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Title : Histoire de l'abbaye de Senones ([Reprod.]) / manuscrit inédit de Dom Calmet ; publ. dans le "Bulletin de la Société philomatique vosgienne et par tirage à part, avec une préf., des notes et quelques détails sur la réunion de la principauté de Salm à la France, par F. Dinago,...

Author : Calmet, Augustin. Auteur du texte

Publisher : L. Humbert (Saint-Dié)

Publication date : 1877-1881

Contributor : Dinago, François (1844-1917). Éditeur scientifique. Préfacier. Notes éditoriales

Contributor : Pelletier, Ambroise (1703-1757). Illustrateur

Subject : Abbayes -- France -- Senones (Vosges) -- Histoire

Type : text

Type : monographie imprimée

Language : french

Language : français

Format : 1 microfilm ; 35 mm

Format : Nombre total de vues : 440

Description : Collection numérique : Fonds régional : Lorraine

Rights : restricted use

Identifier : ark:/12148/bpt6k103489d

Source : Médiat. S.-Dié

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37309260f

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Date of online availability : 15/10/2007

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DE

L'ABBAYE DE SENONES

MANUSCRIT INÉDIT DE DOM CALMET, PUBLIÉ DANS LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE VOSGIENNE ET PAR TIRAGE A PART, AVEC UNE PRÉFACE, DES NOTES ET QUELQUES DÉTAILS SUR LA RÉUNION DE LA PRINCIPAUTÉ DE

SALM A LA FRANCE

PAR F. DINAGO AVOCAT A SAINT-DIÉ

(Cette, publication renferme les armoiries de certains abbés «le Senoiics, d'après 1rs dessins originaux contenus dans le manuscrit, et le phi 1 1 de l'ancienne église de l'abbaye, dessiné par iloin l'elfelier en 1711).

SAINT-DIÉ. TYPOGRAPHIE & LITHOGRAPHIE L. HUMBEUT


PRÉFACE

Comme je le dis dans ma préface de la Deuxième série des œuvres inédites de Dont Calmet, je pensais remettre à l'année prochaine la publication de X Histoire de l'A bbaye de Senones; mais notre Comité, sachant les matériaux prêts et connaissant l'importance de cette chronique au point de vue de l'histoire de notre région, vient de me prier de mettre, dès cette année, mon travail à sa disposition. Au moment de la fondation de la Société Philomatique vosgienne, je m'occupais déjà, dans mes loisirs, des manuscrits inédits du savant bénédictin, que j'avais en grande partie transcrits et annotés pour les produire un jour, et l'on sait par mon introduction mise en tête de la \re série que, dès sa constitution, la Société Pkilomntique, entr'autres projets, forma celui de publier ces travaux non encore imprimés, d'après la transcription que j'en avais faite et dont elle me demanda à si juste titre de lui réserver la primeur (*). Aussi, voulant également contribuer à faire suivre à nos Bulletins et à notre Société une marche ascendante, je ne puis que soutenir l'intelligente initiative de notre commission et je me fais un devoir de céder au désir qu'elle vient de manifester.

(i) Voir ma préface en tête c Des Divinités payennes adorées autrefois dans la Lorraine, etc. Saint-Dié, Humbert, imp. 1876, in-8% 93 pages, et Bulletin de la Société Philomatique vosgienne, année 1876.

Notre Bulletin de Tannée 1876 contient la 1" série des OEuvres inédites de Dom Calmet, c'est-à-dire 1* Des Divinités payennes adorées autrefois dans la Lorraine et dans d'autres pays voisins; De l'origine dit Jeu de Cartes. Notre Bulletin de l'année i877, paru récemment, renferme la 2"" série des mu. inëditi do même, c'est-à-dire: De l'origine de la cérémonie du Roy -boit, et Conjectures sur foi coquillages qu'on trouve sous la terre et sur les montagnes.


Nous ferons donc paraître une première partie de l'intéressant manuscrit de Dom Calmet dans un supplément du bulletin de la Société Philomatique vosgienne, 3' année 1877, pour en donner la suite et la fin prochainement. L'histoire complète aurait composé un fort in-8° de plus de 500 pages, et, outre le retard qu'aurait subi l'envoi de notre Bulletin annuel, j'ai pensé que, pour ne pas faire la part trop large à une même matière, il valait mieux diviser la publication en plusieurs livraisons, dont les caractères d'imprimerie seront semblables et qui pourront être facilement réunies pour former, en un beau volume, l'histoire de cette célèbre abbaye, qui n'a jamais été publiée.

Il existe, à ce que je sais, quatre copies manuscrites de l'Histoire de l'Abbaye de Senones, mais notre publication aura cet intérêt de plus pour les connaisseurs, qu'elle est faite d'après l'exemplaire de la Bibliothèque publique de Saint-Dié et qui était l'exemplaire même de Dom Calmet on y trouve de très-nombreuses adjonctions, annotations, corrections, ratures et renvois de sa main et, à la Gn, quinze pages remplies de notes autographes, concernant les actes importants de son administration comme Abbé de Senones; ces autographes donnent au manuscrit de notre bibliothèque une valeur toute spéciale et une authenticité irrécusable et je reproduirai ces notes à la même place que dans l'original, c'est-à-dire à la fin de l'histoire de l'Abbaye. On y rencontre aussi les dessins originaux de D. Calmet des armoiries des abbés mitrés de Senones. Ces écussons ont été gravés sur la plaque commémorative des abbés prélats, placée parmi les monuments funèbres dans la chapelle de l'église paroissiale de Senones, où l'on admire le magnifique tombeau de Dom Calmet. Ces armoiries seront également reproduites dans le présent ouvrage aux endroits qu'elles occupent dans l'original.


Dom Mathieu Petitdidier, cinquante-deuxième abbé de Senones, mourut le 15 juin 1728, et, le 9 juillet suivant, Dom Calmet fut élu nouvel Abbé par les religieux assemblés pour cette élection mais il écrivit au pape Benoit XIII pour le prier de ne pas le nommer évêque in partibus, titre qui était donné soit au grand prévôt de Saint-Dié, soit à un des abbés de Senones, d'Etival ou de Moyenmoutier, pour remplir les fonctions épiscopales dans les quatre abbayes et dans les portions de la Lorraine qui étaient exemptes de la juridiction des évêques de Toul. Ce fut seulement au mois de janvier 1729 que Dom Calmet prit possession de son monastère. On sait que l'abbaye de Senones ne faisait pas partie du duché de Lorraine, mais de la principauté de Salm, dépendance de l'Empire, et Dom Calmet en donne la description au commencement de son Histoire, chap. I.

Pour connaître tout ce que le nouvel abbé fit dans l'intérêt de son abbaye et de Senones, le lecteur trouvera dans la Notice biographique et littéraire de Dom Cnlmet de M. Aug. Digot, des renseignements très-détaillés et des p'us attrayants. (*)

Son premier soin, dit cet auteur, dans l'ouvrage précité, fut « comme à Lay- Saint Christophe et à Saint -Léopold, d'écrire l'histoire du monastère. Le moine Richer avait composé pendant la première moitié du XIIIe siècle, une chronique, où l'on trouve moins les annales de l'abbaye elle-même qu'une relation des événements les plus importants qui s'étaient accomplis en Lorraine, et même dans toute l'Europe. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Dom Barthelemy Claudon avait dressé la liste des abbés, et plus récemment (t) Nancy, Wiener, i860, in-8» de 157 pages Voir l'excellente brochure de notre 1 avant historien moderne.


encore Dom Jeannin avait rédigé en latin une sorte d'histoire qui n'était pas sans mérite; mais aucun de ces livres ne pouvait satisfaire les connaisseurs, et Dom Calmet voulut faire mieux. Dans ce but, il recueillit tous les monuments historiques et tous les titres contenus dans les archives de l'abbaye il les disposa par ordre chronologique et parvint à en extraire les matériaux d'un ouvrage assez considérable, et qui n'a jamais été imprimé, bien qu'il soit, sous divers rapports, très-supérieur à plusieurs de ses autres productions. » M. Digot s'est également servi pour sa notice, de l'exemplaire qui appartient à la bibliothèque publique de Saint-Dié, ce qui me prouve surabondamment qu'il y attachait plus de prix qu'aux autres copies existantes.

Dom Calmet est non-seulement célèbre par son immense érudition, mais aussi par son inépuisable bonté (*) sa bourse était toujours ouverte aux malheureux et sa charité était éclairée, car une grande partie de ses bonnes œuvres indique qu'il était partisan de la propagation de l'enseignement. Comment un savant et un patient chercheur comme lui pouvait-il d'ailleurs penser autrement?

C'est ainsi qu'ayant appris qu'une foule de malheureux, faute de ressources suffisantes, étaient privés des bienfaits de l'instruction, il fit une fondation assez considérable pour que les enfants dont les parents ne pouvaient payer les frais de l'école, y fussent admis, et « lorsque le revenu de la fondation devenait trop faible pour que l'on pût y faire participer tous ceux qu'elle regardait, Dom Calmet donnait le supplément nécessaire (?). »

(1) Il aimait surtout à «erourir les piuvres honteux, et D. Fangé rapporte qne, peu de jours avant sa mort, l>oin Calmet lui ordonna de brûler les billets souscrits par des gens qui n'auraient pu s'acquitter sans ruiner leur famille, et qui se troavèrent ainsi compiétement libérés (Vie de D. Culmet, p. 229-234.) (2) V. Notice de A. Digot, déjà citée, p. 70.


Il reconstruisit l'église paroissiale de Senones et fit élever à ses frais les bâtiments d'un hôpital destiné aux malades indigents de la principauté de Salm aujourd'hui encore, à ce qu'il paraît, le bureau de bienfaisance de Senones possède une partie de la dotation assurée à l'hôpital par Dom Calmet, et les fils des malheureux qu'il a soulagés autrefois ont encore lieu maintenant de bénir sa mémoire. » (*) II refit à neuf l'abside de l'église abbatiale, l'hôtel abbatial avec toutes ses dépendances, etc. (Voir Notice de Lorraine par Dom Calmet, t. Il, col. 481); il éleva une vaste galerie destinée à servir de promenoir aux religieux les jours de mauvais temps et commanda « de placer une superbe épitaphe sur le tombeau d'un de ses prédécesseurs, Antoine de Pavie, qui, dans la première moitié du XIIe siècle, avait reconstruit entièrement l'abbaye de Senones. » (2)

Ce qui rehausse surtout la mémoire de Dom Calmet, c'est qu'il ne songea à la construction de la plupart de ces bâtiments que pour soulager la misère où la disette avait réduit les ouvriers, dans tout le val de Senones. L'édification de l'hôpital qui n'existe plus et de l'ancien chœur détruit également, date de cette époque (1741 -1742). Toutes les vertus et tous les talents dont il était doué étaient couronnés d'une modestie exemplaire. C'est ainsi qu'il ne voulut jamais habiter l'hôtel abbatial il vivait dans sa cellule, comme un simple religieux, et ses meubles, sa table et ses vêtements étaient les mêmes que ceux de ses confrères.

Dom Calmet augmenta beaucoup la bibliothèque de l'abbaye de Senones; il a inscrit lui-même, dans l'exemplaire qui m'a (1) V. Notice de Aug. DIGOT, p. 7i Éloge historique de D. A. Calmet, par M. L M.ggiolo, p. H4 et 121, nute 70, et voir aussi sa Vie par D. Fange, p. 220, 223. (2) Ibid., p. 72, et Notes autographes de Dom Calmet à la suite de l'Histoire de V Abbaye de Senones.


servi d'original pour ma publication, une partie des achats qu'il fit et quelques règlements à son commissionnaire, M. de Bure, libraire à Paris. Il en agrandit le bâtiment et porta le nombre des volumes à plus de douze mille; aussi, Voltaire, dans une lettre au duc de Richelieu du 6 août 1754, dit que cette bibliothèque est « presqu'aussi complète que celle de Saint-Germain-des-Prés. » Voltaire vint voir Dom Calmet à Senones en 1753 et logea au palais abbatial dans un appartement encore existant. Le philosophe de Ferney, qui ne craignit pas de se faire l'ami du roi de Prusse Frédéric II, vécut au milieu des bénédictins, assistant à tous les offices divins il resta trois semaines à l'abbaye, puisant dans ses trésors littéraires et se faisant aider dans ses recherches par Dom Fangé notamment. Dom Calmet dota encore l'abbaye de collections de médailles, de manuscrits, d'antiquités et de curiosités naturelles, provenant en grande partie d'achats faits auprès de M. de Corberon, premier président du conseil souverain d'Alsace et »le M. Voile, bailli de Ribeauvillé, et qu'il forma pour procurer à lui-même et à res religieux les moyens d'étudier plus facilement les temps passés et l'histoire naturelle. Il appela aussi à Senones Dom Ambroise Collin, célèbre canoniste, pour présider à une académie que l'Abbé fonda dans le but d'enseigner aux jeunes religieux la théologie et le droit canonique. bi. L. Maggiolo, dans son éloge historique de Dom Calmet, dit très-bien que ce qui frappe le plus dans la vie de l'illustre bénédictin, c'est qu'il sut sanctifier la science par la piété chrétienne, par une piété non moins solide qu'éclairée, et comme M. Aug. Digot, cet auteur a laissé un ouvrage qu'on relit et qu'on consulte toujours avec fruit.

Comme notice biographique générale, on ne saurait faire mieux que celles qui ont déjà paru et que tous les bibliophiles


possèdent ('): j'ai donc cru devoir me borner dans mon introduction aux principaux actes de Dom Calmet comme abbé de Senones. Cette existence si bien remplie s'éteignit, comme on le sait, le 25 octobre 1757, et le 26 octobre 1873 on inaugurait solennellement le monument élevé dans l'église de Senones à la mémoire de celui qui fut une des plus pures illustrations dont s'enorgueillissent nos contrées. M. Frédéric Seillièrc a fait paraître, dans un in-8° de 104 pages, le rapport présenté à la commission du monument sur l'ensemble des travaux de cette commission, sur les fouilles entreprises pour retrouver les restes de Dom. Calmet: on y trouve aussi la description du tombeau et de la chapelle, et le compte-rendu de la fête d'inauguration avec le discours de Mgr Freppel, évêque d'Angers (*). La filature, dirigée maintenant par MM. Vincent Ponnier et Cie, autrefois filature Seillière et Cie, est installée aujourd'hui dans ce qui reste des anciens édifices de l'abbaye de Senones. En parcourant ces lieux, après s'être occupé de ses innombrables travaux, chaque pierre vous rappelle l'abbé, le savant. L'église du couvent n'est plus debout; elle fut vendue comme bien national le 14 prairial an V et démolie, à l'exception de la tour. Cette tour qui existe encore actuellement, et qui forme l'entrée à la nef de l'église paroissiale, est la seule partie commune à l'ancienne église et à la nouvelle, mais leur axe n'est plus le même et au lieu de former l'entrée, cette tour surmontait au siècle dernier le transept de la cha(1) Je n'avait pas davantage à faire l'histoire de Senones et de sa vallée, car la Notice de Lorraine de D. Calmet, le Département des Vosgcs, par II. Lepage et Ch. Chartoi», et récemment les Vosges, par Ch. Chartom, sont des ouvrages où le lecteur trouvera tout ce qui concerne l'ancien chef-lieu de la principauté de Salm. (2) Rapport présenté à la Commission du monument de Dom Calmet à Senones, par M. Frédéric Seii.likre; Saint-Dié, typogr. et lithogr. de L. Humbert, 4873, in-8* de 104 pages avec 5 planches. Je crois que cette brochure n'e>t pas dans le commerce.


pelle des Bénédictins. En 1830, on chercha à utiliser ce qui restait de cette dernière pour la construction de l'église actuelle de la paroisse.

Les principales parties du monastère existent encore et sont très-bien conservées: l'abbaye, les cloîtres, le réfectoire, la cellule de Dom Calmet, le magnifique escalier d'honneur en spirale orné d'une rampe très-riche, enfin la salle capitulaire dont la famille Seillière avait autrefois fait un véritable musée où l'on voyait les portraits des princes de Salm, les écussons des abbés, une collection remarquable de médailles, d'autographes, etc. (•) M. Seillière savait, avec une amabilité parfaite, faire admirer toutes ces curiosités aux étrangers qui paraissaient s'intéresser à l'histoire du pays, et je ne doute pas que les propriétaires actuels n'apporteat la même complaisance vis-à-vis des personnes désireuses de visiter ces bâtiments, encore tout remplis du souvenir de Téminent hist -rien lorrain. On a choisi pour entourer la statue qui se trouve dans la chapelle de Senones, les titres des plus importants ouvrages du savant abbé parmi ces noms se trouve l'Histoire de l'A bbaye de Senones, que tous les Lotharingistes s'étonnent et regrettent de voir encore à l'état de manuscrit. En publiant cette œuvre inédite, qui passe à bon droit pour une des plus considérables de Dom Calmet, il nous semble donc remplir un devoir vis-à-vis de cette grande mémoire, car cette publication nous apparaît comme l'exécution du testament littéraire de celui qui a si bien résumé sa vie dans ces trois mots legi, scripsi, oravi, suivis de ce vœu si modeste Utinam bene (?)

(41 M. Seillière. qui habite maintenant Paris, y a emporté sa précieuse collection. (2) On sait quec'est une partie de IVpitaplie que Dom Calmet »e composa quelque temps avant sa mort. Voir notamment l'excellente plaquette de M. l'abbé Déblaye, intitulée Véritable épitaphe de Dom Calmet, Nancy, Crépin-Leblond, 1873.


Cette lacune est jugée d'autant plus regrettable que parmi les ouvrages dont les titres sont gravés sur son moncment et qui forment au dessus de sa tête comme une auréole de gloire, l'histoire de Fanti ue monastère est le seul qui n'ait pas encore été imprimé. Nous avons pensé qu'il fallait rendre à chacun ce qui lui est dû, et que la Lorraine ne pouvait pas laisser, ignorée plus longtemps, une œuvre qui appartient à un de ses enfants, à un de ses plus utiles écrivains la place d'honneur qu'on lui a donnée sur la pyramide de marbre noir dont il est parlé plus haut, prouve d'ailleurs qu'elle ne devait pas rester dans l'oubli et qu'elle était destinée à compléter la réputation de son auteur. Que ma patrie d'adoption accueille donc ma publication comme l'accomplissement d'u;.e des dernières volontés de son illustre historien et comme un hommage de plus, rendu par la Société Philomatique vosgienne, au souvenir de celui qui fut une des plus remarquables personnifications de l'esprit investigateur et du travail fécond.

F. DINAGO.



DE L'ABBAYE DE SENONES

Dès que je me suis vu tranquille dans l'abbaïe de Senones, où il a plû à la Providence de m'établir Abbé par le choix de mes confrères, ie me suis résolu d'en écrire l'histoire et pour y réussir, j'ai soigneusement recüeilli tous les monumens historiques et tous les titres de l'Archive qui y sont en très grand nombre et très bien conservés, et les aiant rangés par ordre cronologique, j'en ai tiré des connoissances suffisantes non seulement pour dresser une liste exacte de nos Abbés, mais même une histoire assés suivie de cette illustre et ancienne Maison.

Richérius, religieux de ce monastère, qui a vécu jusqu'après l'an 1260, nous a laissé une cronique ou histoire de Senones, où l'on trouve quantité de circonstances, de faits et de détails, qu'il dit auoir pris sur d'autres plus anciens monumens écrits en vers que nous n'avons plus. (a) Cet écriuain nous est important surtout pour son tems et pour le tems qui en est proche, dont il nous donne une

Ordre de St Benoit,

A Senones le 26 Mai 1729. jour de l'ascension de N. S. D. Aug. Calmet

Abbé de Senones.

HISTOIRE

Congrégata de St Yanne & St Hjdulphe.

PRÉFACE

(a) Richeriut

in prologo Hittoriae Senonientit. Sa fttae i* f «i k%ud«m «en'jK


lit vertib. annotata de fundation* hujui Senoniemit A bbatiae vel Eccletiae vel ej'ut fundatione et succedentibut Abbatibmreperirepo- gui, 1 tieet per paucaiintrelatu digna. huic membranae in»erere ttudui.

connoissco très curieuse et très exacte, comme temoin et très bien informé; mais il faut auoùer que pour les tems plus reculés il a omis quantité de particularités importantes, pour n'auoir pas assés consulté les titres originaux qui se conservent dans l'Abbaïe. Il ne se borne pas à l'histoire de Senones, il parle des Abbaïes voisines, des Princes et Ducs de Lorraine, des Comtes de Salm et des Euéques de Metz et de Toul; en un mot c'est un des plus précieux monumens que nous aions pour l'histoire tant ecclésiastique que ciuile de ce païs.

On conserve son manuscrit en vélin dans la Bibliothèque de Senones, et on lit à la fin une vie manuscrite en vers de l'Abbé Antoine, qui a gouverné le monastére depuis l'an 1068. jusqu'en 4136. où 1137. Le R. P. D. Luc d'Achery s'etant fait donner communication de ce manuscrit par ordre de la Cour de France, le fit imprimer dans le 3e tome de son spicilége en 1687. On l'a reimprimé depuis in folio à Paris en 1723, avec le reste du spicilége et enfin nous en auons fait imprimer la meilleure partie dans le 2. tome de notre histoire de Lorraine. Il est bon de remarquer que le P. Dachéry en a supprimé les VI. XIX. XXI et XXVII chapitres du liure second; et les chapitres XVIII. XXXIV. XXXV. XXXVII. XXXIX du liure quatrième et enfin les chapitres IV et V. du liure cinquiéme. Mais les lecteurs ne perdent rien à ces omissions, puisque ces endroits ne contiennent rien d'interressant, ni qu'on ne puisse trouver ailleurs mieux digéré et plus exact, en un mot rien qui concerne notre Histoire. Nous auons aussi une version françoise manuscrite et ancienne de l'ouvrage de Richérius, mais elle n'a rien de particulier.

Depuis Richérius je ne sache personne qui ait travaillé à l'histoire de Senones, jusqu'au R. P. D. Barthelemi Claudon, qui y étoit Prieur en 1663. 1664 et 1665. et qui a recüeilli avec beaucoup de soin et de diligence, la succession chronologique des Abbés de ce monastére. C'étoit un homme d'une vurtu et d'une capacité extraordinaires. Sa mémoire est encore aujourd'hui en bénédiction dans la congrégation


de St. Vanne. Ceux qui ont eû l'auantage de le voir et de le converser, n'en parlent qu'avec un respect mêlé d'admiration. Sa mortification étoit extrême, son respect pour les S. S. mystères et pour les pretres du Seigneur se remarquoit dans tous ses discours, dans son maintien et dans sa modestie angelique dans l'Eglise. Lorsqu'il parloit de Dieu il étoit transporté hors de lui même, et rauissoit tous ceux qui l'ecoutoient; mais aussitôt qu'il s'en apperceuoit, sa modestie le retenoit et il renfermoit en lui-même les sentimens sublimes qui auroient pu lui attirer des applaudissemens et des louanges.

Son zéle et sa viuacité dans les choses qui concernoient la gloire de Dieu ou l'obseruance réguliére, egalaient ses grandes lumiér es et l'ardeur de sa charité mais elles étoient au dessus de la portée commune de la pluspart de ceux au milieu desquels il viuoit. Ils le regardoient à peu prés de même que les premiers disciples de S. Bernard regardoient ce St. Abbé, c'est-à-dire, comme plus propre à converser avec des Anges, qu'à gouverner de foibles mortels. D. Barthelemi étoit né à St. Nicolas et auoit fait profession à Beaulieu le 21 mars 1639. Il fut deux fois visiteur de la Congrégation. Il mourut au prieuré de Deuilly simple religieux, raui de se trouver dans cet état de subordination, le 2. mai de l'an 1693. Le très R. P. D. Humbert Belhomme qui assista à sa mort, m'a dit plus d'une fois que jamais homme n'auoit parlé comme lui, et qu'au milieu des ardeurs de la fievre qui le consumoit, il temoigna un zele, une foi, une charité égales à tout ce qui étoit raconté des plus grands saints: On me pardonnera cette petite digression, puisqu'aussi bien nous écrivons pour l'édification de nos frères et que l'eloge de ce saint homme entre naturellement dans l'histoire de cette Abbaïe, à laquelle il a rendu de grands seruices et qu'il a trauaillé à illustrer par ses écrits. Plusieurs religieux m'ont assuré que dans l'incendie de l'Abbaïe de Bouzonville arriué le 19. Mai de l'an 1683. le R. P. D. Barthelemi Claudon auoit perdu un ouvrage considérable, qu'il aauoit composé uec grand soin et qui fut consumé par les


flammes mais comme il ne parloit presque jamais de luimême, on n'a pu sauoir quel étoit cet ouvrage. Depuis ce tems le R. P. D. Bennin Jeannin trauailla aussi à notre histoire. Son ouvrage est en latin et plus étendu que celui de D. Claudon; parce qu'au retour de S. A. R. Léopold I. dans ses Etats, en 1699, on retrouva dans les Archives de Lorraine des copies de presque tous les titres de l'Abbaïe de Senones, ramassées dans un très gros corps, composé sans doute pendant que Monseigr. le Prince Nicolas François étoit Abbé de Senones. D. Jeannin profita des lumiéres que 'lui fournirent ces monumens et poussa son histoire jusqu'à l'an 1708. auquel le très R. P. D. Pierre Alliot commença à batir l'Abbaïe, comme nous la voions aujourd'hui. Je me fais un deuoir de rendre honneur à ceux qui ont travaillé auant moi à cette histoire, et de reconnaitre que j'ai profité de leurs lumiéres et de leurs travaux.


L'Abbaye de Senones fut fondée vers l'an 640 par S. Gundebert, archevêque de Sens, qui obtint en 661 du Roy Childeric un (t) privilege qui confirma les biens que l'Abbaye avoit alors, et y ajouta ce qu'on appelle le val ou le ban deSenones. St. Gundebert mourut vers l'an 673. La Reforme de St. Vanne y fut introduite en 1618.

1; S. Gundebert, fundateur et premier Abbé de Senones, depuis l'an 640 jusques vers l'an 673.

2. Magneramnus I.

3. Aggericus.

4. Magneramnus II.

5. Bonciole.

6. Estienne.

7. Angelramne, Eveque de Metz, nommé par Charlemagne, mort en 791.

8. Norgandus, mort le 7. novembre.

9. Theodrade.

10. Perin.

11. Notherus.

12. Vicpode, fondateur de Vipucelle.

13. Thierry, auquel Frothaire, Eveque de Toul, adresse une de ses lettres.

14. Urbefrede ou Erbefrede, nommé dans une lettre de Frotaire, Eveque de Toul, à Drogon, Eveque de Metz. 15. Rigbodus vivoit en 826.

16. Adelard.

Richer dit qu'il n'a pas jugé a propos de rapporter les noms des six Abbés successeurs d'Adelard, à cause de leur vie peu édifiante.

(i) Un priyil4ge. Surcharge de la. mais de D. Calmet.

LISTE DES ABBEZ DE SENONE


17. Ringerus, mort le 25 J anvier en l'an 930.

18. Rambert obtint un privilége d'Adalberon, evéque de Metz, en 938. vivoit encore en 949. mort le 3 de mars. 19. Daubert.

20. Anselme.

21. Sutard I. vivoit l'an 1000. mort le 9 mars.

22. Sutard II. mort le 29 Juin.

23. Erlin vivoit vers l'an 1030. mort le 18 mars. 24. Bercherus ou Dercherus vivoit en l'an 1054. mort en 1086.

Après sa mort l'Abbaye vaqua jusqu'en 1090.

25. Antoine, auparavant Prieur de Laye, fut Abbé de Senones depuis 1090 jusqu'en 1136.

26. Gauthier vivoit en 1139. mort le 11 fevrier.

27. Humbert vivoit en 1145. mort vers l'an 1160. 28. Bernard, mort vers l'an 1169.

29. Gerard vivoit en 1170, abdiqua vers l'an 1200. après 31 ans de gouvernement.

30. Thierry de Novient vivoit en 1180, elû en 1200. gouverna environ 6. mois, puis se retira au Prieuré de Vie. 31. Conon de Deneuvre, postulé en 1201. mort en 1204. 32. Geury, élû en 1206. mort à Beaupré en 1227. 33. Videric ou Vidri.c, étoit déjà Abbé de Senones en 1224. élû Abbé de St. Evre vers l'an 1236. mort vers l'an 1247.

34. Baudoin I. auparavant Prieur de Varangeville, fait Abbé de Senones en 1239. mort en 1270.

35. Simon, mort en 1285.

36. Baudoin II. vivoit en 1306 et 1304.

37. Hartungus vivoit en 1316 ou 1322.

38. Bencelin depuis 1327. jusqu'en 1349.

39. Rennerus Finance, vivoit en 1353. Il résigna son Abbaye en 1367. entre les mains du Pape Urbain V qui y nomma

40. Pierre de Varise, mort le 18 septembre 1390. 41. Baudoin III. mort en 1397.

42. Nicolas de Batlémon était encore Abbé en 1400.


43. Thierry ou Thyrion de la Chambre vivait en 1418 et 1420. 44. Valentin Herbé, élu le 24 mars 1420, fut ensuite Abbé de Moyenmoutier en 1438, retint apparemment les deux Abbayes jusqu'à sa mort arrivée en 1451.

45. Didier de Borville a commencé en 1440, mort en 1461. 46. Henry Breton de Deneuvre, depuis 1461 jusqu'en 1490. 47. Jean Curati, nommé par le Pape Innocent VIII. le 5 juillet 1490, mort en 1492 ou environ.

48. Jean de Borville, mort le 6 octobre 1506.

49. Thyrion d'Anthlu, élu en 1506. mort le 3 janvier 1541. 50. Jean Durand, mort en 1545.

51. Claude Padoux, élu en 1545. mort en 1564.

52. Claude Raville, élu en 1564. mort en 1588.

53. Jean Lignarius, mort en 1625.

54. Nicolas François de Lorraine depuis 1625 jusqu'en 1633. 55. Charles de Lorraine, (t) Abbé de Gorze, dit de Remoncourt, en joüit après luy jüsqu'en 1647 qu'il s'en démit.

56. Dom Andre Royer, élu abbé le 16 aoust 1648, après la mort du Prince Charles, Abbé de Gorze, mais il ne put jouir de l'Abbaye à cause de la démission faite par le même Prince Charles de Remoncour en faveur de

57. Charles de Lorraine, connu depuis sous le nom de Charles V. qui en jouit depuis l'an 1647. jusqu'en 1661. qu'il s'en démit en faveur du Duc Nicolas François son père, qui étoit rentré dans l'état Ecclésiastique (2) et qui résigna l'Abbaye en 1668 à

58. D. Joachim Vivin, mort le 24 aoust 1684.

59. D. Pierre Alliot, élu en 1684. et encore en 1685. nommé par le Roy le 1 novembre 1684. mort le 21 septembre 1715.

60. Le Prince François de Lorraine, Abbé de Stavelo, jetta un dévolut sur l'Abbaye en 1712. et mourut en 1715.

(i) Abbé de Gorzr, dit de Remoncour t, surchargedela main de D. Calmet. (9) Et qui, interligne de D. C,

2


61. D. Mathieu Petitdidier, Eveque de Macre, fut élu Abbé de Senones le 18 septembre 1715.

62. Claude de Bouzey obtint des bulles de Devolut en 1719. D. Mathieu obtint contre luy une première sentence en 1724. et fit son accord avec luy le 9 octobre 1726. mort le 15 juin 1728.

63. D. Augustin Calmet, élu le 9 juillet 1728. (0 A fait son coadiuteur en 1735 D. Augustin Fanget, son neveu.

(i) Cette dernière phrase écrite en entier de la main de D. Calmet.


HISTOIRE

DE L'ABBAYE DE SENONES

CHAPITRE 1

St. GUNDEBERT Archevêque de Sens, 1er Abbé & Fondateur de l'Abbaïe de Senones.

L'Abbaïe de Senones, dont j'entreprends d'écrire l'his-

I

situation de

toire, est située dans les montagnes de Vosge, sur la petite riviere de Rabado, qui tombe dans la Meurthe à une lieûe et demi de là, au-dessus du village de St. Blaise. L'Abbaïe est a deux lieuës et demi de Raon l'Etape au couchant, à trois lieuës de St. Diez au midi, à huit lieuës de Molsheim à l'orient, environ à cinq lieuës de Badonviller et autant de Raon sur Plaine vers le septentrion, à une lieuë de l'Abbaïe de Moienmoutier et à deux lieuës de celle d'Etival, toutes deux au couchant. Quoyqu'environnée de hautes montagnes chargées de bois, elle ne laisse pas d'occuper un terrain assés degage et assés large, où il y a un bourg considérable et plusieurs habitations, des préys et des terres labourables en assés grande quantité. Elle est soumise immédiatement au S. Siège et jouit des droits quasi-épiscopaux dans toute l'étendüe de son territoire, qui s'étend en longueur d'orient en occident, depuis la Broque jusqu'au bourg de Senones, et en largeur du septentrion au midi depuis le village de Chatas jusqu'à l'hermitage de la Mer.

l'Abboie de Stnoaes.


n

Limites du Val de Senonei.

in

Tenu de la retraite de 8. Oonde- bert.

Nous trouvons diverses assignations des limites de la dépendance de Senones. Celles qui sont marquées dans le titre de fondation de l'an 661 ou 662. celles du Diplôme de l'Empereur Othon I donné en 949. celles de l'empereur Henri III. vers l'an 1040. celles de Richérius, 1. 1. c. 2. et enfin celles qui se voient dans un ancien écrit intitulé, les Bornes et devis du Val de Senones; toutes ces descriptions différent en quelque chose, et la plus part des noms de lieux et de fontaines qui y servent de limites, sont aujourd'hui inconnus. On ne laisse pas d'en connaître assés pour r juger que le val de Senones a toujours eû à pou près la même étenduë qn'il a aujourd'hui mais le terrain qui fut donné (i) à St. Gondebert au temps de sa fondation, étoit bien plus grand, comme nous le vérons bientost. On peut consulter et comparer entre elles ces différentes assignations de limites.

Selon le titre de fondation de l'an 661. l'Abbaye de Senones possédait en toute proprieté tout le terrain qui s'étend depuis le ruisseau Pierrier, ou Pigerius, qui coule au pied des murailles de l'abbaye de Moyenmoutier à l'occident, jusqu'à la Broque à l'orient, et depuis Hurbache au midy, jusqu'à Celles et Alarmont et la rivière de Plaine au septentrion, ce qui fait environ quinze lieuës de circonférence et cinq lieuës de diamètre.

Selon les limites plus modernes ce terrain est beaucoup plus resserré: l'Abbaye de Moyenmoutier possedant une grande partie de ce terrain du cote du Paire, de la Chapelle et du Bandesapt, au midy; et du coté de la Haute-pierre et de Mal-fosse au nord, la Maison de Salm possedant ce qui est dans le val de Celles, d'Alarmont, de Plaine, et dans les environs de Framont. On trouvera le détail de ces assignations de limites dans le Cartulaire sous leurs dattes et même celles de Richérius et l'ancien devis, à la suite du Diplome de l'Empereur Henri III.

St. Gondbert où Gondebert où Gondelbert, archeveque de (i) A Se Gundebert, écriture Je D. C.


Sens, aiant quitté son archeveché vers l'an 640. ou 650. se retira dans les montagnes de Vosge et y batit un monastére qu'il nomma Senones, Senonias, en mémoire de sa premiére épouse, qui étoit l'Eglise de Sens. Les historiens sont fort partagés sur le tems auquel St. Gondebert vint dans cette solitude. Richerius (a) dit qu'il florissoit en 720. et qu'aiant été fait archevêque de Sens, il quitta son évéché et vint dans les Vosges sous le régne du roi Childeric II, c'est-à-dire, vers l'an 660. et qu'étant allé trouver (*) ce prince qui regnoit en Austrasie, et par conséquent sur ces déserts de Vosge, il lui demanda permission de s'y établir que le Roi qui le connoissoit de longue main, et qui l'honoroit de son amitié et de son estime, lui accorda non seulement la permission de demeurer dans ses Etats, mais aussi lui donna un ample privilége et un vaste terrain pour y construire (?) un monastére.

Les autres historiens rapportés dans Bollandus au 21 février, p. 262, le font vivre plus tard Robert Moine d'Auxerre, dans sa cronologie, le met entre l'an 760 et 777. La cronique ms. d'un chanoine de Sens (3) le place au VIIIe siécle sous le pape Léon IV et l'empereur Charlemagne La cronique de St. Pierre le vif de Sens, s'accorde avec celle du chanoine de la même ville Claude Robert dans sa Gaule Chrétienne le pl ace après Gotescale, archevêque de Sens, mort en 773. et met la mort (où la retraite) de St. Gombert en 778. Ruyr dans ses Antiquités de Vosge, croit qu'il vivoit dans la Vosge vers l'an 575, pendant les guerres des reines Brunehaud et Fredegonde, après la mort du roi Sigebert I. où du tems des guerres de Thierri et de Theodebert, vers l'an 612. Bucelin dans son Martirologe Bénédictin, met sa mort en 778.

Sans nous arrêter à réfuter ces diuers sentims, on peut démontrer que St. Gundebert a quitté l'archevêché de (1) Trouver, écriture de D. C.

(2) Construire, Idem.

(3) Le place, Idenj.

(a) Richer.,

1. 1, c. 1.

IV

X'Abbaie de Senones fondée ven l'an 640. plus ancienne qu'aucune des Ab.baiet dq rQMinaye,


Ça) Hitto'.re de

SlDiei,p.J6,»7. Le Père Habil t. I, annal. Bened., p. 496, ne met le commen cement de l'Abbaie de S. Dies qu'en 669. Comparés l'bitt. de St Diez, p. 37. fiJVoiéil'hii-

toiro de Moyenmoulier, p. 671.

(c)Vidimt.S.

Mantuet. imj>rettun, I.bist. IiOthariog. nostue, preuvei p. 138, et dans le corps de l'httt., p. 456.

(d) Petr. Da-

mian.j t. III opcrum oputculo If, c.

Hist. med. n»o-

natterii, p. 99, c. 7.

V

Nom du lieu où Seno-

nei fut bâ-

ti dam le

commen-

cement.

Sens et s'est retiré dans les déserts de Vosge, vers l'an 640 où 650. puisqu'en 661. où 662. il obtint du roy Childeric II. un priuilège d'exemption pour le monastère qu'il auoit bâti en l'honneur de la Ste Vierge et de St. Pierre et la confirmation des biens qu'il auoit acquis dans le Chaumontois et dans le Saintois. Ce saint auoit dès lors un grand nombre de disciples, ubi plurimam ad praesens Monachorum turbam noscitur adunasse. Il auoit acquis de grands biens, non seulement dans le Chaumontois où son Abbaie est située, mais aussi dans le Saintois et dans le Saulnois sur la Seille il auoit acquis des sujets, des serfs et des seruiteurs; tout cela ne s'etoit pu faire que dans la suite d'un assés grand nombre d'années. Le titre est de l'an 661. On ne hazarde donc pas beaucoup de mettre sa venüe dans la Vosge quinze où vingt ans auparavant, c'est-à-dire en 645. où 640. et par conséquent qu'il est le premier qui s'y est retiré, puisque St. Diez n'y est venu au plutot qu'en 669 (a), St. Hidulphe en 671. (b) et que Bodon n'a fondé les monastères d'Etival, da Bonmoutier et d'Offonville que vers l'an 663 (c). S'il les a fondés avant son épiscopat, où après cette année, s'il les a bâti depuis.

Le Bienheureux Pierre de Damien parlant du lieu où St. Gondebert bâtit son monastère, l'appelle Grandiavium, in loco qui Grandiavium dicitur, Senonense Cœnobium construxit. Les manuscrits de Moyenmoutier, qui contiennent la vie de St. Hidulphe et de ses successeurs, donne aussy le nom de Grandiavium (!) au lieu ou St. Gondebert batit le monastere de Senones. Le roi Childéric dans le privilége dont nous auons parlé dit que St. Gondebert auoit travaillé et défriché des terres sur la rivière de Rabadon et Grandrup, super fluviolum Rabadonem et Grandem rivum. ce qui pourroit faire croire qu'au lieu de Grandiavium, il faut lire Grandem rivum dans le texte de Pierre de Damien car dans ces quartiers on ne connoit aucun lieu du nom de Grandiavium. Mais le Grandrup Grandis-rivus est (i) Grandiavium, correction de la main de D. C.


environ à un quart (*) de lieuë au-dessus de l'Abbaïe et se jette dans le Rabodo entre la petite Ravon et l'Abbaye de Senones (2). Pierre de Damien auait sans doute appris ces particularités qu'il rapporte de St. Gondebert, de St. Diez et de St. Hidulphe, il les auoit, dis-je, apprises du pape Léon IX et du cardinal Humbert, qui auoient vécu dans ce païs-ci et qui étoient liés d'amitié avec Pierre de Damien. Il y a très grande apparence que tout ce pais étoit inculte lorsque notre saint fondateur y arriua; puisque le roi Childéric dans le dénombrement qu'il fait des limites de la dépendance de Senones, ne marque aucun village que Petulum villare, apparemment Petonville, dans le ban de la riuiére, qui est un très ancien fond de l'Abbaïe, tout le reste ne sont que des fontaines, des ruisseaux, des montagnes, des bois, des chaumes, des chemins. De Pétonville jusqu'à la Broque il y a environ dix lieuës de chemin. De la Broque la ligne alloit à la montagne d'Ormont et à la source du ruisseau d'Hurbache, de là elle retournoit joindre le ruisseau de Piérys qui passe aujourd'hui au pied des murs de l'Abbaïe de Moyenmoutier du coté de l'orient. Lorsque St. Hidulphe vint de Tréves pour fixer sa demeure dans ces déserts, on croit que St. Gundebert lui céda une partie du terrain qui lui auoit été accordé par le roi Childéric, c'est-à-dire, le ban de l'Aitre où le ban de Sap et celui où sont situés St. Jean d'Ormont, Hurbache, la Chapelle et le Paire et tout ce qui est depuis la montagne de la Haute pierre jusqu'à Malfosse (3) et jusqu'au petit ruisseau de Morgoutte, dont l'Abbaye de Moienmoutier joüit encor aujourd'hui. C'est la tradition des deux Abbaïes et Richérius le suppose ainsi (a). Pars terrae adjacentis Mediano Monasterio posteà fertur data esse viro sanctissimo Hidulpho ejusdem loci fundatori.

Tous les monumens qui nous restent dans le monastère (1) Un quart de, écriture de D. C.

(2) La fin de la phrase est écrite en surcharge par D. C.

(3) Ces sept motl jusqu'à la virgule, écrits par D. C.

VI

S. Gondebert céde

une partie

de son ter-

rain à 8.

Hidulp.

pour bâtir

l'Abb. de

M o i e n <

moutier.

(a)Richer,l.4,

C. S.

vu

Quelle régie onobseraa

à Senones

dans les

commen-

oem*.


fftJRicker.l.l, c. ».

S. Ounde- bert exer-

ea-t-il lei

fonotîom

Xpitoopa ̃

les dam

son mo-

nastère? t

vm

de Senones nous insinuent qu'on n'y a jamais observé d'autre régie que celle de St. Benoit. Richer l'assure ainsi positivement. (b) Aliquantis ibi fratribus Congregatis, sub Beati Benedicti regulâ ipsos militare decreuit, sicut hactenus immutabiliter usque ad tempora nostra Deo regente videntur subsistere. S'il est vray que l'Abbé Norgandus ou Norgaudus, qu'Angelram, évêque de Metz, etablit en sa place Abbé de Senones vers l'an 785 ait été Religieux à Gorze, comme nous le croyons, ce sera encore une preuve qu'alors la régle de St.'Benoit s'observoit à Senones de même qu'on l'observoit à Gorze.

L'Empereur Othon I. dans son Diplome de l'an 949. marque expressément qu'on y gardoit la regle de St. Benoit, fratres qui sub regulâ Beati Benedicti die noctuq. Domino indesinenter militant. Depuis ce tems il ne peut y auoir aucun doute que la regle de ce St. Patriarche n'y ait toujours été observée. Il ne faut pas toutefois dissimuler qu'il y a quelque apparence que dans les commencemens la régie de St. Colomban y fut observée avec celle de St. Benoit, ainsi qu'il se pratiquoit à St. Diez, comme il paroit par le priuilége deNumérien, archevêque de Tréves, accordé à ce monastére en l'an 671. Deodatus monasterium constmxit, ubi monachos et peregrinos sub regulâ Beati Benedicti et Sti. Columbani Abbatis collocavit. Il est même très croiable qu'en ce tems là les monastères de Senones, de St. Diez, de Moienmout, d'Etival, de Bonmoutier, de Remiremont et de Luxeu obseruoient la même manière de vie c'est-a-dire, la régie de St. Benoit jointe aux statuts de St. Colomban. L'Abbaïe de Senones est en possession d'exercer la jurisdiction quasi épiscopale dans son propre territoire, qui i consiste en quatre Paroisses, sauoir, St. Maurice, St. Jean, Plaine, la Broque, auxquelles on peut joindre St. Stail et la | petite Raon (*) et qui sont églises succursales, ou annexes, et si l'on veut Grandfontaine autrefois paroisse. Il est (i) Depuis et qui sont jusqu'à la fin de la phrase, écriture de D. C.


question ici de sauoir si cette exemption lui est venüe de St. Gondebert son fondateur, où des Papes, où des Rois, où des Euêques. Il paroit indubitable que St. Gondebert continua à exercer dans son monastére sur ses Religieux et sur ses sujets la même jurisdiction qu'il auoit exercée sur ses Diocésains dans l'Eglise de Sens. Notre Historien dit (a) qu'il consacra lui-même l'Eglise qu'il auoit bâtie. Le Titre du roi Childeric an. 661. le nomme Episcopus Sive Abba; et Richerius (b) insinuë que depuis St. Gondebert jusqu'à la démission faite par Angelramne, archevéque de Metz et Abbé de Senones, les Abbés de ce monastére étoient dépendans de l'Evéque de Toul (<) pour le spirituel et de l'Evéque de Metz pour le temporel. Archiepiscopus et Abbas Angelramnus huic loco substituit abbatem Norgandum, et à tempore iUo Abbates hujus loci ab Episcopo Tullensi spiritualia receperunt; ce qui duroit encor du tems de cet historien sicut et adhuc contingere videmus. En effet on trouve un grand nombre d'actes par lesquels il paroit que l'on s'est reconnu du diocèse de Toul, mais depuis assés longtems on voit diuers autres actes d'indépendance, et la possession où nous nous trouvons n'est pas même contestée par Messieurs les Evéques. Cette possession est le meilleur et le plus certain de tous les titres que l'on pouvoit produire. On véra l'exercice de notre jurisdiction quasi Episcopale dans la suite de cette histoire.

Richérius (a) dit que St. Gundebert aiant obtenu du roi Childeric le priuilége dont nous auons parlé, consacra une Eglise à la Ste Vierge et y joignit un monastère, (-) un moutier, une Eglise, avec ses officines, où il voulut que l'Apotr e St. Pierre fut particulier1 honoré. Ainsi il y eut dés lors deux Eglises dans l'Abbaïe de Senones, l'une dédiée à St. Pierre qui etoit (') en la même place que celle qui subsiste

(t) Pour le spirituel, jusqu'au point, écriture de D. C.

(2) Un. monlirr, une église, écriture de D. C., en surcharge et interligne. (3) Etoit en la même place que, mot* écrits en interligne par D. Ç.

fajRicber.l,»,

e. 9.

féjnklier, I S,

c. Sel».

ne

Traitai» de St. Gonde-

bert. EgH-

• e» qu'il

batit.

(a) Ricber. I e. ».


(h) Mabill 1, annal, llened., J p. (|62.

(c)Richer, Ul,

c. 3. De cellit circumt/uàque positii quut S1' ci ri hujus nostri fundatorit Gundelbtrti eo tempure construxerant, mentionem me facturant m«mt Ht promiiine,

X

Mort de St. Gunde-

bert vers

l'an 673.

(a) Ji/cAer, 1. 1,

c. il.

aujourd'hui; et l'autre dédiée à la Ste. Vierge (*) et renouvelée ou rebatie au XII0 siècle, que l'on démolit en 1708. lorsqu'on bâtit tout de nouveau le monastére.

Le R. P. Mabillon (b) a cru que l'Eglise de la Vierge qu'il vit en ce monastére, dans le voiage qu'il y fit en 1696. et qui étoit faite en rotonde et d'un goût particulier, etoit la meme qui auoit été d'abord bâtie par St. Gondebert. Mais nous apprenons par la vie manuscrite de l'Abbé Antoine, que ce fut cet Abbé qui la construisit vers l'an 1125. Elle etoit entiérement semblable a celle de l'Abbaye de Honcourt, qui subsiste encore aujourd. dans le val de Viller (2) nous donnerons cy après le'plan de cette rotonde. L'on y voyoit sur ses vitraux l'Abbé Antoine à genoux devant l'image de la Vierge, et de l'autre côté le frère Gautier qui étoit apparem1 le vitrier qui avoit fait ces images sur le verre ou l'architecte de la Chapelle.

L'on croit que le même St. bâtit des Celles (c) ou des habitations pour ses disciples en diuers endroits du Val de Senones, et que c'est ce qui a donné origine aux paroisses du dit val que ses mêmes disciples défrichérent ce désert et le rendirent habitable. Comme ils étoient propriétaires de tout le terrain du val et des environs et de tous les hommes qui l'habitoient, ils emploièrent tous leurs soins à le mettre en culture et en état d'en tirer leur subsistance et celle de leurs seruiteurs, des pauvres et des hotes qui les visitoient

Notre St. comblé de mérites et épuisé de trauaux, alla receuoir de Dieu dans une meilleure vie la recompense qu'il auoit méritée en celle cy.

Du tems de l'historien Richer, (a) la tradition de Senones étoit que St. Gondebert etoit mort et enterré à Moienvic, et qu'il y reposoit auprès des corps des SS. Pient (5), Agent, et (1) Et renouvelée ou rebatie au XIIm* siècle, écriture de D. C. en interligne.

(2) Ces deux phrases sont écrites de la main de D. C.

(3) Le copiste avait écrit SS. Pieure, mais D. C. a rectifié en mettant le nom véritable.


Colombe. On scait que ces trois Saints ont fleuri dans le diocèse de Toul sous le St.Euêque Antimonde, qui viuoit au 6° siécle, et que leur culte étoit célébre à Moienvic dans ce siécle et dans le suivant, puisque peu après leur mort, on y batit un monastére sur leurs tombeaux (b). Leur église située hors de la ville (i) subsiste encore mais en très mauvais état. Il est assés croiable que St. Gondebert étant allé visiter leur Eglise y mourut et y fut enterré. On ignore le lieu précis de sa sépulture et nous n'avons aucune de ses reliques.

D'autres (c) conjecturent que le St. finit sa vie dans un hermitage situé dans un fond du val de St. Diez à deux lieuës de Senones proche la grande fosse, dans la dépendance de la cure de Provenchéres, où l'on voit une Chapelle sous son jnvocation, et une fontaine nommée la bonne fontaine, où les peuples vont en pélerinage et où ils croient receuoir plusieurs graces et plusieurs guérisons par l'intercession du Saint. On s'y assemble principalement des paroisses voisines le Dimanche dans l'octave de l'Ascension. Le lieu est des plus solitaire et des plus propre à inspirer le recuëillement et ladéuotion. La tradition de ces lieux la est que St. Gondebert se retiroit souvent entre deux rochers qui se voient dans cette gorge, pour y vaquer plus en paix à la contemplation, de même que plusieurs autres SS. comme St. Rouïn à Beaulieu, St. Florent à Hazelach, St. Diez à St. Martin, St. Amé à Remiremont, St. Colomban à Anegray. Ce qui prouve l'antiquité du culte de St. Gondebert dans le vallon de la bonne fontaine, c'est qu'en rebatissant la Chapelle, dont l'autel est bati sur cette fontaine salutaire, on trouva sous les toits plus de deux chariots de vieilles crosses et bequilles, et une infinité d'inscription sur les murailles, qui rendoient témoignage du nombre et des noms des personnes qui y avoient reçus la guerison, ou du soulagement par les mérites du Saint. L'eau de la fontaine

(c) D.Barthi-

lemi Claudon, Mémoire nus. tur Its Abbéi de Senonet.

(1) Fin de phrase, écrite par D. C.


XI

Culte de St. Gonde-

bert.

sort immédiatement de dessous la Chappelle de St. Gondebert, et va par trois canaux se rendre dans 3 maisons voisines, ou sont trois grandes chaudieres, qui tiennent plus d'une de Bar, que l'on échauffe par dessous, en mêlant dans l'eau des et d'autres herbes aromatiques, et l'on en fait des bains aux malades, qui y trouvent du soulagement (').

Depuis très longtems, on a érigé dans cette Chappelle une confrairie en l'honneur de St. Gondebert à laquelle non seulement les habitans du lieu, qui forment un petit village autour de la bonne fontaine, mais aussy ceux des environs, mais aussy ceux d'Alsace et de Bourgogne, se font inscrire et viennent se baigner en la bonne fontaine, dans la confiance d'en tirer du soulagement et Dieu y donne souvent des marques de sa misericorde et y recompense leur foy, par la guerison de leurs mfirmitez

Nous plaçons sa mort vers l'an 673. parce qu'Angelram Eveque de Metz qui fut le 6e Abbé après lui, obtint l'Abbaie de Senones de Charlemagne vers l'an 770. Or depuis la mort de St. Gondebert jusqu'à Angelram, nous ne comptons que cinq Abbés qui peuvent aisément remplir l'espace de 93 ans.

Le nom de St. Gundebert se trouve dans l'ancien Nécrologe de Senones le 17 octobre, où l'on lui donne le nom de St. Commemoratio Sti. Gundelberti praesulis hujus loci fundatoris. Ce Nécrologe a plus de cinq (2) à six (s) cents ans d'antiquité, de la première main car on y a beaucoup ajouté depuis. Il faut toutefois convenir qu'on (4) ignore le tems auquel on a comencé à lui rendre un culte public dans son Abbaie. Je trouve un acte de visite de ce monastère du 17 aoust 1671, par lequel il est ordonné de faire la fête de (1) Tout ce passage, depuis l'eau de la fontaine est écrit de la main de D. Calmet.

(2 et 3) Nombres, ajoutés en surcharge par D. C. La fin de la phrase est aussi de la mai. de D. C. et se trouve en note marginale. (4) Correction en surcharge de la main de D. C.


St. Benoit martyr sub ritu dup et celle de St. Gundebert de 2e classe et de 2. ordre auec octave. Mais (1) il est certain que longtems auparauant on la faisoit déja, mais d'une maniére moins solennelle, en sorte que ce reglement n'est (2) que pour l'augmentation de son culte. Je n'en trouve rien dans aucun de nos anciens liures d'Eglise. On (3) célébre la feste de St. Gundebert dans l'Eglise de Provenchere, et dans la Chapelle de la bonne fontai ne, le même jour qu'icy, le 21 de février et quelques personnes devotes de la parroisse de Provenchere et autres pelerins après leurs dévotions faites en la Chappelle de St. Gundebert, viennent les achever dans l'Eglise de Senones pour trouver du soulagement à leurs maux de jambes, et à la goute D. Barthelemi Claudon qui visita cette chappelle en 1655. paroit persuadé que c'est le lieu de la sepulture de nôtre St. fondateur, étant un endroit tres solitaire et des plus propres à attendre la mort. Il presume que le St. y aiant fini ses jours, les moines de St. Diez, (aujourd'huy Chanoines) refuserent de rendre le corps du St. qui étoit décédé dans leur territoire. Au Prieuré de Mervaville derriere le grand autel, il y a une ancienne Chasse, qui a autrefois servi apparemment au grand autel de Senones, où l'on voit l'abbé Jean de Borville à genoux devant St. Simeon, et à coté de St. Simeon est représenté St. Gundebert en habits pontificaux et avec une gloire autour de la teste, et cette inscription S. Godeberti. Jean de Borville a vecu depuis 1491. jusqu'à 1506. Au mois de décembre 1733. en relevant l'ancien pavé du Chœur et des environs, on découvrit les debris d'une statuë de pierre ancienne, representant un Archeveque avec le Pallium, tenant de la main gauche un livre fermé, et le baton de sa crosse ou de sa croix archiepiscopale, car le haut en (I) Mais il est certain que longtems, écrit en interligne par D. C. (î) N'est que pour, écrit en interligne par D. C

(3) Cette partie de la dissertation jusqu'à la date de 1361, environ trente lignes plus loin, est écrite sur une feuille volante, collée en marge avec des renvois de la main de D. C.


etoit cassé, entre sa poitrine et son bras droit. Cette figure devoit avoir plus de deux à trois cens ans. Ce qui prouve l'antiquité du culte de notre fondateur. Mais je n'en trouve rien du tout dans un breviaire de Senones écrit en 1361. Nous chomons sa feste dans l'Abbaïe et dans tout le val de Senones le 21. jour de fevrier. Cependant son'nom ne se trouve dans le Nécrologe qu'au 17. octobre comme on l'a déja vû, ce qui insinuë que c'est le jour de sa mort. Le ms. intitulé florarium sanctorum cité par Bollandus et M. l'abbé Chatelain dans son Martirologe universel, fixent le jour de sa fete au 1. mars. Mais le Pere Menard dans son Martirologe monastique Mr du Saussai, eveque de Toul dans son Martyrologe des SS. de France, le P. Bucelin dans son Ménologe Bénedictin et Bollandus le mettent au 21. de fevrier. Depuis l'an 1722 on a imprimé un office propre de St. Gundebert, composé par le R. P. D. Maximin Longeau et qui se récite le jour de sa fête dans l'Eglise de l'Abbaye. (i) Il est surprenant qu'un homme du merite de St. Gundebert, un archeveque de Sens, fondateur d'un celebre Monastere, pere de tant de SS. Solitaires, d'une sainteté reconnuë, soit décédé hors de son monastere et qu'on n'ait pas eu soin de marquer au moins le lieu de sa sepulture, ou de rapporter son corps dans son Monastere et s'il est mort à Senones, qu'on ait oublié jusqu'au lieu ou il avoit été enterré, qu'on n'ait* pas levé ses reliques de terre. Je ne saurois croire que ce soit indifference, ou negligence de la part de ses disciples. Je l'attribue plutost à leur respect pour la solitude, pour le silence, pour une vie cachée aux yeux des hommes, à un esprit de désinteressement et d'humilité, qui entrant dans les sentimens du Saint, souhaittoient qu'il demeurat dans l'oubli apres sa mort, comme il avoit voulu vivre oublié pendant sa vie. Combien de SS. Solitaires sont de meme enterrez dans les solitudes, connus de (i) A partir d'ici jusqu'à la fin du chapitre I, la dissertation ne se compose que de passages écrits sur des feuilles d'inégales dimensions, fixées en marge, et portant des renvois de la main de D. Calmet pour indiquer l'ordre et la suite du récit.


Dieu seul. Les Pères Chartreux et les Premontrez n'ont sollicité la canonisation de leurs SS. fondateurs que plusieurs siécles apres leurs morts. St. Theodore disciple de St. Pachome tira secrettement ce St. Abbé de son tombeau pour le mettre dans un lieu inconnu aux hommes, afin qu'on ne lui rendit pas des honneurs qu'il savoit que le St. ne souhaittoit pas. St. Antoine dans le même esprit, commanda qu'on cachat son corps apres son décés.

M. le Bœuf Chanoine d'Auxerre, m'écrit que le Chanoine de Sens qui travaille à l'histoire de cette Eglise, doute que B notre St. Gondebert ait jamais été archeveque de Sens. Il conjecture que le lieu ou est situé le monastere de Senones, s'appelloit originairement Senon ou Senon-villa, et que de on aura pris occasion de dire que St. Gondebert etoit Archeveque de Sens, a cause de la ressemblance des noms. Mais cette conjecture n'a pas le moindre fondement dans l'histoire, n'y dans les monumens du pays. Le titre de Childeric II. de l'an 661 ne parle point de ce pretendu lieu de Senon; il ne nomme aucun village dans l'etenduë du canton ou St. Gondebert eveque et abbé, Episcopus seu Abba, a construit son Monastere Senonicum. Les monumens de l'Abbaye de Moyenmoutier, et le B. Pierre de Damien por- tent que St. Gondebert batit son abbaye dans le lieu nommé Grandiavium. Mais on n'en trouve aucun vestige dans les monumens du Monastere de Senones, et je conjecture qu'au lieu de Grandiavium, il faut lire Grandem-rivum, qui est le Grand rupt au dessus du Monastere, bien marqué dans le diplome de Childeric, ou St. Gondebert avoit beaucoup défriché avec ses disciples.

Quant à l'omission du nom de St. Gondebert dans les Catalogues de l'Eglise de Sens, la chose ne doit pas surprendre. Les anciens Catalogues genexalement parlant, sont fort defectueux, et il etoit assez ordinaire de ne pas mettre dans les Diptyques les noms des Eveques qui avoient quitté leurs Eglises et qui n'y etoient pas morts. On peut voir sur cela l'histoire de Moyenmoutier p. 29. 30.

Quelques auteurs ont cru que St. Gondebert fondateur de

Lettre de H. le

Boeuf de Paris, le 17s«plemb.l7M. Vita SU Hidul-

phiin hiit.medi. monasterii.p.99. Petri Damiani t. 3, opusc. 19.

Hugo tacra

antiqitit. manti'̃ vient p. 110.


fajRichtr, 9, c. l,p. 999.

ter., anal..pA*6 Edition in-folio, 17».

Mabillon, vê-

L'histoire ne nous a conservé que les noms des cinq successeurs immédiats de St. Gondebert. On nous dit seulement que Magneramne étoit un homme saint et de mœurs très pures (a), moribus sanctis exornatum. L'ancien nécrologe ms. met sa mort au 17. d'octobre, auec celle de St. Gondebert. On ne sait rien du tout d'Ageric, de Magneramne 2. du nom, de Bonciole, ni d'Etienne, sinon qu'au 28 juillet on marque le décès de Bonciole, Abbé de ce lieu. (•) Dans la liste des Monasteres qui étoient en société de prieres avec l'Abbaye d'Augie au IX. siecle, on lit Senonioas,

l'abbaye de Senones, avoit été lié d'une étroite amitié avec St. Diey fondateur de l'abbaye qui porte son nom. Mais je n'en trouve rien dans aucun bon auteur, ni domestiq. ni contemporain, ni dans les Monumens de Senones, ni dans ceux de St. Diey. Toutefois il est tres probable que St. Gondebert, St. Hidulphe et St. Diey, tous trois revétus du caractere Episcopal, tous trois venus dans ces deserts pour y vivre de la perfection de Christianisme, éloignez du grand monde, et pour inspirer à leurs disciples les mêmes sentimens de piété et d'éloignement du siecle, étant remplis du même esprit, vivoient aussy entre eux dans une parfaite union de cœur et d'esprit.

(i) Renvoi de D. C.

2.

3.

4.

5.

6.

7.

MAGNERAMNE, 1er du nom, 2* Abbé de Senones. AGERIC, 3e Abbé.

MAGNERAMNE, 2* du nom, 4e Abbé.

BONCIOLE, 5e Abbé.

ETIENNE, 6e Abbé.

ANGELRAMNE, 7* Abbé.

CHAPITRE II


Mçdiano et Gorzta, etc. Et ensujtte; Ex mopysfarip rpediano

Gundcrrberto abba; ex Et Gorzia JE'~owoyt~~np Or nous

GM~d<tr&er<o abbct ea? Af" Gor~ta Op~~tM~ o6ba: Or nous

savons que Gundinbert, abbé de Moyenmoutier, gouverna depuis l'an 758. jusqu'en 789 et qu'Optarius, abbé de Gorz3, vivoit en 795. 796 On peut donc mettre notre abbé Bonciole, vers l'an 750. ou 760. puisqu'entre luy et Angelramne nommé à l'Abbaye par Charlemagne vers l'an 770. nous ne connoissons que l'abbé Etienne, à qui l'on peut donner dix ou douze ans dA gouvernement selon le même ms. d'Augie, que nous y avons veu. Il y avoit à Senones environ deux cent Religieux, y denommez et à Moyenmou.tier environ 80. a Etienne eut pour successeur Angelramne, évéque ou archéveque de Metz car dans cette Eglise plusieurs Evéques ont été honorés du titre d'archevéque. Angeïram où Angelramne succéda à Grodegrand dans ce siège l'an 768. le 25 de septembre. Il auoit été élevé dans l'Abbaïe de Gorze (a) par un Religieux nommé Norgandus, maître des jeunes en- « fans qu'on y enseignoit. Angelram fut religieux dans l'Abbaïe l, de St. Auold. Richer soutient qu'il étoit chancelier de l'empereur Charlemagne auant qu'il tut fait Eveque. La chose n'est pas sans difficulté (b), mais il est certain qu'il fut fait grand Aumonier de l'Empereur depuis son Episcopat (c). L'Abbaïe de Senones étant venuë à vaquer vers l'an 770. par la mort de l'abbé Etienne, Angelram la demanda et l'obtint de l'emperr ou du roi Charlemagne car il ne fut nommé Empereur qu'en l'an 800. Notre historien dit (d) qu'avant Angelram l'Abbaïe de Senones etoit impériale et que l'Evéque Angelram demanda à l'Emp' qu'elle fût dans la suite soumise à l'Eglise de Metz, de même qu'auparavant elle etoit soumise à l'Empire. Ce qui causa une douleur très sensible aux Religieux, qui ne purent voir sans un extréme déplaisir leur monastere déchu de la dignité d'Abbaïe impériale. Mais c'étoit un honneur qui leur étoit très onéreux, continuë toujours Richerius, car ils ne consideroient pas que les Eglises du voisinage qui jouissoient de ce priuilége, étoient exposées à l'oppression de la part de l'Empire, qui exigeoit d'elles de grosses contributions, ou 3

x

Angelramne est fait ab-

«tSeig'

de Seno-

nes par r

Charletna-

gne.

(a)Voié»l'J5fiir. d* Loi* t. 1, 1. 14, |>. SX*.

(*) Riolior. I ».

e. i, p. «99.

<e Coin» 1. 1,

Annal franf.

Cdjtiich, I «,

c t, |>. *W.

S

l


des troupes de soldats pour leur contingent, où à d'autres charges encore plus onéreuses de la part des ennemis de l'Empire qui les ravageoient, sans que les Emprs qui étoient souvent éloignés, fussent en état de les secourir. C'étoit donc mal à propos que ces religieux s'affligeoient si fort de n'etre plus soumis à l'Empire car si les monastères de ces quartiers ci, continuë Richer, étoient toujours demeurés imperiaux, il n'y seroit pas resté pierre sur pierre, par la difficulté qu'il y auoit d'aller demander le secours des Emperrs, qui ne pouvoient pas par eux-mêmes deffendre leurs vassaux au lieu que les evéques étant plus à portée, pouvoient en moins de deux où trois jours écouter leurs plaintes et apporter du remède à leurs maux.

On voit un exemple sensible de ces inconveniens, dont parle icy Richer, dans l'abbaye de Moyenmoutier, qui étant demeurée imperiale, ou roiale et astreinte à fournir les subsides et le nombre des soldats equippez qui leur etoient imposez, furent reduits aux dernières extremitez sous l'Abbé Pippin du tems du roy Lothaire, qui abandonna leur monastere au duc Régnier qui leur enleva tout d'un coup plus de quinze cens metairies. Puis on les livra au comte Hillin, qui en chassa les moines et mit des chanoines en leur place.

n

l'Abbaie de Senones s

étoit elle

imperiale

avant An-

gelram.

Du Cange,

Hit t. de C P., «, », p. 47. In. hit t. Bizant. Edit. parii.

Pour entendre (<) ce que dit ici Richerius que l'Abbaïe de Senonesétoit impériale (t), il faut remarquer qu'anciennement chez les Grecs, et même chez les Latins, il y avoit des monastéres de trois sortes. Les uns etoient soumis, selon le droit commun à la jurisdiction des Evéques; les autres dépendoient immediatement du St. Siège en Occident, ou du Patriarche en Orient; Les 3es etoient nommez roiaux, ou imperiaux, parce qu'ils etoient de fondation roiale ou imperiale, et par cette raison exemptes de la jurisdiction des Ordinaires.

L'Abbaye de Senones etoit donc Monastère roial ou im(4) Pour entendre, renvoi fait sur le manuscrit par D. C, et mots écrits de sa main.

(2) Il faut remarquer qu'anciennement, mots e'erils en interligne par D. C. avec un renvoi à une feuille volante


perial, comme aiant été fondé par St. Gundebert, archeveque de Sens et dottée & confirmée par Childeric II. roy d'Austrasie, qui l'avoit pris sous sa protection particulière. St. Gundebert y exerça sans difficulté les fonctions épiscopales, qu'il s'etoit réservées, dit Richerius, solo sibi episcopi officio reservato, quo in tanta, et tam vasta solitudine ad Ecclesias consecrandas, et personnas ad o f ficia divina idoneas promovendas, uti potuisset, et il consacra lui-même l'Eglise qu'il avoit bâtie.

Charlemagne aiant donné l'Abbaye de Senones en commande à Angelram, luy en donna aussy la regale ou la seigneurie, que les éveques de Metz ont conservée jusqu'à vers l'an 4570. et dont les comtes de Salm, pendant les troubles du roiaume de France, s'emparerent depuis Angelrame. Les Abbés de Senones releverent de l'Eveque de Metz pour le temporel ils recevoient de lui les regales, ou les droits régaliens et comme l'Eveque de Toul etoit le plus à portée, ils s'addressoient à luy pour exercer dans leurs territoires les fonctions réservées de droit au caractere episcopal Abbates hujus loci ab Episcopo Metensi temporalia ab ipso vero Episcopo Tullensi spiritualia receperunt. Avant Angelram l'Abbaye de Senones étoit soumise aux rois d'Austrasie, qui l'avoient comblée de biens et qui lui avoient donné les privileges d'immunité, franchises et exemptions, qu'on n'accordait qu'aux Abbaïes royales. C'est ce qui paroit manifestement par le diplome accordé à ce Monastere en l'an 661. dans lequel il dit Cum antiquitus juxta constitutionem Pontificum per regalem sanctionem multorum Sanctoru-m monasteria sub eodem libertatis videantur privilegio quo et praesens, volumus cum Dei adjutorio praemunitum consistere. Il ajoute que tous les biens du monastere demeureront francs liberrima sibi illibataque permaneant; en sorte qu'aucun juge, ni officier roiaux ne puisse n'y s'emparer du monastere, ni le soumettre à l'autorité d'un autre seigneur, sans le consentement des Religieux; ut nullus judicum prae fatum monasterium absque voluntate ipsorum seruorum Dei, in alterius hominis jus


vel dominium audeat vertere, vel sibimet usurpare. Le Roi ajoute qu'il l'affranchit de toutes charges publiques et lui remet tout ce qu'il pouvoit deuoir au fisq roial Quidquid indè fiscus noster forsitan aut ex eorum hominibus, aut ex illorum seruitarib., vel in eorum agris manentibus, vel unde cumque poterat sperare aut solebat suscipere, ex indulgentiâ nostrâ penitus ipsi sancto loco remittimus. C'etoit donc de ces priuiléges où d'une partie d'iceux que les Religieux de Senones souffroient si impatiemment de se voir dépouillés et au lieu que jusqu'alors ils auoient été sous la dependance immédiate du Roi, ils étoient affligés qu'Angelram voulût les soumettre à son Eglise et rendre les Abbés de Senones vassaux des Eveques de Metz. En effet pendant plusieurs siécles les Abbés de ce monastere reprenoient leur temporel de l'Eveque de Metz et receuoient d'eux des avouës et des deffenseurs, comme nous l'allons voir. Ainsi Angelram ne fut pas simplemt nommé Abbé de Senones, mais il en fut constitué Seigneur et Régalien par

m

Angelram fait venir à Senones le corps de saint Siméon Eveque de Metz.

(a) Richer., I.S, c. S, p. 800.

Charlemagne.

Angelramne ainsy nommé par l'Empereur (i) voulant gagner l'affection de ses Religieux et les consoler de la perte qu'ils faisoient de la protection immédiate du Roi, leur envoia le corps de St. Simeon, 7me éueque de Metz, après St. Clément, qui est considéré comme apotre de cette Eglise (a). On ignore les particularités de la vie de St. Simeon, et le tems de son gouvernement et de sa mort. Mais sa sainteté est connuë et Dieu l'auoit déjà honorée de plusieurs miracles, lorsque Angelram le fit venir à Senones. D'abord les Religieux toujours aigris contre leur Abbé, refusèrent de le receuoir dans leur Eglise, et le Prélat usant de prudence et de douceur, fit déposer les saintes Reliques sur une colline située au midi du monastere, où il batit une chapelle pour les receuoir. Bientot Dieu y fit éclater tant de miracles, qu'on y accouroit de toutes parts et que personne ne sortoit de sa présence sans en receuoir quelque soulagement.

(1) Commencement île phrase éirite en into. ligne pir D. C.


Encore aujourd'huy la chapelle de St. Simeon subsiste au-dehors de PAbbaïe. On y fait une procession solennelle le 3e jour des Rogations et on y dit la messe le jour de sa fête et celui de sa translation. Ce lieu a toujours été considéré avec respect et c'est encor à présent la déuotion du païs. On invoque St. Simeon dans les nécessités publiques et l'on expose la chasse qui est très prétieuse, pour demander à Dieu la pluie ou le beau tems, selon l'exigence des cas. On vèra dans la suite de cette histoire qu'anciennement les Religieux en corps y célébroient tous les jours le St. Sacrifice. On (t) l'a rebatie tout à neuf et tres propremt en l'an 1735., Jean Ruyr, t. I. c. 6., p. 220.

Charlemagne étant à Rome en 785 pria le Pape Adrien de lui donner l'Evéque Angelram pour lui seruir d'Archichapelain ou Grand Aumonier (a), afin de demeurer continuellement auprès de sa personne, et afin qu'il put l'emploier dans les affaires les plus importantes et de se seruir de ses conseils. Le Pape non-seulement accorda au Roi ce qu'il souhaitoit, mais il nomma aussi Angelram pour son Apocrisiaire où son Nonce auprès de luy; de manière que notre Prélat accablé d'affaires séculieres, ne put plus vaquer, comme il auroit été à souhaiter, ny au gouvernement de son Eglise, ni aux besoins de son Abbaïe. Les Eveques de France ne purent approuver qu'Angelram eut accepté cet emploi, qui jusqu'alors n'auoit été rempli que par de simples pretres, et qui étoit regardé comme incompatible avec la residence qu'un Eveque est obligé de faire dans son Eglise. Angelram fut obligé de faire son apologie (a), en présentant au Pape Adrien un Recuëil de 80 articles tirés des fausses Décrétales lesquelles toutes fois ne justifient point sa conduite et n'excusent pas la non-résidence d'un Eveque. On soupçonne même avec beaucoup de fondement Angelramne lui-même d'avoir fabriqué, ou fait fabriquer ce recueil des fausses Decretales de Marius-peccator ou Mercutor, d'où il a tiré les 80. articles pour sa propre justifica(1) Cette dernière phrase est ajoutée par D. Calmet.

l'V

Angelram fait ta de-

mission de

l'Abbaie

de Seno-

nes en fa-

veur de

l'Abbé

Xfforgan-

dut.

(aJVide, t. VII, Coocil. p. 1064. au. 794.

faJVoiétDolre Hi*t. de Lorr., t. I, p. 518. SM.


tion. On n'en avoit aucune connoissance avant lui. Il est le premier qui les ait citez, il est manifeste qu'ils sont faits pour luy, et les anciens manuscrits les lui attribuent assez clairem1. Voyez le R. P. D. Bernard de Monfaucon, Bibliotheca manuscript. nova, t. 1. folio 100. p. 126. 128. fol. 134. p. 217.

Ce fut apparemment en ce tems là qu'il résigna son Abbaïe de Senones à un Religieux nommé Norgandus ou Norgaudus, dont nous allons parler.

CHAPITRE 111

7«5.

NORGANDUS, 8e Abbé de Senones, vers l'an 785. Nous auons remarqué ci devant que l'Eveque Angelram auoit été élevé dans l'Abbaïe de Gorze par un Religieux nommé Norgandus. Il n'est pas hors d'apparence que c'est à celui-là même qu'il donna son Abbaye de Senones. Richer ne dit pas qu'il l'ait remise à un Religieux de Senones, mais à un homme religieux nommé Norgandus, inito concilio virum Religiosum Norgandum praefecit.

Les merveilles continuelles que Dieu opéroit par les mé-

Les Religie ux de Senonei transportent dans leur Eglise le corps de St. si-

rites de St. Simeon, touchèrent les Religieux de Senones. Ils se repentirent de n'auoir pas accepté le présent que l'Evéque Angelram auoit voulu leur faire le tems modéra leur douleur, et leur nouvel abbé Norgandus les calma entiérement et les détermina à transporter auec honneur dans leur Eglise les Reliques du Saint qu'ils auoient d'abord

refusé de receuoir. On prit jour pour cette solennité ce fut le 8e auant la fête de tous les Saints, c'est à dire le 24e octobre. Il y eut un concours extraordinaire de peuples et la cérémonie se fit avec toute la pompe et la dévotion possibles. On mit quelq. temps après le St. Corps dans une châsse d'argent, qui se voioit du temps de Richer, c'est à dire au


43° siècle (a). Mais du depuis on ignore en quel tems on prit l'argent de la Châsse pour l'emploier aux besoins pressans de la maison. L'abbé D. Joachim Vivin aiant trouvé ces prétieuses Reliques dans une Chasse de bois argenté fit de nouveau faire en 1684 la Châsse d'argent que nous voions aujourd'huy. On célèbre tous les ans la fête de la Translation de St. Simeon au meme jour 24 octobre. Et l'historien Richer dit que de son tems tous les curés qui tenoient des cures de l'Abbaye, étoient obligés d'y apporter ce jour là sous peine d'amende, une certaine quantité de poissons, pour le service de la table, et l'honneur .du jour (t).

Après auoir pourveu au gouvernement spirituel de l'Abbaye en lui donnant pour Abbé un home vraiment religieux, l'Eveque Angelram voiant que ses grands emplois ne lui permettoient pas de vaquer à sa deffense songea aussi à lui procurer un deffenseur, pour le proteger contre les ennemis du dehors. Nous ne savons pas qui fut le premier avoué de l'Abbaye de Senones institué vers l'an 786. Mais le premier dont nous trouvions le nom, est Gerard de Turkestein qui vivoit en l'an mille de J. C. Les Comtes de Salm leur succéderent quelque tems après, vers l'an 1100. Richerius (b) raconte que le voüé établi par l'Eveque de Metz, n'auoit droit que de prendre le tiers des amendes dans les plaids qu'il tenoit au nom et à la prière où à l'invitation de l'Abbé, et rien au delà. Il ajoute que pour l'engager plus efficacemt à soutenir les interests du monastere, de ses sujets et de ses dépendances on lui donna la terre de Bayon (2) sur Moselle vis à vis Neufviller qui étoit encore entre les mains des Comtes de Salm où de leurs héritiers du tems de cet historien en sorte que le voué n'auoit aucun droit ni aucune jurisdiction ni sur les hommes ni sur les sujets de l'Abbaie, ni sur ses terres, ni sur le ban, les bois, les eaux, les plaids, les justices et les dépendances du mo(i) Dans ce passage, on rencontre une foule de ratures, d'adjonctions et d'interlignes faites de la main de D. Calmet.

(2) Sur Moselle vis avis Neufviller, interligne de la main de D. Calmet,

f»; Richer, 1.5,

c. 4. In tkecd argented u6i nunc requiescit tramlatum et t.

n

Angelram nomme un

voué à l'E-

glise de

Senonei.

(6) Richer, 1.3,

c. 5, p. 304.


(•) Rieher, I », c. «6. p 59».

C«lan'e«lguères probabl*. O chaîna fut dooné par l'Eveque de Dr i*u CoidIp de Blamonl. Il ap|Mr«-n<>il euvore à l'Evoqua de Heu en HS6, torique Etienne de )Mz fond» tn prieure* du MoBiet(S).

nastère. Mais il étoit tenu d'en prendre la défense en toute occasion en récompense du bénéfice où du fief qu'il tenoit de l'Abbaïe, et des honoraires qui étoient attachés à la voüerie.

Dans un autre endroit (a) il auance que l'Abbaye donna à son voué le haut Chateau de Deneuvre auec les familles de serfs et les maisons et dépendances, qui furent distraites de (t) la mense des Relig. de Senones et cédées au Seigneur avoué, affin qu'il n'etendit pas ses mains à autres choses Il est certain que les anciens titres de l'Abbaye parlent tous du fixe accordé à l'avoüé pour son honoraire, mais ils ne spécifient pas quel il étoit. L'Abbé pouvoit auoir cédé Bayon,

et les Religieux, le Chateau haut de Deneuvre. Ce qui ne me paroit pas fort probable, surtout pour le Château haut (3) de Denèuvre, qui a touiours dépendu de l'Evêque de Metz et qui fut par lui donné aux Seigneurs de Blamont. L'Abbé convoquoit ses plaids, rendoit jugement, condimnoit ses sujets à l'amende selon l'exigence des cas, et faisoit lever ces amendes par son échevin indépendamment du voué. Si dans l'entretems qui s'écouloit entre la tenüe des plaids, il arrivoit quelq. sujet de contestation où quelque procès où quelque délit, l'Abbé où son intendant établi par lui, en prenoit connoissance, les décidoit et les terminoit de son autorité. De plus l'Abbé de Senones créoit et déposoit de plein droit et sans contradiction ses intendans où receveurs, ses maires, ses sergens où doiens, ses forétiers, ses echevins et les marguilliers des paroisses de St. Maurice, de St. Jean, de Plaine et de Vipucelle, et le voüé ne pouvoit exercer aucune autorité contre ces officiers ainsi établis par l'Abbé, et si le voüé entreprenoit quelque chose contraire aux anciens privilèges de l'Abbaye, c'étoit (H Surrlii.rg.MleD. C

(2 cette m>1«* marginale e>l écrite pir I». Clmct.

(3) Depuis c de Dtneuvre jusqu'à l< (in de IMinéa, repassage est écrit «le U main de Dom Culinel, en r«mj>la« « -nu-ut île cinq lignes bjrrée» par lui.


à l'Evéque de Metz à le réprimer et à le punir, si le cas le méritoit. Tel fut l'état de l'Abbaye de Senones jusqu'au tems de l'Abbé Adelard (a).

Le jour de la mort de l'Abbé Norgandus est marqué dans le Nécrologe au 7e de novembre; mais non pas l'année (i)-

(n)l'iclwr,l 1, C. S, p. SOS.

CHAPITRE IV

9. THÉODRADE, neuvième Abbé.

10. PÉRIN ou BARIN, 10* Abbé.

11. NOTHÈRE ou MOTÈRE, 11* Abbé.

12. VICPODE ou VIPODE, 12e Abbé.

Les noms de ces quatre Abbés se trouvent dans l'ancien Nécrologe de l'Abbaye au 17e octobre dans ce même ordre, après St. Gondebert et Magneramne. Il y est dit qu'ils étaient prêtres et Richérius remarque (a) que les 14 Abbés qui succédèrent à St. Gondebert, furent des homes d'un mérite extraordinaii e et d'une grande sainteté de vie que pendant tout leur sage et heureux gouvernement, ce monastere étoit comme un paradis de délices, tant dans le spirituel que dans le temporel.

Vipode où Vicpode fonda sur la Brusche, au lieu nommé aujourd'hui la Broque, un Prieuré qui fut nommé de son nom Vicpodi-Cella, et qui porte encor aujourd'hui son nom de Vipucelle. Le prieuré ne subsiste plus, mais la paroisse du lieu se nomme encor aujourd'hui Vipucelle, et l'église paroissiale est certainement l'ancienne église du Prieuré. On trouve encore dans le cimetière d'anciens cercuëils de pierre, et quantité de fondemens qui dénotent qu'il y auoit joignant l'église des batimens assés considérables, qui étoient ceux (1) Dom Ciilin< t a mis en interligne le jour de et a terminé la plu aie de sa main en ajoutant mais non pus Vannée.

(«i Mchrr, I ». c. 18, | 317.


du Prieuré. Nous apprenons par une Charte donnée en 826. par les empereurs Louis et Lotaire que Vjpode auoit donné ce Prieuré auec ses dépendances à l'Eveché de Metz et en auoit passé des actes de donation, Vicpodus Episcopio Metensi, quod est in honore Sti Stephani proto-martyris constructum, per strumenta Chartarum tradidit. Les Empereurs dont nous avons parlé restituèrent à titre de bénéfice où de fief ce Prieuré à Ricbode neveu de Vicpode, pour sa vie seulement, à charge qu'après sa mort il retourneroit à l'Evéque de Metz. Toutefois l'Abbaye de Senones en a jouï jusqu'aujourd'huy.

CHAPITRE V

o, Du Cliesne,

Met. franc. ,\M. Vi.l.- Mabill., au. Btnied., i. Il, p. 4.3.

13. THIERRY, treizième Abbé.

14. URBEFRÈDE ou ERLEFRÈDE, 14e Abbé.

Ces deux Abbés ne sont pas connus dans Richer, ni dans les monumens de l'Abbaye. Mais nous auons une lettre de Frotaire, évéque de Toul (a), addressée à deux Abbés nommés Thierri et Rénard que l'on croit auoir été, le premier, Abbé de Senones, et le second, Abbé de Moyenmoutier. Voici la lettre.

« Frotarius gratiâ Dei Ecclesiae Tullensis Antistes, Theu « derico, et Ragenardo venerabilibus viris, cum universo « grege vobis commisso, perpetuae beatudinis in Domino opto « salutem. Quoties vestrœ dignitatis personam, cum leis qui « vobts sub nostro regimine subditi sunt, bené ac salubriter « vivere cognosco, divinae pietati gratias refera. Quoties « vero vel vos ac plebem vestram ad Diocesim nostram per« tinentem, ut cumque infîrmari vel periclitare audio, in« genti moerore ac doloris anxietate afficior, et veluti pro« fitiis charissimis atque onibus propriis undique contristor. « Quod his diebus fateor accidisse, cum scilicet moHiferam


« pestem acerrimé grassatam me contigit agnovisse. Si qui« dem significatum mihi est de vastatione luporum quosdam « vestrorum hominum superatos et ruinis subitis funditùs « ab hâc vitâ esse extinctos. Quam quidem plagam per « fraudem diabolicam diuino judicio permittente in omni« bus factam esse non ambigo. Si quidem peccatis nostris « exigentibus multa aduersa permittente Deo patimur, quœ « minime nobis acciderent, si ei, ut dignum fuerat, totâ « mente quotidié famularemur. Quod enim cum gravi ge« mitu dicendum est, abundat iniquitas, refrigescit charitas « multorum. Ob hoc tot plagas cœlesti censurâ disponente « ingruentes, tot aduersitates demonicœ justigationis mi« seria nostra tolerat generi humano infestas. Si quidem « cum his prœteritis annis inopiam famis multimodam ob « aviditatem segetum, vel grandinis irruptionem perpessi « fuerimus, prœsenti aftno fertilitatem messium atque « ubertatem vinearum, murium devastatione consumptam « conspidmus. Ad extremum, quod cum luctu dicendum « est, luporum rabidâ infestatione animas hominum Chris« iianas subito necari videmus. Qua facta cur nostrae prœ« sentiae non antia significaueritis usquequaq. miror. Ve« nissem quippe ad vos et tam per verbi praedicationem, « quàm per manûs impositionem ac confirmationem,pec« tora fluctuantium hominum corroborare satagerem. Quod « quia adhuc non, in proximis diebus, si vita comes fuerit « acturus sum. Nunc autem moneo, ut prœcipiatis omnes « proesbiteros in illis locis commandites ad vestra monas« teria pariter convenue, et per triduum jejuniis et litaniis « insistere, cilicio et sacco obvolvi, cinere conspergi et com« muni supplicatione Domini Clementiam obnixe deprecari, « ut ejus exuberans mise1'icordia non secundum merita nos « dijudicet, nec secundum iniquitatum nostrarum scelera « ultionem ex nobis capiat quin potius propitiatus expec« tet et ad poenitentiam recurrentes misencorditer suscipere « dignetur. Omnem itaque populum ad confessione et poe« nitudinem pro peccatis suis sacerdoces provocent, et quae « ignorant et à plebe commissa sunt, digna emendatione


« solvantur ne subito nos exitialis morbus absumat et in« ferni voracitas perenniter cruciandos absorbeat. Et si « mens nostra charitatis amore Dei conspectibus renuit fa« mulari, saltem mortis formidine ci malis retracta in salu« tiferis actibus convalescat.

Voici la traduction de cette lettre.

« Frotaire par la grace de Dieu, éveque de Toul, à Thierri « et Ragenard hommes vénérables, auec tout le troupeau « qui vous est confié, je vous souhaite dans le Seigneur le « salut d'un bonheur éternel. Je rend de très grandes graces « à Dieu autant de fois que j'apprens que votre dignité et « ceux qui vous sont soumis sous notre dépendance, vivés « d'une maniere louable et conforme à votre état et au « contraire je suis pénétré de la plus vive douleur, quand « j'entens que vous et votre peuple qui est de notre diocèse, «et que je regarde comme mes chers enfans, et mes propres ouailles, sont attaqués de quelque danger ou de « quelques maladies; et je vous avoue qua j'ay été sensi«blement affligé lorsqu'on m'a rapporté ces derniers jours « que vous éties violemment attaqués de la peste et expo« ses à un péril éminent par des loups qui infectent vos « quartiers et les désolent par leurs rauages, ayant môme « tués plusieurs personnes. Je ne doute point que ce ne soit « un fléau envoié par la permission de Dieu et causé par la « malice du démon, à cause de nos péchés; ce qui n'arrive«roit point, si nous nous rendions aussi fidels que nous « le deverions à seruir le Seigneur. Mais on ne peut dissi« muler, et je le dis avec larmes, l'iniquité s'est beaucoup « augmentée et la charité de plusieurs est bien refroidie. «De là tant de malheurs, tant d'adversités et tant de plaies « dont nous sommes continuellement frappés par la ven« geance de Dieu. Car après auoir été affligés les années « dernières d'une grande famine causée par l'aridité de la «terre, par la grêle et la perte des moissons, nous auons « le déplaisir cette année de voir les apparences d'une «abondante récolte et d'une copieuse vendange, perduës « par une multitude de rats qui rauagent tout, et pour


̃ « comble de malheur, une quantité de loups enragés attaque « les hommes et les tüe. Je suis surpris que vous ne m'en c ayïés pas- donné auis auparauant, je me serois transporté « dans vos quartiers et je me serois appliqué à rassurer et « à fortifier les peuples, en leur donnant le sacrement de « confirmation et en leur annonçant la parole de salut et « puisqu'on ne l'a pas fait jusqu'ici, je le ferai, Dieu aidant, « au plutôt. A présent je vous auertis de faire venir à vos «monastères ou dans vos églises, tous les prétres qui de« meurent aux environs, affin que couverts de cendres et «de cilices, ils s'adressent à Dieu par des litanies et des « prières publiques et qu'ils tachent de fléchir sa colère par « leurs jeûnes et leur humiliation, qu'ils exhortent tout le « peuple à la confession et à la pénitence, afin qu'ils efface cent par un digne repentir les péchés qui ont irrité contre « eux la justice de Dieu et si nous ne servons pas Dieu par « des motifs de charité, qu'au moins la crainte de la mort ce nous éloigne du mal. »

Telle fut la lettre de l'Evéque Frotaire. La manière dont il y parle, insinue que son autorité épiscopale n'y étoit pas fort reconnüe et l'affectation avec laquelle il marque que ces lieux étoient de son diocèse et soumis à sa jurisdiction, rend la chose assés douteuse et peut seruir pou r prouver le contraire.

Urbefrède, Abbé de Senones, est dénommé dans une lettre du même Frotaire écrite à Drogon de Metz en 824 (a). Il s'y plaint que quelques Religieux de cette Abbaïe, sous prétexte de certaines plaintes qu'ils auoient à faire à l'Empereur ou à d'autres puissances, s'étoient donné la liberté de sortir de son diocèse de Toul sans sa permission, et d'aller où il leur plaisoit, sans qu'il en fut informé. Voici sa lettre (b) « Nobilissimae dignitatis viro et celso honore dignissi« mo, Drogoni divinâ favente gratiâ, Ecclesiae Metensis « Episcopo, Frotarius exiguus item Episcopus, perpétuant in « Christo opto salutem. Amorem et dilectionem vestri pio « cultu conservans, foelicem vitam longevis annorum curri« cuUs vos ducere gratulamur, et id nutu concedi mperno

(a) Tom. H,

Scrip. Hitt. franc |. 715. Frotarij tpist. X.

(h) Epitt. «0, Frotar. epiic. Tulle*


« sedulo flagitamus. A vobis quoque ejusdem mihi chari« tatis jura rependi et inviolabiliter conservari suppliciter « expeto4 ut hoc spiritualiter glutino vobis connexus et ves« .tris conloguüs recreer, et saluti feris studiis atque exemplis « pro ficue informer. Cœterum sciat vestra dilectio mihi « oppido displicere de quibusdam Monachi Cœnoby vestri, « cui Erlefredus rector esse videtur. Cum enim nostrae « Parrochiae isdem adjaceat locus et habitatores ejus nostro « munimine Deo adnuente protegi debeant; egrediuntur « quidam eorum Parochiam nostram absque nostro per« missu et licentiâ, quasi ob quasdam reclamationes et quo « tendant, penitus ignoro Porro si ad vos veniunt aut mo«lestiam vestris auribus in ferunt, ordo canonicus erga nos « debuerat conservari, ut mihi illorum querelae paterent, « et nostro pari consultu correctio eis congrua daretur. « Quod quia hactenus negligenter omissum est, vestrâ id «deinceps industriâ dignâ emendatione corrigi debeat; ut « nec vestrae aures ulterius hâc in re molestentur, nec nobis « jus canonicum et reverentia debita auferatur. Est prae« terea alia vestrae Dominationis cella sita in Warengissi « villa, quant etiam Monachi sine meâ licentiâ inhabitare « noscuntur. Sed quia inter eos me constat adolevisse, in « cœnobio videlicet Gorzensi, haec utcumqué mea parvitas « tolerat. Deniqué illud vestrae Paternitati non sileo, quod « quaedam vestri juris Basilicae in providentia nostra con« sistunt, quae nec mansorum subjectione fulciuntur, nec « sacerdotum praesentia custodiuntur. Pro quibus omnibus « vestra Ordinatio legatum ad nos mittat, quo instante «c haec emendentur. Antequam enim in praefatis cellis vel « Ecclesiis congrua emendatio fiat, nihil nobis de eorum « ordinationibus vel dispositionibus Ecclesiasticis praesucc mendum est. Nam et in praemisso monasteno Vosgensi, «quidam vestri missi ob rectitudinem faciendam illuc di« recti, nihil utilitatis, ni fallor, ibi gesserunt; sed magis « discordiam multiplicantes, eosdem fratres deteriores per {{) Adnuente, pour annuente, anmio.


« omnia reddiderunt. Decet vero, ut et in monasteriis et in « Ecclesiis et in omnibus quae vestrae ditioni subdita sunt, « talis ordinatio et rectitudo servetur, quatenus et nos et « universi finitimi vestri, vestris exemplis instituamur et « per vos ad verae Religionis studium utcumque perduca«mur, veluti per summum pastorem ac rectorern nobilissi« mum plebis. Valeat paternitas vestra prolixo tempore feli« citer in Christo. Amen. »

Voici la traduction de cette lettre.

« Frotaire humble Evéque à Drogon très illustre et très « glorieux Evéque de Metz, salut en notre Seigr.

« Nous vous félicitons sur la longue et heureuse vie que « le Seigneur vous a accordée et je vous supplie de m'ac« corder l'honneur de votre bienveillance, afin qu'unis à « vous par les liens de l'amitié, je profite de vos entretiens « et de vos exemples. Je suis obligé de vous dire, Monsei« gneur, que je trouve fort mauvaise la conduite de certains « Religieux d'un de vos monastères, dont Erlefrède est « Abbé (on a vû ci-deuant qu'alors l'Abbaye de Senones relevoit pour le temporel de l'Evéché de Metz) car comme « cette abbaie est limitrophe de notre diocèse et que ceux « qui l'habitent, doivent être sous notre protection, quel« ques uns d'eux sortent de notre diocèse sans notre aveu « ni notre permission, sous prétexte de certaines plaintes « où remontrances qu'ils ont à faire, de sorte que je ne sai « où ils vont. S'ils s'adressent à vous et vous font quelques « plaintes, la disposition des canons demanderoit qu'ils me « rendissent l'honneur qui m'est dû, en s'adressant pre« mièrement à moi, après quoi nous pourrions ensemble « prendre les moiens convenables pour y apporter remède. « Mais comme jusqu'ici on n'a pas suivi cette régie, je vous « prie que ci après ils en usent autrement, qu'ils ne vous « interrompent pas mal à propos, qu'ils observent envers « moi la discipline canonique et qu'ils conservent à mon « caractère le respect qui lui est dû.

« Il y a aussi dans mon diocèse un monastère qui dépend « de vous, nommé Varengéville (c'est que Drogon lui même


étoit abbé de Gorze, dont Varengéville est un membre) où « il y a une communauté de moines qui y demeurent sans « ma permission. Mais comme l'on sait que j'ay été élevé « parmi eux dans l'Abbaïe de Gorze, j'ai bien voulu le dissi« muler jusqu'ici. Je ne dois pas omettre de vous informer « aussi qu'il y a dans mon Diocèse des Eglises p iroissiales « qui vous appartiennent, lesquelles ne sont ni desservies « par des prêtres ni reconnuës par les paroissiens vous « aurés la bonté de nous envoier quelqu'un de votre part « pour y mettre ordre, car nous ne voulons rien entre« prendre sur ces Eglises ni sur ces monastères que vous « n'aiés premierement vous même ordonné qu'on répare « l'abus qui s'y est glissé.

« Car à l'égard de ce monastère de Vosge dont je vous ai « parlé, les députés que vous y avés envoyés pour y rétablir « la paix et le bon ordre, n'y ont fait qu'augmenter le maj « et la division et rendre les Religieux encor plus mauvais « qu'ils n'étoient auparavant. Or il est convenable que dans « les monastères et dans les Eglises qui vous appartiennent, « on remarque tant d'ordre et de règle, que nois et tous « les autres vos voisins, puissions les regarder comme des « models et que vous soiés notre guide dans la voie de la & justice et de la Religion, comme étant le plus grand, le « plus noble et le plus illustre des Prélats de ces cantons. « Je vous souhaite une heureuse santé et une longue vie. « Ainsi soit-il. »

(t) L'Evéque Drogon, à qui la lettre est adressée et à qui Frotaire donne de si grans eloges, étoit fils naturel de Charlemagne et frère de l'Empereur Louis le Débonnaire. Il conserva une très grande autorité non seulement dan» les affaires ecclésiastiques, mais aussy dans le gouvernement civil, non seulement sous l'Empereur Louis le Débonnaire dont il etoit le conseil et le confesseur, mais aussy sous les (1) A partir île cet e.i<lro!t jusqu'au cliap. VI, ce pacage est et rit sur un»- Ipu lie vtilanle, c>lle.e en marge du m.uiusciit et à laquelle Dom Caluel i envoie «prè* les mot* Ai»xi suit-il.


princes ses fils et ses successeurs. L'Eveque Frotaire dit qu'Erlefrede est superieur d'un Monastère de Vosge de la dependance de l'Eveque de Metz. Ce qui ne peut guère s'entendre que de celui de Senones, qui relevoit de l'Eveque de Metz, quant au temporel, et qui étoit demeuré sous sa protection depuis qu'il avoit été donné par Charlemagne à Angelramne. Je ne sai pourquoi il ne donne pas à Erlefrede le nom d'abbé. Peut être que Drogon possedoit cette Abbaye comme Abbé commendataire, de meme que celles de Gorze et de Luxeuil.

CHAPITRE VI

RICBODE quinzieme Abbé.

Ricbode neveu de l'abbé Vicpodus, étoit Abbé de Senones en 8*26. L'historien Richer n'en a rien dit mais nous avons un diplome des Empereurs Louis et Lothaire qui porte, qu'ils ont accordé à titre de bénéfice où de fief, à l'abbé Ricbode une Celle où Prieuré situé sur la Brusche, en un lieu nommé le mont Aluvin, que l'Abbé Vipode où Vicpode auoit autrefois cédé à l'Evéché de Metz. Ces Empers donnent donc ce Prieuré auec ses dépendances à Ricbode pour sa vie seulement, et à condition qu'après son décès il retournera de plein droit à l'Evéché de Metz. Le diplome est de l'an 826. de J. C. et datté d'Aix-la-Chapelle.

CHAPITRE VU

ADÉLARD, seizième Abbé de Senones.

(Richerius le compte loir le 14e.)

Le nom de cet abbé est noté dans notre histoire comme 4

•35 ou r 40.


(a)Richer, I.J, 0.48, p. 917.

l'époque des malheurs de l'abbaie et de la chute de la régularité qui y auoit été jusqu'alors observée auec l'édification de tout le pays.

Adélard commença par la ruine du temporel, il en aliéna et dissipa les fonds et les revenus par sa négligence et sa mauvaise oeconomie, puis il en renversa le bon ordre par son mauvais exemple et par son relâchement. Ce lieu qu'on avoit regardé depuis sa fondation comme un jardin de délices (a) et une retraite de saints, ne fut plus que comme une cauerne de loups ravissans. Chacun se croioit permis de prendre et d'envahir les biens du monastere et personne ne s'opposait aux ravisseurs. Les Religieux au lieu de travailler à leur sanctification, se plongeoient dans toutes sortes de désordres et de dissolutions. Ils quittèrent la demeure des lieux réguliers, du dortoir, du réfectoire et du cloitre, et se jettant au dehors, se livrerent aux excès de bouche, à l'yvrognerie et aux désordres les plus grossiers et les plus honteux. L'Abbé non seulement ne les réprimoit pas, mais les autorisoit par sa conduite. Chacun d'eux se bâtit une demeure à part hors du monastère, pour y vivre sans subordination et sans règle.

Bientost du relâchement et de la dissipation, ils tombèrent dans la disette, manquant des choses les plus nécessaires à la vie. Ils se virent contraints de cultiver la terre de leurs propres mains et de vivre en malheureux, après auoir vécu longtems en scélérats. L'Abbaie demeura sous un bon nombre d'Abbés dans cet état si déplorable car Adélard eut des imitateurs, dont l'historien Richer dit qu'il n'a pu se résoudre à rapporter les noms, de peur de soüiller son récit par la mémoire de leurs crimes.

Nous conjecturons qu'Adelard a vécu vers l'an 835 où 840. et que le relâchement a subsisté à Senones pendant près de cent ans; car l'Abbaie de Gorze ne fut réformée que vers l'an 933. sous le bienheureux Jean de Gorze et sous l'abbé Einolde. Ce fut à l'occasion de cette réforme de Gorze, que l'Abbaye de Senones reprit sa premre régularité, ainsi que nous l'allons voir.


RENGERUS, 17* Abbé, mort vers l'an 930.

RAMBERT, 18e Abbé, mort vers l'an 948.

Rengerus est mis ici comme 17e Abbé de Senones, quoiqu'il soit certain qu'il y en a eu plusieurs entre lui et Adélardus mais nous ne parlons que de ceux qui nous sont connus. C'étoit un homme prudent et modeste, dit Richerius (a), qui permit à un jeune homme du nombre de ses Religieux nommé Rambert, d'aller dans l'abbaie de Gorze, qui étoit alors en grande réputation dans toute la Lorraine, pour y apprendre l'exercice de la règle de St. Benoist, dont on ne voioit presque plus aucun vestige à Senones. Il fut reçu à Gorze auec beaucoup de charité, et comme il étoit très docile, il fit de si grands progrés dans l'exercice de la vertu et dans les pratiques de la règle de St. Benoit, que le Prieur du lieu et les Religieux l'auroient volontiers conservé dans leur communauté; mais Rambert aima mieux retourner au lieu de sa profession, où Dieu le destinoit à y rétablir l'observance. Il revint donc à Senones rempli des bons sentimens, et édifié des bons exemples qu'il auoit vus à Gorze, et l'abbé Rengerus charmé de sa sagesse et de sa modestie, l'établit bientôt après son retour, Prieur de son abbaye.

Rambert s'acquitta de ses fonctions d'une manière qui lui attira l'estime et l'amitié de ses confrères; et l'abbé Rengerus étant mort quelque tems après, ils le choisirent pour leur Abbé. Comme son abbaye relevoit de l'Evéque de Metz pour le temporel, il fit un voiage vers Adalberon, qui gouvernoit alors cette Eglise, et qui considérant la réforme de Gorze comme son ouvrage, voioit auec plaisir les éléves de cette Abbaye placés dans les anciens monastères, où la

CHAPITRE V1H

(a)Riclier,l 9,

C.18,'p. 518,390. I

Rambert te retire dan*

l'Abbaye

de Gorze.

n

Rambert eit élu Abbé

de Seno-

aet*

Ver» 1 an 9SO.


m

Réforme de l'Abbaie de Senonei vert l' an 938.

discipline étoit déchüe, dans l'espérance d'y voir rétablir le bon ordre. Etant de retour à Senones, il parla à ses Religieux auec beaucoup de douceur, leur fit connaître l'étendüe de leurs obligations, leur traça une peinture de ce qu'il auoit vu pratiquer à Gorze et les exhorta à se conformer à la vie de ses saints Religieux. Mais comme l'habitude est une seconde nature, ils le prièrent de les laisser vivre comme ils auoient fait jusqu'alors. L'Abbé jugea que dans une affaire de cette importance, ils ne deuoit pas se conduire par son propre esprit. Il consulta l'Evéque de Metz, qui loua son zèle et sa bonne volonté et résolut de seconder ses bons desseins. Il pria Agenolde où Evolde, Abbé de Gorze, de lui prêter son secours pour l'exécution de cette bonne œuvre.

Ils se rendirent ensemble à l'abbaye de Senones et parlèrent aux Religieux, emploiant tantost les caresses et tantost les menaces. Ils tachèrent de leur persuader de se soumettre à une observance plus exacte de leur règle. Mais

ces Religieux endurcis ne se laissèrent toucher ni par leurs exhortations, ni par leurs menaces, ni par les chatimens qu'on emploia selon la règle, contre les plus mutins. Ils en vinrent même aux reproches et aux insultes, et peu s'en fallut qu'ils ne maltraitassent leur Abbé. Alors Agenolde et Rambert leur dirent qu'ils pouvoient choisir l'une des deux choses qu'ils leur proposoient, de demeurer dans le monastère dans la pratique exacte de leur règle, où d'en sortir et d'aller vivre à leur guise où ils jugeroient à propos.

Quatre des plus jeunes et des plus entêtés, qui croioient en sauoir plus que les autres, se retirèrent du monastére et retournérent au siécle, les autres plus simples et plus craignans Dieu, se soumirent et demeurèrent sous l'obeissance de Rambert. Ainsi les frères étant rentrés dans leur devoir, et le bon ordre étant rétabli dans l'Abbaye, Agenolde, Abbé de Gorze s'en retourna chés lui et Rambert continua de gouverner la maison de Senones, d'une manière qui lui attira l'estime et l'amitié de tout le monde.


(t) Depuis cette réforme introduite à Senones par l'Abbé de Gorze, il y eût toujours beaucoup de liaison entre ces deux Abbayes; et on lit dans la vie du B. Jean de Gorze,

qu'un St. Religieux de cette celebre Abbaye nommé Angelram qui avoit autrefois été princier de l'Eglise de Toul, puis de celle de Metz, étant décédé, la nuit même de son décès un Religieux du monastére de Gorze nommé Adelgere, étant à Senones et reposant avec les freres, eut une vision, dans laquelle on luy dit de se lever et de faire sonner les cloches, parce que Dom Angelram étoit mort. Ce Religieux se leva, éveilla quelques Religieux et leur fit signe de sonner les cloches, n'osant parler par respect pour le silence. Le lendemain matin il rapporta ce qu'il avoit veû et ouï, mais on n'en crut rien, jusqu'à trois jours de là, qu'on reçut la lettre du decés d'Angelram. Alors on reconnut qu'il étoit mort la même nuit et à la meme heure qui avoit été révélée à Adalgere. Il y a beaucoup d'apparence qu'Agenolde, Abbé de Gorze, envoia à Senones quelques uns de ses Religieux, pour y introduire la réforme de son monastere, et qu'Adalgere étoit de leur nombre (2).

Rambert obtint d'Adalberon I. du nom, Eveque de Metz, une Charte, qui confirme à l'Abbaie de Senones l'Eglise de Vaqueville, qui auoit été donnée au monastère par quelqu'un de ses prédécesseurs, comme aussy neuf familles de serfs qui dépendoient de cette Eglise. L'Evéque ajoute que si quelqu'un des sujets serfs de l'Abbaie de Senones, épouse une fille libre de la dépendance de St. Etienne de Metz, il transfére à ce monastére tout le droit qu'il auoit sur ces personnes pour le cens et pour le service qu'ils lui devoient. La lettre est de l'an 939 et est souscrite par Beatrix, duchesse de Lorraine, femme du duc Frideric, par Zindebalde, comte du Palais de l'Eveque de Metz et par plusieurs autres.

(<) Ce passage jusqu'à l'alinéa suivant est écrit sur une feuille volante collée en marge à laquelle Dom Calmet renvoie le lecteur par nne note <le sa main.

(3) Dom Calmet par un antre signe renvoie au corps du manuscrit.

Fil* B. /•*»« Gorsi, p. IM 587, Smcul. 5 Btnid.

IV

Adalberonl. Sveque de

Mets con-

firme té-

glise de

'Vaquevil-

le à l'Ai»

baie de Se-

nones en

939.


Privilège de l'Emp. O-

thon X en

949.

(a)Richcr, l.«,

c. 21.

I

Abbés incertains

quant au

tems de

leur gou-

v e r n e

ment.

Le meme Evéque Adalbéron continuant de favoriser 1 l'Abbé Rambert et son monastére, lui procura en 949. un privilége de l'Empereur Othon I. par lequel il confirme tout ce que le Roi Childeric auoit autrefois accordé à l'Abbaye de Senones. Il marque que les Religieux y observoient la règle de St. Benoit et il désigne les limites des biens qui leur auoient été donnés et qu'ils possédoient alors, à peu prés de même qu'avoit fait le Roy Childeric en 661. Il est à remarquer qu'il donne pour bornes au ban de Senones du coté de Moyenmoutier le petit ruisseau de Pierris, qui coule au pied des murs de cette derniere abbaye, quoy qu'apparemment dès le tems de St. Hidulphe, une grande partie du terrain qui est au midi du Rabodo, lui eût été cédée par St. Gondebert. L'Abbé Rambert mourut le 3e mars vers l'an 950.

L'historien (a) Richer ne parle pas de ces trois Abbés, il donne pour successeur à Rambert l'Abbé Berchérus dont nous parlerons cy après. Mais en plaçant la mort de Rambert en 950. et le commencement de Sutharde vers l'an mille, il faut de nécessité admettre quelque Abbé dans cet intervalle de 50 ans, qui s'est écoulé entre Rambert et Sutharde. Et comme nous auons dans le Nécrologe de l'Abbaye douze où quinze Abbés dont on ne connoit que les noms et le jour de leur mort, nous auons mis ces deux en cet endroit, à tout évenement, sans les garantir, et en attendant qu'il nous vienne (de plus grandes lumiéres. Daubert mourut le 18. sept. et Anselme le 19 novembre. Le nécrologe met encore Probus le 18. Mars; Ferri le

DAUBERT, 19» Abbé.

ANSELME, 20- Abbé.

SUTHARDE I", 21» Abbé.

CHAPITRE IX


20. Mars, Leutfride le 20. Avril, Conon le 9. Aoust, Pierre le 18 Sept. etc. On ignore le rang, la vie, les années, les actions de ces Abbés. Richerius remarque (a) qu'Adelard fut le 14e Abbé de Senones et Antoine le 27°. Cependant entre ces deux Abbés, il n'en nomme que trois sauoir: Rengerus, Rambert et Bercherus. Il faut donc qu'il y en ait dix d'omis.

Le Nécrologe met la mort de Sutharde au 9. Mars et au 29. Juin, soit que ce soit deux personnes, où qu'on fasse mémoire du même Abbé en deux jours différens. Cet abbé nous est connu par deux monumens respectables. Le 1er est un texte des 4 Evangiles qu'on lisoit à la Messe les jours solennels. Il a toutes les conditions qui rendent précieux ces sortes d'ouvrages. Il est d'une très-belle ecriture, écrit sur un très beau vélin, accompagné des vignettes et autres ornemens, dont on embellissoit ces sortes de liures. Outre les canons d'Eusebe et l'Epitre de St. Jérôme à Damasse, on lit à la tête de chaque Euangeliste l'argument et l'abbregé du liure, puis le simbole de l'Euangeliste.Par exemple pour St. Mathieu, c'est un Ange auec ce vers, Nunciat ex homine Christum Mathaeus in orbe; Pour St. Marc, c'est un lion auec ces mots, Ceu leo desertum Marcus sermone petivit; Pour St. Luc, c'est un bœuf accompagné de ce vers, Jure sacerdotem Lucas bovis exprimit ore; Enfin pour St. Jean, c'est un aigle et ces mots, asserit antè Deum fierent quam saecula Johes. A la fin de l'argument sur St. Mathieu on lit ces paroles, Deo suoque Domino St0 Petro, pro remedio animae suae, Suthardus Senonensis Abbas hune librum contulit.

Le second monument qui nous reste du gouvernement de l'Abbé Sutarde est une lettre d'Adalberon II. Eveque de Metz, en datte de l'an mille de J. C. par laquelle ce prélat dit que l'abbé Sutarde luy ayant souvent porté ses plaintes contre les vexations et les excés de Gerard de Turkestein, avoué de son abbaye, lequel de tems en tems publioit des plaids dans les terres du monastère, exigeoit le serment de fidelité des sujets de l'Abbaye, faisoit sur eux de grandes

(a) Coifer.

Ricber.l.S, c.18, et 1. S, c. 94, ç. 8J5.

n

Sutharde Ab. de Se-

nonei.

Livre det Enn-

giles qu'il «donna à l'Abbaye.

m

mettre d'Adalberon

XX. Eveque

de Metz

qui règle

les droits

du voué

de Seno-

n en

1OOO.


Richer, S mon. 1.8, e. Il, l. 3, Spicileg. p. 310.

exactions, entroit dans l'interieur du cloitre auec sa femme, ses chiens et ses Gens et s'y faisoit donner où prenoit par force, ce qui leur p) îisoit; qu'enfin Sutarde ayant pris auec lui les plus discrets de ses Religieux, s'etoit venu présenter à la Cour pleniére de l'Evêque, dans le tems où il étoit assemblé au milieu de ses vassaux, y auoit fait ses plaintes et y auoit lu le privilége du Roi Childeric, qui accordoit l'immunité et la franchise à son Abbaye; Adalberon ajoute qu'ayant fait réflexion que les Evéques de Metz ses prédecesseurs auoient autrefois distrait la plus grande partie des biens de ce monastère pour se les approprier, il auoit résolu de faire en sorte qu'au moins les Religieux jouissent en paix du peu qui leur restoit. C'est pourquoy il pria Thierri, premier Echevin de l'Eglise de Metz, qui étoit présent, d'examiner quels étoient les droits de l'Avoué de Senones et ayant trouvé qu'il ne lui étoit rien dû après le fief qu'il tenoit de l'abbaye, sinon lorsqu'à la priere de l'Abbé, il venoit pour tenir quelque plaid et terminer quelque différent, qu'alors il auoit le tiers des amendes et rien plus. Adalbéron ayant pris connoissance de toutes ces choses, réprima les entreprises de l'avoüé et lui ordonna de se conformer aux anciens usages. Le titre est signé de l'Evéque Adalberon, de l'abbé Sutarde et de Humbert, prevot où prieur du monastére. (*)

Le R. P. Benoit, histoire de Toul p. 338, parle d'un titre donné à l'abbaye de Senones en 994 par Folmar, comte de Lunéville, par lequel ce comte renonce à la vocatie qu'il pretendoit auoir sur quelques terres de cette abbaye. Il dit en termes exprés qu'il fait cette renonciation à la priere d'Etienne son eveque et son oncle paternel: patruus. Richer parle d'Etienne Eveque de Toul et dit qu'il vint dans l'abbaye de Moyenmoutier et y passa un jour de feste, et (i) Dom Calmet a fait plusieurs corrections de sa main dan. ce 3' paragraphe et il renvoie au passage suivant qui se trouve sur un feuillet fixé en marge da ms». par la mention du commencement de l'alinéa, également faite de sa main.


qu'étant mort à Bonmoutier, (1) il choisit sa sepulture a Moyenmoutier, mais il ne parle point de ce titre d'Etienne pour Senones, et on n'en a aujourd'huy aucune connoissance dans l'Abbaye. Il est assez croiable ou qu'il est perdu, ou qu'on la soustrait, avec quelques autres.

Le même P. Benoit, hist. de Toul p. 39. dit que l'an 962. Frideric I. Duc de Lorraine et de Bar aiant reçu des Eveques de Metz l'avocatie de l'abbaye de Senones, Vilardus comte de Blamont signe à cette charte comme temoin, Vilardi Comitis Albomontis. Nous ne trouvons pas ce titre dans not.re archive.

CIIAPITRE X

SUTHARDE II, 22- Abbé.

ERLIN, 23- Abbé.

Nous auons déjà remarqué que nous n'auons nulle preuve certaine qu'il y ait eu deux Abbés du nom de Sutharde et qu'on n'en mentionne deux, que parce qu'on en trouve un mort le 9e Mars, et l'autre le 19. Juin. S'il y en a eu deux, nous n'avons aucune connoissance du gouvernement du second.

Comme l'abbaie de St. Evre auoit été réformée presque en même tems que celle de Senones et que l'une et l'autre auoit tiré sa réforme de celle de Gorze, elles conservèrent une grande union et s'entre-secoururent dans leurs besoins mutuels. Humbert, qui auoit été Religieux de Gorze, fut fait Abbé de St. Evre au dixième siécle (a), et S. Guillaume, Abbé de S' Bénigne de Dijon, y auoit de (I) L'Ahbayo Bon-Wotttier, ou Moutk'r, ou St. Sauveur Dnni C.lmt «laits ̃*« jy itice rfr lit Lirrnine *t dans »on Ilittoirc de Lorraine donne l'historique de crlle Abbaye.

1

Sutharde II. douteux.

1

Xrlin vivoit en 1030.

(a) V. H Ut de Lorr .1. l,(1. 86S.


r*;ibid.,p. 1036. III

Eglise de Vipucelle du

Diocèse e

de Toul.

(c) DcfTensc de

l'Eglise de Toul I ar M. Broulicr. Tiré de la Bulle

dit Pape Léon IX. de l'an iOj'I. pour S. Diez imprimée tom. I, llitt. de Lorr. preuves an. 1051.

IV

Diplôme du Roi Henri

III. en fa-

ueur de

l'Abbaie

de Seno-

nes.

an. 1O4O ou environ.

nouveau introduit la réforme dans l'onziéme siécle (6). En ce tems là, Brunon Eveque de Toul, ayant résolu de rétablir cet ancien monastère, qui ménaçait ruine et qui auoit été brulé une où deux fois, engagea les personnes puissantes et pieuses à contribuer à cette bonne œuvre par leurs aumônes notre Abbé Erlin lui donna une livre et demi d'or c'étoit alors une somme considérable. La Duchesse Mathilde n'en donna pas d'auantage et l'Eveque de Metz ne donna que deux livres d'or.

C'est apparamment sous cet Abbé qu'arriva ce que nous lisons dans la deffense de l'Eglise de Toul (c). Vers l'an 1023. Sous l'episcopat d'Herman, deux clercs de Strasbourg s'emparérent de l'Eglise de Vipucelle, qui est de la dépendance de l'Abbaie de Senones; pour colorer leur entreprise, ils soutinrent que la Cure étoit du diocése de Strasbourg l'Eveque de Toul en porta ses plaintes à celui de Strasbourg, qui ayant examiné la chose et reconnu la mauvaise foy de ces deux Clercs, les excommunia, les obligea de donner satisfaction à l'Evéque de Toul et les chassa de son Diocèse. S. Léon IX. confirma la restitution qui auoit été faite de cette Paroisse au diocèse de Toul, et addressa sur ce sujet une Bulle à Udon, son successeur dans l'Evéché de Toul.

Nous rapportons aussy au tems de cet abbé un diplome accordé à l'abbaïe de Senones vers l'an 1040. par le Roy Henri III, à la prière de Thierri dit le Jeune où le second du nom, Eveque de Metz. Il n'y exprime pas le nom de l'Abbé mais il dit qu'ayant été prié par l'Eveque de Metz de renouveller et de confirmer la Charte du Roy Childeric accordée à l'Evéque Gondebert, fondateur du monastere de Senones, il y a donné volontiers son consentement et a ordonné que le dit monastère, auec le marché qui y est établi sous la redevance d'un certain tribut, y subsistera comme du passé puis il marque les' limites du val de Senones d'une maniere assés différente de celle qui est rapportée dans le titre de Childeric et dans celui d'Othon I. de l'an 949. apparemment à cause du changement desnoms


des contrées. Ici il désigne principalement ces limites par les fontaines et ruisseaux, qui sont choses plus stables, mais dont les noms changent aussi, comme de tout le reste.

La mort de l'Abbé Erlin est marquée au 8. Mars

BERCHÉRUS ou DERCHÉRUS, 24* Abbé vers l'an i050. Le gouvernement de l'abbé Berchérus est marqué dans notre historien Richer par des traits honorables. Ce fut, dit-il (a), un homme qui, suivant les traces de l'Abbé Rambert, conserva fidélement le bien qu'il trouva dans l'Abbaie et y en ajouta encore de nouveaux. Il finit sa vie par une mort prétieuse aux yeux de Dieu. Le jour de son décés n'est pas marqué dans le Nécrologe de l'Abbaïe mais on y conserve un titre original, qui est une donation faite en l'an 1059. par un nommé Jean et Eve sa femme, de ce qu'ils possédoient dans le Chaumontois à Sommerviller pas loin de Léomont. Non seulement ils otTrirent à Dieu, à la St0 Vierge et à Sl Pierre, patron de l'Abbaïe de Senones, ce qu'ils avoient à Sommerviller, ils leur consacrérent leurs personnes, leurs Enfans et tous leurs descendans, s'engageant de payer tous les ans pour inarque de leur servitude et de leur assujetissement sur l'autel de S. Pierre, l'homme deux derradas (a), peut-être (*) Ici Dom Cilmct a c'orit dc sa main une note marginale qui est trop longue pour être mise à lu même place que dans le manuscrit et qui est ainsi conçue

« Dans un mss. de l'Abbaye de S. Hubert en Ardennes. on UlDna Gela c nubilis /'cmirto. lraclidil ad allnrc S. Petri ad lccmi~ea Fcclcsiui- A'A' c dencrandns ccrac. Mart. Voiage litter. t. 2. p. 144. Ces denerendac de c cire, pourroient bien signifier des «Icnre'es lie cire, cVst-ù-dire la valeur « «le 2. de 3. ou de 30 deniers en cire. Une derrrée de lerre signi(ie cer taine-

CHAPITRE XI

(a) Richer, 1.2,

c. 31, p. 331.

I

Donation de ce que

Jean et

Eve a-

uoient à

Sommer-

viller au

profit de

l'Abbaye

de Seno-

nes. l'an

1059.

K)


deux denrées, ou la valeur de 2 deniers de cire, et la femme une denrée, c'est-à-dire un cierge de la valeur d'un ou de 2 deniers; chacun de ses fils ou petits fils deux cierges ou un cierge valant deux deniers et chacune de ses fllles où petites filles dans la suite de leur race, chacune un cierge d'un denier par an et pour ses héritiers, ceux qui hériteront de ces champs payeront aussi chaque année duas derradas, que nous expliquons de deux denrées de cire, ou la valeur de deux deniers de cire (<). Que si quelqu'un de ses héritiers se trouvoit dans la nécessité de vendre ces héritages, il ne le poura sans le consentement de l'Abbé de Senones, et s'il arrive que quelqu'un viole ce traité où retire cette donation, il ne sera pas traité comme homme libre, ment an fond d'un revenu de tant de deniers. Cette explication est confirc mée par le canon 8. du concile de où il est ordonné que c chaque famille donne à son Eglise paroissiale une denrée de cire, de sinc guliê domibus cerae denaratam ad illuminandam Eccletiam altari € offerant. t. X. concil. p. 593. >

Puis par uo renvoi de sa main, D<>m Calmet reporte le lecteur à deux feuilles volantes, jointes an manuscrit, qui contiennent sur le même sujet les remarques suivantes

c Dans un très ancien obituaire de l'Abbaye de Remiremont, on lit sou« vent de ces dcvoiiemens de personnes, avec charge de donner par an à c l'Eglise pour le luminaire, des denrées de cire, dédit in censum denara« das duas de cera, ou quatuordecim derradas. Ailleurs tingulas cerae « obbolitas. La valeur d'une obole de cire »

« La princesse Ermengarde, petite fille de Charles de France, frère du « roy Lothaire, se vuiia elle et sa postérité, à l'Eglise de St. Diey en 4051 c et s'obligea de donner chaque année à cette église un cierge, le jour de la feste de St. Dipy. Elle s'y obligea elle et sa postérité, à peine de deux écus d'amende, monnoie de St. Diey, de deux écus pour chaque homme, et un écu pour chaque femme, outre les censures ecclesiastiques qu'ils « encourroitnt, et en cas de refus et de poursuites de la part du voué de c S*. Uiey, et pour marque de son voeu, elle couppa une tresse de ses chec veux et la mit sur l'autel de S1. Oiey. »

(1) Dom Calmet a fait plusieurs corrections de sa main dans cette partie da mss. Ainsi on lisait dans la copie. c l'homme deux derradaa, peut-être deux flambeaux de cire et sa femme un flambeau-, chacun de ses fils on petits fils deux flambeaux », etc. tandis que Dom Calmet a rayé flambeaux partout oh il trouvait ce mot et a écrit en surcharge c peut-être deux denrées, ou la valeur de 2 deniers de cire et sa femme une denrée, c'est-à-dire un cierge de la valeur d'un ou de 2 deniers >, etc. ainsi que je l'ai transcrit plus haut.


mais comme enfant de Mammone (•) et il rendra la chose au centuple. Le titre est passé à Domtail l'an 1059. sous le régne du Roi où de l'Empereur Henri IV et sous l'Episcopat d'Adalberon III, Evéq. de Metz.

On voit dans l'Histoire Ecclésiastique de ces tems là et des siecles suivans, plusieurs exemples de pareilles dévotions. Quelquefois un homme dévoüoit sa personne, sa femme ses enfans, sa posterité à une certaine Eglise, à un S1, auquel ils auoient dévotion, et ils demeuroient serfs de cette Eglise. D'autrefois, ils se contentoient de dévoüer leurs biens où une certaine partie de leurs biens, qu'ils chargeoient à perpetuité d'un certain cens en argent, où en cire où en autre chose. Il étoit aussi très ordinaire de donner des hommes et des femmes, de condition servile, qui demeuroient esclaves du monastere eux et leur posterité. On en voit divers exemples dans nos titres. Voyes par Exemple ceux des années 1174, 1200, 1224, 1259. Le nom de l'Abbé Berchérus se lit dans les souscriptions de deux lettres d'Udon, EvéquedeToul(a), l'une est de l'an 1057, contre les habitants de Varengéville, qui sous prétexte qu'ils dépendoient de l'Abbaye de Gorze, refusoient de se soumettre aux décrets synodaux de l'Evéque de Toul, et de payer le cens qui étoit dû à l'Archidiacre de cette Eglise de plus les Religieux de Gorze s'étoient établis de leur autorité près l'Eglise où est à présent le Prieuré de Var engéville, et auoient élevé un autel dans cette Eglise, sans attendre la bénédiction et la permission de l'Evéque diocésain. Vdon aiant assemblé les Evêques comprovinciaux, Adalbéron de Metz, Thierri de Verdun et l'Archidiacre de Trèves député de l'Archevéque de la même Eglise, et quantité d'Abbés, de Clercs et de Seigneurs; l'Eveque Udon obligea les habitants de Varengéville à le reconnoitre pour (1) Mammone n'est point une divinité de» Syriens, c'est an substantif f commun syriaque et hébreu qui signifie richesses. Sa racine est atman (il a caché) et le dérivé matmon (trésor). Saint Mathieu ditdans un de set Evangiles Non potestis servire Deo et Mammonae, vous ne pouvez ser- · vir Dieu et Mammone.

Il

Berohére souscrit à

deux Chartes de l'E-

vêq. de

Toul, l'u-

ne de l'an

1O57 et

l' autre de

1059.

(a) Benoit, Hitt. d» Tout, fol. 73. (ireuvrj.


Antoine prieur de

Lay suc-

oé de à

l'Abbé

Berchére

dans l'Ab-

baye de

Senones.

(a) Riclier, I. 2, c. 81, p. 525.

leur Evéque, consacra l'Eglise du lieu et pour en conserver la mémoire, en dressa une Charte a laquelle signèrent les Evéques dont nous auons parlé, auec les Abbés de St. Evre, de St. Mihiel, de S1. Mansuy, de Moyenmoutier, de S1. Sauveur, de Senones, de Gorze, de St. Arnoud, de St. Vincent, de S1. Symphorien et de S1. Félix, aujourd'hui St. Clément de Metz. Le duc Gérard d'Alsace étoit présent à cette fameuse assemblée.

L'autre Charte où l'abbé Berchére a souscrit est celle du rétablissement de la collégiale de S1. Gengoû de Toul, faite en l'an 1065. par le même Vdon Eveque de Toul. On y voit les noms de Vidric abbé de S1. Evre, de Grimalde abbé de St. Mansuy, de Leitfride abbé de St. Sauveur, de Benoit abbé de Moyenmoutier, de Berchére abbé de Senones, d'Abelfe grand Prevot de St. Diés, de Lambert prevot d'Etival; en présence de Henri IV. Roy de Germanie.

ANTOINE, 25* Abbé de Senones, depuis l'an 1090. jusqu'en l'an 1136.

1

Voici un des plus grands Personnages et des plus illustres Abbés, qui aient gouverné l'Abbaie de Senones et qui lui aient fait plus de bien et d'honneur, depuis S1. Gondebert son fondateur.

L'Abbé Berchére étant mort en l'an 1087. l'Abbaie vaqua trois ans, dit Richerius (a), non pas à cause qu'il n'y avoit point d'Eveque à Metz comme il le croit, car Adalberon III (1) Dans la liste des abbés (le Senones, au commencement de l'ouvrage, D. C. donne comme date de li mort de Dorcherus l'année 1086 et ajoute Après sa mort l'abbaye vaqua jusqu'en i090.

Berchérus mourut en l'année 1087 (•).

CHAPITRE XII


ne mourut qu'en 1012 et il eut pour successeur Heriman qui siégea depuis 1073. jusqu'en 1090; mais parce que les Religieux ne s'accordoient pas entre eux sur le choix d'un successeur (t). Richer fait encore une faute de chronologie, quand il avance que ce fut Etienne Eveque de Metz qui nomma Antoine à l'Abbaïe de Senones ce fut l'Evéque Hériman qui lui en confia le gouvernement en 1090. Enfin il se trompe lorsqu'il dit qu'Antoine mourut en 4136. et qu'il gouverna l'Abbaye pendant 38. ans. Il faut dire qu'il mourut en 1137. et qu'il fut abbé pendant 47. ans, comme le marque l'auteur manuscrit contemporain, qui a écrit en vers la vie de ce grand abbé et que nous suivrons ici dans ce que nous allons donner de sa vie.

Antoine étoit de Pavie, d'une famille très noble et considérable (a). Il fit ses études dans sa patrie et y fit de très grands progrés. L'amour des sciences et le désir de connoître les mœurs des Etrangers et de se former par les voiages, lui firent quitter sa patrie et ses proches. Il arriva à Metz, où il y auoit alors des Ecoles célébres dans l'abbaie de S1. Arnoud. Il y étudia quelque tems, mais étant tombé dangereusement malade, il fut touché de Dieu, et résolut de se convertir et d'embrasser la vie Religieuse. Il prit l'habit à S1. Arnoû et s'y distingua bientost par son humilité et par son zèle à pratiquer les vertus les plus essentielles à un Religieux de S*. Benoit.

Bientost ses superieurs le jugérent digne des plus importans emplois. Son Abbé l'envoya au Prieuré de Lay prés Nancy, qui auoit été fondé en 950. par la comtesse Eve et donné à l'abbaye de S1. Arnoû. C'etoit alors une simple obedience où l'Abbé envoioit quel Religieux il vouloit et qu'il retiroit aussi, quand il le jugeoit à propos (a). Antoine trouva ce monastére presqu'entiérement ruiné, à peine pouvoit-il nourrir deux où trois Religieux. Antoine en fit valoir les biens et y en acquit de nouveaux, en sorte qu'en (1) Ces deux parties de phrase en italique sont ajoutées en marge et en interligne par Dom Calmet.

Vie d'Antoine, Ab-

bé de Se-

nones.

fa^Aulhoranonim. Elogii Antonii Abb. Senontnt.

III

Antoine est fait Prieur

de lay.

(a) Richer, 1. 8, c. 21.

i


IV

Désordres arrivés 9

dans l'Ab-

baye de

Senones

apr « I

mort de

l'Abbé

Berohére.

En 1O92 Antoine est

nommé

Abbé de

Senones.

V

peu de tems il s'y vit à la tête de dix ou douze moines. Les batimens étoient renversés ou menaçoient ruine. Antoine les répara et batit la belle et grande Eglise que l'on y voit encore aujourd'huy. Elle fut dédiée par l'Eveque Pibon en 1092. deux ans après que l'Abbé Antoine eut été nommé Abbé de Senones, mais apparemment auant qu'il en fut paisible possesseur; car il y eut sur sa nomination quelque difficulté, ainsi qu'on le véra bientost.

Adalberon III, Eveque de Metz étant mort au mois de Novembre 1072. Hériman son successeur fut élu et sacré en 1073. L'Abbaye de Senones se trouva vacante vers le meme tems par le decés de l'Abbé Berchére. L'Eveque de Metz en étoit Seigneur temporel, et il paroit qu'alors il y nomoit les Abbés sans attendre l'election des Religieux. Du moins il y pourvoioit, dès que les Religieux négligeoient ou différoient trop de faire élection, comme il arriva dans cette circonstance car l'historien manuscrit dont nous avons parlé, dit que les Religieux de Senones par un esprit de lésine et d'interest, (lucri sed turpis amore) affectoient de grands délais, chacun voulant vivre à sa volonté et profiter du tems de la vacance de l'abbaye, pour s'affranchir du joug de la Régularité. En effet ils furent pendant environ trois ans, comme des acéphales, s'appropriant les biens du monastère et en cultivant les terres à leur profit. Les uns étoient à leur aise, les autres gémissoient dans la plus honteuse pauvreté. La piété et l'observance régulière etoient bannies du S1, lieu. C'étoit une abomination de désolâon.

Enfin Hériman Evéque de Metz informé de ces désordres, fit venir l'Abbé de S1. Arnoû et le pria de lui donner Antoine son religieux Prieur de Lay, pour gouverner l'Abbaye de Senones; qu'il étoit informé du mérite, de la sagesse, de la piété de ce Religieux et qu'il n'en connoissoit point de plus propre que lui, à retablir le bon ordre dans ce monastère. L'abbé de St. Arnoû eut peine à se priver d'un aussi excellent sujet; mais la demande de l'Evéque étoit si juste et si raisonnable, qu'il ne put ne pas y acquiescer. Antoine ayant donc pris avec lui quelques uns de ses


amis et de ses confrères se rendit à Senones, où il fut reconnu pour Abbé par les Religieux de la Communauté. Sa réputation lui attira plusieurs disciples du nombre même du clergé. Il donna d'abord tous ses soins à rétablir le bon ordre dans le monastère et a rappeller les anciens Religieux à leur devoir. Il les obligea de quitter leurs anciennes habitudes et les voies larges qu'ils s'étoient faites à eux mêmes. Cette sévérité leur déplut. Ils se soulevérent contre lui et l'obligérent à se retirer. Les gens de bien du pays affligés de sa retraite, envoierent après lui et l'engagèrent à reprendre la conduite de son troupeau.

Il crut que la voie la plus courte et le moien le plus effi- cace, pour les convertir et pour les rappeler à Dieu, étoit le bon exemple. Il leur fit voir en sa personne un parfait modèle des vertus chrétiennes et Religieuses. On ne vit jamais un homme plus tempérant, plus silentieux, plus humble, plus sage, plus discret, évitant les dépenses folles et superflues, grave dans toute sa conduite, inspirant le respect par son air sérieux et sa gravité, mais toutefois accompagnée de douceur et d'affabilité. Sa ferveur dans la Psalmodie, son zèle pour l'observance des règles, étoient l'exemple de sa communauté. Bon et clément envers les Religieux dociles et obéissans, ferme et sévère envers ceux qui manquoient à leur devoir par malice où affectation, il se faisoit tout à tous et se communiquoit sans distinction du riche et du pauvre, du grand et du petit, du noble où du roturier, pour les gagner tous à Dieu.

L'abbaye de Senones ne fut jamais plus florissante ni en ] plus grande réputation. Dieu y versoit des bénedictions abondantes par les liberalités de plusieurs Grands du monde, qui y donnerent des fonds considérables. Le nom d'Antoine étoit en véneration dans tout le païs. La bonne odeur de ses vertus et de sa bonne vie y attiroit un très grand nombre de sujets, qui y cherchoient un azile contre la corruption du siècle. Ce grand homme avoit du goût et de l'inclination pour les bâtimens. Il bâtit des Eglises en grand nombre tant dans l'abbaye que dans les Prieurés qui 5

VI

Vertu. de l'Abbé

Antoine.

~H

Xtat florîttint de l'Abbaye

de Seno-

t aei «ou» l'abbé Antoine.

S

t

t

n

ù


Donations faites à

l'Abbaye

de Seno-

nes par

Cunégon-

de, dame

du Cha-

teau de

Viviers en

1103.

(a) Titre de

l'an 12M.

(b) Tilre de

l'an 1105.

Prieuré de Sohures.

vm

ne

Le temporel de l'Abbaye avoit été fort dérangé, surtout | depuis la mort de l'abbé Berchérus, pendant la longue vacance qui suivit. Antoine s'appliqua très sérieusement à ̃ procurer à ses Religieux les choses necessaires à la vie, persuadé que la disette est la cause, où du moins le prétexte « d'un grand nombre d'irrégularités et d'abus dans les cloitres. Dès l'an 1103. une dame nommée Cunégonde, veuve de Matfride seigneur de Tincey et mère de Gobert et de Thierry (Matfride etoit encor en vie en 1092. lorsqu'à la prière de la même Cunégonde son épouse, il donna au Prieuré de Lay l'eglise de Vuis) Cunégonde ne cessa pendant sa vie de faire du bien à l'abbaye de Senones. Elle étoit fille de Gérard, seigneur du chateau de Richecourt, et d'une Dame nommée Marthe, parente des fondateurs du Prieuré de Lay. Ailleurs on lit qu'elle étoit Dame du Château 1 de Viviers (a). Thierri son fils fut tué dans son jeune âge et enterré dans le Chapitre de l'Abbaye de Senones (b). Elle eut aussi une fille nommée Alcide qui épousa un seigr nommé Simon, dont elle eut Thierri et Gérard (c), tous bienfaiteurs de Senones et dénommés dans un titre de l'an 1129. qui est la fondation du prieuré de Schures. En 1103. elle donna à l'Abbaye plusieurs fonds, qui furent dans la suite la dot du prieuré de Schures fondé seulement en 1129. par Etienne, Evéque de Metz, c'est-à-dire, que ce Prélat lui donna titre de Prieuré où de Monastére, et lui confirma les biens que la Dame Cunégonde lui avoit donnée 26 ans auparavant. Ces biens sont pour la plus part situés aux environs de Xures on y dénomme entre autres la terre et seigneurie de Moacour et le bois de Leaumont où de Beaumont, donné par le seigneur Matfride un peu avant sa mort. Le titre est du mois de septembre et signé de Cunégonde et de Gobert son fils, voüé de l'abbaye de Senones, de Bertrice, abbé de Moyenmoutier, de Laurent, abbé de St

en dépendent. L'auteur de sa vie dit qu'il n'y avoit pierre sur pierre qu'il n'eut bâtie dans son monastére et dans ses dépendances, fert lapis haud lapidem, quem non construxerit ipse.


Vanne, de Rainbaut grand prévôt de St Diez, d'Eduinus, seigr de Froville et de plusieurs autres Seigneurs. Dans la cérémonie de la consécration de l'Eglise de ce J prieuré, qui se fit le 8. Décembre de l'an H29. en l'honneur de l'Apotre S. Jacque, l'Evêq. de Metz, Etienne de Bar, confirma non seulement les anciennes donations faites à ce monastére, mais y ajouta de nouveaux biens et de nouveaux privilèges, par Exemple de pouvoir enterrer dans leur Egrlise où dans leur cimetiére, tous ceux qui auroient la dévotion d'y choisir leur sépulture; de ne donner ni dixmes ni prémices à aucune Eglise paroissiale de leur labourage, ni de leur Bestiaux, ni du produit de leurs autres travaux. Les petits fils de la Comtesse Cunégonde dont on a parlé, firent aussi plusieurs presens à ce St lieu au jour de la dédicace; comme des gagnages qu'ils auoient à Schures, à Moacourt, à Poovil ils lui donnèrent les Eglises de Monz et de Fontenieres, une vigne à Torquerey et quelques autres biens sans s'y réserver aucuns droits d'avocatie. Le titre est datté du jour même de la dédicace, en présence de Hugues, Abbé de St. Sauveur, de Hugues, archidiacre, d'Amant, chancelier, de Frideric de Gerbéviller, de Bertrant de Saucey et de plusieurs autres (»).

La même Dame Cunégonde est dénommée dans la donation du fief de Bassemont à l'Eglise de l'Abbaye de Chaumousey et y est qualifiée veuve de Geoffroy de Viviers chevalier, elle dit que cet aloeuf de Bassemont vient de son patrimoine. Cecy peut servir à éclaircir ce que dit Etienne de Bar Eveque de Metz dans la donation qu'il fait à l'abbaye de Senones, du même fief de Bassemont en 1130. Dans un autre endroit Cunegonde veuve du seigneur de Richecourt, en consideration de l'ame de Thierri son fils, donne a la même Abbaye de Chaumousey l'Eglise paroissiale de Dampierre.

(1) Ici se trouve un renvoi i un feuillet volant par line note de D. Calmet. Ce feuillet contient en écriture vingt lignes qui vont suivre, et par un antre renvoi de sa nain, l'auteur ramène le lecteur au contexte fia manuscrit. La feuille fixée en marge se termine par ces mots. rul en. terré au Chapitre de l'Abbaye de Senones,

X.

Dédicace dm l'Eglise du

Prieuré de

Bohurei

en 1129.

Ruyr. parlicS,

p. 178.

L


Confirmaon de la Do-

nation de

Dompter-

re faite en

nos

Vexations faite* à

l'Abbaye

par 1 e

Seig. a-

votkéi an

11H.

XI

XII

En comparant cecy avec ce qu'on a dit cy-devant article VIII. IX. il paroit que Cunegonde etoit fille de Gérard, seigneur de Richecourt et de Marthe, quelle avoit epousé Geoffroy, seigneur de Viviers peut etre en premieres noces,

et ensuite Matfride, qui vivoit encore en 1092. que son fils Thierri tué en sa jeunesse, fut enterré au chapitre de l'abbaye de Senones.

En 1105. le Roy Henri V. confirma une autre donation que la même Cunégonde avoit faite au monastére de Senones, qui est du marché ou de la foire de Dompierre (0 près Bruyères. L'abbaye ne possède plus rien en cet endroit, mais on trouve dans les anciens dénombremens de ses biens exprimés dans les Bulles des Papes, mercatum Domni Petri. Comme l'abbaye de Senones auoit des biens en différens endroits, il est à croire qu'elle avoit aussy ses avoüés où deffenseurs dans les diverses terres qu'elle possédoit, et que les voüés étoient établis au choix de l'Abbé. Mais pour le val de Senones, c'etoit l'Evéque de Metz qui les nommoit, comme on l'a pu remarquer ci devant. En l'an mille Adalbéron Evéque de Metz réprima les violences de Gérard de (1) La Notice de Lorraine de Dom Calmet parle de trois Dompierre, Domnui-Petrus Dompierre-en-Voivre, bailliage d'Etain, diocèse de Verdun; Dompierre-aux-bois autre village du diocèse de Verdun, à deux lieues de S'-Mihid, bailliage de cette ville; et enfin Dompi»-rre dont il est question ici c'était un village chef-lieu d'un ban, bailliage de Bruyères, cour souveraine de Lorraine. La sonrière de Remiremont était dame du lien et la seigneurie foncière appartenait pour moitié à MM. le marquis de Lénoncourt et le comte de Baye, l'autre moitié à M01' la sonrière. Le ban de Dompierre était composé de Dompierre, Mesménil, Viménil et de partie de Fontenoy et d'Aydoille. Les plaids bannaux étaient ordonnés par la sonrière de Remiremont et pouvaient être contremandés jusqu'à trois fois parle prévôt de Bruyères. Au plaid d'automne, la sonrière et le prévôt créaient le maire, qui restait deux ans à Grandvillers et un an à Dompierre. Le curé de Dompierre devait annuellement 5 reseaux d'avoine au domaine, celui de Grandvillers 4 et demi. Le droit de passage sur les vins qui traversaient Dompierre venant d'Allemagne et du côté de Grandfontaine était d'un gros par mesure. M. Lepage dans sa Statistique du Oép* des Vosges, Nancy, 1847, dit qu'en 1830 la population de Dompierre était de 407 habitants et l'Annuaire des Vosges de L. Louis n'indique plus que 355 habitants. Dompierre est à égale distance d'Epinal chef-lieu de l'arrondissement, et de Bruyères chel-lieu du canton, soit à 15 kil. de chacune de ces villes.


Turkestein voüé de Senones. (t) En 1105. Gobert fils de Matfride et de Cunégonde étoit voué de Senones. En 1111. c'etoit Herman comte de Salm; ce Seigr abusant de son autorité ne cessoit d'inquiéter les sujets de l'Abbaie par des exactions et des tailles qu'il leurs imposait et en indiquant malgré l'Abbé des Plaids, auxquels il les obligeait de comparoitre. Antoine Abbé de Senones en porta ses plaintes à Adalbéron IV. du nom, Eveque de Metz, qui cita devant lui Herman, l'excommunia, l'obligea à satisfaire à l'Abbé, à lui restituer ce qu'il auoit pris et à demander l'absolution de l'excommunication qu'il auoit encourue. Cela se passa à Metz dans une assemblée publique et solennelle des Abbés et des Seigneurs du pays. L'Evéque Adalberon y parle d'une Bulle du pape Pascal II. que nous ne trouvons plus. La même année l'abbé Antoine obtint de l'Empr Henri IV. (2) un ample privilège par lequel il confirme et prend sous sa protection tous les biens de l'Abbaye, dont il fait le dénombrement. Il nomme premieremt Vipucelle avec ses dépendces, la forest de Varanseille, Moacourt, Racolingias peut être Reclonville, Basémont, le marché de Dompierre et ses dépendances, ce que l'Abbaye possédoit à Tingesheim, à Roshem et à Chatenoy en Alsace ce qu'elle avoit à Moyen (3), à Buriville, à Colombey (*); la maison qu'elle (i) Sa reporter au Chap. IX, art. 3. de cette histoire.

(C2) C'est Henri V que l'auteur a voulu écrire, car Henri IV mourut en ttU6; et plus haut art. XI, il faut lire Henri IV, car en 1105 Henri n'était pas encore monté sur le trône d'Occident.

(3) Moyen. En latin Medium ou Modium, on Medianum, on ArxMedia, tout simplement nommé Moïn. même dans les titres latins. Dans la Notice de la Lorraine, de O. Calmet, on voit que Moyen était le chef-lieu d«* la rhâtellenie du même nom, diocèse de Toul, temporel de l'évêquede Metz et que en village était autrefoiscélèbre par son château, déjà rainé au moment où l'historien publiait son ouvrage. Les lieux dépendants de cette chàtellenie et tient Moyen, le prieuré de Mervaville, dépendant de l'abbaye de Senones, Saint-Clément, Chenevière, la Ronce, la cense de Putaigne sur le ban de Saint-Clément, celle de Boulain sur le ban de Vatiménil et le vlltage de Vatiménil. Il est parlé de Moyen comme dépendant de l'abbaye de Senones, dans un diplôme de l'empereur Henri V de l'an ilii, dans une bulle du pape Calixte Il, de l'an 1123, et dans Dne charte d'Etienne de Bar, évêque de Metz, de l'an 1124.

(4) Colombey. Le Colombey dont il est ici question n'est ai Colom-

xm

Confirmaân de tous les

biens du monattè-

se par r

I Sm p.

Henri IV (*) en 1111.


auoit à Metz, avec la vigne et l'Eglise paroissiale de St Hilaire, et généralement tout ce que le monastère de Senones possédoit dans le Chaumontois, le Saulnois, le Saintois et le Blamontois (Albensis où Alvinsis pagus où Albechova le comté de Blamont) ('). L'Empr confirme toutes ces choses et toutes celles qui pourront être acquises au monastère, et renouvelle les privileges d'immunité et de franchise dont l'Abbaye jouissoit déjà. Le diplome est datté de Strasbourg l'an 1111. L'Empr y dénomme Albert archevêque de Mayence, Brunon de Trèves, Conrad de Salzbourg, Burchard de Munster, Brunon de Sprie, Ebérard d'Eichsted, Ricuin de Toul et le Duc Frideric, les comtes Godefroi de Calve, Vuillaume de Luxembourg et Godefroy de Castres bci (près de Neufchâteau) ni Columbey en Ba~t~ny c'est Culombey au pays messin. Ce lien était un très-ancien fonds de l'abbaye de Senones, dénommé dans des titres des années 11 11, 1123 et 1152. Jean, évêque de Metz en 1124, en donna la dtme ou l'église à l'abbé de Senones, du consentement du Princier, du doyen et de tout le chapitre de l'église de Metz Et en 1246, Isabelle, dame de Craincourt, voiieresse de Colombey, et Thierri son fils, voué du miJme lieu, vendirent ce qu'ils y avaient a l'abbaye de Senones. En J293, Beaudnuin, abbé de Senones, et le couvent de la même abbaye, vendireut t<>ut ce qu'ils avaient à Colornbey et à Coincy, à Stéveniu le fils, et à Pierson Billerois, a la réserve des dlmes grosses et menues qu'ils retinrent en leurs mains. Toutefois, nous trouvons (D. Calmet dans sa Notice de la Lorraine) qu'en 1676 les sieurs Michelet et Rolin, donnèrent leur dénombrement et reprirent la seigneurie de Colombey de l'abbéde Senones, DomVivin, savoir: lesirur Michelet, receveur général de la ville de Metz, pour la moitié de la terre et seigneurie du dit Colombey, en haute, moyenne et basse justice; et le sieur Rolin, ci-devant conseiller et échevin de la dite ville, le siiième de la dite seigneurie.

(1) Le pays ou comté de Blâmant, Pagus-Albinsis, est connu dans l'anquité. Il y apparence que c'est Albinsit-Pagus, qui est marqué dans le titre de dotation de l'abbaye de Senones de l'an 661, et qui était après Salinensis car dans un diplôme de l'empereur Henri V de l'an 1 H 1 il rappelle une partie du titre de l'an 661, après Salinen,i, il met Albensi ou Alvinsi. II est nommé .41beechova en 870 dans le partage entre lei rois Charles et Louis le Germanique. Il porte le titre de comté de Blamont, dans nn titre d'Adalbéron, évêque de Metz, de l'an 938, pour l'abbaye de Senones. Je lit encore dans la Notice de la Lorraine de D. Calmet qu'on cite un autre titre de l'an 962, par lequel Frédéric I", duc de Lorraine et de Bar, reçoit de l'évêque de Metz l'avocatie de l'abbaye de Senones, et ou Oilard, comte de Blâmont, signe comme témoin.


ou de Blis-Castel. Ce fut par conséquent un concile provincial de tous ces prélats. (')

On voit par ce détail quels étoient alors les biens du monastére. Léomon mérite une réflexion particulière. Nous avons vû ci-devant que Matfride epoux de Cunégonde donna à l'Abbaye le bois de Léomont auant l'an H03. Jean de Bayon raconte que vers l'an iO97. (a) un Religieux de Moyenmoutier nommé Hugues, pénétré du désir d'une plus grande perfection, résolut de vivre en parfaite solitude dans un hermitage. Il se retira dans la forest de Terne, appartenante à Gerard comte de Vaudémont, fils de Gérard d'Al-.sace Duc de Lorraine, et frère de Thierry son fils, aussi duc de Lorraine, où il batit d'abord un hermitage, puis un Prieuré par la liberalité du Comte Gérard. C'est le Prieuré de Belval, qui fut donné à l'Abbaye de Moyenmoutier et ensuite transféré à Nancy, où il subsiste aujourd'hui sous le nom de l'abbaye de St. Léopold.

Ce bon religieux Hugues auoit un talent particulier pour ces sortes d'établissemens, et Dieu bénit tellement ses travaux qu'il batit aussy les Prieurés de Romont, de Léomont, de Schures, et de Clairmont prés de S1. Diez.

L'histprien de Moyenmoutier (a) s'étonne que ces Prieurés, fondés par un Religieux de Moyenmoutier, ne soient pas demeurés en propre à cette abbaye, mais qu'ils soient passés en des mains étrangères. Il en attribue la cause où à la négligence des Abbés et des Religieux, où à la mauvaise conduite de ceux qui ont habités ces Prieurés mais il y a beaucoup plus d'apparence où que l'historien Jean de Bayon n'étoit pas bien informé de l'origine de ces Prieurés où que Hugues établit simplement des hermitages dans ces endroits de Schures et de Léomont, et qu'ils ne furent proprement dottés et fondés que par l'Abbé Antoine, qui y (1) Après plusieurs corrections, D. Calmet a ajouté de sa main cette dernière phrase sur le manuscrit.

XIV

Prieuré de Xiéomont.

(a) Hit t. M4-

dianimon., fol. 968.

(a) Johan. de

Baïon, loc. lit. p. 268.


bâtit des maisons Religieuses et y établit des communautés. ( ) •

On voit au pied du bois de Léomont vers le septentrion, une fontaine qui a été célèbre autrefois par les superstitions payennes qu'on y a exercées. Elle estoit apparemment consacrée à Diane, de meme que le bois de futaye, qui subsiste encore aujourd'huy et qui occupe la plus grande partie de cette montagne de Leomont, et forme la plus agréable seituation du pays. Cette fontaine auoit été tres longtems négligée, et ce n'est que par hazard que le R. P. D. Pierre Alliot, abbé de Senones, y ayant fait trauaillier vers l'an 1703. on y trouua quelq. jambes d'erain, auec quantité de medailles antiques, toutes du haut Empire. D. Augustin Calmet quelq. années après fit imprimer dans les journaux de Tréuoux une dissertation sur ces jambes d'erain; et etant deuenu Abbé de Senones en 1728. il fit creuser de nouueau dans cette fontaine, la fit réparer et enuironner de murailles, et il eut le bonheur d'y faire encore de nouuelles découuertes car outre plusieurs médailles Romaines tres antiques, il y trouua deux de ces jambes d'erain, dont on a parlé, et qui n'ont jamais été attachées à aucune statue mais qui sont de simples vœux où appensa, que l'on suspendoit aux arbres, et que l'on y fichoit par le pied car il y en a une où l'on remarque encore une pointe de fer qui pouuoit seruir à cet usage. De plus on y a déterré une petite fiole de verre tres antique, où il paroit y auoir eu quelq. huille de senteur enfin ce qui fait juger que cette fontaine, aussy bien que le bois de Léomont, étoient consacré à Diane, c'est que l'on y a trouué deux especes de médailles de plomb, où Diane est représentée en habit de chasse, tenant en main un lievre par le pied, et autour d'elle un grand chien courant de plus une autre petite figure de (5) Ici se trouvent deux, renvois de D. Cal in et à deux feuillet volantes. Le texte de ces deux feuillets écrits en grande partie par lui commence aux ligne. qui vont suivre et se termine par ces mots. par laquelle il le menoç it des censurée $'il continuait à refuser cette dignité.


Diane aussy en plomb, armée, auec le Bouclier et l'Epée. Tout le monde scoit qu'anciennement les payens suspendoient aux arbres où aux murailles de leurs temples, des images votives, comme autant de marques de leur reconnoissance. C'est de là qu'est venüe dans l'Eglise chrétienne l'usage de ces appensa que l'on voit dans nos temples, où l'on honore certaines images miraculeuses on sçait aussy que les peuples des Gaules, de l'Allemagne et de la Grande Bretagne étoient tres attachez au culte des arbres, des fontaines, et des Rochers et que dans plusieurs conciles (a) on condamne ces cultes supersticieux. Il n'est pas moins certain que les peuples jettoient leurs offrandes dans les Eaux des fontaines pour honorer les diuinites qui y presidoient, où pour reconnoistre les faueurs qu'ils croyent en auoir reçues. La ville de Lunéville située près de Leomont, conserve encore des vestiges de cette antiquité par son nom de ville de la Lune ou de Diane, et le village d'Antlup, anté lucum, rappelle le bois de Léomont dédié à Diane. En H18. Cunon de Preneste legat du Pape en ces quartiers cy, apres auoir employé divers moiens pour porter Thestgere, Elu eveque de Metz, a accepter l'episcopat, Cunon luy addressa une lettre dont il chargea Antoine venerable Abbé de Senones par laquelle il le menaçoit des censures s'il continuoit à refuser cette dignité.

On voit encor beaucoup mieux les anciens biens de l'abbaye de Senones, et combien ils étoient augmentés sous le gouvernement de l'Abbé Antoine, dans une Bulle qu'il obtint en 1123. du Pape Calixte II. Ce Pape y confirme au monastère l'église de Vipucelle, c'est à dire la collation de la cure et les dixmes, auec le marché qui se tenoit au même lieu tous les Samedis de chaque Semaine l'Eglise de Plaines, l'Eglise de S1. Jean, celle de S1. Maurice de Senones, auec (a) Concil. Turon II, an 567, c. 22. Concil. Antissiodor, c 3. S^Eligiut fer. in appendice S. Augustini. Concil Toi XII, c 11. Concil. Leptin., an. 743 fraucoford, c 43. cap. Caroli AI. pro saxonibus. Concil. nan., c. 20, etc. Agathia» d. Reb. Juatiniuni, 1. 1, c 5.

XV

lie Pape Calizte II.

confirme

les biens

de l'Ab-

baye de

Senones t

en 1123.


XVI

Prieuré de Vie.

(a)Ricbcr, 1.8,

c. Si, p. 333.

le marché qui se tenoit en ce lieu tous les Jeudis; les Eglises de Couvay, de Vaqueville, de Deneuvre, de Borville, de Domptail, celle de Moyen, de S1. Evre (a), d'Antlup, celle de Sauxures et de Colombay, auec les deux familles serves qui lui appartiennent; celle de S1. Hilaire de Metz auec la maison et la vigne du meme lieu, l'Eglise de Fonteney, l'Eglise de Mons (6), celle de Seteistorf (c); le marché de Dompierre (0 et le fief que Cunégonde possédoit au même lieu; l'Eglise de Leomont auec ses appendices, le Prieuré de Xures auec ses dépendances, le Prieuré de Vie auec ses dépendances, ce que l'Abbaye possedo.it à Roshem, à Chatenoy, et à Stal près Molshem (2).

Nous n'auons plus rien à Dompierre, ni à Gircourt, qui en est proche. Ces biens ont été vendus par l'abbé Raville en 15 (r>).

Quant au prieuré de Vie, Richérius (a) raconte qu'il fut fondé par les libéralités de quelques personnes de condition, qui offrirent une portion de leurs biens à l'Abbé Antoine, pour construire près la ville de Vie un monastère. C'est ce que raconte Richer, mais nous scavons qu'un seigneur de Deneuvre nommé Vidric auec sa femme Gepa et ses deux fils Baudouin et Rainbaud, offrirent à St. Hugue, abbé de Cluny, le Prieuré de S1. Christophe de Vie, qui étoit gou-

(a) Le village de S' Epvre ne subsiste plus. Il etoit au-dessus de Antlup, l'église de S. Evre a été réunie à celle de Deuville en 1743. (b) L'Eglise de Mons ou Montz étoit sur une montagne sans village; elle etoit l'annexe eglise tle Richecourt et de Moussey. Depuis la ruine de l'eglise de Mons, on a erigé en paroisle Moussey et Ricbecourt. (c) On ne sait où est Steistroff.

Ces trois notes sont en marge du manuscrit et écrites de la main de D. Calmet.

(1) Partout où il est question du marché de Dompierre, le copiste ou secrétaire de l'Abbé avait écrit Dompaire; mais D. Calmet a chaque fois biffé la dernière syllabe pour ajouter de sa main pierre en surcharge. (2) Au lifu de Stal il y avait Siestad dans le ms., mais ce nom est effacé et remplacé par Stal (écriture D. Calmet).

(3) Cet alinéa est écrit par D. Calmet et suit un passage surchargé, corligé et enfin barré par Ini.


verné par un religieux nommé Vaultier, lequel etoit entièrement déuoué à S1. Hugues. Il se faisoit plusieurs miracles dans l'eglise de S1. Christophe, et Vidric auoit donné au Prieuré des terres autant que huit bœufs en pouuoient labourer une place pour faire du sel et une poële pour le cuire à Vie. Ce projet ne s'exécuta pas et Anthoine abbé de Senones etoit en possession du Prieuré dez l'an 1123. puisque le pape Calixte II. en fait mention dans le privilège qu'il donna à l'abbaye cette meme année, et que l'année suivant 1124 Antoine en fit present à son Eglise au jour de sa dedicace le 21 Juin 1124.

Ce prieuré fut d'abord construit sur le penchant de la colline qui regarde la ville, du coté du midy, mais dans la suite par le malheur des guerres, il fut ruiné et transporté dans la ville de Vie, ainsi que nous le verrons ci après sous l'an 1380.

Dans la même Bulle Calixte II. confirme les immunités de l'abbaye de Senones, l'exempte de toutes charges, tant envers les Eveques qu'envers leurs officiers (a); régie les droits des avoüez et leur ordonne de se contenter de ce qui leur a été accordé par les Eveques de Metz, dans la jurisdiction duquel est le monastére de Senones. Enfin il accorde aux Religieux l'exemption des dixmes et des prémices de tous leurs trauaux et des biens qu'ils cultivent par leurs mains, envers les Eglises paroissiales, qui y pouroient prétendre, illud quoque subjungimus, et ex Beati Gregorij Papoe sententiâ definimus, ne loci illius fratres de Carrucis, aut vincis, vel quibuslibet laboribus sive nutrimentis propriis, Parochiali unquam Ecclesiae reddere décimas vel primitias exigantur. La meme chose se lit dans la Bulle d'Honoré II. de l'an 1125.

(a) Ut idem Mnrium Senoniens. cum atrio suo ab omni quorumlibet hotninum incursione sit liberum, et ab Episcoporum omnium seu Episcopalium miniêtrorum omnimodis servitiis et gravaminibus sit alienutn.

copaMMW Mnnt<<foruMt omMtMtod« <eru<<ns e< prauatKtM~Mt <!< o~teMMMt.

Le Pape Honoré II, dans sa Bulle de l'an 1125. répète la même chose. Cette note, écrite de la main de D. C., est en marge du manuscrit.


XVII

Dédicace de l'EglUe

de S. Pier-

re en U24.

XVIH

Dédicace des autel*

1. de 8' Etienne,

2. de André,

3. de S' Siméon,

Depuis que l'Abbé Antoine étoit entré dans l'Abbaye il n'avoit cessé de batir et au dedans et au dehors dans l'abbaye et dans les membres qui en dépendent celui de tous les édifices qui lui coûta le plus et qui lui flt plus d'honneur, est la grande Eglise de son abbaye, dédiee à l'Apotre S1. Pierre. Il la bâtit à grand frais et l'acheva enfin vers l'an 1120. Mais les malheurs de l'Etat, les vicissitudes continuelles qui arriverent à l'eglise de Metz, dont celle de Senones dépendoit, les petites guerres qui désoloient le pays, et qui auoient presque réduit le val de Senones dans son ancienne solitude, où à peine trouvoit on quelques habitans, à l'exception de l'Abbaye et de ses dépendances tout cela étoit cause que l'on n'avoit pu encor célébrer la Dédicace de cette Eglise. Enfin en H24. Etienne Evéque de Metz, à la prière de l'Abbé Antoine, se rendit à Senones, le siège de Toul étant alors vacant par la mort de l'Evéque Ricuïn, arrivée vers l'an 1120. et consacra l'Eglise et le grand autel de Senones le 21. Juin en l'honneur de S1. Pierre et de S1. Paul, et ce jour là même il fit son offrande à la nouvelle Eglise selon la coutume, en lui donnant les sujets qu'il avoitdans le val de la Broque. On aveu ci deuantsous l'an 826. que l'abbé Vicpode en fondant le Prieuré de Vipucelle, l'auoit soumis à l'Evéque de Metz.

L'abbé Antoine de son coté offrit à l'Eglise nouvellement dédiée, les Prieurés de Léomont, de Xures et de Vie, auec leurs dépendances, et ce qu'il auoit acquis à Moyen, à Fontenoy et à Dompierre. L'on croioit donc alors qu'un abbé régulier pouvoit disposer en faveur de sa propre Eglise, des biens qu'il auoit acquis, où qu'on lui auoit donné, et qu'on considéroit cela comme un présent dont on lui auoit obligation, et non comme une chose düe et d'un devoir de sa part. Le lendemain qui fut le 22e de Juin, l'Eveque consacra encore cinq autels dans la même Eglise; le premier en l'honneur de S1. Etienne, le 2e en l'honneur de S1. André, le 3e en l'honneur de St. Siméon, le 4e en l'honneur de S1. Jean Baptiste et de S1. Jean l'Evangeliste, et le 5e enfin en l'honneur de la Croix. Cette cérémonie se fit en présence



d'une infinité de personnes de consideration, de Milon abbé de Moyenmoutier, d'Albert grand Prévot de S1. Diez, d'Heriman comte de Salm voüé du monastere, du comte Conrad de Langstein et de plusieurs autres. ( )

Cette eglise de St. Pierre étoit asséz differente de ce qu'elle est aujourd'huy. En 1741. travaillant au nouveau Chœur que nous avons construit tout a neuf, nous avons découvert les anciens fondemens de l'Eglise batie par l'Abbé Antoine, et nous avons fait lever le plan cy joint. Il y a lieu de croire qu'apres l'incendie de l'Eglise et de l'Abbaye arrivée en 1534. la coquille de cette Eglise menaçant ruine, on en renversa la plus grande partie et on la reduisit en l'état ou elle a été jusqu'en 1741. (2)

Presque en même tems Antoine batit aussi de fond en comble toutes les officines du monastére, et les murs de cloture et la belle chapelle de Notre Dame, nommée la Rotonde à cause de sa forme et de sa structure singuliére. C'etoit une coupole soutenüe de dix colonnes et environnée de bas cotés en rond. Au deuant de cet édifice étoit une grosse tour quarrée et au fond vers l'Orient étoit le presbytére, où se voioit l'autel hors de l'enceinte des colomnes et des bas cotés. Sous cet autel et sous le fond du chevet où presbytère, étoient des grottes souteraines auec quelq. autels. On peut jetter les yeux sur le plan que nous donnons icy de cet édifice. L'auteur manuscrit en vers l'attribue clairement à TAbbé Antoine. Il addresse ces paroles à la Ste. Vierge

(l)Le paragraphe qui suit est composé d'une note à laquelle P. Calmpt renvoie et qui est collée en marge du m inuscrit.

(2) l'ar une autre indication, 0. Calmet renvoie au texte du ms.

Qui tibi tam bellam studuit componere cellam, Quae sic stat firmis patet ut, subnixa columnis, Inque modum conchae cella deducitur altae, Turris et hanc ornat et firmo schemate firmat.

4. de S1

Jean Bapt. et de 8.

Jean l'E-

vangel. et

S* de la

S1* Croix.

XIX

Autres édifices de

l'Abb.An-

toine. Il

batit l'E-

glise de la

Vierge

nommée

la Roton-

de et tout

le monas-

tére.


Mais notre Abbé n'eut pas la satisfaction de voir cette derniére Eglise consacrée; elle ne le fut qu'après sa mort en 1154. ainsi que nous le dirons ci-aprés (l).

La Rotonde fut démolie en 1708. Elle n'etoit éloignée de la grande Eglise de St Pierre, qui est la même à peu de chose près, qui fut batie par Antoine, que de 46 pieds; sa longueur d'Occident en Orient etoit de 155 pieds, sa largeur de 74 pieds dans œuvre. La hauteur de la coupole sous voute, de 45 pieds, son diamètre de 34 pieds. Les bas cotés n'auoient que dix pieds et demi de diamètre et de hauteur auec leurs bases 20. pieds; elles étoient posées trois pieds au dessus du rez de chaussée des collatéraux où bas cotés. Le presbitére où étoit l'autel auoit environ24. piedsen quarré et 19 de haut. La Tour qui étoit à l'entrée et à l'occident de cette chapelle, auoit 90 pieds de haut et 24 pieds en quarré dans œuvre. Les fondemens étoient de 10 pieds d'epaisseur; la fléche qui la couvroit et qui étoit des plus belles du pais, auoit 95 pieds de haut y compris la croix (2). Il paroit par la grande quantité d'ardoises qu'on a trouvé dans la démolition de la Rotonde, qu'avant l'incendie de l'abbaye et des Eglises arrivé en 1534. elle etoit couverte d'ardoises. On (i) La phrase qui commence ici est écrite en marge du mss. par D. Calmet; par un renvoi de sa main l'auteur indique que c'est une omission dans le texte de l'ouvrage et complète ainsi par cette note le travail du copiste.

(2) Dans le manuscrit, p. 75, se trouve le pl»n de l'ancienne église de Senones <lont l'axe, comme je l'ai déjà dit, était différent de celui de l'église actuelle qui est toute récente, sauf la tour. L'église de St. Pierre bâtie par l'abbé Antoine et l'ancienne église reconstruite sous l'abbé D. Alliot allaient dans un sens parallèle à la rangée de maisons Herriot, Claudel, Delattre, occupées aujourd'hui par M)f. Grandjean, Claudel docteur Marchai, les bureaux de la poste aux lettres, etc., c'est-à-dire que l'église d'un côté, les maisons en question, qui alors étaient des dépendances, de l'autre côté, flanquaient l'hOtel abbatial.

Le plan de l'église ancienne est fait par Dom Pelletier, curé de Senones, et date de 1741. Une note manuscrite de la même écriture que le corps de l'histoire et placée à gauche du dessin est ainsi conçue: Plan de l'ancienne Eglise de Senones, dessiné par Dom Pelletier curé de Senune8, en 1744. Je donnerai cette intéressante planche inédite dans la prochaine livraison.


entroit du cloitre dans la Rotonde par dessous la tour, qui lui servoit comme de vestibule.

Les ornemens dont ces Eglises étoient décorées repondoient à leur beauté et au bon gout de celui qui les auoit fait batir. Il fit faire pour cet effet six croix d'or ornées de pierreries, deux calices, une table sacrée, cinq textes des Evangiles, auec autant de chalumaux auec lesquels on suçoit le précieux sang du Sauveur dans le calice. Il fit deux autels (apparemment des autels portatifs) et deux encensoirs. Il donna à son Eglise une infinité d'autres vases et de meubles en or, en argent, en cuivre, ayant toujours été très curieux d'achepter tout ce qu'il trouvoit de plus précieux et de plus beau des chappes, des tapisseries, des tapis, des draps prétieux. On remarque en particulier qu'il achepta deux courtines d'un grand prix et qui étoient peintes auec un art merveilleux. Il est presque impossible de marquer le grand nombre de livres qu'il ramassa et qu'il regardoit comme deuant être un jour sa plus douce consolation dans sa vieillesse.

(') Le pape Honoré II. donna en 1125. deux Bulles à l'abbaye; dans la premiere il luy confirme la cure de S1 Hilaire de Metz et les prieuréz de Léomont, de Xures et de

Deneuvre. Dans la seconde il comprend tous les biens de l'abbaye, dont il donne un denombrement presque entierement semblable à celuy qu'on a veû dans la Bulle de Calixte II. de l'an 1123. et il y confirme l'exemption des dixmes et des prémices pour toutes les terres que les Religieux cultivent par eux-mêmes et pour les troupeaux qu'ils y nourrissent.

L'Abbé Antoine auoit fait de son abbaye une espèce de chef d'ordres, qui avoit sous soy un certain nombre de monastères et de dépendances, outre les prieurés de Vipucelle, de Mervaville, de Sales et peut-etre celui de la Cour d'EnHaut où de SI. Sauveur dans le val de la Broque (2). On en (1) Ici de nouveau un renvoi de la main de D. Calmet. La note qui se trouve »ur un feuillet volant contient le texte jusqu'à l'art. XXI. (2) Le prieuré de St. Sauveur d'En-Haut. Le prieure' de Saint-Sau-

xx

Des liuvres

et orne-

ment dont

1 Abb é

Antoine

enrichit

son Ab-

baye.

Deux Bulles de

confirmation don-

née* par le Pape

nonoréIInntlS3.

XXX

Six prie»ré» dépendant

de l'Ab-

baye de

Sen onei

acquit par

l'Abb. An-

toine.


xxn

Prieuré de Sale*.

(a) Riclicr, I.

i,c

XXXIX

Prieuré de la Cour.

compte six dont il est regardé comme fondateur, par exemple, Léomont, la cour dans l'enceinte du monastère, Vie, Schures, Lorquin, Alinge, Deneuvre, autrement Moniet. Antoine auoit mis dans chacun de ces 6 prieurés 4 Religieux qu'il y envoioit et qu'il en retiroit à sa volonté,

Inquè suo senas conquirit tempore cellas,

In quibus et monachis, ut spero, bis duodenis,

Constituit victum, etc.

Le prieuré de Sales etoit au Diocèse de Besançon. Richer dit (a) qu'il fut aliéné vers l'an 1160. par l'Abbé Bernard (')• Le R. P. D. Basile paien, que j'ai consulté sur ce prieuré nomme Mansus Sli. Benedicti, ou autrement le prieuré de Sales au diocése de Besançon, après avoir d'abord jugé que ce pourroit etre la Chapelle de Chillei nommée dans les pouilliés du Diocèse de Besançon Capella Sli. Benedicti, à une lieüe de Salins, sur la riviere qui sort de cette ville. On y honore une ancienne relique, qu'on dit être le doit de S1 Benoit abbé.

Le même R. P. dans une seconde Lettre ou memoire croit t que c'est plutost l'abbaye de Mont Benoit qui est située dans une vallée nommée Saliere. C'etoit au commencement un simple hermitage, ou une celle habitée par un solitaire ensuite les seigneurs de Joiisse lui donnerent de grans biens et elle fut érigée en abbaye, possédée aujourd'huy par des chanoines reguliers de St. Augustin. Il y a plus d'un monastere denomméz du nom ancien de Mansus, comme celuy du mont Ste. Marie, nommé dans les titres, Mansus Sue. Mariae.

Nous connaissons deux prieures dépendans de notre abbaye, dénommes de la Cour l'un situé au val de la Bro-

veur de la cour d'En-Haut est ainsi appelé pour le distinguer d'un autre prieuré de Saint-Sauveur situé dans la cour de l'abbaye. V. Notice de la L irraine de f). Calmet, au mot La Braque.

(1) O. Calme' fait ici un renvoi à une feuille v liante sur laquelle se trouve le tnxte s'étendant jusqu'au nuin>:ro XXIII.


que, nommé de la Cour d'En-Haut et l'autre dans l'enclos de l'abbaye. Les titres de l'un et de l'autre sont supprimés (•)• Il y avoit encore un Prieur titulaire, nommé Dom Arnoû da Salm, au prieuré de la Cour dans le val de la Broque en 1492. Le Prieuré de la Cour situé dans l'abbaye fut supprimé et aboli vers l'an 1210. par l'abbé Henri (b).

Le Prieuré de Lorquin (2) fut fondé en 1128. par Bencelin de Turkestein, du consentement de Mathilde son épouse, j J de Cuonon son fils, de ses filles et de ses petits-fils. Bencelin donna à l'abbaye de Senones le fief qu'il possédoit à Lorquin, auec toutes ses dépendances. Albert de Darney et Guy son frère qui étoit chanoine, céderent au monastére de Lorquin tous les biens qu'ils possédoient dans l'etenduë du ban de ce même lieu Enfin Etienne Evéque de Metz, en considération du bon ordre qui régnoit dans l'Abbaye de Senones et de la sainteté de l'Abbé Antoine, Quoniam Ecclesiam proe fati Coenobij propter Religionem loci diligimus, et sanctitem nominatissimi Abbatis Antonij etc. accorda pour toujours au même monastére le presbiterat où la Cure et le soin des ames, et ce qui peut appartenir au Curé, à charge d'entretenir 20 Religieux au même lieu de Lorquin. L'abbaye n'y possede plus rien du tout. On nommoit encore à la Cure en 1526. On ne sait par quelle voye on a été dépouillé de ce Domaine.

Le Prieuré d'Alinge est denommé par l'auteur ms. de la vie de l'Abbé Antoine, parmi ceux qu'il fonda où qu'il acquit à l'Abbaye. Mais il en parle d'une façon qui fait connaitre que ce prieuré fut bientôt envahi par des usurpateurs des biens de l'Église, pauper Alingia proeda latronis. En effet nous ne possédons rien à Alinge. Je ne sais pas méme où il etoit situé, à moins que ce ne soit Albinge entre Fri(t) Cet alinéa est en grande partie e'crit ou surchargé de la main dé D. Calmet.

(2) L'orthographe de Lorquin à elle seule, s'il n'y avait d'autres preuves, montre combien D. Calmet travaillait vite et relisait précipitamment se. copistes. En marge on lit Lorquain, dans le contexte Lorquin, et dans sa Nutice de Lorraine il écrit Lorkin.

6

(6)Id. 1. o.

SO,p. 581.

xxrv

Prieuré de Xtorquain.

XXV

Prieuré d'Alinge.

i

i

i


xxv

lia Prieuré de Moniet. (CI)Ri~Aw, 1.1, c. Si, p. 3J3.

bourg (*) et Assudange, entre l'étang de Lindre et celui d'Estok.

Le Prieuré de Moniet dédié à St. Etienne et situé près le Bourg de Deneuvre au pied du chateau du meme lieu proche Baccarat, fut fondé par Etienne de Bar Evéque de Metz l'an 1126. (a) Ce prélat veut qu'il soit consacré en l'hon-

neur de St. Etienne premier martyr. Cependant il est plus communément connu sous le nom de St. Christophe et il y a, le jour de la fête de ce St., un grand concours de peuple qui y vient en pelerinage.

Pour la dotation de ce nouveau monastére et des Religieux qui y deuoient demeurer, Etienne donne la place située au pied de son chateau de Deneuvre, le jardin, le prey et les deux ménages de serfs, qui étoient joignants la place; outre cela deux autres ménages de serfs à Vaqueville, et deux àNossoncourt. De plus il permet aux Religieux du Moniet la pêche dans sa rivière, le paturage dans ses praieries et l'affouage dans ses bois, de même que les bois de marnage pour les bâtimens. Il leur remet vingt sols que l'Abbaye de Senones payoit annuellement pour la garde du chateau de Deneuvre; et le sel où l'argent que l'abbaye lui devoit pour droit de saline à Vie. Item cinq sols que l'on prenoit pour le droit de puiser l'eau dans le puid salé de Vie Quinque solidos pro quâdam furcâ, quae vulgo Ciconia dicitur, supra puteum vici sita.

Le titre de fondation est signé et scellé de l'Evéque de Metz Etienne de Bar, d'Adelo Abbé de Maurmoutier, d'Albert Grand-Prevot de St. Diez, d'Adalberon Princier et Ar chidiacre de Metz, du comte Hériman voüé de Senones, de Godefroy comte de Castres, de Thierri comte de Montbéliard, de Conrad comte de Pierrepercée, le comte Folemare etant préfet de Metz.

L'église du Prieuré de Moniet fut dédiée par le cardinal (I) C'est de Fribourg en Lorraine qu'il s'agit ici. C'était une châtellenie appartenante l'évéque deMetz(MsuMSSB, HiH. de Metz, p. 496), situe'e à l'orient de la terre de Marsal.


Tieuvin en l'honneur de St. Etienne (a) avant l'an 1139. Voyés ci après la Bulle d'Innocent II. de cette année (*).

(a) Richer, 1. 1, e. SI, p. 393.

Je ne trouve rien sur le Chateau et le Bourg de Baccarat jusqu'en 1291. que Bouchart Eveque de Metz et le Duc Ferri III font un accord ensemble par lequel entre autres choses, Ferri promet de rendre aud. Eveque Remberviller, le Chatel et les dépendances, le Chastel de Deneuvre qu'on dit Baccarat et ce qui en appent, (2) etc. Et en 1294. le même Bouchard Eveque de Metz et Henri sire de Blamont, parlent encore de Bakarat, comme d'une place vuide de tout édifice au dela du chateau et du bourg de Deneuvre (3). En 1434. la Cronique de St. Thiébaut marque Baccarat auec les chatellenies de Nomeny, Rembervilier, et la Garde. En 1342. sous Ademar de Montii, Eveque de Metz, et Raoul Duc de Lorraine, Bakarat étoit chef d'une Chatellenie: V. le titre. Le même Eveque Ademare (a) acquit la tour que les vouëz avoient à Bakarat à l'entrée du châtel (4). Cronique de Metz manuscrite.

La derniere marque de liberalité et de bienveillance que l'Evéque Etienne de Bar donna à l'abbaye de Senones et à son ami le vénérable Abbé Antoine, fut la donation du fief de Basemont qu'il lui fit en 1130. Voici comme il raconte la chose dans la charte qu'il en fit expédier. Une dame nommée Leucarde de Basimont, aiant donné son fief situé au même lieu à l'église Cathédrale de St. Etienne de Metz,

(a) II a siégé entre 13S8el 1361 aucvn

Donation du £ef de Basemont à l'Abbaye, an.U3O.

(i) Le msi. porte ici en marge un feuillet qui renferme la partie du texte jusqu'à l'att. XXVII. Le renvoi est de la main de D. Calmet, ainsi que plusieurs ratures et corrections de texte.

(2) Ce qui en appent, c'est-à-dire ce qui en dépend.

(3) Voir Notice de la Lorraine par D. Calmet.

(4) On lit dans la Notice de la Lorraine de D. C., que ce. avoués sont apparemment les comtes de Blamont, seigneurs de Deneuvre, lesquels avaient fait bâtir une tour à Baccarat, afin de tenir en bride le château que l'évéque de Metz avait construit au même lieu, pour la sûreté de ses domaines situés entre le château de Beauregard, bâti, dit-on, par Othon de Badonviller en 1114, et possédé au temps dont paarle D. Calmet par le due de Lorraine, et le château de Deneuvre, possédé par le sire de Blamont.


XXV1XX

Abioluôn d'Henri vont de l'abbaie par Adalberon, Arohev. de Tréves, an. U3S.

(a) Pent-ëtre Bayon. V. RI.cher, 1.9, c. 8.

sous la redevance d'un cens annuel de deux écus, elle épousa quelque tems après un seigneur nommé Albert de Deneuvre, qui étoit homme ou feudataire de la même Eglise de Metz, auec lequel elle vécut paisiblement, et ils continuérent de payer le cens dont on a parlé, sur l'autel de St. Etienne. Après la mort de Leucarde, un seigneur nommé Vichard de Parroye, s'empara de ce fief. L'Evéque Etienne en étant informé, le contraignit par la voie des censures à restituer et le fief et les interests qu'il en avoit perçus. L'Eveque en fit ensuite donation à l'Abbaye de Senones, tant en consideration de l'amitié qu'il avoit pour l'Abbé Antoine, que de la sainteté des frères qui y vivoient dans une exacte observance de leur Régie. La concession fut faite du consentement du seigneur Gérard de Basemont et de sa femme, et en présence du comte Herman voüé de l'abbaye et de son fils Herman, et de plusieurs autres Seigneurs.

Ce comte Herman voüé de l'abbaye de Senones est le premier de la maison de Salm, qui ait possédé la vouërie de ce monastére. Il étoit déjà voüé en iiii. et il l'étoit encor en 1127. et comme nous venons de le voir il mourut bientôt après, puisqu'en 1135. l'abbé Antoine porta ses plaintes à Adalberon Archeveque de Tréves, qui tenoit alors son concile provincial, en présence du légat du Pape et de ses Evêques suffragans. Antoine se plaignoit qu'Henry fils de Herman, qui auoit reçu de l'Abbaye une terre en fief, (a) au lieu de la protéger, ne cessoit de la molester et d'exiger divers services et contributions des sujets du monastére, les obligeant contre raison, de plaider en sa présence, sans auoir égard aux ordonnances des Roys et aux priviléges accordés par les Souverains Pontifes Pascal, Calixte, et Honoré. (t) L'archeveque de Tréves cita en sa présence et (i) Richer, 1. 2, c. 5, p. W,H istor. Lothar.^ i édit. Richer, auteur de la chronique de l'Abbaye de Senones, dit que cette abbaye donna à la maison de Salm pour droit d'avocatie une terre, qu'il dénomme, et qui est peut-être Bayon Par» quidem dicto advucatu lerrae et hominum quae adhuc ambaium vulgo appellatur, pro Advocatione, cullata fuit guod adhuc tempore nostro hœredes de Salmis possident.


douant le concile le comte Henri, et l'obligea de demander l'absolution de l'Excommunication qu'il auoit encouruë, de restituer ce qu'il auoit injustement exigé et de promettre solennellement de cesser les vexations et de respecter à l'avenir les droits et privilèges du monastere. Le diplome est souscrit de Folmar, Doien de l'Eglise de Tréves, de Bertram Abbé de St. Arnoû, de Landulphe Abbé de St. Vincent, d'Herbert Abbé de St. Clément, de Richer Abbé de St. Martin et de St. Simphorien de Metz, de Simon Duc de Lorraine, de Renaud comte de Bar et de ses deux fils Hugues et Renaut et de plusieurs autres.

La Bulle de Pascal II. dont il est parlé dans ce titre, ne se trouve plus dans notre Archive, mais nous avons celle de Calixte II. dont j'ay donné l'extrait sous l'an H23. Celle d'Honoré III. est de l'an 1125. Elle fut obtenuë par l'abbé Antoine. Le Pape y confirme l'Abbaye en tous ses biens présens et a venir, et les prend sous la protection du St. Siège, et en particulier l'Eglise de St. Hilaire située au Pont Remmon à Metz, que l'Eveque Etienne de Bar du consentement de son Chapitre, auoit donnée au monastére de Senones. Le Pape confirme aussy les Prieurés de St. Christophe, de Léomont, de Sures, de Deneuvre avec leurs appartenances. L'Eglise de St. Hilaire de Metz donnée à l'Abbaie par Etienne de Bar Evéque de la même ville, étoit située près le pont Remmon. Le Pont Rémond prés duquel etoit la paroisse de St. Hilaire a Metz appartenante a l'abbaye de Senones, étoit bati sur la riviere de Seille, au bout de la ruë de Il étoit de pierre et solide et la fable l'attribuë a un seigneur nommé Raymrendus. Il y avoit une grosse tour quarrée devant la porte du pont Raimond, qui fait la premiere porte. Cette paroisse de St. Hilaire fut unie à la manse abbatiale par le Pape Adrien VI. en 1523. et on la renversa en 15.. pour faire de nouvelles fortifications de ce coté là. On véra dans la suite sous l'an 122i. que Conrad Evéque de Metz avoit donné cette cure à l'abbaye de Senones du consentement de son chapitre.

L'Evéque de Metz étoit en possession depuis longtems

zsm

Bulle d'Honoré nz.

qui con-

firme les

biens du

mon*»,

tére.

:JCtZ

Paroitie de S* Hilaire

à Metz.

XXXI

Xxemption


de r«b- d'exiger dans le val de Senones certains services où cerb«ye de taines redevances annuelles, en signe de son autorité ré-

a e DO De.. Il é d, d d ê

deVserJl- galienne. Il prétendit que ces servitudes deuoient être tudei que Davées par l'Abbé et le monastére de Senones. L'abbé An-

rxveq. de toine s'en deffendit et prouva par bons témoins que ce Metz en

vouloit n'étoit pas l'abbaye, mais le ban de Senones qui en étoit exiger en chargé et que les deux tiers en étoient à la charge du Ban "^rte11 de Senones et l'autre tiers à celle des Bans de Vipucelle et

xa&o.

XXXII

li Abbé An-. toine de-

uient a-

veugle et

goûteux

sur la fia

de sa vie.

(a) Autor vi-

tat Anton. Et (am«n hoe dicam quod novi dicere qvotdam.

Abbatia Suo

quod ereuit tempore duplo.

XXXIII

Mort de 1 Ab b é

Antoine

en 1X37.

de Plaine. L'Evéque se rendit à ses'raisons et donna un acte autentique de décharge à l'abbé Antoine en 11 25. Cette difficulté recommença en 1210. sous Bertram Evéque de Metz. Ce Prélat ayant prétendu que l'Abbé et le Couvent de Senones lui deuoient les services dont on a parlé, l'Abbé Henri produisit la charte d'Etienne Evéque de Metz, et Bertram reconnut l'exemption de l'Abbaye par un titre de l'an 1210.

lissement, l'illustration et l'augmentation des biens temporels de son Abbaye. On assure qu'il les augmenta au double de ce qu'il les avait trouvé. (a)

Sur le déclin de sa vie il fut attaqué de deux incommodités très sensibles, l'une fut la priuation de la lumiére et l'autre des douleurs aux pieds causées par la goutte. Il souffrit l'une et l'autre dans un esprit de pénitence et auec une parfaite résignation aux ordres de la Providence. On ne l'entendit jamais se plaindre, il ne donna nulle marque d'impatience il rendoit au contraire de continuelles actions de grâces à Dieu et encourageoit ses frères en leur disant Mes chers Enfans que j'ay engendrés en J. C. demandés pour moi au Père des Miséricordes, que les maux dont il m'afflige, me servent pour l'expiation de mes péchés et pour me procurer le salut celui là n'est pas bon fils qui rejette les corrections de son pere et qui ne les reçoit pas de sa main comme des marques de son amitié. Il mourut dans ces sentimens muni du corps et du sang du Sauveur le 27. Octobre de l'an 1137. après 47. ans de gouvernement. L'opinion qu'on auoit de sa sainteté jointe à sa grande

Antoine n'auoit cessé de travailler à procurer l'embel-


réputation, attira une infinité de personnes à ses obsèques. Son corps demeura quelque tems exposé dans l'Eglise, où l'on dit plusieurs messes et où l'on fit plusieurs offrandes pour le repos de son ame. Il fut enterré au milieu de l'eglise de St. Pierre de Senones, devant l'autel de la Croix dans un cercüeil de pierre, sur lequel on érigea une espece de mausolée où de tombe élevée sur de petites colomnes. Richer (a) dit que pour illustrer la mémoire de ce grand homme, il graua de sa propre main sur sa tombe la figure de l'Abbé Antoine en habit d'Abbé, qui tient en main sa crosse. On ignore aujourd'hui l'endroit où il fut enterré. L'autel de la Croix étoit apparemment au deuaiit du chœur, mais nous ne sauons de quel côté. Depuis que l'on a rehaussé le pavé de l'église on a déplacé et brisé la pluspart des tombes. Voici l'éloge que l'on trouve d'Antoine dans le Nécrologe. Obiit Dominus Antonius, venerabilis et piae memoriae Abbas, totius Ecclesiae Senoniensis restaurator. V. son Eloge en vers imprimé t. 2. p. 290. Sacrœ Antiquit. monument. (*).

(a)Ricker,l », 0. M, p. 3SS.

CHAPITRE XIII

GAUTIER, 26e Abbé de Senones, depuis l'an 1137. jusqu'en l'an 1140.

Richer (a) dit qu'il n'en sait autre chose, sinon qu'il succéda à Antoine et qu'il fut le 28e Abbé de Senones. Ce n'est toutefois que le 25e de ceux dont les noms nous sont connus. Son nom se trouve au Nécrologe le XI. de février et on lui donne l'éloge d'homme de pieuse mémoire, mais on ignore l'année de son décés.

Il procura à son Abbaïe un titre de confirmation de la (1) Cette dernière note est de la main de D. Calmet.

(a) Richer, \.l,

c. », p. 313.


Longueruë Detcription de la France, parteï, p. SIS.

Hit de Lorr J t. S, p. 7» el S83.

part du Pape Innocent II. après que l'Eglise du prieuré de Moniet eût été consacrée par Tietvin légat du Pape dans ces quartiers. Etienne de Bar Evéque de Metz, qui affectionnoit ce Prieuré et qui le regardoit auec raison, comme son ouvrage, joignit ses instances à celles de l'abbé Gautier pour obtenir du Pape la confirmation des biens de Moniet outre ceux qui sont exprimés dans la charte de fondation de l'an 1126. Le Pape spécifie encore l'Eglise de Ramberviller auec la maison curiale et revenu (cum conductu) et les dixmes grosses et menues du même lieu; le fief de Basemont et le quart de l'Église, qui auoit été donnée ou restituée par un nommé Siccardus (peut estre Vicardus où Vichard, voiés le titre de l'an H3O), le quart du fief du même Sicardus, la moitié du fief de Fontenay qui auoit appartenu au nommé Alnodus, et l'autre moitié donnée par Heizon et la septieme partie du restant, donnée par Hadriz fille de Thierri. Le Pape confirme toutes ces choses au Moniet l'an 1139. qui etoit le 100 de son pontificat.

Nous trouvons un nommé Vautier nommé Abbé de Senones en 1183. qui pouroit bien être Gautier dont nous parlons ici, lequel auroit résigné son abbaye vers l'an 11 40. ou 1149. et auroit vécu jusques vers l'an 1183. Voiés ci-aprés la vie de l'abbé Gérard.

Depuis que Etienne de Bar Eveque de Metz, eut pris et retiré par la voie des armes le chateau de Pierre Percée, des mains des comtes de Salin vers l'an 1140. et que Jaques de Lorraine aussy Eveque de Metz eût achetté les mêmes terres des comtes de Salm, ceux-ci ont fait hommage de ces fiefs aux Eveques de Metz, et en particulier Henri comte de Salm les reprit de Jaques de Lorraine en 1258. Et Jean Comte de Salm rendit le même devoir a George de Bade Eveque de Metz en 1460. Et Jean Rhingrave au nom de sa femme Jeannette de Salm, fit hommage à Henri de Lorraine Eveque de Metz en 1488. Son fils Jean rendit les mêmes devoirs à Henri en 1495. et la comtesse Jeanne en 1499. Mais dans la suitte les comtes de Salm furent compris dans le Cercle du Haut-Rhin. La chambre des réünions éta-


blie à Metz, aïant rendu un arrêt qui condamnoit les seigneurs de Salm et de Pierre-Percée a faire foy et hommage au Roy, et a faire leur reprise de l'Eveque de Metz pour ces seigneuries, le Prince de Salm refusa d'obéir à cet arrêt. Sur son refus on confisqua ses terres mais il fut rétabli en possession par l'article IV. du traitté de Risvick, qui révoque toutes les rëunions faites hors de l'Alsace (').

L'abbé Humbertsucceda à Gautier vers l'an 1140. Il étoit déjà Abbé en 1145. puisque cette année il obtint d'Adalberon Archéveque de Trèves, à la recommandation et sur le bon témoignage d'Etienne de Bar Evéque de Metz, un privilége, qui confirme à l'abbaye de Senones ce qu'elle possédoit à Remeréville (a). Simon de Nancy Duc de Lorraine lui auoit donné quatre quarterons, quatuor quadrantes, et l'Eglise où les dixmes de ce lieu. Une dame nommée Cunégonde auoit offert pour son fils Coalfridus qui s'etoit fait Religieux dans le monastére, trois quarterons où peut-etre trois quarts des dixmes, tres quadrantes. Un gentilhomme nommé Simon de Paroie donna dans le même lieu de Remeréville, quatre quarterons, quatuor quadrantes. Amedée de Ceincherey, (peut-etre de Saintrey) accorda à l'Abbaye trois quarterons et la part des dixmes qu'il auoit dans le même lieu; et en reconnoissance les Religieux de Senones lui rendirent douze liures de monnoie touloise. Les témoins de ce (1) Le texte qu'on vient de lire depuis l'avant-dernier alinéa se trouve dans le mss. sur une feuille volante collée en marge de la page 87, à laquelle D. C. reporte le lecteur par un renvoi de sa propre main.

HUMBERT, 27e Abbé de Senones.

CHAPITRE XIV

I

Confirmation de pe

que l'An-

baie auoit

à Eeme-

réville par

Adalbe-

ron Arch.

de Tréve.

en 1144.

(a) Dux Si-

mon Nancej.


Il

Confirm aôn des Dixmes d'Art sur Meurte e par r Henry Evéq. de

privilége furent Hillin, doyen de l'Eglise de Trèves, Sigère abbé de St. Maximin, Durand Abbé de Béchamp, Isembaldus Abbé de Gorze, Isembart abbé de St. Vincent, Henry abbé de St. Simphorien, Vimon abbé de St. Clément, Formare comte de Castres, Henri comte de Salm; donné à Metz le premier de novembre H45.

Il y a assés d'apparence que cette dame Cunégonde dont le fils nommé Coalfride se fit religieux à Senones, est différente d'une autre Cunégonde insigne Bienfaitrice de cette abbaye. Nous lisons dans notre Nécrologe au 6° Juillet qu'une Dame nommée Cunégonde nous donna son fief nommé Rocholingias où Neuf-Maison, et au 6e Mai que Conon Religieux profés de ce monastére, nous donna la moitié de Fontenay, les terres, les préz, les bois et l'Eglise du même lieu et celle de Mervaville. Enfin nous auons un titre, assés peu certain à la vérité, qui porte que Cunégonde est la principale fondatrice de Mervaville.

Un clerc nommé Renard auoit quelque part dans les dixmes grosses et menuës d'Arc-sur-Meurte (i); il jouissoit dans les grosses dixmes de trois portions dans sept, et des deux tiers dans les menuës dixmes, de plus il auoit les deux tiers dans la dot ou le Beuvrot (2) de l'Eglise, contre le Curé pour l'autre tiers. Il fit donation du tout à l'Abbaye de Senones,

Toul.1147 m

Aïoeoi e-

à la prière d'Etienne de Bar Eveque de Metz, et cette donation fut solennellement agréée et confirmée par Henri Evéque de Toul, en présence de plusieurs Clercs et de plusieurs Seigneurs l'an 1147.

En 1150. l'abbé Humbert laissa à titre de cens perpetuel à l'abbaye de Notre Dame de la Créte ordre des Citeaux, une

ment d'une place à Moi envie a an. 1I5O.

place de 7. pieds de long et de 4. pieds de large, située à Moienvic, auprès et au-dessous de la maison que la même (i) En marge on lit Art-sur- Meurte, et ici Arc c'est cette seconde orthographe qui est la vraie. Ce lieu est ainsi nommé parce qu'apparemment il y avait autrefois un pont ou une arcade sur la rivière de Meurthe à cet endroit. 11 est nommé simplement Arc dans des titres de l'Abbaye de Senones des années 1147 et 1152, et Arcus en 1213.

(2) Probablement bureau.


Abbaye de la Créte possedoit au même lieu, et où elle faisoit son sel, à raison de 3 sols de cens, païables au jour de St. Etienne après Noël. Le tout auec l'agrément et le consentement du Chapitre de Senones, par les mains de Bernard Prieur de Xures. En ce tems là toutes les Abbayes faisoient leur sel par elles-mêmes, et auoient des maisons et des poëles à Vie ou à Moïenvic pour cet effet.

Etienne Eveque de Metz continuoit toujours de fauoriser l'Abbaie de Senones, comme il paroit par une charte de confirmation qu'il donna à l'abbé Humbert en 1152. Thierri seigneur de Dombale et Petronille son epouse, du consentement de leurs enfans et de leurs héritiers, donnèrent à St. Pierre de Senones les fiefs d'Alinges et Utinges, francs de toute servitude et de toute vouërie, et pour plus grande assurance de cette cession, l'Evéque de Metz la confirma et deffendit qu'aucune personne séculiére ne s'en empara ni n'en usurpera la vouërie, mais il ordonna que ces biens demeurassent francs et quittes de toute domination étrangère. La charte est dattée de Ramberviller en l'an 1152. en présence de Frideric de Pluvoise, de Hugues de St. Don, de Goëric d'Epinal, de Milon et Thierri de Coutures, de Guelphe de Mulsey et de plusieurs autres. Nous ne possedons plus rien à Alinges et nous avons tres peu de choses à Uting ou Cuting.

La même année 1152. l'Abbé Humbert obtint du Pape Eugéne III. une ample confirmation de tous les biens de son Abbaye.

On voit par le dénombrement que le Pape en fait dans sa Bulle, quelles étoient alors les Richesses de l'Abbaie et jusqu'à quel point elles s'étoient accruës sous les Abbés Antoine et Humbert. Elle possédoit tout le val de Senones renfermé dans ses anciennes bornes, le marché qui se tenoit au bourg de Senones tous les Jeudis les Eglises où les paroisses de St. Maurice et de St. Jean, situées dans le méme|val Vipucelle auec l'Eglise et le marché qui se tenoit au même lieu tous les samedis; Grand-Fontaine auec son Eglise, Plaine auec son Eglise, Anserviller et Couvay, auec

IV

Oonfirmation de la

donation

d'AIinge*

et d'Utin-

ge« don-

n é e s à

l'Abbaye

de Sen*-

n e par

Thierri

Seigr de

Dombale

1LSS.

V

Confirmaôn des biens

de l'Ab-

baie de

Senones

par le Pa-

pe Eugéne

m. usa.


l'Eglise ou la paroisse le fief de Montigny, (l'abbaye n'y possède plus rien) le fief de Magnéville auec la Cure, les fiefs d'Alinges et d'Utinges dans i'étenduë de leurs confins (l'on ne possède rien du tout à Alinges), la Cure de Vaqueville avec huit familles de serfs appartenantes à l'abbaye; Borville et Ogéviller auec leurs Eglises Bétonville auec la Cure, qui est à Hablainville; la Cure de Brouville, la Cure de Deneuvre, le fief de Fontenoy auec la moitié de l'Eglise où des dixmes et la moitié de Manonvillé (Manvaldi-villae). Ce lieu nous est inconnu si ce n'est Mervaville; Domptail auec la Cure; Regis-villare en Alsace, peut êtreRoschvihr (t). Nous lisons dans Richer 1. 4. c. 22. que l'abbé Vidric achepta Regis-villam pour huit marcs d'argent, et que cette terre fut perduë sous l'abbé Baudouin la Cure de Moyen, auec tous les fonds qu'Emeline, Thierri et Gauthier y possedoient le fief de Volfereis (2) et de Bolville ou Polville (nous n'y auons rien et nous ne les connaissons pas même) Volfereis fut acensé aux Templiers de Xugney en il 73; l'Eglise de St. Evre près Deuville (unie a present a la Cure de Deuville depuis 1743; le prieuré de Léomont auec ses dépendances l'Eglise où la Cure d'Anthlup (cedée a Mn les Chanoines de St. George de Nanci) le fief d'Arc-sur-Meurthe auec l'Eglise et partie des dixmes (cédés à St. Léopold de Nanci) l'Eglise de Saulxures prés Nanci, auec trois familles de serfs; le fief de Vigneules auec la chapelle, (possédé aujourd'hui par M. Renaut de Rosières) l'Eglise de Ramberviller, celle de Chéneviéres, l'Eglise de Colombé dans le païs messin, auec deux familles et demi de serfs et les terres et autres héritages qu'ils cultivent; l'Eglise de St. Hilaire dans la ville de Metz, auec une maison dans la même ville, (cette Eglise ne subsiste plus) le fief de Tignomont au païs messin, l'Eglise de Fonteneis auec trois familles serves; l'Eglise de Monz (nous ne la possédons plus); (t) Peut-être Roschvihr est ajouté en interligne par D. Calmet. (2) Volfereis, Vulfericurtis, passe pour être le village de Vrécourt, situé sur le Mouzon.


le droit que l'Abbaye a dans l'église de Bazemont auec le fief du méme lieu; Moacourt et Ramnermasnil peut être Fruménil auec l'Eglise; Avoncourt auec le droit que l'abbaye a dans l'Eglise (nous n'y possédons rien) le fief de Givrecourt et celui de Bezange auec le fond qu'on appelle Maséles (nous ne possedons rien à Besange ni à Maséle); l'Eglise de Fricourt (aujourd'huy érigée en prieuré c'est ici la premiere fois que je trouve ce nom dans nos titres); Romoncourt auec l'Eglise, le fief de. Doncourt et de Gnaconcourt (ces deux villages sont entierement ruinés) et de Craincourt auec le droit que l'abbaye a dans l'Eglise où dans les dixmes de ce lieu; le fief de Crévi et de Rémeréville auec le droit que l'abbaye a dans l'Eglise où dans les dixmes; le fief du Fresne auec le droit que l'Abbaye a dans l'Eglise (nous n'y possedons rien); le fief d'Imberménil, le marché de Dompaire i) (près Bruyères) auec le fief que Cunégonde y possédoit (nous n'y auons plus rien du tout); onze places où maisons à faire du sel à Moyenvic et quarante une et deux demies à Vie, auec d'autres biens au méme lieu (tout cela est perdu); une cour franche à Strasbourg auec un jardin (l'on n'y a plus rien); les maisons, terres, prez et vignes que l'abbaye possede à Roshem, à Stall, pres de Molshem (Stillum) à Tingeshem et à Chatenoy; le Prieuré nommé la ferme de St. Benoit, autrement Sales, dans le diocése de Besançon auec ses dépendances, (il est entierement perdu depuis plusieurs siècles); le prieuré de Lorquin auec la desserte de l'Eglise et les autres biens que l'Abbaye y possède (elle n'y possede plus rien); le prieuré do Deneuvre auec ses dépendances; le prieuré de Vie et celui de Xu(1) 11 n'y a pas de Dompairé près de Bruyères, c'est Dompierre dont il est déjà parlé dans notre ouvrage, p. 68 et 74, notes t; mais nous pensons avec M. Bonvalot, conseiller à la Cour de Dijon, que D. Calmet a eu tort de corriger son secrétaire et d'écrire Dompierre à la place de Dompaire (voir p. 74, n. d), car l'Abbaye de Senones ne possédait rien au premier de ces endroits, et il faut lire au contraire Dompairé, oh ladite Abbaye avait des biens considérables. Dompaire est situé dans l'arrondissement de Mirecourt et était réputé pour son important marché.


Prieuré de yricourt,

son origi-

meetrZ-

glise de ce

lieu con-

DU! dé.

l'an usa.

VI

res auec leurs dépendances. (Schures ne nous appartient plus).

Il faut dire ici quelque chose de l'origine du prieuré de Fricourt, puisqu'il en est fait mention dans ce titre. Dans son commencement ce n'etoit qu'une Eglise dédiée à la Sle. Vierge, où à Notre Dame de Bon Succés, à laquelle on auoit grande déuotion dans le pays; en sorte qu'il s'y forma une confrairie et un Pèlerinage et que plusieurs personnes y donnerent des biens assés considérables. On en consérve les donations et les contrats des années 1409. 1420. 1427. 1433. et suivantes dans lesquels les curés de Remoncourt pour l'ordinaire sont dénommés Gouverneurs de la confrairie de Fricourt (t).

Quelquefois il y auoit deux Gouuerneurs de la confrairie de Fricourt, tous deux différons du curé de Remoncourt; quelquefois un seul. En 1416 Pierre Abdon hermitte de Fricourt est aussy Gouuerneur de la confrairie de Fricourt. Dez l'an 1561 Jean Vaultier prend la qualité de Prieur de Fricourt. En 1605. Didier Richard est nommé Pretre curé de Remoncourt et de Fricourt son annexe. Dans d'autres monuments de la meme année il se qualifie prieur de Fricourt et curé de Remoncourt. Il estoit encore Prieur en 1624 et néanmoins en 1620. un nommé Demange prend la qualité de Curé de Remoncourt et gouuerneur de la Confrairie de Fricourt. En 1480 on nomme simplement le Curé de Fricourt et en 1566 Jean Vaultier est nommé pretre Curé de l'Eglise de Fricourt et Remoncourt et en 1575 Claude Rauille Abbé de Senones, confére a Jean Lignarius Chanoine de S1. Diex l'eglise paroissiale de Remoncourt et son annexe l'Eglise ou la chapelle de Notre Dame de Fricourt. Tout cela prouve qu'alors le Prieuré de Fricourt etoit encore considéré comme une dépendance de la cure de Remoncourt; ou au contraire que Remoncourt étoit regardé

(t) Dans le manuscrit on trouve ici six lignes biffées par D. Calmet qui renvoie à deux feuilles volantes (p. 94), dont le texte commence à cet alinéa et continue jusqu'à l'art. VII.


comme dépendant de Fricourt et que Fricourt etoit un Prieuré-Cure. En 1501 Jean Vatey curé de S4. Marien de Remoncourt et chapelin perpetuel de la Chapelle de N. D. de Fricourt annexe de Remoncourt, resigne l'un et l'autre entre les mains du collateur ordinaire et en 1505. le onzieme d'Octobre les deux petits autels de l'eglise de Notre Dame de Fricourt furent consacrés par Conrade des Carmes suffragant de Metz, a la prière de diserte personne Leonard Barchet (?) pretre Chanoine de Vie, Curé de Remoncourt et de Fricourt.

L'Etat du prieuré de Fricourt ne fut proprement fixé qu'en 1668. par le cardinal Louis de Vendosme, Légat à latere du pape Clément V., vers le Roy de France, qui par une Bulle speciale désunit la cure de Remoncourt ou comme il parla la vicarie amovible de Remoncourt, il la démembre du Prieuré de Fricourt et-l'érige en vicairie perpetuelle, à la nomination du Prieur de Fricourt, nommé Paul Jolly, qui se qualifie comendataire du Prieuré de Notre Dame de bon succés de Fricourt, ordre de S1. Benoist, diocese de Metz. Aujourd'huy la cure de Remoncourt de meme que le prieuré de Fricourt, sont a la nomination de l'abbé de Senones, et les dixmes de Remoncourt appartiennent au couvent dudt. Senones; le Prieuré a esté possédé en commande pendant environ deux cent ans; il n'est entré en Regle que depuis D. Alexandre Blondelot, qui l'eut par la résignation de M. Beaussire, en 1704. Il mourut le 23 juillet 1725, il eut pour successeur D. Nicolas Neuville.

On voit par la Bulle d'Eugene III a l'occasion de laquelle nous auons fait cette digression sur le Prieuré de Fricourt, quels etoient en 1152. les biens que possédoit l'abbaye de Senones, qui égaloient où surpassaient ceux des plus grands et des plus puissans établissemens du païs; car à présent dans les lieux mêmes où il lui reste quelque chose, il s'en faut bien que l'on possède les biens que l'on possédoit autrefois. Depuis ce tems l'Abbaye n'a fait que déchoir. Les biens ont été où négligés où dissipés, où aliénés, où usurpés par les avouës où par des Seigneurs qui auoient la force en

tu

Grands biens de

l'Abbaye

deSenones co USA.


vnx

Dédicace de l'Eglise

N.D.ditte

la Roton-

de à Seno-

nes U53.

non des autels des

paroisses

de S1 Jean

et de S1

Maurice

usa.

IX

main où les abbés les ont donnés en fiefs, où acensés, où enfin ils ont accompagnés dans leurs Seigneuries des Seigneurs qui, étant les plus forts, de compagnons en sont enfin devenus les maitres.

Le pape Innocent II. ajoute que l'avoüé qui sera nommé par l'Evéque de Metz, de la jurisdiction duquel dépend l'abbaye de Senones, que l'avoüé, dis-je, se contentera du bénéfice où du fief qui lui est donné pour son honoraire, sans qu'il puisse exiger autre chose ni de l'abbaye ni de ses sujets, ni tenir des Plaids et tirer des amendes malgré l'Abbé que s'il est invité à venir tenir les Plaids, il se contentera du tiers des amendes, comme il a été reglé par les Anciens.

L'Eglise de Notre Dame, nommée la Rotonde, commencée par l'Abbé Antoine, ne fut dédiée et consacrée qu'en 1153. sous l'Abbé Humbert, par Henri de Lorraine Eveque de Toul.

Le jour de la Dédicace de l'Eglise de N. D. ce prélat fit présent au monastére des Autels de St. Jean et de St. Maurice, qui sont deux Eglises dépendantes de l'Abbaye. Il les unit au monastere et lui en céda les profits et les revenus et le droit de circature et de palefroy, que les vicaires de ces Eglises auoient accoutumés de donner tous les ans à l'Evéque, Donum altarium, censum earum et redditus circaturae et Palefridi. Il veut que dans la suite ces choses soient données tous les ans aux Religieux le jour de son anniversaire, sans préjudice de la soumission et de l'obéissance que les vicaires doivent à l'Evéque de Toul et à ses officiaux, et à charge qu'ils continueront de faire ce' qu'ils ont accoutumés à l'égard de ses assemblées et de ses synodes. Il est bon de remarquer que sous le nom d'Eglise on entend ici parler de la dixme d'une Eglise, et sous le nom d'autel, altare, on entend une paroisse dont on donnoit la nomination où la collation à une communauté, auec tous les fruits et revenus qui en dépendoient, à la charge toutes fois de fournir au prêtre qui la desseruoit la subsistance raisonnable. De ces concessions d'autels sont venües les


cures unies aux monastéres, où aux Chapitres et la qualité de curés primitifs donnée à ceux en faveur de qui ces unions où ces concessions étoient faites. Ecclesia donne précisément droit aux dixmes et les laïques les peuvent posséder. Altare donne outre cela droit à tous les profits de la Paroisse.

Les lettres de l'Evéque Henri sont souscrittes par plusieurs Abbés, qui assistèrent à la cérémonie de la dédicace de la Rotonde, comme Herman, Abbé de Moyenmoutier, Hugues, Abbé de S1. Sauveur, Imbran, Abbé de Haute Seille, Hugue abbé d'Etival, Etienne Abbé de Flabémont, Albert doien de St Diez, et de plusieurs autres Ecclésiastiques. Fait et passé à Senones le 24. Janvier 1153. jour de la Dédicace dont on a parlé.

L'Abbé Humbert mourut le 25. d'Avril vers l'an 1160. On le peut mettre au rang des meilleurs Abbés de ce monastére. Il en a soutenu l'honneur et l'observance, et en a non seulement conservé, mais encore augmenté les biens temporels.

Bernard succéda à Humbert en l'an 1160 (a).

Il ne nous reste aucun monument qui puisse nous faire juger de son Administration et de la conduite qu'il à tenuë tant au dedans qu'au dehors de son abbaye. Il la gouverna pendant neuf ans et mourut le 14e de Décembre 1169. Richer (b) avouë qu'il n'a rien trouvé touchant le règne de cet Abbé, sinon que de son tems le Prieuré nommé la ferme de St Benoit, où le Prieuré de Sales, dénommé dans la Bulle d'Eugène III. et situé dans le diocése de Besançon fut vendu. On ne sçait ni pourquoy, ni à quelle occasion, ni combien, ni pour combien de tems. Le Nécrologe met la mort de l'Abbé Bernard au 14e Décembre.

BERNARD, 28* Abbé de Senones.

CHAPITRE XV

7

(a) Richrr, 13,

c. Si.

(6) Id ibidem.

X

Aliénation du Prieu-

ré de 8 a-

les dans le

diocèse de

Besançon

ver» l'an

ucs.


(•)fli#JUr,l. J,

c. 16, p. SM.

L'Abbé Gérard trop

attaché à

sa famille.

Epoque det aoente-

mens des

biens du

Mon as-

tére.

t

lu

GÉRARD, 29* Abbé de Senones, depuis 1170. jusqu'en 1200. Gérard etoit natif du Val de St. Diez (a) et fils d'un gentilhomme du païs. Il se fit religieux à S1. Arnoud de Metz et comme il étoit d'une conduite tres réglée et de bonne réputation, il fut fait abbé de Senones.

On lui reproche d'auoir été trop attaché à ses parens, et de leur auoir accordé trop d'autorité sur les biens du monastére, auquel ils devinrent bientôt à charge. Le bon Abbé n'eut pas la force de les réprimer ni de les détourner de leurs mauvaises voies. Ils s'attirérent de puissans ennemis, qui les firent prisonniers. Gerard en conçut tant de déplaisir qu'il abdiqua son abbaye et se retira à Léomont après 31. ans de gouvernement. On croit qu'il y mourut et y fut enterré.

Nous trouvons quelques chartes qui nous font voir que sous son gouvernement on commença à acenser les fonds du monastére, pour certaines sommes d'argent. Ces sommes étoient alors assés considerables, mais aujourd'huy elles sont réduites à très peu de choses et presque à rien du tout. On peut dire que c'est une des sources les plus fécondes et les plus ordinaires de la perte des biens du Monastére et l'on en peut mettre l'époque sous l'abbé Gérard, car il laissa à titre de cens annuel et perpétuel pour la somme de six deniers et deux chapons païables à la S1. Martin d'hyver, à un nommé Arnoud Bonigézi, une cour franche où maison que l'abbaye de Senones possédoit dans la ville de Vic, et pour laquelle il y avoit quelques difficultés auec certains héritiers qui la contestoient à l'Abbaye. Bonigézi délivra comptant huit livres de Toulois à l'Abbé et se chargea de deffendre à ses risques le droit de l'abbaye.

CHAPITRE XVI


Il laissa aussi aux Templiers de la Commanderie de Xugney située entre Charmes et Sauigny, le fond que l'Abbaye j auoit à Volfereis (peut être Foucrey) moiennant un cens de cinq sols par an, païables à perpetuité au jour de St. Remi chef d'Octobre. L'acte est de l'an 1173. L'année suivante 1174. Henri comte de Salm acensa à l'Abbaye au profit de l'hopital, sous la redevance de quatre écus par an, le champ de Madey* situé dans le finage de Réhérey. Il donna en meme temps au Monastére une femme esclave auec ses enfans, qui lui étoit venuë d'Allemagne.

Ce comte de Salm etoit Henri II. qui auoit épousé Jeanne où Joutte où Judithe de Lorraine, fille de Ferri de Bitche. Elle étoit venuë d'Allemagne, c'est à dire de la Lorraine Allemande où Bitsche est située. L'un et l'autre sont dénommés comme bienfacteurs dans le Nécrologe et on voit leurs tombes deuant l'autel de la Vierge. C'est apparemment le même Comte Henri qui en 1190. échangea un prey qu'il auoit à Fonteney (a), contre un autre prey que l'Abbaye auoit à Plaine, et qui etoit à portée du Chateau de Salm, qui manquoit de foin et de paturage. Il n'est donc pas vrai que le chateau de Salm n'ait été construit qu'en 1225. par Henri IV. comte de Salm, comme on l'a dit dans l'Histoire de Lorraine tom. 2. p. 382. après le P. Benoit capucin. Richerius en met la fondation sous l'abbé Henri (a), par Henri II. Comte de Salm, qui à vécu depuis l'an 1150. jusqu'après 1244. Ce chateau subsistoit dés avant l'an 1190. Ce qui est certain, c'est qu'il fut bati sur le terrain de l'abbaye de Senones et que les Comtes de Salm ont payé pendant plusieurs siècles un cens annuel de deux sols Strasbourgis, en reconnoissance de la cession que l'Abbaye leur auoit faite de ce terrain. Ils ont continué de payer cette redevance jusques vers l'an 1550. mais ils en ont été déchargés par l'arret du Grand Conseil de l'an 1689. En 1182. L'abbé Gerard ceda à l'abbaye d'Autrey ordre de St Augustin, sous la redevance de deux sols payables le (1) Note marginale de D. Calmet.

m

lioeDie>ment de la

terre de

~olféreis

aux Tem-

pliers de

Xugney.

IV

Henri Comte de salm

et Judithe

̃on épon-

se enter-

rés à Se-

nones.

(a) Pput-èlre

Fonteney prèi Vivien, diecèie de Metz. La cure de ce lieu dépend du prieuré de Vie (4).

Origine du Ohateau

de Salm,

bati avant

1190.

(a)Richir, c. SC, p. 39*, et 1. 8, c.C, |HS»,


(a) Bulle di

Pape Lace III. ai 148S. p. 911, Sacra» antiq. monument, l. 1.

Donations faites au

Prieuré

de S». X.

tienne du

Mo n i e t

an. 1188.

etU89.

TU

Engagent*. de la oure

deS'.Evre

aux cha-

n o î n e ̃

VI

jour de St Jean-Baptiste, sur l'autel du prioré de St Etienne | ou du Moniet (a), la dixme depuis Berruë et Thiarmesnil et au dessus, tant pour leur nourris que pour leur culture, c'est a dire qu'il exempte cette Abbayë de payer la dixme dans ces cantons la, moyennant la redevance de deux sols. Le Prieuré de St Etienne du Moniet prés Deneuvre, étoit alors habité par des Religieux, vivans dans toute la vigueur de l'observance réguliere. On leur fit sous' l'abbé Gérard quelques Donations assés considérables. Un gentilhomme de Deneuvre nommé Falco, auant qu'il fut marié, auoit donné du consentement de ses soeurs et de ses héritiers, tout ce qui lui appartenoit au lieu de Fontenoy la Joutte proche Deneuvre. Après son mariage il ratifia cette première donation, et la fit agréer par tous ses héritiers. Il ajoute qu'il donne au même Monastere de Moniet une femme serve auec ses descendans, et il veut que si quelqu'homme de ses anciens sujets de Fontenoy, prend femme ailleurs dans quelqu'unes de ses terres, il demeure toujours assujetti aux frères du Moniet; et si quelqu'un des sujets du Monastére de Moniet, se marie dans quelques unes des terres de Falco, il ne laissera pas de demeurer sujet du Moniet. C'est qu'alors presque tous les paysans etoient serfs et ne pouvaient se marier hors des terres de leurs seigneurs sans le consentement des dits seigneurs. Il accorde de plus au même Monastére pour la terre de Fontenoy le privilége de n'auoir point d'avoüé. Que si l'abbé où les frères du Moniet jugent à propos d'en prendre un, ils n'en pourront prendre d'autre que Falco lui-méme.

Anciennement on regardoit comme une grande prérogative d'etre sous la protection d'un avoüé dans la suite, c'en fut une de n'en point auoir; tant ces sortes de vouëries étoient devenuës à charge et odieuses, par l'abus que les avoüés faisoient de leur autorité.

Un chanoine de St. Diez nommé Simon, donna au meme prieuré de Moniet tout ce qu'il possedoit à Fontenoy en H89. L'Abbé Gérard engagea en H90. aux chanoines Réguliers de Lunéville, la Cure de St. Evre (apparemment S.


Evre entre Deuville et Lunéville, autrefois village, aujourd'hui simple cense) pour assurance d'une somme de 9." de monnoie touloise (1), que les dits Chanoines Réguliers auoient prêtées aux Abbés et Religieux de Senones, dans leur très pressant besoin, et dans un tems où le marc valoit 26. sols, le tout à faculté de réachapt, mais à charge que le rachat de la somme de neuf livres où plutôt de la Cure dont on à parlé, ne se poura faire que dans le Cours du mois de Mars; en sorte que si l'on manque à le faire dans ce mois, on ne poura y revenir que dans le mois de Mars de l'année suivante, et encor ne leur sera t-il pas loisible de la rachepter pour la donner à d'autres, mais seulement pour la réunir à leur Abbaye de Senones, comme auparavant. Le Vicaire de cette Paroisse rendra aux Chanoines Rég. de Lunéville la même obeissance, qu'il rendoit aux Abbés de Senones, et la mort dud. Vicaire arrivant, les d. Chanoines Réguliers présenteront à l'Abbé de Senones celui qu'ils auront choisi pour Vicaire; et le d. Abbé l'introduira dans la Cure, sauf le droit accoutumé de l'Eglise de Senones, Nos cum ecclesiastico more introducemus, salvo nobis usu consuetudinario Ecclesiae ntrae. Ce qui semble insinuer que l'Abbaye exerçoit sur cette cure la jurisdiction quasi-Episcopale, quoyqu'elle fut située au milieu du Diocèse de Toul.

Et pour affermir plus étroitement la Charité et l'union entre ces deux Monasteres, ceux de Senones accordent à ceux de Lunéville, la jouissance de tout ce qui pourra leur revenir de bénefice de cette Cure, tandis que cet engagement durera et réciproquemt. ceux de Lunéville s'engagent à receuoir et à traiter dans leur maison ceux de Senones, qui iront dans ces Quartiers pour les affaires de leur monastere. La lettre d'engagement est souscritte par les Abbés de Senones, de Beaupré et de Lunéville et par quelques Religieux des deux Communautés. On y nomme Thierri

R«g. de

Xiunéville

«n.ll9O.

{i) Ce signe après 9 et qui a l'air d'être deux t, aignifie livret Il se répète souvent dans U mis.


~m

Prevot où Prieur de Senones, Henri chantre, et Falco cellérier. La dignité de Chantre est remarquable dans une Abbaye. L'on rachepta dans la suite la Cure de St Evre lez Luneville. Nous auons un titre de l'an 1860. par lequel il paroit que l'Abbé de Senones joüissoit des dixmes grosses et menues dans le finage de St. Evre les-Lunéville, à cause de la Cure dudit lieu. Le village de St. Evre est ruiné depuis assés longtemps et l'Eglise en a été transferée à Deuville en

Ii' Abbé Gérard se démet de son Abb aye enlAOO.

Autres Abbés de Se-

l'an 1713. sous l'Abbé Dom Pierre Alliot.

C'est a peu près ce que nous sauons de l'Abbé Gérard. Il se démit de son Abbaye en 12Q0. et se retira au Prieuré de Léomont où il mourut et y fut apparemment enterré. Son nom se trouve au Nécrologe le 4e de Juillet.

De son tems je trouve dans quelques titres d'autres Ab-

nones en ee tems 1X80. 1X83.

bés de Senones, par exemple en 1180. Thierri de Noviant, dénommé dans une Bulle d'Alexandre IIL pour l'Abbaie de

Salivai, et un nommé Valterus dans une charte de l'Abbaye de Beaupré en 1183. Il est indubitable que Gérard étoit encor Abbé en 1191. comme on vient de le voir et qu'il n'abdiqua qu'en 1200. comme le marque Richerius. Il faut donc que dés l'an 1180. il ait désigné pour son successeur Thierri de Noviant, qui lui succéda effectivement en 1200. et peut etre que Vautier qui prend le titre d'Abbé de Senones en 1183. est le même que nous auons déjà vu en 1139.

CHAPITRE XVII

CaJRieherJ.i, C. M, p. 536. d

THIERRI DE NOVIANT, 30* Abbé de Senones en 1200, ne gouverna qu'environ 6. mois.

Nous n'auons dans l'Abbaye aucun monument de l'Abbé Thierri de Noviant. Il y a beaucoup d'apparence que c'est le même Thierri de Noviant qui est dénommé dans la Bulle d'Alexandre III. dont nous auons parlé, et qui étoit Prieur de Senones en 4194. Richer (a) dit que c'étoit un homme


simple et de bonne vie qu'il succéda à l'Abbé Gérard et reçut la bénédiction Abbatiale. (C'est le premier dont on marque la bénediction, non que les autres ne l'aient reçu auparauant, mais on n'en dit rien). Il ne gouverna qu'environ 6 mois, sauoir depuis Paques jusqu'a la fête de St Si- méon, un des Patrons du Monastére, qui se celébre le 24e Octob. et se démit de sa dignité pour se retirer dans le Prieuré de S1. Christophe, situé alors auprès de Vie, et aujourd'h. transporté dans la Ville. Il mourut dans ce Prieuré quelques années après et y fut enterré. Le jour de sa mort est marqué dans le Nécrologe au 29. Avril.

CHAPITRE XVIII

CONON DE DENEUVRE, 31. Abbé, depuis 120/ jusqu'en 1 2041205.

L'Abbaye de Senones que nous auons vue si puissant. riche sous l'abbé Humbert en 1152. se trouva si épuisée et réduite à une si grande indigence, qu'après la démission de l'Abbé Thierri, les Religieux ne crurent pas pouvoir mieux faire que de donner l'Abbaye à un nommé Conon de Deneuvre, qui étoit prêtre séculier, en reputation d'etre fort riche et fort en état de soulager le monastére dans ses extremes besoins; mais du reste absolument inepte pour un tel emploi ne connoissant ni la régie de S. Benoit, ni les observances régulières homme du monde de cœur et d'effet, tout occupé du soin des choses temporelles, il ne sut jamais ni commander, ni obéir, ni se conformer aux usages du cloitre, portant ses Epréviers et ses oiseaux de Chasse coe auparavant, dans le Cloitre et meme au Chœur, sans être même revêtu de la Cuculle où du froc monastique, occupé de ses affaires domestiques, de celles de ses parens et de sa famille, comme s'il n'eut pas été Abbé. Les Reli-

i

Caractère de Conon,

Abbé de

Abbé de

Senonei.


Ouvrages que l'Ab-

Henri

fit au pro-

fit de son

abbaye.

Donation de la Oure de

8* Hilaire

de Metz à

l'Abbaie

de Seno-

nes.

quand il vouloit quelque chose, il falloit que la chose s'exécutât selon ses désirs, sans qu'il suivit d'autre loi que sa volonté. Ainsi il tint ses Religieux dans un assujettissement servile. Il supprima la prévôté où le prieuré de la Cour, qui étoit dans l'enceinte de l'Abbaye, et qui est aujourd'hui la ferme de St Sauveur; il ota l'office d'Aumonier, et retint entre ses mains celle de Chambrier. Il en usa de méme de la plus part des obédiences, où des Prieurés; il en retint les Revenus, sans en remplir les places en y nommant des Religieux. Il laissoit ses biens à des fermiers de dehors, en sorte que les Religieux ignoroient absolument l'etat du monastére, tant pour ce qui se passoit au dedans, que pour ce qui se passoit au dehors.

IV

v

à la Maison, et reconnoitre que de son tems l'Abbaye et toutes ses dépendances étoient comblées de toutes sortes de biens. Il batit un moulin à Art sur Meurthe sur la riviére, où l'on en voit encore quelques vestiges. Il bâtit une maison de pierre à Roshem, dans la Cour franche de l'Abbaye, et il acquit la paroisse de S1. Hilaire de Metz au pont Remmon. Mais j'ai de la peine à suivre ici Richerius, puisque l'Eglise de St Hilaire de Metz étoit déjà à l'abbaye en 1125. sous l'Abbé Antoine, comme il paroit par la Bulle du Pape Honoré II. et sous l'Abbé Humbert en 4452. Elle avoit été donnée à l'Abbé Antoine par Etienne Evêque de Metz. Il est vrai qu'en 1221. sous le gouvernement de l'Abbé Henri, le Chapitre de la Cathédrale de Metz accorda son consentement à la donation que Conrade Evéque de la méme ville auoit faite à l'Eglise de Senones, de l'Eglise de St Hilaire du pont Rémon à Metz. Or l'Evéque Conrade siégea à Metz depuis 1210. jusqu'en 1218. Il faut donc dire que Richer n'a voulu marquer ici autre chose, sinon que ce n'est qu'au tems de l'Abbé Henri que cette paroisse de St. Hilaire, a été bien assurée à l'abbaye de Senones, où que l'Evéque Conrade nous donna l'autel de cette Eglise et les revenus qui en dépendoient. En effet on verra par la suite, qu'elle appartenoit entierement à l'Abbaye. Le Pape Adrien

Mais on doit aussi lui faire justice sur le bien qu'il a fait


VI. l'unit en i523. à la mense abbatiale. Cette paroisse ne subsiste plus. On en a déjà parlé sous l'an H25 (i). La donation que Henri II. Comte de Salm, Judithe son épouse, Henri et Frideric ses fils firent à l'Abbaie de Seno- nes en i219. de leur fief de Dongevin auec ses dépendances, situées à Herbéviller, et à Blumeré, sont des preuves de la piété de ce Seigneur et du soin qu'eut l'Abbé Henri de procurer l'auantage de son monastére. Il est remarqué dans la Charte, qui est expédiée à Senones même, le lendemain de la fête de St. Simeon en l'an ±219. que cette donation se fit en présence de plusieurs témoins, en mettant un gazon sur l'autel des Apôtres S. Pierre et S1. Paul (a). Dans la même lettre il est dit que l'Abbé et la Communauté de Senones, en reconnoissance de la liberalité du Comte, lui donnèrent soixante livres de messins; et le Pape Honoré III. dans la Confirmation qu'il donna de ce présent la même année dit que les Abbés et Religieux ont achepté ce fief de Dongevin pour une certaine somme d'argent, Allodium de Donjeven, quod cum pertinentiis suis pro certâ emistis, ut proponitis, pecuniae quantitate. Ainsi c'etoit plutost une vente de la part du Comte Henri, qu'une véritable donation. Le même Pape Honoré III. confirma au Monastére de Senones l'Eglise de S'. Hilaire du Pont Remmon à Metz et les Prieurés de S1. Christophe de Léomont, de Xures et de Deneuvre. Il auoit confirmé en 12i9. le fief de Mervaville auec la Chapelle qui y étoit Allodium de Murvaldi villâ cum consistente in ipso capellâ. On peut remarquer ici que quelquefois on donne pour Patron au prieuré de Léomont la Ste Vierge, quelquefois S1. Christophe, et quelquefois S. Michel.

A l'egard de Mervaville et de sa Chapelle, voici la premiere fois qu'il en est fait mention dans nos titres a moins que ce ne soit le meme qui est nommé le fief de Mauvaldivillae, ci-deuant dans la Bulle d'Eugene III. de l'an H52. C'etoit donc d'abord un fief, ensuite on y batit une Cha-

(i) Voir les art. XXIX et XXX da chapitre XII, p. 85.

~X

DonationAobtpt

du fief de

Sonjevin

en 1219.

(a) Impotitio-

uniuj ctsfitig

tuper al tare

Apottolorum Pé-

tri et Pauli.

VU

Confirma» tiondel'E-

glise de S.

Hilaire de

Metz et

des prieu-

réi de léo-

mont de

Xures et

de Bentu-

vre par le

p. Sonore

III en

îaaa.

VIII

Prieuré de Mer va

Tille. 8a

fondation,

etc.


pelle. La déuotion y attira beaucoup de monde et quantité d'offrandes et on y envoia quelques Religieux pour la desservir. En 1224. l'Eveque de Toul Eudes de Sorcy exhorta l'Abbé de Senones à achever l'Eglise de ce lieu, et lui accorda les memes franchises et priviléges dont jouissoient les autres prieurés de la même Abbaie.

On trouve une Charte de Catherine de Limbouig, Duchesse de Lorraine Epouse du Duc Mathieu II. dattée de l'an 1242. par laquelle elle donne au prieuré de Mervaville, tout ce qu'elle possédoit dans les bans de Mervaville et de Reulles; ensuite elle raconte qu'une Dame nommée Cunégonde de Viviers aiant perdu son mari et ses deux fils Gospert et Thierri, qui furent enterrés dans le Chapitre de Senones, elle donna pour le salut de leurs ames au Prieuré de Mervaville, les biens qu'elle possédoit dans le ban d'Epinal et la moitié du fief qu'elle auoit à Reulles et à Mervaville, conjointement auec la Duchesse Catherine de Limbourg dont on à parlé.

Sur ce pied là il faudroit dire que c'est Cunégonde, qui à f donné les biens sur lesquels le Prieuré de Mervaville est fondé. Ce qui n'est nullement impossible, quoyque nos anciennes chartes n'en parlent pas; mais de faire vivre Cunégonde en même tems que Catherine de Limbourg, c'est un anacronisme insoutenable. De plus ce titre de 1242. porte tant de caractéres de fausseté où du moins d'altération, que nous ne pouvons admettre son témoignage. Au reste le village Reulles non plus que celui de Mervaville ne subsistent plus. Mais le Prieuré de Mervaville est en état et en cette année 1729. l'on a fait réparer l'Eglise qui est tres belle et sans doute la même qui fut batie sous l'Eveque Eudes de Sorcy, mais en 1738. le 26. Janvier une grande partie de la nef de la même Eglise tomba de pure vétusté.

IX

Aoquest de de la Ri-

viered'Art sur Meurthe.

1223.

iasa.

L'Abbé Henri acquit d'un Gentilhomme de Dame-liviere une partie de la Riviére d'Arc sur Meurthe, avec quelques autres biens au même endroit. Environ trente ans après, un Seigneur nommé Othon d'Amance fit donation de ce qu'il auoit dans la même pescherie d'Arc sur Meurthe.


L'Abbaie a possédé cette partie de la Riviere qu'elle s'est réservée lorsqu'en 1101. l'on a démembré de la mense abbatiale les fiefs, les dixmes, l'Eglise et les autres biens qui appartenoient a la mense Abbatiale a Art-sur-Meurthe (i), pour les unir à l'abbaye de S. Leopold de Nancy, et en 1732. les religieux de Senones ont échangé cette partie de la riviere qui leur appartenoit à Arc sur Meurthe, contre l'étang de la Rappe situé au dessus de notre Etang de Bademénil, qui a été achetté par les Peres Chartreux de Bosserville, et a nous cédé en échange de cette partie de riviere que nous possedions à Arc-sur-Meurthe. L'Abbaye de Senones possédoit autrefois de grands biens à Moyen car outre le droit de patronage et les dixmes dont elle joüit encore à présent, elle y auoit de grands droits sur les hommes, les terres, les bois, les eaux et même dans le ban où la justice de ce lieu. Jean d'Apremont Eveque de Metz engagea les Abbés et les Religieux à lui céder tout ce qu'ils auoient à Moyen, à la réserve du droit de patronage et des dixmes et il leur donna en echange dix liures monnoye de Metz, à prendre annuellement sur les places où maisons où ils faisoient leur sel à Vie, lesquelles étoient chargées envers lui de quelques ventes où cens jusqu'à ce que ces places où maisons appartenantes à l'Abbaye de Senones fussent entierement libres et déchargées des dites redevances, où que le d. Evéque leur eût assigné d'autres revenus à Vie où a Metz de la meme valeur de dix liures de produit annuel. Les lettres de cet échange furent passées à Metz dans l'octave de l'Assomption de N. D. en 1224.

La meme année le Princier, le Doien et tout le Chapitre de la Cathédrale de Metz, donnerent leur consentement à la donation qui auoit été faite par Jean d'Apremont Evéque de Metz, à l'Abbaye de Senones, de la Cure de Colombey dans le pays messin.

(t) Ce passage jusqu'à l'art. X est ajouté par D. Calmet lui-même et continue par une note sur feuillet volant collé en marge du manuscrit à la page 113.

x

Echange de ce que

l'Abbaye

possedoit

à Moîen

contre

d'autres

biens que

l'Eveq. de

Metz don-

ne en con-

tre échan-

ge. xoa*.

ZI

J«an d'Apremont

Eveque de

Metz don-

ne àl'Ab-

baie de

Senones

l'Eglise de

Colombey

iaa4.


XII

Aooompt*gnem1, de

Henri le

Lombard

à la Oour

où maison

franche de

Borville

par Henri

Abbé de

Senonei.

mas.

On à déja vu dans la Bulle de Calixte II. de l'an 1123. que l'abbaye possédoit dés lors l'Eglise de Colombey. On la voit encore bien marquée dans la Bulle d'Eugéne III. de l'an 1152. Comment donc peut-on dire que l'Evéque de Metz la donne à l'abbaye en 1224? Il faut sans doute qu'il lui en accorde la collation et les revenus, distingués des dixmes, où au contraire qu'il leur en donne les dixmes, distingués du droit du patronage. Nous y auons encore l'un et l'autre.

Henri de Lorraine, dit le Lombard (i), Seigneur de Bayon, fils du Duc Ferri de Bitche, premier du nom Duc de Lorraine, fut associé pour sa vie seulement, par l'Abbé Henri à la Cour franche que l'Abbaye de Senones possédoit à Borville, auec toutes ses terres et ses bestiaux, à la charge que le d. Henri dit le Lombard, contribuera pour moitié aux charges et réparations de la Cour et de ses appartenances, et joüira de la moitié du produit, en donnant annuellement à l'Abbaïe un cens de quatorze sols Toulois paiables à la St Remi; et lorsque led. Henri le Lombard sera décedé, tout ce qui se trouvera dans lad. Cour de Borville où dans la Seigneurie, appartiendra sans difficulté à l'Abbaïe, à qui il en fait donation pour le salut de son ame; dèz ce moment l'accompagnement cessera et le monastére rentrera dans tous ses biens, coe auparavant. La lettre en fut passée à Senones le Vendredi d'auant Noël de l'an 1225. Elle fut faite double et écrite sur le méme parchemin, l'une à un bout, et l'autre à l'autre. Entre les deux on écriuit en gros caractéres ce mot chirograhum, que l'on coupa par le milieu, en sorte que chacun des deux contractans en eut moitié. Cela servoit à prévenir et empêcher les fraudes et les falsifications des titres, que l'on vérifioit en les approchant les uns (1) On voit que D. Calmet relisait les copies et ouvrages de ses secrétaires dans le présent paragraphe partout il rencontre Lombard écrit par un t final il lui substitue un d et le copiste avait écrit dans tout le texte ce mot avec un t aussi voit-on la rectification de 0. Calmet par.tout où elle doit avoir lieu.


des autres. Cette précaution fut fort commune dans tout le Siécle 138 et nous en auons plusieurs de cette sorte dans l'Archive.

Il y a beaucoup d'apparence que la clause qui portoit que la Cour de Borville et ses dépendances retourneroient à l'Abbaye après le décés du Prince Henri le Lombard n'eut point d'execution, puisqu'encore aujourd'huy les seigneurs de Bayon jouissent de cette Cour et de ses dependances. Au reste Henri auoit pour frères Philippe sire de Gerbeviller et Thierri surnommé d'Enfer qui sont denommés dans le titre d'accompagnement (l) avec le duc Thiébaut leur oncle. Ils y avoient tous mis leurs sceaux; mais il ne reste que celui du duc Thiébaut (2). Henri fauorisa toujours l'Abbaye de Senones, comme on le véra encor ci-aprés il fut enterré dans l'Eglise de ce monastére auec la Princesse Agnés son epouse. Leur tombe se voit au bas de l'autel de la Vierge auec les armes de l'un et de l'autre, mais sans inscription (3). Leur mémoire est marquée dans le Nécrologe de l'Abbaye l'onziéme des Calendes de fevrier, c'est à dire, le 228 Janvier, et il est dit qu'ils donnérent 40. sols sur la taille de Borville pour leur anniversaire. Agnés Dame de Bayon épouse de Henri est marquée en particulier au 3e des Ides d'Octobre et il y est dit que ses héritiers donnent aux frères 20. sols par an pour son anniversaire.

Cet accompagnement est le dernier monument que nous trouvions de l'Abbé Henri (a). Il mourut dans l'Abbaye de Beaupré, où il étoit tombé malade et son corps fut rapporté à Senones et enterré au Chapitre, qui étoit à peu prés où est aujourd'huy la sacristie. Sa mort est marquée dans le Nécrologe au 21. Septembre.

(a) Rieher, I. 4 c.SO.

(I. 2.) De i à 2, c'est le texte compris dans une note marginale écrite par D Calmet.

(3) Ici se trouve en marge du mss. p. ii6, une note de D. Calmet de deux lignes environ de texte, mais illisible en grande partie. Elle n'a, du reste, pas grand intérêt.


Ça) Richer,

ib.d.,c.ïl.

Vidrio abbé de Seno-

nes. Sa

naissance,

ses vertus.

Diffioul-

tés sur le

commen-

cement de

̃on gou-

verne-

ment.

L'an 1733. (•) en relevant le pavé de l'Eglise, on trouva ce fragment:

In SIGNIS HENRICVS EST VOCITATVS SI GENVS: EST CERTE GENEROSO SANGVINE CRETVS. tiré d'une moitié d'une tombe gravée fort propremt. Elle ne peut regarder Henri Briton de Deneuvre abbé de Senones, dont on voit la tombe et l'Epitaphe a present devant l'autel de S. Joseph.

I

VIDRIC, 33e Abbé depuis 1224. jusqu'en 1238. Vidric etoit sorti des Gentilshommes Seigneurs de Couvay (a). Il auoit été élevé dans l'abbaye de Senones et y auoit fait profession de la vie Religieuse. Il étoit de bonnes mœurs et auoit de fort belles manières selon le monde. Il aimoit l'office diuin et s'en acquittoit volontiers. ïl imita en cela son Prédecesseur ainsi que dans la bonne économie du temporel de son monastére.

Il y a difficulté sur l'année de sa promotion à l'Abbaye. J'ay vu un titre de l'Abbaye de Beaupré ou il est qualifié Abbé dés l'an 1224. Cependant Henri son prédécesseur étoit encore Abbé le Vendredi d'auant Noël 1225. Vidric étoit aussi Abbé au mois d'Octobre 1225. comme nous le voions par nos chartes. Comment concilier tout cela ? Et si Henri n'est mort que vers le 21. Sept. comme le marque le Nécrologe, il faudra dire que ce n'a été qu'en 1226. (2) et par conséquent qu'il etoit encore Abbé en cette année. (1) Dans le mss. p. 17, se trouve sur une feuille volante ce passage commençant par ces mots L'an 1733 et «'étendant jusqu'au chap. XX. Cette note est <ie D. Calmet.

(2) Dans la liste des abbés en tête du mss. l'Abbé Henri est marqué comme élu en 1206 et mort en 4227 seulement. 11 y a du reste plusieurs dates et autres détails qui dans le corps de l'Histoire ne sonl pas conforme» aux indications de la liste des Aobés placée au commencement de l'ouvrage.

CHAPITRE XX


Pour accorder cas différences, je ne vois qu'un seul moien, qui est de dire que Vidric auoit été élu Abbé où Coadjuteur de Henri dès l'an 1224. où que dés cette année Henri auoit fait une démission de son Abbaye en faveur de Vidric, se réservant toutefois le titre d'Abbé sa vie durant. Nous auons déjà remarqué la même chose dans les Abbés Gérard, Thierri et Vautier.

Auant que d'entrer dans le récit des choses que Vidric fit au dehors de son monastére, il faut premierement rapporter ce qu'il fit au dedans pour le bon ordre de l'office divin (a). Sous l'abbé Henri son Predecesseur on ne récitoit pas au Chœur et en commun les heures canoniales de Tierce, Sexte, None et Complie mais seulement Matines, Prime et Vépres. Et pour l'office de la Vierge que les Religieux récitoient tous les jours, ils ne le disoient pas au Chœur mais après Matines ils alloient dire sans chanter les matines de la Vierge deuant l'autel de la Croix auec les Laudes de tous les SS. On y disoit de même les Vépres de la Vierge après les Vépres Canoniales.

Mais l'abbé Vidric ordonna qu'on chanteroit au Chœur toutes les heures canoniales; et pour l'office de la Vierge, il voulut qu'après les Matines canoniales, les Religieux allassent en procession auec le Luminaire et en chantant un Répons de la Vierge, qu'on allât, dis-je, à l'église de la Vierge où la Rotonde et qu'on y chantat les Matines. Pour les autres heures de l'Office de Notre Dame, il régla qu'on les chanteroit au Chœur après les heures canoniales, à l'exception des Vépres qu'on alloit chanter à la Rotonde, après les Vépres canoniales chantées au Choeur.

A l'egard de la Messe, sous FAbbé Henri on en célebroit tous les jours trois dans le monastére: lre Celle du matin se chantoit à la Rotonde par la Communauté auec l'Office de Tierce qui la précedoit; 2mo La messe conventuelle au Grand autel de l'Eglise de S*. Pierre, et la 3me à St Siméon; mais à cette derniere la communauté n'y assistoit pas et comme le prêtre qui la célébroit auoit plus de peine que les autres, à cause de l'eloignement de la Chapelle de S. Siméon, 8

n

Ce que fit V i d r i o

pour le

réglement

de l'office

divin dans

son mo-

nastére.

(a)Rieher,H, c. 33.

m

!•' office de la Vierge

se disoit

tous les

j ours à

Senones.

IV

On disoit tous les

jours 3.

messes so-

lennelles

à Seno-

nes.


B atimen s faits par

l'Abbé Vi-

drio.

Richer, l.O.c.

«, p. 886.

Henri luy faisoit donner une portion de vin au dessus de l'ordinaire; car dés lors les Religieux receuoient en particulier leur portion de pain et de vin.

L'Abbé Vidric conserua le même nombre de trois messes par jour; mais il voulut que la messe matutinale se chantat à St Siméon et par toute la communauté présente; que la messe conventuelle se dit à l'ordinaire dans la Grande Eglise et que la 3e se célébrât à Notre Dame ou à la Rotonde, mais non pas par la communauté. Il paroit par Richérius que c'etoit le pretre semainier qui disoit toutes ces trois messes; Qui hebdomadarius majorts missae et matutinalis esset, hanc tertiam missam ad Stam. Mariam cum coadjutore celebraret, et qu'il auoit une portion de vin qu'on lui donnoit par surérogation du cellier. C'est ce qui s'observoit encore du tems de Richérius.

Vidric fit quelques batimens dans son Abbaye; il fit vouter le Cloitre et l'orna de piliers et de colomnes, depuis la porte qui conduit au Chapitre jusqu'au refectoire. C'est sans doute le Cloitre que l'on démolit en 1108. lorsqu'on commença le nouveau batiment. Il bâtit aussi une Chambre où un appartement entre la porte de deuant et le moutier (i) où l'Eglise. C'etoit (*) le quartier abbatial, qui fut démoli par D. Alliot en 1688. lorsqu'il bâtit sa nouvelle maison abbatiale, dont nous auons cédé une partie aux Religieux. En 1225. qui est la premiere année où le nom de Vidric paroit dans les Chartes de l'Abbaye de Senones, il s'accorda auec Frideric de Blamont et la Dame de Dombale femme de Frideric, par la médiation de Mathieu II. Duc de Lorraine, au sujet d'une corvée ou pièce de terre, située au dessus de Crévi et dépendante du Prieuré de Léomont; il fut arrêté que le Seigneur de Blamont et son Epouse jouïroient de cette piéce de terre pendant 7. ans, après quoi elle retourneroit à la maison de Léomont que si toutefois la Dame de Dombasle venoit à mourir dans cet intervalle des 7. années, dés ce moment la Corvée seroit renduë à Léomont. Je ne rap(1) Moutier, monastère, vieux mot.

(2) D. Calmet a ajouté dans le mss. en interlignes et en marge, ce passage jusqu'à l'alinéa suivant.


porte ce titre que pour faire connoitre Ferri de Blamont qui étoit frère de Henri Comte de Salm, voüé de l'Abbaye de Senones. Dans le même titre il est parlé de Philippe de Lorraine Seigr. de Gerbéviller et de Rosières (a) et du Seigneur de la Haute-pierre.

Ces Seigneurs de la Haute pierre prenoient leur nom d'un Chateau situé prés la Haute pierre au-dessus de l'Abbaye de Moyenmoutier. Richer (a) remarque que ce chateau fut bati par Albert (*) sire de Paroye en 1193. et qu'il fut détruit la 2e année du gouvernemt. de l'Abbé Vidric (b). Or ce chateau étoit certainem1. detruit en 1224. (c) par conséquent il faut mettre le commencement de Vidric auant l'an 1225. Il faut donc avoüer que Vidric commença à porter le titre d'Abbé de Senones, quelques années auant la mort de l'Abbé Henri, ainsi que nous l'auons déjà remarqué ci-devant. Lorsque le Chateau de la Haute pierre fut renversé, c'etoit Albert de Paroye qui en étoit Seigr. Il obtint du Duc Mathieu la permission de batir un autre Chateau sur la montagne d'Aensus au-dessus de Colroye dans le val de St Diez (2); mais il est certain qu'Albert de Parroye ne bâtit point de chateau a Ansus prés de Colroy. Il répara celui de la haute-pierre et sa posterité y subsista encore longtems apres lui. Aussi n'est-il pas dit dans le traitté d'accomodemt. entre le duc Mathieu et lui, qu'il batira mais qu'il pourrait batir pres Colroy ou retablir la Haute pierre (2"). Je crois entreuoir des vestiges du nom d'Aensus (") dans celui de Lassu, où Lassé, ou Lesseu, à une demie lieüe de Colroy. L'Eglise et les dixmes de Remberviller auoient été données au prieuré de Moniet par Etienne de Bar fondateur de ce Prieuré en 1126. Les Religieux en auoient jôüi assés longtems sans contradiction, lorsque certains Gentilshommes de Remberviller s'emparérent d'un tiers des d. Dixmes, (1) Albert ou Aobert de Parroye.

{1) Dans le mss. p. 420 se trouve ici un renvoi à une note marginale écrite par D. Calmet et s'étendant jusqu'à 2".

(3) La montagne d'Ansus. Voir Gravier, Hist. de St-Dié, p. 126 e Notice de la Lorraine de D. Calmet, mot Moyenmoutier.

(a) Riehtr, 1. 9,

c. J3.

VI

Seignenri de la Hau-

te pierre.

(b) Id.. I. »,

c. M, p. 384.

(c) Vid.,hi*t.

Mediani monrij., p. SU, 313.

~XX

Cure et dix-

mes s de

1 Rtmber-

viller.D if-

pute* à oe

sujet en 12 2 5.

X 2 2 7.

i! et 1229.

t


vm

cession de la Cure de

prétendant les auoir reçuës en fief d'Etienne Eveque de Metz. Les Religieux du Moniet en portérent leurs plaintes au Pape qui en écrivit à Pierre de Brixey Evéque de Toul (qui siégea depuis l'an 1168. jusqu'en 1192.) Ce Prélat ayant inutilement emploié la voie des exhortations et des remontrances envers ces seigneurs, se vit enfin obligé de les excommunier. Ils rentrèrent ensuite en eux mêmes et aiant pris la Croix pour faire le voiage d'Outremer, ils vinrent au prieuré de Moniet et remirent sur l'autel la part des dixmes dont ils s'etoient emparés.

Mais quelque tems après un de leurs descendans père de Simon Gentilhomme de Remberviller, s'en empara de nouveau par le crédit de son frère nommé Renaut, qui étoit Receveur Géneral de l'Eveque de Metz dans la Vosge. Les Religieux du Moniet se plaignirent de cette violence et le firent excommunier. Ce chatiment ne lui fit pas changer de conduite et il mourut dans son excommunication. Simon de Remberviller son fils, retint ce que son père auoit injustem'. possédé, et Vidric s'etant pourveu auprès de Jean d'Apremont Evéque de Metz, dont Simon étoit feudataire, l'Evéque nomma pour Commissaire l'Abbé d'Autrey et le Prieur de Salone, qui firent leur rapport, ainsi que nous venons de l'exposer. L'Abbé et Simon mirent l'affaire en arbitrage entre les mains de Thierri de Deneuvre et de Jean le Brun de Vic, qui prononcèrent que l'Abbaye de Senones où le Prieuré de Deneuvre rentraroit en possession du tiers des dixmes de Remberviller en question, et que l'Abbé Vidric payeroit trente liures de Toulois à Simon, pour être employées à achepter un fond qu'il reprendroit en fief de l'Evéque de Metz, afin de dédommager en quelque sorte ce dernier de l'hommage qu'il recevoit auparavant de Simon, à cause de ce tiers des Dixmes. Cette sentence fut renduë en 1229. et r Evéque de Metz la ratifia la même année au mois de Juillet.

Pendant ces procédures et en l'an 1227. Eudes de Sorcy Evéque de Toul, à la prière de l'Abbé Vidric, céda à l'Abbaye de Senones le Personat de la Cure de Remberviller,


c'est a dire, le droit de patronage et les revenus de l'Eglise, dont ils possedoient déjà les dixmes, comme on l'a vu, à charge de donner au Prêtre qui deuoit lui etre présenté pour la desservir, un revenu raisonnable pour sa subsistance, au jugement de l'Evéque, sauf le droit de l'Evéque, et celui de l'Archidiacre; c'est à dire que l'Evéque se réserve la droit d'instituer le Curé et de connoitre de ses vies et mœurs, et à son Archidiacre le droit attaché à sa dignité d'Archidiacre de Flins. Mais la même année et au même mois d'Octobre Villaume Archidiacre de Toul céda aussi son personat à Vidric. (') Je ne vois pas distinctement si la cession de l'Archidiacre Villaume est antérieure a la donation de l'eveque elles sont toutes deux de la meme année au mois d'Octobre; le jour n'y est pas marqué. Il est croiable que ces 2. choses se firent en même temps ('"). Il est certain que la cure de Remberviller est demeurée depuis ce tems à l'Abbaye de Senones en toute propriété, tant pour le droit de patronage que pour les dixmes.

On a vu ci deuant que sous l'an 1153. l'Eglise de Se. Maurice au val de Senones et ses revenus, auoient été donnés à l'Abbaye au jour de la dédicace de l'Eglise de N. D. surnommée la Rotonde. Quelque temps après l'Abbé Gerard céda les revenus de cette cure à Folmare Archidiacre de Toul, lequel en joüit pendant tout le gouvernement de l'Abbé Gérard mais l'abbé Henri qui lui succéda aiant fait voir à Folmare que les revenus appartenoient à la mense des Religieux de Senones, et non à l'Abbé, Folmare les remit, et reconnut le droit des Religieux. Mais Vidric qui succéda à Henri demanda pour plus grande assurance, que Folmare donnat un acte de tout ce qui s'étoit passé. Ce qu'il fit le lendemain de Paques 1233.

En 1235. Henri de Dombasle, frère du comte de Salm, fit donation à l'Abbaye de Senones, entre les mains de l'Abbé (i) Cet urt. VIII est très-corrigé par I). Calmet. Son copiste avait été particulièrement distrait et outre les nombreuses adjonctions, l'auteur a mis ici une note qui s'étend jusqu'à 1".

Rember-

viller où

du droit

de Patro-

n a g e à

l'Abbaye

de Beno-

Des en

1227.

IX

te» revenu* de la Cure

de S1. Mau-

rice resti-

tuéi au

oo uvent

de Seno-

nes. 1233.

Z

Donation de ce que

Henri de

Sombaale

auoit ao-

quiaàMa-

gnèville

1235.


Restitution du moulin

de lor-

quin 1235

XI

Confirma. tion des

biens du

Monîet t

par le P.

Grég. IX.

123O. et 1235.

(o)JJi'cW, 1.4, C. 22, p. 385.

XI bis (<).

Brouilleries entre le

Comte de

Salm et

l'Abbé Vi-

dric. Tous

les Seli-

gieux de

Senones

le retirent

à Rem.

berviller

et à Xiéo-

mont.

(b)Rieher,H, C. 23, p. 385.

(c) Attirent'.

Raoul d'Outray.

Vidric, de tout ce qu'il auoit acquis à Magnéville en terres, en prez, en bois et en autres choses. Et la même année un nommé Vidric d'Etinges, Prevost de l'Evéque de Metz, témoigne que l'Evéque de Metz restitua au monastere les deux tiers du moulin de Lorquin où de Loritiges, dont Wateric un de ses prédecesseurs d'heureuse mémoire s'etoit

emparé longtems auparauant. (Je ne connois pas cet Evéque Vateric où Vatenric il ne se trouve pas dans les listes des Evéques de Metz.) Mais comme Etienne prieur de Lorking auoit emprunté 50". du susdit Vidric, il ne deuoit rentrer dans la joüissance de son moulin, que quand il auroit remboursé cette somme au Prevost. L'acte est scellé de l'Abbesse de Hesse et de l'Archipretre de Sarbourg.

Le Pape Grégoire IX. à la diligence de l'Abbé Vidric, donna deux confirmations des biens du Moniet l'une générale en 1 230. et l'autre particuliére, pour les biens que ce prieuré possédoit en Alsace, principalement les vignes qu'il auoit à Roshem, à Chatenoy et à Regisvilla, (peut-être Roschwir) où Richer (a) dit que l'Abbé Vidric auoit acquis un bien considérable pour la somme de 80 marcs d'argent, lequel bien fut perdu sous l'Abbé Baudouin successeur de Vidric.

Tout ce que nous venons de dire est une preuve de la diligence de l'Abbé Vidric et de son attention à conserver les biens de son Abbaye et à y maintenir le bon ordre. Pendant qu'il étoit ainsi occupé à procurer le bien de son monastére, il lui survint une facheuse affaire avec Henri III. comte de Salm, fils du Comte Henri II. et de Judithe de Lorraine, dont on a parlé ailleurs, à l'occasion que nous allons dire. Le comte prétendit que Jean et Geoffroy Gentilshommes de Couvay, frères de l'Abbé Vidric (b) et Raoul d'Oucroy (c) étoient ses vassaux et demeuroient sur ses terres, dicens eos esse de familiâ suâ. (Dans le stile de ce (l) L'art. précédent porte déjà le n* XI aussi an lecteur moderne en lisant le mss., a-t-il ajouté ce second numéro, le mot bis écrit à l'encre rouge.


tems là, être de la famille d'un Seigneur, signifioit etre son i vassal, s'il s'agissoit d'un Gentilhomme; où être son serf J et son sujet, s'il s'agissoit d'un particulier; car alors pres- « que tous les sujets étoient serfs.) Les Gentilshommes dont nous venons de parler, soutenoient au contraire, qu'ils ne i dépendoient en rien du comte de Salm. Celui cy fit saisir a tout ce qu'ils possedoient dans son comté et les fit arrêter t eux mêmes.

L'Abbé Vidric prit part à cette quérelle et fit citer le comte deuant les Evéques de Metz et de Toul. On y plaida longtems sans rien conclure. Enfin Vidric prit une résolution d'eclat, croiant par là toucher le comte et l'obliger à se relacher. Il fit sortir tous ses Religieux de l'Abbaye de Senones et en mena une partie auec lui à Remberviller et envoia les autres à Leomont, où il fit aussi porter le Corps de S1 Simeon, que l'on tira de la Chasse d'argent où il étoit enfermé.

Il ne demeura dans le monastere que cinq Religieux qui étoient attachés au Comte de Salm, et qui ne jugérent pas à propos d'en sortir, le Comte leur fournissant du sien la subsistance nécessaire. Cet attachement opiniatre au Comte et cette demeure dans l'Abbaye sans le consentement de Vidric, aigrirent cet Abbé qui se plaignit de leur désobeissance aux Evéques de Metz et de Toul, qui ordonnèrent que ces Religieux rebelles seroient punis et mis en prison. Ces ordres furent exécutés. Quatre de ces Religieux furent arretés et enfermés dans une tour à Remberviller. Le cinquiéme s'étant trouvé absent, éuita le sort qu'auoient eu ses confrères.

Les choses étoient portées de part et d'autre à un tel excés, que l'on vit bien que le comte et l'Abbé ne vivroient jamais en bonne intelligence, à moins que les frères de Vidric ne fissent quelque satisfaction au comte. Les amis communs s'entremirent et les 3. Gentilshommes firent leur accomodement. Le comte les relâcha, leur rendit leurs (t) Note de D. Calmet.

Oolny eloit use

maison an pe-

tit Tlllige situé

sur le ruisseau et

dans le Talion qui

sont à l'Occid».

de la petite Ra-

von; il y avoit

autty an mou-

lin (i).


(a) Richer, ). », e. «6, i>. 393.

Vidrio est choisi i

pour Ab-

de S.

Uvre*

Brouilleriez à Senones

pour don-

n e r un

successeur

m Vidric

vers l'an

~iâ6.

xn

biens et bientost après le comte et l'Abbé firent aussi leur paix. Le comte promit de rendre tout ce qu'il auoit pris sur l'Abbaye et l'Abbé mit en liberté ses Religieux. Richerius (a) parlant de ce comte Henri III. en fait un portrait des plus hideux. Il dit qu'il conçut le dessein de dépouiller ses Pérès et Mères de leur Seigneurie et de les enfermer dans un monastere, ce qu'il auroit apparemment exécuté [s'il n'eut été prévenu par la mort (*) que dans une grande maladie qu'il eut, ayant été crû mort, on l'ensevelit et on le porta à Haute Seille, pour y etre enterré; que la nuit qui suivit son enterrement, on entendit de grands cris à son tombeau. Le lendemain on ouvrit la terre et on le trouva qui étoit renversé dans son cercuëil, ce qui fit juger qu'il auoit été enterré étant encore vivant. Un jour l'Abbé Vidric l'etant allé trouver pour lui faire quelque remontrance sur certains biens de son abbaye dont il s'etoit emparé, Henri le reçut auec hauteur et lui dit d'un ton menaçant et jurant par S1 Nicolas, dans la chapelle duquel ils etoient alors dans le Chateau de Deneuvre, qu'avant qu'il fut la S' Remi, il lui feroit tant de déplaisir dans sa personne et dans ses biens, qu'il l'obligeroit à souhaiter être plutost outre mer, pour n'en revenir jamais. Mais la maladie qui fut suivie de sa mort, arriva bientost après et l'empecha d'executer sa mauvaise résolution.

Quelque tems après, c'est a dire, vers l'an i236. l'Abbaye de SI Evre les Toul étant vacante par le decés de Geoffroy Abbé de ce monastere et les Religieux ne pouvant s'accorder sur le choix d'un successeur, s'addressérent à Roger de Marcey Evéque de Toul, et le priérent de leur procurer un bon Abbé. Il leur suggéra Vidric abbé de Senones, qu'il honoroit d'une amitié particuliere et leur conseilla de l'elire. Ils l'elurent, et Vidric accepta l'honneur qu'on lui auoit fait. Mais il auoit dessein de faire tomber (4) II faut supposer devant cette phrase Richer dit que dans une grande maladie, etc.


son Abbaie de Senones à un de ses parens qui en etoit religieux. Il en parla à la communauté qui n'y voulut pas entendre. Il fit venir à Senones les Evéques de Metz et de Toul et Villaume Abbé de S1. Mansuy etc., quantité de personnes distinguées par leurs emplois et leur condition et qui lui etoient devouées. Ils parlerent à la communauté assemblée, ils virent les Religieux en particulier; ils emploiérent les raisons, les caresses, les promesses, les menaces pour les engager à faire ce que Vidric souhaitoit d'eux. Ils ne purent rien gagner et s'en retournérent comme ils étoient venus; les Religieux disans qu'ils vouloient une Election libre, et que Vidric n'aiant pas encore fait sa démission, ils n'etoient pas en droit d'en élire un autre. Il s'y prit ensuite d'une autre sorte, qui fut de tacher de gagner ses Religieux par des présens, des graces, des promesses il donna à l'un l'aumonerie, à l'autre la Chambrerie où l'hôtellerie, à celui-ci la Trésorerie, à celui là la charge de Prieur du monastere. Il promit aux autres de les envoyer aux obédiences où aux prieurés de dehors dépendandu monastere. Chacun d'eux reçut auec joye les présens qu'il leur fit, mais nul ne voulut se rendre à ses désirs. Tous les jours c'etoient de nouvelles tentatives tantost c'etoient les Euéques, tantost des Abbés, tantost des Gentilshommes, et tantost des Clercs où des députés qui venoient solliciter les Religieux de condescendre aux volontés de Vidric. Celui ci voiant que les Esprits ne se réûnissoient point, proposa de déferer l'election aux deux Evéques de Metz et de Toul, dont il se tenoit assuré. Nous nous assemblames au jour nommé dans l'abbaye de Beaupré, dit Richer qui eut beaucoup de part à cette affaire. Les deux Prélats insistoient fortement à ce que la communauté de Senones se réünit dans le choix du sujet que l'Abbé proposoit, mais n'y voiant aucune disposition, ils nommérent pour Abbé l'aumonier de l'Abbaye de S1. Vanne de Verdun, qui ne tint compte d'accepter l'Abbaye, parce qu'il comptoit d'auoir celle de S*. Vanne, dont l'Abbé etoit très infirme et fort âgé.


Baudouin prieur de

Varcngé-

ville élu

Abbé de

Senonei

vers l'an

1237.

Alors Vidric renouvella ses instances et sollicita de nouveau les Religieux de Senones à donner les mains à ce qu'il souhaitoit; mais il ne put rien gagner sur leurs esprits, parce qu'ils insistoient toujours sur leur droit d'election et qu'ils ne vouloient point qu'on donnat atteinte à leur liberté. A la fin fatigués de tant de sollicitations et de tant de remises, ils résolurent de faire un effort sur l'esprit de Vidric, afin qu'il les laissat procéder à une élection libre. Ils lui proposèrent de lui abandonner le prieuré de Léomont, dont il porteroit le revenu à son abbaye de St. Evre. On en dressa le traité et on le mit entre les mains de Vidric, puis on prit jour pour l'election. Il s'y trouva et parla aux 7 où 8. Religieux qui favorisoient son parti, et qui jusqu'alors auoient été la cause du retardement de l'élection. Au jour nommé on proposa pour éviter le tumulte et le partage des voix, de prendre la voie de compromis, plutost que celle du scrutin, où quelque autre voie de celles qui sont en usage dans ces occasions. Vidric et ceux de son parti y consentirent, à condition que l'un des trois compromissaires seroit pris du nombre de ceux qui étoient attachés à Vidric. La communauté choisit un ancien Religieux nommé Jean; mais le moine Richer, de qui nous tenons ces particularités, et le parti de Vidric, nomma Frideric Prieur de Schures. L'on proposa à ce dernier tous ceux de la communauté à qui l'on pouvoit penser pour l'Abbaye mais il n'en agréa aucun. On lui offrit ensuite des Prieurs et d'autres personnes de mérite, qu'il rejetta de même; et comme il rendoit compte à l'Abbé Vidric de ce qui s'étoit passé, on dit qu'il répondit puisque ces Relig*. ne veulent pas s'accorder, je leur ferai donner un Abbé tels qu'ils le méritent.

xm

En effet il consentit qu'ils élussent un nommé Baudouin Religieux de Gorze, qui venoit d'etr e fait Prieur de Varengéville. On le présenta à Roger Eveque de Toul, qui eut toutes les peines du monde de l'admettre et de confirmer son élection. Baudouin se rendit à Senones vers le tems de la Purification de l'an 1236. ou 1237. et fut reçu auec grand


appareil et en procession par les Religieux de la communauté.

Pour Vidric, il alla à son Abbaye de S1. Evre et emporta auec lui tout ce qu'il pût, tant de Senones que des dépendances car il n'ignoroit pas que le monastére dont il alloit prendre le gouvernement, etoit dans un dénuëment presqu'incroiable des choses les plus nécessaires; car croira t'on qu'il n'y a pas de l'exagération dans ce que dit Richérius (a), que les meubles, les ornemens d'Eglise, les Croix, les Calices, les Chappes de Soye, étoient demeurées en c gage chéz une certaine femme de Metz; que les fermes et les Seigries. étoient toutes où engagées où aliénées que dans le monastere il n'y auoit qu'un seul âne emploié pour aller chaque jour chercher la provision de bois pour la cuisine.

Malgré cet extrême dérangement, le nouvel Abbé sçut si bien gagner les coeurs de tout le monde, et usa d'une si grande sagesse et d'une si parfaite économie, que dans fort peu de tems il rachepta ce qui étoit aliené et dégagea ce qui étoit engagé. Mais Dieu ne permit pas qu'il joüit longtems de l'Abbaye. Il y entra vers l'an 1237 Il étoit certainement Abbé de S1. Evre en 1238. et il mourut vers l'an 1246.1247. Il fut enterré dans son Abbaye sous une tombe élevée et ornée de sculptures assés propres à la droite de l'Eglise. On n'y voit plus aucuns anciens tombeaux depuis la démolition jjui fut faite de cette Eglise en 1552. (l) à l'occasion du siege de Metz par l'Empr. Charles V. que l'on craignoit qu'il n'assiegeat aussy la ville de Toul. Sous l'Abbé Vidric en 1242. les deux abbayes de Senones et de St. Evre entrerent en societé des prieres par un acte solennel passé en cette année 1242.

Dés auparauant et au neuvième siecle, le monastere de Senones étoit associé aux prieres de l'Abbaye d'Augie la {{) La fin de la phrase, à partir de 4532, est ajoutée par D. Calmet, et par un renvoi, de sa main également, il porte l'attention du lecteur sur deux feuillets collés en marge de la page 131 du mss., et qui renferment la continuation du texte jusqu'au chap. XXI.

XTV

Vidric arriue à S'.

Evre et

prend pos-

session de

t Abbaye

vers l'an

1U7.

(a) Bicktr, 4 c. 3%, p. 389.


V le necrxlon«

de '̃enoucsS. Caleudu* Teitruarii.

Riche, ou Richenaur. V. Mabill. Veter. analut. p. 426. Edit. 1723. In folio.

L'abbaye de Senones etoit aussy en confraternité de prieres avec les Peres de Citeaux et en Particulier avec les Religieux de Maisieres Maurensium, ancien Prieuré dépendant de l'abbaye de haute Seille, aujourd'huy reduit en simple metairie a 4 lieuës de Haute Seille.

Les Abbayes de Moyenmoutier et d'Etival, ne sont entrées en société de prières avec nous, par acte authentiq. qu'en 1394.

Nous etions aussy en confraternité avec les Peres de Belchamp. Voyez le necrolog. VI. Idus Decemb. Item avec les Peres de St. Pierre de Corbie, V. le necrologe V. Kal. Octob. obiit Radulphus Abbas. Johannes Abbas, cum duobus prioribus et XLI. Sacerdotib. quatuor diaconibus, septem pro fessis Ecclesiae Sli. Petri de Corbeia. Item avec l'abbaye de Montier.

Item avec les Peres de Marbach. II. Idus Martii. (1) De societate charitatis quam habemus cum dnis Abb. et Religiosis Senonensibus et Styvagiensibus.

Juxta antiquam charitatis societatem inter nos et dnos Abb. priores et Religiosos Senonenses et Styvagienses initam, qunndocumque trium Mona.teriorum abbas aliquis aut confrater in Monasterio vel ejus dependentia regulariter degens e vita migrât, prior ejusdem Monasteriùvel alius ab eo delegatus, tenetur quantocius ejus obitum patribus et confratribus aliorum Monasteriorum nuntiare, qui sic admoniti, prima die non impedita recitare debent officium mortuorum in choro pro defuncto fratre, nimium post vesperas canoniales, vesperas defunctorum, et post completorium unum noclurnum cum laudibus; sequenti autem die missam con-

(t) Voici l'acte dissociation de prières entre les deux abbayes de Senoues et d'Ktivtl c'est une copie d'une autre écriture que le reste du manuscrit, écrite sur un feuillet collé en mtr^ede la pagu 111. D'aptes ce que le lecteur vient de lire quelques lignes plus haut, cet acte serait de 1394.


ventualem decanture debent, tam pro ipso fratre defuncto, quam pro illis pro quibus adhuc orare lenebatur cum his collectis inclina. deus veniae largitor, et fidelium deus. Praeterea omnes et singuli sacerdotes pro eodem fratre de functo unam missam celebrare, non sacerdotes vero ad eandem intentionem septem psalmos poenitentiales cum litaniis semel recitare debent. Denique ex laudabili consuetudine ad Monasterium fratris defuncti ex utroque alio Monasterio duo Religiosi conveniunt et Missae solemni quae in die depositionis ejus celebratur, nec non ejus inhumationi si nondum facta sit, et immediate post missam fieri debeat, intersunt quando autem dnus Abbas alicujus ex praedictis tribus Monasteriis e vita decedit, tunc plures Religiosi ex utroque alio Monasterio, solemnibus ejus exequiis interesse solent.

Ex eod. locali Mediani Monas. p. 28

CHAPITRE XXI

BAUDOUIN 34e. Abbé de Senones depuis l'an 1238. jusqu'en 1270.

Baudouin aiant été fait abbé de Senones, de la maniere

que nous auons dit, prit possession de son Abbaye vers la Purification de la Vierge de l'an 1239. C'étoit un jeune homme d'age et de moeurs leger (a), causeur, emporté, écoutant volontiers les raports, présomptueux, abondant dans son propre sens, aimant les flateurs et la vaine gloire. Dans les commencemens il auoit accoutumé de dire à ses Religieux mes frères vous voiés que je suis jeune et que j'ignore les usages et les pratiques de votre monastére, l'etat des choses et les intérests de la maison, c'est pourquoi si je fais où si je dis quelque chose qui ne convienne pas, auerlissés moi, affin que je me corrige. Toutefois quand on lui don-

Caractére d'esprit de Baudouin Abbé de Senonei.

Ca)Richer,H, c.SS, |«. 390.


Il

Baudouin reoupére le Prieuré de I.éomont.

(a) Voiés Vif ht. Je Lorr., i. Il preuves p. CCCCXLIV.

m

Edifices et autres à biens que Baudouin fait à son m o n a s tére.

(b) Richcr, 1. », c. 23, p. 390 eL 30t.

(") Auirem*.

Cl:enesieres.

noit des auis, il n'en profitoit que peu où point du tout. Il aimoit à exercer l'hospitalité, principalem1. envers les nobles et les personnes dévoüées au service et aux interests du monastere. Il les traitoit fort bien, et pour les divertir, il se plaisoit même à voir des bouffons et des Baladins dans leur Compagnie; ce qui fait juger à quel point la discipline étoit déchüe en ce tems là.

La première année de son gouvernement, ayant appris que les Religieux de son Abbaye auoient cédé le prieuré de Léomont à l'Abbé Vidric, qui le possedoit auec l'abbaye de S1. Evre, il s'adressa aux Visiteurs de l'ordre de St. Benoit, qui auoient tenu depuis peu un chapitre géneral par le Commendement du Pape et dont un des Visiteurs étoit l'Abbé de St Mathias de Tréves (a); il s'addressa, dis-je, à eux et obtint des lettres addressées à Vidric, par lesquelles il lui etoit ordonné de rendre incontinent à Baudouin le prieuré de Léomont sous peine d'excommunication. Ainsi Baudouin rentra dans la joüissance de ce Prieuré. Baudouin quoique non exempt de défauts, auoit toutefois de bonnes qualités. Richer (b) avoüe que s'il eut été plus affectionné à ses Religieux et qu'il les eût traité d'une maniére plus paternelle, s'il eut été plus assidu à l'office diuin et à célebrer la Ste Messe et plus exact à observer les pratiques de son monastere, qu'il eut plus souvent pris l'avis de ses Religieux, enfin qu'il eut vécu d'une maniere plus religieuse et plus digne d'un chef de communauté, les Religieux n'en

auroient pas souhaité un meilleur. Il acheva de voûter le cloitre que Vidric auoit commencé et qu'il auoit conduit jusqu'à la Chapelle de la Vierge, surnommée la Rotonde. Il auoit deux tailleurs de pierre, dit notre Historien, dont l'un étoit convers, et l'autre prébendier, qui y trauailloient assiduement. Cela fait voir quelle étoit alors la rareté des ouvriers. Il bâtit quelques nouveaux moulins et en répara d'anciens. Il en batit un à Reclonville et un autre à Chaneseres (") qui appartient à l'aumonerie. Il rétablit celui de Merviller et acheva celui de Lorfinge que Pierre Prevost d'Anserviller auoit commencé. Tout cela est aujourd'hui perdu.


Le Prieuré de Mervaville étoit alors en veneration par les merveilles que, par l'intercession de la Ste Vierge, Dieu y operoit et par la grande dévotion des peuples qui y venoient en pélerinage et y faisoient des biens considérables L'Abbé et les chanoines Réguliers d'Autrey lui céderent une terre qu'ils auoient entre Reulles et Mervaville, moiennant un cens de 3. sols toulois. La lettre de donation est de l'an 1238. et en français. C'est la plus ancienne pièce en cette langue, qui se trouve dans notre archive. Il seroit malaisé d'en voir ailleurs de plus vieilles en cette langue; car ce n'est que depuis 4230. où environ qu'on a commencé à écrire quelques lettres en françois.

C'est vers le même tems et un peu plus tard que l'on commença à prendre des surnoms. En 1239. un nommé Conon surnommé le Goulu, demeurant à Domptail, donna au même prieuré une terre, qu'il auoit aux environs de là. La lettre est scellée du sceau de Vidric abbé de S1 Evre, qui étoit venu à Senones a la tëte de S'. Simeon. On rapporte aussi à l'an 2242. une lettre de Catherine de Limbourg duchesse de Lorraine, qui donne à cette Eglise tout ce qu'elle auoit dans les bans de Reulles et de Mervaville. En 1254. Jacques de Lorraine Evéque de Metz accorda à ce Prieuré, en recompense de ce que l'Abbé et le Couvent de Senones lui auoient cédé leur bois de Reulles, il lui accorda, dis-je, l'usage dans les bois de Moyen, tant pour les édifices que pour le chauffage et même la glandée pour les porcs, qu'on nourriroit au prieuré.

En 1260. un nommé Jean de Vomécourt et ses heritiers lui firent aussi donation de plusieurs piéces de terres et de prez et de quelques cens. Tout cela prouve la déuotion qu'on auoit alors pour ce S1, lieu. On a veu sous l'an 1224. que l'Eveque de Metz Jean d'Apremont auoit obtenu de l'Abbaye les biens qu'elle auoit à Moyen, en echange d'autres biens situés à Vie, qu'elle lui céda. En 1265. Thierri comte de Richecourt donna au même Prieuré de Mervaville un cens de 12. sols messins, et après sa mort 4. muids de vin, à prendre annuellement sur ses vignes, à

IV

Donations faites au prieuré de M e r va ville 1O38. 1239.

ia*a.

xas4.

îaeo.

ia«4.


condition que l'on ferait son anniversaire et celui de sa femme et de ses parens, non seulement dans l'Abbaye, mais aussi dans tous les prieurés qui en dépendent. Telle étoit la dévotion de ces siecles là. On ne donnoit rien aux Eglises qu'à des conditions onéreuses.

L'Abbé Baudoüin recut en i24O. la donation qu'un pre-

v

Acquisition d'une mai• on franohe à Sarbourg en i a 4 o. x a s s.

~i

Association eatre les

Abbayes

de Seno-

nes et de

8*. Xvre

de Toul

1242.

tre nommé Raimbaud fit à son Abbaye d'une cour, où maison située à Sarbourg, deuant la maison de l'E\éque de Metz. Et en 1258. un nommé Simon bourgeois de Sarbourg reçut de l'Abbé de Senones cette même maison, la place et la grange, à charge d'en payer annuellement à l'abbaye un cens de vingt sols tournois (»), et de recevoir, nourrir et coucher les Religieux de Senones auec leurs montures dans la d. maison, autant de fois qu'ils iront à Sarbourg pour leurs affaires. Nous n'y possedons plus rien, et voilà les facheuses suites de ces acensemens.

C'etoit un usage assés commun autrefois, auant que les monastères fussent unis en congregaôn, comme ils le sont la plus part aujourd'huy, de faire des sociétés de prières et de bonnes oeuvres. Nous en trouvons un de l'an i242. entre les Abbayes de Senones et de S1. Evre, qui consistoit en ce que dés qu'on annonçoit la mort d'un Religieux d'une Abbaye à l'autre, celle ci lui rendoit tous les mêmes devoirs que s'il eut été de sa communauté. On célebroit la messe, on faisoit les obsèques, on disoit un trentain de messes à commencer au jour de sa mort, chaque prêtre disoit 7. messes pour le défunt, les diacres et les sous diacres recitoient trois Psautiers et les enfans disoient pendant 7. jours les sept Pseaumes. On servoit à la table au réfectoir pendant 30 jours pour le frère défunt, tout ce qui so servoit chaque jour à un Religieux, et ensuite on le distribuoit aux pauvres. Toutes ces pratiques s'observent encore aujourd'huy dans les congrégaôns réformées.

(1) Tournois (monnaie). C'est de Tour. oh cette monnaie fat fabriquée pour la première fois qu'elle prit son nom. La livre tournois était petite et bordée de fleurs de lis. Il y avait de. livres tournois, de* sous tournois, des petits tournois, des doubles tournois.


S'il arrivoit qu'un Religieux de l'une des deux Abbayes, sortit de son monastere par légereté où par quelque autre motif, on le receuoit dans l'autre, non comme etranger, mais comme s'il eut été Religieux de la maison, et on l'y retenoit jusqu'à ce qu'on l'eut remis dans le deuoir et fait receuoir dans son monastere. S'il étoit sorti pour quelque griéve faute et qui eut mérité l'excommunication, on le receuoit aussi, mais non parmi les frères. On lui assignoit un appartement séparé où il pouvoit demeurer 40. jours. Si durant ce tems il rentroit en lui même et reconnoissoit sa faute, on n'oublioit rien pour le réconcilier à son Abbé et à ses frères, mais s'il demeuroit incorrigible, on le chassoit selon la Régie, de peur qu'une brebis galeuse n'infectat tout le troupeau.

L'abbaye de Senones possédoit depuis longtems l'Eglise où les dixmes de Colombé proche Metz, et quelques autres biens au même lieu. En 1246. l'Abbé Baudoüin y acquit de nouveaux droits et de nouveaux fonds, en bois, en prez, en terres, en tailles, auprès d'Isabelle de Craineront (•) voüeresse de Colombe, et auprès de Thierri son fils, qui tenoient déjà quelque chose de l'Abbaye de Senones. Dans les lettres qui en furent faites, on règle les droits réciproques de l'Abbé et du Seigneur avoüé (2) dans les terres que l'avoüé (3) tient de l'abbaye, l'Abbé y a les deux tiers des amendes et l'avoué (4) l'autre tiers; ils ne peuvent faire l'un sans l'autre ni four ni moulin bannaux, et s'ils en font de commun consentement et à frais communs, ces fours et ces moulins seront aussi communs pour le profit aux deux parties. Les fermiers de l'Abbé et ceux de l'avoüé (S) seront francs, a moins qu'ils ne cultivent et qu'ils ne possedent d'autres terres, que celles de leurs maitres. L'avoüé (6) s'oblige de ne prendre jamais sans l'agrement (t) C'est évidemment une erreur de plume, et il faut lire Isabelle de Craincourt.

(2-3-4-5-6) Partout le copiste avait écrit dans le rnsa. vou~ et D. Calmet a corrigé en mettant avoué.

9

vu

Acquisition de la Sei-

gneur ie

de Colom-

be proche

Metz.

1O4€.


vm

Exemption des nova-

les dans'

toute. les

Eglises où

l'Abbaye

de Seno-

nes a des

dixmes.

1248.

Union de la Cure de

Rembet-

viller à

l'infirme-

rie del'Ab-

baye de

Senones.

1X4».

Aocompagnem'. de

Henri le

Xiombart

à la terre

et Sei-

gneurie

de Bor-

ville XO49.

XX

x

de l'Abbé, aucun autre héritage mouvant de l'Abbaye, et il se soumet à toutes ces choses sous peine d'excommunication. Les novales, que le droit commun attribue aux curés, sont pour l'ordinaire une source de procés et de contesta-, tions, surtout dans les lieux et dans les pays comme ceux-ci, qui sont sujets aux révolutions de la guerre et où les héritages demeurent si souvent en friche, que l'on ignore même s'ils ont jamais été cultivés, et par conséquent s'ils sont novales où non. L'abbé Baudouin ayant fait sur cela ses remontrances au Pape Innocent IV. le souverain Pontife lui accorda une Bulle en i248. par laquelle il permet à l'abbé et aux Religieux de Senones, de perceuoir les dixmes novales dans les lieux où ils ont les anciennes, en la même quantité et dans la même proportion qu'ils jouissent des anciennes. Depuis ce tems on a toujours prétendu joüir des novales dans toutes les Cures dépendantes de l'Abbaye, et presque partout l'on en a joüi, où l'on a fait des accords et transactions auec les curés à cet égard.

L'année suivante au mois de mai, le même Pape à la prière du Prince Henri de Lorraine surnommé le Lombard, unit à perpetuité à l'infirmerie de Senones la Cure de Remberviller, dépendante du Prieuré de Moniet, et dont la collation appartient à l'Abbaye. Le motif de cette union est la disette où se trouvoit réduit le monastére, à l'occasion des troubles qui agitoient alors l'Eglise. Henri le Lombard étoit à la Cour du Pape à Lyon, auec quantité de noblesse. Ce Prince devoit etre alors fort avancé en age.

Voiés ci-devant ce que nous en auons dit sous l'Abbé Henri en 1225.

Le service que Henri le Lombard rendit alors à l'Abbaye de Senones n'etoit pas entierem1 gratuit. Auant son départ pour Lion, et au mois d'Avril 1249. l'Abbé Baudouin l'accompagna dans la terre et seigneurie de Borville, pour en tenir la moitié en fief de l'abbaye de Senones, en toute justice et tout profit et en tout usage et en recompense Henri accompagne l'Abbé dans la moitié d'une vigne qu'il auoit plantée depuis peu, à charge qu'ils payeroient chacun la


moitié des frais de façon et jouiroient de la moitié des fruits. L'Abbé seul créera le maire de Borville et le maire fera serment de fidélité à l'Abbé et à Henri. L'Abbé ne peut prendre d'autre avoüé dans Borville, sinon le Prince Henri et ses héritiers et réciproquement Henri ne peut y reconnoitre d'autre Seigneur que l'Abbé; et s'il arrivoit que Henri et ses enfans Philippe, Jacques et Isabelle décedassent sans hoirs légitimes, toute cette partie de la seigneurie de Borville reviendroit à l'Abbaye de Senones. Dès l'an 1225. Henri Abbé de Senones avoit accompagné le meme Prince Henri le Lombard, à la maison franche et au gagnage que l'abbaye possedoit à Borville.

Il seroit malaisé de donner ici un détail de tout ce que l'Abbé Baudouin a fait au profit de son Abbaye, pendant tout le tems de son gouvernement. Nous marquerons seulement les principales acquisitions et donations. En 1248. le Duc Ferri III. donna ses lettres par lesquelles il approuve, confirme et ratifie ce que le Duc Mathieu son Pére auoit donné à l'Abbaye dans le lieu de Vitrimont, ajoutant qu'il ne prétend pas que les entreprises que lui où ses officiers auroient pu faire injustement contre les interests de l'Abbaye, lui préjudicient à l'avenir.

Un Seigneur de Provenchéres (0 nommé Hugues, fit transport à l'Abbaye de tout ce qu'il possédoit dans le val de Senones, et qu'il tenoit de son beau pere Varnerus de Herbéviller, à condition que l'Abbé et les Religieux lui remettroient ce qu'ils prétendoient dans certains biens situés à Luce (minuta Lucela) au val de S*. Diez. Bernard de Brouville Chevallier, fit présent à l'Abbaye de Senones de 3. filles serves, à charge que ces filles et leurs hoirs payeroient annuellement certains cens à l'Abbaye, pour marque de leur servitude.

Philippe de Florenges Evéque de Metz donna en 1961. pour son anniversaire, qui devoit etre célebré dans l'abbaye (t) En latin Provencheriae, dérivé de proventus, revenus, comme qui dirait terre de rapport.

XI

te duo Ferri HZ confir-

me la do-

nation

que le

Duo Ma-

thieu ion

pére auoit

fait àl' Ab-

baye de

Senonqs,

dans le

lieu de Vi-

trimont

1248.

1O54.

1259.

1261.

xn

Biens denné* à l'Ab-


baye ••-

tuét à

Dombray.

xm

Henri Il. Comte de

Salm fon-

de ton an-

niversaire

dans l'Ab-

baye de

Senones.

1244.

CaJBicherA.I, c. 97, p. 594.

]UV'

Henri comte de Salm

ohatté de

son pro-

pre oh a-

teau par

Ferri ton

fils.

Tombeau de Henri XX.

comte de

Salm et de

̃on epou-

se Jeanne

de torr. et

XV

de Senones, tout ce qu'il auoit acquis à Dombray où Doneray et les Abbés et couvent de Senones lui laissèrent le profit de cette donation, moyennant 6. livres de Messins de cens qu'il devoit leur en rendre par an.

Henri II. comte de Salm, époux de Jeanne où Joatte où Judith de Lorraine, dont nous auons déja parlé plus d'une fois, et qui est le seul des comtes de Salm qui ait fait quelques biens à l'Abbaye de Senones, ce Seigneur étoit encore en vie en 1244. puisque cette année il donna à ce monastere pour son anniversaire et pour celui de son epouse, une somme de trente livres de toulois, à prendre sur les tailles qu'il possedoit au val de Senones et qu'il destinoit à Ferri le second de ses fils; desquelles 30 1. les Religieux de Senones devoient achepter un fond pour faire le d. anniversaire. Henri donna de plus toute la dixme qu'il possedoit à la Neuveville prés Viviers. Richer (a) remarque que le monastere n'a point profité de tout cela par sa pure négligence. Il ajoute que Ferri fils du comte Henri, dont nous avons parlé, ayant été fait solennellemt Chevallier à la maniere de ce tems là, c'est a dire, ayant été émancipé, éxecuta ce que Henri de Salm son frere auoit voulu faire, qui est de chasser soi père de son propre Chateau de Blamont il le chassa en effet et le contraignit d'aller à pied, accablé de vieillesse, accompagné d'un seul garçon, jusqu'au château de Pierrepercée, et delà il auroit été obligé d'aller de même jusqu'au Chateau de Sclm, qui est à six lieuës de Blamont, sans l'abbé Baudouin qui lui préta un cheval pour s'y rendre. Le comte Henri mourut après l'an 1244. et fut enterré dans l'eglise de l'Abb.iye de Senones prés du tombeau du vénerable Abbé Antoine et où l'on enterra dans la suite Agnés epouse du Prince Henri, dit le Lombart, Seigneur de Bayon. Richer dit qu'il grava de sa propre main sur leurs tombeaux, des images, des fleurs et des vers; on voit encor aujourd'huy ces tombes, sauoir celle de Henri comte de Salm et de sa femme Jeanne de Lorraine deuant l'autel de la Vierge et on y remarque les saumons de Salm, et les aléiions de Lorraine, auec des fleurs, mais on n'y voit


point d'acriture. Le tombeau de Henri le Lombard et de son Epouse sont au meme endroit (»); on y remarque de même les Alerions et les armes de la Princesse, auec des fleurs, mais sans écriture. Au reste ces tombeaux ont été déplacés et il seroit malaisé à present de dire, où ils étoient dans le commencement.

Ferri de Salm comte de Blamont, ce fils denaturé dont on à parlé, fit une infinité de maux aux Abbaies de S1. Sauveur, de Hauteseille et de Senones, non seulement par lui-méme, mais aussi par son Prevost nommé Mathieu, qui n'etoit pas moins animé que lui contre les Eglises et les Religieux (a). L'Abbé Baudouin et les Religieux de Senones, après auoir longtems souffert leurs vexations, furent enfin obligés de lui en porter leurs plaintes.

Ferri n'en devint que plus emporté; il les menaça et les accabla de plus en plus; de sorte que ne sachant à qui s'adresser pour avoir justice, ils furent contraints de lui remettre leurs interests entre les mains, de le rendre luimeme juge de leurs differens, et de reconnoitre qu'ils auoient tort c'est ce que cherchoit le comte.

Il leur donna jour pour terminer toutes leurs difficultés et on écrivit une transaction par laquelle il fut dit que l'abbaye de Senones deuoit auoir deux charpentiers, un cuisinier, un acranteur (acrantatorem unum) (*) un lavandier, un cordonnier (b), et deux Pescheurs, francs et exempts de la jurisdiction du comte de Salm c'est ce qu'on appelle les Bons hommes, et que tous les autres seroient soumis à son obéissance. On ne trouve pas cette transaction dans l'Ar(t) îl y avait primitivement est au milieu de la nef; mais D. Calmet a barré ces mots pour leur substituer ceux-ci sont au même endroit. (*) Cette note est de b. Calmet, elle est écrite sur un bout de papier collé en marge «le la page 141 du mss.:

Acrantoretn unum. L'acranteur etoit le greffier, le notaire, le garde notes; encore aujourd'huy non» disons dans ce pays ci, creanter un traité, le passer devant notaire Qui protocollu et creanta super conficiendis instrumentis retineat. Voyez Martenne anecdot t. IX, page 242, c 8. Aussy Du Cange, nouvelle édition, creantare, gréer, agréer, confirmer, approuver, ratifier.

de Henri

le Xiomb*.

si re de

Hayon.

XVI

Maux que Ferri de

Blamont

fait à l'Ab-

baye de

Senones*

(a) Richrr, 1.

», c. M, 99, p. 596.

XVII

Transaction touchant

les 8 bons

hommes.

(6) Ailleun il

le nomme corve«ier qui lignifie la même choie qae cordonnier.

Voyez le titr»

de 1311.


xvm

&' Abbaye de Senonai

est un fief

de l'Bve-

q u e de

Metz.

XIX

Mort t de F e r r î

Comte de

Salin.

chive et je doute qu'elle y ait jamais été car on ne la rappelle nulle part.

Voilà une des plus grandes bréches que l'Abbé et Religieux ayent jamais faite à leurs priviléges et a leur liberté. « Je n'etois pas présent à cette affaire, dit Richérius, et « j'aurois été bien faché de m'y trouver. Il est étonnant « qu'ils n'ayent pas fait attention, que l'Eglise de Senones « auec ses dépendances est soumise à la jurisdiction de « l'Eveque de Metz et que quiconque est fait Abbé de Se« nones doit reprendre de lui son temporel et lui faire « hommage. Il ne leur étoit donc pas permis de passer « cette malheureuse transaction et de disposer ainsi du fief « de l'Evéque, sans sa participation et sans son aveu. » C'est ce que dit Richerius, qui étoit alors Prieur de Senones. Il ajoute qu'on ne laissa pas encore depuis et jusqu'au tems de Henri comte de Salm, neveu de Ferri, dont on vient de parler, de faire tout ce qu'on voulut de la pesche et des pescheurs dans le val de Senones; c'est-a-dire qu'on ne contesta à l'abbaye ni l'usage ni la propriété des Rivieres, ni le droit absolu de pescher, sans limitation ni contradiction.

Ferri de Salm comte de Blamont, qui auoit traité son pere d'une maniere si indigne, et qui auoit exercé tant de violences contre les Eglises, ne joüit pas longtems du fruit de ses vexations; il fut toujours où accablé de maladies où poursuivi et arrêté par ses créanciers, où détenu prisonnier par ses ennemis; ne sachant comment acquitter les dettes immenses qu'il auoit contractées, il vendit à l'Evéque de Metz son chateau de Blamont et le reprit ensuite de lui en fief. Henri de Ribeaupierre son neveu, fils du Comte Henri son frère, lui déclara la guerre, pour auoir sa part du comté de Blamont, qui lui étoit échu par succession et Ferri pour se délivrer de ses poursuites, lui céda Morhenges, Viviers et les chateaux de Pierrepercée et de Salm, ne se réservant que Blamont et le chateau haut de Deneuvre, et encor n'en jouit-il pas, parce que sa mere le retenoit, comme étant son douaire. Enfin il mourut peu regretté et à la fleur de son age.


Henri de Salm son neveu, comte de Ribeaupierre qui auoit hérité de la vouërie du Val de Senones, du Val de

xx

Henri de Salm IV.

du nom

maltraite

l'Abbaie

de Beno-

nes.

(a) Hiektr, 1. c. so^^rrî^r 398.Jtc7

XXI

Forges de

Vipucelle et du ban de Plaine, commença aussi à maltraiter les habitans de ces cantons et de les accabler de tailles, d'exactions et de diverses sortes de servitudes (a), pour tâcher par ce moien de se délivrer des poursuites de ses créanciers, qui le firent souvent arrêter à Metz, où demeuroit celui à qui il deuoit le plus. Il fut à la fin obligé de vendre pour le prix de 700. livres de messins au Duc de Lorraine Ferri le jeune, où Ferri III, et par conséquent après l'an d250. son fief de Morhange, et ensuite de le reprendre de lui à titre d'hommage, ce qui lui attira l'indignation de l'Eveque de Metz. Il fit une infinité de maux à l'abbaye de Senones, mettant de son authorité des forestiers dans les bois et des pêcheurs dans les eaux de l'Abbaye, ne permettant à celle-ci que d'auoir un seul pescheur, au lieu qu'auparavant, nous en mettions autant que nous jugions à propos, dit Richerius.

De plus il obligeoit les païsans du val de plaider deuant lui où devant son baillif, et si quelqu'un des sujets de l'abbaye auoit une affaire contre elle, il plaidoit pour lui et prenoit son parti. Si l'abbé vouloit tenir les plaids sans l'avoüé, il l'empechoit et prétendoit y assister, sous prétexte de les appuyer de son autorité, où pour donner mainforte afin de faire exécuter les sentences de l'Abbé, dicens se debere interesse pro vi faciendâ. Il forçoit les Receveurs, les Maires, les Doiens, les foretiers et les autres officiers de l'Abbaye, que l'Abbé auoit jusqu'alors institué et déposé à sa volonté, il les forçoit, dis-je, à lui rendre les mêmes services que les autres sujets du val. Si quelqu'un vouloit se rendre convers à l'Abbaye, il l'empêchoit et se faisoit donner par écrit une assurance qu'il ne le feroit pas; et si quelqu'un prenoit ce parti malgré lui, et qu'il mourut sans héritiers où qu'il allat demeurer ailleurs, le comte saisissoit ses effets et s'en rendoit maitre par force.

On trouva de son tems des mines dans la montagne de


Framont et de

Grand-

Framont, près Grand-Fontaine il s'en empara et y fit ériger des forges (&). L'Abbé et les religieux lui remontrèrent

Fontaine- Ç Leur ori- g sine. t (h) Richer, 1. r

4, c. 30, p. 898, r 399, ell. B.c. S, J p. OS. d 1

xxu

Tran faction É au sujet c de. forges 1 de Fra-

mont. Ti- tre de l'au ( 1261. |

Jacqur de Lor- î

raino Eveque de

Metz, inourul en ] 1160.

I

1

qu'il n'auoit aucun droit de faire des forges sur un fond qui appartenoit à l'abbaye de Senones; il répondit que la montagne lui appartenoit en qualité de voüé du val, et ne se mit pas en peine de faire cesser l'ouvrage de ces forges. Mais l'Abbé étant allé trouver Jacques de Lorraine Evéque de Metz et lui ayant exposé la conduite du comte Henri, l'Evéque envoia aussitost renverser les forges en question et enlever le fer et les outils qui s'y trouverent. Mais aussitost que ce Prélat fut mort, l'Abbé et les Religieux furent obligés de transiger auec le d. Comte Henri et de l'accompagner pour moitié dans les dittes forges de Framont, en telle sorte que la mine se devoit tirer à frais communs, les bois se fournir de même, et que chaque partie deuoit également contribuer à l'erection et entretien des forges et fourneaux et percevoir la moitié de leur produit les bois pour l'usage des forges se devoient prendre dans les quatre bans, sauoir de Senones, de Celle, de Vipucelle

et de Plaine; mais la mine ne pou voit se tirer que des montagnes de Framont et de Froide pleine. Si l'on étoit obligé d'en tirer des quatre bans, on la partageroit également et chacun fairoit de sa part ce qu'il jugeroit à propos. Ils ne pouront ériger des forges que d'un commun consentement et encor n'en mettra-t-on au val de Senones, que quand on n'en pourra plus mettre ailleurs.

En consideration de ce traité, le comte de Salm otera ses foretiers des bois et ses pescheurs des eaux des quatre bans, et les Abbés et Couvent y mettront les leurs bannaux, comme d'ancienneté. De plus le Comte promet de remettre toutes choses au même pied qu'elles étoient auant la mort de l'Evéque Jacques et de ne se servir contre l'Abbaye ni à son préjudice d'aucune chose ou entreprise faite auant la mort de cet Evéque. Si le comte de Salm où la comtesse son epouse, se trouvent aux chateaux de Salm où de Pierre percée où dans leurs Chatelleries, ou lorsque quelqu'un de leur conseil où de leurs commis s'y trouveront, ils pouront


librement faire pescher dans les eaux des environs mais en d'autres tems ils ne le pouront pas, ni leurs Baillifs, prevots, gardes ou serviteurs. L'Abbé et les Religieux auront un pescheur franc, portant la bandoulliére, qui sera du nombre des huit bons hommes. Si. une partie contrevenoit à cette transaction, la contravention ne pouroit préjudicier à l'autre partie, mais on reviendroit toujours aux termes de ces lettres, qui furent passées au mois de Novembre i261. et scellées du sceau de Philippe Eveque de Metz, duquel reléve le fief de l'abbaye de Senones. Voila la premiere transaction passée entre les Abbés et

XXIII

couvent de Senones et les comtes de Salm. II est bon de remarquer ici que le nom de Framont ou Ferramont (*), comme il est écrit dans notre chartre et ferratus mons, comme il est nommé dans un titre de St. Diez de l'an 1172. (a) et sur lequel on à tant parlé, vient des mines de fer qu'on y découvrit avant l'an i259. et que ce nom dérive de ferratus mons et non de Pharamond roi des François que quelques uns ont prétendu y auoir été enterré. Le R. P. D. Jean Mabillon (b) a composé une dissertation sur les sépultures des anciens Rois de France, dans laquelle il auance que la montagne de Framont est nommée par les Allemands Frankenberg, et par les François Framont; que Hunibalde dit, que Marcomire chef des François orientaux

Pharamond est-il en-

terré à

Framont.

(a) Tom. II, Hitt. de Lorr., p. CCCLXV.

(b) Mabill.,

Diitert. sur lu sépultures der ancien» Rois de France, l. II OEuvrcj p. slhumps, p. W, 43, m.

fut enterré sur la montagne de Frankenberg in monte qui dicitur Frankenberg more gentilitio sepultus; et que Phara(1) Dtens la Notice de Lorraine Je D. Calinet, on lit aussi que le R. P. Mabillon, ilans sa Disserta lion sur les sépultures des anciens Ri» du France, a avancé que dans une charte de l'Abbaye de Senones de l'an 1261 il était dit que Pharumond avait été enterré sur la montagne de Framont, mais il avait été mal iiilunnii, dit 1>. Calinet; nous avons en main la pièce dont il parle elle fait < vérité mention >le Framont ou Ferramont, mais elle ne dit pas un mot ni de Pharamond, ni de sa prétendue sépulture en cet endroit. Vers l'an 1*209, on découvrit à quelque distance du Donnon, au lieu nommé aujourd'hui Framont, des mines de fer, sur un fond appartenant à l'Abbaye de Senones. Leur nom de Framont ne vient nullement de nharamond, mail de Ferratns-Mons, Ferranvint, montagne aux mines de fer, et elles *onl dénommées Ferratus- Mons, dans un titre latin de l'église de S1. Piez .le l'an 1272


mond a été aussi inhumé « sur la même montagne. Le R. « P. Mabillon ajoute, que l'on trouve la même chose attesc tée dans une charte de l'Abbaie de Senones de l'an 1261. « .ce qui fait voir au moins que cette tradition n'est pas « nouvelle; et elle n'est pas sans quelque fondement, puisque « les François qui etoient encore païens auoient leur tem« pie et leur sepulture sur cette montagne. »

C'est ce que dit ce grand homme, que je regarderai toujours auec une respectueuse reconnoissance, ayant eû l'auantage de le voir, de le converser et de profiter de ses avis et de sa direction dans le tems que je fus envoié à Paris, auprès de lui, pour mes études. Mais je ne puis m'empêcher ici de dire qu'il auoit eu de mauvais mémoires au sujet de Framont, et que mal à propos on lui auoit mandé que la charte de 1261. portoit que Pharamond auoit été enterré à Framont. Je l'ay actuellement deuant les yeux cette charte, elle n'en dit pas un mot. Il est vrai qu'elle parle de Framont où plutost Ferramont et c'est la première fois que ce mot se rencontre dans nos titres, quoiqu'il y soit souvent parlé de la montagne nommée aujourd'huy Framont, mais sous d'autres noms. Ce n'est que depuis la découverte des mines et l'erection des forges, qu'on lui a donné le nom de ferratus mons, ferramont (4). Son vrai nom est Dounon dérivé de l'ancien Gaulois Dunum, une hauteur, une montagne. M. Cassini et les autres mathématiciens envoiez par le Roy Louis XV pour examiner la forme et l'etenduë de la terre en 1731. assurerent M. Ferrand subdelegué de M. l'Intendant de Metz qui les accompagna sur le Dounon, que cette montagne est haute de 400. toises à 6. pieds de Roy l'une, au-dessus du niveau de la mer ou de la circonférence de la terre.

Quant aux autres antiquités qui se voient sur cette (1) Sur les anciennes cartes géographiques elle est marquée sous le nom allemand de Gro8-thaun ou de Grand-Dounon, par opposition à une autre montagne voisine, marquée sous le nom de Kieita-thaun, petit Uounon.


montagne, je les y ai vuës plus d'une fois et je puis assurer qu'il n'y a aucun vestige qui prouve que les anciens Francs y aient été enterrés, ni qu'ils y aient fait les exercices de leur Religion. Toutes les statues ou bas reliefs qu'on y voit sont ou gauloises ou romaines; les Inscriptions des autels qu'on a pris pour des morceaux de colomnes sont latines par exemple

Et une autre

L'inscription Bellicus-Surbur, est d'un caractère mal fait

et beaucoup plus récent que les autres inscriptions. Le temple dont on voit encore quelque reste, est un ouvrage des Romains. Il etoit bâti de grandes pierres de 4. à 5. pieds de long et de hauteur a proportion. L'édifice étoit un quarré oblong, aiant 40. pieds de roy de long sur 31. de large. Il y avoit deux portes qui se repondoient l'une a l'autre, l'une a l'orient, l'autre a l'occident de 2. pieds de large et de 4. pieds 7. pouces de haut. En l'an 1732. j'ay veu la pierre qui etoit au-dessus de la porte du temple de Framont. Elle a pour inscription

Et sur une autre pierre

I. O. M.

C. LVCVLLVS.

LEPIDINVS.

V. S. L. M.

I

M I. S S.

0.

V. S. L. M.

MERCVRIO. LE.. NIO.

MERCVRIO SECATE

LIS VLPO CELLO

V. S. L. M.

TRAIANO DACICO.


XXIV

Eaux »alée» trouvées à Horhan-

ges du

tems de

Henri IV.

Comte de

Salm.

CaJRichtr, 1.4, c. 30, |>. 399, et 1. 3, c.S, p.Ml. XXV

Henri XV. Comte de

Salm vend à l'Evéque

de Metz

ses Châ-

teaux de Pierre

percée et de Salm,

et les re-

çoit ensui-

te de lui en fief.

xxvi

On met sur les epines

les reliq.

et les images s des

S.S. dans

l'Eglise de

Senones.

{a)Richer, I.3 5 c. 37, p. tas.

Richerius (a) raconte que du tems du même Henri IV, comte de Salm, dont on a parlé, on découvrit auprès du chateau de Morhange des fontaines salées; que ce seigneur y ayant fait creuser un puit, voulut y ériger des Salines; mais que Jacques de Lorraine, Eveque de Metz en aiant été informé, lui commanda de s'en désister et de remettre toutes choses au même état qu'elles étoient auparavant; mais malgré les deffenses de l'Evéque il continua son ouvrage à grands frais, et le sel n'aiant pas réüssi, il fut obligé d'abandonner entièrement cette entreprise.

A la fin accablé des dettes énormes qu'il auoit contractées, il fut obligé de vendre à Jacque Evéque de Metz ses chateaux de Salm et de Pierre percée, de meme qu'il auoit vendu Morhanges au Duc de Lorraine. Par ce moien il se reconcilia auec ce Prélat qui étoit depuis longtems indisposé contre lui, et satisfit à une partie de ses créanciers mais il ne put obtenir de lui la permission de rétablir les forges de Framont, ainsi qu'on l'a déja veu. L'Evéque vint donc prendre possession des chateaux de Pierre percée et de Salm, y mit garnison, en prit les papiers et les priviléges et les emporta à Metz.

Henri continuoit cependant ses violences contre l'Eglise de Senones, et après auoir pendant 14. ans lassé la patience de l'Abbé et des Religieux et les auoir attiré tantost deuant l'Evéque, et tantost deuant des conseilliers, dans l'esperance de finir leurs difficultés par quelque accommodement. Enfin l'Abbé ne voiant point d'autre remède, suivit le conseil de Giles de Sorcy Eveque de Toul, qui (a) commença à gouverner cette Eglise en 1253. et de quelques autres

personnages de poid (i), et au milieu des larmes et des gémissemens des assistans, fit mettre sur les épines au milieu de l'Eglise les images du Sauveur et la chasse de S1. Simeon Patron de l'Abbaye, et pendant cette lugubre (t) En marge, Dtm dlmet a écrit Cela est défend a par les Conriles XIII de Tolede. c. 47. Vide t. 6. Concil. p. 1262. et par le Concile de Lion bous Greg. X an. 1274. Absolut. c., etc. Cet abus etoit en usage dès la fin du 6 siecle. F!curi, 1. 34 n 53.


cérémonie, les Religieux chantoient Nous auons attendu la paix, et elle n'est point venuë, nous esperions des biens, et voici la tribulation; Seigneur nous reconnaissons nos péchés Dieu d'Israel, ne soiés pas toujours irrité contre nous. Et comme les Bulles des Papes et les priviléges des Archevêques et des Evéques excommunient les persécuteurs des Eglises et les violateurs de leurs priviléges, toutes les festes et les Dimanches on publioit dans l'Eglise, que le comte de Salm et ses complices auoient encouru ces censures, et tous les jours à la grande Messe, avant l'Agnus Dei, le Diacre prononçoit tout haut la même chose deuant l'autel; et les Religieux à genoux chantoient le répons Aspice Domine auec le verset; puis ils récitoient le pseaume Deus misereatur nostri, Kyrie Eleïson, Pater noster, puis le prêtre célebrant à genoux deuant le corps et le sang de J. C. disoit le verset Exurgat Deus et la collecte Ecclesiae tuae preces, ou quelqu'autre convenable au tems de la tribulation après quoi il achevoit la messe.

Mais tout cela ne toucha point le comte Henri; il continua à molester l'Eglise de Senones, et après la mort de Jacques Evéque de Metz, il se porta encore à de plus grands excés qu'auparavant. Il envoia un de ses officiers, nommé Renaut, digne ministre de ses violences, dans le monastere de Senones (a), où il parla ainsi aux Religieux qui s'y trouverent Mon Maitre m'a envoié vers vous pour vous dire qu'il est prest de vous protéger contre tous, si vous voulés le reconnoitre pour votre Protecteur. Les Religieux entrèrent au chapitre pour en délibérer; les uns disoient que puisque l'Abbé n'etoit pas au monastére, qu'ils pouvoient bien pour un tems se mettre sous sa protection, sous le bon plaisir toutefois de l'Abbé; d'autres furent d'avis de ne pas accepter ce que le comte faisoit offrir ainsi Renaud et ceux qui l'accompagnoient, se retirèrent en colére et commencérent par saisir la maison Abbatiale

ZXVIZ

Le Comte de Salm fait

saisir les

biens du

m on a s

tére de Se-

nones.

(a)Richer,S, c. 8, p. M6.

et les Granges de l'Abbaye.

Cependant les Chanoines de Metz ne pouvant s'accorder

xxvm

sur le choix d'un successeur à Jacques de Lorraine leur

Rétablisse-


ment des ] forges de j

Framont

en 1A61. (

CaJRieher,S, c. 8, p. 416. l i

XXIX

lie Comte 1 Henri fait

enlever

tout ce

qui étoit

dans l'Ab-

baie et

dans ses

dépendan-

ces.

XXX

lies Religieux de

Senones

sortent de

leur mo-

nastère et

se retirent

en divers

endroits.

CajBiehertl.t,

Ç. 8, p. M6.

1

i

Svéque, furent assés longtems sans faire élection. A la fin 1 y en eut deux de choisis, sauoir Philippe de Florenges ît Thiébaut de Porceléle (a). Pendant ces délais et les pour;uites mutuelles des deux Elus, le comte Henri qui n'etoit plus retenu par la crainte d'un Evéque de Metz, rétablit les 'orges de Framont, coupa les bois appartenant à l'Abbaye, pour faire du charbon, et y rétablit des forgerons, comme mparavant. Ce fut alors que l'Abbé Baudouin fut obligé de raire auec lui la transaction de 1261. dont on a parlé. Et comme l'on continuoit toujours dans l'Eglise de l'Abbaye, à le dénoncer nommément excommunié auec ses complices pour s'en venger, il envoia Renaud auec une troupe de gens armés qui enlevérent de l'abbaye tout ce qu'ils y trouvérent, chevaux, bœufs, vaches, brebis, pourceaux. Ils en usèrent de même dans les fermes dépendantes de l'Abbaye, et même dans le Prieuré de la Broque et.dans la maison franche d'Anserviller. Tous ces exploits se firent en un même jour, qui fut le samedi deuant la Septuagésime. Les Religieux croioient qu'après cela la colére du comte seroit appaisée, et qu'il les laisseroit jouir d'un peu de tranquillité. Mais un matin Renaud vint de nouveau avec sa suite se présenter à la porte de l'Abbaye, demandant qu'on leur ouvrit et comme on ne vouloit pas les laisser entrer, ils prirent des Echelles, et descendant deuant l'appartement de l'Abbé, ils entrèrent dans le cloitre et s'etant saisis des clefs de l'Eglise, du cloitre et de célérerie, ils s'emparérent de tous les meubles du monastére, chargérent sur des chariots les ustensiles de la cuisine, les garnitures des lits et les provisions destinées pour les pauvres, et emportérent le tout auec eux, puis mirent de leurs vassaux pour garder les tours et pour y faire sentinelle. Alors Mathieu Prieur du monastere, qui étoit un jeune religieux de bonnes moeurs et de bon conseil, délibéra auec ses frères sur ce qu'il y avoit à faire dans cette conjoncture, et voiant qu'il n'y auoit point de moien de demeurer dans le monastére dans l'etat où etoient les choses, ils résolurent d'un commun consentement de se retirer (a) ainsi ils sor-


tirent comme en procession, aiant la croix à leur tête et demandant à Dieu auec larmes qu'il conduisit leur pas dans la voie du salut. Ils allerent à Moienmoutier et y couchérent. De là ils se retirérent chacun dans les lieux où ils furent destinés par leur Abbé. Il ne resta dans le monastére que le moine Richerius et un autre Religieux, nommé Bertrand qui y étoit retenu par une maladie tres sérieuse. Le comte n'en demeura pas là, il fit piller par son officier Renaud les maisons des 8. bons hommes qui composoient la famille de l'Abbaye, en sorte qu'a peine leur laissa-t-il les quatre murailles entiér es. Dans une telle extremité, les Religieux de Senones consultérent les chanoines de la Cathedrale de Metz et leur demanderent leur secours, mais en vain. L'Abbé Baudouin envoia un de ses Religieux vers Philippe de Florenges, Evéque de Metz, pour lui exposer le triste état des affaires de son Abbaye, mais ce Prélat naturellement indolent et d'ailleurs porté d'inclination à favoriser le comte Henri, ne parut nullement touché de ses remontrances et se contenta de lui faire quelques promesses verbales, qui ne furent suivies d'aucun effet.

Baudouin fut donc obligé de s'addresser à Giles de Sorcy Evéque de Toul. Il lui députa quelques uns de ses religieux, qui lui exposèrent tout ce qui étoit arrivé à leur monastere; l'Evéque en fut vivement touché et aiant sur le champ fait venir son secrétaire, lui ordonna d'écrire à Alexandre Abbé de Moienmontier, qu'il eut à se transporter en diligence au domicile du comte de Salm, et de l'avertir de réparer les torts qu'il auoit faits à l'Abbaye de Senones, et de satisfaire à Dieu qu'il auoit offensé et à l'Eglise qu'il auoit scandalisée. L'Abbé se mit en chemin en diligence et étant arrivé à Badonviller, il y rencontra le baillif Renaud qui lui demanda le motif de son voiage. Alexandre lui déclara qu'il étoit chargé de la part de l'Evéque de Toul d'aller trouver le Comte de Salm et de le dénoncer excommunié, s'il ne réparoit les torts qu'il auoit fait à l'Eglise de Senones. Le Baillif l'arrêta et le mit sous sure-garde dans une maison. Ceux qui le gardoient ne doutant pas que toute la dépense

XXXI

Giles de Sorti ̃ Eve q.

de Toul envoie un ordre à Alezandre Abbé de moien-

montde dénoncer 1' excommunica- tion oontre le Comte de Salm.


xxxn

L'Abbé de Mo i e n

montier est mis en liberté et •'acquitte de la oommission envers le comte de Salm.

XXXIII

Le Curé de Vie par

ordre de

l'Eve que

de Metz

pro n o noe

l'excom-

munica-

tion oon-

t r e te e

Comte de

Salm et

m e t s a

terre en

interdit,

qu'ils feroient ne retomba sur l'Abbé, se mirent à faire grande chère, en sorte qu'en deux jours et deux nuits, ils dépenserent 8. sols, qui étoit pour ce tems là une somme assés considerable.

Mais les Religieux de Moyenmontier informéz de ce qui étoit arrivé à leur Abbé, coururent au Prevost du duc de Lorraine et le priérent de le tirer des mains du Bailly. Le prévost prit auec lui une troupe de gens armés, et marcha du coté de Badonviller; mais on lui conseilla de ne pas entrer dans ce lieu, sans sauoir auparavant si l'on rendroit l'Abbé. Il envoia donc deux de ses soldats pour le répéter. Le Bailly sachant que le Prevost etoit proche auec ses gens, relâcha l'Abbé qui s'en alla accompagné du Prevost vers le Comte de Salm, et lui dénonça solennellement et dans les formes de la part de l'Evéque de Toul, qu'il auoit encouru l'excommunication, et en même tems selon les Statuts du Concile de Tréves, il mit toute sa terre en interdit, à l'exception du viatique pour les mourants etdubatéme des Enfans. Après cela l'Abbé de Moyenmontier revint dans son Abbaye et l'Evéque de Toul fit scauoir à celui de Metz ce qu'il venoit de faire dans son propre Diocèse contre le Comte de Salm, affin que lui Eveque de Metz en fit autant dans le sien. Philippe de Florenges se trouva par ce moien dans l'obligation d'emploiyer aussi les censures, quoyque malgré lui, contre le Comte de Salm. Il ordonna donc au Curé de Vie de se transporter à Morhanges et d'y faire lecture de ses lettres au Comte, par lesquelles il le sommoit de restituer à l'Abbaye de Senones tout ce qu'il lui auoit pris, et de satisfaire aux torts qu'il lui auoit faits; sinon

que lui et tous ses adhérans et complices auoient encouru l'excommunication, et que selon les statuts du concile de Trêves, toute sa terre etoit soumise à l'Interdit. Le curé aiant ainsi éxécuté sa commission, fut aussitost arrêté par les gens du Comte et mis en prison les fers aux pieds, mais il s'en tira moiennant soixante livres d'argent dont il donna des Garants et revint à Metz rendre compte de sa commission à celui qui l'avoit envoié. Le comte


s'addressa à l'Archevéque de Treves, pour faire casser la sentence d'excommunication, et faire lever la sentence d'interdit mais il ne put rien obtenir; de maniere que dans toute sa terre on ne célébroit pas le divin service et on ne donnoit pas la sepulture aux morts; ce qui faisoit grand bruit parmi le peuple.

Le Bailly Renaud toujours plus animé et ne pouvant plus rien prendre à l'Abbaye de Senones, s'avisa au commencement du Printems de cette année 1261 de deffendre aux païsans du Val qui deuoient des corvées, de labourer les terres et de cultiver les jardins de l'Abbaye, pour reduire les Religieux à la dernière nécessité, et les forcer de se soumettre aux volontés de son maître. Mais l'Evéque de Toul s'arma de zèle et de force dans cette occasion, et ordonna par ses lettres de -dénoncer excommuniés au prône toutes les fêtes et Dimanches, dans toute l'etenduë de son Diocése, non seulement le comte de Salm, mais aussi les Baillis et leurs adhérans.

Le comte Henri se voiant ainsi entrepris de toute part, et ne trouvant aucun moien de se tirer de cet embarras, songeoit sérieusement à faire sa paix auec l'Abbé de Senones; mais deux raisons le retenoient. La lre parce qu'il falloit restituer tous les dommages faits à l'Abbaye, à quoy il ne se trouvoit pas en état de satisfaire; la 2e étoit la honte de céder à un abbé et à une communauté de Religieux, contre lesquels le jeune Duc de Lorraine et plusieurs autres jeunes seigneurs l'animoient et le portoient plutost à la vengeance qu'à la satisfaction. Enfin pourtant il prit sa résolution et étant allé trouver l'Evéque de Metz il le pria de s'entremettre pour terminer ses différens auec l'Abbé et l'Abbaye de Senones. Le Prélat entra volontiers dans ses sentimens, et aiant dressé un projet d'accomodement, le fit proposer aux Religieux, et leur fit dire que s'ils ne s'y conformoient, il leur feroit ressentir les effets de son ressentiment. L'Abbé Baudouin à qui l'on en parla, répondit qu'il etoit très disposé à faire la paix avec le comte, mais qu'au préalable il demandoit que ce seigneur restituat tout ce qu'il 10

xxxrv

Le Bailli Renaud

dé fend

aux pai-

sans de

faire les

corvées et

de oulti-

ver les ter-

r e s de

l'Abbaie.

îaci.

XXXV

Ite Comte Henri son-

ge à faire

la paix

aueo l'Ab-

baie de

Senones.

XXXVI

L'Abbé Baudouin

demande


qu'on restitue à

son Ab-

baye ce

qu'on en

a enlevé.

xxx vn

me Comte Henri i fait sortir les soldats qui étoient dans le mon astére, mais ne restitue point aussitost ce qu'il en auoit fait emporter.

avoit enlevé de l'Abbaye de Senones. L'Eveque de Metz trouva la proposition raisonnable, et le comte aiant donné des assurances de le faire, recut son absolution de l'Evéque de Metz. Celui de Toul parla encore auec plus de force, et protesta qu'il ne lui donneroit jamais d'absolution qu'il ne lui promit solennellement d'executer les ordres de l'Eglise et d'accomplir la volonté des Prélats.

Le comte s'y soumit et s'engagea par un serment solennel, fait en présence des Evéques, des Clercs et de plusieurs Seigneurs, de réparer tous les torts qu'il auoit fait au monastere et de s'en tenir au jugement des Prélats. Ainsi il reçut aussi l'absolution de la part de l'Evéque de Toul, qui leva l'interdit de ses terres.

Aussitost le comte Henri donna ses ordres aux paisans du val de faire les corvées à l'ordinaire et de cultiver les champs et les jardins de l'Abbaye et de payer les redevances qu'ils devoient à l'Abbé et aux Religieux. Ces ordres furent donnés la derniere semaine du mois d'Avril qui étoit i cette année la plus proche de Paques, (en 1261. Paques etoit le 24. d'Avril.) et le Vendredy St. suivant le Bailli Renaud se rendit dans l'Abbaye, et en ota la garnison qui y étoit et qui en gardoit les tours. Mais on ne restitua rien de ce qui auoit été pris dans le monastere. Aussi l'Abbé ne se

1

t hâta pas d'y faire revenir ses Religieux ni d'y rammener le trésor de l'Eglise et les autres choses qui auoient été transportées ailleurs durant la guerre; il voulut attendre que tout le reste fut rétabli et que le comte eut entierement satisfait à sa promesse. Ainsi sans compter le tems qui s'écoula depuis la Septuagésime, auquel les Religieux furent obligés de sortir du monastére jusqu'au Vendredi S1, de la même année, que le comte retira les troupes qu'il auoit mises dans l'Abbaye, l'office divin y demeura interrompu depuis le Vendredy St. de l'an 1261. jusqu'à la veille de Noël de l'an 1262. car alors l'année commençoit ordinairement à Paques dans ce pays cy. Pendant tout ce tems, il n'y eut de Religieux dans l'Abbaye, que Richérius et Bertrand dont on a déjà parlé, et un moine nommé Hugues qui auoit une


adresse particuliere pour recuëillir et conserver les choses qui restoient dans la maison et pour entretenir et raccomoder les équipages et les harnois des chevaux et des bœufs.

A la fin le comte ayant fait reporter à l'Abbaie tout ce que le bailli Renaud par ses ordres en auoit emporté, l'Abbé Baudouin y revint auec sa communauté, et on y recommença l'office diuin la veille de Noël.

Jusqu'ici nous auons suivi l'historien Richerius Religieux de cette maison qui a continué son histoire jusqu'à l'an 1262. Il nous apprend qu'il auoit été Prieur de Deneuvre (a) ou du Moniet (1) et qu'il auoit été employé par ses Abbés à divers emplois; par Ex. qu'il fut envoié par l'Abbé Henri vers (b) Thiebaut I. Duc de Lorraine, pendant que ce Prince étoit prisonnier à Virzbourg auprès de l'Empereur Frideric,

pour lui demander justice contre Philippe de Lorraine, seigneur de Gerbéviller, qui faisoit de la peine à l'Abbé

Henry, et lui faisoit des menaces sérieuses. On ignore au juste l'année de la mort de Richérius; mais elle arriva entre les années 1262. et 1210. car quand il écrivoit, l'abbé Baudouin étoit encore en vie; or il est mort en i270. et Richer raconte des choses qui sont arrivées en 1262. et peut etre même en 1263. où 1264.

De son tems le Prieuré du Moniet où de Deneuvre fut gouverné pendant plus de 20. ans par un religieux nommé Hugues, qui ferma ce prieuré de bons murs, dans lesquels il enveloppa le four, l'étang et le moulin et la chapelle de Ste Catherine que Richerius auoit fait construire pendant qu'il en étoit Prieur. Le méme Hugues y construisit des appartemens fort logeables. et y auroit pu faire beaucoup plus, si Dieu lui en avoit donné l'intelligence. J'avois cru que cette chapelle de Ste Catherine et l'Etang joignant sont ceux qui se voient sur le chemin de Lunéville à un quart de lieüe de Baccarat. La chapelle subsiste encore, avec un ancien cimetiére et appartient à la cure de Deneuvre; l'étang [{) Ou dit M niet, éciiture do D. Cil mot, m se en simhrge.

xxxnn Mes Religieux de

Senones

rentrent

dans leur

m o n a

tére et y

r e o o m ̃

mencent

l' office di-

vin.

1

(a) Richer, 1.

B, c.36. p. 408.

(b) Id., I.S.c C S3, p. 348.

YâSIâ

H u g u e < Prieur de

Deneuvre.


H e n ̃ e i Prieur de

M e r v a

ville.

Priderio e Prieur de

Xures

XLII

Donations faites à

l'Abbaye

sous l'Ab-

Bau-

douin.

XL

XLI

et le moulin ne subsistent plus, mais ces lieux sont trop éloignez du Moniet.

Vers le même tems Rénier gouvernoit le Prieuré de Merf vaville, et il en eut le gouvernement pendant 7. ans. Il en 1 bâtit l'Eglise à l'exception du Chœur, qui étoit déjà fait, et il en fit consacrer le grand autel par Giles Eveque de Toul, qui bénit aussi le cimetière. Rénier fit de bonnes murailles autour du Prieuré et y acquit beaucoup de terres et de prez, et fit ce qu'il put pour éloigner du Prieuré les avoüés d'Esraille (1), qui s'y rendoient trop assidus.

Le prieuré de Xures étoit alors gouverné par un très habile et très industrieux religieux, nommé Frideric, qui augmenta le chœur de son Eglise et l'acheva heureusement. Il l'orna de peintures et de fenêtres de verre. Il embellit de même le grand autel dédié à S. Jacques, par des sculptures, des dorures et des peintures. Il bâtit le cloitre de briques vernissées, d'un ouvrage rare et singulier il construisit des demeures et d'autres édifices dans le prieuré, et ferma le tout de bonnes murailles. Il couvrit de tuiles toutes les Paroisses dépendantes de son Prieuré et fit faire des maisons de pierre, pour enfermer les Salines que son monastére possedoit à Moyenvic. Tant de bonnes actions qui deuoient lui attirer l'estime et la reconnoissance de son Abbé et de ses confréres, ne furent récompensées que de jalousie et d'ingratitude. Aujourd'hui on ne voit aucun reste de tout cela dans le prieuré de Xures ou tout est en désordre on l'a mis en meilleur etat depuis quelques années (2). Depuis ces violentes tempêtes que l'Abbé Baudouin essuia en 1260. et i261. il ne paroit pas par les titres qui nous restent de son tems, qu'il ait eu beaucoup de fâcheuses affaires dans son Abbaye. On trouve au contraire quelques donations faites à son monastére, par ex. une dame nom(1) Azerailles ou Ezrailles, en latin Acervalia ou Acervalla. La seigneurie d'Ezrailles appartenait autrefois aux seigneurs de Blâmont résidans au château de Deneuvre. V. Not. de Lorruine de D. Calmet, pour plus amples détails.

(2) Cette dernière phrase, depui s auyourd'/mi, est ajoutée par D.Calmet.


mée Sémour, lui fit une donation considérable que l'on n'exprime pas toutefois dans les lettres de consentement que donnent les parents à cette donation en 1260. et 4268. Un nommé Villaume clerc de Remberviller donna aussi à l'abbaye en i264. sa maison qu'il avoit au même lieu. En 1267. Ferri de Luce (') et ses frères chanoines de S*. Diez, lui céderent ce qu'ils possedoient à Celle et dans toute la Chatellenie de Pierre-percée. Et en 1269. Regnier Chevallier d'Hablainville changea le prey qu'il auoit près le moulin de Chénesières contre un autre prey situé à Bétonville, et cela moiennant un cens de 4 deniers payables chacun an à la maison que l'abbaye avoit à Betonville. Nous avons vu ci devant le zéle que Giles de Sorci Eveque de Toul temoigna pour soutenir les intérets de l'Abbaye de Senones. Les Religieux de leur coté lui donnèrent des marques de leur soumission et de leur attachement, en lui cédant les revenus de la cure de Remeréville, dont la collation leur appartenoit, pour servir à la dotation du Chapitre de Brixey que ce Prélat auoit dessein de fonder. En 1260. il donna des lettres à l'Abbé et aux Religieux, par lesquelles il les porte quittes de toutes poursuites qu'on pourroit faire contre eux au sujet de cette cession, et promet de prendre leur fait et cause. La lettre est du Vendredy auant la S*. Jean-Baptiste en 1260 (2).

C'est que les Loix ecclésiastiques, aussy bien que les Ordonnances des Empereurs et des Roys, défendent aux Eveques et aux Abbez d'alliener et de donner les biens de leurs Eglises. En 998. l'Empereur Othon III. auoit ordonné par (1) Dans sa Notice de Lorraine, D. C. dit que c'est apparemment Ferri de Lucebourg 11 est souvent parlé dans Y Histoire de Lorraine du château de Lucebourg et des seigneurs de cette maison. Lucebourg ou Lucelbourg ou Lutzelbourg est le nom du château et village situé entre Dabo, Phalsbourg et Saverne, et appartenait autrefois au domaine des ducs de Lorraine. On voit qu'on ne peut pas confondre avec un autre château de Lutzelbourg, dont on voit encore les ruines à côté de celui de Rathsamhausen, sur une colline nommée le Ilumburgerberg, à 2 kil. à TO. d'Olrott (Bas-Rhin).

(2) Ici se trouve un renvoi à une feuille volante fixée à la page 461 du mss. et qui contient le paragraphe qui va suivre jusqu'à l'art. XLIV.

XLIII

lies revenus de la Cure

de Rémé-

ville oé-

déf pour

fonder le

Chapitre

de Brixey.

l»6O.


ZI.1V

Aooompagn:m'. de Jean de

Hanoi à la

Seigrie de

Vitrimont

par l'Ab-

bé de Se-

nones.

1269.

M.V

Accord ent r e le

Comte de

Bl amont

et l'Abbé

Baudouin

pour les

torts qu'il

leur auoit

fait.

JUC9.

1

)

]

j

une constitution imperiale, que toutes les aliénations qui auoient estez faites des biens des Eglises, n'auroient aucun effet apres la mort de ceux qui les auroient faittes et qu'il seroit loisible à leurs Successeurs de les faire casser et de rentrer dans leurs biens ainsy allienez, sit successori libera facultas omnia quae per libellos vel alias quaslibet scripturas abalienata fuerint, in proprium jus Ecclesiae reuocare. L'Abbé Baudouin pour terminer certaines difficultés qu'il auoit auec le Sire Jean Chevallier de Nancy, autrement nommé Jean de Toul où Jean de Neuviller, fils du Duc Ferri III, l'accompagna dans la seigneurie de Vitrimont, à ces conditions qu'ils posséderont par moitié tout ce qui dépend de cette seigneurie, et qu'ils ne pourront s'y accroitre l'un sans l'autre qu'à profits communs et toujours par moitié, qu'ils feront leur maire et leur Doyen de concert, et que s'ils ne peuvent s'accorder sur ce sujet, qu'ils les créeront chacun à son tour les maires et Doyens seront francs et jureront fidelité aux seigneurs. L'Abbé et couvent de Senones se réservent les corvées à Vitrimont et la franchise de l'Eglise du Prieuré et de toute la dépendance de Léomont, se réservent aussi leur maison d'Antlup auec ses usuaires, jusqu'à ce que le sire Jean de Nanci leur ait assigné un fond de même valeur. Cet accompagnement fut ménagé par le Duc Ferri III, Père de Jean, et les lettres en furent scellées de son sceau en i269. Le meme Duc Ferri en i286. confirma l'accompagnement, dont nous venons de parler; il nous y apprend que Jean étoit son fils. La même année Henri II. comte de Blamont fit un accord auec l'Abbé de Senones, par l'entremise du Duc Ferri, dont

on vient de parler. Il paroit par les termes et les conditions de cet accommodement que le comte de Blamont avoit fait d'etranges vexations à l'Abbaye et que ce n'etoit pas seulement les comtes de Salm qui l'opprimoient, mais que ceux de Blamont, qui étoient de la même famille, ne leur etoient pas plus favorables. Henri reconnoit donc qu'il a fait de grands torts à l'Abbaye de Senones dans les lieux de Domptail, Buriville, Hablinville, Bétonville, Magnéville, Anser-


viller, Remoncourt, Lintrey, et dans les maisons que l'Abbaye possedoit dans ces lieux, et que pouf les indemniser, il leur a cédé son moulin qui est deuant Vacheinville, et toute sa corvée qui est deuant Chenesiéres; en telle maniere que ni lui, ni ses hoirs, ne pouront à l'avenir bâtir aucun moulin entre celui de Vacheinville et celui de Pétonville sans l'agrément de l'Abbé; duquel don il s'engage de leur faire donner des assurances par l'Eveque de Metz, auant la S~. Remi qui vient, et au cas qu'ils ne pourroient pas jouir paisiblement dud. moulin, le comte Henri s'oblige à leur assigner un fond de terre de même valeur, dans le ban d'Hableinville, et sous la garantie de Philippe et Jacques seigneurs de Bayon.

De plus il s'engage de leur payer une somme de sept vingt livres de provénésiens forts, dont il donne pour répondans Geoffroy dit Génel, Chevallier de Herbéviller. Il remet l'Abbé et les Religieux de Senones en possession de tout ce qu'ils auoient à Domptail et dans les autres lieux deuant nommés, de même qu'ils y étoient du tems de Jacques de Lorraine Eveque de Metz. Enfin il céde aux d. Abbés et Religieux tout le droit qu'il pouvoit auoir dans le cours de l'eau et à la place du moulin de Merviller, promettant que quand il seroit crée Chevallier, et qu'il auroit un sceau, de leur en faire expédier des lettres en bonne forme; et en attendant le Duc Ferri mit son sceau dans les lettres qui furent faites au mois d'Avril ~C9. C'est la derniere affaire importante qu'ait terminée l'Abbé Baudouin, puisque l'on met sa mort au 27. d'Avril de l'an ~70. Il eut pour successeur Simon.

CHAPITRE XXII

SIMON, 35* Abbé depuis i270. jusqu'en i285. Comme Richerius à fini son histoire auant la mort de l'Abbé Baudouin, nous serons obligés ci après de nous con-

t

Simon Abbé de Beno-


Des. Ce 1 qu'Uni <tu, commen-

cent. de

son gou-

v e r n e ment.

Abu* des des voies

de fait et

des g;ag!é-

tMemt'or- raineau 138 Mècte.

II

tenter des chartes et autres monumens que nous trouverons dans l'Archive, pour composer la vie de nos Abbés. En ~370. et au mois de Juillet, c'est a dire peu de tems après la mort de Baudouin, l'Abbé Simon laissa ses dixmes de Remeréville à deux religieuses de Bouxiéres aux Dames (<) pour leur vie, moyennant la somme de 35tt de Messins, sans qu'après sa mort des dittes religieuses, l'Abbesse où le couvent de Bouxiéres puissent rien prétendre aux d. dixmes. Ce qui donne l'idée d'une assés grande liberté dans ces Religieuses, sur le fait du voeu de pauvreté.

En ~7~. les héritiers de Huart le Vosgien, ratifiérent le don que leur père auoit fait à l'Abbaye de Senones de 6. quarts de bled, à prendre sur le moulin situé au dessus de Bertrichamp et en 1274. l'Abbé Simon acensa à un nommé Hibelung, sa maison franche de Kündshem, moiennant 8. sols strasburgiens, paiables annuellement à la St. Martin d'hyver. En 1275. Renaud sire de Jandelincourt donna à l'Abbaye de Senones tout ce qu'il auoit à Chatay. Une mauvaise coutume, où un abus manifeste regnoit alors dans ce pays; c'etoit lorsque deux personnes, où deux communautés, où deux seigneurs auoient quelques préten-

(~ H y avait plusieurs Bouvières en Lorraine ~OM.c:ëre~-ttMa?-CAeMe<, village répondant à Amance dont il n'est pas éloigne; Bouxières-aux-BuiB, près de Dompaire, à trois lieues de Mirecourt; ~OM.ct~rM, en latin Focoriae, village entre la Moselle et la Seille, au-dessus de Pont-à-Mousson, qui fut denné à l'Abbaye de S'. Arnou de Metz en 783 par la reine Hildegarde, femme de Charlemagne; enfin ~oMiEtérea-ou.K-DaMtes, abbaye de Bënë'tictines située sur une hauteur à une lieue de Nancy, ayant au bas le village de Bouvières. L'abbaye fut fondée en 936 par S~. Gauzelin, évêque de Toul, qui y établit pour première abbesse Rotilde, laquelle amena avec elle de Verdun plusieurs filles vertueuses qui y vécurent pendant plusieurs siècles dans une grande régularité. Elles suivaient la règle de S. Benoit, comme il parait par le titre de leur fondation et par une bulle d'Etienne IX, de l'an 942. On dit qu'en i452 elles embrassèrent l'état de chanoinesses séculières, et n'admirent dans leur Chapitre que des demoiselles de condition et d'une noblesse de seize quartiers bien prouvés. On peut voir la liste des abbesses de Bouvières dans le dernier tome de l'Hist. de Lorr. de D. Calmet.

Il y avait probablement autrefois beaucoup de buis dans ce pays, comme le ferait supposer ce grand nombre de lieux du nom de Bouvières, jB«a;eWop, dérivé da latin ~Ma:M~ du buis.


tions les uns contre les autres, ils usoient de voie de fait et se faisoient justice à eux-mêmes. Quelquefois lorsqu'un seigneur, comme le Duc de Lorraine, deuoit quelque chose à un autre seigr. par ex. au Duc de Luxembourg, celui-ci sans autre forme de justice, gageoit les sujets de son débiteur et se paioit par ses mains, en faisant piller les villages, les moissons, les marchandises des sujets du Duc de Lorraine; Et réciproquement, les villes libres et les seigneurs particuliers en usoient de même a proportion. Ils s'en prenoient aux hommes, aux bestiaux, aux champs, aux biens de leur débiteur, où de celui qu'ils croioient leur auoir fait tort; c'etoit après cela au débiteur d'indemniser ceux qui auoient été pillés et maltraités. C'etoit une espece de représaille, auec cette difference toutefois que la représaille se fait par une autorité souveraine, au lieu que ces Gagiéres, comme ils les appelloient, et ces voies de fait, se faisoit souvent par autorité privée.

Ces procédés si peu réguliers prouvent assés quel étoit alors l'etat de ce païs, et quelle licence y régnoit parmi les Princes et parmi les Peuples. Les souverains en virent bientost les conséquences, et dans le 13" et le 14e siécle ils commencérent à établir entre eux certains juges chacun de leur côté, pour juger de leurs dinérens réciproques, et pour mettre fin aux petites guerres et aux voies de fait. Dans l'abbaye de Senones l'Abbé Simon qui auoit des domaines assés étendus et dans differentes dominations des Ducs de Lorraine, des Eveques de Metz, des Comtes de Salm et de Blamont, ne pouvant emploier ni les armes, ni la force, ni même en plusieurs rencontres la voie de la justice, s'addressa au Pape Jean XXI. qui lui accorda en ~876. une Bulle notable, dans laquelle il dit que quelques personnes même laiques, sous prétexte d'une certaine mauvaise coutume et de quelques différens qu'ils disoient auoir auec l'Abbaye, présumoient de gager, d'attaquer, d'arrêter et de retenir non seulement des Religieux de ce monastere, mais aussi des bestiaux et d'autres biens du couvent, jusqu'à ce qu'on leur eut fait justice à leur volonté, quoique ces per-

ni

Bulle du Pape Jean

V~Y. eom-

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giéres.

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Bonat!on de ce que

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VI

sonnes n'eussent sur les d. Religieux aucune jurisdiction ni ordinaire, ni déléguée; le Pape condamne fortement cet abus et den'end à toute personne d'en user ainsi, et de se faire justice de son autorité, cela etant condamné par toute sorte de droit.

Godefroy fils du seigneur Roû, où Raoul, où Roi d'Outrais, tenoit en fief de l'Abbé de Senones une partie de la forest de Retonmont, il la rendit et la céda en aumone en plein chapitre, pour son ame et pour son anniversaire, le jour des Bures, 1277. Le meme Geoffroy aiant donné en mariage à Alizette sa fille de S~. Morize un prez situé au val de Senones et relevant de l'Abbaye, déclare qu'il ne l'a fait que du consentement de l'Abbé et à charge que son gendre le tiendra de même en fief de l'Abbé de Senones. La même année ~877. les enfans d'Aubry seigneur de Coincourt, assignèrent à l'Abbé de Senones, deux pièces de prey, finage de Coincourt, pour assurance d'un cens annuel de dix sols de Messins, que les héritiers dud. Aubry deuoient à l'Abbaye.

Les terres données en fief par les Abbés et les acensemens faits de certaines terres à des particuliers sous certaines redevances annuelles, sont constamment un des plus grands malheurs et une des sources les plus fécondes de la perte des biens des monastères. L'Abbé Simon retira un assés bon nombre de ces fonds laissés en fief où à titre de cens. Virion de Toul fils de Godefroy d'Outrais dont on a parlé, remit à cet Abbé tout ce qu'il tenoit en fief de l'Abbaye dans le Val de Senones, consistant en terres et en preys situés aux environs de la Neuve Maison, le tout pour la somme de six livres de Toulois, que l'Abbé lui compta. On a vu ci-deuant sous l'an ~24. que l'Abbaye de Senones auoit cédé aux Evéques de Metz, ce qu'elle possedoit à Moyen, sous l'esperance de certains equivalens qu'on lui auoit promis. Les Evéques auoient déjà donné quelque chose, et enfin Bouchart Evéque de Metz en ~85. assigna à l'Abbaye des cens annuels à prendre sur Vaqueville et sur Moyen, de la valeur des dix livres, que les Eveques deuoient payer tous les ans aud. Monastére.


La méme année Herman et Villaume frères, fils d'un nommé Aubert, donnèrent à l'Abbaye de Senones tout ce qu'ils possédoient à Moacourt, en héritages, en preys, en terres, en jardins et en bois, à condition que l'Abbaye fourniroit tous les ans pendant sa vie aud. Villaume une prébende de convers en la maison de la Prevoté de Senones (a), et qu'elle donneroit de méme chaque année pendant leur vie à Herman et à sa femme, douze ymaux de Vvaïn (') de moiage, mesure de Vic. Le Vvaïn signifie le seigle où le froment, le moiage signifie le mélange de ces deux grains; le <roMtOt où trémoi signifie l'orge et l'avoine et le mélange de ces grains quand il est question de corvées, la corvée de Vvaïn, est celle de l'automne, pour labourer les terres où l'on doit semer les fromens et les seigles; la corvée du tramoi, est celle du mois de Mars pour les semailles d'orge et d'avoine. Ces mots se trouvent très frequemment dans nos titres.

Henri comte de Blamont, dont on à déjà parlé sous l'an 4~69. prétendoit auoir toutes les amendes des villages de Domptail, Buriville et Bétonville, sans doute en sa qualité d'avoüé de l'Abbaye dans ces lieux là. L'Abbé Simon les lui contestoit. Ils convinrent que ces amandes se partageroient par moitié. De plus il fut accordé qu'en reconnaissance du bois de marnage que le d. comte prenoit dans les bois de l'Abbaye à Buriville et à Béton ville, pour réparer son chateau; son pont et son moulin de Deneuvre, il donneroit à l'Ab(t) J'ai hésité quelque temps pour la transcription 'te ce mot dont la lecture m'embarrassait, parce que <\ Calmet et son copiste ë' rivent tes u et tes v majuscules de la même façon. Après quelques recherches, j'ai pense que i'au'eur avait vo'itu écrire Vvaln, et j'arnve à cette interp*ët.ftion par analogie En e(T't, en c~mto's on dit tt f't/<n, M~tt/ttM, ~nAttt et en vieux français ~oï" pour t<* regain on n~ rencontre pas ce mot pour désigner le seigle ou le froment. Peut-être dans les environs de Seuones le mot t~*uï<t servait-il aun pas à dénommer le regain seul, mais encore certaines récoltes nu tr.ivtux de tahour qui se font en au'omn< de sorte que D. Calmet a pu ne pas se tromper; mais si te mot est bien Waïn il s<j;niGe dans tes patoia comtois et iotr«in!< et dans le vieu~ français re~HtM et non pjs «'~<- ou /<KrK<.

<! e t en qu' elle auoit faite de lâoien. MB3.

vn

Itom~ttom de ce que B[e rnmm et VHt<tûme frère* muoïent à Btotoourt tnoi en*. une prébende de conveM.

iaB3.

(a) Le prevot ou Prieur auoit donc sa demeure etMtabteJ~part. vni

Accord entre l'Abbé de Senon e t e t Henri i Comte de Biemont au sujet de* amendes et des b o de Buriv! i lie et de BetonvtHe.

M7~.


IX

Vente admodiattonde* biens de C o t o m bey et du paya me*t!n pour

baye annuellement deux quartes de seigls à prendre en son moulin de Deneuvre. De plus que pour le marnage du pont et du moulin de Donjevins, qu'il prenoit aussy dans les bois de Buriville et de Bétonville, il payeroit dix sols de fors où cent livres de Messins par an à l'eglise de Senones. Enfin comme les habitans d'Hablainville et de Bétonvtlle auoient droit de prendre leur chauffage et les bois de marnage, pour leurs maisons, leurs chars et leurs charruës, dans les bois de l'Abbaïe, il fut accordé que chaque habitant de ces lieux qui met bête aux champs, où qui fait venir des bois dans sa maison sur un chariot de loüage, payeroit un bichet d'avoine annuellement à la Cour de l'Abbé à Bétonville; et que celui qui iroit chercher le bois sur son col, payeroit seulement un denier. Et en reconnaissance de ce, les habitans des deux villages devant dits, renoncent et quittent à l'Abbé de Senones les grands. pains bannaux qu'on auoit accoutumé de leur donner, quand ils allaient aux corvées pour l'Abbaye et accordent que chaque charrüe se contentera de deux pains, c'est à dire un pain et un denier pour la corvée de tramoi, et autant pour la corvée de Vvaïn

L'Abbé Simon fit de son tems vers l'an ~80. une chose qui eut d'assés grandes suittes après sa mort. Il laissa pour 25. ans à un nommé Colin Poirotz bourgeois de Metz, tous les revenus qui lui appartenoient dans la ville de Metz et à deux lieuës aux environs, moyennant la somme où le cens annuel de 34' de messins. Quelques années après, c'est a dire vers l'an ~90. Colin Poirotz ré-

M. Mt Mac.

trocéda son traité à un nommé Barthemin Paillés où Paillas, qui actionna les \bbés et Religieux de Senones en garantie, prétendant n'etre pas attenu aux réparations de l'Eglise de S~. Hilaire au pont Remmon (t) a Metz, pourquoy les Paroissiens auoient fait saisir les revenus dud. Paillat. L'Abbé et Barthemin firent un compromis en ~~9~. et les (t) Le mss. porte au pont de, morts, mais ici comme a plusieurs autres autres endroits, D. Calmet a biffé cette dénomination pour mettre 7~M< Remmon.


Juges compromissaires prononcérent, que pendant la durée du traité passé auec Colin Poirotz, les Abbés et Couvent de Senones n'étoient nullement attenus aux d. réparations, mais qu'elles étoient à la charge dud. Barthemin, pendant la durée de son bail. Ces difficultés durérent encore quelque tems, et à la fin, elles se terminérent en 489~. par la résiliation du bail que fit Barthemin, qui auoit encore douze ans de jouissance, et par l'achapt qu'il fit de la terre de Colombey, appartenante à l'Abbaye de Senones, à charge d'en faire hommage à l'Abbé, ce que nous verons sous l'Abbé Baudouin II. en 4893.

L'Abbé Simon, autant qu'on en peut juger par ce que nous en auons veû jusqu'ici, auoit gouverné son temporel auec assés de bonheur et de sagesse, mais sur la fin de sa vie, c'est à dire en 4884. il fit un tort irréparable à son abbaye, en accompagnant le comte de Salm dans tous ses bois, c'est à dire, dans plus de quatre vingt mille arpens de bois pendant que le comte de Salm ne l'associa que dans le bois dit des Oigneys qui peut contenir environ deux mille arpens.

On à déjà pu remarquer que ces sortes d'accompagnemens furent assés fréquens dans ce siècle. Nous auons rapporté l'accompagnement de Henri le Lombard à la Cour franche de Borville en 4885. et celui du meme à la seigneurie dud. Borville en 4849. et l'accompagnement du Comte de Salm aux forges de Framont en 4864. Et celui de Jean de Nanci à la seigneurie de Vitrimont en 4869. Enfin voici celui de Henri comte de Salm à la moitié des bois de l'Abbaye en 4884. On peut assurer que ces accompagnemens ont toujours été très désavantageux aux monasteres, et on doit croire que ceux qui les ont faits, y ont été forcés par la nécessité des circonstances facheuses de leurs affaires. L'Abbé Simon associa donc le comte Henri dans ses bois des bans de Plaine, de Vipucelle, de Celles et du val de Senones, et led. comte met dans cette société le bois qu'il a acquetté d'Albert dit Grisel, situé au lieu nommé des Oigneys. Cette société ne fut faite que pour la superficie des

X

Transaction aueo le

oomte de

Salm, par

laquelle

l'Abbé Si-

mon tac-

oompa~ne

à la moi-

t!é de tout

ses bois

du Val de

Senones.

~aa4.


(a) PauoRag, ou Pomona9~, 1 droit de pâturage et de mettre des porci dans lei b.r'

(6) C'est <tn< doute Or<A<t)tOtt< qui est qudquIfois nommé $o<et)ton<(<).

d. bois, dont les ventes et profits devoient être partagés par moitié, l'Abbaye de Senones demeurant toujours propriétaire du fond, et s'étant aussi réservée le passonage (a) des d. bois, sans que le d. Comte y put rien prétendre. En sorte que quand ces bois viendroient à être essartés~ les essarts demeureraient pour le tout et sans part d'autruy & l'abbaye de Senones en dixmes, en justices, en cens, en quartiers, en gerbages et en tous autres profits, de même que toutes les autres terres du val de Senones. Lesquelles réserves furent aussi réciproquement accordées au comte de Salm, pour le bois d'Oigneys, qu'il mettoit dans cette société.

De plus la forest de la montagne de Rotomont (&), de même que toutes les forestelles et bois taiUis du val de Senones, et la forest voisine du Prieuré de St Sauveur, dit de la cour d'en haut, au ban de Vipucelle, comme aussi toutes les autres forestelles qui sont hors des grands bois, demeureront à l'Abbaye pour le tout et sans part d'autruy. Et à l'égard de la vente des bois communs, elle se fera toujours au profit des deux parties et ni l'Abbé et le couvent, ni le d. comte Henri et ses hoirs, ne pouront s'aider de nulle teneur, de nulle possession, de nulle prescription, ni par nulle autre manière l'un contre l'autre; mais on en reviendra toujours à ce traité d'accompagnement. Les habitans des bans de Plaine, de Vipucelle, de Celle, et du val de Senones ne pourront arracher, ni couper bois de sapin, de chêne, ni de hétre dans les lieux et bans dessus nommés, sinon pour leurs chars, leurs charruës et leurs batimens; et ils leur seront marqués par les forestiers, tant dans le bois vif qu'au bois mort; et pour leur affoüage où chauffage, il leur sera de même marqué par les forestiers. Ils n'auront pas droit de cüeillir les glands dans les bois sans la permission des Abbés et Religieux de Senones ils devront de plus payer les aumones des morts et les grosses (1) Cette note elt de la titain de D. Calmet.

(9) Cette note e*t aussi de l'écriture de D. C.


et menuës dixmes, selon l'usage du Doienné de la Chrétienneté de Flins (i).

Le maire de Celle doit faire pescher dans les ruisseaux de son ban trois fois l'année pour l'Abbaye, sauoir, pour l'Ascension, pour la S~. Pierre et pour la S~ Simeon. L'Abbé peut aussy y faire pescher quand il se trouve à Celle. Ce traité fut scellé à la prière des contractans, par Bouchard Elu de Metz comme étant seigneur des parties, et par cette qualité en droit d'emploier son autorité pour leur faire observer leurs conventions réciproques.

Voila à peu prés ce que l'on scait du gouvernement de l'Abbé Simon. Il paroit que de son tems les Religieux auoient leurs prébendes, c'est a dire, une certaine quantité de pain et de vin, ce qui était déjà en usage sous l'Abbé Baudouin son prédécesseur que les Officiers du monastére demeuroient à part, et avoient leurs appartemens séparés que les Prieurs des Celles, où Prieurés, quoique révocables à la volonté de l'Abbé, géroienttoutle bien de leur Prieuré, y faisoient des acquisitions et en usoient comme du leur. Simon mourut le 8e Mars ~54. où ~85. selon notre manière de compter. Il eut pour successeur Baudouin II. du nom.

BAUDOUIN II du nom, 36'Abbé depuis l'an i285. jusques vers l'an i3i5.

L'Abbé Baudouin étoit Abbé le Lundi d'après le second Dimanche d'après Paques, où l'on chante wiseWcordtd Dni, de l'an ~85; puisque Conrade Evéque de Toul donna ce jour là une lettre, par laquelle il ordonne aux Religieux de son Abbaye de lui rendre obeissance et de lui remettre les ~i) S'ëcttt au~si Fim, FUng uu Ftemg, si uc près d'AzeretHe*.

CHAPITRE XXIII

t

Commencena" de

t'Abbé

Baudouin

Il. Quel-

quet-un*

de ses I~e-

Hg'.tu!

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t'obétMce.

MM.


Con&rmation de la

donation

faite du

moulin de

Vazeville.

IMa.

n

biens du monastere, sous peine d'excommunication. Or si en ce tems là on ne commençait l'année qu'à Paques où à l'Annonciation, il faudra dire que l'Abbé Simon étoit mort en ~284. selon la manière de compter d'alors, qui revient à ~85. au mois de Mars, selon la manière de compter d'aujourd'huy.

L'Evoque Conrade dans la lettre, dont nous venons de parler, nous apprend que l'Abbaye de Senones étant vacante par la mort de l'Abbé Simon, il y a pourveu en y nommant Baudouin, ci-deuant Cellérier du monastére, qu'il y a, disje, pourveu tant par le pouvoir qui lui en étoit dévolu, que par son autorité d'ordinaire, tam ex potestate ad nos devo~d, quam auctoritate ordt~aWd. Or je ne vois qu'une seule chose qui peut lui auoir acquis le droit d'y nommer comme ordinaire, authoritate devolutâ, qui est la division des Religieux qui ne purent s'accorder, où leur négligence à procéder à une élection canonique.

De plus il nomme neuf Religieux de ce monastére, qui aiant été admonestés de sa part de rendre obeissance au nouvel Abbé, auoient négligé de le faire, et il ordonne en vertu de ste obeissance au Prieur de l'Abbaie de leur denoncer de sa part que si dans trois jours ils ne se soumettent à leur abbé, il les dénonce excommuniés et suspens de tout office. Les surnoms de ces 9 Religieux semblent montrer qu'ils etoient de condition; les voici Guillaume d'Acelle, André de Faixaj, Henri de Remiremont, Geoffroy de Pierre percée, Renaud d'Aixeins, Albert de Rosieres, Jean Bréxenois, Jean de Jandelincourt et Jean de Port sur Seille. Louis comte de Chiny et Sire de Blamont, ratifie le don qui auoit été fait du moulin de Vaxainville par Henri Sire de Blamont son fillatre où fils de sa femme, et auquel lui Louis croioit auoir droit, à cause du doüaire de Jeanne sa femme, qui auoit épousé en premiere nopce Ferri de Salm comte de Blamont. Ce Louis Comte de Chiny et Jeanne Comtesse de Chiny et Dame de Blamont nous sont connus par les sceaux que nous avons fait graver dans le 2. t. de l'hist. de Lorraine. Voiés les sceaux XCV. XCVI. XCVII et


XCVIII. et leurs explications au même tome. Ie moulin de Vachainville fut donné par Henri sire de Blamont en ~69. Voiés le titre sous cette année.

Nous connoissons en Lorraine deux lieux du nom de Cercueur où Cercüeil, sarcophagus, où Serrecoeur, Cercorium. L'un est environ à 3 lieües de Nanci vers Pulenoy et Saulxures; l'autre est du Balliage d'Epinal, et environ à 3. lieuës de Bruyères, vers Dompierre et Gircourt. Nous ne possedons plus rien ni dans l'un ni dans l'autre de ces deux lieux, et je ne sais pas méme dans lequel des deux étoient situés les héritages que l'Abbé Baudouin acensa en ~8~. moyennant la somme de 4. sols de toulois. Ce qui pourroit faire croire que c'étoit à Cercueil prés de Nanci, c'est que le titre. d'acensement porte, que ces biens étoient venus à l'Abbaye par Forcon curé d'Antlup; mais ce qui pouroit persuader le contraire, c'est que l'Abbaye possedoit autrefois des biens considérables à Gircourt et à Dompierre prés de Cercoeur. Le titre original lit Cercûs ou CercMes. Le même Abbé Baudouin fit encore d'autres acensemens et des accompagnemens, qui firent un très grand tort à son Abbaye. En ~890. il accompagna Jean de Dombasle Ecuier, fils de Henri de Dombasle Chevallier, dans tout ce qu'il auoit à Antlup, et mutuellement led. Jean associa l'Abbaie de Senones dans ce qu'il possédoit au ban S*. Pierre dudit Antlup, sans en rien réserver, a condition que Jean auroit moitié de ce que l'Abbaye possédoit en ce lieu, et réciproquement. Il y a toutefois plusieurs choses exceptées où led. Seigr. Jean ne deuoit auoir aucune part, comme la maison que l'Abbaye y possède auec ses usuaires, le Domaine du Monastére, le patronage de l'Eglise, les droits d'Eglise, les corvées. Si néanmoins il y auoit des amandes pour les corvées malfaites, le seigneur Jean de Dombasle y auroit moitié, et depuis ce tems, ni l'Abbé ni son associé ne pouvoient rien acquérir à Antlup l'un sans l'autre ils y doivent faire un four bannal à frais communs et à profit de même. Les personnes et les bêtes de la maison franche appartenantes à l'Abbaye, ne payeront point d'amandes, si elles sont prises 11

m

Acense ment de quelq.

Hen<<

tuét à Ce~-

e&e!t.

MB6.

IV

Acoompagme~n'. de

Jean de

Dombale

MeBe:e

d'Antlup.

MaO.


v

Acentement de la place

du moulin

de Hem-

berviller.

~98.

VI

Vente de la seigneurie

de Colombey.

M93.

en dommage, mais payeront seulement le dommage, au dire des prud'hommes. Le moitrier où fermier qui demeurera dans la maison appartenante à l'Abbaye, sera franc de service, de tailles, de rentes et de tous autres débits; à moins qu'il ne soit homme de la compagnie, et appartenant au Seigneur Jean en quelque autre maniere. Les deux Seigneurs feront les Maires, Doiens, forestiers et messiers de concert, et s'ils ne peuvent s'accorder, ils les feront à l'alternative, l'un un an et l'autre un autre. On régle après cela ce que chaque habitant, qui sera de l'accompagnement, doit payer chaque an à son seigneur conformément à ce qui se pratiquoit à Vitrimont. Ce fut le Duc Ferri III. qui procura cet accompagnement en faveur du seigr. de Dombasle, qui etoit de la maison de Salm. Il procura de même la pluspart des autres accompagnemens qui se sont faits pendant sa vie auec l'Abbaye de Senones. Simon (1) acensa en ~98. une partie de la place du moulin de Remberviller et le cours de l'eau à un nommé Jacques de Remberviller, moiennant 3 sols de Toulois de cens payables à Noël et au cas que le moulin dont il est question, déperisse où soit réduit au néant, le d. Jacque assigne d'autres fonds pour hypothèque de la rente où du cens. En ~93. il vendit à Stevenin fils de Pierson Billeron de Chatel, la seigneurie de Colombey près de Metz, et tout ce qui en dépendoit, excepté la dixme grosse et menüe, le

droit de patronage et la grange aux dixmes, qui est au milieu du village et l'achepteur s'oblige à batir une maison curiale à celui qui déservira la cure du d. Colombey. Item il vendit tout ce qu'il avoit aux bans de Montoy, Abigny, Bourney et Ars prés Colombé, à Coinci et aux dépendances de ces lieux, à la réserve des dixmes grosses et menuës. Il exemte celui qui demeurera en l'hotel qu'il a vendu, du (i) Cela doit être une erreur de plume du copiste; le mss. porte Simon, mais on doit lire Baudouin, car le cbap. XXIII parle de l'Administration de l'Abbé Baudouin H, et l'Abbé Simon mourut en i!84 ou i28S or l'acensement de l'art. V est de i298.


payement de la menuë dixme, mais il charge l'achepteur de lui rendre plein homage, soit lui où autre qui tienne la d. seigneurie à titre d'achapt, de don où d'engagement. De plus l'achepteur donne comptant à l'Abbé et au couvent une somme de six vingts dix livres de Messins, et outre cela doit faire bon à l'Abbaye les deux parties des fruits de l'Eglise de St. Hilaire de Metz, et les deux parts des dixmes et cens qui appartiennent à la même Eglise et quantité d'autres biens qui étoient entre les mains d'un nommé Bertignon Paillat bourgeois de Metz à qui l'Abbé Simon les auoit laissés pour 25. ans, et qui en devoit encore jouir pendant 12. ans lesquels le d. Bertignon quitte à l'Abbaye et la remet actuellement en jouissance de ces biens. Pour bien entendre les raisons de cette vente, on peut consulter le compromis de l'an 4890. et la sentence de ~9~. qui sont très instructifs.

En 4~95. l'Abbé de Senones acensa à un nommé Vautier de Remberviller, une maison aud. lieu située derriere l'Eglise, et dont l'usuaire s'etendoit jusqu'aux murs de la ville, pour 4 sols toulois de cens et deux ans après il laissa de même à titre de cens, à un nommé Fririot dit Crehés de Hablainville, son moulin de Bétonville (cf) à tenir pendant toute sa vie, moiennant 39. quartes de bled marchand, le tiers en froment, le tiers en seigle et le tiers en avoine, payables en trois termes, sauoir à Noël, à la St. Jean et à la

Nativité Notre Dame et outre cela il doit encore donner une quarte de cire, une livre de poivre, un porc de dix sols, 4. chappons, 4. pains blancs et un settier de vin à la Cour de l'Abbé et à ses gens. Et après la mort dud. Fririot le moulin doit retourner à l'Abbaye sans difficulté (t).

Au mois de mars de l'an ï~98. Baudouin Abbé de Seno-

(i) En marge du m<a. se trouve une note de D. Calmet ainsi conçue: c Nous parlerons cy aprés de la rente de i8. resaux de froment, et de six resaux d'avoine dmbs sur Barbonville en i295. Pui* on voit un renvoi du même à une feuille volante qui contient le texte commençant à l'alinéa suivant et finissant à l'art. VIH ci-après. L'encre qui a beaucoup pâU rend ce. lignea presque illisibles.

vn

Acemaem*. dunem<u-

<on<!teà

Hember-

viller et

du naouMm

de Beton-

ville en

l~~Bet

M97.

(aj Ce moulin

et cette cour, que noa< avions à PetonTi!)e <eot pu<ë< depuis longteml en d'autres mains.


vm

Vente de t~ totaHté

de* dtxnte*

de Vaque-

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MOO.

nés après diuers débats auec Jeannat de Dun, ecuier, au sujet de la justice d'Imbermenil, ils firent accord ensemble de cette sorte que le maire en la justice dud. Imbermenil, doit faire feauté, ou jurer fidélité audit Jeannat de Dun et a l'Abbé de Senones et doit receuoir de chacun d'eux son droit et sa raison et peuvent les dits seigneurs renvoier et déposer led. maire à leur volonté, et s'ils ne pouvoient s'accorder sur le choix du maire et de la justice, ils le feroient a l'alternative d'une année a l'autre et le maire ainsy élu sera franc pendant toute l'année, en paiant chaque année un porc de dix sols, a chacun des deux seigneurs; et les Echevins pareillement seront francs, moiennant une demie rente et un porc de dix sols, a payer chaque année à Noel aux memes seigneurs, lesquels prendront ensemble de moitié a moitié toutes les amendes et prises audit lieu. Ils ne pourront s'accroitre l'un sans l'autre en estang, ni en moulin, et s'ils en faisoient a frais commun ils feroient commun entr'eux en tout profit. Led. Jeannat de Dun tenoit un prey de l'Abbaye de Senones aud. lieu d'Imbermenil, par lequel il doit un cens de six deniers, tandis qu'il tiendra led. prey, et s'il arrivoit qu'un homme ou une femme dud. lieu commettoit quelques grands delicts, pour lequel il seroit condamné de corps ou de biens, la confiscation en appartiendroit a l'Eglise de Senones, ou plutot au prieuré de Xures, auquel appartient ce qui est marqué cy-dessus, led. prieuré étant membre de l'Abbaye de Senones. Xures appartient a présent a la maison de Ste Barbe au territoire de Metz. Voyez cy après sous le Gouvernement de l'Abbé Dom Joachim Vivin. Je trouve ailleurs que la cure d'Imbermenil est a la nomination du prieur de Fricourt.

L'Abbé Baudouin vendit ou admodia la totalité des grosses dixmes de Vaqueville et des dépendances à un nommé Gérard de Vaqueville clerc, qui étoit alors receveur de Renaud Evéque de Metz pour ses biens situés dans la Vosge ils les lui vendit, dis-je, à vie, moyennant une quarte de cire payable à la S~. Remi, et cela en considération des grands et importans services que led. Gérard auoit rendu et pou-


voit encore rendre à l'Abbaye, et pour le respect des seigneurs Evéques de Metz.

En 43M. il acensa le moulin de Chatay pour deux sols toulois de cens, paiables annuellement à la S'. Etienne après Noël. Il y a encore quelques lettres de pareilles ventes où acensemens faits par l'Abbé Baudouin. Le plus considerable est l'accompagnement qu'il fit de Henri sire de Blamont, à la terre et seigneurie de Fontenoy-la-joutte. Henri sire de Blamont, dont on à déja parlé, fit un accord en 4~95'. auec l'Abbé et le Couvent de Senones, comme propriétaires des biens du Prieuré de Moniet, au sujet des dixmes et de la Seigneurie de Fontenoy, autrefois village considerable, aujourd'huy annexe de Domptail. Le sire de Blamont reconnoit que l'Abbaye de Senones possède à Fontenoy la totalité des grosses et menües dixmes, le droit de Patronage, le don de l'Eglise, la marguillerie, une maison, une grange, des gagnages; de plus leur appartiennent les corvées des charuës, de la faux, de la fourche, de la faucille, de la même sorte qu'au ban de la Riviere. Item un bois qu'on dit la lumiere, quelques cens en chapons et en deniers et un héritage nommé le Boverat, dont l'abbaye possède la dixme et le gerbage, le tout sans part d'autruy. Sera loisible au comte de faire un étang au lieu nommé en grez, moiennant un cens de 5. sols toulois, et s'il faisoit un moulin au dessous dudt. Etang, l'Abbaye de Senones en auroit moitié en payant moitié des frais de la construction et de l'entretien. Quant au reste des biens et des revenus de la seigneurie de Fontenoy, il sera partagé également entre les sire de Blamont et l'abbé de Senones. Les seigneurs feront les Maires, Doyens, Echevins, Bangards, Forestiers de commun accord, sinon, ils les créeront à l'alternative, l'Abbé la première année, et le sire de Blamont la suivante. Le Maire sera chargé de lever les droits et redevances et de les distribuer par moitié aux deux seigneurs. Ils ne peuvent l'un sans l'autre faire imposition, ni tailles, ni prises de bled, et si une partie faisoit un acquest dans le lieu, elle partageroit auec l'autre, en partageant aussi le

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1305.

prix de l'achapt. De plus le sire de Blamont ne peut mener les hommes de Fontenoy hors du lieu pour aller à la guerre où à une Chevauchée mais il peut les obliger à garder et défendre sa terre et chatellerie de Deneuvre, à commun cri, qui arriveroit à lad. terre, et encor ne les peut il tenir qu'un jour et une nuit, et ils seront obligés d'en faire de même, pour le service de l'Abbaye de Senones.

Ni l'un ni l'autre des 2. seigneurs ne pourra attirer hors de leur village les habitans de Fontenoy, pour affaires qu'ils auroient l'un contre l'autre, mais on les terminera sur les lieux les deux seigneurs consentans que s'ils viennent à .manquer à quelques uns de ces articles, ils puissent être contraints à les observer par Bouchard Evéque de Metz, comme seigneur souverain du fief de la ville de Fontenoy. Enfin ils conviennent mutuellement de ne s'aider l'un contre l'autre de nulle teneur, possession où autre chose, qui puisse les empêcher de revenir toujours à la teneur de ces lettres; et ils s'engagent réciproquement de jurer sur saints, s'ils en sont requis, qu'ils exécuteront fidellement et de bonne foy ce qui est contenu dans le présent accompagnement, qui fut passé la veille de l'Assomption de Notre Dame 4~9~. L'Abbaye n'a plus aucune part à la seigneurie de Fontenoy, qui est possédée en entier par S. A. R. de Lorraine, comme aiant succédé aux comtes de Blamont (~). Si la nécessité des affaires de l'Abbaye et d'autres facheuses circonstances obligérent l'Abbé Baudouin à faire des acensemens, des accompagnem". et des alienations désavantageuses, on doit aussi lui rendre justice et avouer qu'il a fait quantité d'acquets très considerables, et qu'il a reçu des donations très utiles au monastére. En 1286. Vautier de Hautepierre Chevallier, fit donation à l'Abbaie de quatre ymaux de bled de rente, à prendre sur ses terres et ses prez qu'il possedoit a Juvelize. Et en 1304. Simonin de

(t) La plupart de ces articles sont corrigés et remaniés par D. Calmet non-seulement on y retrouve son écriture, mais des rjtures, des ponctuation* et des surcharges de sa main.


Luscere Ecuyer, fils du Seigneur Vautier de Hautepierre, donna dix Jmaux de bled, moitié froment, moitié tramois sur les dixmes qu'il possedoit aud. Juvelize, pour faire son anniversaire dans l'Eglise de Senones. Aubert de la Velrize chevallier, oncle de Simonin, auoit donné au monastére un héritage dans le même lieu de Juvelize. Enfin Albert frére dud. Simonin auoit fait donation de dix Jmaux de bled pour son anniversaire sur des fonds situés aud. Juvelize. En 1313. le même Simonin de Luscere laissa par son testament à l'abbaye de Senones, tout ce géneralement qu'il possedoit à Juvelize, en dixmes grosses et menues, en terres, en preys, en champs, en bois, en cens, en patronage, sauve le douaire de Gilette sa femme, lequel se devoit prendre sur lesd. héritages.

En ~94. une Dame Lucart ditte la Comtesse, ayant choisi sa sépulture dans l'Eglise du Prieuré de Deneuvre, donna au même Prieuré vingt soudées de terre à Toulois, et cinq soudées de terre à Toulois à l'Eglise de Senones, lesquelles vingt cinq soudées furent affectées sur les premiers revenus de la vouërie de Nossoncourt; à quoy Bertram d'Anservilla et Jaquemin son frère fils de lad. Lucars où Leucarde consentirent et Bouchard Evéque de Metz confirma cette donation. Il est bon de remarquer qu'une sondée de terre, une livrée de terre, une florenée de terre, n'est autre chose qu'un fond de terre, qui rapporte par an la valeur de tant de sols, de tant de livres où de tant de florins.

En 4899. Jean Petit curé de Nossoncourt, aiant achepté la même année la 6~ partie des dixmes dud. lieu, auprès de Jean d'Epinal et D'Aëlis, Dame de Beaumont, veuve de Verri d'Autel Chevallier, led. Curé revendit à Baudouin Abbé de Senones lesd. dixmes auec les autres biens qu'il auoit acquettées moiennant la somme de 64tt. de toulois, ce qu'il reçut comptant dud. Abbé; se réservant seulement pour la durée de sa vie les cens en argent, les poules et les preys qui étoient de la dépendance dud. acquest, moiennant cinq sols de toulois par an; et après son décés le tout devoit retourner à l'Abbaye de Senones; fait au mois de

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deux sceaux, ou deuxmtmn'tdt viu(5).

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Janvier 4299. Cette donation fut confirmée par Gérard Eve-.que de Metz en Octobre de la même année. Enfin en ~4. Jean de Domptail Ecuier, ratifia la vente que Jean de Domptail son père, auoit faite à l'Abbé Baudouin, de tout l'heritage qu'il pouvoit auoir à Nossoncourt et au ban; cette ratification accordée moyennant la somme de dix livres de Toulois, que l'Abbé lui donna.

Le même Abbé acquit aussi de grands biens en Alsace. Il lui fut ajugé à Berchem deux Journeaux de vignes par sentence arbitrale du 23 Juin ~9~. Et en ~94. Aubert de Lauveline Chevallier, céda à l'Abbaye de Senones tout ce qu'il auoit à Berkmelz, soit en vignes, en champs, où en rentes, à charge que l'Abbé lui feroit rendre et delivrer chacun an dans la ville de Corroy (')~ la quantité de douze mesures de bon vin. Et en ~95. Gertrude Dame de Corroy (~), veuve de Ferri de Colroy et femme en 2* nopces de Liebaut de Landéville, donna à l'Abbaye de Senones les vignes que son premier mari auoit acheptées de l'argent de son mariage aud. lieu de Berkmelz. En ~99. Aubert fils du Seigneur Rathier de Luscez, donna en aumone à l'abbaye tout ce qu'il auoit à Berkmelz et d'autres heritages, moiennant deux salles (*), qu'on lui devoit donner annuellement. Baudouin achepta aussi plusieurs vignes à Chatenoy ez années ~995. ~96. 4~97. Il en achepta par un seul article pour 54. marcs d'argent monnoye de Strasbourg. On en donna aussy beaucoup en aumone et pour des fondations à l'Eglise de Senones. En 4~97. Louis de Raville et Hildegarde son epouse, firent aussi donation à l'Abbaye de tout ce qu'ils auoient tant en fond qu'en meubles, dans le lieu de Raville (*) en Alsace. Et en ~99. Baudouin achepta des vignes à Kintzhem pour la somme de dix marcs et dix sols strasburgiens. Il y fit encore quelque acquest en 1303. de manière qu'il se passa peu d'années qu'il n'acquit quelque chose au profit de son monastere.

(i et 2) Bien que le <nss. porte C~y, il Lut !ire, je crois, C<«y. (3 et Aj Renvoi et note marginale de la main de D. Calmet.


Il survint en ~98. une grande difficulté à l'occasion de la Cure de Brouville, à laquelle l'Abbé de -Senones avoit

XXV

iM<Bonlté< à

nommé un certain Dominique, Prêtre de Deneuvre, et le Pape en avoit donné la provision à un nommé Simon fils de Renaud de Gerbéviller. Dominique se présenta à Conrad Evéque de Toul, qui l'ayant renvoyé à Jean de Bellaimont, alors chantre de l'Eglise de Toul, pour contester auec Simon son compétiteur, le chantre Bellaimont débouta Simon et ajugea la Cure à Dominique, qui fut mis en possession en vertu de la nomination de l'Abbé de Senones et de l'Institution de l'Evéque de Toul. Quelque temps après, Simon s'etant pourveu par deuant le Pape Urbain VIII. obtint une sentence qui lui ajugeoit la cure de. Brouville à l'exclusion de Dominique. L'Abbé de Senones pour conserver son droit et empécher le progrés des entreprises des Officiers de la Cour de Rome, députa un nommé Laurent d'Imberménil Clerc du diocése de Toul, pour interjetter appel au St. Siège en son nom, du mal jugé de la derniere sentence. C'est ce qu'il fit dans les formes le 20. Sept. 1298. au milieu du chœur de l'Eglise de Toul à l'heure de Vépres, en présence du Doien de cette Eglise et de l'Archidiacre de Ligny, qui auoient été nommés Executeurs de la sentence de Barthélemi de Poitier, chapelain du Pape Urbain VIII. Le Comte de Salm etFAbbé de Senones, firent un accord en ~~8. auec Ferri Duc de Lorraine pour le transport où voilage des bois de marrien, qui descendent du val de Senones et de celui de Celles, où qui remontent d'Ezrail vers Raon l'Etape en telle maniere que, de chaque voile de marien qui viendra d'Ezrail en montant, soit par eau où par charrois, ils en payeront au dit seigneur Duc, neuf sols et deux deniers de Toulois, et de même pour le bois qui descend vers la Meurthe; de plus que le d. Duc empéchera qu'il ne soit fait aucun trouble ni empechement au transport desd. bois; en outre qu'il sera permis aud. Abbé et aud. Comte de Salm de faire nettoyer la rivière qui vient de Celles à Ravon, sans aucune difficulté ni de sa part ni de celle de l'Abbé de Moyenmoutier, dont il les doit garantir.

ï'oooa*!on detanomination à la Cure de Brouville em M~a.

XV

Accord pour le droit de passage des bois qui descendent la riviere en iao&


XVI

Mort de H Abbé Baudouin

Cet accord fut fait seulement pour quatre ans, à commencer à la St. Martin de l'an

L'Abbé Baudouin étoit encore en vie le Lundy dans l'octave de St. Martin d'hyver 43~4. et même le Mardy deuant le Dimanche des palmes de la même année, comme il paroit

HenMM

par les titres que nous en conservons dans l'Archive; et Harton ou Hartong son successeur, l'etoit déja le Lundi après la fête St. George au mois d'Avril ~6. Ainsi Baudouin probablement est mort en ~5. le 13. Juillet, auquel sa mort est marquée dans le Nécrologe. Il auoit donné un fond de vingt livres par an, sur lequel on prenoit vingt sols pour son anniversaire, lesquels étoient distribués aux Religieux. Ce fond étoit anecté sur le moulin d'Outray, situé sur le ruisseau qui coule derriere la Petite Ravon.

CHAPITRE XXIV

1

Age de l'Abbé Kar

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qu'il a

fait à Se-

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MM.

HARTUNGUS, 37~ Abbé, depuis i3i6. jusqu'aprés i322. Le peu de monumens que nous auons de l'Abbé Hartung ou Harton, nous laisse à peine connoitre son âge, et le tems auquel il a vécu. Le 1 er titre où il soit parlé de lui, est une lettre du mois d'Avril ~6. qui est une vente de la moitié du moulin de Le Clerc, faite au profit de l'Abbaïe de Senones par Bernard et Varnequin frères, fils de Varnier de Brovillotte Chevalier, pour la somme de 24tt. de Toulois, à charge de payer 12. deniers de cens au Prévot de l'Eveque de Metz dans le ban de Vaqueville, par celui qui sera propriétaire dud. moulin. Et la même année le Jeudy d'après la Ste. Lucie, Guillaume de Beaumont, fils de Verry d'Autel Chevalier ratifia le vendage qui auoit été fait à l'Abbaye de Senones, de ce qu'Aëliz mère de Guillaume auoit à Nossoncourt la d. ratification accordée moiennant la somme de d5". de petits tournois; et le d. Villaume s'engage de garantir ce ven-


dage contre toutes manieres de gens, et en particulier de Richard son frère, Religieux de l'Ordre des frères mineurs, au cas qu'il viendrait à retourner au siècle.

En ~9. Emechins de Landove Ecuier et Marguerite de Provenchéres sa femme, échangerent les deux parties qu'ils auoient au moulin de Merviller, moiennant neuf quarts de seigle, à prendre sur lesd. deux parties de ce moulin, et encore à charge que les Abbés et Religieux de Senones, en consideration de cet échange, leurs quitteroient 20. sols qu'ils leurs deuoient annuellement, pour les anniversaires de leurs Predecesseurs seigneurs de Provenchéres. Gérard Abbé d'Etival mit son sceau à ces lettres auec le Sénier de St. Diéz. En ~~8. il y eut encor quelque débat pour ce moulin. Voiés le titre de ~8.

En et 43~6. il achepta où rachepta, moiennant certaines sommes d'argent, quelques biens situés à Brekmel, pour lesquels il y auoit contestation entre l'Abbé et les Religieux de Senones, à cause des prétentions qu'y avoient Ferri de Herbéviller et Dame Colette sa femme. Depuis 4~8. nous ne trouvons rien dans l'Archive, jusqu'en ~3~7. où Bencelin étoit déja Abbé de Senones.

Le Nécrologe met la mort de l'Abbé Hartung au 25c Avril mais il ne marque pas l'année de sa mort. On peut toutefois conjecturer qu'elle arriva sur la fin de ~~6. puisqu'au commencement de ~~7. son successeur transigea auec un seigneur du Diocése de Strasbourg, pour ce qui lui étoit dû par l'Abbé Hartung.

Il

Bon<tt!on du mou-

lin deMe~-

vIHe)r.

1319.

CHAPITRE XXV

BENCELIN, 38'. Abbé de Senones, depuis i327. jusqu'en 1349.

Noûs trouvons des monumens de l'Abbé Bencelin depuis l'an ~3~7. jusqu'en ~549. mais nous n'oserions assurer que

1

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Bencelin

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ne. 139.B.

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ces deux années soient la l~e et la derniere de ce Prélat. Le 1er est datté du Jeudy après la conversion de St. Paul. C'est une transaction de l'Abbé Bencelin (a) auec un nommé Harteman fils de Childeric, sire de Reha, Chevalier, qui quitte l'Abbé et les Religieux de Senones de tout ce qui lui étoit dub, a cause des noms et actions qu'il auoit euës contre l'Abbé Hartung, moyennant la somme de 90". de petits tournois qu'il à reçue d'eux comptant, pour la somme de 60~. d'argent, promettant d'annuler toutes les lettres et ecrits qu'il pouvoit auoir contre led. Hartung. Ce qui insinüe que cet Abbé n'etoit pas mort depuis longtems.

La même année il laissa à titre de cens perpetuel à une famille de Vie, une maison auec ses usuaires située au méme lieu de Vie, moyennant la somme de 14. sols par an. Il est à remarquer que la maison dont il s'agit et toutes les autres maisons voisines que l'on rappelle dans ce titre, sont nommées anciennes sans addition. La lettre est du Samedi auant la St. Laurent au mois d'Aoust.

En ~28. Jean Comte de Salm, Simon et Nicolas ses fils, les Abbés de Senones et de Moyenmoutier firent ensemble un traité d'accompagnement pour les bois dits de Ravine, à commencer à la fin des bois de Moyenmoutier, dessus S. Prayel au ruisseau nommé de la bonne femme, en remontant le long de ia cime des montagnes, jusqu'a Huison et de là par dessus Croix-en-fontaine, par dessus la neuve voye, jusqu'a la voie du diable trépois, qui va de Celles à Senones, auec toutes les vallées qui dépendent de ces montagnes et portent l'eau vers le ruisseau de Rauine. Les conditions de cet accompagnement sont, 1" Que de tous les emolumens, profits et amendes desd. bois, les trois seigneurs contractans en auront chacun un tiers, sauf l'usuarie des Abbés et couvent de Senones et des hommes du lieu, et du val de Senones, comme ils l'ont eûjusqu'au jour du traité, tant au bois vif qu'au mort, sans faire don, ni vendage à d'autres; et quand les bois dont est question seront défrichés et dépoüillés du poil des grand bois, les


héritages et le fond en demeureront sans part d'autruy, à l'Abbé de Senones.

2" Les Abbés et couvent de Moyenmoutier s'engagent à faire nettoyer à leurs frais le ruisseau de Rauine et celui de Repanfosse qui tombe dans Ravine; en sorte que ce ruisseau puisse porter quatre où cinq cent buches de bois; en outre ils s'obligent- à garantir le cours de lad. eau de tout dommage que l'on pourroit faire aux héritages qui sont situés sur ce ruisseau et après que ce ruisseau sera ainsi nettoyé, les trois seigrs. dessus nommés seront tenus à l'entretenir à frais communs, chacun pour son tiers.

3" Que si le Comte de Salm et l'Abbé de Senones foisoient travailler dans les bois qui sont du coté de Celles, pendans sur led. ruisseau de Rauine, les Abbés et Religieux de Moienmoutier y auroient leur tiers, comme dans les autres bois de compagnie.

4" Si l'un des trois ne jugeoit pas à propos de vouloir faire travailler dans lesd. bois, pendant que les deux autres y travaillent, ceux-ci partageroient le profit auec celui qui ne feroit pas travailler et lui donneroient son tiers, déduction faite des frais et de la dépense, principalement de l'argent, s'il avoit été emprunté à Juif où à Lombard. 5" Chacun des trois seigneurs mettra un homme dans les bois de Compagnie, où l'on y en mettra un pour les trois, lesquels seront sergens et gardes desd. bois, y feront les reprises et auront le tiers des amendes.

Les habitans de Moyenmoutier ni ceux de S. Prayel ne peuvent demander usuaire dans ces bois, sinon la vaine pature, comme ils l'ont eüe jusqu'icy. Les contractans se soumettent à l'excommunication de l'Ofïicial de Toul, s'ils contreviennent à ce traité, qui tut scellé du sceau de la Cour dud. Official, le Samedy d'auant la Magdelaine, au mois de Juillet en ~38.

La même année l'Abbé Bencelin tint ses plaids annaux

dans son Abbaye et ce sont les plus anciens dont nous ayons les actes. Il les tint le 12e de Décembre vers l'heure de Tierce, dans la Salle où l'on auoit accoutumé de les

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Bttud* mnntuxdu vttdeBenone*.


Haute ju<tioe. Créa-

tion d'of-

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Droit du voué.

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Corvée*.

tenir chaque année, en présence d'un Nottaire Apostolique et Imperial, qui les à rédigé par écrit. Lors donc qu'on fut assemblé, l'Echevin établi par l'Abbé Bencelin, commença à exposer les droits et usages de la terre et seigneurie de Senones, en présence de l'Abbé, du Cellerier, de plusieurs Religieux de l'Abbaye et des peuples du Val

d" Que le ban, la Justice et le détroit du Val de Senones sont à l'Abbaye, sans part d'autruy. Qu'un Abbé de Senones où le Cellerier où un autre des Seigneurs de Senones, à l'exclusion de tous autres, a droit de tenir la Justice et de créer les Maires, les Doyens, les forestiers, lesquels sont francs de tailles, de rentes et de toutes seruitudes item créent l'Echevin et les Banvars. 3" Que s'il se trouvoit quelqu'un qui se rebellat et ne voulut se soumettre aux plaids, l'Abbé pourroit appeler l'avoüé (l), pour le réduire par la force, et l'avoué (2) auroit le tiers de l'amende qu'on tireroit de celui où de ceux qui refuseroient de se soumettre, et l'Abbé et les Religieux, les deux tiers. 4" Si un Prud'homme du Val de Senones prenoit un cerf, un sanglier où un ours (3), il devroit le présenter aux seigneurs de l'Abbaye qui en auront la teste, les quatre pattes et le quartier de derrière le reste demeurera à celui qui l'aura pris 5" Si quelqu'un trouvoit dans un creux d'arbre un essein d'abeilles, il seroit obligé d'en donner avis au Cellerier qui feroit couper l'arbre et prendroit la moitié des abeilles, et donneroit l'autre moitié à celui qui les auroit trouvées. 6" Chaque laboureur doit les corvées des trois saisons aux terres de l'Abbaye, et chaque paire de bœuf doit un virlin d'avoine à l'abbaye en caréme. Ceux qui n'ont point de charrues, doivent aller trois jours travailler et fossoyer au profit de l'Abbaye, à peine d'un denier d'amende. Item chaque homme dud. val doit aller bêcher au jardin de l'Abbaye, en caréme pendant deux

(i et 2) Le secrétaire avait écrit dans le manuscrit voué, mais D. Calmet a corrigé et mis avoué.

(3) On voit par ce passage, comme par d'antres documents, qo't cette époqoe l'ours habitait encore les Vosges.


jours, et les femmes veuves y doivent aller planter pois et féves, sous peine de 3. deniers d'amende, pour celles qui y manqueroient ces deux jours. Item doivent faucher, faner et amener dans l'Abbaye les foins de leur Breüil, et ces Breüils sont en ban depuis le lendemain de Paques, jusqu'a la Toussaint, en sorte que nul n'y peut mettre ses animaux. 7* Les eaux du Val de Senones sont aux seig"~ de l'Abbaye, et les forestiers sont chargés de les garder et de reprendre ceux qui y mésusent, et les amendes sont toutes auxd. seigneurs. 8" Si l'on trouve un voleur où un meurtrier, on doit l'amener à l'Abbaye et les seigneurs le doivent faire mettre dans leurs seps par leurs Maires, qui le mènent ensuitte dans les prisons de la forteresse du seigneur avoüé, et celui-ci le doit renvoyer par son Prevot dans l'Abbaye puis le maire et la Justice de Senones le conduisent en la salle de l'Abbé, qui juge le coupable auec sa justice l'Abbé recommande qu'on ne lui fasse aucun tort mais ses Officiers après l'auoir jugé le remettent à l'avoué (<), pour en faire justice convenable, et s'il a des biens fonds, ils seront acquis à l'Abbaye; s'il a des meubles, ils seront a l'avoüé (2).

9<* Chaque chef de famille doit aux seigneurs de Senones un denier par an pour la ~6~de mal taille (a). d0" Item les hommes du val de Senones doivent charroyer à l'Abbaye de trois ans a autre, un chauffour, apparemment la chaux d'un four à chaux.

L'Abbé Bencelin reconnut toutes ces choses, mais il contredit ce que l'Echevin auoit dit de l'amende des contrevenans à la corvée, prétendant qu'ils étoient amendables a sa volonté.

Ces plaids annaux furent tenus en présence de Vancelin Abbé de Moyenmoutier, de Nicolas d'Epinal Ecolatre de S~. Diez et de plusieurs autres témoins. Tels étoient les droits de l'Abbaye dans le val de Senones en ~3~8. Henri de Gerbeviller Chevallier et Perette sa femme firent donation de cent soudées de terre à petits tournois coursa(i et 2) Même observation que plus haut le copiste a écrit dans le mss. voué, mais D. Calmet a fait précéder le mot d'un a.

Emux. petcherie.

Juttice orim!meUe.

Cem* et redevances

annuelles.

(e) F'<n<<M<-

taille, le droit qu'extgeoitte Seigneur de ~es sujets, pour le droit de Tente. V. Du Cange Tal~aet~ett~tt.

IV

fondât! on de deux

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tMre*.

MM.


Acquisition d'une mai-

son ttu~u!.

1333.

M34.

Siens de Juvelize.

1335.

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paire, par-

t!ede*dtx-

mes de

Bf o o n-

c o u r t 1

moulin de

B ertri

champ.

(4) Vo*ë< Rt-

cl~er, 1 11, c.

Cette chapelle

a été transférée à uaquMtdetieue de Baccarat, aTec ua cimetiere pour tttëputtttMdet pestiférée.

v

bles en la cité de Metz, pour faire leur anniversaire en l'Abbaye de Senones. Ils assignent ces cent soldées de terre sur différons biens, par ex. 60. sols sur leurs cens du ban de la riviere, et sur les dixmes d'Hablainville, et les autres 40. sols sur leurs rentes du franc-Alleuf (') de Verdenois. La même année le Curé d'Hablainville fit une pareille fondation pour lui et pour Seigneur Henri son oncle, et donna cent soudées de rente à petits tournois, à prendre sur les marguilleries du val de Senones, et surtout ce qui doit appartenir aux d~" marguilleries, soit en offrandes, en aumones, où en menües dixmes, où autres émolumens, comme aussi sur les cens et autres biens de l'Abbaye de Senones aud. val. Il y a toute apparence que ce curé auoit donné où prêté pareille somme à l'Abbaye de Senones, pour laquelle on lui auoit cédé toutes les choses qu'il rend ici pour son anniversaire.

i. En 4333. l'Abbé Bencelin achepta, où plutot rachepta d'une nommée Cunisse du Pui une maison nommée haute maison, qui relevoit de l'Abbaye de Senones, il la rachepta, e dis-je, moiennant la somme de 30". de petits tournois et de huit quartes de seigle. L'année suivante Henchelin de Morhenges chevalier, lui donna une reconnoissance, que tout ce t qu'il auoit au lieu de Juvelize, devoit retourner après son e décés et celui de son épouse, à l'Abbaye de Senones. Et en ~335. Bertrand voüé de Baccarat Ecuyer ayant élu sa sépulture au prieuré de Deneuvres, donna à l'Eglise de e Senones par son testament le moulin et l'étang de Humbépaire, à charge de dire par semaine deux messes, l'une de Requiem et l'autre du St EspWt. Item il donne à la chapelle de Ste. Catherine, qui étoit auprès dud. prieuré de Deneuvres (a) pour y entretenir une lampe, la part qu'il auoit aux dixmes de Nossoncourt, et la part qui lui apparue tenoit dans le moulin de Bertrichamp, le tout à charge de deux messes par semaine. Cette donation fut contestée par ue

ec

~ur

)M (') On sait qu'en terme de féodalité, un franc-alleu était an fond* de terre exempt de droits teigaeuriaax.


le fils dud. Bertrand et on en vint à un accommodement en 4336. par la mediation de Jacques dit Doré, voué de Bacarat, frere dud. Bertraiid, en cette maniere, que l'Abbé et les Religieux de Senones joüiront de la part que Bertrand auoit au moulin de Bertrichamp, à charge d'entretenir la lampe de la chapelle de S~. Catherine mais pour tout le reste, lesd. Abbé et Religieux le laissent aud. héritier, moiennant une somme de dix livres de bons petits tournois de rente, à prendre sur dinérens héritages assignés par Jacques dit Doré, frère du testateur; moyennant quoy les Religieux demeurent chargés de la fondation des deux messes dont on a parlé.

Les habitans du village de S*. Benoit proche Remberviller, ayant intenté procés aux Abbés et Religieux de Senones, pour la réparation de la toiture de leur Eglise qui auoit été brulée pendant la guerre d'entre l'Eveque de Metz et le Seigneur de Blamont, prétendant que comme gros décimateurs du dit lieu ils étoient attenus à cette réparation et les Abbés et Religieux au contraire s'en denendant, sur ce que cette Eglise n'étoit qu'une simple chapelle et non une mère Eglise, les Arbitres. choisis et agrées de part et d'autre, déclarérent que l'Abbaye de Senones n'étoit tenuë à rien à cet égard et que les habitans de St. Benoit étoient mal fondés en leur demande.

Briet, Prevot de Remberviller et Odile sa femme, ayant résolu de fonder dans l'Eglise paroissiale de Remberviller une chapelle en l'honneur de Dieu, de la S'c Vierge et de sainte Magdelaine, demandèrent à Bencelin Abbé de Senones qu'il lui plût en sa qualité de curé primitif de cette Eglise, permettre et agréer cette fondation. L'abbé y consentit volontiers et présenta sa requête conjointement auec Thierri curé de Remberviller, à Thomas de Bourlemont, Eveque de Toul, pour le prier d'approuver et de confirmer par son autorité d'ordinaire, la fondation et l'érection de cette chapelle. L'Eveque donna ses lettres de confirmation le Samedy d'après le Dimanche où l'on chante Laetare, c'est à dire le Samedy d'auant le Dimanche de la Passion 12

VI

Chapelle de S' Benott

proche de

~enaber-

viller.

1333.

vn

Chapelle de la Magde-

laine fon-

dée dans

t't~Ute de

I~ember-

viller.

1340.


4540. La chapelle devoit etre d'un revenu considérable, puisqu'elle étoit chargée de trois messes par semaine. Le fondateur Briet s'en réserva la nomination pendant sa vie, et après sa mort il en laissa le droit à l'Abbé. Depuis les dernieres guerres de Lorraine, le revenu de cette chapelle s'est entierement dispersé. Elle est située prés le grand autel du coté de l'épitre dans la paroisse de Remberviller (t). L'on trouve plusieurs nominations à cette chapelle faites par les Abbéz de Senones depuis l'an 4590. jusqu'en 4604. que l'Abbé Lignarius y nomma encore.

Aujourd'hui quoiqu'on connoisse la chappelle, on ne sait ce qu'en sont devenus les fonds, et depuis assez longtems l'on n'y a pas nommé de Chappelains, et l'on n'en acquitte plus les charges (~*).

L'Abbé Ancelin ou Bencelin et sa communauté en 4548. céderent au chapitre de St. Georges de Nancy le droit de patronage qui leurs appartenoit dans l'eglise d'Antlup, se réservant les dixmes grosses et menuës et tous les autres droits, revenus, emolumens, cens et corvées qui appartenoient à leur Abbaye dans le village d'Antlup, et dans ses dépendances, priant Thomas Eveque de Toul d'agréer et approuver cet abandonnemt., ce qu'il fit le Jeudy d'après la conversion de S. Paul, au mois de Janvier 4543. Et en d345. le même Evéque unit et incorpora l'Eglise paroissiale d'Antlup au chapitre de S~. Georges de Nancy, pour joüir à perpetuité de ses revenus, en payant toutefois au Vicaire qui y seroit etabli, le tiers du revenu de la Cure pour sa portion congruë. Enfin en d506. le Pape Jules III. à la prière du Prevost et des Chanoines de S*. Georges et du Duc René II. unit de nouveau et incorpora la même Eglise paroissiale aud. Chapitre.

Cette union n'empéche pas que l'Abbé de Senones ne (!) C(tte phrase est écrite par D. Calmet en surcharge d'une li;ne oit H et'it dit que le lieu ou était lit r/<«pe~e est «)c«M<)M~ mais 1). Calmet a bine ces mots et leur a substitué ceux dont je viens de parh'r. (~) Cet alinéa comprend le texte d'une note écrite par D. Calmet sur )mc feuille volante fixée en marge de la p. i98 bis du mss.

vn

Unïon de ta C e n e

d Anttup au Chap". deS.Oeorg;edeBf<tn- oy M4~.


jouisse encor aujourd'huy des offrandes de Paques, tant à Antlup qu'à Vitrimont. Et en 1578. on trouve un départ de Cour qui le maintient en possession de percevoir les Novales en qualité de Curé primitif à Antlup et à Hudiviller. Nous voions quelle étoit en 4345. la maniere dont on traitoit les Religieux de Senones dans un traité d'un nommé Viriat dud. Senones, lequel céde à l'Abbaye tous ses biens meubles et immeubles et en outre une somme de 60tt. Strasburgis à condition qu'on lui fourniroit chaque jour le vin, le pain blanc, le potage, la pitance et le géneral, de même qu'on le sert chaque jour à un Religieux de l'Abbaye; en outre qu'on lui fournira chaque année la cotte et le corset pour son habillement, tel qu'ils le donnent à leurs domestiques. Et quand il sera malade où infirme, en sorte qu'il ne puisse plus sortir du logis, on lui fournira une chambre et une pinte de vin, mesure de Senones par jour, et à son valet de même une chambre et quatre pains bis par semaine. De plus il donne à l'abbaye six bichets de fèves de cens par an, et déclare que quand il plaira à l'Abbé ou au Cellerier de le faire manger à sa table, il ne tirera rien du couvent. Ce traité fut scellé par Jean Abbé de Moyenmoutier, et par Jean Doyen de la Chrétienneté de Deneuvres, le Dimanche d'après la fête de tous les Ss. ~45.

L'Abbé Bencelin en ~47. fit reconnoitre et renouveller tous les droits qui lui appartiennent dans la seigneurie de Bure, en une espece de plaids annaux qu'il y tint, en présence des habitans dud. lieu et d'un Nottaire Imperial de la ville de Metz, et de plusieurs autres temoins. 1" Il fut dit et reconnu que l'Abbé de Senones est seigneur Haut justicier, moien et bas de la ville de Bures, sans part d'autruy. Qu'il a droit de faire le maire et la justice quand il lui plait. 2" S'il arrive que l'on arrête à Bure quelqu'un pour meurtre, larcin ou autre malfait, le criminel est amené à Bures, où l'oit lui fait son procès, puis on le livre a l'avoüé pour en faire faire justice. 3" Toutes les amendes sont à l'Abbé de Senones seul, excepté celles où l'avoüé est appellé, dans lesquelles il a le tiers. Celui qui déclineroit la justice de

vm

V!r!tt de Senone* cè-

de à t'Ab-

b~'eoe

qu'ilauoit

moien-

nant une

prébende

de pain,

de vin,

etc., qu'on

tut donne.

134S

CE

B'rotttde l'Abbé de

Senones

en la Sei-

goeurie

de Bure.

M47.

Justice criminelle.


M<nd* *n-

naux.

Quartiers que l'on

tire des

habitans

de Bure*.

Corvée*.

I~ro!t* du

l'Abbé seroit condamné à cinq sots d'amendes et à retourner à son tribunal pour y contester; et si la justice de Bures ne peut décider la difficulté, on a recours à Vie, pour auoir droit. 4" L'Abbé peut faire tenir des Plaids annaux 3 fois l'année, la 1~ à l'Epiphanie, la 2e au mois de May, et la 3~ à la S~. Martin mais il peut les auancer où les différer, où même les omettre entièrement et doit le diner à ses officiers, le jour des plaids annaux.

voué.

5" L'Abbé et le Couvent de Senones tirent deux quartiers et demi à Bures. Chaque habitant doit à la mi-may deux deniers et maille à la St. Remi autant, et au jour de S'. Martin où dans l'octave 8. bichets de bled moitangé. Item le jour de St. Etienne, 4. pains chacun d'un denier et outre cela 4. deniers. Des 4. pains l'Abbé en prend moitié et l'avoué l'autre moitié, et des 4. deniers, l'avoué en a le tiers et le lendemain de S~. Etienne chaque quartier doit à l'avoué deux bichets rez d'avoine où l'Abbé ne prend rien. De plus il y a à Bures 22. meiz et demi (c'est des jardins) chacun desquels doit à l'Abbé 4. chapons et 3. deniers desquels l'avoué tire le tiers.

6~ Chaque laboureur doit trois corvées à l'Abbé aux trois saisons, savoir au waïn, au somars et au tramoix, c'est a dire, au mois de Mars pour les orges et avoines, dit ici tramois au tems des semailles du froment, où wen~ et au tems des somars, lorsqu'on prépare les terres pour les semailles du froment et l'Abbé leur doit à chaque jour un pain et le fourniment. Le titre n'explique pas ce dernier terme il dit seulement que les trois pains doivent faire le vaxel, et qu'à la corvée du somars, on ne donne que le fourniment. Ils doivent aussi les autres corvées de la faucille et du sarclage, et celui qui n'y viendrait pas y étant appelé, l'Echevin prend un gage dans la maison du délinquant et le vend pour loüer un autre ouvrier en sa place. Ils doivent aussi la corvée pour le foin du Breüil de Bencien. Le char de l'Abbé en doit tirer la l~o voiture, les habitans mènent le reste.

7° L'Abbé doit fournir les bêtes mâles à Bures, et quand


lui ou ses gens viennent à Bures, on leur doit fournir des lits. L'avoué a aussi certaines corvées à Bures, lesquelles doivent être commandées par le sergent de l'avoué mais il ne peut prendre à celui qui n'y viendrait pas, que la moitié de la journée d'un ouvrier. Item chaque béte tirante doit a l'avoué dix deniers payables en deux termes, à la S~. Remi et aux bures ('). Chaque vache doit 6. deniers, un jeune boeuf un denier, une genisse un denier, etc. Chaque habitant doit à l'avoüé à la S~. Remi un poulet et un denier. (t) Le mot de bure vient du latin uro, buro, je brûle. Dans les Vosges, la danse conserva longtemps le caractère sacré qu'elle avait au temps des Gaulois. Les garçons et les filles se réunissaient, au sortir de l'église, et dansaient le Dimanche de Quadragésime après les vêpres les endroits consacrés à cet usage s'appelaient la Bure. On se partageait en chœurs, l'un composé de garçons, l'autre de filles, et l'on se donnait la main pour danser en rond, en chantant à trois reprises: ~UtfMrteroM<-MO<M?Le chœur des filles nommait une des leurs, qui quittait la chatne pour se placer au milieu du rond et attendre l'amant qui allait lui être désigné; puis, les deux chœurs continuaient à tourner et à chanter et la jeune fille placée seule au centre disait en refrain :<t!mer<M ~ut m'aimera. La compagnie répétait la première question pour le choix d'un amant, le chœur des garçons l'indiquait et l'élu allait rejoindre la jeune fille précédemment désignée Une fois le couple formé, les deux chœurs chantaient et faisaient trois tours en dansant autour de lui, en lui commandant de s'embrasser à chaque tour. Les deux jeunes gens rentraient dans la chatne et restaient ensemble et on continuait jusqu'à ce qu'il n'y avait plus personne à unir. On appelait ce premier jeu, donner <e< /'<McAeMoMe<. Les jeunes Elles quittaient alors un moment leurs cavaliers pour allumer, avec les brandons apportés de l'église, les bures autour desquelles on recommençait à danser le rondeau jusqu'à l'extinction des feux Puis chaque couple s'emparait d'un tison et se dirigeait vers la maison de la fille, accompagné des parents qui avaient assisté à cette innocente récréation, de laquelle naissaient presque tous les mariages de l'année.

Cet usage remonte au culte de Diane ou de la lune et tend à disparattre complètement depuis que les familles de la campagne, moins isolées, moins disséminées, ont d'autres occasions de se connattre et de se rapprocher.

Les étymologistes font venir le nom de /asc/teM(~es, donné à la danse des bures, du latin /'<MC!Ha<to, charme, enchantement, et ils trouvent la justification de ce nom dans tout ce que ce jeu contient d'emblématique le nombre 5, les trois tours de danse, nombre considéré comme sacré et parfait par tous tes peuples anciens; les mouvements circulaires, les ronds, employés toujours en magie; enfin la présence du feu, tout cela démontre l'antique origine et la justesse du nom de ce jeu, que nous regrettons de voir disparattre peu à peu de nos montagnes et remplacer par les distractions du cabaret et des jeux d'argent.


M a z u r e Chasse,

JE* eIm*

d'abetUe*. X

XLaohapt des rev en u<

du prieuré

d. I.éo-

mont.

M4a.

ftefdeV!gneuie<

taittét

Jean de

Toul.

1348

XI

8" S'il se trouvoit une mazure à Bures, et que quelqu'un la demandat pour en faire une maison où un jardin, si le propriétaire n'y faisoit pas travailler dans l'année pour la somme de 20. sols messins, il en seroit pour une pareille amende envers l'Abbé, et perderoit sa mazure qui seroit confisquée au profit du Seigneur.

Les bêtes sauvages que l'on tire dans les bois où dans la campagne, doivent être amenées à Bures à la Cour de l'Abbé qui en fait sa volonté. Si l'on trouve un essain de mouches à miel, l'Abbé en a moitié et celui qui l'aura trouvé l'autre moitié.

Tels étoient les droits de l'Abbé de Senones dans la Seigneurie de Bures en 4347.

Un nommé F. Nicole Foucerot, Prieur de Léomont auoit vendu où affermé à vie à Henchelos de Morhenges Chevalier, tout le Prieuré de Léomont auec ses revenus, pour en jouir tant en son nom qu'au nom de ses deux fils Jean et Henri. L'Abbé Bencelin après la mort dud. Henchelos de Morhenges, retira led. Prieuré des mains de Jean et Henri ses fils, qui renoncérent au traité passé à leur profit et à celuy de leur père, promettant de ne s'en prévaloir jamais, et priérent Jean comte de Salm, de mettre son sceau auec le leur à l'acte de renonciation où de rescision du contrat. Les lettres sont du Lundy après la fête S~. Martin 4348. La même année l'Abbé Bencelin et le couvent de Senones, laissérent à titre de cens et d'homage à Jean de Toul Ecuier et à demoiselle Aliéner sa femme, tout ce que l'Abbaye auoit et pouvoit avoir dans le lieu de Vigneules prés Rosières, et au ban, scavoir la maison, la chapelle et ses

appartenances, la corvée derrière la maison, qui contient douze jours de terre, en outre environ 80. jours en d'autres endroits et plus de 33. fauchées de preys, sans compter les redevances en argent, en froment et en avoine, le tout laissé aud. Jean de Toul, moiennant la somme de cent sols de petits tournois a payer chacun an aud. Abbé et couvent au jour de la Toussaint où dans le mois, et s'ils y manquoient led. cens doubleroit et s'ils refusoient où négligeoient de


reprendre en fief et en hommage, de main où de bouche, lesd. héritages, l'Abbé et les Religieux de Senones pouroient les reprendre et se les approprier jusqu'à ce qu'on eut satisfait aux charges du fief. Le traité fut passé au mois d'Octobre 1348. et scellé du sceau du Duc de Lorraine en sa cour de LunéviHe, et de celui de Jean de Toul. Ce seigneur étoit fils du Prince Jean de Toul, fils du Duc Ferri III. Il auoit pour frères Thiébaut et Pétreman, nommés dans le titre dont nous venons de donner l'extrait. Il y a beaucoup d'apparence que c'est lui même qui est nommé ci-devant Jean de Nanci et Jean de Neuviller. Voiés ci deuant sous les années ~<?9. et 4~6. Il est remarquable que ni lui, ni Henri le Lombard ne prennent jamais le surnom de Lorraine, quoyque fils immediats de nos Ducs. L'Abbé Bencelin peu de tems auant sa mort, achepta le moulin d'Outray de Ferri de Badonviller, fils de Ferri d'Outray, moiennant la quantité de huit bichets de seigle et de 4. d'avoine, à payer annuellement au jour de St. Remi, et à prendre sur les dixmes de la ville de Senones. La lettre d'achapt est dattée du 9~. Septembre 4349. et scellée de Jean Abbé de Moyenmoutier, et de Jean Doyen de la Chretienneté de Deneuvres.

Depuis ce tems on ne rencontre plus aucun monument de FAbbé Bencelin II. Le Nécrologe ne marque pas méme le jour de sa mort; mais on scait certainement que Rennerus son successeur étoit Abbé depuis fort peu de tems, le 28. Avril 435~. On peut compter Bencelin parmi les meilleurs Abbés de Senones. Il y a fait de grands biens et en a bien soutenu les droits. Si l'on trouve sous son régne des ascensemens, des accompagnemens et des transactions désavantageuses, il en faut accuser l'iniquité des tems et les facheuses circonstances.

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Acqmett du n* o u t n

d OMtr&y

par l'AbT

bè Bemce-

lin. M4<.


Commencement de

Henneru*.

<353

Renier, Ah-

bé de Se.

nwne*()

t

Nous auons l'époque du commencement de Rennerus dans la reprise qu'il fit de main et de bouche au chateau de Liverdun, de Thomas de Bourlémont Evéque de Toul, le Samedi après la fête 8t. George et S'. Gerard 28e d'Avril 43~. Dans cette cérémonie, qui se fit en présence d'un grand nombre de noblesse, l'Evéque Thomas de Bourlémont dit à l'Abbé Rennerus qu'il deuoit aussi reprendre de lui son temporel, a quoy l'Abbé répondit qu'il n'étoit pas informé de cette obligation que si M*\ de Toul pouvoit lui faire voir qu'il y fut obligé, où qu'il put en auoir connaissance par lui-même, ou par sa communauté de Senones, il ne manqueroit pas de satisfaire à tout ce que le droit et la justice demanderoient de luy.

(i) A la oage 20Sdu m"s. se trouve cet écusson, des~ittëpar D C<)m t sur un feuiH' t volant, avec la suscription écrite p:'r le même c'fst une <)eces;)tmoiti<'s ttont je parle dans la ~rëface, mais le ttcssit) est tte~-imparfait. httes ont le mérite d'être des dtShHtS originaux de Calmet.

RENNERUS où RORIUS, 39'Abbé de Senones, depuis ~5~. jusque vers ~7.

CHAPITRE XXV!


Nous auons vu ci devant que l'Abbé Bencelin II. auoit acquis en ~~9. d'une Dame nommée Cunisse du Puy, la haute maison du Puy, qui releuoit de l'abbaye de Senones. Jean comte de Salm forma sur cela quelques difficultés, prétendant apparemment que cette maison lui deuoit revenir. Après plusieurs contestations il s'accorda auec l'Abbé Rennerus. Les parties consentirent que cette maison qui menaçait ruine, et qui ne deuoit pas être sur pied à la St. Remi prochaine, demeureroit renversée et que nul ne la répareroit, mais qu'on convertiroit la place où elle auroit été, en nature de terre arable. Les lettres de cet accommodement sont du mardi après la fête du S'. Sacrement ~5~. Elles furent scellées à la prière des parties, par Ademare Evéque de Metz conjointement auec l'Abbé de Senones, et Jean comte de Salm.

Les comtes de Blamont auoient fondé en i3M (a) une collégiale dans leur chapelle castrale de Deneuvre. La Cure du même tieu de Deneuvre dépendante du Prieuré du Moniet, étoit fort à la bienséance des Chanoines Henri comte de Blamont s'employa auprés de l'Abbé de Senones et du Prieur de Moniet, pour obtenir leur consentement, afin de faire unir cette cure au chapitre, dont nous auons parlé. L'Abbé Renier, sa communauté et le Prieur de Moniet, donnerent les mains à cette union et se dépouillérent volontairement du droit de Patronage qui leur appartenoit, se réseruant néanmoins les deux tiers de la grosse dixme et la moitié de la menüe dans toute l'étendüe de la paroisse de Deneuvre, et à condition que toutes les dixmes de Deneuvre, de Bacarat et de Bademenil, seront transportées et gardées dans led. Prieuré du Moniet, et que la création des Marguilliers de l'Eglise de Deneuvre et des autres Eglises qui en dépendent, se fera de concert par l'Abbé de Senones et le Curé de Deneuvre. Que s'ils ne peuvent s'accorder sur le choix d'un sujet, ils les nommeront à l'alternative l'Abbé nommant une année et le Curé une autre et ainsi de suite lesquels Marguilliers seront obligés de porter tous les ans le lendemain de Noël au Prieuré de Moniet, le pain, le vin

n

Accord pour la haute

maison du

pui. MM.

m

Cession de la Cure de

D eneu.

vre* faite

aux Cha-

n o i n e <

dud. lieu

par les <

Abbé.et

Couvent

de Seno-

Des et le

Prieur du

Moniet.

1334.

(a', Voyes

)'M<«. de jtofr LU.p.Mtet om.


(a) Lillorroille deS.Renncydeuant hors )a vittedeDeeeu~M.

(6)C)raprM, pageMS.itest l,arJé de la maison de Le*<cy, ou Laci et Domba<te(<).

et les chapons, nommés communément le .RcgM<M<. De plus il fut convenu que le Prieur du Moniet seroit déchargé à l'avenir de fournir à l'Eglise de Lètre (a), le missel et les autres choses qu'il y fournissoit auant cette union mais il demeurera comme auparauant chargé de la toiture de la nef de lad. Eglise.

De plus il fut accordé que le Curé de Deneuvre ne pouri a jamais rien prétendre aux Novales pour le passé, pour le présent, ny pour l'avenir, et que ce qui revient de l'eau bénite, qui se porte tous les Dimanches dans les maisons de Deneuvre et de Bacarat, se partagera de telle maniere que le Prieur aura une année l'eau bénite de Deneuvre, et la même année le curé aura celle de Bacarat; et l'année suivante au contraire l'eau bénite de Deneuvre sera pour le curé, et celle de Bacarat pour le Prieur, et ainsi à l'alternative. Item les Prieur et Couvent du Moniet se réservent les droits qu'ils auoient dans la maison de Lunesey (b) et dans ses dépendances, et en particulier la création du Maitre ou de l'Oeconome de cette maison; enfin les maitres d'école se feront du commun consentement du Prieur et du Curé de

Deneuvre que s'ils ne peuvent s'accorder, ils les nommeront chaque année à l'alternative.

Tout ceci fut agrée et confirmé par Bertrand de la Tour Eveque de Toul, et par tout le chapitre de son Eglise, la veille de S~. Vincent, c'est a dire, le 21. Janvier 4554. Et le meme jour il unit et incorpora à perpétuité lad. Paroisse de Deneuvre au Chapitre du même lieu et en méme tems Guillaume cardinal du titre de St. Etienne au mont Celius, et légat apostolique dans la province de Trèves, confirma la cession des Abbés et Couvent de Senones et celle du Prieur de S~. Christophe du Moniet, faite au profit de la Cure de Deneuvre et du Chapitre de St. George du même lieu, aussi bien que l'union qui en auoit été faite par (<) Les notes marginales et & sont ajoutées par D. Calmet, sans doute après avoir vu et revu le texte, comme il le fait pour d'autres corrections et adjonctions.


le Seig" Eveque de Toul aux termes et sous les conditions exprimées plus haut (~).

Jean de Rozieres Doyen en la collegiale de Brixey et Vicaire general de l'Evèché de Toul reconnut en 1357 par un acte authentique que de tout temps les Eglises de S~.

Tiré de la Génëttegiedett )))titend<Li)t<ttTt)tetM7(<).

Diez, Senones, Moiemoutier, Estival dépend oient immediatement du St. Siege, qu'il etoit de notorieté publique que le St. Siege renvoioit souvent les causes d'appel pour y etre plaidées et discutées par les dignitaires des dites Eglises qu'il constoit non seulement par ce qui se pratiquoit alors, mais encore parce qu'il s'etoit fait, suivant le temoignage qu'en avoient donné plusieurs Evêques de Toul et plusieurs de leurs Grands Vicaires.

Nous avons un breviaire à l'usage du monastere de Se-

On peut tMty

nones écrit en 4~. par consequent sous l'Abbé Rennerus, où l'on voit la maniere dont on y celebroit l'office divin sous son gouvernement. L'on y disoit tous les jours l'office de la S~ Vierge, considerablement plus long que celuy que nous disons aujourd'huy aux jours feriaux et pour l'office canonial il étoit aussi plus long, et different en bien des choses de celui que l'on récite a present dans nos Congregations réformées. On peut voir le précis de ce breviaire à la fin de cette histoire.

L'Abbé Rennérus accablé d'infirmités corporelles et fatigué des soins du gouvernement, surtout dans des tems

U6. con~ulter le breviaire ms. de M. Claude Jaquotde Charmagne rel~g, de Senonetea<S7t. <380..

IV

t.'Abbé

aussi facheux, et parmi tant de traverses et de contradictions, résolut de quitter son Abbaye et de la résigner entre les mains du Pape chose inusitée jusqu'alors dans ce monastere, où les anciens Abbés se démettoient simplement entre les mains du Chapitre, qui choisissoit après cela librement qui il jugeoit plus a propos. Rénier donc fit présenter sa supplique au Pape le d5~ de Juillet de l'an 1367. dans

Rennern* ré*!gne son Abbaye entre te< nnain* du Pape, MC7.

(1) Ici ae trouve dans le mss. un renvoi de D. Calmet a un feuillet dëtachc qui comprend le texte s'étendant jusqu'à t\nt. IV et commençant parJe(tMde7!o~t~<'es.

(2) Note de U. C.


v

lierre de Varize nonanaé à iAbb~de Sen. par

laquelle il expose les motifs de sa démission et prend Dieu à témoin de la vérité de son exposé. Il y a beaucoup d'apparence qu'il auoit en vue de faire tomber l'Abbaye à Pierre de Varize, qui lui succéda, puisque sa supplique est signée de Renaud de Varize Chevallier et de Jean de Varize moine de St. Martin de Glandiéres, aujourd'huy nommé Longeville. Le Pape Urbain V, ayant donc admis la démission de l'Abbé Rénier, déclare dans sa Bulle, addressée à Jean Evéque de Basic, qu'il s'est réservé depuis longtems la provision de toutes les Eglises cathédrales et des monasteres vacans en Cour de Rome; que l'Abbé Régnier aiant résigné

le ?. Urb V.13C7.

son Abbaye entre les mains de Nicolas cardinal du titre de la Ste Vierge in viâ latâ, la chose*lui ayant été proposée en consistoire, et ayant vu les lettres des Religieux de l'Abbaye de Senones, qui temoignoient que Pierre de Varize, Prieur du Prieuré de la Cour, (au ban de la Broque où de Vipucelle) Profés de leur Abbaye, seroit très propre pour la gouverner, il a jugé à propos de l'y nommer, nul autre que le Pape n'ayant pu pour cette fois se mêler d'y pourvoir, à cause des réserves et du décret dont on a parlé il ordonne à l'Evéque de l'en mettre en possession, supposé qu'il se trouve digne de cet employ, et qu'ensuite il lui donne la bénédiction abbatiale, où qu'il la lui fasse donner par un autre Evéque catholique, lié de communion avec le S~. Siège, sans que tout cela puisse préjudicier au droit de l'Evéque de Toul, auquel l'Abbaye de Senones est soumise comme à son ordinaire.

On ignore le jour et l'année de la mort de l'Abbé Rennerus.

CHAPITRE XXVII

1

Commence ment* de l'Abbé Pierre de Vftr'ze, sa famille, son age.

PIERRE DE VARIZE, 40' Abbé de Senones, depuis ~7. jusqu'en ~90. et peut être au delà.

Pierre de Varize étoit de l'ancienne maison de ce nom, qui portoit d'argent à la face de sable et cimier. On ne


trouve que peu de monumens qui nous apprennent les parcularités de son gouvernement.

En ~7~. le Pape Gregoire XI. donna à la prière de l'Abbé et du couvent de Senones, une Bulle par laquelle il dit qu'ayant appris que les prédecesseurs Abbés de ce monastére auoient aliénés un grand nombre de seigneuries, de droits, de terres, et en auoient faits des lettres de concession confirmées par serment et dont quelq. particuliers auoient même obtenu des lettres de confirmation in formâ communi du St. Siège, il ordonne au grand Prevost de St. Diez, que nonobstant ces lettres et ces formalités, il contraigne par censures les détenteurs de ces biens à les restituer à l'Abbaye de Senones; et si ceux qui seront cités pour témoins, refusent de comparoitre, qu'il les y oblige par les mêmes peines. Donné à Avignon le ~4. des Calendes de mai, l'an 6" du Pontificat de Grégoire XI.

Le même Pape en 1376. confirma les biens et les priviléges de l'Abbaye, le V. des Nones de Juillet, de son Pontificat l'année 4e, de J. C. 1376.

Le Prieuré de S~. Christophe de Vic fondé auant l'an 44~. sous Etienne Evéque de Metz et sous Antoine Abbé de Senones, fut détruit vers l'an ~378. et ~379. pendant les guerres de l'Eveque de Metz et du Duc de Bar, de peur que (1) Cet écusson est également dessiné par D. Calmet, qui a écrit de M main la suscription que je reproduis aussi. Le dessin est très-imparfait comme celui des armoiries de l'Abbé Rénier, et il est calqué sur l'original ainsi que tous ceux qui suivront.

Pierre de

V&ftze,

Abbé de

Senone*

eniM.

(1)

n

Ore~. XI. ordonne

au grand

Prévott de

S'.Diezde

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de* biens

de l'Ab-

baie de

Senones.

1378.

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Confirmatien des

biens du

mono.t.

de Seno-

nes par le

~.Greg.

XI. M7e.

IV

Le ~r!euré de Via

t transféré dans t* ville.

Mao.


(a) Lanrent Eyeq, de lIel.&depunt'an<M9. jusqu'en 4~9.

(t) Henri Dauphindepoh t1l16. jusqu'en U24

les ennemis ne s'en servissent pour battre la ville de Vie qu'il commandoit par sa situation sur une colline, au voisinage de la place. Thierry Bayer de Boppart Eveque de Metz en ~~). touché des plaintes du Prieur de S~. Christophe, qui lui exposa que son monastére détruit comme il étoit, n'etoit plus propre à y loger une communauté, ny à y pratiquer les exercices de sa profession et qui le pria de lui donner une autre place où il put demeurer, Thierri lui accorda la chapelle de la Ste Vierge située dans la ville de Vie, auec toutes ses dépendances et appartenances, laquelle chapelle auoit été fondée par Laurent (a) et Thierry (') (b) Eveque de Metz et qui étoit dans une entière et absoluë dépendance des Prélats do cette Eglise.

Cette chapelle où Eglise auoit autrefois appartenu à des Béguines où Religieuses du Tiers Ordre de S~. François, lesquelles étant tombées dans un grand relâchement, on travailla à les reformer dès l'an ~564.

Jean de Vienne Evéque de Metz, qui donna ses soins à cette réforme, remarque que quelqu'uns doutoient si ces filles étoient véritablement Religieuses, du nombre de celles qui sont approuvées par l'Eglise, et si elles n'etoient pas plutost de l'état détestable des Béguines (2); mais qu'ayant examiné la chose plus à fond, il auoit reconnu qu'elles étoient du tiers ordre de St. François. Il leur (t) C'est ~fettW qu'il faut lire, mais le mss. porte 7V<terry. (2) On comprend sous le nom de bégards, begghards, 6<~Aard<, béguins, béguines, des hérétiques, hommes et femmes, qui s'élevèrent en Allemagne vers la fin du XHt'siëcte. Leur croyance était, que l'homme peut arriver à un tel degré de perfection qu'il sera complétement à l'abri de tout péché; des lors il ne fera plus aucun progrès dans la grâce, car si un homme y avançait toujours, il deviendrait peut-être plus parfait que Jésus-Christ. Quand on est arrivé à ce degré de perfection, on ne doit plus ni prier, ni jeûner. Sans garder le célibat ni aucune observance monastique, ils portaient l'habit religieux, de longues robes, de longs capuchons, etc.. Ils firent surtout des prosélytes parmi les femmes qu'on appela &d~M(M~. Ils furent condamnes plusieurs fois par les papes, entre autres par Clément V, au concile général te Vienne. Dans les Pays-Bas, ils avaient pris pour patronne sainte Beggha, mère de Pépin d'liéristal, morte en 692 toutefois les bénédictins qui ont complété le Glossaire de Ducance contestent que le nom de ces ~ord~ vienne de sainte Beggha.


ordonne de porter une robe et un manteau gris et un couvre chef entièrement noir de lin où de chanvre, de chanter l'office de nuit et de jour, et la messe en notes, de ne donner à manger dans leur couvent à aucun homme, ni religieux, ni séculier, et il leur donne sa malédiction et les excommunie, si elles tombent dans des désordres honteux, et si elles écrivent des lettres galantes et afin qu'elles puissent vivre plus resserrées et qu'elles ayent moins de prétextes de sortir, il s'engage de leur donner dix livrées de terre qu'il acheptera de ses propres deniers.

En ~~?8. l'Eveque Jean de Vienne, étant transferé à l'Evéché de Basie, Thierry Bayer de Boppart qui lui succéda dans l'Evéché de Metz, confirma les réglemens faits par son prédecesseur. Mais cette réforme n'ayant point eu de succés, les Religieuses furent entièrement dissipées, et leur Eglise aussi bien que leur maison, abandonnées. l'Eveque Thierri donna non-seulement l'Eglise et le monastére, mais aussi tous les biens, cens et revenus, droits et émolumens de cette maison et l'unit et incorpora à perpétuité au Prieuré de St. Christophe, ordonnant au Prieur et aux Religieux qui vivront auec lui, de faire leur demeure dans ce lieu et d'y chanter les louanges de Dieu au son des cloches, des voix, des orgues et des instrumens de musique, laissant aux Evéques, ses successeurs, de fixer le nombre de Religieux qui y résideront, selon les revenus et la faculté du lieu, et accordant à ce nouvel établissement les mêmes priviléges, franchises et immunités, dont jouissoit le Prieuré, lorsqu'il étoitdans sa premiere situation; donné à Vie le5~ février ~580. Le Pape Clément VII. à la priere de Baudouin Prieur de St. Christophe de Vie, confirma la translation et l'union dont nous venons de parler, le 27. Juin de la même année ~80. Mais malgré tout cela, ce Prieuré bientôt après, fut uni à la Les &~MtMe< se sont maintenues dans tes Pays-Bas jusque ver<. la fin du XVIII- siècle. Vers le milieu du XV* siècle, elles ëtaifnt dëcriëfs en France pour la licence de leurs mœurs; peu à peu leur institut s'y permit, et elles y furent remplacées par tes sœurs du tiers-ordre de Saint François Le lieu où tes béguines demeuraient en commun t'appelait béguinage.


ï.'Abbé de Senones

répète ses

8. bons

homme*

qu'on a-

uoit gagé

pour le

Comte de

Salm.

isai

v

mense (') de l'Evéque de Metz, et l'Eglise de la S' Vierge cédée aux Franciscains, qui la possèdent encore aujourd'huy. Nous rapporterons ci après la suite de cette grande affaire, sous l'an ~4~0.

L'abus de gager et de prendre indifféremment sur les sujets d'un Seigneur auec qui l'on étoit en guerre, où qui étoit débiteur de quelque somme, continuoit dans le païs, et y causoit une innnité de désordres. En jf~. Jean de Vatronville Ecuyer, aiant fait une course dans le val de Senones, dans le dessein de gager sur les biens et sur les sujets du comte de Salm, gagea aussi certains hommes appartenans à l'Abbé de Senones, sans part d'aucuns autres seigneurs, et les emmena auec leurs bêtes. Pierre de Varize en étant informé, les réclama et les fit réclamer par le comte de Blamont, comme un des voüés du monastére. Jean de Vatronville promit de les rendre, pourveu que l'Abbé prouvat par bons témoins, que ces hommes n'appartenoient en aucune manière au Comte de Salm, et s'engageat de se trouver un certain jour à Deneuvre auec l'Abbé pour ouïr les témoins qu'il y devoit produire.

L'Abbé se rendit à S~. Diez pour citer les témoins qu'il croiroit propres à appuier son droit, et à montrer l'indépendance de ses bons hommes. Les témoins craignans de se commettre et qu'on ne leur fit quelque violence en allant à Deneuvre, répondirent qu'ils ne pouvoient se rendre en cet endroit, ce qui obligea l'Abbé de les faire comparoitre deuant le Notaire de St. Diez, qui reçut leur déposition. Ils déclarerent les uns qu'ils étoient présens lorsqu'on rendit à l'Abbé de Senones ses hommes qu'on auoit gagés, croiant gager ceux du comte de Salm d'autres que le Duc de Lorraine les envoiant gager sur le comte de Salm, leur auoit deffendu de gager sur l'Abbé de Senones, ~<) On sait que mense ou <H<tMse (qui est un vieux mot) signifiait le revenu d'un prélat, d'un abbé, d'une communauté. On appel 'it abbatiale, ia portion réservée à l'abbë; conventuelle, cette qui était affectée aux religieux commune, la part de revenu à laquelle l'abbë et les religieux d'un couvent participaient également.


ses hommes n'ayant rien de commun auec led. comte; d'autres qu'ils auoient été présens lorsqu'on restitua à l'Abbé de Senones où à ses gens, les gages qu'on auoit pris sur eux, pensant prendre sur les sujets du comte de Salm. Tout cela se passa a S~. Diez en présence du Notaire, et de plusieurs témoins le 12e Sept. 43~4.

C'est apparemment la crainte de ces gaigières et de ces voies de fait, qui engagea les habitans de S'. Stail de re- courir à la protection de Charles II, Duc de Lorraine, qui les reçut sous sa deffense, de même que ses autres sujets, et leur promit son aide et sa deffense, autant de fois qu'ils en auroient besoin, et qu'ils le demanderoient, moiennant certaines redevances qu'il leur imposa par chaque ménage où conduit, d'un resal d'auoine, d'une poule et de 12. deniers Strasburgis et la femme veuve moitié de cette somme. Cette sauvegarde n'etoit que pour la vie du Duc Charles et pour vingt ans après sa mort. La lettre est du i7* Avril après l'an 4390. On peut voir ce que nous auons déjà dit de ces gagiéres ci-deuant sous l'an 1276.

Le jour pris pour comparoitre deuant le Comte de Blamont, Jean de Vatronville et Pierre de Varize Abbé de Senones se trouverent au chateau de Blamont, et le comte après auoir oüi les raisons de part et d'autre, fit faire pleine et entiere récréance et restitution à l'Abbé et aux Religieux de Senones de généralement tout ce qui auoit été pris sur les bons hommes. La sentence du comte est dattée du 8" Octobre 4~4.

Sur la fin de la même année Maheus Prieur du Moniet prés Deneuvre, laissa à Henri sire de Blamont, les grosses dixmes de Remberviller dépendantes de son Prieuré de Moniet, pour la vie de ce Seigneur, de Valburge de Fénétranges son épouse et de Thibaut leur fils ainé seulement. Il n'est pas dit dans le titre si le comte en rendoit quelque chose au Prieur. Ces sortes de laix pour la vie de plusieurs personnes, étoient encore un des grands abus de ce tems là et une manière d'alienation tres préjudiciable aux bénéfices et aux bénéficiers, sans parler du danger que les biens 13

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13B1.


IX

Achapt de deux par.ties du moulin de la none à BttervIHer, auprofit det'Abbaie de Benomet.

1319.

X

I~onat!on de 9 quartes de *e:gïe à la Chapelle de B*. Mart i a de Bacarat. 13M.

XI

X*endat!on des Carmes de Baccarat. 1433.

ne demeurassent pour toujours aux seigneurs, à qui on les laissoit ainsi à longues années.

Hartung Abbé de Senones auoit en ~f9. rachetté d'Emecine de Landaw Ecuyer, et de Marguerite de Provenchéres sa femme, les deux parts qu'ils auoieut au moulin de la Dône, prés Merviller, sur la rivière de Varnis, moyen nant neuf quartes de seigle que l'Abbaye devoit payer annuellement et à perpetuité aud. Emecine, ou à ses héritiers, à prendre sur le produit dud. Moulin où sur les dixmes de Merviller. De plus l'Abbé et le couvent de Senones en considération de cet achapt, quittoient aud. Emecine la somme de 20. sols qu'il devoit annuellement à l'Abbaye pour les anniversaires de ses ayeux Seigneurs de Provenchéres et en outre trois sols, qu'il deuoit pour le cours de l'eau dud. moulin.

Plusieurs années après, c'est a dire en 438~. les héritiers dud. Emechine de Landauve, sauoir Lietard de Brouville Ecuyer, donna en aumone au Chappelain de la Chapelle de St. Martin et de Ste Barbe qui est en l'Eglise de Bacarat, les 9. quartes de seigle duës par l'Abbaye de Senones, ainsi qu'on l'a veu plus haut.

Et en 4433. Conrade Bayer de Boppart Eveque de Metz, ayant fondé les PP. Carmes de Baccarat leur donna lad. Chapelle de St. Martin, située dans le fauxbourg de la ville de Bacarat, fondée dit-il, par Thierry Bayer de Boppart son oncle. Les PP. Carmes s'y établirent et y bâtirent une maison considerable de leur ordre, qui y subsiste encore (1) Ch. XXIV, art. !ï, l'auteur ou le copiste écrit ~<MecAttt< de Lan-

dove; ici c'est une aatre orthographe an peu plus loin on lira Emechine de Landauve. Je reproduis les noms exactement d'après le manuscrit, comme je l'ai dit dan ma préface des D<utM~e<paye~Me<; mais ces orthographes diverses prouvent que les collaborateurs et secrétaires de D. Calmet ne revoyaient pas a<sez leur texte. Ce reproche, que l'on a louvent adressé à l'auteur, a son excuse dans le grand nombre de travaux dont â'occupait l'infatigable et fécond abbé de Senones et qui ne lui permettait pas de donner le dernier coup de rabot à ses oeuvres. Il devait écrire et dicter comme il pensait et travaillait, c'est-à-dire très-vite. Le travail le plus important est fait, la besogne la plus ardue, qui consiste à chercher et à compiler, est effectuée; à d'autres à faire !e reste.


aujourd'huy, et joüirent des biens affectés à cette chappelle, et en particulier des neuf quartes de seigle, dont nous auons parlé. Après les guerres de Lorraine il y eut procès entre les Carmes de Baccarat et l'Abbaye de Senones, au sujet de cette redevance que l'on refusoit de payer. Mais les Carmes obtinrent un arrêt en ~648. qui leur ajuge 18. reseaux de seigle à prendre sur les dixmes de Merviller. Malgré la concession et l'union faite du couvent et de l'Eglise des soeurs du Tiers Ordre de S*. François au Prieuré de S~. Christophe de Vie, par Thierry Bayer Evéque de Metz, et dont on a parlé ci-deuant sous l'an -~80. néanmoins plusieurs bourgeois de Vie, sans auoir égard aux ordres de leur Seigr. Evêque, confirmés par le Pape, ne cessoient de troubler le Prieur de S~. Christophe, enleuant les pierres et les planches et les autres matériaux du Prieuré qui auoit été démoli, et dont il auroit fait profit dans le nouvel établissement qu'on lui auoit donné dans la ville. Il fut obligé d'en porter ses plaintes à Pierre de Luxembourg Evéque de Metz et cardinal, qui ordonna à ses Officiers de Vie de réprimer ces entreprises et de soutenir le Prieur contre les malveillans. Il paroit par une autre lettre du même cardinal, de l'an 1885., que les officiers de l'Evéque de Metz à Vie, citoient souvent le Prieur dans les actions personnelles et l'obligeoient de comparoitre deuant leurs tribunaux, ce qui étoit contre les règles canoniques et contre la liberté ecclésiastique. Le cardinal deffend de rien attenter de pareil à l'avenir, de ne ravir ni saisir les biens du Prieur, et de le maintenir, non seulement dans ses priviléges, mais aussi dans ceux des soeurs, dont on lui a donné la maison, auec tous ses droits, appartenances et dépendances. L'Abbé Pierre de Varize étoit encore vivant en ~90. puisque cette année il donna la chapelle de la Magdelaine, sise à Remberviller, à un Prêtre nommé Jean de Camera, qui fut présenté à Jean de Neuchatel cardinal qui etoit alors administrateur de l'Evéché de Toul. On ignore l'année précise de sa mort, mais le jour en est marqué dans le Nécrologe au d8* Septembre.

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lettre* du B. Pierre

deltuxena-

bour~ em

faveur da

Prieuré

de Vie.

1384

Mas.

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TenM de

mort de B!errede V m r e Abbé de Senome*, tpré* t'ta 13WO.


CHAPITRE XXVIII

BAUDOUIN III, 42- Abbé, vivoit en 4397. est mort après ~99(<).

t

T e m de l'Abbé

Baudouin

Iï, en

MW7.

Bitt.dettrë-

Nous ne trouvons que peu de monumens de l'Abbé Baudouin II. Le 1er est une lettre d'aquest de quelques biens à Kentzhem en Alsace. La lettre est dattée du mercredy après la Pentecôte ~397. et la même année le 15e d'aoust Nicole où Nicolas de Batlémont étoit déjà Abbé de Senones. Le Nécrologe met la mort d'un Abbé de Senones nommé Balduin au 13e de Juillet; mais il ne dit pas si c'etoit le 2 où 3e du nom ni en quelle année il est mort.

(2) Le Nécrologe de S~. Vincent de Metz au 12. May, met

forme de S. Vin cent, 4. p. 7M.

un Baudouin Abbé jde Senones, comme aiant été tiré de cette abbaye de St. Vincent.

( i) Ce titre contient une erreur matérielle de chiffre. !1 indique Baudouin comme 42* Abbé de Senones, alors que le précèdent nbhë, Pierre de Varize, (chap. XXVII) n'est marqué et n'est que le ~0*, d'après D. Calmet. tt faut donc tire 418 et diminufr de on le numéro des Abbés suivants. Originairement ce titre contenait une autre erreur qui, du reste, se répète encore dans le texte on lira, en effet, à deux reprises, Baudouin Il, alors qu'il faut se rappeler que c'est de Baudouin 7/7, dont parle ce chap XXVIII Dom Calmet s'est borné à corriger le titre. L'histoire des abbés Baudouin t et 118 de ce nom, fait l'objet des chap. XXI et XXIII de cette chronique.

(2) Ces trois lignes sont ajoutées par H. Calmet lui-même sur un petit bout de papier collé en marge du chap. XXVIII.


NICOLE ou NICOLAS de Batlémont, 43'Abbé, depuis l'an 1397. jusqu'en M.

La seigneurie de Domptail appartient depuis très longtems à FAbbaïe de Senones. Elle étoit sous la vouerie des Comtes de Blamont et de la dépen lance de leur chateau de Deneuvre. En ~97. cette voüerie étoit passée à Jeanne de Ribeaupierre Dame de Magniéres, laquelle prétendoit auoir droit de prendre trois pastes (ou repas) par an dans la maison seigneuriale, que l'Abbaïe de Senones auoit à Domptail. L'Abbé Nicolas soutenoit au contraire, que sa maison n'etoit obligée qu'a un paste ou repas par an, envers lad. Dame, qui le pouvoit venir prendre en telle compagnie qui convenoit à sa condition: en un mot que cette Dame n'auoit pas plus de droit dans la maison seigneuriale de Domptail, qu'en avoient les Seigneurs de Blamont et de Deneuvre dans les autres maisons de l'Abbaïe, qui étoient de leur vouërie. Les Juges arbitres nommés et agrées des deux parties, déclarèrent que la chose étoit comme le prétendoit l'Abbé, et la Dame par bon conseil, reconnut qu'elle n'avoit droit que d'y prendre un seul paste. Ainsi fut il arrêté le d5" d'Aoust ~397. En 1399. l'Abbé laissa les biens qu'il auoit à Gircourt à un particulier dud. lieu. Ces biens de Gircourt furent aliénés en :f6~. par l'Abbé Raville.

Nicolas de Batlémont étoit encor Abbé en ~4< mais nous ignorons l'année de sa mort. Son nom est marqué dans le Nécrologe au d4" d'Octobre.

CHAPITRE XXIX

1

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14~0.

1

H

Dès l'an ~4jf8. nous trouvons un Acte de l'Abbé Thirion de la Chambre. En cette année, le Prevost de St. Stail au Val de Senones fut obligé de lui donner un acte, par lequel il reconnoissoit que les trois bois de Jehanxel, Belfëy et Rotomont ou Orthemont appartiennent nüement et sans part t d'autruy à l'Abbé de Senones et que les habitans de S*. Stail n'ont aucun droit d'y mener ni leurs porcs, ni leurs autres bestiaux; et comme le fermier du Comte de Salm auoit fait quelqu'entreprise contraire aux intérests de l'Abbaye de Senones, l'Abbé Thirion de la Chambre, prétendit qu'on lui en feroit justice. Et en effet le Prevost du lieu, au nom de toute la communauté, se reconnut amandable, en mettant en main du S** Abbé un fétu de paille, qui étoit la forme dont on usoit dans ces circonstances, pour se soumettre à l'amende.

Nous avons vu ci devant sous l'an ~80. que le Prieuré de S~. Christophe de Vie ayant été ruiné par le malheur des guerres, l'Evéque de Metz l'auoit transferé dans la ville de Vie et y auoit uni le couvent des Soeurs du Tiers ordre de S~. François. Non seulement cette union ne subsista pas, mais Raoul de Coucy premierement Evéque de Metz, et ensuite transferé à Noyon, et Conrade Bayer de Boppart un de ses successeurs, s'étoient emparé des biens de ce Prieuré, et l'auoient uni à leur mense, en sorte que le même Evéque Conrade Bayer auoit obtenu du Pape Martin V. en ~4~9. que la maison où le couvent des soeurs du Tiers ordre de S~. François seroit donné pour toujours aux Franciscains dit de l'observance, que led. Conrade vouloit établir à Vie. La Bulle de Martin V. dattée de la 3~ année de son

THIERRI où THIRION de la Chambre, 44' Abbé, depuis ~4~8. jusqu'a ~4~.

CHAPITRE XXX


Pontificat, porte que l'Evéque Conrade lui a exposé que le Couvent de ces Religieuses, auec ses Officiers, étant entierement abandonné, il souhaite le donner a des Religieux du même ordre, qui y feront l'Office divin et y exerceront les pratiques de leur religion. Le Pape addresse la Bulle au Doyen de l'église de Trèves, et lui ordonne, au cas qu'il trouve les choses telles qu'on lui a exposées, de mettre les franciscains en possession de cette maison.

En effet, Thielman de indagine Grand Doyen de Tréves, ayant cité tous ceux qui pouvoient avoir interests à cette affaire, dans certains délais, le 27 Janvier 4430. le Curé de Couvay et Dom Didier Prieur de Léomont se présenterent chargés des procurations de l'Abbé et du Couvent de Senones et firent leur opposition à l'exécution de la Bulle. Enfin pour terminer ce differend, l'Evéque de Metz et l'Abbé de Senones choisirent des Juges compromissaires, qui décidèrent que l'Abbé de Senones joüiroit comme auparauant du droit de nommer au Prieuré de St. Christophe de Vie, d'y envoyer un Prieur et de l'y instituer comme du passé. Que led. Prieur nommé par l'Abbé joüira de tous les biens et des meubles, ornemens d'Eglise, clocher et autres choses appartenantes à son Prieuré. Que l'Evéque Conrade sera obligé de batir à ses frais une Eglise convenable aud. Prieur, de Paques prochain en un an, au lieu marqué, c'est a dire, où l'on a accoutumé de tenir la Cour de Vie. Qu'il fera batir aud. Prieur une maison religieuse, un dortoir et les autres lieux réguliers, lui donnera une place pour le loger commodément, et fera tous les frais des achapts et des Edifices. Moyennant ces promesses les Abbés et Couvent de Senones se déportèrent de leur opposition contre l'etablissement des Franciscains dans le couvent des Religieuses du Tiers Ordre à Vie. L'accord est du 12. fevrier 4420. En l'année ~4~. Conrade Evéque de Metz accorda 40. jours d'indulgences à ceux qui contribueroient par leurs bienfaits et liberalités, au rétablissement du Prieuré de S'. Christophe et il permit au Prieur nommé Nicolas Burtin, de dire et de faire dire la messe dans son Eglise sur un


marbre consacré, ou autel portatif; apparemment parce que l'Eglise n'etoit ni achevée ni consacrée.

L'Abbé Thierri mourut peu de tems après en ~4~0. Le jour de son décès est marqué dans le Nécrologe au 20* Mars.

CHAPITRE XXXI

1

Commence

VALENTIN, 45' Abbé de Senones, depuis ~420. jusqu'en ~4~8. qu'il fut élu Abbé de Moienmoutier. Mort en ~4~. Valentin fut élu Abbé de Senones le 24 Mars <4~0. Comme l'acte de son election est le premier qui se trouve dans

nnent* de l'Abbé Vt!ent!a. Son eteotion en 149~0.

notre Archive, j'en donneray ici un extrait. Thierri de Moyen Prieur claustral, Jean Baudouin de Port, Ancellon, Jean de Pont, Hasson de Mareinville et Jean d'Antlup Religieux de l'Abbaye de Senones, (apparement composant toute la communauté) l'an de N. Seignr. 1420. le 20~ jour de Mars, l'Abbé Thierri de la Chambre étant décédé hors de la Cour de Rome et son corps ayant été décemment t enterré dans l'Eglise de son Abbaye, les Religieux susdits craignant les inconvéniens d'une longue vacance~ ayant duëment appellé ceux qui deuoient être appellés à cette Election et après auoir célebré la messe du S~. Esprit, s'assemblerent en chapitre à la manière accoutumée au son de la cloche, et élurent unanimement et par la voie du St. Esprit, frere Valentin Herbé, natif de Strasbourg, Religieux benedictin, Prêtre profés de l'Abbaye de Moyenmoutier, né d'une famille noble et doüé des qualités requises à l'emploi, pour lequel il étoit destiné, après lui auoir demandé son consentement et rejetté les excuses que son humilité lui fit proposer. Les Religieux de Senones priérent Thierri d'Ogéviller Abbé de Moienmoutier son supérieur, de lui permettre de passer au gouvernement de l'Abbaye de Senones et de l'absoudre de l'obeissance qu'il lui deuoit comme à son Abbé. Ce qu'ayant obtenu, ils sortirent du


Chapitre et entonnant le Te Deum, ils allerent introniser l'Elu dans le Siege abbatiale. Après quoi le Prieur claustral annonça au clergé et au peuple l'élection qu'ils venoient de faire de l'Abbé Valentin. Puis ils en dresserent un acte par deuant un Nottaire et trois ou 4. témoins. Tout cela est contenu dans l'acte présenté à Henri de Ville Evéque de Toul, pour lui demander la confirmation de cette élection. Il paroit que les Religieux la firent le jour même de l'enterrement et des obsèques de l'Abbé Thirion de la Chambre. Le petit nombre des capitulans est remarquable, car ils n'etoient que six. Je n'y vois aucun des Prieurs des Prieurés forains.

Les Abbés de Beaupré et de Senones étoient en contestation depuis longtems, au sujet des dixmes d'une certaine contrée du Ban de S1. Clément, nommée autrefois Serismanil et que les Abbés et Religieux de Beaupré soutenoient être nommés alors les Termines, provenants de la donation qui leur auoit été faite longtems auparavant par un seigneur nommé Simon de Parroye. Les Abbés et Religieux de Senones soutenoient le contraire. L'affaire fut mise en arbitrage, de même que la plus part des affaires de ce tems là, où nous ne voions presque que des sentences arbitrales parce qu'il n'y auoit alors dans le pays aucun tribunal commun superieur et reconnu, où l'on pût avoir recours. Les arbitres donc jugérent que les Abbés et Religieux de Beaupré ne pouvoient plus se prévaloir de la donalion à eux faite par le seigneur Simon de Parroye que toute la dixme du ban de S1. Clément appartenoit à l'Abbaye de Senones, qui demeureroit chargée à l'avenir de dix resaux de seigle et de cinq resaux d'avoine envers l'Abbaye de Beaupré, qui se prendroient dans la grange aux dixmes de S1. Clément, auant tout autre partage desd. dixmes. L'accord est de l'an 1423.

Le 12 Mai 1438. l'Abbé Valentin laissa à titre de cens, les maisons, mazures, rentes et revenus, preys et terres, que l'Abbaye de Senones possédoit à Givrecourt à perpetuité, à deux particuliers du même lieu, moiennant la somme de

Il

Aooord entre les Ab-

b é s de

Beaupré

et de Se-

nones au

•ujet de*

dixmes de

la Cha-

pelle et

Chene-

viere ban

de S*. Cle-

ment.

1423.

III

AotDiem'. de pi u

sieurs ter-

res et mai-

s on t si-

tuées à

Givre-

court.

1438.


IV

L'Abbé Valentin est élu Abbé deBtoyenmoutier en 1438.

Difficultés 1 que l'on fait à vale n t i n pour l'Abbaye de Mo i e n moutier. X439.

(«) Voyés l'Hiil. de Moyenm., p. 367.

16. gros et 7. imaux de grains. C'etoit bien peu pour la quantité de biens qu'il abandonnoit, et l'on doit croire que les biens étoient alors en très mauvais état et le pays fort ruiné.

La même année Didier d'Ogéviller Abbé de Moyenmoutier, étant décedé, les Religieux de Moyenmoutier élurent pour Abbé Valentin leur confrére, qui auoit été tiré de leur monastere en 1420. pour gouverner l'Abbaye de Senones. Il y a lieu de croire qu'il conserva au moins quelq. tems cette derniere Abbaye, auec celle de Moyenmoutier, puisque nous ne trouvons point d'Abbé de Senones depuis 1438. jusqu'en 1440. où Didier de Borville paroit dans les actes conservés dans notre Archive.

Les réserves apostoliques, et le droit de prévention que les Papes exerçoient alors sur les Bénefices, donnoient lieu à mille chicanes et à une infinité de difficultés, de la part des Ecclesiastiques auides et ambitieux, qui obtenoient des graces expectatives où qui se faisoient donner des Bulles pour certains Bénefices, dont ils s'emparoient de gré ou de force, où qu'ils faisoient cherement rachepter par ceux qui en étoient canoniquement pourveus et qui aimoient mieux donner une somme d'argent, pour auoir la paix, que de poursuivre de longs et facheux procés en cour de Rome, au risque de perdre leur argent, leur repos et leurs Benefices. L'Abbaye de Moyenmoutier étant venüe à vaquer en 1438. ainsi qu'on l'a vû, un Religieux de ce monastere où d'ailleurs, nommé Nicolas de Brémoncourt (a), prétendit que le titre abbatial et par consequent les revenus lui appartenoient, en vertu de certaines lettres qu'il en auoit obtenües du Pape. L'affaire fut portée par deuant Jaques Marquis de Bade, qui etoit alors Seigneur ou du moins enga^iste de cette partie des Vosges, pour la seureté du Douaire d'Isabelle de Lorraine, fille du Duc Charles II. qu'il avoit épousée. Ce prince mit les parties d'accord, en donnant à Valentin la jouissance de l'Abbaye de Moyenmoutier, mais à charge de payer à Nicolas une pension annuelle de 400. francs et de le pourvoir dans trois mois de quelque Prieuré.


L'accord est du jour de la Conversion de S'. Paul 25. Janv. 1439. Ce Nicolas de Brémoncourt fut apparemment fait Prieur du Moniet, puisqu'en 1444. il jouissoit de ce Prieuré. Presque en même tems Nicolas Dacciapaccio Archevéque de Capoüe, qui dans la suite fut fait cardinal du titre de S1. Marcel, se fit pourvoir de l'Abbaye de Moyenmoutier en commende, par le Pape Eugène IV. qui se l'etoit réservée pour cette fois seulemt. même du vivant de Didier d'Ogéviller. L'Archéveque intenta procés en cour de Rome à Valentin, pour l'obliger à lui remettre l'Abbaye, mais Valentin sans s'embarrasser des monitions qu'on lui fit, ni des censures et des excommunications qu'on lança contre luy, retint toujours son Abbaye jusqu'aprés la mort du cardinal de Capoüe, arrivée en 1448. Alors s'etant addressé au Pape Martin V. celui cy le releva de toutes les censures qu'il auoit encouruës et lui confirma où lui conféra l'Abbaye par son autorité apostolique.

L'Abbé Valentin ne survécut que deux ans à cette sentence. Il mourut à Moyenmoutier le 13e May 1451. ainsi qu'il est porté dans l'ancien Nécrologe de cette Abbaye. Mais celui de l'Abbaye de Senones le met au 1er d'Avril, Kalendis Aprilis obiit Dnus Valentinus Abbas Senon. post (a) Abbas Mediani monasterij, qui dedit nobis XVII libras, de quibus tenemur facere annuatim unum servitium. Il est certain que Valentin n'est pas mort Abbé de Senones, puisque dés l'an 1440. Didier de Borville fut élu Abbé de cette

VI

Mort de l'Abbé Valentin en 1451.

(o) Ceux qui ont copié l'ancieu nécrologe, ont lu priu* au lieu de pott, n* tacbanl (jai la valeur des abbré-

Abbaye

villiODi, p.

CHAPITRE XXXII

DIDIER DE BORVILLE, 46e Abbé, depuis 1440. jusqu'en 1461.

Didier de Borville étoit Prieur du Prieuré de Léomont, avant qu'il fut élu Abbé de Senones. Il eut pour successeur aud. Prieuré de Léomont un nommé Hugues Thirriet Bar-

i

Commencem*. de

Didier de

Borville.

144O.


bet, dont les Bulles sont du 10e des Calendes de Juin où du 23.. May 1440. Dans ces Bulles il est dit que les Religieux de l'Abbaye de Senones aiant élu canoniquement pour leur Abbé Didier de Borville, cy deuant Prieur de Léomont, et Didier aiant acquiescé à cette election et en aiant obtenu la confirmation de l'Evéque de Toul, comme ordinaire de l'Abbaye, le Pape Eugene IV. addresse Hugues Thiriet à l'Abbé de Clairlieu, pour le mettre en possession du Prieuré de Léomont, dont il déclare le nommé Jean Noise déchu à cause de sa désobéissance au Pape Eugene IV. et son attachement au concile de Basle, même depuis sa translation dans la ville de Ferrare.

Ainsi il y a lieu de croire que Valentin fit sa démission de l'Abbaye de Senones entre les mains de la communauté de ce monastère, au commencement de l'an 1440. et que Didier fut élu Abbé immédiatement après.

En 1444. Nicolas de Bremoncourt Prieur du Moniet

h

Accordentre le Prieur

de Deneuvre et les C ha noin e s du même lieu touchant les dixmes

dessous Deneuvre, après auoir longtems plaidé contre les Chanoines de Deneuvre, qui prétendoient qu'outre le tiers des grosses dixmes de Deneuvre, de Bacarat et de leurs dépendances qui leur appartenoient comme curés de la Paroisse de Deneuvre, ils devoient encore joüir des dixmes novales dans tous lesd. lieux, le Prieur du Moniet soutenant le contraire. Enfin ils choisirent des arbitres qui décidérent,

et les nov a 1 e 1444.

que dans la suite le Prieur de Moniet joüiroit de la moitié géneralem*. de toutes les grosses et menuës dixmes et des novales, tant anciennes que nouvelles, présentes et à venir, dans tous les bans de Deneuvre, de Baccarat, de Thiaville et de leurs appartenances, même de la corvée Dame Jeanne, qui est située dessous Baccarat; et que les Chanoines de Deneuvre auroient l'autre moitié desd. dixmes, grosses, menuës et novales, mais à charge de délivrer aud. Sr. Prieur annuellem'. à la St. Martin 12. quartes de vaingie(a), (a; Vaingie, autrement vvoïn, bled d'automne. En quelques endroits il est dit que ce vvoïn etoit de moiage, où méteil; ici c'est seigle et avoine. V. cy devant an 1283.

Cette note (a) qui est en marge de la page 231 du mss. est de la main de D. Calmet.


moitié seigle, moitié avoine, à la mesure de Deneuvre, rendus à leur frais en l'hotel dud. Prieur à Deneuvre. Ce qui fut agrée par Didier de Borville Abbé de Senones et par sa communauté, l'onziéme fev. 1444.

Le Prevost de Nanci, en sa qualité de prevost de Nanci, prétendoit qu'il lui étoit dû un paste où repas, sur le ga- J gnage que l'Abbaye de Senones possède à Antlup. Je ne vois pas sur quoy pouvoit etre fondée cette prétention sinon sur quelque possession saisie sans raison, ou sur la. facilité de quelque Prieur de Léomont qui n'avoit pas empeché le. Prevost de Nancy de se faire donner ce repas. Quoy qu'il en soit en 1445. Huyn Hura de Remberviller Prevost de Nanci renonça volontairement pour lui et pour ses successeurs à ce prétendu droit, et en déchargea l'Abbé Didier de Borville.

En 1456. il y eut difficulté entre le trésorier de la Cathedrale de Metz et les Abbé et Couvent de Senones, pour les réfections de la nef de l'Eglise paroissiale de Celles prés Pierre-percée, l'Abbé de Senones soutenant que led. Trésorier de Metz percevant le tiers des grosses dixmes de ce lieu, étoit aussi attenu au tiers des réparations. Cependant les parties s'accordérent et convinrent que l'entretien et réfection de lad. nef demeureroit toute entiere à la charge des Abbés et Couvent de Senones. L'accord est du 23e Juillet. 1456.

La même année l'Abbé Didier de Borville laissa en fief au nommé Antoine Fouch, la Cour seigneuriale et le Dinghoft que son Abbaye possedoit à Dungesh3m. Cette cour est tenue en fief auec la plus grande partie de nos biens d'Alsace situez au Val de Viller, par les Messieurs de la maison d'Andlau, qui les reprennent et en font hommage à l'Abbé de Senones (i).

Il laissa aussi à quelques particuliers de Bure pour l'es(1) On trouve souvent dans ce manuscrit, la preuve que n. Calmet relisait et corrigeait le travail de ses secrétaires; il le faisait précipitamment, il est vrai, et cet art. V porte surtout la trace de nombreuses corrections de l'auteur.

III

Le Prevost de Nanci

•e désiste

d'un paste

où repas

qu'il pré-

tendoit au

village

d'Antlup.

1445.

XV

Accord pour les répara-

tions de

l'Eglis<e

parois-

siale de

Celles.

1456.

i e f d e S ungci-

hem laissé

au Sr An-

t o i n e

F u n oh

Chatelain

de Sobir-

m e o k

1456.


VI

Accord pour le droit de relevé m*.

dub par le* habitans du ban de la

pace de 35. ans, un Saulcy, à charge de le mettre en nature de prey, après lequel tems ils le devoient remettre à l'Abbaye. Fait le 29 Juin i456.

Les habitans des six villages qui composent le ban de la Riviere, sauoir Ogéviller, Fruménil, Reclonville, Buriville, Pétonville, et Hablainville, contestoient à l'Abbé de Senones le droit de relèvement, qui consiste à faire certaines soumissions et à payer certains droits à chaque fois que les héritages censables changent de main, soit par achapt, par

Rivière. 1457.

<433.

Vlgneole, i. », p. «85.

vente, par succession où autrement, les proprietaires etant obligés de faire alors leur déclaration par devant les Officiers du Seigneur, et de lui payer un certain droit, qu'on nomme de relévement où de revetuie; les habitans du Ban de la Riviere prétendoient donc se décharger de cette servitude, et ne payer pour tout droit de revéture,*que le cens double, quand la revéture échéoit. L'affaire fut longtems débattue par devant le Seigneur de Fénetranges, Seigneur en partie du ban de la Riviere, et enfin les parties prirent pour arbitras Vari de Fléville Baillif d'Allemagne et Philippe de Lenoncourt qui, après auoir écouté les raisons des parties et ouï le serment et la déposition de l'Abbé Didier de Borville, agé pour lors de plus de 60. ans et en ayant plus de 42. de religion et d'un grand nombre de témoins par lui produits, prononcérent que le droit de relévement avoit été bien prouvé par l'Abbé de Senones, et que les habitans du Ban de la Rivière le devoient payer à l'avenir, de la maniére qu'il l'avoit été payé par le passé, savoir pour un denier de cens, ils doivent donner un gros de chaptel, où par teste en relévement; pour une maille, un demi gros pour un chappon prisé trois deniers, trois gros de chaptel pour une poulie, trois mailles, qui valent deux sols de fors et autant d'héritiers qui relevent, ils doivent payer autant de quatre deniers et de quartes de vin (t).

(I) Ici le trouve daol le mss., un renvoi de D. Calmet à une feuille volante contenant un passage ainsi conçu

En 1453, le 3 avril Poince de Champel Abbé de S», (le feuillet est coupé, mais il faut lire S1 Syropborien,) et tout son couvent, furent trans-


L'Abbé Didier de Borville mourut le 26. du mois de Juin 1461. et fut enterré dans la grande Eglise de son Abbaye,

VII

Mort de

devant l'autel de la Ste Croix, ainsi qu'il est marqué dans l'acte de l'election de Henri Briton de Deneuvre, qui se fit le 27. du même mois.

l'Abbé Didier de Borville en 1*61.

CHAPITRE XXXIII

HENRI BRITON de Deneuvre; autrement HENRI VALENCE de Deneuvre, 47e Abbé, depuis le 27. Juin 1461. jusqu'en 1490.

Henry Briton de Deneuvre étoit Prieur claustral de l'Abbaye de Senones, lorsqu'il en fut élu Abbé le 27. Juin 1461.

i

Commen- « oem'1, de

HenriBri-

ton de De-

n e m v r e.

14«1.

Henri Brlton de

Deaeu-

v r e, an

I4«i.

Avec la

crosse et la chappe (1).

ferez dans la ville de Metz en l'église parroinsiale de S'. Hilaire, laquelle fut alors défaite et fut mise la moitié des reliques, cloches, ornements et autres appartenantes à icelle, avec la moitié du peuple à S'.Vv, moitié à S*. Victor en chambre, et fut ce fait le mardy des festes de Paques, par mattre Jean Doien de la grande Eglise et les Officiers de Monseigneur l'Ereque. En 1 480 fat commencée l'Eglise de S*. Symphorien en la place de l'Eglise de S1. Hilaire qui etoit laide, mal bâtie, aiant an mauvais clocher. An dessous, sar un boat de papier Gxé en marge du manuscrit, se trouve encore une annotation de D. Calmet, de deux lignes environ, mais presque illisible.

(i) Dessin original de Dom Calmet, reproduit exactement, ainsi que l'écriture, d'après le mss. p. 235.

Idem, 1.1, p. 4tt.


Reprise du fief d'An,

d 1 a u

1461.

L'Abbé de Senones

laisse au

Seigr. de

Parroye

les reve-

aus de

n

III

c'est à dire, le lendemain de la mort de son prédecesseur, et après qu'on lui eut rendu les derniers devoirs. Les Religieux qui concoururent à son Election, étoient au nombre de 12. y compris les Prieurs forains du Moniet, deLéomont, de Vie, de Schures et de Mervaville; ainsi jl n'y en avoit que 7. de résidans dans le monastere. On lit dans le même acte d'Election, qu'après que l'Elu eut agrée et accepté l'honneur qu'on lui faisoit, il fut porté à l'église par ses Confrères, chantans le Te Deum, qu'on le plaça sur le grand autel, qu'ensuite on le prosterna deuant le même autel, et on lui rendit l'honneur et la révérence duës et accoutumées dans ces cas. Tout cela se passa en présence des Abbés de Moyenmoutier et d'Etival, de Jean de Fénetranges Maréchal de Lorraine, de noble Damoiseau Jean Comte de Salm etc. Il obtint sa confirmation de l'Evéque de Toul et ses Bulles du Pape Pie II. en datte des Nones de Septembre où du 5e de ce mois 1461. En 1422, un nommé Henry Briton étoit prévot de la collégiale de S. George de Deneuvre.

Peu de tems après son élection, c'est a dire le 4e Octobre 1461. il reçut l'hommage d'Eberard d'Andlau, qui reprit de lui les terres situées entre la Bretaiche et la Brusche, qu'il auoit reçues en fief de l'Abbaye de Senones, sauf toutefois le cens annuel que les hommes où les sujets de ce fief doivent rendre à l'Eglise de Senones. Il reconnoit que tous les heritiers de sa famille de race en race, doivent reprendre ces terres de l'Abbaye de Senones, lui jurer fidelité et la deffendre selon leur pouvoir, tant dans leurs personnes, que dans leurs biens et en particulier la Cour de Rosvîr appartenante au monastére. C'est le plus ancien acte de reprise que je trouve dans notre archive pour le fief d'Andlau.

Au commencement de l'année 1462. l'Abbé Henri, laissa à titre de ferme à vie, les revenus de la terre et Seigneurie de Moacourt, à André de Parroye EcuyerSeig1". de Lanoy et à Marguerite de Chambly sa femme, et à Ferri leur fils aîné pour leur vie; et à condition que lad. Seigneurie reviendra


à l'Abbaye, après la mort du plus vivant des trois le tout pour la somme de 18. petits florins par an. Le traité est du 13° fev. 1461. c'est a dire 1462., avant Paques selon notre maniere de compter.

Il confera pendant son gouvernement quelques chapelles dépendantes de son Abbaye, desquelles les titres sont à présent supprimés; par ex. en i464. il donna à un clerc la C chapelle de S1. Siméon; en 1465. celle de S1. André située dans l'Eglise du monastere; et en 1472. celle de la Madelaine qui étoit dans l'Eglise Paroissiale de Remberviller. En 1466. au mois de fevr. il passa un traité d'accomodement, où une transaction avec les Comtes Jean et Jacques de Salm, comme arbitres et Juges pacificateurs des differends qui étoient entre l'Abbé et les habitans du Val de Senones, touchant certains articles des plaids annaux qui étoient contestés par lesd. habitans. Cette transaction de même que toutes les autres, se fit aux dépens de l'Abbaye et par la diminution de ses droits. Anciennement toutes les forestelles du Ban de Senones etoient à l'Abbé, et nul n'y pouvoit défricher sans son consentement. Par le traité l'Abbé consent qu'elles soient communes entre luy et les habitans, qui y pouront couper et défricher à leur volonté, en payant annuellemt. de chaque canton défriché de dix neuf gerbes, deux, pour dixmes et gerbages (a). Mais il ne leur est pas permis de mener le bois desd. forestelles au dehors du val. Il leur sera permis de défricher leurs champs et de couper les hayes autour de leur preys et heritages, en payant seulemt. l'ancienne dixme. Il leur sera permis de mettre leurs porcs aux glandages, en payant à l'Abbé deux bons deniers par chacun porc, et l'Abbé ne pourra mettre à la glandée un si grand nombre de porcs, que les habitans en soient empechés pour la nouriture des leurs. Le Maire et les deux Doyens et les forestiers du Val de Senones, sont à la nomination et disposition de l'Abbé, et doivent être francs de toutes charges, tailles, aides et servitudes. Anciennement les habitans du val de Senones, étoient obligés de mener à leurs frais au monastere, tous les trois 14

Hoio c.irt

pour sa

vie seule-

ment.

1461

1462.

IV

Collation de quelq.

Cha pelles

dépend1 •.

de l'Ab-

baye, eoe

de 8*. Si-

meon, de

S*. André,

de la BCag-

d e 1 »

X464.

1465.

1472.

V

Traité entre les Coin-'

t e d e

Salm et

l'Abbé de

Senones

concer-

nant les

droit* de

l'Abbaye

énoncés ex

plaids an-

n a u x

1466.

(a) Ancieune-

menl, au lieu des deux gerbes de dixinfs our 19. gerbes, ou donunil des dix gerbes, deux des dixm°s nonas et décimât, de ce qui |>rovenoil des fonds appartenant aux Egliies el possédez par des Uiq. V. ma dissert. sur les dixmet, elc.


VI

Plaids annaux de

1466.

ans, la chaux du chauffour de l'Abbaye. L'Abbé par cette transaction veut bien les décharger de cette obligation. Les laboureurs dud. val sont obligés à la corvée dans les trois tems, du soumart, du voyen et du tramois, c'est a dire, pour semer les froments ou seigles au mois d'Octobre, pour les orges et avoines au mois de Mars et pour préparer les terres à la semence des fromens vers le mois de Juin, moyennant un bichet rez de bled, ou le pain d'un bichet à chaque fois qu'ils viennent à la corvée.

Autrefois les habitans n'avoient droit de pécher dans les eaux du Val, que dans le cas d'une femme en couche, où de quelque malade, et encore raisonnablement, et à moins de mal que faire ce pouroit. Par cette transaction on leur permet de pêcher indifféremment dans toutes les eaux du Val, à l'exception de ces 3. bras, sauoir en l'eau de Moussey qui vient à bas Genal Rouval, en l'eau de la Biertze, et en l'eau de Dignon, et encore leur permet on d'y pécher pour des femmes en couche où pour des malades.

Autrefois un habitant qui auroit pris à la chasse un sanglier, un cerf, où un ours, etoit obligé d'apporter à l'Abbaye la teste, les quatre pieds et le quartier de derriere. La transaction réduit tout cela au seul quartier de deuant. C'est ainsi qu'on alloit toujours en rognant les droits de l'abbaye. Cependant ce traité étoit encore consideré comme très avantageux et on le lisoit à la tête des plaids annaux, ainsi qu'on le voit par ceux que tint Thirion d'Antlup en 1509. et 1511. comme contenant les seules dérogations autorisées, contraires aux anciennes Chartes.

Or voici le précis des plaids annaux de cette année 1466. affin que l'on connoisse quels étoient encore en ce tems là, les droits dont jouissoit l'Abbaye. Les plaids annaux se tenoient ordinairement en l'Abbaye où en autre lieu, le jour de St. Thomas 21. Decembre, a moins qu'ils ne fussent avancés où differés pour quelque cause raisonnable. Toutes les amendes hautes, moiennes et basses commises pour led. jour, sont au seigneur Abbé, sans part d'autruy. 3° Item le ban, le fond et la roye du val de Senones, appar-


tiennent à l'Abbaye sans part d'autruy. L'Abbé peut faire toute sa justice dans tout led. val sans part d'autruy, c'est à savoir, le Maire, les deux Doyens et l'Echevin, lesquels doivent être francs de toutes charges pendant le tems de leur Office. S'il se trouve quelque sujet rebelle et désobeissant, l'Abbé fera venir les officiers du Seigneur voüé, qui réduiront le rebelle à l'obéissance et le tiers de l'amende sera au Seigr. voüé, contre le Sr. Abbé pour les deux autres tiers. 6° Celui qui est condamné par la justice de Senones et par le semblant d'icelle, peut appeler par deuant l'avoüé et si la sentence y est confirmée, il doit l'amende à l'Abbé. 7° Il a le droit de créer le foretier et les deux bangards, l'un pour la paroisse St. Maurice et l'autre pour celle de S1. Jean, lesquels seront francs envers le Seigr. avoüé; et chacun des habitans du Val de Senones, qui sème du bled, doit un quarteron de bled auxd. deux bangards. Ils en doivent autant au Maire du Val de Senones. De plus les deux doyens et les marguilliers des deux paroisses, doivent auoir chacun an sur la taille du val de Senones 4. quartes de voignéries (a) mesure de Senones, moitié seigle et moitié avoine. Item l'Abbé doit prendre annuellement sur la taille du Val de Senones 30. gros monnoye de Lorraine, et le maire et les deux doyens 10. gros, sauoir 5 gros pour le maire seul, et 5 gros à partager entre les deux doyens. 8° Led. Seigneur Abbé a droit de choisir huit bons hommes, pour le service de son Eglise, lesquels il peut changer à volonté, et les remplacer par d'autres; et ils seront francs de toutes aides, tailles et servitudes des seigneurs avoüés (*).

Item tous les laboureurs du Val de Senones doivent trois jours de corvée de charüe, moiennant un bichet rez de bled, où un pain d'un bichet. Ils doivent aussy chacun 'aud. Sr. Abbé au commencement du carême, un videllin (1) Ce renvoi est fait et écrit par D. Calmet.

(2) Ici, comme un peu plus haut, le copiste avait écrit dans le mst, voilé, mais D. C. ajoute un a pour qu'on lise avoüé.

(a) Voignerie.

de bled voin. moitié seigle, moitié avoine (1).


d'avoine. Nous auons déjà rapporté ci devant l'article qui regarde la pesche.

40° Celui qui trouvera dans les bois un essein de mouches à miel, en doit donner avis au cellerier du Monastere, qui le fera recüeillir et rammener au logis de celui qui l'aura trouvé, lequel en aura soin et partagera le profit par moitié auec led. cellerier.

41° Les habitans de Senones doivent au Seigneur Abbé la dixme de chaque poulain mâle, 4 deniers d'une pouline, 2. deniers; de chaque veau, une maille; de chaque essein de mouche, une maille de chaque fauchée de prez, une maille; pour le feu, une maille; pour l'eau, une maille et la dixme des porcs, des agneaux et des laines. Mais il doit fournir les mâles dans led. Val.

12° Le Sr. Abbé de Senones a 3. bois bannaux, seigneuriaux et réservés, qui lui appartiennent sans part d'autruy, sauoir Janchey, Belfeï et Rotomont, dans lesquels il n'est permis aux habitans du val de prendre aucune paxon, c'est a dire, y mener les animaux paitre, ny y couper bois, sans le consentement de l'Abbé, sous peine d'amende. Nous auons parlé de la glandée dans le précis du Traité ci deuant passé en i466. de même que de la chasse de l'ours, du sanglier et du cerf et des défrichages, des forestelles et des hayes.

13° Chaque conduit où ménage du val de Senones doit par chacun an au Seigneur Abbé et au couvent, sauoir ceux qui mettent au champ et font labourage 15. bons deniers de daoitures, et le demi conduit la moitié. Chaque conduit qui ne met pas au champ doit payer annuellement 10. bons deniers et le demi la moitié; excepté ceux qui payent le cens de Ste. Agathe, qui ne doivent par chaque conduit que 10. bons deniers. Tous les autres ménages doivent chacun un gros et une maille Strasburgis, lesquelles s'appellent les grandes droitures, qui doivent être levées par les Doyens. Item les forestiers doivent lever de tous ceux qui mettent au champ, deux bons deniers et une maille Strasburgis, et de ceux qui ne mettent pas au champ, 5 bons deniers et


une maille Strasburgis. Or les maisons qui payent le cens de Ste. Agathe sont toutes celles qui sont en deça du pont jusqu'à l'abbaye, excepté la maison qui est joignant la maison de Cure (•)•

14° Les Abbés et couvent doivent fournir aux habitans du val, un ou plusieurs moulins bannaux et les moutures s'y payeront de cette sorte; Pour un bichet de waingerie., une gelonnie de deux bichets, deux gelonnies d'un rezal, un ré-ymal; d'une quarte, un ymal, mis où comble, et chauchié où pressé deux fois.

15° Si l'on prend un voleur, un malfaiteur, un meurtrier ou autre criminel, on l'amenera à la cour de l'Abbaye et on le livrera au Maire et à la justice de l'Abbé, lesquels le mettront dans leurs prisons, puis le mèneront dans la forteresse du Seigr. avoüé, lequel le fera ramener au monastre. pour y être jugé définitivem*. par la justice de Senones. Après le jugement on le livrera aux Officiers de l'avoüé pour en faire justice. Si le criminel a du bien fond, et qu'il y ait confiscaôn, les héritages sont à l'Abbé et les meubles à l'avoüé.

46° Le Breu, ou prey au-dessous du monastère doit être en ban et nul n'y peut envoyer paitre ses animaux, depuis l'Octave de Pâques jusqu'à laToussaint, sous peine d'amende. 17° Les mesures et étalons d'icelle se doivent garder à l'Abbaye, et les deux jurés nommés par l'Abbé, doivent aller le jour de l'Ascension et le jour de S1. Pierre, dans les maisons où l'on vend vin, pour voir si les mesures sont conformes aux Etalons. Ils ont une pinte de vin pour leur droit de jaugeage et la mesure pleine de bled. Item les abbés et couvent ont le droit de Banvin aux jours de St. Pierre et St. Paul et le jour de l'Ascension, et peuvent empécher de vendre vin ces jours là par tout le val. Nous auons vû ci deuant ce qui regarde la servitude de voiturer chaque 3e année la chaux du Chauffour de l'Abbaye. Tels

i

(i) Ce p.irag. 15 contient plusieurs corrections et adjonctions de D. Calmet.


vu

Xi'Eveq. de Metz prend le Fri e uré de BConiet tous «a proteotion, pour la vie de Nicolas de Brémoncourt t

étoient en i466. les droits dont jouissoit l'Abbaye par tout le val. Elle en a joüi encor longtems depuis et les comtes de Salm en qualité d'avoüés du monastère, étoient comme garants et conservateurs de ces droits.

Le Prieuré de Moniet fondé par Etienne de Bàr Eveque de Metz en il 26. auoit été jusqu'alors sous la protection des comtes de Blamont Seigre. de Deneuvre. En 1469. Nicolas de Bremoncourt Prieur de ce Prieuré, s'etant apparemt. broüillé avec le Seigr. de Deneuvre, fut obligé de recourir à la protection de Georges de Bade Eveqe. de Metz, qui s'engagea de le protéger et deffendre, lui, ses domestiques, ses biens et tout ce qui dependoit de son Prieuré, pendant toute sa vie, à charge que led. Prieur payeroit toute sa vie durant 16. resaux d'avoine mesure

Prieur. X469.

vm

Accompa-

de Remberviller dans ses greniers de lad. ville. Il est remarquable que ce Prélat dit que le Prieuré de Moniet, est situé dans la temporalité de son Eveché; c'est à dire dans la dépendance de Baccarat qui appartenoit à FEvéché de Metz (i). Ce chateau de Deneuvre et celui de Baccarat n'étoient regardés que comme membres d'une même seigneurie, et l'on appelloit le chateau de Deneuvre, le haut Chateau de Deneuvre, par opposition au Chateau bas, qui étoit à Baccarat, mais appartenant tous deux à un même Seigr. Deneuvre et Blamont sont tombés à la maison de Lorraine par la donation d'Olry de Blamont Eveque de Toul, dernier masle de la maison de Blamont, qui en fit don au duc René II. en 1499.

gnetn1. de Vary de Lessey, sire de Sombaile pour les pressoirs d'Antlup. 1480.

(a) Ltttey. autrem». Lucï, ancienne et illuslrc maison à Dombàle.

Henry le Breton Abbé de Senones, et Messire Vary de Lessey (a) Chevalier Seigr. de Dombasle, passerent ensemble en 1480. un acte d'accompagnement pour les deux pressoirs d'Antlup, dont le grand étoit possedé par moitié par led. Vary et l'Abbé de Senones, et le petit étoit au Sire Vary seul. Celui-cy accompagna où associa l'Abbé Henry à la moitié de son petit pressoir, moiennant la somme de (i) Ce parag. porte la trace de nombreuses corrections de la main de D. C. et surtout la phrase suivante (lui s'étend jusqu'à l'art. VIII.


8. francs, à 12. gros pour franc, que l'Abbé donna aud. Seigr. Vary et par ce moien les deux pressoirs deuinrent communs, et leur profit se partagea dans la suite entre eux également.

On a vu ci-deuant sous l'an 1153. que Henri Evéque de Toul, auoit donné à l'Abbaye de Senones, c'est à dire, à l'Abbé et au couvent, les Autels des Eglises de S1. Jean et de St. Maurice. Mais l'Abbé, Henry procura en 1480. l'union de l'Eglise où de la cure de St. Jean du Mont, à la mense conventuelle des Religieux. Le Pape Sixte IV. qui accorde cette grace, dit que les Religieux de Senones lui ont fait exposer que les revenus de leur mense sont si fort diminués par les malheurs des guerres, qu'a peine peuvent ils suffire pour les faire subsister et suporter les charges dont leur monastere est chargé; que leur Abbé tirant les dixmes du même lieu de S1. Jean, il seroit très auantageux à leur mense conventuelle, si cette cure lui étoit unie à perpetuité et que tous ses fruits et revenus lui fussent attachés, à charge de la faire désservir par un Religieux de leur communauté, amovible à la volonté de l'Abbé et du couvent; ils ajoutent que les revenus de leur mense n'excedent pas la somme de 40lt. tournois, et ceux de lad. cure de St. Jean celle de 12". de petits tournois; le Pape ayant égard à leur demande, unit à perpetuité à la mense conventuelle lad. Eglise, aux charges et conditions ci-dessus exprimées, et qu'il ne sera pas nécessaire de demander la permission de l'Eveque diocésain, pour y établir un Religieux déservant. Donné en 1480. le 15. des Calendes de Novembre, c'est a dire, le 19. Octobre (').

La même année le 23 Sept. l'Abbé Henri obtint du même Pape Sixte IV. l'union du prieuré du Moniet à l'Abbaye de Senones, c'est à dire, à la mense abbatiale et à la conventuelle. L'Abbé et les Religieux exposent au Pape que les revenus de leur monastére sont tellemt. diminués par les guerres qui ont désolé le pays, qu'il leur est impossible

(1) Cet art. IX contient plusieurs corrections faites par D. Calmet.

ne

Union de la paroisse

de Jean

au Val de

de Seno-

nei à la

m e n e

conven-

tuelle de

Senones.

X48O.

x

Un ion du prieuré

d u M o

n i e t à

l'Abbaie

de Seno-

ne.. J.480.


Accord entre l'Abbé

de Seno-

nes et le

Curé

d H a

bla i n ville

au sujet

des dix-

mes du d.

lieu.

1481.

XI

d'entretenir le nombre de Relig. nécessaire, ni de fournir aux trais des entretiens et réparations dont ils sont chargés; que 4 de leurs Relig. ont été obligés d'aller chercher à subsister dans d'autres monasteres; que celui de Senones n'a de revenus que cent liures, et que le Prieuré de Moniet n'en a que 80. de petits tournois que si ce Prieuré était incorporé à leur Abbaye, ils pouroient auec ce secours éviter les inconveniens aaxquels ils sont exposés par la disette. Le Pape leur accorda la grace qu'ils demandoient et leur permit de se mettre en possession du Prieuré de St. Jacques et de St. Christophe de Deneuvre, aussitost après la démission du Prieur, qui en jouïssoit actuellement. Ce Prieur étoit Nicolas de Bremoncourt, qui non seulement donna son consentement à lad. union le 29 mars 148Î. mais aussi donna sa résignaôn dud. Prieuré entre les mains de l'Abbé et du couvent de Senones et renonça à tout droit, nom et action qu'il y prétendoit, où pourroit prétendre et le lendemain 30e du même mois, l'Abbé Henri de Deneuvre accompagné de quelques Relig. de son Abbaye, prit possession dud. Prieuré à la maniere accoutumée. La componende de l'annate (*) pour l'union de ce bénéfice, fut de 37. florins d'or de la Chambre apostolique, qui furent délivrés le 21. mai 1481. Le Relig. qu'on envoia dans la suite pour résider au Moniet, en fut nommé Gouverneur et non pas Prieur.

La même année l'Abbé de Senones et le Curé d'Hablainville passérent un accord amiable entre eux, au sujet des dixmes d'Hablainville, portant que l'Abbé joüira des deux tiers des grosses dixmes, contre led. Curé pour l'autre tiers, et que les menües dixmes se partageront entre eux (i) Les annates sont les revenus annuels que le pape prélève sur chaque prébende dont il donne l'investiture. Le concile de Bâle avait ôté aux souverains pontifes le droit d'annates, qui leur fut rendu par les concordata germanica. Ce droit date du XIVe siècle. Ce fut Jean XXII, qui introduisit les annates en France, vers l'an 1320. Cette coutume subsista, après diverses abolitions et rétablissements, jusqu'à l'époque de la révolution française, lorsque les lois des 11 août et 21 septembre 1789 vinrent prononcer en France l'abolition définitive de ce droit.


égalem*. le tout pour leur vie seulemt. Mais toutefois cet accord subsiste encor aujourd'huy, à la differc0. que la partie qui étoit à l'Abbé seul, est aujourd'huy pour moitié aux Religieux.

Le moulin et l'Etang de Bertrichamp, ayant été ruiné pendant assés longtemps, frère Nicolas de Brémoncourt Prieur du Moniet et les S" Jean de Viller et Henri Humelinghem, convinrent de le rétablir, en fournissant chacun par moitié les frais nécessaires pour le rétablissement dud. moulin, à condition de partager de même le revenu et le produit qui en reviendroit. L'accord est du mois de Mars 1481. Ce moulin appartient aujourd'huy par moitié à un Seigr. Evéque de Metz, et à un Abbé de Senones. En 1482. il y eût une affaire célebre dans le lieu de Senones, au sujet d'une femme accusée du crime de triaige (a) et Génocherie. Cette femme se nommoit Idatte femme Colin Paternostre du Ménil. Ayant donc été prise et enfermée dans les prisons de l'Abbaye, on fit venir exprès l'Inquisiteur de la foy, qui l'interrogea plusieurs fois et ouït divers témoins contre elle, et lui ayant fait son procès lût publiquement sa sentence dans la chaire de vérité, et la déclara convaincuë par sa propre confession et coupable du crime dont on l'auoit accusée; Après quoy le Maire et les Officiers du Seigneur Abbé, la conduisirent sur une pierre ronde, au-dessus et à côté du grand chemin dedans la d. Abbaye, puis la délivrèrent entre les mains de Jean du Puy, Prevost des Seigneurs comtes de Salm, comme avoüés de l'Abbaye, pour faire justice de lad. Idatte, selon le contenu de son procés.

Après quoi Idatte fut menée deuant le portail de l'Eglise, où led. Prevost séant au siege de justice, accompagné de (a) Triaige et Genocherie. Magie et sorcellerie. Le nom de Genoc et de Chenocherie est encore connu dans ce pays mais je ne trouve triage pour magie, en aucun dictionnaire. Triage peut venir de striga, sorciere, et genoche <le génosco, connoitre. Les magiciens se vantent de connoitre les choses cachées.

Note de D. Çalmet mise en marge de la p. 249 du mss.

xn

Réparation et partage

du mou-

lin et t

Etang de

Bertri-

champ.

1481.

zm

C o n d a m n a 6 n

d'une

femme

par la ju»-

t i o e 4 c

l'Abbé de

Senonei.

1482.


XXV

D. Arnoud de Salm

Prieur de

la Cour.

1484.

plusieurs autres officiers, ordonna à tous les sujets de l'Abbaye et à ceux du comté de Salm, qui étoient présens, de se retirer auec lui à l'écart pour prendre conseil sur ce qu'il y auoit à faire dans le cas présent, suivant la coutume du lieu et du val de Senones. Après qu'ils eurent opiné et discuté la matiere bien au long, ils prononcèrent leur jugement par la bouche de Ferri le Masson de Senones à ce commis et ordonné, « que lad. Idatte pour les choses con« tenuës en son procès, et attendu sa confession touchant « fait de triage, génocherie et matiere contre la Ste foy « catholique et les commendem18. de notre mère St0 Eglise, « qu'elle, comme crimineuse auec son corps, deuoit bien « être arse, brulée et fulminée et pour cette cause, tous ses « héritages auec toutes leurs appartenances, selon les « anciennes chroniques, et selon le droit des anciennes et « louables coutumes en tel cas observées de tems imme« morial, étoient enchus et confisqués, et deuoient appar« tenir aux d. Seig™. Abbé et couvent de Senones, coê « Seigneurs à cause de leur monastére, et tous ses biens « meubles deuoient pareillem1. appartenir auxd. Seigneurs « comtes de Salm, coê avoüés dud. Monastere et Val de « Senones. » Ainsi fut prononcé le 26. d'Aoust 1482. Mais dans tout ceci je ne vois aucun fait particulier, ni aucune preuve de la prétendüe sorcellerie de cette malheureuse. On ne dit pas non plus d'où fut amené l'Inquisiteur qui lui fit son procés (i).

Sous l'Abbé Henri Breton de Deneuvre, le Prieuré de la Cour d'en haut, "au val de la Broque, etoit possédé par un Relig. nommé Dom Arnoud de Salm qui y fit quelques biens en 1484. Il ne l'etoit plus en 1492. Son nom se lit dans le Nécrologe le 4° des Calendes de Juillet où^le 28. Juin, Obiil Domn. Arnulphus de Salmis monachus hujus loci. (1) Dom Calmet ajoute sur un feuillet de papier collé en marge de la p. 250, le passage suivant « Mais nous avons montré dans la Bibliothèque lorraine sous l'article Inquisiteur, qu'il y eût des Inquisiteurs de la foy, dans les Evècbés de Metz, Toul et Verdun, surtout à Metz, au siècle 44. et quinze, où arriva le fait dont nous venons de parler en 1482. >


Vers l'an 1489. il survint quelques difficultés entre les comtes de Salm et l'Abbé de Senones au sujet de la justice de St. Stail, des étalages de la foire dud. lieu et des amendes, tant des bans de Plaine et de Salm, que du village de St. Stail. Mais ces difficultés ayant été mises en arbitrages, furent jugées en faveur de l'Abbaye, qui fut maintenüe dans la possession où elle étoit d'exercer la justice aud. lieu de St. Stail, et d'y percevoir les droits d'étalage et les deux tiers des amendes, de même que dans le ban de Plaine contre lesd. Comtes de Salm pour l'autre tiers. Et à l'égard du ban de Salm ou Vipucelle, la moitié des amendes en fut ajugée auxd. Comtes et l'autre moitié aux Abbé et Relig. comme il se voit par la sentence arbitrale rendüe par Olry de Blamont, Eveque de Toul, le 23. Juin 1489 (1). Pour l'Abbé Henri de Deneuvre, il mourut un Samedy de fevr. 4490. et donna 50". (2) monoie de Lorraine, pour fonder une messe, qui se doit dire tous les Samedis, pour lui, et pour les fidels trépassés et outre cela 9U. pour célebrer son anniversaire le jour de sa mort. On voioit ci deuant sa tombe sur laquelle il n'y a qu'une grande crosse abbatiale auec l'inscription tout autour de la tombe, on la voioit, dis-je, deuant l'autel de la Vierge; aujourd'huy elle est deuant l'autel de S1. Joseph (3) au coté septentrionale de la Croisée; l'autel de la Vierge aiant été transferé depuis peu d'années au coté méridional de la croisée, et l'autel de S1. Joseph ('•), aiant été mis en la place de celui de la Vierge (5). Sous son gouvernement, on voit distinctement la diuision des deux menses, celle de l'Abbé et celle des Religieux. Il paroit de plus qu'alors les biens temporels du monastére étoient en assés mauvais état; puisque, comme on l'a vû (t) Cet art. XV est corrigé en plusieurs endroits par D. C. (2) 50 livres, monnaie de Lorraine.

(5) Dans le mss. il y avait S1 Benoit, mais D. Calmet, en relisant la copie de son secrétaire, a biffé ce nom et a mis en surcharge S'. Joseph. (4) Même observation que la précédente, c'est-à-ilire que dans le mss. il y avait originairement Benoit et que D. Calmet lui a substitué Joseph. (5) Ces trois ligne*, depuis croisée sont écrites par D. C.

XV

Difficulté* entre lea

Comtei de

Salm et

l'Abbé de

Senon. au

•̃jet de la

justice de

S*. Stail.

1489.

XVI

Mort de l'Abbé

Henri i

Breton de

D e n e n-

vre. 149O.


dans la Bulle de Sixte IV., et comme on le voit encor dans la démission de F. Nicolas de Bremoncourt Prieur du Moniet, quelques Relig. auoient été contraints par la pauvreté, de se retirer dans d'autres monastères.

CHAPITRE XXXIV

1

Jean C urati pour-

vu par le

Pape de

l'Abb. de

JEAN CURATI, 48e Abbé de Senones, depuis 1490. jusqu'en 1492.

On ne connoit l'Abbé Curati, que par deux endroits, qui prouvent qu'il avoit été pourveu de l'Abbaye par l'authorité du Pape, et non par l'election des Religieux. Ce sont deux quittances de ses Bulles, qui portent qu'il auoit reçu l'Abbaye du pape Innocent 8. le 5. Juillet de l'an 1490. 6e de

Senones 1490.

son pontificat, et qu'il paya 60. florins d'or de la Chambre et un tiers; et en outre pro minutis servitiis qu'il deuoit aux officiers de la Chambre, 4 florins d'or et 26. sols. 10 den. monnoye romaine; et de plus 13. florins d'or, 30s. 6d. pour d'autres petits services dûs aux officiers du Pape (i). Je lis dans les comptes des Carmes de Baccarat, sous l'an 1490. Gerardus gubernator abbatiae Senoniensis. Ce Gerard gouverneur de l'Abbaye, vivoit peut etre avant que Curati fut nommé par le Pape au mois de Juillet de cette meme année; ou s'il vivoit après la nomination de Curati, il étoit son econome et son receveur.

Son nom (') n'est pas marqué dans le nécrologe. Je na sai même s'il a joüi paisiblem'. de l'Abbaie, car dès le 5. Juillet 1402. Jean de Borville étoit Abbé de Senones. (1) Ici commence un passage écrit par H. Calmet sur un petit bout de papier collé en marge de la page 255 du mss. et auquel il renvoie par un signe également fait de sa main. Ce passage se termine par ces mots son économe et son receveur.

(2) La phrase précédente parlant de Gérard ne fera pas oublier qu'en disant Bon nom, l'auteur entend dire le nom de Jean Curati, etc.


CHAPITRE XXXV

JEAN DE BORVILLE, 49* Abbé de Senones, depuis 1492. jusqu'en 1506.

Nous ignorons la maniere dont Jean de Borville est parvenu à l'Abb6 de Senones; si c'est par voye de démission, de résignation, d'élection, où s'il en a été pourveu par l'authorité du Pape. Dès le 27e Mars 1492. il donna permission à Dom Arnoud de Salm, jadis Prieur de la Cour d'en haut au val de la Broque, de donner une somme de 22. frans (')> à 12. gros le fran, pour une espece d'indemnité où d'aumone, a cause d'une piece de prey, nommé le Douaire, qui lui étoit échu faute de payem1. de cens, affin que ces pauvres gens, ne fussent pas entièrement privés de leur d. prey.

Ceci en lui même ne mérite nulle consideraôn; mais je le rapporte pour prouver la datte du commencemt. de cet Abbé. Comme en cette année 1492. Paques étoit le 10e Avril, on doit compter 1493. auant Paques selon notre maniere de compter.

En 1492. frère Claude Vaudrekin Religieux de Senones, administrateur du Prieuré de Moniet, achepta de Jean l'Arbalétrier bourgeois de Baccarat, les deux Etangs de Humbépaire, auec le moulin et le battant de dessous, moyennant la somme de cent francs monnoye de Lorraine, La lettre est dattée du dernier Avril 1492. mais il n'y est pas fait mention de l'Abbé de Senones.

En 1495. Jean de Borville, comme Abbé de Senones, accorda à Didier Ancillon Prieur de Vie, la permission de faire un testament, par lequel led. Prieur dispose de son (i) C'est la première fois que l'auteur écrit le mo1 fran dans le m*s.

X

Commence m1, de

l'Abbé Jean de

Borville.

1492.

II

Aobapt t de deux

étang* à

Humbé-

paire.

i49a.

III

T e • t a m1, d'un Pri-

eur de Vie»

1495.


Brouilleriez au »u-

j e t d e

lie 0 mont.

1495.

Union du Prieuré

de liéo-

mont à

l'Abe. de

Senones

par le pa-

pe Alex. 6.

1499.

IV

V

argent et de ses meubles en faveur des Eglises et de ses parens. L'année suivante après la mort de Didier Ancillon, Borville conféra le Prieuré de Vie à Didier Gros-Renard ('). Jean de Lambale Protonotaire du St. Siege et Prieur de Léomont, avoit résigné ce Prieuré dés l'an 1485. à un nommé Jean Baronis, sous pension. Après la mort de Jean de Lambale arrivée vers l'an 1490. un nommé Jean de Cortesiis Premontré Abbé de Bonféy, s'en étoit mis en possession, apparamt. sur quelque prouision surprise en cour de Rome; mais un nommé Jean Benedicti et chanoine clerc du diocése de Besançon, jetta un dévolu sur ce Prieuré vers l'an i496. et plaida le Sr. Cortesiis Abbé de Bonfey, pour l'obliger à se désister. Cependant l'Abbé de Senones voyant que ce Prieuré se perdoit et que les biens s'en dissipoient pendant ces contestations, traita auec Benedicti, qui lui remit son droit, sous certaines conditions. Alors l'Abbé s'addressa en 1498. au duc René II. Roy de Jerusalem, pour lui demander l'honneur de sa protection, pour rentrer en possession de ce Prieuré dépendant de son monastére. René par son décret permit simplemt. à l'Abbé de Senones de prendre possession de Lédmont, du consentement de Cortesiis; mais Courtesiis mourut la même année auant le mois d'Aoust, à Léomont.

De maniere que l'Abbé Jean de Borville, se voyant quitte de ces deux compétiteurs, ne trouva point de moyen plus efficace pour prévenir toutes broüilleries à l'avenir que de faire supprimer le titre du Prieuré de Notre Dame de Léomont, et de le faire unir à perpétuité à l'Abbaye. C'est ce qu'il entreprit en 1499. et il en vint heureusement à bout. Le Pape Alex. VI dit dans sa Bulle que ce Prieuré étant vacant par la démission volontaire que Jean Benoist chanoine de Besançon en a faite entre ses mains, n'ayant pu se mettre en possession dud. Prieuré, les Abbés et Religieux de Senones lui auroient remontré que s'il lui plaisoit l'unir et incorporer à perpétuité à leur monastére, ils seroient (1) Cet art, III. porte la trace de plusieurs surcharges de D. Calmet.


plus en etat de réparer et d'entretenir les édifices du Prieuré et d'y maintenir le culte divin; outre que cela leur épargneroit les peines et les dépens auxquels ils sont exposés, lorsque ce Prieuré. tombe en commande; que d'ailleurs il est d'un très petit revenu, ne rapportant pour l'ordinaire que 24tl. de petits tournois par an. Le Pape accordant la grace qu'on lui demandoit, permit à l'Abbé et au couvent de Senones, de se mettre en possession dud. prieuré et de ses revenus, d'envoyer pour l'administrer un Relig. de leur monastere où d'un autre Ordre, où même un prêtre séculier amovible à leur volonté, pour y faire le diuin service et administrer les Sacremens aux Paroissiens, s'il y en a, sans être obligé d'en demander la permission à l'Evéque diocésain. La Bulle est dattée de Rome le XVI. des Calendes de May où du 16. Avril 1499.

Il est remarquable qu'ici l'on donne pour Patron au Prieuré de Léomont la Ste Vierge. Ailleurs on lui donne S1. Michel et ailleurs S1. Christophe. A présent on lui donne plus communémt. S*. Léon IX. à cause du nom de Léomont. Au reste l'union dont nous venons de parler souffrit des difficultés (<)• Sous l'Abbé Thirion d'Antlup, le Pape Jule II. la révoqua en 1506. pour cette fois seulemt. et conféra le prieuré à Jean de Savigni; l'union n'a pas laissé de subsister jusqu'aujourd'huy.

En 1497. l'Abbé Jean de Borville acquetta auprès de quelques particuliers de Ravon, une maison sise au même lieu, prés la porte de dessous, le chemin d'une part et deuant, et les murs de la ville d'autre part, moyennant la somme de 300. frans barrois, trente gros, à douze gros le fran, et trois frans pour vin, sans y comprendre la façon du contract. Cette maison a été depuis venduë où échangée et elle est fort differente de celle que les Relig. possèdent aujourd'huy à Ravon.

(4) Cette dernière phrase du travail du copiste, jusqu'à l'art. VI, est complètement remaniée par D. Calmet. L'art. VI est aussi corrigé, en partie, par l'Abbé.

VI

A o q u e ̃ t d' u n e

maison à

Raon.

1497.


vu

L'Abbé de Senones

obtient

du Pape

l'usage des

orne m enl

pon tifi-

eaux

X5OX.

vin

Donation de Brumé-

nit à l'Ab-

baye.

X5O1.

Enfin en ioOl. il obtint du Pape Alex. VI. pour lui et pour ses successeurs, l'usage des ornemens pontificaux, sauoir de la mitre, du baton pastoral, des sandales, des gans et des autres marques d'honeurs accordés aux premiers Prélats de l'Eglise, comme aussi de donner la bénediction solennelle au peuple après la messe, après les vépres et après matines, non seulemt. dans son Abbaye, mais aussi dans ses Prieurés et dans les Eglises, même celles qui ne sont pas soumises de plein droit à son monastére, pourvu toutetois qu'il n'y ait point d'Evêque présent ni de Légat apostolique; de plus de benir les palles et les autres ornemens sacerdotaux, aussi souvent qu'il sera nécessaire enfin de conférer la tonsure et les 4. moindres, non seulement aux Relig. profés où non profés de son Abbaye, où des prieurés qui en dépendent, mais aussy aux séculiers soumis médiatement où immédiatement au même monaster e; comme aussy de reconcilier auec l'eau qui aura été benite par quelque Eveque catholique, les cimetières, les autels et les chapelles de son Abbaye, des Prieurés en dépendans, et même des Eglises paroissiales qui lui sont soumises, lorsqu'elles auront été polluëes par l'effusion du sang où de la semence humaine.

La même année 150Î. le maire Thiriet de Bruménil et Jeannette sa femme, laquelle étoit devenuë aveugle, donnerent à l'Abbaye de Senones tous les biens qu'ils possedoient à Bruménil, dans le ban le moine, consistant en deux maisons, environ 45. jours (1) de terre, 3 ou 4 piéces de prey, un jardin etc. moiennant une prébende monachale pour chacun d'eux pendant leur vie, leur logem1. et entretien dans l'Abbaye et un anniversaire après leur mort. Ce bien fut vendu vers l'an Î5i3. par l'Abbé Thirion d'Antlup, parce qu'il n'etoit pas à la bienséance du Monastère, et il le rem'1) Pour les lecteurs qui ne snnt pas au courant des usages de la Lorrain* il est bon de dire que, malgré le système métriqup, à la campagne surtout, on (ompte l,i contenance des terrains par jour, dans le latigige um*-l. Vn jour de terres comprend 20 ares 44 centiares à Saint-Dié ailleurs c'est 20 ares.


plaça par un cens de dix francs au village de Borville. Ce cens ne se paye plus, ayant été rachepté.

Un Religieux de ce monastére, nommé Jean de Ravon, Prieur du Prieuré de S1. Christophe de Vie, fonda en i503. J VAve Maria pour être chanté au commencement de toutes les heures de l'office du jour. Il mourut le 7e Mars 1515. C'est ce que nous lisons dans l'ancien Nécrologe au 10e des Calendes de Juillet, c'est à dire, le 22e Juin. On voit par là qu'encore que la dévotion à la Vierge ait toujours été très célebre dans l'Eglise, et que la lre partie de l'Ave Maria soit tirée de l'Ecriture, cependant cette priere, de la maniere dont on la récite aujourd'huy, n'a été commune qu'assés tard. Henri de Ville Eveque de Toul qui est mort en 1436 (a), est le premier qui ait introduit l'usage de réciter tout haut VAve Maria gratia plena au commencemt. de l'office. Alors on ne chantoit encor que ces paroles que nous venons de voir, et on n'en chante pas encor dauantage dans la cathédrale et dans les paroisses du diocése. Jean de Ravon n'en établit pas dauantage dans l'Abbaye de Senones. S. Benoit dans sa Régie (b) n'auoit ordonné de dire ni le Pater ni l'Ave Maria au commencemt. de l'Office; on le commençoit absolument par Deus in adjutorium. A présent on dit par tout l'ordre benedictin, hors dans l'ordre de Cluny réformé, selon le breviaire nouveau, à voix basse, le Pater et VAve Maria tout entier depuis l'an 1503 avant la reforme on chantoit icy VAve Maria (l). On conserve dans l'Eglise de Senones un beau monument de la pieté de l'Abbé Dom Jean de Borville; c'est un lustre où chandelier de cuivre, autrefois doré, à plusieurs branches, suspendu par une chaine de fer, entre le choeur et le sanctuaire. CaJustre a environ 5 pieds de hauteur, ayant deux étages, au premier sont six branches et au second autant, portant chacune un cierge. Entre chaque branche de l'etage d'en bas sont des Anges supportés par d'autres (I) Ces dernières lignes sont très-corrigées par D. Calmet et le dernier membre de phrase est ajoité de sa main.

15

ne

Fondation de l'Ave

Maria au

commea-

cement de

cbaque

heure de

l'office.

d03.

(a) Voies no-

ire Hiit. de Lorr., t. II, p. 746.

(4) Reg. S. B6>

aed. c. 8eH8.

x

Lustre de o u i v r e

conservé

dans l'Ab-

baye de

Senones,

ouvrage

de l'Abbé

Borville.


Armes de

D..Jean

de Bor-

vllle sur

le gros

lustre et

s a r s a

tombe.

Dans la clef

de la voû-

te de l'é-

glise du

Monlet.

Dans la

croisée

de la mê-

me EgU.

se (2).

branches du moindre longueur. Au centre du chandelier est représenté le Sauveur ressuscité. Les branches qui portent les Anges et les Chandeliers sont d'un travail très délicat en fleurage d'un très bon gout; les colonnes de méme qui soutiennent le second étage sont d'un ouvrage exquis. On voit en trois endroits au cul de lampe dud. Lustre, les armes de Dom Jean de Borville, qui sont une barre auec cinq Etoiles, deux en haut et trois au-dessous (i). Il fit en 1506. le grand bras d'argi. de S1. Simeon. Il a fait batir ou du moins voûter la croisée de l'église du prieuré du Moniet où l'on voit ses armes.

(1) A partir d'ici jusqu'à l'art. XI, le texte est ajouté par D. C. (2) Ces trois écussons, ainsi que les inscriptions, sont de la main de D. Calmet. Ils sent dessinés sur un feuillet collé en marge de la page 261 du mss.


D. Jean de Borville mourut à Senones le 5. d'Octobre 1506. et fut enterré dans l'Eglise de l'Abbaye. Sa tombe se

XI

Mort et •«-

voit deuant le Grand autel du côté de l'Evangile. Il y est représenté en habits pontificaux, la mitre en tête et la crosse à la main droite, et tenant un calice de la gauche, ayant des gans aux mains et un anneau au 28 doigt de la gauche. Ses armes sont aux deux cotés de sa tête et l'inscription qui est écrite en lettres gotiques autour de sa tombe, porte: Cy gist Jehan de Borville insigne Abbé de céans, qui trépassa de ce monde mortel, l'an M. CCCCC. et VI. le 5e jour du mois d'octob. Priés Dieu que ly fasse merci à l'aime (')• Amen. Son nom est marqué dans le Nécrologe au 6e d'Octobre et il y est dit qu'il donna dix francs pour son anniversaire et cinq francs pour l'Eglise de la Vierge, pour la rotonde. Nons avons fait tirer son portrait d'apres une vieille chasse de S. Simeon, où il est représenté a genoux devant le S*. Simeon, avec cette inscription Sancte Simeon Christi care, pro me deprecare (2).

pulture de Dom Jean de Borville. 15O6.

CHAPITRE XXXVI

THIRION d'Antlup, 50* Abbé de Senones, depuis 1506. jusqu'en 1 541

Thirion d'Antlup étoit Prieur claustral de l'Abbaye de Senones, lorsque Jean de Borville mourut. Il fut élu cano(1) Merci à l'âme. Cette épitaphe est reproduite sur une plaque commémora tive de. abbés de Senones inhumés dans l'église du monastère, placée contre le mur du end de la chapelle oh se trouve le tombeau de D. Calmet. Cette plaque est en marbre blanc son fronton porte les armoiries de l'abbaye de Senones et une crosse monumentale la divise en deux. Elle reproduit les épitaphes qui existaient autrefois sur les tombes des abbés, depuis Jean de Borville jusqu'à 1). K. Fangé. (2) Ces dernières lignes, depuis puur la rotonde incl. sont de la main de U Calmet. Il est intéressmt de retenir que Jean de Borville a été le premier abbé de Senones qui eût le droit de porter la crosse et la mitre.

I

Thirion d'Antlup

Abbé de

Senones.

15O6.


Cassa6a de l'union

qui auoit

été faite

du Prieu-

ré de Iiéo-

mont à

l'Abbaye

de Seno-

nes. 15O6.

II

niquem1. le jour même de la mort de son Prédecesseur, comme il le témoigne lui même dans le Registre de cette année i506. écrit de sa main, et ensuite mis en possession et confirmé par le Pape. Je n'ay pu trouver ses bulles. Mais nous apprenons d'une requeste présentée au Duc Antoine en 1524. par l'Abbé Thinon, qu'après la mort de l'Abbé Jean de Borville, le Duc René II. à la priere et sollicitation du Duc Antoine son fils, ayant désiré que Vary de Sauigny protonotaire du St. Siège, fut pourveu de l'Abbaye de Senones, et les Relig. s'etant hâtés de choisir Thirion d'Antlup, comme on le vient de dire, le Duc René en témoigna son mécontentement et pour lui donner quelque satisfaction et prévenir les procès qui eussent pu naitre entre Eux et le Protonotaire prétendant, on avoit jugé à propos de donner le Prieuré de Léomont au Protonotaire, nonobstant l'union qui en auoit été faite au monastere.

On s'addressa donc au Pape Jules II. en 1506. et on le pria de casser et annuler lad. union ce que le Pape n'eut pas de peine à accorder pour cette fois, cette cassation lui donnant lieu de conférer ce prieuré, vacant par là en Cour de Rome, au Protonotaire Vary de Savigny, Clerc du Diocése de Toul, et pour lors attaché au service du Pape. Ses bulles sont du jour d'auant les Ides de fevrier ou de l'incarnation 1506. C'est a dire du 12e février 1501 selon notre maniere de compter.

Il paroit toutefois que Sauigny ne jouit pas paisiblemt. du Prieuré et que l'Abbé et les Reli^x. de Senones y formérent opposition, qui ne fut levée qu'en 1524. Vary de Savigny ayant transigé auec Eux, et s'etant engagé de ne remettre jamais le bénefice en d'autres mains que celles des Religx. et à se conformer aux termes de la Bulle de Jules II. qui porte, qu'après sa mort, le Prieuré demeurera pour toujours réuni au monastére. L'Abbé Thirion présenta donc alors sa requeste au Duc Antoine, pour le prier de ratifier cet accord et d'ordonner que la Bulle de réünion auroit son plein et entier effet, à la mort de Savigny, et faire deffense à ses officiers et sujets de troubler les Religx. de Senones dans l'exécution de cette réünion.


En i527. le Protonotaire étant tombé dangereusement malade à Lunéville, l'Abbé de Senones présenta de nouveau une requeste aud. Duc Antoine pour le prier de donner commission à quelques-uns de ses officiers, d'empécher que les parens où les créanciers dud. Protonotaire, ne s'emparassent des biens et meubles qu'il pouvoit auoir au Prieuré de Léomont, de peur que l'office diuin n'y soit retardé ny délaissé. Le Duc ordonna par son décret au Seigr. de Dombasle et au Lieutenant de Bailli de Lunéville, qu'incontinent après le décés du Protonotaire, ils missent l'Abbé de Senones en possession du Prieuré de Léomont et fissent inventaire des meubles et effets du deffunt pour les remettre à qui ils appartiendroient.

L'Abbaye demeura en possession du Prieuré jusqu'en i543. qu'il fut de nouveau envahi par René du Puy du Four, ainsi qu'on le dira cy après.

En 1509. dans l'Assemblée des Plaids annaux tenus le 2i. Décembre, dans la Grande Salle de l'Abbaye, Thirion d'Antlup fit lire une charte en parchemin, scellée de A seaux, saine et entiere, contenant certains appointemens faits entre l'Abbé de Senones Henri Breton de Deneuvre, et les comtes de Salm Jean et Jacques, lesquelles lettres on auoit accoutumé de lire chaq. année aux plaids annaux, pour renouveller et confirmer les droits et usages de l'Abbaye au val de Senones. Après la lecture de ces lettres, les Echevins et habitans dud. lieu, se retirérent à l'écart, pour délibérer entre eux, puis étant retournés, l'Echevin portant la parole dit, que le Ban, le fond et la roye du val de Senones est et appartient à l'Eglise de Senones, sauf le droit d'autruy. Après quoy l'Echevin proposa encore que led. Seigr Abbé deuoit pourvoir d'un moulin aux habitans du Val de Senones, moyennant certaine quantité de farine. Sur quoy il y eut encor difficulté, l'Abbé ne s'accordant pas sur la manière de livrer la mouture. Enfin les habitans prétendirent auoir droit de bâtir des moulins dans le Val, moyennant cinq gros de cens, ce qui fut contesté par l'Abbé, qui en demanda acte au Notaire, qu'il auoit amené aux plaids annaux.

m

Droit* de l'Abbé de

S énonça

dans le

val de 8e-

nonei en

1SO9 et

1517.


li ii de l'hermi-

tage et de la ohapel-

le de la

Mer. 1511.

Plaid* annaux

d'Ancer-

viller ten u < en

1512.

TV

V

Les mêmes cérémonies et formalités furent observées aux plaids annaux de l'an 1517. Et l'Echevin au nom des communautés du Val de Senones, y forma pareilles difficultés, auxquelles fut répondu de même par l'Abbé de Senones, qui dit que ce n'étoit que depuis 7 où 8. ans qu'on s'étoit avisé de parler du droit d'autruy. Il y eut encor débat au sujet des trois bois bannaux, où de Chambre appartenans au Seigr. Abbé, sauoir les bois de Jehanexey, de Beltey et de Rotomont; l'Echevin prétendant que si quelque habitant du val étoit trouvé coupant la huche huche, s'il étoit trouvé chargeant, le forestier l'arréte et s'il est en chemin, on ne doit pas arrêter son chariot, ni lui faire payer l'amende; et qu'au cas que quelqu'un soit gageable, on ne lui peut prendre pour gage que sa hache, où autre instrumt. dont il se sert pour couper du bois. Mais le Seigr. Abbé s'opposa à ces prétentions, soutenant que quiconque étoit trouvé coupant, chargeant où charroyant dans ses trois bois bannaux et seigneuriaux susdits, étoit amendable de 60. gros à lui et à ses successeurs Abbés de Senones, de quoi il demanda acte au Notaire présent.

En 1511. le même Abbé conféra la chapelle et l'hermitage de N. D. de la Mer à un prêtre nommé Etienne Liégiez, de la Comté de Charolois qui promit de ne rien demander aud. Abbé ny à ses successeurs à l'occasion de lad. Chapelle, et les déclara dès lors ses héritiers après sa mort. C'est la ire fois que je trouve la donation de la chapelle et hermitage de la Mer.

L'attention de l'Abbé Thiiion d'Antlup à conserver les droits de son Abbaye, le porta à tenir les plaids annaux dans la Seigneurie d'Ancerviller. Il y cita les Maire et habitans d'Ancerviller, d'Halloville et de Couvay, qui en dépendent, et après avoir tait lire la Charte qui contient les droits, rentes et revenus dud. Anserviller et des villages en dépendans, il demanda aux Prudhommes s'ils auoient quelque chose à y opposer où contredire, à quoy ayant répondu qu'ils s'y soumettoient et les vouloient observer à l'avenir, pour eux et leurs descendans, ainsi finirent lesd. Plaids


annaux le Dimanche 9e Janvier 1512. On peut remarquer dans cette charte que les Religieux de Senones sont seig". fonciers du Ban d'Ancerviller et du han, sans faire tort à autruy, et que toutes les amendes hautes et basses leur appartiennent, sans part d'autruy qu'ils y peuvent tenir leurs plaids annaux tous les ans, le dimanche d'après l'Epiphanie, s'ils ne jugent à propos de les différer. Ils ont droit de créer le Maire quand il leur plait, et les autres Gens de justice aux Plaids, annaux, par élection des habitans d'Ancerviller et de Couvay. Les cens et relévemens se doivent payer à la S'. Martin; ils ont droit de corvées et de chasse; si les habitans vont à la chasse et qu'ils tuent un sanglier, un cerf où un ours (*), ils en doivent apporter la tête, la trasse et le quartier droit, dans la maison des Seig". Religx. de Senones. Il y a plusieurs autres particularités remarquables qu'on peut voir dans la Charte de cette année. En 4513. quelques particuliers ayant construit des forges à faire du fer sur les finages de Grandfontaine et de Saus- sure, l'Abbé de Senones se plaignit qu'à son préjudice et sans sa participation, on eut érigé lesd. forges et qu'oq ne lui en donnat pas le tiers du prodait, en conformité des anciennes transactions des années i26i. et i284. Sur ces plaintes Jeanne de Fénétrange comtesse de Salm, comme tutrice de ses enfans Rhingraves comtes de Salm, et Marguerite de Sierck, aussi comtesse de Salm, passérent une transaction auec led. Thirion Abbé de Senones, portant qu'il tireroit le tiers de tous les profits desd. forges, en fournissant par lui sa part des bois nécessaires pour leurs usages (-); Ce traité ne se trouve pas en original dans l'Archive, et la copie que j'en ay vüe, n'est pas signée, ce qui me fait soupçonner que ce n'est qu'un simple projet de transaction. Il est certain qu'en 1510. l'Abbé Thirion (3) écrivit plusieurs lettres aux Dames comtesses ci-deuant (4 ) Cela prouve qu'on chassait encore Tours à cette époque dans le ban de Senones, c'est-à-dire en 1512.

(2 et 3) Passages corrigés par D. Calmet.

VI

Transaction pour les forges de

Grand-

Fontaine.

1513.


vu

Sentence qui con-

damne les

Carme» de

Baccarat

à fermer

leurs Eco-

les. 1515. ~ni

Plaid* annaux te-

nus à Vi-

pucelle

ou la Bro-

que. 1518.

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f

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J

1

nommées, pour se plaindre des contraventions que l'on faisoit aux anciennes transactions. Ces lettres auec les réponses sont écrites de la main de l'Abbé Thirion, dans un cartulaire aussi de sa main, qui contient le titre de fondation de l'Abbaye, les transactions de 4261. et 1284. et quelques autres titres.

Car il est important de remarquer ici, que ce bon Abbé est le premier qui nous ait laissé des registres de son gouvernement, dans lesquels on trouve plusieurs instructions importantes non seulement pour l'histoire de son monastére et de sa personne, mais aussy pour les biens et les affaires de l'Abbaye.

Les Carmes établis à Baccarat en 1433. par Conrad Bayer de Boppart Evéque de Metz, y auoient ouvert des Ecoles, et le maitre des Novices de ce couvent y auoit assemblé un assés bon nombre d'Ecoliers. Le Prieur où administrateur de Moniet et les Chanoines de Deneuvre, comme curés du lieu, et en possession de nommer et instituer les maitres d'ecole, dans l'étendue de leur Paroisse, s'y opposèrent et en portérent leurs plaintes au Seigr. Evéque de Toul, comme ordinaire du lieu. Non seulemt. les Carmes n'eurent aucun égard aux remontrances et aux plaintes du Prieur et des Chanoines, ils méprisèrent même les citations, monitions et censures de l'Official de Toul, et usèrent de paroles peu respectueuses envers la Cour Episcopale et envers les plaignans. Enfin néanmoins ils jugérent à propos de se soumettre et le Seigr. Evéque de TonI par sa sentence du 23. Janv. 4515. les condamna à fermer leur école et leur deffendit d'attirer ni recevoir dans leurs Ecoles, aucun enfant de Baccarat, et en outre de taire désavouër publiquem'. dans un sermon préché par un d'entre eux dans leur Eglise, tout ce qui s'étoit dit au mépris de la jurisdiction Episcopale dud. Seigr. Evéq. de Toul.

En 1518. Thirion d'Antlup tint ses plaids annaux au ban de Vipucelle, dans la ville de Vipucelle où de la Broque» accompagné de Messire Guillemin Mignon Prieur de Xures et du maire Olry maire du ban de Salm et de plusieurs


autres. On y lut les droits de l'Abbaye de Senones au ban de Salm, et il y fut reconnu que le Sr. Abbé de Senones a droit de tenir ses plaids annaux aud. ban au terme de St. Martin, où autre jour selon sa commodité, et que chaque habitant est tenu de s'y trouver sous peine de 5. sols d'amende, que led. Sr. Abbé est seigr. foncier dud. ban et du han (a) qu'il crée le Maire, le Doyen et l'Echevin sans

part d'autruy qu'il a la moitié de toutes les amendes dud. ban contre Messrs. les comtes de Salm pour l'autre moitié. Item les droits de chasse et de pêche, divers cens et autres droits communs auec les Comtes de Salm, que l'on peut voir exprimés plus au long dans la lettre des Plaids annaux de cette année 1518.

La même année il tint aussy ses Plaids annaux dans le ban de Plaine, au village de Saulxures, où les Gens de justice, les Notables et les manans des lieux étant assemblés, on lut publiquem1. on reconnut et on renouvella les anciens droits de l'Abbaye dans le val de Plaine. On y reconnut 1° que le Seigr. Abbé de Senones est seigr. foncier du fond, de la roye et du han dud. ban de Plaine 2° qu'il y peut et doit créer la justice, sans empechemt. d'autruy qu'il prend les deux parts de toutes les amendes, contre le Seigr. comte de Salm voüé de l'Abbaye pour le tiers. qu'il peut tenir ses Plaids annaux trois fois l'année, sauoir au mois de fevrier, au mois de May et au mois de Novembre. 5° Le Seigr. Abbé a droit d'acenser aud. ban de Plaine partout où il y a lieu de le faire, et ce sans part d'autrui. Les criminels se doivent prendre et juger par la justice de Plaine, qui les remet aux Gens du Seigr. avoüé (2) pour les faire punir, et s'il y a confiscaôn, les biens fonds demeurent à l'Abbaye et les meubles au Seigr. avoüé ("). 7° Il a les droits de corvées, de chasse, de pesche etc. aud. ban de (1) Cette note marginale est de la main de D Calmet.

(2 et 3) Même observation que celle déjà faite dans le cours de cette publication, à savoir que le travail du copiste portait voué, mais que D. Calmet a partout écrit avoué.

(a) Le Ban et

le Han. Le tit.a-

ye, le territoire,

ei les babi la-

Lions, les ha-

meaux (\).

IX

Plaids annaux du

Ban de

Plaine.

1518.


Cession que l'Abbé de

Se none ̃

fait t aux

Chanoi-

nei de S*.

Diez de la

nominaôn

à la Cure

de Brou-

ville.

1518.

Difficultés sur la des-

serte des

Cu res de

8'. Jean

et de S'.

Maurice.

152O.

X

XI

Plaine, ainsi qu'il est plus amplement marqué dans les lettres des Plaids annaux. Tout ceci prouve la diligence et l'exactitude de l'Abbé Thirion, à maintenir et à renouveller les droits de son Eglise.

Les chanoines de S*. Diez ayant fait unir par Bulle apostolique, à leur mense capitulaire la Cure de Brouville, dans laquelle ils n'auoient que le tiers dans les grosses et menuës dixmes, contre l'Abbé et le Couvent de Senones pour les deux autres tiers, l'Abbé Thirion d'Antlup qui étoit seul Patron et collateur de lad. Cure, s'en plaignit et fit ses oppositions à l'execution des Bulles d'union. Après quelques débats on convint en 1518. que l'Abbé de Senones céderoit auxd. Chanoines son droit de nomination à la Cure de Brouville, moyennant trente frans barrois d'indemnité, que lui donnerornt les chanoines. laquelle convention tut approuvée par le Pape Leon X. par sa Bulle du 6. des calendes de Decembre 1518. En outre il fut convenu que les Abbé et couvent de Senones continueroient à percevoir les deux tiers dans toutes les dixmes et novales de la Paroisse de Brouville et de ses annexes. Ce traité a subsista jusqu'en l'an 1686. que le Roy très chrétien ayant fixé les portions congrues des Vicaires à 300u. et ayant ordonné qu'à l'avenir il n'y auroit plus de vicaires amovibles, mais qu'ils seroient tous perpétuels, les vénérables Chanoines de S1. Diez rétrocédèrent à l'Abbaye le droit de collation, au moien de quoy ils demeurèrent déchargés de la redevance de 30. frans que le Sr. Abbé de Senones paye aujourd'huy au couvent dud. lieu, pour indemnité de leur part au droit de collation de la Cure de Brouville.

Les Paroissiens des Paroisses de S'. Jean et de S*. Maurice prétendoient que les Abbés et Relig. de Senones, où lnurs chappelains, étoient tenus de chanter chaque semaine une messe à la paroisse de S1. Jean, et une autre à la paroisse de S1. Maurice. L'Abbé et les Religieux soutenoient au contraire, qu'ils n'étoient obligés que de célébrer une messe à chacune des deux Paroisses chaque semaine à l'alternative. Comme les esprits s'échauffoient et que Ton étoit


à la veille d'entrer en procés, Nicolas comte de Salm et Seigneur de Viviers, fut prié par les parties de juger leur différent. Il le fit en disant que les chappelain où vicaire, quel qu'il fut, regulier ou séculier, demeurant en la maison de cure seroit tenu de célebrer chaque semaine deux messes, une à S1. Maurice et l'autre à S'. Jean, et en outre de dire la messe dans les deux paroisses aux fêtes de la Vierge et des Apotres, qui seront doubles; que les Abbés et Religx. seroient obligés de dire chaque semaine une messe à l'alternative dans l'une des deux Paroisses comme curés, et que pour la 2e. qu'ils diroient dans l'une des deux paroisses par une espece de surerogaôn, les paroissiens des 2. paroisses conjointemt. leur délivreroient cinq francs monnoye de Lorraine par année, au terme de S*. Martm d'hyver. Quant aux offrandes, on cède aux Abbés et Religx. toutes les Offrandes d'argent, de bled, de petites chandelles où petits morceaux de cire; mais si l'on offre quelque gros morceau de cire où des cierges où chandelles entiéres, d'une grosseur considérable, on les laissera à la fabrique pour l'usage des autels. Fait le 6e Sept. 1520. Tout cela nous donne l'idée d'une discipline bien différente de celle d'aujourd'huy (l).

Il arriva en 1522. un cas qui nous fait connoitre qu'elle étoit l'application de l'Abbé Thirion d'Antlup à conserver les droits de son Abbaye. Un nommé Michel de Senones ayant été arrêté pour fait de larcin, fut mené à Badonviller et détenu assés longtems dans les prisons dud. lieu, sans qu'on eut égard aux instances de l'Abbé de Senones, qui le fit répéter plusieurs fois, pour le faire mettre dans ses prisons, selon l'ancienne coutume. Quelque tems après le Maire et la justice de Senones étant assis deuant la porte dud. monastère prests à rendre la justice, les chatelains et Prevost de Badonviller amenerent led. Michel à la porte de l'Abbaye. Alors l'Abbé Thirion accompagné des Religx. de (lï Dans le mss. de Saint-Dié, on voit ici un passage écrit, puis barré, par D. Calmet.

XII

Manière de juger et

punir les

criminels

en la jut-

tioe de

l'Abbé de

Senones.

1522.


xm

Union de la Cure de

S1. Hilaire

de Metz à

la mense

Abbatiale

de Seno-

nes. 1523.

sa communauté, addressant sa parole aud. chatelain et à tout le peuple présent, le pria de trouver bon qu'il lui lût l'article des Plaids annaux qui concerne la maniere de procéder contre les criminels. Le chatelain y consentit et on lut, que quand on auoit pris un malfaiteur, on le devoit mettre entre les mains de l'Abbé, qui le faisoit mettre dans ses prisons par son Maire, après quoy le Maire le conduisoit dans la forteresse de l'avoüé ('), qui le faisoit ramener par son Prevost dans l'Abbaye, et le remettoit entre les mains du Maire de l'Abbé, qui lui faisoit son procés dans la Sale et en présence de l'Abbé, lequel commandoit qu'on fit bonne justice mais qu'on ne fit point de tort au malfaiteur. Et après qu'il étoit ainsi jugé, on le remettoit entre les mains des Officiers de la justice du Seigr. avoüé (2). C'est ce que portoit l'article qui fut lu deuant l'Assemhlee. Après cette lecture l'Abbé se plaignit de l'infraction qu'on avoit taite à cette ancienne coutume et en demanda acte de non préjudice au Notaire, disant que telle étoit l'intention du Seigr. Prince de Salm, que tout ce qui pouroit être fait où entrepris contre ses droits, ne tireroit pas à conséqce. et ne pouroit lui porter préjudice.

En 1523. l'Abbé Thirion obtint du Pape Adrien VI. l'union et incorporation à perpétuité des biens et revenus de la paroisse de S1. Hilaire de Metz, à sa mense abbatiale. Quelqu'un de ses Prédecesseurs auoit déjà tait incorporer à lad. mense la moitié des revenus de cette Paroisse. Thirion pour prévenir les difficultés qui pouroient survenir à l'avenir auec les Curés dud. St. Hilaire, au sujet du reste de ces revenus, en demanda l'entière union à sa mense, alléguant de plus que le culte diuin se feroit auec plus de décence dans son monastère et même dans lad. Eglise. Quoyqu'il en soit de la validité de ces raisons, le Pape accorda la grace et l'Eglise de S1. Hilaire est demeurée unie à l'Abbaye jusqu'à la destruction totale de cette paroisse arrivée appa(1) du voüé; mais D. Calmet écrit de l'avoüé.

(2) Même observation que pour la note précédente.


rem1, en 1552. pend1, le siege de Metz par l'Empr. Charles V (i).

Pendant que notre bon Abbé met tous ses soins à récuperer les biens de son Abbaye et à conserver ses anciens

XIV

Incendie du

droits et priviléges, Dieu permit que le monastère de Senones fut entieremt. consumé par le feu. Voici comme il raconte lui meme ce triste Evénement, dans un Registre écrit de sa main ez années 1533. 1534. et suivantes. « L'an 1534. le 13e jour d'Avril, Lundi de quasimodo « entre les dix et onze heures de nuit, étant les Religieux « et autres de la maison endormis de premier somme, fut « totalement brulée notre d. Abbaye du feu de fortune, « ainsi qu'il plut à Dieu le permettre, sans y rien réserver « en tous les états. tant dud. couvent que l'Etat abbatial « auec ses Eglises, varriers, clouchies et clouches ('^) tota« lemt. fondues de laquelle Eglise nous auiens parti le « matin et en etiens allés au Prioré de Moniet, pour être à « la four à Deneuvre, onquel lieu les nouvelles de lad. for« tune nous furent apportées, par Durand Vvirion sindic « de l'Eglise. Après lesquelles ouïes, primes peine de dire « nos heures et après célebrer messe, rendant graces à « Dieu le Créateur de lad. fortune et priant Dieu de vouloir « donner la patience de nous y conduire en bonne pa« tience, à son honneur et à sa gloire et à salut des ames, « Amen.

« Et à la même heure furent brulées toutes les maisons « de deça le pont, même celles du Bastant, jusqu'a la mai« son Didier Meuget, que fuit à Chrétien du Bastant. » Presque tout le reste de la vie dud. Abbé fut occupé à réparer l'Eglise et le monastére. Nous auons encore les mémoires et marchez qu'il fit à cet effet. Pour la réparation des marnages de la toiture de l'Eglise et des clochers, il (1) La fin de cet art. XIII est écrite de la main de 0. C. et mise en surcharge du travail du copiste.

(2) La cloche de la paroisse de Senone8, qui a été cassée et refonduë en 1747. avoit été fonduë par l'Abbé Thirion d'Antlup en 1534. Vote de D. Calmet en marge de l'art. XIV. p. 275 du mss.

m on as tere et du bourg de Senones. 1534.


XV

Role de Thirion

d'Antlup

en X536.

XVI

Coadjutorîe de D. Jean

Durand

neveu de

Thirion

d'Antlup.

1536.

XVII

Accord entre les

Seig". de

Vitrimont

et le. oom-

donna en 1534. neuf vingt et dix frans aux ouvriers et charpentiers, et pour recouvrir et réparer tout ie monastere, il emprunta auprès de l'Vbbé d'Autrey la somme de 200. frans monnoye de Lorraine au mois d'Oct. 1534. ce qui fait voir quelle étoit alors la rareté de l'argent et la modicité du salaire des ouvriers.

Dom Claude Padoux Abbé de Senones dans le Role où réglera*, qu'il dressa en 1569. pour le partage des biens de l'Abbaye et des Religieux, et pour régler ce qu'un Abbé leur doit donner pour leur subsistance, cet Abbé, dis-je, dit que dans l'incendie dont nous auons pa rlé, les Chartes, lettres et Registres des Seigneuries, censes, rentes et droitures appartenantes à nos frères Relig. et couvent de £>enones, furent perduës et brulées en la plus grande partie. Il ajoute que le 18. Déc. 1536. l'Abbé Thirion d'Antlup passa un instrument d'accord, dit le Role, avec ses Religx. Je n'ai pu recouvrer ce Role, mais c'est le premier dont nous ayons connoissance et il a servi de base à tous ceux qui sont intervenus depuis son tems entre les Abbés et le couvent, et à toutes les séparations de mense que l'on a faites jusqu'aujourd'huy.

En 1536. l'Abbé Thirion d'Antlup agé de 60. ans et sujet à quantité d'infirmités, qui ne lui permettoient pas de vaquer, comme il l'auroit souhaité, aux affaires de son monastérp, demanda au Pape Paul III. pour son coadjuteur Jean Durand son neveux agé d'environ 20. ans et profés de l'Abbaye de Senones. Le Pape lui accorda sa demande et Jean Durand obtint ses Bulles de coadjutorie le 9e des Calendes de Janv. où le 24 Déc. 1536. Et il obtint du Duc Antoine le 26. Juin 1539. un décret sur Requeste, pour en cas de vacance prendre possession de l'Abbaye, dont il auoit obtenu les Bulles de coadjutorie.

Les communautés de Lunéville, Viller et Ménil prétendoierît auoir droit de couper à la serpe et à volonté dans les bois nommés la Fouëresse de Vitrimont, la fouëresse du four des Seigneurs de Vitrimont, le bois nommé Pignat qui est la fouëresse de Léomont, le bois appelé Arriére fosse, le


bois d'.s Novves, le bois des Fayessieux, Je bois Souxeï, le bois le Cugnat l'Official, dépendans de la Seigneurie de Vitrimont. Les Abbés et Religx. de Senones, conjointement auec Jean de Vautronville Bailli d'Epinal, Jean de Sauigni Seigr. de Léomont, Philippe des Sales Seigr. de Gombervaux soutenoient le contraire. Les Parties portérent leurs contestaôns devant les Baillis et la Noblesse de Lorraine comme Juges arbitraires, qui jugérent que les villes de Lunéville, Villor et Ménil auront pour toujours les bois appellés les nouvées prés la Garenne de Vitrimont, les bois de Fayessicux, Arriere fosse et le Pignat, moyennant quoi ils n'auront plus rien à répéter dans les autres bois ci deuant nommés, Cette sentence arbitrale qui fut portée le 8. Mars 153 i. fut confirmée par le Duc Antoine le lendemain de la même année (*).

Ku 1536. sous le Gouvernement de l'Abbé Thirion d'Antlup, je remarque qu'on envoioit les jeunes religieux de Senones, étudier chez les Pères Carmes de Baccarat que ces jeunes religieux de Senones étoient pensionaires, vivans dans la Maison de ces Pères, qui avoient alors pour l'ordinaire deux lecteurs ou professeurs; je remarque de plus qu'ez années 1439. 1440. 1441. 1443. ils fournissoient jusqu'a 9. 10. 12. et 14. Prédicateurs dans toutes les chaires des environs. Ainsi Valentin Abbé de Senones ne pouvoit choisir une école ni plus célèbre, ni plus à portée, ni plus propre à inspirer l'esprit de pieté à ses Religieux, qu'en les envoiant aux Pères Carmes de Baccarat, pour vivre au milieu d'eux, et profiter de leurs exemples et de lpurs instructions.

Il y eut en 1536. un très gros procés au sujet des corvées et autres droits seigneuriaux de la Seigneurie d'Antlup, entre les Seigrs. dud. lieu et les habitans, sur quoy intervint une sentence arbitrale, qui maintint les Seigneurs dans leur droit de corvées et autres droits dans ce lieu. En 1538. et 1 539. 4. ou 5. familles du village de Celle, (I) Ici le mss. porte un renvoi à une feuille volante de D. C.

munoutéi

de Imné-

ville, Vil-

ler et Mé-

nil. 1534.

Combles ms' d^R.P Caim. do Ba ̃•cira

xvm

Départ de Court pr.

les cor-

vées d'An-

tlup.

1536.

aux

Fondaôn de


l'Anti en-

ne Inviu-

l n t n à

chanter

tout les

jours de-

uant la

Rotonde.

1538.

1539.

14. gros et 12. den.

de cent

affecté*

Grand

Vicaire et

Offioiaux

de Toul

pour droit

d' union

de la Pa-

roisse de

S*. Mau-

rice au

couvent

de Seno-

nes. 154O.

XXI

Divers batimem de

l'Abbé

Thirion

d'Antlup

sa mort,

son eloge.

1541.

XX

fondérent en l'Abbaye de Senones l'Antienne Inviolata que l'on deuoit chanter chaque jour après Complie, dans la Rotonde auec le V. post partum et la collecte famulorum auec un De profundis et les collectes Inclina et fidelium. Pour à quoy satisfaire ils donnèrent 18. gros Barrois de cens annuel, racheptable dans un certain terme, et hipotéquèrent certains héritages. Ces cens ont été rachetés. On ne dit plus cette antienne que les jours de Dimanche du Rosaire, et les fêtes de la Vierge, dans la station qu'on fait au chapitre, et cela en vertu d'une fondation faite par l'Abbé D. Vivin (')•

Les Officiers de la Cour Episcopale de Toul ayant demandé pour indemnité de leurs droits certaine redevance annuelle, à cause de l'union de la Cure de St. Maurice au couvent de Senones, Dom Dominique Galey, Prieur de ce monastere, se présenta en 1540. deuant les Grands vicaires et Officiaux de Toul, et transigea pour 14. gros et 12. deniers de cens annuel, à cause de lad. union, à charge par lui de representer dans six mois la charte autentique de cette union, qui auoit été faite autrefois, par Henri de Lorraine Eveque de Toul en 1153 et confirmée par Maherus aussy Eveque de Toul en 1303 (2).

On trouve dans la maison Abbatiale de Senones, dans celle de Léomont et dans les autres dépendances du monastér e, plusieurs monumens de la diligence et de la piété de l'Abbé Thirion d'Antlup. Vers l'an i507. il batit tout à neuf les moulins du Ménil et de la petite Ravon et en 1532. il batit la ferme de la Neuve Maison (a). Il fit faire l'autel du sepulcre, où l'on voit des statues de pierre d'assez bon goût. On croit avec raison que ce fut luy qui fit batir la maison abbatiale pour sa demeure ordinaire. On voit ses armes sur les portes et sur les cheminées (b). La moyenne (t) Cet art. XIX, au milieu et à la fin est entièrement remanié par D. Calmet, qui y a fait de nombreuses corrections et adjonctions de la main. (2) La fin de cet article est écrite de la main de D. C., depuis par Henri, etc.

(a. b.) De a à &, ce passage est ajouté par D. C.


des 3. grosses cloches est de lui on y voit ses armes et son nom. Il ne cessa de travailler pour soutenir les droits de son monastère, pour en recouvrer et deffendre les biens. Par sa vigilance et sa fermeté il a réprimé les usurpateurs et a du moins empêché le progrés de l'usurpation. Il peut être mis entre les meilleurs Abbés de Senones. Il mourut le 3. des Nones de Janvier, c'est à dire, le 3e de ce mois de l'an 154f. où son nom se trouve dans le Nécrologe. Sa tombe est au devant du grand autel, entre celles de Dom Jean de Borville et Dom Claude Raville, tous deux Abbés de Senones.

JEAN DURAND, 51e Abbé, depuis l'an 1541. jusqu'en 1545. Si Jean Durand n'auoit qu'environ 20. ans, lorsqu'il fut fait coadjuteur de Thirion d'Antlup son oncle, il ne pouvoit auoir qu'environ 22. ans lors de la mort de Thirion, arrivée, comme on l'a dit, le 3e de Janv. 1541 Il prend le titre de Jean Durand de Crévi Abbé de Senones et Prieur de Léomont, dans un titre du 158 de Sept. 1541. qui est une acquisition d'un quart de l'étang de Vitrimont. La même année il obtint un départ de Court, qui règle les droits et rentes de l'Abbaye à Magnéville et en particulier le d"oit de créer le Maire du lieu. Il acheva en 1542. les voutes et les arcsboutans du cloitre que l'Abbé Thirion auoit commencé. Il accorda la même année à une de ses niéces, une prébende dans l'Abbaye de Senones, c'est à dire, qu'il passa auec elle du consentement du couvent, un traité qui lui assuroit pour toute sa vie, pareille nourriture et entretien, que l'on donnoit à chaque Relig* de l'Abbaye et cela en consideraôn et en recompense des services, que l'Abbé Durand auoit rendus à l'abbaye et de ceux qu'il pouroit 16

CHAPITRE XXXVII

x

I

Corn menoem1, de

Jean Du-

rand Ab-

bé de Se-

noneii

1541.

XX

Il accorde à une de ses

nieces une

pr éb d e

dant l'Ab-

bie. de 8e-

nonei.

154a.


m

René du Puy du four est pourveu du Prieuré de Xtéomont.

1543.

IV

Rôle où partage des deux mentei entre l'Abbé Jean Durand et les ILelig*. de Senones.

encore lui rendre. Il lui assigna de plus une demeure dans l'enceinte de l'Abbaye et les habits, linges et meubles nécessaires pour son honnête entretien.

Quoyque le Prieuré de Léomont fut réuni à l'Abbaye par Bulles de l'an 1499. cependant un clerc nommé René du Puy du Four, s'en fit pourvoir en cour de Rome en i543. Il en joüit jusqu'en 1552. qu'il y renonça en faveur du monastére, à condition qu'on rachepteroit non seulemt. les revenus du Prieuré de Léomont, mais aussi une pension de 300 fr. sur les autres biens du Monastére, qu'il s'etoit fait donner (*) qu'on racheteroit tout cela par une somme très considérable qu'on lui assura.

En 1544. et peu auant sa mort il fit une espéce de partage de mense, entre lui et ses Religx. Nous avons déjà vu que Thirion d'Antlup son prédecesseur en avoit fait une, dont il est parlé dans le Role de l'Abbé Padoû, et que nous ne trouvons plus. Ces partages où rôles, comme nos Anciens les appelloient, étoient un réglemt. de ce que l'Abbé étoit obligé de fournir aux Religx. outre leur pittance, tant

1544.

Anserviller. Mignérille.

(:elle.

Moacourt.

Vaquerille.

OgéTiller.

Frumenil.

en général qu'en particulier.

10 La Prévôté d'Anserviller en justice, cens, rentes, dixmes, auec la maitairie, la moitié des grosses et menuës dixmes de Magnéville, le moulin, la rivière, les preys, les cens d'argent et de volaille, appartiennent à la mense des Religx., lesquels peuventéta blir un d'entre eux pour exercer la Prevoté d'Anserviller, et celui cy constitura les douze jurés à Senones, pour auoir inspection sur les vins et autres victuailles qui s'y vendent (2).

Le tiers des dixmes de la Cure de Celle, et la rivière d'Art sur Meur the les grosses et menuës dixmes de Moacourt le tiers de la moitié des grosses dixmes de Vaqueville, qui appartenoit ci deuant à la Crosse Abbatiale, est cédé aux Religx. Item les deux parts des grosses dixmes d'Ogeviller et de Frumenil la moitié des menuës dixmes (1) Surcharge de l'écriture de D. Calmet.

(2) Partie de la dernière phrase ajoutée par D. C.


desd. lieux et un tiers des dixmes de Buriville. De plus 12. quartes de grains, montant à 24. resaux seigle et auoine, qui sont dûs annuellemt. sur les gerbaux de Donjevin et 30. gros qui sont dûs sur les fours dud. lieu, comme aussi tous les cens d'argent, de graines, de féves, de volailles, contenus dans les anciens registres de la pitancerie, tant au val de Senones qu'ez lieux susdits. Toutes les fondations, messes, services, anniversaires s. fondés dans l'Eglise de l'Abbaye, pour lesquels les Religx. perçoivent annuellemt. 2. muids de sel sur les salines de Moyenvic jusqu'a rachapt; leur appartient encore pour augmentation de lad. pittance, la moitié du Prieuré de p Moniet et de toutes ses dépendances. n Item à cause de l'union faite par le S1. Siège de la Cure de Senones au couvent, appartiennent aux Religx. la moitié de tous les mortuaires, de toutes les oblations et de tous les emolumens provenans de cette cur e Et outre ce, pour competence (»), ou portion congruë, le Seigr. Abbé doit au couvent 23. quartes de grains mesure de Senones, moitié seigle et moitié avoine.

L'Abbé doit aussy chaque jour à un Religx. Prêtre, servant actuellement à l'Eglise, une miche et demie de i pain, partie froment et le tiers seigle, desquelles miches on en fera dix d'un bichetel, à six bichetels par resal, mesure de Ravon. Chaque novice aura une pareille miche. Pour la boisson, chaque prêtre aura un méral ou chopine, mesure de Senones, de vin à diner et autant à souper et pour le potage et cuisine du couvent, l'Abbé doit donner par chacun an neuf vingt liures de bacon où porc, et encore au tems de Noël par chacun an, à chaque Religx. Prêtre vingt sept livres de chair de bœuf, et à chaque Novice et au cuisinier des Religx. à chacun treize livres et demi. Au Dimanche circumdederunt, qui est celui de la Septuagesime, à chaque Religx. Prêtre, un jambon et une poule, et à deux Novices un jambon et une poule; et de plus le même jour (I) Surcharges de D. C.

Bur>ille.

Donjeris.

Sel de MoienTic. HoilU du

Prieuré du Moniet.

Cure de Seno-

nes unie au couvent.

Paio et vin du.

aux Keligx.

Viande donnée

aux Religieux.


Charges de

l'aumonier.

Réglera', pour

lei Religx. malades.

Mandé au-

mone géneiale.

Potage fourni

au coût', par l'Abbé.

à la communauté conventuelle deux quartes de vin de change, par dessus leur pittance ordinaire. Tout ceci est à la charge de l'Abbé.

L'aumonier de l'Abbaye, à cause de son office, devra à la communauté le soir de S'. Martin et la veille des Rois, à chaque fois une quarte de vin et le même jour le cellerier en donnera autant. De plus l'aumonier pour deux tiers, et le pitancier pour l'autre tiers, fourniront le bois pour chauffer le poile du couvent, au tems accoutumé. 7° Si un Religx. tombe malade, l'aumonier sera chargé de lui fournir du monde pour le garder et soigner, et du feu pour le chauffer, le tout à ses propres frais; et le Religx. malade continuera à avoir sa prébende à l'ordinaire. Pour tout le reste des besoins du malade, ils seront à la charge de l'Abbé.

L'aumonier doit faire le mandé où l'aumone génerale deux jours l'année, savoir le mardi de caréme entrant, donnant à chaque pauvre demandant, une michette de pain et une pièce de chair et le jour de la Toussaint, une michette de pain et un verre de vin. De plus il doit donner aux enfans sous l'age de 7. ans, les clochettes (a) de pain trois jours de la semaine, savoir le Dimanche, le Mercredy et le Vendredy, depuis la Toussaint jusqu'à la St. Pierre. Le Sr. Abbé est encor tenu de fournir une fois le jour pour le couvent, le potage (b), c'est a dire pois, féves, choux, navez, panées, sel, etc. Et au caréme deux potages, où pour l'un des deux, une demie miche blanche pour faire la purée. Il doit aussi fournir les grandes nappes pour le couvent, et le cuisinier pour la cuisine conventuelle. Le prevost d'Anserviller fournira au cuisinier, un garçon ca-

(a) Le pain qu'on demande à la clochette et à la porte du monastère. Le peuple de Senones dit encore aller à la clochette, aller à la purte de l'Abbaye.

Cette note qui est en marge de la page 285 du mss. est «le la main de D. Calmet.

(b) Pulmentarium. Un mets de légumes ou autre chose.

Cette note de la main de D. Calmet est aussi en marge de la même page.


pâble de le servir, qui sera nourri au dépens du couvent, et aura chaque jour une miche de pain fournira de plus le bois pour la cuisine commune du couvent.

10° Le Sr. Abbé fournira à chaq. Religx. Prêtre le jour de Noel six chapons, où 6. blancs pour chaque chappon, au choix de l'Abbé et chaque novice aura moitié de ce qu'on donne à un Religx. Prêtre. Pour le poisson que le Sr. Abbé auoit accoutumé de fournir au couvent le jour de S*. Benoit et du grand Jeudy, il a été convenu qu'il donneroit 4. frans, au lieu dud. poisson. Item au jour des Rogations, il doit donner à chaque Religx. prêtre annuellement deux fromages de presse, et 2. douzaines d'oeufs, et à chaque novice un fromage et une douzaine d'œufs. De plus aux 3. fêtes de Noël, au 1er jour de l'an, au jour de l'Epiphanie et à la Purification, l'Abbé doit à chaque Religx. une gruë de porc, et au lieu des aulx ou de l'ail et du blanc manger qu'anciennement on donnoit, il a été convenu qu'on lui donneroit chaque année 3. gros.

11° Le Sr. Abbé doit aussi fournir le vestiaire à ses Religx., savoir après les 3. premières années révoluës qu'ils auront été faits prétres, 25. gros à la St. George, et 27. gros à la St. Remi; et chaque Religx. se devra fournir d'une gorne (a) à sa premiere messe. De plus il doit donner annuellemt. a chaque Religx. Prêtre, au terme de St. George, 4 fr. et demi, moiennant quoy il doit se fournir et entretenir de tout à ses frais. Et le 1er jour de l'an, le Sr. Abbé doit donner à chaque Religieux prêtre deux gros pour les couteaux, appelés les petites fermeries.

12° Et au lieu des six livres de vieux-oint, que chaque Religx. prêtre devoit recevoir chaque année, il a été appointé que l'on ne donneroit à chaque prêtre, que trois livres de vieux oint en espèce pour graisser leur chaussure au jour des Bures, et 3. sols pour les autres 3. livres, les 3. sols (a) La gorne est le chaperon, ou capuchon.

Cette note marginale de la main de D. Calmet, est en marge de la page 286 du mss.

Cbippooi du

jour de Noël.

PoiMondnjoar

de s'. Beooist et du grand Jeudy. Œuf» pour lei

jour* des Rogalioo».

Vestiaire des

Religx.

Vieux oint pour tes chaussures.


Jours auxquels l'Abbé officie. Il doit traiter les Rtligx.

valans 9 blancs, et aux novices la moitié d'autant qu'on en donne à chaque prêtre.

13° Les jours auxquels l'Abbé doit dire la Grande messe, savoir Noël, Paques, la Pentecôte, le jour de S1. Pierre et

de S1. Paul, de St. Simeon, de la Toussaint, il doit nourrir et entretenir lesReligx. de toutes choses, à l'exception de la quarte de vin, qu'on a accoutumé de donner aux jours de fêtes en chappes, mais on donnera seulemt. la quarte ordonnée pour chanter ô salutaris hostia; et pour la collation, on leur fournira chacun de ces hauts jours, une quarte de vin.

Messe de la a Passion fondée par T bi rion d'Anllup.

Inviolata fondée par le même. Messe de Ref ui«m pour tous les Lundis.

14° L'Abbé Thirion d'Antlup ayant fondé à perpétuité une messe de la Passion pour chaque vendredy de l'année, avec le gloria in excelsis, prose, credo et cinq collectes dont la 1re devoit être de la passion, la 2e de N. D., la 3e de St. Pierre et de S1. Paul, la 4e de S. Simeon et la 5e Pietate, et à la fin de la messe, la passion selon S1. Jean; et tous les Dimanches et fêtes qu'on faisoit la procession à la Rotonde, on y devoit chanter l'Inviolata, avec le verset et la collecte selon le tems. De plus il avoit fondé un service annuel avec les vigiles, messes et obsèques pour le jour de son décès, et un autre service pour le jour suivant; le tout pour le repos de son ame et pour celles des Abbés ses prédecesseurs, pour lesquelles fondations il assigna 20. frans à prendre, savoir 15. frans sur les 30 frans dûs par les venerables chanoines de St. Diez, pour la cession à eux faite de la cure de Brouville, et cinq frans sur une maison à Ravon l'Abbé Jean Durand agréa et confirma la fondation de l'Abbé Thirion son oncle, et y ajouta cinq frans et demi de rente annuelle, à prendre sur le prey de l'Etang de Vitrimont. 15° Item les Lundis de chaque semaine, se chante une messe de Requiem et l'Abbé donne au Religx. qui la chante, un méral (a) de vin, et une miche blanche pour chaque

(a) Un méral de vin, une certaine mesure de vin pur, merum, par opposition a mixtum, da vin mêlé dont parle S*. Benoit. Note marginale de D. Calmet, p. 288 du mss.


fois. Ce role ou convention fut faite l'an 1544. et scellée du sceau de l'Abbé, de celui du couvent et de celui de l'Abbé et de tout le couvent d'Etival. Comme c'est la plus ancienne transaction faite entre l'Abbé et les Religx. de Senones, nous avons cru la devoir rapporter au long, parce qu'elle sert comme de base à toutes celles qui ont été passées depuis. Le Seigneur Jean Bayer de Boppart, Seigr. de Chateau Brehain de Launoy et de Magnéville, ayant été en différend avec l'Abbé et le couvent de Senones, à cause du moulin dud. Magnéville, auquel il ne vouloit pas consentir que ses sujets allassent moudre, l'Abbé et le couvent associerent Georges Bayer héritier de Jean Bayer aud. moulin, à condition qu'il seroit bannal aux habitans de Magneville, à quoy les habitans donnerent leur consentement le 9e Juillet i543.

Anciennement lorsque le tems de la moisson approchoit, l'Abbé de Senones et le curé de Bazémont, qui possèdent chacun la dixme dud. village de Bazémont, se trouvoient ou en personnes, ou par leur Procureur au sortir de la messe paroissiale du même lieu, et disoient aux Paroissiens: « Messieurs, voici le tems et la saison de la moisson, s'il « vous plait, suivant la coutume ancienne, vous élire et « nommer 9. hommes à trois fois, dont d'iceux soit de la « lre, 2e, où tierce fois, en prendrons deux pour nous ser« vir, en faisani serment ez-mains des Echevins, ainsi « qu'on a accoutumé. »

Après l'Election ainsi faite, les deux Seig". dixmiers étoient obligés de donner chacun un fran barrois à la communauté de Bazémont pour leurs vins et les deux dixmeurs où pauliers, étoient tenus de payer à l'Église deux quartes d'huile. Cette coutume s'observa pendant fort longtems. Dans la suite les habitans de Bazémont permirent aux fermiers des Seig1"9 Dixmiers de choisir eux mêmes leurs pauliers, mais toujours à charge de fournir les deux frans et les 2. quartes d'huile. Quelque tems après on voulut faire refus de payer lesd. deux frans et les deux quartes d'huile, et comme les habitans étoient prêts d'entrer en

IV

Association pour le

moulin

banal de

Magnévil-

le entre le

Seig'. de

Xiaunoy et

l'Abbé de

Senones.

1543.

Accord pour les Pau- t liers des

dizmei <

de Baze-

mont.

1543.


VI

Mort de l'Abbé

Jean Du-

rand.

procés avec le Sr. Abbé et le Sr. Curé, on convint qu'a l'avenir le choix des deux Pauliers dépenderoit uniquem*. des Seigrs. dixmiers, qu'ils continueroient à payer la redevance ancienne et accoutumée; que les Pauliers préteroient le serment devant les Echevins, et que nul ne pouroit enlever les gerbes de son champ, que les gerbes des dixmes ne fussent assemblées. Fait à Lunéville le 1. d'Aoust 1543.

Jean Durand paroit avoir été homme exact et bien intentionné, mais la mort ne lui donna pas le loisir de faire tout le bien qu'il auroit pu faire à son Abbaye, s'il avoit vécu plus longtems. Il mourut à Léomont le 1. Mars 1545. Il y

fut enterré devant l'autel de la Vierge où l'on voit sa tombe et son épitaphe. Ses armes sont les mêmes que celles de son oncle Thirion d'Antlup, à cela prés qu'au lieu des deux croisettes qui sont en haut de l'Ecusson de son oncle, il a mis deux étoiles (*) au haut du sien. Ses ossemens furent transportés de l'Eglise de Leomont dans celle de Senones le 4. de Juillet 1738. les Religieux du Ménil n'aiant point alors de chapelles pour les y inhumer.

CHAPITRE XXXVIII

i

Commenoem*. de

Claude

Padoux.

DOM CLAUDE PADOUX, où PAUL-DOUX, 52- Abbé, depuis Tan 1545. jusqu'en 1564.

Claude Padoux étoit natif.de Remberviller, où l'on montre encor la maison de ses Ancestres. Il fut pendant assés longtems gouverneur où administrateur du Moniet, et l'Abbé Jean Durand étant mort le 1er Mars, il fut élu par la voix unanime du S1. Esprit peu de jours après la mort de son prédecesseur, puisque ses bulles sont dattées du 7e des (I) A partir de cet endroit, jusqu'à la fin du chap. l'écriture est de D. Calmet, qui a encore fait plusieurs corrections et surcharges de sa main dans le texte qui précède.


calendes d'Avril où du 26. Mars 1545. c'est à dire 25. jours après la mort de Jean Durand; mais on a déja pu remarquer que souvent on faisoit l'élection le jour même de la mort de l'Abbé, où le lendemain jour des obsèques. Quelquefois cela se faisoit avant que de l'enterr-er et présente corpore.

D. Claude Paul doux d).

Dans ses Bulles qui sont du Pape Paul III. il est dit que le monastére de Senones, est Tullensis seu nullius diœcesis, et c'est la lere. fois que j'aye remarqué cette manière de parler. En 1544. dans le Role de l'Abbé Jean Durand, il est dit, que le monastère de Senones du Diocése de Toul, est sans moien sujet au St. Siége apostolique. Dans l'acte de fulminaôn fait par Claude Champenois, licentié en l'un et l'autre droit et chanoine de Toul, il est marqué de même Tullensis seu nullius Diœcesis. Le droit d'election est distinctement exprimé dans ses Bulles, et il y est dit que l'Abbaye n'est taxée que cent florins d'or dans les livres de la Chambre apostolique.

(I) Cet écusson et les inscriptions sont de la main de D. Calmet. Le dessin est très- grossièrement ébauché mais j'ai pensé, en le calquant comme les autres, qu'il valait mieux lui conserver sa configuration originale et reproduire ainsi, aussi fidèlement que possible, les fac limite des dessins de l'Abbé de Senones.


Prise de possession

de Claude

P ado u x

au mois

d'Aoust

13 4 5.

troublée

par les <

officiers s

de 8. A. de

Iior raine.

Accord avec lei bou-

chers de

Deneuvre

et de Bac-

carat au

sujet des

dixmes de

laine.

1549.

Droits des

n

m

IV

Le procés ou acte de fulmination des Bulles, et l'ordre de le mettre en possession, est du 26. Aoust i545. Padoux en conséquence prit possession du temporel et du spirituel, en vertu de ses Bulles, tant dans le chef que dans les membres mais les officiers de S. A. de Lorraine où des Régens de la Lorraine, pendant la minorité du duc Charles III. savoir Christienne de Dannemarc et le Prince Nicolas de Lorraine, Evéque de Metz, ces officiers, dis-je, sans avoir égard à cette prise de possession et à propos de rien, mirent empéchement sur certains membres de l'Abbaye, situés non seulement en Lorraine, mais aussi dans l'Evéché de Metz, ce qui obligea l'Abbé Padoux de presenter plusieurs Requestes auxd. Dame et Seigr. ayant la Régence de Lorraine, pour les prier de faire lever ces empechemens. Il leur auoit présenté une requeste dés avant le 5e. d'Octobre 1545. Il en présenta une 2e. ce jour 5e. d'Octobre, une 3e. le 19. du même mois, et une 4e. le 3e de février 1545. c'est a dire 1546. avant Paques, selon notre maniere de compter. Toutes ces requêtes furent décrettées; mais les Décrets ne contiennent que des remises et des renvois des parties tantost à Nancy, tantost à Deneuvre, et tantost à Condey, où au lieu que la Cour se tenoit. Je ne trouve pas quand l'Abbé fut paisible possesseur, car je n'ay veu aucun monument des prernieres années de son gouvernemt. jusqu'en l'an 1549.

En cette année D. Claude Padoux, qui prend la qualité d'Abbé de Senones et de Prieur du Moniet, fit un accord conjointemt. avec le chapitre de St Georges de Deneuvre d'une part, et les bouchers de Deneuvre et de Baccarat d'autre part, par lequel lesd. bouchers s'obligeoient de donner pour la tondaison de chaque douzaine de moutons où brebis, venant de marchandise, sept blancs monnoye de Lorraine. La même année les bourgeois de Baccarat lui donnerent une reconnaissance par laquelle ils avoüoient qu'en qualité de Prieur de Deneuvre, il avoit droit de glandée à Baccarat.

En 1551. nous trouvons une déclaration des droits des


Seigneurs de Bayon àBorville, contre leSeignr. Abbé deSenones, qu'il sera bon de comparer avec le titre d'accompagnemt. pour cette Seigneurie entre les Seigre de Bayon et l'Abbé de Senones passé en l'an 1249. Voyés ci-devant sous l'an 1249. Sur les difficultés qui étoient survenuës entre Robert de Lénoncourt Evéque de Metz, et Claude Padou Abbé de Senones, au sujet du Neufmoulin situé prés de Merviller, lesd. Evéques et Abbés firent un appointemt. en 1554. portant que les trois moulins de Chénexiéres, de Vaxainville et le Neufmoulin, seroient communs entre lesd. Seigneurs, et seroient bannaux pour les villages de Brouville, Biouvelotte, Haudomey, Reherey et Vaxainville, et ne feroient en quelque sorte qu'un seul moulin bannal. Que la haute justice en demeureroit au Seigr. Evéque, qu'il seroit bailleur à ferme desd. 3. moulins, en y appellant un Officier du Sr Abbé. Que les vins, si aucuns y avoit, les profits et emolumens de ces 3. usuines, seroient communs et se partageroient par moitié. Que le Prieuré du Moniet y seroit exempt de mouture. Que toutes les réparaôns desd. moulins, se feroient aux frais de l'Abbé, mais que les bois seroient fournis par le Seigneur Evéque. Fait le 15. Juin 1554. La même année il plut aud. Seigneur Evéque, pour justes causes à ce le mouvantes, comme il disoit, faire arrêter les dixmes novales provenantes des terres défrichées depuis 40. ans par les habitans de Baccarat, Thiaville, Vaqueville et ses dépendances, Brouville et Merviller. L'Abbé de Senones en porta ses plaintes et fit ses remontrances au Seigr. Evéque, disant qu'il avoit droit de percevoir les dixmes et novaux dans les bans des terres ainsi défrichées. Le Seigr. Evéque soutenoit que les bois défrichés n'etoient pas des bans et finages des lieux susdits. Enfin le Prélat se désista de ses prétentions et laissa l'Abbaye de Senones dans la jouissance des novales dont on a parlé. L'accord fut passé au chateau de Rembervilller le 5. de Sept. 1554. (») Cependant les Seigneurs comtes de Salm aiant em(i) Le commencement de cet art. VII est complètement remanié par D. Calmet, dont on rencontre l'écriture et les ratures dans les premières lignes surtout.

Seig". de

Bayon à

Borville.

15SX.

Attooiation entre les

8 e i g".

Eyè qu es

de Metz et

l'Abbé de

Senones

pour le

N e u f-

moulin.

1554.

VI

Xi'Evéq. de Metz re-

nonce aux

dixmes a

novales

des terres

défrichées

dans les

bois.

1554.

~n

l'Abbé Fadoux à re-

oours au


Duo de Lorraine contre les en treprises des OCBoi ers du Comte

brassé les nouvelles erreurs de Calvin ou de Luther, vers l'an 1550. les officiers des dits Comtes de Salm, ne garderent plus de menagemens envers l'Abbaye, se croiant tout permis, et sans aucun égard pour les anciennes transactions, ils ne cessoient de faire toutes sortes d'entreprises

de Salm. 1556.

sur l'authorité et les droits du monastere de Senones, empéchant ses officiers dans l'exercice de leur jurisdiction et s'attribuant tous les droits de haute justice, avec la totalité des amendes, faisant couper partout grande quantité de bois, et les vendant au seul profit de leur maitre, s'emparant de tous les revenus des forges, scies et vains paturages des bois, imposant des tailles sur les officiers et bons hommes de l'abbaye, s'attribuant les droits d'étalage de S1 Stail, acensant les places vagues sans aucune participation de l'Abbé, s' efforçant d'assujettir l'Abbaye à des taxes impériales, dont elle avoit toujours été exempte, et faisant saisir tous ses revenus pour le payement des d. taxes; en un mot dépouillant l'Abbé et les Religx. de tous les plus beaux droits et priviléges, dont ils avoient joüi jusqu'alors.

Outrés de toutes ces vexations, les Abbés et Religieux recoururent a la protection du Duc de Lorraine Charles III. et présentèrent leur Requeste expositive de tous ces griefs à Monseigr. le Comte de Vaudémont, comme tuteur de S. A. et Régent de Lorraine, le suppliant d'ordonner à Mess", les Comtes de Salm et à leurs Officiers de Badonviller, de cesser leurs entreprises et de les laisser joüir paisiblemt. de leurs droits, biens et revenus, suivant leurs titres et possessions.

Cette Requeste ayant été décrétée au Conseil le 22. d'Oct. 1558. il fut ordonné que Mess", les Comtes de Salm et leurs officiers de Badonviller seroient ajournés au 15. Nov. suivant, mais comme ils ne comparurent point, ny personne pour eux au jour de cette assignation, ni même au jour de la remise qui en fut faite, le Comte de Vaudémont donna défaut contre eux et réassigna journée aux parties, pour se retrouver en personne, où par procureur, pardevant lui


et les Gens de son conseil, le 10. defevr. de l'an 1559 (i). Et cependant et par provision ordonna au Sr. Bailli de Nanci, qu'il eut à répéter les biens saisis par les d. Comtes de Salm où leurs Officiers, sur lesd. Abbés et Religx., et d'iceux les faire jouir pleinemt. et sans aucun empechem1.; ordonna au surplus au d. Sr. Bailli, qu'en signe de souveraine protection et sauvegarde, il fit dresser et ériger les armoiries de S. A. S. tant au devant de lad. Abbaye, comme aux autres lieux et villages dépendans d'icelle.

Cet arret du Conseil de S. A. S. fut expedié à Nanci le 10e. Dec. i558. et ensuite mis en execution par Mr. le Bailli de Nanci. Mais Mrs. les Comtes de Salm se pourveurent à la Chambre Impériale de Spire, où ils firent ajourner les Abbés et Religx. de Senones, lesquels ayant comparus, demandérent leur renvoy, sans vouloir contester ni subir jurisdiction. En quoy ils furent appuiés par le Procr. de S. A. S. de Lorraine, lequel ayant intervenu en la cause, soutint que l'Abbaye de Senones n'etoit pas de la dépendance des Comtes de Salm, ni de l'Empire; mais immédiatem1. soumise au St. Siège pour le spirituel, et sous la souveraine protection et sauvegarde des Ducs de Lorraine pour le temporel. Au moyen de cette intervention, la difficulté concernant la souveraineté de l'Abbaye, se trouva liée en la Chambre Imperiale de Spire, où elle est encore aujourd'huy indécise. Entre tout ce que l'Abbé Padou a fait de plus avantageux pour son Abbaye de Senones, on peut dire que rien ne surpasse son traité passé en i563. avec ses Religx. pour régler les revenus de leur mense et ce qui leur étoit dû pour leur nourriture, vestiaire et entretien; l'Abbé Thirion d'Antlup, et son neveu D. Jean Durand, avoient commencé à mettre par ecrit ce qui s'etoit jusqu'alors conservé dans la tradition et dans la pratique du monastére; mais l'Abbé Padoux craignant, comme il dit, que l'Abbaye ne tombat en com(J) La procédure avait déjà à cette époque quelqu'onalogie avec le Code de procédure actuel; mais de nos jours les tribunaux n'ordonnent la réassiguation que quand plusieurs parties sont assignées, et que les unes comparaissent et les autres font défaut. Art. 153, C. de pr. civ.

vm

Rôle où partage de

mense et

Réglem1.

pour la

nourri-

ture et en-

tretien

des Reli-

g*. entre

le 8r. Ab-

b é Dom

Claude

Padou et

les Reli-

gieux.

1563.


Fondaôn de la messe

de la "V. et

de oelle de

la Passion

en 1563.

XX

mende, où que les Abbés mêmes Réguliers ses successeurs, ne voulussent s'approprier certaines parties de la mense des Religx., que lui et ses prédecesseurs avoient tenus à titre d'admodiation, comme la prevoté d'Anserviller et la moitié des fruits du Prieuré de Moniet, pour obvier à ces inconveniens et prévenir les procès qui pouroient arriver entre l'Abbé et les Religx. il déclare qu'ayant eu depuis 22. ans le maniment des affaires du monastére, du tems de l'Abbé Thirion d'Antlup, et ayant continué de les gouverner depuis 18. ans qu'il est Abbé, il est résolu en se conformant à un traité passé entre led. Thirion d'Antlup et le couvent de Senones le 18. Déc. 1536. de ratifier led. traité et d'y ajouter quelque chose, comme 6. resaux de froment sur les rentes et seigneuries de Barbonville, dûs par l'Abbé de Moyenmoutier. Il marque les jours auxquels on célébroit en chappes, qai sont, les Rois, la dédicace de l'Eglise de N. D., la Purificaôn, l'Annonciaôn, l'Ascension, le S. Sacrement, la Dédicace S1 Pierre, la Visitaôn N. D., la Translaôn S. Benoit, l'Assomption, la Nativité, la Présentaôn et Conception de la Vierge, auxquels jours les Religieux auront outre leur prébende ordinaire, tant pour VO SalutaHs hostia, qu'a cause de la solennité, deux quartes de vin. Il ajoute que comme de toute antiquité les Abbés ses prédecesseurs ont accoutumé de chanter la messe solennelle le jour du grand Jeudy, les veilles de Paques, de la Pentecôte, de la Toussaint, et de Noël, il ordonne que ces jours là on donne à chaque Religx. en communauté une quarte de vin pour chanter 0 Salutaris hostia. Pour tout le reste, le traité est conforme à celui de Jean Durand de l'an 1544.

L'Abbé Jean de Borville avait fondé une messe de la Vierge, à dire apparemt. le Samedy de chaque semaine; et l'Abbé Thirion d'Antlup avoit fondé celle de la Passion, qui se devoit dire chaque Vendredy, à l'autel du sépulchre. Le 1er avoit assigné cinq frans barrois de cens pour cette fondaôn, à prendre sur une maison à lui appartenante et


assise à Ravon prés la porte (i). Et Thirion avoit assigné pareille somme à prendre sur une maison située prés la halle de Ravon. L'Abbé Claude Padoux en 1563. confirma et ratifia ces deux fondaôns et fixa les deux cens à prendre sur sa maison prés la halle de Ravon. On ne satisfait plus à ces deux fondaôns, les sommes étant à présent trop modiques pour de telles charges.

Il régnoit alors un abus, qui n'a pu être corrigé que par le Concile de Trente, qui est que l'on laissoit les Cures J unies au monastere, au rabais et à qui moins, et cela seulemt. pour un certain tems; comme on auroit fait une ferme. Nous trouvons en 1564. un bail passé par les Religx. de Senones à un Prêtre nommé Toussaint Mansuy d'Epinal, par lequel ils lui cèdent pour 6. ans la Cure du Val de Senones, c'est a dire, S. Jean, S Maurice, S. Stail et leurs dépendances avec tous leurs profits, emolumens et redevances, moyennant la somme de 40. trans, que led. Curé devoit payer aux Religx. et deux pastes où repas, qu'il leur devoit donner, l'un au jour de Quasimodo et l'autre au jour de St. Maurice; et pendant tout ce tems de 6. ans, led. Curé devoit être soumis à l'Abbé et aux Religieux, en toutes justices, corrections, fautes et excés qu'il pouroit commettre, tant en amendes pécuniaires qu'autrement, et à charge de se trouver chacun an au concile (a) et satisfaire au droit sinodal, et aller aux services de Badonviller (6); et que si un nouvel Evéque demandoit quelque chose pour son joyeux avènement, il devroit le payer seul. On trouve une pareille admodiation sous l'an 1569. (1) Dans le mss. p 300, il y avait primitivement près la porte de S* Diez; mais de S* Diez, est biffé, et l'encre de cette rature parait être la même que celle des surcharges et des corrections de D. Calmet, que l'on rencontre un peu plus loin.

(a) Au concile, ou synode qui se t noit ordinairement 2. fois l'année en la cathédrale de Toul.

Note marginale de l'écriture de D. Calmet. Page 301 du mss. (b) Apparemment aux assemblées ordonnées par le doien de Badonviller.

Note marginale, ég-ilement de l'écriture de D. Calmet. Même page.

x

A. dm odiation des

Cure* du

Val de Se-

nones.

1564.


XX

Mort t de l'Abbé D.

Claude

Padou en

1564.

L'Abbé Dom Claude Padoux mourut le 3e May de l'an 1564. Il fut enterré au haut de la nef et aux pieds des degrés qui montent au Chœur. On y voit sa tombe et son Epitaphe en ces termes Cy gist Révérend Père en Dieu Claude Padoux de Remberviller, en son vivant Abbé de céans, qui trépassa l'an 1564. le 3e jour de May; Priés Dieu pour luy.

Il portoit pour armes de gueules, à la colonne d'argent, ayant au milieu une étoile. Au haut de l'écusson étoient deux petites croix d'argent et au bas deux étoiles d'or, aux cotés de la colomne. On voit ces armes en quelques endroits de la maison abbatiale, et des autres maisons dépendantes du monastére.

Il avoit fondé dés l'an 1552. son anniversaire et avoit assigné pour cela un cens de 10. frans barrois, payable chaque année, à prendre sur un prey situé dans le finage de S1. Diez, lieu dit à la prairie. Le- prey étoit considerable puisqu'il portoit ordinairemt. 20. chars de foin. Ceux qui possedoient cet héritage ayant négligé de payer le cens de dix frans pendant 3. ans, les Prieurs et Religx. de Senones s'en firent mettre juridiquemt. en possession en 1590. Cet anniversaire se fait encore, mais on ignore ce qu'est devenuë cette piece de prey. Apparemt. qu'elle a été venduë où échangée.

CHAPITRE XXXIX

1

Election de nom Clau-

de Raville.

1364.

DOM CLAUDE RAVILLE, 53* Abbé de Senones, depuis l'an 1564. jusqu'en 1588.

Le jour même de la mort et de la sépulture de Dom Claude Padoux Abbé de Senones, après midy, les Religx. de ce monastère s'etant assemblés capitulairemt. au nombre de 9. le Prieur de Schures nommé D. Gérard Varin, n'ayant pas répondu à l'invitation qui lui avoit été faite, et


ayant été réputé contumace, élurent d'une commune voix D. Claude Raville Prêtre Religx. profés du même monastère. Il s'excusa d'abord sur son incapacité et son insuffisance mais ensuite pressé par les instances de ses confrères, il acquiesca humblemt. à leur Election après quoy on entonna le Te Deum et l'Elu fut conduit solennellemt. à l'Eglise. Ils s'addresserent ensuite au Pape, et autant que besoin pouvoit être, à Toussaint d'Hocedy Evéque de Toul, pour confirmer cette élection. Claude Raville obtint ses Bulles le dernier jour de May de l'an i564. Le Pape y marque distinctemt. le droit et la possession où étoient les Religx. d'elire leurs Abbés; que le monastere étoit soumis immédiatem1. au S1. Siège et qu'il étoit Tullensis seu nullius dicecesis. On y voit aussi que D. Claude Raville étoit auparavant Prieur de Mervaville, et que l'Abbaye étant située dans la Vosge et au voisinage de l'Allemagne, étoit exposée au danger de l'hérésie, qui se répandoit de toutes parts dans ce pays.

Peu de tems après son élection et avant l'arrivée de ses Bulles, c'est à dire, le 28e. May 1564. l'Abbé Raville sur son acte d'élection et la confirmaôn de l'Evéque de Toul, obtint du Grand Duc Charles un décret de prise de possession du Prieuré de St. Michel de Léomont, comme uni à perpetuité à son Abbaye, et de ses biens situés en Lorraine. Il en prit en effet possession par Procureur, le jour devant dit, par Jean Triplot Clerc du diocese de Rheims. Comme en vertu de son Election, il s'etoit mis en possession de l'Abbaye de Senones et des biens situés dans le val, les comtes de Salm envoyérent garnison dans l'Abbaye, et l'Abbé Raville fut obligé de présenter sa Requeste auxd. Comtes pour les supplier de lever la garde mise au monastere et le laisser jouir de son Abbaye et de ses revenus ce qui lui fut accordé par Nicolas de Bilistein, Procureur pour et au nom de Philippe Comte Sauvage du Rhin et de Salm et de Jean et Claude Comtes de Salm etc. le 10e. May i564.

Dom Nicolas Pélegrin de Remicourt, ayant succedé à D. 17

n

prise de possession

du Prieu-

du Prieu-

ré de Xéo-

mont par

l'Abbé de

Raville.

1564.

IH

Prise de possession

d u t e m-

porel de

l'Abbaye

par la per-

mission

des Com-

t e t de

Salm.

1564.

rr

Procès au sujet *•


la tuooession du Prieur de B8 e r v •ville.

1565.

Claude Raville, dans le prieuré de Mervaville en i564. et étant mort vers l'an 1584. il y eut de grosses contestations au sujet de sa succession; car le S1'. Pompeo Gallo Sr. de S. Jean, Chambellan de Son A. Charles III. et capitaine de Neufchatel, à cause de Dame Anne de Remicourt, sa femme, sœur germaine du d. D. Nicolas de Remicourt, prétendit hériter des effets laissés par ce Religx. Prieur de Mervaville; et en effet enleva quelque argent et quelque argenterie que led. Prieur avoit à sa mort. L'Abbé Raville s'y opposa, et le Duc Charles III. par sa sentence arbitrale du 1er Juin 4584. appointa les parties et déclara que tout l'argent et les meubles delaissés par le S1', feu Prieur, appartenoit au Sr Abbé, privativement à tous autres, comme à son héritier. Et de fait le d. Sr. Gallo se déporta de toutes actions et poursuittes et restitua aud. Sr. Abbé ce qu'il avoit pris de la succession de son beau frère. Cependant l'Abbé Raville de sa pure génerosité et sans aucune obligaôn, voulut bien donner au d. Sr. Gallo une partie de l'argent qu'il avoit pris, de quoy le d. Sr. Gallo lui fit remerciment.

L'année suivante l'Abbé Raville obtint encore un arrêt contre Georges de Remicourt, neveu du d. D. Nicolas Prieur de Mervaville, qui s'etoit de même emparé d'une partie des meubles et de la vaisselle d'argent, qu'il prétendoit lui avoir été donnée par led. Sr. Prieur, son oncle, pendant sa derniere maladie. Il fut déboutté de ses prétentions et obligé de restituer le tout à l'Abbé de Senones. L'arrêt fut rendu au conseil de S. A. par le comte de Salm maréchal et Grand Maitre de Lorraine, Alix President des Comptes de Lorraine, et voüé de Condé, Maitre des Requestes ordinaires le XI. Juillet 4585.

En 1573. l'Abbé Raville, du consentement de sesRelig* engagea sa seigneurie de Borville à Nicolas de Bilistin, Seigr. de Bilistin, de Magniéres, Froville etc. pour la somme de 1000. fr. barrois le tout jusqu'a rachapt, qui cependant ne se devoit faire ni du vivant de l'Abbé ni dud. Sr. de Bilistin. Cette terre est retournée à l'Abbaye et je ne puis


dire combien d'années elle demeura engagée. Le Seigr. de Bilistin avoit toujours été très attaché aux interests de l'Abbaye, et lui avoit rendu des services importans, durant les troubles dont elle avoit été agitée.

Il seroit inutile et malaisé de rapporter en détail tout ce que l'Abbé Raville a fait au profit de son Abbaye pendant son gouvernement. Comme il etoit homme eclairé et diligent et qu'il trouva les choses dans un assés grand dérangement, tant pour le temporel que pour le spirituel, il s'employa de toutes ses forces à y apporter le remede convenable, terminant les procés par des accords utiles, acquérant des biens qui étoient à la bienseance de son monàstere, en acensant d'autres qui étoient trop éloignés et dont on ne pouvoit faire assés de profits. Il transigea en 1568. avec le Curé de Vaqueville, touchant le partage des dixmes de Baccarat. Il fit un accord en 456*9. avec les ha-

v

Diverses acquisition* faites par l'Abb é Aaville.

bitans de Magnéville, pour la dixme de laine et d'agneaux et pour la fourniture des betes mâles. Il achepta en 1510. le quart du moulin de Bertricham et le quart de l'Etang de Humbépaire. Il soutint un long procés en 1575. 76. 77. et 78. contre MM. les Chanoines de S'. Georges, qui prétendoient les novales du village d'Antlup et de Hudiviller, qui fut terminé en faveur de l'Abbé par l'Official de Toul en 1578. le 10. Juin, et les chanoines débouttés de leurs demandes. En 1573. la sentence prononcée par la Justice de Lunéville en faveur des d. Chanoines au sujet des mêmes dixmes et novaux d'Antlup, fut réformée par le Duc Charles III. Il obtint en 4577. un départ de Cour, qui le maintient dans la jouissance de la haute Justice à Domptail; et en 1576. un autre départ de Cour contre les habitans de Juvelise, qui les condamne à payer les cens dûs à l'Abbé. Il acquit une maison et plusieurs fonds de terre dans le village de Bure en 1586. en place de ce qu'il avoit vendu à Ogéviller et à Gircourt.

L'indulgence des Abbés ses prédecesseurs avoit donné lieu à de grands relâchems. dans l'observance de la vie religieuse, et à de grands déreglemens, tant dans le peuple du

VI

Reforme des mœurs des

Religieux


de Senones par l'Abbé Raville.

Val de Senones, que dans les Religx. La licence que les nouvelles héresies avoient introduites dans les provinces voisines, s'etoit glissée dans ce val. L'héresie même avoit gagné une partie de la terre de Salm. L'ignorance, l'oisiveté, l'indépendance, dans laquelle vivoient la plus part des Religieux du pays et en particulier ceux de Senones, demandoit une réforme rigoureuse et génerale, mais les momens de Dieu n'etoient pas encore arrivés. Dom Claude Raville ne pouvoit mieux employer l'autorité qu'il avoit en mains, qu'a ranger à leur devoir les peuples et les Religieux qu'il avoit sous sa dépendance. Il retrancha les courses et evagations des moines, eut soin qu'ils ne manquassent de rien pour leur entretien et subsistance, mais aussi les obligea-t-il à remplir exactemt. leurs obligations. Comme il étoit naturellemt. ennemi de toute impureté, il réprima les désordres qui régnoient à cet égard et s'il n'eut pas le bonheur et la satisfaction de rétablir dans son Abbaye une réforme parfaite, il eut au moins le mérite d'y avoir rétabli le bon ordre et d'en avoir banni les scandales. Sous son gouvernemt. nous commençons à trouver des professions de Religx. toutes conformes à ce qui est porté par la Régie de St. Benoit. Ils promettent la stabilité du lieu, la conversion des moeurs et l'obeissance selon la Régle sous la Congrégation des Religieux du monastére de Senones. Celle d'un frère convers de l'an i566. est remarquable. Il dit qu'il s'offre au monastére de Senones, et qu'il promet à l'Abbé et à ses successeurs légitimem*. élus, l'obéissance et la révérence selon la Règle de S1. Benoit; il promet de plus pour toujours ses services au couvent, la continence, autant que la fragilité humaine le permet, la stabilité dans le lieu, l'amendement de ses moeurs, et le renoncement à toutes les choses temporelles.

Quant au peuple soumis à la jurisdiction de l'Abbé Raville, il prit soin de retrancher les abus et les désordres qui s'etoient glissés et fortifiés parmi eux, pendant les mouvemens des guerres causées par les nouvelles hérésies. Dans cette vuë il engagea les Princes à renouveller les ordon-


nances contre les blasphémes, les juremens, les jeux et la fréquentation dés cabarets, pendant les fetes et Dimanches. Persuadé que l'ignorance est la source la plus fécondo du déreglemt. des mœurs et que de l'incapacité des Pasteurs et des Religx., naissent l'oubli de leurs propres devoirs et les scandales qui déshonorant la religion, inspirent aux peuples le mépris des loix ecclésiastiques, l'Abbé Raville fit peu de tems avant sa mort, une donation de la somme de 8000. frans Barrois, portans rente de 400 fr. barrois, pour faciliter les études des Religieux de son monastére et pour les entretenir dans un collége en Lorraine où ailleurs à condition que les d. Religieux apporteront de bons certificats de leurs Régents, qu'ils ont bien employé leur tems, sous peine d'etre privés de la rétribution de lad. somme, qui sera distribuée à d'autres à leur exclusion et s'il arrivoit que le monastére tombat en commende, il entend que la somme par lui cédée, demeurera toujours en la disposition des Prieurs et Religx. de Senones. Il ordonne en outre que chacun des étudians qui profiteront de lad. rétribution, réciteront chaque jour le De Profundis avec les collectes Inclina et fidelium. Cette pieuse et prudente disposition de l'Abbé Raville, fut confirmée par D. Jean Lignarius son successeur, et par tout le chapitre de Senones le dernier de Juin 1589.

La pieté, l'erudition, le bon gout et le zéle pour la décoration de la maison de Dieu, éclattent dans tout ce qui nous reste de monumens de son Régime. Son érudition se remarque dans les piéces latines qui nous restent de lui. Le stile en est pur et assés élégant. Il est onctueux et dévot dans ses lettres de fondaôn. Les termes sont propres et choisis dans celles qu'il a écrites à Spire pour des procés, où à Trèves pour des consultes, où à l'Empr. pour les affaires de son Abbaye. Il se fit un plaisir d'amasser dans sa Biblioteque, non seulemt. ce qu'il y avoit alors de meilleurs livres dans le couvent, mais aussi d'achepter de dehors ceux qui se publiérent en ce tems là. La place de la Biblioteque étoit bien voutée et assurée contre le feu et ornée de

vu

Fondation pour l'en-

tretien de 4. jeunes Religieux dans les

etudes le

4" Juill.

1588.

vm

Belles qualité» de

l'Abbé

Raville et ses bien-

faits à

l'Eglise

de Seno-

nes.


IX

Fondation d'un obit

par l'Abbé

Raville.

1576.

peintures au naturel des anciens Patriarches depuis Adam jusqu'à Notre Seigneur.

Il donna des preuves de son bon goût et de sa piété, en faisant construire des chaires au choeur, qui passoient alors pour les plus belles et les mieux exécutées de tout le pays, au dire des experts. Elles furent achevées en 4577. Il fit mettre dans le clocher de la Rotonde qui ne se voit plus aujourd'huy, deux bonnes et grosses Cloches, qui sont à présent dans le grand Dôme; la moienne est de D. Thirion d'Antlup. L'Abbé Raville y mit aussi les 4. moyennes cloches qu'il fit faire tout à neuf. De plus il orna le grand autel de 4. grandes colonnes et de trois grands candelabres de cuivre. (l) Deux des candélabres subsistent encore et le troisième a été fondu, mais les colonnes furent vendues en i640. ainsi qu'on le dira cy après. Enfin c'est lui qui a fait faire le bel aigle de cuivre qui se voit au milieu du choeur et qui sert de pupitre aux choristes. Tous ces ouvrages en cuivre furent exécutés en 1582. Il fit de plus de fort beaux ornemens en broderie d'or et d'argent, chasubles, tuniques et chappes, que nous voions encor aujourd'huy et où ses armes paroissent relevées en broderie, le tout d'un très bon goût. C'est lui qui fit l'ornem1. rouge, le blan, le violet, le noir en 1580. et le petit ornem1. de drap d'or (2). En 1576. le même Abbé fonda un service solennel, pour être célébré après sa mort au jour de son décès, où le jour suivant, qui sera plus commode. Il donna pour cela la somme de quatre mille fr. barrois, pour être convertie au profit du monastere. Il ordonne aussi qu'on chante à l'Elevation du corps de N. S. l'ave verum, aux jours que l'on ne chantera pas ô salutaris hostia en suivant les anciennes fondations de plus que le Religx. semainier qui dira la messe de Prime, avant de se deshabiller, ira sur sa fosse avec l'eau bénite, et y récitera le de profundis, Pater (1) Le mss. porte ici la trace de plnsieurs corrections de D. C. (2) Dans le mss. je lis encore L'argue est aussi son ouvraye, mais D. Calmet a biffé ce passage.


noster et les collectes Inclina et fidelium; et que le jour de son anniversaire on donne un diner honnête à toute la communauté, sans préjudice de la pitance que chacun doit recevoir à l'accoutumée; et si l'Abbé juge à propos d'officier ce jour là, il sera traité comme l'etat d'un Seigr. Abbé le requiert.

L'Abbé Raville ayant prêté au Grand Duc Charles III la somme de dix mille 750. frans barrois, et ce Prince ne lui ayant payé ni- le capital ni les interests, D. Jean Lignarius successr. de Raville, présenta sa Requeste à ce Prince, à ce qu'il lui plut, où lui faire rendre le capital, où les interests à 5. pour cent, où enfin lui assigner une certaine quantité de sel sur ses salines à quoy S. A. acquiesca et par ses lettres du 3e Octob. i593. il assigna aud. Abbé de Senones et à ses successeurs une rente annuelle et perpetuelle jusqu'a réachapt de 4. muids de sel, à prendre sur les salines de Rosières, et ordonna au gouverneur des Salines dud. Rosieres de donner aud. Abbé la somme de 750. fr. qui excédoit celle de dix mille frans pour laquelle seule les 4. muids dè sel sont constitués. L'Abbé Lignarius en céda un muid aux Religieux pour leur pitance, réservant les 3. autres pour sa mense. Ces muids de sel ne se payent plus en espèce, depuis le régne de Leopold I. mais on les paye en argent sur le pied de 30u. le muid par arret de réduction du.

Les entreprises injustes et continuelles des Officiers de la maison de Salm contre les intérests de l'Abbaye de Senones, enflammèrent le zéle de l'Abbé Raville. Il se plaignit d'abord à ces Seigneurs, puis voiant qu'il n'etoit pas écouté, il s'addressa au Pape et à l'Emp1". pour avoir justice. L'Empr. Maximilien II. en 4570. confirma les priviléges accordés autrefois à l'Abbaye de Senones par les Empereurs Henri V. et Othon IV. en 949.

L'année suivante le même Abbé présenta une Requeste à l'Empereur, contenant plus de 60. chefs de plaintes contre les Seig" Comtes de Salm, lesquels ayant eu communication de cette Requeste, se transportèrent dans l'Abbaye de

x

muid de sel acquis au

profit des

Religieux.

X587 et

1588.

xi

Démelés qu'il eut

avec la

maison

de Salm.

l'Emp'.

Maximi-

lien Il.

confirme

les privi-

leges de

l'Abbaye

en 1570.

xn

Les Seig". C ont e


de Salm

deman-

dent aux Helig. de Senones a

un désa-

veu de oe que l'Ab-

Raville faisoit en leur nom et au lien.

XS72.

xin

l'£mp'. Maximilien II. écrit aux Comt e de e Salm de se désister des entreprises contre l'Abbé de Senones.

1572.

Senones et étant entrés dans le Chapitre accompagnés d'un Notaire Apostolique, demandèrent aux Religieux assemblés, s'il étoit vrai qu'ils eussent donné procuration à D. Claude Raville leur Abbé de répandre contre eux des calomnies atroces et des choses injurieuses.à leur maison et à leur réputation, comme étoient celles qui étoient contenuës dans un grand nombre d'articles qu'ils leur présentérent. Ces Religieux ayant meûrement considéré ces articles, répondirent avec humilité et modestie par la bouche de D. Jean de Maziéres Abbé de Moyenmoutier, qu'ils avoient à la vérité autrefois accordé aux instantes prières de leur Abbé une procuration pour soutenir leurs droits et leurs priviléges, tant contre les Seigrs. comtes de Salm, que contre tous autres, mais qu'ils n'avoient eu aucune connoissance des injures atroces dont on leur parloit bien loin de les approuver, qu'ils les condamnoient et les désavoüoient, suppliants très humblemt. Messeigrs. les Comtes, de leurs accorder leurs bonnes graces. C'est de quoy on dressa un acte le 29. Sept. 1571.

Cependant l'Abbé Raville continuoit ses poursuites à la Cour Impériale, et l'Empereur Maximilien II en i572. ayant été informé que les gens du Prince de Salm, sans avoir égard aux ordres de l'Empr. et sans attendre la fin des poursuites qui se faisoient actuellement à Spire, avoient nuitament poursuivi l'Abbé Raville, qu'ils croioient etre dans le Prieuré du Moniet proche Bacarat, et l'auroient apparemt. mis à mort, s'ils l'eussent pû trouver, comme ils y mirent le Curé de Domptail, qu'ils massacrèrent dans

l'église même du prieuré. Voicy comme cet évenement est raconté dans un écrit de la main de l'Abbé Raville, présenté à l'Emp. Maximilien II (<).

« Mense Octobri hujus anni 71. cùm jam praefatus Abbas « sibi timens secessisset in oppidum de Baccarat, ditionis (I) Ces quelques lignes sont de la main de D. Calmet, écrites en surcharge d'un passage biffé par lui et le récit de l'événement est transcrit sur une feuille volante à la(luelle D. Calrnet renvoie.


«c Metemis, propé quod quidem habebat, ut habet, idem « praedictus Abbas Prioratum, vulgo dictum de Moniet, in « quo dereliquerat Dnûm Nicolaum Saxenat Presbiterum « Curatum de Domptaille evenit nocte, ut irruerent plures « in eundem Prioratum, scalis admotis, et vi et violentiâ « fractis januis, et reseratis etiam archis et aliis ferramen« tis in quibus recondebantur dicti Prioratûs et domûs « utensilia, mobilia et domûs necessaria. Quae non solum « vi ablata sunt, sed quod etiam dictu horrendum, miser« rimé trucidarunt in templo seu Ecclesia praefatum Dnûm « Saxenat omnibus titulis et documentis illius Prioratûs « et monTli huc illuc disruptis, laceratis et adventum pro« jectis. Quod an factum fuisset in personam dicti Abbatis, « si ibidem repertus fuisset et in eum commisissent, qui id « ipsum tam execrandum facinus peregerunt, novit Deus, « cui omnia sunt aperta. »

L'Empereur donc ayant été informé de ces choses et que depuis cet attentat, le Comte de Salm avoit fait entrer des troupes dans l'Abbaye, qui s'en etoient emparées de force et y avoient commis plusieurs excés, dissolutions et violences, en sorte que l'Abbé auroit été contraint d'abandonner son monastére pendant le S1, tems de Carême et n'y auroit pu célebrer ni la fête de Paques, ni les autres solennités de cette saison, et que ses Religieux et ses sujets et domestiques auroient été obligés et contraints d'obéir à des commis établis dans l'abbaye, sans aucune forme de justice par l'autorité de ce Seigneur Maximilien touché des plaintes de l'Abbé Raville, députa le baron de Polveiler bailli d'Haguenau, pour examiner les plaintes et les raisons des parties, avec pouvoir de .terminer leurs differens à l'amiable, si cela se pouvoit. Les parties proposèrent en effet devant le commissaire tout ce qu'elles jugèrent nécessaire pour éclaircir leurs droits et appuyer leurs prétentions; mais n'y ayant pas eu moyen de les accommoder, Polveiler fit rapport de l'affaire à l'Empereur, et il fut arrêté au Conseil de Sa M. I. qu'elle écriroit une lettre très sérieuse à MM" les Comtes de Salm, par laquelle elle les repren-


droient de leur procédé violent contre l'Abbaye de Senones, et leur ordonneroit de lui restituer tout ce qu'ils lui auroient ôté, réparer les dommages qu'ils lui avoient causés et en particulier le meurtre commis en la personne du Curé de Domptai!, avec deffense de troubler à l'avenir l'Abbé et les Religieux dans l'exercice de leurs droits et l'administration de leurs biens.

Cette lettre fut écrite le 22. Avril 1572. et l'Empereur y ordonne que sous préjudice aux peines méritées par ces innovations, violences et attentats, led. Comte de Salm ait à se déporter et désister de toutes ces injustes entreprises, faire sortir incessamt. ses troupes du monastére, restituer ce qu'on y a pris et enlevé et satisfaire au tort fait aud. Abbé, et en particulier pour l'homicide commis en la personne du Curé de Domptail (1).

On dit que les Gens du Comte étant entrés dans le Prieuré du Moniet emportèrent les titres de fondation et le cartulaire qu'ils y trouvérent, et qu'un Officier du Comte voulut les vendre plusieurs années après aux Religx. de l'Abbaye, lesquels n'ayant pu faire la somme qu'on en demandait, furent obligés de les laisser entre les mains des comtes, qui les possèdent encore aujourd'huy (2). Le quatorzieme Avril 1572. l'Empereur Maximilien II accorda a l'Abbé de Raville ses lettres de protection et de sauvegarde pour l'Abbaye de Senones et pour tous ses biens, deppendances, sujets et domestiques, ordonnant a tous les membres de l'Empire de maintenir l'Abbé, l'Abbaye, ses sujets, domestiques et dépendances, dans tous les droits de la sauvegarde et protection imperiale, sous peine d'encourir l'indignation de l'Empereur, de payer vingt marcs d'or à l'epargne, et de tous dommages et interets envers le monastere.

(1) A la place de Curé de Domptail, il y avait dans le manuscrit Prieur du Moniet mais D. Calmct a effacé cette dernière phrase et l'a remplacée par la première.

(2) Ici se trouve un renvoi de D. Calmet à une feuille volante, dont le texte s'étend jusqu'à l'art. XIV.


Le 12e juin suivant le meme Empereur fit ecrire aux Comtes Jean de Salm et Frideric Rhingrave, qu'ayant appris que nonobstant les deffenses a eux faites par Sa Majesté Imperiale, d'inquieter, ni troubler par violences ou voies de fait l'Abbé, les Religieux et le Monastere de Senones, cependant les dits Comte et Rhingraves continuoient a exercer contre eux leurs violences, et que tout récemment ils avoient fait assassiner nuitament un Curé au Prieuré de Moniet prés de Baccarat, diocèse de Metz, qu'on y avoit pillié tout ce qui s'y étoit trouvé, que l'Abbé ayant esté obligé de se sauver, des gens de guerre s'estoient emparés de son monastere; l'Empereur deffend auxd. Comtes de Salm et Rhingraves de rien entreprendre a l'avenir par eux ou par leurs gens contre les dits Abbés, et Religieux, hors la voie de droit, sous peine d'etre traittés comme perturbateurs du repos publique, prenant l'Abbé, l'Abbaye et ses dépendances, domestiques et sujets sous sa protection spéciale, avec pouvoir de mettre les armes imperiales sur les portes de son monastere, de ses villages, maisons et déppendances (*).

Vers le même tems, c'est a dire, en i51i. l'Abbé Raville se pourveut à Rome auprès du Pape Pie V. et lui exposa que son Abbaye avoit été fondée par le Roy Childéric en 320. (C'est un anacronisme visible et une preuve qu'alors la science de la cronologie étoit peu connuë; le privilége du Roy Childeric II. est de l'an 66i où 662.) Il ajoute que cette Abbaye fut illustrée par plusieurs beaux Priviléges des Papes et des Emprs que les Evéques de Metz lui ayant donnés pour avoués les Comtes de Salm, ceux-ci, du moins la plus part d'entre eux, oubliant leur devoir d'avoüés et de protecteurs, l'avoient opprimée de différentes manières, et non contens des honoraires accordés à leurs Prédecesseurs, avoient par eux-mêmes, ou par leurs Officiers, imposé de nouvelles charges à l'Abbaye et sans s'arrêter aux traités et (I) Ici 6nit le passage écrit sur le feuillet volant dont je viens de parler. Le texte est fréquemment corrigé par D. Calmet.

XIV

Le Pape Pie e V.

confirme

les privi-

lèges du

monastere et ordon-

ne que

l'on réprime les en-

treprises des Corn-

t e s d e

Salm.


X e Pape Grég. 13

ordonne

qu'on ré»

prime les

entrepri-

s es des <

Officier*

du Comte

de Salm.

1572.

Les Comtes de Salm

se font re-

connoitre

pour Sei-

g". Ȏga-

lien* du

Val de Se-

nonei,

1571.

aux transactions passées avec leurs Prédecesseurs, avoient toujours empieté sur les droits du monastere, jusqu'a donner des dispenses de mariage et des permissions de le contracter dans des degrés deffendus par l'Eglise et à contraindre les sujets de l'Abbaye à comparoitre deuant leurs Juges, de créer des Notaires, de saisir les biens du monastere et de donner atteinte en mille manières à la jurisdiction temporelle et spirituelle, qu'ils veulent s'arroger à eux-mêmes, au grand scandale des peuples et au grand dommage des Abbés, Prieurs et Religieux de Senones. Sur ces plaintes, le Pape addressa son Bref en forme de Bulle au Cardinal de Lorraine Kvéq. de Metz, à l'Archevéque de Tréves et à l'Eveque de Toul, pour informer de la verité des faits énoncés dans la supplique de l'Abbé, avec ordre, si les choses se trouvoient telles qu'il les avoit exposées, de proceder contre le comte de Salm par la voie des Censures Ecclesiastiques et de l'obliger à rétablir toutes choses dans leur premier état, deffense de troubler les Religx. dans leurs biens, droits et priviléges. La Bulle est dattée du 26. Juillet i57i, mais la mort du Pape arrivée bientost après, fut cause que le Bref ne fut pas envoié. Comme malgré ces deffenses, les Officiers du Comte de Salm continuoient leurs vexations, l'Abbé Raville recourut de nouveau à Rome et ayant fait au Pape Grég. XIII. successeur de Pie V. les mêmes plaintes qu'il avoit faites l'année précédente au Pape prédecesseur, il en obtint une Bulle pareille à la premiere et addressée aux mêmes Prélats. Mais elle n'eut aucun effet. Les entreprises, les voies de fait, les vexations continuérent comme auparavant. Jusqu'en 1511. les Comtes de Salm n'avoient pas été reconnus solennellement ni autentiquement seigneurs souverains et régaliens du Val de Senones. L'Abbé de Senones y avoit toujours été reconnu pour haut justicier et les Comtes de Salm seulement comme avoués et Protecteurs mais en cette année Jean comte de Salm, baron de Viviers, de Fénetrange et de Brandebourg, Seigneur de Rupe, Grand Maréchal de Lorraine et Gouverneur de Nancy, et

anr

XVI


Frédéric Comte sauvage du Rhin et de Salm, et Baron de Fénetrange, accompagnés de quelques témoins et d'un Notaire Apostolique, ayant assemblés dans l'Abbaye de Senones la plupart des habitans du Val, c'est à dire, des villages et bourgs de Vipucelle, Albet, Quevelles, Fréquonru, Vaquenoux, Grandfontaine, Ban de plaine, Diespach, Poutay, Saulxures, Champenay, la Prévôté de Senones, le Mesnil, Moussay, Chatay, la Petite Ravon, S. Jean, Belval, Bermont, le Puy, Saucy, leurs firent exposer et demander par Jean Barnet chatelain dud. Seigr. Jean Comte de Salm, que comme ils vouloient les maintenir dans tous leurs droits, priviléges, coutumes et franchises anciennes, aussi ils leurs demandoient instamment, cupidissimé, qu'ils voulussent leur faire serment de fidélité et d'obeissance, comme à leur Seigneur souverain et régalien, et les ayant tous cités les uns après les autres, ils répondirent qu'ils y consentoient, et ayant élevés les mains, leurs firent serment de fidelité et d'obeissance de quoy on dressa un acte le 29. sept. 1571. en présence du R. P. D. Jean de Mazières, Abbé de Moyenmoutier, et de Jean Louis de Thuilières Prieur dud. Moyenmoutier, qui déclarérent qu'ils n'etoient témoins et reconnoissans que de la lre, proposition et reconnoissance seulement, quoad primam propositionem et recognotionem tantum c'est a dire, qu'ils reconnoissoient qu'on auoit proposé aux habitans du Val de Senones de les maintenir dans leurs usages, droits, franchises et libertés et en même tems qu'on leur avoit demandé s'ils ne les vouloient pas reconnoitre pour leur souverain Régalien, mais qu'ils n'attestoient pas la 2e partie, savoir qu'ils eussent été reconnus Seigrs. Régaliens et Souverains dans le Val et qu'ils y eussent en cette qualité reçu le serment de fidelité des habitans. Il y eut toutefois trois temoins qui furent témoins ad omnia et singula prcemissa. Il est remarquable qu'encor que tout ceci se passat dans l'Abbaye de Senones, toutes fois ni l'Abbé ni aucun des Religieux ny parurent ni n'y consentirent.

Pendant tout cela l'Abbé Rauille ne demeuroit pas en


xvn

Suit e des Entre p ri-

ses des

Comtes

de Salm contre

l'Abbé

Raville.

X573.

x\nn

Trans action entre les

Comtes

de Salm

et l'Abbé

Raville.

1573.

repos. Il obtint de l'Empereur Maximilien II. le 22 Juillet 4573. un ordre addressé à l'un de ses officiers pour faire comparaistre par deuant luy les Comtes et Rhingraves de Salm, et l'Abbé de Senones, ou leurs Officiers, où procureurs pour exposer sommairement leurs raisons et les mettre d'accord, s'il estoit possible; sinon, arrester les entreprises, desd. Comtes et les obliger de réparer les dommages qu'ils avoient faits au monastere de Senones, et les exhorter a se désister des innovations et violences qu'ils y avoient exercées, avec pouvoir néanmoins de se pouruoir par les voyes de droit, et de poursuivre leurs justes prétentions par deuant la justice. L'Empereur ordonne a son commissaire de luy rendre compte incessamment du succés de la commission.

Cependant on fit de part et d'autre quelques propositions d'accomodement et l'Abbé proposa divers griefs contre les Officiers du Seigr. comte de Salm. Ceux ci irrités de ce que l'Abbé s'etoit addressé à l'Empr., tenoient toujours leurs troupes dans l'Abbaye, et l'Abbé dans la crainte de tomber entre leurs mains, étoit obligé de se tenir enfermé dans le chateau de Bacarat, appartenant à l'Evéque de Metz. Ce ne fut que le 16. Sept. 1573. que le Seigneur Comte de Salm envoia ses ordres à son prevôt de Senones de retirer la garnison de l'Abbaye, après qu'on eut tiré parole de l'Abbé Rauille qu'il passeroit une nouvelle transaction et se relâcheroit sur plusieurs de ses droits et de ses pretentions. Il la passa en effet le 4. Oct. 1573. auec ses Religx. au nombre de 10. composant toute sa communauté, et les Srs. Barnet et Bilistin fondés de procuration des Seigrs. Jean et Frideric Comtes de Salm. Ils exposent que sur les plaintes plusieurs fois réitérées de l'Abbé de Senones à Sa M. I. Elle auroit député le Sr. Nicolas Baron de Bolviller, pour ouïr les parties, informer des faits contentieux et les apointer amiablemt. si faire se pouvoit; que les parties s'etant trouvées deuant led. Commissaire Impérial, les Seig". Comtes de Salm demandoient leur renvoy en la Chambre Impériale, comme lieu de la justice ordinre, et les Abbés


et Religx. au contraire demandoient provision souveraine, de maniere que les choses étoient en voie de grande rigueur et de procés immortel, qui ne pouvoit produire que des frais excessifs auxd. Abbé et Religieux, pour lesquels éviter, ils transigent en la maniere qui s'en suit. 10 Les Seigneurs comtes consentent que le Sr. Abbé et ses successeurs auront toute connoissance et correction sur j les personnes des Religx. de l'Abbaye, selon leur règle et 1 profession, se réservant seulem'. les cas qui peuvent appartenir au Magistrat et Superieur temporel.

Quant à la résidence des Abbés, prieurs et Religx. en leur Abbaye, lesd. Seig™. Comtes désirent qu'elle se fasse j selon que par leur règle ils y sont obligés, en sorte que le service divin y soit fait et continué comme il appartient. Les Abbés et Religieux ne seront obligés de fournir aux entretiens et réparations des villes et chateaux desd. Seigneurs Comtes, sinon autant qu'ils le voudront sans contrainte.

Les Abbés, Prieur et Religx. pourront comme d'ancienneté, choisir leurs huit bons hommes, et de même aussy les Mayeurs, Doiens et Echevins pour l'exercice de leur justice fonciére, dans le ban de Senones, lesquels joüiront de la franchise, à condition -toutes fois que les Chatelains du Comte seront présens, et que cette élection se fera de leur consentement.

L'exercice de la justice fonciere dud. ban demeurera et appartiendra auxd. Seigrs. Abbé, Prieur et Religx. tant en la création des d. Officiers (les d. chatelains du Comté de Salm présens) qu'autrem1., lesquels Otficiers de justice prendront connoissance de toutes causes et matières fonciéres et en perceveront les emolumens comme du passé. Les plaintes touchant la réalité se feront aux Mayeurs; mais celles qui seront personnelles, d'excés et de crimes, se feront au Prevost de Senones et aux autres Officiers desd. Seigneurs Comtes; lesquels Prevost et Officiers assisteront aux Plaids annaux, pour la police, et à chacun Siège de justice, pour y conserver le droit des d. Seigneurs Comtes.

Jurlidiellon sur

les personnes des Religx. de Senones.

Résidence des

Abbés et Religieux.

Exemption des

réparations etentreliens des Villes et Châteaux des Comtes de Salm. < Création des 8.

bons hommes et de la justice de Senones.

Justice fou-

ciére. Son exercice réglé.


Création des

Bangards et l'orestien.

Quarterons et

cens annuels du Val de Senones. Justice crimi-

nelle, Exëcutioo, Confiscation, etc.

Acensem*' des

terres vagues. Amendes.

Corvée» du Val

de Senones.

Regain sur les

prés de la ferme du Ménil.

Chaumes cédés

auxSelg". Comtes de Salm.

Droits ecclé-

siastiques.

Tailles et pas-

sages.

La création des Bangards et forestiers se fera par les d. Seigneurs Comtes où leurs Officiers, conjointement auec les Srs Abbés, Prieur et Couvent; lesquels Bangards prêteront serment aux deux parties.

7° Les quarterons et les cens annuels dus par les laboureurs du Val de Senones, se partageront par moitié, entre les Officiers des d. Seigrs. Comtes, et ceux des d. Abbés, Prieur et Religieux.

8° L'apprehension des criminels du Val de Senones et bans en dépendans, et la confection de leur procès, est abandonnée par les Abbés, Prieur et couvent auxd. Comtes, de même que le jugera1., éxécution, amendes et confiscations, se réservant seulement les droits qui à cause de leur justice fonciére pouvoient leur appartenir sur les biens meubles et immeubles des delinquans.

Les acensemens de terres vagues e1 communes au Val de Senones et bans en dépendans, se feront par les d. Seigrs. Comtes où leurs Officiers, suivant l'ordre accoutumé, et se partageront par égale portion les profits qui proviendront desd. acensemens, de même que les amendes qui proviendront des mésus commis dans les bois d'accompagnements. Quant aux amendes provenantes des mésus commis dans les bois de Chambre, on en usera comme du passé et seront au profit de l'Abbaye. Toutes les amendes des bois seront désormais fixées à six francs.

40° Les Srs Abbés, Prieur et Couvent jouiront comme ci-deuant, de toutes les corvées du Val de Senones. 11* Jouiront aussi du droit de regain sur les prez de leur Gagnage du Mesnil.

12° Consentent les d. Abbé et Religx. que les d. Seigneurs Comtes jouissent seuls du profit des Chaumes, ainsi que du passé.

13° Les Abbés et Religieux percevront comme de coutume leurs droits ecclésiastiques.

14° Quant aux tailles et passages du Val de Senones et bans en dépendans, lesd. Seigrs. Comtes en jouiront seuls, à l'exception de ce que les Abbés Prieur et Religieux ont accoutumé de prendre sur la taille.


15° Les d. Abbés et Religieux renoncent à tout ce qu'ils pouroient prétendre aux scies du Val d'Alarmont et de Celle, et en recompense de ce, les d. Seigrs. Comtes quit- tent et abandonnent aux d. Abbés et Religx. tout ce qu'ils pouroient prétendre aux scies du Val de Senones. 16° Et comme lesd. Comtes de Salm prétendoient en leur qualité de comtes régaliens de l'Empire, avoir droit de cottiser a discrétion lesd. Abbés et Couvent, pour les contributions impériales, ceux ci demandans d'etre abonnés et limités à l'avenir à une certaine somme de deniers fixe et certaine, il fut convenu que lesd. Abbés et Religx. céderoient et transporteroient pour toujours auxd. Comtes de Salm, la propriété et tout le droit qu'ils prétendoient et auoient aux forges de Framont, Grandfontaine et Champenay, le cours d'eau et les miniéres d'icelles, moiennant deux milliers de fer façonné en barre qui leur seroit délivré chaque année sur les d. forges, moiennant quoy les Abbés, Prieur et Religx. et leurs successeurs, leurs 8. bons hommes et autres exerçans leur justice fonciére, auec la part de Chatay appartenante auxd. Abbés, Prieur et Religieux, les Curés dud. Senones et de Plaine seront déchargés dés à présent pour toujours des charges et contributions impériales.

Un traité aussi désavantageux à l'Abbaye de Senones et aussi contraire à ses anciens droits, ne pouvoit être l'ouvrage que de la violence et de la force. Aussi dés que l'Abbé Raville se trouva plus en liberté et qu'il fut en état de protester contre, il ne manqua pas de le faire. Dés le ler. de Décembre, étant retiré à Bacarat, il en écrivit de sa propre main l'acte en ces termes

« En l'an 1573. je souscript étant retiré de l'Abbaye au « chateau de Bacarat, à l'occasion d'eviter la fureur des « Seig". Comtes de Salm et Rhingraf, eux irrités pour la « tuition et deffense que faisois je en soutenant les droits, « authorités et franchises du monastere de Senones; pour à « quoy obvier à l'indignation desd. Srs., à raison des gran« des poursuites et différens, et longs procès intentés et à 18

Scies du Val

le Celles et d'Alarmo t cédées aux Seig". Comtes de Salm. Celles du Val de Senones aux Abbés et Religieux.

Exemption des Contributions imperiales.

Cession des forges de Framont.

Deux milliers

de fer à prendre sur les forges de Framont.

XIX

Protestation de

l'Abbé

Raville

contre la

transac-

tion de

1573.


(a) Je n'ai pu

« intenter, comme il apert par le contenu où livre des « actes et gestes sur ce fait (a) et mandemt. de la Majesté

trouver ce

« Impériale obtenu, aurois présenté plusieurs articles con« cernans les points contentieux principals, pour venir « en apointement, sur lesquels lesd. Seigneurs auroient « répondu sur iceux, ainsi que bon leur auroit semblé, « suivant lesquels de rechef non contens de leurs dites « réponses, aurois donné réplique, de manière tant seroit « hinc inde convenu, que seroit été contraint passer et « accorder en la maniére qu'ils ont voulu; autrement ne « prétendre jamais entrer en leurs graces et moyens à « l'Abbaye; et ce par l'avis de moult de gens de bien, et « d'er udition et bonne doctrine et durant le tems que l'on « traitoit la pacification dud. différent, ont iceux Seigrs. « Comtes fait ériger un nouveau moulin au dessus du « village dud. Senones, étant grandement préjudiciable à « l'Eglise, et tachant par certain moien gracieux le faire « abolir, fut répondu par les d. Seigrs. comtes, auant que « l'oter, l'on feroit plutost bruler ceux de lad. Abbaye et « considerant les tems, les personnes, auons été occasionné « laisser la chose en surséance, jusqu'à meilleure provision, « qu'il plaira à la divine puissance remettre le tout en bon « état, à son honneur, gloire et loüange et décoration de « son Eglise. En foy de quoi de toutes les choses ecrites on « dit livre, et en la présente, auons signé de notre propre « main, que furent faites l'an 1573. le 1er jour de Décem« bre, ainsi est il, nous Damp Claude Raville, abbé de « Senones. »

Il seroit à souhaiter que ce livre dont il parle ici, et qui contenoit le détail de tout ce qui s'étoit passé dans ces tems de trouble, fut parvenu jusqu'à nous nous y aurions appris bien des particularités importantes et curieuses. Mais il faut que cet ouvrage ait été égaré où supprimé de fort bonne heure, où que l'Abbé Lignarius l'ait emporté auec lui à Rome et qu'il y soit péri; car on n'en a eu aucune connoissance dans le monastére, depuis l'Abbé Raville.


La transaction de 1573. ne mit pas fin aux difficultés. Bientost il fallut revenir à des explications. Dés le 6. Nov. et 22. Déc. de la même année, il fut dit dans les ratifications réciproques des Seigrs. Comtes de Salm et des Abbés et Religx. de Senones, que les d. Abbés et Religx. auoient accompagnés les d. Comtes au fond et proprieté des bois de Chambre dits Ortemont et Belfeys (a) appartenans à l'Abbaye et mentionnés dans la transaction, comme aussi à tous les fruits, profits, amendes et -emolumens d'iceux, à la réserve de l'usage et affouage de lad. Abbaye et des fermes de Neufmaison et du Mesnil.

Et le 2. Mars de l'an 1574. c'est a dire 1575. avant Paques, sur une requeste présentée auxd. Seig™. Comtes par lesd. Abbés et religieux touchant l'interprétation de quelques articles de la transaction, il fut accordé que lesd. Abbés et Religx. joüiroient du droit de regain au village de Mesnil, de même que les autres habitans; qu'ils creeroient les mainbourgs et tuteurs et en auroient un gros de reconnoissance, mais que la connoissance des mainburnies où gens qui sont en tutelle, seroit réservée aux Officiers desd. Comtes que la justice de St. Stail seroit laissée auxd. Comtes et détachée de celle de Senones.

De plus le 25. Mars 1574. sur des difficultés survenues touchant l'interprétation de la transaction de 1573. concernant l'article des fours et moulins des bans de Senones, Plaine et Vipucelle et de deux Scies de Grandfontaine et de Champenay, les Srs. Comtes ayant de leur autorité régalienne fait construire un moulin tout à neuf qu'ils auoient admodié à leur seul et particulier profit, et voulant encore en faire de semblables dans le Val de Senones, et le Sr. Abbé prétendant qu'étant Seigneur foncier dud. Val et ban, et à lui appartenant privativement le cours des eaux, il pouvoit empécher que qui que ce fut n'y pût construire de moulins; pour terminer cette contestation, les S". Comtes répartirent les Abbés et Religieux du tiers du (i) Renvoi et note 'le D. Calmet.

xx

Explications de la tran-

saction de

1573.

(a) II n'y est

pas fait mention du boit de Palon ni de celuy de Jebanxey (I).


Neufmoulin bati au dessus de Senones, de même que de tous les autres moulins qui se pouroient construire à l'avenir aud. Val et ban de Plaine et de Salm, et des emolumens d'iceux, en remboursant le tiers des frais employés pour la construction des d. moulins.

De plus que le moulin de l'Abbaye demeurera en son être pour le défruit et usage d'icelle, ensemble des 8 bons hommes du Sr. Abbé et de ses métairies de St. Siméon, du Ménil et de Neufmaison.seulement et à ce moien les moulins du Val de Senones et des bans de Plaine et de Salm seront déclarés bannaux, et tous les petits moulins batis par ci deuant aux mêmes lieux, seront détruits et démolis. Il en sera de même des fours; le profit desquels sera partagé entre lesd. S". Comtes et les Abbés et Religieux pour le tiers, en fournissant au tiers de la construction desd. fours et de leurs charges.

En reconnoissance de quoy lesd. Abbés et Religieux ont donné et transporté auxd. Comtes toute telle part, droit et action qu'ils ont és bois vulgairement appelés Sauvages, situés és bans de Celle et d'Alarmont. Ils leur ont aussi cédés les 2. scies de Grandfontaine et de Champenay auec leurs marches.

Enfin en i580. les Abbés et religieux se plaignant de l'inexécution de plusieurs articles de la transaction de 1573. il fut encor accordé que le village de Grandrup seroit joint et incorporé au village de S1. Stail, sans plus répondre à la justice de Senones, sans que l'Abbaye y puisse pour l'avenir prétendre aucun droit et jurisdiction fonciére, ainsy qu'elle y avoit du passé, sans prejudice de ses droits ecclesiastiques et droit de chantuaire dans ledit village. En reconnoissance de quoy lesd. Abbés et Religieux auront la moitié de toutes les amendes, qui proviendront des mésus qui se feront és bois appellés présentement communau x dud. Val de Senones et des bans de Plaine et de Vipucelle, en lieu des bois anciennement appellés d'accompagnement, ensemble la moitié des affortages, des chariers, maréchaux boulangers et autres pro-


fits, et la moitié des amendes ordinaires des rivières dud. Val, outre leurs usages, comme les d. Srs. Comtes et leurs officiers; auxquels seigneurs comtes et à leurs dits officiers, chatelains et gruyers seuls est réservé l'authorité et le droit d'afforter, d'admodier, permettre et disposer de toutes les choses susdites, comme des admodiations et acensemens proposés et passés par lad. transaction.

Aussi a été accordé que les Vicaires du Val de Senones et Prevôté de St. Stail et les fermiers de la Forain, ne seront plus assujettis aux moulins bannaux du val de Senones, mais pouront moudre au moulin de l'Abbaye. La même année 1580. l'Abbé Raville agé de plus de 60. ans, demanda au Pape Greg. XV. des bulles de coadjutorie pour D. Jean Ménusier, autremt. Lignarius, son neveux, alors agé de 24 ans, et etudiant en l'université de Pont à Mousson. Lignarius n'etoit pas un excellent sujet et si l'on peut reprocher quelque chose à D. Claude Raville qui etoit certainement un excellent Abbé, c'est d'auoir dans cette occasion un peu trop écouté la chair et le sang en faveur d'un neveux, qui eut dans la suite une infinité de maux et de chagrins à essuyer, par rapport à son abbaye; ce qui lui a causé des préjudices qui lui ont attiré la commende et une suite de très facheuses affaires. Au reste D. Jean Lignarius n'avoit nulle envie d'être Abbé; il témoigna qu'il ne souhaittoit pas la coadjutorie, et s'absenta du Chapitre où se fit l'election de sa personne. Lorsqu'il fut élu, on alla le trouver au verger où il étoit monté sur un arbre cueillant des fruits. On lui annonça son élection, et on le pria de venir au chapitre. Mais il reçut mal ceux qui lui apporterent cette nouvelle et leur dit qu'il ne se soucioit nullement d'etre coadjuteur. Il se faisoit justice. Son oncle D. Claude Raville avoüoit que le sujet etoit peu meritant; mais il s'excusoit sur les circonstances des tems, où les protestans qui environnoient son monastère menaçoient de tout envahir, et qu'il lui falloit choisir un jeune homme capable de survivre à tous ses maux et de conserver le titre abbatial le plus longtems qu'il seroit possible. Nous re-

XXI

Coadjutorie de D.Jean

lùgnariua.

1SSO.


TTTT

Affortage des habi-

tans de

Ohttty

dans les

bois de

Bonfays,

m o î e n-

n a n t 2L

franc par

an. X575.

xxm

Confiioa*tion pour

fait de

s oroel-

lerie.

1587.

XXIV

le Prieuré de Vie est

résigné

aux Cor-

deliers s

dud. lieu.

L'Abbé

Raville le

retire de

1 e u r t

mains.

(

mettons à parler de ce qui le regarde, au commencement le son gouvernement et nous allons continuer l'histoire de D. Claude Raville son oncle.

En 1515. les habitans de Chatay ayant representé aux 5eig™. Comtes de Salm et à l'Abbé de Senones, le besoin qu'ils auoient de bois de chaufage, et ayant demandé qu'il leur fut permis de prendre d,ans les bois de Bonfeys, des morts bois et bois morts et infructueux, la grace leur fut accordée, à charge de payer par chacun an 2. frans, un au Seigr. Comte de Salm, et l'autre au Seigr. Abbé de Senones, au jour et terme de St. Martin, pour leur chauffage et usage, sans y commettre faute où abus, sous peine d'amende. Fait et accordé le 14. Juin 1575.

La superstition, l'ignorance et le dereglement des moeurs de ce tems là auoient fait naitre dans la Lorraine et dans les trois Evechés ou la realité ou l'imagination de sorcellerie, dans une infinité de personnes qui furent condamnées et exécutées par le feu et leurs biens confisqués au profit des Seigneurs. Nous en avons deux exemples en 1587. en la personne de deux femmes, l'une d'Antlup et l'autre de Bure, dont les biens furent ajugés à l'Abbé de Senones, comme Seigr. desd. lieux.

L'Abbé Thirion d'Antlup à la recommendation d'une certaine Dame, avoit conferé en 1537. le Prieuré de St. Christophe de Vie, à un nommé Jean de la Neuville, qui en jouit fort longtems. Celui-ci en 1567. on ne sçait par quel motif, le résigna au Gardien des Cordeliers de Vie, qui résolut d'y établir une espece de college pour des Religx. de son ordre. Dom Raville Abbé de Senones informé de ce procédé si irregulier, s'addressa au Cardinal de Lorraine et par son autorité, se fit rendre le Prieuré et en pourvût D. Claude Varin religieux de son Abbaye en 1567. Dans la suite il y eut encor de grands démelés auec les Cordeliers de Vie, au sujet d'une certaine maison et d'une grange du prieuré, qu'ils prétendoient leur appartenir, ayant même fait démolir de leur autorité lad. maison qui seruoit de demeure au Prieur et se l'etant appropriée et ces diffi-


cultes ne furent terminées qu'en 1591. Les Cordeliers sont demeurés maitres de la maison du Prieur, et le Prieur a été obligé de se contenter d'une petite maison bourgeoise, d'un petit jardin et d'une chétive Eglise tout joignant. Il y a longtems que l'experience a fait voir les abus et les inconveniens infinis qui naissent des prieurés de campagne, possedés et habités par des Prieurs titulaires qui y vivent seuls auec leurs domestiques. Il est très rare qu'ils s'y maintiennent dans la subordination qui fait le caractère essentiel des Religieux, ni dans l'innocence et la pureté des moeurs que demande leur profession. Le Prieur de Xures nommé D. Gerard Varin. après auoir possedé paisiblement ce prieuré pendant plusieurs années, se fit pourvoir vers l'an 1310. par le cardinal de Lorraine du Prieuré de Vie, vaquant par le décés de Jean de Neuville curé de Maxey, dont il jouït auec son Prieuré de Xures. L'Abbé Raville de son coté y nomma D. Pierre Monin, Religieux de Senones, qui attaqua en 1577. led. D. Gérard Varin en désistement par deuant l'Official de Metz. On entendit plusieurs témoins sur cette affaire, et je ne trouve pas ce qui fut conclu ny prononcé seulement on voit par les interrogatoires, qu'on doutoit de la validité du titre et du droit dud. Varin, tant à l'un qu'à l'autre de ces deux Prieurés. Je trouve en 1582. et 1587. D. Guerin Varin prieur de Vie et neanmoins en 1591. D. Gerard Varin mourut Prieur de Vie et de Xures. Je crois que c'est le meme Prieur qui se nommoit Gérard & Guerin (i).

Dans le Prieuré de Mervaville, après la mort de D. Nicolas de Remicourt, arrivée en 1584. et dont on a parlé cideuant, il y eut procés entre D. Claude le Comte Religieux de Senones, nommé aud. Prieuré par le Sr. Abbé de Senones, et Nicolas la Tarte clerc du diocése de Toul, pourvu par une autre voye. Claude le Comte fut maintenu et Nicolas la Tarte renonça à son droit. Le 1er obtint ses Bulles du (t) La dernière partie de cet article et notamment la toute dernière phrase de cet alinéa sont écrites de la main de U. Calmet.

XXV

Procès contre le a

Prieurs

de Xurea en 1577 et

de BCerva-

ville en

1584.


xxn

Mort de l'Abbé ILaville en 15M.

Commencement de

D. Jean

Lignarius

Abbé de

Senones.

Il est fait

coadjut'.

en 1580.

]

]

]

1

J

(

Pape Sixte V. en 1589., mais il se gouverna si mal dans l'Administration du Prieuré qu'on fut obligé de lui faire son procès. On l'accusoit de plusieurs crimes scandaleux, 3omme d'auoir entretenu dans son Prieuré une femme mariée et de s'être evadé auec une autre femme; ce qui obligea son Abbé de nommer un autre Prieur en sa place en i594-. où 1595.

L'Abbé Raville mourut le 22. Nov. 1588. et fut enterré deuant le Grand autel où l'on voit sa tombe et son effigie en habits pontificaux, la mitre en tête et la crosse à la

main. U portoit pour armes d'azur à la croix croisetlée d'argent, ayant en face deux étoiles d'argent et au pied de la croix un croissant aussi d'argent. On voit ses armes en plusieurs endroits des dépendances de l'Abbaye; ce qui prouve les ouvrages et les réparations qu'il y a faites et orr le compte à bon droit entre les meilleurs Abbés de Senones. Dans le second tome des Croniques de, l'ordre de Saint Benoit p. 129., il est dit que sur la tombe de D. Claude Raville Abbé de Senones, il est porté que les cendres des corps des Abbés Jean de Borville et de Thirion ses prédécesseurs, reposent avec ses ossements ce qui ne s'y voit plus aujourd'huy, peut etre parce qu'on a reposé sa tombe et qu'on y a supprimé cette particularité.

i

DOM JEAN LIGNARIUS où MÉNUSIER, (40«) Abbé de Senones, depuis l'an 1588. jusqu'en 1625 (i). Dom Jean Lignarius ayant été fait coadjuteur en 1580. ainsi qu'on l'a dit ci-deuant, entra en jouissance de l'Ab(1) Le manuscrit indique Oyni J. Lignarius comme 40' Abbé; c'est évidemment une distraction de l'auteur, car le précédent abbé est marqué comme 53e et le suivant comme 55' c'est donc 54e que l'auteur voulait écrire, et conformément à mon observation faite à la p. i96 de cet ouvrage, Dom Liguarius serait le 53' abbé de Senones,

CHAPITRE XL


baye après la mort de son oncle arrivée le 22. Nov. i588.

Prome ••«•

Mais auant ce tems et dez le 18. de Juillet 1587. les Religieux de Senones exigérent de lui certaines promesses, comme de les traiter, quand il seroit parvenu à la dignité Abbatiale, auec la douceur et la charité convenables, sans vengeance, sans ressentiment et sans rancune; de les maintenir dans leurs droits, usages et offices, de conserver les biens temporels et même de travailler de tout son pouvoir à les récupérer; de leurs fournir des Gornes, chaperons ou frocs tous les 3. ans; d'observer tous les articles contenus dans le rôle de D. Claude Padoux; de donner au moins quelque petite prébende de vin aux novices de laisser jouir les Religieux des biens et revenus qui leur etoient abandonnés pour leur nourriture, vétement et entretien; de deffendre leurs biens et priviléges en justice, s'il etoit besoin, par lui où par ses Officiers et de supporter la moitié des frais qu'il y conviendroit faire. Et comme ils auoient l'expérience que quelques Religieux de leur couvent étoient morts insolvables et accablés de dettes, au grand préjudice des créanciers et au déshonneur de la religion, ils prient le Sr. coadjuteur de leur accorder à l'avenir la moitié de la Cotte-morte de leurs confreres (a), tant pour payer leurs dettes, que pour faire leurs seruices après leur décés. Et comme les Seigrs. Abbés se faisoient donner 7. gros pour la sépulture de chaque grand corps, ce dont ils ignoroient la cause et l'origine, ils le prient de leur quitter lad. somme, où de les décharger du soin de la cure. De plus qu'il lui plaise receuoir dans sa bergerie et y faire nourrir les moutons et agneaux qu'ils sont obligés d'achepter et dont ils ont besoin pour leur prébende qu'il leur fournisse du linge pour la cuisine et pour nettoyer leur vaisselle, enfin qu'il fasse fournir du foin et de l'avoine pour les chevaux de leurs parens et amis, qui les viennent (o) L'Abbé donnoit les places inoimchales comme des especes de bénéfices et jouissoit de la Cotte morte ou de la succession des moines après leur mort. »

Note de D. Calmet eu marge de la page 339 du manuscrit.

qu'il fait aux Religieux en XS87.


il

Engagement nouveau de l'Abbé mignartui envers les Relîgx. de Senones. 1588.

(a) Apparemt du Prieuré di Mouiet.

voir et qu'il donne des chevaux aux Religieux qui sont obligés d'aller en campagne, pour les affaires du Couvent. Lignarius agréa et approuva tous ces articles et s'engagea solennellement à les observer, à condition que de leur coté les Religieux promissent de le reconnoitre pour leur légitime Abbé et superieur, après la mort de l'Abbé Raville son oncle, ce qu'ils promirent par un acte public et solennel, qu'ils en passérent aud. Sr. coadjuteur.

Le jour où le lendemain de la mort de D. Raville, 23. de Nov., les Religieux de Senones profitant de la foiblesse du nouvel Abbé Lignarius, lui firent de nouveau ratifier les promesses qu'il leur auoit faites l'année précédente, et y ajoutèrent, que pour la décharge d'heureuse mémoire de feu Monsieur l'ancien, il feroit venir le plutost que faire se pouroit la dispense du Pape pour la vendition qui auoit

se pOMfOtt ~a dtspe~se dM Pape poM~ votd~o~ ~Mt <ïMOt<

été faite d'Ogeviller et de Gircourt, ainsi que led. Sr. Abbé Raville s'y étoit engagé, à quoy l'Abbé Lignarius consentit volontiers, à condition que les d. vendages lui seroient mis en main. De plus les Religx. demandèrent que le Sr. Abbé les déchargeat de la Cure du Val de Senones, leur profession les éloignant de tout employ extérieur et incompatible auec l'esprit de retraite que demande leur état, le priant d'assigner prébende congruë à deux hommes d'Eglise pour satisfaire aux deuoirs de curés dans les Paroisses du Val ce qui fut encore accordé par l'Abbé Lignarius. Il s'obligea de plus, pour satisfaire aux pieuses intentions de l'Abbé Raville son prédecesseur, de laisser jouir les Religieux de leur part des rentes et revenus du Montez (a), et du vestiaire à eux promis, comme aussi de faire ériger la Bibliotheque, pour la fournir de liures petit à petit et de faire mettre au réfectoire et dortoire les choses nécessaires qui lui seront verbalement spécifiées, auec l'entretenem1. de la fontaine du cloitre. Il promit de plus d'augmenter de quelque chose le revenu du couvent, attendu le nombre des Religieux qui alloit être de 13. où 14.

Et comme depuis 50. ans les Seigneurs Abbés auoient chargé leur métairie d'Anserviller de la sauve-garde düe


annuellement à Mre. les Comtes de Salm, il leur accorda en indemnité cinq paires de grain à payer tous les ans, en attendant qu'il eut pris plus grande connoissance de cette affaire et qu'il y eut pourveu autrement. Les Religieux demandérent aussi d'être remis en la jouissance du lieu nommé le petit Rouverat, finage de Magnéville, ce que le Seigr. Abbé leur accorda, comme aussi de donner ses ordres pour que les Religieux aient les choses nécessaires pour le pain, vin, légumes et autres choses, en sorte qu'ils n'ayent pas lieu de murmurer.

Enfin les Religieux promirent au Seigr. Abbé de lui donner communication de leurs lettres et chartes conventuelles, et réciproquem1. que l'Abbé leur montreroit ses lettres concernant sa mense abbatiale, et en particulier leur rendra le titre de fondation du Moniet qu'on avoit tiré du coffre de la communauté. Tous ces articles furent accordés le 24. Nov. i588. en présence d'Antoine Doridan Abbé d'Etival, Jacques Fournier Grand Doyen de St. Diés etc.

L'Abbé Lignarius prit possession de l'Abbaye, après auoir obtenu le décret de S. A. de Lorraine pour les biens situés en Lorraine; des Seigrs. Comtes de Salm, pour les biens du Val de Senones et de la terre de Salm; et du Seigp. Evéque de Metz pour le Prieuré de Moniet, situé dans la Chatellerie de Baccarat, dans lequel le Chatelain de Baccarat auoit sans aucune raison fait mettre six soldats pour le garder et d'où il ne les retira qu'après que l'Abbé Lignarius eut présenté son placet au Seigr. Evéque de Metz, qui lui accorda la permission de prendre possession des biens de ce Prieuré unis à l'Abbaïe.

La religion prétenduë reformée s'étant introduite dans les terres du Comté de Salm, il y eut diverses contestations entre les habitans de ce Comté et du Val de Senones, pour le paiement des dixmes sur quoy intervint un réglement des Comtes, portant que les Curés et Vicaires dud. Comté percevroient seuls les dixmes provenans de la culture des terres cultivées par leurs paroissiens catholiques, et réci-

iii

Prise de possession

de D. Jean

Lignarius.

IV

Introduotion de la

Religion

prêt. ré-

formée

dans les

terres de

Salm. Re-

glem". à

ce sujet.

1590.


Partages des bien*

du M o

niet entre

l'Abbé et

le» Reli-

gieux.

159O.

Confraternité entre

les Ab-

bayes de

Senones,

de Moien-

moutier

et d'Eti-

val. 1594.

(1).

V

VI

proquement que les ministres protestans auroient la dixme des terres cultivées par leur peuple de la religion p. r. L'infection des nouvelles opinions auoit même pénétré dans la Lorraine et jusque dans le balliage de Nancy, où les peuples ou négligeoient ou refusoient absolument de payer aux Seigneurs ecclésiastiques, les droits et redevances qui leurs étoient duës. En 1589. les Religx. de Senones présenterent sur cela une requeste au Bailli de Nancy, disant que par la malice des tems ou l'indevotion des peuples, ils ne pouvoient rien tirer de leurs débiteurs et que n'etoit le serment qu'ils ont à leur Eglise, ils en abandonneroient entierement la poursuite. Telle étoit alors la situation des choses en Lorraine et dans les pays voisins. Je trouve en 1603. des ordres des Comtes de Salm, pour contraindre les habitans de Celle de payer les dixmes qu'ils refusoient aux curés et aux Seigneurs dixmiers. Les Prieur et Religieux de Senones ayant admodié à l'Abbé Raville les rentes et revenus du Prieuré de Moniet proche Baccarat, pour le tems de la vie abbatiale, les Religieux demandèrent d'entrer en compte sur cette affaire auec l'Abbé Lignarius son successeur, et pour prévenir les discussions et procès, dans lesquels ils étoient en danger d'entrer, ils s'accordérent et convinrent qu'a l'avenir ils posséderoient les revenus dud. Prieuré par indivis, et en supporteroient les charges à frais communs, de quoy on dressa un traité, où les biens, appartenances, dépendances et charges du Prieuré sont fort bien spécifiées.

Les Abbés et Couvents des trois Abbayes de Senones, de Moienmoutier et d'Etival firent en 1594. une alliance où société de priere, qui consistoit en ce que quand un Abbé où un Religieux de l'une des 3. maisons étoit mort, on en donnoit aussitost avis aux autres communautés, qui diroient (I) Le 13. Octobre le prince Erric de Lorr., abbé de Moienmoutier, D. Jean Lignarius abbé de Senones et le R. P. Antoine d'Oridan abbé d'Etival.

Cette note est de l'écriture de D. Calmet, et se trouve en marge de la page 345 du manuscrit, au-dessous du titre de cet art. VI.


les vigiles et le lendemain feroient le service du. defïunt, comme si c'etoit l'un des leurs. Chaque Religieux prêtre disoit une fois la messe pour le défunt et les autres Religieux récitoient les 7. Pseaumes pénitentiaux. De plus on distribuoit aux pauvres la portion du Religieux décedé pendant trois jours consécutifs; si c'etoit un Abbé, on doubloit l'aumone. Le jour du service, l'Abbé faisoit donner à chaque Religieux une quarte du meilleur vin. Si un Religieux de l'une des 3. Abbayes vient dans une autre, auec permission de ses superieurs, pour une cause honnête, l'Abbé aura soin qu'on lui donne la même prébende qu'a un confrere du monastere. Il y poura demeurer pendant 3. jours, et s'il est malade pendant 40. jours. Si un Religieux tombe dans quelque faute, on poura l'envoyer au supérieur du monastére voisin, qui poura user envers lui d'une plus grande indulgence, que son propre Abbé. Le Prince Erric de Lorraine Evéque de Verdun étoit alors Abbé de Moienrnoutier, D. Jean Ménusier Abbé de Senones et Mr Antoine Doridan Abbé d'Etival. L'acte de cette confraternité fut passé à Moienmoutier le 13e Oct. 159i. en présence des Seigrs. Abbés deuant dits et des Prieurs des 3. Abbayes et de 2. Jésuites.

Quelque tems après, c'est à dire en 4597. le Prince François de Lorraine, père du Duc Charles IV. épousa Christine de Salm fille et héritière du Comte Paul de Salm, laquelle apporta à François la moitié de la terre de Salm dont elle hérita apres la mort du Comte Jean de Salm son oncle (*). Par le partage qui fut fait de cette terre entre les deux frères Jean et Frideric de Salm, il fut dit que l'abbaye de Senones auec le village de Chatay, qui contient i6. maisons, ensemble les moitresses du Ménil, S. Simeon, la Forain et autres biens de lad. Abbaye demeureront en commun, sous la Souveraineté de mes d. SeigT*. Comtes de

(1) La dernière partie de cette phrase et plusieurs correction» et adjonctions, contenues dans cet article et dans le précédent, sont de la main de D. Calmet.

vu

Mariage de François de Lor-

ra i n e

Comte de

Vaudé-

mont aueo Christine

de Salm.

XS97.


vm

L'Abbé Lignai- î u*

longe à

unir son

Abbaye à

la Congre-

g", de S».

Vanne.

Prançois a Thérel est

fait ooad-

juteur de

l'Abbé de

Senones.

X6OO.

IX

Salm, comme du passé, sans que l'un l'autre y puissent innover aucune chose, où y prétendre, au préjudice de l'autre. Il y a eu encore quelques autres articles dans ce partage qui portoient préjudice aux droits du monastere, ce qui obligea les Abbés et Religieux de faire leur protestation contre tout ce qui y pouroit être de contraire à leurs droits.

Les désordres qui régnoient alors parmi la pluspart des Ecclesiastiques et des Religieux, furent un des principaux motifs dont se servirent les protestans, pour se séparer de l'Eglise romaine. Les peuples scandalizés demandoient hautemt. la réforme. Les libertins prenoient occasion des abus qu'ils remarquoient dans l'Eglise, de s'en séparer, non pour mieux vivre, mais pour vivre dans une plus grande licence. Les novateurs éxageroient le mal et affectoient de rendre les catholiques odieux par leurs calomnies. L'Abbaye de Senones environnée d'héretiques presque de toutes parts, étoit plus en danger de séduction et plus exposée que beaucoup d'autres à la censure des ennemis de la religion. Aussi l'Abbé Lignarius songea de fort bonne heure à l'unir à la Congrégation de St. Vanne qui commençoit à s'etablir en Lorraine. Il y trouva des difficultés de la part de ses Religieux et ne pouvant réussir à introduire la réforme dans Senones, il offrit aux réformés de St. Vanne son prieuré de Léomont pour y vivre en réforme, en 1606. Ce n'etoit peut être pas tant l'amour du bon ordre et le zéle de l'observance, qui le portoient à cela, que l'envie de se mettre à couvert des tracasseries de ses Religieux et des entreprises d'un nommé François Térel, moine de l'Abbaye de Longeville où de Glandiéres dans l'Eveché de Metz. Lignarius ayant été accusé à Rome d'imbecillité, d'insuffisance pour l'administration de l'Abbaye et de dissipation dans le temporel, le Pape auoit donné à Térel des Bulles de coadjutorie, malgré et à l'inscu de l'Abbé Lignarius, qui n'avoit été ni cité ni écouté dans ses justifications. Nous parlerons ci-aprés plus au long de cette affaire, qui eut de grandes suites et qui mérite d'etre traitée avec etenduë.


Dans le même tems, Lignarius, pour donner quelque satisfaction à ses Religieux et pour établir dans son monas- fi tere quelque espèce de bon gouvernement, qui remédiat aux désordres grossiers, il fit en i 602. avec sa communauté une séparation de mense et quelque réglement pour le bon ordre. En voici le précis Que les titres et chartes du monastere, tant de la crosse abbatiale que du couvent, seront conservés dans une archive commune sous 3. clefs, dont le Sr. Abbé en aura une, le Prieur une autre et le plus ancien Religieux de la communauté la 3e.

Que l'on fera des copies de ces titres par main de nottaire, qui demeureront és mains de l'une et de l'autre partie, pour l'usage ordinaire.

Que les Religx. rendront révérence, obeissance et honneur à leur Abbé.

Que le Prieur aura soin que l'office divin se fasse et soit sonné de nuit et de jour, aux heures convenables, et que tous y assistent avec silence, modestie et révérence. Qu'il députe un Religx. de sa communauté pour dresser les Novices, non seulem1. pour les moeurs et la discipline religieuse, mais aussi pour le chant et les cérémonies de l'Eglise. Il leur donnera des confesseurs capables, se réservant neanmoins les cas que le Sr. Abbé s'est réservé; permettra aux Religx. d'aller en promenade non seuls, mais auec un Religx. où un novice, à charge de revenir le jour même punira les excés commis dans le monastére, à la réserve des fautes scandaleuses et publiques, réservées au Sr. Abbé; accordera les permissions aux Religx. pour aller vaquer aux affaires de la maison.

Le même Sr. Prieur fera continuer la lecture au réfectoire et y fera garder le silence; on s'y assemblera toujours pour manger, à moins qu'il n'y ait excuse légitime il veillera à ce qu'il n'y ait ni superfluité ni vanité aux habits des Religx., lesquels porteront toujours à l'Eglise leurs gornes (") (i) Cette note, écrite en marge de la page 3aO du mss est de l'écriture de 0. Calmet.

X

Séparation de mense

entre

1 Ab

Lignarius

et les Re-

ligieux.

i6oa.

16O3.

Dans les

auciens livres de ceremonies monailiqucf gonna ou gunna, signifie un liabit fourré, et ce me semble, le chaperon fourré (ij.


où frocs, et dans la maison leur scapulaire et chapperon, et les Novices porteront partout le scapulaire et chaperon et auront leur ceinture il pourvoyera que lesd. Novices logent dans les chambres des plus anciens Religx. Le Sr. Abbé députera un de ses Religx. pour avoir soin des malades et pour faire la recepte et distribution des rentes affectées à l'infirmerie, dont il rendra compte à l'Abbé et aux Religx. conjointement.. Le Sr. Abbé leur donnera pour loger les malades, l'appartement contigu à la grande cave d'un coté et de l'autre à l'Eglise de N. D. et en outre une chambre joignant la sale qui donne sur la grande cour. Le trésorier fournira deux cierges pour chaque messe, tant ordinaire que conventuelle et de dévotion, et s'acquittera des autres charges dépendantes de son office. Les Religx. continueront à garder l'abstinence tous les Mercredis de l'année, et tout le tems de l'Avent, et jeûneront les Vendredy comme de coutume.

Le Sr. Prieur aura par préciput 30. frans, qui se payoient alors par M", les Chanoines de S1. Diez sur la cure de Brouville aujourd'hui ces 30. frans sont à la charge du Seigr. Abbé.

Lorsque le nombre de Religieux de la Communauté ne sera pas complet (ce nombre étoit fixé à dix prétres et 4. novices) il sera loisible au Sr. Abbé d'en présenter un où plusieurs, jusqu'au nombre fixé, et les Religx. ne devront les refuser, à moins qu'il n'y ait auxd. Novices quelque défaut naturel où difformité messéante à l'état religieux et on les admettra de commun consentement.

La succession des meubles des Religx. sera comme du passé, moitié au Sr. Abbé et moitié aux Religx., et lors de la mort d'un Religx. le Sr. Abbé donnera comme d'ancienneté, 2. pots de vin au couvent et acquittera les charges portées dans les lettres de confraternité avec les Abbayes voisines, savoir de Moyenmoutier et d'Etival. Voiés ci deuant sous l'an 1594.

Les jours solennels, auxquels l'Abbé officiera, il traitera les Religx. à sa table selon l'ancienne coutume, sans préju-


dice de la prébende accoutumée. Ces repas étoient fixés à 6. par an. On les régla à 3. frans par tête en 1620. et enfin les Abbés en ont été entieremt. déchargés, par la cession qu'ils ont faite au Couvent de leurs dixmes et du gagnage du Mesnil. Et comme il arrivoit journellement des disputes pour les prébendes de pain et de vin, que l'Abbé devoit fournir, conformément au Rôle de l'Abbé Padoux, pour éviter toute difficulté, l'Abbé Lignarius s'obligea de donner chaque année pour 10. Religx. prétres et 4. Novices, un cuisinier et un garçon de cuisine, quatre vingt onze resaux et demi de froment et 46. resaux de seigle, mesure de Ravon. Et s'ils en prennent une plus grande quantité, la paire de reseaux froment et avoine, où seigle et avoine, sera apprétiée à 7. frans et demi monnoye de Lorraine, et le rezal d'avoine à 30. gros. Et pour le vin il sera estimé à 7. frans la mesure, parce qu'on est obligé de le faire venir de loin etc.

Led. Sr. Abbé donnera à lad. communauté deux cent quatre vingt quinze mesures de vin, y compris le vin des messes et de toutes autres distributions en vin, tant ordinaires qu'extraordinaires. Et si le nombre des Religx. augmentoit, led. Sr. Abbé augmentera la distribution, à raison de 10. resaux de grains et de 25. mesures de vin pour chacun, et leur fournira incessamment les futailles pour loger cette quantité de vin.

Au lieu du bois qu'il devoit donner pour le four, la cuisine et le poile du couvent, il leur fera délivrer 450. frans; item une chirrée de planches de sapin et un muid de sel. De plus il sera déchargé de fournir des chappons, lard, jambons, aulx, fromages, poissons, légumes et deux gros d'étrennes qu'il devoit à chaque Religx., moyennant la rente annuelle de cent quatre vingt dix frans, huit gros, qu'ils recevront annuellement, et en outre 15. frans par an, pour le linge qu'il devoit auparavant fournir à la cuisine et au réfectoire.

Et pour le vestiaire des Religx., il leur donnera à chacun 4. fr. 4. gros; et pour les gornes où frocs de couleur noire, 19


il leur assigne 60. fr. de rente annuelle, à charge qu'ils porteront ces gornes à l'Eglise à chaque heure de l'office. Pour les gages d'un cuisinier 40. fr. pour le barbier 16 fr. outre deux paires de grains qu'il a annuellement. Pour la fondation de l'Abbé Thirion d'Antlup, 15. fr. Pour la fondation des messes de la Vierge et de la Passion, 10. fr. à prendre sur la maison de Ravon; pour la sauvegarde d'Anserviller imposée au couvent, l'Abbé leur rend cinq paires froment et avoine par an; les terres dites de S*. Pierre à Bazemont, demeureront par indivis à l'Abbé et au Couvent, comme dépendantes du Moniet les Religieux continueront de se servir des granges de Remberviller appartenantes à l'Abbé, pour y loger leurs dixmes. De plus ils joüiront à l'avenir du prez le moine, et de la paille de trois journées de 3. batteurs, moyennant quoy, le Sr. Abbé sera déchargé de la fourniture des chevaux de service pour l'usage des Religx. et de la nourriture des chevaux des étrangers qui arrivoient au couvent.

Pour grenier, le Sr. Abbé cède aux Religx. le batiment, nommé le Réfroidoir, qui est sur la grande cave du cloitre; pour cave, il leur donne la moitié de lad. grande cave; il leur fera batir un nouveau four où leur laissera l'ancien; il leur donne pour étable celle qu'on dit la Boverie du coté de l'eau, et pour jardin, le grand jardin claustral et le meix dit de l'aumonerie, situé à l'entrée de l'Abbaye à droite; et pour fumer lesd. jardins, ils prendront annuellem*. 4. chars de fumier en l'Abbaye; auront aussi 200". (i) de fer de deux milliers que le Sr. Abbé tire des forges de Grandfontaine, et ils seront chargés de l'entretien de la fontaine du cloitre.

Et pour satisfaire aux quantités de grains et de vins marquées ci devant, le Sr. Abbé leur donne divers assignaux sur les dixmes de plusieurs villages enoncés dans le partage (1) J'ai déjà dit, dans le cours de cet ouvrage, que ce ligne u. signifie livres. On lira donc ici c 200 livres, t


et qu'on peut voir dans la Charte qui en fut passée en ce tems là, savoir

Le tiers en la totalité des grosses et menues dixmes de Rambervillers.

Item la quantité d'avoine qu'il tire sur les dixmes de Rambervillers.

Item ce qui appartient [aud. Sr. Abbé dans la grosse et menuë dixme des villages du ban de Rambervillers, scavoir Champ-Mesnil, Bruze, S1. Benoist et Housera.

Item un tiers aux grosses et menues dixmes de Domptail. La moitié des grosses et menuës dixmes de Fontenoy la Joûte; et la part qui appartient aud. Sr. Abbé au gagnage dud. lieu.

La terme de la Forain avec ses dependances.

Le dixmage de la petite Raôn.

Un tiers aux grosses et menuës dixmes de Moyen. Les deux tiers aux grosses et menuës dixmes de Remoncourt.

Un tiers aux grosses et menuës dixmes de Brouville. Les deuxtiers aux grosses et menues dixmes de Reclonville. Un tiers aux grosses et menuës dixmes de Hablainville. Dix huit reseaux froment et dix reseaux d'avoine à Barbonville. Cette redevance a été venduë aux Jésuites du Novitiat de Nancy, et remplacée par l'achapt des vignes de Moyen. La part que led. Sr. Abbé a dans les grosses et menuës dixmes de Deuville, excepté la dixme de vin.

Le demi tiers aux dixmes de Crion et Syonviller. La moitié des grosses et menuës dixmes de Vaqueville. Les grosses et menuës dixmes du ban de Plaine et dépendances, savoir, Sauxurre, Diaspax (t), Benaville et Champenais.

Les grosses et menuës dixmes du Puy.

Les dixmes de Vaqueville a cause de Venay.

Les dixmes de Bertrichamp, dépend10, de la paroisse de Vaqueville.

(1) C'est Diespach.


La part du S1'. Abbé aux grosses et menues dixmes du village de Neumaison, dépendantes de Vaqueville. Les grosses et menuës dixmes du village de Saucy au Val (le Senones.

Il fut de plus arrêté qu'à l'avenir les Religx. demeureroient chargés des réfections et entretiens des lieux réguliers, comme aussi des décimes, impositions et dons gratuits et autres charges extraordinaires faites sur lesd. assignaux, dont les d. Religx. payeront moitié contre le Seigr. Abbé. De plus qu'ils vivront toujours en commun sans se séparer jamais de la table conventuelle, sinon en cas de grande nécessité et par la permission du Sr. R. P. Abbé; et au cas que le nombre de Religx. diminueroit du nombre de dix, il ne leur sera rien diminué des assignaux ci dessus, comme aussi s'il prend un Religx. de la communauté pour gouverner son hotel, il ne leur sera rien retranché, bien entendu que ce Religx. jouïra des rentes conventuelles comme un autre Religx.

Tous lesquels articles furent agréés par l'Abbé D. Jean Lignarius et les Prieur et Religx. composant la communauté de Senones, après avoir été proposés et arretés par le R. P. Antoine Doridan Abbé d'Etival et D. Claude Riquechier docteur en théologie, Prieur de S1. Evre, et Sébastien Thiriet praticien à Lunéville et Jean L'Amance Prevost de S1. Diez comme juges arbitres, choisis et désirés par les parties; le tout sous le bon plaisir de Sa Sainteté, lequel se poursuivra à frais communs, et qui fut obtenu l'année suivante 1603. par Bulle du Pape Clement VIII. (l) La même année 1603. l'Abbé et les Religx. de Senones ayant remontré au Pape que D. Claude Raville, ancien abbé de ce monastére, avoit donné un fonds de 8 mille frans monnoie de Lorraine, pour des revenus de cette (1) Cet article XI est rempli de corrections faites par D. Càlmet et de renvois à des feuillets couverts de ratures de sa main. (On a beaucoup de peine à se retrouver au milieu de toutes ces phrases entrecoupées et sillonnées de signes renvoyant soit aux feuilles précédentes ou suivantes, soit à des bouts de papier collés eu marge du manuscrit.)

XI

Erection de l'infirmerie de 2cnone*.

1603.


somme entretenir aux etudes les jeunes profés, ou autres religieux qui voudroient étudier. Et après avoir satisfait à ses intentions, il leur restoit entre leurs mains quatorze cent frans, qu'ils ne croioient pas pouvoir employer à d'autres usages sans la permission expresse de Sa Sainteté; ils le prient de leurs permettre d'eriger une infirmerie dans leur monastere qui en manque, et d'employer cette somme à achepter quelque fond pour l'entretien de cette infirmerie que l'Abbé moderne D. Jean Lignarius offroit déjà aux religieux un appartement sain et commode situé entre l'Eglise de la Vierge et la grande cave du monastère. Le pape consentit volontiers à cet établissement, par ses bulles dattées du 3 des ides de Juillet 1603.

(*) En 1608, les religieux de Senones entrérent en procés avec les P. Jesuites du Noviciat de Nancy, à l'occasion d'une rente qui etoit duë aux premiers sur les quartiers des villages de Barbonville et de Ste. Marie, et sur les dixmes de Damelevière (2). Le prince. Nicolas François aiant cédé aux Jésuites en 1604 la terre de Barbonville ci-devant dépendante de l'abbaye de Moyenmoutier, ils demeurèrent chargés de la dite rente envers les religieux de Senones, auxquels l'abbé Lignarius avoit cédé la dite rente en 1602. Elle appartenoit à l'abbaïe dez l'an 1295, et les religieux de Moyenmoutier avoient toujours exactement acquitté cette rente, tantôt en grain, tantôt en argent, selon la commodité et du consentement des parties.

Les pères Jésuites aiant fait refus, en 1608, de payer cette redevance, et aiant soutenu que les pères de Senones ne l'avoient pas perçuë depuis 40 ans, ceux-ci obtinrent de (i) Il y a ici une lacune dans le inss. de Saint-Dié. D. Calrwet y a fait de nombreuses ratures; •, il y a même des feuillets coupés et, bref, les articles qui portaient primitivement les noi XII, XIII, XIV, etc portent les n<( XVII, XVIII, etc. de sorte qu'il manque dans le mss. de Saint Oie les matières composant les articles depuis le XH jusqu'au n* XVII exclusiv'. Pour combler cette lacune, nous avons eu recours au manuscrit d'Kpinal.

(t) Dame-Levière, du latin Dumna-libaria sainte Libaire, première martyre de Lorraine, est la patronne de l'église de ce lieu.

xn

Bien* de l'Abbaye

de Seno»

nes à Bar-

bon ville.


Réforme de l'Abbaie

xnx

de Seno-

net.

Rome un bref apostolique en datte du 18 mars 1609, portant commission à l'official de Toul de connoître de cette affaire. Le procés dura plusieurs années entre les anciens religieux de Senones et les Jésuites. Après l'introduction de la réforme en 1618, les Bénédictins réformés reprirent l'instance et obtinrent sentence, du 9 octobre 1637, des echevins de Nancy, confirmée par arrêt de la Cour de Parlement, par laquelle les Jésuites étoient condamnés à payer annuellement ci-aprés ladite rente, à restituer ce qui n'avoit pas été payé et à tous les dépens. Et par un accomodement qui suivit, il fut convenu qu'on la payeroit en argent, à raison de 16 frans barrois par resal de bled, et de 10 frans par resal d'avoine, pendant tout le tems que la guerre dureroit en Lorraine, sans aucune espérance de réduction. Dans la suite les Jésuites eurent le crédit d'obliger les Bénédictins à leur vendre cette redevance, dont le prix fut employé à acheter les vignes de Moyen. Quelque tems avant qu'on eut entamé ce procés, l'abbé Lignarius fut obligé de se transporter à Rome, pour se défendre contre François Ter el, qui s'etoit fait pourvoir de la coadjutorie de l'Abbaïe malgré lui, ainsi qu'on l'a vû. Le prince de Vaudémont, qui avoit épousé en 1597 Christine de Salm, une des deux héritières du Comté de Salm, étant entré en jouissance de ce Comté en 1604, trouva ce pays presque tout rempli d'hérétiques, par l'ignorance des prélats et des ecclésiastiques. Il crut que le moien le plus efficace pour remédier à ces maux, étoit de s'adresser au pape, pour le prier d'y pourvoir. Il envoia donc à Rome le Sr. Baretti avec des instructions dattées de Nancy le 30 Juillet 1604, portant que M. Baretti remontreroit à Sa Sainteté Que l'Abbaie de Senones étoit un monastere considérable dans le comté de Salm, où le prince de Vaudémont étoit seigneur régalien, le possédant avec les mêmes droits que les autres princes de l'empire possèdent leurs Etats. Qu'il étoit expédient et nécessaire que cette abbaïe fut gouvernée par des gens qui pussent attirer les hérétiques, dont le nombre étoit grand dans le comté de Salm. Mais que tout


au contraire, l'Abbé Lignarius avoit peu de conduite dans les affaires, beaucoup de faiblesse dans le jugement, et d'une vie où il y avoit à redire. Le pape étoit supplié de faire informer contre lui, pour les informations vuës, Sa Sainteté ordonner ce qu'elle trouveroit à faire pour le bien de notre Religion.

Le prince de Vaudémont étant allé à Rome peu de tems après la mort du comte de Salm, remontra au pape le regret qu'il avoit de voir dans le comté de Salm, qui lui étoit échu, un grand nombre d'hérétiques à cause de l'impunité et de la négligence des ecclésiastiques dudit comté, et entr'autres de l'abbé de Senones.

Le pape loüa le zèle du prince, et par un bref du 11 septembre 1604, nomma commissaire pour informer, le prince Erric de Lorraine, évêque de Verdun, lequel arriva à Senones le 6 décembre suivant. Il entendit l'Abbé, qu'il interrogea sur des points de notre religion fort communs; et l'on a publié que l'abbé n'avoit pu y répondre. Il cita aussi plusieurs témoins qui déposèrent contre la conduite et les moeurs de l'Abbé; et l'on a encore un gros procès-verbal contenant ces dépositions. L'evéque ne passa pas outre dans l'information, à cause de quelques affaires survenues qui l'appelèrent ailleurs. Mais en vertu du pouvoir qu'il avoit, il subdélégua l'official de Metz, qui par information trouva plus que le prince de Vaudémont n'avoit représenté car la plupart des témoins dirent qu'ils regardoient l'abbé comme un homme sans raison, ni jugement, de peu de conduite et mauvais ménager; que l'abbaïe de Senones et ses dépendances étoient fort mal entretenues; qu'elle étoit dénuée de toutes provisions; le bled mangé en herbe; de sorte que lors de son avènement à l'abbaïe, elle étoit meilleure de cinquante mille frans; aiant dissipé le bien par son peu de prévoiance.

Le prince de Vaudémont ne fut pas content que l'évêque de Verdun n'eut pas poursuivi l'information mais qu'il eut subdélégué l'Official de Metz pour la continuer. Il en écrivit au pape une lettre très forte, et accusa l'evêque d'avoir


fait entendre sous main et par un tiers à l'Abbé que son insuffisance trop bien reconnuë, lui feroit perdre son abbaïe; mais que s'il le faisoit son coadjuteur, il avoit les moiens et le pouvoir de le maintenir; que l'abbé irrésolu et sans jugement s'etoit laissé persuader et avoit donné une procuration pour faire le Sgr. évêque son coadjuteur; que l'évêque en étant saisi, n'avoit pas passé outre, mais avoit subdélégué l'official de Metz. Je crois, ajoute le Prince, que votre Sainteté n'approuvera pas cette forme de procéder, et je la regarde comme une offense qui m'est faite, parce qu'il sembleroit que j'eusse donné ouverture à cette poursuite, pour faire tomber obliquement l'abbaïe entre les mains de mon cousin: je n'y ay jamais pensé; je serais marri que V. S. fût dans cette croyance, et je ne pouvois pas le faire par cette voye, sans préjudicier à l'autorité régalienne et au droit que j'y ay par indivis avec mon comparsonnier au Comté de Salm, qui est luthérien, et ne le souffriroit pas, ainsi qu'il avoit fait paraître par la protestation de nullité formée de sa part aux procédures de l'official. il prie le pape de ne pas recevoir l'évêque de Verdun dans la coadjution de l'abbaïe de Senones, mais eu égard à l'insuffisance de l'abbé, d'ordonner que nouvelle élection fût faite d'un autre abbé par les religieux, comme on avoit accoutumé de tout tems, sous l'aveu et le consentement des Comtes de Salm.

Le prince écrivit d'autres lettres sur le même sujet au cardinal Aldobrandini et au Sr. de S'. Léon. Il les pria d'être ses intercesseurs afin que la coadjution n'eût pas lieu; mais que l'élection demeurât aux religieux, comme du passé, sous l'aveu et consentement des Comtes de Salm. Il écrivit encore à M. Baretti pour représenter les mêmes choses.

Les informations contre l'abbé de Senones et les lettres du prince furent portées à Rome par un courier dépêché le 22 décembre 1604.

Le pape les aiant vues prit avis des plus doctes de la Ilote, qui jugèrent que l'abbé Lignarius seroit interpellé


de faire un coadjuteur, comme étant incapable de l'administration de son abbaïe et de la dignité abbatiale. L'abbé refusa de faire un coadjuteur. Ce refus aiant été mandé au pape, Sa Sainteté dit à M. Baretti d'écrire au prince de Vaudémont qu'il lui nommât un homme catholique et capable, et qu'il l'institueroit coadjuteur et administrateur du spirituel et du temporel de l'abbaïe de Senones l'abbé ne pouvant pas être déposé sans avoir été ouï, ce qui demandoit trop de tems.

Le Sr. Terel informé de ce que le pape mandoit au prince, le supplia de choisir un de ses fils, qui étoit au collège de Pont-à-Mousson, ou aiant achevé son cours de philosophie, il étudioit aux cas de conscience. Le prince de Vaudémont y consentit sur le témoignage que les Jésuites donnèrent de la suffisante piété et religion du fils du Sr. Terel, et le pape, motu proprio et ex certâ scientia, comme il est énoncé dans ses bulles, créa coadjuteur de l'abbaïe de Senones, noble François Terel, religieux à Longeville, suivant l'élection que le prieur et les religieux de Senones avoient faite de sa personne, et après sa profession administrateur du spirituel et du temporel de l'abbaïe ce fut le pape Paul V qui lui accorda des bulles de coadjution, cum futura successione, en 1606, en vertu desquelles il fut mis en possession de la coadjutorie. Il reçut l'ordre de la prêtrise et fit profession selon les statuts et coutumes du monastère de Senones, le 9 novembre de cette année, entre les mains de l'official, en vertu d'un indult particulier; et l'évèque de Toul, par ordre exprés de Sa Sainteté, contenu dans les lettres apostoliques de coadjution et administration, avoit crée une pension de 3.000 francs barrois en faveur de l'Abbé Lignarius.

Dom François Terel avoit pris l'habit de religieux dans le monastère de Longeville, mais il n'avoit pas encore fait ses voeux solemnels; c'est pourquoy François Thierry, qui en étoit abbé lui donna une permission par écrit, le 19 septembre 1606, de passer au monastère de Senones, et il y fit profession, comme nous avons dit, le 0e de novembre suivant.


Les prieur et religieux de Senones le reconnurent pour coadjuteur et administrateur de leur abbaïe. En effet, c'etoit eux qui l'avoient élu à cette dignité, et lorsqu'il en prit possession, le 18 novembre, ils lui firent promettre Qu'il se feroit promouvoir à la prêtrise le plutôt qu'il pourroit. Qu'il résideroit à Senones, vivant en paix avec ses religieux comme un bon père avec ses enfants, et promettoient de le respecter. Qu'il entretiendroit ses religieux comme d'ancienneté, et les laisseroit vivre. comme ils avoient appris dans les années de probation. Que dans un an pour tout délai il représenteroit à Sa Sainteté la forme de vivre observée de tems immémorial dans le monastère, et la feroit autoriser et approuver, autant que faire se pourroit. Qu'il tiendroit irrévocablement l'accord passé entre D. Jean Lignarius leur abbé, et eux, le 3 Octobre 1602, confirmé depuis par le pape Clément VIII, pour faire jouir les religieux des biens à eux cédés par cet accord. Qu'il ne dérogeroit pas à l'ancien bien qui leur appartenoit de toute ancienneté, et n'étoit pas compris dans l'accord. Qu'il donneroit communication à ses religieux des affaires concernant le domaine et les dépendances du monastère et y procéderoit avec leur avis. Qu'il ne recevroit à profession aucun gentilhomme, noble, difl'orme, illégitime, ou aiant quelque défaut naturel.

Qu'il ne pourvoiroit des prieurés ruraux et des autres charges et offices tant de dedans que dehors le monastère, que des religieux de Senones, et ce par élection des conventuels. Et comme l'élection qu'ils avoient faite de lui étoit personnelle et particulière à lui, ils entendoient qu'il ne la pourroit céder ni transporter à autre, ni se faire un coadjuteur et successeur à l'avenir que par élection et le commun consentement des religieux.

Qu'il ne passeroit pas des admodiations générales et à longues années du revenu du monastère ou de ses dépendances conjointement ou séparément. Qu'il solliciteroit par toutes les meilleures voyes la réunion des prieurés, et des autres rentes et droits distraits de leur maison, conformé-


ment aux titres et instrumens qu'il en trouveroit. Qu'il tâcheroit de méliorer et augmenter les biens du monastère. Enfin, ils le prioient d'affecter au couvent la thrésorerie, afln que cet office fut observé plus soigneusement, parce que chacun y auroit égard.

D. François Terel fit signifier au Sr. Abbé l'acte de sa profession le 16 novembre, avec nouvelle défense, en vertu du procès fulminé, de ne plus s'ingérer dans l'administration de l'abbaïe, ni de lever aucune rente.

Les bulles du dit François Terel furent aussi intimées en chapitre le 18 Aoust 1606. L'abbé n'y fit point d'autre réponse que d'en demander copie ce qui lui fut accordé. Incontinent après, il dépêcha à Rome un messager, et vendit pour les frais, la bergerie de l'abbaïe. Le messager rapporta en diligence une citation du 9 septembre de l'auditeur des causes ordinaires de Sa Sainteté, portant défense à D. François Terel de le troubler, comme il faisoit, sans savoir à quel droit selon l'exposé de l'abbé, dans la jouissance de l'abbaïe, sous les peines portées dans la citation. Au commencement de novembre, l'abbé fit intimer la citation à l'official de Toul et au coadjuteur. Mais voiant ce qui s'étoit passé, et que défense avoit été faite à l'admodiateur de Léomont de délivrer à l'avenir les rentes du prieuré au Sr. Abbé, il présenta requête au duc de Lorraine pour être maintenu en la possession du prieuré et de ses rentes il obtint un arrêt de son conseil du 13 décembre 1606, qui empêchoit le coadjuteur de prendre possession dudit prieuré. Il en obtint pourtant la permission le 26 février 1607, sur laquelle il se plaignit que l'abbé avoit fait emporter une partie des grains et revenus de Léomont. Assignation fut donnée aux parties au 17 mars, à laquelle le coadjuteur comparut, et remontra que n'étant pas seulement question de l'octroy d'une main levée, mais encore de restitution de fruits, cette action étoit purement personnelle, à raison de quoi il auroit décliné et requis d'être renvoié par devant son juge ecclésiastique vu même que la difficulté étoit entre deux personnes ecclésiastiques et religieuses.

XXV

Affaire de D. Iiignarius

contre

François

Terel, 1

16O6, eto.


De sorte que par arrêt du 23 mars, le coadjuteur fut débouté de son renvoy et contraint de procéder audit conseil. Le coadjuteur, pour remédier, disoit il, au mauvais ménage de l'abbé, voulut rompre les baux qu'il avoit faits à ses frères et à ses parens, suivant le pouvoir qu'il avoit d'affermer; mais il en fut débouté tant au bailliage de Nancy, qu'au couseil de S. A.

Pendant ces poursuites devant S. A., l'abbé voiant qu'on avoit aussi fait défense à l'administrateur du Moniet, dans le temporel de l'évêché de Metz, de rien payer au Sr. abbé des revenus du prieuré, présenta requête au cardinal de Lorraine, évêque de Metz, et obtint un arrêt du 26 novembre 1606, par lequel le Ssr. évêque déclara nulle la défense, et ordonna à ses officiers de ne permettre aucun exploit ou mandement de justice être fait en aucun lieu de sa jurisdiction, sans sa permission expresse, ou de ses officiers; et maintint l'abbé en la jouissance des revenus étant dans son évêché.

En vertu de ce décret, le Sr. Abbé demeura au Moniet jusqu'au 3 mars 1607, que le cardinal permit au coadjuteur d'y entrer. Mais l'abbé, par un deuxième arrêt du 7 mars, donné par le cardinal, se fit adjuger tous les fruits et revenus du Moniet échus et perçus jusqu'au 3 mars, que le coadjuteur y entra. Il s'adressa aussi au comte Rhingraff, pour être maintenu en la possession du chef de son abbaïe et des autres biens en dépendans.

Il seroit trop long de rapporter tout le détail de ce procés, qui a été plaidé à Rome et dans le pays pendant six ou sept ans. Je dirai seulement que le 2 janvier 1610, Dom François Terel qui plaidoit encore à Rome contre l'Abbé Lignarius, in sacro Palatii apostolici auditorio coram R. P. D. Francisco Sarato, passa un acte par lequel il renonçoit entre les mains de Sa Sainteté à la coadjutorie du monastère de Senones et à la future succession, en faveur du prince Charles, fils du prince François de Lorraine, marquis d'Hattonchatel, comte de Vaudémont, Clermont et Salm. Ce prince n'avoit encore que sept ans il avoit accès


et entrée à l'évêché de Toul. Tous les revenus de l'abbaïe de Belchamp lui étoient réservés, excepté cent écus pour la pension de l'Abbé. Il avoit une pension de 3000 frans sur les revenus de la Primatiale et du prieuré de N. Dame de Nancy, et de mille écus sur les fruits de la mense épiscopale de Toul.

Dans cet acte (•), François Terel demandoit une pension annuelle sur les revenus de l'abbaïe de Senones, ou plutôt sur le prieuré de S1. Michel de Léomont; ou bien s'il plaisoit à Sa Sainteté, eu égard aux grandes dépenses qu'il avoit faites, lui assigner pour pension tous les fruits dudit prieuré. Cet acte a été sans effet. Car l'abbé Lignarius, qui depuis quelques années étoit à Rome pour se justifier, obtint une sentence de la Rote, qui contenoit son absolution et la condamnation de son adversaire. La bulle de son rétablissement est du 17 aoust 1611. Elle porte qu'après que D. François Terel avoit été fait coadjuteur, l'abbé Lignarius s'étoit souvent plaint de la nullité du procès, de la subreption et obreption des lettres apostoliques de cette coadjutorie et du préjudice qu'elle lui avoit porté que l'auditeur des causes du Sacré Palais aiant eu commission d'examiner toute cette affaire, plusieurs doutes ou cas de conscience avoient été proposés dans l'auditoire des causes du palais, et toutes résolues en faveur de l'abbé Lignarius contre François Terel; que l'auditeur avoit procédé dans cette cause jusqu'à sa conclusion, et que s'il venoit à proférer une sentence conforme aux décisions des doutes et en faveur de cet Abbé et que dom François Terel en interjettât appel, il y auroit à craindre que ce procès poussé avec de grandes dépenses depuis plusieurs années, ne fût prolongé plus longtems, au grand préjudice du monastère de Senones et des parties plaidantes. « Nos pro debito. praefa« tam et quascumque alias causas super eisdem praemis(t) C'est l'acte dont parle le parag. précédent, passé le 2 janvier 1610, et par lequel D. F. Terel renonce à la coadjutorie du monastère de Senones.


xv

D. Lipariul rétabli i

dan* ton

Abbaie.

1611.

« sis, quomodolibet introductus ad nos avocavimus, et « penitus extinximus, atque annulavimus, ipsisque colliti« gantibus perpetuum desuper silentium interposuimus, « insuperque dictum Joannem abbatem contra et adversus « constitutionem et deputationem ipsuis Francisci Terelli « in ejus coadjutorem, ut praefertur, factas, in pristinum et cum in quo antiquum dictae lttterae emanarent, quo« modo libet erat, statum restituimus, etc

Ainsi par cette bulle D. Jean Lignarius fut rétabli dans ses anciens droits; toutes les procédures faites contre lui en Lorraine furent cassées, et son adversaire débouté de son office et condamné aux dépens du procès, et à la restitution des fruits.

Plusieurs croioient que l'abbé ainsi victorieux retourneroit chez lui, mais ils se trompèrent il resta à Rome, et ce fut pendant ce long séjour que la réforme (') fut introduite dans son abbaïe en 1618, comme nous le dirons ci-après. Il y avoit déjà du tems que les religieux de Senones appréhendoient la réforme, et dans le traité qu'ils avoient fait avec François Terel en 1606, lorsqu'il eût reçu ses bulles de coadjuteur, le 4e article portoit que dans un an au plus tard le coadjuteur représenteroit à Sa Sainteté « la forme de vie de tems immémorial observée dans le monastère, et la feroit approuver autant que faire se pourroit. '11 Le 6 may suivant, ils firent une protestation par écrit par devant le cardinal-légat, que les gardes posées dans leur monastère y étoient par ordre du Sr. Debets intendant des affaires de Mgr. le Rhingrave, qui comme protecteur de l'abbaïe vouloit empêcher l'introduction des réformés et qu'aucune nouveauté ne s'y fît; qu'autrefois ils avoient passé une promesse signée d'eux tous, que leur prieur avoit euë en main, portant qu'ils ne vouloient subir aucune réforme que celle qu'ils avoient apprise, vuë et entenduë en leur année de probation à moins que la dite réforme ne (i) On lira à l'article suivant, le bref concernant l'introduction de la réforme de la congrégati n et «le la règle dans l'abbaye de Senones.


vint de Sa Sainteté, et ne fût généralement observée par toutes les maisons de l'ordre de S. Benoit.

En 4612, le pape Paul V, donna un bref de commission en datte du 16 may, à M*r. de Maillane, évoque de Toul, pour introduire la réforme dans le monastère de Senones. Voici ce bref

« Paulus P. P. V. venerabilis Frater, salutem et Aposto- J « licam benedictionem. Alias pro nostro pastoralis officii « debito reformationi ordinis S. Benedicti in Lotharingiae «et Barri Ducatibus invigilantes, Senone. Carolo, dum « vixit, S. Agalhae diacono Card. à Lotharingia nuncupato « nostro et Apostolicae sedis in Ducatibus praedictis de la« tere Legato, per alias nostras in simili formâ brevis litte« ras injunximus quatenus per se, vel vicarios suos, cum « aliquibus monachis pro fessionis et reformationis Cassi« nensibus Monasteria omnia non reformata, et Prioratus « in fra limites suae legationis consistentia, nostra autoritate « visitaret et sciret an in eàrum singulis debitus monacho« rum numerus adesset. Quod si hujusmodi numerum tam « in Monasteriis, quàm Prioratibus praefatis non reperiret, « eorum singulis tantum assignaret monachorum numerum, « quantum, commode posset sustentari necnon in Monaste« riis et Prioratibus in quibus debitus numerus non reperi« retur, statim alios ex aliis monasteriis evocando numerum « compleret, iisque praeciperet in virtute sanctae obedientiae « ut sine mora sese trans ferrent ad monasteria vel Priora« tus sibi désignâtes non obstante quovis voto stabilitatis, « quod se fuisse pretendere possent. Super quo idem Caro« lus dispensare posset. Si autem aliqua Monasteria evacua« rentur, in Mis introducere novas plantas quae juxta Sedis « Apostolicae ac S. Benedicti eorumdem locorum fundato«rum intentionem irrigarentur; iisque Regulam ipsam et « Constitutiones juxta reformationes congregationum et « potissimum Montis Cassinensis, observandus à variis Pon« tificibus Rom. et praesertim, felic. record. Gregorii Papae « XIII, praedecessoribus nostris approbatas proponeret, <,< aliaque faceret et exequeretur prout in dictis litteris pie-

XVI

Bref pour la réforme

de 1 Ab-

baie de

Senones.

16X2.


« nius continetur. Ac subinde per illos accepto quod dictus « Carolus cardinalis praeventus morte, susèeptum ab eo « visitationis munus fide débito terminare non potuerat, et « multa quae in dictis litteris mandavimus executioni de« mandata non erant, nos motu proprio et ex certa scientiâ « nostrâ, ac de Apostolicâ potestatis plenitudine primo ve« nerabili fratri Errico Episcopo nuper Virdun. Per quas« dam. ut adjunctis sibi aliquot personis moribus, doc« trinâ et experientiâ conspicuis, ad totalem primodictarum « litterarum executionem in dvitate tamen Virdunensi et « provinciis Loth.aringiae B. mem. Carolo Lotharingiae « Duci subjectis dumtaxat, servatâ alias in omnibus primo« dictarum litterarum forma et deindè factâ per dictum « Erricum Episcopum cessione regiminis et administra« tione dictae Ecclesiae, fraternitati tuae per alias nostras litteras commisimus et mandavimus, ut ad totalem priai modictarum litterarum executionem juxtà tamen poste« riorem litterarum nostrarum dicto Errico Episcopo direc« tarum tenorem, et servatâ aliàs, prout in singulis litteris « praefatis plenius continetur. Cum autem sicut nobis nu«per exponi fecisti, ad totulem litterarum praefatarum a executionem juxtà earum formam et facultatem tibi in « eis concessam Monasterium vero S. Petri Senonensis « ejusdem ordinis, nullius seu Tullensis diœcesis, quod non « in ducatu Lotharingiae, sed in comitatu de Salm dictae « nullius seu Tullensis dioecesis situm existit, reforma« tione indigeat. Nos illius felici gubemio prospicere vo« lentes, eidem fraternitati tuae, ut tanquam noster et Se« dis praefatae delegatus, Monasterium S. Petri praefatum «tam in capite, quam in membris juxtà dictarum littera« rum ipsi Episcopo Errico, et tibi aliàs directarum, conti« nentiam et tenorem, et servatâ illarum formâ et non « aliàs, perinde ac si in dicto Ducatu situm esset, visitare « libère et licite possis et valeas, plenam, liberam et omni« modam facultatem et autoritatem tenore praesentium « concedimus et impertimur, nonobstantibus omnibus quae « in singulis litteris prae fatis voluimus nonobstare; coete-


« risque contrariis quibuscumque. Datum Romae apud S. « Petrum sub annulo ptscatoris, die 16 maii 1612. Pontifiai catûs nostri anno septimo. S. Cobellutius. » M. de Maillane ne put fulminer et mettre à exécution ce bref du Pape qu'en 1618, six ans après qu'il l'eût reçu. Les difficultés que le comte du Rhin fit d'y donner son consentement, furent la cause de ce retard. Cela conste par une lettre du prince de Vaudémont écrite de Nancy le 24 aoust de la dite année. à Mgr. de Maillane évêque de Toul. « Monsieur, j'ay fait entendre à mon cousin le comte du « Rhin, le bref que vous avez obtenu du Pape pour réfor« mer l'abbaye de Senone. Il répond qu'étant catholique, « comme il est, il n'empêcheroit pas non plus que moy, la « dite réforme. Mais quant à son frère, qui est de la reli« gion prétenduë réformée et autres mineurs qui ont part « comme lui au Comté de Salm, où ladite abbaye est assise « sous notre protection et autorité régalienne, il ne peut « permettre ladite réformation; d'autant qu'il en seroit « responsable envers eux pourl'intérest qu'ils y pourroient « prétendre. »

Les anciens religieux de Senones n'apportèrent pas une moindre répugnance à la réforme. Quatre d'entr'eux avoient pris l'habit de la réforme dans la congrégation de S1. Vanne, et y avoient renouvellé leur profession, savoir: D. Nicolas Mathias (ou Mathis), D. Philippe Colard, D. Didier Pient, et D. Jean Errard, tous à S. Vanne, le 1er, le 7 Octobre 1603, le 2e le 23 janvier 1604, le 3e et le 4e le 21 Mars 1609. D. Philippe Colard est le même que le R. P. D. Philippe François, depuis abbé de St. Airy, si connu par sa sainteté et par les ouvrages de piété qu'il donna au public. L'éveque de Toul envoia à Senones le R. P. D. Claude Riquechier, prieur de St. Evre, pour porter les anciens Religieux à recevoir dans leur monastére leurs quatre confrères, qui avoient embrassé la réforme. Ils le refusèrent et écrivirent au prince de Vaudémont qu'ils ne pouvoient prendre aucune résolution sur la proposition qui leur avoit été faite par le Sr. prieur de S1. Evre, sans scavoir aupara20


vant la volonté de leur abbé qui étoit à Rome. Le prince leur récrivit de Nancy le 11 Aoust 1616, qu'il n'étoit pas question de recevoir dans leur monastère des religieux étrangers, mais des personnes qui étoient du corps de leur couvent, et n'en devoient pas être exclus parce qu'ils en étoient sortis depuis quelques années pour apprendre la perfection de la règle de S. Benoît. Il les exhortoit à s'accomoder avec eux, et de prendre leur résolution avec le prieur de S1. Evre, qui devoit faire incessament un second voyage chez eux; qu'ils n'avoient pas besoin d'attendre le consentement et la permission de leur abbé, pour recevoir dans leur monastère des gens de bien, leurs confrères et enfans de la maison, puisqu'on lui avoit remontré que la régle les obligeoit même à ouvrir leurs portes jusqu'à trois fois aux apostats, sans aucune délibération ni remise. Outre que vous ferez, dit-il, une oeuvre pleine de mérite envers Dipu, vous me donnerez une occasion d'embrasser d'un meilleur coeur la protection de votre monastère, etc. Les choses restèrent encore dans cet état pendant deux ans. L'abbé, qui étoit à Rome, refusa de consentir à l'introduction des réformés, et même présenta une supplique le 23 février 1616, contre les anciens religieux pour faire casser le traité de la séparation de mense de 1602, sous prétexte qu'ils ne lui rendoient aucune obéissance et respect; qu'ils contrevenoient tous les jours aux conditions du susdit traité; qu'ils refusoient de recevoir les religieux ou novices qu'il envoioit; qu'ils s'approprioient les revenus à eux assignés et entretenoient à peine la moitié du nombre des religieux dont on étoit convenu, qui étoit de dix prêtres et quatre novices.

Enfin, on se lassa de ces longueurs. Le prince de Vaudémont, le 21 janvier 1618, envoia une lettre de cachet à son prévôt de Senones, dans laquelle il lui ordonnoit de ne pas empêcher, mais d'assister les Pères Bénédictins qui alloient à Senones, pour donner ouverture à la réforme du monastère. Voici la lettre de cachet

« De par le Marquis d'Hattonchâtel, comte de Vaudé-


« mont de Salm. Amé et féal, désirant que la réforme soit « introduite dans le monastère de Senones, j'envoie le Sr. « prieur de S1. Evre auprès des Prieur et Religieux de Se« nones, afin qu'il leur apprenne mes intentions, et les « assiste pour traiter de la réforme avec le Président et les « Religieux de la Congrégation de St. Vanne; et que cepen« dant les Religieux de Senones reçoivent parmi eux les « Pères Nicolas Mathias, Didier Pient et Vincent Henri, « ancien profès de leur monastère. C'est pourquoi, Nous « vous mandons de ne pas empêcher le Sr. prieur de S1. « Evre, mais de le fortifier aux occurenses à l'effet de notre « bonne intention, selon qu'il vous en requierera. Signé: « François de Lorraine. j>

Le prince de Vaudémont, qui prenoit à coeur la réforme, écrivit le 27 janvier au comte du Rhin son cousin, et lui mandoit qu'on lui avoit dit que les religieux de Senones feroient quelques difficultés de recevoir en leur monastère la réforme, selon les voyes qui avoient été proposées, craignant que leur Abbé n'en prit sujet de se plaindre d'eux qu'ils n'avoient pas le pouvoir d'admettre par leur aveu ou consentement particulier aucune personne dans leur monastère sans sa permission, ou de quelqu'autre plus grande autorité que de là il étoit persuadé qu'il valoit mieux que l'évêque de Toul introduisit la réforme en vertu de son bref: en quoy, dit-il, je ne vois aucun inconvénient pour nous puisque le tout se fera sous le mandement ou l'autorité du Pape que tous les catholiques reconnoissent souveraine dans les affaires spirituelles. C'est pourquoi je n'ay fait aucune difficulté d'y donner mon consentement, et j'espère que vous n'en ferez aucune de donner le vôtre, pour ce qui vous touche, afin que l'éxécution d'une si bonne oeuvre ne soit pas différée plus longtems. Le Comte du Rhin récrivit au prince de Vaudémont, qu'il désiroit que les transactions passées avec les abbés de Senones fussent ratifiées du Saint-Siège, avant que de procéder à l'introduction de la réforme. Le Prince lui manda que ce n'etoit pas une chose qui pût se faire tout d'un coup,


puisque le consentement des religieux n'y étoit pas tant requis que celui de l'Abbé, dont il connoissoit la cervelle et les irrésolutions. Il ajouta d'autres raisons et ses prières, afin de le disposer à consentir à une entreprise, qui étoit déjà bien commencée. On peut voir la lettre que le prince de Vaudémont écrivit à l'évêque de Toul en datte du 1er février 1618, où il lui fait ce détail.

Les Pères D. Nicolas Mathias, Didier Pient, Philippe Colard et Jean Errard, qui étoient profès de Senones, et avoient embrassé la réforme de S. Vanne, présentèrent leur requête aux S&™. Comtes de Salm, leur exposant que depuis quelques années ils avoient vécu dans la congrégation des Pères réformés de leur ordre en Lorraine, afin d'y apprendre et pratiquer l'exacte observance de la discipline régulière suivant les constitutions de leur ordre, sans néanmoins avoir eu l'intention de renoncer au droit que leur réception et profession dans le monastère de Senones leur avoit acquis et donné mais que depuis leur retraite, le nombre des religieux nécessaires aux offices et aux charges du monastère étant si diminué, qu'il étoit besoin d'y pourvoir, eux qui avoient conservé dans leurs coeurs l'affection qu'ils devoient à la maison où ils avoient pris l'habit de la religion qu'ils professoient, se sentoient obligés de tâcher d'y rentrer, pour y rendre le service qu'ils devoient. Ils supplient les comtes de Salm qu'en faveur de leur bonne intention et la justice, ils ordonnent à leurs officiers de ne pas empêcher leur rétablissement dans ledit monastère de Senones, mais lorsqu'ils en seroient requis, de le favoriser, de les assister et leur faire fournir les aliments dans le monastère, auxquels la mense conventuelle étoit obligée par tacite hipothèque.

Les comtes aiant décrété cette requête et donné leur consentement à l'introduction de la réforme, le Sr. Dieudonné de Laitre, prêtre du diocèse de Toul, en vertu du mandement du Ser. évêque, en date du onzième janvier 1618, intima le bref apostolique le 5 mars suivant aux prieur et religieux de Senones, étant tous assemblés au


réfectoire, messire François Mallans prieur claustral, Nicolas Regnault, Jean Maire, George Cuny, Estienne le Mance et François Terel, tous religieux prêtres et profez du monastère, lesquels d'un consentement unanime déclarèrent qu'ils étoient enfans d'obéissance, prêts d'obéir en tout et partout, et autant que leurs infirmités pourroient permettre, au mandement de Sa Sainteté, et aux lettres des S* comtes de Salm.

D. François Terel, en qualité de coadjuteur, ajouta qu'il avoit toujours désiré et procuré selon son pouvoir la réforme du monastère, prévoyant le grand bien qui en résulteroit par le bon exemple et la saine doctrine des Pères réformés, qui y seroient introduits, pourvu néanmoins que son droit de coadjuteur lui fût conservé, et que l'autorité des S*rs. Abbés ne fût pas altérée par cette introduction.. Le 25 Aoust de ladite année, D. François Terel aiant cédé aux religieux réformés, qui étoient alors en possession du monastère de Senones, tout le droit qu'il pourroit prétendre comme religieux de l'abbaïe, sur tous les revenus de la mense conventuelle, le P. D. Nicolas Mathias, qui a été le premier prieur de la réforme, en considération de cette cession lui accorda une pension de 600 frans barrois, pendant le tems seulement que les réformés jouiroient du bénéfice et profit de ladite cession paisiblement.

L'évêque de Toul, par acte du 12 mars de ladite année, défendit au prieur claustral et aux anciens religieux de Senones de plus recevoir à la vêture aucun novice qu'il n'embrassât la réforme, ordonnant que s'il y avoit dans le monastère quelques novices qui n'eussent pas encore fait profession, on les avertit sur le champ, ou de quitter l'habit, ou d'entrer dans un monastère réformé de Lorraine, pour y être éprouvé, et pour éprouver eux mêmes s'ils pouvoient pratiquer la réforme, et déclaroit nulle la profession qu'ils pourroient faire autrement.

Le même évêque aiant uni et incorporé, par acte du 26 mars 1618, le monastère de Senones à la Congrégation de S1. Vanne et de S*. Hydulphe, et y aiant introduit des


xvn

à r t i e 1 e a pour le»

anciens

religieux

de 8eno-

nei. 1618.

religieux réformés de ladite congrégation, du consentement du Sr. prieur et des anciens, il prescrivit à ces derniers les règles d'une manière de vie honnête, comme il avoit déjà fait dans les autres monastères du pays de l'ordre de St. Benoit, dans lesquels il avoit introduit la réforme par commission du S1. Siège. Ces articles sont au nombre de 14. 1° Les religieux anciens résidans dedans ou dehors l'abbaïe seront vêtus d'habits honnêtes, religieux et convenables à leur profession; savoir, de robes longues et d'un scapulaire avec la gorne, lorsqu'ils se trouveront à l'église et allant aux champs, ils porteront une soutanelle ou robe courte avec le scapulaire. De six semaines en six semaines, ils feront renouveller leurs couronnes et faire leur barbe, en sorte qu'ils soient reconnus à l'extérieur pour religieux. 2° Les clefs des portes du cloitre seront entre les mains du prieur claustral, ou en son absence du plus ancien des religieux, pour ouvrir et fermer lesd. portes aux tems et heures convenables. Les Religx. ne pouront sortir et aller promener sans permission du Supérieur et à charge de retourner aux heures auxquelles ils doivent assister à l'office divin; ne fréquenteront (*) aucunes compagnies et hantises scandaleuses, et ne se trouveront point dans les festins de nôces ou de batême, et ne tiendront point d'enfans sur les fonts.

Ils auront chacun le pouvoir de percevoir les fruits et revenus de leur pension, pour les emploier à se nourrir et entretenir, sans se les approprier.

Ils rendront l'honneur et l'obéissance à leurs supérieurs dont ils subiront la correction, si le cas y échoit. Jouiront néanmoins du privilége de leur confraternité, avec. les deux abbaïes voisines.

Ils tiendront leurs chambres meublées de peintures honnêtes et d'images dévotes et de livres de doctrine et de dévotion. Emploieront tous les jours quelque tems à la

(i) Lei pages 367 et 368 manquent dans le manuscrit de Saint-Dié.


lecture, afin de se rendre capables de Lur vocation et de parvenir à la perfection religieuse.

Ils assisteront aux chapitres et assemblées qui se feront tous les quinze jours, où après avoir traité de leurs affaires temporelles, il y sera fait quelque exhortation selon la discrétion du Supérieur, pour le bien spirituel et le salut des âmes. Dans les autres chapitres extraordinaires, on suivra les coutumes anciennes.

7* Ils diront leurs heures selon l'usage du bréviaire monastique réformé; suivront le chant des réformés. En tout lieu et en tout tems le prieur après l'abbé aurà le premier rang et les anciens religieux après, comme du passé. Les réformés seront les derniers tant aux processions et dans l'église qu'ailleurs.

Ils assisteront tous les jours à la grande messe et aux vêpres. Les matines seront à leur dévotion; mais ils se trouveront à toutes les heures ès jours de Noël, Pâques, Ascension, Pentecôte, Fête-Dieu, S. Pierre, la Toussaint, S. Siméon, S. Benoit, la Dédicace et les fêtes de N. Dame continuant dans la louable coutume qu'ils ont de fréquenter souvent le sacrement de Pénitence et de dire la messe. Ils feront pour le service de l'église et des messes ordinaires et de fondation, suivant ce qui a été par nous réglé et ordonné dans les articles de l'introduction de la réforme.

10° Assisteront autant qu'ils pourront au saint service, acquittant les messes ordonnées pour les Confrères de Senones et des abbaïes voisines.

11° Diront chaque mois une messe à l'intention des bienfaiteurs, et une fois l'office des morts.

12° S'abstiendront de manger de la viande pendant l'Avent, tous les mercredis de l'année, et les vigiles de la Ste. Vierge.

13° Ils n'iront pas aux champs sans la permission du supérieur, et reviendront au monastère dans le tems qui leur aura été ordonné.

14° Lorsqu'ils tomberont malades, le supérieur y pour-


xvm

Article* pour les

religieux

anciens et

les réfor-

més de Se-

nones.

1618.

i.

S.

3.

H.

voira promptement tant pour leur santé spirituelle que pour celle du corps, et donnera ordre qu'ils soient soulagés selon leur besoin.

Tels furent les articles proposés aux anciens Religx. de Senones. Les anciens religieux n'aiant pu se résoudre à embrasser la réforme, témoignèrent que pour la vie honnête qu'on leur proposoit, ils étoient prêts de l'embrasser et de s'y conformer. Et d'autant que le nombre ordinaire des religieux de l'abbaïe est fixé par les traités passés avec les abbés, à dix prêtres et quatre novices, et que pour le présent ils ne sont que sept prêtres et deux novices, ils consentent que l'on introduise dans le monastère le nombre de religieux réformés qui pourra être nourri et entretenu des prébendes des trois prêtres et des deux novices qui manquent au nombre prescrit, avec lesquels les anciens religieux ne feront qu'un corps de communauté pour traiter les affaires tant spirituelles que temporelles dudit monastère aux conditions et modifications suivantes

Que les religieux réformés incontinent après leur introduction, seront chargés de la célébration de tout l'office divin célébreront toutes les messes hautes et conventuelles, de même que celle qui se dit tous les jours à l'autel de St. Siméon, et celle des frères qui se dit tous les lundis et la messe de la Passion, qui se dit tous les vendredis, et enfin les fondations faites au monastère, moyennant les conditions desd. fondaôns; mais les Anciens demeureront chargés des messes de N. D. et de St. Pierre, qu'ils acquitteront chacun à leur tour.

Les anciens assisteront à la messe et aux vêpres et se conformeront au chant et au bréviaire monastique, mais les matines et les autres heures du jour demeureront à leur dévotion.

L'introduction de la réforme ne poura porter préjudice aux droits, priviléges, immunités, autorités du Seigr. Abbé, ni à celles des Abbés ses successeurs,

4° Non plus qu'au droit de coadjution du Sr. François Térel, lequel a jugé l'introduction de la réforme très utile


pour le bien et l'avancement spirituel non seulement dud. monastére, mais aussi pour tout le comté de Salm qui, par la bonne vie et salutaire doctrine de ses Religieux, pourra être garanti de l'hérésie et préservé de la corruption des moeurs.

Les anciens seront gouvernés par le Sr. Prieur en l'absence du Seigr. Abbé, conformément aux articles de la vie honnête auxquels ils se sont soumis jouiront des privilèges, droits et immunités des religieux réformés de la congrégation de S1. Vanne; participeront tant à la vie qu'à la mort aux prieres, sacrifices, mérites et bonnes oeuvres qui se feront dans lad. congregation et pouront, s'ils le jugent à propos, envoyer leurs députés au chapitre général. Les rentes et revenus du monastère se partageront en dix portions égales, sept desquelles demeureront aux anciens religieux et les trois autres seront pour les réformés. Et comme il n'y avoit alors aucun religieux résidant au Prieuré du Moniet, il fut convenu que celui ou ceux qui voudroient y aller faire résidence, le pouroient faire en acquittant les charges et jouissant cependant de leurs cottes du revenu du monastére.

Ceux qui voudront aller étudier aux universités, recevront cinq cent frans par an, sans être obligé à aucune charge ordinaire ou extraordinaire du monastére, à moins qu'il n'y arrive une perte excédant la somme de 200. frans, auquel cas ils fourniront à lad. perte selon leur cotte et pour le dixième.

Si un ancien religieux est pourveu d'un Prieuré où autre bénéfice égalant où excédant la valeur de sa portion monacale, il sera obligé après an et jour de possession paisible, d'abandonner aux Religieux réformés sa portion monacale et sera dès lors déchargé de tout service et de toute charge du monastére.

10° Si le bénéfice étoit de moindre valeur que sa portion monacale, les réformés seroient tenus de lui donner autant qu'il faudra pour égaler la valeur dud. bénéfice, à celle de sa portion où prébende ordinaire.

8.

7.

8.

9.

10.


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13.

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16.

11° A mesure que les portions des anciens viendront à vaquer, soit par mort, provision de bénéfice, libre cession où autrement, lesd. portions reviendront aux réformés qui seront obligés alors d'accroitre le nombre de leurs religieux, en déchargeant d'autant les anciens des charges du service divin et autres charges et encore à condition que le revenu courant de l'année dud. Religieux décédé sera employé à payer ses dettes, s'il en a, et à faire prier pour lui. 12° Les réformés jouiront dès le jour de leur entrée, de tous les revenus de la trésorerie, par la libre cession qui leur en a été faite par Messire François Mallan sacristain, et porteront aussi les charges auxquelles le d. Sr. thrésorier étoit auparavant obligé.

13° L'usage des meubles, joiaux, argenterie, ornements d'Eglise et livres de la Biblioteque sera commun aux anciens et aux réformés. Mais ceux-ci en recevront la garde par inventaire, pour en rendre compte quand ils en seront requis. 14° Les religieux réformés auront pour demeure la moitié du dortoir, depuis le dessus de l'escalier dud. dortoir jusqu'à la fenetre proche la Bibliotéque, et l'on fera une séparation en planche pour partager led. dortoir.

45° Et comme les anciens ne peuvent encore se passer du réfectoir et de la cuisine ordinaire, les réformés auront pour leur usage le logis appelé l'infirmerie, à condition que la Chambre d'en haut sera pour l'usage de Mr. le coadjuteur quand il sera au monastère seulement. Le grand jardin qui est derrière ledit logis sera aux réformés, mais la moitié des fruits sera réservée aux anciens. L'usage du four demeurera commun aux uns et aux autres.

16° Les Religieux tant anciens que réformés résidans au monastére, formeront et représenteront le Chapitre de Senones, et traiteront et arrêteront les affaires concernant l'utilité du monastere; toutefois dans les cas d'election d'Abbé et passation de baux, à plus longues années que les SS. canons ne le permettent, on sera obligé d'appeller les Religieux résidans au dehors dans les prieurés dépendans du monastère.


17° Les titres de l'archive seront gardés sous 3. clefs, ainsi qu'il a été ci devant arrêté entre le Sr. Abbé et les religieux.

18° Il ne sera permis à Mr. le Prieur des anciens de recevoir à l'avenir aucun Novice ni à l'habit ni à la profession, sous peine de nullité, à moins que ledit novice ne veuille vivre suivant l'étroite observance.

19° Et comme les deux Novices qui se trouvent actuellement au Noviciat ont promis de vivre selon ladite etroite observance, il leur a été accordé qu'ils seront reçus au Noviciat.

20° Tous ces articles, charges, conditions et modifications ayant été agréées des deux parties et les anciens ayant promis de recevoir sous ces conditions les réformés dans le terme de 15 jours, et les réformés s'étant engagés de faire ratifier et confirmer toutes ces choses par Monseig1". l'Evéque de Toul commissaire apostolique, on en dressa un acte autentique le 18. Mars 1618.

En conséquence de cet accord, Mr. Jean de Porcelet de Maillane Evéque de Toul, délegué du pape Paul V., agréa les articles dont nous avons parlé et donna ses patentes pour l'introduction des Religieux réformés dans l'Abbaïe de Senones le 26. mars 1618. rappelant tous les articles ci dessus rapportés, y ajoutant seulement certaines explications pour plus grand éclaircissement, notifia qu'il unissoit et associoit le monastére de Senones à la Congrégation de St. Vanne et S. Hidulphe, et déclarant les anciens participant de tous les mérites et bonnes oeuvres qui se font et feront en lad. congrégation.

Alors (a) les quatre Religieux profés de l'abbaye de Senones, scavoir Dom Nicolas Mathis, Didier Pient, Philippe Colart (b) et Jean Evrard, qui depuis quelques années avoient quitté leur monastere pour vivre selon la réforme de S1. Vanne, demanderent et obtinrent la permission de rentrer dans le lieu de leur profession et ce par une requeste présentée aux Seigneurs Comtes de Salm.

Les Seig™. Comtes de Salm qui favorisoient cette intro-

*7.

48.

i».

20.

XIX'

M. de Maillane Svéq.

de Toul,

fait entrer

les Reli-

gieux ré-

formés a

dans Be-

nones.

1618.

~Eni6i8.

(b) C'eat D. Philippe François, depuis Abbé de S«. Airy de Verdun.

Jet

Xe< 8" Oomtes de 8alm


deman-

dent au

O h a p

grai que

IeaRelig*.

de Seno-

nea s'en-

gagent de

ne se pour-

voir con-

treles an-

oien n ea

transac-

tions.

1618.

l'Abbé Iiignar î u s

s'oppose à

la réforme

introduite

àSenones.

1619.

162O.

XXX

duction, craignant que dans la suite les Religx. réformés ne se pourveussent contre les transactions passées entre eux et les Abbés de Senones, demandèrent que le Chapitre gai qui se devoit tenir à S. Mansuy le 7. Mai i6i8. donnât un acte, par lequel il déclarat que les Religx. de la Congrég. de S. Vanne et S. Hidulphe nouvellemt. introduits au monastére de Senones, y sont établis pour joüir seuïem*. des alimens établis aux Religx. par la mense, qui d'autoi ité apostolique leur a été séparée de l'abbatiale, sans qu'en façon que ce soit, ils .«e veuillent doivent ingérer pour trouver à redire disputer les transactions ci devant passées entre les d. Seigrs. Comtes et les Sr*. Abbés de Senones. Ce qui fut effectivement déclaré par le Chapitre général; mais ni le Seigr. Abbé qui etoit à Rome, ni les anciens qui formoient la plus grande partie de la communauté, ni méme les Religx. particuliers réformés de Senones, ne donnèrent point d'acte pareil. Il n'en est rien dit dans les lettres patentes de l'introduction de la réforme, et jusqu'ici on n'a eu aucun égard à cet acte du Chap. gal, qui ne pouvoit de son autorité déroger aux droits de l'Abbé et de l'Abbaye de Senones; la réforme. y ayant été introduite non pour détruire et abolir, mais pour soutenir et affermir ses droits et privilèges.

D'un autre coté, l'Abbé Lignarius qui étoit à Rome, piqué de ce que l'on avoit mis la réforme dans son abbaye sans sa parti cipaôn et surtout que les religieux réformés eussent reconnu François Térel son antagoniste, pour vrai coadjuteur, présenta sa supplique au Pape en i6i9. se plaignant de certains Religieux réformés, qui s'étoient emparés de son monastére et avoient permis aux anciens d'en sortir et de vivre en vagabonds et sans discipline, priant Sa Sainteté de faire juger sommairemt. cette affaire.

Il obtint un décret le 10. Janv. 1620. qui l'autorisoit à renvoyer les Religx. réformés qui s'etoient sans aucune permission introduits dans son monastére, et d'y faire rentrer les anciens qui en étoient sortis; mais comme on n'avoit point ouï les raisons des deffendeurs, il intervint un


autre jugement le 12. Juin et 24. Nov. i621. qui maintient les Religx. réformés dans la possession du monastére de Senones; on produisit même un acte de consentemt. de l'Abbé Lignarius par lequel il se soumettoit à la Congrégâon de St. Vanne et S. Hidulphe. Et en effet dès l'an 1606. ne pouvant réüssir à introduire la réforme dans l'abbaye de Senones, il offrit à la Congrégaôn son prieuré de Léomont, corne nous l'avons vu, pour y vivre suivant les régies de l'étroite observance, à la tête d'une communauté de Religieux réformés, auxquels il prioit que l'on assignat les revenus de la mense conventuelle de Senones, s'offrant de donner aux anciens une portion des biens de leur mense, qu'ils iroient consumer où ils jugeroient à propos. Il paroit qu'alors il s'etoit absenté de son Abbaye pour se soustraire aux insultes et aux mauvais tnitemens qu'il craignoit de ses Religieux.

Nous avons veu que vers l'an 1550, les Comtes de Salm avoient embrassé les erreurs de Luther. Le Comte Philippe de Salm étant à Rome en 1591, avec le cardinal de Lorraine, abjura le Luthéranisme dont il faisoit profession. A son retour en Lorraine, il chassa tous les hérétiques qui se trouvèrent dans son Comté de Salm. Mais il est malaisé de déraciner si promptement cette mauvaise semence lorsqu'elle a pris racine dans un pays. L'hérésie n'en fut entièrement bannie que longtems après.

Le prince de Vaudémont, connu depuis sous le nom de François II, duc de Lorraine, et père du duc Charles IV, avoit épousé en 1597, Christine de Salm qui lui apporta la moitié de la terre de Salm en mariage. Ce prince mit tous ses soins à bannir entièrement de la portion du comté de Salm qui lui étoit eschuë les restes de l'hérésie, et résolut (I) Cet article est barré par D. Calmet, qui renvoie, par des mentions écrites de sa main, à des feuillets dont on aperçoit encore la trace en marge du manuscrit, mais qui ont été arrachés on voit les marques de la colle qui retenait ces pages volantes, mais le texte manque. Pour reconstituer cet article selon les vues de l'auUur, j'aurai recours au manuscrit d'Epinal.

xzn

Etabl i •tement t d'un

vicaire

apostoli-

que dan*

les terres

de Salm.

1618 («).


d'y faire établir un vicaire apostolique, pour veiller à la conservation de la religion catholique, arracher les restes de l'hérésie et en empêcher le progrés.

J'ay en main un mandat impérial de l'empereur Ferdinand II, donné à Vienne le 28 novembre 1624, de ses règnes des Romains le 6e., de Hongrie le 7e., de Bohéme le 8e., qui ordonne à son amé et féal (apparemment le comte François de Vaudémont) d'exterminer du comté de Salm, dont il possède une partie, la secte et schisme de Calvin, afin que la vraie foy et religion catholique y soit introduite, plantée et maintenuë.

Pour cet effet, le comte de Vaudémont demanda au Pape qu'il lui plût établir un vicaire apostolique dans le Comté de Salm, attendu qu'une partie de cette terre est dans le territoire de l'abbaïe de Senones, qui est exempte de la jurisdiction épiscopale de Mgr l'évêque de Toul et soumise immédiatement au S1. Siège. Le pape accorda la grâce en 1618: Je ne trouve pas le nom du premier vicaire apostolique mais on a des lettres de M. le comte de Salm au R. P. Dom Hyppolyte Boban qui étoit prieur de Senones en 1626, par lesquelles il le prie de prendre la charge de vicaire apostolique pour tout le comté de Salm, sous M. l'abbé de Haute-Seille. A ce premier vicaire apostolique succéda un autre abbé de la même abbaïe nommé Bernard qui, en 1634, fit la visite du comté de Salm, accompagné de D. Hippolyte Boban, prieur de Senones, son associé dans la dite visite; et y firent ensemble des ordonnances que nous avons encore.

On lit dans la Vie du B. Pierre Fourier, qu'en 1625, l'hérésie de Calvin faisoit de très grands ravages dans la terre de Salm l'erreur et le libertinage y triomphoient; les jeûnes ecclésiastiques et l'abstinence y étoient méprisés, la fréquentation des sacremens interrompue, les ecclésiastiques et les pasteurs chassés ou pervertis. Dans ce désordre, le P. Fourier se rend à Badonviller, et par ses prédications rappelle le peuple à son devoir et le tire de l'erreur. La maison curiale étoit renversée, les principaux bourgeois


obstinés dans leur révolte; il les ramène doucement au giron de l'Eglise et fait rétablir la maison curiale, et rendre les biens ecclésiastiques que l'on avoit usurpés. Les ministres protestans qui voulurent entrer en dispute avec lui, furent confondus par la force de ses raisons et obligés de rendre un témoignage avantageux à son mérite, à son zéle, à sa doctrine et à sa vertu.

Philippe de Lignéville-Tantonville, grand-prévot de St. Diez, fut nommé au vicariat apostolique vers l'an 1635, et fut vicaire apostolique jusqu'à sa mort arrivée en 1646. Puis Didier de Perpignan, doyen et chanoine de St. Gengoû de Toul, qui a été vicaire apostolique jusque vers l'an 1672. En 1661, le Sr. Huel curé de Badonviller, comme official du vicaire apostolique de la terre de Salm, aiant commis diverses entreprises et voies de fait, pour se faire donner entrée dans les églises des paroisses du Val de Senones, les religieux de cette abbaïe s'y opposèrent en qualité de grands-vicaires du prince Charles de Lorraine, pour lors abbé de Senones, et présentèrent leur requête au duc Charles IV, qui ordonna à ses officiers et à tous autres de donner main forte aux religieux pour repousser la violence, le cas échéant, et les laisser jouïr de leur jurisdiction spirituelle sur les paroisses du dit Val.

J'ay en main une lettre originale de Mr. Platel résidant à Rome avec Mr. l'abbé de Jandeure prémontré, de la part de S. A. de Lorraine, en datte du 7 février 1665, par laquelle il témoigne, qu'il est chargé de travailler à l'établissement d'un vicariat apostolique. Mais il ne marque pas l'endroit où le duc souhaitoit qu'on établît ce vicariat apostolique. Il demande d'en etre instruit d'une manière distincte; si c'est dans un comté ou un marquisat, sous combien de bailliages, quels sont les princes voisins, sous quels évèchez ou archevêchez s'il y a contestation entre le métropolitain. La date de cette lettre fait juger qu'il ne s'agit pas de l'érection d'un nouveau vicariat apostolique dans les villages du district de Senones, et de la dépendance de Badonviller et du comté de Salm; mais de la confirmation et autorisation


dudit vicariat établi depuis longtemps. Ou peut être qu'il s'agit de l'érection d'un vicariat apostolique dans la principauté de Lixin, Bouquenom et dépendances, où l'on en établit un, de même que dans la dépendance de l'abbaïe de Senones. La datte de l'an 1665 favorise ma conjecture car en cette année, le vicariat apostolique de la terre de Salm subsistoit depuis longtems.

En 1668, le duc Charles IV fit dé fense expresse au ST. Jean Huël, curé de Badonviller, soit disant official au vicariat apostolique du Comté de Salm, de prendre ni d'exercer la qualité d'official en aucun endroit dudit Comté, ni sur aucune personne de quelque condition elle puisse être, résidente en icelui, avant que d'avoir fait paroître du pouvoir qu'il en a, et de celui qui l'a établi; et que les bulles ou bre f, si aucun y en a, soit enregistré en la cour souveraine de Lorraine; étant pareillement défendu à tous curés, vicaires, prêtres et autres personnes ecclésiastiques et séculières du dit comté de reconnaître, déférer ni obéir à aucun ordre, mandat, ni rescrit dudit Huël en qualité d'of ficial qu'il s'attribue. Donné à Nancy le 4e jour de l'an 1668.

Depuis ce tems l'abbaye a continué de jouir paisiblement de la jurisdiction quasi-épiscopale dans tout le Val de Senones.

Mr l'abbé Mahuet, grand-prévôt de S1. Diez, est le dernier qui ait porté le titre de vicaire apostolique, et dès auparavant, le vicariat ou du moins sa jurisdiction étoit abolie et éteinte, et les terres qui lui étoient soumises sont rentrées sous la jurisdiction de l'ordinaire, qui en a fait un doienné séparé. On a même démembré quelques villages, qui étoient originairement du territoire de Senones, pour former et agrandir ce doienné. Ces villages sont Celles, Louvigny (!), Vaxaincourt (2) et Raon-sur-Plaine. Mais pour ce qui est en deça et au midy des montagnes composant le territoire de (I) C'est Luvigny.

(î) Vexaincourt.


l'abbaïe de Senones, ce terrain est demeuré dans son ancienne indépendance de l'évêché de Toul. Ce démembrement est bien prouvé par la commission donnée par le prince Nicolas-François, évêque de Toul et abbé commendataire de Senones, au prieur et grand-vicaire de l'abbaïe de visiter tous les villages du district, dans le dénombrement desquels ces villages sont expressément compris. Il est tems de reprendre le récit des affaires qui retenoient l'Abbé Lignarius à Rome; nous avons vu ci devant J que François Térel avoit été fait coadjuteur de Lignarius, sans que celui-ci l'eut ni demandé ni même connu. Voici comme se passa cette affaire et comme elle est racontée dans une espèce de factum produit à Rome dans le procès qu'ils eurent ensemble. Le prince François de Lorraine, comte de Vaudémont et de Salm, étant à Rome et désirant procurer à son Comté de Salm, dont une partie étoit tombée dans l'hérésie, les secours spirituels, l'instruction et le bon exemple, capables de remédier à un si grand mal, et d'en prévenir les suites, pria le Pape Clément VIII. de faire informer des vies et moeurs de l'Abbé de Senones Jean Lignarius qui n'avoit nulle des qualités requises pour occuper cette place, étant notoirement très ignorant, attaché au vin, imbécille, dissipateur, incapable de gouverner, ayant laissé les biens de son monastère à vil prix à ses parens et amis, et vivant enfin d'une manière scandaleuse et très peu propre à réprimer la licence de ses Religieux et à contenir dans le devoir les peuples de sa jurisdiction.

Le Pape touché de ces remontrances donna son Bref en datte du XI. Sept. 1601. à l'Evéque de Verdun, pour informer des vies, moeurs et capacité de l'Abbé Lignarius, affin que si les choses étoient telles qu'on lui avoit dites, il pourveut au besoin de l'Abbaye de Senones. L'Evéque nomma des députés pour faire l'examen dont on a parlé. L'Abbé Lignarius fut interrogé et examiné et le procès verbal de ses réponses envoyé à Rome, fut remis par ordre du Pape à un des réformateurs. La mort de Clément VIII. et celle de Léon XI son successeur, qui vécut fort peu de tems, 21

33=

Lffaires d. 8r Terel

contre

l'Abbé Li-

gnariua.

XXIV

me Pape Clément

VIII fait

informer

de* vies et

mœurs et

capacité

de l'Abbé

Xugnariu*.

16O1.


XXV

Paul V donne pour

eoadju-

t e u r à

l'Abbé Li-

gnariut le

nommé

François

Térel.

16O4.

furent cause que cette affaire ne put pas étre rapportée de si tost devant le Pape. Elle ne le fut que sous le Pape Paul V. qui ayant vû le procés verbal et examiné les réponses de l'Abbé, le jugea non seulement incapable de gouverner son Abbaye, mais qu'on ne pouvoit pas même se flatter qu'il put jamais acquérir les qualités suffisantes pour remplir dignement cet employ.

Le Pape fit donc écrire au Prince François, comte de Vaudémont et de Salm, qu'ayant meûrement examiné les chefs d'accusation formés contre l'Abbé Lignarius, il les avoit trouvé très solides et très bien prouvés et qu'il le prioit de lui présenter un sujet bien catholique et capable de gouverner utilement l'Abbaye de Senones, affin qu'il lui en donnat des bulles de coadjutorie avec future succession. Le Prince lui proposa François Térel, novice de l'abbaye de Glandiéres où Longeville au diocèse de Metz, homme capable et de bonnes moeurs, comme il paroissoit par le temoignage des Pères Jésuites de Pont à Mousson, où il étudioit alors, et instamment demandé par les Religieux de Senones, comme il constoit par un acte de leur Chapitre en datte du 21. May 1604.

Sa Sainteté priva donc l'Abbé Lignarius de toute l'administration de l'abbaye de Senones et lui donna pour coadjuteur, non seulement sans qu'il le demandât et qu'il y consentit, mais contre son gré et malgré ses oppositions, François Térel, avec espérance de future succession, et à charge que led. coadjuteur prendroit dés lors seul et à l'exclusion de Lignarius, le régime et. l'administration de l'Abbaye, tant dans le .temporel que dans le spirituel, et donneroit à l'ancien Abbé une pension qui seroit réglée par l'evéque de Toul. Les Bulles de Térel sont dattées de l'an 1605. le 8. des Ides de Mars.

Mais comme il étoit porté dans les mêmes Bulles, que Térel feroit profession de la Règle de S1. Benoit aussitôt après son année de probation écoulée, avec deffense de se mêler de l'exercice de la coadjutorie avant qu'il eut fait profession, le tout sous peine d'etre privé ipso facto de la


grace qu'on lui accordoit par ses Bulles, il crut qu'il convenoit qu'il allat à Senones pour y achever les cinq mois de probation qui lui restoient à faire, tant affin de connoitre les manieres et usages de ce monastère dont il devoit prendre bientost le gouvernement, que pour se mettre au fait des affaires temporelles. Il obtint donc à cet effet un Bref de translation de l'Abbaye de Longeville en celle de Senones le 15. Juillet 1606. et en conséquence la permission de D. François Thierri abbé dé Longeville, de passer en l'Abbaye de Senones, en datte du 29 Sept. de la même année.

Dans l'intervalle, je trouve des lettres qui nous apprennent que le Prince Erric de Lorraine, evéque de Verdun que le Pape avoit nommé commissaire pour informer des vies et moeurs de l'Abbé Lignarius, avoit fait entendre à cet Abbé, que sur le pied où étoient ses affaires, il ne pouvoit espérer de demeurer Abbé, à moins qu'il ne s'appuiat de la protection de quelque puissance et en même tems lui avoit suggéré de le demander lui même pour son coadjuteur. Lignarius y consentit sans peine et donna sa procuration pour résigner, laquelle fut envoyée à Rome le 21 Déc. 1604. Mais le Prince François Comte de Vaudémont et de Salm, qui avoit commencé cette affaire dans des vuës de religion et qui vouloit que tout le monde fut persuadé de sa droiture, trouva ce procédé fort mauvais et en écrivit à Rome d'une manière si vigoureuse que l'affaire échoüa. Nous avons les lettres que ce Prince écrivit à ce sujet au Pape, au Cardinal Aldobrandin, et à M. de S1. Léon, où l'on voit son zèle pour la'religion et la droiture de ses intentions dans cette entreprise de faire exclure Lignarius du gouvernement de l'abbaye.

XXVI

Mr. l'Evéq. de Verdun cherche à se faire donner la coadjutoriedel'Ah- bé de Senonei.

16O4.

xxvn

Cependant François Térel ayant présenté ses Bulles à

Opposition

l'Official de Toul pour les fulminer, led. Official les fit intimer le 18. Aoust 1606, à l'Abbé Lignarius, qui ayant demandé du tems pour prendre conseil, envoia aussitost à Rome et obtint de l'auditeur de la Chambre apostolique une deffense à Térel de le troubler dans la jouissance de

à la coadjutorie de François Térel.

X6O6.


xxvm

L'Abbé mignarîus se

maintient

dans la

jouissance

des Prieu-

rés de Iiéo-

mont et

du Moniet.

16O7.

XXIX

Iiignariut va à Rome et

son Abbaye. Il la fit signifier à Térel, qui obtint du même auditeur de la chambre, une modération de lad. deffense en datte du 16. Déc. 1606.

Presque en même tems Térel fit signifier à l'Abbé Lignarius et aux Religieux de Senones, son induite de translation de Longeville à Senones. L'Abbé demanda du délai pour répondre, et ensuite ne répondit que des choses vagues et générales mais les religieux témoignérent qu'ils recevoient très volontiers le Sr. Térel pour novice dans leur communauté. Quelque tems après il y fit profession le 9. Nov. 1606, entre les mains de l'Official de Toul, un des commissaires nommés à cet effet, et en même tems fit signifier à l'Abbé Lignarius sa profession, et deffense à lui de so méler à l'avenir du gouvernement du monastére, ni dans le temporel ni dans le spirituel.

Lignarius de son côté prit ses précautions pour se maintenir dans la possession du temporel de son Abbaye. Il présenta sa requeste au Grand Duc Charles III. pour être conservé dans son prieuré de Léomont et dans ses dépendances, et il en obtint un décret favorable. Il fit la même chose envers l'Eveque de Metz, pour le prieuré de Moniet, qui lui fut aussi conservé. Enfin il s'adressa au comte Rhingrave de Salm, qui luy fut favorable pour l'Abbaye de Senones, dans la moitié qui lui en appartenoit. Ainsi le coadjuteur Térel ne put jouïr des revenus de l'année 1606. depuis la S1. Martin, qui lui devoient appartenir en vertu de ses bulles. De plus Lignarius lui refusa la communication des titres de l'Abbaye, jusqu'au 28 Juin 1607., qu'il permit qu'on en fit un inventaire. Lignarius refusa aussi de comparoitre devant le Seigneur Evéque de Toul, pour voir taxer la pension qui lui devoit être payée par le coadjuteur et après bien des délais et des subterfuges, le Seigneur Evéque la fixa enfin le 22. fevr. 1607. à trois mille frans barrois, payables annuellement en certains termes déterminés.

La même année Térel obtint les decrets et permissions nécessaires, pour prendre possession des prieurés et dé-


pendances de l'abbaye de Senones, situés dans les Etats de Lorraine, et il continua de payer pendant 4. ou 5. ans la pension assignée à l'Abbé Lignarius.

Celui ci cependant se transporta à Rome, où il eut assés de peine d'obtenir audience, les esprits étant extremement prévenus contre lui. On dit que le Cardinal Bellarmin le produisit, et lui procura les moiens de se deffendre. Il en profita si bien qu'en 1611. le 28. Aoust, il obtint une sentence qui cassoit et annuloit tout ce qui avoit été fait par les Juges de Lorraine, et le rétablissoit dans la pleine jouissance de son Abbaye, comme auparavant; ordonnant à François Térel de quitter le gouvernement du monastere de Senones et de rendre compte dans un an, des fruits qu'il en avoit perçus, pardevant le cardinal de Givry evéque de Metz et comme ce cardinal mourut peu de tems après, l'Abbé Lignarius fit nommer pour commissaire à cet effet le Sr. Abbé d'Etival, mais celui-ci s'etant excusé d'entrer dans cet examen sans un adjoint, Lignarius prétendit que la coadjutorie de Térel étoit expirée, puisqu'il avoit laissé écouler le tems qui lui étoit donné pour rendre ses comptes.

Dans cet interval, c'est a dire le 2 Jan. 1610, Térel prévoyant que Lignarius seroit maintenu dans son Abbaye, et que sa prétenduë coadjutorie seroit déclarée nulle et abusive, fit sa démission entre les mains du Pape Paul V. en faveur du Prince Charles de Lorraine, fils du Prince François comte de Vaudémont et de Salm, si célèbre depuis, sous le nom de Charles IV. duc de Lorraine. Nous avons l'acte de cette démission, mais je ne sais si elle fut envoyée à Rome. Il est certain qu'elle n'eut point d'exécution et que Térel, malgré la prétention de Lignarius, qui soutenoit en 1613. que sa coadjutorie étoit expirée, tut maintenu par sentence de la Rote en 1614. et 1618., la mort d'un des commissaires et le refus de l'autre n'ayant pu lui préjudicier, puisqu'il constoit qa'il n'avoit jamais refusé de rendre compte et de se conformer au décret qui l'y obligeoit. Il y eut encor une infinité de difficultés differentes depuis

obtient

des Bulles

de reinte-

grande.

XXX

Térel fait résigna-

tion entre

les mains

du Pape

en faveur

du Prince

Charles de

Xior raine.

161O.


xxxx

L'Abbé Lignarius

prend

pour oo-

adjuteur

de son ab-

baye le

Prince

Bf îoolai

Fr a n ç o i ̃

de Iiorrai-

ne 1624.

X625.

l'année i615. jusqu'en 1622. sur la reddition de ces comptes, où l'on épuisa tout ce que la chicane a de ressorts et de subterfuges et en i618. Térel céda aux Religieux réformés de Senones tout le droit qu'il pouvoit avoir à la mense conventuelle dud. Senones, comme religieux de ce monastère, moiennant une pension annuelle de six cent frans barrois.

L'Abbé Lignarius étant toujours à Rome, où il poursuivoit François Térel pour se faire rendre compte des fruits par lui perçus de l'Abbaye, et pour avoir ses frais, dommages et interests, fut fortement sollicité par Mr Virion, résidant de son Altesse de Lorraine à Rome, de prendre pour coadjuteur de son Abbaye, Monseigneur le Prince François de Lorraine, Comte de Vaudemont et de Salm. On lui fit envisager cette coadjutorie comme un moyen sûr de se mettre à couvert tout le reste de sa vie de toutes poursuites et de s'asseurer une bonne pension sur l'Abbaye, avec la conservaôn de sa dignité abbatiale. Il consentit donc à recevoir pour coadjuteur ce jeune prince, et les Bulles en furent expediées le 24. Avril 1624..

Ensuite on porta l'Abbé Lignarius à abandonner le régime et l'administration de son Abbaye, et il y consentit encore le 18. Sept. 1625. mais l'acte de ce consentement ne fut dressé et signé que peu de tems avant sa mort, sous ces conditions:

Il laisse au Prince Nicolas François l'administration et le gouvernemt. de son Abbaye et l'usufruit. de tous les fruits et revenus d'icelle, ou à tel autre dont il voudra se servir pendant sa minorité, sans toutefois que led. Lignarius prétende préjudicier à sa dignité abbatiale qu'il prétend conserver et soutenir jusqu'a la fin.

Que led. Seigneur coadjuteur fera aud. Sr. Abbé une pension annuelle de deux mille écus d'or en or de Stampe, payables par an aux termes de Noel et de S. Jean Baptiste, francs et quittes de tous frais, gabelles, diminutions, etc., dans le lieu où led. Abbé fera sa résidence, soit à Rome où ailleurs.


Et comme il y a plusieurs biens et domaines de l'Abbaye de Senones perdus et alienés, led. Seigr. coadjuteur sera tenu de faire ses diligences et employer son autorité au recouvrement de ces fonds, à condition que la moitié des biens ainsi récupérés, sera au profit dud. Sr. Abbé et l'autre à mondit Seigr. le coadjuteur.

40 De plus sera tenu led. Seigr. coadjuteur de faire revoir tous les comptes de l'Abbaye, quelque personne que ce soit qui ait administré les biens du monastère, à condition que la moitié des reliquats reviendra aud. Seigr. coadjuteur, et l'autre moitié au Sr. Abbé.

La collation de toutes sortes de bénéfices dépendans de l'Abbaye, est réservée au Seigr. Abbé.

Le Sr. Virion agent de S. A. R. sera chargé d'obtenir à ses frais toutes les ratifications nécessaires de la part de Sa Sainteté, pour plus grande assurance de toutes ces conventions faites à Rome dans la maison de résidence ordinaire du Sr. Abbé Lignarius, sise derriere l'Eglise S. Charles des prisonniers le 8e Nov. 1625.

Dès l'année précedente i624. François Térel avoit résigné sa coadjutorie et tous les droits qu'il pouvoit avoir sur l'abbaye de Senones, au même prince Nicolas François, moiennant une pension de six cent ducats d'or de la chambre apostolique, affectés sur l'abbaye de Viller Brethnac, dont led. Prince étoit alors Abbé. Les Bulles de création de pension sont du 26. Avril 1624. C'étoit, comme on le voit assés, une disposition préalable pour engager le bon Abbé Lignarius à faire un nouveau coadjuteur et à choisir celui en faveur duquel Térel avoit déjà fait sa démission. On peut mettre ici l'époque de la commende de l'Abbaye de Senones, c'est à dire la cause et l'origine de ses plus grands malheurs; non pas que les Princes qui l'ont possedée en commende l'ayent mal gouvernée, ou lui ayent fait du tort; on peut même assurer qu'ils ont soutenu ses droits et lui ont été utile, dans des tems de malheurs, comme furent ceux qui suivirent en Lorraine, les années 1625. Mais ces anciennes commendes lui ont été principalement nui-

XXXIX

François Térel résigne

•a ooadju-

torie et ses

droits sur

l'Abbaye

de Seno-

nes à Mon*

seig'. le

Grince

BJTioolas-

François.

1624.


XXXIII

Mort de l'Abbé li-

sibles, en ce qu'elles ont interrompu l'usage des élections et donné lieu à révoquer en doute le droit qu'on en avoit conservé jusqu'alors. Elles ont donné lieu à des dévoluts qui ont causé des troubles et des frais infinis à l'Abbaye, comme on le véra dans la suite de cette histoire. L'Abbé Lignarius étoit déjà apparemment malade de la maladie dont il mourut, lorsqu'il donna sa procuraôn pour

gnariui. 1605.

demander à Sa Sainteté qu'il lui plût accorder la coadjutorie de l'Abbaye de Senones à Monseigr. le Prince Nicolas François, puisque cet Abbé mourut sur la fin de cette année 1625. et que l'acte de son consentement est du 8e Nov. Î625. Il fut enterré dans l'Eglise de St. Charles de Catenati, ou des Prisonniers, où l'on voioit son épitaphe gravé sur une tombe de marbre blanc. Le R. P. D. Pierre Alliot, abbé de Senones etant à Rome se transporta exprés dans cette Eglise et y chercha inutilem1. la tombe de D. Lignarius aux endroits qui lui avoient été indiquez de Senones par les parents dud. Abbé Lignarius mais il n'y trouva ni la tombe, ni aucun autre monument, ni meme aucun memoire qu'il eut été enterré dans cette Eglise (i). VIE DE DOM PHILIPPE FRANÇOIS COLART,

ABBÉ DE S. AIRY DE VERDUN.

Le R. P. D. Philippe Francois Colart, Abbé de S. Airi de Verdun, a fait tant d'honneur à l'Abbaye de Senones, que je me crois obligé de donner ici le précis de sa vie. Il naquit à Lunéville le 25» Mars 1519. Son père Dominique Collart étoit conseiller de Son Altesse et Greffier civil en la Cour de Lunéville, homme très versé dans les ma(i) Cette phrase, depuis « Le R. P. D. Pierre ~iM(0<, est écrite par D. Calmet en marge <ie la page 387 du mss et par un second signe, D. Calmet renvoie le lecteur à trois feuillets plus haut, non foliotés, qui contiennent la Vie de U. Philippe François Lolart et qui sont placés entre les pages 386 et 587. Quoique le manuscrit ne porte pas un titre spécial pour cette biographie, j'ai fait ici une exception à la reproduction scrupuleuse de l'original, afin de bien marquer le commencement d'un chapitre distinct, que le lecteur trouvera ainsi plus lacilement.


tiéres de droit, savant dans les sciences humaines et surtout dans la langue gréque. Sa mere Beatrix Thiriet, étoit d'une des premières familles de Lunéville et elle n'oublia rien pour inspirer la crainte et l'amour de Dieu à son fils. Celui ci avoit l'humeur très douce et una mémoire si heureuse, qu'il lui suffisoit d'avoir entendu une seule fois quelque chose pour la réciter après mot à mot.

D. Jean Lignarius Abbé de Senones et cousin germain de la mère du jeune Philippe François Colart, charmé des bonnes qualités qu'il remarquoit en luy le demanda avec instance à ses parens, dans la veüe de le faire un jour son coadjuteur. Philippe fut reçu dans l'abbaye de Senones et revêtu de l'habit religieux en i589y n'ayant encor que dix ans. Deux ans après l'Abbé Lignarius l'envoya aux etudes dans l'université de Pont à Mousson, avec un autre Religieux de son monastere. Il acheva son rétorique avec applaudissement et se rendit la langue grecque aussi familiére que la latine, de maniere que d'ordinaire quand il écrivoit à son père, il le faisoit en grec.

Après ses humanités, son père le mit en pension chés les Pères Jésuites pour faire sa philosophie avec plus de commodité. Il soutint jusqu'a trois fois des thèses avec beaucoup de succés et etant entré en théologie sous les Pères Raulin et l'Eveque, il continua à y donner des preuves de la force de son esprit et de la solidité de son jugement.

Après deux ans de théologie, il découvrit au Père l'Eveque son professeur et son directeur, le dessein qu'il avoit formé de quitter l'habit bénédictin, pour prendre celui de capucin, où il se flattoit de trouver plus de facilité pour faire son salut. Le P. l'Eveque l'en détourna et lui conseilla de demeurer dans sa pr emiere vocation, lui faisant eutendre que s'il aspiroit à une plus grande perfection de vie, il pouroit embrasser la réforme, qu'on venoit d'introduire à S*. Vanne de Verdun.

Rempli de cette espérance il revint à Senones pendant les vacances, et apprit que D. Nicolas Mathis religieux de


» II fut 8 foif

riillenr en 4606. 1611. 814648. et 3. fols deffinil'. Il est mort eu

16».

ce monastére, homme fort grave et fort capable et qui dans la suite parut avec distinction dans la Congreg. de St. Vanne étoit dans la résolution d'embrasser la réforme et qu'il avoit parole d'etre reçu au monastére de S. Vanne de Verdun dans trois où quatre mois.

Philippe délibera longtems s'il lui découvriroit son dessein, craignant d'etre traversé par l'Abbé Lignarius et par ses parens. Enfin il ouvrit son coeur à D. Mathis qui lui promit le secret, lui dit de s'en retourner à Pont à Mousson et qu'il le prendroit en passant pour le conduire avec lui à Verdun. Ils s'y rendirent en effet ensemble, et on dit à Philippe qu'il pouroit être reçu au Noviciat, lorsqu'il auroit achevé sa théologie et qu'il apporteroit un congé par ecrit signé de son Abbé. Mais il ne se passa pas deux où trois mois que D. Nicolas Mathis lui écrivit qu'il pouvoit venir avec assurance et qu'il auroit satisfaction.

La difficulté étoit d'obtenir la permission pour s'établir à St. Vanne. L'Abbé Lignarius non seulement ne l'accorda point, mais s'opposa de toutes ses forces à cette résolution et ordonna qu'on enfermat Philippe dans son cabinet. Celui-ci s'échappa pendant la nuit et s'enfuit à St. Vanne où il fut reçu au Noviciat le 23. Nov. 1603. agé de 24. ans et n'etant encor que diacre. Il fit profession le 21. Janv. i604. et peu après il reçut l'ordre de prétrise. On lui confia ensuite l'employ de Professeur de Philosophie et il fut envoié en 1606. avec ses écoliers dans l'Abbaye de S. Mihiel, où le cardinal de Lorraine venoit de mettre la réforme. Depuis ce tems le R. P. D. Philippe François fut toujours dans les premiers emplois de la congrégation, aiant été six fois visiteur et une fois président. Il gouverna l'abbaye de S. Airy pendant l'espace de 24. ans entiers et consécutifs, tant en qualité de prieur claustral que d'Abbé régulier. Il en fut élu Abbé 13. ans avant sa mort. Il s'etoit toujours flatté de rendre cette abbaye quinquennale et de la laisser à la disposition de la congregation, où de faire un coadjuteur mais il ne put executer ni l'un ni l'autre, étant mort en odeur de sainteté le 27. mars 1635.


La reputation de sa sainteté et de son expérience dans la conduite des ames, étoit si bien établie que la pluspart des principaux Religieux de la réforme se faisoient gloire d'avoir été sous sa direction. Les Dames de l'abbaye de St. Maur de Verdun, de Vergaville, de Juvigny, de Chelles, de Montmartres, de Remiremont, de Joûares, du Val de Grâces, le consultoient souvent dans leurs difficultés et dans leurs doutes.

Il étoit si pénetré de la grandeur et la sainteté de nos mystères, que quand il étoit en semaine de célébrer sa grande messe, il ne sortoit point de l'eglise depuis les matines jusqu'après la messe, demeurant à genoux et la tête nûe, même en hyver, pendant tout le tems qui s'écouloit entre les offices et la messe. Sa charité lui faisoit considerer tous les Religieux qui lui etoient envoyés par l'obéissance, comme ses amis et ses frères; il les recevoit avec plaisir quelques difficiles et quelques valétudinaires qu'ils fussent, et quand ils sortoient de sa maison pour aller demeurer ailleurs, il leurs demandoit pardon à genoux de tout ce qui avoit pu leur faire peine sous son gouvernement. Il n'usa jamais des ornemens pontificaux, ni des marques de sa dignité abbatiale.

Voici les termes dans lesquels sa mort est marquée dans le nécrologe de l'abbaye de St. Airy Obitus R. P. D. Philippi Francisci Colart Lunavillani et Abbatis dignissimi, cujus memoria in benedictione est, eritque in perpetuum, ob ejus vitae sanctitatem eximiam, et innumera huic domui collata bénéficia, cui cùm praefuisset annis tredecim, vir plané omni laude et immortalitate dignus, anno 1.635 obdormivit in Domino.

CATALOGUE DE SES OUVRAGES.

Trésor de perfection tiré des Epitres et des Evangiles qui se lisent à la messe pendant l'année, en 5 vol. in 12. imprimé à Paris chés Charles Chatelain Î6Î8.

La Guide spirituelle pour les Novices, imprimée chés le même en i616.


Le Noviciat des vrais Bénédictins, tiré du Chap. 58. de la Régie de S1. Benoit. A la fin on trouve un traité de la mort prétieuse des Bénédictins, in-12 imprimé.

Le Renouvellement spirituel nécessaire aux Bénédictins. La Régie de S'. Benoit traduite avec des considerations; à Paris 1620., chés la Veuve Charle Chatelain.

Considérations sur la Règle de St. Benoit, à Paris in 12. an. 1613., 1G20. ·

L'occupation journailliere des vrais Religieux.

Enseignemens de la Régie de St. Benoit.

Les exercices des Novices. Ouvrage tres utile, qui est en usages dans toutes les Congregations réformées, et qui a été traduit en latin, en faveur des Religieux d'Allemagne. Imprimé plusieurs fois (<)•

Courte explication de ce qui se dit dans l'Office divin, contenant le sens litter al et mistique de chaque pseaume, avec des affections.

Les difficultés qu'il eut pour soutenir que les supérieurs de la congrégation de S. Vanne doivent vaquer quelques années, apres 5. ans de régime, produisirent plusieurs écrits qu'il composa, comme

L'Apologie des supérieurs et religieux de la congrégation de S. Vanne, qui poursuivent la manutention des premiers statuts de leur réforme.

Manifeste pour la juste deffense du R. P. Abbé de S. Airy (D. Philippe François).

Réponse à la déclaration du R. P. D. Claude François. Factum pour le R. P. Abbé de S. Airy.

Responsio Apologetica pro constitutionibus quas 111. Card. à Lotharingiâ in erectione congreg. SS. Vitoni et Hydulphi condidit.

Sa vie est imprimée dans les éloges des hommes illustres de l'ordre de St. Benoit, composés par la Rde. Mère de Blemûr (2).

(t) Ce paragraphe est ajoute' de la main de D. Calmet.

(î) Cette dernière phrase est écrite et ajoutée par D. Calmet.


CHAPITRE XLI

Monseigneur le Prince NICOLAS FRANÇOIS Evéque de Toul, 55e Abbé de Senones, depuis l'an 1625. jusqu'en 1634.

Le Prince Nicolas François, fils du Duc François II., naquit en 1609. du Prince François, Comte de Vaudémont et de Salm, et de Christine de Salm. Il fut fait evéque de Toul en 1625., et la même année il fut fait coadjuteur et ensuite Abbé de Senones. En 1627. il fut crée cardinal. Nous trouvons peu de monumens de son gouvernement de l'Abbaye, parce qu'il s'en mêla peu. Il fut fait coadjuteur de l'Abbaye de Maurmoutier en 1621 (•). En 1629. il céda aux Religieux de son Abbaye de Senones les dixmes et le gagnage du Ménil, situé dans led. val de Senones, pour être déchargé à l'avenir lui et ses successeurs, des réparaôns et entretiens de l'Eglise, comme aussi de la fourniture des ornemens et de six pastes ou repas, qu'il devoit par an aux Religieux les jours de grandes festes, auxquels les Abbés avoient accoutumé de célebrer solennellement la messe (2). En conséquence de cette cession, les prieur et religieux de Senones firent réparer le presbytere et les chapelles de la grande église de S. Pierre, pour les mettre en l'état où on les a vus jusqu'en 1741, quant à la structure des bâti-

1

Commencera', du Prince Wioolaa François, Abbé de Senones. 1615.

(1) Maur-Munster, Mauri-Monatterium on Maurmoutier (Marmoutier) était une célèbre abbaye située dans la Basae-Alsace.

(2) Dans le mss. il y a ici un renvoi an feuillet qui devait ae trouver fixé en marge de la p. 289, car on y voit encore les traces de la colle, mais le texte a disparu et la feuille a dû même être arrachée. Le renvoi qui est de la main de D. Calmet, commence par ces mots c En coniéquence » et j'en ai reconstitué le texte au moyen du manuscrit d'Epinal. A partir de l'art. II, sauf un renvoi, je reprends le contexte du manuscrit de Saint.-Dié.


te Prince

Niool as

François

permute

son Ab-

baye de

Senones

contre

oelle de

Belchamp

1631.

n

mens, bien différente de celle qui se voioit auparavant, y aiant alors trois absides: l'une au fond de l'église, et les deux autres aux deux côtés de l'autel de la Vierge et de celui de S. Benoit, comme il paroit encore par les vestiges des deux arcades qu'on a bouchées et murées. Avant l'an 1718, auquel on reblanchit l'église, on voioit dans la clef de la voûte au fond du choeur, l'an « 1630 », que l'ori a mal à propos couvert d'enduit pour y mettre « 1718. » (Voyez les comptes de 1629, 1630 et 1631. Et encore les mémoires de D. Charles de Gondrecourt de l'an 1653.) Le R. P. D. Augustin Calmet, Abbé de Senones, aiant en 1741, commencé un nouveau choeur, on a découvert les anciens fondemens sur lesquels on a dressé le plan de l'ancienne Eglise, comme on l'a vu ci-devant.

En 1631. il permuta son Abbaye de Senones contre celle de la Trinité de Belchamp, avec le Prince Charles Abbé de Gorze, fils naturel du Grand Duc Charles, à condition qu'il en conserveroit tous les fruits et revenus, à la réserve d'une pension annuelle de cinq cent frans barrois, payables au dit Prince Charles, abbé de Gorze (*).

Ce fut en ce tems-ci que le prince Nicolas-François, abbé commendataire de Senones, fit faire des copies de tous les titres de l'abbaïe de Senones qui concernoient sa mense abbatiale, et plusieurs autres aussi concernant la mense conventuelle. Ces titres avoient été longtems à Nancy, entre les mains de Mr. Odot et autres gens du Conseil de S. A. Charles IV, fils du prince Nicolas-François (2). Ces copies sont demeurées dans les archives de Lorraine jusqu'en 1699, que le duc Léopold 1er permit qu'on les communiquât à l'abbé Dom Pierre Alliot, qui les fit transcrire (1) Ici encore se trouve un entête de renvoi, dans les mêmes conditions que le précédent. Le texte s'étend jusqu'à l'art. III, mais le feuillet sur lequel il était écrit a disparu du mss. de Saint-Dié. Même observ. que ci-dessus.

(2) On sait que Charles IV, duc de Lorraine, et Nicolas-François, évêque de Toul, 55- abbé de Senones, étaient frères.


et ranger, dans un livre bien relié, et chaque titre collationné par un tabellion nommé Alda de S1. Diez. Le Prince Nicolas François, cardinal, ayant pour des raisons d'Etat, quitté l'etat ecclésiastique, et épousé sa cousine germaine la princesse Claude en 1633., résigna ses bénéfices entre les mains du Pape qui lui créa sur ces bénéfices une pension de douze mille ducatons. L'Abbaye de Senones fut possédée avec tous ses fruits, par le prince Charles, abbé de Gorze, résignataire jusqu'en 1647. Le Duc François II., père du cardinal Nicolas François,

m

D quitte l'état ecclésiastique en 1633.

IV

Xi e Duo

avoit conçu le dessein de faire unir à la mense abbatiale de Senones les prieurés de S. Christophe de Vie, de Xures et de Mervaville, dont on ne faisoit monter le revenu annuel qu'à 3500. fr. barrois, charges acquittées. Le motif de cette union étoit que le Duc, dont on vient de parler, ayant chassé tous les héretiques qui s'étoient habitués dans les montagnes de son Comté de Salm, et ayant procuré aux habitans la facilité d'entendre la messe et de recevoir les instructions toutes les fêtes et dimanches, par l'érection de quelques nouvelles cures dans le val de Senones, cela lui auroit occasionné des dépenses fort considérables puisqu'il étoit obligé de fournir à l'entretien des curés de ces nouveaux établissemens, dépenses que l'on faisoit monter par an à la somme de trois mille frans barrois, à cause des dixmes que l'Abbé abandonnoit, disoit-t-on, à ces curés. Nous avons l'instruction et le projet de cette union envoyé à l'agent que S. A. avoit à Rome. La piéce est sans datte et on ne voit pas que ce dessein ait eu aucune exécution. Il aurait pu etre avantageux aux religx. si le Seig. Abbé leur avoit abandonné les dixmes du',Val de Senones et des bans en dépendans (*).

François H de Lorraine fait solliciter l'union des Prieurés de Xures, de Vie et de Mervaville, à la mense abbatiale de SenoDes.

(I) Cette dernière phrase est ajoutée en marge par D. Calmet, qui Continue « Voicy l'instruction que le Prince donna à son agent à Rome pour obtenir cette union; s mais cette instruction n'existe pas dans le mss.; elle était sur un feuillet intercalé, qui a été décollé comme les précédents, et elle perd de son importance du moment qu'elle ne parle que d'un projet.


CHAPITRE XLH

1

CommeDa.m'. de

CHARLES DE REMONCOURT, fils naturel du Duc Charles III, 56e Abbé de Senones, depuis l'an 1631. jusqu'en 1648.

Charles de Remoncourt fils naturel du Duc Charles III. fut abbé de Gorze, de S». Remi de Lunéville, de Belchamp,

l'Abbé Charles de Lorraine Hemonoourt. 1631.

n

Malheur* de l'Abbaie de Senones pendant les guerre* de Lorraine.

prieur de Flavigny et grand prevost de S1. Diez. J'ay vu quelques lettres du bon duc Henri, qui montrent que ce Prince avoit très grande envie de le faire cardinal. Il fut fait Primat de Nancy en 1636. après la mort d'Antoine de Lénoncourt. Il fit frapper de la monnoye étant abbé de Gorze, où l'on voit d'un coté son effigie avec ces mots Carolus à Lotharingia Dei et S. Sedis Apost. grat. supremus Daul. Gorziensis Abbas, et de l'autre les armes de Lorraine avec la barre et ces mots, moneta nova Gorz. cusa. Il fit permutation de son Abbaye de Belchamp contre celle de Senones en 1631., comme on l'a vu ci devant, et en 1634. après que le Duc Nicolas François eut quitté l'état ecclésiastique, le prince Charles Abbé de Gorze, entra en possession de l'Abbaye de Senones et de tous ses fruits, au lieu qu'auparavant il n'en tiroit qu'une pension de 500 fr. barrois.

Sous son gouvernement l'abbaye fut exposée à une infinité de malheurs, de même que tout le pays de Lorraine et des environs, pendant les guerres de Charles IV. qui attirérent en ces pays non seulement les François, mais aussi les Allemands et les Suédois. La guerre, la discorde, la peste, la tamine, les Lorrains animés contre eux mêmes, contre leurs compatriotes comme contre leurs ennemis, firent de la Lorraine le théatre de tous les maux dont l'esprit humain se peut former l'idée, et il sembloit que la colere de Dieu eut envoié sur ce malheureux pays tous les fléaux de sa vengeance.


L'Alsace dans le même tems étoit le théatre de la guerre. D'un coté les Suédois commandez par Gustave Horn, d'un autre coté Montecuculli avec les autres generaux des trouppes allemandes & imperiales, le Duc de Saxe Weimar, le duc Charles IV de Lorraine, le comte Herman-Adolphe de Salm, chacun de son coté portoit la désolation dans cette province, l'Allemagne et la France, le parti catholique et le parti protestant travaillant à l'envi à s'en rendre maitres, ou à se la conserver. Ce n'étoit que troubles, qu'hostilitez, et tous les maux qui sont les suittes et les effets de la guerre, et surtout d'une guerre de religion. Les Chartreux de Molshem apres la prise et le sac de cette ville, arrivez le 6. Novembre 1632, se refugierent dans les montagnes de Vosge. Ils se retirerent d'abord dans l'abbaye de Senones, et nous savons par la tradition de nos anciens, qu'on leur céda la rotonde pour y faire l'office divin et les autres exercices de leur profession. Ils demeurerent aussy quelq. tems en 1633. dans l'abbaye d'Etival. Nous ignorons combien de tems ils demeurerent dans ces montagnes. Ce fut sans doute jusqu'a la fin de la guerre d'Alsace.

Le Prieuré du Moniet, qui consistoit en un grand corps de logis, avec plusieurs belles chambres, caves, greniers, etc. le tout contigu à l'eglise, plus la basse cour avec un corps de logis faisant grange et écurie, tout cela fermé d'un enclos de belles et hautes murailles, fut brulé par les soldats lorrains en l'an 1639., à la réserve de l'eglise et en 1665. on fit réparer la grange, une écurie et deux petites chambres pour loger le fermier.

La ferme de la Neuve Maison, fut de même brulée et détruite vers l'an 1636: et ne fut reparée qu'en 1692. Il etait dub aux PP. Carmes de Baccarat une redevance de neuf quartes de seigle, evaluées à 18 resaux, affectez sur une chapelle de S1. Martin et de Ste Barbe. Il y eut un long procès sur cette redevance et l'abbaye de Senones fut condamnée par indivis avec l'abbé à payer la ditte redevance par arret rendu par le Parlement de Metz séant à 22

Registre de

Pas 1670.

Article MonleU


On vend les oolomnei de cuivre du grand autel en X64O ou 1645.

(a) J'en ai veu à Soiisons qui sont de mesme goût que les candélabres qui sont derant noire grtndautrl.II n'y a point a présent de colonnes de bronze à Cbalonssur-Marne depuis

l'incendie de l'Eglise.

Le Prince Charles <

Abbé de

Gorze sort

de Lor-

raine. Il

résigne

son Ab.

baye.

X643.

1647.

m

Toul en 1642. avec permission de saisir sur l'abbé ou les religieux de Senones, au choix des PP. Carmes de plus condamne la ditte abbaye à 4180 frans pour arrerages. Cette redevance se prend sur les dixmes de Merviller. Ce fut pendant ce tems de disgrace et de misère, que les Religieux de Senones furent obligés de vendre les colomnes de bronze qui étoient au grand4 autel, plus grandes que celles qu'on y voit aujourd'huy. Les uns disent que ce fut l'an 1640., d'autres mettent cet évenement en 1645. et qu'on les emmena à Chaalons sur Marne, où selon d'autres à Rouen (a). Ce fut la nécessité extrême où la maison étoit réduite, qui força les superieurs d'alors, d'en venir à cette extrémité. Ils avoient encore vendu l'aigle de bronze que nous voyons au milieu du choeur mais un religieux de la maison, nommé D. Boniface Thiriet, pendant qu'on concluoit le marché, se transporta secrettement à l'Eglise, démonta promptement les pilastres de l'aigle et les autres pieces qu'il put arracher et les cacha si bien, que la baze

IV

1643. ordre de la France de sortir de Lorraine, se retira à Bruxelles; de là il suivit Madame la Duchesse d'Orleans à Paris mais craignant qu'etant là, on ne voulut le porter à prendre pour coadjuteur de ses benefices une personne qui ne seroit pas de son goût, il en passa une procuration avant son départ de Bruxelles en faveur de Monseigneur le Prince Charles, fils du duc Nicolas François et célébre depuis sous le nom de Charles V. duc de Lorraine. Il mit cette procuration entre les mains de Made. la Princesse de Phalsbourg, pour l'envoyer au Duc Charles IV. son frère, ce qu'elle ne manqua pas de faire aussitost. Mr. de Gorze en porta un double avec lui, qu'il remit à son arrivée à

et le corps de l'aigle dépouillés de ces ornemens, ne purent plus être vendus à profit, ni délivrés aux achepteurs. Ainsi fut sauvé ce monument de la pieté de l'Abbé Raville. En 1645. on vendit aussi aux Pères du Prieuré.de Breüil, pour acquitter certaines dettes, le petit orgue qui se voioit à la Rotonde.

Le Prince Abbé de Gorze et de Senones, aiant reçu en


Paris à Madame Nicole Duchesse de Lorraine, pour lui faire sa cour, en disant qu'en sa considération il avoit choisi pour coadjuteur dans ses bénéfices, Monseigneur le Prince Charles son neveu (a).

On écrivit aussitost à Rome pour faire agréer cette coadjutorie au Pape Urbain VIII. qui s'en excusa sur le bas âge du Prince, disant ab amicis sunt petenda honesta; et

(a) Mémoire, mis. de M H«nnequin «oas l'an «645.

que s'il étoit question de faire tomber cette coadjutorie sur le Prince Ferdinand, il la pouroit accorder. Le Duc François qui étoit craignant Dieu et conscientieux, consulta sur cela son confesseur et d'autres theologiens, qui furent d'avis, qu'encore qu'il ne destinât pas le prince Ferdinand son fils ainé à l'Etat ecclésiastique, il pouvoit, eu égard à l'état où se trouvoient alors les affaires de sa maison, lui faire donner la coadjutorie en question. Il en parla à l'Abbé de Gorze qui changea aussitost le nom du Prince Charles et mit en sa place celui de Ferdinand, mais il retrancha de sa procuraôn l'Abbaye de Lunéville et la coadjutorie de la Commanderie de S1. Antoine du Pont à Mousson; et quelque sollicitation qu'on lui put faire, il ne voulut pas se relâcher sur cet article, disant qu'il vouloit réserver quelque chose pour le Prince Charles.

Il fallut donc en demeurer là, et sans mettre en oeuvre la procuration faite en faveur du Prince Ferdinand, on se contenta de rafraichir d'année à autre à la datterie, la procuration pour le Prince Charles, en attendant qu'il eut atteint l'age convenable et désiré par le Pape (i). Alors on supplia Sa Sainteté Innocent X. de mettre en éxecution la bonne volonté que son prédécesseur Urbain VIII. avoit témoignée envers le Prince Charles ce qu'elle fit sans répugnance, et aussitost on en fit expedier les Bulles, en 1647. Comme tout cela s'étoit conduit fort secret(1) Le nom de daterie s'applique à la fois au lieu où s'assemblent les officiers de la chancellerie du pape pour exercer leurs fonctions et à l'office même ou tribunal que constituent ces fonctions et ceux qui les remplissent. Ils sont au nombre de trois le dataire ou prodataire, le sous-dataire et le préfet de, vacances.


tement et à l'insu de M. de Gorze, que l'on amusoit toujours en le priant de ne pas retrancher de sa procuration l'Abbaye de Lunéville et la communauté de S. Antoine du Pont à Mousson, dès qu'il vit les Bulles arrivées, il en fit de grandes plaintes, de meme que le Duc Charles IV. oncle du jeune prince Charles, qui témoignoit son chagrin de ce qu'il eut ainsi disposé de ses bénefices sans sa participation. L'Abbé de Gorze picqué de ce procedé, fit consulter la chose par des avocats, et aprés sa mort, on trouva leur réponse dans son portefeuille, portant que la procuraôn ayant été insinuée et les dattes rafraichies de tems à autre, et puis admises sans révocation ni plainte de la part du résignant, et les Bulles expédiées, il n'y avoit plus de regrés pour lui. Ainsi le Prince Charles devint coadjuteur de Senones et des autres bénefices de son grand oncle. Celui-ci mourut en l'an 1648. Et le Prince Charles lui succéda dans ses bénefices, mais les Religx. de Senones firent élection du R. P. D. André Royer, ainsi que nous l'allons voir.

CHAPITRE XLIII

1

Le R. P. D. ANDRÉ ROYER, élu Abbé de Senones en 1648., mort en 1662.

Après la mort du Prince Charles Abbé de Gorze, arrivée

Election de ». André

Royer r

pour Ab-

bé de Se-

nonel en

1648.

comme nous l'avons dit en 1648., les Prieur et Religieux de Senones jugérent à propos de procéder à une election canonique d'un nouvel Abbé. Ils s'assemblérent donc capitulairement le 16. Juillet 1648. au nombre de six et élurent à la pluralité des voix le R. P. D. André Royer prêtre et religieux profés de la Congrégation de S. Vanne et S. Hidulphe, qui etoit absent et qui eut quatre voix; D. Rupert Caillier prieur, en ayant eu une, et D. Charles de Gondrecourt une autre.


L'élection fut agréée du Président de la Congrégatiori et l'acte en fut envoyé à Rome au Sr. Maréchal, qui par sa lettre du 21. Nov. 1648. récrivit qu'il avoit présenté une supplique en datterie, pour demander quelque rescript, non contre les provisions qui étoient faites de l'Abbaye en faveur du Prince Charles de Lorraine, mais pour conserver le droit d'election pour une autre fois que l'Abbaye viendrait à vaquer. Mais on lui refusa absolument ce rescript et même on ne voulut pas lui donner un simple presentata dans les 4 mois préfixs, quelque diligence qu'il eut fait pour l'obtenir. Ainsi cette démarche ne produisit aucun effet, pas même pour conserver le droit d'election, qui étoit le principal objet qu'on se proposoit.

Dom André Royer, dont on vient de parler, etoit natif de la ville de St. Mihiel, d'une famille noble. Il fit profession dans l'abbaye de la même ville le 30. Novembre 1612. Il fut prieur de St. Remy de Reims en 1625.1626 et 1627. et la même année il fit imprimer dans cette ville un ouvrage de piété intitulé Animene, où sous l'allégorie d'une histoire véritable, sont representez les effets de l'amour divin envers une ame chrétienne, à Reims in 8°. 1627. Il fut aussy élu Abbé de St. Mansuy le 18. Avril 1661. Il mourut sans avoir pû jouir de l'Abbaye de Senones, ni de celle de St. Mansuy, le 13e Octobre 1662. Il étoit oncle du très R. P. D. André Royer, mort abbé de. S1. Avold le 6. Septembre 1723.

On voit par les lettres du très R. P. D. André Royer élu de Senones, qu'il étoit alors prieur d'Insming, et qu'il résidoit à Luxembourg, attaché au service du Duc Charles IV. qui lui a écrit quelq. lettres. Celles de Dom André sont dattées de Luxembourg et c'est de la qu'on lui envoia un modelle de protestation contre la prise de possession de Monseigneur le Prince Charles de Lorraine qui succéda au Prince Charles de Remoncourt. Dans ces lettres on voit un grand désinteressement et un grand zele pour le bien du monastere et pour l'honneur et l'avantage de la congregation. Vers ce tems là, c'est a dire, le 13 Juillet 1654. il arriva dans le val de Senones et dans celui de Celles, et aux envi-

1648.

1649.

il

Inondation subite et


extraordi-

naire dans

le Val de

Banoneit

1654.

Mémoire* mes.

du tenu el de l'an I6M. V. auisy Journal de* Savant*, au 1679 et Hiit. l'Académie, t. V. p. »I7.

rons, une innondation extraordinaire par l'ouverture subite et inopinée de la montagne qui est au nord de l'abbaye de Senones. Cette montagne s'ouvrit tout à coup, tant du coté de Senones que du coté de Celles et l'eau en sortit depuis le matin jusqu'au soir du 13. Juillet en si grande quantité qu'elle emporta les foins qui étoient fauchés, les chariots et plusieurs ponts de bois et des moulins qui étoient sur les ruisseaux et sur les riviéres, depuis Senones jusqu'a Metz, et même jusqu'au Rhin; plusieurs personnes furent noyées. Ce déluge dura trois jours. Le couvent des Pères Cordeliers de Ravon, qui se trouve situé à la jonction des deux vallons et des rivières de Plaine et de Meurthe, faillit d'en être renversé. L'eau étoit dans leur cloître à la hauteur de huit pieds, elle emporta beaucoup de leurs meubles et culbutta deux pans de leurs murailles de cloture. L'Abbaye de Senones n'en souffrit point parce que la montagne s'ouvrit environ un quart de lieuë au dessous du monastere et du bourg, tirant vers Moyenmoutier.

On remarque que la riviere de la Meurthe, où se jetterent toutes ces eaux, s'éleva en quelques endroits à la hauteur de quinze pieds, dans les lieux le plus resserrez, au dessus de son niveau ordinaire, ce qu'on découvrit par le foin qui se trouva attaché aux branches des arbres sur le rivage de cette riviere. On assure que cette rupture de la montagne avoit été précédée d'une petite pluie qui dura deux jours, et que lorsque la montagne s'ouvrit, on ouït un grand bruit souterrain. L'endroit où la montagne se creva, est en ovale et a prés de cent ou quatre vingts pieds de diamètre les pluies et les neiges l'ont tellement rempli que 30. ans après, l'ouverture n'avoit plus que 5. 6. ou 7. pieds de hauteur; et le fossé dans lequel les eaux étoient descendues de la montagne, qui dans les commencements étoit large de vingt cinq à trente pieds et creux de douze ou quinze, étoit réduit à sept ou huit pieds de profondeur et a 12 ou 15 de largeur. Aujourd'huy on n'y voit presque plus rien. L'endroit où se fit cette ouverture n'est point un rocher continu, mais un amas de plusieurs grosses roches posées


confusément les unes sur les autres et entremêlées de pierres & de terre.

CHAPITRE XLIV

CHARLES LÉOPOLD HIACINTHE NICOLAS SIXTE, PRINCE DE LORRAINE, 57e Abbé de Senones, depuis Tan 1648. jusqu'en 1661.

Le Prince Charles de Lorraine, si connu depuis sous le nom du Duc Charles V. fils du Duc Nicolas François et de la Princesse Claude sa cousine germaine, naquit à Vienne le 3. Avril 1643. Il fut coadjuteur dé Senones et des autres bénefices de son grand oncle le Prince Charles Abbé de Gorze, en 1647., et il entra en possession réelle de ces bénefices en 1648. Ses Bulles de coadjutorie sont du 27 Janvier 1647. et quoiqu'absent et de la Lorraine & de la France, avec le Duc.son père, à cause de la disgrace de sa maison, il ne laissa pas de jouïr du revenu de ses bénefices jusqu'en 1654. que le Duc Nicolas François son père ayant pris le commandement des troupes Lorraines qui étoient demeurées au pays-bas, après la détention du Duc Charles IV. son frère, le Roy fit saisir et arrêter tout ce qui appartenoit tant au Duc Nicolas François qu'au Prince Charles son fils. Mais en 1655. le Duc Nicolas François avec les Princes Ferdinand et Charles ses fils, s'étant rendus en France, avec les troupes Lorraines, le Roy Louis XIV. sur la requeste à lui présentée par le méme Duc Nicolas François, le rétablit en tous ses biens, terres, Chateaux et seigneuries; et le prince Charles son fils en possession de tous ses bénefices et droits en dépendans. Fait au Conseil d'Etat du Roy, Sa Majesté y étant, tenu à. Paris le 20. fev. 1656.

1

O h a r 1 e Prince de Lorraine, fils du Duc Ni ool François,' Abbé de Senones. 1648.


Le Prince Cbarle s

résigne

son Ab

baye de

Senonei

au Duo

Nicolas

François

son père

en 1661.

Protestation de D. Joa-

cbim Vi-

via, prieur

de Seno-

ne>. 1662.

Election du R. P. D.

Joaohim

i v i n

pour Ab-

de Se-

nones.

1662.

i

n

m

Le Duc NICOLAS FRANÇOIS, Abbé de Senones pour la 2e fois depuis 1661. jusqu'en 1668.

Le Duc Nicolas François ayant perdu son épouse la Princesse Claude en 1645., rentra quelque tems après dans l'état ecclésiastique et le Prince Charles son fils ayant été obligé de quitter le même état quelques années après la mort du Prince Ferdinand son frère, arrivée en 1658., il résigna en 1661. son abbaye de Senones au Duc Nicolas François son père. Ses Bulles sont dattées du 6. des calendes de Novembre où du 27. Octobre 1661. Il en prit possession en vertu d'un arrêt du Conseil du duc Charles IV. en datte du 15. Sept. 1662. Il en prit, dis-je, possession par procureur le 30. Octob. de la même année.

Le même jour D. Joachim Vivin Prieur de Senones, au nom de toute la communauté, fit ses oppositions à la prise de possession de Monseigneur le Prince Nicolas François, disant que cette abbaye étant du concordat germanique, n'étoit pas soumise à la commende, n'y ayant jamais été sujette jusqu'alors. C'est ce qu'on lit à la fin de l'acte de prise de possession, signé Mouron, nottaire apostolique. Quelque tems après, c'est à dire le 13 Novembre 1662. un mois après la mort du R. P. D. André Royer, arrivée le 13. Oct. de cette année, après avoir été élu Abbé de Senones le 16. Juillet 1648., les religieux capitulairement assemblés élurent unanimement pour Abbé de cette abbaye le R. P. D. Joachim Vivin, Prieur claustral, prétendant que les Bulles de Monseigr. le Duc Nicolas François étoient nulles. L'élection fut confirmée par Mr. André du Saussay évèque de Toul et par le R. P. D. Odilon Viard, président de la Congreg. de S. Vanne et de S. Hydulphe, et en con-

CHAPITRE XLV


séquence led. D. Vivin prit possession de l'Abbaye le 6. de Nov. 1663. Et le meme jour il signifia à Anne Mougenot femme de George Berger, officier et concierge de Monseigr. le Duc Nicolas François, résidant dans sa maison abbatiale, led. Berger alors absent, il lui signifia, dis-je, qu'il protestoit contre la force et empéchements qui lui avoient été faits jusqu'alors de la part de mon dit seigneur, de prendre possession de son abbaye, en vertu de son élection. Mais tout cela n'eut pour lors aucun effet, et le prince continua de jouir des revenus du Bénefice.

En 1664. le Duc Nicolas François, comme Abbé de Senones et Seigr. spirituel, jouissant des droits episcopaux dans le Val, ordonna au R. P. D. Barthelemi Claudon, prieur du Monastere et son grand vicaire, de faire la visite episcopale des Paroisses du Val, pour y corriger les abus et prendre connaissance de l'état des choses. Ce fut en ce même tems qu'il confia aux Religieux de son Abbaye le gouvernement des paroisses qui depuis assés longtems etoient entre les mains de prétres séculiers. Dom Claudon fit donc sa visite dans tout le val et meme dans les paroisses de Celles et de Couvay, et fit partout les réglemens que son zéle et sa sagesse lui inspirérent.

Enfin en 1668. le Duc Nicolas François prit la résolution de résigner son abbaye de Senones entre les mains des supérieurs de la Congrégation de S. Vanne. Il leur fit dire de lui assigner un sujet propre et capable de soutenir cette dignité dans le spirituel comme dans le temporel, et leur déclara son intention. On lui suggéra le R. P. D. Joachim Vivin, qui avoit été élu Abbé par la communauté en 1662. et qui étoit alors prieur claustral de l'Abbaye. Il passa donc sa procuration pour résigner en sa faveur l'onzième Sept. 1668. Et le même jour XI. septembre 1668. il laissa à titre de ferme aux prieur et religieux de Senones pour neuf années, à commencer au premier janvier de la même année 1668., tous les biens et revenus de son abbaye, moiennant la somme de six mille frans barrois par an, la ditte somme rachettable, ou avancée presentement jusqu'a

IV

Le Duo Mie. François

fait faire

la visite

des Pa-

roisses du

district de

Benones.

16C4.

v

JI résigne l'Abbaye

de Seno-

Dei à Dom

Joachim

Vivin.

1C68.


la somme de 28000 frans, lesquels furent payez au premier Octobre suivant, 1668. On ne parla point de pension pour épargner les frais des Bulles; la chose se fit sous le nom d'admodiation des biens de l'abbaye. Et les bulles de D. Vivin furent expédiées le 4e des Ides de Novembre ou le 2. de ce mois 1668. Il prit possession du temporel en vertu du décret de S. A. S. le 2. Aoust de l'année 1669, aiant déjà été mis en possession du spirituel le 2. juin de la même année.

Mais les Religieux de la communauté de Senones, le R. P. D. Barthelemi Valtrin à la tête, assemblés capitulairement, firent leur protestation contre ces paroles des Bulles dud. R. P. D. Vivin: Quodque aliàs in posterum dicti Monasterii provisio, quomodocunq. illud vacare contigerit, ad sedem praefatam omnino spectare débeat soutenant qu'elles étoient absolument contraires à leur droit d'élection, dont acte leur fut délivré par Brouchon nottaire apostolique, auquel souscrivirent tous les Religieux du monastére au nombre de sept, le.

Il est bon de remarquer icy que led R. P. D. Vivin s'étoit addressé pour ses Bulles à Mr. Platel, préfet des petites dattes, fort différent d'un autre Platel fort bon esprit et officier per obitum. Ils étoient tous deux lorrains, natifs de S. Mihiel. Ce Platel préfet des dattes étoit un homme d'un très petit génie, qui ayant été à Rome de très bonne heure, connoissoit très peu les usages et les intérests de la Lorraine. Il s'étoit mis dans l'esprit que c'étoit rendre le plus grand service du monde à sa patrie, que de la faire reconnoitre pour pays d'obédience. et de la soumettre à toutes les règles de la Chancellerie, attribuant au Pape la collation de toutes les abbayes et des principaux bénéfices de la province, pour les ôter à la France, qui n'auroit pas manqué d'y nommer pendant qu'elle possédoit cet Etat, en l'absence du Duc Charles IV. Ce fut donc lui qui dressa la supplique de D. Vivin, et qui fit mettre dans ses Bulles la clause dont nous avons parlé et contre laquelle les Religieux firent leur protestation. Ce que D. Vivin fit alors très innocem-


ment n'a pas laissé d'avoir des suites très facheuses, puisqu'il a servi de prétexte aux dévolus obtenus contre l'abbé Alliot par Monseigneur le Prince François de Lorraine et contre l'Abbé Dom Petitdidier par Mr l'Abbé de Bouzey. Le Duc Nicolas François Abbé de Senones mourut le 25. Janv.1670. C'étoit un prince pacifique, plein de religion et de piété, qui sans l'avoir mérité, essuya toutes les disgraces de sa maison. L'abbaye de Senones lui aura une obligation éternelle de l'avoir remise en régie, après avoir été 43. ans en commande.

DOM JOACHIM VIVIN, 58* Abbé de Senones, depuis l'an 1668. jusqu'en 1684.

D. Joachim fit profession de la règle de S. Benoit selon les statuts de la Congrégation de S. Vanne, au monastére d'Hautviller en Champagne, le 1er Juin 1636., et le 6. Sept. 1666., D. Martin Henri Prieur d'Insming ayant fait sa démission de l'Abbaye de Longeville, la communauté de ce monastére élut le même jour D. Joachim Vivin, pour lors visiteur de la Congregation et prieur claustral de Senones. Il posséda cette abbaye de Longeville jusqu'a l'onziéme mai 1667. qu'il fit sa démission entre les mains de la Communauté, qui élut le 18 May 1667. le R. P. D. Anselme de Vatrombois.

Le Duc Nicolas François lui résigna l'abbaye de Senones et la lui donna pour neuf années, moiennant la somme de 6000 frans barrois par chacun an, à charge comme on l'a dit, d'avancer présentement la somme de 28. mille frans, et pareille somme peu de tems après. L'Abbé Vivin paya d'abord les 28. mille frans le Octobre 1668. et les 28. mille frans restans le 12. Mars 1669. Pour faire cette somme

CHAPITRE XLVI

VI

Mort du Buo Hic.

François

Abbé de

Senonei.

167 O.

1

i

Commencement de

n. Joa-

ohim Vi-

vin, 1662,

1668.


II

Ilenonciation de

de 56000. frans dans des tems aussi malheureux et dans un pays aussi désolé que l'étoit alors la Lorraine, il fallut faire de grands emprunts sous le cautionnement des religieux. Mais la sage conduite et la bonne oeconomie du nouvel abbé furent pour lui une ressource téconde qui lui fournit bientost à rembourser ces sommes.

La même année 1669. l'Abbé Vivin étant à Nanci, se vit contraint par force majeure de la part de S. A. S. Monseigr.

l'Abbé Vivin à la jurit diction épiioopale. Opposition des Religieux 1669.

in

Etatdel'Abbayede Senones au oommence- ment de l'Abbé é Vivin.

le Prince François Comte de Salm et de Vaudémont, de renoncer au droit de jurisdiction quasi-épiscopale appartenant à son Abbaye de Senones, en faveur du vicaire apostolique où d'un Evéque nonce ou internonce, qui pouroit être établi par Sa Sainteté dans la terre de Salm et dans le val de Senones; renonciation qu'il ne fit que pour obtenir la permission de sad. Altesse pour prendre possession du temporel de son abbaye, promettant d'y faire accéder le consentement des Religieux de sa communauté de Senones le tout néanmoins sans préjudice de lad. abbaye de Senones, dépendante immédiatement du S. Siège et de l'union des cures de S. Jean et S. Maurice, lesquelles seront administrées par les Religieux de l'Abbaye, comme d'ancienneté. Fait à Nancy le 22 Juillet 1669.

Il ne fut pas plutost de retour à Senones qu'il protesta de nullité devant un nottaire, de cette renonciation forcée, le 2 Aoust 1669., et le même jour le prieur et les religieux de Senones firent les mêmes protestations et oppositions. Depuis l'Abbé Lignarius, l'Abbaye avoit été exposée à toutes sortes de disgraces. Cet abbé peu intelligent et très mauvais oeconome, avoit abandonné les biens de son monastére à des parens où à des amis avides, qui les avoient dissipés où se les étoient appropriés. Les procés qu'il eut à soutenir contre le coadjuteur Térel absorbèrent la plus grande partie des revenus de l'Abbaye, et pendant ce tems tout alloit en décadence, personne ne se mêlant ni de l'entretien, ni des réparations des edifices, ni de la deffense des droits, ni de la conservation des biens. A ces maux succéda la commende, l'abbrégé de toutes les cala-


mités et le plus grand fléau de la colère de Dieu sur les monastères.

Le Duc Nicolas François au commencement de son entrée dans l'Abbaye de Senones, fit jetter inutilement un monitoire dans les diocéses de Metz et. de Toul, pour obliger tous ceux qui avoient quelque connaissance des biens perdus où des titres égarés de ce monastére, de venir à révélation.

L'abbaye livrée à des admodiateurs ou à des receveurs interessez, étoit pour ainsi dire ravagée au dedans et au dehors, chacun cherchant à profiter du désordre, sans se mettre en peine d'y remédier. Ajoutez à tout cela les malheurs de la guerre et les calamités publiques de la province qui, ayant fait périr plus des deux tiers de ses habitans, avoient laissé presque toutes les campagnes désertes et incultes.

Dès l'an 1670. l'on fit rétablir toute la toiture du Dome de la grande église, lequel jusqu'alors n'avoit été couvert que d'une simple charpente, n'aiant d'élévation qu'autant qu'il en falloit pour écouler les eaux de la pluye. Ce fut un

Mémoire* mss. de D. André Munier, procure» de Senonei apoitillez de la main du très R. P. D.

frère convers nommé frère George, très habile charpentier, qui l'entreprit et l'executa comme nous le voions aujourd'huy. La main d'oeuvre coûta environ quinze cens frans barrois on mit en couleur blanc, noir et rouge et en huile, les esseins ou bardeaux dont le dome fut couvert. Lorsque l'Abbé Vivin entra dans l'abbaye, à peine y avoit-il de quoy nourrir 5 ou 6 religieux qui avoient assés de peine de se tirer de l'indigence avec leur peu de revenus et le produit des Cures qu'ils desservoient. Il avoüe dans une requeste qu'il présenta le 4. Juin 1674. à Mr l'Evêque de Toul, que pour faire les réparations nécessaires dans les biens dépendans de la mense abbatiale, il lui faudroit plus de soixante et dix mille frans, comme il paroit par la visite qui en a été faite le 22. Oct. 1671. en vertu d'un arret de la Cour du Parlement de Metz du 13. Octobre précedent. Ce qui est cause, dit-il, qu'on ne peut faire valoir les fermes qui en dépendent, et que le revenu en est tellement dimi-

Joach. Viviu


TV

Il emprunte i s O O.

éout ro-

mains.

1674.

V

II fait boiier la sacris-

tie. 1674.

(a) Mémoires

rots, de D. André Royer, aposiilléi de la main do l'Abbé Vivin.

nué qu'à peine suffit-il à la nourriture de l'Abbé et de quelques religieux et aux réparations les plus urgentes, lesquelles étant négligées entraineront la ruine du reste des batimens et la perte entière de l'Abbaye. Il ajoute qu'il a déja employé plus de dix mille frans au payement des ouvriers et qu'il est dans la nécessité d'en employer encor autant et plus, s'il veut conserver ce qui est réparé et empecher la ruine totale des batimens.

Il conclut à ce qu'il lui soit permis d'emprunter une somme de quinze cens ecus romains, faisant celle de 14 à 15 mille frans barrois, ou de vendre et aliener quelques biens fonds de son Abbaye, à charge de rachapt néanmoins et d'hypothéquer pour cet effet tous les biens de la mense abbatiale, comme aussi de produire le consentement de la Communauté dud. Senones et de justifier de l'employ des sommes empruntées aux réparations devant dittes. Il obtint à cet effet un Bref du Pape Clément X., datté du 13. Avril 1674. qui lui permit de faire cet emprunt, à condition de rembourser les capitaux dans huit ans. Le Bref est adressé à Mr. l'Evéque de Toul, qui donna son consentement par le décret mis au bas de la requeste à lui présentée le 4. Juin 1674. Le consentement des Religieux au nombre de six, est du 7. Mai de la même année.

Bientost on vit dans l'abbaye un heureux changement, tant pour le temporel que pour le spirituel. Il augmenta le nombre des religieux jusqu'à seize et dès l'an 1674. il fit t boiser toute la sacristie où il mit quantité d'armoires très belles et très commodes, tant pour y serrer les vases sacrés, que pour conserver les ornemens. Les (') bois furent fournis par le R. P, Abbé, le couvent paya la main d'oeuvre. Tout cela est changé aujourd'hui. La même année 1674. (a) on achepta pour la somme de 5780. frans barrois, les huit jours de vignes de Moyen, pour remplacement d'un préciput de douze resaux de froment, et 6. resaux d'avoine qui

(1) A partir de cette phrase jusqu'à l'art VI, le texte est ajouté dans le manuscrit par Dom Calmet.


étoit dub sur Barbonville, et qu'on fut obligé de vendre aux PP. Jésuites du noviciat de Nancy.

En i680., il fit faire les grands dortoirs, consistant en J plusieurs chambres situées tant au midi qu'au couchant et en deux grandes galeries ou allées au septentrion et à l'orient* la grande église et la Rotonde ne permettant pas de faire des chambres du costé où elles étoient placées. La même année il fit construire le réfectoire de fond en comble. Il etoit magnifique et en quelque sorte hors d'oeuvre, ne tenant au reste de la maison que par son extrémité orientale et par son côté du septentrion, prenant jour au midi et au couchant. Il étoit revêtu d'une très belle boisure depuis le bas jusqu'en haut, avec des tableaux enchassés dans la menuiserie. Il passoit pour une des plus belles pièces en ce genre, qui fut dans la province.

On s'étonne que dans la même année il ait pu faire aussi les 4. grandes colomnes de bronze torses et ornées de fleurons, avec leurs bases et leurs chapitaux, qui soutiennent chacune un vase enflammé de même métal, avec les frises et de petits chandeliers distribués d'espace en espace, qui sont autour du grand autel et lui servent d'un ornement très riche et très bien éxecuté. On lit sur la base de ces colomnes, ces mots Quae non rapui, tune exolvebam, pour montrer que c'est un remplacement pour celles qui avoient été faites par l'Abbé Raville et qui furent venduës en 1640. où 1645. ainsi qu'on l'a dit plus haut. Les colomnes avec la crosse ou suspensoire du S1. Sacrement, sont de la façon de Claude Gérard et Nicolas Husson, maitres fondeurs à Nanci et ont couté 3600. frans barrois, à raison de deux frans la livre façonnée. Elles pèsent plus de 1800" (1). Il fit de plus la même année les six chandeliers d'argent avec la croix et le Christ de même métal qui ornent le grand autel, comme aussi le grand calice cizelé, les deux burettes et le bassin, le tout cizelé et d'argent poinçon de Paris, du poid de 61. marcs à raison de 84. frans par marc. (4) 1800 livres.

VI

Il fait faire les dor-

toirs, les

allées, le

chapitre

et le réfec-

toire.

X68O.

vu

II fait faire les 4. co-

lomnei de

bronze du*

grand au-

tel. 168O-

VIII

II fait les six Chande-

liers d'ar-

Il gent, avec la croix et

autre. ar-

genteries.

168O. U.


Bibtiolèque.

IX

Reprise du fief de Oo-

lombe.

167C.

Il achepta aussi les tapisseries vertes en fleurages qui se voient à présent dans une des chambres d'hôte qui donnent t sur la basse cour. Toute l'argenterie est de la façon de Jean Racle célébre orfèvre à Nanci. En 1681. il fit faire par François Hennequin orfèvre à Nanci les deux chandeliers d'aigent pour les acolites et le ciboire d'argent c'zelé, le bénitier et le goupillon, le tout poinçon de Paris pour 1300. frans barrois. Il fit de plus la crosse abbatiale d'argent.

La Bibliotéque qu'il fit orner de boiseries et qu'il enrichit de plusieurs bons livres, étoit sur le réfectoire et dans une situation saine et agréable.

En 1676. le Sr. Abraham Michelet receveur géneral de la ville de Metz et le Sr. Philippe Rolin, ci devant conseiller, echevin de la d. ville, firent leur reprise du R. P. D. Joachim Vivin abbé de Senones, pour la terre et seigneurie de Colombé dans le pays messin, fief mouvant de l'abbaye de Senones, et en fournirent leur dénombrement. Depuis ce tems on n'a pas fait de reprise de ce fief, les Abbés l'ayant négligé, parce qu'il n'est point reversible au monastère. La terre de Colombé fut acensée où laissée à titre de fief en 1293. par l'Abbé Baudoin, ainsi qu'on l'a dit ailleurs. Les Seigneurs de Colombé sont obligés de faire hommage au Roy, tandis que les Abbés eux mêmes ne rendront pas leur foy et hommage à Sa Majesté, pour être autorisés à les recevoir de leurs feudataires.

En 1680. Monseigneur de Fieux évêque de Toul fut maintenu par arret du conseil du Roy en la jouissance de son autorité épiscopale dans le Comté de Salm, où le Pape avoit établi longtems auparavant un vicaire apostolique. Le prélat en vertu de cet arret établit pour doien rural dans les districts dud. vicariat et dans les territoires des Abbayes de Senones et de Moyenmoutier, le sieur Jean Marchai, curé de Couvay, qui en cette qualité fit citer en 1681. tous les curés et vicaires de ces territoires, à comparoitre devant luy pour prendre communication de cet arrêt, et reconnaitre la jurisdiction du seigneur eveque. Mais ils re-


fusèrent d'obéir et les abbés de Senones et de Moyenmoutier prenant leur fait et cause, firent assigner au Grand Conseil ledit Sr. Marchai en son privé nom, ce qui arrêta ses poursuites. M. de Fieux se pourveut la même année au Conseil privé du Roy contre la désobéissance des curés et des abbés et y obtint une commission pour les y faire appeler. Mais l'affaire en demeura là et ne fut point poursuivie.

La maison que le Sr. Abbé de Senones possédoit à Ravon l'Etappe, etoit chargée de dix frans de rente annuelle envers les Religieux dud. Senones pour certaines fondations dont on a parlé ailleurs. En 1682. les Abbés et Religieux consentirent à ce que lad. maison fut déchargée de la somme de six frans, à condition que le Sr. Abbé leur quitteroit une redevance annuelle de 4. fr. barrois qui lui étoit duë sur la mense conventuelle, et une autre rente de deux frans affectés sur une maison à eux appartenante au Mesnil, au moyen de quoy les religieux demeurèrent déchargés des 6. trans envers le Seigneur Abbé et la maison de Ravon ne fut plus attenuë qu'à 4. frans de rente annuelle envers le couvent, et encore ces 4. frans ont été remplacés sur une maison sise à Reherey acheptée par feu l'Abbé D. Pierre Alliot.

En 1682., les Prieur et Religieux de Senones ayant présenté leur requeste au R. P. D. Joachim Vivin, expositive que leur Abbaye étoit entierement couverte d'esseins ou bardaux, ce qui l'exposoit à un danger continuel du feu, ils auroient dessein d'etablir une tuilerie au voisinage de l'Abbaye, dans un prey appelé le Breu, appartenant à la mense abbatiale, ce qu'ils ne pouvoient faire sans l'agrément dud. Seigneur Abbé et a moins qu'il ne leur permit de prendre des bois nécessaires dans ses forests. L'Abbé Vivin touché de leur juste remontrance, leur permit de bâtir une tuillerie dans son Breuil, derrière son verger et de prendre une certaine quantité de bois dans Ortemont, moyennant la redevance d'un millier de thuiles par an, tout le tems que l'on travailleroit dans lad. tuillerie et 9. gros par chaque corde 23

Z

Décharge de la maison

de Ravon

de 1O. fr.

de rente.

16S2.

XI

Rétablissement de

ta Thuile-

rie de Se-

nones.

1682.


xn

Cession du Prieuré

de Xures

à la mai-

loa de Su.

Barbe

dans le

territoire

de Metz.

1682.

de bois, que l'on tireroit d'Ortemont pour l'usage de cette usuine.

On a veu par plusieurs endroits de cette histoire, que le Prieuré de S1. Christophe de Xures est un très ancien fond donné à l'Abbaye de Senones par la liberalité de Dame Cunégonde, insigne bienfaitrice de ce monastére. L'Abbé Vivin touché de dévotion envers Ste Barbe Patrone du pays messin, céda et transporta le droit qu'il avoit de conférer ce Prieuré et d'en disposer quand il étoit vacant, il le transporta, dis-je, au monastére de Ste Barbe, situé dans le territoire de Metz, à condition qu'il y demeurera uni à perpétuité et que les religieux dud. mona stére de St0 Barbe seront tenus de donner par chacun an à la mense conventuelle de Senones un cens annuel de 18U. (i) tournois, en reconnaissance de ce que led. Prieuré avoit accoutumé d'etre régi et possédé par un religieux dud. couvent; en outre que si led. prieuré venoit à être distrait et séparé du monastére de St0 Barbe, ou que cette église de Ste Barbe fut possedée et administrée par d'autres que des Religieux de la Congregation de S. Vanne, lad. union seroit cassée et l'Abbé de Senones rentreroit dans ses droits de donner et conférer led. Prieuré de Xures. Fait à Senones le 8e Mày 1682 (2).

D. Ildefonse Bardin dernier prieur titulaire de Xures fit sa démission .entre les mains de D. Vivin la maison de S10 Barbe en prit possession le 15. d'Aoust 1683. M. d'Aubusson, évêque de Metz, autorisa l'union et la prise de possession le 5. Avril 1695. Le tout fut confirmé par le rescrit du Pape Benoit XIII. du 13. May 1726.

Comme on avoit négligé quelques formalités dans cette union du prieuré de Xures à Ste. Barbe, M. l'abbé (3) a jetté depuis peu un dévolut sur ce prieuré. Mais la

(2) Le texte formant les deux alinéas suivants est ajouté par D. Calmct en marge de la page 423 du manuscrit.

(1) 18", c'est-à-dire 18 livres.

(3) Le nom de cet abbé est illisible dans le mss. de Saint-Dié.


chose n'a point eu d'autres suites, sinon qu'on a été obligé de suppléer a ce qui n'avoit pas été observé dans le commencement.

En 1684. l'Abbé Vivin songeant à se préparer à la mort et à se procurer après ce dernier moment les secours que l'Eglise accorde aux fidéls pour effacer les restes de soüillures qui restent bien souvent à expier dans les flammes du purgatoire aux âmes les plus parfaites, après leur décès, donna aux Religieux de son Abbaye certains fonds de terres et de preys, avec une masure située à la Basse Forain, lesd. fonds acquettés autrefois par quelqu'uns de ses prédecesseurs Abbés de Senones et alors en friche ou en fort mauvais état. Il leur céda et hypothéca tous ces héritages, pour faire un anniversaire solennel au jour de son décès pour le salut de son ame. L'acte de cession fut passé à Senones le 2. Aoust 1684. et la soumission et l'acceptation des religieux est du même jour. Cet anniversaire se fait tous les ans le 24 Aoust jour de sa mort.

(1) En 16.. il fonda la pieuse antienne, Ave verum corpus natum etc. que nous chantons tous les Samedys à l'élévation de la sainte hostie. Il a aussi fondé l'Antienne Inviolata, que l'on chante au Chapitre devant la statuë de la Ste. Vierge, à la procession du Dimanche du rosaire qui se fait chaque premier Dimanche du mois, non occupé. Ce vertueux prélat avoit toujours eu une dévotion particuliére pour S. Siméon Evêque de Metz, dont le corps étoit conservé depuis très longtems dans l'Abbaye, dont il est regardé comme second patron. Ses reliques reposoient dans une ancienne Chasse de bois doré et argenté qui se voit encor aujourd'huy sous le grand autel. L'Abbé Vivin prit la résolution d'en faire une autre d'argent plus riche, plus belle et plus magnifique. Il la fit commencer au mois de mai 1684. par Me François Hennequin, orfèvre à Nancy. ^1) Le texte, à partir de cet alinéa jusqu'à l'art. XIV, est écrit par D. Calmet sur un petit bout de papier, collé en marge de la page 424, auquel il renvoie par un signe également tracé par sa main.

xm

Fondation d'an An-

niversaire

pour l'Ab-

bé Vivin.

1684.

XXV

Chaste de S. Siméon.

1684.


XV

Mort du R. P. D. Joachim Vivin, Abbé de Senonet.1684.

On y employa 60. marcs d'argent à 96. frans barrois le marc. Mais il n'eut pas la satisfaction de la voir achevée, car il tomba malade au commencement du mois de Juillet et mourut le 24. Aoust 1684. plein de mérites et regretté de tout le monde, particulierement de ses Religieux qu'il avoit comblés de biens, laissant sa maison dans un état florissant et estimée pour ce tems là la plus belle et la plus complette

de la Congrégation.

Il fut toujours fort considéré dans son corps, y ayant été jusqu'a deux fois Visiteur, et une fois Définiteur. Nonobstant les grandes dépenses qu'il avoit faites, il laissa en mourant six cent louis d'or en espece, et plus de 500. écus en argent. Il fut enterré au dessus du choeur, aujourd'huy sous les cloches (i), et sa tombe se voit entre celles de l'Abbé D. Pierre Alliot et celle de D. Claude Raville, sous laquelle est inhumé le très R. P. D. Mathieu Petitdidier Eveque de Macre. Voici l'épitaphe de D. Joachim Vivin R. admodum in Christo Pater Domnus Joachimus Vivin hic jacet Primus Abbas à reformatione Vannis in Lotharingiâ natus; sub primâ juventute monachum induit, virtutes simul ac pietatem: Regularis disciplinae zelo, paupertate, obedientiâ, maceratione, novellam re formationem spiravit et expressit ubiqtte et fulcivit. In congregatione suâ o f ficia sic tenuit praecipua, ut in Us nemo eum non amaret, veneraretur et auscultaret ultro. Abbas factus haud quidquam indulsit sibi, semper parcus et durus, licet afflictissimae valetudinis, quod detraxerat sibi, pauperibus largiebatur abundanter. Inde etiam claustralia aedi ficia restauravit et quo anté premebantur fratres aere alieno exoneravit. Altari primario aereas columnas circumposuit. Divo Simeoni, quâ ejus reliquiae reconderentur, arcam argenteam consecravit. Vasa itidem argentea, crucem, candelabra apprimé cœlata, construi fecit. Vixit annis LXVIII. Abbas fuit annis XVI. Podagrâ suffocatus, interiit anno M. DC. LXXXIV. Orate pro Eo.

(I) Avjourd' huy sous le, cloches, est ajouté en surcharge par D. Calmet, qui a également remanié les lignes suivantes.


On trouvera à la fin de cette histoire un état de la main de D. Vivin des receptes et depenses qu'il a faites dans son abbaye depuis l'an 1668 jusqu'en l'an 1682 (i).

DOM PIERRE ALLIOT, 59e Abbé de Senones, depuis l'an 1684. jusqu'en 1715.

Le R. P. D. Pierre Alliot naquit à Bar le Duc le 1. aoust 1653. et fit profession de la régie de S. Benoit sous la Congrégation de St. Vanne, dans l'abbaye de S. Mansui de Toul le 31. Juillet 1672. L'Abbaye de Senones étant devenuë vacante en 1684. par la mort du R. P. D. Joachim Vivin, M. de Charuël Intendant de Lorraine et Barrois de la part du Roy très chrétien qui possédoit alors la Lorraine, envoia un courier aux Religieux de cette abbaye pour leur deffendre de la part de Sa Majesté, de procéder à une élection d'un nouvel Abbé jusqu'à ce qu'ils eussent reçu les ordres de la Cour. Ces ordres leur arrivérent le 11 Sept. 1684. et le même Charuël leur écrivit qu'il se rendroit à l'Abbaye vers le 18. da même mois, pour assister à l'élection qui se devoit faire de trois religieux, dont le Roy prendroit celui qu'il jugeroit plus à propos pour lui donner l'Abbaye. Car c'est ainsi que Sa Majesté en usoit alors dans l'Alsace et dans la Lorraine.

Charuël ne se rendit à Senones que le 3. Octob., et l'élection ayant été faite, D. Pierre Alliot pour lors religieux de Moyenmoutier, où D. Hyacinthe Alliot son frère (i) Cette dernière phrase est ajoutée de la main Je D. Calmet mais l'état de recettes et de dépenses de D. Vivin n'existe pas dans le manuscrit de la bibliothèque de Sjint-Dié. Il y a bien an compte de gestion à la fin du manuscrit, mais c'est celui de D. Calmet et qui va de 1731 à 1757.

CHAPITRE XLVII

1

Commencements de

1>. Pierre

Alliot,

Abbé de

Senones.

n

1" Election de S. Pier-

re Alliot

pour Ab-

bé de Se-

nones le

3* Ootob.

16S4.


m

a«. Election du n. p. D. Alliot. 1685.

etoit abbé, eut quelques voix. Le Roy le préféra et lui conféra l'Abbaye par son Brevet du 1. Nov. 1684. expédié à Fontainebleau, signé Louis et plus bas COLBERT. Sa Majesté ayant commandé aud. Colbert d'expédier toutes lettres et dépeches nécessaires en Cour de Rome pour l'obtention des Bulles et provisions apostoliques de lad. abbaye, elles furent envoyées le 13. Déc. et Lézineau, banquier expéditionnaire fit faire à Rome de la part du R. P. D. Alliot toutes les diligences nécessaires pour obtenir des Bulles mais les officiers de Sa Sainteté en firent refus, premièrement sous prétexte que l'Abbaye de Senones n'étoit pas comprise dans les indultes accordés à Sa Majesté tréschrétienne par les Souverains Pontifes; et ensuite Us déclarent qu'ils avoient ordre d'en haut de ne rien faire sur cette affaire.

En effet S. A. S. Charles V. Duc de Lorraine avoit fait mettre un nihil transeat gênerai en son nom sur tous les Bénefices de Lorraine pendant les guerres, de sorte que D. Alliot fut obligé de se pourvoir au Conseil du Roy qui lui accorda son Brevet pour prendre possession, en datte du 13. Avril 1685. Mais comme il avoit encore besoin de la permission du Président de la Congregation de S. Vanne pour prendre lad. possession, il s'addressa au très R. P. D. Henri Hennezon Abbé de S. Mihiel, et pour lors Président de lad. Congrégation et lui présenta sa requeste à cet effet mais led. D. Hennezon par son décret du 24. février 1685. lui permit seulement de se pourvoir auprès de Sa Slé pour obtenir des Bulles sur son élection, et en conséquence d'accepter et prendre possession de lad. Abbaye.

En même tems, comme on eut fait remarquer à D. Alliot que sa première élection n'étoit pas revétuë des circonstances nécessaires pour la faire reconnaitre à Rome pour canonique, il remit tout son droit à la communauté de Senones et se déporta de la lùro élection, leur permettant, autant qu'il étoit en sa puissance, de procéder à une nouvelle élection. Ils y procédèrent en effet et il fut élu de nouveau tout d'une voix le 4e Juin 1685. Et en con-


séquence de cette élection et du brevet du Roy, dont on a parlé, comme aussi des arrests du Grand Conseil de Paris et du Parlement de Metz, et avec la permission du Chapitre général de l'an 1585. il prit possession de l'Abbaye le 6. Juin de la même année et continua inutilement les poursuites en Cour de Rome pour obtenir des Bulles. Il fut obligé de recourir de nouveau à Sa Majesté en 1687., pour obtenir la permission de continuer dans la jouissance du temporel de son Abbaye, ce qu'il ne lui fut pas difficile d'obtenir, par un décret du 24. Mars 1687.

L'Abbé Alliot se voyant paisible possesseur de son Abbaye, songea à en soutenir les droits et en récupérer les biens. Pour entendre la suitte de cette grande affaire, il faut reprendre les choses de plus haut.

On a veu dans le cours de cette histoire les diverses entreprises que firent de tems en tems les officiers des Comtes de Salm contre le monastér e de Senones. On a veu en particulier les fâcheuses circonstances qui obligérent les Abbés et religieux à passer les transactions des années 1573. 1574. et 1580. Quelqu'avantageuses que fussent ces transactions à MMr£. les Comtes de Salm, leurs officiers y contre venoient tous les jours en plusieurs manières. En vain en portoit t'on ses plaintes auxd. Seigneurs; on n'étoit pas écouté. Enfin le Roy très chrétien ayant en 1680, donné sa déclaration, par laquelle il ordonnoit que tous les seigneurs et gens de mainmorte eussent à fournir leur dénombrement de ce qu'ils tenoient de Sa Majesté, l'Abbé Vivin et les Prieur et religieux de Senones donnèrent le 2. Juin 1681. leur aveu et dénombrement à la Chambre royale de Metz, dans lequel ils déclaroient qu'originairement un Abbé de Senones avoit toute Seigneurie, consistante en haute moyenne et basse justice, droit de toutes amendes hautes, épaves, con fiscations et généralement tous autres avantages ordinaires aux hauts justiciers, tant aud. Senones qu'au Val d'icelui de même au Val de Vipucelle ou de la Broque, avec la proprieté des domaines seigneuriaux, bôis, rivières, usuaires et foncière Que dans le ban de Plaine

TV

Commencement des

diffiomltés

contre la

maison

de Salm,

commen-

cée» par

l'Abbé Vi-

v i n e a

1681. 82.

83. «4.'


appartenoit aud. Abbé la haute, moienne, basse et fonciére justice, avec quantité de droits domaniaux, les deux tiers des gro3ses amendes et tous les autres avantages de seigneurie, avec droit de création des officiers de justice dud. ban de Plaine et présentement possédés par tes Comtes de Salm, qui les ont usurpés, etc.

Il y eut opposition à ce dénombrement de la part des Officiers de la Principauté de Salm, savoir de la part du Sr. Louis Albert Bouchart, chatelain et haut officier de lad. Principauté, le 21. Nov. 168-1., et protestation contre lad. opposition de la part des Abbé, prieur et religieux de Senones, en datte du 27. du même mois et même année, protestant d'intimer incessamment led. Bouchard pour déduire les causes de sa prétenduë opposition.

En 1682. la terre et seigneurie de Salm ayant été décrettée et mise en criée à la requeste de Charlotte Brion veuve d'Etienne Coppin, vivant maitre de garde-robe de Me la Duchesse Douairière d'Orléans, l'Abbé Vivin y fit former opposition aux fins de distraction, pour ce qui concerne la seigneurie en propriété et en toute haute justice, moienne, basse et foncière de Senones et du val d'icelui de même du val de Vipucelle, du ban de Plaine et ban d'Ancerviller, de même aussi des bois, montagnes, fours, moulins bannaux, forges, sciries, droit de chasse et autres avantages de haute justice, prestations et redevances, ainsi qu'ils sont énoncés dans les vieux titres et chartes de lad. Abbaye, etc.

Cependant l'Abbé de Senones avoit fait assigner le Sr. Louis Albert Bouchard, pour déduire ses raisons d'opposition devant la Chambre royale établie à Metz mais Bouchard n'ayant pas comparu, fut condamné par défaut le 8. Nov. 1683. En conséquence l'Abbé Vivin tint ses plaids annaux et fit deffense aux habitans de Senones & du Val de reconnoitre d'autres seigneurs que lui, et en même tems saisit tous les revenus de la Principauté, sur plusieurs exploits.

Le 2. Déc. 1683. Christine Louise Rhingrave, née Prin-

1683.


cesse de Salm, comtesse du Rhin, ayant donné ses aveux et dénombrement à la Chambre royale de Metz, il y eut opposition de la part des Abbés et religieux de Senones, quant à ce qui concerne les droits par eux prétendus aud. Senones et au Val, comme aussi au Val de Plaine et de la Broque, etc.

En 1684. Madame Christine Rhingrave, Princesse de Salm, se pourveut à la Chambre royale de Metz et présenta sa requeste demandant à être reçuë opposante à l'arrêt de congé obtenu par les Abbés et religieux de Senones, déclara qu'elle prenoit le fait et cause pour la deffense des Officiers et habitans assignés, et demanda par provision mainlevée des saisies. En même tems elle fit signifier ses oppositions au dénombrement fourni par les Abbés, Prieur et Religieux de Senones. Tout ceci se passa en Juin et Juillet 1684.

Pendant ces contestations l'Abbé Vivin mourut le 24e Aoust 1684. et laissa D. Pierre Alliot son successeur dans l'obligation de soutenir et le dénombrement donné par son prédecesseur, et les oppositions faites en conséquence. Le 28. Décembre de cette année, le Sr. Louis Albert Bouchard dont on a parlé, ayant fait une vente de deux cent cinquante mille cordes de bois de chauffage et d'une très grande quantité de bois de maronage, le tout dans les bois d'accompagnement, l'Abbé de Senones devoit avoir la moitié du prix de cette vente, conformément aux transactions de .1284. et de 1580. mais le d. Sr. Bouchart la lui refusa.

Pour procéder dans une affaire de cette importance avec conseil, il consulta le Sr. Evrard à Paris, qui lui répondit le 28. Avril 1685. que les Abbés et religieux de Senones étoient très recevables et bien fondés à se pourvoir par lettres de restitution contre la transaction de 1573. et les actes approbatifs qui ont suivi, nonobstant le laps de tems, 1° parce que les Princes de Salm étant les avoués et protecteurs de l'Abbaye de Senones, et étant obligés en cette qualité de la deffendre contre les usurpations que l'on

168*.

Difficultés de l'Abbé

Al 1 i ô t

contre la

maison de

Salm.

1684.


VI

H fait astigner lei

Princes de

Salin au

Grand

Conseil.

1C85.

pouroit faire à son préjudice, ils sont incapables de prescrire et dans une mauvaise foy continuelle, de même qu'un tuteur ne peut jamais prescrire contre son pupille, ni se faire un titre contre lui des actes qu'il pourroit en avoir extorqué pendant sa minorité.

2° La fin de non recevoir ne court que du jour où la violence a cessé or les Princes de Salm ayant toujours augmenté leur puissance et leurs usurpations, on ne peut présumer que cette violence ait cessé jusqu'aujourd'huy. L'Eglise étant toujours mineure, elle est toujours restituable quand il paroit une énorme lésion comme icy d'autant plus que les actes dont il s'agit n'ont jamais été ratifiés par les Evéques de Metz, qui sont les supérieurs de cette Abbaye et qui lui avoient donné les Comtes de Salm pour deffenseurs qui ne pouvoient par conséquent, sans la participation et le consentement des Seigneurs communs, usurper des biens dont la delïense leur étoit confiée. Le titre d'avocatie des Comtes de Salm contenant une prohibition expresse et perpétuelle de rien prendre des biens de l'Abbaye, au delà de ce qui leur avoit été volontairement assigné, ils n'ont rien pu acquérir contre elle par d'autres voyes, leurs titres criant continuellement contre leur injuste détention.

Il suit de là que les Abbés et Religieux de Senones sont bien fondés à attaquer cette transaction et les actes approbatifs postérieurs, nonobstant le laps de tems, parce que personne ne peut prescrire contre son propre titre, ni changer la cause de sa possession. On ne doute pas même qu'ils ne puissent demander aux Princes de Salm la restitution des fruits.

Fortifié par ces raisons, l'Abbé Alliot fit assigner Bouchard au Grand Conseil du Roy trés-chrétien, en vertu des lettres patentes d'évocation accordées par Sa Majesté aux Religieux de la Congrégation de S. Vanne. Après quelques procédures faites en ce Tribunal, Madame l'Abbesse de Remiremont et Mad°. la Princesse Christine, sa soeur, voyant que l'entreprise de Bouchard n'étoit pas soutenable,


firent parler à l'Abbé de Senones, lequel se plaignoit encore de plusieurs autres contraventions faites aux transactions de 1573. et 1574. et lui proposèrent d'en revenir à une nouvelle transaction par laquelle on régleroit toutes difficultés.

Cette nouvelle transaction se fit en effet à Metz le XI. Janv. 1687 par le R. P. D. Hiacinthe Alliot Abbé de Moyenmoutier, comme chargé de procuration de l'Abbé de Senones D. Pierre Alliot, son frère, et le Sr. Humbert Rousse], intendant de la maison de Salm, comme ayant charge et pouvoir de Mad. l'Abbesse de Remiremont, tant en son nom que comme tutrice de Monseigr. Louis Otto Prince de Salm son neveu, et se portant forte de Monseigr. le Prince de Salm son frére, par procuration du 29. Nov. 1686. et encore de Me la Princesse Christine, par autre procuration du 7. Décembre suivant.

Voici le précis des principaux articles de cette transaction. Le bois de Béfey appartiendra pour le tout à l'Abbaye, ensemble les bois appelés communaux de la prevosté de S. Stail, en ce qui appartient à la maison de Salm, comme aussi toutes les scies du Val de Senones possedées par lad. maison de Salm et appartenantes à l'Abbaye de Senones, en vertu de l'échange fait avec celles du Val d'Alarmont, en vertu de la transaction de l'an 1573. à la réserve de la scie des Chaumes qui appartiendra à la maison de Salm. L'Abbaye joüira des neuf mille cinq cent treize arpens et demi de bois appellés Communaux de Senones, tombés au lot de la Maison de Salm.

Lad. Abbaye emportera les bois appelés communaux du ban de Salm, tels qu'ils sont spécifiés dans le partage et l'arpentage de lad. maison de Salm, comme aussi le bois du Pallon qui est dans led. partage, en échange de la part que led. Sr. Abbé a dans le bois de Compagnie de la Principauté, lequel il cède à lad. maison de Salm. De tous lesquels bois, scies et marches d'icelles lad. Abbaye jouïra en tous droits de propriété et en haute, moienne et basse justice.

1687.

vu

Transaction

de 1687,

passée à

Metz.


4° L'affouage et maronage seront conservés à lad. Abbaye dans les bois appartenans à lad. maison de Salm, conformément aux transactions de 1573 et 1574. La haute justice, moienne et basse de Chatay demeurera à lad. Abbaye en tous droits de propriété, sans que lad. maison de Salm y puisse rien prétendre.

L'Abbaye joüira aussi de toutes les dixmes qui lui étoient contestées dans le Val de Senones, Plaine, Vipucelle et Celles et dans tous les essarts des bois faits et à faire. 7° Elle joüir a aussi du tiers dans tous les moulins de Senones, Plaine et Vipucelle, comme aussy du tiers dans tous les fours, conformément à la transaction de l'an 1574. 8° Les rivieres du Val de Senones demeureront aux parties comme elles en jouissent et des amendes par moitié et de celles des bans de Plaine et Vipucelle conformément aux anciennes transactions.

La maison de Salm payera annuellement le millier de fer dû à lad. Abbaye sur les forges de Grand-fontaine et Champenay, pour la part de la Principauté, sans préjudice de la solidité de l'autre partie.

10° Les acensemens des terres vagues se feront conformément auxd. transactions et si quelqu'un a été fait, la moitié du profit sera donnée à l'Abbaye, conformément aux comptes de la Principauté.

11° Les petits quarterons et quarterons dûs par les laboureurs seront partagés et levés conformément auxd. transactions.

12° Les officiers de Senones, principauté de Salm, donneront à l'Abbaye les marques des étalons, poids et mesures laquelle abbaye joüira des droits de halle, étallage et marchés aux bans de Senones, Plaine, Vipucelle et St. Stail.

13° La maison de Salm n'empêchera lad. Abbaye de poursuivre ses droits sur les habitans du Mesnil, à l'égard de leurs hayes.

14° Le Sr. Abbé et couvent jouiront de l'exemption et franchise de passage des bois et planches, lors seulement


qu'ils les teront exploiter par leurs mains, et non autrement. 15° Toutes les actions personnelles civiles et criminelles appartiendront à la maison de Salm, pour la part qu'elle a dans la Seigneurie des quatre bans, hors néanmoins l'enclos de lad. Abbaye et les autres des maisons où les Abbé s et religieux justifieront par titre avoir le droit de haute justice. Et les Abbé et religieux y jouiront de toute la justice, moienne et basse et de toutes -les actions autres que les personnelles, civiles et criminelles, nonobstant toutes dispositions contraires faites dans la transaction de l'an 1573. et toutes possessions contraires auxquelles les parties ont renoncé.

16° La maison de Salm jouira du surplus des bois des 4. bans de Senones, Plaine, Vipucelle et Celles, mentionnés dans les partages de l'an 1598. avec les réserves cy dessus, le tout selon l'arpentage y mentionné.

47° Le Sr. Abbé continuera la joüissance, comme du passé, de la forest qui est prés le Prieuré de S. Sauveur, dit le bois de la Cour S. Pierre.

18° Sur la difficulté muë au sujet d'Ancerviller et Josain, il a été convenu que les parties s'en rapporteront à ce qui sera jugé et décidé par Monsieur l'Abbé de Riguet, Grand Prevost de S1. Diez et par le Sr. Dolmaire maitre Echevin dudit lieu, au sujet de la haute justice dud. lieu, sur les prétentions respectives desd. parties.

19° Au surplus les transactions de 1573. 1574. et 1580. seront executées selon leur forme et teneur. Cette transaction fut faite à Metz en présence du R. P. D. Henry Hennezon Abbé de S. Mihiel et Président de la Congrég. de S. Vanne, et du Sr. Bouchart de Gemingoutte et de quelques autres témoins.

Après une année entiere d'éxécution, Mr. le Prince de Salm père, désavoua la transaction dont on vient de parler, comme faite à son insçu et sans sa participation, et en même tems constitua le Sr. François du Pin pour se présenter de sa part au Grand Conseil contre lesd. Abbés et religieux. On créa aussi tuteur du jeune Prince de Salm, le

~XXX

Désaveu de la transaotion de 16S7. le 31. Jan-

vier.


IX

Arrêt d'appointé de

Fan X689

(t).

même du Pin, lequel en cette qualité désavoüa pareillement tout ce qui s'étoit fait dans cette occasion par Mesdames l'Abbesse de Remiremont et la Princesse Christine, et obtint du Grand Conseil une commission en datte du 9e Avril 1688. en vertu de laquelle il y fit assigner les Abbés et religieux de Senones, pour se voir faire deffense de rien entreprendre en conséquence de la ditte transaction. Les Abbés et religieux comparurent à cette assignation et déclarérent qu'ils consentoient très volontiers à la cassation de lad. transaction, qu'ils jugeoient eux mêmes très préjudiciable à leurs droits mais en même tems ils présentérent leur requeste en rescision des transactions des années 1.573. 1574. et 1580. et demandèrent d'etre remis au même état où ils étoient lors des transactions de 1261. et de 1284. dans la derniere desquelles les parties avoient expressément renoncé au bénefice de toutes possessions où prescriptions contraires.

L'affaire étant en état d'etre jugée aud. Grand Conseil, le Sr. Roussel qui la sollicitoit pour la maison de Salm prévoiant sa condamnation et craignant la restitution de cinquante mille écus pour les bois vendus par le Sr. Bouchard, dont la moitié devoit revenir à l'Abbé, pria Mr le Comte de Couvonge, qui étoit alors à Paris, de porter l'Abbé de Senones à quelque accomodement. L'Abbé de Senones consentit à un arret d'appointé et demanda d'abord deux choses la 1re. que l'abbaïe de Senones, son enclos intérieur et extérieur, l'Abbé et les religieux d'icelle, leurs fermiers de S1. Siméon et du Mesnil, de Neuf-Maison, de la Forain et de la Cour S. Pierre ditte de S. Sauveur, leurs fermiers, domestiques et leurs huit bons hommes et leur

(I) Le mot appointement, arrêt d'appointé, était anciennement employé, soit pour désigner tout règlement judiciaire sur une contestation et notamment ceux dont l'objet était de faire juger un procès par la voie du rapport, sur écriture en production, soit pour désigner les jugements préparatoire» qui réduisaient le débat à un ou plusieurs points, sur lesquels des renseignements étaient demandés par le juge. Sous les coutumes d'Artois et de Hainaut, appointer était synonyme de transiger, traiter.


village, territoire et habitans de Chata, demeuteroient et seroient déclarés francs et exempts, sans exception ni réserve d'aucun cas, de toute jurisdiction, autorité, police et inspection que la maison de Salm y pourroit prétendre; et la 2e., que tout ce qui avoit été en commun ci devant entre lad. maison de Salm et l'Abbaye seroit partagé, affin d'éviter à l'avenir toutes difficqltés.

Cette demande ayant été accordée, les articles de l'accomodement furent dressés et Me la Princesse Christine de Salm les signa tant en son nom qu'au nom de Monseigr. le Prince de Salm son frére et de Made. l'Abbesse de Remiremont sa soeur; de même que l'Abbé de Senones tant en son nom qu'au nom des Religieux de son Abbaye. Mais avant que de faire rendre l'arret d'appointé dont on étoit convenu, le Sr. Du Pin tuteur onéraire du jeune Prince de Salm, fit assembler Mre. les Parens de ce Prince et leur proposa ces articles, les suppliant de lui en dire leur avis, affin qu'il s'y conformat.

L'Assemblée fut des plus solennelles, car il y comparut Mr. Henry Jules de Bourbon, Prince de Condé, oncle maternel à cause de Mad°. son épouse, par Etienne Hargeviller Procureur au Chatelet à Paris, fondé de sa procuration Messire Charles de Lorraine Duc d'Elbeuf, Mre. Francois de Lorraine, Prince de Lislebonne, Mro Louis de Lorraine, Comte d'Armagnac, Grand ecuyer de France, Mro Charles de Lorraine Comte de Marsan et Mr0 Alfonse Loüis de Lorraine chevaillier d'Harcourt, tous par Maitre Michel Alliger Procureur au Chatelet de Paris, fondé de procuration passée le 26. Mars 1689, et Messire Frédéric Maurice de la Tour d'Auvergne, Comte d'Auvergne, par Maitre Philippe Bousigault aussi Procureur au Chatelet de Paris, tous fondés de procuration; lesquels après avoir fait les sermens en tel cas requis, déclarérent unanimement qu'ils étoient d'avis que led. Sr. Du Pin donnat tous les consentemens necessaires à la consommation de cette affaire. En conséquence de cette résolution le Sr. Du Pin présenta sa requeste au Grand Conseil le 29. Mars de la même


année, déclarant qu'il consentoit à tous lesd. articles et le lendemain 30. du même mois Monseigr. le Prince de Salm père, et Made. l'Abbesse de Remiremont et la Princesse Christine ses soeurs, présentèrent aussi la leur aux mêmes fins, de sorte que le 31. du même mois de mars 1689. intervint l'arret d'appointé du consentement de toutes les parties.

Lorsque tout fut arrêté et qu'il ne restoit plus qu'a faire rendre l'arrêt, les agens de M. le Prince de Salm firent entendre au Roy très-chrétien que cette affaire ne le regardoit pas moins que M. le Prince de Salm, puisqu'étant possesseur actuel des Duchez de Lorraine et de Bar, la restitution que demandoit l'abbé de Senones étoit également contre led. Duc comme contre le Prince de Salm qui avoient chacun égale partie dans les choses répétées. Le Roy s'étant fait informer de l'affaire, défendit au Grand Conseil de rien prononcer sur cette affaire jusqu'a nouvel ordre. Alors l'Abbé de Senones fit agir Mr. Alliot son frère qui étoit medecin de M. de Louvois, et M. de Louvois aiant témoigné au Roy que l'Abbé de Senones renonçoit à ce qu'il pourroit demander à Sa Majesté comme étant au droit du Duc de Lorraine, l'arrêt fut rendu contre la Maison de Salm seule. Aussy le Procureur General du Roy fit insérer dans l'arrêt d'appointé du dernier mars 1689. ces motsr remarquables, nôtre grand Conseil a donné acte à nôtre procureur Gm], des déclarations faites et réiterées au procès par lesdits Âbbez et religieux, qu'ils ne nous demandent rien à cause des droits qui lui appartiennent en con-

së~MeMce dM paf(c~e de FcMmee w~ c~g ce~t gMa<fe w~<

séquence du partage de la Princesse cent quatre vingt dix huit. Quand Madame la Princesse Christine et l'Abbé D. Pierre Alliot parurent dans le parquet, Made la Princesse conduite par un Prince du sang, le premier Président lui dit d'oter ses gands et ajouta que depuis longtems la Maison de Salm vexoit et pilloit l'Abbaye de Senones; il dit aussy à l'Abbé qu'il avoit agi comme un jeune homme, en abbandonnant les interets de son Abbaye, sans attendre un jugement définitif qui l'auroit rétabli dans tous ses droits.


C'est ce qu'il racontoit luy même après la conclusion de cette grande affaire.

Cet arrêt contient presque tous les mêmes articles qu'on a veu ci devant dans celui qui fut passé à Metz en 1687. et qui n'eut point de lieu. Voici seulement quelques articles particuliers Par exemple, « l'Abbé de Senones et l'Abbaye « sont maintenus dans le droit et possession de grüerie (•). « dans leurs bois, pour l'exercer conformément à l'ordon« nance des eaux et forets du mois d'Aoust 1669. De plus, « que l'Abbé et les religieux pourront créer sans le consen« tement et hors la présence des Officiers de Salm, leurs « huit bons hommes et tous officiers de justice dans lesd. « lieux, même un gruyer et forestier, sans préjudice de la « haute justice appartenante à la Maison de Salm, etc. « Que les Bangardes dans les trois bans de Senones, y com« pris St. Stail et Grandrup, Plaine, Vipucelle ou Salm, « seront crées conjointement et préteront le serment « accoutumé, tant à la Maison de Salm qu'auxd. Abbés et « religieux et à leurs officiers. Les Abbés et religieux de « Senones conjointement avec la maison de Salm, sont « maintenus dans le droit et possession du droit de chasse oc dans les 4. bans, et dans le droit de prendre par moitié « les acensemens de terres vagues jouiront de plus de la « totalité des bois tant de chambre que communaux et « autres du ban de Senones, avec les scies et marches « d'icelles, notamment de celles dites du Fossé, du Bouton, « de Barfontaine, du Pont de Salm, du Grandbras et géné« ralement de toutes les autres scies qui sont dans led. Val « de Senones, comme aussi de la totalité des bois du ban « de Vipucelle, avec toutes les scies et marches d'icelles. « Les Abbés et religieux sont maintenus dans le droit et « possession de présenter à la cure de Celles et à ses de(1) On appelait ainsi le droit que le roi avait de prendre partie du produit des coupes de bois vendu sans être écorcé; il est encore désigné sous l'expression bots en gruerie ou en grume Ce droit a été supprimé (L. 7 t Sept. 1790, art. 40) ainsi que les ofGciers des grueries, maîtrises, etc. (L. 15-29 Sept. 1791, tit. 15).

24


x

Arrêt tou-

chant la haute justice d'Anserviller, 1693. 31. mars.

XI

Désaveu de Mo ns e igneur le Prince de Salm contre l'arret de 1689., donné en 1699.

<r pendances; et quant aux prétentions respectives des « parties touchant la justice, haute, moyenne et basse « d'Anserviller, fut ordonné que les parties contesteroient « plus amplement dans deux mois. Décharge les Princes de « Salm de la redevance de deux sols strasburgis qu'ils « avoient accoutumés de payer à l'Abbaye, à cause de leur « chateau de Salm, fondé et bâti sur le terrain de lad. « Abbaye. Ordonne qu'à l'avenir lesd. Abbés et religieux « pourront convoquer et tenir leurs plaids annaux quand « bon leur semblera, hors la présence des Officiers de la « maison de Salm, et sans être tenus de les y appeler. » La difficulté touchant la justice haute, moyenne et basse d'Anserviller fut aussi terminée au gré des parties, par un

arrêt d'appointé du 31. Mars 1693. qui ajuge la somme de 200. frans barrois de rente annuelle aux religieux de Senones, en indemnité de la haute justice qu'ils ont cédée aux Seigneurs Princes de Salm. Ces traités et transactions furent observés assés exactement par les Officiers de Messeigneurs les Princes de Salm, jusqu'à la paix de Risvich, concluë en 1699. Alors on prétendit que par l'article 26. qui porte: « Les biens qui appartiennent au Prince de Salm « et au Rhingrave et Valgrave, les Agnats et nommément « la Principauté de Salm, leur seront restitués et par Eux « possedés de la même manière et avec les mêmes droits « qu'ils les ont possedés avant leur destitution et qu'il a été « convenu par cette paix. » On prétendit, dis-je, que par cet article du traité de paix, l'arret de l'an 1689. étoit annulé, et les officiers desd. Seigneurs Princes de Salm ne feignirent pas d'y contrevenir en toutes manières. Le 31. Oct. de l'an 1699. Monseigr. le Prince Théodore Otto de Salm, donna sa procuration pour faire son désaveu de l'arret du Grand Conseil donné en 1689. Ce désaveu fut signifié le 7e Juillet 1700. Il porte « qu'il est fort surpris « que les religieux de Senones ses sujets prétendent se « servir contre lui des arrets du Grand Conseil du Roy très « chrétien, jusqu'à s'en faire un fondement pour se sous« traire, dit-il, de notre souveraineté régalienne, encore


« bien. que ces arrets soient incontestablement cassés, « annulés et révoqués par l'art. IV. du traité de paix de « Risvich et autres articles, nomément par le 26e intervenu « en notre faveur, comme Prince et Etat de l'Empire, en « vertu desquels nous sommes rétablis dans la souveraineté « régalienne de notre Principauté de Salm et droits d'icelle, « de la même maniere que nous en avons joui avant la « réunion et destitution faite par la France, et que ce prin« cipe serve de régie dans tous les tribunaux suprêmes et « subalternes de l'Empire. » Il ajoute, « Nous désavouons « tout ce qui a été inséré ou présenté aud. Grand Conseil, « spécialement les 2. requestes qui doivent y avoir été « présentées le 29. et 30. Mars 1689. l'une sous le nom du « Sr. François Du Pin, en qualité de prétendu tuteur du « Seigneur Prince Louis-Otto, notre fils mineur. l'autre « sous notre propre nom. Led. désaveu fondé sur ce que « lesdte9. deux requestes et arrets ont été faits et donnés à « notre insçu et sans notre participation, etc. » Le 19. du mois de Janv. 1700. les Abbés et religieux de Senones firent signifier au Sr. Léopold Bouchard, Procureur fiscal de la Principauté de Salm, « qu'ils protestoient de nullité des actes qu'il leur avoit fait signifier et que nonobstant lesd. significations ils prétendoient mettre à exécution les transactions et arrets du Grand Conseil obtenus les 29. et 31. Mars 1689. et autres arrets rendus en conséquence. »

Ils étoient d'autant mieux fondés à former cette opposition que l'art. 36. du même Traité de Risvich porte: Il est arrêté que toutes les procédures, sentences et décrets faits et rendus par le Conseil, les Juges et autres Officiers du Roy très chrétien, au sujet des controverses et actions poussées jusqu'a la définitive, tant entre les Duchés de Lorraine et de Bar, qu'autres, du tems que S. M. T. C. possedoit ces Etats, auront lieu et sortiront leur plein et entier effet, non moins que si led. R. T. C. en fut demeuré possesseur. Et il ne sera point permis de révoquer en doute lesd. sentences et décrets, de les annuler ou d'en retarder et empécher Vexe-

xn

Acte* signifié* au S'.

Bouohard

contre le désaveu

ci-dessus.

17OO.


xm

l'Abbé Al1 i o t te

pourvoit

auprès de

S. A. R.

de Xiorrai-

ne. 1699.

X7OO.

cution. Mais il sera libre toute fois aux parties d'avoir recours à la revision des piéces selon l'ordre et la disposition des lois et ordonnances du pays, les sentences demeurant cependant dans la même vigueur.

Quant aux motifs allégués dans l'acte de protestation de Monseigneur le Prince de Salm, les avocats Le Fèvre et Evrard, consultés à Paris sur ce sujet, répondirent qu'encore que de Fontaine qui occupoit pour Monseigneur le Prince de Salm fût mort, il ne pouvoit être désaprouvé après son décés. Que l'arrêt ayant été exécuté pendant onze ans, sans que mond. Seigr. s'en soit plaint, il n'étoit plus recevable à le désavouer. Que ce procés ayant été jugé contre le donataire du Roy très chrétien, qui étoit alors reconnu pour seul légitime propriétaire de la Principauté de Salm, les consentemens qui ont été donnés de sa part ont été donnés par autorité de justice, avec l'aveu et l'agrément de ses parens; il n'a point formé de désaveu; ce qui a été jugé avec lui doit s'exécuter avec Mr. son frère. Que la principauté de Salm lui ayant été renduë par le traité de Risvich, pour en jouir avec les mêmes droits qu'il en jouissoit auparavant, cela ne doit s'entendre que des droits dont il jouissoit légitimement. Quand de Fontaine son Procureur seroit encor vivant, le désaveu formé par Mr. le Prince de Salm, ne pouroit empêcher l'éxecution de l'arrêt du Grand Conseil, un tel désaveu ne pouvant servir que de moyens de se pourvoir contre led. arret par voye de justice réglée.

Cependant les officiers de la maison de Salm usoient de voie de fait et, sans se mettre en peine des transactions, avoient fait signifier aux Abbé et religieux de Senones, une ordonnance de Monseigneur le Prince de Salm en datte du 10e Juillet 1698. pour obliger lesd. Abbés et Religieux de reconnaitre sa souveraineté régalienne, à peine d'être traités comme rebelles et séditieux, avec injonction aux Officiers de lad. Principauté de les y contraindre par toutes voyes et de saisir tous les biens et revenus de lad. Abbaye situés sous la Principauté de Salm. En outre ils


firent assigner par devant eux les Officiers et Bons hommes de l'abbaye, pour les forcer de reconnoitre leur souveraineté. Les Abbé et Religieux de Senones en portérent leurs plaintes à S. A. Royale de Lorraine et lui .remontrérent qu'ils avoient plusieurs actes qui prouvoient que leur Abbaye étoit sous sa protection et souveraineté, et que tout récemment l'arret du Grand Conseil du Roy rendu en 1689. avoit reconnu cette abbaye, son enclos extérieur et intérieur, ses fermes, ses huit bons hommes, etc. exempts de toute jurisdiction, autorité, police et inspection de la Maison de Salm sur quoy la Cour donna son arrest le 16. janvier 1700. par lequel elle maintient et garde sous la protection, sauvegarde et souveraineté de S. A. R. les Abbés et religieux de Senones, leurs officiers et bons hommes, l'enclos intérieur et extérieur de lad. Abbaye, le village de Chatay et leurs fermes casse et annuelle un jugement rendu à Badonviller le 14. Sept. 1699. par lequel on donne acte au Procureur fiscal de la Principauté, des protestations qu'il fait de nullité de tous les attentats prétendus et entreprises faites sur la régale de la Principauté de Salm, infraction de la souveraineté directe et immédiate de l'Empereur et de l'Empire et contravention au traité de Risvich, etc.

D'un autre coté Monseigr. le Prince de Salm fit citer le 5. Janv. 1700. le Sr Abbé de Senones à la Chambre impériale de Vestlar, comme perturbateur de la paix, avec ordre de relâcher quelques huissiers qu'on avoit arrêtés et deffense de troubler Monseigr. le Prince de Salm dans sa souveraineté régalienne. Ensuite intervint un mandement delà même Chambre impériale du 17. Aoust 1701. de se non subducendo vel eximendo ab imperio, sous peine de X. marcs d'or, signifié aux Abbé et Religieux de Senones le 13 Oct. suivant.

Mais S. A. R. Léopold, Duc de Lorraine, à la requeste de son Procureur Géneral, fit rendre par sa Cour souveraine de Nanci, un arret en datte du 19. Oct. 1701. qui déclara le mandement émané de la Chambre Impériale, mal, nulle-

xztr

Citation de l'Abbé de

Senones à

oomparoi-

tre à la

Chambrie

de Vez-

lar, 17OO.

Arrêt de deffeme de la

Cour sou-

veraine de

Xiorraine.

17O1.


XV

Second arret de deflen-

̃e de oom-

paroitre à

la Cham-

bre Impé-

riale de

Vezlar.

XVI

Traité du 3. mars

1709. par

lequel S.

A. B.. re-

oonnoît

pour sou-

verain par

indivis

Monseig.

le Prince

de Salm

dans l'ab-

baye de

Senones.

ment et incompétement obtenu, fait très expresses deffenses aux Abbé, Prieur et Religieux de Senones de comparoitre à la dite Chambre, à peine d'être procédé contre eux extraordinairement, comme sujets rebelles aux ordres de leur souverain légitime et de sept mil frans d'amendes. Cependant l'Abbé de Senones ayant constitué un avocat dans la ditte Chambre de Spire, pour respect pour ce tribunal et pour y proposer ses exceptions déclinatoires, le Procureur fiscal de l'Empire obtint un décret du 17. Juillet contre les Abbé et Religieux de Senones, de répondre dans deux mois pertinemment aux conclusions prises par led. fiscal, sinon et à faute de ce, sera fait droit sur ce que led. fiscal dira et produira. Mais la Cour souveraine de Lorraine rendit le 27. Juillet 1702. un second arret qui casse et annule led. décret de la Chambre imperiale, comme rendu par attentat et entreprise sur les droits de la souveraineté de S. A. R. sur l'abbaye de Senones, comme rendu par juges incompétens et sans caractére à cet égard, fait deffense auxd. Abbé et Religieux d'y obéir ni déferer sous peine de dix mille frans d'amendes et d'être procédé extraordinairement contre eux, comme contre des sujets rebelles, etc.

Ces difficultés durérent encor quelq. années, mais elles furent poussées avec beaucoup moins de vivacité qu'auparavant. Les deux souverains s'accordérent enfin et S. A. R. de Lorraine reconnut la souveraineté de Monseigr. le Prince de Salm, par indivis avec elle, sur l'Abbaye de Senones. Auparavant, on ne chantoit pour aucun souverain dans l'abbaye; depuis l'an 1709. on commença à y chanter pour les deux souverains, Domine, salvos fac Principes nostros. Le 3e Mars de cette année 1709. les Srs. Charles Arnoud Vignoles, conseiller d'Etat de S. A. R. et son Procureur géneral en sa Chambre des comptes de Nancy, et Humbert Roussel, conseiller et intendant des affaires de S. A. S. Monseigr. le Prince de Salm, firent un traité au nom et par l'authorité des deux Princes susdits souverains de la terre de Salm, par lequel ils réglèrent les droits et prétentions


respectives des deux princes, mais sans aucune intervention de l'Abbé ni de l'Abbaye de Senones, dont cependant on n'a pas pu se dispenser de parler dams led. traité on y a inséré entre autres l'article XI. qui la concerne et qui pouroit lui être très préjudiciabte, si elle y avoit acquiescé et qu'on lui donnât l'explication que lui donnent les Officiers de la Principauté contre l'arret du Grand Conseil de l'an 1689. Voici les termes de cet article

« Les décrets émanés du Conseil de S. A. R. et les arrets « de son Parlement et tous autres jugemens et actes faits « et intervenus sous quelque nom que ce puisse être, au « sujet de l'Abbaye de Senones, au préjudice du partage de « i598. et des transactions passées entre les auteurs des « deux Princes et lad. Abbaye ez années 4573. 4574. et « 4580., lesquels partages et traités ont été du depuis re« présentés, demeureront nuls et comme non avenus « ainsi que toutes procédures qui peuvent avoir été faites « de part et d'autre à la Chambre impériale de Vezlar, ou « en quelques tribunaux que ce puisse être, auxquels sad. « Altesse Roiale et mond. Seigr. le Prince de Salm renon« cent respectivement, demeurant icelles nulles et comme « non avenues. »

Depuis ce tems les choses sont demeurées au même état qu'elles étoient auparavant, et au lieu de faire quelque justice à l'abbaïe de Senones, on a fait à son préjudice de nouvelles entreprises.

Revenons à l'histoire de l'Abbé Alliot, dont nous avons été obligé d'interrompre la suite, pour donner sans interruption ce qui regarde ses démélés avec la maison de Salm.

Après l'obtention de l'arret du Grand Conseil en 1689., les Prieur et religieux de Senones demandèrent à l'Abbé Alliot qu'il leur fit part

De la moitié des biens récupérés à l'Abbaye, en vertu dud. arret. Le R. P. D. François Billaut, prieur de Senones, fit sur cela plusieurs écritures, auxquelles l'Abbé Alliot répondit.

Lesds. RR. P. Prieur et religieux demandoient de plus

xvix

Les Prieur et Reli-

gieux de

Senones préten-

dent avoir part aux biens ré-

oupéres


en vertu de l'arret du Orand

la haute justice sur les fermiers du Mesnil, des deux Forains, sur les habitans de Chatay, et sur leurs propres

conseil. 1689.

1694.

169S.

domestiques.

3° Et sur deux des huit bons hommes.

4° En outre la moitié dans le demi-tiers des rivieres et ruisseaux récuperez sur la Maison de Salm.

En outre la moitié dans les scieries du Val, dans les bois et marches d'icelles, à l'exception des deux scieries de Lienmont et de Lienrup.

Que dans les taxes des dons gratuits, décimes, etc., led. Abbé paiat les deux tiers de l'imposition faitte au couvent et le couvent l'autre tiers; c'est a dire que, sans faire attention à la taxe à laquelle l'Abbé en son nom seroit cottisé, il payeroit encore les deux tiers de la taxe imposée aux Religieux par exemple, si l'Abbé est cottisé à deux mille livres et les religieux à neuf cent livres, ledit Sr. Abbé outre ses deux mille livres, payeroit encore les trois quarts de l'imposition faitte auxd. religieux, c'est à dire 675" ('). Ils fondoient cette prétention sur une séparalion de mense faitte par l'Abbé D. Jean Lignarius le 3. Octobre 1602. et confirmée par le Pape Clément VII. le 3. des Ides de Juillet 1603., et encore sur un traité passé entre D. Jean Lignarius Abbé et le couvent en 1604. lequel traité ne peut être retrouvé. Mais la bulle confirmative porte Salvis nihilominus oneribus et impositionibus decimarum doni gratuiti, ad quae ipse Abbas pro dimidia, cum priore et conventu praedictis pro altera vero partibus, solus obligatus abbas remanebit. Datum Romae 1603. 5. Id. Jul. 7° Répétoient une étable à chevaux nommée la Bouverie, du coté de l'eau, comme aussy la place joindante (2) et contiguë au ruisseau du moulin, laquelle a été depuis échangée contre une partie du jardin du Sr. Abbé, où l'on avoit bati une grange avec les écueries.

Une petite maison dans le grand jardin du sr. Abbé (1) 675", lire G75 livres.

(C2) Lire joignante.


pour refuge en cas de peste, et où l'on conduisoit ceux qui avoient la peste par une porte qui étoit encore dans le jardin desd. religieux.

Répétoient la thuilerie qui est au dessous du grand jardin, comme aiant été batie aux frais desdits Religieux. 10^ Que le Sr. Abbé augmentât le nombre de dix resaux de grains et de 26. mesures de vin, à cause du nombre des relig. excédant celuy de dix, qui s'y trouvoient au tems de la réforme.

11° Que celuy qui a la charge de Prévôt moine de l'abbaye, mette deux jurez à Senones pour avoir inspection sur les vins et victuailles.

Le R. P. D. Pierre Alliot répondit à ces articles 10 Que le procès intenté contre la Maison de Salm, aiant été intenté et poursuivi -en son seul nom, et en aiant soutenu seul tous les frais, il doit joüir seul du privilége qui en revient.

A déclaré consentir à ce que les religieux jouissent de la haute justice sur leurs domestiques et sur les fermiers des deux Forains; mais non sur Chatay, qui ne leur a jamais appartenu, ni sur deux bons hommes qui ne 'es regardent pas. Quant aux rivieres il a soutenu qu'elles luy appartenoient et lui avoient toujours appartenu nuëment et privativement auxd. religieux.

A l'egard des bois et scieries, il a dit que le couvent n'y pouvoit rien prétendre, n'y aiant jamais eu aucune part; mais qu'il reconnoissoit qu'ils y avoient leur affoüage et maronage ('), et en outre vingt cinq planches par an, pour (1) Le marronnage est le droit d'obtenir du bois, soit pour construire à neuf, soit pour réparer.

Le mot marronnage (qu'on écrit aussi maronnage et maronage) vient de materia, d'où sont venus materiamen, materies, merena, marenna, puis marreur, mairien, merrain. (V. le Gloss. de DUCANGE et Roquefout, Dict. de la langue romane).

On distingue les grands et les petits usages forestiers. Les grands usages sont Vaffouage, qui consiste dans le droit de premlre le bois nécessaire au chauffage; 2* le marronnage, qui est le droit de se faire délivrer des arbres pour les réparations et les constructions des bâtiments; 3* le pâturage et la glandée. Les petits usages consistent seu-


leur usage, et cent livres de fer sur les forges de Framont. A l'égard des impositions de décimes, dons gratuits et autres charges extraordinaires, il a déclaré s'en tenir à ce qu'en diront les Commissaires; de plus a dit que par traitté passé entre Monseigneur le Cardinal Nicolas François, comme Abbé de Senones en 1629. et ratifié en 1691., led. Seigr. Abbé au moien de la cession par lui faitte au -couvent de sa ferme du Mesnil et d'une somme de mille frans comptants, une fois payée, il est déchargé des réfections et des autres charges ordinaires et extraordinaires auxquelles zl étoit attenu.

Enfin led. S1'. Abbé, pour témoigner l'inclination qu'il avoit de faire tout pour le bien du monastere, a déclaré consentir que tous les traittez faits jusqu'à present entre les Abbés ses prédécesseurs et les religieux, soient cassez et annullez, que tout le bien de l'abbaye soit remis dans une masse, qui sera partagée par des Arbitres et autres gens à ce connoissans, dans la meilleure forme que faire se pourra, le tout à frais égaux entre lui et les religieux et que trois parties en soient faittes, conformément à ce qui se pratique en France; qu'un tiers soit franc pour l'Abbé, un tiers franc pour les religieux, l'autre tiers affecté aux charges, lequel demeurera sous le gouvernement du Sr. Abbé ou des religieux, au choix desdits religieux. Et led. Sr. Abbé s'offrant de paier les frais qu'il conviendra faire pour l'homologation ou ratification dans quelle cour ou justice qu'il sera necessaire, au prorata du tiers qui lui sera échu, se réservant neanmoins tous les droits honorifiques dans l'abbaye et sur les sujets de Senones, outre le tiers qui lui obviendra par partage.

Touchant l'étable de chevauz nommée la Bouverie; et depuis échangée contre une maison ou grange qui étoit dans son jardin potager, a reconnu que la grange échangée lement dans le droit d'enlever les branches sèches et bois morts. En Alsace et en Lorraine, le droit de marronnage prend habituellement le nom de marnage. On appelle aussi bois de marnage, les grands bois, les bois de construction.


contre laditte maison, étoit effectivement située dans une partie de son jardin potager, mais qu'elle étoit en ruine, et qu'il l'a rebatie dans l'enclos des religieux à ses frais et dépens, avec une partie des murailles pour en faire le contour qu'à l'egard du fond, pour indemnité il abandonne le corps de logis; scavoir la chambre où il loge, les deux cabinets avec les deux archives, avec la cave et tout le reste du bas et du haut dud. corps de logis qu'il a fait bâtir à ses frais duquel corps de logis une partie appartenoit cy devant à la mense abbatiale et l'autre aux religieux. Led. R. P. Abbé a cédé pareillement la moitié de la cave où est présentement le chapitre, si jà n'a été cedée cy devant. Pour ce qui est des religieux attaquez de la peste, il consent que l'on batisse une loge au même endroit où elle étoit cy-devant, pour y retirer, en cas de besoin, les pestiférez.

Quant à la tuilerie, a consenti que les religieux en joüissent conformément au traitté passé entr eux et le très R. P. D. Joachim Vivin, son prédécesseur.

A l'egard de l'augmentation du nombre des religieux, cet article n'a plus de lieu depuis la réforme et depuis le décès des religieux anciens et non réformez.

Enfin qu'il n'empêche pas que le Sr. Prévôt ou Prieur de Senones ne mette deux jurez au bourg de Senones, pour veiller sur les vins et victuailles, le tout par le conseil et avis dud. sr. Abbé.

Et comme Messieurs les Chanoines de St. Diey avoient renoncé à la collation de la Cure de Brouville, moiennant la somme de trente frans barrois qu'ils s'obligeoient de payer par an à l'abbaye de Senones, led. sr. Abbé a consenti que les religieux touchent lesdits trente frans en lui laissant la collation de laditte Cure, ou qu'ils lui abbandonnent la ditte somme de trente frans, et qu'en ce cas, il leur céde la nomination à la Cure de Brouville.

Enfin le 28. Aoust 1694. lesd. Abbé, Prieur et religieux passèrent un compromis par lequel ils choisissent pour juges de leurs différends le R. P. D. Hiacinthe Alliot, Abbé


de Moyenmoutier et D. Gabriel Maillet, Prieur de St0. Croix de Nanci, avec pouvoir de prendre pour juge compromissaire tel autre juge régulier ou séculier qu'ils jugeroient à propos. Et le 15e Mars 1695. lesd. Juges compromissaires ayant pris pour 3e, le R. P. D. Humbert Belhomme, pour lors Prieur de St. Nicolas, et s'etant exprès transportés à Senones, ils portérent leur jugement. Et attendu que les prédécesseurs du R. P. D. Pierre Alliot, Abbés de Senones, avoient toujours jouï des bois et scies du Val de Senones,. comme aussi des riviéres, création des officiers de gruerie, droit de chasse et acensement des terres vagues, avant et après les traités ou accords faits entre eux, led. Abbé D. Pierre Alliot fut maintenu dans toutes ces choses, ainsi que dans le droit de tenir seul ses plaids annaux, auxquels les religieux pouront assister en la manière accoutumée.

Quant aux autres articles, les religieux se déportèrent de la plupart de leurs demandes, lesquelles n'etoient pas contestées, ou sur lesquelles le R. P. Abbé avoit fait des offres très raisonnables. Il fut de plus ordonné que les religieux continueroient à percevoir la quantité de cent livres de fer sur les forges de Frarnont que l'échange de l'étable nommée Bouverie, avec le nouveau batiment construit par le très R. P. Abbé, sera executé et qu'il en sera passé un acte dans les formes devant notaires; que la tuilerie demeurera aux religieux; qu'il leur sera libre d'accepter les trente frans barrois cédez par Messieurs les Chanoines de St. Diez ou la collation de la cure de Brouville qu'à l'égard du paiement de la décime et du don gratuit, attendu que le traitté cité de l'an 1604 est adhiré, les parties feront leurs diligences pour le récupérer et mettront ledit traitté, celuy de 1602, et la confirmation faitte par le S1. Père en 1603, avec la transaction de l'an 1629, entre les mains de tels avocats et praticiens qu'ils jugeront à propos, pour être par eux la difficulté touchant le dit don gratuit et la décime, jugée et terminée sauf aux religieux d'accepter les offres à eux faittes par le très R. Pere Abbé de procéder à une nou-


velle séparation de mense, comme et en la maniere qu'il se pratique dans tout le royaume de France.

Cette affaire du don gratuit et des decimes a été enfin terminée en 1740. Les deux parties s'en étant rapportée au jugement des avocats de Paris, qui donnèrent leurs avis le 2. Avr. 1740. auquel tant l'abbé que les religieux ont acquiescé par acte du 12 Avril 1740 et a été décidé que l'Abbé paieroit moitié des impositions extraordinaires sur ,les biens cedez par l'Abbé Lignarius, et non sur les autres fonds plus anciens.

Il se présenta une affaire bien plus importante en 1698. S. A. R. de Lorraine, Léopoldler., étant heureusement ren- ] tré dans la jouissance de ses Etats et ayant formé le louable dessein de procurer la gloire de Dieu et d'illustrer sa ville de Nancy, capitale de ses Etats, par l'établissement de 4. Abbayes, une de chacun des quatre Ordres rentés du pays, les supérieurs majeurs de la congrégation de S. Vanne, pour entrer dans des vuës si justes, résolurent du consentement du R. P. D. Pierre Alliot Abbé, de transférer la mense abbatiale de Senones à Nancy et de l'unir en perpetuité à la maison de Sle Croix, que lad. Congrégation possédoit déjà dans la même ville, affin de la rendre plus considerable et plus puissante, et par conséquent plus en état de répondre aux intentions de S. A. R.

Les religieux de Senones assemblés capitulairement, y donnèrent leur consentement le 30. Juin 1698,