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Title : Journal de médecine de l'Ouest / publié par la Section de médecine de la Société académique de Nantes

Publisher : (Nantes)

Publication date : 1875

Contributor : Société académique de Nantes et de la Loire-Atlantique. Section de médecine. Éditeur scientifique

Type : text

Type : printed serial

Language : french

Language : French

Format : Nombre total de vues : 7104

Description : 1875

Description : 1875 (SER1,A9,T9).

Description : Collection numérique : Fonds régional : Bretagne

Description : Collection numérique : Fonds régional : Pays de la Loire

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k1124519

Source : Bibliothèque universitaire de Nantes

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34446886n

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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JOURNAL DE MÉDECINE DE L'OUEST


JOURNAL DE MÉDECINE DE

L OUEST

PUBLIÉ PAR LA SECTION DE MÉDECINE de la Société Académique de Nantes.

PBEMIÈfiB SÉRIE. NEUVIÈME ANNÉE. tOME IX,

NANTES,

M"* V* G. MBLLIttEI, IMPRIMEOT DB LA SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE, place du Pilorij 5.

187 5


DES MEMBRES DE LA SECTION DE MÉDECINE.

AUard (Emile), d.-m. Delamare, d.-m.

Abadie, vétér.

Andouard, ph.

Anizon, d.-m.

Barthélémy fils, d.-m. Bernaudeauz, d.-m. Bertin, d.-m.

Blanchet fils, d.-m. Chartier/d.-m.

Chenantais, d.-m. Deluen, d.-m.

Genevier, ph.

Grimaud, d.-m.

Herbelin, ph.

Heurteaux, d.-m. Hogué, vétérinaire.

Chartier, président.

Anbouard vice-président.

Montfort, secrétaire.

Barthélémy, secrétaire-adjoint.

Delcbn, trésorier.

Delahare, bibliothécaire.

Comité de rédaction POUR l'année 1875.

Abadie, vétér. Bertin, d.-m.

LISTE

MEMBRES HONORAIRES.

Lequerré, d.-m. Maguéro, ph.

ian-Dufeillay,d.-m.

MEMBRBS TITULAIRES.

Joùon (Fr»i»), d.-m. Kirchberg, d.-m. Laënnec (Th.), d.-m. Lapeyre, d.-m.

Lecornué, vétér. Lefeuvre, d.-m. Legrand dela Liraye, d.-m.

Le Houx, d.-m.

Letenneur, d.-m. Lunéau, d.-m.

Mahot (Aug.), d.-m. Malherbe père, d.-m. Malherbe fils, d.-m. Marcé, d.-m.

Menier, ph.

Montfort, d.-m.

Petit, d.-m.

Porson, d.-m,

Raingeard, d.-m. Rouxeau, d.-m.

Saillard, d.-m.

Teillaïs, d.-m..

Thibault (Th.), d.-m. Trastour, d.-m.

Viaud-Grand-Marais, d.-m.

Vignard (Ed.), d.-m. Walczynski, d.-m.

Bdbbau.

Laënnec, d.-m.

Malherbe fils, d.-m.

I Trastour, d.-m.


JOURNAL DE MÉDECINE DE L'OUEST

BULLETINS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ DE MÉDECINE DE NANTES

Séance du 9 janvier 1875.

Présidence de M. Chartiéri

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. Dix membres répondent à l'appel.

M. JouoN, président sortant, prononce l'allocution suivante: « Messieurs ET CHERS collègues,

» En quittant le fauteuil de la présidence, permettez-moi de vous remercier encore de l'honneur que vous m'avez fait en m'y appelant, honneur dont le souvenir me restera toujours cher.

» Nos séances, vous le-savez, sans avoir présenté d'attrait exceptionnel; n'ont manqué ni" d'intérêt, ni de, cordialité, et nous pouvons nous rendre^ cette justice. qu'elles ont gardé te caractère confraternel et scientifique, qui fait leur mérite. «L'année prochaine la tâche du nouveau bureau sera peutêtre plus lourde la session de l'Association pour l'avancement des sciences devant avoir lieu dans notre ville, nous serons appelés sans doute à coopérer à ses travaux. Ce ne 'sera pas trop pour soutenir l'honneur de notre Section de Médecine que


de voir chacun de nous, suivant ses forces, prêter son aide à notre nouveau président.

» Je crois être l'interprète de la Section, en l'assurant qu'il peut compter sur notre concours, et en le remerciant à l'avance de ce qu'il voudra bien faire pour que la Société de Médecine soutienne à la hauteur de la mission difficile, mais si honorable, qui lui incombe. »

II invite MM. Chartier, président, Andouard, vice-président et Montfort, secrétaire, à prendre place au bureau. M. Chartier, président, prononce l'allocution suivante « MESSIEURS ET CHERS COLLÈGUES,

» En prenant possession de ce fauteuil, ma première impression est un sentiment de reconnaissance que je suis heureux de vous exprimer, en vous offrant mes sincères remerciements.

» Après avoir vit par quelles rares qualités d'esprit et de savoir, les estimés confrères qui m'ont précédé à cette place, ont su justifier l'honneur que vous leur aviez fait en les appelant à présider vos réunions, je sens toutes les difficultés do la mission que vous m'avez confiée, et j'ai besoin de compter sur votre bienveillance.

» Pour débuter clans mes nouvelles fonctions, par un acte de justice, je vous demanderai un vote de remerciements pour mon distingué prédécess%ur, qui a dirigé, avec une parole si précise, une aménité si parfaite, vos savantes discussions et pour le laborieux secrétaire, qui a apporté, dans la rédaction des procès-verbaux, un soin scrupuleux à rendre dans toute sa vérité la pensée de chacun.

» Un du nos collègues, le docteur Laënnec, a droit aussi à notre reconnaissance. Après avoir été conduit, par l'allrait scientifique, à ces grandes assemblées, où les savants les plus


éminents de notre pays se donnent chaque année rendez-vous, il a voulu nous faire profiter tous du bonheur qu'il avait éprouvé le premier. Son zèle, son ardeur, son dévouement que nul obstacle ne peut arrêter, quand il a entrepris une tâche de ce genre, lui ont fait conquérir un vote qui nous vaudra cette année l'honneur devoir la quatrième réunion de l'Association française pour l'avancement des sciences, se tenir dans nos murs.

9

» Plusieurs d'entre vous réserveront sans doute, pour cette solennité, d'importants travaux j'espère pourtant que nos séances mensuelles n'y perdront rien, et que les œuvres originales, les faits rares qui nous seront communiqués, les savantes discussions qu'ils provoqueront, donneront à chacune d'elles un intérêt au moins égal à celui que nous ont offert les plus attrayantes des années précédentes.

» Je vous proposerai, en outre, une innovation ou plutôt la régularisation d'une pratique déjà usitée. Presque à chaque séance, vous le savez, Messieurs, notre attention est appelée sur les maladies régnantes. Au lieu de traiter cette question d'une façon incidente, ne vaudrait-il pas mieux que notre secrétaire nous présentât un travail préparatoire, dans lequel il nous rappellerait les conditions générales atmosphériques du mois écoulé, et nous ferait connaître, après renseignements pris auprès des chefs de service des Hôpitaux, quelles auraient été les maladies les plus communément observées ? Chacun de nous apportant ensuite le fruit de ses remarques et de ses observations compléterait le tableau. Ce travail consciencieusement fait, ne satisferait pas seulement la curiosité du moment, il permettrait de réunir des matériaux qui pourraient servira élucider plus tard quelques questions de pathogénie encore très-obscures. »

M. Chartier lit une lettre de M. Robuchon, médecin mili-


taire, annonçant qu'il est détaché à Belle^Ile-en-Mer. Tl remercie la Société qui l'avait admis à titre provisoire. Aucun travail n'étant inscrit à l'ordre du jour, M. Chartier fait une communication intéressante au sujet de l'épidémie de rougeole qui sévit en ce moment. Il a été appelé auprès d'une femme de 59 ans, présentant après 5 jours de prodromes, tous les symptômes de la rougeole. Vingt-quatre heures après survenait un gonflement considérable des mains et des pieds, puis une miliaire confluente. En même temps la fièvre s'aggravait, la langue était sèche, il survenait du délire. Potion avec 8 grammes d'acétate d'ammoniaque. Le lendemain, les boutons de miliaire agrandis prenaient par endroits l'aspect de vésicules. Les stimulants furent continués, et le lendemain les vésicules étaient devenues des bulles comme celies du pemphigus. L'état général alla en s'améliorant et la guérison fût complète. Tout le corps dépouilla comme dans la scarlatine.

M. ROUXEAU a observé un cas fort curieux de récidive do rougeole à court intervalle. Un enfant de 6 ans est atteint de rougeole intense qui suit une marche normale. Le père gagne la maladie de son enfant et en meurt. Huit jours après, l'enfant est repris de rougeole qui est bien déclarée le quatrième jour. Elle fut plus grave que la première, et s'accompagna de phénomènes cérébraux. Les deux rougeoles avaient eu lieu dans l'espace de un mois.

M. CHARTIER dit avoir vu des récidives de rougeole à 6 mois d'intervalle. Dans les deux cas la récidive avait été plus intense.

M. Jouon fait remarquer que les fièvres typhoïdes ont subi une décroissance, à mesure que l'épidémie de rougeole augmentait.

M. CHARTIER appelle l'attention sur la coïncidence de la rougeole et de la coqueluche.


M. Raingeaud a vu la rougeole se substituer à la coqueluche. Il a aussi observé plusieurs cas de rhumatisme articulaire, et croit à une certaine relation entre cette maladie et la rougeole. M. MONTFORT dit avoir observé une épidémie de coqueluche assez intense dans la salle d'asile de Saint-Nicolas, où plus tard la rougeole a été si générale, qu'il est devenu nécessaire de fermer l'établissement pendant près de quinze jours. M. RouxEAu a vu une rougeole compliquée d'accidents pulmonaires graves. L'enfant était cyanosé et l'auscultation fit voir qu'un poumon ne respirait plus. Il était arrivé à la période asphyxique.

M. MONTFORT a observé un cas dans lequel l'impression du froid n'a pas eu de gravité dans le cours de la rougeole. Un enfant de 6 ans fut amené à sa consultation au deuxième jour de l'éruption, par un froid humide. Les taches rubéoliques avaient un aspect violacé. Il fut reconduit, sous la pluie, jusqu'au boulevard Sébastopol, et la maladie n'en suivit pas moins son cours sans aucune complication.

A huit heures la séance est levée et les jetons sont dis.. tribués.

Le Secrétaire,

Dr L. MONTFORT.

Séance du 5 février 1875.

Présidence de M. Chartier, président.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. A l'occasion du procès-verbal, M. Rouxeau demande à dire quelques mots d'un cas de rougeole qu'il a observé chez une


négresse de 8 ans, née à la côte d'Afrique. Elle fut prise de tous les symptômes de la rougeole le voile du palais présentait un piqueté rouge, et sur la peau se voyaient de petites élevures qui, sans une certaine incidence de la lumière, avaient une couleur violacée. Cette maladie est très-fréquente chez la race nègre où elle se reconnaît surtout par les symptômes généraux.

Quinze membres répondent à l'appel.

M. Delamabe fait connaître les nombreux ouvrages achetés pour la bibliothèque.

L'ordre du jour appelle à la tribune M. Luneau, qui lit une observation d'avortement à 5 mois et demi. Enroulement du cordon avec interruption de la circulation fœtale.

M. MALHERBE père fait remarquer que Geoffroy SaintHilaire a décrit plusieurs fœtus monstrueux venus au monde avec-des nœuds du cordon. On a même vu l'amputation des parties molles d'un membre par un tour de cordon serré. M. Laennec pense que les noeuds sont assez inoffensifs et n'arrêtent point ordinairement la circulation fœtale. On peut reconnaître un vrai nœud à des adhérences qui n'existeraient pas sur un nœud fait après la naissance de l'enfant. M. Montfort lit une observation d'empoisonnement par le laudanum, suivi de guérison, chez un enfant de 14 mois. M. Rouxeau cite deux cas prouvant l'action extrême de l'opium. Un enfant de 4 ans prit la moitié d'une potion contenant 2 gouttes de laudanum. Il fut pendant 24 heures narcotisé.

Un homme prit 20 pilules représentant 20 grains d'opium et mourut en 4 heures.

Il a vu aussi un homme qui avait pris 4 grammes de sulfate de morphine avec 30 centigrammes d'arsenic. Il ressentit pendant 8 jours un engourdissement notable et guérit bien. M. MALHERBE père fait observer que bien des circons-


tances peuvent faire varier les symptômes consécutifs la présence d'aliments dans l'estomac, les vomissements, etc. La tolérance est aussi très-grande dans le tétanos, l'empoisonnement saturnin.

M. Lapeïbe a observé un homme qui prit 6 grammes de laudanum en lavement, et présenta tous les signes de l'empoisonnement. Au bout de quelques heures, le narcotisme cessa.

M. Malhebbe signale le fait suivant observé sur lui et sur des malades sachant que l'effet de l'opium ne se fait sentir qu'une heure environ après son ingestion dans l'estomac, il fait fondre dans la bouche de petites pilules d'opium, et l'effet est bien plus prompt.

M. Delxjen dit avoir observé des cas sérieux de narcotisme par l'opium chez de jeunes enfants.

M. MONTFORT communique à la Section le résumé des observations météorologiques faites par M. Lefièvre pendant le mois de janvier. A part le premier jour de l'année, trèspluvieux puisqu'il a donné 33mm,5 d'eau, les autres jours ont varié entre 1 et ll.mm 10 jours ont été sans pluie. La température moyenne a été de 7°, 99. Le jour le plus froid a été le 1", à 2°,5 le plus chaud, le 28, à 14°, 3. La pression barométrique a donné en moyenne 764mm,70. JI est à noter qu'après être descendue à 754mm,55 le 24, elle s'est élevée rapidement le 26 à 766mm et le 31 à 775mm,80. M. Trastocr fait connaître l'ensemble des maladies observées pendant le mois dans son service. (Salles 8 et 17.) Trois hommes 'atteints d'affections cardiaques sont morts après avoir présenté des symptômes d'apoplexie pulmonaire. Quatre cas de rougeole ont été observés chez des adultes, deux sont guéris les deux autres, compliqués l'un d'oedème, l'autre de bronchite capillaire sont encore dans le service. On a observé trois cas de bronchite capillaire chez des


femmes l'une est sortie guérie, les autres sont encore en traitement.

Deux fièvres typhoïdes chez des adultes, avec convalescence longue. Une fièvre typhoïde suivie d'une péritonite mortelle chez un jeune homme de 20 ans.

Trois pneumonies catarrhales.

Une pneumonie rhumatismale, suivie de mort.

Deux pleurésies.

Cinq pneumonies du sommet ayant donné trois morts et deux guérisons.

Un cas de congélation, suivi de mort, chez un homme de 29 ans.

Trois hydarthroses.

Un érysipèle de la face.

Un érysipèle phlegmoneux.

Trois cas de grippe.

A propos de l'érysipèle de la face, M. Trastour dit qu'il n'a qu'à se louer du perchlorure de fer, qui donne des succès, même dans l'érysipèle chirurgical.

M. Laennec a observé dans le service de la crèche, quarante cas de rougeole d'une intensité moyenne. Ceux qui ont succédé à la coqueluche ont été plus- graves.

Un cas de kératite, avec perforation de la cornée, chez un enfant de 18 mois, qui a fini par succomber. Un enfant de 16 jours, atteint de rougeole, a succombé à la gangrène des doigts et des orteils.

M. Laenkec a soigné aussi plusieurs cas de broncho-pneumonies, de catarrhes et de coqueluches.

Dans la salle n° 18, M. Laënnec a observé les maladies suivantes

Quatre fièvres typhoïdes, de moyenne gravité, à type adynamique. Ces 4 femmes ont guéri et sont en convalescence.


L'une d'elles, âgée de 21 ans, a déjà eu, il y a 4 ans, à l'Hôtel-Dieu, une première atteinte de fièvre typhoïde. Un cas de rougeole a été observé chez une élève sagefemme envoyée de la maternité.

Deux jeunes filles atteintes de pneumo-plymie au deuxième degré. L'une d'elles a présenté pendant plusieurs jours tous les signes d'un pneumo-thorax.

Une jeune fille de 19 ans a été traitée pour une bronchopneumonie une autre de 22 ans, pour une pleuro-pneumonie. M. MALHERBE a observé dans son service militaire un cas do rougeole, puis trois érysipèles avec gonflement énorme de la face. Il les a traités par les toniques dont il vante les bons effets.

M. CHARTIER, chargé du service des salles 9 et 20, a observé deux pleuro-pneumonies occasionnées par des refroidissements, puis deux broncho-pneumonies, chez une femme de 52 ans et un homme de 51 ans.

Deux hommes de 21 et 30 ans, et une femme ont présenté des symptômes abdominaux et thoraciques de fièvre typhoïde. Un cas de rhumatisme articulaire généralisé.

Un homme de 31 ans atteint de rougeole a guéri, mais en conservant des accès d'asthme auxquels il n'était pas sujet auparavant.

Une femme de 58 ans, atteinte d'érysipèle de la face, suite de contusions, a été envoyée du service de la clinique externe, et a succombé trois jours après son entrée dans la salle. M. Deluen a vu un ouvrier tanneur atteint de stomatite intense avec fièvre et sueurs abondantes. Le troisième jour, il se développe dans la bouche un point noir semblable au charbon. En pressant dessus, la pustule crève et il s'écoule une sérosité roussâtre. L'affaiblissement et la prostration étant extrêmes, M. Deluen employa les toniques, le quinquina. Le malade guérit.


M. Thastour se demande si l'on n'avait point affaire à un anthrax ou à un furoncle.

M. Deluen n'a vu aucun caractère' d'anthrax. La pellicule qui recouvrait la tumeur était extrêmement mince. M. Chartiek a vu une femme de 20 ans, enceinte de 5 mois et demi, qui fut atteinte' de la rougeole. Elle resta plusieurs jours en proie à une violente suffocation avec prostration et toux incessante néanmoins la grossesse continua sans accident.

La séance est levée à 9 heures.

Le Secrétaire,

Dr L. MORTFOBT.

Séance du 5 mars 1875.

Présidence de M. Chartier.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. Onze membres répondent à l'appel.

L'ordre du jour appelle la discussion de la proposition, de M. Chartier, de faire chaque mois une communication sur les maladies régnantes ou épidémiques.

M. Lequerré est d'avis que cette discussion ne vienne qu'après la lecture des travaux mis à l'ordre du jour. M. Raihgeard demande que les communications soient faites au moyen de notes sommaires qui seraient publiées en entier dans le jôurnal.

Les membres de la Section sont, en conséquence, invités à vouloir bien donner chaque mois ces résumés succincts. M. Delamare demande qu'à chaque trimestre' on publie le


chiffre de la mortalité d'après les relevés de bureaux de l'état-civil. Ces communications auraient un intérêt d'actualité qui les rendraient instructives.

M. Lequerré demande qu'une Commission soit nommée pour fournir chaque trimestre un rapport sur l'ensemble,des causes de mort, en relevant à la mairie les bulletins de décès fournis par les médecins.

MM. Delamare, Raingeard et A. Malherbe sont nommés membres de la Commission.

M. RovxEAi) fait une communication sur les maladies régnantes, observées dans sa clientèle rougeoles, grippes, pneumonies.

M. CHARTIER attire l'attention sur l'épidémie de grippe qui sévit en ce moment, et qui est caractérisée par des symptômes catarrhaux portant surtout sur les voies respiratoires. La rougeole paraît en voie de diminution dans la ville. M. CHARTIER a observé, dans son service, un malade atteint de tétanos à la suite d'une petite plaie de la tête. La maladie était plus intense du côté où se trouvait la plaie. Elle finit par amener la mort du malade..

M. Rouxeau a observé un cas d'accouchement dans lequel il employa, pour activer le travail, le seigle ergoté. Sous son influence, les battements du cœur fœtal allèrent en diminuant de fréquence. L'accouchement fut terminé par une application de forceps. Vingt-quatre heures après, l'enfant était pris d'attaques d'éclampsie dont il guérit. M. Rouxeau se demande si l'éclampsie ne peut pas être attribuée à l'emploi de l'ergot de seigle.

M. Montfort dépose sur le bureau le résumé des observations météorologiques du mois de février fourni par M. Lefièvre. La pression barométrique moyenne a été de 762,12.


La température moyenne du mois a été de 3°, 66. La moyenne diurne la-plus basse de io,i0 ta plus haute de + 9",60.

Onze jours pluvieux ont donné 60 m/m 80 d'eau. A 8 heures 1/2 la séance est levée.

Le Secrétaire,


MÉMOIRES ET TRAVAUX ORIGINAUX.

Empoisonnement par le laudanum de Sydenham. Guérison, par le Dr L. Montfort, professeur suppléant à l'Ecole de Médecine de Nantes, chirurgien suppléant des Hôpitaux. Le 18 janvier 1875, j'étais appelé en toute hâte auprès de la fille d'un de mes clients, âgée de 14 mois, qui venait d'être empoisonnée par du laudanum.

D'une bonne santé habituelle, elle avait été atteinte d'une rougeole légère dont elle était convalescente et l'appétit ne revenant pas assez vite au gré des parents, la mère jugea utile de lui administrer du sirop vermifuge de Macore. Une erreur lui fit donner à la place du sirop, deux cuillerées à café de laudanum de Sydenham qui furent avalées coup sur coup ce n'est qu'à la deuxième cuillerée que la mère s'aperçut de sa méprise. Elle fit prendre aussitôt à son enfant une cuillerée de sirop d'ipéca, du lait, de l'huile qui ne produisirent aucun effet. Pendant ce temps, on venait me prévenir. Ne pouvant m'y rendre de suite, je prescrivis 40 grammes de sirop d'ipéca, avec 40 centigrammes de poudre. Il était midi quand l'enfant avait pris le laudanum à midi et demi on commençait l'administration de la mixture vomitive. Ce n'est qu'à une heure moins cinq minutes qu'avait lieu le premier vomissement.

Quand j'arrivai, à une heure, j'appris que l'enfant avait été prise, peu de temps après l'ingestion du laudanum, d'une envie de dormir très-violente et qu'on n'avait pu la tenir éveillée qu'en la secouant, en lui frappant dans les mains. Les pupilles étaient très-contractées la connaissance était conservée et une grande pâleur se remarquait sur tout le corps. Le pouls ralenti, était très-faible.


Les matières vomies que l'on me montra sur le parquet de la chambre, avaient une coloration brune assez foncée, et une odeur bien reconnaissable de laudanum. Cependant, bien que toute la dose d'ipéca eût été employée sans amener d'autres vomissements, et craignant qu'il y eût encore du poison dans l'estomac, je me décidai à administrer un nouveau vomitif. J'envoyai chercher 40 centigrammes de sulfate de cuivre, dissous dans 80 grammes d'eau. En même temps, je fis prendre une infusion de café noir. Toute cette dose de sulfate de cuivre fut administrée par cuillerées de dix minutes en dix minutes, sans déterminer de vomissement. La titillation de la gorge avec les doigts, avec des plumes, fut inutile. Grâce au café, la somnolence n'augmentait pas mais en présence de cette inertie de l'estomac et craignant d'y laisser trop longtemps cette dose de sulfate de cuivre, je tentai d'aspirer avec une seringue les liquides qui s'y trouvaient. N'ayant point à ma disposition de sonde œsophagienne dont le calibre fut convenable, je pris le parti d'introduire dans l'estomac une grosse sonde uréthrale que je poussai aussi loin que possible. Immédiatement sortit par l'ouverture de la sonde, avant même que j'y eus adapté la seringue, un jet de liquide brunâtre, qui était l'infusion de café absorbée. Puis des vomissements survinrent, qui chassèrent une bonne quantité de ce liquide.. En la comparant avec ce que l'enfant avait bu, je pensai qu'il devait en rester encore. Je fis alors prendre 6 centigrammes d'émétique en deux paquets qui provoquèrent deux vomissements abondants. Bien sûr alors que l'estomac était vide, il ne me restait plus qu'à combattre les effets du laudanum qui avait pu être absorbé. Il y avait à ce moment deux heures que l'accident avait eu lieu. Je recommandai <le tenir l'enfant éveillée toute la journée, de lui faire prendre souvent de l'in fusion de café noir, et dans le cas où la tendance au sommeil serait trop forte, de lui promener sur le corps des sinapismes, et de lui faire des frictions alcooliques.


A trois heures, malgré toutes les précautions, l'enfant s'endormit, et on lui appliqua sur les bras, les jambes et le dos des sinapismes qui réussirent à la réveiller un peu. A quatre heures, on la vit pâlir, ses traits s'altérèrent, son nez se pinça, une sueur froide couvrit tout le corps. Les bras raides se tournaient en dehors et ne pouvaient se fléchir. Les yeux étaient convulsés en haut, la connaissance n'existait plus. On fit une deuxième application de sinapismes qui, n'ayant amené aucun résultat, fut renouvelée à quatre heures et demie. A cinq heures enfin l'enfant se réveilla, et jeta autour d'elle des regards étonnés comme si elle sortait d'un profond sommeil. Alors commença une période d'agitation qui dura toute la nuit. Le café, qui amenait de temps en temps des vomissements, fut cessé dans la soirée, et l'enfant paraissant avoir faim, on lui fit prendre un potage de tapioca. Dans la nuit survinrent plusieurs selles noirâtres, fétides. Le lendemain, la santé était revenue l'enfant avait son aspect habituel, quoique un peu plus pâle.

Cette observation, un peu longue, m'a paru intéressante à plusieurs titres. D'abord la quantité assez considérable de laudanum (10 grammes représentant 50 centigrammes d'extrait thébaïque) resta près d'une heure dans l'estomac sans déterminer d'accidents réellement très-graves.

Je noterai aussi la difficulté de produire le vomissement par les vomitifs ou la titillation du pharynx, chez cette enfant qui était déjà narcotisée. Puis, cette sorte de crise survenue dans la soirée et qui fut suivie d'un réveil complet, auquel succéda une période d'agitation de douze heures.

Enfin dans ce cas, de même que dans beaucoup d'autres, le café noir fut précieux pour maintenir l'enfant éveillée. Elle en prit 60 grammes, infusés dans 700 grammes d'eau environ.


Avortement à cinq mots et demi. Enroulement du cordon amenant l'interruption de la circulation entre le iœtus et le placenta, par le Dr G. Luneau. MraB 0. âgée, de 33 ans, multipare,- enceinte de cinq mois et demi, est prise, à la suite d'une soirée un peu fatigante, de douleurs vives dans les reins.

Le lendemain et le surlendemain ces douleurs persistent et sont accompagnées d'un léger écoulement de sang par la vulve.

Le quatrième jour la malade, sans demander conseil, prend 40 grammes d'huile de ricin. Sous l'influenee de l'huile purgative les selles sont nombreuses et les douleurs de reins deviennent plus vives.

A sept heures du soir je trouve la malade en proie à des douleurs intermittentes, aiguës, qui, de la région lombaire, se propagent vers la matrice. La chemise est marquée de quelques taches de sang le col de l'utérus est légèrement entr'ouvert.

A dix heures les douleurs se rapprochent et dans un mouvement que fait la patiente pour descendre de son. lit, l'œuf sort dans le vagin, sans que les membranes soient rompues. Le,col de l'utérus se referme un instant sur le placenta et ce n'est qu'a.i bout d'un quart d'heure qu'il s'ouvre de nouveau pour livrer passage à cette dernière partie de l'œuf. Les membranes ne sont point rompues; elles. forment une poche flasque, à demi remplie d'un liquide brunâtre, épais et comme concentré. Le corps entier du foetus a subi cette sorte de macération que Jacquemier appelle la dessiccation humide. La peau est rouge, plissée sur toute la surface du corps. L'épiderme s'enlève par fragment. Il y a un enduit sébacé abondant sur la tête, dans les plis des cuisses et des aisselles.


Le crâne est mou, aplati les os ont chevauché les uns sur le? autres.

Les membres supérieurs et les membres inférieurs sont contracturés.

Les avant-bras sont dans une pronation forcée et le bras gauche est replié derrière le dos, la main allant rejoindre l'épaule droite.

Les membres inférieurs sont dans la flexion et des deux côtés il y a des pieds-bots varus bien marqués.

Le cordon a une longueur de 32 centimètres il est maigre, mou et très-flexible. Il s'insère sur le bord et non sur la partie centrale du placenta, gagne de là le cou du fœtus, s'enroule une fois autour du cou, descend à la cuisse gauche en passant au-devant du ventre, sans y tracer de sillon, s'enroule de nouveau autour de la cuisse gauche et vient s'insérer à l'ombilic.

Malgré sa longueur de 32 centimètres, il a donc une brièveté accidentelle bien marquée.

Il est aplati sur le cou, mais il est tellement serré sur la cuisse qu'il y a tracé un sillon profond.

De plus; la portion qui va s'insérer à l'ombilic, après avoir passé sous la cuisse, forme' une anse que vient embrasser en sens inverse la portion du cordon qui va de l'épaule à la cuisse du fœtus. Au niveau du croisement en sens contraire de ces deux anses le cordon est complètement modifié. II perd sa consistance molle et sa couleur pour prendre Taspect et la couleur blanche d'un tendon aplati. Ce n'est plus une tige de tissu- gélatineux, mais une bride fibroïde plate, dure, résistante, inextensible. Une dissection attentive a permis de suivre les vaisseaux ombilicaux jusqu'à ce point, mais leur calibre s'efface peu à peu en y arrivant.

La portion de cordon comprise entre ce nœud et l'ombilic


est atrophiée et plus mince que la portion qui va du placenta à la cuisse.

Les deux anses sont fortement serrées et étranglées Tune par l'autre, mais il n'y a pas d'adhérence entre elles. Le placenta est un peu gros relativement au fœtus, ses vaisseaux sont volumineux.

Les détails dans lesquels je suis entré en découvrant la lésion que le cordon a subie au niveau de son croisement sur lui-même, démontrent que la circulation des vaisseaux ombilicaux a dû être gênée progressivement à mesure que l'étranglement devenait plus complet, le nœud plus serré. L'enroulement autour du cou et de la cuisse n'aurait peutêtre pas eu le même résultat funeste si, par une disposition bizarre, la seconde partie du cordon, après avoir contourné la cuisse, ne s'était enroulée autour de la première partie, celle qui venait du cou, pour aller de là se diriger en sens contraire et s'insérer à l'ombilic. Le nœud ainsi produit sur la cuisse était tout-à-fait analogue au nœud dit d'emballeur, c'est-à-dire que deux anses du cordon s'embrassaient par leur concavité et étaient tirés en sens contraire par l'insertion ombilicale d'une part, l'insertion placentaire de l'autre. Dans ces conditions le nœud devait se serrer de plus en plus à mesure que le fœtus prenait un développement plus considérable. C'est ce qui est arrivé. La constriction a été si forte que le cordon a imprimé sur la cuisse la trace d'un sillon profond et que ses vaisseaux se sont atrophiés et oblitérés au point d'étranglement. J'ai cru ce fait digne de fixer votre attention, Messieurs, en raison de la simplicité de la lésion qui ne paraît pas donner lieu à dés interprétations diverses.

Je n'ai pas trouvé de cas absolument semblable dans les publications que j'ai pu consulter.

Les auteurs de livres d'accouchements sont tous d'accord


pour admettre l'innocuité habituelle des nœuds du cordon pendant la vie. intra-utérine.

Velpeau (1) prétend que « ces nœuds n'apportent en général aucun trouble à la circulation. Cependant, ajoute-t-il, le nœud était si solide dans deux cas observés par Van-Swieten sur la même femme, que les vaisseaux en étaient oblitérés et le fœtus mort. Smellie les accnse aussi d'avoir causé la mort de l'onfant. »

Hatin (2) professait à celte époque la même opinion. « Le cordon tiès-long, dit-il, est susceptible de se nouer de diverses manières mais ces nœuds, quel que soit leur nombre et leur forme, ne nuisent ordinairement pas au développement du fœtus. »

Je passe sur tous les auteurs qui se sont succédé depuis en reproduisant la même idée et j'arrive à un auteur récent. Joulin (3) s'exprime ainsi sur ce sujet « Le cordon trop long flotte dans la cavité amniotique, et le fœtus dans ses mouvements actifs, passe à travers ses circonvolutions il en résulte des nœuds qui ne sont jamais assez serrés pour compromettre la circulation pendant la grossesse. »

Je n'ai pas besoin de démontrer que cette opinion est trop exclusive.

En effet, des faits analogues à celui que je vous ai exposé ont été publiés par Taxil (de Brest), Hillairet, Germain, Bili, Griève, Jeanssens, Woëts et d'autres (4).

Presque toutes ces observations ont trait à des avortements dans lesquels on trouve un fœtus étranglé par de nombreux tours du cordon serré autour du cou.

(1) Velpeau. Traité complet -d'accouchement 1835, tome t, page 182.

(2) Hatin. Cours complet d'accouchement, 1835, page 118. (3) Joulin. Traité complet d'accouchement, 1867, page 242. (4) Joulin. Dystocie provenant du cordon, page 1003.


Quelle que soit la disposition de ces tours de cordon, qu'ils soient jetés autour du cou ou des membres, qu'ils soient serrés de telle ou telle façon, le mécanisme de la mort du fœtus est à peu près le même. II y a arrêt de la circulation du placenta au fœtus et la mort de celui-ci devient nécessaire. Le fait nouveau que je vous expose vient donc s'ajouter à ces observations pour prouver qu'un nœud du cordon peut interrompre la circulation foeto-placentaire, causer la mort du fœtus et par suite l'avortement.


Société anatomique de Nantes.

Séance du mardi 12 mai 1874.

i. M. Lebec présente une grosse tumeur enlevée par M. Letenneur à un petit garçon de 11 ans.

U y a 3 ans, cet enfant reçut un coup de pierre au-dessous de l'œil gauche 18 mois après cet accident, l'œil commença à être soulevé et projeté en avant par une tumeur siégeant sous le plancher de l'orbite dans le sinus maxillaire. D'après les sensations que donnait la palpation de cette tumeur, M.. Lelenneur crut d'abord à nn enchondrûme. La tumeur enlevée, très-volumineuse, se compose d'une masse franchement fibreuse parsemée d'un grand nombre de petits corps durs, taillés irrégulièrement, comme de toutes petites esquilles. Le microscope démontre que ces petits corps sont des lamelles osseuses bien développées et non une simple crétification. Il s'agit donc d'un fibrôme ossifiant da maxillaire supérieur.

L'enfant a parfaitement guéri.

(Voyez pour les détails de l'observation le n° i des bulletins et mémoires de la Société de Chirurgie, 1875.)

2. M. Lebec présente le squelette de la tête d'un homme de 33 ans, mort dans les circonstances suivantes II reçut aur la tête un tuyau de cheminée. Au moment de son entrée à l'hôpital, on ne constata qu'une plaie du cuir chevelu dont on réunit les bords par une suture entortillée. Le lendemain matin, la suture fut défaite, et M. Letenneur reconnut une fracture par enfoncement. Dans la journée, le malade. fut très-agité le lendemain, il eut du délire, le surlendemain,. du coma puis il mourut ayant de l'œdème des


tempes et une ecchymose sur les paupières, mais sans aucune paralysie.

On peut voir une fracture par enfoncement du pariétal gauche et d'une partie du pariétal droit. La dépression peut être évaluée à un demi centimètre mais à l'intérieur, les fragments de la table interne font une saillie considérable et ont déchiré la dure-mère. La suture fronto-pariétale gauche est complètement désarticulée jusqu'au niveau de la fracture, et cette fracture se prolonge dans la fosse temporale jusqu'à la selle turcique. Entre la dure-mère et le crâne se trouve un foyer d'épanchement sanguin. Le lobe droit du cerveau est recouvert d'une couche de sérosité manifestement purulente dans une grande étendue.

Du côté gauche, on trouve une injection de la substance grise et des gros vaisseaux. Le cervelet nage dans un liquide purulent. Il s'écoule aussi du pus par le canal rachidien.

Séance du 9 juin 1874.

1. M. Laënnec présente, de la part de M. Trastour empêché d'assister à la séance, un animal qu'un enfant d'une douzaine d'années a rendu par les garde-robes. Ce même enfant a rendu à d'autres reprises un certain nombre de vers analogues.

L'examen de l'animal montre qu'il ne s'agit point d'un entozoaire.

M. Laënnec se demande si ce n'est point une larve d'insecte déposée parmi les garde-robes, ou si, dans une autre hypothèse, l'enfant n'aurait pas pu avaler cette larve et la rendre sans altération.

L'animal a environ 12 à 15 millimètres de long en l'examinant au microscope à un faible grossissement, on voit qu'il présente à l'une de ses extrémités un prolongement bifurqué,


présentant des stries, comme les muscles de la vie animale, mais bien plus apparentes. Ces appareils striés sont terminés par des organes qui paraissent être des ventouses. Dans l'intérieur de l'animal on voit un tube contourné plus ou moins selon les points où on l'examine et aboutissant à deux points plus sombres qui semblent être la bouche et l'anus. La surface de l'animal présente un grand nombre de piquants (1). 2. M. Laënnec présente le cœur d'un homme qui est mort subitement dans les circonstances suivantes Cet homme, employé au chemin de fer, était monté sur un wagon pour serrer les freins, et quelques instants après, on le trouvait mort sur le trottoir de la voie.

M. Laënnec fut appelé à examiner le cadavre, et voici le résultat de son examen

Sauf un peu d'aplatissement de la poitrine, on ne constate aucune lésion extérieure. Notamment, on recherche sans arriver à aucun résultat s'il n'a pas de côtes fracturées. L'autopsie montre qu'il y a un épanchement de sang considérable dans les muscles, grand et petit pectoral que quatre côtes sont fracturées, mais sans aucun déplacement Qu'il y a dans le péricarde et dans les plèvres un épanchement de sang considérable.

Le péricarde étant ouvert avec soin, on y aperçoit un corps blanchâtre qu'on croit d'abord être un caillot mais on no tarde (t) II est bon de rapprocher de ce fait celui qui vient d'être signalé à la Société de Biologie par M. Hénocque (Voyez Gaaette hebdomadaire, 1er mai 1875), dans lequel un enfant rendit plusieurs larves de diphtères.

Quant au passage de ces larves dans le tube digestif, il peut être rapproché du passage de l'œstre du cheval, qui, avalé à l'état de larve, sort par l'anus à l'état d'insecte parfait.

(Voyez Van Beneden, Commensaux et parasites.)


pas à s'apercevoir qu'il s'agit du coeur dont la partie ventriculaire est complètement séparée des oreillettes et des gros vaisseaux.

La séparation se porte pas exactement sur le même poin t pour les deux ventricules le ventricule gauche est séparé régulièrement au niveau de l'anneau fibreux auriculo-ventriculaire, de sorte que la valvule mitrale est restée complètement adhérente au ventricule au contraire, le ventricule droit est séparé plus irrégulièrement et plus près de la pointe, et ne porte que quelques lambeaux de la valvule tricuspide ou plutôt de ses muscles papillaires.

Le mécanisme, suivant lequel s'est produite cette lésion, est resté tout-à-fait hypothétique. M. Laënnec n'a pu trouver qu'un cas analogue dans les ouvrages de médecine légale. Ce cas a été rapporté par Casper, de Berlin. (Voyez pour la discussion de ce fait le Journal de médecine de l'Ouest, année 1874, 2e trimestre.)

3. M. Heurtaux montre un petit kyste dermoïde gros comme une noisette, enlevé à une petite fille de 2 ans. Cette tumeur, remarquée peu de jours après la naissance de l'enfant, était située vers le tiers externe du sourcil, un peu au-dessous de l'arcade sourcilière. La tumeur fendue présente une matière grumeleuse et des poils.

4. – M. Heurtaux fait voir un corps étranger qu'il a retiré de l'avant-bras d'un ouvrier armurier dans les circonstances suivantes

Un paysan avait apporté un vieux fusil encrassé à réparer. L'ouvrier, après avoir cherché dans le fond du canon sans en rien retirer, le mit à la forge. Aussitôt, il se prodnisit une détonation et l'ouvrier fut atteint à la partie externe et postérieure de l'avant-bras gauche.

M. Heurtaux constata en ce point l'existence d'une petite plaie circulaire, et au point opposé de l'avant-bras, c'est-à-dire


en avant et en dedans, une saillie formée par un corps étranger. Une incision, pratiquée en ce point, mit au jour 1° un morceau d'os un autre fragment osseux 3° un corps métallique qu'on reconnut pour être l'armature d'une baguette de fusil. Cette armature, de la forme d'un cylindre creux, longue de 4 à 5 centimètres, avait agi comme un emporte-pièce elle avait enlevé une rondelle de chemise 2° une rondelle de peau 3° enfin, un morceau de muscle coupé circulairement.

Les suites de cet accident ont été très-simples à ce propos M. Heurtaux rappelle les recherches récemment faites par Busch et Küster de Berlin, lesquels ont constaté la gravité plus grande des plaies faites avec des projectiles en plomb mou, et même conseillé dans un but humanitaire d'adopter pour les armes de guerre des projectiles faits d'un métal plus dur.

A propos du volume du corps étranger, M. Letenneur raconte qu'un homme de Saumur garda plusieurs jours dans l'orbite le chien de son fusil qui avait éclaté. Le gonflement des paupières empêchait de voir que le projectile était resté dans la plaie.

M. Heurtaux signale, à son tour, le fait d'un homme qui garda dans le sinus maxillaire la culasse d'un fusil, sans que pendant longtemps on reconnût l'existence de ce corps étranger.

5.. M. Lebec présente un séquestre enlevé par M. Letenneur chez un marin. Ce séquestre venant de la partie moyenne du tibia a 12 à 13 centimètres de long, et dans sa partie moyenne, il comprend en épaisseur la totalité de l'os. On a dû, pour enlever ce séquestre, faire d'abord une fenêtre dans l'os nouveau puis pour avoir un petit morceau restant, appliquer une couronne de trépan. Consécutivement à l'opération un


nouveau petit fragment est sorti, et depuis ce temps, le malade n'éprouve pas de douleur.

6. M. Lebec présente le cœur, les poupons et les ganglions du médiastin d'une femme morte d'un cancer qui avait débuté par la région parotidienne. La malade est morte d'asphyxie par compression de la trachée. Il y avait des noyaux cancéreux dans le muscle cardiaque, sur les plèvres et dans l'épaisseur de la peau. Il y avait aussi un œdème considérable des bras.

L'examen histologique a montré une trame conjonctive à alvéoles très-petits contenant des éléments arrondis il s'agit d'un carcinome, variété squirrheuse.

7. M. Lebec présente la colonne vertébrale d'une petite fille morte du mal de Pott. Il y a au niveau des premières dorsales 4 vertèbres soudées entre elles par leurs arcs et lenrs apophyses articulaires, et dont les corps ont disparu en partie. La courbure de la colonne dépassait l'angle droit. Il n'y avait point de paralysie.

8. M. Malherbe fils montre une petite tumeur kystique du sein enlevée par M. Patoureau. Le tissu de cette tumeur se compose de tissu conjonctif circonscrivant de grandes lacunes pleines d'épithélium plus ou moins altéré. Les parois des cavités kystiques sont tapissées d'une couche d'épithélium cylindrique bien manifeste. En quelques points, il y a des bourgeonnements épithéliaux.

Cette tumeur paraît rentrer dans la catégorie des kystes prolifères (bien qu'elle diffère notablement des kystes prolifères-types), ou plutôt des adénomes kystiques. Le Secrétaire de la Société anatomique,


Observatoire météorologique municipal de Nantes.

Résumé des opérations faites pendant le mois de janvier 1875. PRESSION BAROMÉTRIQUE.

Moyenne du mois, 764,70; minimum observé, 756,60 le 21, à 10 h. du soir; maximum observé, 776,8 le 30, à 7 h. du soir; moyenne diurne la plus basse, 754,55 le 24 la plus haute, 775,80 le 31.

TEMPÉRATURE.

Moyenne des minima diurne, 4°, 63 des maxima diurne, 11°, 73 des extrêmes, 8°,18 du mois, 7°,99 moyenne diurne la plus basse, 2° le ltT la plus haute, 11°, 40 le 18; minimum absolu, 2<\5 le 1er maximum absolu, 14°, 3 le:28:

VENTS.

Direction N., 0 jour N.-E., 2 E., 2 S.-E., 9; S., 2 S.-O., 5; 0., 9; N.-O., 2.

.Force calme, 6 jours; faible, 6; modéré, 6; assez fort, 3; fort, 5; très-fort, 3; violent, 1 tempête, 1.

ÉTAT DU CIEL.

Découvert, 1; peu nuageux, 2; nuageux, 12; très-nuageux,


5 couvert, 11 brouillard, 7; brumeux, 12 rosée, 6; gelée blanche, 1 glace, 1 éclairs sans tonnerre, 2; orages avec éclairs et tonnerre. 1 grêle, 1 verglas, pluie ou pluvieux, 21 lesquels ont donné 94,67 d'eau. Le jour le plus pluvieux a été le 1" (33,6 d'eau).

Résumé des opérations faites pendant le mois de février 1875. PRESSION BAR01lIÉTRIQUB.

Moyenne du mois, 762,13 minimum observé, 744,6 le 24, à 7 h. du matin maximum observé, 772,6 le 16, à 1 h. du soir; moyenne diurne la plus basse, 744,80 le 24; la plus haute, 771,66 le 16.

TEMPÉRATURE.

Moyenne des minima diurne, 0°,12 des maxima diurne, 8M,23; des extrêmes 4°,17; du mois, 3°,66 moyenne diurne la plus basse, 1°,IO le 9; la plus haute, 9°,60 le 14 minimum absolu, 4° le 21 maximum absolu, 14", 8 le 14.

VENTS.

Direction N., 4 jours N.-E., 9 E., 6 S.-E., 2; S., 2; S.-O., 2; 0., 2; N.-O., 1.

Force calme, 5 jours faible, 2 modéré, 7 assez fort, 8; fort, 6 très-fort, 0 violent, 0; tempête, 0.


ETAT DU CIEL.

Découvert, 2; peu nuageux, 3 nuageux, 6 très-nuageux, 7; couvert, 10 brouillard, 9 brumeux, 11 rosée, 3 gelée blanche, 10; glace, 9; neige, 3; verglas, 2; pluie ou pluvieux, 11 lesquels ont donné 60,80 d'eau. Le jour le plus pluvieux a été le 24 (12,4 d'eau).

Résumé des operations faites pendant le mois de mars 1875. PRESSION BAROMÉTRIQUE.

Moyenne du mois, 764,81; minimum observé, 75,22 le 2, à midi maximum observé, 774,5 le 29, à midi moyenne diurne la plus basse, 752,96 le 2 la plus haute, 774,5 le 29.

TEMPÉRATURE.

Moyenne des minima diurne, 2°, 49; des maxima diurne, 10°,93 des extrêmes, 6%71 du mois, 6",i6 moyenne diurne la plus basse, 2° le 4 la plus haute, 13°, 33 le 8 minimum absolu, 2° le 19 maximum absolu, 17° le 8. VENTS.

Direction N., 8 jours; N.-E., 11 E., 4; S., 1; S.-O., 2; 0., 1 N.-O., 4.

Force calme, 3 jours faible, 2 modéré, 7; assez fort, 3 fort, 9; très-fort, 4; violent 2; tempête, 1.


Découvert, 3; peu nuageux, 8; nuageux, 4; très-nuageux, 7; couvert, 9; brouillard, 3; brumeux, 18; rosée, 4; gelée blanche, 11 neige, 2; glace, 6; pluie ou pluvieux, 8; lesquels ont donné 20,10 d'eau. Le jour le plus pluvieux a été le 17 (8,6 d'eau).

ÉTAT DU CIEL.

Le Directeur de l'Observatoire,


BULLETINS DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ DEMÉDECiNE DE NANTES

Séance du 9 avril 1875.

Présidence de M. Chartier.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. Treize membres présents.

M. Rabbchoh, médecin militaire, fait hommage à la Société d'un travail intitulé Observations et statistiques pour servir à l'élude des amputations.

M. CHARTIER donne lecture d'une lettre du comité du Congrès périodique international des sciences médicales à Bruxelles.

M. Luneau, inscrit à l'ordre du jour pour une lecture, s'excuse par lettre de ne pouvoir assister à la séance. M. MALHERBE dit avoir observé soixante-dix rougeoles environ dans son service militaire pendant les mois de février et mars. La plupart ont été très-simples. Un cas grave a été suivi de thrombus du membre inférieur droit. 11 a employé le jaborandi dans les bronchites qui ont suivi la rougeole, et a pu obtenir de la salivation sans sueurs. Deux éruptions de rougeole, anormales au début, ont laissé de l'hésitation pour le diagnostic d'avec la fièvre scarlatine. Enfin, deux cas de scarlatine ont été observés chez les militaires.

Il a observé aussi quelques'bronchites et grippes sans gravité.

M. CHARTIER demande à quelle dose M. Malherbe a employé le jaborandi. Pour lui, à la dose de grammes, il n'a obtenu aucun effet sudorifique ou silagogue. A 6 grammes, il a eu un effet sudorifique marqué.


M. MALHERBE n'a jamais donné plus de 4 grammes par jour, en infusion, et a obtenu des sueurs très-abondantes. M. Trastour communique le résultat de sa pratique, au sujet du jaborandi

Chez une vieille femme atteinte de bronchite catarrhale, il a eu des sueurs abondantes suivies d'amélioration. Le jaborandi a aussi procuré de l'amélioration chez un jeune homme atteint de pleuro- pneumonie et dans un cas de toux quinteuse succédant à la grippe. Un infirmier atteint de sciatique a été soulagé. D'autres malades atteints de douleurs ont été améliorés. Dans les diarrhées chroniques, le jaborandi n'a pas donné de bons résultats. Chez un diabétique qui souffrait beaucoup de la sécheresse de la langue, 2 grammes de jaborandi, le matin et le soir, procuraient de la salive pendant 7 à 8 heures.

A l'hôpital, M. Trastour a employé le mélange des tiges et des feuilles. En ville, on n'emploie que les feuilles, ce qui semble prédisposer aux vomissements.

M. MALHERBE est d'avis qu'il faut l'administrer à un moment éloigné des repas pour éviter les vomissements.

M. CHARTIER a observé dans son service quatre cas d'érysipèle venus du dehors et quatre développés dans les salles. M. Kirchberg a vu en ville plusieurs cas graves d'érysipèle, un entre autres accompagné de délire violent et d'abcès multiples.

M. TRASTOUR a vu, dans le, service de la clinique, plusieurs érysipèles propagés d'un lit à l'autre.

M. MALHERBE en a observé quatre chez les militaires. M. Trastodr dit que dans l'érysipèle il emploie avec succès le perchlorure de fer, 15 à 20 gouttes. Il vante aussi comme moyen local un badigeonnage avec la mixture suivante


Ether sulfurique 8 grammes.

Camphre. 1

Tannin. 1

M. Kirchberg a observé le cas bien curieux d'une petite fille de 5 ans, tombée par une fenêtre du deuxième étage dans une cour non pavée, dont le sol était un peu détrempé, elle n'a présenté que quelques contusions sans gravité, et sur le moment une légère perte de connaissance. Les jours suivants il ne restait aucune trace de la chûte.

A huit heures un quart la séance est levée.

Le Secrétaire,

Dr L. MONTFORT.

Séance du 7 mai 1875.

Présidence de M. Chartier.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. Douze membres répondent à l'appel.

M. le docteur Luneau monte à la tribune pour la lecture d'un travail intitulé Avortement caduque. Ovulaire sans embryon, expulsée à deux mois et demi de grossesse. Dysménorrhée pseudo-membraneuse consécutive.

M. Lapeyre rappelle, à cette occasion, un cas de dysménorrhée qu'il a observé et publié dans le Journal de Médecine, en 1872.

M. LAENNEC croit que la potion d'iodure de potassium iodurée serait bien indiquée en présence des accidents de dysménorrhée.

M. Lapeyre, observant que les symptômes généraux graves paraissent indiquer une grande dépression des forces, insiste sur les toniques, les: excitants diffusibles.


M. LAPEYRE fait une communication sur l'épidémie de fièvre typhoïde qui sévit sur les militaires de la garnison de Nantes. Quarante malades sont entrés à l'hôpital pendant le mois d'avril, presque tous venant de la caserne de la Visitation. Sur les quarante malades, il y a eu 13 morts dix appartenaient au 64* de ligne et trois aux équipages du train. La plupart étaient de jeunes soldats, presque tous enfants du département. Quelques-uns ont été emportés rapidement par des complications pulmonaires ou des accidents ataxiques. Les autopsies n'ont été faites que dans quelques cas, lorsqu'on pouvait prévoir des lésions particulières.

M. LAENNEC demande si M. Lapeyre a fait l'autopsie des premiers malades morts à la suite d'accidents ataxiques. M. LAPEYRE répond qu'il n'a trouvé dans aucun cas d'extravasations sanguines dans les organes, comme on pourrait le voir dans le typhus. Du reste, les accidents cérébraux ont été assez rares. Quant au traitement, il n'a rien présenté de spécial. Les applications froides n'ont point été faites d'une façon générale, à cause des accidents thoraciques que présentaient beaucoup de malades.

M. Grimaud demande quelles mesures ont été prises pour arrêter l'épidémie.

M. LAPEYRE dit qu'on a commencé par éviter les entrées tardives à l'hôpital. On a établi dans les cours de la caserne des tentes, et ou a évacué sur d'autres points une partie des soldats. Cette habitation sous tente a donné lieu à des bronchites, das pneumonies, des angines.

M. LAENNEC insiste sur l'état insalubre de la caserne de la Visitation, sur lequel il serait bon d'appeler l'attention de l'autorité.

M. Lapeïre a vu aussi, dans le mois d'avril, chez les militaires, dix cas de rougeole qui ont guéri. Neuf cas de scarlatine sont entrés et ont guéri sans accidents. Un seul a pré-


senté une andocardite, qui a donné lien à des symptômes de fièvre typhoïde. Quatorze cas d'angine ont été observés, dont quelques-uns étaient peut-être des scarlatines frustes. Trois cas de pneumonie, un de pleuro-pneumonie, un de pleurésie ont guéri.

M. Chahtier, dans son service, n'a vu que six cas de fièvre typhoïde, dont l'un avec complication de pneumonie franche bien caractérisée. Il a observé aussi plusieurs affections pulmonaires et deux cas de rhumatisme avec andocardite. Un cas de pleurésie purulente a été traité par la thoracentèse M. Chartier, pour ne pas occasionner des accidents par une déplétion trop rapide et trop complète du thorax, n'a retiré que 500 grammes de pus.

M. LAENNEC a observé, dans sa clientèle, un certain nombre de fièvres typhoïdes. Un cas, chez un enfant de 14 mois, a présenté des accidents intermittents graves qui ont cédé au sulfate de quinine.

M. Rouxeatj demande si l'épidémie de fièvre typhoïde a été aussi grave qu'on le dit en ville. Pour lui, il en a vu très-peu.

II paraît résulter des communications de quelques-uns des membres présents, que peu de cas de fièvre typhoïde ont été observés en ville. Ce qui a sans doute donné lieu aux bruits qui ont couru, c'est que plusieurs décès sont survenus chez des personnes connues.

M. Rouxeau communique le résultat de sa pratique pendant les deux mois de mars et d'avril

Grippe.-Trente et un cas. Ipéca, kermès, quelquefois des révulsifs cutanés, surtout chez les enfants, qui sont au nombre de neuf.

2° Pneumonie. Onze cas. Quatre décès proportion énorme, si l'on'ne considérait que deux de ces malades avaient passé 80 ans, que le troisième avait un rétrécissement avec


insuffisance aortique, le quatrième était un homme de 50 ans épuisé par le séjour dans les régions intertropicales. Un cas de fièvre intermittente pneumonique très-bien dessiné. (Vomitifs, kermès, oxyde blanc d'antimoine, révulsifs, vin.) Phthisie pulmonaire. Quatorze cas. Deux décès. Ce qui frappe sous ce titre, c'est la quantité remarquable de tuberculeux dans le même temps.

4° Angine herpétique. Quatre cas rebelles, deux cas terminés par un phelgmon assez volumineux.

5° Croup. Un cas, cronp ascendant chez un enfant de 6 mois. Méthode Bouchut. Mort.

6° Pleurésie. – Un cas double chez une femme de 40 ans, probablement tuberculeuse. Guérie en deux mois. 7° Rougeole. Neuf cas, dont une jeune fille de 14 ans et une autre de 24. Le fait culminant depuis un mois est la fréquence d'ophthalmies assez sérieuses à la suite. Un enfant de 5 ans a eu une véritable ophthalmie purulente. 8° Scarlatine. Un cas.

9° Rhumatismes articulaires. Deux cas, guéris. 10° Névralgie. Sept cas, tous guéris, affectant souvent la forme intermittente.

Il Embarras gastrique. Deux cas, simulant la fièvre muqueuse. Guérison.

12° Fièvres intermittentes. Cinq cas, dont un fort curieux enfant de 10 ans, atteint de strabisme tous les seconds jours depuis quatre ans. (Quinine, valériane, bromure.) Amélioré seulement.

M. LAENNEC rend compte d'une autopsie judiciaire qu'il a faite sur un enfant d'un mois, mort à la suite de gastroentérite. Cet enfant avait pris quelques cuillerées d'un sirop opiacé, qui l'avaient jeté dans un coma assez marqué et la mort était survenue le lendemain. L'autopsie a fait voir des traces de gastro-entérite. Mais l'enfant était surtout extrême-


ment amaigri. Il y avait absence complète de tissus adipeux. Les intestins revenus sur eux-mêmes n'avaient que le volume d'une grosse plume d'oie. Pour M. Laënnec, c'est l'inanitiation qui a amené la mort cet enfant ne se nourrissait pas, était d'une grande maigreur, et si le sirop incriminé a produit un effet fâcheux, il n'a pu que hâter un peu la mort qui était inévitable.

A neuf heures un quart la séance est levée et les jetons sont distribués.

Le Secrétaire,

D' L. MONTFORT.

Séance du 4 juin 1875.

Présidence de M. Chartier.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. Seize membres répondent à l'appel nominal.

Cet appel fait constater l'absence tout-à-fait exceptionnelle du trésorier, M. Deluen. M. le Président craint que cette absence n'ait pour cause son état de santé qui, depuis quelque temps, laisse à désirer. Tous les membres, présents se joignent au Président pour regretter l'absence de leur trésorier.

M. Robxeab monte à la tribune pour lire un mémoire intitulé Nouveaux faits pour servir à l'histoire des injections hyppodermiques de sul fate de quinine.

M. LAENNEC a vu un remarquable succès des injections hypodermiques de sulfate de quinine, dans un accès de fièvre rémittente grave qui menaçait d'emporter le malade. Après la première injection, la fièvre diminua et on put faire prendre quelques aliments.


M. Amdodàbd, interpellé au sujet de la préparation de la solution de sulfate de quinine, dit qu'il emploie pour cette dissolution l'eau de Rabel, trois gouttes environ pour vingt centigrammes de sulfate de quinine.

M. MALHERBE fils a employé fréquemment des injections de sulfate de quinine, chez des malades atteints de fièvre, dans les affections des voies urinaires. Il n'a jamais vu d'accidents la solution contenait un peu de sulfate de quinine en excès. L'action du sulfate de quinine sur cette fièvre est presque nulle.

M. Kirchberg a employé plus de trente fois ces injections et n'a jamais eu d'accidents chez ses nombreux malades à l'Hôtel-Dieu.

Après une discussion sur l'emploi des sels de quinine dans les névralgies intermittentes, à laquelle prennent part MM. Chartier, Rouxean, Kirchberg, Laënnec et Abadie, M. Raingeard a la parole pour communiquer une observation de hernie 'ombilicale étranglée et opérée avec succès. Elle sera publiée en entier dans le Journal de Médecine de l'Ouest. Discussion sur les maladies régnantes.

M. Lapeyre donne le résumé des cas de fièvres typhoïdes observés dans le service militaire à I'Hôtel-Dieu. Seize nouveaux cas se sont manifestés dans le mois de mai et ont donné un décès. Vingt-cinq malades sont encore en traitement dans les salles. Quelques cas de scarlatine, des angines, des pneumonies et pleurésies ont aussi été observés. M. LaEnnec, en présence de l'insalubrité de la caserne et du danger qu'elle peut avoir sur la santé de la ville, demande si la Section de médecine n'aurait pas le devoir de prévenir officieusement M. le Maire, qui pourrait ensuite s'entendre avec l'autorité militaire.

M. Lapeyre croit que si la caserne est insalubre, c^est surtout à l'encombrement qu'il faut l'attribuer.


La proposition de M. Laënnec, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité.

MM. Laënnec, Kirchberg et Lapeyre sont chargés de la rédaction d'une lettre qui sera adressée dans ce sens à M. le Maire.

M. CHANTIER a observé un certain nombre d'affections inflammatoires pulmonaires dues aux changements brusques de température, entre autres, dix cas de pneumonie, terminés tous par la guérison.

M. LE Président fait appel à ceux des membres présents qui n'auraient point encore été inscrits pour faire partie de l'Association pour l'avancement des sciences, dont la réunion doit avoir lieu au mois d'août.

Plusieurs membres se font inscrire.

A neuf heures moins un quart la séance est levée.

Le Secrétaire,


MÉMOIRES ET TRAVAUX ORIGINAUX.

Nouveaux faits pour servir à l'histoire des injections hypodermiques de sulfate de quinine, par le docteur Rouxeau.

Mme L. trente-sept ans, constitution moyenne, mariée à seize ans, a eu, à l'âge de dix-sept ans, uue première couche des plus heureuses. A vingt ans une fausse couche mal soignée lui a laissé une affection utérine grave qui a nécessité un traitement sérieux et prolongé. Remise en apparence, Mmo L. est allée passer dix ans en Bretagne où une existence très-calme lui a rendu complètement la santé. Mais, en revenant il Nantes, elle n'a pas tardé à commettre de nombreuses imprudences. Des soirées, de longues promenades à pied et en voiture ont donné lieu à des retours brusques et sérieux de congestion utérine, dont le repos, les bains, les injections calmantes, des sangsues appliquées sur le col, triomphaient plus ou moins facilement, jusqu'au moment où de nouvelles infractions au régime conseillé venaient tout remettre en question.

Il y avait deux ans que Mme L. se félicitait d'upe santé qui, disait-elle, n'avait jamais été plus complète, quand, à la suite de fêtes et de longues courses en voiture, elle est prise d'une nouvelle congestion utérine. Cette fois, aux symptômes habituels de chaleur, de malaise, de pesanteur douloureuse dans le bassin, de tiraillements dans les reins, etc., etc., se joint un accès de fièvre intermittente quotidienne revenant à trois heures tous les jours avec une régularité parfaite, et s'accom-


pagnant d'une douleur névralgique intolérable dans la fesse gauche et surtout un centimètre en avant de l'épine iliaque antérieure et supérieure du même côté. Cette douleur naît toujours de la même manière frissons, titillation, battements légers, qui grandissent, se rapprochent, puis sentiment de déchirement qui, malgré tout son courage, arrachent à la malade des larmes et même des cris. Le pouls, à 72 le matin, arrive progressivement à lOfr, 108. Vers sept heures du soir, tout rentre graduellement dans l'ordre, en suivant une marche régulièrement rétrograde, et il ne reste qu'une sensation de contusion locale et de brisement général.

Une allure si nettement exprimée ne laissait pas de place au doute et réclamait le sulfate de quinine. Une autre indication s'imposait bien à l'esprit celle d'une médication antiphlogistique contre un état congestionnel évident et marchant de pair avec les anti-périodiques. Le succès complet, presque immédiat, obtenu deux fois de suite, à une année d'intervalle, par des applications de sangsues au col utérin, semblait en commander l'emploi. L'action du sulfate de quinine devenait plus sure, plus efficace, si l'on enlevait un des facteurs de la maladie. Malheureusement, si la dernière saignée locale avait eu un résultat des plus favorables, au point de vue de la congestion, son abondance exagérée avait jeté la malade dans une anémie profonde que je n'osais accentuer davantage.

21 novembre. Repos absolu sulfate de quinine et poudre de valériane aâ 1 gramme en trois paquets.

Onctions toutes les heures avec la pommade suivante cérat camphré 15 grammes sulfate d'atropine, 10 cent. (Cat. émoll.)

Le soir, l'accès névralgique revient plus intense que la veille.

23 novembre. •– De très-bonne heure sulfate de quini7ie


et poudre de valériane ad 1 gramme 25 cent. (eti quatre paquets, le reste ut supra.)

Le soir, à trois heures, retour d'un accès des plus pénibles le sel de quinine n'a déterminé que des bourdonnements d'oreille, de la surdité et un peu d'agacement de l'estomac. Devant la nullité d'action de 2 grammes 25 cent. de sulfaie de quinine administrés en vingt-quatre heures, je suis forcé de supposer qu'une partie du médicament n'a pas été absorbée, et que ce défaut d'absorption explique la persistance du mal.

24 novembre. Sulfate de quinine. 1 gr.

Eau de Rabel. » 8 gouttes.

Eau. 75

Sirop thébaïque 20

à prendre en trois fois, à six heures, huit heures, dix heures du matin.

A deux heures, petit lavement avec 60 cent. de sulfate de quinine qui est bien gardé.

A trois heures et quelques minutes, un accès de fièvre névralgique semblable à celui de la veille. La violence des douleurs jette Mme L. dans le désespoir et me laisse surpris et déconcerté. Sans doute l'expérience nous» apprend que là névralgie intermittente la plus nettement exprimée cède bien rarement à une première sommation, lors même que lé, sulfate de quinine est largement prescrit. Pour mon compte, je n'ai jamais enlevé une névralgie du premier coup. Mais je n'avais encore vu de résistance semblable que chez un jeune homme atteint de névralgie faciale intermittente qni ne commença à céder que le 4 jour, après une dose de 3 grammes de sulfate de quinine

Ici, je me trouvais dans un grand embarras. La malade, souffrant de l'estomac, prise d'anorexie, brisée, découragée, ne voulait plus entendre parler de médication interne et


demandait avec instance un moyen externe qui pût lui enlever cette torture si rebelle. Je lui proposai immédiatement les injections hypodermiques de quinine qui furent acceptées. Je ne sais plus pour quelle raison, la première injection n'eut pas lieu dès le lendemain 25, retard qui laissa la porte ouverte à un nouvel accès tout semblable aux autres.

Ainsi donc, près de 4 grammes de sulfate de quinine avaient été donnés en quarante-huit heures, sans que Mm° L. en eût été le moins du monde soulagée. Au contraire, à la névralgie s'étaient joints, du côté des voies digestives, un certain nombre de symptômes pénibles liés à l'administration de l'anti-périodique.

Le 26, à sept heures et demie du matin, une solution de 15 cent. de quinine et de un cent. de sulfate de morphine, dans deux grammes d'eau légèrement acidulée est injectée sous le derme, quelques centimètres en avant de l'épine iliaque antérieure et supérieure gauche. Cette petite opération ne détermine qu'une douleur insignifiante. Le soir, un accès très-léger et très-court vers six heures. La malade dort presque toute la nuit, après la promesse formelle d'une nouvelle injection pour le lendemain.

Le 27, la même dose est injectée à la même heure et au même point. Le soir, l'accès manque absolument et ne revient plus, me laissant plus élonné encore d'nne action aussi décisive que je ne l'avais été de l'impuissance de ma première médication. Quelques jours après, Mme L. ne gardait de sa douloureuse maladie qu'un souvenir peu agréable. Je dois ajouter qu'ici, comme dans tous les cas de ma pratique civile les piqûres n'ont pas présenté la moindre menace d'escarre, résultat dont l'honneur doit être attribué à l'habileté et au soin avec lequel la solution de sulfate de quinine a été préparée et qui me confirme de plus en plus dans l'opinion énoncée ailleurs, que toutes les fois qu'àl'Hôtel-


Dieu, mes malades ont vu des esoarres suivre les injections de quinine, c'est que la solution laissait à désirer sous le rapport du mode de préparation, et contenait une quantité trop considérable d'eau de Rabel.

En rédigeant cette observation, je me sentais pris d'un certain scrupule je me demandais si je n'avais pas manqué de hardiesse dans l'administration du sulfate de quinine et oublié un fait consacré par l'expérience, l'élévation plus ou moins considérable des doses du sel fébrifuge nécessitée par les névralgies intermittentes les plus nettement formulées. Je m'arrêtais d'autant plus à cette pensée que j'étais importuné par le souvenir de cette névralgie faciale intermittente à laquelle je faisais allusion tout-à-l'heure et que je vous demande la permission de vous raconter succinctement Un jeune homme de vingt-cinq à vingt-six ans est pris d'une douleur violente sur le trajet des nerfs sus et sousorbitaires gauches et dans le globe de l'œil, douleur revenant tous les jours avec une grande régularité.

lei jour, 1 gramme de sulfate de quinine. 2e jour, 1 gramme 50. 3e jour, deux grammes sans le moindre résultat le dernier accès est effroyable le malade jette des cris perçants, l'œil est tellement injecté qu'il ressemble à une masse de sang. 4e jour, sulfate de quinine 3 grammes, plus 1 gramme en lavement. 5e jour, accès très-tolérable, sulfate de quinine 3 grammes. 6e jour, accès insignifiant et dernier; sulfate de quinine 2 grammes. 13 grammes de sel fébrifuge en six jours! Fait digne de remarque: le tube digestif ne fut pas notablement agacé par cette dose énorme.

Probablement tous les praticiens ont des faits analogues dans leurs souvenirs je crois qu'ils doivent être considérés comme des exceptions. Mais chez Mmo L. la quantité de quinine administrée était déjà fort respectable 4 grani-


mes en quarante-huit heures. Et d'ailleurs, l'état des fonctions digestives n'était pas encourageant la malade ne voulait plus entendre parler d'un médicament d'autant plus calomnié qu'il est plus sûr plus inoffensif quand il est sagement manié. –D'un autre côté, si nous admettons que, grâce à un état particulier de l'appareil nerveux, cette dose était vraiment trop faible, comment expliquer l'action décisive et si rapide de deux injections hypodermiques de 15 5 centigrammes chacune ?

Mais, dira-t-on, le liquide de l'injection était complexe ces 15 centigrammes de sulfate de quinine trouvaient un adjuvant très-énergique dans l'adjonction d'un centigramme de sulfate de morphine, dose presque toujours très-efficace et souvent suffisante pour déterminer des vomissements et des défaillances. Engourdir l'appareil nerveux local, éteindre l'élément douleur, n'était-ce pas détruire la base de l'accès de fièvre et enlever en quelque sorte tout prétexte à son retour ? Il est évident que l'engourdissement de cet appareil de manière à le rendre moins attaquable par la douleur, était le but que je visais en administrant la morphine en même temps que le sel fébrifuge mais il me semble tout aussi impossible de lui laisser tout l'honneur de la cure, que d'attribuer une guérison de pernicieuse pneumonique à l'action d'un vésicatoire dirigé contre la congestion pulmonaire persistante quand le sulfate de quinine a coupé le mal dans sa racine, en opposant une digue infranchissable à cette marée montante qui menace de submerger l'économie.

Pendant que je rédigeais cette observation, une demoiselle de cinquante-cinq ans environ, malade depuis deux ans d'une gastralgie cruelle et tenace, liée à une diatbèse herpétique, fut prise d'accès de fièvre très-réguliers. Le sulfate de quinine, à la dose de 60 centig., additionné de laudanum de Rousseau, pendant deux jours, ne fit disparaître la fièvre que pour


quarante-huit heures. Deux, nouvelles doses semblables n'eurent guère plus de succès, et causèrent d'horribles crampes d'estomac, malgré le correctif opiacé. I) n'y avait plus moyen' d'en renouveler l'emploi l'estomac s'y refusait absolument,; la malade ,ne voulait à aucun prix de lavement fébrifuge. Je recourus alors aux injections hypodermiques de quinine et de morphine à la région épigastrique, deux jours de suite. Depuis quatre jours la fièvre semble entravée. Je dois faire demain une troisième injection. Le résultat en sera-t-il définitif? That is the question (1).

5 juin 1875.


ÉTUDES CLINIQUES.

Fièvre paludéenne, hémorrhagie, par M. Malherbe, Médecin en chef de l'Hôtel-Dieu, professeur de clinique médicale. Le 27 mai, au moment où nous quittions la salle des hommes, entre à la clinique le nommé Cotteau (Mathurin), âgé de 60 ans, exerçant la profession de manœuvre. Toute la surface de la peau est froide et pâle, les orifices des muqueuses sont décolorés et violacés, les yeux sont ternes, le visage abattu. Il accuse une vive sensation de froid et une céphalalgie violente.

La veille, il avait éprouvé les mêmes symptômes suivis de chaleur et de sueurs froides. En même temps, il rendait des matières fécales pâteuses, d'un noir foncé, comme quand elles sont mêlées de sang qui a séjourné dans les intestins. Depuis nne douzaine de jours avant l'invasion de ces accidents, il ressentait du malaise, des douleurs dans la région lombaire, puis entre les deux épaules, et enfin à la région épigastrique.

Le mardi 25, il avait eu des nausées, mais point de vomissements.

Point d'appétit un peu de diarrhée, soif, langue large, décolorée, couverte d'un léger enduit blanchâtre. Pouls petit, sans fréquence (72).

L'examen le plus minutieux ne fait rien découvrir d'anormal dans la cavité abdominale; le foie et la rate ne sont le siège d'aucun engorgement; la pression ne détermine de douleur en aucun point.


Même résultat négatif à l'exploration du cœur et des poumons. Le malade ne tousse pas, il n'a jamais eu de palpitations sa santé était habituellement très-bonne il prétend n'avoir jamais fait de grands excès alcooliques.

Prescription (sinapismes promenés sur les membres, potion diffusible avec élixir de Garus, 30 grammes; vin de Bordeaux, 100 grammes; bouillon au tapioca). Tannate de quinine, 1 gramme.

Nous n'avons pas hésité à considérer ce cas comme une fièvre paludéenne compliquée d'hémorrhagie et pouvant aisément prendre le caractère pernicieux. Toutefois, l'aspect du malade au moment de son entrée, quoique représentant bien le stade de frisson d'une fièvre d'accès, pouvait également être l'effet d'une abondante hémorrhagie interne, et cette hémorrhagie, quelle qu'en fût la nature, il était intéressant d'en rechercher la source. Etait-ce une gastrorrhagie ? Cette hypothèse est peu probable, le malade n'ayant pas eu de vomissements, symptôme qui ne peut guère manquer, même en admettant que la plus grande partie du sang épanché passe dans l'intestin. On doit même remarquer que, dans les cas où l'hémorrhagie se fait dans la partie supérieure de l'intestin grèle, dans le duodénum, par exemple, l'hématémèse est un symptôme à peu près constant. Nous sommes bien plutôt fondé à croire à une entérorrhagie par augmentation de pression dans les capillaires, sous l'influence de la congestion viscérale déterminée par l'accès de fièvre.

Nous ne saurions ici incriminer aucune lésion antérieure de la rate ou du foie comme'cause adjuvante mais la flexuosité et la rigidité des artères des membres permettrait de penser à l'intervention de l'athérôme parfaitement concevable chez un homme de 60 ans.

Nous avons publié, en 1857, une observation d'hémorrhagie intestinale mortelle chez une femme de 75 ans, atteinte de


rétrécissement avec insuffisance aortique l'athérôme avait envahi tout l'arbre artériel l'artère splénique était transformée en un canal de consistance osseuse à lumière très-rétrécie les deux artères iliaques primitives étaient presque totalement envahies par la matière crétacée.

On ne trouva de rupture d'aucun vaisseau important; c'étaient les parois des capillaires qui avaient cédé à la pression, comme le prouvait l'infiltration sanguine] des tuniques intestinales. (Journal de la Section de médecine de la LoireInférieure.)

Des obstacles à la circulation dans le système de la veineporte, des altérations du foie, de la rate, l'oblitération des veines sus-hépatiques (1) peuvent donner lieu à des hémorrhagies intestinales par un mécanisme analogue, l'augmentation de pression dans les capillaires. Or, toutes ces circonstances peuvent se rencontrer chez les sujets en proie à la cachexie paludéenne.

Un anévrysme de l'aorte abdominale ou de quelqu'une de ses divisions peut se rompre dans la cavité de l'intestin et donner lieu à une hémorrhagie plus ou moins abondante. Guirdner rapporte, dans ses leçons cliniques, l'histoire d'un anévrysme de l'artère mésentérique supérieure qui s'était ouvert dans le duodénum vingt-deux mois avant la mort. Des hématémèses copieuses et répétées avaient fait croire à l'existence d'ulcères de l'estomac la malade sembla se rétablir complètement, et plusieurs mois après, elle mourut subitement de syncope la poche s'était rompue dans le péritoine (1) Nous avons publié un cas d'oblitération des trois veines sushépathiques dans le Journal de médecine de l'Ouest; la malade, considérée comme atteinte de cirrhose, succomba après une entérorrhagie considérable. On trouve un autre cas analogue dans le Traité des maladies du foie de Frerichs.


qui contenait une grande quantité de sang la communication avec le duodénum était oblitérée. On trouverait, sans doute, dans les annales de la science d'autres faits analogues notre but n'est pas de les rechercher ceux qui précèdent suffisent pour nous autoriser à établir que, quand de semblables lésions existent, l'intercurrence d'accès intermittents est bien capable de bâter le dénouement fatal. Pour rompre soit des vaisseaux capillaires surchargés, dont les parois sont peut-être envahies par l'athérôme soit une poche anévrysmale amincie c'est assez, sans doute, de l'augmentation de pression qu'ont à supporter les vaisseaux intérieurs alors que le frisson initial de l'accès refoule le sang de la périphérie.

Revenons à notre malade.

28 mai. Le jour suivant il se trouve mieux, il ne semble pas avoir eu de nouvel accès le pouls est complètement apyrétique. La température axillaire est de 37,5 le matin et de 37,9 le soir. Il a eu le matin une selle moulée présentant la couleur noire de raisiné caractéristique des matières contenant du sang altéré, l'inappétence persiste (mêmes prescriptions).

Le 29 au matin, souvenir affaibli des accès précédents pâleur cependant moindre point d'évacuation. Température matin, 37,5, soir, 38. Il accepte quelques aliments œuf à la coque, côtelette, soupe ordinaire. On lui administre un gramme de sulfate de quinine, le reste ut suprà. Le 30. Grande amélioration, teint naturel; apyrexie complète. Température matin, 37,7. Vin de Bordeaux 200 grammes, mêmes prescriptions du reste.

Le 31. Le mieux continue, le malade sort de l'hôpital malgré nos représentations.

La guérison sera-.t-ello durable ? Il est permis d'avoir à cet égard quelques appréhensions. Au point de vue de la fièvre paludéenne seulement, la sortie du malade nous paraît


trop hâtive. Si maintenant il existe chez lui une lésion organique permanente, quoi qu'il' ne nous ait pas été donné de la déterminer, elle donnera certes, plus tard, des signes de sa présence. Nous devons désirer dans son intérêt que l'hémorrhagie n'ait été qu'un trouble fonctionnel subordonné à l'impaludisme.

On voit, en effet, assez fréquemment sous cette influence, se produire des pertes de sang par toutes les voies possibles. Il n'est pas de médecin, tant soit peu expérimenté, s'il a exercé dans un pays à fièvres, qui n'ait eu occasion d'observer de ces faits singuliers capables d'induire en erreur un esprit inattentif.

C'est ainsi qu'on a vu des épistaxis des hémoptysies des hématémèses, des entérorrhagies, des hématuries, des ménorrhagies compliquer des accès intermittents dont elles suivaient les diverses phases et disparaître sous la seule influence du traitement antipériodique. Chez quelques sujets, l'empoisonnement limnéen va jusqu'à engendrer une véritable diathèse hémorrhagique, un purpura hœmorrhagica qui cède ordinairement à l'action combinée du fer et du sulfate de quinine (1).

Les choses ont cette heureuse issue toutes les fois que le flux sanguin n'a que la valeur d'un phénomène secondaire et qu'il n'existe dans l'économie aucune condition propre à l'entretenir cependant, dans ces circonstances même, on ne saurait nier que des dispositions tout-à-fait individuelles doivent intervenir pour que dans un cas donné l'écoulement du sang se fasse par une voie plutôt que par l'autre. C'est ici que les influences hygiéniques devront être prises (1) Dans ce cas, les poussées hémorrhagiques reviennent à propos des accès chez un malade que nous avons observé, ils affectaient le type tierce.


en sérieuse considération, et sans entrer dans les détails d'un sujet traité dans tous les ouvrages didactiques, je mentionnerai des cas d'hématémèses compliquant les accès intermittents chez des gens alcoolisés, des ménorrhagies chez des femmes ayant éprouvé des troubles des fonctions menstruelles, etc. (1).

Le diagnostic de ces maladies compliquées n'offre pas de grandes difficultés quand les accès fébriles se caractérisent nettement, quand la périodicité s'accuse d'elle-même et dès l'invasion du mal. Il en est autrement quand on se trouve en présence de ces formes larvées, dans lesquelles apparaît toutà-coup une hémorrhagie sans le moindre monvement fébrile, sans aucun autre symptôme concomitant. Il m'a été donné de rencontrer dans ma pratique plusieurs cas d'épistaxis et de ménorrhagie revêtant un pareil caractère.

Voici comment on doit procéder pour arriver au diagnostic On exerce dans un pays paludéen ou bien le malade vient d'un pays où règnent les fièvres intermittentes 2° L'hémorrhagie ne peut être attribuée à aucune lésion organique appréciable le malade a eu antérieurement des fièvres d'accès

3° Le malade n'est pas sujet à de semblables hémorrhagies 4° Il n'existe pas de coryza une névralgie sus-orbitaire est constatée et tout-à-coup apparaît une hémorrhagie nasale 5° Une ménorrhagie survient à un autre moment que (1) Torti et d'autres auteurs ont rapporté des cas de fièvre pernicieuse gastrorrhagique, et j'ai eu moi-même occasion d'observer cette forme chez un jeune homme de dix-huit ans adonné à l'usage des liqueurs alcooliques. Deux accès gastrorrhagiques avaient eu lieu, un troisième revêtit la forme comateuse cependant le malade guérit par de fortes doses de sulfate de quinine, la congestion cérébrale n'avait pas été jusqu'à l'hémorrhagie.


l'époque des règles elle a été précédée de troubles de la menstruation, de leucorrhée, de névralgie lombo-abdominale.

Je viens de parler de névralgie et je l'ai fait à dessein. Les rapports d'un grand nombre de névralgies avec les fièvres paludéennes sont très-intimes, et bien des hémorrhagies relèvent d'états névralgiques.

Ces rapports sont très-faciles à étudier dans la névralgie trifaciale et particulièrement dans la forme sus-orbitaire, parce que l'enchaînement et la succession des phénomènes s'offrent en quelque sorte d'eux-mêmes à l'oeil de l'observateur. Vous savez tous, Messieurs, avec quelle rapidité ces névralgies, dans la plupart des cas, cédent à l'action de doses fortes de quinine. Ce résultat suffit pour établir leur nature même alors qu'elles ne sont accompagnées d'aucun mouvement fébrile. Toutefois, il est très-intéressant d'étudier la maladie chez les sujets qui en présentent le tableau complet. Il y a quelques mois, je suis appelé pour une jeune demoiselle de dix-huit ans qui avait été prise de fièvre avec douleur de tête des plus vives. La peau était très-chaude, le pouls accéléré, la douleur siégeait à droite dans le nerf frontal, la conjonctive était fortement injectée, l'œil larmoyant et trèssensible à l'action de la lumière. Tous ces phénomènes trèsprononcés le matin diminuaient vers le soir, le sommeil était à peu près normal. Le 3° jour de la maladie, les symptômes du matin sont plus intenses que les jours précédents, ils s'accompagnent d'une épistaxis par la narine correspondante. Le sulfate de quinine arrêta rapidement les accès; l'usage du fer pendant plusieurs mois fut ensuite recommandé à cause d'un état chloro-anémique prononcé.

Cette observation est un type qui ne laisse rien à désirer; au début, le mouvement fébrile, puis le phénomène douloureux, la paralysie des vaso-moteurs et l'injection de la conjonc-


tive, l'hypercrinie lacrymale, enfin l'hémorrhagie quand la pression sanguine dépasse la force de résistance des vaisseaux de la membrane pituitaire. Pour apprécier les cas moins bien caractérisés, on devra se rappeler les observations de Trousseau sur les maladies frustes qui, pour manquer de certains symptômes importants, n'en conservent pas moins leur nature; à cette catégorie appartiennent toutes les fièvres larvées hémorrhagiques ou autres.

Les fièvres accompagnées d'hémorrhagie ou caractérisées par ce seul symptôme prennent parfois le caractère pernicieux et alors la terminaison funeste peut arriver, par suite de l'extrême abondance de la perte de sang, ou bien elle est la conséquence d'un empoisonnement paludéen profond l'hémorrhagie profuse ou non n'ayant que la valeur d'un symptôme subordonné.

Nous avons vu assez souvent des fièvres intermittentes ou plutôt rémittentes quotidiennes ou tierces, résistant absolument aux traitements les plus variés et les plus rationnels, parce qu'elles avaient pour substratum des lésions irrémédiables le plus souvent de la rate ou du foie, et devant tôt ou tard entraîner la mort. Des hémorrhagies foudroyantes ne sont pas rares en pareil cas.

J'ai publié en 1855 l'histoire d'une domestique de 28 ans, atteinte de fièvre intermittente rebelle. Des vomissements abondants de sang s'étaient manifestés à plusieurs reprises après la mort on constata l'existence d'un énorme abcès de la rate et une pleurésie purulente du même côté. (Journal de la Section de médecine de la Loire-In férieure.)

En 1847, j'ai observé un malade atteint de fièvre rémittente tierce, résistant au sulfate de quinine une vive douleur existait à l'hypochondre gauche et à la région lombaire du même côté dans ce point on percevait à l'auscultation un souffle double tout-à-fait semblable à celui que font entendre


certaines poches anévrysmales. Tout-à-coup survinrent des symptômes de péritonite suraiguë rapidement terminés par la mort. L'abdomen contenait une grande quantité de sang liquide et coagulé provenant d'une rupture de la rate. Cet organe, envahi par des masses tuberculeuses nombreuses, était creusé de deux cavernes communiquant entre elles par une partie plus rétrécie nous avons supposé que le double bruit perçu pendant la vie était produit par le mouvement du sang dans ces cavités.

Après les considérations dans lesquelles je suis entré et les faits que j'ai cités, il devient facile de se rendre compte de la valeur et de la signification variables du symptôme hémorrhagie dans les fièvres d'accès. II ne reste plus qu'à apprécier, à ce point de vue, l'action sur l'économie en général du poison paludéen quel qu'il soit, composé gazeux, vapeur ou spores de cryptogames. Or, on ne saurait méconnaître qu'il modifie profondément la composition du sang et l'activité du système nerveux.

Il agit évidemment sur le sang la chloro-anémie, la destruction des globules, la mélanémie, l'altération des organes hématopoiétiques ne peuvent laisser de doute à cet égard, et l'on sait que de pareilles conditions favorisent la production des hémorrhagies.

D'autre part, son influence sur le système nerveux se traduit par les douleurs de courbature, les variations dans la chaleur du corps, les névralgies, les désordres de la circulation par suite d'un défaut d'harmonie dans l'action des vaso-moteurs désordres qui, lorsqu'ils se prolongent, entraînent une foule de conséquences funestes depuis l'hypérémie et l'excitation sécrétoire anormale, jusqu'à l'hémorrhagie et l'inflammation.


Note sur un cas de lièvre typhoïde traitée par l'alcool à haute dose, par le Dr A. Malherbe. Le 17 mai dernier je fus appelé pour donner mes soins à une petite fille de neuf ans, malade depuis la veille. Elle avait été prise tout à coup, étant à se promener, d'un violent accès de fièvre avec céphalalgie intense, puis d'agitation et de délire au moment où ces accidents se déclarèrent elle était dans un état de santé satisfaisant, quoiqu'un peu délicate et chétive. Il n'y avait pas de diarrhée, pas de ballonnement du ventre la langue était rouge sur les bords et recouverte d'un enduit blanc sur le milieu la peau était très-brûlante et le pouls dépassait 120. Il n'y avait rien au cœur ni d'ans la poitrine. Je prescrivis une purgation pour le lendemain matin, et une potion avec un peu de digitale et d'aconit.

Le lendemain, troisième jour de la maladie, je trouvai la fièvre aussi forte, le pouls variant de 120 à 130, pas de symptômes abdominaux marqués la douleur de tête existait toujours et la petite malade présentait des alternatives de somnolence et d'agitation la raison était conservée, ou plutôt se manifestait lorsque l'attention de la malade était fortement sollicitée après avoir dit quelques mots, l'enfant retombait dans son état de somnolence.

J'hésitais entre le diognostic de fièvre typhoïde et celui de méningite, tout en penchant vers l'idée d'une fièvre typhoïde. Mon opinion se fortifia le 46 et le 5e jour par l'apparition de fuliginosités sur les lèvres et la langue, d'un enduit nacré sur les gencives et d'un état pulvérulent du nez et des lèvres. Le mal de tête, autaut qu'on pouvait en juger, avait disparu, le ventre était légèrement ballonné, on y trouvait du gargouil-


lement, bien que la diarrhée fit totalement défaut. La peau était sèche et très-brûlante, le pouls restait de 130 à 140. L'enfant était tombé dans un état de somnolence profonde et poussait des plaintes dès qu'on lui touchait. Il y avait aussi une petite toux assez fréquente, et je constatai l'apparition de ràles sous-crépitants et ronflants aux deux bases en arrière, ce qui confirmait le diagnostic de fièvre typhoïde. Je continuai le même traitement consistant en aconit et digitale, bouillon et vin de Malaga j'ordonnai quelques lotions froides, mais elles furent pratiquées peu régulièrement. Les garde-robes étaient provoquées par un lavement chaque jour. Le 6° jour, tous ces symptômes s'aggravèrent. L'état d'adynamio devint très-profond, surtout dans la soirée, où le pouls était monté à 150 et très-faible le facies était presque cadavérique et je craignis dès-lors une mort prochaine. La température était très-élevée. J'insistai sur les lotions froides et le Malaga.

Le 7e jour, je priai mon père de s'adjoindre à moi il confirma mon diagnostic de fièvre typhoïde, et en auscultant la poitrine nous trouvâmes une matité relative notable dans les deux tiers inférieurs du poumon droit, avec un peu de souffle et des râles sous-crépitants. Nous nous décidâmes à appliquer des ventouses sèches sur la poitrine. Les lotions froides furent continuées et l'on ajouta un peu d'extrait de quinquina à la potion. Le pouls était redescendu à 140 et l'état général était un peu moins mauvais que la veille.

Le 8e jour, même état du pouls et de la température (l'agitation de l'enfant n'a pas permis de faire d'observation thermométrique). L'adynamie s'accentue de plus en plus c'est à peine si l'enfant peut se soulever un peu sur son lit. La matité du côté droit persiste et le souffle me semble prendre le caractère pleurétique. Je fais appliquer un vésicatoire volant sur le côté droit de la poitrine. Le ventre est


toujours ballonné, mais il n'y a pas de diarrhée et la malade ne va à la garde-robe que par suite de lavements quodidiens. Malgré des recherches répétées tous les jours, je ne puis découvrir de taches lenticulaires ni à la base du cou, ni à la base de la poitrime, ni sur le ventre.

Le ge jour, inquiété par la persistance de l'adynamie qui est telle que la petite malade peut à peine remuer ses membres sur son lit, je me décide, tout en conservant les lotions froides, à prescrire l'acool à haute dose je mets 50 grammes de rhum dans une potion.

Le soir, je ne trouve pas de changement notable mais voyant que les 50 grammes de rhum n'ont pas produit d'effet physiologique appréciable, je fais renouveler la potion qui est prise en entier dans la soirée et dans la nuit. Il en résulte qu'en moins de vingt-quatre heures la malade a absorbé 100 grammes de rhum, dose très-forte pour une petite fille de neuf ans.

Le 10e jour, je constate que le pouls est tombé à 120, et qu'il est plus fort la température a baissé également d'une manière très-sensible les autres symptômes, notamment les symptômes thoraciques, n'ont pas varié. Le facies est un peu moins mauvais.

Le soir, le pouls n'a que très-peu remonté.

Le 118 jour, sous l'influence d^nviron 75 grammes de rhum, le pouls arrive au chiffre de 100 à-108. La température devient à peu près normale.

Le 12" jour, le pouls est de 84 à 88, la peau est bonne, la langue et les lèvres bien nettoyées ne se recouvrent plus de fuliginosités les symptômes thoraciques ont à peu près disparu, et bien que l'enfant ne soit pas franchement en convalescence, je puis me croire maître de la situation. En effet, les jours suivants le pouls se maintient dans les environs de 80, et tombe même à 60, chiffre un peu trop lent


pour un enfant de neuf ans la potion au rhum brûle la langue, et bien qu'on l'allonge avec de l'eau, elle n'est plus prise aussi facilement.

Vers le 15e jour de la maladie, je la supprime et me borne à l'action du vin de Malaga. Il va sans dire que les lotions froides ont été supprimées dès que le pouls et la température se sont rapprochés de l'état normal.

Je dois signaler un symptôme qui s'est montré vers le 12° jour, alors que les symptômes graves avaient déjà disparu. Je veux parler de la surdité l'ouïe vers ce moment est devenue très-dure sans qu'il y eut d'écoulement par les oreilles, et cette dureté de l'ouïe persistait encore bien qu'atténuée lorsque j'ai cessé de voir la malade.

A partir du 15e jour l'amélioration s'accentua chaque jour davantage je pus permettre un peu de nourriture, permettre de lever l'enfant, et je pus cesser mes visites le 6 juin, juste trois semaines jour pour jour après le début de la maladie. Si j'ai cru devoir rapporter cette observation, c'est que les effets de l'alcool m'ont paru avoir une netteté qu'on n'observe pas toujours, tant s'en faut, dans l'action des médicaments. Si l'on remarque que la potion à l'alcool a été prescrite le 9e jour de la maladie, et qu'à dater de son emploi le pouls a baissé en moyenne de 20 pulsations par vingt-quatre heures, jusqu'au retour du pouls normal que la température a suivi le pouls, et qu'après cinq jours de ce traitement l'élément fébrile avait à peu près disparu au 15e jour de la maladie, on ne peut, suivant moi, refuser à l'alcool le mérite d'avoir abrégé beaucoup cette fièvre typhoïde, et peut-être, si l'on tient compte de la haute gravité du début, d'avoir sauvé la vie de la malade.

Les lotions froides ont été pratiquées avec trop peu de soin pour avoir contribué beaucoup à l'abaissement du pouls


et de la température elles n'ont pu être ici qu'un léger adjuvant de la médication alcoolique.

Un autre point aussi me paraît digne d'attirer l'attention c'est l'absence de tout symptôme d'ivresse ou d'excitation chez une petite fille de 9 ans qui prend 100 grammes de rhum en moins de vingt-quatre heures. C'est évidemment là un exemple de ce fait bien connu que l'état de maladie modifie les effets physiologiques des médicaments, et dans l'espèce cet exemple m'encouragerait à pousser volontiers les doses d'alcool chez l'adulte plus loin qu'on ne le fait communément. Cette tolérance extraordinaire des malades atteints d'affections fébriles pour l'alcool a du reste été signalée déjà par divers auteurs, par Stokes, par Béhier. (Voyez à ce sujet la thèse d'agrégation de Joffroy, de la Médication par l'alcool, Paris, 1875.)

Tous les auteurs qui se sont occupés de la médication par l'alcool n'ont pas été unanimes sur les effets de ce médicament dans la fièvre typhoïde. On peut voir dans l'excellente thèse d'agrégation de Joffroy que si Todd, si M. Marvaud se sont déclarés satisfaits des résultats obtenus, d'autres comme le professeur Béhier n'ont pas été aussi heureux. La question est donc ouverte. Il est clair que toutes les fièvres typhoïdes, si différentes les unes des autres par leurs symptômes et par leur marche, ne seront pas toutes justiciables du traitement par l'alcool; il serait donc utile de bien poser les indications spéciales de ce médicament. Quoique les faits ne soient peutêtre pas encore assez nombreux pour permettre de vider cette question, on peut je crois déjà faire un certain nombre de remarques utiles et considérer comme établis les points suivants sur lesquels a insisté le docteur Angel Marvaud L'exagération du pouls et de la température indiquent l'emploi de l'alcool dans la fièvre typhoïde;


2° L'engouement pulmonaire est promptement amélioré par cette médication;

3° La stupeur et l'adynamie réclament aussi les alcooliques. Dans l'observation de ma petite malade le pouls et la température ont été modifiés favorablement plus tôt que je n'eusse osé l'espérer.

La congestion pulmonaire également a disparu très-promptement.

Le docteur Marvaud dit encore que le délire est calmé par l'alcool. Je dois avouer que dans le.fait que j'ai observé, l'état de dépression des fonctions intellectuelles n'a point été modifié rapidement.

Je dirais volontiers, pour conclure, que dans la fièvre typhoïde le pouls et la température sur lesquels l'action de l'alcool est bien connue doivent servir de base aux indications de ce médicament.

L'engouement pulmonaire viendrait en seconde ligne. Je ne puis malheureusement pas dire, n'ayant rien trouvé à cet effet, si des symptômes annonçant de graves lésions de l'intestin seraient une contre-indication pour l'emploi de l'alcool.


Contusion du globe oculaire, énucléation, par M. le docteur L. Montfort, professeur suppléant à l'Ecole de médecine de Nantes, chirurgien suppléant des Hôpitaux.

Le nommé Huidou, Jean-Marie, 35 ans, sapeur-pompier, étant de service au théâtre de la Renaissance, le 3 mai 1875, reçut un coup violent sur l'œil droit dans les conditions suivantes Une fusée, attachée à un fil de fer, traverse obliquement la scène de haut en bas pendant un orage, et cet homme avait été placé au point d'arrivée de la fusée avec un seau d'eau pour l'éteindre après sa chûte. Par suite de circonstances qu'il n'a pas été possible de préciser, l'extrémité de la fusée opposée à la mèche vint l'atteindre à l'œil droit avec une violence telle qu'il perdit la vue immédiatement. Il compare ce qu'il a éprouvé alors à un coup de massue lui frappant la tête, et l'œil fut plongé de suite dans l'obscurité la plus complète. Il ne vit même pas ces lueurs multiples qui sont ordinairement perçues à la suite des coups sur l'œil. Malgré la douleur atroce qu'il ressentit, il ne perdit pas connaissance et eut la présence d'esprit d'ouvrir l'autre œil pour voir où était tombée la fusée. On lui appliqua sur l'œil des compresses d'eau fraîche, et on le reconduisit à son domicile. Toute la nuit, les compresses furent continuées, mais n'empêchèrent pas une douleur violente qui ne lui permit pas (Je prendre un instant de repos.

Le 4 mai, au matin, je suis appelé et le trouve dans l'état suivant

La paupière supérieure est un peu tuméfiée, et près de la commissure interne se voit une petite plaie contuse qui a donné lieu, au moment de l'accident, à l'écoulement de quelques gouttes de sang. La conjonctive oculaire présente une


petite déchirure dans le point correspondant. Aucune autre trace de violence. Le globe de l'oeil paraît dur comme tendu la conjonctive est rouge, sans ecchymose. La pupille, un peu contractée, est immobile et ne se dilate pas dans l'obscurité. La chambre antérieure, l'iris, ne présentent rien à noter. L'œil se meut facilement dans tous les sens, mais ne perçoit aucune sensation lumineuse. Le malade se plaint de douleurs vives dans toute la tête, principalement dans la région frontoorbitaire droite. Toute la nuit, il a été en proie à un délire violent avec fièvre, qui continue encore ce matin. Je diagnostique un épanchement sanguin intra-oculaire, suite de la rupture des vaisseaux de la choroïde, et je prescris à la tempe droite une application de huit sangsues, avec recommandation de les laisser saigner abondamment puis on fera plusieurs instillations dans l'œil de collyre d'atropine à 1 centigramme pour 10 grammes d'eau.

5'mai. La douleur, un peu calmée après l'application des sangsues, reparaît dans la nuit qui a été très-agitée. On applique quatre nouvelles sangsues. Le malade n'ayant point eu de selles depuis son accident prend 1 gramme de calomel qui amène de nombreuses évacuations. Jusqu'au 8 mai, rien de particulier à noter. L'aspect de l'œil est le même, la pupille est toujours contractée. Les douleurs ont un peu diminué. Le 9, l'iris a conservé sa couleur normale. Mais la pupille présente un reflet rouge foncé.

Cette coloration augmente les jours suivants et le 12, la pupille est complètement rouge. Uu peu de sang a même envahi la chambre antérieure dans sa partie déclive. Cet épanchement sanguin, qui s'est manifesté cinq jours après l'accident, augmente jusqu'au 8e jour, à partir duquel on le voit diminuer gradnellement. L'examen ophthalmoscopique fait constater une opacité complète derrière l'iris et l'impossibilité de voir le fond de l'œil.


Les douleurs reviennent par moment très-vives dans l'œil et dans tout le côté de la tête, mais sont en général supportables. Ou continue les instillations de collyre d'atropine, auxquelles je fais joindre des frictions de pommade belladonée dans toute la région douloureuse. Le malade commence à sortir.

Le 24, à la suite d'une course au soleil avec un fardeau sur le dos, il est repris de douleurs aussi vives que le premier jour. Je ne peux recourir aux sangsues à cause de l'état d'anémie dans, lequel il est tombé, depuis que ses douleurs lui ont enlevé tout appétit comme tout sommeil. Je me borne à prescrire des applications d'eau froide et 1 gramme de calomel, à prendre en deux jours à petites doses. Puis un liniment opiacé belladone en frictions sur la tempe.

Je revois le malade le 27. Les douleurs sont toujours trèsvives. Il n'a eu aucun sommeil, bien qu'il ait pris une potion contenant 2 centigrammes de morphine. En présence des douleurs qui persistent toujours, et pour favoriser la résolution, je prescris 2 cuillerées par jour d'une solution d'iodure de potassium, 20 grammes par 300 grammes d'eau. Le 28, je prie mon confrère et ami le docteur Dianoux de voir ce malade, et. son examen vient confirmer mon diagnostic. Cet œil nous paraissant perdu sans retour, toute notre attention se porte sur l'œil sain qui, jusqu'à ce moment, n'a point cessé de bien fonctionner, sans retentissement sympathique inarqué. Il est cependant un peu fatigué et présente, lorsque le malade regarde le grand jour, un certain degré de photophobie. Le même traitement est continué.

L'état reste sensiblement le même jusqu'au 5 juin. Le sommeil est un peu revenu, les douleurs paraissant se calmer. Le 6, elles reprennent avec une nouvelle violence et continuent les 7 et 8 juin. Le malade pris d'une sorte de délire ne sait ni ce qu'il dit ni ce qu'il fait. Il s'agite continuellement


et prend dans son lit toutes les positions possibles sans éprouver le moindre soulagement.

Le 9, je le trouve dans cet état pénible. Depuis trois jours il n'a pas eu un moment de calme il a de la fièvre. Le larmoiement a augmenté; l'examen du globe oculaire fait constater une injection périkératique assez considérable de plus sa dureté a augmenté et la pression détermine de nouvelles douleurs.

En présence de ces symptômes graves et bien que l'autre œil ne soit point malade, la nécessité d'une opération me paraît inévitable si on veut lui conserver l'intégrité de ses fonctions. Le malade est décidé à tout, pour voir la fin de ses souffrances, et accepte ma proposition. Je prescris de continuer les frictions avec le liniment opiacé belladoné. Le docteur Dianoux revoit le malade avec moi le 11 et nous constatons que les symptômes se sont aggravés l'injection oculaire est augmentée, la tension de l'œil est plus forte l'hésitation n'est plus permise, et l'opération est fixée au lendemain.

Le 12 juin, avec l'assistance du docteur Dianoux et d'un élève en médecine, je procède à l'énucléation de l'œil par la méthode de Bonnet, de Lyon. Le malade étant d'abord chloroformé je sectionne la conjonctive à peu de distance du globe oculaire. Les trois muscles droits supérieur, interne et inférieur, attirés avec un crochet mousse, sont coupés avec des ciseaux. Le nerf optique coupé à l'aide de forts ciseaux courbes, l'œil est renversé en dehors et je termine par la section des muscles obliques et droit externe. Il ne s'écoule qu'une quantité insignifiante de sang. Pansement avec de la charpie imbibée d'eau froide.

La journée est mauvaise le malade souffre autant qu'avant l'opération. Ce sont les mêmes douleurs s'irradiant dans tout le côté de la tête. Je lui prescris une potion avec trois centi-


grammes de morphine qui lui procure pendant la nuit un peu de repos.

Le 13, la journée a été bonne, le malade ne ressent aucune douleur, il n'a pas de fièvre. Je lui permets de se lever un peu.

Le 14, suppuration peu abondante à laquelle se mêle une certaine quantité de larmes. La plaie a bonne apparence. Le mieux continue les jours suivants, l'appétit revient avec le sommeil, et le malade que j'ai revu à la fin du mois, est aussi bien que possible, mais n'a pu reprendre son travail de bourrelier, l'œil gauche se fatiguant encore assez promptement. Le moignon, complètement cicatrisé, est mobile et se prêterait bien à l'application d'un œil artificiel.

Examen de l'œil fait quelques instants après l'operation. OEil dur, tendu. En incisant la sclérotique, une certaine quantité de liquide séreux jaune clair est projetée à une petite distance. Le corps vitré n'est pas reconnaissable. A sa place se trouvent des flocons de pus épais, visqueux, avec plusieurs caillots sanguins disséminés qui paraissent en voie de décomposition. La pupille est normale. La rétine est décollée dans une certaine étendue. La choroïde fortement injectée par endroits, est parsemée d'ecchymoses. Le cristallin, l'iris paraissent sains.

En présence de ce malade, j'avais eu plusieurs questions à résoudre, et la première était celle du diagnostic. La contusion produisant une cécité subite, l'apparition du sang derrière la pupille et jusque dans la chambre antérieure, l'examen ophthalmoscopique fait au bout de quelques jours et ne permettant pas de voir le fond de l'œil, tout cela devait faire penser à une hémorrhagie de la choroïde ayant envahi


le corps vitré, ce que l'examen de l'œil après l'opération est venu confirmer.

Le diagnostic établi, j'avais pu espérer un instant la résorption de cet épanchement, et sinon le retour de la vision, au moins la conservation de l'œil qui se serait atrophié peu à peu.

Mais la persistance des douleurs et les autres signes du glaucome qui sont survenus ont rendu l'opération inévitable. Je n'ai point voulu attendre le retentissement qui eût pu se faire sur l'œil sain, sachant qu'il est plus facile de prévenir une ophthalmie sympathique que d'avoir plus tard à la traiter, et je n'ai eu qu'à m'applaudir d'avoir agi ainsi en voyant la guérison rapide qui a suivi l'opération, et, d'un autre côté, la gravité des lésions que présentait le globe oculaire.



l'économie ne permettait pas de poser des conclusions absolues.

Le fait suivant, qui s'est tout récemment offert à notre observation,* nous semble de nature à lever tous les doutes Le nommé Morisset, Théophile, âgé de 30 ans, forgeron, fortement constitué, d'un tempérament nervoso-sanguin, entre à l'Hôtel-Dieu, le 28 juin 1875.

Cet homme a toujours joui d'une santé parfaite et n'a commis que très-exceptionnellement des excès alcooliques. La veille de son entrée à l'hôpital, en revenant d'Indret à Nantes, il s'arrêta dans un champ pour aller à la garde-robe. Après l'acte accompli, il s'aperçut qu'il ne pouvait plus se servir de son bras gauche où il éprouvait de l'engourdissement, et il fallut que son camarade l'aidât à s'habiller.

Un mois auparavant le malade avait, pendant trois semaines, travaillé à bord d'un navire à marteler des lames de plomb. La main gauche était sans cesse en contact avec le métal, tandis que la droite faisait manœuvrer le marteau. Jamais avant cette époque il n'avait travaillé au plomb.

ETAT actuel. – Les extenseurs des doigts, manifestement atrophiés, se contractent assez peu sous l'influence des courants induits la main est fléchie sur l'avant-bras, la sensibilité de la peau de la région est diminuée le malade éprouve une sensation de fourmillement dans les doigts, surtout dans les deux derniers le pouce n'est le siège d'aucune sensation anormale.

L'avant-bras et la main du côté droit sont dans un état parfaitement naturel. D'ailleurs, aucune trace d'empoisonnement saturnin, ni coliques, ni constipations, ni étourdissements, ni coloration spéciale des dents et des gencives, ni saveur sucrée, ni fétidité de l'haleine.

L'aspect du malade exprime l'état de santé le plus florissant; l'appétit n'a pas subi la plus légère diminution.


Nous prescrivons les bains de Baréges, la faradisation des muscles intéressés avec les excitateurs humides et l'iodure de potassium à l'intérieur.

Au bout do trois jours, le malade nous déclare* qu'il ne veut pas rester à l'hôpital pour un mal aussi léger et qu'il préfère venir se faire électriser tous les matins.

Il est impossible de rencontrer un fait plus net et plus significatif; il a, selon nous, la valeur d'une expérimentation dont toutes les conditions auraient été calculées d'avance, où toutes les précautions auraient été prises pour localiser l'action de la substance toxique, et démontre péremptoirement l'absorption active du plomb par la peau et l'influence destructive directe de celui-ci sur les muscles les plus voisins. Peut-on, après un tel exemple, hésiter dans l'interprétation des cas signalés, à diverses reprises, comme le résultat d'un empoisonnement local ? C'est bien ici l'occasion de rappeler l'histoire de ce cuisinier de navire qui fut atteint de paraplégie, après avoir, pendant un certain temps, travaillé les pieds nus dans une cuisine dallée en plomb.

Le docteur Manouvriez a publié, l'année dernière, dans la Gazette hebdomadaire nn travail sur ce sujet, dont nous croyons convenable de reproduire les conclusions. Sur trente saturnins observés dans les hôpitaux de Paris, trois ne présentaient qu'un liseré partiel sans aucun signe d'intoxication générale. Dans les autres cas, les accidents saturnins locaux ont toujours prédominé sur la partie la plus immédiatement en contact avec le plomb. La paralysie des avant-bras était ainsi exclusive ou prédominante chez les peintres, et affectant le côté droit chez les droitiers et le côté gauche chez les gauchers.

Sur neuf cérusiers, six étaient paralysés du membre supérieur droit, et l'un d'eux qui piétinait sur la céruse était, au contraire, atteint aux membres inférieurs. Chez deux autres,


droitiers de fait, mais astreints à se servir de la main gauche pour leurs travaux, l'avant-bras, la partie inférieure du bras et la main gauche étaient seuls paralysés. Tous les autres étant droitiers étaient atteints à droite.

En feuilletant les annales de la science, on réunirait aisément un grand nombre de faits analogues ceux qui précèdent suffisent pour la démonstration de l'absorption cutanée locale.

Au point de vue pratique, nous ajouterons, avec fauteur que nous avons cité, que les soins de propreté ne suffisent pas à préserver les malades de l'intoxication, et que l'usage de gants et de vêtements convenables devrait être prescrit aux ouvriers forcés de manier le plomb pendant de longues heures.

Quant à l'efficacité du traitement externe préconisé par notre confrère dans les cas d'empoisonnement local à l'exclusion, sans doute, du traitement général par l'iodure ou le bromure de potassium nous n'oserions nous y fier d'une manière absolue, et nous conseillerions volontiers d'y joindre l'emploi des moyens éliminateurs.

Aujourd'hui 6 août nous avons revu le sujet de l'observation ci-dessus il avait continué à se faire faradiser tous les matin à la consultation de l'Hôtel-Dieu; maintenant, il a recouvré à peu près complètement l'usage des muscles de l'avantbras gauche et ces derniers ont sensiblement le volume normal.



Un homme d'une quarantaine d'années entra à l'Hôtel-Dieu dans le service de M. Letenneur pour un tumeur du mollet. Il y a dix ans cet homme fut amputé d'un orteil du même côté que la tumeur.

Le malade ne s'est aperçu que depuis quelques mois que son mollet grossissait, et jusqu'à présent il n'y a eu que peu de douleurs. La tumeur est profondément située au milieu des muscles du mollet. Elle est dure, Irès-lobulée, et la plupart de ceux qui l'examinent pensent qu'il s'agit d'un enchondrôme. Vu la gravité de l'intervention (il aurait fallu amputer la cuisse), M. Letenneur attend, préparant peu à peu le malade. Celui-ci, au bout d'une quinzaine de séjour à l'hôpital, est pris de maux de tête persistants, puis un matin, il présente quelques troubles cérébraux, tombe dans le coma et meurt. A l'autopsie, on trouve un tout petit foyer d'hémorrhagie cérébrale à la partie postérieure d'un des ventricules latéraux ce foyer paraît être situé au milieu d'un tissu ramolli et violacé.

La tumeur du mollet a atteint les muscles jumeaux et soléaire dans toute leur épaisseur. Le nerf sciatique poplité interne présenté à la Société est envahi par la dégénérescence. Les fibres sont étalées autour d'un gros noyau fusiforme du volume d'une noix. Cela explique les douleurs que le malade avait présentées dans le bas de la jambe pendant les derniers temps de la vie. Il n'y a pas de généralisation dans les autres organes.

Le tissu morbide examiné avec soin présente de très-grosses cellules contenues au milieu d'une trame conjonctive très-fine. Il s'agit évidemment d'un carcinôme. On a examiné attentivement le point du cerveau où s'était faite l'hémorrhagie. Les cellules qu'on y a trouvées ont le plus grand rapport avec celles de la tumeur. Bien qu'on n'ait pas pu démontrer en ce point de trame alvéolaire, il est infiniment probable qu'il y avait


une tumeur secondaire de nature carcinômateuse, et que l'absence de trame est due à ce que la névralgie au milieu de laquelles les cellules du tissu pathologique se sont développées n'a pu suffire pour former une trame un peu résistante et isolable par le pinceau. D'ailleurs, d'après les symptômes, cette tumeur secondaire aurait marché avec la plus grande rapidité. 3. Kyste propre du sein.

M. Malherbe fils présente un kyste prolifère du sein qui a été enlevé par M. Patoureau. Ce kyste forme une tumeur grosse comme un petit œuf comprenant une cavité kystique, puis une masse de végétations formant les deux tiers de la tumeur. Vues après l'ablation, ces végétations sont grisâtres. Autour du kyste, il y a une couche épaisse de tissu conjonctif condensé. L'examen histologique montre que tons les bourgeons sont revêtus d'épilbélium cylindrique et présentent dans leur axe du tissu conjonctif. II s'agit bien d'un kyste prolifère. Le Secrétaire,

A. MALHERBE.



blanche, 2 glace, 1 éclairs sans tonnerre, 2 orages avec éclairs et tonnerre. 0; grêle, 1 verglas, 0 pluie. ou pluvieux, 10 lesquels ont donné 11,92 d'eau. Le jour le plus pluvieux a été le 7 (4,10 d'eau).

Résumé des opérations faites pendant le mois de mai 1875. PRESSION BAROMÉTRIQUE.

Moyenne du mois, 760,13 minimum observé, 753,4 le 30, à 6 h. du matin maximum observé, 773 le 24, à 6 h. du matin; moyenne diurne la plus basse, 754,10 le 30; la plus haute, 771,60 le 24.

•TEMPÉRATURE.

Moyenne des minima diurne, 10°,71 des maxima diurne, 25°,51[; des extrêmes 18°,11; du mois, 16°,80; moyenne diurne la plus basse, J3°,56 le 2 la plus haute, 22°,76 le 16 minimum absolu, 6° le 13 maximum absolu, 33°,8 le 16.

VENTS.

Direction N., 0 jours N.-E., 13 ? E., 1; S.-E., 1 S., 1 S.-O., 7; 0., 4; N.-O., 4.

Force calme, 1 jour faible, 2 modéré, 10 assez fort, 11; fort, 6; très-fort, 1; violent, 0; tempête, 0.

ÉTAT DU CIEL.

Découvert, 12; peu nuageux, 3; nuageux, 7; très-nuageux,


8; couvert, 1 brouillard, 1 brumeux, 2; rosée, 1 gelée blanche, 0; glace, 0; neige, 0 éclairs sans tonnere, 0; orage avec éclairs et tonnerre, 0; grêle, 1 verglas, 0; pluie ou pluvieux, 13; lesquels ont donné 27,8 d'eau. Le jour le plus pluvieux a été le 30 (6,5 d'eau).

Résumé des opérations faites pendant le mois de juin 1875. PRESSION BAROMÉTRIQUE.

Moyenne du mois, 763,17; minimum observé, 756,5 le 15, à 6 h. du matin maximum observé, 770 le 7, à 9 h. du soir; moyenne diurne la plus basse, 756,76 le 15 la plus haute, 769,60 le 7.

TEMPÉRATURE.

Moyenne des minima diurne, 11°, 88; des maxima diurne, 24°,86 des extrêmes, 18°,37 du mois, 17°,57 moyenne diurne la plus basse, 14°, 40 le 19; la plus haute, 23°,26 le 8; minimum absolu, 8° le 20 maximum absolu, 38°,3 le 8. VENTS.

Direction: N., 5jours; N.-E., 1; E., 0; S.-E.. 1; S., 3; S.-O.,9; O.,9; N.-O., 3.

Force calme, 8 jours faible, 3 modéré, 4 assez fort, 7 fort, 4 très-fort, 2; violent 1; tempête, 1.

ÉTAT DU CIEL.

Découvert, 0; peu nuageux, 4 nuageux, 4; très-nuageux,


16 couvert, 6; brouillard, 0; brumeux, 5; rosée, 0; gelée blanche, 0 neige, 0; glace, 0; éclairs sans tonnerre, 1 orage avec éclairs et tânnerre, 1; grèlè, 3; verglas, 0: pluie ou pluvieux, 18; lesquels ont donné 69,25 d'eau. Le jour le plus pluvieux a été le 20 (19 d'eau). ·

Le Directeur de l'Observatoire,

AUGUSTE LEFIÈVRE.



sa famille, a dû être traité par un autre médecin auprès duquel M. Malherbe s'enquerra du résultat final.

M. Mabcb appelle l'attention sur un signe qu'il a rencontré plusieurs fois dès le début de la fièvre typhoïde chez les enfants, à une période où ordinairement on ne peut poser de diagnostic certain. C'est une matité à droite et en arrière, à la base du poumon et simulant à la percussion un épanchcment pleurétique. Celte matité est due à une augmentation de volume du foie, et est surtout appréciable dans les premiers jours. Ce symptôme, s'il était constant, serait bien important pour établir, dès le début, le diagnostic précis. M. MALHERBE dit que dans cette maladie, où tout le système circulatoire porte est influencé, il n'est point étonnant que le foie augmente de volume. Il pense que ce symptôme pourrait aussi se rencontrer chez l'adulte, mais serait plus difficile à constater.

M. Rouxeau demande si la mensuration a été faite en avant et si l'augmentation de volume du foie était uniforme. M. Mahcé a trouvé que la différence en avant était fort peu tranchée, si peu importante relativement à la matité* postérieure qu'il ne s'en est pas beaucoup occupé.

M. LAENNEC demande pendant combien de temps ce symptôme est observé.

M. Maucé" répond qu'il persiste pendant le premier septennaire et va ensuite en diminuant. Il n'a trouvé ce signe indiqué dans aucun des ouvrages qui traitent des maladies des enfants.

Communications sur les maladies régnantes.

M. LAPEYRE dit qu'il n'a observé aucun cas de fièvre typhoïde chez les militaires. L'épidémie paraît donc arrêtée. Il a vu, chez de jeunes soldats, deux cas d'oreillons dont l'una été suivi d'orchite métastatique.


M. Malherbe père se rappelle avoir traité, avant l'apparition de l'épidémie de fièvre typhoïde, deux soldats atteints de pneumonie unilatérale qui n'a pu être enrayée par aucun moyen et s'est terminée dans les deux cas par suppuration. Il pense que déjà à ce moment l'encombrement avait vicié le sang de ces malades, qui ont eu ce qu'on peut appeler une pneumonie par infection ou pneumonie typhoïde.

M. LAEHNEC rend compte d'une autopsie judiciaire qu'il a. faite chez un homme de 39 ans, mort à la suite d'un coup. Cet homme, adonné aux alcooliques, était en délire depuis cinq ans. Le cerveau, avec les artères athéromateuses, présentait une méningite chronique. Au sommet du poumon droit se voyaient tous les signes d'une pneumonie, et c'était cette maladie, toujours très-grave chez les ivrognes, qui avait amené la mort.

A neuf heures la séance est levée.

Le Secrétaire,

Dr MONTFORT.

Séance du 6 août 1875.

Présidence de M. Chartier,

Treize membres répondent à l'appel.

Le procès-verbal de la séance est lu et adopté.

M. Chartier prononce les paroles suivantes, en annonçant à la Société la mort de M. le docteur Allard

« MESSIEURS,

» Depuis notre dernière réunion, la mort nous a enlevé un de nos honorables collègues, Emile Allard. Entré, en 1835, à la Société académique, avec les membres du cercle médical qui vinrent' grossir les rangs de la Section de médecine, il paya, dès cette année, sa bienvenue en fournissant un cons-


ciencieux rapport sur les maladies qui avaient régné: à Nantes pendant les mois d'octobre, novembre et décembre. Depuis, il servit utilement la Section en faisant, pendant de nombrejises années, partie des comités de topographie et de pu-? blication.

» Le soin scrupuleux qu'il mettait à remplir tous ses devoirs se traduisait par son exactitude à nos séances. S'il n'était pas de ceux qui les occupaient le plus, ce n'est pas que son savoir, sou expérience ne le missent à même d'éclairer- un. grand nombre des questions qui y étaient traitées; mais il' était retenu par la crainte de voir sa nature ardente l'entrât* ner, dans la discussion, jusqu'à des vivacités qu'il eût ensuite amèrement regrettées. S'il en arrivait là, dans les discussions particulières, il suffisait d'un mot de son interlocuteur pour, qu'il avouât ses torts et cet aveu était toujours accompagné. d'un sourire, qui montrait dans son vrai jour le fpnd du cœur de cet excellent collègue. C'est là que notre jugement doit aller le prendre; et, le dépouillant de sa première enveloppe un peu rude, nous ne garderons de lui que le souvenir de ce qu'il était réellement honnête homme, cœur ardent et dévoué. » M. Rouxead 's'excuse de n'avoir point terminé son travail sur la pneumonie ataxique par suite de la perte d'une observetion intéressante.

L'ordre du jour appelle à la tribune M. Teillais pour lire une observation d'emphysème.

M. Rouxeac signale un cas de paralysie du voile du palais survenue chez un enfant de 29 jours après la guérison d'une angine couenneuse.

M. MALHERBE père fait observer que ces paralysies consécutives ne sont' pas rares. Elles peuvent survenir six mois même après l'angine. L'intoxication produite par la diphthérie persiste longtemps. M. Malherbe n'admet point de maladie sans matière. On sait qu'il y a des altérations des muscles et


des nerfs appréciables seulement an microscope. Les çongestions elles-mêmes sont des lésions.

M. Rouxeau ne croit pas non plus aux maladies sans matière. Il fait remarquer toutefois que dans le cas cité par lui si l'intoxication persistait, le petit malade n'en présentait pas moins toutes les apparences de la santé.

M. Rouxeao appelle l'attention de la Section de Médecine sur un problème fort délicat de médecine légale. Le médecin est appelé pour un avortement de cinq à six mois, doit-il en faire la déclaration, si la'famille s'y refuse? Les articles 55 et 56 du Code civil ne paraissent viser que l'accouchement à terme.

M. Malherbe père croit que l'obligation de la déclaration est stricte dès que le produit a trois mois.

.'̃̃'̃M. Leo.cekré' pense que l'obligation ne commence qu'à l'époque dé la viabilité.

Pour M. Malherbe, le but de la loi est de protéger tous les enfants dès le moment de la conception.

Si des circonstances amenaient une poursuite judiciaire, le médecin qui n'aurait point fait la déclaration d'un avortement de, trois mois pourrait être inquiété.

Quand on a des raisons de croire l'avortement volontaire, le devoir, dit M. LEQUERRE, est de faire la déclaration. Dans tous les autres cas cela aurait plus d'inconvénients que d'avantages. Le médecin aurait tort de prendre une charge dont la loi ne lui fait pas une obligation. M. Lequerré cite des faits à l'appuk ̃

M. le Président invite M. Rouxeau à continuer ses recherches sur cette question intéressante.

La séance est levée à huit heures et demie.

Le Secrétaire adjoint.

F. Barthélémy.


Séance du 10 septembre 1875.

Présidence de M. Chartier.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. Treize membres répondent à l'appel nominal.

L'ordre du jour appelle à la tribune M. Lapeybe pour une Communication sur l'épidémie de fièvre typhoïde observée sur les militaires de la garnison de Nantes en avril et mai 1875. Cette communication est suivie d'une courte discussion sur le traitement de la fièvre typhoïde à laquelle prennent part MM. Jouon, Chartier et Kirchberg.

M. Dianoux fait une communication sur un cas. de rétinite albuminurique.

M. Jouon dit avoir observé chez une femme de 38 ans un cas fort intéressant de rétinite albuminurique double qui vient confirmer les opinions émises par.M. Dianoux. Chez cette malade, atteinte d'une affection du cœur, puis d'une bronchopneumonie double, la néphrite albumineuse ne survint qu'à la suite de la broncho-pneumonie et exista longtemps avant d'être reconnue. Les troubles de la vision mirent sur la voie du diagnostic précis.

A huit heures et demie, la séance est levée et les jetons sont distribués.

Le Secrétaire.

Dr MONTFORT.



est triangulaire. Ses parois sont tapissées de villosités irrégulières, semblables aux villosités choriales. L'épaisseur de ces parois est de 2 ou 3 millimètres sur les faces. Sur les bords, au contraire, c'est une membrane extrêmement fine, criblée de trous disposés comme des orifices glandulaires. Le caillot sanguin triangulaire a été rejeté par la même femme, un mois après son avortement, à la suite d'une menstruation extrêmement pénible et douloureuse.

Il est de dimension moins considérable que la caduque précédente, plein, sans trace de cavité au centre. Il représente dans son ensemble un moule exact de cavité utérine. Ces autres fragments irréguliers, aplatis, déchirés sur leurs contours, ont été rendus, le mois suivant, avec des douleurs semblables.

Plusieurs préparations de ces fragments portés sous le microscope ont montré qu'ils n'étaient membraneux qu'en apparence. Ils sont, en effet, constitués par une trame fibrineuse avec de nombreuses stries fibrillaires parsemées de granulations. Quelques globules sanguins sont emprisonnés dans les mailles ainsi que des cellules épithéliales altérées. L'absence de vaisseaux et de glandes m'a paru complète. Ces fragments gris à la surface, rouges au centre, ne seraient donc que des caillots fibrineux.

La malade qui fait le sujet de cette observation est âgée de 24 ans. Mariée à 20 ans, elle eut, deux ans après, un avortement à 7 mois.

Depuis cette époque, les règles se sont parfaitement rétablies


et la menstruation n'a jamais été ni difficile, ni douloureuse, ni irrégulière. Avant son mariage, il n'y avait eu aucune perturbation de cette fonction.

Aux mois de septembre et d'octobre 1874, les règles manquèrent et la malade supposa qu'elle était enceinte. Le 7 novembre, sans aucune cause appréciable, elle fut prise de douleurs intermittentes, vives du bas ventre avec un léger écoulement de sang par la vulve.

Les potions et les lavements laudanisés le repos le plus absolu ne purent arrêter ces signes avant-coureurs d'un avortement, et, sept jours après, la caduque vide, que je viens de vous présenter, était expulsée.

L'écoulement de sang s'arrêta quelques heures après cette expulsion et tout sembla rentrer dans l'ordre. La malade garda le lit pendant quelques jours, par précaution. Un mois environ après cet avortement, le 11 décembre, cette femm'e fut prise de coliques sourdes, qui devinrent de plus en plus aiguës, de douleurs de reins avec accès intermittents augmentant d'intensité de ténesme anal et vésical. Le ventre se météorisa dans sa partie sous-ombilicale et devint d'une sensibilité extrême à l'hypogastre, dans les flancs et surtout à la région de l'ovaire gauche.

La figure exprimait à ce moment les souffrances les plus vives de temps en temps apparaissaient quelques frissons de courte durée.

La langue était saburrale, la soif vive. Le pouls s'élevait au moment des crises à 120 et devenait petit, serré.

Au toucher, on trouvait une chaleur vive des parois vaginales. Le col utérin était fermé, le cul-de-sac vaginal postérieur effacé et autour du col, il existait un empâtement douloureux à la pression du doigt, plus sensible sur le côté gauche.


A ces signes évidents de péri-métrite j'avais opposé une mé'dication de plus en plus active potion laudanisée, pommade belladonée et cataplasmes sur le ventre les douleurs augmentant toujours une application de douze sangsues avait été faite à l'hypogastre. Mon excellent ami, le docteur L. Joüon, prescrivit un vésicatoire sur le côté gauche du ventre. Le lendemain de l'application du vésicatoire les règles reparurent, mais si l'état général s'améliora un peu sous l'influence de cet écoulement, les phénomènes locaux de douleur, de ténèsme, de météorisme restèrent les mêmes.

Enfin, lé 4e jour, la malade expulsa ce produit triangulaire, comme membraneux, et les accidents cessèrent immédiatement. La malade conserva seulement un peu de fatigue les jours suivants.

Une nouvelle crise menstruelle, exactement semblable à celle dont je viens de parler se produisit le 10 janvier, c' est-a-dire un mois après. Cette fois mon intervention fut extrêmement résrvée. Quelques cataplasmes et une potion calmante furent ordonnés.

Le 3e jour, l'expulsion de ces autres fragments membraneux se faisait et le calme revenait aussitôt.

Deux points m'ont paru dignes de fixer l'attention dans l'histoire de cette malade.

Il fallait d'abord distinguer si cette caduque n'était pas une de ces membranes expulsées dans une première crise de dysménorrhée, en d'autres termes, si l'avortement auquel nous avions assisté n'était pas une première attaque de cette maladie. En second lieu à quel genre de dysménorrhée devait-on attribuer les crises qui eurent lieu les deux mois suivants?


11 y a quelques années, alors que parurent les premières observations de dysménorrhée membraneuse, on rattacha à cette maladie tous les cas où une membrane triangulaire était expulsée de l'utérus, sans s'inquiéter de l'origine et de la nature de cette membrane et en lisant les observations publiées par plusieurs auteurs cités dans la thèse remarquable de Troque (Paris, 18B9), on reste convaincu que ces auteurs ont fait la part trop large à l'exfoliation pathologique de la muqueuse utérine.

L'avortement ovulaire n'est pas une dysménorrhée membraneuse.

Le cas que nous avons observé présente deux périodes dis- linctes. Après une absence de règles pendant deux mois un écoulemsnt de sang se manifeste, dure huit jours et une caduque et rejetée; voilà le premier fait.

Le mois suivant, les mêmes symptômes se produisent d'une façon plus violente une nouvelle membrane est expulsée. Une troisième fois, le troisième mois, des douleurs expulsives se manifestent pendant la menstruation et quelques lambeaux membraneux sont encore rejetés.

Faut-il donc mettre ces trois crises sur le compte de la dysménorrhée ? Nous ne le croyons pas. Après l'examen des produits expulsés il est plus simple d'appeler la première crise un avortement et les deux autres crises des règles difficiles accompagnées d'expulsion de fausses membranes.

De cette façon nous nous séparons nettement de la doctrine de M. Robin qui considère comme dysménorrhée membraneuse « tous les cas d'avortement dans lesquels les débris de la muqueuse utérine devenue caduque ou cette membrane entière sont rejetés sans embryon ou sans enveloppes foetales reeonnaissables ou du moins reconnues. »

Malgré, l'examen le plus minutieux nous n'avons pas trouvé d'embryon ni d'enveloppe fœtale dans cette caduque et nous


n'hésitons pas cependant à la considérer comme une caduque abortive dans laquelle l'embryon a pu cesser de se développer tandis que cette membrane continuait de s'agrandir. L'opinion de Raciborski vient confirmer notre manière de voir « La mort du germe, dit cet auteur n'entraîne pas nécessairement à sa suite une expulsion immédiate de la caduque et celle-ci peut continuer à vivre et à grossir. Il n'est' pas rare de voir des caduques de cette espèce n'être expulsées qu'au bout de 2 ou 3 mois. Dans ce cas les malades croyant avoir fait une fausse-couche de 2 ou 3 mois, les médecins sont souvent surpris de ne trouver au fond de la caduque aucun vestige de l'embryon. »

II existe dans les collections de l'Ecole de Nantes deux exemples remarquables de cet arrêt de développement de l'embryon. Les œufs sont complets et ont l'apparence d'œufs humains de 2 mois et demi à 3 mois, tandis que les embryons ont subi un retard notable et ont le volume d'embryons de 3 à 4 semaines au plus. Ces œufs ont été recueillis par mon regretté maître, M. Hélie.

Nous croyons donc que l'histoire de la dysménorrhée membraneuse est loin d'être achevée et qu'il y aurait peutêtre profit à distraire de cette affection les avortements ovulaires comme ceux dont nous venons de donner un exemple. La dysménorrhée membraneuse abortive est un avortement et non une dysménorrhée.

Mais nous ne sommes plus aussi affirmatifs pour présenter les considérations que nous fournit la deuxième partie de notre observation.

Quelle est cette forme de dysménorrhée qui fait qu?après des douleurs aussi violentes, après des signes trompeurs d'inflammation du péritoine pelvien, après un écoulement menstruel interrompu à chaque instant pendant une période de quatre


Observation d'emphysème, par M. le Dr A. TEILLAIS.

Je fus appelé le samedi 12 juin, près du nommé P. âgé de 20 ans, employé dans une maison de commerce. 'D'une constitution robuste, il n'a jamais fait de maladies sérieuses. Sa poitrine est largement développée. Sa santé n'aurait jamais été entravée que par des rhumes qu'il Contracte très-facilement et qui déterminent d'ordinaire une


oppression exagérée qu'il qualifie d'asthme. Son grand-piVe et sa mère seraient asthmatiques.

A la suite d'une promenade à la campagne, il s'était encore enrhumé et se plaignait de mal de gorge depuis trois jours, lorsque, dans la nuit du 11 au 12 juin, vers une heure, il fut pris de violents accès de toux qui se succédèrent presque sans interruption jusqu'à huit heures du matin environ. L'oppression avait été croissante et l'expectoration était devenue si pénible que malgré les plus grands efforts, le malade n'avait pu rendre que deux ou trois crachats.

Il ne se plaignait cependant d'aucune douleur dans la poitrine et le matin, lorsqu'il réclama des secours,' il ne se préoccupait que de sa gorge qui était sèche et brûlante et rapportait toute sa gêne à un poids qui l'étranglait, disait-il, et menaçait de l'étouffer.

Je le vis à 11 heures; il était assis sur son lit, le corps penché en avant, dans la plus, grande anxiété. Les traits étaient tirés, la face très-pâle et couverte de sueur. La dyspnée, qu'augmentaient les moindres mouvements, était des -plus intenses, la toux fréquente et prolongée, l'expectoration presque nulle.

La voix était nasale; il y avait même une aphonie partielle. Le malade insiste pour qu'on examine sa gorge au plus tôt. Je ne constate qu'une angine catarrhale légère, caractérisée seulement par la rougeur des piliers, de luette et des amygdales.

Le gonflement de ,la muqueuse à peine sensible est une preuve de la bénignité de l'inflammation et ne peut expliquer ni cette gêne extrême ni surtout l'augmentation de volume du cou qui apparaît lorsque le malade s'est débarrassé d'une cravate d'ouate qu'il s'était appliquée.

La tuméfaction qui est uniforme et qui occupe toute ta


région cervicale antérieure ne peut être attribuée non plus à un développement ganglionnaire.

La peau est lisse et pâle.

La tumeur représente uo cône tronqué dont la base, mesurée au niveau de la fourchette du sternum, a 52 centimètres et dont le sommet, au niveau de la saillie du cartilage hyroïde, a 41 centimètres. Elle a pour limites latéralement les sternocléido-mastoïdiens.

En y appliquant légèrement les doigts on éprouve immédiatement une sensation sui generis, qui a donné lieu à des comparaisons plus ingénieuses que vraies telles que l'impression que donne l'amidon écrasée entre les doigts ou la neige fraîchement tombée. En un mot c'est la crépitation gazeuse que le déplacement des bulles d'air produit incessamment et qui est surtout notable immédiatement au-dessus de la clavicule qui paraît être la limite (lu gonflement, bien que le phénomène se perçoive jusqu'au niveau de la troisième côte. La partie postérieure du cou est complètement intacte.

La percussion de la poitrine donne en avant et des deux côtés, surtout au sommet, une sonorité très-légèrement exagérée. En arrière et à droite, elle est normale, tandis qu'à gauche, à'peu près dans toute l'étendue du poumon et surtout dans la moitié inférieure, il y a une matité relative. A l'auscultation, le souffle respiratoire ne se fait entendre avec une netteté à peu près parfaite qu'au niveau des deux sommets. Partout ailleurs la respiration est encombrée par de nombreux râles sibilants et ronflants et principalement à gauche vers la partie moyenne du poumon, par des râles soùs-crépitants à grosses bulles.

A onze heures le pouls est à 120 pulsations.

.J'ordonne une potion éthérée avec sirop de belladone et oxymel scillitique et je fais promener des sinapismes sur les


extrémités inférieures en recommandant le plus grand calme possible.

A trois heures je revois le malade qui, loin d'avoir obtenu aucune amélioration paraissait de plus en plus menacé d'asphyxie. Il toussait peut-être un peu moins, mais il ne pouvait cracher. Il avait 32 respirations et le pouls battait 128 pulsations.

J'ordonnai alors de la glace à l'intérieur en même temps qu'on maintiendrait autour du cou un manchon de caoutchouc rempli de glace.

A huit heures le malade reconnut avoir éprouvé un véritable soulagement depuis l'application de la glace. Le cou cependant n'avait pas diminué de volume il y avait 30 respirations et 130 pulsations.

L'usage de la glace est continué sans interruption, quinze grammes d'acétate d'ammoniaque sont ajoutés à la potion. Le lendemain, 13, forcé de m'absenter, M. Heurtaux me remplace, constate une diminution notable dans la gravité des symptômes. Mais devant la persistance d'une fièvre assez élevée, il prescrit 1 gramme 50 centigrammes de sulfate de quinine en 3 doses.

Le 14 juin, le malade ressent un bien-être réel; tous les symptômes se sont amendés. Le volume de la tumeur a sensiblement diminué (46 centimètres 1/2 à la base et 37 centimètres au sommet). 100 pulsations, 24 respirations. La médication reste la même et la glace est toujours bien supportée. La toux est devenue rare, l'expectoration facile et l'on n'entend plus des deux côtés que quelques râles sous-crépitants disséminés, sauf en un point isolé et assez bien limité, au. niveau du tiers inférieur du poumon gauche, dans lé voisinage de la. colonne vertébrale où l'on perçoit sous l'oreille un bruit de souffle et des râles à grosses bulles presque comme dans une caverne tuberculeuse. Mais cette idée doit être abandonnée car


le surlendemain le souffle- avait disparu, la réparation s'était faite sans doute dans ce point qui était le siége initial de la maladie.

L'emploi de la glace fut continué jusqu'au 1 6juin. Le 18 juin, la fièvre avait complètement disparu, la respiration était bonne. La tumeur du cou n'avait plus que 42 centimètres à la base et 35 centimètres au sommet, c'est-à-dire que le cou était revenu à peu près à ses dimensions naturelles, bien qu'il y eut encore quelques bulles d'air éparses dans le tissu cellulaire.

Il n'est pas toujours facile de distinguer avec certitude la cause primordiale de l'expansion de l'air dans le tissu cellulaire lorsqu'elle se produit en dehors de traumatisme extérieur et de suivre la marche du processus qui, comme dans le cas présent, détermine rapidement un emphysème assez considérable.

Cependant, chez notre malade, il est permis d'indiquer d'une façon peut-être plus précise l'origine probable des troubles qui se sont manifestés.

Il faut d'abord éloigner l'idée de tuberculisation dont il n'a jamais présenté aucun signe. D'un autre côté, il n'a jamais eu de pleurésie et s'il existe des adhérences on n'a pu, en tout cas, constater leur présence.

La lésion a donc dû se faire de toutes pièces. A la suite des efforts de toux répétés une rupture s'est faite dans le point où un bruit de souffle a persisté pendant plusieurs jours, à la périphérie du poumon gauche, c'est-à-dire là où pendant une expiration violente, l'organe est le moins soutenu et siége, du reste, fréquent d'emphysème.

L'air s'est alors épanché dans le tissu conjonctif intercellulaire, et, sans que la plèvre viscérale ait été perforée, a pénétré jusqu'au cou par le médiastin en suivant le tube du poumon.


Relation d'une épidémie de fièvre typhoïde observée au mois d'avril et au mois de mai 1875, sur les militaires de la garnison de Nantes, par le Dr LAPEYRE, médecin suppléant des. hôpitaux, professeur à l'Ecole des Sciences, officier d'Académie (1).

Quoique la fièvre typhoïde soit très-commune à Nantes, il n'y avait dans la ville, au printemps dernier, qu'un très-petit nombre de malades atteints de cette affection, dont on ne comptait également qu'un ou deux cas dans les salles de l'hôpital civil. C'est au milieu d'un état sanitaire aussi satisfaisant qu'une épidémie très-grave de fièvre typhoïde a éclaté tout à coup sur les militaires de la garnison (2). L'effectif au 1" avril comprenait environ 2,600 hommes, comme il suit

64e Régiment de ligne 636 hommes 137e 569 Il- Escadron du train des équipages mili-

taires. 430

35" Régiment d'artillerie. 967 Total. 2.602 hommes

(1) Ce travail a été communiqué au 4e Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences. (Nantes,1 août 1875.) (2) Je dois en partie les renseignements qui suivent à l'obligeance de MM. de Kervenoaè'l, sous-intendant militaire, Guérard et Poirée, médecins-majors au 137e et au 64e régiment de ligne.


Il faut ajouter ce chiffre un petit nombre d'ouvriers d'administration et de gendarmes.

Sur les 636 hommes du 64e régiment de ligne, il y avait 410 jeunes soldats de la 2* portion du contingent de la LoireInférieure, arrivés au corps le 15 janvier 1875 l'artillerie et le train des équipages militaires avaient également reçu, mais en moindre proportion, un certain nombre de ces jeunes soldats ayant seulement six mois de service à faire. Tous ces militaires étaient logés dans les différentes casernes de la ville, c'est-à-dire à la Visitation, au Château, à la Mitrie et sur la route de Rennes.

La caserne de la Visitation contenait à elle seule près de 1,600 hommes, appartenant aux divers corps.

Ainsi le 64° régiment de ligne y était logé

en entier, soit. 636 hommes Le 1 37" régiment de ligne également, soit. 569 –Le 11° escadron du train y figurait pour

213 hommes, soit. 213 Et le 35° régiment d'artillerie pour 166

hommes, soit. 166 –Total 1.584 hommes

En outre, la caserne de la Visitation contenait un petit nombre d'ouvriers d'administration.

Cette caserne nous intéresse particulièrement, car elle a été le foyer de l'épidémie que nous avons observée.

Située au Nord-Est de la ville, à l'entrée d'un quartier populeux, elle se compose de trois grands bâtiments à plusieurs étages avec combles, placés à la suite les uns des autres et distingués par les lettres A, B, C.

Le 1er bâtiment, A, est formé de trois ailes dont deux seulement servent d'habitation il est occupé par le 64° régiment de ligne.


Le 2° bâtiment, B, situé entre les deux autres bâtiments, et très-anciennement construit, est composé de quatre ailes qui circonscrivent une cour intérieure médiocrement spacieuse. Sa disposition est telle que les chambres des soldats n'ont, pour la plupart, des fenêtres que sur une seule façade, de sorte que la ventilation y est très-insuffisante. Ce bâtiment est occupé par une portion du 64e régiment de ligne et par un petit nombre d'artilleurs, de soldats du train des équipages militaires, et de soldats du 137e régiment de ligne. Disons-le tout de suite, c'est ce bâtiment B, considéré de tout temps avec raison comme le plus insalubre, qui a été le principal foyer de l'épidémie.

Le bâtiment C, placé à la suite du précédent, est de construction plus récente il n'a pas de cour intérieure, et il est disposé de manière que la plupart des chambres des soldats ont des fenêtres placées sur deux faces opposées, de sorte que l'aération s'établit facilement.

Il est occupé par le 137e régiment de ligne.

La cour principale de la caserne est vaste les eaux ménagères n'y séjournent point les lieux d'aisances sont éloignés des bâtiments et souvent désinfectés malheureusement les hommes prennent trop souvent la liberté de faire des ordures dans les coins des bâtiments, particulièrement dans le bâtiment B.

Les. militaires malades, après un séjour plus ou moins prolongé à l'infirmerie régimentaire, sont envoyés à l'HôtelDieu où deux salles de 36 lits sont réservées pour le service médical, une salle également de 36 lits est destinée au service chirurgical.

An 1er avril je me trouvais appelé à diriger le service médical dans les salles militaires, pour suppléer M. le Dr Malherbe, médecin en chef, qui est en même temps professeur de clinique interne à l'Ecole de Médecine.


A ce moment il y avait dans les salles militaires trois convalescents de fièvre typhoïde qui devaient partir en congé quelques jours après; le service comptait encore, indépendamment des affections ordinaires, un nombre relativement considérable de rougeoles et de fièvres scarlatines, ces deux maladies ayant régné d'abord épidémiquement dans la ville quelques mois auparavant, et s'étant transmises ensuite aux militaires, comme cela arrive le plus ordinairement. Le 6 avril entrent dans les salles militaires les deux malades atteints les premiers par l'épidémie, tous deux dans un état très-grave, avec les symptômes les mieux accusés de la fièvre typhoïde, mais sous deux formes différentes L'un, Louis Dallibert, âgé de 21 ans, soldat au 64e régiment de ligne, arrive dans un état de prostration extrême, avec la stupeur, la dépression des forces, les caractères en un mot de la forme adynamique malade depuis le 1er avril, il succombe le 14 avril, et l'autopsie nous montre les lésions caractéristiques de la fièvre typhoïde les plaques de Peyer sont ulcérées, les ganglions lymphatiques voisins tuméfiés, la rate augmentée de volume

L'autre malade, Rivet (François), âgé de 22 ans, soldat au 11" escadron du train des équipages militaires entre avec l'appareil plus menaçant encore de la forme ataxique aux symptômes typhoïdes se joint un délire violent qui se prolonge jusqu'au moment de la mort arrivée cinq jours après l'entrée à l'hôpital, et sept jours après le début présumé de la maladie.

Le 8, le 9 avril, tous les jours suivants, nous recevons de nouveaux malades, la plupart dans un état déjà très-grave, quelques-uns mêmes portant dans leur habitude extérieure l'imminence d'une mort prochaine ceux-ci succombent en peu de jours à la forme ataxique la plupart des autres présentent la forme adynamique mais l'affaissement général


est tel chez plusieurs que tous les traitements sont infructueux.

En 15 jours, du 6 au 21 avril, nous recevons 24 malades, sur lesquels 9 succombent dans ce court espace de temps. Au 30 avril, le nombre des entrées s'élève à 32, celui des décès à il.

A partir deècette époque, les entrées deviennent moins fréquentes et surtout les cas observés sont moins graves, car sur les 7 décès que nous avons à déplorer au mois de mai, 2 seulement proviennent de malades entrés postérieurement au 30 avril le dernier malade atteint par l'épidémie nous arrive le 27 mai. Le nombre total des malades que nous avons soignés pour notre part s'élève à 51, sur lesquels 18. ont succombé (1).

La décroissance rapide de l'épidémie, tant pour le nombre que pour la gravité des cas observés, tient certainement en partie aux mesures énergiques prises par l'autorité militaire nous reviendrons plus tard sur ce point, aussi bien que sur quelques considérations intéressantes qui peuvent être déduites de l'ensemble des faits que nous avons observés.

Tout d'abord je ferai connaître, d'une manière très-succincte, l'histoire de chacun des malades que j'ai eu à traiter. Je prendrai successivement les divers corps de la garnison, chacun d'eux s'étant trouvé dans des conditions différentes, au point de vue du recrutement et du casernement, et ces conditions (1) A la fin du mois d'avril, les salles militaires, 2 et 3, étant menacées d'un encombrement funeste, la salle 5, consacrée en temps ordinaire aux malades civils, fut évacuée pour recevoir des militaires quelques malades atteints de fièvre typhoïde ont été soignés par M. le Dr Bertin, médecin de ce service ces malades, entrés à la période de décroissance de l'épidémie, ont été atteints d'une manière beaucoup moins grave et un seul a succombé.


ayant influé d'une manière très-marquée sur la production de la maladie, sur sa fréquence et sur sa gravité.

1» MALADES PROVENANT DU 64» RÉGIMENT DE LIGNE. Ce régiment, composé de 636 hommes, dont 410 jeunes soldats de la deuxième portion du contingent de la LoireInférieure, était caserné à la Visitation, dans les bâtiments A et B (1).

Ire Observation.

Dallibert (Louis), 21 ans, né à Bouvron (Loire-Inférieure), entre à l'hôpital le 6 avril. Malade depuis Je 1er avril, il éprouve de violents maux de tête, une faiblesse extrême il a eu des épistaxis répétées. II présente les symptômes les mieux accusés de la fièvre typhoïde pouls fréquent, température élevée, langue couverte d'un enduit épais, inappétence complète, diarrhée, ventre ballonné, gargouillement, taches rosées lenticulaires, affaissement énorme. Les symptômes adynamiques vont en croissant et le malade succombe le 14 avril, après 14 jours environ de maladie et 8 jours de traitement à l'hôpital.

A l'autopsie, nous trouvons un grand nombres de plaques ulcérées superficiellement, les ganglions mésentériques légèrement tuméfiés, la rate augmentée de volume et diffluente. lIe Observation.

Moulé (François), 22 ans, né à Blain (Loire-Inférieure), entre à l'hôpital le 8 avril. Malade depuis le 4 avril, il pré(1) Les observations qui suivent ont été recueillies par M. Bourriau, interne du service.


sente les symptômes de la fièvre typhoïde adynamique et succombe le 21 avril.

L'autopsie n'a pas été faite.

Ille Observation.

Francbeteau (Louis), 22 ans, né à Sainte-Pazanne (LoireInférieure), entre à l'hôpital le 9 avril. Il est malade depuis le 5 avril. Chez lui, les symptômes ataxiques prédominent, le délire est extrêmement violent et la mort survient 6 jours après l'entrée à l'hôpital, le 15 avril.

Autopsie. Glandes de Peyer formant une saillie trèsmarquée, mais non encore ulcérées ganglions mésectériques tuméfiés.

Le cerveau est intact, les méninges sont légèrement hypérémiées.

Rien d'apparent dans les autres organes.

IVe Observation.

Lemaître (Pierre), 21 ans, né à Sucé (Loire-Inférieure), est malade depuis le 6 avril. Il entre à l'hôpital le 9 avril et présente dès le début les symptômes caractéristiques de la fièvre typhoïde. Des accidents adynamiques accompagnés d'un grand embarras pulmonaire ne tardent pas à se manifester et amènent la mort du malade, le 17 avril.

Autopsie. Il existe des ulcérations superficielles, des glandes de Peyer, principalement au voisinage de la valvule iléo-cœcale les ganglions mésentériques sont tuméfiés la rate est congestionnée et un peu augmentée de volume la base des poumons est le siége d'un engouement hypostatique très-prononcé.

Ve Observation.

Pogu (Jean), 22 ans, né à Montbert (Loire-Inférieure),


est malade depuis le 6 avril il entre à l'hôpital le 10 avril et présente les symptômes de la forme adynamique la maladie suit une marche favorable et ce jeune soldat sort le 7 juin, guéri depuis quelque temps déjà, pour aller en congé de convalescence.

VIe Observation.

Courdier (Joseph), 22 ans, né à Donges (Loire-Inférieure), est malade depuis le 5 avril il entre à l'hôpital le 10 avril, avec les signes d'un embarras gastrique fébrile, qui s'aggrave promptement pour prendre les caractères d'une fièvre typhoïde adynamique les accidents marchent dès ce moment avec une grande rapidité et le malade succombe le 19 avril, après 14 jours environ de maladie.

L'autopsie n'a pas été faite.

VIle Observation.

Lefeuvre (Etienne), 22 ans, né à Bourgneuf (Loire-Inférieure), est malade depuis le 4 avril il entre à l'hôpital le 11 avril, atteint d'une fièvre typhoïde qui revêt promptement la forme adynamique et se complique d'une pneumonie du côté gauche, avec un engouement pulmonaire considérable du côté droit ces accidents sont la cause déterminante de la mort, qui survient par asphyxie le 18 avril.

Autopsie. Il existe des plaques gaufrées tout le long de l'intestin grêle quelques-unes de ces plaques sont ulcérées les ganglions mésentériques sont tuméfiés. Le poumon gauche est hépatisé à sa base il est rouge et présente quelques points passant à la suppuration le poumon droit est fortement congestionné.

VIlle Observation.

Labeille (Louis), 19 ans, né à Bordeaux, est malade depuis


le 7 avril il entre à l'hôpital le 11 avril et succombe le 16 avril à une fièvre typhoïde adynamique compliquée d'un engouement pulmonaire considérable.

L'autopsie n'a pas été faite.

IXe Observation.

Le Huédé (Pierre-Marie), 22 ans, né à Batz (Loire-Inférieure), entre à l'hôpital le 12 avril. Malado depuis deux jours, il présente des symptômes d'embarras gastrique fébrile; la maladie prend au bout de quelques jours les caractères de la fièvre typhoïde adynamique et suit une marche favorable. Ce jeune soldat sort guéri le 7 juin, pour aller en congé de convalescence.

Xe Observation.

Bougoin (François), 22 ans, né à Avessac (Loire-Inférieure), entre à l'hôpital le 13 avril. Malade depuis plusieurs jours, il présente les symptômes les plus graves de la forme ataxique délire violent, prostration énorme, température très-élevée, pouls battant de 120 à 140 fois par minute. Il succombe le 16 avril.

Autopsie. La membrane muqueuse de l'intestin grêle est hypérémiée, principalement au voisinage de la valvule iléocœcale; il existe de nombreux follicules. isolés, allant en augmentant de grosseur depuis le commencement de l'iléum jusqu'à la terminaison de cet intestin aucun n'est ulcéré. C'est à cela que se bornent les lésions constatées.

XIe Observation.

Bernard (Jean-Marie), né à Saint-Gildas (Loire-Inférieure), est malade depuis le 11 avril. Il entre à l'hôpital le 14 avril, avec une fièvre typhoïde à forme muqueuse, qui suit la marche


ordinaire et se termine par la guérison ce malade sort le 20 mai.

XIIe Observation.

Pasquier (Joseph-Marie), 22 ans, né à Sévérac (LoireInférieure), entre à l'hôpital le 17 avril. Chez lui, la fièvre typhoïde suit une marche favorable la forme muqueuse prédomine. Le malade sort guéri le 14 mai.

XIIIe Observation.

Québaud (Jean-Marie), 21 ans, né au Clion (Loire-Inférieure), entre à l'hôpital le 20 avril. Malade depuis le 15 avril, il présente des accidents adynamiques qui vont en augmentant et amènent la mort le 4 mai.

Autopsie. Les glandes de Peyer sont ulcérées les ganglions mésentériques tuméfiés et ramollis.

XIVe Observation.

Cormerais (Pierre), 22 ans, né à Frossay (Loire-Inférieure), est malade depuis le 19 avril il entre à l'hôpital le 22 avril avec une fièvre typhoïde à forme ataxique. La mort a lieu le 4 mai.

L'autopsie n'a pas été faite.

XVe Observation.

Corbineau (Pierre), 22 ans, né à la Limouzinière (LoireInférieure), malade depuis le 20 avril, entre à l'hôpital le 22 avril. La fièvre typhoïde revêt chez lui la forme adynamique. Il sort le 7 juin, guéri depuis quelques jours déjà, pour aller en congé de convalescence.

XVIe Observation.

Charrier (Auguste), 22 ans, né à Saint-Même (Loire-Infé-


rieure), entre à l'hôpital le 22 avril il est malade depuis lé 17 avril; il présente au plus haut degré la forme adynamique la dépression des forces est encore augmentée par une diarrhée colliquative qui achève d'épuiser le malade il se manifeste chez lui des escarres au sacrum, des taches de purpura hemorrhagica et même de véritables ecchymoses et il finit par succomber le 15 mai.

XVIIe Observation.

Sallaud (François), 22 ans, né à Saint-Jean-de-Boiseau (Loire-Inférieure), est malade depuis le 20 avril il entre à l'hôpital le 23 avril avec une fièvre typhoïde compliquée de bronchite généralisée il sort guéri le 20 mai.

XVIIIe Observation.

Pillet (Jean-Marie), 23 ans, né à Cordemais (Loire-Inférieure), malade depuis le 25 avril, entre à l'hôpital le même jour. Il présente une fièvre typhoïde de médiocre intensité, compliquée de bronchite et sort guéri le 20 mai. XIXe Observation.

Chatelier (Julien), 22 ans, né à Fay (Loire-Inférieure), entre à l'hôpital le 26 avril, avec une fièvre scarlatine dont il est atteint depuis deux jours. Au moment où l'éruption scarlatineuse avait pâli et était presque disparue, l'état général s'aggrava subitement, la fièvre prit une plus grande intensité en même temps le malade présentait une céphalalgie violente, un affaissement extrême il existait un météorisme considérable du ventre et de la diarrhée l'auscultation dénotait des râles sous-crépitants et crépitants dans les deux poumons.

Nous ne pûmes alors méconnaître la coëxistance de la fièvre scarlatine et de la fièvre typhoïde l'éruption nous avait fait


diagnostiquer tout d'abord une fièvre scarlatine au moment où cette éruption disparaissait, l'apparition des signes caractéristiques de la fièvre typhoïde ne nous permit pas de douter de l'imminence d'une redoutable complication.

Les symptômes de la fièvre scarlatine firent dès-lors place aux symptômes de la fièvre typhoïde et la maladie revêtit complètement l'aspect de cette dernière affection. Des accidents adynamiques ne tardèrent pas à se manifester et amenèrent la mort du malade le 14 mai.

Autopsie. Il existe tout le long de l'intestin grêle des glandes de Peyer hypertrophiées et formant des saillies elliptiques au-dessus de la muqueuse beaucoup de ces plaques, particulièrement au voisinage de la valvule iléocœcale sont ulcérées dans la plus grande partie de leur épaisseur et les tuniques intestinales sont réduites à ce niveau à une membrane extrêmement mince, de sorte qu'elles paraissent près d'être perforées il n'y a cependant aucune perforation.

Les ganglions lymphatiques sont gonflés et ramollis la rate est hypertrophiée.

Les deux poumons sont le siége d'un engouement considérable qui va, en certains points, jusqu'à l'hépatisation. XXe Observation.

Moyon (Clair), 22 ans, né à Saint-Joachim (Loire-Inférieure), est malade depuis le 6 mai. Il entre à l'hôpital le 9 mai, avec une fièvre typhoïde assez légère qui suit une marche bénigne et se termine par la guérison, le 24 mai. XXIe Observation.

Fleury (Pierre), 22 ans, né à Pontchâteau (Loire-Inférieure), est malade depuis le 6 mai il entre à l'hôpital le 14 mai, présentant l'aspect d'un embarras gastrique fébrile des


accidents typhoïdes se manifestent quelques jours après son entrée à l'hôpital et il tombe dans une àdynamie profonde qui amène la mort le 25 mai.

L'autopsie n'a pas été faite.

XXIIe Observation.

Buaud (Jean), 22 ans, né à Saint-Jean-de-Boiseau (LoireInférieure), est malade depuis le 7 mai il entre à l'hôpital le 17 mai, avec un embarras gastrique fébrile qui revêt, au bout t de quelques jours, les caractères d'une fièvre typhoïde de médiocre intensité. Ce malade sort guéri le 25 juin. XXIIJe Observation.

Métayer (Pierre), 22 ans, né à Fay (Loire-Inférieure), est malade depuis le 14 mai il entre à l'hôpital le 18 mai et sort guéri le 16 juin. Il présente une fièvre typhoïde à forme muqueuse.

XXIVe Observation.

Legrand (Julien), 23 ans, né à Saint-Gildas-des-Bois (Loire-Inférieure), est malade depuis le 16 mai il entre à l'hôpital le 19 mai, avec une fièvre typhoïde de forme adynamique qui s'aggrave de jour en jour et se complique d'engouement pulmonaire. La mort arrive le 24 mai.

L'autopsie n'a pas été faite.

XXV» Observation.

Giraudineau (Henri), 22 ans, né à Saint-Hilaire-de-Chaléons (Loire-Inférieure), est malade depuis le 15 mai. Il entre à l'hôpital le 23 mai, atteint d'une fièvre typhoïde légère et sort guéri le 4 juin.

XXVIe Observation.

Coohet (Louis-Victor), 22 ans, né à la Chapèlle-sur-Erdre


(Loire-Inférieure), entre à l'hôpital le 27 mai. Il présente les caractères d'une fièvre typhoïde grave avec tendance adynamique l'affection suit cependant une marche favorable et ce jeune soldat sort guéri, le 13 juillet.

XXVII* Observation.

Chauvin (Joseph), 21 ans, né à Marsac (Loire-Inférieure), est malade depuis le 12 mars. Il entre à l'hôpital le 14 mars, avec un embarras gastrique mal caractérisé. Dans les premiers jours d'avril la maladie prend le caractère typhoïde cependant les symptômes n'acquièrent pas une grande intensité et le malade sort guéri, le 21 avril.

Des notes ci-dessus, il résulte que 27 malades du 64° régiment de ligne sont entrés à l'hôpital, tous jeunes soldats de 21 à 22 ans (un seul avait 23 ans), très-récemment arrivés au corps (le 15 janvier 1875). Ces malades provenaient de la caserne de la Visitation, la plupart du bâtiment central B 14 ont succombé sur 27, et toutes ces malheureuses victimes, moins deux, sortaient du bâtiment B.

2° MALADES PROVENANT DU 137' RÉGIMENT DE LIGNE. Ce régiment, composé de 569 hommes, ne contenait pas de jeunes soldats de la 2° portion du contingent. Il occupait le bâtiment C en entier 47 hommes seulement logeaient dans le bâtiment B.

XXVIlle Observation.

Delugin (Pierre), 22 ans, né à Touret (Dordogne), entre à l'hôpital le 9 avril. Chez ce militaire, malade depuis le 7 avril, nous voyons la fièvre typhoïde affecter la forme muqueuse et suivre une marche favorable. Le malade sort guéri le 7 juin, pour aller en congé de convalescence.


XXIXe Observation.

Reffuvelle (Alphonse), 24 ans, né à Périer (Manche), entre à l'hôpital le 14 avril avec une fièvre typhoïde légère. Il sort guéri le 6 mai.

XXXe Observation.

Valet (Joseph), 25 ans, né au Quesnoy (Pas-de-Calais), est malade depuis le 15 avril. Il entre à l'hôpital le 18 avril et en sort guéri le 6 mai, après avoir présenté les signes d'une fièvre typhoïde légère.

XXXI" Observation.

Aumont (Paul), 25 ans, né à Beau-Chêne (Orne), est malade depuis le 11 avril. Il entre à l'hôpital le 21 avril avec les symptômes caractéristiques de la fièvre typhoïde. La> r maladie revêt promptement la forme adynamique et des accidents pulmonaires éclatent avec une grande intensité. Nous constatons une pneumonie très-étendue du côté droit qui paraît être la cause déterminante de la mort, arrivée le 1 f mai.

Autopsie. Les glandes de Peyer sont ulcérées, les ganglions lymphatiques tuméfiés et ramollis.

Le poumon droit est en grande partie réduit en une bouillie purulente.

XXXII" Observation.

Vernice (Pierre), né à Vornat (Allier), entre à l'hôpital le 21 avril. <£hez ce militaire malade depuis le 19 avril, nous observons-les symptômes les plus accusés de la forme adynamique. Le malade reste plusieurs semaines dans un affaissement complet qui nous fait craindre de jour en jour une terminaison funeste l'amaigrissement est porté aux plus


extrêmes limites; il survient en différents points du corps, à la poitrine, aux membres supérieurs, aux cuisses, des abcès étendus avec suppuration prolongée. Le malade résiste à tous ces accidents et peut aller en congé de convalescence au commencement du mois de juillet.

XXXIII" Observation.

Renou (Augustin), 24 ans, né à Nieul (Vendée), est malade depuis le 12 mai. Il entre à l'hôpital le 19 mai et en sort guéri le 14 juin. Il a été atteint d'une fièvre typhoïde légère, à forme muqueuse.

XXXIVe Observation.

Simonet (Henri), 22 ans, né à Saint-Viocent de Conozac (Dordogne), est malade depuis le 10 mai. Il entre à l'hôpital le 22 mai avec des symptômes peu intenses, mais qu'il est cependant impossible de ne pas rattacher à l'épidémie régnante. Il sort guéri le 7 juin pour aller en congé de convalescence.

XXXVe Observation.

Girard' (Louis)1, ne à Montreuil (Ain), est malade depuis le 18 mars. Il entre à l'hôpital le 24 mars et reste pendant plusieurg jours, avec un embarras gastrique mal défini qui prend au commencement du mois d'avril les caractères d'une fièvre typhoïde légère. 11 sort guéri le 14 avril.

XXXVIe Observation.

Marty (Alexandre),, 22 ans, à Lacroc (Dordogne), entre à. l'hôpital le 24 mars et présente un état mal défini» qui se rattache cependant d'une manière évidente à l'épidémie régnante. Il sort guéri le 12 avril.

Sur les neuf malades du 137e régiment de ligne, un seul a


succombé. La plupart des cas observés ont été peu intenses et même légers par exception, le malade qui fait l'objet de l'observation XXXIIe a présenté une fièvre typhoïde des plus graves, qui cependant s'est terminée par là guérison. MALADES PROVENANT DU 35° RÉGIMENT D'ARTILLERIE. Ce régiment était composé de 967 hommes logés pour la plupart au Château et'à la Mitrie sur ce nombre 166 étaient casernés à la Visitation.

XXXVIIe Observation.

Paurentru (Paul), 24 ans, maréchal-des-logis, né à SaintJust (Marne), entre à l'hôpital'le 10 avril et en sort guéri le 7 juin pour aller en congé de convalescence.

L'affection a pris chez ce malade le caractère adyhàmique le plus accusé, l'abattement, la dépression des forces, l'amaigrisseinent ont été portés au plus haut degré et pendant longtemps ont fait craindre une terminaison fatale.

XXXVIII* Observation.

Collin (Joseph), 22 ans, né à Saint-Séglin (Ille-et-Vilaine), entre à l'hôpital le 15 avril avec une fièvre typhoïde légère qui suit sa marche sans accident et se termine par la gué- rison.

XXXIX" Observation.

Bouyer (Pierre), 22 ans, né à Saint-Laurent-des-Autels (Maine-et-Loire), est malade depuis le 13 avril. Il entre à l'hôpital: Iei5 avril et en sort le 6 mai il a présenté une fièvre typhoïde légère à forme muqueuse.

XLe Observation.

Jauny (François), 22 ans, à Plessé (Loire-Inférieure),


est malade depuis le 20 mai. 11 entre à l'hôpital le 22 avril et en sort guéri le 21 avril. II a présenté une fièvre typhoïde à forme muqueuse.

XLIe Observation.

Peccot (Eugène), 22 ans, né à Sahurs (Loire-Inférieure), est entré à l'hôpital le 9 mars avec une fièvre typhoïde légère dont il sort guéri le 13 avril.

XLIIe Observation.

Blanchon (Guillaume), 23 ans, né à Piliole (Puy-de-Dôme), est malade depuis le' 10 mars. Il entre à l'hôpital le 13 mars et présente une fièvre typhoïde à forme adynamique. Il sort guéri le 23 mai.

Le 35e régiment d'artillerie, qui présentait un effectif plus fort que les autres régiments, n'a fourni cependant que six cas de fièvre typhoïde sur lesquels deux seulement ont présenté une grande intensité; il n'y à eu à déplorer aucun décès. 4° MALADES PROVENANT DU 11» ESCADRON DU TRAIN DES ÉQUIPAGES MILITAIRES.

Cet escadron comptait 430 hommes dont 213 étaient logés à la Visitation dans, le bâtiment B, le reste était caserné sur la route de Rennes. Il y avait dans cet escadron un certain nombre déjeunes soldats de la 2e portion du contingent. XLIIIe Observation.

Rivet (Erançoïs), 22 aïis,à Nôrt (Loire-Inférieure), est malade depuis le 4 avril. Il entre à l'hôpital le 6 avril avec un délire violent, une' fièvre intense et les symptômes graves de la forme ataxique de la fièvre typhoïde. 11 succombe le li avril.

L'autopsie n'a pas été faite.


XLIVe Observation.

Lecadre (Julien), 22 ans, entre à l'hôpital le 11 avril avec une rougeole d'apparence bénigne. Quelques jours après, au moment où l'éruption ne paraissait plus, des symptômes typhoïdes se manifestent et bientôt l'affection se prononce avec ses signes caractéristiques. Elle prend bientôt une forme adynamique et la mort survient le 24 avril.

L'autopsie n'a pas été faite.

XLVe Observation.

Guyader (René), 22 ans, né à Hellian (Finistère) est malade depuis le 10 avril. Il entre à l'hôpital le 13 avril et présente une fièvre typhoïde à forme adynamique qui se termine par la guérison, le 13 mai.

XLVIe Observation.

Bernardeau (Louis), 22 ans, né à Fenioux (Deux-Sèvres), est malade depuis le 13 avril. Il entre à l'hôpital le 17 avril et en sort guéri le 8 juin. La fièvre typhoïde a présenté chez lui la forme adynamique.

XLVIIe Observation.

Bihan (Hervé), 22 ans, né à Sibiril (Finistère), est malade depuis le 19 avril. Il entre à l'hôpital le 21 avril et présente une fièvre typhoïde à forme advnamique qui se complique d'accidents pulmonaires. La mort survient le 30 avril. Autopsie. Les glandes de Peyer sont gonflées et font une saillie très-apparente à la surface de la muqueuse intestinale il n'y a pas d'ulcérations.

Les deux poumons présentent un engouement considérable allant dans quelques points jusqu'à l'hépatisatiod.


XLVIIIo Observation.

Bihan (Louis-Marie), 22 ans, né à Pluneret (Morbihan), est malàde depuis le 22 avril. Il entre a l'hôpital le 24 et présente une fièvre typhoïde médiocrement intense, compliquée d'une bronchite généralisée. 11 sort guéri le 10 juin. XLIX" Observation.

Mangari (Louis-Marie), 22 ans, né à Credin (Morbihan), est malade depuis le 4 mai. Il entre à l'h'ôpital le 9 mai. Il présente une fièvre typhoide à forme adynamique, au milieu de laquelle surviennent plusieurs hémorrhagies intestinales, assez abondantes qui mettent pendant quelques jours la vie du malade en péril. L'emploi de la glace et des astringents à un heureux résultat et la maladie prend ensuite une marche favorable. Le malade sort guéri le 13 juillet.

Le Observation.

Taillandier (Noël) 22 ans né à Fontenay-le-Comte (Vendée), est malade depuis le 16 mai. Tl entre à l'hôpital le 22 mai et présente la forme adynamique de la fièvre typhoïde. Ilsort convalescent le 21 juin.

Le 11e escadron du train des équipages militaires a donc fourni huit malades sur lesquels nous avons eu trois décès à déplorer les trois malades qui ont succoinbé provenaient encore du bâtiment B. v Parmi Ceux' qui ont guéri, plusieurs ont été atteints par l'épidémie d'une manière très-intense.

Lie Observation.

Fleuriot (Clément), 31 ans, gendarme; est entré le 9 avril pour une affection hémôrrhoïdala sans gravité. Le 15 avril, il éprouve de la céphalalgie, des épistaxis, de la fièvre, des


douleurs abdominales avec diarrhée ces symptômes augmentent les jours suivants, le ventre se ballonne, des taches rosées apparaissent la maladie revêt les caractères d'une fièvre typhoïde légère qui suit une marche bénigne et se termine par la guérison le 9 juin-

On peut voir par le relevé qui précède que nous avons observé, dans l'épidémie dont nous faisons ici l'histoire, 51 cas de fièvre typhoïde sur ce nombre, il y a eu 18 décès ainsi répartis 14 pour le 64e régiment de ligne 3 pour le 11" escadron du train des équipages militaires, et un seul pour le 137e régiment de ligne.

Il ne sera pas inutile de jeter maintenant un coup d'œil d'ensemble sur les malades que nous avons observés, pour faire ressortir, s'il est possible, la physionomie générale de l'épidémie, considérée dans ses symptômes et dans sa marche. C'est après avoir éprouvé, pendant plusieurs jours, une céphalalgie violente et avoir eu de fréquentes épistaxis que les malades arrivaient à l'hôpital, la plupart dans un état de faiblesse extrême, incapables de marcher,

Dès la première visite, le diagnostic était, pour la plupart, facile à établir pouls battant 110 à 130 fois par minute; température très-élevée, stupeur, prostration profonde, langue et gencives couvertes d'un enduit épais, anorexie complète, ventre ballonné, présentant des taches rosées nombreuses, gargouillement dans la fosse iliaque diarrhée, tels étaient les symptômes observés ordinairement; beaucoup avaient dès le début des râles sibilants dans la poitrine quelques-uns arrivaient avec du délire, délire parfois violent, d'où ilssortaient cependant pour répondre à nos questions ce délire chez plusieurs a continué jusqu'à la mort, qui est arrivée au bout de quelques jours. Dans les cas où prédominait la forme adynamique, nous avons vu les épistaxis se reproduire plusieurs fois, la langue devenir fuligineuse, la prostration s'accuser de


plus en plus, l'engouement pulmonaire passer à l'hépatisation et même à la suppuration, et la mort arriver lentement, mais sûrement, pour ainsi dire beaucoup de nos malades ont succombé à des complications pulmonaires; aucun n'a présenté de perforation intestinale ni d'érysipèle de la face, autres complications pourtant assez fréquentes de la fièvre typhoïde. Un seul de nos malades a eu des hémorrhagies intestinales et a guéri un seul également a présenté des escarres au sacrum.

Nous avons vu, chez un de nos malades, la scarlatine et la fièvre typhoïde coëxister en même temps et suivre leur marche simultanément le malade a succombé et a présenté les lésions caractéristiques de la fièvre typhoïde.

Je serai bref sur la question du traitement., Divers moyens ont été employés aucun ne l'a été d'une manière systématique disons d'ailleurs que beaucoup des victimes de l'épidémie ont été frappées d'uue manière si intense et pour ainsi dire si irrémédiable que toute thérapeutique devait être impuissante.

Les principales médications employées ont été, suivant les indications

Les purgatifs salins, répétés plusieurs fois durant le cours de la maladie

Les sédatifs et les calmants, tels que l'aconit, la digitale, l'opium et, à l'occasion, le musc et le camphre

Les toniques sous toutes les formes, vins dé Bordeaux, de Malaga, de quinquina, Cognac, potion au macéré de quinquina

Les antiputrides: l'acide phénique en particulier Les révulsifs cutanés, les 'ventouses sèches, les ligatures des membres inférieurs avec des tubes en caoutchouc, les lotions froides, tous ces moyens ont trouvé occasionnellement leur application.


Au premier rang se plaçaient naturellement les moyens hygiéniques aération bien entendue des salles propreté extrême, changement fréquent des linges de lit et de corps, emploi large et méthodique des désinfectants, tout cela était l'objet de soins minutieux de la part de la sœur du service, et je dois dire ici que M. Bourriau, mon interne, et M. Lahaye, mon externe, ont déployé le zèle le plus dévoué et le plus intelligent pendant ces pénibles circonstances.

Le nombre des décès a été considérable, surtout pendant la première période de l'épidémie pour les malades entrés les premiers, le séjour à l'hôpital a été très-court un malade a succombé au bout de trois jours; celui des décédés qui est resté le plus longtemps à l'hôpital est mort après vingt-trois jours la moyenne du traitement pour ceux qui ont succombé a été de onze jours.

Toutes les autopsies que nous avons faites nous ont montré les lésions caractéristiques de la fièvre typhoïde à divers degrés de développement, depuis l'hypérémie de la muqueuse de l'intestin et l'hypertrophie des follicules jusqu'à l'ulcération des plaques de Peyer et la tuméfaction des ganglions mésentériques. Des lésions des autres organes et en particulier des poumons se sont présentées plusieurs fois comme complications accidentelles.

Telle a été la redoutable épidémie dont je viens d'essayer de tracer l'histoire il est facile d'en dégager quelques faits principaux. L'épidémie a pris naissance et s'est développée à la caserne de la Visitation, dans le bâtiment central B c'est de là que sont sortis les malades les premiers et les plus gravement atteints, ceux qui ont fourni presque tous les décès. Ce sont les jeunes soldats de la portion du contingent, arrivés au corps depuis peu de temps, qui ont été les premières et les plus nombreuses victimes de l'épidémie sur


les 18 malades qui ont succombé, 17 étaient âgés de 20 à 22 ans parmi les anciens soldats, un seul a succombé. Si le 64° régiment de ligne a été plus éprouvé que tous les autres corps, c'est qu'il était logé dans le bâtiment le plus insalubre et qu'il comptait dans ses rangs un plus grand nombre déjeunes soldats de la 2e portion du contingent le 11" escadron du train des équipages militaires, qui se trouvait dans des conditions analogues, a, pour les mêmes raisons, fourni plus de victimes que le 137e régiment de ligne et le 35e régiment d'artillerie.

Aucun cas de fièvre typhoïde ne s'est manifesté parmi les officiers qui demeurent en ville.

L'épidémie a éclaté subitement et avec violence elle a sévi pendant quelque temps avec une grande intensité, puis elle a décru peu à peu et s'est éteinte assez rapidement. Nous l'avons vue très-meurtrière dès le commencement les entrées à l'hôpital se succédaient de jour en jour et un tiers des malades succombait en un espace de temps trèscourt.

Ces faits émurent avec raison l'autorité militaire, et dès le 18 avril, M. le sous-intendant Galles demandait un rapport que M. le docteur Malherbe, médecin en chef, et moi, nous eûmes l'honneur de lui adresser immédiatement.

Pour nous, l'épidémie s'expliquait parfaitement, par suite de l'agglomération, dans la caserne insalubre de la Visitation, d'un grand nombre d'hommes parmi lesquels beaucoup étaient de jeunes soldats nouvellement arrivés au corps, non encore acclimatés, par conséquent, et pour qui le changement d'habitudes, de régime, les fatigues du service, la nostalgie ordinaire aux Bretons étaient une' prédisposition puissante à contracter la fièvre typhoïde.

Nous demandions que les conditions du casernement fussent améliorées, que des mesures propres à assurer la salubrité


des locaux fussent prises, que les soldats malades fussent envoyés de bonne heure à l'hôpital, l'expérience de tous les temps ayant démontré que ce sont ceux qui entrent tardivement qui fournissent le plus fort contingent à la. mortalité. J'ai dit déjà que, dès le .début, des mesures avaient été prises pour assurer la salubrité des salles de l'hôpital, par une ventilation bien entendue, l'emploi large et méthodique des désinfectants,. le changement fréquent des linges de lit et de corps.

Enfin, pour éviter l'encombrement dans les salles 2 et 3, deux nouvelles salles (4 et 5) étaient ouvertes aux militaires, à la fin du mois d'avril la dissémination des malades avait été conseillée par nous de préférence à l'isolement dans un local spécial. En effet, si la réunion dans un même lieu des malades atteints de fièvre typhoïde peut prévenir quelques cas de contagion, par contre, elle crée un foyer d'infection fatal à ceux qui s'y trouvent rassemblés elle exerce sur eux un effet moral funeste, et elle est d'ailleurs, dans la pratique, d'une application souvent difficile, à cause de l'incertitude du diagnostic au début de la maladie.

Au reste, dans l'épidémie actuelle, un seul malade, le sujet de l'observation LI, a contracté la fièvre typhoïde dans la salle c'est l'unique exemple de contagion bien avérée que nous ayons observé à l'hôpital.

Je suis heureux de dire ici que l'autorité militaire, écoutant nos avis et ceux des médecins de la garnison, prit immédiatement des mesures pour arrêter le mal la caserne de la Visitation fut eu partie évacuée; des détachements furent dirigés sur d'autres garnisons, et parmi ceux qui restaient à la Visitation, une partie, au lieu de coucher dans les chambres, fut établie sous des tentes, dans la cour: de la caserne. Ces mesures furent suivies de succès à partir du 30 avril, les entrées furent de moins en moins nombreuses, et surtout


Sur un cas de rétinite albuminurique, par M. le Dr DIANOUX.

Depuis que Landouzy attira l'attention sur la fréquence des troubles oculaires dans la maladie de Bright, et que Turk reconnut la lésion, la symptomatologie de la rétinite néphrétique et son importance au point de 'vue du diagnostic de l'affection générale qui la détermine ont été trop bien établies pour qu'il soit utile ou même intéressant d'en rapporter de nouveaux exemples.

Mais depuis quelques années l'histoire de la maladie de Bright est entrée dans une phase nouvelle. L'édifioe élevé par Rayer, Frérictas et Virchow s'est écroulé à l'étude de la maladie de Bright doit succéder l'étude des maladies de Bright.


Sans entrer dans l'historique détaillé de la question, il peut être utile de jeter un rapide coup-d'œil sur les travaux qui ont amené cetté; importante évolution

Bright, en décrivant l'ensemble pathologique qui porte son nom, était resté, relativement au processus* ànatonio-pathologique, dans une sage réserve. ̃ Rayer chercha à établir la nature inflammatoire de la maladie et créa franchement la doctrine de l'unicité de ce qu'il appelait la néphrite' àlbumineuse chronique.

En Allemagne, Reinhardt et Frérichs étudiant la question au point de vue histologique, confirmèrent les con'clusîons de Rayer. Virchow ne fit guère, sous l'influence de l'esprit de système et guidé plutôt par des vues spéculatives que par l'observation exacte, que substituer à la théorie de la néphrite exsudative des auteurs précédents la doctrine de la néphrite parenchymateuse et de la localisation primitive de l'affection dans les tubes contournés.

La grande autorité de Virchow fit adopter presque' uriiversellement sa manière de voir, et la théorie de la néphrite àlbumineuse chronique, avec ses trois stades (Frérichs), ou ses six stades (Rayer). Il fut établi officiellement que le rein s'hypertrophiait après s'être congestionné pour s'atrophier finalement. Nos traités de pathologie les plus récents n'enseignent pas autre chose.

Toutefois, dès 1859, dans la patrie même de Virchow, Traube, s'inspirant des travaux de Beer sur le tissu conjonctif du rein, avait déclaré impossible dans le rein' tout processus inflammatoire qui n'occupât pas le tissu conjonctif c'était un progrès, mais aussi une exagération.

Moins enthousiastes que nous des Allemands, les Anglais procédaient au même travail, et s'appuyant surtout sur l'observation clinique arrivaient à des résultats dignes de la plus grande attention.


Dès 1854, Samuel Wilks établit que le terme de maladie de Bright s'applique à deux processus morbides amenant l'un au gros rein blanc (white kidney), l'autre au petit rein contracté (contracted kidney).

Todd reproduisit les mêmes idées.

Mais c'est Georges Johnson surtout qui, dans une série d'écrits, à partir de 1855, développa la doctrine de la dualité. Si la distinction histologique qu'il traça est fautive, il n'en est pas moins vrai que les auteurs qui ont écrit depuis lui n'ont fait que confirmer ses idées, admises aujourd'hui par tous les médecins anglais.

En France, cette doctrine ne fit son apparition que grâce à M. Lancereau (1871), M. Lécorché (1874) et surtout l'excellente revue critique de M. Kelsch (1874. Arch.. Physiologie.) M. Charcot, dans son cours de la Faculté, l'a pour ainsi dire consacré, en l'adoptant sans réserve.

Ainsi, sous le nom de maladie de Bright, sont réunies deux affections parfaitement distinctes, cliniquement et anatomiquement la néphrite parenchymateuse et la néphrite interstitielle.

La rétinite se rencontre-t-elle indifféremment dans l'une et l'autre affection, ou est-elle propre à l'une d'elles? Voilà ce qu'il faut établir et ce qui, avouons-le de suite, ne l'est point encore d'une façon définitive.

Les ophthalmologistes français ne se prononcent pas à cet égard catégoriquement, et cela se comprend aisément à l'époque où paraissaient les traités de Wecker, Galezowski, Meyer, etc. La distinction entre la néphrite parenchymateuse et la néphrite interstitielle n'était point faite. Cependant, il semble que Wecker ait pressenti la relation de la rétinite avec la néphrite interstitielle « Il faut, dit-il, dans son traité pour que la rétinite se produise que l'atrophie atteigne un degré assez avancé. »


En outre, il note la coïncidence habituelle de l'hypertrophie cardiaque propre, on le sait, à cette forme de néphrite. Soelberg-Wells, exerçant, dans un pays où la notion des deux variétés de néphrite était déjà classique, est plus affirmatif « L'affection oculaire, dit-il, est surtout de la dernière » période et principalement dans la forme du petit rein » On l'observe aussi parfois dans le gros rein. L'hyper» trophie du ventricule gauche se rencontre souvent aussi » avec cette affection elle existait dans les trente-deux cas » observés par de Graefe. »

M. Kelsch fait de la rétinite une lésion spéciale à la néphrite interstitielle. M. Bartels, dans des leçons cliniques, qui eurent récemment en Allemagne un grand retentissement: M. Charcot, dans son cours de la Faculté, ont adopté cette opinion. S'il m'est permis de parler ici, d'après mon expérience personnelle, je dirai que tout ce que j'ai observé est confirmatif de cette manière de voir. C'est ainsi que tout dernièrement j'eus l'occasion d'observer le cas suivant, qui me confirma encore dans mon opinion Une femme de 45 ans vint me consulter pour un affaiblissement considérable de la vue de l'œil gauche. L'amblyopie serait survenue presque subitement, d'après son récit, sans aucune cause appréciable; elle pouvait à peine compter les doigts de l'œil malade à la distance de quelques pouces. L'examen ophthalmoscopique me fit constater la présence d'hémorrhagies multiples de la rétine avec exsudation sireuse péripapillaire, etc. L'apparence était tout-à-fait celle de la rétinite brigtitique. Au début, l'œil droit né présentait aucune altération appréciable, fait rare, dans cette affection qui atteint ordinairement les deux yeux. J'interrogeai la malade sur sa santé générale et voici brièvement les renseignements que je recueillis depuis plus de deux ans elle souffrait de douleurs mal caractérisées, elle avait maigri et s'était beaucoup affaiblie, elle éprouvait dés besoins frë-


quents d'uriner l'année dernière elle avait éprouvé une attaque apoplectiforme avec hémiplégie panagise et incomplète du côté gauche. Depuis quelques mois elle avait des alternatives de constipation et de diarrhée, l'appétit s'était perdu, etc., jamais elle n'avait eu d' œdème. L'auscultation du cœur faisait entendre un dédoublement du premier bruit ayant son maximum près de la pointe, sans bruit de souffle. Je fis examiner l'urine, elle contenait de l'albumine. Je portai le diagnostic de néphrite interstitielle.

En outre de ce cas, je citerai l'exemple d'un de nos jeunes confrères, M. FI mort récemment de néphrite albumineuse qui présenta nettement l'évolution de la néphrite interstitielle, et qui fut atteint de. rétinite quelques mois avant sa mort.

Ignorant les travaux anglais, j'avais été dès longtemps frappé du fait suivant sur aucun des malades atteints d'albuminurie avec œdèmes multiples, affection des séreuses, etc. atteints de néphrite parenchymateuse en un mot que je pus examiner tant dans mon service que dans les services de mes collègues qui voulaient bien me prévenir lorsqu'ils avaient un cas d'albuminurie, je n'observai de rétinite. Inversement, j'étais frappé du nombre relativement grand d'individus atteints de rétinite albuminurique, qui se présentaient aux cliniques ophthalmologiques sans avoir jamais été traités pour leur affection générale, en raison du peu de troubles de leur santé. J'en étais arrivé à cette opinion, parfaitement erronée d'ailleurs, que la rétinite est un phénomène du début.

Ce ne fut donc point sans étonnement que j'entendis M. Lancereau, dans la communication très-intéressanté qu'il fit dernièrement au Congrès, formuler la proposition suivante « Dans la néphrite interstitielle les lésions oculaires


habituelles sont la névrite du nerf optique, tandis que dans la néphrite épithiliale la lésion ordinaire est la bétinite. » M. Lécorché, de son côté, admet une variété de rétinite pour chaque forme de néphrite. Dans la rétinite parenchymateuse les plaques blanches abonderaient, les hémorrhagies seraient rares et passagères et n'apparaîtraient qu'à une période tardive, consécutivement à l'altération des parois vasculaires, dans les parties sclérosées de la .étine. Elle coëxisterait souvent avec d'autres inflammations, serait rare dans la forme aiguë, sauf dans la forme de néphrite scarlatineuse. (Or, les travaux de Wagner, Biermer, Klebs, Kelch, Charcot ont démontré, contrairement à l'opinion de M. Lancereau (1), que la néphrite scarlatineuse est une néphrite interstitielle aiguë.)

Dans la néphrite interstitielle, au contraire, les hémorrhagies seraient primitives et nombreuses, la rétine serait saine au pourtour.

Cette distinction si nette n'est-elle pas un peu artificielle ? Ce que je puis dire, c'est que les ophthalmologistes les plus renommés ne la connaissent pas et qu'elle paraît établie plutôt d'après l'anatomie pathologique que d'après l'examen de l'œil sur le vivant. Car M. Lécorché signale des détails tels que la possibilité de voir le point perforé du vaisseau, par où s'est produite l'hémorrhagie, qu'il n'a certainement pas pu constater avec l'ophthalmoscope.

D'autre part, l'assertion de M. Lancereau, relative à la fréquence de l'atrophie du nerf optique dans la néphrite interstitielle, particulièrement dans celle qui se produit sous l'influence de l'intoxication saturnine, ne me paraît pas suffisamment établie par le fait qu'il rapporte et qui, rigoureusement, ne prouve qu'une chose la possibilité de l'atrophie optique (1) Article rein du Dictionnaire Encyclopédique.


dans l'intoxication saturnine; fait parfaitement établi depuis longtemps.

Enfin, un point fort important me paraît avoir trop été laissé dans l'ombre. L'observation montre qu'il y a des cas où la néphrite parenchymateuse aboutit à l'atrophie totale ou partielle du rein. M. Lécorché le reconnaît, M. Cornil en a récemment montré un exemple à la Société anatomique. –Serait-ce dans ces cas où la néphrite parenchymaleuse participe de la néphrite interstitielle, qu'elle donnerait lieu aux lésions oculaires spéciales à cette dernière ?

Ce n'est là, je me hâte de le dire, qu'une simple vue de l'esprit à vérifier par l'observation.

Quoi qu'il en soit, dans l'observation que j'ai rapportée, je n'eusse pas été en droit d'affirmer la néphrite interstitielle, si je n'eusse, chez ma malade, rencontré un autre symptôme, lequel est caractéristique de l'affection; je veux parler du bruit de galop dû au dédoublement du premier bruit du cœur. Les observations de M. Potain, poursuivies pendant plusieurs.. années, l'ont amené à cette conclusion, qui a fait le sujet de la thèse de son interne, M. Exchaquet.

Ce bruit de galop, déterminé par la production d'un bruit présystolique, appartient à l'hypertrophie cardiaque liée à la néphrite interstitielle chronique. On l'observerait aux différents stades de son évolution, au début de laquelle il peut avoir une grande valeur diagnostique et dans certaines formes aiguës très-voisines, anatomiquement, de la néphrite interstitielle.

Tel est l'état de la question il serait fort à désirer que des recherches nouvelles vinssent établir définitivement la relation plus ou moins exclusive de la retraite avec la néphrite interstitielle ou parenchymateuse. Mais ces recherches ne peuvent être faites fructueusement qu'avec l'ophthalmoscope car il existe une variété d'amtlyopie qu'on observe également dans


Société anatomique de Nantes.

SÉANCE DU 17 NOVEMBRE 1874.

1. Affection du cœur et des reins; Oblitération des sinus de la dure -mère.

M. Charrier, interne de M. Malherbe, présente la duremère d'une femme morte après avoir présenté les symptômes suivants

La veuve C. âgée de 41 ans, journalière, est entrée, le 16 octobre, dans le service de la clinique interne. Il y a une e dizaine d'années, elle a commencé à se sentir des douleurs de reins le soir et à avoir quelquefois les jambes enflées. Depuis lors ses forces diminuèrent sensiblement, et sous prétexte de se fortifier, elle s'adonna à l'usage de Teau-de-vie. Vers la même époque, ou peu de temps après, elle ressentit des palpitations, sans qu'on trouve de rhumatisme comme point de départ. Longtemps l'œdème n'occupa que les jambes; mais il y a environ un an, il s'étendit à tout le corps. Au commencement de novembre, on constatait l'état suivant teint pâle, face bouffie gonflement des veines jugulaires, voussure de la région précordiale augmentation de volume du cœur dénotée par la percussion soufflé au premier temps à la pointe et au second temps à la base, ce qui indique


une lésion des deux orifices du ventricule gauche. Quantité considérable d'albumine.

Malgré tous ces symptômes graves, la malade se trouvait bien, mangeait comme d'habitude et n'éprouvait aucune douleur. Vers le 3 ou le 4 novembre, elle commença à refuser toute nourriture, et le soir du 8 novembre, elle eut un peu de délire. Le lendemain, dans la soirée, le délire reparut; la malade voulait se lever, s'en aller, se jeter par la fenêtre, etc. Le 10, perte de connaissance de dix minutes suivie d'accès éclamptiques qui durèrent quatre jours et se terminèrent par la mort dans la nuit du 14 au 15 novembre.

Autopsie. Cœur adhérence péricardique hypertrophie du ventricule gauche et insuffisance des valvules de ses deux orifices.

Poumons adhérences à la plèvre pariétale hépatisation rouge des deux lobes inférieurs.

Cavité péritonéale adhérence des anses intestinales entre elles reins très-atrophiés (reins brightiques, forme interstitielle aboutissant à l'atrophie Kelsch).

Le foie était normal. La vésicule biliaire renfermait un liquide puriforme contenant une cinquantaine de petits calculs noirs, durs et pesants.

Encéphale adhérence de la dure-mère à l'arachnoïde la dure-mère est très-épaissie on peut à peine la couper avec des ciseaux. La faulx du cerveau se tient droite une fois séparée de ses connexions. On sent un certain nombre de nodosités dures dans l'épaisseur de la membrane. Divers points sont couverts d'exsudats et d'ecchymoses. Enfin, chose remarquable, on constate une oblitération absolue des sinus longitudinal supérieur et latéraux ainsi que du confluent des sinus par un tissu demi. transparent très-dense et très-solide, mais ne présentant pas encore d'organisation conjonctive réelle, comme le démontre l'examen histologique.


La pièce ayant été enlevée avant qu'on eût vu l'oblitération des sinus, on n'a malheureusement pas pu constater les limites de cette oblitération qui semble dater d'assez loin, ni chercher comment se faisait la circulation collatérale.

M. Malherbe insiste sur divers points de cette autopsie, sur le rôle de la néphrite interstitielle atrophique dans la production de l'hypertrophie cardiaque. A propos des calculs biliaires, il fait remarquer que le repos au lit prolongé a pu favoriser la formation de ces calculs. Il a vu, dans un cas le décubitus nécessité par une fracture de jambe, amener une attaque de colique hépatique.

M. Laënnec rappelle le râle des agonies longues dans la formation des concrétions.

2. Sarcome du cuir chevelu.

M. Laënnec montre un petit sarcome du cuir chevelu qu'il a enlevé chez un homme de 28 ans. Ce sarcome constituait une petite tumeur très-saignante, grosse comme une noisette. Son début remontait à six mois. L'examen histologique montre que c'est un sarcome fuso-cellulaire.

3. Chondrôme des doigts.

M. Camus présente un chondrôme des doigts enlevé par M. Heurtaux, il y a une quinzaine de jours, chez un enfant de 15 ans. Le début de ce chondrôme remonte à plusieurs années. La principale tumeur était située sur l'annulaire, deuxième phalange, et présentait le volume d'une noix. D'autres plus petites occupaient le petit doigt et le cinquième métacarpien. L'examen histologique a montré qu'il s'agissait d'un chondrôme hyalin. Il n'y avait en général, par capsule, qu'une seule cellule, à nombreux prolongements, dus peut-être à l'action des réactifs.

4. Tumeur de la dure-mère.

M. Camns montre une petite tumeur qu'il a trouvée chez


une femme morte d'hémorrhagie cérébrale. Cette tumeur était très-adhérente à ta dure-mère. Quelques préparations microscopiques en ont été faites. On a trouvé beaucoup de cellules fusiformes et des filaments très-tenus qui paraissaient dépendre de la névroglie.

5. > – Myôme de l'utérus.

M. Rouxeau, interne de M. Montfort, présente un myôme de la grosseur d'une pomme, enlevé à une femme de 45 ans. Ce myôme, ayant dilaté le col utérin, faisait saillie dans le vagin. L'extraction en a présenté quelques difficultés. 6. – Tumeur périnéale chez un fœtus.

M. Malherbe fils présente une tumeur qui a été envoyée à l'Ecole de Médecine par M. Crimail. Cette tumeur occupe la partie inférieure du tronc d'un foetus d'environ six mois. Appelé par une sage-femme auprès de la femme en travail, M. Crimail crut d'abord à une présentation centrale du placenta, mais la partie s'engageant davantage, il reconnut qu'il s'agissait d'une tumeur. Cette tumeur, située à la partie inférieure de la colonne vertébrale, avait un volume aussi considérable que celui de tout le reste du corps du fœtus. Elle était molle, et à la section on voyait qu'elle se composait d'un grand nombre de kystes contenant un liquide louche. Cette tumeur paraissait en rapport avec la terminaison du canal médullaire. Ëlte a été considérée comme une espèce de spina bifida.

L'examen du liquide des kystes n'a fait voir qu'un grand nombre de cellules granuleuses analogues aux cellules lymphatiques. Ce liquide ne ressemblait pas au liquide céphalorachidien. Il s'agit peut-être d'une de ces tumeurs congénitales très-complexes de la.,région périnéale dont l'on trouve quelques exemples dans les auteurs.


SÉANCE DU 8 DECEMBRE 1874.

1. Luxation incomplète de l'astragale.

M. Malherbe fils présente une luxation incomplète de l'astragale que M. Gergaud a trouvée chez un sujet d'un âge assez avancé, mort de phthisie pulmonaire. Cette luxation doit remonter à une époque fort éloignée.

On voit que la facette postérieure de l'astragale déborde en dehors d'un centimètre environ la surface articulaire du calcanéum. Les ligaments péronéo-calcanéen et péronéo-astragalien postérieurs sont demeurés intacts. Quant au ligament péronéo-astragalien antérieur, on ne l'a pas retrouvé, mais il a pu être coupé lors des premières incisions qu'on a faites au niveau de la tumeur formée par l'astragale. L'astragale ayant conservé ses connexions antérieures, il en résulte que son diamètre antéro-postérieur n'est plus dirigé directement d'arrière en avant, mais bien d'arrière en avant et de dehors en dedans. La surface articulaire supérieure de l'astragale se trouve un peu plus élevée en dedors qu'en dedans, de sorte que le malade devait marcher sur le bord externe du pied du reste, les 4e et 5e métatarsiens sont bien plus développés qu'à l'état normal. Autour des cartilages articulaires de l'astragale, mais surtout du tibia et du péroné, on voit des végétations osseuses résultant probablement de l'ostéite développée au moment de l'accident. On ne sait pas si la marche était facile.

2. Ostéite du tibia et des os du tarse.

M. Camus présente les os d'une jambe amputée par M. Heurtaux, chez un homme de 38 ans, atteint, depuis l'âge de 12 ans, d'une ostéite du tibia. Cette maladie ne l'a pas toujours empêché de marcher, et jusqu'il y a trois mois, il pouvait encore parcourir un ou deux kilomètres. Vers cette


époque, il vit se développer, à la partie inférieure du tibia, des fongosités formant une tumeur assez volumineuse. M. Heurtaux pensa d'abord à enlever la portion la plus malade de l'os, de manière à conserver la jambe il commença par enlever les fongosités et il rencontra bientôt en haut un tissu osseux qui lui parut susceptible d'être conservé mais, en bas, l'altération s'étendait tellement au milieu des os du tarse qu'on ne pouvait songer à conserver le pied. Il fit donc l'amputation au lieu d'élection. Voici ce qu'on peut voir sur les pièces anatomiques

1° Le tibia est complètement déformé sa crête a disparu il est plus que doublé de volume il est soudé complètement avec l'astragale, de telle sorte qu'il est absolument impossible de reconnaître le point où était l'articulation tibio-tarsienne. L'articulation péronéo-tibiale inférieure est également ankylosée. L'espace interosseux est à peu près comblé. Sur une coupe longitudinale du tibia et de l'astragale, on voit que le canal médullaire a complètement disparu. Il est comblé par du tissu spongieux dont les aréoles sont remplis de graisse jaune.

On a examiné, au point de vue histologique, les fongosités de la partie inférieure du tibia, et on a vu qu'elles se rapprochaient beaucoup de l'épithéliôme lobulé. Les cellules épithéliales étaient d'âge assez variable. On n'a pas constaté bien positivement de globes épidermiques, mais on a vu des petites concrétions blanches, grosses comme des têtes d'épingles, ressemblant aux perles qu'on a décrites dans certaines tumeurs épithéliales. M. Heurtaux insiste sur la rareté du développement de ce tissu d'apparence épithéliale provenant d'un os enflammé. Il n'en a pas vu d'autre exemple.

3. Fractures multiples du crâne.

M. Camus présente le crâne d'un homme mort dans le ser-


vice de M. Heurtaux. Cet homme a fait une chute, sur la tête, d'une hauteur d'environ 4 mètres; de là il est tombé dans la Loire. On l'a retiré et transporté à l'hôpital. Il présentait des symptômes cérébaux très-graves hémiplégie droite, respiration suspirieuse. On constata l'existence d'une fracture du crâne. Il mourut au bout de quatre jours de coma. Autopsie. Sur la voûte du crâne était une fracture extrêmement compliquée, avec enfoncement de plusieurs fragments. Les fragments libres étant enlevés, le crâne présente une ouverture par laquelle on pourrait passer la main. De la fracture principale partent des fissuras dont l'une, à gauche, passe par l'apophyse mastoïde, l'autre, plus postérieure, va rejoindre le trou occipital. Chose remarquable, le rocher droit présente, assez près de sa base, une fracture perpendiculaire à son grand axe, fracture qui paraît isolée et sans continuité avec les autres fissures de la voûte.

Entre la dure-mère et les os, il y avait une assez grande quantité de sang venant probablement de l'artère méningée moyenne ou d'une de ses branches principales. Sous les méninges, on n'a rien trouvé, sauf une dépression des circonvolutions cérébrales.

4. Cancroïde de la région auriculaire postérieure; ̃» M. Heurtaux présente un cancroïde qu'il a enlevé chez un homme de 74 ans. Le malade est allé en s'affaiblissant et est mort cinq jours après l'opération.

On n'a pas trouvé d'abcès métastatiques. Le cadavre a une grande tendance à la putréfaction.

5. Affection cardiaque.

M. Charrier présente le cœur d'un homme de 46 ans, mort avec les symptômes de l'asystolie, dans le service de M. Trastour. On avait diagnostiqué insuffisance aortique. L'une des valvules est à peu près complètement détruite et remplacée


par une grosse végétation. On voit aussi, près de cette végétation, un enfoncement paraissant être le début d'un petit anévrysme. Une autre valvule présente une ulcération. Le malade n'a .pas eu de symptômes typhoïdes on n'a pas rencontré d'infarctus à l'autopsie.

6. Polype du rectum.

M. Heurtaux présente un polype du rectum enlevé par lui chez un enfant de six ans. Les symptômes ont consisté en du ténesme, des selles sanguinolentes, et enfin la sortie du polype. M. Heurtaux le coupa sous une ligature. L'examen histologique montre que c'est un adénome.

7. Deux osté6mes sous-cutanés.

M. Heurtaux présente une petite tumeur osseuse enlevée par lui et siégeant dans le tissu cellulaire sous-cutané du bras d'un adulte, vers la partie moyenne. M. Heurtaux montre une autre tumeur analogue enlevée jadispar M. Herbelin. lia a constaté la présence de cavités étoilées dans ces deux tumeurs qu'on rencontre très-rarement.

8. Fracture en V du tibia.

M. Camus présente une fracture spiroïde ou en V du tibia. C'est la fracture en V type. Le malade a été amputé par M. Patoureau pour des hémorrhagies consécutives à cette fracture. On voit au niveau de la pointe du V une fissure qui, contournant le tibia, vient aboutir à l'articulation tibio-tarsienne. Un fragment de la mortaise tibiale est détaché à la partie postérieure de l'os.

9. – Oblitération d'une des branches de l'artère pulmonaire. M. Dupas présente un cas d'oblitération complète de l'artère pulmonaire du côté droit, par un gros caillot ressemblant aux caillots, dits actifs des anévrysmes. Au point où se trouve ce caillot, l'artère est notablement dilatée. Le poumon corres-


Observatoire météorologique municipal de Nantes. Résumé des opérations faites pendant le mois de juillet 1875. PRESSION BAROMÉTRIQUE.

Moyenne du mois, 762,52; minimum observé, 750,5 le 16, à 6 h. matin maximum observé, 770,2 le 26, à 6 h. mat.; moyenne diurne la plus basse, 752,25 le 15 la plus haute, 769,80 le 26.

TEMPÉRATURE.

Moyenne des minima diurne, 13°,30 des maxima diurne, 26°,09 des extrêmes, 19°,19 du mois, 18°,71 moyenne diurne la plus basse, 16° le 16 la plus haute, 22°,10 le 28; minimum absolu, 9",5 le 4; maximum absolu, 34°2, le 28.

VENTS.

Direction N., 9 jours; N.-E., 4 E., 0 S.-E., 0; S., 1; S.-O., 2; 0., 8; N.-O., 7.

Force calme, 13 jours; faible, 3; modéré, 4; assez fort, 4; fort, 6; très-fort, 0; violent, 1 tempête, 0.


ÉTAT DU CIEJL.

Découvert, 4; peu nuageux, 8; nuageux, 4; très-nuageux, 4 couvert, 11 brouillard, 3 brumeux, 9 rosée, 0 gelée blanche, 0; glace, 0; éclairs sans tonnerre, 0; orages avec éclairs et tonnerre. 0 grèle, 0 verglas, 0 pluie ou pluvieux, 14 lesquels ont donné 60,15 d'eau. Le jour le plus pluvieux a été le 15 (10,2 d'eau).

Résumé des opérations faites pendant le mois d'août 1875. PRESSION BAROMÉTRIQUE.

Moyenne du mois, 764,57 minimum observé, 760,0 le 12, à 6 h. du matin; maximum observé, 770,0 le 30, à midi; moyenne diurne la plus basse, 760,95 le 12; la plus haute, 769,5 le 30.

TEMPÉRATURE.

Moyenne des minima diurne, 14°,62 des maxima diurne, 27°,40; des extrêmes 21°,01; du mois, 20°,04; moyenne diurne la plus basse, 15°,23 le 4 la plus haute, 25°,13 le 11 minimum absolu, 11° le 5; maximum absolu, 37°,0 0 le 11.

VENTS.

Direction N., 5 jours; N.-E., 8 E., 1; S.-E., 0; S., 2; S.-O., 3; 0., 4; N.-O., 8.

Force calme, 0 jour faible, 2 modéré, 8 assez fort, 13; fort, 7 très-fort, 1 violent, 0 tempête, 0.

ÉTAT DU CIEL.

Découvert, 13; peu nuageux, 6; nuageux, 8; très-nuageux, 3; couvert, 1 brouillard, 3 brumeux, 13; rosée, 0 gelée blanche, 0 glace, 0; neige, 0; éclairs sans tonnere, 2; orage avec éclairs et tonnerre; 1; grèle, 0; verglas, 0; pluie ou pluvieux, 10; lesquels ont donne 10,65 d'eau. Le jour le plus pluvieux a été le 12 (4,10 d'eau).


Résumé des opérations faites pendant le mois de septembre 1875. PRESSION BAROMÉTRIQUE.

Moyenne du mois, 764,2; minimum observé, 760,0 le 8, à 6 h. matin maximum observé, 770,2 le 1, à 6 h. matin moyenne diurne la plus basse, 760,0 le 26 la plus haute, 770,0 le 1.

TEMPÉRATURE.

Moyenne des minima diurne, 140,58; des maxima diurne, 24°, 45 des extrêmes, 19°,51 du mois, 18°,84 moyenne diurne la plus basse, 13°,70 le 30; la plus haute, 22°, 80 le 24; minimum absolu, 9°8 le 30; maximum absolu, 30", 0 le 24. VENTS.

Direction: N., 3 jours; N.-E., 6; E., 6; S.-E.. 8; S., 0; S.-O., 0; O., 2; N.-O., 3.

Force calme, 6 jours faible, 7; modéré, 3; assez fort, 5; fort, 8; très-fort, 1; violent 0; tempête, 0.

ÉTAT DU CIEL.

Découvert, 6; peu nuageux, 5; nuageux, 9;; très-nuageux, 8; couvert, 2; brouillard, 2; brumeux, 12; rosée, 2; gelée blanche, 0 neige, 0; glace, 0; éclairs sans tonnerre, 6; orage avec éclairs et tonnerre, 3; grèle, 1; verglas, 0: pluie ou pluvieux, 17; lesquels ont donné 42,15 d'eau. Le jour le plus pluvieux a été le 28 (9,5 d'eau).

Le Directeur de l'Observatoire,

Auguste Lefievbe.



Séance du 5 novembre 1875.

Présidence de M. Chartier.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. Dix-neuf membres répondent à l'appel nominal.

La correspondance comprend une lettre de M. le Dr Mayet, de l'Hôtel-Dieu de Lyon, demandant à la Société de souscrire à un exemplaire d'un travail qu'il publie par livraison, intitulé « Statistique médicale des hôpitaux de Lyon. » La Société décide qu'il y a lieu de surseoir à l'achat de cet ouvrage jusqu'à sa publication complète.

M. le Dr Teillais monte à la tribune et lit une observation de tumeur mélanique de l'œil. Extirpation. II donne lecture d'une deuxième observation iutitulée Tumeur de la région temporo-malaire. Ablation.

M. le Dr TRASTOUR lit un travail remarquable qu'il a intitulé L'abandon de la saignéee est-il un progrès ? M. Herbeun monte ensuite à la tribune pour lire une Note sur le Phosphate de chaux. II lit après, une deuxième Note sur la valeur des quinquinas jaunes fournis par la droguerie et employés en pharmacie.

Cette lecture est suivie d'une courte discussion sur la valeur des divers quinquinas, et sur les dangers qu'il peut y avoir pour la santé publique à vendre des quinquinas qui, au lieu de renfermer 28 à 30 grammes de sulfate de quinine par kilogramme d'écorces, n'en contiennent que quatre. A cette occasion, plusieurs membres font des communications sur la mauvaise qualité ou l'absence d'action d'une foule de préparations officinales. La Société demande une grande sévérité dans l'inspection des pharmacies, et des répressions dans le cas de fraudes.

M. Laennec présente la partie supérieure du crâne d'un


individu qui, au mois de juillet, reçut un coup de fourche sur la tête. Il put se rendre chez lui, tomba dans le coma et mourut le lendemain. L'autopsie judiciaire, faite par MM. Laënnec et Montfort, fit constater une fêlure osseuse plus longue sur la table interne que sur l'externe. Sous cette fêlure, se trouvait un épanchement sanguin considérable évalué à 150 grammes, ayant amené une compression rapide de l'encéphale. Le sang, épanché entre l'os et la dure-mère, parvenait de la rupture des vaisseaux du diploé. M. Jouon rapporte l'observation d'une femme non réglée qui, au premier coït, eut un hémorrhagie très-grave évaluée à trois quarts de litre. Depuis ce temps, elle a une incontinence d'urine et ne peut rester plus de deux heures sans uriner.

A l'examen de la vulve, M. Joüon a constaté que le doigt introduit dans l'urêthre arrivait facilement dans la vessie. Le coït se fait par l'urêtre dans la vessie on ne trouve aucun rudiment de vagin l'urêthre est directement appuyé sur le rectum.

M. Joüon n'a pas pu constater d'une façon certaine la présence d'un utérus il pense cependant qu'il peut en exister vu le molimen hémorrhagique qui se produit chaque mois et qui se caractérise par une certaine douleur de ventre et du ballonnement.

M. Joüon fait remarquer que l'incontinence d'urine n'est survenue qu'après la dilatation anormale de l'urêthre. M. MALHERBE fils raconte qu'il a retiré de l'épaule d'un homme une aiguille à coudre. Au moment où M. Malherbe le vit, il n'y avait aucun autre signe de la présence de l'aiguille qu'une petite tache rouge sans la moindre douleur. Trois semaines après, M. Malherbe retirait cette aiguille qui se trouvait alors vers la partie moyenne du bras au-dessus de l'épi-


trochlée. L'ouverture de sortie était à 17 centimètres du point d'entrée.

A neuf heures la séance est levée.

Le Secrétaire

Dr L. MONTFOBT.

Séance du 10 décembre 1875.

Présidence. de M. Chartier.

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. Onze membres répondent à l'appel.

Les élections qui devaient avoir lieu sont remises à cause du petit nombre des membres présents. Il est convenu qu'une séance supplémentaire aura lieu le vendredi suivant 17. Aucun travail n'étant inscrit à l'ordre du jour, M. Marcé présente à la Section un ophthalmoscope dont il est l'inventeur et qui offrirait de nombreux avantages sur ceux qui existent déjà. Une Commission composée de MM. Laënnec, Teillais et Dianoux est chargée d'expérimenter ce nouvel instrument et d'en rendre compte à la Section.

A huit heures la séance est levée.

Le Secrétaire,

D' L. Montfobt.


Séance extraordinaire du 17 décembre 1875. Présidence de M. Chartier.

Le scrutin, pour le renouvellement du bureau, désigne à l'unanimité les membres suivants:

Président M..Andonard.

Vice-Président M. Lapeyre.

Secrétaire, M. Barthélemy.

Secrétaire adjoint M. Malherbe fils.

Trésorier M. Lefeuvre.

Par acclamation, M. Delàmarre est maintenu bibliothécaire. Le Comité de rédaction et le Comité d'administration sont maintenus.

Le Secrétaire

Dr L. MOSTFOKT.



ceux qui n'ont que rarement recours aux saignées, en craignent beaucoup trop les suites. Il n'est pas vrai qu'il périsse autant de malades, par l'usage des saignées, qu'on pourrait le conclure des principes des ennemis de la saignée il est encore moins vrai qne ceux qui ne font presque point de saignées, voient périr autant de malades que semblent le croire les partisans des saignées (1). »

L'homme, en santé, peut souvent, nous le savons bien, s'habituer aux régimes les plus opposés, et atteindre, par diverses voies, la longévité. De même, l'homme en maladie peut se guérir avec ou sans le traitement spoliateur, même lorsqu'il semble le plus indiqué.

La médecine moderne peut-elle, doit-elle donc se passer de la saignée?

Voilà la question qui se pose naturellement.

A Paris, plus que partout ailleurs, la saignée, depuis quelques années, est complètement discréditée. La théorie de l'anémie domine l'Ecole, et un médecin éminent, M. N. Gueneau de Mussy (2) écrivait récemment que, depuis 20 ou 30 ans, il ne rencontrait plus jamais l'indication des émissions sanguines; ses notes antérieures, il l'avoue, en constataient pourtant d'heureux résultats.

Mais des auteurs plus jeunes MM. Peter (3) et Ferrand (4), par exemple, reviennent franchement à la saignée, tout en reconnaissant que la population parisienne, surtout celle qui fréquente les hôpitaux, en fournit rarement l'occasion. En province, les émissions sanguines n'ont jamais été absolument abandonnées la population, plus saine et plus vigou(1) Bordeu. Loc. cit., p. 403.

(2) Clinique médicale.

(3) Clinique médicale.

(4) Traité de thérapeutique médicale.


reuse, a permis et encouragé leur usage, même après la disparition des derniers partisans du système de Broussais. Nos jeunes confrères ont donc besoin d'être prémunis, en arrivant parmi nous, contre le dédain ou la répugnance qui, dans leurs études, leur ont été inculqués vis-à-vis de la saignée. Après quelques années de pratique, ils la jugeront mieux.

La science moderne nous enseigne que le sang extrait est bien vite remplacé par de l'eau, et que les globules restent diminués, en même temps que la fibrine s'accroît, sous l'influence du traitement spoliateur. Conséquemment, dit-on, la saignée agit sur le sang de la même manière, dans le même sens que la phlegmasie (1)

Les faits étant ainsi présentés, on conçoit qu'au milieu des nombreuses difficultés du début, les jeunes docteurs ne soient pas disposés à recourir à un moyen si plein de périls Mais on ne dit pas, avec les anciens auteurs si bien résumés par Hufeland (2), que l'effet premier et fondamental de la soustraction du sang est l'affaiblissement de la vie, et l'on n'explique pas dans quelles circonstances il peut être utile de soustraire une partie de la vie elle-même et de diminuer la somme de la vitalité, en attaquant celle-ci à sa source.

Affaiblir la vie quel anachronisme Qui oserait avouer aujourd'hui un pareil dessein ?

Il n'y a pourtant ni hérésie, ni déraison, par rapport à la médecine moderne, à vouloir soustraire, avec le sang, une partie de la vie, alors que tous les actes vitaux sont morbidement'précipités, suractivés, de telle sorte que l'exagération de la circulation, de la température et de la combustion orga(1) Jaccoud. Clinique de la charité, p. 50.

(2) Hufeland. Manuel de médecine pratique, p. 586.


niques entraîne une rapide dénutrition des tissus. La médication spoliatrice fait la part au feu, et à l'aide d'un sacrifice mesuré, s'oppose aux déperditions souvent bien plus graves qu'entraîne la maladie.

Je le sais, on peut parfois arriver au même but, en agissant tout différemment, avec les antipyrétiques, avec le sulfate de quinine, par exemple, le premier des toniques, suivant le professeur Gubler: ou bien, à t'aide des médicaments, dits d'épargne, le vin, le café, l'alcool, etc. Je connais toute la valeur de ces remèdes si précieux, dans les maladies aiguës, et je les emploie largement.: j'apprécie également les nombreux succédanés des émissions sanguines le tartre stibié, le calomel,. les alcalins, l'aconit et la digitale, etc. Mais je me fais un devoir de dire à ceux de mes confrères qui, par préjugé ou par timidité, négligent le traitement spoliateur, qu'ils se privent, à tort, d'un moyen sûr et rapide, et d'une ressource merveilleuse. Employées à propos et dans une juste mesure, les émissions sanguines offrent autant de garanties, sans plus de danger, que la plupart des autres méthodes thérapeutiques.

Si vous le voulez bien, Messieurs, j'examinerai donc brièvement, en jetant un coup d'oeil en arrière, sur ma pratique personnelle, dans quelles occâsions et dans quelles limites il y a lieu de conserver, .ou plutôt de reprendre, d'après l'état actuel de nos connaissances, la méthode des émissions sanguines.

Je vous dois d'abord un aveu quand je quittai les hôpitaux de Paris (décembre 1853), quoique j'eusse vu des maîtres éminents, fidèles aux anciennes traditions, ordonner encore parfois la saignée, notamment le docteur Moissenet qui, même à la Salpêtrière, savait tirer parti de ce moyen, la tendance déjà très-accentuée de l'Ecole de Paris pour l'abandon des émissions sanguines m'avait mis en défiance contre


elles. Mais ayant en bientôt ici à diriger la santé de personnes qui en avaient l'habitude, et ayant vainement essayé tons les moyens qui me parurent propres à les remplacer, je dus me résigner à reprendre la voie tracée par mes prédécesseurs. Encouragé par les heureux résultats que je constatai, je n'ai pas cessé d'employer la saignée tant en ville qu'à l'hôpital, toutes les fois que j'en ai trouvé l'indication.

L'indication Voilà le noeud de la question.

« Pour le médecin expectant systématique, dit avec raison le docteur Pidoux (1), il n'y a jamais d'indications; pour le médecin agissant systématique, il y en a toujours. Tant que celui-ci constate des symptômes, il faut qu'il s'y oppose. Le comble de l'art est de savoir éviter l'excès des expectants quand même, sans tomber dans celui des agissants quand même, »

Pour être bref, je reconnais tout d'abord que la médecine contemporaine est sage et prudente, en substituant l'indication de l'individu malade à l'indication nosologique. Le dogme de l'individualité domine la clinique, a dit le professeur Béhier.

Ainsi, il n'est plus aujourd'hui une seule maladie qui puisse, de par le nom qu'elle porte, nous forcer à ouvrir la veine, si le sujet ou les circonstances concomitantes nous en dissuadent.

Qu'il s'agisse d'une pneumonie ou d'une inflammation viscérale quelconque, d'une hémorrhagie, interne ou externe, d'un rhumatisme articulaire aigu, etc., etc., nous examinons froidement en quoi une émission sanguine peut être utile ou nuisible à l'individu malade nous noùs abstenons, ou nous agissons, après avoir pesé le pour et le contre. Voilà un premier progrès.

(1) Traité de thérapeutique. Médication antiphlogistique, il, p. 577.


En second lieu, nous savons qu'une foule de maladies, dites inflammatoires, guérissent seules par l'expeclation et par l'hygiène, ou bien sont menées à bon terme par des médications analogues ou même opposées à la médication spoliatrice; nous avons, par conséquent, à apprécier, dans chaque cas particulier, si nous devons épargner ou imposer la déperdition sanguine à l'organisme, pour la plus prompte et la plus heu- reuse solution de la phlegmasie. J'ai en vue, par exemple, les affections catarrhales des diverses muqueuses, toutes les phlegmasies légères, avec ou sans cachet diathésique, des organes internes ou externes. Evidemment, il y a là un second progrès dans la réserve gardée par la médecine moderne.

Enfin, dans une foule de maladies fébriles, compliquées d'inflammations de divers organes ou de divers tissus, telles que les fièvres éruptives, la fièvre typhoïde, l'érysipèle, etc., l'état général de l'économie et l'altération du sang ont assurément plus d'importance que la réaction fébrile et les phlegmasies consécutives à la toxémie. Ici encore je comprends et je partage l'éloignement, de plus en plus marqué, de la génération médicale contemporaine, par rapport à la médication spoliatrice.

Mais, ceci établi, je me demande si réellement l'abstention des émissions sanguines ne va pas trop loin. Sans rentrer, Dieu m'en garde, dans les discussions anciennes, je dirai simplement ce que je crois être la vérité Nous méconnàissons souvent aujourd'hui l'indication de la saignée, ou bien, nous lui préférons des médications qui ne la valent, ni ne la remplacent et il en résulte parfois de séfieux préjudices pour les malades.

Quelques exemples, si vous le permettez, pour prouver que les émissions sanguines peuvent être, même aujourd'hui, uliles, nécessaires, efficaces.


IIe Partie. OBSERVATIONS particbuèhes.

t

Les systèmes passent, les faits restent.

(Crcveilhier.)

Congestions.

Congestion cérébrale aiguë.

Un jeune homme de seize ans, de forte constitution, d'une assez bonne santé, mais sujet à de fréquentes épistaxis, éprouve, dans la matinée du 22 avril 1869, une vive contrariété il déjeune bien, comme à l'ordinaire, sort en voiture, puis se promené à pied, an soleil, dans un jardin. La chaleur était accablante et le temps très-orageux. A quatre heures et demie, rentré chez lui, il commence tout-à-coup à délirer il ne reconnaît personne de sa famille il demande son père, son frère qui sont devant lui il entre en fureur dès qu'on le contredit il ne me reconnaît pas non plus, quand j'arrive près de lui, une heure après le début des accidents. Il parle, il marche avec agitation, menace du poing ceux qui l'approchent et veulent le tenir assis sa force musculaire paraît accrue à un point remarquable»: la face est rouge, tuméfiée, exprimant la colère, les yeux injectés de sang, largement ouverts les pupilles moyennes, égales les veinés du cou gonflées il accuse un violent mal de tête. Le pouls est large, régulier, résistant, battant 84 fois par minute.

Je me décide à lui pratiquer une saignée du bras, en le faisant maintenir, assis sur une chaise. par un homme vigoureux. Il ne remue point à la piqure de la lancette, et croit qu'on lui a ouvert un petit furoncle. Il s'étonne seulement de la quantité de sang que rend ce bouton 400 grammes de sang sont tirés sans que le pouls ait faibli. Mais bientôt après


la saignée un commencemeut de défaillance se produit. Je vous fais grâce des détails la saignée fut renouvelée le lendemain; des sangsues derrière tes oreilles furent appliquées, etc. Le malade se rétablit parfaitement (1).

Quel moyen, aussi promptement, aussi sûrement efficace, ceux qui ne veulent plus de la saignée auraient-ils pu proposer dans un cas semblable ? Ici, la vie était en jeu, je ne crains pas de le dire mon honorable collègue, le professeur Letenneur a vu et soigné le malade avec moi le traitement spoliateur a non-seulement sauvé la vie, mais prévenu tous les accidents ultérieurs que l'on pouvait craindre.

Congestion cérébrale chronique aboutissant à la paralysie générale.

M. X. âgé de 55 ans, a eu, vers l'âge de 25 à 30 ans, l'habitude de se faire saigner chaque.année une ou plusieurs fois. Il avait renoncé, depuis plus de vingt ans, à cette coutume, quand, sous l'influence de travaux de cabinet, trèsassidus et très-prolongés, il devient morose il perd la mémoire il se trompe à chaque instant dans ses écritures et dans ses comptes. En même temps il perd l'appétit et le sommeil au moral et au physique il est méconnaissable. Il se plaint de vertiges et de mal de tête on attribue ces accidents à des troubles gastriques un vieux médecin de son pays parle d'une application de sangues. Mais à Nantes, cette 0 proposition est fortement blâmée. Le mal s'aggrave; M. X. est obligé de se démettre d'une partie de ses fonctions. Quand je le vis pour la première fois, je crus à un ramollissement (1) L'observation se trouve, in extenso, dans le Journal de médecine de l'Ouest, du 30 jnin 1869, avec deux.autres cas analogues, traités également par la saignée.


cérébral, et, malgré le fait des émissions sanguines d'autrefois qui me fit songer à la saignée, je me contentai de prescrire purgatifs, stomachiques, arsenic, etc.

Après de nouveaux examens, voyant l'état stationnaire, frappé de la turgescence des veines, je me décidai enfin à pratiquer une saignée du bras. Elle fut très-bien supportée le sang était un peu couenneux le caillot rétracté, assez volumineux.

La langue du malade se délia presque instantanément; un mieux sensible s'accentua, sous tous les rapports, dans la semaine qui suivit la saignée le caractère redevint doux et traitable; le travail de plume put être repris, sans nouveaux maux de tête. Toute médication avait été interrompue. 11 fut pour la famille, comme pour moi, parfaitement évident que la saignée avait. rendu la vie à cet homme. Mais il avait souffert pendant deux ans, avant de trouver un remède qui le soulageât.

Malheureusement, mes craintes se renouvelèrent au bout de quelques mois, et le malade mis dans une maison de santé, avec des signes de paralysie générale, vient d'être frappé d'hémiplégie, avec accidents éclamptiques consécutifs.

Les anciens avaient-ils tort de prescrire une émission sanguine après les grandes fatigues du corps et de l'esprit ? Croit-on qu'en rétablissant cette règle, avec toutes les réserves que comporte la science contemporaine, il y eût quelque danger pour les malades? Ne préviendrait-on pas parfois des malheurs semblables à celui que je viens de raconter? Je me suis trouvé récemment, en conflit amical, avec un jeune confrère, très-instruit, qui voyait l'indication du fer, de l'arsenic, du bromure de potassium, etc., chez un notaire qui avait une céphalalgie permanente, avec tendance au sommeil, turgescence des veines, etc.

Malgré la pâleur de la face et la faiblesse momentanée du


pouls, j'opinai pour la saignée, en raison des fatigues nombreuses et prolongées, que le malade avait imposées à son cerveau, pendant tont l'hiver.

Après quelques jours d'essais infructueux, la saignée fut faite et rétablit rapidement le malade.

Je pourrais ajouter que j'ai fait plusieurs fois, avec succès, l'expérience personnelle du même moyen, dans des conditions identiques.

J'évite à dessein la question, justement controversée, de la saignée dans l'hémorrhagie cérébrale, laissant à la sagacité de chacun la décision, aussi délicate que difficile, que les circonstances individuelles peuvent inspirer.

Congestion pulmonaire aiguë.

Dans un mémoire récent sur les hémoptysies congestionnelles (1), j'ai cité plusieurs faits qui me semblent suffisamment probants en faveur de la saignée, en présence d'une oppression extrême, subite, avec râles fins et abondants, dans divers points du thorax, expectoration écumeuse et rosée, ou bien, hémoptysie plus ou moins sérieuse.

Je n'examine point les causes, §i diverses, de cet ensemble symptomatique mais je dis que, l'individu étant apte à subir une saignée, nul moyen n'égale encore l'émission sanguine en pareille occurrence.

Conçoit-on que dans l'accès d'asthme, chez de jeunes sujets, à face vultueuse, à veines turgescentes, à pouls plein et résistant, nos jeunes confrères négligent ou dédaignent l'élément congestif et son remède, si simple, si prompt et si sûr, l'ouverture de la veine

Vomitifs, révulsifs, antispasmodiques, papiers el cigarettes (1) Trastour. Journal de médecine de l'Ouest, 1872. Nantes.


de tout nom, que valent-ils en comparaison de cette vieille méthode appliquée à propos ?

J'en faisais dernièrement encore l'épreuve, avec mon confrère, le docteur David,, de Campbon, sur une jeune fille qui, depuis plusieurs jours, étaient dans les affreuses angoisses d'un accès d'asthme l'oppression cessa peu d'instants après' la saignée.

J'ai constaté tant de fois le même résultat, tant à l'hôpital qu'en ville, que si l'âge, une grave complication cardiaque ou une autre contre-indication n'y mettent pas obstacle je recours volontiers, dans l'accès d'asthme, à l'ouverture de la veine.

Il faut voir avec quel bonheur, les malades, dès que le sang coule, dilatent leur poitrine il faut entendre les expressions énergiques, avec lesquelles ils témoignent du bien-être immédiat qu'ils obtiennent, pour être à tout jamais converti à la saignée.

Phlegmasics aiguës.

Toutes les phlegmasies, à capite ad pedes, avaient jadis pour principal remède les émissions sanguines. Nos ouvrages classiques les mettent encore en première ligne mais, qui obéit à ce conseil aujourd'hui ?

M. Louis a surabondamment prouvé que l'emploi hâtif de la saignée abrégeait certainement la durée des principales de nos phlegmasies aiguës franches. Il est inutile d'y revenir, sinon pour dire que toutes les médications que je vois employer, autour de moi, au lieu des émissions sanguines trop redoutées, n'ont point des résultats aussi prompts et aussi sûrs.

La pleurésie, par exemple, qui, suivant Andral et Louis, était d'nn pronostic si peu grave, n'est devenue une affection,


si souvent redoutable, Peter en fait avec raison la remarque, que depuis l'abandon du traitement spoliateur. En province, ce traitement est moins délaissé, les complications, les suites, les épancbements considérables nécessitant la thoracentèse, etc., sont moins graves et plus rares qu'à Paris. Quand je vois avec quelle facilité on triomphe souvent, par la saignée, de la pneumonie, alors qu'elle peut être traitée, dès le début je ne m'explique pas l'anathème prononcé aujourd'hui contre cette médication. Et cependant je suis loin de dire qu'il faille saigner tous les pneumoniques Qu'on relise l'admirable médication antiphlogistique du traité de thérapeutique de Trousseau et Pidoux. Je n'ai rien à y ajouter mais pourquoi ces pages, -qui font honneur, à la médecine française de notre époque, sont-elles oubliées ? Il y a 3 on 4 ans, je vis au Carmel une religieuse de 80 ans atteinte de pneumonie elle me sembla vouée à une mort certaine et rapprochée. Mais on me dit qu'elle avait eu jadis l'habitude des émissions sanguines. J'avais vu à la Salpêtrière .le docteur Moissenet saigner des femmes de 80 ans et plus, et, sur 65 cas de pneumonie, recueillis dans son service, 31 malades avaient été saignés; 18 guérisons, 13 morts; tel était le résultat de la statistique pour des pneumonies de vieillards, ce n'était pas trop mauvais. Je saignai donc la malade elle trouva moyen, dans le jour, de défaire sa ligature, et renouvela, pour ainsi dire, sa saignée. Elle se rétablit si bien que, l'année suivante, on me pria de la saigner encore dans la crainte d'une nouvelle phlegmasie pulmonaire qui semblait menaçante.

Ce fait prouve que parfois, même chez les vieillards, la pneumonie permet, exige la saignée. C'est une exception, j'en conviens. Mais combien de pneumonies seraient ainsi, arrêtées, à leur début, dans l'âge adulte, sans les préjugés qui dominent à présent!


On dit les pneumonies qui guérissent, chez l'adulte, par ou malgré la saignée, se seraient aussi bien guéries par l'expectation.

Je réponds qu'il n'en est rien et que nous voyons trop souvent, dans les hôpitaux, arriver tardivement, au sixième, huitième jour de la maladie, de malheureux ouvriers qui n'ont point été traités, et qui succombent rapidement, quoi qu'on fasse.

On objecte encore la fameuse statistique citée dans la clinique de Jaccoud (1). Les faits qu'elle présente sont, en effet, accablants pour la saignée et le tartre stibié, et complètement favorables au traitement tonique.

Les faits que j'observe, en ville et à l'hôpital, ne sont pas en rapport avec cette statistique. J'emploie aussi largement que qui que ce soit le vin et les alcooliques dans la pneumonie; j'ai même publié des succès inespérés dus à cette méthode, dès son apparition en France mais je suis obligé de dire que je suis loin d'être aussi heureux que le professeur Beunett d'Edimbourg avec le traitement tonique. Quels sont les médecins français qui, dans les hôpitaux, ont obtenu des' succès semblables ? Je n'en connais pas.

D'autre part si aux statistiques recueillies exclusivement dans les hôpitaux, nous pouvions opposer des statistiques, composées uniquement des faits recueillis dans la pratique privée, combien les résultats seraient différents La vérité est que, dans les hôpitaux, malgré tous les toniques et malgré l'abandon presque général, de la saignée, la mortalité des pneumoniques, est toujours considérable, tandis qu'à la campagne et en ville, où l'opportunité de la saignée est encore admise par un certain nombre de médecins, l'issue fatale est l'exception, sauf chez les vieillards. (1) Jaccoud. Clinique de la charite, p. 70.


Mais, dira-t-on avec raison, il n'est pas possible d'établir une comparaison entre des éléments aussi dissemblables les pneumonies de la campagne ou de la ville d'une part, et les pneumonies des hôpitaux de l'autre les pneumonies des gens aisés, sobres, soignés, et les pneumonies des pauvres, accablés par la misère, les privations, la débauche et le défaut de soins

C'est bien mon avis aussi n'ai-je pour la statistique qu'une faible considération et, pour chaque cas, je cherche ailleurs que dans les chiffres mes inspirations et mes moyens thérapeutiques.

Hydropisies actives.

Les émissions sanguines locales, dans la péritonite, la métrite, la métro-péritonite, l'ovarite aiguës, etc., n'ont jamais manqué de partisans et d'éloquents défenseurs, même à Paris il me suffira de citer MM. Béhier, Bernutz et Goupil, etc. Les inflammations des séreuses sont encore généralement attaquées par les sangsues ou les ventouses scarifiées. Mais si l'hydropisie semble l'emporter sur la phlegmasie, on hésite, à bon droit, à tirer du sang. Il y a des cas cependant od une émission sanguine est indispensable une ascite aiguë, causée par un refroidissement, exige parfois une saignée, comme une pleurite avec épanchement séreux. Qu'une tumeur intra-abdominale, de nature bénigne, cause également une ascite aiguë, il faudra recourir encore aux émissions sanguines. J'en ai vu récemment un exemple. Des sangsues, appliquées sur le ventre, ont arrêté les progrès d'une ascite, rapide et douloureuse, qui menaçait de suffocation une malade atteinte de tumeur ovarique. Dix sangsues soulagèrent immédiatement; mais, au bout de deux jours, une seconde application fut nécessaire, amena les menstrues et


favorisa la disparition de l'hydro-phlegmasie. J'ai été obligé ultérieurement, il est vrai, de recourir à la paracentèse. Les rhumatismes cérébraux pour lesquels on vantait récemment les bains réfrigérants, le chloral, etc., me semblent aussi réclamer parfois les émissions sanguines, locales ou générales, en raison de l'hydro-phlegmasie des méninges." Mais, j'ai hâte de finir quelques mots seulement sur les pléthoriques.

Des pléthoriques.

Rara avis, dira-t-on. Où voyez-vous des pléthoriques? Est-ce que, grâce à la civilisation, à nos habitudes, à la cherté des vivres, au travail excessif de la plupart des hommes, etc., etc., il y a encore des sujets qui fabriquent trop de sang, qui souffrent de l'excès de leur sang ?

La pléthore morbide trouve encore grâce devant' nos modernes iatro-mécaniciens mais la pléthore physiologique, pour eux, est une chimère.

Il y a pourtant encore des gens qui, physiologiquement parlant, se nourrissent bien et dépensent peu il y a certainement des sujets qui, môme sobres et actifs, ont une faculté singulière pour la formation du sang. Tuut, chez eux, se transforme en sang, répète Pidoux avec la foule. J'ai traité, pendant dix ans et plus, des sujets dans ces conditions plusieurs d'entre eux étaient névropathes, et malgré l'aphorisme sanguis frenat nervos, réclamaient impérieusement la saignée.

Qui nie ces fails, n'a pas observé ou n'a pas voulu voir. Eh bien à ces pléthoriques que ferez-vous, jeunes et savants confrères que la lancette fait pâlir ? (1 )

(1) La saignée est considérée comme une petite opération si facile,


Le bicarbonate de soude, le bromure de potassium, l'aconit, elc, que vous donneront-ils ? Rien, ou presque rien. Vos malades se lasseront de vos essais infructueux et s'ils ont jadis obtenu du soulagement des émissions sanguines, ils vous forceront la main c'est ce qui m'est advenu. Sachons reconnaître les sujets pléthoriques, les sujets qui ont un besoin réel des émissions sanguines, non-seulement aux grands signes que personne n'a pu encore oublier, mais à ces petits signes, si ingénieusement signalés par nos vieux auteurs. Ici encore, il faut renvoyer aux remarques particulières sur le diagnostic de la pléthore (1).

Dans le doute, ce n'est -pas le cas de s'abstenir il faut, au contraire, essayer d'une émission sanguine, alors que nos moyens ordinaires échouent. Nous serons fort étonnés de voir beaucoup de nos malades se louer d'un retour aux vieilles coutumes avec de la réserve et de la prudence, dans tous les cas, le mal ne peut être grand.

Un arbre émondé pousse avec plus de vigueur une soustraction sanguine excite et active l'hématopoièse. Cela est certain, et l'objection des gens du monde est fondée, quand qtie les grands médecins et les grands chirurgiens ne s'exposent jamais à la confusion de ne pas la réussir du premier coup. Pour éviter autant que possible à mes jeunes confrères le désagrément que je signale, je crois utile de consigner ici trois petites règles qui m'ont beaucoup servi 1» Ne jamais saigner une veine superposée à une artère on a .alors plus de hardiesse, on ne craint pas d'aller trop profondément 2o Si aucune veine convenable ne parait au pli du coude, ne pas craindre de saigner à l'avant-bras, à la main ou au pied Serrer très-fortement la ligature et laisser gonfler la veine, assez longtemps pour que la lancette entre, pour ainsi dire, d'elle-même, et fasse au vaisseau distendu, comme à la-peau, une ouverture suffisamment large on desserre, s'il le faut, la bande, après l'incision faite. (1) Traité de thér. Trousseau et Pidoux, p. 640.


ils refusent une saignée, de peur d'en prendre l'habitude. Mais ne vaut-il pas mieux laisser répéter, au besoin, une émission sanguine que. de courir les risques d'une infirmité incurable ?

Voici ma conclusion Sans prétendre, en thérapeutique, à une certitude que l'art médical ne comporte pas plus que l'art de la guerre, on peut dire que la médecine contèmporaine a eu tort d'abandonner les émissions sanguines. Elle a créé, il est vrai, une foule de petits chemins de traverse pour remplacer la grande route que nos ancêtres nous avaient tracée. Mais la raison et l'expérience doivent nous ramener à la pratique de la saignée, en nous maintenant dans une juste modération uli, non abuti.



Résumé des opérations faites pendant le mois de novembre 1875. PRESSION BAROMÉTRIQUE..

Moyenne du mois, 759,78 minimum observé, 738,5 le 10, à 9 h. du soir; maximum observé, 773,5 le 18, à midi; moyenne diurne la plus basse, 743,43 le 10 la plus haute, 772,66 le 18.

TEMPÉRATURE.

Moyenne des minima diurne, 5°, 72 i des maxima diurne, 10°,99; des extrêmes 8°,35; du mois, 8°,25; moyenne diurne la plus basse, 1°,46 le 30 la plus. haute, 15°, 06 le 2 minimum absolu, 4°,0 le 30 maximum absolu, 18",2 le 2.

VENTS.

Direction N., 5 jours; N.-E., 4 E., 1; S.-E., 4; S., 1; S.-O., 2; O., 10; N.-O., 3.

Force calme, 6 jours faible, 3 modéré, 9 assez fort, fort, 2; très-fort, 1; violent, 0; tempête, 3.

ÉTAT DU CIEL.

Découvert, 0; peu nuageux, 4; nuageux, 2; très-nuageux, 11; couvert, 13 brouillard, 3 brumeux, 12; rosée, 5; gelée blanche, 4; neige, 4 glace, 5; éclairs sans tonnere, 0; orage avec éclairs et tonnerre, 0; grèle; 0; verglas, 1; pluie ou pluvieux, 19; lesquels ont donné 144,5 d'eau. Le jour te plus pluvieux a été le 10 (44,0 d'eau).


Résumé des opérations faites pendant le mois de décembre 1875. PRESSION BAROMÉTRIQUE.

Moyenne du mois, 766,35; minimum observé, 754,60 le 3, à 7 h. matin maximum observé, 776,0 le 26, à 7 h. matin moyenne diurne la plus basse, 755,73 le 3 la plus haute, 775,0 le 28.

TEMPÉRATURE.

Moyenne des minima diurne, 0°,22; des maxima diurne, 6°,12 des extrêmes, 3°,17 du mois, 2°,95 moyenne diurne la plus basse, 4°,93 le 8; la plus haute, 12°,00 le' 22; minimum absolu, 9°,2 le 8; maximum absolu, 12°,8 le 22.

VENTS.

Direction: N., 4 jours; N.-E., 10 E., 2; S.-E., 3; S., 2; S.-O., 4; 0., 2 N.-O., 4.

Force calme, 22 jours ;̃ faible, 4 modéré, 1 assez fort, 3; fort, 1 très-fort, 0; violent 0; tempête, 0.

ÉTAT DU CIEL.

Découvert, 4; peu nuageux, 1; nuageux, 3; très-nuageux, 10; couvert, 13; brouillard, 10; brumeux, 18; rosée, 10; gelée' blanche, 13; neige, 2; glace, 14; éclairs sans tonnerre, 0; orage avec éclairs et tonnerre, 0; grèle, 0; verglas, 2; pluie ou pluvieux, 7; lesquels ont donné 33,05 d'eau. Le jour le plus pluvieux a été le 20 (12,8 d'eau).

Le Directeur de l'Observatoire,

Auguste Leeievre.



TABLE

DES NOMS DES AUTEURS.

Dianoux. Note sur un cas de rétinite albuminurique. 12b Lapeybe. Relation d'une épidémie de fièvre typhoïde observée sur les militaires de la garnison de Nantes. 100 Ltjneau. Avortement à cinq mois. Enroulement du cordon. 20 Avortement. Caduque ovulaire sans embryon. – Dysménorrhée pseudo-membraneuse. 89 MALHERBE (père). Fièvre paludéenne, hémorrhagie. 51 Paralysie saturnine locale par absorption directe. 72 MALHERBE (A.). Note sur un cas de fièvre typhoïde. 60 Procès-verbaux de la Société Anatomique de Nantes. 25, 76, 132

Montfort. Empoisonnement par le laudanum de Sydenham. Guérison. 17 Contusion du globe oculaire. Enucléation 66 Bulletin de séances de la Société de Médecine de Nantes 5, 35, 83 et 143


Rouxeau. Nouveaux faits pour servir à l'histoire des injections hypodermiques de sulfate de quinine. 44 Teillais. Observation d'emphysème. 95 Trastouk. L'abandon de la saignée est-il un progrès ? 148


TABLE ALPHABÉTIQUE

DES MATIÈRES.

Avortement à cinq mois. Enroulement du cordon, par

le D' G. Luneau. 20 Avortement. Caduque ovulaire sans embryon.

Dysménorrhée pseudo-membraneuse, par le Dr G.

Luneau 89 Bulletins des séances de la Société de Médecine de

Nantes. 5, 35, 83 et 143 Contusion du globe oculaire. Enucléation, par le D''

Montfort. 66 Emphysème (Observation d'), par le Dr Teillais. 95 Empoisonnement par le laudanum de Sydenham.

Guérison, par le Dr Montfort. 17 Epidémie (Relation d'une) de fièvre typhoïde observée

sur les militaires de la garnison de Nantes, par le Dr

Lapeyre. 100 Fièvre paludéenne, hémorrhagie, par le Dr Malherbe,

père. 51 Fièvre typhoïde (Note sur un cas de), par le Dr A.

Matberbe. 60


L'abandon de la saignée est-il un progrès ? par le Dc Trastour 148 Nouveaux faits pour servir à l'histoire des injections hypodermiques de sulfate de quinine, parle Dr Rouxeau. 44 Observatoire municipal de Nantes. 31, 79, 140 et ,Paralysie saturnine locale par absorption directe; par le Dr Malherbe père 72 Rétinite albiiminurique (Note sur un cas de), par le Dr Dianoux 125 Société Anatomique de Nantes 25, 76 et 132