cette suite de fêtes dont se et qui servent de prétexte pour l'échange des co-wtoisies


importance diplomatique.

Marie .y contribua elle, le programme en fut varié ce fut le triomphe de la comédie de salon, inaugurée à l'ambassade de France. Ces succès lations exquises et nombreuses.: le comte et la le baron Mita de Benkendorff, qui avait été élevé par la grande-duchesse,. la femme, née de suite une amie pour la comédienne.

Lesfîve-o'clockde la jeune baronne étaient. renommés pour ses pâtisseries et su ses brioches, que l'on grignotait avec le thé et le chocolat. Le service était fait dans un style éclectique,' mélangé des traditions russes, de l'abondance allemande, et du goût parisien. L'hôtel avait une apparence très seigneuriale. .En haut du perron,, un laquais costumé en moujik débarrassait les visiteuses de leur; manteau un second moujik jetait leur nom dans le salon désert. La première fois qu'elle,


ronne un peu souffrante, étendue sur une marquise Pompadour, la tête une dentelle d'Alenço'n, le buste soutenu par une pile de carreaux couverts sanes, et sur les pieds une couverture de peluche mauve, garnie de qui valait bien cinq cents louis.

On bavarda, on potina, carie five o'clock de madame de Benkendornétait la grande potinière.

Un détail frappa Marie toutes ces dames «fumaient. La blanche vapeur du latakieh montait dans l'air tiède du boudoir. La petite baronne obligea en riant îa comédienne à allumer une cigarette égyptienne que celle- ci approcha d'une jolie lampe à esprit de vin, et porta «ensuite à ses lèvres, avec une, inex- périence qui amusa beaucoup l'assistance féminine.

Un jour, le comte de Gontaut-Biron vint trouver Marie, et lui dit

4- J'ai parié avec lé prince de Furstenberg -que vous feriez jouer Le Rendez-Vous dame de Bdnkendorff et à secrétaire de


compte sur vous ne mon pari. Mais c'est impossible La baronne n'a rien d'une comédienne; jamais dit de vers, et familière simplicité, sont parle pas de son accent, plus développé que les Russes ne l'ont en général. Au premier manque de mémoire, elle restera en plan. Elle n'est même pas soutenue pa* un artiste, un homme du métier M. Lemarchand est aussi inexpérimenté qu'elle. pète c'est impossible.

Voilà un mot qui ne doit pas exister dans la langue française. Je ne puis vous répondre qu'une chose j'aLparié que vous exé- Guteriez ce tour de force. Plus il aura de difficultés, plus vous aurez de mérite.

Vaincue par les éloges de l'aimable ambassadeur,

J'essaierai.

Elle essaya et réussit. D'abord, ce fut un vrai cauchemar que ces répétitions. La petite baronne était insaisissable. On l'attendait d'Autriche, ou


pour entendre une de Vienne. Elle entrait en coup de vent, répé- tait cinq minuties, vailler sérieusement son rôle elle professeur fut étonné de l'ardeur extraordinaire que l'élève apportait à sa tâche, recommençant géant les mouvements et les attitudes.

La première eut lieu à l'ambassade de France. Il 'avait grand gala. On voyait, parmi les spectateurs, l'empereur Guillaume, son fils ,qu'on appelait notre Fritz (unscr Fritz), et la princesse impériale, tout à fait charmante de candeur et de dignité. Tous les ambassadeurs,chés étaient présents, ainsi que les princi- paux personnages de la maison de l'enipereur. Sur une petite scène, munie d'une rampe et d'un rideau, on avait disposé le décor de la pièce. le chatoiement *du satin, de la soie, de la gaze, des dentelles, toute la somptueuse richesse des costumes de gala mêlés aux verdures des plantes exotiques. Les uniformes faisaient


étinceler leurs chamarrures-, tandis que les facettes des diamants, disposés en gerbes, en epis, en croissants, en aigrettes, sur la chevelure des femmes, en colliers et en rivières sur leurs poitrines s'embrasaient aux flamme des lustres.

On apercevait le vieux comte Perponcher, maréchal de cour, dont la belle-sceur était grande-maîtresse et donnait des réceptions où fréquentaient toutes les altesses de Berlin l'aide de camp de l'empereur, le prince Henri XVIII de Reuss, de fort belle «prestance, grand chasseur après avoir été amoureux, très aimable et très, considéré. Près de lui, le chef du cabinet militaire, le général Albedy 11, très dévoué à l'empereur, très respectueux des traditions, et qui savait les faire respecter à tous les degrés de la, hiérarchie, avec les formes les plus courtoises il était la véritable main de fer dansvun gant de velours. La. générale, sceur d'une beauté célèbre, la duchesse de Manchester, lui ressemblait, disait-on, avec un peu moins d'agré- ment peut-être, mais avec plus de solidité dans l'esprit est le caractère. Le comte, de


Nesselrodè, grand-maître de la cour, la bonté, la simplicité et la bonhomie en personne sa fille était charmante.

Le comte Paul de Hatzfeldt était, en sa. qualité de secrétaire d'État aux affaires étrangères, le confident et le collaborateur de M. de Bismarck. Celui-ci, avant de lui donner ^officiellement la direction des relations exté- rieures, lui faisait en réalité tenir ce haut emploi depuis assez longtemps. Il 1.'avait débarrassé des poursuites du banquier, chrœder. M. de Hatzfeldt était élégant, abso- lument distingué, et sa souveraine courtoisie corrigeait heureusement la brusquerie de son maître avec les ambassadeurs. Très aimable, très gâté par les'femmes, son nom était souvent rapproché de celui de la baronne de B enkendorff.

Parmi les princes médiatisés qui séjournaient volontiers à Berlin, le comte Otto de Stolberg-Wernigerode se recommandait par sa haute intelligence. Pendant quelque temps, il avait suppléé M. de Bismarck, et s'était tiré à son honneur de ce redoutable intérim. Puis, dégoûté de la vie publique, il se retira de la


cour,; et même de Berlin, où sa femme était réputée comme une des maîtresses de maison les plus charmantes, et excellait à faire les honneurs de son salon.

Voici le corps diplomatique. Le baron de Zedlitz, ministre de Bruxelles, en est le doyen. M. de Nostiltz-Walwitz représente la ^axe. C'est l'homme du calme, de la froideur, de la politesse savante et calculée. A force de prudence et d'habileté, il réussit à défendre les intérêts de son pays que menace d'englober l'avidité prussienne; il évite de heurter de front M. de Bismarck, et ne l'attaque que s'il sent avec lui une très forte maj orité. Il réussit ainsi à neutraliser en grande partie l'hostilité perpétuelle e sourde du chancelier. Madame de Nostiltz esi une personne de tous points agréable, et d'un esprit brillant.

Il n'est pas de plus aimable 'homme que le comte Hugo de Lerchenfeld. Il a voyagé longtemps, et, ayant beaucoup vu, il a beaucoup retenu. Il a pris, à courir le monde, un sceptitisme délicat qui est en même temps une élégance intellectuelle et une arme diplomatique. Nul n'excelle davantage au maniement


des hommes: et des grands amis et des meilleurs collaborateurs de auquel il a été recommandé par son fils Herbert.

le heim, est fort biea. encour on a pour lui toute espèce d'égards. C'est que la souveraine de Bade, la grande-duchesse, est fille unique de L'Empire d'Autriche était représenté par le de France, un diplomate de race, selon, la tradition de Metternich. La. comtesse était bienla femme née pour être admirée et pour figurer à la"cour, au nom d'un grand pays, avec son élégance etsa beauté qui s'imposaient sonmari était son premier courtisan*. Un attaché militaire représentait la Turque un très bel homme, qui Sa tâche était des plus difficiles en uni moment où la était., en guerre avec son gouvernement l'autorité- du diplomate^


merveilleusement belle elle avait quarantecinq ans, mais il était impossible de lui- en donner plus de trente. Il n'était bruit que de p passion qu'elle avait inspirée* au fils princo de Bismarck. C'était le secret de Poli- chinelle, on en parlait tous les salons on disait que la princesse se perdait, que son mari nnirait par ouvrir les yeux et les oreilles. C'était un vieillard très amoureux de sa femme, rongé de soupçons et d'anxiété continuellement empressé près de' tout le monde pour apprendre quelque chose sur le mystère qu'il pressentait. Mais les convenances diplomatiques recouvraient de leur manteau les amours du prince.

Autant que le mari, on plaignait le frère de la comtesse seigneur hongrois, possesseur d'une immense^ fortune, et qui jouait près d'elle le chandelier.

Uln jour, il s'était accroché£enrière la voiture de la bien-aimée, comme les gamins derrière les fiacres, est il avait partrois heures qu^à


deux lieues de la où la princesse avait un rendez-vous avec Herbert. Ainoî bafouée, sa passion s'exaltait. Il achetait toutes les fleurs de Berlin. pour, en joncher le chemin de son idole. Il avait venir de Hongrie un orchestre de tziganes, la princesse ayant manifesté le désir d'entendre cette musique que Paris n'avait pas encore banalisée.

Un jour, on apprit que la princesse Carolath, pour être plus libre d'aimer sous des cieux lointains, s'était envolée vers l'Italie avec Herbert A cette nouvelle, le désespoir de ce malheureux faillit lui faire perdre la raison. Peu de mois après, tous les joi^naux annonçaient la maternité tardive de la princesse et l'abandon de son [amant. Le chan- celier de fer, avec la rigueur que ce surnom indique, avait mis son fils en demeure de rentrer en Allemagne, mais on insinuait que l'obéissance n'avait pas coûté beaucoup au Comte Herbert.

Ha comtesse de Schleinitz est une Mettërnich qui serait jolie. C'est une intelligence aussi variée et aussi étendue qu'elle estori-


girtale et pénétrante. Infiniment trop spirituelle pour qu'on puisse l'accuser du moindre b&s<-bleuisme, elle a cependant toutes les eu riosités et toutes les aptitudes intellectuelles d'un homme. Elle s'entend aux questions sociales, et c'est en même temps un juge fin et exercé des diverses littératures. Sa haute raison lui fait apprécier avec indépendance les personnes et les choses, sans l'étroitesse d'aucun préjuge, est cependant c'est une nature d'une aristocratie exquise et recherchée.

Elle possède, à cause de son mérite et de son charme, une telle influence, que le chan- celier lui a fait l'honneur d'en être jaloux; il l'a priée dé cesser ses réceptions, et elle en est arrivée peu à peu à fermer ce salon qui était un foyer incomparable d'où rayonnait sur Berlin tant d'intelligence et de grâce. La comtesse de Schleinitz a été une des meilleures est des plus ardentes protectrices du génie wagnérien. Avec sa merveilleuse compréhension de l'esthétique musicale, elle à su apercevoir les origines profondément germaines de l'art nouveau, et quelle ardente


vie nationale respirait sous les symboles et les allégories du maître qui découvrit l'Or du Rhin, c'est-à-dire Tor de la légende allemande..

Le comte de Schleinitz, après avoir été ministre des affaires étrangères, est devenu ministre de la maison de l'empereur. C'est un homme d'une intelligence raffinée et d'une bonté exquise.

Marie se multipliait. Un boudoir avait été mis à la dispotiôn de la petite baronne ses femmes de chambre l'avaient transformée en loge improvisée. Elle était donc installée devant une toilette duchesse, où, d'après les ordres de Marie on avait disposé tout ce qui est nécessaire aux actrices pour l'élabora- tion de cette beauté de théâtre^ beauté factice qui pour ellesf est la véritable, car « elles sont déguisées quand elles sont autrement ». Le maquillage était ici pensable, à cause de la rampe qui avait été installée pour la représentation comme, dans un vrai théâtre. Malgré la résistance de la petite- baronne qui riait,


«damt queMarie la chatouillait avec ses brosses, la comédienne se mit en devoir de « faire la tête » de son élève avec autant de conscience .que s'il se fût agi d'elle-même.

Après avoir enduit le visage de cold-cream, elle l'essuya, puis elle passa du rouge en pâte sous les paupières, l'étendant légèrement jus- qm'àla naissance descheveux vers les tempes .eUe en mit un peu au menton, pour marquer la fossette. Puis, prenant dans le creux de la main un peu de blanc gras, elle l'étendit, et du bout des doigts, elle en passa légèrement surtout le visage, ayant soin de l'égaliser et de le fondre parfaitement le rouge sous le blanc garde à la peau la transparence. Elle épongea ensuite avec une âne batiste, puis, avec une houppe qu'elle passa sur le visage, .après l'avoir secouée, elle mit un peu de poudre teintée de jaune et de rosé à dose égale, la baronne étant brune. Avec- une brosse douce en blaireau, elle enleva la poudre, puis à l'aide d'une petite houppe de cygne, elle acheva de fondre les tons avec du rosé en poudre très pâle, pétale d'églantine. Avec une estompe, chargée de khôl bleu, elle


allongea la commissure des paupières; elle accentua les lèvres avec du carmin.

La. figure de madame de Benkendorff était Lapetite baronne aurait dû j ouer le RendezVous en robe de ville le rôle l'exigeait ainsi. Mais il fut impossibledel'y décider. Elle voulait montrer sa robe de cour sur les planches elle lui allait si bien, et. on la verrait bien mieux.

Laferrièïe lui <a?&it expédié une toilette, la robe et le manteau: le manteau de 'cour sorti en velours émeraude tout brodé d'or, doublé de satin blanc et garni d'Angleterre. A chaque oreille, une grosse clée de brillants, au cou un collier de chien, fait aussi d'énormes émeraudes entourées de brillants, aux poignets des bracelets, formés par plusieurs rangs de perles, d'un orient magnifique.

Elle n'avait pas d'autre crainte que celle de manquer de mémoire, pas là moindre émo- tien! Marie, qui connaissait les point faibles, servait de souffleurdans la coulisse. Lapetite baronne stupéfia tout le monde par son


lente, si timide, était, sur les planches, d'une quait à merveille tous les conseils de son ments qui lui donnèrent presque droit de Le lendemain, l'ambassadeur envoya Marie cinquante louis pris sur le pari qu'elle



diplomate. L'am- qoand elle croisa le fils de l'ambassadeur de- Surprise du ton, elje regarda le jeune


Alors, vous ne savez rien

Mais non, quoi? que se passe-t-il?

Comment? vous ne savez pas que la baronne de Benkendorff a failli mourir, qu'elle est restée quarante-huit heures en catalepsie?

--Mais,non je ne sais Mais si, voyons 0 est vous qui en êtes Ah bien! elle est forte, celle-là

Voyant que décidément elle ne comprenait pas, il s'expliqua. La baronne s'était fait une éraflure avec un canif, et y avait introduit du curare que lui avait donne Marie heureusement le poison était éventé,, eton avait pu la ranimer après quarante-huit heures de soins. La jeune femme se souvint alors de la façon dont la petite baronne s'était trouvée en possession de la drogue infère nale.

A un de ses five-o'clock, madame de Benkendorff avait mis la conversation sur le genre de-mort dont pouvait faire choix une jeune femme élégante, irrémédiablement lasse de tout, ou réduite a un parti extrême. Tout le


monde avait donné son avis on. avait parlé vv de la:noyade d'Ophélie, descendant le fil de l'eau avec le doux sourire de l'amour sur ses lèvres éternellement closes, de la rosé empoisonnée que respirent les amants romantiques, de la culbute d'Indiana avec Sir Ralph pardessus la cascade, de la bague vénéneuse du Sphinx et de l'aspic de Cléopâtre, sans oublier le vulgaire réchaud des couturières misés à mal par leur petit clerc d'avoué.

Vous ne dites rien, mademoiselle Colombier ? interrogea la fille morganatique du frère de l'empereur.

Oh moi, altesse si j'étais forcée d'en venir là. Vous voyez ce petit flacon ?. Et elle montrait un petit flacon en cristal de roche à couvercle d'opale, attaché à sa chaîne de montre.

Je n'ai qu'à me faire une égratignure, à mettre un peu de cette poussière en contact axec le sang. Peu à peu les membres s'engourdissent, et on passe sans souffrance de vie à trépas. mais c'est Voilà la mort que je voudrais avoir,, dirent les folles


que fait, mademoiselletenez-vous ce remède à tous les C'est un ami, le Havanais, qui me l'a donné.

Dans ce joli flacon?

Et, le désir d'en faire vous est pas venu?

par exemple. Sur une bête, un chien?

Mais, j'adore les suis sûre de la donné. Il est trop' simple pour mentir. Et Marie venait de rentrer chez elle, quand CI la,, surprise d'entendre annoncer la baronne de. Après son étonnement de recevoir sa visite,, venant de la quitter, la petite baronne l'heure. Marie la lui dit mais


elle se récriait, ne voulant pas croire qu'il fût si tard. Regardez

Et la comédienne lui tendit sa montre.

Elle la prit, et d'un mouvement brusque arracha le flacon retenu par un petit anneau d'or. Marie, surprise de ce geste, la regardait ► Pourquoi lui prendre ce flacon?

Oh! c'est un pari que j'ai tend que ce n'est pas du curare. Je veux en faire

Puis elle s'était sauvée, emportant le flacon Voilà ce que Marie se rappelait. Elle le raconta à M. de Gontaut-Biron.

Eh bien, elle l'a faite, l'expérience! Elle, Marie était affolée. Comment, elle avait voulu se tuer cette jeune ans, ayant une mère affreusement riche et adorablement jolie qui traitait sa fille comme une jeune mariée à un homme jeune, aimable, très bien en cour, chez qui descendaient les grands-ducs de ambitions^ la:. vie contentait tou& ses rêves.


Pourquoi avait-elle voulu la quitter? Quel mystère de souffrance intime cachai donc cette triomphante destinée ? ou bien la petite baronne, frivole et curieuse comme une enfant, avait-elle eu tout-à-coup le mauvais désir de faire joujou avec la mort. Huit jours ne s'étaient pas écoulés que la porte de verte à deux battants en l'honneur de la du- chesse de Manchester; sœur du comte de Hatzfeldt. Le baron demanda à Marie de venir jouer Comme elles sont toutes, avec sa soeur lui ferait le rôle du monsieur qui se j jette, par terre et qui fait tant rire, celui qu'avait joué Porel. La représentation eut lieu. En voyant la petite baronne flirter gracier semant avec le comte de Hatzfeldt et le prince de Furstemberg, personne ne se serait douté du terrible drame ou elle avait aventuré sa vie, et le prince de Sagan, recherchée comme à Paris, la plaisantait sur Téciat encore plus vif de ses yeux.

Un matin Marie eut un mot du baron de Keffenbrichs lui demandant la faveur d'être reçu par elle. Le baron vint la. prier, de la


part de sa femme, de jouer chez elle une petite pfèce d'urr de leurs amis, un Français, M. Gérard, lecteur de l'impératrice d'Allemagne c'était la baronne qui avait été l'inspiratrice de cette pièce, et elle serait enchantée qu'elle plût assez à mademoiselle Colombier pour la jouer dans son salon.

Seulement, dit-il, je vous en préviens vous n'aurez pas- chez nous le public nombreux et brillant des ambassades ma femme a subi un terrible accident qui elle porte un masque qui couvre une partie du visage. Elle a pris le monde en dégoût très entourée, très admirée autrefois, elle a rompu avec toutes nos relations. C'est donc un plaisir tout à fait intime qu'elle désire offrir à quelques plaudir la pièce d'un ami grâce prète dont on lui a vanté le succès dans le monde officiel.

Quand le baron vint chercher la réponse, Marie lui signala un obstacle. La pièce comportait, outre un rôle de soubrette que jouerait sa sœur, un rôle d'homme; qui. s'en chargerait ? Elle n'avait joué jusqu'ici qu'avec des


secrétaires de l'ambassade de: France ou avec sa soeur. Comment faire ? La difficulté paraissait grande.

Marie se souvint que la veille, en rendant visite au théâtre à engagée à Berlin, elle s'était trouvée dans sa loge avec le fils de l'aimable comédien, acteur lui-même qui, revenant de Berlin. Si la chance parti, peut-être séjour et à jouer la pièce. rangea; il resterait., apprendrait et jouerait. Les répétitions commencèrent elles furent charmantes. La baronne était cousine de la princesse Colonna, le grand sculpteur elle s'en réclamait pour se dire un peu de la famille des .artistes, mettant de côté, par une coquetterie aimable, son titre daine, et la richesse que tée son mari, un grand seigneur Marie l'auteur M. Gé- rard. le monde où elle


jouait, surtout à l'ambassade de France. Personne n'aurait pu prévoir à ce moment le rôle que le lecteur de l'impératrice devait jouer dans la diplomatie. Pour le moment, c'était un très petit monsieur, très modeste et qui paraissait fort timide.

Les répétitions étaient suivies d'un lunch dont la profusion et le goût faisaient honneur au cuisinier de la baronne.

Au lendemain de la représentation, celleci vint elle-même chez Marie la remercier du grand plaisir qu'elle lui avait elle la pria de s'offrir à cette occasion le souvenir enveloppe dans laquelle il y y avait mille marks. Au moment de prendre congé, la baronne, se ravisant, dit à Marie raire de

Mais mettre la pièce a votre répertoire, et de la jouer dans les salons diplomatiques où vous avez tant de succès ? vous en serai vivement reconnaissante;


Elle insistait de si aimable façon que Marie promit de faire naître au plus tôt l'occasion qu'elle souhaitait. Une fureur de théâtre et de comédie se mit à souffler sur le monde diplomatique. Chacun voulait jouer chez soi. Le répertoire français fut mis tout entier au pillage. Dumas, Musset, Feuillet, Augier y passèrent. La femme d'un ambassadeur se mit à déclamer devant son miroir; les attachés, suivant une mode qui déjà sévissait à Paris, cultivèrent le monologue. Tous les diplomates, en guise de livre bleu oujaune, avaient une brochure à la.main.

Lord Odo Russell résolut de donner la comédie à l'ambassade d'Angleterre, selon l'exemple de son collègue de France! Le faste de ses réceptions était demeuré légendire à Rome, il n'avait pas décliné à Berlin. Il y avait à l'ambasade un véritable théâtre. Telles étaient les habitudes de ce monde diplomatique, où les attachés appartenaient aux plus aristocratiques familles, où les ambassadeurs étaient tous mariés à des femmes élégantes et jolies, qui, par la façon dont elles faisaient les honneurs de leurs salons,


devenaient les collaboratrices de leurs maris. Madame de Radowitz, qui plus tard vint à Paris, où son mari fit l'intérim au départ du prince de Hohenlohe, désirait jouer avec le comte de Lerchenfeld, ministre de Bavière, une pièce à deux personnages, a l'ambassade d'Angleterre, On proposa et on discuta plusieurs pièces, et il fut convenu que Marie viendrait le soir même en' faire la lecture. On fit choix du Post-Scriptum, d'Emile Augier pour corser le spectacle, on demanda à Marie de jouer quelque chose elle proposa la pièce de M. Gérard, se souvenant de la promesse faite à madame de Keffenbrichs.

Deschamps avait quitté Berlin, un des artistes du théâtre de l'impératrice fut autorisé Les; répétitions avaient lieu a l'ambassade d'Angleterre. Un jour, Marie arriva un peu en avance. Lady Odo était occupée, elle fit prier l'artiste de l'excuser et de venir la retrouver dans la lingerie. La comédienne trouva la grande dame en train de recevoir son linge du blanchissage livre en main, elle comptait, véri~


fiait les piles de Vous me ménagère, dit lady laisse le soin de recevoir, ni de donner niôïi linge. Toute l'Anglaise est dans ce trait les bonnes, les enfants, la nursery d'un coté, le monde et le drawing-room de l'autre.

Marie exprima à lady Qu'avait l'auteur de faire répéter l'ambassade elle serait tout a en lui permettant scène; il y avait un interprète nouveau, et puis: ce n'était pas la même chose de jouer sur la scène de l'ambassade, relativement grande, ou dans un coin dé salon.

^es après-midi se passaient répéter les deux pièces, à commencer par celle où jouait étudiais d'abord son rôle avec Marie, puis répétait avec le comte de rivée de Gérard surprenait souvent les ar- cordialité qu'on témoignait à Marie


partenaire. sen- très réelle pour la comédienne. Le jour de la première arriva M. Gérard s'offrit à servir de souffleur pour les deux tant plus vivement, que Marie occupée, puis- qu'elle jouait, ne pouvait tenir l'emploi. M. Gérard reçut donc une invitation de milady et de lord Le de l'ambassadeur de France, très, potinier, et très au courant dte la gazette il l'aborda en lui disant Eh bien, Comment cela ? Vous ne savez pas? Vous n'avez pas compris? Eh bien, je vais vous dire. Notre monde est très fermé, nous ne sommes pas était tenu à l'index, à cause du poste qu'il occupait et qui est regardé comme inférieur. et


lui demeuraient systématique- conte ̃• La, mère du secrétaire était vendeuse aux Magasins du Louvre. Très ambitieuse, elle rêvait de grandes destinées pour son fils. Elle se 'dit que betta. Oui, mais imagina de se mettre bien avec le ménage au service du tribun çois était devenu Lui et sa femme firent et à sa son venait de mourir, demandait un remplaçant. La guerre avait laissé des souvenirs encore plomatique ne voulait accepter ce poste. Gambetta fit venir le jeune nomme, qu'il avait jugé très instruit et très ambitieux il lui conseilla de près

Se sentant en quarantaine, il cherchait le


cielles vous lui en avez ouvert les portes. Maintenant qu'il a sadeur d'Angleterre, qui donne le la, tous les salons plot a été bien conduit. Le baron de Et là baronne donc Il mérite bien rendre service.

La femme de chambre conter qu'il était une Parisienne très élégante, très jolie, qui cherchait francs de lettres de change, qui lui avaient été souscrites personnellement par le prince d'Orange. Cette fille se trouvait chez madame meublé occupé par Marie, et comme elle comprenait un peu l'allemand, elle, avait en- tendu ce qu'on racontait.


unegante, tâchez de savoir son

tresse que la Robert; Marie la connaissait de nom et de vue une très jolie péTs9nne, et il n'y avait plus de doute sur la réalité de la signature. 'Pour être renseignée, la femme de dit que sa maîtresse connaisle lendemain, la personne qui avait raconté le fait chez par mademoiselle Colombier, introduisit un monsieur qui, abordant nettement la comédienne, lui signature. On lui ouvrirait un


terres, du prix de dix millions de marks, et rapportait quatre cent mille francs; il paierait quand il voudrait, dans un an, dans dix ans.

Quel serait le taux de l'emprunt?

Le taux legai de France, seulement le prince s'engagera à venir tous les ans passer un « minimum » de quinze jours dans le château. Si vous voulez lui porter la proposition, on vous paiera le voyage aller et reperspective., de plus, elle était désireuse de se rendre compte de certaines affaires d'in térêt à Paris. Et puis, dqux cent cinquante gagner, c'était tentant. Elle prit le train. Aussitôt arrivée, elle envoyait un prince, le priant de venir la voir. Quand elle lui transmit la. proposition de l'Allemand,, au lieu de l'étonnement joyeux devant elle, dans un mouvement d'emporte-


tion? Alors vous n'avez pas vu ce qu'on veut .bas-? Une alliance avec la Hollande, un bon- petit port de mer. En exigeant que je vienne passer quelques semaines en Prusse, on pense que je me laisserai prendre, et finirai par me marier avec la fille du prince Eh bien, je n'ai pas le sou, j'emprunte tous les usuriers de bonne volonté pour nourrir m es bêtes de course, mais, j'aime mieux les laisser crever que d'accepter ce qu'on me propose.

Quelques mois plus tard' Marie apprenait la mort imprévue de ce prince si Français. Plus tard encore, elle lisait des journaux qui menaient grand tapage autour du mariage du roi de Hollande avec une princesse prussienne. Elle pensa alors au refus de son fils, à sa mort si triste, après une nuit de carnaval, dans sa petite garçonnière de la rue de Berri. Elle se disait que s'il avait accepté l'offre déguisée d'épouser une princesse prussienne, c'est lui qui régnerait à présent sur la Hollande, et la France aurait en lui un ami sûr. Fallait-il donc maudire le scrupule de loyauté chevaleresque envers notre pays,


qui lui avait interdit cette union, et qui. lui avait fermé le, chemin tant dans cette vie à la fois précaire et folle qui lui devint funeste? aussi leur vie de bohème parfois et parfois ils en meurent. Marie revint donc bredouille à sa >€)Bur .l'attendait. Elle était très humiliée de son échec, c'est-à-dire de s'être laissé jouer, par cet Allemand, de n'avoir pas deviné son but. Elle se demandait quel pouvait être le négociateur; mais roger, il ne revint pas chercher la réponse, prévenu sans doute par la femme de chambre qui avait recueilli tresse: Qu'était-il ? homme de police? vOn toutes les portes à Berlin. Il avait remis d'avance les frais celle-ci se décida au départ, malgré le plaisir qu'elle trouvait au Elle avait honte de quand elle' se souvenait de son impression première, et c'était pour elle un remords


nous avaient fait tant de peine. Toutefois, en les comparant aux Italiens, elle se demandait les ennemis véri- tables d'eux où de ces seigneurs napolitains, blonds, pâles, lymphatiques, aux empreints d'une double lassitude morale et physique, débris de l'ancienne cour des Bourbons, et si différents du peuple, brun, l'œil vif et spirituel?' Elle se les rappelait détestant tout ce qui est Français, ne faisant d'exception que pour Paris, où ils dévenir plus souvent faire la fête faute d'argent. Leur haine pour la nation sœur qu'ils coudoient est si grande, qu'ils ne. peuvent se contenir, et laissent déborder leur fiel en propos répugnants. Ils jasurtout la richesse de notre industries, qui nous ont permis de payer si facilement la dîme de guerre.

la Française n'a rencontré que des égards, et comme un désir de faire ouvainqueur. C'étaient de persur tout ce qui tenait de France ou ce qu'on appelait le goût français.


On pouvait se croire parmi des alliés, en constatant la perfection avec laquelle tout le corps diplomatique parlait notre langue. Car le français est l'idiome exclusif de la matie à cause des facilités qu'il offre pour en exprimer les cial j de même que les mœurs si courtoises des ambassadeurs, leur crée pour ainsi dire une vie à part tout gante.

Ne vaut-il pas mieux d'ailleurs aile cher- cher en Prusse quelques lions abandonnés aux étrangers que d'ou- vrir nos caisses aux Prussiens, qui viennent chez nousr se disant sous ce déguisement, nous exploitent ?

Marie fit comprendre à sa voulait rentrer en France, qu'elle n'avait au- cune raison de prolonger son séjour à Quatre mois des conseils de Taglioni avaient dû perfectionner la'chain engagement lui apporterait le succès On la sollicitait de donner une représen- tation publique.


Elle avec letistes Lançais qui se trouvaient à Berlin, et cette représentation fut assez brillante pour lui permettre de payer les frais de son séjour et de son retour à Paris.

Les hasards de la vie l'avaient conduite; malgré chez nos anciens ennemis; elle avait la tristesse de n'en pas éprouver de re- gret, et ces jours d'exil compteraient parmi les rares jours heureux dé sa vie d'artiste. Elle était rentrée à Paris depuis quelque temps quand elle fit la rencontre du comte secrétaire de l'ambassade le remercia vivement dé recommandation qu'il lui avait faU tenir par un ami commun pour le consul de Rus^'e. Elle avait reçu l'accueil îe plus flatteur de la colonie russe à Berlin, surtout chez les Benelle se répandit en termes reconnaisAlexis. été présentée parété parfait pour elle.

nous aimons beaucoup la France, et les artistes français trouvent


près de nous grand accueil, mais ils ne nous le rendent guère.

'Comment cela?

Quand chez nous il y a un sinistre, quelconque, nous faisons des quêtes, nous organisons des représentations. Eh bien, nous sommes en guerre avec la Turquie et aucune manifestation de sympathie ne s'est produite en* notre faveur. Nous en sommes très éton- nés, très peines, je vous assure. L'argent n'est point ici en cause il s'agit de la réciprocité dés bons procédés. Je vous affirme • que si, à Paris, une représentation ou une quête était organisée pour nos blessés, ce serait très bien vu en très haut lieu.

Marie réfléchit et songea à Villemessant. Elle se disait que le Figaro prendrait certaine» ment l'initiative d'une manifestatiôn semblable. Elle fit part de son idée à son interlocuteur qui approuva sa démarche. Mais, ajouta-t-il, je ne dois paraître en rien. »

Elle alla donc trouver Villemessânt, qui lui donne, son assentiment en principe. L'idée adoptée comment l'exécuter ? Il pria la jeune femme de revenir le lendemain. A cette se-.


conde visite, il hn dit qu'il avait vu le duc sympathie inspirée par les Russes, il était impossible, sans blesser les susceptibilités de la Turquie, de donner une représentation uniquement pour eux. Il fallait qu'elle fût organisée, sans, distinction, pour les blessés de la guerre d'Orient. Ce n'était point a cela que tendait Marie. Après une nouvelle entente avec le duc Decaze, il fut convenu qu'une manifestation artistique aurait lieu sans patronage officiel. Villemes• sant présenta la jeune femme à Auguste Vitu, qui est devenu son ami. Il lui dit dé mettre le Figaro à sa disposition, et de voir à organiser la manifestation au mieux. Une ancienne camarade du Conservatoire, mademoiselle Dica Petit, qui appartenait au théâtre Michel, se trouvait en congé à Paris elle se joignit à Marie. On organisa une tomaffluèrent. M. Michel -Ephrussi, banquier russe, prêta son concours. A l'ouverture de la location, toutes les places M La représentation eut lieu au Théâtre-Italien, aujourd'hui transformé en maison de banque. Tout ce qui. compte


comme artistes part ceux qui n'étaient pas sur la scène étaient 'dans la salle,, à vendre des programmes et desbillets de la tombola, dont les lots étaient exposés au foyer. Marie jouait le Passant avec sa meilleure En organisant sous son inspiration cette représentation au profit des. blessés russes, elle s'acquittait d'une dette de reconnaissance pour la sympathie que la. lettre du comte de Kepnitz lui avait value de la part du consul de Russie à plusieurs années l'alliance franco-nsse.



marient. Retour du bohème pas dorée. Marie, de grand matiii, entendit ouvrir la porte de sa chambre. on sonne de nouveau allez ouvrir, et venez vite dire

elle-même, la domestique rentra, pâle,


blante. demanda Marie, inquiète. qui sont là, qui dame voulait venir leur parlera Mais voyons, on ne vient pas chercher les gens à six heures du matin. Qu'est-ce que c'est? Je ne sais pas. » Et elle pieurerr par gros sanglots, qui, lui secouaient le C'était une femme de chambre très habile, sachant absolument son service mais un caractère rude, âpre au gain. Plusieurs fois elle était partie, pour rentrer. Marie venait de la reprendre encore. Elle la troupe d*Émite Simond, devenu pour la circonstance imprésario. Il s'agissait d'une tournée dans le Nord et dans l'Est on emportait deux et


moîselle Kolb, qui vient çEise, tenait le rôle de Chérubin, Marie celui delà comtesse. La femme de chambre, très habile l'Odéon, Marie les coiffures en réussies, venait de rentrer encore une fois chez elle, pour cette tournée. Son talent de coiffeuse s'était révélé assez drôlement. Marie confiait sa tête à comme celui du poète, et qui n'en était pas médiocrement Mondaines, artistes, son coup de peigne. La lui avait. payé frayant de tout, lé droit d'être coiffée exclu- sivement par lui Bade, et il y perdait, disait-il. Par faveur spéciale, il venait repas de de chambre de Blanche une de ses personne, que Marie, qui jouait la comtesse


dans le Marzage de Figaro, attendit vainement Figaro ,cette fois-là. On vint la prévenir que si elle tardait elle allait mançfuer son en-, trée. La femme de chambre s'offrit à remplacer le 'coiffeur trop fantaxsiste en une minute, elle crêpa, poudra, fixa l'aigrette si n'avait jamais été aussi bien coiffée. En remontant dans sa loge où l'artiste capillaire, tout penaud, attendait, elle le remercia et lui déclara qu'à l'avenir elle se passerait de ses talents. Elle avait donc été enchantée de retrouver à point les services d'une femme aussi habile.

-,Vous emmener? reprit Marie, mais où? et pourquoi des messieurs à une heure pareille? quels messieurs?

Il y a M. Macé, le chef de la Sûreté. Ce. nom fit bondir Marie elle l'avait lu dans les journaux, elle se demanda ce que la domestique avait bien pu faire pour motiver semblable visite. En entrant dans le salon, elle trouva en face d'un monsieur à lunettes, qu'elle reconnut pour l'avoir tu à l'Odéon au foyer, dans les coulisses du


théâtre, où, très aimablement, il avait souvent causé avec elle.

Comment, c'est vous qui êtes M'. Macé? Mais oui. Je ne suis plus commissaire du quartier de l'Odéon je suis aux délégations judiciaires.

Et ,.vous veinez m'enlever ma, femme de chambre? Mais qu'est-ce qu'elle a fait ?

M. Macé dit alors à Marie qu'une plainte avait été portée contre elle par madame la comtesse de Beauregard, qui l'accusait de lui avoir volé un bracelet. Pendant le séjour de l'artiste à Berlin, on avait loué en,meublé son appartement inoccupé du boulevard Malesherbes à une femme qui se faisait appeler madame de Beauregard, et dont le vrai nom était Marie Chaboud. L'ex-fémme dé chambre de Marie était entrée à son service.

On racontait sur la dame des histoires d'une fantaisie sans pareille. Elle était fille d'ùne brave marchande des quatre^-saisons qui traînait la brouette dans les rues de paris, et elle se disait descendante des Bour- bons, fille d'Henry- V. Pour se soustraire à ses créanciers, elleavait achété un yacht et


logeait dans* sa maison .flottante, au Pont- Royal. Elle y donna cipaux chroniqueurs furent conviés. Au- rélien Scholl en décrivit l'aménagement dans un compte rendu tout aimable. Elle avait même chargé Maria, la femme de chambre, de portera Marie une invitation pour cesréjouissances nautiques, ensa qualité de pré- cédente locataire; mais l'artiste déclina cet honneur.

On raconte que, quand les réclamations- des créanciers devenaient trop pressantes, la comtesse de Beauregard .prenait le large. Elle s'en fut en Espagne, à Madrid. Elle avait jeté son dévolu sur le roi Alphonse, mais le cœur du souverain ne se laissa pas séduire. Elle chercha alors à conquérir des seigneurs de moindre importance, mais elle effraya, et fut regardée comme une dan- gereuâe aventurière. Elle et elle établit le siège de ses opérons au Grand-Hôtel. Elle se forma une clientèle: quelques exotiques, qui se racontars," payèrent d'autant plus cher qu'ils se crurent en bonne' fortune, jusqu'au jour


prier d'aller Alors,naux, demandant un capitaine pour son yacht. Son choix se:porta sur le vicomte de Jouffroy d'Abbans, et elle s'empara si bien du jeune homme, qu'elle finit par s'en faire épouser, carcérée dernièrement à Saint-Lazare, mêlée toire de la Dame voilée. Pendant, ce temps, son mari intentait une action en divorce. Jugeant par défaut, le tribunal de Haïphonr lui donna gain de eau se et interdit à la de- jmoiselle de porter ,1e nom de vicomtesse de Jouffroy d'Abbans. Le tribunal de la Seine a confirmé le Marie, qui connaissait la moralité de son ex-locataire, s'en servit pour plaider la cause de la domestique.¥. Macé déclara la nécessité d'une perquisition au domicile que la femme de chambre avait en ville. Celle-ci supplia Marie de ne pas l'abandonner,'d'assister aux recherches. En voyant cette femme


qui l'avait servie pendant plusieurs années, quoique de façon intermittente, aux prises avec une accusation pareille, la comédienne fut vivement impressionnée. D'ailleurs, elle allait partir'dans deux jours que faire, si on lui prenait sa femme de chambre ? En cinq minutes, elle fut prête et monta en voiture avec M. Mac'é. Maria et les deux acolytes suivirent. La perquisition fut longue et minu- tieuse elle révéla à Marie le secret $e bien des disparitions dé lingerie de toutes sortes "mouchoirs brodés garnis de valonciennes, service de table il y avait ,de tout.

M. Macé s'attachait surtout aux bijoux Mais ce ne sont pas des bijoux de domestique, cela ?

Il montrait, entre autres, une bague marquise, pavée de diamants. Justement Marie se rappelait l'avoir retirée de son coffret, dans la joie d'un succès de première, et en avoir récompensé le zèle de sa suivante. Par exemple, elle faillit se trahir à la vue d'une lorgnette en écaille enfermée dans un écrin de velours bleu, aux initiales M. C. Elle la reconnàissait cette lorgnette avait disparu


le lendemain lui en avait fait présent. La physionomie de la femme de chambre refléta une angoisse si grande, que Marie en eut pitié et répondit à M. Macé qui lui disait « Mais c'est à vous. "c'est Votre chiffre? Non, ce n'est pas à moi. Vous voyez, tout elle a le même chiffre que moi. C'est com- mode, » dit le commissaire.

On rie trouva pas le bracelet mais comme la' plainte était formelle, et comme malgré tout M. Macé conservait des doutes, il s'arrêta à une demi-mesure. Maria ne ferait pas de prison préventive, étant donnée l'indignité de la plaignante; l'insistance de sa maîtresse à la défendre lui valait la liberté mais elle restait à la disposition de la justice, -et Marie s'engageait à prévenir M. Macé lorsqu'elle quitterait son service.

Deux jours après, la comédienne partait en tournée. Sa femme de chambre, jadis acariâtre et presque -toujours de mauvaise, humeur, était devenue 'd'une patience, d'une douceur allant au-devant de ses moindres désirs, faisant l'admiration et l'envie des ca-


marades. Elle avait si peur d'être renvoyée! Cette fille donna à Emile Simbnd, le codirecteur de la tournée, l'occasion de prouver qu'il avait plus de de l'opéra..

on discûtait les appointements de Marie elle demandait un certain chiffrë. Masset tenait bon. « Eh bien, dit la comédienne, prenez à votre charge le voyage de ma femme de chambre. Non, non, impossible. » Simond la prit à part: «Acceptez ce qu'on vous offre je. m'engage à payer son voyage sur ma part de bénéfices. » Marie signa. A. la fin de la tournée, on régla lés comptes. Masset retint les frais de la camé- riste Marié réclama. « Je m'en tiens à votre signature, » disait Masset. Survint Simond « C'est vrai, j'ai engagé ma parole à mademoiselle Colombier vous retiendrez la somme surmapart. » Et le compte fut réglé intégralement.

Au retour, Laroehelle, directeur de la Porte-Saint-Martin, offrit Mari dé_- jouer dans la C&use célèbre de d'Ennery. Elle accepta.'Elle se retrouva avec Suzanne La-


gier qui faisait sa rentrée dans la comédie par un rôle épisodique. Depuis plusieurs années, elle s'était vouée au café-concert qui lui donnait de gros appointements.

Marie lui gardait rancune de l'influence qu'elle avait exercée sur-sa vie. Cette femme, qui affecUit la bonhomie et une exubérante cordialité, se rongeait d'envié et du regret de tout ce qui lui avait échappé. Cyniquement elle s'attachait à détruire autour d'elle toute espérance, toute confiânce en l'avenir elle enrageait de voir que Marie né se laissait plus influencer par elle. Elle lui fit toute espèce de taquineries, de « fumisteries » agacée, Marie alla trouver Larocheile, demandant à résilier. Elle ne pouvait lutter avec Lagier, qui avait de l'espriti mais à qui l'on aurait pu dire

Vous êtes, Ma, mie, une fille suivante,

Un peu trop forte en gueule et fort impertinente.

Lagier sentit qu'elle avait dépassé le but. Un matin, Marie la vit arriver avec un panier contenant une douzaine d'œufs. Ils venaient d'un poulailler qu'elle avait dans le


jardin dépendant de son habitation, et, sachant que Marie en était friande, elle avait voulu ainsi faire amende honorable.

Marie avait accepté de* faire le réveillon chez des amis. Gaston Bérardi, invité égale- ment, s'était offert à lui servir de cavalier. Il viendrait la prendre dans sa loge après le théâtre. La proposition avait été faite dans la loge de la comédienne, devant ClermontTonnerre. Il la supplia de renoncer à cette fête et de réveillonner avec lui. Comme elle se dérobait à cette perspective, il lui dit Eh bien, vous avez besoin de cinq mille francs pour votre couturier ? Si vous consentez à réveillonner chez vous, voici un chèque de cinq mille francs sur le Crédit Foncier.

Mathilde Porel première, femme du cama- rade de Marie, était présente

-Accepte donc, dit-elle.

Oui, si tu viens "avec Purel réveillonner. Entendu. Alors, tu vas prendre une voiture et commander le réveillon chez Pôtel et Chabot.


A une heure, on se mettait à table. La charmante Lina Munte qui jouait, elle aussi, dans la Cause célèbre, avait remplacé Marie au réveillon que celle-ci avait primitivement accepté.

Le lendemain était un dimanche, les maisons de banque étaient fermées. Le surlendemain, la femme de chambre revint du Crédit Foncier, rapportant le chèque impayé. Marie en demanda la raison pas de réponse. Auguste Vitu, qui déjeunait avec elle, donna un mot pour la direction on répondit que M. le comte Stanislas de Clermont-Tonnerre était venu retirer ses fonds à l'ouverture des bureaux, lui si paresseux et qui ne se levait guère avant une heure 'de l'après-midi. C'était raide Que faire ?

-Mais abuser d'un chèque sur un établissement de crédit constitue un faux. Si vous tenez à ce qu'il soit payé, vous n'avqu'à l'envoyer au premier huissier venu*; il fera sommation au signataire d'avoir à s'exécuter. *Ce qui fut fait. Deux jours après, Cler-* mont venait en riant, et disait à Marie


Non, vrai? vous m'avez fait sommation

de payer? Je ne vous en aurais jamais crue capable Et de rire. Voilà pourquoi je suis parti de si bonne

heure. C'était pour vous jouer ce mauvais. tour. Tenez, voilà vos cinq mille francs. Et il trouvait très drôle la sa rosserie. Sa nonchalance sa paresse étaient si grandes, qu'il passait ses journées en- tières à flâner, se levant pour déjeuner, se recouchant, ne vivant que la nuit, dînant au cabaret. Puis c'était le théâtre, le souper, et il se couchait à deux, trois heures de la Un jour, lisant Jés journaux au lit, .il bon- dit, poussant des exclamations

Mais, c'est insensé C'est fou On n'a • pas idée de ça ̃ ̃ Quoi; qu'y &-t~il? Mon beau-père qui est mort à Grasse et qu?on vient à Paris, à Picpus Voilà le compte rendu des obsèques 'Et il


En effet, le prince de Rohan avait ramena du Midi le corps de son payent le marquis de Kérieux est présidé oh se trouve le caveau de la famille.

Que doit dire ma mère Elle faire chercher! Vite, que je me dépêche Quant il fut prêt à partir, il se ravisa

Mais. au. fait, tout est fini, on n'a plus besoin de moi. Si je déjeunais d'abord?

Et il déjeuna.

Quand il arriva chez lui, il trouva pêches, des lettres de sa mère qui l'appelait près d'elle, à Grasse ou le marquis venait de • mourir il s'agissait de ramener le corps Paris. Mais. on ne pouvait le trouver. Son valet de chambre ne savait. où il était. Alors son cousin Rohan était venu se mettre à la disposition de la marquise; il avait fait le funèbre voyage du retour, présidé aux funérailles a sa place.

Un peu macabre, tout cela, Oh madame, madame, devinez -Comment voulez-vous que Commencez par le plus court, la fin.


Certes, madame Aussi je le dis tout de suite. C'est M. Henri qui arrive du

la bonne farce levée de' bonne heure pour me pareille plaisanterie ?

Mais madame,

bon; Alors, madame ne Et en enët, avec ses paroles. convaincre sa mai- de molleton, elle ouvrit laporte.

tant pis! Madame, vous l'aurez voulu, puisque vous ne me croyez pas. Entrez, monsieur Thierri. En une seconde, Marie jeta un. cri et se trouva dans les bras de son ancien amant la 'veille) il s'était informe son adresse toujours pensé qu'à elle


II était installé dans les Cordillères Jly y exploitait des mines d'or, et était venu pour chercher les moyens d'établir une usine pour le lavage des minerais les lin-, gots, à cause de l'alliage, occasionnaient des frais de transport excessifs. Il n'employait dans les convois que des mules au pied solide, .qui parfois cependant roulaient au fond des ravins avec tout leur chargement. Après une année de recherches et d'essais infructueux, il avait uni par s'entendre avec celui qui avait découvert les gisements il avait commencé l'exploitation depuis trois ans. Et il racontait cette lutte constante, revolver au poing, contre les bandits réfu- giés en cette terre de l'or et du crime, où- la loi du plus fort règne uniquement, où s'allument toutes les convoitises, où sévissent toutes les violences. Les ouvriers étaient tous Chinois on les louait pour un laps déterminé. Ce peuple est seul assez sobre pour faire le métier de mineur. Quelle exis- faut rester cinq ou six jours dans les entrailles de la. terre; pour touteture et toute boisson, rien la coca à


mâcher c'est un. jeûne comme celui de Succi I Dans ces tendres souterraines se forment des unions étranges, qui resseïn- blent à de monstrueux mariages, avec toutes les passions et toutes les jalousies de l'amour. Bien souvent, pgur ne pas. quitter son com- pagnon, après avoir amasséterminée, l'homme s'engage de nouveau, et de cette cité lugubre, perdue comme la ville infernale de Dante au fond du sol où dorment les pépites, monte comme la vapeur des crimes de Sodome.

Henri Thierri parlait avec sa belle et farouche expansion. Il était devenu un chevalier d'aventures, mai? avec des façons de preux et de conquistador. Il avait l'allure haute, le regard droit,- la. mine fière. Marie était heureuse d'avoir inspiré un amour qui avait ré- sisté à l'éloignement et aux calomnies.

Il restfa p quelques semaines, qui furent une trêve dans la vie de la comédienne. Il fil un traité avec la maison des métaux, et partit emportant la promesse de Marie d'aller le s'était occupé


cément des mines, des travaux à exécuter, mais les logements étaient de vrais campements; on allait édifier1 une usine etune maison il y en avait pour six mois. Après, elle s'engageait à partir, il pourrait la loger. Lui aussi, il descendait aux mines pour des journées, des nuits entières il ne pouvait abandonner une femme dans une cahute à la merci des rôdeurs. Il lui laissa dé quoi attendre les envois périodiques qui auraient lieu tous les trois mois, jusqu'à ce qu'il pût la faire venir. C'était un exil de trois ou quatre ans ensuite ilcéderait l'affaire ou la mettrait en actions, et il reviendrait à Paris, indépendant, ayant conquis par son courage le droit de vivre à sa guise; ils se marieraient, elle serait à lui pour toujours. Tel était le rêve formé par ces deux affamés d'idéal. henry partit donc sans trop de tristesse avec l'espoir de la réunion prochaine. Une après-midi, on annonça à Marie la baronne de Benkéndorff. C'étaMa petite ba> ronne, mais combien changée! Elle était Paris depuis deux mois et était descendue d'abord au Grand-Hôtel, avec le comte de


Hatzfeldt, avec qui elle avaitquitté Berlin. Au bout'd'une quinzaine, la passion du comte était apaisée ill'avait abandonnée, s'en retournant en Allemagne. Elle était demeurée Paris, ne voulant ni de Berlin, o.ù d'ailleurs son mari notait plus sans doute, ni de la Russie où se.trouvait sa mère. Des trois millions* de sa dot, il ne restait rien, et même tout ce qu'on avait vendu ne pouvait désintéresser les créanciers il y avait bien pour deux millions de dettes chez les fournisseurs et les usuriers. Elle voulait vivre à sa guise, de la vie des indépendantes.

vous m'avez dit que j'avais une nature originale je jouerai la comédie cela fera enrager ma mère et mon mari.

Ainsi raisonnait la petite baronne. Marie lui expliqua que les triomphes de salon ne prouvaient faire sûrement présager ceux du .théâtre. Dans le monde, onse connaît, on fait des succès de politesse à l'interprète, par égardpour la maîtresse de maison mais à la scène le public qui a payé «a place au bureau est. autrement exigeant; il lui en faut pour son argent, et il arrive distrait^ préoc-


cupé, souvent hostile, mal disposé à faire accueil au mérite de la comédienne.

Il était difficile 'de dire à la baronne qu'elle était laide, de taille ridiculement n avec un accent qui rappelait plutôt là rudesse allemande que les chantantes inflexions des Russes Et elle parlait de Feyghine, qui du reste devait finir comme elle d'un coup dé pistolet Mais Feyghiiie était charmante, adôrablement jolie, et elle, la petite baronne, elle avait besoin du cadre pour être acceptable. Dépouillée du prestige d'une grande situation, de ses toilettes et d'un intérieur brillant, elle n'existait plus.

Marie s'était laissée aller à lui parler avec une entière franchise, étant un peu SaintJean-Bouche-d'Or, comme dlsent les bonnes, gens. Cette franchiserlà lui a fait souvent du tort, mais elle lui u conquis bien des ami- tics.

La baronne ne fut pas .convaincue: elle demanda à Marie un mot pour Meilhac elle vit tous les auteurs, tous les directeurs, sans plus de succès. Elle sentait le néant de ses ambitions dramatiques, mais n'en voulait pas'


démordre. Elle se disait que si elle rentrait, sa mère la ferait enfermer.

Alors elle se j jeta dans toutes les curiosités dans toutes les débauches. Les amis de sa famille, des amies de couvent qu'elle avait cherche à voir avaient Ëni par lui fermera portes elle n'offrait même pas aux hommes l'attrait du vice. Elle s'en fut dans les èndroits des plus sales orgies, dans le monde de la haute noce et dans les miliexix de dévergondage crapuleux, chez les femmes de théâtre et chez les grandes horizontales elle connut même les entremetteuses et les maiSamère vint chez Marie pour lui demander son adresse, la priant d'user de son influence pour la décider à revenir, en Russie. Mais la baronne ne donnait son adresse à personne.

Enfin, un jour, ou plutôt une nuit, elle fut ramassée dans une razzia elle eut l'idée de se recommander de Marie. M. Macé, à qui la chose fut contée, alla trouver la comédienne et l'interrogea. La police s'employa alors à protéger madame de.Benkendorff dans ses


excursions au pays de la Bohème et du vice. où elle s'égarait.

Un jour son domestique vint prier Marie de venir tout de suite. Madame la baronne, malade, la priait de venir la trouver. Elle avait amené avec elle son maître-d'liôtel et il était curieux de voir le res- • pect de ce serviteur pour une femme qui en gardait si peu envers elle-même

Marie monta dans la voiture qui l'avait amené, et il la conduisit au quartier Latin, dans un hôtel borgne où, au cinquième, dans un galetas, avec des filles qui fumaient le caporal et .buvaient le bleu au litre, dans un lit de sangle aux draps tachés et troués par le tabac et les allumettes, gisait la femme de Mita de Benkendorff. Quand les filles aperçurentlacomédienne, elles s'enfuirent, et elle resta seule avec la pauvré femme.

En la voyant si misérable, son cceur ses serra, des larmes lui vinrent aux paupières, et/se mettant presque à genoux, devant la couchette, elle s'exclama

0 ma pauvre baronne vous en êtes là? Le ton de Marie était si lamentable que


Julia se mit toute droite .,sur son séant, et regardant la comédienne

Mais ne me plaignez pas suis là

parce que jele veux bien; Ç'est mon bon plaisir. Je veuxtoutvoirt tout connaître, me lasser de tout. Je suis dans un galetasavec des filles, et je loge mon domestique à l'hôtel Ciarendon. En être Jà,>pour une femme quelconque, prouverait qu'elle n'a pas réussi; ce serait l'absolue déchéance. Pour la baronne de Benkendorff,lafllledela richissime comtesse de Woïkoff, c'est une détraquée, une chercheuse d'impossible, une curieuse, mais non une marchande déplaisir. Quand j e serai lasse, je rentrerai en Russie, près de ma mère.

Gel** fut dit avec une dignité simple où se

sentait la. race.

Et cependant, la malheureuse baronne de

Behkendorfétaittombéeencoreplus bas que ne l'indiquait ce décor de misère infâme.

Un soir, à l'époque où elle était avec Hâtzfèldt,? elle avait dîné au restaurant Durand avec son ami, le prince de Furstenberg, les deux Abeille, et quelques autres. sentant combien Hatzfeldt tenait peu à elle,


voulant l'éprouver par une bravade, elle fit le pari d'aller dans une maison de la rue Chabanais là, elle se ferait prendre pour une fille du lieu par un client de passage. Tous les fous, 'à moitié'gris, prirent leur envolée. Elle se dépouilla de la toilette élégante qui l'aurait trahie. Ses compagnons ne devaient pas avoir l'air de la connaître.

Toutes ces dames au salon burent le Champagne que les hommes avaient fait venir; dans la folie orgiaque, les pensionnaires disparurent enlevées les unes après les autres des gens étaient montés avec elle. Seule la baronne restait, regardant les femmes disparaître, attendant son tour qui ne venait pas, malgré ses engageantes promesses. A la fin, toutes étaient parties. Il n'y avait plus avec elle que Hatzféldt, Furstenberg et deux inconnus.

L'un dit à l'autre

Eh bien, pourquoi ne la prends-tu pas? monte avec elle.

Oh! non, par exemple, elle est trop Elle eut se dressantsur les. pieds


jamais personne ne Et, comme un oiseau ouvre les ailes, elle étendit les* bras, et raide elle tomba la face avait voulu, aimer,, l'amour lui avait fait banqueroute, Elle avait


à du -,En route pour -le

« Quand. je lisais tique, qui, depuis a4tipathie


à Victor H. *o. Mais ce que femme veut. et elles étaient 1,eux, à vouloir, Marie et sa meilleure amù Comment amener cette en- tente? Arsène médienne qu'elle y perdrait le peu de latin que lui avaient appris les cérémonies de Molière. Enfin, un jour qu'elle était en verve, Marie avait si bien discouru qu'elle avait gagné son procès. Saint-Victor elle avec sa meilleure amie, et celle-ci se faisait attendre. Son inexactitude menaçait, de tout compromettre. Ah! non, par exemple, on a assez attendu Mettons-nous à table. Qu'une seule personne en fasse attendre dix, ah non! Dites de servir. Madame est servie. prononça le domestique.

Un coup de sonnette c'était l'amie. Je suis en retard, belle! Il s'agissait demis, j'ai tenu à me parerages Marie aida sa meilleure amie à enlever sa pelisse; elle apparut rayonnante elle avait


une robe blanche en velours frappé, garnie de dentelles et de gaze de soie, également blanche. Se penchant vers Marte, elle lui dit « Me ^-moi à côté de lui. » Saint-Victor, la pas Saint- Victor, la comédienne le «plaça à sa droite, etmit sa meilleure amie en face d'elle, avec Arsène Houssaye à sa droite, et.Albéric Seconda sa gauche.

La à l'amie de Marie des compliments sur son décplletage « Vous étés toute gorge dehors. ? En effet,, elle avait résolu le problème d'avoir* l'air 'très en chair,, et elle faisait presque concurrence à Marie. Elle était décolletée très bas, en carré; les manches offraient de grands crevés qui laissaient libre l'épaule avec de charmantes fossettes, qu'Arséné Houssaye qualifiait de nids d'amour. Même au temps de sa plus extrême minceur, elle a'toujours eu le haut des bras, les mains et les pieds menus, mais potelés.

Comme au commencement du repas on étaitun peu silencieux, chacun se demandant


ce qui allait se passer, elle se plaignit d'un courant d'air la porte, en s'ouvrant pour le service, lui donnait froid. On plaça un paravent pour la garantir ce n'était pas suffisant. Tout à coup, elle, avisa Henry. Houssaye placé de l'autre côté de Saint- Victor et le pria de lui donner sa place. Il s'exécuta. Enfin, elle avait donc atteint son but elle était près de le service. Tout à coup; on entendit quement c'était sa chaise qui s'effondrait sous, elle, les pieds manquant. Elle glissa sa 4ête émergeait au-dessus de la table, le menton et les mains appuyés sur le bord, et elle sée par sa chute se dissipa. gaieté. Cette frêle personne effondrait les chaises; qu'aurait donc fait Marie, alors? Saint- Victor aida sa voisiné à se. rélever; là On buvait, habituellement chez Mari© un Champagne produit de la maison qui tenait le milieu entre le et la interpelle l'hôtesse « Pourquoi n'as-tu plus dé


mais c'est du qui croyais faire quatre fois supérieur à raté le vaient que du reconstituant et le réparateur de toutes forces, Alors, train demain soir nous dînerons en chemin de fer. Ne t'occupe de rien, j'ai fait préparer =ce qu'il faut.

La meilleure amie de Marie l'emmenait Monte-Carlo pour inaugurer la salle de théâtre que venait de construire l'architecte Garnier, une réduction Collas de l'Opéra. Elles devaient jouer le Passant, et la meilleure amie disait de plus un prologue en vers. Quand l'aimable chef de gare, M: Regnoùl, les eut installées dans leur compartiment, en leur souhaitant non voyagé, la meilleure amie prit son sac « Oh nous allons dîner! » Et elle sortit un gros boude Champagne et du pain c'était tout


le dîner. « Et, tu sais, il infecte J'adore l'ail, et tu penses bien que je n'en puis man ger. J'ai voulu 'me poisonnerons en chœur. » Elles mangèrent du saucisson, puisqu'il n'y avait que çeïa. Le lendemain, au .buffet de leure amie voyant Marie prendre un per- dreau et une tranche de filet « f de la viande! » Et elle se mit a grignoter une tartelette. Ce qui n'empêcha pas qu'une fois remontée dans le compartiment elle dévorai une bonne part des victuailles que sa com- v pagne avait rapportée du buffet.

Que veux-tu ? Tous ces palmés étaient Une femme, -aussi diaphane que moi ne peut vivre que de pétales- de roses et de mousse de Champagne. Et de rire.

Vois-tu la tête de mes admirateurs si, cette nuit, ils avaient reniflé notre comparti- ment?

On',arriva, à Monte-Carlo,. Il y avait tous • les invités, le bàn èt l'arrière-ban des peintres, Clairin en tête, Alfred S tevens,


Yung, Feyen-Perrin, Charles Garnier, etc. La meilleure amie de Marie n'était pas encore la grande, l'unique, mais elle était en train de le devenir, un double succès elle avait envoyé un groupe pour décorer une des façades de la nouvelle salle.*

L'étonnement de Marie était grand *à l'entendre discuter sur sa vocation elle pretendait que la sculpture lui causait une impression de volupté créatrice que la peinture, dont elle avait essayé, ne lui donnait pas. poser la forme rêvée, à la sentir prendre corps sous ses mains habiles, il lui semblait » qu'elle avait, comme Pygmalion, infusé la vie à cette souple argile, qu'un peu de son être et de la volonté fébrilement créatrice qu'elle sentait au bout de ses doigts allait ̃n s'infiltrer dans le modelage que ces yeux vides des statues allaient vivre, la regardeur, la remercier de l'étincelle féconde qu'elle y allumait.

Le théâtre, pour elle, n'avait pas d'attrait, me contentait pas son ambition elle ne le


considérait que comme un moyen son rêve gagner assez d'argent pour se consacrer à la sculpture, qui ne rappor- rien au delà du succès immédiat et palpable, des applaudissements, du triomphe qui remplit la salle comme un tonnerre de bravos. Elis ne comprenait pas-ce dédain pour des succès brillants, au profit d'une ambition dont le résultat est moins tangibla, mais dont 1'oeuvre Elle laissa sa meilleure amie revenir sans utiliser le voyage accompli pour rester quelque temps au pays du soleil, dans Elle sacrifiait naturellement au démon du tout trois mille francs, pour. le transport.de son en reçut une ré- ponse charmante, qui ae terminait par cette* phrase Ci-joint, cinq cents francs. Je crois plus


fois. Viens diner demain Quelle sollicitude dans cette raison de son amie, qui devenait son conseil judiciaire Marie Dumas, qui n'a rien de commun avec la fille et la sœur des deux grands Dumas, s'était réfugiée chez Marie, la suite de la mort volontaire de Bertrand, qui, de rédacteur au journal, le Nord, était devenu directeur du formé en théâtre des Nations. Le pauvre homme manquait de biceps moral lutte. influence dominatrice, lui avait fait prendre une direction où s'engouffrèrent toutes ses ressources et les fondstaires. Il vit des gens de théâtre, un monde où. chacun, individuellement, pitié, mais où la masse est d'une cruauté implacable. Sans force pour tenir tête aux


réclamations, aux exigences, aux menaces, il s'affola et se fit sauter la cervelle:

On rendit la femme seule responsable de cette entreprise ratée; cependant elle n'était ni sans intelligence ni sans initiative. Ce fut elle qui, la première, eut l'idée, en faisant appel aux « jeunes », de vulgariser par des adaptations, les littératures étrangères,' et de faire connaître au public parisien Shakespeare, Calderon, Lope, Goëthe et Schilleur, par des matinées qui étaient appelées lets ruina, a fait depuis la fortune de bien des littérateurs, acteurs et directeurs le snobisme s'en est mêlé, et la mode du cosmopolitisme intellectuel nous a envahis. Telle fut la première manifestation d'une évolution qui importeà l'histoire théâtrale de ce temps. Mais Marie Dumas avait le tort de vouloir interpréter tous les principaux rôles^ Elle adorait le théâtre, sentait vivement:sa verve la faisait applaudir, elle ne pouvait admettre qu'elle n'exerçât pas une attraction sur lepublic. Elle était antipathique aux gens de presse, elle surprenait leurs suffrages à cause de leur


camaraderie pour leur confrère Bertrand. A sa mort, elle se- trouva seule, sans ressources et sans appui pour continuer^une œuvre qui a été reprise, après elle, avec tant de succès littéraire et pécuniaire par les entrepreneurs de représentations diurnes. Ces représentations, jadis critiquées, bafouées, font aujourd'hui la joie des mères de famille et des gens qui aiment à dîner tranquillement. Sans la mort de Bertrand, la Marchande de Sourires, de Judith Gauthier, arrêtée en pleines répétitions, aûrait vu la rampe dix ans avant que le rideau de l'Odéon ne se levât sur l'adorable décor des pommiers en fleurs. C'était Marie Colombier qui devait créer le rôle de Tessandier, la marchande de sou- rires, et Marcelle Julien, celui d'Antonia Laurent. L'ambassadeur de Chine avait pris dans sa merveilleuse collection de costumes de quoi habiller superbement une pièce chinoise qui avait été àdaptée-sous son inspiration mademoiselle Hadama,rd' s'y était taillé un véritable succès.

Il était impossible à Marie de renvoyer une femme sans ressources, aigrie par toutes


les déceptions et par le malheur d'avoir perdu son unique ami, <Jont elle avait provoqué la ruine. Elle pensa encore une fois utiliser ses relations pour, une représentation à bénéfice il fut décidé qu'on donnerait les Amants Marthold, dont l'unique • représentation au Théâtre-International avait l'au- teur, par un éclatant succès, la faveur d'être joué le soir. "Voici ce qu'en dit Auguste Vitn dans son compte rendu

« Mademoiselle Marie Colombier prête au personnage de Parisiana une physionomie fatale et douloureuse, qui lui donne de la grandeur et là préserve du mépris. Elle s'est montrée fort dramatique dans la terrible scène du dénouement. C'est » Le .duc deFerrare est représenté par- M. Pontés. M. Pontés trouverait naturelle-ment sa place sur un de nos théâtres d'ordre, à TOdéon comme la Pofte-ë5aint-Martin ou comme au Gymnase. » J'en dirai tout aùtant dedamard, dont' la diction claire, expressive et


soupleme semble également propre au drame et à la comédie.

» Le comte est repris jeune-premier qui possèdesentielles de l'emploi. Comme le drame de se jouait ce soir au bénéfice de madame Marie Dumas, on a ingénieusement employé ,le concours de, l'Opéra pour intercaler, au troisième acte, un ballet composé du grand du divertissement et de la tarentelle de la Muette. Le succès de ce délicieux entière a fait une ovation redoublée à mademoiselle Beaugrand, l'étoile de la danse française, et la tarentelle de la Muette a valu à son tour d'immenses applaudissemademoiselle Sanlaviile*

» Voilà une petite fête que le Ferrare ne pourra pas se payer deux fois » Mademoiselle Marie Dumas, grâce à une quinzaine de mille francs, résultai de son bénéfice, chercha nouveau sa


gement au delà de Mbntrouge; elle a fini, il y a quelques mois, par mourir dans un couvent près de Tours, où elle s'était réfugiée. Une amie de Marie vint lavoir et lui conter qu'elle sortait de chez une tireuse de cartes. La consultation l'avait vivement émue, des faits qui n'étaient connus que d'elle lui avaient été-racontés. Marie se mit à rire, et a plaisanter son, trouble elle s'était laissé tirer les vers du nez.

Les cartes, les lignes de la main, le marc de café, toute la lyre! Je vous assure que les faits sont particuliers, et qu'on ne peut les supposer. Vraiment? »

Il fut convenu que,, dès le lendemain, on irait chez la devineresse. Elle dit à Marie des choses que celle-ci jugea les plus folles .du monde, et elle triomphait.

Vous voyez, elle ne m'a dit à moi que des bêtises!

En six mois, tout se réalisait. Au moment de partir pour rejoindre Henri Thierri, elle apprit la déclaration de guerre entre le Pérou et le Chili.; son ami lui envoya une dépêche, la priant d'ajourner son départ. Elle signa


avec Emile Simondun engagement pour aller sa rentrée à l'Odéo n. Patatras! Voici qu'arrive chez elle madame Guérard, la dame de compagnie de sa meilleure amie « ViCe; vite, venez, parler à Sarah elle a besoin devous voir; j'ai une voiture en bas, je dois vous emmener. »

Chemin faisant, petit Dame, comme on l'appelle familièrement, conte que Jeanne, ° la soeur de Sarah, qui devait partir. avec elle, est tombée malade, que la convalescence menace d'être longue, et que les médecins ne peuvent répondre de son rétablissement. Sarah quite la France après-demain elle est affolée Il n'y a que vous qui puissiez lui rendre le service de partir avec elle. Tous les traités sont signés, les places retenues sur le transatlantique! On arrive chez Sarah elle s'élance au-devant de Marie.

« Tu sais, nous partons après-ctemain; vite, va faire tes malles. » Marie était ahurie :« Mais c'est impossible; je ne sais pas les rôles, n'ai pas de toilettes. Commande-les,, on te


pièces que tu joues? donnes? Je ne sais pas; tu as les rôles que devait jouer ma seignée. Nous répétons Kew- York avec ta mémoire, c'est plus qu'ils ne t'en faut pour apprendre les rôles. sement, il n'y a que toi qui puisses me rendre ce service il n'y a que toi à qui je puisse me fier. C'est un tour de sur ton amitié pour l'accomplir Il faut que 33 parte. » Et les raisons qu'elle donna à Marie décidèrent celle-ci à dire oui..

« Tu auras les rôles et les appointements

de ma soeur. Elle a reçu ses avances; aussi, on ne peut rien te donner arrange-t©i. Mais, ina couturière ? mes costumes? sitôt arrivés, on enverra par cible. »

Pour se préparer matériellement à un tel|

voyage, il aurait fallu au moins un mois ce fut l'affaire de quarante-huit heures, y compris le trajet de Paris à Sainte- Adresse, o^ Harie devait passer la nuit dans la villa de Quarante-huit heures d'un cauchemàftmit éveillé, dans la brusque


rupture avec les amis et les habitudes, l'abandon de la maison, du home, le bouleverse- ment inattendu de toute la vie! Quelle volonté tyrannique s'emparait donc ainsi de son existence, l'arrachant à Paris, où son art et ses affections la retenaient à la fois, l'emportant vers un lointain inconnu disposant d'elle, enfin, comme d'une chose?

Elle arriva dans la nuit à Sainte- Adresse, entre dix et onze heures. Son amie était partie avant elle avec quelques intimes qui avaient tenu à îa. conduire jusqu'à, ce ports d'où son ambition allait s'élancer la con- quête de la gloire dorée que lui promette le Nouveau-Monde. La villa était encore à construire; elle ne fut terminée sence de Sarah, sur les plans arrêtés avant son départ. On dut organiser, pour cette nuit, une espèce de campement, dans ce qui devait plus tard servir à la domesticités

,Pour coucher tout le monde, il avait fallu dédoubler les lits, mais personne ne put dor- miré A la tristesse inquiète et nerveuse qui s'empare de l'âme, au moment où elle va


'changer pour longtemps de m- nde etzon, à la perspective toujours angoissante d'ùn dépaysement complet et d'un durable exil, s'ajoutait donc la lière, si dépressive, qu'inspire la nudité d'un gîte de hasard, et visée. Marie se sentait envahie par un découragement profond, tandis qu'elle regardait les vitres noyées des ténèbres nocturnes, jusçpi'au moment où les blancheurs spectrales de l'aube s'y reflétèrent enfin. *Elle se leva et s'habilla à la hâte. Il fallait partir,

A là première heure, on s'embarqua. Le navire qui les emportait vers cette Amérique, terrer de l'or, de la popularité eut de la chiw mère, Eldorado des artistes, après avoir été celui des conquistador eê, était justement baptisé du nom de ce continent merveilleux d'éloignement et de splendeurs il- V Amérique, L'Océan était calme comme le. lac du Bois de Boulogne les blanches voiles des navires à l'entrée les cygnes. Les brises frémissaient,rant aux voyageurs des paroles d'espérance et d'ambition.




Arrivée au pays de Barnum. Les; débuts de l'étoile. elle accordait aux différends de la tragédienne et de la comédienne une importance sans Contraint de raconter, ici dans,


je le ferai brièvement. diter les Voyages de Samh en Amérique (i). Ceux qui voudront connaître par le menu les vicissitudes de cette dramatique équipée, véritable roman eomique siècle, n'ont qu'à s'y reporter."

Il fallut en passer par les formalités obliga- toires qui se reproduisent à l'arrivée de toutes les divas. Nilsson, Patti', Paola-Marié. Le manager l'entreprise de l'enthousiasme il frète le bateau sur lequel viennent en dëputation au-devant de l'étoile signalée, les notabilités de même origine qu'elle, le dessus du panier des ses compatriotes artistes, dilettantes, flâneurs, amis de l'imprésario, tous ceux enfin qui veulent voir de près la conquérante venue pour rafler les dollars du Nouveau-Monde. Impossible de se soustraire à ces procédés de la réclame, mis en vigueur (i) Les Voyages de SeÉrah Bernharât en Amérique, préface d'Arsène Houssaye, appréciations par Henry Fotîquier, J.-J. Weiss, Emile Bergerat, etc. Reproduction, de caricatures américaines. 1vol., 3 fr. 50; Marpon et Flammarion.


par un public de pufflstes, qui a besoin plus que tout autre qu'on lui jette de la poudre aux yeux..

Le transatlantique traînait à sa remorque, dans son sillage, les bateaux qui s'étaient avancés jusqu'à l'entrée de la baie pour porter à Sarah la bienvenue du Nouveau-Monde, avec l'hommage des bouquets, des corbeilles et des couronnes, hissés au bout des/vergues. On arriva enfin à la passerelle, aux accents obliges dé la Marseillaise. Tout ce monde faisait cortège à la tragédienne, cherchant r s'insinuer auprès d'elle, à lui parler, à se faire voir à ses côtés.

On entra dans la sal le d'attente, afin de re-'connaître les malles de cabine. La tragedienne ne fit que la traverser 'et prit place dans un landau, se rendant à AlbemarleHôtel où ses appartements avaient été re- tenus. Marie monta dans une voiture et suivit. Contrairement à la promesse qui lui avait été faite, il n'y avait pas de logement retenu pour elle. On lui indiqua un hôtel où descendaient habituellement les artistes en tournée, On y parlait français, e'était


Gette séparation d'avec sa meilleure amie la première déception qui accueillait la jeune Amérique dément sensible. Elle s'installa provisoirement dans la chambre qui se trouva libre, en attendant qu'un prochain .départ laissât vacant un logeune chaise et revécut tristement les jours écoulés depuis que sa meilleure amie lui avait arraché cette de départ.

Elle avait commandé ses toilettes à une accepter une délégation sur une partie des appointements promis, à rartiste. Proïnis n'avait été signé, et la situation de Marie devait être régularisée à trouvait seule, privée même des soinsfuels de sa femme de chambTe, qui avait re- fusé de s'expatrier et qu'elle la hâte par une fille prise bureau de placement. Elle se sentait comme perdue dans l'immense métropole Yankee.


lune grande tristesse lui étreignit le et elle se mit à sangloter comme une enfa!at% Dans les tournées précédentes, on était entre camarades, logeant dans les mêmes hôtels, dans des chambres plus on moins confortables, suivant le degré de notoriété de l'artiste. Et puis, c'était en France, en Eu- rope. Son amie lui avait si bien dit « Nous ne nous, quitterons pas soeur Le service que tu me rends me sauve la vie, car si j'avais dû reculer, ce voyage, je te le répète, je me serais tuée » La tristesse de Marié s'augmentait de son isolement. Dans la précipitation de ce départ imprévu, elle n'avait pu demander des recommandations, elle arrivait donc rie connaissant personne,, et n'étant adressée à personne. Avec cela, elle avait cinq rôles à apprendre en moins de quinze jours. Comment ferait-elle pour les étudier? Les brochures étaient restées sur le navire, dans les malles qu'on n'avait pas encore apportées.; la couturière n'allait-elle pas demandait tout cela. Elle se demandait encore


si sa meilleure, amie méritait le saçrifice des conditions si ment où elle attendait qui la fixât sur)' époque où elle.devait aller: le en Enfin', le surlendemain on avait put commencer les répétitions pris par les formalités de douane occasionnées par les costumes ,de, Sarah; et les et statues do4t principales villes ou l'on séjournerait.

Le jour même de son départ de Paris, Marie avait invité à dîner chez elle quelques amis, entre autres, Elle leur écrivit la raison qui l'obligeait leur fausser compagnie, et la lettre dans son journal. Envoyée par câble et reproduite' dans toutes les feuilles elle fit à Marie une énorme réclame. Il se rencontre partout des connaissances théâtre. lendemain du jour artistes


était annoncée dans les journaux, Marie reçut des lettres de personnes qui se réclamaient d'amis communs, et sollicitaient la faveur d'être admis chez elle; Elle déclina ces politesses j car elle n'avait pas de temps à perdre. Les jours se succédaient; Marie répétait au théâtre, le jour, le & *ir, et la nuit apprenait chez elle, copiant ses rôles pour mieux les f nxerdans sa mémoire. Mais ses robes n'arrivaient toujours pas. Que faire ? Elle se désespérait. Sa femme de chambre lui remit la carte d'un monsieur qui revenait pour la quatrième ou cinquième fois il insistait pour être reçu. « Il connaît madame », répétait la domestique. Bref, un tas de raisons. « Faites entrer. » Elle se promettait de congédier vite l'importun, mais elle se trouva en face d'une physionomie comme. Son visiteur lui rappela qu'il était venu en soirée chez elle, avec une invitation qu'un ami commun avait demandée pour D'interrogations en interrogations, de de- mandes en réponses, elle finit par conter son embarras. « Qu'à cela ne tienne, je vais vous ouvrir un crédit chez la couturière de votre


choix. Quand vos robes arriveront, vous les prendrez. »

Les robes arrivèrent avec quinze jours de retard. La douane fut impitoyable, il fallut payer le prix fantaisiste qu'elle exigeait et encore les robes n'étaient pas mettables c'était un assemblage de couleurs criardes qui aurait offusqué une négresse. Seules, las grandes maisons' comme Dox\cetrière, par souci de leur réputation, apportent le même soin à une mande livrée sur. place. La couturière de l'harmonie des couleurs; elle .s'attachait du reste à le tromper consciencieusement, lui, infligeant même un genre de rivalité dont il ne pouvait tirer vengeance.

Le croirait-on ? Le fait d'avoir rencontré 1 un admirateur susceptible de rendre un ser- vice à une pauvre artiste, en peine de costumés, excita la jalousie de celle qui était la première à en bénéficier. Il n'y


menila régularisation de son engagement.. Ne prouvant plus se dérober, mise en de- meurs' d'en finir, sa meilleure -amie lui donna trois mille francs par mois au lieu des six mille promis. Avec la retenue pour la délé- gation que la couturière avait acceptée de Paris par câble, il ne restait pas à l'artiste de quoi payer les hôtels, d'autant plus que l'agent chargé de retenir les chambres pour Marie etsa^o.iestique, avait soin de prélever sa commission. Il n'y avait pas de discussion possible; il ne parlait' pas français et -Marie ne parlait pas» anglais. Elle fut renseignée ¡par un camarade qui connaissait cette langue, et qui avait surpris-la manoeuvre. Bans ce pays démocratique, il n'est pas fait de différence entre le maître et le valet on paie in- distinctement la même somme par jour. D'ailleurs, comment organiser la dépense ? Pendant cinq mois, on ne j oua pas deux fois dans le même théâtre, et on ne coucha pas /deux foiï dans le même lit. Les représentations furent très discutées; l'amour-propre de la meilleure amie* fut soumiâ à uaô mâ& épreuve on se demandait-


si on voulait la recevoir, si l'on devait accepter l'invitation de visiter sa galerie. Les prêcheurs à la mode la comparaient au monstre de l'apocalypse.

Toute une semaine, les faire eurent une belle peur. Pour sauver la situation, plus que tout le reste fit un pari- •̃ sien nomade, Jehan Soudan, chroniqueur au Débarqué un. beau matin à New- York, pourune tournée d'aventureuses excur- sions littéraires, le journaliste boulevardier était allé tout droit au premier journal du pays, où les journaux sont de vrais minis- tères..Introduit auprès du directeur avec mille fois moins de cérémonies nous, auprès du secrétaire de nos canards hebdomadaires, Jehan Soudan avait échangé avec le confrère*américain ce petit dialogue « Il manque à votre journal une chronique. Je lis chez vous'des colonnes de dépêches des quatre coins du monde, mais une eau- série, la moquerie légère des faits, et des choses et des gens ? Pas ça,! c'est que nous n'avons r)as de chroniqueurs Je vais vous faire


quoi? Sur ..l'Amérique. J'y arrive. Mais je vous avertis Tous vos journaux sont en extase devant les merveilles de ce pays. Pas moi Très bien. Je vois, une idée L* Amérique vue par. un Français ? Et vous écrirez cela en français ? -'Non; j'essaierai de chroniquer en anglais AU Rigkt! Et voulez-vous commencer, demain ? Non, ce soir. Right C'est ainsi que le correspondant du Gil-Blas était Revenu chroniqueur New-Yorkais. Au second article, on lui demandait de signer ses chroniques.

Avant deux semaines, il était connu dans toute l'Amérique où les journalistes qui signent se comptent sur les doigts. Jehan Soudan attaqua vertement les confrères, leur expliqua parle détail toutes les finesses d'un talent qui leur échappait. Il le compa rait aux favorites de lascène américaine, encore dans l'enfance de l'art. Il fit honte aux critiques de leur ignorance, mena sans pitié le procès de l'hypocrisie puritaine, acharnée contre une femme chez un peuple où l'on se vaste d'un respect fanatique pour,la femme.


Formulés en l'énergique prose du pays? ces reproches furent reproduits par tous.les de bon ton dedissant l'étoile française. complet, habilement exploité par les très malins managers de l'entreprise. Le succès de l'affaire était assuré. Dans les triomphes de l'artiste, Marie eut sa part. Sa lettre, pu- n'était pas pour plaire sa meilleure amie. Lasse des mauvais procédés dont F amie.. l'accablait à tout propos, sans même le faire agent Jarrètt qui, à l'entendre, était seul maître et responsable, Marie 1a soeur de allait troupe. Oui, objecta la tragédienne, mais si elle n'est pas encore assez forte pour faire un


deux: vous vous partagerez les rôles. Puis, sentant qu'on avait été trop loin, ce* furent des cajoleries, des promesses.

L'engagement avecmalité. A. la fin de la Marie se elle resta. On prit le train pour Boston: la seconde étape du voyage.

bon même citer les noms des comme des colis en quoi bon énumérer les pièces semées, au hasard dû répertoire, dans un panorama de 'fleuves, de les stations de l'itinéraire dans ce défilé géographique ? Fantast- dollars, entrecoupée d'arrêts dans les gares, dans les hôtels Représentations fiévreuses dans les théâtres dorés des monstrueuses cités d'usines, ou dans les

de crises de nerfs, de pugilats entre managers, de


recettes rendues. Et aussi des anecdotes de l'étoile «pour ne pas déplaire à l'agent ». Puis des trains qui déraillent, et de grands artistes qui réconfortent la sinistrée à coups de jurons naturalistes. ,Et des baleines mortes, heureuses concurrentes de la Comédie-Française

Un bon souvenir au Niagara, un aûtre au Canada de neige., Montréal avec ses maisons, bâties dans un style archaïque, ses habitants français de coeur et de langage, ses « saud6 retrouver dé compatriotes si loin par les prosaïsmes A Baltimore, le sud ensoleillé, souper du premier de l'an avec la grande amie. Deux attachés de là légation française à Washing- ton sont de la fête l'un d'eux c'est Gérard, l'ex-lecteur de l'impératrice Augusta. Il a fait du chemin, îe petit secrétaire. Comme il'a changé! La parole est nette, le regard assuré. L'homme a conscience de la personnalité qu'il est en train de conquérir. De Berlin $. Washington, il a grandi.

Marie tendit avec plaisir la joli- son


baliser de bonne année, minuit sonnant. Hélas les voeux du diplomate n'ont guère porté bonheur à la comédienne Peu d'annuées furent plus décevantes que celle qui commençait pour elle à Baltimore. Il n'y a que les gens sans veine pour eux-mêmes qui portent bonheur aux autres. Et l'étoile dé Gérard n'a pas pâli. Et en suivant de ^loin la marche ascendante du jeune diplopas regretté de lui avoir jadis, à Berlin, fait gravir le premier échelon chez l'ambassadrice d'Angleterre.

Quels interminables trajets dans les wagons de l'Amérique Parfois on avait le passe-temps d'un feu de prairies, d'un déraillement. Mais d'ordinaire c'était le spleen dans un ouragan de ferrailles. La seule ressource était les cartes, un jeu de patience. voir Marie manier ainsi les cartons, le régisseur Desfos§es suppliait souvent l'arti ste de lui dire le, bonne aventure. A bout de refus, un jour, Marie lui répondit brusquement:

Vous y teaez ? Eh bien, je commence Et elle se mit, comme car une gageure, à


inventer toutes les catastrophes d'une existence de guigne.

«Vous aurez un accident de chemin de fer! Vous ferez naufrage! Vous ferez une grave maladie Vous irez en prison » Tout ce qu'elle put trouver d'épreuves et de mésaventures noires, elle l'inventa et le lui jeta à la tête.

Peu de jours ap-rès, la série à là « noires commençait en réalité. Desfosses se fâchait avec le directeur quittait la troupe, rentrait en France. Bien plus tard, Marre apprit ses mésaventures. Directeur du théâtre du Caire, il fut arrêté, passa six mois en prison. Des conspirateurs en voulaient à la vie du Khédive, qu'ils devaient frapper au théâtre. Desfosses, accusé d'être leur complice, fut reconnu innocent; mais quand il la liberté, il était presque aveugle. Un mal inconnu lui avait décomposé le sang dans sa prison; il en faillit mourir. Ennn, rentré à Paris, uhpléta la prophétie. Un camarade apprit à l'ar» liste que Desfosses cherchait partout, sa diseuse de mauvaise aventure elle avait p^rlé


si juste, qu'il voulait savoir la suinte, espérant sans Soute sa revanche.

Marie trouva bientôt monotonie de son existence, de cette colis perpétuel. Mise en. goût par la reproduction de sa lettre a Besson, dans les journaux de France et d'Amérique, elle fêtait faite, bien avant la Fronde, reporter volontaire, et elle alimentait des nouvelles de la troupe le courrier des théâtres àe l'Événement; les feuilles parisiennes répétant celles 1 d'Amérique, se fraisaient câbler les rotes dont la signature féminine amusait. Le nom de Marie se trouvait ainsi reproduit dans les journaux du Nouveau-Monde, tirant par cen- taines dé mille. A côté de l'étoile, elle *se trouva seule à avoir les honneurs d'une constante citation, et ce privilège ne devait pas précisément désarmer l'hostilité croissante de sa meilleure amie. Quelques complimentes adressés à l'artiste par la presse yankee, notamment à Boston et à Chicagg, les commentàires sympathiques dont ses observations sur les Américains furent l'objet, ne firent i qu'irriter Fhumeur de l'étoile Heureusement


les deux amies ne se rencontraient plus guère qu'au théâtre, pour les répétitions et les représentations. Celles-ci étaient enievées chaque jour avec plus de hâte, entre deux co urses folles dans la poussière et la secousse de l'horrible wagon. Les repas? pris au hasarddans les cars. Le repos? de temps à autre dans des hôtels choisis selon la commission versée à l'agent. Certes, dans ses précédentes représentations, l'artiste n'avait pas toùjours été à l'abri des petites misères de la vie théâtrale en tourmême en Allemagne, elle avait toujours rencontré une civilisation un public plus ou moins analogues à ce qu'elle.connaissait elle ne s'y était pas sentie complètement étran- 4 gère. Les étapespermettaient les relations, les visites, et ne privaientpas l'artiste des avan- tages de la vie mondaine. A son défaut, il avait la camaraderie de théâtre. Ici, rien de semblable; chaque jour de nouveaux visages, nulle compensation d'art, avec des auditoires de' curieux venus pour contempler l'éléphant blanc, l'étoile, annoncée par la réclame, sui-


vant la Dame aux Camélias, sûr brochure Marie trouvé de l'intérêt cependant à connaître de près ces femmes américaines qui ne se montraient à elle que dans le luxe un peu criard des loges aux représentations de gala, ou qu'elle coudoyait dans les .tramways et sur les trottoirs des avenues et des de diamants, vêtues de velours et de soie, couvertes de fourrures de prix. Très jolies pour la plupart, misses ou ladies, bourdonnant d'une vie libre et bruyante autour des hôtels et des restaurants, de jour et de nuit, et semblant mener sans arrêt une infatigable vie de garçon. Quel regret de ne pas pénétrer davantage dans l'intimité de ces rieuses et joyeuses existences, dont l'homme parais» sait faire' tous. les frais Les amis, les camarades, de la troupe, parfois, traduisaient les petits scandales du our qui sont les faitsdivers des journaux. Il parut évident à Marie que dans cette démocratie où la Bible couvre tous les écarts, la galanterie n'a pas de prétresses comme chez nous. Pas de demi


monde, pas de' monde à côté. Toutes ces dames se font concurrence. L'hypocrisie des moeurs ne part de nos femmes d'amour. Mais partout règne le1 cabotinage, et comme d'aristocratie, l'admiration s'attache au seul luxe. Pour ce qui est de la fantaisie, il y a le divorce qui les permet toutes, en les légiti- mant à tour de rôle. Ce qui frappa la- dépendance, l'esclavage que les femmes d'Air épique ont Fart d'imposer aux hommes, en leur persuadant que c'est la forme su- prême de l'esprit chevaleresque, la galanterie raffinée de l'avenir. Ils donnaient ce-» pendant, pour la plupart, une impression force, d'énergie, d'activité déligence, tous ces gentlemen présentés de ville en ville, àu foyer des théâtres, au salon des hôtels, aux exhibitions de peinture et de sculpture de la grande artiste Aussi bien tout, plus d'un taine. On peut citer ici une curieuse expé- faite New- York.


Après l'article du Sun, ou l'écrivain parisien quaHfiaït si durement les attaques puritaines contre l'étoile, la rédaction' du journal ne s'avisa-t-elle pas de protester patriotiquement auprès de son auteur, qui avait imprimé le mot' hypocrisie? Le journaliste français eut recours alors à une leçon de choses. Parmi ès petites annonces duil Ht insérer celle-ci

« Un jeune étranger désire retrouver la jeune, fille aperçue heures, descendant du stage, av. coin de la lb0. et qui lui a souri. Objet de .larecherche fln (la, rigolade). Donner tous les détails d'identité aux initiales I. D, E. Dans les quarante-huit heures, la demande avait reçu au journal soixante-seize réponses de- jeunes filles. Jusque-là, rien de très invraisemblable dans une grande ville comme New-York. Mais en plus de ces lettres, dix- sept autres étaient à peu près ainsi conçues « Monsieur, je vois, par votre annonce de ce jour, que vous désirez rencontrer une jeune


vous faire connaître que je tiens une respec- table maison où un gentleman honorable peut trouver des chambres décentes et discrètes, avec toute assurance de sécurité ». Suivait l'adresse.

L'auteur de l'annonce eut alors la cruauté de conduire un des rédacteurs du journal pour visiter quelques-unes des adresses in- diquëes. Les annonces disaient vrai. Les maisons avaient toutes pour tenanciers d'honnêtes particuliers, respectables veuves, employés décents, petits bourgeois, qui livraient ainsi une où deux chambres- du home familial pour augmenter les ressources du ménage. On trouvait là quelques dames avec des jeunes filles à l'air sincèrement modeste et virginal. La rédaction du Sun n'osa plus battre froid au confrère français. Que les moralistes concluent. L'Amérique, du reste, n'est-elle pas le vrai pays du « per- pétuel devenir ? où toutes les affirmations sont à la fois exactes et injustes.sitôt qu'elles veulent généraliser? Là-bas plus qu'ici, de- main ne ressemble pas à hier. Depuis cette première ,et mémorable tournée de la grande.*


tragédienne au Nouveau-Monde yankee, cumbien n'est-elle pas changée, sans doute, l'Amérique des dollars.!

Les journaux, le théâtre d'alors,, combien changés Nos étoiles de la scène, et nos .virtuoses de la palette, et nos maîtres parleurs et nos maîtres écrivains, vont maintenant à New.York, comme jadis à Asnières. Coquelin, Calvé, les de Retzké, Victor Maurel, Paulus et "îvette Guilbert, et Brunetière et Paul Bourget, et Chartran, et Forain, etc., etc. Quant aux Américains, ils ont' choisi Trouville et Aix pour venir faire des économies pendant les mois d'été. Ce n'est pas tout. Si l'Amérique importe encore nos grands premiers rôles, elle nous envoie les siens Van- Zandt, Sibyll-Sanderson, Loïe Fuller, etc. Dans ce pays oû:l'on était à la fois colonel et épinier, pourvu qu'on y gagnât des millions, à présent on est esthète, décadent, on» a des revues littéraires, et; dans les capitales aux maisons à virigt-deux étages, poussent comme champignons les ateliers de pèintres yankees les marchands de saindoux ont leurs fils sculpteurs, et leurs filles jouent la Dame aux


pour lesquels rares si ,les allés des Enfin, ^.près Étais-Unis contre ne reculera désormais exporta- taire.


Royauté de carton. La caravane commune. Jugement La chro- A le long langage créole de la trouva; le: désastre inondation. Un( rompant* ses « levées» noyai ce; rêve: d'une


halte dans le triomphe réservé' aux artistes de Erance. Et* cette 'catastropher parla rigueur d'un hiver inconnu en ces. pays de perpétuel printemps/ enleva aux comédiens la joie d'une oas"is anciennes colonies françaises semble si deuce au voyageur arrivant des pays yankees. A la Nouvelle-Orléans, Marie trouva aussi, déjà à demi submergée dans le malheur public, une autre étoile de la scène française, 'Emilie Ambre, qu'elle avait déjà rencontrée plusieurs fois dans ses courses à travers 1* Amérique. La fille d'Afrique, l'ancienne reine d'amour, af>rès avoir failli s'asseoir sur un trône en légitime souveraine, en était ré-' duile au sceptre du théâtre.

La comtesse d'Amboise, favorite disgraciée, se donnait maintenant à quinze cents lieues des 'canaux de Hollande, 1'illusion de sa royauté manquée, sous la couronne en car- ton doré d'Aïda. Bien mal à propos,nait redemander son soleil d'Algériè au 'soleil mouillé d'un exceptionnel hiver* louisianais. Habituée à voir grande Ambre était partie 4'Europe décidée à faire la conquête de


l'Amérique avec un cortège digne de la de artiste qu'elle était, et delà favorite qu'elle avait été;. cent soixante-douze per- sonnes, troupe d'opéra, d'opéra-comique, chanteurs, figurants, choristes, musiciens d'orchestre, corps de ballet, habilleuses, coif- feurs, machinistes, embarqués sur un navire frété tout expias: Et sous le couvert de Gaston de teauplan, un aimable Parisien, devenu son «mari » la trouve d'Emilie Ambre était débarquée un beau jour à New- York, ,pout commencer sa marche que l'ex-favorite imaginait royale et triomphale. Par étapes on de- vait gagner la Nouvelle-Orléans oü l'on 4nstallerait un opéra français digne à promener cette coûteuse caravane de reine de Saba, la chanteuse avait semé en chemin tout 1 argent dont elle avait fait provision. Elle allait, se grisant d'harmonie, chantant comme l'alouette aux premiers feux du jour, et le soir aux feux de la rampe, égrenant ses trilles avec For qu'elle avait emporté de France. Elle risquait <Jaiis cette aventure tout ce qui lui restait des royales généros* *ôs se consolant de ses grandeurs perdues par


les illusitms orgueilleuses de Fart. Elle était, tour à tour, Violette ai, Carmen, une Car- men qui avait son Don José, ce pauvre Beau- plan, qu'elle entraînait dans sa folie et dans sa ruine. Elle chantait à perdre le souffle et la tête, lui, il. aidait à' planter les décors. Et chaque jour; malgrétique, cette foi touchante en- l'idéal, malgré les efforts et les luttes, la brèche faite aux ressources de la troupe par cette vie cTaven-

arriva à la. Nouvelle-Orléans, Eldorado bien- ou l'on espé- colonie française, voulait un théâtre d'opéra lançais. Un correspondant à/Paris, avait été chargé de trouver un directeur qui prît l'affaire, tains avantages illusoires; tels que la remise dtt ipyfcr dïa théâtre et une certaine somme assurée- par lès abonnements. Ces propositions éblouirent des gens qui ne demandaient J


On allait donc s'installer pour mois on organiserait sa vie dans cet adorable pays, aux végétations magnifiques, allait vivre un rêve de féerie dans- cette verte Louisiane peuplée d'oiseaux de' jours furent un enivrement; conquit tous les' suffrages. Les dames* vinrent en députation lui apporter des fleurs la ville anglaise' s'en- tendit avec la se 'pour faire fête- fut organisée avec sa Bonté insouciante', AmbTe donna la salle, les- costumes et même. Toute cette joie devait s'éteindre brusquement. Le- pays fût envahi prar rinondation toute la campagne, les routes le bas- de la ville furent submergés. Il fallut se réfugier; dans la ville haute, habitée parles' Anglais. Adieu, les recettes on dut faire La troupe de Sarah tomba dans cetdrement, dans' cette misère1; mpis le prestige de son nom était tel quel'oû malgré tout,


salle comMe. Ces représentations offraient l'attrait de l'inédit et du plaisir sans lendemain, tandis que la cantatrice'qui avait déjà épuisé son répertoire } et devait rester trois mois encore, ne pouvait inspirer le même intérêt de curiosité. La présence de Jeanne Bèrnhardt avait créé des loisirs à Marie celle-ci disposait donc de quelquessoirées. Pour lui donner le plaisir de l'applaudir, Emilie Ambre*, malgré la concurrence de Sarah, malgré l'inondation chanta Violetta. Il y avait- ce.rtes plus de monde sur la scène que dans la salle. S'ins- M pirant de Sarah dans le dernier acte de la Dame aux Camélias, elle avait appliqué au chant lès procédés de la comédie elle fut vraiment très belle, et ce fut pour Marie une grande joie de le lui dire.

Renonçant à descendre vers Cuba, vers les champs fertiles de ropulence espagnole que chauffe le soleil des Tropiques, les directeurs et managers décidèrent de ramener Pétoilé vers le nord, par étapes de représen- talions improvisées, avec des recettes énormes ou ridicules, au petit bonheur.


Après quelques errances encore parmi les glaces et les neiges de la Nouvelle-Angleterre, avec la rapide vision du merveilleux décor du Niagara d'hiver, il prit fin, pourtant, ce chemin.de croix sur toutes les. voies ferrées de la grande République. Par une nuit froide et humide, Marie ,se retrouva sur 1 les larges dalles des rues de New- York, transie, morte de faim, courbaturée par douze heures de railway, perdue avec la bande ahurie de' ses camarades, à la recherche d'un restaurant de nuit, sans interprète pour les guider, la direction ne prenant plus guère à présent la peine d'envoyer à la gare un omnibus pour les artistes.

.Mais, n'importe Après la soirée d'adieu en catimini sur une scène de faubourg, devant une demi-salle, l'étoile n'emportait-elle oas avec elle, dans sa cabine retrouvée' sur U Amérique, presque le million si dura récolter sur la terre yankee

Regagnant, .elle aussi, sa cabine sur le na- vire de retour, Marie eut un soupir de soûlagement; Elle €pnportait n^algré tout duNou^ veau Monde un regret de tant de cnosè^ si^


sans; les- connaître prairie, romantique avec ses* ses Indiens rouges, ses mystérieux mormons^ le. spectacle des lacs comme des mers, le grandiose panorama. des! et surtout cette merveilleuse où les Mettant 1^ pied sur le navire, accompagnée par quelques compatriotes de New-York, eut du moins le plaisir de s'en- tendre traduire ce compliment flatteur d'un gramxL journal américain « Revenez-nous, Et reprises, depuis son retour, quand on offrit a lar comédienne de refaire ce voyage d'outre-mer, tension de partir. 'Une fois centre autres, quand, recevant de Sioux-City un brevet' l'Aéadéniie de de faire


une- tournée de, lectures. allait desserrer les câbles de la jetée de .bois, on amenait à Marie en toute hâte une vieille dame, la grand- une lettre confiait à son le soin de ramènera Paris la pauvre femme. âgée de 82>ans. ,de libre sinon en troisième. Pans la cabine de Marie était sa femme de chambre .mais cette fille, assurée au retour par son engagement, ne voulut pas céder sa place. Enfin le commandant Santelli eut l'humanité de faire installer un lit à l'infirmerie du bord. On y sible. R&uvre vieille, et iaussi pauvre Ambre :Ce retour étrange et furtiflogue lamentable de la plus triste odyssée. quitter la Nouvelle-Orléans, licencier une partie de la troupe, la plus encombrante. Sans perdre espoir, ',on'- était remonté vers le Nord, dans un désarroi .de roman comique, La .troupe de S^rah avait


retrouvé Ambre et son cortège à Philadelphie. Elle avait à lutter contre l'étoile de là tragédie, et contre le grand acteur $alvini, et surtout contre les éléphants* du cirque Bar-,rium. Le trésor étant à sec, Tex-favorite dut vendre ou mettre en gage, un à un, les pré- sents royaux, les bijoux qui eussent tenté Marguerite. Bientôt, il ne resta plus qu'une admirable ceinture tissée en filigrane d'or, avec de' grandes plaques ornées de* superbes cabochons.Emilie l'avait gardée comme une .dernière ressource. Elle entourai la ai, (l'Aida* et le monarque la lui avait donnée en souvenir de son succès dans l'opéra de Verdi ce fut son premier cadeau. Après avoir vendu le dernier joyau pour aider, rapatrier les artistes de sa^troupe, elle* partit dans la montagne, non pas avec le toréador, mais avec le ténor poursuivi par sa' légitime épouse.. Quelle aventure Marie en connut la fin émouvante. Traqués par les lois jànkees peu tendres aux joies défendues de l'adultère, le ténor et la diva vinrént s'embarquer en se- i çret à Québec sur, un "navire à voile, Jpoîir •


regagner la France. Cette fuite mouvementée et ce long tête-à-tête avaient refroidi leur imagination. A la gare Saint-Lazare ils se séparèrent le ténor regagna son logis, et Carmen le château des Montaîais, à Meudon, où bientôt la rejoignit don José toujours amoureux.

Quelle joie pour la comtesse d'Àmboise de se retrouver, après tant de pérégrinations, dans ce décor familier du joli château où ea bas de son parc boisé,, la large moire de la Seine et Paris ferment l'horizon

Les Montalais Ils rendaient à la cigale *morfondue le mystère de cette allée « des soupirs a et les duos avec le royal amant, pour quelques heures échappé au souci du trône; venant avec elle goûter la douceur des heures intimes. Les Montalais, où la presque reine donnait des fêtés fastueuses, dans lesquelles on vit de Cassagnac et Thomson au point de se couper 1^ gorge; les Montalais, qiii pour le tendre de Beauplan furent le jardin d'Armide où elle prit possession ds cette âme faible; « le beau en brun la beauté une du blond Gaston Eérard! N'é-


traîner avec elle, teipromenêr à Aiséritpies on elle Êàwût i lui de théâtre en déroute à rapatrier! que Yaûe -se l'autre la ctterdiant, ils seralluma un nouvel élan. en route les .bijoux, on vendit les marbres, les tableaux, et même ces fameux vins qui provenaient des plus grands crus On vendit par. lots le parc on vendit l'allée « .des, saupks..». Et, sur un on bâtit .du eôté de une petite villa avec les chaumière pour y abriter. où l'on s'ingéniait à être .encore. Ambre courait ta province elle chanta à Rouen, .Lille, à Toulouse.


sa vie s& consumait dans ls& mortelle- tendre. Il mourut.

Et Ambre,dietrse et insouciante fille de bohème, l'an- Pourles reinBs d'amour, pour lès favorites' dé- notre Un de siècle, la- destinée n'est pas tendre. Pas même le tragique couteau des' révolutions, comme' pour la vieille Dubarry. Mais quelque chose de pis, la déchéance degré par degré, jusqu'au complet abandon, jusqu'à la misère. Et, quand' on est pris d'une révolte, à la vue dû dernier degré, on saute dans le noir,

Ambre ne put bientôt chanter à Lille ni à Rouen. Elle enseigna, se fit professeur, apprit à d'autres ce chant qui ne voulait plus d'elle, communiquant à des élèves cette flamme d'art qui la brûlait: Puis les élèves manquèrent. Ea cigale n'eut pas le courtage d'aller chez les fpurmis .elle n'eut surtout pas le courage de la: solitude du coeur. Dans


son enseignement, elle s'aidait d'un camarade, musicien de talent de ce compagnon, elle fit un second mari elle s'illusionnait, croyant recommencer l'existence il mourut lui aussi.

Malade, n'ayant plus même le fantôme d'un dernier espoir d amour, cette amoureuse pouf qui, hors la passion, il n'était pas «dé raison de vivre, succomba épouvantée devant l'horrible solitude. Le découragement hâta 1'.oeuvre du mal ^et cette vie aux ardeurs généreuses s'êteî&nft* aii souffle glacé du néant,

Cette mort brusque étonna Paris.

Pans le convoi des funérailles se retrouvèrentles amis d'autan. Le char fut paré de fleurs, Mais le cimetière vit une dernière scène Plus tragique peut ré que la mort elle-même. Dans le caveau du second mari, au Pére-Lachaise, on allait enterrer la femme. Sur la concession du terrain, on apprit qu'une somme restait à payer. Le cortège arrêté, le cercueil descendu sur le trottoir de l'avenue, il fallut parlementer. L'administration réclamait deux cents francs.


Un assistant les donna. Puis,, elle rectifia ses comptés et demanda cent fraïics de plus. Personne ne se trouvant pour les verser, la comtesse d'Amboise n'eut d'autre asile que la fosse commune.Le lendemain, même les portes du caveaude famille s'ouvraient devant le cercueil de la grande artiste.

Suprême ironie et suprême malchance de son destin! A l'heure de son agonie, Paris avait.pour visiteuses une jeune reine accompagnant sa mère, royale veuve de ce mo- intrigue de cour empêcha de faire d'Emilie Ambre une souveraine, assurant ainsi'à la Prusse une familiale alliée. Par égard pour les deux royales visiteuses' on fit un silence presque absolu dans la presse sur la triste mort de l'ex-favorite fin- 'En, débarquant au' Havre,, Marie pouvait croire bien fini son' cauchemar d'Amérique. Sous- la forme d'un papier d'huissier, « ses. vilaines conséquences se présentèrent à la comédienne dans toute leur brutalité. La couturière aux robes immettables avait « fait opérer ». Les malles de théâtre de la corné-


avec ces malles,. Ambre confiées journée, on crut qu'il ne serait pas possible de théâtre: fice des «' Sauveteurs », comptait se ménager une en; cueil pouvait être incertain, après tant de Enfin', de bienveillantes soire des costumes. 'pas' les correspondances convoquée de paris Marie joua' on envoya des fleurs, on soupa. la° Dame aux Camélias, sollicité; assister" à la représentation, s'abstint, déelà- ne voyait pas l'étoile dans ce sait une triste rentrée payer le cocher par la concierge; elle ne


rapportait pas même le fiacre qui la ramenait chez elle de la? fameuse tournée Marie trouva? plusieurs lettres- de avaient vainement couru après la voyageuse. Elles arrivaient dans chaque ville au moment où' elle venait de la quitter fin; elles revinrent à Paris, première. Une de; ces lettres contenait un La; guerre avait cessé. Le pays pacifié^ vait venir. Henri ce que. disait une lettre arrivée chez elle de^- puis; huit mois. Elle n'avait pu avertir' son* qu'une fois installée donc venu l'attendre à Lima, du bateau. Sa déception en ne la voyant pas au rendez-vous avait été grands^ comme en de colère et de était ce rêve 4'amour et doré de l'Amie^


du 'Mineur aventureux qui descendait coince des légendes parmi les ténébreuses richesses d'un sol enchanté. Son aventurer lui coûtait encore ce songe Mais elle n'en était plus à compter les chagrins du les com- plications que lui avait valus le service rendu, contre tous ses intérêts,

De ses le Nouveau- ne rapportait que des dettes tes cinq mille francs: que de ses craintes absente de Paris depuis près d'une année, trouverait elle un engagement? au théâtre.

Elle en était làIl venait lui demander pour le, journal le récit de s'on,

ne saurai jamais. Vous Besson sous cette. forme, aux les principaux .,votre faîtes


l'entendrez je suis sûr que de toute façon ce sera intéressant.

Un prix fut convenu;. Marie se mit à l'oeuvre avexi ardeur. Puisqu'on avait fait .accueil à sa correspondance, il n'y avait pas de raison pour que le. récit de son voyage ne parût pas d'un plus grand intérêt encore. Elle s'était amusée à collectionner les jour- 4 naux et les charges d'Amérique elle pren-v dxait lés plus curieux pour corser son roman comique. A quelques jours de la, le secrétaire

J*ai une autre proposition à vous faire, dit-il. On vient fonder un journal, le • Henvi IV; il faut un clou. J'ai pensé au voyage d'Amérique..On 'vous le paiera le double de ce que je vous ai offert* pour le Gil'Blas. Acceptez-vous le changeMarie n'avait pas de préférences, et son -seul désir était de gagner de l'argent. Elle dit oui. Un 'mois ^prèjs, le Henri IV publiait, le premier chapitre du Voyage de Sarah Bernhardt en Amérique. Marie avait découvert la littérature.


du journal vint trouver Marie

• Je m'en sens

été la maisoa.: d'autrefois. Si, dansées faite ou, les. potins du- jour, quelque chose souvenir, bâtissez; là-dessus ce que vous voudrez. Laissez courir votre plume, essayez.

Elle essaya. Ce curiosité et d'étonnement. ques, à mettre des noms propres au.; bas;. de


plus -,quel disait les numéros faisaient prime montaient. Elle partageait jais :tous côtés, ion lui où quelqu'un ayant voulu voir sa ptootograun portrait ée fantaisie, un duel 'eut lieu. Quelle-émotion*! Deux hommes .près de s'egOTgeT parée qu'il lui ée raconter des histoires sur des indifférents, sur *des gess qu'elle ne connaissait Un. difel, c>je5t parfait pour ;le lanceTnenti Et puis, ce n'est 'pas bien sérieux. Vous voyez Jehan Soudan, cris la votre «article, quitte, pour une

savait


remplacé le théâtre il lui donnait presque les mêmes appointements, et elle n'avait pas les dépenses des costumés. Il est vrai qu'elle n'avait pas non plus les bravos, et même ses succès lui valaient parfois quelques émotions. Un nouveau duel eut lieu, entre, dehan Soudan et M. Bravoura, qui défendait son ex-femme, la comtesse de Galve, laquelle se jugeait visée dans une chronique. C'était assez Marie abandonna le journalisme pour le roman. V

Ellevenait de réunir en un volume ses chroniques sous le titré':4 Le Carnet. d'une Parisienne. Elle se trouvait un matin flânant à la librairie Marpon et Flamm arion, sur le boulevard des Italiens tout à coup arrive une dame, la figure ouverte, L'œil gai, toute- rieuse, respirant la bonne humeur et la bonne sauté; elle tenait à la main un sac en papier. La dame 'cherché,' regarde, furète dans la boutique, soudain elle pousse un cri son sac venait de crever, et une avalanche de magnifiques reines-claudes se répandait à terre. Elle se baisse, Marie se baisse, tout le monde se baisse pour les ramasser. La dame


àyai,t vu ces prunes dans une voiture elles avaient si bon air, qu'elle n'avait pu s'em- pêcher de les acheter.. Et maintenant, voyez

D'un geste lamentable, elle montrait les prunes réunies à nouveau- dans un journal. Elle les regardait, elle semblait trouver avaient perdu cette « fleur » engagéante qui, l'avait tentée. Elle les enferme dans le journal, et demande, en regardant Marie en dessous, le Carnet d'une Pari*- éienne, de Marie Colombier. L'auteur leva le attentivement la personne. •Elle avait bien l'air'd:une petite bourgeoise, toute simplette, mais pourtant! Ce beau Hre à dents blanches, cette exubérance, cette gaieté,, n'étaient pas, d'une bourgeoisie. Elle était vêtue d'un waterprpof sombre. Qui 'pouvait bien être cette dame qui s'offrait un livre de trois francs ^cinquante?.

Après son départ, Marie formula sa ques- tion. Vous ne la connaissez pas? Non.`,

Mais c'est madame Séverine, le secré-


taire de Vallès c'est qui prépare; les le Carnet, c'est article sur vous.

Rue de Laiacry.

Le lendemain matin, sondait chez Vallès. La porte s'ouvrit. la dame aux prunes, qui, en la voyant, partit d'un grand éclat de ripe.

lui a, dit qui j'étais, et elle pensera que ie patron veut faire un article sur elle, et elle Marie, La cordialité de l'accueil la mit en confiance. Elle raconta, en Tiant comment elle était devenue loir. pas elle .aussi unetaire h sa façon ? Dès ce moment, elle devint camaïade avec Vallès qui lui fit quelquefois lé plaisir de dîner chez elle. Ce ne -fut que plus tard


il y. avait très peu. de. femmes de lettres Marie, qui venait.de prendre une m'il! Un jour, à,-un dîner Adam, qui y a. fait allusion dans son article la volume des Mémoires, dîner qui réunissait Armand Siivestre, le. spirituel et aimable conteur,; l'amiral. Lainrley Henry; Léon avocat; Aurélien. Scholl, Ârsèae Houssaye, Henry Maret,, ALbéric; Secouai, Cornély, le baron Robert, de tablé Dites donc; Colombier; croyezvous que je vous; en ai donné des? sujets d& chroniques ? Croyez-vous que nou« en avons journal ne traînait pas sur les tables^ tous rle= lisaient! Et de commenter 'de? diseutetJ Ok, succès! Pardoœ, mon càet baron! je vous an été;. Vous: m'avez, fait


.de ne jamais divulguer votre nom, de ne jamais dire que je< tenais de vous tous ces racontars, j'ai tenu ma promesse, j'én prends à témoin mes amis ici présents. Aujourd'hui, c'est vous qui rompez le pacte dû silence .vous criez ce que j'avais juré de taire. Souffrez donc que jé vous renvoie les inimitiés que vous m'avez créées. ?

'Marie a démarqué la chronique amusante des salons et des coulisses n'est-ce pas ce qu'ont fait tant d'auteurs, dans leurs romans dont'on célèbre à 1'envi le parisianisme et la psychologie ? Mais il y a deux justices en littérature comme en politique apparemment, et ce qui s'appelle pour, l'écrivain à moustaches documentation suit lé vif, souci de l'exactitude et soin de la couleur, est qualifié de malveillance et de cruauté gratuite, quand c'est une femme qui écrit.

Marie a mis en articles et en volumes ses souvenirs et, ceux des autres, à une époque*. où le théâtre lui manquait; elle a bénéficié dé la curiosité qui s'attache aux indiscrétions, aux potins, aux racontars. Si elle a monnaya ses souvenirs, qui donc voudrait le lui im»


puter à crime ? Tel ,de nos romanciers qu'on vante fait-il réellement autre chose? En écrivant ses menus griffonnages* de Parisienne en marge de l'histoire, elle a donné à sa façon une nouvelle chronique de l'Œii-de-Bœuf en cette fin de siècle. Tous ces papotages-là rie son\ que de la vie ,émiettée,.et Marie n'eut jamais *la mejndre prétention au bas-bleuisme. A l'aile de la fantaisie,, la comédienne a arraché une plume, toute frêle, toute frémissante, et l'a trempée dans l'encre rosé pour se raconter soi-même et parfois raconter les autres. Une, pamphlétaire, cette indépendante qui s'attarde aux flâneries de l'école buissonnièré ? Allons donc.! Une femme de lettres? Pas davantage, Mais tout simplement une de ces c caillettes ? du dix-huitième siècle qui jacassaient avec Fontenelle des histoires amusantes de l'époque, sans grande charité pour les ridicules, mais sans amertume, à coup sûr. L'amertume, la haine? A quoi '̃̃̃ bon? Autour de nous, la #vie pullulé, rayonne) chatoie le dé^cor de la farce universelle change à chaque instant, à chaque instant


l'heure présente s'évaporent avant que suri aitJni de sécher.

FIN DE « FIN DE SIÈCLE » (*)


DÉDÏCACE de1 l'Opéra. Première du Rendez- Vous de François Coppée. le inonde: Trop Amour de poète et Chapitre II. II ne demain ce qu'on


,de gloire et le néant. Se mort CHAPITRE Trois La littérature du bàron de Veine et fuse de jouer les pitres. tout,. merle qui change de' plumage. et misère d'une selle du L'amour est enfant de CHAPITRE v. Les moyen d'avoir son A la conquête des grands hommes. On ment on bat monnaie avec le Laissons parler la '.commissaire, voyage, mbn Dieu 1 Quel voyage médie italienne. CHAPITRE vu. Le vaisseau Déception de Amours et intrigues diplomatiques névrosée. Le ment on


lady Odo Russell.– Prince d'Orange.

Tentative de séduction sur. un prince.

Guerre d'Orient. Russes contre Turcs.

Manifestation artistique du Figaro.

Début de l'alliance Franco-Russe. 195 CHAPITRE ix, Une aventurière. La maison flottante. Yerbp, marient. Un lende-

main de réveillon.. Retour du pays de

4 l'or. Femme du monde qui veut deve- nir acteùse.– Curieuse dans une maison

Tellier.– La bohème pas dorée.- Laide,

elle était laide .1 221 Chapitre x. Le tout est d'arriver à point. Inauguration du théâtre de Monte-Carlo.

La volupté d'animer l'argile. La Bo-

dinière avant Bodinier. -La diseuse de

bonne aventure.- En route pour le Nou-

veau-Monde 247 CHAPITRE xi. Arrivée au pays de Barnum. Les débuts de l'étoile. L'Amérique à

vol de locomotive. L'amour à NeV-York. Chapitre xii. Royauté de carton. .La ca- ravane de la reine de Saba. Carmen et

Don

de Marguerite. Les jardins d'Armide.

favorite à la fosse commune. Jugement

d'auteur.- Marie découvre la littérature.

La chronique

dé rOEil-de-Bceuf au dix-neuvième siècle. 291



Abbey, 279.

Adam (Paul), 315.

Ahumada (marquis. d'), 106. Albedyll (général), 183.

Albedyll (Mme), 183.

Aldaraa (Alfonso de), 160.

165,166, 167,. 216.

Araboise (comtesse 'd'), 298, 596, 301, 303, 305.

Ambre MO, 111, 112, 113, 292, 293, 295, 296, 299, 'a Angelo (Valentine). 87. | Jtaissoa-Duperxon, 3J5. Antigny (Blanche d'), 223. 1 • Antoniae,^61.. Aoust (marquise d'), 15. '];• Arnavon (M.;et Mme), 139. Aubryet (Xavier), 15.

Augusta (impératrice), 175, 230; Balzaroni (Ch.) 153.

Bambergar, 78.

Banville;' 18.

Barbey d'Aurevîlly, 21.

Barbier, 141.

Batdous, 1L3.

Baretta, 55.

Barnmn, 367, 300.

Ba'rtet (Mlle), .15.

Baudouin, 16.

Beaugrand (Mlle), 89r259.

Bdaumont (comtesse de), 15. Beauplan 294, 301. 226.

Béhic (M. et Mme), 22.

Belgiojoso, 156.

Bell (Lina), 14.

Bélanger (Marg-.), 26.

Benkendorff (Mita de), 177, 179. 179, 195, 240,

Berardi (Oaston), 232, 301.'


Bernhardt (de4nne), 261, 274, 296.

Bernhardt (Sarah). 11, 45, 59, 97, «8, 245, 246, 247, 24H, 249, 255, «61, 263. 268, 269, 272,278, 295, 296, 299.

Bernis (la générale de), 15, 17. Berton (Pierre), 11, 21; -24, 45, 59.

Bertrand, 255, 257.

Besson, 2;.2, 283, 308.

Biiiing; (Robert <ie), 315.

Bismarck (prince de), 181f 185, 186.

Bismarck (Herbert de), 186,188. Blavet, 15. 113.

Bleiehiœder, 184.

BHn de Bourdon, 15.

Blowitz, 147.

Boeher r (Amedée), 98.

Bocher (Chartes), 7,ll76.

Boisdeffre (René de), 15.

Boisgobey, 101,

Bonaparte- Wyse, 99.

Bondois, 108.

Bouilhet (Louis), 11.

Borda, 15. Bourbaki, 5.

Bourget Paul), 289.

Bourgoing (le comte de), 15- Bozacchi (Mlle), 6, 7} .8.

Bravoura, 312.

Braya, 15.

Brébant, 101.

Brassant, 45.

Brigode (vicomte de), 23.

Brindeau, 55.

Broc (marquis de), 15.

Broizat (Emilie), 12, 55.

Brunetiere, 289.

Cabel (Marie), 14. Gabrol, 16.

Calvé (Mlle), 289.

GttiTibriels (genéral de), 15. Campbell-Clarka, 15.

Carolath (prince), 187.

Carolath (princesse), 187,

Carvalho (Mme), 88.

Gasafaerte,.157..

"Gassagna? (Paul de), SOI.

Ca-teliane (comtesse Marie de),

Gastelrengh, 122.

Pl«in (Mlle), 102, 103, 104, 105, 107, 274.

Chaboud (Marie), 225^

Chartran,289

Chartres (due de), 139.

Chilly (de), 11, 54.r

Claudin (G.), 15.

55.

Glennont-Tonnerre, 232, 233, 234,

ColoLr'ia (baronne de), 23.!

Golonna (Pierre), 202.

Coppée, 11, 12, 16, 17, 18, 19.

2J9, 21, 27, 28t 55.

Coquelin (les deux), 16.

Coquelin ainé, 45, 289.

Cot-nély, 315.

Coste, 14.

Cruzet (marquis de),15,

Dalloz, 139.

Damain (Elise), 14.

David (Esther), 170.

Da'-aziS i (duc), 818.

Ddlahaye, 15..

Delle Sedie, 16.

Dtjinachy, 8. ̃

Desarbres (Nérée), 43, 44. Deaehamps, 202, 205.

Desclée (A-imée), 69, 70, 7J, 72.

Kesgranges (Grisette), 44.

Desmoulins (Cam.), 122. Detroyat (L.), 20.

Dias de Soria, 16. Dolfus (Edm.),%l..

Dominique (Mme), 5, 6, 77.

noria (princesse), 152.

Doucet (couturier), 274.

Doucet .(Cam.), 16, 88.. Dfouard (Henriette), 64, 7.

Dubost, 23. Dubourjal (Antonie). il. 2.


14, 21,70,71, •? 73, 88, iCO, 102, 107, 204.

Damas (Marie), 255, 256, 259. Dumoret, 84. .Duprey (H.), 101.. Duquesnel, il, 54, 56, 57, 59. Duval (boucher), 64, 65,66, 106, Duvâî (préfet), 141.

Duval (Amaury), 117.

Euault (L.), 16.

Ephvussi, 218.

Essler (J.), 72, 73, 74, 7p, 87.

Etincelle, 315.

Ffiure (chanteur), 88, 90. Fassy (Mlle), 99.

Péraudy (comtesse del, 16. .Fernandina (comte), l£tti Rernan-Niinez, 149.

Feuillet (Oct.), 204.

253.

Keyghine (Mlle), 241.

Fitz-James (comte de), 13, 14,23. Flammarion (édit), 268, 312.

Fonta (Laare), 14, 55.

Fontana (bijoutier), 156. Fonquier fH ),268, 315.

FréviMe, 55.

Froshdorff (Mlle de), 169.

Fûrstenberg (prince de), 200.

Galitzine, 102.

Galles (prince de), 15. *Galve (comtesse de), 312.

Gambetta, 121, 122,123,124,125, 126, 208.

Garnier (Ch.), 253.

î' Gay-Rogtand, T8.

15, 201, 203, 205, 207, 280, 281.

Germain, 5, 7, 8.

Germain (Mme), 88, 89.

Geryais. 15.

Girardin (Bm. de), 20.

Glatigny, 11, 18. » .Gontaut-Biron, 176, 180.

CîontauVBiroa (Bernard de), 195, 196.

Gounod,141.

Gournay (Cécile de), 97.

Gouy (marquis de), 15.

Gouzïen (Armand), 101.

(ïramont (duc et duchesse de), 24. « Grandmaison (comte de), 23.

Guanier (J.), $89.

Grau, 141.

Guérard (Mme), 261.

Guilbai t ( i'vette), 289.

Guillaume (empereur), 182.

Guimont (Esther), 96.

Hadamard (folle), 257, 258.

llalanzier, 10, 14, 77, 79, 80, 81, 82,*90, 91, 138.

Hatzfeldt (comte Paal de), 184, 200240.

Hecht (frères), 15.

Heilbronner (Mlle), 15,, 17.

Hénin (prince d'), 23.

Henri XVIII de Reuss, 183.

Henry V, 225.

Hesa (Em;), 139.

Heyraul/3, 16.,

Hoïienlohe (prince de), 176, 205. Hottinger, 41..

77. 78, 80, 81, 101, 102, 112, 248, 249, 268, 315.

Hugo (coiffeur), 223.

Hûlsen (Mgr de), 169, 174.

Jarrett, 278.

Jollivet (G.), 13, 101.

Jouassain 15.

Joubert, 78, 89, 90.

Jouffroy d'Abbans, 227.

Jouffroy d'Abbans (Mme), 227. Jourdain, 15. ̃ • Jullien (Marcelle), 257.

Karolyi (comte), 186.

Kempt (Mme), 209, 210.

Kerieux (marquis de), 235.

Knei^p, 51.


Kœchlin, 73, 74,. 75.

Kœffenhrichs (baron de), 200, ,201 1 205,

Kœffenhrichs (baronne de), 201, 202, 203, 205.

Labiche, 16.

Laboutetière, 15, 18, 22, 23.

La

Laferrière, 274.

Lafontaine, 145.

Lagier (Suz.), 230.

Lahirle (amiral, 315:

Lamaleraj {Mme), ,108.-

Laraartine, 123.

Laroehelle, 230, 231.

Launay (comte et comtesse de), 179, >̃̃̃>-

Leblanc (Léônid), 55, ÏO9j 113, 164, 222. ̃̃̃ ̃ .-̃ ̃

Lecotitê daiLislè, 119.

Legouvé, 88;

Lemafctre (Geôle),

Lemarehand, 180, 18J.

Lemërre,27.

Lerchenfeld (comte de), 185, .205; •'•̃'̃

Leroy, 16.

Lesaéttrf ,A5»

Lévy et Worms, 40-

Lina Munte, 233.,

Lloyd (M.-airie),:15v ̃

Loïe Fuller, 287.

Louvenèourt (oomt»€ë), W;y

Macé, 224, 225,227j 228, 229 .242. ;{' ̃ ̃ ;̃̃ Maillé

,Maltern)é,,è3. '̃̃'̃̃̃•̃'

Manchester 230'. '«̃' .A^ ̃' :̃̃ ̃Manet, 16..

Marnètv 141. •

̃Marpon, 268,312.

Maithold (Jules de), 258, Martin (Noël), 55.

Marx, 15.

Masset, 222, 230.

Maudnit (Mlles-). 15.

Maurel (Victor). 289.

Mauri (Rosita), 15.

Môlanie (Mlle), 45.

MeLlhac, 24'

Melissano (prince de), 151, 154, 158, 159, 160.

Méaéli&k, 39.

Merigliano, 151.

Merle (Mary), 106, 107. Metternich (princesse de), 188. MeynadLer, ]68.

Meynard, 16.

Mistral, 119,133.

Morîène (marquis de), 16.

Montebello (marquis de), 16.

Montaland (CeJiûe), 25.

Moreau-Sainti, 6?.

Mouret-Sully, Ii9.

Nadaillac (marquis de), 16. Narey, 57, 88.

Nazimoff, 147, 161,.205.

Nesselrode'(comte), 184,

N.igra, 101.

Niesrin, 268.

Nisard, 16. Noilly-Prat, 139.

Nostiltz-Walwitz, 185.

Nostiltz-Walwitz O'Conneîl, 122.

Orange (prince à',), 15, 113, 210, 211, 212, OrlofF (prinpe), 21, O'Shea (mist.), 122. Oamond, 12, 13. Panissa-pàssis (marquis de),


Paré (Georges), 86.

:Parent (Elise), 15..

Paris (marquis de), 14.

Paraell, 122.

Patti, 268.

Péan, 70.

Pearl (Cora),

Pêne (H. de), 16.

Perponcher, 1B3.

Perrin, 5, 8, 43, 45.

Petit (Dica), 218.

Petit (Thaïs), 43, 45, 46. Pierson (Mile), 69, 71, 72. 8. (baronne de), 17, 23. Porel, il, 55, 86, 87, 89,9», 232. Porel (Mathilàe), 232.

Porto-Riche, 11, 55, 86, 87, 89, 90, 141, 232.; s Pourtalfcs(Mmede),23.

(baronne de), 205, 207, Radzrwill (prince de), 16, 178. Ratibor (duc de), 176.

Battazzi (Mme), 99.

55.

Régnier i00,

(comtesse de), 55. Reichenberg (Mlle), 15, 58. Reinach (baron de), 82, 83. Retzké (les), 289.

Richard (G.), Il, 55.

Robert (Fànny), 210.

Rohan (prince de), 16, 235. Romain, 259.

Rostand, 47, 48, 50, 52, 53, 60, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 102, 229.

(Alph.), 8, 42,43,47. Rothschild (Gust.), 8.

Rothschild (les), 15.

Rongé' (marquis de), 18.

Rousseiï (Mite), 141.

v Russell(lord), 20i.

Sae^achini, 102, 107.

Sagan (prince de), 16, 200.

Saïnt- Victor, 61, 62, 101, 113, 170, 247; 248, 249, 250, 251.

Saint-Germain (comte de), 16. Saintin, 16;

Salvayre, 15.

Salvini, 300.

Sand (G.)vli, 49. Sanderson (S.), 289.

San Cësario, 149, 150, 152, 154, 159.

Sanlaville (Mlle), 259.

Santelli, 299.

Santiago, 15.

Sanz (Elena), 15.

Sarcey, 16..

Schindeler, 51.

Schleinitz (comtesse de), 188, 189.

Schmid {général}, 101.

Scholl (Aurélien), 110, 226, 315. Second <Atbéric), 113, 249, 315. Secïétan, 238.

Sellière (R.), 9.

SéverinE, 29, 313.

Silvestre (Arm,), 51, 315.

Simond (Em.), 222, 230, 261.

Sonzogno, 168.

Soudan (Jehan), 276, 311, 312. Sonvaroff (Pierre), 23, 223.

Stora, 79.

S tolberg-Weinigerode (comte de) 181.

Stoitz (Mme), 96, 97.

Taglioni (Paul), 168, 173, 215. Tallandièra, 100.

Tassin, 16.

Thierri (Henri), 38, 39, 42, 73, 236,237,238,239,240.

Thierri-Kcechlin, 39.

Thoiné (Fr.), 16.

fhomson, 301..

Turckheim (baron de), 188.

Ttlrr (général). 101.

Ugalde (Mme), 15, 99, 100.


Vallerand de la Fosse, 16. 142,170. Varney (Mme), 167. • Verdi, 168.

Véron, 16. Vigny, 74.

"Villemtssant, in, 217.

Wagner, 190.

IMPRIMERIE DE LAGNT