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Title : Les colonies françaises : notices illustrées. Tome 15 / publiées par ordre du sous-secretaire d'Etat des colonies ; sous la dir. de M. Louis Henrique,...

Publisher : (Paris)

Publication date : 1889-1890

Contributor : Henrique, Louis. Directeur de publication

Contributor : Pelet, Paul (1849-1927). Cartographe

Subject : Colonies françaises

Subject : Colonies françaises -- Histoire

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : French

Format : 15 vol. : fig., portr., pl., cartes ; in-8

Description : Collection numérique : Caraïbes, Amazonie, Guyanes

Description : Collection numérique : Bibliothèque Francophone Numérique

Description : Collection numérique : Zone géographique : Afrique de l'Ouest

Description : Collection numérique : Thème : L'histoire partagée

Description : Collection numérique : Pour et sur la région Guadeloupe

Description : Collection numérique : Fonds régional : Guyane

Description : Collection numérique : Fonds régional : Martinique

Description : Descriptions et voyages -- +* 1800......- 1899......+:19e siècle:

Rights : public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k1057060

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-LK9-813 (15)

Set notice : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34136480r

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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LES

CHOMES FRANÇAISE NOT'/CES/Z.~PSrR~E~

PubtHM

PAR ORDRE DU SOUS-SECRÉTAIRE D'ETAT DES COLOM~S SOCSHCm)!OTH)NbEM.LOBtSHEN!<:QCE

Commtasafre a,pécial d9-l'$apositiuu-colooiule.

LA GUINÉE, OBOCK

PARIS

MAISON QUANTIN

COMPAGNIE GEN~RALB D'tHPRSSStO\ ET &'Ët'ÏTt~

7,meS~mt-Beno)t,7 7 1890


LES

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PnbUëm

PAR ORDRE DU SOCS-SECRÉTAJRE D'ÉTAT DES COLONIES

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LA GUINÉE, OBOCK

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.MAISON QUANTIN

COMPÀSNIE GENERtI.E B'tMPRBSSION ET D'EDITION 7,rue8aint-B6no!t,7 7

ï*om f/t'ot~ ~<cn<


Cette publication, conçue sur un plan absolument nou.-veau, est, avant tout, un ouvrage de vulgarisation, qui à pour but de faire connaître au publie nos possessions d'outre-mer sous l'aspect le pius réel, le plus vivant et le plus attrayant tout à la fois.

Ce n'est ni une simple description géographique, ni un précis historique écourté, ni une banale énumération de n'oms et de produits, ni un recueil de ohinres, tableaux et renseignements statistiques, encore moins un plaidoyer en faveur de tel ou tel système de politique coloniale C'est une oeuvre sincère, impartiale.

C'est la description Mêle des pays lointains, mal connus et mal jugés souvent, qui forment notre domaine extérieur, la peinture exacte des habitants qui peuplent ces petites Frances disséminées à travers les Océans, une sorte d'invenfaire de notre richesse coloniale.

C'est pour le colon, le commerçant, le voyageur, une source de documents précieux sur le climat, l'alimentation, l'hygiène, les prix des denrées, le taux des salaires, les genres de culture et leur production, tes voles et moyens de transport, le coût des voyages en un mot, sur tout ce qui constitue la vie économique et sociale dans chacune de nos colonies nous signalons même ce chapitre des notices comme partioutièremfnt nouveau.

L'ouvrage comprend cinq parties, formant chacune un volume, divisé chacun en quatre fascicules

L Colonies et protectorats de l'océan Indien. La Réunion. –Mayotte, les Comores, Nosst-Bé, DiégoSuarez, Sainte-Marie de Madagascar. L'Inde française. Suivis d'une notice sur Madagascar.


Guadeloupe. Saint-Pierre, et MIque'on. –La. Guyane. III. Colonies et protectorats d'Indo-Ohine. Cochinohine. Cambodge. Ahnam. Tonkin. IV Colonies et proteotorats de l'océan Pacifique. La NouveHe-Calédonie, Tahiti, les Iles-sousie-Vent.–Waiiis, Futuna, Kerguelen.–Suivis d'une notice sur tes NouveUes-Hébrides.

V. Colonies d'Afrique. Le Sénega). Le Soudan français. Le Gabon-Congo. La Guinée. Obock. M. Louis HEMUQCE, commissaire, spécial de l'Exposition coloniale, a été oBtcietlement chargé par M. le SousSecrétaire d'État des Colonies d'élaborer le plan de l'ouvrage et d'en diriger la publication. Il a eu pour collaborateurs

MM. CHÀRVEIN.

-DnLncfJea.n).

Toutes les illustrations ont été dessinées d'après nature spécialement pour cet ouvrage une ou plusieurs cartes dressées par M. PAUL PELET, d'après lés documents les plus récents et les plus complets, accompagnent chaque monographie.

CLOS.

DELONOLE(J.-tj.).

EBRARD ST-ÂNGE.

DE FONYtEH.E.

FRANÇOIS.

MM Baron MiCHEL.

MORtOEAU.

PEUERRIK.

!!AODL.

REVOIL.

Ttt~FEU.

VERI&ttON.



Maigre'la distance considérable qui sépare nos établissements de la Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or de ceux du golfe de Bénin, on-a cru devoir réunir, dans les quatre premiers chapitres de ce travail, les renseignements généraux qui s'appliquent à l'un et à l'autre de ces deux groupes de possessions, tant au point de vue historique et géographique qu'au point de vue politique et économique. On a toutefois consacré un chapitre particulier à chacune de ces deux colonies;:le chapitre V est spécial à GràndBassam et à Assinie; le chapitre VI contient ce qui a 1 trait plus particulièrement & Porto-Novo et GrandyPopo.

.De même que la description générale a été divisée en quatre chapitres histoire, géographie et ethno' graphie,, administration, économie politique et sociaie, les chapitres V et VI ont été coupés en quatre parties qui correspondent chacune à l'un des chapitres de la description générale du pays.


CHAPITRE PREMIER

Précis historique.

Mémoire de A[. de Santarem. Témoignage des auteurs normMiia. Mémoires de Villaut de Bellefonds et de Dapper. Les compagnies privilégiées. Le fort de Whydah. Les étaNiMements français de la côte/de Guinée a~ Xtxs siècle.

MÉMOIRÉ DE M. DE SANTARHf. Vers 1MS, au moment où les territoires d'Assinie et de Grand-Bassam devenaient possessions françaises, un savant portugais, M. de Santa-' rem, fit paraître à Lisbonne un mémoire sur la pnoft~ c<e la découverte des pa~ situds sur la c6te occidentale 6i'ftyMe.

Le but de cette publication était de réfuter les asser-


tions de MM. Estancelin et Yitet, qui attribuaient à des navigateurs normands les premiers voyages faits par les Européen~sur cette côte de l'Afrique, et principalement sur la côte de Guinée.

Lés raisons que donnait M. de Santarem étaient un peu spécieuses 'Cependant l'apparition dé ce mémoire'eut.un retentissement d'autant plus grand, qu'en France on fut alors dàns~l'impossiblilté de réfuter ses assertions d'une manière'indiscutable en produisant dés pièces convaincantes, car les archives de l'amirauté du port de Dieppe, où ces pièces pouvaient se trouver, avaient'été détruites par le feu, en 169/[, lors du bombardement de la ville par les Anglais.

TÉMOIGNAGES DES ACTEURS. NORMANDS. On put néanmoins lui opposer le témoignage concordant de plusieurs vieux auteurs normands, Asseline, Guibert, Croisé, dont les récits sont oonnrmés par les ouvrages des savants portugais Barros et Abren de Galindo et par celui du chroniqueur arabe Ibn-al-Khaldoun.

Ces diférents auteurs s'accordent à raconter que, pen1. Les principales raisons données par M. de Santarem étaient les suivantes. Oubliant qu'au xiv' siècle, )es chroniqueurs ne restaient guère que les faits politiques, religieux ou militaires, aux-, quels le roi de France ou les personnages de la cour étaient méjés, il prétendait que, si les expéditions des marins dieppois avaient réellement eu lieu, ces chroniqueurs, Froissart tout le premier, en eussent parlé. De plus, la mappemonde du manuscrit des Chroniques de Saint-Denis qui porte le seing de Charles V (Mie est aujourd'hui à la bibliothèque Sainte-Geneviève) ne donne aucun renseignement sur, la côte d'Afrique, et c'est là pour M. de Santarem l'indice certain qu'aucun navigateur français n'avait fait à cette époque de voyage en ces contrées. Mtis .cette raison ne p.ronve rien, car, en ces temps-là, ou les communications étaient rarps et dimciies,.il est à peu près certain que l'auteur de la mappemonde ignoraitles explorations des Dieppois; il est même probable que de leur coté, ces derniers, même s'ils avaient appris la construction de cette mappemonde, n'eussent rien dit au constructeur, ann de conservér pour eux seuls le bénénce do là découverte.


dant tout le xiv siècle, les navires dieppois nrent de nombreux voyages à la côte de Guinée; certains d'entre eux. citent même Jes noms de plusieurs de ces navires. < MEMOIRES DE VILLAUT DE ËELLEFONDS BT DE DAPPE5. --4 Tous ces récits semblent d'ailleurs être oonnrmés par un voyageur français, nommé Villaut de BeDefonds, qui, ayant visité la Guinée de i666M668, adressa lors de son retour, "à Colbert, sous le titre de /}<~MM des CfMM ~/W~s appeldea Guinée, un mémoire fort intéressant.. Ayant re~ trouvé dans ce pays des traces nombreuses de l'occupation française, il voulut écrire l'histoire de ces premières expéditions, alla à Dieppe en 1668 (c'est-à-dire à une époque où les archives de l'Amirauté n'avaient pas encore été brûlées), compulsa avec soin les journaux de bord ainsi que les divers documents qui y étaient rassemblés, et joignit le résuitat de ses recherches à son récit personnel 't

1. D'âpre eux, ce furent trois navires de Dieppe qui allèrent tes premiers sur la. côte de Guinée en'1339. En 1364, deux navires du même port visitèrent un cap constamment ombragé pardelaverdura (le cap Vert), le pays de Boulombel, où tes fauves se trouvaient en si grand nombre que les Portugais, qui vinrent plus tard, le nom'mèrent Sierra Leone (Montagne des lions),; ces bâtiments s'arre' tèrent &un pays qui ressemblait tellement & leur pays natal qu'ils l'appelèrent Petit-Dieppe. La même année, deux navires longèrent, l'un la côte du Poivra ou des GfCme:, l'autre la cOte des Dents et .cetie de i'Or. En 1380, partait pour ces mêmes pays la A~fe-~ttme lie en septembre 1381, la Vierge, l'&p~fHMe et la Sstnt-A'tcoht! se rendaient au comptoir de la Mine (dont les Portugais ont fait ensuite El JfttM) et créaient des établissements à Acra et à Cormentin. Enfin, en 1383, les Dieppois fondaient à ta Mine une colonie que la querelle des Armagnacs et des Bourgui. gnons d abord, puis ta guerre contre les Anglais, nrent abandonner vers 1413. Ce n'est que plusieurs années après, alors que le pas. sage des Français était à peine resté & l'état de souvenir, que les Portugais flrent Jeur première apparition dans le pays. 2. M. de Santarem, parlant de Villaut de Bellefonds, prétendit que cet auteur ne méritait aucune créance, puisqu'il était le preniierdeschroniqueursfrancaisquiaitpariédes voyages des Dièppoig

GUINÉE. g


Villaut de Bellefonds n'est d'ailleurs .pas le seul qui ait parlé des voyages de nos compatriotes de Dieppe sur cette partie de la côte d'Afrique. En i686, un médecin hollandais, Dapper, écrivait dans. sa Description des c6tes '~e GMM~, que ses compatriotes avaient, quelques années avant l'apparition de son ouvrage, relevé une batterie connue dans la contrée sous le nom de batterie des /)'aM;:a~} il ajoutait en outre avoir appris, de la bouche d'indigènes, ` que les gens de cette nation étaient venus dans le pays avant les Portugais (l'arrivée de ceux-ci remonte seulement au xye siècle). On trouva, en effet, gravés sur une pierre recouverte de mousse, les deux premiers chinres du nombre 1300, mais ii fut impossible, de distinguer les deux autres. Dapper raconte également que, dans la forteresse d'Elmitia, il avait vu les Hollandais assister à la, messe dans)tne chapelle où les armes de France étaient' peine effacées

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, cette question de priorité de tu Mv* siècle. Or Villaut do Beiiefonda est te seul qui ait eu entre les mains des pièces et des documents qui n'existent plus depuis 169~.

~.Prenant !& picpart du temps les Européens pour des gens d'une même nation, let indigènes s'obstinaient également à leur. répéter ie mot mots~ttette. Or il est constaté que ce mot qui appât" tient au vieux français du moyen âge et signifie poivre est tombé en ~désuétude dans la première moitié du xv° siècle. A cette époque, tes naturels ne disaient ni M!<M, ni grain, qui indique le même produit en portugais et en hollandais et le vieux mot de m<t!<t9U6«e a~teilement survécu en cette région qu'il y a encore quelques an.nées une partie de la côte de Guinée était encore désignée sur los catteg marines sous le nom de cote de Afahtj)!teMe.

Ennn, ii peut être utile de citer encore un fait sur lequel le' doute est impossible. Dès ies.premiéres années du xt'siècte, les habitants de Dieppe étaient déjà renommés pour leur habiieté à travailler t'ivoire; or cet ivoire, qui arrivaiten quantité sunisante pour alimenter une industrie d'une telle Importance, ne pouvait provenir du Portugal, dont. tes navires n'alièrent- pour la premiùrefoissurta c6M d'Afrique qu'un certain nombre d'années ptus tard.


découverte, que tous les travaux parus jusqu'à ce jour n'ont pu résoudre d'une façon réeiiement indiscutable; n'est plus d'une fmportànoe capitale à l'époque actuelle; ce qui nous intéresse c'est de suivre Je développement agricole, industriel ou commercial de ces contrées. LES COMPAGNIES PRIVILÉGIÉES. Après avoir été asse?

actif pendant plusieurs siècles, le commerce des eûtes de Gainée fut à peu près délaisse, dans ie'courantduxYm'siéoie, pour celui des eûtes de Sénégambie.

Lorsqu'en 1686, la

Compagnie du SdH~cd~ de Guinde et ~M~we, dut se scinder en deux, la seconde dè ces sociétés prit Je nom de Compagnie de Gui~e; en 1702, elle deviEt.CoM/)ajy?tMC!e <<!M?tioet disparut 'en 1720; bientôt ie commerce, devenu libre, passa entre les ~mnina An nllalnnna mal,

Indigènes de Pôrto-NoYt).

mains de quelques maisons de Rouen et de Bordeaux, qui envoyèrent assez régulièrement de petits navires explorer la côte; le principal trafic fut alors celui des esclaves, qui prit peu à peu une extension considérable. LE FORT DE WHYDAH. Notre principal établissement était alors celui de Whydah, sur la côte du royaume du Dahomey, où trois forts avaient été construits, l'an par les Français, les autres par les Anglais et par les Portu-


gais Les autres comptoirs n'avaient qu'une importance absolument secondaire et ne tardèrent pas d'ailleurs à disparaître.

LES ETABLISSEMENTS FBANCAJ S DE LACOTE DE GnitfEE AU xtx' sfECM. Les Français, comme toutes, les autres puissances européennes délaissèrent la Côte de Guinée pondant tes périodes de la Révolution et de l'Empire. Ce n'est que plus tard, sous le gouvernement de Juillet, qu'on songea à revenir sur cette côte pour s'y installer dénnitivement.

Comme on le verra plus loin (Chapitres V et VI), des. traités furent passés avec dIBerents chefs de la côte des v Graines, de la côte d'Ivoire, de la cote d'Or.et, en 18/i2, on occupait Grand-Bassam; en 1863, nous nous instailions aPôrto-Novp,

Après des vicissitudes sans nombre (évacuation en 1870, réoooupation, rattachement des possessions françaises au Gabon, puis au Sénégal), nos établissements de la côte de Guinée groupés en deux fractions importantes (côte d'Or et d'Ivoire, et côte des Esclaves), ont été rendus à peu près autonomes depuis le 1" janvier 1890.

Us sont piacés sous la haute'autorité du lieutenant-gouverneur des Rivières du Sud. Mais ils sont administrés chacun par un résident, qui a le droit de correspondance directe avec l'administration centrale des colonies, et Ils ont en outre chacun un budget spécial et des ressources particulières.

<. Chaque fort était entouré de son village. Le fort français; situé entre les deux autres, était le plus considérable; il était protège par un fossé profond, bâti de forme carrée, construit en briques et Sanqué de quatre bastions dont doM étaient armés chacun de douze pièces de canon, les deux autres de dix pièces chacun. Au centre de la cour intérieure était une chapelle surmontée d'un r beffroi avec sa cloche; tout autour étaient des bâtiments qui servaient d'habitation pour les officiers et les employés de la corn" pagnie.


CHAPITRE II

Description géographique

Aspect général du pays. La barre. Les lagunes. Constitution géologique de la contrée. Lès sables annRrm, le grès rouge et les aUaviûDs. La terre ferme gagne sur la mer, Travaux de M. Borghero. Fanne. Flore. AspEOT GÉNÉRAL Du pATs. Le littoral de la Guinée a reçu des premiers voyageurs européens diverses dénominations qui le divisent en quatre parties distinctes, et il prend tour a tour, depuis la frontière sud-est de la eolo r nie de Sierra Leone, les noms de c<~e des Graines(ou' du Poivre, ou de ~a~Me«e], jusqu'au cap des Palmes, de


côte a!eo~'e (ou des DM<), jusqu'à la rivière de GrandBassam, de côte de !'0f (ou cd~'Or), jusqu'au cap SaintPaul et de cdle des B~c~cmes, jusqu'au golfe de Bénin proprement dit.

Ces quatre parties n'ont pas un aspect bien diiférent lés Mes des autres; c'esttoujours une rive basse, sablonneuse, souvent bordée de palétuviers et plantée çà et là de bouquets de cocotiers, séparée en certains endroits de la terre ferme par des lagunes assez étendues qui sont, tantôt parallèles, tantôt perpendiculaires à la cote. Plus loin, à l'horizon, en aperçoit des collines peu élevées qui ne sont que.le premier étage d'une série de terrasses très boisées s'étendant au loin dans l'intérieur.

LA BARRE. Un phénomène qui s'appelle la barre et qui est assez commun sur toute la côte d'Afrique, mais redoutable seulement sur le littoral de Guinée, mérite une mention spéciale

Le passage de cette barre, presque Impossible tant que dure la saison des pluies (de mai à septembre), est une opération toujours difaciie et dangereuse, surtout pour les navires qui veulent pénétrer dans les rivières; elle exige un beau temps, un vent favorable et. des sondages con<. Dans cette contrée, la mer, en toute saison, déferle sur le rivage avec une violence extrême, surtout & l'embouchure des rivières. Les ondulations de J'Oceffn, d'abord assez fortes, grossissent peu & peu, en se dirigeant vers la côte, nuis, avant d'y arriver, elles rencontrent au fond de la mer un relief du sol qui forme une série d'obstacles comparables aux dents d'une crémaillère. Alors les vagues se dressent, s'eievant en hauteur à chaque nouveau choc qui se produit, poursuivies eites-memes et souvent atteintes par d'autres vagues qui passent par-dessus les premières, en affectant la forme d'une volute. Il semble qu'eites vont arriver au rivage, engloutir ce qui est devant ottes, mais bientôt elles se brisent et retombent en bouillonnant avec fracas, etaiant sur le sable une eau écumeuse qui se retire avec une rapidité inoute. A. l'entrée des neuves (principatement à l'embouchure de la Volta sur ta cote d'Or anglaise), ou te sable s'est accumulé, la fureur de la mer s'accentue davantage,


tinuels. Ordinairement les bâtiments ne communiquent avec la côte qu'au moyen de baleinières montées par une douzaine de vigoureux rameurs indigènes qui ont une grande expérience de la mer et connaissent fort bien lés endroits dangereux

LES LAGCNEs. Les lagunes que l'on rencontre entre la première bande littorale et la terre ferme sont alimentées par de nombreux, cours d'eau; elles se déversent ellesmêmes dans l'Océan par une de leurs extrémités et leurs eaux, invariablement calmes et unies, forment un contraste curieux avec celles de la mer, toujours éoumeuses. La partie du rivage~qui touche au continent est, en général, comme nous l'avons dit.plus haut, couverte d'arbres de temps en temps se trouvent, aumilieu de clairières assez vastes, des villages ordinairement entourés de champs de bananiers; puis, au lofii, se dresse une succession de mamelons peu élevés (90 à 100 mètres au plus), au milieu desquels serpentent de petits ruisseaux qui se transforment en marécages, au moment de la satson des pluies. CONSTITUTION GÉOLOGIQUE DE LA CONTREE. La Constitution géologique de la Guinée est à peu près la. même que celle de Sierra Leone, de Kameroun et d'une partie du Congo. C'est un énorme banc de roches cristallisées, qui se présentent, tantôt sous forme de granit, tantôt sous forme de gneiss.

Du cap des Palmes à la baie de Lagos, les terrains que l'on rencontre sur la côte sont de deux espèces différentes. 1. Maigre l'habileté de ces indignes, les marchandises ne par. viennent pas toujours au complet et la perte causée par le passage de ta barre est évaluée par les factoreries a 5 0/0 du total de l'envoi. Souvent, lorsque ia mer est mauvaise, ou lorsqu'après plusieurs tentatives, la barque a chaviré, les noirs refusent de charger, non pas par peur de l'eau ce sont des nageurs émérites mats par crainte, des requins qui sont très nombreux dans ces parages. Aiors ie navire n'a'pius que la ressource de communiquer avec la cOte. au moyen de signaux, (un jeu de-pavillons pendant le jour, des fusées d'artifice pendant la nuit)..


Dans la partie maritime du pays de.Krou, depuis la rivière de Garroway jusqu'au Pètit-Bériby et, plus loin, sur la Côte d'Or, .entre !a rivière Ankobar et le fort de Cormantfne, on rencontre des dépôts de grès rouge; tout le reste du littoral est composé d'alluvions. plus ou moins ré.eentes.

En s'avançant dans l'intérieur, on ne trouve plus ni grès ~t alluvions, mais seulement de la latérite et, un peu.plus loin, vers la ligne de partage des eaux, un large banc <!e gneiss 1.. 1

LES TERRES AURIFÈRES, LE GRÈS ROUGE ET LES ALLUVIONS.–Le banc de la'terifë qui recouvre une partie de la Guinée ,est coupé en deux: par une couche de terres aurifères qui affecte la forme d'un triangle renversé, dont l'un des angles serait pjacé non loin du cap des Trois-Pointes, ,à côté 4n bano.dë grès rouge p)aoé entre la rivière Ankobar et le ,fort de Cormantine, et dont les deux cô.tés Iraient rejoindre, l'un les bords de la Volta, l'autre les rives de l'Akba. Cette couche comprend presque tout. le pays des Achantis et une partie du royaume d'Amatifau.

Le cap des Trois-Pointes n'est pas le seul centre des dé-

i. Le gneiss n'est antre chose que du granit schisteux. Quant la latérite, c'est une matière de nature argileuse qui provient de la désagrégation des roches primitives et principalement du gneiss. Comme cette desagrégation s'opère plus vite dans les pays humides, il s'ensuit que la presque totalité des terres de la Guinée est composée de 'latérite, comme les terres de I'!Ie de Ceylan et celles d'une grande partie de la presqu*He de l'Hindoustan. Ces terres sont généraie-ment riches en potasse, mais moins favorisées en chaux et en acide .phosphorique. La couche de latérite est en partie recouverte de débris · .organiques dorigine végétale, transformes en hnmmtrès riche et .provenant principalement de la décomposition des feuilles d'arbres ;Le gneiss, qui recouvre ,cette latérite, est imperméaMe comme .toutes les roches primitives, ce qui explique qu'au moment de l'hi.vernage il se forme dans les endroits où )e,soi s'est un peu creMé ;de;petite mares, dont,les eaux deviennent stagnantes, par suite .du manque d'écoutement, et malsaines~ lorsque revient la saison sèche.


pûtsdegrès rouge de la contrée; H en existe égatement près du cap. des Palmes. Quant au littoral, i) est recou-' vert d'une bande d'alluvions qui s'élargit considérable-'ment vers la côte des Esclaves'et dans tout )e bassin du bas Niger. LA TERRE FERME GAGNE SUR LA MER TRAVAUX DE M. BOR-

6H:M. Un missionnaire établi dans le Dahomey, M.Borghero,apublié,Uy y a près d'un quart de siècle, dans Je Bulletin de la Société de G~MpAte, des travaux fort intéressants sur les lagunes du littoral de Guinée et, en particulier, sur celles de la côte des Esclaves. 11 rësutte de ses appréciations, d'ailleurs contrôlées par la suite et reconnuesexactes, qu'il se produit dans ces régions une transformation complète du sol.

On a vu précédemment que le phénomène appelé la barre provenait des apports do sable formant, parallèlement au littoral, ~ne série de petits rem-

Mais de plus en plus élevés. Ces derniers, augmentant peu à peu de volume et de hauteur; forment (au bout d'un assez grand nombre d'années) une ligne qui finitpar émerger au-dessus du niveau moyen des eaux. D'autre part, les apports d'alluvions se renouvelant sans cesse, oette.Ugne s'accroît insensiblement et arrive ennn à séparer,: d'une manière dénnitive, les eaux de l'Océan deoeHes qui sont


entre la barre et le rivage. Il se forme ainsi une espèce de lac, et l'on aurait sur. la côte deux rangées successives de lagunes st, pendant que s'opère le mouvement de terrain qui vient d'être indiqué, lés lagunes primitivement situées sur le iittoral ne disparaissaient peu à peu complètement, se .transformant elles-mêmes en terre ferme. On a constaté, en effet, que la profondeur de ces lagunes diminuait Insensiblement, mais régulièrement, et l'on attribue ce fait autant a Févaporation de l'eau qu'aux apports d'alluvions produits par les rivières qui se jettent dans les lagunes'. 1; FADNE. Nos possessions de Guinée sont très riches en animaux de toute espèce. Ceux que l'on y rencontre, sont principalement

L'antilope, qui vit plutôt sur le littoral que dans l'intérieur; la OazeHe; MMpAan~, qui est assez rare et dont la sauvagerie est teiie qu'il sera peut-être difneiie de le domestiquer le jour où on voudra essayer de le faire; le léopard; le sanglier; le 6«/ite; l'hippopo<<tme, qui est assez commun sur la cote des Esclaves, mais qui a au contraire disparu presque entièrement à Grand-Bassam, le Mnj/6, dont il existe quatre variétés différentes, le cAtmpoM~ ou babouin, le ff(M'!«e, le singe noir à M<e 6hMM:Ae et le singe gris cendré, auquel on a donné le surnom de mot'He (les deux dernières variétés ont seuiea une valeur commerciale), les <!ntm<tt<a; domMttTMM, brebis, porcs, chèvres, voiaiiles, que l'on trouve à peu près partout, les Mfp<n< dont le plus commun est le python, sorte de boa gigantesque qui mesure jusqu'à 10 mètres de lonlongueur et 50 centimètres de circonférence les cMmoM, qui abondent dans les rivières et les lagunes.

1. A l'appui de cette thèse, M. Borghero a démontré qu'à nne époque assez recuiée, la cote des Esclaves était fort éloignée de l'endroit qu'elle occupe aujourd'hui, et que le rivage suivait alors une ligne qui passait aux environs d'Abomey, & Abéokouta et a Bénin pour flnir au village de Duke-Town, sur ia rivière du VieuxCaiabar. Ce qui tend d'ailleurs à confirmer cette assertion, c'est que la contrée comprise entre cette ligne et le littoral actuel, vaste plaine sans accidents ni reliefs de terrains, n'est composée que d'alluvions provenant du fond de la mer ou d'argiles résultant, de la désagrégation des, roches primitives.


Parmi les oiseaux le petro?M<<, le (oMritco, I'{6M, le pigeon. et la tourterelle..

Parmi les insectes les papillons qui comptent, d'après Buchho)z, Jusqu'à 700 espèces diSérentes, la chique de la Guyane (t)«<M pen~fctns)! une mouche de la même famille que la <~M, qui vit sur le littoral et s'attaque de préférence au bétail, qu'elle parvient quelquefois a faire périr; les /b«mtM, qui pullulent & un tel point dans certaines parties de ia Gainée qu'elles dévastent les basses-cours et que les noirs sont parfois obligés de leur abandonner leurs habitations pour aller s'établir ailleurs. Ces termites ont heureusement un ennemi terrible dans l'Apra (manM !ot)?tcs!<datus), animal dont le corps est entièrement recouvert de fortes écailles et qui possède, comme le dragon des contes de Perrault, une queue d'une longueur telle, qu'il a l'habitude, pour dormir, de s'y enrouler à la façon des serpents.

Dans les lagunes, on pèche des oarpes et des <s~oM(M,' en mer, les poissons cétacés, crustacés ou mollusques sont ceux qu'on rencontre à peu près partout dans l'Atlantique,. mais ii en est qui se montrent en plus grande quantité à certaines époques de l'année par exemple, en janvier, les mor«M,- en niai, les poissons tuants en juin, les bonites, les dauphins et les marsouins. Parfois on aperçoit au loin la baleine ttoire qui ne voyage jamais qu'en compagnie d'un autre individu do son espèce, '-e Le principal habitant des côtes de Guinée, qui est aussi le plus redoutable, est le re~m. Ce monstrueux animal suit régulière. ment, en troupes, les embarcations qui vont en mer ou vers la plage et il arrive parfois que, si une de ces dernières chavire, aucun de ceux qu'elle'contient ne réparait'. f,

FMRE. La aore des étabUssements français de Guinée est àpeu près la même que celle des Mvtèresdu sud, auxquelles ceHes-oi ressemblent par la richesse de leur végétation, la splendeur et l'étendue de Jours forêts. Les principales espèces de végétaux- arbres ou plantes que l'on rencontre sur la côte ou dans l'intérieur, sont 1. Devant Whydah, la barre est mauvaise et à certains moments A~*?" il arrive souvent que les pirogues chavirent au passage. Autrefois, les .rameurs indigènes, qui n'avaient pas été enlevés pris d'épouvante refusaient de rembarquer. Depuis quelque temps, ~nl danger, les capitaines de navires distribuent à chaque pirogne des cartouches de dynamite qui, en éclatant enraient, ou blessent les requins. t.enBNaM.nt,


fort nombreuses, et.nous les énumererons tour à tour en indiquant, autant que possible, leurs principaux usages. Le manglier et le psMtMMer (rhizophora mangle) qui n'existe que sur le littoral et dont le bois est inattaquable par l'eau de mer; le ,coeo<M<'(cocos nucifera) qu'on rencontre un peu partout, sur la cote et le iong'des neuves; le oontmood (baphia laurifolia), bois a grain fin et serré, plus lourd que l'eau, qui se vend surtout à .Grand-Bassam, de blanc qu'il est ordinairement, il devient, lorsqu'on le coupe, rougeAtre au contact de l'air et exhale, si on le r&pe une odeur analogue à eeile du palissandre! lèjKtbnMf à huile (eleis guineensis), grand arbre à gros tronc produisant un fruit de la grosseur d'une noix, qui renferme une amande de nature oiéa gineuse; le mancone (erythrophlœumguineense), dont l'écorce. produit une substance que les noifs emploient pour empoisonner leurs Sèches et qui arrête net, dit-on, les battements du ceeur; iecom'Kter (copaifera copaliina), qui donne la gomme copal et a été nommé par les. Anglais ~~tMtt Red-Gum et ysiioM~CMm,' le Kola (cola aeuminata), arbre de dOa 20. mètres de hauteur, qu'on trouve partout, depuis la cOte jusqu'à S et 600 kilomètres dans l'intérieur et dont le fruit est l'objet d'un commerce important le ~B"M tMeioMfpa, dont le fruit, comestible et sucré, est employé-pour composer certaines boissons rafraîchissantes j le Wot'tt, qui est arborescent, comme dans toute l'Afrique, –'le !e/MnMe<M a/WostM, bois d'ébénistorie le blighia sapida, dont les fruits sont mangeables et dont les fleurs servent à la préparation d'une eau aromatique; le toMhxffOMtMt (carapa guineensis), des graines duquel on retire une huile très dense, dont on fait usage contre tes rhumatismes, les dartres, les maladies du cuir chevelu, les piqùres d'insectes, et principalement contre l'attaque des chiques, son écorce, riche en tanin et très amère, est utilisée comme fébrifuge et ses fruits passent pour être vomitifs l'fK):eenttto, grand arbre toujours vert, qui èst très abondant le long des Neuves~ mais fort rare sur la cote et dont l'écoree est employée par les noirs pour se guérir de la gale; le mj/fstne me<<:MpA!ûMt, qui atteint jusqu'à 16 et 18 mètres de hauteur et donne un excellent bois de charpente et de construction; le psttdantM (pandanus utilis), grand arbre d'une vingtaine de .mètres d'élévation, dont les fleurs et tes fibres sont employées comme textiles, la moririda Ct<W/b<M, petit arbre qui donne une teinture de couleur safran et dont le fruit, cuit sous la cendre, est employée contre la dysenterie, contre l'asthme et comme vermifnge; –.le caftbtttct JooM <otMM)tM, arbuste de 2 3 mètres de hauteur, dont le nom vient de ce que les indigènes placent ses


rameaux au sommet de leurs cases pour conjurer la foudre; le Raphia (raphia vinifera). qui sert à faire des meubles légers et produit une liqueur que les indigènes appellent le vin de Boudou; le manioc (manihot edulis), arbrisseau dé 1 à 3 mètres, dont les tubercules, racles et pelés, fournissent, après un préparation spéciale, une fécule comestible d'où on tire le tapioca; le poivrier (amOmum melegueta), qui produit la graine dite de Paradis, employée dans le monde entier comme condiment excitant et tonique le gingembre (zingiber officinale), dont on fait également un usage comestible; le es/~ter ou ca/tef, qui croit spontanément sur toute la côte occidentale depuis la Casamance jusqu'à la côte de l'Or et qui atteint, lorsqu'on ne l'ététe pas pour augmenter sa production, jusqu'à 10 et 12 mètres de hauteur; -le bananier; le cotonnier, qui pousse principalement à l'ouost de la petite rivière Lahou l'ananas sauvage, assez rare; le mil (sorghum vulgare), que les noirs de l'intérieur cuitivent pour leur alimentation; le ~MmM (sesamum orientale), plante herbacée dont les graines fournissent une huile employée surtout dans la fabrication des savons et qui ne se développe pas dans les régions où l'atmosphère est trop chargée d'humidité; la M<< (convolvuius batatas), plante comestible dont le godt est celui d'une pomme de terre légèrement sucrée;–l'oseille de Gtf!'n~6 (hibiscus sabdabarift'a), plante tonique; apéritive et rafraîchissante le cubèbe (piperclusii), dont les fruits, qui ressemblent au poivre, sont employés comme condiment; la /~oe de Calabar (physostigma venenosum), dont le port ressemble à celui du haricot et dont la gousse atteint jusqu'à 17 centimètres de longueur; c'est une plante vénéneuse, très énergique, qui sert de poison d'épreuve aux indigènes; les médecins européens l'utilisent pour faire contracter la pupille, pour combattre le tétanos et guérir certaines névralgies.



CHAPITRE Ht

Administration.

PotMsdoM ftançaises en Guinée. Bndaves de la cote des Graines. Organisation administrative de nos possessiont de Guinée.

t

PogsEssto~s ?RANÇA)SEs EN GuiNÉE. 'Les-posaessiotls françaises en Guipée sont disséminées un peu partout, depuis la côte des Graines jusqu'à la côte des Esclaves. 'Elles se divisent principalement eh deux parties, qui sont

Les territoires de la Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or (terre de Krou, bassins du San-Pedro, du Rio Fresco, établissements de Grand-Bassam et d'Assinie).

Les territoires de la Côte des Esclaves (royaume de Porto-Novo et Grand-Popo).


H existe, en outre, sur la côte des Graines, un certain nombre d'enclaves assez importantes.

ENCLAVES DE LA CÔTE DES GRAINES ET TERRITOIRES DE LA C6'CE D'ItbiRE. Le premier point soumis 'a la domination française dans la direction de l'eues), est un petit village que les indigènes appellent Ajacouty et les Anglais TradeTown,sitaéau sud de Grand-Bassa; ce village est, avec son territoire, tout ce qui reste de nos anciennes possessions dans ce pays. En 18~2, en effet, le pays de GrandBassa et des Boutou (Grand et Pëttt). & l'est de Greenville, furent achetés par lu gouvernement français, puis cèdes .un .peu plus tard à la république de Libéria. Quelques années après, en avril 1852, la France reprenait pied dans ce pays en passant un traité avec le chef de Trade-Town. Un peu plus loin, près de la côte de Krou, un autre traité passé en 1838 et renouvelé en 18&2, avec les deux frères Blackwlll, nous a donné une enclave ootnprenant les deux rives de l'embouchure de la rivière Garroway et les territoires avoisinants

Par un autre traité, en date du 4 février 1868, la France est devenue propriétaire, sur la côte d'Ivoire de tout le pays de Krou et particulièrement des territoires. dépendant des villages du Grand et du Petit-Bériby, et de celui du Grand-Basha (qu'il ne faut pas confondre avec GrandBassa) en outre, d'autres traités ont été passés avec les indigènes des bassins du RIo-Fresco, de la rivière SanPedro, et nos établissements forment ainsi une ligne Jninterrompue, depuis et y compris le Rio-Cavally jusqu'à la Côte d'Or anglaise.

ORGANISATION ADMINISTRATIVE DE NOS POSSESSIONS DE GUINEE On sait que, pendant de longues années, notre poli1. Voir. pour tous ces traités, le décret du 20 décembre 1883. BMtMttt o/icte! de la marine et des colonies, fmuëe 1884. 2. Se reporter, pour les limites du territoire de Porto-Nova du côte dé Lagos, et de celui'd'Assinie du coté de la Gote d'Or.Mgtaise, aux chapitres V et VI de cette notice.


sur té littoral de Guinéea étéfortindébisë; il a fallu d'abord notre établissement dans le.bassih du haut.Niger) puisl'étàMissément progressif des: Anglais sur différents points du littoral et la situation prospère de. leurs terr! toires, poùr nous faire énfiri comprendre que~ nous. avions un avantage considérable a nous installer d'une manière solide et dénnitive dans le pays. Ce fut'alors qu'on songea, à organiser nos possessions, délaissées depuis i87C, sur un pied corivenable,'M. Verdier< chef'd'une maison de commerce de La Rôchelle, qui possède plusieurs comptoirs sur ia Côte d'IvMre, fut alors chargé dés fonctions de résident de France à Grand-Bassam et à Assinie; il lui fut, en outre, alloué une somme annuelle pour l'entretien d'une milice indigène d'une trentaine d'hommes chargés de la police et composant toute la force armée dont nous disposions en Guinée. Un résident fut également nommé à Grand-Popo et un autre à Porto-Novo

Après avoir été pendant longtemps rattachés à l'administration du Gabon, confiée elle-même à un capitaine de frégate, nos établissements de Guinée ont été réunis ensuite à la colonie du Sénégal, et placés sous la surveillance spéciale du lieutenant-gouverneur des Rivières du sud, résidant à Gorée.

Mais cette situation ne pouvait durer longtemps. Obligé, pour se porter d'un point à un autre de son domaine administratif, de franchir plusieurs centaines de kilomètres, ce fonctionnaire n'arrivait à faire en Guinée qu'une ou deux apparitions annuelles.

Aussi a-t-on pensé à apporter à cet état de choses des modifications importantes, et, ainsi que nous l'avons déjà 1. Ces deux derniers appartiennent au cadre des administrateurs coloniaux; outre leur solde personnelle, ils reçoivent une indemnité de représentation qui est de 2.000 francs pour le premier, et de 3.000 francs pour le second.

Gu~NES. 3


expiiqué plus haut, les Rivières du sud et les établissements de la oûte de Guinée forment depuis le l"'janvier 1890, un groupe de colonies, placé sous l'autorjté d'un lieutenantgouverneur. Néanmoins, malgré leur réunion, ohacunede ces possessions (Rivières du sud, Grand-Bassam et PortoNovo) conserve une certaine autonomie; chacune a son budget local, ses ressources spéciales; de plus, l'administrateur résidant à Porto-No~o et celui de Grand-Bassam, ont le droit de correspondre directement avec le soussecrétaire d'État aux colonies.


Lafac.tutcrioYerdier.

CHAPITRE IV

Économie politique et sociale.

Le climat saison de: pMes et saison'seche.– Température.- L'Harmattan –Bnsedeterreetbrisedalarge.–Mahdies.–LaeMqmOBYerde Guinée. Productions da sot. Les bois. Le palmier otéifëre. Le café. Cultures alimentaires et industrielles. Monnaies. Navigation. Fret. Prix des passages. Création d'une ligne. postale. LE CLIMAT SAtSON DES PLDIES ET SAISON ~ÈCHE. De même que la plupart des contrées équatoriales et tropt7.cates de l'Afrique, la Guinée a deux saisons principales: La saison des pluies ou hivernage, qui commence à.la fln d'avril et se termine en décembre ¡


La saison sèche, qui comprend les autres mois de l'année.

JI est d'usage cependant de diviser ces diverses saisons en grande et petite saison sèche, grande et petite saison des pluies. La grande saison des pluies qui commence en avrit est alors remplacée en août par la petite saison sèche et, en octobre, par la petite saison des pluies.

Mais, à vrai dire, la dénomination de petite saison sèche, n'est pas précisément exacte, car, pendant sa durée, s'il y pleut beaucoup moins qu'on juillet et un pou moins qu'en octobre, il pleut quand même. Ces pluies sont nnes, peu abondantes et ne durent pas longtemps, tandis que, pendant l'hivernage, et principalement en juin et juillet, les orages et les tornades venant de l'ouest, sont fréquents et d'une violence extrême. L'hivernage est également l'époque des raz de marée et du débordement des rivières. Durant cette époque de l'année, en juin et juillet la barre est toujours belle; elle est assez bonne à la fin de septembre et pendant une partie de la saison sèche, puis elle redevient difficile et est presque impraticable en avril et en mai.

TEMPÉRATURE. La température la plus fréquemment observée est celle de 26 degrés mais elle est loin d'être régulière et le docteur Féris a vu, dans le cours d'une année, le thermomètre variant de 35 à 20 degrés. L'époque la plus chaude est la saison sèche et le commencement de l'hivernage; c'est pourtant la plus facile à supporter. Pendant la saison des pluies,.l'air est si humide et la tension électrique si forte que l'Européen est bientôt en proie à une excitation fébrile qui fait souvent place à un abattement complet pour reparaître quelques heures plus tard. Cet énervement continuel, très fatigant, ne tardé pas à faire place à l'anémie et à la fièvre. Le moment le plus dangereux de l'année est la petite saison dos pluies (octobre et novembre), pendant laquelle commence à régner un vent du nord-ouest, appelé )'AsrM<:«<!)!t


L'HARMATTAN. L'harmattan apparaît généralement de très grand matin et disparaît vers le milieu de la journée il persiste souvent de deux à six jours. C'est un vent desséché par les sables du Sahara, puis refroidi par l'humidité ambiante de certaines contrées du sud du Niger. H chasse devant lui des tourbillons de sabie; pendant l'hivernage, il est chargé de brumes malsaines, mais, dès que les pluies ont disparu, il devient si sec et si froid qu'on a vu, sous son Influence, la température descendre en quelques heures de 26 à 17 degrés. Il n'est plus aussi redoutable pendant la saison sèche, époque de l'année ta plus favorable à t'Eu? ropéen.

BRISE DE TERRE ET BRISE DU LARGE. Les autres vents sont désignés sous le nom de brise de terre et brise dit large. Pendant la saison sèche, l'une et l'autre soufflent alternativement pendant une durée égale. La brise de terre qui vient du nord, et parfois du nord-ouest, apparaît vers minuit et dure jusqu'à neuf heures du matin. La brise du large vient le plus souvent de l'ouest, rarement du sud~ ouest et règne principalement en juin et juillet. MALADIES. La fièvre paludéenne est, de toutes lei) maladies, celle que doivent le plus redouter les Européens qui vivent en Guinée

L'insalubrité de la côte n'est pas uniforme les parties les plus malsaines sont d'abord la colonie anglaise de Sierra, Lame, puis la république de Libéria La Cote d'Or an-

1. La nevre paludéenne se combat généralement, comme 1~ nèyre intermittente, au moyen du sulfate de quinine. Le meilleur mode pour prendre ce médicament est de l'avaler dans une inhh mon de café (à raison de 20 à 25 centigrammes par jour, a renou, voler pendant 4 ou 6 jours). Un grand nombre de médecins preeo< msent également ie bromhydrate de quinine, plus énergique que le sulfate. Ajoutons, A propos de cette SAvre, que ce sont genéraie< ment lesgens habitués à boire de la bière qui y sont sujets Ie9

premiers,

2. Dans ces deux contrées, l'empoisonnement paludéen est par. 'os tel que l'on a vu, A plusieurs reprises, des malades atteints


glaise; ainsi que les territoires d'Assinle et de Grand-Bassam; le'sont à un degré beaucoup moindre. Enfin ta côte des Esclaves vient en dernier lieu c'est celle où l'on résiste le plus facilement aux atteintes du climat. Mais ces dIB'érënôesde salubrité sont très faibles et les mêmes précautions, les mêmes soins, sont aussi nécessaires aPortoNovo'qu'aGrand-Bassam.

Les cas de dysenterie sont rares, tandis qu'au contraire l'anéMe, provenant de l'inertie digestive, de l'innuen'ce climatérique, ou des pertes sudorales, est le mal auquel tous les Européens sont en proie.

L'insolation fait aussi quelques victimes, mais dans 6e pays ombragé, ce cas est généralement le résultat d'une Imprudence.

Les refroidissements sont à craindre, quoique rares mais ils sont difficiles à guérir complètement LA CHiQuE ou VER DE GuJtfEE. 11 existe en Guinée une maladie spéciale provenant d'un petit animal, semblable à une puce et appelé chique, qui vit dans les hautes herbes et s'implante dans la peau. La chique traverse les étoffes, surtout les coutures, mais elle ne peut pénétrer à travers les chaussures de cuir. Elle attaque surtout les d'une espèce de tétanos, i!s tombaient dans une sorte d'idiotie, délirant et ricanant d'une manière véritablement effrayante. Ce <~ts n'a jamais été observé dans les autres parties de la Guinée. 1. Dans les villes anglaises de Guinée ou dans les postes français (Assinio, Grand-Bassam, Grand-Popo et Porto-Novo), on trouve assez facilement les médicaments nécessaires à combattre les maladies ordinaires de la contrée; il est bon toutefois d'emporter, quand on se rend dans ce pays, une petite pharmacie, dont la composition est nécessftirement très variable, mais où devront 'entrer néanmoins tes substances ou objets suivants sulfate et bromhydrate de quinine; quinquina, catomei, 'sulfate et bicarbonate de soude, éther sulfurique, perchlorure de fer, magnésie, laudanum de Sydenham) ipéca, sous-nitrate de bismuth, iodure de potassium, alcoolat de menthe, opium, aloès, ateoot camphré, sinapismes, baudruche; taffetas d'Angleterre, pierre infernàië, ciseaux, pince, lancette, bistouri, aiguilles, 9), bandes, compresses et charpie;


pieds et un léger chatouillement indique sa présence. Si on peut le faire, il faut alors la saisir et surtout l'enlever sans tarder davantage, car elle n'a encore que les mandibules introduites sous la peau 1.

PRODUCTION DU SOL; LES BOIS ET LE PALMIER OLÉIFÈRE. Les production végétales du sol de la Guinée sont de deux catégories différentes celles qui poussent naturellement et celies qu'on cultive.

La première catégorie comprend d'abord, outre les bois de construction, dont nous avons donné un aperçu dans un précédent chapitre, le palmier oiéifëre et le kola. On a vu plus haut ce que c'était que le kola. Cet arbre commence généralement à produire au bout de six à sept ans et, se trouve en plein rapport à dix ans.

Il produit deux fois chaque année, en juin et en novembre, et donne chaque récolte environ 40 à &6 kilogrammes de graines. Celles-ci, de couleur jaune clair ou roug&rosét pèsent de 10 à 25 grammes. On les place dans un panier rempli de feuilles qui les conservent fratehes'pendant 26 a 30 jours.

La mesure de 45 kilogrammes se vend de 100 à 250 fr. selon l'abondance ou la rareté du produit sur le marché. Le kola est employé à divers usages, principalement à des usages pharmaceutiques. C'est un tonique excellent qui passe pour être également antidysentérique. 1. Si l'extraction n'a pas été possible, le chatouiiiement fait place a une douleur aiguë et la présence de l'insecte ne se décelé plus que par un point oblong et noirâtre. Il-faut alors pratiquer l'échiquage, sans quoi l'on risque des désordres qui amènent souvent des érysipèles et parfois même la gangrène et le tétanos. !/échiquage se pratique au moyen d'une aiguille avec laquelle on opère comme s'il s'agissait d'enlever une écharde; on pique la peau & côté du point noirâtre, on passe ia pointe de l'aiguille sons i'insecte qu'on enlève sans brusquerie, en une seule fois autant. que poasibte. On panse ensuite la plaie avec un peu d'alcool camphré. Si l'insecte est une femelle qui a pondu ses. oeufs, il faut avoir' recours au bistouri et au nitrate d'argent (pierre inferhaie).


La palmier ptéifère se rencontre partout ;.Ji se multiplie lui-~éme et ne'demande aucun entretien. Il donne deux récoltes; l'une, la, plus importante, a lieu environ du 15 février au 15 mat; l'autre se fait en novembre. Chaque pied de palmier produit deux ou trois régimes comptant chacun 1,000, 1,200 et même 1,500 fruits, qui ont Fapparence de grosses cerises et se composent comme oetie-oi de chair et de noyau. Ces fruits se détachent au moyen d'une petite hachette.

Quand on juge la récolte suffisante, on jette ces fruits dans .une fosse de terre entourée d'un petit mur.et tapissée de fruits du pa)m!er. Oh verse sur eux une certaine quantité d'eau, puis deux ou trois femmes descendent dans la fosse et, se soutenant avec deux espèces de béquilles, se mettent & écraser les fruits de manière à en détacher la pulpe. Quand l'opération est terminée, on verse encore de l'eau; l'huile, qui apparaît alors à la surface et) écume jaunâtre, est recueillie dans de grands potspjacés sur des brasiers où elle subit une ébuHition prolongée, On ;a tamise ensuite dans un grand vase à moitié rempli d'eau; puis on écréme le liquide qui se forme ainsi dans ce récipient et qui n'est autre que l'huile de palme du commerce. Cette huite d'une belle couleur jaune orange, est très liquide et répand, lorsqu'elle est chaude, une odeur assez agréable, qui rappelle un peu celle de l'iris ou de la violette. Au contact de l'air, elle se rancit, s'acidifie et abandonne de ia glycérine, lorsqu'on la traite par l'eau. Elle forme avec les alcalis, tels que la potasse et la soude, des savons de couleur jaune.

De l'amande du palmier oléifère, on extrait également une matière grasse qui est blanche, solide, et peut servir, lorsqu'elle est fraîche, am mêmes usages que le beurre.

La oAFË. Les cultures sont assez nombreuses en Guinée et particulièrement sur la. côte des Esclaves. Mais 11 en est une pourtant qui.prospère;sur la Côte d'Orfran-


ÏNT~mMR Tt'UNE CASB INDtG&NB A ~ORTO-NOVO.


caise et tend à prendre une importance considérable. C'est laculturedù'oafé.

Ce café appartient à l'espèce dite de Libéria'. Il est assez gros, à base ronde, a dôme bombé, et présente deux nuances brun noir et'havane clan'.

Le caféier prospère' dans les pays où la température ne baisse jamais au-'dés~bus de 20 à 22 degrés, et pousse indifféremment sur la côte ou''dans les endroits élevés: ii lui faut un terrain humMé, niàis on doit éviter que ses racines se trou'veni eh contact avec l'eau.'

Le plant demande à être abrité'pendant la première année; après 'cela, ne redoute pas trop les rayons solaires, mais il est nécessaire, en tout cas, que l'air et la lumière arrivent sur lui directement. Dans les terres .ar. gileuses comme celles de ia Guinée, il faut, lorsque vient la saison sèche, recouvrir les racines de paille ou de gazon sec, car à ce moment la terre se fendille et les racines, qui ameuTenf, risque'nt'de se dessécher. La terre qui convient le mieux au caféier est une terre meuble, légère' et vierge, 'autant que possible. Elle se sumt à -elle-même pendant' cinq ou six ans, puis les 'engrais sont nécessaires. Les meilleurs à employer sont les engrais azotés, "w -<'

Quand le plant attèînt 2'mètres de hauteur, on l'étête pour lui faire donner une récolte plus abondante et plus facileàoueiilir.

En Guinée, le rendement ~est considérable et, d'après les rapports américains et anglais, 20 acres de café de Liberia produisent autant que /t0 acres de café de Ceyian ou d'Arabie 1.

Dans son savant ouvrage sur les Plantes utiles des colo1. H ne faut pas confondre l'espèce dite de Liberia, dont les graines sont très grosses, avec l'espèce da.Rio-Nunez dont les graines sont au contraire excessivement petites.

2. L'acre est une surface de 40 ares ou 4,000 mètres carrée, par conséquent des deux cinquièmes d'un hectare.


nies françaises,' M. de Lanessan a donné tout le détait des opérations que nécessitent la culture et la récotte de ce plant.

On peut dire d'une façon générale qu'un hectare de café coûte à établir, jusqu'à sa production, environ 2.500.francs; il ne produit qu'au bout de six ans. il est vrai, mais it rapporte alors chaque année jusqu'à 20 et 25 O/o du capital'engagé.

M.Verdier, qui, de 1871 à 1889, a été chargé des fonctious de résident de France à Grand-Bassam et à, Assinie, a créé à Elima, sur les bords de la lagune Aby,une magni. fique plantation de'caféiers; celle-ci, qui doit comprendre 600 hectares, en a déjà plus de 110 en plein rapport. Les travaux agricoles sont faits par les indigènes,, hommes et femmes, les premiers employés à la. culture, les autres à la récolte. Un petit chemin de fer voie de 50 centimètres traverse une partie de la propriété sur une longueur de plus de 4.800 mètres. Les produits de cette exploitation sont vendus à Paris, le Havre, Bordeaux, Nantes et La Rochelle.

Après avoir été recueilli en cerises, le café est débarrassé d'une première enveloppe; il ne lui reste alors qu'une deuxième enveloppe, ressemblant un pou au parchemin c'est sous cette forme que le café est expédié en France. A son arrivée dans la métropole, le parchemin, qui pèse M pour MO du poids total, est enlevé et lesgrains apparaissent tels qu'on peut les voir chez tous les débitants. Une fois récolté, le café subit donc trois transformations successives on- a ainsi le café en oeh'SM (de couleur noire, avec des reflets un peu rougeâtres); le café e~paroA~ (ou parchemin) et le café en grains, ce dernier seul étant marchand.

COLTUMS ALIMENTAIRES ET INDUSTRIELLES. Les autres productions du pays sont le riz, qu'on cultive à l'est du lac Eyhi, l'Igname, qui se plante en février et mars.et se récolte en juillet et août, le manioc, le bananier, l'ara-


ohide, le sésame, le coton, l'indigo, le mars, le citronnier et l'oranger, ces derniers en quantité fort minime. Les produits de ces différentes cultures sont tous consommés dans le pays.

MONNAIES. A Grand-Bassam et à Assinie, la principale monnaie du pays est la poudre d'or; on s'en sert pour tous les échanges et l'on peut arriver à peser jusque deux sous d'or. Chaque indigène a une petite balance 4 fléau, une plume d'oiseau dont it a laissé une des barbes et qui sert à enlever le surcroît de poudre d'or pouvant se trouver dans la balance, puis une autre plùme, provenant généralement d'un vautour, dans laquelle on renferme la poudre d'or, enfin un pofds spécial, qui s'appelle le mitkal et dont on fait également usage à Porto-Kovo et à Grand" Popo Le mitkal vaut environ 4 grammes; quelquefois l'indigène perd le mitkal dont il se sert pour ses transao-' tions; dans ce cas, il peut retrouver la valeur exacte de ce mitkat, en mettante sa place dans la balance, 2/[ graines de bombax, ou ~8 graines de corail végétal, ou encore 144 graines de riz non décortiqué.

Après l'or, on se sert comme monnaie, tant a GrandBassam que sur la côte des Esclaves (Porto-Novo et GrandPopo) de cauris ou de manilles; les oa.uris sont de petits coquillages qu'on peut assimiler, avec cette différence qu'ils sont effectivement représentés, aux reis du Portugal ou même aux centimes de France. Selon les contrées, il en fauti.700, 2.000, 2.500 pour faire une piastre; le pré-mier soin du voyageur, en arrivant dans un pays, doit $tre de s'informer de ia valeur des oauris La manille est un anneau enétain et cuivre, affectant la forme d'un bracelet jadis la chaîne mise au-dessus de la. cheville de~ forçats était terminée par un anneau portant le. même 1. Une ptu~ae de vautoar renferme g~nAratoment pour une cin*quantaine de francs de poudre d'or.

2. La. piastre cauri varie entre 0 fr. 80 et 1 fr. 26.


nom; au moment du départ des galériens pour te bagne, on forgeait cet anneau, cette manille, d'un seul coup de marteau. Les anneaux employés en Guinée affectent la même forme et ont le même poids; Us viennent généralement d'Angleterre et, depuis quelque temps, de Nantes; leur valeur est de 23 centimes chacun. Un homme robuste ne peut pas porter pour plus de 30 francs en' oauris et plus de-12 francs en manilles.

NAVIGATION FRET; PRIX t)ES PASSAGES; CRÉATION't'UttE LIGNE POSTALE.– La navigation'oommerotate'est'représentée dans nos territoires de Guinée par un petit nombre de navires à voiles ou à vapeur, dont la plupart appartiennent aux maisons: étabiies dans le pays. En 188/t, le mouvement de cette navigation a: étéi<78 navires. < Les entrées comptent pour 90 navires, dont'30~ voilés et 60 à vapeur, représentant 19.6'Q.O tonneaux.'Les sorties comptent pour 88, navires, dont.60 a vapeur et 28 à;yoiles, représentant i9.050 tonneaux. De ces 178 navires, 16 seulement sont français. 1 Les prix de fret pour Grand-Bassam, cap Palmas Assinie, ies Popos, Lagos et Kotonou, sont les suivants Fret d'itiief (par mètre cube ou tonne de 700 kitog.) Riz, 50 francs Genièvre, rhum, atcooi, 32 francs; Briques, ciment, charbon en vrac, fer, briquettes, sels en blocs, 50 fraajs; Charbon en sac, fûts et caisses vides, sacs vides, craie, poteries, faiences, marmites, sels en sac, savon, bois, 32 francs.; Eaux minérales, bière, biscuits, caurics, cordages, feutre, farine, meubles, fusils, verrerie, vins et liqueurs, machinerie, peinture, armes, provisions fralches et conservées, pipes en terre, spiritueux, tabac, goudron, 40 francs; Quincaillerie, coutellerie, 4o francs Mercerie, colliers en verre, cotons, droguerie, parfumerie, étoffes et toutes autres mar.chandises non dénommées, 45 francs; Pétroie en caisses, 65 francs; Poudre, 55 francs! Embarcations sur le pont (tarif à débattre); Espèces et valeurs, bijoux, pierres précieuses, horlogerie, orfèvrerie (sur la valeur), 1 0/0.

Fret de retour (par mètre cube ou tonne de 1.000 kitogr.) Amandes de palme, 34 francs; Suite de palme, 40 francs Ébène et bois


rouge, 27 fr. 60 Santat, 42 francs; Graines de coton, 48 francs ç Arachides, gomme copa)e, fibres, cacao, café, gingembre, poivre, 55 francs, Caoutchouc, gomme élastique, cire, 66 francs; Cuirs et peaux, 68 francs; Orseiiie, 90 francs; Minerais et métaux communs, 30 francs; Ivoire (par kilo brut), 0 fr. 25; Marchandise~ non dénommées, 60 francs.

Les passages sont 0-

l'od. Sec). 3'cl.

De France au cap Palmas (terre de

.Krou). 8S&fr.600fr.300fr. DeFl'anceàUrimd-BasMm. 900 "650)) 300" » aKotonou. MM" 700" 350). u

Les départs de France ont lieu le 10 de chaque mois, de Marseitle (en février, avril, juin, août, octobre et décembre),ou de Bordeaux (en janvier, mars, mai, juillet, septembre et novembre), <

Lés départs des établissements ont tieu de Kotonou, le 8 de chaque mois; de Grand-Bassam, le 9; du cap Palmas, le 10.


Petit village sur la lagune d'Asaîaie.

CHAPITRE V.

Établissements de la côte d'Ivoire et la côte d'Or. Occ'tpation de Grand-Bassam et d'Assinie. Évacuation en 18*70. Autres pMMSsfons de la France sur la côte des Oraines et la côte d'Koire Jonction du Soudan français et du territoire de Grand-Bassam.


[

OCCUPATION DE GRAND-BASSAM ET D'AssimE. C'est en 18~2 que, sur la demande de plusieurs maisons de commerce françaises qui avaient créé quelques comptoirs sur la Côte de l'Or et y faisaient un commerce important, le ministre de la marine chargea 16 commandant Bouët-Wiilaumez d'entrer en relations avec les chefs de la contrée. Celui-ci obtint alors d'Amatifou, souverain d'un royaume situé à l'ouest du pays des Achantis, la cession du territoire d'Assinie et, du roi Piter (ou Péter), dont l'autorité s'étendait sur les villages de la lagune d'Ubrié, la cession des territoires de Grand-Bassam, ainsi que le droit d'étabilr un poste à Dabou.

Ces deux chefs s'engageaient en outre, à assurer, dans toute l'étendue de la contrée qui leur était soumise, la sécurité des voies de communication et recevaient en échange une redevance annuelle du gouvernement français. A Assinie, on releva quelque peu les restes d'un vieux fortin bâti en 1700 par la compagnie de Guinée et abandonné quelques années plus. tard, lors de la déoonnture de cette société. A Grand-Bassam, on établit, non loin d'un village habité par plusieurs milliers d'indigènes, un blockhaus,'appeié le fort Nemours, et comprenant une enceinte paHssadée, défendue aux quatre angles par des pièces de campagne.

Dix ans plus tard, un officier du génie, le capitaine Faidherbe, était envoyé en Guinée par le gouverneur du Sénégal pour diriger, près du village de Dabou, la construction d'un fort destiné à surveiller les agissements desJaeks-Jacks, indigènes assez turbulents, qui avaient vu d'un mauvais œti notre arrivée dans le pays (octobre 1863). Un peu plus tard, le roi Amatifou, qui, durant sa vie, entretint toujours avec nos repréMntants les relations les



plus cordiales, sollicita pour ses États le protectorat de la France, qui lui fut aussitôt accordé.

Notre domination s'étendait ainsi peu à'peu dans toute cette région.

ËYAcoATiotf EN 1870. Malheureusement les événements de 1870 survinrent et, au début de l'année suivante, le département de la marine crut devoir, par raison d'économie, faire évacuer nos établissements de la Côte d'Or, tout. en. maintenant les droi~ de la France sur îes points qui nous avalent été cédés.

D'ailleurs, après l'évacuation,les coutumes continuèrent à être régulièrement payées,, et M. Verdier, chef d'une maison de commerce de la Rochelle, qui resta seul dans le pays,. se chargea d'effectuer ce paiement et prit, ~veo l'assentiment du gouvernement français, le titre de résident.

Grâce a. lui, nos possessions de la Côte d'Or restèrent telles qu'elles étaient avant l'année 1870, et aucune tentative de soulèvement n'eut lieu de la part. des Indigènes. AUTRES POSSESSIONS DE: LA FRANCE SUR LA CÔTE DES GRAINES ET LA CÔTE D'IvoiRE. La. France possède encore certains points sur la Côte des Graines et tout le territoire de.la Côte d'Ivoire depuis le JHio Cavaiiy.

Nous possédons ainsi, entre autres points importants, Utt certain nombre de villages et de territoires limitrophes du Rio Cavally, qui nous donnent ainsi toute autorité sur le pays de Krou.

Ûn.décret du ù août 188/t a également ratifié la cession qui'nous.a été faite, par le roi Pîter, chef du pays des Yatékés, de la côte et du. territoire compris entre )a grande rivière Lahou. Ce traité a fait disparaître la solution de oontihuité qui existait entre nos dlfférentes possessions de la Côte d'Ivoire, et le littoral soumis à la domination française s'étend aujourd'hui de Newton, à l'est d'Asslnie, jusqu'au Rio-Cavally, à i'es't des Beriby.

JONCTION DU SOUDAN FRANÇAIS ET DU TERmTOIRE DE GRAND-


t

BAMAM. Au mois d'octobre 1888 partait do Grahd-Bassam pour l'intérieur, & la. tête d'un convoi assez important, un jeune homme, M. Treich-Laplène, qui résidait déjà. depuis quelques années dans le pays, où il dirigeait les exploitations agricoles de la maison Verdier. I! avait pour mission de rechercher et de ravitailler le lieutenant Bing.'r, qui était parti vingt mots auparavant de Bammako et dont on était resté sans nouvelles pendant longtemps. En passant à Bondoukou, M. Tretch signa avec le roi do ce pays un traité qui plaçait ses États sous le protectorat de la France, et rejoignit le lieutenant Binger sous les murs de la ville de Kong, avec laquelle celui-ci venait de sigmr égatement un traité de même nature. Ces traités eurent pour résultat de relier directement les États soudanais de Samory et de Tiéba, nos protégés, au territoire de GrandBassam.

Peu de.temps après le retour de ces deux explorateurs; était signé à Paris entre la France et l'Angleterre, un arrangement délimitant diuérentes possessions de ces deux puissances dans l'Afrique occidentale. Voici les termes exacts de cet arrangement qui concerne la côte de Guinée t" Sur la COte d'Or, la 'entière anglaise partira du bord de la mer & Newton, & 1.000 mètres & 1-oueat de la mai- son occupée, en 1844, par MM. les commissaires anglais. Elle se dirigera ensuite en droite ligne vers la lagune Tendo. La ligne suivra ensuite la rive gauche de cette lagune et de celle d'Ahy, puis la rive gauche de la rivière Tanoué ou Tendo jusqu'à Nougoua. A partir de Nougoua, le tracé de la frontière sera établi en tenant compte des traités respectifs conclus par les deux Gouvernements avec F indigènes. Ce tracé sera prolongé jusqu'au 9° degré de

latitude nord.

Le Gouvernement français prendra l'engagement de laisser. action politique de l'Angleterre s'exercer librement & l'est de la ligne frontière, particulièrement en ce qui concerne le royaume des Achantis le Gouvernement anglais prendra l'engagement de laisser l'action politique de ia France s'exercer librement A l'ouest de la ligne frontière.

La frontière française partira également du bord de la mer & Newton, a i.MO mètres a l'ouest de la maison occupée en i84t


par MM. les commissaires anglais. Après avoir rejoint en ligne droite la lagune Tendo, elle suivra la ligne droite de cette lagune et de celle d'Ahy, ainsi que la rivière Tanoué ou Tendo, pour aboutir à Nougoua, point où les deux frontières se confondent. § 2. Dans le cas où le Gouvernement de « Gold coast x Jugera utile d'établir un poste de douane à l'embouchure de la rivière Tendo, le Gouvernement français ne fera pas d'objection à ce que lesautorités anglaises exigent des embarcations françaises des certificats de destination pour les marchandises remontant le Tendu, certificats spécifiant que les droits d'entrée dans la colonie française ont été intégralement payés par elles.

La navigation sur les lagunes Tendo, Ahy et la rivière Tendo sera libre et ouverte aux embarcations et aux habitants des deux protectorats.

Dans ie cas où le Gouvernement français jugera utile d'établir un poste de douane pour contrôler les embarcations anglaises venant du coté d'Apoilonie dans les conditions exigées des embarcations françaises à l'embouchure du Tendo, le Gouvernement anglaisneferapasd'objection.

§ 3. L'acquiescement du Gouvernement anglais aux lignes de démarcation ci-dessus mentionnées demeure subordonné à l'adoption par le Gouvernement français d'un projet de tarif douanier à établir en Assinie, dans lequel les droits sur les alcools ne seraient pas inférieurs à 40 francs l'hectolitre pour les alcools de 2S" à 49°, et de 100 francs l'hectolitre pour les alcools à S0° et au-dessus. Les droits sur le tabac en feuilles et fabriqué ne seraient pas inférieurs à 80 centimes le kilogramme. Les tissus seraient soumis à un. droit de 15 pour 100 ad valorem.

ANNEXE. En ce qui regarde la ligne frontière, entre la mer et la lagune Tendo, l'expression < en. ligne droite x doit signiBer droitaunordvrai.

La « Map showing the town.and villages visited by the Assinee Boundary commissionnera in Dec. 1883 and Jan. 1884 x a servi à décrire cette partie des Mmites jusqu'à Nougoua.

Cet arrangement a. été ratifié par le Président de la République le 12 mars 1890.

II

Les rivières de la Côte d'Ivoire et la lagune d'Bbrié. L'Akba et tes rivières d'Aeby et de Oraad-Bassam. L'ahtme sans fond. La lagune et ia ttvière d'Assinie. Le Bla et le Tanoué. Les races indigènes


Agnis et Ochins. Tra;aNi;. Habitations. TteUgion et organisation des tribus. Les Bonbomrh et tes Jaeks-Jacks. Les Quona-Qaoua et les Glébos. Les Krouman. Le royaume d'Amatifou.

LESRtVIBRES DE LA COTE D'IVOIRE ET LA LAGUNE D'EBRIË.–On a vu quel était l'aspect général du pays on a expliqué également le phénomène de )a barre et la formation des lagunes; il nous reste maintenant à parler des cours d'eau qui arrosent le territoire de Grand-Bassam et des populations qui l'habitent.

Sur la COte d'Ivoire se jettent un certain nombre de cours d'eau dont les principaux sont, de l'ouest à l'est, le Rio Cavally, dont une rive appartient à la France et l'autre à la république de Libéria, le San Pedro, le Rio Fresco et les deux Laho.u, après lesquelles commence immédiatement la lagune d'Ebrié.

Sauf la petite Lahou, qui est sans grande importance,: ces rivières n'ont pas encore été explorées. Toutefois, on a remonté un peu la grande Lahou ot, en présence de l'énorme quantité d'eau qu'elle roule constamment, on a été amené à supposer que son cours est fort long et qu'elle doit prendre naissance à peu de distance de la chaîne de partage des eaux du bassin du Niger. La grande Lahou, avant de se jeter dans la mer, forme le petit lac Lozo, qui est parsemé de petites îles boisées (îles Pitér, Pandam et Afé). La lagune d'Ebrié, sur laquelle peuvent naviguer en tout temps les bâtiments, dont le tirant d'eau ne dépasse pas 80 centimètres, mesure environ i20 kilomètres de longueur. Des îles qu'elle renferme les plus importantes sont celles de Déblay et de Petit-Bassam sur ses rives sont échelonnés de nombreux villages qu'habitent, vers l'ouest et au milieu delà lagune; la tribu des Jacks-Jacks et, du oOté opposé, des sujets du roi Amatifou, yassal de la France.

L'ÂKBA ET LES RIVtERES D'ÂEBY ET DE GRAND-BASSAM. A l'est de Dabou, la lagune reçoit la rivière d'Aéby, qui arrose le village d'Aorédiou à une vingtaine de kilomètres


dans l'intérieur. En face de Grand-Bassam, se jette l'Akba, qui pénètre dans l'intérieur jusqu'au milieu des États de Tiéba, notre protégé, et qui passe à quelques jours de marche de la grande ville de Kong. L'Akba est plus connu dans le pays sous le nom de Comoé. Ce cours d'eau, qu'il faut traverser pour aller de Bondoukou à Kong, serait navigable au moyen de pirogues, si les Indigènes savaient construire celles-ci; mais les pirogues qu'on trouve sur le fleuve sont trop lourdes et ne servent qu'à passer d'une rive à l'autre. Le cours total de l'Akba est d'environ 800 kilomètres et de 450 à hauteur de Kong; de ce point (600 mètres d'altitude) jusqu'à la mer, le fleuve arrose Groumania (360 mètres), Attacrou (218 mètres) et Bettié (H/t mètres d'attitude). Pendant l'hivernage, son courant est si rapide qu'il atteint parfois, à son entrée dans la lagune, une vitesse -de 7 à 10 kilomètres à l'heure. Vers la fin de son cours, l'Akha forme deux lagunes appelées, l'utîe, la lagune Ono, l'autre, plus proche dé la mer, la lagune Kodioumé; puis ses eaux franchissent en écumant la .barre formée devant son embouchure et, en raison de la vitesse acquise, se mélangent si lentement avec les eaux de. la mer qu'à quelques centaines de mètres du rivage, la ligne de démarcation est encore très visible. L'ABIME SANS FOND. Vers le milieu de'la côte qui sépare la lagune d'Ebrié de l'Océan, la conformation du fond de la mer est particulièrement curieuse. Tandis que, presque partout, la plage s'incline en une pente relativement assez douce, en face de Petit-Bassam, au contraire, elle .s'aSaisse brusquement sur une largeur de près de 2 kilomètres. Cette crevasse, appelée aMcM M~s /MM( ou fosse de T~tt-BaMfMM., est profonde d'environ 490 mètres à 4 milles de la côte, de 180 mètres à un tiers de mille et de 36 mètres à la côte elle-même.

LA LAGUNR ET LA RIVIÈRE D'AssitftE. La rivière d'Assipie qui se trouve à 24 kilomètres environ à l'est de celle de Grand-Bassam est moins profonde, plus sinueuse, plus


dtf9o!!e à reconnaître que cette dernière, et le;) navires qui calent au plus 1"60 peuvent seuls y pénétrer. La lagune voisine, moins longue que celle d'Ebrié, s'enfonce davantage dans les terres et s'appelle tour à tour lac Aby, lac Tendo, lac Eyhi, lac d'Ouani. Elle renferme plusieurs petites îles dont l'une, l'iie de la Nuit, est située à l'entrée de la rivière près des factoreries françaises.

Au nord de la lagune, le terrain se relève en pentes assez douces, dominées par. des forêts entrecoupées de clairières d'où on domine tous les environs. Dans ce pays la végétation est telle que « les forêts, dit le docteur Barret, rappellentcelles du Nouveau-Monde, avec leurs arbres gigantesques, qui commencent à se ramifier seulement à 30 ou 40 mètres au-dessus du sol, et leur dôme de verdure. x LA BiA BT LE TAffonÉ. Les principales rivières de la lagune d'Assinie sont la Bia ou Songan, ou rivière de Krinjabo, qui se déverse dans le lac Aby, et le Tanoué, ou Tendo, qui se jette entre le lac Eyhi et celui <l'0uani. On ne connaît pas la Bia au delà des chutes d'Aboisso, on sait cependant qu'elle s'étend assez loin dans l'intérieur. Quant au Tanoué, qui appartient au royaume d'Amatifou, un aviso de la station du Sénégal l'a remonté pendant une centaine de kilomètres; on a appris depuis, d'après les renseignements rapportés par le capitaine Binger, qu'il prend sa source dans le pays des Aohantis, mais son cours est si accidenté et si tortueux que les caravanes allant de Koumassie vers la lagune lui préfèrent la route à travers la forêt 1.

LES RACES INDIGÈNES AGNIS ET OCHINS. Deux races distinctes d'indigènes habitent le territoire de Grand-Bassam et d'Assinie. La première, celle des .~M~, qui est de beaucoup la pius nombreuse, est établie depuis longtemps 1. Ces deux cours d'eau roulent des paillettes d'or dont la recherche sujBt & faire vivre une population assez nombreuse de pauvres gens qui se contentent d'un petit salaire quotidien.


dans la contrée; l'autre, celle desOcAttM, est venue. beaucoup plus tard, vers le commencement du xyne siècle; les individus de cette dernière ont de nombreux points de ressemblance avec leurs voisins les Jaoks-Jaoks. Les Ochins sont de grande taille et ont la mâchoire inférieure un peu saillante, tandis que les Agnis ont' le corps musculeux et trapu. Les formes de ces deux races indigènes sont généralement belles et leurs traits assez. réguliers. Ces noirs sont d'une constitution très robuste et, quoique leurs attaches soient fines et qu'ils aient les mains petites, ils ont ordinairement des pieds fort longs. Dans la plupart des villages de la lagune, les femmes vont entièrement nues; quelques-unes seulement ont pour tout vêtement un morceau d'étpaë, grand comme la main, qui s'attache, soit à une ficelle, soit à la ceinture de perles ou de coquillages qui entoure la taille.. Partout ailleurs, elles portent une bande de cotonnade qui se fixe en ayant à la ceinture, passe entre les cuisses et s'enroule sur les reins, de manière à former un coussin à peu près semblable à celui que portent sous leurs jupes les femmes européennes. Elles s'entourent ensuite la moitié du corps et le haut des jambes d'un .pagne d'environ 1 mètre 50 de longueur et portent au cou, aux .bras, aux,poignets, aux genoux et aux mollets, des perles, des chapelets de coquillages ou de verroterie, des anneaux, de cuivre, des bijoux en filigrane d'or et parfois des pépites d'or.

Les jeunes nlles tressent leurs cheveux.en petites touSës. tandis que les femmes les relèvent sur le sommet de la tête, en leur donnant la forme d'une pyramide conique. Quant aux hommes, Ils se.font une ceinture qui passe entre leurs cuisses et qu'ils s'attachent ensuite autour des reins, laissant flotter au vent les deux extrémités. S'ils en ont le moyen, ils se drapent, à la mode romaine, dans une large pièce de coton provenant généralement du pays même et composée de bandes de diverses couleurs. La nourriture des indigènes se compose principalement


de bananes et de poisson. Après avoir été épluchées, les bananes, encore vertes, sont bouillies dans l'eau; puis on

les pile jusqu'à ce qu'elles forment une p&te qui remplit l'office de pain. Le poisson est.fumé et & moitié cuit sur du bois vert(&nnde)econ-

Station du Gouvernement français à Assinie.

server pendant 16 ou 20 jours au moins); il est ensuite recuit dans un peu d'huile do palme ou d'arachide'. Les 1. Les nègres aiment particulièrement un plat qu'ils appellent le /'«M{o«-OM<<K<, et qu'ils préparent avec du poisson, de la volaille ou


noirs mangent aussi du gibier (antilope, gazelle ou buffle), du manioc, de l'igname et quelquefois du maïs. TRAVAUX.Les occupations des hommes sont la chasse, la pêche, la recette du vin de Boudou et la recherche de l'or; celles des femmes sont la préparation des aliment)', lessoins du ménage, )a culture des champs, la récolte des noix de palme, la fabrication de l'huile destinée au commerce et enfin, le soir, des sarabandes et des chants qui ont pour but de distraire et d'amuser les hommes.. La propreté de ces noirs est proverbiale (comme celle des Krouman), et le plus grand plaisir de ces indigènes est de se baigner chaque jour, de se savonner des pieds à -la tête et de s'enduire le corps d'une légère couche d'huile de palme'.

HABITATIONS. Les cases des villages sont bâties en pisé (ou torchis) peint à la chaux, avec portes et fenêtres pleines et recouvertes de feuilles de palmier disposées avec solidité, afin de résister aux .pluies torrentielles qui tombent pendant une grande partie de l'année. RBUMON ET ORGANISATION DES TRIBUS. La religion est le fétichisme, et tout ce qui arrive dans la contrée ou dans la tribu est attribué aux fétiches. Chaque tribu se gouverne eUe-même; elie nomme un chef et, dans les cas importants, tous les habitants notables ou âgés sont appelés à donner leur avis dans un palabre spécial LES Bonaoums ET LES JACKS-JACKS. Au nord de la lagune d'Ebrié, Font établis les Boubouris, peuplade turbudu porc, auxquels ils ajoutent do l'huiie de palme, des arachides pilées, du sel et une tr6s forte quantité de piment.

1. Le savon dont ils font usage est, tantôt de provenance européenne, tantôt de fabrication indigène (huile de palme et cendres de feuilles de palmier).

2. Le palabre (du mot espagnol palabra, parole) est une assemMée où chaque assistant, devenu orateur, se plalt & prononcer des discours longs et interminables. Faire palabre (ou tenir palabre) est un des plus grands plaisirs des noirs.


lente et guerrière, qui fait un certain commerce avec les traitants de Grand-Bassam et les noirs du littoral. La partie centrale et occidentale do la lagune est habitée par Ifs Aradian ou Jacks-Jacks, indigènes Industrieux et actifs, qui servent d'intermédiaires entre les populations de l'intérieur et les navires européens pour le commerce de l'huile et des amandes de palme. Les Jacks-Jacks, tout en acceptant, ii y a quelques années seulement, le protectorat t français, ont refusé jusqu'Ici le concours des négociants des factoreries et ont toujours paru jaloux de conserver leurs relations directes avec les capitaines de navires. Ils sont environ 40.000; ia plupart d'entre eux s'occupent de pêche, lorsqu'ils ne font pas de commerce, et le village seul de Grand-Bassam, contient un grand nombre de leurs pirogues.

LES QuouA-QuonA ET Ms Gt~BOs. A l'ouest des JacksJaeks', entre les Lahou et la rivière San-Pedro, se trouvent la tribu dos Avikom, ésaiement appelés ÇMMt-QMOMj., à cause de leur satutation qui a, dit-on, quelque analogie avec le cri du canard, et'la tribu des G~<M, ou gens de ScM<M~

LES KMuMAtf.– Au delà des Glébos sont les Krouman qui vivent dans les contrées voisines du Cap des Palmes et habitent par conséquent notre enclave de Garroway et nos territoires des Beriby et du Grand-Basba'. 1. ToM ces indignes, Giétos ou Quoua-Quoua, bien que placés sous notre autorité, sont encore assez sauvages, malgré leur origine Krouman. Quelques voyageurs ont même aQirmé qu'ils étaient anthropophages, mais le fait n'a pas été voriné. On a dit également qu'il existait dans le pays une tribu d'amazones où les garçons étaient mis à mort à leur naissance; enfin on a raconté que le vocabulaire des habitants de certains villages de cette contrée était si restreint que les indigènes se trouvaient forcés, pour se comprendre, de joindre à leurs paroles une mimique fort animée et qu'ils avaient ainsi les plus grandes difficultés pour communiquer entre eux au milieu de l'obscurité.

2. Il ne faut pas confondre Grand-Bassa.,Grand-Bassam et Grand-


Ces noirs sont lés plus beaux de toute la côte de Guinée Intelligents, travailleurs, assez honnêtes et fort doux, ils quittent volontiers leur pays pour un temps déterminé; toutefois ils ne partent jamais sans avoir échangé avec leur futur martre ce qu'ils appellent un Hw~ c'est-à-dire un traité en bonne et due forme; Ils laissent, ce traité entre les mains de leurs parents ou de leurs femmes, puis ils s'embarquent. Chez eux, tout se fait en commun; la terre est propriété commune à tout le village, et le produit de cette terre n'appartient qu'à celui qui l'a cultivée. Chaque centre de population a un chef élu par les anciens qu'il consulte d'ailleurs dans les circonstances importantes. Il en est de même dans les familles. Lorsqu'un-Krouinan, ayant terminé un engagement, revient au pays avec quelque argent, il lui en est réservé une partie pour lui-même; une autre part, très minime; revient de. droit au village et est déposée entre les mains du chef. Le reste est à la disposition de la famille; les parents assemblés décident .alors à quels usages on emploiera ladite somme, Ils font ensuite choix d'une épouse pour le jeune Krouman et c'est généralement aux cadeaux destinés à la nouvelle mariée que passe la plus grande partie de l'argent dont les parents ont à fixer l'emploi

Grand-Basha. Grand-Bassa est un centre assez important de la République de Libéria, situé sur la rivière Saint-Jean, au sud-est de Monrovia. Grand-Bassam et Grand-Basha, au contraire, sont sur le territoire français, le premier sur la Cote d'Or, non loin de l'Akba, le second sur la Côte d'Ivoire, a t'est du cap des Palmes et de la rivière Cavaiiy.

1. est un fait curieux à noter.; seuls peut-être de tous les noirs de l'Afrique, les Krouman ont conservé très vif l'aniour de la liberté. Les populations voisines n'ont jamais pu les réduire; Il la moindre attaque d'un ennemi quelconque, le pays de Krou se soulevait en entier et marchait a la rencontre de l'agresseur. Les traitants avaient d'ailleurs renoncé d'autant plus facilement &.faire commerce des gens de cette contrée que ceux dont on avait roussi à s'emparer préféraient la mort à l'esclavage. Ils se laissaient mourir de faim ou se noyaient à la première occasion; on les reconnaissait


LE ROYAUME D'ÂMATiFou. Au nord-est de la lagune d'Assinie existe un puissant État vassal de la France, dont ]o chef, d'origine achanti, réside à Krlnjabo, ville de 3.500 à 4.000 âmes, située sur la rive gauche de la rivière de Bla. Cet État est connu sous le nom de royaume d'Amattfou. Amatifou était le souverain qui régnait en 1843, et qui nous céda les territoires de Grand-Bassam et d'Assinie, conquis quelque temps auparavant sur des chefs indigènes par l'un de ses prédécesseurs. Quoique fort dévoué à la France, ce roi a cependant arrêté pendant de longues années le développement des transactions dxns l'intérieur du pays en exigeant des caravanes et des étrangers des droits de passage exorbitants. Ce n'est que vers la fin de son règne qu'il consentit à modifier sa ligne de conduite; ii est mort en janvier 1886, laissant pour successeur son neveu Akasi.madou, homme très Intelligent et fort bien disposé pour les Français

on les reconnait encore à une cicatrice qu'ils se font quand ils sont tout jeunes et qui. va du haut du front jusqu'au milieu de l'arête du nez.. On n'a jamais connu aux Krouman que quelques esclaves, mais il y a de,cela fort longtemps, et ceux-ci étaient parfaitement traités. D'ailleurs ces Krouman ne les avaient point achetés, mais reçus de débiteurs qui ne pouvaient payer autrement leurs dettes.

1. D'un naturel assez doux et très hospitalier, malgré leur origine achantie, les indigènes du royaume d'Amatifou n'ont pu perdre encore entièrement leur goût pour les sacrifices humains. Ainsi la mort d'Amatifon a été cachée pendant une quinzaine de jour~ au résident de France à Grand-Bassam j l'on a tout lieu de supposer que, pendant ce temps, les funéraiiies du vieux roi ont été céié~ brées avec un éclat particulier, c'estra-dire que le sang humain y a coulé dans de làrges proportions. Amatifou n'abusait cependant pas de la peine de mort contre ses sujets, et il a laissé la réputation d'un chef sévère, mais équitable. Quand il croyait devoir punir, il n'admettait que deux peines, t'amende ou la peine capi-' tale. L'amende se payait en marchandises ou en or.


ni

Territoires de la Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or. AMinie, Dabon, Grand et Petit-BMMm. Instruction publique moyens de défende. TERRITOIRES DE LA COTE D'IVOIRE ET DE LA CÔTE D'OR. La limite du territoire dépendant des établissements de Grand-Bassam et d'Assinie a pour point de départ, à l'est, une ligne conventionnelle partant de la côte, près du vidage de Newton le reste de la délimitation fait l'objet d'un protocole qui a été signé le 11 août 1889 entre la France et l'Angleterre et dont on a pu lire les termes exacts au début de ce chapitre.

Le territoire d'Assinie et de Grand-Bassam rejoint au nord-est le royaume d'Amatifou, qui se trouve aujourd'hui relié aux États protégés du Soudan français par les pays de Kong et de Bondoukou.

A l'ouest, nos possessions s'arrêtent a ia rivière Cavally et les droits de la France sur la partie de. la côte corn- prise entre les Lahou et la rivière CavaUy sont incontestables et appuyés sur des traités réguUers.

ASSIME, DABOU, GRAND ET PETIT-BASSAM. Assinie est placée sur la rive droite de la rivière à laquelle elle a donné son nom; en face d'elle s'éiève l'ancien poste où fut créé autrefois le fort Joinville;-il y a quelques années, on y voyait encore de vieux canons iaissés par nous en 1871, au moment de notre évacuation.

Grand-Bassam est situé à 27 milles environ à l'ouest d'Assinie. C'est également un village indigène, non loin duquel sont instaUés les comptoirs européens.

Le village de Dabou, où l'on avait jadis construit un blockhaus aujourd'hui en ruines, est placé sur la lagune d'EbrIé, à l'ouest de l'embouchure de l'Aéby.


Entre Dabou et GKnd-Bxssam, on rencontre, sur la partie méridioMte de la lagune, et ai. 200 mètres seulement de la mer, le village de Petit-Bassam, dont il a été queeitton à dinérentes reprises, au sujet du développement commercial de notre territoire de la Côte d'Or'. L'iMTMOTMN PUBLIQUE; LES MOYENS DE DÉFENSE. A Elima, en face d'Assinie, sur le lac Aby, il a été créé, ii y a peu d'années, une école qui réunit une cinquantaine d'enfants; cette école est actuellement dirigée par un instituteur primaire.

11 n'y a pas de garnison à Gtand-Bassam, mais seulement une miiloe noire d'une trentaine d'hommes; par suite, il n'existe pas d'ouvrages de défense.

1. Le littoral de Guinée ne possède qu'un très petit nombre de porta, tous situés sur les rivières, et, par suite, d'un accès diffleile à cause de la barre qu'il leur faut franchir. Les autres pointa maritimes de la côte n'ont que des rades foraines. Il est bien évident qu'on pourrait, au moyen de dépenses assez considérabies et, par suite, hors de proportion avec le résultat qu'on pourrait en attendre bref délai, créer sur quelque point du littoral an port de refuge où la barre ne serait plus à craindre. On a jusqu'ici reculé devant un tel projet.

Il existe cependant un endroit où cette barre n'existe pas, en raison de l'extrême profondeur de la mer, c'est celui auquel les marins ont donné le nom d'~Mma sans /0)M< ou de Fosse du PetitBassam. A la côte même, la profondeur de l'Océan est encore de 36 mètres et la largeur de la Fosse est de 2 kilomètres. On a donc pensé que cette disposition exceptionnelle permettrait peut-être, par des moyens que peuvent seuls reconnaltre les ingénieurs, de créer un port magnifique qui ne pourrait s'ensabler, n'étant pas à l'embouchure d'une rivière. A ce projet, qu'il sera nécessaire d'étudier sérieusement avant de le déclarer impraticable on excellent, on en avait joint un autre, celui de relier Petit-Bàssam au continent par un pont (de bois ou de fer) divisé en deux sections la première d'une longueur d'environ 1,200 mètres en face du Petit-Bassam i la seconde, longue de 2,400 mètres environ, partant de l'lie de PetitBassam, et aboutissant de l'autre côté de la lagune, près du village d'Aminkié.


IV

Commerce. Exploitation de l'or. -Taxes et droits.

COMMERCE. On a traité au chapitre IV de cette notice, toutes les questions relatives à l'agriculture sur la côte de Guinée. Il reste à parler de la question commerciale, en ce qui concerne la Côte d'ivoire et de la Côte d'Or. A Grand-Bassam et à Assinie, le commerce est entre les mains d'une maison française de la Rochelle, qui fait à elie seule les deux tiers des affaires du territoire. Le reste appartient à une maison de Londres, et une grande maison de Bordeaux essaie d'y créer une factorerie.

La maison de la Rochelle possède une petite flotte de bâtiments à voile et à vapeur qui sillonnent les lagunes pour y chercher les produits d'exportation et y apporter les marchandises européennes. Elle a à lutter principalement contre les Jacks-Jacks, qui exportent, à eux seuls, environ 6 à 6.000. tonnes d'huile de palme; elle exporte; de son côté, environ i.000 tonnes, auxquelles Il faut joindre 400 tonnes d'amandes de palme. Plus de la moitié de ces produits va dans les savonneries et les stéarineriës de Marseille.

L'or est représenté par une exportation annuelle d'environ 1.600 onces (de 32 grammes), d'une valeur de 144.000 francs.

Le mouvement commercial, concentré jusqu'ici à GrandBassam et à Assinie, s'étend )e long de la côte, au Lahou et à Petit-Bassam, que nous avons Indiqué comme le futur port de la contrée.. Du 1<" janvier au 10 juin de cette annnée, les. recettes locales se sont élevées à 96.374 fr.- 07, dont 88.760 fr. 48 pour les douanes, alors que les pt'é-


visions pour la même période, étaient seulement de 58.478 francs.

Le territoire de Grand-Bassatn est relié au SoudM )fr&hçais depuis le voyage du capitaine Binger et de M. TreidhLaplène, et les négociants de la contrée cherchent à établir des relations oommerclales avec les États de Kong et les pays avoisinants. Ils cherchent également à créer un' courant d'échanges avec un royaume indigène voisin de notre territoire de Grand-Bassam et appelé le royaume des Achantis.

Le pays des Achantis a pour capitale Coumassie qui est une grande ville d'environ 6 kilomètres de tour, et compte 10 à tS,000 habitants. Le royaume, bien qu'indépendant de nom, est en réafité vassal de l'Angleterre, qui cherche à empêcher les autres nations européennes d'y pénétrer. La population se prête d'ailleurs merveilleusement à ce résultat. Les Achantis ont horreur des Mânes et l'on raconte que.jadis, pour faire reculer les étrangers qui tentaient de pénétrer dans leur capitale, les habitants étendaient des cadavres sur les routes ou les attachaient aux arbres en grande quantité.

Coumassie n'est plus comme autrefois un groupe considérable de huttes bâties les unes auprès des autres sans ordre ni symétrie. Les Anglais, qui s'entendent merveilleusement en commerce et eh' colonisation, ont, dès leur arrivée dans lé pays, dépensé des sommes considérables pour faire des voies de communication. Le commuée, qui n'avait qu'une importance relative, s'est alors développé dans des proportions énormes et l'influence européenne a peu a peu pénétré à Coumassie. Le village est devenu une ville, avec des.rites bien alignées et des constructions modernes a un t)t à deux étages. Les sacrifices humains, qui étaient quotidiens jadis et qui prenaient des proportions effroyables, lorsqu'il s'agissait de célébrer la mort d'une personne de la famille'royale,' ont beaucoup diminué depuis 1882.

Tout était alors un prétexte a verser du sang il y avait sacrjSoe, si l'on brisait un cauf dans la rue, si l'on répandait de l'hâte. de palme, si lefétichef ordonnait et il l'ordonnait souvent– s'il fallait enfin célébrer une fête quelconque, or il en a~{t deuï ou trois par semaine. L'une des plus importantes était <Mte des ignames, dont la récolte aurait manqué si l'on n'MSit pas eu de victimes a égorger.

Gum~B. 6


Les rues de Coumassie, si tortueuses qu'elles fassent, avaient toutes des noms significatifs à cet égard l'un de ces noms voulait dire < Tuez-les tons Une autre s'appelait « Jamais sèche de sang. Une autre encore « le Ruisseau rouge. »

Mais les Achantis sa civilisent progressivement et l'introduction des marchandises européennes n'a pas peu contribué à ce résultat. Malgré ses tueries d'autrefois, le pays est encore fort peuplé et l'on comprend tout l'avantage que des relations commerciales avec cette contrée procureraient aux factoreries, françaises du littoral. Heureusement, aujourd'hui le pays des Achantis n'est pas le seul qui avoisine nos territoires d'Assinie et du Grand-Bassam. Au nordouest des Achantis, an nord et au nord-ouest du royaume d'Amatifou, il y a les pays visités par MM. Binger et Treich-Laplene, qui deviendront un débouché important pour nos produits. Evidemment les communications laissent 4 désirer mais il y a les voies fluviales dont on pourra peut-être tirer parti. On a développé déj4, mais dans une mesure très miniine, les échanges entre nos comptoirs et les peuplades Quoua-Quoua et Glébos, etc., qui, comme nous l'avons dit précédemment, se trouvent sous notre protectorat jusqu'à la rivière Cavally.

EXPLOITATION DE L'.oR. Au nord d'Assinle et dans' !e royaume d'Amatifou, on rencontre la continuation des gisements de terres aurifères qui couvrent le pays des Aèhantis et qui ont donné au littoral la dénomination actuelle de Côte d'Or.. L'exploitation de l'or se fait de deux façons selon l'époque'de l'année; pendant la saison sèche, les indigènes n'ayant pas d'eau à leur disposition, creusent des puits dans le quartz aurifère et parviennent quelquefois à trouver'des pépites quLpesentM, 30, Met même jusqu'à 100 ou 120 grammes Les procédés qu'ils emploient sont des. plus primitifs et laissent échapper une certaine quantité d'or. C'est pendant i'hivernage, où les pluies sont torrentiéltes, que les hoirs revoient avec soin toutes les terres o-Ml&on't pu laisser, échapper de l'or pendant la saison sëoh& Cette terre, qui est une argile très ténue et qui forme iefont(t'dè toutes les vallées, contient'aussi une certaine quantité de paillettes ou de poudre d'or-.Le procède, employé'est.encore.très rudtmentaire; l'argile est placée


dans des calebasses auxquelles on imprime un mouvement de rotation qui précipite l'or au fond du vase; tout le reste est entraîne et jeté. Les sables ne donnent guère plus de deux à trois francs d'or par mètre cube et ne sont pas exploitables pour les Européens. La maison Verdier a tenté cette exploitation. et a dû y renoncer; il en a été de même pour les gisements du territoire anglais d'Apollonie. Les noirs seuls y trouvent quelque profit; Ils vont s'établir dans la forêt, installent des huttes, plantent quelques bananiers, puis, selon la saison, ils creusent des puits ou, armés de calebasses, ils se mettent à laver le sable; lorsqu'ils ont recueilli quelques onces de métal, ils viennent aux factoreries- de la côte les échanger contre des marchandises européennes de leur goût, c'est-à-dire des étoB'es, de l'alcool, de la poudre ou des fusils à pierre L'or se vend aux factoreries à raison de trois francs le gramme. I! existe également dans la contrée, près d'Aby, une source de bitume assez abondante.

TAXES ET DROITS. Un décret, en date du 3 septembre 1889, frappe les marchandises de toute provei. Les chefs font également chercher l'or par leurs esclaves; ils l'enterrent dans leurs cases ou le font transformer en bijoux de ntigrane* qui contiennent de 50 & 60 pour cent du précieux métal. Ces bijoux sont portés par les femmes aux jours de fête ou aux grandes cérémonies. Ils ne sont mis dans le commerce que par hasard; lorsqu'un indigène ne peut se libérer vis-à-vis d'un négociant des avances que celui-ci lui a faites, ou qu'il désire avoir de nouvelles marchandises, il donne alors des bijoux en paiement ou en garantie. La poudre d'or est enfermée dans des calebasses enterrées sous la terre battue qui forme le sol de la case. Certains chefs possèdent ainsi des richesses considérables qu'on ne soupçonne pas. H y a quelques années, M. Verdier devait recevoir d'un chof de la contrée une somme de 3 000 francs en poudre d'or, il arriva chez celui-ci quelques instants avant l'heure Sxée pour le rendez-vous. Il trouva le chef entouré d'immenses CtiebjMises pleines d'or qu'il venait de déterrer! M. Verdier estime qu'il y en avait là pour plus d'un million.


nances, importées à Grand-BMsam et Asslnle, des droits suivants:

Les vins paient de 10 à 15 francs par hectolitre; les alcools et eaux de-vie de 40 & 60 francs; les armes 2 francs par pièce, les ouvrages en fonte, fer, acier, cuivre, 20 francs par 100 kiios; Je se), 1 franc par 100 kilog.; le tabac, 0 r. 80 par kilog.; les tissus, <S 0/0 de leur valeur la coutellerie, oO francs par 100 kilog. les poteries, fa!ences, porcelaines, verres, 20 francs par 100 kitcg.; le fer, 4 fr. ies 100 kilog.; la poudre de traite, 0 fr. 50 par kilog.; les savons ordinaires,'20 francs par 100 kiiog.; les savons de toilette, la parfumerie, les nis de toutes sortes, 20 0/0 ad~iofem; les fntàUies, 3 francs chaque; les autres marchandises, 10 0/0 de leur valeur.


UnemeàPorto-Novd. CHAPITRE V[

Établissements de la Côte des Esclaves.

1

Le royaume dePorto-Novo. SonvenUon avec I'A!temagM. Traité avec l'Angleterre.

LE ROYAUME DE PoMO-Novo. En 1863, le roi Sodji, souverain du royaume de- Porto-Novo. plaçait ses États sous le protectorat de la France. Ceux-ci s'étendaient vers l'ouest jusqu'au royaume du Dahomey; ils comprenaient,


&utre la territoire soumis actuellement à notre domina. tibn, Rue bafid~ de* terrain qui longeait la mer et s'étendait'Iusqu'S'lagune Corodou, c'est-à-dire presquejusqu'à Lagos~ Petf de temps après, le Dahomey nous cédait le petit port dé Êotonou, situé au sud-est de son royaume~. Mais les commerca.nts anglais de Lagos, voyant que, p&f 16 seut fait de notre établissement & Porto-Novo, un~ partie du commerce de la région allait leur échapper, se piaignirent si vivement que le commandant de la division savate britannique, sans s'inquiéter des traités déjà conclus, mit le blocus à l'embouchure de la rivière et menaça dit bombarder Kotonou etPorto-Novo. Heureusement nous avions sur ce point un agent consulaire fort énergique, M. P. Béraud. dont tes protestations troublèrent le commandant de )a division britannique; Les bâtiments angiais~se retirèrent et des indemnités furent données à divers négociants français qui avaient été lésés. Mais la suite des événements montra combien les Anglais ont raison d'élever constamment des protestations à tout propos et bien souvent sans motif plausible; le gouvernement de l'Empereur, voulant se concilier sans doute le cabinet de Saintr-James, céda à la colonie de Lagos la bande littorale qui s'étendait de la rivière Addo à la lagune de Corodou.

Un peu plus tard, laissé sans organisation, sans ressources, notre protectorat de Porto-Novo cessa bientôt de fonctionner, et le contre-amiral Laffon de Ladébat, commandant la division navale de l'Atlantique sud, orat alors devoir faire évacuer )e pay~.

CONVENTION AVEC L'ALLEMAGNE. En 1883, après un abandon de plusieurs années, nos établissements furent réorganisés (décret du 16 décembre) et placés sous l'anto1. Cette cession, faite verbatement .en 1864 au cours d'une visite que firent, 4 Abomey, le capitaine de vaisseau Devaux et M. Daumas, agent consulaire de France à Porto-Novo, ne fut confirmée par traité que le 19 mai 1868.


rite du commandant particulier de notre colonie du Gabon. Le grand mouvement qui, depuis quelque temps déjà, portait les principales puissances européennes à fonder des établissements en Afrique, avait rendu cette réorganisation nécessaire, et ce même motif nous avait fait accepter, en 1883, la demande de protectorat adressée à la France par les chefs des pays de Petit-Popo et de Grand-Popo, desquels dépendaient aussi les villages de Porto-Séguro, d'Agoué et do Togo; mais i) arriva qu'au moment où nos droits venaient d'être reconnus (avril 1885), l'Allemagne avait, à la suite d'un conflit entre un de ses nationaux et un chef indigène, planté son pavillon sur Togo et à Porto-Séguro.

C'est alors que fut conclue, le 24 décembre suivant, entre les cabinets de Paris et de Berlin, la convention qui règle la situation respective de la France et de l'Allemagne dans la région

Le gouvernement de la République française, en reconnaissant le protectorat allemand sur le territoire de Togo, renonce aux droits qu'il pourrait faire valoir sur les territoires de PortoSéguro, par suite de ses relations avec le roi Mensa. Le gouvernement de la République française renonce également à ses droits sur Petit-Popo et reconnaît le protectorat allemand sur ce territoire.

Les commerçants français à Porto-Séguro et à Petit-Popo conservent pour leurs personnes et pour leurs biens, de même que pour les opérations de leur commerce jusqu'à la conclusion de l'arrangement douanier prévu ci-dessus; le mémo benénco de traitement

Les limites de notre possession de Grand-Popo et d'Agoué se trouvent ainsi bien définies, entre le Dahomey, du coté de l'est, et vers l'ouest, du côté de la colonie allemande de Togo.

1. Cette même convention réglait la question de la Dubréka, ainsi que tout ce qui était relatif à la délimitation du Congo français et du Kameroun (Voir les fascicules du Sénégal et du Congo).


A Porto-Novo, H restait à régler la question relative à la délimitation du territoire français dans la direction anglaise de la colonie de Lagos dont les agents cherchaient constamment empiéter sur des portions de territoires nous appartenant. L'arrangement suivant qui résout cette question a été conclu le 11 aodt 1889

Ttt*n< AVEC i.'AMLETBMB. Art.' 4, § t". Sur la Cote des Esclaves, la ligne de démarcation entre les sphères d'influence des deux puissances se confondra avec le méridien qui coupe'le territoire de Porto-Novo à la crique d'Ajarra, en laissant le Pokrah ou Pokéa à la Colonie anglaise de Lagos. Elle suivra le méridien précité pour s'arrêter, au nord, au 9" degré de latitude nord. Au sud, elle Ira aboutir à la plage, après avoir traversé:ie territoire d'Appah, dont la capitale restera à lAngleterre.

La navigation de i'Ajarra et celle de la rivière d'Addo seront libres et ouvertes aux habitants et aux embarcations des deux protectorats.

§ 2. -Des garanties seront stipulées en vue d'assurer aux commerçants français toute liberté pour leurs échanges avec les pays qui ne seraient pas compris dans la sphère d'influence de la France, et notamment avec les Egbas.

Réciproquement, des garanties seront stipulées en vue d'assurer aux commerçants anglais toute liberté pour leurs échanges avec les paya qui ne seraient pas compris dans la sphère d'influence de l'Angleterre.

§ 8. Des garanties seront également stipulées en faveur des habitants de Kotonou et de la partie française du territoire d'Appah. Ces habitants seront libres d'émigrer s'ils le désirent et ceux qui resteront seront protégés par les autorités françaises contre toute atteinte, de la part du roi de Porto-Novo ou de ses gens, à leurs personnes, leur situation et leurs biens.

Les mêmes garanties seront stipulées en faveur des habitants du territoire de Pokrah.

§4. U est convenu, en outre, que 1° l'action politique du Gouvernement français s'exercera librement a l'ouest de la ligne frontière, et que, 2° l'action politique du Gouvernement anglais s'exercera librement M'est delà ligne frontière. § 5. Comme conséquence de l'entente qui vient d'être ainsi dénme, et pour éviter les conflits auxquels les rapports journaliers des populations du pays de Porto-Novo avec les habitants de Pokrah pourraient donner lieu si un poste de douane devait être établi par l'une ou l'autre des parties contractantes à la crique d'Ajarra,


les délégués français et anglais s'accordent à recommander à leurs Gouvern-imenta respectifs la neutralisation, au point de YM douanier, de la partie du territoire de Pokrah comprise <:ntre la crique Ajarra et i'Addo, en attendant qu'un accord douanier définitif puisse intervenir entre tes établissements français de Porto-Novo et la colonie de Lagos.

ANMis. § 1. « Le méridien qui coupe le territoire de PortoNovo à la crique d'Ajarra x doit signifier

1° (Au nord do la lagune de Porto-Novo), ie milieu du cours de la rivière Ajarra ou Ajera, jusqu'au peint cette rivière cesse de séparer le royaume de Porto-Novo de celui de Pokrah et, de ia, le méridien de ce point, au nord, jusqu'au 9° parallèle de latitude nord ¡

? (Au sud de la lagune de Porto-Novo), le méridien du milieu de la rivière Ajarra à son embouchure dans la lagune de PortoNovo;

3° La ligne frontière a été deertte dans cette convention, d'après le « Sketch survey of thé Inland water communications in the colony of Lagos, by Harbour-Master speeding, 1886 D.

II

Territoire de Srand-PopO! l'Agpmë. La lagune Denham et l'Ouémé. Les popuMoM de la Cote des BMisvM. Le< Minas. Les Nagos. TERRITOIRE DE GRAND-POPO L'ASOME. La Côte de. Grand-Popo et de Porto-Novo présente à peu près les mêmes caractères que celles d'Assise et de Grand-Bassam, mais elle est défendue, en outre, par des brisants formidables, où des pilotes expérimentés peuvent seuls s'aventurer' Du large, les entrées des rivières sont presque Invisibles et la cOte n'est indiquée que par les arbustes ou les bouquets de cocotiers qui entourent les villages du iittora)'

1. Les territoires de Grand-Popo et de Porto-Novo sont sur la cote des Esclaves, 4 550 kilomètres environ & l'est de Grand-Bassam et d'Assinie.

Dans cette contrée, les baies intérieures des cours d'eau


Leff collines, qui commencent assez loin de la mer, forment, comme sur la Côte d'Ivoire, des gradins successifs d'une hauteur de 60 & 70 mètres chacun et vont ainsi se rattacher aux hauts plateaux de l'intérieur qui n'ont pas plus de 800 mètres d'altitude.

A Grand-Popo, le littoral est double et la bande maritime est séparée du continent par un canal qui fait comniùnlquer entre elles les lagunes Avon, Denham et Korodou, allant ainsi du pays de Togo à la colonie de Lagos, a travers lé Dahomey et le royaume de Porto-Novo Le territoire de Grand-Popo est traversé par les rivières d'Agomé et de Grand-Popo; cette dernière se divise en plusieurs bras, en se jetant dans le canal des lagunes, et forme quelques !les dont les plus importantes sont les !les Mattah, Macou et Tabarge. En toute saison, la communication existe avec la mer; cependant les Indigènes pratiquent souvent des coupures dans la bande maritime pour y faire passer leurs barques. La barre, si violente en certains endroits de la côte de Guinée, n'est pas très forte en face du village d'Agomé.

LA LAGUNE DENHAM ET L'OuEMÊ. A l'ouest de PortoNovo se trouve la lagune Denham (ou Nakhoué), dans laquelle s'écoule la rivière Ouémé, qui a une profondeur moyenne de quatre mètres et dont le cours supérieur passe à Agonly, à huit heures de marche d'Abomey, capitale du Dahomey

A partir du littoral, sillonné par de petits canaux, le cachent une quantité de petites criques, au bord desquelles, bien abrités par des arbres touffus, les traitants d'autrefois pouvaient,sans crainte d'être vus, amener leurs caravanes d'esclaves. 1. La lagune Avon porte le nom du navire anglais qui, le premier, l'explora en 1846.

2. Le roi du Dahomey a eu pendant un certain nombre d'années la prétention d'interdire aux Européens de remonter le cours de t'Ouémo. Aujourd'hui cette prétention ne saurait plus exister; car une partie des chefs riverains de l'Ouémé se sont placés en mai 1887 sous le protectorat de la France.


terrain se ralève peu & peu, de manière à former un vaste p)at6au que bordent, à l'ouest, la rivière Ouéiné, à l'est, la rivièreAddb.

LES POPULATIONS DE LA COTE DES ESCLAVES LES MtNAS. Le territoire de Grand-Popo ëtd'Agoméest habité par une peuplade qui a fourni jadis aux négriers portugais;

La place du marché au bois à Porto-Novo.

lesquels les envoyaient au Brésil, un nombre considérable d'esclaves. Lesindigenesdecepayspot-tentlenomde Djédis, mais ils sont plus connus sous celui de Minas, qu'on leur donne encore dans l'Amérique du Sud. Ce sont des hommes de haute taille, bien découplés, très vigoureux, qui se sont fait estimer par leur douceur et leurs qualités morales, comme ils se sont fait craindre au Brésil par leur amour de la liberté

4. Comme tous les noirs de Guinée, les minas sont fétichistes j mais ils ont plus particulièrement le culte des reptiles et i) s'ensuit


LES NASos. A Porto-Novo, les habitants du territoire, appelés Nagos, appartiennent, comme leurs voisins les Egbas, au grand peupie desYoroubas. Ce sont des êtres doux, bienveillants, consciencieux, sincères et très serviables. Chez eux, comme chez les Krouman, la propriété est collective; ils sont agriculteurs et cultivent spécialement l'igname et le maïs, qui sont leur principale nourriture;.mais Ils ont également des plantations de manioc, de mil, d'arachides, de bananes, de patates, etc. D'ailleurs, ]e pays, qui est fort riche, se prête merveilleusement aux travaux agricoles de toutes sortes.

Les Nagos excellent aussi à extraira le vin de boudou, de l'arbre appelé le raphia, au sommet duquel ils grimpent avec une agilité prodigieuse. Ils sont en outre fort Industrieux et fabriquent des étoffes qu'iis teignent ensuite, des poteries et des objets en fer ou en peau.

Ainsi que tousles noirs de la Côtede Guinée, Us sont Idolâtres et leur crainte du fétiche est telle, que i.'étranger qui visite le marché au bois de Porto-Novo est frappé d'un spectacle vraiment curieux.

Tout autour de ia piaoe sont déposées les plies de bois à vendre; seulement ii n'y a là que des acheteurs et pas de marchands, ceux-ci étant partis à leurs affaires. Comme le bois a un prix fixé d'une manière' invariable, chaque noir fait lui-même .sa provision à l'une des piles et dépose par-terre, en face de la plie, prix de son achat en cauris. Quoique le marchand- soit absent, aucun acheteur ne songe à voler, car, d'après la croyance des indigènes, la place est surveitiée par le fétiche et Je voleur tomberait aussitôt foudroyé.

Toutes ces peuplades, Nagos ou Minas, qui habitent Grand-Popo ou Porto-Novo, fort jalouses de leur indépendance, ont été bien souvent en butte à des attaques, auxque ces animaux, n'étant jamais détruits, pullulent dans toute la contrée.


quelles elles n'ont pas toujours pu résister, de la part des bandes armées du royaume du Dahomey, qui se trouve situé justement entre les deux possessions.

in

Territoire de Grand-Popo. B..ymme de Porto-Novo. Kotonou etAfatonou. Ville de Porto-Novo. Gouvernement du royaume. La tangMfraDcafse.–fmnpeaetmtUee:.

TERRITOIRE DE GMND-Popo. Le territoire de GrandPopo est situé sur la Côte des Esclavep, à l'ouest de ia partie maritime du Dahomey. Il est borné de ce côté par une ligne partant de la mer et rejoignant directement vers le nord la rivière de Grand-Popo, limite orientale du territoire. Du côté de l'ouest, la frontière suit également une ligne qui part d'un point situé entre Petit-Popo et Agomé et se dirige vers le nord perpendiculairement à la mer. 11 n'y a pas de limites du côté du nord.

Cette possession contient, d'après Zoller, environ 120,000 habitants, et les pays situés au nord, environ 200,000. D'après le même auteur, la contrée voisine de Togo et de. Petit-Popo, qui appartient aux Allemands, compte 60,000 habitants et les pays limitrophes 50,000.

LA BAKANQUÈRE, AGOMÉ ET LA VILLE DEGRAND-POPO.–LOS centres principaux de cette enclave sont Agomé, GrandPopo et la Baranquère.

La Baranquère, appelée Abaranquère.par les indigènes, n'est qu'une réunion de quelques misérables huttes; on y voit une factorerie française.

Agomé (Ajigo) est à 9 kilomètres de Petlt-Popo. C'est une ville commerçante, entourée d'un grand nombre de, champs cultivé! Ce sont surtout les nègres qui y font le commerce. Son port est un des plus sûrs de la côte et


son climat n'est pas malsain. Les.caravanes de l'Intérieur commencent à en prendre le chemin et contribuent ainsi asondéveloppement..

Grand-Popo a été fondée, comme Agomé et la Baranquère, par des indigènes persécutés du Dahomey, des Minas libérés revenus du Brésil et des mahométans de l'intérieur. On a ainsi une population très diverse, fétichiste, chrétienne et musulmane. Une partie de Grand-Popo est sur la mer; l'autre partie, appelée Salt- Pond-Havy, est située sur la lagune. On y fait également un grand commerce. ROYAUME DE PoMO-Novo. De l'autre côté de la région eôtière du Dahomey est le royaume de Porto-Novo, dont les limites sont les suivantes à l'ouest, une ligne brisée partant d'un point du littoral et aboutissant, à peu de distance de là, à la lagune Denham; puis elle suit la rivière Ouémé jusqu'à l'endroit. où elle. pénètre complètement sur le territoire dahoméen; au nord, ce sont les frontières du Dahomey enfin, à l'est, notre territoire touche celui de LagM, dont il est séparé, d'abord par une ligne partant de la mer et Sxée'par l'arrangement du ~1 août i889, qu'on a pu lire, M extenso, au début de ce chapitre. KoTONoù ET AFATONOU. Le port de cette possession est Kotonou (Appi) où les bâtiments entrent en franchise, tandis qu'ils paient des droits assez considérables à Lagos; aussi le mouvement maritime augmente-t-il sans cesse 1 Auprès de Kotonou, dans la lagune, est le village d'Afatonou, créé autrefois par des indigènes de Godomé, poursuivis par les noirs du Dahomey~ Le fétiche défendant aux soldats de ce royaume de franchir l'eau autrement qu'à gué et leur interdisant par suite l'usage des ponts ou des bateaux, les gens de Godomé se sont installés sur la lagune même dans des habitations bâties sur pilotis.

Ce village a cela de singulier que les palabres se tiennent en l'air, sur les toits presque plats des cases, ou tad~'M; c'est également sur ces toits que, les jours de fête, gam-


badent les danseuses. Lorsque quelqu'un tombe à l'eau, personne ne s'en inquiète une chute dans )a lagune n'a rien de bien gravé pour ces indigènes qui nagent admirablement et qui ont en outre une pirogue- remisée sous chaque habitation.

VILLB DE PûMO-NOYO. Nous'arrivons enfln à Porto-

Novo, le Port-Neuf des Portugais, l'Adjaché des noirs. Lagos seule dépasse PortoNovo en population. Dans cette dernière viHe, ou plutôt dans ce groupe de villages, on compte environ 20.000 habitants (200.000 pour le royaume entier).

Porto-Novo fait 'un grand commerce avec les districts de l'intérieur du bassin du' Niger. Les principaux objets d'échange sont, principalement, le tabac, la poudre, les étoffes et les boissons aicooiiqùes; on y expédie des noix pour le Bré<ii et, pour l'Europe, des amandes etde l'huile de palme. En outre, on y fa-

Marchands de maaioc.

brique des étoffes en fil d'ananas et on y recueille du sol qu'on vend aux tribus 'de l'intérieur.

Gonv'MNEMENT DU ROYAUME. Le gouvernement du'. royaume est absolument unique en son genre. H y a deux rois à Porto-Novo, le roi de jour et le roi de nuit. Le roi de jour, Toffa, est le plus considéré; c'est lui qui a les droits politiques, qui dirige l'administration. Il doit être rentré chez lui au coucher du soleil. Au contraire, le roi de nuit ne peut sortir que lorsque le jour a disparu; c'est un simple chef de police, dont la mission est uni-


quement de veiller à la tranquillité de la ville. Chaque roi a droit de mettre à mort son collègue, s'ii le rencontre dans les rues pendant son interrègne.

LA LAtt&DE FRANÇAISE. La langue française est peu répandue dans ces contrées et particulièrement à PortoNovo. On y parle l'anglais, un peu de portugais et beaucoup de dialectes Indigènes.

11 y a quatre ou cinq ans, les missionnaires et les sœurs établis sur nos possessions enseignaient l'anglais dans leurs classes; mais le commandant particulier leur imposa la langue française et l'on commence, aujourd'hui à ta parler un peu.

La mission catholique instruit chaque année 110 à 120 garçons et 80 filles; quant à l'école protestante, elle est beaucoup moins suivie et ne compte que 35 à 40 étèves. TMOPM ET mucM. A Porto-Novd, il y. a une compagnie d'infanterie indigène, ia 10" du régiment des tirailleurs sénégalais, dont il a été question dans une précédente notice.

Outre cette compagnie, il a été organisa, depuis le mois de mars 1890, une milice recrutée parmi les Européens et les indigènes résidant sur le territoire français de Bénin. Cette force armée se compose de quatre compagnies (trois pour Porto-Novo, une pour Agomé et Grand-Popo;, dont l'effectif par compagnie est le suivant

1 chef de compagnie; 4 chefs de section; 4 brigadiers; 8 sous-brigadiers, et 100 miliciens. Soit 117 hommes par compagnie et ~68 hommes pour la milice tout entière. Ces compagnies peuvent être mobi)isées par décision du lieutenant-gouverneur; en cas d'urgence et d'événements graves, cette mobilisation est ordonnée par le résident de France. Elles sont à la disposition absolue de l'autorité civile; mais, si elles font partie d'une colonne constituée, elles relèvent de l'autorité militaire.


IV

eommeroe et retatioMoommercMes. Le Dahomey.– Le pays des Bgbat~ LeiYotOttbaB.–Ta~esetdtott:.

COMMERCE ET RELATIONS COMMERCIALES. A Grand-POpCt et a, Porto-Novo, le commerce français appartient aux maisons Mante frères et Borelt.! de Régis, Cyprien Fabre, Colonna de Leca et Maure), Il y a, en outre, douze maisons créoles, cinq maisons allemandes, une anglaise, une portugaise et oinq.bresiliennes..

Comme à Grand-Bassam, les exportations ne se composent guère que d'huile et d'amandes de palme. En 1886, les exportations se sont élevées, pour toute la cote de Guinée, à plus de cinq millions de francs, et les importations à près de quatre millions.,

En 1888, elles ont. atteint, pour Porto-Novo et GrandPopo, un total de 10.145 tonnes d'huile de palme (d'une valeur de 600 francs chaque), et de 10.711 tonnes d'amandes de palme (d'une valeur de 260 francs chaque); on a exporté enontre 6.000 noix de coco. Lavaleurde ces exportations a donc dépassé 10 millions de francs cette année-là. En 1889, le mouvement commercial. s'est élevé pour Grand-Popo et Agomé à 2.626.300 francs de ce chiffre, il yal.M9.150 francs d'importations (dont 1.080.600 francs par maisons françaises) et 1.197.150 francs d'exportations (dont 907.950 francs par maisons françaises). Pour Porto-Novo et Kotonou, iiyaeupour6,308.200fr. d'importations (dont 4.768.950 francs par maisons françaises) et pour ~808.760 francs d'exportations .(dont 3.900.800 francs par maisons françaises); au total 9.677.50t)fre.ncs. Atna),surunmouYe)!)an.toommarciaItotaldel/(.141.B60ff., dont 7,787.360 fr, à t'importation, la France est.repréGum~. s


sentée par un chinro de 10.661.300 fr. dont 5.582.550 fr. à l'importation et 4.808.750 fr. à l'exportation. En outre, le royaume du Dahomey, dont la partie littorale est enclavée entre nos deux possessions et dont le commerce se trouve presque tout entier entre les mains de maisons françaises, a eu, cette même année 1889, un mouvement d'échanges s'élevant à )a somme de 11.763JOO fr. les exportations y sont comprises pour 5.M6.850 fr. (dont /t./t91.750fr.par maisons françaises) et les importations pour 6.416.250 fr. (dont 5.930.150 fr. par maisons françaises).

Par conséquent le mouvement d'affaires de toute la région (Grand-Popo, Dahomey, Porto-Note), ne s'élève pas à moins de 26 millions de francs (dont 21.530.000 fr. par maisons françaises).

Il faut faire remarquer en outre qu'une certaine quantité de produits de la colonie sont emportés par la voie anglaise de Lagos,. où il passe chaque année, venant de Porto-Novo ou duDahomey, environ 7.000 tonnes d'amandes et A. 000 tonnes d'huile de palme.

Les principaux articles européens qui se vendent dans le pays sont

Les alcools (genièvre, venant de Hambourg, tafia, absinthe et anisette venant de Marseille), les tissus, le tabac venant du Brésil, le sel, venant de Port-de-Bouc ou de Sibrattar, les armes, provenant de Ltverpoo), les poudres, provenant de, Saint-Chamas et de Hambourg, enfin les faïences, la quincaillerie, la mercerie, les chaussures, les verroteries et les comestibles (presque tous ces articles yenant de France).

Quant aux produits d'exportation, ce sont, comme on t'a vu plus haut -en première ligne, les huiles et les amandes de paime, puis les noix de coco ou bien le ma!s. Les commerçants français s'efforcent d'attirer à eux une partie du. commerce de l'intérieur. Comme ceux de GrandBassam et AssinI~ qui. cherchent à atteindre Coumassfe,


les maisons do commerce tentent de faire arriver leurs marchandises à Abomey, capitale du royaume du Dahomey, a Abéokouta, ville principale du pays des Egbas, et dans le Yorouba, petit État situé au nordd'Abéokouta; les deux derniers ont signé avec la France des traités de commerce.

II nous semble donc utile de donner de ces trois contrées un aperçu rapide

Le Dahomey. Entre Grand-Popo et Porto-Novo se trouve lé royaume du Dahomey, État complètement indépendant. Les Portugais ont pendant quelque temps occupé Whydah, mais ne pouvant, malgré leurs tentatives, pénétrer dans le pays, ils ont évacué ce point en <??.

La capitale du Dahomey est Abomey (qui veut dire cité dans l'enceinte), ville forte avec des portes monumentales, de larges fossés et une ceinture impénétrable d'arbres épineux. A vol d'oiseau, elle est à 440 kilomètres de Whydah et à 450 kilomètres d'Agomé. Par la rivière Ouémé qui nous appartient en partie, elle est à peu près à la même distance de Kotonou, mais ce cours d'eau est une voie commode et permet d'arriver à Agonly, à huit heures de marcha d'Abomey.

On a vu, dans un des chapitres précédents, qu'Agomé était un excellent port devant lequel la barre était praticable en tout temps et que Kotonou, sans être très mauvais, était loin d'avoir la valeur d'Agomé. Ces deux points sont bien supérieurs cependant à Whydah, dont le mouillage présente peu de garanties, dont la barre est souvent impraticable et toujours dangereuse.

Le Dahomey, pays très riche et très peuplé, pouvant donner des quantités considérantes d'huile et d'amandes de palme, produits si nécessaires à notre industrie métropolitaine, résiste encore, quoique péniblement, a l'invasion commerciale des Européens.

Il lui faudra cependant céder d'autant plus que la seule puissance européenne limitrophe du Dahomey, la France, se trouvera souvent amenée, par la force des choses, à intervenir dans les affaires de ce pays; car les Dahoméens ne se contentent pas de se livrer dans leur pays même, comme le faisaient autrefois les Achantis, 4 d'épouvantables séries de sacrinces humains; il faut encore que de temps en temps, Us envahissent en nombre les territoires placés sous notre protectorat, principalement le territoire de Porto-Novo, et en enlèvent les habitants. Ils ont ainsi pénétré chez nous en 1883, en <884 et en 1887; en mars <889, ils


sont venus attaquer la ville mémo de Porto-Novo et y ont enlevé 1,800 indigènes 1.

On évalue la population totale du Dahomey à 250.000 habitants environ. Cet État est gouverné par un roi qui exerce sur ses sujets le pouvoir le plus absolu et le plus despotique. Ce souverain a auprès de lui, une armée de 8.000 à it'.OOO soldats, dont une partie est pourvue do mauvais fusils à pierre. Ces 10.000 soldats ne sont pas tous des hommes, il y a parmi eux, une troupe d'environ ~.000 amazones, spécialement chargées de la garde de la personne du souverain.

Comme on l'a vu précédemment, c'est Gléglé, le prédécesseur du roi actuel; qui nous a cédé, en 1878, par l'entremise du caberène (grand chef) ChandatOu gouverneur (ou yëvogan), le port et le territoire de Kotonou. Voici d'ailleurs l'article du traité signé entre les représentants des deux parties, qui est relatif à cette cession « Le roi Gléglé abandonne en toute souveraineté à la France le territoire de Kotonou avec tous les droits qui lui appartiennent sans aucune exception ni réserve et suivant les limites déterminées au sud par la mer, à l'est par la limite actuelle des deux royaumes de Porto-Novo et du Dahomey, à une distance de six kilomètres de la factorerie Régis aîné, sise à Kotonou, a l'ouest, à une distance de six kilomètres, o

te pays des B96tM. Au nord-est de Porto-Novo, le territoire soumis à notre protectorat touche directement une région très peuplée, nommée pays des Egbas.

Ces Egbas, qui sont de la même race que les Nagos de PortoNovo et les Yoroubas d'Ibadan, sont, parait-il, au nombre de 12 à 15,000.

1. Depuis que ces lignes ont été écrites, il s'est passé un fait nouveau qui vient en quelque sorte confirmer ce qui a été dit. Le drapeau français à été insulté au village de Dangbo, sur le fleuve Ouémé; de plus, le représentant de la France, le lieutenant-gouverneur Bayol, venu en mission chez le roi du Dahomey, a été retenu de force par celui-ci et obligé d'assister à une nouvelle et effroyable série de sacrifices humains. En outre, le roi du'Dahomey, ayant au début de l'année 1890, nié le traité qui nous cédait Kotonou, ayant également essayé de nous reprendre par la force ce point par lequel passent les voyageurs et les marchandises à destination de la colonie ainsi que les produits venant du pays, ayant enfin envahi le territoire soumis à la France, les hostilités se sont engagées et à la fin du mois d'avril, après plusieurs engagements avec nos troupes, les forces dahoméennes se sont repliées et sont t'entrées dans les limites de leur pays.


Ils sont très doux, très travailleurs et fort Industrieux, comme leurs frères les Nagos. Leur capitale est Abéokouta, où les Anglais de Lagos ont tenté mainte fois de s'établir.

Mais les Egbas n'ont pas oublié que ceux-ci, eu 1860, les ont massacrés et chassés du littoral qu'ils occupaient et de Lagos, leur port principa). Ils sont donc mieux disposés pour les Français qui se sont établis dans le pays sans avoir mis les armes à la main. Désireux de faire du commerce avec la cote, ils ont repoussé l'idée d'aller & Lagos, où d'ailleurs les droits sont énormes, et ont pensé à lier avec Kotonou des relations très suivies; malheureusement, le souverain indigène de Porto-Novo, le roi Tofa, notre protégé, les empêchait de pénétrer sur son territoire, qu'on doit nécessairement traverser pour gagner Kotonou. Mais, grâce aux insistances du résident français, Tofa a'tout récemment consenti laisser passer les Egbas.

Les yo)'OM&it!. Au nord du pays des Egbas, se trouve celui i des Yoroubas, qui est encore plus riche et plus peuplé que le précédent. On comprendra donc l'intérêt considérable que nous avons de nous étaNir dans ces contrées où nous pouvons arriver quelque jour à contrebalancer un peu l'influence acquise par les Anglais dans le Bas-Niger.

TAXES ET DROITS. A Kotonou, il existe, depuis le f avril 1890, des droits à l'importation qui ont été Bxés comme suit t

Les marchandises de toute provenance, importées dans les territoires de Kotonou, Porto-Novo, et dans les territoires placés sous le protectorat de la France à l'est do Grand-Popo, seront soumises aux droits suivants t

Genièvre (par caisse de 8 litres) au-dessus de 40°, 0 fr. 80; de 40° à 60°, 1 fr. 20; au-dessus de 60°, 2 francs. Rhum (par litre) au-dessus de 40°, 0 fr. 04 de 40° à 60°, 0 fr. 06,– au-dessus de 60°, 0 fr. M.

Tabac, 0 fr. 25 par kiiogr. Poudre, 6 fr. 25 par livres anglaises. Fusils, 1 fr. 25 par pièce. Sel, 10 francs la tonne de 1.000 kilos.

Tous les articles autres que ceux mentionnés ci-dessus sont admis en franchise.

îi n'a pas encore été établi de droits à l'exportation.


Conolusion.

H apparaît nettement de ce que l'on vient de lire que nous"avons tout à faire dans ces pays d'un si grand avenir.

Nous y avons doux centres d'action importants, d'où nous devons tendre avant tout à gagner la vallée du Niger. Les résultats de la mission du capitaine Binger a été de nous assurer les pays qui sont au nord de Grand-Bassam et touchent à nos possessions du Soudan français; du côté de Porto-Novo, ii n'y a pas moins à faire, mais, étant donné l'état de sauvagerie dans lequel vivent les populations du Dahomey, il nous faudra faire sans doute quelques sérieux efforts.

Enfin, nous devons dans le plus bref délai possible, transformer en protectorat effectif, le protectorat que nous exerçons nominalement sur le.s populations maritimes, situées entre la petite Lahou et la rivière Cavally, explorer les ré;tOM de l'intérieur et chercher une voie de communication suffisamment commode entre le littoral et les contrées explorées par le capitaine Binger, tels que le Djimini et les États de Kingo.

Plus tard, on pourra songer à améliorer un pou les ports de Kotonou et d'Agomé et peut-être même à créer celui de Petit-Bassam, s'il est reconnu, après études, qu'il est possible de le construire.



Bibliographie.

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Notices et statistiques.coloniales.

Notes manuscrites.

RECLUS. (Mo~'ftpMe universelle. Paris, 1886. VIGNON. Les Colonies françaises. Paris, 1886. ViTET. Dieppe. Paris, 1845.





OBOCK

CHAPITRE PREMIER

Précis historique.

M. Henri Lambert. Riratité do Sharmaket et d'tbtahim Aboubeker. Reconnaissance d'Aboubeker envers la Franco. Mission du capitaine Bnssel Assassinat de M. Lambert. Le commandant Fleuriot de Lanete Voyage de Dici-Ahmet à Paris. Traité du U mars 189! Prise de p6~on d'Obock. Le pavillon égyptien ind~ent h.Mé em' notre <erntoite. Les premiers colons. Motifs de la création du, cort d'Obook. Mission du commandant Conneau et de M. Lagarde. Annexion de Tadjourah et des territoires voisina cession des iies Mouscha. Cession du Ras-Jibouti et traités avec les tribus de l'intënem-. M. HENM LAMBERT. En 1857, le gouvernement français nommait agent consulaire à Aden un jeune homme d'une trentaine d'années, M. Henri Lambert, qui avait été d'abord volontaire de marine à Lorient, puis négociant et chercheur d'or en Australie, et dont le frère, M. Joseph Lambert, l'un des plus riches planteurs de i'iie Maurice, avait des relations suivies avec Madagascar et toute la côte orientale d'Afrique.

M. Henri Lambert commença par visiter la région au centre de laquelle Il venait de se fixer, et principalement


les villes et les territoires d'Hodeïdah, de Tadjourah et de Zeïlah.

RIVALITÉ DB SHARMAKET ET D'iBRAHIM ABOUBEKER. Dans cette dernière contrée, la ferme des douanes, mise en adjudication, avait été obtenue par un Arabe de ses amis, Aboubeker Ibrahim, le chef le plus important de la baie de Tadjourah. Mais un concurrent évincé, Sharmaket, jaloux de ce qu'il considérait commeune victoire et désireux de se venger, trouva moyen de faire mettre son rival aux fers et Aboubeker, maigre ses plaintes, malgré ses protestations, resta pendant plusieurs mois en prison. Il y était encore le 6 février 1858, lorsque, le commandant Méquét étant venu à Aden, sur un brick de guerre avec lequel Il se proposait de parcourir la mer Rouge, M. Lambert obtint de l'accompagner, le mit au courant de la situation et lui demanda de faire tous ses efforts pour obtenir la mise en liberté d'Aboubeker. M. Méquet, ayant consenti à lui prêter son concours, força le sultan d'Hodeïdah, non seulement à mettre Aboubeker en liberté, mais encore à lui rembourser cinq mille thalaris (environ vingt mille francs), dont celui-ci s'était Indûment emparé. RECONNAISSANCE D'ÂBOOBMER ENVERS LA FRANCE.- Aboubeker, reconnaissant, offrit alors ses services au commandant du navire français et lu! proposa de cédera ia France, moyennant la somme de dix mille thalarts, les territoires de Ras-Ali et d'Ouano (Obock).

A cette époque, l'Angleterre, déjà InstaUée à Aden et prévoyant le jour où le canal de Suez serait ouvert, venait de s'emparer de l'flot de Périm.

MissiON DO CAPITAINE RnssEt.. Le ministre de l'Algérie et des colonies, lorsqu'il eut connaissance de la proposition d'Aboubeker, laquelle était suivie d'une demande deNgOussié.roi du Tigré, qui.sollicitait notre protectorat, envoya le capitaine de frégate Russe! dans la mer Rouge pour explorer le littoral africain et examiner les avantages politiques, commerciaux et maritimes que pou-


yait présenter la partie de la côte qu'on offrait de nous céder.

ASSASSINAT DE M. LAMBEM. Malheureusement, quelques semaines plus tard, te 4 juin 1869, M. Henri Lambert, qui avait entrepris un voyage à Tadjourah,,fut assassiné dans le canal qui sépare les Mes Mouscha du cap Jibouti par les matelots de l'équipage de son boutre, le ~stc/Mfy. LE COMMANDAT FLEURIOT DE LANGLE. Le gouvernement français, résolut, en cette circonstance, d'agir avec énergie et envoya dans la mer Rouge le capitaine de vaisseau Fleuriot de Langle, commandant la division navale des côtes occidentales d'Afrique (janvier 1861). Le commandant de Langle sut trouver et prendre les assassins, qui furent envoyés, à Constantinople, où ils furent condamnés par les tribunaux musulmans. Mais, à cette occasion, M. Fleuriot de Langle avait renoué avec Ib.rahim 'Aboubeker les relations interrompues depuis la mort de notre, agent à Aden; ii en. profita pour étudier avec soin tout le gQlfe qui s'étend du Ras-Bir à Ze'tiah et ramena, avec lui en France, a. bord de la corvette la SoM~e, muni des pouvoirs les plus étendus, le gouverneur de Zeïlah, Dtni-Ahmet Aboubeker, cousin du sultan de Tadjourah et ami de M. Lambert.

VOYAGE DE Dtm-AHMET A PARIS; TRAITÉ Dp <1 MARS 1862. Les propositions de cet envoyé ayant été acceptées, une convention, conclue à Paris le 11 mars 1862, entre Dini-Ahmed et M. Thouvenel, ministre des affaires étrangères, nous assura, moyennant la somme de dix mille thalarls, la possession des port, rade et mouillage d'Obock, avec le territoire qui s'étend depuis le Ras-Doumeïrah,; au nord, jusqu'au Ras-Ali, au sud.

De plus, en ce qui concernait les autres points de leurs territoires, les chefs Danakil s'engageaient, solidairement ou isolément, à repousser toute proposition faite par un gouvernement étranger et n'ayant pas été agréée par la Francé. Enfin il était entendu que, si Qbook.était:reoonnu


impropre à la création d'un port, il serait choisi sur la cOte un autre point.

PRISE DE POSSESSION D'OBOCK. La prise de possession eut lieu le 20 mat 1862 le pavillon national fut hisse, et un procès-verbal rédigé en présence des principaux chefs de la contrée et des deux envoyés français MM.Buret, capitaine de frégate, et Schefer, premier secrétaire interprète. A partir de cette époque, )e~ navires de notre marine de guerre visitèrent Obock assez fréquemment. Mais les événements qui se succédèrent de 1866 à 1871, empêchèrent le gouvernement do porter son attention sur notre nouvelle colonie, et ce n'est qu'en i872 que fut faite la première demande de concession; plus tard, en 1878 et 1879, de nouvelles demandes furent présentées.

LE PAVILLON ÉGYPTIEN MDBMEKT HISS~ SUR NOTRE TERRITOIRE. Dans les premiers mois de l'année 1881, it se passa à Obock ce qui devait avoir lieutrois ou quatre ans plus tard, à l'instigation d'un fonctionnaire turc trop zélé, sur notre territoire de Cheik-SaId. Le pavillon égyptien fut indûment hissé près du Ras-Bir et le gouvernement français protesta auprès du khédive; oetui-c) ordonna une enquête, apprit que cette irrégularité était due à l'initiative d'un agent ignorant et donna des ordres pour qu'une pareille tentative ne fût pas renouvelée.

LM PREMIERS COLONS. Depuis lors, des concessions ont été accordées à plusieurs de nos compatriotes, sans qu'il pût toutefois leur être assuré qu'un service maritime régulier desservirait un jour ou l'autre la colonie. Mais les bâtiments de guerre de notre marine s'y succédaient à peu près régulièrement, et tous les commandants se montraient favorables à l'établissement d'une adminlstration locale.

MOTIFS DB LA CREATION DU PORT D'OBOCK. Ce n'est qu'en 1883 que la France dut songer à tirer parti de cette possession. Elle semblait être à la veille de déclarer la guerre à la Chine, et l'Angleterre,, sous prétexte de neu-


trallté, lui fit fermer à l'avance ses ports d'Aden et de Hong-Kong. H était donc indispensable que notre marine eût entre Suez et Saïgon un point de refuge et de ravitaillement.

MISSION DU COMMANDANT CONNBAU ET DE M. LAGARDE. Au mois de janvier 188i, le capitaine de frégate Conneau, commandant l'aviso l'Infernel, et M. Lagarde, commandant de cercle au Sénégal, furent envoyés à Obock avec mission de délimiter d'une manière exacte le territoire de la colonie on y décidait en même temps la création d'un dépôt de charbon.

Mais on s'aperçut bien vite que, réduit aux limites du traité de t862, ce territoire n'avait aucun avenir commercial, et qu'en outre on était encore tributaire des Anglais, puisqu'il fallait se ravitailler sur la côte Somali, soumise à leurinfluence.

ANNEXION DE TADJOORAH ET DES TERRITOIRKS VOISINS; CESSION DES ILES MouscHA. M. Lagàrde, nommé commandant d'Obock, put amener les principaux chefs des pays voisins à solliciter notre protectorat, et, en i885, ce protectorat était accordé aux territoires de Tadjourah, d'Ambabo, de Sagallo et du Gubbet-Kharab.

Un peu plus tard, le gouvernement français fit occuper un point de la côte somali, Dongaretta, situé entre Zeilah et Berberah, villes dépendant du khédive d'Egypte et occupées en ce moment par les Anglais; alors ceux-ci, craignant d'être gênés un jour dans leurs communications entre les deux villes, oorirenta la France de lui céder, en échange de l'évacuation de Dongaretta, les îles Mouscha, qui commandent le golfe de Tadjourah, et leur proposition fut acceptée.

CESSfON DU RAS-JfBOnn ET TRAITÉS AVEC LES TRIBUS DE L'INTÉRIEUR. Enfin, au commencement de 1888, France prenait possession du Ras-Jibouti, point extrême de la côte méridionale du golfe d'Obook, pt un arrangemont, intervenait entre la France et l'Angleterre, pour


déterminer la zone d'action de ces deux puissances sur cette partie de la côte Somali. Par suite de cet accord, la ligne de démarcation séparant les zones d'action anglaise et française part d'un point de la côte situé à l'est de Jibouti, et vient aboutir &Harrar en passant par Aiassouën, Bir-Calouba et Gildessa.

En outre, divers traités nous lient également à certaiM. chefs des tribus de l'Intérieur, et la domination de ia France, que l'on pensait devoir se réduire à un maigre territoire contenant un simple dépôt_ de charbon, s'étend aujourd'hui sur une région de plus de cent vingt mille kilomètres carrés.


PMMtER ASPECT DU TERRITOIRE D'OBOCK. Lorsqu'on dépassé t'îte Périm et franchi le détroit de Bab-eI-Mandeb; on aperçoit au loin la rade d'Obook,'entourée d'uttfaya aride, desoté. formé d'immenses plateaux bornés vera l'ouest par une chaîne de hautes montagnes dont la s!I* houette se détache au loin sur un ciel du bleu le plus pur, i sur les versants de ces plateaux, sont de petits bouquets d'arbres, plus oumotcs verts sutvantïasaison. Malgré cette Gcm~.

Premier aspect du territoire d'Obock.- Le port d'Obook.– Aspect généra! de la contrée. Le Gubbet-Ktarab. Le Bahr-AMat. Constitution géologique du pays. Régime des eau:. Faune et Core. Population de la colonie d'Obock. Les Danakil mœurs, coutumes, vêtements et nourriture. -Les SomaUs coutumes, usages, nourriture et retement). Les Gallas vêtements, habitations, coutumes, religion.

CHAPITRE II

Description géographique et ethnographique.


aridité apparente, le pays offre cependant un aspect tout différent de la côte d'Arable qui, avec ses plaines de sable et ses pics élevés, sans aucune trace de végétation, attriste la vue et serre le cœur.

Après le'Ras-Bir, on est en face d'Obock et on aperçoit une vallée immense, dite ~ai:~ d'Obock ou Vallée <<M~.f~M, en partie cachée aux regards par une ligne de paietuviers qui bordent ia cote, laquelle. est basse, sablonneuse, vaseuse même en certains endroits.

De chaque côté de cette vallée, couverte d'arbres assez élevés, et verdoyants pendant la saison fraîche, se trouvent deux plateaux au nord (ou adroite) le plateau des Sources, au sud(ouàgauohe) !e p~M«c<M Go~Hes. C'est sur le plateau des Sources que s'élèvent la factorerie Mesnier et le pénitencier (ancienne tour Soleillet); sur le plateau des Gazelles, ont été placés les établissements du gouvernement, suite de maisons blanches à tuiles rouges qu'on voit d'assez loin et qui forment un contraste singulier avec les cases du village indigène, situées un peu en contre-bas.

LB PORT D'OBOCK. Du cap Obock (a l'extrémité est du plateau des Gazelles) à la pointe sud du plateau des ~!M on compte trois bancs de coraux qui ferment la rade en décrivant unissez grand arc de cercle.

Le banc que domine le cap Obock porte le nom de 6M(: du La C<oc/tefene, on souvenir du croiseur français venu en i88i dans la colonie. Le banc situé au centre de l'arc de cercle est le banc du Surcouf) ainsi nommé pu mémoire d~un autre bâtiment français dont le commandant, M. Salmôn, dressa en i86&, le premier .plan du mouillage d'Obock. Enfin, au-dessus du plateau des Aigles, falaise madréporique qui domine la mer d'une ,vingtaine de mètres, presque à pic, est le banc du G<tnt!!M~. 1: A l'est du phtMù des Fasteum.

2 Le C«fM«iB est un-aviso de la marine française qui fut envoyé en lS6i! à Ohock pour y:conduire .tes représentants du gouverne-


Ces trois bancs forment un port intérieur divise en deux parties par deux autres bancs appelés le plus proche du rivage, le banc du BMSo~ (nom d'un navire français venu en 1880), et le plus éloigné, le banc des Perles; ainsi nommé, à cause delà découverte, par des indigènes,. de quelques peres sans grande valeur.

La rade se compose ainsi de deux parties distinctes la première, port du ~vore<-E«, comprend sous le plateau des .Algies, l'anse Préfet, sous le plateau des Pasteurs (situé entre le plateau des Sources et celui des Aigles), l'anse des Pêcheurs on parvient à ce port en franchisant, entre le banc du Curieux et celui du Surcouf, la passe de l'Est, qui n'a que 8 mètres d'eau. Celle-ci, ainsi qu'une autre qui joint les deux parties de la rade (entre les bancs des Perles et du Surcouf), est encore impraticable aux grands navires et le port ne peut malgré sa profondeur (de 9 à 18 mètres), recevoir jusqu'ici que des navires de petite dimension; le port du Sud, plus vaste et beaucoup plus commode, est fréquenté par les paquebots fran. çais et les bâtiments de guerre, qui franchissent la passe du Sud (profonde de 50 mètres et large de 600 mètres) au moyen des bouées-bafises des bancs du Surcouf et du La Ctocheterle*.

Deux feux rouges établis, l'un sur la tour Soleillet,-l'autre sur la falaise du cap Obock, indiquent la route à suivre pour entrer ou sortir; un secteur vert, au second de ces phares, indique la zone du mouillage

Enfin, tout récemment, au Ras-Bir, on a installé sur une tour en maçonnerie un feu blanc fixe de 16 à 17 milles déportée.

ment, MM. Buret, capitaine de frégate, et Sehefer, secrétaire interprète, chargés de prendre possession de la cote qui nous avait été concédée.

1. La profondeur de ce port varie entre 10 et 40 mètres; sa superneie est de 100 hectares.

2. Le service du pitotage est assuré par un pilote major, qui est en même temps capitaine de. port,.et par. un pilote: .ordinaire.


AsMOT a~RAL DE LA CoHT~s. On a vu plus haut quels pays était formé de vastes plateaux sablonneux limités vers l'ouest par des collines assez élevées, Cette ligne de plateaux et de collines qui commence au RasDoumeirah pour finir un peu après ZeNah, abrite parfaitement la rade d'Obock des vents du nord et du nord-ouest, et le golfe de Tadjourah, des vents qui viennent de

l'ouest.

A quelques kilomètres dans l'intérieur apparaît un second étage de montagnes parsemées c& et ~de~cs assez élevés dont le principal. le Goudah, atteint i,675 mètres. I;a chaîne s'avance même assez près de la mer, sur laquelle elle surplombe, et cet endroit a pris le nom de Falaise-Table (Table Clin). Entre Falaise-Table et le Ras-Séjarn (égaie~ ment appelé Ras-Siane, dans le pays), la côte est bordée par des récifs, puis par une ceinture de petites îles nommées Djezirah-Soba (archipel des Frères).

Les plateaux, qui forment en grande partie toute la contrée, sont entrecoupés de ravins ou de vallées, où se trouvent des lits de torrents/qui ne roulent leurs eaux qu a l'époque des grandes pluies.

Après Obock, la cote se dirige du nord au sud-ouest puis au Ras-Douan, elie s'incline davantage à l'ouest vers Tadjourah; elle reprend ensuite sa direction primitive jusqu'au fond du .golfe où se trouve le GubbetKharab. A partir de ce point, elle tourne vers 1 est, jusqu'au Ras-Jiboutt. puis vers le sud-est jusqu'à Zeïlah. LE GUBBET-KHARAB. Entouré de hautes montagnes volcaniques sans aucune trace de végétation, le G~et~/M~ est une vaste baie de 13 milles de long sur 6 milles de large, qui. communique avec la mer au fond du golfe de Tadjourah par un détroit de 1300 à 1/tOO.mètres de large. Ce détroit est coupé en deux parties par un flot-rocheux d'une douzaine de mètres de hauteur, appelé 1 !iot de Bab. des deux passes ainsi formées, la meilleure est celle du nord, moins large mais plus profonde que celle du sud.


Quant au Gubbet-Kharab même, :1 ne contient qu'un ou deux mouillages pour les bâtiments d'un faible tonnage, malgré sa grande profondeur qui n'est pas moindre de 190 mètres et atteint même 300 et &00 mètres. L~ BtHR-AssAL. A quelques kilomètres au nord-ouest du Gubbet-Kharab, se trouve un lac appelé le Bahr-Assal (ou Lac sa)ë), et affectant la forme d'un ovale allongé du nord-est au sud-ouest. Ii est large d'environ 4 a 5000 mètres et long de 8 a 10 kilomètres.

Le sol, qui se dépose sur ses bords, est l'objet d'un commerce important avec l'Abyssinie, et les chefs du pays, qui en tirent de grands revenus, se sont toujours montrés très jaloux de la propriété du Bahr-Assai.

CoMTrruTMN GÉOMfHQCE Du PAYS. Tout le territoire d'Obook proprement dite et pays protégés appartient essentiellement à ia région saharienne et a par conséquent une grande analogie avec le Sahara algérien et tunisien.

La principale ohaine montagneuse du pays est, ainsi que ses contreforts, exclusivement formée de roches volcaniques, o'est-a-dire des traohytes, des domites, des basaltes, des doiérites et des laves

D'après M. Aubry, ingénieur des mines, les plateaux situés entre cette chaîne et la mer appartiennent à l'époque quaternaire et paraissent provenir du soulèvement d'un rivage fort ancien. Cette hypothèse est également partagée par le docteur Faurot, qui a parcouru toutes ces contrées. Sous une mince couche de sable, chargée d'efflorescenoes de sel, se trouve une roche calcaire où domine le carbonate de chaux, mais où le gypse (sulfate de chaux), le sulfate et le carbonate de magnésie, ainsi que le sel marin (chlorure de sodium) apparaissent en maints endroits. Ces terrains contiennent des éohinodermes, des foramintfères et de. i. Voir, au chapitre IV de ce fascicule, la valeur généralement admise de cette sorte de terrains au point de vue agricole.


nombreuses coquilles appartenant à des espèces qu'on trouve actuellement au fond de l'Océan. Enfin, il y a dans ces terrains une certaine, quantité de sels de potasse pu de soude et, au-dessous du calcaire, une ooucho.d'argile très fine, parfois schisteuse, recouvrant des couches alternatives de marne à veines bleues et verdatres et d'argile.

RÉGIME DES EAUX. Outre quelques torrents qui sont presque toujours à sec et ne roulent leurs eaux qu'au moment des grandes pluies, Il y a dans la contrée deux Itts de rivière, qui deviennent des cours d'eau pendant l'hivernage et qui ont été appelés, l'un, la rivière d'Obock, l'autre, la Tella.

Heureusement il existe, à une profondeur variant entre i" 50' et 4 mètres, une nappe d'eau qui alimente tous les' .puits creusés dans la vallée des Jardins, puits dont l'eau est saumâtre à cause des innitrations delà mer, mats suffit aux animaux domestiques. M est fort probable d'ailleurs que, vu la nature du terrain, on obtiendrait, en creusant à une plus grande profondeur, de meilleurs résultats, .non seulement au point de vue de la qualité de l'eau, mais aussi au point de vue de la quantité 1. L'expérience a été tentée, en ces dernières années, dans une contrée qui offre avec Obock une analogie curieuse; c'est le nord de la province de l'Arad, dans le. Sahara tunisien, non loin de Gabès. Une Compagnie française a fait creuser, sur.les bords de la petite rivière de l'Oued-Melah, plusieurs puits artésiens. Le premier, placé à. peu de distance de la mer, a rencontré, à environ 8 mètres de profondeur, une eau saùmâtre semblable à celle d'Obock. Les autres, Placés à des points distants de 1,200 à 1,800 mètres du rivage et & des hauteurs variant entre 8 et 24 au-dessus du niveau de la mer, ont également rencontré plusieurs nappes dont l'eau devenait de moins en moins saumâtre au fur et à mesure que la fonde s'enfon,çait. La dernière de ces nappes a donné une eau fort bonne, légèrement chargée de magnésie, mais très potable et employée depuis quatre ans par les agents et colons de la Compagnie. La profondeur de cette couche varie entre 57 et 90 mètres au-dessous du niveau du sol, c'est-à-dire à 6 ou 8 mètres au-dessus du niveau de la mer.


FAUNE ET FLOM.–Obook a également une faune et uho flore sahariennes. Les ânes sauvages, les gazelles; les outardes s'y rencontrent en quantité: les Mitruohes, assez nombreuses, sont difficiles à joindre. Les bêtes féroces ou nuisibles sont les mêmes que dans le Saharaafgérien et tunisien le guépard (assez rare), le chat sauvage, la vipère commune, la grande vipère, le scorpion, le chacal et l'hyène. Enfin, comme animaux domestiques, on y trouve~ sauf le cheval, les mêmes animaux que dans lé Sahara le chameau, l'âne, la chèvre et le mouton; il y a aussi des bœufs, mats surtout dans l'intérieur. La végétation est rare et clairsemée. L'arbre le ptus fréquent est le mimosa aux formes bizarres, dont le feuillage court (le kabata) sert àalimenterlestroupeaux. Surla cote, au bord de la mer, ii y a des bouquets de palétuviers; dans les vallées, des genêts et des euphorbes. Enfin, sur certains plateaux, pousse une sorte de chiendent, appelé hachich par les indigènes, qui en nourrissent leurs animaux.domestiques durant la mauvaise saison. En dehors de ces quelques arbres, tous les autres végétaux de la colonie ont été importés et acclimatés..

POPULATION DE LA CoLONIE. Les populations soumises à notre domination appartiennent à trois races bien distinctes

Les Danakil, les Somalis, les Gallas.

Le territoire occupé par les Danakil commence à la baie d'Adulis, longe les montagnes de l'Éthiopie à l'ouest et la cote à l'est, puis finit à peu près au Gubbet-Kharab, au plateau de Doulloul et aux mines de soufre du Choa. Du Gubbet-Kharab au cap Guardafui, tout le long de la côte, vivent les Somalis (ou Somal); enfin, au sud des Somalis, principalement vers Harrar, vivent les Gallas. LES DANAKIL.– Lea Danakil se divisent en deux groupes ceux du nord, les C/to/tM et les Na~ofias et ceux du centre'. 1. De même que nos indigènes de laigérie, cee groupea se aub.


Les-DaMkil sont essentiellement pasteurs et par consédivisent à leur tour en tribus, en douars et en familles. Nous donnoM ici les principales de ces subdivisions.

Les Danakil forment sept tribus, qui sont les Asmila, les As!o6a! les Madima et les ro~t!, administres par le chef Bourhane-Abdon, les Ab-Ammila, les Aden-Sara et les Rédoui-tamila, administra par le chef Mohamed-Aii.

Ce dernier administre, en outre, les GMétMMO et tes Abita, qui font partie des Ab-Ammila, mais habitent sur un territoire un peu plus éloigné.

Quant aux fractions les plus importantes de ces tribus, elles portent les noms suivants

Tribu des Asmila (habitant Latella) les ~i:<HM<o et les As~tmtta.

Tribu des AssobM (habitant Mabla): les Amaralito, les Badrichikto, les ~a<ouAa, les Omarguaba et les Om<trtot<. Tribu des Madinà (habitant Guardarasso) les Aat-Alito, les ~HOuatai et les Mognamaley.

Tribn. des Takyll (habitant Obock): les GaMh'~Mtt~, les C:(t6o<)t, les Fat/ott-r<tAt/< les Jtf.mdo-raAi/ii et les Schim-Sara. Tribu des Ab-Ammila (habitant Angar) les Hamado et lss Katntito.

Tribu des. Aden-Sara (habitant Guattaré) les Ashalé et les

.Hoi'oHft.

Tribu des Bedoui-tamiia! les Afada (habitant l'Adegueno), les Aftoura et les Mef'Asito (le Yuema) les ~<t-Sa)'fC[, les Bat~tttio, les Oursanina, et les Gaassera (le Doubyia) les ~ssa<i)OMf<t (t'Asboul) les B~aoutta-toMftt (le Bedouita) les GtoMeM (le Guémi), les Haisso (te Mouthouiay), les Kourha (l'Aeta); tes Oulid (l'Ourirasso); les Yas-Odom (le Gunta) et les Yokos (te Sonyali). Le territoire de Tadjotirah, placé sous le protectorat do la France, comprend en deux tribus principales 1° les .ddfHfi, administrés par le sultan de Tadjourah Iui-m6me'et divisés en huit fractions appelées les ~~o-~oMO, les Abli, les ~dith), les Chika, les Cattt-~tM, !esD<M'AouMKt,iesGit)'a!Ssoet)esG«(K'CtKt; 2' une partie des~s- sobas., administrée par Omar-Bourhane-Bey et divisée en trois fractions les ~tK!t!/<MMf<t, les CAetc&f6aAm<o et tes Yiakoubto. Enfin le sultan Mtah administre le terr!toire, sur lequel vivent tontes les tribus Débéneh, Uémas, etc., depuis Boïitoul jusqu'à Faré.

Chacune des fractions est administrée directement par un chef secondaire et, dans la tribu, les dignités de sultan et de vizir sont héréditaires, mais. elles alternent entre ettes. Ainsi le vizir suc-


quent nomades; ils n'ont donc pas d'habitation fixe et changent de résidence suivant la saison et les besoins de leurs troupeaux.

En quelques heures, ils construisent, avec des branchages et des nattes, des huttes plus ou moinsvastes, selon l'importance de leur famille, et tellement basses qn'ii est impossible de s'y teninlebfMt.

Us sont tous musulmans, mais nullement fanatiques;

on dit même qu'ils manquent d'enthousîssma. pour cette religion, et certains voyageurs rapportent qu'une partie des tribus qui confinent au plateau abyssin sont chrétiennes, au moins pour les pratiques extérieures.

Les Danakil ont la

taille élevée, la peau i noire, un peu terne, des traits farouohes.maisréguiiers, des cheveux frisés,

Bourhane-Abdou, chef des AMOba:.

ondulés chez quelques-uns, lisses chez d'autres, mats généralement longs sans dépasser le haut de la nuque et couverts d'une couche de graisse ou de beurre. Leur vêtement consiste en une pièce d'étoSë, appelée taube, serrée autour des reins et descendant à la hauteur des genoux leur chaussure se compose d'une paire de cède au sultan décédé tandis que l'héritier de ce sultan devient vizir et remplacera à son tour le nouveau sultan, lorsque celui-ci mourra.

1. Parfois un second taube recouvre les épaules.


sandales en cuir de bœuf qu'on leur voit plus souvent à la main qu'aux pieds.

Quant aux femmes, elles portent une sorte de pagne en peantannëe ou en cotonnade et une espèce da camisole en cotonnade bleue. Leurs cheveux, divisés en une multitude de petites tresses, au bout desquelles pend un ornement en perles ou en verroterie, sont graissés'oomme ceux des hommes. Les femmes mariées ont seules un voile en étoffe bleue, qu'elles laissent retomber sur le front. Eu outre, aux oreilles, aux bras, aux chevilles, elles portent de lourds bijoux en cuivre et,.aù cou, des colliers en coquillages ou en perles de verre coloré. ..1

Elles sont traitées par leurs maris comme de 'véritables bêtes de somme; elles vont chercher l'eau, le'bots, préparent la nourriture et fabriquent des nattes et'des paniers, tandis que les hommes vont à la chaise, conduisent les troupeaux, font la guerre et se livrent à de Iongs~ot)M avecleurs'amis*. t: <

Les Danakil vivent du lait de leurs troupeaux et de ga< lettes de dourah lorsqu'iis peuvent s'en procurer'. Sur le littoral, Ils y ajoutent du riz et du poisson grillé. Enfin, à l'occasion des grandes cérémonies, telles que fonéraillës, mariages ou fêtes quelconques, ils mangent aussi -de .la viande de chèvre ou de mouton. Leur arme principale est une lance en forme de javelot à pointe acérée, muni d'un bois de 1°',50 à 2 mètres de long et garni à son extrémité inférieure d'un morceau de fer assez pesant qui sert de contrepoids. Ils ont aussi un I. Le kalam est une causerie ou discussion interminable; c'est le peiatre des tribus de l'Afrique occidentale.

2. La galette de ddut'ttA, que tous ceux qui ont voyagé dans le Sahara reonnaltront facilement, est une sorte de pain grossier fait avec de ln farine de gros mil qui porte dans le pays le nom de dourah. Sur le bord de la mer, )ea indigènes font parfois cette galette avec du .froment.


couteau à lame courbe, renfermé dans une gaine de peau et un bouclier en cuir très épais.

Menants, soupçonneux, traîtres et sanguinaires, les Danakil mettent un certain amour-propre à commettre des meurtres; Ils ont alors le droit de porter une plume d'autruche blanche ou noire, selon l'importance des victimes Cette passion du meurtre est telle que tout étranger risque d'être assassiné, à moins qu'il ne soit lié d'amitié avec les membres d'une tribu, auquel cas il devient généralement sacré pour tous.

La langue dankali est la langue s/af, sorte d'Idiome éthiopien sans écriture'; cependant les indigènes qui habitent )a côte parlent aussi la langue arabe, mais quelques chefs seuls savent l'écrire~.

LES SoMAus. Les Somalis sont divisés en plusieurs grandes tribus, subdivisées elles- mêmes comme celles des Danakil en tribus et celles-ci en familles Les chefs portent le nom d'OM~MM et leurs fonctions sont héréditaires.

1. Elle est blanche si la victime est un chef indigène ou un Européen. Ajoutons que les Danakil qui vivent auprès d'Obock ou de Tadjourah ne se risqueraient pas à commettre des meurtres qui seraient vite réprimes.

2. Dankali est le singulier de Danaki) on dit un Dankali et des Danakil, comme on dit un Targui, dos Touareg. 3. li n'existe qu'un seut ouvrage qui traite de la langue <t/i!f, c'est un dictionnaire publié à Londres, en 1840, par le révérend C.-W. !senberg. 4. Les grandes tribus sont les 7M<M, les i7adi-Boursis, ennemis des Issas, et les ~6ef-~<t)<t!. La tribu dos Issas, la plus importante et la plus considérable de toutes, est soumise entièrement a notre influence; elle comprend un grand nombre de tribus parmi lesquelles on peut citer celles des ~6ffa&, des OMer~t~ et des Dou!oM<, dont les subdivisions sont les suivantes

( SfMK~ouMa (4 familles).

Abgab Ras-Nomsa. Saad-M otasa (5 familles).

~<'& j Jott~MMM(Sfamii)es).

( ~mmaMnt (S famiUes).

0«enKc&e (3 famiUes).

Do«!ou! (9 familles).


Ce sont de beaux hommes àpeaunoire, moins foneéeque celle des Danakil et parfois même olivâtre ou cuivrée. Leurs traits sont réguliers et leur physionomie respire l'audace et le courage.

Leurs cheveux, qui sont plus laineux que ceux des Danakil, sont souvent décolores au moyen d'un mélange de chaux et de graisse, qui se durcit et forme une sorte de carapace, laquelle une fois brisée iaisse apparaître des cheveux de couleur rougeatre.

Les femmes sont assez jolies; elles portent sur l'épaule une sorte de péplum et, autour des reins, des jupons de cuir ou d'étoffe blanche ou teinte et drapés avec une certaine grâce. Leurs cheveux tressés comme ceux des femmes Danakil laissent le front complètement découvert. Le vêtement des hommes est celui des Danakil. Les armes sont aussi les mêmes; la largeur de la lame du couteau varie un peu; mais celui-ci est droit et ,1e bouclier très petit.

Les Somalis sont également guerriers et pasteurs; mais ceux de la côte sont surtout marins et excellent dans leur profession quelques-uns font du commerce; tous sont des conducteurs de caravanes fort estimés. Leur pays, tout différent de celui des Danakil, offre dé grandes ressources les pâturages y. sont abondants, les troupeaux plus nombreux et mieux soignés.

C'est d'ailleurs de la côte somali que les Italiens, établis dans les pays d'Assab.ét de Massouah, qui ne produisent presque rien, tirent leurs approvisionnements. Enfin Obock et Aden font venir de la même région les bestiaux nécessaires à leur consommation.

Las GALLAS. Complétons cette description en disant quelques mots des Gallas; dont plusieurs tribus se trouvent placés sur le territoire soumis à notre influence. Cette race, quoiqu'elle soit l'une des plus considérables de l'Afrique, est encore peu connue, car son territoire, plus grand que celui de ia France, a été à peine exploré.


Les Gallas ont la peau brune de teinte foncée chez les hommes, de teinte claire chez les femmes la taille moyenne, les traits réguliers, le regard clair et franc. Ils portent une toge semblable a celle des Abyssins, sont armés d'une lance, d'un couteau à double tranchant et d'un bouclier; Ils habitent, comme les Éthiopiens, des demeures formées de cercles de pierres brutes, couvertes de toits coniques en herbes ou en roseaux, et placées à l'ombre de grands arbres.

Ils sont en généra! polyglottes, très intelligents et font des cultivateurs de premier ordre. Ils sont fétichistes et monogames, mais certaines de leurs tribus, telles que les Sidamas, sont presque entièrement chrétiennes. C'est principalement à l'aide des populations somalis et gallas que nous pourrons tirer un parti avantageux de notre situation dans les contrées d'Ohock et de Ras-Jibouti et c'est de ce côté surtout que nous devons chercher à étendre notre influence.

1. C'eat à cause de cette blancheur relative (a cote de populations noires) que les Jésuites missionnaires leur ont donné jadis le nom de Gaitas qui vient du mqt~grNMS~t, lait.

j



OsooK. QNMti~t indigène.

CHAPITRE III

Administration

pivisions principales de la colonie. Territoire d'Obock. Pays de pro' tectorat. Superncie et population. Organisation administrative de la colonie. Obock les établissements européens. Le village indigène. Tadjourah. Ambabo, DouUouh Sukti, Sagallo, DarkeUé ot Onardolissan. Vi& de t'BmtOpëen à Obock. Transportés hindous, Les moyens de défense et la garnison.

DIVISIONS PRINCIPALES DE LA COLONIE; TERRITOIRE D'OBOCKt La, colonie d'Obock se divise en deux parties bien distinctes

1° la colonie proprement dite, ou territoire d~Obock; 20 les pays de protectorat.

Suf la côte, la colonie proprement dite est limitée, au nord, par le Ras-Doumeirah, sur la mer Rouge, et la rivière de Raheita et, au sud, par le Ras-Aii, à 4 kilomètres à l'est de Tadjourah. De ce territoire dépendent i'He Dou-


meirah (près du cap du même nom), les DJezira-Soba, situées près du cap Séjarn, et les !les Moussah. PAYS DE PROTECTORAT. Les pays de protectorat partent, sur la cote, du Ras-Ati, comprennent Tadjourah, Ambabo, Doulloul, Sukki, Sagallo, le Gubbet-Kharab, le Ras-Jibouti, et s'arrêtent aux putts de Lehadou, à peu de distance et à l'est de Jibouti, dans la direction de ZeHah, ville appartenant à l'Égypte et occupée en ce moment par les Anglais. y

A l'intérieur, notre protectorat s'étend dans le pays Somali, jusqu'au Harrar et dans les pays Gallas, vers l'ouest, dans le pays dankali, jusqu'à la frontière du Choa, à l'endroit même où la rivière Haouach, qui coûte jusque-la de l'ouest à l'est, tourne brusquement vers le nord, dans la direction des mines de soufre. Du cOté du nord et du nordouest, notre Influence s'étend tout le long de l'Haouach, sur le Dében, la partie orientale et méridionale du Mudaito, de la vallée de Gafou, aux monts Ouéhéma. SUPERFICIB ET POPULATION. La superficie totale de la contrée soumise ainsi, par traités, à la domination de la France, est de plus de 120.000 kilomètres carrés. Quant à la population, assez rare sur la côte, elle' devient de plus. en plus dense vers l'intérieur, mais quoique l'on ait estimé qu'elle devait s'élever à deux cent miile habitants environ, t) a été impossible jusqu'à' ce jour d'en faire un recensement quelconque.

ORGANISATION ADMINISTRATIVE DE LA COLONIE.–L'organlsation de la colonie est naturellement toute récente. Jusqu'en i886, elle était administrée par un commandant particulier; mais, depuis cette époque, elle a été placée sous l'autorité d'un gouverneur, assisté d'un nombre très restreint de fonctionnaires ou d'agents, dont le détail est le suivant:

Cabinet du gouverneur 1 secrétaire et 2 interprètes, agents de renseignements.

~OtfM poh'ttatMS 1 administrateur cotonia).


SefOtoe (tdmw<!<f<!(tf 1 commis de marine.

Commandement des troupes lieutenant des troupes de la marine.

Trésor 1 trésorier-payeur.

SerotM <!e santé 1 médecin de 1" classe et 1 médecin de 9' classe.

Travaux publics 1 conducteur des ponts et chaussées. .KscaMtH 1 magasinier.

~dntMMtffttMH.p~t~tMtfe: 7 surveillants militaires.

Comme on le voit, ce personnel est aussi restreint que possible 1.

A part ce petit nombre de fonctionnaires et d'agents français, le gouverneur s'est appliqué surtout à se- servir des indigènes. Jusqu'à présent cette méthode a donné de bons résultats non seulement elle nous a attiré l'amitié des chefs que nous employons, mais elle nous a valu également la sympathie des chefs et des indigènes des tribus de l'intérieur, qui savent que plusieurs de leurs compatriotes remplissent des fonctions plus ou moins importantes pour le compte du gouvernement français. Ce système, qui est employé au Congo comme à Obock, a l'avantage de développer notre influence en nous conciliant les Indigènes et d'éviter les dépenses d'occupation. que nécessitent le personnel civil et les troupes. OBOCK LES ÉTABLISSEMBNTS EUROPEENS. Le ohef-Ueu de la colonie est Obock qui, loin d'être une ville, est un petit village composé presque exclusivement d'indigènes et surtout un centre administratif servant en même temps de lieu de ravitaillement

1. Le service judiciaire a été organisé par un décret du 2 septembre 1887, qui a créé à Obock une justice a compétence éten< due; les fonctions de juge de paix sont remplies parie chef du service administratif et, à son défaut, par un oHici.er ou fonctionnaire désigné par te gouverneur. Le décret de 1887 a été complète par un autre, en date du 22 juin 1889. 2. Au point de vue géographique, Obock est située par 11* 57. de latitude nord. et 4l" de longitude est, GuoËE. S


Les établissements français sont divisés en deux groupes bien distincts. Les uns, ceux du gouvernement, sont installés au cap Obook, sur le plateau des Gazelles; les autres, sur le piateau des Sources, de l'autrecOté de ta vaiiée des Jardins.

Les établissements du gouvernement comprennent la maison du gouverneur et ses dépendances, faisant face à la rade; puis, plus loin. de la mer, les logpments du personnel, les casernes, l'hôpital, les magasins et enfin le mess des officiers et fonctionnaires. Ces établissements sont bordés, au sud et à t'est, par la mer, au nord et i'ouest, par un fossé assez profond pour les protéger à l'occasion contre une surprise des indigènes.

Les habitations, qui ne sont pour la plupart que des baraques provisoires, sont en charpentes de fer envoyées de France et installées sur des piliers en maçonnerie. Les murs sont en brique, le toit en tulles rouges;. les autres baraques sont en bois. Quant aux matériaux de construction, on les trouve dans le pays même; la chaux provient de la calcination de roches madréporiques, la pierre à bâtir, d'une roche caléaire assez commune, le mortier, d'une argile qu'on trouve partout, et le bois, de la forêt d'Angar, située à peu de distance dans l'Intérieur.

Sur le plateau des Sources, en face de l'anse des Pécheur: se trouve la factorerie de la compagnie Mesnier, concessionnaire de la fourniture du charbon aux bâtiments de l'État et aux paquebots, et de celle des vivres aux fonctionnaires et aux troupes de la colonie. Cette factorerie, fort bien aménagée, a comme dépendance au bord de ia mer un grand magasin avec lequel elle communique au moyen d'un. petit chemin de fer DecauviUe.

A coté de cette factorerie est une vaste enceinte, au centre de laquelle s'éiève )a tour Soleillet qui mesure une douzaine de mètres de hauteur; c'est dans cette enceinte


que. se trouve instat)~ le pénitencier, éloigné d'environ' 2 kilomètres des habitations du gouvernement Sur le p'ateau des Gazelles est également établie une mission catholique, qui se compose de deux habitations en maçonnerie, l'une est destinée aux pères, qui apprennent la langue française aux enfants indigènes et aux jeunes esclaves libérés; l'autre, plus récente, est occupée par des sœurs, qui accomplissent la même tache auprès, des filles indigènes.

OBOCK LE VILLAGE iNDisÈNE. En 1884, au début de notre.oooupation, 11 n'existait aucun habitant à Obock; ii y avait seulement à cette époque quelques abris provisoires construits par des Danakil, qui étaient venus en cet. endroit pour faire paître ieurs troupeaux.

Depuis lors, 11 s'est, créé un.viilage indigène qui comprend aujourd'hui deux quartiers principaux le quartier arabe et le quartier dankali.

Au nord-est du piateau dés Gazelles, sous les habitations du gouvernement et non loin de la valiée des Jardins, on remarq.ue une, dépression, du. terrain qui. forme un petit vallon, puis se relève un peu avant le rivage; ce sont ie plateau et le vallon des Chasseurs, p.iacés en contre-bas et à quelques centaines de mètres des bâtiments de l'État. Sur le plateau se trouve le quartier.arabe, qui se.compose d'une rue .bordée dans toute sa longueur, de maisons en pierre ou en terre, glaise, revêtues d'une couche de chaux. Ii y. avait en ces dernières années, au milieu de la rue, au centre du quartier, une énorme. solive surmontée d'une planchette sur laquelle étaient apposées, lorsqu'elles 1. La tour a été construite en 1882 par te cétebre explorateur Paul Soleillet, auquel elle servait à la foie d'abri et d'observatoire. Elle a été. ensuite utilisée par la société Godin qui, lors, de sa.liqui-. dation, la céda au gouvernement avec l'enceinte où le pénitencier s'est établi. En 1885, cette tour s'affaissa; mais elle fut'réconstruite et surmontée.d'an des:deux feui ronges dont t'aUgnemeBt ..indique aux navires t'entrée de ta passe, du, Sud.


paraissaient, les ordonnances du gouverneur; ces ordon-nances sont aujourd'hui amohées à la porte du bâtiment qu'occupe ce dernier. Trois ou quatre petites rues transversales, allant de la voie principale à la mer, bordées de pailiottes bien alignées et construites avec des branches du mimosa, des nattes de feuilles de palmier et de foin du pays, complètent cet);e partie du village Indigène, où résident les marchands arabes et plusieurs commerçants européens (trois Français et cinq Grecs).

Sur la partie nord du plateau est le quartier dankali qui ne se compose que de paillottes et qui va être reporté un peu plus près du quartier arabe, car son emplacement actuel fait partie de la concession provisoire, accordée à la Compagnie des Messageries maritimes pour servir l'Installation de ses magasins, ateliers, chantiers ou entrepôts. La population du village est très mélangée; les Arabes, les Somalis et les Danakil y dominent; viennent ensuite des Éthiopiens ou des Soudanais, qui sont pour la plupart miliciens ou agents de la police indigène, des Abyssins, des Gallas et quelques Indous; au total, 1.800 à 2.000 ha'bitants.

L'animation est très grande dans le quartier arabe à certaines heures de la journée. Les marchands indigènes, -mollement allongés sur leurs sièges, fument des narghiMs tout en servant la clientèle; les bouchers, les marchands .de poisson, les marchands de galette de dourah sont installés en pleine rue; les restaurants, aux heures de repap, :vendent à la population des galettes, du poisson grilté, de 'la viande de mouton, du riz et du carry. Enfin les cafés, où l'on débite un liquide préparé avec. de l'éooroe de caféier ou de la pulpe de café réduite en. poudre; sont encombrés d'une foule bruyante qui s'installe jusque dans la rue, accroupie ou couchée sur des sièges de bois tressés en ;6o.rde de palmier, et qui ifùme également des narghités, ~BR.o&a'cun.se passe et. se .repasse a.tour de rôle. De place en place, des groupes d'indigènes,'invariabie-


ment composés de gens de même nationalité, Danakil, Gallas, Somalis, .Abyssins, assis ou accroupis sur le sol, se livrent avec un plaisir lnilai à des kalams interm!nables 1.

Au milieu de tout ce monde circulent, pour surveiller et pour maintenir l'ordre, les Soudanais de la police indigène, vêtus d'un costume blanc, coiffés d'une toque de même couleur, tenant une baguette à la main et armés d'un sabre-baïonnette.

Campement de Danakil.'

TADjocRAH. Après Obook, le seul point un peu important est Tadjourah, située au bord de la mer, au centre du golfe qui porte.son nom.

Dominée, à l'est, par un plateau rectangulaire qui n'est accessible que par l'un de ses petits côtés, et comprenant, outre les maisons en bots qui composent le village, le bâtiment de. la douane et cinq mosquées d'un pur style 1. C'est sur ce plateau facile à défendre que les Égyptiens avaient autrefots eteve un fort habité aujourd'hui par les gardiens indigènes du pavillon français.


oriental; Tadjourah, vue du large, prend un aspect assez pittoresque et paraît plus peuplée qu'elle n'est'en réalité'. 1.

C'est la tête de ligne d'une des principales routes de caravanes qui vont au Choa ou en Abyssinie. Elle est un peu'moins fréquentée depuis que nous avons, parle RasJiboutl, une route plus courte et plus sûre. Les caravanes s'installent génera'ement à un kilomètre du village, sur un des massifs de palmiers- dattiers qui sont assez nombreux dans le pays..

La seule industrie du pays est la fabrication de nattes et de corbeilles en feuilles de palmier, tantôt blanches, tantôt peintes de couleurs éclatantes

Le port de Tadjourah n'est pas bon; les petits navires peuvent seuls le fréquenter lorsque souffle le vent d'est; pendant la mousson du sud-ouest, il est dangereux de s'y aventurer.

C'est dans ce viHage que réside le sultan Hamed ben Mohamed qui a sous sa'dépendance les Adaïi et une Importante fraction des Assobas.

AuTBEs CENTRES DE LA COLONIE. Quelques autres endroits de la contrée, qui n'ont pas une grande Importance comme population, méritent cependant d'être signalés. Ambabo (à 4 kilomètres sud-ouest de Tadjourah) est un petit hameau d'une trentaine de oase~ situé au milieu d'un bouquet de dattiers et environné d'un pays assez riant; on y trouve de l'eau douce eu ass"z grande quantité et quelques pâturages. Ambabo est habité par une partie de la nombreuse famille d'Abou-Beker, l'ancien émir de Zeïlah. Plus loin, au sud-ouest sur la côte. sont Doulloul et Sukti, où les caravanes trouvent de i'ëau.

A un mille et demi de Sukti, et toujours sur le littoral, est

La popntation est d'environ 2,000 habitants.

2. Ces corbeilles et ces nattes commencent à se vendre beaucoup aux passagers des différents paquebots.


le petit bourg de Sagallo, dernier point de la route des caravanes sur le bord de la mer. Sagalio est l'endroit le plus riant de la cote septentrionale du nord; malheureusement, par suite de la constitution marécageuse du terrah), il est assez malsain et ne comprend que quelques cases habitées par les Danakil. Au milieu d'un petit bois de palmiers, on y voit apparaîtra les restes d'un fortin en pierres Enfin, à quelque distance dans l'intérieur, se trouvent les petits centres de Darkellé et de Ouardélissan qui sont sur la route des caravanes et où l'on trouve de l'eau. VIE DKL'EûROpËEtt A OBocK. Les Européens, fonctionnaires, agents, militaires ou négociants, résident presque tous à Obook, où leur existence est assez monotone. li n'y a guère, comme distractions, que la promenade au village ou dans la vattée des Jardins, la chasse, la pêche et enfin la lecture, qu'il est heureusement facile de varier, grâce à une bibliothèque assez importante installée dans une des salles du mess.

En généra), les Européens qui viennent s'établir ou résider à Obock sont célibataires et il n'est venu jusqu'ici que huit européennes'.

Au point de vue de )a vie matérielle, les ressources sont encore assez restreintes. Les vivres qu'on peut facilement se procurer sont: la viande chèvre, bœuf ou mouton le poisson, les volailles, le lait, les œufs et le gibier lièvres, outardes, perdrix, cailles et gazelles. Pendant la bonne saison on peut avoir des légumes frais, mais, durant tout le reste de l'année, surtout pendant la saison d'été, on, fait usage de légumes conservés.

I. Le fortin de Sagaiio a abrité pendant quelque temps quelques soldats français qu'on a retirés ensuite iursqueia garnison d'Obock a été réduite d'une compagnie à une demi-compagnie. C'est ce fortin qu'avait occupé le Cosaque Atchinof, lors de sa tentative sur Sagallo.

2. Les femmes de deux fonctionnaires, celles de deux négociants français et quatre religieuses.


Si on part pour l'Intérieur, Il faut emporter avec sol, comme dans le Sahara, tout ce dont on aura besoin, sauf le lait et la viande que l'on trouve partout. On se munira de boîtes de conserves et de galettes de dourah qui remplacent le pain.

LES TRANSPORTAS mNDOns. On a vu plus haut qu'il existait sur le platéau des Sources un pénitencier. Cet établissement renferme environ une centaine de transportés d'origine hindoue condamnés pour actes de rébellion ou crimes de droit commun. La colonie a de cette façon une main-d'œuvre à bon marché qu'elle utilise pour les travaux de toutes sortes, constructions de bâtiments, voies de communications, etc. Elle pourra s'en servir pour essayer de,créer des oasis dans l'Intérieur, ainsi que pour exécuter les différentes améliorations dont 11 sera question plus loin et qui pourront contribuer en peu d'années au développement de la colonie.

LES MOYENS DE DËMNSE ET LA GARNISON. La garnison française d'Obock est peu importante et constitue la seule défense de la colonie. Il n'existe, d'ailleurs, aucun ouvrage de fortification dans le pays, et les fortins de Tadjourah et de Sagallo, ainsi que le fossé qui entoure, à Obook, les établissements du gouvernement, n'ont jamais eu d'autre but que de tenir les .Indigènes en respect.

Quant aux troupes, elles se composent d'une demi-compagnie d'infanterie et de quelques canonniers, placés sous les ordres d'un lieutenant; la station locale, dont peut disposer le gouverneur, ne comprend que la canonnière le Météore (iOO chevaux, 4 canons) et l'aviso de 2' classe le Pingouin (55 chevaux, 2 canons).


OBOOK. Établissements du Gouvernement on 1886.

CHAPITREIV

Économie politique et sooiale.

Le climat d'Obook. Bonne saison et mauvaise saison. Direction des vents. Le khramsine. Les maladies. Hygiène A suivre. Disposttion des habitations. Les cultures d'Obock. Essais à tenter cocotier, ricin, eucalyptus, dattier. Création d'oasis. Culture du dattier et cultures interoatairea. Essai do colonisation. Puits artésiens. Régime aquifère. Fertilisation des terrains volcaniques. Relations commeroiates.- Le Choa. La route d'Harrar et le Ras-Jibouti. La ville d'Harrar. Itinéraire des caravanes. Travaux publics. Le port d'Obock et le chemin de fer de Herrer. Communications maritimes de la colonie avec la France et les ports de l'océan Indien. Conclusion.

LE CLIMAT D'OBOCK BONNE SAISON ET MAUVAISE SAISON. Le climat d'Obock est un climat exclusivement sec, comme celui de toute la région saharienne.


L'année météorologique se divise en. deux périodes la bonne saison, ou saison fraîche, qui dure pendant sept mois, d'octobre amai; la mauvaise saison, ousaison chaude qui a une durée de cinq mois seulement. I) n'y a donc pas de saison des pluies, comme sur la côte occidentale.. Toutefois, le passage d'une saison à une autre ne s'accomplitpas brusquement et les mois d'avril et de mai, ainsi que ceux d'octobre et de novembre, constituent entre chaque saison une période intermédiaire.

Dans la bonne saison, le thermomètre ne dépasse guère 25 à 26 degrés; !i monte vers 30 degrés pendant les mois intermédiaires et reste autour de 40 à 42 degrés durant la mauvaise saison. Les températures extrêmes sont 17 à i8 degrés pendant la bonne saison, mais à deux ou trois reprises seulement et toujours le matin, et 47 à 48 degrés pendant quelques journées de la saison chaude et seulfment l'après-midi, de 2 heures a&heures.On peut dire d'ailleurs d'une façon générale, que la chaleur croît de mois en mois de la fin de janvier à la fi de juillet et décroit du milieu d'août jusqu'à la fin de décembre.

A Obook, le ciel est invariablement d'un bleu un peu cru, mais clair et limpide; ce n'est que pendant les mois intermédiaires, époque à laquelle la santé générale est d'ailleurs moins bonne que pendant le reste du temps, que'l'on voit parfois, mais très rarement, le ciel se voiler et la pluie tomber après un violent orage.

DIRECTION DES VENTS. LE MRAitSItfE. Les vents varientnaturellement selon les diiférentej époques de l'année; mais ii en est deux surtout qui reviennent périodiquement pendant l'une ou l'autre saison et qui ont sur ces dernières une influence considérable.

Le premier est le vent d'est-nord'est, qui est généralement appelé mousson de nord-est et se'fait sentir pendant la bonne saison. L'autre, qui est spécial à la saison chaude, a une direction exactement contraire c'est le vent ou mousson du sud-ouest.


Ces vents ne règnelit pas toute la journée et, lorsqu'ils tombent, c'est, pendant abonne saison, le vent d'est, ou pendant la saison chaude, le vent du nord-ouest (également appelé khramsine) qui le remplace 1. C~ vent s'élève ordinairement vers dix heures du matin et ne tombe que sur les'dix ou onze heures du soir. Alors tout devient calme pendant quelques heures; puis, au.milieu de la nuit, vers deux ou trois heures du matin, )a mousson du sud-ouest reprend': Cette dernière, quoique fort chaude, ne fatigue pas comme le khramsine. Avec celui-ci, il semble qu'on respire du feu; la gorge, les narines, la bouche se dessèchent, les paupières deviennent brûlantes et l'évaporation de la sueur est si rapide que toute la surface du corps reste constamment sèche; la soit est ardente et il est à la fois impossible et contraire à l'hygiène de ne pas boire, car il faut absolument fournir un aliment à la transpiration qui est, en ce cas, de toute nécessité. Le sommeil devient également très pénible; on est obligé, pour dormir, d'arroser son IIt'et de s'entourer le corps de linges imbibés d'eau.

Quand le khramsine souffle pendant longtemps, il arrive parfois qu'on est exposé à un accident, appelé le coup de chaleur, qui est à redouter principalement pendant les heures de calme qui suivent chaque période de khramsine. II est en outre impossible de sortir et il faut rester calfeutré chez soi, ma)gré les 45 ou 46 degrés que marquent alors les thermomètres p)aoés à l'Intérieur des habitations. La bonne saison est également chaude, mais elle est relal'~hMHMtne, en arabe, veut dire cinquante; les Arabes prétendent en effet que ce vent règne pendant cinquante jours con8écutifs. Malheureusement, il .ouate parfois pendant plus longtemps, mais souvent avec interruption, et son passage est aussi pénible à t'Hurooeen au'à l'indigène.2. On estime généralement que, sur les cent cinquante jou~ de mauvaise saison, il y en a environ soixante pendant lesquels règne le khramstne et quatre-vingt-dh pendant lesquels souSte la mousson du sud-ouest.


tivement plus agréabie, et certaines heures de la journée le matin, de six à huit ou neuf heures, !e soir, à partir de cinq heures,– sont réellement délicieuses. Les nuits sont. mmsamment fralches et les écarts do température ne se manifestent jamais brusquement..

Las MALADIES. L'anémie est peu à redouter à Obock, la nêvre y est rare et la dysenterie exceptionnelle. Celle-ci, lorsqu'elle se produit, est d'ailleurs bénigne et s'observe aux changements de saison, principalement chez tes individus qui ne suivent pas les règles de l'hygiène. Elle n'a jamais un caractère d'acuité bien prononcé et ressemble plutôt à une diarrhée aiguë. Selon les cas, la diète, le repos, l'extrait de quinquina, le laudanum, l'alcool chaud (grog ou punch), ainsi, que les sels neutres (sousnitrate de bismuth, sulfate de magnésie, etc.)' et certains astringents, tels que le tanin, le cachou, l'extrait. de ratanhia, font partie de la médication ordinaire.. Les seuls maux ou accidents qui soient réellement à craindre, sont l'hépatite, l'insolation et le coup de ohaleur.

L'hépatite (inflammation du foie, accompagnée de vomissements et parfois de jaunisse), se traite généralement avec des cataplasmes,: de la glace, du calomel, des ,purgatifs, du sulfate de quinine, de l'aloès et même du jalap. L'insolation et le coup de chaleur se ressemblent beaucoup. La première, qui fait dans les pays chauds beaucoup plus de victimes qu'on ne pense,.est causée le plus souvent par l'action du soleil sur-la tête et surtout sur la nuque. Le coup de chaleur est dû a l'élévation de la température ambiante on peut en être atteint en l'absence du soleil,. même à l'ombre ou dans un appartement Ces deux accidents se traitent à pou près de même des lotions d'eau fralche, des frictions, du thé, de l'eau coupée de 1. Le coup dé chaleur se produit souvent dans la chambre de chauffe des navires qui traversent la mer Pouge, chambre où le thermomètre atteint parfois jusqu'à 72 degrés centigrades.


cognac, des purgatifs, des-sinapismes ou des vésioatoires, parfois une saignée, mais, avant tout, du repos. HY(,i6tt)!Asu!VM.– Maigre son éfëvatiot), le climat d'Obook est aussi sain que possible et .U suffit d'observer quelques précautions pour se bien porter. H faut princi-

paiement éviter les refroidissements, les excès de table ou autres,'ainsi que l'usage des alcools et des liqueurs. La glace n'y est pas proscrite comme dans les climats humides, mais est préférable de l'employer seulement pour rafratchir les boissons au lieu de l'absorber directement. Les toniques, le vin, la far, le quinquina, sont excellents, surtout lors d'un premier séjour dans le pays. Enfin la manière de se vêtir est d'une Importance extrême.

IL faut proscrire, d'une manière absolue, les coiffures pesantes, les vêtements. chauds et lourds, surtout ceux qui


sont ajustés et compriment le milieu du corps, ou ceux qui sont disposés de manière à recevoir une cravate. Comme coiffure, on doit adopter le casque colonial, tel qu'on le porte-aux Indes et au .TonMa; on peut même y ajouter un léger parasol.dont l'usage est parfaitement admis en ces climats. Quant au vêtement, le plus pratique est celui qu'on a adopté dans i'Indo-Chine, c'est-à-dire un pantalon assez large, retenu aux hanches par une ceinture de flanelle et, par-dessus, une vareuse sans col, très large également, en étoffe légère (coton ou soie) do couleur claire ou blanche autant que possible.

DISPOSITION DES HABITATIONS. Le séjour de la colonie d'Obock deviendra bien plus supportable, lorsque les Européens y trouveront le confort qui leur est nécessaire. A un climat saharien, il faut une architecture saharienne et )a disposition des maisons du sud-aigérien, de l'Arabie ou du Maroc, avec leurs murs excessivement épais et leur cour intérieure entourée de galeries abritées du soleil, sur lesquelles s'ouvrent toutes les pièces de l'habitation, est certainement celle qui paraît la plus pratique A l'heure présenta, en. ce. qui concerne les établissements de l'État, lis ressources budgétaires du- gouvernement looai n'ont pas encore permis la construction de cette sorte d'habitations. Il est cependant nécessaire d'y songer on pourra atteindre ce résultat en agissant progressivement et le premier bâtiment de ce genre qui sera édifié est celui qui doit être aSecté à l'hôpital.. LES CULTURES D'OBOCK. Les productions du sol sont à peu près nulles.

Sauf auprès d'Obock et.aux environs, il n'y a pas de. cultures indigènes et les seuls végétaux qui donnent quelques produits ont.été plantés et cultivés par les Européens ou à leur Imitation.

'1. Dans ces climats, .lorsque' la disposition de l'habitation le permet, ;unesa)le. de bains ett de, toute nëceMite.


C'est dans la valiée'des Jardins, entre le gouvernement et le pénitencier, qu'il a..été créé un champ de cultures maraîchères et fruitières,. dont les produits servent à l'a'imentation de la garnison, des fonctionnaires et des condamnes.

Ces cultures sont entretenues par des soldats d'infanterie de marine, jardiniers de profession, auxquels on a adjoint. quelques Arabes, quelques Danakil et un certain nombre de transportés.

A force de soins, car il a fallu acclimater ces plantes, et grâce aux puits qui donnent de l'eau en abondance, on est arrivé à obtenir en assez grande quantité, pendant la saison fralche, des légumes de toute, espèce, radis, aubergines, tomates, salades, petits pois, haricots verts, carottes, concombres, pastèques. Quant aux fruits, on n'a récolté jusqu'ici que des grenades.

Autour du jardin du Gouvernement, il existe plusieurs autres jardins. Ce sont ceux de la mission catholique, ceux de la factorerie Mesnier, et quelques autres tout petits appartenant à des indigènes. lis produisent les mêmes légumes et les mêmes fruits, possèdent de l'eau en abondance et ont, à eux tous, une superficie beaucoup plus grande que le jardin du Gouvernement.

ESSAIS A TENTER COCOTIER, RICIN, EUCAHPTBS, DATTIER. Quelques cocotiers ont été plantés également ils poussent avec une vigueur, surprenante. C'est là une plantation qui demande à être développée d'une façon sérieuse et des bouquets de cocotiers, dont on augmenterait peu à peu la superficie, auraient une innuence excellente sur le pays; outre les fruits qu'ils donneraient, ils permettraient, comme le dattier, certaines cultures intercalaires, serviraient de brise-vents et d'ombrage, et rendraient le paysage moins désagréable à l'oHi*. 1..

1. Le cocotier ne produit que difficilement au deta du M' 'degré de latitude; passé cette limite, ce n'est plus qu'un arbre d'agrément.


Il serait intéressant d'essayer aussi le ricin, qui pousse fort bien dans tout le Sahara, atteint en quelques mois une hauteur de 3 & /[ mètres, puis devient un arbre de taille moyenne; de même pour l'eucalyptus qui vient sous toutes les latitudes, dans tous les terrains (il faut seulement choisir les espèces convenables) et est un assainissant précieux: au bord des marécages.

Enfln des essais de palmiers dattiers ont eu lieu et Ils ont pleinement réussi. Les arbres plantés sont vigoureux et bien venus mais Ils n'ont encore que trois ans et l'on sait que les dattiers ne donnent généralement de fruits qu'à la fin de la cinquième année.

On peut être convaincu que cet arbre est l'avenir d'O-.bock au point de vue agricole. Partout où. l'on pourra avoir de l'eau, il faut planter des rharsas (.jeunes plants de dattier) et créer ainsi des oasis qui seront plus tard la prospérité du pays..

Il ne faut cependant guère y songer sur le littoral; la terre .végétaië y est assez rare et, le plus souvent, son épaisseur est trop-faible pour pouvoir y tenter une plantation.

C'est plutOt dans l'intérieur qu'on pourrait essayer de combattre l'aridité actuelle du sol par la création d'oasis. A, l'heure actuelle, la seule dimculté est la mauvaise .volonté des Indigènes qui, :n'ayant pas encore saisi tout l'avantage qu'ils en retireraient ne se soucient guère jusqu'à présent de devenir cultivateurs. Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'on est Ici en présence de populations nomades, très sauvages et rebelles jusqu'ici à toute tentatlve de civilisation.

Avec de l'habileté, de la patience, de l'opiniâtreté même, on arrivera sans aucun doute à leur. faire comprendre peu à peu tout ce qu'ils auraient à gagner le jour où les parties de leur pays, dans lesquelles on trouve de l'eau et de la terre végétale, seraient transformées en palmeraies. .Dans une palmeraie, on compte généralement 160 à


200 arbres femelles par hectare maisa Obook comme rien ne pousse à i'ombre~o'est du moins ce que semblent prouver les quelques essais qui .ont été tentés jusqu'ici), ii suffirait d'en planter une oinq'tanta.ine seulement par hectare, de manière à né pas intercepter le soleil, et & maintenir au contraire au-dessus du soi un peu d'humidité Au bout de six ou sept ans, ils sont assez grands pour permettre de faire ce qu'on appelle des cultures intercalaires à )a fin de la cinquième année, ils donnent une première récolte qui est environ le tiers. de ce qu'elle deviendra par la suite, la production des. arbres augmente ensuite d'année en année et le palmier est en plein rapport au bout de huit ans.

Tandis que le palmier pousse et grandit, on établit entre les lignes d'arbres ce qu'on appelle des cultures intercalaires qui se composent.tantôtd'arbrësfruitiersou autres, tantôt de plantes au ras du .sol. Les arbres fruitiers que l'on choisit ordinairement. sont le figuier, l'amandier, l'oranger, le bigaradier, le citronnier, le caroubier et. enfin l'olivier. Les cultures du sol sont des plantes maraîchères, des plantes industrielles ou des céréales. On estime que ces cultures,ajoutent 40 à 50 pour .100 au bénénoe de la récolte des..palmiers.

On peut estimer, d'une manière générale, que la création.d'une oasis nécessiterait, par hectare, en dehors des frais de sondage une dépense d'environ 300 à 350 francs'. 1. Les bénéfices donnés par le palmier sont suffisamment connus aujourd'hui pour qu'on' puisse les estimer d'une manière à peu près exacte. Chaque pied de palmier est en 1. Le palmier étant, comme la vanille, ce qu'on appeiie un arbre diolque, il faut le féconder pour .qu'il produise. On palmier mMo suffit pour 200 300 palmiers femelles. 2. Dans te sud algérien ou tunisien, le prix du WMfM (ou plant de palmier) est d'environ 1 fr. 35, au maximum! c'est donc pour 200 djebbara, .âne dépense de 2M francs environ par hectare j ta. mortaiité .des plants -ne.doit pas dépasser. ou 6 pour 100.. GMN)<E. S


plein rapport, au plus tard, au bout de huit ans de plantation à cinq ans, il donne environ 30 à 35 0/0 de son rapport, puis le produit augmente jusqu'à la huitième année. A huit ans, un palmier produit au moins de 3 fr. 50 à 4 francs de dattes; à cinq ans, il n'en donne encore que pour i fr. à 1 fr. 50, et ainsi de suite en augmentant jusqu'à ce qu'il atteigne le rapport total. On peut juger, d'après cela, quel est le bénéfice d'un hectare de palmeraie.. Comme, dans tous les pays d'oasis, chaque arbre est, au bout de quinze années de plantation, frappé d'un impôt qui varie entre 20 et 30 centimes, il est facile de calculer ce que pourrait produire au gouvernement local d'Obock, au bout de quelque temps, la création dans l'intérieur d'un nombre important d'hectares de palmeraie, le jour où cette création serait possible, c'est-àdire à la suite d'une entente avec les indigènes ceux-ci, il est vrai, n'ayant pas encore compris tout l'avantage qu'ils retireraient d'une mise en valeur de leur pays et se complaisant dans leur existence nomade, si misérable qu'elle soit, se sont refusés jusqu'ici à laisser cultiver leur territoire; ce n'est que dans l'avenir, si les essais de sondage qu'il faudra bien tenter un jour dans ces régions,, donnent des résultats sufSsamment appréciables, qu'il faudra leur faire comprendre que la culture leur donnerait l'abondance et même la richesse. ESSAI DE COLONISATION. Ce ne sont pas seulement les Arabes des. environs, les Danakil du pays, les Somalis ou les Gallas des contrées voisines'qui pourraient cultiver le palmier, le jour où Ils consentiront à se fixer sur un point du pays et à devenir sédentaires. C'est aussi les Hindous et les Annamites provenant du pénitencier et libérés une fois leur peine expirée.

Ii est à remarquer d'ailleurs que, dans une palmeraie bien irriguée, la température est sensiblement moins élevée que la température ambiante de l'extérieur. Dans le S,ud tunisien, où la chaleur est certainement bien souvent plus forte qu'a. Obock et o& il .se passe des années sans


qu'il pleuve, le cultivateur n'a guère d'occupation que pendant les mois d'hiver ( ce qui est la bonne saison au Sahara et à Obook)'; la récolte de dattes a lieu en novembre et en décembre, et la fécondation des arbres ou la plantation des rharsas du commencement de mars à la fin d'avril. H en est de même pour certaines cultures intercalaires, c'est-à-dire celles qui ne comprennent que des cultures arborescentes (figuiers, amandiers, orangers, eltronniers, bigaradiers, oliviers, etc.) et qui ne demandent que quelques soins.

Dans ces conditions, pendant la saison chaude, le colon qui n'aura, dans son oasis, ni à redouter le Khramsim, ni à craindre l'élévation de la température (M aura & peine, à l'époque la plus chaude, 25 a 28 degrés, tandis qu'il en fera 40 ou 42 dehors), pourra se reposer pendant la plus grande partie de la journée. A cette époque de l'année, son travail quotidien ne durera guère qu'une heure à une heure et demie et consistera à donner quelques légers soins & ses plantations et surtout à irriguer sa. portion d'oasis, besogne qui ne donne aucune fatigue. Un peu plus tard, s'il est tout à fait acclimaté et qu'il. soit actif, il pourra essayer de se livrer aux cultures du sol, et montrera ainsi aux indigènes de la contrée tout le parti qu'ils pourraient tirer de semblables travaux. Peut-être ceux-ci se montréront-ils récalcitrants pendant quelques années et il y aurait encore, dans ce cas, avantage à essayer de se servir des adolescents en les habituant à la a culture de la terre dès leur enfance.

-1. En 1887, au mois d'avril, MM. Damour et Moreau; ingénieur!) des mines, chargés d'une mission dans l'Arad (Sud tunisien), ont constaté pendant plusieurs jours, entre 8 et 9 heures du matin, une température de 40 et 41 degrés à l'ombre i au mois de juillet delà même année, M. Blanc, inspecteur adjoint des forêts, arrêté sur la lisière de l'oasis de Nefta (Djérid-tunisien) a constaté, à 2 heures de l'après-midi, une température de 56 degrés a t'ombre, température qui n'est pas connue à Obock.,


Donc, s'il est possible de créer des oasis dans l'Intérieur, ce qui ne peut être reconnu qu'âpres plusieurs tentatives sérieusement faites, le développement des cultures et principalement celui des cultures maraîchères méritera d'être vivement encouragé, car, au bout d'un certain temps, les paquebots et les navires de guerre, quels qu'ils soient, étant certains de trouver de l'eau et des vivres frais à Obock, feront escale en ce port et délaisseront peu à peu les ports, de la côte d'Arabie dont la terre est absolument aride et où l'eau manque complètement, sauf en de rares endroits..H pourra se créer de la sorte un certain mouvement commercial et les ressources de la colonie se trouveraient ainsi augmentées.

RË6IME AQMWiRB. PUITS AM~sism. Mais la création d'oasis et de cultures de toutes sortes exige, avant tout, deux facteurs principaux: l'existence de l'eau et la fertilité

du sol.

Voyons à cet égard quel peut être l'avenir d'Obock. Un ingénieur des mines, M. Aubry, qui a étudié, en 1883, le régime aqutfère de la contrée, a reconnu l'existence d'une nappe d'eau douoe assez Importante..

Depuis cette époque, on a creusé un certain nombre de puits, mais l'eau y est saumâtre à cause des innttrations de la mer et sert à abreuver tes animaux domestiques. Cette nappe d'eau a été rencontrée au milieu d'une couche perméable placée entre deux bancs d'argile, dans la vallée des Jardins, à une profondeur variant de 0"50 à 2 mètres; on la retrouve, dit M.Aubry, au-dessous des bancs de cal-

caire.

Oh avait pensé qu'en creusant plus profondément cette eau deviendrait meilleure; c'est le contraire qui est survenu l'eau était plus saumâtre encore. On a reconnu alors qu'il y avait deux nappes successives très rapprochées une première, d'eau douce mélangée d'eau salée, puis une. seconde, .due exclusivement aux in.nitrationsde la mer et absolument mauvaise..


Néanmoins, d'après la disposition géologique du terrain, des ingénieurs sondeurs ont estimé qu'en creusant très profondément ou en s'avançant un peu dans l'intérieur, on arriverait à dépasser ou à éviter la couche salée et à trouver une nouvelle nappe d'eau douce beaucoup plus importante que la première. Ainsi, sur le littoral,. il. faudrait dépasser de plusieurs mètres le pian formé par le fond de ia mer. Quoique ce ne soit là que des appréciations ne reposant sur aucune donnée bien nettement établie, il n'en est pas moins vrai que l'expérience est utile à tenter et que )a dépense ne serait pas excessive 1. L'eau des puits actuels a été analysée par M. Aubry, qui a trouvé qu'elle contenait de l'acide carbonique, du ohiore, de l'acide sulfurique, de la chaux, de la magnésie, de la potasse, de la soude et de la silice, ou, si l'on préfère, afin de rendre plus complète la ressemblance avec les eaux du sud des provinces de Constantine et de Gabès,– du bicarbonate et du sulfate de chaux, de la silice, du chlorure de sodium, du chlorure de potassium et du chlorure de magnésium

Ce n'est pas à Obock seulement qu'on rencontre de ces puits, car Il en existe de semblables tout ie iong de ia côte. A 5 ou 600 mètres à l'ouest du cap Obock, à l'extrémité du bano de La C~c/ietene, on rencontre au milieu 1. Comme frais da premier établissement, un appareil .de son-. dage est nécessaire et peut servir à tous les autres puits. Pour 8.000 à 9.000 francs, on aurait un appareil pouvant aiierjusqu a 250 mètres de profondeur et transportable par pièces à dos de chameau.. Quant au tubage et & ta main d'œuvre, ii faut compter 4.000 à-5 000 francs peur un puita de 25 à 40 mètres, K.OOO à 9.000 francs pour un puits de 60 à 80 mètres et 12.000 à 14.000 francs pour un. puits de 150 mètres.

2. Il est à'remarquer qu'avec des tubages en fer comme ceux des puits artésiens, on arriverait a éviter, en partie d)t moins, des eaux sulfatées, calcaires et magnésiennes, le tubage évitant la plupart do temps le contact de l'eau avec les couches contenant (tu sulfate de chaux ou de la magnésie.


de la roche calcaire deux ouvertures laissant échapper des eaux et des vapeurs sulfureuses. On croit que ces deux sources, qui doivent leur existence à la nature volcanique du sol, traversent l'argile et sont situées, la première à 2'"20 au-dessous du sol, et la seconde à 1"/[0 la température de l'eau à l'orifice du puits est do 80 degrés -centigrades. Elles ont en partie la même composition que les précédentes, mais U s'y ajoute une forte quantité d'hydrogène sulfureux, ce qui explique leur nature toute-spéciale.

FERTILITE DES TERRES YOMANtQUES. On voit donc, d'après ce qui vient d'être dit, qu'Obook ne manque pas d'eau; On va voir maintenant que le jour où on pourrait le cultiver, le sol, par sa nature, n'est point si rebelle qu'on l'a dit aux entreprises agricoles (toujours dans l'intérieur du pays et très peu sur la côte).

Dans son traité de la Détermination des terres arables. dans le laboratoire, M. P. de Gasparin a démontré qu'on pouvait considérer une terre comme riche en potasse et acide phosphorique lorsqu'elle en contenait de 0,10 pour 100 à 0,15 pour 100 Or, les analyses faites jusqu'à présent des terres volcaniques utilisées par l'agriculture dans les pays civilisés, ont donné les résultats suivants

Potasse. Acide phosphorique.

Trachytes. de 4,110 à 3,104 de 0,217 à 0,109 Basaltes. de 0,940 & 0,821 de 0,499 a 0,479 Laves. del,950a0,160 del,100a0,14'!

1. On a vu, au chapitre II, que les terrains volcaniques se divisent, selon leur composition chimique en trachytes, laves, basaltes, etc. Ce qui distingue les roches volcaniques des roches primitives (granits, gneiss, micas, etc.), c'est que, outre la potasse que renferment ces dernières, les roches volcaniques contiennent encore une quantité assez considérable de chaux et une quantité parfois très forte d'acide phosphorique.

'2. Traité f!e géologie agricole, par M. Risler, directeur de l'Institut agronomique.


On sait de plus aujourd'hui, par les beaux travaux de M. Georges A'I)Ie sur la végétation, que les plantes ont, avant toutes choses, besoin de quatre substances chimiques l'azote, qu'on trouve en partie dans l'air, la chaux, l'acide phosphorique et la potasse. On voit donc, en se reportant à ce qui a été dit plus haut. des données de M. de Gasparin, qui fait foi en matière agricole, qu'en général les terres volcaniques conviennent admirablement aux cultures; II y a dès lors lieu de penser que dans l'avenir, après des essais sérieusement faits et répétés (car un seul échec ne prouve rien en matière agricole) des plantations de palmiers (qui demandent surtout du phosphate de chaux) et'd'autres cultures appropriées au pays seraient une source de richesse pour.notre colonie

RELATIONS coMMEM:AMS– Dans notre colonie d'Obock, l'industrie n'existe pas et l'on ne fait que du commerce. Le nombre des commerçants s'élève actuellement à vingt-deux, dont quatre pour Jibouti; sur ce nombre, il y a sept Français. Les échanges ont lieu principalement avec les pays de l'intérieur, le Choa et le Harrar.

Les Danakil de Tadjourah ont toujours eu, avec la première de ces contrées, des relations fort suivies; ils y importent des tissus.d'Europe et des Indes, de l'acier, du cuivre, du zinc, de l'étain. de l'argent, de la bimbeloterie, de la verroterie et, en passant au Bahr-AssaI, les caravanes y prennent en outre des quantités considérables de sel LE CaoA.– Du Choa, les Danakil rapportent de l'ivoire, .1. Une grande partie des terres de la Sicile, autour de l'Etna, comprend potasse, 0,6'!4; acide phosphorique. 0,620. Autour du Vésuve, la composition de la lave arable est celle-ci potasse, 3,470

et acide phosphorique 0,348;

~~s;e~Mement des thalers de Marie-Thérèse, seule monnaie~yant cwrs en Abyssinie et au Choa. A la cOte Somali,'la monnaie courante est la roupie de l'Inde. A Obock, le gouverneur a réussi à faire adopter la monnaie française par les indigène!).


du café, de la poudre d'or, du musc, des plumes d'autruche et de l'encens. Jadis, ils y ajoutaient tes esclaves des pays Gallas voisins du Choa, qu'on vendait à Tadjourah, lieu principal de la traite, et qu'on emmenait en Arabie. Mais le roi Ménélik ayant défendu ce trafic dans ses États et l'ayant énergiquement combattu, .ce commerce est devenu presque impossible, du moins de ce côté. En outre, depuis près de deux ans, le sultan de Tadjourah, qui se mêlait volontiers à ce genre d'échanges, a, sur les instances du gouverneur d'Obock, supprimé omoieliement dans ses États la traite des noirs, et un traité, signé à la fin de 1889, a confirmé cette interdiction; malgré cela, notre représentant à Obock fait quotidiennement -surveiller la côte et visiter les centres indigènes, afin d'éviter la contrebande.

Depuis quelques années déjà, un certain nombre de Français ont fait avec le Choa des opérations directes, qui oonsistalent jadis dans la vente d'armes et de munitions de guerre, commerce aujourd'hui remptaoé par les tissus, la verrerie, les articles de Paris, etc.

Le Choa, situé à 350 kilomètres de la côte, est, comme l'Abyssinie, un pays montagneux, très élevé au-dessus du niveau de la mer (1.600 mètres environ), d'un climat tempéré et d'une fertilité incomparable.

« Ce pays et I'Âbyssinie, dit M. de Lanessan, sont destinés, par la douceur de leur climat, par la fertilité de leur sol et par l'abondance relative de la main d'oeuvre, à devenir tôt ou tard de puissantes colonies européennes. Jusqu'à ce jour, les nations de l'Europe se sont surtout préoccupées de rechercher des débouchés pour leurs produits industriels. Le jour n'est pas éloigné où elles devront songer, dans une plus large mesure, aux colonies agricoles. » (.E~jMMMo?t co/oMo~e, page 322.)

Les habitants du Choa (ii y en a 1.500.000) sont plutôt guerriers que travailleurs, et le sol du pays produit si facilement qu'ils n'ont que peu d'efforts à faire pour en


tirer ce qui suait à leurs besoins. Aussi, quoique le caféier, le cotonnier, la canne à sucre, la vigne, les céréales y viennent: admirablement, on n'en produit pas en quantités suffisantes pour alimenter un commerce important) Dans ces conditions, te'trajet de Tadjourah.a. Ankober paraît devoir être trop coûteux à des caravanes nombreùses et fréquentes 1.

Le Choa, est un État Indépendant, gouverné par un souverain assez bien disposé en.faveur des Européens LA RpuTE B'HAMAR; LE RAs-JtBOCTi. Mais ce n'est passeulement avec. le Choa que les nations européennes 1. Un'des produits les plus importants du Choa est le musc, qui provient d'un animal appelé civette. Les civettes sont généralement par troupes de 200 à 300 individus. Les mâles seuls fournissent le muse; chacun d'eux est enfermé dans une case très allongée, mais en même temps trop étroite et trop basse pour qu'il puisse se retourner. Les parcs sont chauffés à une températnre constante pour hâter la sécrétion qui n'a lieu que tous les quatre jours, et varie entre 80 et 100 grammes; pendant tout ce temps, on uourrit ces animaux de morceaux de viande de choix préparée au beurre. L'entrée des parcs à civettes est formellement interdite aux étrangers sous peine des punitions los plus sévères.

2. Le roi du Choa, Ménéiik aspirait depuis longtemps à la succession du négus Jean d'Abyssinie. Celui ci étant mort dans le conrant de l'année 1889, Ménélik s'est emparé du trône d'Abyssinie sur lequel il a su se maintenir jusqu'à présent, malgré les attaques répétées de quelques-uns de ses rivaux à la couronne, qui ont pu, de leur coté, maintenir une purtie du pays sous leur autorité. La lutte est loin d'être terminée et l'on ne sait encore si Ménéiik réussira à repousser ses concurrents d'une manière définitive. Ajoutons qu'au moment où les puissances européennes cherchent à pénétrer de tous les cotés dans l'intérieur du continent africain et' à se partager ses différents territoires, trois nations principalement cherchent à faire la conquête commerciale (ou même térritoriale) des contrées qui nous occupent ici d'une façon directe ou indirecte les Italiens ont jeté les yeux sur l'Abyssinie, les Français ont une grande influence au Choa et une plus grande encore dans les pays Gallas ainsi que dans la contrée de Harrar; enfin les Anglais ont songé à l'immense pays des Somalis, qui va jusqu'au delà du cap Guardafui.


établies sur la cOte du Somal ont songé à créer des relations commerciales; c'est aussi avec la contrée de Harrar, qui est séparée du Choa par des pays Gallas indépendants et dont la capitale (qui. a donné son nom au pays) est située 11200 Momètres & l'est d'Ankoberet a2/[0 kilomètres de la mer..

La France, qui a le protectorat d'une grande partie du pays situé entre la capitale et.le littoral; y a une Influence considérable; à côté d'eite, et dans des proportions un peu moindres, vient l'Angleterre, qui est provisoirement établie à Zeïlah et Berberah, qu'elle administre pour le compte du gouvernement égyptien, à qui ces villes appartiennent.

De ces deux villes, Berbérah seule a quelque avenir; elle possède un.bon port. le meilleur de la côte jusqu'au cap Guardafui, tandis que Zeïlah n'a qu'une mauvaise rade foraine, nullement abritée des vents du sud-ouest ou du nord-ouest; cette rade est si peu profonde, que les bâtiments doivent mouiller à 3 ou 4 milles de la côte Depuis le mois de mars 1888, notre territoire s'est accru d'un nouveau port, celui du Ras-Jiboutl, au sud des lies Mousoha. En cet endroit, le rivage forme une anse dont les contours sont assez accentués pour préserver les navires des vents du nord-est; le mouillage est sûr, profond et, à quelques centaines de mètres de la mer, une chaîne de collines abrite des vents du sud-ouest. En quel ques, mois, il s'est créé au Ras-Jlbouti un mouvement commercial assez considérable, et les départs ou les arrivées de caravanes vont sans cesse en nombre croissant. LA vn.M D'HAMAR. Située à 1.856 mètres au-dessus du niveau de la mer, Harrar a une population de 30 à 35.000 âmes et une superficie de 48 hectares'. Presque 1. Rappelons que le mille est de 1,852 mètres.

2. Comme terme de comparaison, le Champ de Mars de Paris a une superficie d'environ 36 hectares.


tous marchands, les Harrarites sbM ~e fanatiques musulmans, qui appartiennent, comme les Persans, à la secte chiite. L'instruction publique y est fort développée, et presque tous les enfants, quelle que soit leur condition, savent lire et écrire en arabe/Les principales industries de la ville sont les éton'es rouges ou noires, qui s'emploient toutes dans le pays, les poteries nnes, les cuirs et la reliure 1. Les productions de, l'agriculture ou de l'élevage sont en partie les mêmes qu'en Abyssinie, c'est-à-dire les chèvres, les bcaufs, les moutons, les chevaux, les plumes d'autruche, l'encens.' l'ambre, la gomme, la myrrhe, le, piment, le tabac, le pavot à opium, les Sgues. les bananes, les raisins, les oranges et les légumes d'Europe. Les Harrarltes cultivent aussi le café, qu'on exporte en Arabie, d'où les villes d'Aden, de Moka et d'Hodeïdah l'expédient en Europe sous le nom de moka.

LES PAYS GALLAS. Ceux-ci, qui sont complètement indépendants, sont situés au sud-est du Choa et à l'est du Harrar, qu'ils séparent l'un de l'autre. Ce sont des territoires) très fertiles, habités par des populations Industrlellès et laborieuses .avec lesquelles la France a déjà à passé un certain nombre de traités de protectorat. ITINÉRAIRE DES CARAVANES. Plusieurs routes mènent de la côte, soit à Harrar, soit aux pays Gallas, soit enfin au Choa. Les principales, pour aller à Harrar, sont celles de Berbérah, de Zeilah, et maintenant celle du Ras-Jibouti, qui devient peu à peu la plus fréquentée.

Pour se rendre au Choa, les routes sont plus nombreuses. Les quelques voyageurs italiens qui y sont allés en partant d'Assab, ont gagné le cours de l'Haouacb, à l'ouest du lac Aoussa.

D'Obock, II y a la route d'Aoussa, peu fréquentée en ces dernières années à cause des attaques auxquelles les t. On sait que les ouvriers relieurs d'Harrar sont ai habiles que les marabouts de la Mecque y envoient leurs. manuscrits à relier.


caravanes ou les voyageurs étaient en butte de la part du suitan de cette contrée. y a a'égafement la route qui passe par Tadjourah et que les caravanes mettent trentecinq jours & parcourir pour atteindre Ankober. Cette route traverse les localités suivantes Latella, Mangaïa, Tadjourah, Ambabo, Sagallo, Alaxitane, Datiboui, Saggadéra, Sekaîto, Abou-Youssouf.SaboHa.Arabdéra.Amédou, Fialou, Baroudagga, Killelou, Adeito, Hassanderi, Melasni, Darar, Meta, Korikati, Amoïssa, Elinforo-on-Moulou, Dankaka, Lemafdaga, Blllen, Bonta, Kilioté, Datahora, Farré et Ankober.

Les caravanes qui passent par Tadjourah et se dirigent vers les pays Gallas ou vers Harrar suivent la même route jusqu'à Sabolla; à partir de ce point, celles qui vont à Harrar se dirigent sur Las-Hadaïa, Maliik, Arro, Ouarouf et Babab, localités visitées par le capitaine Henon au cours de son voyage au Choa et au pays de Harrar. Toutefois la cession à la France du port de Ras-Jiboutl, dont le mouvement maritime commercial s'accroît sans cesse, a apporté dans ces itinéraires des modifications. d'autant plus importantes qu'à l'heure présente, nous sommes en possession d'une route à la fois courte et facile menant à la fois chez les Gallas et au pays de Harrar, et et sur laquelle pourra s'embrancher une autre route menant vers Ankober et le Choa; mais il sera nécessaire toutefois de songer à aménager le port de Jibouti, ainsi que celui d'Obock, de manière à donner toutes facilités aux navires qui y feront escale

1. Il faut en effet qu'ils y trouvent les mêmea commodités qu'à Aden, tant pour l'approvisionnement en vivres que pour les réparations. Il est également nécessaire qu'ils puissent s'y approvisionner de charbon au même prix qu'à Aden. Or, aujourd'hui, ia tonne de charbon est fournie aux navires par la compagnie concessionnaire au taux de 75 francs, alors qu'elle ne vaut que 46 francs à Aden. Mais il ne faut pas oublier que ce prix est celui qui avait été fixé en 1883, au moment où les ports anglais nous étaient fermés, où il n'existait rien encore à Obock et où il


COHMONICATIOM MARITIMES DE LA COLONIE AVEC LA FRANCE ET LES PORTS DE L'OCEAN JNDIM. Le port d'Obock est de plus en plus fréquenté, et les améliorations .qu'on y projette augmenteront encore son mouvement maritime. Une partie des navires qui viennent y mouiller sont des bâtiments de commerce, l'autre partie se compose de paquebots-poste ou de navires de guerre.

Depuis le mois d'août 1888, la colonie d'Obock est en relations directes avec la France par les paquebots des Messageries maritimes qui desservent la côte orientale d'Afrique.. 'Ces paquebots quittent Marseille le 12 de chaque mois,. font escale à Port-Saïd, à Suez, arrivent à Obock douze jours après le départ de France (le 24) et continuent leur route par Aden, Zanzibar, Mayotte, Nossi-Bé, Diégo-Suarez, Sainte-Marie, Tamatave, la Réunion et Maurice. Au retour, le même itinéraire est suivi en sens inverse et le paquebot passe à Obock le !iC de chaque mois; onze à douze jours aprè<, il revient à Marseille.

Obock entretient ainsi dea relations avec certains ports de l'océan Indien, non seulement à cause des marchandises d'Europe que )a colonie peut y importer, mais aussi parce qu'elle doit y avoir recours pour se procurer diSérrentes matières très communes ou. certains matériaux qui ne voyagent que. par voiliers et ne peuvent, par conséquent, franchir le canal de Suez 1..

Le port d'Obock .reçoit également les navires :de l'État ~qui partent de Toulon tous les quarante jours et font le service de lIndo-Chine. Enfin, deux fois par mois, une fois faUaitabsotument ravitaiiler nos navires allant en extrême .Orient ou rentrant des mers de Chine. Naturellement ce prix: prendra fin Mec t& concession actuelle et sera beaucoup modifié par la

suite..

1. Les vapeurs seuls franchissent le canal de Suez, les. voiliéH) ne peuvent le faire, à cause de la direction ..ordinaire des .vents de ces contrées.


a l'aller, une fois au retour, des boutres arabes apportent d'Aden les diverses marchandises nécessaires aux commerçants européens et indigènes. Quand le vent est favorable, ces boutres peuvent faire ce trajet en quinze ou dix-huit heures; mais quand il est contraire, il arrive parfois qu'ils restent plusieurs jours en mer.

Le prix du fret de Marseille à Obock, pour les paquebots des Messageries maritimes, est de 28 francs la tonne de 700 kilog. ou le mètre cube (au choix de la compagnie) pour les marchandises prises a quai. Pour les mai'chandises déposées a Paris et embarquées, à la volonté du chargeur, à Marseille ou au Havre, le prix est de/(0 franés par mètre cube ou tonne de~OOO kilog; (toujours au choix de la compagnie), plus le transport par chemin de fer de Paris au Havre ou à Marseille. A Obock, le débarquement est fait par les soins d'une compagnie spéciale. il Quant.aux passages, qui varient selon les classes, les prix en sont fixés comme suit H' classe.; 850 francs; 2' classe. 600 francs; 3° etasse 300 francs, Les militaires et les fonctionnaires jouissent d'une rédttction de 30 0/0 sur le prix du passage.

Obock est également en communication télégraphique avëo'la,.jnétropole le prix des dépêches (par Malte et Marseille) est de A'francs par mot.

CONCLUSION. Il résulte, de tout ce qui vient d'être dit que; dans un avenir qui n'est peut-être pas aussi éloigné qu'on le pense, Obock pourra devenir une escale importante pour les paquebots qui suivent la route dés Indes et de Chine ou celle de l'Australie, et faire ainsi à Aden, où l'on ne trouve ni eau ni vivres frais, une concurrence sérieuse.

Le premier effort à faire à cet égard est l'amélioration du port; de même l'abaissement du prix du charbon. Le gouvernement local dispose d'une main-d'œuvre avec laquelle iilui sera, sans aucun doute, possible d'effectuer


une partie des travaux et peut-être créer à l'intérieur de petites oasis. sur lesquelles on pourrait fixer les condamnés libérés et former ainsi un noyau de population sédentaire; mais cette création est, comme nous l'avons dit, subordonnée à la recherche d'eaux artésiennes et surtoutaux dispositions des Indigènes danakil, qui jusqu'ici se sont fermement opposés ài'établissomeht d'étrangers (Européens ou autres) sur les territoires qui leur appartiennent.

La création successive des oasis, non seulement sur certains points de l'intérieur, mais le long des routes commerciales, s'il était possible de le faire, donnerait à la colonie une prospérité et une Importance inespérées jusqu'à ce jour.

Enfin il faudra songer au port du Ras-Jibouti, et aux relations avec les contrées de l'intérieur. C'est principalement du coté du Harrar et des pays Gallas indépendants. situés entre le Choa et le Harrar, que nous devons surtout concentrer nos eBbrts; c'est de oe~é~~e e trouve le véritable avenir commercial de ]~~lo'nie.


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