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Title : Artisans français : étude historique. Les miroitiers / par François Husson,...

Author : Husson, François (1828-19..). Auteur du texte

Publisher : (Paris)

Publication date : 1903-1906

Subject : Artisans -- France

Set notice : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30630481z

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : French

Format : 9 vol. : ill. ; in-12

Rights : Consultable en ligne

Rights : Public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k1104948

Source : Bibliothèque nationale de France, département Sciences et techniques, 8-V-29697 (5)

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Online date : 15/10/2007

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Lauréat de la Ligue Française de l'Enseignement, de la Société Centrale dcs français et de la Société de la Participation aux bénéfices; adjoint au Conseil d'ddministrafion du Groupe syndical de l'Industrie et du Bâtiment*

CHEZ MARCHAL & BILLARD, éditeurs 27, PLACE DAUPHINE, 27

ÉTUDE HISTORIQUE

PAR

FRANÇOIS HUSSON

Officier de l'Instruction Publique

PARIS

1904


FRANCAIS

LES MIROITIERS ÉTUDE HISTORIQUE


DU MÊME AUTEUR

Dictionnaire dix Serrurier, avec notes historiques et bibliographiques. Prix broche, 3 fr.; cartonné 3 50 Manuel du Serrurier, a l'usage des Ecoles profession- nelles, ouvrage illustré de 12b" ligures » Nos Métiers à travers les âges. Curiosités de l'art de la construction et de divcrses industries; ou·rra;;c honoré de la souscription de la Ville de Paris, 1 vol, in-IS. 3 50 L'Industrie devant les problèmes économiques et sociaux. [Trauail-iluluqlilé-Epargnc); ouvrage récompensé à l'Exposition universelle de (Economie sociale], 1 vol in-18 3 50 La Seconde Révolution française. solution pacifique de la question sociale ouvrière, avec préface de M. I-rédéric PASSY ouvrage honorédu patronage et de la souscription de la Société de la Participation aux bénéfices. du prix Charles RouEnT, et d'une médaille d'argent à l'Exposition universelle de 10ÛU 2 » Artisans et Compagnons. Etudes rétrospectives sur les Métiers. Ouvrage illustré, honoré de souscriptions diverses Artisans français. Etudes historiques renfermant des documcntsinedits: statutsetrèglementsdepuis saintLouis et le roi Jean jusqu'à Louis XVI; œuvres et écrits des artisans célèbres. etc., etc.

Cette série comprend les Serruriers, les Menuisiers, les Charpentiers, les Maçons et Tailleurs DE pierre, les Couvreurs et Plombiers,' les Miroitiers. Chacune de ces études forme un beau volume illustré du prix de 5 » Les six ouvrapes ctui précèdent ont été l'objet de souscriptions du Gronlre syndical de l'Industrie et du Bâtiment et des Chambres de Maçonnerie, de Charpente, de Menuiserie, de Serrurerie, de Couverture et de Miroiterie. Ils Ant été récompensés par la Société Centralo des Architectes français. (Médaille d'argent).

Manuel élémentaire de fortification. Publication de la Réunion des officiers, par le lieutenant Fr. Husson, du 28' Régim' territorial d'infanterie, 1 vol. in-12, (30 figures. 3 » Manuel élémentaire de topographie et de lecture de cartes, même publication, 1 vol. in-12. '14- ligures 2 » Etc., etc.


LEs Glaces soufrÊéRs au XVFII' SIÈCLE


ARTISANS FRANÇAIS

ÉTUDE HISTORIQUE

PAR

FRANÇOIS HUSSON

Officier de l'Instruction Publique

Lauréat de la Ligue Française de l'Enseignement, dc la Société Centrale des ̃ Architectes français et de la Société de la Participation aux bénéfices; Membre adjoint au Conseil d'Administration du Groupe syndical de l'Industrie et'du Bâtiment.

PARIS

CHEZ MARCHAL & BILLARD, éditeurs PLACE DAL'PHIXE, 27

1904


A NOS LECTEURS

Voici le sixième volume de nos études historiques et de législation ouvrière des métiers. Il s'agit ici des miroitiers, gens d'industrie et de commerce dont les travaux et les produits appartiennent à l'art décoratif.

On voit que nous poursuivons loeuvre que nous avons entreprise de faire revivre nos ancêtres dans l'exercice de leurs diverses professions. Remuer les cendres du passé, y trouver les traces d'une civilisation toute particulière, y reconnaître les ruines d'une organisation sociale instituée par la sagesse et la bonté et plus tard perdue par l'égoïsme des intérêts; réveiller les artisans des âges éteints, écouter leur langage naïf et loyal, découvrir les secrets de leur existence d'ordre et de travail, cela, certes, n'est pas banal.


Eh bien, c'est ce que font avec nous, les lecteurs qui veulent bien nous prêter un peu d'attention. Leur imagination les transporte alors au milieu des siècles écoulés où la paix et l'accord fraternel régnaient dans les coeurs de ceux auxquels le pays doit sa richesse, comme l'homme doit à l'abeille le miel fabriqué dans la ruche. Nous avons nommé les gens des anciens métiers. Quelle différence avec les temps actuels où la discorde est la maîtresse souveraine des âmes Autrefois la vie de l'artisan était toute patriarcale. L'obéissance dans le magasin, dans l'atelier, sur le chantier, était de la soumission filiale. Le maître était un véritable père de famille. Les heures du repos étaient des heures amicales et souriantes; elles s'écoulaient, pour le maitre et l'ouvrier, devant le même foyer, à la même table la table commune, c'est-à-dire, où communiaient, dans le sens élevé du mot, celui qui ordonnait le travail journalier et ceux qui l'exécutaient. Quand le rideau se lève sur ce tableau heureux et tranquille du moyen-âge, quand les voiles du passé s'entrouvrent, on a, devant les yeux un spectacle noble et grand où l'amour du prochain et l'assistance cordiale se rencontrent toujours. Le chantier et l'atelier sont en pleine activité la scie grince et mord la pierre, la forge étincelle, l'enclume résonne, la navette du tisserand court,


agile. L'artisan s'agite et poursuit gaiement son labeur pour la gloire et l'honneur de la maison du maître qu'il aime et dont il est aimé et les vieux refrains des chansons de France sont sur ses lèvres.

Voilà les mœurs et les coutumes professionnelles d'autrefois, comme on dit du bon vieux lemps où, sagement, les maîtres des métiers se donnaient eux-mêmes des lois ou règlements qu'ils ne pouvaient enfreindre et que la sanction royale confirmait.

Valent-elles mieux, les époques de fièvre et d'exaltation politique et sociale? Poser la question, n'est-ce pas la résoudre? C'est comme si l'on demandait si la régularité, l'ordre et la discipline sont nécessaires dans une société bien organisée et si l'on ne préférait pas, à ces qualités du devoir: la confusion, le désordre et la révolte.

Au surplus, nous constatons simplement des faits et voilà tout. Cela ne veut pas dire que nous ne croyons pas au progrès bien loin de là. Notre vie toute entière atteste notre dévouement aux idées largement libérales et progressives. Mais nous estimons que la marche ascendante vers le bien, vers le mieux, doit-être lente pour être certaine et profitable et non pas rapide et brusque, parce qu'elle est alors toujours mal étudiée, mal comprise et de très courte durée. Voilà


une vérité que nous n'avons que trop souvent reconnue dans notre longue carrière c'est l'expérience qui nous dicte ces lignes; elles n'ont aucunement la prétention de protester contre les exigences impérieuses de l'action inflexible est éternelle.

Juin 1904.

N.-B.- Les lcctcurs qui ont bien voulu nous suivre depuis le début de la série d'études dont fait partie le présent ouvrage, ont dû remarcluer que, malgré la forme collective de cette série, chaque œuvre qui la compose. est un livre il part, pouvant se détacher facilement de l'ensemble.

Cette méthode a été volontairement adoptée après mûre réflexion.

On ne sera point alors étonné de rencontrer, dans le cours de ces études, quelqucs répétitions, forcément inévitables, lorsqu'il s'agit, par exemple, de l'organisation générale des communautés ouvrières, etc., etc.


Les Verriers de Thcbes d'Egypte. Tombes de Beni-Hassan

(35oo ans av. J.-C.)

CHAPITRE PREMIER

Etymologie des mots Miroirs, Miroitier, Glaces. La verrerie et la miroiterie dans les temps antiques et au moyen-âge. Les verriers de Venise. Les glaces soufflées et coulées.

Si nous consultons Lillré, le plus savant et le plus exact de nos étymologistes, nous trouvons que mirer vient du mot latin mirari, dont le sens est admirer. Quant au mot miroir, l'ancien berri- clion dit mirouer, miroué; le vieux bourguignon, mira; le provençal mirador. Miroitier vient naturellement de miroir, mais l'r a irrégulièrement


disparu et l'on devrait dire miroirier. On écrivait, au XIIIe siècle miroérier (1).

Quant au mot glace il ne faut pas chercher longtemps. Les miroirs de grande dimension que l'on appelle des glaces sont ainsi désignés parce qu'ils rappellent, par leur aspect, feau solidifiée par le froid.

Le verre était connu dès la plus haute antiquité. Les Egyptiens et les Phéniciens ont pratidué l'art de la verrerie Alexandrie et Sidon étaient renommées pour cette industrie.

Les anciens travaillaient le verre comme on le fait encore de nos jours, parles procédés du soufflage, du moulage et de la taille. Leurs opérations sont figurées sur des fresques thébaines; elles étaient celles des premiers verriers phéniciens. Les appareils reproduits par ces antiques peintures sont des fourneaux rudimentaires, des creusets. Les fellahs du temps d'Aménophis il y a trente siècles au moins,- cueillaient le verre en fusion et l'enroulaient sur un tube en métal dans lequel ils soufflaien t.

« Le procédé du soufflage du verre est repréTaille de 1292. Voyez plus loin, à l'artietc qui traite de cet impôt.


senté dans les peintures des tombes de BeniHassan, qui datent du règne du premier Osirtasen, c'est-à-dire de plus de trois mille huit cents ans, de la même manière qu'on le retrouve dans les monuments plus récents datant de la conquête des Perses, et qui, ainsi qu'on peut le voir, ne peuvent laisser le moindre doute sur l'opération que ces dessins représentent. »

Parmi certains exemples de l'industrie verrière des Egyptiens, Wilkinson mentionne une petite houle de verre ou grain de collier trouvée à Thèbes, et portant le nom de la femme d'un pharaon qui vivait environ 1500 ans avant J.-C des bouteilles de verre se trouvent représentées sur les monuments de la quatrième dynastie qui a précédé de beaucoup celle des Osirtasen, monuments qui ont plus de 4000 ans (1).

Quel fut le premier des miroirs?

Ce fut la nature qui le fournit à l'humanité naissante nous ne savons plus quel est l'auteur contemporain qui écrivait ceci « Une glace, un (1) Guide du Verrier, par G. Bontemps qui cite ici l'ouvrage de Sir Gaudnek Wilkinson « Manners and customs of the ancient Egijplians ».


miroir, c'est de l'eau figée ». En effet, c'est dans l'eau des fontaines que l'on voit Èvc se mirer. Dans les « Recherches sur les miroirs des anciens», Léon Ménard fait cette-remarque Le cristal des eaux servit l'amour-propre des hommes, et c'est sur cette idée qu'ils ont cherché à multiplier leur image A ce compte-là, on ne peut nier que Narcisse, fils du fleuve Céphise et de la nymphe Liriope, fut l'un des premiers qui, contemplant son image aux bords d'une fontaine, eut l'idée du miroir, ce qui le perdit, comme on le sait. Désespéré de ne pouvoir se saisir de l'objet que lui présentait l'onde réfléchissante de ses propres traits, il mourut de douleur et fut changé en cette belle fleur odorante qui porte son nom. Après avoir rappelé l'opinion de Pline qui prétend qne « la découverte des miroirs appartient à ceux, qui, les premiers, ont aperçu leur image dans les yeux de leurs semblables u, nous nous dégagerons des fictions mythologiques et poétiques et nous chercherons les véritables origines du miroir. Cet instrument de toilette remonte à la plus haute antiquité. Les livres sacrés en font mention comme étant d'un usage très répandu. Et l'Exode cite ce fait souvent reproduit Moïse fit un bassin d'airain avec sa base, des miroirs des femmes qui veillaient à la porte des taberna-


des (1). n Ce bassin était celui de l'autel des holocaustes.

Ces miroirs étaient donc de métal poli.

Trois cents ans avant J.-C., le phare d'Alexandrie avait, dit-on, un miroir de verre à l'aide duquel on pouvait découvrir les vaisseaux à 50 milles de distance.

Pline le jeune, en parlant du verre, s'exprime ainsi

« Depuis des siècles », dit-il, a le sable du fleuve Bélus (2) n'a pas cessé d'être la féconde mine qui a alimenté les verreries. La tradition rapporte que des marchands de nitre qui prirent terre sur cette plage, voulant cuire leurs aliments et ne trouvant pas de pierres sur le rivage pour servir de trépied à leur chaudière, y suppléèrent avec des blocs de nitre qu'ils tirèrent de leur vaisseau qui en était chargé. Le nitre entrant en fusion par l'ardeur du feu et s'étant mêlé au sable de la plage, on vit couler un liquide nouveau et transparent formé de ce mélange, d'où vient, diton, l'origine du verre. »

(1) Exodc; XXXVIII, 8. Traduction LE Maistre DE Sacy. (2) Fleuve-de Phénicie.


On a traité ce récit de fiable, parce que la température obtenue de la façon que Pline indique, était loin d'être suffisante pour faire naître le verre de ce composé.

Quoiqu'il en soit, la belle industrie de la verrerie se répandit de Sidon et d'Alexandrie en Italie, et, du temps de Pline, on commençait à la connaître d'abord en Espagne, puis en Gaule, où les verreries existèrent bientôt en grand nombre et devinrent très florissantes pour disparaitre à l'époque des invasions des Barbares.

Cependant, le tombeau ouvert de Childéric Ier mort en 431, renfermait des verroteries en forme de mosaïques entourées d'or. Du reste, au temps de Saint-Louis, nous retrouvons les Cristalliers réunis en communauté ils pratiquaient justement et depuis un temps immémorial, cette industrie de luxe.

Les anciens savaient colorer le verre beaucoup mieux que l'obtenir incolore et surtout bien transparent. Le vase dit de Barberini, découvert, au xvie siècle, dans le tombeau de l'empereur Alexandre Sévère, est en verre, à deux couches superposées. Celle du fond est d'un bleu très foncé il est orné de figurines en bas-relief représentant le


mariage de Thétis et Pelée. La composition en est d'un dessin très pur et d'une rare élégance; elle est exécutée en émail blanc opaque soudé sur la paroi de cet objet, merveilleux specimen de l'art antique appartenant au musée britannique de Londres, lequel le tient de la duchesse de Portland qui l'avait payé 46.800 francs.

D'autres verres étaient doublés, portaient des inscriptions, comme la coupe appartenant à la famille Trivulzi sur laquelle sont tracés, en lettres vertes, les mots Bibe vivas multos annos. Le réseau est bleu et la coupe est de couleur opale les caractères et les ornements en saillie ont été. taillés dans la masse à la manière des camées.

Le verre était employé par les Romains à divers autres usages Senèque nous parle de globes remplis d'eau, pour être placés entre une personne et l'objet qu'elle regarde, afin de le grossir et de le faire voir plus nettement, ce que font encore les graveurs et certains ouvriers qui travaillent le soir. On se servait de ces globes, d'après Senèque, pour aider une mauvaise vue, comme on fait aujourd'hui des lunettes que les anciens ne connaissaient pas, puisqu'elles n'ont été inventées qu'au xivc siècle (1).

(1) Par Salvino degli Amati ou Salvino Armato iTArmati. (Voyez plus loin).


Et cependant, il est avéré que Néron suivait les combats du Cirque avec une lorgnette d'émeraude, probablement en verre coloré.

Le vitrarius., vUrearius ou vitriarius, c'est-à-dire le verrier, l'ouvrier qui travaille et souffle le verre (1), était en nombre à Rome où il lui était assigné un quartier spécial il faisait non seulement des vases de toutes sortes, mais encore d'excellentes imitations de pierres fines dont les couleurs étonnent encore par leur vivacité et leur variété. Les mosaïques romaines qui servaient à orner les pavés,- les murs et les plafonds des édifices, étaient des ouvrages très remarquables, atteignant souvent la perfection. Certaines mosaïques, retrouvées dans les ruines des villes disparues, forment des compositions remarquables, sortes de véritables tableaux représentant des sujets mythologiques et historiques, comme par exemple Diane et Actéon, Hélène et Ménélas, des combats, des animaux comme le chien de garde placé ordinairement à l'entrée de la maison, etc., etc. Ce travail constituait la décoration en mosaïque dite piclura et composée de petits cubes de verre coloré ou émaillé imitant avec fidélité les nuances et les tons de la peinture.

On doit à l'art du musioarîus, ouvrier-mosaïste, (1) Senèque. Epist. 90.


des travaux de marqueterie (abaculusj et d'autres ouvrages reproduits un peu partout. A l'époque gallo-romaine, les villas gauloises étaient pavées par ses soins. On a retrouve ces pavages décotifs à Bernay, a Chàlons-sur-Saône, à Saint-Jcand'Angëly, à Aix, à Soissons, dans les Basses-Pyrénées et jusqu'au fond de la Bretagne,

Parmi les plus célèbres mosaïques de cette époque, il faut citer celle des gladiafeurs, connue sous le nom de Mosaïque des Promenades, à Reims, celle du dieu Ocèanus à Aix, celle des Courses de chars, que l'on peut voir au musée de Lyon, etc., etc.

Cette industrie disparait ensuite de nos contrées pour réapparaître au m siècle. Viollet-le-Duc signale, de cette époque, la mosaïque qui existe encore dans l'église de Germiny-les-Prés, près de Sully-sur-Loire et les pavages de l'abbaye de Saint-Denis, exécutés par des artistes italiens, au temps de l'abbé Suger.

L'industrie des mosaïstes n'a jamais disparu de l'Italie. Otrante possède, dans sa cathédrale, un travail de ce genre, fort étrange quant à la composition. Il fut exécuté à la fin du xra siècle par un nommé Pantaleonc. Cette mosaïque figure un arbre colossal dont la base est placée à la porte de l'église; son sommet rejoint le mailre-autel. Cet arbre, au feuillage des plus nourris, est chargé


de fruits qui ne sontautre chose que des têtes humaines. On y voit figurer à la fois Adam, Eve, Caïn, Abel, Noé, Samson, Alexandre-le-Grand et le roi Arthur.

Avant l'application, très restreinte d'ailleurs, du verre aux vitrages des habitations romaines, on se servait, pour garnir les châssis des fenêtres et pour couvrir les serres et les couches (1), de plaques minces de talc, substance transparente que nous voyons remplacée à Pompéï par des vitres garnissant une fenêtre découverte en 1772 (2). Cette fenêtre était en bronze les vitres qui la garnissaient étaient posées dans des rainures et arrêtées par des boutons tournants qui se rabattaient sur elles. Ces feuilles de verre coulé avaient O'"54 sur 0m72 et six millimètres d'épaisseur, mais cette épaisseur était inégale, ce qui dénote l'imperfection des procédés anciens de la fabrication du verre. D'après Saint-J,érome, cité par J. Girardin, on constate que l'usage à peu près régulier du verre à vitres date du troisième siècle. Cependant, il fut (1) Senkqce: Ep. 90 et 86. Pline.: Ilistoire naturelle, XIX, RICH, Dictionnaire d'anliqiiilès, au mot spccnlana. ;2) Qcatremkhe de Qlxncv « on trouva une fenttre avec un beau vitrage, les vitres avaient un palme en carré ». Idem. Mazois Les mines cfe Pompéi:


très peu employé pendant longtemps au xnc siècle et beaucoup plus tard encore, on ne parle, pour les fenêtres des habitations seigneuriales et bourgeoises, que de carreaux de papier huilé ou de toile cirée.

En 1413, la duchesse de Berry s'étant rendue au château de Montpensier, en Auvergne, les fenêtres de cette résidence furent garnies de toiles cirées « par défailli de verrerie. »

En les comptes de l'argenterie des rois de France nous indiquent qu'il fut acheté « deux aunes de toile cirée dont a été fait un châssis, mis en la chambre de retrait de ladite dame reine au château de Melun. Plus quatre châssis de bois à tendre le papier sur les fenêtres de ladite chambre et huile pour les oindre pour les rendre plus clairs. »

Mais au milieu du xve siècle, l'emploi des vitres se généralise et le palais du roi d'Ecosse peut enfn avoir des carreaux de verre, sinon partout, du moins aux étages supérieurs, le rez-dechaussée n'en ayant été muni qu'en 1G61; jusqu'à cette époque, il était tout simplement fermé par des volets de bois que l'on ouvrait de temps à autre pour renouveler l'air'

Au xvic siècle, les vitres de verre étaient encore considérées comme des objets précieux, puisque le duc de Northumberland, quand il quittait son


château, en faisait fermer les volets après en avoir retiré les vitres que l'on mettait en lieu de sûreté. Jusqu'à la grande Révolution, il existait un groupe d'artisans qui portaient le nom de chassissiers. Ils garnissaient les fenêtres de panneaux de papier huilé et collé.

Enfin, dans ce coup d'œil général et très sommaire jeté sur l'industrie de la verrerie, il faut indiquer qu'à Ilomc, on faisait des colonnes et des statues de verre. Dans un grand théâtre en charpente élevé au milieu de cette ville, un demisiècle avant notre ère, les colonnes du second étage étaient de cette matière. Les temples avaient des statues de verre coloré celle de Minerve à Alexandrie, celle de Sérapis dans le Labyrinthe, étaient en verre massif; s'inspirant probablement de ces ouvrages, les Romains firent de même la statue d'Auguste qui passait pour une merveille.

Rien de nouveau sous le soleil. On lit dans Pline le naturaliste, un passage relatif au verre durci et malléable a Sous Tibère », dit-il, a on imagina une trempe de verre qui le rendait flexi-


ble. Toute la fabrique de l'artiste fut enlevée et supprimée pour prévenir la dépréciation où seraient tombés le cuivre, l'argent et l'or. Le bruit de ce fait a duré longtemps, mais le fait lui-même reste à constater. »

D'un autre côté, on raconte qu'un esclave offrit à Tibère, une magnifique coupe en cristal. Lorsque l'empereur l'eut bien admirée, l'esclave la projeta vigoureusement sur le pavé. La coupe rebondit et ne se brisa pas elle n'était que bosselée. Alors l'esclave tira un petit marteau de sa poche et fit disparaitre l'irrégularité causée par la violence du choc, comme s'il se fut agi de redresser un objet de métal. L'empereur fit mettre à mort l'inventeur de ce procédé, pour les mêmes raisons que celles que Pline dit que l'on invoqua.

Avec les Vénitiens, l'industrie de la verrerie et des émaux qui s'est réfugiée, probablement lors des invasions de barbares, dans leur patrie, brille d'un éclat sans pareil.

Dès le commencement du moyen âge, ces ouvriers, d'une habileté hors de pair, exécutent leurs premiers ouvrages à Murano, ile située à moins d'un kilomètre de Venise. Ils y avaient


trouvé une espèce de quartz très fin et très pur ils en firent la base du fameux verre de Vernie. Au xiic siècle, on se disputait déjà leurs produits à prix d'or. En 1223, le Sénat de la République ordonna que les nbms des verriers de Murano seraient inscrits sur les registres des archives de la nation, afin de perpétuer leur mémoire et les familles patriciennes purent s'allier avec eux. Ce fut là l'origine des gentilshommes-verriers. Jaloux de conserver ces ar tisans, le Conseil dcs Dix, implacable dans ses décrets, leur ordonnait de ne point sortir de l'Etat vénitien sous peine de confiscation de leurs biens. Et si l'artiste enfreignait cette défense, un émissaire secret du Conseil le rejoignait au loin et le faisait disparaitre, soit par le poison, soit par le poignard. Cependant, malgré le péril, plusieurs verriers de Murano, sous la conduite de Theseo Mutio, émigrèrent en France, sous Henri II. Ils s'établirent à Saint-Germain-en-Laye, mais cet essai ne réussit pas. II en fut de même de quelques autres tentatives qui eurent lieu sous Henri IV, à Paris et à Nevers. A l'époque oit l'on ne fabriquait ailleurs que de la verrerie grossière, les Vénitiens faisaient des miroirs en verre soufflé et aplani de grande dimension, d'une pureté remarquable, qu'ils biseautaient et étamaient fort bien.

.L'art si précieux de la verrerie vénitienne dis-


parut pour un temps, vers la fin du xvic siècle. Mais on le vit reparaître avec éclat vers 1700 puis les secrets de la fabrication furent oubliés jusqu'au milieu du xixc siècle, où revivent, avec le docteur Salvati, les anciens ateliers deMurano. On a pu juger du mérite des œuvres qui en sortent journellement par les expositions internationales de Paris, notamment en 1889, où les verriers de Venise travaillaient sous les yeux des visi teurs.

C'est au xvc siècle que l'on employa, pour la première fois, le diamant pour couper les feuilles de verre. On ne se servait auparavant que du grugeoir qui, du reste, pour le vitrage mis en plomb, faisait mieux adhérer le verre au métal.

La verrerie joue aujourd'hui un rôle des plus considérables. Depuis l'humble vitre jusqu'au phare du navigateur, en passant par le microscope et le télescope, ses produits rendent les plus grands services. La physique, la chimie, l'astronomie, presque toutes les sciences, s'en aident. Avec eux, le siècle explore les profondeurs du ciel, Newton décompose la lumière à l'aide


du prisme, Lavoisier analyse l'air. Aujourd'hui, ils sont employés partout où l'homme porte ses investigations et, de plus, ceci est plus terre-àterre, ils nous environnent de tous les côtés, dans nos habitations, sous forme de vitrages, de tableaux, de miroirs et de glaces.

Nous avons vu les femmes juives du temps de Moïse se servir de miroirs d'airain. Pline affirme que les premiers miroirs furent faits d'abord d'un alliage de cuivre et d'étain, ce qui est à peu près la même chose (1), puis d'argent et même d'or, métaux moins cassants. « On conservait à la surface métallique son poli et son brillant au moyen de poudre de pierre-ponce que l'on étendait avec une éponge ordinairement attachée au cadre du miroir par un petit cordon. » (2).

A une époque moins éloignée, les Romains firent de grands miroirs de verre garnis, par derrière, d'une feuille de plomb ou d'étain. On les employa comme décoration d'appartement, ainsi qu'on le fit au xvmc siècle, c'est-à-dire de la même (1) assez récentes, naturelle, se servaient, D'aprcs dcs anade leurs miroirs, d'un alliage composé de cuivre, de régule, d'antimoine et de plomb, "celui-ci en quantité minimc. (2) EiICHS. Dictionnairc d'Antiquités au mot spéculum.


manière que les trumeaux. Ces miroirs ou glaces étaient de la hauteur d'un homme (1) ils étaient fixés à la muraille, ou bien disposés pour se lever et se baissier à volonté (2). Horace avait, assure Quintilien, une chambre dont les murs étaient revêtus de glaces.

On a trouvé, dans les fouilles de Pompéï, deux miroirs en argent ces miroirs, du reste, étaient très communs au temps de la Rome impériale (3) l'un est de forme circulaire avec un cadre découpé et enjolivé de pierres précieuses; l'autre est carré, son cadre est mouluré et surmonté d'un petit ornement formé par deux consoles accouplées. Le miroir rond a un manche pour être tenu à la main; l'autre était certainement celui que l'esclave plaçait devant sa maîtresse pendant qu'elle se faisait coiffer, scène que l'on retrouve souvent dans les peintures des vases et autres objets antiques.

Les Romains plaçaient des petits miroirs sur leurs tables leurs plats et leurs coupes en étaient incrustés, afin que les convives pussent voir leur image répétée autour d'eux. Les miroirs de métal Senèquk. Qucslions nalurcllcs; 1. 17.

(2) Vitrcve; IN,

(3) On attribue l'invention des miroirs d'argent il l'ravitéle, qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre sculpteur; celui-ci était contemporain du grand Pompée.


des fabriques de Brindes étaient les plus estimés. Plus tard, les miroirs de verre vinrent de Sidon; leur puissance de réflexion fut obtenue au moyen de l'application d'une feuille d'argent ou même d'or collée sur la surface postérieure.

Sophocle représente Vénus se contemplant dans un miroir; Hérodote nous apprend que les Ethiopiens faisaient des cercueils de verre. Euripide fait ainsi parler l'une de ses troyennes, dans sa tragédie d'Hécube « Et moi, j'arrangeais les tresses de mes cheveux dans des coiffures se nouant dans le haut, en me regardant dans les rayons infinis des miroirs d'or. »

Aristophanes, dans les Fêtes de Cérès, place cette phrase dans la bouche de Mnésilochus « Quel étrange contraste! Comment allier une épée et un miroir? » (1) Et, plus loin, lorsqu'Euripide rase son beau-père, il lui dit cc Veux-tu te regarder? » L'autre lui répond « Oui, donne un miroir. D (2)

Xénophon et Platon parlent des miroirs. Aristote dit <t Si les métaux et les cailloux (1) AnisTOPHANKS. Les Fêtes de Ccrés; traduction Artaut. il, 147. 1-2) Idem p. 15I.


doivent être polis pour servir de miroirs, le verre et le cristal doivent être doublés d'une feuille de métal pour rendre l'image qu'on leur présente. » Voilà, en quelques mots, l'industrie du miroitier grec décrite.

Notez que tous ces écrivains vivaient de 495 à 384 avant J.-C.

L'un des Scipions critique le luxe des miroirs romains il déclare que leur valeur dépasse souvent celle de la dot que le Sénat avait assigné sur les deniers publics à la fille de Cnéus Scipion, vainqueur des Carthaginois.

Plutarque nous apprend que les Vestales allumaient le feu sacré à l'aide d'un miroir convexe de métal.

Cicéron attribue l'invention des miroirs en airain à Esculape.

Ovide, dans l'Art d'aimer (1), recommande aux belles de a distinguer avec soin ce qui leur sied le mieux et ce que leur miroir leur conseille. » Pausanias mentionne un miroir fixé dans la muraille d'un temple et dans lequel les images reflétées étaient cependant confuses. « Ceux qui s'y miraient », dit-il, « n'y voyaient point leur visage ou l'y voyaient très confusément mais ils (1) OVIDE, Art d'aimer; chaut III.


y voyaient distinctement les statues des dieux et des déesses. »

Le chapitre XXI du livre du même auteur nous fait connaître un miroir merveilleux que l'on allait consulter à propos des maladies. Après avoir plongé ce miroir superficiellement dans l'eau d'une fontaine et prié la déesse, le miroir devait représenter l'image du malade transformé en personne bien portante où morte, suivant l'issue possible de la maladie. Depuis, les charlatans et les astrologues se sont servis souvent de miroirs magiques.

Nous pourrions borner là nos citations. Cependant, il en est une qui affirme, comme le fit Pausanias, le peu de transparence des glaces d'autrefois. L'image, dit Pline, que réfléchissent ces miroirs, ressemble à une ombre ce n'est pas une véritable image les traits de l'objet sont rendus, mais les couleurs en sont plus ternes. C'est en un mot, une représentation obscure dé l'objet. » Il s'agit ici de glaces, peut-être en verre obsidien, dont se servaient aussi les Romains c'est une pierre volcanique à demi-transparente; on la doublait de métal ou on l'enduisait de bitume. « En 1G47, on découvrit à Nimègue, dans un tombeau, un miroir d'acier ou de fer pur, d'origine antique. » acier poli refléchit les images beaucoup mieux que la pierre obsidienne. Ce


miroir avait la forme orbiculaire son diamètre était de cinq pouces romains; le revers était concave et couvert de feuilles d'argent.

Les Péruviens faisaient avec la pyrite, ou fer sulfaté, des plaques polies, d'un vif éc:at ils s'en servaient comme de nos miroirs, dont ils n'avaient aucune idée. C'était ce que l'on appelait le « Miroir des Incas. »

Er.fin, en France, on fabriquait encore, au moyen-âge, des miroirs en acier poli.

Nous avons signalé une découverte de ce genre faite de nos jours dans des tombeaux gallo-romains, à la Fosse-Pierre et à la Maladrerie (Marne). Les miroirs en acier que l'on mit au jour étaient de la forme d'un verre de montre bombé et avaient dû servir à l'ornementation de coffrets. Ils étaient garnis de feuilles de plomb, procédés employé, du reste, pendant les siècles qui suivirent, comme le constate Vincent de Beauvais, qui, au XIIIe siècle, nous apprend que l'on faisait, à cette époque, des miroirs en coulant du plomb sur du verre.

L'auteur du roman de Parthenopex (xne siècle), nous fait voir une dame française aux prises avec la coquetterie. « Au lacer, dit cet auteur, leur


embarras est extrême c'est trop haut, trop lâche ou trop étroit « examine bien tout autour », (dit-elle), cc montre moi ce miréor, regarde derrière pendant que je verrai devant » (1). Plus loin, l'écrivain qui reproduit ce passage, nous montre le marchand mercier, qui réunissait dans sa boutique une variété infinie de marchandises, s'écrier pour attirer les chalands « Entrez, j'ai des ceintures, des gants. et tout ce que les femmes ont besoin rasoirs, forces (2), guignoeres. » Or, les guignoirs n'étaient rien autre chose que de petits miroirs à main (3). Nous retrouverons, à diverses reprises, dans le cours de cet ouvrage, les merciers marchands de miroirs de métal ou de verre. Notons, en passant, que l'on fabriqua, à l'exemple de la Rome antique, des miroirs d'argent jusqu'au xvic siècle.

Parmi les miroirs de plus récente fabrication cités comme des chefs-d'œuvres, on peut rappeler celui dont parle Benvenuto Cellini son père l'avait fabriqué pour Laurent de Médicis. Le (1) DE LA Bédollièbe. Histoire des Français, t. 3.

(2) Gros ciseaux.

(3) Du verbe guigner: regarder du coin de l'oeil.


cadre figurait une roue dont la glace était le moyeu. Sept médaillons en ébène et en ivoire représentaient autant de vertus. Ce miroir tournait et les médaillons se mouvaient en reprenant ensuite leur.équilibre.

Un grand miroir avec encadrement en fer, de fabrication italienne, est l'une des oeuvres les plus remarquées du musée anglais de South Kensington. Il est damasquiné d'or et d'argent et comporte quatre personnages en pied.

Le miroir de Maris de Médicis, au musée du Louvre, fut, en 1791, estimé 150.000 livres. Des agates taillées et encerclées d'or en forment le cadre. Celui-ci est entouré d'un véritable petit monument dont le fronton est en onix, les colonnes en jaspe, sa base est décorée d'émaux. L'or, les pierres fines et les diamants enrichissent les détails de ce précieux objet que la sculpture a orné de figurines taillées dans le grenat et l'onyx et parmi lesquelles on remarque une Diane et les profils des douze Césars.

Ce miroir, en cristal de roche, fut offert à la femme de Henri IV par la République de Venise. Un miroir en métal poli du même musée est entouré d'un cadre en bois sculpté représentant deux personnages de l'un et de l'autre sexe supportant un fronton dans lequel deux génies couronnent une figure ailée. Le manche du miroir


est formé d'un cartouche dont le centre représente un satyre sur les côtés sont deux cariatides. Le musée de Cluny possède un magnifique miroir dont le cadre contient.deux figures et des ornements en fer repoussés au marteau sur un fond de paysage dont les détails sont indiqués -par les traits de l'outil du damasquineur. Le miroir du même musée, dont nous donnons la reproduction, est très remarquable. Le médaillon et les figures qui en composent l'ornementation sont modelés avec art et le bas-relief est charmant.

Enfin, dans les collections publiques et particulières, on remarque une infinité de miroirs anciens dont les encadrements sont plus ou moins ornés, les uns à manches, les autres disposés pour être portés à la ceinture ou, renfermés dans des boîtes. en métal ou en ivoire refouillées de sujets historiques ou mythologiques.

Les glaces anciennes ou plutôt les grands miroirs sont nombreux dans nos musées. Parmi ceux de ces objets que l'on cite le plus volontiers, nous remarquons le miroir de Henri III au musée de Cluny sa bordure est de verre, blanc et de couleur.

Au xviic siècle, les merciers qui, on le sait, tenaient le troisième rang parmi les six corps des


XVIe SIÈCLE

Miroir D ORIGINE italiexxe

avec médaillon ET PRISE EX IVOIRE (Musée de Cluny).


métiers, étaient divisés en vingt catégories; la quatorzième vendait des miroirs, des glaces pour carrosses, des toilettes, sacs et coussins de velours pour les dames. Ils empiétaient donc sur les droits des miroitiers et de beaucoup d'autres métiers, mais on sait que les merciers faisaient, par un privilège spécial et surtout grâce à leur ancienneté (1), un peu tous les commerces, sans pouvoir, cependant, rien manufacturer (2).

Les miroitiers ayant eu, pendant des siècles, le privilège de fabriquer et de vendre des lunettes, nous devons dire un mot à ce sujet.

M. A. Sausay nous rappelle (3) que la « Grande Chirurgie r, de Gui de Chauliac, publiée en 1303, après avoir prescrit l'usage de certains collyres, ajoute « Si cela ne sufft pas, il faudra recourir aux hmelles ». Conclusion en 1303, les lunettes étaient connues.

Une inscription funéraire florentine indique (1) Dès 1137, les merciers avaient pris il cens (lover), une partie des Halles de Paris.

(2) Cest ce que disent formellement les lettres patentes de Charlcs IX, du 9 octobre octroyées aux merciers. (Il) Dans son livre intitulé La l'crrcrie depuis les temps les pins reculés jusqu'à nos jours.


que leur inventeur s'appelait Salvino Armato d'Armati. Il mourut en 1317.

Quant aux lunettes d'approche, dont l'une figure dans les armoiries des miroitiers-lunetiers, on assure que Roger Bacon, moine anglais surnommé l'Admirable, en est l'inventeur. Or, ce savant religieux mourut en 1294. Les lorgnettes auraient donc précédé les lunettes.

Les verriers (ou voirriers) existaient en France au moyen-âge. Mais comme ils le déclarèrent eux-mêmes, en réclamant des statuts à Louis Xr, ils vivaient librement, c'est-à-dire sans aucun règlement de métier, ce qui est assez rare dans l'histoire des anciennes corporations.

Le roi leur accorda ces statuts; ils sont datés du 24 juin de l'année 1467. L'apprentissage était de quatre ans; les jurés chargés de la surveillance du métier étaient au nombre de trois. L'aspirant à la maîtrise, après avoir travaillé au moins un an et un jour comme valet, devait faire le chef-d'œuvre et payait un droit d'admission de 8 livres à la confrérie de Saint-Marc, patron des verriers.

Au xvnc sièele, le verre de vitrage provenait surtout de Normandie. Quatre établissements,


dirigés par des gentilshommes verriers, fournissaient la consommation de Paris.

Au moyen-âge, les verriers ne peuvent poser le verre sans qu'il soit « bien et deuement serty, joinct et mis en plomb t>, que « tout ouvrage de voirières soit bien et deuement soudé des deux coustez », il est recommandé de ne mettre « en ouvrages aucunes louzanges de deux pièces » et que a sur ouvraige et besongne blanche, on ne puisse placquer aucun plomb sur fente. » Au xmc siècle, le verre ne provenait pas de Paris du moins on ne voit aucune trace de cette fabrication parisienne dans le Livre des métiers d'Etienne Boyleaux, où l'on trouve, au chapitre réservé au tarif des droits de chaussée, que la taxe de la charrée de verres est de deux deniers et la charretée, d'un denier. En conséquence, il n'y a aucune trace de communauté parisienne des verriers qui fournissaient les mirocriers, faiseurs de miroirs de verre (1).

Les miroirs arderlls sont concaves, par conséquent construits de manière à faire converger les rayons calorifiques dans un même foyer. Ils développent alors des chaleurs intenses capables (t) Les droits de chaussée étaient payés par les voituriers amenant à Paris les marchandises des provinces. Charréc et charretée la charge d'un char et d'unc charrette.


de produire de remarquables effets. Ces miroirs, autrefois métalliques, pouvaient se composer de plusieurs foyers disposés de manière que les rayons qu'ils recueillaient aboutissent au même point. Tels étaient7 suivant les anciens auteurs, les miroirs ardents que disposa Archiméde pour incendier la Hotte romaine assiégeant Syracuse, 213 ans avant J.-C. Ce fait historique, qui a été très contesté, a donné lieu à des expériences faites d'abord par le P. Kircher et ensuite par Buffon; elles ont démontré la possibilité de l'incendie Buffon, avec 128 glaces enflamma subitement, à une distance de 150 pieds, une planche de sapin goudronnée; avec 224 glaces, à 40 pieds, il fondit et volatilisa en partie, une assiette d'argent. D'autres expériences du même genre furent faites à diverses reprises, avec des miroirs de métal et donnèrent des résultats significatifs. Le savant Peyrard, traducteur des œuvres d' Archiméde et d'Euclide, a prouvé, en 1807, qu'au moyen d'un mécanisme fort simple, on pouvait facilement faire agir une quantité de miroirs, de façon à pouvoir embraser des navires à un quart de lieue de distance.

Tout le monde sait que c'est à Colbert que l'on doit l'introduction, en France, de l'industrie des


glaces. Il fit d'abord venir, malgré l'interdiction dont nous avons parlé, des ouvriers vénitiens pour fabriquer les glaces à Paris. C'est à Venise, en effet, comme nous l'avons vu, que l'art de souffler, de polir et de biseauter les glaces, a pris naissance.

Quant à l'invention de l'étamage attribuée à Gutemberg qui, en 1439, présenta des glaces éta-. mées pour figurer à la foire d'Aix-la-Cliapelle, elle remonte certainement à une époque plus éloignée. Nous lisons dans les -comptes de dépenses de Mahaut, comtesse d'Artois et de Bourgogne et petite nièce de Saint-Louis, la mention suivante concernant les « Comptes de la Toussaint » de l'année 1312

« Pour glaces acatées (r) à Abeville a faire le miroir des engiens, XII sous.

Item, pour une livre de vif argent a faire ledit miroir, III sous.

« Item pour papier a chou faire et pour II plateaus a duire le miroir, XII deniers u (3).

L'indication est précieuse elle nous apprend que l'étamage des glaces par le mercure se prati(I) Lisez achetées.

(i) A duire à accompagner, qui convient à.

(3) Mahaut, comtesse d'Artois et de Bourgoync par Ni. RiCHARD, ancien archiviste du Pas-de-Calais. Voir, aux notes, d'autres extraits de ce livre très curieux.


quait alors, contrairement aux croyances courantes.

Mais il y a plus encore suivant nous, il ne serait pas impossible que cette opération fut connue des Romains les textes anciens qui parlent de feuilles de métal plomb, étain, argent et or à appliquer sur les miroirs pour en rendre la surface polie plus réfléchissante, rendent cette supposition très raisonnable. Ce travail aurait été ensuite transmis d'âge en âge par les traditions de métiers, comme beaucoup d'autres procédés industriels anciens conservés surtout dans les couvents. En 1280, Peckham, moine franciscain anglais, cité par Péligot (1), parle d'un « amalgame d'étain » pour le travail des miroirs.

La République de Venise rendit les arrêts les plus terribles contre les ouvriers émigrants cependant et malgré les menaces de mort dont ils étaient l'objet, dix-huit de ces artisans furent installés, sous la direction de Nicolas du Noyer, dans les bâtiments actuels de la caserne de Reuilly, au faubourg Saint-Antoine leur atelier prit le titre de cc Vlancrfaclure de miroirs par des ouvriers (t) Le Verre par Péligot.


de Venise. » Mais ils ne fabriquaient pas les glaces ils les recevaient de Saint-Quentin et ne faisaient que les y polir avec des machines inventées par Dufresny, le poète comique qui fut, dit-on, le collaborateur de Régnard (1).

En même temps, quelques artisans français qui avaient étudié les procédés de fabrication de Venise, rentrèrent à Paris; Colbert leur donna les moyens de fonder un autre établissement dans le pays qu'ils avaient choisi, à Tour-la-Ville, près de Cherbourg. Le privilège de polir les produits de cette manufacture fut octroyé à un marchand mercier parisien du nom de Poquelin; peut-être était-il parent de Molière.

On a remarqué que, jusqu'à présent, nous n'avons parlé que de verre ou de glaces soufflées. C'est, qu'en réalité, on ne connaissait que le procédé du soufflage jusqu'à l'invention de Richard Lucas de Nehou, verrier de Tour-la-Ville son procédé consistait à couler le verre en fusion sur une table de cuivre et à l'égaliser avec un rouleau conduit par la main. Cette découverte, qui date de 1676 ou environ, fit bientôt abandonner l'opé-rration du soufflage des glaces. En 1688, Abraham Thévart obtint un privilège de trente ans pour la (1) Dufresny. auteur aimable de comédies connues, passait pour descendre de la Belle Jardinière d'Anet, qui fut l'une des maîtresses d'Henri IV. Il a rédigé le Mercure galant.


fabrication des glaces coulées, à la condition de ne pas dépasser les dimensions de soixante pouces de long sur quarante pouces de large (1), ce qui donnait une glace de très grande surface pour le temps, puisque la manufacture de Tour-la-Ville n'avait pu offrir àColbert que des glaces de Venise de 46 pouces sur 011126 (2).

En 1691, Lucas de Nehou, associé de Thévart, s'établit dans une ancienne verrerie déjà exploitée dans la moitié du xvic siècle, u Saint-Gobain. La plus importante des manufactures françaises de glaces coulées était fondée.

En 1695, le privilège qui, remarquons-le, permellait aux gentilshommes de participer à la fabrication des glaces sans « pour ce, déroger à noblesse », fut renouvelé au nom de François Plastrier.

Mais ce privilège fut attaqué par la communauté des maîtres miroitiers et lunetiers et en même temps particularité curieuse par les soldats de l'Hôtel des Invalides. Ceux-ci, par permission du Ministre Louvois recevaient, de la verrerie de Ponthicu, en Picardie, du verre brut propre à faire des glaces, des lunettes et autres ouvrages « pour y être doucis, polis et perfec(1) sur lm08. Le privilège d'Abraham Tliévart est reproduit en entier plus loin.

(2) sur0™70.


tionnés » dans les ateliers de leur hôtel. Lucas de Nehou, lui-même intenta un procès à la nouvelle Compagnie, en revendication de son invention du coulage des glaces. Sous les coups acharnés de ces nombreux adversaires et, malgré un arrêt du Conseil d'Etat de 1695 qui les déboutait, la Compagnie Plastrier fut obligée de liquider et un nouvel arrêt du Conseil transporta son privilège à Anthoine Dagincourt et ses associés, en les rendant propriétaires, contre paiement d'une somme de un million neuf-cent-soixante mille livres, des manufactures du faubourg Saint-Antoine, de Sàint-Gobain, de Tour-la-Ville, de Lezines et de Rouge-Fossé, près Montmirail.

L'industrie de la fabrication des glaces prit bientôt une grande extension. Des manufactures se fondèrent de tous les côtés à Saint-Quirin, Commentry, Rouelle près de Langres, lIontluçon, Aniche, Jeumont, Recquignies, etc., etc. Il y en eut à l'étranger à Raven-Head, à Shouth-Shields, à Birmingham, à Smetwick, en Angleterre; à Sainte-Marie-d'Oignies, près de Charleroi, en Belgique à Neuhaus, en Autriche à Manheim et Aix-la-Chapelle, en Allemagne à Saint-Ildefonse, en Espagne; etc., etc. La plupart de ces établissements étaient subventionnés par leurs gouvernements. Mais la France l'emporta par la pureté de ses produits et leur bon marché relatif, C'est


encore, la France qui tient la tête du marché européen pour cette belle industrie exploitée chez elle avec une supériorité incontestable.

Autrefois, les miroitiers avaient seuls le privilège. d'étamer les glaces. Les manufactures prétendirent avoir aussi le droit « de mettre leurs glaces au tain,- de les faire monter en miroirs et de les vendre, ainsi que leurs glaces en blanc, à quiconque voudrait en acheter » mais elles furent déboutées de leurs prétentions par un arrêt en forine de règlements, que les maîtres miroitiers obtinrent le 31 décembre 1716.

Par cet arrêt, il est défendu « à la Compagnie des glaces et à ses commis, sous peine de quinzecents livres d'amende et d'être révoqués de leur commission, de vendre à d'autres qu'à des miroitiers les glaces de leur fabrique, ni de les faire mettre au tain, à l'exception de celles destinées pour les maisons royales de Sa Majesté, ou pour être employées à l'étranger ». (1)

Actuellement, les Compagnies étament les glaces, soit par l'ancien procédé qui consiste à emprisonner le mercure entre le verre et une (1) Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.


feuille d'étain, soit par le moyen de l'argenture inventé, en 1835, par Liébig et perfectionné par Petitjean et Brossette.

En 1875, MM. Bay et Kriéger inventèrent un procédé mécanique pour biseauter les glaces; ce travail se faisait jusque là il la main.

Les miroitiers qui sont chargés de l'encadrement des glaces au moyen de bordures dorées ou non, doivent faire preuve de goût et déterminer la forme et l'ornementation des cadres suivant l'emplacement à occuper. C'est ce que, dans un ouvrage spécial, la Chambre Syndicale de la Miroiterie de Paris a su fort bien exprimer ainsi

« Rien n'est préférable à la glace pour orner une pièce, pour l'éclairer quand elle est sombre, pour l'agrandir quand elle est petite, pour paraitre l'égayer quand elle est triste. -La glace substitue, ta rigidité du mur qui arrête et emprisonne le regard, un vide figuré qui laisse passer la vue et la pensée.

« Mais bien des erreurs et des fautes de goût sont commises dans l'encadrement des glaces. Tantôt ce sont dès bordures écrasantes par leur volume, trop étincelantes par leur dorure, ou


bien ce sont des cadres en verrerie de couleur, ou en fragments de verre blanc étamé. La glace a besoin d'un encadrement spécial qui, souvent, l'assimile à une fenêtre, à une porte, dont elle remplit l'office il est donc naturel de l'encadrer alors comme on le ferait pour cette porte ou cette fenêtre. Quelquefois, les glaces sont entourées d'étoffe semblahles aux tentures de l'appartement. Ceci les distingue des gravures et des tableaux voisins.

Si le cadre doré est admis, il doit être en rapport avec le style décoratif de l'appartement et ne pas amoindrir la surface de la glace par une apparence trop en relief, trop accusée. En un mot, l'accessoire ne doit point effacer le principal. Du reste, aujourd'hui, l'art de la miroiterie s'est largement développé et l'on peut affirmer, sans crainte, que le bon goût de nos miroitiers est vivement apprécié » (1).

« Outre les grandes glaces)), dit M. Turgan, « Saint-Gobain produit presque tous les verres destinés aux phares et aux télescopes le grand (1) Historique des métiers composant le Groupe syndical de l'Industrie et du Bâtiment, p. 215.


miroir de M. Foucault y a été coulé, ou plutôt moule. b (1).

Rien de plus naturel au fond, nos anciens miroitiers ayant été aussi lunetiers et fabricants d'instruments d'optique.

A la fin de son ouvrage, M. Turgan donne un aperçu de la variation du prix des glaces, depuis 1702 jusqu'aux époques contemporaines. D'après cet auteur estimé, une glace de quatre mètres carrés coûtait en 1702, 2.750 francs. En 1805, à cause du blocus continental et de l'impossibilité de se procurer des ouvriers, cette même yacc coûtait 4.000 francs. En 1835, on la payait encore 1.245 francs, mais en 1862, 264 francs seulement représentaient sa valeur.

Voici, ajoute cet écrivain, les variations de prix pour un mètre carré de glaces 1702, 165 francs; 1791, 174 francs 1805, 226 francs 1835, 127 francs; 1862, 45 francs. Puis, il fait remarquer que, grâce aux réductions actuelles, l'emploi des glaces s'est multiplié et qu'au Grand Hôtel de Paris, que l'on venait de construire, il avait fallu (t) Tuiigan. Historique et fabrication des glaces coulccs; p. 46.


jusqu'à 500 mètres superficiels de glaces polies et étamées. Avec l'Opéra, l'Hôtel Continental et les importantes constructions du Paris nouveau, ces quantités ont été largement dépassées depuis.

Miroir égyptien (mélal).


Armes do la Corporation des Miroitiers-Lunetier' suivant le juge d'armes D'Hozieh (z).

CHAPITRE II

L'organisation ouvrière au moyen-âge. La confrérie. Apprentis; varlets; maîtres et jurés du métier. Le guet. Interdiction des maîtrises et des confréries. Bannières, armoiries et jetons de la corporation.

A diverses reprises, nous avons indiqué la situation morale de l'artisan du moyen-âge. Nous ne Armorial général cle Francc dressé en vertu de l'édit de 1G96; XXV, 517 pour le texte et, dans les blasons, I, 6S7.


faisons que reproduire, dans les lignes suivantes, ce que nous en avons déjà dit,afin de faire comprendre le rôle que cet artisan jouait dans une société si différente de notre organisation sociale actuelle. En décrivant sommairement la corporation et la confrérie auxquelles l'artisan des temps passés était profondément attaché, nous allons faire connaître les détails de la vie ouvrière du maître, du valet, de l'apprenti'd'autrefois et, en particulier, du personnel de la communauté des miroitiers.

Les règlements des divers corps de métiers existaient avant Louis IX il ne fit que les faire rassembler et reviser pour leur donner une existence légale.

Il est même douteux que ces règlements fussent bien connus de l'autorité (1). Célait tout simplement un ensemble de traditions plus ou moins confuses et respectées qui, nées avec la civilisation, se transmettaient de bouche en bouche depuis les époques les plus lointaines.

Quelques-uns des métiers avaient acquis une Exception faite pour les Marchands de l'Eau auxquels Louis V'II accorda, en 1170, des statuts. Philippe-Auguste avait aussi réglementé certains métiers qui se réclamèrent de ce monarque pour conserver leurs privilèges. C'est ce que l'on voit, par exemple, par les statuts des talemcliers (lioulangcrs) au chapitre LIII des règlements d'Etienne Boylcaux, où l'on invoque une ordonnance de ce souverain.


légitime influence que reconnaissent, en ne les mentionnant pas, parce que leur fonctionnement n'a pas besoin de sanction les règlements d'Etienne Boylcaux. Telle était, par exemple, la corporation puissante des bouchers parisiens. Mais il n'en était pas ainsi du métier des miroitiers que nous voyons figurer alors dans la catégorie des ouvriers «. de toutes menues épures quc on fait d'eslaimou de plom. » Ils ne composaient donc qu'une partie de cette corporation d'artisans non désignes d'une façon spéciale, parce qu'ils s'occupaient de travaux divers.

Leur réglementation entera dans l'ensemble des statuts des métiers elle fut ordonnée par Louis IX et réalisée, en 1258, par son célèbre prévôt des marchands.

L'organisation ouvrière, au temps de SaintLouis, était celle-ci

Les maîtres, valets et apprentis, tous membres de la corporation, s'engagaient, sous la foi du serment, au respect des règlements et de l'autorité des jurés ou gardes du métier, véritables inspecteturs du travail et protecteurs du personnel ouvrier (1).

(1) Du serment prêté par tous les membres d'une corporation, dérivent les mots jurande, jurés,


Dans les pays de souveraineté royale, le métier était une propriété du monarque qui l'accordait, à titre de récompense, comme il aurait donné un fief à l'un des officiers de sa couronne. Dans les autres parties de la France, le droit d'accorder des statuts aux corporations et d'en nommer les officiers, était exercé par les seigneurs. les évêques et les abbés.

L'ouvrier et l'apprenti devaient être admis par la communauté dont il était membre. De là, une hiérarchie à laquelle nul ne pouvait se soustraire. L'ouvrier indépendant étaitinconnu. Mais il vivait dans l'intimité de la famille du maître, au milieu d'une atmosphère d'indulgente affection il était aimé et protégé.

L'apprenti, s'il était en butte aux mauvais traitements, cherchait des témoins, déposait sa plainte. Le maître était alors admonesté on pouvait même lui retirer son apprenti que les jurés plaçaient ailleurs.

L'organisation sociale ouvrière d'autrefois tient tout entière dans les lignes qui précèdent elle s'explique d'elle-même et par les moeurs qui en découlaient, aujourd'hui si différentes. La liberté d'à présent, en effet, était inconnue; mais l'éga-


lité et la fraternité étaient largement pratiquées dans les associations ouvrières du moycn-age, sans avoir cependant la signification quelque peu arbitraire qu'on leur a donnée de nos jours. L'union la plus touchante régnait entre les artisans d'une même industrie. Loin de se fuir, dit Louis Blanc, « ils se rapprochaient l'un de l'autre pour se donner des encouragements réciproques et se rendre de mutuels services. »

Les corporations furent grandes et prospères, non seulement parce qu'elles sauvegardaient l'intérêt particulier en même temps que l'intérêt public, mais encore parce qu'elles étaient des écoles de discipline et de morale, qualités sans lesquelles aucune organisation humaine n'est durable.

Les communautés de métiers obtinrent donc, sous Saint-Louis, des règlements spéciaux et distincts. Certains métiers furent déclarés francs, c'est-à-dire qu'ils pouvaient être exercés librement, pourvu que l'on eût les connaissances professionnelles et l'argent nécessaires les autres payèrent une redevance.

Le métier d'ouvrier de menues œuvres en étain et en plomb était franc.


Chaque communauté avait sa confrérie, institution de tradition romaine (1). C'était une association de charité et d'assistance, une société religieuse de secours mutuels. Alimentée par les amendes, des droits d'entrée et des dons volontaires, la confrérie secourait les orphelins, les veuves, les ouvriers blessés et les vieillards pauvres. Au besoin, elle dotait les filles, faisait les frais des mariages et des funérailles, cérémonies de famille oit la corporation était toujours représentée.

Les jours de fêtes, tous les membres de la corp.oration maîtres, valets et apprentis étaient tenus d'assister aux offices.

La confrérie des maitres miroitiers eut, des 1J89, sa chapelle placée sous l'invocation de Saint-Nicolas, dans l'église du Saint-Sépulcre. En 1GS0, leur patron est Saint-Clair auquel ils associent Saint-Jean leur chapelle est installée dans l'église Sainte-Marine, en la Cité.

(1) Xuma rangera les artisans de Home cn autant de confréries qu'il existait de professions dans cette ville: elles avaient chacune une divinité pour patron. Les lois de Justinicn font mention de ces associations ouvrières elles leur ordonnent de n'avoir d'autre but que l'exercice des principes religieux et le soulagement des pauvres.


La confrérie et la communauté, étroitement jointes, étaient deux liens qui, dans ces temps où dominaient la discipline et la foi religieuse, réunissaient toutes les forces vives du métier.

Les maîtres qui exerçaient depuis au moins un an et un jour avaient le droit de prendre.pour apprentis leur fils et certains de leurs parents, sans fixation de nombre c'étaient les apprentis, privés; les autres étaient les apprcntis eslrangcs (c'est-à-dire étrangers), dont le nombre était fixé par les statuts du métier.

Les apprentis appartenant à la famille du maître ne devaient aucune redevance pour leur admission dans le métier; les autres, au contraire, payaient ordinairement des sommes assez élevées au roi, aux gardes ou jurés, à la confrérie. Le maître versait, en même temps, une somme égale. II y avait évidemment des modifications à cette règle, lorsque l'apprenti appartenait il une famille pauvre. Nous verrons plus loin que les miroitiers, fabricants de miroirs d'étain, pouvaient il leur gré, prendre apprenti en le faisant, oui ou non payer.

Les statuts des métiers fixent le maximum de la durée de l'apprentissage qui, par accord, peut


être prolongée ou diminuée, la redevance légalement versée au maître pouvant être plus ou moins forte, suivant les ressources de la famille de l'apprenti. Chez les fabricants de miroirs d'étain, la durée de l'apprentissage était laissée à la volonté du maître.

Ce maître devait être capable d'enseigner son métier, honorablement connu, souffîsans d'avoir, c'est-à-dire dans une bonne situation financière. Il devait avoir au moins un ouvrier, de façon que l'apprenti pût être enseigné, même en son absence. L'apprenti, nourri, logé et habillé, devait être traité comme l'enfant de la maison. S'il menait une mauvaise conduite, s'il s'enfuyait, on lui permettait de revenir à de meilleurs sentiments en ne le bannissant du métier qu'au bout d'un certain laps de temps.

L'apprentissage pouvait être cédé ou racheté mais le maître qui cédait son apprenti ne pouvait en prendre un autre avant l'expiration du terme énoncé dans les conventions antérieures.

Les valefs, varlefs aloués ou simplement aloués, étaient les ouvriers d'aujourd'hui. Autrefois le mot ouvrier était un terme général qui s'appliquait à tous les artisans maîtres et ouvriers.


Ils se louaient à la semaine, au mois, à la demiannée, à l'année; par exception, on les engageait quelquefois pour un jour, mais on ne devait pas le dépasser au commencement de la seconde journée, il fallait régulariser le louage suivant la coutume.

Après avoir été reconnus capables et de bonne conduite, les ouvriers prêtaient serment d'obéir aux règlements et de dénoncer les contraventions qu'ils verraient commettre, avec le nom des coupables, même s'il s'agissait de leur maître. Pour être admis en qualité de valet dans l'atelier d'une ville quelconque, on devait avoir fait son apprentissage dans la localité même. Autrement, il fallait redevenir apprenti et cela, pour se mettre au courant des usages et des procédés de travail particuliers à la ville.

Le maître ne pouvait prendre chez lui les valets d'un confrère sans s'être assuré qu'ils étaient libérés de leurs engagements.

Le maître était examiné et reçu par les anciens et les jurés de son métier.

Après sa réception, il jurait, sur les reliques, d'observer fidèlement les règlements. Tous les gens du métier assistaient ensuite à une céré-


monie qui était précédée d'une visite au grand maître du métier. Celui-ci adressait, de l'intérieur de sa maison, une certaine quantité de questions au nouveau maître qui, après y avoir répondu, brisait un pot de terre rempli de noix contre la muraille et entrait ensuite. Cette bizarre formalité signifiait que le pacte était scellé et l'engagement irrévocable; elle se terminait par un repas copieux.

Si le maître mourait, les apprentis et les valets devaient continuer leur service pendant le temps fixé, soit pour le compte de la veuve, soit pour celui des descendants du décédé.

La surveillance exercée par les jurés avait pour objets la probité dans l'exécution des travaux, l'obéissance aux règlements, la bonne conduite des apprentis, des valets et des maîtres; ccs jurés étaient désigncs par le suffrage des maîtres et des ouvriers réunis au grand maître du métier et au Prévôt des marcliands. Ils étaient aussi appelés garde du mélier ou prud'hommes et prêtaient serment de bien garder le métier, de faire justice sans épargner parents et amis et de ne jamais condamner personne à tort, soit par haine ou par malveillance.


Les jures reccr-zicnt les plaintes des apprentis et des ouvriers contre leurs maîtres. Et si la preuve ne pouvait être faite des faits reprochés, les jurés obligeaient les plaignants de demeurer avec leurs maîtres, de lui payer une amende et de « lui faire bonne mine ».

Les jurés étaient, en généra, nommés pour un temps limité (deux ans), leurs fonctions leur occasionnant des herles de temps considérables; ils étaient retriltiés par le prélèvement, à leur profit, d'une partie des amendes infligées pour infraction aux règlements et par un droit de visite.

Ces visites étaient fréquentes et inattendues; lorsque les jurés supposaient quelque délit, ils se faisaient accompagner par le maître du métier et par un sergent du Chateict. Ils tenaient registre de ces examens de police, dressaient les proccsycrhaux des contraventions, inscrivaient lcs délibérations de la communauté, les résultats des élections, des réceptions, etc., etc. Enfin, la caisse était sous leur garde et ils rendaient compte de leur gestion financière dans les assemblées périodiques.

On se plaint, en ces tcmps-ci, de l'immixtion de l'Etat dans la réglementation du travail. Evi-


demment, l'on n'a pas tort, la liberté du travail étant inscrite dans nos lois et l'intervention incessante du législateur étant souvent des plus nuisibles. Mais il n'en était pas autrement dans les temps passés.

Il était défendu r

De travailler les jours de fête et les dimanches, ce qui constituait un chômage annuel de plus de quatre-vingts jours;

De travailler les samedis et les veilles des fêtes, après vêpres en temps ordinaire et après complies en temps de carême;

De travailler la nuit, dans la plupart des métiers, afin « que Ja besoingne puisse estre et soit lo}ralle et marchande » remarquons que cette mesure était fort sage, l'éclairage de ces temps étant des plus imharfaits

De travailler en dehors de la vue du public, ce que l'on appelait « ouvrer en cachette », autres prescription aussi prudente, qui avait pour objet d'empêcher les mal-façons et les falsifications; De s'associer entre artisans.

Chacun des métiers ne pouvait empiéter sur un autre métier.

Les maîtres, ouvriers et apprentis ne pouvaient recevoir les» escommuniés ils devaient bien se garder de travailler avec eux, de boire à la même


table et de se rencontrer dans la même taverne. Ces défenses concernaient surtout les rapports que l'on aurait pu avoir avec les juifs.

D'autres prescriptions particulières étaient en nombre infini; on les rencontre à chaque page des règlements professionnels.

La journée de l'ouvrier commençait et se terminait au son des cloches de sa paroisse, à l'appel des crieurs du matin et du soir, au son du cor du guet. Elle durait du soleil levant au crépuscule. C'était l'usage. Mais il parait qu'il n'était pas très strictement observé au xivc siècle, puisque le 12 mai 1395, une ordonnance intervint pour régler la durée de la journée de travail pour tous les métiers. Elle est ainsi conçue (1)

« Parce qu'il est venu à notre connaissance que plusieurs gens de métiers comme tisserands, foulons, laveurs, maçons, charpentiers et autres demeurant à Paris, veulent aller en besogne et laisser leur travail à telles heures que bon leur semble en faisant payer leurs journées comme s'ils travaillaient tout le lonb du jour, ce qui est préjudiciable aussi bien aux maîtres (1) Texte traduit de l'ancien français.


qu'au bien de Ia chose publique et le deviendrait encore davantage si l'on n'y mettait bon ordre, comme nous le voulons pour obvier aux difficultés qui en pourraient s'ensuivre, Nous avons ordonné que dorénavant, tous les gens de métier travaillant à la journée, aillent à la besogne dès l'heure du soleil levant jusqu'à l'heure du soleil couchant, en prenant leurs repas à des heures raisonnables, selon les ordonnances de chacun desdits métiers, sous peine d'être punis selon l'importance de leurs fautes.

Fait et signé par nous le mercredi, douzième jour de mai 1395. »

Un autre texte indique que l'ouvrier doit quitter son travail a aux chandèles allumans ».

Le guet était encore une institution romaine, introduite de bonne heure dans la Ganle. Il avait la surveillance de nuit, la police de la ville endormie. Dès 595, le roiClolaire II en règle l'exercice; il condamne les guetteurs ayant des intelligences avec les voleurs et qui les laissaient s'échapper, à une amende de cinq sols et à la restitution des objets dérobés. Charlemagne frappe d'une amende de quatre»sols, ceux qui refusaient le service. dru guet.


Au moyen-âge, le maitre devait faire le guet cette charge était obligatoire jusqu'à l'âge de soixante ans. Ce service de police, réorganisé par Saint-Louis en 1251, sur la demande des bourgeois de Paris, fut supprimé en 1559 par Henri II; il commençait à l'heure du couvre-feu et se terminait au lever du soleil (1).

Le guet des métiers, ainsi que le rappelle l'ordonnance du roi Jean, du G mars 1364, était institué « pour la garde et scurté tant de nostre bonne ville de Paris, des saintes reliques de nostré chapelle; des corps et personnes desdiz predecesseurs Roys de France, des prisonniers en nostre Chastellet:, comme des personnes et corps des marchans, gens de mestiers », etc., etc.

Le guet était fait m de par chacune nuiz, par les gens de certains métiers, un mcstier après l'autre et le faisoit chacun mcstier en trois sepmaines une foiz. Les clercs du guet disposaient ainsi les postes de police

<( Premièrement six (2) sur les carreaux, oultre le guichet de nostredit Chastellet, pour la garde des pri(11 Le couvre fou, sonn^ tous les soirs à Notre-Dame, obligcait les hahitants d'éteindre le feu et la lumière, après huit heures du soir.

(̃ï) Ajoutez hommes du guet.


sonniers estans en ycellui, affin que nul ne s'en peust aler ne (i ) echaper par les huis six en la rue a la Pierre dudit Chastellet qui toute nuit estaient tenuz de aler et venir entour ledit Chastellet afin que nul plhonnier ne peust descendre par cordes ne autrement, ne aucuns ne lui peust donner confort ne aide qu'il ne feust apperceuz six en la Court de nostre Palais ?.Ians et venans toute nuit par icelle, tant pour la garde desdites saintes reliques comme du lieu six en la cité devant l'ostel des Fauxilles assez près de la Magdalaine six en la place aux Chas six devant la fontaine des Sains Innocens six sous les piliers en Grève et six à la porté Baudoier devant l'ostel des Chappelez et le demeurant (2) se (3) demourant y avoit, par austres carrefours ou plus proufitable (4) sambloit ausdiz clercs. Tous lesquels mestiers ainsi ordonnez et mis comme dit est, se tenoient et estoient tenuz de tenir toute la nuit, jusques au jour et guette dudit ChasteIlet cornans, faisans garde et guet esdiz lieux; armés de telz armes qu'ils pouvaient avoir. Il L'Edit de François le,* en date du lei' janvier 1540, après avoir indiqué ces postes, ajoute qu'en plus, il y en aura d'autres

(1) Lisez ni.

Le reste, l'excèdent de la troupe.

<3J Si.

(4) Nécessaire.


« Au carrefour du bout du Pont Saint Michel sur le quay des Augustins et au carrefour de Saint Côme, au carrefour de Saint Yves, au carrefour Saint Berioit, à la croix des Carmes, au carrefour Saint Severin, au Petit Pont, aux planches de Mibray, à l'hôtel de Sens, au coin Saint Paul, à la traverse Quadier. à l'échelle du Temple, à Saint Nicolas des Champs, à Saint Jacques de l'Hôpital, à la pointe Saint Eustache, à la croix du Tiroir, à l'Ecole Saint Germain et aussi ès autres lieux et plus nécessaires, par les seize quartiers de la ville de Paris. »

Le guet des métiers devait réunir, chaque soir, à peu près soixante hommes c'était le.guet assis (1).

En 1383, Charles VI, à la suite de la révolte des Maillotins, interdit les maîtrises et confréries. Le roi supprime les corporations, si respectées jusque-là, pour rétablir l'ordre dans Paris. Les métiers ne peuvent faire « aucune assemblée, excepté pour aller en l'église et en revenir, sous peine d'être réputés rebelles et désobéissants au roi et (t) Il y avait aussi lc. guet royal qui faisait les rondes. Les deux guets étaient sous le commandement unique du Chevalier du guet.


la couronne de France et de perdre corps et avoir. »

Ces interdictions furent, du reste, souvent renouvelées, notamment en 1500, 1539, 1559, 1576, etc., et toujours pour éviter quelque désordre.

Les armoiries de la corporation des miroitiers reproduites par d'Hozie.r dans son Armoriai, sont ainsi décrites <<. d'azur ci un miroir d'argent bordé cl'or, accosté de deux lunettes d'argent garnies dor et surmonté en chef d'une lunette d'approche couchéc, dc rnéme o (1).

D'autres armes ont du figurer sur la bannière de la corporation des miroiticrs-lunetiers-himbelotiers (c'est ainsi qu'on désigne la corporation au xvc siècle). La bannière était le signe de ralliement de sa Compagnie, l'une des soixante-et-une de la milice réorganisée par Louis XI, pour la défense de Paris. Les lettres-patentes de juin 1467, relatives à cette réorganisation, portent qu'une bannière est accordée « aux potiers d'étain et bimbeloliers j>.

Cette bannière était « armoyée et figurée d'une croix blanche au milieu et de telles enseignes et armoiries que ledit mestier et compagnie adviscra. »

(t) D'Hozmn. drmoriul, texte XXV, Blasons: I, 687.


Les bannières des corporations paraissaient dans les grandes fêtcs et les processions; elles étaient portées par les dignitaires du métier, tous en grand costume de cérémonie.

Les jetons des métiers indiquaient la présence aux assemblées ou servaient, à la fin de la semaine, à représenter le prix des journées de travail. Les seuls jetons connus des miroitiers ne sont pas très anciens; ils représentent: sur la face, l'effigie du roi Louis XV sur le revers sont figurés deux génies l'un interroge le ciel avec une longue-vue, l'autre tient un miroir ardent qui, de ses rayons, embrase le bûcher d'un autel. Au bas, on lit cette inscription Communauté des marchands miroitier el opliciens, 1775.

La Chambre syndicale des Miroitiers de Paris fait figurer, sur ses jetons, des glaces et des miroirs posés sur une table et accompagnés de divers outils du métier, tels qu'une rèsle, une pince, un marteau et un diamant à couper le verre.

Note. Voici ce que dit un historien du temps, a propos des bannières des métiers


« En ce même temps le Roy fit publier à Paris que toutes personnes, de quelle condition et estat qu'ils fussent, depuis l'âge de seize jusques à soixante ans, qu'ils ississent hors de la ville en armes et habillemens de guerre et s'ils y en avoit aulcuns qui n'eussent harnois, que néantmoins ils eussent en leur main un baston deffensable et sur peine de la hart, et lors issit hors de la ville de Paris, la pluspart du populaire chacun sous son étendard du banière, et estoient bien quatre vingt mille têtes armées ».

(1) Cimuer. Archives de l'Histoire de France; I, 9.


Jeton de la Corporation des Miroitiers et Opticiens.

CHAPITRE III

Réglementation du travail au moyen-âge. Statuts des ouvriers de menues oeuvres de plomb et d'étain règlements d'Etienne Boyleaux (1258). La taille de 1292.

Après l'affranchissement des communes, les Parisiens furent placés sous la protection du Prévôt de Paris dont les fonctions de chef de la juridiction du Châtelet datent de 1131.

Ce magistrat fut choisi parmi les hommes les


plus méritants; plus tard, sa charge fut mise à l'enclière. La Prévôté de Paris devint alors une institution vénale et mercantile ses exactions irritèrent la population.

Saint Louis y mit un terme en créant la prévôté des marchands, fonction qui ne pouvait s'acquérir et dont Etienne Boyleaw, homme intègre, fut le premier titulaire.

Pour établir 1 ordre dans le monde marchand et industriel, Etienne Boyieaux lui imposa des règlements publiés sous le titre d' <a Etablissements dcs Métiers de Paris », formant un recueil des usages et coutumes de cent un métiers (1). Ce recueil lut dressé par les chefs des corporations réunis par le prévôt des marchands qui, après avoir examiné et discuté avec eux chacun des articles qui composaient leurs statuts, les fit transcrire et les confirma de son autorité.

Les monopoles et privilèges furent alors réduits autant qu'ils pouvaient l'être dans ce siècle éloigné. Cependant l'organisation ouvrière d'Etienne Boyleaux ferme la porte à toute concurrence et à toute initiative, en limitant les droits de chacun et en déterminant les objets que le marchand peut vendre sans passer outre. La liberté des (I) Nous en avons donné la nomenclature dans notre ouvrage, drtisans et Compagnons, p. et suivantes.


transactions lui est inconnue. Mais si l'on se reporte à l'esprit de ces temps, on doit considérer comme une véritable conquête cette législation industrielle, oeuvre de justice, d'ordre et de loyauté qui protège, en même temps que l'ouvrier sage et fidèle, le consommateur ignorant et crédule.

Les statuts d'Etienne Boyleaux servirent de modèles aux règlements des métiers qui furent établis depuis dans toutes les parties de la France.

Au xmc siècle, le Livre des Métiers ne s'occupe, au point de vue de l'industrie qui nous intéresse ici, absolument que des « ouvriers de toutes menues œuvres que l'on fait d'étain ou de plomb. » C'est au titre (ou chapitre) XIV, que l'on voit apparailrc, sous cette dénomination, dans les règlements des métiers, les premiers miroitiers parisiens.

Voici ces statuts, en six articles, avec la traduc- tion en regard de l'ancien texte


CIS TITRES PAROLE DES OUVRIERS DE TOUTES MENUES OUEVRES QUE ON FAIT D'ESTAIM OU DE PLOM A PARIS (1).

TEXTE SUIVANT LE MANUSCRIT DIT DE LA SOUBOtniE

Quiconques veut estre ovriers d'estain, c'est à savoir fesieres de miroirs d'estain, de fremaus d'estain, de sonneites, de anelès d'estain, de maillès de plon, de mcreaus de toutes manieres, et de toutes autres menues choseites apartenans a plom et a estain, il le puet estre franchement et ouvrer de nuiz et de jours, se il li plaist et il en a mestier, et avoir tant de vallis comme il li plaira.

Xus menestreus du mestier

(1) Liscz: ce sont les ordonnances concernant les ouvriers de toutes menues œuvres faites, à Paris, de ploml et d'étain.

I

II

TRADUCTION EX LANGAGE COURANT, SE RAPPROCHANT DU MOT A MOT.

1

Ceux qui veulent être ouvriers d'étain, c'est à savoir faiseurs de miroirs en étain, de fermoirs d'êtain, de sonnettes, d'anneaux d'étain, de maillets de plomb, de méreaux (ou jetons) de toutes manières et de tous autres petits objets fabriqués en plomb et en étain, le peuvent être franchement (c'est-à-dire sans payer de redevances spéciales) ils peuvent travailler de nuit et de jour comme il leur plaît. Ils ont la possession du métier et peuvent avoir autant d'ouvriers (valets) qu'il leur plaira.

II

Les maîtres de ce métier ne


devant dit ne puet ne ne doit avoir que 1 aprentis tant seulement, se ce ne sont si enfant ou li enfant de sa fame né de loail mariage. Et puet prendre l'aprentis a argent et sans argent, et a tel terme corne il li plaira.

Nus du mestier devant dit ne puet ne ne doit ouvrer au diemenche ne a nul jour .de feste que quemun de vilc foire.

Quiconques mesprendra en aucune des choses desus dites, il l'amendera au Roy de V. S. de.parisis toutes les fois que il li mesprendra.

Li menestereul devant dit doivent la gueit et la taille et les autres redevances que li autre bourgois de Paris doivent au Roy.

III

IV

V

peuvent avoir qu'un seul apprenti en plus de leur enfant ou de l'enfant de leur femme, nés de loyal mariage. Ils peuvent prendre cet apprenti en le faisant ou non payer pour les frais de l'apprentissage, avec une durée du dit apprentissage qu'ils fixeront à leur gré.

III

Nul du métier susdit ne peut ni ne doit trav:.illcr le dimanche ni les jours de fête autres que ceux du temps de la foire de la ville.

IV

Quiconque n'obéira pas à ces obligations ci-dessus dites, sera passible d'une amende de cinq sous parisis au profit du roi, toutes les fois qu'il commettra cette infraction au règlement.

V

Les maîtres du métier doivent le guet et l'impôt de la taillc, ainsi que lcs autrcs redevanccs que les bourgeois de Paris doivent au roi.


Nus hom du mestier devant dit qui est passé LX ans de age ne doit point dc gueit, n; cil a qui sa famé j^ist d'anfant tant come e'.e jjise mis il le doivent faire savoir à celui qui le gucit re;oit de par le Koy.

Nous avons à diverses reprises, indique ce qu'était l'impôt de la faille, redevance que payait la multitude des faibles à une élite de forts (1), contribution qui frappait le revenu et qui était ainsi appelée parce que les reçus délivrés aux contribuables leur étaient remis sous forme de réglettes de bois sur lesquelles on taillait des encoches comme le font encore les boulangers de nos campagnes pour établir le compte des pains qu'ils vendent à crédit. Lorsqu'on perdait cette marque, on était frappe d'une amende qui, au xnc siècle, était payable en nature ou en argent. Les (1) Le clergé et la noblesse ne payaient pas cet impôt.

L'homme du métier dont il s'agit ne doit point le service du guct s'il a plus de soixante ans ainsi que celui dont la femme est en couchcs, tant qu'elle n'est pas relevée mais, dans ces cas, celui qui garde le guet de par le roi, doit être averti.


talemeliers (ou boulangers), à cette occasion, payaient un chapon ou douze deniers.

Cet impôt était fixé d'après l'affirmation du contribuable qui déclarait son revenu. Si sa déclaration était reconnue fausse, il était frappé d'une forte amende.

Les apprentis, les valets et les maîtres payaient tous indistinctement la taille. En 1292, un apprenti orfèvre du nom de Gervaisot de Pontoise était taxé à 12 deniers, Michel, valet sellier, à 14 sols, Hennet, valet de Jehan le recouvréeur et Sédille, sa chambrière, paient chacun 2 deniers (1). La taille parisienne de 1292 ne compte que quatre miroëriers Jehan, dans la Grand'Rue Saint-Honoré, lequel est taxé à 2 sous Nicholas, de la Grand'Rue de la Paroisse Saint-Gilles, qui paye 12 sous Hue, outre la Porte Saint-Denis, dont la taille est de 2 sous Guillaume, du Bourcl'Abbé, qui ne doit que 12 deniers (2).

(i; A cette époquc, la livre tournois valait 16 francs, le sou 80 centimes, Je denier un peu moins de 7 centimes (D'Avenel). un Gkiuud, La taille de 129'2: Paris sous Philippc-lc-Iicl.


CHAPITRE IV

Statuts des fcimbelotiers-mirreliers de 1489. Lettres-patentes de Charles IX; confirmation de 1572. Lettres d'Antoine du Prat enregistrement des statuts au Châtelet (1573). Les miroirs de Lorraine. Par sentence de Jacques d'Estouteville, prévôt de Paris, en date du 23 novembre 1489, la communauté des miroitiers ou plutôt des ouvriers de menues œuvres en plomb ou en étain, reçoit des statuts dans lesquels on donne à ces artisans le nom de bimbelotiers-mirreliers Mirreliers provenant de mire, mirer. Ces statuts admettent à la maîtrise tous les ouvriers du métier, comme cela se faisait toujours lorsque l'on créait une nouvelle communauté.


Voici ce document, qui peut être considéré comme le véritable point de départ de la corporation jurée des miroitiers de Paris.

SENTEN'CE DU PRÉVÔT DE PARIS HOMOLOGUANT LES STATUTS DES BIMBELOTIERS-MIRRELIERS (1489) (i).

A tous ceulx qui ces presentes lettres verront, jacques d'Estouteville, etc., etc.

Sçavoir faisons que, oye la requeste cejourd'huy faicte par laquelle, on dit mestier de bimbeloterie et mircllcrie, a esté faict certain registre et ordonnance qui estoit enregistrée en la chambre du procureur du Roy nostredit Seigneur, oudit Chastellet et à iceluy estoit à présent convenable, pour le proumt et utilité du Roy nostredit Seigneur, pour la chose publicque et dudit mestier, de adjouster aucunes additions et corrections, parceque en icellui registre ancien n'estoit aucunement speciffié ny desclairé de quelles estoffes iceulx bimblotiers doibvcnt besongner, ne commet ils se doibvent reigler et gouverner en iceluy.

Et premièrement ensuit la teneur de i'encien registre desdits bibelottiers (2)

(1) Reni's de L,i:spinassk. Métiers et corporations de Paris I. Collection Lamoig.no.n V, 2l;,

(2) On voit ici que l'on appclait ces commerçants indistinctement bimbclotïers et bibelottiers. De cette dernière forme, provient le mot bibelot.


(Ici suivent les six articles des statuts réglementant la communauté des « ouvriers de toutes menues oeuvres que l'on fait d'étain ou de plomb statuts que nous avons reproduits ci-dessus). Et après ensuivent les pointz et articles que lesdits bibelottiers et mirreliers de la .Ville de Paris requièrent leur estre octroyés par forme de statuz et ordonnances pour le bien dudit mestier et interest de la chose publicque, et pour obvier aux faultes et abbuz que l'on peult commectre à faire en iceluy mestier I

Premièrement, quiconques vouldra dores en avant estre bimblottier et mirellier. c'est assavoir, faiseurs de mirouers et toutes menues oeuvres que l'on faict de plomb et estaing à Paris, estre le pourra, pourveu que, premierement, il soit expérimenté, approuvé et tesmoigné souffisant par les jurez et gardes dudit mestier, et qu'il ayt faict chief d'oeuvre souffisant d'icelluy mestier et payé quarente sols parisis c'est assavoir, moictié au Roy et l'autre moictié à la confrairie Monsieur Saint-Nicolas, que lesdits bimbl6ttiers ont intention de fonder en l'église du Saint-Sépulchre, à Paris. II

Item, et que chascun qui vouldra dores en avant estre maistre dudit mestier et avoir la franchise d'iceluy,


sera tenu, pour son expérience (i), de faire, en l'hostel de l'ung desdits jurez, une rosette de mirouer de toutes coulleurs, de gecter dedens ung moulle de fonte enmailé et en papette, une grosse de bibellot pendans, et de faire une livre de mesnage (2), tel qu'il sera ordonné par lesdiz jurez. Et lequel chef-d'oeuvre, après ce qu'il sera faict et parfaict, sera par iceulx jurez veu et visité, lesquels seront tenus rapporter au vray s'il sera souffisant. En faisant lequel chef-d'œuvre ne sera faicte aucune despence exceddant la somme de quatre livres parisis au plus. Et si ledit chefd'œuvre est trouvé souffisant, cellui qui l'aura faict sera reçeu et admis à la maistrise dudit mestier, en faisant par lui le serement de garder les ordonnances et en payant les droits dessus declarez.

III

Item, que tous fils de maistres, nez en loial mariage, joyront dudict mestier en cèste ville, comme maistre, sans faire aulcun chef-d'œuvre en iceluy, pourveu toutesfois qu'ils soient souffisans oudit mestier, et tels rapportez et tesmoingnez par lesdits jurez, et que, à leur (1) Erpérience est ici, pour chef-d'œuvre. Ordinairement, l'expérience était un chef-d'œuvre atténué au profit des fils de maîtres ou autres privilégiés.

(2) Bibellot pcndans petits bijoux ou ornements qui se vendaient aux douze douzaines mcsnagc ustensiles de table ou de cuisine.


réception, ils payeront quarente sols parisis, moictié au Roy et l'autre moictié à ladite confrairie. IV

Item, que les ouvriers dudict mestier puissent avoir tant d'apprentiz comme il leur plaira, et iceulx prandre à tel terme comme bon leur semblera, sans, pour ce, encourir en aulcune amende.

V

Item, si aulcun apprentiz ou varlet, servant oudit mestier, se desfuit ou depart doresnavant de son service, oultre le gré et volunté de son maistrc avant qu'il ayt parfait ou parachevé son dit service ou apprentissaige, aulcun autre maistre dudit mestier ne le puisse ou doibvre mectre en besongne jusqu'à ce qu'il ayt fait satisfaction de son service à son dit maistre, sur peine de vingt sols parisis, à applicquer moictié au Roy et l'autre à ladicte confrairie et aux jurez dudit mestier.

VI

Item, que les ouvriers dudict mestier facent ou facent faire et vendre doresnavant mirouers de toutes façons, de bon bois bien secq et bien assaisonné, et sur iceulx asscent et facent assoir voires bien et deue-


ment collez (i), sans en iceulx mectre ne assoir bois vert et voirres pourriz ou chanciz, sur peine de vingt sols parisis d'amende à applicquer comme dessus. VII

Item, aussi qu'ils facent ou facent faire et vendre leurs ouvraiges de bibelot bien et deuement faits de bonnes estoffes, et iceulx assouvir de coulleurs. sans ce que lesdits ouvraiges soient fondues sur thuille. ne que en iceulx y ait troux, fentes ne cassures, sur la peine que dessus.

VIII

Item, semblablement qu'ils ne mectent, asseent (2) ouenchassent doresnavant aucune ymaige de latton(3) de leurs dits ouvraiges de bibelot, pour ce que sont faulces (4) ouvraiges qui, incontinent que elle est moullée, soit moisist et rouillé, et ne vault plus riens, sur semblable peine que dessus.

IX

Item, que lesdits ouvriers qui ont accoustumé faire (1) Lisez: de bon bois bien sec et coupé en bonne et sur ces miroirs, placer des verres bien et duement collés. (2) Asscer poser, ptacer.

(3) Laiton laiton.

Faulces lisez faux, mauvais.


les mosles (i) des ouvraiges tant revuidez que autres dudit mestier, ne les puissént doresnavant vendre et debiter ne délivrer jusques à ce que par les jurez ils ayent esté veues et visitez, sur les peines que dessus. X

Item, que tous les marchans forains qui admeneront et feront venir en ceste Ville doresnavant miroueirs, fustailles de mirouers (p) et aultres denrées et marchandises appartenans oudit mestier, ne les puissent vendre ou debiter en icelle jusques a ce que par lesdiz jurez elles aient esté veues et visitez, sur peine de vingt sols parisis d'amende à appliquer comme dessus. XI

Item, lesquels jurez seront tenuz, sans déport ou travail aulcun, faire et visiter lesdits ouvraiges sitost qu'elles seront venues à leur congnoissance, dedans vingt-quatre heures au plus tard, sur peine de quarente sols parisis et pourront lesdits marchans estrangers neantmoings vendre leurs denrées.

XII

Item, et après ladicte visitation faicte, seront tenus lesdits jurez de faire scavoir ce que dit est aux autres (1) Lisez: moules.

(2) Fuslailles de mirouers cadres


maistres dudit mestier, affin que chascun d'eulx en puisse avoir pour leur argent, si bon leur semble, sur peine de dix sols parisis d'amende à applicquer la moictié au Roy et l'autre moictié au dénonciateur. XIII

Item, si aucun maistre dudit mestier va de vye à trespas, que sa femme puisse tenir et jouir dudit mestier et des franchises, tant qu'elle sera vefve, avecq ses apprentiz, se aucuns en a mais si elle se remarie à autre qui soit d'autre mestier, que elle ne puisse plus ouvrer, joir des franchises ne tenir ouvrouer dudit mestier, sur ladite peine de vingt sols parisis à applicquer comme dessus.

XIV

Item, que tous les ouvriers dudit mestier qui de present tiennent mestier en ladicte Ville et banlieue, et semblablement tous ceulx qui se sont meslez de ouvrer dudit mestier par cy-devant en icelle, seront admis, et reçeuz à la franchise d'icelui, sans faire aulcun chef-d'œuvre, pourveu qu'ils soient tesmoingnez estre ouvriers, et tenuz de eulx faire venir enregistrer ès registres dudit Chastellet, et faire le seremcnt de garder, entretenir et observer lesdites ordonnances, et dans ung mois prochainement venant, après la publication de ces ordonnances autrement où ils n'auront


ce fait, seront tenuz de faire ledit chef-d'œuvre ainsi et par la forme et manière que dit est.

XV

Item, pour visiter les ouvraiges et ouvriers dudit mestier, faire, tenir, garder et observer les ordonnances dessus transcriptes en leurs termes, soient créez, preposez et establiz, et tenus en tesmoingnage et eslection, et du consentement des maistres dudit mestier par ledi' procureur du Roy, deux prud'hommes d'iceluy mestier, qui seront nommez jurez et gardes d'iceluy, qui feront serement solempnel que bien et loyaulment ils visiteront les marchans et ouvriers dudit mestier et les ouvraiges et denrées à iceluy appartenans, et des faultes qu'ils y trouveront estre faictes contre lesdictes ordonnances, ils en feront rapport à justice pour en faire pugnition ainsi que de raison sera. L'un- desquels jurez sera mué et changé chascun an et, en lieu de luy mis et preposé ung aultre.

En tesmoing de ce, nous avons faict mectre à ces presentes le scel de ladite prevosté de Paris. Ce fut faict le lundi XXIII" jour de novembre, l'an mi] IIIIc IIIIxx IX.

En décembre 1572, des lettres-patentes de Charles IX confirment, aux bimbelotiers et mir-


reliers, leurs statuts du 23 novembre 1489 que l'on vient de lire.

Le volume VIII de la collection Lamoignon (1), nous indique qu'il n'y a pas lieu de donner le texte de ces lettres-patentes « parce qu'elles ne contiennent qu'une confirmation pure et simple. Du reste, on pourrait les trouver dans les registres des Ordonnances vérifiées au Parlement, ie volume de Charles IX, cotte 2 f., fol. 219 et dans le Livre noir neuf, fol. 28 » (2).

Nous n'insisterons donc pas, jugeant qu'il n'y a aucun intérêt à reproduire cette pièce documentaire que nous ne rappelons ici que pour mémoire.

D'autres lettres, émanant d'Antoine du Prat, prévôt de Paris, en date du 10 janvier 1573, prescrivent l'enregistrement, au Châtelet, des statuts des « maîtres bimbeloliers-miraliers, faiseurs de mirouers et autres menues oeuvres de plomb et estaing b (3).

(2) Ces documents sont déposés aux Archives nationales. (3) Archives nationau-.s. Livre noir ncnl Y GG, fol. 2S. v°. C'est par erreur que M. de Lcspinasse indique que ces lettres sont d'Antoine du I'rat et de Pierre Seguyer; ce dernier nom ne ligure pas sur cet acte.


Au xvic siècle, la fabrication des miroirs de verre était très répandue en Lorraine. Dans sa Chroniquc de, 1530, Volleyr de Sérouville s'exprime ainsi

« A Raon au pays des Vosges et a Saint Quirin l'on fait les mirouers qui se transportent par toute la chrestienté ce que l'on l'on racompte avoir esté faict au lieu de Bainville surnommé « Aux Mirouers » (i), assis sur la rive de Mezelle entre Charmes et Bayon. « Et se forgent les voirres(2)en la fournaise ardente par une merveilleuse artifice avec ung fer attaché au bout d'ung baston percé par le moyen duquel il tire la malte embrasée laquelle à force de sousfler et rouller sur une planche vient à l'arrondir et enfler tant et si longuement qu'elle a prins la forme et grosseur des mirouers grands, moyens et petits, comme bon semble audit maistre ouvrier; puis aprez il applique le plomb par grand subtilité pour donner le lustre et reverbération des choses, lesquelles sont opposées et mises au-devant desdits mirouers qui, depuis avoir été disjoints et séparez dudit canale de fer, sont mis en (1) Bainvillc-aux-iliroirs, canton d'Haroué, arrondissement de Nancy.

(2) Lisez Et se fabriquent les verres.


pièces pour en repartir à tous ceux-qui en veulent avoir. » ( i ).

Nous laissons à la sagacité du lecteur, le soin de découvrir le motif qui faisait mettre en pièces les miroirs à la fin de l'opération du doublage du verre par l'application d'une feuille de plomb, en faisant remarquer le tour naïf du narrateur.

(1) PÉLiGOT Le Verre, p. 215: Mettre en pièces signifie peut être ici diviser en morceaux.


CHAPITRE V

Lettres-patentes de Henri III confirmant les statuts des miroitiers-lunetiers et bimbelotiers (1581). Les layetiers, écriniers et emballeurs; leur droit de faire des cadres de miroirs (1582). Vente des miroirs par les merciers. Arrêt du Parlement du 4 août i574; procès entre les miroitiers et les doreurs. Union des corporations des doreurs et des miroitiers, après 14 procès (22 mai 1680).

Après un siècle écoulé, les miroitiers reçoivent. du roi Henri III, de nouveaux statuts où ils sont dénommés miroitiers-lunetiers et bimbelotiers.


On y voit ces artisans pratiquer des opérations très distinctes les unes des autres ils fabriquent des miroirs fixes et mobiles, en métal ou en cristal, couvrent les glaces, c'est-à-dire renferment leurs miroirs dans des boites (souvent en ivoire) ou les placent dans des enjolivements qui se ferment ci volets ou à coulisse, décorent les cadres selon leur fantaisie, font encore des petits objets en étain et autres métaux, tels que des anneaux, des sonnettes, des encadrements d'images, etc. Des flacons, des salières, des lunettes et besicles sortent de leurs mains. Ce sont les précurseurs des fabricants d'articles de Paris. Enfin, ils vendent aussi des sceaux et cachets pour plomber et sceller les marchandises.

Nous reproduisons ci-après cet intéressant document

LETTRES PATENTES DE HENRI III CONFIRMANT LES STATUTS DES MIROITIERS-LUNETIERS ET BIMBELOTIERS EN 29 ARTICLES (Août 15S1) (1).

Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Poloigne, à tous presens et advenir, salut.

Savoir faisons, Nous, après avoir reçeu l'umble sup(1) DE Lespinasse; II, 727 et collection Lamoignon; IX, 33S.


plicacion des maistres jurez miroitiers, lunetiers, bimbelotiers de nostre bonne Ville de Paris, contenant que nos predécesseurs d'heureuse et très louable mémoire, pour la conduite et entrétenement dudit mestier, même pour obvier aux fautes et abus qui se pourroient commettre en l'exercice d'iceluy, ont le tout dès longtemps concédé et octroyé plusieurs statuts et ordonnances politiques à plain déclarées ès-lettres qu'ils leur en ont cy-devant fait expédier, registrées en la chambre de nostre Procureur au Chatelet de Paris Lesquels par la négligence et mauvais soing de leurs prédecesseurs jurez dudit mestier sont Sepuis quelque temps demeuré (i) sans exécution, et ledit mestier sans règlement et police, au dommage et préjudice de tout le public, pour à quoy remédier, et pourvoir aux entreprises qui se font ordinairement sur ledit mestier par aucuns austres mestiers de nôtre dite Ville et Fauxbourgs de Paris, et pour assoupir les différens qui pour raison de ce pourroient se mouvoir entre eux, ils ont depuis nagûères fait veoir et arrester en langaige intelligible leurs dictes ordonnances, tant anciennes que modernes, et icelles fait corriger et augmenter, ainsi qu'ils ont estimé estre besoing pour le bien, utillité et commodité de la chose publicque, pollice et entre(1) Sic. Ni l'orthographe, ni la syntaxe ne sont observés dans tous ces documents anciens. De plus, le même terme fut écrit souvent de différentes manières, jusqu'au moment où la forme des mots fut définitivement arrêtée.


tenement dudit mestier, selon la forme et teneur qui ensuit

I

Premierement, pour ce que de tous temps et ancienneté, il n'appartient qu'aux maistres miroitiers, lunettiers et bimblottiers de faire et parfaire entièrement tous et chacun les ouvraiges de quelque mode et façon que ce soit, deppendantes et appartenantes dudit mestier de miroitier, lunettier et bimblottier, quant ung ouvrier expert et congnoissant dudit mestier, maistre approuvé et ieçeu par les quatre maistres jurez d'iceluy mestier, vouldra tenir bouticque en la Ville et faulxbourgs de Paris, faire le pourra en faisant prealablement ung chef d'oeuvre de sa main souffizant de mirouers, lunettes et bimblot, soit de mode ancienne ou moderne, et tel que les jurez le bailleront et payeront quatre escuz pour les droicts des jurez qui assisteront audit chef-d'œuvre et demi escu à la confrairie dudit mestier.

II

Item, Qu'un fils de maistre dudit mestier né en Loyal mariage sera reçu Maistre d'iceluy sans faire aucun chef d'œuvre pourveu qu'il soit ouvrier et payera les droits des Jurez comme dessus, deuz escus à la


Confrairie, et deux escus au Receveur dudit mestier, peur estre employés aux affaires d'iceluy, et Vingt sols au Roy.

III

Item, ceux qui ont esté et seront doresnavant apprentifs audit mestier, seront tenus faire apprentissage en la maison d'un Maistre dudit mestier, le temps et espace de cinq ans, et le temps fini pourra parvenir a la Maitrise en faisant chef d'oeuvre tel que dessus est dit, qu'il leur sera baillé par lesdits Jurez d'iceluy, et se fera ledit chef d'oeuvre en la maison de l'un d'iceux, et payera le droit des Jurez, comme, il est spéciffié cy-dessus, un escû moitié au Roy et l'autre moitié à la Confrairie dudit mestier, et deux escus au Receveur pour employer aux affaires dudit mestier. IV

Item, nul ne pourra demander chef d'oeuvre auxdits Jurez, qu'il n'ait fait apprentissage en ladite Ville, en la. maison d'un desdits Maistres dudit Mestier le temps et espace de cinq ans, et qu'il n'ait fait apparoir du brevet de son. apprentissage, avec certifficat de son Maistres de sa prudhommie,' et s'il n'est apprentif de la Ville, sera tenu de servir les Maistres d'icelle Ville par l'espace de cinq ans, avant que de pouvoir deman-


der chef d'oeuvre, et aura certifficat du Maistre où il aura servi.

V

Item, toutes personnes prétendant la maistrise, en vertu des lettres de don (i), seront tenuz faire experience (2) à l'ordonnance des jurez et autres droictz, tels et semblables que ceulx qui seront reçeus de chefd'œuvre.

VI

Item, que nul ne fera aulcuns mirouers, soit d'acier, cristal, cristalin ou de quelque autre sorte que ce soit, et ne couvrira aucunes glaces, qu'il ne soit maistre reçeu oudit mestrier et qu'ils ne soient bien et deuement faits.

VII

Item, aussy que nuls ne pourront faire aucuns chassis (3) à mirouers qu'il ne soit de bon boys et autres (1) Lettres de don: Lettres, soi-disant de don royal, qu'il fallait néanmoins payer; elles admettaient à la maîtrise sans exiger le chef-d'œuvre, en dehors des règlements, par faneur. Les maîtres par lettres de don étaient fort mal considères par leurs confrères admis après les épreuves fixées par les statuts du métier.

(2) Expérience travail très peu important exigé des fils de maîtres et des maîtres par lettres de don.

(3) Liscz encadrements.


estoffes souffizantes, lesquels pourront être faits et parfaits par les maistres dudit mestier, mesmes noircis, peincts et enjolivez en telle sorte que bon semblera ausdiz maistres.

vrn

Item, pourront les maistres reçeuz audit mestier faire toutes sortes de mirouers de tous métaux et iceulx enrichir et enchasser, peindre, dorer et enjoliver de toutes sortes de façons, boutons de mirouers et autres sortes d'ouvraiges deppendans d'iceluy bois et bien faits deffense ausdiz maistres de vendre aucuns desdiz ouvraiges, si ce n'est aux maistres d'iceluy mestier, qu'ils ne soient parfaits, mesmement de glace, de cristal ou cristalin, et deffense à tous autres n'estant maistres reçeus audit mestier de faire ou entreprendre à faire aucuns des ouvraiges dessus ditz ni autres deppendans dudit mestier, sur peine de confiscation et deux escuz d'amende, moitié au Roy et l'autre moitié aux jurez.

IX

Item, les maistres dudit mestier feront toutes sortes de boutons, sonnettes, annelets, esquilles (i), croix de toutes façons, d'estaing et autres métaux. Et ensem(1) Aiguilles.


ble tous petits imaiges, soit à verre ou sans verre à mirouer (i), avec toutes autres, petit mesnage d'estaing et autres petits métaux, le tout deppendant dudit inestier de lunetier, miroitier et bimblottiers, de bonnes estoffes et bien faits.

X

Item, pourront lesdiz maistres faire flacons d'estaing servant à mectrc vin et eau, cuillers, sallières à six quarrés, de demy doigt de haucteur, pesans, la douzaine, livre et demie ou environ seulement, drageouers (2), esquilliers (3), et autres petitz ustanciles de bon estain, doux à revider, cloux de miroir, à pointe de fer moullé de pierre, cuivre, fer et tous autres moulles étant propres à faire lesdiz ouvrages, boullets et dragées (4ï servans à arquebuzes et pistoletz, sceaux à marquer draps de plomb (5), anneaux, rivets de toutes sortes de métaux tant de cloches, d'allois d'estaim que de tous autres. Et deffences à tous .autres de faire les ouvraiges cy-dessus ni autres dudit mestier, sur peine de confiscation et de deux escuz d'amende, moitié au Roy et moitié auxdiz jurez. (1) Petits tableaux encadrés.

(2) Boites à dragées drageoirs.

Boîtes il aiguilles.

(4) Balles.

(5) Lisez sceaux de plomb pour marquer les draps.


XI

Item, lesdits 'maistres dudit mestier pourront faire lunettes de cristal de roche, verre et cristalin, de toutes veues (i), bien polies des deux costez, faire les chassis d'icelles de cuir, cornes et autres estoffes bien et deuement faicts, et non de papier, sur peine de confiscation.

XII

Item, lesdiz maistres pourront faire toutes sortes de bezicles, cristal ou cristalin, poli des deux costez, tant en cornes qu'en estaim aussy pourront faire toutes sortes de grandes glaces de verre poli, carré ou rond, garnis de leurs chassis de fin papier ou de bois, iceulw enjoliver, peindre et dorer en quelque sorte que ce soit et deffenses à toutes autres personnes de faire ou faire faire aucuns des ouvraiges dessus dits, sur peine de confiscation.

XIII

Item, que nul ne fera auicun des ouvraiges susdits ni moulles qui soit à iceluy mestier, qu'il ne soit reçeu premierement maistre en iceluy, sur peine de confisca(I) Pour loulcs imcs les verres concaves et convexes furent inventes au xry* siècle par Salvino Armato, Florentin.


tion et dix escus d'amende, moitié au Roy et l'autre moitié aux jurx.

XIV

Item, que tous les Maistres dudit mestier ne pourront avoir qu'un apprentif, lequel sera obligé cinq ans. et un an devant la fin de l'apprentissage fini, ledit Maistre en pourra prendre un autre qui sera pareillement obligé cinq ans, et n'en pourra avoir ny prendre davantage sur peine de dix escus d'or d'amende, applicable comme dessus, et de tous dépens et dommages et interests des apprentifs.

XV

Item, deffenses sont faites à tous Valletz et Serviteurs dudit mestier de miroitier, lunetier, et bimblottier de faire des Maistres en la Ville et Fauxbourgs de Paris (i), ains (2) seront tenus servir les Maistres dudit mestier sur peine de confiscation de leurs ouvrages, pierre, outils, et de dix escus d'amende.

XVI

Item, Nul ne pourra bailler à travailler à aucun V allet, ou Serviteur dudit mestier en maison, ou (1) Liscz de faire œuvre de maître.

(2) Liscz mais.


chambre dedans la Ville et Fauxbourgs, ains ils les pourront employer en sa boutique et maison, sur peine de confiscation des ouvrages.

XVII

Item, deffenses sont faites à tous Maistres de ne soustraire, suborner, ny attirer aucun Vallet, ou Serviteur qu'il n'aye premièrement sçu du Maistre dernier qu'il aura servi s'il est content dudit Serviteur sur peine de dix escus d'amende applicable comme dessus. XVIII

Item, semblablement nul Serviteur ne pourra sortir hors d'avec son Maistre pour travailler pour autre Maistre, qu'il n'ait achevé son année, parachevé besogne par luy encommencée, et qu'il n'ait satisfait avec son dit Maistre sur peine de dix escus d'amende. XIX

Item, deffenses sont faites à tous Maistres de ne déguiser leurs ouvrages, et de n'en faire qu'ils ne soient bons, loyaux et marchands sur peine de confiscation, et de dix escus d'amende.


XX

Item, que les Serviteurs forains auparavant que de pouvoir travailler en la maison des Maistres, seront tenus payer aux Jurez cinq sols pour leur entrée. XXI

Item, audit métier de miroitier, lunetier, et bimblottier, y aura quatre Jurés, lesquels seront seulement deux ans en ladite charge dont deux d'iceux seront eslus par la Communauté tous les ans devant le Procureur du Roy au Chatelet de Paris, à l'instant feront le Serment de bien fidelement et loyaulment en leur conscience faire observer, garder, et entretenir lesdites ordonnances, et lesquels Jurés seront tenus d'eux, se transporter ès maisons et hostels des Ouvriers et autres Entrepreneurs sur ledit mestier; faire saisir et arrêter, et pour ce faire prendront un ou plusieurs Sergens pour les assister à faire les recherches de fausses fraudes, mesprantures, malversations et abus qu'ils verront commettre contre lesdits Statuts, et ordonnances cy-dessus, lesquels Jurez en feront rapport dedans vinât quatre heures après la, saisie faite, pour estre ordonné ce que de rais


XXII

Item, lesdits quatre Jurés pendant Me temps de leur Jurande, et qu'ils exerceront la charge de Juré, seront exempts de la commission de faire curer et netoyer les boues des rües, commission des Lanternes du Quartier ou ils seront demeurans.

XXIII

Item, que tous les ouvrages des susdites se feront bien, et duement par les Maistres miroitiers, lunetiers et bimblottiers de cette Ville de Paris, et non autre et que s'il se trouve autre que lesdits Maistres qui entreprennent de faire ou faire faire lesdits ouvrages, ils seront confisqués et les ouvriers condamnés en telle amende qu'il plaira à Justice ordonner.

XXIV

Item, les maistres pourront achepter toutes sortes de bois et autres estoffes servans à leur mestier sitost qu'elles seront arrivées en ceste Ville, et seront lotties entre les maistres qui se trouveront, et en auront pour le mesme prix que cellui qui en aura fait le marché, en payant comptant.


XXV

Item, deffenses sont faictes à toutes personnes de n'achepter aucun bois ou estoffes destinez pour ledit mestier, s'il n'est d'iceluy mestier, sur peine de dix escus d'amende.

XXVI

Item, la veufve d'un maistre dudit mestier, tant qu'elle demeurera en viduité, elle pourra tenir bouticque ouverte et faire travailler avec compagnons et apprentifs, comme les autres maistres, à la charge de la visitation (i).

XXVII

Item, deffenses sont faictes à toutes personnes d'achepter estoffes dudit mestier pour les revendre et regrater (2), sur peine de confiscation et d'amende arbitraire (3).

XXVIII

Item, que toutes marchandises foraines et ouvraiges forains, qui seront apportez en ceste Ville de Paris, (1) Ajoutez des jurés.

(2) Regretter revendre en détail.

(3) amende arbitrairc n la volonté du juge.


seront veus et visités par les jurez dudit mestier auparavant que d'estre exposez en vente, sur peine de confiscation des ouvrages et marchandises et de deux escus d'amende applicables comme dessus. XXIX

Item, il est deffendu à tous lesdiz maistres d'ouvrer ni vendre aucuns ouvrages dudit mestier, soit en leurs bouticques et marchés, aux jours de dimanches et festes d'Apostres, sous peine de confiscation des ouvrages et d'un escu d'amende applicable comme dessus. De tous lesquels anciens statuts et nouveaux articles cy-dessus spécifiés et declarez, lesdits Maistres Jurez dudit mestier, nous ont très humblement fait suplier, attendû que par l'avis de nostre Prcvôt de Paris ou son Lieutenant, nos Procureur et Avocat audit Chatelet cy attaché sous nutre contrescel, il ne soit trouvé rien qui porte dommage ni interest au public, pour leur vouloir octroyer nos Lettres d'approbation, autorization, homologacion en tel cas requises et nécessaires, à quoy ayant égard même audit avis, avons en inclinant libéralement à leur supplication, et Requeste, et leur continuant et confirmant leurs dits anciens statuts, lesdits nouveaux articles gréez, ratiffiez,-homologuez, et approuvez gréeons, ratiffions, homologons, et approuvons, et iceux nouveaux articles en tant que besoin est de nostre grâce spéciale, pleine


puissance et autorité royale, auxdits Maistres Jurez et Miroitiers, Bimblottiers, Lunettiers de nostre Ville et Fauxbourgs de Paris, donné et octroyé, donnons et octroyons par ces présentes pour en joüir et' user doresnavant, et estre inviolablement gardées et observées en nostre ditte Ville et Fauxbourgs de Paris de point en point selon leur forme et teneur, sans y estre contrevenu en aucune maniere.

SI DONNONS en mandement audit Prevot de Paris ou son Lieutenant, et à tous nos autres Justiciers et officiers qu'il appartiendra, que cesdites présentes ils façent publier et enregistrer, et du contenû joyr et user lesdits Exposans et leurs Successeurs dudit mestier, plainement, paisiblement, et perpetuellement, sans souffrir ni permettre qu'il y soit contrevenu à présent pour l'avenir, contraignant à ce, faire souffrir ny obéir tous ceux qu'il appartiendra et qui pour ce, seront à contraindre par toutes voyes dües et raisonnables, nonobstant oppositions ou appellations quelconques, pour lesquelles et sans prejudice d'icelles ne voulons estre différé. Car tel est notre plaisir, et affin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes, sauf en autres choses nostre droit et l'autruy en toutes.

Donné à Paris au mois d'aoust l'an de grâce mil cinq cens quatrevingt un et de notre regne le huitieme.


En février 15S2, des lettres-patentes de Henri III confirmant les statuts de la corporation des Layetiers, écriniers et emballeurs, donnent le droit, à ces artisans, de faire des cadres aux glaces, comme le faisaient les doreurs dont nous parlons plus loin. Du reste, voici l'article qui nous intéresse des statuts ainsi confirmés

ARTICLE PREMIER. Item, pourront lesdits maistres layetiers et escriniers faire tous tableaux de bois à môullure servans à mectre mirouers de cristalin de Venise et tous autres cristalins et mirouers servans à mirer eni forme de tableaux que les maistres doreurs sur cuir de Paris ont accoustumé garnir et autres, de quelque matière qu'ils soient (i).

Nous avons rappelé, plus haut, que les merciers vendaient toutes sortes de marchandises et, entreautres, des miroirs. Ces marchands avaient reçu des statuts de très bonne heure. Des lettrcspatentes de Louis XIII (1613, janvier) qui les confirment, énumèrent les marchandises qu'ils (1) Lamoignon IX, 383.


pouvaient « vendre, achepter, estaller, parer et enjolliver » comme l'indiquaient déjà d'autres lettres-patentes de Charles IX (9 octobre 1570). On remarque, dans cette longue nomenclature, les objets les plus divers, depuis les étoffes les plus riches et les plus communes, les pelleteries, les tapisseries, les pierres précieuses, la vaisselle d'or et d'argent, les métaux usuels, les armes de toutes sortes, la coutellerie, la quincaillerie, les livres de piété, etc., etc., jusqu'aux « mirouers, images, tableaux, tant en bosses qu'autrement. D Il était interdit aux jurés des métiers qui fabriquaient ces marchandises <t de faire aucunes visitations sur lesditz marchands merciers tenant bouticques, bancz ou eschoppes, de marchandises, ouvrages ou manufactures qui seront en leurs dites bouctiques et maisons, ou en chemin pour y estre admenées et conduictes, encore qu'elles feussent de la profession, estat et mestier desdicts jurez. »

En regard de l'obligation à laquelle tous les gens de métier ne pouvaient se soustraire, de subir la visite des jurés, ceci était un privilège excessif; on ne pouvait essayer d'y attenter, car la moindre entreprise d'inspection était punie d'une amende de douze livres. En 1666, cette amende fut portée à mille livres.

Belle matière à procès Il y en eut d'intermi-


nables et les merciers furent attaqués par vingt métiers différents pendant des siècles.

Le 1er juin 1657, un arrêt de la Cour des monnaies, rendu après saisie de plusieurs objets « en écaille de tortue avec coins en cuivre doré s, saisie faite à la demande des jurés de l'orfèvrerie, Fait deffenses a tous orfèvres, jouailliers, merciers, Miroitiers ,et tous autres de faire ny vendre cy après aucun ouvraige qui soit partie d'argent et de cuivre doré on non doré, à peine de confiscation desdits ouvraiges et d'amende.

Ordonne que le présent arrêt sera signifié aux gardes et jurez desdits mestiers et autres que besoin sera, mesme publié dans les communautés desdits mestiers pour estre executé selon sa forme et teneur (i).

L'art de la dorure en feuilles était connue des anciens on peut voir, dans nos musées, des statues égyptiennes de bois doré. Pausanias remarqua, à Corinthe, deux statues de Bacchus en bois (I) Collection Lamoicnon, XIII, 718.


doré, à l'exception des visages qui étaient peints en rouge. La statue de Pallas, à Egyre, était aussi en bois doré. Nous pourrions facilement multiplier ces citations.

Au moyen-âge, existaient le mouleur en pâte et le doreur en feuilles. Les batteurs d'or en feuilles formaient une corporation dont les statuts furent homologués par le prévôt des marchands Etienne Boyleaux et furent inscrits au Livre des métiers. A cette époque la communauté des batteurs d'or ne comptait que six maîtres.

La taille de 1292 indique l'existence de quatre doreurs parisiens.

La corporation des doreurs sur cuir dont les premiers statuts datent de 1559, pouvait aussi dorer sur bois, comme l'indiquent les détails de ces statuts. Ils décorèrent donc les ouvrages des miroitiers et engagèrent un procès avec ceux-ci, mais ils le perdirent, comme on le voit dans le document suivant

ARRÊT DU PARLEMENT (4 Août 1574).

Comme de la sentence donnée par notre prevost de Paris ou son lieutenant civil, le dix huitièsmc apvril mil cinq cens soixante treize, entre les maistres jurez doreurs sur cuir dudit Paris, demandeurs, d'une part


Et Philippe Drouart, maistre miroitier deffendeur et opposant à la saisie faicte sur sa marchandise, les jurez dudit mestier joincts avec luy, d'autre, par laquelle nostre dit prevost ou sondit lieutenant auroit fait deffenses a ycelluy Drouart et autres maistres d'ycelluy mestier de miroitier, d'enjoliver, dorer et noircir leurs mirouers de cristallin ou d'acier. Le tout dilligemment examiné, nostredite Cour, par son jugement et arrest, en vertu de ce qui a esté produit de nouvel, a mis et met ladicte appellation et sentence dont a esté appelle au néant, sans amende et despens de la cause d'appel, et en émandant le jugement et faisant droict sur le procès par escript, a fait et fait main levée audit Drouard des miroirs et glaces sur luy saisies, et sy a permis ausdits maistres miroitiers bimblottiers mectre et asseoir sur le bois de leurs mirouers toutes sortes de couleurs, et condempne lesdits maistres jurez doreurs ez despens.

Prononcé le 4e jour d'.aoust, l'an mil cinq cent soixante quatorze.

En 1594, Henri IV renouvelle les statuts des doreurs, le 7 novembre. On les appelle dans ce document, « maistres ouvriers en cuir et doreurs. Ils peuvent, d'après l'article 12, faire « Dossier à anneaux, bahus, ganzilzrres de mirouers,, boestes à horloge, boestes à mettre pains à chanter,


pouldre, cire et autres choses, mirouers à façon de livres, pallettes à mirouers. et iceulx ouvraiges dorer et argenter d'or et d'argent de feuille, bien empreinct de toutes belles façons de moresques et autres telles façons qui leur seront commandées et deffenses à tous autres de faire lesdits ouvraiges. »

L'article XIV s'exprime ainsi

« Pourront aussy faire toutes sortes de garnitures de boestesà pain à chanter, à. horloge, à pouldre etcire, pallettes à mirouers, garnitures de mirouers rorads et ,quarres à pendre devant dames et demoiselles, et tous autres ouvraiges semblables, soit qu'ils soient à fustz de layetiers ou daiz de papier fin et gros bon, icelluy approprier, enrichir et enjoliver des estoffes, et par la manière dessus déclarée et deffenses à tous autres de faire lesdits ouvraiges. »

L'article XV est trop important au point de vue de l'industrie de la miroiterie pour n'être pas reproduit en entier. Le voici

ART. XV. Pour ce que l'estat desdits maistres doreurs sur cuir, garnisseurs et enjoliveurs, gist en partie à faire les garnitures des mirouers, tant d'acier que de cristallin, pourront lesdits maistres faire et faire faire lesdits mirouers d'acier et cristallin, pour les applicquer auxdites garnitures, pour la connexité que


lesdits ouvraiges ont ensemblement et qu'il n'y a mestier particulier pour lesdits mirouers tant d'acier que de cristallin la manufacture touttefois des mirouers de mourera libre à ceulx qui en peuvent faire, à cause de la noblesse qui est et a esté de tous tems en l'art de verrerie.

Il s'agissait de se mettre en garde contre les réclamations des miroitiers; aussi les doreurs ont-ils la précaution de faire figurer, sur leurs nouveaux règlements, la noblesse attribuée à l'art de la verrerie et la liberté complète qui en découle tout naturellement, suivant eux. Ils invoquent donc, non seulement le droit de garnir et de décorer les miroirs d'acier et de cristal et dans l'article XVI qui suit, les « mirouers à façon de tableaux et de livres », et les « boestes à mirouers d'acier », mais de plus, ils indiquent que la fabrication des miroirs est libre et qu'ils peuvent s'y livrer.

Ces boestes et ces miroirs (article XVIII) ne pourront être doublés de gros papier dit a gros bon », et « seront tenuz pour le moings, s'ils ne les doublent de meilleures estoffes, de les_doubler de papier fin et enluminé p, sous peine d'amende. Les articles 19 et 21 sont ainsi conçus

ART. XIX. Et quant aux mirouers de cristallin, de quelque façon qu'ils soient, seront aussi couverts


de cuir de veau ou marocquin, de telles couleurs dont lesdits maistres seront requis, et doublez par le dedans de drap de soye, comme satin, taffetas et velours, et ceux qui seront à façon de livres fermeront à quatre rubans.

ART. XXI. Feront aussy lesdits maistres les glaces de leurs mirouers, tant d'acier que de cristallin, bien et deuement, et qui representent au vray le naturel de ce qui est représenté, sans le difformer, sur pareille peine (i).

Ces privilèges eurent pour effet de révolter les miroitiers qui subirent, dans le cours d'un siècle et demi, quatorze procès avec la corporation des doreurs sur cuir, ainsi qu'on le verra mentionné plus loin.

Enfin, en 1680, les doreurs prirent le parti de s'unir aux miroitiers. Tout devint alors commun entre les deux corporations autrefois rivales, même la confrérie qui fut placée sous l'invocation de Saint-Jean-Porte-Latine et de SaintClair et dont la chapelle fut désormais installée dans l'église des Grands-Augustins.

Voiêl1e texte du contrat d'union entre les deux corporations (2)

(1) D'amende, fixée à quarante sols parisis.

(2) Collection Lamojgnon, XVI, 1033.


Pardevant les Conseillers du Roy, notaires gardenottes de sa Majesté au Chastellet de Paris, sous signés, furent présents Denis Bertin, Antoine Guillotte, François Moutier, Guillaume Menard, anciens bacheliers de la Communauté des Maîtres Miroitiers, Lunetiers, Bimblotiers de cette Ville de Paris, Louis Carruel, Pierre Villot. Jean Gucrreau, et Pierre Doucet, Jurez en charge d'icelle, tant en leurs noms que comme ayant charge de la plus grande partie des autres maîtres de leur dite Communauté et suivant le pouvoir à eux donné d'une part Etienne Croissant et Jean Becart, Jurez en charge délégués de la Communauté des maistres doreurs sur cuir garnisseurs à Paris, suivant le pouvoir à eux donné d'autre part

Lesquels, pouf termineret assoupir les procez, differents et contestations que les deux communaultez onteus, nitentés, poursuivis et gagnés les uns contre les autres, pendant et depuis plus de cent cinquante années, pour raison de la perfection, vente et distribution des ouvrages desdits mestiers, en sorte qu'ils comptoient jusqu'au nombre de quatorze arrests, rendus en la Cour, au profit tant de l'une que de l'autre, dont la jurisprudence n'avoit encore jusqu'à présent rien opéré pour leur repos et tranquilité, soit par l'explication differente que chacun y donnoit, ou soit pour la resistance et l'opposition qui se trouvent ordinairement dans les esprits, lorsqu'ils sont agitez à leurs intérests et sentimens differens si bien que plusieurs moyens


ayant esté tentez réciproquement, pour arrester le cours de ces prétentions, chacune communauté auroit diverses fois formé ses assemblées et pris des resolutions et dispositions pour parvenir à un accommodement, dont le meilleur et le plus seur (i) auroit esté reconnu -estre la jonction et union des deux communaultés, en veue de quoy fut passé un acte, dès le mois de juillet mil six cent soixante quatorze, de la part d'aulcuns desdits maistres miroitiers, qui n'avoit eu encore son effect. ont conclu, arresté, fait et passé l'union desdites deux communaultés en une, aux clauses et conditions qui s'ensuivent

C'est à sçavoir que desdites communaultés des maistres miroitiers, lunetiers, bimblottiers, doreurs sur cuir, garnisseurs à Paris lesdits comparans n'en ont fait et font par ces presentes qu'une, dont-les noms, qualitez et facultez seront et demeureront doresnavant joincts et unis, sous un seul nom et tiltre, pour en jouir, user et s'en servir, de mesme que si par le passé chacun en avoit eu le pouvoir, comme il sera affecté à tous les maistres présents et advenir desdites deux communaultés, qui de jour en après se diront maistres miroitiers, lunetiers, bimblottiers, doreurs sur cuir, garnisseurs à Paris, à fin de pouvoir faire vendre ou debiter toutes sortes d'ouvrages et marchandises, dont auparavant ils se contestoient, les uns la fabrique et (1) Lisez: sûr.


la façon à ouvrager, et les autres le debit, exposition et vente.

Et à l'effet de pouvoir attirer la bénédiction de Dieu sur ladite communauté et ceux qui la composent, les prieres et services qui se disoient et faisoient dans les- dites communautés se feront doresnavant pour cestc seule, en l'église des Grands Augustins, choisissant et prenant pour patrons saint Jean Porte Latine et saint Clair, dont les seules festes seront par eux solennisées sans pouvoir en affecter d'autres plus que chacun maistre sera tenu de donner tous les ans le jour de saint Clair un cierge de, cire blanche du poids d'une demie livre, et vingt sols pour la Confrerie, dont le premier fournissement de cierge commencera au jour de saint Clair prochain comme aussy sera rendu par tous les maistres ainsy unis le pain beny, tous les ans, chacun à leur rang, en sorte que chacun maistre le rende de quatre ans en quatre ans que les apprentifs obligés depuis le passé jusqu'à ce jour, de l'une et l'autre desdites communautés, jouiront des mesmes franchises et droits pour parvenir à la maistrise et avoir le mesme tiltre, sans qu'il leur en puisse couster plus que par le passé, lorsqu'ils se feront recepvoir maistres.

Les compagnons de l'une ou l'autre desdites communautés espousant une fille de maitre, lorsqu'ils se feront recepvoir maistres dudit métier, il ne leur sera


pris que ce que l'on prend aux fils de maitres, comme ayant le mesme privillège. Souffriront lesdits maitres de ladite communauté ainsy unis les visittes et correction des jurez, dans les temps et saisons qu'il sera jugé à propos, et comme il auroit esté visité dans chacune communaulté avant ce jour.

Et comme il est très à propos d'avoir les connoissances requises pour pouvoir s'acquitter,de cet employ, et que l'une des communaultés qu'on peut à présent dire anciennes, sçavoir les miroitiers, n'ont pas toute la connoissance des deffauts qu'il se pourroit trouver dans les doreures, et aux doreurs leur manquent les lumières des miroitiers lesdits jurez seront' esleus à la pluralité des voix, par chacune année, sçavoir trois de ceux qui s'appliqueront plus singulièrement que les autres de ladite communaulté ainsy unie à faire les ouvrages des miroirs et lunettes, et un de ceux qui s'attacheront plus particulièrement aux doreures, £n que dans leurs visites et fonctions de jurande le public soit mieux servy et ne soit point trompé. Que pour abolir les abus qui se pratiquent journellement par aucuns particuliers qui, n'ayant fait aucun apprentissage de l'ung ou de l'autre desdits mestiers, pour gaigner la franchise et s'exempter de faire chef d'œuvre, prennent des lettres de maitrise de Sa Majesté, princes et princesses de sa maison royale, ce qui causeroit un notable préjudice à laditte communauté, est expressément convenu qu'il sera poursuivy


l'obtention d'un edit pour la. suppression desdites lettres de maîtrises, comme aussy qu'il sera fait de nouveaux statuts et règlements par les anciens de l'une et l'antre communauté, lesquels seront homologuez au Conseil, et partout ailleurs où il appartiendra, aux frais et despens d'icelle communauté. Les poursuites de procez et instances, soit en demandant ou en deffendant, seront faites avec toute la diligence possible. Et pour subvenir à ladite homologation desdits statuts et règlements qui seront nouvellement faits et à laditte suppression des lettres de maitrise, est pareillement stipulé et arresté qu'il sera emprunté toutes les sommes de deniers qu'il conviendra, soit par obligation ou à constitution de rente, par les maîtres et jurez en charge, à quoy sera affecté et hipotequé tous et chacun des biens meubles et immeubles, presens et avenir desdits maitres unis, de quoy lesdits comparants ont donné et donnent pouvoir irrevocable.

Seront tenues chacune ancienne Communauté de payer et acquitter les dettes et terminer les procès et differens qui ont été contractez et fais jusqu'à ce jour, sans qu'il y ait aucune confusion pour ce subjet, nonobstant ladite jonction.

Et quant aux frais qui ont été faits de part et d'autre pour parvenir à la presente jonction, et ceux qu'il conviendra faire pour l'homologation d'icelle, seront payés par lesdites deux communautez, chacune par


moitié, en raportant, par l'une et l'autre, pièces justificatives de la dépense.

Fait et passé à Paris, en l'étude de Bellanger, l'un des notaires soussignées, l'an mil six cens quatre vingt, le 22 may, après midy.

Nous appelons l'attention du lecteur sur ce document qui renferme des détails très curieux. En premier lieu, nous remarquons qu'il était loisible à deux communautés différentes, mais qui avaient quelques points de contact par l'exécution de certains de leurs ouvrages, de se réunir en une seule et même corporation, obéissant dorénavant à des règlements communs de métier.

En ce qui concerne la confrérie désormais'unique des deux communautés réunies, nous trouvons ici des prescriptions religieuses intéressantes qui nous rappellent des usages anciens respectables.

En dernier lieu, il s'agit des lettres de maîtrise dont il est question assez longuement. Ces lettres donnaient lieu à de véritables abus. On sait qu'elles étaient accordées, au mépris des règlements des métiers, à des personnes souvent très peu au courant du travail qui payaient fort cher ces lettres de don; le caprice du souverain et des


princes ne pouvaient remplacer le mérite et la science professionnelle exigés des nouveaux maîtres admis par les communautés.

Aussi ces mailres par letfres étaient dits sans qualité et très mal considérés par ceux qui devenaient forcément leurs confrères. Nous voyons ici les miroitiers, lunetiers, bimbelotiers et doreurs les traiter de « parliculiers qui n'ont fait aucun apprentissage » et qui, par suite de leur ignorance, « s'exemptent de faire chef-d'oeuvre. » Ce sont, pour eux, des intrus dans la communauté. Aussi, veulent-ils réclamer un édit pour la suppression de ce qu'ils regardent, avec raison, comme une atteinte à leurs prérogatives et s'engagent ils à payer les sommes nécessaires pour racheter un privilège abusif et contraire à leurs intérêts, en empruntant, s'il le faut, par hypothèque sur leurs biens.

Mais ces lettres ne furent supprimées que beaucoup plus tard. Créées par le bon plaisir de Louis XI, on les vit se multiplier sous les règnes de ses successeurs jusqu'à Louis XVI. Les communautés protestèrent toujours contre les créations de ce genre et tant qu'elles le purent, rachetèrent à prix d'or, les lettres de maîtrise. Plus tard encore, leurs ressources étant épuisées, à la suite d'unions d'offices qu'il leur fallait aussi racheter comme nous le verrons plus loin, les commu-


nautés se déjugèrent et, pour remplir leurs caisses vides, vendirent à leur tour et à leur profit, des lettres de maîtrise.


CHAPITRE VI

Jugement des commissaires royaux entre les faiseurs de poupées et les bimbelotiers-miroitiers (1604). -Lettres patentes d'Henri IV: établissement d'une manufacture de glaces Paris (1606). Confirmation des statuts des miroitiers, bimbelotiers et lunetiers (1611). Arrêt de la Cour des monnaies concernant la marque des ouvrages en cuivre doré (1684). Privilèges accordés par Louis XIV aux manufactures de glaces (1665 à 1688). Arrêt du Conseil: règlement entre les manufactures des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Germain. Privilèges de 1695 et de 1702.

Pour ne pas interrompre le récit des difficultés qui existèrent entre les miroitiers et les doreurs, difficultés qui se terminèrent par l'union définitive de leurs deux corporations en une seule, nous


avons été obligé de délaisser l'ordre chronologique que nous avions suivi jusqu'ici et de franchir l'espace d'un siècle (1574 à 1680).

Cependant, ce laps de temps ne s'écoula pas sans que des événements particuliers à l'industrie qui nous occupe se révélassent. Mais ils ne furent d'ordre supérieur qu'en ce qui concerna les nouvelles entreprises de fabrication des glaces. Nous allons néanmoins les mentionner à leur place. Nous avertissons d'avance le lecteur qu'une nouvelle interversion de dates va se produire plus loin, pour ne pas trop scinder un sujet fort intéressant. Il s'agit de l'historique et des documents concernant les manufactures établies sous Louis XIV. Nous reprendrons ensuite notre exposé en observant, aussi fidèlement que possible, la succession des époques.

Le 23 novembre 1604, un jugement des Commissaires nommés par le roi « pour l'exécution de l'Edit des Arts et Métiers » (1), ordonne que « les ouvrages du métier de faiseurs de poupées et de jouets d'enfants pourront être faits par les poupetiers et par les bimblotiers-miroitiers. » (1) Cet édit est daté du mois d'avril Il concerne la police du royaume et fait suite à celui de décembre 1581.


Nous ne donnerons pas, bien entendu, le texte de ce jugement qui est loin d'intéresser la miroiterie proprement dite. Nous nous contenterons de signaler les noms de Claude Trumel, Jehan Cotteau, Michel Mollet, Pierre Bailly, Remy Yon, Claude Jubin et Nicolas Régnault, maîtres bimbelotiers-miroitiers et lunetiers, comme étant ceux qui sont visés par le jugement qui les condamne à ne point « s'immiscer et entremettre en la manufacture des ouvrages de poupeterie jusques à ce qu'ils ayant obtenu Lettres de maîtrises et payé la finance suivant ledict Edict sans qu'ils puissent estre contraints faire autre expérience ou chef-d'œuvre. »

Le document suivant est particulièrement intéressant, en ce qu'il a trait à l'établissement de la première manufacture de glaces établie en France par un Français. Il nous paraît ne jamais avoir été publié.


LETTRES patentes D'HENRI IV CONTENANT PRIVILÈGE A L'Y DÉNOMMÉ D'ÉTABLIR A PARIS UNE manufacTURE DE CRISTAL, GLACES ET MIROIRS (février (I).

HENRY par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre à tous présens et advenir SALUT.

C'est chose notoire à chacun que la principale utilité richesse et embellissement des monarchies et Republiques viennent des Arts et Sciences, c'est pourquoy depuis qu'il a plu à Dieu de donner une bonne paix en ce Royaume pour relever le peuple des misères passées nous y avons établi autant qu'il nous a été possible les manufactures Etrangeres en gratifiant les maistres d'icelles qui s'y seroient voulû retirer de plusieurs araces et priviléges, ainsi qu'il a esté de tout temps accoutumé, et ayant notre cher et bien aimé Jean Maréchal trouvé l'industrie de travailler le cristal que les Italiens qui par notre permission en ont. des fourneaux en une partie de nos provinces ont tenue si couverte que depuis plusieurs années on n'en a pu avoir aucune connoissance, nous lui avons commandé d'en construire une verrerie en cette notre bonne ville (1) Collection manuscrite Lamoignon; X, p. Ce document est complètement inédit.


de Paris ce qu'il a fait et tellement dressé des gentilshcmmes verriers nos subjects qu'il y en a nombre qui font de bel ouvrage, et le voulant en cette considération bien et favorablement traiter, étant le Premier François qui a trouvé ladite invention luy donner toute occasion de continuer et pour inciter les autres à rechercher des nouvelles pratiques, SÇAVOIR FAISONS que pour ces causes et autres à ce nous mouvans nous avons permis et accordé et octroyé et de notre grace speciale, pleine puissance et autorité royale, promettons accordons et octroyons audit Marechal par ces présentes signées de notre main par privilège particulier qu'il puisse et lui soit loisible tenir en notre cette ditteville de Paris ladite verrerie et y faire par luy et lesdits gentils-hommes Verriers et autres ouvriers dudit Art, cristal, glaces et miroirs et telles autres choses qu'il avisera dépendant de laditte science pour le service et usage, tant de notre Cour et suitte que des habitans de notreditte Ville de Paris et tous autres qui en vouldront achepter et jouir en icelle des mêmes droits, honneurs, privileges, franchises, immunités, libertés et exemptions tant pour lui que ses serviteurs marchands et que autres vendans en gros et détail menans et conduisants ladite marchandise de Verrerie et matière dont est composé ledit verre, tant par eau que par terre en la même sorte et manière qu'en jouissent les verriers de fougere de notre Royaume, et lesdits Ital-iens ayant semblables. fourneaux de Cris-


tal par concession de nos prédécesseurs Rois et nous, ainsi que si lesdits privileges étoient en particulier spéciffiés et déclarés et pour donner moyen audit Marechal de se rembourser des grandes dépenses qu'il a faites tant à la recherche de laditte invention que l'établissement desdittes Verreries, et afin qu'il se ressente du fruit de ses Labeurs, nous lui avons permis de faire vendre porter et distribuer par les rues de cette notre ditte ville de Paris, lesdits verres et autres ouvrages par luy fabriqués, ou par telles personnes que bon luy semblera, et avons déclaré et ordonné, déclarons et ordonnons que nul autre François ne pourra faire ny tenir autre verrerie de Cristal audit Paris ny à trente lieues à la ronde, outre que ledit Maréchal, et leurs avons fait et faisons très expresses inhibitions et deffenses d'y en tenir ny construire, et où par inadvertance nous en seroit expediée aucune autre permission à quel qu'autre personne que ce puisse être, nous l'avons dès-à présent commis pour les casser et revocquer, cassons et révoquons par ces présentes, sans que les impetrans se puissent ayder ny servir ne nos Cours et Juges y avoir égard enquelque sorte et manière que ce soit n'entendant toutes fois préjudicier ausdittes verreries de cristal et fougere qui se trouveront établies par aucun desdits François audedans dudit circuit si aucune y en a.

Si DONNONS en mandement à nos gens et féaux


Conseillers les gens tenans nos Cours de Parlement Chambre des comptes, Cour des aydes, Prévôt dudit lieu, Baillifs, sénéchaux et leurs Lieutenans et à tous autres nos Justiciers et Officiers qu'il appartiendra que de nos présentes grâces, permission et de tout le contenu cy-dessus. ils fassent souffrent et laissent ledit Marechal jouir et user pleinement et paisiblement cessant et faisant cesser tous troubles quelconques étab!ies,, Edits et ordonnances, deffenses et autres Lettres à ce contraires auxquels et à la dérogation de la dérogatoire y contenues nous avons dérogé et dérogeons de notre même puissance et autorité que dessus, et pour ce que de ces présentes l'on pourra avoir affaire en plusieurs et divers .lieux nous voulons qu'au uidimtts d'icelles ou copie bien et duement collectionnée par l'un de nos amez et féaux notaires et secrétaires, même foy soit adjoutée comme au présent original auquel afin que ce soit chose ferme et stable à toujours nous avons fait mettre notre scel etc., etc.

Un arrêt du Parlement, en date du 9 juin 1607;ordonne que les lettres-patentes du roi Henri IV, portant établissement d'une verrerie de cristal à Paris », seront enregistrées. Ces lettres-patentes, datées du même jour, octroyaient au sieur de


Benenghen, premier valet de chambre du Roi et aux nommés Biaise de Vernezon et Jean le maréchal, le droit de « faire construire et édiffier des verreries de cristal françois en cette ville de Paris et en tous les autres lieux et endroits de ce Royaume qui se trouveront propres et commodes quand bon lui (1) semblera et y faire faire par les gentilshommes verriers et autres ouvriers qu'ils y pourront avoir des verres et vases de cristal, glaces, miroirs et autres choses qu'ils aviseront. D

Il y a apparence que l'entreprise favorisée par le privilège de février 1606 n'avait pas réussi. Nous ignorons si celle-ci eut plus de succès. Remarquons que l'un des trois associés désignés dans le document que nous indiquons est, sans doute, l'ancien privilégié dont le nom s'écrivait tout simplement, en premier lieu, Maréchal et non Jean le maréchal.

Les lettres-patentes de 1606 furent confirmées par Louis XIII, en mai 1612; on trouve cette confirmation dans un manuscrit de l'abbaye de Saint-Germain-des Prés, intitulé Police (2).

En décembre 1611, le roi Louis XIII confirme (1) Sic.

(2) T. II, f 566.


purement et simplement les statuts des miroitiersbimbelotiers et lunetiers (1).

Le 30 mai 1684, intervient un arrêt de la Cour des Monnaies il rappelle celui de 1657 que nous avons reproduit plus haut, avec une variante et est ainsi conçu LA COUR. fait itératives deffenses à tous lesdits marchans merciers, jôuailliers, miroitier lunettiers doreurs, et autres ouvriers de ceste Ville et faulxbourgs de Paris, d'exposer en vente, ny debiter aucuns ouvrages de cuivre en couleur, pour ouvrages d'or avivé et moullu, et sans une marque qui sera mise en lieu apparent desdits ouvrages, contenant ces mots Cuivre en coulerers.

Et à l'égard des petits ouvrages comme clous et autres menus ouvrages, lesdits marchands et ouvriers qui les exposeront en vente, seront tenus d'en faire des paquets, sur lesquels ils écriront des deux costés ces mesmes mots Cuivre en coulezir (2).

On retrouve toujours et partout, dans les nombreuses ordonnances concernant les métiers, le (1) Ordonnances: ler vol. de Louis XIII, 2, z. fol. 243. Collection Iamoigxdn, XVII, 183.


souci de sauvegarder les intérêts de l'acheteur et de mettre un frein à la déloyauté possible du marchand, en lui faisant des défenses formelles et le frappant toujours d'une forte amende s'il contrevient aux vieux règlements qui veut que la marchandise soit a bonne et loyale ».

Nous avons parlé, dans l'aperçu historique placé au commencement de ce livre, de l'industrie de la fabrication des glaces, au moment où elle s'introduisit réellement en France et nous venons de voir Henri IV encourager cette industrie. Un nouveau privilège fut accordé en octobre 1665 par Louis XIV qui l'octroie à son « cher et bien amé Nicolas Dunoyer (1), pour l'établissement de verreries à faire des-glaces de miroirs et autres ouvrages de cristal par des verriers de Venise D. Le monarque s'exprime ainsi dans ce document (2)

Le grand calme que la paix cause dans notre royaume; nous obligeant de convertir nos soins à la recherche de toutes les choses qui peuvent y produire (1) Voycz ci-dessus, p. 33.

(2) Tubgan: Grandes -usines; la Manufacture de Saint-Gobain p. 7 et suiv.


non seulement l'abondance, mais encore y servir de décorations et d'embellissements, nous avons cewié par nos bienfaits les étrangers. (i).

Permettons, donnons et octroyons audit Dunoyer la faculté d'établir dans tel des Faulxbourgs de ïîoïAtc bonne Ville de Paris et autres endroits qui seront trouvés commodes dans notre royaume une ou plusieurs verreries pour y fabriquer des glaces à miroir des mêmes et diverses grandeurs, netteté et perfection que celles qu'on fabrique à Moran (2), près la Villé de Venise, lozanges à carreaux, transparents servans aux chassis et fenestres, vases de toute façon, verroterie pour les Indes, émaux, pièces de cheminées, services entiers de tables de toutes façons, figures. tant pour servir à l'ornementation de nos maisons royales que pour la commodité publique, le tout par les ouvriers vénitiens qui ont esté conduits en nostre royaume. Lequel entrepreneur pourra s'associer à ladite m,. nu facture telles personnes que bon lui semblera, soit ecclésiastiques, nobles ou autres sans que lui ni ses associés puissent estre censés ou réputés avoir dérogé à la noblesse pour raison de ladite société.

Nicolas Dunoyer et ses associés présumés étaient, par cet acte, exempts de l'impôt de la taille; des corvées, curatelles, gardes de ville, gens (1) Le texte est ainsi tronqué et sans suite.

(2) Muraho.


de guerre et emprunts. Leurs commis, clercs, gardes, artisans, polisseurs, serviteurs et domestiques étaient dotés des mêmes privilèges. Enfin, les magasins et les bureaux de la manufacture pouvaient être ornés, au-dessus de leurs portes, des armes royales avec cette inscription Manufacfure royale des glaces de miroirs. Et, faveur plus grande encore et regardée comme excessive, les portiers de ces établissements pouvaient être revêtus de la livrée de la maison du souverain. Enfin, Dunoyer toucha une subvention de douze mille livres, puisée dans la caisse de la trésorerie des bâtiments du roi.

Cette entreprise étant en péril par suite du décès des personnes qui pouvaient le mieux la soutenir, le roi accorde un nouveau privilège au sieur Pierre de Bagneux, le 31 décembre 1683, en indiquant qu'il importe a de ne pas laisser tomber une manufacture de cette qualité qui fait subsister un nombre infini de pauvres ouvriers qui y sont employés et laquelle est d'une grande commodité pour le public. »

Le 14 décembre 1688, Louis XIV accorde les lettres-patentes suivantes au sieur Abraham Thévard, bourgeois de Paris, chef et prête-nom


d'une compagnie financière exploitant la fabrication des glaces par le procédé du coulage, découverte due, comme nous l'avons dit, à Lucas de Nehou (1), et dont s'empara Thévard qui avait peut-être perfectionné l'invention (2).

Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut

Notre cher et bien-amé Abraham Thevart, bourgeois de notre bonne Ville de Paris, nous a représenté que depuis plusieurs années il se seroit appliqué à rechercher les secrets et moyens de faire des glaces d'une beauté et grandeur extraordinaires, bandes, bordures de miroirs, corniches, chambranles, moulures de profil composées, figurées et unies, et autres ornemens de relief et qu'après plusieurs épreuves Îl en auroit enfin découvert le secret en sorte que, par le moyen des machines qu'il a inventées, il pourroit fabriquer des glaces de soixante à quatre-vingts pouces de hauteur et au-dessus, sur trente-cinq à quarante et plus de largeur comme aussi toutes sortes de corniches, chambranles, moulures de profil composées de plusieurs membres d'architecture, figures et autres orne(I; Voir ci-dessus, p. 39.

(2) Dans tous les cas, le nom de Lucas de Nehou ne figure pas dans l'acte qui suit.


mens de relief, et donner lesdits ouvrages au public, et les fournir pour l'embellissement et décoration de nos maisons royales, si nous voulions lui accorder pendant trente années le privilège de faire seul, à l'exclusion de tous autres, ces sortes d'ouvrages, avec le pouvoir d'associer audit privilége telles personnes capables qu'il jugera à propos, sans pour ce déroger à noblesse, et qu'il plût conformément aux arrests de notre Conseil du six septembre mil six cens soixantedouze, et autres donnez en conséquence d'icelui, défendre l'apport, entrées et débit en notre royaume de pareils ouvrages de Venise et pays étrangers, et à toutes personnes, de quelque condition qu'elles soient, même au sieur de Bagneux, auquel nous avons accordé le privilége de faire des glaces à l'ordinaire, de contrefaire ni d'entreprendre de fabriquer de semblables glaces en quelque verrerie que ce soit, sans le consentement par écrit du sieur Thevart, à peine de trois mille livres d'amende et sans aussi que, sous quelque prétexte que ce puisse être, le dit Thevart et ses ayans cause puissent être dépossedez dudit privilége, qu'au préalable ils n'ayent été remboursez des glaces, matières, bâtimens et autres fonds qui pourraient composer le fonds de cette manufacture

Ouï sur ce, le rapport de notre amé et féal conseiller en nos Conseils, secrétaire d'Etat et de nos commandemens, sur-intendant et ordonnateur général de nos bâtimens, arts et manufactures de notre royaume,


le sieur marquis de Louvois, lequel a soigneusement examiné cette proposition et l'utilité qui en pourroit revenir. A ces causes et autres à ce nous mouvans: nous de notre grâce spéciale, pleine puissance et autorité royale, avons accordé et octroyé et par ces présentes signées de notre main, accordons et octroyons audit sieur Thevart, ses héritiers et ayans cause, le privilége de faire seul, à l'exclusion de tous autres, même dudit sieur de Bagneux ou ayans cause, de fabriquer, où bon leur semblera, des glaces de soixante pouces de haut sur quarante pouces de large, et de toutes autres hautteurs et largeurs au-dessus sans qu'ils en puissent faire au-dessous desdits volumes, ni employer en œuvre, vendre ni débiter, sous prétexte de rupture destites glaces, ou quelque autre prétexte que ce soit, à peine de trois mille livres d'amende. Leur permettons aussi de faire polir et doucer, par qui bon leur semblera, lesdits ouvrages, excepté par les ouvriers dudit Bagneux, et pour cet effet se servir seulement des machines que ledit Thevart a inventées, dont il sera tenu de donner audit sieur marquis de Louvois un inventaire des pièces principales qui les composent dans trois mois faisons défenses à toutes personnes, même audit de Bagneux ou ses ayans cause, de se servir desdites machines, matières, instrumens et ouvriers dudit Thevart, à peine de trois mille livres d'amende, dépens, dommages et intérêts Permettons aussi audit Thevart de donner moins de quarante pouces de lar-


geur aux glaces qui auront soixante-dix pouces de hauteur et au-dessus, sans néanmoins pouvoir donner moins de vingt-cinq pouces de largeur à celles de quatre-vingts pouces de long, moins de trente pouces à celles de soixante-dix pouces, ni moins de quarante pouces à celles de soixante pouces comme aussi de faire des bandes de glaces de huit pouces de large et au-dessous, et au moins de soixante pouces de long, sans pouvoir en employer en ouvrage, ni exposer en vente qui, ayant moins de soixante pouces de longueur, et plus de huit pouces de largeur, sous prétexte de rupture ou tel autre que ce soit, à peine de trcis mille livres d'amende Permettons en outre audit Thevart de faire seul, à l'exclusion de tous autres, toutes sortes de corniches, chambranles, moulures de profil composées de plusieurs membres d'architecture, figures et autres ornements de relief, sans néanmoins empêcher personne, même ledit Bagneux et ses ayans cause, de faire comme on a fait jusqu'à présent, toutes sortes de bordures, moulures simples ou gaudronnées, ornemens composez de glaces plates coupées par bandes ou par morceaux, figurez et taillez à facettes ou à bizeaux, avec des baguettes unies ou tortillées, colonnes torses, frontons et ornemens chantournez de toutes sortes de figures sur fonds, colorez ou autrement, armoiries, chiffres, couronnes, fleurs, fleurons et autres pièces, et ornemens plats, découpez et de rapport, attachez avec des visses les uns sur les autres, pour for-


mer tels reliefs qu'ils voudront, pourvu que lesdits ornemens ayent moins de soixante pouces de longueur, et ce pendant trente années consécutives, à compter du jour de la date des présentes, pendant lequel temps neus faisons très-expresses inhibitions et défenses à toutes sortes de personnes, même audit de Bagneux et ses ayans cause, d'entreprendre, sans le consentement dudit Thevart, le travail et fabrication des ouvrages mentionnez au présent privilége, et de se servir de ses machines, matières, instrument et ouvriers, comme aussi nous faisons très-expresses inhibitions et défenses audit Thevart et ses ayans cause, de se servir des machines, matières, instrumens et ouvriers, dont se sert actuellement ledit Bagneux et ses ayans cause, pour fabriquer leurs ouvrages, à peine de trois mille livres d'amende, et de tous dépens, dommages et intérêts, et des démolitions de verrerie et fourneaux où les glaces pourraient avoir été fabriquées, au préjudice desdits Thevart et de Bagneux, ausquels il sera permis réciproquement de faire la visite de leurs fourneaux et ouvriers, toutefois et quantes qu'ils le désireront pour la conservation de leurs droits et priviléges défendons pareillement à tous marchands, miroitiers ou autres, d'en faire venir de Venise ou autres pays étrangers et aux fermiers et commis des cinq grosses fermes d'en permettre l'entrée par leurs bureaux, en notre royaume, sous quelque prétexte et occasion que ce soit, à peine contre chacun des contre-


venans de trois mille livres d'amende et de confiscation desdites glaces qui se trouveront de soixante pouces et au-dessus seulement, au profit dudit Thevart et ses ayans cause, la confiscation des glaces qui seront au-dessous dudit volume de soixante pouces, étant acquise audit de Bagneux et ses ayans cause, en vertu de son privilège: Voulons et entendons qu'icelui Thevart ou ayans cause, ne puissent estre depossedez du présent privilège, sans estre préalablement et actuellement remboursez des bâtimens,. matières, glaces et autres ustanciles qui pourront composer le fonds de ladite manufacture Pourra ledit Thevart associer avec lui telles personnes nobles et privilégiées qu'il avisera, sans que, pour ce faire, on leur puisse imputer d'avoir dérogé à noblesse, ni à leurs privilèges Si donnons en mandement à nos amez et féaux conseillers les gens tenant notre cour de Parlement, chambre de noscomptes etcourdes aydes à Paris, baillif s, sénéchaux, prévôts et autres, nos officiers et justiciers qu'il appartiendra, que ces présentes ils ayent à faire enregistrer et du contenu en icelles jouir et user ledit Thevart et ses ayans cause, pleinement et paisiblement durant ledit temps de trente années consécutives, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchement au contraire car tel est notre plaisir. En témoin de quoi nous avons fait mettre notre scel à ces dites présentes. Donné à Versailles, le quatorzième jour de


décembre, l'an de grâce mil six cens quatre-vingt-huit, et de notre règne le quarante-sixième.

Signé LOUIS, et plus bas. PHELYPEAUX.

Registrées, oüy le Procureur general du Roy pour jouir par l'impétrant de leur effet et contenu, et être exécutées selon leur forme et teneur, suivant l'arrest de ce jour. A Paris en Parlement, le vingt-six may mil six cens quatre-vingt-quatorze.

Signé Du TILLET.

Registrées en la cour des Aydes, oüy le Procureur general du Roy, pour être exécutées selon leur forme et teneur, et jouir par les y dénommez de l'effet y contenu, à la charge par le ledit Abraham Thevart ou ses ayans cause, d'apporter ou d'envoyer au greffe de ladite cour, par chacun an, un'état signé de lui et certifié véritable, contenant les noms et surnoms des ouvriers par lui employez ou qui le seront ci-après, pour la confection des glaces de ladite manufacture, lesquels doivent jouir des privilèges énoncez esdites lettres, et que les procès et différends qui naîtront pour raison desdits privilèges, tant de noblesse que exemptions de tailles et autres, et des droits concernant les termes du Roy, seront traitez, instruits et jugez en première instance, par-devant les officiers des élections


et juges des traites des lieux et par appel en ladite cour, le tout à peine de déchéance des privilèges. A Paris, le dix-neuvième juin mil six cens quatre-vingttreize.

Signé Du MOLIN.

Louis, par la grace de Dieu Roy de France et de Navarre A tous présens et à venir, salut Les interessez en la manufacture des grandes Glaces sous le nom 'd'Abraham Thevart, nous ont fait représenter qu'il nous a plû leur accorder nos lettres patentes du quatorze décembre 168S, portant permission d'établir ladite manufacture en tel lieu du royaume qu'ils jugeront à propos, et qu'en exécution desdites lettres ils l'ont d'abord établie dans notre bonne ville de Paris, pour faire les premières épreuves de cette nouvelle invention, qu'ils ont tellement perfectionnée qu'ils sont parvenus à faire des glaces jusqu'à quatre-vingtquatre pouces de haut sur cinquante de large mais comme pour arriver à cette perfection d'autant plus considérable qu'elle avoit été jusqu'à présent impossible, il a fallu ne rien épargner ils se trouvent en avance de plus de cent mil écus, ce qui les a obligez de chercher quelque lieu hors de Paris, où les choses fussent moins chères, et où ils puissent travailler à moins de frais et ayant trouvé l'ancien château de Saint Gobin ( i ), près la Fère, tout en/ruines et néanmoins (1) Sic.


assez bien disposé pour y pouvoir transférer ladite manufacture, à cause de la proximité des bois et de la rivière d'Oise, descendant à Paris, ils ont élevé, sur les ruines dudit château, plusieurs bâtimens nécessaires tant pour la fabrication desdites glaces. que pour le logement des gentilshommes, commis et ouvriers qui y travaillent mais comme le privilège accordé audit Thevart par nos lettres patentes ne fait point mention des privilèges et exemptions que nous lui avions fait espérer, à l'instar de ceux par nous accordés aux entrepreneurs et ouvriers de toutes les manufactures royales, et particulièrement de celle des petites Glaces établie d'abord à Paris et ensuite à Cherbourg, sous le nom de Nicolas du Noyer, en conséquence de nos lettres patentes du mois d'octobre 1665, et que, sous ce prétexte, ledit Thévart appréhende que lui et les préposez ne soient troublez dans l'exécution de son dit privilège, ce qui l'oblige d'avoir recours à nous pour lui être sur ce pourvu à quoi ayant égard et voulant favorablement traiter ledit Thevart et autres interessez en ladite manufacture des grandes Glaces, et pour icelles facilitez A ces causes, en augmentant à nos dites lettres patentes du quatorzième décembre i6SS, et icelles interprétant, avons permis et permettons audit Thevart et ses ayans cause, de prendre en tous lieux de royaume les matières nécessaires propres ausdits ouvrages, en payant le prix d'icelles aux propriétaires de gré à gré, même d'.en


faire venir des pays étrangers, sans que, pour raison du transport desdites matières et arrivées d'icelles au lieu de leur dite manufacture, ledit Thevart puisse être troublé ni inquiété pour raison des soudes et natron ou autres marchandises, ou sous quelque autre prétexte que ce puisse être. Voulons en outre que toutes les glaces ou autres ouvrages travaillez à ladite manufacture qui seront vendus et debitez en notre royaume, soient et demeurent exemps de tous droits de passages, péages, traites foraines et autres impositions et quant à ceux qui seront transportez hors de notre royaume, sera payé pour chaque caisse d'iceux le tiers de ce qui se paye pour les glaces et autres ouvrages de Venise, lesquelles caisses seront marquées d'une marque qui sera donnée audit Thevart par le sur-intendant de nos bâtimens, sans que personne la puisse contrefaire, à peine de faux et d'amende qui sera arbitrée par le juge des lieux, et de confiscation des marchandises et équipages servant aux transport d'icelles, le tout applicable de moitié à l'hôpital général, et moitié aux entrepreneurs. Voulons et entendons que les entrepreneurs de ladite manufacture, ensemble les serviteurs et domestiques y demeurant, soient exemps de toutes tailles et impositions tant ordinaires qu'extraordinaires, emprunts, gardes des villes, logements de gens de guerre, tutelle et curatelle, et généralement de toutes autres charges, tant et si longuement qu'ils seront employez au fait de ladite


manufacture, ou dans les bureaux ou magasins d'icelle, pourvû qu'ils se soient trouvez imposez auparavant et pour faire connaître publiquement la protection que nous donnons à ladite manufacture, avons permis audit Thevart de faire mettre aux principales portes des maisons, magasins et bureaux en dépendans, un tableau de nos armes avec cette inscription Manufacture royale des grandes Glaces, et d'avoir des portiers vêtus de nos livrées. Si donnons en mandement à nos amez et féaux conseillers les gens tenans notre cour de Parlement, Chambre de nos comptes et Cour des Aydes à Paris, que ces présentes ils ayent à registrer, et du contenu en icelles faire jouir et user ledit Thevart et ses associez, héritiers, successeurs ou ayans cause et ouvriers, pleinement et paisiblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements qui leurs pourraient être donnez, nonobstant tous Edits, Déclarations. Règlements, Privilèges Arrets et autres choses à,ce contraire, ausquelles nous avons dérogé et dérogeons par ces présentes car tel est notre plaisir et enfin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous y avons fait mettre notre scel. Donné à Versailles au mois de février, l'an de grâce mil six cens quatre-vingt-treize, et de notre règne le cinquantième.

Signé: LOUIS, et plus bas, par le Roy, PHELYPEAUX. Et à côté, visa BOUCHERAT. Et plus bas, vû au Con-


scil, signé PHELYPEAUX. Et scellées du grand sceau de cire verte.

Registrécs, oüi le Procureur general du Roy, pour jouir par l'impétrant de leur contenu, et être exécutées selon leur forme et teneur, suivant l'arrest de ce jour. A Paris, en Parlement, le vingt-six may mil six cens quatre-vingt-quatorze.

Signé Du TILLET.

Le document suivant qui se termine par un arrangement entre deux parties rivales, soit d'un côté le sieur Thévard, dont la manufacture était installée au faubourg Saint-Germain, et de l'autre, Pierre Bagneux, des Compagnies de TourIa-Ville et de la rue de Reuilly ensemble réunies, rappelle les termes du privilège accordé à Thévard. Celui-ci ne pouvait fabriquer que des glaces de dimensions fixées d'avance, sans pouvoir en faire des grandeurs intermédiaires.

L'arrêt du Conseil nous fait voir les deux fabricants aux prises, privilèges en main, l'un demandant à faire des glaces de 54 pouces et demi, quand il ne pouvait en faire que de 60 ou bien de 80 pouces et l'autre s'y opposant.

Le roi ayant concilié ces deux adversaires,


obligea le sieur Thévard à déposer ses glaces dans un magasin dont Bagneux eut l'une des clés. De plus, le dit sieur Bagneux eut le droit de faire accompagner certaines marchandises de Thévard qui devaient n'être vendues qu'en dehors du Royaume, jusqu'à la frontière et même plus loin. Des visites purent avoir lieu dans les diverses manufactures par les soins des deux concurrents et réciproquement, l'un chez l'autre. Enfin, le lieutenant de police reçut la mission de mettre d'accord les deux fabricants, en cas de nécessité. Voici cet arrêt

ARREST DU CONSEIL D'ÉTAT DU ROY QUI CONTIENT RÈGLEMENT ENTRE L'aXCIEXNE MANUFACTURE DE GLACES ÉTABLIE AU FAUXBOURG SAINT-ANTOINE, ET LA NOUVELLE ÉTABLIE AU FAUXBOURG SAINT-GERMAIN (S octobre r691) (i).

SUR LES REQUESTES respectivement présentées au Roy en son' Conseil par M. Abraham Thevart et ses ayans causes intéressés en la Manufacture Royalle des glaces establie au fauxbourg Saint Germain d'une part Et Maître Pierre Bagneux et ses représentants (1) Lamoignox. XVIII, 440.


intéressés en la Manufacture Royalle des glaces establie au fauxbourg Saint Antoine d'autre part, Contenant sçavoir celles du S'' Thevart que par Lettres patentes en forme de privileges donnés à Versailles le 14 décembre 1688, il auroit plû à Sa Majesté leur accorder la permission de faire ou faire faire par qui bon lui sembieroib en tel Lieu du Royaume qu'il luy plairoit à l'exclusion de tous autres même dudit Bagneux des glaces de soixante pouces de haut sur quarante pouces de large et de toutes autres hauteurs et largeurs au dessus, sans qu'il leur fut permis de faire employer et mettre en œuvre, vendre et débiter des glaces au dessous dudit volume sous peine de trois mille Livres d'amende à moins que lesdites glaces n'eussent quatre, vingt pouces de haut sur vingt cinq pouces de large ou soixante dix pouces de haut sur trente pouces de large avec encore la faculté de faire des bandes de soixante pouces de haut sur huit pouces de large seulement et en dessous et des Corniches, Chambranles, Moulures de profils composées de plusieurs Membres d'architecture figurés et autres ornemens de relief, qu'en conséquence dudit Privilege ledit Thevart s'étant mis en état de faire lesdits ouvrages, et ayant travaillé longtemps inutilement, il auroit reconnu que toutes les longueurs et largeurs auxquelles il étoit restraint par son dit privilège le mettoient dans l'impossibilité de pouvoir le soutenir, ce qui l'auroit obligé de se retirer vers Sa Majesté


pour qu'il luy plût en interprétant et augmentant lesdites facultés accordées par son dit privilège, permettre audit Thevart de faire faire, vendre et débiter par qui bon luy semblera, et en tel Lieu du Royaume qu'il luy plairoit à l'exclusion de tous autres même dudit Bagneux, des glaces du volume de cinquante quatre pouces et demy et au dessus sur toutes sortes de largeurs comme aussy de faire des bandes et moulures de toutes sortes de hauteurs et largeurs et pouvoir vendre et débiter hors du Royaume seulement les glaces provenant de celles des volumes cy dessus qui se trouveront avoir été cassées en les travaillant. Et celle du dit Bagneux portant que le dit Thevart ayant accepté le privilege qui lui avoit été accorde par Sa Majesté dans les termes qu'il estoit conçu, il ne dcvoitpas être reçu à l'estendrecomme il ledemande,et qu'il devoit l'exécuter dans toutes ses circonstances, et d'autant plus que si on levoit les restrictions formées par son privilege, et si on luy permettoit de faire des glaces de cinquante quatre pouces et demy et des bandes de moulures de toutes hauteurs et largeurs, ce seroit donner atteinte aux privilèges de l'ancienne Manufacture.

Et Sa Majesté voulant soutenir l'une et l'autre Manufacture dont les ouvrages sont très utiles, non seulement au public, mais encore à la décoration des Maisons Royales et donner moyen aux dits Intéressés en icelle de les perfectionner toujours, après avoir ouy


sur ce le sieur Phelypeaux De Pontchartrain, Conseiller ordinaire au Conseil Royal, Ministre et secrétaire d'Etat, surintendant et Ordonnateur Général des Manufactures du Royaume, LE ROY EN SON CoNSEIL, du consentement des Parties a ordonné et ordonne qu'en interprétant ses Lettres Patentes en forme de Privilege du 14 décembre i6SS et en augmentant aux facultés portées par iceluy, il sera permis au dit Thevart et ayans cause, de faire travailler, vendre et débiter par qui bon luy semblera en tel Lieu du Royaumequ'il avisera à l'exclusion de tousautres,dela manière et ainsy qu'il est porté par son privilège, des glaces de 54 pouces et demy de hauteur et au dessus sur toutes sortes de largeurs, comme aussy des bandes et moulures sur toutes sortes de hauteurs et largeurs pour servir de bordures aux miroirs seulement, sans que sous ce prétexte, il en puisse employer à d'autres ouvrages, en sorte que le dit Thevart ne puisse vendre et débiter dans le Royaume aucune glace d'un moindre volume que celuy cy dessus et à l'égard des morceaux de moindre hauteur provenant des glaces qui seront cassées ou fendues, il sera permis au dit Thevart de les vendre hors du Royaume, sans qu'il puisse les vendre dans son Royaume.

Et pour sûreté du dit transport, sera tenu le dit Thevart d'avoir un Magazin dont ledit Bagneux aura une des clefs, dans lequel lesdites glaces réduites seront remises, jusques à ce qu'il ait résolu des Lieux


hors du Royaume en en donnant avis au dit Bagneux qui établira. si bon luy semble une personne à ses frais, à la conduite des dits ouvrages.

Faisant Sa Majesté très expresses deffenses au dit Thevart de vendre et débiter dans le Royaume aucunes glaces ny bandes et moulures d'un autre Volume que ceux cy dessus permis, à peine de trois, mille Livres d'amende Ordonne au surplus Sa Majesté l'exécution des privilèges des dits Thevart et Bagneux qui demeureront dans leur force et vertu, Et pour empescher et regler les Contraventions qui pourroient naître en exécution du dit privilège, Sa Majesté, conformément à la Clause portée par celuy du dit Thevart a permis et permet auxdits Bagneux et Thevart de faire réciproquement les uns sur les autres les visites qu'ils jugeront nécessaires pour le bien et la conservation de leurs privilèges et Manufactures. Et pour connoitre des différends qui pourroient naitre entre eux a commis le sieur De la Reynie, Conseiller ordinaire en son Conseil d'Etat, Lieutenant Général de Police de la Ville et Fauxbourgs de Paris. Fait au Conseil d'Etat du Roy, Sa Majesté y étant, tenu à Fontainebleau le huitième jour du mois d'Octobre, L'an de Grace, Mil six cens quatre vingt onze. Signé PHELYPEAUX.


Les privilèges qui précèdent furent refondus en un seul daté du 19 avril 1695 et délivré au sieur François Plastrier. On vit alors naître à la fois les revendications des maîtres miroitiers, des six corps des marchands et d'autres privilégiés, auxquels s'associa Lucas de Nehou. Un arrêt du Conseil d'Etat du 15 octobre 1695, suivi de lettrespatentes en date du même jour, établit les droits de chacun comme on va le voir et, en même temps, confirme le privilège de réunion des deux manufactures de glaces, ce qui n'empêcha pas la Compagnie Plastrier de succomber ce désastre fut causé par une mauvaise direction des affaires. Les lettres-patentes dont nous parlons, « contenant Règlement entre les Entrepreneurs des Manufactures de Glaces cy devant Etablies dans les Fauxbourgs Saint-Germain et Saint-Antoine », permettent aux maîtres miroitiers lunetiers (t de polir les glaces douces comme aussi les bandes et moulures jusqu'à la largeur de six pouces, faire et composer toutes sortes, de corniches, chambranles, losanges et autres ornements et membres d'architecture figurés et en relief, le tout de glaces qui leur seront fournies par le sieur Plastrier, au prix du tarif qui en


sera arrêté, mais seulement pour les deux tiers de ces prix comprenant le poli et le biseautage (i). Ces lettres ajoutent

a Voulons que les seuls maîtres miroitiers Lunetiers puissent mettre au Tain toute les glaces, bandes et moulures de quelques hauteurs et largeurs qu'elles soient, à la reserve de celles qui seront employées dans les maisons royalles et de celles que ledit Plastrier et ses préposés vendront aux Marchands Forains et pour les païs Etrangers. Lesquelles ledit Plastrier pourra faire mettre au tain. Et sans nous arrêter tant aux requêtes des Maîtres Miroitiers Lunctiers que des soldats des Invalides, des Marchands des six Corps, et autres. nous avons maintenu ledit Plastrier et sa Compagnie en la Manufacture des glaces et aux droits de faire faire seuls et à l'exclusion de toutes autres Fabriques et faire fabriquer, souffler, couler, doucir, polir et tailler toutes sortes de glaces, bandes et moulures de toutes hauteurs, largeurs et couleurs et glaces à lunettes, à l'exception néantmoins des façons permises par ces présentes aux Maîtres Miroitiers Lunetiers auxquels nous faisons deffenses de se servir des Ouvriers de laditte Manufacture pour polir les susdits petits volumes de glaces, les bandes et Moulures à (1) Le texte dit bizeté.


peine de trois cents Livres d'amende pour chaque ouvrier dont ils se serviront et de se pourvoir de glaces, bandes et moulures ailleurs que dans la manufacture dudit Plastrier.

Plus loin, il est défendu de contrevenir aux arrêts et lettres-patentes antérieures, sous peine de confiscation, de démolition des fours et de trois mille livres d'amende. Les objets confisqués et le produit des amendes reviennent alors au sieur Plastrier, « sans que les receveurs des amendes et les fermiers de nos domaines y puissent rien prétendre ». C'est le roi qui parle.

Après l'insuccès de l'entreprise Plastrier, le privilège de la fabrication des glaces fut, de nouveau, transporté au sieur Antoine Dagincourt qui devint, en octobre 1702 « propriétaire de ladite manufacture de glaces dans le royaume, pays, terres et seigneuries de son obéissance, en payant la somme de dix-neuf-cent-soixante mille livres.» Nous voilà loin des subventions accordées jusqu'à cette époque aux manufactures de glaces. Moyennant le payement d'une somme énorme pour l'époque, Dagïncourt et Compagnie devinrent maîtres « de la manufacture du fauxbourg


Saint-Antoine de la Ville de Paris, des fonds qui sont dans et hors l'ancien château de SaintGobain acquis du domaine de Sa Majesté et ce, aux conditions portées par la Société de Plastrier, ensemble les bâtiments qui y ont été construits, ceux de Tour-la-Ville, Lezines, Rouge-Fossé près Montmirail, et autres dépendances. »

La Société Dagincourt fut fondée, surtout, pour empêcher les ouvriers des anciennes manufactures de se disperser et d'aller porter à l'étranger les procédés français de la fabrication des glaces.


LES Mmomois au XVIII" siècle.

CHAPITRE VII

Répartition des métiers en quatre classes (1691). Arrêt du Conseil du 22 mai 1691 interdiction de faire des travaux de dorure et d'argenture. Déclaration du roi unissant les offices de jurés à la Communauté des Miroitiers (4 septembre 1691). Le Livre Commode de 1692.

En 1691, les corporations des métiers ayant été réparties, suivant leur importance, entre quatre classes payant des droits différents, nous voyons les miroitiers-lunetiers figurer dans la troisième de ces classes où l'indemnité à payer aux jurés pour chacune de leurs visites de police dans les


ateliers et les magasins, est fixée à dix sols et le droit de réception à la maîtrise à payer au roi, à la somme de trente livres.

Il ne faut pas s'imaginer que l'on avait toujours la liberté de faire appliquer les métaux précieux sur les objets de luxe. Un arrêt du Conseil, en date du 22 mai 1691, interdit ce genre de travail aux doreurs sur métaux; cette ordonnance est conçue en ces termes

LE CONSEIL. fait très expresses inhibitions et deffenses à tous ouvriers de dorer ou argenter des chandeliers à branches, girandoles, bras, chenets, grilles, brassiers, bordures de miroirs., balustres, bois de chaises, tableaux, bureaux, guéridons et autres semblables ouvrages de cuivre, de bronze, de fer, de bois ou de quelque autre. matière que ce puisse estre. Fait aussi deffenses à tous marchans et ouvriers de vendre aucuns desdits ouvrages dorés et argentés et à toute personnes d'en faire faire ou d'en acheter. D Cette interdiction du luxe des argentures et dorures causée par la rareté des métaux précieux dans le trésor royal, fut levée par une déclaration du roi en date du 31 mai 1701 encore n'est-il


pas question, dans cet acte, des cadres ou bordures de miroirs (1).

Nous avons, très souvent, fait ressortir ce qu'il y avait d'immoral pour le souverain dans le fait dc la créa rio n' d'offices divers, très inutiles d'ail-. leurs, avec l'idée de les faire racheter par les corporations, opération toujours ruineuse, que l'or. décorait du titre d'union.

La déclaration royale qui suit est un acte qui rappelle une manoeuvre de ce genre, Il s'agit du rachat des offices des jurés imposés à la corporation des miroitiers, en vertu d'un édit de mars 1691, époque à laquelle divers corps de métiers avaient été obligés de recevoir ces jurés nommés à vie avec charges héréditaires, contrairement à tous les règlements qui imposaient l'élection de ces officiers dont les fonctions étaient essentiellement temporaires.

Pour le rachat de ces offices qui portaient atteinte à leurs droits séculaires, les communautés employèrent l'argent de leur boeite commune (2) (1) Ordonnances de Louis XIV et Collections Lamoignon et RONDON'N'EAC

(2) Boclle commune caisse de la corporation.


qui servait principalement à soulager les malheureux, à venir en aide aux veuves et aux orphelins, à marier les filles pauvres. Et cela ne suffisant pas, elles vendirent jusqu'aux ornements et à l'argenteuie de leurs chapelles de confréries et empruntèrent sur les biens qu'elles pouvaient avoir et même sur les droits futurs à payer aux jurés pour les visites ainsi que sur les redevances des admissions futures à la maîtrise.

Voici le document dont nous venons de parler LOUIS, par la grace de Dieu, roy de France et de Navarre à tous ceux qui ces présentes Lettres verront, Salut.

Les Jurez, Corps et Communautés des Maîtres Miroitiers, Lunetiers, Bimblottiers, Doreurs sur cuir, Gamisseurs et Enjoliveurs de notre bonne Ville et Fauxbourgs de Paris Nous ont très humblement fait remontrer qu'ayant par notre Edit du mois de mars dernier crée et érigé en titre d'Offices héréditaires les Gardes des Corps des Marchands et les Maistres Jurez des Arts et Mestiers, Il ont un notable intérêt non seulement que ces charges soient exercées par des personnes de probité et d'expérience dans le Commerce, et que ceux qui en abuseront puissent estre dépossédés, Mais encore que ceux de leurs Corps qui peuvent s'en bien acquitter puissent y parvenir à leur Tour, au lieu qu'ils en seront exclus, si ceux que Nous en aurions


pourvus, ne pouvoient en estre dépossédés Par ces considérations Et par le désir de nous marquer leur zèle pour notre Service, et Leur soumission à nos volontés, Ils nous ont fait offrir de payer au Receveur de nos Revenus Casuels la somme de quatre mille quatre cens Livres, s'il nous plaisoit unir à leur Communauté les Offices de Jurés nouvellement crées pour être exercés par ceux qui nous seront par eux présentés rour le temps qui sera avisé entre eux en vertu des provisions que Nous leur ferons expédier, et leur laisser à l'avenir lorsque le temps de l'exercice de ceux que Nous en, aurontpourvus sera expiré, la facultéde Nous présenter de nouveaux Officiers pour prendre de Nous la confirmation, Nous suppliant de confirmer l'emprunt qu'ils ont fait au nom de toute la Communauté de ladite somme de quatre mille quatre cens Livres, et la Déclaration qui a été faitte dans la Quittance de Finance qui leur a été délivrée, des noms de ceux qui ont presté leurs deniers, Le tout conformément aux Actes en forme de Délibération de laditte Communauté des 5 et 24 Avril, 3 et iS 'Juillet derniers dont il nous plut ordonner l'éxécution et permettre à la ditte Communauté de faire payer par les Aspirans à la Maitrise par chef d'œuvre la somme de trois cens livres dont il sera employé cent cinquante Livres au payement des Rentes, et le surplus ainsy qu'il est porté par la Délibération du 24 Avril dernier, cent cinquante Livres pour les fils de Maitres dont la moi-


tié sera aussy employé au payement des dites Rentes, et dix huit Livres pour chaque Brevet d'apprentissage dont il sera aussy employé moitié au payement des Rentes, comme aussy qu'il sera payé par tous les Maitres et Veuves, Vingt sols pour chacune des quatre visites ordinaires, dont il y aura quinze sols pour les Rentes et cinq pour les Jurés.

Et pour une plus prompte libération de la Communauté qu'Elle pourra recevoir deux Maîtres sans qualité qui payeront chacun au moins cinq cens Livres en faveur de leur Réception, Les quelles sommes seront employées premierement, au payement des Arrérages et ensuite à l'acquit d'une partie du Capital des Rentes constituées' pour le payement de la ditte somme de Livres, à la charge que les droits nouvellement establis par lesdites Délibérations cesseront et ne seront plus levés aussitôt que les dittes Rentes seront acquittées tant en principal qu'arrérages.

Et voulant traiter favorablement la Communauté des dits Miroitiers et Luy donner des marques de notre Protection. A CES CAUSES, de l'avis de notre Conseil qui a vu lesdits Actes en forme de Délibérations. et la quittance du Trésorier de nos Revenus Casuels de la ditte somme de 4.400 livres. Et do notre certaine Science, pleine puissance et Autorité Royalle, Nous avons par ces présentes signées de notre main, uni et incorporé, unissons et .incorporons au Corps et Communauté des Maitres Miroitiers, Lune-


tiers, Bimblottiers et Doreurs sur cuir, Gamisseurs et Enjoliveurs de notre bonne Ville et fauxbourgs de Paris, les quatre offices de Jurés dudit mestier. Voulons que lesdits Offices soient exercés en vertu des provisions que nous ferons expédier. Permettons aux Jurés de faire payer par chacun Aspirant à la Maitrise par chef d'œuvre la somme de trois cens Livres, par chaque fils de Maître cent cinquante Livres, et par chaque Brevet d'apprentissage dix huit Livres, lesquels droits il en sera employé la moitié au payement des Rentes constituées à l'effet de la présente réunion Et le surplus ainsy qu'il est porté par lesdites Délibérations, Voulons et ordonnons qu'il soit payé vingt sols par tous les Maistres et Veuves de Maistres pour chacune des quatre visites qui se font tous les ans dont il sera employé quinze sols au payement des Rentes et les cinq sols restants appartiendront aux Jurés.

Et pour parvenir à une plus prompte libération de la ditte Communauté, Nous lui avons permis et permettons de recevoir deux Maîtres sans qualité, etc., etc. Données à Versailles, le Quatrième jour de Septembre L'an de grace mil six cens quatrevingt onze et de notre Règne le quarante neuvième.

Signé LOUIS.


Et plus bas

Par le Roy. PHELYPEAUX, visa BOUCHERAT. Et scellées du grand sceau de cire jaune.

Le Livre Commode des adresses de Paris pour 1692 que nous avons souvent cité ailleurs, nous donne les renseigements suivants

A l'article concernant les marchands merciers et quincailliers, nous lisons que «le sieur Avalon qui demeure dans le Temple, tient magasin de petits miroirs pour les colporteurs ». On sait que l'enclos du Temple était lieu de franchise et que, par conséquent, les artisans ne payant aucun droit, pouvaient livrer leurs marchandises à bas prix.

Poursuivant notre instructive lecture, nous voyons que « les coffres et miroirs d'écaille de tortue se fabriquent rue Saint-Denis, joignant le Coq croissant t>. Une note de bas de page nous rappelle que le commerce des miroirs était alors très florissant et que si les hommes peignaient leurs perruques publiquement dans la rue, « les dames portaient toujours un petit miroir à la main D (1).

(1) Le Livrc Commode, II, 21,


Dans un autre article intitulé OUVRAGES ET MARCHANDISES DE MIROITIERS (1), nous trouvons les détails reproduits ci-dessous

« Outre la manufacture des glaces façon de Venise établie depuis long-temps au fauxbourg saint Antoine, on vient d'en établir une autre rue de l'Université allant au Pré aux Clercs, où l'on fabrique des glaces d'une grandeur si extraordinaire qu'on y en trouve d'environ sept pieds de haut (2).

« M. Le Duc et ses associez se trouvent ordinairement en leur Bureau au même lieu, oit ils font débiter leurs Glaces à un prix fort modeste.

« M. Fressoy, Marchand Miroitier, tient magasin de Glaces façonnées, joignant la manufacture du fauxbourg saint Antoine.

« Il y a d'ailleurs un semblable magasin au bout de la rue Dauphine, qui a d'ailleurs une entrée rue Contrescarpe.

<t On trouve des Glaces de Venise chez M. Le Tellier et chez plusieurs autres Miroitiers du Pont Notre Dame et encore chez Madame La Roue, rue saint Denis près la fontaine des Innocens, qui vend d'ailleurs des lustres et des girandoles de cristal.

(1) Idem, II, p. 140.

(2) Environ Zn30. Cette manufacture est peu connue; elle n'est pas mentionnée dans les ouvrages qui traitent de la miroiterie, si ce n'est dans le nôtre. Il s'agit, en effet, de la manufacture de Thévard et de ses associés dont était M. le Duc, mentionné plus bas.


a Le sieur Lafond, rue sainte Marguerite du fauxbourg saint Antoine, met toutes sortes de Glaces au teint (i) pour les Marchands, et raccommode pour les particuliers les miroirs et glaces des chambres qui sont gatés.

« On trouve au Soleil et à la Couronne d'or, sur le quay de l'Orloge, des lunettes d'aproches et communes d'Angleterre et de Paris, des microscopes, des visières (2), et généralement, toutes les sortes de verres préparez pour l'optique avec toute. la justesse qu'on' peut désirer.

« Les Glaces du fauxbourg saint Antoine se vendent de quatorze pouces de haut 10 livres, de seize pouces 12 livres, de dix sept pouces 14 livres, de dix neuf pouces 20 livres, de vingt pouces 24 livres, de vingt deux pouces 30 livres, de vingt quatre pouces 33 livres, de vingt sept pouces 55 livres; de vingt huit pouces 60 livres, de vingt neuf pouces 65 livres, de trente pouces So livres de trente six pouces 180 livres, de trente sept pouces 225 livres, de quarante pouces 425 livres (3).

« Les lustres de cristal sont louez et raccomodez par une veuve rue Betisy, près l'Hôtel de Beauva.is, et (1; Sic.

(2) Visières, sortes de lunettes.

(3) Le pouce d'autrefois était l'équivalent de vingt-sept de nos millimètres. La glace de 40 pouces de hauteur avait donc 1"'08,


LES GLACES AU LE ET LI:


par une autre à l'aport de Paris près le Veau qui tètte Le médecin anglais Lister, cité dans le même ouvrage et qui publia son a Voyage à Paris au xvnc siècle, nous apprend que les ouvriers de la manufacture de glaces de la rue de Reuilly étaient au nombre de six cents et que l'on pensait qu'ils seraient bientôt au nombre de mille. t.A l'étage inférieur, dit-il, on passe les glaces brutes au grès pulvérisé. Dans les étages supérieurs, où l'on donne le poli et la dernière main, les ouvriers sont disposés sur trois rangs, deux hommes pour chaque glace qu'ils passent à la sanguine détrempée dans de l'eau. On les met ensuite dans de la potée blanche sur des tables de pierre ». Quant aux glaces de grande dimension, le même écrivain dit « J'ai vu, toute étamée et achevée, une glace de quatre-vingt-huit pouces sur quarantehuit, et d'un quart seulement d'épaisseur Ce qui correspond à 2 mètres 38 sur 1 mètre 30 et environ sept millimètres d'épaisseur.

Dans une autre partie de son ouvrage, Lister parle du bon marché des glaces et, après avoir indiqué que la modicité de leur prix était dù aux (1) Place du Châtelet. Le Veau qui telle était un restaurant bien connu des parisiens.

(2) Le Livre Commode, note de la p. 141.


procédés économiques de leur fabrication, ajoute: « On y a gagné d'avoir les glaces à si bas prix, qu'il n'est pas jusqu'à toutes les voitures de remise, et la plupart des fiacres, qui par devant, ne soient fermées d'une grande glace » (1).

Une citation curieuse à faire du livre dans lequel nous sommes en train de puiser, est celle-ci. Les miroitiers du Pont-Notre-Dame dont il est parlé plus haut, étaient en grand nombre. Ils s'imaginèrent, lors d'une visite que fit Louis XIV à Paris, « après sa grande maladie de 1686 », de témoigner la joie qu'ils éprouvaient, en faisant étalage de leurs plus belles marchandises, afin que le monarque put les admirer sur son passage. Un poète du nom de Viguier fit à ce sujet une pièce de vers dans laquelle il s'adresse au roi et qu'il termine ainsi, en parlant de Paris

« Et comme tu devois ne lui donner qu'un jour, te Par une invention digne de son amour,

Il fit de ses miroirs un pompeux étalage,

« Pour multiplier ton image. » (2).

Le Bureau d'adresse et de rencontre (3) qui ter(1) Le Livrc Comneocfe, II, note de la p. 141.

Idem, note de la p. 142.

(3) C'est-à-dire d'annonces, d'offres de ventes et d'achats de marchandises d'occasion.


mine le Livre Commode, nous indique qu'à la date du 1er mars 1689, il y eut à vendre, sous le n° 28, <r un grand miroir de 29 pouces de haut sur 20 de large, avec sa bordure de glace du prix de 120 livres ». C'était un miroir de Venise. Le 1er avril de la même année, on annonce la vente de deux miroirs, « l'un tout de glace de Paris, de 27 pouces de haut sur 21 de large, du prix de 150 livres, et l'autre de Venize de 22 pouces de haut sur 17 de large avec sa bordure d'ébeine, du prix de 80 livres


CHAPITRE TIII

Arrêt du Conseil d'Etat de 1713, concernant les ouvriers des manufactures de glaces et leur interdisant de quitter leurs travaux sans congé, sous peine de punition corporelle. Lettres patentes de Louis XV confirmant le contrat d'union des doreurs avec les miroitiers, avec additions aux statuts (février 1722). Les miroitiers-lunetiers ne peuvent fabriquer les étuis à lunettes. Sentence de police entre les fripiers et les miroitiers, touchant l'exercice de leurs professions. Les procès des miroitiers avec les potiers d'étain, les gainiers, les tapissiers et les menuisiers. Union d'offices d'inspecteurs des jurés à la communauté (1745). Le 18 mars 1713, intervient un arrêt du Conseil d'Etat qui « fait défense.aux ouvriers de la manufacture royale des glaces de quitter le service de


ladite manufacture sans congé et à peine de punition corporelle

Cet arrêt fut obtenu sur la requête présentée au roi, en son Conseil, par les associés de la manufacture et sur leur observation qu'un sieur de la Pommeray « qui médite un pareil établissement dans les pays étrangers et qui a passé pour cela des Dombes en Espagne, débauche ici, par ses émissaires et sous prétexte d'un parti plus avantageux, quelques-uns des ouvriers de l'établissement de Saint-Gobin, dont deux, sçavoir, le nommé Franconville et son camarade, se sont retirez sans demander congé et quelques autres qui complotent depuis plus de trois mois, le nommé Richard Saas, n'attendent qu'une occasion favorable pour partir, ce qui porterait un préjudice considérable aux suppliants et ruineroit peu à peu leur manufacture ».

Voici maintenant l'arrêt

LE Roy EN SON CONSEIL, ayant égard à ladite requête a ordonné et ordonne. (2) sous peine de punition corporelle, à tous les ouvriers employez presentement aux Manufactures des supplians, ou qui y seront employez à lavenir, de quitter leur service sans (1) Collection Lamoignon; XXV, 291.

(2) Lisez l'exécution des anciens arrêts et fait défense.


leur congé par écrit, qu'ils seront tenus de demander deux ans avant leur sortie, même de s'éloigner de plus d'une lieue de l'Etablissement sans un congé signé du directeur ou, en son absence, de ce luy qui tiendra sa place.

Fait pareillement SA MAJESTÉ, très Expresses défenses à tous Maîtres de Vérerie, glaceries et autres personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient, de recevoir lesdits ouvriers à leur service sans un congé par écrit des supplians et en cas qu'ils les eussent reçus sans les connoitre, ordonne SA MAJESTE qu'ils seront tenus de les rendre aux supplians à la première requisition. Le tout à peine de trois mille livres d'amende contre Chacun des contrevenans solidairement, et de tous dépens, dommages et interests, même d'être procédé extraordinairement contre ceux qui auront suborné lesdits ouvriers.

Les arrêts antérieurs invoqués par les associés de l'entreprise de Saint-Gobain, portaient les dates des 23 mars 1694 et 12 avril 1701. Les défenses indiquées dans ces documents et qui sont de même nature que celles que nous venons de rappeler, concernent aussi bien les gentilshommes verriers que les ouvriers. Il est expressément indiqué que ces gentilshommes verriers sont des ouvriers (1).

(1) En effet, il est dit: « défenses à tous gentilshommes et autres ouvriers employés » dans la manufacture.


Il est probable que la punition corporelle, qui entraînait le supplice du fouet, ne les concernait pas et cependant, aucune exception ne paraît avoir été indiquée en faveur de ces nobles artisans qui pouvaient souffler le verre auprès de la fournaise, tout en ayant l'épée au côté, privilège forcément incommode, d'ailleurs.

L'union de la communauté des miroitiers-lunetiers-bimblotiers avec celle des doreurs n'ayant pas été régularisée, par suite de négligence ou à cause de la'trop grande dépense à faire et l'administration exigeant les lettres officielles et le paiement des droits, ces lettres furent enfin expédiées après plus de quarante années, en février 1722. Nous donnons en entier leur texte en appelant l'attention du lecteur sur les articles 1 et III des nouveaux statuts qui y sont annexés. Il y a là une dérogation aux coutumes des métiers en ce que l'admission des ouvriers étrangers à la Ville, dits compagnons forains, y est autorisée et que de plus, ces ouvriers sont considérés comme pouvant remplacer les apprentis.

Voici ces lettres


LETTRES-PATENTES DE LOUIS XV, CONFIRMANT LE CONTRAT .D'UNION DES DOREURS AVEC LES MIROITIERS (février 1722) (1).

LOUIS, par la grace de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous presens et avenir, salut.

Nos bien amez les maitres miroitiers, lunetiers bimblotiers, doreurs sur cuir, garnisseurs et enjoliveurs de Paris, nous ont fait remontrer que pour terminer toutes les contestations qui arrivoient journellement entre les deux communautés, ils se sont réunis en un seul corps, par transaction passée par devant Bellanber et son Collègue, notaires à Paris, le vingt deux may i6So; qu'on leur a fait observer que cette transaction, quoyqu'executée depuis plus de quarante ans, n'estoit pas revestue de toutes les formalités nécessaires, qu'ils avoient besoin de nos lettres de confirmation, Nostre Cour de Parlement l'ayant mesme ainsy ordonné, par son arrest du 25 may que leur communauté se trouvoit débitrice d'une somme de livres 4 sols de principal produisant interests, restant de celle de g.o5o livres, liquidée par jugement des commissaires par nous nommez pour les communautés d'arts et mes(1) Hkné DE Lespinasse. Les métiers et corporations tic III Ville de Paris et Collection Lamojgxon, XXVH, 45S.


tiers de Paris, du quatre juin i/i/ au payement de laquelle somme il estoit à propos de pourvoir et de remédier à plusieurs abus qui se commettoient dans leur communauté, et qu'à cet effet ils avoient convoqué une assemblée générale dans laquelle, sous notre bon plaisir, il avoit esté arresté douze articles en forme de statuts, par supplément aux anciens des deux communautés, et comme ils ne peuvent faire loy sans estre revetus de notre autorité Royale, ils nous ont très humblement fait supplier de leur accorder sur le tout nos lettres nécessaires.

Nous avons ordonné et ordonnons par ces présentes: I

Premièrement, qu'à l'avenir, il ne soit reçu aucun particulier pour aspirer à la maitrise en gualité de compagnon forain, à moins qu'il n'ait fait apprentissage dans une ville du royaume où il y a maîtrise, et qu'il n'ait payé pour son engagement la somme de 31 livres que payent actuellement les apprentifs de cette Ville, au lieu de cinq sols parisis qu'ils payoient ci-devant, suivant l'article XX des statuts des miroitiers laquelle somme de 3 livres sera employée au remboursement des dettes de la communauté, sans qu'elle puisse estre divertie ny servir à d'autres usages sous quelques prétextes ni pour quelque cause que ce


puisse estre, en observant de rembourser les principaux (r) autant que faire se pourra.

II

Que nul apprentif, conformément à l'article premier des doreurs sur cuir, ne sera admis à la maîtrise, si outre et au dela du temps de cinq années pour faire apprentissage, il n'a servi les maitres pendant deux années consecutives en qualité de compagnon. III

Que les maitres qui obligeront à leur service des compagnons travaillans de leur métier, ayant fait apprentissage dans les villes où il y aura maitrise, autrement dits compagnons forains, ces aspirans à la maitrise leur tiendront lieu d'aprentif, de maniere que les maitres sous lesquels ils travaillent ne pourront prendre ny faire d'aprentifs, sous quelque prétexte que ce puisse estre, tant et si longtemps qu'ils retiendront ledit compagnon à leur service.

IV

Nuls étrangers ou particuliers, natifs des lieux où il n'y a maîtrise, ne pourront en aucun cas estre admis (I) Lisez Ics principaux créanciers.


à maitrise, à moins qu'ils n'ayent esté apprentifs à Paris.

V

Que tous les aprentifs seront tenus, pour estre admis à la maitrise de payer à la communauté, outre les. droits ordinaires de réception, la somme de livres pour le droit de maitrise, au lieu de celle de 300 livres que les aprentifs avoient accoutumé de payer pour ledit droit laquelle somme de 400 livres sera uniquement employée à l'acquittement des dettes de la communauté, sans pouvoir estre dyvertie à d'autres usages, pour quelque cause et occasion que ce puisse estre, en observant de rembourser, autant que faire se pourra les principaux.

VI

Qu'après l'entier et parfait payement des dettes de la communauté, tant en principal qu'arrérages, intérets et frais, si aucuns se trouveroient lors dus, lesdits droits de 31 livres pour l'apprentissage et 400 livres pour la maitrise n'auront plus de lieu, mais seulement sera payé pour l'apprentissage les droits ordinaires à chaque juré et 300 livres à la communauté pour la maitrise, et les droits ordinaires aux anciens, modernes et jeunes maitres qui devront assister au chef d'œuvre.


VII

Que pour l'exécution de l'article cy dessus et prévenir tous abus et mauvais employs, chaque juré comptable sera tenu de faire dans son compte un chapitre séparé de recette, et un autre chapitre separé de depense, pour raison desdits droits d'apprentissage-et de maitrise, et aussy pour l'employ des deniers qui en seront provenus.

VIII

Que les aprentifs qui épouseront les filles de maitres ne payeront que 50 livres pour tous droits de maitrise, conformément au contract d'union.

IX

Qu'attendu que plusieurs maîtres de la communauté s'appliquent particulièrement à une seule sorte des différents ouvrages qui composent l'art, profession et mestier de ladite communauté, ce qui fait une variété de travail et une diversité'de connaissance dont on ne peut bien juger que par l'union et le concours des différens maîtres qui y sont employez, nul ne pourra estre reçeu à là maîtrise que les jurés, ensemble les anciens qui ont passé les charges, comme


aussy quatre maitres modernes et quatre jeunes ne soient appellez au chef d'oeuvre.

X

Sera payé à chacun des jurés les memes droits qui se payent actuellement, qui sont 3 livres 15 sols. à chacun juré, pour droit de reception, 40 sols à chacun des anciens jurés ayant passé par les charges et 20 sols à chacun des modernes et jeunes lesquels droits seront reduits à moitié à la reception des fils de maitres et des compagnons qui épouseront des filles de maitres dudit mestier.

XI

Qu.'H ne sera obligé (i) à l'avenir aucuns aprentifs mariez ayant femmes et enfants, sous quelque prétexte que ce puisse estre.

XII

Et attendu qu'il est quelquefois arrivé que des maistres de la communauté ont esté travailler de leur mestier chez les marchands merciers, mesme ont fait des marchez avec eux et entreprises pour travailler et demeurer chez eux, ce qui est contre le bon ordre et (1) est ici pour engagé.


porte préjudice considérable à la communauté, outre qu'on ne peut bien connoître quand les marchands merciers sont en contravention ou non, par la facilité qu'ils ont de se faire voir par les maistres qui travaillent ainsy pour eux, il ne sera permis ny loisible à aucun maître de la communauté de travailler de son mestier, directement ny indirectement, chez les marchands merciers, ny aussy d'y demeurer, sous quelque prétexte que ce puisse estre, à peine en cas de contravention de 100 livres d'amende contre le maître miroitier et de 5oo livres contre le mercier, lesdites amendes applicables, moitié à l'hopital général et moitié à la communauté des miroitiers.

Donné à Paris, au mois de février, l'an de grace mil sept cens vingt deux et de nostre regne le septiesme.

Signé LOUIS.

L'année 1723 voit se terminer l'un des nombreux procès qu'eurent à soutenir, à différentes époque, les miroitiers. L'un d'eux, le sieur Picard, avait cru pouvoir fabriquer des étuis pour les lunettes qu'il vendait. Mais le 12 mars,-une sentence intervint et déclara valable la saisie de


77 de ces étuis et autres gaines avec ressorts et charnières », trouvés chez lui sans être revêtus de la marque de gainier. Cette saisie avait été opérée par les soins des jurés de la gainerie (1).

Encore un procès. Il s'agit cette fois des fripiers en meubles chez lesquels les jurés de la communauté des miroitiers avaient fait saisir des miroirs et des glaces à l'état de neuf, quand ces commerçants n'avaient que le droit de vendre ces marchandises vieilles et d'occasion. Cette fois, les merciers s'étaient joints aux miroitiers, comme ayant le privilège d'acheter et de vendre des glaces et des miroirs neufs.

Nous donnons ci-après le texte de la sentence de police. qui conclut en déclarant les saisies valables et qui, néanmoins, par excès de bienveillance, fait rendre les marchandises, avec défense, faite aux fripiers, de renouveler les ventes interdites.

(1) Arcliives nationales. Collection Rondonneau. AD. XI, 1G.


SENTENCE DE POLICE ENTRE LES FRIPIERS ET LES MIROITIERS, TOUCHANT L'EXERCICE DE LEURS PROFESSIONS (9 aoust 1726) (1).

A tous ceux que ces présentes verront Gabriel Jerome de Bullion, Chevalier comte d'Eclimont, Mestre de camp du Regiment de Provence infanterie, Conseiller du Roy en ses Conseils, Prevost de la Ville Prevosté et Vicomté de Paris, Salut.

Sçavoir faisons que sur la Requête faite en jugement devant Nous à l'Audience de la Chambre de Police 'du Chatelet de Paris par Mc Claude Hanon Delisle Procureur des Syndic et Jurez de la Communauté des Marchands fripiers de cette Ville et Fauxbourgs de Paris demandeurs aux fins de leur Requête verbale signifiée le 9 may 1725 par Baranguer huissier audiancier en cette Cour, tendant à ce qu'il soit dit et ordonné qu'ils seront reçus parties interrenentes en l'instance de saisie de jurande faite à la Requête des Jurez de la Communauté des Maitres Miroitiers à Paris sur Estienne Bonvalet, Marchand fripier, et sur Marie de la Motte veuve de Pierre Languineux, Marchande fripiere suivant la Cour (2) par Exploit fait (1) Lamoignon, XXVIII, (j 10.

(•2) Suivant la Cour Les marchands suivant la Cour étaient des commerçants dai, en ctl'ct, suivaient la Cour dans les diverses résidences royale. Ils étaient officiellement désignés et e nombre de chacune de leurs spécialités était fixé.


par Prost, huissier à cheval, le 30 avril de plusieurs Trumeaux, Glaces et Miroirs énoncés et expliqués auxdits proces verbaux de saisie de jurande employant pour moyens d'intervention le contenu en la dite Requête faisant droit sur leur intervention, il soit ordonné que les dites saisies soient déclarées nulles et les Miroirs, Trumeaux et marchandises de glaces saisies sur le dit Bonvalet et la dite Veuve Languineux leur seront rendues; à ce faire les gardiens contraints; quoy faisant déchargez, et que les marchands fripiers seront maintenus dans le droit et la possession qu'ils sont depuis un temps immemorial de vendre et ache- ter des Miroirs, trumeaux et marchandises de glaces et généralement toutes autres sortes de meubles et marchandises vieilles et neuves revendiquées, suivant et conformément à l'Article 15 des Statuts de la Communauté des marchands fripiers, qui seront exécutés, et que défenses soient faites aux dits jurez dés Maitres Miroitiers de les y troubler, sous telles peines et amendes qu'il appartiendra, avec depens, dommages et interests; Et Defendeurs à la Requête verbale d'intervention signifiée le 29 aoust par Tristant huissier audiancier de la part des maitres et gardes du Corps des marchands Merciers Grossiers Joyailliers à Paris tendante à ce qu'ils soient reçus parties intervenantes dans les dites instances de saisie de jurande des jurez de la Communauté des Marchands Miroitiers, faisant droit sur leur intervention, que sans s'ar-


rêter n'y avoir égard aux pretentions des Marchands fripiers n'y a leur intervention en laquelle ils seroient declarez non recevables, et mal fondez avec dépens, ils auront lettres de ce qu'ils se joignent avec les jurez miroitiers; ce faisant que les defenses soient faites aux marchands fripiers de vendre des glaces et trumeaux, sous telles peines qu'il appartiendra, et pour l'avoir fait qu'ils seront condamnés en telle amende dommages et interests qu'il nous plaira avec depens. Et encore les dits syndic et jurez de la Communauté des marchands fripiers incidemment demandeurs suivant leurs Défenses signifiées le 25 juin dernier par Coquart, huissier audiancier en cette Cour, à ce que sans s'arrêter à la requête d'intervention des dits marchands et gardes du Corps de la Mercerie dudit jour 29 Aoust et aux conclusions par eux prises par icelle, dont ils sont déboutés, que les conclusions par eux prises par leur Requête verbale du dit jour 9 May i j25 leur seront faites et adjugées, et que defenses soient faites aux dits marchands merciers de plus à lavenir les troubler dans leur commerce sous telles peines, amendes, dommages et interests qu'il nous plaira avec depens assistez de Me Duret, leur avocat contre Me Olivier lejeune, Procureur des Jurez de la Communauté des Marchands Miroitiers, Lunetiers, Bimblotiers Doreurs garnisseurs et enjoliveurs de la Ville et fauxbourgs de Paris demandeurs aux fins des dits Exploits de saisie de jurande faits à leur


Requête sur le dit Bonvalet et la dite Languineux le dit jour 30 Avril Iï25 à ce que lesdites saisies soient declarées valables que les miroirs, glaces et trumeaux saisis soient confisqués à leur profit, et que defenses soient faites aux marchands fripiers d'en vendre à lavenir avec dépens dommages et interests et Defendeurs aus dites Requêtes verbales d'intervention des dits jours 9 May et 25 Aoust assisté de M" Duvercy leur avocat, Me D'Authuile, procureur des maitres et gardes du Corps des marchands merciers, grossiers et joyailliers à Paris demandeurs aux fins de leur dite Requête d'intervention du dit jour 29 Aoust et defendeurs à la demande incidente des dits marchands fripiers, portée par les défenses du dit jour 25 Juin dernier assisté du dit M0 Duvercy leur avocat; LVI° Fouray procureur du dit Etienne Bonvalet Marchand fripier: Defendeur à l'exploit de saisie et jurande susdatée sur luy faite, à la Requête des Marchands miroitiers et aus dites requêtes d'intervention sus dattées assisté de Me Sandrié son avocat,'et M0 Le Roy Lainé procureur de la Vve Languineux Defenderesse à l'Exploit de saisie de jurande susdattée sur elle faite, à la Requête des dits Marchands miroitiers, et aus dites Requestes d'intervention sùs dattées et encore demanderesse aux fins de sa Requête d'intervention signifiée le 21 May 1725, par Barangue, huissier audiancier de cette Cour, tendante à ce que mainlevée luy soit faite de la dite saisie avec depens


assisté de M" Duret son avocat, parties ouïes pendant deux audiences, lecture faite de leurs Statuts et Pieces. Ouy ensemble noble homme NI° De Villiers, avocat du Roy en ses conclusions, Nous avons reçu les merciers, fripiers parties intervenantes, donnons mainlevée des saisies faites sur la veuve Languineux et le nommé Bonvalet, à l'exception des miroirs et glaces qui ont été par eux achetés des maitres miroitiers à l'égard desquels déclarons les saisies valables, et néanmoins pour cette fois et sans tirer à conséquence les choses saisies rendues, et seront les dits miroirs, si aucuns y a actuellement chez la dite Languineux et Bonvalet, achetés des Miroitiers marqués de la marque desdits miroitiers, permettons aux fripiers d'acheter toutes sortes de miroirs et glaces aux inventaires et mêmes des particuliers. Leur faisons très expresses défenses d'en acheter de la premiere main ni des maitres miroitiers, d'enjoliver ny mettre bordures neuves à ceux qu'ils achèteront des particuliers aux inventaires, leur permettons seulement de les decrasser par eux mêmes et non par autres. Dépens compensés entre les parties.

Disons que notre présente sentence sera Lue, publiée et affichée partout où besoin sera, etc., etc.

Les jurés en charge, anciens, modernes et jeu-


nes (1), composant la communauté des maîtres potiers d'étain, tailleurs d'armes sur l'élain, de la Ville, fauxbourgs et banlieue de Paris^ ayant déclaré que leurs statuts les obligent à fabriquer leurs ouvrages en étain fin et que, cependant, le secret ayant été trouvé de les fabriquer en étain à bas-titre dit «claire étoffe », d'autres personnes faisaient certains objets avec cette composition, s'obligèrent à ne fabriquer aucun des ouvrages dépendants du métier des miroitiers, bimbelotiers et lunetiers, énoncés dans les articles 9 et 10 de leurs statuts, ce dont il leur fut donné acte. En conséquence de la requête présentée par ces artisans, le roi Louis XV leur maintint, le 13 décembre 1729, le privilège de faire des boutons, moules de chandelles, boëtes à tabac et thériaque et autres petits ouvrages en étain de bonne claire étoffe », à la condition de déposer deux tables de cette composition au Châtelet et au bureau de leur communauté, lesquelles tables devaient être marquées d'un poinçon spécial. c Le tout sans avoir égard aux oppositions fournies tant par la communauté des maîtres chandeliers que par celle des dits miroitiers, bimblotiers et lunetiers dont ils ont été déboutés ». Les « autres petits ouvrages en étain de bonne (1) Ces trois catégories de maîtres existaient dans toutes les communautés ouvrières.


claire étoffe », dont il est ici question étaient, sans doute, d<;s cadres de miroirs. Mais si l'on se reporte à l'article 9 des statuts des miroitierslunetiers et bimbelotiers de 1581, on y trouve que ces cadres devaient être fabriqués par ceux-ci. Il existe ici une contradiction que nous ne pouvons expliquer. D'un côté, les potiers d'étain déclarent ne vouloir aucunement empiéter sur le métier du miroitier, en ce qui concerne les articles 9 et 10 des statuts de ce métier et, de l'autre côté, ils obtiennent le privilège de faire certains ouvrages qui nous semblent être du domaine de la miroiterie, sans avoir égard aux oppositions formées par les miroitiers.

Le 21 mars 1739, un arrêt du Parlement homologue une « transaction passée entre les miroitiers et les gainiers le 17 mars 1738, touchant l'exercice de leurs métiers s.

Après requête présentée par Jean Hauquet, Jean-Baptiste Dreux, Clément Chevillard, Nicolas Crespin, maîtres miroitiers parisiens et jurés de leur communauté, Guillaume Trude, doyen, Guillaume Ménard et Jacques Le- Basiicr, anciens, Louis-André Legras, Pierre-Martin-Nicolas Bezard, Jean-Jacques Jeauifrault, jurés gainiers, etc., il


fut ordonné que la transaction serait exécutée en sa forme et teneur.

Il s'agissait, dans l'espèce, d'une saisie faite de différentes marchandises chez un sieur Marie, maître miroitiers qui avait vendu des étuis de lunettes couverts en chagrin et des «boëtes à miroirs brisées, garnies de charnières, avec leurs glaces aussi couvertès de façon de chagrin tous ces objets non marqués, soit par les gardes de la mercerie pour les marchands forains, soit par les ;urés gainiers pour les marchands de Paris. Les maîtres miroitiers étaient alors intervenus en soutenant qu'ils avaient le droit « de vendre les lunettes et miroirs de poches et autres marchandises de cette espèce avec leurs étuis et boëtes et que la vente des étuis et boëtes à miroir est un accessoire de leur art et métier ».

Aux termes de la transaction, les miroitiers purent vendre « toutes sortes d'étuis avec leurs lunettes et non séparément », faire et vendre « toutes sortes de châssis, garnitures, boëtes à miroir tant rondes que carrées, les couvrir de toutes sortes de cuir et d'étoffes qu'ils jugeront à propos et à l'ébârd de toutes autrf boëtes à miroir dont la fabrique appartient aux maîtres gainiers, ils peuvent les vendre garnies de leurs glaces et non séparement, à la charge toutes fois qu'ils les achèteront des dits maîtres gainiers ».


De leur coté, les maîtres gainiers purent à l'avenir « doubler tous leurs ouvrages de soye et de laine ainsi qu'ils jugeront à propos, sans que cela puisse leur donner le droit de couvrir extérieurement de soye ou de laine ce qui est réservé primativemenl aux maîtres miroitiers D.

En conséquence, l'harmonie fut rétablie entre les deux corps de métier profondément divisés par de pareilles misères les frais de l'homologation furent payés par moitié à frais communs.

Les contestations et procès divers étaient, nous l'avons conslaté à diverses reprises, des plus fréquents entre les diverses corporations dont les intérêts, sans être communs, avaient quelque point de contact. Voici encore une afl'aire du genre de celle dont nous venons d'entretenir le. lecteur. Cette fois, il s'agit d'un arrêt du Parlement contenant règlement entre les tapissiers et les miroitiers, touchant l'exercice de leurs mctiers ». Cet arrêt porte la date du 1er août 1741. Les « Tapissiers fabricants de haute et basse lisse, tapis, courtepointiers, couverturiers », les « marchands Merciers, Grossiers, Joyalliers et. enfin les miroitiers, les uns demandeurs, les autres


défendeurs ou intervenants (1), figurent dans cet acte où l'on voit les tapissiers revendiquer le droit de vendre et acheter des glaces et miroirs, « tant montés que encadrés, tant aux inventaires, ventes forcées que des particulières, même d'en acheter, de neuves des maîtres miroitiers toutes montées et entièrement par eux parachevées ». Malgré cette prétention qui semblait fondée, les miroitiers firent saisir, chez un sieur Cagnard, des glaces, il est vrai, non montées ni encadrées et des parquets « et autres étoffes de miroiterie ». Puis, ils attaquèrent les tapissiers en leur défendant le commerce des glaces ils obtinrent gain de cause et ces derniers se virent interdire le droit de prendre « les qualités de marchands de corps et de gardes » et de ne se qualifier que du titre de « Maîtres, Jurez et Communauté, ainsy que tous les autres artisans de Paris ».

La sentence ordonne, après avoir mis l'appel au néant et condamné les miroitiers et les merciers en l'amende de douze livres, que les tapissiers ne pourront donner à leurs jurés aucune qualité autre que celle de jurés de leur communauté et que, par conséquent, on ne pourra les appeler « gardes ». Les miroitiers se diront «Maî(1) Les merciers, marchands de tous les .objets d'usage courant, intervinrent dans ce procès, parce qu'ils vendaient des miroirs. Ceux-ci sont des marchands en gros (grossiers).


tres et Marchands miroitiers ». Comme résultat, cela semble médiocre. Cependant, il faut considérer que les corps privilégiés outre-mesure, comme celui des merciers, avaient seuls des gardes et non des jurés et inférer de là qu'en défendant aux tapissiers de se servir du mot <c corps » et du terme « gardes pour désigner leur métier et leurs jurés, on établissait une ligne de démarcation entre eux et le commerce, pour ainsi dire sans bornes qu'exerçaient les merciers. Leur maî̃ trise rentrait donc dans le droit commun dont ils avaient voulu s'affranchir, très probablement parce qu'ils avaient des représentants dans le corps de la mercerie (1).

Enfin les tapissiers purent faire le commerce des miroirs et des glaces, librement et avec autant de facilité que les merciers et les miroitiers euxmêmes, mais en achetant leurs produits aux maîtres miroitiers.

Nous avons vu Louis XIV unir à prix d'argent les offices des jurés héréditaires, par lui créés, à (1) Le corps des merciers corps des marchands) était, au xvr siècle, divisé en six branches ou élats: I- les marchands en gros ou grossiers; 2" les marchands de soie; 3. les marchands de serges et toiles; 4" les marchands de menues merceries; 50 les marchands d'orfèvrerie, perles et joyaux 6* les marchands tapissiers.


la communauté des miroitiers. Louis XV suivit cet exemple et, le 26 juin 1745, un arrêt du Conseil d'Etat du roi porte « union aux miroitiers des offices d'inspecteurs des junés de leur communauté, créés par édit du mois de février 1739 ». Ces nouveaux officiers étaient des inspecteurs d'inspecteurs, puisque les jurés élus étaient char- gés, de temps immémorial, de la police du métier: c'est dire que les fonctions inventées par le bon plaisir du monarque, pour faire rentrer la forte somme dans les coffres de son trésor, étaient plus qu'inutiles.

Le document dont il est question a grand soin d'indiquer que c'est « sur la requête présentée au Roi en son Conseil par les Maîtres et Marchands Miroitiers, Lunetiers, Bimblotiers, Doreurs sur cuir, Garnisseurs et Enjoliveurs de la Ville de Paris » qu'il leur est accordé de racheter les offices d' « Inspecteurs et Contrôleurs des corps et communautés Il leur en coûta dix mille livres.

Les exposants déclarent

Que la Communauté n'a pas de fonds suffisants pour faire en total le payement de ladite somme principale, que pour se procurer ce qui manque, elle sera obligée d'emprunter six mille livres à constitution de rente au denier vingt, à quoy faire elle demande d'es-


tie autorisée, ainsy que de recevoir six maitres sans qualité, en payant au coffre de la Communauté la somme de 600 livres chacun et les autres droits de reception suivant l'usage. »

Le roi, naturellement, accepta ces offres en divisant les paiements par tiers dont le premier tiers à payer immédiatement et le reste en octobre et décembre de la même année. Par conséquent, la communauté fut subrogée à tous les droits et à toutes les fonctions attribués aux dits offices » elle put recevoir les six maîtres sans qualité et enfin, elle fut autorisée à emprunter la somme de six mille livres.

En janvier 1747, nous trouvons un arrêt du Parlement qui contient « Règlement entre les miroitiers et les menuisiers, touchant l'exercice de leurs métiers ». C'est encore d'un procès dont. il est question.

Il s'agit d'une saisie opérée chez Jean-Baptiste Pelle, maître miroitier à Paris, d'outils et d'ouvrages de menuiserie. Il les réclamait, en demandant la nullité de cette saisie, ce qui lui fut t accordé.


D'un autre côté, les menuisiers en appelaient et exigeaient la valeur en argent des objets fabriqués par le dit Pelle, contrairement aux règlements et, de plus, demandaient qu'il fut interdit aux miroitiers « d'entreprendre sur les ouvrages de la profession'de Menuiserie, et travailler ou faire travailler chez eux avec outils de 'ladite profession n'y autrement à la construction des parquets, des trumeaux et tenons, mortoises, entailles et moulures ni aucuns autres panneaux et placards de menuiserie sous prétexte de monter et enchâsser leurs glaces, sauf à eux, conformément à leurs statuts, de monter lesdites glaces sur des châssis en bois, carton et papier, ou sur simples tringles et planches de voliche (1) pour les placer, soit en simples cadres, soit sur les parquets et panneaux de menuiseries, que les dits menuisiers continueroient d'estre seuls autorisés à faire et construire dans les bastimens et par tout ailleurs ». Les miroitiers, de leur côté, arguaient qu'ils étaient de temps immémorial, chargés de faire « les châssis, parquets, boiseries, cadres et autres ornements et enjolivements que bon leur semblait à toutes sortes de miroirs et glaces qu'ils débitent au public, et à cet effet, d'acheter les bois pour en faire la construction et d'avoir chez (1) Sic. Lisez voliges.


eux les outils nécessaires pour les mettre en oeuvre'. encore bien qu'ils fussent propres en même temps à exercer la profession de menuisier ».

Ils demandaient enfin à ne point être troublés dans l'exercice de leur métier, relativement à ces ouvrages et « pour l'avoir fait par la saisie de différens outils, ustensiles de bois propres à exercer la profession de miroitier », réclamaient la condamnation des menuisiers en 2,000 livres de dommages et intérêts et aux dépens.

L'arrêt dont il s'agit mit l'appel au néant, maintint les miroitiers « dans le droit et la profession de faire des châssis, parquets, boiseries, cadres et autres ornements et enjolivements pour les miroirs glaces seulement, d'en acheter les bois pour en faire la construction et d'avoir chez eux les outils nécessaires pour les mettre en œuvre D. Les menuisiers furent condamnés à l'amende de douze livres et aux dépens.

Dans les lettres-patentes octroyées par Louis XV à la corporation des menuisiers-ébénistes et enregistrées en janvier 1749, nous lisons que ces artisans sont

Il Informés que les miroitiers, tapissiers, selliers,


charrons et horlogers ont introduit l'usage d'entreprendre, faire faire et vendre une partie des ouvrages de menuiserie, ce qu'ils n'ont pu faire sans excéder les droits de leur profession. »

Et que

Désirant empêcher la multiplication des procès que la Communauté des maitres Menuisiers seroit obligée d'avoir avec ces différentes Communautés, Voulons bien sous notre bon plaisir et pour le bien de la paix consentir que lesdits Miroitiers, Tapissiers, Selliers, Charrons et Horlogers fassent faire et vendent les ouvrages de Menuiserie et Ebenisterie qui se trouvent joints aux ouvrages de ces différentes professions, chacune à leur égard, mais rien au delà, à condition: i° Que chacun d'eux ne pourra faire faire aucun desdits ouvrages de Menuisierie que par les Maitres Menuisiers et qu'ils n'en recevront et admettront aucuns chez eux que marqués de la Marque du Maitre qui l'aura fait; 2° Que les Maitres Menuisiers auront le droit d'aller en visite chez lesdits Maitres Miroitiers et autres qui revendront des ouvrages du dit Métier.

Par compensation, les menuisiers eurent le droit de vendre des ouvrages de miroiterie, etc., sous les mêmes conditions de marque des objets et de visite des jurés miroitiers.


CHAPITRE IX

Arrêt du Conseil d'Etat de portant règlement pour l'administration des deniers communs de la Communauté des Miroitiers et pour la reddition des comptes de jurande. Arrêts du Parlement portant homologation de sept nouveaux articles du règlement pour maintenir le bon ordre dans la Communauté des Maîtres Miroitiers, Lunetiers, Bimbelotiers, Doreurs sur cuir, Garnisseurs et Enjoliveurs (1755).

En 1749, nous trouvons l'arrêt suivant, extrait des registres du Conseil d'Etat c'est un véritable règlement d'administration intérieurs

ARREST DU CONSEIL D'ETAT DU ROI portant réglement pour l'administration des deniers communs de


la Communauté des Miroitiers et pour la reddition des comptes de Jurande (i).

il Mars 1749.

Vu par le Roi, en son Conseil, l'arrêt rendu en icelui le 24 juin 1747, par lequel Sa Majesté auroit ordonné que dans un mois, à compter de la notification qui seroit faite dudit arrêt à chacune des Communautés d'arts et métiers de la ville et fauxbourgs de Paris, en leur bureau, les syndics.et jurés de chacune d'icelles seroient tenus de remettre entre les mains du sieur Berryer, Procureur général de la Commission établie pour la liquidation des dettes et la revision des comptes desdites communautés, un état, tant de leurs revenus, que de leurs dettes et dépenses annuelles, pour, lesdits états vûs et examinés, être par Sa Majesté pourvû de tel règlement qu'il appartiendra. Vu aussi les états de recette et dépense produits par les jurés et anciens de la Communauté des Miroitiers, tout considéré: Oui le rapport du sieur de Machault, Conseiller ordinaire au Conseil Royal, Contrôleur général des finances, SA MAJESTÉ ÉTANT EN SON CONSEIL, a ordonné et ordonne:

ARTICLE premier.

Que tout juré, syndic ou receveur comptable, entrant en charge dans la Communauté des Miroitiers (1) Lamoignon; XXXVIII, 595:


sera tenu d'avoir un registre journal, qui sera coté et paraphé par le sieur Lieutenant général de police à Paris, dans lequel il écrira de suite et sans aucun blanc ni interligne, les recettes et dépenses qu'il fera, au fur et à mesure qu'elles seront faites, sans aucun délai ni remise; mettant d'abord la somme reçûe ou dépensée, en toutes lettres, et la tirant ensuite à la colonne des chiffres: et aura soin à la fin de chaque page, de faire l'addition de tous les articles de chaque colonne, dont il rapportera le montant à la tête de la page suivante.

II

Dans'le cas où le juré, syndic ou receveur comptable sortant d'exercice, se trouveroit reliquataire envers la Communauté par l'arrêté de son compte, le juré ou receveur comptable son successeur, sera tenu de poursuivre le payement dudit débet par toutes voies dûes et raisonnables, et de justifier desdites poursuites par pièces et procédures, supposé qu'il ne puisse en faire le recouvrement, à peine d'en répondre en son propre et privé nom, et d'être forcé du montant dudit débet dans la recette de son compte.

III

Le produit des confiscations et amendes prononcées au profit de la Communauté, sera employé dans la


recette des comptes, et justifié par le rapport des sentences et arrêts qui les auront prononcées; et au cas que le recouvrement desdites amendes ne puisse être fait par l'insolvauilité de ceux qui y seront condamnés, ledit comptable en fera reprisse qu: lui sera alloué-e en justifiant de ses diligences. N'entendant Sa Majesté interdire les voies d'accomoderu.ens à l'amiabL' entre les parties, pourvû toutefois que lesdits accomodemens soient autorisés par le sieur Lieutenant général de police, auquel cas le comptable sera tenu d'en rapporter la preuve par écrit.

IV

Il ne pourra être employé aucuns deniers de la Communauté pour les dépenses de la Confrairie, de quelque nature qu'elles puissent être, au moyen de quoi la recette et la dépense concernant ladite Confrairie, ne pourra entrer dans les comptes de la Communauté; sauf aux maîtres de Confrairie, ou à ceux à qui l'administration en est confiée, à rendre un compte particulier à la Communauté, de ce qu'ils auront reçu et dépensé pour raison de leur exercice, sans que ledit compte puisse être cumulé avec celui des deniers de la Communauté, ni en faire partie.

V

Ne pourront les jurés délivrer aucunes lettres ou


certificats d'apprentissage, ou de réception à la maitrise, qu'au préalable ils n'aient perçu en deniers comptans les droits attribués à la Communauté pour raison desdits brevets ou réceptions, sans qu'il leur soit permis de faire aucune modération, remise ni crédit desdits droits, à peine d'en répondre en leur propre et privé nom.

VI

Ne pourront pareillement lesdits syndics, jurés ou receveurs, se charger en recette dans leurs comptes, des droits qui leur sont personnellement attribués, ainsi qu'aux anciens, sur les réceptions des maîtres ou confections de chefs-d'oeuvres, et les cumuler avec les droits appartenans à la Communauté, pour les porter ensuite en dépense ou reprise; mais ils se chargeront seulement en recelé, des deniers de la Communauté. VII

II sera fait tous les ans par les jurés et anciens de la Communauté, un rôle de tous les maîtres et veuves, divisé en trois classes; la première contenant les maîtres et veuves qui tiendront boutique lom de la confection dudit rôle, et qui seront en état de payer les droits de visite; la seconde contenant les fils de maître reçus à la maîtrise, et qui demeurent chez leur père, ou chez


d'autres maîtres, en qualité de garçons de boutique ou compagnons: et la troisième contenant les noms de ceux qui seront réputés hors d'état de payer lesdits droits, ou à qui il conviendra d'en faire remise d'une partie; lequel rôle sera remis tous les ans entre les mains du juré comptable qui entrera en charge, après avoir été affirmé par tous les autres jurés et anciens: Et sera tenu ledit juré comptable ,de tenir compte à la Communauté du montant de la première classe, à moins qu'il ne justifie du décès des maîtres, arrivé pendant l'année de sa comptabilité, par un état signé de tous les jurés et de quatre anciens, et de compter pareillement des sommes qu'il aura pu recouvrer sur les maîtres de la troisième classe, le montant desquelles sera alloué dans la recette de son compte, sur le certificat des jurés en charge.

VIII

Ne pourront les jurés faire aucun emprunt, même par voie de reconstitution, sans l'approbation par écrit du sieur Lieutenant général de police.

IX

Les frais de saisie ne seront alloués dans la dépense dés comptes, qu'en représentant les procès verbaux dressés à l'occasion desdites saisies, les quittances des


sommes nui auront été payées aux officiers de justice pour leurs vacations et droits d'assistance, et en justifiant par les comptables, de l'évènement desdites saisies, à peine de radiation: Et dans le cas ou lesdits procès verbaux seroient oroduits dans quelques instances, en sorte que le comptable ne pût les représenter, il sera tenu d'y suppléer par les copies certifiées de l'avocat ou du procureur chargé de l'instance. Ne pourront les jurés interjeter appel des sentences du Châtelet, soit pour fait de saisie ou autres cas tels qu'ils puissent être, sans s'être fait préalablement autoriser par une délibération expresse de la Communauté, convoquée à cet effet, à peine de radiation de tous les frais qu'auroient occasionnés lesdits appels. XI

Les à-comptes qui pourront être payés aux procureurs ou autres officiers de justice, sur les Trais des procès existans, ne seront alloués que sur le vû des mémoires et quittances détaillées qui fassent connoître la nature des affaires et les tribunaux où elles seront pendantes; et lorsque lesdits procès seront terminés, le juré comptable qui fera le dernier payement aux procureurs et autres officiers de justice, sera tenu de


faire énoncer dans la quittance finale qui lui sera délivrée, les sommes qui auront été payées à compte sur lesdits frais, avec la date des payemens, et les noms de ceux par qui ils ont été faits, et de rapporter toutes les pièces dudit procès: quant aux frais de consultations, aux honoraires d'avocats, à ceux des secrétaires, des rapporteurs, et autres de cette nature qui ne peuvent être justifiés par des quittances, il y sera supplée par des mandemens ou certificats signés de tous les jurés et de six anciens' au moins, à peine de radiation. XII

Les frais de bureau, consistans dans le loyer du bureau d'assemblée, les gages du clerc, la fourniture de bois, chandelles, papier, plumes, cire, encre, impression et autres menues dépenses seront détaillés et justifiés par des quittances, ou par des mandemens signés des jurés et de six anciens, et ne pourront, sous quelque prétexte que ce soit, excéder la somme de cinq cent livres.

(En marge, on lit ce détail Bureau, 300 livres; Voyages et coursesdu clerc, 120 livres Bois, chandelles, etc., 50 livres; Impressions, 30 livres). XIII

Ne pourront les jurés, conformément à l'article V du présent règlement, porter dans la dépense de leurs


comptes aucuns droits ni attributions sur les réceptions des maîtres.

XIV

Les frais de carrosses et sollicitations ne seront alloués dans la dépense des comptes, que lorsqu'ils auront été faits dans des cas urgents et indispensables, et qu'ils se trouveront détaillés et justifiés par des mandemens ou certificats signés de tous les jurés et de six anciens au moins et ne pourront excéder la somme de vingt quatre livres.

XV

Les étrennes et autres frais ne seront pareillement alloués, qu'autant qu'ils seront détaillés et justifiés par des mandemens ou certificats, tels que ceux énoncés dans l'article ci-dessus, et ne pourront excéder la somme de vingt quatre livres..

XVI

Les jurés sortant de charge seront tenus de présenter leurs comptes à la fin de leur exercice, aux jurés en charge, et aux anciens auditeurs et examinateurs nommés suivant l'usage; à l'effet d'être lesdits comptes par eux vûs, examinés et contredits si le cas y échet, et


arrêtés en la manière accoutumée, au plus tard trois mois après l'exercice du comptable fini, et ce nonobstant tous usages, dispositions de statuts ou autres règlemens à ce rontraires, auxquels Sa Majesté a dérogé et déroge expressément par le présent arrêt: Et seront lesdits comptes, ensemble les pièces justificatives, remis aux jurés en charge, qui seront tenus de leur part de les remettre dans un mois au plus tard au greffe du bureau de la revision, pour être procédé à ladite revision, après laquelle lesdits comptes et pièces seront rendus auxdits jurés en charge, pour les déposer dans leurs archives.

XVII

Dans le cas où le comptable seroit réputé en avance par l'arrêté de la communauté, il ne pourra cependan: être remboursé par son sucesseur, qu'après la revision de son compte, et que lesdites avances auront été constatées et arrêtées par les sieurs Commissaires du Conseil à ce députés; à peine contre le syndic juré ou receveur qui auroit fait ledit remboursement, d'en répondre en son propre et privé nom.

XVIII

Et d'autant qu'il pourroit se trouver des syndics ou jurés qui ne seroient pas en état de dresser et transcrire


eux-mêmes leurs comptes en la forme et manière qu'ils doivent être, sans le secours de personnes capables à qui il est juste d'accorder un salaire raisonnable; permet Sa Majesté à chacun desdits comptables d'employer chaque année dans la dépense de son compte la somme de dix huit livres pour la façon et expédition d'icelui.

XIX

ENJOINT Sa Majesté aux sieurs Commissaires du bureau établi pour la liquidation des dettes des Corps et Communautés et revision de leurs comptes, et au sieur Lieutenant général de police, de tenir la main, chacun en droit soi, à l'exécution du présent règlement, qui sera enregistré à ladite commission et transcrit sur le registre de la Communauté des Miroitiers pour être exécuté suivant sa forme et teneur.

Fait en Conseil d'Etat du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles, le onze Mars mil sept cent 49. Signé: PHELYPEAUX.

Le dernier document que nous avons recueilli, concernant la corporation des miroitiers, date de 1755. C'est une addition à ses statuts, en ce qui


touche son administration, l'interdiction de la maîtrise aux industriels qui n'auraient pas renoncé à d'autres professions (ceci regarde sûrement les métiers qui empiétaient sur le leur, ainsi que nous l'avons vu précédemment menuisiers, tapissiers, etc.), la réception des maîtres et le choix des jurés.

Du reste, voici ce document

ARRÊTS DU PARLEMENT portant homologation de sept Articles de Réglement, pour maintenir le bon ordre dans la Communauté des Maîtres Miroitiers, Lunetiers, Bimblotiers, Doreurs sur cuir, Gamisseurs, et Enjoliveurs de la Ville et Fauxbourgs de Paris. Obteszu dra consentement de M. PIERRE LAINÉ, Juré en Charge, à la requête et pay les soins de MM. JEAN DATHIE, LOUIS LARCHER, PHILIPPE LEGOIS, CLAUDE Hemart, et MARTIN JAUNET, Anciens J iirés ;(i).

LOUIS, PAR LA GRACE DE DIEU, Roi DE FRANCE ET DE KAVARRE, au premier des Huissiers de notre Cour de Parlement, ou autre Huissier ou Sergent Royal sur ce requis. Sçavoir faisons, que vu par notredite Cour la Requête présentée par Claude Hémart, Juré en Charge, Jean Dathie, Louis Larcher, Philippe (1) Collection Rosdonneac AD, XI, 2i, pièce 2 (Archives nationales;.


Legois le jeune, anciens Jurés, et Martin Jaunet, sortant de charge de la Conrmnuanté des Maîtres et Marchands Miroitiers de Paris, à ce que pour les causes y contenues il plût à notredite Cour, vu la Requête présentée de la part des Supplians au Substitut de M. le Procureur Général du Roi au Châtelet de Paris, de lui répondre le 16 Décembre dernier, ordonner que les Articles contenus au Procès-verbal fait le 20 décembre dernier par le Substitut de M. le Procureur Général au Châtelet de Paris, seront homologués pour être éxécutés selon leur forme et teneur, et en outre que les Supplians seront remboursés par les'Jurés comptables de ladite Communauté, de tous les frais, faux-frais par eux faits et à faire, relativement à ladite homologation, qui ont pour objet de s'opposer, et remédier autant qu'il est en eux, aux abus proscrits par lesdits sept Articles, suivant l'état qu'ils en rapporteront d'eux certifié véritable, le montant duquel les Jurés comptables pourtont employer, et leur sera alloué dans la dépense du compte, qu'ils en rendront sur le vu dudit état qui sera quittancé, ordonner en outre que pour que lesdits sept Articles dont l'homologation sera ordonnée, soient connus de tous, ils seront imprimés à la suite de leurs Statuts régistrés en Parlement, le vingt-neuf Avril 1722. Vu les pièces attachées à ladite Requête, signée Morise, Procureur, Conclusions du Procureur Général du Roi: Oui le rapport de M. Elie Bochard, Conseiller. Tout considéré, notredite


Cour, avant faire droit, ordonne que ladite Délibération et Acte d'assemblée du 20 Décembre 1 75 5j 'ensemble la Requête des Supplians seront communiqués au Lieutenant Général de Police et au Substitut du Procureur Général du Roi, pour donner leurs Avis sur l'homologation requise, pour ledit Avis soit rapporté et communiqué au Procureur Général du Roi, être par lui requis, et par notredite Cour ordonné ce qu'il appartiendra: Mandons mettre le présent Arrêt à exécution. Fait au Parlement le huit Janvier 1756, et de notre Règne le quarante-unième. Par la Chambre, signé DUFRANC.

Vu par Nous, Nicolas-René Berner, Chevalier, Conseiller d'Etat, Lieutenant Général de Police de la Ville, Prévoté et Vicomté de Paris, et Claude-François-Bernard Moreau, Chevalier, Conseiller du Roi en ses Conseils, et. Procureur de Sa Majesté au Châtelet de Paris, la Requête présentée à mondit Sieur le Procureur du Roi, premier Juge Conservateur des Priviléges des Corps et Communautés des Marchands, Arts et Métiers de cette Ville, Fauxbourgs et Banlieue de Paris, par Claude Hémart, Juré en Charge, Jean Dathie père, Louis Làrcher, Philippe Legois le jeune, anciens Jurés, et Martin Jaunet, sortant de Charge de la Communauté des Maîtres et Marchands Miroitiers de cette Ville de Paris, contenant sept Articles de Délibérations pour être joints à leurs Statuts et Régiemens, ensuite de laquelle est l'Ordonnance de mondit


sieur le Procureur du Roi, portant qu'à la diligence des Jurés en charge de ladite Communauté tous les Anciens, Modernes et Jeunes Maîtres d'icelle seront mandés et convoqués en la manière accoûtumée de se rendre à l'Hôtel de mondit Sieur le Procureur du Roi, le Samedi 20, dudit mois de Décembre, deux heures de relevée, à l'effet de délibérer sur le contenu de ladite Requête, le procès-verbal- dressé en l'Hôtel de mondit Sieur le Procureur du Roi ledit jour, contenant les comparutions, dires et déclarations de la plus grande partie des anciens et nouveaux Jurés en charge, l'Arrêt de la Cour du S Janvier présent mois, qui ordonne qu'avant faire droit la Délibération contenue en ladite Requête et Acte d'assemblée du 20 Décembre dernier, ensemble ladite Requête desdits Marchands Miroitiers nous seront communiquées pour donner notre Avis sur l'homologation requise par ledit Avis. Pour satisfaire audit Arrêt de la Cour dudit jour 8 Janvier qui nous ordonne de donner notre avis. nous n'avons rien remarqué dans ces sept articles qui ne puissent tendre à maintenir dans ladite Communauté le bon ordre et la discipline. Par ces Considérations, notre Avis est, sous le bon plaisir de la Cour, que ladite Délibération peut être homologuée. Fait ce trente-un Janvier mil sept cens cinquante six.

Signé: SIFLET.


LOUIS par la Grace de Dieu, Roi de France et de Navarre, etc. (suivent le renvoi à la Cour et la teneur du Procès-Verbal d'assemblée des maîtres -Miroitiers du 20 décembre i;55).

Ce procès-verbal est ainsi conçu

L'an mil sept cens cinquante-cinq, le Samedi 20 décembre, trois heures de relevée, en notre Hôtel, pardevant Nous Claude-François Moreau, Chevalier, Conseiller du Roi, Procureur de Sa Majesté au Câàtelet de Paris, premier Juge Conservateur des Priviléges des Corps des Marchands, Arts, Métiers, Maîtrises et Jurandes de la V ille, Fauxbourgs et Banlieue de Paris, sont comparus Claude Hemart, Juré en charge de .la Communauté des. Maîtres Miroitiers, Jean Dathie père; Louis Larcher, Philippe Legois le jeune, tous anciens Jurés de ladite Communauté et Martin Jaunet, dernier sorti de Charge, lesquels nous ont dit qu'en vertu de notre Ordonnance du 16 du présent mois, étant au bas de la Requête par eux à nous, présentée, ils ont mandé et convoqué en la manière accoutumée, tous les Anciens, Modernes et Jeunes Maîtres de la Communauté à comparoir ce jourd'hui deux heures de relevée en notre Hôtel pardevant Nous pour délibérer sur le contenu en ladite Requête, tendante 10 A ce qu'aucun Marchand Mercier ni aucun autre Marchand de quelque Corps ou Communauté


que ce soit ne pourra être reçu Maître Miroitier sous quelque prétexte que ce soit ou puisse être, qu'il n'ait préalablement renoncé à sa première qualité en la forme et manière prescrite par les Réglemens. 2° Que conformément à l'esprit des Réglemens, les Jurés en Charge ne pourront entreprendre ou terminer même à l'amiable aucune affaire importante, ni consentir aucun expédient que de l'avis des quatre Jurés assemblés pour en délibérer, et lesdits Jurés en Charge ne pourront rien faire de contraire aux Statuts des Délibérations qui auront été formées à la pluralité des voix, écrits et signés sur le Registre, si ce n'est qu'ils y ayent été authorisés par les Magistrats en connaissance de cause, et en ce cas, ils seront tenus d'en justifier et d'en avertir l'assemblée, à peine de répondre en leurs propres et privés noms, des événements ainsi que de toutes pertes, dépens, dommages et intérêts. 3° Que conformément aux Articles premier des Statuts de 1581, et neuvième de ceux de 1722, il ne pourra être reçu aucun Maître Miroitier par chef-d'œuvre, que par les quatre Jurés en Charge,, en présence et ..du consentement des Anciens, de quatre Maîtres Modernes, de quatre Jeunes qui doivent y être appellés; il en sera de même pour la réception d'un Maître sans qualité.; et au cas qu'il arrive quelques contestations touchant lesdites réceptions, les Parties se retireront pardevant nous, pour en passer par notre avis. 4° Les Jurés en Charge seront tenus à la première


réquisition verbale, de se communiquer les uns les autres' et à tous et un chacun des Anciens, dans le Bureau et sans déplacer, les Registres ordinaires des Délibérations et toutes autres pièces, titres et papiers de la Communauté, tels qu'ils puissent être, à peine de vingt livres d'amende au nrofit de la Confrairie de la Communauté, et que le Juré Comptable sera pareillement tenu sous les mêmes peines d'assembler.la Communauté toutes les fois qu'il en sera requins par l'un des Jurés en Charge, ou par trois Anciens.

5° Que doresnavant et à commencer de l'année prochainè 1756, les assises de la Capitation et de l'Industrie, seront faites par les deux nouveaux Jurés, en présence et par l'avis de deux autres Jurés en Charge, du Doyen, des deux derniers Jurés sortis de. Charge, et de dix autres Anciens, qui seront à cet effet mandés à tour de folle, en commençant par la tête de la colonne jusques à la fin, pour la reprendre ensuite et continuer toujours d'année en année, et afin que chaque Ancien puisse assister à la confection des Rolles au moins une fois en trois ans, ceux qui auront été mandés et s'en seront exemptées, ne pourront y être mandés de nouveau l'année suivante, mais seulement lorsqu'ils se trouveront à tour de rolle.

6° Et afin que ce qui aura été arrêté dans l'Assemblée demeure pour constant, pour cet effet, il sera fait deux Rolles de Capitation et de l'Industrie, qui seront également signés par toutes les personnes présentes,


l'un desquels sera remis au Juré qui sera chargé du recouvrement desdites impositions, pour être mis au net, et l'autre sera remis dans l'armoire pour y avoir recours au besoin.

7° Et enfin que les nouveaux Jurés ne seront choisis que dans la colonne des Modernes, tant qu'il s'y trouvera .des sujets solvables et capables d'exercer cette charge, mais il ne pourra jamais être élu deux frères, le père et le fils, le beau-père et le gendre ensemble, ou soit à un an l'un de l'autre, en. telle sorte que l'un fût en charge lorsque l'autre rendroit son compte, et l'élection qui auroit été faite au préjudice du présent Article, seroit de droit de nulle et de nul effet. Et attendu que la plus grande et saine partie des Maîtres qui ont été mandés en vertu de notre Ordonnance sont présents, ledit Hémart et consorts nous supplient de les entendre et recevoir leurs dires, déclarations et observations sur lesdits articles, n'onobstant et sans s'arrêter ni avoir égard à l'opposition à nous signifiée ce jourd'hui à la Requête de Claude et Etienne Georges et de Jean-Philippe-Charles Bernard, Jurés de la Communauté, et ont signé en la minute.

Est aussi comparu Jean-Philippe-Charles Bernard, Juré en Charge de ladite Communauté, lequel nous a dit qu'il est surpris de voir que dans l'opposition formée ce jourd'hui par lesdits Claude et 'Etienne


Georges ses deux Cojurés, il y ait été compris. déclarant qu'il consent que l'assemblée soit faite. Sont aussi comparus Philibert Denis, le jeune, Nicolas Crépin, Jacques Bourdon, Simon Boulogne, Louis Le Fèvre, Jean-Baptiste de Cauville, Jean-Baptiste Bourguin, Louis Le Clerc, Etienne Linard, LaurentFrançois Bezard, Pierre-Marin Devaux, Pierre Laîné, Jean-Nicolas Beron, Pierre et François Trochon, Louis-Antoine Segard; tous anciens et modernes, Denis-Victor Linard, Pierre-Laurent Linard, FrançoisRemond de la Fontant, Antoine-Matthieu Poupart, Etienne-Claude Deslandes, Antoine Bridault, MarieFrançois Chevalier, François-Marie Huisan, PierreRabel de Corneville, Louis-Antoine-Veraquin Duport, Pierre-Nicolas Petit, Pierre-François Gouy, JeanBaptiste Dathie, Pierre-Jean-Baptiste Petit, FrançoisNicolas-Rabel de Corneville, Jean-Nicolas Crespin, Guillaume Thierry, Jean-Baptiste Merlin, Claude Prestat, Léger Favenne, François le Bastier, Doyen, Jacques le Bastier, Nicolas-Philippe Caron, les deux derniers anciens, les autres jeunes Maîtres, tous lesquels après avoir entendu la lecture desdits sept Articles du Règlement contenus dans la Requête à nous présentée, nous ont dit qu'ils consentent l'homologation d'iceux comme étant très avantageux à la Communauté et à chacun des Maîtres en particulier, et ont signé en la minute dont et de tout ce que dessus avons dressé le présent Procès-Verbal, etc.


LA COUR ordonne que les sept Articles de délibérations seront homologués et joints aux Statuts et Réglemens de ladite Communauté. tous les maîtres de ladite Communauté des Marchands Miroitiers seront tenus de s'y conformer sous les peines y portées, etc..

Nous avons tenu à reproduire presque en entier le document qui précède, parce qu'il renferme des détails très curieux et qu'il nous donne la physionomie d'une assemblée de métier. Ajoutons que certains jurés s'étaient opposés aux nouveaux statuts, mais ils furent déboutés de cette opposition et condamnés aux dépens.

Pour la première fois, nous venons de voir le Procureur du roi au Châtelet de- Paris prendre le titre de « premier juge conservateur des privilèges des corps et communautés des marchands, arts et métiers de la Ville, faubourgs et banlieue de Paris


CHAPITRE X

Règne de Louis XVI; suppression et rétablissement des corporations. Leur disparition définitive. Le premier Empire et la Restauration. Constitution des réunions de maîtres de métiers; les Chambres syndicales patronales. La Chambre syndicale des Miroitiers de Paris. Les Chambres syndicales et les associations ouvrières.

Le célèbre édit de janvier 1776 supprimait toutes les corporations; il donnait, par conséquent, toute liberté de travailler à son compte sans payer aucune redevance ni droit de maîtrise. Il décrétait la liberté du commerce et de l'industrie.

Voici de quelle façon le roi s'exprimait CI Nous voulons abroger ces institutions arbitraires qui ne permettent pas à l'indigent de vivre de son travail qui éteignent l'émulation et l'industrie et rendent


inutiles les talents de ceux que les circonstances éloignent de l'entrée d'une communauté; qui privent l'Etat de toutes les lumières que les étrangers y apporteraient qui retardent les progrès ât ces arts par les difficultés multipliées que rencontrent les inventeurs auxquels différentes communautés disputent le droit d'exploiter les découvertes qu'elles n'ont point faites; qui, enfin, par la facilité qu'elles donnent aux membres des communautés de se liguer entre eux, de forcer les membres les plus pauvres à supporter la loi des riches, deviennent un instrument de monopole et favorisent des manœuvres dont l'effet est de hausser audessus de leur proportion naturelle les denrées les plus nécessaires à la subsistance du peuple.

Cette réforme, due à l'initiative de Turgot et saluée par la classe ouvrière avec allégresse, fut combattue par les privilégiés et par le Parlement. Celui-ci regrettait les procès interminables dont les arrêts que nous avons reproduits ne donnent qu'une légère idée les princes ne pouvaient se résigner à ne plus pouvoir faire échapper, moyennant finances, quelques individus à la police des jurandes.

Au mois de mai de cette même année (1776), un arrêt du Conseil annula l'édit libérateur. Les jurandes et maîtrises, les communautés d'art et métiers sont alors rétablies, sans cependant


mettre en état de déchéance les marchands et les artisans qui avaient profité de ce moment d'émancipation professionnelle pour travailler à leur compte.

L'édit d'août 1776 qui reconstitua les corporations'd'art et métiers cl.asse les miroitiers dans la 41, communauté, avec les tapissiers et les fripiers en meubles et ustensiles. Les droits de maîtrise sont alors très réduits et fixés à 600 livres pour les trois catégories de métiers ainsi réunis. Les communautés étaient alors au nombre de 44 en dehors des six corps principaux des marchands. Les autres métiers pouvaient être librement exercés, à la charge seulement de faire leur déclaration au préalable, devant le lieutenantgénéral de police. Cette déclaration était inscrite sur un registre qui signalait aussi les changements de domicile.


par l'Assemblée constituante et dont l'article premier était ainsi conçu

a ARTICLE PREMIER. L'anéantissement de toute espèce de corporation de citoyens de même état et profession étant l'une des bases fondamentales de la constitution française, il est défendu de les rétablir de fait, sous quelque prétexte et sous quelque forme que ce soit. D

Les fonds des corporations furent versés dans les caisses des districts et les maîtres des métiers furent remboursés, en partie, des droits qu'ils avaient versés au Trésor (1).

En particulier, les maîtres tapissiers, les fripiers en meubles et ustensiles et les miroitiers rentrèrent en possession de chacun 600 livres. Mais, en même temps, les patentes étaient établies.

Désormais, le travail était affranchi toutes les tyrannies, toutes les entraves qui enlaçaient les énergies par les liens d'une dépendance absolue aux lois anciennes, étaient pour toujours brisées. Et l'histoire des vieilles communautés ouvrières était terminée son dernier chapitre s'enregistrait dans les fastes du patrimoine national.

(IJ Les bureaux de la liquidation des maîtrises étaient installés a Paris, place Vendôme, no 17. (Avis du Moniteur universel, du 29 mai I731J.


La disparition des corporations avait forcément amené l'isolement des gens de métiers, ouvriers et maîtres. Ceux-ci avaient cependant, comme autrefois, à défendre leurs intérêts généraux et particuliers; ils reconnaissaient plus que jamais, la nécessité d'un lien collectif et d'un effort commun. Ils avaient déjà à lutter contre les débordements sociaux et, en même temps, contre l'abaissement du niveau moyen de l'intelligenee pratique, phénomène qui avait immédiatement suivi la disparition de l'organisation séculaire industrielle, remplacée par une liberté excessive. Mais ils ne pouvaient que déplorer leur impuissance, et plus d'une fois, il leur arriva de regretter l'ancienne servitude professionnelle.

Plusieurs tentatives, infructueuses du reste, tendirent alors au rétablissement des corporations avec des améliorations considérables et conformes à l'esprit du temps. Napoléon Ier repoussa ces.réclamations en 1SJ.0 « II n'est pas vrai », dit-il, dans une lettre adressée à M. deMontalivet, Ministre de l'Intérieur, « qu'on veuille rétablir les jurandes et les maîtrises; rien de ce qui était mauvais ne sera rétabli » (1).

Des marchands et artisans parisiens représenLFCESTRE Lellrcs inédites de Napoléon I" et Fr. Hcssos. Artisans et Compagnons, p. 141.


tant 34 professions commerciales et industrielles, remirent au Ministre de l'Intérieur, le 17 novembre 1814, une pétition qui demandait le rétablissement de leurs communautés ce document curieux contenait les passages suivants « Sire, nous avions reçu de vosaugustes prédécesseurs des institutions sages à l'ombre desquelles ont fleuri longtemps le commerce et l'industrie de votre' capitale. Séparés, suivant nos diverses professions, eu corporations et en communautés différentes, nous exercions sur nousmêmes une surveillance active nous maintenions parmi nous, la bonne foi, la décence des mœurs, l'amour de nos Souvprai'is et le respect de notre Religion nous jouissions ainsi d'un état fixe et paisible dans lequel nous pouvions é:ever honorablement nos familles, et laisser à nos enfants, après plusieurs années de travail, une fortune modeste dont nous n'avions pas rougir. En remplissant ainsi nos devoirs dans l'Etat ou le ciel nous avait placés, nous avions acquitté notre dette envers notre Roi et notre patrie. Ces institutions, Sire, ouvrage de la sagesse de Saint-Louis, avaient été maintenues et perfectionnées par nos plus grands Rois, Henri IV et Louis XIV. Les ministres les plus renommés le Chancelier de l'Hôpital, Sully, Colbert, avaient toujours regardé leur existence comme inséparable de la sûreté du commerce, de la perfection dans les arts, ainsi que du bon ordre et de la tranquilité de la société.

c L'esprit novateur du dernier siècle s'était surtout déchaîné contre les corporations, parce qu'elles étaient un moyen puissant d'ordre et de moralité publique. Elles ont succombé sous ses efforts et péri avec la monarchie.


e Depuis' cette époque, Sire, les professions industrielles et commerciales ont été livrées à la plus honteuse licence on ne connaît plus ni règle, ni frein, ni police l'insubordination dans les ateliers, la mauvaise foi la plus insigne dans le commerce en détail, ont pris la place de l'ordre et de la probité. Dans la capitale, Sire, le mal est arrivé à son comble les moyens les plus scandaleux sont employés tous les jours pour tromper le public et abuser de son inexpérience. Enhardis par la liberté de confondre ou de cumuler les professions souvent les plus opposées, des gens, la honte du commerce, se livrent impunément aux manœuvres les plus humiliantes; la délicatesse et la prudence sont bannies des affaires, les banqueroutes succèdent aux banqueroutes et la confiance est perdue sans retour.

Les honnêtes marchands, témoins de ces désordres qu'ils ne peuvent arrêter, gémissent et se ruinent seul, le commerce d'improbité prospère.

Dans les arts et métiers, d'autres désordres se manifestent, l'autorité domestique des maîtres est détruite et l'indiscipline des simples ouvriers ne connaît plus de frein. L'apprentissage, si nécessaire la propagation et au perfectionnement des arts mécaniques, est presque abandonné, parce que les règlements qui en déterminaient les conditions et la durée ne sont plus exécutés. Sans habileté dans son art, sans capitaux pour faire les premières avances, le compagnon se hâte de s'établir maitre. L'ignorance s'introduit tous les jours dans les ateliers, la main-d'œuvre s'altère, et le commerce est inondé d'ouvrages mal fabriqués, qui déshonorent l'industrie française. »

La pétition concluait en demandant de nouveaux règlements de métiers, afin de faire dispa-


raitre les abus signalés et de « faire retrouver au commerce et à l'industrie la confiance et la considération qu'ils ont perdues ».

Cette démarche et cet appel à l'initiative royale demeurèrent sans résultat.

Malgré cet échec, les propositions de rétablissement des corporations se renouvelèrent, puisque nous voyons, en 1817, la Chambre de Commerce de Paris protester, comme elle l'avait déjà fait en 1803 et en 1804, <a contre le rétablis.sement des jurandes et des maîtrises que l'on préconisait comme le seul remède à une crise commerciale intense ». Une démarche solennelle fut faite auprès du comte de Chabrol, sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur et Pillet-Will, membre de la Chambre de Commerce, proposa d'inviter toutes les autres Chambres de France à formuler une protestation collective.

Lassés de l'isolement qu'ils déploraient avec cette éloquence, une assez grande quantité de maîtres des métiers s'étaient réunis en bureaux, dès le commencement du xixc siècle avec l'autorisation de la police impériale, sous la réserve pour celle-ci de pouvoir les supprimer au besoin. Ces bureaux avaient des règlements homologués


par le préfet de police ils nommaient des délégués chargés de les représenter auprès des administrations là était en germe l'idée des associations syndicales.

Nous ne voyons pas, au début de ces institutions intéressantes, figurer les miroitiers. Ce n'est qu'en 1843 que les représentants de cette industrie se réunirent au nombre de 65 et adoptèrent des statuts. Ds constituèrent, en même temps et à leur grand honneur, en -se souvenant peut-être des actes d'assistance amicale de leurs prédécesseurs des anciennes corporations, un service de secours à distribuer aux ouvriers malades et aux anciens confrères frappés par le malheur ou la pauvreté.

Sous le titre de Chambre Syndicale des bliroitiers de Paris, cette association. patronale revise ses statuts en 1850 et son Conseil d'administration, composé de douze membres, déclare que la Chambre a le devoir de veiller' aux intérêts de la corporation en étudiant et proposant des modifications aux tarifs, aux octrois, aux réglementations des adjudications; qu'elle doit surveiller et régler les questions de livraisons et de ventes des manufactures de glaces, etc., etc.

La Chambre des Miroitiers, qui a publié une série spéciale de travaux de miroitierie, fut d'abord installée rue Grenier-Saint-Lazare; on la


trouve aujourd'hui réunie au Groupe- important de l'Industrie et du Bâtiment installé rue de Lutèce et composé actuellement de 40 Chambres et Unions syndicales, celle de la miroiterie étant au diaième rang de la liste par ordre d'ancienneté de fondation.

Elle a, à sa tête, depuis 1896, comme président du Conseil, M. BÉGUET, chevalier de la Légion d'honneur. Ses collaborateurs immédiats sont MM. Kaeppeun, vice-président; Baor, trésorier, aussi chevalier de la Légion d'honneur et DuBOSsorr, secrétaire.

MM.. BENDA Pois et ROBCIS ont été les prédécesseurs de M. Béguet au fauteuil de la présidence.

Cette Chambre compte actuellement 70 adhérents.

Les Chambres syndicales patronales, légalement constituées aujourd'hui, sont des unions professionnelles qui veillent aux intérêts de la corporation, étudient les projets de loi et de décrets qui touchent à leur industrie, s'intéressent à tout ce qui peut amener quelque progrès au point de vue de la marche en avant matérielle et morale. Elles servent d'arbitres, à peu près gratuite-


ment, dans les différends commerciaux et industriels elles ont créé des Cours professionnels; elles décernent des récompenses aux anciens ouvriers qui ont mérité, par leur bonne conduite et leur dévouement, l'amitié et la reconnaissance des maitres que l'on appelle aujourd'hui des patrons, désignation qui rappelle le titre de ceux qui, chez les anciens servaient, aux plus faibles, de protecteurs naturels, d'appuis moraux. Pénétrées des idées de solidarité, les Chambres syndicales se considèrent comme les dépositaires des vieilles traditions, des sentiments généreux qui animaient les anciennes corporations et qui leur donnèrent la force et la gloire, pendant près de six siècles. En réalité; la création des Syndicats patronaux, industriels et commerciaux a constitué, sous une forme diffërente, toujours libérale et exempte de tout privilège, une véritable renaissance des corporations.

Les Syndicats patronaux de miroitiers sont actuellement, en France, au nombre de cinq seulement, dont trois pour le département de la Seine. Sur ces cinq Chambres syndicales, une seulement s'occupe purement et simplement de miroiterie et c'est celle dont nous venons de parler. Les


autres portent des titres composés elles comprennent, avec les miroitiers, les ébénistes, les tapissiers, les ornemanistes, les négociants et fabricants de -neubles et les doreurs (1). Contrairement aux temps passés, ces diverses professions se sont réunies là sous les mêmes règlements. Il y a là comme une réminiscence des époques disparues, avec cette différence que l'accord règne enfin dans ces divers métiers qui, pendant des siècles, occupèrent les diverses juridictions, y compris le Parlement, de leurs interminables disputes et dépensèrent inutilement des sommes considérables en frais de procès.

La Chambre syndicale des Miroitiers de Paris, chargée par le Tribunal de Commerce d'arbitrages en matière de travaux, examine annuellement une assez grande quantité d'affaires conciliées pour la plupart par les soins de ses arbitres dont les fonctions sont gratuites.

L'organisation syndicale a été adoptée par les ouvriers du bâtiment qui n'étaient plus guère en (t) Bordeaux Négociants et fabricants de meubles, literie miroiterie, tapisserie.

ORLÉANS Ameublement, ébénistes, tapissicrs et miroitiers. Paris Doreurs, miroitiers, ornemanistes.

SEtNE Peinture, tenture, dorure et miroiterie.


état d'union, depuis l'amoindrissement du compagnonnage (1), amené tout naturellement par l'organisation sociale nouvelle où la mutualité se développe sous de multiples formes.

Ils ont créé des chambres ouvrières sur tous les points du territoire elles devraient surtout s'occuper d'établir de bonnes relations avec les Syndicats patronaux, ce qui leur seraittrès profitable. Malheureusement, les ouvriers ne comprennent pas que les syndicats doivent être les dépositaires de la méthode lente, mais sùre, qui développera la solidarité entre tous les travailleurs. La grève est l'arme principale de ceux qui servent l'ambition des politiciens, au grand dommage des malheureux qui se laissent sottement pousser au désespoir et à la misère.

D'après le dernier annuaire des Syndicats professionnels, publication du Ministère du Commerce et de l'Industrie, les Syndicats des ouvriers miroitiers et doreurs sur bois français sont au nombre de 3, dont 2 pour le département de la Seine et 1 pour la Gironde (2).

Il existait en tout, en France, en 1903, 6.847 syndicats industriels et commerciaux dont 2.757 (1) Nous avons fait l'historique du compagnonnage des métiers dans notre ouvragc Artisans et Compagnons.

(2) La Chambre ouvrière de Bordeaux comprend des doreurs, des eacadreurs, des miroitiers., des biseautiers, des graveurs, des polisseurs et, enfin, des argenteurs de glaces.


patronaux, avec 205.463 membres 3.934 ouvriers, avec 643.757 membres 156 mixtes, c'est-à-dire composés de patrons et d'ouvriers, avec 33.431 membres. En outre, on comptait 2.433 syndicats agricoles avec 598.634 membres. Sur environ dix millions de travailleurs français divers, 1.481.485 seulement sont donc syndiqués pour le bâtiment, la proportion est de 10 pour cent. Pour ne rien oublier, signalons l'existence d'une association professionnelle ouvrière de miroitiers ou plutôt d'une profession qui les touche de près c'est l'Association des ouvriers doreurs (1).

Nous assistons à une transformation du monde ouvrier. La solidarité et l'esprit de mutualité succèdent, avec les syndicats, à l'isolement égoïste. La force syndicale qui ne fait encore que s'essayer, dépassera la puissance des anciennes communautés de métiers; son intervention dans les àffaires du pays sera grande et féconde en résultats excellents.

Mais il y a une ombre à ce tableau et, devant ces espérances qui ne seront pas déçues, une barrière qui devra disparaître. Les communautés (1) Rue Caulaincourt, 101.


d'autrefois n'avaient qu'une âme et un seul coeur: les syndicats en ont deux dont les intérêts sont opposés.

D'un côté, on voit le travailleur d'ordre allié au capital et jaloux des prérogatives qu'il a su conquérir. De l'autre côté, sont les représentants de la main-d'oeuvre qui obéissent aux pires suggestions de meneurs. Ceux-ci, à l'abri du péril et de la misère, ne s'exposent jamais eux-mêmes. Concilier ces deux éléments disparates de la force industrielle, les unir fraternellement comme les temps futurs l'exigeront, remplacer le désaccord et la haine par l'harmonie et l'amitié, cela est une question qui semble bien difficile à résoudre.

A notre avis, cette solution serait bien près d'être obtenue le jour où le maître se rapprocherait sans arrière-pensée de ses ouvriers, qu'il les intéresserait à ses opérations, tout en conservant la discipline et l'ordre dans l'atelier et le respect de la direction. Cela a été parfaitement compris par les nombreux industriels de France et de l'étranger qui ont appliqué le système généreux de la participation aux bénéfices qui prépare le succès, détermine la prospérité en multipliant 1'oeil du maîtres, développe l'intelligence et, mieux encore, le cœur de l'ouvrier.



NOTES



NOTES

CURIOSITÉS DU MÉTIER. REMARQUES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES

PAGE 13. Ce récit très controuvé, de Pline, se retrouve avec une variante dans le Traité de ta nature des eaux et fontaines, des métaux, des terres, etc. (1), de Bernard de -Palissy qui, reprenant une légende exposée par Flavius Josèphe, rapporte ce qui suit

« Aucuns disent que les enfants d'Israël ayant mis le feu en quelques boys, le feu fut si grand qu'il eschaufia le nitre avec le sable, jusques le faire couller et distiler le long des montagnes, et que dès lors, on chercha l'in(1) Cet ouvrage fut publié en 15S0, par l'illustre céramiste. Les lignes qui suivent se trouvent à la page 156.


vention de faire artificiellement ce qui avoit esté faict par accident pour faire les verres ».

PAGE 21. M. A. Sauzay, dans son livre intitulé La Verrerie » rappelle que le Conseil des Dix de Venise avait pris, dans l'article 26 des statuts de l'inquisition d'Etat, les dispositions suivantes, à propos des ouvriers verriers de Murano

Si un ouvrier transporte son art dans un pays étranger au détriment de la République, il lui sera envoyé l'ordre de revenir.

S'il n'obéit pas, on mettra en prison les .personnes qui lui appartiennent de plus près.

Si malgré l'emprisonnement de ses parents, il s'obstinait à vouloir demeurer à l'étranger, on chargera quelque émissaire de le tuer. »

Des ouvriers verriers de Venise que l'empereur Léopold avaient attirés en Allemagne, perdirent la vie en vertu de cette loi.

Les dispositions qui précèdent furent confirmées par deux arrêtés du Grand Conseil de 1762 qui comprennent, dans leurs dispositions rigoureuses, non seulement les ouvriers qui iraient travailler à l'étranger, mais encore ceux qui divulgueraient les secrets de la fabrication vénitienne.


PAGE 35. A propos des miroirs ardents d'Archimède, Pierre Dupont a dit

Dérobant au soleil un magique pouvoir,

Concentrant ses rayons dans un ardent miroir,

Archiméde brûlait une flotte romaine. (11

PAGE 40. Le Grand Conseil de Venise déclarait, en 1383, que la verrerie était un art noble.

Savary, dans son Dictionnaire du Commerce (2), nous apprend que sous l'ancien régime, il n'y avait que les gentilshommes qui pussent souffler et fabriquer le verre.» Et il ajoute « Bien loin que ce travail attire la dérogeance, c'est une espèce de titre de noblesse, et l'on ne peut mesme y estre reçu sans en faire preuve. Ce privilège que les rois ont bien voulu accorder pour faire subsister la pauvre noblesse n'a point souffert jusqu'ici d'altération, et il seroit à souhaiter qu'il y eust encore plusieurs autres manufactures qui eussent cette préroEn Normandie, les gentilshommes verriers jouissaient du privilège de prendre gratuitement tout le bois nécessaire a l'alimentation de leurs foyers, ainsi que la fougère qui servait à fabriquer la soude. Ils étaient exempts de tous les impôts suivants tailles, aides, subsides, ost, gîte (1) PIERRE Dupoxt. Etudes littéraires, 9.

(2; III, 1189.

(3) Cet ouvrage fut publié en 1723.


et chevauchées. Les transports de leurs marchandises n'étaient frappés d'aucun droit.

Saint-Amant, écuyer et poète (1594-1661) fut gentilhomme verrier. Il a célébré l'art du verrier dans 1'tine des pièces qui figurent dans le recueil de ses oeuvres diverses.

Brantôme, dans ses Dames Illustres, nous apprend que Catherine de Médicis, en signe de quitter toutes bombances mondaines, puisque son mary estoit mort », (Henri II), avait fait entourer son chiflre placé sur l'une des portes de l'hôtel de Soissons de trophées, de miroirs cassés, d'éventails et pennaches rompus, de pierreries répandues à terre et de chaînes en pièces ».

PAGE 41. Lucas de Nehou (1), véritable inventeur du procédé de la fabrication des glaces par le coulage remplaçant le soufflage, est mort en 1728 au château de SaintGobain, où il avait installé la manufacture en 1695. Il imagina la coulée du verre en fusion sur une table de métal avec le rouleau ou cylindre de fer qui comprime et égalise la matière incandescente. C'est le procédé dont on se sert actucllement encore il est suivi du refroidissage qui s'opère dans un four dont la température est égale à (1) Son nom est orthographié autrement dans l'arrêt du Conseil d'Etat de 1713 qui l'indique ainsi: Richard Lucas de Nelioue.


celle que la glace conserve lorsqu'on l'enlève avec précaution de la table sur laquelle on vient de la couler. On a vu que le sieur Abraham Thévart affirmait, de son côté, avoir trouvé le secret de faire des glaces d'une beauté et grandeur extraordinaires par le moyen des machines qu'il a inventées (1). La découverte du coulage des glaces semble bien, cependant appartenir à Lucas de Nehou.

PAGE 41. La manufacture de Raven Head, dit Turgan, a a été fondée en haine de Saint-Gobain. Un amiral anglais à qui l'entrée de l'usine française avait été refusée, furieux de sa déconvenue, séduisit un ouvrier à force d'argent, comme cela a été souvent essayé depuis, même en France, et créa la manufacture existant encore aujourd'hui Raven-Head qui, en anglais, signifie a tête de corbeau » est une ville du Lancashire..

PAGE 64. Les armoiries des corps ou communautés, comme celles des personnes qui prétendaient-au droit d'en avoir furent, en 1696, soumises à l'enregistrement avec taxes « pour leur donner époque certaine, publicité et authenticité •. Le prélèvement de ces taxes fut l'objet d'un fermage qui rapporta net plus de sept millions de francs.

(1) Privilège accordé le décembre 16S8, à Abraham Thévart. Voir ci-dessus p. 129.


A cette occasion, Louis XIV créa des officiers ayant caractère et pouvoirs suffisants pour faire que les armes des personnes, domaines, compagnies, corps ou communautés du Royaume, soient registrées, peintes et blasonnées dans l'Armorial général établi dans sa bonne villc de Paris P.

Ce recensement commencé en 1696, se termina en 1709. Les miroitiers-lunetiers, comme les autres- corporations de métiers, reçurent un brevet sur parchemin signé de Charles d'Hozier, juge d'armes, et sur lequel étaient figurées ,leurs armoiries.

Autrefois, on donnait le nom de lunetle à la plaque de verre ou de métal qui reflétait Ics objets, à cause de la forme ronde des miroirs. (Liltré, au mot Lunelle). Le cadre s'appelait casse (pour caisse). On appelait aussi quelquefois ce cadre, miroir t Un mirouer d'or, dont la :lunette est perdue, et de l'autre costé a uné demoiselle cueillant fleurs en un jardin » (1). Mahaut, comtesse d'Artois et de Bourgogne, déjà citée dans le cours de cet ouvrage,*fait acheter en 1306, pour son. château d'Hesdin, une «damoiselle:! a atourner», petit meuble de toilette surmonté d'une tûte en bois sur laquelle on ajustait les coiffures et muni d'un miroir et due chandeliers. On répare ce miroir, l'ouvrit r demande XII deniers pour appareiller les lunettes des miroirs madame (2).

(1) DE Laborde. Emaux, p.

(2) C'est devant ce meuble que les servantes de la comtesse lui nettoient les cheveux avec le savon et « la cendre p tr laver la teste de madame ».


En 1315, Jchan Le Scelleur, imaginer, enlumine le miroir de la même princesse. Ce miroir semble être incrusté d'ivoire.

Le miroir joué un grand rôle dans la mythologie, la poésie, la peinture et la sculpture.

La Prudence, divinité de l'antiquité, était représentée avec un miroir entouré d'un serpent.

L'abbé Régnier-Desmariis, dans une pièce intitulée De l'excès où l'on porte toute chose, s'exprime ainsi, en parlant des femmes riches de son temps, (1)

Dans leurs cabinets enchantés

L'étoffe ne trouve plus place,

Tous les murs des quatre côtés

En sont de glaces incrustés.

Chaque côté n'est qu'une glace.

Pour voir partout léur bonne grâce,

Partout elles veulent avoir

La perspective d'un miroir.

De son côté, Lafontaine, dans sa fable de l'Homme et son image (2), raconte que

Il accusoit toujours les miroirs d'être faux.

Afin de le guérir, le sort officieux

Présentoit par-tout à ses yeux

(1) Régnier-Dessiahais, grammairien et littérateur (2) Livre I", fablc XI.


Les conseillers muets dont se servent nos Dames Miroirs dans les logis, miroirs chez les Marchands, Miroirs aux poches des galans,

Miroirs aux ceintures des femmes.

Ce dernier vers nous apprend que les femmes du xvii» siècle portaient des miroirs à leurs ceintures. Plus tard, elles les portèrent à la main, publiquement dans les rues.

De Prezel, dans son Dictionnaire iconologique, écrivit ceci et On a donné à la Vérité un miroir et ce symbole lui convient très bien parce que, ainsi que le miroir, elle nous présente les objets tels qu'ils sont j>.

Le Tasse, dans son magnifique poème de la Jérusalem délivrée, fait aussi jouer des rôles différents aux miroirs. Celui que Renaud a à son côté, est en cristal, c'est ce miroir qui reflète les figures du jeune guerrier et de sa maîtresse mais Renaud ne se mire que dans les yeux de la magicienne.

Charles et Ubalde qui vont arracher Renaud aux enchantements de l'ile Fortunée ne sont-ils pas porteurs d'un bouclier de diamant qui n'est autre chose qu'un miroir? Ils le présentent au chevalier resté seul. Dans ce miroir fidèle, Renaud se voit la tète parfumée, couvert de vains ornements et de vêtements efféminés. a L'état indigne où il se trouve le remplit de confusion il ne peut en soutenir la vue et baisse ses yeux. Il voudrait pouvoir se


cacher à lui-même. Enfin, il arrache les marques honteuses de son esclavage et sort du labyrinthe

On sait que les maisons du Paris du moyen-âge ne se désignaient que par leurs enseignes. Les maisons sans désignation de cette espèce étaient rares. Dans les livres de recettes des cens et rentes payées aux tenanciers, seigneurs ou communautés propriétaires des biens territoriaux de la ville (2), nous trouvons une énorme quantité de ces dénominations qui rappellent très souvent le métier exercé par le propriétaire de l'immeuble.

C'est ainsi que dans la rue des Anglais, se trouvait la maison du Mirouer, entre celles des Coqucrilles et de l'Tmaige Saint-Nicolas. La rue Mouffetard avait sa maison des Lunettes; l'imprimeur-libraire Nicolas des Prez, rue Saint-Etienne-du-Mont était logé au Miroir. Le Soleil d'or et la couronne d'or étaient des enseignes de lunetiers du Quai de l'Horloge.

Le mot miroir a servi de titre à une quantité d'anciens ouvrages. On peut citer Le Miroir général (3), de Vincent de Beauvais, qui comprend le bliroir naturel, le Miroir moral, le Miroirs scientifique,.le Miroir historique, le Miroir du salat, le Miroir du monde, le Miroir exemplaire, le Miroirs de tous les droits, le Miroir d'or, etc., etc. Tous ces ouvrages auxquels il faut ajouter le Miroir de l'ancien (1) Jérusalem délivrée. Chant XVI.

(2) Ces livres étaient appelés des cucillerefs..

(3) Spéculum majus. Vincent de Beauvais, né en 12CO, mort en I2H4, était dominicain. Le recueil des miroirs lui fut commandé par Saint-Louis.


et du nouveau Paris », (1) par Louis Prudhomme, et le Miroir qui ne flatte point, de La Serre, sont des compila- tions ou des résumés reflétant les idées ou les œuvres des époques où ils ont été écrits.

Jules Lefebvre, peintre contemporain, représente la Vérité élevant un miroir au-dessus de sa tête. Elle est au fond de son puits et, de sa main droite, elle tient cet objet de métal d'où jaillit une lumière blanche qui éclaire sa poitrine (2).

Cavelier nous représente aussi la Vérité. Sa statue tient un miroir où tous peuvent se voir tels qu'ils sont beaux ou laids, purs ou infàmes C'est du moins la prétention de cet excellent artiste.

Dans le chœur de la cathédrale d'Amiens, on remarque un bas-relief dit du Miroir et dc la Mort, qui ne peut que remettre en mémoire la sentence du Livre de la Sagesse Vanitas vanitatum, et oiixia vaxitas (Vanité des vanités et tout est vanité). Ici la Mort présente son miroir à plusieurs personnages qui se cachent en se voyant tels qu'ils sont.

Nous pourrions nous étendre à perte de vue sur ce sujet. Bornons-nous à reconnaître que le bon Lafontainc a trouvé le mot le plus juste quand il nous dit Il accusait toujours les miroirs d'être faux » (4).

(1) Paris, 1805.

Ce tableau est au musée du Luxembourg.

(3) Ce morceau de sculpturc est au même musée.

(4) Un poète contemporain a dit aussi, en parlant d'une vieille coquette qui se voit telle qu'elle est

Ah, quelle horreur, "s'écria-t-elle

« Comme les miroirs sont changês »


On sait qu'un grand nombre de familles nobles ont des armes parlantes, c'est à-dire qui expriment leur nom. C'est ainsi que les Miremont, d'Auvergne, ont trois miroirs ronds d'argent dans leurs armoiries, les Mirambel, du Limousin, trois miroirs arrondis d'argent, les Miron, dont fut le célèbre prévôt des marchands sous Henri IV Un miroir à l'antique, d'argent, carrelé et perlé de même., etc., etc.

L'hôpital de la Trinité, ou plutôt de la Très-Auguste Trinité, car c'est ainsi que le dèsigne Louis XIV lorsqu'il en parle dans les règlements renouvelés des divers métiers, était un établissement fonde au xra« siècle et situé à l'angle des rues Saint-Denis et Grenétat. Cet hôpital, destiné à secourir les pauvres, reçut en 1M5, par ordre du Parlement, cent garçons et trente-six filles orphelins, qui y devaient être élevés. Les jeunes gens étaient instruits gratuitement dans la science des métiers par des ouvriers qui, après six ans de ce professorat, pouvaient obtenir la maîtrise sans aucune redevance et avec dispense du chef-d'œuvre, s'ils justifiaient de la valeur professionnelle de leurs élèves. De plus, leurs enfants et ceux de cet hôpital jouissaient des prérogatives accordées aux fils de maîtres (1).

Le métier de miroitier était enseigné dans cet établis-'(1) Il existe encore, rue Saint-Denis, un passage dit de la Trinité. Cette voie a été ouverte sur remplacement de' l'ancien hôpital. Le cimetière de cet établissement a été découvert lors du percement du boulevard de Sébastopol. Nous en avons vu transporter les ossements aux Catacombes.


sèment et on le voit figurer dans l'arrêt du 18 janvier comme étant l'une des quarante-six professions pratiquées dans l'hôpital de la Trinité, dit aussi, des Enfants bleus, parce que l'habillement des enfants qui y était assistés était de cette couleur.

Les hôpitaux du Saint-Esprit, des Enfants-Rouges, l'Hôpital-Général avaient aussi leurs maîtres ouvriers, enseignant les enfants qu'ils avaient recueillis. L'hôpital de la Miséricorde avait le privilège de faire accorder la maîtrise à l'ouvrier honnête et laborieux qui épousait l'une des cent orphelines de cet établissement charitable.

PAGE 125. De Benenghen, premier valet de chambre du roi, aucluel Henri IV octroie, en 1607, le privilège des verreries de cristal dans tout le Royaume, est très souvent cité, mais avec son nom autrement orthographie, dans « Les historiettes de Tallemant des Réaux. On y lit que le roi « ayant demandé à M. de Sainte-Marie, père de la comtesse de Saint-Géran, comment il îaisoït pour avoir des armes si luisantes C'est, lui dit-il, un valet allemand que j'ai qui en a soin p. Le Roi le voulut avoir c'était Beringhen, et il lui donna après, le soin du cabinet des armes. Depuis, il Gt quelque chose, etparvint à être premier valet de chambre. Beriogben prit la particule en prétendant que ces ancêtres étaient nobles. « Il .avait l'esprit vif, le roy le prit en amitié» (1).

PAGE 159. Une assez ,brande quantité de miroitiers s'étaient établis dans la plupart des soixante-dix maisons (1) Tallemant DES Rûaux; t. 4. Madame de Beringllcn et son fils.


du Pont Notre-Dame. Dans les historiettes de Tallemant des Réaux, on voit le Baron de Moulin, homme fort laid, rencontrer sur ce pont un homme encore plus vilain que lui. Il lui dit: » Ah, monsieur, il y longtemps que je vous cherche ». L'autre fut assez surpris: C'est D, ajouta-il, « que je cherchais un homme plus laid que moi, et vous êtes cet homme là. Venez plutôt voir chez ce miroitier

Etait-ce. chez l'un de ces commerçants que d'Orgeval avait acheté c un fort beau miroir » qui fut rompu, c une fois qu'il y eut du désordre chez M. et linlc d'Orgeval Tallemant ajoute ceci au récit de cette aventure <̃ M. d'Orgeval, cria la dame devant toute l'assemblée, notre grand miroir est cassé; nous en avons pour cinq cents écus dans les fesses

Ce langage librement imagé.nous rappelle que les miroirs coûtaient très cher au xvne siècle, ce qui explique, jusqu'à uii certain point, le geste irréfléchi de M»0 Sanguin, femme du maître d'hôtel ordinaire de Louis XFV. c Le feu s'étant pris à sa chambre, elle jeta un grand miroir par la fenêtre, de peur qu'il ne fut brûlé (2).

Le soufflage, opération longue et difficile, est ainsi décrit dans l'Encyclopédie de d'Alembert et Diderot « Après que les matières ont été vitrifiées par l'ardeur du feu, et que le verre est affiné, après que les felles sont dressées, que les baquets sont remplis d'eau, que (1) Tallejunt DES Réacx. La présidente Aubrg, son mari, Orgcval et Scnas.

(:) ID61. Naïvetés, bons mots, etc.


la place est bien arrosée et balayée, que le four est bien chaud, on appelle les ouvriers, on commence par cueillir.

a Pour cet effet, on chauffe un peu la felle qui est une espèce de sarbacane de fer.

On en plonge le bout dans le cristal, à la profondeur de deux ou trois pouces; en tourne la felle pendant que le bout en est dans le cristal liquide on la retire doucement afin que le fil qu'elle entraîne puisse s'en séparer, et ne soit point amené sur le fil de l'ouvroir on la porte au baquet; on la rafraîchit avec de l'eau on laisse refroidir ce pr mier cueillage on le répète en cette manière autant de fois qu'il est nécessaire, selon la grandeur de la glace qu'on se propose de souffler l'avant-dernier cueillage. (i)

a -Lorsque la matière cueillie est un peu froide, le maître ouvrier monte sur un bloc ou sur une estrade de bois, à la hauteur d'environ cinq pieds, afin de 'donner, avec plus de facilité, au verre le balancement qui l'allonge à mesure qu'il est soufflé.

« En cet état, l'ouvrier souffle la matière vitrifiée avec la felle, à dessein de l'élargir et de prendre au dernier coup plus de cristal ce cueillage s'appelle la poste.

« Si la matière est trop pesante pour que le verrier puisse soutenir seul la felle, plusieurs compagnons lui portent du secours, en passant des morceaux de bois par-dessous la glace à mesure qu'elle s'allonge, d'autant (l)Sic.


qu'il serait à craindre que la matière ne se détachât de la felle par son trop grand poids.

« Quand la matière du dernier cueillage est assez froide, on la replonge encore en tournant la felle dans le cristal; puis on la retire en baissant la main doucement, afin de faire séparer le fil et arrondir le cueillage. a Cela fait, on va au baquet rafraîchir la canne ou felle le pzraisonnier la prend ensuite, et la porte au marbre ou à la' table c'est une plaque de fonte ou de cuivre, sur laquelle on roule le cristal en fusion en le soufflant en même temps, et lui donnant la forme appelée paraison.

Quelquefois la para/soit devient plus mince d'un côté que de l'autre alors on continue à tourner cette partie mince sur le marbre ou sur la table qui la refroidit et soufflant en même temps, l'autre partie épaisse cède et l'égalité se rétablit.

« Après cette opération, on va au baquet rafraîchir la felle, puis on la porte à l'ouvrier pour réchauffer la paraison égalisée. Quand elle y est, on la tourne d'abord doucement, mais on augmente de vitesse à mesure qu'elle s'amollit.

« Quand la paraison est assez chaude; on la retire pour la faire allonger si elle est bien lourde, deux ouvriers ou paraisonniers soutiennent la felle en l'air; ce qui donne lieu à la paraison de s'allonger. On souffle à-mesure qu'elle s'allonge, afin de lui donner le diamètre qu'il faut puis on la remet à l'ouvroir pour la réchauffer, observant, comme auparavant, de tourner d'autant plus vite qu'elle s'amollit davantage.


« La paraison étant assez chaude, on la retire on achève de l'allonger jusqu'au point convenable. On pose la felle sur un tréteau un autre ouvrier, avec un poinçon et un maillet, y pratique un trou ensuite on la reporte à l'ouvroir, mais on n'en réchauffe qu'environ la moitié. Quand elle est chaude on revient au tréteau, et un autre ouvrier, avec le proccllo, met d'abord la pointe de cet instrument dans le trou fait avec le poinçon on tourne la felle, et, comme le procello est à ressort, le trou s'élargit peu à peu.

« Quand toute l'ouverture est faite, on reporte à l'ou-'vroir, on réchauffe comme auparavant, on revient, on monte sur la chaise alors un ouvrier, avec un ciseau, fend la pièce jusqu'à la moitié.

« On descend de dessus la chaise, on va au tréteau un autre ouvrier_ avec le pointil l'attache à la pièce; puis avec un fer trempé dans l'eau, dont on pose le bout sur la pièce, et dont il en tombe sur elle quelques gouttes, prépare la séparation de la felle qui se fait d'un petit coup qu'on lui donne.

« La pièce séparée de la felle, on la porte avec le pointil à l'ouvroir pour la chauffer comme auparavant. On revient au tréteau, on achève d'ouvrir le trou avec le procello; un ouvrier alors monte sur la chaise,-et avec un ciseau on achève de fendre.

« Un autre ouvrier s'approche avec une pelle on pose la pierre sur cette pelle on détache le pointil de la pièce par un petit coup. L'ouvrier à la pelle la prend, et la porte dans l'arche à aplatir.

«La chaleur dï l'arche commence à.l'amollir; on


pose la pèice sur la table à aplatir. L'ouvrier prend le jér à aplatir; c'est une tringle de fer d'environ dix ou onze pieds de long, et il renverse un des bords de la pièce ver.s la table, ensuite l'autre puis, avec la polissoire, il frotte la glace partout pour la rendre unie; ensuite on pousse la glace sous l'arcade, afin de la faire entrer sous le fourneau à recuire ce fourneau s'appelle « Les glaces sont douze ou quinze jours à recuire, suivant leur volume et leur épaisseur.

A mesure que la glace se refroidit, on la pousse vers le fond du fourneau. Quand elle est encore plus froide, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a plus de risque qu'elle se plie, on la dresse; et entre chaque sept ou huit pouces ainsi dressés, on met la barre de travers pour les empêcher de courber.

« Sans ces barres, les pièces poseraient les unes sur les autres, et plieraient.

« Quelquefois la glace est si grande, qu'on ne peut pas la dresser; alors on la retire de l'arche, on la prend sur une pelle, et on là met dans le fourneau.

« Le fourneau étant plein, on le bouche, on marge et on le laisse refroidir mais on a grand soin de tenir le fourneau dans une chaleur convenable trop.chaud les pièces plieraient; trop froid elles se couperaient difficilement avec le diamant, et seraient trop sujettes à casser. Quand elles sont froides, on les retire et on les emmagasine.

Il y a deux sortes de pointils le travers en étant un peu-chaud, on les trempe dans le iné'tal, ils s'en cou-


vrent, on les laisse refroidir, puis on les attache à la pièce.

cc Il faut remarquer que le travail des glaces soufflées est continuel, et que les ouvriers se relayent de- six en six heures pour souffler le verre.

« Les glaces soufflées, pour être parfaites, ne peuvent a.voir au delà de cinquante pouces environ de hauteur sur une largeur proportionnée ».

Turgan, qui a reproduit ce passage, le fait suivre des réflexions suivantes

Disparu de France » (après la méthode nouvelle du coulage des glaces), le soufflage se réfugia à Furth, à Nuremberg et, à l'abri des prohibitions toujours existantes, il fait encore les plus grands efforts pour se maintenir dans quelques parties de l'Allemagne, grâce à son bas prix. En Bohème, on est arrivé à faire ainsi des glaces de déux mètres sur un. Si on a lu la description précédente, on voit qu'il a fallu, dans ce cas, rassembler et souffler, au bout d'une canne de fer, une masse de cent livres en fusion ardente x (1).

PAGE 150. En 1690, la Compagnie Thévarl trouvant que le. coulage des glaces n'était pas d'une pratique facile à Paris, fit chercher un local plus commode en province. Son choix s'arrêta sur le château de Saint-Gobain, placé au milieu de grands bois. Le comte de Longueval, propriétaire de ce château en ruines, le loua à raison de vingt-quatre livres par an, pour neuf années, au sieur (1) Tcrgax. Historique et fabrication des glaces coulées de Saint-Gobain, p. 6.


Baudet qui céda ses droits à la Compagnie des glaces, en ne lui réclamant, comme indemnité, qu'une somme de trente-huit livres pour l'avoine qu'il avait semée dans les fossés de l'ancienne demeure des sires de Coucy, » lequel avait été razé depuis un temps immémorial », comme l'indique un procès-verbal daté de 1692. (1)

Sur une ancienne estampe du xvn« siècle, reproduite dans l'ouvrage important intitulé c Topographie historique du Vieux Paris », publication municipale, par A. Bcrly, on voit a la foire de Saint-Germain-des-Prez » qui « représente un raccoursi de toutes les merveilles et délices du. monde a. Elle comporte « plusieurs cartiers de Maisons pour les marchands •. Dans l'un de ces quartiers, divisés en ce que l'on désignerait aujourd'hui sous le nom d'îlots, nous trouvons (2) les « Hebenistes et Affiquets P, les gantiers et parfumeurs, les «marchandises de la Chine.» et enfin les « marchands de Miroirs et Lunettes » qui occupent toute, une façade de rangée deboutiques.

Ces boutiques étaient fermées par des rideaux, au-dessus desquels s'abaissaient des auvents. La foire de Saint-Germain était t enceinte de murailles, close de portes, ausquelles on fait garde pendant la Foire qui commençait le février c et dure quinze jours ouvriers, et prolongée souvent davantage D. En réalité, c'était une exposition permanente très curieuse, dont les places .étaient adjugées au Palais abbatial, au plus offrant et dernier enchérisseur.

(l) Ceci est en désaccord avec l'indication officielle rappelée page 150 et où il est dit que le Château de Saint-Gobam fut acquis du domaine du roi.

(2) 2e galerie, pavillon 1.


Pendant la première Révolution, les miroitiers parisiens ne négligèrent pas leurs devoirs civiques et militaires. Nous trouvons, dans la liste des électeurs du Tiers-Etat, nomme;, en 1790, par les 60 districts et faubourgs de Paris et par l'Université, le nom du citoyen Lejeune, miroitier et fabricant d'étain en feuilles pour les glaces, faubourg Saint-Antoine. En 1791, parmi les électeurs du département de P^ris chargés de désigner les députés, les. haut-jurés et les membres principaux des administrations du département, nous remarquons Pierre Nourtier, marchand miroitier, de la section du Ponceau, demeurant rue Bourg-l'Abbé, et Pierre Bourgoin, son confrère, rue SaintDenis. Celui-ci est en même temps l'assesseur du juge de paix de cette section et volontaire de la 2c Compagnie du bataillon de la Trinité.

Un Etal général des Ateliers et Etablisserrtents qui, it raison de leur insalubrité ne peuvent être formés sans permission », état daté de 1825, dressé d'après le décret du 15 octobre 1810 et les diverses ordonnances royales, classe l'étamage, des glaces dans la troisième catégorie de ces établissements, avec l'indication qu'il y a « inconvénient pour les ouvriers seulement, qui sont sujets au tremblement des doreurs

Il s'agit; bien entendu des doreurs qui employaient le mercure, c'est-à-dire des doreurs sur métaux.

Pendant plus de deux cents ans, les miroitiers et les lunetiers ne firent qu'un corps de métier, parce que les miroirs, les lunettes et tout ce qui refléchit ou réfracte là


lumière, tout ce qui la modifie et la transforme est du même domaine, appartient à la même branche de la physique, c'est-à-dire à l'optique.

Aussi les miroitiers, en dehors des lunettes et des bésicles, vendaient-ils encore les lunettes d'approche (qui sont devenues nos lorgnettes de spectacle), depuis leur invention d'origine hollandaise et leur perfectionnement par Galilée (1609). La lunette d'approche figure dans les armoiries des miroitiers, comme nous l'avons dit et reproduit plus haut.

En 1900, au milieu de la grande exposition universelle de Paris, s'élevait le superbe palais de l'optique où la miroiterie avait installé, à côté des appareils d'astronomie et de micrographie, des jeux de glaces et de miroirs combinés de telle sorte que le visiteur croyait être sur le bord d'un abîme sans fond, qu'il se perdait dans un véritable labyrinthe et qu'enfin pour le ramener à des pensées plus réjouissantes, sa personne tout entière lui apparaissait sous les formes les plus curieuses et, en même temps, les plus grotesques. Le rire s'emparait alors de celui qui venait d'avoir le vertige devant un puits de profondeur énorme et de s'effrayer dans le caveau où une glace platinée, qui a la propriété de donner des images différentes suivant qu'elle est éclairée par devant ou par derrière, l'avait troublé par d'effrayantes visions.

Le labyrinthe, dont nous venons de parler, était formé par des couloirs multipliés par les réflexions des glaces il n'était pas facile d'en sortir. Toutes les glaces qui le composaient sortaient des manufactures de Jeumont elles étaient au nombre de 99 dont 95 argentées, trois claires et une platinée. Leur dimension était uniforme 20150 sur 1 m20.

Plus loin, un grand kaléidoscope était formé par un


prisme triangulaire dont les faces n'étaient autres que trois glaces argentées de chacune 7 mètres de long sur 3ro20 de hauteur, dimensions que jusqu'à présent, on n'a jamais pu dépasser. Ces trois surfaces lumineuses donnaient, par- leurs réflexions combinées, un nombre sans fin d'images. On n'avait, autour de soi, que quelques personnes les glacés semblaient indiquer qu'au contraire, une foule immense vous environnait. Le moindre geste était répété par toute cette multitude factice qui pouvait, au gré du visiteur, manifester son enthousiasme ou prendre l'attitude menaçante de gens furieux. Enf n, un miroir magique, rapporté du Japon, faisait apparaître sur sa face polie et éclairée, les reliefs de sa face brute non éclairée, comme s'ils pouvaient traverser la matière. Ce miroir qui appartient à M. Deloncle, est de bronze et a cinq millimètres d'épaisseur.

Nous n'avons pas l'intention de décrire toutes les merveilles que renfermait le Palais de l'optique; nous ne voulons ici qu'en rappeler le très curieux et impressionnant souvenir; il fait songer à l'union étroite des miroitiers et des fabricants de lunettes d'autrefois (1).

Le Miroir magiqae, dont nous venons de parler, est placé sur le tabernacle des temples japonais, au milieu de masses laquées d'or. C'e:;i ie miroir sintoiste (2) il est fait d'une plaque d'acier ou de bronze admirablement polie. (1) Les lunetiers devinrent des opticiens au xvni' siècle, mais ne se séparèrent pas, pour cela, des miroitiers. Us ne disparaissent de la'corporation qu'en alors les miroitiers aont seuls nommés dans le tableau de réorganisation des métiers. (2) Le sintoïsme est le culte national japonais 'qui a précédé l'introduction du boudhisme.


a Exposé au soleil, il reproduit, dans l'ombre projetée, tous les dessins et ornements qui se trouvent sur la partie opposée on dirait que les rayons traversent la plaque

(I) UN ANCIEN consul Le Journal, 3 avril 1904.



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE DES

PRINCIPAUX OUVRAGES PUBLIÉS SUR LA MIROITERIE ET LA FABRICATION DES GLACES

APPERT (L.) et Henrivaux (J.). Le verre et la verrerie. La verrerie depuis vingt ans, fig. et atlas.

Bontemps (G.). Guide du Verrier, avec fig. Librairie des Arts et Manufactures.

CHATEAU. Technologie du Bâtiment comprenant les glaces, l'étamage et l'argenture.

Dazx (César). Motifs historique d'architecture, 2° série comprenant l'encadrement des glaces, 2 vol. in-fol.


Devuxe. Histoire de la verrerie dans l'antiquité, grand in-4°, H pl. Motteroz.

GERSPACH. L'art de la verrerie, in-4° anglais illustré. A. Quantin.

Hoffmann. Cadres et sculptures style rocaille, 90 pl. Motteroz.

HAVARD (H.). L'Art dans la maison, ouvrage comprenant les glaces et la miroiterie.

LE PAUTRE. 4 pièces bordures de cadres de glaces, Catalogue Destailleur, p. 98 et œuvres. Paris, Lapautre, Langlois, Mariette (1645-1690), 6 vol. in-4'.

MASSELIN (0.). Dictionnaire du métré des travaux de vitrerie et de miroiterie.

Nbibeau (F.). L'entrepreneur de peinture, comprenant la miroiterie, l'encadrement et la tenture. Librairie de la consfruction moderne.

PÉUGOT (E.). (de l'Institut). Le verre, son histoire, sa fabrication grand in-8' G. Basson.

PELLETIER (P.). Les verriers dans le Lyonnais et le Forez. Les gentilshommes verriers avant Paris, 1887.


REVUE DES Miroitiers (xvni0 siècle). In-4°, sans date. RICHE. Le verre et le cristal, 2 vol., dont un atlas. SAUZAY (A.). La. verrerie depuis les. temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Hachette.

TURGAN. Historique et fabrication des glaces coulées de Saint-Gobain (Extrait des grandes Usines de France); avec fig. Michel Lévij.

En plus de ceux qui sont ci-dessus indiqués, divers ouvrages recommandables traitent de la Miroiterie et de la fabrication des glaces. Tels sont les recueils et traités qui concernent l'ornementation et la décoration des appartements, le mobilier et l'art industriel. Nous renvoyons donc le lecteur aux œuvres de ce genre-qui ont pour auteurs

L. Adams A. Alexandre Appert et Henrivaux E. Bajot J. Bérain; Bertin; Chenavard; Destailleur; Figuier; Gailhabaud; Gateuil Gaucherel Genevay; Guilmard, (La décoration au xixe siècle) Havard, (Les arls de l'ameublement; Jacquemart, (Histoire du mobilier); Labarte; Oslet; Pfnor, (Décorations xive, xv«, xvie siécles) Racinet Roger-Marx; Roger-Milès; Tubœuf (G); Violletle-Duc, (Dictionnaire raisonné du Mobilier français)


William et Farge, (La décoration ancienne et moderne), etc., etc., etc.

Mais, en somme, les livres qui traitent de la verrerie et, en particulier, de la miroiterie, sont en petit nombre. C'est ce que reconnaît M. Peligot qui, parlant de l'industrie verrière, ajoute :'a Elle vit par la tradition, évite la publicité et, si l'on excepte les articles des encyclopédies et des traités de chimie, aucun travail d'ensemble n'a été fait sur elle depuis plus d'un siècle et demi ».


TABLE DES MATIÈRES



TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME

Pages

A nos lecteurs 5 CHAPITRE PREMIER

Etymologie des mots Miroirs, Miroitiers, Glaces.. La miroiterie dans les temps antiques et au moyen-âge. Les verriers de Venise. Les glaces soufflées et coulées. 9 CHAPITRE II

L'organisation ouvrière au moyen-âge. La confrérie. Apprentis varlets; maîtres et jurés du métier. Le guet. Interdiction des maîtrises et des confréries. Bannières, armoiries et jetons de la corporation 47


Pages

CHAPITRE III

Réglementation dm travail au moyen-âge. Statuts des ouvriers de menues oeuvres de plomb et d'étain règlements d'Etienne Boyleaux (1258). La taille de 1292. 67 CHAPITRE IV

Statuts des bimbejotiers-mirreliers de 1489. Lettrespatentes de Charles IX; confirmation de 1572. Lettres d'Antoine du Prat enregistrement des statuts au Chà- telet (1573). Les miroirs de Lorraine. 74 CHAPITRE V

Lettres-patentes de Henri III, confirmant les statuts des miroitiers-lunetiers et bimbelotiers (1581). Les layetiers écriniers et emballeurs leur droit de faire des cadres de miroirs (1582). Vente des miroirs par les merciers. Arrêt du Parlement du 4 août 1574; procès entre les miroitiers et les doreurs. Union des corporations des doreurs et des miroitiers après quatorze procès (22mai 86 CHAPITRE VI

Jugement des Commissaires royaux entre les faiseurs de poupées' et les bimbeloticrs-miroitiers (1604). Lettrespatentes de Henri IV établissement d'une manufacture


̃ Pages de glaces a Paris (1606). Confirmation des statuts des miroitiers, bimbelofiers et lunetiers (1611). Arrêt de la Cour des Monnaies concernant la marque des ouvrages en cuivre doré (30 mai 1684). Privilèges accordés par Louis XIV aux manufactures de glaces (1665 a 1688). Arrêt du Conseil contenant règlement entre les manufactures du faubourg Saint-Antoine et du faubourg Saint- Germain. Privilèges de 1695 et de L702 118 ••̃̃ • CHAPITRE VII

Répartition des métiers en quatre classes (1691). Arrêt du Conseil du 22 mai 1691 interdiction de faire des travaux de dorure et d'argenture. Déclaration du roi unissant les offices de jurés a la Communauté des Miroi- tiers (4 septembre 1691). Le Livre Commode de 169°.. 151 CHAPITRE VIII

Arrêt du Conseil d'Etat de 1713, interdisant aux ouvriers des' manufactures' de' quitter leurs travaux sans congé, sous peine de punition corporelle. Lettres-patentes de Louis XV confirmant le contrat d'union des doreurs avec les miroitiers, avec additions aux statuts (février Les miroitiers-lunetiers ne peuvent fabriquer les, étuis il lunettes. Sentence de Police entre les fripiers et les miroitiers, touchant.l'exercice de leurs professions. Les procès des miroitiers avec les potiers d'étain, les gainiers, les tapissiers et les menuisiers. Union d'offices d'inspecteurs des jurés il la Communauté 164


Pages

CHAPITRE IX

Arrêt du Conseil d'Etat de 1749 portant règlement pour l'administration des deniers communs de la Communauté des miroitiers et pour la reddition des comptes de Jurande. Arrêts du Parlement portant homologation de sept nouveaux'articles du règlement,pour maintenir le bon ordre dans la Communauté des Maîtres Miroitiers, Lunetiers, Bimbelotiers, Doreurs sur cuir, Garnisseurs et Enjoliveurs 19-2 CHAPITRE X

Règne de Louis XVI suppression et rétablissement des corporations. Leur disparition définitive. Le premier Empire et la Restauration. Constitution des réunions de maîtres de métiers; les Chambres syndicales patronales. La Chambre syndicale des Miroitiers de Paris. Les Chambres syndicales et les Associations ouvrières. 213 NOTES. Curiosités du métier. Remarques historiques et archéologiques 231 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE des principaux ouvrages publiés sur la Miroiterie et la fabrication des glaces. TABLE DES MATIÈRES contenues dans ce volumefTv- p^v- 263