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Number of pages: 406

Full notice

Title : Description de l'Afrique septentrionale (Ed. rev. et corr.) / par El-Bekri ; trad. par Mac Guckin de Slane

Author : Bakrī, ʿAbd Allâh ibn ʿAbd al-ʿAzīz Abū ʿUbayd al- (1040-1094). Auteur du texte

Publisher : (Alger)

Publication date : 1913

Contributor : Mac Guckin de Slane, William (1801-1878). Traducteur

Subject : Afrique du Nord

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb317876043

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : French

Format : 405 p. ; in-8

Format : Nombre total de vues : 406

Description : Descriptions et voyages

Rights : Consultable en ligne

Rights : Public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k104409x

Source : Bibliothèque nationale de France

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Online date : 15/10/2007

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DESCRIPTION

DE

SEPTENTRIONALE


DE

SEPTENTRION ALE PAR EL-BEKRI

"e" TRADUITE PAR 1 ̃* "MAC GUCKIN DE SLANË

ÉDITION REVUE ET CORRIGÉE

ALGER

TYPOGRAPHIE ADOLPHE JOURDAN IMPRIMEUB-HBB AIRE-ÉDITEUR

Place du Gouvernement

1918


La présente réimpression de la traduction de Bekri reproduit fidèlement l'œuvre de M. de Sline. On s'est borné à y insérer un petit nombre de corrections matérielles qui ne touchent en rien à l'original et qui ont été indiquées par le traducteur lui-même, on qui résultent d'une lecture attentive. Un de nos amis a bien voulu uous faire part de quelques remarques qui ont été rejetées à la fin, et forment ainsi un appendice entièrement distinct.

Les chiffres gras entre crochets représentent la pagination de l'édition originale.

Quant à l'index général, il a été entièrement refondu, complété et oorrigé, ainsi qu'il est facile de le vérifier.


INTRODUCTION

En 1831 feu M. Quatremère publia dans le recueil intitulé Notices et Extraits, etc., tome XII, une traduction abrégée d'un manuscrit arabe appartenant à la Bibliothèque impériale, et renfermant une notice topographique et historique de l'Afrique septentrionale. Ce traité, auquel un célèbre polygraphe espagnol, Abou-Obeid el-Bekri, mit la dernière main en 1068 de J. C., est cité très souvent par les écrivains arabes des siècles suivants. Il jouit encore, chez les musulmans occidentaux, d'une grande réputation, honneur pleinement justifié par l'importance et l'exactitude des renseignements qu'il fournit aux historiens et aux géographes.

La traduction de M. Quatremère révéla à l'Europe savante la haute importance de l'ouvrage arabe, bien qu'elle laissât beaucoup à désirer. Sans compter la suppression de presque toutes les notices historique3 et l'existence de plusieurs lacunes dont ce savant ne s'était pas aperçu, on y remarqua, presque à chaque page, des erreurs à rectifier, des questions [2] à éclaircir. L'incorrection du seul texte qu'il avait à sa disposition contribua, de la manière la plus fâcheuse, aux difficultés de la tâche dont il s'était chargé. En effet, le manuscrit de Paris, bien qu'il soit d'une écriture ancienne et très belle, ne porte jamais les points diacritiques aux endroits où ces indications orthographiques étaient de première aécessité aussi les noms de localités et les mots berbères sont-ils très souvent indéchiffrables, à moins que le lecteur ne les connaisse d'avance. Il en résulte que, dans le travail de M. Quatremère, travail estimable sous d'autres points de vue, un grand nombre de mots sont resté» illisibles par la faute du copiste arabe. Pour remédier à ces imperfections, le secours d'un second manuscrit du même ouvrage aurait suffi, en y ajoutant, toutefois, une meilleure connaissance de l'Afrique septentrionale que celle que l'on pouvait avoir en France à l'époque où cet orientaliste distingué terminait sa traduction. On peut même dire avec assurance que l'on faii toujours une chose hasardeuse en essayant de traduire un ouvrage arabe sur un seul manuscrit, à moins que ce manuscrit ne soit autographe ou corrigé par l'auteur.

Guidé par ce principe, j'avais fait, il y a quelques années, la comparaison de quatre exemplaires du Traité d'El-Betri, ce qui m'avait


permis d'améliorer le texte, en faisant disparaître plusieurs lacunes et en corrigeant beaucoup d'erreurs. Mais je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, l'avant déjà traité assez longuement dans la préface de mon édition du texte arabe de notre géographe.. Le lecteur y trouvera aussi une notice biographique d'El-Bekri, qui naquit d'une famille illustre, probablement vers l'an 1028 de J. C. Il composa plusieurs ouvrages sur divers sujets, et mourut en io94.

Il me restait à donner une traduction complète de ce traité, et, maintenant, grâce à la Société asiatique, j'ai le plaisir de livrer mon travail au public. Les personnes qui voudront bien comparer la traduction de mon prédécesseur avec la mienne remarqueront que celle-ci est beaucoup plus [3] détaillée. et que les matériaux plus.amplesque j'avais à ma disposition et les facilités que m'a données mon séjpur en Afrique m'ont mis en état de rectifier, dans presque tans les cas, J 'orthographe des noms propres et des mots berbères. J'ai conservé de de M. Quatremère un certain nomhre de passages, dans le,S9U(f|s le texte arabe se trouvait rendu avec parfaite. Ailleurs on verra de grandes différences entre les deux traductiors, di^rences provenant, en général, du mauvais manuscrit dont cet orientaliste s'était servi. On pourra remarquer que le premier tradqçteur, ayant sous les yeux certains passages correctement éc/its, les avait mal compris. J'ose croire que, partout où je me suis, écarté du sens donné par lui, l'examen du texte arabe suffira pouV justifier' ma hardiesse. ̃̃̃ M. G. DE S.


DESCRIPTION

DE

L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE

Indication1 ties villes et des bourgs les plus remarquablas qui sur la route conduisant de l'Egypte à Barca etfàu-Ma$reb (1).

̃ i!T<ERE«N©uT (2), gros village situé sur le Nil, renferme [4] quelques bazars (3), une mosquée djamê (4) et une église [chrétienne]. On y voit beaucoup de ruines, cette piacei ayant été dévastée par les Ketamiens à l'époque où

(»)iBn arabe, le mot maghreb ou maghrib, que l'on prononce marreiffc, signifie le corachant, l'occident. Il s'emploie chez les géographes et les historiens arabes pour désigner les pays musulmans situés à l'ouest de l'Egypte, c'est-à-dire l'Afrique septentrionale et l'Espagne. Notre auteur lui donne une signification plus restreinte; selon lui, le Maghreb commence à la grande Syrte. Ibn-Khaldoun place le conwnebcentent du Maghreb sous le méridien de Bougie, et désigne les provinces de Tunis et de Tripoli par le nom d'IfrEkiya. Terennout, l'ancienne Terenouthis, se nomme maintenant Terènneh' Cette ville est située sur la branche occidentale du Nil, à environ 4o milles nord-ouest du Caire.

iii3)i Le mont souc, que nous rendons ici par bazar, a deux aignifications. bien distinctes dans une ville. le souc est une rue ou une place bordée de boutiques en pleine campagne, c'est un marché ou^.une^ fpjre qui se tient à des époques fixes. Le soue d'une ville est un marché permanent celui des campagnes est périodique. (4) Un djamê diffère d'une mosquée (mesdjid) en ce qu'il a une tour du haut de laquelle on fait l'appel à la prière, qu'on y célèbre i'pfice public des vendredis, et qu'on y prononce le khotba ou prône canonique en présence du représentant du sultan. Le djamê est l'église cathédrale la mosquée est une chapelle.


ils s'y trouvèrent avec Abou-'l-Cacemes-Cblaï, filsd'ObeidAllah ^i). La majeure partie des édifices est en briques. Il y a là quelques moulins à sucre. De Terennout on se rend EL-MENA (2), localité renfermant trois villes abandonnées, dont les édifices sont encore debout. On y remarque plusieurs châteaux magnifiques, situés dans un désert sablonneux où les caravanes courent risque d'être attaquées par les Arabes nomades. Ces châteaux, construits avec une grande solidité, ont des murailles d'une hauteur [6] extraordinaire et s'élèvent, presque tous, sur des voûtes en plein cintre quelques-uns sont habités par des moines chrétiens. El-Mena possède plusieurs puits qui fournissent de l'eau douce, mais en petite quantité. De là on se rend à ABOU-MÎNA (3), grande église qui renferme des images et des sculptures très curieuses. On y tient les lampes allumées jour et nuit; jamais on ne les éteint. Au fond de ce bâtiment se voit une grande coupole renfermant l'image d'un homme qui se tient debout, chaque pied appuyé sur un chameau; une de ses mains est ouverte et l'autre fermée. Ce groupe, tout en marbre, représente, dit-on, AbouMîna. On voit aussi dans cette église les images de tous

(1) La première invasion de l'Egypte par le prince fatemide Abou'1-Cacem el-Caïm eut lieu en l'an 3oi de l'hégire (gi3-gi4 de J. C.). Ibn Khaldoun (Histoire des Berbers, t. Il, p. 526) place la seconde invasion en l'an mais El-Macrîzi, dans son Khitat, ou description historique et topographique de l'Egypte (édition de Boulac, t. I, p. 35i). dit qu'une de ces expéditions eut lieu en l'an 3o6.

(2) Variantes El-Mona. M El-Mithna, E. On peut même lire Mini ou Mina, vu l'absence des points voyelles dans les autres manuscrits. Dans ces notes, nous désignerons le manuscrit d'Alger par la lettre A celui de l'Escurial par la lettre E celui du Musée britannique par M. et celui de la Bibliothèque impériale de Paris, par P.

(3) Selon l'historien des patriarches d'Alexandrie, on passait par Mariout pour se rendre à Mina, ville située dans le désert des lacs de Natron. (Voy. Mémoires géographiques sur t'Egypte, par M. Quatremère, t. 1. p. 488).


les prophètes, que le salut soit sur eux Celle de Zacharie s'y trouve avec celle de Jean; l'image de Jésus, placée sur une grande colonne de marbre, à droite en entrant, est protégée pair une porte fermée à clef. Un double rideau est suspendu devant l'image de Marie. En dehors de l'église on remarque la représentation de tous les animaux et des gens qui exercent des métiers. L'image d'un marchand d'esclaves, entouré des [malheureux qui sont les] objets de son commerce, tient à la main une bourse dont le fond est percé emblème par lequel on a voulu indiquer qu'un marchand d'esclaves ne fait jamais fortune. Au milieu de l'église [6] est un pavillon à coupole, renfermant huit images que l'on prétend représenter des anges. Dans une partie de l'église, on remarque une mosquée (i), parfaitement orientée (2) où (3) les musulmans font la prière. Les environs de l'église sont remplis d'arbres fruitiers, surtout d'amandiers à écorce lisse (4). et de caroubiers, dont le fruit, encore vert, a le goût de miel et sert à fabriquer des sirops il y a aussi beaucoup de vignes dont le produit, tant en raisins que vin, est envoyé au Caire. Voici, dit-on, pour quel motif on fonda cette église sur l'emplacement qu'elle occupe il y avait un tombeau et, dans le voisinage, un village dont un des

(i) Dans l'enceinte du couvent du mont Sinaï se trouve aussi une mosquée, édifice construit par les moines, afin d'ôter aux musulmans l'envie de s'emparer de l'église pour leur propre usage.

(2) A la lettre: dont le mihrab est tourné vers le kiblta. Le mihrab est l'espère de niche ou d'abside auprès de laquelle se tient l'imam qui dirige les mouvements de la prière. Le kibla est le point de l'horizon qui marque la direction de la Mecque.

(3) Le texte des manuscrits porte L^J il faut lire a~-î. El-Bekri commet souvent des fautes de concordance analogues à celles-ci. (4) Littéralement l'amande lisse. Dans le manuscrit P on voit, à la place du mot ^i-/>) « lisse un groupe de lettres qu'il est impossible de lire.


habitants était boiteux. Cet homme, ayant perdu son âne, sortit pour le chercher il passa sur le tombeau et, à l'instant même, il marcha droit. Etant parvenu à atteindre l'animal, il le monta et rentra chez lui parfaitement guéri. Au bruit de cet événement, les malades vinrent en foule pour visiter le tombeau et ils n'eurent qu'à s'y asseoir pour recouvrer la santé. On bâtit alors l'église [î] les malades continuèrent à s'y rendre, mais ils reconnurent que le tombeau avait perdu sa vertu. Tous les ans on envoie de Constantinople (i) plusieurs milliers de dinars (2) à cette église.

I>tfAT-EL-HoMAM (3) « qui possède la fièvre », lieu ou se tient'un marché considérable, possède un djamê, bâti par Zîada-t-Allah l'Agihlebide, à l'époque où ce prince avait quitté l'Orient pour rentrer en ifrîkiya (4). vis-à-vis est un puits dont l'eau est abondante et d'une excellente qualité; tout autour sont des citernes et des jardins. On y voit un château délabré, où le souverain de l'Egypte entretient une garnison qui se renouvelle régulièrement. Dhat elHom'am fut ainsi nommé parce que l'eau de cet endroit

(1) Var. Fostat (le vieux Caire), P.

(2) La valeur et le poids du dinar (pièce d'or) et du 'dirhërfl "(pièce d'argent) varient selon les pays et les époques. On peut cependant estimer le dinar des premiers siècles à dix francs et le dirhem à dix (3) L'Idrîci place Dhat el-Homam à 38 milles d'Alexandrie. Sur la carte qui accompagne l'ouvrage que le célèbre voyageur Barth publia en i8ko. sous le titre de Wanderungen durch die Kuestenlaender des blittelnaeeres, on trouve un Bir-el-Hamam à la distance de 34 milles (de 60 au degré) sud-ouest d'Alexandrie et à 9 mille» de la mer.

'̃ (4) t 'Ifrîkiya se composait des provinces de Tuni,s, ,d^ Tripoli et de Constantine. Quant au prince aghlebide dont il eft quest;on,iei, on ne saurait préciser l'époque à laquelle il vivait quatre membres, au moins, de la famille d'El-Aghleb portèrent le nom de Ziada-tAJlah, mais aucun d'eux n'est connu par un voyage en, 'Orient Il est vrai que le dernier des Zîada-t- Allah passa en Orient; mais il ne revint plus en Afrique.


donne la fièvre à presque toutes les personnes qui en boivent de là vient que les chameliers ont l'habitude de chanter [8] ces mots Seigneur, préserve-nous du Hidjaz (1) et de sa cherté (ghalâha) de l'Egyp*e et de sa peste1 (vuabâhà) de Dhat el-Homam et de sa fièvre (hommâha) »

El-Haniya « l'arcade » doit son nom à une moitié de voûte qui s'élève au milieu d'une plaine. Cette arcade, séparée'de la mer par une colline, formait autrefois, à ce que 1'on prétend, une des portes d'Alexandrie (a). Dans les environs se trouvent quelques familles louatiennes et mezatiennes (3), qui habitent des huttes de broussailles. Entre El-Haniya et Dhat el-Homam on voit une dalle de màrbre noir qui, dit-on, avait servi de table à Pharaon, et qui recouvre maintenant une citerne nommée ET-Tîs. EL-IÇENAÏS « les églises » est le nom de trois châteaux ruinés {/!)• Dans le voisinage est un coteau (5) que l'on appelle te coteau des puits de Caïs. L'eau des deux puits [9] nommés ABAR-CAïs est de bonne qualité mais il faut la'tirer d'une grande profondeur.

Jm Selon une autre [de nos autorités], on se rend de DJOBB

.(,!) ,Le ,fijdjaz, grande province de l'Arabie, se prolonge, parallèlement à la mer Rouge, depuis l'isthme de Suez jusqu'au Yémen. Il renferme les villes de la Mecque et de Médine.

(2) On pourrait supposer, d'après cette indication, qu'El-Haniya occupait l'emplacement de Bousîr, l'ancienne Buisiris, nommée maintenant par. les Européens la Tour des Arabes. Cette ancienne ville était située à la gorge de la longue et étroite péninsule sur l'e.xtrémité de laquelle s'élève la ville d'Alexandrie. L'on voit, cependant, daas l'ouvrage de l'Idrîci qu'El-Haniya était à 72 milles de cette ville, tandis que Bousîr n'en est qu'à 20 milles.

(3) Sur les diverses tribus berbères dont El-Bekri fait mention, on peut consulter l'Histoire des Berbers, d'Ibn Khaldoun.

̃' el-Kenais de nos cartes tire son nom de ces ruines. (acaba) oui, sans doute, et un coteau trèsconnu la petite Acaba. nommée par les anciens Catabathmus parvus.


EL-AOUSEDl H le puits du Lycium » (i) à Kibab-Maani (2), qui en est à la distance de 3o milles. Ces coupoles entourent plusieurs citernes (3) et portent [aussi] le nom de KHARAÏB el-Caolm « les mesures de l'ancien peuple ». a Kharaïb el-Caoum, dit Mohammed ville détruite par les Roum renferme plusieurs citernes ». A l'occident de cet endroit s'élève un château (casr) qui porte le nom d'ABOU-MAADD-NIZAR, fils de Khaled ibn Yahya ibn Baban. En ce lieu stationnent une vingtaine de familles appartenant à la tribu de Coreich et alliées par le sang à la famille de Djobeir ibn Motaïm (6). On y voit aussi de nombreux campements [10] des Beni-Modledj [tribu arabe] et environ un millier de tentes appartenant aux Fadela et aux Beni-Akîdan, peuplades berbères. On raconte que chez ces gens il n'est pas rare de voir la fille qui vient de naître se métamorphoser en démon ou en ogresse, et se

(1) L'aoudsedj (Lycium europceum) est un arbrisseau dont les feuilles et le suc possèdent des qualités médicinales. Dans l'ouvrage d'IbnEl-Beithar sur les simples et les minéraux, on trouve un article consacré à cette plante (Voy. le Heil-und Nahrungsmittel von Ebn-Baithar, vol. Il. p. 223 de la traduction allemande du docteur Sontheimer.) En Afrique le mot cobba, au pluriel kibab, sert à désigner un petit mausolée carré et recouvert d'une voûte (cobba) hémisphérique. Il s'élève ordinairement sur le tombeau d'un saint musulman. C'est de ce mot que dérivent les mots français coupole et alcôve (al-cobba). (3) Dans le texte arabe page f~ il faut insérer, au «̃̃iinencement de la sixième ligne, les mots suivants, 5J_» (4) Dans la préface du texte arabe, p. i5, se trouve une notice de ce personnage il se nommait Mohammed ibn Youçof ibn el-Ouerrac. (5) Par le mot Er-Roum, les écrivains arabes désignent, tantôt les sujets de l'empire byzantin, tantôt les nations chrétiennes de l'Europe, et tantôt la population latine de l'Afrique septentrionale. (6) Djobeir ibn Motaïm, de la tribu de Coreich, embrassa l'islamisme lors de la prise de la Mecque par Mahomet. Il mourut entre les années 5o et <ïo de l'hégire; avec la réputation d'un savant profondément versé dans la loi. Il fait partie du corps des traditionnistes, c'est-à-dire des docteurs qui ont transmis aux fidèles les dits et gestes du fondateur de l'islamisme.


jeter sur les hommes, jusqu'à ce qu'on la lie et la garrotte. « Mohammed ibn Cacem, seigneur d'Astidja (Ecija, près de Séville), m'a déclaré, dit Mohammed ibn Youçof, qu'il regardait ce fait comme certain, en ayant été témoin ». De Ca«r Abi-Maadd on se rend à Eb-Remmada (1), petite ville située près de la mer et entourée d'une muraille. Elle possède une mosquée djamê. Aux alentours se trouvent des jardins remplis d'arbres fruitiers de diverses espèces. CASR ES-CHEMMAS « le château du diacre », situé à une courte distance d'Er-Remmada, renferme une population peu nombreuse on compte 35 milles entre Kharaïb el-Caoum et la ville d'Er-Remmada. De là on serend à KHARAÏB Abi-Halîma (2), forteresse encore habitée [11] qui renferme un bazar et cinq puits. Il y a plusieurs citernes à quelque distance de la place. Ensuite vous arrivez à Cash Er-Rotjm « le château des Romains », édifice composé de plusieurs voûtes de briques et dominé par une montagne au pied de laquelle se trouvent quelques citernes. Le plus grand de ces réservoirs se nomme ELMOTAFFELA. Arrivé ensuite à (Xadi-Makhîl « la rivière de Makhîl » (3), vous trouvez un château qui renferme un djanzê et tun marché bien fréquenté. Aux environs on voit plusieurs citernes et étangs, mais pas une seule source d'eau. L'abondance règne dans cette localité et tout y est à bon marché. De là à Adjedabiya (4) on compte cinq journées.

(i) D'après les indications de l'Idrîci et de d'Anville, Er-Remmada était située un peu à l'est de la grande Acaba (Catabathmus magnus). (2) Le Casr es-Chemmas et les Kharaïb Abi-Halîma sont déplacés dans cet itinéraire, qui les porte à l'ouest d'Er-Remmada, c'est-à-dire de la grande Acaba. Or ces localités existent encore sous les noms de Casr-Chemmès et R<ts-HdUm; elles se trouvent à l'est de la grande Acaba, entre elle et la petite Acaba. L'Idrîci, dans son itinéraire d'Alexandrie à Barca, les a placées dans leur véritable position. (3) Le Makhîl est mentionné par l'Idrîci, qui le place à 127 milles est de Barca. C'est probablement le Ouadi-Makhfei dont M. Barth nous donne la description dans ses Wanderungen.

(4) On prononce maintenant ce nom avec l'article et i'on dit La--


BARCA s'appelle en langue romano-grecque Bentabalis^ (Pentapolis) ce qui veut dire cinq villes (i). Amr àbnelAci s'y transporta [l'an 21 de l'hégire] et accorda.la «pair, aux habitants moyennant une somme de treize mille,, [dinars] (2), qu'ils devaient lui remettre à titre de .capitation. Pour subvenir è cette charge, [12] ils eurenU'ordre. de vendre ceux de leurs enfants qu'ils voudraient (3>- -EU Leith ibn Sâad (j) rapporte qu'Amr ibn el- Aci inséra la clause suivante dans les conditions qu'il imposa auxLouata (j) Vendez vos enfants pour subvenir à la capitalion que vous avez à payer; et qu'on lui entendit.,dire$.. du haut de la chaire, aux habitants d'Antabolist (Pentch. polis) « Voilà un traité dont on remplira à.-leur égand toutes les conditions. » i La ville de Barca est située dans un désert (6). Comme le sol et les maisons sont d'une couleur rouge,- les vêtements des habitants et des personnes qui s'y Fendent pour affaires y prennent une teinte rougeâtre. A six milles de- là se trouve le pays des montagnes. L'abondance règne dans cette ville et toutes les denrées sont à bas prix. Lestroupeaux prospèrent et multiplient dans les, pâturages

djedabiya. Il y a deux localités ainsi nommées l'une située dans le voisinage de la grande Acaba, et l'autre au sud-ouest de'là Cyré-1 naïque, auprès de la grande Syrte. C'est de la dernière qu'El-Bekri veut parler ici. (i) Ces cinq villes étaient Cyrène, Barca (ou son port de met, 'ÏHb^ lemais), Teuchera (dont le nom fut changé en Arsinoë), Bérénîeeet Apollonias. (2) Voy. Hist. des Berbers, t. I, p. 3oa. t (3) On pourrait aussi traduire: « Qu'ils aimaient le .plus. (̃i) Savant traditionniste et natif d'Egypte. Il monçut, en'l'au ip55 (791 de J. C.).

(5) Tribu berbère dont une partie habitait la Cyréqajque. ,Ce sont,) les Lebathai de Procope et les Langouaten de Corippus. Ibn-Khaldoun consacre un chapitre de son Histoire des Berbers à la tribu de Louata (voy. la traduction de son ouvrage, t. I p. 23i).

(6) C'est-à-dire, une contrée inhabitée.


des environs aussi les habitants de Misr « le Caire » tirent de ce pays la plus grande partie des bestiaux qui servent à leur consommation. De Barca on exporte à Misr de la laine, du miel et du goudron, matière qui se prépare dans une localité de ce pays nommée ,Magça. Ce bourg est situé au sommet d'une montagne [13] tellement escarpée qu'un cavalier ne saurait y arriver en aucune saison. On y trouve beaucoup de noix, d'oranges,, de coings et d'autres fruits. Une forêt d'ârâr (i) commence auprès de cet endroit et s'étend à une grande distance. La ville de Barca possède le tombeau de Rowéifâ [Ibn-Thabet] (2), l'un des compagnons du Prophète. Dans les alentpurs on rencontre plusieurs tribus dont les unes appartiennent à la race des Louata et les autres à celle des Afarec (3). La route qui mène de Barca en Ifrîkiya traverse le Ouadi-Mesous, vallée où l'on rencontre plusieurs voûtes et des citernes ruinées, au nombre, dit-on., de trois cent soixante. Il y a aussi quelques jardins. Dans cette vallée on trouve le torba « terre » qui sert à faire fermenter le miel (4)

(1) Arar, le thuya articulata, arbre très-commun dans les montagnes de l'Afrique septentrionale. 1 (2) Roweifâ Ibn Thabet fut nommé gouverneur de Tripoli en l'an 46 (666-667 de J. C.).

(3) Les mots Afarec et Afareca « Africains servaient à désigner les populations indigènes de la Pentapole et de la Byzacène qui avaient subi l'influence de la civilisation romaine.

(4) Ibn-el-Beithar parle de cette substance dans son dictionnaire de simples et-de minéraux. Voici la traduction de son* article,'dont nous avons revu le texte sur les deux manuscrits de la' Bibliothèque impériale « Djouz djondem, mot persan que l'on prononce aussi guevz guendum (nux tritici), désigne la substance nommée chahem-el-ard « graisse de la terre A Racca (ville de la Mésopotamie) on l'appelle kherou-1-hamam « fiente de pigeon Les habitants de l'Andalousie orientale la nomment torbat-el-asel « la terre du miel ». Selon Ishac ibn Amran c'est une terre (torba) composée de grains semblables à des pois chiches et d'une couleur blanche tirant sur le jaune. C'est


[14] ADJEDABIYA, grande ville située dans un désert dont le sol est en pierre dure, possède quelques puits taillés dans le roc et fournissant de l'eau de bonne qualité. Il y a, de plus, une source d'eau douce. Les jardins d'Adjedabiya sont petits et les dattiers peu nombreux toutes les autres espèces d'arbres y manquent, [là] à l'exception de l'arak (cissus arborée). Cette ville renferme un djamê de belle architecture qui eut pour fondateur Abou-'l-Cacem (i),

avec elle qu'on fait fermenter le miel. On la nomme et-iorba « la terre ». Ibn-Djoldjol dit: le guevz guendwn, ce nom est persan» est la « terre du miel » on s'en sert en été pour convertir le miel en sirop (robb, c'est le mot français rob). Elle nous arrive des environs du Zab de Cairouan. » (Ibn-Djoldjol veut empêcher ses lecteurs de confondre le Zab de 1'.Urique, nommé maintenant le Zîban. avec l'une ou l'autre des rivières aommées Zab, qui se jettent dans le Tigre.) « Une once de miel, traitée avec cette substance, forme une livre de sirop. Bue sans mélange, elle provoque le vomissement. Selon Er-Razi (Rhases), ce sirop est chaud et humide; il augmente la sécrétion séminale, il engraisse, et il guérit l'envie de manger de l'argile ( la chlorose). Selon Ibn-Rezzin, il est aphrodisiaque. » On lit dans le Livre des Talismans: « A Racca, cette terre est nommée fienie de pigeon, et à Baghdad djouz-djondom. Si l'on en met un quart de kildja (environ une livre la kildja est trois livres trois quarts) dans dix livres de miel et que l'on y verse trente livres d'eau chaude, on n'aura qu'à secouer très-doucement ce mélange et à boucher le vase qui le renferme pour obtenir presque instantanément une liqueur bonne à boire. Celle des Berbers est extrêmement forte. » Selon Ibn-Sîna (Avicenne), cette substance a une vertu dépurative, puisqu'elle guérit l'impétigo, éteint l'inflammation et arrête les flux du sang.

M. le docteur Sontheimer parait regarder la torba comme une excrétion du garcinia mangostana. Il est vrai que les diverses espèces de cet arbre fournissent un suc jaune et visqueux, qui devient concret mais, jusqu'à présent, aucune d'elles ne se trouve dans l'Afrique septentrionale. La torba est peut-être une espèce de manne. M. de Sacy a inséré ce passage d'El-Bekri dans sa Chrestomathie arabe, 2e édit., t. I, p. 4g4- Trompé par le seul manuscrit qu'il avait à sa disposition et qui ne porte qu'un très petit nombre de points diacritiques, il a lu el-beria ï_i i-JI « la campagne déserte » à la plaee d'et-torba

(i) Abou-'l-Cacem el-Caïm, second souverain de la dynastie fatemide, régna depuis l'an 322 (g34) jusqu'à l'an 334 (946). (Voy. sur les premiers khalifes fatemides ou obéidites, la traduction de l'Histoire des Berbers d'Ebn-Khaldoun, t. II, p. 5o6 et suiv.)


fils d'Obeid-Allah, et dont la tour octogone est d'un travail admirable elle possède aussi des bains, des caravansérails et des bazars très fréquentés. Les habitants vivent dans l'aisance ils sont presque tous des Coptes (i), mais on trouve parmi eux quelques familles de vrais Louata. Cette ville a un port de mer nommé EL-MAHOUR, qui en est à une distance de 18 milles; elle possède aussi trois châteaux (2). A Adjedabiya les toits des maisons ne se font pas avec du bois on les construit avec des briques et en forme de voûtes, afin qu'ils puissent résister aux vents, qui règnent toujours dans cette localité. Toutes les denrées y sont à bas prix et les dattes s'y trouvent en grande abondance diverses espèces de ce fruit y arrivent d'Aoudjela.

SoRT (3), grande ville située sur le bord de la mer [16] et entourée d'une muraille de briques, renferme un djamê, un bain et quelques bazars. Elle a trois portes, dont l'une regarde le midi, l'autre le nord, la troisième, qui est petite, donne sur la mer. Cette ville n'a point de faubourgs, mais elle possède des dattiers, des jardins, des puits d'eau douce et un grand nombre de citernes. Les animaux que l'on tue pour la consommation des habitants sont principalement des chèvres la chair en est très

(1! Les manuscrits A, M et P portent Anbat (des Nabatéens) le manuscrit E fournit la leçon Acbat qui est celle du texte imprimé. (2) S'il était permis de changer un pronom dans le texte arabe, afin de convertir le mot leha « à elle » en leho « à lui », on donnerait une meilleure construction à la phrase, dont la fin se traduirait alors de cette manière de 18 milles et qui possède trois elaâteaux. La ville d'Adjedabiya est maintenant ruinée le nom de son port est tout à fait oublié.

(3) Sort ou Sirt, situé dans le fond de la grande Syrte, à moitié chemin de Mesrata à Ben-Ghazi (l'ancienne Bérénice), porte maintenant le nom de Medîna-t-es-Soltan. (Della Cella, Barth). On donne le nom de Sirt à tout le littoral de la grande Syrte, dont la partie orientale est nommée maintenant Djoun el-Kibrît « le golfe du soufre ».


bonne sur toute la route de l'Egypte on n'en mange pas de meilleure. Les gens de Sort sont les êtres les plus ignobles que Dieu ait créés, et les plus détestables dans leurs relations commerciales ils ne vendent ni n'achètent qu'au tarif fixé entre eux. Si un navire chargé d'huile vient y aborder et qu'ils aient le plus grand besoin de cette denrée, ils prennent des outres vides, qu'ils enflent et dont ils ferment les orifices en les serrant avec des cordes puis ils les arrangent dans leurs boutiques et dans les cours de leurs maisons, afin de faire accroire à l'équipage que l'huile est très abondante chez eux et ne trouve point d'acheteurs. On a beau attendre, jamais on ne peut rien leur vendre, à moins de subir les conditions qu'ils imposent (i). On désigne ordinairement les gens de Sort par le sobriquet d\4 bîd-Kirilla « les serviteurs de Kirilla » (2), ce qui leur déplait beaucoup. Un poëte fit contre eux une satire dans laquelle il s'exprima ainsi

Les Abîs-Kirilla sont, en affaires, les hommes les plus durs, et en conduite, les êtres les plus vils.

Pui.sse le Seigneur refuser sa miséricorde aux habitants de Sort, et ne jamais les abreuver d'une eau douce et limpide

Un autre poëte a dit sur le même sujet

Ville de Sort puissent tous les coeurs vous détester (Habitants de Sort !) pour vous louer ma langue sera toujours muette.

(t) Il en était de même à Rome, du temps de Plaute Omrçeis conpacto rem agunt quasi in Velabro olearii (Capt. 4a3).

Il Kirilla est le nom d'un petit oiseau aquatique dont la voracité et la méfiance sont passées en proverbe. Il est toujours à planer en l'air, où il se tient penché de côté, comme les milans; d'un oeil il regarde l'eau, et s'il y voit un poisson, il s'élance dessus comme une flèche il a l'autre oeil tourné vers le ciel, et, s'il aperçoit un oiseau de proie, il s'envole vers la terre. Un faiseur de rimes disait à ce sujet Sois méfiant comme le kirilla s'il voit du bon, il s'abat dessus s'il voit du danger, il s'enfuit. Un grammairien et philologue


Vous vous êtes revêtus de votre ignominie, et rien dans votre aspect ni dans votre habillement ne saurait plaire.

Economes de traits de générosité, vous êtes prodigues de turpitudes et d'infamies

Ils parlent une espèce de jargon qui n'est ni arabe, ni persan, ni berber, ni copte personne ne peut les comprendre, excepté eux-mêmes. Leur caractère est tout à fait l'opposé de celui des habitants de Tripoli, qui sont les plus aimables des hommes dans leurs rapports sociaux, les plus honorables dans leurs transactions commerciales et les plus polis envers les étrangers.

De Sort à Tripoli on compte dix journées de marche de Sort à Adjedabiya, six journées, et d'Adjedabiya à Barca, six journées.

ATRABOLOS <( Tripoli ». On dit que le nom de cette ville signifie en langue étrangère, en grec, trois villes. Les anciens Grecs la nommaient Tarbolîta, ce qui, dans leur langue, signifie aussi trois villes tar veut dire trois, et bolita, ville. L'on rapporte qu'elle eut pour fondateur l'empereur

arabe déclare que le mot kirilla était le sobriquet d'un homme très poltron et très gourmand, et, pour justifier son opinion, il cite les vers suivants

Tu m'as rudoyé et repoussé pour ne pas m'offrir la bienvenue. Tu m'as refusé l'hospitalité en voyant que j'étais devenu pauvre. Il me semble que tu as voulu imiter la conduite d'El-Kirilla. » Un personnage aussi peu digne de respect était bien le patron qui convenait aux habitants de Sort. (Voy. Schultens, Meidanü proverbia arabica, p. 166. Je ne cite pas le Camous, dont le texte est alteré en cet endroit pour liki il faut lire LjLs^


Sévère {Ichefaros Caisar). Elle se nomme aussi Medina-tA nas (i).

[19] Tripoli, ville située sur le bord de la mer, est entourée d'une muraille de pierre solidement bâtie. Elle renferme un &j<amê de belle architecture, des bazars très fréquentés et un grand nombre d'excellents bains. On y voit aussi une mosquée appelée la Mosquée d'Es-Chidb, qui attire beaucoup de visiteurs. Aux environs de la ville on voit des Coptes (2), habillés (3) comme les Berbers, mais parlant la langue copte (4). Leurs villages se trouvent à l'est et à l'ouest de Tripoli, sur une longueur de trois journées, jusqu'au lieu ïïommé BENI-'s-SABERI (5). Du côté du midi les établissements coptes se rencontrent jusqu'à deux journées de usàrche. jusqu'à la limite du territoire appartenant aux Hoouara. On remarque à Tripoli un grand nom-

(1) Anas (en caractères arabes ^J-i! ) est la leçon offerte par les manuscrits M et P. Le manuscrit E porte ^ljt (aâffl), qui est probablement la bonne leçon, parce qu'elle représente à peu près le mot Èmk?, génitif d'໫, l'ancien nom de la ville. Vers le commencement du nie siècle de notre ère, la province de Tripoli reçut le nom qu'elle porte encore maintenant elle renfermait alors trois grandes villes Leptis magna « Lebda Sabratha « Sabra » et Oea « Tripoli u. Pour se rendre raison de l'emploi de la forme génitive nias, on se rappellera qu'en latin beaucoup de noms de villes se mettaient à l'un des cas obliques, quand ils servaient de réponse à la question où. C'est ainsi qu'en Afrique le nom de Carth.ago « Carthage et en Espagne celui de Carthago nova (Cartbagène) sont devenus Carthadjéné ou Carthadjena.

(21 Ici les manuscrits A, 'NI et P portent Anbat « Nabatéens »; celui de l'Escurial donne la leçon qui se trouve dans le texte imprimé. (3) Lisez à la place de dans le texte arabe.

(4) En arabe El-Cobtiya, leçon de tous les manuscrits. Elle justifie complètement la leçon Acbat dans les passages auxquels se rapportent la note 2 de cette page et la note i de la page 17.

(5) Var. Be.ni-Snmeri. P. Il a fallu traduire ce passage servilement et presque mot à mot. nRn de montrer ce qu'il y a de vague et d'incertain dans le texte arabe.


bre de ribats (i), habités par les gens qui se livrent à la dévotion. Le plus fréquenté et le plus renommé de ces édifices est la mosquée d'Es-Chiâb. Le port de la ville est abrité contre presque tous les vents.

[De MAGHMEDAS à Cosoub-Hassan, une journée (2) de Sort à Maghmedas, une journée (3) de Cosour-Hassan [21] on se rend à ER-R\cHEDA « la bien placée », puits d'eau

(1) Ribat, petit fort bâti sur la frontière du territoire islamique et renfermant une garnison composée de volontaires. Les musulmans qui désiraient mériter les grâces spécialement réservées pour les fidèles qui prenaient part à la guerre sainte pouvaient obtenir ce bonheur en allant passer quelques mois dans un ribat. Là, pendant les intervalles du service militaire, ils se livraient aux pratiques de la dévotion. Plusieurs de ces établissements finirent par devenir de simplea couvent* où les dévots se retiraient afin d'éviter les tracas du monde et de se livrer à la prière. D'autres conservèrent leur destination militaire, mais, avec le temps, ils devinrent de véritables repaires de débauchés et de malfaiteurs. Dans les premiers siècles de l'islamisme, une ligne de ribats couvrait les frontières de l'empire, depuis l'Océan Atlantique jusqu'à l'Indus. On les nommait ribats, parce qu'ils servaient à lier ensenable (rabat) et à conserver les territoires les plus exposés aux attaques des infidèles. Les personnes qui s'attachaient à un ribat prenaient le titre de morabet, mot dont les Européens ont fait marabout et qu'ils emploient pour désigner non seulement un homme religieux, un anachorète, mais aussi son tombeau. Les Almoravides, en arabe El-Morabetîn, avaient pris ce nom, parce qu'ils formaient un ordre religieux et que les initiés étaient affiliés à leur ribat. Aussi, chez eux, l'expression s'attacher au ribat, au rabeta, signifiait devenir membre du corps des Almornvides. (2) Tout ce passage mis entre deux parenthèses ne se trouve que dans le manuscrit E. Bien qu'il n'occupe pas dans le texte la place où il devrait se trouver, on ne peut guère croire que ce soit l'ouvrage d'un interpolateur au style et à la rédaction on reconnaît la touche d'El-Bekri. Cosour-Hacen est placé par l'Idrici à 70 milles de Sort, sur la route qui part de cette dernière ville et traverse l'intérieur du pays jusqu'à Tripoli.

(3) Dans les manuscrits d'Ibn-Abd-el-Hakem, on lit Mdghmedas. (Voy. Hist. des Berbers d'Ibn Khaldoun, t. I, p. 3og.) L'auteur du dictionnaire géographique arabe intitulé Merased el-Ittilâ écrit ce nom Mâmerach mais ses indications ne sont pas toujours exactes. L'Idrîci place Maghdach sur le bord de la mer, à une journée et demi est de Sort (traduction, t. I, p. 290). Si M. Barth n'avait pas identifié Sort avec l'ancienne Charax, et Zafran (qui est à une journée ouest de Sort) avec Macomades, on aurait pu faire un rappro-


saumâtre qui reçut ce nom de Hassan ibn en-Naman (i). Voilà ce que l'on rencontre lorsqu'on se dirige de l'Egypte vers le 'Maghreb. Maghmedas est une idole (2) dressée sur le rivage de la mer et entourée de plusieurs autres idoles. Là se trouve v.n château bâti par El-Aarabi, officier qui commandait Sort au nom des Beni-Obeid-Allah [les Fatemides]. Ce fut à Maghmedas qu'Abou-'l-Ahouès-Amr elEidjli livra bataille (3) à Abou-'l-Khattab Abd él-Aala ibn es-Sameh, chef de la secte des Ibadites (4). La rencontre eut lieu près de la mer Abou-'l-Ahouès y perdit beaucoup de monde, essuya une défaite et s'enfuit en Egypte. Le vainqueur s'empara du camp ennemi et reprit le chemin de Tripoli. Ceci eut lieu en l'an 142 (759-760 de J.-C.). Quand Zoheir iim Gaïs fut tué à Barca (5), [le khalife] Abd el-Mélek ibn Merouan confia le gouvernement de l'Ifrîkiya à Hassan ibn en-Noman el-Ghassani. Cet officier se rendit à sa destination dans le mois de moharrem 68 (juillet[22] août 687 (6). Il eut une rencontre dans le territoire de Cabes avec l'armée de la Kahena (7), dont l'avant-garde

chement entre ce dernier nom et celui de Maghmedas (voy. Wanderungen, t. I, p. 375). L'identité serait parfaitement certaine, si l'on rejetait l'indication de l'Idrtci.

(t) Gouverneur de l'Ifrikiya vers l'an 70 de l'hégire. (Voy. Hist. des Berbers, t. I).

(2) En arabe sanem, mot qui signifie aussi piédestal, colonne, stèle. « A une heure de distance de Zaffran (te Safran de Barth), à l'est, on aperçoit une colonne assez haute et de forme carrée. Elle est placée sur un socle de grès dont les inscriptions sur les quatre faces ne sont malheureusement plus lisibles. » (Della Cella apud Ritter, trad. franç., t. III, p. 220.)

(3) Voy. Hist. des Berbers, traduction, t. I, p. 374.

(4) Ibid. t. I, p. zo4.

(5) Ibid. t. I, p. 338.

(6) En l'an 74, selon Ibn-el-Athîr en 76 ou 77, d'après les indications d'Ibn-Abd-el-Hakem en 78, selon l'auteur du Bâton. La chronologie du premier siècle de l'islamisme, en ce qui regarde l'Afrique et l'Espagne, n'est nullement certaine.

(7) Hist. des Berb., t. I, passim t. III, p. 192 et suiv.


était commandée par un des anciens généraux de Koceila ibn Lemezm (i). Le combat fut très acharné le chef de la cavalerie de Hassan perdit la vie, et Hassan lui-même prit la fuite. Ses compagnons le suivirent, et ils s'arrêtèrent tous à l'abreuvoir que l'on connaît maintenant sous le nom de Cosour-H assan « les châteaux de Hassan » et qui est situé sur la route de l'Egypte. La plupart de ses troupes moururent sur le champ de bataille. Quatre-vingts prisonniers tombés entre les mains de la Kahena se virent traités avec bonté tous furent mis en liberté, à l'exception de Yezîd fils de Khaled el-Caïci (2). Lorqu'ils revinrent auprès de Hassan et qu'ils racontèrent ce qui était arrivé à Yezîd, il en éprouva une vive satisfaction. Il écrivit alors à Abd el-Mélek [le khalife], pour l'informer de l'échec que la Kahena lui avait fait éprouver, et pour lui demander l'envoi d'un corps de secours. Dans sa réponse, Abd el-Mélek lui ordonna de rester dans l'endroit où il se trouvait. Ce fut alors que Hassan y bâtit les deux châteaux dont on voit encore les ruines. [23] Dans le voisinage se trouvent un grand nombre de jardins et deux puits qui fournissent, en petite quantité, une eau saumâtre.

EL-CASR el-Abiad « le château blanc », maintenant ruiné, est la station la plus proche de Kharaîb Abi-Halîma(S); il est situé sur le haut de l'ACABA. Dans le voisinage on remarque une citerne ruinée. Mohammed (4) rapporte qu'on avait entendu d'un natif d'Alexandrie la tradition suivante L'apôtre de Dieu a dit Celui dont les péchés sont nombreux doit placer la Libye derrière lui Le

(1) Hist. des Berbers, passim.

(2) Selon Ibn-Khaldoun et En-Noweiri, ce personnage se nommait Khaled, fils de Yezîd.

(3) Voy. ci-devant, p. i3.

(4) Voy. ci-devant, p. ia, note 4.

(5) C'est-à-dire il doit traverser la Libye, passer en Ifrîkiya et combattre les infidèles, afin d'obtenir le pardon de ses péchés.


même Mohammed ajoute qu'El-Casr el-Abiad marque l'extrême limite du territoire des Louata. Au pied de la montée de I'Acaba habitent les Mezata.]

Tripoli est une ville où les fruits et les vivres se trouvent en grande abondance. On voit quelques beaux jardins à l'est de la ville, qui touche aussi à une vaste sibkha(i), d'où l'on extrait beaucoup de sel. Dans l'intérieur de la ville est le Bir-abi-'l-Kenoud « le puits d'Abou-'lKenoud qui a fourni aux Tripolitains un terme de reproche, puisque ses eaux, à ce qu'ils prétendent, affaiblissent la raison de celui qui en boit. Quand un homme se conduit d'une manière inconvenante, ils lui disent « On ne [24] doit pas vous blâmer, car vous avez bu ad puits d'Abou-'l-Kenoud. » iLe puits nommé Bm EL-COBBA « le puits de la Coupole » est celui qui donne la meilleure eau.

Le récit que nous allons donner provient d'El-Leith ibn Saad « Amr, fils d'El-Aci, marcha contre Tripoli en l'an 23 (643-644 de J. C.) et, s'étant arrêté auprès de la coupole située sur la hauteur, à l'est de la ville, il bloqua la place pendant un mois, sans y faire la moindre impression. Un individu de la tribu (arabe) de Modledj sortit alors du camp avec sept autres pour aller à la chasse. Ils passèrent dans la campagne, à l'occident de la ville, et ils y trouvèrent la chaleur si forte qu'en revenant ils suivirent le rivage de la mer. La muraille de Tripoli aboutissait à la mer, sans qu'il y eût un mur de séparation entre la mer et la ville, et les navires entraient dans le port jusqu'aux maisons. Le Modledjide et ses compagnons s'étant aperçues que la mer avait baissé au point de laisser à sec un espace de terrain à côté de la ville, passèrent par ce sentier jusqu'à l'église et se mirent à pousser le cri

(1) Sibkha, lac renfermant de l'ean salée lac desséché dont le fond est couvert d'une couche de sel fondrières cachées sous une croûte de sel et de sable.


d'Allahou altbar « Dieu est très grand ». Il ne resta plus alors aux Roum qu'à se réfugier dans leurs navires. Amr, ayant fait avancer ses troupes, pénétra dans la place et força les assiégés à s'embarquer avec leurs effets les plus faciles à emporter. Tout ce qui resta dans la ville devint la proie du vainqueur. »

Le mur qui couvre Tripoli du côté de la mer fut construit par Herthema ibn Aïen, à l'époque où il [25] était gouverneur de Cairouan (179 de l'hégire, = 795-796 de J.-C.).

Dans les dépendances de Tripoli se trouve une plaine appelée SouBmaîn (i), qui [étant ensemencée] rend, en certaines années, cent grains pour un; de là vient un dicion des Tripolitains La plaine de Soubidjîn prodzzit en une année [de quoi suffire] pour plusieurs années. Djeêel-Nefouça « la montagne des Nefouça » est à trois journées de Tripoli et à six de Cairouan. Sa longueur, de l'orient à l'occident, est de six journées, A côté des Nefouça habitent les Beni-Zemmour, tribu qui possède un château nommé Tîract (2). Cette place est très forte et peut être regardée comme imprenable. Après avoir passé Tîract on trouve les Beni-Tedermît (3), tribu qui possède trois châteaux. Au milieu [du territoire occupé par] ces peuplades s'élève une grande ville nommée Djaddou (4), qui renferme des bazars et une nombreuse population de juifs. Au rapport de Mohammed ibn Youçouf, CHEROUS est la métropole de tous les bourgs de la montagne des

(i) Cette localité est encore remarquable par sa fertilité elle est située à environ 36 lieues au sud de la ville de Tripoli. (Voy. Barth, Travels in north and central Africa, vol. I, p. 99, io4, et Journal asiatique, 50 série, t. V, p. i56.) Elle s'appelle aujourd'hui Soufedjln. (2) Variantes Tîreft, E Bîrect, P.

(3) Var. Bedermît, P Terdimet, E.

(4) Sur la carte de la régence de Tripoli, par MM. Prax et Renou, cette ville est placée à 91 milles géographques au sud-ouest de Tripoli.


Nefouça. C'est une belle ville, grande et très peuplée. majorité des habitants appartient à la [26] secte ibadite (il Il n'y a point de djamê dans Cherous ni dans les bourg; qui l'entourent, bourgs dont le nombre dépasse trois cents, tous bien peuplés. Ces gens n'ont jamais pu s'accorder sur le choix d'un imam capable de présider à la prière publique. Cherous est à cinq journées de Tripoli. Le château de LEBDA, situé entre ces deux villes (2), est de construction antique, en pierres et en chaux. Aux environs sont plusieurs beaux monuments des temps anciens et beaucoup de ruines. Ce château a pour habitants une troupe d'environ mille cavaliers arabes, qui sont toujours en guerre avec les tribus berbères du voisinage. Celles-ci pourraient bien mettre sur pied vingt mille combattants, tant cavaliers que fantassins, et cependant elles se laissent dominer par les Arabes. Au centre de la montagne des Nefouça on trouve des dattiers, des oliviers et des arbres fruitiers en quantité. Quand on convoque les tribus des alentours, on peut réunir seize mille guerriers. Amr ibn el-Aci soumit les Nefouça, qui étaient alors des chrétiens, et il ne sortit de leur pays qu'après avoir reçu d'Omar [le khalife] une lettre [de rappel]. Pour se rendre de Nefouça à Zouîla [du Fezzan] l'on se dirige d'abord vers la ville de Djaddou; de là on marche à travers un désert et au milieu des sables [27J pendant trois jours; alors on arrive à Tîbi (3), endroit situé sur

(1) Voyez l'Hist. des Berbers, t. I, p. note.

(2) Cette indication, si elle est exacte, montre que Cherous était située à l'orient du mont Nefouça et bien loin de la position que notre géographe vient de lui assigner. On sait que la Lebda tripolitaine est l'ancienne Leplis magna.

(3) Ou Tîra. Par l'addition d'un point à la troisième lettre de ce nom propre, on obtient un mot purement berber Tin, qui signifie coteau en effet, notre auteur va nous apprendre que cet endroit était sur le flanc d'une montagne. Sur nos cartes on ne trouve aucune des localités qu'EI-Bekri place entre Djaddou et Zoufla.


le flanc d'une montagne et renfermant beaucoup de puits et de dattiers. Après avoir gravi cette montagne, on entre dans un désert plat et uni, où l'on marche pendant quatre jours environ, sans trouver de l'eau. Alors on s'arrête auprès d'un puits nommé Aoudbrf. En quittant cette localité on aborde les hautes montagnes appelées Targhîx, où l'on marche pendant trois jours avant d'atteindre Tamerma, ville qui possède beaucoup de dattiers et qui pour habitants les Béni-Guildîn et les Fezana. Il se produit chez ces peuples un fait très singulier. Si un homme a commis un vol, ils tracent un écrit qu'ils se communiquent les uns aux autres dès lors le voleur demeure dans une agitation continuelle, sans trouver du repos, jusqu'à ce qu'il avoue son crime et fasse restitution pour que ses souffrances prennent fin, il faut que cet écrit soit effacé. Parti de cette ville, on met deux jours pour se rendre à SEBAB (i), ville qui possède beaucoup de dattiers, aussi bien que la précédente. Les habitants cultivent la plante qui fournit la teinture appelée n.îl « indigo ». En quittant Sebab on entre dans un désert plat. et uni, où l'on ne voit rien qu'une étendue de sable très-fin, sans aucun mélange de gravier ni de terre. [28] Dans ces lieux, un os, vu de loin, paraît un château, et un crottin de chameau paraît être un homme. Une journée de marche conduit de ce désert à Zotjîla, ville sans murailles, située au milieu du désert et grande (2) comme Adjedabiya. C'est là que commence le pays des noirs. Zouîla renferme un djamê, un bain et plusieurs bazars c'est l'entrepôt des caravanes elles s'y rendent de tous les pays et là elles se séparent pour aller à leurs destinations respecti-

(1) Var. Senab, E.

(2) La Zouila du Fezzan a maintenant perdu toute son importance c'est Morzouc, en langue touarègue Menée, qui la remplace comme centre de commerce.


ves. Cette ville possède des dattiers et un terrain uni qui sert à la culture et qui s'arrose par le moyen de chameaux. Quand Amr ibn el-Aci eut achevé la conquête de Barca, il envoya Ocba ibn Nafê en expédition. Cet officier marcha jusqu'à Zouila et réduisit au pouvoir des musulmans toute la région qui s'étend entre ces deux villes. On voit à Zouîla le tombeau du poète Diêbil ibn Ali'l-Khozaï (i) à ce sujet Bekr ibn Hammad dit

A Zouîla la mort surnrit Diêbil sur lé territoire de Barca elle frappa Ahmed ibn Khacib

Entre Zouîla et Adjedabiya il y a quatorze journées [29] de marche. Les habitants de Zouîla emploient un moyen très ingénieux pour la garde de leur ville. Celui qui, à tour de rôle, doit faire le guet, prend une bête de somme et lui attache sur le dos un grand faisceau de branches de dattier, dont il laisse les extrémités traîner sur le sol. Il fait alors le tour de la place avec l'animal. Le lendemain, de bonne heure, il sort avec quelques compagnons. montés comme lui sur des chameaux de course (3). et fait encore une tournée autour de la ville. S'ils remarquent alors sur le sable l'empreinte de pas [laissée par quelqu'un qui serait] sorti de la ville, ils suivent ces traces et ne manquent jamais d'atteindre le fugitif, que ce soit un voleur ou un esclave de l'un ou de 1'autre sexe, ou

(1) Selon Ibn-Khallikan (Biographical dictionary, traduit en anglais par l'éditeur et traducteur d'El-Bekri, vol. I, p. 5io), Diêbil mourut à Tîb, ville située à environ 54 lieues sud-est de Baghdad. (2) Ahmed ibn el-Khacib, secrétaire du khalife abbacide El-Ouathec, fut nommé vizir du khalife El-Montecer en l'an 248 (862). Les poètes ont souvent célébré sa générosité.

(3) Littéralement chameaux de selle. En touareg, le méhari ou dromadaim se nomme encore amnis en irig, c'est-à-dire « chameau de selle ».


bien un chameau. Zouîla est au sud-ouest de Tripoli (i). C'est de Zouîla qu'on exporte les esclaves en Ifrîkiya et aux contrées voisines. Les achats s'y font au moyen de courtes pièces d'étoffe rouge.

Au delà du désert de Zouîla, et à quarante journées de cette ville, est situé le pays des Kanem (2), race de nègres idolâtres, chez qui il est très difficile de se rendre. On assure qu'il existe dans cette contrée une peuplade descendue de quelques Oméïades qui s'y réfugièrent à l'époque où leur famille fut en butte [30] aux persécutions des Abbacides. Ils conservent encore l'habillement et l'usage des Arabes.

Il y a cinq journées de marche entre Zouîla et SEBHA (3), grande ville qui renferme un djamê et plusieurs bazars. Entre Sebha et Holl (4) il y a aussi une distance de cinq journées. La ville de Holl contient une nombreuse population elle possède une grande quantité de dattiers et plusieurs sources d'eau vive. Dans l'espace d'une journée l'on se transporte de Holl à Oueddan, ville qui a un château-fort et plusieurs rues qui se ferment au moyen de portes. Elle est composée de deux quartiers séparés et a pour habitants deux tribus arabes l'une sehmide et l'autre originaire du Hadramaut. La ville des Sehmides se nomme Dubak et celle des Hadramites BousA (5). Ils n'ont qu'un seul djamê, lequel est situé entre les deux villes. La jalousie et l'inimitié que chacune de ces tribus ressent pour l'autre les portent très souvent à des actes de violence et à la guerre. Les habitants de Oueddan

(1) D'après les indications de nos derniers voyageurs. Zoutla est au sud-sud-est de Tripoli.

(2) Immédiatement au nord-est du lac Tsad.

(3) A environ 22 lieues au nord de Morzouc.

(4) Ceci est peut-être l'endroit auquel nos cartes donnent le nom de Bonn et quelles placent à 5 lieues nord-nord-est de Sebha et à lieues est-nord-est de Sokna.

(5) Variantes Youci, A Lous. P.


ont chez eux des docteurs de la loi, des hommes habiles dans la lecture du Coran et des poètes. Les dattes font leur principale nourriture, le peu de grains qu'ils cultivent devant être arrosés par le moyen de chameaux. A trois journées de Oueddan est situé Tadjirfet (i), ville qui renferme un djamê et une population composée de natifs de Oueddan. On y trouve des dattes en grande quantité et surtout l'espèce nommée el-berni. De cette ville on se rend à Sort, localité située à douze journées de Zouila et à douze journées de la ville de Oueddan. Occupant une position intermédiaire entre ces deux endroits, elle a Zouila à l'ouest et Oueddan à l'est. Nous donnons ceci sur l'autorité de Mohammed [Ibn-el-Ouerrac] (a). D'après l'itinéraire que nous venons de citer, il parait qu'il y a quatorze journées entre Tadjirfet et Zouîla, par le chemin le plus direct, et que de Tadjirfet à Fostat il y a vingt-neuf journées.

Voici une autre route de Zouila à Tadjirfet de Zouîla à Temissa (3), deux journées. Temissa est une grande ville renfermant un djamê et quelques bazars. De là on se rend à Zelha à travers un désert, où il faut marcher pendant huit journées. A moitié chemin on trouve un lieu de station appartenant aux gens de Oueddan. Zelha est une ville grande et vaste elle renferme un djamê

(1) Dans le dictionnaire géographique intitulé Merasid el-Itlilû, ce nom est écrit Taddjerift.

(2) Les indications de Mohammed ibn el-Onerrac sont tout à fait fausses Oueddan est à douze journées sud-ouest de Sort, et Zouîla à 58 lieues sud de Oueddan.

(3) Tous les manuscrits portent _»– J (luemmà), c'est-à-dire elle est nommée, bévue assez natureUe à des copistes qui avaient sous les yeux le nom propre ^g. » V (Temissa). Cette ville a été visitée par Hornemann et figure sur nos cartes modernes.

(4) Cette ville est située au nord-est de Temissa et porte sur nos cartes le nom de Zetta.


et possède beaucoup de dattiers, ainsi qu'une source d'eau peu abondante. Les habitants appartiennent à la tribu [berbère] des [32] Mezata. De Zelha à Fahs-Bebkana « la plaine de Berkana », il y a six journées de marche. De ce dernier endroit l'on se rend à EL-FAROUD1, château ruiné, auprès duquel se trouve une citerne. Il est situé au milieu d'une sibkha. Entre cette localité et Sort il y a cinq journées, et de là à la ville d'ADjEDABiYA une journée (i) d'Adjedabiya à CASR-ZîDAN EL-FETA « le château de Zîdan le page », trois journées de là, en quatre journées, on parvient à Aoudjela, ville très peuplée, qui possède beaucoup de dattiers. Aoudjeda est le nom du canton, celui de la ville est Arzakiya. Le territoire d'Aoudjela est couvert de villages, de dattiers et d'arbres, dont une partie fournit des fruits. La ville renferme plusieurs mosquées et bazars. De là à TADdIRFET il y a quatre journées de marche. Le voyageur qui veut se rendre de Tripoli à Oueddan traverse le pays des HooUARA, en se dirigeant vers le sud. Sur cette route il rencontre une suite de camps, des tentes de poil, habitées par les nomades, des tours de guet et des lieux due station puis il arrive à Casr-Ibn-Meimoun « le château d'hbn-Meimoun ». Toutes ces localités font partie de la province de Tripoli. A trois journées de Casr-Ibn-Meimoun on rencontre une idole de pierre dressée sur une colline et appelée GUERZA. Jusqu'à nos jours les tribus berbères des environs lui offrent des sacrifices elles lui adressent des prières pour obtenir la guérison de leurs maladies et lui attribuent le [33] pouvoir de faire accroître leurs richesses (2). De cette idole à OUEnDAN il y a trois journées de marche.

Il y en a six: voy. ci-devant, page t9, et toutes nos cartes modernes.

12) Nos cartes placent Gnerza sur une rivière du même nom, à moitié chemin de Tripoli à Oueddan. Le capitaine W. H. Smyth lui


[34] Amr ibn el-Aci, étant occupé à faire le siège de Tripoli, ville dont il s'empara en l'an 23 (643-644 de (J.-C.), envoya (Bosr) ibn Artah (i) à Oueddan. Après la conquête

donne 3o°37' de latitude nord. Dans une lettre adressée par ce marin distingue à M. le baron de Zach et insérée dans la Correspondance astronomique de 1818, p. 66, on lit ce passage « Etant arrivé à Ghirza, je n'y vis que quelques maisons de construction moderne. Pas loin de là, sur la pente d'une colline, j'aperçus, dans un ravin, quelques tombeaux. M'étant approché, je vis -qu'ils étaient du plus mauvais goût. Des ornements, avec des colonnes sans proportion, avec des chapiteaux extrêmement lourds, dans lesquels aucune règle d'architecture n'avait été observée. Tout l'entablement était surchargé de figures grossières et grotesques, qui représentaient en bas-relief des guerriers, des chaseeurs, des chameaux, des chevaux et autres animaux qui étaient plutôt raclés que sculptés dans la pierre. L'espace entre la base et la corniche était rempli d'arabesques les plus baroques. L'oubli de toute pudeur était remarquable dans plusieurs figures. »

Une des routes qui conduisent du Fezzan à Tripoli passe auprès de ces ruines. Tous les voyageurs venant de l'intérieur les regardent avec étonnement. Le nom de Guerza, donné à une idole ou stèle, fait penser à ces vers de Corippus:

lerna ferox his ductor est Gurzilque sacerdos.

Huic referunt gentes pater est quod corniger Ammon,

Bucula torva parens.

(Johannide, II, 109 et seq.)

Marmaridum interea nocturnis dedita sacris

Castra fremunt, statuuntque aras et inania pascunt

Namina. Producunt pecudes altaria circum

Et fundunt miserum rivis per prata cruorem.

Hi maclant Gurzil, Mi tibi corniger Ammon.

(Johannide, VII, 3oo et seq.)

On sait que les sacrifices dont Corippus parle avaient lieu dans une localité située à quelques journées seulement au sud de Tripoli. Dans le musée d'Alger on voit un hermès ou stèle, en pierre de grès, qui représente, soit le corniger Ammon, soit son fils Gurzil. (1) EI-Bekri écrit ce nom Bichr ibn Artah mais Ibn-Doreid, dans son Icheticac; éd. de Gottingue, p. 72, écrit Bosr ibn Abi-Artah L'auteur du Camous nomme ce personnage Bosr ibn Artah, et Abou-'lMehacen dit la même chose dans son Nodjoum, éd. de Leyde t. I p. 1&9, tout en avertissant ses lecteurs que la voyelle du mot Bosr est réellement un o.


de ce pays, les habitants, dit Ibn Abd-el-Hakem (r), rompirent le traité qu'ils avaient fait et refusèrent de payer le tribut que Bosr leur avait imposé. En l'an 46 (666-667 de J.-C.), Ocba ibn Nafê el-Fihri [le Coraïchide] partit pour le Maghreb, où Moaouïa ibn Hodeidj (2) l'avait déjà devancé. Bosr ibn ATtah et Cherîk ibn Soheim, membre de la tribu de Morad, se mirent en route avec lui. S'étant avancé jusqu'à Ghadams, dans le territoire de Sort, il y laissa le gros de son armée sous les ordres de Zoheir ibn Caïs el-Beloui « de la tribu de Bely et prit la route de Oueddan avec quatre cents cavaliers, quatre cents chameaux et une provision de huit cents outres d'eau. Arrivé à Oueddan, il en fit la conquête, se saisit du roi qui gouvernait ce pays et il lui coupa une oreille. « Pourquoi [35] me traiter ainsi lui dit le roi, les musulmans n'ont-ils pas fait avec moi un traité de paix? » « C'est pour t'apprendre à vivre, lui répondit Ocba toutes les fois que tu porteras ta main à l'oreille tu te souviendras [de cette leçon] et tu ne seras pas tenté de faire la guerre aux Arabes.» Alors il se fit donner trois cent soixante esclaves, tribut que Bosr lui avait imposé. S'adressant ensuite aux habitants, il leur dit « Qu'y a-t-il derrière vous Ils répondirent « 'Djerma (3), la capitale du grand Fezzan. » Après une marche de huit nuits, il arriva auprès de cette ville et somma les habitants d'embrasser l'islamisme.

(t) Ibn-Abd-el-Hakem, historien qui écrivait dans le 111e siècles de l'hégire, a, le premier, publié le récit qui va suivre. (Voy. l'Hist. des Berb. d'Ibn-Khaldoun, t. I, p. 3oa et 3o8).

(2) L'orthographe du nom propre Hodeidj est fixée par l'auteur du Camous et par Abou-'l-Afehaçen (Nodjoum, t. I, p. i53). L'époque de la nomination d'Ibn-Hodeidj au gouvernement de Klfrîkiya et cette de son rappel sont incertaines. (Voy. Hist. des Berb., t. 1, p. 3o8, note; p. 326, etc.).

(3) La ville de Djerma, l'ancienne Garama, capitale des Garamanles, est maintenant en ruines et tout à fait abandonnée. Elle a été visitée par M. Barth.


lls y consentirent et leur roi sortit pour visiter le chef arabe, qui avait fait halte à six milles de là.Quelques cavaliers, envoyés par Ocba, se jetèrent entre le roi et son cortége, l'obligèrent à mettre pied à terre et le conduisirent auprès de leur chef. Comme il était d'un tempérament délicat, il arriva excédé de fatigue et crachant le sang. (1 Pourquoi me traiter ainsi, dit-il à Ocba, ne venais-je pas de bon gré? » « C'est pour te donner une leçon, lui répondit Ocba, tu t'en souviendras toujours et tu ne songeras jamais à combattre les Arabes. » Après lui avoir imposé un tribut de trois cent soixante esclaves, il se dirigea, sans tarder davantage, vers les châteaux (cosour) du Fezzan, et les emporta l'un après l'autre jusqu'au plus reculé. Ayant demandé [36] aux habitants de ce lieu s'il demeurait encore quelqu'un au delà de leur pays, il apprit qu'il y avait des habitants à DJAOUAN, grand château situé sur le bord du désert, au sommet d'une montagne escarpée, et qui servait de citadelle (casaba) aux Koouar (i). Après quinze nuits de marche, il arriva devant cette forteresse et y mit le siège. Voyant au bout d'un mois qu'il ne pouvait s'en emparer, il passa outre et se mit à prendre les autres châteaux des Koouar, depuis le premier jusqu'au plus reculé. Leur roi, qui se trouvait dans celui-ci, fut amené devant Ocba, qui lui abattit un doigt de la main. « Pourquoi me traiter ainsi? » lui dit le roi. <. Pour te donner une leçon, répondit Ocba toutes les fois que tu jetteras les yeux sur ta main tu ne penseras pas à combattre les Arabes. » Ayant alors imposé à ce peuple un tribut de trois cent soixante esclaves, il leur demanda s'il y avait encore des habitants au delà de leur pays et, sur leur réponse qu'ils n'en connaissaient point, il reprit la route de Djaouan. Arrivé devant cette place, il ne fit

(i) Le pays des Tibbons, situé au sud-sud-est de Morzouc, porte encore de nos jours le nom de Kouwar.


aucune tentative contre elle. Sans s'y arrêter, il continua sa marche pendant trois jours. Les habitants, se croyant alors dans une sécurité parfaite, oublièrent tous leurs soucis. L'endroit où Ocba fit halte reçut le nom de Ma EL-FARÉS « l'eau du cheval », pour la raison que nous allons raconter la colonne avait épuisé sa provision d'eau et l'on était sur le point de mourir de soif, quand Ocba fit, avec ses compagnons, [37] une prière de deux rekâ (i) et invoqua le Tout-Puissant. A peine eut-il fini que son cheval remua le sol avec ses pieds de devant et mit à découvert un rocher d'où coulait de l'eau. Ocba donna aussitôt l'ordre de creuser la terre, et bientôt on trouva de l'eau excellente. 11 s'en retourna vers Djaouan, en suivant une autre route que celle par où il était passé, et il réussit à pénétrer de nuit dans l'intérieur de la place, pendant que les habitants se reposaient dans la sécurité la plus profonde. La garnison fut massacrée les femmes, les enfants et les biens des habitants devinrent la proie du vainqueur. De là il alla rejoindre l'armée à Zouîla, après une absence de cinq mois. S'étant alors dirigé vers l'occident (Maghreb), tout en évitant le chemin battu, il pénétra dans le territoire des Mezata et s'empara de tous leurs châteaux. Ensuite il marcha sur Cafsa, et l'ayant prise, ainsi que Castîliya, il se rendit à Cairouan.

Route d'Aoudlela aux Oasis (El-Ouahat)

D'Aoudjela SENTERIVA (2) il y a dix journées de marche, à travers une plaine de sable où l'eau est h'iare. Senteriya possède un grand nombre de sources, beaucoup

(1) Le rekd se compose d'un certain nombre d'invocations et de prosternements la prière se compose de plusieurs rekâ.

(a) L'oasis de Senteriya, mieux connue saus le nom de Sioueh, est celle qui renferme les restes du célèbre temple de Jupiter Ammon.


d'arbres fruitiers et quelques châteaux. 1 "s habitants s< nt Berbers il n'y a point d'Arabes parmi eux.

Plusieurs routes conduisent de Senteriya aux vallées des oasis (Audïa-t-el-Oimhat) L'on se rend de Senteriya à Behiveça-des-oasis en dix journées. Il ne faut pas confondre ce dernier endroit avec le Behneça du Saîd (la haute Egypte). De Behneça-des-oasis à I'Arîch-desoasis (1) la distance est de huit journées. La ville de Behneça-des-oasis est entourée d'une muraille et renferme des bazars et des mosquées. Mohammed ibn Saîd el-Azdi (Arabe de la tribu d'Azd et) natif de la ville de Sfax, raconte qu'ayant visité Behneça-des-oasis, il y trouva une population composée d'Arabes musulmans et de Coptes chrétiens. Au jour de la fête de ceux-ci, il vit circuler dans les rues de la ville un char sur lequel était un cercueil renfermant le corps d'un homme qu'ils nommaient IbnCarma et qu'ils prétendaient avoir été un des disciple de Jésus-Christ. En faisant cette procession ils croyaient s'attirer toute espèce de bonheur et mériter la faveur divine. Ce char était traîné par des bœufs. Les endroits d'où ces animaux [39] s'écartaient sans vouloir y passer étaient réputés impurs.

Le canton d'AaîcH renferme des eaux thermales en quantité, beaucoup de dattiers et d'autres arbres fruitiers. Toutes ses eaux sont chaudes. L'on met trois jours pour

(i) Parmi les localités qui portent le nom d'Artch, la mieux connue est celle qui est située auprès de la Méditerranée, dans la région qui sépare l'Egypte de la Syrie.

(2) Abou-Selah, dans son Histoire des monastère d'Egypte (voy. Recherchea sur l'Egypte, de M. Quatremère, p. a22), nous apprend que l'oasis de Behneça renfermait une église dédiée à Saint-George et que l'on y voyait un corps sans tête que l'on présumait être celui de ce martyr. « Chaque année, dit-il, le jour de sa fête, on le tire du cercueil, on le revêt d'un linceul neuf, et tes habitants le pn>mènent dans toute la ville, en chantant des hymnes. » On prétend.dait que la tête du saint était conservée dans la ville de Lodd, en Syrie.


se rendre d'Arîch à El-Forferoun (1), localité qui renferme des mines d'alun. On y trouve cette substance sous la forme de plumes et de tuyaux. On y rencontre aussi plusieurs espèces de vitriol (2), des sources acides et d'autres eaux de différentes saveurs. Le canton d'El-Forferoun est couvert d'arbres et de dattiers on y voit aussi un grand nombre de villages dont les habitants sont Coptes chrétiens. Pour se rendre de cet endroit à l'Oasis intérieure (EL-OLAH ED-DAKHEL), il faut marcher pendant quatre jours dans un désert aride, où l'on ne rencontre ni eau ni trace d'habitation. L'Oasis intérieure possède beaucoup de ruisseaux, de châteaux et une nombreuse population. Un de ces châteaux, nommé EL-CASS « le château », s'élève au milieu d' [un étang nourri par] une source trèsabondante. L'eau sort de ce réservoir par des rigoles qui se séparent en plusieurs branches et qui servent à l'arrosage des terrains ensemencés, des dattiers et des arbres fruitiers.

[40] Sorti d'El-Casr, le voyageur traverse une suite de villages très rapprochés les uns des autres. Arrivé au château de Calamoun (3), il remarquera que les eaux de cet endroit ont un goût acide. Les habitants, toutefois, en boivent et s'en servent aussi pour arroser leurs terres. Ils trouvent que l'usage de cette eau les entretient en bonne santé et, quand il leur arrive de goûter de l'eau douce, ils

(1) Le mot Forferoun forme au pluriel Ferafra, nom qui sert encore à désigner l'oasis située à l'ouest de Soyout. C'est l'ancien Porphyrion.

(2) On distingue deux espèces de vitriol natif la couperose verte, qui est un sulfate de fer, et la couperose bleue, qui est un sulfate de cuivre.

(3) Calamoun, l'ancien Kalamon de l'Arsinoïte, conserve encore son nom ainsi qa'El-Ccsr. Dans le Khitat d'El-Macrizi, t. II, p. 5o5 de l'édition du Caire, on trouve une description du monastère de Calamoun. M. Quatremère a traduit ce morceau dans ses Mémoires sur l'Egypte, t. I, p. 473.


déclarent qu'elle est malsaine. A l'extrémité de l'Oasis intérieure est un grand bourg nommé EL-CASABA « la citadelle x. Les habitants possèdent plusieurs sources d'eau vive et de bonne qualité, qui servent à l'arrosage de leurs dattiers et de leurs arbres fruitiers. Ils ont aussi trois sources salées dont les eaux vont se jeter dans des aibkha marais salants où elles se convertissent en sel. Le sel de la première source est blanc, celui de la seconde est rouge et celui de la troisième jaune. Ce dernier est employé à Misr et à Barca. De cette oasis aux deux Oasis extérieures (EL-OUAHAÏN el-Khabedmïn) il y a trois journées de marche. Cette localité, dernière limite du pays musulman, est séparée de la Nubie par un désert large de six journées,. Dans quvlques-unes des oasis on rencontre des tribus louatiennes [berbères].

On prétend que, dans la partie la plus reculée du pays des oasis se trouve un canton nommé l'oasis [41] de Sobrou (Ouah-Sobbou), où jamais personne n'a pu parvenir, à l'exception de quelques voyageurs qui s'étaient égarés dans le désert. Un homme auquel le hasard permit d'arriver dans ce lieu rapporte que la plus grande abondance y règne et que les habitants jouissent de tous les biens de la vie. Quand il voulut les quitter, ils lui montrèrent un chemin qui le conduisit directement dans son pays. Un Arabe de la tribu des Corra (i), nommé Redjma ibn Caïd, arriva par hasard dans ce canton. Revenu ensuite au lieu d'où il était parti, il voulut s'y rendre de nouveau mais il ne put jamais le rétrouver. Quelque temps après l'an de l'hégire (1029 de J. C.), Mocreb ibn Madi (2), émir des Beni-Corra, fit rassembler des bêtes de somme, et

(i) Les Beni-Corra habitaient la Cyrénaïque.

(a) Ce personnage est le même que celui qui figure dans l'Histoire des Berbers d'Ibn-Khaldoun sous le nom de Madi ibn Mocreb. (Voy. t. I, p. 37, etc.'


s'étant pourvu de vivres et d'une forte provision d'eau, il pénétra dans le désert avec l'intention de retrouver l'oasis de Sobrou. Après avoir passé un temps considérable à parcourir cette région sans découvrir ce qu'il cherchait, il craignit d'épuiser ses vivres et retourna sur ses pas. Une nuit, pendant qu'il était en route pour retourner chez lui et qu'il avait dressé ses tentes sur une colline, dans une partie inconnue de ce désert, un de ses compagnons trouva auprès de cet endroit un édifice de construction antique. Ils allèrent l'examiner et reconnurent les fondations d'un mur construit avec [42] des briques de cuivre rouge et s'étendant tout autour de la colline. S'étant empressés de mettre des chargements de ces briques sur toutes les bêtes de somme qu'ils avaient avec eux, ils se remirent en route. S'ils avaient pu retrouver cette colline, il leur eût fallu beaucoup de temps pour enlever toutes les briques qui y étaient restées.

A son retour, il passa par l'Oasis extérieure, où l'un des habitants lui raconta qu'un matin, étant allé à son jardin, il s'aperçut que presque toutes ses dattes étaient mangées et que le sol portait les traces d'un homme tellement grand qu'il ne devait pas appartenir à notre race. Ayant fait le guet pendant plusieurs nuits avec ses gens, Mocreb découvrit un être dont la taille surpassait tout ce qu'il avait vu jusqu'alors. Ce géant avait commencé à manger les dattes quand ils s'aperçurent de sa présence il les découvrit presque en même temps et s'en alla plus vite que le vent, de sorte qu'ils ne purent savoir ce qu'il était devenu. Mocreb partit avec eux pour examiner les traces laissées sur le sol, et .reconnut qu'elles étaient d'une grandeur extraordinaire. Alors il donna l'ordre de creuser une fosse à l'endroit par lequel cet être était déjà entré, de la couvrir d'herbes et de se tenir en observation pendant plusieurs nuits consécutives. Ils


suivirent son conseil et, une nuit que le géant approcha selon sa coutume, ils le virent tomber dans la fosse. Ils accoururent aussitôt, et, profitant de sa chute et de leur grand nombre, ils parvinrent à s'en rendre maîtres. C'était une femme [43] noire, d'une taille énorme, ayant le corps d'une hauteur et d'une grandeur démesurées. Ne pouvant comprendre un seul mot du langage dont elle se servait, ils lui adressèrent la parole en toutes les langues connues dans cette localité, mais elle n'y répondit pas. Ils la gardèrent pendant quelques jours, avant d'avoir pris une décision à son égard ils convinrent enfin de la laisser partir, et de courir après elle montés sur des chevaux et des dromadaires, afin de savoir ce qu'elle était et d'où elle était venue. Quand elle se vit en liberté, elle s'enfuit avec tant de rapidité que l'oeil pouvait à peine la suivre les chevaux et les dromadaires, lancés à toute vitesse, restèrent en arrière, et personne ne »ut jamais savoir ce qu'elle était devenue (i).

L'on rapporte que, dans cette région, il y a des sables d'une vaste étendue auxquels on donne le nom d'ELDjezaïr « les îles ». On y trouve des dattiers en grande quantité et des sources d'eau, mais pas la moindre trace de culture, aucun signe de la présence de l'homme. Ces lieux, dit-on, retentissent .taujours des sifflements poussés par les mauvais génies. De temps en temps, les guerriers et les brigands de race nègre viennert s'y mettre en embuscade, afin de surprendre les voyageurs musulmans. Pendant des années entières, les dattes restent amoncelées au pied des arbres sans que personne vienne [44] les prendre c'est pendant les années de disette seulement que des hommes poussés .par le besoin s'y rendent pour les ramasser.

(i) Il n'y avait qu'un Arabe du désert, un Mocreb par eaemple, pour faire de tels contes, et un Arabe citadin, un Bekri. pour les accneillir et les répéter.


Route de Tripoli à Cabes

De Tripoli on se rend à SABRA, canton dont la nombreuse population appartient à [la tribu berbère] des Zouagha. Parti de là, on suit le chemin que nous avons déjà indiqué en traitant de la route qui mène à Cairouan (i).

CABES (2), grande ville ceinte par une muraille de grosses pierres (3) et de construction antique, possède une forte citadelle, plusieurs faubourgs, bazars et caravansérails, un djamê magnifique et un grand nombre de bains. Le tout est entouré d'un large fossé que l'on peut inonder en cas de besoin et rendre infranchissable. Cabes a trois portes les faubourgs sont à l'est et au sud de la ville. La population se compose d'Arabes et d'Afarecs (4). Cette ville abonde en fruits de toute espèce et surtout en bananes aussi fournit-elle une grande variété de fruits à la ville de Cairouan. Les mûriers y sont très nombreux, et chacun de ces arbres nourrit plus de vers à soie que n'en feraient cinq mûriers dans tout autre pays. Cabes se distingue par la bonté et la finesse de sa soie elle est même la seule ville de l'Ifrîkiya qui en produise. Les environs de la place, jusqu'à la distance de quatre milles, offrent une suite de jardins plantés de dattiers et arrosés par des eaux courantes. La source qui nourrit tous ces ruisseaux jaillit d'une montagne située

(1) L'itinéraire auquel El-Bekri renvoie ses lecteurs manque dans tous les manuscrits.

(2) On prononce maintenant Gabès ou Gabs.

(3) En arabe es-sàkhr-ol-djelîl, qui peut aussi signifier de pierres brutes ou bien de pierres de l'espèce qu'El-Bekri, dans un autre chapitre de cet ouvrage, désigne expressément par le nom d'el-djelil. Nous sommes porté à croire que par ce terme notre géographe a voulu désigner de grosses pierres de taille.

(4) Voy. ci-devant, page i5, note 3.


au sud-ouest de la ville, et va se décharger dans la mer de Cabes. La canne à sucre y donne des produits abondants. Les chameliers qui se rendent de l'Egypte en Ifrîkiya mentionnent, dans un de leurs chants, le haut minaret [ou phare] de Cabes ils disent

Point de sommeil, point de repos. avant de voir Cabes et son minaret.

La rade de Cabes reçoit des navires de toutes les parties du monde. Dans les environs de la ville on trouve plusieurs fractions des grandes tribus berbères, telles que les "Louât a, les Lemaïa, les Nefouça, les Afezata, les Zouagha et les Zouara on y voit aussi des familles appartenant à diverses tribus et logées dans des cabanes construites avec des roseaux. Depuis l'époque où [le Fatemide] Obeid-Allah entra en Ifrîkiya, le gouvernement de Cabes est toujours resté dans la famille de Locman le Ketamien. Un poète a dit

Sans le fils de Locman, dont l'âme s'est liguée avec la générosité, l'épée de la mort se serait dégainée contre Cabes.

[46] Dans la mer qui avoisine Cabes, et à la distance de plus d'une journée de cette ville, se trouve une île cultivée et très peuplée, que l'on nomme RAzou (i), et dont les habitants sont toujours prêts à méconnaître l'autorité du souverain [de l'Ifrîkiya]. Cabes est située à trois milles de la mer. Au nombre des choses que l'on reproche aux habitants de cette ville est le manque de latrines dans la plupart des maisons l'homme satisfait ouvertement à ses besoins dans les carrefours, et, à peine

(i) Razou et ses variantes, Zarou, P Zazou, A. nous sont dea nems inconnus. C'est probablement de l'ile de Djerba que l'auteur veut parler.


a-t-il fini, qu'il voit accourir des gens très empressés de ramasser les matières qu'ii vient de déposer. C'est avec ce genre de fumier qu'ils amendent les terres de leurs jardins. Quelquefois l'on se dispute la possession de cette ordure, et c'est alors à l'homme lui-même d'en gratifier celui qu'il veut. Il en est ainsi jusqu'aux femmes, qui ne font pas la moindre difficulté [de se soulager en public], pourvu qu'elles aient la figure voilée de manière à ne pas être reconnues.

Les habitants de Cabes racontent que leur territoire s'était distingué par la salubrité de son air, jusqu'à ce qu'on y eût découvert un talisman sous lequel on croyait trouver in trésor. On fit des fouilles à cet endroit, et l'on retira de l'excavation une terre poudreuse. « Ce fut alors, disent-ils, que la peste éclata chez nous pour la première fois. »

Nous donnons le récit suivant sur l'autorité d'Abou-'l[47] Fadl Djâfer ibn Youçof, Arabe de la tribu de Kelb, qui avait rempli les fonctions de secrétaire auprès de Mounis, seigneur de l'Ifrîkiya (i) « Nous assistions à un repas donné par Ibn-Ouanemmou le Sanhadjien (2), seigneur de la ville de Cabes, quand plusieurs campagnards vinrent lui présenter un oiseau de la taille d'un pigeon, mais d'une couleur et d'une forme très singulières. Ils déclarèrent n'avoir jamais vu un oiseau semblable. Le plumage de cet animal offrait les couleurs les plus belles son bec était long et rouge. Ibn-Ouanem-

(i) Mounk ibn Yahya, chef de la tribu arabe de Riah, quitta la haute Egypte en l'an 44i (io5o de J. C.), pénétra en Ifrîkiya l'an et deux années plus tard, il se vit maître de toute cette contrée. (Voy. l'Histoire des Berbers, t. I, passim).

(2) Ce personnage est sans doute celui qu'Ibn-Khaldoun nomme EI-Moëzz ibn Oulmouïa le Sanhadjien, et qui était effectivement gouverneur de Cabes à l'époque indiquée ici. (Voy. Hist. des Berb., traduction française, t. II, p. 35).


mou demanda aux Arabes, aux Berbers et aux autres personnes présentes s'ils avaient jamais vu un oiseau de cette espèce, et sur leur réponse qu'ils ne le connaissaient pas même de nom, il donna l'ordre de lui couper les ailes et de le lâcher dans le palais. A l'entrée de la nuit, on plaça dans la salle un brasier-fanal (i) allumé, et voilà que l'oiseau se dirigea vers ce meuble et tâcha d'y monter. Les domestiques eurent beau le repousser, il ne cessa d'y revenir. Ibn-Ouanemmou, en ayant [48] été averti, se leva, ainsi que toute la compagnie, afin d'aller voir ce phénomène. Moi-même, dit Djâfer, j'étais un de ceux qui s'y rendirent. Alors, sur l'ordre d'IbnOuanemmou, on laissa agir l'oiseau, qui monta jusqu'au brasier ardent, et se mit à becqueter ses plumes, ainsi que font tous les oiseaux quand ils se chauffent au soleilOn jeta alors dans le brasier des chiffons imprégnés de goudron et une quantité d'autres objets inflammables, afin d'augmenter l'intensité du feu, mais l'animal n'y fit aucune -attention et ne se dérangea même pas. Enfin il sauta hors du brasier et se mit à marcher, ne paraissant avoir éprouvé aucun mal. » Quelques habitants de l'Ifrîkiya assurent que, dans la viHe de Cabes, ils avaient entendu raconter l'histoire de cet oiseau. Dieu seul sait si elle est vraie.

L'île de DjERBA, située dans le voisinage de Cabes, est remplie de jardins et d'oliviers. Les habitants sont kharedjites (schismatiques), et commettent des brigandages sur mer et sur terre. Pour s'y rendre du continent, on traverse un détroit.

Voici une tradition qui provient de Hanech ibn Abd-

(1) Le mot mecMl sert à désigner une cage de fer grande comme un chapeau d'homme. On la place sur J'extrémité d'un bâton ferré et on y brûle des morceaux de bois résineux afin d'éclairer la marche d'une caravane on la plante quelquefois en terre, ZT l'intérieur d'une tente ou d'une chambre, afin d'y répandre de la lnmière.


Allah (t), natif de Sanâ [du Yémen] « Nous étions avec Roweifâ ibn Thabet (2) el-Ansari, quand il envahit le pays de l'Occident (Ifrîkiya). Ayant pris Djerba, un des bourgs de cette contrée, il se tint debout au milieu de nous, et fit un prône, dans lequel il parla [49] ainsi « Vous qui m'écoutez, je n'ai qu'à répéter une parole que « j'entendis de la bouche de notre saint Prophète, lors de « la journée de Khaiber, quand il se tint devant nous et Il dit L'homme qui croit en Dieu et à la vie future ne « doit pas arroser ce qu'un autre a ensemertcé. Par ces paroles il voulut nous empêcher d'avoir commerce avec des captives déjà enceintes. »

Route de Cabes à Sfax

De Cabes on se rend à Aïn EZ-ZEITOUNA « la fontaine de l'olivier », source d!eau vive qui coule auprès d'une mer stagnante, et qui est commandée par un corps de garde appartenant à l'administration qui perçoit les impôts de l'Ifrîkiya. Dans les livres renfermant les prédictions (el-hmdethan) qui regardent ce pays, on trouve des allusions à Ain ez-Zeitouna. Dans un poëme composé par Ibn-Aakeb, et faisant connaître les événements qui devaient avoir lieu en ce pays, on trouve le vers suivant Quand l'armée fera halte près d'Ain ez-Zeitouna, l'événement maudit y aura lieu.

De là on arrive à TAouRGHA (3), station très fréquentée et située sur le bord du Sahel {ou littoral] d'Ez-Zeitauna

(1) Dans l'Histoire d'Espagne d'El-Maccari, t. II, p. r de l'édition imprimée, se tronve une notice de ce persomMge

(a) Voy. p. i5, note 2.

(3) Taoitrgha signifie jaune et fourmilière en langue berbère.


puis on se rend à GHAFEC, canton qui renferme une population considérable puis à SFAX, ville maritime environnée d'un mur et renfermant un grand nombre de bazars, plusieurs mosquées et un djamê. La muraille de Sfax est construite en pierres et en briques. Cette ville possède des bains, des caravansérails, une banlieue très étendue, une foule de cosour « maisons de campagne », plusieurs châteaux forts et quelques ribats, situés sur le bord de la mer. Le plus célèbre de ces derniers établissements est celui qui porte le nom de Mahbès-Botouïa « le corps de garde des Botouïa » (i). On y voit un minaret d'une grande hauteur, au sommet duquel on arrive par un escalier de cent soixante-six marches. Les autres ribats sont le iMahbès-Habela, le MAURES ABI-L-GHOSN, le Mahrès-Macdeman, le Mahhès el-Louza « corps de garde de l'amandier », et le MAHRÈS er-RÎhajva « corps de garde du myrte ».|Sfax est entourée d'une belle forêt de dattiers. L'huile que l'on y fabrique est exportée en Égypte, au Maghreb, en Sicile et en Europe (Roum) q/elquefois on peut en acheter quarante arrobes, me sure de Cordoue, pour un mithcal (2). Le port de Sfax est très fréquenté lors de da marée basse, les navires restent sur la vase; puis, au reflux, ils se remettant à flot (3). Les négociants y arrivent de tous les côtés avec de fortes sommes d'argent qu'ils emploient à l'achat d'huiles et d'autres marchandises. Dans l'art de fou-

Les Botouïa, peuple berbère, habitaient le Rif marocain, mais il s'en trouvait des fractions dans plusieurs localités de l'Afrique septentrionale. De nos jours il y en a au vieil Arzeu.

(a) Arrobe, en arabe er-robd, c'est-à-dire le quart, pesait vingt-cinq livres et formait le quart du kintar « quintal ». Le ou dinar d'or peut être évalué à dix francs.

(3) Les historiens et géographes anciens, tant grecs que romains, les géographes arabes et les voyageurs européens s'accordent à signaler le phénomène des marées dans la petite Syrte.


1er les draps et de leur donner le cati, les habitants de Sfax suivent les méthodes employées à Alexandrie, mais ils surpassent les fabricants de cette ville .par l'excellence et l'abondance de leurs produits. Dans la mer, vis-à-vis de Sfax, est une île nommée Kerkinna, qui occupe le centre d'EL-CASÎR (i). Elle est située à dix milles de Sfax, dans cette mer morte et peu profonde dont la surface n'est jamais agitée. En face de cet endroit et à l'entrée du Casîr, une haute maison (2) s'élève dans la mer, à la distance d'environ quarante (sic) milles du continent. Les navigateurs venant d'Alexandrie, de la Syrie et de Barca, tâchent de reconnaître le centre de cet édifice; alors ils en font le tour et entrent dans des parages qui leur sont parfaitement connus. Kerkinna renferme quelques débris de constructions anciennes et plusieurs citernes. Comme cette île est très-fertile, les habitants de Sfax y envoient leurs bestiaux pour paître.

Route de Sfax à Cairouan

De Sfax on se rend à Torfa, puis à CASR-RÎAD (3), [52] localité bien peuplée ainsi que la précédente; de là on suit la route jusqu'à Cairouan.

(1) Le mot casfr (brevis) est employé ici comme Virgile en a employé l'équivalent latin, pour désigner la petite Syrte et ses bas fonds

Tres Eurus ab alto,

In brevia et Syrtes urget.

(,En. lib. I, v. 110).

(a) Maison -,u pavillon, en arabe beit. Il s'agit d'une tour qui s'ékvait à l'extrémité septentrionale du groupe d'îles appelées Kerkinna ou Cercinna. Cet édifice est indiqué par le mot Elbeit sur la carte catalane, document qui porte la date de iSyb.

(3) Variante M, Rebah. La carte de la régence de Tunie, dressée au Dépôt de la guerre, nous offre un Casr-Rih à huit mille* au nord de Sfax.


Route de 8faz à El-Mehdiya

De Sfax on se rend à Ledjem, château de la Kahena (i). Cet édifice marque la limite de Souc el-Hoceini « le marché du descendant d'El-Hooein », canton dont le marché se tient auprès d'un bourg grand et peuplé qui se nomme AROZLÉS (2), et qui possède un djamê, un bain et quelques bazars. Cette localité compte au nombre des bourgs du littoral (Sahel). De Ledjem on se rend à E1.-MEHDIYA.

Description de l'Ifrikiya, de ses villes, limites et curiosités. Note sur l'origine de ce nom

Quelques-uns disent que le mot Ifrîkiya (3) signifie « la reine du ciel » (4) d'autres prétendent que l'Ifrîkiya fut ainsi nommée parce qu'Ifricos, fils d'Abraha, fils [53] d'Er-Raïch, ayant conduit une armée vers l'occident et jusqu'à Tanger, dans le pays des Berbers, bâtit [la ville d'] Ifrîkiya et lui donna son nom. D'autres encore disent qu'elle porte le nom de Farek, fils d'Abraham et de Cétura (5), seconde femme de ce patriarche. Selon

(1) L'amphithéâtre de Ledjem est tout ce qui nous reste de l'ancienne ville de Tysdrus ou Tusdrus. Nous possédons une description de ce monument par Desfontaines, une autre par sir Grenville Temple, et une troisième par le DT Barth. Pour l'histoire de la Kahena on peut consulter l'Histoire des Berbers, tr. fr. t. I. passim, et t. III, p. 191 et suivantes.

(2) Variante, P, Azorles

(3) Variante M, Ibrikiya.

(4) La reine du ciel était la Cœlestis A frorum, déesse tutélaire de Carthage. Elle se nommait aussi Aslarti {Achteroth) et Tanais. Cette indication. qu'Ibn-el-Djezzar aura probablement donnée dans son Maghazi, a été mal comprise par El-Bekri.

(5) Voyez l'Essai sur l'Histoire des Arabes, par M. Caussin de Perceval. La Bible donne les noms des fils d'Abraham et de Cétura (Gen. xxv et Paràt., i). Le nom de Farec ne s'y trouve pas.


une autre explication, les Africains (.4 fareca) et leur paye Ifrîkiya furent ainsi nommés parce que ce peuple descendait de Farec, fils de Misraïm (i). Enfin on a prétendu que l'Ifrîkiya portait en réalité le nom de Libyia Il Lybie », fille de Yacouah, fils de Younoch, fondateur de la ville de Menfîch -« Memphis », en Egypte; comme cette femme avait possédé tout le royaume de l'Ifrîkiya, elle lui laissa son nom.

Limites de l'Ifrîkiya. Ce pays se prolonge depuis Barca, du côté de l'orient, jusqu'à Tandja-t-ei-Khadra « Tanger le Vert », du côté de l'occident. Le véritable nom de Tanger est Mauritonia (a). L'Ifrîkiya s'étend, en largeur, depuis la mer [Méditerranée] jusqu'aux sables qui marquent le commencement du pays des Noirs Cette région se compose de montagnes et de vastes plaines de sable, qui se déploient depuis l'orient jusqu'à l'occident. Dans ces contrées, on prend à la chasse des feneks (3) de la belle espèce.

Plusieurs docteurs rapportent la tradition suivante sur l'autorité de Sahnoun (4) ibn Saîd et de Mouça ibn Moaouïa, lesquels l'avaient reçue d'Ibn-Ouehb (5), qui

(i) II est presque inutile de faire observer que le nom de Farec manque dans la liste des descendants de Misraïm reproduite deux fois dans la Bible. (Gen. x, Paral, i).

(2) Encore un trait d'érudition à la manière des musulmans. (3) Bruce et Clapperton nous ont décrit le. petit animal carnassier nommé le fenek (megalotis famelicas). En l'an i856, le Jardin des Plantes, à Paris, possédait deux feneks vivants. En 1857 il y en avait trois à Alger. La fourrure jaune de cet animal était autrefois très-recherchéc.

(4) Abd-es-Selam ibn Saîd, surnommé Sahnoun, était un des principaux docteurs du rite et de la jurisprudence malékites. Il mourut en l't-j-aio de J. C.), après avoir rempli les fonctions de cadi à Cairouan. (Ibn-Khallikan).

(5) Abd-Allah ibn Ouehb, disciple de l'imam htalek, mourut au vieux Caire l'an 197 (8i3 de J. C.).


la tenait de Saîd ibn Abi-Aïoub, qui l'avait eue de Chorahbîl ibn Soueid, qui l'avait entendue de la bouche d'Abou Abd er-Rahman el-Djobboli (i) « Le saint apôtre [Mohammed], dit-il, envoya une troupe de guerriers en expédition. Lorsqu'ils furent de retour, ils lui racontèrent que l'intensité du froid les avait fait beaucoup souffrir, et il leur répondit Il Le froid est encore plus « fort en Ifrîkiya, mais la récompense est plus forte « aussi ». Ces deux traditionnistes [Sahnoun et Mouça] rapportent la même parole [sous une autre forme] en alléguant l'autorité d'Ibn-Ouehb, qui déclarait avoir appris d'Ibn-Lahiab (a) que Bekr ibn Souada-t-el-Djodami lui avait fait le récit suivant, qu'il tenait de Sofyan ibn el-Ilarith, qui le lui ,avait rapporté tel qu'il l'avait entendu raconter par les docteurs de son époque « On dit à Micdad ibn el-Asoued, l'un des compagnons du saint Prophète « Tu es accablé par l'âge et tu veux a marcher avec ces expéditions » A quoi il répondit « Que je porte un poids léger ou lourd, je ne veux pas « rester en arrière. Dieu (que son nom soit béni et « exalté 1) a dit Chargés ou légers, marchez au com« bat » (3). Ici le traditionniste ajoute qu'une troupe de guerriers revint auprès du Prophète, et qu'ils parlèrent du froid [qu'ils avaient eu à souffrir], alors, dit-il, le saint Prophète s'exprima ainsi « Pour les gens de l'Ifrîkiya, il y aura grand froid, mais aussi grande récompense. » Ibn Abi '1-Arab rapporte ce qui suit « Forat m'a raconté qu'il avait entendu dire à Abd-Allah ibn Abi-Hassan qu' Abd er-Rahman ibn Zîad ibn

(1) Ce traditionniste alla en Espagne lors de la conquête de ce pays par les musulmans. (Voy. Maccari, texte arabe, t. II, p. r). (2) Le cadi Abd-Allah ibn Lahtah mourut au vieux Caire l'an (790 de J. C.).

(3) Coran, sourate ix, verset 4i.


Anâm (i) lui avait assuré qu'il tenait d'Abou Abd erRahman el-Djobboli la tradition suivante « Le saint « Prophète a dit La guerre sainte cessera dans tous les « pays, excepté dans un endroit de l'occident qui s'ap« pelle Ifrîkiya. Pendant que les nôtres seront en face de « l'ennemi, ils verront les montagnes changer de place; « alors, [sachant que le jour du jugement est arrivé,] ils « se prosterneront devant le Tout-Puissant, et personne Il ne les débarrassera de leurs haillons, si ce n'est leurs « serviteurs, dans le Paradis » (2). Abd er-Rahman ibn Ziâd ibn Anâm rapporte aussi cette parole sous la forme suivante « La guerre sainte cessera partout et commencera de nouveau en Ifrîkiya; et les tribus [56] de toutes les parties du monde se porteront en avant vers l'Ifrîkiya, à cause de la justice de l'imam [qui y régnera] et du bas prix des vivres. » Ibn-Abi-'l-Arab raconte que la tradition suivante lui était parvenue en passant successivement par la bouche d'Abd-Allah ibn Omar el-Omari (3), d'IbnLahîah, d'Abou-Cabîl et d'Abd Allah ibn Amr (4) « Il [le Prophète] a dit « Par Dieu 1 les chameaux se vendront en Egypte dix dinars la pièce; ensuite, ils se « vendront cent dinars la pièce, tant sera grand l'emc pressement des acheteurs. Il me semble déjà entendre « le cliquetis de leurs selles pendant qu'ils seront à « gravir la pente {acaba) du coteau qui sépare l'Egypte de « J'Ifrîkiya. Avec ces montures, ils [les musulmans]

(1) Grand cadi de l'Ifrîkiya, sous le khalifat d'ElaMansour l'Abbacide. (Voy. Hist. des Berb., t. I, p. 374).

(2) C'est-à-dire, ils passeront directement dans le Paradis. (3) Fils du khalife Omar, deuxième successeur de Mahomet. (A) Abd-Allah, mis du général Amr ibn el-Aci, qui conquit la Cyrénaïque en l'an ai de l'hégire, était un des compagnons de Mahomet. Il se distingua par sa piété et par son zèle à enseigner les dits et gestes (sonna) du fondateur de l'islamisme. Il mourut à un âge trèsavancé.


v. rechercheront [l'occasion de faire] la guerre sainte et « de répandre] la justice. Certes l'Ifrîkiya sera régie par « un homme qui la gouvernera avec justice pendant vingt-deux ans, ou vingt-quatre ans [selon une autre « leçon] (i) H.

Description de la grande Mosquée de Cairouan

Nous avons mentionné ailleurs (2) que le wihrab de cette mosquée fut posé et construit pour la première fois par Ocba ibn Nafê (3). Tout l'édifice, à l'exception du mihrab, fut abattu et reconstruit par Hassan (4). Ce fut lui qui y transporta, d'une ancienne église, les deux colonnes rouges, tachetées de jaune, dont Ha beauté est incomparable. Il les prit à l'endroit nommé aujourd'hui El-Caiceriya (5), et faisant partie du souc ed-darb « mar-

(i) Ce chapitre peut donner une idée de la marche suivie par les docteurs musulmans lorsqu'ils rapportent des traditions relatives à Mahomet. Dans tous les ouvrages qui traitent de cette matière on voit les auteurs apporter le plus grand soin à constater la voie par laquelle ces renseignements avaient été transmis jusqu'à eux. Les premiers ouvrages historiques composés par les Arabes étaient rédigés sur le même plan, ainsi qu'on peut le reconnaître à l'inspection dcs Annales d'Et-Taberi et de l'Histoire de la conquête de l'Egypte par IbnAbd-el-Hakem. Il ne faut pas s'étonner de voir El-Bekri rapporter des traditions en suivant les formes reçues il était lui-même théologien et avait composé un traité pour démontrer la divine mission de Mahomet. A juger du mérite de cet ouvrage d'après l'échantillon que l'auteur nous donne ici de son savoir-faire, on ne doit pas en regretter la perte.

(2) Probablement dans une des parties de cet ouvrage qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous.

(3) Pour l'histoire d'Ocba et de la fondation de cette mosquée, voyez l'Hist. des Berbers, t. 1 p.

(4) Hassan ibn en-Noman fut nommé gouverneur de l'Afrique en remplacement de Zoheir, successeur d'Ocba.

(5) Une caiceriya (Cœsarea) est un grand bâtiment carré renfermant une cour entourée de galeries, et contenant des magasins et des logements à l'usage des négociants. (Voy. VAbd-AUaiif de M. de Sacy, p. 3oS).


ché de l'hôtel dela moamaie ». (i). L'on mte qu'avant le déplacement de ces colonnes, le souverain de Constantinople avait voulu les acheter au poids de l'or; aussi les musulmans [58] s'empressèrent-ils de les transporter à h mosquée. Toutes les personnes qui les ont vues déclarent que rien de pareil n'existe dans aucun pays du monde. Hicham ibn Abd-el-Mélik (2), étant monté sur le trôn^ du khalifat, reçut du gouverneur de Cairouan une dépêche dans laquelle cet officier lui représentait que la mosquée n'était plus assez grande pour contenir l'assemblée des fidèles, et qu'immédiatement au nord de l'édifice se trouvait un vaste jardin appartenant aux Beni-Fihr [descendants de Coreich]. Dans sa réponse, le khalife donna l'ordre d'acheter ce terrain et de l'enclaver dans l'enceinte de la mosquée. Le gouverneur obéit; puis il construisit, dans la cour de la mosquée, un bassin que l'on désigne aujourd'hui par le nom d'El-Madjel (3) elCadfm « Je vieux réservoir et qui est situé à l'ouest des nefs (4). Au-dessus du puits qui se trouvait dans ce jardin, i! bâtit un minaret dont il établit les fondations dans J'eau, et, par un hasard singulier, il reconnut que cet édifice occupait justement le milieu du mur septentrional. Les

(i) L'auteur veut sans doute parler des ruines de Sabra, à deux kilo. mètres au sud-ouest de Cairouan. C'est de là, m'ont dit les habitants, qu'on a transporté des colonnes à la grande mosquée et les matériaux antiques qui abondent dans la ville (Berbrugger).

(a) Dixième khalife oméïade, inauguré l'an io5 (724 de J. C ) il régna près de vingt ans.

(3) Le géographe Ibn-Haucal écrit Madjen. à la place de Madjel, et telle est encore la prononciation usitée dans le pays.

(4) Le mot belat s'emploie, en parlant d'une mosquée, pour en désigner la nef, c'est-à-dire l'espace compris entre deux rangs de çolonnes. On sait que les toits des mosquées malékites portent sur des arcs en fer à cheval, soutenus par des colonnes ayant toutes la même hauteur et disposées en plusieurs rangs équidistants aussi ces mosquées renferment-elles plusieurs belat ou nefs.


dévots évitent scrupuleusement de prier dans le corps de bâtiment ajouté à la mosquée, et, [pour justifier leur conduite], ils disent que le gouverneur avait usé de contrainte envers les propriétaires du jardin pour les décider à en faire la vente. Encore aujourd'hui ce minaret est4eû que Ha5san l'avait construit; il a soixante coudées de haut et vingt-cinq de large. On y entre par deux portes, dont l'une regarde l'orient et l'autre l'occident. Les montante et les linteaux de ces portes sont en marbre orné de sculptures. Yezîd ibn Hatem, nommé gouverneur de l'Ifrîkiya en l'an i55 (772 de J.-C.), fit abattre toute la mosquée, à l'exception du mihrab, et la construisit de nouveau (i). 1: acheta pour une forte somme et plaça dans la mosquée la belle colonne verte au pied de laquelle le cadi Abou'lAbbas Abdoun (2) avait dans la suite l'habitude de faire sa prière. Zîada-t- Allah, fils d'Ibrahîm ibn ed-Aghleb (3), étant monté sur le trône, fit démolir toute la mosquée, et ordonna même de renverser le mïhrab. On eut beau lui représenter que ses prédécesseurs s'étaient tous abstenue de toucher à cette partie de l'édifice, parce qn 'Ocba ibn Nafê l'avait construite; il persista dans sa résolution, ne voulant pas que le nouveau bâtiment offrît la moindre trace d'une construction qui ne serait pas de lui. Pour le détourner de son projet, un des architectes lui [60] proposa d'enfermer d'ancien mihrab entre deux mure, de manière à ne rien en laisser paraître dans l'intérieur de la mosquée. Ce plan fut adopté, et, jusqu'à nos jours, la mosquée de Cairouan est restée telle que Zîada-t-AHah

Voy. Hist. dcs Berbers, t. 1 p. 385.

(2) Il paraît, d'après En-Noweiri. que le cadi Ibn-Abdoun vivait sous le règne d'Abd-Allah ibn Ibrahim l'Aghlebite, et qu'il jouissait d'une grande réputation comme légiste. (Hist. des Berbers, t. I. p.

(3) Voy. Hisl. des Berbers, t. I, p. 412.


l'avait laissée. Le mihrab actuel, ainsi que tout ce qui l'entoure, depuis le haut jusqu'en bas, est construit en marbre blanc percé a jour et couvert de sculptures. Une partie de ces ornements sp composent d'inscriptions; le reste forme des arabesques à dessins variés. Autour du mihrab règne une cotonnade de marbre extrêmement belle. Les deux colonnes rouges dont nous avons parlé sont placées audevant du mihrab, et servent à soutenir la coupole qui en fait partie (i). La mosquée renferme quatre cent quatorze colonnes, formant dix-sept nefs, Sa longueur est de deux cent vingt coudées, et sa largeur de cent cinquante. La r.uacsoura « banc réservé au souverain » était autrefois dans l'intérieur de la mosquée; mais, par suite des changements que Zîada-t-Allah ne cessa de faire à cet édifice, elle se trouve maintenant dans la maison qui est au sud de la mosquée, et qui a son entrée sur la place des Fruits. Elle a une seconde porte qui s'ouvre à côté de la chaire, et c'est par là que l'imam entre dans la mosquée, après s'être arrêté dans la maison pour [61] attendre l'heure de la prière. Zîada-t-Allah dépensa quatre-vingt-six mille mithcal (2) pour la construction de cette mosquée. jlbrahîm, fils d'Ahmed ibn el-Aghleb, étant parvenu à la souveraineté, fit prolonger les nefs de la mosquée et construire, à l'extrémité de la nef qui aboutit au mihrab, la coupole appelée Cobba-Bab el-Behou « la coupole de la porte du pavillon ». Elle est environnée de trente-deux colonnes de beau marbre; à l'intérieur, elle est couverte de sculptures magnifiques et d'arabesques travaillées avec une netteté admirable toutes les personnes qui la voient

(1) M. Berbrugger a vu dans les ruines de Sabra quelques grosses colonnes tout à fait semblables à celles dont El-Bekri fait mention ici. A cause de leur couleur rouge on ies nomme arsat-ed-dem CjUo.* fO-JI, c'est-à-dire K les colonnes de sang ». (Voy. Revue africaine n° 9, P. 195).

(2) Huit cent mille francs environ.


n'hésitent pas à déclarer qu'il serait impossible de trouver ailleurs un plus beau monument. La cour de la mosquée, du côté des nefs, est couverte de tapis sur une largeur de quinze coudées. La mosquée a dix portes, et, dans sa partie orientale, une maesoura H tribune » destinée aux femmes. Cette tribune est séparée du corps de la mosquée par un mur percé à jour, de manière à former un chef-d'œuvre d'art.

La ville de Cairouan Œl-Cairouan) est située dans une vaste plaine. Au nord, se trouve le golfe de Tunis; à l'est, la mer de Souça et d'El-Mehdiya; au sud. la mer de Sfax et de Cabes. La mer Orientale est la plus rapprochée de la ville, dont elle n'est éloignée que d'une journée de marche. De Cahouan à la région des montagnes il y a aussi «une journée de marche, et la même distance sépare cette ville de la forêt (1) [62] d'oliviers nommée Es-Salzcl « le littoral ». A l'orient de la ville est une sibkha « marais salent », d'où l'on extrait un sel vraiment excellent et d'une pureté remarquable. Aux autres côtés de la ville s'étendent des terres bonne-s et fertiles, dont les meilleures sont à l'occident. Cette dernière région est nommée FAHS ED-DERRARA « la banlieue de la source abondante »; les grains que l'on y semé rendent cent pour un dans les bonnes années. De ce côté, l'air est pur et très salubre; chaque fois que le médecin Ziad ibn Khalfoun sortait de Cairouan pour se rendre à Raccada, et qu'il passait devant la pomte nommée Bab-Asrem, il Stait son turban afin de recevoir directement sur la tête l'influence bienfaisante de cette atmosphère, et de se maintenir ainsi en bonne santé.

(1) Quand on remarque sur l'horizon un de ces massifs d'arbres qui /arment des oasis au milieu des plaines de sable, on croit voir une longue tache noire sur un sol blanchâtre. Aussi les Arabes emploient-ils le mot sonad « noir » pour désigner une forêt. Le même terme s'emploie aussi pour indiquer une bande de voyageurs ou un corps d'armée que l'on' découvre au loin dans le désert.


Cairouan a toujours eu sept mahrès (i), dont quatre à l'extérieur et trois à l'intérieur. Dans les temps anciens, cette ville était entourée d'une muraille de briques, large de dix coudées, que Mohammed ibn el-Achâth ibn elOcba el-Khozaï (3) avait fait construire en l'an i44 de J.-C.).Cet émir fut [63] le premier général que les Abbacides envoyèrent en Ifrîkiya. Dans la partie de cette muraille qui regardait le sud-ouest, il y avait une porte. (4); au sud-est se trouvait la porte d'Abou-rRebiâ; à l'est, les portes d'Abd-AUah et de Nafê; au nord, celle de Twnis, et, à l'ouest, les portes d'Asrem et de Selm. En l'an 209 (824-825 de J.-C.), Ziada-t-Allah I", fils d'Ibrahim l'Aghlebide, abattit cette muraille, parce que los habitants de la ville avaient pris part à la révolte d'ElMansour, surnommé Et-Tonbodi (5). Après la défaite du rebelle, évenement qui eut lieu le mercredi i5 du djomada de l'année susdite (i4 septembre 824), les habitants de Cairouan sortirent au-devant de Zîada-t-Allah et implorèrent sa miséricorde. Pour les châtier, il se contenta de raser les fortifications de leur ville. En l'an 444, El-Moëzz Je Sanhadjien, fils de Badîs et petit-fils d'El-Mansour (6), releva les murailles de Cairouan, et leur donna une longueur de vingt-deux mille coudées. Du côté de Sabra, le

(1) Le mot mahrès signifie lieu où l'on fait la garde C'était ordinairement une enceinte fermée de murs et assez grande pour loger une petite garnison. Il servait aux mêmes usages que le ribat (voy. p. 21, note i), dont il ne différait probablement pas beaucoup. (2) Abou-'l-Mehacen, dans le Nodjoum, t. I, p. 38a, écrit Ocba sans l'article.

<3) Voy. Hist. des Berbers, t. I, p. 374.

(4) ,Le texte arabe porte ^b, une porte autre que les quatre, c'est-à-dire une cinquième porte. Cette signification ne peut pas convenir ici, puisque l'auteur donne, immédiatement après, les noms de six portes. Il faut supposer qu'il y a une erreur de copiste. (5) Voy. HUt. des Berbers, t. I, p. 4o6.

(6) Vey. ibid., t. H, p. 18.


nouveau rempart se développait en ouvrage avancé deux murs parallèles, et séparés par un intervalle d'environ un demi-mille, allaient aboutir à ce faubourg. Aucun négociant ni voyageur ne pouvait introduire dans Cairouan des marchandises sujettes aux droits sans passer par Sabra. Cairouan possède maintenant quatorze portes; d'abord celles que nous avons nommées plus haut; ensuite la porte des Dattiers (Bab-en-Nakhll), la porte Neuve (EIBab el-Hadîth), les deux portes de l'ouvrage avancé, la porte de la Broderie (Bab-et-Tiraz), la [seconde (?)] porte Neuve, la porte des Fabricants de -seaux en cuivre (Bab el-CaJMîn), la porte d'Abou'r-Rebïâ et la porte de Sahnoun le jurisconsulte (i).

La ville de SABRA, qui touche à celle de Cairouan, fut bâtie en l'an 337 (948-949) par Ismaïl (2). Il y établit son séjour et lui donna le nom d'Et-MANSouRiYA. Sabra continua, jusqu'à l'époque de sa ruine, à servir de résidence aux souverains du pays. Maadd [El-Moëzz], fils d'Ismall [H-Mansour], y transféra tous les bazars et toutes les fabriques de Cairouan. Elle avait cinq portes, savoir la porte du Sud (El-Bab el-Kibli), la porte de l'Est (El-Bab es-Cherki), la perte de Zon2la, la porte de Ketama, situées au nord de la vile, et la porte des Conquêtes (Bob el-Fotouh). Quand le souverain se mettait en campagne, il sortait par cette dernière porte, suivi de ees troupes. On rapporte qu'on percevait chaque jour, à une seule de ces portes, la somme de vAngtHsix mille dirheme (3) pour droits d'entrée.

Avant que les bazars de Cairouan fussent transférée

(i) Voy. ci-devant, p. 49-

(2) Ismatl el-Mansonr, le troisième khalife de la dynastie des Fatemides. (Voy. Hist. dta Berbers, t. n, p. 535, et t. III, p. 2og). (3) Entre dix et quinze mille francs.


à El-Mansouriya, une double ligne de boutiques [66] s'étendait, sans interruption, du nord au sud, à travers la première de ces villes. Depuis la porte d'Abou 'r-Rebïâ jusqu'au djamê, cette rue avait une longueur de deux milles moins un tiers, et, depuis le djamê jusqu'à la porte de Tunis, deux tiers de mille. D'une extrémité à l'autre elle était couverte d'un toit, et elle renfermait, à elle seule, tous les dépôts de marchandises et toutes les fabriques. Ce fut Hicham ibn Abd d-Mélek [le khalife oméïade] qui donna l'ordre d'installer de cette façon le bazar de Cairouan. En dehors de la ville se trouvent quinze réservoirs bâtis par l'ordre de Hicham et d'autres princes, afin d'assurer aux habitants une provision d'eau. Le plus grand et le plus utile de ces bassins est situé auprès de la porte de Tunis, et doit sa construction à Abou-Ibrahim Ahmed, fils de Mohammed l'Aghlebide (i). Il est de forme circulaire et d'une grandeur énorme. Au milieu s'élève une tour octogone, couronnée par un pavillon à quatre portes (2). r66] Une lon-

(1) Voy. Hist. des Berbers, t. I, p. 42o.

(2) Ici, dans le texte arabe, commence un passage que nous avons inséré sur l'autorité de deux manuscrits, celui de Paris P, et celui de l'Escurial E. Dans les manuscrits M et A il ne se trouve pas. Le texte est évidemment fautif et présente de graves difficultés il faut remarquer d'abord que le manuscrit P porte A-iJ^J mot que l'on peut lire de plusieurs manières le manuscrit E offre la leçon *O c'està-dire pour servir de talisman. Nous avons lu dLjJ « pour faire le guet ». Les deux manuscrits portent ensuite or le pronom du dernier mot indique par son genre que le mot ^T-w, est pris dans le sens d'homme et non pas dans celui de colonne autrement l'auteur aurait écrit Le mot ks^° est écrit sans points diacritiques aussi peut-on le lire de plusieurs façons, dont une est k-àr* .mokhtin, la seule qui convienne ici. Les mots vi£J3 o^ sont écrite >?.̃> :^j\£ dans k manuscrit E. Avant le mot «^J^_« la préposition JJ manque dans les deux manuscrits. Tenant compte de tontes ces difficultés, nous traduisons ainsi « servant de lieu de guet et gardé continuellement par onze hommes, afin que personne n'y arrive par mégarde. Quand ce bassin est rempli, il y a une


gue série d'arcades cintrées, dont les unes sont posées sur les autres (i), vient aboutir au côté méridional de ce bassin. A l'occident il y avait un château bâti par Zîada-t -Allah. Immédiatement au nord du même bassin s'en trouve un autre, de petite dimension, nommé El-Feskïa « le réservoir n, qui reçoit les eaux de la rivière et en amortit la rapidité. Quand ces eaux le remplissent jusqu'à la hauteur de deux toises, elles s'écoulent dans le grand bassin par une ouverture que l'on a nommée Es-Sarh « la décharge ». La Feskïa est un ouvrage magnifique et d'une construction admirable. Obeid-Allah [le premier des khalifes fatemites] disait quelquefois « J'ai remarqué en Ifrîkiya deux choses auxquelles je n'ai rien vu de comparable en Orient l'une, c'est l'excavation (il voulait dire le réservoir) qui est auprès de la porte de Tunis, et l'autre, c'est le Casr el-Bahr « le château du lac », qui se trouve dans la ville de Raccada » (2).

Cairouan possède quarante-huit bains. Dans un [67] des jouons de la fête de i'achoura (3), on compta le nombre de bœufs seulement que l'on y avait égorgés, et l'on

distance d'environ deux coudées entre l'eau *»t le toit du pavillon ( ?). Pour s'y rendre. Ibn-el-Agbleb montait dans un bateau nommé ez-zelladj « le glisseur ».

(i) C'est-à-dire un aqueduc à deux étages.

(2) De toutes ces constructions on ne voit plus qu'une seule citerne. Les environs de la ville sont incultes, et Raccada a tout à fait disparu. (3) L'achoura, dixième jour du mois de mobarrem, est considéré par les musulmans comme un jour de fête. On rapporte une parole de Mahomet ainsi conçue « A celui qui entretiendra sa maison dans l'abondance pendant le jour de l'achoura, Dieu accordera l'abondance pendant le reste de l'année. » L'achoura et les neuf jours qui le précèdent sont consacrés aux réjouissances il y a cessation d'études dans les écoles publiques les villes du Djerîd tunisien, du Souf et de Tuggurt présentent l'aspect le plus animé tout le monde se livre à la joie, on parcourt les rues sous des déguisements, on tire des coups de fusil et on brûle des feux d'artifice.


trouva que cela montait à neuf cent cinquante. A Gairouan on n'a pas d'autre bois à brûler que celui que J'on coupe aux oliviers des environs, et, chose bien extraordinaire, les arbres ne souffrent en aucune façon de ce rude traitement (i). En l'an 452 (1060), Ja population de Cairouan fut emmenée en captivité, et la ville resta déserte; on n'y laissa que les gens les plus pauvres Dans Cairouan et les cantons qui en dépendent, la mesure de capacité nommée cafîz (3) contient huit [68] owaîba le ouaîba équivaut à quatre thomna, et le thomna à six modd. Cette dernière mesure est plus forte que le modd (4) adopté par le Prophète; aussi le cafîz de Cairouan contient-il douze modd de plus (que le cafîz légal); il équivaut à deux cent quatre modd du Prophète (5). Cela, en mesure de Cordoue, fait cinq cafîz, moins six modd (6). A Cairouan, le ratl livre » de viande, de figues et de tous les autres comestibles équivaut à dix ratl f il f eli le cafîz d'huile équivaut à trois ratl filfeli, et le matar à cinq cafîz.

(1) Aujourd'hui il n'y a plus d'oliviers aux environs de Cairouan. (2) En l'an 449 (io57-io58 de J. C.), El-Moëzz, fils de Badis et quatrième souverain de la famille des Ztrides, abandonna Cairouan et se rendit à El-Mehdiya, afin de s'abriter contre les Arabes, qui venaient d'envahir l'Ifrikiya. Ces nomades s'emparèrent de la ville de Cairouan et la saccagèrent complètement (Voy. Hist. de.s Berbers, t. I, p. 36, 37, et t. II, p. 22). Cette catastrophe eut lieu onze ans avant l'époque où El-Bekri écrivit son ouvrage.

(3) Le caftz, ainsi que toutes les autres mesures employées par les musulmans, a varié selon les pays et les époques. Il pouvait contenir quatre ou cinq hectolitres. Il y avait des cafîz de deux cent quarante litms et de douze cents litres. On peut le regarder comme l'équivalent de deux charges de mulet.

(4) Le modd est la quantité de grains que l'on peut tenir dam les deux mains ouvertes et réunies. En. français cela s'appelle une jointée. (5) En effet, 8x4x6 + 12 = 204.

(6) Donc, le cajtz de Cordoue devait contenir ki modd.

<7) Le ratl filfdi « la livre à poivre est probablement le ratl attari.


RACCADA, ville située à quatre milles de Cairouan, a un circuit de vingt-quatre mille quarante coudées; mais la plus grande partie de cet emplacement est occupée par des jardins. Il n'y a point de localité en Ifrîkiya où l'air soit plus tempéré, les zéphyrs plus doux et le sol plus fertile. Celui qui entre dans cette ville ne cesse, diton, de rire et de se réjouir sans aucun motif. L'on raconte qu'un des princes aghlebides souffrait d'une insomnie qui avait duré plusieurs jours, et, malgré les soins du médecin lshac, inventeur de la thériaque lshac (i), il ne pouvait recouvrer le sommeil. Enirn, d'après les conseils de ce docteur, il sortit pour faire une promenade, et, quand il fut arrivé sur l'emplacement de Raccada, il s'endormit. Dès lors cette localité reçut le nom de Raccada « dormeuse », et devint, pour les souverains [aghlebides], un lieu de résidence et d'agrément. Ibrahim ibn Ahmed, le premier de ces princes qui y établit son séjour, abandonna El-Casr el-Cadîm « le vieux château », et construisit des palais magnifiques et un djamê dans cette nouvelle ville, qui se remplit promptement de bazars, de bains et de caravansérails. Elle continua d'être la résidence de cette famille jusqu'à ce que Zîada-t-Allah [le dernier souverain aghlebide] se vît contraint à l'abandonner et à s'enfuir devant les armes victorieuses d'Abou Abd-Alkh es-Chaaï (2).

« livre aux épiceries n qui s'emploie encore en Afrique et qui contient seize onces, environ un quart de moins que le ratl ordinaire. (i) Ishac Ibn Soleiman, médecin juif, exerça d'abord son art en Egypte, d'où il passa en Ifrikiya pour s'établir à Cairouan. !lprès la chute de son protecteur, Zîada-t-Allah, dernier souverain aghlebide, il entra au service d'Obeid-Allah, le Fatemide, et mourut en l'an 3ao (g3a de J. C.). Il laissa plusieurs ouvrages dont on peut voir les titres dans le petit volume publié par M. Wûstenîeld, sous le titre de Geschichte der Arabischen Aerzie « Histoire des médecins arabes n. Un de ces écrits avait pour sujet la thériacjue. (2) Voy. Hist. des Berbers, t. I, p. 44i, et t. II, p. 5ig:


[Le souverain fatemide] Obeid-Allah séjourna dans Raccada jusqu'à l'an 3o8 (920-921), quand il alla demeurer dans ElnMehdiya. Ce fut en l'an 263 (876-877) qu'Ibrahim [l'Aghlebide] posa les fondements de Racoada. Après le départ d'Obeid-Allah, cette ville commença à déchoir; elle perdit ses habitants, qui s'en allèrent ailleurs, et tomba graduellement en ruines. Maadd [el-iMoëzz], fils d'ïsmaîl [el-Mansour], étant monté sur le trône, fit raser tout ce qui restait de la ville et passer la charrue [70] sur l'emplacement qu'elle avait occupé. Rien ne fut épargné, excepté les jardins.

Après avoir bâti et pris pour résidence Raccada, Ibrahim [l'Aghlebide] y autorisa la vente du nebtd (i), et la défendit dans Cairouan. Un homme d'esprit, natif de cette dernière localité, fit, à ce sujet, les deux vers suivants

Seigneur des hommes, et fils de leur seigneur toi, devant lequel s'humilient toutes les têtes 1

Pourquoi défendre dans notre ville l'usage d'une boisson qui est permise sur le territoire de Raccada ?

Mohammed ibn Youçef donne au nom de Raccada la dérivation suivante « Abou-J'-iKhattab Abd el-Alâ el-Maâferi (2), chef des Ibadites de Tripoli, marcha sur Caimouan afin de combattre les Ourfeddjouma qui s'en étaient emparés, et qui avaient pour chef Aeem ibn Djemîl. Il rencontra l'ennemi sur l'emplacement de Racoada, qui était alors occupé par un jardin (monia), et il en fit un horrible carnage. Partout on vit des cadavres couchés sur le sol et entassés les uns sur les autres; aussi cet endroit reçut-il le nom de Raccada « dormeuse n.

(1) Nebtd, boisson fermentée que l'on préparait avec des dattes ou du miel, ou des raisins secs. Plus tard on employa ce terme, par euphémisme, pour désigner le vin fait avec des raisins frais. (2) Hist. des Berbers, t. I, p. aao, 373 et suiv.


La ville d'EL-CASR EL-CADIM « le vieux château », foi dée par Ibrahim ibn el-Aghleb ibn Salem, en l'an 184 (800 de J.-C.), devint la résidence des [71] émirs aghlebides. Elle est située au sud de Cairouan, à la distance de trois milles, et possède un djamê dont la tour, de forme cylindrique, est construite en briques et ornée de colonnes disposées en sept étages. Jamais on n'a rien bâti de plus solide ni de plus beau. Outre les nombreux bains, caravansérails et bazars dont cette ville est remplie, on y remarque plusieurs réservoirs d'où l'on transporte de l'eau à Cairouan pendant les grandes chaleurs, quand les citernes de cette ville sont épuisées. Autrefois El-Casr avait plusieurs portes/savoir: la porte de la Miséricorde (Bab erRahma), située au midi, ainsi que la porte de Fer (Bab cl-Hadîd) la porte Ghalboun et la porte du Vent (Bab erRîh), situées toutes les deux à l'orient; et la porte du Bonheur (Bab es-Seada), placée à l'occident, vis-à-vis du principal cimetière. Dans l'intérieur de la ville est une grande place appelée El-Meîdan « l'hippodrome -» dans les environs se trouve un édifice nommé Er-Rosa.fa. Ibrahim l' Aghlebide, s'étant installé dans la ville d'El-Casr, fit démolir l'hôtel du gouvernement qui était à Cairouan, au sud de la grande mosquée, et qui avait subsisté depuis la conquête.

Le voyageur qui part de Cairouan pour se rendre en Egypte sort par la porte de la Broderie, et, laissant la ville à gauche, il passe entre Raccada et El-Casr. Alors il rencontre le Ouadi 's-Sebaovïl, torrent qui ne coule qu'en hiver puis il traverse El-Monïa-t-el-Mahoufa Ii la ferme bien connue (?) », bourg grand et bien peuplé ensuite il arrive à ZEBOUR, village [72] qui abonde en légumes, et surtout en carottes. Les habitants vivent dans un état de misère qui est passé en proverbe dans


toute l'Ifrîkiya. Sept vieillards, raconte-t-on, allèrent déposer en justice au sujet d'une poignée de panais, et le juge dit au demandeur [en plaisantant] « Vos preuves testimoniales ne sont pas assez nombreuses 1 » De là le voyageur se dirige vers le Ouadi 'T-TARFA « la rivière du tamarisc », torrent qui ne coule qu'en hiver, et qui, en débordant, atteint une largeur de plus de trois milles et détruit les villages et les maisons des alentours. De là on arrive à Calchana, ville grande et bien peuplée, qui est située à douze milles de Cairouan. Elle renferme un djamê, un bain et une vingtaine de caravansérails; on y voit aussi un grand nombre de jardins et beaucoup de figuiers. C'est de là que la ville de Cairouan tirait presque toutes les figues fraîches qui approvisionnaient ses marchés. Les portes des maisons à Calchana sont tellement basses, que les chevaux et les mulets ne peuvent pas y entrer; précaution adoptée par les habitants pour empêcher les collecteurs d'impôts et les autres agents du gouvernement de venir s'installer chez eux.

La ville d'EL-MEHDiYA porte le nom d'Obeid-AUah elMehdi (i), prince qui, suivant les historiens, en posa les fondations. Elle est à soixante milles de Cairouan. En sortant de cette dernière ville on arrive d'abord à MENxil Kamel « la station du Kamel », d'où l'on se rend à ElMehdiya. On peut aussi suivre une autre [73] route, par laquelle on atteint TOMADJER après une journée de marche on arrive à EI-Mehdiya vers la fin de la seconde journée. Tomadjer, grande ville remplie d'habitants, possède un djamê, un bain, quelques bazars et plusieurs -caravansérails. L'eau de cet endroit a un goût amer. Au milieu de la ville il y a un étang entouré d'oliviers et de vignes. Entre Tomadjer et El-Mdhdiya, on rencontre

(i) Voy. Hist. des Berbers, t. II, p. 525.


El-Ouadi 'L-MELEB « la rivière salée auprès de laquelle eut lieu une bataille célèbre presque toute l'armée d'Abou 'I-jCacem [El-Caïm, le Fatemide] y fut taillée en pièces par les troupes d'Abou-Yezid, et, pour échapper au vainqueur, ce prince dut s'entourer de quelques serviteurs et prendre la fuite (i).

[La ville d'EI-.Mehdiya] est environnée par la mer, excepté du côté occidental, où se trouve l'entrée de la place. Elle possède un grand faubourg appelé Zouîla» qui renferme les bazars, les bains et les logements des habitants de la ville. Ce faubourg, qu'El-Moëzz ibn Badîs (2) entoura d'une muraille, a maintenant environ deux milles de longueur; la largeur varie, et, dans sa plus grande dimension, elle paraît peu considérable, tant le faubourg se développe en longueur. Toutes les maisons de Zouila sont construites en pierre. La ville d'ElMehdiya a [74] deux portes de fer, dans lesquelles on n'a pas fait entrer le moindre morceau de bois; chaque porte pèse mille quintaux et a trente empans de hauteur; chacun des clous dont elles sont garnies pèse six livres. Sur ces portes on a représenté plusieurs animaux. EI-Mehdiya renferme trois cent soixante grandes citernes, sans compter les eaux qui arrivent par des conduits et qui se répandent dans la ville. Ce fut Obeid-AUah [le Fatemide] qui les fit venir d'un village des environs, nommé MENAnbch (3). Elles coulent dans des tuyaux (4) et vont rem-

(i) A la place des mots J^-s y*» « il s'enfuit de là les manuscrits A, E et M portent >/yç» >>«*» « il disparut pour toujours », leçon inadmissible Abou 'i-Cacem mourut dans El-Mehdiya, environ nneannée après cette bataille. Ce passage manque dans le manuscrit P. (a) Voy. Hist. des Bubers, t. II, p. 18.

(3) Var. Menàkuh.

(4) En arabe acdas, mot dont le singulier est cadas, et, avec l'ar-.ticle, el-cadas. De là vient le mot eapagnol arcadnz, qui signifie fuyait on conduite d'eau.


plir une citerne, auprès du djamê d'El-Mehdiya, d'où on les fait remonter jusqu'au palais par le moyen de roues à chapelet. Dans je voisinage de Menanech on élève l'eau de la même manière jusqu'à un réservoir d'où edle s'éooule par les tuyaux dont nous avons parlé. ElMehdiya est fréquenté par les navires d'Alexandrie, de Syrie, de la Sicile, de l'Espagne et d'autres pays Son port, creusé dans le roc, est assez vaste pour contenir trente bâtiments (i); il se ferme au moyen d'une chaîne de fer que J'on tend entre deux tours situées à chaque côté de l'entrée du bassin. Quand on veut laisser entrer un navire, les gardes des tours lâchent un bout de la chaîne, ensuite ils la rétablissent dans son état ordinaire Par cette précaution on se garantit contre les tentatives hostiles [76] des Roum « chrétiens de l'Europe ». ObeidAllah, voulant augmenter l'étendue de sa ville, gagna sur la mer un terrain qui, mesuré du sud au nord, a la r largeur d'une portée de flèche. EI-Mehdiy'a est défendue par seize tours, dont huit font partie de l'ancienne enceinte; les autres s'élèvent sur le terrain ajouté à h ville. Une de ces tours porte le nom d'Abou 'l-Ouezzan le grammairien (Bordj Abi 'l-Ouezzun en-Nuhouï)- une autre s'appelle la tour d'Othman; une autre la tour d'Eïça (Bordj-Eïça); une autre la tour du Marchand d'huile (Bord; ed-Dahhan). Elles furent ainsi nommées, partie que les maisons de ces personnes étaient situées dans le voisinage. Le djamê, ;la cour des comptes et plusieurs autres édifices s'élèvent sur le terrain que l'on gagna sur la mer. Le djawd, compose de sept nefs, est très-beau et solidement bâti. Le palais d'Obeid-Allah est très grand, et se distingue par la magnificence de ses corps de logis' La porte de cet édifice regarde l'occident. Vie-à-vis, sur

(i) Ce bassin est maintenant à sec et presque entièrement comblé.


l'autre côté d'une grande place, s'élève le palais d'Aboa'1-Cacem, fils d'Obeid-Allah. La porte de ce palais est tournée vers l'orient. L'arsenal, situé à l'est du palais d'Obeid-Allah, peut contenir plus de deux cents navires, el possède deux galeries voùtéçs, vastes et longues, qui servent à garantir les agrès et les approvisionnements de la marine contre les atteintes du soleil et de la pluie. Obeid-Allah s'était décidé à construire la ville d'ElMehdiya à cause de la révolte d'Abou Abd-Allah es-€hîaï qui, secondé par une partie des Ketama, [76] avait cherché à le détrôner, et dont les partieans furent massacrés par les habitants de Cairouan (i). En l'an 30ogi3), il commença par examiner remplacement de sa nouvelle ville; cinq années plus tard, il avait achevé les fortifications, et dans le mois de choual 3o8 (février-mars il alla s'y installer.

El-Mehdiya possédait plusieurs faubourgs, tous florissants et bien peuplés. Dans ZouîLA, celui qui était le plus rapproché, on avait relégué les bazars et les bains de la ville. Le faubourg appelé RABED el-Hewa « le faubourg du parc » servait de logement aux milices de l'Ifrîkiya, tant arabes que berbères. Nous pouvons encore nommer le CASR Abî SAîD, BACCA, GAÇAS, EL-GHArrNA, le faubourg de CAFSA, etc. EhMehdiya continua d'être le siège de l'empire fatemide jusqu'à l'an quand Ismail [El-Mansour], fils d'El-Gaïm, étant monté sur le trône, se rendit à Cairouan pour combattre Abou-Yezîd. Il prit alors pour résidence la ville de Sabra, et après sa mort, son fils, ElnMaad [El-Moëzz], y demeura aussi. Dès lors la plupart des faubourgs d'ElnMehdiya perdirent leurs habitants et tombèrent en ruines.

(1) Hist. des Berbers, t. II, p. et sniv.


D El-Mehdiya à SALLES (t) on compte huit miUles, et d El^Mehdiya au château de Leiwem, appelé aussi le CMteau de la Kaherm, dix-feuit milles. On raconte [77] que le Kahena, se voyant assiégée dans cette forteresse, fit creuser dans le roc un passage souterrain qui conduisait de là à Sallecta, et qui était assez 'large pour laisser passer .,lusieurs cavaliers de front. Par cette voie elle se faisait apporter des vivres et tout ce dont elle avait besoin. Le château de Ledjem, située à dix-huit milles aussi de la ville de Sallecta, a environ un mille de circonférence. Il est construit de pierres, dont plusieurs ont à peu près vingt-cinq empans de long. Sa hauteur est de vingtquatre toises; tout l'intérieur est disposé en gradins, depuis le bas jusqu'en haut; les portes sont en plein cintre et placées les unes au-dessus des autres avec un art parfait.

Ce fut dans la plaine de Tehtout, située à six milles d'EWtfehdiya, qu'Abou-Yezîd Makhled se tenait campé pendant le siège de cette ville, et ce fut de la qu'il dirigeait contre elle ses colonnes d'attaque. Dans le Livre de Prédictions on trouve ce passage « Quand le schismatique attachera ses chevaux à TeI'Dout, les gens de Souad n'auront plus de bêtes à lier ou à détacher. » Le mot Souad désigne ici le littoral (Sahel) (2). On y lit encore « Malheur aux gens du Souad, par le fait de Mel;hled ibn Keidad

(i) Ici tous les manuscrits portent Salenta, avec un J. à la place £un- mais, dans un autre chapitre, ce nom est correctement écrit. Cest le Sullecti de la Table peutingérienne le Syllekton de Procope (Vand. 1, le Sublecte de lanmyme de Ravenne.

M. Barth a visité les ruines de cette ville, qui est située à dix ou douze milles au sud d'El-Mehdiya.

(2) Voy. ci-devant, p. 56.


Meicera (.i j el-Feta (2) ^Je général fatemide] fut tué [78J par Abou Yezid auprès «I'El-Akhouan les deux frères », station sur la route de Caktnian à El-Mehdiya. Cet événPment eut lieu le mercredi, 10 rebia premier, 333 (3i octobre q'4!1). Ali ibn Ali ibn-Dhafer f3) prononça ces vers à la louange d'Abou-Yezîd

Voilà [de tes actes] 1 et combien de combats à jamais oélèbres, dam lesquels tu as donné de bons exemples à ceux qui voudront t'imiter 1 Au col d'E7 Akhouan [surtout], au jour où tu laissais tes ennemi» étendus sur la terre, avec des pierres pour leur servir d'oreillers. De Cairouan à Djeloula on compte vingt-quatre milles. Cette dernière ville renferme des restes de monument antiques, des tours encore debout, des puits d'eau douce et des munes. Un berger y trouva un diadème d'or, garni de pierreries, mais ce bijou lui fut enlevé par Ibn-él-Andaloci (4). Auprès de Djeloula est un lieu de plaisance nommé Serdaotta (5); dans toute l'Hrîkiya on ne peut rien voir de plus [79] beau; les fruits de ce can-

s'iï Ibn-Khaldoun écrit ce nom Meiçoar.

(2) Feta signifie jeune homme, page, géniteur, et, quelquefois, eunuque. On donnait ce titre aux jeunes esclaves et aux orphelins que le souverain faisait élever à la cour et sous sa surveillance. (3) Il ne faut pas confondre ce personnage, inconnu d'ailleurs, avec le poète et fabuliste Ibn-Dhafer, de Sicile. Celui-ci se nommait Mohammed et rivait dans le vi« siècle.

Ali ibn Hamdoun, surnommé le fils de l'Andaloa (Ibn-d-Andtloci). était un des plus anciens serviteurs de la dynastie fatemide. Il laissa deux fils. Djâfer et Ali, qui se iaent remarquer pendant la guerre qui régna entre les Fatemides et les Oméïades d'Espagne. (Voy. Hist. des Berbers, t. H, p. 553, etc. On trouve dans ftn-KhaffikMi, t. I, p. 3a6 de la traduction, une courte biographie de Djtfer, fils d'Ali). (5) On avait établi dans cet endroit une colonie de chrétiens enlevés de l'île de Sardaigne. Il y avait une autre colonie du même peuple dans le voisinage de Touzer, et le peuple de cette looalité en garde encore le souvenir (Voy. Hiat. des Berbers, t. m, p.


ton sont excellents, et ïou y compte envimon mille pieds d'orangers. Djeloula, place défendue par un château fort, et construite en blocs de pierre, est d'une haute antiquité. Au centre de la ville jaillit une source d'eau vive, et aux alentours s'étendent des plantations d'arbres dont une partie donnent des fruits. Parmi les arbustes à fleurs parfumées dont le sol est couvert, le jasmin surtout est fort abondant, et fournit aux abeilles qui vont y butiner un miel dont l'excellence est passée en proverbe. Les habitants de Cairouan font macérer le jasmin dans de l'huile de sésame, afin d'en extraire le parfum; ils traitent de la même manière la rosé et la violette. La canne à sucre y croît en abondance. Naguère, on envoyait chaque jour de ,Djeloula à Cairouan des chargee de fruits et de légumes en quantité énorme. Les jardins de Djeloula sont aux environs de Ja ville, où l'on voit aussi les habitations de quelques [Berbers] de la tribu de Darîça. La conquête de Djeloula fut achevée par Abd eî-Mélek ibn Merouan (i). Cet officier, qui faisait partie de l'armée commandée par Moaouïa ibn Hodeidj, membre de la tribu [arabe-yéménite] de Todjîb, reçut de son chef l'ordre de marcher avec un corps de mille hommes contre la ville de Djeloula. Pendant plusieurs jours il tint oette place étroitement bloquée; puis, ayant reconnu l'inutilité de ses efforts, il prit le parti de la retraite. A peine se fut-il [80] mis en marche, qu'il remarqua, du côté de l'arrière-garde, un gros nuage de poussière. Croyant que l'ennemi était sorti à sa poursuite, il ordonna à une partie de sa troupe de faire volte-face, pendant que le Teste de la colonne garderait son ordre de marche. On découvrit alors qu'un pan de la muraille qui entourait la ville s'était écroulé, et, profitant de cet accident, on se hâta de péné-

(1) Ce prince oméiade parvint plus tard an khalifat.


trer dans la place et de s'emparer de tout ce qu'elle renfermait. Lorsqu'on eut rejoint Moaouïa, une contestation s'éleva dans l'armée au sujet du butin, et ce général dut écrire à Moaouïa [le khalife], pour savoir ce qu'il devait en faire. La réponse qui lui arriva fut conçue en ces lermes Le corps de l'armée étant à l'appui des détachements, il faut partager le butin entre tous les soldats. » Par suite de cette décision, chaque homme obtint deux cents dirherus (i), et chaque [cavalier reçut de plus pour son] cheval quatre cents dirhems. Abd elMélek raconte qu'il avait touché, 'pour 'lui et pour son cheaal, la somme de six cents dirhems, et qu'il avait employé cet argent à 1'achat d'une jeune fille. Suivant un autre récit, ce fut Moaouïa ibn Hodeidj luimême qui dirigea l'attaque; tous les matins il allait combattre l'ennemi à la porte de la ville, et il ne se retirait qu'au moment où les ombres commençaient à se projeter vers l'orient. Un jour qu'il rentrait au camp, Abd el-Mélek revint sur -ses pas afin de reprendre son arc, qu'il avait laissé suspendu à un arbre. Il vit alors, à son grand étonnement, [81] que tout un côté de la muraille de la ville s'était écroulé. Les gens de l'arrière-garde, auxquels il cria de revenir, se tournèrent pour aller le joindre. A l'aspect de la poussière épaisse qui venait de s'élever, ils crurent que l'ennemi était sorti à leur poursuite; mais ils mirent promptement la ville au pillage. Après la contestation qui eut lieu au sujet du butin, Abd el-Mélek se vit traiter, dit-on, avec peu d'égards par Ibn-Hodeidj, auquel il était devenu à charge, et qui lui faisait toujours mauvais visage. Accablé de chagrin, il devint triste, pâle et distrait. Hanech es-Sanftni, l'ayant

(r) Environ cent francs.


rencontré dans cet état, lui demanda ce qu'il avait. Abd el-<Mélek répondit « Aux réceptions de notre émir on me place à la suite des autres Coreichides. Ne t'en inquiète pas, dit Hanedh, je te promets que tu parviendras au khalifat et au commandement suprême. » Abd el-Mélek, étant devenu khalife, envoya EHïaddjadj contre Abd-Allah ibn ez-Zobeir [qui lui disputait le pouvoir]. Haoeoh, qui se trouvait dans l'armée d'ibn ez-Zobeir, étant tombé entre les mains d'El-Haddjadj, fut envoyé prison.n,ier au khalife. « C'est toi, n'est-ce pas, lui dit Abd el-Mélek, qui m'avais prédit que je monterais sur le trône? C'est moi-même. Pourquoi donc m'as-tu quitté pour suivre Ibn-ez-Zobeir? Parce que je le voyais travailler pour mériter la faveur de Dieu, tandis que tu dirigeais tes efforts vers les biens de ce monde». Le khalife lui pardonna et le mit en liberté.

[82] Singularités que l'on remarque dans la partie de l'Ifrikiya qui s'appelle le pays des Ketama

Le médecin Abou Djâfer Ahmed ibn Mohammed ibn Abi-Khaled dit, à propos d'une certaine source qui ne coule que dans les mois sacrés (i) « Chez troug, en Maghreb, dans le pays des Ketama, il y a une source bien connue, qui se nomme Aïn EL-AOUCAT « la fontaine des heures elle coule cinq fois dans l'espace d'un jour et d'une nuit, précisément aux heures des cinq prières. Dans les intervalles elle ne coule pas ». Plus loin, dans notre chapitre sur les ports de mer, nous indiquerons le

(1) Le premier, le septième, le onzième et k douzième mois dé l'année musulmane.


lieu où cette source se trouve (i). Plusieurs personnes qui sont allées la voir et l'examiner en racontent la même chose que le médecin.

Dans le pays des Ketama on trouve du lapis lazuli d'excellente qualité, ainsi que des mines de cuivre et de fer Pendant la domination byzantine [Roum], il y avait dans l'église de Chikka Benaria [Sicca Veneria, maintenant Kef] un objet bien curieux, un miroir, dam lequel tout homme qui soupçonnait la fidélité de sa femme n'avait qu'à regarder pour voir la figure du séducteur. A cette époque, les Berbers professaient le christianisme, et un homme de cette [83] race, ayant montré beaucoup de zèle pour la religion, était devenu diacre. Un Latin fRotim], jaloux de sa femme, alla consulter le miroir, et voilà qu'il y distingue les traits du diacre berber. Le roi fit chercher le Berber, et le condamna à avoir le nez coupé et à être promené à travers la ville; puis il le chassa de l'église. Les parents de cet homme allèrent la nuit briser (2) le miroir; pour les punir, le roi fit saccager leur campement.

La ville de Souça, située à trente milles de Cairouan, est entourée par la mer de trois côtés au nord, au sud et à l'orient. La muraille de pierres qui l'environne est très forte et solidement bâtie; la mer vient s'y briser, et, du côté de l'orient, elle pénètre jusqu'aux maisons par des conduits souterrains (3). Dans l'angle de la ville qui regarde le sud-ouest, on voit un phare qui porte le nom de Khalef el-Feta, et qui s'élève à une grande hauteur. Souça a huit portes, dont celle qui est à l'est du bâtiment nommé

(i) Ce renvoi établit l'authenticité d'un chapitre que nous donnons plus loin et qui ne se trouve pas dans les manuscrite E et P. On y verra le passage auquel l'auteur renvoie le lecteur.

(2) Dans le texte arabe, il faut lire

(3) Peut-être des égouts.


Dar es-Sanda « l'arsenal maritime est d'une grandeur énorme. C'est ;par là (i) que des vaisseaux entrent et sortt-nt [du port]. Deux autres portes de la ville, sont du côté de l'occident, et regardent le Melâb « amphithéâtre, hippodrome ». Ce vaste édifice, de construction antique est posé sur des voûtes très [84] larges et très hautes, dont les cintres sont en pierre ponce, substance assez légère pour flotter sur J'eau, et que l'on tire du volcan de Ja Sicile. Autour du Melâb se trouvent un grand nombre de voûtes communiquant les unes avec les autres. Diane les environs de la ville, on voit des ruines d'une grandeur énorme et d'une haute antiquité. Souça est entièrement bâtie en pierres de taille (2) eLle renferme un grand nombre de bazars, et fournit une abondance extraordinaire de marchandises et de fruits. La viande que l'on consomme à Souça est la meilleure du monde; tout y est à bas prix, jusqu'aux fruits; les denrées de toute espèce s'y trouvent à foison. La fondation de Souça date d'une époque très reculée (3).

Moaouïa ibn Hodeidj envoya contre la ville de Souça une forte colonne de troupes, sous les ordres d'Abd-Allah ibn ez-Zobeir. Il venait d'apprendre que le roi des Roum [l'empereur de Constantinople] avait fait partir [pour l'Afrique], le patrice Nicfor (Nicéphore) avec trente mille hommes de guerre. Lorsque ce général eut opéré son débarquement, Ibn ez-Zobeir marcha en avant, et, arrivé à douze milles de Souça, il prit position sur une haute colKtte d'où l'on pouvait voir la mer. Nicéphore, ayant appris

(i) Par M le texte arabe porte dont le pronom me peut pas se rapporter au mot \_>b Il est permis de supposer que l'auteur avait l'intention d'écrire

(2) Le mot signifie posé solidement, bien adapté.

(3) Sauça est certainement l'ancien Hadrumetùm.


cette nouvelle, rembarqua ses troupes et gagna le large. Ibn ez-Zobeir, étant alors monté à cheval, conduisit son armée jusqu'au bord de la mer et [8Õ] alla se poster en face de la porte de Souça. Mettant aussitôt pied à terre, il fit la prière du soir {âsr) à la tête de tout son monde. Les Roum, étonnés de ce spectacle et de l'indifférence que le chef arabe leur témoignait, firent sortir contre lui une foule de cavaliers et de fantassins, armés de toutes pièces. Ibn ez-Zobeir continua la prière sans se laisser intimider, et, quand il eut accompli ce devoir religieux, il sangla son cheval, sauta en selle et s'élança sur l'ennemi. L'ayant mis en pleine déroute, il le contraignit à rentrer dans la ville. Alors il s'en retourna et les laissa.

La ville de Souça peut défier les efforts de quiconque voudrait s'en emparer; la nature ayant donné aux habitants une force de corps et une vigueur extraordinaires. Abou-Yezid Makhled, ayant quatre-vingt mille cavaliers sous ses ordres, bloqua cette place pendant plusieurs mois; mais il se vit obligé de lever le siège et de se retirer précipitamment. Ce fut à ce sujet que Sehl ibn Ibrahim elOuerrac composa ces deux vers Les schématiques ont été repoussés de devant Souça par nos lances et par notre bravoure,

Et par des coups de sabre qui firent voler dans la poussière les têtes des guerriers qui combattaient sous les yeux de leurs femmes. Ahmed ibn Beledj (i), natif de Souça, récita, à la même occasion, les vers suivants

[86] Il s'approcha de Souça et l'insulta avec audace; mais la ville avait Dieu pour protecteur.

Souça est le boulevard du Maghreb; les autres villes et forteresses- lui rendent hommage.

(1) Variantes Afleh, E; Meleh, P.


La malédiction divine est tombée sur ceux qui insultèrent Souça, ainsi qu'elle tomba sur Coreidha et Nadhîr (i).

Le créateur de toute chose exalta sa religion par le moyen de Souça, au moment même où les atïaires étaient au plus mal.

Sans la ville de Souça il serait survenu des malheurs à faire blanchir d'effroi la tête des enfants.

La renommée de Souça retentira dans toute la terre, et l'éloge de ses habitants sera répandu par une multitude de peuples. Pour se rendre de Souça à Cairouan on sort par la porte méridionale, celle qui est appelée la porte de Cairouan, et on laisse alors à droite le cimetière de la ville. Zîada-tAllah [le prince aghlebite], qui entoura Souça de murs, disait quelquefois « Je ne m'inquiète pas du sort qui m'attend au jour de la résurrection, car le registre de mes actions en renfermera quatre de bonnes la reconstitution de la mosquée djamê à Cairouan, celle du pont d'Er- Rebiâ, celle des fortifications de Souça, et la nomination d'Ahmed ibn Abi Mahrez comme cadi de l'Ifrîkiya ». En dehors de Souça on voit plusieurs oorps de garde (maharès), ribats et autres lieux de réunion pour les gens dévots. Dans l'intérieur de la ville est [87] situé le Mahrès er-Ribat « corps de garde », bâtiment grand comme une ville et entouré d'une forte muraille; il sert de retraite aux hommes qui pratiquent la dévotion et les bonnes œuvres. [Ce mahrès] renferme une seconde forteresse nommée ElCaçeba « la citadelle », et se trouve dans la partie septentrionale de la- ville, immédiatement à côté de l'arsenal. Cet édifice est situé au pied de la colline, du côté de l'orient; la partie la plus élevée de Ja ville est à l'occident.

(i) Deux peuplades juives qui habitaient les environs de Medine; l'une fut exterminée par Mahomet et l'autre expulsée de l'Arabie. (Pour leur histoire, voyez l'Essai sur l'hist. des Arnbes, par M. C. de Perceval, t. ED.)


Comme Souça est bâti sur la pente d'un coteau, on distingue ses maisons de loin, quand on y arrive par mer. En dehors des remparts s'élève un temple colossal nommé EI-Fintas (i) par les marins; c'est le premier objet que les navigateurs découvrent en arrivant de la Sicile, ou de tout autre pays. Ce monument a quatre escaliers, dont chacun conduit jusqu'au sommet de l'édifice. Il est si large, que la porte d'entrée est à une grande distance de celle par où l'on sort (2). Beaucoup de monde exerce la tissanderie à Souça; on y fabrique aussi un fil dont le poids d'un mithcal se vend deux mrithcals d'or. C'est dans cette ville que les foulons donnent l'apprêt aux étoffes fines de Cairouan. Les douanes du littoral [sahel] de Cairouan, c'est-à-dire de Souça, d'El-Mehdiya, de Sfax et deTunis, rapportent [tous les ans] au trésor public (beit el-1 maL) la somme de [88] quatre-vingt mille mithcals (3); on n'y comprend pas les droits payés à l'entrée et à la sortie [des villes], parce que ces sommes n'entrent pas au trésor public.

Parmi les mahrès « corps de garde » ou ribats (4) qui dépendent de Souça, un des plus remarquables est El-MoNESTIR. Nous avons rapporté ailleurs la tradition qui concerne cet établissement (5). On assure que le grand châ-

(1) Fintas vent dire la sentine d'un navire, signification que ce mot ne saurait avoir ici. Peut-être est-ce une altération du mot fanal. (2) M. le Dr Barth donne une description de ces ruines dam ses Wanderungen, p. i53, i54.

(3) Environ 800.000 francs.

(h) Voy. ci-devant, p. m.

(5) Monestir fut ainsi nomme parce que, avant la conquéte musulmane, il s'y trouvait un monastère chrétien. (Caatiglioni, Mémoire géogr. et numismatique sur la Barbarie.) Cette ville, dont le nom ee prononce maintenant Menestîr et Mistîr, ae distingue par la largeur de ces rues et la solidité de tes maisons. Elle renferme plus de dix mille habitants. Du côté de la mer on voit une haute tour qui s'élève dans une citadelle défendue par plusieurs batteries de canon.


teau, à Monestîr, fut bâti en l'an 180 (796-7 de J.-C.) par Herthema ibn Aïen (i). Au jour de Vachoura (2) on y tient une grande foire qui attire beaucoup de monde. Monestir renferme des chambres, des cellules, des moulins à la persane (3) et plusieurs réservoirs. C'est une forteresse très élevée et solidement bâtie. Au premier étage au-dessus du sol est une mosquée où se tient continuellement un cheikh, rempli de vertus et de mérite, sur lequel roule la direction de la communauté. Cet édifice sert de logement à une compagnie d'hommes saints et [89] de marabouts (4) qui ont quitté parents et amis pour s'y enfermer et vivre loin du monde.

Selon Mohammed ibn Youçof, c'est une vaste forteresse, très élevée, qui renferme un faubourg considérable. Au centre de ce faubourg on voit une seconde forteresse, très grande et remplie de logements, de mosquées et de châteaux à plusieurs étages. Au midi de ce fort on remarque une grande place ornée de hauts pavillons, solidement bâtis, autour desquels viennent s'établir les femmes qui veulent s'adonner à la dévotion. Ces édifices portent le nom de Kibab Djamê « les pavillons de Djamé ». EI-Monestîr renferme un djamê bâti d'une manière très solide; il se compose de voûtes et d'arcades dans la construction desquelles on n'a pas fait entrer le moindre morceau de bois. On trouve [dans cette place forte] un grand nombre de bains. Naguère les habitants de Cairouan y envoyaient beaucoup d'argent et des aumônes très abondantes. Dans le voisinage d'Bl-Monestîr est une saline im-

(1) Cet officier gouverna l'Afrique depuis 179 (795-796) jusqu'à *8i

(a) Voyez ci-devant, p. 60.

(3) Peut-être des moulins à manège.

(4) Voyez ci-devaaï, p. 21.


mense. qui fournit aux navires des cargaisons de sel destinées aux autres pays. EI-Monestîr possède dans ses environs cinq mahrès construits avec une grande solidité et habités par des gens dévots.

De Cairouan à Toums Tunis », on compte cent milles, ou trois journées de marche. Dans la première journée, le voyageur se rend de Tunis à FONDOC CHEHEL « le caravansérail de Chekel », dans la [90] seconde, il atteint Mone8tir Othmax (i) et, dans la troisième, il arrive à Cairouan. Une autre route passe par Menzil BACHOU « la station de Bachou d'où l'on se rend à Ed-Douamês « les souterrains », et de là on arrive à Gairouan Le circuit de Tunis est de vingt-quatre mille coudées. En l'an n4 (732-733 de J. C.) Obeid-Aillah ibn elHabhâb (3) y construisit le djamê et l'arsenal maritime. La bassesse d'âme est, dit-on, le caractère distinctif des Tunisiens. Dans les temps anciens, cette ville porta le nom de Tabchîch (4). La mer [ou lac] de [91] Tunns

(i) Ceci est probablement l'endroit qui s'appelle maintenant Haouch bfonestîr « la ferme de Monestir », et qui est situé à une journée au nord de Cairouan.

(2) Cette seconde route passe à l'est du mont Zaghouan. (3) Nommé gouverneur de l'Afrique en l'an 116, s'il faut en croire la plupart des historiens arabes. Selon Ibn-Khaldoun et l'auteur du Nodjoum, cette nomination eut lieu en l'an n4 (732-733 de J.-C.), date qui s'accorde avec l'indication d'El-Bekri.

(4) Le Tharsis tJ"£'"|J"l de la Bible. On verra plus loin qu'au ier siècle de l'hégire les Arabes employaient ce nom pour désigner Tunis. Comme ils n'ont pas pu l'apprendre ni sur les lieux, ni dans les écrits des auteurs latins et grecs, qui n'ont jamais placé Tharsis en Afrique, il faut supposer qu'ils empruntèrent ce nom aux indications de leur grand oracle pour les temps antiques, Kâb el-Ahbar, nommé aussi Kd6 el-Hibr. Cet homme appartenait à une famille juive du Yémen. Il embrassa la religion de Mahomet sous le khalifat d'Omar et mourut à Emessa en l'an 3a (65a-653). La plupart des renseignements que les musulmans nous fournissent au sujet de l'histoire antéislamique, renseignements presque toujours inexacts ou mensongers, proviennent de Kab el-Ahbar. On trouvera une courte biographie de


s'appelle Bahb RADÈS « le lac de Radès », et la rade de Tunis se nomme MERÇA RADÈs « la rade, ou port de Radès. »

La conquête de Tunis fut achevée par Hassan ibn enNôman, descendant d'Amr-Mozaïkiya, fils d'Amer elAzdi (i). En effet, il était fils d'En^Vôman, fils d'Adi, fils de Bekr, fils de Moghaïth, fils d'Amr-'Mozaïkiya. Plusieurs personnes ont rapporté le récit suivant, qu'elles tenaient d'Abou'l-Mohadjer [troisième émir de l'Ifrîkiya]: « Hassan ibn en^Nôman marcha jusqu'à ARTAH (2) et livra un combat aux Roum dans la plaine de Tunis. Alors ils le prièrent de ne pas entrer de force chez eux, et ils s'engagèrent à ¡lui payer le khanadj et à fournir .des montures, en nombre suffisant, pour lui et pour ses compagnons. Il accepta cette proposition. Les Roum avaient alors plusieurs navires qu'ils tenaient tout prêts après de la porte des femmes (Bab en-Niça) aussi s'empressèrent-ils de s'y embarquer avec leurs familles et leurs trésors, et de s'enfuir pendant la nuit. Hassan étant entré dans la ville, qu'ils venaient d'abandonner, la saccagea et' la livra aux flammes. Il y construisit une mosquée et y laissa un détachement de musulmans. La supercherie employée par le seigneur de Carthadjenna « Carthage » pour tromper Hassan ibn en-Nôman fut analogue à celle que nous vanons de raconter les Roum [92] s'enfuirent de la place, mais Mornac, le gouverneur, y

ce renégat à la page du Tehdîb e1-Asmâ d'En-Nawawi, ouvrage en arabe, dont il existe une édition imprimée à Gœttingue. par les -soins de M. Wfistenfeld. Ajoutons que, selon toute probabilité, le Tharsis de la Bible était le Tortessus, province située dans la partie sud-ouest de la péninsule espagnole.

(i) Pour l'histoire d'Amr-Mozaïkiya, voy. l'Essai de M. Caussin de Perceval, t. I, p. 83 et suiv., et ao4.

(2) Cette localité devait être située à l'occident de Tunis, puisque la porte nommée Bab Artah se trouvait de ce-côté de la ville.


resta avec sa famille. Hassan reçut alors de lui un message ainsi conçu « Si tu veux faire un traité avec moi •̃I mes enfants, tu me concéderas certaines terres que je te désignerai; alors j'ouvrirai une des portes de la ville afin que tu puisses y entrer et surprendre tous ceux qui s'y trouvent. » Hassan donna son consentement, et Mornac lui demanda la concession de tous les établissement situés dans da plaine qui sépare les deux montagnes (bain el-djeblaln) et que l'on nomme encore Fahs Mornac « la plaine de Mornac » (i). Ces établissements consistaient en trois cent soixante villages. Hassan, s'étant ainsi fait ouvrir la porte de la ville, y entra et ne trouva personne, excepté le gouverneur et sa famille. Il remplit toutefois da condition à laquelle il s'était engagé, puis il s'en retourna à Cairouan. Les Roum, dit [Abou'l-Mohadjer], vinrent alors avec leurs navires afin d'attaquer les musulmans qu'on avait laissés dans la ville de Tunis. Ils tuèrent, pillèrent et emmenèrent en -captivité tous ceux qui s'y trouvaient. Lesmusulmans n'avaient pas d'asile où ils auraient pu se retrancher, parce qu'on les avait laissés sous la tente. A la réception de cette nouvelle, Hassan partit pour Tunis; et ordonna à une quarantaine de ses Arabes, gens de haute naissance, de se rendre en mission auprès d'Abd [93]' el-Melek ibn Mérouan. Il écrivit aussi à ce khalife pour l'informer des maux qui affligeaient les musulmans, et il resta en observation devant l'ennemi (2), en attendant la réponse. Abd el-Mélek prit cette nouvelle fortement à

(1) Un canton situé à quatre lieues sud-ouest de Tunis porte aujourd'hui le nom de Mornakiya mais le territoire dont il est question, dans le texte d'El-Bekri est probablement celui qui s'appelle BahîraMornac « le jardin maraîcher de Mornac », et qui se trouve immédia-tement au sud de Radès.

(2) Litt. il resta en faisant ri6at. (Voy. ci-devant, p. 21).


coeur. Sans compter les Tabès (i), dont il y avait un grand nombre à cette époque, deux des compagnons du Prophète, l'un nommé Anes ibn Mnlek, et l'autre Zeid ibn Thabit, vivaient encore. Ceux-ci dirent aux musulman; « Quiconque fera un seul jour de garde à Radès entrera infailliblement en paradis Ils dirent aussi à Abd el-Mélek « Envoie des renforts en ce pays et protège ainsi les habitants contre l'ennemi; la gloire et le mérite de cette action appartiendront à toi seul; c'est une de ces villes saintes dont les habitants seront reçus dans la misénicorde divine; c'est le boulevard d'EL-MAKEDOUMA » nom par lequel ils voulaient désigner Cairouan (2). Selon la tradition, ce fut sur le lac de Rades que le saint patriarche El-Khidr (Elie) déchira le navire (3); [94] celui qui enleva de force tous les navires fut El-Djelenda, roi de Carthage; EI-Khidr brisa de navire sur le dac de Rades et tua le jeune homme (4) à TONBODA (5). Cette dernière localité s'appelle, de nos jours, El-Mohammediya. Ce fut là que Moïse quitta El-Khidar; que la bénédiction divine soit sur euxl Tonboda est à quelques milles seulement de Tunis.

« Abd el-Mélek ihn Merouan écrivit alors à 50n frère,

(1) Tous les musulmans qui avaient vu Mahomet sont désignés par le nom de sahaba « compagnons a ceux qui ne l'avaient pas vu, mais qui avaient vu des sahaba, formaient la classe des tabès « suivants, successeurs ».

(2) Ces deux savants crurpagnons, ayant appris par le Coran que Dou'l-Carnain (Alexandre le Grand)s'était promené à travers l'Afrique, ont conclu que ce fut là son pays natal, la Macédoine. Du reste, les musulmans n'ont jamais bien su quel était le pays désigné par ce nom. (Voy. dans le dictionnaire géographique intitulé Meraced eL-Ittild).

(3) Coran, sour. xvm, vers. 70 et sniv.

(4) Comn, sour. xvm, vers. 73.

Le château de Tonboda s'appelle encore El-Mohanmediya il est à quatre lienes au sud de Tunis.


Abd el-Aziz, gouverneur de l'Egypte, lui ordonnant d'envoyer au camp établi à Tunis mille Coptes avec leurs familles, auxquels il aurait à fournir des montures lorsqu'il seraient prêts à quitter l'Egypte, et tous les secours dont ils pourraient avoir besoin, jusqu leur arrivée à Tarchîch (c'est-à-dire à Tunis). Il écrivit ausai à «Hassan] ibn en-Nôman, lui prescrivant de faire bâtir un arsenal, dans lequel on établirait ces gens et dont on ferait un point d'appui et d'approvisionnement pour les musulmans. 11 lui ordonna aussi d'imposer aux Berbers, comme obligation perpétuelle, la tâche d'y amener à force de bras les bois nécessaires à la construction des nav ires, vu qu'il aurait à y faire équiper une flotte, afin de pouvoir combattre les Roum par terre et par mer, et opérer des descentes sur le littoral de leur pays. De cette manière on empêcherait l'ennemi de rien tenter contre Cairouan et l'on mettrait les musulmans à l'abri de tout danger. El-Hassan était encore à Tunis quand les Coptes y arrivèrent. Par son ordre on fit venir les eaux de la mer depuis le lac de Radès jusqu'à l'arsenal; les Berbers apportèrent du bois; les navires s'y construisirent en quantité, et les Coptes s'occupèrent à les équiper ».

A l'est de la ville de Tunis est un grand lac qui a vingtquatre milles de circuit: au milieu se trouve une île nommée Chekla « Chikli », qui produit du fenouil et qui renferme les restes d'un vieux château (i). Cette île a environ deux milles de circuit.

D'après les dispositions qui furent adoptées, l'arsenal de Tunis touchait au port et le port au lac, lequel communique avec la mer. Sur le bord du port on voit une

(i) Ces ruines s'y voient encore. Un télégraphe aérien, qui correspond avec le Bardo (palais principal du bey), entretient les communications entre la Goulette (Khalk et-Ouad), c'est.à-dire o le goeier de la rivière », et le sège du gouvernement.


mosquée appelée Mesdjid Abd-lllah la mosquée du serviteur de Dieu », et, au sud du port, un château construit en pierre d'une manière très solide. Au nord du port s'étend une clôture de pierre semblable à une muraille. Pour entrer au port, les navires doivent passer entre la muraille du château et celle-ci (i); nnne chaîne de fer, que l'on peut tendre à travers ce passage, empêche, au besoin, leq bâtiments d'y pénétrer et d'en sortir. Ce château s'appelle CASR es-Silcila « le château de la Chaîne u. Au sud de cet édifice on voit deux citernes que les souverains aghlebides tenaient remplies de [96] poissons, après y avoir fait introduire les eaux de la mer.

Nous avons dit ailleurs (2) que l'arsenal fut bâti par Obeid-Allah ibn el-Habhâb; mais il est possible que l'auteur de ce renseignement ait voulu dire qu'Obeid-Allah avait réparé les murs et augmenté les fortifications de ret édifice.

Depuis lors Tunis n'a jamais cessé de nourrir une population considérable et d'envoyer des navires musulmans sur les côtes du pays des Roum, afin d'y porter le ravage et la dévastation. Située au pied d'une colline appelée DJEBEL OMM-AMR « la montagne de la mère d'Amr », cette ville est entourée d'un fossé (3) qui la rend inabordable. Elle a cinq portes, dont l'une, celle qui porte le nom de Ja péninsule de Cherik <4), regarde le anidi et donne passage aux voyageurs qui se rendent à Cairouan. Vis-à-vis s'élève le Djebel ET-ToUBA « la montagne du repentir », haute montagne qui n'offre pas la moindre trace

L'auteur décrit ici la Gonlette.

(2) Voyez ci-devant, p. 80.

(3) Il n'y a plus de fossé.

Cette grande péninsule, située à l'est de Tunis, porte le nom d'un des compagnons d'Ocba (Voy. ci-devant, p. 33).


de végétation et dont la cime est couronnée par un château fort qui a vue sur la mer. A l'orient de ce château nst une porte cintrée par laquelle on entre dans une caverne nommée El-Machouc; et à l'occident du même château on voit une source d'eau. Le DJEBEL es-Siada « la montagne de la chasse située à l'occident du Djebel etTouba, est couvert de villages, [97] d'oliviers, d'arbres fruitiers et de champs cultivés. On y Temarque sept réservoirs voûtés, ayant tous la même dimension. A l'occident de cette montagne on voit une chaîne de collines bien cultivées qui s'étendent jusqu'à l'endroit nommé EL-MELAB. Cette localité renferme uin palais bâti par les Aghlabides; on y a planté des arbres fruitiers et une grande variété d'arbustes odoriférants. A l'Orient de Tunis se trouve le port, le lac dont nous avons parlé et un marais salant. Du même côté est la porte de Carthage (Bab Carthadjenna); entre elle et le fossé [qui entoure la ville] on remarque un grand nombre de jardins et plusieurs puits surmontés de machines hydrauliques; aussi cet endroit porte-t-il le nom de SeuyanïhMerdj « les machines hydrauliques du marais ». Au nord de la ville est le Bab es-Saccaîîn la porte des porteurs d'eau », ainsi nommée parce que ces gens fréquentent un puits (bîr) qui en est vis-à-vis et qui se nomme Bîr Abi'l-Kifar. L'eau de ce puits est très abondante, parfaitement douce et limpide. De -ce côté de la ville on voit plusieurs châteaux construits par les Aghlebides, et quelques jardins plantés en arbres fruitiers et en plantes aromatiques. Cette localité touche au pied d'une montagne aride qui porte le nom d'ABOU KHAFADJA et dont la cime est couronnée par les ruines d'un ancien édifice. Dans le voisinage du Bab Artah, porte qui est située à l'occident de la ville, il y a un cimetière nommé Macbera Souc el-Ahed « le cimetière du marché du diman-


che ». Entre cette porte et le fossé [qui entoure la ville] est un grand amas d'eau [98] que l'on appelle GHADIR ELFahhamîn « l'étang des charbonniers ». Au milieu du RABED el-Mabda « le faubourg des malades, des lépreux ? », qui est à l'extérieur de la ville, se trouve une grande saline d'où les habitants de Tunis et des lieux voisins tirent leur approvisionnement de sel.

Le djamê de la ville de Tunis est très élevé et domine !a mer aussi une personne assise dans l'intérieur de l'édifice peut voir très facilement les bateaux qui vont et qui viennent. On monte à ce djnmê, du côté oriental, par un escalier de douze marches. A Tunis les bazars sont très nombreux et renferment des marchandises dont l'aspect remplit le spectateur d'admiration. On compte dans la ville quinze bains et beaucoup de caravansérails qui s'élèvent à une grande hauteur. Les portes de toutes les maisons sont encadrées de beau marbre; chaque montant est d'un seul morceau; un troisième morceau, placé sur les deux autres, forme le linteau. De là vient le dicton « A Tunis, les portes des maisons sont en marbre (rokham); mais à l'intérieur tout est couvert de suie (sokham) Tunis est un grand centre d'études; on y cultive surtout la jurisprudence, et plusieurs natifs de cette ville ont rempli les fonctions de grand cadi de l'ïfrîkiya. Malgré cette particularité, qui lui fait tant d'honneur, Tunis s'est toujours distinguée par la fréquence de ses révoltes contre les souverains de l'Ifrîkiya et par sa promptitude à résister aux ordres de ses gouverneurs; plus de vingt, fois elle s'est mise en insurrection. [99J Du temps d'AbouYezid, les habitants eurent à subir une dure épreuve le massacre, la captivité et la perte de leurs biens. El-Djerbi, l'auteur du recueil de prédictions intitulé El-Hadethan, a. une parole à ce sujet; il dit


Malheur à Tarchicb 1 malheur à ses habitante, de la part d'un Abyssin noir (i) et furieux

Un autre poète a dit

Certes Tunis est bien mal nommée (2) j'ai trouvé qu'elle inspirait J'effroi.

On fabrique dans cette ville des vases d'argile nommés rîhïîa « aériennes », qui servent à contenir de l'eau; ils sont d'une blancheur éclatante et minces au point d'être presque diaphanes. On ne trouve rien de comparable dans aucune autre viUe ou région de la terme. Tunis est une des plus illustres villes de l'Ifrîkiya et des plus riches en excellents fruits; il y a surtout une amande que l'on nomme ferik « friable », parce que la coque en est si mince qu'on peut la briser en frottant l'un de ces fruits contre l'autre; on peut même l'écraser avec la main. Presque toujours on trouve deux noyaux dans chaque coque, ce qui ne les empêche pas d'être très gros et très agréables [100] au goût. Citons encore la grenade tendre, dont les grains ne renferment pas de pépins, et ce fruit, rempli de suc, est d'une douceur parfaite; le gros citron (3), d'un goût délicieux, d'une odeur agréable et d'un aspect séduisant; la figue nommée el-kharemi, qui est noire, grande, mince de peau, pleine d'un suc mielleux, et, presque toujours, sans graines le coing, qui n'a pas de pareil pour la grosseur, la douceur et le parfum; les jujubes fines, grandes comme des noix; l'oignon nommé el-oailaowri « le calabrien », grand comme une orange, de forme allongée, à peau mince, très juteux et d'un goût franc et parfait.

(1) La mère d'Abou-Yezîd était une négresse.

(a) Le nom de Tunis, prononcé Tounis, à la manière arabe, signifie « elle apprivoise, elle inspire la sécurité ».

(3) Ou cédrat. (Voy. l'extrait d'Bbn-Beithar, cité dans VAbdallatif de M. de Sacy, p. n5,


Le poisson est très-abondant à Tunis et on y trouve plusieurs espèces qui ne se rencontrent pas ailleurs. Chacune d'elles fréquente alternativement la mer de Tunis pendant l'un des mois de l'année chrétienne; puis elles disparaît tout à fait jusqu'au ,même mois de l'année suivante. Ce changement permet aux habitants de Tunis de se livrer aux jouissances du goût sans interruption et sans éprouver de la satiété. Ces espèces servent aussi à faire des salaisons qui se conservent pendant plusieurs années sans rien perdre ni de leur forme, ni de leur bonne saveur. Dans le nombre, nous pouvons citer l'âbanec? l'octobrien (i), Yachbca-us « sparus », le menkous « ombrine » [101] et le Imcounis on connaît le dicton populaire « Sans le bacounis, point de révolte à Tunis n.

Sur la route qui mène de Tunis à Cairouan est un lieu de halte nommé MODJEFFA. A l'époque où le fruit des oliviers qui poussent dans les cantons du littoral est dans sa maturité, des bandes d'étourneaux [venant de ce côté] se dirigent vers Modjeffa pour y passer la nuit; chacun de ces oiseaux y arrive portant deux olives dans ses pattes, et les laisse tomber en ce lieu. Aussi la récolte- d'olives qui se fait à Modjeffa est immense et peut être évaluée à soixante et dix mille dirhems (3).

De Tunis à CARTHADJENNA « Carthage » il y a une distance de douze milles. On dit que cette dernière ville fut bâtie par Didon (£), roi contemporain de David [père. de Salomon], et que, entre l'époque de sa fondation et

(1) Le poisson qui, de nos jours, parait en octobre dans le golfe de Tunis, s'appelle chelba c'est une espèce de dorade.

(2) Ce nom n'est plus connu à Tunis.

(3) Environ 3o.ooo francs.

Tous les manuscrits portent Diron, av.ec un r à la place d'une d :>.


celle de la ville de Roumîïa (Rome), il y avait un intervalle de soixante et douze ans.

Celui qui entrerait dans Carthage tous les jours de sa vie et s'occuperait seulement à y regarder, trouverait chaque jour une nouvelle merveille qu'il n'aurait pas remarquée auparavant. Cette ville est située si près de la mer que la muraille est baignée par les vagues. Le mur qui l'entourait avait une étendue de quatorze mille coudées.

Voici ce que raconte Abou-Djafer Ahmed ibn [102] Ibrahim (i) dans son livre intitulé Maghazi Ifrîkiya (expéditions militaires en Afrique) « Mbuça ibn Nooeir (2), étant entré en Ifrîkiya, soumit toutes les parties de cette contrée qui paraissaient dignes de son attention et demanda à voir le plus ancien habitant du pays. On lui présenta un vieillard tellement âgé que ses paupières (inférieures) ne remontaient plus sur les prunelles de ses yeux. « D'où es-tu, cheïïdi? lui dit Mouça. De Car« thadjenna de l'Krîkiya, répondit le vieillard. Dis« moi pourquoi tu te trouves ici et raconte-nous l'hisa toire de Carthage. Cette ville, lui répondit le oheïkh, « fut bâtie par un peuple dernier reste de cette nation

(i) Mieux connu sous le surnom d'Ibn-el-Djezzar. Ce médecin célèbre était natif de Cairouan. Il composa plusieurs ouvrages sur diverses parties de la thérapeutique, et l'un de ces traités, intitulé Zad eUMoçafer (viaticum peregrinantis), a été traduit en hébreu, en grec et en latin. On possède deux éditions de la traduction latine, imprimées, l'une à Lugdun. i5io, et l'autre à Basil. i5i6, dans le recueil intitulé -Opera parca Rhazœ. Il laissa aussi un abrégé d'histoire intitulé Taarlf tashîh et tarîhh (moyens de vérifier les renseignements historiques); l'Akhbar ed-Doula (Histoire de l'empire fatemide (?), et le Maghazi lfrîkiya (expéditions militaires en Afrique). On ne possède pas ces derniers ouvrages. Ce médecin mourut vers l'an, 4on de l'hégire à l'âge de quatre-vingts ans passés. (Hist. des médecins arabes, par Wüstenield, en allemand).

(2) Gouverneur de l'Afrique et conquérant de l'Espagne.


« adite qui périt dans un ouragan (i). Après eux, la ville « resta en ruines pendant un millier d'années. Quand « elle fut rebâtie par Ardmîn, fils de Laoudîn, fils de <• Nemrod le puissant, il y fit venir les eaux douces [103] (' de Delala, leur ayant creusé un passage à travers les « montagnes et bâti des arcades dans le fond des val« lées pour maintenir le niveau de ce canal. Après un « travail de quarante ans, l'eau parcourut cet aqueduc. « Pendant qu'on creusait sur toute la longueur des val« lées les fondations des arcades, on trouva une pierre « portant l'inscription suivante Cette ville ne sera pas « détruite jusqu'à ce que le sel s'y montre. Un jour, « pendant que nous étions assis dans l'hippodrome de Garthage, voilà que nous remarquâmes du sel sur « une pierre. Ce fut alors que je partis pour venir ici (a). »

Voici la cause de la destruction de Carthage Anbîl « Annibal », roi de l'Ifrîkiya, qui avait le siège de son empire à Carthage, passa en Itcalia; pays dans lequel est située Roumiya « Rome », et livra plusieurs combats aux généraux de cette ville. A cette époque, les habitants de Rome n'avaient pas de roi; l'administration de l'Etat était' confiée à soixante et dix de leurs grands personnages, qui choisissaient, chaque année, douze caïds u généraux » pris dans leur corps. Ceux-ci se distribuaient par lots les provinces qu'ils allaient commander, et chacun d'eux se rendait dans la localité que le sort lui

(1) Voy. sur cette légende le Coran, et la Bibliothèque orientale de d'Herbelot. au mot Hoad.

(2) Cet extrait ne fait pas honneur au jugement d'El-Bekri et nous donne une idée peu favorable des notions historiques recueillies par Ibn-el-Djeziar. Elles peuvent cependant avoir une certaine valeur; si te morceau que notre auteur rapporte ensuite provient du même médecin, on y reconnaîtra un écrivain qui avait eu à sa disposition un exemplaire des Annales de Tite-Live.


avait désignée. Anbîl les défit en tant de batailles qu'il envoya [UN] en lfrikiya trois niodi remplis des bague» d'or qu'il avait prises sur les morts, c'est-à-diTe sur leurs nobles et leurs princes, et y joignit cette lettre « Ceci « vous indiquera le nombre de nobles (chérifs) et de com<< mandants (caïds) que je leur ai tués; jugez par là du reste (i) ». Il se tint en Italie pendant seize ans, dirigeant 3es attaques contre Rome, et tenant cette ville étroitement bloquée. Alors un de leurs caïds nommé Chibîoun (Scipion) passa secrètement en Sicile avec une flotte et, quand il eut rassemblé tous ceux qui répondirent à son appel, il se dirigea vers le territoire de l'Afrique (Hrîkiya), laissant Anbîl encore occupé du siège de Rome. Ayant défait les Africains, il répandit sur tout leur pays [tous les maux de la guerre], le massacre, la captivité et l',incendie; puis il se mit à faire le siège de Carthage. Les habitants de cetteville envoyèrent alors un message à leur émir Anbîl, pour lui apprendre ce qui leur était survenu de la part du peuple romain, et pour le prier de se hâter à leur secours. Anbîl fut très étonné de cette nouvelle « .T'avais pensé, c dit-il, qu'en maintenant le siège de cette vil1-, je réus« sirais à faire disparaître du monde jusqu'au nom des « Romains (Roumanîïn). Je crois vraiment [106] que le « Dieu du Ciel (a) ne veut pas le permettre ». S'étant alors embarqué, il prit la mer avec ses navires et hâta son

(i) « Ad fidem deinde tam laetarum rerum, effundi in vestibulo curia? « jussit annulas aureos, qui tantus acervus fuit, ut metientibus dimi« dium super tres ntodios explesee sint quidam auctores. Adjecit « deinde verbis, quo majoris cladis indicium esset, neminem nisï « equitem atque eorum ipsorum prinwres id gerere insigne (Titi'Live, 1. XXIII,

(a) Le Dieu du ciel D*2B' (Baali Chwnîm). L'écrivain arabe aurait-il eu connaissance de ce passage de saint Augustin « Bimi punice videtur dicere Dominant, nnde Btdsitmen, quasi Dominum- cœli Il. iit lib.


retour vers l'Ifrîkiya. Chibîoun marcha à sa rencontre et le défit en plusieurs combats. Anbîl lui adressa alors la parole en disant « Vous autres Romains, vous étiez bien loin de montrer tant de bravoure quand nous vous com« battîmes auprès de vos foyers et que nous vous obligeâ« mes à prendre la fuitel » Chibîoun lui répondit « Lorsa que vous étiez loin de vos forteresses et de votre pays, <̃ vous montriez autant de fermeté que nous de faiblesse; et, maintenant que nous sommes chez vous, les deux < partis ont changé de conditions, et l'effet contraire est arrivé H. Alors les Romains subjuguèrent les habitants de l'Ifrîkiya et détruisirent la ville de Carthage ». Le monument le plus merveilleux de Carthage c'est la Maison de divertissement, que l'on nomme aussi Thîater « théâtre ». Elle se compose d'un cercle d'arcades soutenues par des colonnes et surmontées par d'autres arcades semblables à celles du premier rang. Sur les murs de cet édifice, on voit les images de tous les animaux et des gens qui s'adonnent aux métiers. On y distingue des figures qui représentent les vents celui de l'orient a l'air souriant celui de l'occident, un visage renfrogné. Le marbre est si abondant à [106] Carthage que, si tous les habitants de l'Ifrîkiya se rassemblaient pour en tirer les blocs et les transporter ailleurs, ils ne pourraient pas accomplir leur tâche. On y voit aussi la MoaUaca « suspendue », château d'une grandeur et d'une hauteur énormes; il se compose de voûtes en plein cintre, à plusieurs étages. Vers l'occident de cet édifice, qui domine la mer, est le château connu sous le nom de ThEater, le même qui renferme la Maison de divertissement dont nous venons de parler; il a beaucoup de portes et de soupiraux, et se compose de plusieurs étages. Au-dessus de chaque porte on remarque l'image d'un animal en marbre, et des figures qui repré-


sentent les artisans de toutes les classes. [Indiquons encore] le château nommé Coiwiech (i), qui est aussi à plusieurs étages appuyés sur des colonnes de marbre d'une grosseur et d'une hauteur énormes. Sur le chapiteau d'une de ces colonnes douze hommes pourraient s'asseoir, les jambes croisées, et avoir au milieu d'eux une table pour y manger ou pour y boire. Elle* sont cannelées, blanches comme la neige et brillantes comme du cristal; quelquesunes restent encore debout, les autres sont tombées par terre. On y remarque aussi une grande voûte dont l'extrémité échappe aux regards et qui renferme sept vastes réservoirs, nommés Mouadjel-es-Cheiatîn « les citernes des démons » ils contiennent une eau très ancienne qui y est restée depuis un temps immémorial. Dans [107] le voisinage du château de Coumech est une prison obscure, formée de voûtes posées les unes sur les autres, et dont l'entrée inspire l'effroi. On y trouve des cadavres qui conservent encore leur forme primitive, mais qui tombent en poussière aussitôt qu'on les touche. Le port était situé dans l'intérieur de la ville, et les navires y entraient voiles déployées; mais il n'est plus maintenant qu'un marais saumâtre. Sur la hauteur qui le domine, on voit un château et un ribat nommé Bordj Abi Sole iman « la tourd'Abou Soleiman ». Au centre de la ville est un grand bassin entouré de mille sept cents arcades, dont une partie e.st restée debout jusqu'à nos jours. Les eaux d'Ain Djocar (a), source située à quelques journées de distance, arrivaient à ce réservoir; elles coulaient vers Carthage par unr

(1) Var. Houmes^y^V. A la place de Coumech <j£-$*ie Ira ducteur est très disposé à lire kirkoch <jj-»r*> c'est-â-dire cirque. (2) Les manuecrits A. im et P portent J* Ho/or; dans le manuscrit E on trouve Khajfm. C'est le même nom que lldrlci écrit ,L_iyi Choucar. La position de cette source est bien connue elle est. a trois lieues sud-ouest du mont Zaghouan et à douze lieues de Tunis


grand canal qui passait tantôt sous terre, et tantôt sur desrangs d'arcades placés les uns sur les autres et s'élevant jusqu'aux nuages. Obeid Allah le Fatemide ne buvait pasd'autre eau que celle d'Aïn Djocar; il s'en faisait venir, tous les jours, la charge d'un certain nombre de bêtes desomme.

On voit à Cartihage deux châteaux nommés El-Okhtain« les deux sœurs qui sont entièrement construits en marbre et de la manière la plus solide; ils se composent deblocs qui s'emboîtent les uns dans [108] les autres. Un ruisseau qui vient du côté du nord, et dont la source est inconnue, arrive jusqu'à ces édifices par un conduit, et va se décharger dans la mer. Sur ses bords on a établi desnoria « roues à godet a pour fournir de l'eau aux villages[qui occupent l'emplacement] de Carthage. Dans cette ville, on remarque plusieurs colonnes encore debout, dont la partie qui n'est pas cachée dans le sol a une hauteur dequarante coudées. Elles servaient à soutenir une voûte construite en pierre ponce, substance assez légère pour flotter sur l'eau. On y voit aussi une coupole d'une telle hauteur qu'un archer ne saurait en atteindre le sommet avec une flèche lancée de toute sa force. L'aire de cet édi.fice est en mosaïque et a cinquante coudées tant en longueur qu'en largeur.

Aujourd'hui les ruines de Carthage sont couvertes de beaux villages, riches et bien peuplés. Les diverses espèces de fruits que l'on y recueille sont d'une excellente qualité et ne sauraient être surpassés.

Des traditionnistes d'une véracité reconnue rapportent qu'Abd-er-Rahman ibn Anâm (i) raconta en ces termes un fait assez curieux « J'étais à me promener au milieudes ruines de Carthage avec mon oncle et un jeune servi-

(1) Voy. ci-devant, p. 5o.


leur, et, pendant que nous étions à regarder les merveilles de cette localité, nous découvrîmes un tombeau portant cette inscription [109] en langue himyarite « Je c suis rlbd-Allah ibn el-Aouach, i envoyé de Saleh, apôtre <• de Dieu Ou, selon une autre version « Moatteb m'envoya aux habitants de cette ville afin de les xppeler vers Dieu. J'y arrivai de grand matin et ils me tuèrent à l'entrée de la nuit. Dieu leur fera rendre compte de leur conduite (i) Ishac ibn Abd el-Mélek el-Melchouni (2) déclare cependant qu'aucun des prophètes n'entra en Afrique, et que ce furent les disciples de Jésus, fils de Marie, qui, les premiers, y apportèrent la vraie foi.

La presqu'île de Gherik, située entre les villes de Souça et de Tunis, porte le nom de Cherîk el-Abci (membre de la tribu arabe d'Abs), qui en avait été gouverneur. La station de Bachou (Mekzil Bachou), métropole de cette région, est une ville grande et très peuplée qui possède un djamê, plusieurs bains, trois places publiques, des bazars bien fournis et un [110] château bâti par Ahmed ibn Eiça (3), le même qui s'insurgea contre [Ibrahim] Ibn-elAghleb.

Voici encore un échantillon des connaissances musulmanes en ce qui regarde les antiquités et l'histoire des peuples anciens. On y remarque, avec quelque surprise, qu'un de leurs docteurs, un grave et respectable magistrat, ayant trouvé une inscription en langue latine, ou peut-être punique, croit y voir des caractères himyarites, qu'aucun Arabe n'a jamais su lire, et qu'il n'hésite pas d'en donner une traduction de fantaisie. Les traditionnistes musulmans les plus sûrs, ceux qui ont rapporté les dits et gestes de Mahomet, n'étaient pas euxmêmes très véridiques El-Bokhari, un de leurs critiques les plus habiles, avaient recueilli une masse de six cent mille traditions, et, de ce nombre, il n'en a conservé que dix mille. On peut même dire que, parmi celles qu'il nous a transmises, il y en a plusieurs dont la fausseté est évidente.

(2) Quelques pages plus loin, l'auteur dit un mot sur ce personnage. (3) Peut-être Ibn-Abi-Ahmed d'Ec Noweiri. Voy. Hiat. du Berben, t. I, p. 4a8, 429).


Lors de l'invasion du par Abd-Allah ibn Saad ibn Abi-Sarh, les Roum se réunirent dans la péninsule de Cherîk et se dirigèrent en toute hâte vers IcLiBIYA (Ctypea) et les lieux voisins. S'étant alors embarqués, ils allèrent à Cossura (i), île située entre la et l'Afrique et qui, à cette époque, était habitée. On dit qu'ils y restèrent jusqu'à l'avènement du khalife Abd eWHélek ibn Merouan (a). L'émir Abd el-Mélek ibn Caten (3), auquel ce prince donna l'ordre de faire une expédition sur mer, s'empara de toutes les îles de la côte tunisienne, y détruisit les forteresses et s'en retourna victorieux.

De Tunis à Menzil BACROU il y a une journée de marche. Entre ces deux villes se trouvent plusieurs villages grands et bien peuplés, ainsi qu'une source d'eau chaude (4) dont les qualités bienfaisantes ont été constatées par l'expérience. De Bachou l'on se rend au bourg d'Eo-DouAMis, qui en est à une journée de marche. Cette dernière localité est grande, très peuplée, et possède beaucoup d'oliviers et d'autres arbres. Le CASR EZ-ZEIT « château de l'huile » (5), le [111] Ouadi'd-Dimna « rivière de Dimna le Fondoc RÎha* « caravansérail de Rihan » et k Ouadi 'R-ROMMAN « rivière des Grenades », sont situés entre Bachou et Ed-Douamîs. De ce dernier bourg l'on se rend à Cairouan dans une journée, et Ion rencontre en chemin plusieurs châteaux, stations et villages. Dans l'intérieur des terres, vis-à-vis et au sud de la péninsule de Chea-îk, s'élève 'le Zaghouak, montagne extrêmement

(1) Nommée maintenant Pantellaria.

(a) En l'an 65 de l'hégire de J.-C.).

(3) Get ofticier, nommé guuverneur de l'Espagne en l'an n4 (732733), fut nus à mort l'an i23, à l'âge de quatre-vingt-dix ani;. (4) Nommé maintenant Hammam el-Enf, et situé sur le bord de la mer, à trois lieues de Tunis.

(5) Situé à une lieue de golfe de ce nom.


haute (i), que l'on nomme aussi Kelb ez-Zocac « le chien du détroit ». On l'appelle ainsi parce qu'elle se voit de très loin et qu'elle sert à diriger les navigateurs vers 'les lieux de leur destination. Elle est visible à la distance de plusieurs journées (a), et ae montre quelquefois avec sa cime au-dessus des miages. Il arrive souvent que ses flancs sont inandés par les averses pendant que le sommet est parfaitement sec. Les gens de l'Ifrîkiya disent d'un hommes qui leur est à charge « Il est plus lourd que Ja montagnede Zaghouan plus lourd que la montagne de Plomb » (3), laquelle domine Tunis. Un poète a dit, en s'adressant à un pigeon voyageur qu'il venait de faire partir de Cairouan avec une lettre ipour Tunis

Parvenu à Zaghouan, élève-toi très haut, et, à force de monter, approche-toi des nuages.

Le Zaghouan est couvert de villages très peuplés, d'arbres fruitiers, de jardins et de sources d'eau. [112J Le Fomjoc Chekel, un de ces grands villages, est à une journée de Tunis et forme un lieu de station bien connu.Un autre, nommé Calemdjessa (4), eut pour fondateur Abou '1-Gacem, fils d'Obeid-Allah [le Fatemide], qui eut l'intention d'y établir les étrangers réduits à la mendicité, qui venaient du pays des Hoouara et du pays des Nefouça (5). Le Zaghoùan est un lieu de retraite pour les mu-

(i) Elle a plus de treize cents mètres de hauteur.

(2) Cela est une exagération.

(3) La montagne de fiomb {Djebel er-Rossas) est située à cinq lieues sud-est de Tunis.

(4) Celle-ci est là leçon du manuscrit M. Le manuscrit A porte Caidjena, le manuscrit P, +t*!xX' (nom aiMMe), et le manuscrit E, Cafhana,

(5) C'est-à-dire de la province de Constantine et de la frontière deTripoli.


sulmans qui veulent s'adonner à la pratique des bonnes œuvres et à k dévotion.

A l'occident de cette montagne et à trois journées de Cairouan est située Lorbos (Laribus), ville fermée qui possède asn grand faubourg. Son territoire produit du safran excellent et se distingue par le. nom de Beledel-A nber « canton de l'ambre grig Ce fut là que se rendit Ibrahîm ibn Abi '1-Aghleb lors de sa sortie de Cairouan (1). En l'an a96 (908-909), Abou Abd- Allah esChiaï vint mettre le siège devant Laribus. Ibrahîm, qui s'y était enfermé avec toutes les milices de l'Ifrî:k:iya, s'enfuit vers Tripoli, accompagné de plusieurs de ses chefs de troupe et d'une partie de son armée; Abou Abd-Allah pénétra de vive force dans la ville et fit massacreur les habitants. Ces malheureux s'étaient réfugiés, avec le reste des milices, dans la grande mosquée, où ils se tenaient [113] entassés 'es uns sur les épaules des autres. Le sang sortit par toutes les portes de cet édifice et coula dans les rues, ainsi que le font les ruisseaux à Ja suite d'.une forte averse. L'on assure que trente mille individus périrent dans l'intérieur de la mosquée et que ce cannage dura depuis J'heure de la prière du soir jusqu'à la fin de ila nuit. Les Aghlebides [dont la dynastie succomba bientôt après cette catastrophe] avaient régné sur l'Ifrîkiya pendant cent onze ans.

La ville des Ansars (El-AwsaiûÎn) <2), située à une journée de Laribus, est ainsi nommée parce que quelques descendants de Djdber ibn Abd-AEah VAnsar (3) y avaient

(1) Hist. dés Berbers, t. I, p. Uz.

(2) Les Ansars « soutiens, assistants », appartenaient à -la ville de Medine. Ils reçurent ce nom parce qu'ils avaient pris tes armes pour soutenir Mahomet à l'époque où ce novateur fut contraint de quitter h

(3) Djeber ibn Abd-Allah es-Selemi, natif de Médine, fut un des Ansars. Après avoir fait plusieurs campagnes avec Mahomet., il tram-


fixé leur séjour (i). Le sol de ce canton est d'une grande fertilité on y récolte le meilleur blé de toute l'Ifrîkiya. Trois journées de marche (2) suffisent pour se rendre de Cairouan à Cafsa (3), ville bâtie en totalité [114] sur des -portiques de marbre dont on a bouché les arcades avec de fortes cloisons construites en moellons (4). On dit que ce rempart (5) fut élevé par Chentian, page de Nimrod, qui y fit graver «on nom dans une inscription qu'on Ht encore. La muraille de Cafsa [est si bien conservée quelle] semble avoir été faite d'hier (6). Dans l'intérieur de la ville, l'eau sort de terre par deux sources très abondantes et forme autant de ruisseaux qui coulent avec bruit et vont arroser les jardins et les champs ensemencés qui se trouvent aux environs de la place. Le djamê même renferme dans son enceinte une grande source [dont le bas- sin], construit en pierre par Jes anciens, a quarante coudées de longueur et autant de largeur. Cafsa est la aocaIité de la province de Cairouan qui produit la plus grande quantité de pistaches; on les envoie dans toutes les parties de l'Ifrtkiya et même jusqu'en Egypte, en Espagne et à

mit aux fidèles un grand nombre de renseignements au sujet dea dits et gestes de leur prophète. Il mourut à Médine, âgé de plus de soixantedix ans.

(i) Cette localité se nomme encore Cald-t-Djaber; elle est à sept lieues ouest de Kef, près du territoire français.

(2) On peut y aller en trois bonnes journées de cavalier mais le «amp tunisien en fait six étapes, savoir El-Haouareb, El-Hadjeb, Djelma, Oued-el-Facca, Sidi Ali ben Aoun et Soutna. (Berbrugger). (3) Ce nom se prononce Gafça. Les anciens l'écrivaient Capsa. (4) Moellons le texte arabe porte es-sakher el-djettl. C'étaient, eans doute, des débris antiques, brisés et employés pêle-mêle comme matériaux de construction, ainsi que l'a dit le Dr Frank, dans sa Description de la régence de Tunis.

(5) Ce rempart l'auteur veut parler de la muraille qui entourait la ville.

(6) L'ancienne muraille de Cafsa n'existe plns celle qui entoure la ville maintenant est en pisé et très délabrée.


Sidjihnessa. On y trouve une espèce de datte semblable à un œuf de pigeon. Les fruits des diverses espèces que l'on cultive à Cafsa servent, en partie, à la consommation de Cairouan. Dans les environs de la ville on compte plus de deux cents bourgades florissantes, [115] bien peuplées, et arrosées, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, par les eaux [qui sortent de la ville]. On désigne ces villages par le nom de CosouR CAFSA « les bourgades de Cafsa ». Les impôts de Cafsa rapportent [tous les ans] cinquante mille dinars (i). Parmi ces bourgades, on distingue celle de Tohac (2), située à moitié chemin de Cafsa à Feddj el-Hmar « Je rléftlé de l'âne faut traverser ce dernier endroit quand on se dirige vers Cairouan. Torac est grande et très peuplée; elle possède un djamê et un baza.r bien monté. C'est de cette ville que les toraki, vêtements que l'on transporte en Egypte, tirent leur nom. On y récolte beaucoup de pistaches.

La ville de Nefzaoua, située à six journées ouest de Cairouan (4), renferme une grande source nommée TAouRgha « jaune » en langue berbère, et dont on n'a jamais pu trouver le fond. Le mur de Nefzaoua, construit en pierres et en briques, est percé de -six portes. Cette ville possède un djamê et quelques bazars très fréquentés; elle est située auprès d'une rivière dont les bords sont couverts de dattiers et d'autres arbres frmtieiis. Dans les environs se iroavent un grand nombre de sources. Au sud de Nefzaoua est F116] une ville antique que l'on désigne par le

(i) 5oo.ooo francs.

(2) Cette localité n'est pas connue de nos jours.

(3) Peut-être le Font el-Feddj cc entrée du défilé », que la carte de Prax et Renou place à sept lieues nord-est de Gafsa (Cafsa). (4) A quarante-cinq où cinquante lieues sud-sud-ouést de Cairouan. Le nom de Nefzaoua, marqué sur la carte de Shaw, est omis sur celle de Prax et Renou. Il est cependant en usage et désigne toute la région située au sud-est de la grande sibkha.


nom <TEl-MedÎka- « la ville elle est entourée de murs et renferme un djamê, un bain et un bazar. Tout autour on rencontre des sources et des jardins. Nefzaoua est à trois journées de CABES (1) et à deux journées de Cafea, [cette] dernière ville est à trois journées de GuÎtoun BÎadaJ laquelle est à une journée de NEFTA; il y a une journée de Nefta à TOUZER (2), et une journée de Touzer à Nefzaoua. Pour se tendre de Nefzaoua au canton de CastîKya, il fauttraverser un terrain marécageux dans lequel on a dressé des poutres pour indiquer le chemin. Les voyageurs qui veulent suivre cette route prennent des guides chez les Beni-Moulît, tribu nomade qui campe de ce côté-là. Celui

qui s écarte de la route, soit à droit, soit à gauche, s'enfonce dans une terre mouvants qui, par sa molle consistance, ressemble à du savon liquide. Il est arrivé 'à des compagnies de voyageurs, et même à des armées, d'y périrsans laisser aucune trace de leur existence. Cette région de marécages s'étend jusqu'à la ville de Ghadams. Le pays de CastÎliya contient plusieurs villes, telles que Touztr, El-Hamnm et Nefta. Touzer, qui en est Ja métropole, est une grande ville, environnée d'une muraille de pierres et de briques. Elle possède un djamê solidement bâti, et plusieurs bazars. Tout [117] autour s'éten dent de vastes faubourgs remplis d'une nombreuse population. Cette place, qui est très forte, a quatre porte, un grand nombre de jardins, beaucoup de dattiers et d'autres anbres fruitiers la canne à sucre et le bananier sont les seules plantes qui n'y viennent pas bien. Les dattiers for-.ment autour de la ville un grand et sombre massif. Il n'y

(1) Le camp tunisien fait, pour y arriver, les étapes de Gourbata, Hamma (on passe quelquefois par Tagufoog), Touzer et Nefta. Un cavalier bien monté peut y aller en deux jours (Berbrugger). (2) M. Berbraggw n'a mis que quatre heures pour aller à cheval a osa de ces villes à l'autre.


-a point'd'autre endroit en Ifrîkiya qui produise autant dû dattes; presque tous les jours il en sort mille chameaux, ou même davantage, chargés de ce fruit. Touzer est arroüu même davantage, chargés de ce fruit. Touzer est arroune couche de sable, fin et blanc comme de la farine. Cet endroit est nomme en leur langue SERECH (2). Les ruisseaux dont nous venons de parler sont les branches d'une rivière formée par la réunion des eaux qui sortent du sable, et nommée OUADI 'l-Djemal (3). A l'endroit où l'embranchement se fait, ta rivière a environ deux cents coudées de profondeur (4). Chacun de ces trois ruisseaux 5e partage ensuite et forme six canaux d'où rayonnent une quantité innombrable de conduits, construits en [118] pierre d'une manière uniforme; aussi ont-ils tous la même dimemsion. Chaque conduit a deux empans de largeur et un fitr (5) de profondeur. Pour avoir régulièrement une provision de quatre codés d'eau, on donne un mithcal <> dix francs » par an; si l'on veut en avoir de plus où de moins, on paye en conséquence. Voici en quoi consiste le codés chacun, quand son tour d'arrosage arrive, prend une tasse (cadès) dont le fond est percé d'un trou assez étroit pour se laisser boucher avec un bout de cette espèce de corde qui sert à tendre les arcs à carder. Il remplit cette

(i) Cette oasis est arrosée par le Oued Bérqouq « la rivière aux prunes Cette rivière, arrivée à un barrage romain en grandes pierres de taille, se. subdivise en trois branches: Sakît elKhendek t»i JJiV JUiUi Salit el-Oust la-o^Jl et Sakit erRebat JJ s Jl ji-kiLli De cette dernière -branche se détache Sakît (Berbrugger.) Voy. la Revue africaine, t. III, p. 19.

(2) Variantes: Seres ^yj* Sedech Sous En berber zenatien le mot Seddous signifie son écoulement. (3) Il- faut peut-être lire- Ouadi'l-Djémur « rivière de sable ». (4) A cet endroit, la rivière n'a pas deux mètres de profondeur. (5) Le fiir est l'espace compris entre les extrémités du pouce et de l'index dans leur plus grand éoartement.


tasse avec de l'eau et la suspend quelque part jusqu'à ce qu'elle soit vide et, pendant ce temps, il voit son clos ou son jardin recevoir d'un de ces canaux un courant d'eau. Il remplit ensuite la tasse une seconde fois et -procède de la même manière (i). Ces gens-là ont reconnu qu'une dé ces tasses peut sc remplir et se vider, sans interruption, cent quatre-vingt-douze fois dans l'espace d'un jour rom.plet (3).

On ne trouve nulle part des oranges aussi beâes et aussi douces que celles de Touzer. On y recueille aussi la manne, le sébeste (3) et le myrobolan. Les impôts de CastîKya rapportent tous les ans deux cent [119] mille dinars [g.ooo.ooo de francs]. Dans ce pays on mange la chair du chien; les habitants engraissent ces animaux dans leurs jardins, en les nourrissant de dattes. Un homme qui avait reçu l'hospitalité* à Touzer m'a raconté qu'on lui servit un plat de viande qu'il trouva excellent, et que son hôte, auquel il demanda ce que c'était, lui répondit a C'est de la chair d'un jeune chien engraissé ».

Le pays situé au-delà de CastîHya n'est habité, autant qu'on le sache, ni par les hommes, ni par les animaux; à l'exception toutefois du fenek (4). En effet, toute cette région consiste en sables et en bourbiers. Les habitants de Castîliya racontent à ce sujet que quelques personnes ayant voulu connaître la région située derrière leur territoire, se mirent en route avec une provision de vivres, et

(1) M. Berbrugger, qui visita, Touzer en novembre 1860, a reconnu que ce système d'arrosage, si bien décrit par El-Bekri, est encore en activité que tous les canaux sont en bon état, et que les conduits ainsi que le barrage sont de construction romaine.

(2) Donc la clepsydre marchait pendant sept minutes et demie. (3) Voy. au sujet de cette espèce d'arbre VAbd-Atlatif de M. de Sacy, P. 70 et suiv.

(4) Voy. ci-devant, p. 49·


marchèrent plusieurs jours à travers les sables, sans y voirla moindre trace d'un lieu habité (i). Ils ajoutent que la plupart de ces voyageurs moururent dans cette région de sables.

Route de Caironan au Chàteau d'Abou-TaouO

Le château d'ABou-TAoeît (2) (Calâ-t-Abi-Taouîl) [120] grande et forte place de guerre, devint une métropole après la ruine de Cairouan (3). Comme les habitants del'Ifrîkiya sont allés en foule pour s'y établir, il est maintenant un centre de commerce qui attire les caravanes del'Irac, du Hidjaz, de l'Egypte, de la Syrie et de toutes les parties du Maghreb. Aujourd'hui la Calét-Abi Taouîl est le siège de l'empire des Sanhadja (4). Ce fut dans ce chàteau qu'Abou-Yezîd Makhled ibn Keidad se défendit contre Ismaîl [ElJMansour, le khalife fatemide] (5), ainsi que nous le dirons, s'il plaît à Dieu, dans un autre endroit de-

(1) Si ces voyageurs s'étaient dirigés vers le sud, douze ou quinze jours leur auraient suffi pour atteindre Ghadamz. en se dirigeant vers le sud-ouest ils seraient arrivés à Ouargla, et auraient trouvé le Oued-Soirf et le Oued-Rîgh sur leur route.

(2) C'est la Calâ-Hammad ou Calâ-beni-Hammad des historiens del'Afrique. Ce château et la ville qui en dépendait devaient toute leur importante à Hammad, fils de Bologguîn, et fondateur de la dynastie hammadite. (Voy. Hist. des Berb. t. Il). Il acheva de bâtir et de peupler cette métropole vers la fin du iv° siècle de l'hégire. Les historiens ne nous font pas connaître le surnom de ce prince mais on peut supposer que c'était Abou-Taouîl. Le château s'appelait Kiyana avant d'être occupé par Hammad. La ville, dont il ne reste plus que le minaret de la grande mosquée, était située à envirom -•qpt lieues au nord-est d'El-Mecîla.

(3) Voy. ci-devant, p.

(4) L'auteur écrivait en l'an 46o de l'hégire. Dix ou douze années auparavant, le royaume des Zlridea, antre branche de cette famille sanhadjienne, avait perdu tout son éclat par suite de 1a seconde invasion des Arabes et de la chute de Cairouan.

(5) Voy. Hist. des Berben, t. Il, p. 53o.


cet ouvrage (i). A quarante milles de Cairouan, le voyageur rencontre OUADI-'R-REML « 1« rivière de sable », où se trouve un village dont les oliviers sont très nombreux et dont le sol est de sable rouge. De là on se rend à Sebîba, ville antique, où les eaux abondent ainsi que les fruits Plus loin, on arrive à un village nommé Cala-t-ed-DÎk « le château du coq »; ensuite on atteint És-Sekka '̃< Je relais grand et beau château où se tient un marche t, es fréquenté. De là on se rend à Meddjana-t-ei^Metahen Meddjana des moulins ville ancienne qui possède urne carrière d'où l'on extrait les meilleures meules du monde Plus loin on rencontre le OUADI MELLAG (a), grande ri- vière, auprès de laquelle sont des ruines antiques. La ville de TEBESSA, située à l'est du MellagY est d'une haute antiquité et renferme beaucoup de monuments anciens; elle abonde en arbres et en fruits.

De cette ville on se rend à MessÎana, bourg situé sur une rivière. Toutes ces localités portent comme une pa- rure le nom de celui qui viendra plus tard, s'id plaît à Dieu (3). De là on se transporte à Baghaïa, grande et ancienne ville, dont les environs, arrosés par des ruisseaux, sont couverts d'arbres fruitiers, de champs cultivés et de pâturages. Tout auprès s'élève I'Auras, chaîne de montagnes qui se prolonge jusqu'au Sous (4). L'insurrection d'Abou-Yezîd Makhled ibn Keidad commença

Ci) Ce récit ne se trouve pas dans les parties que nous possédons ̃du grand ouvrage d'El-Bekri.

(2) Aujourd'hui les gens du pays prononcent ce nom Mellaga; nos dernières cartes l'écrivent Meliègue.

(3) Tout en rendant avec la plus grande exactitude le: sens du texte arabe, le traducteur se déclare incapable de comprendre l'allnsion renfermée dans cette phrase mystérieuse.

Province qui forme la partie méridionale du royaume actuel de Maroc.


dans l'Auras. De Baghaïa l'on se rend à Gaças (i), ville ancienne, située sur une rivière; à l'occident se voit une haute montagne,. On passe de là au CABR Màdghous « le [122] tombeau de Madghous » (i), mausolée qui ressemble à une grosse colline et qui est construit avec des briques très minces et cuites au feu (3). Il est bâti en forme de niches peu grandes (4) et [le tout est] scellé avec du plomb. On voit sur cet édifice des figures représentant des hommes et d'autres espèces d'animaux (5). De tous Jes côtés .le [toit] est disposé en gradins; sur le sommet pousse un arbre. Dans les temps passés on avait rassemblé du monde afin de renverser ce monument, mais cette tentative n'eut aucun succès. A l'orient de ce tombeau est le BAHIRA [ou .lac de] Màdghous, lieu de rassemblement pour toutes Jes espèces d'oiseaux. Parti de là on arrive à BELEZMA (6) DES MEZATA, château de cons-

Il y a deux localités de ce nom, l'une située à sept lieues sudouest de Tébessa, selon la carte dressée par -M. Carette; l'autre est à huit lieues est de Batna. C'est celle-ci qui figure dans l'itinérairequ'El-Bekri nous donne ici.

(2) C'est le grand monument appelé Medracen. forme du pluriel berbère dn ^yjyiiLj Madrous ou Màdghous, nom employé par El.Bekri.

(3) A l'extérieur, tout ce monument est-en grosses pierres de taille. Le traducteur a cependant remarqué, dans un endroit d'où l'on avait arraché quelques pierres, que le revêtement s'adossait à une couche de petites pierres minces comme des briques. Peyssonnel s'est est aperçu aussi il dit « Après le premier rang de ces grosses pierres on trouve le solide du bâtiment formé par des pierres de grès plates et peu épaisses.

(4) Le mot arabe est ttcan Les manuscrits A et E portent tabacat CJ-»-U» c'est-à-dire étages. Cette dernière leçon est justifiée par la disposition de la partie supérieure du monument, qui se ter. mine en une pyramide circulaire à trente-deux gradins; mais la première leçon peut être admise si l'on suppose que l'auteur, arabe a employé le mot tfcan pour désigner les entre-colonnementg de la base. (5) Tous ces bas-reliefs ont disparu.

(6) Le manuscrit M, ordinairement très correct, porte Belouma. Le territoire de Beiezma est- à cinq lieues nord-ouest de Batna.


truction L123J ancienne qui s'élève au milieu d'une plaine couverte de villages et de champs cultivés. C'est maintenant une ville entourée de ruisseaux, d'arbres fruitiers et de terres ensemencées. A l'orient de cette localité est la ville d'EL-Louz (i). [De Betezma on se rend à Nigaous] et de Nigaous à Tobna (2), grande ville dont :le mur actuel a été construit par (l'ordre d'] El-Mansour Abou 'd-Douanîc (3). Mouça ibn Noceir, qui s'empara de cette place et de tant d'autTes, y fit vingt mille captifs mais leur roi, KoceUa, lui échappa. Tobna est entourée d'une murailleen briques, et possède quelques faubourgs et un château. Dans l'intérieur du château se voient un djamê et un grand réservoir qui reçoit les eaux de la rivière de Tobna, et qui fournit à l'arrosage des jardins appartenant à la ville. Quelques personnes disent que Tobna fut bâtie [c'est-à-dire rebâtie] par Abou-Djâfer Omar ibn Hais ElMohellebi, surnommé Hezarmerd (4). La population, dont une partie seulement est arabe, est partagée en deux fractions qui sont toujours à se quereller et à se battre l'une avec l'autre. Une tribu, appelée les Béni Zekrah, habité dans Je voisinage de la ville. Voici ce que dit Moha.mmed ibn [124] Youçof « Le château de Tobna, énorme édifice de construction ancnemne, est bâti en pierre et couronné par un grand nombre de chambre» voûtées; il sert de logement aux officiers qui administrent la province, et touche au côté méridional du mur

(i) Sur la carte Carette. le Casr el-Louz « château de l'amandier » est placé à deux lieues sud-ouest de Batna.

(2) Les positions de Nigaous et de Tobna sont bien marquées sur nos cartes.

(3) EI-Mansonr, le second khalife abbacide, mérita, par son avarioe, le sobriquet d'Abùu'd-Douwûc « le père aux oboles ». (Voy. lanote de Beiske, dans les Annales d'Abou'l-Féda, t. II, p. 633). <4) Cet émir fut nommé gouverneur de l'Afrique en l'an i5i (768: de J. C.). (Voy. Hist. des Berbers, t. I, p. 379).


de la ville; il se ferme par une porte de fer. » Tobna a plusieurs .portes le Bab Khacan, beau monument construit en pierre, avec une porte de fer; Je Bab El-Feth « porte de la victoire », situé à la partie occidentale de la ville et se fermant aussi par une porte en fer; une rue, dont les deux côtés sont bordés de maisons (simatj, «'étend à travers la ville, d'une de ces portes à l'autre; le Bab Tehouda « porte de Tehouda », qui regarde le midi, est aussi en fer et offre un aspect imposant; El-Ba,b elDjedîd <( la porte neuve est en fer; le Bab Ketaina est situé au nord de la ville. Au dehors du Bab el-Feth est un vaste champ, grand comme les deux tiers de la ville et entouré d'un mur dont la construction est due à Omar ibn Hafs. Plusieurs ruisseaux d'eau douce parcourent les rues de la vrille. Outre le simat, on y voit beaucoup de bazars. A côté du faubourg se trouvent un petit nombre de jardins (i). A l'orient de la t411« est le cimetière, auprès duquel on voit un étang [126] appelé Ghadîr Ferghan « l'étang de Ferghân », dont les eaux traversent le Mosalla de La fête (2). Depuis Cairouan jusqu'à Sidjilmessa on ne rencontre pas de ville plus grande que Totma. La rivière de Tobna s'appelle le BEITHAM; chaque fois qu'elle déborde, elle arrose tous des jardins et champs de la banlieue et procure aux habitants d'abondantes ré-

(i) De Tobna, l'ancienne Tubonœ, on ne voit plus que les ruines. Un enclos, dont les murs sont construits avec les restes d'anciens monuments, paraît être un ccutrum et appartenir au siècle de Justinien. Dans le voisinage on remarque deux collinea formées de débris re constructions. Le gouvernement français vient d'y faire bâtir une maison de commandement, qui est habitée par le caïd ou gouverneur du canton.

(a) Le Mosalla « oratoire » est une grande place située en plein air, en dehors de la ville. C'est là que le peuple se réunit en temps de sécheresse, pour prier Dieu et lui demander de la pluie. On y célèbre aussi la prière des deux grandes fêtes consacrées par la religion musulmane.


coites; aussi disent-ils que le Bêchant est un « magasio de vivres » (Beit et-Thâm). Dans Jes guerres qui éclatent quelquefois entre les habitante d'onigine arabe et ceux qui appartiennent à la race nrixte [oés de Romains et de Berbers], ks premiers appellent à leur secoures les Arabes de Tchooda et de Setif, pendant que leuane adversaire* sc font appuyer -par les gens de Biskera et des lieux voisins. Dans êe poème compose -par Ahmed ibn Mohammed el-Meroudi et renfermant l'histoire dlsmaîl [EIMansour], fils d'Abou '1-Cacem [EMjaïm le Fatemtde], on lit, le passage suivant

Nous nous mimes en marche pendant qu'[Abou Yezid] était campé près de Tobna, ville que les malheureux habitants avaient abandonnée.

Alors Dieu tout-puissant nous accorda nne faveur insigne et [ce? pauvres gens], après avoir souffert par le feu. se trouvèrent [comme] dans le paradis.

Le Feddj Zîdan « le défilé de Zîdan qui domine la ville de Tobna, forme le sujet d'une allusion qui se trouve dams les vers suivants, composés par Abou Abd Allah es-Chîaï

Que les autres se plaisent dans un lit bien mollet à moi une selle suffit pour lit et oreiller.

Que les autres s'amusent au son du tambour de basque et des castagnettes-; pour moi, le plaisir le plus grand c'est d'affronter les feux de la guerre.

Demandez à mes troupes [ce qu'il en était] quand, au jendi matin, je débouchai du Défilé.

De Tobna on se rend à Maggaba CI}, grande ville, en-

(i) Afaggara, appelée maintenant Mogra, n'est plus qu'un misérable village. n est à cinq ou six lieues est d'El-Mecîla.


tourée d'arbres fruitiers, de ruisseaux et de champs cultivés. Parti de là, on arrive à Cala-t-Abi Taouîl. Biskera, canton situé à quatre journées de Baghaïa, renferme un grand nombre de bourgs dont la métropole se nomme aussi Biskera. Cette grande ville possède beaucoup de dattiers, d'oliviers et d'arbres fruitiers de diverses espèces. Elle est environnée d'un mur et d'un fossé, et possède un djamê, plusieurs mosquées et quelques bains. Les alentours sont remplis de jardins, qui forment un bocage de six milles d'étendue. On trouve à Biskera toutes les variétés de la datte; celle que l'on nomme el-kacebba, et qui est identiquement la même que le sîhani, surpasse on bonté toutes les autres, au point d'avoir une réputation proverbiale. Le lidri (i), autre espèce du même fruit, est blanc et lisse. Obeid Allah le Fatemide fit accaparer pour son usage toutes les récoltes des lîari et donna l'ordre aux officiers qui administraient cette province d'en empêcher la vente et de les. lui envoyer. On pourrait nommer beaucoup d'autres espèces auxquelles il serait impossible de rien trouver de comparable. Les faubourgs de Biskera sont situés en dehors du fossé et entourent la Tille de tous les côtés. On trouve à Biskera beaucoup de avanrts légistes; les habitants suivent le même rite que ceux de la ville de Médine (2). Une des portes de Biskera -appelle Bab el-Macbera « la porte du cimetière »; une autre, Bab el-Hammam « la porte du bain »; il y a encore une troisième porte. La population de cette ville appartient à la race mélangée [dont le sang est moitié latin, moitié ber-ber]

(1) Variante kebari. Aucun de ces mots n'est employé maintenant dans le pays.

(2) Ce fut à Médine, en Arabie, que Malek ibn Anes enseigna lerituel et le système de jurisprudence qui portent son nom.


Dans les environs se trouvent plusieus fractions de tribus berbères telle que les Sedrata, Jes Beni Magèraoua, peuple qui obéit à la famille de Khazer (i), et les Beni Izmerti (2). La ville renferme dans son enceinte plusieurs puits d'eau douce; il y a même dans l'intérieur de la grande mosquée un puits qui ne tarit jamais. On voit aussi dans l'intérieur de la ville un jardin qu'arrose un ruisseau dérivé de la rivière.^ Bkkera se tronve une colline [128] de sel (3) d'où l'on extrait des blocs de ce minéral, gros comme des moellons à bâtir. Obeid Allah le Fatemide et ses descendants se servaient toujours du sel de Biskera pour assaisonner les mets qui paraissaient à leur table. Cette viHe est désignée quelquefois par le nom de Bisïeba-t-en-Nakhîi. « Biskera des dattiers ». Ahmed ibn Mohammed el-Meroudi a dit

Ensuite il vint à Biskera des dattiux s'étant paré, dès le matin, de ses habits les plus beaux.

Parmi les villes situées dans .'le territoire de Biskera on remarque DiEmouNA, Tolga, MeiIu et Bektîous; celle-ci est de construction antique. L'eau qui sert à la consommation de Biskera provient d'une grande rivière qui descend de l'Auras et passe au nord de la ville. Meichoun (4), l'une des nombreuses bourgades qui couvant le territoire de Biskera, est la patrie d'Abou Abd Allah el-Mel-

(i) Voy. flirt, dés Berbers, t. IH, p. 227 et suiv.

i» Izmerti, nom berber, fait au phtriel lunerten. C'est ce dernier nom qu'Ibn-Kbaldoun emploie dans son Hiat. des Berbers, t. m, p. 186.

(3) Cette colline de sel, nommée encore Djebel cl-Melh, est située auprès d'El-Oataiya, à quatre ou cinq lieues nord-ouest de Binera. (4) C'est peut-être l'endroit nommé maintenant Mechounech, et situé à quinze lieues nord-est de Biskera.


chouni et de son fils Ishac, savants dont .les leçons ont fiit autorité en jurisprudence. Ils eurent plusieurs di3cipJes parmi lesquels on compte Mocatel et Abou AbdAllah ibn Meimoun.

J'ai entendu raconter à Ahmed ibn Omar ibn Anès que Cacem ibn Abd el-Azîz :lui avait fait le récit suivant <̃ Sur la route de Biskera il y a une [129] montagne nommée Zîghîzi, où se trouve, à moitié hauteur, une caverne dans laquelle est le corps d'un homme qui avait péri d'une mort violente. Bien que plusieurs siècles se soient écoulés depuis cet événement, le sang suinte encore des blessures du cadavre, au point que le crime semblerait avoir été commis il y a deux ou trois jours. Les gens de cet endroit déclarent qu'ils ignorent l'époque où cet homme fut tué, tant elle est reculée. Autrefois ils avaient emporté le corps afin de l'enterrer auprès de leurs demeures, croyant que la proximité d'un objet aussi saint leur porterait bonheur; mais à peine eurent-ils achevé leur travail, qu'ils retrouvèrent le corps dans la caverne, tel qu'il était auparavant. .Les hommes de cet endroit les plus dignes de foi déclarent que la chose est vraie; d'ailleurs, Dieu peut très-bien faire tout ce qu'il veut Dans l'ouvrage de Mohammed dbn Youçof on lit ce qui suit « Le mort dont il est question se trouve dans la crevasse d'une montagne qui s'élève à l'orient d'Ab- ERBAN (i). Cette source (ain) est située entre Mermadjenna et Sebîba, villes dont nous avons fait mention. On dirait, à le regarder, qu'il venait d'être égorgé le jour même, et cependant il se trouvait déjà là avant la conquête de l'Ifrîkiya par les musulmans. » Cet auteur ne rapporte pas l'anecdote de l'enterrement; Dieu sait ce qu'il y a de -vrai en tout cela 1

(i) Plus loin l'auteur reparle de cette localité.


Antre route de Cafrouan à Calé-t-AM-TaotiIL Sorti de Cairouan, le voyageur marcha pendant trois jours, à travers des villages et des lieux habités, jusqu'à Obba. Cette ville, qui est d'une haute antiquité, fournit du safran excellent. A six milles plus loin se trouve Lorbos (Laribus), ville dont nous avons déjà fait mention. D'Obba l'on se rend au Mellag, grande rivière qui arrose le territoire de BoH (Fahs Boll) (i). En quittant le Mellag, on se dirige vers Tamedît, ville située sur la pente escarpée d'un défilé qui sépare deux montagnes. Cette localité possède de vastes campagnes bien cultivées, dont le froment jouit d'une haute réputation. De là on se rend à Tîfacu, ville d'une haute antiquité et remarquable par l'élévation de ses édifices. On la nomme aussi Tîfach-ed-Dhalima « Tifach l'injuste » (2). Elle possède plusieurs sources, beaucoup de terres en plein rapport, et occupe une position sur le flanc d'une montagne. On voit dans cette ville beaucoup de ruines anciennes. De là on arrive à CASH el-Ifbîki « le château de F Africain »r grande ville située sur un coteau et entourée de pâturages et de champs cultivés. Ensuite on- atteint Ouadi-'dDenanîr « la rivière des dinars dont les bords sont très fertiles. De là on se [131] rend à 'Irons (3), ville antique, remplie de grands édifices, et bien pourvue d'herbes et de fourrage. TouBOUT, la station suivante, est située

(j) Cette indication n'est pas exacte le Maag coule il six lieues au sud-est du territoire de Boll (Bulla Regia), dont il est néparé par une chaine de hautes collines et par la branche supérieure du Medjerda., (a) Nous ne savons pour quelle raison on a employé cette épithèteen parlant de 11faeh.

(3) Tfdjis, le Tigisis de Procope et de l'itinéraire d'Antonin, doit setrouver à environ huit lieues sud-est de Consfantine. La Table peu*tingérienne place Tigisis neuf mimes est de Sigu, ville dont tés- roines se trouvent il dix-huit milles sod-aud-est de Constantine.


sur la iimik du pays des Ketama (i). Cette route se nomme El-Djenah el-Akkder « l'aile verte ». On arrive ensuite à Tabesleki, petite ville située sur le flanc d'une montagne nommée E>f en NECER « le nez de l'aigle » (2). De là on se dirige vers En-Nehhiîk (3), localité remplie de villages et située au milieu d'une vaste plaine. TAxEBELT, la station suivante, est une ville remarquable par 'l'eMcdlence de ses troupeaux et de ses céréales. De là on se rend Degma ville située sur une grande rivière et entourée de terres cultivées et de pâturages; puis à la ville de l'Etang, Medîna-t~el-Ghadîr (5), lieu où se trouvent les sources du Seher, rivière qui passe par El-Mecîla et qui porte aussi le nom d'El-Ouadi 'r-Réïs. Plus loin nous aurons [132] encore à parler de cette rivière. Ensuite on arrive à Gala-t-Abi-Taouîi,.

Route de Cairouan à la ville de Borne

De Cairouan on se rend à Djeloiîla, ainsi que nous avons dit plus haut (6) puis, à Addjer, endroit où se trouvent un château et un pont. H est situé dans un terrain inégal, pierreux, coupé par des sentiers presque impraticables, et hanté par les lions. Comme le vent y souffle toujours avec violence et que les voyageurs ne

(1) A l'époque où la dynastie des Aghlebides cessa de régner, la tribu des Ketama possédait toute la région qui s'étend depuis Sétif jusqn'à BBne et depuis la mer jusgn'au sud de la ville de Constantine. (2) Le Nifenser de nos cartes. Cette montagne est située à droite de la route qui mène de Constantine à Batna. Elle est parfaitement bien connue; toutes nos cartes l'indiquent, excepté celle de la province de Constantine, publiée par le Dépôt de la guerre en Autant la partie topographique de cette carte est bonne, autant la nomenclature est imparfaite.

(3) Variantes: El-Herin, A; EL-Mehres ou 0-Mehrïîn, P. (4) _Var. Deguemma, M.

(5) La position d'El-Ghadir est bien connue.

(6) Voy. p. ;o.


manquent presque jamais d'y rencontrer un lion, on dit, par manière de proverbe « Arrivé à Addjar, passt vite; il y a des lions qui déchirent, des pierres qui coupent et des vents qui emportent Aux alentours de cette ville on trouve quelques tribus arabes et plusieurs fractions des Darîça et ries Mernîça, tribus berbères. De là on arrive à El-Fehmî>, bourg où se tient un marché très fréquentée; puis à Djezîi*a-t-Abi-Hammama puis à El- Aksabïîn, localité dont nous avons déjà parlé (i). Près de là il y a le FAHS BoLL « la plaine de Boll », plaine dont Je sol est le meilleur de toute l'Mrîkiya pour la culture des céréales. De Djezîra-t-Abi-Hammama jusqu'à Bône, on marche. pendant cinq jours à travers un pays rempli de vrillages et de fermes. En partant de Bône pour se rendre à Cairouan, on arrive, après une journée de marche, à ZANA, groupe de cabanes et de [133] huttes construites avec des broussailles et habitées par des Berbers. On y rencontre quelques sources d'eau, au milieu d'une vaste forêt entièrement composée de chênes zan (2), dont on exporte une partie en Ifrîkiya.

La ville de Bô\e, fondée à une époque très reculée, était la demeure d'Augochtîn « S. Augustin », grand docteur de la religion chrétienne. Elle est située auprès de la mer, sur une colline d'accès difficile qui domine la ville de SeBoUS « Seibouse ». De nos jours, elle porte le nom de MEDINA ZAOUI (3). Elle est à trois milles de la ville neuve, et renferme des mosquées, des bazars et un bain. Les envi-

(1) Voy. p. M-

(2) Espèce de chêne à feuilles caduques.

(3) C'est-à-dire la ville de Zoom. Il est possible q^El-Moë» ibn gades, quatrième souverain Zîride, ait donné la ville de B6ne en apanage à son parent, Zaoui ibn Mri, qui, après avoir fait de Grenade 1* capitale d'un royaume Lerber, rentra en Afrique l'an 4io Nous savons par Ibn-Khaldoon et d'autres historiens que Zaouï y trouva l'accueil le plus honorable.


rons sont très riches en fruits et en céréales. Bône la neuve (Bône-M-Huditha) fut entourée de murs un peu plus tard que l'an 45o (io58); eile possède auprès de aa mer un puits taillé dans le roc et nommé Bîr en-Nethra, qui fournit à presque toute la population l'eau dont elle a besoin. A l'occident de Ja ville est un ruisseau qui sert à l'arrosage des jardins et qui fait de cette localité un lieu de plaisance. L'Edough (i), montagne qui domine Bône, est souvent couvert de neige; le [134] froid y est très intense, et, chose'extraordinaire.on y voit une mosquée sur laquelle la neige ne tombe jamais, bien que toute la montagne en soit couverte. Bône jouit à la fois des avantages d'une ville de l'intérieur des terres et d'une ville maritime la viande., le lait, le poisson et te miel s'y trouvent en grande abondance. La viande de bœuf est celle dont on fait la plus grande consommation. Nous devons toutefois faire observer que les hommes blancs tombent malades dans cette ville et que les noirs s'y portent très bien (2). On trouve dans les environs de Bône plusieurs peuplades berbères appartenant à diverses tribus telles que les Masmouda et les Auréba. Cette ville est fréquentée par Jes négociante, dont la plupart sont des Andalous. Le revenu que Bône fournit à la caisse particulière du sultan, abstraction faite des sommes perçues pour le compte du trésor public (beit el-mal), s'élève à vingt mille dinars (200.000 francs). A t'orient de cette ville, il y en a une autre nommée MERÇA 'L-KHAREZ « le port aux breloques (3) où se trouve le corail. La mer environne cet

(i) Tous les manuscrits portent Zeghough £>J à la place d'Idongh t3>\

(2) Les noms bîdan et soudart signifient les blancs et Ies noirs, mais en parlant des hommes seulement s'il s'agit des animaux, on emploie les adjectifs btd et soud. (Voy. du reste le passage du texte arabe, p. 87, 1. 6 et 7).

(3) La Calle.


endroit de tous les côtés, à l'exception d'un chemin très étroit; elle parvient même à couper ce passage pendant la saison de l'hiver. Merça '1-Kharez est entouré d'un mur et renferme un bazar très fréquenté. Depuis peu de temps on y établi un débarcadère pour les navires On construit à Merça '1-Rharez des vaisseaux et des bâtiments de guerre qui servent à porter le ravage dans le paye des Roum (les côtes de l'Europe). Cette ville est le rendezvous des corsaires; il en arrive de tous les côtés, attendu que la traversée de la Sardaigne est assez courte pour être effectuée en deux jours. Vis-à-vis de Merça '1-Kharez est un -puits appelé Bîr Azrag, dont l'eau est malsaine; aussi dit-on proverbialement « II vaut mieux recevoir un coup de javelot (mizrag) que de boire au puits d'Azrag ». Cette ville est infestée de serpents, et J'air y est si mauvais que le teint jaunâtre des habitants sert à les distinguer de leurs voisins; c'est à un tel point qu'ils ont presque tous un amulette suspendu au cou. Le revenu de MerçaKharez s'élève à dix mille dinars (ioo.ooo francs). Ronte de Cairouan à Tabarca

A six journées (i) de Cairouan se trouve Monkstîb-OthMAN, bourg gros et bien peuplé, qui renferme un djamê, plusieurs caravansérails, bazars et bains, un puits qui ne tarit jamais et un grand château construit par les anciens avec des pierres et de la chaux. Les seigneurs de cette ville sont des Coreïchides et descendent d'Er-Rebiâ ibn Soleiman, qui colonisa cette place lors de son arrivée en Jfrîkiya. On trouve [t36] dans Monestîr des Arabes, des Berbers et des Afarec (2). A trois journées plus loin on arrive

(1) Il faut sans doute lire une journée J"-Xa.««à la place de six journées jj* ̃ (V°y- p. 80).

(2) Voy. p. 15, note 3.


i. Badia (i), après avoir traversé une suite non interrompue de villages. Badja, grande ville, entourée de plusieurs ruisseaux, est bâtie sur une haute colline qui porte le nom d'Aï* es-Chems Il la fontaine du soleil et qui a la forme d'un capuchon. Parmi Jes sources d'eau douce qui arrosent cette place et les campagnes voisines on distingue 1'.4in es-Chems, située auprès de la porte du même nom et tout à fait au pied du rempart. La ville possède plusieurs autres portes. La citadelle, édifice antique eonstruit de la manière la plus solide avec des pierres brutes, renferme dans son enceinte une source dont l'eau est pure <• abondante. On dit que cette forteresse fut bâtie à l'époque où vivait Jésus, sur qui soit le salut La ville possède un grand faubourg, situé à l'orient de la citadelle, dont le mur a été abattu de oe côté-là. Le djamé, édifice solidement bâti, a pour kibU (2) le mur de la ville. Badja renferme cinq bains, dont l'eau provient des sources dont nous avone paTlé; elle possède aussi un grand nombre de caravansérails et trois places ouvertes où se tient te marché des comestibles. A l'extérieur de la ville on voit des sources en quantité innombrable. Badja est toujours couverte de nuages et de brouillards les pluies et' les rosées y sont très abondantes; rarement [137] le oiel s'y montre pur et serein; aussi les pluies de Badja sont-elles passées en proverbe., A trois milles est de la ville se trouve une rivière qui coule du nord au sud. Les environs de Badj^i sont couvert de magnifiques jardins, arrosés par des eaux courantes; le sol en est noir, friable et convient à toutes les espèces de grains. On voit rarement des pois chiches et des fèves qui soient comparables à ceux de Badja, ville

(1) 1-é Vocca de Salluste, situé à l'ouest de Tnnis et au nord du Medjerda. Un autre Vacca, celui dont parle Hirtius, était à quatre lieues au nord de Thysdrus (Ledjem).

(2) Voy. p. 9, note 2.


qui, du reste, est surnommée le grenier de l'Ifrikiy a. En effet, le tenritoire est si fertile, les -céréales sont si belles et les récoltes si grandes, que toutes les denrées y sont à très bas prix, et cela lorsque les autres pays se trouvent soit dans la disette, soit dans l'abondance. Quand le prix des céréales baisse à Gairouan, le froment a si peu de valeur à Badja que l'on peut en acheter la charge d'un chameau pour deux dirhems (un franc). Tous les jours il arrive plus de mille chameaux et d'autres bêtes de somme destinés à transporter ailleurs des approvisionnements degrains mais cela n'a aucune influencé sur le .prix des vivres, tant ils sont abandants (i).

On met une journée pour se rendre de Badja à Baseli, groupe d'habitations occupées ipar des Berbère et situées dans le territoire des Ourdadja, auprès de quelques sources d'eau douce. Parmi les villages qui dépendent de Badja on remarque un bourg magnifique que l'on nomme El-Mogheiba, et qui renferme plusieurs églises, grands et beaux monuments de l'antiquité. Ces édifices,, construits de la manière la plus solide, sont encore debout et très bien conservés; on croirait, à les voiT, que les ouvriers viennent seulement d'y mettre la dernière main. Toutes ces églises sont revêtues de marbres précieux; les toits servent de retraite à une tette multitude de corbeaux que l'on croirait y voir assemblés tous les oiseaux de cette espèce qui existent dans le monde; on prétend qu'il y a là un talisman [qui les attire]. Pendant l'insurrection d'Abou Yezîd, le massacre, l'esclavage et l'incendie vinrent accabler la population de Badja; le poète qui composa, en mètre redjez, la satire d'Abou Yezid, parle ainsi de cet événement

(i) La ville de Badja, ou Bedja, est maintenant bien déchue de îon ancienne prospérité.


Ensuite il ruina Badja il en eapulsa les habitants, il en détruisit les bazars et Pafe'"â" après avoir fouillé les maisons et les tomLe gouvernement de Badja, dharge très recherchée, était resté pendant un temps dans la famille des Beni Ali ibn Homeid el-Ouézîr. Celui d'entre eux auquel on ôtait ce commandement ne cessait d'employer l'intrigue, la flatterie et les cadeaux, afin de s'y faire rétablir. Un individu de cette famille, auquel on demanda pourquoi ses parents ambitionnaient tant le gouvernement de Badja, fit cette réponse « Pour quatre ramons on y trouve le froment d'Anda, les coings de Zana, les raisins de Beltha (i) et [139] le poisson de Berna ». On trouve à Badja des poissons de l'espèce nommée bouri « le mulet », auxquels rien de comparable n'existe en aucun autre pays un seul individu de grosse taille peut fournir dix mtl « livres de graisse. On avait l'habitude d'en envoyer à Obeid Alhh le Fatemide, après les avoir enduits de miel pour les conserver frais. Debna est situé entre Tabarca et Badja. De Badja l'on se rend à TABARCA, ville située sur le bord de la mer et renfermant des monuments antiques d'une construction admirable. Elle est fréquentée par les négociants étrangers, aussi jouit-elle d'une certaine prospérité. La rivière qui la baigne est assez profonde pour admettre de gros navires et pour les laisser sortir dans lamer de Tabcarca. On rapporte que cette ville fut le lieu où la Kahena (2) perdit la vie. A l'orient de Tabarca et à lx distance d'une journée et demie s'élèvent les châteaux de Benzert (Kild Benzert), qui offrent un asile aux habi-

(t) L'auteur indique ailleurs les positions de Zana et de Derna. Il ne fait plus mention de Beltha ni d'Anda. Cette dernière ville, dont le nom se trouve dans l'index de Polybe, était probablement situéprès du Medjerda (Bagroda).

(2) Voy. VHist. des Berb. d'Ibn-Khaldoun.


tants de cette localité toutes les fois que les Roum essayent d'opérer une descente sur la côte; ils servent aussi de ribats aux gens qui s'adonnent à la dévotion. Mohammed ibn Youçof s'exprime ainsi dans sa description du littoral qui s'étend depuis Tabarca. jusqu'à la rade de Tunis « Le Merça-'l-Cobba « ,la rade de la coupole » est dominée par Beivzert, ville maritime traversée par un gros fleuve, très poissonneux, qui va se jeter dans la mer. Elle est entourée d'une muraille de pierre et possède un djamê, des bazars, des bains et des [140] jardins. Il n'y a pas d'endroits où le poisson soit à meilleur marché qu'à Benzert ». Cette place fut conquise en l'an de J. C.) par Moaoüia ibn Hodeidj. [Le prince Oméïade] Abd elMelek ibn Merouan, qui l'accompagna dans cette expédition, s'étant écarté du corps de l'armée, trouva, chez une femme indigène, un accueil empressé et une généreuse 'hospitalité. Jamais il n'oublia ce bienfait, et, parvenu :au trône du khalifat, il écrivit son lieutenant, gouverlieur de rifrîkiya, lui ordonnant d'avoir soin de cette femme et de toutes les personnes de la même famille. Cet officier les combla de biens et de faveurs.

L'ordre dans lequel tous ces ports se présentent sera indiqué plus loin, dans un chapitre spécial (i). Le littoral, auprès des châteaux de Benzert, renferme un lac .(boheira) qui porte aussi le nom de cette ville et qui reçoit les eaux de la mer. On y pêche, chaque mois de l'année, une espèce de poisson particulière que l'on n'y trouve plus dans les autres mois. Ce lac offre un fait très-curieux quand les marchands viennent chez le pêcheur pour acheter du poisson, celui-ci leur dit d'indiquer l'espèce sur laquelle il doit jeter son filet, et de

(i) Ce chapitre ne se trouve ni dans le manuscrit P, ni dans le manuscrit E. Nous le donnerons d'après les manuscrits A et M.


precser le nombre de poissons qu'ils désirent avoir. Alors ii prend un poisson [vivant], que l'on dit être la femelle de l'espèce nommée txwri il le Hache dans le lac, le suit avec son filet, puis il retire de l'eau la quantité de [141] poissons dont on était convenu.; presque jamais il ne se trompe dans le nombre. Auprès de ce lac il y en a deux autres, dont l'un est rempli d'eau douce et l'autre d'eau salée. Chacun de ces lac;s se décharge alternativement dam l'autre, pendant la moitié de l'année, sans que la saveur des eaux en soit altérée.

A l'occident de la ville de Bône et à la distance d'une jom-nén de marche., on trouve un lac ayant trois milles de longueur et autant de largeur (i). L'oiseau de l'espèce appelée keikel y construit son nid sur la surfacé de l'eau, et, lorsqu'il aperçoit sur le rivage un animal [qui pourrait lui nuire], il pousse devant lui, jusqu'au milieu du lac, le nid qui renferme ses petits. C'est le même oiseau que l'on nomme haouas en Egypte (a), et dont la peau est employée comme fourrure et se vend très-'Cher..

Route de Calâ-t-AbI Taonfl à la ville de Ténès

De Calâ-Aibi Taouîl on se rend à El-MecÎla, grande ville située SUT une rivière appelée le SEHER (3). Elle eut pour fondateur Abou 'l-Cacem Ismaîi, fils d'Obeid Allah [le Fatemide], qui en posa les fondements l'an Ji3 (925926 de J. C.). Ali ibn Hamdoun, mieux connu sous le nom d'ibn el-Andeloci (4), fut la personne charge de

(1) Le lac Fezara, situé à dix milles sud-ouest de Bône

(2) Le mot keikel n'est plus connu des pelade, qui habitent les environs du lac Fezara le mot twoua, n'^t pas connu en Egypte. L'oiseau dont il s'agit est sans doute le grèbe.

(3) Appelé aujourd'hui Oua<U>l-Kemb « la rivière aux roseaux (j) Voy. p. 70. note &.


faire construire cette [142] ville. Simak ibn Meseaud ibn Mansour, l'aïeul d'Ali ibn Hamdoun, appartenait à la famille de Djodam [ancêtre d'une grande tribu yéménite]. Nommé par Ismaîl au gouvernement d'El-Mecîla, Ali ibn Hamdoun y passa le reste de sa vie; il fut tué pendant les troubles suscités par Abou Yezid. Son filsDjâfer, qui n'avait pas quitté la ville, obtint le commandement du Zab entier; puis en l'an 360 (970-971) il s'en éloigna, ainsi que nous le raconterons ailleurs {x). El-Mecîla, ville située dans une plaine, est entourée de deux murailles, entre lesquelles se trouve un canal d'eau vive qui fait le tour de la place. Par le moyen de vanneson peut tirer de ce canal assez d'eau pour l'arrosement des terres. Dans la ville on voit plusieurs bazars et bains, et, à l'extérieur, un grand nombre de jardins. On y récolte du coton dont la qualité est excellente. Tout est à bas prix dans El-Mecfla; la viande surtout est très-abondante. On y rencontre des scorpions dont la piqûre est mortelle. A peu de distance s'élève une montagne habitéepar des Adjiça, des Hoouara et des Beni Berzal, peuplade» qui possédaient jadis le territoire de la ville. Au sud d'ElMecîla est un endroit nommé El-Kibab « les coupoles »; on y remarque des voûtes antiques auprès desquelles sont les restes d'une ville ancienne nommée BECHLÎGA (2). Ces ruines sont traversées par deux rigoles d'eau

(i) Djâfer se récolta contre la dynastie latemide et embrassa le partf des Oméïades espagnols. (Voy. Hist. des Berben, t. II, p. 554). Lerécit auquel El-Bekri renvoie ses lecteurs ne se trouve pas dans les manuscrits que nous possédons de son ouvrage.

(2) « Les ruines de la ville de Bechilga. situées à environ une lieuede Mecila. vers l'est, occupent un terrain de quinze on seize centsmètres de longueur, et de six cents de largeur. Une inscription lapidaire, trouvée près de cet endroit, nous donne l'ancien nom de laville c'est le Zabi de l'Itinéraire d'Antonin »« (Voy. Reçue africaine^ t. n, p. 3a4).


douce, dont les conduits sont de construction ancienne. On les appelle [en langue berbère] Targa 'n-Oudi, ce qui veut dire « rigole de beurre fondu ».

Ahmed ibn Mohammed el-Meroudi parle [dans son poëme] de l'arrivée d'Ismafl [El-Mamsour] à El-Mecîla, ville que les Fatemides nomment El-Mohammediya; voici •?n quels termes il s'exprime

Ensuite il vint à El-Mohammediya, ville bien-aimée,. que la piété .avait fondée

Il arriva vers l'heure de midi, et par son aspect il y répandit une vive lumière.

Il campa avec son armée à El-Mecîla, dans un ordre aussi beau que parfait.

Aux alentours se voyaient les indices d'une glorieuse victoire, faveur insigne du Dieu tout-puissant (i).

Le SEHER, rivière auprès de laquelle El-Mecîla est située, a ses sources dans l'intérieur de GHADÎR Ouarrou, .grande et ancienne ville, entourée de montagnes. ElGhadîr « l'étang » renferme une source dont l'eau est douce et assez abondante pour faire tourner plusieurs moulins. On y remarque encore une autre source, et plus bas une troisième, qui coule avec bruit et qui porte le nom d'Ain Makhled. [144] Les eaux de ces sources se réuniassent dans la ville et forment le Seher. El-Ghadîr possède un djamê et plusieurs bazars bien fournis. Toutes les espèoes de fruits s'y trouvent en abondance et se vendent à bas prix, ainsi que le Hé et la viande. Pour un dirhean (dix sous) on achète un kintar (quintal) de raisins. Les habitants de cette [région] appartiennent à la tribu des Hoouara et forment une population de soixante mille âmes. A l'orient d'El-Ghadtr est un bourg très-

(1) Ce fut dans cette expédition qu'El-Man?onr réussit à vaincre Abon-Yerid.


ancien, qui porte le nom de Tabfala. Cette localité n'a pas sa pareille dans le monde; aussi les habitants disent par manière de proverbe] Tarfala est une portion (tari) du Paradis. El-Gbadir est située entre Souc Hamza et Tobxa, à deux journées de cette dernière ville. D'El-liecîia on se rend à la rivière Djouza (i); puis à la ville d'AcHÎH. Mohammed ibn Youçof attribue la fondation d'Achîr à Ziri {Ibn^lenadJ et, pour preuve; il cite les vers suivants, qu'il avait entendu réciter par AbdMélek ibn Aïchoun

0 toi qui veux connaitre notre pays de l'Occident et ce lieu d'infidélité, Achir

Ce séjour du vice, siège d'une race perverse, ville soutenue par la fausseté et le mensonge Sache qu'elle fut bitie par Zfri le maudit que la ma!édiction de Dieu retombe sur Ztri 1

[146] A<*fr est une ville très-importante; l'on assure que dans toute cette région il n'y a point de place qui soit plus forte, plus difficile à prendre et plus propre à décourager un ennemi on ne pourrait y donner l'assaut que par un endroit où il ne faudrait que dix hommes pour repousser une armée. Ce sentier est au côté oriental de la forteresse et conduit à UN Messacb. « la source de Mesaaud partout ailleurs le rocher s'élève à perte de vue et ne saurait être escaladé (2) ajoutez à cela que la place est environnée de hautes montagnes. Dans l'intérieur de la ville les eaux jaiffissent de deux sources

(i) A la place de Djouza manuscrits A et M le3 seuls qui donnent cette partie du chapitre, il faut peut-être lire Khorza «j ,-a. nom d'une rivière qui forme une des branches supérieures de lisser, et qu'il faut côtoyer avant d'arriver au sentier qui monte jusqu'à l'emplacement d'Achtr. (Voy. Hist. d» Btrben, U\ p. ^W*/#

(2) Le texte arabe signifie, à la lettre: lea yeu glissent de denus lai; conuttdnt feraient alors les pieds?


dont on ignore la profondeur; l'une s'appelle Aïn Soleiman et l'autre Thala'^Tîrcgh « la source de couleurjaune » (i).

Achîr, dont les fortifications furent construites en l'an <977-9/8 de J. C.) par Bologguin Youçof (a), fils de Zîn ibn Menad, fut ruinée, postérieurement à l'an Mo (io48-io4û), par Youçof, fils de Hammad et petit-fils de Zîri (3), qui livra les biens et les famiJles des habitants à la rapacité et à la violence de ses soldats. Quinze années plus tard la viHe commença à se repeupler.

D'Achîr on se Tend au bourg nommé Souc HoouARA, puis à Souc KERAM, bourg situé aur Je [146] Chelîf De là on arrive à MilÎa*a, ville de construction roumaine, où l'on voit plusieurs anciens monuments, beaucoup d'arbres et quelques ruisseaux qui font tourner des moulins. Ziri ibn Menad reconstruisit cette place et la donna pour résidence à son fils Bologguin. Eile est maintenant dans un état prospère. EL-KHADRA « la verte (4), qui forme la station suivante, est une ville considérable, qui possède un grand nombre de jardins; un de ses quartiers est envahi par les eaux toutes les fois que la rivière voisine est grossie par les pluies. De là on se dirige vers Bexi OuarÎfen, Tille ancienne, où l'on voit de vastes plaines couvertes d'herbage. La petite vie de CAMA, où.

(i) Ce nom est purement berber.

(=0 Voy. Hisl. des Berben, t. Il, p. 6 et suiv., 48g et suiv. (3) ïoaçof gouvernait le Maghreb aU' nom de son frère, El Caïd, «nm^un de la Cala Beni Hammad. (Voy. BUl. des Berbers, t. H,, {il fT- place les ruines d>E1-Hladra sur te CBélif à un mille au, nord du K C'est auprès ^«era-t-d-Cadtoa, à la jonction du Ctebl et du Oued-Ebda que se trouvent les ruines dTïlHwdra, J'Oppidum nMumde l'Itinéraire d'Antonin, route de Calam* ^^oc^Sar «m territoire, les Français ont fondé un village-


le voyageur arrive ensuite, est sitvée sur le flanc d'une montagne et possède un grand nombre de eources. De là on va s'arrêter à Ténès, ville entourée d'une forte muraille et située à deux milles de la mer. Dans l'intérieur de la place est une colline escarpée dont le sommet est couronné par un petit château. Cet édifice eet dans une si forte positions, que les agents du gouvernement se le sont approprié comme résidence. Ténès renferme une mosquée djamê et plusieurs bazars. La rivière Tenatîn, qui entoure la ville du côté du nord et de l'est, vient des montagnes situées à une journée de distance vers [147] te sud, et se décharge dans la mer. On trouve à Ténès quelques bains. Cette ville s'appelle Ténès la Neuve; les habitants montrent, sur le bord de la mer, un château qu'ils disent être l'ancienne Ténès (i), et qui, selon eux, fut habite avant la construction de la ville actuelle. Celleci fut bâtie en l'an 262 de J. C.) par les marins de l'Andalousie [bande d'aventuriers], au nombre desquels se trouvaient El-Kerkerni, Abou Aïcha, Es-Saccar et Soherb. Elle fut peuplée par deux colonies andalousiennes, dont l'une était venue d'El-Bîra (Elvbn), et l'autre de Todmir (Murcie). Les seigneurs de Ténès sont d'origine noble, leur ancêtre, Ibrahim, ayant eu pour père Mohammed, file de Soleiman, fite d'Abd Aikh, fils de Hacen, fils d'Ali [gendre de Mahomet]. Les marins dont nous venons de parler avaient l'habitude, en quittant l'Espagne, d'aller passer l'hiver dans le port de Ténès; les Berbère des environs, étant venus se joindre à eux, les invitèrent à s'établir dans le château et à y tenir un marrbé, leur promettant de les soutenir, de les favoriser et d'observer, à leur éganl, les obligations de l'amitié et du bon voisinage. Les Andalous aooeptèrent

(i) Ce sont les ruines de Cartenna.


la proposition et dressèrent leurs tentes dans l'intérieur de la forteresse. Bientôt ils virent arriver chez eux beaucoup de monde, et, dans le nombre, tous leurs anciens amis de l'Andalousie. A l'entrée du printemps ils tombèrent tous malades, et les Andalous, jugeant la localité malsaine, remontèrent dans leurs navires, sous le prétexte d'aller chercher des vivres pour le reste de la population. Ils firent alors une descente auprès d'ElMeriya Beddjana (i), et s'emparèrent de cette ville, ainsi que nous aurons à de raconter plus loin (2). Les colon-t qui restèrent à Ténès virent leur nombre augmenter, leurs richesses s'accroître, et, quelque temps après, Us accueillirent chez eux quatre cents familles de Souc Ibrahim, habituées à vivre sous la tente, et partagèrent avec elles leurs logements et leurs biens. Tous g'entr'aidèrent alors dans les travaux de construction, et Us élevèrent à Ténès le château que l'on y remarque encore. Deux portes de la ville s'ouvrent vers le midi, une autre regarde la mer, et celles qui se nomment Bab ibn Naseh et Bab el-Khokha « la porte au guichet », amont tournées vers l'orient. Quand on sort par la Porte au guichet, on trouve l'Ain Abd es-Selam, source abondante qui fournit de l'eau douce.

La mesure de capacité employée par les habitants de Ténès est nommée sahfa, et contient quarante-huit cadous; le cadous contient trois modd de la dimension autorisée par le Prophète. Le ratl Il livre » de viande est de soixante-sept aoukîa « onces », et le ratl employé pour peser toutes les autres denrées, équivaut à vingt-deux wtk Leur kirat « carat » pèse un tiers de dirhem affl

<i) CVsW-dire Alméria de Pechina. La ville de Pechina, située à eu. milles d'Alméria, était d'abord le chef-lien de ce canton. (a) Sans doute dans sa Description de t'Espace, traité dont on ne possède que les premières pages.


« drachme légale », poids de Cordoue. La monnaie frappée au coin qui a cours chez eux consiste en kirats, en roba dirhen « quart de drachme x, en sikels et en doubles grains. Leur dirhem équivaut à douze dirhem. siciliens.

Saïd ibn ou-Chekla, natif de Téhert, récita les vers suivants à Ténès, pendant la maladie qui devait l'emporter

Abandonné par le sommeil, j'ai épuisé ma patience (i), et je me trouve captif, loin du séjour des amis.

Me voici, loin de Téhert, dans le séjour de l'isolement; la sentencedu destin

-M'a relégué dans Ténès, ville du malheur, où l'on conduit ceux dont la vie doit promptement s'éteindre.

Ténès est [aussi fatal que] le temps et le bourreau son eau est le juge {qui nous livre à la mort] son aspect funeste est le glaive du trépas.

C'est une ville où les puces sont assez nombreuses pour emporter un piéton où le! chacals arrivent en bandes [aussi nombreuses que celles] du jour de la résurrection.

C'est une ville où le peuple marche entouré d'escadrons d'une nation, noire qui triomphe dans sa vengeance.

On voit les habitants, accablés par les coups de la fièvre; et s'enivra»! malgré cela depuis le matin jusqu'au soir.

Un autre poëte a dit [sur le même sujet]

Toi qui me demandes comment est le pays de Ténès, séjour de l'avarice consommée et des immondices,

[Sache que] c'est une ville où la rosée [de la bienfaisance] ne descend jamais où l'habitude de la générosité est tombée en désuétude.

Les habitants savent parler clairement quand il s'agit de dire non; s'il faut dire oui, ils sont sourds et muets.

[150] Le voyageur qui approche de ce pays, sans le connaître, part le soir même pour ne pas y passer la nuit.

(i) A la lettre les ganses (on liens) de là patience sont anéanties.


L'eau participe des mauvaises qual.ités qui distinguent la ville, c'est de la bourbe qui coule sur un sol bourbeux.

Si jamais tu as envie de maudire un pays, lance ta malédiction en même temps contre Ténès.

De Ténès à Téhert il y a cinq journées de marche. Route de Cairouan à Merça 'z-Zeitouna

De Cairouan on se rend à Meddjana par la route déjà indiquée (i); puis à Tîdjis, ville entourée d'une muraille de ,pierre construite par les Roum, et possédant un faubourg, quelques bazars, un djamê et un bain. On y trouve plusieurs familles berbères, appartenant aux tribus de Nefza, d'Oureghrouça (2), de Guezennaïa et de Hamza. Celle-ci est une tribu zenatienne. De Tîdjis on se transporte à Cosantèxa « Constantine », grande et ancienne ville, renfermant une nombreuse population, et d'un accès tellement difficile, qu'aucune forteresse du monde ne saurait lui être comparée; elle est située sur trois grandes rivières portant bateau, qui l'entourent de toutes parts (3). Ces rivières proviennent des sources nom-

(1) Voy. ci-devant, p. io6. Ici finit la lacune des manuscrits P et E. {2) Les Ourdeghroug d'Ibn-Khaldoun. (Hist. des Berbers, t.. 1, p. i.7i)--

(3) Le Bou-iMerzouc se jette dans le Rommel, à environ un kilomètre en amont de Constantine. Ni l'une ni l'autre de ces rivières n'a maintenant assez de profondeur pour porter bateau. On pourrait cependant les rendre navigables en rétablissant l'ancien barrage à l'entrée du ravin qui sépare le plateau de Constantine de celui de Mansoura. Alors, comme dans les derniers temps du Bas-Empire, on parviendrait à inonder une grande étendue du pays. Sur les flancs des montagnes, à droite et à gauche de la route qui mène de Constantine à Batna, on voit une ligne blanchâtre et presque toujours horizontale, qui semble indiquer les-bords d'un vaste lac qui occupait les bassins du Rommel et du Bou-Merzouc, avant la rupture du barrage. La partie inférieure de cette construction existe encore, et l'on remarque, parmi les matériaux dont il se compose, des débris de monuments romains. La troisième rivière d'El-Bekri n'existe pas.


mées Oîoun Acheggab, c'est-à-dire « les sources noires (t) », et passent dans un ravin d'une profondeur énorme. Dans la partie inférieure de ce ravin on a construit un pont de quatre arches, lequel soutient un second pont, qui en supporte un troisième de trois arches. Sur la partie supérieure de ces [arcades] se trouve une chambre qui est de niveau avec les deux bords du ravin, et qui forme te passage par lequel on entre dans la ville. Vue de cette chambre, l'eau qui est au fond du ravin a l'aspect d'une petite étoile, tant le précipice est profond. Cette chambre s'appelle El-Abour Sirius », parce qu'elle est [pour ainsi dire] suspendue au ciel (2). Constantine est habitée par diverses familles qui avaient fait partie des tribus [berbères (3)] étaablies dans Mîla, dans [le pays des] Nefzaoua et dans [celui de] Castîliya; mais elle appartient à certaines tribus ketamiennes. Elle renferme des bazars bien fournis, et jouit d'un commerce prospère. De cette ville au port de Sicda (4) il y a une [forte] journée de marche.

De Constantine l'on peut se rendre à Mîla. Au mois de dhoual 378 (janvier-février 989 de J.-C.), El-Mamsour [fils de Bologguîn] sortit de Cairouan et envahit le pays

(1) .4cheggar ,Li_^i\ est le mot berber Azeggagh £ LésLjl (rouge) mal orthographié. Noir se dit en berber te6errik.

(2) A cette description on reconnaît un aqueduc ancien, probablement celui qui amenait de l'eau aux citernes de la Cacha, et qui fut plus tard converti en pont. La chambre qui, selon El-Bekri, se trouvait au niveau avec les bords supérieurs du ravin et servait de passage pour entrer dans la ville, était; sans doute, le canal de l'aqueduc. (3) Ce fut vers le milieu du xiO siècle que les premières tribu» arabes arrivèrent dans l'Afrique septentrionale. Avant cette époque on n'y voyait, en fait de nomades, que des peuplades berbères. (4) C'est-à-dire Skîkda, l'ancienne Rusicada, maintenant Philippeville. Dans les manuscrits de l'ouvrage dIbn-Khaldoun ce nom est écrit Stkda.


des Ketama (i). Arrivé dans Je voisinage de Mila, il alla se présenter devant cette ville, avec l'intention de la livrer au pillage et d'exterminer la population. Son armée était prête à monter à l'assaut; on venait de déployer les drapeaux et de battre les tambours, quand les femmes de la ville, jeunes et vieilles, sortiront au-devant d'El-Mansour, avec leurs enfants. A ce spectacle il fondit en larmes, et donna l'ordre d'épargner tous les habitants, sans exception. 'Les ayant alors dirigés sur Baghaïa, il fit réduire leur ville en ruines. Ces pauvres gens venaient de partir pour leur destination, chargés de leurs effets les plus faciles à emporter, quand ils furent attaqués et dépouillés par un corps de troupes sous les ordres de Mafccen ibn Ziri (a) :Dès lom la ville de Mîla resta quelque temps sans habitants. Aujourd'hui elle est entourée d'une muraille de pierre et d'un faubourg; eille renferme un djamê, quelques bazars et quelques bains. Les environs de la place sont awosés par les eaux courantes. La population de Mîla se compose d'Arabes, de gens de la milice et d'hommes de race mélangée. C'est maintenant une des villes les plus importantes du [gouvernement du] Zab. Auprès de Bab er-Roous « la porte aux têtes », qui est ,orient de la ville, s'élève le djamê, qui touche à la maison du gouverneur. Dvaus l'intérieur de la vdlle, auprès de la porte septentrionale, qui est nommée Bab es-Sofli, on voit une fontaine appelée Aïn Abi Sebd; l'eau y arrive par un conduit souterrain, qui part de la montagne nommée BENI-

(i) Voy. Hist. des Berbers, t. Il, p. i4, note.

(a) Makcen était alors au service d'El-Mansour. Ce ne fut que onze ans plus tard que lui et ses frères se mirent en révolte. (Voy. Hist. des Berbers, t. II, p. 16). Il ne faut pas s'étonner de voir le chef d'un détachement piller une caravane qui voyageait avec un sauf-conduit du commandant en chef toujours et partout, dans les pays musulmans, les corps détachés mangent les peuples, pillent à volonté et se battent le moins possible.


Yarol r; puis elle remplit une rigole qui traverse le bazar. En été, lorsque l'eau devient rare, on ne Jaisse muter l'eau que les samedis et les dimanches. Le faubourg renferme plusieurs baim. Dans la ville est une source appelée Ma el-Homma «la souiee de la fièvre », dont les eaux, appliquées par as-persion SUr un corps fiévreux, lui rendent la santé, grâce à la bénédiction divine et à leur extrême fraicheur. De Mîla on se rend à Merça VZîtotoa « le port de Zîlouna C'est la montagne de DjÎdjel que l'on désigne par le nom d'Ez-ZeUouna l'olivier (i) ».

[154] Route d'Achîr à Merça 'd-Daddjadj

En quittant Achîr, le voyageur se rend au bourg de Chaba, puis à un défilé (2) qui sépare deux montagnes puis il entre dans une vaste plaine, où l'on recueillc, la racine du py,rèthre, drogue que l'on exporte aux autres pays. La ville de Hamza, située dans cette localité, eut pour fondateur et premier occupant Hainza, fils dEl-Hacen, fils de Soleiman, fils d'El-Hocein, fils d'Ali fils d'El-Hacen, fils d'Ali, fils d'Abou Taleb. El-Hacen, fils de Soleiman, étant venu se fixer en Maghreb/ eut pluSieurs fils, savoir Bamza, Abd Allah, Ibrahim, Ahmed, Mohammed et El^acem. Tous ces frères eurent des enfants dont la postérité habite encore cette contrée (3). De

V (1) Le Merça 'z-Zeitouna est situé à l'ouest du grand cap ou montagne, nommé Sebâ-Rooas « les sept caps ». L'auteur diiW w la montagne de Djîdjel, que l'on désigne par le uom ét-ZeUol™- â TvoT^f* c'est sans doute qu'il (2) Ce défilé commence un peu après ^«-fc'(3) La localité nommée Souc Hmnza ou Bourdj Hamza, porte maintenant k nom de Bourdj Bouîra; eUe est située au sud du Jnpjura, entre oette montagne et ta rivière de Bougie


Hamza l'on se rend à BELîAS (t), lieu situé sur une grande montagne, et de là on arrive à MERÇA 'D-DADDJADJ (2) « le port aux poules ». La mer environne trois côtes de cette dernière localité; une muraille, percée d'une seule porte, s'étend du rivage occidental au rivage oriental [de la péninsule], et c'est ilà que se trouve l'entrée de la ville. Les bazars et la [155] grande mosquée sont situés en dedans de cette enceinte. Le port, très étroit et peu profond, n'est nullement sûr. La ville possède quelques sources de bonne eau; elle a pour habitants des Andalous et des [fractions de] tribus ketamiennes. BEM DJEnAD, ville située à l'orient de Merça 'd-Daddjadj, est plus petite que celle-ci. Celui qui veut se remdre de Cairouan à Merça 'd-Daddjadj doit suivre jusqu'à El-Mecîla la route indiquée plus haut (3). De là il se rendra à une source d'eau douce et froide qui est ombragée par un gros arbre et qui porte le nom d'AouzEKOUR. Cet endroit est sur l'extrême limite du pays des Sanhadja. Ensuite le voyageur se portera en avant jusqu'au Souc MAKCEN « le marché de Makcen », ville située sur le Ghélif (4) et appartenant aux Sanhadja, elle est entourée d'un mur et possède quelques sources. De là il se dirigera sur Souc-Hamza, ville appartenant aux Sanhadja et environnée d'une muraille et d'un fossé. Hamza, fils d'El-Hacen, fils de Soleiman, fils d'El-Hooèin, fils d'AiH, fils d'El-Hacen, fils d'Ali, y fit sa résidence. Il arrivera ensuite à Beni-Djenad, .petite ville située sur une colline, à un mille de la mer. De là il se rendra à Merça 'dDaddjadj.

(1) Le Tentât el-Begass de la carte des environs d'Alger, i85i. (2) Sur la même carte, ce nom est écrit, par erreur,Mers el-Hadjadje. (3) Voy. ci-devant, p. 105 et 123.

(4) Aller d'El-Mecîla à Souc-Hamza (voy. un peu plus loin) en touchant au Chélif, ce serait faire un détour énorme et tout à fait inutile. Il y a quelque erreur dans l'indication d'El-Bekri.,


Route d'Achlr à la vflie de Djeaalr Béni Mnghaïuu D'Achîr l'on se rend à El-Mediïa « Médéa ville importante et d'v.ae haute antiquité; .pu» à Cazhouna (i) ville située sur une grande rivière dont les bords sont couverts de mouline et de jardins. Cet endroit, qui porte aussi le nom de Mittuwa, est riche en pâturages et enchamps cultivés; id surpasse toutes les localités voisines par la quantité de Hn que l'on y récoite et que l'on transporte dans les autres pays. On y remarque des soumces d'eau vive et des moulins à eau. De là on se rend à la ville d'iGHZEB petite rivière en berber (2); puis à D^zaïr BENI Mezgha^a « les îles de la tribu de Mezghanna (maintenant Alger\ Oetu. dernière ville est grande et de construction antique; elle renferme des monuments anciens et des voûtes solidement bâties, qui démontrent [par leur grandeur] qu'à une époque reculée elle avait été la capitale d'un empire. On y remarque un théâtre (dar elmelâb, à la lettre maison de divertissement), dont l'intérieur est pavé de petites pierres de diverses couleurs, qui forment une espèce de mosaïque. Dans cet édifice on voit les images de ¡plusieurs animaux, parfaitement travaitllées et façonnées d'une manière si solide que, pendant une longue série de siècles, elles ont résisté à toutes les injures du temps. La ville renferme plusieurs bazare et un djamê. Elle possédait autrefois une vaste église dont i! ne reste qu'une muraille en forme [157] d'abside, se dirigeant de l'est à l'ouest. Cette muraiMe sert maintenant, de kibla Jégale, lors des deux grandes fêtes; elle est ornée

(i) Variaate Cazrouca «i, Un haouch ou ferme portant le nom de muT"" est situé sur le Ooad Yoçoc' à Il.300 mètres de la ville- (a) Probablement Boufarik.


de panneaux et couverte de sculptures et d'images. Le port est bien abrité et possède une source d'eau douce (i); il est très fréquenté par les marins de Hfrîkiya, de l'Espagne et d'autres pays.

Il y a trente milles d'AcHÎB à TAMAGHALET (2), villebâtie sur le flanc d'une montagne, à l'entrée du grand désert.

Route de Cairouan à Ténès

De Cairouan l'on se rend à EL-GHOZZA par la route déjà indiquée (3); puis à Tadjemva (4), ville située dans uneplaine et renfermant une population considérable. Elleest entourée d'une muraille et possède un djamê. Ses habitants appartiennent à la tribu [berbère] des Bercadjenna ceux qui occupent les environs font partie de la tribu des Guezennaïa. De Tadjenna l'on se rend directement à Ténès.

Route d'El-Ghozza à Tihert

On. se rend d'El-Ghozza à TADJEMOUT, en traversant le défilé des Miknaça; puis à AïN es^Sobhi, source qui jaillit au pied d'une montagne appartenant aux Matmata de là on passe à Taghabîbet, puis on arrive à Tîheht(ô).

(i) Sans doute celle qui est sous la mosquée des Hanefis. (a) Variante Tamghilet.

(3) La petite ville d'El-Ghozza était probablement dans le canton de 'Mazonna, entre cette ville et le Chelif. El-Bekri renvoie ici à unitinéraire qui ne- se trouve pins dans les manuscrite de son ouvrage. Sur la carte de la province d'Oan, publiée en i#56 par Je Dépôt de la guerre, Tadjenna est placée à environ quatorze milles sud-ouest de Tehès.

(5) Cette route part du Chelif en-remontant la vallée du Rion.


La ville de Tîhekt est environnée d'un mur percé de trois [lis. plusieurs] portes, savoir Bab es-Saba, Bab elMetuizel la porte des logements », Bab el-Andelos Il la port/- d'Espagne Bab el-Metohen « la pojte des moulin. etc. Elle. est située sur le flanc d'une montagne nommée HvwmvL. La citadelle domine le marché de la ville et porte le nom à'El-Mâsouma « l'inviolable ». Une rivière venant du côté du midi et appelée la MINA, passe au sud de la vide. Une autre rivière, formée par les eaux réunies de plusieurs sources et nommée Tatocii, fournit aux besoins des habitants et à l'arrosage des jardins. Celle-ci passe à l'est de la ville. Toutes les espèces de fruits se trouvent à Tlhert, et les

coings de cette localité surpassent en beauté, en saveur et en parfum ceux des autres, pays. Ils portent le nom de fans. Le froid y est très rigoureux; les brouillards et les neiges sont très fréquents. Citons à ce sujet quelques vers «imposés par Abou Abd er-Rahman Bekr iim Hammad pendant son séjour à Tihert. Cet homme avait la réputation d'un traditionniste exact et véridique; il avxit étudié les traditions en -Orient, sous Ibn Mochedded, Amr ibn Merzouc et Biohr ibn Hodjr;. en Ifrîkiya il avait eu poumaîtres Sabnoun et quelques [169] autres docteurs. II habita Tîhert et mourut dans cette ville

Que le froid est rude et intense à Tibert! Comme le soleil y jette des regards faibles et languissants

comme s'il venait de sortir de sa couche.

Nous sommes ici an milieu d'une mer Mencieuse Da neige], et le vent nous pousse tout droit devant lui. –S'M. l'apparition du soleil nous enchante autant que l'arrivée du sabbat réjouit ks juifs.

Un natif de Tîheri, ayant remarqué combien la chaleur du soleil était forte dans le ffidjaz [en Arabie], lui


adressa ces paroles Brûle ici tant que tu voudras; mais, par Allah! tu es bien méprisable à Tîheil

La ville dont nous venons de parler est Tiherl-la-Xeuve. A l'orient de celle-ci et à la distance de cinq milles s'élève Tihert-la-Vleille [maintenant Tiaret], château fort appartenant aux Bercadjenna. On raconte que cette peuplade, ayant entrepris de bâtir Tîhert, trouva, chaque matin, l'ouvrage de la veille renversé. Ils construisirent alors T'îhert es-Soffa la basse Tihert » laquelle est Tihcrt-laneuve. Au sud de cette ville on rencontre des villages habités par des Louata et des Hoouara; à l'ouest, on trouve des Zouagha, et au nord, de. Matmata, des Zenata et des Miknaça. Nous venons de dire qu'à l'est de Tihert est un château appartenant aux Bercadjenna; c'est celui qu'on nomme Tîhert-la^Vieille.

Tîhert eut jadis pour seigneur Meimoun, fils d'Abd [160] er-Rahman, fils d'Abd el-Ouehhab, fijs de Rostem, fils de Behram, fils de Doucherar, fils de Sabour. fi'ls de Babegan, fils de Sapour dou '1-Aktaf roi de Perse. Beliram était client d'Othman, émir des croyants. Meimoun fut chef des Ibadites et imam de ces sectaires ainsi que- des Sofrites et des Ouaseliens. Ses partisans lui donnèrent le titre de khalife. Les Ouaseliens avaient leur lieu de réunion eux environs de Tîhert. Ils étaient au nombre d'à peu près trente mille. Ils habitaient des tentes qui ressemblaient à felles des Arabes et qui pouvaient se transporter d'un lieu a un autre. La souveraineté de Tihert passa des descendants de Meimoun à ceux de ses frères Atod er-Rahman et Ismaîl, fils de la Rostemide; mais en l'an 296 dt T.-C.), Abou Ahd Allah es-Chîaï se présenta devant Tîhert et en obtint possession par la promesse d'une amnistie géné- rale mais il fit mourir un grand nombre de Rostemides, dont il envoya les têtes à son frère, Abou '1-Abbas. On


promena ces trophées dans les rues de Cairouan, puis on les planta sur la porte de Racooda. La famille de Ro&tem avait régné à Tihert pendant cent trente ans. Mohammed ibn Youçof raconte qu'Abd er-Rahman, fils de Rost<*m, avait été lieutenant d'Abou '1-Khattab Abd el-Alâ,. fils d'Es-Sameh, fils d'Obeid, fils de Harmela, et cela à J'époque où ce chef s'était rendu maître de l'Ifrîkiya (i). Dans te mois de safer iU (mai-juin de J.-C.), Abou '1-Khattab fut tué par Mohammed ibn el-Achâth [161] elKhozaï. Abd er-Rahman [le Rostemide] s'enfuit alors deCairouan avec les gens de sa maison et la partie de ses trésors la plus facile à emporter. Les Ibadites, s'étant ralliés autour de lui, le reconnurent pour leur chef et se décidèrent à bâtir une ville qui pourrait leur servr de point de réunion. Ils s'arrêtèrent à l'endroit qu'occupe Tihcrt de nos jours, et qui, à cette époque, était couvert d'une épaisse forêt. Abd er-Rahman s'étant installé sur un terrain carré et dépourvu d'arbres, Jes Berbers se dirent « Il vient de se loger sur un taedimet », c'est-àdire sur un tambour de basque. La figure carrée du terrain leur avait suggéré cette comparaison {2). Le vendredi suivant, Abd er-Rahman présida à la prière publique. Quand la cérémonie fut terminée, on entendit des gens pousser de hauts cris à la poursuite d'un lion qui s'était montré dans le bocage. L'animal fut prie vivant, emené sur le lieu où l'on venait de faire la prière et immolé en cet endroit. Abd er-Rahman ibn Rostem dit à cette occasion « Voici une ville où le sang ne cessera de couler et où l'on fera toujours la guerre. » A l'instant même ses compagnons commencèrent à bâtir en cet

(1) Voyez Hiatoire des Berbers, t. I, p.

(2) Le iambour de basque carré a, chez les Arabes, le nom de doff; les Berbers le nomment lecdimet. (Broeselard, Dictionnaire berber).


endroit une mosquée, pour laquelle ils allèrent couper les poutres dans la foret voisine. Cet édifice subsiste encore aujourd'hui; il est composé de quatre nefs et sert de mosquée djamê.

L'emplacement de TIhert, dit le même auteur, [162] appartenait à quelques pauvres familles meraciennes et sanhadjiennes Abi er-Rahman voulut le leur acheter, et, sur leur refus, il offrit de leur céder l'impôt des boutiques avec la permission de se bâtir des maisons dans la nouvelle veille. Ces conditions acceptées, l'on se mit à faire le partage des terrains et à construire des maisons. Cet endroit est nomme le camp (moasker) d'Abd er-Rahman ibn Rostem jusqu'à nos jours. « Tihert, dit-il, possède plusieurs bazars très-fréquentés, et un grand nombre de bains. » I!1 donne les noms de douze. Dans les alentours on rencontre une foule de peuplades berbère. Le modd dont on s'y sert pour mesurer le blé contient -cinq cafiz et demi, mesure de Cordoue. Le kintar « quintal » que l'on emploie pour peser l'huile et autres denTées équivaut à deux kintar [ordinaires] moins un tiers; pour les marchandises importées, telles que le poivre, etc. on se sert du kkntar ordinaire. Le rail « livre » pour peser la viande équivaut à cinq rail [ordinaires]. Route de Tente à Achlr

Si l'on veut suivre la route du littoral (Sahel) pour se rendre de Ténès à l'Achîr de Zîri, l'on se transporte -d'aord à Béni Guellîdacen, jolie petite ville appartenant aux Matghara et renfermant une population composée d'Andalous et de Cairouanites. L'entrée en est interdite aux Bereadjenna, depuis l'époque de la trahison qu'ils y avaient commise [avec l'intention de s'en emparer]. Un grands bien-être règne dans cette [163] ville. Elle possède


plusieurs sources de bonne <;au et domine la plaine de ChHif. La ville de CHELIF, située dans cette localité, s'élève sur le bord d'une rivière, et renferme dans son enceinte un bazar bien monté. On la connait sous le nom de Chelif des BENI Oivtîl (i, E!2e appartient à des Zouagha. De là on arrive à BENI Ocahifen (2), endroit appartenant aux Matghara et situé sur le Chelii. On y trouve quelques boutiques. Mîliaxa, où le voyageur arrive ensuite, est une noble et ancienne ville. Restaurée par Ziri ibn Menad, qui l'assigna pour résidence à son fils Bologguîn (3), elle domine toute la plaine qu'occupent les Beni Ouarifen et d'autres tribus. EUe est bien approvisionnée, bien peuplée et assise sur une rivière; elle possède aussi quelques puits de bonne eau et un bazar très fréquentée. De là on passe à Achîb.

Route de Tlhert à la mer

Pour se rendre de Tîheirt à la mer, on traverse d'abord plusieurs campements de Berbers; puis on passe par Chelif Bem OUATÎL, jusqu El-Ghozza, ce qui fait deux journées (4) de marche. El-Gbozza est le sahel (5) de Tîîiert. Dans le voisinage de cet endroit, et du côté de la mer, se trouve la CALA Maghîla DELOUL château des Maghîla Deloul ». Cette place, bâtie sur la crime d'une haute montagne, est extrêmement forte; une distance de

(i) Cette vilîe était située au confluent de la Mina et du Chelif. (2) Béni Ouarifen, localité dont le nom est maintenant oublié, était sitnée an confluent du Oued Fodda et du Cbelif à l'est d'Orléan*ville.

(3) Voy. Hist. des Berbers, t. n, p. 6.

(4) Il y avait au moins trois journées de marche de Tlbert à la ville de Chelif et une journée de là à El-Gbozza.

(5) Sahel signifie le littoral; ce mot sert aussi à désigner un entrepôt de commerce qui a des communications faciles avec la mer.


cinq parasanges la sépare de le mer. On y voit une source d'eau appelée Aï* KORDI (i). La ville de Mostaghanem, située dans le voisinage de la amer et à deux journées de Cala Deloul, est entourée d'une muraille et possède plusieurs sources, jardins et moulins à eau. Le coton que l'on sème dans le territoire de cette ville fournit de beaux produits. L'embouchure du Chelif n'est pas loin de Mostaghanem. A l'oocident de cette ville, et à distance d'environ trois milles; se trouve TAMAZAGHRAN (Mazagran), ville murée, qui possède une mosquée djam.ê. _\on loin de là est la Cala-t-Hoouara « château du Hoouara », nommée aussi TAÇEGDALT (a). Ce fort, bâti sur une montagne, est entouré d'arbres fruitiers et de champs cultivés. Au pied de la forteresse coule le Cîhat, rivière dont les eaux servént. à arroser le Fahs ou plaine » du même nom. Bien que cette plaine ait quarante milles de longueur, il n'y a pas un seul endroit qui ne reçoive les eaux du Cirât; mais aujourd'hui cette légion est inculte et déserte, la crainte [inspirée par les attaques des !tribus voisines] ayant fait fuir tous les habitants. Sur le littoral de cette plaine s'élève ARZAO « le vieil Arzeu », ville construite par les Romains, et maintenant abandonnée. Elle renferme de vastes débris d'anciens monuments et tant d'autres objets merveilleux, que le voyageur en est frappé d'un profond étonnement. Dans le voisinage de cette ville est une colline qui porte trois châteaux entourés de murs et formant un ribat trèsfréquentéptte colline renferme une mine de fer et une-

(i) Aïn Kordi, l'Aïn Kerdou de nos dernières cartes, est située à deux lienes au nord de Mazonna, et à trois ou quatre lieues sudest de l'embouchure du Oued el-Khamis.

(a) Ce bourg, appelé maintenant Caïd, est à environ neuf lieues. md-est de Mostaghanem.


autre de mercure (1). Lorsqu'on met le feu aux brouseailles dont elle est couverte, il s'en exhale une odeur aromatique. Ora. située à quarante milles d'A.rzao, est une place très-forte; elle possède des eaux courantes, des moulins à eau, des jardins et une mosquée djamê. Elle -oui pour fondateurs Mohammed ibn Abi Aoun, Mohammed ibn Abdoun et une bande de marins andalous qui fréquentaient le port de cet endroit. Ils accomplirent leur entreprise après avoir obtenu le consentement des Nefza et des Mosguen [tribus qui occupaient cette localité]. Les Mosguen faisaient partie [de la grande tribu berbère] des Azdadja. [Ces Andalous] qui avaient été les compagnons d'El-Corachi (2), fondèrent Qran en l'an 29o de J. C.). Es y séjournèrent jusqu'à l'an 297, quand une doule de tribus se présentèrent devant la -ville et demandèrent l'extradition des Beni Mosguen, -afin d'exercer contre eux une vengeance de sang. Les Andalous ayant refusé de les livrer, ces tribus commencèrent des (hostilités contre la ville, la bloquèrent étioitement et empêchèrent la garnison [de sortir pour. puiser] de l'eau. Les Beni Mosguen profitèrent enfin d'une nuit obscure pour s'enfuir de la place et se mettre

(il « En mars 1847. on a découvert du mercure natif dans une carrière de pierre à bâtir, située à cinquante mètres à l'est de l'enceinte de la viHe d'Arzeu et à quatre cents mètres environ du rivage de la mer. Le mercure était disséminé dans une terre argileuse rougeâtre, remplissant les fentes d'une couche de calcaire de formation tertiaire, à o°3o eu o"4o de profondeur au-dessous du sol. (Recherches sur Les roches, les eaux et les gîtes minéraux des provinces d'Oran et d'Alger, par M. Ville, ingénieur au corps des mines. In-4°, Paris, 1852).

(2) El-Corachi, c'est-à-dh-. membre de la tribu de Coreich. Il a'agit probablement du général oméiade espagnol Abd el-Malek ibn OmaSa, qui fut mis à mort l'an 282 (8g5-6 de J. C.). Voyez l'extrait du grand -ouvrage historique d'Ibn Haiyan, que M. de Gayangos a inséré dans -sa traduction d'El-Maccari, vol. II, p.


sous la protection des Azdadja. Les habitants, se voyant sur le point de succomber, consentirent à livrer leur ville, leurs trésors et leur» approvisionnements, à la condition de pouvoir se retirer la vie sauve. Oran fut saccasée et brûlée par les vainqueurs; ce qui eut Heu dans le mois de dou-'l-câda 297 (juillet-août 910 de J. C.). Une année plus tard, les habitante y revinrent avec l'autorisation d'Abou Homeid Doouas, ou Dawoud ibn Soulat, gouverneur de Tîhert. Au mois de châban de l'année suivante (avril-mai 911), la ville commença à ae relever et elle devint plus belle qu'auparavant. Dawoud ibn Soulat el-Lahîci leur donna pour gouverneur Mohammed ibn Abi Aoun (i). La [167] ville ne cessa de s'agrandir et de prospérer jusqu'à l'an 343, quand Yàla ibn Mohammed ibn Saleh l'Ifrerride s'en empara, après avoir attaqué et mis en déroute les Azdadja du mont Guèdera (2). Cette bataille eut lieu le samedi i5 djomada de l'année susdite (septembre-octobre 954 de J. C.). Dans le mois de dou-'l-câda de la même année (mars 9&5), Yâla transporta les habitants d'Oran à la ville qu'il venait de fonder et qui est connue [par le nom d'Ifgan ou Fekkan]. Oran fut alors dévastée et brûlée pour la seconde fois, et elle resta dans un état d'abandon pendant quelques années. Les habitants ayant alors commencé à y rentrer, la ville se releva de nouveau.

Dans la province d'Oran se trouve un village dont les habitants sont renommés pour leur stature colossale et leur force prodigieuse. Plusieurs témoins oculaires m'ont assuré qu'un homme de la taille ordinaire no va pas à l'épaule d'un natif de ce lieu, et qu'ils avaient vu un de ces

(1) Voy. Hist. des Betbers, t. 1, p. 283.

(s) C'est le groupe de montagnes, à l'ouest d'Oran, qui s'appelle maintenant Djebel Homra.


villageois porter six hommes et faire quelques pas en avant avec cette lourde charge. H en avait placé deux sur ses épaules, deux eous les bras et deux sur les avant-bras. Un autre de cea géants, voulant se construire un logement, alla couper mille tiges de fenouil, qu'il mit sur son dos, et s'en servit à construire, en forme de berceau, une habitation qui lui était parfaitement suffisante.

Route d'Oran à Caironan

Sorti d'Oran on se rend à Tensalmet (i), bourg appartenant aux Azdadja. De cet endroit, qui est situé au pied du mont Guèdera, l'on se dirige vers DJERAOUA Lazîzou (2), lieu de marché {qui doit son établissement] à Obeidoun ibn Sinan l'Azdadjien. De là on arrive à Cash IBN Sinan « le château d'Ibn Sinan » (3) puis on suit la grande route déjà indiquée. La distance totale est de vingtcinq journées.

Route d'Oran à Caironan par le pays de Castittya

D'Oran on se rend à Casr MANSOUR ibn Sinan, localité que nous venons d'indiquer puis à El-Alouiîn « les descendants d'Ali (4) », ville où Yala ibn Badis avait établi sa résidence. Elle est entourée d'une -muraille et située

Localité située à quatre kilométrée ouest de Miaerguin, sur la route-d'Oran à Tlemcen.,

(2) Les ruines de cet endroit portent maintenant te nom de Medtna-t-Aroun,. Elles se voient sur la rive gauche du Rio Salado, à trois kilomètres au-dessus du pont que l'on traverse en se rendant d'Orgn à Tlemcen.

(3) Maintenant Ain Temnuchent, sur la route d'Oran à Tlemcen. (4) Ce village est aitué à une petite journée est de Tlemcen. (5) Il faut sans doute remplacer le nom de Baâts par celui de Mohammed. (Voy. Hitt. des Berben, t. III, passim.)


sur une grande rivière. Dans l'intérieur se trouvent quelques sources d'eau. De là on arrive à la ville de SE!, fils de Demmer, bâtie sur un fleuve [1691 du même nom. Le Séi (i) est une grande rivière, dont les bords sont couverts de jardins. De ? on se rend à ARÇA Ocba « les puits d'Oôba n (2), c'est-à-dire d'Ocba ibn Nafé le Coreichide. On y trouve un grand nombre de puits bâtis (3) avec du bois d'arar {thuya articidata) Ils .portent aussi le nom d'ARAR el-Askeb « les puits de l'armée », c'est-à-dire l'armée d'Ooba. En langue ibeubère on les appelle Erçan (4) Ensuite on marche pendant trois ou quatre journées à travers des lieux déserts, où la tribu des Maghraoua vient s'installe de temps en temps. Arrivé à Saguïa-t-ibn KHAZER « la rigole u ou « le canal d'Ibn-Khazer » (5), endroit qui porte aussi le nom d'IzÉMMERÎN (6), on trouve un ruisseau auprès duquel est un château ruiné dont les alentours sont couverts de dattiers et d'autres arbres fruitiers. De là on arrive aux villes de BErrîous (7), qui sont au nombre de trois et assez rapprochées les unes des autres. Chaque ville possède un djamê deux dé ces [170] édifices appar-

(i)© après les indications qn'El-Bekri donne plus loin, il faut identifier le Séi avec la rivière appelée Owd Tenazza on Ouad Melrtr qui se jette dans le Cirat, ou Ouad el-Ilammam, à cinq lieues sud. ouest de Mascara.

(a) Cette localité, que nous sommes porté à identifier avec le Ain Ferès de nos cartes, est située à l'ouest du confluent du Ouad Tenazza et du Ouad el-Hamimam.

(3) C'est-à-dire cuvelés.

O) Tout endroit où l'on creuse pour trouver de l'eau ou des substances métalliques se nomme erçan en berber. Ce mot est donc l'éouivalent des mots arabes haci (au pluriel ahça) et mdden.. .(6).Cet endroit doit se trouver à la di8tonce d'une journée ouest (6) Izenmurtn est le pluriel d'ûimmer, mot berber qui signifie agneau.

(7) Dans la partie méridionale du Zab de Biekera.


tiennent aux musulmans orthodoxes l'autre sert aux schismatiques de la secte ouaaelienne ibadite. Une de ces villes est habitée par des gens d'origine persane, appelé» les Béni Djordj. A l'occident courte une rivière qui vient du nord et qui fournit de l'eau aux trois villes. La seconde de ces villes est habitée par une 'peuplade de sang mêlé la troisième est occupée par des Berbers. La majeure partie de leurs arbres à fruits consiste en dattiers et en oliviers. Ces villes, situées dans une plaine vaste et fertile, sont entourées de murs et de fossés. A l'occident s'étend la SABRA ou « désert » de Bentîous, dans lequel la rivière que nous venons de mentionner épand le tiers de ses eaux. Dans ce canton, quand on a fini d'ensemencer un champ, l'on peut apprécier, avec certitude et sans risque de se tromper, la quantité de grains dont se composera la récolte. Les puits de cette localité ne fournissent qu'une. eau saumâtre. Dans les environs se trouvent un grand nombre de bourgades. Tolga, située au nord de Bentious, se compose de trois villes, entourées chacune d'une muraille de briques, et d'un fossé. Aux alentours on remarque plusieurs ruisseaux et un grand nombre de jardins remplis d'oliviers, de vignes, de dattiers et de toutes les autres espèces d'arbres fruitiers. Une de ces villes est habitée par des gens de sang mêle l'autre par des AMbes d'origine yéménite, et la troisième par une peuplade appartenant à [la tribu arabe de] Cais. Sorti de Bentîous, le voyageur prend la route de {l'il] Biskera, ville dont nous avons déjà parlé, et de là il se dirige vers TEHOUDA, ville nommée aussi Medîna-t-es-Sihr « la ville de 4a magie ». Ce grand centre de population est entouré de champs cultivés, de dattiers et d'arbres fruitiers. Tehouda est de construction antique elle est bâtie en pierre et possède de grandes richesses. Tout autour règne un f'u-


bourg entouré d'un fossé. Dans l'intérieur de la ville on voit un beau djamê, et plusieurs mosquées, bazars et caravansérails. Du côté du nord elle reçoit une rivière qui descend du mont Auras. Les habitants sont des Arabes, dont quelques-uns appartiennent à la tribu de Coreich. Lorsque la guerre éclate entre eux et leurs voisins, ils font couler d'eau de la rivière dans le fossé qui entoure la ville, et, de cette manière, ils se garantissent contre le manque d'eau et contre les attaques de l'ennemi. Dans l'intérieur de la ville il y a un puits qui ne tarit jamais, et dont la construction remonte à une haute antiquité on y remarque aussi beaucoup d'autres puits qui fournissent de la bonne eau. Les habitants de Tehouda ont pour ennemis les Hoouara et les Miknaça ibadites, qui demeurent au nord de la ville. Ils professent la doctrine des habitants de l'Irac {c'est-à-dire le rite hanefi]. Autour de la ville se trouve un grand nombre de jardins qui produisent des légumes et diverses espèces de fruits tous les grains y réussissent parfaitement. Dans les environs on compte plus de vingt bourgades.

La tradition suivante provient d'Abou J-Mohadjer (i), [172] qui la tenait de ses précepteurs, lesquels la donnaient sur l'autorité de Chehr tbn Haucheb « Notre saint Prophète, dit Chehr, défendit aux siens de prendre pour demeure cette localité maudite que l'on appelle Tehouda. Il disait On y tuera plusieurs hommes de mon peuple pendant qu'ils seront à combattre dans la voie de Dieu. Leur récompense [dans le ciel] sera la même que celle des martyrs de Bedr et d'Ohod avee quel [courage] àls se sont exposés afin de trouver la mort [En répétant ces mots] Qhehr ne manquait jamais de dire « Oh comme je vou-

(i) Abon '1-Mohadjer fut nommé gouverneur de l'Afrique en l'an 55 (675 de J. C.).


drais partager leur sort 1 » Je demandai aux labis (i) quelle était cette troupe [favorisée], et ils me répondirent: Il s'agit d'Ooba ibn Nafè qui fut tué (2) par les Berbera et les chrétiens auprès d'une ville que l'on nommé Tehouda. Ils se relèveront de cet endroit., au jour de la résurrection, ayant leurs sables sur leurs épaules, et ils ironl se présenter ainsi devant le Totat-Ptüssant. » ·· Sous le khalifat de tMoaouïa, dit Abou '1-Mohadjer, Ocba ibn Nafê vint en Egypte, pays qui avait alors pour gouverneur Amr ibn el-Aci. Il s'arrêta dans un village de cette contrée, ayant avec lui Amr ibn el-Aci, Abd Allah, fi.ls d'Amr (ibn el-Aci] et [173] une bande d'anciens compagnons de Mahomet. On mit devant eux un plateau couvert de mets, et, pendant qu'ils en mangeaient, un milan s'y précipita et emporta un morceau de viande. Ocba invoqua aussitôt le nom de Dieu et s'écria: « Puisseetu te casser le cou 1 A l'instant même l'oiseau descendit vers eux, se jeta contre la' terre et se brisa le cou. Nous sommes à Dieu, s'écria Amr, et nous retournerons auprès de lui A ces paroles, Ocba lui dit « Qu'as-tu « donc, Abou Abd Allah? Il « J'ai entendu dire, « répondit Amr, qu'une petite troupe de Coreichides doit « arriver à cet endroit et qu'ils trouveront le martyre. A ces paroles Ocba s'écria « Grand Dieu fais que je sois « de cette bande » Plus tard, Yezîd, fils de Moaouïà, fit partir Ocba à la tête d'une armée, afin d'envahir le Maghreb. En passant par l'Egypte, Ooba rencontra Abd AUah, fi;ls d'EI-Aci, quiâtri adressa ces paroles: « Se peut-il, Oeba,

(1) On désigne par te mot tabê tout musulman qui avait vu et connu quelques-uns des compagnons de Mahomet.

(2) Ei-Bekri nous donne ici deux récits faits par Abou '1-Afohadjer au sujet de la mort d'Ocba donc Abou '1-Mohadjer ne mourut pas avec ce chef, quoi qu'en dise Em-Noweiri. (Hm. des Berbera, t. I, p. 336).


que tu fasses partie de la troupe qui doit entrer en paradis avec sou équipement militaire? Ensuite, dit Abou '1-Mdhadjer, Ocba ibn Nafé parvint, dans une de ses campagnes, jusqu'au Sous el-Adna et au Sous el-.4csa. Arrivé auprès de la mer Environnante [l'Atlantique], il y entra jusqu'à ce que l'eau atteignît le poitrail de son cheval puis il reprit le chemin de l'Ifrîkiya. A mesure qu'il s'en approchait, ses compagnons le quittaient, troupe par troupe, et, lorsqu'il fut parvenu à la ville de Tobna, ceux qui étaient restés avec lui obtinrent la permission de s'en aller. Un petit nombre seulement ne l'abandonna pas. Ayant {l'il] continué sa route, il annonça qu'il avait l'intention de passer auprès des villes de Tehouda et de Badîs, afin de reconnaître combien il faudrait de troupes et d'approvisionnements dans le cas où l'on essayerait de réduire ces places, qui étaient alors deux des plus grandes villes du Maghreb. Quand il fut arrivé près de Tehouda, l'armée roumaine se mit en mouvement, sous la conduite de Kacîla ibn Lehzem, pendant que les troupes berbères approchaient pour la rejoindre. L'ennemi savait alors que l'armée d'Ocba s'était dissoute. Ocba, les voyant avancer en ordre de bataille, brisa le fourreau de son .épée ses compagnons firent de même, et ils moururent tous en combattant. » On sait que le tombeau d'Ocba est dans la ville de Tehouda (i).

̃Maadd [el-Moëzz], fils d'Ismaîl et [arrière-]petit fils d'Obeid-Allah [le Fatemide], ayant voulu changer la position de la kibla dans la mosquée de Cairouan, fit arracher une partie des briques qui en formaient le mihrab. Ceci eut lieu en l'an 346 (956-957 de J. C.). On vint alors lui

(i) II est positif que le tombeau d'Ocba se trouve à Sidi Ocba, oasis située dans le voisinage de Biskera et à une lieue au sud de Tehouda.


rapporter que les habitants de Cairouan se rappelaient le&" uns aux autres la prière faite par Ocba en faveur de leur ville, et comment H avait fondé leur grande mosquée on lui raconta aussi qu'ils se disaient entre eux « Dieu toutpuissant empêchera cette tentative par égard pour la prière que lui adressa le compagnon de son Prophète. » Maadd, que Dieu ae maudisse 1 donna aussitôt l'ordre d'arracher les ossements d'Ocba au tombeau qui les renfermait, et de les jeter au feu. Un corps de cinq cents hommes, tant cavaliers que fantassins, partit pour commettre ce forfait; mais, au moment où ils approchaient du tombeau afin de remplir leur mandat, ils furent assaillis par un ouragan dont la violence excessive, les éclairs éblouissante et les coups de tonnerre retentissants faillirent leur ôter la vie. Ils s'en retournèrent sans avoir violé Je tombeau.

Parti de Tehouda, on arrive à Badîs après une journée de marche. Cette ville se compose de deux forteresses qui possèdent un djamê et quelques bazars. Aux alentours s'étendent de vastes plaines et des champs magnifiques en plein rapport. On y fait deux récoltes d'orge chaque année, grâce aux nombreux ruisseaux qui arrosent le sol. De Badîs on se rend à Guitodk BÎada, où commence le canton de Somata. Ici la route se partage en trois branches, dont l'une conduit au pays des nègres, l'autre à Tripoli et la troisième à Cairouan. A deux journées plus loin on trouve la ville de NEFTA, qui est bâtie en pierre [en pisé] et qui renferme une nombreuse population. Elle possède un djamê, plusieurs mosquées et un grand nombre de bains. H y a tant de ruisseaux, que l'eau se distribue sans être mesurée, tandis que dans le reste de la province de Castffiya elle se vend au poids (?). Tous les habitants de Nefta professent la doctrine ohlïte; ausai nom-


me-t-on cette ville (176] la petite Koufa (El-Koufa T-EgSoghra) (i). De là on passe à Touzer, ville dont nous avons déjà parlé et qui occupe l'extrême limite de la région nommée CastîUya. Entre Touzer et Biskern il y a cinq journées de marche. De Touzer le voyageur se rend à CAFSA, ville qui en est éloignée de deux journées, et de là il se dirige vers Fedw el-Hmab fi le défilé de l'âne où se trouvent un caravansérail et une citerne d'eau. Ensuite i' traverse El-Hebouïa, dernier village du canton de Cam.mouNff,A; puis il se rend à Medkou», métropole de ce territoire. Dans la ville de Medkoud on voit un djamê, quelques bains, quelques bazars, un grand nombre de mosquées et des caravansérails en quantité. H y a des puits qui fournissent de l'eau douce, mais il faut la tirer d'une grande profondeur. Dans les alentours on remarque une grande variété d'arbres fruitiers et beaucoup de figuiers. Les figues de ce canton surpassent en bonté celles des autres provinces de l'ifrîkiya; on en fait sécher au soleil pour les exporter à Cairouan, où elles sont très recherchées et se vendent plus cher que les autres variétés du mêane frui t. Medkoud est entourée d'une forêt de figuiers qui la cachent entièrement à la vue, en sorte qu'on ne l'aperçoit qu'au moment d'y arriver. De Medkoud on se rend à Djemouinès ES-SABOUN, grand bourg qui renferme une population considérable et quelques puits d'eau fl77] douce. Situé sur le premier gradin d'une montagne, il est entouré de sables et d'oliviers. On y voit un djamê, un bazar bien monté, un bain, un étang et un grand château qui sert de magasin à toute la population. Cette place a dans ses dépendances beaucoup de villages très peuplés, qui jouissent

(i) On sait que la ville de Koofa, située srz l'Enphrate, à quatre journées de Baghdad, fut le lien on le khalife Ali, tant vénéré par les enfiles, avait établi le eiège de son' gouvernement.


d'une grande prospérité. Parti de cet endroit, on arrive à Meojdoul, bourg grand et bien peuplé, dont la description rappellerait celle du préoédent. Il possède un étang appedé Bahfra Medjdoul « le lac de Medjdoul », où les habitants puissent l'eau qu'ils boivent. Ils ont aussi un .grand nombre de puits dont l'eau est bonne. De là on se rend à Bem-Déam, bourgade grande et florissante; puis à la ville de Caerocak. L'on *net quarante-trois journées à parcourir la route qui mène d'Oran à Cairouan, en traversaut le pays de Castîliya.

Route de 'ftD68 TOuxt

De Ténès on se rend à El-Ghozza, ainsi que nom l'avons dit (i); puis à Tadjkmout, par le défilé des Mxkhaça; puis à Aï\ ES-SoBm, source abondante qui jaillit au pied d'une montagne occupée par des Matmata; puis à TaghabIbet, puis à TlHERT.

El-Khadb (2), grande viDe située dans le voisinage de Ténès, est bâtie sur le bord d'un fleuve qui coule à grand bruit et fait tourner plusieurs moulins. Quand cette rivière déborde, ses eaux envahissent la ville. Les environs d'El-Khadra sont couverte de jardins son territoire est cerné de tous les côtés par des tribus berbères, telles que les Madghara, les Beni Demmer, les Mediouna et les Beni Ouarîfen. Elle est située entre la ville de Ténès et celle d?GHZEB, localité que nous avons déjà mentionnée et qui est [voisine de] Cozrouna Mitttdja (3).

La ville de Setîf est à deux journées d'EL-Afscu^A. En quittant ce dernier lieu, le voyageur se rend d'abord .à

(i) Voy. p. i36, où l'auteur donne presque teziuellement le passage qui soit.

(a) Voy. ci-devant, p. 127.

(3) Voy. p. i35.


Ghadîr Ouahhou, localité habitée par les Beni Yaghmoracen, tribu hoouaride, et arrosée .par plusieurs sources d'excellente eau. La population de cette tribu est estimée à soixante mille âmes. Parti de là, on arrive à Setîf, ville grande et importante, dont l'origine remonte aux temps antiques. La muraille qui l'entourait fut détruite par les Rétama, partisans dAfcou Albd Allah es-Chiaï, et cela pour la raison que les Arabes leur avaient enlevé cette ville et les avaient obligés à payer la dîme chaque fois qu'ils voulaient y entrer. Elle est maintenant sans murs mais en.: n'en est pas moins bien peuplée et très florissante. Les bazars at en grand nombre, et toutes les denrées y sont à bas prix. Setîf est dix journées de Cairouaiv, à dix journées de Cazbouna et à une journée de Tanaguelalt. Cette dernière ville, située dans le voisinage de Mîk, appartient aux Ketama elle est bien peuplée et dans un état prospère mais elle n'a pas de mosquée. Ghadir [179] Ouarrou est à deux journées de Tobna. Tanaguelalt est à dix-huit journées de Cairouan Oran est à deux journées de Tlemcen.

Description de Tlemcen et dp pays qui s'étend

entre cette ville et le Maghreb

Thjmçan (TlemcOri) est une grande ville, entourée de murs et située au pied d'une montagne, dont les bois sont d'essence de nayer elle a cinq portes, dont trois regardent le midi, savoir la porte du Bain (Bab el-Hammam) la porte de Oneheb (Bab Ouelueb), et la porte au Guichet (Bab el-Khoukha). La porte d'El-Acaba la montée », regarde l'orient, et celle d'Abou Corra i'occideot. On y trouve les ruines de plusieurs monuments anciens et les restes d'une population chrétienne qui s'est conservée jus-


qu'à nos jours. Il y a aussi une église, qui est encore fréquentée par les chrétiens. Dama ces -ruines, on découvre souvent des trésors cachés. Les anciens avaient amené à. Tlemcen l'eau de plusieurs sources appelées LouaiT. qui sont situées à six milles de distance.

Tlemcen, capitale du Maghreb central, possède dea bazars, des mosquées, un djami, des plantations d'arbres, et des cuisseaux qui font tourner plusieurs moulins et qui forment la rivière Stafcîf. Siège de l'empire zenatien (i), rendez-vous des tribus [180] berbères, Tlemcen

est aussi un point de réunion pour les marchanda de_tou» les pays. Mohammed, fils de Soteiman ibn Abd Allah ibn Hacen ibn Ali ibn Abi Taleb [descendant du Prophète], se fixa dans cette ville. Son petit-fils, Abou '1-Aïch Eiça, fils d'Idrîs, fils de Mohammed ibn Soleiman, bâtit D/eraoua (2), ville dont il resta le seigneur et dans laquelleil mourut. Tlemcen n'a jamais cessé d'être la demeure des hommes savants dans la loi et dans les traditions, des jurisconsultes connaissant par cour les décisions légale» fondées sur l'analogie et conformes au système de doctrine enseignée par Malek ibn Anès.

La CALA [ou château ,d'] Ibn el-Djahel, située au midi de Tlemcen, est une place forte, entourée d'arbres et deruisseaux elle touche à la montagne de Tahm {Tîrni), localité bien peuplée, ainsi que toutes les montagnes qui s'étendent de fà jusqu'à Tîzîi., viHe bâtie à l'entrée du désert. L'on part de Tîril quand on veut se rendre à Sidjilmessa, à Ouarglan (Ouergla) et à El-Calâ

Les Beni Yala, famille zenatienne, régnèrent à Tlemcen depuis l'an (100a de J. C.), jusqu'à la conquête de cette vine par h» Almoravides, sous les ordres de Youçof ibn Tacbelfn. Cet événement eut lien l'an 473 (Voy. Hut. du Btrben, t. m, p. a7o>.(2) Voie siloée Sur la riviène KIs, à six milles de la mer. et à dit milles sud-est de l'embouchure du Holouiya.


(EI-Guele'ia), ville fort peuplée, qui renferme une mosquée et les restes de quelques monuments antiques. Au nord [lisez au sud] de Tfemcen est un lieu de halte appelé BAB ei.-Cabh « la porte du dhâteau », qui est dominé par la montagne appelée BAs EI.-BAGHL « la tête du Mulet». La rivière STAFCIF, qui sort du pied de cette montagne, va se décharger dans un [181] vaste réservoir de construction antique, où elle se précipite avec un fracas qui s'entend de très loin. Un conduit, fait avec art, amène ces eaux jusqu'au lieu nommé El-Mihmaz « l'éperon », puis à OUELDJ EL-HANA, puis à DjENAN EL-HaDW « le jardin du pèlerin d'où elles vont se jeter dans la rivière ISSER. Celle-ci verse ses eaux dans la TAFNA, fleuve qui va passer par Archgoul et se jeter dans la mer, auprès de cette ville. Archgoul est le port de Tfemcen.' Entre ces deux localités est une plaine appelée ZÎdour, dont le longueur est de vingt-cinq milles. La Tafna, rivière sur laquelle est située Archgoul, vient du midi et contourne la partie orientale de la ville elle reçoit de petits navires, qui la remontent depuis la mer jusqu'à la ville, l'espace de deux milles. Archgoul possède un beau djami de sept nefs, dans la cour duquel sont une grande citeime et un minaret solidement bâti elle renferme aussi deux bains, dont un est de construction antique. Le Bab el-Fotouh Il la porte des victoires regarde l'oocident le Bab el-Emir est tourné vers le midi, et le Bab Afernîça, vers J'orient. Toutes ces portes sont cintrées et percées de soupiraux (meurtrières?). L'épaisseur de la muraille est de huit empans le côté qui regarde le nord est celui qui pourrait offrir le plus de résistance à un ennemi. Dans l'intérieur se trouvent plusieurs puits de bonne eau qui ne tarissent jamais et qui suffisent à la consommation des habitante et de !^urs bestiaux. Au sud de ia ville est un faubourg.


La mesure de capacité dont on se sert à Archgoul se nomme amoura et contient soixante modd de la dimension autorisée par le Prophète. Le nUi « la livre est de vingt-deux aoukïa « onces » la drachme, de huit kharrouba, et le kharrouba de quatre grains (habba). Cette ville était habitée par des -négociants quand Eïça, fils de Mohammed ibn Sotemian, prince dont nous avons déjà parlé (i), vint s'y installer et prendre le commandement n mourut en l'an 295 (907-908 de J. C.). Son fils Ibrahim ibn Eïça el-ArchgouK naquit dans Archgoul Yahya, fils et successeur d'Ibrahim, fut mis en prison, l'an 323 (935 de J.-C.),par Abou Abd Allah es-Chîaï.

Dans la mer, vis-à-vis de la ville, est une île appelée Djezîba-t- Archgoul « l'île d'Archgoul ». Elle est si peu éloignée du continent, qu'un homme dont la voix est forte peut se faire entendre d'un bord à l'autre, quand la mer est calme. Cette île s'étend en longueur du sud au nord, et s'éîève à une grande hauteur.

Hacen, fils d'Eïça ibn Abi'i-Aïoh et seigneur de Djeraoua, se réfugia dans Archgoul quand Mouça, f-fis d'Aibou'l-Afiya (2), lui enleva ses autres possessions. A ce sujet nous donnerions ailleurs tes éclaircissements nécessaires, s'il plaît à Dieu. Mouça écrivit alors à Abd er-Rahman ibn Mohammed, souverain de l'Espagne, et le pria de lui fournir des secours et de faciliter ainsi la prise [de l'ile]. Abd el-Mélek ibn (183] Abi Hammama appuya cette demande auprès de Mouça ibn Mohammed ibn Djodeir (3). Il en résulta qu'Aibd er-Rahman envoya aux habi-

(1) Voy. p. 156. (a) Hitt. des Btrberi, t. J, p. 268; t. 1I, p. 570.

(3) Ibn Djodeir était alors hadjeb, ou premier ministre du son-.verain oméîade*e«pagnol, Abd er-Rahman en-Nacer. (H-Macoari, tra- duction de M. de Gayango», vol. Il; Noticu et extrait*, par M. Dozy,, p. 123.)


tente de Beddjana (fieehtna d'Alméria) et d'autres lieux de fla côte, l'ordre d'équiper quinze navire de guerre, et il y dit embarquer des troupes, des amies, des munitions. et de l'argent. Cette flotte alla bloquer l'île d'Archgoul On tua un grand nombre de ceux qui s'étaient réfugiés. dans J'fle et l'on serra tes autres si étroitement, qu'ils faillirent mourir de soif, après avoir épuisé l'eau de leurs citernes. Dieu leur vint alors en aide et leur envoya une pluie abondante. Les gens de la flotte, ayant reconnu que les assiégés avaient renouvelé leur approvisionnement d'eeu, perdirent l'espoir de les soumettre, et remirent à la voile afin de rentrer chez eux. Ils rentrèrent à Alméri* au mois de ramadan 32o (septembre-octobre 93a de J -C ) Quelque temps après, El Bouri, fils de Mouça ibn AM'lArtiya se saisit d'EI-flacen ibn Eïça, le même qui s'était réfugié dans Archgoul; puis en d'an 338 il l'envoya prisonnier à Abd er-Rahman ibn Mohammed

Notice des places fortes qui couvrent le littoral de Tlemcen A l'orient d'Arche est située AsLEN (i), autre ville L184J forte, dont l'origine remonte à une haute antiquité EBe est entourée d'une muraille de pierre et renferme une mosquée et un bazar. Les habitants appartiennent à la tribu des Magbik. Elle domine une rivière qui se jette dans la mer, à J'est de la pllace, et qui sert à l'arrosage de leurs jardins et arbres fruitiers. La muraille d'AsIen est dégradée et ruinée de tous les côtés par [le courant d'Tune rivière. Cette ville possède une source dont les eaux coulent jusqu'à la mer.

hauteur désignée par le nom sur I&


Abd Fr-Rahman [le souverain espagnol] s'en .renditmaître, et (son ministre] Mohammed cim Abi Amer [elMansour] y envoya Homeid <im Yezel (i), qui la rebâtit de nouveau.

D'Allen à CASH ibn Sikak « .le château d'ibn-Sinan (2) il y a une petite journée de marche Parti de là, on suit l'itinéraire déjà indiqué, qui manque quatre journées d'AsIen à Tîhert et dix-neuf de Tihert à Cairouan (3). De là [c'est-à-dire d'Aslen] l'on se rend à HisN TenkeREMT, forteresse maritime qui en est éloignée de six milles {vers l'ouest]. Dans les dépendances de cette place on remarque de vastes champs bien cultivés et des plaines d'une grande fertilité.

Fekka\ (4) est à deux journées d'Asien le Séi coule entre ces deux villes, et c'est sur le bord de cette rivière que l'on fait halte à la fin de la première journée (5). Dans les temps anciens Fekkan était un des lieux où les tribus zenatiennes tenaient leurs marchés. Yâla, fils de Mohammed ibn Saleh l'Ifrenide (6), y construisit une vine dont il posa les dondements en l'an 338 (94995o de J. C.). Les gens de Tîhert établis à El-Maasber « Mascara », les habitants d'Iiix (7), ceux des deux-rives du BENI OUATîL, ceux d'Oran et de CASR EL-FOLOUS, allè-

(i) Dans l'Histoire des Berbers le nom de ce chef est mentionné plusieuns fois.

(2) Aïn Temouchent.

(3) Voy. p. 100 et suiv.

(4) Fekkan ou Hgan, ville dont on peut maintenant à peine distioguer les traces, était située au confluent du Ouad Fektan et du Oulad el-Hammam, à cinq ou six lieues sud-est de Mascara. (5) C'est-à-dire, en partant de Fekkan.

(6) Hist. des Berbers, t. III, p. ai3.

(7) Le, Hilhel de nos cartes, canton traversé par une rivière du même nom, hqueHe se jette dans le Mina, à trois lieues du Mdif.


rent se fixer à Fekkan, qui prit alors l'aspect d'une ville et s accrut beaucoup en étendue et en population. Elle est située à l'extrémité méridionale de I'Aouchîlas, montagne couverte d'épaisses broussailles. Au sud de la ville coule le Cîbat, rivière dont les sources sont situées vers l'orient, et dont les rives sont couvertes de moulins et de jardins. A l'ouest de Fekkan, au-dessous des jardins, est le confluent de trois rivières, du Cirât, du Séi et du Hent. La ville est environnée d'une muraille de briques et renferme un djamê, un bain et quelques caravansérails.

De Hisn [-Tankeremt] à HisN Mebnîça T-EL BiR le château des Mernîça du .puits place très dorte, il y a trois milles. De cette (dernière] localité à HI6N ,bn ZiNA il y a aussi trois milles. Une rivière bordée d'arbres fruitiers coule auprès de ce château. A deux milles plus loin on trouve HISN el-Forocs, château perché sur la cime d'une montagne, auprès de la mer. De là à Hisn EL-OURdaniya il y a aussi deux mille. Ce château, comme le précédent, est sur le sommEt d'une montagne qui touche la mer. Le Hisn Honein (i), château situé à quatre milles plus loin, domine un bon mouillage, qui est très fréquenté [par les navires]. La forteresse de Honein surpasse toutes celles dont nous venons de faire mention tant par le nombre de ses jardins que par la variété de ses fruits. Elle est occupée par une tribu appelée Koufmya (2). Le château de Honein est à treize milles de la ville de Nedroma, dont à est séparé par la montagne nommée Tagra. Nedroma est située au pied de cette mon-

donnent le (2) Plus tard cette tribu produisit un personnage bienprennier souverain de la dynastie


tagne. Au nord et à l'occident de la ville s'étendent des plaines fertiles et des champs cultivés. Elle est à dix mnlles de la mer. Son sahel (ou port) est formé par le Macîn, rivière dont les bords produisent beaucoup de fruits. Dans cette localité se trouvent un bon mouillage (i) dominé par deux châteaux, et un beau ribat, que l'on fréquente avec empressement dans l'assurance d'obtenir la [187] bénédiction divine. Si quelqu'un commet un vol ou un acte d'impudicité dans cet édifice, il nc tarde pas à subir le châtiment de son crime. Les gens du pays regardent cela comme une chose certaine et l'attribuent à la sainteté du lieu et à la faveur que Dieu z bien voulu lui accorder. Nedroma, ville considérable, est entourée d'un mur elle possède une rivière et des jardins qui produisent toutes les espèces de fruits. La ville de Tehnana, située à dix milles du port de Macîn, et à huit milles de Nedroma, est entourée de murs. Elle possède un bazar, un djamê et un grand nombre de jardins. EBe est habitée par les Beni Iloul, fraction de la tribu des Demmer. Ce fut la résidence d'Abd Allah, le Ternanden, fils d'Idrîs, fils de Mohammed, firs de Soleiman, fils d'Abd Allah, fils de Hacen, fils de Hacen, fils d'Ali «bn Aibn Taleb (que la grâce divine soit sur eux !). La forteresse de TAouNT (2), située sur ae littoral qui dépend de Ternana, couronne une ooHine que la mer entoure de trois côtés. On y arrive par le côté oriental mais l'accès en est très difficile l'on ne saurait.espérer d'effectuer la conquête d'une telle place. Elle est occupée par une tribu berbère nommée les Beni Mansour. Une mine d'antimoine se trouve dans cette colline. Les habitants possèdent des jardins et une grande quan-

(i) Le mouillage de Djamê 1-Gbazouat, ville appelée Nemoun par les Européens.

(2) Située immédiatement à l'est de la rade de Nemours.


tité d'arbres une partie des figues que l'on récolte à Taount est desséchée au sole.il pour être envoyée dans les pays voisins. On remarque encore sur cette [188] porüon du littoral le château th.isu) d'ABOI: Gl'EjVnokn et celui de Karbîou.

Notice des ports situés à l'est d'Aslen

Nous allons indiluer ici une série de ports, selon l'ordre dans lequel ils se présentent au voyageur qui part d'Ast-EX, en se dirigeant vers l'orient. Le premier qu'il rencontre se nomme Merça VMa 'l-Medfoun « mouillage de Feau enterrée ». Près de là se trouvent quelques habitations et plusieurs sources dont les eaux se rendent la mer. Ce ¡port est à treize milles d'Aslen une traversée de deux journées et un tiers le sépare de MERçA 'nRaiieb « le port du moine », (en espagnol, Puerto de los Frayles), qui est situé vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie. La rade d'ORAN [(Merça Ouehrax], qui vient ensuite, est très grande et offre un bon hivernage, garanti contre tous les vents. Elle est à six milles du port d'EL-ftÏA 'Lmedfolx, et à deux journées et demie d'EcHEKOtJBÉnès (i), port de l'Andalousie, situé vis-à-vis. Echekoubérès est le vieux port où les marins débarquèrent avant de s'établir à Beddjana (2). A l'est du port d'Oran et à [189] quarante milles de distance par terre est situé

(i) Si Escombrera, cap et île qui forme l'entrée du port de Carthagène, n'était pas situé trop à l'orient, on pourrait le regarder comme VEchekoubérès d'El-Bekri. Une indication donnée quelques lignes plus loin fait voir quTËchekoubérès était à l'ouest d'Acla (Las Aguilas), tandis qu 'Escombrera en est à l'est. Il est possible cependant que la synonymie soit bonne et que notre auteur se soit trompé.

Ces marins quittèrent -les porte de l'Afrique pour aller s'établir à Beddjana (Pechina) (voy. ci-devant, p. vers la fin dn règne de Mohammed I". Ce prince mourut en 273 (886 de J. C). (Voy. EMtfaecari de M. de Gayangos, t. H, p.


Meuça Aïn Febroldj (1), port qu^ offre un hivernage bon et sûr. On y trouve quelques puits contenant de l'eau, et, v peu de distance, on découvre le lieu où demeurent les habitants. Vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie et à la distance de trois journées, est situé Acla (las .4guilas), port de la ville de Lorca. A l'est d'Ain Ferroudj se trouve le port de CASR el-Folous, ville inhabitée, qui s'élève sur le bord de la mer. L'eau y arrive par un conduit artificiel, et l'on peut encore s'en procurer en creusant le sol. Le mouillage n'est pas sûr. Vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie, est situé le port de Carthadjenna « Carthagène ». Plus loin on arrive à MERçA Maghîla, port qui tire son nom des Maghîla, fraction de la tribu des Hachem. On peut y mouiller en été mais il est exposé aux coups de vent. Sur le bord de la mer on remarque un ribat où il y a toujours du monde. L'eau s'y trouve en abondance. Cet endroit est à trente-cinq milles de Casr el-Folous. Vis-à-vis, sur la côte occidentale de l'Andalousie, est située Cabttl-Todmîr « la capitale (?) de Théodomir » (2). Ensuite on arrive à la rade de Ténés, qui est abritée contre les, vents de l'est et de l'ouest. On y aborde en été et l'on y trouve de l'eau de source. Entre et mouillage et le précédent il y en a quelques autres peu [190] considérables. En Andalousie, vis-à-vis du port de Ténès, se trouve Chent Pol « le cap Santa Pola ». Le premier port que l'on rencontre à l'est de Ténèa en est à plus de vingt mïlles et se nomme le port de l'île cTOcour (Merça Djezîra-t-Ocour) (3). Une petite rivière-a'y jette

(1) Le port aux poules, situé à moitié chemin entre Arzeu et Mostaghanem.

(2) Cette ville était située dans la province de Murcie. (Voy. ElMaocari, traduction de -M. die Gayangos, vol. I, p.

(3) Cette île est probablement la même que ce% qui porte le nom d'Achac sur 4a carte Carette, et celui de Tokikt Indich (?) sur la carte des environs d'Orlcansville, x855.


à la mer. L'ile est très rapprochée de la terre ferme. H faut cinq journées de navigation pour faire la traversée de cet endroit à Lecant Alicante », port situé vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie. Après Ocour on trouve le mouillage de CHERCHEL, qui est dominé par une ville énorme, de construction antique, et maintenant inhabitée. On peut s'y procurer de l'eau en creusant dans les graviers. Cette rade est abritée du côté de l'est et du côté de l'ouest. Vk^-vis, à la distance de cinq journées et demie de navigation, se trouve MERÇA Mobaiba (i) « le mouillage du cap Moraira ». Autrefois Cherohel possédait un port mais i9 est maintenant comblé. Cette ville renferme plusieurs ribats, dans lesquels une foule de monde se rassemble chaque année. La montagne de Chenoua se présente ensuite elle possède un bon mouil-lage nommé EL-BATAL (2), qui est abrité du côté de l'occident. Cette locaJité est inhabitée elle offre de l'eau. mais en petite quantité. [191] Vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie, et à la distance de cinq journées et demie de navigation, s'élève la montagne de Caroun (3). Après fchenoua] vient le Merça Houb (4) puis E*f ei^CanaTER le cap aux arcades (5), où l'on voit encore debout les restes d'arcades puis à MERçA 'D-DoBBAN CI le port aux mouches », [nommé par les Européens la pointe de la

il faut sans doute (2) Ce mouillage est indiqué sur la carte Bérard et même sur (3) Probablement le cap Saint-Martin.

(4) Maintenant Sidi-Feruch, altération du nom arabe (5) Cet endroit maintenant Ras nom que, par une étrange bévue, on a écrit Ras Acata, sur la belle carte des environs d'Alge; publiée en par le Dépôt de la guerre.


Pescade] puis le Merça Djexabiya (1), où il y a une ile. Dans cette localité on trouve une ville antique, maintenant inhabitée, ct un ruisseau qui se décharge dans la mer (2). Vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie, et à la distance de six journées, est situé le port de Dénia (Merça Dania). Ensuite on trouve le port d'Alger (Merça 'lDjkzaïr « le port des îles »), appelé aussi Djezaïh BENInous avons déjà parlé de cette ville (3). L'île s'appelle Stofla le mouillage, situé entre elle et le continent. est très bon et offre un sûr hivernage. Cette île s'étend en longueur de l'est à l'ouest. Auprès du port est une source d'eau douce Vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie et à la distance de six journées, se trouve le port de Benechekola « Peniscola ». Après Alger, le premier port remarquable est celui de Merça 'D-DADDjadj il n'est pas sûr et ne doit être abordé qu'en été. Vis-à-vis est l'île andalousienne nommée Mtûorca Au delà de Merça d^Daddjadj on trouve le port de Bougie (Mebça BEDJAIYA), ville très ancienne, qui a pour habitants des Andalous (5). A l'orient est un grand fleuve qui admet

(i) Ce nom fit écrit dans les manuscrits M. et A. Dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale (R. C. n° 4796) se trouve un traité géographique, dans lequel on reconnaît plusieurs passages tirés de l'ouvrage d'El-Belri. Nous y lisons qu'immédiatement à l'ouest d'Alger se trouve la ville de Iaghaniya Jv_i^ju«3, nom tout à fait inconnu aux habitants de cette localité. La leçon que nous avons adoptée a été fournie par des vieillards qui habitent près de cet endroit. Le golfe de Djena6iya a pour limite» les Iles de la Pescade à l'ouest, et le point des moulins à l'est.

(2) Tout ce passage s'applique non pas à Merça Djenabiya, mais à Merça'd-Dobban.

(3) Voyez ci-devant, p. i36.

(4) Cette source se trouve au pied de l'escarpement sur lequel est bâtie la mosquée hanefite.

(5) Ce fut en l'an 46o (1067-8) qu'En Nacer, le souverain hammadite, s'empara de Bougie.


des navires chargés. Ce port est sûr et offre un bon hivernage. Ici la côte cesse d'avoir en farr d'elle aucune partie de la péninsule espagnole. Au delà de Bougie on rencontre un bon mouilllage, qui est celui de Bône (Merça Bouna). BouGiE est le port de Calât-t-Abi-Taouîl. Dans les montagnes qui dominent ce mouillage se trouvant des tribus ketamiennes qui professent la doctrine des Chîïtes. Elles respectent les gens qui ont du penchant pour leurs croyantes et traitent généreusement tous ceux qui font profession de leur religion. Awant d'arriver au port de Bougie on rencontre l'île de DjoUBA (i). Le port de Sebîba (2), qui vient après celui de (Bougie, [193] est dominé par les montagnes des Ketama. L'Aïn el-Aoucat la fontaine des heures n, située au milieu de ces montagnes, est bien connue quand ohaque heure de la prière arrive, les eaux commencent à couler, et quand la priera est terminée elles s'arrêtent tout à (fait. De ce port les navires se rendent à Djezîra t-el-Afïa (3), île d'où l'on se dirige vers le port de Djîdjel. Cette ville, qui est maintenant habitée, renferme quelques débris d'anciens monuments. Les montagnes ketamiennes, qui dominent toutes ces localités, renferment du minerai de cuivre que l'on transporte en Hrîkiya et ailleurs. Cette montagne fournit aussi du lapis-lazuli d'exceHente qualité. Du port de Djîdjel l'on se rendà celui d'Ez-ZErromvA « l'olivier » <4); c'est là que commencent les Djebal er-Rahman (5),

(1) L'île Pisau de nos cartes.

(2) L'orthographe de ce nom nous parait suspecte. II désigne probablement la localité nommée maintenant El-Monsouriya. <3) Lfle, ou plntat jes îlots d*El-Afiya sont à environ deux lieues ouest de Djidjel.

(4) Ce mouillage est «tué à l'ouest du grand promontoire nommé Sebd Roous « les sept caps ».

(5) Le Sebà Roons, nommé cap Boujaroun sur quelques cartes.


vaste montagne qui s'avance dans la mer, vis-à-vis de rite de Sardaigne. Elle est remplie d'arbres et de sources d'eau, et a pour habitants plusieurs fractions de la grande tiibu des Ketama et d'autres peuplades. On y voit beaucoup de champs cultivés et de riches pâturages. De cette montagne on exporte du bois écorcé en ifrîkiya et dans les contrées voisines. Elle possède plusieurs lieux de marché et quelques ports, dont nous pouvons nommer Merça'l-Kharbatîx le port des écorceurs et le Merça's-Chedjra « le port de l'arbre ». A l'autre extrémité de [194] cette montagne se trouve le merça d'Et-Cou. « Collo », d'où l'on se rend à IsrouRw Il Stora », port de Tacigda « Skikda ou PhHippevF'.j », ville de la plus haute antiquité. On y regarde avec admiration les restes des monuments que les anciens y ont Laissés. Merça'bRocm (i), port où l'on arrive ensuite, offre un bon hivernage. De là on passe à l'ile de GHAam (2), puis au merça de ToxorcH, port bien abrité, où l'on voit un grand nombre de villages. La montagne qui l'avoisine abonde en fruits et en tous les biens de la terre. Du RAS el-Hamra (3), où l'on arrive ensuite, l'on se rend au merça dlss Er.Albîri puis à celui d'EL-KHABRotJBA « le caroubier », puis à MERÇA MANiA « le port protégé », qui est situé auprès de la ville de Bône. Dans le voisinage se trouve Ex-Nethra, puits dont nous avons déjà parlé (5); il est

(1) Ce mouillage est situé à une liene an sud-est du cap de Fer. Sur la carte Carette il est nommé Kalct Roum (c'est-à-dire le débarcadère des Romains) sur la carte publiée par le Dépôt de la guerre en 185. un château voisins du port est désigné par le nom de Kef Kalah, c'est-à-dire, rocher du débarcadère.

(2) Ce nom, dont l'exacte prononciation nom est inconnue, s'appliquait à l'un des Hots qui entourent l'extrémité du cap de Fff. (3) Le cap de Garde, au nord de Bône.

(4) Le mouillage du fort Génois.

(5) Voy. ci-devant, p. n7.


creusé dans le rocher qui borde la mer, et doit sa construction aux anciens. Pendant le gros temps, les vagues pénètrent jusqu'à ce puits. C'est de la vffle de Bône que les galères partent pour faire la course sur les côtes du pays des Roum (l'Europe chrétienne), de l'île de Sardaigne, de l'île de Corse et d'autres lieux. Au delà [de Bône] en trouve la ville de Merça'l-Kharez Il le port aux breloques » (,La Caïïe), puis le port de TABARCA. Après celui-ci l'on remarque surtout le merça de Carthage (CARthadjixna); mais entre les deux se trouvent plusieurs petits ports, tels que Merça ibn Abi KHALÎFA, en face duquel est située l'îte des Deux-Frères (i) puis Merça 'RRoum, qui sert de port à Benzert. Dans le voisinage est Comlariva, île d'où les oiseaux de passage venant de l'Andalousie et d'autres lieux traversent la mer pour se rendre dans le pays des Roum. Us attendent, pour prendre leur essor, que les vents aient cessé; alors ils s'élèvent dans les airs jusqu'à ce qu'ils découvrent les contrées où ils vont séjourner. Après Benzert vient MERÇA Ras el-DjeBEL, où il y a un bon hivernage; puis Merça'th-Thenïa « le port du défilé »; puis le ribat de CAsn Abi's-Sakr, vis-à-vis duquel est située l'île d'Ei.-KoRRATH, où Zïada tAllah (l'Aghlebide) fit mourir ses oncles et ses frères (2). Ensuite se trouve le port du ribat de CASR el-Haddjamîn « château des poseurs de ventouses »; puis le port de CaRthage puis celui de CASH el-Emîr, qui est a huit milles de Tunis par la voie de terre, bien qu'il soit très rapproçhé par le moyen du Lac creusé (El-Boheira 't-el-Mahfocra). Ce château est situé sur le canal artificiel qui conduit de la mer jusque Tunis. On remarque ensuite un

En arabe El-Akhouan; sur nos cartes les Ses Fratelli. (2) Voy. Hist. des Berbers, t. I, p. Mo. C'est l'île Plane ou Kamela de nos cartes.


grand port nommé Rades (i), dont nous [196] avons déjà parlé à l'article Tunis; nous y avons rapporté les traditions qui le concernent (2). Au sud du port de Tunis se trouvent plusieurs autres ports, dont le plus important est celui de SouçA (Hadnnnète). Les petits ports intermédiaires sont le ribat d'EL-HAM*A (3) puis Djoln en-Nashua « Ie golfe du dattier » puis MERÇA Bocna « le mouiHage du cap Bon vis-à-vis duquel sont deux îles, nommées l'une ElhDjamoir el-KebÎr « le grand Djamour et l'autre El-Djamolr es^aghÎr « le petit Djamour Puis on trouve la montagne d'AoAR (4), d'où l'on peut découvrir [l'Etna], montagns de la Sicile. Dans l'Adar demeurent certaines gens qui ont renoncé au monde, et qui vivent là au milieu des animaux sauvages. Ils s'babillent avec du berdi (5) et se nourrissent des herbes que la terre leur offre et de poissons qu'ils peuvent attrapper dans la mer. Ils n'en mangent qu'une toute petite quantité, à peine suffisante pour amortir la !faim. tLa plupart de ces dévot8 sont favorisés par la Providence, qui s'empresse d'exaucer leurs prières. Depuis la conquête [197] de l'Afrique [par les musulmans] l'Adar a toujours été connu comme la demeure de cette classe d'anachorètes. Plus loin se trouve Djoun ei.-<Meii.aha « le elfe de la

La viHe de Radès est mille du lac de Tunis.

(z) Voy. p. 83.

(3) Le Hammam ou bien le Hammam Gourbès, situé quatre lieues plus loin.

Le de cartes. Le mot tel l'écrit, n'appartient pas à la langue arabe.

(5) Berdi est le nom donné par les anciens Arabes au Plante trouve qu'en au Congo, du Zaïre, et en Sicile, dans le voisinage de Syracnae. On en non-seulement mais des de lit et des habillements. dit IV, vers tu

patrie


saline (i) »; puis le port d'IcLÎBivA (Clypea); ville grande et bien peuplée; puis El-Mierça 'l^Medfoun « le port enterré », où la mer est toujours mauvaise et engloutit très souvent les navires; puis le port de la ville de RÎhan, puis relui d'HERcn (2), puis celui de CASR ibn OMAR ELAghlebi, puis -celui de la ville de Souça. Parti de Souça pour se diriger vers le sud, on rencontre d'abord le port de Khafanès (3), où les navires peuvent hiverner, et qui est dominé par un grand mahrès ribat. Ensuite se présente le port d'EL-MosESTÎR, le mahrès le plus con8idérable de l'ifrfjtiya; nous en avons déjà fait mention. Dans le voisinage de ce port est la saline de Lamta (MELiaha Lamta), grand dépôt d'excellent sel, qui s'exporte aux pays voisins (4). Ensuite on arrive au port de CASR el-Couriateijî « le château des deux Cow-riat », qui sont deux grandes îles situées au large, et séparées l'une de l'a«-_ tre par un canal navigable. De ià on arrive à la ville d'ELMehbiya, port de Cairouan, où viennent sc décharger les navires de tous les pays.

[198J Route dia-Mehdiya à Alexandrie par mer

D'El-Mehdiya on se rend au merça de SALLECTA, rade qui est commandée par un château; puis, au. m.erça de Gapoudiya, place composée de plusieurs châteaux; puis à RAS EL-DjEcER la tête du pont situé à l'entrée d'ELCASÎR « les bas fonds de la petite Syrte »; puis à Ez-Zerca l'azurée deux îles sous-marines, dont l'une est grande et l'autre petite; puis à Kerkenna (Cencinna), grande île

ti) Situé probablement entre Ras Dielha et Ras Mustafa, près de Icllbiya.

(a) Var. LahercUa, M.

(3) Le Skants de la carte Sainte-Marie.

(4) Voy. les Wmderungen, de M. Barth, t. I, p. 162.


où se trouvent sept citerne, et quelques ruines anciennes Les habitants de la terre ferme y envoient leurs bestiaux [pour les engraisser]. On a mis en culture la plus grande partie de cette ile, qui est située en face de la ville de Sfax. De là on se rend à RAS er-Remia « la tête des sables puis à El-Djorf « la falaise » (i); puis à CASR eb-Roum « le château des Romains », où la mer est toujours tranquille; puis à la ville de CABES; puis à Djebba, île habitée par des Berbers kharedjites « hérétiques ». On^y trouve de l'or en quantité. Elle communique avec le continent au moycm d'un bac rou gué] et marque l'extrémité orientale des bas fonds (El-Casîr). Lés habitante sont perfides et méchants, aussi ne doit-on pas s'y fier. Le Casîr occupe une étendue de cinquante, milles. Dans la mer, entre le Casîr et la terre, s'élève un édifice de cons[199] truction antique que l'on nomme CasÎr EL-BEIT « l'écueil du pavillon » (2). A environ cinquante milles au nord de Casîr el-Beit on rencontre deux îles dont t'une s'appelle Nemouchet et l'autre ANBEDOUCHET (3). Parti de l'île de DJERBA, le navire se rend au merça des Andalous; puis à CASR ED-DEREC « le château aux boucliers », parage où la mer est toujours donnante; puis à Ocaïb'elat [lac] où l'on pénètre en suivant un passage que les eaux se sont ouvert à travers les sables pour se jeter dans la mer (4). De là on se dirige vers le mont CastabÎr (5), parage redouté des marins. On arrive ensuite au port d'ATnABo-

Le nom de El-Djerf, ou El-Djorf, est mal place ici; cette locDjerba.. 00 Voy. p. 47.

(3) Les îles Linosa et Lampedousa sont à a5 lieues au nord-est de l'extrémité septentrionale de la grande Berkinna.

(4) Sur nos cartes, cette localité est olairement indiquée et porte le nom d'El-Biban « 1es portes

(5) Cette localité n'est indiquée ni sur les cartes, ni sur !cs rouliers que nous avons consultés.


los Il Tripoli mouillage sûr et bon. Cette ville possède un arsenal pour la construction des navires. Plus loin on atteint le RAS-E8-CHARA (i) « cap aux broussailles » puis on arrive à LEBDA (Leptis Magna), puis à RAS CAnAn (2), puis à CASR EL.IbaDI, puis à SoRT, puis à ADIEDABIYA, puis à EL-YAHOUDIYA « la juiverie (3) a, puis au Hawer [ou « rocher d'] ABDouN, puis à l'Ara [ou « source d'Aflou Zeid, puis à RAS AOUTAN (4), localité où se trouve [200] la CALA t-es-ChÎm « la cale aux galères (5) » puis à SOUÇA DE BarCA (6), puis à CHECCA T-EL-FILFIL, puis à Checca T-ET-Tîs, puis au merça [ou « rade »] de Debka> puis au merça de Tîw (7), puis à ToBOUac (Tobrouc),' puis à l'île d'EL-€ORACHi, puis à Djezîra T-ET-TARFA «l'île du tamarisc », puis à Djeziha t-el-Hammam « l'île des pigeons », puis à OUAD eiaMelali, puis à RAS EL-MELiaha « cap de la saline », puis à Merça 'z-Zîtouna « le port de l'olivier » (8), puis au merça d'AMARA, puis au merça d'Es-Soi.LouM (9), puis à RAS EL-AOUSEDJ (10), puis

(1) Sur la carte de l'amirauté anglaise, cet endroit est désigné par ie nom de Sciarra.

(2) Le cap Mesrata.

(3) Ce nom est écrit Kudia sur la carte de l'amirauté anglaise. (4) Le cap Razal de nos cartes.

(5) L'ancien Naustathmus.

(6) Souça de Barca est l'ancienne Apollonia. Cette ville, devenue -siège d'un évêché, reçut le titre de Sôzouza « la conservatrice », dont les indigènes ont fait Souça. El-Bekri, ou l'auteur qu'il cite, aurait dû placer Namtathmus après Souça. Lés mots cala « cale » et chlni « galère Il ne se trouvent pas dans nos dictionnaires; le premier est -encore employé dans l'Afrique septentrionale avec la signification que nous lui donnons ici la signification du second a été fixée par M. Quatremère, dans sa traduction de l'Histoire des Mmnlouks, d'ElJlacrîzi, t. 1, p. z42, note.

(7) Le Ras et-Tîn des cartes.

(8) Nommé Port-Bardeah sur la carte de l'amirauté anglaise. (9) Auprès de la grande Acaba..

Sur nos cartes ce mot est écrit Harzeit.


à El-Kenaï8 (i), puis à Es-Chacor, puis à Bolsîr, puis à Mina 'z-Zeodjadj « le port du verre », puis à Mîxa 'l-Akdelocïîn Il le port des Andalous », puis au phare d'Alexandrie {.Menara-t-el-'Iskenderiya)

Roatier d'Alexandrie a Anlalira

En quittant Alexandrie le navire se rend à Boukîr [2011 Aboukir », puis à Dimyat Damiette », puis à BahîraTiNNis, puis à l'île de Debcou, où l'on fabrique les étoffes nommées dîbekiya (2) puis à Tîdahmîmas (?), où se voit encore un château bâti par les compagnons du Prophète puis à Ghazza, puis à Mellaha-t-ei-Ouerdiya « la saline d'EI-Ouerdiya », puis à AscALAN, puis à CAICEaIyA, puis à YAFA (3), puis à RAS Kerman « le cap Carmel »,. puis à HAÏFA, !puis à AKU « Saint-Jean-d'A'cre », où l'onz voit un pont de construction antique, sous lequel les navi-res entrent voiles déployées puis à Soun « Tyr », ville[située sur une langue de terre] qui s'avance dans la mer et sert de port à la ville de BEIT EL-MACDIS Jérusalem puis 9 Seœa, puis à Beirout, puis à Tripoli de Syrie (Atrabolos ES-CHAM), puis à El-Ladekiya, puis à AKTAkiya « Antioche », puis à Antaijta « Satalie d'où ron se rend aux Mes confédérées « El-Djezaïr EL-MouALLAFA » (4).

Voilà la route des navires et la liste des stations qu'ils parcourent successivement depuis Aslen (5) jusqu'aux îles MoualMa. Il nous reste maintenant à indiquer les porte-

Ci) Voy. p. U.

(2) Voy. lNém. sur l'Egypte, de M. Quatremère, t. I, p. 34o.. (3) L'auteur aurait du placer Yafa (Jflf/o) avant Caiceriya. (à) L'archipel grec.

(5) Le texte arabe porte Asîlo, erreur de rédaction.


situés dans les parties du Maghreb les plus reculées et à les relier, par un itinéraire, avec Asîla.

Au rapport de Mounien ibn Youmer le Hoouarien, on trouve un lieu d'hivernage sur la côte «J'Aoua (1), île [ou presqu'île] d'où partent des caravanes ayant pour destination la ville de NOUL. Elles y an-ivent après avoir marché pendant deux mois vers le nord-est (a), de la marche ordinaire des chameaux. Noul, situé sur l'extrême limite du territoire musulman, est le premier lieu habité que le voyageur rencontre quand il arrive du •Sahara. Les navires mettent trois jours à se rendre des parages de Noul jusqu'à Ouadi 's-Sous « lu rivière de Sous ». Ensuite ils font route pour Amegdoui. (3) « Mogador n, mouillage très sûr, qui offre un bon hivernage et qui sert de port à toute la province de Sous (4). De là ils se dirigent vers Couz, qui est le port d'Aghmat-et qui possède un ribat occupé par des gens dévots. Ensuite ils se rendent à Asfï puis à El-Beida « la blanche (5) promontoire qui avance dans la mer puis à Fedala, presqu'île qui sert de port au Tamesna « Temsna pays des Béreghouata. De là on se rend au merça de Mabîfen, puis à la rivière de SELA « Salé », où l'on trouve une ville de la plus haute antiquité dont les restes sont encore debout. et qui se nomme Cheixa. Sur le bord de la mer, à l'est de la rivière de Sela, on remarque une vaste caverne dont la partie supérieure est percée de soupi-

Peut-être l'ile d'Aiouni, que notre auteur place auprès d'ATgmn. (2) Le texte arabe porte vers l'orient.

(3) Le tombeau ou chapelle de Sidi Hegdoul est situé tout auprès de Mogador; ce dernier nom est une altération de Megdoul. (4) Le texte arabe porte: et qui forme le Sahel (littoral) de la rivière de Sous. Cette indication n'est pas exacte; Mogador (Megdoul) est à vingt-cinq on vingt-six lieues au nord de l'embouchure du Sous. (5) Le cap Blanc.


taux qui ressemblent à des [203j bouches de puits. Le sol, au-dessus de cette caverne, est bien cultivé. De là on se dirige vers la rivière Sebou puis au SAFDED (1), Ileuve sur les bords duquel les hommes blancs ne sauraient demeurer sans être atteints d'une maladie presque toujours mortelle. 11 n'y a que des nègres qui puissent y habiter aussi, quand ceux-ci voient arriver un blanc chez eue, ils se mettent à crier Méiz méiz « regerde regardde Du Safded l'on navigue vers le Havd (ou « bassin ») d'AsiLA, puis on suit la route déjà indiquée A dix milles de Tebsaka (3), dit l'auteur dont nous avons cité les paroles, se trouve TABAHRÎT « la maritime », ville entourée de murailles et située sur le bord de ta mer. Elle renferme des bazars très fréquentés et une mosquée djam,ê, solidement construite, qui domine la mer. Tabahrit est un entrepôt maritime qui attire les caravanes de Sidjihnessa et d'autres lieux. Elle est habitée par des Berbers appartenant à la tribu de Matghara et beaucoup mieux policés que leurs voisins de la même race. A l'orient de Tabahrît et à la distance d'environ trois milles se trouve Meskak, ville maritime ceinte de murailles et entourée de jardins. Les habitants ont leur marché à Tabahrît, ville moins ancienne que la leur. En effet Tabahrît fut rebâtie par El-Haddj Moramer, postérieurement à l'an $2O de J. C.). Tabahrît [2M] est le port de la ville d'Oudjda dont elle est éloignée de quarante milles. De Tlemcen à Oudjda li y a trois journées l'on se rend d'abord à El-Hamma, puis à un village nommé Es-Chehba « la grisâtre », puis à Oudjda.

(1) Dans le dictionnaire géographique intitulé MeM eunm on (2) L'auteur l'indique plus loin.

(3) Voy. ci-devant, p. 162.


Le modd dont on se sert à Oudjda s'appelle el-oiidjdat. Oudjda se compose de deux villes ceintes de murailles, dont une fut bâtie postérieurement à l'an 44o par Yala, fils de Bologguin et membre de la tribu des Ourtaghnîn. La ville neuve, renfermant plusieurs bazars, est habitée par des commerçants. Le djamê, situé en dehors des deux villes, s'élève auprès d'une rivière, au milieu de jardins. Oudjda est entourée de forêts et de vergers les vivres y sont de bonne qualité et le climat est très sain. Les habitants se distinguent facilement à la fraîcheur de leur teint et à la douceur de leur peau. Les pâturages sont excellents et profitent également aux solipèdes et aux ruminants un seul de leurs moutons peut fournir jusqu'à deux cents onces de graisse. La ville de Taferguennît est voisine de Tabahrît et sert de port à Djeraoua. Les voyageurs qui partent des contrées orientales [de l'Afrique] pour se rendre à Sidjilmessa et aux autres localités de l'occident, traversent la ville d'Oudjda et ils suivent la même route lors de leur retour. Pour aller d'Oudjda à Sidjilmessa l'on se rend d'abord à ZA, bourg auprès duquel on remarque une rivière [du même nom], des vergers et des champs cultivés de là on arrive à [205J Tamlelt (i) puis à la montagne des Beni-Irnîan, puis à (Ta rivière] Guîr, puis à EL-ANÇA, puis ;i Lamesli, puis à DAR el-Amîr « la maison de l'émir », puis à Sidjilmessa. Pour aller d'Oudjda à Fez, il faut se rendre d'abord à ZA, puis à TABERÎDA, puis chez les Mik-

̃ (0 La plaine de Tamlelt est située à quarante-trois lieues au aud sud-ouest d'Oudjda et à trente-quatre lieues nord-est de Tafilelt, dont la position est très rapprochée de celle qu'occupait Sidjilmessa. Dams les manuscrits M et A il y a un blanc où le nom devait se trouver. Le manuscrit P offre la leçon v-tb groupe de lettres qui peut se lire de plusieurs manières, mais qui n'offre, en aucun cas, la véritable orthographe du nom.


•naça, qui habitent des cabanes construites de broussailles puis on passe par Aïs rr-Tts « la source du figuier », d'où l'on arrive à Fez. Pour se rendre d'Oudjda à MElîla on gagne d'abord le ZA puis, après une journée de marche, on atteint Guercîf, bourg bien peuplé et situé sur le Molouia. Cette rivière vient du côté où habitent les Matghara. Le gué qu'il faut traverser pour arriver à Guercif est au sud de la ville. L'on se dirige alors vers Coloué Djara « les châteaux de Garet? », place forte qui occupe le sommet d'une montagne et qui est absolument imprenable. De là on se rend à Melîla, viHe ancienne, environnée d'une muraille en pierre et renfermant une citadelle très forte, une mosquée djamê, un bain et quelques bazars. L'on rapporte qu'elle doit sa reconstruction aux fils d'El-Bouri ibn Abi 'kAfiya le Miknacien. Lorsqu'un négociant arrive dans cette ville, les habitants, qui sont tous de la tribu des Ourtedi, tirent au sort pour savoir lequel d'entre eux doit se charger des opérations commerciales auquelles l'étranger veut se livrer celui-ci ne peut rien faire en dehors de la surveillance et de l'inspection de son nouveau patron, qui, de son côté, est tenu de protéger son hôte contre ceux qui voudraient lui faire du tort. Pour s'indemniser de cette peine, le patron exige de lui une récompense, et, de plus, un cadeau pour les frais de logement. Selon Mohammed ibn Youçof et d'autres [écrivains], cette place fut conquise, en l'an 3i4 (926-927 de J. C.), par Abd er-Rahman en-Nacer li-din Illah (le souverain oméïade de l'Andalousie], lequel bâtit alors la muraille de la ville afin d'en faire un lieu de retraite pour [son partisan] Mouça ibn '1-AGya. Dans les vers suivants, Ahmed ibn Mohammed ibn Mouça er-Razi fait allusion à cette circonstance


Et Je roi, défenseur de la religion de Dieu (i), n'oubliant rien de ce qui pourrait protéger la foi, bâtit pour Mouça, comme lieu de retraite, une ville haut placée, forte et imprenable, devant laquelle Tahert et les Africains durent s'humilier, et dont la construction aurait dépassé la puissance des Amalécitcs.

La mesure de capacité dont on se sert à Melîla s'appelle modd et contient vingt-cinq modd de la dimension autorisée par le Prophète. Le ratl, qui est le même que celui de JVofcour, équivaut à vingt-deux onces, et chaque once pèse quinze drachmes. Le quintal qu'ils emploient pour toutes les espèces de [207] denrées est un multiple de ce rail. La drachme se compose d'un certain nombre de carats, et chaque carat fait cinq huitièmes de la drachme [légale].

Le port de Melîla est bon en été vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie, se trouve le port de CheloubÎna « Salobrefia Plus loin, nous indiquerons la série de ports qui couvrent le littoral, de l'ouest à l'est, depuis Nokour jusqu'à Melîla, et nous ferons connaître, en même temps, les noms des ports andalousiens qui se trouvent en face de ceux-ci.

Le voyageur qui part du port de Mellia, en se dirigeant vers l'est, rencontre d'abord le port de la ville de Djeraoua, bon mouillage, auprès duquel est une rivière qui se décharge dans la mer. De là aux îles du Molouia [les DjdferEn] il y a huit milles par la voie de terre. Visà-vis, sur la côte de l'Andalousie et à la distance de deux journées de navigation, se trouve Camdjala (2). Le port d'AnrnoUD, situé immédiatement à l'orient (3)

(1) En arabe En-Nacer lUdîn lUah; c'était le titre du souverain. (2) Ce nom nous est inconnu.

(3) L'auteur se trompe le mouillage d'Adjrond est situé à l'embouCette ville était située sur la rive droite du ]Us, et à six milles de la


de celui de Djeraoua, est abrité du côté de l'ouest et peut être abordé pendant l'été. On y trouve plusieurs puits et un village.. Vis-à-vis, en Andalousie, et à la distance de deux journées de navigation, est situé le port de Delala (Dalias).

A dix milles est d'Adjroud on arrive au port de Ternana, auprès duquel se trouvent des habitations et quelques puits qui fournissent de Feau. Vis-à-vis, sur le continent espagnol, est situé le port d'Et-MERivA BEDdjama (i). On arrive ensuite au port d'AucHGOUL, qui est situé au nord (2) de celui de Ternana. Vis-à-vis, sur le territoire espagnol et à la distance de deux journées de navigation se trouve le port de CABTA Beiœ Asoued (3). Après Archgoul, du côté de l'est, on trouve le port d'AstEN.

Ronte d'Archgonl & Caironan

D' ArchgoW on se rend à Aslen, puis à CAsR Sinan, ce qui fait une petite journée de marche. De là on suit la route déjà indiquée (4), ce qui fait quatre journéesd'Aslen à Tihert et dix-neuf journées de Tîhert à Cairouan.

Description du territoire de Nokonr

Le territoire de Nokour a pour limita (5), du côté de l'orient, le pays des Zouagha, qui est à environ cinq

(1) Yoy. ci-devant, p. i48.

(2) A l'est-nord-eg.

(3) Le cap de Capta de la carte catalane; le cap de Gale des caries modernes.

(4) Voy. p. 160.

(5) M. Qualremère, ayant pris le mot «J*. (sa limite) pour un non propre, a traduit « Le territoire de Nakoura-Wadjdah


journées de cette ville et qui avoisine le Djeraoua d'ElHacen ibn Abi 'l-Aich. Près de là sont des Matmata, gens de Kebdav, les iMernîça d'Ei.-KoDïA-T-Ei.EiDA « le tertre blanc u, les Ghassaça, habitants du mont Herek et les Beni Ourtedi de Coloue (209] DURA. Du côté de l'occident, le territoire de Nokour s'étend jusqu'au pays des Beni Merouan, peuplade qui fait partie de la tribu des Ghomara, et il touche, non seulement au pays des Beni Homeid, tribu à laquelle tes [chevaux] homeidiens doivent leur nom (i), mais aussi à la contrée des Mecettaça et des Sanhadja. Derrière ces peuplades se trouvent les Aoureba de la bande de Ferhoun (2), les Beni Oulîd, les Zenata de lâberida, les Beni Irnîan, et les Beni Meracen de la bande de Cacem (3), seigneur de Za et de la Kodïa « tertre Il, nommée Taourirt (4).

Les ports qui dépendent de Nokoi-r sont MoLOUïA, Herek, GARET, MERÇA 'D-DAR et Aouktîs, mouillage qui avoisine la montagne de Temçaman. Ce fjt dans cette localité, nommée aussi Asou 'L-IiACEN, que se réfugièrent les descendants de Saleh (5). A ces ports il faut ajouter le Ouadi 'L-BACAR « rivière des bœufs », et EL-MEZEnMA (6), qui est à cinq milles au nord de Nokour. Vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie est située ta ville de Malaga

(1) Voy. ci-après.

(2) Ce Ferhoun a été sans doute un personnage d'importance mai;» son nom ne figure pas dans les chroniques arabes qne nous avons consultées.

(3) Voy. ci-après, p. 187.

(4) Pom militaire sur le Za, et appelé maintenant Caçaba Moula Jtmaîl.

(5) Un peu plus loin l'auteur donne une notice de cette famille. (Voy. aussi Hist. des Berbers, t. H, p. i37, et le Baian, t. I, p. i78 et (6) Sur les cartes espegnoles ce nom est écrit Alhactnua.


une journée et f210J demie suffit pour faire la traversée du Chadir (i), qui les sépare. Parmi les autres ports du même territoire on distingue Badîs, Bacolïa, et Balîcii celui-ci appartient aux Sanhadja.

Nokour est environnée de collines dont celle qui fait face à la ville se nomme El-Mosalla. La mosquée est soutenue par des colonnes en bois de thuya, espèce d'arbre qui, avec le cèdre, se trouve en grande abondance dans ce pays. La ville a quatre portes au sud, le Bab Soieiman entre le midi (sud-est) et le nord, le Bab Beni Ourîaghel à l'ouest, la porte d'EiwMosAiXA, et, au nord,le Bab el-Yahoud « la porte des Juifs ». La muraille de la ville est construite en briques. Dans l'intérieur on trouve plusieurs bains et quelques bazars bien garnis et bien achalandés. Nokour est située entre deux rivières, le Nokoub et le Ghîs le premier sort de la montagne des Bem Goum, dans le pays des Guezennaïa, et la seconde prend sa source dans le territoire des Beni Ourîaghel. Chacune d'ehes parcourt une distance d'environ une journée et demie avant de se jeter dans la mer. L'une et l'autre font tourner plusieurs moulins.

La montagne des Goum donne aussi naissance au OTERgha (2), l'un des fleuves les plus célèbres du Maghreb. Le Nokour et le Ghîs se réunissent au lieu nommé dgdal, et là ils se partagent encore pour [211] former plusieurs ruisseaux. A l'extrémité de cet endroit s'élève le ribat de- Nokour. Saîd, 51s de Saleh, bâtit sur le Ghîs une mosquée à l'instar de celle d'Alexandrie, dont elle reproduisait les matures et toutes les dépendances. Le rivage [de la mer auprès] du Ghis est d'un accès difficile et s'appelle

(i) Le mot ghadir signifie étang, lac; ici il sert à désigner l'extrémité de la mer Méditerranée qui tonohe au détroit de Gibraltar. (2) Ce mot signifie or en langue berbère.


Tagrara. C'est là que la famille des Saleh avait établi sea haras. La ville de Nokour est située à cinq milles de la mer vers le sud elle possède beaucoup de jardins et de vergers, dont les arbres sont presque tous des poiriers et des grenadiers. Un natif de Nokour, nommé Ibrahim ibn Aiyoub, composa les vers suivants

Toi, ma seule espérance I toi que je désire et que je demande partoakl

Toi qui es pour mon coeur le monde entier et l'objet de mon adoration 1

Me sera-l-il défendu de rassasier mon âme fen embrassant) cette belle main qui renferme assez de bonheur pour remplir l'univers ? Me sera-t-il défendu de jeter un regard sur ce front dont l'éclat embrase toute la terre ?

Songe que, pour te visiter, j'ai traversé les déserts de Nokour, ayant pour monture une chamelle il la démarche rapide et au pied sûr. La mesure de capacité usitée à Nokour s'appelle sahfa et contient vingt-cinq modd de la dimension adoptée par le Prophète. La demi-sahfa s'y nomme sods « sixième ». Le rail employé dans cette ville pour le pesage de toutes les espèces de denrées se [212] compose de vingt-deux onces. Leur kintar « quintal » est de cent rail leurs dirhems « mannaie d'argent » se donnent par compte et non au poids.

La ville de Nokour eut pour fondateur Saîd, fils d'Idrîs et petit-fils de Saleh ibn Mansour le Himyerite, surnommé El-Abd es-Saleh « le bon serviteur ». Saleh fit la conquête de cette contrée sous le règne [du khalife] El-Ouélîd ibn Abd el-Mélek. Arrivé dans le Maghreb à l'époque de la première conquête musulmane, il s'établit au port de Temçaman, près de Bedkotjk, endroit situé sur le Ouadi'lBacar. Le port Je Temçaman est à vingt milles de la ville de Nokour n'étant qu'une rade foraine, on ne peut le fréquenter qu'en été. Vis-à-vis, sur le continent espagnol,


est située la ville de Tonîana (i). Les Sanhadja et les Ghomara, Berbers de cette localité, se laissèrent convertir à l'islamisme par Saleh mais, trouvant ensuite que les obligations de cette religion leur étaient à charge, ils retombèrent presque tous dans l'infidélité, chassèrent Saleh de leur pays et prirent pour chef un nommé Dawoud ErRondi « natif de Ronda en Espagne ». Cet homme appartenait à la tribu [berbère] de Nefza. Dieu les ayant ensuite ramenés dans le droit chemin, ils renoncèrent au polythéisme et ôtèrent la vie à Er-Rondi. Saleh fut rappelé et il passa le reste de ses jours dans ce pays. Il mourut à Temçaman et fut enterré-à Agta, village situé sur le bord de la mer. On y [213] montre encore son tombeau. D laissa trois Gls El-Motacem, Idris et Abd es-Samed. Les deux premiers eurent pour mère une femme sanhadjienne. El-Motacem, auquel les habitants confièrent le commandement, se fixa au milieu d'eux et mourut peu de temps après. Son [neveu et] successeur, Saîd, fils d'Idrîs; fonda la ville de Nokour. Une bande de Berbers que Saleh ibn Mansour avait installée sur le bord de la rivière, vis-à-vis de Nokour, y établit un marché, puis, sur l'ordre de Saîd, ces gens se transportèrent dans la nouvelle ville. En l'an (858-859 de J. C.), les Madjous « Normands n, que Dieu les maudisse envahirent la ville de Nokour et la mirent au pillage. Ils emmenèrent en captivité tous les habitants qui n'avaient pas cherché leur salut dans la fuite. Au nombre des prisonniers se trouvèrent Ama t-er-Rahman Il la servante de Dieu le miséricordieux n, fille de Ouakef, fib d'H-Motacem ibn Saleh, et sa sœur Khanâoula mais elles furent rachetées par l'imam Mohammed ibn Abd er-Rahman [cinquième sou-

(i) Variante .&-• C'est probablement le TaranUu* de l'itinéraire d'Antonin.


verain oméïade d'Espagne]. Pendant huit jours la ville de Nokour resta au pouvoir des Madjous (idolâtres, mécréants).

Les Berbers Beranis s'étant insurgés contre Saîd, fils d'Idris, élurent pour chef un nommé Segguen. Les malfaiteurs accoururent de tous les côtés, se rallièrent autour de Segguen et allèrent attaquer Saîd jusque dans le lieu où il faisait son séjour. Arrivés là, ils essuyèrent une défaite totale, par la permission de Dieu leur chef perdit la vie et la coalition berbère [214] se trouva dissoute. Le reste des insurgés s'empressa de rentrer dans l'obéissance. Saîd ibn Idrîs mourut après un règne de trente-sept ans et eut pour successeur un de ses fils nommé Saleh ibn Saîd les autres étaient Mansour, Hammoud, Zîada-tAllah, Er-Rechîd, Abd er-Raihman, surnommé Es-Chehîd « le martyr », Moaouïa, Othman, Albd Allah et Idrîs. Abd er-Rahman se distingua comme habile jurisconsulte, étant très versé dans le droit analekite. Il fit quatre fois le pèlerinage de la Mecque, puis, étant passé en Espagne avec l'intention de prendre part à la guerre sainte, il tomba dans une embuscade dressée par Ibn Hafsoun (i) et vit périr tous ses compagnon. Parvenu à s'échapper, grâce à la vitesse de son cheval, il alla joindre les guerriers

(i) Pendant la dernière moitié du nie siècle de l'hégire, Omar ibn Hafsoun, soutenu par les Mowallid (musulmanes à l'extérieur, mais ayant du sang chrétien dans les veines et la religion chrétienne dans le coeur), fit une guerre acharnée à la dynastie oméïade qui régnait Cordoue. En l'an de l'hégire il était encore sous les armes, bien que Conde le fasse mourir en 270. Cet écrivain lui donne pour ancceweur un flk du nom de Caleb; ayant lu dans un historien arabe, que le kelb Ibn Hafsoun « le chien, fils de Hafsoun continuait à faire la guerre, il prit le mot kelb pour un nom propre. Omar ibn Hafsoun commença sa carrière de révolte en l'an (88o-i de J -C ) il mourut en l'an (917-8 de J.-C.). (Baian, t. n> p. io6, 178 du texte arabe; El-Maocari, traduction de Gayangos, vol. II, p.


commandés par le caïd Abou'l-Abbas (i), et mourut sur le [216] champ de bataille. Saleh eut à soutenir une guerre contre son frère Idrîs, qui s'était fait appuyer par les Béni Ouriaghel et les Guezennaïa. Les deux partis en vinrent aux mains sur le Gouin, montagne située dans le terriLoire des Guezennaïa. Idris mit en déroute les troupes de Saleh, livra leur camp au pillage et poussa en avant afin de pénétrer dans Nokour. Comme le commandant que Saleh y avait laissé se défendait vigoureusement, Idris lui fit annoncer que ce prince venait d'être tué Il Quand j'en aurai la certitude, lui répondit l'officier, je ne vous ferai aucune résistance. Idris, ne pouvant rien cbtenir de lui, alla se. poster sur la montagne voisine et son frère Saleh profita des ombres de la nuit pour tromper la vigilance de l'ennemi et rentrer dans sa capitale avec ses compagnons les plus dévoués. Le lendemain; Idris endossa sa cotte de mailles, monta à cheval et se dirigea vers la ville, sans se douter que son frère y était. l.es portes s'ouvrirent devant lui mais à peine y fut-il entré qu'il se vit enlever de sa monture par les pages de Saleh, et conduire en présence de ce chef, qui ordonna L216] de l'enfermer dans le palais. Quelque temps après;

(1) Ce général oméfade est mieux connu sous le sobriquet d'IbnAbi Abda. Son nom, Ahmed> indique suffisamment que son surnom était Aboa 1-Abbas. II fit plusieurs expéditions contre les chrétiens de l'Espagne septentrionale et contre Ibn Hafsoun. Il mourut sur le champ de bataille en l'an 305 (9i7), dans une rencontre avec les chrétiens, sous les murs de Castro. Mores ( ?) fut probablement dans cette bataille qu'Abd^r-Rahman es-Chebid perdit la vie. ^"l1*? chroniques espagnoles, les deux armées se rencontrèrent auprès de Saint-Etienne de Gormaz, place située près du Duero lUmenbonnent la mort *du général musulman, auquel ils donnent le nom d'Abbpaz, c'est.à-dire Ibn-Abi Ferreras, t. m. p. a3 de 1 éd.bon françaree, et te Baian, t. II, p. du texte arabe. srjfv^i^r^r Gayangos, traduction anglaise


Cacem el-Ousnani, seigneur de Za et de la Kodia, insista vivement auprès de Saleh sur la nécessité de faire mourir le prisonnier. Les moulas [clients et affranchis] de la famille, auxquels on donna des ordres à cet effet, refusèrent d'obéir, et ce fut un page nommé Aslottn qui, sur les injonctions de son maître, alla trouver Idrîs et lui ôta la vie.

Les Miknaça s'étant refusés de payer à Saleh les impôts qu'ils lui devaient, ce prince leur écrivit une lettre de menaces et, l'ayant cachetée, il la mit dans un sac à fourrage qu'il lia sur le dos de son âne. Il dit alors à un de ses hommes de confiance « Emmène cet animal jusqu'au milieu du pays des Miknaça tu le laisseras là avec son paquet, et tu reviendras ici. » L'ordre fut exécuté. Les Miknaça rencontrèrent l'âne, qu'ils reconnurent aussitôt comme celui de Saleh ils examinèrent le paquet, et, après avoir lu la lettre qui s'y trouvait, ils tinrent conseil ensemble. On voulut d'abord couper les jarrets à l'âne et persister dans la rébellion, mais ensuite ils prirent le parti de réunir la totalité de la somme exigée, de la mettre sur le dos de l'animal avec une belle housse d'étoffe mervienne (i) et de tout ramener à Saleh. Ils demandèrent en même temps l'oubli du passé, et se firent pardonner leur insubordination. Saleh ibn Saîd mourut [217] après un règne de vingt-huit ans. Saîd, son fils cadet, auquel on remit l'autorité, se fut à peine établi dans le gouveruement, que les Esclavons appartenant à sa famille par droit d'achat vinrent lui demander leur affranchissement. Il leur répondit en ces termes « Vous êtes notre milice

Selon 1 Idrtci (trad. franc, t. I, p. 467) on tire de Merou ou Merve, ville du Khoraçan, province de la Perse, quantité de soie ainsi que du coton d'une qualité supérieure, connu sous le nom de coton de Merve et extrêmement moelleux c'est avec ce coton que l'on fabrique diverses étoffes destinées pour l'exportation.


et nos serviteurs vous êtes tout à fait comme des hommes libres puisqu'on ne vous compte pas au nombre des choses qui se transmettent par héritage et qu'on ne vous applique pas la ici qui règle le partage des successions. Pourquoi donc voulez-vous être affranchis? » Malgré ces observations, ils persistèrent dans leur demande et; sur son refus de les satisfaire, ils lui adressèrent des injures grossières et prirent pour chef son frère Obeid Allah et son oncle Abou Ali er-Rida. Attaqués par les révoltés jusque dans son palais, Said, qui n'était soutenu que par ses pages et par les femmes de sa famille, les combattit du haut du château et les força à la retraite. Expulsés de la ville par la populace, les insurgés allèrent se poster à (Liria-t-es-Sacaleba « village des Esclavons », bourg situé au-dessus de Nokour. Ds s'y tinrent retranchés pendant sept jours, quand Saîd, ayant enfin réuni quelques troupes, sortit pour les attaquer. A la suite d'un combat acharné il vainquit les mutins et enferma dans une prison son frère Obeid Allah et son oncle Er-Rida, dont il avait épousé la fille. El-Aghleb, Abou'l-Aghleb, et les autres cousins de Saîd qui avaient pris part à la révolte; subirent la peine de mort. Obeid Allah fut envoyé à la Mecque sous [218] bonne garde, et y resta jusqu'à la fin de ses jours. Séada-t-Allah, fils de Haroun et cousin d'ElAghleb, fut indigné de ces exécutions « Comment! 1 s'écria-t-il, Saîd tue mon cousin et laisse la vie à son frèra et à son oncle, qui étaient aussi coupables qu'EKAghleb! » S'étant alors mis à travailler les Béni Isl?ten qui occupaient la montagne d'Abou '1-Hacen, il parvint à les gagner, bien qu'il se tînt dans Nokour, et sans que Saîd eût la moindre connaissance du complot. Les Islîfen se mirent en révolte Saqd rassembla ses partisans et sortit avec Séada-t-Allah afin de châtier les rebelles. Lorsque


le combat fut bien engagé, Séada-t-Allah trahit son chef et passa avec les siens du côté de l'ennemi. Saîd prit la fuite, après avoir perdu environ un millier des siens, et abandonna aux vainqueurs ses drapeaux et ses tambours. S'étant enfermé dans Nokour, il soutint un siège contré les Isliten, commandés par Séada-t-Allah, et, victorieux à son tour, il parvint à les repousser. Ayant fait prisonnier Meimoun, fils de Haroun et frère de Séada-t- Allah, il lui ôta la vie puis il dévasta et brûla les maisons appartenant à Séada-t-Allah, lequel s'était retiré à Temçaman. Quelque temps après, Séada-t-Allah fit la paix tvec son souverain et rentra à Nokour. Rempli de bravoure et d'audace, il en sortit de nouveau, accompagné de tous ceux qui dépendaient de lui, et pénétra dans le territoire appartenant aux Botouïa et aux Beni Ourtedi. Ayant obtenu de ces peuplades la possession de Cofouê Djara, il se mit à leur tête et envahit les cantons [219] occupés par les Mernîça et les Zenata. Après y avoir tué beaucoup de monde et soumis toute cette région, il s'en retourna à Nokour, où il ne cessa de servir Saîd avec fidélité. Omm es-Saad, sœur de Saîd et fille de Saleh, épousa [un chérif nommé] Ahmed, fils d'Idrîs, fils de Mohammed, fils de Soleiman, fils d'Abd Allah, fils d'Et.:Hacen, fils d'Ali, fils d'Abou Taleb. Le mariage fut célébré à Nokour, et Ahmed y passa le reste de ses jours avec sa femme.

Obeid Allah es-Chîaî [le Fatemide], ayant vaincu ses ennemis, écrivit aux habitants du Maghreb, les invitant à reconnaître son autorité et à le considérer comme le chef spirituel et temporel de tout le peuple musulman. La lettre qu'il envoya à Saîd ibn Saleh se terminait par une pièce de vers assez longue, dans laquelle se trouvait le passage suivant


Si vous entrez dans la bonne voie, je me chargerai de faire votae bonheur; si vons vous détourncz de moi, je tous jugerai dignes de mort.

Armé d'un glaive qui fera baisser les vôtre-«, j'envahirai facilement votre pays et je le remplirai de carnage.

Un Andalous, natif de Tolède et surnommé El-Ahmès « le ferme, le brave n, qui était alors poète en titre de la famille Saleh, écrivit, par l'ordre de Youçof ibn Saleh, une réponse à cette lettre. Dans ce long morceau de vers on remarqua surtout les lignes suivantes Tu en as menti j'en jure par la maison sainte non, tu [22»J ne sais pas pratiquer la justice. Dieu le miséricordieux ne reconnaît aucun mérite à tes paroles.

Tu n'es qu'un ignorant, qu'un imposteur; et pour ressembler aux autres sots tu prends le plus court chemin.

La religion de Mahomet occupe nos pensées généreuses; tes pensée» à toi, Dieu les a rendues viles.

Obeid Allah, ayant lu cette lettre, écrivit à Messala ibn Habbous, officier auquel il avait confié te gouvernement de Téhert, et, dans cette dépêche, il lui ordonna d'envahir le territoire de Nokour et de faire la guerre i Saîd ibn Saleh. Parti de Téhert le i- du mois de dou '1-hiddja 3o4 (fin de mai 917 de J. C.), Messala s'avança jusqu'à une journée de marche de Nokour, et prit position à un endroit nommé Nésaft. Saîd sortit pour le combattre et résista, sans désavantage, pendant trois jours. Il avait dans son armée un Berber distingué par sa bravoure, qui se nommait Hamd ibn el Aiyach, et qui appartenait à la tribu des Itouweft. Cet homme, ayant formé le projet de pénétrer dans le camp ennemi et d'assassiner Messala, prit avec lui sept autres cavaliers et s'élança vers le général fatemide. Aux cris d'alarme qui s'élevaient à leur approche, une foule de soldats entoura ces téméraires et les fit prisonniers. Mes-


ê-ala ayant donné l'ordre de leur trancher la tête, Hamd s'écria « On ne tue pas un homme comme moi. » Et pourquoi pas? lui dit Messala. « Parce que sans moi, et sans le secours de mon bras, tu ne pourras jamais venir à bout de Saîd ». Messala lui fit grâce de la vie, et le traita avec [221] tant d'égards et de bonté, qu'il réussit à lui gagner le cœur. Ayant alors confié un détachement de troupes au transfuge, il lui permit d'aller faire un coup de main. Hamd, sachant qu'un côté de la position occupée par Saîd était mal gardé, se dirigea vers cet endroit et pénétra dans le camp. Les» troupes de Saîd, se voyant attaquées par un point qu'elles avaient cru inabordable, s'enfuirent dans le plus grand désordre, et Saîd, pris au dépourvu, fut entraîné dans la déroute. Reconnaissant que le désastre était irréparable, il envoya à Nokour l'ordre d'évacuer le palais et d'en transporter les habitants, avec leurs effets, dans file qui est située auprès du port. Ses fils, Saleh, Idrîs et El-Motacem, passèrent, avec le reste de la famille, da,:s ce lieu de refuge. Pour lui, il endossa une double cotte de mailles, et, secondé par ses pages et ses principaux officiers, qui en avaient fait de même, il résista à l'ennemi jusqu'à ce qu'il trouvât la mort. Son camp fut mis au pillage, et Messala fit son entrée dans Nokour le jeudi 3 moharrem 3o5 (juin 917 de J. C.). On saccagea la ville, et on réduisit en captivité les femmes et les enfants. Le vainqueur chargea un courrier de porterà Obeid Allah la nouvelle de cette victoire, et il envoya. à Cairouan la tête de Saîd ibn Saleh, avec les têtes de Mansour ibn Idris ibn Saleh et de plusieurs autres membres de la famille Saleh ibn Mansour. On porta ces trophées à travers les rues de Cairouan puis on les planta sur les murs de Raccada. Une erdjouza (poëme d'une-


versiGcation très simple), composée [222] par Abou Djafèr Ahmed ibn [Mohammed] el-Meroudi, renferme un passage qui se rapporte à cet événement et qui mérite d'être reproduit ici

Un vilain, tla de vilain, faisait l'insolent,

A la téle d'une bande de la «otte populace.

Il se disait u Xotour me sera un refuge, même contre la colère du Seigneur 1

Mais le jugement du destin, qui tranche tout, vint le frapper [et le surprit] de la part de Dieu, à l'inetar d'un vaste incendie. [Le Fatemidel entra dans un pays qui, depuis longtemps, n'avait souffert aucune invasion

Et, du poids de sa puissance, il écrasa cette population infidèle. On apporta la titc de leur chef, pour qu'eue fût l'objet de tous tes ootrages

Elle se balançait sur l'extrémité d'une tance flexible

Les cheveux, en désordre, n'avaient pas été lavés;

La barbe, souilléc de poussière, n'avait pas été peignée.

Les enfants de Saîd ibn Saleh, et tous les autres membres de sa famiHe qui avaient pu se sauver, quittèrent le port de Nokour et allèrent débarquer à Malaga et à Pechina. Abd er-Rahman en-Nacer [le souverain oméiadel, fils de Mohammed, leur fit donner une honorable réception, et leur envoya de beaux habits et de xiches présents. Comme il leur laissa le choix de venir se fixer dans la capitale de l'empire ou de rester à Malaga, ils donnèrent la préférence à ce dernier lieu, parce qu'il était plus rapproché de leur pays et qu'ils espéraient trouver l'occasion d'y rentrer.

[223] Messala passa environ six mois à parcourir le territoire de Nokour puis il y établit un de ses officiers,, nommé Deloul, en qualité de lieutenant, et repartit pour Téhert. Deloul se vit graduellement abandonné par le» Orientaux [les soldats fatemides], et bientôt il n'eut plus


à ses ordres qu'une petite troupe de ses gens. Les fils de Said, bien renseignés sur ces faits, se décidèrent à ¡entrer dans leur pays, étant convaincus d'y trouver un bon appui dans l'amour et l'affection de leur peuple. l.es trois princes, Idrîs, El-liotacem et Saleh, montèrent chacun dans un navire différent, après être convenus que le premier arrivé en Afrique obtiendrait l'autorité suprême. Ils s'embarquèrent le soir, et partirent tous à la fois, pouwés par un vent favorable. Saleh ibn Saîd, qui était le plus jeune, arriva la même nuit dans les parages de Nokour, et, au point du jour, il se trouva dans le port de Ouadi '1-Bacar, près de Temçaman. A la nouvelle de !-on arrivée, les Berbers accoururent de tous les côtés pour le recevoir, et l'ayant reconnu pour leur chef, ils lui donnèrent le titre d'EI-Yetîm « l'orphelin », à cause de sa jeunesse. Alors ils marchèrent contre Deloul, le firent prisonnier avec ses gens, et les mirent toua en croix, sur les deux bords du Nokour. Abd er-Rahman ibn Mohammed, ayant reçu de Saleh une dépêche lui annonçant la i ouvelle de cet événement, la fit lire publiquement dans la grande mosquée de Cordoue, et en expédia des copies dans toutes les provinces andalousiennes. Il donna en même temps l'ordre [224] d'envoyer aux princes salehides tout ce qu'on pourrait trouver de plus beau en fait de tentes, d'équipages, de vêtements, de selles, de bijoux, de drapeaux, de tambours, de cottes de mailles et d'armes de toutes espèces. Dieu leur rendit, de cette manière, bien au delà de ce qu'ils avaient perdu. Saleh était déjà installé dans le commandement, quand ses frères, après avoir lutté contre la mer et les vents pendant deux mois, vinrent débarquer à Nokour, sains et saufs, et le reconnurent pour souverain. Il mourut après un règne de vingt ans. Cette famille demeura toujours attachée à la doctrine orthodoxe, à la grande communauté musulmane et au


rite de Malek ibn Anès. Saîd, ainsi que son père, célébrait la prière publique comme imam ils faisaient eux-mêmes le prône à la congrégation, et ils savaient par cœur tout le Coran. El-Mowayed, fils d'Abd el-Bedïa, fiis de Saleh, fils de Saîd, fils d'Idrîs, fils de Saleh, fils de Mansour, succéda au trône mais ayant à soutenir un siège contre Mouça, fils d'Abou'l-Afiya, il succomba dans la lutte et perdit la vie. Le vainqueur fit piller la ville de Nokour, saccager les maisons, renverser les fortifications, détruire les édifices publics, et, portant le ravage bien plus loin que ne l'avait fait Messala ibn Habbous, il laissa l'emplacement de la ville aussi nu qu'un champ dont le vent aurait balayé la poussière, et où rien ne s'entend que le glapissement des chacals. Nokour fut détruite en l'an 317 (929-93o de J. C.).

Ensuite Abou Aîoub Ismaîl, fils d'Abd el-Mélik, [2251 fils d'Abd er-Rahman, fils de Saîd, fils d'Idrîs, fils de Saleh, prit le commandement et rebâtit l'ancienne ville que Sakh ibn Mansour avait fondée. Il y installa une nouvelle population, y rétablit le marché et y fixa son séjour. Il régnait encore en l'an 323 (g35 de J. C.), quand Abou '1Cacem, souverain de l'Ifrîkiya, fit partir, pour le Maghreb, Sandal le feta, son serviteur nègre, afin de secourir [son général] Meiçour (i) le feia, dont il n'avait pas eu de nouvelles depuis longtemps. Sandal quitta EI-Mehdiya dans le second mois de djomada 323 (mai-juin 935), et, parvenu au Djeraoua d'El-Hacen ibn Abi '1-Aich, il y prit quelques jours de repos. De là il se rendit à Herras, d'où ü écrivit à Ismaîl ibn Abd el-Mélek, seigneur de NoLour, lui ordonnant de venir le trouver. Ismaîl, qui avait déjà quitté la ville pour s'enfermer dans le château

(1) Dans le texte arabe on a imprimé par erreur la place de »̃»̃ -i.


d'Egri, lui envoya des ambassadeurs, avec un écrit dans lequel il se déclarait l'humble serviteur du gouvernement falemide. Sandal, peu satisfait de cette réponse, fit partir des messagers qui devaient voir le seigneur de Nokour et le presser de se rendre auprès de leur général puis, ayant appris qu'Ismaîl avait fait mourir ces envoyés, il marcha contre Egri et prit position à Naceft, endroit situé dans le voisinage de cette forteresse. C'est en ce lieu que Messala ibn Habbous avait tué Saîd ibn Saleh. Après huit jours de combats, Sandal emporta la place de vive force [226] Ismaîl et presque tous ses partisans perdirent la vie dans le dernier assaut. Cet événement eut lieu un vendredi du mois de choual de l'année susdite (septembre de J. C.). Les femmes d'Ismaïl, ses parentes, deux de ses jeunes enfants, ainsi que tout ce qui était dans la forteresse, tombèrent au pouvoir du vainqueur. Sandal installa dans la ville [de Nokour] un gouverneur ketamien, nommé Mermazou, et partit pour rejoindre son collègue Meiçour, qui était alors occupé à faire le siège de Fez. Il y avait à cette époque chez les lslîten du mont Abou '1-Hacen un membre de la famille Saleh qui s'appelait Mouça et qui portait le surnom d'ibn Roumi. Il était fils d'El-Motaçem, fils de Mohammed, fils de Corra, fils d'ElMotaçem, fils de Saleh, fils de Mansour. Aussitôt que Sandal eut quitté le pays, les habitants de Nokour rentrèrent dans leur ville, prirent pour chef Ibn Roumi, tuèrent Mermazou, avec tous ses gens, et envoyèrent la tête de cet officier à l'émir des croyants, Abd er-Rahman ibn Mohammed. En l'an 32J (935-936 de J. C.), Mouça ibn Roumi fut expulsé de Nokour par un de ses parents nommé Abd es-Semiâ, fils de Djorthem, fils d'Idrîs, fils de Saleh, fils d'Idrîs, fils de Saleh, fils de Mansour. Il passa en Espagne et se fixa dans la ville de Pechina, avec les gens de sa


famille, ses enftfhts et son frère Haroun ibn Roumi. Ses cousins, Djorthem ibn Ahmed et Mansour ibn el-Fadl, s'établirent à Malaga. En l'an 336 (947-948 de J. C:), les habitants de Nokour rappelèrent d'Espagne Djorthem ibn Ahmed [227] et le prirent pour leur souverain. Son père Ahmed était fils de Mohammed, fils de Ziada-t-Allah, fils de Said, fils d'Idrîs, fils de Saleh. Djorthem resta dans Nokour jusqu'au mois de dou '1-hiddja 36o (septembreoctobre 971 de J. C.). Le commandement passa successivement à plusieurs de ses descendants mais en l'an (1019-1020 de J. C.), les Azdadja vainquirent les Djorihemides et les forcèrent à partir pour Malaga. Dans la suite, quand les Azdadja se furent retirés dans leur pays, 9ux environs d'Oran, les Beni-Djorthem revinrent à Nokour, c'est-à-dire à la ville d'EKMezemma. Quelque temps après, Yala, fils d'El-Fotouh l'Azdadjien, chassa du pays tous les membres de cette famille. Maintenant, en l'an 46o de J. C.), Nokour appartient aux descendants de Yala ibn El-Fotouh (i).

A l'est du port de Temçaman et à la distance de quinze milles, on trouve le MERÇA GARET, rade foraine, auprès de laquelle il y a quelques puits qui fournissent de l'eau. Vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie, est situé le port de CARIA BELLECH « village de Vêlez » (Malaga). Le bras de mer qui les sépare peut être franchi en un jour et une nuit. A dix milles de Garet, vers l'est, se trouve TARF Herek, cap auprès duquel les petits navires peuvent hiverner, et où l'on se procure de l'eau douce en creusant les graviers. Vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie et à la distance d'une journée et demie de navigation, est situé le [228] port de CHAT! (2). Plus à l'est, entre ce cap et la

(1) Voy. l'Hist. des Berbers, t. II, p. i43.

(2) Le nom de cette ville s'écrit maintenant Sete et Gete. Eue est située sur la côte de Grenade dans le voisinage de Motril.


ville de Melîla, on voit une baie qui est située en face cTEl-Monekkeb « Almufiecar port de l'Andalousie, dont elle est éloignée de deux journées de navigation. A t'est de cette baie est le port de MELÎLA, ville auprès de laquelle un ruisseau se jette dans la mer, et qui est à quelques milles (i) du cap Herek. Vis-à-vis, sur la côte de l'Andalousie, on trouve le port de la ville de Chéloubînïa « Salobrena

Route de Nokour à Cairouan

De Nokour on se rend à Béni ISTÎTEN, localité située sur la rivière de TEMÇAMAN puis à la rivière de GARET, ce qui fait une journée de marche puis à Coloîjê DJARA, une journée puis au fleuve MOLOUÏA, une journée puis à la ville de DJERAOUA, une journée en.tout six journées; puis on suit la route déjà indiquée.

Le pays des Ghomara touche au territoire de Nokour et renferme le canton de Medjekeça, contrée où parut un faux prophète nommé Ha-mîm (2), et surnommé [229] El-lliofteri « le faussaire Son père, Menn- Allah «Dieu-donné », était fils de Harîz, fils d'Amr, fils d'OuDjefoul, fils d'Ou-Zeroual. Dans cette même région on voit une montagne qui porte encore le nom de HA-MÎM elle avoisine la ville de Tîtaouen « Tétouan ». Cet imposteur, ayant amené beaucoup de monde à le regarder comme un prophète, leur ordonna de ne prier que deux fois par jour, au lever et au coucher du soleil pendant la

(1) A la place d'Jl– «w«\ (milles), les manuscrits portent Jl–jwJl (nuits), leçon inadmissible.

(a) Sept sourates du Coran commencent par les lettres h, m, que J'on prononce ha, mtm. La signification de ces signes cabalistiques est demeurée inconnue. Ici on les voit employés comme nom propre, ainsi qu'il est arrivé au groupe analogue i, s, que l'on prononce ya sîn, et qui est devenu le nom du légiste qui fonda la secte des Almaravides.


prière ils devaient s'incliner de manière à toucher la terre avec le plat des deux mains. Il composa dans leur langue [berbère] et, pour leur usage, un Coran dont plusieurs passages ont été traduits (en arabe]. Après la formule qui énonce l'unité de Dieu on lisait ces mots Délivre-moi de mes péchés, ô toi qui permets au regard [de l'homme] de contempler l'univers 1 délivremoi de mes péchés, ô toi qui fis retirer Moïse du. fleuve. » En voici un autre passage « Je crois à Hamîm et à Abou-Khalef » (c'est ainsi qu'ils désignaient le père de Ha-mîm, attendu qu'il portait effectivement ce surnom) « ma tête est remplie de croyance, ainsi que mon intelligence, et ce qui est renfermé dans ma poitrine et tout oe qui est entouré de mon sang et de ma chair. Je crois à Tanguît. » Tanguît, la tante de Ha-mîm et lia sœur d'Abou Khalef Menn Allah, était devineresse et magicienne. Daddjou, la sœur de Ha-mîm, était magicienne, devineresse, et une des plus belles femmes de l'univers. En temps de guerre et dans toutes tes conjonctures fâcheuses, ils avaient recours à elle et [230] ils prétendaient avoir reconnu que son appui leur était très utile. Ha-mîm prescrivit à ses sectateurs de jeûner chaque jeudi pendant toute la journée et chaque mercredi jusqu'à midi passé. Celui qui, pendant les jeûnes de ces jours-là, mangeait quelque chose, encourait une amende de cinq bœufs, pour J'usage de Ha-mîm. Il supprima, en faveur de tous ses partisans, vingt-sept jours du jeûne qui s'observe pendant le mois de ramadan il ne conserva comme obligatoire qu'un jeûne de trois jours le quatrième jour on rompait le jeûne, et le lendemain on célébrait la fête. Il leur prescrivit de payer la dîme de tous les objets il abolit le pèlerinage, le rite de purification et l'ablution totale: IL_ permit de manger la chair de porc « La verge seule.


disait-il, en est défendue, et cela se trouve dans le Coran de Mahomet » sur lequel soient le salut et la bénédiction de Dieu 1 Il prohiba le poisson, à moins qu'il n'eût été égorgé, et les œufs de toute espèce d'oiseaux. Abou '1Abbas Fadl ibn Mofaddel ibn Omar el-Medhidji nous a transmis les vers suivants, qui ont pour auteur un natif de Tanger nommé Abd Allah ibn Mohammed el-Hekfouf « l'aveugle », et qui renferment la satire de Ha-mîm avec l'indication de ses turpitudes

Ils ont dit faussement que Ha-mîm fut envoyé avec une religion dont la vérité est claire et manifeste.

Je leur répondit « Vous mentez I Puisse Dieu briser votre ligue Cet homme n'est qu'an adultère, fils d'un adultère.

[231) « Si Ha-mîm fut réellement un envoyé de Dieu, je serais le premier à nier sa mission.

Ces gens recueillent les paroles d'une vieille femme, pleine de fourberie et d'astuce, qui, par ses sortilèges, l'emporte sur les autres magiciens;

Paroles de mensonge dont la trame a été ourdie par Satan ils les tiennent secrètes, mais Dieu dévoile tous les secrets. Ha-mîm el-Mofteri fut tué, en l'an 3i5 (927-928 de .1. C.)i chez les Masmouda du littoral qui fait partie des dépendances de Tanger. Il avait un fils nommé Mohammed aussi fut-il surnommé Abou Mohammed. Ses autres fils étaient Abd Allah et Eiça. Celui-ci passa en Espagne sous le règne d'Abd er-Rahman ibn Mohammed il jouissait d'une certaine considération dans son pays, où on l'appelait Ibn-el-Mofteri « le fils du faussaire ». Les Beni Ou-Djefoul, tribu de Ha-mîm, habitent les bords du RAS, rivière qui est à trois milles de la ville de Tétouan. Dans une des montagnes occupées par les Medjekeça il y avait un habile magicien nommé Ibn-Kociyu. Les gens de l'endroit où il demeurait écoutaient ses ordres avec soumission et n'osaient pas lui désobéir, même pour un seul instant. S'il rencontrait un homme assez hardi


pour le contredire ou résister à ses volontés, il retournait le manteau dans lequel il s'enveloppait, et aussitôt une maladie grave atteignait, soit cet- individu, soit ses bestiaux. Quelque nombreux'que fussent les récalcitrants, le même malheur les frappait tous. Par ses prestiges, il leur [232] faisait accroire que des éclairs brillaient sous ses vêtements. Ses fils et ses descendants se tiennent encore d-ns la même contrée, et ils surpassent tous leurs voisins en rang et en influence.

Parmi les merveilles du pays des Ghomara nous pouvons citer celle-ci chez les Beni Cheddad, branche des Ou-Halaouat, il y avait un homme qui portait toujours sur lui un sac rempli de têtes et de dents d'animaux marins et terrestres ces objets, enfilés par une corde, lui servaient de chapelet. Lorsqu'un individu venait le consulter sur un événement futur ou sur un fait déjà arrivé, il passait ce chapelet ap cou de cette personne, en guise de collier, puis il le secouait et l'arrachait avec vio-ience. Flairant alors chaque pièce du chapelet successivement, jusqu'à ce que sa main s'arrêtât sur l'une d'elles, il répondait à -la demande du curieux et lui déclarait le sort qui l'attendait maladie, mort, gain, perte, prospérité, adversité, chagrin et autres choses de cette nature. il prédisait tout et ne se trompait presque jamais. Le même pays offre un phénomène extraordinaire des hommes appelés Er-Raggada « dormeurs ». On les trouve sur les bords de la rivière iLapu, chez les Béni Saîd, les Beni Catîten et les Béni Irouten. L'un ou l'autre de ces hommes-là tombe dans une léthargie qui dure pendant deux ou trois jours, et il y reste sans se remuer et sans s'éveiller, quand même on lui ferait souffrir les douleurs les plus vives, ou qu'on le couperait par morceaux. Sorti de son évanouissement le lendemain du troi--


sième jour, [233] il a l'air d'un homme ivre et, pendant le reste de cette journée, il demeure tout hébété, sans s'apercevoir de ce qui se passe autour de lui. I suivant, il prédit ce qui doit arriver cette année-là 4tes abondantes, disette, guerre et autres choses remarquables. Ceci est un fait qui se passe au vu et au su de tout le monde.

Plusieurs personnes m'ont assuré avoir rencontré, au port de Badis, un petit homme au teint jaune qui jouissait d'une grande considération dans cette localité, parce que, disait-on, il avait le pouvoir de faire jaillir de l'eau hors de la terre, même dans les localités où l'on n'avait jamais connu ni source ni puits. Il n'avait qu'à flairer i'air d'un endroit pour pouvoir annoncer la proximité ou l'éloignement de l'eau.

Le mowareâa, usage généralement répandu chez les Ghomara, flatte singulièrement l'amour-propre de leurs femmes. Au moment où l'homme qui vient d'épouser une fille vierge se dispose à consommer son mariage, les jeunes gens de la localité enlèvent la mariée à la dérobée et la retiennent loin de son époux, pendant un mois ou même davantage ensuite ils la lui ramènent. Il n'est pas rare que la même femme soit enlevée plusieurs fois de suite ce qui lui arrive surtout quand elle se distingue par sa beauté. Plus on la recherche de cette façon, plus elle en est heureuse.

Lorsqu'un voyageur s'arrête chez ce peuple, son hôte ne croit pas avoir parfaitement rempli envers [234] lui les devoirs de l'hospitalité, à moins de lui avoir donné pour compagne une de ses parentes restée veuve il permet à sa sœur déjà veuve, ou à sa fille, ou à toute autre femme de ta famille qui est célibataire, de passer la nuit avec l'étranger^


Ils ne souffrent pas dans leur pays les gens atteints de défauts corporels, dans la crainte, disent-ils, de laisser détériorer leur race mais ils accueillent avec empressement les hommes qui se distinguent par les agréments de leur figure et par leur bravoure. Tout ce peuple est d'une beauté remarquable les hommes laissent croître leurs cheveux, à l'instar des femmes ils en font des tresses dont ils s'entortillent la tête après les avoir parfumées.

Description de la ville de Sibta (Ceuta)

La ville de Sibta « Ceuta o est située sur le bord de la mer Romaine, c'est-à-dire sur le Bahr ez-Zocac « la mer du détroit », qui communique avec l'océan Environnant (l'Atlantique). Elle est bâtie sur une péninsule très étroite, qui s'avance dans la mer en se dirigeant d'occident en c.rient, et dont les côtés de l'est, du nord et du sud sont entourés par les flots. Il serait possible aux habitants de faire communiquer la baie (qui est au sud avec celle] qui est au nord, et de convertir ainsi leur péninsule en une île tout à fait séparée du continent. Les anciens avaient déjà creusé un canal dans cet endroit sur une longueur d'environ deux jets de flèche. Ceuta est une grande ville entourée d'une muraille de pierre construite avec une grande solidité par Abd er-Rahman EnNacer li-dîn-Illah. Dans les bains on emploie de l'eau de mer, qui s'y transporte à dos d'animaux. La ville renferme un bain très ancien que l'on appelle Hammam KhMed « le bain de Khaled Du côté de l'est se trouve un faubourg qui possède trois bains. Le djcmê de la ville est situé auprès de la mer méridionale, celle que l'on nomme la MER DE Beçoul. Il se compose de cinq nefs et d'un parvis qui renferme deux bassins. Un des cime-


tières de Ceuta est sur la montagne l'autre est aù nord de la ville et touche à la mer d'Ea-REMLA « la plage sablonneuse ». La population se compose d'Arabes, appartenant à la tribu de Sidf (i), et de Berbers provenant des cantons d'Asîla et d'El-Basra. Ceuta a toujours été un de ces lieux où les sciences [théologiques] ont fixé leur séjour. A l'orient de la ville est une haute montagne, sur laquelle Mohammed ibn Abi Amer (2) avait coinmencé la construction d'un mur mais ce travail est resté inachevé. Cette montagne domine le faubourg dont nous venons de parler et qui renferme des bains. Tout le terraiti qui les sépare est planté en vignes. L'hôtel du gouvernement (dar el-imara) est situé dans la partie septentrionale de la ville. On compte cinq milles depuis [236] le mur occidental par lequel on entre dans la place jusqu'à l'extrémité orientale de la péninsule. Dans cet espace, la ville occupe la partie occidentale. Le mur, de ce dernier côté, est flanqué par neuf tours dans celle du milieu on trouve la porte qui forme l'entrée de la ville. Devant ce mur s'étend un autre mur beaucoup plus bas, qui a cependant assez de hauteur pour mettre un homme à couvert. Au pied de la basse muraille est un fossé large et profond, que l'on traverse sur un pont de bois devant ce pont on remarque un jardin, quelques puits et un cimetière. Le mur méridional passe sur la crête de falaises très élevées le mur oriental et celui qui regarde le nord descendent graduellement vers les bas terrains. Au nord de la ville, dans la tour appelée Bordj Sabec

(i) Cette tribu était originaire du Hadramaut, province du Yémen. (Camous.)

(a) Le célèbre El-Mansour, premier ministre du sultan oméîade espagnol, Hicham El-Mowaiyed, portait le surnom d'Ibn-Abi Amer. Ses clients et les amis de^a famille formèrent un parti très puissant que les historiens désignent par le nom de parti des Amendes.


.( la tour de Sabec », se voit une porte par laquelle on entre dans l'hôtel du gouvernement. Depuis le mur occidental jusqu'au mur oriental, on compte deux mille cinq cents coudées le terrain occupé par le faubourg qui touche au mur occidental, a sept mille quatre cents coudées de longueur. Ceuta, ville d'une haute antiquité, renferme plusieurs monuments du peuple ancien qui l'avait pris pour séjour, entre autres les ruines de quelques églises et de bains. Un conduit qui part de la rivière Aouî.vr, et qui contourne le rivage de la mer Méridionale jusqu'à l'église, qui est maintenant le djamê, amène à la ville l'eau dont on a besoin. Ce fut Ilian (i), seigneur de cette place, qui fournit à [237] Tarec ibn Zîad les moyens de passer en Espagne avec ses compagnons. Quand Ocba ibn Nafê le Coreichide envahit le Maghreb et se montra devant Sebta, Ilian sortit au-devant de lui avec un présent magnifique, et obtint non seulement une amnistie, mais sa confirmation dans le commandement qu'il exerçait. Plus tard les Arabes firent avec'les habitants un arrangement à l'amiable et obtinrent la permission de s'établir dans la ville. Ils en furent expulsés quelque temps après par les Berbers de Tanger, et Ceuta resta abandonnée et en ruines, sans autres habitants que les animaux sauvages. Un membre de la tribu des Ghomara, nommé Magcen, qui professait le polythéisme, s'étant installé dans Ceuta, adopta pour religion l'islamisme et devint seigneur de la ville. Après sa mort il eut pour successeurs son fils Eisam, et ensuite son petit-fils Modjebber (2) ibn Eisam. Sous le règne de cette famille, une foule de monde, chassée de Cal-

(r) Par ce nom les historiens arabes désignent le comte Julien. (2) Dans l'Hist. des Berbers, t. II, p. i36, ce nom est écrit Modjîr; la différence provient d'un point de plus ajouté à une lettre.


chana (i) par la disette, vint à Ceuta et se bâtit des maisons sur des terrains achetés aux Berbers. Malgré l'introduction de cet élément étranger, la ville ne cessa de reconnaître l'autorité des Coreichides de la famille d'El-Hacen [les Idricides], qui gouvernaient alors toute cette [238] partie du littoral africain. Sous le règne d'Erfcida, fils d'Eisam, frère et successeur de Modjebber, Ceuta tomba au pouvoir d'Abd er-Rahman en-Nacer lid?n-Illah. Ce fut le premier vendredi du premier mois de rebiâ de Fan 3ig (mars-avril g3i de J. C.) que Feredj ibn.Ofaïr (2), général au service du souverain oméïade, entra dans Ceuta et s'y établit comme gouverneur.

Plusieurs routes conduisent de Ceuta à Tanger elles traversent un terrritoire occupé en entier par des tribus masmoudiennes.

Description -de Tandja (Tanger)

Le territoire de Tanger est occupé par des Sanhadja. La route qui mène de Ceuta à Tanger, et qui suit le rivage de la mer, traverse d'abord une plaine où l'on remarque des terres cultivées qui s'étendent jusqu'à la distance d'un mille. Elle passe ensuite sur le territoire des Beni Semghera, habitants de la montagne de MERÇA MouçA, et atteint la rivière de la ville d'EL-YEMM « la mer, l'abîme », et d'Ei>CASB EL-AOUWEL « le premier château ». Les Masmouda (de ces localités] se partagent

(i) Notre auteur a déjà indiqué une ville de ce nom, située à douze milles de Cairouan; mais la Calchana dont il parle ici était probablement celle qu'Ibn Haiyan, le célèbre historien espagnol, place dans le voisinage de Xérès. (Voy. la traduction d'El-Maccari, par M. de Cayan,gos, vol. II, p. 454.)

(a) Dans ï'Hist. des Berbers, t. 11, p. 137, ce nom est écrit Nediah ibn Ghofair.


en quatre tribus les Doghagh, les Assada, les Beni Semghera et les Kotama. Les tribus sanhadjiennes se rattachent à deux branches celle de Car ibn Sanhadj et celle de Hezrnar ibn Sanhadj. El-Casr el-Aouwel, habité par des Beni Tarif, est entouré de vastes plantations d'arbres. [239] Les navires peuvent entrer dans la rivière et remonter jusqu'à la muraille d'El-Casr. Entre la source et l'embouchure de cette rivière il y a une distance d'environ deux relais de poste (i). Une journée de marche suffit pour se rendre de Ceuta à El-Casr de ce dernier endroit à Tanger on met encore une journée. Voici ce que dit Mobammed ibn Youçof « Le voyageur qui part de Tanger, avec l'intention de se rendre à Ceuta par mer, se dirige vers l'Orient et rencontre d'abord DJEBEL el-Menaba « la montagne du phare » puis MERÇA BAB el-Yemm « mouillage de la porte de la mer n, rade sans abri, auprès de laquelle on remarque quelques habitations, un ribat, et un ruisseau qui se décharge dans la mer. De cet endroit à Tanger il y a trente milles par la voie de terre et, par mer, une demijournée de navigation. Vis-à-vis, sur la côte de l'Espagne et à la distance d'un tiers de journée, est situé le port de l'ite de TARÎF (Tarifa). Après avoir passé El-Yemm, le voyageur aperçoit le ZELOUL, rivière dont les bords sont couverts de vergers et de champs cultivés. Ensuite il trouve la rivière de BAB EL-YEMM qui se décharge dans la mer, après avoir traversé de nombreux jardins, des villages et des champs cultivés appartenant à des Masmouda. Plus loin il passe auprès d'un rocher qui se dresse dans la mer et qui porte le nom d'EL-MEBKHA (2);

(1) Le berid ou relais de poste était de quatre parasanges, et la parasange de trois milles. Sikka, le terme employé ici par El-Bekni, signifie certainement la distance d'un relais de poste à un autre, et peut être assimilé au berîd.

(2) Le manuscrit P porte **r*\ mot qui peut se lire de plusieurs


24C] puis il atteint Merça Mouça Il le port de Moïse x, qui offre un bon mouillage, même en hiver, et qui abrite les navires contre tous les vents, excepté celui du sud-est (i), On y remarque une rivière qui se jette dans la mer et sur le bord de laquelle il y avait autrefois un château. Cet édifice fut mis en ruine par les BeniMohammed (2) et tes Masmouda, en l'an 3o2 (914-915 de J. C.) -jbâti par l'émir des croyants En-Nacer (3), il fut encore renversé par ce peuple en l'an 34o (951952 de J. C.). A l'occident de ce château on trouve quelques peuplades berbères elles se sort établies, auprès de la mer, sur un terrain sablonneux qui fournit de bonne eau. Les habitants de Ceuta ont pris cette localité pour leur rendez-vous de chasse. Entre Merça Mouça et Merça Bab el-Yemm la distance, par terre, est de huit milles. En Andalousie, vis-à-vis de Merça Mouça, est situé BOURT-LOB (4). La traversée du bras de mer (241] qui sépare ces deux endroits peut s'effectuer dans une demi-journée. H n'y a pas de lieu au monde où l'on trouve autant de singes qu'à Merça Mouça. Ces animaux imitent les actions des hommes qui passent

manières. Dans le texte imprimé, nous avons admis la leçon des manuscrits M. et A.

(i) En arabe el-lebech à Alger et dans k Maroc on dit lebadj, en italien libeccio, c'est probablement une altération du mot grec li?, en latin libs. Selon un géographe très distingué, c'est le vent du sud-ouest. Quoi qu'il en soit, l'indication fournie par El-Bekri n'est pas exacte: toute la côte africaine, depuis Tanger jusqu'à Ceuta, est très bien abritée contre les vents du sud.

(2) Pour l'histoire de cette petite dynastie idricide, on peut consulter Ibn-Khaldouu, Hist. des Berbers, L n. p. i45 et suiv. (3) Nous avons déjà dit qu'Abd er-Rahman, huitième souverain de la dynastie oméiade qui régna en Espagne, portait le titre d'En-Nacer ti-din Illalt, c'est-à-dire « le champion de la religion de Dieu. » (A) Localité située auprès de la pointe Carnero, cap qui forme l'extoémité occidentale de la baie de Gibraltar.


auprès d'eux. Lorsqu'ils voient des matelots faire marcher un bateau à l'aide de rames, ils prennent des morceaux de bois et se mettent à les contrefaire. Plus loin on rencontre le port de l'île de Toura sur la terre ferme se voit te village qui a donné son nom à l'ile et au port. L'ile de Toura a l'aspect d'une montagne entièrement séparée du continent la côte de la terre ferme qui l'avoisine se compose de hautes falaises le port est situé entre elles et l'île. De là on se rend à Merç.v Belyiou?5och, port dont le viHage du même nom est bien peuplé et abonde en fruits. A l'occident du village est une rivière qui verse ses eaux dans la mer, après avoir fait tourner plusieurs moulins. De cet endroit au port de l'ile de Toura il y a cinq milles par terre. On arrive ensuite au lieu nommé El-Casr. Ce château est iitué sur un ravin qui verse une grande quantité d'eau pendant Fhiver et très-peu en été. Auprès du château se trouvent quelques voûtes ruinées et d'autres monuments antiques.

•< Plus loin on rencontre la localité nommée MA ELHîat « l'eau de la vie i>, où l'on trouve, sur la plage, cntre les pierres qui sont au pied d'une colline de sable, plusieurs sources qui fournissent une excellente eau. Les vagues arrivent jusqu'à cette colline. Pour peu que l'on creuse dans ces sables, on fait jaillir de (242] l'eau douce. On raconte que ce fut ici l'endroit où le garçon de Moïse oublia le poisson (i). On trouve dans ce parage, et nulle part ailleurs, un poisson qui porte le nom de poisson de Afoïse large de deux tiers d'un empan, il a plus d'un empan en longueur il n'a de la chair que d'un seul côté, l'autre côté en est dépourvu, de sorte

(i) La légende de Moue et du poisson se trouve dans le Coran, sourate xviii, verset» 5g et auiv.


que la peau est collée aux arêtes. Sa chair est d'un goût agréable et s'emploie avec avantage pour guérir la gravclle et fortifier la sécrétion séminale. De là on se rend un petit port nommé Merça DennÎl en face, sur la terre ferme, est un bourg bien peuplé, qui porte le nom de HoouARA et qui possède quelques sources d'eau douce. On passe ensuite auprès d'un rocher qui s'élève hors de la mer et que l'on appelle Hwer ES-SOUDAN « la pierre des nègres De là on arrive à la ville de Ceuta. [Route de Ceuta à Tétouan]

Parti de Ceuta, en suivant le chemin de terre, on arrive, après une marche de'six milles, à l'endroit où le Ouadi-'l-Menaouel se décharge dans la mer, au midi de cette ville. De là on se rend au OUADI NEGRO (1), rivière qui sort de la montagne d'ABou DJEMÎL et qui coule auprès de plusieurs villages habités par les Beni Affan ibn Khalef. Auprès de cette rivière est un lieu nommé EL-CASR, où ion voit [243] effectivement un château de construction antique, dans lequel est un bain. On remarque beaucoup d'autres ruines anciennes sur le bord du Ouadi Negro. Plus loin se trouve la rivière d'AsMÎR, qui prend sa source dans le DJEBEL ed-Derega « la montagne du bouclier », et qui coule de l'ouest à. i'est. Sur ses bords se voient plusieurs villages appartenant aux Beni Ketrat, peuplade masmoudienne. De là on se dirige vers l'endroit nommé CAP Mont (2), promontoire qui avance dans la mer, qui est au midi de Ceuta. Cette localité est habitée par des Beni Ketrat et des Beni Sikkîn. Ensuite on arrive au NEHR ElÎli, rivière qui sort aussi de la montagne d'ED-DEREGA. Plus loin on trouve

(1) Le Oued Neiza de nos cartes.

(2) Le Cabo Negro des cartes espagnoles.


le bourg de Taoubès, qui appartient à Abd er Rahman ibn Fahel, membre de la tribu des Beni-Sikkîn, peuplade masmoudienne. Cet endroit est entouré de bonnés tertes et de champs cultivés. De là on arrive à Titaouan ;Tétouan), ville située sur le flanc du DIEBEL ICHEGGAR. Cette montagne touche à celle d'Ed-Derega et s'étend jusqu'au mont RAS eth-Thalr la tète du taureau », d'où elle se prolonge encore jusqu'à Merça Mouça, port de mer, à l'occident [de Ceuta]. La ville de Tétouan domine la partie inférieure du Ouadi RAS (i), rivière que Mohammed [Ibn Youçof] appelle le Medjekeça et qui, dans cette localité, est assez large pour permettre aux (244] petits navires de remonter depuis la mer jusqu'à TÉTOUAN La mer est à dix milles (3) de cette ville, qui forme le chef-lieu du territoire appartenant aux Beni bikkîn. Tétouan possède une citadelle de construction ontique, un phare et plusieurs moulins situés sur les nombreux ruisseaux qui coulent [dans les environs]. Au nord de la ville est une montagne nommée BELAT ESCnox ·c le pavé d'épines ». Les Beni Sikkin peuvent mettre en campagne cent cavaliers. Le DEMGA, montagne entre laquelle et Tétouan il y a la distance d'un relais de poste, est la demeure des Beni Merzouc ibn Aoun, tribu masmoudienne. La partie de cette montagne où ils ont établi leurs habitations s'appelle Sadîna c'est une bourgade où l'on trouve des eaux courantes et des champs cultivés qui sont les plus beaux de toute cette contrée. Le Derega est une montagne abrupte et presque ina-

(i) Le manuscrit P porte Racen, pluriel berber du mot Ras. Il y avait dans les environs de, Tétouan un p- ,le nommé les Beni-Racen. Sur nos cartes, le nom de cette rivière est écrit MarlU ou Martin. (a) C'est-à-dire jusqu'au pied de la haute colline sur laquelle Tétouan est bâtie. Tîtawîn, en berber, signifie « les yeux » ou « les saurces ».

(3) Trois milles, tout au plus.


bordable mais le sommet est couvert de vastes pâturages et de grasses prairies qui servent à la nourriture des troupeaux. La bourgade est bâtie sur la partie méridionale de la montagne. Au sud-ouest du Derega s'élève la montagne qui porte le nom de Ha-mîm EL-MOFTEnI, imposteur dont nous avons déjà parlé. Le Derega touche au territoire des Ghomara, et son extrémité, de ce cote-la, est habitée par les Beni Hocein ibn Nasr. On se dirige ensuite vers {245J le RACE., fleuve dont la source est à Tittesocak, localité de la montagne des Beni lIamim. On se rend ensuite au Souc [ou marché] des Beni Maghraoua, situé sur la limite du territoire appartenant aux Medjekeça et à l'occident du Racen (Ras). Ce marché se tient tous les mardis et attire beaucoup de monde. Plus loin on arrive à FEDDJ el-Ferès « le défilé de la jument », où l'on voit quelques villages appartenant à des familles masmoudiennes, qui peuvent mettre en campagne deux cents cavaliers. De là on se rend à CWcam autrefois chef-lieu du pays qui appartenait à Hammoud ibn Ibrahim. Cet endroit est situé sur le flanc d'une montagne, et possède des eaux courantes et des vergers en quantité. La rivière Seshour, qui coule auprès de cette ville en traversant un beau pays, prend sa source dans le Tamourat, montagne habitée par les Metna, tribu sanhadjienne. C'est sur le Derega, à deux milles sudouest de Ouinacam, que les Sanhadja vont se retrancher chaque fois qu'ils se révoltent contre l'autorité du souverain. Immédiatement à côté du Derega s'élève la montâgne qui porte le nom de HABÎB IBN YOUÇOF ELIl Cef^ de deux relais de poste entre

S=^ïsï^


Route de Coûtai la ville de Ttgutças

L'on se rend d'abord au OUADI-RAS par le chemin [246] déjà indiqué, puis on traverse le territoire des GHOMARA, puis celui des BENI GAFOC, puis celui des Béni NEFGAOUA, famille appartenant à la tribu des Béni Homeid. Cette fraction des Ghomara habite les bords du LAOU, grande rivière qui porte bateau. Les Nefgaoua élèvent une race de bétail dont l'excellence est reconnue, et des chevaux que l'on désigne par le nom de h.omeidi. De là on passe chez les Bem-Meçara, peuplade qui habite les environs de Tîguiças et qui appartient aussi à la tribu des Homeid.

Lieux remarquables qui se trouvent sur la route

de Ceuta à Tanger

Entre Ceuta et Tanger se trouvent quelques lieux remarquables et plusieurs 'centres de population. Tels sont le NEHR Ilîan « rivière du comte Julien » et le Casr Ilîan, château dans lequel on remarque beaucoup di- ruines anciennes. A l'occident de cette rivière est un endroit qui porte le nom de KEROUCHET et qui marqué l'extrémité du territoire occupé par les Ghomara et les Masmouda. Dans cette localité, et immédiatement à côté de' ces tribus, demeure une peuplade sanhadjienne nommée Metna. Le NEHR el-Khalîdj « fleuve du détroit » coule à l'est de Tanger, et se décharge dans la mer par une embouchure asssez profonde pour admettre des naviles. La montagne de RAS eth-Thaur « la tête du taureau » est habitée par un grand nombre de peuplades masmoudiennes. La rivière nommée MEDJAZ EL-FEROUC « le, gué de l'homme timide » est très grande celle de Fermîoul prend sa source dans les montagnes


d'Aïx Es-CHEMS « la source du soleil » et de METRARA. Celle-ci est très escarpée elle abonde en arbres et en eaux courantes. C'est de là que la rivière appelée Ouadx'b-Remel « la rivière de sable » se précipite vers la mer du Détroit après avoir traversé beaucoup de vergers et de champs qui fournissent de belles moissons. La source appelée Aïn-es-€hems est très abondante elle jaillit dans le village de NASR ibn Djerou, endroit florissant et bien peuplé qui possède un djamê et beaucoup de jardins. On y tient un marché tous les vendredis. De là à Ceuta il y a une journée de marche. A côté d'Aïn es-Chems s'élève la montagne de TAREMLÎL, chef-lieu des Beni Racen on y trouve de beaux villages, des jardins et une mosquée dj-amê. Le Taremlîl occupe le centre du territoire habité par les Masmouda, territoire situé en face de Télouan. La montagne s'étend jusqu'à la ville de Bab el-Yemm, et de là jusqu'à la mer qui est à l'occident [de Ceuta]. MEDJAZ FEKKAN est la résidence des MILWETHA, tribu qui peut mettre en campagne cinq cents cavaliers. Tout auprès de là se trouvent la localité nommée ER-ROSAFA, et la iKODYA « tertre » d2 TAFOUGÙALT. Les nombreux villages de cet endroit sont habités par des Metna et peuvent mettre en campagne environ quatrevingts cavaliers. La rivière des AOUREBA prend sa source dans un village nommé El-Agoulès, autour duquel on remarque de belles prairies et des terres cultivées d'une grande fertilité. Ce lieu forme la Casbanita « campagne » de Tanger.

f248] Tindja (Tanger), appelée en langue berbère OuiiLi (i), fut prise d'assaut par. Ocba ibn Nafê, qui

(i) Oulîli, le Volubilis des Romains, était situé sur le mont Zerboun, à plus de trente lieues au sud de Tanger. Des ruines s'y voient encore.


lua toute la partie mâle de la population et emmena le reste en captivité. Une ceinture de murailles solidement construites entoure cette ville, qui est située sur le bras de mer appelé Ez-ZocAc « le détroit ». Ce lieu est fréquenté par des navires de petite dimension qui viennent y décharger leurs cargaisons les grands navires n'y vont pas, parce que la rade est très dangereuse quand le vent souffle de l'est. Ceci est la localité que les livres d'histoire désignent par le nom de Tindja-t-el-Baida « Tanger la blanche ». On y trouve beaucoup de monuments antiques, tels que des châteaux, des voûtes, des cryptes, un bain, un aqueduc, des marbres en grande quantité et des pierres de taille. Lorsqu'on creuse dans ces ruines on trouve diverses espèces de bijoux, surtout dans les anciens tombeaux.

Tanger forme l'extrême limite de l'Afrique du côté de l'occident. On rapporte que la juridiction de cette ville s'étendait sur un territoire dont la longueur et la largeur étaient également d'un mois de marche. On ajoute que, dans les temps anciens, les rois du Maghreb y avaient établi le siège de leur empire, et qu'un de ces princes (i) avait dans son armée trente éléphants. De Cairouan à Tanger on compte (249] mille milles. La ville actuelle est bâtie sur une hauteur plus élevée que remplacement de l'ancien Tanger, lequel a été envahi par les sables. Elle renferme un beau djamê et un bazar très fréquenté. Dans l'Océan, vis-à-vis de Tanger et de la montagne nommée Adlent (Atlantic, l'Atlas), se trouvent les îles FORTUNATECH (Fortunatœ) c'est-à-dire heureuses. Elles sont ainsi nommées parce que leurs forêts et bocages se composent des diverses espèces d'arbres fruitiers,

(i) Probablement Boochus, beau-père de Jugurtha.


qui y ont poussé naturellement et qui produisent des fruits d'une qualité admirable au lieu de mauvaises herbes, le sol produit des céréales et, à la place de buissons épineux, on trouve toutes les variétés de plantes ar-omatiques. Ces îles, situées à l'occident du pays des Berbers, sont disséminées dans l'Océan, mais assez rapprochées les unes des autres.

Route de Tanger à Fez

La Cala-t-ibn KHARROUB « château d'Ibn Kharroub » est à une journée de Tanger. C'est une grande ville, bâtie sur le pic d'une montagne elle possède des bois, des vergers, beaucoup de bétail et de champs cultivés. Elle appartient aux Kotama, qui composent une des tribus masmoudiennes. Dans le voisinage de cette place forte est un grand village, occupé par des Arabes de la iribu de Khaulan, et renfermant une nombreuse populution qui vit dans l'abondance. Il est situé sur le bord du ZELOUL, rivière que le voyageur rencontre avant d'arriver à la Calâ-t-ibn [250] Kharroub. Dans le voisinage du même endroit se trouve Dimna-t-Achiba, riche canton appartenant à des Sanhadja. Ensuite on rencontre plusieurs villages très rapprochés les uns des autres, et habités par les Kotamiens puis on arrive à Souc KOTAMA, lieu de marché qui était la capitale des États gouvernés par Idrîs, fils d'El-Cacem ibn Ibrahîm. Cette grande et magnifique ville est située sur la rivière Lokkos (i)

(i) Les manuscrits portent waw-lokkos. Le mot waw est berber et signifie lequel ést, de même que la syllabe ten, mise avant les noms de certaines localités de l'Afrique, vent dire laquelle est. Ce sont lea équivalents des pronoms relatifs arabes _yb ^JJI et ^^ll. E!Bekri, s'il avait mieux connu la valeur de ce mot waw, l'aurait sup.primé.


elle possède un djam2 et un marché bien achalandé. De là on se rend à CAsn Denhadja, château qui s'élève sur une colline et qui domine une grande rivière. On y voit les restes de quelques monuments antiques. C'est là que les rois du Maghreb s'étaient établis dans les temps anciens. Le SARSAR, montagne située au sud de ce château, est occupé par plusieurs peuplades appartenant aux tribus de Kotama et d'Assada. De Casr-Denhadja l'on se rend à El-Basra, ville qui occupe un grand emplacement et qui surpasse toutes les localités voisines par l'étendue de ses pâturages et le nombre de ses troupeaux. On y trouve une telle abondance de lait, que la ville a reçu le nom de BASRA-T-ED-DoBBAK « Basra des mouches ». Elle s'appelle aussi BASRA-T-EL-KITTAN « Basra du lin », parce que, à l'époque où elle commença à se peupler. on y employait du lin en guise de monnaie dans toutes les opérations commerciales. Elle s'appelle aussi El-Hamra « la rouge », parce que le terrain sur lequel elle est bâtie est d'une couleur rougeâtre. Cette ville, située entre deux coteaux, est ceinte d'une muraille qui est percée de dix portes et construite en pierre et en brique. On y remarque une mosquée à sept nefs et deux bains. Le principal cimetière est sur une montagne, à l'orient de la ville le cimetière occidental porte le nom de MACBERA Codaa « le cimetière des gens appartenant à la tribu arabe des Codâa. » Comme l'eau qui se trouve dans la ville est saumâtre, les habitants tirent celle qu'ils boivent d'un puits situé auprès de la porte principale et nommé BiR IBN DELFA. Les jardins en dehors de Basra renferment de nombreuses sources et des puits qui fournissent de l'eau douce. Les femmes de cet endroit se distinguent par l'éclat de leur beauté et les charmes de leur figure il ne s'en trouve pas de plus belles dans


aucune partie du Maghreb. Un natif de Téhcrt, nommé A hmed ibn Feth, et surnommé Ibn el-Kharraz « le fils du cordonnier », fait allusion à cette particularité dans un poème qu'il composa en l'honneur d'Abou-'l-Aïch ibn Ibrahîm ibn el-Cacem. Voici ce qu'il dit

Fi de tous les autres plaisirs! donnez-moi la musicienne de Basra au teint rose et blanc 1

Que ses regards inspirent l'ivresse ide l'amour] que la rose s'épanouisse sur ses joues que sa taille soit bien déliée

Qu'elle ait l'aspect d'un mordjien, la piété d'un mohadjer, la retemie d'un sonnite et la droiture d'un ibadite (i) 1

[252] Téhert 1 tu es débarrassée [de moi], tu es déchargée de toute responsabilité; en échange de toi, j'ai reçu Basra; résigne-toi (i) à l'échange.

El-Hamra (Basra) serait impardonnable si, en retour de mon affection, elle ne me prodiguait pas des fleuves, des océans de bonheur. Comment pourrait-elle s'en excuser, tant qu'elle a pour seigneur, Eïça, cette mer de générosité, ce roi des rois, ce vainqueur des vainqueurs.

Ajoutons que Basra est une ville de construction moderne, ayant été fondée vers la même époque qu'Asîla. Après avoir passé Basra on rencontre, à la fin de la journée, le REDAT, fleuve qui baigne le pied d'une montagne dont le sommet sert d'emplacement à Kort, ville qui est maintenant en ruines. De Kort on se rend à un endroit nommé HANNAOUA ou, selon Mohammed, Dje-

(i) Les Mordjiens et les Ibadites étaient des hérétiques musulmans les Mohadjer étaient les partisans de Mahomet qui abandonnèrent la Mecque pour aller le trouver à Médine; les Sonnites, ce sont les orthodoxes. En arabe ces noms, employés comme noms communs, ont chacun une signification particulière, ce qui a procuré au poète Toccasion d'enfermer dans un seul vers un jeu d'esprit intraduisible. Si l'on donne à ces mots la signification qu'ils tiennent de leurs racines, on peut traduire de cette manière « Qu'elle se montre avec 1 aspect d'une prude, la tenue d'une coquette, la modestie d'une iemme honnête et la droiture d'une corde. »

(2) Dans le texte arabe lisez


N'YARA, que l'on appelle aussi El-Djebel EL-ACHEHEB la montagne grisâtre ». Cette localité est remplie de villages bien peuplés. Parti de là on arrive, après une journée de marche, à un petit village bâti sur le bord d'une grande rivière nommée le SEBOU. De là à la ville de Fez il y a une journée de marche.

Si l'on veut passer par ASÎLA après avoir quitté Tanger, on met une journée à parcourir la distance qui répare ces deux villes, puis on se rend à Souc Kotama, localité déjà mentionnée.

Autre route de Basra à Fez

De BASHA l'on se rend à Ouadi Ouargha « la rivière d'or », puis à MACENA, ce qui fait une journée de mar̃•he. Macena était la capitale des Etats d'Eïça, fils de Hacen le Hacenide, surnommé El-Haddjam. Sorti de cette ville, qui est arrosée par une grande rivière, on arrive à SEDAK, ville située dans le territoire des Maghîla et résidence de hhallouf ibn Ahmed el-Maghîli. De là on va directement jusqu'à Fez. Pour faire cette route il faut mettre sept journées.

Asîla, première ville du littoral africain, à partir de l'occident, est située dans une plaine entourée de petites rollines. Elle a la mer à l'ouest et au nord. Autrefois elle était environnée d'une muraille percée de cinq portes. Quand la mer est agitée, les vagues vont atteindre le mur du djamê, édifice composé de cinq nefs. Tous les vendredis il se tient dans cette ville un marché qui-est très fréquenté. Les puits qui se trouvent dans l'intérieur de la place ne fournissent qu'une eau saumât-è mais le Bîr Adel, le Bîr es-Sanïa ce puits de la macii. < hydraulique », et plusieurs autres puits de l'extérieur, donnent une eau de bonne qualité. Le cimetière est à


:'cst de la ville. Le port, dont l'entrée est du côté de l'orient (?), offre un bon abri aux navires une jetée, formée de pierres de taille, se déploie en segment de cercle au nord de ce bassin, et protège le mouillage contre la violence de la mer.

Asîla, ville de construction moderne (i), doit son origine à un événement que nous allons raconter. Les Madjous « Normands » avaient débarqué au port deux fois. l.ors de leur première descente ils se présentèrent comme de simples visiteurs, et prétendirent avoir caché dans cette localité beaucoup de trésors. Voyant que les Berbers s'étaient réunis pour les combattre, ils leur adressèrent ces paroles Nous ne sommes pas venus ici avec des intentions hostiles mais ce lieu renferme des trésors qui nous appartiennent allez vous placer plus loin, et, lorsque nous les aurons déterrés, nous en ferons le partage avec vous. Les Berbers acceptèrent cette condition, et, pendant qu'ils se tenaient à l'écart, ils virent les Madjous creuser la terre et en retirer une grande quantité de dokhn « millet pourri. Voyant la couleur jaune de ce grain, et croyant que c'était de l'or, ils accoururent pour s'en emparer, et mirent les étrangers dans la nécessité de s'enfuir vers leurs vaisseaux. Ayant alors reconnu que leur butin était du millet, ils eurent du regret de ce qu'ils venaient de faire et invitèrent les Madjous à débarquer de nouveau pour déterrer leurs trésors. « Non, répondirent ceux-ci, nous ne le ferons pas vous avez violé votre engagement, et vos excuses ne nous inspirent aucune confiance. » Ils par-

(r) Asîla est la forme berbère de Zilis, nom d'une ville bien connue des géographes grecs et latins. En disant qu'elle était de construction moderne, El-Befai s'est trompé; la persistance du nom indique suffisamment qu'elle n'avait jamais été totalement abandonnée.


tirent alors pour l'Andalousie eL firent une descente sur le territoire de Séville. Cela eut lieu en l'an 229 (843-844 de J. C.), sous le règne de l'imam Abd er-Rahman ibn el-Hakem. La seconde fois qu'ils débarquèrent au port d'Asîla, leur flotte venait d'être chassée des parages de l'Andalousie par un fort coup de vent. Plusieurs de leurs navires sombrèrent à l'entrée occidentale du port, au lieu qui s'appelle encore Bab el-lfadjous « la porte des païens ». Les habitants du pays s'empressèrent alors de bâtir un ribat sur l'emplacement d'Asîla, et d'y installer une garnison qui devait se renouveler régulièrement, au moyen de volontaires fournis par toutes les villes du voisinage. On y tenait une grande foire aux trois époques de l'année que l'on avait fixées pour le renouvellement de la garnison, c'est-à-dire au mois de ramadan, tu 10 de dou-'l-hiddja et au 10 de moharrem. Sur ce terrain, qui appartenait à une tribu louatienne, quelques Kotamiens bâtirent un édifice pour leur servir de djamê. Des habitants de l'Andalousie et d'autres contrées, ayant entendu parler de cet établissement, y apportèrent, aux époques déjà indiquées, diverses espèces de marchandises et y dressèrent leurs tentes. Alors on commença construire des maisons, et on finit par y former une ville. El-Cacem ibn Idrîs ibn Idrîs, qui vint alors prendre possession de cette place, bâtit la muraille et la citadelle qui la protègent encore. On y voit son tombeau. Ibrahim, son fils et son successeur dans le gouvernement d'Asîla, fut remplacé par Hocein ibn Ibrahim. El-Cacem, fils de Hocein, prit ensuite le commandement. Après lui, un membre de la même famille, nommé Hacen et surnommé El-Haddjam, y installa des c'Sciers qui gouvernaient en son nom. Asîla fut enlevée aux Idrîcides par Ibn Abi-'l-Afiya, et reçut un gouver-


neur nommé par ce chef. Le mot Asîla, dit-on, signifie « bonne ».

Au sud de cette ville on trouve plusieurs tribus louatiennes et une peuplade appelée les Beni Ziad, qui forme une branche de la tribu hoouarite établie à Zeloul. A l'occident habitent les Hoouara du littoral on y voit aussi une grande caverne, située sur le bord de la mer, et qui est envahie par les vagues lors de la haute marée. Au sud-ouest de la place est une source jaillissante que l'on appelle AïN el-Khacheb « la fontaine de la poutre ». Au midi on voit les ravins nommés Khandoc el-Maza v fossé de la chèvre » et KHANDOC ES-SORADEC « fossé de la tente à l'ouest est situé le TACHET, ravin dans lequel les habitants font paître leurs troupeaur.

ç^-La mesure de capacité dont on se sert à Asîla s'appelle modd et contient vingt modds de la dimension autorisée par le Prophète. En cela il ressemble à la fanega ̃̃ boisseau » de Cordoue. La coleila, petite jarre que l'on y emploie pour mesurer l'huile, contient cent douze aoukïa « onces » vingt coleilas forment un kintar « quintal ».

Asîla est située à l'ouest de Tanger. En partant de la première de ces deux villes on rencontre d'abord la rivière du même nom on la passe à gué, puis on remarque une mosquée située à droite de la route. Plus loin on passe à gué la rivière de NEBROCH. Le bourg qui porte ce nom est situé à un demi-mille de la mer, et appartient à des Louata il est florissant, bien peuplé, riche en fruits et en sources. On parcourt ensuite une plage sablonneuse jusqu'à une grande rivière que l'on traverse dans un bac. Sur le bord de cette rivière on voit un village grand et prospère qui est habité par les gens de TAHEDÁRT, et qui possède une saline. Ensuite on


passe une plage de sable puis on trouve un étang d'eau douce, large d'environ deux cents coudées et situé au nord d'un rocher très élevé et à un demi-mille de la mer. Un vent très violent se précipite de ce lac avec :ant de force, qu'il cause des avaries aux navires et les renversé même, si les matelots n'y font pas attention. Ensuite on traverse une plage située en face de la ville de SETTA puis on gravit une falaise pour atteindre KAGmabiya, village qui appartient à des Sanhadjiens et qui possède des carrières où l'on taille des meules de moulin. De là on arrive à ICHEBERTAL (i), montagne qui avance dans la mer, mais qui fait partie de la terre ferme. On y trouve des sources d'eau douce et une mosquée [258] qui sert aussi de ribat. Ce promontoire est à trente milles d'Asîla. Les navires qui se laissent pousser au large de Spartel par un vent d'est ne peuvent éviter d'être entraînés dans la mer Environnante (l'Atlantique), à moins que le vent ne tourne à l'ouest. Sur la côte andalousienne, tout à fait vis-à-vis de Spartel, s'élève la montagne d'Et-AGHAB (2). Si l'on part d'Espagne avec un vent du sud, ou si l'on part d'Espagne avec un vent du nord, on met deux tiers de journée à traverser le bras de mer nui sépare ces deux caps. De Spartel on passe ensuite à un endroit nommé EL-CALA, puis on arrive à Tanger. De cette ville à Spartel il y a quatre milles.

Route de Centa à Fez

De Ceuta à Dmna-t-Achîra, localité déjà indiquée, il y a une journée de marche. De là on se rend à Fendroit

Le cap Spartel,

(2) On la nommait aussi Tarf el-Agher « cap d'H-Agher », d'où, «on nom moderne Trufalgar.


nommé El-Kénîça « l'église où se trouve un village florissant qui couronne une colline (i) appartenant aux Kotama. On arrive ensuite à la rivière de Maghab, où se trouve un établissement appartenant aux Kotama et composé d'un beau village et d'un canton très riche en céréales et en troupeaux. Plus loin on trouve HADJER enNecer « le rocher de l'aigle », résidence des Beni Mohammed (famille idrîcide]. A l'occident de ce lieu est situé le [259] canton de Rehouna, et, à l'orient, le territoire des BENI Feterka.n, tribu ghomaride. Au Hadjer, le chemin forme un embranchement si l'on prend la route de droite on arrive à Aftès, ville appartenant à Guennoun ibn Ibrahîm, et habitée par des Kotama. Cette localité est riche et florissante elle est située à i'ouest .du Hadjer et sur le bord du Lokkos, rivière dont nous avons déjà fait mention, et qui coule de l'est, à l'ouest. Le voyageur la rencontre un peu avant d'arriver à Aftès. De là cette rivière descend jusqu'à la ville de Souc KoTAmA, où elle prend le ncm de Wazu-Lokkos puis elle arrive à Tochoummès (3), résidence de Meimoun ibn el-Cacem [prince idrîcide]. Cette grande ville, dont la fondation remonte à une haute antiquité, est entourée d'une muraille de pierre et renferme une nombreuse population. On y remarque beaucoup de ruisseaux et d'arbres fruitiers. Ici la même rivière reçoit le nom de SEFDED (4) et s'élargit beaucoup. Elle passe auprès du ribat de Hara-t-ei-Ahchîs, bourg bien peuplé, qui tou-

(1) Remplacez j*l& par .;aU:. dans le texte arabe.

(a) Voy. ci-devant, p. 2i5.

(3) Le Tussi Muasi de la carte catalane.

(4) Dans le Meraced el-Ittil8, dictionnaire géographique en arabe, dont nous possédons âne édition imprimée à Leyde en iS54, ce nom est écrit Chejded.


a une vaste plaine nommée FAHS ABI SElYAn « la l.lainc d'Abou Seiyar a. D'Aftès, le voyageur passe à ZEHEDJOUKA, ville d'Ibrahîm ibn Mohammed. Ce fut de là que ce prince fidrîcide] partit, avec ses fils, pour s'emparer de Tanger et du territoire qui s'étend jusqu'à Ceuta. Zchedjouka appartient maintenant [260] aux Zerhouna. Plus loin on trouve Medîna-iou-Iddjadjin (i), ville riche et agréable, située sur une rivière d'eau douce, et renfermant un djamê, plusieurs bazars et un bain. Elle porte aussi le nom de DJEBEL EL-ACHEHEB « la montagne grisâtre ». La rivière qui la baigne et s'appelle le Ouadi-Souçac, est aussi grande que celle de Cordoue. iou-Iddjadjin est située dans le canton de Djenyara elle possède plusieurs sources, et appartient à Guennoun ibn Mohammed. La population se compose de Beni Mes{̃ara, tribu masmoudienne. Plus loin on trouve la ville ,l'AssADA, qui renferme quelques restes d'anciens monuments et qui est entourée d'arbres et de vignes. Elle est à six milles au sud d'Iou-Iddjadjin. Tout auprès, sur le Lord de la route, on remarque quatre statues [ou stèles]. On arrive ensuite à MEDJAZ EL-KHACHEBA « le passage de la poutre », lieu où on traverse le OUARGHA. Cette rivière coule dans un pays magnifique, au milieu d'une foule de villages qui ressemblent à des villes. Alors on rencontre une série de bourgs très rapprochés les uns des 3utres,et dont le plus grand se nomme le Kirzaoua des Beni Hosein. Ensuite on traverse le canton de MAGHîLA et l'on gravit l'AcABA-T-EL-AFAREc « la côte des Africains », où l'on voit, à gauche de la route, le château de ZALEGH. Plus loin on trouve le château d'OuaTîTA, puis la plaine de Mohaili, puis le village de Khandoc

(i) Ce nom composé, dont le premier mot est arabe, le second feerber et le troisième arabe iberbérisé, signifie la ville des pèlerins.


Seddbrouagh. Ici le chemin se partage en deux branches qui conduisent aux deux quartiers de Fez. Par cette route on met six jours à se rendre de Ceuta à Fez. Antre route de Ceuta à Fez

De Ceuta à Tétouan il y a une journée de marche. Le voyageur sorti de Ceuta rencontre l'AouîAT, rivière qui coule au fond d'un ravin et qui fait tourner plusieurs moulins pendant la saison des pluies. Elle est à deux milles de la ville. C'est de là qu'Ilîan amena l'eau à Ceuta. par le moyen d'un aqueduc composé d'arcades dont quelques-unes sont encore debout dans les ravins. De là on se rend à la rivière EL-MENAOUEL, puis à Ouadi NEGRO alors, pour arriver à FEDDJ EL-FARÉS, on prend la route de Tanger, que nous avons déjà décrite. De là on passe FEDDJ ES-SARI, défilé situé à l'extrémité du DJEBEL HABÎB IBN Youçof, montagne qui produit une grande quantité de plantes médicinales (i). Sur la pente de ce défilé, du côté qui regarde le nord, est un village (hara) nommé MORAD. Il y a une journée de marche depuis le dénié jusqu'à Aftès. Arrivé dans cette ville, le voyageur suit la route que nous avons déjà indiquée. Entre le défilé et Aftès on remarque deux [262] châteaux, dont l'un, le Cala-t-ibn-Kharroub, a été déjà mentionné.

(i)En arabe aioud. Ce mot est le pluriel d'aoud, qui signifie bois (lignum) et bois d'Qlois. Ce dernier produit végétal ne viert que dans les lies de la mer indienne, aussi devons-nous supposer qu'EJBekri a voulu désigner par ce mot les plantes médicinales en généTal. tbn el-Beithar, dans son Dictionnaire des simples et des minéTaux, décrit les propriétés de huit plantes qui portent toutes le nom d'aoud.


Description de la ville de Fez

FAs « Fez » se compose de deux villes situées l'une à côté de l'autre et entourées chacune d'une muraille. Elles sont séparées par une rivière très rapide qui fait tourner des moulins, et que l'on traverse au moyen de ponts. L'une de ces villes, appelée Adoua-t-el-Cabawïîn le côté ou quartier des Cairouanides », est située à l'ouest de l'autre, laquelle se nomme Adoua-t-el-Andeî-osïÎN « le côté des Andalous ». Dans le premier de ces quartiers chaque habitant a devant sa porte uin moulin ̃ lui et un jardin rempli d'arbres fruitiers et coupé par des rigoles. Sa maison aussi est traversée- par un courant d'eau. Les deux villes renferment plus tic trois cents moulins et environ une vingtaine de bains. Les juifs sont plus nombreux à Fez que dans aucune autre ville .du Maghreb de là ils font des voyages dans toutes les contrées {du monde]. Les Maghrebins disent, par manière de proverbe, Fas bled bla nos, c'est-à-dire « Fez est une ville sans hommes » (i). Les deux quartiers de Fez sont bâtis au pied d'une colline la rivière qui les sépare vient d'une source très abondante qui jaillit au milieu d'un marécage, dans le territoire des Matghera, et à une demi-journée de la ville de Fez. Le quartier des Andalous fut fondé [263] en l'an 192 (807-808 de J. C.), et celui des Cairouanides l'année suivante. ldrîs ibn Idrîs, qui régnait alors, mourut dans le premier mois de rebiâ de l'an ai3 (mai-juin 828 de J. C.) il finit ses jours à Oui.îi.1, ville située dans le territoire de Fez et à une journée de cette capitale, du côté de l'occident. Le quar-

(1) Parce qu'elle était remplie de juifs, gens peu estimables aux yeux des musulmans..


lier des Andalous a plusieurs portes, dont celle qui est appelée Bab el-Fatouh « la porte de Fatouh » (i) regarde le midi et donne sortie aux voyageurs qui ont l'intention de se rendre à Cairouan. Une autre porte du même quartier, le Bab el-Kenîça « la porte de l'église », est placée à l'orient, vis-à-vis du Rabed el-Marda « le faubourg des malades, des lépreux ». Le Bab Abi Khallouf est également à l'orient le Bab Hisn Saadoun « la porte du château de Saadoun » est au nord, le Bab el-Haoud « la porte de l'abreuvoir » est à l'occident, en face du quartier des Cairouanides, ainsi que le Bab Soleiman. C'est par ces deux dernières portes que sortent les habitants du quartier [des Andalous] lorsqu'il survient des querelles entre eux [et leurs voisins de l'autre quartier] alors ils se livrent bataille sur le terrain nommé Kodyat.-el-Foul « le tertre aux fèves Nommons encore le Bab « la porte de la source jaillissante ». Dans ce quartier est un beau djamê renfermant six nefs qui se dirigent de l'est à l'ouest. Les colonnes qui le soutiennent sont en pierre [264] calcaire son parvis, qui est très grand, renferme plusieurs pieds de noyers et d'autres arbres, et reçoit de l'eau en abondance par le moyen d'une rigole appelée Saguia Masmouda « le canal des Masmouda ». Une espèce de pomme douce, nommée la tripolitaine (trabolosi), qui est grosse et agréable au goût, vient très bien dans ce quartier- elle s'y trouve en abondance, bien qu'elle ne réussisse

(1) Selon l'auteur du Carias, p. vi de l'édition imprima cette portent construite par Fatouh ibn el-Moëzz ibn a?» sur lequel on peut consulter VHistoire des Berbers, t. i,^T (2) En arabe goddan, ou djeddan i, mot qui désigne une espèce de pierre molle. C'est probablement le calcaire qui s'emploie dans l'Afnque septentrionale pour former des colonnes torses, des linteaux et des montants de porte.


pas dans le quartier des Cairouanides. La fleur de farine, dans le quartier des Andalous, est meilleure que celle de l'autre quartier, grâce à l'habileté des ouvriers qui la préparent. Dans le quartier des Andalous, les hommes sont plus braves et les femmes plus belles que dans le quartier opposé mais, dans celui-ci, les hommes sont plus beaux. Parmi les portes du quartier des Cairouanides on remarque le Bab el-Hisn il-Djedîd « la porte du château neuf », qui regarde le midi, et par laquelle on sort pour se rendre à Zouagha le Bab es-Silcela « la porte de la chaîne », qui est tournée vers l'orient et qui donne passage aux personnes qui se rendent dans le quartier des Andalous le Bob el-Canater « la porte des ponts », qui est tournée vers l'orient; le Bab-Sîadj « la porte de la haie », construite par Yahya ibn el-Cacem, regarde le nord et ouvre sur la route qui mène à ELMakhad Il le gué », à Ouchetata et à Maghîla le Rab Souc el-Ahad « la porte du marché de dimanche », tournée vers l'occident et ouvrant sur la route qui mène à ZOUAGHA. Ce même quartier possède un djamê à trois nefs, qui se dirigent d'orient en occident. Cet édifice. fondé par Idris ibn Idrîs, a plusieurs vestibules et une grande cour où l'on voit des oliviers et d'autres arbres. On compte, dans ce quartier, une vingtaine de bains on y remarque aussi un grand nombre de jardins et de ruisseaux. Ces eaux y arrivent après avoir traversé le quartier des Andalous. Les citrons viennent très bien dans le quartier des Cairouanites, et ils atteignent une grosseur extraordinaire mais ils ne réussissent pas dans l'autre quartier. Au reste ces deux parties de la ville se distinguent également par leur importance et par leurs ressources. La rivière de Fez se jette dans le Sebou. Dans le canton de Maghîla, à l'occident du quartier des


Cairouanites, on remarque un endroit appelé Es-Séïkh « l'enfoncement », parce qu'il s'abîma en terre avec tous ses habitants. En l'an 34i (952-953 de J. C.) l'armée d'ElBouri, fils d'Abou-'l-Afiya, abandonna ses tentes et ses bagages en cette localité, après avoir été mise en déroute par les Beni Mohammed. Dans la rivière de Fez on irouve beaucoup de poissons de l'espèce nommée lebîs (i). On attribue les vers J266] suivants à Mohammed ibn Ishac, surnommé El-Bedjeli

Quartier de Cairouan, endroit qui m'es si cher puissent tes coteaux gardeur toujours leur beauté et leur fraîcheur!

Puisse Dieu, ne jamais Venlever le manteau de ses faveurs 1 à toi, noble pays, qui repousses Je crime et le mensonge.

Ibrahîm ibn Mohammed., natif d'Asîla et père du célèore jurisconsulte Abou Mohammed el-Mofaddel ibn Omar d-Medhedji (membre de la tribu arabe de Medhedj), composa sur Fez les vers suivants

Je suis entré dans Fez, ville que je désirais tant voir; mais les émanations du fromage me prirent aux yeux et à la tête. Tant que je vivrai, je ne remettrai plus le pied dans Fez, dûton me donner Fez avec tous ses habitants.

Un cadi de Téhert, nommé Ahmed ibn Feth, est l'auteur du bon mot que nous rapportons ici

Lance des ordures aux nez des Fezzois des deux quartiers n'en épargne pas un seul!

(i) Une espèce de carpe, peut-être le cyprinus niloticus, Le lebis du Nil est une espèce du genre mormyre. Je tiens d'un natif de Fez que le Ubts est encore très commun dans le Sebou. Selon lui, ce jxrôson a la tête rouge, renferme beaucoup d'arêtes, beaucoup de graisse et pèse d'une à deux livre». Pour le prendre on empoisonne le» eaux avec de la' noix vomique.

(a) Dans aucun de nos manuscrits ce surnom n'est écrit d'une manière uniforme. On y trouve les leçons wU*J\tJ^cJ\ etc.


Ce sont dcs gens repus d'ignominie au point de dire Si l'on veut vivre dans l'aisance, il ne faut pas être généreux.

Le nwdd employé à Fez pour mesurer le blé renferme quatre-vingts aoukîa le modi, qu'ils appellent louh, équivaut à cent vingt de ces modd. Toutes les denrées alimentaires, telles que l'huile, le miel, le lait et les raisins secs, se vendent à l'aoukia.

[267] Aux environs de la ville on trouve plusieurs fractions de tribus berbères, telles que les Terehna, les Maghîla, les Aouréba, les Sadîna, les Hoouara, les Miknaça et les Zouagha.

Lorsque Mouça ibn Noceir fut parvenu jusqu'à Tanger, Aïyad ibn Ocba quitta la colonne et se dirigea contre SEGOUMA, château situé dans le voisinage de Fez. Soleiman ibn Abi-'l-Mohadjer suivit son exemple. Mouça, auquel ils firent l'invitation d'y retourner avec eux, s'y refusa d'abord, « parce que, disait-il, les gens de cette ville ont fait leur soumission » puis s'étant laissé intimider par leurs menaces, il consentit à rebrousser chemin. Dans le premier combat que ces Arabes livrèrent aux habitants de Segouma, ils essuyèrent un grave échec; mais Àïyad ibn Ocba profita de l'occasion pour escalader la forteresse du côté opposé et mettre la garnison en déroute. Dans le massacre qui s'ensuivit il périt tant de monde, que la population des Aouréba est demeurée peu nombreuse jusqu'à ce jour. Au rapport d'Ibn Abi Hassan, Mouça écrivit en ces termes à El-Ouélîd ibn Abd d-Mélek, après avoir pris Segouma « Emir des croyants, dans le partage des prisonniers faits à Segouma, on vous a Téservé cent mille individus » (i). A cette dépêche El-

(i) Comme le quint du butin et des captifs appartenait au khalife. il faudrait admettre que Mouça avait fait à Segouma cinq cent mille prisonniers et oela sans compter la foule de monde qu'il


Ouélîd fit la réponse suivante « Allons donc c'est [268] encore là un de tes mensonges 1 Si l'on devait t'en croire, cet endroit aurait été le rendez-vous de toutes les nations de la terre. »

Notice des Idricides

Fez était la capitale des états qui appartenaient aux descendants d'Idrîs, fils d'Abd Allah, fils de Hacen, fils de Hacen, fils d'Ali, fils d'Abou Taleb. Idrîs, étant arrivé en Maghreb, s'établit à Oulîleni c'est ainsi que Tanger s'appelait en langue berbère (i). Selon Mohammed [Ibn Youçof], Oulîli est située à une journée de Fez, et ce fut là qu'Idrîs, fils d'Idrîs, cessa de vivre. Cette grande et ancienne ville, qu'il ne faut pas confondre avec Tanger, est située à l'occident de Fez. Idrîs descendit d'abord chez un membre de la tribu des Aouréba, nommé Ishac ibn Mohammed ibn Abd el-Hamîd, le Motazelite (2), dont il adopta les croyances religieuses. Ceci eut lieu en l'an 173 (788-789 de J. C.). Dans le mois de chaban de l'année suivante (décembre-janvier 789-790), il se rendit à Macena phis tard, il sortit pour aller à Taza (Tèza), endroit faisant partie des Etats gouvernés par les Beni [Abi] 'l-Afiyav(Pans une montagne de cette localité on /trouve de l'or parfaitement pur et d'une qualité excellente. Idrîs partit pour Tèza dans le second mois [269]

avait passée au fil de l'épée. L'on se demande où se trouvait cette ville et pourquoi les historiens et géographes arabes n'en parlent que pour exalter Mouça ibn Noceir. Il est probable que Segouma n'a jamais existe.

(1) Voy. ci-devant p. 2z3, où notre auteur écrit Oalîli.

(2) Les Motazelites niaient la prédestination, l'éternité du Coran et l'existence des attributs divins. Les musulmans orthodoxes repousoent avec horreur les opinions de ces sectaires.


de djomada 174 (octobre-novembre 790 de J. C.), et il mourut à Oulîli.

Abou '1-Hacen Ali ibn Mohammed ibn Soleiman enNaufeli rapporte, sur l'autorité de son père et d'autres individus, des renseignements bien différents de ceux que la plupart des historiens ont fournis au sujet de la fuite d'Idris et de son arrivée en Maghreb. Voici son récit « Idrîs, fils d'Abd Allah, fut du nombre de ceux qui prirent la fuite lors de la défaite d'Hocein, l'homme de Fekh (i). La bataille de Fekh eut lieu le samedi 8 de dou'lhiddja i6o (juin 786 de J.-C.). Idris se tint caché pendant quelque temps, jusqu'à ce que [son client] Rached trouvât moyen de le soustraire à la vengeance du sultan, qui le faisait rechercher avec une persistance extrême. Rached, homme de beaucoup d'intelligence et de courage, aussi remarquable par sa force de corps que par sa prudence et son habileté, le revêtit d'une medrâa « chemise de laine », d'un turban d'étoffe grossière, et, l'ayant fait passer pour son domestique, il se mit en route avec la caravane de pèlerins {qui partaient de la Mecque]. Pendant le voyage, Idris se conduisit à l'instar d'un bon serviteur, toujours empressé à exécuter les ordres de son maître. Arrivés à Misr (au vieurc Caire) sans accident, ils y entrèrent vers la nuit, et pendant qu'ils marchaient au hasard dans les rues, sans savoir où diriger leurs pas, ils passèrent auprès d'une maison bien bâtie, dont l'aspect extérieur dépotait suffisamment la grande aisance qui régnait dans l'intérieur. Ils venaient de s'asseoir dans une boutique, auprès de la porte de cette maison, quand le maître les aperçut et reconnut à leur tournure et à leur

(i) Localité des environs de la Mecque. (Voy. sur la révolte due Hocein, l'Hist. des Berbers, t. II, p. 55g, et Aboulfedœ Annal, t. H, p. 53.)


air qu'ils étaient des étrangers et natifs du Hidjaz. « Il « me semble, leur dit-il, que vous êtes des étrangers, » Il Nous le sommes », fut la réponse. « Et je crois « que vous êtes natifs de Médine? » « Nous sommes oe « que vous dites ». L'individu qui les interrogeait ainsi était un client des Abbacides. Rached l'examina avec attention, et, jugeant à sa figure que c'était un homme de bien, il se leva et lui dit « Je voudrais vous communiquer un secret; mais, avant de le faire, je dois obte« nir de vous la promesse d'exécuter une des deux choses « que je vais vous proposer, c'est-à-dire soit de nous c. accueillir chez vous, de mériter la faveur de Dieu par « cet acte de bienfaisance, et de protéger en nos person<• nés {le sang de] votre Prophète Mohammed; soit de « garder le secret, si vous repoussez notre demande ». Ayant reçu de lui un engagement à cet effet, il lui adressa ces paroles « Voici Idrîs, fils d'Abd Allah, fils de Hacen, fils de Hacen, fils d'Ali, fils d'Abou Taleb. Sorti avec « Hocein ibn Ali du lieu où on l'avait relégué, il s'est l'échappé de la mort, et je le conduis maintenant dans (, le pays des Berbers. Peut-être trouvera-t-il dans cette contrée éloignée une retraite assurée où ses ennemis ne sauront l'atteindre ». Cet 1271] homme les fit entrer dans sa maison, et les y tint cachés jusqu'à ce qu'une caravane, qui devait se rendre en Ifrîkiya, eût achevé ses préparatifs de départ. Alors il loua pour eux un chameau, leur fournit des vivres et des habits; puis, au moment où les autres voyageurs allaient se mettre en route, il leur dit « Le gouverneur de l'Egypte a des postes militaires <«̃ sur toute la frontière, de sorte que personne ne peut « sortir du pays avant d'être examiné et fouillé; mais je « connais une route abandonnée, un sentier écarté et peu « connu je ferai passer ce jeune homme par là Il. En


même temps il désigna Idris du doigt. S'adressant ensuite à Rached, il promit de lui remettre Idris à un certain endroit, au delà de la ligne des postes qui couvraient la frontière. Rached monta alors dans l'un des deux paniers que portait son chameau, après avoir placé ses effets dans l'autre, et il partit avec la caravane. L'homme qui s'était montré si généreux fit alors venir deux de ses chevaux, l'un pour lui-même, l'autre pour Idrîs, et, s'étant engagé dans la basse route avec son protégé, il marcha en avant pendant quelques jours, afin de devancer la caravane et de s'arrêter ensuite pour la laisser arriver. Idrîs et Rached, s'étant rencontrés de nouveau, montèrent sur le même chameau et continuèrent leur marche jusqu'à la frontière de l'Ifrîkiya. N'osant pas y entrer, ils traversèrent les contrées occupées par les Berbers et arrivèrent enfin dans le territoire de Fez et de Tanger (i). Idris se fixa dans cette contrée, après s'être mis sous la protection des Berbers. Haroun er-Rechîd, ayant appris cette nouvelle, s'en plaignit à (son vizir] Yahya ibn Khaled {le Barmekide], et celui-ci lui répondit « Emir des .( croyants, je me charge de vous débarrasser de cet (1 homme)). Il fit alors venir un membre de la tribu de Rebtah, nommé Soleiman ibn Horeiz el-Djezeri, un de ces dogmatistes qui avaient adopté les opinions des Zeidiya (2). Doucereux (dans ses manières], brave [à l'occasion], c'était un véritable démon de l'espèce humaine. Il tenait le rang d'imam [chef de secte] parmi les Zeidiya, dont il était le principal théologien. C'était lui qu'ErRechîd avait fait appeler pour soutenir, contre Hicham

(i) Fez n'existait pas à cette époqae.

(2) Dans l'Hist. des Berbers, t. II, p. 499, se trouvent quelques renseignements an sujet de cette secte chlïte.


ibn el-Hakem, une controverse au sujet de l'imamat (i) Yahya ayant gagné cet intrigant par l'offre d'une forte somme d'argent, lui fit des promesses magnifiques, tant en son nom qu'en celui du khalife, et l'engagea à tuer Idrîs par quelque tour d'adresse. Il lui remit alors une somme considérable et un flacon renfermant de la civette enpoisonnée; puis il le fit partir avec un homme sûr et d'une valeur éprouvée. Les deux émissaires se mirent en route et traversèrent le Maghreb jusqu'au lieu où se trouvait Idrîs. Soleiman se présenta devant ce prince, qui le connaissait déjà de réputation, et lui adressa ces paroles 1( Je suis venu vous voir après avoir subi volontairement les plus dures épreuves pendant que j'enseignais Il la doctrine pour laquelle vous connaissez mon attachement. Le sultan avait voulu me faire arrêter à cause du « désir que j'avais manifesté de me mettre en campagne avec vous autres, membres de la famille du Prophète c aussi suis-je venu dans votre pays pour y chercher un « asile et pour vous soutenir de tout mon pouvoir ». Charmé de ces paroles, Idris accueillit l'étranger avec une grande bienveillance et le reçut dans son intimité après l'avoir comblé d'honneurs. Soleiman se mit alors à tenir des conférences avec les Berbers et à proclamer ouvertement le devoir de soutenir la descendance du Prophète, fournissant aux partisans de cette doctrine les raisonnements qu'il avait naguère tenus en Irac. S'étant concilié de cette façon la faveur d'Idris, il resta auprès de lui en

(i) Dans la théorie de la constitution musulmane, le corps entier des croyants ne devrait avoir qu'un seul chef ou imam, revêtu des deux puissances, la temporelle t la spirituelle. L'imamat ou droit d'être imam devait-il être héréditaire on électif ? Grave question qui, peu d'année* après la mort de Mahomet, souleva une guerre civile et jeta pour toujours les semences de la désunion parmi les spectateurs de l'islamiame.


attendant l'occasion de le prendre au dépourvu et d'employer la trahison pour le perdre. Un jour que Rached s'était absenté pour exécuter une commission dont son maitre l'avait chargé, Soleiman prit le flacon empoisonné et entra chez Idrîs. Lorsque la conversation se fut engagée, et que le prince, resté seul avec lui, l'entretenait de la manière la plus amicale, il prit l'occasion de lui dire Seigneur J je prie Dieu d'accepter, s'il le faut, le sacrifice de ma vie, afin qu'il épargne la vôtre J'ai sur moi < un flacon de civette, parfum dont les éléments l' constituants ne se trouvent pas dans votre pays. Je vous «< l'offre, en vous priant de vous parfumer avec ce qu'il l, renferme H. Il le déposa alors devant le prince, qui le déboucha aussitôt pour en respirer l'odeur. Soleiman sorlit alors, et trouvant son compagnon, qui se tenait prêt avec deux chevaux, amaigris d'avance pour mieux courir, il se mit en selle et partit au grand galop. Cet homme l'accompagna dans sa fuite. Quand le poison qu'Idris avait flairé lui fut monté au cerveau, voilà que ce prince tomba en défaillance et demeura tout à fait insensible. Les gens de service, ne pouvant deviner ce qui lui était arrivé, envoyèrent chercher Rached, qui revint en toute hâte. Pendant que ce fidèle serviteur s'occupait à soigner son maître et à chercher la nature du mal qui l'avait atteint, Soleiman et son compagnon avaient déjà franchi une grande étendue de pays. Idris resta dans un état d'insensibilité complète, bien que son pouls continuât à battre, et il mourut vers la fin de la journée. Rached ayant découvert que l'auteur du crime était Soleiman ibn Horeiz, partit à cheval avec une troupe d'amis, dans l'espoir de rattraper les fuyards. Ayant devancé tous ses compagnons, dont les chevaux avaient succombé à la fatigue, il finit par atteindre les traîtres. Soleiman se


retourna pour défendre sa vie, et dans ce combat il reçut de Rached trois coups de sabre sur la tête et sur le visage, ainsi qu'un autre qui lui estropia la main. Aucune de ces blessures n'était mortelle, grâce à la bonté de son armure et à l'adresse qu'il déploya en se défendant. Le cheval de Rached, épuisé par la rapidité de cette longue course, s'arrêta tout à fait, et Soleiman profita de cette circonstance pour prendre la fuite et se sauver d'une mort imminente. Il ne pouvait pas faire autrement; car son compagnon l'avait abandonné au moment du danger, sans faire le moindre effort pour le soutenir. Aussitôt qu'il se vit hors d'atteinte, il s'arrêta pour panser ses blessures. « Un homme, dit Abou'l-Hacen en-Naufeli, qui « avait vu Soleiman après son retour en Irac, m'a raconté i- que ce traître était estropié d'un bras x.

Le récit que nous venons de donner a quelque ressemblance ave celui que nous tenons d'Ahmed ibn el-Hareth ibn Obeida el-Yemani, et que nous reproduisons ici « Echappé de la bataille de Fekh, Idrîs ibn Abd Allah arriva en Egypte, pays dont la poste aux chevaux était alors sous la direction de Ouadeh, client de Saleh, fils du [khalife abbacide] EI-Mansour. Cet homme, étant partisan de la secte chiite, fournit au fugitif des chevaux de poste. Lorsque Idris fut entré dans le territoire de Tanger, [Haroun] er-Rechîd ordonna à Es-Chemmakh, un de ses clients, de se déguiser en médecin et d'aller le trouver. Comme Idrîs souffrait d'un mal de dents qui lui avait causé une fluxion sur la joue, Es-Chemmakh y appliqua une poudre empoisonnée et partit sur le champ. Idrîs, mourut par l'effet du poison; son assassin prit la fuite [276] et alla rejoindre Er-Rechîd, de qui il obtint la direction de la poste aux chevaux de l'Egypte. ».

Selon un autre historien, Es-Chemmakh s'enfuit vers


minuit, après avoir prescrit d'employer cette poudre le lendemain matin. « Nous regardons comme certain, dit Mohammed ibn Ibrahim ibn Mohammed ibn el-Cacem, que cet homme l'empoisonna avec une pastèque pour couper ce fruit, il employa un couteau dont il avait empoisonné la lame d'un seul côté; il donna au prince le morceau auquel le poison avait touché, et il prit l'autre morceau pour lui-même. »

Ouadeh, client de Saleh ibn el-Mansour, avait du penchant pour la famille d'Abou Taleb; aussi, lorsque ErRechîd eut appris comment il avait agi à l'égard d'Idrîs, il le fit décapiter et mettre en croix.

En-Naufeli nous apprend qu'Idrîs mourut à Oulîli l'an 175 (791 de J.-C.), et que, depuis l'époque où les Berbers avaient reconnu son autorité jusqu'à sa mort, il s'était écoulé trois ans et six mois.

Selon un historien que nous n'avons pas encore cité, le prince qui s'échappa de la bataille de Fekh se nommait Dawoud, fils d'El-Cacem, fils d'Ishac, fils d'Abd Allah, fils de Djâfer, fils d'Abou Taleb (i). Il se sauva en Maghreb, et sa postérité, qui se trouve encore à Fez, s'estalliée par des mariages à la famille des Idrîcides. Il entra en Orient, car il n'avait [277] pris la fuite qu'à l'époque où ses deux frères se révoltèrent contre El-Mansour. « J'ai reçu, dit Ali en-Naufeli, le renseignement suivant d'Eîça ibn Guennoun, qui servait Idris ibn Eïça en qua- lité de cadi à Archgoul, et qui était entré en Espagne afin de prendre part à la guerre sainte. Soleiman, fils d'Abd Allah, fils de Hacen, fils de Hacen, se rendit aussi en Maghreb et s'établit à Tlemcen. Pour avoir les noms des six fils d'Abd Allah, fils de Hacen, il faut tenir compte du

(i) Il n'était pas, par conséquent, un descendant de Mahomet.


nom de Soleiman. En voici la liste Mohammed, Ibrahim, Idris, Eïça, Yahya, Soleiman. Ils naquirent dans l'ordre indiqué ici. Soleiman, fils de Mohammed et petitfils de Soleiman, eut plusieurs enfants, dont trois, Mohammed, Yahya et Soleiman, furent tous Coreichides [et imams] dans la kibla. »

« Idrîs, dit En-Naufeli, mourut sans enfants; mais il laissa une de ses concubines enceinte. En attendant l'accouchement de cette femme, Rached se chargea de gouverner les Berbers. Le fils qu'elle mit au monde et qu'on appela Idrîs, du nom de son père, reçut de Rached une excellente éducation. Il naquit dans le second mois de rebiâ de l'an 175 (août-septembre 791 de J.-C.). Rached mourut en 186 (802 de J.-C.). L'espèce d'adoption qui attacha Idrîs II à Rached fournit à Mohammed ibn esSemheri l'idée des vers suivants, dans lesquels il fait la satire d'El-Cacem, fils d'Idrîs, fils d'Idrîs

Dites au bâtard, au bâtard de Tanger: « Vis dans cet endroit [278] tant qu'il te plaira personne ne sera tenté de t'envier. (i) ton pays.

« Flatte par l'amour-propre, tu voudrais devenir khalife; allons donc! c'est là une de ces sottises dont tes discours sont toujours remplis.

« Quand je t'ai vu prendre des vilains pour amis, j'ai eu la conviction que Rached était ton grand-père. »

On dit que Rached était l'affranchi d'Eïça, fils d'Abd Allah et frère d'Idrîs. [Après la mort de Rached], la tutelle du jeune Idris échut à Abou Khaled Yezîd ibn el-Yas. Ce chef porta les Berbers à reconnaître son protégé pour leur souverain et à lui prêter le serment de fidélité. La cirémonie eut lieu le vendredi 7 du premier rebiâ 187 (mars 8o3 de J.-C.). Idrîs n'avait alors que onze ans. Le samedi

(i) Dans le texte arabe il faut remplacer le mot -1- par


7 du mois de dou'l-hiddja 192 (oct. 808 de J.-C.), il tua Abou Leila Ishac, qui, jusqu'alors, avait été son protecteur et celui de son père (i). D'après son ordre, la tête de la victime fut portée en Orient par Ahmed et Soleiman, tous les deux fils d'Abd er-Rahman. Ensuite il alla passer un mois à Fez, dans le quartier des Andalous. Ceci arriva aussi en t'an (2). L'emplacement où s'élève le quartier des Cairouanites était alors un marais couvert de roseaux et bordé par quelques tentes appartenant à des Zouagha. Sur l'invitation de ces. gens, Idris se rendit au milieu d'eux, et, en l'an ig3 (808-809 de J.-C.), il posa les fondations de ce quartier. Au mois de moharrem 197 (septembre-octobre 8ta de J.-C.), il fit une expédition contre [la ville de] Niffîs ensuite il attaqua [les] Nefza et la ville de Tlemcen. En l'an 199, il rentra dans sa capitale.

Le récit que nous allons rapporter a pour auteur Dawoud ibn el-Cacem ibn Ishac ibn Abd Allah ibn Djafc:r (3). « Je me trouvai en Maghreb avec Idris II, et je l'accompagnai dans une expédition contre les Kharedjites (schismatiques). Les ayant enfin rencontrés, il leur livra bataille, bien que leur armée fût trois fois plus nombreuse que la sienne. On se battit avec un acharnement extrême, et ce jour-là je ressentis une telle admiration pour Idrîs, que j'avais toujours les yeux fixés sur lui. « Qu'as-tu donc? me dit-il, pourquoi me regarder avec

(1) Abou Leila fehac ibn Mohammed était chef de la tribu des Aouréba. (Voy. ci-devant, ip. a3i, et VHist. des Berbers, t. II, p. 559, 56i.)

(2) Il y a dans cette indication une erreur chronologique ldrîs fait mourir Abou Leila le 7 de dou '1-hiddja de l'en 19a; or ce mois est le dernier de l'année musulmane; puis Idrte a Ie temps de passer un mois à Fez avant que l'année soit éconléé 1

(3) Voy. ci-devant, p. a38.


« tant d'attention ? » « Pour trois raisons, lui répon<'̃ dis-je d'abord vous crachez abondamment, tandis < qu'il me reste à peine assez de salive pour m'hamecter la bouche. Il « Cela, répondit-il, tient à ce que « mon cœur reste inébranlable, et votre bouche s'est des« séchée parce que vous avez perdu votre sang-froid. » « La seconde Taison, lui dis-je, c'est à cause de la force de « corps que vous déployez. « Cela, me dit-il, tient 1. aux prières que notre saint Prophète offre en notre « faveur. » « La troisième raison, ajoutai-je, c'est de vous voir presque toujours en mouvement; à « peine pouvez-vous demeurer tranquille sur votre che« val. » « Cela provient, me répondit-il, du désir que « j'éprouve de combattrej-Tie croyez pas que ce soit un «effet de la peur. C'est à bon droit que je puis réciter ces « vers

Nctre aïeul Iiacen n'a-t-il pas retroussé son manteau pour enseigner à ses fils comment on frappe avec la lance et l'épée La guerre ne me lassera pas avant qu'elle se lasse de moi jamais je ne me plaindrai des fatigues que j'aurai à supporter. En l'an 2i3 (828-829 de J.-C.), Idrîs, qui avait alors trente-trois ans, mourut à Oulîli. Il était à manger une grappe de raisin, quand un grain de ce fruit lui resta dans le gosier; ne pouvant s'en débarrasser, il demeura la bouche ouverte, bavant et écumant, jusqu'à ce que la mort survînt. Il laissa plusieurs fils dont voici les noms Mohammed, Ahmed, Obeid Allah, Eîça./IdriS, Djâfer, Hamza, Yahya, Abd Allah, El-Cacem, Dawoud et Omar. Mohammed, qui lui succéda, partagea l'empire entre ses frères, d'après le conseil de son aïeule Kenza, mère d'Idrîs. S'étant réservé la ville de Fez pour résidence, il livra à son frère EI-Cacem les villes d'El-Basra et de Tan-


ger, avec les régions qui en dépendaient à :Omar, il assigna le pays des Sanhadja et celui des Ghomara; Dawoud obtint le commandement des Hoouara, établis à Tacelmet Yahya reçut pour sa part l'endroit nommé Dai et les localités voisines [281] Eïça eut le gouvernement de Wazaccour et de Sela (Salé) Hamza eut le commandement d'El-Aoudïa « les rivières », territoire situé dans le voisinage d'Oulîli, et Abd Allah se vit maître de Lemta et des lieux qui en dépendent. Les autres frères, étant trop jeunes pour exercer des commandements, allèrent demeurer avec ceux qui en avaient obtenu. Quelque temps après ce partage, Eïça, seigneur de Wazaccour, se révolta contre son frère Mohammed. Celui-ci écrivit alors à ElCacem, dont le territoire touchait à celui d'Eïça, lui ordonnant de combattre le rebelle. El-Cacem s'y refusa mais Omar, qui reçut ensuite un ordre semblable, s'empressa de porter secours à son bienfaiteur. S'étant dirigé vers le lieu où Eïça avait établi son camp, il traversa les environs de Fez, et sans attendre l'arrivée de Mohammed, auquel il avait écrit de venir le secourir, il marcha en avant, expulsa Eïça de Wazaccour, et le contraignit à se réfugier à Salé. Ayant alors reçu un second ordre de son frère, il tourna ses armes contre El-Cacem, et le dépouilla de toutes ses possessions. Dès lors El-Cacem se consacra à la dévotion et s'enferma dans une mosquée qu'il fit bâtir Asîla, sur le bord de la mer. Peu de temps après ces événements, Omar mourut à El-Ferès, campagne qu'il possédait dans le pays des Sanhadja. On transporta son corps à Fez pour y être enterré. C'est de lui que descendent les Hammoudites, famille qui s'est rendue indépendante en Andalousie, ainsi que nous le raconterons plus loin. Mohammed mourut ensuite, et laissa ses Etats [282] à Ali, son fils et successeur désigné. Après la mort d'Ali, son


neveu, Yahya, fils de Yahya et petit-fils de Mohammed ibn Idris, obtint le commandement. S'étant épris d'une belle juive, nommée Hanna, il pénétra dans le bain public pendant qu'elle s'y trouvait, et par cet acte répréhensible il indisposa contre lui toute la population de Fez. Abd er-pahman, fils d'Abou Sehel el-Djodami et aïeul d'Ahmed ibn Bekr, [qui devint plus tard] seigneur de Fez, profita du mécontentement général pour s'emparer du pouvoir et chasser Yahya de la ville. Ce prince se réfugia dans le quartier des Andalous, où il mourut la même nuit. Sa femme Atica, qui était fille d'Ali ibn Omar ibn Idrîs, ne l'accompagna pas dans sa fuite. Ali ibn Omar lui-même vint alors à la tête de ses troupes, pénétra dans le quartier des Cairouanides et en prit possession. De cette manière, le pouvoir passa de la famille de Mohammed ibn Idrîs dans celle d'Omar ibn Idrîs. Sous le règne d'Ali, fils d'Omar, un Kharedjite sofrite nommé Abd er-Rezzac, et natif, dit-on, de la frontière, [septentrionale] de l'Espagne musulmane, se révolta dans le Medyouna, montagne située au sud de Fez. Après avoir livré plusieurs combats ù Ali, il remporta sur lui une victoire décisive (i) et le contraignit d'abandonner la ville de Fez et de se réfugier dans le territoire des Aouréba. Les habitants du quartier des Andalous lui firent leur soumission mais ceux de l'autre quartier refusèrent d'écouter ses sommations, et firent venir chez eux, [283] pour les commander, un fils d'El-Cacem, nommé Yahya, et surnommé El-Addam (2).

(1) Dans le texte arabe il faut lire >a^t» la place de (2) Ce nom est écrit El-AIkdam ?\jJJ.\ dans le texte imprimé du Carias; El-Addam fl^Jl dans le Bekri <fe l'Escurial; El-Adlem fJ-A-JI dans celui de Paris; El-Haddjam fU=vJl (leçon évidemment Biaise), dans le manuscrit du Musée britannique, et El-Adam


Ce prince resta avec eux jusqu'à l'an (go4-9o5 de J.-C), où il fut tué par Rebiâ ibn Soleiman (1). Yahya ibn Idrîs, petite-fils d'Omar ibn Idrîs, vint alors à Fez et y rétablit l'autorité dans sa famille. Il resta en possession de cette ville jusqu'à l'an 307 (919-920 de J.-C.), où Mes-. sala ibn Habbous arriva dans le pays, ainsi que nous l'avons déjà mentionné (2). Après avoir expulsé les Béni Saleh de Nokour, ce général marcha sur Ez-Zeitoun, capitale des Etats que Yahya ibn Idrîs possédait avant de s'être rendu à Fez. Yahya se mit en campagne avec l'intention de défendre cette place forte, dans laquelle il comptait toujours trouver un asile et une retraite assurée mais il essuya une défaite qui le mit désormais dans l'impossibilité de rétablir ses affaires. Il mourut l'an 334 (945-9A6 de J.-C.) à El-Mehdiya, ville dont Abou Yezîd faisait alors le siège. De tous les princes idrîcides qui régnèrent en Maghreb, aucun n'était parvenu à un tel degré de puissance et de considération que Yahya ibn Idrîs. En-Naufeli dit « En l'an 3o5 (917-918 de J. C.), Messala ibn Habbous fit sa première campagne en Maghreb, et, après avoir gagné l'amitié de Mouça ibn Abi'l-Afiya par des bienfaits, il lui donna le commandement de ce pays. A partir de ce moment, Mouça se vit toujours trompé dans ses espérances et frustré dans ses projets ambitieux par la puissance de Yahya ibn Idrîs aussi, en

dans le Baîan. Dans les manuscrits d'Ibn-Khaldoun (Hist. des Idrtcides), on lit Et-Addanb et Es-Saram^j «a_Jl; mais; dans le» Prolégomènes du même auteur, te. te imprimé à Paris, ce nom est écrit El-MOdam ft.U.

(i) Général de Yahya ibn Idrîs.

(a) Voy. ci-devant, p. 190, et Histoire des Berbers, t. II, p. 145, 526. Dans les documents que nous possédons sur l'histoire des Idricides on remarque beaucoup d'erreurs et de contradictions, tant dans les dates que dans les noms propres.


l'an 31o (922-923 de J.-C.), quand Messala rentra en Maghreb pour la seconde fois, il dénonça à ce chef la conduite du prince idrîcide. Messala, qui convoitait déjà les possessions et les richesses de Yahya, résolut de s'emparer de lui par quelque coup de trahison. Voyant ce prince entrer au camp avec l'intention de lui offrir un riche présent, il le fit arrêter, le dépouilla de tout ce qu'il apportait, et lui ordonna de faire venir tous les trésors qu'il avait laissés dans le palais. Après avoir recueilli de cette façon une somme énorme, il chassa Idrîs du pays. Les états du prince détrôné devinrent le partage de Hacen ibn Mohammed el-Haddjam et de Mouça ibn Abi'lAfiya. »

Voici ce que dit le cadi Mohammed ibn Omar cs-Sadefi«Yahya ibn Idrîs ayant été expulsé du pays par Messala ibn Habbous, fut réduit à un tel degré de misère, qu'il se vit abandonner par tout son entourage. Plus tard Mouça ibn Abi'l-Afîva le fit prisonnier, dévasta la ville où il s'était établi et le retint captif dans la ville de Lokaï Après avoir (285] subi une longue détention, Yahya obtint de Mouça la permission de s'en aller, et, s'étant rendu seul à la ville d'Asîla, il y fixa son séjour, et reçut de [ses parents], les Beni Ibrahîm, le don d'une petite propriété qui suffisait, tout au plus, à son entretien. Le même auteur dit « Idris, le père de Yahya, avait prié Dieu de faire mourir son fils de faim dans un pays étranger. En l'an 33i de J.-C.), Yahya prit la route d'El-Mehdiya, et cela à l'époque de la révolte d'Abou Yezîd et de sa lutte avec les Fatemides, réduits alors à leurs propres forces. Il mourut de faim, sans pouvoir se rencontrer avec les princes fatemides, parce qu'Abou Yezîd tenait leur ville étroitement bloquée. » En l'an 307 (919-920 de J.-C.), Messala ibn Habbous


confia le gouvernement de Fez à Rîhan ibn Ali le Ketamien. Cet officier garda son commandement jusqu'à l'an 3t6 (928 de J.-C.), où Hacen ibn Mohammed, petit-fils d'El-Cacem ibn Idrîs et surnommé El-Haddjam, vint l'expulser de la ville. El-Haddjam resta en possession de Fez pendant deux ans. Ce fut à son oncle, Ahmed ibn elCacem ibn Idrîs, qu'il fut redevable de ce sobriquet. Une discussion s'étant élevée entre eux les mit de mauvaise intelligence et les entraîna dans une guerre. Les armées des deux princes s'étant rencontrées à El-Medali, dans le pays des Sanhadja, Hacen se jeta sur un des serviteurs de son oncle, et lui porta un coup de lance dans la partie du bras où l'on pratique la saignée. Il fit exactement la même chose à un second [286] serviteur, puis à un troisième. Son oncle, à qui on Taconta cette circonstance, s'écria « Voilà mon neveu qui s'est fait barbier-chirurgien (haddjam) 0) et ce sobriquet lui resta. Un des poètes qui cultivaient la faveur des Idrîcides, fait allusion à cette anecdote dans le vers suivant

On me nomme Haddjam, moi qui ne suis pas un chirurgien; et cela, parce que j'ai frappé mes adversaires à la veine du bras. Hacen el-Haddjam se tenait dans le fond du pays d'ElMedali mais de là il gouvernait la ville de Fez. Ayant livré bataille à Mouça ibn Abi'l-Afiya, l'un des grands chefs berbers, il lui fit éprouver une défaite si honteuse que jamais, depuis l'arrivée des Idrîcides en Maghreb, rien de pareil ne s'était vu dans ce pays. Mouça prit la fuite après avoir perdu plus de deux mille de ses partisans, et, avec eux, son fils Minhel. Quelque temps après, -Hacen, qui se trouvait à Fez, devint la victime d'une trahison ourdie par Hamed ibn Hamdan.el-Hemdani, sur-


nommé El-Louzi, parce qu'il était originaire du bourg d'El-Louz (i), en Ifrîkiya. Cet homme, l'ayant accueilli chez lui, le retint prisonnier, après avoir donné l'ordre de fermer les portes de la ville afin que les troupes de son hôte n'y entrassent pas. Tel était du reste l'usage à Fez jamais les habitants ne permettaient à un chef d'introduire ses troupes dans la ville. Après avoir enfermé Hacen dans une prison, [287] Hamed envoya chercher Mouça ibn Abi'l-Afiya, et l'introduisit dans la place. Devenu maître du quartier des Cairouanides, Mouça parvint, quelque temps après, à soumettre celui des Andalous. Voulant alors tirer vengeance de la mort de son fils Minhel, il engagea Hamed, de la manière la plus pressante, à tuer Hacen el-Haddjam. Hamed s'y refusa d'abord, afin d'éviter le scandale qu'un tel forfait donnerait au public puis, s'étant décidé au crime, il administra du poison au prisonnier, et le conduisit ensuite, pendant la nuit, jusqu'à la muraille de la ville. Hacen tomba du haut du rempart, se démit la cuisse et alla mourir dans le quartier des Andalous. Abd Allah ibn Thaleba ibn Mohareb el-Azdi y succomba en même temps, ayant été mis à mort par l'ordre de Mouça, ainsi que ses fils Mohammed et Youçof. Mohareb, son troisième fils, prit la fuite et se réfugia dans Cordoue, ou, selon un autre récit, dans El-Mehdiya. Mouça forma alors le projet d'ôter la vie à Hamed el-Hemdani mais ce chef parvint à s'enfuir, et à se réfugier dans la ville d'El-Mehdiya. Devenu maître du Maghreb entier, Mouça expulsa les autres Idrîcides de leurs possessions, et les contraignit à s'enfermer dans Hadjer en-Necer, forteresse bâtie, en l'an 3y (929), par Ibrahîm, fils de Mohammed, fils d'El-Cacem, fils d'Idrîs,

fi) Voy. ci-devant, p.


fils d'Idrîs. Il avait même exprimé l'intention de les y assiéger afin de pouvoir exterminer toute cette famille mais il dut renoncer à son projet en conséquence des remontrances que lui adressèrent les personnages les plus influents du Maghreb, « Comment lui dirent-ils, tu viens de les chasser et de les réduire à l'indigence puis, maintenant, toi qui es Berber, tu veux faire mourir toute la postérité d'Idrïs » Pour éviter les suites de leur mécontentement, il alla rejoindre son armée, et, voulant ôter aux Téfugiés tous leurs moyens d'action, il plaça en observation, à Tawint, un corps de troupes commandé par Abou Cameh « le père du blé n, un de ses principaux officiers. Son fils Medyen, qu'il établit dans Fez, pour lui servir de lieutenant, Testa dans cette ville jusqu'à l'an 321 <933 de J.-C.), époque vers laquelle Homéid ibn Izeli (i) arriva au Maghreb avec Hamed ibn Hamdan elHemdani. Aussitôt qu'il apprit cette nouvelle, il s'enfuit de la ville. Homéid y installa Hamed comme gouverneur. Les Idrîcides, ayant alors Téuni leurs forces, tombèrent sur les troupes d'Abou Cameh, les mirent en pleine déroute et s'emparèrent de presque tout ce qu'il y avait dans leur camp. Ce fut là, dit-on, le motif qui porta les vainqueurs à désigner cette localité par l'appellation d'ElKaoum le tas de blé », et à employer ce nom comme mot de ralliement et comme parole de bon augure. Ahmed, fils de Bekr et petit-fils d'Abd er-Rahman ibn Abi Sehel el-Djodami, s'étant emparé de Fez, y tua Hamed et son fils. Mouça ibn Abi'l-Afiya, à qui il envoya Ieurs têtes, fit transporter ces trophées à Cordoue par [289]

(i) Ce personnage est le Hamid ibn Yeseï de la traduction de l'HisIcÀre des Berbers.-Le nom Yesel ou Izel est probablement une altération du mot berber Isli, qui signifie jiancé.


Said ibn ez-Zerrad. En quittant le Maghreb, Homeid ibn Izeli y avait laissé llouça ibn Abi'l-Afiya, sans attendre l'autorisation [de son souverain]; aussi, à son retour en Ifrikiya, se vit-il enfermer dans une prison d'où il n'effectua son évasion que pour passer en Andalousie. Ensuite, en l'an 3a3 (g35 de J.-C.), le feta Meiçour arriva en Maghreb, ainsi que nous l'avons déjà dit (i). Ce général ayant fait arrêter Ahmed ibn Bekr, qui commandait à Fez et qui était sorti de la ville pour visiter le camp, l'envoya prisonnier à El-liehdiya. Les habitants de Fez ayant alors pris pour chef Hacen ibn Cacem le Louatien, Meiçour tint leur ville bloquée pendant sept mois avant de se décider à la retraite. En l'an 3/u de J.-C.), quand Ahmed ibn Bekr eut obtenu la permission de quitter El-Mehdiya et de rentrer à Fez, Hacen ibn Cacem lui remit le commandement, qu'il avait gardé jusqu'alors. Meiçour, étant revenu en Maghreb, mit le siège devant la forteresse où Mouça ibn Abi'1-A iya s'était enfermé. Les Idrîcides prirent une part très active à cette guerre, qui se termina par la défaite de Mouça et sa fuite dans le désert. Les possessions de ce chef passèrent entre les mains des Idrîcides. Tous les membres de cette famille reconnaissent aux descendants de Mohammed ibn el-Cacem ibn Idrîs ibn Idrîs le droit de les comm: jder, et ils avaient alors pour chefs Hacen, Guennoun et Ibrahîm, tous fils de Mohammed. Ce prince était resté sans influence dans la position inférieure où [290] ses frères et ses parents l'avaient relégué, mais alors l'illustration et la puissance devinrent le partage de ses enfants. Son fils Ibrahîm, mieux connu par le surnom d'Er-Rahouni, laissa deux fils, Guennoun et Hannoun, qui allèrent s'établir dans le

Voy. ci-devant, p.


rocher de l'Aigle (Sakhra-t-en-l\,aeerj>. Le vrai nom de Guennoun était El-Cacem. Ce prince eut à subir l'insolence de Mohammed ibn Ishac, mieux connu sous le nom d'EI-Bedjeli (i), qui l'accabla de satires. S'étant épris d'une concubine appartenant à ce poète, il la lui enleva et l'installa chez lui. El-Bedjeli, qui avait déjà eu un enfant de cette femme, sollicita l'intervention d'Ahmed ibn el-Cacem ibn Idrts, afin de se la faire rendre. Ahmed écrivit à Guennoun, qui était son cousin, en le priant de la renvoyer au poè'e et en lui faisant observer que l'acte dont il venait de se rendre coupable l'exposerait aux propos les plus injurieux. Voyant que Guennoun ne faisait aucune attention à sa lettre, il autorisa El-Bedjeli à combattre le ravisseur avec l'arme de la satire, lui promettant de ne jamais s'en offenser. Un de ces libelles renfermait lc passage suivant

Les ordures que tu lâcheras en recevant les premiers coups de mes satires, penses-tu qu'elles se laisseront enlever par les eaux du 8efded débordé ?

Ou par la mer de Tanger. qui s'agite sous les bourrasques de l'Eurus [ou par le qui se précipite du haut (2)] d'un rocher escarpé?

Ou par le Nil d'Egypte quand il répand ses torrents décastateurs, dont les vagues écumantes envahissent le rivage ? Guennoun prétend qu'il n'est que pédéraste; il est cependant le passif quand il se trouve seul avec son page.

Enfants de Mohammed le bâtard, vous êtes les plus vils de tous les êtres qui se lèvent le matin et qui se couchent le eoir Si Guennoun appartient à la familk- de Mahomet, je me déclare infidèle envers le prophète Mahomet!

Nous avons déjà parlé du Sefded et fait remarquer que ce fleuve change de nom selon les localités qu'il traverse.

(t) L'orthographe de ce surnom est incertaine. (Vby. p. 229.) II a ici un blanc dans tous les manuscrits.


Le poète parle des bourrasques de l'Eurus dans la mer de Tanger, parce que le vent de l'est y cause d'énormes désastres et se fait sentir également sur les deux côtés fdu détroit].

De tous les descendants de Mohammed, celui qui parvint au plus haut degré de puissance fut Abou'1-Aïch, fils de Guennoun et petit-fils de Mohammed. Il posséda tout le territoire qui s'étend depuis lou Iddjadjin, au sud de Hadjer en-Nesr, jusqu'à la ville de Fez. Le savant de la famille était Ahmed, fils d'Ibrahim et petit-fils de Mohammed. Il possédait par cœur l'histoire des anciens Arabes et les chroniques [de l'islamisme] il connaissait bien les généalogies des Arabes, et comme sa prudence était égale à son intelligence, il mérita, par ses talents, l'admiration universelle. Aussi le nommait-on Ahmed el-Fadel Ahmed ''homme de mérite ». Le territoire dont il était h>. seigneur s'étendait depuis lou Iddjadjin jusqu'à la ville de Ceuta. Il avait un tel penchant pour les Oméïades [d'Espagne], qu'il poussa jusqu'au fanatisme son dévouement [292] pour cette famille. Ce fut lui qui, en l'an 33a (i)43-944 de J.-C.), consulta le grand cadi [de l'Andalousie], Mohammed ibn Abd Allah ibn Abi Eïça, lui exprimant le désir de passer en Espagne, et de faire la guerre sainte sous les ordres d'Abd er-Rahman, émir des croyants. Ce monarque, ayant eu connaissance du souhait exprimé par le prince idrîcide, ordonna au cadi de lui répondre et de l'encourager à venir. Il le chargea en même temps d'informer son correspondant qu'après avoir débarqué à Algésiras, il trouverait, à chacune des trente stations qu'il devait parcourir avant d'arriver à Belat Homeid, sur l'extrême frontière [du nord], un kiosque bâti pour le recevoir, et que chacun de ces édifices coûterait mille mithcals (pièces d'or) à l'émir des croyants.


« De cette manière, ajouta Abd er-Rahman, on fera vivre éternellement le souvenir de son arrivée en Espagne ». Le seul membre de la famille d'Idrîs dont la renommée scientifique rivalisa avec celle d'Ahmedel-Fadel fut Ahmed el-AVber l'aîné, l'ancien », fils d'El-Cacem ibn Idrîs et surnommé El-Gareti. Il possédait effectivement quelques connaissances et- jouissait d'une certaine réputation en Maghreb. Ce fut lui qui attira [dans ce pays le poète] Bekr -ibn Hammad. Deux autres de ces princes, nommé l'un, Hacen Gucnnoun, fils d'El-Cacem, et l'autre, Eîça ibn Guénnoun, et petit-fils de Mohammed ibn el-Cacem, se rendirent à la cour de l'émir des croyants Abd er-Rahman. Ils y arrivèrent le lundi 12 du mois de [293] choual de l'an 333 (mai g45 de J.-C.), et, après avoir passé quelque temps à jouir des faveurs dont ce monarque les combla, ils repartirent pour leur pays dans le mois de safer de l'année suivante (septembre-octobre g-15). Au commencement de l'an 338 (juillet 949), les Béni Mohammed ibn el-Cacem firent abattre la ville de Tétouan puis ib en eurent du regret, et se disposèrent n la relever de ses ruines. Les habitants de Ceuta, ayant appris leur intention, poussèrent de hauts cris et prétendirent que la nouvelle Tétouan nuirait à la prospérité de leur ville et lui enlèverait tous ses avantages. L'émir des croyants, Abd er-Rahman, s'empressa d'y envoyer un corps de troupes sous les ordre? d'Ahmed ibn Yala. Ce général arriva à Ceuta en 1'an 34i et expédia au gouverneur de Tîguîças une dépêche par laquelle le souverain espagnol ordonnait à Homeid ibn Izeli, commandant de cette place, de se rendre à Ceuta avec ses troupes, et d'aider Ibn Yala à combattre les Beni Mohammed. Lorsque les deux corps d'armée eurent effectué leur jonction, Ali ibn Moad, que Homeid avait envoyé en mission auprès


de ces Idrîcides. les décida à sortir de Tétouan et à livrer leurs fils [comme otages] à l'émir des croyants. Ahmed ibn Yala se rendit alors auprès du [souverain oméïade] avec Hacen et Mohammed, dont le premier était fils d'Ahmed el-Fadel, fils d'Ibrahîm ibn Mohammed, et le second était fils d'Eïça, fils d'Ahmed ibn Ibrahîm. Ces deux Idrîcides arrivèrent à Cordoue le samedi 10 redjeb 3y (décembre 95a de J.-C.). [2941 Eïça [père de Mohammed] était surnommé Abou'l-Aïch. Hacen [ibn )la;; med] fit alors venir après de lui son fils Yahya, et Mohammed [ibn Eïça] envoya chercher son fils Hacen. Ces jeunes princes arrivèrent à Cordoue le mercredi 25 du second rebia (septembre g53 de J.-C.), et se fixèrent dans cette capitale. Leurs pères repartirent pour le Maghreb, après avoir été comblés, à plusieurs reprises, de dons et d'honneurs. Yahya et Hacen laissèrent de la postérité mâle à Cordoue le premier y mourut en l'an 34g (g6o061 de J.-C.), et le second en 35o. On les enterra dans le cimetière du faubourg, et le cadi Monder ibn Saîd Ci) récita sur eux le service funèbre. Yahya laissa un fils, nommé Hocein Hacen en laissa deux Mohammed et Hocein. Ces princes demeurèrent à Cordoue jusqu'à l'avènement d'El-Mostancer (2). Au mois de redjeb 354 (juillet-août 9&5 de J.-C.), ce khalife les fit conduire [en Afrique] par quelques grands de l'empire, qui possédaient toute sa confiance. Ces envoyés remirent les trois princes à Ahmed [el-Fadel] et à Hacen, tous les deux fils

(i) Monder ibn Saîd, grand cadi de Cordoue, mourut en office vers la fin de l'an 355 (novembre 966 de J. C.). Dans les Analecies d'ElMaccari (t. I, p. 47o du texte arabe imprime) se trouve une notice biographique de ce magistrat distingué. (Voy. aussi le Maccari de Gayangos, trad. angl. vol. II, p. 468.)

(2) En l'an 35o (961 de J.-C.).


d'Ibrahim ibn Mohammed ibn el-Cacem. Comme Yahya [petit-] lils d'Ahmed [ibn Ibrahîm] et père de Hocein était déjà mort, Ahmed ibn Ibrahim accueillit le fils de son [petit-] fils Yahya et l'établit dans le territoire que celui-ci avait possédé,

Nous allons maintenant parler de la postérité d'Omar ibn Idrîs ibn Idris, aïeul de la dynastie [hammoudite], qui surgit en Andalousie. Omar eut plusieurs fils 1° Ali, né d'une concubine 2° Idrîs, dont la mère, Zeineb, était fille d'Abd Allah, fils de Dawoud, fils d'El-Cacem elDjàferi 3° Obcid Allah, né d'une esclave nommée Hebaba le quatrième se nommait Mohammed. Ali laissa douze fils et une fille nommée Atîca, qui épousa Yahya ibn Yahya ibn Mohammed ibn Idrîs, ainsi que nousl'avons déjà dit (i). Presque toute la postérité de ces quatre frères vit au milieu des Aouréba le reste se trouve dans la ville de Fez et dans le territoire des Kotama. Hamza ibn Ali fut tué, avec ses deux fils, Haroun et Yahya, à Beni-Aousdja, ville qui lui appartenait Mouça ibn Abî '1-Afiya les ayant faits prisonniers, leur donna la mort de sa propre main. Hamza avait aidé Hacen ibn Mohammed el-Haddjam dans la bataille qui amena la déroute de Mouça puis, après avoir assisté à la mort des -Minhel, fils de Mouça, il avait fait suspendre le cadavre de ce jeune chef à la porte de son palais, dans la ville des. Beni Aousdja. Ce fut pour se venger que Mouça leur ôta la vie. Hacen, fils d'Obeid Allah et petit-fils d'Ali, était affligé de la lèpre. Guennoun, fils d'Idiîs et petit-fils d'Ali fut chassé de son pays par Mouça ibn Abi '1-Afiya il passa chez les Zenata, fut fait prisonnier par les Béreghouata, et laissa de la postérité [296] dans le pays de ce,

(i) Voy. ci-devant, p. 243.


peuple. Abou '1-Aïch, fils d'Ali, laissa de la postérité en Espagne. Idrîs, fils d'Omar ibn Idris, surpassa en mérite tous ses frères. Le droit de commander à la famille entière fut exercé par ses descendants jusqu'à ce que les Beni Mohammed ibn el-Cacem eussent obtenu la supériorité numérique. Mohammed, fils d'Idris ibn Omar, portait le surnom d'.4bou 'l-Aïch mais il était mieux connu sous le sobriquet d'Ibn Meiyala. Il montra toujours un grand dévouement à En-Nacer Abd er-Rahman. Nous avons déjà mentionné que Yahya, fils d'Idrîs, maître de la ville de Fez, fut te plus puissant des Idrîcides du Maghreb, et qu'il mourut à El-Mehdiya. « Les salons de Yahya ibn Idrîs, dit Ali en-Naufeli, étaient très fréquentés par les uléma et les poètes. Abou Ahmed es-Chaféï assistait régulièrement à ces réunions, et prenait part aux discussions scientifiques qui avaient lieu en la présence du prince. Plusieurs écrivains travaillaient à copier des livres pour Yahya ibn Idrîs on arrivait d'Espagne et d'autres pays dans l'espoir de goûter de ses bienfaits, et on ne le quittait qu'après être comblé de grâces et d'honneurs ». Outre les fils d'Idrîs ibn Omar que nous avons nommés, il y en avait encore cinq, qui laissèrent une postérité nombreuse. Obeid Allah, fils d'Omar ibn Idrîs, épousa une Berbère nommée Melouka cette femme lui donna plusieurs fils, dont nous ne connaissons que Hamza, ElCacem et Abou 'l-Aïch. Ses autres fils, Ali, Ibrahîm et Mohammed, naquirent d'une Zouaghienne. On désigne Mohammed par le titre d'Es-Chehîd « le martyr ». -Hamza se distinguait par sa bravoure, sa générosité et son caractère entreprenant. Il laissa plusieurs fils, dont la nombreuse postérité se trouve encore dans le pays des Ghomara et dans celui des Zenata. Ali, fils d'Obeid Allah, eut aussi plusieurs fils, dont le seul Guennoun laissa de


la postérité on en trouve dans le canton d'El-Djezira (i). Ibrahim, [fils d'Obeid Allah], laissa de la postérité à Had-jcr en-Necer, et on trouve les descendants d'un de ses fils dans le pays des Zenata. El-Cacem, fils d'Obeid Allah, lcissa une nombreuse famille, dont les membres demeurent parmi les Zenata. La postérité de Mohammed es-Chehîd habite aussi le territoire des Zenata. Abou '1-Aïch, fils d'Obeid Allah, laissa deux fils, Hammoud et Yahya la postérité de celui-ci habite Tazeghedera (2). Hammoud eut trois enfants El-Cacem, Ali et Fatema. Ali obtint le khalifat de l'Andalousie en l'an de J.-C.). Il fut tué dans un bain, au palais de Cordoue, par deux pages esclavons. Les assassins subirent la peine de mort. II- laissa deux fils, Yahya et Idrîs, dont le premier était son successeur désigné et seigneur du Maghreb le second possédait la ville de Malaga. Après la mort d'Ali, les Berbers firent venir son frère El-Cacem, et, l'ayant conduit au palais, ils le proclamèrent khalife, avec le concours du peuple, qui lui prêta serment de fidélité. Yahya, neveu [298] d'El-Cacem, apprit cette nouvelle avec indignation, parce que son père l'avait déjà déclaré héritier du trône, et, secondé par son frère Idrîs, il résolut de combattre son oncle, qui leur avait enlevé, par surprise, l'exercice du khalifat. Idrîs traversa la mer pour se rendre en Maghreb, ef, Yahya, qui était d'accord avec lui, quitta ce pays et débarqua à Malaga, afin de faire valoir ses droits au trône du khalifat. Arrivé à Séville l'an 411 (1023-1024 de J.-C.), Yahya poussa en avant jusqu'à Cordoue, où il se fit proclamer khalife, sous le titre d'El-Motali « l'exalté ». La khotba se faisait partout en son nom quand les troupes

(i) Peut-être El-Djezira-t-el-Khadra, maintenant Algéciras, en Espagne.

(2) La position de cette localité nous est inconnue.


berbères répudièrent son autorité et le contraignirent à se réfugier dans Malaga. Son oncle, El-Cacem, revint alors à Cordoue, et prit le titre d'El-Mamoun (securus); mais, ayant été détrôné par son neveu Yahya, il alla s'établir dans Séville, d'où il se fit expulser plus tard par Mohammed ibn Abbad. S'étant alors rendu à Xérès, où il fut assiégé (i) par son neveu Yahya, il tomba, lui et ses fils, entre les mains de son adversaire, et fut enfermé avec eux dans une prison. Yahya ibn Ali, devenu maître du royaume, conserva le pouvoir jusqu'à sa mort (2). Il fut tué dans [299] le mois de moharrem 427 (novembre io35 de J.-C.). Son frère, ayant appris cette nouvelle à Ceuta, s'y fit proclamer khalife, sous le titre d'El-Aziz Billah « puissant par la grâce de Dieu », et alla débarquer à Malaga, où il se fit proclamer de nouveau, sous le titre d'El-Moteaïyed Billah « soutenu par Dieu ». On fit la prière publique au nom de ce khalife, tant à Malaga et dans les états berbers de l'Andalousie, que dans Almeria et les lieux qui en dépendent. Il mourut le lundi 16 moharrem 43i (octobre 1039 de J.-C.). Son [fils et] successeur désigné, Hacen ibn Yahya, seigneur de Ceuta, passa en Andalousie après avoir pris le titre d'El-Mostancer Billah « le victorieux par la faveur de Dieu Il, et se fit reconnaître comme khalife à Malaga, à Grenade et dans les lieux qui avoisinent ces deux villes. Il conserva

(1) Dans le texte arabe, je lis 2$ -ce à la place de ^.s?

(a) Yahya ibn Ali s'empara de Cordoue, pour la seconde fois, en l'an 4z6 (io25); il la perdit deux années plua tard; mais il conserva Carmona, ainsi que la ville et les dépendances de Malaga, jusqu'à 427, où il fut assasainé par quelques-uns de ses propres serviteurs. (El-Maocari, trad. de Gayangos, vol. II, p. 24o et suiv.). C'est à tort que Conde et ses copistes le font mourir en 417. Les renseignements fournis par Conde sont presque toujours inexacts pu faux.


Ic pouvoir jusqu'à sa mort, événement qui eut lieu en l'an 434 {io4a-io43 de J.-C.). Son frère, Idrîs ibn Yahya,. prit alors le titre d'El-Aali « l'exalté », et se fit proclamer khalife le jeudi 6 du second djomada 434 (Janvier io43 de J.-C.). Dès lors on célébra la prière publique au nom de ce prince, à Malaga, à Grenade, à Carmona et dans les cantons qui en dépendent. Il fut déposé en l'an 438 de J.-C.). Mohammed, fils d'Idrîs et petitfils d'Ali, se mit alors en avant, prit le titre d'El-Mehdi ¡: le dirigé .», et régna comme khalife dans ces même» localités jusqu'à l'an (io52-io53 de J.-C.), époque de sa mort. L'autorité passa entre les mains de son neveu Idrîs, fils de Yahya, fils d'Idrîs, fils [300] d'Ali. Ce prince adopta le titre d'El-Mouwaffac « le favorisé », sans prendre celui de khalife. Quelques mois plus tard, El-Aali Idrîs ibn Yahya pénétra dans la ville où El-Mouwaffac se tenait, et, pour la seconde fois, il se fit proclamer sou- verain à Malaga. Le pouvoir lui resta jusqu'à l'an 446 (io54-io55 de J.-C.), époque de sa mort. Son fils Mohammed ibn Idrîs lui succéda sous le titre d'El-Mostdli « qui cherche. à s'élever », mais sans se faire proclamer khalife. 11 resta à Malaga jusqu'au commencement de l'an 447 (avril io56), quand cette ville lui fut enlevée par Badîs ibn Habbous ibn Makcen (i). Dès lors la dynastie fondée par Ali ibn Mahmoud cessa de régner. Mohammed ibn Idrîs vécut quelque temps à Alméria dans une profonde obscurité puis, au mois de choual 45o, (août-septembre 1067 de J.-C.), il se rendit à Melîla, par suite d'une invitation que l'on venait de lui adresser. Les Beni Ourtedi, habitants de cette localité, de Colouê Djara et des lieux voisins, le Teconnurent pour leur souverain. Il est resté

(1) Comparez Hist. des Berbers, t. II, p. 63.


avec eux jusqu'à ce jour nous sommes maintenant vers la fin de l'année t6o (octobre 1068 de J.-C.).

Notice de l'empire des Béreghouata et de leurs rois Le récit qui va suivre provient de Zemmour, surnommé Abou-Saleh, et membre de la tribu des Béreghouata. Cet homme était fils de Mouça, fils de Hicham, fils de Ouardîzen, et il tenait chez son peuple le rang de chef de la prière. Ayant été chargé d'une mission par le souverain des Béreghouata, Abou Mansour Eïça, fils d'Abou '1Ansar Abd Allah, fils d'Abou Ghofaïr Yahmed, fils de Moad, fils d'El-Yaça <i), fils de Saleh, fils de Tarîf, il arriva à Cordoue dans le mois de choual 352 (octobrenovembre 963 de J.-C.), et se présenta à la cour d'ElHakem el-Mostancer. Pour communiquer les renseignements qu'on lui demandait, il avait recours au député qui l'accompagnait et qui lui servait d'interprète. Abou Mouça, fils de Dawoud, fils d'Achrîn es-Settaci, c'est ainsi que se nommait l'interprète, était natif de la ville de Chella il professait la religion musulmane et appartenait à la famille de Kheiroun ibn Kheïr.

Tarif, aïeul des rois des Béreghouata, était fils de Chemaoun, fils de Yacoub, fils d'Ishac. Il avait pris part aux expéditions de Meicera-t-el-Matghari, surnommé ElHaktr « le méprisable (2) », et à celles de Maghrour ibn

(i) En lettres arabes g–jJl plus loin le même nom est écrit Et-Yas ,UJI.

(2) Ce chef berber, partisan zélé de la doctrine hérétique pro. fessée par tes Sofrites, n'était pas du tout un adversaire méprisable; il battit les Arabes dans presque toutes les rencontres, et peu s'en fallut qu'il n'arrachât l'Afrique septentrionale à' l'autorité du khalife de l'Orient (Voy. l'Hist. des Berbers dibn-Khaldoun, passim.).


Talout (i). Ce fut en souvenir de lui que l'ile de Tarif Tarifa » reçut ce nom. Les partisans de Meicera se dispersèrent après la mort de leur chef, et Tarif, qui, à cette époque, exerçait le pouvoir royal chez les Zenata et les Zouagha, passa dans [302] la province de Tamesna (Temsna) et y fixa son séjour. Les Berbers le prirent pour leur chef et lui confièrent le soin de les gouverner. Il mourut dans ce pays sans avoir jamais renoncé aux pratiques de l'islamisme. L'un de ses quatre fils, le nommé Saleh, reçut des Berbers le commandement suprême. « La mort de Saleh, dit Zemmour, eut lieu précisément cent ans après celle du Prophète (Mahomet] ». Dans sa jeunesse il avait combattu, à côté de son père, sous les drapeaux de Meicera-t-el-Hakîr. S'étant distingué par son savoir et par ses vertus, il se présenta aux Berbers en qualité de prophète, et leur enseigna les doctrines religieuses qu'ils professent de nos jours/ Il déclarait aussi que Dieu lui avait fait parvenir un Coran, volume qu'ils lisent encore aujourd'hui. « Cet homme, dit Zemmour, est le Saleh el-Maumenîn dont Dieu a fait mention dans le Coran de Mahomet, sourate de l'interdiction (2). Ayant chargé son fils El-Yas de conserver sa doctrine, il lui enseigna les lois et les prescriptions de la religion qu'il voulait établir. Il lui ordonna, en même temps, de ne pas publier cette doctrine avant d'avoir acquis assez de forces pour ne craindre aucun danger car il aurait non seulement à remplir le devoir de la prédication, mais aussi celui de mettre à mort tous ceux qui oseraient lui résis-

(t) Nous ne trouvons aucun renseignement au sujet de ce personnage.

(p) On lit dans le Coran, sourate 66, verset 4 « Et Gabriel et le saint des croyants (en arabe Saleh el-Moumenîn) et les anges [lui seront], après cela, un soutien.


ter. 11 lui recommanda aussi de vivre en bonne intelligence avec le souverain de l'Andalousie. [303] S'étant alors mis en route pour l'Orient, il promit à ses sectateurs de revenir parmi eux quand le septième de leurs rois serait monté sur le trône. Il déclara aussi qu'il était le Mehdi, qui doit paraître lors de la consommation des siècles, afin de combattre Ed-Deddjal « l'antechrist »; qu'il compterait au nombre de ses disciples Eïça ibn Meryam « Jésus, fils de Marie », et qu'il devait célébrer la prière à la tête d'une congrégation dont Eïça ferait partie, enfin qu'il remplirait la terre de sa justice autant qu'elle a été remplie d'iniquité. A ce sujet il leur adressa plusieurs discours, dont il attribuait la composition à Mouça 'l-Kelim « Moïse, qui parla avec Dieu (i) », au devin Satîh (2) et à Ibn-Abbas (3). Il ajouta que son nom, en langue arabe, était çaleh « saint »; en syriaque, Malek « possesseur »; en persan, Aalem a savant »; en hébreu, Ou rabbla « monseigneur », et en berber, Ouryawera, c'est-à-dire « celui après lequel il n'y a rien (5) ».

(i) C'est le Coran, sourate m, verset 162, qui autorise le titre de kelîm, donné à Moïse.

(2) Personnage fabuleux que les historiens musulmane font vivre trois ou quatre cents ans. Selon eux, il était encore au monde lors de la naissance de Mahomet, et avait prédit les hautes destinées de cet innovateur.

(3) Abd Allah ibn Abbas, l'un des cousins de Mahomet et aïeul des khalifes abbacides, se distingua autant par son savoir que par sa vertu.

(4) Si cet imposteur avait connu le persan, il aurait employé le mot danichmend, ou danichguer à la place d'agent, mot purement arabe. (5) Ce nom est évidemment altéré, et les Arabes qui ont voulu l'expliquer paraissent avoir pris la ayHabe finale \,j wera pour la préposition arabe ̃}«. (après). Or era ou ara, en langue berbère; s'emploie avec la négative our de la même manière que la particule pas se joint au ne en français. Le mot berber <S}3^} ouryawera signifie il n'a rien apporté, sens qui ne convient pas ici peut-être devons-nous lire \SS^~)3' oarillara, c'est-à-dire il n'a pas été, non-existant, introu-.vable, rare, sans pareil.


Lors du départ de Saleh, son Gls El-Yas prit le commandement, et demeura, en apparence, très attaché aux devoirs de l'islamisme, la crainte et la pruderie.; l'ayant empêché de manifester la doctrine qu'il at-ail reçue de son père. La pureté de ses moeurs et l'austérité de sa vie le tinrent éloigné des affaires mondaines. II mourut aprî-o un règne de cinquante ans, et laissa plusieurs fils, dont un se nommait Younos. Celui-ci, ayant succédé au pouvoir, enseigna publiquement la nouvelle religion, et fit tuer toutes les personnes qui refusaient de l'adopter. Emporté par le fanatism. il dépeupla trois cent quatre-vingtsept villes, ayant passé au fil de l'épéc tous les habitants, parce qu'ils lui avaient résisté. Sept mille sept cent soixante et dix de ces récalcitrants subirent la peine de mort dans Tamellougaf, localité portant le nom d'une haute pierre qui se dressait au milieu de l'emplacement du marché. Dans une seule bataille, il itua aux Sanhadja mille ouaghd chez ce peuple, le mot ouaghd sert à désigner un individu qui n'a ni frère, ni cousin or les personnets de cette catégorie se rencontrent rarement dans les tribus berbères. En indiquant combien il y avait eu de morts appartenant à la classe la moins nombreuse, on donnait le moyen d'apprécier les pertes énormes que les autres classes [305] de la population y avaient faites. Younos, ajoute Zemmour, se rendit en Orient, et accomplit le pèlerinage, devoir que personne de sa famille n'avait rempli, ni avant, ni après lui u. Il mourut dans la quarante-quatrième année de son règne, et l'autorité, qui aurait dû rester dans sa postérité, tomba entre les mains de [son neveu] Abou Ghofaïr Yahmed, fils de Moad, fils d'El-Yaça, fils de Saleh ibn Tarif. Ce chef suivit la religion de ses aïeux, et parvint à un haut degré de puissance. Il livra aux Berbers grand nombre de batailles,


dont le souvenir ne se perdra jamais. Lors de la prise de Timghacen, ville immense qui existait à cette époque, il laissa massacrer les habitants pendant l'espace de huit jours, depuis le jeudi jusqu'au jeudi de la semaine suivante aussi les maisons, les places et les rues de la ville furent inondées de sang. Une autre bataille, livrée dans une localité nommée Beht, coûta la vie à un nombre infini de combattants. Abou Ghofaïr épousa quarante-quatre femmes, dont chacune lui donna un fils. Il mourut vers l'an 3oo de l'hégire (912-913 de J.-C.), après un règne <!<-• vingt-neuf ans. Abd Allah Abou '1-Ansar, celui de ses fils qui lui succéda, se distinguait par son caractère généreux et ses manières engageantes fidèle observateur de s;i parole, toujours prêt à soutenir ceux qui recherchaient sa protection, il recevait des cadeaux, mais il en rendait plusieurs fois la valeur. Il avait le nez épaté, le teint remarquablement clair, le corps très blanc et la barbe longue. Pour tout habillement, il portait un large [306] pantalon et un manteau. Jamais il ne mettait de chemise, et jamais il ne s'enveloppait la tête d'un turban, excepté en temps de guerre. Il n'y avait que les étrangers qui portassent le turban dans son pays. Chaque année il réunissait ses milices et ses troupes domestiques, sous le prétexte d'envahir le territoire d'un peuple voisin, et, par cette démonstration, il forçait les tribus [des environs] à lui envoyer des cadeaux et à rechercher son amitié. Aussitôt qu'il avait reçu les offrandes de toutes ces peuplades, il licenciait ses troupes et cessait ses préparatifs hosteles. Il jouit d'un règne tranquille pendant quarante-deux ans, et fut enterré à Tamselakht, où l'on voit encore son tombeau. Um de ses fils, nommé Abou Mançour Eîça, lui succéda l'an 34i <^52-g(53 de J.-C.). Ce prince monta sur le trône à l'âge de vingt-deux ans, et, s'étant attaché


à suivre la politique de son père, il professa ouvertement la religion des Béreghouata, et parvint à se faire généralement redouter par l'accroissement de sa puissance. Son père, en mourant, lui avait recommandé de cultiver l'amitié du souverain de l'Andalousie, conseil que tous ces princes avaient toujours donné à l'héritier présomptif du trône. Voici, selon Zemmour, une des paroles qu'Abou Ghofaïr adressa à son fils « Tu es le septième membre de la famille qui aura exercé le commandement, et j'ai l'espoir que Saleh ibn Tarif viendra te trouver, ainsi qu'il l'a promis Ici finissent les renseignements fournis par Zemmour.

Abou '1-Abbas Fadl, fils de Mofaddel ibn Amr, de [307] la tribu arabe de Medhedj, nous a fourni les renseignements suivants Younos, qui le premier avait soutenu par les armes la religion des Béreghouata, était originaire de Chedouna « Sidonia » (en Espagne) et de la localité nommée Ouadi Berbat. Il se rendit en Orient la même année que plusieurs autres personnages remarquables, savoir Abbas ibn Naseh Zeid ibn Sinan le Zenatien, ch.-f de la secte des Ouaceliya Berghout ibn Saîd de Trara l'aïeul des Beni Abd er-Rezzac, famille sofrite, appelée aussi les Beni Oukïl Menad, chef des Menadiya, le même qui laissa son nom au château d'EUMenaâiya, près de Sidjilmessa et un autre individu dont je ne me rappelle pas le nom. Quatre de ces hommes se distinguèrent par leurs connaissances dans la jurisprudence canonique et orthodoxe mais Younos et les deux autres s'arrogèrent la qualité de prophètes. Selon le même historien, Younos avait goûté du breuvage qui fortifie la mémoire, ce qui lui procura la faculté de retenir tout ce qu'il entendait. A ses connaissances en astrologie, en divination et dans l'art d'évoquer les génies, il réunissait


quelques notions de théologie scolastique et de controverse, sciences qu'il avait étudiées sous Ghailan (i). S'étant mis en route pour visiter [308] l'Espagne, il s'arrêta chez ce peuple zenatien [les Béreghouata], et, quand il eut reconnu toute l'étendue de leur ignorance, il fixa son séjour dans leur pays, et se mit à leur prédire certains événements, dont l'arrivée lui fut indiquée par les astres. Presque toujours il devinait très juste, et, par ce talent, il s'acquit auprès d'eux une grande considération. Convaincu alors de leur crédulité et de leur faiblesse d'esprit, il annonça ouvertement ses doctrines religieuses et somma les Berbers de le reconnaître pour prophète. Comme il était natif de Berbat, il donna à ses sectateurs le nom de Berbati; et ce mot, en passant par la bouche des Berbers, devint Béreghouati (2).

Ibn Mofaddel parle aussi d'un long poème que Said ibn Hicham, le Masmoudien, composa sur la bataille de Beht. Il nous en a communiqué ces vers

Femme ne pars pas encore reste raconte-nous, donne-nous des renseignements certains.

(i) Ghailan, de Damas, fils de Younos, affranchi copte, embrassa l'islamisme mais, au lieu de s'en tenir à la doctrine orthodoxe, il nia la prédestination et enseigna le libre arbitre de l'homme. Une nou.eauté si abominable mérita un prompt châtiment le khalife Oméiade Hicham ibn Abd-el-Melek fit arrêter et crucifier celui qui, fe premier, avait osé enseigner aux musulmans les principes de la théologie scolastique. Cette exécution eut lieu en l'an de l'hégire de J.-C.). (Kitab el-Maarif, p. ?i4 Hist. litt. des Arabes, par de Hanimer, en allemand, t. II, p. i52 Chehrestani, p. 32 du texte arabe imprimé Kilab el-Mewakef, p. 333 du texte arabe imprimé.) M. Quatremère a pris le mot ghailan pour le pluriel de ghoul, et l'a rendu par génies.

(2) Il y a en Espagne une rivière Barbati, dont l'embouchure est à cinquante-quatre milles ouest d'Algésiras et à neuf milles est du cap Trafalgar. Ibn-Kihaldoun repousse la dérivation donnée par Frl-Bekri. (Voy. Hist. des Berbers, t. il, p. i33, où il'faut remplacer les mots vallée des environs de Xérès par rivière de la plaine de Xérèa.)


Les Berbère, égarés et perdu?, sont frustrés dans leur espoir; puissent-ils ne jamais s'abreuver d'une sourcc limpide! [3M] J'abhorre une nation qui s'est perdue. qui s'est écartée de la voie de l'islamismc.

Ils disent Abou Ghofair est notre prophète; » que Dieu couvre d'opprobre la mère de ces menteurt!

N'as-tu pas vu la journée de Beht ? N'as-tu pas entendu les gémissements qui s'élevèrent sur les pas de leurs courtiers ? Gémissements d:; femmes éptorées, dont les unes avaient perdu leurs enfants; les autres, hurlant d'effroi ou laissant échapper le fruit de leur sein. Au jour de la résurrection, les gens de Tamesna connaîtront ceux qui nous ont protégés.

Younos sera là, avec les enfants de ses enfants, entraînant sur leurs pas les Berbcrs asservis.

« C'est donc là Ouryawera ? Que la géhenne se ferme sur lui. ce chef des orgueilleux.

Votre réprobation ne date pas d'aujourd'hui, mais de l'époque oi; vous étiez partisans de Meicera.

Ce dernier vers confirme le récit de Zemmour, où il dit que Tarif avait été un des compagnons de Meicera. Cet homme égaré enseignait à ses sectateurs à reconnaître d'abord la mission divine de tous les prophètes, ainsi que celle de Saleh ibn Tarif et de chacun de ses descendants qui régnerait après lui à croire fermement que les discours composés par lui pour leur instruction étaient une révélation de la part de Dieu loin de la gloire de Dieu un tel outrage à jeûner pendant le mois de redjeb et à manger pendant celui du ramadan (i) à prier cinq fois chaque jour et cinq fois chaque nuit à célébrer la fête du sacrifice le onzième jour de moharrem en faisant l'ablution, à se laver d'abord le nombril et les [310] hanches, ensuite les parties du corps qui servent aux évacuations ordinaires, puis la bouche à s'essuyer le cou par devant et par derrière avec la main mouillée à se laver les avant-bras à partir des coudes à passer la

(1) Au contraire de l'usage musulman orthodoxe.


main mouillée sur la tête trois fois et à s'en frotter les oreilles autant de fois enfin à se laver les jambes à partir des genoux. Quelques-unes de leurs prières consistent en gestes sans prosternements d'autres ressemblent à celles des musulmans. Ils font trois prosternements de suite, et ils élèvent de terre leur front et leurs mains jusqu'à la hauteur d'un demi-palme. Leur ihram (i) consiste à placer l'une des mains sur l'autre et à dire A bisern en Yacoch ce qui signifie « au nom de Dieu 1 puis, Moggar Yacoch c'est-à-dire « le grand, c'est Dieu! » Pendant qu'ils prononcent la profession de foi, ils tiennent les deux mains ouvertes et appliquées sur le sol ils récitent la moitié de leur Coran en se tenant debout [pendant la prière], et l'autre moitié en faisant les prosternements. Dans la salutation [qui termine la prière] ils prononcent en langue berbère des mots correspondant à ceux-ci ,( Dieu est au-dessus de nous rien ne lui est caché de ce qui est dans la terre et dans le ciel ». Ensuite ils répètent [311] vingt-cinq fois la formule Moggar Yiacoch, et autant de fois les mots lhan Yacoch, c'est-à-dire « l'unique, c'est Dieu » puis Our d'am Yacoch, ce qui signifie « il n'y a point de semblable à Dieu ». C'est le jeudi, de grand matin, qu'ils célèbrent la prière publique. Leur loi les oblige de jeûner un certain jour de chaque semaine, et le même jour toutes les semaines suivantes. Ils prélèvent la dîme de tous les grains à titre d'aumône légale mais ils ne l'acceptent pas des musulmans. Chacun d'eux peut épouser autant de femmes que ses moyens physiques et

(i) L'ihram, nommé aussi tekbîr, s'accomplit en prononçant les mots Allahou Akber « Dieu est très grand »

(2) Yacoch; telle est la leçon de nos manuscrits; elle parait repré,tenter le mot lacchus; la suppression d'un seul point dans le mot arabe nous donnerait la leçon Bacoch, c'est-à-dire Bacchus. Le culte de cette divinité a donc existé chez les Berbers du Maroc central, Yacoch n'est pas un mot berber. Le mot bisem est arabe.


pécuniaires lui permettent d'en avoir il n'y a pas de limite au nombre mais ils ne peuvent épouser leurs cousines jusqu'au troisième degré. Avoir des concubines, épouser des femmes musulmanes, marier leurs filles à des musulmans, tout cela leur est défendu mais ils peuvent répudier leurs femmes et les reprendre autant de fois que cela leur plaît. Le voleur dont la culpabilité est établie par son propre aveu ou par des preuves évidentes est mis à mort. Chez eux on lapide la personne reconnue coupable de fornication. Le menteur est flétri du titre d'El-Mogheiyer celui qui altère la vérité », et chassé du pays. La rançon exigée d'un meurtrier est de cent bœufs. Il ne leur est pas permis de manger la tête d'aucun animal le poisson même est une viande défendue, à moins qu'il ne soit égorgé. Les oeufs sont un mets prohibé manger des poules est un acte répréhensible, tant qu'une nécessité impérieuse ne l'exige pas. Ils ne font pas l'adan « appel à la prière n, mi l'icama « l'introduction à la prière ». Pour connaître [312] les heures, ils se contentent d'observer le chant du coq, et de là vient la défense de manger la chair de cet animal. Ces sectaires recevaient dans leurs mains et avalaient la salive de leur faux prophète, croyant s'attirer ainsi la bénédiction divine ils la portaient aussi à leurs malades comme un remède infaillible. Les Béreghouata étaient devenus très savants dans la connaissance des astres et dans la pratique de l'astrologie judiciaire. Tous, hommes et femmes, se distinguaient par leur beauté et par la force extraordinaire de leurs bras. Chez eux on voyait une jeune fille vierge sauter par-dessus trois ânes placés de front, sans que sa robe les touchât tour de force que leurs femmes mariées ou veuves étaient incapables d'accomplir.

Le Coran que Saleh ibn Tarif composa pour l'usage de


ses sectateurs renferme quatre-vingts sourates qui portent, presque toutes, le nom d'un prophète, en y comptant celui d'Adam. La première sourate est intitulée Aïyoub ;< Job », et la dernière Younos « Jonas ». On y trouve aussi h sourate de Firaoun « Pharaon celle de Caroun « Coré », celle de Haman « Aman j>, celle de Yadjoudj et Madjoudj « Gog et Magog », celle d'El-Deddjal « l'Antechrist », celle d'El-Eidjel « le veau d'or celle de Harout et Marout (i), celle de Talout « Saul », celle de Nemroud a Nemrod », et d'autres encore qui ressemblent aux précédentes par les contes qu'elles renferment. On y remarque [313] aussi la sourate du Coq, celle de la Perdrix, celle de la Sauterelle, celle du Chameau, celle du Serpent, lequel marchait sur huit pattes, et les sourates des Merveilles du monde, chapitre qui, selon eux, renferme la science la plus sublime.

Fragments traduits du commencement de la Sourate de Job, laquelle forme l'introduction de l'ouvrage

« Au nom de Dieu 1 Celui auquel il a donné son livre pour le communiquer aux hommes, c'est le même dont il a employé l'entremise pour leur manifester ses nouvelles. Ils disent Satan a eu connaissaiace du destin à Dieu ne plaise Satan n'a pas la faculté de savoir ce qui est connu de Dieu seul. Demande quelle est la chose qui dompte les langues dans les discours, rien me peut dompter les langues dans les discours, excepté Dieu, par son décret. La langue que Dieu a envoyée pour offrir la vérité aux hommes, c'est par elle que la vérité s'est établie. Regarde Mahomet ». Dans leur langue, ces derniers mots s'expriment

(i) Deux anges rebelles dont les noms sont mentionnés dans la seconde sourate du Coran.


ainsi Imouni (i) Mamet, d'où l'on voit que Mahomet s'y dit Mamet. « Tant qu'il vécut, tous les hommes qui étaient devenus ses compagnons se conduisirent avec rectitude lorsqu'il fut mort, les hommns se corrompirent. 11 en a menti, celui qui a dit que la vérité puisse se maintenir là où il n'y a pas un envoyé de Dieu ». Cette sourate est très longue.

Zemmour racontait qu'à l'époque où il fournissait [314] ces renseignements les descendants de Saleh ibn Tarîf pouvaient toujours se mettra en campagne avec trois mille deux cents cavaliers, et que les tribus béreghouatiennes soumises à leur empire et professant leur religion étaient les suivantes les Djeraoua, les Zouagha, les Beranès, les Beni Abi Naser, les Mendjesa, les Beni Abi Nouh, les Beni Ouaghmer, les Matghara, les Beni Bouregh, les Beni Demmer, les Matmata et les Beni Ouzekcînt. Les forces combinées de toutes ces tribus se composaient de plus de dix mille cavaliers. Parmi les peuplades musulmanes soumises à leur autorité et réunies à leur empire, on comptait les Zenata de la montagne, les Beni Ilît, les Nomaleta, les Beni Ouaoucînt, les Beni Ifren, les Beni Naghît, les Beni 'n-Noman, les Beni Ifellouça, les Beni Kouna, les Beni Isker, les Beni Assada, les Regana, les Izemîn (en berber « les lions les Menada, les Macîna, les Resana et les Terarta. Les forces réunies de ces peuplades pouvaient former un corps de douze mille cavaliers. Dans l'armée des Béreghouata, on ne voit ni tambours, ni drapeaux. Zemmour, auquel nous devons ce renseignement, fit l'énumération de plus de cent rivières qui coulent dans leur pays, et il signala, comme la plus grande, la MACENAT, fleuve qui se décharge dans la mer, et qui coule du

(i) Moun, en bcrber-chelha, signifie vois.


midi au nord sa longueur, depuis sa source jusqu'à son embouchure, est de six journées de marche. Le Ouancîfen se décharge dans l'Océan, après avoir réuni ses eaux à celles du Chella [qui coule au pied [de la ville] de Ribat.

[315] Les Béreghouata continuèrent à professer publiquement leur religion dans la contrée qui leur appartenait, et à se laisser gouverner par les descendants de Saleh ibn Tarif mais, quelque temps après l'expiration de l'an 420 (io2g de J.-C.), l'émir Temim, l'Ifrenide (i), prit les armes contre eux, et, s'étant emparé de leur pays, il y fixa sa résidence, après en avoir expulsé une partie de la population et réduit le reste en esclavage. Depuis lors, la puissance des Béreghouata est restée anéantie leurs fausses doctrines ont disparu sans avoir laissé de traces, et tous les liens qui les attachaient à l'infidélité ont été brisés. Temîm se distingua par la sévérité de son caractère et un grand amour de la justice il punit de mort un de ses fils qui avait enlevé une jeune esclave à un marchand établi sur le bord de la rivière de Chella. Aujourd'hui on professe l'islamisme dans toute la région qui avait appartenu aux Béreghouata (2).

Route de Fez à Cairouan

De Fez à Cairouan il y a quarante journées de marche. Nous allons indiquer ici les plus remarquables de ces stations.

On sort de Fez par le Bab el-Fatouh, porte qui fait partie du quartier des Andalous, et l'on traverse le Mehdj

(i) Ibn-Khaldoun parle de ce chef, auquel il donne le nom d'.4bo« Kemal Temîm. (Voy. Hist. des Berbars, t. ni, p. 222).

(2) Pour la suite de l'histoire des Béreghouata, voy. Hist. des Ber-, bets, t. II, p.. i3o et suiv.


a marais » d'iB.x-HicuAM pour atteindre [316] le Sebou, fleuve qui est à quatre milles de Fez et dont les bords sont couverts de villages. De là on se dirige vers la localité nommée Acaba-t-el-Bacar « la colline des bœufs », d'où l'on se rend à Khandoc EL-FouL « la ravine aux fèves », endroit qui appartient aux Miknaça. Après avoir traversé une suite non interrompue de villages, de terres cultivées et de ruisseaux appartenant aux Azdadja et à d'autres tribus, on arrive à CALn Gormat (i), château qui avait servi de retraite à Abou Moncad, fils de Mouça ibn Abi '1-Afiya. On y voyait autrefois un djamê, plusieurs bazars et un bain. A dix milles au nord de cette place forte se trouve la ville de TEÇOUL, nommée aussi Ain lshac, qui était naguère la capitale des états de Mouça ibn Abi '1Afiya. Elle occupait trois collines et renfermait un djamê, quelques bazars, un bain et une source de bonne eau, sur laquelle Mouça avait fait construire un pavillon. Cette ville fut détruite par Meiçour, général au service du fatemide [Obeid Allah]. De nos jours, le territoire situé entre Fez e1. Gormat est occupé par des Matghara. Une distance de deux journées sépare ces deux villes, ou, selon Mohammed {ibn Youçof], d'une journée seulement. Pour atteindre la ville de Djeraoua, il faut mettre six journées, ou huit selon Mohammed, dont deux se passent à traverser le désert. [Voici l'indication [3171 de cette route :] On se rend de Gormat à Oulîli, bourg où Zaoui, neveu de 1liouça ibn Abi '1-Afiya, avait fixé sa résidence puis on traverse le FEDDJ « ou défilé » de TÈZA, localité qui appartient à des Miknaça puis on arrive au Ouadi Ouarogguîn,

(i) Dans le texte arabe de l'Hist. dès Berbers, t. I, p. ce mot est écrit .LLojS' et Koumat dans la traduction, t. I, p. 269. Dans les manuscrits arabes les copistes confondent très souvent le r arec le ou^.


rivière d'eau salée, qui coule dans le territoire de Miknaça de là on se rend à la rivière Za, puis on traverse le désert jusqu'à Djehaoua. Cette place, située dans une plaine, était autrefois entourée d'un mur de briques. Dans l'intérieur est une citadelle à l'extérieur, on remarque plusieurs sources d'eau salée et des faubourgs qui entourent la ville de tous les côtés. En dedans des murs se trouvent quelques puits d'eau douce, cinq bains, dont un porte le nom d'Àmr ibn.el-.4ci, et un djamê à cinq nefs soutenues par des colonnes de pierre. [Cette ville], construite en l'an 259 (872-873 de J.-C.) par Abou '1-Aïch Eïça, fils d'Idrîs, fils de Mohammed, fils de Soleiman, fils d'Abd Allah, fils de Hacen, fils de Hacen, avait plusieurs portes, dont deux regardaient l'orient, une l'occident et l'autre le nord. Les vastes plaines qui entourent cette place conviennent également à la culture des céréales et. à la nourriture des troupeaux. A quatre milles au sud de Djeraoua on trouve, dans la montagne nommée DjebelMemalou, un château, bâti par El-Hacen, fils d'Abou'lAïch, et entouré de jardins et d'eaux vives. Depuis le château jusqu'au pied de la montagne s'étend une forêt de broussailles tellement épaisse, qu'il est impossible d'y pénétrer. Dans les environs de Djeraoua, on voit de nomireux [318] villages habités par des Berbers de diverses tribus, tels que les Matghara, des Be.ni Ifren, des Oudana, des Yaghmor de la montagne, des Beni Racîn, des Beni Badacen, et des Beni Ourîmech. Abou '1-Aïch et ses successeurs possédaient aussi la ville de Tlemcen et les contrées qui en dépendent. EI-Hacen, son petit-fils, ayant quitté Djeraoua pour s'enfermer avec sa famille, ses trésors et ses enfants dans le château dont nous venons de parler, s'y laissa prendre, en l'an 338 de J.-C.), par El-Bouri, fils de Mouça ibn Abi '1-Afiya. Un long


poème, composé par Bekr ibn Hammad, renferme une allusion à cet événement. Voici le passage

Demande aux Zouagha quel était l'effet de ses épées et de ses lances quand elks frappèrent la ligne étincelante [de guerriers] qui s'opposait [à sa marche.

Demande aux Ncfza comment il viola leur territoire jusqu'alors intact, pendant que fleurs chevaux] se vautraient [sur l'herbe] transpercés par ses lances flexibles.

Une disgrâce cruelle enveloppa les Maghîla abattus par ses épées; un breuvage plein d'amertume fut le partage de Djeraoua. C'est auprès de Djeraoua que se trouve le port de TAFERguennît. On met une journée pour se rendre de Djeraoua à TERXAXA, lieu de marché très fréquenté, et une autre journée pour atteindre Tlemcen, ville dont nous avons déjà parlé et qui est habitée par des Zenata. De là on ses rend à TAFDA, grande ville renfermant une nombreusepopulation, et située sur deux rivières, dont l'une, provenant d'une source [319] thermale, fournit la boisson des habitants et met en mouvement tous les moulins. Ensuite on arrive au CASH ou « château » d'Isx SINAN l'Azdadjien, autour duquel on voit beaucoup de jardins arrosés par la rivière Kedal. De là on marche jusqu'à ILIL, grande ville entourée d'arbres et remplie d'une nombreuse population; elle est habitée par des Hoouara et renferme une mosquée djamê. Ensuite, on arrive à EL-GHOZZA, ville magnitique; qui est bâtie sur le Chélif et entourée de jardins. On met trois journées pour se rendre de là à Tèhert, ville dont nous avons déjà parlé, et deux journées pour se transporter de Tèhert à Tamaghîlt, château construit en briques, sur le bord d'une rivière, et qui possède un bazar et un faubourg. Les habitants appartiennent à une tribu zenatienne, les Bcni Demmer. On arrive ensuite à Izmama,


forteresse renfermant un bazar, quelques caravansérails et une population composée de Louaticns et de Nefzaouiens. Plus loin, on trouve la ville de Haz, située sur une rivière qui coule pendant la saison des pluies. Cette ville est maintenant déserte, Zirî ibn Menad le Sanhadjien en ayant expulsé les habitants. De là on se rend à Boura, rivière qui coule [en toute saison], et dont les bords sont occupés par les Beni Irnaten, qui avaient autrefois habité la ville de Haz. Boura abonde en scorpions, et possède un petit bazar. Auprès de MouzYA, place forte où 1« voyageur arrive ensuite, s'élève un château en pierre, de construction antique, nommé Casr el-Atech « le château de la soif autour duquel s'étend une flaque T320] d'eau salée. On y voit aussi une ville immense, bâtie par les anciens, et maintenant déserte elle est construite de l'espèce de pierre nommée el-djelîl (i), et s'appelle Meàîna-t-er-Rommana « la ville de la grenade ». Au pied de son emplacement coulent plusieurs sources très abondantes, dont les eaux, qui sont de bonne qualité, vont atteindre El-Mecfla. On y voit encore une autre ville antique sans habitants, et qui s'appelle en langue berbère Taourest, c'est-à-dire « la rouge » elle est construite en pierres, et s'élève auprès d'une rivière d'eau douce. On passe du château de Mouzya à El-Mecîla, ville dont nous avons déjà fait mention puis on arrive à ADENA, ville abandonnée, qui fut mise en ruines, l'an (935-936 de J.-C.), par Ali ibn Hamdoun, surnommé Ibn el-Andeloci. Cela eut lieu à l'époque où Meicera le fêta (2) revint de

(i) Pierre dé taitle, en arabe J-^U.1 La signification du mot djelîl eerait demeurée incertaine, si notre auteur, en parlant de la ville de Tebessa (voy. plus loin), n'avait pas dit qu'elle était bâtie en pierres djelîl. Or nous savons que les anciennes constructions de cette ville sont en grosses pierres, régulièrement taillées.

(2) Yoyea p. 70.


son expédition en Maghreb. Le territoire d'Adena offre un grand nombre de ruisseaux et de sources d'eau douce. Un y remarque surtout I'Aïn el-Kittan « la fontaine du lin source de bonne eau, qui jaillit dans un désert et qui est ombragée par quatre dattiers. Cet endroit est à une journée d'El-Mecila. A l'orient [d'El-Mecîla] coule le Oladi Maggaia, ruisseau sur lequel se trouvent sept villages, dont celui qui porte le nom de Yekcem fournit [321] de l'huile d'une excellente qualité. EniTe Aïn elKittan et Adena, on rencontre trois rivières le Seher, le Ouadi 'n-Mça « la rivière des femmes Il, et le Ouadi Abi Taouîl. On y trouve aussi une fontaine nommée Aïn etGhazal « la source de la gazelle ». Entre le Seher et le Niça, il y a une distance de trois milles. Le Ouadi'n-Niça fut ainsi nommé parce que les Hoouara, dans une de leurs courses, avaient enlevé les femmes d'Adena. Les habitants de cette ville poursuivirent les ravisseurs, et, les ayant atteints auprès de la rivière, ils délivrèrent leurs femmes, reprirent le butin et tuèrent une partie des Hoouara (i). Adena est à deux journées de Tobna, ville dont nous avons déjà parlé. Les environs [d'Adena] sont habités par les Beni Zenradj. De là on se rend au Neher elGhaba la rivière de la forêt »; puis on marche pendant trois jours à travers une contrée occupée par des Arabes, des Hoouara, des Miknaça, des fcebîoa et des Ouargla. Cette région, ainsi que les pays voisins, est dominée par 1 Auras, montagne qui a une étendue de sept journées de marche elle renferme un grand nombre de places

(i) On trouve en Algérie et sur les frontières du désert plusieurs localités qui se nomment Ouadi 'n-'leça. Ce dernier mot est berber et signifie lieu où i'on passe la nuit, où l'on bivaque. Comme le même mot signifie femmes en arabe, il y a beaucoup d'indigènes qui expliquent l'origine de ces noms par des contes semblable* à celui que nous donne El-Bekri.


fortes appartenant aux Hoouara et aux Mikna<;a, qui professent les doctrines hérétiques de la secte ibadite. Ce fut dans l'Auras qu'Abou Yezîd Makhled ibn Keidad le Zenatien et natif de Nefzaoua [322] se révolta contre Abou '1Cacem, fils d'Obeid Allah le Fatemide. Elle fut aussi la demeure de la Kahena. Le voyageur arrive ensuite à BAghaïa, forteresse ancienne, construite en pierre et entourée, de trois côtés, par un grand faubourg. A l'occident, on voit beaucoup de jardins et une rivière. Les caravansérails, bains et bazars sont relégués dans le faubourg; mais le djamê se trouve dans l'enceinte de la ville. Baghaïa est située au pied de l'Auras, dans une vaste plaine coupée par des ruisseaux. Ses environs sont occupés par des peuplades appartenant aux tribus des Mezata et des Darîça, qui professent les doctrines des Ibad::< j. Pendant l'hiver ils se tiennent dans la région des sables, où il ne tombe ni pluie, ni neige, ne voulant pas exposer aux intempéries de cette saison les jeunes chameaux qui viennent de naître. Les Berbers et les Romains s'étaient fortifiés dans Baghaïa quand Ocba ibn Nafê le Coreichite les attaqua. A la suite de plusieurs combats acharnés, la fortune se déclara contre eux; mis en déroute par le chef arabe, qui leur tua beaucoup de monde, ils se réfugièrent dans la forteresse. Le vainqueur leur enleva plusieurs chevaux, appartenant à la race que l'on élevait dans l'Auras, et qui, par leur vigueur et leur légèreté, surpassaient tout ce que les musulmans avaient encore vu dans leurs expéditions. Ocba ne jugea pas convenable de s'arrêter devant Baghaïa, ne voulant pas perdre un temps précieux qu'il pourrait employer à combattre d'autres adversaires. De nos jours, toute la population de cette ville professe [323] les doctrines des Ibadites. A Baghaïa, les blés se mesurent au oueïba, dont chacun contient soixante-quatre modd de la


dimension autorisée par le Prophète, et équivaut à un cnfîz et demi, mesure de Cordoue. Le cafiz employé pour mesurer l'huile est le même que celui de Cairouan, et contient cinq arrobes de Cordoue. Le rail de viande équivaut à vingt rail filfili- De Baghaïa l'on se rend à Meddjava, grande ville environnée d'une muraille en briques 1 1 possédant un djamê, quelques bains et .un grand nombre de mines, dont une, appelée El-Ouritci, appartient à des Louata, et fournit de l'argent .YCette ville porte aussi le nom de Meddjana-t-el-Maâden « Meddjana les mines n c-lie possède un château, bâti en pierres et renfermant trois cent soixante citernes. Meddjana est habité par des Arabes; mais les environs sont habités par des Louata. Le château dont nous venons de parler porte le nom de Bichr ibn Artah. Ce chef y pénétra de vive force, et envoya le cinquième du butin à Mouça ibn qui l'avait chargé d'emporter cette place forte. Entre Baghaïa et Meddjana on rencontre le Fondoc « ou caravansérail » de MeskIoa et le Ouadi Mellag, rivière dangereuse, remplie de fondrières et très difficile à traverser à gué. De Meddjana on passe à Mermadjenna, petite ville qui renferme une mosquée, un caravansérail et un bazar, et qui s'élève dans une vaste plaine. Telle est la route suivie pendant l'été mais en hiver il faut se rendre de Meskîana à la ville de TEBEssi, parce que le Mellag est si gros à cette époque que la première route est impraticable. Tebessa est une grande et ancienne ville, bâtie en pierres de taille. On y trouve une grande abondance de fruits. Une partie de la muraille qui l'entoure fut abattue par Abou Yezîd Makhled ibn "Keidad. Elle est située auprès d'une grande rivière, bordée de forets et de vergers; on y trouve surtout des noyers, dont le fruit est renommé pour sa grosseur et sa saveur. On remarque dans cette


grande ville plusieurs salles voûtées, où les caravanes de voyageurs s'abritent avec leurs animaux quand il tombe de la pluie ou de la neige. Une seule de ces salles peut contenir plus de deux mille bêtes de somme. De Tebessa on arrive à SFBÎBA, ville très ancienne, construite en pierre et renfermant un djamê et plusieurs bains. Elle est arrosée par plusieurs ruisseaux qui font tourner des moulins. Le territoire de cette ville est couvert de jardins et produit du safran, dont la qualité est parfaite. Tout autour s'élèvent de grandes montagnes, habitées par une population arabe nommée Beni 'l-Moghallès, et par une tribu berbère, les Béni Keslan. Dans les environs on rencontre beaucoup de Berbers appartenant, les uns à la tribu des Hoouara, et les autres à celle des Mernîça. Sur la route qui mène à Sebîba on trouve un lieu de guet nommé Ain et-Tfna « la source de la figue », et une fontaine appelée Ain-Erban, dont l'eau découle d'un antique conduit. A l'orient de cette source est une haute montagne qui se termine en pointe on y voit, dans une crevasse de rocher, le corps d'un homme égorgé que l'on sait être toujours [325] resté en cet endroit depuis les temps qui ont précédé la conquête de l'Ifrîkiya [par les musulmans]. Toutes les parties du corps, grandes et petites, ont résisté à la décomposition et échappé aux atteintes des animaux carnassiers et d'autres bêtes. On dit que c'est le corps d'un des disciples de Jésus du reste nous en avons déjà parlé (i). De Sebîba on se rend au village d'EL-DjEHjwjn, qui est grand, bien peuplé, et renferme des bazars et des boutiques. Il est entouré d'arbres et abonde en fruits. De là à Caibouan il y a une journée de marche. ElDjehniin est situé au pied du Mamtouh, montagne qui doit son nom à Moaouia ibn Hodeidj ce général y dressa

(i) Voy. ci-devant, p. n3.


son camp et éprouva une pluie tellement forte, qu'il s'écria « Notre montagne est mamtour », c'est-à-dire sujette aux pluies (n. De là on passe à la station nommée El-Heri, auprès de laquelle est une tour de guet puis on se rend à Kodîa-t-es-Chaîb « le tertre d'orge », d'où on arrive à Caibouan.

Selon Mohammed ibn Youçof, on se rend de SEBÎBA à SAGUÎA MEMS « le canal d'arrosage de Mems », bourg florissant et bien peuplé, où l'on trouve une mosquée et un caravansérail puis à El-Mostaîn (2), bourg grand et bien peuplé, où l'on voit deux citernes et -un puits de trente toises de profondeur, qui fournit de l'eau de bonne qualité puis au château d'EL-Kirem, où l'eau est saumâtre puis au château d'Ez-ZERADBA, [326] nommé aussi El-Khattara, localité florissante et bien peuplée puis à la ville de Caibouan.

Route de Fez à Sidjilmessa

La ville de Sofbouï, située à une journée de Fez, est ceinte de murs et entourée de ruisseaux et de jardins. A une journée plus loin, on trouve El-Asnam « les stèles », d'où l'on met une journée pour arriver à El-Mezi, endroit situé dans le territoire de Meklata une autre journée de marche conduit le voyageur à Tasaghmebt, village situé sur une rivière. Pour atteindre ensuite le lieu appelé Axghak, il faut faire une forte journée de marche, c'està-dire environ soixante milles. Sorti de là, on entre dans le territoire de Sidjilmessa. Après avoir traversé pendant trois jours un pays bien arrosé, bien boisé et rempli d'arbres fruitiers, on arrive dans cette ville.

(x) Voy. Hist. des Berbers, t. l, p. 325.

(2) L'orthographe de ce nom est incertaine.


Nous reproduisons ici, d'après les indications de Mohammed ibn Youçof, un itinéraire de Sidjilmessa à Fez. Parti de cette première ville, on arrive, après une journée de marche, à l'endroit nommé Abfoud c'est une montagne absolument stérile, dont les environs sont tout à fait déserts et qui offre une source d'eau chaude. De là on arrive à El-Ahça, localité sablonneuse, où l'on se procure de l'eau en creusant à la profondeur d'environ une coudée. Cette station, située dans le territoire des Zenata, est à une journée de la précédente. A une journée plus loin on trouve YERARA, château fort, qui possède une nombreuse population, un bazar, un djamê et un ruisseau [327] d'eau vive. Les moutons de cette localité sont d'une belle race, que l'on dit être celle de Kis (i), endroit situé dans le pays de Fars (Perse). Leur laine, qui est d'une qualité supérieure, s'emploie à Sidjilmessa pour fabriquer des étoffes, dont chaque pièce se vend à un prix qui dépasse vingt mithcals (pièces d'or). Une autre journée de marche suffit pour atteindre SENGUENFOU, montagne faisant partie de ce Deren (l'Atlas) dont nous avons fait mention en plusieurs endroits de notre ouvrage. On y voit beaucoup de pins, de cèdres et de chênes à glands doux. A une journée plus loin, sur le bord méridional de Molouïa, on trouve MATMATA Ameskoub, canton considérable qui abonde en céréales et dont la totalité est arrosée par les eaux de cette rivière, et couverte de troupeaux de bœufs et de moutons. Il possède un djamê et un lieu de marché. La journée suivante s'achève, à l'endroit nommé Souc Lemîs, qui possède un lieu de marché, une mosquée et une nombreuse population. Les environs sont sillonnée

(1) De du golfe Persique. M. Defrémery, dans sa traduction du Gulistan, p. 177, note i, a donné de très bons renseignements au sujet de Kîs.


par des eaux courantes. Cette localité appartenait autrefois à Medyen, fils de Mouça ibn Abi '1-Afiya. Une autre journée de marche conduit le voyageur à Maghîla-t-ibnTigaman, établissement appartenant à une congrégation de sofrites et entourée d'un grand faubourg. Les Beni Tigaman eux-mêmes professent la religion orthodoxe et demeurent sur la colline qui touche au faubourg. On [32S] met ensuite deux journées à traverser une chaîne de hautes montagnes, jusqu'à ce qu'on arrive à Maghtlaï-el-Cat, grande forteresse, qui renferme un djamê et un bazar. On y remarque beaucoup de ruisseaux et des vergers. L'arbre le plus abondant est le figuier, dont les fruits desséchés s'envoient à Fez. Une autre journée de marche conduit à LOUATA Medten, forteresse réputée imprenable elle est située sur la rivière Sebou, et appartient à des Louata. De là on va descendre à FEZ. Description de Sidjilmessa

Sidjilmessa fut fondée en l'an iio (757-758 de J.-C.). L'accroissement de cette ville amena la dépopulation de TERGHA, ville qui en était éloignée de deux journées, ainsi que la ruine de la ville de Zîz (1). Sidjilmessa est située (2) dans une plaine dont le sol est imprégné de sel. Elle est entourée de faubourgs dans l'intérieur on voit de très belles maisons et des édifices magnifiques elle possède un grand nombre de jardins. La partie inférieure de la muraille qui l'entoure est en pierres, et là partie supérieure en briques. Cet ouvrage de défense fut

La ville de Ztz a laisse son nom ù la rivèrc qui passe auprès de TafMelt.

(2) Sidjilmessa était située un peu à l'est de TafîleH.


élevé par Abou Mançour (i) el-Yaça, fils d'Abou '1-Cacem, qui fit tous les frais de la construction sans vouloir permettre à qui que ce fût d'y contribuer [329] avec lui. il y consacra mille modi « boisseaux de vivres [tous les jours]. Cette muraille, percée de douze portes, dont huit en fer, fut construite par El-Yaça en l'an 199 (814-815 de J.-C.). L'année suivante, il se transporta sur les lieux, et partagea entre diverses tribus les terrains de la ville qu'elles possèdent encore. Les habitants portent toujours h nicab, voile qui leur cache la figure; et si, par hasard, quelqu'un d'entre eux se montre le visage découvert, ses proches parents ne le reconnaissent pas.

Sidjilmessa est située sur une rivière formée par la réunion de plusieurs ruisseaux qui prennent leur source dans une localité nommée AGLEF. A peu de distance de Sidjilmessa ce courant d'eau se partage en deux branches, dont l'une passe à l'orient et l'autre à l'occident de ville. Le djamê, fondé par El-Yaça, est d'une construction solide et bien soignée; mais les bains sont mal bâtis et d'un mauvais travail. L'eau que l'on consomme dans la ville est saumâtre, ainsi que celle que l'on tire des puits. L'eau qui sert à l'arrosement des terres ensemencées provient de la rivière et se ramasse dans des bassins, comme cela se pratique ailleurs pour la culture des jardins. Les dattes, les raisins et toutes les autres espèces de fruits s'y trouvent en grande abondance. On laisse sécher à l'ombre les raisins qui viennent sur treille sans avoir été atteints par l'ardeur du soleil, et on leur donne le nom de dhilli « ombragé »; mais on fait sécher au soleil les grappes qui ont déjà subi l'influence de ses rayons.

[330] Sidjilmessa est située à l'entrée du désert, et l'on

(i) Plus loin l'auteur donne à ce prince le surnom û'El-Mo'.tacer.


ne connaît aucun lieu habité, ni à l'ouest, ni au sud de cette ville (i). On n'y voit pas de mouches. L'eléphantiasis ne se déclare jamais parmi les habitants de cette ville, et lorsqu'une personne qui en est atteinte arrive chez eux, sa maladie ne fait plus de progrès. A Sidjilmessa on engraisse les chiens pour les manger, ainsi que cela se pratique à Cafsa et à Castîliya. On y regarde aussi comme une friandise les grains de blé qui commencent à germer. Les lépreux y font le métier de vidangeur; celui de maçon est réservé spécialement aux juifs.

Lorsqu'on part de Sidjilmessa pour se rendre à Ghana, dans le pays des noirs, on doit marcher pendant deux mois à travers un désert inhabité. Dans cette vaste région, on rencontre quelques nomades qui ne s'arrêtent nulle part. Tels sont les Beni Messoufa, fraction de la grande tribu des Sanhadja ils n'ont pas une seule ville où ils puissent se réfugier, à l'exception toutefois de OuADi Deba, qui est à cinq journées de Sidjilmessa. La dynastie des Beni Midrar régna dans Sidjilmessa peudart l'espace de cent soixante ans. Abou '1-Cacem Semgou ibn Ouaçoul, le Miknacien, père d'EI-Yaça, et grand-père de Midrar, s'étant trouvé en Ifrîkiya, fit la rencontre d'Ikrima, client d'Ibn Abbas, et reçut de lui [des instructions religieuses]. Il possédait des troupeaux qu'il faisait très souvent paître [331] sur le terrain qui devint plus tard l'emplacement de Sidjilmessa. Quelques sofrites vinrent se joindre à lui mais, dès qu'ils furent au nombre de quarante, ils prirent pour chef Eïça ibnMezyed el-Asoued « le noir Il. Alors, c'est-à-dire en l'an io4 de J.-C.), ils se mirent à bâtir la ville de Sidjilmessa. Selon d'autres historiens, Mid-rar était forgeron

(i) Les indications fournies par El-Bekri lui-même démontrent la fausseté de ce renseignement.


et faisait partie des rabedi « faubouriens » d'Espagne. Lors de l'affaire du faubourg (i), il quitta ce pays et se fixa dans le voisinage de Sidjilmessa. L'emplacement de cette ville était alors une plaine inculte où les Berbers se rassemblaient à une certaine époque de l'année pour acheter et vendre des outres de peau. Midrar apportait régulièrement à ce marché les ustensiles de fer qu'il avait fabriqués; plus tard il y dressa une tente pour lui servir de demeure, et les [332] Berbers s'établirent autour de lui. Telle fut 1 origine de Sidjilmessa, qui devint graduellement une ville importante.

Bien que le premier de ces récits soit plus conforme à la vérité que le second, il n'en est pas moins vrai que Midrar exerça le métier de forgeron, puisque ses descendants, devenus souverains de Sidjilmessa, essuyèrent, à ce sujet, les traits de la satire.

Eïça ibn Mezyed, premier gouverneur de Sidjilmessa, se conduisit de manière à mécontenter ses partisans sofrites. Un jour, dans une réunion tenue chez lui, Abou '1-

(i) Le i3 ramadan 203 (fin de mars 818), une révolte éclata dans le faubourg (rabed) situé au sud de Cordoue. El-Hakem, troisième souverain de la dynastie des Oméïades espagnols, se mit aussitôt à la tête de sa garde, attaqua les insurgés et en fit un massacre épouvantable. Par son ordre, on rasa toutes les maisons et même les mosquées de ce quartier populeux, et on livra le sol à la charrue. Les habitants forcés à s'expatrier, se rendirent, les uns à Tolède, d'autres chez les Berbers de l'Afrique septentrionale, et le reste, formant un corps de quinze mille hommes, alla débarquer à Alexandrie. Bientôt après, ceux-ci s'emparèrent de la ville et se fwent bien payer par le gouvernement abbacide avant de consentir à reprendre la mer. Ils passèrent dans File de Crète, où le gouvernement byzantin n'entretenait plus de garnison, et ils fondèrent une petite dynastie musulmane. Partout où ces faubouriens (rabedis) allèrent s'établir, ils se distinguèrent par leur audace et par leurs brigandages. La destruction du faubourg mérita à El-Hakero lui-même le sobriquet d'ErRabedi. (Ibn el-Abbar, dans les Notices et extraits de Dozy p. 38 cl 3uiv. Voy. aussi le Maccari de Gayangos, vol. II, p. io2-3.)


Khattab (i) adressa ces paroles à l'assemblée « Les noirs sont tous des voleurs, sans en excepter celui-là », et il le montra du doigt. Les assistants s'emparèrent aussitôt d Eïça, et, l'ayant attaché à un arbre, sur le haut d'une colline, ils le laissèrent exposé aux piqûres des moustiques jusqu'à ce qu'il mourût. Cette colline porte encore de nos jours le nom de Djebel Eïça « la montagne d'Eïça ». Ce chef avait régné quinze ans. Abou '1-Cacem Semgou, le Miknacien, fils de Mezlan, fils de Nezoul (2), [333] que l'on choisit alors pour chef, conserva le pouvoir pendant le reste de ses jours. Il mourut subitement, l'an 168 (784au moment où il faisait le dernier prosternement de la prière du soir. Son règne avait duré treize ans. Abou'1Ouezîr el-Yas, son fils et successeur, fut déposé l'an y4 (790-791 de J.-C.) par son frère Abou '1-Montecer el-Yaça, qui s'empara du trône. Celui-ci, homme d'un caractère despotique, emporté, dur et violent, subjugua tous les Berbers qui osèrent lui résister, et humilia leur esprit orgueilleux. Il préleva le quint sur le produit des mines du Derâ il professa ouvertement les doctrines de la secte sofrite, et fit bâtir les murs de Sidjilmessa, ainsi que nous venons de le dire. Il mourut en l'an 2o8 de J.-C.) et eut pour successeur son fils El-Montecer ibn el-Yaça, surnommé Midrar. Le règne de celui-ci fut troublé par la

(i) Abou '1-Khaltab Abd el-Alâ el-Maâferi, Arabe appartenant à une tribu yémenite, se mit à la tête des Berbers schismatiques, tant Sofrites qu'Ibadites, en l'an i4i (758 de J. C.). Devenu tout-puissant dans la partie orientale de ce pays, il étendit son autorité jusqu'au Maghreb occidental l'anecdote racontée ici par notre géographe en est la preuve. En l'an i44 il trouva la mort dans une grande bataille qu'il livra aux troupes du khalife abbacide El-Maneour. Cette rencontre eut lieu à l'orient de la ville de Tripoli. (Voy. Hist. des Berbers, index, aux mots Aboa 'l-Khattab et Ibn tl-Achâlh.) (2) L'auteur de l'Histoire des Berbers parle de ce chef, que l'on nommait aussi Semgou ibn Ouaçoul.


rivalité de ses deux fils. Chacun de ces jeunes gens portait le nom de Meimoun; mais l'un était surnommé lbn Thakîa « le fils de Thakîa et l'autre Ibn er-Rostemiya le fils de la Rostemide a. Aroua, la mère de celui-ci, était la fille d'Abd er-Rahman et petite-fille de Rostem (i). Pendant trois ans, les deux frères se disputèrent le 'pouvoir par la voie des armes, jusqu'à ce que leur père, qui favorisait Ibn er-Rostemiya, chassât Ibn Thakîa de Sidjilmessa. Le fils préféré déposséda son père mais les habitants de la ville se soulevèrent contre lui et le privèrent du commandement. Ir-n Thakîa, à qui ils offrirent le trône, refusa de l'accepter au préjudice de son père; aussi prit-on le parti de rendre le pouvoir à Midrar. Quelque temps après, ils découvrirent que leur souverain venait d'inviter Ibn er-Rostemiya à quitter le Derâ avec tous ses partisans, et qu'il avait l'intention de lui remettre l'autorité suprême. A cette nouvelle, ils assiégèrent Midrar [dans son palais], lui enlevèrent le commandement et prirent pour chef son fils Ibn Thakîa, Je même que l'on désigne ordinairement par le titre d'El-Amûr l'émîr Il. Ce prince garda le pouvoir jusqu'à sa mort, qui eut-lieu en l'an a63 (876-877 de J.-C.). Il régnait encore quand son père Midrar mourut, dépouillé de toute autorité. Mohammed, fils et successeur de Meimoun elAmîr, garda le pouvoir jusqu'au mois de safer de l'an 270 (aoüt-septembre 883), où il cessa de vivre. El-Yaça, fils d'Eï-Montecer, fils d'Abou '1-Cacem [Semgou], prit alors le commandement et régna jusqu'au mois de dou '1hiddja 297 (août-septembre 910). Il s'enfuit alors de sa capitale, qui venait de.tomber au pouvoir d'Abou Abd

(x) Voy. sur les Rostemides de Tihert VHist. des Berbers, t. l, p. et sniv.


Allah es-Chiaï. Le vainqueur donna le commandement de li ville à Ibrahim ibn Ghaleb le Mezatien mais, cinquante jours plus tard, les habitants massacrèrent leur nouveau gouverneur et tous les soldats qu'Es-Chîaî avait laissés dans la place. En l'an 298, au mois du premier rebiâ (novembre-décembre 910 de J.-C.), ElFeth Ouaçoul, fils d'El-Amîr Meimoun, prit le commandement. Il mourut dans le mois de redjeb 3oo (févriermars gi3 de J.-C.), [336] et eut pour successeur son frère Ahmed. Dans le mois de moharrem 309 (mai-juin 921 de J.-C.), Ahmed fut tué par Messala ibn Habbous, qui emporta la ville d'assaut après l'avoir assiégée pendant quelque temps. Messala y installa, comme gouverneur, El-Motezz, fils de Mohammed, fils de Sarou, fils de Midrar, qui mourut en office l'an 321 (933-934 de J.-C.). Mohammed, fils et successeur d'El-Motezz, garda le pouvoir jusqu'à l'an 331 de J.-C.), époque de sa mort. El-Monlecer Semgou lui succéda; mais, comme il n'avait que treize ans, son aïeule prit la direction des affaires. Deux mois plus tard l'autorité leur fut enlevée par Mohammed, fils d'El-Feth et petit-fils d'El-Amîr. Ce prince, ayant triomphé par la force des armes, chassa son cousin El-Montecer, fit profession de la doctrine orthodoxe, et se conforma au rite de Malek. Monté sur le trône, il tint une conduite irréprochable et travailla à faire fleurir la justice on peut toutefois lui reprocher de s'être arrogé, en l'an 34a (953-954 de J.-C.), le titre d'Amîr el-Moumeiiîn « commandant des croyants», d'avoir pris le surnom d'Es-Chaker Billah « le reconnaissant envers Dieu », et d'avoir fait frapper, en cette qualité, des dirhems et des dinars. Il resta sur le trône pendant quelque temps mais l'approche des troupes d'Abou Temîm Maadd [El-Moezz le Fatemide], commandées par le général Djouher, il


sortit de la ville avec les gens de sa maison, sa famille, ses enfants, ses principaux officiers, et alla s'enfermer avec eux et ses trésors dans TACEGDALT, [336] château fort situé à douze milles de Sidjilmessa. Djouher s'empara de cette ville en l'an (958 de J.-C.). Mohammed, étant sorti de sa forteresse avec un petit nombre d'amis, se dirigea vers son ancienne capitale, après s'être déguisé. Il avait l'intention d'examiner l'état des affaires; mais il fut reconnu en route par quelques hommes de la tribu des Matghara, qui le firent prisonnier et le livrèrent à Djouher. Cela eut lieu dans le mois de redjeb de la même année (septembre-octobre g58 de J.-C).

Il suffit d'ensemencer une fois les terres autour de Sidjilmessa pour avoir des récoltes pendant trois ans consécutifs. Cela tient à la chaleur extraordinaire qui règne dans ce pays. Lors de la récolte, les grains sont très secs, et une partie tombe dans les crevasses dont le sol est sillonné et commence à pousser; aussi la seconde et la troisième année l'on se borne à labourer la terre sans l'avoir ensemencée. Leur froment, qui est de l'espèce chinoise, a le grain si petit, qu'il en faut soixante et quinze mille grains pour remplir un nzodd de là dimension autorisée par le Prophète. Le modi « boisseau » en usage chez eux contient douze cancal; le cancal équivaut à huit zellafa, et la zellafa à huit modd de la capacité légale. On remarque comme une singularité que, chez eux, les pièces d'or sont reçues au compte et non pas au poids, et que les poireaux se vendent au poids et non pas au compte.

.Entre Sidjilmessa et Caihouan on compte quarante-six journées de marche, ou cinquante-trois, [337] selon Mohammed ibn Youçof. L'on se rend d'abord à Cabah ELAmîr « la résidence de l'émîr », c'est-à-dire de celui qui appartenait à la famille de Midrar puis à HisN ibn MIDRAR


« le château du fils de Midrar »; puis à la montagne d'AxESRAÏGH; puis à Ameskoir, ville appartenant aux Matmata, peuplade qui cultive toujours l'amitié du souverain de Sidjilmessa. Nous avons déjà parlé d'Ameskour; elle est à cinq journées de Sidjilmessa. Ensuite on arrive à la ville de Djeraoua, après avoir mis six journées à traverser une région, partie habitée, partie déserte. On y remarque une localité bien connue sous le nom d'Es-Sodouh la sortie »; elle est située auprès du pays habité, dans le voisinage d'une source de bonne eau. C'est là que s'embranche la route qui mène à Melîla. De Djeraoua l'on se rend à Cairouan, en suivant la route déjà indiquée. Pour aller de Sidjilmessa à Melîla, l'on se rend d'abord à Es-Sodour, ainsi que nous venons de le dire; puis à AgdercîF, bourg florissant qui s'élève sur le bord de la Molouîa; puis à Djerwaotj, endroit très fréquenté de certaines peuplades qui s'y installent dans des cabanes de broussailles l'on rapporte même [que ces gens] vont bientôt s'y établir tout à fait. De là on se rend à Colouê DURA, ville très peuplée, dont nous avons déjà fait mention; et qui est située sur une montagne, auprès d'un lac salé; parti de là, on se rend directement à MELîLA, ce qui fait quinze journées de marche. Nous avons déjà parlé de Melîla. [338] Route de Sidjilmessa & Aghmat

De Sidjilmessa à Tîhammamîn (i), où se trouve une mine de cuivre, deux journées de marche de Tîhammamîn à Ouadi Dera « la rivière du Derâ », deux journées de marche. Les bords de cette rivière sont couvertsde bocages et d'arbres fruitiers en quantité prodigieuse.

(1) Mot arabe berbérisé qui signifie les sources d'eaux lhe.rmaUx,les bains.


On y trouve l'espèce d'arbre nommé Takout (i) il ressemble au torfa a tamarisc » et sert à la préparation du cuir de Ghadams. Chaque jour de la semaine il se tient un marché sur les bords du Derà, dans l'une ou l'autre des nombreuses localités auxquelles on a donné cette destination. Il y a certains jours où l'on tient deux marchés [dans deux endroits différents], tant est grande l'étendue de cette région et le nombre de ses habitants. La partie cultivée de ce territoire s'étend, sans interruption, sur une longueur de sept journées de marche. Du Ouadi Tierâ on passe à l'endroit nommé Adamest; puis à OURZAZAT, place appartenant aux Heskoura cela fait deux journées. Après avoir marché pendant quatre jours dans le pays des Heskoura, on arrive aux établissements d'une tribu nommée Hezerdja. On y voit une montagne de ce nom, où l'on trouve des pierres fines de4toutes les espèces et aussi remarquables par leur bonne qualité que par l'éclat [339] de leurs couleurs. Ces pierres se forment sur les rochers de la montagne; mais elles sont aussi rudes et âpres au toucher que la peau du chien de mer. On ne peut pas les tailler; l'émeri même n'y mord .pas.* Elles y sont en grande quantité. Une journée de plus amène le voyageur à Aghmat.

Description d'Aghmat

Le nom d' Aghmat est porté par deux villes situées chacune dans une plaine., L'une s'appelle l'Aghmat des Ilan, et l'autre l'Aghmat des Ourîka. Le chef de ces peuples réside dans cette dernière ville, et c'est là que descendent les marchands et les voyageurs car il n'est permis à aucun étranger d'habiter Aghmat Dan. Une distance de

(i) Tokout est le nom herbe? d'ume espèce d'enphorbe. (Ibn el-.Beithar.)


huit milles sépare les deux villes. On y voit une petite rivière, qui coule du midi au nord et dont l'eau est saumâtre elle se nomme Taghïrout. Tout autour d'[Aghmat Ourikal s'étendent des jardins et des forêts de dattiers. Ce canton est très grand; il est occupé par des tribus masinoudiennes, qui demeurent dans des bourgs fermés (cosour) et dans les lieux où elles parquent leurs bestiaux. Une grande abondance règne dans ce pays et tout y est à bon marché. On y porte de la ville de Niffis de grosses pommes, dont on peut acheter pour un demi-dirhem de quoi charger un mulet. Nous devons cependant ajouter que l'air de cette contrée est malsain; que les habitants ont tous le teint jaunâtre, et qu'il s'y trouve beaucoup de scorpions, dont la piqûre est mortelle. On y tientplusieurs marchés, qui sont très fréquentés dans celui d'Aghmat, qui a lieu chaque dimanche, on vend toute espèce de marchandises et d'effets de ménage. En ce jour on tue et on consomme plus de cent bœufs et mille moutons. Autrefois, à Aghmat, les habitants se transmettaient entre eux la charge d'émîr; celui qui en avait exercé les fonctions pendant un an était remplacé par un autre que le peuple choisissait dans son sein. Cela se faisait toujours pu suite d'un arrangement à l'amiable; c'est, du moins, ce que rapporte Mohammed ibn Youçof le Cairouanite.

Le ribat de Couz, situé sur l'océan Environnant, sert de port à Aghmat. Les navires y arrivent de tous les pays; mais ils ne peuvent Tepiendre la mer que dans la saison des pluies, lorsque le ciel est obscurci et l'atmosphère brumeuse. Alors s'élève un vent de terre qui leur est parfaitement favorable, et qui, s'il continue, les porte hors de danger. Au contraire, si ïe ciel est clair et l'atmos-phère pure. le vent de mer souffle du côté de l'occident et


soulève des vagues assez grosses pour pousser le navire vers les plages du désert. Avec un tel vent, il est rare qa'un bâtiment parvienne à se sauver.

Route d'Aghmat Ourtka au Ribat de Couz

D'Oirîka à Niffîs, trente-cinq milles; de Niüfs à CaEFchaouex (1), trente milles; de là à Mebamer, trente milles, IU1] et de là au ribat de Couz, vingt-cinq milles somme totale,- cent vingt milles.

Route d'Aghmat à Fez

D'Aghmat à l'endroit nommé Abd el-Khalec ibn Si, qui se compose de collines de sable, une journée de marche. De là une vaste plaine appelé Fahs Nezah « la plaine de Nezar », une journée; le mot nezar (2) signifie, en langue berbère, « un crible ». Cette localité fut ainsi nommée parce qu'elle est de forme circulaire et concave au milieu (3). De là au Ouadi Ouaacifex, une journée. Cette grande rivière, que l'on traverse sur des outres gonflées, et qui se décharge dans l'océan Environnant, prend sa source dans un endroit nommé Hodoud « les limites », et situé entre le territoire des Zouagha et celui des Matgbara. De là à FAHs Imellou « la plaine blanche », une journée. Sorti de cette vaste plaine, on arrive, après une journée de marche, à l'endroit nommé Beni Ouareth, où l'on

(r) Chefctuumen est le pluriel berber de Chefehaoua, nom d'une peuplade qui habitait une partie de l'AUas, an sud de la Ville de Maroc. (Voy. ce mot dans la table géographique placée en tête du premier volume de la traduction de VEîst. des Berbers.) (2) L'orthographe de ce nom est incertaine.

(3) A la place dec^ 5- le de Paris por!e c est-â-dire un endroit dmgereux-


trouve beaucoup d'arbres de l'espèce qui s'appelle elforbioun euphorbe ». Le forbioun est un arbrisseau épineux, aux tiges herbacées, d'où découle un suc laiteux qui possède une qualité purgative. De là au territoire de Zouagha, une journée; puis à Hisn DAÏ « la forteresse de Daï .», [342] une journée. Ce château est situé au milieu d'une grande forêt, composée de diverses espèces d'arbres. On y tient un marché qui est très fréquenté et qui attire de Fez, de Basra et de Sidjilmessa, plusieurs caravanes chargées d'effets et de marchandises. A une journée plus loin on trouve le Derna, grande rivière qui se jette dans le Ouancîfen. De là [au canton des] Maghîla, une journée. Cette peuplade avait eu pour chef Mouça ibn Aguellid, homme d'une force extraordinaire: lorsqu'il saisissait la queue du meilleur cheval, l'animal né pouvait bouger, malgré les coups d'éperon que lui donnait le cavalier. AoirzECcouR, localité située à une journée plus loin, était habitée autrefois par les Beni Mouça, famille qui avait fait partie des Rabadis d'Espagne. Ces gens portèrent le ravage chez leurs -voisins, et se rendirent tellement incommodes, qu'ils eurent à soutenir une guerre contre ceux qu'ils avaient outragés. Vaincus dans une bataille qui leur coûta beaucoup de monde, ils se dispersèrent dans le territoire d'Aghmat; un très petit nombre ayant obtenu une amnistie, eurent la permission de rester à Aouzeccour, où ils sont encore aujourd'hui. De là à Souc Fencotjr, marché bien approvisionné et très fréquenté, une journée. On y fabrique des bournous noirs d'une texture assez serrée pour être imperméables à l'eau. De là à Oulhaça, une journée puis, à Guezemvaiya, une journée puis au village d'OuRzÎGHA, une journée. Ourzîgha est très peuplé et bien arrosé; les fruits et les vivres s'y trouvent en abondance un millier de prunes coûte un quart de dir-


hem. Meiçour el-Feta, ayant levé le siège de Fez en l'an 3a4 (935-936 de J.-C.), se rendit à Ourzîgha, dont il massacra toute la population mâle, et réduisit les femmes en esclavage. De là on met une journée pour se rendre à AcaÎGHA (i), c'est-à-dire « pierres sèches »; elle fut ainsi nommée, parce qu'elle est bâtie de pierres sans ciment. Cette ville est maintenant déserte; elle devait sa fondation aux Rabedis espagnols, dont une partie s'y fixa; forcés par les Berbers de l'abandonner, ils allèrent s'établir à Oulîli, où il en reste encore un petit nombre jusqu'à nos jours. De là on se rend à MACÎTA (2), grand canton où la culture du coton réussit parfaitement. On y tient un marché mais il n'a pas beaucoup d'importance. De là à Fez, une journée cela fait en tout dix-huit journéeSde marche.

Route de Derâ à Sidjilmessa

La ville de DsRA, nommée Tîoumetîn, est le chef-lieu de la province de Derâ. Nous avons déjà mentionné que le Ouadi Derâ prend sa source dans le Deren (l'Atlas). Cette ville renferme une nombreuse, population, un djamê et plusieurs bazars très fréquentés; elle jouit aussi d'un commerce florissant. Elle est située sur un coteau, au nord d'une rivière qui coule de l'est à l'ouest, et qui se précipite du haut d'une colline :rougeâtre avant d'arriver auprès [344] de la ville. Ali, fils d'Ahmed, fils d'Idrîs, fils de Yahya, fils d'Idrîs, était autrefois seigneur de Derâ. De là on met une journée pour se rendre à Tameddjathet, localité qui produit une espèce d'arbre ainsi nommée, dont les feuilles sont larges et persistantes comme celles

(i) Le mot' aghagh, forme dérivée d'agMgh, s'emploie en berbercabyle avec la signification de pierre.

(a) Variante MacIna «* « «nia.


du tamarisc. Les écuelles dont on se sert à Derâ, à Sidjilmessa et dans les contrées voisines, sont faites avec le Lois de cet arbre. A une journée de là on trouve un endroit nommé Aman TIssen, c'est-à-dire « l'eau salée ». Le jour suivant conduit à Tex Oubaden (i); ce nom signifie le puits des cerfs »; on y trouve une mine de cuivra La journée suivante s'achève à Agbou (2). Tous ces lieux sont situés dans le territoire des Serta, peuple qui forme une branche de la tribu des Sanhadja. A une journée plus loin se trouve Touwennîn (3) an-oguellîd, c'est-à-dire « les puits du roi »; de là on se rend au lieu nommé Arrtan hsîdan (4), c'est-à-dire « l'eau des autruches »; puis à Agguer an-oouchan, c'est-à-dire « le champ des chacals (5) »; ensuite on arrive à Amehghad, endroit où commencent les jardins de Sidjilmessa, ville qui est à six milles plus loin.

[315] Route de Tamédelt à Aoudaghast

A une journée de Tamédelt se trouve BîR bl-Djemmaïôx le puits aux chameliers ̃», qui a quatre toises de profondeur. Il est un de ces puits dont on doit la construction à Abd er-Rahman ibn Habib (6). Parti de là, le voyageur s'engage dans un défilé étroit où, pendant

(1) Oudad, singulier d'ondaden, est le nom foerber du mouflon à manchettes.

(2) Var. Agzou.

(3) Touaoennîn est le pluriel de tonanit, diminutif de àwmou a puits B.

(4) Le mot issîd « autruche singulier d'issîdan, se retrouve encore dans le dialecte berber de Socna. (Voy. le Vocabulaire donne par le capitaine Lyons, dans son Voyage à Morzow.)

(5) Tons. ces noms sont berbers.


toute la journée, les chameaux doivent marcher à la file. Les trois journées suivantes s'emploient à traverser I'Azouer, montagne dont la surface pierreuse fait beaucoup de mal aux pieds des chameaux. Vomm-ghîlan mimosa gummifera » croît dans cette localité. Si l'on s'écarte de la route, on trouve des masses de fer poreux qui ne fondent pas au feu. Cette montagne est remplie de gros serpents; elle s'étend en longueur l'espace de dix journées, à partir du commencement de la route de Sidjilmessa jusqu'au bord de l'océan Environnant. On dit que l'Azouer se prolonge jusqu'à Nefouça, l'une des montagnes de Tripoli, et cela me porte à l'identifier avec le Dzren (l'Atlas), au pied duquel le Ouadi Derâ prend sa source, ainsi que je l'ai dit ailleurs. Après avoir marché pendant trois jours dans cette montagne, on arrive à TenDEFÉS, endroit qui fournit de l'eau. Pour s'en procurer, les voyageurs n'ont qu'à cret^r le sol; mais ces puits ne tardent pas à se comoW rWr sui/c de l'éboulement des terres. A trois journtv» ̃•; ^n •. nncontre un grand puits nommé Ouéin-v de Heiloun »; on [346] marche ensuite ;.» de trois jours dans une plaine unie et déserte où ton peut quelquefois se procurer un reste d'eau pluviale, retenue sons les sables par une couche de rocher. P> s loin on arrive à une source peu abondante que l'on nomme Tazecca, c'est-à-dire « la maison ̃». Une journée de plus amène le voyageur à un puits de quatre toises de profondeur, creusé dans une roche noire et dure, par les soins d'Abd èr-Rahman ibn Habib. A trois journées plus loin, on trouve un grand puits nommé Ouîttounan, qui ne tarit jamais, mais dont l'eau, fortement imprégnée de sel, purge les hommes et les animaux qui en boivent. Ce puits a trois toises de pro_fondeur; il est encore un de ceux que Ion doit à la pré-


voyance d'Abd er-Rahman ibn Habib. Une marche de quatre jours conduit le voyageur de là à un endroit nommé Aougazent, dont le sol a une teinte bleuâtre. Les caravanes y trouvent de l'eau en creusant à une profondeur de deux ou trois coudées. On emploie quatre journées de plus à franchir un désert formé de grosses collines de sable qui coupent le chemin et n'offrent pas une goutte d'eau. Sur la route d'Aoudaghast, il n'y a pas d'endroit plus difficile à passer que celui-là. Arrivé ensuite au lieu appelé Ouanou Zemîn, on trouve plusieurs puits qui ont peu de profondeur et qui fournissent, les uns de l'eau douce, les autres de l'eau saumâtre. Cette localité est située au pied d'une montagne escarpée, qui s'étend en longueur, et qui est remplie d'animaux sauvages. Toutes les routes qui vont au [Si;] pays des noirs se réunissent auprès de Ouanou Zemîn. C'est un endroit fort dangereux, car les Lemta (i) et les Guezoula y attaquent très souvent les caravanes; ils s'y tiennent en embuscade, sachant que les routes du désert viennent aboutir dans cette localité, et que les voyageurs ont besoin d'y faire --une provision d'eau. Ensuite on marche pendant cinq jours dans le territoire de Ouara: région déserte et remplie de collines de sable. Arrivé sur la limite du pays occupé par les Beni Ouareth, tribu sanhadjienne, on trouve un grand puits, ombragé par un arbre nommé es-sacni, qui est tout à fait semblable à l'ihlîledj « ?e Hiyroboknier », si ce n'est qu'il ne porte pas de fruits. Après avoir marché encore deux journées, on arrive à quelques puits d'eau saumâtre, auxquels on a donné le nom d'Agharef. Les Sanhadja amè-

(1) Sur le bord septentrional du Niger, immédiatement à l'est de Tenboktou, on trouve une puissante tribu berbère, les Awelemmidin. Le docteur Barth fait observer que ce nom est la forme plurielle de Lemmed on lxmeth, et il identifie ce peuple avec les Lemta des géographes et historiens arabes.


nent leurs chameaux dans ce lieu pour les faire boire, afin de leur rétablir et conserver la santé l'on sait que toutes les eaux salées conviennent parfaitement aux chameaux. Plus loin, à la distance de trois journées, on trouve un endroit nommé Agguer Tendi, c'est-à-dire « amas d'eau (i) »; on y voit un grand nombre d'arbres de diverses espèces, et, de plus, le henna « lawsonia inermis » et le haboc « basilic ». La journée suivante se passe dans [3481 une montagne nommée Azgounan, où les noirs viennent pour intercepter et piller les caravanes. Pendant la journée suivante, on traverse un pays sablonneux et boisé, jusqu'à ce qu'on arrive à un puits d'eau saumâtre nommé Bîr-Ouaran. On marche ensuite pendant trois jours dans un pays appartenant aux Sanhadja, où l'on trouve de l'eau de puits en grande quantité. De là on se dirige pendant une journée vers une haute colline qui domine Aoudaghast. On y voit beaucoup d'oiseaux qui ressemblent à des pigeons et à des colombes, si ce n'est qu'ils ont la tête plus petite et le bec plus gros. On y remarque aussi des arbres à gomme, dont le produit est envoyé en Espagne, où il sert à lustrer les étoffes de soie. De là on arrive à AOtiDAGHAST, ville grande et très peuplée, qui est bâtie dans une plaine sablonneuse, au pied d'une montagne absolument stérile et dépourvue de végétation (2). Aoudaghast renferme un djamê, plusieurs mosquées et une nombreuse population. Dans ces établissementis on trouve des maîtres qui enseignent à lire le Coran. Tout autour de la ville s'étendent des jardins de

Ci) Agguer Temdi signifie, en berber, champ du réservoir. (2) M. Cooley a prouvé, dans son Negroland, qu'on a eu tort d'identifier Aoudaghast avec Agadès. Sur la carte dressée par cet habile géographe, Aoudaghast est placée à environ soixante lieues nordest de Tenboktou. Le docteur Jarth recule Aoudaghast encore 'plus vers l'ouest; il lui assigne une position à l'occident de Tenboktou et à' moitié distance entre cette ville et la mer.


dattiers. On y cultive le blé à la bêche et on l'arrose à la main. Il n'y a que les princes et les gens riches qui en mangent la [349] grande majorité de la population se nourrit de dora. Les cucurbitacées y viennent très bien. On y trouve quelques figuiers de petite taille et quelques pieds de vigne. Les jardins consacrés à la culture du henna sont d'un bon rapport. Aoudaghast possède des puits qui fournissent de l'eau douce. Les bœufs et les moutons y abondent à un tel point, que l'on peut acheter dix béliers, et même plus, pour un mithcal (pièce d'or). l.e miel est aussi très abondant, mais on le tire du pays des noirs. Les habitants vivent dans l'aisance et possèdent de grandes richesses. A toute heure le marché est rempli de monde; la foule est si grande et le bourdonnement si fort, qu'à peine peut-on entendre les paroles de celui qui est assis à côté de soi. Les achats se font avec de la poudre d'or car on ne trouve pas d'argent chez ce peuple. La ville renferme de beaux édifices et des maisons très élégantes. Tous les habitants ont le teint jaunâtre; à peine en trouve-t-on un seul qui ne soit atteint d'une des maladies dominantes, la fièvre et les affections de la rate- Malgré la distance, on fait venir des pays musulmans du blé, des fruits et des raisins secs. Le blé s'y vend ordinairement il raison de six mithcals le kintar « quintal »; il en est de même pour les fruits et les raisins secs. La population d'Aoudaghast se compose de natifs de l'Ifrîkiya, et d'individus appartenant aux tribus des Bercadjeuna, des Nefouça, des Louata, des Zenata, et surtout des Nefzaoua ,on y voit aussi, mais en petit nombre, des gens appartenant à toutes les grandes villes [musulmanes]. [350] On y trouve des négresses, cuisinières très habiles, dont chacune se vend cent pièces d'or ou plus; elles savent apprêter des mets très appétissants, tels que le djouzîncat « gâ-


leau de noix », les cataïf « macaroni au miel », et toutes les espèces de sucreries. On y voit aussi des jeunes filles ù'une belle figure, d'un teint blanc, d'une taille légère et svelte; elles ont les seins fermes, la taille fine, la partie inférieure du dos bien arrondie et les épaules très larges ,(-]les sont tellement favorisées par la nature, qu'elles offrent toujours à l'homme qui les possède les attraits qui n'appartiennent qu'à une vierge. A ce sujet Mohammed jbn Youçof fait le récit suivant « Abou Bekr Ahmed ibn Khallouf, natif de Fez et homme de bien, déjà avancé en âge, qui avait fait le pèlerinage de la Mecque, m'a raconté qu'un marchand de Nefouça, nommé Abou Rostem, et -{lui allait régulièrement à Aoudaghast pour faire le commerce, avait déclaré qu'il avait vu dans ce pays une femme couchée sur le côté, position qu'elles prennent ordinairement plutôt que de rester assises et de comprinier ainsi la partie la plus arrondie de leur corps, et que l'enfant de cette femme s'amusait à lui passer sous les reins et à sortir de l'autre côté, sans que la mère se dérangeât en aucune manière, tant elle avait la taille fine et la partie inférieure du dos ample et bien développée ». L'animal dont la dépouille sert à faire des boucliers est très commun aux environs d'Aoudaghast. On expédie à cette ville des cuivres travaillés et des tobes (ou [361] manteaux) à grands pans (i), teints cn rouge et en bleu on exporte de l'ambre gris, moelleux au toucher, dont la qualité est excellente, vu la proximité de l'océan Environnant (l'Atlantique) on exporte aussi de l'or raffiné et réduit en fils tordus. A Aoudaghast, ce métal est meilleur et plus pur qu'en aucun autre pays du monde. Enbre, les années 35o et 36o (961-971 de J.-C.), Aouda-

(i) Litt. ailés. En Afrique les pans des burnous se nomment encore ̃djenali u aile ».


ghast avait pour roi un Sanhadjien nommé Tân YerouUm, qui était fils de Ouichenou et petit-fils de Nizar. Plus de vingt rois nègres le reconnaissaient pour leur souverain et lui payaient la capitation. Son empire s'étendait sur un pays habité dont la longueur et la largeur étaient de deux mois de marche. Ce monarque pouvait mettre en campagne cent mille [guerriers montés sur des] chameaux de race. Invité par Târîn (i), le roi de Macîn, à le soutenir contre le roi Aougham (2), il lui fournit cinquante mille [hommes, tous montés sur des] chameaux. Cette armée envahit les états d'Aougham, dont les troapes ne s'attendaient pas à une attaque, et livra tout le pays aux flammes et au pillage. Aougham, voyant la ruine de son pays, ne voulut pas survivre à un tel malheur il jeta son bouclier, détacha sa selle de sa monture, et, s'y étant assis, il se laissa tuer [3Õ2] par les soldats de Tîn Yeroutan. Les femmes d'Aougham furent remplies de douleur en voyant le corps inanimé de leur seigneur, et, trop fières pour se laisser tomber au pouvoir des hommes blancs,- elles s'ôtèrent la vie en se précipitant dans des puits, ou par d'autres genres de mort. Route d'Aoudaghast à Sidjilmessa

D'Aoudaghast à Tamedelt on suit la route que nous venons de décrire, et qui est de quarante journées de marche de Tamedelt à Sidjilmessa, par la route indiquée ailleurs (3), il y a onze journées de matche cela fait un total de cinquante, et une journées.

(i) Dans le texte arabe, les lettres de ce nom ne portent pas de points diacritiques; aussi peut-on le lire de plusieurs manières. (2) Le mot Aougham, employé ici comme le nom d'un souverain, sert, plus loin, à désigner le royaume qui appartenait à ce prince. {3) Voy. ci-après, p. 3o8.


JVAoudaghast à Caibouak, il y a cent dix journées de marche.

Route d'Aghmat au Sous

Les renseignements que nous reproduisons ici proviennent de Moumen ibn Youmer le Hoouarien. Dans une journée, l'on se rend d'AGHMAT Ourîca à Medîna NIFFIS, que l'on appelle aussi El-Beled en-Nefîs « le pays charmant n. On y remarque beaucoup de ruisseaux et d'arbres fruitiers. Dans toute cette province, il n'y a point d'endroit dont la fertilité soit plus grande et l'aspect plus agréable. Niffîs est d'une haute antiquité. Ocba ibn Nafê, l'un des compagnons du Prophète, vint attaquer les Roum et les Berbers chrétiens, qui s'étaient réunis dans cette ville, dont la force et l'étendue paraissaient leur [353] offrir de grands avantages. Il tint la place étroitement bloquée, et, s'en étant emparé, il bâtit la mosquée que l'on y voit encore. Cette conquête eut lieu en l'an 62 de J.-C.), et procura aux vainqueurs un butin énorme. De nos jours, Niffîs possède une nombreuse population, un djamê, un bain et plusieurs bazars très fréquentés elle est à une journée de la mer. Les habitants appartiennent à diverses tribus berbères, et surtout à celle des Masmouda. Hamza ibn Djâfer, prince qui eut -pour aïeul Obeid Allah ibn Idrîs ibn Idrîs, et qui donna son nom au lieu appelé Soue Hamza, était souverain de cette ville. A une journée de Niffîs, on trouve Afîfen, ville située dans une vallée où il y a des eaux vives et beaucoup d'arbres fruitiers. A une journée plus loin on atteint TAMEROURT, ville petite, mais agréable, d'où l'on commence à gravir le Deren (l'Atlas). Cette montagne, placée comme une limite devant le désert, est habitée par plusieurs peuplades appartenant à la grande famille des Sanhadja et à d'autres tribus. On dit qu'elle se prolonge


jusqu'au Mocattem, en Egypte. C'est du Deren que l'on descend dans le pays de Sous. Dans le livre de Mohammed ibn Youçof on lit ce passage « Tamerourt est située :i l'endroit où l'on commence à gravir le Deren, qui est, dit-on, la plus grande montagne de la terre; elle se prolenge jusqu'à l'Auras et à la montagne de Nefouça, laquelle est située dans le voisinage de Tripoli. Une parole de Mahomet, rapportée par la voie de la tradition, est ainsi conçue « Dans l'Occident (Maghreb), il y a une montagne que l'on nomme le Deren; au jour de la résurrection, elle sera conduite au feu (de l'enfer) avec tous ses habitants, ainsi que Ion conduit la fiancée à son époux ». Reprenons le récit de Moumen « On marche dans cette montagne jusqu'à l'endroit nommé El-Mellaha <- la saline et, sur la cime la plus élevée, l'on trouve une grande rivière (i). Le Deren est rempli de forêts, de l:roussailles et de vergers. En le quittant on arrive à un endroit appelé Ostouanat Abi Ali « les portiques d'Abou Ali » et situé sur la même montagne. A droite de cette localité et à la distance d'une journée est un lieu nommé Tuzraret, où se trouve une ancienne mine d'argent, dont le minerai est très abondant. D'Ostouanat on passe dans le pays des Beni Maghous, tribu chez laquelle se tient un marché bien approvisionné. A la droite de cette peuplade habitent les Beni Lemas, qui sont tous rafedites (hérétiques). On les désigne par le nom de Bedjlites, parce qu'un Bedjlite (2), natif de Nefta en Castiliya, vint se fixer aumilieu d'eux quelque temps avant l'arrivée d'Abou Abd Allah es-Chiâï en Ifrîkiya. Mohammed ibn Ourcetted,

(1) A la place d' j^l (la partie la plus éUvie), il serait plus naturel de lire ,J"»-">' (la partie la pius basse) mais les manuscrits s'y opposent.

(2) La tribu de Bedjel était arabe.


c'est ainsi qu'il se nommait, leur enseigna, dans ses prédications, qu'ils devaient lancer des malédictions contre les saints compagnons de Mahomet qu'ils pouvaient regarder comme licites les choses défendues par la loi, et qu'il leur était permis de considérer l'usure comme une espèce de vente [et par conséquent légale]. Aux mots de radon ou « appel à la prière » qui sont ainsi conçus, « J'atteste que Mahomet est le prophète de Dieu », il leur ordonna d'ajouter ceux-ci, « J'atteste que Mahomet (i) est le meilleur des hommes »; et, après les mots, « Vinez à l'œuvre salutaire d'employer la formule suivante Venez à l'excellente oeuvre I la famille de Mahomet est ce qu'il y a de meilleur parmi les créatures ». Ces peuplades professent encore les mêmes doctrines jusqu'à nos jours. Elles prétendent que la qualité d'imam reste dans la lignée de Haeen et non pas dans celle de [son frère] Hocein. Ils eurent jadis pour souverain Abou '1-Cacem Idrîs, fils de Mohammed, fils de Djâfer, fils d'Abd Allah, fils d'Idrîs. Si la tradition que nous venons de rapporter est authentique, elle désigne évidemment ces gens-là. Dans une montagne escarpée, à côté des Beni Lemas, se trouve une tribu de Berbers idolâtres, qui adorent un bélier; aussi personne d'entre eux n'ose venir aux marchés [du pays musulman], à moins de s'être déguisé. Du territoire des Eeni Maghous on met une journée pour se rendre à IGLI, capitale de la province de Sous. Dans cette ville, qui est située sur une grande rivière, il y a beaucoup de fruits et de cannes à sucre, dont le produit s'exporte dans tous les pays du Maghreb. Sur les bords du fleuve dont nous venons de parler, [356] on trouve une série de lieux de marché, qui se prolonge jusqu'à l'océan Environnant. L'honneur d'avoir fait construire le canal qui fournit de

(i) A la place de Mahomet, il faut probablement lire Ali.


l'cau à la ville de Sous et d'avoir colonisé les bords de cd1e rivière est attribué à Abd er-Rahman ibn Merouan, frère de Mohammed el-Djâdi (i). Plus loin, à la distance de deux journées, on rencontre le Ocadi Masset, rivière bordée de villages, qui décharge ses eaux dans l'océan Environnant. Masset, localite dont cette rivière porte le nom, est un ribat très fréquenté, où se tient une foire qui réunit beaucoup de monde. Cet établissement sert de n-traite aux hommes qui veulent s'adonner à la dévotion. De la rivière de Sous à la ville de Nocl on marche pendant trois journées à traders un territoire habité par des Guezoula et des Lemta. Noul est située sur l'extrême frontière du pays musulman, là où commence le désert. Le fleuve de Noul se décharge dans l'Océan. A trois journéesde Noul on rencontre le OuADi DERA.

A l'occident d'IcLi, grande ville située dans une plaine, coule une forte rivière, qui se dirige du midi au nord et ctui traverse une suite non interrompue de jardins. On n'a jamais voulu y établir des moulins, et lorsqu'on leur demande le motif qui les en empêche, ils répondent h Comment pourrait-on contraindre une eau si douce à tourner des moulins ? » Les fruits et tous les produits utiles s'y trouvent en quantité quelquefois on y achète une [357] une charge de dattes pour une moindre somme que le louage de l'animal qui les porte du jardin au marché. Dans cette région, la canne à sucre est le produit le plus abondant; pour un quart de dirhem on peut s'en procurer une si grande quantité, qu'un homme aurait de la peine à la soulever. On y fabrique beaucoup de sucre, dont le quintal se vend à raison de deux mithcals, ou moins encore. On y fond le minerai de cuivre, que l'on

il) Mohammed el-0jàdi, fils de Merouan, était le père de Meronan, dernier khalife oméïade de l'Orient.


exporte ensuite dans le pays des infidèles (i). La ville renferme une mosquée djcmê, quelques bazars et caravanséiails; elle fut conquise par Ocba ibn Nafè, qui y fit captives plusieurs filles d'une telle beauté et d'une telle perfection de formes, qu'on n'avait jamais rien vu de pareil; chacune de ces belles esclaves se vendit mille dinars ou davantage. Plus tard, Abd er-Rahman ibn Habib occupa cette place et y forma un camp qui se voit encore. L'huile de hergan (2) est un des produits du pays de Sous l'arbre qui la fournit ressemble au poirier, si ce n'est qu'il s'élève seulement à la hauteur du bras et qu'il r,'a pas de tronc les rameaux sortent immédiatement de la racine et sont garnis d'épines. Les fruits ressemblent à des prunes noires. On les [368] met en tas et on les laisse jusqu'à ce qu'ils se décomposent puis on les place (3) dans une poêle de terre ,que l'on met sur le feu. Alors on peut en extraire de l'huile, dont le goût ressemble à celui du blé grillé. C'est un aliment sain et agréable, qui échauffe les reins et facilite l'écoulement des urines. Le miel de Sous est bien supérieur à celui qui se trouve dans les autres grandes villes. Les fabricants d'hydromel versent, sur une mesure de miel, quinze mesures d'eau: ce mélange devient alors une boisson fermentée. Si l'on met une moindre quantité [d'eau], la liqueur conserve sa douceur. Ce miel ne se dissout que dans l'eau bouillante il est d'une couleur cendrée. Dans les marchés on se sert

(i) C'est-à-dire des nègres. (Voy. ci-après, p. 3a5.)

Les mots hergan, helgan et argon désignent tous Je même arbre, l'arganier, dont Jackson, Hcest, Graeberg, Schusboe et autres écrivains ont donné la description. Ibn el-Beithar fournit queue bons renseignements sur cet arbre, dans son dictionnaire de simples, sous l'article Louz el-Berber. (Voy. la traduction allemande du D- Sontheimer, t. H, p. 443.)

(3) C'est-à-dire les noyaux.


cie morceaux de bijoux brisés en guise de monnaie d'argent, car les dirhems frappés y sont très rares. Leurs mühcals s'appellent kizdiri, du nom d'Abou '1-Hacen elKizdiri, qui avait été chez eux intendant de la monnaie. On voit à Sous le tombeau d'Abd Allah ibn Idrîs, prince qui mourut dans cette ville.

Au sud d Icu, et à la distance de six journées, se trouve la ville de Tamédelt, qui eut pour fondateur Abd Allah ibn Idrîs ibn Idrîs. Une muraille de pierre et de briques, percée de quatre portes, entoure cette ville, qui est située dans une plaine, et qui renferme deux bains et un bazar très fréquenté. Elle s'élève auprès d'une rivière qui prend fa source dans une montagne, à la distance de dix milles. Toute la région entre ces deux points est couverte de jardins. La rivière fait tourner un grand nombre de moulins. Le territoire de Tamédelt est remarquable pour la fertilité du sol et la luxuriance de la végétation c'est au point que les grains rendent cent pour un. On y voit une mine d'argent, très riche en minerai. La ville de Derâ est à l'orient de Tamédelt et à la distance de six journées. Parti de cette dernière ville, on arrive, après une marche de trois jours, au Ouadi Dbba, et de là, en six jours, à AG«ou. Sur cette ligne, on trouve de l'eau à chaque station. MERGHAD, située à une journée plus loin, est à six milles de Sidjilmessa.

Les habitants de Sous et d'Aghmat sont les plus industrieux des hommes et les plus ardents dans la poursuite des richesses ils obligent leurs femmes et leurs jeunes garçons à exercer des métiers qui puissent rapporter quelque argent. Ce sont les territoires d'Aghmat et de Sous seulement qui produisent l'arbre nommé helgan (i).

(1) Voy. la note 2, P.


L'huile qu'il fournit est de bonne qualité et possède plusieurs vertus. Pour se la procurer, on cueille les fruits et on les donne à manger aux bestiaux ensuite on ramasse les noyaux, on les fait cuire au feu, après les avoir broyés, et puis on en exprime l'huile. Les habitants ont chez eux une telle abondance de ce fruit, qu'ils peuvent, au besoin, se passer de toutes les autres espèces d'huile.

[360] Route du Ouadi Derâ au désert (Sabra), et de là au pays des noirs

On met cinq journées pour se rendre du OUADI Dera à Ouadi Tabga (i), rivière qui marque le commencement du grand désert. Entré dans cette vaste région, le voyageur trouve de l'eau chaque second ou troisième jour de marche, jusqu'à ce qu'il arrive à Ras EL-MEDJABa « la tête, ou commencement de la solitude »; puis il arrive à un puits nommé Tezamet, qui renferme une source dont l'eau, plutôt salée que douce, jaillit d'une roche très dure. Ce puits est un ouvrage des anciens, bien qu'on dise qu'il fut construit par les Oméïades. A l'orient de cet endroit est un puits nommé BiR el-Djemmalîn (2), et dans le voisinage de la même localité est un autre puits appelé NAiili ni l'un ni l'autre ne fournit de l'eau douce. Entre ces trois puits et le pays occupé par les musulmans, il y

(1) Ouadi-Targa: le premier de ces mots est arabe et signifie vallée, rivière; le second est berber et veut dire rigole, aqueduc. Le Ouadi Targa est mieux connu maintenant sous le nom d'Es-Sagaiat-d-Hamra « la rigole rouge ». Il se jette dans le Ouad Dera, à quelque distance de la mer.

(2) Peut-être la localité du même nom dont El-Bekri a déjà iait mention, p. 296. Nous connaissons si imparfaitement la géographie du pays situé au sud du Ouadi Sous, que nous n'avons pas les moyens d·: trancher cette question. (Voy. cependant le Negroland de M. Cooley, p. 9 et 13.)


a quatre journées de marche. De là on se rend à une montagne nommée, en langue berbère, Idrar en Ou--zal, c'està-dire « la montagne de fer [La distance est] la même que [361] celle déjà indiquée. En quittant cette montagne on entre dans la solitude (med jaba) où il faut marcher huit jours avant de trouver de l'eau. C'est là l'endroit qui porte le nom d'El-Medjaba-t-el-Kobra « la grande solitude ». Cette eau est dans le territoire des Béni Iktecer, tribu sanhadjienne. De là on se rend à un bourg nommé Meddouken, qui appartient aussi à des Sanhadja. Une distance de quatre journées de marche sépare cette localite de la ville de Ghana (i).

En partant des [trois] puits déjà indiqués, l'on entre dans une solitude où il faut marcher quatre jours avant de rencontrer de l'eau. Arrivé ensuite à EïzEL, montagne située dans le désert, on passe chez une tribu sanhadjienne nommée les Beni Lemtouna. Ces gens-là vivent en nomades et parcourent le désert. La région qu'ils fréquentent s'étend en longueur et en largeur jusqu'à une distance de deux journées de marche, et sépare le pays des noirs de celui des musulmans. Ils passent l'été dans une contrée nommée Amatxous, et dans une autre nommée Taliouîx. Ils sont proches voisins du pays des noirs, dont ils se trouvent à une distance de dix journées. Ils ne savent ni labourer la terre, ni l'ensemencer ils ne connaissent pas même le pain. Leurs troupeaux forment toutes leurs richesses, et leur nourriture consiste en chair et en Ifit. Plusieurs d'entre eux passeraient leur vie sans avoir mangé du pain, si les marchands venus des contrées musulmanes ou du [362] pays des noirs ne leur en faisaient goûter ou ne leur donnaient de la farine en cadeau.

(i) L'emplaeement de la ville de Ghana n'est pas très éloigné de celui de Tenboktou.


Ils professent la religion orthodoxe et font la guerre sainte en combattant les noirs. Ils eurent naguère pour chef Mohammed ibn Taresna, homme rempli de mérite et de piété, qui avait fait le pèlerinage et combattu les infidèles. Il mourut dans le pays des noirs, à un endroit qui porte le même nom que les Gangâra, peuple nègre, et qui est situé à l'occident de la ville de BANKLABiN. Cette dernière localité est habitée par une bande de musulmans appartenant à la tribu des Sanhadja et nommés les Beni Ouareth.

Au delà des Beni Lemtouna se tient une tribu sanhadjienne, nommée les Beni Djoddala; elle demeure dans le voisinage de la mer, dont elle n'est séparée par aucune autre peuplade.

Telles sont les tribus qui, postérieurement à l'an 4do (io48-io49 de J.-C.), entreprirent de maintenir la vérité, dc réprimer l'injustice et d'abolir tous les impôts [qui n'étaient pas basés sur la loi]. Elles professent la doctrine orthodoxe et suivent le rite institué par Malek ibn Anès. Celui qui leur fraya cette voie et qui appela les peuples au ribat-(i) et au maintien de la vérité se nommait Abd Allah ibn Yacîn (2).

A cette époque ils avaient pour chef Yahya ibn Ibrahîm, membre de la tribu des Djoddala. Une certaine année, il fit le pèlerinage de la Mecque et, [363] pendant qu'il sen retournait, il fit la rencontre du jurisconsulte Abou Amran el-Faci (natif de Fez), qui lui demanda des renseignements sur son pays, sur ses principes de conduite et sur les doctrines religieuses dont ses compatriotes faisaient profession. Ayant reconnu, à travers l'extrême

(1) Au ribat, c'est-à-dire à la guerre sainte.

(2) Voy..p. i97.


ignorance du voyageur, un grand désir de s'instruire, joint à de bonnes intentions et à une foi sincère, il lui adressa ces paroles « Pourquoi ne pas étudier la loi divine sous son vrai point de vue ? Pourquoi ne pas ordonner le bien et défendre le mal ? » Yahy a répondit « Les maîtres qui viennent nous enseigner n'ont aucun sentiment de piété, aucune connaissance de la sonna aussi je vous prie de me laisser emmener celui de vos disciples dont vous pouvez garantir le savoir et la piété c'est lui qui instruira notre peuple, chez lequel il maintiendra les prescriptions de la loi ». Abou Amran s'étant assuré qu'aucun des élèves à qui il voulait confier cette mission ne consentirait à partir avec Yahya, lui adressa ces paroles « Ici, à Cairouan, je n'ai point de personne qui vous convienne; mais vous trouverez à Melkous un jurisconsulte qui est venu assister à mes leçons et dont j'apprécie hautement l'intelligence et la piété. Il se nomme Ouaggag, fils de Zeloui. Allez le voir, et vous trouverez probablement en lui tout ce que vous cherchez ». Yahya prit la résolution de suivre ce conseil avant de s'occuper d'autre chose, et s'étant rendu auprès de Ouaggag, il lui raconta sa conversation avec Abou Amran. Ouaggag lui désigna un de [364] ses confrères qui portait le nom d'Abd Allah ibn Yacîn, et dont la mère, un Izamaren, appartenait à une famille guezoulienne qui habitait T'emamanaout. Ce bourg est situé sur le bord du désert [que l'on appelle le désert] de la ville de Ghanà. Yahya emmena cet homme dans son pays, où bientôt soixante et dix personnes se réunirent avec l'intention d'étudier sc.us ce maître et de lui témoigner une parfaite obéissance. Quelque temps après, les nouveaux prosélytes marchèrent contre la tribu des Lemtouna, la bloquèrent dans une de ses montagnes, et, l'ayant mise en pleine déroute,


ils retinrent comme un butin légal tous les troupeaux qu'ils étaient parvenus à lui enlever. Ce parti religieux, voyant sa puissance augmenter de jour en jour, prit pour chef Yahya ibn Omar ibn Telaggaguîn. Quant à Abd Allah ibn Ya-cîn, il demeura parmi eux, tout en évitant, par un scrupule de conscience, de goûter de la chair ou du lait de leurs troupeaux il prétendait que ce qu'ils possédaient était, sans exception, [mal acquis et] impur; aussi sa nourriture ne se composait que de gibier pris dans le désert. Ensuite il leur ordonna de bâtir une ville, qui fut nommée Aretnenna, et leur prescrivit de n'y point construire de maisons dont les unes dépasseraient les autres en hauteur. Ils se conformèrent à ses ordres et continuèrent à lui montrer une obéissance parfaite jusqu'au moment où ils se fâchèrent contre lui pour des raisons qu'il serait trop long de rapporter. Il paraît qu'ils avaient remarqué quelques contradictions dans les jugements qu'il prononçait. Alors un de leurs--compatnotes, le jurisconsulte El-Djouher ibn Segguem, parvint, avec l'aide de deux de leurs chefs, nommés, l'un Eiyar et l'autre Integgou, à priver Ibn Ya-cîn du droit d'imposer ses opinions et ses conseils à la communauté. Ils lui enlevèrent l'administration du trésor public, le t chassèrent du pays, démolirent sa maison et livrèrent au pillage tout ce qu'elle renfermait de meubles et d'effets. Ibn Ya-cîn quitta secrètement le pays des tribus sanhadjiennes, et alla trouver Ouaggag ibn Zeloui, le jurisconsulte de Melkous. Celui-ci adressa de vifs reproches aux Sanhadja à cause de leur conduite envers Ibn Ya-cîn, et leur fit savoir que toute personne qui refuserait d'obéir à ce docteur serait retranchée du corps des vrais croyants et mise hors la loi. Ibn Ya-cîn, auquel il signifia l'ordre de retourner à son poste, s'empressa de s'y rendre et de mas-


sacrer tous ceux qui s'étaient déclarés contre lui. Il tua, de plus, une foule de gens qu'il croyait mériter la mort, soit par leurs crimes, soit par leur impudicité. Devenu maître du désert entier, il rallia à sa cause toutes les tribus de cette région, les initia à ses doctrines, et leur fit prendre l'engagement de se conduire d'après ses ordres. Plus t;>rd, tous ces néophytes marchèrent contre les Lemta, et, mettant en application la loi qu'Ibn Ya-cîn leur avait enseigpée au sujet des propriétés dont l'origine était suspecte, ils exigèrent de cette tribu le tiers de ses biens, afin de rendre légitime la jouissance des deux autres tiers. Les Lemta, [366] ayant consenti à cette demande, furent admis dans la confédération. Le premier des pays ennemis dont ils firent la conquête fut celui de Derâ. Dans cette guerre, ils déployèrent une bravoure et une intrépidité qui n'appartenaient qu'à eux seuls; ils se laissèrent tuer plutôt que de fuir, et l'on ne se rappelle pas les avoir jamais vus reculer devant l'ennemi. Ils combattent à cheval ou montés sur des chameaux de race mais la plus grande partie de leur armée se compose de fantassins, qui s'alignent sur plusieurs rangs. Ceux du premier rang portent de longues piques, qui servent à repousser ou à percer leurs adversaires ceux des autres rangs sont armés de javelots chaque soldat en tient plusieurs, qu'il lance avec assez d'adresse pour atteindre presque toujours la personne qu'il vise et la mettre hors de combat. Dans toutes leurs expéditions, ils ont l'habitude de placer en avant de la première ligne un homme portant un drapeau tant que le drapeau reste debout, ils demeurent inébranlables; s'il se baisse, ils s'asseyent tous par terre, où ils se tiennent aussi immobiles que des montagnes jamais ils ne poursuivent un ennemi qui fuit devant eux. Ils tuent les chiens partout où ils les rencontrent, et ils


n'en gardent jamais aucun parmi eux. Yahya ibn Omar témoignait à Ibn Ya-cîn la soumission la plus profonde ct l'obéissance la plus absolue. Plusieurs personnes ont raconté que, dans une de ses expéditions, Ibn Ya-cîn lui dit « EmiT 1 tu as encouru une peine correctionnelle ». « Comment l'ai-je méritée lui répondit Yahya. <^ Je [367] ne te le dirai pas, dit Ibn Ya-cîn, avant de t'avoir châtié et fait payer une dette que Dieu réclame ». « Je suis prêt à t'obéir, répondit l'émir châtie mon corps à ta volonté ». Ibn Ya-cîn lui appliqua plusieurs coups de fouet; puis il lui adressa ces paroles « Un chef ne doit jamais s'engager dans la mêlée du combat; car ae sa vie ou de sa mort dépend le salut ou la perte de l'armée ».

Les Almoravides envoyèrent une sommation à Mesaoud ibn Ouanoudîn (i) le Maghraouïen, seigneur de Sidjilmessa, et aux habitants de cette ville. N'ayant pas obtenu une réponse satisfaisante, ils se mirent en marche, au nombre de trente mille guerriers, montés sur des chameaux de selle, tuèrent Mesaoud, s'emparèrent de sa capitale et y laissèrent une garnison. En l'an (io54-io55 de J.-C.), lorsqu'ils furent rentrés dans leur pays, les habitants de Sidjilmessa attaquèrent dans la mosquée les Almoravides [qui formaient la garnison], et les massacrèrent presque tous. Ils se repentirent bientôt de ce qu'ils avaient fait, et dépêchèrent successivement plusieurs envoyés vers Ibn Ya-cîn, pour l'engager à revenir avec ses troupes, « puisque, disaient-ils, les Zenata se sont mis en marche pour nous attaquer ». Ibn Ya-cîn appela les Almoravides à une seconde expédition contre les Zenata mais ils refusèrent d'obéir, et les Beni Djoddala, s'étant mis

(i) Voy. dans l'Hisioire des Berbers, t. IH, p. 258, les renseignements sur Mesaoud ibn Ouanoudîn.


en révolte ouverte, se retirèrent vers le littoral de la mer. L'émir Yahya [368] reçut alors d'Ibn Ya-cin l'ordre de se retrancher dans le Djebel Lemtouna. Cette montagne, d'un abord très difficile, abonde en eaux et en pâturages; elle s'étend en longueur l'espace de six journées de marche, et, en largeur, l'espace d'une journée. On y voit un château nommé ARGUI, qui est entouré d'une forêt d'environ vingt mille dattiers. Cette forteresse fut construite par Yannou ibn Omar el-Haddj, frère de Yahya ibn Omar. Pendant que celui-ci se rendait à Djebel Lemtouna, Ibn Ya-cîn marchait sur la ville de Sidjilmessa, à la tête de deux cents hommes appartenant aux tribus sanhadjiennes, et avait pris position à TAMEDDOULT, château auprès duquel on trouve beaucoup de ruisseaux et de dattiers. Cette place forte est dominée par une montagne dans laquelle est une mine d'argent, connue des habitants de la localité. Il parvint alors à rassembler une armée nombreuse, composée de Serta et de Targa (Touaregs), tribus qui possèdent quelques châteaux dans cette contrée. Abou Bekr ibn Omar se trouvait dans le Derâ avec Ahmed ibn Amedagnou, quant il reçut d'Ibn Ya-cîn l'ordre de prendre le commandement [des Almoravides], en remplacement de son frère Yahya, que l'on avait laissé sur le Djebel Lemtouna. En l'an 448 (io56-io57 de J.-C.), les contingents des Beni Djoddala, au nombre d'environ trente mille guerriers, se retournèrent contre Yahya ibn Omar et le bloquèrent dans cette montagne. Yahya se trouvait alors à la tête d'une force imposante, et il avait auprès de lui Lebbi, [369] fils de Ouardjaï et chef des t Tekrour. Les deux armées se rencontrèrent dans un lieu dE cette contrée nommé Tebferîlla (?) et situé entre TALIouein et le DJEHEL LEMTOUNA. Yahya ibn Omar y trouva la mort, et beaucoup de monde périt avec lui. On raconte


qu'aux heures de la prière on entend les voix des moueddin dans cet endroit aussi chacun l'évite et personne r.'ose y pénétrer. On s'est même abstenu d'enlever aux morts leurs épées, leurs boucliers, aucune pièce de leurs armures ou de leurs habillements. Depuis ce temps, les Almoravides n'ont pas tourné leurs armes contre les Djoddala.

En l'an 4a6 (io54-io55 de J.-C.), Ibn Ya cîn marcha sur Aoudaghast, pays florissant, dont la métropole est très grande et possède plusieurs bazars, un grand nombre de dattiers et beaucoup d'arbres à hennca, gros comme des oliviers. C'était la résidence d'un roi nègre qui portait le titre de ghana, avant que les Arabes eussent pénétré dans la ville de ce nom.

Aoudaghast renferme de belles maisons et des édifices solidement bâtis. Elle est à deux mois de Sidjilmessa et à quinze jours de la ville de Ghana. Naguère la population se composait de Zenatiens et d'Arabes, qui formaient deux partis et qui vivaient toujours dans un état de haine et d'hostilité mutuelles. Ils possédaient de grandes richesses et de nombreux esclaves on y trouvait des individus qui avaient chacun un millier d'esclaves et même davantage. Les Almoravides emportèrent cette ville d'assaut, violèrent [370] les femmes et s'emparèrent de tout ce qui s'y trouvait, en déclarant que c'était un butin légal. Ibn Ya-cm y fit mettre à mort un Arabe de sang mêlé, natif de Cairouan, qui s'était distingué par sa piété, se vertu, son assiduité à réciter le Coran et l'avantage d'avoir accompli le pèlerinage de la Mecque. Cet homme so nommait Zebacra. Les Almoravides traitèrent la population d'Aoudaghast avec cette rigueur extrême, parce qu'elle reconnaissait l'autorité du souverain de Ghana. En l'an 449 (io57-io58 de J.-C.), Abd Allah ibn Ya-cîn


fü une expédition du côté d'AcHMAT. L'année suivante, il soumit le pays des Masmouda, et l'an 1 (io5g de J.-C.), il fut tué à Kerîfelt, dans le 4erritoire des Béreghouata. L ne chapelle très fréquentée recouvre son tombeau et forme un ribat qui est toujours rempli de monde. Ibn Ya-cîn ne périt qu'après avoir conquis Sidjilmessa et ses dépendances, le Sous entier, Aghmat, Noul et le désert. Les sectateurs d'Ibn Ya-cîn le regardent comme un saint, Ct, pour justifier leur opinion, ils racontent avec une bonne foi parfaite que, dans une de leurs expéditions, ses compagnons, accablés par la soif, lui adressèrent de vives plaintes. « Espérons, leur dit-il, que Dieu nous fera sortir de nos difficultés ». S'étant alors avancé avec eux pendant une heur- il leur ordonna de creuser la terre devant lui. A peine se furent-ils mis au travail, qu'ils découvrirent une source d'eau parfaitement douce et d'une excellente qualité, dont ils purent étancher [371] leur soif, abreuver leurs montures et faire une provision de voyage. On raconte aussi qu'il s'arrêta [un soir] dans un lieu de halte, auprès duquel était un étang peuplé de crapauds, dont les coassements ne discontinuaient pas. Aussitôt qu'il se fut installé sur le bord de l'étang, ces animaux ne firent plus entendre le moindre bruit. Encore aujourd'hui, une bande d'Almoravides choisira pour chef de la prière un individu qui a déjà prié dans une assemblée présidée par Ibn Ya-cîn, plutôt que de prendre un homme bien plus dévot et plus instruit dans le Coran, mais qui n'aurait pas eu l'avantage de faire la prière derrière cet imam. Telle était la passion d'Ibn Ya-cîn pour les femmes, qu'il en épousait et répudiait plusieurs chaque mois. Dès qu'il entendait parler d'une belle femme, il la demandait en mariage, et jamais il n'assignait un douaire plus fort que quatre mithcals (pièces d'or).


Etranges doctrines enseignées par Abd-Allah ibn Ya-Cin Il prenait un tiers des biens dont l'origine était suspecte, sous le prétexte que cette contribution servait à purifier les deux autres tiers, et à en rendre l'usage légitime. Lorsqu'un homme entre dans la seote et témoigne du repentir de ses fautes passées, on lui dit « Tu as commis dans ta jeunesse de nombreux péchés il faut donc que tu <n reçoives le chàtiment, afin d'être délivré de cette souillure ». La punition du fornicateur consiste en cent coups de fouet celle du menteur en quatre-vingts coups, et [372] celle de l'homme qui boit des boissons enivrantes en quatre-vingts coups. Quelquefois même on augmente le nombre de coups. Ils traitent de la même manière les peuples vaincus qui se font admettre dans la secte. Un meurtrier, connu comme tel, subit la peine de mort, soit qu'il vienne à eux de bonne volonté et en exprimant son repentir, soit que l'on s'empare de lui pendant qu'il affiche ouvertement son insoumission sa conversion et son repentir ne lui servent de rien. Celui qui arrive trop tard à la prière publique reçoit cinq coups de fouet. Celui qui omet un des prosternements qui font partie de la prière, en reçoit vingt coups. Chacun est obligé de répéter quatre fois la prière du dohar (i) avant d'assister à la célébration publique de la même prière cette règle s'observe aussi pour les autres prières on dit aux néophytes « Vous avez bien certainement manqué plusieurs fois à la prière dans votre vie passée; aussi faut-il suppléer à cette omission ». Presque tous les hommes de la classe infé- rieure assistent à la prière sans avoir fait l'ablution [prescrite par la loi] cela leur arrive lorsqu'ils se trouvent pres

• (0 La prière du dohor a lieu entre midi et demi et une heure.


ses par le temps et qu'ils désirent éviter le châtiment dû aux retardataires. Celui qui élève la voix dans la mosquée ieçoit le nombre de coups que la personne chargée de le punir juge suffisant pour le corriger. Ceux qui perçoivent l'aumône de la rupture du jeûne l'emploient à leurs dépenses personnelles.

Parmi les traits d'ignorance que l'on attribue [3;3] à Ibn Ya-cîn, nous pouvons signaler celui-ci Un homme qui avait une contestation avec,un marchand étranger le lit comparaître devant ce magistrat. Le marchand, dans une de ses répliques, employa ces mots « A Dieu ne plaise que cela soit » Ibn Ta-cin donna aussitôt l'ordre de lui administrer plusieurs coups de fouet, « parce que, dit-il, il s'est servi d'une expression horrible, une phrase scandaleuse, qui mérite le châtiment le plus rigoureux ». Un natif de Cairouan, qui se trouvait à l'audience, prit la parole et lui dit « Que trouves-tu de blâmable dans cette expression ? Dieu lui-même ne l'a-t-il pas employée dans la partie de son livre où il raconte l'histoire de Joseph et rapporte l'exclamation des femmes qui se coupèrent les doigts ? Il dit « A Dieu ne plaise ce n'est pas là un mor̃x tel ce ne peut être qu'un ange glorifié (i) n. Ibn Ya-cîn rétracta son ordre.

Aujourd'hui, en l'an 46o de J.-C.), les Almoravides ont pour. émir Abou Bekr ibn Omar mais leur empire est morcelé et leur puissance divisée (2). Ils se tiennent maintenant dans le désert.

Chez toutes les tribus du désert on porte constamment

(t) Contn. sourate xn, verset 3a.

(2) Voy. Hist. des Berbers. t. II, p. 72. A cette époque, on ne s'attendait pas à voir les Almoravides faire la conquête du Maghreb, sons la conduite de Youçof ibn Tachefin. et soumettre ensuite toute l'Espagne musulmane.


le n.icab (voile qui se place sur le front) au-dessus du lilham (voile qui couvre la partie inférieure de la figure), en sorte qu'on ne leur voit que l'orbite des yeux; jamais, dans aucune circonstance, ils n'ôtent ce voile, et l'homme à qui on l'aurait enlevé serait méconnaissable pour ses amis et pour ses parents. Si un de leurs guerriers est tué en bataille et qu'on lui ôte son voile, personne ne peut dire qui il est, jusqu'à ce que cette partie de l'habillement soit remise à sa place. Le voile est une chose qu'ils ne quittent pas plus que leur peau. Aux autres hommes qui ne s'habillent pas comme eux, ils appliquent un sobriquet qui, dans leur langue, signifie bouches de ni-ouches. Leur nourriture consiste en tranches de viande séchée que l'on pile, et sur laquelle on verse de la graisse fondue ou du beurre. Chez eux le lait remplace l'eau comme boisson; ils passent souvent des mois entiers sens avaler une goutte d'eau, ce qui ne les empêche pas d'être fortement constitués et bien portants. Chez les peuples du désert, lorsqu'un homme est soupçonné de vol, on lui serre la tête avec deux morceaux de bois fendu, dont on applique l'un sur le front et l'autre sur l'occiput. Il ne peut alors s'empêcher d'avouer son crime; car il ne saurait supporter, même pour un instant, une compression aussi violente.

Parmi les animaux qui habitent le désert on remarque le lamt, quadrupède moins grand qu'un bœuf, et dont les mâles, ainsi que les femelles, portent des cornes minces et effilées. Plus l'individu est âgé, plus les cornes sont grandes; quelquefois elles atteignent une longueur de quatre empans. Les boucliers les meilleurs et les plus chers sont faits de la peau de vieilles femelles, dont les cornes, avec l'âge, [375] sont devenues assez longues pour empêcheur le mâle d'effectuer l'accouplement.


Ce désert abonde en féneks, animaux dont on exporte _la fourrure] dans tous les pays. On y trouve aussi des béliers damaniens (i). Cet animal est de la taille d'un mouton, mais d'une forme plus belle; il n'a point de laine, mais un poil semblable à celui de la chèvre; par l'élégance de ses formes et la beauté de sa couleur, il tient le premier rang dans ce genre de ruminants. L'arbrisseau nommé mercin, qui est le même que le myrte, ne croit pas dans ce désert, ni dans le territoire d'Aghmat, ni dans celui du Sous. Comme il est très recherché par les habitants de ces régions, on leur en expédie d'autres. régions.1 Parmi les objets remarquables qui se trouvent. dans ce désert, on peut signaler la mine de sel qui est. ¡; deux journées de la grande solitude (El-Medjaba-t-elKobra) et à vingt journées de Sidjilmessa. Pour arriver au sel, il faut enlever la couche de terre qui le couvre, ainsi que cela se pratique aux mines qui renferment des métaux ou des pierres précieuses. A une profondeur de deux toises tout au plus, on trouve le sel, que l'on détache- par blocs, comme on coupe des pierres dans une --arrière. Cette mine se nomme Tatental. Elle est dominée par un, château dont les murs, les salles, les créneaux et les: tourelles sont construits de [3i6] morceaux de sel. De là on exporte ce minerai à Sidjilmessa, à Ghana et dans tous les pays des noirs. Les marchands ne cessent d'affluer vers cette mine, dont les travaux ne s'interrompent ja-mais et dont le revenu est énorme. On trouve une autremine de sel dans le pays des Beni Djoddala, à l'en--

(i) Le daman (hyraz des naturalistes) est un petit mammifère dugenre des pachydennes, qui demeure dans les rochers, et qui n'a aucune ressemblance avec les animaux de la famille des ruminants. Bien ne nous autorise à l'identifier avec le daman dont il est fait mention ici et qui doit appartenir à la famille des antilopes


droit nommé Aoulîl (Arguin), qui est situé sur le bord de la mer. Des caravanes partent de là avec du sel pour toutes les contrées voisines. Tout auprès d'Aoulîl est une péninsule nommée Aîouni. Au moment de la haute marée, ce lieu devient une île où l'on ne peut arriver de la terre ferme; mais lors du reflux, l'on s'y rend facilement à pied. L'ambre gris s'y trouve en grande quantité. La principale nourriture des habitants est la chair de tortues qui abondent dans cette mer et qui atteignent une grosseur énorme. Un homme prend quelquefois la carapace d'un de ces animaux et s'y embarque comme dans un bateau pour aller à la pêche. Quand nous parlerons des tortues qui se trouvent sur la route de Tîrca, nous aurons raconter, au sujet de leur grosseur, des faits plus extraordinaires que celui-ci. Les habitants de cette localité possèdent des moutons et d'autres bestiaux. Cette île forme un port de mer. Pour se rendre de là à Noul on suit constamment-le rivage de la mer pendant l'espace de deux mois. Les caravanes qui entreprennent ce voyage marchent presque toujours dans une région dont le sol est recouvert d'une couche de pierre qui résiste au fer. et qui émousse les pics employés pour la briser. L'on s'y [377] procure de l'eau douce en creusant des trous dans les endroits que la mer laisse à découvert lors du reflux. Si. un voyageur meurt en route, on ne peut l'enterrer à cause de la dureté du sol et de l'impossibilité d'y creuser une fosse; aussi l'on se borne à couvrir le cadavre avec de l'herbe et des arbrisseaux desséchés, ou bien on le jette à la mer.


Notice du pays des noirs, des vitles les plus célèbres de cette région, de leurs positions rnspecttres, des distances qui les séparent, des meneilles qu'elles renferment, et des moeurs des habitants.

Les Beni Djoddala, dont le territoire touche à celui des noirs, demeurent sur l'extrême limite du pays où l'on professe l'islamisme. La ville nègre la plus rapprochée de l-i contrée des Beni Djoddala se nomme Sanghana elle en est à six journées de distance et se compose de deux villes séparées par le NIL (le Niger). Le pays [des Djoddala] offre une suite non interrompue de lieux habités jusqu'à l'océan Environnant. Immédiatement après Sanghana et dans la direction du sud-ouest se trouve la ville de Tekrour, située sur le Nil et habitée par des nègres qui, naguère, étaient païens comme les autres peuples noirs, et adoraient des dekakîr. Ce mot, dont le singulier est dekkour, est employé par eux pour désigner des idoles. Ouardjabi, fils de Rabis, étant devenu leur souverain, embrassa l'islamisme, introduisit chez eux la loi musulmane et les décida à s'y conformer, après leur avoir fait ouvrir les yeux à la [378] vérité. Il mourut en l'an (io4o-io4i de J.-C.). Aujourd'hui les habitants de Tekrour professent l'islamisme. De Tekrour on se rend à SILLA, ville bâtie, comme la précédente, sur les deux bords du Nil. Ses habitants sont de la religion musulmane, doctrine à laquelle ils se laissèrent convertir par Ouardjabi, que Dieu lui fasse miséricorde 1 De Silla à la ville de Ghana, il y a vingt journées de marche, en traversant une région habitée par plusieurs peuplades nègres. Le roi de Silla fait toujours la guerre aux Noirs qui sont plongés dans l'infidélité, et dont les plus rapprochés se trouvent dans la ville de Calenbou, à la distance d'une journée de marche. Maître d'un empire fort étendu, ce


prince possède assez de ressources pour se maintenir contre le roi de Ghana. Les habitants de Silla emploient comme monnaie le dora, le sel, des anneaux de cuivre et de petits pagnes de coton, qu'ils nomment chigguïya (i). Ils possèdent beaucoup de boeufs; mais on ne trouve chez eux ni moutons, ni chèvres. L'arbre le plus commun est l'ébénier; ils en emploient le bois à divers usages. Dans la part du Nil qui touche à cette contrée est un endroit nommé Safiabi, où se trouve un animal aquatique (2) qui ressemble à l'éléphant par la grosseur du corps, par les naseaux et par les dents. On le nomme cafou. Il va paître dans les plaines et [379] se retire ensuite dans le Nil. Les chasseurs reconnaissent l'endroit de la rivière où il se tient, à l'agitation de l'eau qui lui passe sur le dos ils s'y dirigent, armés de courts javelots de fer, dont les extrémités inférieures portent chacune un anneau auquel est attachée une longue corde. On lui lance un grand nombre de ces traits; l'animal plonge et se débat au fond du fleuve jusqu'à ce qu'il meure. Alors le cadavre surnage et les chasseurs l'attirent à eux [au moyen de cordes attachées aux javelots]. Ils en mangent la chair et fabriquent avec la peau cette espèce de fouet qui se nomme ceryafa et que l'on exporte dans tous les autres pays. A côté de ce canton et à la distance d'une journée est situé Caleivbou, ville dont nous venons de faire mention et qui s'élève sur le bord du Nil. Les habitants sont idolâtres. TERENCA, ville située auprès de Calenbou, occupe un grand espace de terrain. C'est là que se fabriquent les chigguïya (ou pagnes) dont nous venons de parler et

(1) Les étoffes de calicot portent encore le nom de chiggué dams quelques endroits du pays des noirs. (Voy. les Voyages du D1 Barth, t, IV, p. 443 de l'édition anglaise.)

(2) L'hippopotame. Le voyageur Ibn-Batoutah en parle aussi.


dont la longueur, ainsi que la largeur, est de quatre empans. Le coton n'est pas très abondant chez eux, et cependant presque chaque maison a son cotonnier. Les habitants de ces contrées et des autres états nègres dont nous avons fait mention ont une loi en vertu de laquelle l'homme qui aurait été victime d'un vol peut, à son choix, vendre le voleur ou le tuer. L'adultère est écorché vif. De Terenca, le pays habité par les Noirs s'étend jusqu'au territoire des Zafcou, peuple nègre, qui adore un serpent semblable à un énorme boa. Cet animal a une crinière et une queue [touffue]; sa tête est comme celle du chameau. Il habite le désert et se tient dans une caverne, fi l'entrée de laquelle on voit un berceau de feuillage, quelques pierres et une maison habitée par les gens dévots qui se sont consacrés au culte du serpent. Au berceau ils suspendent les habits les plus riches et les effets les plus précieux. Ils y déposent pour leur divinité des plats remplis de mets et de grands vases .pleins de lait et de sorbets. Lorsqu'ils veulent attirer l'animal dans le berceau ils prononcent certaines paroles et sifflent d'une manière particulière; aussitôt le reptile sort devant eux. Si un de leurs princes vient de mourir, ils réunissent toutes les personnes qui paraissent dignes de la souveraineté et les conduisent auprès du serpent. lls prononcent alors des formules connues d'eux seuls; l'animal s'approche et flaire les candidats successivement jusqu'à ce qu'il frappe l'un d'entre eux avec son nez; puis il TentTe dans sa caverne. L'homme ainsi désigné court après lui de toute sa vitesse, afin d'arracher autant qu'il peut de crins au cou ou à la queue de la bête, Le nombre d'années de son règne est indiqué par le nombre de crins qui lui restent dans 12 main. Ils prétendent que ce pronostic est infaillible. A côté de ce peuple demeurent les El-Ferouîïn, dont le pays


forme un royaume indépendant. On y remarque, parmi d'autres singularités, un amas d'eau formant un étang dans lequel pousse une herbe dont la racine est aphrodisiaque au plus haut degré. Le roi du pays se la réserve en totalité, [381] et ne permet pas d'en donner à qui ce soit. Il possède un nombre immense de femmes; quand il veut les voir, il les fait prévenir un jour d'avance; puis il emploie ce médicament et les visite toutes successivement, sans presque éprouver aucun affaiblissement. Un des rois voisins, qui était musulman, lui envoya un présent magnifique, et le fit prier de lui donner un peu de cette plante. Il reçut en retour l'équivalent de son cadeau et une lettre ainsi conçue « Les musulmans ne peuvent épouser qu'un petit nombre de femmes; si je t'envoyais le médicament que tu demandes, je craindrais de te mettre dans un état tel, que, ne pouvant te contenir, tu te laisserais aller à des excès réprouvés par ta religion. Mais je t'envoie une herbe qui, étant mangée par un homme impuissant, le met en état d'engendrer des enfants ^Dans le pays des El-Ferouîïn, le sel se vend au poids de Description de Ghana et mœurs de ses habitants

Ghana est le titre que portent les rois de ce peuple le nom de leur pays est AOUgAR. Le souverain qui les gouverne actuellement, en l'an ,46o (1067-1068 de J.-C.), se nomme Tenkamenîn il monta sur le trône en l'an 455. Son prédécesseur, qui se nommait Beci, commença son règne à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. C'était un prince digne d'éloges, tant par sa conduite que par son zèle pour la justice et son amitié pour les musulmans. Quelque temps avant sa mort, il perdit l'usage de la vue; mais il sut cacher [382] cette infirmité à ses sujets, et leur faire


accroire qu'il voyait très bien. Quand on plaçait devant lui divers objets, il ne manquait pas de dire « Ceci est beau, cela est laid ». Pour tromper le peuple de cette manière, il s'était concerté avec ses vizirs, qui lui indiquaient par des paroles énigmatiques et inintelligibles pour le vulgaire les réponses qu'il devait faire. Beci était l'oncle maternel de Tenkamenîn. Chez ce peuple l'usage et les règlements exigent que le roi ait pour successeur le fils de sa sœur; car, disent-ils, le souverain a la certitude que son neveu est bien le fils de sa sœur; mais il ne peut pas être assuré que celui qu'il egarde comme son propre fils h- soit en réalité. Tenkamenîn est maître d'un vaste empire et d'une puissance qui le rend formidable. '1 ] Ghana se compose de deux villes situées dans une plaine. Celle qui est habitée par les musulmans est très grande et renferme douze mosquées, dans une desquelles on célèbre la prière le vendredi. Toutes ces mosquées ont leurs imams, leurs moueddins et des lecteurs salariés. La ville possède des jurisconsultes et des hommes remplis d'érudition. Dans les environs sont plusieurs puits d'eau douce, qui fournissent à la boisson des habitants, et auprès desquels on cultive des légumes. La ville habitée par le roi est à six milles de celle-ci et porte le nom d'ElGhaba « la forêt, le bocage Le territoire qui les sépare est couvert d'habitations. Les édifices sont construits avec des pierres et du bois d'acacia. La demeure du [383] roi se compose d'un château et de plusieurs huttes à toits arrondis, et le tout est environné d'une clôture semblable à un mur. Dans la ville du souverain, non loin du tribunal royal, est une mosquée où les musulmans qui viennent remplir des missions auprès du prince se rendent pour faire leur prière. La ville du roi est entourée de huttes, de massifs d'arbres et de bocages, qui servent de


demeure aux magiciens de la nation, chargés du culte religieux; c'est là qu'ils ont placé leurs idoles et les tombeaux de leurs souverains. Des hommes préposés à la garde de ces bois empêchent qui que ce soit d'y entrer ou de prendre connaissance de ce qui s'y passe. C'est là aussi que se trouvent les prisons du Toi; dès qu'un homme y est enfermé, on n'entend plus parler de lui. Les interprètes du roi sont choisis parmi les musulmans, ainsi que l'intendant du trésor et la plupart des vizirs. Il n'y a que le roi et son héritier présomptif, c'est-à-dire le fils de sa sœur, qui aient le droit de porter des habits taillés et cousus les personnes qui suivent la religion du prince portent des pagnes de coton, de soie ou de brocart, selon leurs moyens. Tous les hommes ont la barbe rasée, et les femmes se font raser la tête. Le roi se pare, comme les femmes, avec des colliers et des bracelets; pour coiffure, ils portent plusieurs bonnets dorés, entourés d'étoffes de coton très fines. Quand il donne audience au peuple, afin d'écouter ses griefs et d'y remédier, il s'assied dans un pavillon, autour duquel sont rangés dix chevaux couverts de caparaçons en étoffes d'or derrière lui se tiennent dix pages portant des boucliers et des épées montées en or; à sa droite sont les fils des princes de son empire, vêtues d'habits magnifiques et ayant les cheveux tressés et entremêlés avec de l'or. Le gouverneur de la ville est assis par terre devant le roi, et tout autour se tiennent les vizirs dans la même position. La porte du pavillon est gardée par des chiens d'une race excellente, qui ne quittent presque jamais le lieu où se trouve le roi; ils portent des colliers d'or et d'argent, garnis de grelots des mêmes métaux. L'ouverture de la séance royale est annoncée par le bruit d'une espèce de tambour, qu'ils nomment deba, et qui est formé d'un long morceau de bois creusé. Au


son de cet instrument, le peuple s'assemble. Lorsque les coreligionnaires du roi paraissent devant lui, ils se mettent à genoux et se jettent de la poussière sur la tête; telle est leur manière de saluer le souverain (i). Les musulmans lui présentent leurs respects en battant des mains. "La religion de ces nègres est le paganisme et le culte des fétiches (dekakir). A la mort du roi, ils construisent, avec du bois de sadj (2), un [385] grand dôme, qu'ils établissent sur le lieu qui doit servir de tombeau ensuite ils placent le corps sur un canapé garni de quelques tapis et coussins, et le placent dans l'intérieur du dôme; ils posent auprès du mort ses parures, ses armes, les plats et les tasses dans lesquels il avait mangé ou bu, et diverses espèces de mets et de boissons. Alors ils enferment avec le corps de leur souverain plusieurs de ses cuisiniers et fabricants de boissons; on recouvre l'édifice avec des nattes et des toiles; toute la multitude assemblée s'empresse de jeter de la terre sur ce tombeau et d'y former ainsi une grande colline. Ils entourent ce monument d'un fossé, qui offre un seul passage à ceux qui voudraier1 s'en approcher. Ils sacrifient des victimes à leurs morts, et leur apportent comme offrandes des boissons enivrantes. fû- roi prélève un droit d'un dinar d'or sur chaque âne

(1) Cet usage a été remarqué par Ibn-Batontah et Ibn-Khaldotra. (2) Le mot sadj s'emploie dans l'Inde pour désigner le teck (tectona grandis) mais l'arbre africain auquel les écrivains arabes donnent ce nom paraît appartenir à une espèce tout à fait différente. Dans la Chrcstomathie de M. de Sacy, t. II1, p. 473, se trouve une traduction de l'article sadj du dictionnaire d'Ibn el-Beithar; mais nous avons raison de croire qu'une lacune de quelques lignes existait dans le manuscrit dont il s'était servi. Dans la traduction du Dr Sontheimer, après les mots, ses rameaux s'élèvent et s'étendent; nous. lisons: il a des feuilles dont une seule suffit pour couvrir un homme; elles ressemblent à celles du. bananier, mais elles les suapassent en longueur et en largeur. Ce n'est pas ? un des caractères du teck.


chargé de sel qui entre dans son pays, et deux dina.rs sur chaque charge de la même substance que l'on exporte. La charge de cuivre lui paye cinq mithcals, et chaque charge de marchandises dix mithealsj Le meilleur or du pays se trouve à GHÎAROU, ville située à dix-huit journées de la capitale, dans un pays rempli de peuplades nègres et couvert de villages. Tous les morceaux d'or natif trouvés dans les mines de l'empire appartiennent au souverain; mais il abandonne au public la poudre d'or, que tout le monde connaît; sans cette précaution, l'or deviendrait si [386] abondant qu'il n'aurait presque plus de valeur. Les pépites de ce métal varient de poids, depuis une aoukïa « once » jusqu'à un ratl « livre ». On dit que lo roi a chez lui un morceau d'or aussi gros qu'une énorme pierre (i). La ville de Ghiarou est à douze milles du Nil, et renferme un grand nombre de musulmans. Le territoire de Ghana est malsain et mal peuplé; à peine un seul des étrangers qui y arrivent peut se soustraire à la maladie qui éclate à l'époque où les grains montent en épi c'est au moment de la moisson que la mortalité se déclare parmi eux.

Route de Ghana à Ghtarou

De Ghana à Samacakda il y a quatre journées de marche. Les habitants,, de ce dernier endroit sont les meilleurs archers de tous les nègres. A deux journées plus loin on entre dans le canton nommé TACA. L'arbre le plus commun de cette localité s'appelle tudmout; il est tout à fait comme l'arac (cissus arborea), si ce n'est qu'il porte

(i) Selon Ibn-Khaldoun, ce lingot pesait vingt quintaux. Il fut vendu par Mença-Djata, sultan qui régna sur le royaume de Ghana, depuis l'an 761 (r36o de J. C.) jusqu'à 775 (1373-1374). Voyez Hist. des Berbers, t. II, p. n5.


un fruit semblable à la pastèque et rempli d'une substanche d'un goût aigre-doux, qui a l'aspect du candi, et que l'on emploie avec succès contre la fièvre. Plus loin, à une journée de marche, on arrive à un canal qui sort du Nil, et qui porte le nom de Zolghou les chameaux le [3S7] traversent à gué et les hommes en bateau. De là on se rend à Ghabevtel, vaste territoire qui forme un royaume considérable. Les musulmans n'y fixent pas leur séjour; mais ils sont reçus avec de grands égards par les habitan4s, qui leur cèdent même le pas quand ils les rencontrent sur les routes. Dans cette contrée, les éléphants et les girafes propagent leurs espèces. De Gharentel on se rend à GHîaROU.

Le roi de Ghana peut mettre en campagne deux cent mille guerriers, dont plus de quarante mille sont armés é'arcs et de flèches. Les chevaux de cet endroit sont d'une liés petite taille. On trouve chez ce peuple du bois d'ébène veiné, dont la qualité est très bonne. Les semailles se font deux fois par an d'abord sur le sol arrosé par le Nil à l'époque de l'inondation, ensuite dans les terrains qui conservent encore leur humidité. La ville d'iRESM (r), située sur le Nil et à l'occident de Ghîarou, renferme une population musulmane; mais toute la contrée environnante est habitée par des idolâtres. On voit à Iresni des chèvres de petite taille; lorsqu'elles mettent bas, on tue les mâles et on laisse vivre les femelles. {L'imprégnation de ces animaux a lieu d'une singulière manière :] les chèvres se frottent contre un certain arbre qui pousse dans ce pays, et par la vertu de ce bois elles conçoivent sans l'intervention du mâle. Ce fait est tellement connu dans le pays, qu'on le regarde comme incontestable, et son exac-

(1) manuscrit M.y, manuscrit P. C'est peut-être le Berçât de Denham et Clapperton.


titude [388] a été garantie par la déclaration de plusieurs musulmans dignes de foi. Les nègres adjem (i), nommés Nounghamarta, sont négociants, et transportent la poudre d'or d'Iresni dans tous les pays. Vis-à-vis de cette ville, sur l'autre côté du fleuve, est un grand royaume qui s'étend l'espace de plus de huit journées et dont le souverain porte le titre de dou. Les habitants vont au combat armés de flèches. Derrière ce pays il y en a un autre nommé Melel, dont le roi porte le titre d'El-Moslemani. Il reçut ce nom à une époque où la diset.te avait affligé ses états pendant plusieurs années consécutives. Les habitants eurent recours aux sacrifices pour obtenir la pluie, et ils immolèrent tant de bœufs, qu'ils faillirent en exterminer la race. La sécheresse et la misère ne faisaient toutefois qu'accroître. Le roi entretenait alors chez lui, en qualité d'hôte, un musulman, qui passait son temps à lire le Coran et à étudier les gestes et dits de Mahomet. S'étant adressé à cet homme, il se plaignit des maux qui accablaient ses sujets. « 0 roi, répondit le musulman, si tu veux croire au Dieu tout-puissant, reconnaître son unité, admettre la mission divine de Mahomet et observer fidèlement les prescriptions de l'islamisme, tu obtiendras, j'en suis sûr, une prompte délivrance des malheurs qui sont venus t'affliger; tu feras descendre la miséricorde divine £389] sur tous les habitants de ton empire, et tu rendras tes adversaires et tes ennemis jaloux de ton bonheur ». Ayant continué ses exhortations jusqu'à ce qu'il eût décidé le roi à embrasser, avec une conviction sincère, les doctrines de la religion musulmane, il lui fit

(i) Adjem signifie étranger, barbare, non-arabe. Comme ce terme peut s'appliquer à tous les peuples nègres, il faut lui supposer ici nne signification toute spéciale, c'est-à-dire natif d'un pays où l'on ne professe pas l'islamisme.


lire dans le livre de Dieu de Coran) quelques passages faciles à entendre, et lui enseigna les obligations et les pratiques qu'aucun vrai croyant ne doit ignorer. L'ayant alors fait attendre jusqu'à la veille du vendredi suivant, il lui prescrivit de se puiifier par une ablution totale, et (je se revêtir d'une robe de coton qui se trouvait toute prète. S'étant alors dirigé avec lui vers une colline, il commença la prière, et le roi, qui se tenait à sa droite, imitait tous ses mouvements. lis passèrent ainsi une partir de la nuit, le musulman disant les prières et le roi disant amen A peine le jour eut-il commencé à poindre, que Dieu répandit sur tout le pays une pluie abondante. Le roi fit aussitôt briser toutes les idoles de ses états et expulser les magiciens. Il demeura sincèrement attaché à l'islamisme, ainsi que sa postérité et ses intimes; mais la masse du peuple est encore plongée dans l'idolâtrie. Depuis lors, ils ont donné à leurs souverains le titre d'ElMoslemani.

Sama, une des provinces qui dépendent de Ghana et qui en est à la distance de quatre journées, est habitée par un peuple appelé El-Bekem. Les hommes vont absolument nus; les femmes se bornent à cacher leurs parties sexuelles avec des lanières de cuir, tressées par ellesmêmes. Elles se font raser la [390] tête et jamais le pubis. A ce sujet, le Mecquois Abou Abd Allah raconte qu'il vit une de ces femmes s'arrêter devant un Arabe qui avait la barbe très longue et prononcer quelques mots. Cet homme, ne les ayant pas compris, demanda à son interprète ce qu'elle voulait. Il apprit qu'elle souhaitait d'avoir -cette barbe sur le seule partie de son corps qui n'était pas exposée aux regards. L'Arabe se fâcha contre la femme et lui dit mille injures. Les Bekem sont des archers très adroits, et se servent de flèches empoisonnées. Chez eux le fils aîné hérite de toute la propriété paternelle.


A l'occident de Ghaxa est la ville d'Avenu (i), dont le roi, portant le titre de Tarer», résiste à l'autorité du roi de Ghana. A neuf journées d'Anbara et à quinze de Ghana se trouve la ville de dont les habitants sont musulmans, bien que toute la population des alentours soit livrée à l'idoldtrie. La plupart des marchandises que Z tT consiste en sel, en cauris, en cuivre et en euphorbe; ce dernier objet et les cauris y ont le plus de débit. Dans les localités voisines on trouve un grand nombre de mines qui fournissent de la poudre d'or; de tous les pays nègres, c'est celui qui produit la plus grande quantité de ce métal. La ville d>ALOUKEN' située de ce cOté-là, obéit à un roi nommé Canmer> fils de Beci. [391] On dit qu'il est musulman et qu'il cache sa religion. Dans El-Honeihin (3), qui a pour ancêtres les soldats que les Oméiades envoyèrent contre Ghana, dans les premiers iemps de l'islamisme. Elle suit la religion du peuple de Ghana; mais ses membres ne oontraotent jamais de maliages avec les nègres. Ils ont le teint blanc et une belle figure. On trouve aussi quelques hommes de cette race à Silla, où on la désigne par le nom d'El-Faman. Dans le royaume de Ghana, l'épreuve de l'eau est admise en justice l'homme qui nie une dette, qui est accusé de meurtre ou de tout autre crime, est amené devant le prévât, qui prend un morceau très mince d'une espèce de bois, dont le goût est âcre et amer; il le fait infuser dans autant

à


d'eau que cela lui plafc, et il obligé l'accusé d'en boire. Si l'estomac de cet homme rejette le breuvage, on reconnaît que l'accusation est mal fondée; si au contraire la liqueur y reste, on regarde le prisonnier comme coupable. Parmi les singularités du pays des Soirs, on remarque un arbre à tige longue et mince, que l'on nomme tourzi; il croit dans les sables et porte un fruit gros et enflé, qui renferme une laine blanche dont on fait des toiles et des vêtements; ces étoffes peuvent rester toujours dans un feu ardent sans être endommagées. Le jurisconsulte Abd cl-Melek assure que les habitants d'EL-LAMÈs, ville de cette région, ne portent que des habits de ce genre. On trouve [392] auprès du fleuve de Derâ une substance semblable à celle-ci c'est une espèce de pierre nommée lamatghost en langue berbère; lorsqu'on la frotte entre les mains, elle s'amollit au point de prendre la consistance du lin. Elle sert à faire des cordes et des licous, qui sont absolument incombustibles. On avait fabriqué de cette substance un vêtement pour un des princes zenatiens qui régnaient à Sidjilmessa. Un homme d'une véracité bien constatée m'a raconté qu'un négociant avait fait venir pour Ferdilend, roi de Galice (don Ferdinand I", roi de Léon), une serviette faite de ce minéral; il l'offrit au prince en déclarant qu'elle avait appartenu à un des disciples de Jésus, et que le feu ne pouvait y faire aucune impression. Il en fit l'épreuve sous les yeux du roi, qui, frappé d'un tel prodige, dépensa toutes ses richesses pour acheter cette relique. Il l'envoya au souverain de Constantinople, pour qu'elle fût déposée dans la principale église, et reçut, en retour, une couronne royale, avec l'autorisation de la porter. Plusieurs personnes racontent avoir vu, chez Abou '1-Fadl de Baghdad, les franges d'une serviette faits de cette substance, et qui, étant mises dans le feu,


devenaient plus blanches qu'auparavant. Pour nettoyer cette serviette, qui avait l'apparence d'une toile de lin, on sc contentait de la placer sur le feu.

Lorsqu'on part de Ghana en se dirigeant vers le lever du soleil, on suit une route dont les bords sont habités par des nègres et l'on arrive à Aougham. Les gens de cet endroit cultivent le dora, plante [393] dont le grain forme leur principale nourriture. A quatre journées plus loin on atteint le Ras el-Mâ « la tête de l'eau (i) Il, où l'on rencontre le Nil, qui sort, en ce lieu, du pays des Noirs. Auprès de ce fleuve habitent des tribus berbères qui professent l'islamisme et qui s'appellent Medaça (2) Vis-à-vis d'elles, sur l'autre bord du fleuve, sont des nègres païens. De là on se rend à Tîbca (ou Tîrecca) en suivant le Nil pendant six journées. Le marché de cette ville attire de Ghana et de Tadmecca une foule de monde. A Tirca les tortues atteignent une grosseur énorme, et creusent des galeries souterraines dans lesquelles un homme pourrait marcher. Pour faire sortir un de ces animaux de sa retraite, il faut lui attacher des cordes et employer les forces réunies de plusieurs hommes. Le jurisconsulte Abou Mohammed Abd el-Mélek ibn Nakkhas el€harfa m'a raconté un fait que je vais rapporte, « Une troupe de voyageurs qui se rendait à Tîrca s'arrêta en route pour passer la nuit. En cette localité les termites sont très redoutables, parce qu'ils détruisent et gâtent tout ce qu'ils rencontrent; ils élèvent des buttes de terre semblables à des collines, et, chose remarquable cette terre est moite et humide, quoique dans ces endroits l'eau ne se trouve pas, à quelque profondeur que l'on creuse.

*?^JÏÏ&TK* de Tenboktoa- Barth, t. IV, p. (2) Voyages du D* Barth, t. IV, p. 352.


On a soin de ne poser les marchandises que sur des pierres amoncelées ou sur des perches [394] fichées dans la terre. Chacun des voyageurs chercha le meilleur moyen de soustraire ses effets aux attaques des termites, et l'un d'eux ayant cru voir une grosse pierre, y déposa ses bagages, qui formaient la charge de deux chameaux. S'étant éveillé au point du jour, il ne trouva ni pierre, ni ce qu'il y avait mis. Tout consterné, il se mit à crier « Malheur 1 malheur aux armes » Ses compagnons l'entourèrent et lui demandèrent ce qui lui était arrivé. Lorsqu'il leur eut raconté sa mésaventure, ils lui firent observer que si cela avait été l'ouvrage de brigands, la pierre n'aurait pas été emportée avec les effets. Un examen du sol leur fit reconnaître les traces d'une tortue qui s'éloignait. Les ayant suivies pendant plusieurs milles, ils atteignirent l'animal, qui portait encore sur son dos les deux charges d'effets. Le voyageur avait pris une tortue pour une grosse pierre ». Le Ni!, arrivé à Tîrca, se dirige vers le sud et rentre dans pays des Noirs. On voyage sur le fleuve (i) pendant environ trois journées alors on entre dans le pays des Saghmara, tribus berbères [qui se trouvent là] dans un territoire [qui dépend] de Tadmecca. En face, sur l'autre bord du fleuve, est située "Kaoukaou, ville nègre dont nous donnerons la description ainsi que celle des lieux qui l'avoisinent.

Grande route de Ghana à Tadmekka

De Ghana à Tadmekka il y a cinquante journées [395] de marche. A trois journées de Ghana se trouve SEFENcou, endroit situé sur le bord du Nil, et formant l'extrême limite du royaume de Ghana. De là on suit le Nil jusqu'à

(i) Le manuscrit de Paris porte <»j«-« Si l'on accepte cette leçon, on peut traduire ainsi On suit le cours du fleuve.


Bolghrat, lieu qui renferme une peuplade sanhadjienne appelée Medaça, Le jurisconsulte Abd el-lVtélek raconte qu'il avait vu à Boughrat un oiseau, semblable à une hirondelle, qui prononçait d'une manière parfaitement claire et intelligible ces mots Coutil El-Hocein, coutil El-Hocein Hocein fut tué, Hocein fut tué ». Après avoir lépété ces paroles plusieurs fois, il disait une fois Bi kerbela « à Kerbela (i) ». « Nous avons entendu cet oiseau, dit Abd el-Mélek, moi et les musulmans qui m'accompagnaient ». De Boughrat on se rend à TÎMA, d'où l'on traverse le désert jusqu'à Tadmekka (2).

De toutes les villes du monde Tadmekka est celle qui ressemble le plus à la Mecque. Son nom signifie forme de ii Mecque. C'est une grande ville, entourée de montagnes et de ravins, et mieux bâtie que Ghana et Kaoukaou. Les habitants sont Berbers et musulmans; ils se voilent la figure comme le font les Berbers du désert; ils se nourrissent de chair, de lait et d'une espèce de g,rain que la terre produit sans culture (3). Le dora et les autres céréales leur arrivent [396] du pays des ,Noirs. Leurs vêtements, formés de coton, de nouli ou d'autres étoffes, sont teints en rouge. Le roi porte un turban rouge, une tunique jaune et un pantalon bleu. Les dinars dont ils se servent sont d'or pur et s'appellent solâ « chauves », parce qu'ils ne portent pas d'empreinte. Leurs femmes sont d'une beauté si parfaite, que celles des autres pays ne sau- rainent leur être comparées. Chez eux la prostitution est

(1) L'un des épisodes les plus tristes de l'histoire musulmane est celui dans lequel est raconté le meurtre d'EI-Hocein, petite de Mahomet, aux environs de K,erbela,

(2) Selon le DT Barth, Tadiœkka occupait l'emplacement d^Souc, ville située dans le désert et à «piatre-vingts lieues au nord (3) Le Panisetum distichum. (Barth.)


permise dès qu'un marchand arrive dans la ville, les femmes courent au-devant de lui, et chacune s'efforce de l'amener à la maison où elle demeure.

Pour se rendre de Tadmekka à Cairouan, on marche pendant cinquante jours dans le désert, afin d'atteindre Ouebglan [pluriel de Ouergla], qui se compose de sept châteaux forts appartenant aux Berbers, et dont le plus grand se nomme Aghrom en-Ikaminen, c'est-à-dire « le chateau des pactes (i) ». De là à Castîuya il y a quatorze journées; puis sept journées de CASTILIYA à Caibouan, ainsi que nous l'avons dit ai'ieurs. Entre Ouerglan et le CALA T-ABI Taouîl il y a treize journées de marche. Pour se rendre de Tadmekka à GHADAMS, il faut [397] marcher pendant quarante jours à travers un désert où l'on trouve de l'eau tous les deux ou trois jours en creusont le sable. Ghadams est une petite ville qui abonde en eau et en dattiers. Les habitants sont des Berbers musulmans. A Ghadams on voit des souterrains que la Kahena, celle qui s'était montrée en Ifrîkiya, avait employés comme prisons. La population de cette ville se nourrit principalement de dattes. Dans ce pays les truffes atteignent une telle grosseur, que les lapins y creusent leurs terriers. De Ghadams à Djebel-Nefouça il y a sept journées de marche, à travers un désert; de Nefouça à Tripoli il y a trois journées, ainsi que nous l'avons déjà dit.

(i) Le mot aghroam en berber signifie pain; en touareg, le même mot, prononcé orront, veut dire château. Notre géographe a donc raison, quant à agherom, mais l'explication qu'il donne du mot ikammen n'est pas du tout claire l'équivalent arabe qu'il nous offre peut recevoir plusieurs significations tout à fait différentes. En berber-touareg, le mot ekemma, au pluriel ikemmen, signi6e le désert, l* Sahara. Du reste, ce nom n'est plus connu dans le territoire de Ouergla.


On peut se rendre par une autres route de Tadmekka à Ghadams après avoir marché pendant six jours dans une région habitée par les Saghmara, on entre dans une solitude où l'on voyage quatre jours avant de trouver de l'eau. Ensuite on passe dans une autre solitude ayant la même étendue que la précédente, et qui renferme une mine d'où l'on tire le taci 'n-semt, espèce de pierre qui ressemble à l'agate et qui offre parfois un mélange de rouge, de jaune et de blanc. On y trouve, mais bien rarement, de beaux échantillons ayant une grosseur considérable. Les habitants de Ghana, chez qui on les porte, les regardent comme d'une valeur inestimable, et les achètent au prix de ce qu'ils ont de plus cher. On parvient à polir cette pierre et à la percer en employant une autre espèce de pierre nommée tentoues, de même que l'on polit le rubis à [398] l'aide de l'émeri sans tentouas, l'acier n'y mordrait pas. Pour découvrir ces pierres et en reconnaître le gisement précis, on égorge un chameau au-dessus de la mine et on y répand le sang par aspersion; la pierre se montre alors et on la ramasse. A Boubou (1) se trouve une mine de la même substance, mais l'autre est plus riche. Le voyageur passe de cette solitude dans une troisième, qui renferme une mine d'alun, dont le produit s'exporte en divers pays. De ce désert on passe dans un quatrième, où l'on marche pendant onze journées dans un terrain sablonneux, absolument nu, où l'on ne trouve aucune trace ni d'eau, ni de végétation. Les caravanes portent avec elles une provision d'eau et de bois, ainsi que cela se pratique pour les vivres et le fourrage. Entré dans ce désert, le voyageur aperçoit à sa gauche une montagne de sable rouge, qui se prolonge jusqu'à Sidjilmessa.

(i) La position de cet endroit nous est inconnue.


C'est là que l'an trouve le fenek, et le renard, cet animal rusé. Cette montagne forme la limite de l'Ifrîkiya. Le voyageur qui partirait du pays de "Kaoukaou, et suivrait le bord du Nil en se dirigeant vers l'ouest, arriverait dans un royaume appelé Ed-Demdem, dont les habitants dévorent tous les étrangers qui leur tombent entre les mains. Ils ont un roi principal, qui en a plusieurs autres sous ses ordres. On voit dans ce pays une énorme forteresse, sur laquelle est placée une idole ayant la forme dune femme, que les [399] habitants adorent comme leur dieu, et près de laquelle ils se rendent en pèlerinage. Entre Tadmekka et Kaoukaou il y a neuf journées de marche. Les Arabes en désignent les habitants par le nom de Buzu.rganivî.n (i). Cette capitale (2) se compose de deux villes l'une est la résidence du roi, et l'autre est habitée par les musulmans. Leur roi s'intitule kanda. Ils s'habillent, comme les autres nègres, d'un pagne, d'une veste de peau ou d'autre matière, dont la qualité varie selon les moyens des individus. De même que les nègres, ils adorent des idoles. Lorsque le roi s'assied [pour manger], on bat le tambour, et les négresses se mettent à danser en laissant flotter 0) leur épaisse chevelure; personne ne s'occupe d'affaires dans la ville, jusqu'à ce que le repas du souverain soit achevé alors on en jette les débris dans le Nil; les assistants poussent des cris et des exclamations, ce qui fait connaître au public que le roi a fini de manger. Lorsqu'un nouveau souverain monte sur le trône, on lui remet un sceau, une épée et un Coran, qu'ils prétendent leur avoir été envoyés pour cet objet par l'émir des croyants (le souverain oméïade d'Espagne ?). Leui

Le mot buzurguian signifie les grands en langue persane bazirgman, si l'on admet cette leçon, signifie négociant. (2) C'est-à-dire Kaoukaou.


roi professe l'islamisme; jamais ils ne confient l'autorité suprême à un autre qu'à un musulman. Ils disent que le nom de -Kaoukaou leur avait été donné parce que leurs tambours font entendre ce mot très distinctement. [400] C'est ainsi que chez les gens d'Azouer (i), de Hîr (2), et de Zouîla, les tambours font entendre les mots zouîla, zouîla. Dans le pays de Kaoukaou, le sel tient lieu de monnaie dans les opérations commerciales. Ce minéral leur vient d'une contrée nommée Toutek, où on le trouve dans des mines souterraines. Il arrive d'abord à Tadmekka, d'où il se transporte à Kaoukaou. Entre Toutek et Tadmekka il y a six journées de marche.

Anecdotes additionnelles qui ont trait aux mœurs des Berbers et à leurs tours de finesse

Un vieillard, accompagné de sa femme, qui était jeune et belle, se rendait à la Calâ-Hammad (3). Ils rencontrèrent en chemin un jeune homme qui fit route avec eux et devint amoureux de la femme. Elle ressentit aussi pour lui une vive passion, et dans un entretien qu'ils eurent ensemble, elle consentit à passer pour son épouse légitime et à nier les droits que le vieillard avait sur elle. Lorsque les voyageurs furent arrivés à la Calâ, le mari alla trouver Hammad, et lui raconta l'injure qu'on lui avait faite et la manière dont les deux jeunes gens l'avaient traité. Les accusés, amenés devant ce chef, déclarèrent qu'ils étaient mari et femme, et que le [401] vieil-

(i) L'auteur a déjà fait mention d'une montagne qui porte ce nom, mais nous ne savons pas si c'est l'endroit dont il parle ici. (a) Hîr parait le même nom qu'Ahîr ou Air, pays que les voyage» d" Richardson et de Barth nous ont bien fait connaître.

(3) La même forteresse que notre auteur appelle partout ailleurs Cala t-Abi Taouîl.


lard en avait menti. Hammad demanda alors au vieillard s'il avait eu d'autres compagnons de route, et s'il pouvait offrir le semblant d'une preuve pour justifier sa plainte. il Notre seul compagnon, répondit-il, a été cet animal », ei il se baissa pour montrer un chien qui se tenait auprès de lui. Hammad fit attacher le chien à un dattier, ou à un piquet qui se trouvait là, et dit à la femme d'aller détacher l'animal; elle obéit et mit le chien en liberté. Alors, par l'ordre du prince, elle attacha de nouveau le chien, qui se laissa faire. Hammad dit ensuite au jeune homme « Lève-toi lâche le chien et puis attache-le ». Celui-ci essaya de le faire mais le chien se mit à aboyer contre lui, comme s'il ne le connaissait pas. Hammad s'adressa alors à la femme, et lui dit Il Ce vieillard est ton mari, et tu l'as remplacé pa.r un mauvais sujet »; puis il fit trancher la tête au jeune homme.

Un homme avait deux femmes, et celle qu'il venait d'épouser en dernier lieu lui était plus chère que l'autre. Un jour, la première lui dit « La femme que tu aimes tant te trompe; elle se compromet avec un jeune homme qui est à son service Le mari partit bientôt après, sous le prétexte de faire une course à cheval, et s'étant laissé tomber de sa monture, il se fit porter chez sa seconde femme, en se plaignant de ne pouvoir remuer ni bras, ni jambes. Les gens de la tente et les femmes vinrent le soigner, et restèrent auprès de lui une partie de la nuit. Alors il les pria avec instance de rentrer chez elles et de le [402] laisser avec sa jeune femme. Lorsqu'ils furent partis, il prétendit être accablé de sommeil, et resta sans mouvement comme une personne tombée en défaillance. Voyant alors que sa femme quittait la tente pour passer dans celle où se tenait le séducteur, il alla écouter à la porte. Il entendit le jeune homme dire à la femme cc Tu as bien


tardé à venir, et tu m'as laissé sans souper »; à quoi elle répondit « Mes occupations auprès de cet être-là m'ont retenue loin de toi; mais ne m'en fais pas de reproches, car tu es l'aimé de cœur et lui n'est que le père de mes enfants ». Le mari ne dit mot, et alla se remettre au lit, sans laisser paraître le moindre mécontentement. Le lendemain, au point du jour, la tribu eut une alerte, et l'on cria Aux armes » Tout le monde accourut pour repousser l'ennemi, et celui qui prétendait tant souffrir de sa chute prit l'air d'un homme qui voulait rallier ses forces, et qui avait trop de fierté pour se tenir éloigné du combat. S'étant revêtu de ses armes, il monta à cheval, et ordonna au jeune homme et à ses autres serviteurs de suivre son exemple. Lorsqu'il se trouva en face de l'ennemi, il dit au galant de pousser en avant et qu'il le suivrait. L'autre, ne pouvant qu'obéir, s'élança au milieu de l'ennemi mais étant abandonné par le mari offensé. qui rebroussa chemin et le laissa à son sort, il fut le premier qui succomba dans cette journée. Au reste, personne ne soupçonna que ce fût là un acte de vengeance. Quand le mari fut rentré chez sa jeune femme, elle .s'écria « Louange à Dieu, qui t'a ramené [403] sain et savf î » « C'est bien, lui répondit-il mais l'aimé de cœur n'est ni sain ni sauf; quant à moi, je ne suis que le père des enfants ». Reconnaissant à ces paroles qu'il avait tout entendu, elle le supplia de la renvoyer dans sa famille. Il y consentit, et lorsqu'elle eut fait un assez long séjour avec ses parents, il alla les trouver et leur dit .< Pourquoi ma femme ne rentre-t-elle pas chez moi ? » On lui répondit qu'on avait fait tout ce qui était possible pour la décider à partir, mais qu'elle ne voulait pas s'en aller. « Et moi, reprit-il, je ne puis pas me passer d'elle Alors on discuta quelque temps, et l'on convint que, pour


obtenir le divorce, la femme abandonnerait au mari le douaire qu'il lui avait assigné, et qu'elle le dégagerait de toutes les obligations qu'il s'était imposées par le contrat de mariage. Aussitôt qu'il eut repris le douaire et obtenu ce qu'il avait demandé, il dit aux assistants « Maintenant que me voilà rentré dans mes droits, je vous ferai savoir ce qui s'est passé », et il leur raconta toute l'affaire. Les parents de la jeune femme, l'ayant interrogée, découvrirent qu'elle s'était déshonorée, et lui ôtèrent la vie. Ce fut ainsi que, par une conduite habile, un mari se vengea de sa femme et de l'amant sans y avoir mis la main, qu'il se garantit contre les réclamations que la famille de la femme aurait pu exercer contre lui, et qu'il rentra en possession du douaire.

Nous allons raconter, au sujet d'un chef berber, une anecdote qui ressemble à la précédente cet homme ayant appris que sa femme, dont il soupçonnait [404] la fidélité, recevrait, chaque fois qu'il s'absentait, les visites d'un voisin, avertit sa tribu qu'il allait entreprendre un long voyage. Lorsqu'il eut terminé ses préparatifs, il partit avec quelques compagnons; mais, parvenu au premier lieu de halte, il les quitta en prétextant une affaire qui l'obligeait à rentrer chez lui, et les pria de continuer leur route sans l'attendre. Arrivé dans la soirée auprès de sa demeure, il cacha son cheval et ses armes dans un ravin, et il s'approcha en cachette afin de voir ce qui se passait chez lui. Etant monté sur un mur, ou un autre endroit, d'où il pouvait regarder sans être découvert, il aperçut sa femme en conversation avec son amant, et obtint la certitude de l'infortune qu'il appréhendait. Il s'en retourna aussitôt au ravin, et, s'étant revêtu de ses armes, il monta a cheval, et revint à la maison. Son arrivée y répandait l'effroi, et, pendant qu'on cachait l'amant dans une


chambre, il entra d'un air indifférent et donna à sa femme une raison assez plausible pour justifier son retour. Elle y ajouta foi et alla lui apprêter à manger. Lorsqu'elle eut servi le souper, il lui dit de faire venir l'hôte auquel elle donnait l'hospitalité « Est-ce que j'ai un hôte, moi ? s'écria-t-elle. « Si, tu en as un, lui répondit !e mari, et il est là, dans cette chambre H. Voyant qu'elle persistait nier le fait, il se leva et tira, l'homme hors de 'a chambre en lui disant « Viens souper avec nous ». « Hélas, répondit l'autre, je n'ai pas envie de manger pour me délivrer de cette disgrâce c'est la mort que je [40b] demande ». « Allons donc dit le mari, il n'y a pas de mal; des gens meilleurs que toi ont succombé à des tentations ». A force d'instances il décida l'amant à se mettre à table, et quand le repas fut achevé, il le congédia sans le maltraiter, et le fit sortir sous un déguisement. S'adre3sant alors à sa femme, il lui tint ce discours « Ne t'afflige pas de ce qui vient de t'arriver; d'autres femmes avant toi ont fait des faux pas et se sont laissé emporter par leurs passions; il y a bien peu de monde qui puisse résister aux tentations. Aussi je tiendrai cette affaire secrète et je lui donnerai même une tournure qui te sera agréable. Etant parfaitement assuré que rien n'aurait pu t'égarer ni te porter à un tei acte, excepté la puissance irrésistible de l'amour, je te permettrai d'épouser ton amant, de satisfaire ta passion et de cohabiter avec lui publiquement, sans le .compromettre mais j'y pose la condition que voici lorsque tu auras passé avec lui une année entière, tu m'enverras chercher afin que je puisse te voir en passant, et sous les yeux de ton mari. Tu sortiras au-devant de moi en grande toilette, en veste de gaze; tu me parleras de ton mari et tu te plaindras de sa mauvaise conduite. La jalousie le poussera à te répudier, et je rede-


viendrai pour toi ce que j'ai déjà été. De cette manière tu auras satisfait ta passion puis, en me préférant à ton séducteur, tu feras cesser les soupçons [d'impuissance] qu. vont peser sur moi ». En lui faisant cette proposition, il savait parfaitement que l'amant était d'un mauvais caractère, toujours prêt à s'emporter et à se livrer aux actes de violence. La femme ayant consenti à tout, il envoya chercher le père et le reste de la famille; puis, après leur avoir offert un repas, il les pria de demander à sa V femme comment il l'avait traitée et de quelle façon ils avaient vécu ensemble. Elle leur répondit par un grand éloge de son mari, qui, disait-elle, l'avait toujours traitée avec beaucoup d égards et de bienveillance. Alors, sur l'invitation du mari, ils la prièrent de dire si elle voulait rester avec lui. « Non, .répondü-elle, je ne le veux pas; son absence m'est plus agréable que sa présence. Mon cœur, dans lequel j'ai cherché assez de force pour me décider à rester avec lui, m'a entraînée ailleurs et beaucoup trop loin pour permettre un rapprochement entre nous. Si vous me laissez avec mon mari, vous me livrerez en proie à la maladie et à la mort; qu'il me répudie, et je le tiendrai quitte de toutes ses obligations envers moi ». Pendant qu'elle parlait, son mari témoignait un extrême désir de la garder; mais, avant la fin de la conférence, il consentit à un arrangement. On convint que la femme redeviendrait maîtresse de sa personne, et que le mari obtieadrait une décharge complète de toutes les obligations qu'il. avait contractées envers elle. Les parents le remercièrent de sa générosité, et, s'adressant à sa femme, ils lui donnèrent tort dans toute l'affaire. Lorsqu'elle eut la liberté de contracter un second mariage, t3e épousa son amant, qui était le premier à lui demander sa main. Elle vécut avec lui pendant un an et trouva que le temps [407] passa


bien lentement, ayant reconnu que son premier mari valait beaucoup mieux que le second. Aussi à l'expiration de l'année, elle n'oublia pas de remplir la promesse qu'elle avait faite à ce dernier, et de l'inciter à venir Il se mit en route, et au moment où il passait devant la maison de sa femme, elle sortit à sa rencontre, habillée d'une robe qui décelait ses formes et laissait paraître tous ses charmes. Elle se mit alors à lui faire des plaintes au sujet de la conduite de son second mari. Celui-ci, qui était assis avec la famille de la femme, vit tout ce qui se passait, et, ne pouvant dompter la jalousie qui l'animait, il se leva et la blessa mortellement d'un coup de lance. Les frères et les parents de la victime jetèrent sur l'assassin et lui ôtèrent la vie. Dès krs la discorde mit entre les deux familles, et les entraîna dans une guerre qui faillit les exterminer. Ce fut ainsi que le premier mari obtint la vengeance qu'il avait cherchée, et se tira d'affaire sans avoir souffert la moindre atteinte ni dans sa personne, ni dans ses biens.

Personne, dit Hammad, n'a jamais pu m'en imposer ou me tromper, excepté une petite sotte de femme qui appartenait à la race berbère. Voici ce qui m'arriva j'avais, à Cairouan, un ami d'enfance, qui avait été mon camarade d'école et de collège il était devenu mon compagnon inséparable et le [408J confident de toutes mes pensées. Lorsque je fus parvenu à la position que j'occupe maintenant, je le perdis de vue, et tous mes efforts pour le retrouver demeurèrent sans résultat. Ayant

(i) En arabe mecheched; ce mot signifie une chapelle ou oratoire biti sar le tombeau d'un saint. Dans quelques-uns de ces établisse.ments. ainsi que dans les Zaouia de notre époque, on faisait des cours de droit, de théologie et de grammaire; les professeurs et les étudiants y trouvaient k logement et la nonrriture.


û châtier les habitanls de Baghaïa, qui avaient encouru ma colère, je lançai mes escadrons dans leur territoire, et la matinée n'était pas encore passée que j'entendis un homme invoquer le nom de Dieu et celui de l'émir. Lui ayant demandé qui il était et ce qui venait de lui arrive.r, il me .répondit qu'il était un tel, fils d'un tel. C'était justement l'ami que j'avais tant cherché, et qui, dominé par un profond sentiment religieux, avait quitté le monde pour se livrer aux pratiques de la dévotion. J'eus beaucoup de plaisir à le revoir, et j'en ressentis une joie si vive, que, s'il m'avait demandé grâce pour tous les habitants de Baghaïa, je ne lui aurais pas refusé cette faveur. Pendant que j'essayais de dissiper ses inquiétudes et de lui inspirer de la confiance, il avait l'air d'un homme tout consterné. Je lui demandai ce qu'il avait, et il m'informa que plusieurs femmes de la ville avaient disparu, et que sa fille était du nombre. Par Allah lui dis-je, si tu étais venu me trouver hier soir, j'aurais épargné tous les habitants de la ville à ceuse de la considération que je te porte ». 1( C'est le destin qui mène tout, me réponditil rien ne peut réussir à l'homme qui est condamné à voir toutes ses espérances frustrées ». J'ordonnai aussitôt à mes officiers de me faire venir toutes les femmes qui se trouvaient dans le camp. Parmi ces captives, l'homme reconnut sa fille, et je donnai l'ordre de jeter [409] un voile sur la tête de cette jeune personne, de lui fournir une monture et de la laisser partir avec son père. Lorsqu'elle eut entendu mes paroles, elle s'écria « Non, Hammad, non je ne m'en irai pas avec mon père ni avec celui qui m'a enlevé l'honneur ». « Que veux-tu donc faire, malheureuse ? lui dis-je ? « Je ne conviens qu'à un prince, me répondit-elle, je n'ai que faire des gens de rien n. A ces paroles, le père étouffa son cha-


grin, croyant qu'elle venait de tomber dans la dépravation et qu'elle ne se souciait plus de lui. Je demandai à h fille ce qu'elle voulait dire par ces mots: « je ne conviens qu'à un prince x, et elle me fit cette réponse « Il y a un secret que personne ne peut se vanter de posséder, excepté moi ». n Me donneras-tu une idée de ce que c'est ? » lui dis-je. « Volontiers, me répondit-elle; trouve quelqu'un qui veuille se laisser couper la tête et fais apporter un sabre bien affilé; je prononcerai sur cette arme certaines paroles qui l'empêcheront de couper et qui en rendront la lame aussi peu tranchante que la poignée ». Je lui fis observer que, pour se prêter à une pareille expérience, il faudrait avoir perdu l'esprit. Elle me répondit t Peut-on supposer qu'un individu voudrait se laisser tuer ? » « Non », lui dis-je. « Eh bien reprit-elle, moi je vais me soumettre à l'expérience ̃». Ayant alors choisi un sabre, elle prononça dessus quelques parles, tondit le cou au bourreau, et celui-ci, d'un seul coup, lui abattit la tête. Revenu de l'illusion dans laquelle elle m'avait bercé, je reconnus qu'elle avait abusé [410] de ma crédulité par haine d'une vie qui lui était devenue à charge depuis sa mésaventure. Son père découvrit comme moi les motifs qui avaient dirigé la conduite de sa fille; accablé de douleur en la perdant, et fier de voir qu'elle avait préféré la mort au déshonneur, il se jeta sur le corps et se roula dans le sang.

Les Beni-Ourcîfan, tribu berbère, n'entreprennent jamais une guerre avant d'avoir sacrifié une vache noire aux chemarîkh; c'est ainsi qu'ils nomment les démons. « Voilà, disent-ils, une offrande pour les chemarîkh ». La même nuit ils ôtent les fermetures aux meubles qui renferment leurs provisions et celles de leurs animaux, et ils laissent le tout grand ouvert: « Voilà, disent-ils, des vivres


pour les chemarikh ». Quand le jour du combat arrive, ils restent en observation depuis l'aurore, et lorsqu'ils voient un tourbillon de poussière, ils s'écrient « Voilà vos amis, les chemarikh, qui viennent à votre secours Alors ils chargent sur l'ennemi avec l'assurance de remporter la victoire. Ils prétendent que cela ne leur a jamais manqué, et ils ne se donnent pas la peine de cacher leur croyance cet égard. Lorsqu'ils reçoivent un hôte, ils réservent une portion du repas pour les chemarîkh, qui, disent-ils, viennent toujours la manger. Pan» toutes ces opérations, ils évitent le nom de Dieu.


NOTES COMPLÉMENTAIRES^

P. 7, 1. 4. Sur les itinéraires d'Egypte à Cairouan; ci KodâmaÊ apud Bibl. geog. arab., t. vi, pp. 167-170. Jçf>* P. 10, 1. 1. Au lieu de, boiteux, lisez. impotent, percluiili" P. 12, Au lieu de, mesures, lisez, masures, ruines. P. 13, 1. 18. Lisez. « une montagne du flanc de laquelle. P. 7-8. Au lieu de, en aucune saison, lisez, en aucune façon, d'aucune manière.

P. 21, 1. Le nom Maghmedas paratt devoir s'écrire Mighdach, localité identifiée par de Goëje avec El-Açnam (voir Descriptio al-Magribi, p. rv, g Edrisi, Descnption de l'A/rigue et de l'Espagne, pp. 143 et 160 Istibçar, L' Afrique, septentrionale au IIP siècle, p. 3 n. 4 Al-Bayano'l-Mogrib, tr. fr., 1, 80 Fournel, Les Berbeos, i, 147).

P. 23,1. 2. Le nom a Lemezm est écrit plus loin Lehzem (p. On trouve encore les orthographes Kemrem et Lemzem (Ibn el-Athir, Annales du Maghreb, p. 23 n.)

P. 16. Voir la relation relative à cette région dans Le Djebel Nefousa, par de C. Motylinski, Paris, 1898.

P. 27, Au lieu de, sur le flanc, lisez a au pied d'une montagne P. 28, n. 1. Sur Dicbil, voir encore Aghani, xvm, 29 Nodjoûm, i, Bayan, tr. ir., i, et 212. Sur Bekr ben Hammad, voir Bayan, 1. 1.

P. 31, 1. 1-2. Au lieu de, une source d'eau peu abondante, lisez, une source émergeant d ras de terre

P. 33, 1. 8. Au lieu de « Ghadams » il faut lire a Mighdach o, d'après Fournel. Les Berbers, i, 147.

P. 38,1. 20. Lisez, « L'homme auquel le hasard permet. » P. il, 1. 19. Proprement, c'est a chacun de ces arbres suffit à produire autant de soie que feraient.» iFleischer, Kltinere Sehri/ten, n, 744).

P. 42 n. Près de Djerba se trouve l'lie de Zlzou, dont il est parlé assez longuement par Edrisi, p. 152 de la trad.


P. 46, 1. 18. Au lieu de, forêt de dattiers, lisez, forêt d'oliviers. P. 47, a 1, 1. 2-3. Au lieu de. ses bas fonds, lisez, ses haute fonds. Sur ces écueils, voir aussi Edrisi, p. 150.

P. 54, 1- 14-15. et n. 2. Il faut probablement lire Abou'l-Abbas Ibn Abdoun en effet Abou'l-Abbas Mohammed ben Abdoan ben Abou Thawr, mort en 297, figure parmi les kàdis de Cairouan iBayân, tr. fr., i, 199 et 223 Journ. as., 1906, Il, 360).

P. 57, 1. 16. Au lieu de, premier djomada, lisez, djomada second voir Bayan, tr. fr., i, 125 Ibn el-Athir, Annales du Maghreb, p. 185 Fournel, Les Berbers, 1, 487.

P. 58, 1. 10. En se reportant à la p. préc., on obtient un total de quinze portes, ce qui prouve que l'un ou l'autre de ces passages est corrompu.

P. 58, 1. 11. Au lieu de, porte des fabricants de seaux en cuivre, lisez porte des potiers (Dozy et Engelmann, Glossaire des mots espaqnols, pp. 80-81).

P. I. 24. Lisez « la station de Kamel ».

P. 65, 1. 31. Lisez « il y a un étang, et elle est entourée d'oliviers ». P. 66, 1. 2. Il est parlé de cette bataille dans le Bayan, trad., i, 317 Fournel, Les Berbers, n, 242 cf. Ibn el-Athir, Annales du Maghreb, p. 331.

P. 67, 1. 4. Lisez « l'eau des puits de la même manière ». P. 71, 1. 1-2. Lisez: « mille pieds rien que d'orangers »• P. 71, 1. 4. Lisez « une source importante ».

P. 68, 1. 12. D'autres donnent 303 comme date de la fondation de Mehdiyya (Ibn Khaldoun, 6ist. des Berb., n, 525; Ibn el-Athir, Annales du Maghreb, p. 314, etc.).

P. 70, n. 1. Bekri lui-même écrit à plusieurs reprises le nom « Meicera » sous la forme « Meiçour et il en est de même d'Ibn el-Athir.

P. t>. Cette décision est conforme à la règle d'après laquelle le butin doit se partageur entre les combattants proprement dits et ceux de leurs compagnons qui ont formé le corps de réserve (Màwerdi, Ahkâm soltdniyya, éd. Enger, p. 244).

P. 74, 1. 21. Lise: « située à trente-six milles de Cairouan. » P. 75. 1. 20. Cf. Bayan, tr. fr., i, pp. 9-10.

P. 75, n. 1. Bekri, dont maintes tournures se retrouvent dans la langue parlée, peut avoir donné à i_>l? le genre féminin, ainsi qu'il arrive assez fréquemment dans l'usage d'Afrique.


P. 1. 5. Lisez «.la prière de l'après-midi (àsr).. ». P. 76, 1. 28 et s. Ces vers sont aussi cités, mais sans nom d'auteur, par le Bayan, tr. Ir., i, 317.

P. 77, 1. 20. Je comprends plutôt « grand bâtiment qui constitue [en quelque sorte] la Cité de la ville. n.

P. 77, 1. 28. Lisez de la colline sur le versant de laquelle se trouze da ville, du côté.

P. 78,1. 4 et n. 1. On lit aussi a Fintas » dans ï'istibçâr, trad. p. 16. P. 84, 1. 8. Lisez, « et dont on ferait pour toujours un point. ». P. 1. 29. Lisez, « .qui produit des férules ».

P. 85, 1. 24. Sur les portes de Tunis à une époque plus récente, voir Rousseau, J. as., 1849, 1, 313, ou 1853, 1, 409 Chronique de Zerkechi, pass. Histoire de l'Afrique, de Kairouani, p. 7. P: 85, n- 4. Il semble douteux que notre « Cherik Abci » et le « Cherik Moradi » de la p. 33 soient le même individu voir Fournel, 1. 1., i, 163.

P. 86, 1. 9. Au lieu de, ayant tous la même dimension, lisez, « tous du même modèle ».

P. 3. Lisez « Au sud du Rabed el-marda. ».

P. 90, 1. 10. Ltsez « raconte le médecin. Ibrahim Cairouani.». P. 90, 1.13. Lisez « étant entré en Espagne, soumit. ». P. 92, 1. 7. Lisez « pendant seize ans environ, ». P. 93, 1. 31. D'après Dozy, Dictionnaire, i, « de portes et de fenêtres » la racine du mot arabe permet les deux traductions. P. 95, 1. 30. Lisez « Abd er-Rahman Ibn ZLad ibn Anàm ». P. 95, 1. 32. Lisez probablement, d'après la correction suggérée au texte, « avec mon oncle. alors que j'étais jeune.. ». P. 96, 1. 19. Lisez « et le château d'Ahmed ibn Eiça. P. 99, 1.. 24. Lisez CI l'heure de la prière de l'après-midi (açr) jusqu'à. ».

P. 100,1. 16. Lisez Il à quarante 6rasses de longueur. ». P. 107, 1. 10. Le texte porte « Tous les côtés sont disposés en gradins ».

P. 114, 1. 24 Lisez « remplie de hauts édifices ». P. 5, et n. 3. Ce nom de localité se présente aussi avec diverses variantes dans Edrisi, p. 141-, où la leçon adoptée est At>-Nahrawîn.

P. 116, 1. 2. Au lieu de « passe vite », Dozy, Dict. u, 96 a. traduit « retourne sur tes pas ».


P. 119, 1. 1. Lisez « une suite interrompue

P. 15. Lisez « Ouzdadja » (ou Azdadja, comme on trouve p. 145 et 196 les deux orthographes se rencontrent, voir Jaqubi. pp. 73 et 74 H. des Berb., i, 426).

P. 120, 1. 18. Lisez «Moghiriya d'après le texte arabe on lit « Mocarraba » dans ïlstibçâr, p. 88.

P. 1. 9. Au lieu de « Beltha » on trouve « Bàtha » dans l'latibçar, p.

P. 123, Lisez on trouve un lac très poissonneux. a. P. Lisez « Abou' 1-Cacem Mohammed. » ainsi s'ex- plique le nom de Mohammediya aussi porté par cette ville (voir p. 125, et cf. Bayan, tr., I, 272 et 312 H. des Berbers, Il, 528) d'ailleurs Ismail est le petit-fils d'Obeid Allah. La même erreur figure dans le texte arabe.

P. 126, I. 7. Cf. sur Achir !a note de Berbrugger, ap. H. des Berb., u, 490 Époques militaires de la grande Kabylie, p. 163. Les vers qui suivent sont aussi reproduits dans le Bayân, trad. 1, 313.

P. 127, 1. 13. Miliana est la même localité que Madkara ou Matghara, d'après de Goëje, Jaqubi, p. 98; cf. Fournel, Les Berbers, u, 160.

P. 128, 1. 25. Lisez: « de Hacen, fils de Hocein, fils d'Ali ». P. 129, I. 20. Lisez « la porte au guichet, cette dernière tournée vers l'Orient Il..

P. 131, 1. 12. Lisez: « d'Oureghrei'ça, de Dmi Ounemmou, de Guezennaïa. voir H. des Bero., t. Il et m.

P. 133, 1. 26 Lisez « Ain Abi' «-Sebâ ».

P. 135. 1. 11 et 26. Le texte arabe écrit Djenndd, avec deux n, et il en est de même dans Edrisi, p. 119.

P. 135, 23. Lisez «. d'un fossé il s'y trouve des puits d'eau potable ».

P. 135, 1. Lisez: « à uu mille de la mer environ n. P. 6. L'orthographe Mittldja ou MetUdja », si souvent travestie, est incontestablement la bonne; on la retrouve d'ailleurs dans Jaqubi et même dans le Merûeid.

P. 137, 1. 1. Lisez elle est décorée de mosaïques et couverte. », voir Dict. Dozy.

P. 137, 1. 6. Lisez «. bâtie au pied d'une montagne ». P. 137, n. 1, et 166 n. 4. II existe plusieurs sources dans les environs immédiats du port actuel d'Alger.


P. 138, 1. 2. Le texte arabe porte bien « Bab es-Saba », ainsi que nous lavons imprimé.

P. 138, 1. 5. Lisez « située au pied d'une montagne P. 138, I. 21. D'après l'arabe, « Ibn Mosedded »; je n'ai retrouvé le nom de ce savant ni sous l'une, ni sous l'autre de ces deux formes.

P. 139. 1. 16. Sur cette petite dynastie de Tahert, voir de Goëje, Jaqubi, p. 100.

P. 139, 28. Lisez: « et Ismaïl, ce dernier fils de la Rostemide » cf. p. 287.

P. 145, 1. 6. Lisez « de dou' l-hiddja281 (août-sept. 910) ». P. 145, 1. 9. Lisez: « au mois de chàban de la dite année » c'est-à-dire de l'an 298.

P. 146, 1. 5. Lisez: « mille tiges de férule. ».

P. 146, 1. 10. Lisez « De cet endroit, où il y a un marché et une sources d'eau pot2ble, et qui est situé. ». L'édition originale orthographie Ouzdadja mais voyez la note à la p. 120, 1. 15. P. 149, 1. 14. Lisez Il les Miknaça, ibadites qui » en déplaçant la virgule.

P. 150, 1. 26-27. Lisez « Abd Allah ibn Amr fils d'El-Aci, qui lui adressa ces paroles « Peut-être, Ocba, feras-tu partie ». P. 151, 1. 19. Ce nom de Kaclla figure plus haut sous la forme Koceila de même pour le nom « Lehzem », voir plus haut, ad, P. 23, 1. 2.

P. 152, 1. 32. Le ? est de trop; l'eau peut en eHet se vendre au poids, ainsi qu'on le voit p. ex. dans Màwerdi, Ahkdm soltâniyya, p. 320, 1. 15.

P. Jaqubi écrit « Camouda », lecture soutenue par de Goëje, p. 75. Les deux noms de Camouda et Camouniya sont regardés comme identiques par Fournel, Les Bertei s, l, 154. P. 153, 1. 28. Lisez un bain, un vaste étang et. P. 154, 1. 14. Lisez: « qui jaillit sur le versant d'une montagne ».

P. 1. 26. Voir sur cette traduction les observations de Goëje (Jaqubi, 95) ce savant croit le texte corrompu et propose une explication plausible.

P. 157, 1. 21. Lisez: « Archgoul, qui a un mur d'enceinte, possède. »..


P. I08, 1.6-7. Lisez a El*», fils d'7drw, fils de Mohammed D ainsi qu'il résulte de ce qu'on lit p. 156, et comme l'a dit d'autre part, de Goèje, Jaqubi, p. 97.

P. 158, 1. 12. Il y a là une erreur ou de date ou de nom. Abou Abd Allah Cbl'i fut mis à mort par le prince qui lui devait son trône en 298, date sur laquelle nos sources sont unanimes (H. des Berb., n, Ibn el-Athir, Annales du Maghreb 303; liayan, trad., i, etc.).

P. 158, I. 19. Lisez: « fils d'Eiça Abou '1-Aïch », d'après la remarque de Goèje. 1. 1.

P. I. 1 et n. 1. Ain Ferroudj (Haudh Farroudj, Mersa Farroudj) est placé à l'E. de Mostaghanem par Edrisi (trad., p. 117), et de Goëje n'en admet pas l'identification avec le Port aux poules.

P. 166, 1. 1, et n. 1. Le manuscrit dont il est question, actuellement n« 2225 de la Bibliothèque nationale, est une mauvaise copie de Vlstibçar; voir la trad. Ir. de ce dernier ouvrage, p. 39. P. 167, 1. 18, et n. 3. Lisez, avec le texte arabe « Djezair el-Afïa » il est donc bien question d'un groupe d'tles ou d'ilots. P. 167, 1. 25. Lisez: Il Ez-zeitouna, l'olivier, précédemment détrit »; ce port a été en effet mentionné, p. 134.

P. 168, 1. 6 et 9. Lisez « du bois servant aux tourneurs », et « le port des tourneurs n.

P. 168, 1. 23. Lisez « puis à un port bien abrité, qui est celui de la ville de Bône ».

P. 169, 1. 12-13. Lisez: a Merça 'r-Roum, et ensuite Merça 'l-Cobba-, qui sert de port » voir le texte.

P. 169, 1. 22. Lisez: a. duquel sont situées les îles d'EI-Korratb.. ». P. 170, 1. 27. Lisez « Merça Nouba », ainsi que l'ont fait de Goêje, Jaqubii Descriptio, p. 69; Edrisi, trad., p. Ii7; Fournel, Les Berbers, i, 578. L'identification de ce lieu avec le cap Bon est d'ailleurs des plus douteuses (ib.).

P. 171, 1. 8. Au lieu de « Khafanès » Edrisi écrit Chakànès. P. 171, 1. 25. Lisez: « les hauts fonds de la petite Syrte » et de même à la p. 172, 1. 13.

P. 8. Sur Djerba, Edrisi, p. 151, est an peu plus explicite. P. 172, 1. 14. Lisez « une étendue d'environ cinquante milles ». P. 172, 1. 22, et n. 4. Edrisi. p. 153, présente les variantes Afsal4t, Asfalât et Ascalât; de Goëje regarde comme douteuse l'identification avec le « Biban Il des cartes.


P. 173, 1. Lisez « source d'Aboù Ziad », d'après l'arabe. P. 173, 1. 14. Lisez: « puis à Djezair el-Hammam », d'après l'arabe.

P. 174, 1. 8. On trouve encore les orthographes Debka et Dabtk (Meracid).

P. 176, I. 24. Lisez a El-Haddj ibn Moramer », d'après l'arabe. P. 180, 1. 22 sq. L'orthographe yâkoûr est établie par le Bayan, tr., I, 246, et par Jaqubi, Descriptio, p. 105, etc.

P. 181, 1. 1. Lisez, d'après l'arabe « des Matmata, les gens de Kebdan. ». La traduction du même passage, reproduit par Ibn Khaldoun IH. des Berb., Il, 137), porte le territoire de Nokour. avoisine Matmata, Kebdana, Mernlça. P. 181, n. 6. Cf. Dozy, Recherches, 3' éd., Il, 279.

P. 183, 1. 23. Sur les Idricides de Nakour, cf. Bayan, trad. I. et surtout Jaqubi, p. 122, où de Goëje s'est efforcé de concilier et de corriger les documents originaux.

P. 184, 1. 18-19. Lisez « Said fils d'Idris est celuiqui fonda, comme nous l'avons dit, la ville. »

P. 186, 1. 13. Lisez « sur la montagne [voisine dominant la ville, et son frère. »

P. 186, n. 1. Castro Moros correspond bien à St-Etienne (ou San Esteban) de Gormaz; voir Dozy, H. des mus. d'Esp., III, 34 et 41 Bayan, trad., II, 283.

P. Î88, 1. 21. Lisez: « dont il avait épousé la fille depuis longtemps ».

P. 189, 1. 23. Lisez « fils d'Abd Allah, filsd'El-Hocein, fils d'ElHacen ».

P. 190, 1. 1 sq. Sur ces deux fragments poétiques qu'on retrouve dans H. des Berb., Il, 140, et Bayan, trad., 1, 252, cf. Dozy, H. des Bus. d'Esp., III, 38, et Gœtting. gel. dnz. 1858, p. 1090 Corrections sur les textes du Bayan, p. 20.

P. 193, 1. 32. D'après les dates précédemment indiquées, il faut lire « dix ans », ainsi que l'observe Fournel, Les Berbers, IL 167.

P. 195, 1. 7. « Naceft » a été transcrit « Nésaft à la p. 190. P. 197, 1. 18. Lisez: « Abou Alohammed Ha-mim. ». Sur ce personnage, cf. H. des Berbers, II, 142 et 492 Bayan, trad, I, 275 Istibçar, trad., 143 Kartas, p. 62 du texte.

P. 197. 1. 21. Lisez, d'après l'arabe: a fils d'On-Djefoual » cf. B. des Berb., II, 144.


P. 199. L Même remarque.

P. 1. 3. Lisez une maladie grave ou une pertt imprévue atteignaü cet individu sur le sens de J^U voir Kharachi, commentaire de Sidi Khaill, IV. 1. 10.

P. 202, J. 26. Le mot a medina paraît bien avoir ici le sens de cité, portion primitive ou centrale de la ville » et justifier cette traduction a La Cité [ou quartier central) de cette ville. renferme. etc. »

P. Ce nom est, dans le texte arabe, écrit MÛdjkm. Sur ces événements cf. Bayati, trad. I, 294.

P. 206, 1. La transcription Kotama représente la vocalisation exacte de ce nom, voir Istibçar, trad., 168.

P. 211, 1. 9. Le texte porte ici Nehr Ras, comme à la p. préc. P. 212, I. 3-5. L'H. des Berb., II, 133. parle très brièvement des Gbomara, dont une branche est dénommée « Beni Hamld d les Nefgaoua n'y sont pas mentionnes.

P. 216, 1. 13. Sur Baçra, cf. Bayan, trad. I, 129.

P. 217, 1. 24. Sur Kort. on peut voir aussi Ibn Haukal tezte, p.Bayait, tr., 1, 344 Mibçàr, tr., 139 ci-dessous, note sur la p. 252.

P. 218, 1. 18. On lit a Khallouf ibn Tahmed » dans le texte arabe, et o ibn Mohammed Il dans le Bayan, trad. I, 130. P. 219, 6. Sur Astla et son histoire. ci. Bayan, trad. I, 337 sq. P. 220, 1. 33. Lisez « Ibn Abil-Afiya, ainsi, qu'il a été dit, et reçut. » mais il n'a pas été question de ces faits dans le présent ouvrage.

P. 223, 1. 13. Dans le texte arabe, sous réserve d'une faute typographique facile, « Hannoua » cf. infra, p. et Jaqubi, p. 123. P. 226,1. 4. Lisez a par une rivière dont le débit est régulier et qui fait. ».

P. 1. 20. Lisez bâtis au flanc d'une colline. P. 227T Le nom d'homme « Fatouh Il s'employant aussi bien sàns qu'avec l'article, il se peut que le nom de cette porte doive ici se traduire par « porte de Fatouh », et non, comme cela a lieu le plus souvent, par « porte des Victoires ».

P. 228, I. 25. Lisez a on y remarque aussi un plus grand nombre. ».


P. I. 14. Ibrahim ibn Mohammed Asfli. donné ici comme auteur des vers satiriques que reproduit le Bayan (trad 1, 2€0), où ils sont attribués « au poète de la dynastie Fatimide », a fourni une autre citation à ce dernier ouvrage, p. 343.

P. 232. 1. 28-29. Lisez a s'asseoir sur un banc, auprès. ». P. 234, 1. Il faut très probablement prononcer « Soleiman ibn Djerir », voir htibçâr, trad. p. 151. Sur ce personnage, dont les adhérents s'appelaient Djertriyya (Mas'oùdi, V, 474) ou Soleymaniyya (Chahrestani, trad. Baarbrûcker, I, 180). voir ce dernier auteur, qui parle également de Hicham ibn elHakam (notamment I, 212).

P. 238, 1. 1. Lisez a d'employer cette poudre à L'aide du cureJ dent le lendemain.

P. I. 1, et n. 2. Lisez « Le six du mois de dou'l-hiddja. ». P. 241, 1. 22. Idris, qui avait onze ans en 187 (voir p. en avait donc trente-sept en 213.

P. 1. 4. Sur Daî on trouve quelques renseignements plus loin, p. ainsi que dans Edrisi, p. 85.

P. 244, 1. 14. Voir dans Fournel, Les Berbeis, II, 248, la discussion de ce passage et son rapprochement avec les versions du Karlas et d'ILn Khaldoun cf. page suivante.

P. 1. 10. Lisez « il chassa Yahya ibn Idris du pays P. 245. 1. 29. L'expression arabe correspondant aux mots a réduite à leurs propres forces » est d'un usage très rare je comprendrais plutôt « réduits à la dernière extrémité n.

P. 246, 1. 19. Ce vers est mis dans la bouche de Haddjàm lui-même par le Bayan, tr. 1,

P. 1. 9. Lisez « leur mécontentement, il se détourna d'eux arec son armée. » voir Dozy, Dict., Il, 556b. P. I. 26. Lisez « Ce dernier prince [c.-à-d. Mohammedj était resté. n.

P. 249, 1. 30. D'après de Goëje (Jaqubi, ce passage serait altéré et il propose de traduire « Celui des Benou Mohammed qui occupait Sakhrat en-Necer, était Guennoun, c. à d. Guennoun qui avait Ibrahim pour père » (addition destinée à distinguer ce Guennoun de celui qui était le frère d'Ibrahim). P. 252, 1. 5-6. Lisez d'El-Cacem ibn Idrts Ibn Idrîs. L'ethnique « Gareti » est prononcé « Korti » par de Goêje (Jaqubi, 146 b), qui a plus tard (dans Edrisi, p. 20S) transcrit Cart le nom de lieu <L>j£.


P. 1. 13. Le lundi correspond non au 12, mais an 10 chouai 333 •26 mai 945).

P. et, 1. 19. Lisez firent d'un commun accord abattre. » P. 1. 7. Lisez. d'cprès l'arabe, a le samedi neuf mais le 9 redjeb 341 correspond au mardi 30 novembre

P. 253. 1. 12. Le rebla n 'Sa correspond au jeudi 8 septembre 953.

P. n. I. Sur Monder, cf également Bayan. tr., n, 259 a. 4. P. 1. Le 6 djomada u 434 correspond au vendredi janvier 1063.

r. 263. I. 2. Le nom de cette ville est orthographié Ta'mi?* dans le Bayan. «tr. i. 326), qui parait avoir pour la plus grande partie copié Behri; de même dans l'Istibçdr, tr.. p. 158. P. 1. Lisez CI la faculté de saisir rt de retenir. P. 263. 1. 2 et n. 1. Il est appelé Abou Merouan Ghaylan ibn Merwan Dimechki par Chabrestani <p. 105 trad. i, 160i. P. 265, 1. 19. Les vers ici cités se retrouvent dans 1j. des Berb., n, et. partiellement, dans le Bayan, i, 328.

P. 266. 1. 34. Lisez a à partir du épaules à passer. 1). P. 269. I. Lisez CI et la s-urate des Merveilles. P. 272, 1. 2. Lisez a à quatre milles environ de Fez ». P. El-Hacen son petit-fils •; ce que peut aussi signifier l'arabe mais à la 1. 18, il est appelé P d'Abou'1-Aicb, ce qui est exact. II y a donc lieu d'introduire ici, dans la version française, une correction que de Goëje (Jaqubi, p- 97) établissant la généalogie des Benou Mohammed, n'a pas signalée, et de comprendre a Son petit-fils, qui avait pour père El-Hacen, ayant quitté.

P. !'il, 1. 3. Ces vers ont aussi été reproduits par le Bayan, tr., i, 288.

P. 274. 1. 23. Le texte arabe, où il semble y avoir une confusion amenée par la répétition injustifiée de mots qui viennent d'être employés, porte « ville magnifique qui est habitée par des Mifcnasa, bâtie sur le Cbélif et entourée de jardins elle est habitée par des Hoouara et renferme une mosquée ». Ce sont ces onze derniers mots qui paraissent être indûment répétés.

P. 2T7T 1. Lisez et natif de Sefza. ».

P. 8. Lisez A l'occident, où il n'y a pas ce faubourg, on voit. ».


P. 278, 1. 10. Sur les mines de Meddjana, cf. Jaqubi, p. 74. P. 278, I. 15. Lisez a Bosr ibn Abi Artah », ainsi qu'il a été dit à la p. 32; cf. encore Moschtarik. p. Jaqubi, 75; Edrisi, 106 n., ce dernier meutionnant aussi un Cal'at Bichr à 2 journées de Constantine et à 4 journées de Bougie Beladhori, index.

P. 12. Ecrivez cc une tribu [berbère], les Béni Keslan si le mot « berbère n est ajoute à juste titre, il faut alors, en supprimant l'article, écrire dans le texte arabe, p. U5. 1. 6. Ce nom de tribu ne se retrouve guère ailleurs, (Rayon, I, 71 il y a probablement là une déformation du nom des Beni Kemlan).

P. 2i9, I. 28. Lisez et renferme de nombreux caravansérails et boutiques». Le nom de cette localité est prononcé AIDjohanlln dans la trad. d'Edrisi, p. 139.

P. 284. I. 9. Ce passage relatif aux lépreux et aux juifs doit être rapproché de ce qu'on lit dans l'Ihlibçdr, p. 166.

P. 1. 28. Il y a là prabablement une allusion à l'opinion de ceux des juristes qui exigent, pour donner toute sa valeur à la prière en commun, la réunion de quarante fidèles. Sur l'histoire de cette petite dynastie et la ville qui lui servait de capitale, cf. Bayan, tr 1, 215 et les auteurs cités.

P. 1. 18. Lisez a son fils Abou 't-Montecer P. 288, 1. 23. Lisez « son cousin Abou 'i-Montecer. P. 289, 1. 15. Lisez la chaleur et à la sécheresse- extraor dinaires qui régnent. J)

P, 1. 10. Lisez « nomme Abouab Abd el-Kbalec. P. 12. Au lieu de Nezar, dont l'orthographe est incertaine peut-être faut-il lire Fazàz (Istibçar, 132, n. 1 et 2l.

P. 29 i, 1. 30-31. Lisez « puis la ville d'Ourzigha. P. 295, J. 17. Au lieu de a Tioumetin de Goëje a adopté l'orthographe Tlouvoutu (Edrisi, p.

P. 296, 1. 7. Au lieu de « Agrou v, de Goëje a adopté l'orthographe Agharnou (Edrisi, p. 65).

P. 1. 1 et s. C'est probablement des mêmes faits qu'il est question, bien que les noms diffèrent, dans l'H. des Berb., u, 66. P. 302. 1. 27. La distance qui sépare Aoudaghast de Sidjilmesse, évaluée ici à 51 journées, est donnée comme étant de deux mois à la p. 317.


P, 303, 1. 5. La traduction d'Edrisi, p. 73, transcrit le nom de cette vilie Nafts, avec raison, je crois.

P. 303, 1. 24. 11 faut, d'après de Goêje (Jaqnbi, p. 123), lire a Abd Allah ibn Idrts. ».

P. 304, 1. 14 et n. 1. Lisez a et d V extrémité l'on trouve. Il; voir sur l'expression arabe la trad. Edrisi, p. 348.

P. 304. 1. 22. Lisez a des Beni Maghous. tribu bettere chez laquelle. ».

P. 304, 1. 29. Le nom • Oureetted est écrit Oorcened dans Ibn Haukal, p. 65,1. 22.

P. Lisez a que l'on travaille et exporte ensuite. ». P. 307. 1. 9 et n. 2. On peut voir aussi sur l'arganier ce que rapporte Edrisi, p. 75.

P. 310, 1. 20. Lisez a une distance de deux mois de marche ». P. 311, 1. 3. Lisez: Mohammed, connu sous le nom de Tarechna ».

P. 1. 10. Lisez CI chez lequel il établira les prescriptions.

P. 316, 1. 7, Au lieu de « Argui D, le traducteur d'Edrisi (pp. 36 et 66) prononce Azogga on Azoggl.-

P. 316. i. 18. Les a Targa 1) sont-ils bien les Touaregs ? La même affirmation se retrouve dans VU. des Berb., n, 64 n. 5. mais cf. Edrisi, 66 n. 5.

P. 319, 15. Chez les orthodoxes il arrive que le châtiment varie selon que le coupable, ou vient à résipiscence et se livre luimême, ou est réduit par la force.

P. 319, 1. 20 et 22. Lisez n à la prière publique reçoit vingt coups. qui font partie de la prière en reçoit cinq coups n. P. 319. n. 1. Lisez a a lieu d partir de midi passé, dès que le soleil commence à décliner o.

P. 322, n. Le demman est le mouton saharien à poil roux. P. 325, 1. 23. Lisez « qui se nomme sorriyaka. »; voir Dozy. Dict., 1. 651 a.

P. l. 18. Il faut très probablement lire leurs imams et leurs moueddins salariés [ou, attitrés] p voir Dozy, Dict., i, 507 b.

P. 338, 1. 9. Lisez a il se mit à pousser des cris de malédiction et de rage Il: voir Fleischer, incinère Schriften, n, 498 Centenario delta nascita di Y. Amari, n, 61.


P. 339. 1. Lisez a Le jurisconsulte Abou Mohammed Abd. ?. P. 360, 1. 6. Sur Ouerglau ou Ouargla, quelques renseignements sont donnée par Edrisi, p. et l'Isiibçâr, p. 208.

P. 340, 1. 8. Ct. Duveyrier, carte du Mzab Aghrem baba Saad. P. 1. 20. Traduisez C'est le destin qui mène tout, et rien ne peut réussir à l'homme que Dieu, a exclu de ses faveurs b.

La réimpression du texte arabe de BEgRI publiée en 1911 n'étant guère que la reproduction servile de l'édition originale de 1857, il a para utile d'ajouter ici une liste d'errata, cette dernière édition étant représentée par la lettre A, et la réimpression par B; de même l'édition originale de la traduction est désignée par le chiffre romain I, et la présente réimpression par II.

Page. Ligne.




B. F.


TABLE DES CHAPITRES)

Route de à Barca et au 7 Route d'Aoudjela aux Oasis «*»' 35 Route de Tripoli à 41 Route de Gabès à 45 Route de Sfax à 47 Route de Sfax à Description de de ses villes, limites et curiosités de son 48 Description de la grande mosquée de 52 Pays des Ketàma en 73 Région tunisienne (suite). 74 Route de Cairouan au Château d'Abou Autre route de Cairouan au Château d'Abou Taouil. 114 Route de Cairouan à 115 Route de Cairouan à 418 Route de Calât Abi Taoull à 123 Route de Cairouan à Merça' 131 Route d'Achir à Merça' 134 Route d'Achir à Djezair Beni 136 Route de Cairouan à Ténès. 137 Route à 137 Route de Ténès à Achtr. 141 Route de Tthert à la 142 Route d'Oran à 146 Route d'Oran à Cairouan par 146 Route de Ténès à 154 Description de Tlemcen et du pays qui s'étend entre cette ville etlePlaces fortes du littoral de 159 Ports situés à l'est d'Aslen. i63 -Route de Mehdiya à Alexandrie par 171 Routier d'Alexandrie à 174 Route d'Oudjda à 177


Description du territoire deRoute de Nokour à Description de Ceuta. Description de ni Route de Ceuta à 209 Route de Ceuta à 212 Route de Ceuta à Tanger. 212 Route de Tanger à Fez. 215 218 Route de Ceuta à Autre route de Ceuta à Description de Fez. Notice des Idrlcides. Notice de l'empire des et de leurs rois. Fragments du Coran de Route de Fez à Cairouan. Route de Fez à Description de 282 Route de Sidjilmessa Description d'Aghmat. 2m Route d'Aghmat Ourika au ribèt de 293 Route d'Aghmat à Route de à Route de Tamédelt à Route d'Aoudaghast à 302 Route d'Aghmat au Sous. Route du Ouadi Derà au Désert et de là an pays des Noirs. 309 Doctrines enseignées par Abd Allah ibn 319 Notice du pays des Noirs. Description de Ghana et moeurs de ses habitants. Route de Ghana à 331 Route de Ghana à 338 Anecdotes additionnelles sur les Berbères. 343

Notes complémentaires.


INDEX GÉNÉRAL

A

Ibn Aakeb, 45.

El-Aali, Hammoudite, 258.

El-Aarabi, officier fa timide, 22. Abanec, 89.

Ahar el-Asker, 147.

Cais, Il.

Abbacides, 29, 57.

Abbas b. Naseh, 264.

Abou'1-Abbas, cefd, 186.

es-Chial, 139.

Ibn Abbas, Abd Allah, 261.

Abd el-Aala b. es-Sameh, Abon'IKhatt8b, 22, 63, 140, 286.

Abd Allah b. Abbas, 261.

b. Amr b. el-Aci, 51,150,357. b. el-Aouach, 96.

b. Hacen b. Soleiman Haceni. 134.

b. Hacen b. Hacen, 238.

b. Ha-mim, 199.

b. Abi Hassan. 50.

b. Idris b. Idris, 241, 242, 308. b. Idris b. Mohammed, Ternani, 162.

b. Lahîah, 50, 51.

b. Mohammed el-Mekfouf, 199. b. Omar el-Omari, 51.

b. Ouehb, 49.

b. Saad b. Abi Sarh, 97.

b. Saîd b. Idrîs, 185.

b. Thaleba b. Mohareb, 247. b. Ya-cin, 311-320.

b. Yahmed Bereghonati, 263. b. ez-Zobeyr, 73, 75, 76.

Abou Abd Allah es-GMaf 62 68

Abd Allah el-Mekki, 334.

Abd Allah b. Meimoun, 113. Abd Allah el-Melchouai, Abd ol-Azîz b. Merouan, 84.

Ibn Abd el-Hakem, 21, 22, 38. Abd el-Khalek b. Si, 293.

-Abd el-Melek b. Abi Hammama, 158.

b. Alchoun, 126.

b. Caten, 97.

el-Melchotwi, Aboa Abd Allah, 112.

b. Merouan, 22, 71-73,82, 89, 97, 122.

b. Nakkhas el-Gharfa, 336, 337, 339, 365.

b. Omaia, 144.

Abd el-Moumen, 161.

Abd er-Rahman b. Abd er-Rahman, Rostemide, 139.

b. Fahel, 210.

b. Abd el-Ouehhabb. Rostem, 139.

b. Habib, 296-298, 307.

b. el-Hakem, 220.

b. Merouan, 306.

b. Mohammed en-Nacer Omefade, 178, 192, 193,

195, 199, 202, 205, 207, 251,

b. Rostem, 140, 141.

b. Sald b. Idrîs es-Chebid,


Abd er-Rahmaa b. Abi Sehel el-Djodemi, 34Z.

b. Zlad b. Aném, 50, 355.

Abou Abd er-Rahman Djobboli, 50,51.

Abd er-Hezzac le kharédjite, fil, Beni Abd er-Rezzac, 2M.

El-Abd es-Saleh, 183.

Abd es-Samed b. Saleh,

Abd es-Selam b. Sald Sahnonn, 49.

Abd es-Semia b. Djorthem, 195. lbn Abi Abda, 186.

Abdoon (Abon '1-Abbas Abdoun), 54, 354.

Abid Kirille, 18.

Ablapaz, 186.

El-Abour, 132.

Acaba, 11, 23, 24, 51.

la grande. 13, 14.

la petite, 11, 13.

Acabat el-Afarec, 224.

el-Bacar, 272.

Acdas,66.

Acem b. Djemll, 63.

Achac, 164.

Ibn el-Achath, 57, 140.

Achbarus, 89.

Achet/gar, 132.

Achîr, 126-127, 142. Achoura, 60.

Acla, 163, 164.

Adamest, 291.

Adan,

Adar, 170.

El-Addam (?, Yahya b. el-Cacem), 243.

Addjer, 115.

Adena. 275, 276-

Adites, 91.

Adiedabiya, 13, 16, 19, 27, Z8, 31, Adjem, 333.

Adilça, les, 124.

Adjroud, 179.

Adlent = Atlantique, 214.

Adouat el-Andelooiln, 2Z6.

el-Carawiln,

AJarec, 15, 41, 49, 118.

Beni A San b. Khalaf, 209.

H-Afïa, 167.

Ibn Abi '1-Afiya, 220.

Beni

Afifen, 303.

Aftès, 223-225.

Agadès, 299.

Agdal, 182.

Agguer en-Oouohan, 296.

Tendi, 299.

El-Aghar, 222.

Agharef, 298.

Aghigha, 295.

Aghlabides, 85, 86, 99.

El-Aghleb, el-Idrici, 188.

Abon'1-Aghleb el-Idrîci, 188. Aghmat, 175, 290 sq, 294, 303, 308, 318, 322.

Aghmat t Ilan, 291 sq.

Ourika, 291 sq, 303.

Aghronm en-Ikammen, 340.

Aglef. 283.

El-Agoulès, 213.

Agrou (Agzou),296, 308, 363. Agta, 184.

Dm Agneilid. 294.

Aguercîf, 178, 290.

Las Agnilas,

El-Ahça,

Ahça Ocba, 147.

Ahmed b. Abd er-Rahman, 240. el-Akber b. Cacena b. Idrls, 252.

b. Amedagnon,r316.

b. Bekr b. Abd er-Rahman, 243. 248, 289.

b. Beledj Souci, 76.

b. el-Cacem b. Idrls, 252.


Ahmed b. Efça, 96, 355.

el-Fadel, 251-254,

b. Feth Tlherti, 217, 229.

b. Hacenb. Soleiman Haceni, b. el-Harith el-Yemani,237. b. Ibrahim (Ibn el-Djezzar), 90. b. Ibrahim b Mohammed, 251, 254.

b. Idris b. Idris, 2li.

b. Idrîs b. Mohammed, 189. b. el-Khacib, 28.

b. Khallouf el-Fasi, 301.

b. Abi Mahrez, 77.

b. Meimoun el-Amîr, 288.

b. Mohammed b. Abi Khaled, b. Mohammed, Aghlabide, 59. b- Mohammed el-Meroudi, ilo, 112, 125, 192.

b. Mohammed b. Ziadat Allah, 196.

b. Mohammed b. Mouça Razi, 178.

b. Omar b. Anès, 113.

b. Yala, 252.

-Abou Ahmed es-Chafei, 255.

Ibn Abi Ahmed. 96.

H-Ahmès etToleytali, 190.

Alton '1-Ahouès Amr Eidjli, 22. Aias, 20.

Abon 'l-Aich b. Ali b. Omar, 255, 256.

'1-Aîch Eiça b. Idris, 156, 273. '1-Aich b. Gnennonn b. Mohammed, 251.

1-AIch b. Ibrahim b. el-Cacem, 217.

'1-Aîch ben Obeid Allah ben Omar, 255, 256.

Aîcha Andeloci, 128.

Ain Abd es-Selam, 129.

el-Aoucat, 167.

es-Chems, 119,213.

Djocar, 95.

Erban, 113, 279.

Ain Ferès, 147.

Ferroudj, 164, 358.

el-Ghazal, 276.

el-Homma, 134.

Ishac, 272.

Kerdou, 143.

el-Khacheb, 221.

el-Kittan, 276.

Kordi, 143.

Makhled, 125.

Messaud, 126.

Abi Seba, 133, 356.

es-Sobhi, 137, 154.

Soleiman, 127.

Temouchent, 146, 160.

et-TIn, 178.

et-Tîna, 279.

Abi Zeid, 173, ?9.

ez-Zeitouna, 45.

Aioud, 225.

Aïouni, 175, 323.

Air, 343.

Aiyad b. Ocb«, 230.

Beni Akîdan, 12.

Akesraigh, 290.

EI-Akhcuan, 70, 169.

Akka, 174.

Alexandrie, 11, 47, 174,182, 285.

Alger, 136, 166.

Algésiras, 251, 256.

Alhucemas, 181.

Ali b. Ahmed b. Idris, 295.

b. Ali b. Dhafer, 70.

b. Hamdoun (Ibn el-Andeloci), 70, 123, 124, 275.

b. Hammoud b. Abou '1-AIoh, 256.

b. Moad, 252.

b. Mohammed b. Idris, 242. b. Mohammed b. Soleiman Naufeli, 232 v. Naufeli.

b. Obeid Allah b. Omar, 255. b. Omar b. loris, 243, 254.


Ali b. Abi TaJeb,

Abou Ali er-Ride, 188.

Beni Ali b. Homeid el-Onadr, Alicante. 165.

f1 Almeria. 258.

de Pechina, 1S0. Almornides, 21, 311 aq, 315 aq. Almunecar, 197.

f Aloès, 225.

Ei-AlouIIn, 146.

Aloukeu, 335.

,(Alun, 37.

Aman Issldan, 296.

TfMen, 296.

A mara, 173.

Amat er-Rahmau beatOoakef. Amatlons, 310.

Ibn Amedagnou, 316.

Amegdoul, 175.

Ibn Abi Amer, 203.

Amerghad, 296.

Amendes (les), 203.

Ameskour, 281, 290.

Amghak, 280.

El-Amir (Ibn Thakia), 287.

Amoura, 158.

Amr Eidjli, 22.

b. el-Aci, 14, 24, 28, 150, 273.

b. Merzouk, 138.

Abon Amran Fasi. 311 sq.

Ibn Anâm, 50, 95.

Anas. 20.

Anbara, 335.

Anbedoucnet, 172.

Anda, 121.

Andalous, 117, 135, 141, 163, 166. Andalousie = Espagne, 163-166, 169, 220, 242,254,

Ibn el-Andeloci, 70, 275. Anès b. Malek, Sa.

Annibal, 91-93.

Abou '1-Anscr, 263.

Ansars les),

BI-Aosariïn, 99, 1t6.

Antabolis, 14.

Antakiya, 174.

Antaliya, 174.

D'AnTille, 13.

Aoua, 175.

Aonchilas. 161.

Aoud, 225.

Aoudaghast, S99 sq, 317, 3M. Aouderf, Z7.

El-Aoudta, 242.

Aoudjela, 17,31, 35.

Aoogazent, 298.

Aougham, 302, 337.

Aouiat Il'),

Aoukar,

Aonktîs, 181.

Aonelimmiden,

Aoulil, 323.

Aoureba, 181, = Aorata. Ibn Abi Aoun,

Beni Aoasdja, ville, 254.

Aonsedj, 12, 173.

Aonzecconr, 135, 294, = Ou..zeccour.

Aphrodisiaque, 327.

Apollonia, 173.

Apollonias, 14.

Ibn Abi '1-Arab, 50, 51.

Arabes, h, 26, 41, 68, 110, 116, 118. 133. 149, 155, 204, 215, 317.

Arac, 16.

Arar, 15,

Arar Csis, 9.

Arcadus. 66.

Archgonl, 180, 357. El-Archgouli, 158.

Ardmln b. Laondln, 91.

Aretnenna, 313.

Arfoud, 281.

Arganier, 307, 308.

Argui, 316, 364.


Arguin, 323.

Aricb des Oasis, 37.

Aroue bent Abd er-Rahman b. Rostem,

Arozlès, 48.

Arrobe, 46.

Arrosage, 103,

Arsinoé, 14.

Artah, 8!.

Arzakiya, 31.

Arzao (Arzeul, 143.

Ascalan. 174.

Asti, 175.

Aslla,fi7i) 175, 176, sq, W.

Aslen, 163,

Asloun, 187.

Asmir, 209.

El-Asnam, 21, 280, 353.

Asrem, 56.

Assada, les, 206, 216, 224, 270. Astarté, 48.

Astidja, 13.

Ibn el-Athir, 22.

Atlca bent Ali b. Omar, 254. Atlantique,,)51. 202 214, 292, 293, Atlas, 214, 281, 295, 3M. Atrabolos (Tripoli), 19, 172.

Audiat el-Ouahat, 36.

Saint Augustin, 92, 116.

Aumale, 134.

Auras, 106, 112, 149, Aureba (Aoureba), les, 117, 2t3, 230, 231, 243, 254.

Aureba de Ferhoun, 181.

Auzia, 134.

Azdadja (Ouzdadja), 144-146, 196, 299.

El-Azlz billah, Idrîoide, 257.

Azouer (Azoued?), 297,

Azrag, 118.

B

Bab Abd Allah, 57.

el-Acaba, 155.

el-Andelos, 138.

Artah, 81, 86.

Asrem, 56, 57.

el-Behon, 55.

Cairouan, 77.

el-Callalln, 58, 354.

Carthadjenua, 86.

el-Cssr, 157.

Cherik, 85.

El-Bab es-Cherki, 58.

Bab Abi Corra, 155.

El Bab el-Djedld, 109.

Bab el-Emlr, 157.

el-Faouara, 227.

el-Fatouh, 271.

el-Feth, 109.

el-Fotouh, 58, 157.

Ghalboun, 64.

Bab el-Hadid, 64.

El Bab el-Hadith, 58.

Bab el-Hammam, lit, 155. el-Haoud, 227.

el-Hisn ildjedïd, 228. Hisn Saadoun, 227.

el-Keniça, 227.

Khacan, 109.

Abi Khallouf, 227.

el-Khokha, 129, 155.

El-Bab el-Kibli, 58.

Bab Kotama, 58, 109.

el-Macbera, 111.

el-Madjous, 220.

el-Menazel, 138.

Merniça, 157.

el-Met6hen, 138

el-Mosalla, 182.

Nafé, 57.

en-NakWJ, 58.


Bab Ibn Naseh,

eo-Niça, 81.

Ooebb,

Béni Onrisghel,

Raccada, 114.

er-Rahma,

Abi 'r-Rebia,

er-Rib. 64.

er-Roons, 133.

es-Saba, J38, 357.

es Saccanm, 86.

Sabnocn, 58.

es-Seada,

Selm, 57.

Sladj, 228.

es Silcele, 228.

es-SoHi, 133.

Solciman, 182, ZZ7.

Soue el-Ahad, 228.

Tehouda, 109.

el-Tirai, 58. 61.

Tounis, 57. 59, 60.

el-Yemm, 206,207, 213.

el-Yahoud, 182.

Zouîla, 58.

El-Bacar, 181, 193.

Baeca, 68.

Bachoa, 90, 96, 97.

Bococh, 267.

Baconia, 182.

Baeounîs, 89.

Beni Badaren, 273.

Badis, ville, 151, 182, 201. b. Habbous b. Makcen, 258. Badja, 119-121.

Baghala, iO6, 350. Babira Madghous, 107.

Medjdonl, 154.

Mornac, 82.

Tinnis, 174.

Bahr Rades, 81.

ez-Zocac, 202.

Baian, 22.

BaUch, tBY2

Baoklablo, 311.

Barbati,

4 Barca. 7, 14 »q., t9. IZ. 28, 37, 47Le Bardo, SI.

Barth, 10, Il, 17, 78. 335, 337, 339.

Baseli, 120.

El-Basra, 216 aq, 241, Basrat ed-Dobban, 216.

el-Kittan, 216.

El-Batal, 165.

Becbilga, 124.

Bechliga. 124.

Beci, 327, 328.

Beçoul, mer de, 202.

Bedjala, 166.

Beddjana,

El-Bedjeli,

Bedjlites (les),

Bedkonn, t83.

B-lmeça des Oasis, 36.

Behram b. Doncherar. b. Saponr, 139.

Beht, 263, 265.

El-Beida, 175.

Beiront, 174.

H-Beit, 47. 172.

Beit el-Makdis, 174.

Beitham, 109.

Ibn el-Beithar, 12, Bekem (les), 334.

Bekr b. Hammad, 353.

b. Sooeda Djodami, 50.

Aboû Bekr b. Omar, 316, 320. Belat, 53.

es-Chok, 210.

Homeid, 251-

Beled el-Anber, 99.

El-Beled en--Ne&, 303.

Belexma' des Mezata, 107-

Beltas, 135.

Bellech, 196.


Beltha,

Belyounoch, 208.

Benechkola, 166.

Benghazi, 17.

Bentapolis, 14.

Bentlous. 112, 147, 148.

K Benzert, 121-123, 169.

Beranis (les), 185, 270.

Berbat, 265.

Berbati,

Berbères, f2, 20, 26, 31, 38, 42, 68 71. 74, 84, 112, H6-&8, 131, 132. 137, 141, le 150, 184 m. 219, 239, 256. 260, 273, 277, 279, 285, 303,

Berbrugger, 53, 55, Bercadjenna (les), 137, 139, 141, 300.

Berchi, 332.

Berdi, 170.

Béreghouata (les), 175, 254, 259 sq 312, 314, 318.

Béreghouati, 265.

Bérénice, 14, 17.

Berni, 30.

Berghollt b. Said, 264.

Berid, 206.

Berkana, 31.

Beni Berzal, 124.

El-Biban,172,358.

Bichr b. Artah, 32, 278 (cf. Bosrj. Bichr b. Hodjr, 138.

Bidan, 117.

Blr Adel, 218.

Azrag, 118.

el-Cobba, 24.

ibn Delfa, 216.

el-Djemmalin, 296, 309.

el-Hamam, 10. Abi '1-Kenoud,

Abi '1-Kifar, 86.

en-Nethra, 117,168.

Onaran, 299.

es-Sanla, 218.

El-Bire, 123.

Ibn el-Blri, 168.

Biskera, 110, 148, 153. Biskerat en-Nekhtl, 112.

Bocchus, 214.

El-Boheyrat el-Mahfoura, 169. El-Bokhari, 96.

Boll (voir Fahs), 114, 116.

Bologguin, Youçof b. Zlri, 127, Bône, 123, 167, Bonet el-Haditha, 117.

Bordj Abi 'I-Oaezzan en-Nahoui, 67.

ed-Dahhan, 67.

Eiça, 67.

Othman, 67.

Sabec, 203.

Abi Soleiman, 94.

Bosr b. Artah, Botouia, 46, 189.

Boufarik, 136.

Boughrat, 339.

Bougie, 166.

Bouira, 134.

Boujaroun, cap, 167

Boukir, 174.

Bou Merzonc, 131.

Bouna, 167, 168.

Bounat el Hadîtha, 117.

Bounou, 341.

Boura, 275.

Beni Bouregh, 270.

Bouri, 121, 123.

El-Bouri b. Monça b. Abi'1-Afiya, 159, 178, 229, 273.

Bourt Lob, 207.

Bousa, 29.

Bousir, 11, 174.

Briques de cuivre, 59.

Bruce, 49.

Bulla regia, 114.

Busiris, 11.

Biuurganiyln, 342.

Byzacène, 15.


O

Cab-Mont, 209.

JfCabes, 22, 41 sq., 45, 10%, 172. A boa Cabïl. 51.

Cnbo Negro,

Cabr Hadghoas, 107.

Cabta béni Asooed, 180.

Cabtil Todmlr,

Caçaba Moula Ismall, 181.

El-Caceba, 77.

Cacem b. Abd el-Aziz, 113.

b. Hacen b. Soleiman Haceni, 134.

b. Hammoud b. Abi 1-Alch, 256, 257.

b. Hooein b. lbrahim, b. Idris b. Abd Allah, 281.

El Cacem b. Idris b. Idris, 241-2.

[ou Guennoun) b. Mohammed b. Cacem, 250.

b. Obeid Allah b. Omar elIdrtci, 255, 256.

Ousnani, 181,187.

Abon 1-Cacem el-Calm, 8, 16, 66, 68, 98, 123, 194, 277.

Codas, 66, 103.

Cadous, 129.

Caftz, 61.

Cafou, 325.

Cafsa, 35, 153, 284. Caiceriga, 52.

Caleeriya, 52, 174.

H-Caldb. Ziri,

Le Caire, 9.

Cairouan, 25, 35. il, 47, 52 sq., 68. 71, 74, 77, 78, 80, 114-1i6, 118, l20, 131, 135, 137, 140, 180. i97, 214. Wl. 278289, 290, Ceisidea, 148.

Cala, 173.

H-Cal»,

Et Cala jGuôléia). 157.

Calamoun, 37.

Calàt es-Chini, 173.

ed-Dik.

Djaber, 100.

ibn el-Djahel, 156.

Ghormat (Konmat), 272.

Hammad. 105, 343.

Hoonara, 143.

ibn Kharroub, S15, 225.

Maghlla Delool, Menediya,

Abi Taouil, ICI). lit, 115, 123, 167, 340,

Calchana, 65, 205.

Calembou, 324, 325.

Calemdjenna, 9.

Caliaoari, 88.

La Celle, 169.

Camdjala, 179.

Abou Cameh, 248.

Cammouniya, 153, 357.

Canbaniya de Tanger, 213.

cancal, 289.

Canmer b. Beci, 335.

Cantabir, 172.

S-Canterat el-cadlma, 127.

Cap Blanc, 202.

Bon, 170.

Boujaroun, 167.

de Capta, 180.

de Fer, 168.

de Garde, 168-

de Gate, 180.

Hone, 161.

S'-Martin, 165.

Mesrata, 173.

Mont. 209.

Noé, 161.

Rozat, 173.

Santa Pola,


Capoudija, 171.

Capta, 208.

Car b. Sanhadj,

Carar el-Amir, 289.

Caria, 127.

Cariât 6s-Sacaleba, 188.

Ibn Carma, 36.

Carmel, 201.

Carmona, 257, 258.

Csrnero (pointe), 207.

Caroun, 165.

Cartenna. 128.

Carthadjenna, 81, 89, 169. Carthage, 169.

Carthagène, 20, 163, 164.

El-Casaba, 38.

Casir el-Beit, 172.

El-Gasir, 47, 171, 172.

El-Casr, de l'Oasis intérieure, 37. près Ceuta, 208, 209.

el-Abiad, 23, 24.

el-Aouwel, 205, 206.

el-Cadim,

des Oasis, 37.

el-Atech, 275.

el-Bahr, 60.

es-Chemmas, 13.

Chemin es, 13.

el-Couriateln, 171.

Denhadja, 216.

ed-Derec, 172.

el-Emir, 169.

el-Folons, 160,164.

el-Haddjâmin, 169.

el-Ibedi, 173.

el-Ifrîki, 114.

Ilian, 212.

el-Kheir, 280.

el-Louz, 108.

Abi Maadd, 12, 13.

ibn Meimoun, 31.

ibn Omar el-Aghlebi, 171. Rlah, 47.

Casr Rlh, 47.

er-Roum, 13, 172.

Abi Saîd, 68.

Abi 's-Sakr, 169.

es-Silcele, 85.

Sinan ou Sennan, 180.

ibn Sinan (ou Wansoar ben Sinan), 146, ST/4.

ez-Zeradba, 280.

Zidan el-Fata, 31.

ez-Zeit, 96.

Castiglioni, 78.

Castlliya, 35, 146,152, 153, 340.

Castro Mores,

Catabathmus magnus, 13.

Catabatbmns parvns, Il.

Cataif, 301.

Ibn Caten, 97.

Beni Catîten, 200.

Cazrouna, 136,

Cela, 281 (cf. CheUa).

Cercinna, 171.

Cergaja,

Cetura, 60.

L.Centa, 202sq 205-210, 212, 222, 225, 251, 252, 2â7.

Chaba, 134.

Chahem el-ard, 15.

Es-Chakor, 174.

Es-Chaféi (Abou Ahmed), 255. Chafded, 176, 223.

Es-Chaker billah (Mohammed b. el-Feth), 288.

Charax, 21-

Chati, 196.

Checcat el-FilHl, 173.

et Tis, 173.

Beni Cheddad, 200.

Chefchaouen, 293.

Es-Cbehba, 176.

Cheher b. Hancheb, 149.

Es-Chenld, 185, 186, 255.

Chekle, 84.


Chelba, 89.

Chelif, 127, 135, 14S, 274.

des Beni OaatU, 142.

Chelle, rivière, 271.

Chella, 175, 281, 301.

Chtlonbtna, 179.

Chelonbinla, 197.

Chemartkh, 351.

Es-Cbemmakfa, 237.

Chenoua, 165.

Chent Fol, 164.

Chentian, 100.

Cherchel, 165.

Cherik, 85, 96, 97, 355.

Abci, 96.

b. Soheym, 33.

Cherous, 25, 26.

Es-Cblab, mosquée d' 20, 21. Chibloun, 92.

Chien de boucherie, 284.

Chigguiya, 325.

Chiites, 152, 167.

Chikka-Benaria, 74.

Chikli, 84.

Chini, 173.

Chorahbil b. Soneid, 50.

Choucar, 94.

Chrétiens, 26, 36, 37. 74, 150, v. Boum.

Cira!,

dapperton, 49.

Clypea, 97, 171.

Cobba, 12.

Cobba Bab el-Behou, 55.

Coleila, 221.

Cœlestis Afrorum, 48.

El-Coll, 168.

Collo, 134, 168.

Colouê Djara, 178, 181, 189, 197, Comlariya, 169.

Conde, 185, 257.

Constantine, 10,

Constantinople, 10,336.

Cooley, 299, 309.

Coptes, 17, 20, 36, 37,

Coran de Saleh, 268.

El-Corachi, 144, 173.

«Cordoue, 193, 256, 257, Coreich, 12, 58, 135, 171, 173,Coréichites, 118, 140, 150, 205. Coreydha, 77.

Corippns, 14, 32.

Beni Corra, 38.

«Corse. 169.

Cosentina, 131-132.

Cosour Cafga, 101.

Fezzan, 34.

Hassan, 21, 23.

Cossura, 97.

Coumeeh, 94.

El-Couriateîn, 171.

Conz, 175, 292, 293.

Crête, 285.

«L-Cyrénaîque,

Cyrène, 14.

-D

Daddjou bent Menn Allah, 198. Dai, 242, 294, 361.

Dalies, 180.

Daman, 322, M4.

Dar el-Amlr, 177.

Dar es-Sanaa, 75.

Darîça (les), 71, 116, 277.

David, 89.

Dawoad b. el-Csoem b. Ishac,238, 240.

Dawond b. Idris b. Idrls, 241-2. b. Soulat, W>.

er-Rondi, 184.

Beni Déam, 154.

Deba, 329.

Debcou, 174,359.


Ed Deddjêl, 261.

Ddfilé des Mikniça, 137, i54.

Defrémery, 281.

Degma; 115.

Dekakir, dekkour, 324, 330.

Delala, 180.

Delala, 91

Délia Cella, 17, 22.

Deloul, 164, 192,

Demdem, 342.

Beni Demmer, 154, 162, 270, 274. Ed-Denanir, 114.

Dénia, 166.

DennU, 209.

Derft, 284, 286, 287, 290, 295, 297, 306, 308, 309, 314,316, 336.

Deren, 281, 303, 304.

Derna, 121, 173, 294.

Ed-Derrara, 56.

Desfontaines, 48.

Deux frères (lle des), 169.

Ibn Dhafer, 70.

Dhat el-Homam, 10, 11.

Dhilli, 283.

Dibekiya, 174.

Didon, 89.

Diebel b. Ali Khozai, 28, Dilbak, 29.

Ed-Dimna, 97.

Dimnat Achfra,

Dimyat, 174.

O^jDinor, 10, 50; dinar chauce, 339. Dirhem, 10.

Djaber b. Abd Allah el-Ansari, D jaddou, 25,

Djafer b. Ali b. Hamdoun, 124. b. Idrls b. Idris, 241.

b. Yonçof Kelbi, 43.

Abou Djafer Ahmed b. Mohammed b. Abi Khaled, 73.

Djaferin (les), 179.

Djamê, 7.

'1-Ghtzouat, 162.

Bl-Djamour el-Kebfr, 170.

es-Saghtr, 170.

Djaouan, 34, 35.

Djara, v. Coloué.

Djebal er-Rahman, 167.

El- Djebel el-Acheheb, 218, 224. Djebel ed-Derega,

Abi Djemîl, 209.

Eiça, 286.

Guédera, 145, 146.

Habib, 211, 225.

Abi'l-Hacen, 181, 188.

Ha-mim, 211.

Icheggar, 210.

Abi Khafadja, 86.

Lemtouna, 316.

El-Melh, 112.

Memalou, 373.

el-Menara, 206.

Nefouça. 25, 397 (of. Nefouça). Omm Amr, 85.

Romra, 145.

er-Rossas, 98.

Sarsar, 216.

er-Sieda, 86.

et-Touba, 85.

Djeddan, 227.

El-Djehnïîn, 279.

El-Djelenda, 83.

Djelil, v. Sakhr.

Djelma, 100.

Djeloula, 70-71, 115.

Djemal, 103.

Abou Djemîl, 209.

Djemouna, 112.

Djemounès es-Saboun, 153.

Djenabiya, 166.

Beni Djenad, 135.

Djenah, 301.

El-Djenah el-Akhder, 115.

Djenan el-Haddj, 157.

Djenyara, 217, 224.

Djeraoaa, 156, 158, 177, 179, 18t, 194, 197, 270, 272-274, 290.


Djernoue Lazlcon,

Djerba, U, sg., 172.

El-Djerbi, 87.

Djerma, 33.

Djeroua, 317.

Djerwaou, 290.

El-Djezair des Oasis, 40.

el-Mooallefa, 174.

Djezalr Beni Meighanna, 136, 166. BI-Djezira (Algésiras ?), Djezirat el-AIia, 167.

Archgoul, 158.

Cherfk, 85.

El-Corachi, 173.

el-Hammam, 173, 359.

Abi Hammama, 116.

et-Tarle, 173.

Ibn el-Djezzar, 48, 90.

Djidjel, 134, 167.

Djobb el-Aousedj, Il

Bl-Ujobboli, Abou Abd er-Rahman, 50, 51.

Dioboir b. Motalm, 12.

Djocar, 94.

Djodam, les, 124. El-Djodami, (Abou Sahel), 243.

Béni Djoddala, 311, 8l5, 316, 317, Ibn Djodeir, 158.

Ibn Djoldjol, 16.

Beni Djordj, 148.

EI-Djorf, 172.

Djorthem b. Ahmed,

Djouba, 167.

Djouher, général d'El-Moëzz, 288, 289.

b. Seggnem, 313.

Djonn el-Kibrit, 17.

el-Mellahe, 170.

en-Nekhla, 170.

Djouza, 126.

Doff, 140.

Djousincat, 300.

Doghsgh, les, 206.

Doouas b. Soulat Lahici, 145. Ibn Doreid, 32.

Dou, 333.

Don '1-Carnain, 83.

Ed-Douamès, 80, 97.

Abou 'd-Douanoc, 108.

Ï-Drap de Sfax, 47.

Duperré, 127.

B

Echekouberès, 163.

Belja, 13.

Edough, 117.

E&ri, 195.

iirypte 5, 10, H, 51, Si 100, 101, 105, 123, Liça b. Abd Allah b. Haoen, 239. b. Yahmed Bereghouati, 259, 263.

b. Ahmed b. Ibrahim, Abou 'l-Alch, 253.

b. Dawoud b. Achrln Settaoi, 259

b. Guennoun, cadi. 238.

b. Mohammed,

Elça b. Hacen, el-Haddjam, 218. b. Ha-mim, 199.

b.Idrîs b. Idris, 241, 242.

b. Mohammed Haceni, 156, 158, 273.

b. Meryam, 261.

b. Mezped el-Asoned, 284,286. [b. Idrîs] b. Mohammed b. Soleiman,

Ibn Abi Elça (Mohammed), 251. Efçam b. Magcen, 204.

Beni Eîçam, 204.

Hyar, 313.

Elzel, 310.

Elbeit, 47.


Ellli, 209.

KWira (Elbira),

Emir cl-moaminin, 288. Bnf el-Canoter, 165.

en-Necer, 115.

Brban, 129, 325.

Ercan, 147.

Esclavons, 187.

Escombrera, 163.

f Espagne, 67, 100 128, 137, 158, Il le, 206, 207, 222, 238, 251, 255, 299 (cf. Andalousie)

S'-Etienne de Gormaz, 186.

Etna, 170.

Eurus, 250.

F

Béni Fadela, 12.

Abou'l-Fadl el-Bagbdadi, 336. Abou'1-Fadl Djafer el-Kelbi, 47. Fadl b. Mofaddel el-Medhidji, 199, Fahs Berkana.31.

Boll, 116.

Cirât. 143.

ed-Derrara, 56.

Imellon, 293.

Mornac, 82.

Nezar, 283.

Abi Seiyar, 224.

El-Faman, 335.

Fanega, 221.

}t'arec Hls d'Abraham, 48.

fils de Misraim, 49.

Far es, 138.

Fas, v. Fez.

Fatima bent Hammond b. Abi '1Alch, 256.

Fatouh b. el-Mo!zzb.Zlri,227,360. Fatimides, 22.

Fedala, 175.

Feddj el-Ferès, 211, 225.

el-Himar,

es-Sari, 225.

Téza, 272.

Zîdan, 110.

El-Fehmln, 116.

Fekkh, 232, 237, 238

Fekkan, 160-161, 213. Fencour, 294.

Fenek, 49, 104, 322, 342.

Ferafra, 37.

Ferdinand I, roi de Léon, 336. Feredj b. Ofair, 205.

El-Ferès, 242.

Ferghan, 109.

Ferhoun, chef berbère, 181.

Ferik, 88

Fermtoul, 212.

Ferouifn (les), 326.

El-Feskia, 60.

Fêta, 70.

Beni Feterkan, 223.

Fez, 178, 195, 218 222, 225, 226 sa., 234, 238, 240-NI, 244, 246-249, 254, 255, 280-282, 295.

Fezana, les, 27.

Fezara, Lac, 123.

Fezzan, 33, 34.

Beni Fibr, 53.

Filfeli, 61.

El-Fintas, 78; 355.

Fitr, 103.

Fom el-Feddj, 101.

It Fondok Chekel, 80, 98.

Meskiana, 278.

Pihan, 97.

Forât, 50.

Forbioun, 294.

EI-Forferoun, 37.

El-Forous, 161

Fort Génois, 168.

^Fortonnatech (Les Des), 214.


Fostat, 31.

D' Frsnct, 100.

Fratelli (lle), 169.

Fumier humain,

G

Gabès (v. Cabes).

Gaças, 68, 107.

Gafça = Cafsa.

BeniGafou, 212.

Gangara, 311.

Garama, 33.

Garamantes, 33.

Garcinia mangostana, 16.

Garet, 178, 181,

El-Gareti, 292, 361.

S'-George, 36.

Gete, 196.

El-Ghaba, 276, 328.

Ghadams, 33, 102, 105, 340, 341. El-Ghadtr, 115, 125, 126, 182. Ghadlr el-Fahhamin, 87.

Ferghan, 109.

Ouarrou, 125, 155.

Ghafec, 46.

Ghailan b. Yoùnos, 265,362.

El-GhaItna. 68.

Ghamr, 168.

Ghana, 284, 310, 312, 317, 322, 327, 328 sq., 331, 332, 335, 337, 338, 341.

Ghana, 317.

Gharentel, 333.

Ghassaça, les, 181.

Ghazza de Syrie, 174.

Ghtarou, 331, 332.

Ghirza, 31.

Ghis, 182.

Abou Ghofair, 259, 262 sq.

Ghomara, les, 197 sq., 211213, 242, 360.

El-Ghozza, 137, 142, 154, 274. Goddan, 227.

Beni-Gouin, 182, 186.

La Goulette, 84.

Goarbata, 102.

Gourmet, 272.

Grèbe, 123.

Grenade, 257, 258. V_

Grenier de Vlfrîkiya, 120

Grenville Temple, 48.

Guedera, 145, 146.

Beni Guellida«en, 141.

Guennoun b. Ali b. Obeld Allah, 255.

b Cacem, 252.

b. Ibrahtm b. Mohammed, 223, 249, 250, 361.

b. Idrts b. Ali, 254.

[Cacem] b. Mohammed b. Cacem, 224, 249.

Abon Guennoun, 163.

Gnercif, 178, 290.

Gnerza, 31.

Gnezennaia, les, 131, 137, Guezoula, 298, 306.

Guezzoul, 138.

Beni Gnildln, 27.

Gnillidacen, 141.

Gnlr (le), 177.

Gnltoun Biada, 102, 152.

Gurzil, 33.

H

Habib b. Abi Obeida Fihri, 211. b. Youçof Fihrii 225. Hacen b. Ahmed el-Fadel b. Ibrahim, 253.

Hacen b. Abi '1-Aich, 181,194,273. b. Cacem el-Looati, 249.

b Elça b. Abi '1-Aîch, 158, 159, 181.


Hacen b. Cacem (Guennoun), 252. b. Ibrabtm b. Mohammed, 253.

b. Mohammed b. el-Cacem el-Haddjam, sq.,

b. Mohammed b. Efça, 253. b. Obeid Allah b Ali, 254. b. Soleiman Haceni, 134.

b. Yahya el-Mostancer, 257. Abou'1-Hacen (= Timçaman), 181, 188, 195

Kizdiri, 308.

El-Haddjadj, 73.

Beni Hachem, 164.

Haci, 147.

EI-Haddjam, 218, 220, 245.

Hadethan, 45, 69, 87.

Hadith, 33, 45, 50, 51, 60, 149, 304. El-Hadjeb, 100.

Hadjer Abdonn, 173.

en-Neçer, 223, 247, 250, 251, 256.

es-Soudan, 209.

Hadramites (les), 29.

Hadrumetum, 75, 170.

Ibn Hafsoun, 185.

Halfa, 174.

Hakem el-Mostancer d'Espagne, 259.

er-Rabedi; 285..

El-Hakîr, 301.

Hamd b. el-AIyach, 190 sq.

Ibn Hamdoun, 70.

Hamed b. Hamdan HemdaniLouzi, 246 sq.

Hamid b. Yesel, 248, cf. Homeid. He-mim b. Menu Allah,.197 sq., 244, 245.

flamme, 102.

El Hamma, 102, 170, 176.

Hammad ben Bologgnin, 105,343, .Hammam Amr b. el-Aci, 273. el-Enf, 97, 170.

Gonrbes, 170.

Hammam Khaied, 202.

Abou Hammama, 116.

Hammamet, 37.

Hammoud b. Abi '1-AIch b. Obeid Allah, 256.

Hammoud b. Ibrahim, 211.

b. Saïd b. Idrls, 185.

Hammoudites (les), 242, 295 sq. El-Hamra, 216, 217.

Hamza b. Ali b. Omar, 254.

b. Djafer el-Idrici, 303.

b. Hacen b. Soleiman Haceni, 134, 135.

b. Idris b. Idris, 241, 242. b. Obeid Allah b. Omar, 255, 256.

Beni Hamza, 131.

Hanech b. Abd Allah es-Sanâni, 44, 72, 73.

Hanéfites, 149.

Hanna la juive, 243.

Hannaoua, 217.

Hannoun b Ibrahim b. Mohammed, 249, 360.

El-Haouareb, 100.

Haouas, 123.

Haouch Monestir, 90.

Hara, 261.

Harat el-Ahchis, 223.

Haroun b. Hamza b. Ali, 254. er-Rechid, 234, 237, 238.

b. Roumi, 196.

Harzeit, 173.

Hassan ben en-Nôman, 22, 23, 52, 81 sq., 84.

Ibn Abi Hassan, 230.

Haud Asila, 176.

Ibn Haukal, 53.

Haz (ou Han), 275.

Helgan,Hergan (Arganier), 307. Hent, 161.

Hercla, 171.

Herek, 181, 196, 197.

El-Heri, 280.

Herras, 194.


H-Herouro, 153.

Herthema b. Aien, 25, 79.

Heskoore, 291.

Hezarmerd, 106.

Hezerdja (les), 291

Humer b. Sanbadj, 206.

Hicbam b. Abd el-Melek, 53, 265.

b. el-Hakem, 234.

Hidjaz, 11, i38.

Hilhel (1111), 160.

Hlr, 343.

Hian Daî, 294.

el-Forous. 161.

Abi Guennoun, 163.

Honeîn, 161.

Karbiou, 163.

Meroiçat el-Bir, 161.

Ibn Midrar, 289.

el-Ourdaniya, 161.

Tenkeremt, 160, 161.

Ibn Zina, 161.

Hocein b. Ali,. l'homme de Fekkh, 233.

b. Hacen b. Mohammed el-Idrici, 253.

b. Ibrahim b. Cacem, 220.

Hocein b. Abi Taleb, b. Yabya b. Hac«n el-Idtlot, 253.

Béni Hocein, 224.

Beni Hocein b. Nasr, 211.

Hodeydj, 33.

Hodoud, 293.

HoU,

El-Homam, Dhàt, 7.

Homeid b. Izeli, 252. b. Yezel, 160, 248.

Beni Homeid, 181, 212.

Abou Homeid Doouas, 145. Homeidi, 181, 212.

Honbori, 335.

Honeihin (les), 335.

.Honeîn, 161.

Hoouara, bourg, 209.

Hoouara (les), 20. 31. 98. 12i, 139, 149, 155, 221, 230, 242. 274, 276, 279.

Houn, 29.

Hornemann, 30.

Hospitalité, 201.

Hour, 165.

^Huile de Sfax, 46.

Hydroscopie, 201.

1

Ibadites, 22, 26, 63, 139, 140, 148, 149, 217, 277.

Ibrahim b. Abd Allah b. Hacen, 239.

b. Ahmed el-Aghlebi, 55, 62, 63,96.

b. el-Aghlab b. Salem, 64. b. Abi "l-Aghlab, 99.

b. Aiyoub en-Nokouri, 183. b. Cacem b. Idris, 220.

b. Eiça el-Archgouli, 158. b. Ghaleb el-Mezati, 288.

b. Hacen b. Soleiman el-Haceni, 134.

b. Mohammed b. el-Cacém,

Ibrahim b. Mohammed b. Soleiman el-Haceni, 224 (?).

b. Mohammed el-Asili, 229, 361.

b. Obeid Allah b. Omar, 255, 256.

Abon Ibrahim Ahmed el-Aghlabi, 65.

Beni-Ibrahim,

Icama, 268.

Ichebertal. 222.

Icheggar, 210.

Iclibiye, 97, 171.

Idrar en-Ouzzal, 310.

Lldrici. géographe, 10, 11,13, 21,


Idirioides, les. :05, 231 aq, Idris b. Abd Allah b. Hacen, sq.. 237 sq.,

b. Ali b. Hammoud, 256.

b. Ali b. Obeid Allah, 257. b. el-Cacem b. Ibrahim, 215. b. EJça, 238.

b. Idris, 226, 228, 231, 239-241. b. Idris b. Idris, 241.

b. Mohammed b. Djafer, 305. b. Omar b. Idrts, 259. b. Saïd 193.

b. Saleh, 184.

b. Yahya el-Aali, 258.

b. Yabya b. Idris, 258.

Ifgan, 145, 160.

Beni Ifellouça, 270.

Beni Ifren, 270, 273.

Ifricos b. Abraha, 48.

Ifrîkiya, 7. 10,15, 22, 29, 33, 48 et s. 233, 234, 284.

Ighzer, 136, 154.

Igli, aq.

Jkram, 267.

Iirima, client d'Ibn Abbas, 284. Bel, 160.

Uian (comte Julien), 204, 212, 225, un, 274.

Beni Ilit, 270.

Beni Iloul, 162.

Imam, 234.

Imamat, nature de l', 235.

Imellou, 293.

Beni Intecer, 310.

Ion Iddjadjfn, 224, 251.

Ioteggou, 313.

Irac, 105, 149.

Iresni 332.

Beni Irnaten, 275.

Beni Irnian. 177, 181.

Beni Irouten, 200.

Beni Irtedi, 218.

Ishac b. Abd el-Melek Melohouni, b Amran, 15.

b. Mohammed b. Abd el-Hamid, 231, 240.

b. Soleiman, 62.

Iskenderiya = Alexandrie.

Beni Isker, 270.

Beni Isliten, 188, 189, 195, 197. Ismall b. Abd el-Melek b. Saïd, 194, 195.

i-Mançour Fatimide, 58, 68, 105, 110, 124, 125.

b. Abd er-Rahman le Rostemide, 139.

Isser,

Istoura (Stora), 168.

Italie, 91, 92. V.

Itouweft, 190.

Izemîn, les, 270.

Izimmer, Izemmerin, 147.

Ibn Izeli, 248.

Izmama, 274.

Beni Izmerti, 127.

J

Jean, prophète, 9.

Jésus, 9, 96,119, 261, 279, 336. Jnifs, 25, 226,

Jupiter Ammon, 35.

Julien = Ilian.

Juvénal, 170.

K

Ktb el-Ahbar, 80.

Kaci1a = Koceila.

Kacebba, 111.

Kagmaria, 222.

Kahena, 22, 23, 48, 69, 121, 277,


Kalamon de 1 Arsinofte, S7.

Kslet Roum, 168.

Kamel, 65, 354.

Kamela tile), 169.

A'amltt, 342.

Kanem, 29.

Kaoukaou, 335, 338, 342.

EI-Kaoum. 248.

Karbiou, 163.

Kebdan, les, 181, 359.

Kebina, les, 276.

Kedal, rivière, 274.

A'ed'lan = Goddan.

Kef, 82.

Kef Kalah. 168.

Keikel, 123.

Kelb ez-Zocac, 98.

Kellm, 261.

El-Kenais, la, 174.

El-Kenïça, 223.

Aboa 1 Kenoud, 24.

Kenza, 241.

Kerbela, 339.

Kerifolt, 318.

El-Kerkerni Aiideloci, 128.

Kerkinna, 47, 171.

Kerouchet, 212.

Beni Keslan, 279, 363.

Ketama, 7, 68, 73, 74, 115, 167, 168; cf. Kotama. Beni Ketrat, 209.

FJ-Khadra, 154.

Abou Khafadja, 86.

Khaiber, 45.

Khafanès, 171, 358.

Abou Khalef, 198.

Ibn Khaldonn, 8.

Kbaled b. Yahya b. Baban, 12. Khalef el-Feta". 74.

Aboa Khalef, 229.

Bl-Khalidj, 212.

Khalk el-Onad, 95.

Khallouf b. Ahmed, 360.

Khanaoala bent Onâkaf, Khandoc el-Foal,

el-Maxa, 221.

Sedderooagh, 225.

es-Soradec, Ci.

Kharaib »1 Caoam, 13.

Abi Halfma, 13, 23.

Kharédjites, M,

Kharemi, 88.

Ibn el-Kharraz, 217.

El-Kharrouba, 168.

Ibn Kbasib, 28.

El-Khattara, 280.

Beni Khanlan, 215.

Khazer, 112.

El-Kheir, 280.

Kbeiroan b. Kheir, 259.

Kherou 'l-Hamam, 15.

El-Khidr, 83.

Khorza, 126.

Khotba, 7.

El-Kibab, 124.

Kibab Djamè, 79.

Kibab Maani, 12.

Kibla, 9.

Kila Benzert, 121.

KUdja, 16.

Kintar, 46, 141. d-"

Kirilla. sa.

Kîrkoch, 94.

Kirzaoua des Beni Hocein, 2fi. Kis, 179. 281.

Kiyana, 105.

Kizdiri, 308.

Koceila (Kacila b. Lebaem), 23, 108, 151,

Ibn Kociya, 199.

Kodîa, 181, 187.

El-Kodfat el-Beida, 181.

Kodlat es Chair, 280.

et Font, 227.


Kodiat Tefoagbelt, 213.

Koouar,

El-Korrath,

Kort, 217, 360.

Ko2aôm^;f2MnsS!a|-206'2!5'216' Koufa, 153.

El-Koufat es-Soghra, 153.

Kougha (Koukou), 335.

Konmat, 272.

Koumiya (les), 161.

Beni Kouna, 270.

Kouwar, 34.

Kudia, 173.

L

Ladekiya, 174.

Laherclta, 171.

Laghanipe, 165.

Ibn Lahiah. 50, 51.

91-Lamés, 336.

Lamesli, 177.

Lampedousa, 172.

Lamt, 321.

Lamta, 171.

Lengouaten, 14.

Laoa, 200. 212.

Laribus = Lorbos.

Las Agailas, 163, 164.

Lebadj, 207.

Lebathai, 14.

Lebbi b. Onardjal, 316. Lebda, 20, 26, 173.

Lebech, 207.

Lebis, 229.

Lecant,165.

Ledjem, 48, 69.

Lehzem, 151, 353.

Abou Leila lahac, 281, 240. El-Leith b. Saad, Beni Lamas, 304, 305.

Lemaya, (les), 42.

Lemezm, 23, 353.

Lemis, 327.

Lemta, 242.

(les), 298, 306, 314.

Lemtouna (les), 310-312, 368, 369. Lépreux, 284.

Leptis magna, 20, 26, 173.

Liari, 111.

Libye, 23.

Ubiya, 49.

Linosa, 172.

Litham, 321.

Giore de /irédivlions, 69.

Livre des talismans, 16.

Beni Locman el-Kotami, 42.

Lodd, en Syrie, 36.

LokaI, 245.

Lokkos, 215, 223.

Lorbos (Laribus), 114.

Lorca, 164.

Louata (les). 11, 14, 15 17. 24, 38, 282, 300! Louata Medyen, 282.

Louh, 266.

Lonri'; 156.

El-Lodz, 108, 247.

Lous el-berber, 307.

El-Louzi, 247.

m

Ma el-Farès, 35.

el-Hint, 208.

El-Ma ̃l-Medfonn,

Maadd le Fatimide (v. El-Moézz),

Abou Maadd Nizar b. Khalid, 12. EI-Mansker, 160.

Macbera Codaa, 216.

Souk el-Ahed, 86.


Maceoa, 231.

Maoenat, rivière, 270.

Macin, 162, 302.

Maclna (les), 270.

El-Machouc, 86.

Macita Imaclna), 295.

Macomades, 21.

Macrlii, 8, 37.

Ma caen b. ZIri, 133.

Macaoura, 55, 56.

Madghara,

Madgboos, 107.

Madi b. Mocreb, 38.

Madlc Mikaaça, 137.

El-Madjel el-Cadlm, 53.

Madjoas (les), 184, 220.

Magcen el-Ghomari, 20i, 360. Magga, 15.

Maggara, 110, 276.

Maghar, 223.

Maghasi l/rikiya, 90.

Maghdach, 21,353.

Maghila, 159, 164, 218, 224, 288, 230, 274, 294.

Maghîlat el-Cat, 282.

Maghila Deloul, 164.

Ibn Tigamon, 282.

Maghmedas, 21, 22, 353.

Béni Maghous, 304, 305.

Maghraona (les), 147, 211. Maghreb, 7, 33, 35, 46, 150, 214, 216,244.

Maghrour b. Talout, 2&>.

El-Mahour, 17.

Mahrès, 57.

Mahrès Botouis, 46.

Mahrès Abi '1-Ghosn, 46.

Habela, 46.

el-Louza, 46.

Macdeman, 46.

er-Ribat, 77.

er-Rîhana, 46.

Malorca, 166.

Makcen b. Zhi, 133.

El-Makedonnia, 83.

El-Makhad,

Makhll, 13.

Makhled b. Keidad=Abon Tend. Malaga, 181, 192, li6, Malékites, 156. El-Mamonn l'Idricide, 257.

El-Mamtour, 279.

El-Mansoor l'Abbacide, 238. El-Manaoar b. Bologgaln, 132. Mansour b. el-Fadl, 196.

b. Idris b. Saleh,

El-Mansour Ismall, t. Ismail.

Mansonr b. Sald b. Idris, 185. El-MansDur et-Tonbodi, 67.

Abou Mansour Eiça b. Abd Allah, 263.

Beni Mansoar, 162.

El-Mansouriya, 58, 167.

Marabout, 21, 79.

Marée, 46.

Marie, la Vierge, 9.

Marîfen, 175.

Mariont, 8.

Marins andalous, 128, Martil. 210.

Mascara, 160.

Masmonda, les 117, 199, 205-207, 209-213, 224, 318.

El-Mâsonma, 138.

Massena = Maoena.

Masset, 306.

Matghara, 141, 142, 176, 178, 226, 270, 272, 273, 289, 293, 356.

Matar, 61.

Matmata, les, 137, 139, 154, 181, 270. 290.

Ameskour, 281, 290.

Maori tania, 49.

Mazagran, 143.

El-Mebkha, 206.

Beni Meçara, 212, 224.

Mecettaca, les, 181.

Mechdl, 44.


Mechehed, 349.

Mechounech. 112.

El-Mecïla. 115, 135, 154, 275, 276.

La Mecque, 339.

Medaça, les, 337, 339.

El-Medali, 246.

Meddjana, 131, 278, 363.

el-Maâden, 278.

el-Metahen, 106.

Meddouken, 310.

Médéa, 136.

EI-Medhedji, 229.

El-Medina, 102.

Medinat Ahas, 20.

Aroun, 146.

el-Ghadîr, 115.

!ou Iddjadjin, 224.

er-Rommana, 275.

es-Sihr, 148.

es-Soltan, 17.

Zaoni, 116.

Médine, 111.

Medionna, les, 154.

El-Mediya, 136.

Medjaba, 310.

El-Medjabst el-Kobra, 310, 322. Medjaz Fekkan, 213.

el-Ferouk,

Medjaz el-Khacheba, 224.

Medjerda, 114, 121.

Medjdoul, 154.

Medjkeça, rivière, 210.

Medjkeça, les, 197, 199, 211.

Medkoud, 153.

Medracen,107.

Medven b. Mouça b. Abi'l-Aflya, 248, 282.

Medyouna, montagne, 243.

Megdoal, 175.

Mehdi, le, 261.

El-Mehdi ridrîoide, 258.

El-Mehdiya, 48, 63 65 sq., 78, 171, 245, 249, 354.

Meicera el-Feta, 70, 275, 354. Meicerat el-Hakir, Matghari, 259, 260, 266.

Meiçour el-Feta, 249, 272, 275, 295.

Meimoun b. Abd-er-Rahman le Rostemide, 139.

Meimoun b. Cacem, Idricide, 223. b. Haroun, 189.

b. Midrar, 287.

b. er-Rostemiya, 287.

b. Thakis, 287.

Ibn Meiyala, 265.

El-Mekfouf, 199.

Meklata, 280.

El-Melâb, 75, 86, 136.

El-Melali, 173.

Melchoun 112.

.i, 96, 112.

El-Meleh, 66.

Melel, 333.

Mellla, 178 sq., 197, 258, 290. Molili, 112.

Melkous, 312.

Mellag, 106, 114, 276.

El-Mellaha, 304.

Mellaha Lamta, 171.

Mellahat el-Ouerdiya, 174.

Melouka, 255.

Memphis, 49.

Mems, 280.

El-Mena, 8.

Menad, 264.

Menada, les, 270.

El-Menadiya, 264.

Menanech, 66.

Menaouel, 209.

Mença-Djata, 331.

Mendjesa, les, 270.

Menkous, 89.

Menn Allah b. Hariz, 197.

Menzel-bachon, 80, 96, 97.

Kamel, 65, 354.

Mer Romaine, 202. V


Béni Meracen, 181.

:,Meracid el-ittila, 30, 176, Meramer, 293.

Merasa, les, 141.

Merça Aln-Ferroudj, 164.

Amara, 173.

'I-Andelos, 172.

ibn el Alblri, 168.

Bab el-Yemm, 206, 207.

Bedjaya, 166.

Belyionnech, 208.

Bonna (Cap Bon), 167, Capoudiya, 171.

Carthadjenna, 168.

's-Chedjra, 168.

'1-Cobba, 122, 358.

"1-CoU, 168.

'd-Daddjadj, 134, 135, 166. 'd-Dar, 181.

Dennïl, 209.

Derna, 173.

Djenabiya,

'l-Djezalr, 166.

Djezirat Oconr, 164.

'd-Dobban, 165.

Garet, 181, 196 (v. Garet).

Hour, 165.

Ibn Abi Khalife,

'1-Kharez, 169.

'l-Kharratin, 168.

'l-Kharrouba, 168.

Maghîla, 164. Mania, 168.

'1-Ma el-Medfonn, 163.

1-Medfoun, 171.

Marifen, 175.

Moraira, 165.

Mouça, 205, 207, 210.

Ouehran, 163.

'r-Raheb, 163.

Rades, 81.

Ras el-Djebel, 169. ̃ ̃ 'r-Roum, 168, 169.

Merça Sallecta,

es-Solloum, 173r )' 'th-Thenla,

Tini, 173.

Tokouch, 168.

'z-Zitauoa, 131, 134, 167, 173. Merçin, 222.

Merdj Ibn Hicham, 272.

Merghad, 308.

El-Meriya Beddjana, 180.

Mermadjenna, 113, 278.

Mermazon, 195.

Merniçat el-Bir, 161.

Mernlça (les), 116, 161, 181, 189, 279.Meron ou Merv, 187.

Beni Merouan (des Ghomara),EKMeroadi, 110, 192. Mers el-Hadjadje, 135.

Beni Merzouc b. Aoun, 210.

Merwi, 187.

Messaond b. Ouanoudln^ 315. Mesdjid, 7.

Mesdjid Abd Ulab, 85..

Meskak, 176.

Meskiana, 106, 278.

Meskonr = Ameskour.

Mesons, 15.

Messala b. Habbous, sq, 195, 245, 288.

Beni Messara, 212, 224.

Messonfa (les),

^Mesures, 46, 61 v. Poids et mesures.

Metna (les), 211-213.

Metrara, 213.

Mezata (les), 18, 31, 35, 42, 107, 277.

El-Mezemma, 181, 196.

Beni Mezgaenna, 166.

El-Mezi, 280.

Micdad b. el-Asoueà, 50.

Midrar b. el-Yaça, 284-287.

Midrarides (les), 284 sg.


Mighdacb, 353.

El-Mihnaaz, 157.

Mihrab, 9.

Mikaaça (les), 139, 149, 154, 178, 187, 230, 272, 273, 276,277, 362. Mita, 13 S, 155.

Miliana. 142, 356.

Milwetha (les), 213.

Mina, 138.

Mina '1-Andelosiîn, 174.

VZeddjâdj, 174.

Abon Mina, 8.

i^Miies, 74, 112, 143, 162, K 231, 278. 286. 291, 296. 304, 308,

Minhel b. Mouça b. Abi 'l-Afiya, 246, 247, 254.

Misr, 15, 37. 232.

46.

Mittidja, 136, 154, 356.

Moaoula, Khalife,

Moaouïa b. Hodeidj, 33, 71, 72, 75, 122, 279, 329.

b. S«Id b. Idris, 185.

El-Moaiïed b.- Abd el-Bedia b.Saleh, 194.

Moallaca, 93.

Moatteb, 96.

Mocatel, juriste, 113.

Mocattem, en Egypte, 304.

Ibn Mochadded, 138, 357.

Mocreb b. Madi, 38 et s.

Modd, 61, v. Poids et mesures Modjebber b. Eîçam, 204.

Modjeffa, 89.

Beni Modledj, 12, 24.

El-Moôzz b. Badls, 57, 61, 116. El-Moézz b. Ismail Fatimide, 58, 63, 68, 151, 152, 288.

Èl-Moezz b. Oulmoula Sanhadji, 43.

El-Mofaddel b. Omar el-Mfidhedji, El Mofteri, 197.

Mogador, 175.

Beni Moghallès, 279.

Rl-Moghèira, 12d,356.

El-Moghelyer, 268.

Mogra, 110.

Mohadjer, 217.

Abou "1-Mohadjer, 81, 149-151. Mohalli, 224.

Mohammed b. Abbad, 2V7.

b. Abd Allah b. Abi Fiça, 251. b. Hacen, 239. b. Thaleba, 247. b. Abd er-Rahman, Ometade, 184.

b. Abdoun, 144.

b. el-Achâth Khozai, 57, 140. b. Abi Amer, Almanzor, 160, 203

b. Abi Aoun, 144, 145.

b. el-Cacom b. Idris, 13, 249. es-Chehld, 255.

el-Djadi b. Merouan, 306. b. Efça b. Ahmed, 253.

b. el!Feth ben Meimoun, 288, 289.

b. Hacen b. Mohammed, Idricide, 253.

b. Hacen b. Soleiman, Haceni, 134.

b. Ha-mim, 199.

b. Ibrahim b. Mohammed, 238. b. Idris b. Idris b. Idris, 241,

b. Idris b. Ali, El-Mehdi, 258.

b. Idris b. Omar. IbnMeiyala, 255.

b. :iris b. Yahya, el-Mostali, 258.

b. Ishac el-Bedjeli, 229, 250. b. Meimoun el-Amir,' 287. b. el-Motezz, Midraride, 288, 289.

b. Obeid Allah b. Omar, Idricide, 255, 256.

b. Omar Çadefi, 245.

b. Idris, 254.


b. Ouaçool b. Meimoan, Ourcetted,

b. Sald Azdi, 36.

b. es-Semheri, 239.

b. Soleiman b. Abd Alleh Heceni, 156.

b. Mohammed, 239. b. Taresna, 311, 364.

b. Yousof b. el-Ouarrac, 12, 13, 23. 25. 30, 63, 79, 108,

Il 3, 122, 126, 140, 206,

210, 217, 231, 272, !SI.

289, 292,301, 304.

Beni Mohammed, 207, 223, 229. b. el-Cacem, 252, 255.

El-Mohammediya. 83, 125, 356. Mohareb b. Abd Allah ben Thaleba, 247.

Mois sacrés, 73.

Moise, 83, 208, 261.

Moloula. 178, 197, 281, 290 !les et ports du Molouïa, 181.

Abou Moncad b. Mouça b. Abi' 1Aflya, 272.

Monder b. Soid, 253, 362.

El-Monekkeb, 197.

El-Monestir, 78 sq., 171.

Monestir Othman, 80, 118.

EI-Moniat el Maronfa, 64.

f. Monnaies, 130, 289, 303 cf. Poids et mesures.

El-Montecer Semgon, 288.

b. El-Yaça, 283, 286.

Morad, 261.

Morad, les, 33.

Moraira, 165.

Moramer, El-Haddj, 176, 359. Mordjites, 217.

Mornac, 81.

Mornakiya, 82.

Morzouc, 27.

Mosalla, 109.

El-Mosalla, 182.

Mosguen, les, 144.

El-Moslemani, 333, 334.

Mosquée de Cairouan, 52 sq. Mosquée d'Es-Chiab, 20, 21. Mostaghanem, 143.

El-Mostdin i?), 280.

El-Mostali, Idrlcide,

El-Mostancer, l'Omélads, 253. El-Mostancer billah, Idricide, El-Motacem b. Saleh, 184

b. Said b. Saleh, 191, 193. El-Motsffela, 13.

El-Motali, Idricide, 257.

Motazélites,

El-Motealyed billeh, Idricide, 257. El-Motezz ht Mohammed b. Sarou, 288.

Mouadjel es-Cheiatin, 94.

Mouça b. Abi '1-Afiya, 158, 178, 179, 194, 244 sq, 254, 272.

Mouça b. Aguellid, 294.

b. Moaoula, 49.

b. Mohammed b. Djodeir, b. el-Motacem l 'Idricide, 195. b. Noceir, 90, 278. Beni Mouça, rabadites, 294. Beni Moulit, 102.

Moumen b. Youmer, 175, 303. Mounès b. Yahya Rlahi, 43.

El-MouwaSec, Idricide. 258.

Monzya, 275.

Moucdlid, 185.

201.

Mowayed b. Abd el-Bedîa, 194. Murcie, 128.

N

Nadhir, 77.

Beni Naghit, 270

Naceft, 190,195, 359.

Nalili, 309.

Beni Abi Naser, 270.

Nasr b. Djerou, lieu, 213.


En-Naofeli, 232, 237, Naustathmos, 173.

Nebtd, 63.

Nebroch, 221.

Nedjah b. Ghofalr, 205.

Nedroma, 161-162.

Beni Nefgaoua, 212.

Nefta, 102, 152.

Nefza (les), 131, 240, 274. Nefeaoua, 101, 102, 275, 300. Negro, 209, 225, 353.

Nehr Ellli, 209.

el-Ghaba, 276.

man, 212.

el-Khalîdj,

En-Nehrfin, 115, 355.

Nemoucbet, 172.

Nemours, 162.

Nesaft, 190, 195.

En-Nethra, 117, 168.

Nezar (?). 293, 363.

Niça, 276.

Nicab, 283, 321.

Nicéphore, 75

Nicfour, 75.

Nifenser, 115.

Niflis, 240, 292, 293, 303, 364. Nigaous, 108.

Nil d'Egypte, 3.

Nil (Niger), 324 sq, 338.

NU, 27.

Nizar b. Khalid, 12.

Nodjoum, 32.

Noirs (pays des), 324 sq.

Nokour, 179, 180 sq, 194, 197, 244, 359.

rivière, 182, 193.

Nomaleta (les), 270.

Beni 'n-Noman, 270.

Noughamarta, 333.

Beni Abi Nouh, 270.

Noal, 175, 306, 318, 323.

Nouli, 339.

Noweiri, 23, 54, 150.

0

Oasis (les), 35.

Oasis intérieure, 37, 38.

de Sobrou, 38.

Obba, 114.

Obeid Allah el-Mehdi, 42 60, 62, sq. b. el-Habhab, 80, 85.

b. Idrîs b. Idris, 241, 303.

b. Omar b. Idris, 254, 255.

b. Saleh b. Sald, 188.

Obeidoun b. Sinan, 146.

Océan environnant = Atlantique. Ocaibelat, 172.

Ooba b. Nafé, 28, 33 et s., 52, 54, 147,150-152, 277, 303, 307. Oconr, 164.

Octobrien, 89.

Oea, 20.

Ibn Ofaîr, 205.

Ofoun Acheggar, 132.

Oiseau phénomène, 43.

El-Okhtani, 95.

Omarb. Hafs el-Mohellebi, 108,109. b. Idrîs b. Idrîs, 241-243, 254. b. el-Khattab, 26.

Oméiades, 29, 309, 335.

d'Espagne, 251 sq., 342.

Omm es-Saad bent Saleh, 189. Omm Ghtlan, 297.

Oppidum novnm, 107.

Oran, 144-46, 160, 163,154, 155,196. Ostouanat Abi Ali, 304.

Othman le khalüe, 139.

b. Sald b. Idrîs, 185.

Ouaceliya, 109, 148, 26i.


Ooaçoul b. Meimoan «I-Amlr, 288. Oaadeh, client de Saleh b. Maneonr, 237, 238.

Ouadi Bab el-Yemm, 206.

̃••̃ '1-Bacar, 181, 183, 193.

Berbat,

Bercouc, 103.

'd-Denanir, 114.

Deré, 284, 290 v. Dert.

'd-Dimna, 97.

'1-Djemal. 103.

'1-Facoa, 100.

Gnlr, 177.

'1-Kesab, 123.

Maggara, 376.

Makbiei, 13.

Makhil, 13.

Masset, 306.

'1-Melali, 173.

'1-Meleh, 66.

Mellag, 106, 278.

Melrir, 147.

l'-Menaouel, 209, 225.

Mesous, 15.

Nefza, 209.

Negro, 209, 225.

'n-Niça, 276.

Nokour, 182.

Ouargha, 218.

Guarogguin, 272.

Ras, 199, 210, 212.

'r-Reis, 115.

'r-Reml, 106. 213.

'r-Romman, !Il.

Seher, 276.

's-Seraouil, 64.

Sonçac, 224.

's-Sous, 175.

Abi Taouîl, 276.

't-Tarfa,

Targa, 309.

Tenazza,

Onaggag b. Zelooi, 312, 3i3._

Ouaghd, 362.

Béni Onaghmer, 270.

El-Ouah ed-dakhel. 37,38.

El-Oaaheni el-Kharidjani, 38. El-Onabat, 35 sq.

Onabran = Oran.

Ouaiba, 61.

Oaakef b. MoUcem b. Saleh, OoancUen, 271, 293,

Ibn Ouanemmou SanbadjI, Ouanou-zemln, 298.

Ibn Ouanoudin, 315.

Beni Ouaoucint, 270.

Ouaran, 298, 299.

Onardjabi b. Rabis,

Beni Onareth, 293, 298, 311.

f

Ouargla,

Beni Ouarifen, 127, 142, 154.

Ouaroggnîn,

Onasella, 139, 148, 264.

Beni Ouatil, 142, 160.

Onazzecour = Aouieccour, 135, 242, 294.

Ibn On-Chekla, 149.

Ouobetata, 228.

Oudana (les), 273.

Oudjda, 176, 177.

Oudjdat. 177.

Beni Ou-Djefonl, 199, 359.

Oneddan, 29-31, 33.

Ibn Ouehb, 49, 50.

Oueinou Heiloon, 297.

El-Ouelid b. Abd el-Melek.183,230. Oneldj el-Hana, 157.

El-Onerdiya, 210.

|. Ooergha, 182, 253, 260.

Onerglan, 157, 3i0; ci. Ouargla. Beni Ou-Halaouat, 200.

Ouinacam, 211.

Onittonnan, 297.

BeniOukil, 264.

Onlhaça, 159, 294.


?! Béni Oolld,

OolUeni, 231.

213, 226, 231, 232, 238, 242. 2/Z, 295.

Beni Onnemmou, 356.

Ibn OurceLted. 304, 364

Beni Onroifan, 351.

Onrdadja (Ouzdadja, Azdadja), 120. El-Ourdaniya, 161.

Ourdeghroas (Oareghrousa, les),131.

Onrfeddjouma, 63.

Béni Ouriaghel, 182, 186, M Beni Ourîmech,

El-Oarltci, 278.

Ourtaghnln, 177.

Beni Ourledi, 178, 189, 258. Ourtîta, 224.

Ouryawera, 261, 266.

Ourzazat, 291.

Ourzigha, 294, 295, 36i

Ouzdadja, (Ourdadja,Azt ̃'46, 356.

Beni Ouzekcint,

p

Pantellaria, 97.

Papyrus, 170.

Pechina, 129, 163, 192, 195.

d'Almeria, 159.

Peniscola, 166.

Pentapolis, 14, 15.

Peyssonnel, 107..

Philippeville (Skikdal, 132, 168. Pisan, île, 167.

Plane, Ile, 169.

Plante, 18.

Poésie. 18. 63, 98, 110, 112, 121, 125, 126, 130, 138, 179, 183, 190, 192, 199. 217, 229, 239, 241, 246 250, 265, 274. Poids et mesures a Archgoul. 158 à Asila, 221 à Baghaia,

Melila, 179; a Nokour, 183; a A a Ténès, 129; A Titaert, 141. Poisson conservé, 121.

Poisaon de Moïse, 208.

Porphyrion, 37.

Port aux Poules, 135, 164, 358. Port Bardeah, 173.

Prédictions = Hadethan.

Prooope, 14.

Prodiges, 9,.12, 35 117, 120, 318.

Proverbes, 11, 24, 64, 71, 87, 89, 98, 116, 118, 119, 126, 226.

Ptolemals, 14.

Puerto de los Frayles, 163.

Q

Quatremère, 5, 6, 8, 36-38, 40, 173, 174, 180,

Quint, 230, 286.

a

Rabed Cafsa, 68.

el-Hima, 68.

el-Marda. 87, 227.

Babedi, 285, 295.

Raccada, 56, 60, 62 sq., 191. Racen, le, 211 v. Ras.

Beni Racon, 210, 213, 273.

Rached, client d'Idris, 232 sq., 239. Er-Raoheda, 21.

Rades, 81, 83, 84, 170.

Rafédites, 304.

Er-Raggadà, 200.


Ras, rivière,

Ras Adar,

el-Aousedj, 173.

Aoutao, 173.

el-Baghl, 157.

Canan, 173.

es-Chare, 173.

el-Djebel, 169.

el-Djeoer, 171.

Halem, 13.

el-Hamra, 168.

el-Kenals, 11.

Kerman, 174.

el-Ma, 337.

el-Medjaba, 309.

el-Mellahe, 173.

Onai, 161.

er-Ramla, 172.

et-Thaur, 210, 212.

et-Tin, 173.

Rat}, 68.148, v. Poids et mesures. fllfeli, 61, 278.

Ibn Razi, 16.

Razou, 42.

Rebaba, 254.

Rebia b. Soleiman, 118, 244. Er-Rebi4 (pont d'), 77.

Rechid b. Sald b. Idrîs, 185.

Redat, 217.,

Redjma b. Caïd,

Regana, les, 270.

Reggada, M.

Rehonna,

Er-Rehoani, 249.

Rets. 115.

Rekâ, 35.

Er-Remel, 106,

Er-Remla, mer d', 203.

Er-Remmada, 13.

Resana, les, 270.

Ibn Rezzm, 16.

Ribat, 21.

Ribat, 314.

Er-Rida b. Eîsam, 205.

Rïhan, 97, 171.

b. Ali Kotami, 246.

Rthiya, 88.

Rome, 90;

Romeins, 277, cf. Chrétiens.

Romman,

Rommel, 131.

Er-Rosafa, 64, 213.

Ibn Rostem, 139.

Abou Rostem en-Nefonci, 301. Roatémides, les, 139.

Ibn er-Rostemiya, 287.

Roum, 12, 25, 46, 67 74, 75, 8i, 84, 85, 97, 118, 122, 13f, 169, 303.

Ibn Roumi, 195.

Roumiya, 90, 91JdL

Roweifè b. Thabet, 15, 45.

Rusicada, 132.

s

Beni 's-Saberi, 20.

Sabra, 40, 41, 53, 55, 57, 58, 68. Sabratha, 20.

Es-Sacoar Andeloci, 128.

Sacm, 298.

Es-Sadefi, 245.

De Sacy, 16, 52.

Sadlna, 210, 230.

Sadj, 330.

Safded (Sefded), 176.

Saghmara, 338, 341.

Es-Sagniat el-Hamra, 309.

Saguiat Ibn Kbazer, 147.

Masmouda, 227.

Mems, 280.

Sahaba, 83.

Sahabi, 325.

Sahel, 45, 48, 56, 69, 78, 141, 14Z, 162.


fil Sahra, 129. 183.

Sahra Bentious, 148.

Sahnoun b. Saîd, 49, 138.

Said b. Abi Aloub, 50.

b. Hicham el-Masmoudi, 265. b. Idris b. Saleh, 183 sq.

b. Ouchekla, 130,

b. Saleh, 182, 187 sq, 195.

b. ez-Zerrad, 249.

Beni Sald, 200.

Es-Saklir el-D;elil, 41, 100, 275. Sakhrat en-Necer [v.Hadjer), 250. Sakit el-Khendek, 103.

el-Oust, 103.

er-Rebot, 103.

es-Souani, 103.

Salé (Sla), 175; 281, 301.

Saleh l'Apôtre, 96.

b. Tarif, 260 sq. 264, 266, 268. b. Mansour, 184, 194.

«1-Mcumenin, 260.

b. Said b. Idris, 185 sq.

b. Saleh, 191, 193 sq.

Beni Saleh, 181, 183, 244.

Abou Saleh Zemmonr, 259.

Sallecta, 69, 171.

Salobrena, 179, 197.

Sama, 334.

Samacanda, 331.

San Esteban de Gormaz, 186. Sandal el-Feta, 194 sq.

Sanem, 22.

Sanghana, 324.

Sanhadja, les, 105, 135, 141, 181, 182, 184, 211, 212, 215, 222, 242, 246, 262, 284, 296, 298, 299, 303, 310, Sardaigne, 70,118, 168, 169. U- Santa Pola, cap, 164.

Es-Sarh, 60.

Sarsar, 216.

Satîh, 261.

Sciarra, 173.

Scipion, 92.

Seadet Allah b. Haroon, 188, 189. Sebâ Roous, 134, 167.

Sebab, 27.

Sebha, 29.

Sebiba, 106, 113, 167, 279.

Sebou,.176, 218, 228, 272, 282.

Sebous, 116.

Sedak, 218.

Sedderouagh, 260.

Seddous, 103.

Sedrata, les, 112.

Sefded, 176, 223, 250.

Sefencou, 338.

Segguen, 185.

Segonma, 230.

Ibn Segguem, 313.

Abou Sehel el-Djodami, 243.

Ibn Abi Sehel, 248.

Seher, 115, 133, 125, 276.

Sehl b. Ibrahim el-Ouerrao, 76. Schmides, les, 29.

Séi, 147, 160-161.

Séi b. Demmer, 147.

Seibouse, 116.

Seida, 174.

Es-Séikh, 229.

Abou Seiyar, 224.

Es-Sekka, 106.

Sela (Salé), 175, 242, 259.

Abou Selah, 36.

Beni Semghera, 205, 206.

Semgou b. Mezlan b. Nezoul, 286. el-Montecer, 288.

b. Ouaçoul, 284, 286.

Ibn es-Semheri, 239.

Senguenfou, 281.

Senteriya, 35, 36.

Es-Seraonîl, 64.

Serdaniya, 70 (cf. Sardaigne). Serech, 103.

Serpent, divinité, 326.

Serta, les, 296, 316.

Seshour, 211.


ilSétif,

sotte, 221.

Es-Settaci, 259.

Sévère, empereur, 20.,

Séville, 220, Z57.

Sewani '1-Merdj, 86.

Sfax, 45, 46 sq. 78, 172.fr-

Shaw,

Sibkha, 24.

Sibta (v. Ceuta), 202.

Sicca Veneria, 74.

Sicda (v. Skikda), 132.

Sidi Ali b. Aoun, 100.

Sicile, 46, 67, 78,

Beni Sidf, 203.

Sidi Feruch, 165.

Sidi Ooba, J51.

Sidjeimessa, 101, 156, 176, 177, 280, 282 sq, 302, 315-318, 3N,

Sidonin, 264.

Sigu3, 114.

'Sihani, 111.

Sikka, 206.

Beni Sikkin, 209, 210.

Sila (Silla), 324, 325, 335.

Simak b. Messaoud b. Mansour, 124.

Simat, 109.

Ibn Sina, 16.

Sinal, couvent du, 9.

Ibn Sinan, 146 (v. Casr).

Zeid, 264.

Singes, 207.

Siouch, 35.

Sirt, 17. Skams, 171.

Skikda, 132, 168.

Smyth, W. H., 31.

SobroD, 38 et s.

Es-Sodour, 290.

Sods, 183.

Sofrites, 139, 284, 286.

Sofyan b. el-Haritb.

Soheib Andeloci,

Soie de Cabes,

Soleiman b. Abd Allah b. Hacen, 238,239.

b. Abd er-Rahman, 240.b. Abïl-Mohadjer, 230.

b. Horeiz el-Djexeri, %Si sq., 361.

b. Mohammed b. Soleiman, 239.

b. Soleiman b. Mohammed, Es-Solloum, 173.

Somata, 152.

Sonnites, 217.

Sontheimer, 16, 330.

Sort, 17, 21, 22, 30, 31, 33,173. Souad, 56, 69.

Sonbîdjin, 25.

Souc, 7.

Es-Souc, 3.39.

Sonc ed-Darb, 52.

Fencour, 294.

Hamza, 126, 303. el-Hoceini, 48.

Hoouara, 127.

Ibrahim, 129.

Keram, 127.

Kotama, 223.

Lemis, 281.

Beni Maghraoua, 211.

Makcen, 135.

Souça, 74 sq, 96, 170,171

-de Barca, 173.

Souçac, 224.

Soudain, 152 (cf. Noirs).

Soudan, 117.

Soufedjîn, 25.

Souina, 100.

Sour, 174.

Djouab, 134.

Sous, 106, 175, 303, 304, 305 sq. 318, 322. »4


Sons el-Aosa, 151. el-Adna, 151.

Spertel, 222.

Stafcîf, 156, 157.

Stofla, 166.

Stora, 168.

Sublecte, 69.

Sullecti (Syllekton), 69. Syrie, 47, 67, 105.

Syrte, grande, 7, 14, 17. Syrte, petite, 46, 47.

T

Tabahrlt, 176, 177.

Tabarca, 118, 121, 169.

Tabt, 83, 150.

Taberlda, 177, 181.

Tabeleski, 115.

Table de Pentiûger,

Table de Pharaon, Il.

Taca, 331.

Tacdimet, 140.

Tacegdalt, 143, 289.

Tacelmet, 242.

Tachet, 221.

Tacigda, 168.

Taci'n-semt, 341.

Tadjenna, 137.

Tadjemout, 137, 154.

Tadjirfet, 30,31.

Taddjeritt, 30.

Tadmekka, 337-341, 343.

Tadmout, 331.

Tafda, 274.

Taferguennît, 274.

Tafilelt, 282.

Tafoughalt, 213.

Tafna, 157.

Tagharlbet, 137, 154.

Taghirout, 292.

Tagra, 161.

Tagrara, 183.

Tahedart, 221.

Tarout, 291.

Taliouln, 310, 316.

Tamaghalet (Tamghilet), 137. Tamaghtlt (Tamghilet), Tamatghost, 336.

Ta'maza, 362.

Tamazaghran, 143.

Tameddjathet, 295.

Tameddoult, 316.

TameJelt, 296, 302, 308.

Tamedit, 114.

Tamellougaf, 262.

Tamerma, 27.

Tamerourt, 303.

Tameselt, 115.

Tamesna,

Tamlelt, 177.

Temonrat, 211.

Tamselakht, 263.

Tanaguelalt, 155.

Tanals, 52.

Tandja = Tanger, 48, 49.

Tandjat el-Beïda, 214.

el-Khadra, 49.

Tanger, 205, 206, 211, 212 sq, 222, 224, 230, 231, 234, 241.

Tanguît bent Hariz, 198.

Abou Taouil, 105, 116 (v. Cala). Taount, 162.

Taourès, 210.

Taourest, 275.

Taourgha, 45, 101.

Taourirt, 181.

Tarbollta, 19.

Tarchîch, 80, 84, 88.

Tarem, 335.

Taremlil, 213.

Ibn Taresna,.362.

Tarf el-Agher, 222.

Tarf Herek, 196.

Et-Tarfa, 65.

Tarf a, 291.


Il Tarfala, O6. '-Targa, 309.

Targa (les), 318,

Targa'n-Ondi, 125.

Targhln, 27.

Tarie b. Ziad, 204.

Tarif, 260, 266.

b. Cbeimoun b. Yacoub, 259. Beni Tarif, 206.

Tarifa,

Tarin (?) roi de Marin, 302.

Terni, 156.

Tartessus, 81.

Tasaghmert, 280.

Taseghdalt. 143, 289.

Tatental, 322.

Tatoch, 138.

Tawint, 248.

Taza(rtei),

Tazecca, 297.

Tazeghedera, 256.

Tazraret,

Tébessa, 106, 275,

Tebferilla (?), 316.

Teck, 330.

Teçoul,

Beni Tedermit, 25.

Tedjera (Tagra ou Trara), 161. Téhert = Tihert.

Tehonda. 110, 148-151.

Tekbir, 267.

Tekrour, 316,

Temamanaout, 312.

Temçaman, Temim l'Ifrenide, 271.

Temissa, 30.

Tenatîn, 128.

Tenchera, 14.

Ten- Defès, 297.

Ténès, 123, 129-131, 137, 141, Teniet el-Begass,

Tenkamenin, 327, 328.

Tenkeremt, 184..

Ten-Oudadeu, 296.

Tenlouas, 341.

Tensalmet,

Terarta, les, 270.

Terebna, 230.

Terenca,

Terenouthis, 7.

Terenneh, 7.

Terennont, 7.

Terghe, 282.

Ternana, 162, 176, 180, 274.

Et-Ternani, 162.

Ternout, 69.

Tetouan, 197, 199, Teuchera, 14.

Tezamet, 309.

'Ibn Thakia,

Thala' n-Tiragh, 127.

Ibn Thaleba, 287.

Tharsis, 80.

Thériaque d'Isbac,

Thiater, 93.

Thomna, 61.

Tiaret, 139.

Tib, 28.

Tibbous, 34.

Tfdarmîmas (?), 174.

Tidjis, 114, 131.

Tifach, 114

e.l-Dhalima,

Ibn Tigaman, 282.

Beni Tigaman, 282.

Tigisis, 114.

Tîgniças, 212. 252.

Tihammamin, 290.

Tlhert 131, 160, 179, 274.

es-Sofia, 139.

la nenve, 139.

la vieille, 139.

Timghacen, 263.

Tin-Izamaren, 312.


Tin Yerootan b. Oaiohottoii, 9tt. Tindja = Tanger, 213.

el Beid«, «4.

Tini, 173.

Tinnis, 174.

Tioumetiu, 363.

Tiract, 25.

Tirecca ou Tiroa, 323, 337-339. Tiri,

Tirai, 156.

Et-Tis, Il.

Titaonin, 210 (voir Tetouan). nte-LiTe, 91, 92.

Tittesouan,

Tizi. 26.

Tizil, 15e.

Tlemcen M5-757, 176, 233, 240, 273, 274.

Tobna. 126, 151, 155, Tobourc, 173.

Tochoummès, 223.

Todmir, 128, 164.

Tokikt Indich, 164.

Tokoach, 168.

Tolède, 285.

Tolga, 112, 148.

Tomadjer, 65.

Tonboda, 83.

Et-Tonhodi. 57.

Tonian^, 184.

Torba, 15.

Torbat eUasel, 15.

Torse 101.

Toraki, 101.

Torfa, 47.

_Tortnes, 323, 337.

Touareg, 316.

Four des Arabes, Il.

Toara, 208.

Touni, 336.

Toutek, 343.

ToawenDin an-oguellid, 296. Touzer, 70, 153.

Traboiosi, 227.

Trafalgar, 222.

/'Tripoli. 7, 10, 19, 20 et s., 24 ets., m, 31, 32, 41, 99, 304, 348. Tripoli de Syrie, 174.

Tubonœ, 109.

Traces. 340.

/Tnnis, 7, 10, 78, 80 et s., 111, 169. Tnraniana, 184.

Tnasi Mnssi, 223.

Tyr, 174.

TysdrUs, 48.

v

Vacca, 119.

Vêlez, 196.

Vers, voir Poésie.

Virgile, 47.

Vitriol, 37.

Volubilis, 213.

w

Waw-Lokkos, 215,

Wazeccour, 135, (= ouazeccour).

x

Xérès, 257.


^El-Yaça ou EI- Yae, 259.

El-Yaça b. Abi 1-Caoem (Abou Mansour, 282..

Se (Abon '1 Montecer, b. e]-Montecerb.Semgon,287. Ibn Ya-cin, 311 sq.

Yacoch, 267.

Yafa, 174.

Yaghmor, les, 273.

Beni Yaghmoracen, 155.

Yahmed b. Moad el-Bereghonati, El-Yaboudiya, 173.

Yahya b. Abd Allah b. Hacen.239. b. Abi 1-AIoh, Idricide, 256, 257.

b. Ali b. Hammoud, 256, 257. b. El-Cacem b. Idris, 228, 243. b. Hacen b. Ahmed el-Fadel, 253.

b. Hamza b. Ali, Idricide, b. Ibrahim el-Djoddâli, 311 sq. Yahya b. Ibrahim b. Eiça, 158. b. Idris b. Idris,

b. Idris b. Omar, 2t4, 245, 255, 361.

b. Khaled le Barmécide, b. Omar b. Telaggaguin, 313, b. Soleiman b. Mohammed, 239.

Yahya b. ™ShX?«b- Mohammed Idricide, 243, 254.

Yala b. Badin, 146,

b. Botoggnln, 177.

b. El-Fatouh, 196.

b. Mohammed b. Saleh, 145, 146, 160.

Beni Yala, 156.

Yannon b. Omar el-Haddj, 316. Beni Yaront, 134.

El-Yas b. Saleh, 260, Z62.

ben Semgon, 286.

Yekcem, 276.

El-Yemm, 205, 206.

Yerara, 281.

El-YeUm, 193.

Ibn Yezel, 248.

Yezid b. Hatem, 54.

b. Khaled Caisi, 23.

b. Moaouîa, 150.

b. EI-Yss, 239.

Abou Yezid Makhled, 87, 105-106, 110, 12d, 124, 125, 244, 245, 277, 278.

Youçof b. Abd Allah b. Tbaleba, 247.

b. Hammad b. Ziri, 127.

b. Saleh, 190.

b. Tachefin, 320.

Youdos b. El-Yas el-Bereghonati,

z

Za, 177, 178, 181, 187, 273. Zab, 16, 133, 147.

Zacharie le ProphBte, 9. Zabi, 124.

Zàd et-Moçafer, 90.

Zafcou (les),

Za1Iran, 22.

Zagbonan, 97.

Zalegh.

Zan, 116.

Zana, 116, .121.

Zaoni, neveu de Mouoa b. Abi •1-Aflya, 272.

Zaoni b. Ziri, 116.

Zaouia, 349.

Zebacra el-Cairouani, 317.

Zeghough, 117.

Zeid b. Sinan ez-Zenati, 264.


Zeidb. Thabit,83.

Zeidiya (las), 234.

Zeineb bont Abd Ailah b. Dawond,

Zehedjonka, 224.

Ez-Zeitonn,

Ez-Zeüonna (voir Merça). Ez-Zeitouna, 45, 134, 167.

Beni Zekrab, 108.

Zelha, 30.

Zella, 30.

Ej-ZeUadj,60.

ZeUafa, 289.

Zeloul, 215, 221.

Zemmonr b. Mouça (Abou Saleh), 259, 260, 262, 064, 266, 270.

Beni Zemmour, 25.

Zenata (les), 131. 139, 156, 160, 181, 189, 260, 270, 274, 281, 300. 315, 3i7, 336.

Beni Zenradj, 276.

Zeradba, 280.

Ez-Zerka, 171.

Zerhoun, mont, 213.

Zerhonna, 224.

Zeronr, 64. Beni Zlad, Hoouara,

Ibn Ziad b. Anam, 50, 51. Zlad b. Khalfono, 56.

Ziadat Allah Aghlabi. 10.

Ziadat Allah III Aghlabi b. Abd Allah,

Ziadat Allah 1 b. Ibrahim, 54, 55, 57,77.

Ziadat Allah b. Said b. Idris, 185. Ziban, 16.

Zîdan el-Feta, 31, 110.

Ztdour, 157.

Zighlzi, 113.

Zilis, 219.

Ibn Zîna, 161.

Ziri b. Menad, 126, 127, 142, 275. Zirides, 105.

Ziz, 282.

Zizou, 353.

Ez-Zocac, 202, 214..

Zoheir b. Cais, 22, 33.

Zouagha (les), 41, 42. 139. 142, 180. 228, 230, 240, 260, 270, 274, 293, 294.

Zouara (les), 42.

_goughou, 332.

Fezzan, 26-30,30,35,343. Zô4afed;tEl-Mehdiya, 66, 68.


P. i», 1. lisez « qu'ils peuvent attraper ».

P. 177, 1. 1, lisez « Le modd (lettre cassée dans le tirage). P. 178, 1. 31, lisez a Mouça ibn AW 1-Afiya ».

P. 180, n. lisez a ci-devant, p. fi9 M.

P. 1. 3, lisez « petit-fils. ».

P. 253, 1. 9-10, lisez « Hacen [ibn Ahmed] ».

P. 1. 17, lisez a Abou Mouça Eîça, fils de Dawoùd P. 293, 1. lisez a plaine appelée. 0.


ALGER

DES PRESSES DE A. JOURDAN RÉIMPRIMÉ

EN

1913