Reminder of your request:


Downloading format: : Text

View 1 to 310 on 310

Number of pages: 310

Full notice

Title : Notice historique sur les anciennes rues de Marseille démolies en 1862 pour la création de la rue Impériale / par Augustin Fabre,...

Author : Fabre, Augustin (1797-1870). Auteur du texte

Publisher : impr. de J. Barile (Marseille)

Publication date : 1862

Subject : Rues -- France -- Marseille (Bouches-du-Rhône, France) -- 19e siècle

Relationship : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30413332f

Type : text

Type : printed monograph

Language : french

Format : 312 p. ; in-8

Format : Nombre total de vues : 310

Description : Collection numérique : Fonds régional : Provence-Alpes-Côte d'Azur

Description : Contient une table des matières

Rights : Consultable en ligne

Rights : Public domain

Identifier : ark:/12148/bpt6k1028218

Source : Bibliothèque nationale de France, département Centre technique du livre, 8-Lk7-4629

Provenance : Bibliothèque nationale de France

Online date : 10/11/2009

The text displayed may contain some errors. The text of this document has been generated automatically by an optical character recognition (OCR) program. The estimated recognition rate for this document is 93%.


'wnCHHtSTOMQUE

li i~

LES ANCIENNES RUES t)EM\MSt:)t.J.):.


NOTICE HISTORIQUE

.<t!B).M

ANCIENNES

RUES

7~ DE MARSEILLE

:eÉ~OU~ ÈK <SC2 POUt< ).A CRËATtO~ i'E LA itUE tM~ÉRiALE

AUGUSTIN FMRE,

Cuti':t'iU<'r&!t!nictpRt,t'i<!f~~dc'aCt!mntt~if'!t~'A!'tt"ingi<

MAHSEtLLE E

t))MtMMtR ET HTHOenAPHiK DE JULKS M~ULH, rttu'aradts,

1802.

,4 c~ r, i~


NOTICE mSTOHIQCË

SUR

LES ANDFNMF~

JuijO fil\uiiji~iilj0

RUES

nUËO

DE MARSEILLE

HEitOUESEKiSO

)'OUR ),\ CREA'HON DE L\ RUE tMPKh~LE.

La civilisation fait partout son œuvre et précipite même ses progrès. Des embellissements de toute espèce s'accomplissent au sein de nos cités populeuses, et tout pousse à ces transformations successives et rapides. Qu'adviendra-t-il du travail des générations qui nous ont précédés dans les épreuves de la vie sociale ? Il faut de larges voies pour tes besoins de la circulation, du commerce et de l'industrie; i! faut des lignes symétriques pour les exigences de la perspective et de l'art il faut de l'espace et du soleil pour r satisfaire aux lois de l'hygiène publique. C'est le fait de notre époque qui marche, marche sans cesse, sans regarder en arrière et au risque de s'égarer. Elle aime assez les aventures.

II y a, il faut bien le dire, une sorte de brutalité


implacable dans ces changements matériels qui font leur chemin en renversant tout ce qui se trouve sur leur passage. Aussi bien, les choses du passé tombeot pièce à pièce, et au train dont on y va il n'en restera bientôt plus rien. Si le goût moderne s'en accommode, la science historique en est désespérée, et ce qui tait les délices des maçons et des hommes d'affaires cause des déplaisirs mortels aux érudits et aux archéologues.

Je n'ai point d'objection à faire aux agrandissements qui s opèrent sur un sol nouveau où 1 esprit contemporain s'épanouit avec bonheur. Mais les embellissements faits par voie de démolition et de violence me serrent souvent le cœur. Je tiens à mon époque par toutes les facultés de mon être, et cependant le culte du passé me captive et me possède. Ce n'est pas à dire que je fraternise toujours avec les temps anciens et que j'en glorifie tous les actes. Loin de là, car le plus souvent je les aime beaucoup plus pour leurs souvenirs que pour leurs qualités, mais ils m'entraînent comme un objet d'études.

Une grande partie de la vieille Marseille va tomber sous le fer de la démolition, et le terrain sur lequel elle est assise sera lui-même baissé. Les désirs sont pressants; l'impatience s'agite. Place donc, place à la rue impériale qui ne peut plus attendre.

Pour créer une voie convenable de communication entre les beaux quartiers et ceux des nouveaux ports était-il absolument nécessaire de détruire, à grand

<


renfort de finances, plus de neuf cents maisons? On transforme, il est vrai, mais on déforme aussi. Quoi qu'il en soit, la cause est jugée en dernier ressort et l'arrêt mis à exécution.

Le reste de la ville du moyeu âge et de la renaissance n'a qu'à se bien tenir. Les esprits prévoyants ne s'y trompent pas. L'immense trouée à travers cette vieille ville annonce rapproche de démolitions successives. L'impulsion est donnée rien n'y résistera et comme tout va vite par le temps qui court, les beaux quartiers actuels de Marseille en seront bientôt les vieux quartiers. C'est l'affaire de quelques années; c'est le lot de nos petits-fils.

Et alors la métamorphose sera si complète que la plus ancienne cité des Gaules aura l'aspect d'une ville toute nouvelle.

Qu'était-ce donc qu'une ville de l'ancien temps? `~ Comment était-elle faite? Nul ne le saura.

On la trouve généralement bien laide et bien dégoûtante cette vieille Marseille; on a pour elle un dédain profond. On ose à peine s'engager dans son sein, et l'on ne comprend guère que des hommes considérables, des familles comblées des dons de la fortune par les fruits d'un heureux commerce, aient pu vivre dans le dédale obscur de ces rues tortueuses qu'une foule indigente habite seule aujourd'hui. Nous sommes bien difficiles et souvent même bien ingrats. L'excès de la civilisation gâte nos esprits superbes, et notre état social, malgré ses avantages


incontestables, nous rend quelquefois de mauvais services. Les jugements fondés sur la seule comparaison entre une époque et une autre ne sont q~e des erreurs quand ils ne savent pas tenir compte de la diSérence des mœurs, des besoins, des idées et de toutes les choses de la vie morale et matérielle. J'admets que Marseille, avant l'agrandissement opéré dans la seconde moitié du dix-septième siècle. 1 en exécution des lettres-patentes de 666, fut une ville fort laide, si on la juge du haut de nos magnificences actuelles. Aujourd'hui les cités franchissent librement leurs anciennes murailles d'enceinte devenues inutiles, et la population rayonne de toutes parts dans son calme et dans son aisance. Il n'en pouvait être ainsi autrefois; il fallait ménager l'espace pour les besoins d'une bonne défense les rues étaient étroites et mal percées. Mais ce mal, si mal il y avait, 1 n'était pas sans compensation de bien une invasion à main armée ne s'y fût pas hasardée sans péril. D ailleurs il y avait là un abri contre les ardeurs du soleil et contre la violence du vent. Les nécessités du charroi exigent aujourd'hui des voies larges et régulières mais avant le milieu du dix-septième siècle un carrosse était à~ Marseille un objet de curiosité et les charrettes à peu près inconnues t. La ville, j'en conviens 1était fort sale mais les premières villes d'Europe n avaient ni plus de propreté ni un meilleur 1 En plusieurs habitants de Marseille demandèrent qu'on empêchât les charrette-s de circuler dans )a ville et qu'eHes dcehsrgeas.sent aux portes. Une


aspect. Détestable était aussi le pavé de Marseille, et ce ne fut qu'en < 639 qu'on s'occupa régulièrement de son entretien annuel*; mais Paris, sous ce rapport, était en arriè! Le pavage de ia capitale, commencé en 133, sous Philippe-Auguste~, ne s'opéra qu'avec une lentear éto'anante, et sous le règne de Louis XHÏ la moitié des rues de Paris n'était pas encore pavées Telle était la ville de Marseille qui n'en passait pas moins pour fort agréable elle tenait un des premiers rangs parmi les plus belles et les plus importantescités. L'auteur d'une chronique romane, parlant de la prise de Marseille par les Aragonais, au mois de novembre 1423, fait l'éloge de cette ville*, et le restaurateur de la poésie provençale, Louis Bellaud de la Bellaudiére de Grasse, qui connaissait les principales communes de France, vint, en 1586, s établir à Marseille, dëtit'ëration municipale du M novembre de la même année lit droit à cette demande.

Ce ne fut que vers l'année t745 que les charrettes commencèrent à router librement sur le pave de Marseille. Un sieur Jnttien s'en servit le premier pour le transport des huiles des fabriques de Rive-Keuve. Les matières à l'usage des fabriques intérieures de la ville continuèrent d'être transportées à bras d'homtne. Quelques années après, les charrettes furent employées au transport des sucres, dans les magasins éloignés du quai enfin, vers t'anttce t!TO, les charrettes multipliées à t'inBni servirent au transport de toutes tes marchan.dises.

Voyez le traite passé, le o novembre <63<), avec le macoa Pascal Amouret, dans le registre des délibérations municipales, t63*)-têt0, fol. 8 verso, et *) rt cto et verso, aux archives de la ville.

2 Rigord, Gesta, P/ttitppt-~M~ttiitt, dans le recueil des historiens de France, t. XVM, p. <C.

3 Dutaure, historien de Paris, te édition, t. Il, p. a'Jt.

~Le petit Thalamus de Montpettier,pub)ie d'après les manuscrits originaux par ta.sofiëtëarehëotogiquc de Montpettier. t8K', p. <TS.


« pour l'avoir trouvée de meneur séjour qu autre « il eût mis le pied »

Aussi, nos pères en furent tiers. Non-seulement ils purent vivre dans la vieille cité de Marseille, mais ils s'y plurent infiniment et ils en caressèrent l'image avec un amour patriotique. Leur existence s'y écouta pleine de poésie; elle y trouva des émotions que chasse loin de nous notre prosaïsme matériel tout tardé de luxe et d'élégance. Le bonheur dont nos agitations fiévreuses poursuivent le fantôme vint leur sourire bien des fois au foyer domestique, ce foyer qui alimente l'esprit de famille si fécond en vertus moralisatrices, ce noble et saint foyer dont le charme est perdu pour nos contemporains.

L'animation des affaires n'absorbait pas celle des sentiments. Qu'avons-nous fait de tant d'usages héréditaires de tant de joies innocentes et de tant de coutumes naïves? Nos plaisirs ne sont plus que des grimaces cérémonieuses, et nos têtes publiques, parades sans élan, démonstrations vaines et froides, comme tout ce qui est de commande onicieHe, ne valent pas ce qu'elles coûtent. La gaîté franche a disparu !'indinerencecou!eàp!eins bords et nousinonde. Tels ne furent pas les amusements de notre ancienne Marseittc. Ah ceux-là remuèrent toutes les entrailles populaires, et il y eut des jeux pour tous tes âges, des spectacles pour tous les goûts, des mouKtogc <)e LoxM Mtamt, en tète de ses (M't'os et WMM ~'MtMMMtM. Mar'.cittc~ par t'ierrcMasc.)rc)t, ta'J.'<.


vement~d indicible réjouissance dans ces vieilles rues où respirait avec une puissance merveilleuse 1 esprit municipal qui maintenant ne donne pas signe de vie. Des exercices gymnastiques fortifiaient la jeunesse. Voyez les jeux de l'arbalète et de l'arquebuse; voyez sur ies places publiques; en divers jours commémoratifs, ces danses pleines d'entrain; voyez ces scènes carnavalesques; voyez ces marches processionnelles des corps d'arts et métiers, faisant notter leurs drapeaux au vent et célébrant avec éclat leurs ietes patronales, tantôt à la clarté du soleil, quelquefois dans la nuit à la lueur des torches. Entendez ces violons, et ces fifres, et ces tambourins, et ces joyeuses fanfares, et ces chants mis à 1 unisson des coeurs. Le tableau de ces fêtes m'entraînerait trop loin, et je me borne à décrire la plus éclatante; c'est la course du Capitaine de Saint-Victor.

Toute la noblesse de Provence y était conviée par les consuls de Marseille, et 1 on accourait de toutes les villes voisines pour assister à ce spectacle d'une grandeur saisissante.

Le personnage principal de la fête était toujours choisi parmi les premiers gentilhommesde Marseille, et il devait réunir, comme le Prince d'Amour à Aix, les avantages de la fortune à ceux de la naissance, car la ville ne lui donnait qu'une faible indemnité', et la plus grande partie des frais restait à sa charge. !~L ville 4<; MMseiUe d<MtM d'abord <m c&pitMue de S~m-Victor une \mg!mc JcCcrins, jttm une trentahie, au co))))nctt':emcm du seizième siecte. Le


La veille du jour du glorieux martyr, il i entrée de la nuit, le cortège se mettait en marche, au milieu des flots populaires. Les capitaines de quartier, à la tête de leurs compagnies, tambours battant, enseignes déployées, précédaient le capitaine de SaintVictor, armé de toutes pièces comme un chevalier du moyen âae, monté sur un cheval richement harnaché

j ?.? ?

et couvert d'un caparaçon de damas blanc, semé de croix de tafetas bleu, aux armes du monastère qui étaient d'azur à quatre bâtons en sautoir pommetés d'or, et t'écu de la ville dcMarseinesurtetout. Le capitaine était entouré de six pages à cheval et de douze autres cavahers portant chacun un flambeau de cire b!anche. Puis venait une brillante cavalcade de jeunes gentimommes formés en escadrons de couleur din'érente, tous rivalisant d'élégance et de richesse dans leurs costumes et leurs armures. Chaque gentilhomme avait à ses côtés deux pages il ses armes etàsescouteurs, unuambeau ardent à la main. Le capitaine de Saint-Victor saluait les dames qui se pressaient sur son passage, et les applaudissements se métaient aux sons de miHe instruments de musique. Le lendemain, à sept heures du matin, le capitaine de Saint-Victor, escorté de ses pages, faisait une autre course dans la ville. Arrivé à la tour Saint-Jean, ~orin valait alors trente so).<. L'indemnité hu gnJneUemcnt accrue jtisqu'a douze cents livres.

J.-B.dct'otittt: httkSMn) qui consentit, le vingt juillet i579, à faire la cours!; de Saint-Victor, à titre pnrcmoit gratuit. Voyez le re~i-itre des ()ë!ih<rations ntHtw~t!cs 'if tM4 a tH'.t, M. Ht rceto, :m\ archives t)e la 'ti~c.


il traversait, toujours à cheval, le port sur un pont de bateaux construit par le corps des patrons pécheurs, et il se rendait à l'église de Saint-Victor pour assister à la procession qui commençait à dix heures. Toutes les magnificences religieuses venaient alors se déployer aux yeux d'un peuple avide d'émotions et de spectacles. Les reliques du Saint étaient portées sur les épaules de douze diacres, revêtus de leurs aubes et de leurs dalmatiques, couronnés de chapeaux de fleurs, et tenant tous une palme à la main, pour rappeler la gloire du martyr. Un trone s'élevait au milieu du pont tout couvert de riches étoffes. On y plaçait fa châsse du Saint pendant quelques instants, en vue du port et de la pleine mer. Les prud hommes venaient la sa!uer à la manière antique, avec leurs longues et larges épées. L'artillerie des remparts et celle des galères y joignaient le salut de leur voix tonnante. Les tambours, les trompettes, les cloches sonnant à toutes volées, les acclamations des équipages, tout formait un écho immense qui remuait les coeurs et montait dans les airs avec des nuages d'encens. Le capitaine de Saint-Victor marchait devant les reliques que suivaient les consuls en robe rouge, les conseillers de ville et les principaux citoyens. La procession se déroulait dans des rues couvertes d'herbes odoriférantes, décorées de tentures, de guirlandes, d'arcs de triomphe, de domes de verdure entrelacée d'immortelles et une pluie de fleurs tombait de toutes les fenêtres sur la châsse du Saint. Après la


procession le capitaine remettait t'étendard entre les mains de abbé de Saint-Victor qui lui donnait un grand festin auquel étaient invités les consuls et les principaux personnages de leur suite C'était une de ces fêtes comme on savait alors les faire, et comme nos vieilles rues, tressaillant d'enthousiasme, en furent souvent le théâtre.

A voir ces rues qui serpentent comme au hasard, il semble que chacun bâtissait à son gré dans l'intérieur de la ville, sans suivre aucun alignement, sans aucun système général de voirie. Cela n'est vrai que dans une certaine mesure. Ptusieurs artères principales partagent la vieille ville en zones. La principale est formée par la Grand'Rue, la place du Palais celle des Augustines et la rue Caisserie jusques à la place de Lenche. La seconde suit la ligne des rues Neuve-Saint-Martin, Sainte-Marthe, des BellesÉcuelles et du Panier, jusques aux Anciens-TreizeCantons près La Major. Une troisième artère, toujours de l'Est à Ouest, se dessine, bien que moins complète. C'est le prolongement rectitigne de la CouteHerie, de la place Neuve, de ta rue de la Loge, de Comme b course !}ue:tva)it'rt))' Saint-Vicior était )'e!f-!)r~' :nec unectat fort t!iitpen~!eux p0t)r le gentithommc qui jouait ie principat r6)t', cMe fut..s))j'primeevers )c miheu Jn dix-septième siectc et rt'mpt.tcee, en )66R, par uxc simple passade faite à che\'a), ta Yt'iUe (te S~int-V'ctor, an son des fifres et an bruit des tambours, par on vatet de ville auquel on donna quinze livres et un accoutrement en carton peint en fer, simu):mt t'armure d'un che'.aHerdu moyen àge. C'était une t'MOftie qu'on abandonna vers la fin du même siècle. On la reprit pourtant en !tt, et on la continua chaque année, à peu près sans interruption, jusqu'en t72'f,f)ui ta vit pour la dernière fois.


la place Vi\aud et de la rue Lancerie fort courte aujourd'hui, mais qui allait jusqu'au bout du quai avant son dernier élargissement. Une autre ligne droite, tracée du midi au nord, traverse toute la vieille ville c'est cette qui s'étend de la rue de la Loge jusques au boulevard des Dames, par la Bonneterie, la rue Négret et celle des Grands-Carmes. La régularité de ces percements frappa Mansard, architecte du Roi et neveu du grand artiste de ce nom, quand il vint à Marseille, au commencement de t753. Consulté sur les moyens d'améliorer ta vieille vitte, il proposa d'élargir les deux principales artères cette de la Grand Rue et celle de ta rue NeuveSaint-Martin, chacune avec sa continuation. Il indiqua aussi divers embellissements dont l'exécution eut changé ta physionomie générale des vieux quartiers' Tout bien considéré, ces quartiers valent mieux que leur réputation. Leurs maisons aujourd'hui ridées, balafrées, noirâtres, abandonnées a la vétusté qui les ronge et dans lesquelles on ne fait rien Pour réparer des ans l'irréparable outrage,

étaient autrefois, pour la plupart du moins, de mise très-convenable. La majeure partie de la bonne société marseillaise y faisait encore son séjour à la fin du dix-huitième siècle. En l'année ~779, la ville de Marseille comptait cinq cent vingt-quatre négociants, quatre banquiers et deux cent trente six ma-

Ad~rt], Géographie de )a Pfoven<'p,t. )t, p. 73-74.


nut'acturiers ou fabricants, en tout sept cent soixantequatre personnes vouées à l'exercice plus ou moins important du commerce et de l'industrie. H faut ajouter à ce nombre celui de cinquante-six courtiers royaux ce qui fait un chiffre total de huit cent vingt, et l'on va voir comment il est réparti entre la vieille ville et les nouveaux quartiers

Vieille ville. touveauxquartier:.

Négociants. 260. 264 Banquiers 5 1 Manufacturiers et fabricants.. i7< 'tS Courtiers. 0. 57 4M 367

Le tableau des professions libérales fournit le résultat suivant

Vieille ville. Nouveaux quartiers.

Avocats. 56 20 Notaires. 25 2 Procureurs. ~9 0 Médecins. 7 li Chirurgiens. 30 21 ~17 48~ g

Répartition générale par professions commerciales ou industrielles et par professions libérales Yiemevute. S7C

Nouveaux quartiers. 4< 5

!i y avait alors à Marseille soixante courtiers de commerce, mais la demeure de quatre ti'entr~tx n'est pas indiquée dans les atmanachi! de Grosson et le Guide de Mazet passe sous silence tous ces officiers publics. Guide marseiUa.is i)ar MMPt, MarsetUe, tT'?<), chez Rrcbion.


Lorsque la ville de Marseitte acquit, en !78~, !'emplacement de l'arsenal, les habitants notables des vieux quartiers craignirent qu'on ne transportât sm Jes nouveaux terrains le Palais de Justice, la Bourse et rHôte!-de-Viue. Ils s'émurent vivement, sollicitèrent de tous les côtés, et les lettres-patentes données par le Roi en cette circonstance assurèrent à la vieille ville ces établissements stérile concession faite à l'esprit et aux intérêts de l'époque; impuissante mesure contre l'essor impatient de l'avenir. H y a dans les noms des rues, pour qui sait bien les lire et les comprendre, une foule de choses que !e vulgaire ne voit pas souvenirs précieux, chroniques attachantes, traits épars dont l'ensemble forme le grand tableau que burine l'histoire; c'est l'immense évocation de toutes les dépouilles de la tombe; c'est l'écho qui nous rappelle la mémoire de nos aïeux si souvent oubliée dans le bruit de nos <tnaires et de nos passions.

Anciennement les dénominations des voies publiques n'étaient point permanentes et n'avaient rien d'officiel, abandonnées qu'elles se voyaient à toute l'inconstance des idées populaires et au hasard des circonstances. L'administration laissait faire; aussi c'était un beau désordre qui n'était pas un effet de l'art. Que fallait-il pourl'appellation d'une rue? le cantonnement d'un métier ou d'une industrie, une Aehard, Géographie de la Prmencc, t. !t, p. 75.


enseigne d auberge ou de cabaret, la demeure d'une fa mille en possession d'attirer les regards, le voisinage d'un édifice public, un fait de notoriété plus ou moins bruyante, même la simple impression d'un moment. On comprend que, dans cet ordre d'idées, tout devenait mobile il y avait sans cesse des changements, et la même rue portait souvent plusieurs noms à la fois. Qui pourrait croire aujourd'hui que )a rue Baussenque, l'une des plus anciennes et des plus connues de !'ancienne Marseille, ait eu, pendant longtemps, le nom de ~r~ ~inm~ ? II faut la connaissance ta plus exacte du terrain historique et l'étude la plus approfondie des détails pour ne pas se perdre dans ces ténèbres le fil conducteur peut se rompre à chaque instant, et où la lumière vaciltantc est toujours sur le point de s'éteindre. On ne peut se livrer à ce travail qu'a l'aide de l'examen comparatif des actes publics et surtout avec le secours des registres censes de nos divers établissements religieux, communaux et hospitaliers. Et encore, que de difficultés sérieuses que d'obstacles inattendus! Des membres de diverses associations changeaient, d'une façon arbitraire, les noms des mes pour le service de leur corps, ils s'entendaient parfaitement entre eux mais comme cette entente Voyez sur la maison de la mère d'Armand, Midu la rue Baussenque, le registre n« t, contenant les titres et les affaires de la maison des pauvres nUes orphelines, sous le titre do Notre-Dame-de-Bon-Secours, {ondée à Marseille en <'?tt. Premières pages, aux archives de motet-Dieu.


n'existe pas pour nous, nous ne comprenons rien à leurs appellations. Cette remarque s'applique surtout au règlement pour les recteurs de la Miséricorde de Marseille à la date de 1693, pour la distribution des aumônes'. On y désigne toutes les ruesde la ville; mais c'est un beau chaos, je vous assure. Faites-moi donc le plaisir de me dire est la rue de Mademoiselle-d'Antoine; obligez-moi de m'indiquer celle du Messager de Grenoble, et les rues Coquille, de la Sainte-Baume, de Villecrose, de Parasol, de Massot, de Caze, de Crozet, de Tournesi-Médecin, de Porrade, de Tison-Fournier et vingt autres*. Quant à moi, je m'avoue vaincu, et je jette ma langue aux chiens, pour parler comme madame de Sévigné.

La révolution française, dramatique mélange d'héroïsme et de forfaits, fut très-grande pour certaines choses, bien petite pour d'autres, et dans quelques circonstances, sa petitesse alla même jusqu'au ridicule, vice impardonnable dans la patrie de Rabelais et de Voltaire. En 1794, pendant le règne de la Terreur, la rage des transformations fut à son comble, comme si la nature humaine, dans l'état social, était une cire molle qui peut prendre toutes les formes sous des mains capricieuses. Marseille ne fut plus que t A MaKeiHe, chez Henri Brebion, in-12.

2 Telles que Chiousse, Cauvin, Estienne-Jean, Michd-Gipier, Cipriani, Delveil-Teinturier, Figuiere-de-Frëjus, Four-de-Beiiiou, Goubaude, la Garennitrc, Ribas, Joseph-Fabre,de la Maison-Brûlée, etc.


!a Ville SWM ~OM. Dieu tout-puissant! Dépcndait-it de quelques misérabtes de supprimer un nom dont J'influence civilisa la Gaule, un nom que Cicéron et Tacite ne prononcèrent qu'avec respect, un nom resplendissant qui, dans le chaos féodal, s'éleva comme le symbole des libertés communales?

Les novateurs éprouvèrent aussi le besoin de changer la dénomination de toutes nos rues en prenant les nouveaux noms dans l'histoire de la Grèce et de Rome, dans le vocabulaire des instruments d'agriculture et des produits de la terre, dans 1 énonciation de quelques vertus civiles et de quelques qualités guerrières. Des mots de pure fantaisie vinrent compléter ces emprunts.

Mais parmi les héros dont les puissants du jour firent choix, on ne s'attendait guère à trouver Libertat oui, Libertat qui replaça Marseille sous le pouvoir royal au moyen d'un assassinat commis pour de l'argent et pour des places avantageuses. Des républicains ignorants le prirent pour un ancien apôtre de la liberté démocratique, trompés qu'ils furent par son nom, et dans le monde officiel du temps personne ne se rencontra qui pût signaler cette erreur grossière. C'est incroyable à force d'être bête. Mais aussi quels magistrats la commune de Marseille avait alors à sa tête? Nains difformes qui croyaient, s'élever à la taille des athlètes du génie antique sin-

1 Le nom de Libertat fut ~anne ;< la rne MaMdf.


"es malfaisants qui marchaient comme les égaux des grands hommes de ces beaux siècles, parce qu'ils s'affublaient de leurs costumes mis tout de travers. Le propre des fléaux est de ne pas durer longtemps, et le sens commun eut son retour. Après ce grand naufrage, les bons fruits de la révolution furent poussés sur un rivage tranquille par les flots apaisés, et les abus de l'ancien régime, toutes les choses que condamnaient les lois de la raison et du progrès véritable restèrent au fond de t'abîme. Les saines idées d'administration régnèrent à la place des utopies qui s'étaient noyées dans le sang. La ville de Marseille reprit son nom, et l'on rendit un peu plus tard à ses rues ieurs dénominations précédentes.

Tout nom de rue a sa raison d'être, et tout changement officiel est presque toujours un non-sens quand il n'est pas un contre-sens' Les anciens noms forment avec l'histoire un corps indissoluble, et l'histoire n'est-elle pas inviolable? Faut-it donc la changer d'après nos convenances particulières et l'approprier à nos sentiments toujours mobiles comme une onde agitée? Les bons esprits s'accommodent des noms qui ont une saisissante harmonie avec les choses Un auteur de plusieurs ouvrages sur des objets relatifs à ta Provence, de liaitze, s'exprime ainsi H n'est rien de plus vieux dans les villes que les rues. Comme elles sont permanentes, il semble que leur nom devrait avoir ta même fixité. Le besoin le demanderait ainsi pour le repos des habitants. Cependant rien de plus changeant que les dénominations des rues; on dirait que tout le monde concourt à les rendre confuses, jusqu'à ceux f;))i tes habitent. Traité des rues d'AH,deht bihtiuth~jth' prott;f~.))<' de )t. df tt~itzf, t)Mnu~'rits de la t'ibiiutht'que de Mari'fiXf.


qu ils expriment. Le nom Rompe-Cul avait été donné à ta rue la plus raide et la plus glissante de la vieille Marseille. Le mot était vrai, pittoresque, énergique, et il n'était pas plus inconvenant qu'une foule de mots analogues qu'on emploie bien des fois sans réveiller des idées déshonnétes'. La pudeur municipale s'alarma pourtant de ce nom innocent et on lui substitua celui de Beauregard qui fait tout l'effet d'une mauvaise plaisanterieet d'un mensonge mystificateur. Quelques habitants de Marseille, dans le dernier siècle, avaient l'habitude de se promener à la porte de la Madeleine où l'on se donnait rendez-vous, et comme ceux qui en attendent d'autres ressemblent toujours à des oisifs, on les appela thinéants. Ce nom fut donné par extension à la porte et à la place. Cette promenade, ces rendez-vous, cette appellation, formaient l'un des traits de nos mœurs locales. Mais que faire aujourd'hui de pareils traits? Bien des personnes

N'appelle-t-on pas <:ut-(!e-p!om&, nn homme assidu au travail, cul-de-jatte, celui qui, n'ayant pas de jambe, se tralne sur son derrière ? Les personnes les plus réservées ne disent-elles pas jouer à e<t!ecef, avoir toujours le cul sur ttt MHe/' Les mots cul-de-basse-fosse, cul-de-verre, de tonneau, de bouteille, de e/tatfdt'Mt, de psttter, (l'artichaut, et trente autres que je passe sous silence conurment mon opinion. La tangne française est formée l'usage en consacre les mots, l'usage, cet arbitre, ce maître, ce législateur du langage ()tt<M)t pênes ctf&ttfttttH est et jus et norrna loquendi.

Dans le dernier siècle, l'enceinte murée de Marseille, représentée aujourd'hui par la ligne de nos boulevards, avait huit portes qui étaient celles-ci )" de la Joliette; 2< la Royale, plus connue sous le nom de porte d'Aix; 3" de Bernard-Dubois 4" de la Madeteine,i;ënëratement appelée porte des Fainéants; f)" d< Capucines; 60 du plan Saint-Michd, plus souvent nommée de Notre)):tmc-()u-Mont ou d'Aubagne; 7" de Rome de Saint-Victor.


pensent que le peu qui en reste est encore de trop, et le mot de fainéant fut proscrit comme une personnalité injurieuse. Si au moins on avait laissé à la place son ancienne dénomination de la Madeleine mais on la réputait trop vieille il en fallait un autre, et le nom des Capucines, emprunté aux allées voisines, parut plus convenable. On épargnait ainsi des frais d'imagination et tout le monde ne peut pas faire cette dépense.

Une enseigne d'auberge sur laquelle deux jeunes filles étaient peintes fit donner le nom des Pucelles à la rue où cette auberge exista longtemps, il n'y avait il rien là que de fort naturel et de conforme à l'ancien tangage. Les habitudes marseillaises avaient adopté ce nom et il fallait avoir l'esprit mal fait pour y trouver un sens ironique et malséant. Ne dit-on pas la PMC~e d'Orléans? Qu'y a-t-il à reprendre à t'appetlation de cette héroïne, type glorieux du dévouement et du sacrince? La rue des Pucelles est aujourd'hui ta rue Magenta. C'est pour la France un beau nom de victoire, mais il est tout-à-fait étranger à l'histoire des rues de Marseille. Ah laissez-nous nos souvenirs. Nous ne sommes pas exigeants. C'est bien assez que les derniers vestiges de nos vieilles coutumes aillent tous les jours s'effaçant davantage; que nos institutions locales aient disparu sous le niveau du pouvoir central, de la législation uniforme, et que toutes les nuances particulières se soient perdues dans la couleur générale. C'est bien assez, et si nous tenons à des


mots, c'est que nos pères les eurent sur leurs lèvres et que ces mots rappellent des choses toujours chères quéchauue l'amour du sol natal.

On exprima de singuliers désirs en 1847. Les noms de plusieurs rues de Marseille eurent le malheur de déplaire à quelques hommes, peu Marseillais d'ailleurs, qui demandèrent un changement, et le maire. Elysée Reynard ne put s'empêcher de former pour ce travail de révision une commission municipale qui se mit aussitôt à l'oeuvre.

Puisque le nom d'un administrateur d'élite vient de se placer sous ma plume qu'on me permette, maintenant qu'il n'est plus, de consacrer quelques lignes à sa mémoire.

A trente ans, à cet âge où la plupart des hommes cherchent encore une position, Reynard représenta Marseille à la Chambre élective. Esprit net, correct, pénétrant, un peu sceptique comme tous les penseurs, il se fortifia dans l'étude des grandes affaires et dans la science de la vie publique, parfois si agitée, mais si brillante aussi quand on peut mettre du talent et du zèle au service de son pays, sons l'empire de ces libres institutions qui donnent de l'essor aux caractères, de l'aliment aux inteuigences; de l'énergie aux ambitions légitimes. Plus tard la mairie fournit à Reynard le moyen de montrer dans tout leur relief ses qualités supérieures. C'était aux jours des discussions approfondies et des luttes brillantes; elles animaient les séances de notre assemblée communale.


Reynard, sans être doué de l'éloquence de la parole et des formes qui produisent de grands effets, avait celle du jugement droit, de l'intelligence pratique et de la raison persuasive, celle qu'un esprit plein de distinction sait puiser dans la saine appréciation des choses et dans l'exacte connaissance des hommes. II semblait bien des fois aller à l'opinion des autres, et il exerçait l'art d'amener les autres à son opinion. Cachant un cœur chaud sous des dehors froids, il fut toujours fidèle à l'amitié. II tomba avec la monarchie de juillet, mais il sut, lui, tomber avec noblesse, et il emporta dans sa retraite, avec l'estime de la ville entière, sa foi politique qu'il conserva sans faiblesse, comme sans bruit et sans jactance. Loin des clameurs et des intrigues des partis, il cultiva les lettres qui calment le murmure de nos passic et nous consolent de l'injustice de nos semblables. Il posséda ce qui couronne le mieux une vie honorable et laborieuse, le repos et la dignité.

Reynard avait eu le tort de prendre part, en < 847, à la guerre puérile qu'on fit aux noms de nos rues. Mais il comprit du moins qu'il y avait des ardeurs à modérer et le mal eut dès-lors des limites assez étroites.

Et maintenant que la dernière heure va sonner pour vous, restes vénérables du vieux temps, asiles modestes de nos pères, recevez mon salut suprême. Encore quelques jours, et le sacrifice sera consommé, et vous aurez rejoint tout ce qui ne vit plus que dans


les souvenirs, lesquels même s'effacent bientôt, si des écrits fidèles ne les transmettent d'âge en âge. Enfant obscur mais dévoué de Marseille, c'est votre histoire dont je vais essayer d'écrire quelques pages le patriotisme les dicte et lui seul soutient ma faiblesse dans ce difficile labeur.


RUE FONTAINE SAINTE-ANNE.

Cette rue s'appelait, au quatorzième siècle, de la Chandellerie-du-Temple, ~a CaM<MarKK~ Tc~p~e 1, parce qu'il y avait des fabricants et des marchands de chandelles, et que la maison des Templiers était dans le voisinage. En 1684 on la nommait encore de la Chandellerie 2.

Au moyen~âge, chaque industrie se cantonna dans certains quartiers; c'est ce que l'on vit à Aix~, à Avignon*, à Montpellier 5 dans la plupart des cités importantes. Les mêmes idées, les mêmes travaux et les mêmes besoins opérèrent, chez des hommes unis par l'esprit de corps, ce rapprochement d'habitation auquel sans doute concoururent aussi la commodité des acheteurs et les règles d'une surveillance sérieuse. Les gens de même métier se groupèrent donc à Livre-Trésor de l'hôpital Saint.Jacques de Galice, t400, fo 56 recto, aux archives de HMtet-Meu de Marseille.

2 Registre coté X des censes et directes de l'Hôtel-Dieu, fo 87, aux archives de cet hôpitat.

3 Roux Alpliétan, tes rues d'Aix, t. t, p. 36 et 37.

4 Paul Achard, Guide du Voyageur, Avignon, i857, passim.

5 Germain, Histoire de la Commune de Montpellier, t. p. 76 et 77.– Le Petit Thalamus de Montpdtier publié par la Société archéologique de cette ville, paMim.


Marsei!!e dans les mêmes rues qui durent !eurs dénominations à ce cantonnement d'arts mécaniques. Tels furent les noms de Blanquerie, Cuiraterie, Triperie, Bouterie, Giperie, Caisserie, Bonneterie, Cordellerie, Lanternerie, Fusterie', Draperie~, AuriveHerie", Pétisserie*, et bien d'autres encore que je passe sous silence.

Telle fut aussi la rue Chandellerie.

A Marseille, temotca~de~WM~~ candelier, s'appliquait aussi bien au marchand qu'au fabricant de chandelles, et le mot chandelles, quand il n'étaitsuivi d'aucune autre désignation, signifiait aussi bien des chandelles de cire que des chandelles de suif. Les mots cierge et bougie n'étaient pas connus. Comme tous les apothicaires de Marseille vendaient des chandelles de cire, les marchands de ces chandelles étaient quelquefois nommés apothicaires5, et il n'y avait pas entre ces derniers et tes épiciers une t Fustier, en provenez), signifie menuisier ou charpentier. La rut de la Fusterie était celle des Fabres d'aujourd'hui.

2 Aujourd'hui la rue de la Loge.

~La rue de Batteurs-d'Or. C'était une partie de la Grand'Rue où it y eut, dans tous les temps, des orfèvres et des bijoutiers; ;t'auhveHerie occupait à peu près le milieu de la Grand'Rue.

< Deu& rues portèrent te nom de Pélisserie; t'mne, la plus étroite, s'appela de la Petisserie-Étroite; l'autre, la plus large, de ta Pélisserie-Large. La première est aujourd'hui la rue de la Rose; l'autre, la rue Sainte-Anne. S Je pourrais citer cent exemples; un seul me suffira ici. Pierre Monnier, marchandde chandelles de cire, catutetartM cere, à Marseille, eut, en it08, un procès contre les héritiers de Pierre Moisson. Les actes de procédure donnent a. Monnier tantôt la qualité de marchand de ehandeUes de cire, tantôt celle d'apothicaire. Voyez le Cartulaire du notaire Reymond Elie, greffier de Guittaume Arnaud, juge des premières sppeUations et (les nuthtes & Marseille, tt08, aux archives de ta ille.


ligne de démarcation bien distincte, i épicier proprement dit s'appelant apothicaire, et l'apothicaire prenant le nom d'épicier.

Dès le treizième siècle, il v eut à Paris la corporation des marchands de chandeites de cire et celle des marchands de chandelles de suif. Chacun de ces métiers eut des statuts particuliers et marcha sous une enseigne dioérente'; mais d'après ce que je viens de dire de la iabrication et de la vente des chandeiïes de cire et des chandelles de suif à Marseille, il est facile d'en induire qu'il n'y eut dans cette ville qu'un seul corps composant les deux industries. En 1243, l'un de ses prieurs s'appelait Massetenis\

Les choses qui sont aujourd'hui à F usage des fortunes les plus modestes n'étaient, au moyen âge, qu'au service de l'opulence. En nos jours de richesse publique, le plus petit bourgeois connaît mieux les commodités de la vie que ne les connaissait le plus riche seigneur des âges féodaux.

La cire était un objet de luxe. En t année 047 Pons, évéquede MarseiUe, fit plusieurs libéralités aux moines de Saint-Victor, à la charge par eux de donner annueUement à t'égtise cathédrale cinq livres de cire 3. Les Juifs vendaient ce produit que l'on n'apDepping, livre des métiers d'Etienne Boileau, dans la Collection des Documents Inédits sur l'histoire de France, première série, Histoire Politique, t837, p. i6t.

2 Charte du 90 mai i2t3,)auy archives de la ville, Chartier.

3 Charte 30 du Cartulaire imprimé de l'abbaye Saint-Victor de Marseille, t. p. 63.– Voyez aussi les chartes 2t6 de !'annëe 1031; t23 de 10M, tCM ttt de t0<8; 530 de t033, et autres chartes du n~mc &(rtu)airc. paMiMi.


prétait en Provence qu'à l'usage des égtises' encore n'y employait-on que fort peu de cierges. Il n'y en avait que quatre au maître-autel, les jours des plus grandes fêtes, et en temps ordinaire on y allumait deux !ampes*.

Au quatorzième siècle, la cire coûtait à Marseille plus de six marcs et demi d'argent le quintaP. Des titres du treizième siècle citent, parmi les fabricants ou marchands de chandelles', Pons, Rambaud, Hugues, Guillaume d'Acre*, et le prieur du corps dont j'ai déjà parlé. On voit, dans le siècle suivant, Pons Duranti, Antoine et Guillaume Boniface, Albert, Jean Castellan, Ëtienne Thabace, Barbesante, Simonin, Hugues Étienne, Jean Boyer, Bertrand Burgondion, Raimond VoHan\ Plusieurs membres d'une famille Roberti, originaire d'Aix, exercèrent à Marseille le même métier dans le quinzième siècle7. t Depping, Histoire du Commerce entre le Levant et l'Europe depuis les Croisades jusqu'à la fondation des colonies d'Amérique, t. p. 290. ï Fauris de Saint-Vincent, précis d'un mémoire sur les monnaies, les mœurs, les rits, les usages du quinzième siècle en Provence. Aix, i 8tT, p. 46. 3 Ruffi, Histoire de Marseille, t. H, p. t30.

4 Quelquefois les titres distinguent les marchands de bougies des marchands de chandelles proprement dites. Les uns sont alors appelés candelarii Mfe et les autres eaMde~tt'tt cept, ou (t< eepo.

5 Charte CM, du 14 février t2M, dans le Cartulaire de Saint-Victor, t. 2, p. 3f?;– livre Noir, fo 75 verso, aux archives de la ville de Marseitte;– testament de Hugues de Bouc, tonnelier, du tt des calendes de juin t296, dans le Cartulaire de Pascal de Mayrangis, notaire à Marseille, aux mêmes archives. e Chartes et titres divers aux archives de la ville et à celles de l'Hôtel-Dieu. ? Testament d'Honore*Roberti,du 16 juillet itt3, notaire Aventuron Rodeti Marseille, aux archives de la ville. Chartier.- Testament de Jacques Roberti cité dans l'acte du 9 septembre t4M, notaire Pierre Blancard, aux même-!


Tous ces industriels n'habitaient pas la rue de la Chandelleric quelques-uns s'étaient établis dans divers quartiers de la ville. Une marchande renommée, Silète d'Aubague, vendait ses chandelles vis-à-vis la porte de l'église inférieure des Accoules, entre les années 370 et 380 et, quelques années après, Philippe Cotrad se fixa au même lieu. Ce fut devant les établis de Silète et de Coirad que les juges de Marseille vinrent siéger en pleine rue, ob do?MMKM*MM ~OMM<arM~ rcuereM~aw*. Dans le moyen âge, la justice, en règle générale, n'était pas, à Marseille, rendue publiquement. Mais quand des femmes honnêtes étaient en cause, les magistrats s'installaient sur la voie publique, et jugeaient cora?M populo. C'est une des coutumes les plus curieuses de Marseille. L'administration locale ne manqua pas de réglementer l'industrie des fabricants et des marchands de chandelles. On peut citer les ordonnances de police du 2t juin 323 et du janvier ~332~, ainsi que le statut municipal du ~3 octobre ~334 Les délibérations du Conseil général de la Commune, du 25 septembre 1472 du 20 juin 474 et du 8 novembre archives, Cbartier; registre des reconnaissances des censes de t'Mpitat SaintLazare de Marseille, de t423 t508, {< 2 recto, aux archives de t'Hotei-Diea. Chartes diverses et anciens Cartulaires de notaires.

PnNicatios en langue Provencaie du 2t juin <323 dans le registre des dëiihërations munieipa)cs de <322-i323, in fine, aux archives de la ville. 3 Autre publication en langue provençale du tt janvier 1332 dans le registre des délibérations municipales de t33t-t333aux mêmes archives. 4 Statuta civitatis Massitie,tib.VÎ,cap.Mxu,fo 203, recto et verso, aux archives de la vi)t'


477, cherchèrent à réprimer les fraudes Le 30 novembre ~534, ta ville de Marseille paya à Jean Sagnier neuf florins et neuf gros pour soixante-dix-huit livres de chandelles à l'occasion d'un bal qu'elle donna à la Loge'

J'ai dit qu'en 684 la rue dont je m'occupe portait encore le nom de Chandellerie, quoiqu'il n'y eût plus de marchands de chandelles. Ce ne fut que dans le dix-huitième siècle qu'on appela Fontaine-SainteAnne. D'où lui vint le nouveau nom? Est-ce parce que la fontaine qu'on y construisit avait pour ornement l'image de la Sainte? Les preuves manquant, c'est ce qu'on peut dire de plus vraisemb!ab!e. Registre contenant des detibërations municipales de iM9 à 1485, second cahier, fol..33, M et 93, aux mêmes archives.

~BuH&te du 30 novembre <534 dans le Bulletaire de t526 à t539, aux m&mfs archives.


RUE DES ALFIERS.

Les ouvriers en sparterie s établirent a la rue des AM~ Cette industrie n'était pas sans quelque importance a Marseille, dans le quinzième siède, et !e conseil de ville eut à s'en occuper. Aux élections du 20 juin 1474, il nomma deux commissaires ~pcr facto a~. ï! ne paraît pas cependant qu'à une époque où tous les industriels, tous les artisans, je dirai même tous les habitantsde la ville de Marseille étaient t. divisés en corporations ou confréries, les auners en aient formé une je n'en ai vu du moins aucune trace. Comme cette rue était proche l'ancienne maison des Temptiers, à peu près située où se trouve aujourd'hui l'église des Augustins, on l'appela longtemps la rue du Temple. Elle portait, en t392~, ce nom La plante gf aminée dont an fait des nattes, des cordages et d'antres ouvrages utiles, s'appelait ai~t dans la latinité du moyen-âge. Ce mot passa a peu près entier dans la langue provençale; on le prononça et on l'écrivit aura. Ox l'appelle sparte en français. On donne le nom de sparterie a'jx manufacturf's t)~ sparte ainsi qu'aux objets manufacturés.

'2 Registre contenant des délibérations municipales de 1469 à tt85, fol. (< verso, aux archives de la ville.

3 Registre A des reconnaissances et directes de t'tMpitat Saint-J.tcqu'~ df Gatice, p. 207, aux archives de l'Hôtel-Dieu.

3


sans doute beaucoup plus ancien; et plus tard on appelait indistinctement rue du Temple, des Templiers, de Saint-Augustin. Dans le seizième siècle, un autre nom prévalut, en concurrence toutefois avec celui des Templiers. On l'appela d'aou t~a< deM CoM~OM~o. C'est qu'il y avait là un grand ruisseau ou fossé dans lequel, en temps de pluie orageuse, la violence des eaux entraînait les produits et surtout les citrouilles des jardins les plus rapprochés de la ville. <e fossé, qui n'était probablement qu'un de ces réservoirs nommés barquious qu'on avait établis, dès ic quatorzième siècle, à l'entrée de plusieurs rues donnant sur le port, pour empêcher l'encombrement du bassin' gênait la circulation et répandait une odeur infecte. En ~559, les habitants des maisons voisines présentèrent aux délégués municipaux* une requête « aux fins de faire couvrir et fermer le vallat « de Cogorde, attendu les escandales et inconvé« nients que tous les jours surviennent, mesme aussi « la grande puanteur et immondice que l'on geste « dedans, et à ces fins depputer certains personf< naiges pour ce faire a. Les délégués s occupèrent de cette affaire, dans la séance du !0 novembre, et ils la renvoyèrent a l'examen des consuls, de l'assesStatutor. Cnit. Mass. lih. IV, cap. n de &ofgMtH&MS /o<:M):(!Mt)t (~a)M<er5<M Massilie de pfo'tti.– François ù'Aix, commentateur des statuts de Marseille, parlait, en t656, de ces &tt~u!et<j;, comme s'ib existaient encore. Voyez son ouvrage, 1). !t0.– Voyez aussi TheopM)e Lagnmgë, de l'assainissement du port de Marseille, t838, in-8o.

Le conseil municipal de Marseille nommait, i cette époque, des commissaires dctt'guMpour f\an)iner !<*s demandes des partirutiers et statuer sur tcf't~t.


seur et des intendants du port, pour qu elle reçut une solution conforme a intérêt public'; je ne sais quelle en fut la suite.

Un propriétaire de cette rue avait chez lui un buste d'Henri IV qu'il tint caché pendant tout le temps de la Ligue, mais le < 7 février 596, au moment ou la mort de Charles de Casaulx réduisit Marseille sous le pouvoir du Roi, les royalistes prirent l'écharpe blanche et se livrèrent à des transports d'enthousiasme. Le possesseur du buste du monarque l'exposa sur sa fenêtre, et les passants applaudirent aux cris de Vive le Roi 1 Ce propriétaire plaça ensuite au coin de sa maison le buste avec cette épigraphe au bas de la console M~ ~tpMMc~. Quelques personnes donnèrent dès-lors à la rue le nom d'Henri IV. Dans le dix-huitième siècle, comme le buste était tout-à-lait dégradé, le nouveau possesseur en fit faire un autre, vers l'année 1770, par le sculpteur Icard de l'Académie de peinture et de sculpture de Marseille*.

En ~682, la rue avait encore ses deux noms des Templiers et du Valat ~eM CoM~OMy~o~, auxquels plusieurs personnes mêlèrent aussi le nom d'Henri IV. Ce n'est qu'à la fin du dix-septième siècle que le nom Registre 6 des délibérations du conse:) municipal de Marseille, <559-i5M, fol. 29 recto, secreta.riat<)es notaires Sebiés et Boyer aux archives de la vi~h'. 2 Grosson, Almanach Historique de i783, p. 194.

3 Nouveau registre B, 2, des reconnaissances et directes de l'hôpital Saint Jacques de Galice, p. 591, anx archives de l'Hôtel-Dieu.


des Aufiers fut presque généralement adopté et qu'on donna celui des Templiers à la rue qui le porte aujourd'hui, et dont l'ouverture n'est pas trèsancienne. Ce n'est pas à dire que les fabricants et marchands de sparterie ne fussent établis depuis longtemps dans la première de ces rues mais elle conservait ses anciennes dénominations. On sait qu'il est dinîcite de changer les vieilles habitudes populaires, et que les noms survivent toujours aux choses qu'ils rappeHent.

En 788, on démolit une maison à if rue des Aufiers pour sa communication directe avec la Coutenerie. Cette maison appartenait à un bourgeois nommé Raimond Bovignan, qui reçut de la ville vingt mille six cents livres d'indemnité.

On voit ce nom des Aufiers dans le règlement des recteurs de la Miséricorde, MMMiHe. 1693.–Voyez le registre E E des censes et directes de FHote)Dieu.- En f?M, quelques personnes donnaient encore à la rue des Aufiers le nom d'Henri tV. Voyez Grosson, Almanach de 178~ p. M4. ï Voyez tes articles du M octobre f?M, 26 janvier t789, 13 juillet et 18 décembre de la même année, dans le registre du contrMa des mandats de paiement de 1788 à 1792, aux archives de la ville.


RUE COUTELLERIE.

Les couteliers occupèrent, en grand nombre, cette rue qu'on appelait Cordurarie en 438 on lui voit, en ~SOS, le nom de Cotelarie' qu'elle portait avant cette époque, selon toutes les apparences.

En <789, quelques couteliers travaillaient librement sur les places publiques de Marseille, tant les lois de police et de voirie étaient alors tolérantes et faciles. Le corps des maîtres couteliers. de cette ville demanda, dans son cahier des doléances, qu'on ne pût travailler qu'en boutique. Ce corps avait alors pour syndic le sieur Dubois, et pour adjoint le sieur Bousquet~.

La rue Coutellerie eut, pendant fort longtemps, une irrégularité des plus choquantes, et la ville, à diverses époques, fit des sacrifices pour améliorer cet état. Elle coupa, pour l'alignement et l'élargissement, t Registre A des censes et directes de l'Hôpital Saint-Jacques de Ga)k-e,p. 350, aux archives de l'Hôtel-Dieu.

2 Doléances du corps des maitres couteliers, pour servir a la rc'tio)) du 'thierdu tiers-état deMarsciUe, t78'), in-12.


une maison en <738* et une autre maison l'année suivante*. Elle fit aussi divers coupements de 1773 à t79<, en achetant des maisons qui appartenaient au chevalier Marin de Cararrais, au bourgeois Louis Antelmy, au maître fondeur Barthélémy, à l'orfèvre André Sallony, et à l'ancien courtier Jacques Donnadieu~.

La révolution arrêta le cours de cette régularisation, et le commencement de la rue Coutellerie continua de rester très-étroit et très-disgracieux. Le conseil municipal de Marseille, par délibération du ~3 mars < 84~, en vota l'élargissement, et les travaux commencèrent quelque temps après. Le maire M. Consolat, les accéléra avec cet esprit de sage et prudente impulsion qui caractérisait tous ses actes. La ville y dépensa 42S, 000 francs.

Arttcte du 2 septembre t738 dans le BnUeta4re de 1738 à ms, aux archiver de la ville.

Article du 3 avril 1739, dans le même Bulletaire.

s Registre du contrôle des mandats de paiement de l'!Tt t7T7.– Antre registre dn contriHe des mandats de paiement dé t788 à 1792, aux architM de la ville..


RUE DU JLGE-m-PALAIS.

Le nom de cette rue rappelle l'ancie"t!<' organisation judiciaire de Marseille.

De toute ancienneté, cette ville eut deux juges nommés, chaque année, par le conseil municipal. Sous le régime des podestats, la nomination appartint à ces premiers magistrats de la république marseillaise et elle revint à l'assemblée communale en vertu des chapitres de paix de 1257.

À dater de cette époque, il y eut à Marseille un troisième juge dont la charge, aussi annuelle, fut d'institution royale; on l'appela le Juge du palais. Ces trois juges ne statuaient qu'en première instance, mais celui du palais avait la préséance sur les deux juges communaux, parce qu'il était nommé directement par le comte de Provence, et qu'il avait dans sa compétence toutes les affaires civiles et criminelles, tandis que les deux autres juges ne pouvaient connaître que des causes civiles. En cas d'absence ou d'empêchement du viguier, le juge du palais portait


? bâton du roi dans les conseils de ville et, dans les «''remontes publiques'.

Quelques actes officiels donnent au juge du paiais de Marseille le titre de ~M~c.x; major, pour le distinguer des deux juges communaux. Ce titre signifie ici juge principaL le premier des juges mais il faut bien se garder de dire~M~Ma~e, car on bouleverserait par cette appellation toutes les notions historiques et judiciaires. I! n'y eut jamais qu'un seul juge mage. Ce magistrat, d'une position beaucoup plus élevée que celle de juges locaux, siégeait à Aix, et sa juridiction s'étendait sur toute la Provence; il n avait au-dessus de lui que le grand sénéchat, véritable vice-roi qui tenait en ses mains la politique, la législation et les armes.

Le juge du palais devait être étranger à Marseittc il MIait au contraire que les deux juges communaux fussent choisis parmi les avocats en exercice dans cette villes. Dès le commencement du seizième siècle, ton de ces deux juges d'élection municipale fut appelé juge de Saint-Louis, et Fautre reçut le nom de Saint-Lazare.

Mais au-dessus des trois judicatures de première instance, il veut. a MHrspiHc. nn tribunal supérieur. Ce fut ceiui du juge des premièreb appellations et des Fr.uM;otS ti'Atx, Commeuhm'c Jes Stut~~ Je M.n'e)He, p. i8.

Mt''mp ouvrage, p. 93.

Le rcgtetnent du sur' s.m<'tiot)nf f'ct -tncit'n statut de MMSt'i)!e en e'ogt'.tn~ q~tt le j)[~e t1c Saint-Louis ft c~ni 'tf Saint-Laxar'' soient avocats postntan' i)'p.t'tt:mt )e Palais et âge. t)p tre~tf .)). au mui;t<. M:t)'<t*i))(', «!<


n unités'.Ce magistrat, d institution royale et toujours étranger à Marseille, n eut aussi qu'une charge annueUe il jugeait les appels contre les jugements rendus par les trois juges de première instance. Une sentence attaquée par lavoied'appei était considérée comme nulle, et voilà pourquoi le juge des appellations le fut aussi des nullités.

Cette judicature des appellations fut réunie à la sénéchaussée de Marseille lors de son établissement en !535'.

Les tribunaux de Saint-Louis et de Saint-Lazare, supprimés en 1367 rétablis en 138~ encore supprimés en t660 et reconstitués l'année suivante' cessèrent d'exister au mois d'août ~70~, a l'institution de la nouvelle sénéchaussée a laquelle ils furent incorporés~.

U ne faut pas prendre dans son acception littéralement rigoureuse le mot de pMmtefes appellations et croire qu'il y eut, pour Marseille, une seconde voie d'~ppe). Le juge, dit des premières appellations, jugeait souveramement, et tes MarseittaM, en vertu de leur privilège de nutt e.tb'a/K'itdo, devaient voir toutes les anaires civiles et criminelles se terminer chez eux. >

< Copie d'un édit de t09~ retativement aux juges de Saint-Louis et de SaintLjzare, aux archives de la ville.

3 Hegistre 8 des dënberatioas municipales de Marseille. du 9 novembre i56f), mois d'octobre 1570. fol. aT, recto, aux archives de la ville. Registre des etcc'ions, («nsciis et autres actes de la présente ville de Mar~'itte, commençant le 8 noventhre t5T9 et finissant le 3 janvier t584, fol. '!t, verso et suivantes, aux mêmes archives.

s Registre 60 des délibérations municipales de Marseille, i65'.)-i660, fol. 45, ver., 46 rec. et 61 ver.registre C2,fot. t0 et suiv.arrêt du conseil d'état et iettres patentes du roi, du <5 octobre 1661,aux archives de la ville, Chartier; arrêt du parlement de Provence, du 5 janvier t()02~ aux mêmes archives, ChartierVoyez la copie de t'cdit du mois d'août tTOt aux archives de la ville de Mar''<'))ie,Chartier;–ragistK' des copie-! dcT )ct!)'(M dc.echf'vift5deMarseii!e,de <TO(t H i702, lettres des 13 f't t8jui))ct t70t; –rrj.'istre de t702t !7<)6, te'trcdu


Quant à la charge de juge du palais, elle subit de plus grands changements'. Dans le seizième siècle, le roi, aliénant son droit de nomination directe, permit à la ville de Marseille de lui présenter annuellement trois candidats jurisconsultes parmi lesquels il fit son choix Cette judicature fut supprimée en 067, comme celles de Saint-Louis et de Saint-Lazare, et réunie, comme elles, à la première sénéchaussée rétablie en <58<, elle devint à vie, puis encore annuelle, puis érigée en titre d'office perpétue! et héréditaire moyennant six cents écus au profit du roi. Ennn les motifs qui firent prononcer en < 70~ ta suppression définitive des tribunaux de Saint-Louis et de Saint-Lazare, entraînèrent aussi la chute de celui du juge du pâlais. L'intérêt public commandait l'abolition de ces trois judicatures inférieures qui ressortissaient de la sénéchaussée de Marseille et formaient un degré de juridiction sans caractère d'utilité. L'office héréditaire de juge du palais de Marseille avait été créé par le roi, au commencement du dixseptième siècle, au profit de Jean-Paul de Foresta, seigneur du Castelar 3, lequel résigna cet otfice, en <8 septembre <?(?; Brillon, Dictionnaire des arrêts ou jurisprudence universelledes parlements de France. nouvelle édition, t. IV, p. 329; Collection

des documents Mdits sur l'histoire de France, première série, correspondance administrative sous le règne de Louis XtV, t. p. 022.

Livre Noir, fol. M8 et suiv., 3t<. verso et stiiv., 267 recto et verso, aux archives de la ville.

2 Registre cité des délibérations manicipate'; de Marseitle, du 8 novembre 1H9 .)U 3 janvier t5S~, fol. 65 recto.

s HotM'rt de Briauton, t. i!, p. 98.


1624, en faveur de son fils François Les consuls <te Marseille s'opposèrent à l'installation du nouveau juge, attendu que l'hérédité judiciaire était une nouveauté contraire aux libertés, aux statuts et aux coutumes de la ville de Marseille. François de Foresta cita cette ville devant le conseil privé du roi, en déboutement de l'opposition, et le conseil municipal, délibérant d'y persister, chargea les consuls de donner à Leroux, député de la ville à Paris, toutes les instructions.et tous les titres pour une bonne défense*. Le conseil du roi ne s'arrêta pas à l'opposition de la ville de Marseille, et François de Foresta, après avoir exercé sa judicature pendant plusieurs années, la transmit à son fils Jean-Paul. Tous ces Foresta furent des magistrats du plus grand mérite leur famille possédait encore la charge de juge du palais au moment de sa suppression en 7 M.

Sa maison d'habitation était sur le quai du port, au coin dela rue qui fut nommée du Juge-du-Palais~, et qui était alors plus longue qu'elle ne l'est aujourd'hui, l'élargissement du quai, en ~843, ayant nécessité la démolition de plusieurs maisons qui donnaient sur cette rue, et parmi lesquelles se trouvait celle de la famille de Foresta.

Artefeuu, t. t, p. 4<

Séance du 6 septembre t624 dans te registre 33 des délibérations mtuucipales, t623-16M, fol. 63 verso et 63 recto, aux archives de la ville. 3 François d'Aix, ouvrage cité p. !8.

4 Achard, géographie de la Provence, t. )), p. 4S et 49.


PLACE DU CHEVALIER-ROSE.

La ville fit cette petite place en t84t, lorsqu'elle élargit la rue Coutellerie et le maire, M. Consolât, 7 fut très-bien inspiré en lui donnant un nom cher aux amis de l'humanité et aux admirateurs du courage civil plus difficile et presque toujours plus utile que la valeur montrée sur les champs de bataille,'dans un moment de bruit et d'ivresse. Rien de plus commun que les soldats intrépides rien de plus rare que les grands citoyens.

La peste de Marseille, en !T20, fut un des événements les plus mémorables de la première moitié du dix-huitième siècle, et c'est aussi l'un des mieux connus, car l'histoire en a multiplié les récits d'une façon prodigieuse. L'imagination et !te caprice se sont, à leur tour, exercés sur ce sujet émouvant auquel la science et les arts ont payé leur tribut.

Qui n'a pas admiré la figure le rôle du chevalier Rose dans ce drame lamentable? Ils sont bien grands et bien dignes d'éloges l'évoque et les échevins de Marseille. Mais, il faut bien le dire leur position


ofHcielle leur imposait des obligations périlleuses, et la religion du devoir les poussait dans les voies du sacrifice; rien n'obligeait le chevalier Rosé. Libre de toutes fonctions publiques, il pouvait ne penser qu'à sa sûreté personnelle, sans encourir aucun blâme, et il paya une dette qu'il ne devait pas rigoureusement; il ne s'épargna pas, et son abnégation fut sublime. Il affronta en volontaire la mort sous ses formes les plus hideuses, et fit de l'héroïsme en amateur. Gloire à son nom Honneur éternel à sa mémoire


RUE DES QUATRE-TOURS.

À Feutrée de la rue qui porta plus tard le nom de Beisunce on voyait un grand édifice aux formes de la renaissance, isolé et formant une île. Comme il était flanqué d'une tour à chacun de ses quatre angles, on l'appela la Maison des quatre tours. C'était l'hôtel deValbelle.

Bien peu de familles provençales pouvaient rivaliser d'illustration, d'influence et de richesse avec ta maison de Valbelle au dix-septième siècle; elle comptait dans son sein de hauts personnages du parlement d'Aix, des dignitaires de l'Église, de t'armée, de la marine et de l'ordre de Malte. Elle prétendai) descendre dès vicomtes de Marseille, mais l'ancienneté de cette noble origine lui fut contestée Pour moi. je ne sais qu'en penser, et ma route est semée d'écueils. La jalousie et le dénigrement s'acharnent d'ordinaire sur tout ce qui s'élève au dessus de la ibule, et l'on voit, d'un autre côté, ces détestables t Manuscrit de BarcHon de Mamans, au mot Va]beUp.


flatteurs qui accablent de leurs adulations la fortune et la puissance. L'esprit le plus investigateur et le plus patient s'égare et se trouble au milieu de ces recherches qu'environnent tant de ténèbres. Si la philosophie de l'histoire doit commencer par un scepticisme éclairé, le doute est surtout permis quand il s'agit du berceau des races illustres, lesquelles glissent sur la pente rapide des erreurs qui les séduisent. Qui ne sait que la plupart des généalogistes sont leurs complices, et que les faux titres abondent? Voltaire ne croit pas quatre filiations d'avérées avant le treizième siècle', et nos vieux historiens provençaux ne marchent qu'en tremblant dans l'obscur labyrinthe ou l'on place le commencement des premières fa-milles du pays, semblables aux grands fleuves dont on ignore la source, et qu'accroissent sans cesse une foule de petits ruisseaux*.

L'une des quatre branches de la famille de Valbelle florissait à Marseille. Barthélémy, l'un de ses membres, après avoir embrassé l'état ecclésiastique, s'en dégoûta bientôt, et se livra tout entier à l'étude des lois. Par lettres-patentes du 35 juillet 1 S86, Henri IÏÏ le pourvut de la charge de lieutenant en l'amirauté de Marseille, vacante par la mort de Balthazar de Séguier, sieur de Piozin. Les émoluments de cet emCorrespondance, lettre à d'Atembert, du 29 novembre 1756.

2 César Nostradamus, Histoire et Chronique de Provence, p. 85 Honoré Bouche, Histoire de Provence, t. H, p. M, t5 et M8; –Pitton, sentiments sur les historiens de Provence, p. 49 et 50; l'abbé de Sade, mémoires pour )? vie de Pétrarque, t. III, p. 4.'), aux notes.


ploi étaient considérables*. Barthélémy de Valbelle s'en démit en faveur de son fils Antoine, sieur de Montfuron, que le roi nomma à sa place le 8 décembre ~625~

Antoine de Valbelle exerça une grande influence dans les affaires de Marseille, au milieu des troubles qui t'agitèrent sous legouvernement du comte d'Alais. Ce magistrat avait des habitudes de grandeur et d'opulence qu'il savait mettre en scène avec une aisance naturelle, une délicatesse de manières, un tact exquis et un bon goût qui s'éloignaient tout à la fois de la morgue aristocratique et de la famiharité plébéienne. C'était un charme fascinateur.

Les hautes existences et les grandes renommées sont souvent menacées par des inimitiés jalouses et par des passions pleines d'audace. D'ailleurs la lutte entre le parlement d'Aix et le comte d'Alais, gouverneur de Provence, laissait encore des traces de discorde, et l'apaisement des esprits n'était pas complet. Le 27 septembre <65~, vers six heures du matin, Antoine deVatbeite était dans la chambre de sa femme, Françoise de Fé!ix, dame de Valfère, qui venait d'accoucher, lorsqu'on lui apporta, de la part d'un patron de barque de la Ciotat, une cassette venant de Livourne et pleine de choses précieuses du Levant, !t se vendit trois cent mille livres en i7i2, et à cette époque le roi avaK"~ pourtant créé des tribunaux d'amirauté à Toulon, à La Ciotat, à Cassis, à Frejus, à Arles, aux Martigues, à Saint-Tropez et à Antibes.

Le R. P. Gabriel Leotard, généalogie de la maison de YatbeUe. Amsterdam, iTM.


qu un de ses amis lui envoyait, selon le dire du messager. Des rubans ornaient cette cassette qui exhalait les parfums les plus odorants. De Valbetle craignant que sa femme n'en fut incommodée, sortit de la chambre et s'empressa d ouvrir la boîte sur un balcon donnant dans une cour intérieure. C'était une machine infernale qui éclata soudain; mais au premier éclair, de Valbelle la jeta dans la cour où les balles tirent tout leur etR't il n'en fui que légèrement Messe a la main et au visage. Une vive émotion régna aussitôt dans la vitte. Peu de temps après, te roi amnistia tous les auteurs des troubles à Marseille mais il fit une exception pour le crime atroce dont je viens de parler, et qui resta couvert d'un voile impénétrable'.

L'hôtel des Quat ré-Tours avait un riche ameublement, des tapisseries magnifiques, les créations diverses du luxe et des beaux-arts. H n'était alors égaie que par celui de Mirabeau à la place de Leuche. Le lieutenant en l'amirauté reçut dans sa splendide résidence plusieurs personnages considérables qui y trouvèrent une hospitalité généreuse et brillante dont 1 madame de Valbelle fit les honneurs avec une grâce parfaite.

C'était pour cette illustre famille une habitude héréditaire. Antoine de Valbelle mourut dans son hôtel Gabriel Léotard, Généalogie de la maison de VaibeUe Honoré Boui'h< Mtstotie de Provence, t. p. 984: TaiiMmant des Réaux, les Historiette, seconde édition, t. p. t26,

4


des Quatre-Tours, en ~655, et fut enseveti avec pompe dans la Chartreuse de Marseille, où il avait élu sa sépulture, et où il avait fait construire une chapctte. Aux jours de sa jeunesse, ce magistrat avait perdu un œit dans un combat singulier contre un gentilhomme dont le nom ne nous est pas connu, et qui fut tué sur le coup'.

Léon de Valbelle, marquis de Montfuron, fut pourvu, après la mort de son père, Antoine de Valbetle, de la charge de lieutenant en l'amirauté de Marseille, par lettres patentes du roi données à Paris le 20 décembre ~655.

On sait que la reine-mère et toute la cour de France accompagnèrent Louis XIV à Marseille, en 1660. La reine-mère descendit chez Léon de Valbette*, qui put la recevoir avec tous les honneurs dignes de son rang.

Quatre ans après, il fut aussi donné à un prince de l'église de voir, dans des circonstances remarquables, toutes les magnificences de la maison de Valbelle. Louis XIV avait exigé du pape Innocent X la réparation éclatante d'une injure faite à l'ambassadeur de France par ta garde corse du pontife, qui se vit obligé d'envoyer son neveu, le cardinal Flavio Chigi, auprès du monarque; premier exemple d'un légat romain député en France pour faire des excuses. Le roi avait voulu que le cardinal fut reçu avec les < Gabriel Léotard, ouvrage citf.

Papou, histoire ')(' t'ruvfttf'~ t. {V, p. M2.


plus grands honneurs. Flavio Chigi, débarque à Marseille, le mai ~664, dans tout l'éclat des fêtes, y fut complimenté par le duc de Mercœur, gouverneur de Provence, et vint descendre en carrosse dans l'hôtel des Quatre-Tours, où le duc avait aussi accepté le logement offert par la famille de Valbelle. Devant la porte principale s'élevait un arc de triomphe, et l'on avait de plus planté un mai couvert de branches de myrihe et de laurier. Le viguier de Piles, les échevins Boutassi, Calaman, Delorme, Roboly, et l'assesseur Descamps, qui avaient déjà présenté leurs hommages au légat, a son débarquement, s empressèrent de le féliciter de nouveau dans le grand salon de l'hôtel, où se présentèrent aussi l'évoque, le clergé, les divers magistrats et bien des personnages de distinction. Les quatre compagnies de quartier, commandées par.le major de Cros, à cheval, dénièrent devant l'hôtel, au son des fifres et des tambours. Cette troupe fit plusieurs décharges de mousqueterie, les enseignes saluant avec les drapeaux, les capitaines et les lieutenants avec les piques.

Les prêtres de l'Oratoire de Marseille firent aussi leur visite au légat romain, et le supérieur lui exprima leurs sentiments dans une harangue latine. Deux élèves de leur collège, les jeunes de Porrade et Franchiscou, lui débitèrent chacun une petite pièce de vers français.

Flavio Chigi dîna en public, et fut magnifiquement traité à quatre services. Sa table était carrée et de


neuf couverts. Le légat avait à sa droite le duc de Mercœur les autres convives étaient des prélats et des seigneurs romains de la suite du cardinal. On dressa, dans une autre salle de t'hôtet de Valbelle une table de soixante couverts pour tes autres seigneurs, gentithommes et ofliciers qui accompagnaient le neveu du pape. Les gens de service inférieur furent traités en même temps dans diverses pièces de l'hôtel.

Après le dîne, on introduisit tes prud'hommes des patrons pécheurs, Et ienne Chataud, Jean Chaury, Chartes Fabron, Jean Beaulieu, suivis d'un grand nombre de patrons. Une compagnie de mousquetaires formée dans leur corps les avait escortés jusques à t'hôtel des Quatre-Tours. Les quatre prud'hommes en exercice avaient leur costume de cérémonie, consistant en un corset, un haut de chausse, une fraise, un manteau, des pleureuses, une toque de velours noir'. Ils portaient sur l'épaule une longue et large épée~ qu its prenaient de temps en temps à deux mains, et faisaient divers exercices~. Les prud'hommes félicitèrent le légat en langue provençale, et le supplièrent en même temps de briser les fers de Claude Gautier, du quartier de Saint-Jean, forçat depuis vingt années sur la gatère pontificale le &M?~plus tard par le chapeau à la Henri tV.

Diverses relations de fêtes et d'entrées de princes à Marseille. 3 Livre Mouge, manuscrit in-folio contenant divers actes, divers titres et diverses délibérations du corps des patrons pefheurs de Marseille, de 1530 t7M, fo). 269 recto et <S4 rerto au\ archives de la prnd'h~nimie.


A~con~'c qui venait d'entrer dans le port. Le cardinal ordonna quon allât, sur 1 heure, délivrer le pauvre captif. La joie et la reconnaissance des prud'hommes n'y tinrent plus, et ils se prirent à répéter La benedictien de Diou vous ~CM~MC; ils levaient !es mains en disant ces mots. FlavioChigi, se tournant vers le duc de Mcrcoeur, lui dit « Ces bonnes gens « m'ont donné leur bénédiction il est bien juste que « je leur donne la mienne » et c'est ce qu'il fit a l'instant.

Je n'ai maintenant qu'à laisser parler François Marchetti, l'historien naïf de ces fêtes dont il fut le témoin. « Madame la lieutenante de Valbelle* crut « que M. le légat logeant dans sa maison, elle estoit « obligée de ne diSérer pas davantage à luy faire la « révérence. Elle y fut avec madame de Valbelle, sa « belle-fille, les dames de la Salle et de Bonneva!, ses « filles, et quelques autres dames ses parentes qu'elle « présenta à Son Éminence, après qu'elle eut l'hon« neur de lui faire son compliment. M" de Valbelle, « la jeune, s'estant ensuite avancée pour saluer le lé« gat à son tour et luy témoigner combien elle esti« moit l'honneur que M.~de Valbelle son mary et elle K recevoient de loger son éminence dans leur maison, Rotation de tout ce qui s'est passé à MarseiUR depms l'arrivée de i'ëmiueutissime cardinal Flavio Chigi. neveu de sa Sainteté et légat en France, jusque< à son départ de cette ville; le tout extrait du chapitre des entrées dti livre de. Usages etCoustumes des MarsotUt)is,de t'raneoM MarcheMi,pre<tred«Mi'rseille, in-4", p. 16.

C'était la veuve d'Antoine de Va!l)ene.


et combien aussi ils estoient faschez tous deux que « i appartement qu'elle leuravoit fait la grâce d'y prendre fust si peu digne d'eUe, Sun Éminence., qui avoit este informée du prix de cette jeune dame, (lui est bien moins considérable par la splendeur de « sa naissance que par le mérite de sa vertu, reçut ses civilités avec les remerc!ments et les respects « qui sont deus par les plus grands mesmes aux per« sonnes de son sexe et de sa qualité. Les autres « dames ne luy firent que de très-profondes révéM renées, la bienséance ne leur permettant pas de u parier après les dames de Valbelle. »

Cette jeune dame mariée depuis neuf ans avec Léon de ValbeUe, avait en effet la plus haute naissance, car elle était Marie de Pontevès de Buous fille d'Ange de Pontevès, marquis de Buous, et de Marguerite d'Adhémar de Monteil de Grignan*. Marchetti raconte la manière avec laquelle le cardinal tégat reconnut !'hospitatifé qu'il avait reçue dansi'hôtet des Quatre-Tours. « Le sieur Bonacursi,

« son majordome, porta à madame la lieutenante de u VatbeHe et à madame sa belle-fille les présents que « Son Éminence avoit commandé qu'on lui offrit de « sa part ils consistoient en un chapelet d'agathe, < en une douzaine d'autres chapelets, en quelques médaiites d'or et d'argent, en six paires de gants « de senteur, en des éventails à la romaine et en un c fort beau benestier de cuivre doré, garni de feuilt Robert de Briançon, t'Etat de la Provence dans sa noblesse, t. I!ï, p. t6S.


« ta~es d argent et ut'né d une iar~p coqtnHc (t\n'tc« vrcrie et d une excc!!eute pcmturedp saint Antoine « de Padouc, sur un grand crans en ovate.)) p F!a\io Chigi partit le tendemain pour aller ct~<cher à Saton. « La compagnie des gardes du duc de

(( Mercoeur marchait en ordre devant !e carrosse du « cardinal, qui fut suivi de dix-huit autres carrosses « et dhommesa cheval. On tapissa toutes les maisons « du faubourg; tes grandes places de tous les dehors « de la ville se remplirent en un moment de monde, et tous les chemins se couvrirent si fort de peuple « que le cardinal eut peine à passer. Le bruit des « boites ne cessa de t'accompagner jusqu a ce qu'il « fut sorti de nos faubourgs; et après que nos trom« pettcs eurent longtemps sonné que noscschevins, K qui atteneloient M. le tégat à nos aqueducs de la « porte d Aix, eurent reçu la bénédiction et t'indui« gence qu'il leur donna pour t'heure de la mort, et « que la citadelle t'cust salue de douze volées de « canon, comme il passait à Aren, nousnetardasmes « guère de le perdre tout-à-fait de vue, pour le laisser « voir à nos bastidanes et a nos paysans, qui s'estant « de toutes parts répandus sur plus d'une grande « lieue de son chemin, luy firent admirer une se« conde Marseille dans le terroir, et tout un peuple « d'une nouvelle ville hors de Marseille » La mai-

son des Quatre-Tours reviendra dans mes reçus. tM;irehftti,mnra,itK.


RUE 8AINT-VÏCTORET.

H y eu!, de toute ancienneté, dans cette rue, plus)eurs auberges qui lui firent donner le nom des Fo~'M~M?' ou étrangers. En 1317, Pierre du Temple y avait sa maison d'habitation*.

L'une de ces auberges suspendit extérieurement un miroir pour enseigne. Peu de temps après, la rue fut appelée du Miroir, et plus lard des Miroirs, probablement parce qu'on en suspendit plusieurs. Les choses en étaient la au seizième siècle, lorsque la famille Tournier, qui tirait son origine des Tournieri, du Milanais, vint demeurer dans la rue des Forestiers ou des Miroirs, car chacun l'appelait, selon son goût et ses habitudes, de 1 un de ces deux noms. Le capitaine François Tournier, connu par sa bravoure, acquit, en 074, la seigneurie de SaintVictoret. Il en fit hommage au roi 1 année suivante, et se maria, en 1576, avec Charlotte de Hue fille de François de Hue, seigneur de la Revnarde, et de Petrus de Tempto de Carreriaforest~riomm civitatis vicecomitatis Massitif. Acte du 6 des calemles t)c (tecp'nbrp ):!)7, notairf Guit):mmp Jcanj aux an;))n< de la ville, Chartier.


Claudine deiaCépède'. Son fils Jean, seigneur de Saint-Victoret, fut élu premier consul de Marseille en ~618, et ton commença à donner le nom de Saint-Victoret a la rue des Forestiers et des Miroirs, qui eut dès-lors un troisième nom~.

On contesta les titi-es nobiliaires de ta famille Tournier de Saint-Victoret on dit qu'après avoir fait des alliances nobles, elle voulut être noble elle-même, et qu'elle est de celles qui, après avoir eu le premier consulat de Marseille, se croyaient plus nobles que si elles venaient d'un consul romaine

Quoi qu'il en soit de ces critiques, la Emilie Tournier de Saint-Victoret continua d'habiter sa maison patrimoniale. Les noms des Forestiers et des Miroirs furent peu à peu oubliés, et celui de Saint-Victoret prévalut sans concurrence.

Le dernier rejeton de cette famille, ancien officier des galères et chevalier de Saint-Louis, vivait à Marseille sans alliance, en ~7o9\

Robert de Briançon, l'État de la Provence dans sa noMesse, t. p. 153m Artefeui), Histoire héroïque et universelle de la noblesse de Provence, t. H, p. 459-46).

Registre A des censes et directes de ('hôpital Saint-Jacques de Galice de Marseii[e,p.366;–Kouveau registre 6,1, des censes et directes du même hûpita!, p. 203 registre H. R. des censes et directes de l'hôpital du SaintEsprit, p. 230 registre X des censes et directes du même Mpital du SaintEsprit, p. t35, aux archives de t'Hotct-Dieu.

3 Barcilon de Mauvans, critique manuscrite du nobiliaire de Provence, au mot Tournier.

4 Artefeuil, Loc. cit.


RUE DES CONSULS.

Cette rue s'appelait des Fabres en 1426 t. On dit qu'un évènement produit par le hasard la fit nommer rue des Consuls, les trois consuls en exercice l'habitant en même temps2. En quelle année ce fait se passa-t-il ? Je ne puis le dire; et ce qui me paraît seulement certain c'est que la rue était nommée des Consuls vers le milieu du dix-septième siècle 3. A cette époque, un médecin de Marseille, nommé Peiruis, faisait creuser, à peu près a" milieu de cette rue, les fondements d'une maison qu'il allait y construire. Selon le témoignage ordinairement fidèle de Ruffi, qui était contemporain, on trouva, dans les vestiges d'un ancien édince, une statue de Jupiter et, une statue de Minerve. Ruffi nous a laissé le dessin

Registre A des censes et directes de Fhûpitat Saint-Jacques de Galice, p. 378, aux archives de l'Hôtel-Dieu.

2 Grosson, Almanach Historique de Marseille, 1782, p. t96.

3 Nouveau registre des censés et directes de t'hopitat Saint-Jacques de Gatice, c. l, p. 232.- Un acte de 1693 dit rue des Fahres, a présent appelée rue des Consuls. Registre Il H des r~n-.L~ de nm~it.'U du. Samt-Hs~rit, fol. 2 \crso, aux archives de t'Ht~t-Dieu.


de cette dernière dont les deux avant-bras furent brisés par les ouvriers employés au creusement. La statue de Minerve, telle du moins qu'elle est représentée, n'est certainement pas un chef-d'œuvre. Grosson assure qu'on découvrit dans le même terrain des colonnes et divers petits cac-~o il affirme en outre que là est l'emplacement du temple de Minerve, l'une des divinités protectrices de l'ancienne république de Marseille". Mais la garantie de Grosson n'a qu'un poids léger; toujours superficiel, c'est dans son imagination aventureuse plutôt que dans les réalités de l'histoire et de la science qu'il fait ses découvertes archéologiques.

1 Histoire de Marseille, t. H, p. 3t5.

2. Grosson, Almanach de t782, j). <97.

3 Recueil des antiquités et monuments marseillois, p. i30


RUE DE LA CROIX-D'OR.

Cette rue portait, au commencement du quatorzième siècle, le nom de Carriera dels Botoniers 7 parce qu'elle était habitée par des fabricants de boutons et comme on y voyait aussi des serruriers et d'autres ouvriers livrés au travail du fer, on l'appela en même temps la rue des Fabres~. La rue des Fabres d'aujourd'hui était alors nommée de la Fusterie, appellation qui lui venait des menuisiers et des charpentiers qui s'y trouvaient en grand nombre~. Au seizième siècle, le nom des Boutoniers avait effacé celui des Fahres que portait une autre rue dont je viens de parler.

Un acte du 20 août ] 639 mentionne une maison Acte de <3t2 dans le livre Trésor, ou inventaire des titres droits, rentes et propriétés de t'Mpitat Saint-Jacques de Gatice, fol. 4?, recto, aux archives de t'Hûtet-Dieu.

2 Acte du 7 novembre 1332. dans l'inventaire des propriétés de t'hopitat du Saint-Esprit, t39i), fol. 26, verso, aux archives de l'Hôtel-Dieu. 3 Acte du t2 mai t:}44, dans le Cartulaire du notaire Augicr Aicard, i3t4, aux archives de la ville.


sise à la rue des Boutoniers, près du Lougis de la Cro~-d'Or'; c'est que ce logis ou auberge, dont t'enseigne était une croix dorée, avait été fort remarqué par le peuple qui exerce une souveraineté absolue en matière de dénominations publiques. Comme l'auberge, établie dans cette rue, eut une longue existence, personne ne pensa plus aux boutoniers, et tout le monde finit par adopter le nom de la Croix-d'Or.

ticgistre .4 des censes et directes de )'h6pitat Saint-Jacques de Galice, p. 370 aux archives de t'H&tet-Dieu.


RUE DE LA SALLE.

Un acte fait à Marseille dans l'église des Accoules' par le notaire Guillaume Vascondus, la veille des ides de septembre ~48, mentionne une maison sise en cette ville à la rue de Bernard Gasqui*. C'était le nom d'un citoyen notable qui avait habité cette rue et à la famille duquel appartenait sans doute t'évoque Jean Gasqui qui occupa le siège de Marseille de 336 à 344.Ce prélat avait les habitudes studieuses; il ne se borna pas à composer un livre de piété, il copia lui-même divers ouvrages. Sa bibliothèque, formée selon le goùt et l'esprit du temps, avait de l'importance pour ce temps où les livres étaient fort rares et fort chers. On remarquait dans cette bibliothèque la Morale d'Aristote avec un commentaire, et plusieurs livres de physique et de médecine~.

Les notaires de Marseille qui tenaient alors boutique ouverte, faisaient leurs actes, c'est-à-dire prenaient leurs notes et recevaient la déclaration des parties partout où ils se trouvaient, dans les rues, dans les haUes, dans tes églises, dans les lieux puhtics et prives.

Domum que fuit dicti Bernardi quondam que est in carreria Bernardi Guasqui; archives de la ville de MarseiUe, Chartier.

L'Antiquité de l'église de Marseille et la Succession de ses évèques, t. II, j'. 3'.)'.)-i2T.


La rue de Bernard-Gasqui fut ainsi appelée pendant plus de quatre siècles.

Mais, après cette période, vint un nom plus considérable, brillant de tout l'éclat des services publics et des honneurs consulaires.

On sait que vers le milieu du quinzième siècle, Jean de Villages, originaire de Bourges, fut, à Marseille, le principal agent du célèbre Jacques Cœur, qui lui donna sa nièce en mariage. Jean de Villages mourut, en ~477, comMé de richesses et de dignités. Pierre, son nis, fut premier consul de Marseille en l'année t514. Son descendant Michel se vit honoré du même titre en t585, et devint seigneur de la Salle par son mariage avec Catherine de Sériaso, dont le père possédait cette terre seigneuriale'. Les deux frères, Jean-Baptiste et César de Villages, furent fidèles à la cause royale durant le règne de la Ligue à Marseille, et, après la réduction de cette ville, en 096, Jean-Baptiste fut au nombre des gentilhommes que la nouvelle administration municipale députa auprès d'Henri IV 2. Le 3 novembre ~600, César reçut à Marseille, en qualité de premier consul, la nouvelle reine de France, Marie de Médicis, et lui Il présenta, à genoux, deux clés d'or de la valeur de trois cents écus que la princesse prit et donna à Lussan, capitaine de ses gardes 3. Nous voyons Jean-

Hobert de Briançon, t'Etatde la Provence dans sa noMesse, t. III, p. a3T. 'Rut'ti,HistoiredeMarseiUe,t.p.H}2.

~HuffijOnvraj:C('[te,t.),p.H6.


Baptiste de Villages deux fois premier consul, en 4 61 0 et 16t 9. Michel, fils aîné de César, le fut l'année suivante~.

Gaspard de Villages, sieur de la Salle, élu deux fois premier consul de Marseille, en t64t et 1652, se distingua dans cette magistrature par son intelligence et son patriotisme. Ce fut sur sa proposition que le conseil municipal vota la construction d'un nouvel hôtel-de-ville dont ce consul posa la première pierre le ~5 octobre 653 s.

Un autre Jean-Baptiste de Villages, troisième fils de César, porta aussi, en 656, la toge de premier consul. Cette famille souffrit beaucoup de l'édit de 1660 qui supprima le consulat de Marseille et le remplaça par l'échevinage en faveur du commerce et contre la noblesse, laquelle venait de se compromettre dans l'affaire de Gaspard de Glandevès-Niozelles. Mais si les honneurs consulaires furent dèslors interdits à la famille de Villages, elle soutint dignement son nom dans l'ordre de Malte puis elle reparut avec tout son éclat sur la scène municipale, lorsque Louis XV, par lettres-patentes du mois de septembre !766, eut institué, après de longs débats, Robert de Briaufon, ouv. cité, t. !H, p. 237 et 338.– Artefeuil, Histoire héroïque et universelle de la noblesse de Provence, t. II, p. 498; deMaynier, Histoire de la principale noblesse de Provence, p. 276.

2 Registre 53 des délibérations municipales de Marseille, 1652-1653, fol. 60 verso, 61 recto, 75 recto et verso, aux archives de la ville.

3 C'est l'Hôtel-de-Ville actuel.

4 Voyez tous les nobiliaires de Provence.


la mairie de Marseille en faveur des gentilbommcs de cette ville, qui obtinrent entin une pleine satisfaction. Le marquis de Villages fut nommé maire aux élections du 38 octobre 78~ salut suprême, dernier hommage rendu à un grand nom. Le marquis de Villages mourut subitement quelques jours après, emportant dans la tombe tout l'honneur de sa race, bien qu'il laissât un nls~.

La famille de Villages de la Salle avait fait bâtir. pour son habitation, dans l'ancienne rue de BernardGasqui, qu'on appelait alors Bernard-Gast~ par l'enta d'une prononciation corrompue, la maison qu'on y voit encore et qui est remarquable par ses vestiges de distinction et de grandeur, par les trophées et les ornements de sculpture qui décorent sa porte d'entrée c'était au milieu du dix-septième siècle, et le nom de la Salle resta dès-lors à cette rue demeuraient aussi plusieurs familles distinguées.

En ~683, l'administration acheta une partie de la maison de M. Albert, qui faisait saillie, et elle la coupa pour l'alignement de la rue

Registre 182 des délibérations municipales, <T8i, fol. t24 recto et venu, 138 verso. 139 recto et suiv., aux archives de la ville.

Ce fils, Charles-Alphonse-Désiré, marquis de Villages, né à MarseiUf te 17 avril 1776. y est mort sans postérité le 20 octobre tS53.

3 Registres ci-dessus cités des censes et directes de l'hôpital Saint-Jacques de Galice et de l'hôpital du Saint-Esprit de Marseille.

Mandat du 22 septembre 1683 dans le Bulletaire de 1682 à <690, aux archives de la vi))e.


RUE DE LA MURE.

L'origine du nom de cette rue remonte à six cent cinquante ans au moins, et !a famille de Mura, de Mure ou de la Mure, le lui donna. Cette famille fort riche et fort considérable au treizième siècle, se montrait avec éclat sur la scène municipale en t2~9. Imbert de la Mure était alors l'un des douze recteurs de la ville' vicomtale', qui comptait parmi ses principaux citoyens un membre de la même famille, nommé Guillaume lequel figure dans un acte d'arrangement passé, la même année entre cette ville d'une part, et l'évoque, les chanoines et les habitants de la ville haute, d'autre part~. Pierre de la Mure siégeait au conseil général de la ville basse, lorsque une transaction, à la date du 16 janvier 1 ~29, intervint cette ville et plusieurs membres de l'ancienne famille vicomtale au sujet des droits seigneuriaux qu'ils prétendaient posséder encore~.

Voyez la charte citée par tes auteurs de i'antiqui'ë de t'élise de MarseiUe,

t. U. p. 85.

2 Acte du <0 des calendes de février )2t9, aux archives de la ville, Chartier. 3 Voyez cet acte aux archives de la ville, Chartier.


La maison de la Mure se maintint dans le menu' crédit et la même opulence'; les mandats les plus importants, les emplois les plus étevés témoignaient en faveur de son patriotisme et de ses lumières 2. Mais, au quinzième siècle, la famille de la Mure n'existait plus; du moins je n'en vois plus de traces dans les fastes municipaux de Marseitte. En généra! un long avenir n'est pas destiné à la richesse, à la puissance, à la splendeur des races. Tout éclat passe vite et l'oubli fait bientôt justice de nos chimères vaniteuses. Oh comme vous vous éteignîtes bientôt, grandes familles marseillaises du moyen âge, Ancelme, Hugo!en, Drapier, Lingris, Bonvin, Jérusalem, Vivaud Saint-Gilles, Repelin, Ricavi, Montanée, du Tempic. vous qui ne plaçâtes votre noble orgueil que dans h' service de la cité et dans la défense de ses franchises. A la fin du quatorzième siècle ou au commencement du quinzième, un fait sans importance fît donner un autre nom à la rue de la Mure. Le peuple, toujours frappé des choses matérielles offertes :) sa vue, l'appela la rue des Trois-Puits, et c'est ainsi que je la vois désignée en ~423\ Ce nom dura fort longtemps, car en <683 il existait encore~. Parmi tes propriétés possédée!! par la famille de la Mure, ~ott;. en ~)Yons une située au Canet, M teco qui dicitur al Cf'Mt. Acte de vente du 8 des ides de j'tin t52t, notaire Barthé)emi Audouard, aux archives de ia ville, Ch~rtier. 2 Livre Noir, fol. 70 verso et 74 verso, aux archives de la ville. 3 Registre A des censes et directes de l'hôpital Saint-Esprit de Maj.seith'. au\ archives de l'Hôtel-Dieu.

4 C'est ce qu'on voit (]ans un nianul.,tt (la 20 iléceinl)re ;tu\

C'est ce qu'on voit dans un mandat du 30 décembre XiS' :tu\ :<x''ti~s de la ville. On y lit rue des 7'f~M-PMth, au<rffHe)!< <h't~ de la .Mu/'f.


Cependant la concurrence d'un autre nom s était é!evéeet chacun prononçait i'un ou l'autre à sa fantaisie. Dans cette rue demeurait, au seizième siècle, la famille Bourguignon recommandable par des services militaires. Claude Bourguignon devint seigneur de la Mure, du chef de sa femme Jeanne de Bussière'. Cette seigneurie se rattachait-elle à l'ancienne famille de la Mure de Marseitte? C'est ce que je ne saurais dire. Toujours est-il que Balthazard Bourguignon, fils de Claude et sieur de la Mure, commandait trois cents hommes d'infanterie en '!562. On !'é!ut, en !606, premier consul de Marseille. Son petit-ms Joseph Bourguignon de la Mure fut aussi honoré du premier consulat en 1646

Le nom de rue des Trois-Puits le disputa longtemps encore à celui de la Mure mais il céda enfin et tomba peu à peu dans un oubli complet. En ~687, une partie de maison qui faisait sur la rue une saillie des plus disgracieuses et des plus gênantes fut achetée par la ville et démolie pour t'atignemen~.

Artefeui), Histoire héroïque et universelle de la noblesse de Provence, t. f, p. tf!.

2 Voyez te'' nohiliaires de Provence.

3 Mandat du '? n~u t()87 dans le Bu))<'tairf de MM à tt')8K. aux archhes de la ville.


Deux chanoines de la cathédrale de Marseille, Lambert et Guillaume Ricavi, oncle et neveu, léguèrent au chapitre, vers l'année < 266, les biens clu'ils possédaient à Allauch, à la charge d'en donner les revenus aux pauvres et d'établir un aumônier pour en faire la distribution, à l'exemple de ce que le monastère de Saint-Victor pratiquait depuis longtemps. Le chapitre accepta la libéralité et fit un règlement pour cette aumônerie. Comme les revenus ne parurent pas sunire, on ajouta aux biens de l'oeuvre les dons de plusieurs bienfaiteurs qui appartenaient presque tous au clergé de la cathédrale. Guillaume Sa rd 1 chanoine Raimond de Foyssa, prieur de Méounes Guillaume du Temple, précenteur Simon, ouvrier,

RUE DE L AUMÔNE.


op~WM~' Hugues André, chanoine et prieur d'Aubagne Jean Reynaud, bénéficier de La Major, et Benoit d'Alignano, chevalier vicaire de son oncle t évoque de Marseille, s'obligèrent à fournir chacun, durant leur vie, ce qui serait nécessaire pour l'aumône d un jour entier.

Quatre chanoines, Pierre de Malespine, Raimond des Lauriers, Laurent d'Auriol, et Jean Blanc, fils du célèbre jurisconsulte, s'engagèrent à donner, chaque année, leur vie durant, dix sous* chacun, le jour de l'assomption de la Sainte-Vierge.

Un bienfaiteur, qui n'est connu que sous le nom de maure Foulques, céda trois pièces de terre qu'il possédait dans le territoire d'Allauch.

Ces engagements furent pris en plein chapitre, dans la salle verte de la tour du palais épiscopal, aux écritures de Raimond de Fayssis, notaire à Marseille. Le premier aumônier connu est Gaufridi de Serviéres dont la nomination paraît se rattacher a la naissance de l'oeuvre elle-même~.

À cette époque, le sol était une pièce d'argent de la valeur intrinsèque de S:! centimes de notre monnaie actuelle. Son poids était de 77. grains. soit un peu plus de quatre grammes. Or dix sous équivalaient mëtattiqnemfnt à environ huit francs trente centimes de notre système décima). Mais cette somme représente an moins cent francs de nos jours, si. comme de raison, on tient compte de la progression monétaire de l'or et de l'argent.

Voulant n'émettre ici que des idées rigoureusement précises, j'ai dû consult''r t'homme qui, à Marseille, est te p)us compétent dans cette étude, t'honorahle M. Carpentin. uce-presittent de la commission d'archéologie, auquet 1 j')rimt' ma rfeonnaisancf.

L'Antiquité de t'Egtise de Marseille et la succession de ses ët&qucs, t. t p. ~56-258.


Par acte du 24 février t363, t'aumômerGuittaume de Lanihac céda par bail emphithéotique perpétuel a un habitant de Marseitte appelé Juiien Tassilis une maison et une tour contiguë qui appartenaient à l'aumônerie de la cathédrale. Cette maison n'était connue à Marseille que sous la dénomination de l'Aumône dont le nom'fut bientôt donné à la rue où i'immeubte était situé !e nom de l'Aumône était généralement appliqué à cette maison longtemps avant l'acte du 24 février 363'.

Le 20 novembre ~386, Julien Tassiiis aliéna, en faveur d'un tailleur de pierre nommé Barthéiemy Staque, l'ancienne maison de l'Aumône

Des titres de cette époque, écrits en langue provençale, mentionnent la Carriera de ~AMo/'Ma. Quelquefois tejnom de rue est supprimé, et on lit l' Amorna tout court 3 ce qui est la même chose. Des actes du commencement du quinzième siècte appellent quelquefois cette rue de la Fontaine-deFAumône Carreria Fontis ~e~(M~c en latin et Carreria de la Font de ~'ApMon~ en provençal*. t Archives de la vii~e, Citartier.

= 2 Mûmes archives, Chartier.

3"Registre A des censes et~ directes de l'hôpital Saint-Jacques de Galice; p. M7 registre B des censes et directes de l'hôpital du Saint-Esprit, p. *)", Livre Trésor de t'hûpita) du Saint-Esprit, t599, pasStM; Livre L des recettes et dépenses de l'hôpital du Saint-Esprit, fot. 48 versn, :))'\ archives de THôtet-Uieu.

4 Charte du )t mars t430 et divers titres en ma possession.


C'est qu'il y avait, comme il y a aujourd'hui encore, vers le milieu de la rue, une petite place avec une fontaine ornée d'un sarcophage antique en marbre blanc tiré des ruines d'un ancien cimetière pour décorer d'abord la salle à manger du palais des comtes de Provence, situé sur la rive neuve du port. Une telle décoration dans ce lieu paraît singulière à première vue, mais les anciens Provençaux, loin d éloigner les idées de la mort, aimaient au contraire a reposer leurs regards sur son image; ils tenaient des Marseillais cette coutume philosophique, bien faite pour nous rappeler notre court passage sur la terre. Aux beaux siècles de la république, les Marseillais, à la mort de leurs proches et des personnes qui leur étaient chères, ne se livraient à aucune démonstration de douleur. Le deuil finissait, le jour des funérailles, par un sacrifice domestique, suivi d'un banquet de famille'

L'ancien sarcophage dont je viens de parler décora plus tard la fontaine de l'Aumône et lui servit de bassin.

Ce petit monument, qui remontait au temps de la domination romaine, avait été érigé par l'amour de Tannonius et de Tita Valeriana pour leur fils Titus s Sine tamentatione.sinc pt.mctu tuctus funeris die.domesticosachficio, adjutoquo HecessMiorujn convivio, Snitur. Vatehi Maximi facta dictaque men)o(abtUa, Ub. U, cap. tv.

La coutume du banquet, après les funeraiUes, existe encore dans quelques localités de Provence. Il est évident qu'eMe a été transmise par les temps anciens.


Tannonius qui vécut cinq ans six mois et six jours, comme le témoignait l'inscription suivante*

DULCISSIMO T. tNNOCENT!S

F!HO TANNONIO QUI VtXtT

ANNOS V. M. VI. D. VI. TANNONIUS M T. VALERIANA PARENTES FILIO 1

1 CAtUSStMO ET OMNt TEMPORE

1 V)T7E SU~E DESIDERANTISSIMO

Il y avait, de chaque-côté, un génie ~et des guirlandes. En dernier lieu on porta au Musée de Marseille ce sarcophage qui était dans un état de dégradation complète.

Comme la fontaine de l'Aumône, toujours fort populaire parmi les Marseillais, était brisée en 469, le conseil général, par délibération du 1 A. septembre, ordonna de la réparer aux frais de la ville~. Au commencement de l'année !5~7, la communauté y fit d'autres réparations qui lui coûtèrent quatre florins six gros~ et le 23 octobre 1534, elle paya dix-neuf florins huit gros pour le même objet 4.

Grosson, Recueil des antiquités et monuments marseillois, p. 121 et suiv. et la planche XIV à la fin du volume.

2 Cum fons helemosine sit fractus. Registre contenant des déUberatiens municipales de MarseiUe, de H69 à 1485, cahier II. fol. t6 recto, aux archives de la ville.

3 Bulletaire du ter novembre 1516 au 30 octobre i526, sans pagination chiffrée, aux archives de la ville.

4 Bulletaire de t526 à 1537,aux mêmes arrhives.


Grosson qui parle à tout hasard, sans se donner la peine de rechercher les origines dans les chartes et les vieux documents historiques, se trompe sur la rue de l'Aumône comme sur tant d'autres choses. II prétend que te religieux de Saint-Victor, qui avait la prébende d'aumônier, faisait des distributions aux pauvres sur la place qui a pris, ainsi que la rue, le nom de l'Aumône~. Les titres authentiques qui me servent de guides démontrent que c'est une erreur d'attribuer à l'aumônerie de Saint-Victor ce qui n'appartient qu'à celle de la cathédrale; d'ailleurs l'aumônier de l'oeuvre de la Major ne distribua jamais rien aux pauvres sur la place ni dans la rue de l'Aumône qui ne prirent leur nom que de la maison flanquée d'une tour, dont l'établissement fondé parles chanoines Lambert et Guillaume Ricavi avait la propriété.

Cresson n'est pas l'auteur des articles sur quelques rues de Marseille dans ses almanachs historiques. On lit en effet dans l'avertissement de l'almanach de 1787 Les anecdotes sur les rues de Marseille seront continuées. Nous devons bien des remerciments à t'honnete citoyen qui nous procure ces artic)es et bien d'autres dont il a enrichi cet opnscute.

L'honnête citoyen auquel Grosson exprime sa reconnaissance n'est pas trèsfort en histoire et en archéologie; ses articles sont en général des plus étriqués et le peu qu'il dit de nos rues est souvent rempli d'erreurs.

Atmanach historique de MarseiXe, t782, p. t88.


A l'angle de la Grand-Rue et de celle de l'Aumône est une maison à trois façades, car elle donne aussi sur la rue Siam, et les yeux des passants aiment à s'arrêter sur cet édifice remarquable qui, au milieu de toutes les habitations voisines, produit le contraste et l'effet que ferait un vieillard chargé d'ans et vêtu du costume des anciens jours au sein d'une jeune société contemporaine et soumise à l'empire des modes inconstantes. Cette maison, par son style semi-féodal, par sa couleur que le temps a noircie, accuse la date du commencement du seizième siècle C'est là que demeura la famille de Forbin. Oh que de grands souvenirs vous réveillez, et que de belles choses vous donnez à l'histoire, famille ancienne et illustre parmi les plus illustres et les plus On voit non loin de là, à l'angle de la rue Bonneterie et de la Grand'Rue une maison des plus curieuses et qui paraît "trc un peu plus ancienne que la maison Forhin.

RUE SÏAM.


anciennes de notre chère et poétique Provence! On vous voit partout où les citoyens peuvent se distinguer au service de leur pays on vous y voit et vous y occupez toujours les places les plus honorables. Il y avait des Forbins à Marseille dès le quatorzième siècle', et tout prouve que le commerce les enrichit et les éleva. Les gentilhommes ne dérogeaient pas alors en le faisant, et Marseille ressembla à Venise, à Gênes, à Florence, à toutes les républiques italiennes du moyen-âge où les premières familles trouvaient dans les professions commerciales les éléments d'une fortune et d'une grandeur qu'elles savaient mettre au service de la patrie, et qui leur permirent de faire des choses glorieuses au profit des beaux-arts et de la politique*.

Guillaume de Forbin était pelletier à Marseille en ~40~, et Dragon de Forbin y exerçait la même industrie en 436 Dans la fatale invasion de Marseille par les Aragonais, en 1423, on coula à t'CHtrée du port, pour le fermer, un grand vaisseau appartenant à Jean deForhin~. Diverses chartes du quinzième Voyez tous les nobiliaires de Provence et la critique par Barcilon de Mauvans Hthon-Cnrt l'Histoire et Chronique de Provence par César Nostradamus le père Anselme.

2 Simonde de Sismondi, Histoire des républiques italiennes du moyen-âge. 3 Registre in-4", sans pagination chiSree, sur le frontispice duquel on lit ces mots d'une écriture moderne Ibi scribuntur Mettt«re CM~rexte anno dowtMM AfCCCC quarto, aux archives de la ville.

4 U figura au nombre des témoins d'un acte du M janvier i436, notaire Louis Lombard, aux archives de la ville.

5 RuK), Histoire de Marseille, t. 1, p. 953.


siècle attestent que plusieurs membres de cette famille figuraient, à cette époque, au nombre des négociants marseillais'.

Charles de Forbin se distingua, en 1324, dans la défense de la ville de Marseille contre l'armée du connétable de Bourbon sa famille avait une chapelle dans l'église des frères mineurs~.

Les Forbins de Marseille eurent la gloire de compter seize inscriptions dans les fastes du consulat et, pendant que cette maison jouait ainsi un beau rôle sur notre scène municipale, elle se montrait avec éclat sur le théâtre plus vaste et plus retentissant de la monarchie française.

On sait que sous Louis XIV, le comte Claude de Forbin, déjà distingué dans la marine, fut attaché à l'ambassade envoyée, en 685, au roi de Siam, qui le nomma grand amiral et général de ses armées. Claude de Forbin, au milieu d'une cour déchirée par des factions barbares, ne posséda pas longtemps ce titre plus pompeux que réel, et il eut hâte de retourner en France sur la fin de juillet 688 Il y devint l'un des plus grands hommes de mer, et fut l'émule de Jean-Bart. En 1710, mécontent du ministre, il Diverses chartes aux archives de la ville.

Papon, Histotre de Provence, t. IV, p. 45.

3 Louvet de Beauvais, additions et illustrations sur l'Histoire des Troubles de Provence, première partie, p. 27.

Mémoires du comte de Forhin, chef d'escadre, Amsterdam, 17:t0.– Vie du '-omtc de Forhin, par Hiehcr, 181(i.


demanda sa retraite, dans un moment d'impatience et de mauvaise humeur, après quarante ans de services. Il n'avait que cinquante-six ans, mais il souffrait de ses blessures et il se retira dans son château de Saint-Marcel près de Marseille, ou le repos rendit à sa santé sa première vigueur. « Je passe,

« dit-il dans ses mémoires, une vie douce et tran« quille, uniquement occupé à servir Dieu et à cul« tiver des amis dont je préfère le commerce a tout « ce que la fortune aurait pu me présenter de plus « brillant. J'emploie une partie de mon revenu au « soulagement des pauvres, et je tache de remettre « la paix dans tes famines, soit en faisant cesser les « anciennes inimitiés, soit en terminant les procès « de ceux qui veulent s'en rapporter a mon jua;e« ment'. »

Ce fut là, dans la pratique des vertus bienfaisantes,

que cet ancien chef d'escadre mourut, en !733,a Ù t'â~e de soixante-dix-sept ans s.

L'arrivée en France de mandarins siamois et l'envoi d'une ambassade française à Siam n'avaient été qu'une mystification pour Louis XIV, et le comte de Forbin n'avait vu qu'une déception amère dans son titre d'amira! et de général des armées du roi de

1 t, e e

Siam. Ces deux ambassades firent pourtant beaucoup de bruit en France où les esprits sont toujours émus des hommes et des choses qui viennent de loin et à Mémoires du comte de Forbin, t. Il, p. 343.

'~A<)ard,Histoire des hommes illustres de la Provence, t. 1, p. 307.


Marseille on donna le nom de Siam a )a' rue qui le porte encore, et sur laquelle la maison de Forbin avait l'une de ses façades.

Cette rue ne fui jamais belle, mais les croyances superstitieuses lui firent une grande célébrité. Les fables et les légendes coudoient les vérités dans la plupart des anciennes histoires, et tout cela parait y faire assez bon ménage. L'intelligence de l'homme aime à s'endormir au bruit des mensonges; imagination, sentiment, facultés de l'âme et du cœur, tout nous trompe. C'est qu'il est toujours plus facile de s'amuser que de s'instruire, et toutes les tendances du peuple le portent au merveilleux.

Or, de ce côté-la, tout le monde fut peuple pendant le moyen-âge et bien longtemps après. La foi était ardente, mais aussi très-aveugle. On admettait les sortiléges et les enchantements; on croyait que tes décrets du ciel et les mystères de t'avenir se dévoilaient à nous, pendant notre sommeil, par le moyen des songes; on disait que les morts avaient le privilège de sortir de la tombe et de nous visiter; qu'il était donné à l'homme d'avoir commerce avec les esprits infernaux, et que ceux-ci, quittant le noir séjour de la nuit éternelle, se mêlaient parmi nous sous divers travestissement s. Enfin que ne croyait-on pas? De combien de superstitions une multitude ignorante ne fut-elle pas esclave?

Sans doute il n'y a pas grand mal dans l'adoption des choses imaginaires qui jettent une certaine poésie


sur les tristes réalités de la nature humaine. Mais que penser des hommes lorsque le ridicule se joint, chez eux, à la cruauté? L'histoire de ces folies atroces nous apprend à être sages, et nous inspire des sentiments de reconnaissance envers Dieu, qui nous a donné la vie dans un siècle de lumière l'esprit philosophique soumet tout à son examen.

La raison seule a détruit l'empire des démons qui fut universel. Il y a eu en France des centaines de misérables qui furent assez insensés pour se croire sorciers, et bien des juges assez barbares pour les condamner aux nammes~. H est curieux de voir jusques à quel point des esprits graves peuvent pousser la crédulité quand ils subissent le joug des opinions régnantes~.

La législation criminelle contre les sorciers se croyait d'autant plus forte et plus juste" qu'elle s'appuyait sur l'autorité de l'église~; et plus on en brûlait, plus il s'en montrait

Voltaire, introduction àFEssai sur les mœurs, chap. xxxv.

2 \'oy. la Démonomanie, par Rodin, l'un des meilleurs esprits du seizième siëcte. 3 Guy de Rousseau de la Combe, traite des matières criminelles, p. 126 et t2T.– Mmyart de Vouglans,lois criminelles, t. p. 99.– Mascaron, t'nn des premiers avocats de MarseiUe, au dix-septième siècle, croyait aux sorciers. Voyez son ouvrage intitulé Marseille aK.f pieds <!tt Roy, p. 85.

Les ouvrages des pères de l'église, les canons des conciles, les statuts synodaux des évêques et une foule de documents retigieux établissentcette autorité. L'abbé Fleury, dans son institution au droit ecclésiastique, met an nombre des crimes contre Dieu le sortiiëge, la magie, l'astrologie judiciaire, etc., seconde édition, t. !J, p. 85. Et c'était en l'!6T

5 Walter-Scott a bien raison d'appeter la sorcellerie MM soMt&t'e chapitre de l'histoire de la !«t<M)'e /ttt))t<ttHe. Voyez son Histoire de la Démonologie et de ):iS(t~'<'tt<'rit'. éditiez de tS3(!. premières iignt's.


Ces spectacles affreux furent souvent donnés en Provence où l'art magique se multiplia. Un de nos vieux historiens, à propos du supplice de deux sorcières brûlées à Hyère& en 1436, parle comme si les magiciennes étaient très-communes dans le pays au temps où il écrivait, c'est-à-dire en ~6~4. D'après lui, on en voit partout les distinguer entre les autres femmes, c'est, à ses yeux, la chose la plus facile du monde; « car elles ne sont pas trop mal aisées a « cognoistre à leurs grimasses hypocrites et à leurs « façons de parïer s.

Après la condamnation de Gaufridi, curé des Accoules, à Marseille, brûlé à Aix comme sorcier eu !6H, toutes les imaginations, troublées par des rêves sinistres et par des chimères menaçantes, s'exaltèrent violemment, et il y eut une forte recrudescence dans la plus déptoraMe maladie de l'esprit humain. Les femmes surtout donnèrent un libre cours à t'extravagance de leurs visions. Les revenants, les démons, les magiciens, les loup-garous, tous les êtres surnaturels et malfaisants surgirent de toutes parts, et quels récits n'en firent pas la peur et la sottise, dans cette contagion générale?

Déjà, et depuis longtemps, les croyances les plus absurdes régnaient à Marseille. Dans le cloître de Saint-Victor il y avait le Puits du Diable. On racontait que l'esprit malin, après avoir .servi dans le mo-

CesM Nostr~damns, Histoire et Chronique de Provence, p. 597.


nasièrc sous la forme d'un cuisinier, fut noyé dans ce puits, et l'on montrait l'empreinte de ses griffes dans les feuilles d'acanthe qui en décoraient la marcotte H y avait le J~OM~M du Diable dans le quartier rural de Saint-Antoine'.

Des paysans, venus à Marseille avant le lever du soleil, pour la vente de leurs denrées, virent tout à coup des sorciers qui s'opposèrent à leur passage. Ces paysans, pâles de frayeur, firent le signe de la croix, et les sorciers disparurent aussitôt dans une sorte de caverne voisine qui porta depuis lors le nom de TfOM des J~M~Mc-s

Aux yeux du peuple marseillais, le village d'Allauch était un séjour de sortilége, un vrai manoir infernal. On croyait que les démons avaient surtout commerce avec les femmes de ce lieu maudit, et lorsque quelques-unes d'entre elles se risquaient à venir à Marseille pour y vendre ou pour y acheter des objets de friperie, on ne les nommait que ~J~M~MO~ ~MaoM, avec un redoublement d'injures si elles étaient vieilles, et les enfants les poursuivaient à coups de pierre. C'est ce que l'on voyait encore au milieu du dernier siècle*.

La rue, nommée Siam plus tard, fut celle qui,

!n peristiiio monstfatur puteus in quo diabotum qui in forma ceci servterat suffocamm narrât. Jodoci sinceri itinerarium GaUi!6, Amstetodami,MM, p. 142. 2 Baron de Zach, l'Attraction des montagnes et ses effets sur les fils à plomb ou sur les nivaux des instruments d'astronomie, t. U, passtttt.

S Masque signifie sorcier en tangue provençale.

Achard, Géographie de la Provence, t. t, p. 205.


selon les rumeurs populaires, compta te plus d'actes de sorcellerie. Les démons prenaient plaisir à lui faire de fréquentes visites, et il semblait que plusieurs y avaient élu domicile. On en fit des récits variés qui ne devinrent que plus enrayants en passant de bouche en bouche. Cette rue en porte encore un témoignage public. On y voit une fontaine qui n'est connue dans tout le quartier que sous le nom de Fontaine du Diable et l'on y appelle aussi Four du Diable un très-ancien four de boulangerie qui ncs{ fermé que depuis peu de temps.


RUE DE LA TASSE-D'ARGENT.

Ce nom est encore emprunté à l'une de ces légendes de sorcellerie qui causèrent tant d'émotions à nos ancêtres.

Dans une des rues du populeux quartier de NotreDame-du-Mont-Carmel vivait un bon pêcheur, faisant le bien et craignant Dieu. On l'appelait le Patron Pierre. Dans sa jeunesse, un jour où sa frêle barque résistait avec peine à la fureur des flots il fit un vœu à la Vierge Marie, lui jurant que s'il parvenait à gagner le port, il se soumettrait, tous les samedis, au jeûne le plus rigoureux.

La Sainte-Vierge sauva le patron Pierre qui fut fidèle à sa parole, et ne cessa de pratiquer les œuvres de miséricorde, dans la simplicité de son cœur. Aussi bien, le peuple de Marseille le révérait comme un saint. Mais le Diable jaloux n'y trouvait pas son compte. Quels efforts ne fit-il pas pour triompher de la vertu de cet homme juste et pieux? Quels piéges


séduisants ne lui tendit-il pas pour le précipiter dans le mal et surtout pour lui faire violer son vœu? Mais le patron Pierre trompa toujours l'espérance de l'Esprit tentateur, qui pourtant ne se tint pas pour vaincu. Le bon patron faisait la charité sous toutes les formes, car cet ignorant avait la science de la misère, et la visite des malades était son œuvre de prédilection. Or, dans une de nos rues étroites qui se dessinent sur la colline des Grands-Carmes, un pêcheur de ses vieux amis gémissait sur son lit de souffrance, et Pierre allait souvent lui prodiguer ses soins. Un vendredi au soir, après avoir passé plusieurs .heures auprès du malade, il s'aperçut qu'il était tard, et sortit pour rentrer chez lui. Pas une étoile au firmament une nuit des plus sombres étendait son voile sur la ville silencieuse. Bientôt l'horloge de NotreDame-du-Moût-Carmel sonna minuit. Le patron Pierre était alors engagé dans une, rue a la pente rapide lorsqu'il se vit environné soudain par des fantômes blancs qui dansaient en rond en agitant sur leurs têtes des flambeaux résineux. Pierre, dans sa vie de marin, avait eu souvent des aventures périlleuses il s'était vu serré de près par les corsaires d'Afrique qui insultaient les côtes provençales; il avait bien des fois, au m;lieu des tempêtes, lutté contre la mort. Mais ces spectres, mais ces danses, mais ces flammes tourbillonnant dans des nuages de fumée, comment les expliquer? Que lui voulaient ces étranges apparitions?


Le patron Pierre était donc sous l'empire d'une émotion indicible, lorsqu'un des danseurs lui présenta une tasse d'argent « Ce breuvage, dit-il, est « le seul remède qui puisse guérir ton ami mais il « faut que toi-même en boives la moitié; tu porteras « le reste au malade, et la santé lui reviendra dès « qu'il l'aura bu )). Pierre, oubliant que minuit avait sonné et que le samedi, jour d'abstinence absolue pour lui, venait de commencer, n'hésita pas à saisir la coupe. Mais avant de la porter à ses lèvres, il fit, selon son habitude, le signe de la Croix, et flambeaux, fantômes, tout disparut aussitôt. Pierre demeura seul au milieu du silence et des ténèbres, tenant à la main la coupe vide. II gagna sa maison, en priant Dieu et Notre-Dame-du-Mont-Carmel. Le lendemain il s'empressa de se rendre auprès du malade, et, le trouvant tout-à-fait guéri, il adressa à Dieu et à Notre-Dame les plus ferventes actions de grâce

La rue le patron Pierre mit le Diable en fuite reçut le nom de la TcM~-<f6t~<

On se garda bien de changer ce nom protégé par le sentiment public, et les vieilles familles marseillaises se transmirent pieusement d'âge en âge cette légende merveilleuse qui plaisait à leur foi naïve. La légende de la Tasse d'argent a été racontée dans nn recueil littéraire if Conseiller Catholique, publié aMarseiUeen 1850 et <85i.{Voyez te premier volume, p. ~3-H.– Voyez aussi la Tasso (t'or~t, ~endo JtfaMtNoMO, par Chabert,dMs l'Abeillo prouvençalo de i858,p.t5-20. Cette pièce de vers, comparée avec le récit du Conseiller catholique, présente quelques différence mais le fond de la légende est le même.


RUE NÉGREL.

Grosson est tombé dans une inconcevable erreur au sujet de cette rue, laquelle, suivant lui, tire son nom de la famille de Riqueti qui y avait sa demeure, et qui possédait le fief de Négreaux

C'est là une étymologie fausse de tous points. La famille de Riqueti était originaire de Toscane, et l'un de ses membres, au milieu des factions des Guelfes et des Gibelins, vint, au quatorzième siècle, se fixer en Provence. Antoine Riqueti, bachelier en droit civil, était juge du palais à Marseille en 1393~ mais comme pour y exercer cet emploi il fallait être étranger à la ville, on doit en conclure que le jurisconsulte Riqueti n'y était pas établi. Cependant je vois à Marseille, à la même époque, un notaire de ce Ahnanac)} historique de Marseille, t78t, p. 2t5.

2 Cartulaire de Raymond Aymes, notaire, greffier du juge du Palais à Marseille, 1395-t3')6, aux. archives de la ville.


nom Appartenait-il à la famille venue de Toscane ? Etait-ce simplement un homonyme? La question est incertaine, et fout ce qu'on peut en dire avec certi) ude, c'est que cette famille ne fut bien remarquée à Marseille qu'au seizième siècle. Ë!!e y grandit insensiblement et se fit riche par le commerce*. Les distinctions honorifiques, les titres seigneuriaux flat) aient l'orgueil des maisons opulentes; il en fut toujours à peu près ainsi. Les riches dont l'origine est la plus modeste sont souvent les plus vaniteux, et les faiblesses de la nature humaine sont éternelles. Ce ne fut qu'à la fin du seizième siècle~, peut-être même :<u commencement du siècle suivant, que la seigneurie de Négreaux fut acquise à la famille Riqueti dont le nom, effacé plus tard par celui de Mirabeau, qui était aussi une terre seigneuriale, rappellera toujours le prince de la tribune française.

Les Riqueti, seigneurs de Négreaux, donnèrent si peu leur nom à la rue Négret, que cette rue avait en t349, le nom qu'elle n'a pas cessé de porter depuis lors. Les archives municipales en font foi*. Le nom de Négret était celui d'une famille de Marseille dont il est bien souvent question dans le quatorzième )) s'appelait Vincent Riqueti. Voyez t'acte du 7 mai i3*M et celui du S mars ~M8, aux archives de la ville, Chartier.

César Nostradamus, Histoire et chronique de Provence, 1010. Voyez les nobiliaires de Provence, au mot Riqueti.

Dictusdominus judex ir)jun\it Hugoni Mosardi, sartori, comoranti in car<) ia KegreUi. Jugement du <9 juin 13tt) dans le Cartulaire de Raimond Blannotaire, greffier dujn,;)' des premières appellations à Marseille, 1318-1319, aux archives de la ville.


siècle. La ville ayant fait un emprunt en 4385, Négrel prêta deux florins', et la rue de Nègre!, Carreria Negrelli est mentionnée bien des fois dans des actes du même siècle~.

Le peuple, il est vrai, a dû dire Negreou et la traduction française l'a sans doute exprimé par ~~yaM. C'est même ainsi que je vois ce nom écrit, en 392, dans un registre de censés*. Toujours est-il que le fief de Negreaux n'a rien à faire dans l'étymologie de la rue Négrel qui ne doit son nom qu'à celui d'une famille marseillaise remontant au quatorzième siècle et peut-être même plus haut.

Rien ne prouve d'ailleurs que la famille Riqueti ait habité la rue Négrel, et c'est dans une autre partie de la ville qu'elle avait sa demeure. Entre tous les gentilshommes de Marseille, Thomas Riqueti de Mirabeau se fit le plus distinguer par ses habitudes fastueuses. Il tenait un état brillant et recevait avec distinction dans sa belle maison de la place de Lenche~ tout ce que la société marseillaise avait de plus élégant et de BnUetaire Je l'année t385, contenant divers actes et diverses délibérations in fine, aux archives de la ville.

2 Je n'en citerai qu'un seul, celui du 30 juillet 1394, aux écritures du notaire Laurent Aycard. Actum NaMtHe M aula domM BefMffK, sita in carreria ~'Ve~-eMt. Archives de la ville de Marseille, Chartier.

3 Nouveau registre C, t, des censes et directes de l'hôpital Saint-Jacques de Gatice/p. 39t et suivantes, aux archives de t'HAtei-Dieu.

4 Ce fut dans cet hôtel que Louis XIV logea, pendant son séjour à Marseille, en 1660. U appartint plus tard au marquis de la Roquette, président à la Cour des comptes de Provence, qui le vendit, en t757, à l'oeuvre des pauvres enfants abandonnes, au prix de 93,000 livres. C'est aujourd'hui te local qui sert de caserne aux --ergents de vi)h;.


plus étevé. Vers l'année <625, il introduisit, le premier, l'usage des livrées. Ses valets portaient des habits rouges. Le peuple courait et disait Venes veire leis ~oMtMM de MOM~M de M~a6coM Mémoires biographiques, littéraires et politiques de Mirabeau écrits par luimême, par son père, son oncle et son fils !n!optif. Paris, t834, t. t, p. 27.


RUE CASTILLON

Ce nom existait en ~330. L'hôpital Saint-Esprit avait alors à payer au fils de Giraud de Montolieu une censé annuelle de cinq deniers pour la maison de Jean Peiriac située à la rue du sieur Castillon tl y avait à Marseille, en 1348, un maître d'école nommé Guillaume Castillon, auquel les recteurs de l'hôpital confièrent, moyennant seize sous par an, le petit Bertranet, fils naturel de Thomas de Saint-Chamas Il, qui avait laissé tous ses biens à cet hôpital, en cas de mort sans enfants légitimes, après avoir légué quatre cents livres à Bertranet~. Le maître d'école était peut-être de la famille qui donna son nom à la Baillem al fill de sen Giraut de Montolieu per; la sensa del ostall de~Johan Peifiae, de la carriera de sen Castillon V d. livre des Frecettes et dépenses de l'hôpital Saint-Esprit de Marseille, 1330, aux archives de l'Hôtel-Dieu. 2 A xxmH de mas avem fag covenent am maistre Guilhem Castillon que ensenha eMans per ensenhar Bertranet de san Chamas, 6U den Thomas de san Chamas a 1 an e devem lidar d'un an xvt s. Livre des recettes et dépenses de l'hôpital Saint-Esprit de Marseille, 1348-i3t9, 'chapitre intitulé Mesion de mesagM, aux archives de t'Hûtet-Dieu.

3 Livre Trésor de l'h6pital Saint-Esprit de Marseille, 1399, p. 8 verso, aux archives de l'IlBtel-Dieu.


rue Castillon et il est probable qu'il habitait cette rue, 7 car la plupart des familles marseillaises conservaient héréditairement la même demeure. Elles aimaient à s'abriter au foyer des aïeux.

On voit à Marseille, dans le quatorzième siècle, plusieurs instituteurs parmi lesquels je dois citer Pierre Colombier, qui est qualifié doctor pMgro~MW dans un acte du 9 octobre 323 Un titre du 8 décembre 1360 donne la même qualité à maître Pierre Girard~.

Il est à remarquer que dans toutes les délibérations municipales de ce siècle, qui nous restent encore, il n'y a rien concernant l'instruction publique à Marseille. On réglemente une foule de choses moins importantes, et il n'est jamais question des écoles. On nomme chaque année un grand nombre de commissaires pour la direction ou la surveillance des divers services locaux, et tous les actes d'élection gardent un silence absolu sur l'enseignement dont les statuts de la commune ne parlent pas davantage, eux qui poussent si loin leurs prescriptions minutieuses. La raison en est simple. Les écoles, longtemps renfermées dans les cathédrales et les monastères~, ne Actum MassUie. in presentia et testimomo Petri Cotomberii, doctoris puerorum. Cartulaire de Raimond Boyer, notaire à Marseille, 1322-1323, aux archives de la ville.

2 Actum Massilie presentibus magistro Petro Girardi, doctore pnerornm. Le notaire rédacteur de l'acte est Pierre Game). Archives de la ville, Chartier.

L'abliè Fleary, an (Iroit nouvelle éditioti revue.

s L'aMte Fleury, Ctnstitutiou Mt droit ecclésiastique, nouvelle édition revue c) augmentée par Boucher d'Argis, t. i, p. 13H, <~T, a ta note, et t95 et suiv.


dépendirent que du pouvoir ecclésiastique. En 364, Guillaume Sudre ï", évéquede Marseille, donna pour deux ans la direction des écoles de cette ville à lin bachelier ès-arts du diocèse de Chartres et révoqua en même temps tous autres régents*. Les lettres-patentes de Févéque nous apprennent qu'on enseignait à Marseille la grammaire et la logique. Mais il ne faut pas s'y tromper le mot grammaire avait alors un sens qu'il n'a plus aujourd'hui. Nos vieilles chartes donnent quelquefois le titre de ~a~WM~CM-s à des personnes qui ne ngurent que comme hommes de lettres et savants, et c'est en effet la signification de ce mot dans la bonne latinité~, comme dans celle du moyenâge. L'expression grammatica est prise pour l'étude des belles-lettres, et on les enseignait à Marseille dans le quatorzième siècle.

L'Antiquité de l'église de Marseille et la succession de ses évoques, t. JI, p. 502.

Ce vers si connu de l'Art Poétique d'Horace

G)-amMta<Mt certant et adhuc sub ~'MfKce lis est,

le prouve de la manière h plus évidente. GfawmfttMt est mis ici pour savants, érudits. Les savants, dit Horace, ne sont pas d'accord et le procès reste encore à juger. Il s'agit en effet d'une question d'érudition littéraire et non d'une question de grammaire.


RUE D AMBOUQUIER ET RUE DES SOLEILLETS.

La rue des Soleillets portait, au quinzième siècle, le nom d'Ambouquier, comme le témoigne un acte du 4 décembre ~46

Plusieurs rues de Marseille avaient des noms de famille précédés de la qualification <M~ et cet abrégé de mossen, monsieur", devint un substantif masculin qui eut la même signification dans la langue romanoprovençale~.

Je crois cependant que la rue Ambouquier eut une orthographe conforme à sa véritable étymologie, et Registre B des censes et directes de l'hôpital de Saint-Jacques de Galice, fol. 189; nouveau registre D, 2, des censes du même hôpital, fol. 667, aux archives de t'Hôtet-Dieu de Marseille.

2 Entre autres rues dont le nom avait une origine de cette nature je puis citer la mrWefa appeiada d'en Andrieu C~<M)oyr<Mt. Voyez t'ordonnance de police du Si février 1332 dans le registre des délibérations mnnicipates de Marseille, de 1322-1323, aux archives de la ville.

s Honnorat, Dictionnaire provençal français, t. II, p. 38.

4 RaynoMMd, Lexique roman, t. III, p. US.


que le mot serait mal orthographié si on l'écrivait Enbouquier. Il me paraît en effet démontré que la rue prit son nom d'Adam Bouquier. Le mot d'A~ est l'évidente abréviation d'~ds?M.

Adam Bouquier, par lequel commence la filiation historique d'une très-ancienne et très-illustre famille de Marseille, vivait, au commencement du treizième siècle, en cette ville qui le députa auprès de Raimond BérengerIÏI, comte de Provence. Bertrand Bouquier, l'un de ses descendants, fut premier consul de Marseille en ~83. Adam Bouquier, IP de nom, premier consul en i36~, leva deux cents hommes d'infanterie pour aller au secours du comte de Sommerive qui assiégeait la ville de Sisteron dont les protestants s'étaient emparés, et il rétablit ainsi cette ville sous l'autorité royale. François, l'un des membres de la famille Bouquier, fut à son tour honoré de l'emploi de premier consul de Marseille en 868, et, l'année suivantè, la ville le députa au roi pour des affaires importantes. En 08~, il reçut encore le chaperon de premier consul, et en < 585 il conserva la ville au roi en s'opposant avec courage aux entreprises du second consul, Louis de la Motte Dariez, lequel profitant de l'absence du premier consul Antoined'Arène, s'était lié avec le seigneur de Vins, chef des ligueurs provençaux, pour lui livrer Marseille. François Bouquier, à la tête des royalistes, fit avorter ce complot. De la Motte Dariez, fait prisonnier, fut jugé sommairement et pendu sur la place du Palais-de-Justice.


Le grand prieur Henri d Angouiéme, gouverneur de Provence; arrivé d'Aix en toute hâteàMarseine, vit François Bouquier au milieu d'une grande assemblée en l'Hôtel-de-vi!!e et s'approchant de lui il tui dit Monsieur Bouquier, vous avez ~Nt~Ke une bataille au Roi.

Je n'ai pas à faire ici l'histoire d'une famille qui joua un rôle considérable à Marseille. Qu'i! me suffise de dire, pour rentrer dans mon sujet, qu'au commencement du treizième siècle Adam Bouquier avait sa demeure dans la rue à laquelle le peuple donna son nom.

Une famille marseillaise appelée Soleillet avait sa maison dans la rue d'Adam Bouquier, et comme cette famille jouissait d'une grande notoriété populaire, bien des gens se prirent à désigner cette rue par !e nom de Soleillet. D'autres demeurèrent fidèles à l'ancienne appellation d'Ambouquier. De là naquit une grande confusion, et ce fut alors que le nom d'Ambouquier fut transporté à une rue voisine qui n'avait pas eu jusqu'alors une désignation déterminée. C'est la rue qui va de celle de la Couronne à celle des Faisses-Rouges, le mot Faisses ayant été, en ~847, mal à propos transformé en celui de Festons. Comme une corruption étymologique en appelle souvent une autre, le nom de rue d'Ambouquier fut changé en celui de FEmbouqmer, et c'est encore aujourd'hui Rnf<). !tistoiredf MarsetUe, 1.1, p. 36t.


son nom qui n'a plus de sens et ne répond absolument à rien.

Quoi qu'il en soit, maître Jean Soleillet procureur à Marseille, avait, en t593, son étude en sa maison paternelle dans la rue à laquelle on attacha son nom. Jean Soleillet avait une grande dienteUe, et il figurait au premier rang de sa corporation alors composée de dix-huit membres'. Aux élections du 9 mai < 599 il fut nommé capitaine des gardes du roi de la basoche à Marseiue*; sa postutation fut trés-iongue. On t'éiut, en < 624, premier syndic du corps dont il était le doyen. Il mourut le 13 janvier !625 dans l'exercice de ses fonctions de syndic, et ses funérailles furent fort belles. Le lieutenant en la sénéchaussée, assisté de d'Oraison, conseiller, et de Depsant, avocat du roi, conduisit lui-même le deuiL La communauté des procureurs fournit douze flambeaux de cire blanche du poids de douze livres, qui furent portés chacun par un clerc. Ces flambeaux étaient ornés chacun d'un écusson aux armoiries du corps représentant un bonnet carré avec une écritoire dans un champ jaune~. Jean Soleillet transmit sa charge de procureur à son fils Jean-Paul, lequel obtint toute l'importance que son père avait eue au palais et dans la ville. Registre des Créations et audiences des Roys de Bazoche, de la pr~e)tt.' ~e ville et cité de Marseille, in t", fol. 17 recto et verso, et 18 recto, en la ~uj:.e:sion de la chambre des avoués de cette ville.

2 Même registre, fol et verso, 37 recto et verso.

Même re~istr~ yf!


tut élu second syndic des procureurs le < 9 mai < 626'. Peu de temps après, les consuls de Marseille le nommèrent procureur de la ville, et le 20 août 643 je vois délivrer en sa faveur par l'administration municipale, et pour un rôle de frais de procédure, un mandat de payement de 223 Hvres*, somme alors assez considérable.

H paraît cependant que Jean-Paul Soleillet donna des sujets de mécontentement aux consuls de Marseille, car ces magistrats le révoquèrent le 4 janvier <65t, et ils nommèrent à sa place son couègue Ravel~.

Les héritiers de Jean-Paul Soleillet possédaient encore, en 682, leur maison patrimoniale en la rue de leur nom*.

Cette famille vit plusieurs de ses membres dans diverses carrières.

En l'année 630, l'un des quatre prud'hommes des patrons pêcheurs de Marseille était Jean Soleillet 5. Le « août 776, Louis-Joseph Soleillet fut nommé Même registre, fol. 63 verso.

Voyez l'indication de ce mandat dans le Bulletaire de t635 à i6<!0, sans pagination chiffrée, aux archives de la ville. Il y a dans le même Bulletaire d'antres rôles de frais payés par la ville à Jean-Paul Soieittet.

3 Registre 52 des délibérations municipales de Marseille, du mois de novembre t650 au mois d'octobre t6M, fol. 60 recto et verso, aux archives de la ville. 4 Nouveau registre D, 2, des censés et directes de l'hôpital Saint-Jacques de Galice, fol. 668, aux archives de l'Hôtel-Dieu de Marseittte.

s Livre Rouge, manuscrit in-fo, contenant divers titres et divers actes du corps des patrons pécheurs de Marseille, de 1530 à t759, fol. tt5 et suiv., aux archives de la Prad'honxnie,


professeur d'hydrographie à i'écote de hospice de la Chanté en remplacement du sieur Benet, titutaire de cet emploi

La famille Soleillet existe encore a Marseille dans une position honorable.

Registre des dëUbërations da bureau de t'tt&pit.tt-gcnfra) <)e )a Charité de Marseiitt', no M, aux archives de !'HûteI-Dieu.


RUE DE LA BELLE-TABLE.

I! y <) de la confusion dans les titres du quatorzième et du quinzième siècle qui parlent de la rue de la Belle-Table, car elle est aussi appelée de la Juterie ou Jutarie, des Gavotes, de Guilhem-FenouilIe, des Ëmendats.

Ces noms furent d'abord donnés indistinctement à la rue de la Belle-Table et à celle des Gavotes; ensuite chacune de ces deux rues porta invariablement le nom qui les distingue aujourd'hui.

La rue de la Belle-Table avait, si je ne me trompe, un nom tiré d'une enseigne d'hôtellerie. On l'appelait de la Belle-Table en ~37~ et longtemps même avant cette époque, selon toutes les apparences. On la nommait aussi Juterie, parce qu'il y avait un assez grand nombre de juifs.

Dès les temps les plus anciens, le commerce de Item, serv., G. Jaafrcs que esta a la Be))&-Ta)ih; registre H des censés de t'Mptta) Sa)n!-E.prit de Marsftjje, pa~s non cMJMes, axx archifM f!e t'H~tp). Uit'u.


Marseille y attira les Israélites, et de cette vil!e ils se répandirent dans la Gaule méridionale où ils firent le métier de courtier et de revendeur, comme à Babylone, à Rome et dans Alexandrie

tl y en avait un grand nombre à Marseille dans !r sixième siècle. LejuifPriscus, l'un des serviteurs du roi Cbilpéric 1er, maria son fils à une juive de cette ville'.

Les Israélites de l'Auvergne, persécutés pour leurs croyances, se réfugièrent en grande partie à Marseille où ils espéraient trouver plus de tolérance et de repos. Ils se trompèrent cruellement, car l'évoque Théodore voulut leur imposer la foi chrétienne par la violence. Les Synagogues d'Italie adressèrent leurs plaintes au pape Grégoire-le-Grand qui, en 59 écrivit à l'évéque de Marseille de n'employer, pour convertir les Juifs, que la douceur et la persuasion

Plus tard, Marseille fut pour les enfants d'Israël l'une des cités les plus propices, grâce à la bienveillance sociale qu'inspirait le contact de tant d'hommes d'origine, de moeurs et de croyances diverses, sans cesse rapprochés par les relations du commerce. Un acte fait vers l'année 993 parle du juif Salomon qui conduisait dans Marseille quatre ânes chargés de miel Ve!taire, Essai sur les moeurs et t'esprit des nations, ehap. cm. 2 Grégoire de Tours, Historia Francorum, lib. IV, cap. xvn.

3 Saxi, pontificium arelatense, p. KO ttuN, Histoire de Marseille, t. H, p. 30T; t'Antiqnitë deMgMse de Marseille, t. t, p. 253.

4 Charte 179 du Cartntairë de Saint-Victor, t. i, p. 309. Voyez aussi tes chattes t9t et M5, ). l, p. SSt.


Le monastère de Saint-Victor, dans le douzième siècle, devait aux Jui& marseillais la somme considérable de quatre-vingt-quatre mille sous royaux'. Ce siècle fut pour les Juifs un temps de renaissance leurs académies de Comtoue, de Grenade, de Tolède et de Barcelone appelaient alors tes rabins les plus renommés de l'Asie et de l'Afrique. Les Israélites eurent en France des établissements rivaux de ces écoles florissantes.

Marseille comptait, en « 60, trois cents juifs qui formaient deux synagogues situées au bord de la mer, l'une dans la ville haute et l'autre dans la ville basse. La première avait pour chefs Siméon, fils dAntolius, Jacob son frère, etLebaro. La seconde voyait à sa tête Paul Perpiniano le riche, Abraham, son gendre Meir et un autre notable du même nom*. Vers la 6n de ce siècle, Botin, juif de Marseille, avait acquis des richesses considérables. Cet Israélite puissant et Guillaume Vivaud, citoyen marseillais aussi fort riche, payèrent pour Hugues Geoffroi, l'un des vicomtes de la même ville, vingt mille sous royaux couronnés, et ce seigneur leur céda en payement des intérêts de la créance la perception des droits de la quatrième partie du port\ Quelques anCharte !V, à la date du mois de juin ltt)5, dans le même Cartntaire, t. Il, x p. M5.

'2 Voyages de Rabbi Benjamin, n)s de Jona de Tudèle, traduits de l'hébreu par Haratier, t. 17; Amsterdam, t73t; Matte-Brun, de la Géographie Unités selle, 5e édition, t. p. 916.

s RaM, Histoire de Marseille, t. p. 7i.


nées après, Amie! de Fos, seigneur d'Hyères, transféra a Botin, qui était aussi son créancier, la jouissance de ses droits féodaux*.

D'autres juifs firent des prêts d'argent à Roncelin, vicomte de Marseille*, toujours accablé de besoins et dedettes; et l'abbaye de Saint-Victor qui, comme les vicomtes, avait des droits d'entrée du port, donna à l'Israélite Nasquet, son créancier, la dix-huitième partie de ses droits', dont deux autres juifs étaient collecteurs pour le compte des moines*. Les juifs, à cette époque, avaient souvent des perceptions nnancières.

L'une des toursde l'évéchéde Marseille était appelée la Tour-Juive~ probablement parce qu'elle avait appartenu à une famille de Juifs.

Par acte du ~6 mars 1276, Charles 1er, comte de Provence, plaça les Juifs sous sa protection contre les inquisiteurs du pays qui les accablaient d'avanies6, et son petit-fils Robert accorda, le 8 juillet t320, une sauvegarde aux Israélites de Marseille qui formaient une communauté, nommant librement quatre syndics, lesquels étaient alors le médecin Bonfils, Act* du des ides d'avril 120t,aux archives de la ville de Marseille, Chartier.

Charte ti5, à la date du M octobre t205, dans le Cartulaire de Saifit-Victor, t. 2, p. 590.

3 Charte 9tT, de l'année t3a5 ou à peu près, dans te même Cartu'aire, t. 2 i p. 590.

4 L'Antiquité de t'égUse de Marsettte, t. 2. p. 75 et 76.

5 Même ouvrage, t 9, p. 85.

Papon, Histoire de Provence, t. 3, p. 22, aux Preute~.


Prefach Dieu, Logart et Mârvan i. Le 9 octobre 1322, Robert donna aux Juifs de nouveaux privilèges que la régente Marie de Blois confirma par déclaration du 23 janvier 4387. Elle permit aux Juifs de Marseille d'aller la nuit sans lumière dans les rues, pendant les grandes fêtes contrairement aux règlements généraux de police, qui voulaient que les habitants ne sortissent qu'avec une lanterne, après l'heure de la retraite".

Cependant on n'épargna pas aux Juifs de Marseille les vexations, dans certaines circonstances. Une délibération municipale du 30 janvier ~357 les mit tous en réquisition, comme des manoeuvres, pour porter les pierres destinées à la réparation des remparts de la ville*. Robert, en leur accordant certaines faveurs, ne les obligea pas moins, par ordonnance du 25 juin 306 de porter un bonnet jaune ou d'avoir ostensil)lement un morceau de drap de même couleur, en forme de roue, les hommes sur la poitrine et les femmes sur la tête*. Le 8 avril 1'376 le conseil muRegistre des délibérations municipaesde Marseite, t8M-i8Ï3,fo). 92 recto et verso, aux archives de la ville.

Statuta civit. JfaMt! fol. 2t6 verso, aux archives de la ville. Ordonnances de police- dans le registre des d~ibëratioM nmn)Mp& es de 13M-t320. Preconisationes de ttotttttttdo sine lumine. Autres ordonnances de police dans le registre de t3M-t3!3. Que tM~MMa persona privada ni estranha non t'enga de tttMb ses <t<me pos !o seus sera sonatz sots petMt de < aux archives de la ville.

< Séance du 30 janvier dans le registre des délibérations municipales de t3M, aux mêmes archives.

5 Statuta edita per tHttstWsstMMMt domMttHt Robertum, etc. dans l'Essai Sur ''histoire du droit français au moyen-Age par Giraud, p. 67.


nicipal de Marseille renouvela cette obligation blessante que prescrivaient d'ailleurs les statuts de la commune*.

Oa obligeait la commanaeté juive de Marseille d'envoyer, les dimanches et les jours de fête, un de ses membres à la cathédrale pour assister aux vêpres et au sermon. Il y avait, dans le chœur de l'église, un siège pour le représentant du corps Israélite qui payait au chapitre une redevance annuelle de cinq sous3. On agissait avec moins de douceur dans quelques villes de France. Pendant la semaine sainte, on faisait entrer un juif dans l'église pour lui donner solennellement un vigoureux souiSet

Les Juifs ne pouvaient s'embarquer plus de quatre, à Marseille, sur le même vaisseau. Pendant le voyage maritime, on leur défendait de manger de la viande, les jours d'abstinence pour les chrétiens~. Défense aussi leur était faite à Marseille de travailler les dimanches et les jours de fête". On ne leur permettait d'aller aux bains que le vendredi'. La justice n'adSéance du 8 avrit 1376 dans le registre des délibérations municipales de 1375 à 1378, aux archives de la ville.

Statuta ctctt. Massil., lib. V, cap. Xtv, de signo quod debent portare Jttdet. 3 Raffi, Htstoi~ de Marseille, t. 2, p. 309.

4 Dabare, Histoire de Paris, édition, t. 3, p. 13C.

5 Statuta tivit. Massil., lib. JV, cap. xxn, de ~udetS quot debeant vehi in singulis navibus.

s S<a(M!tt civit. Massil., lib. V, cap. vot, ne J!(det operentur diebus prohibitis.

1 Statuta civit. Massil., lib. V, cap. xm.


mettait pas la déposition des Juifs contre les Chrétiens; mais entre juifs.les témoignages étaient reçus*. A tout prendre, la condition civile des Juifs à Marseille ne fut pas des plus mauvaises dans le moyenâge. Ils passaient avec les Chrétiens toute sorte de contrats et faisaient tout genre d'affaires. lis possédaient librement des immeubles, et exerçaient sans restriction tous les droits de propriété. S'ils avaient à prêter serment, c'était selon le cérémonial de leur culte, ~or~Mdaïco*. La qualification de Juif accompagne toujours leurs noms dans les actes publics, et le titre de Citoyen de Marseille, ct~ Massilie, s'y voit souvent.

La communauté des Juifs m~rseiHais nommait librement ses syndics, qui étaient ordinairement au nombre de quatre. Elle avait, au quatorzième siècle, un établissement de bienfaisance qu'on nommait If~lemosina Judeorum de JMs~Mï, sous la gestion de deux administrateurs 3. Dans le siècle suivant, les Israélites de Marseille possédèrent deux institutions t Statuta eMtt. Massit., lib. Il, cap. tx, qui WM o<bM<te)ttw ad testiMO~WM.

~jMf<M)t< dtctMs Ysacltus <~af(:M«qMrM<MtSM ie~tn Moysi à se corpora~tier spottte manu sua tactam. Acte du T juillet i3M, aux archives de la ville de Marseille, Chartter.– Afaett dictus ee~tftttfMtM ad certam legem Moysi ab M tpottK eo~ofaMe)' manibus <a<!<a)tt. Acte du 7 juillet 1358, en ma possession.

s Registre des délibérations municipales de Marseille, 1339-1SM)< séance du a& janvier t340; registre des délibérations des Six de la guerre, contenant diwrs comptes, t3'!t, in fine; testament du médecin juif Salomon de Palerme, du 10 octobre t3.t7, dans le Cartutaire d'Aagicr Aycard, notaire à MarMille, aux archives de la ville.


de chanta ils nommaient l'une Fafaca, et l'autre AfQ~Of'.

A cette époque, les Juifs de Marseille y avaient deux écoles; l'une, dite la grande, était à la rue Juterie ou de la Belle-Table~. On voyait l'autre à la rue de ~(<OM&<ïft~, près le Grand-Mazeau On avait destiné aux Juiis une fontaine que mentionnent des titres de 4306\ C'était le Grand-Puits d'aujourd'hui s.

La boucherie israélite fut d'abord établie à la place de Laurel. L'administration municipale fit plusieurs règlements de police sur la vente de la viande juive% objet immonde pour les Chrétiens, et il en était ainsi, aux yeux des Juifs, de la viande de boucherie chrétienne.

Le cimetière des Juifs était au quartier de SaintRuffi, Histoire de Marseille, t. H, p. 307 et 308.

Elle y était en l'année ttta. Voyez le registre B des censes et directes de t'Mpitat de Saint-Jacques de Galice de Marseille, aux archives de l'Hôtel-Dieu. 3 La rue de Mttott&orM et le grand Mazeau n'existent ptus ils étaient dans le quartier formé aujourd'hui par la place Jean Guin et par la rue Triperie. En 1693, cette rue de r~o«6ar<e était encore appelée l'Escole des Juifs. Voy. te registre B B des censes de t'hëpitat du Saint-Esprit, fol. 21 verso, aux archives de l'tMtei-Dien.

< Font Jusiouvo, en provençal; FotM JxdctMMt, en latin.

Registre A des censes de t'H&pitat Saint-Jacques de Gatico de Marseille, p. 56, 59 et ?, aux archives de t'Hëtei-Mea.

fi La place du Poids-de-Lauret, ou Poid~de-Marine, était à ta porte Rëa)e ou Royale, à peu prés à ta place Marone d'aujourd'hui. Voyez François d'Aix, dans son Commentaire des statuts de Marseille. chap. LUI, p. M7. Statuta ctett. Jlassil. M6. H, de jf<MtKartM; ordonnance du 36 avrit 1323, dans le registre des délibérations municipales, 132~-1323, aux archives de la ville; séance du 6 décembre 13&5, dans le registre des dëtibëratMM municipales, 1365-1367, aux archives de la ville.

Carnes jM(!e<t~, c'est-à-dire la chair de hOai) fgorg''e pur des Juif*


Charles, tirant à Saint-Lazare, sur une petite éminence. On le nommait MoM<-JMMOM', et il exista jusqu'en 1495. Par lettres-patentes du 13 mai de la même année, Charles VIII, roi de France, en fit présent à Antoine CaussemiIIe qui donna les débris des tombeaux à la commune de Marseille pour réparer les quais du port

Au quatorzième siècle, il y avait à Marseille un si grand nombre de Juifs que toutes les publications de police générales étaient à leur adresse aussi bien qu'à celle des Chrétiens*. Montesquieu dit que partout où il y a de l'argent il y a des Israélites Ces hommes, toujours prompts au travail, toujours âpres au lucre, se prêtaient à tout et trafiquaient de tout. Ils se chargeaient des fermes de la ville 5, du recouvrement des revenus et des censés des hôpitaux ils portaient eux-mêmes les malades Ils y achetaient les bardes Registre des censes l'hôpital Saint-Jacques de GaHce, t3T3-t59t, territoire de Marseille, fol. i, aux archives de l'Hôtel-Dieu.

2 Ruffi, Histoire de Marseille, t. JI, p. 307; le P. Desmolets, mémoire pour l'histoire des Juifs de Provence, dans tes Mémoires de littérature et d'histoire, t. II, p. 319.

s La formule était que tota personne privada o estranha, tant crestian que jusiou, etc. Voyez les registres des délibérations municipales, aux archives de la ville.

4 Lettres Persanes, lettre LX, Usbesk à Ibbon.

5 Voyez, entre autres, la séance du tOfëvrier i33t. dans le registre des délibérations municipales, i33i-133S, aux archives de la ville.

6 Registre P des recettes et dépenses de l'hôpital Saint-Esprit do Marseille, i3K)-1350, fol. 36 recto, aux archives de t'Hôtel-Dieu:– registre R des recettes et dépenses du même hôpital, 1363, fol. 42 et passim, aux archives de t'HôtetDieu.

Livrer des recettes et dépenses de l'hôpital Saint-Esprit de Marseille, tH'ttt8, fol. 17 verso, aux archives de i'H&tet-Dieu.


des morts'. Us suivaient les encans publics pour saisir tes bonnes occasions d'achat qui facilitaient les meiHeuresventes.Quetques-unsse livraient à un grand commerce, et, en 330, le juif marseillais Sausse de Sahnis exportait des vases d'argent et d'autres matières précieuses". Il n'y eut que la culture des terres à laquelle les Juifs ne voulurent pas se tivrer ils dédaignaient ce travail parce qu'il ne conduisait pas à la fortune. Dans les annales du moyen-âge, je ne vois parmi les Juifs de MarseiHe qu'un seul laboureur, Il s'appelait Manuel, et, en ~6, il cultivait lui-même, au quartier de Sainte-Marthe, des propriétés qu'il tenait à ferme de l'hôpital Saint-Esprit*.

Les Juifs de Marseille avaient toujours deux synagogues, mais elles avaient changé de situation. La principale était placée entre i'éghse Saint-Martin et celle des Prêcheurs l'autre, un peu au-delà de cette dernière éghse".

Comme des hommes riches sans cesse menacés dans la possession de leurs trésors et dans la jouissance de leur sécurité, les Juifs de Marseille surent se ménager des protecteurs; ils en trouvèrent dans Divers registres des recettes et dépenses du même hôpital, passim, aux mêmes archives.

État des objets vendus à la suite de l'acte d'inventaire des effets mobiliers de Jacques Jean; 13 juin t395, notaire Isnard Paul à Marseille, pièce en ma possession.

3 Begistre des délibérations municipales de Marseille, 1350-1351, séance du T septembre 1350, aux archives de la ville. °

< Registre P P des recettes et dépenses de l'hôpital Saint-Esprit de Marseille, ltt6-ltl' fol. 91 recto, aux archives de l'Hôtel-Dieu.

5 Ruffi, Histoire de Marseille, U. p. MT.


l'administration municipale qui, soit spéculation, soit justice, défendit leurs intérêts dans plusieurs circonstances. Le médecin Bonsues Orgeri, l'un des syndics de la communauté israéiite, porta plainte contre le receveur des droits du péage d'Orgon'. Le 6 juillet 4 472, le conseil de ville délibéra d'intervenir en faveur des Juifs qui contribuaient aux charges communales et méritaient toute protection~. Il y a plus la ville de Marseille donna, le 8 août ~484, un bel exemple de tolérance religieuse. Une fille chrétienne avait suborné une fille juive pour la convertir au christianisme. Sur la plainte de Salomon Botarelli et Baron Descamps, syndics Israélites, le conseil municipal invita les officiers royaux à poursuivre judiciairement l'auteur de cet acte condamnable~. C'est un spectacle digne d'intérêt que le développement rapide de la richesse, au milieu des troubles du moyen-âge, aux mains des hommes persécutés souvent et rançonnés sans cesse en ces temps d'anar< Voyez l'appendice à ta préface du Cartulaire de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, p. 89; il y avait aux Mêes un droit de péage contenant cet article entre plusieurs autres un chien d'aKae~e et un ju~, pour chacun est de cinq sous. Notice historique et statistique de la ville des Mëes par Esmieu, p. 4M. Le tarif des droits de péage perçus par tes évêques de Marseille à Mallemort ne faisait aucune différence entre les Juifs, les bœuh et les cochons. Ce droit fut supprimé par arrêt du conseil d'Etat du M août 1758.

Jusques à la fin de 1783, les Juifs, dans plusieurs villes de France, furent soumis à des droits d'entrée qui les assimilaient aux animaux. L'édit du roi, du mois de janvier l'!8t, abolit ces taxes qui avilissaient t'humanité. 2 Registre des délibérations municipales de tM9 à tt85, fol. t3 verso, aux archives de la ville de Marseille.

3 Registre des délibérations munieipates, <390-<48t,tM fine, aux mêmes Mchi\<'s.


chie et de spoliation. On ne pouvait ni souu'rir les Juifs, ni se passer d'eux; ils étaient devenus les premiers négociants, les premiers banquiers, les premiers capitalistes des nations occidentales'. Ils obtenaient de beaux succès dans l'exercice de la médecine, et s'ils se voyaient exclus des emplois publics et des positions officielles, si la clameur des haines populaires les poursuivait partout, ils trouvaient en silence des compensations considérables dans le culte de l'or et dans les jouissances qu'il donner L'or n'a l'empreinte d'aucune religion et sa puissance est merveilleuse.

Mais on abuse de tous les pouvoirs, et les Juifs abusèrent de celui des richesses. Ils pressuraient leurs débiteurs. Le 30 avril <48~, sur la proposition de Jacques de Forbin, le conseil municipal de Marseille délibéra d'adresser au roi une supplique pour mettre un terme au mal des contrats usuraires~. Cette demande n'eut aucun succès, et il faut reconnaître que les Juifs durent exiger un bénéfice proportionné aux risques que courait l'argent en sortant de leurs mains\ S'ils rançonnaient les commerçants, les bourgeois et le peuple, eux-mêmes étaient impitoyablement ranHenri Martin, Histoire de France, <8M, t. Ht, p. 62.

Btanqui, Histoire de l'économie politique en Europe, seconde édition, 1.1, p. 32'! et suiv.

3 Registre des délibérations municipales, 1390 à i48i, séance du 30 ayrii <48t,aux archives de la ville.

4 Raynat, Histoire philosophique et politique des ëtaMisscment! et du commerec des européens dans les deux monde' tntroductiotj.


çonnés par les princes qui faisaient sur eux des emprunts forcés, et leur vendaient fort cher des faveurs inconstantes. La malheureuse nation juive fut toujours pour les gouvernants la plus grande ressource financière.

Le roi Charles VIII permit aux Juifs de Provence en 1 483 d'y démener en repos, moyennant un fort tribut qu'ils lui payèrent~. Cependant les Marseillais renouvelèrent leurs plaintes et toute la Provence s'y associa. Une agitation violente agitait les esprits. Le 0 mai 484, une émeute terrible éclata dans la ville d'Arles; l'on pilla les maisons juives et l'on détruisit les synagogues~. L'année suivante, pendant qu'une maladie épidémique soulevait à Marseille les fantômes de la terreur et de la mort, la populace, croyant que les abominations des Juifs déchaînaient sur la ville les fléaux du ciel, massacra plusieurs de ces malheureux3. Les Juifs, saisis d'épouvanté, résolurent de vendre leurs immeubles, et de se transporter dans d'autres pays avec leurs valeurs mobilières.

Cependant Charles Mil, accueillant avec faveur les doléances d'Honoré de Forbin député de Marseille annula tous les actes usuraires, par lettrespatentes du 7 novembre 485 et permit aux Juifs, César Nostradamus, Histoire de Provence, p. 68t.

Honoré Bouche, histoire de Provence, t. Il, p. 494.

9 Ru!S Histoire <!e Marseille, t. I!, p. 308.

4 Livre Noir, fol. 153 recto, aux archives de la ville; Ruffi, Histoire de Marsei))o, t. p. MC: Honoré Bouche, Histoire de Provence, t. U,p. t9t.


quelques jours après', de sortir de la ville avec leurs biens, en leur défendant toutefois de céder à des étrangers leurs créances contre des Chrétiens Ko 489, Charles VIII fit droit aux remontrances des états de Provence touchant l'annulation des contrats passés par des Juifs à des conditions iHicites*. Les choses en étaient là lorsque Louis XI!, eu ~498, expulsa les Juifs du royaume 3. Plusieurs se réfugièrent dans les pays étrangers. Quelques-uns embrassèrent le christianisme mais comme ou ne tint pas la main à l'exécution de cet édit, bien des Israélites restèrent comme auparavant. Le ~6 septembre <SOt, Louis Xïï fit un nouvel édit qui fut exécuté à la rigueur, et, trois ans après. le fisc roy.)! I se saisit de tous les biens des Juifs*.

Les entants d'Israël perdirent dès-lors )em' ctat civil et leur existence légale; leur culte fut proscrit Ceux d'entre eux qui eurent la faiblesse de sacriue) leur foi religieuse à leur repos et à leurs intérêts n en continuèrent pas moins de porter aux yeux du pe)!p)c et sous le nom de néophytes, la tâche origineite (jui les avait fait maudire.

Quelques Juifs furent plus tard tolérés à Marseitie. mais tout-à-fait isolément, sans droits reconnus et Lettres-patentes du t<décembre t485,<ians le livre Koir, fol. t50 n'<'t.) et verso.

2 Jean deBomy, recueil de quetques coutumes du pays de t'ruYcnM, Ai\, 1665, p. 13.

3 Gaufridi, Histoire de Provence, p. 387.

< Columbi, Manuasea, p. 506.

8


sans culte public. Seulement, peu d'années avant la révolution de ~789, on leur permit d'avoir un petit temple qui était au troisième étage de la maison n° de la rue du Pont. Il ne lallut rien moins qu'une immense régénération politique et sociale pour élever les Israélites français à la dignité de citoyens, pour assurer la pleine liberté de leurs croyances, pour les placer sous l'égide de l'égalité civile, au milieu de notre grande famille nationale au soleil même de cette civilisation bienfaisante et féconde qui laisse à la conscience humaine son indépendance absolue, tient compte de tous les services, et n'estime les choses qu'à leur valeur réelle.


RLE FOIE DE BOEtT

Au moyen-âge cette rue s'appelait de la tc!/r<~e, et elle porte encore ce nom dans un acte du mai ~627 par lequel Antoine Aurcngue, bourgeois de Marseille, vend aux consuls de cette viHe une maison pour agrandissement du coiïége de 0 ratoire*.

La fabrique de verre, connue sous le nom de Veyrarie-Vieille, remoutait aux prenuèrcs années du quatorzième siècle. L'historien du roi René, le vicomte de Vmeneuve-Bargemont, a commis une erreur eu disant que la verrerie créée parce bon prince à Goutt, près de la ville d'Apt, sous la direction d'un nomme Ferri venu du haut Dauphiné fut le premier établissement de ce genre en Provence d'autres assuRegistre 35 des délibérations du conseil municipal de Marseille, de )tHT 't !629, fol. t8 verso, aux archives de la ville.

2 L'abbé Boze, Histoire de la ville d'Apt, p. 202 et 303.

3 Histoire de René d'Anjou, t. !H, p. 32, 33 et 262.


rcnt que c'est àReiuane que revient l'honneur d'avoir possédé la première verrerie provençaic* favorisée par René. I! paraît, au contraire, qu'il y avait depuis longtemps dans le pays des fabriques de verre' Du moins la certitude existe pour Marseille. Le verrier Bernard Raimbaud ngure comme témoin dans un acte fait en cette ville le 14. septembre t315~, et Guillaume Agréne, le maître de la fabrique de verre, est mentionné, comme partie contractante, dans un autre acte du 8 octobre 325. Agrène demeurait dans sa fabrique même* que nous voyons dès-lors en pleine activité. Des ordonnances municipales défendaient l'exportation des débris de verrerie et tous ceux qui voulaient vendre du verre cassé devaient le porter au four du maître verrier. Le prix en était fixé à deux deniers la livre6. La ville faisait alors imprimer une marque sur tous les vases de verre servant a mesurer le vin nouveau', et comme cette prescription était négligée en <363, le conseil général la rcFeraud, Histoire, géographie et statistique des Bassses-Atpes. Digne, iS6t, p. 592.

'2 Cartulaire imprimé de Saint-Victor de MarseiiUe, t. charte 435, p..HO; Voyez aussi Papon, Histoire gënëra)e de Provence, t. !!i, p, 384 et 285. 3 Kotaire Siffred Léon, aux archives de la ville de Marseille, ChMtier. < G«t!tei))tMs Agrena, Cfn/ftrtMS, ctt't.! Mft.<i!t!te, mo'ams tM t'ey)'a)':f!. Voyez te Cartulaire du notaire Jean des Pennes, 1326, sans pagination chiffrée, aux archives de la ville.

S Ordonnance du ? janvier i33! dans les registres des délibérations du conseil générât de Marseille, de t33t-t3~2, aux archives de la ville. s Que tota persona que avia veyre frag que vulhi vendre e portar o far portar al forn veyrier de Massetha; !o fornier del dig forn len donara !I d. per cascuna )ibr. Feuille volante intcrcaHee dans le registre précité de i33t-t332. Séance du <!j(t[[t t332 dan'; )e mem'' !'f~i<tr;


nouveia ie 9 septembre Les apothicaires de Marseii ~c avaient des fioles de verre et plusieurs inventaires d'objets mobiliers prouvent qu'au moyen-âge cette matièreétait commune dans les usages domestiques*. Je vois à MarseiHe, en H un verrier du nom de Pierre Vitahs\ Était-il le maître de la fabrique? `? était-ce un simple ouvrier ou simplement un marchand de verres? Je ne saurais le dire, car le mot latin MM-en'M~ s'applique à ces trois positions dînerentes, et il y avait des marchands de verres dans la partie de la rue Négrel avoisinant la rue du Foic-deBœuP.

Quoi qu'il en soit, en H6, le maître verrier de Marseille s'appelait Manuel Vidât' était remplacé par Mathieu Vidât en t435\ et il parait que la famille Vida! exploita longtemps cette fabrique. SeionWinketmann, !es anciens faisaient en général un usage plus fréquent du verre que les modernes, 1 Sëiince du t9 septembre 1363 dans le registre des dehbéra.Uons munteipa]~ de 1361-1363, aux archives de la ville.

Inventaire des biens de la succession bénéficiaire de Bertrand Jean, droguiste et apothicaire de Marseille, du mois d'août t:!86. Pièce ori~mate en ma possession.

3 Voyez, entre autres documents, la ttfm«tat't(t de MtOttseK/tor ~amt-J<t)<mtde-!a<-BspMas, de 1452 à t487, grand in-4", inventaire de l'année tM2, aux archives de rH&tet-Dieu de Marseille.

< Acte du 26 avril tttt, notaire Pierre Calvin à Marseille, aux archives de la ville. Chartier.

5 Mortreuit, Tribune artistique et littéraire du midi, seconde année, n. 6, juin 1858, p, 3.

6 Registre P P des recettes et dépenses de l'h&pitat Saint-Esprit de Marseitte, t4t6-t4t7, fol. 89 verso, aux archives de i'Hotet-Dieu.

T Registre B B des recettes et dépenses .]u même hopita), U:t5, foi. 28 recto, <)U\ mêmes archives.


et ils portèrent t art de )a verrerie à un point de perfection que nous n'avons pas encore atteint 1. Cependant plusieurs ont dit, et le bon Ro!tin a répété, que ) usage des vitres ne fut pas connu des anciens~. Cet usage existait en France à la lin du treizième sièc!e, mais il était fort rare. Cet art, porté en Angleterre par les Français en 180 fui regardé comme une grande magnificence~.

A Marseille, au quatorzième siècle, les châssis des croisées' d~ la plupart des maisons avaient, au lieu de vitres, des carrés de toile blanche cirée qui était ainsi transparentect à l'abri de la pluie, laquelle y glissait comme sur du verre. C'est du moins ce que je vois aux fenêtres de hôpital de !'Annonciade% et il devait en être ainsi pour les maisons particulières, à l'exception de celles des familles riches.

Le verre devint ptus commun <~ Provence au seizième siècte. L art de le fabriquer s était perfectionné en France, où l'on ne buvait plus dans des tasses de poterie mais dans des coupes de verre de toute sorte de couleurs et ptésentant toutes les formes, une nef, Histoire df )':<rt chez tes iuifienii, traduite de t'aUt'man~. Paris, an JI de la repubtiqm', t. p. 44 et suiv.

Traité des ctudcs Paris, t732, t. tV, p. a9S.

3 Vo)':ure, Essai sur ies mœurs et t'esprit des notions, chap. t,xt. 4 Fen&tres en forme de croix. Nous en soyons encore quelques spécimens dans les vieux quartiers de Marseille.

5 A XXVIII de jenoyer que paguem a tmbert per JI canos palm de tela Manca enciratb. Monta )J i. Vin s.– A !X de mas plus qae Bayiem a Antfni Lnci pas far los enquastres de las estros enciradas de l'espital. XXVI Registre des recettes et dépenses de l'hôpital de t'Annont iade, t390, in-4" coté B B, a~'< archives de UHfet-Dieu.


une cloche, un cheval, un oiseau tout ce que pouvait imaginer le goût ou le caprice des fabricants La famille de Bon possédait, au seizième siècle, la verrerie de MarsetHe qu'elle dirigea, de père en (Hs, pendant plus de deux cents ans. En H 4 cette ancienne maison était représentée par la dame de Bon veuve Salard, tante de Joseph d'Escrivan qui s'associa avec elle pour {'établissement d une verrerie en la même viue*. Une vingtaine d'années auparavant. les frères Janvier et Joseph de Ferri, parents du premier fabricant de Goult, ayant voulu créer une fabrique de verre à Marseille, en furent empêchés parles échevins, lesquels pensèrent que la fabrique qui existait depuis plus de quatre siècles était suffisante, et qu'une seconde verrerie nuirait au public en consommant trop de bois Le parlement d'Aix confirma cette sentence l'année suivante*.

Les verriers de Provence, même les simples ouvriers, se disaient tous gentilhommes. Bien des gens prenaient au sérieux cette noblesse mais d'autres disaient que c'était là une quatité aussi fragile que le verre'

Monteit, Histoire des Français des divers états, troisième ëdttion, t. Ht, p. Mt. et à la note 131 de la page 60t.

Mémoire du procureur de noble Joseph d'Escrhan, maitre de ta verrerie de la ville de Marseille contre les syndics des gentilshommes verriers de Provence, 1751, manuscrit en ma possession.

3 Registre 110 des délibérations municipales de Marseille, nt8, fol. t47 recto et verso, aux archives de la ville.

Registre t3! desdites dë!i))ërations,t'?)9, foi. M ro'tuct 51 recto, aux mêmes archives.

De la Roque, traité de la noblesse, p. ~ti.


RUEtNGAMENNE

n acte du 2t mars 1380 donne l'explication du niot In~ariennc. Cette rue avait alors deux noms. On

V

) appelait tantôt la rue ~~E~MMTMMM; tantôt la Honne-Rue la ~OM~-Camcm*. Mais nous croyons que le mot ~p~EM~Mame[?M était déjà corrompu. Ce mot dut d'abord se prononcer et s'écrire e~M ~MarrMM de monsieur Guarrian puis le singulier devint un pturiet le mot qualificatif en ne fut plus sep.trc du mot propre, et, dans cette altération !a rue do~.s jE'M~MarrMK~ signifia celle de messieurs (tuât t'ian. Les ignorants qui lui donnèrent le baptême fiançais i appetérent la rue ~anenMC.

Par l'effet d un contraste moral que re!evait !e ca) acto'c de nés ancêtres toujours enclins à la ptaisanLt < .trtu dL' la <'o!n;)tit d'un host~ pauzat eu )a~carher~ de)s EngaârhfHK, .tirf' t.) !ion!t-Carr!ra. PreMt per man de mestre Loys Amielh l'an mil ))i t.XXXet XX) <if mars. Inventaire des titres de t'h&pitat du&unt-Esjtri: .i- Martine, t.i'J'.L f.:<).t05, aux archives de )'i)')te)-Dieti.


terie, la rue d Enguarrian fut aussi nommée la Bonne-Rue, parce qu'elle était pleine de femmes de mauvaise vie H en était ainsi à Aix où la rue anëctée aux prostituées avait te même nom

Ces femmes avaient, dans chaque ville, des rues pour leur infâme trafic, qui devint une profession reconnue et soumise à des règlements de police 3. A Toutou, on leur donna un quartier pour demeure~ on en fit de même à Arles s et à Sisteron". Au reste, dans la plupart des villes importantes, les administrations municipales plaçaient sous leur direction les lieux de débauche, que le philosophe Montaigne estimait nécessaires~. A Toulouse, du temps des premiers comtes, un établissement de prostitution avait été ouvert aux frais de la cité qui en tirait un grand bénéfice, et assurait ainsi le repos des femmes honnêtes*. Cette maison était située hors François d'Aix, Commentaire des statuts municipaux et coustumes anciennes de la ville de Marseille, p. 512.

2 Roux-Alphéran, les rues d'Aix, t. p. 21, 38 et 31.

De la Curne de Sainte-Palaye, Mémoires sur l'ancienne cbevaterie, t. H, p. 17; Saint-Foix, Essais historiques sur Paris, t. Ht de ses œuvres complètes, Paris. 1778, p. 315; Dulaure, Histoire de Paris, quatrième édition, t. H, p. 363.

4 Règlement municipal de Toulon fait dans le quatorzième siêde et cité dans les Promenades de Toulon ancien et moderne par Vienne, archiviste de la ville, i8ti, p. 52 et 53.

5 Anibert, Mémoires historiques et critiques sur l'ancienne république d'Arles, suite de la troisième partie, p. 361.

s Edouard de Laptane, Histoire de Sisteron, tirce de ses archives, t. p.469 et tf0.

Essais, liv. H, chap. xn.

s Catel, Mémoire de l'histoire du Languedoc, p. 187.


des murs et on l'appela la grande a66en/e A Montpellier, la prostitution légale avait aussi son asile aux limites de la ville, sous la garde des magistrats qui percevaient un impôt sur les femmes communes et sur leurs fermiers privilégiés~. L'une des rues où elles étaient reléguées s'appelait la rue Chaude 3. Il y avait aussi à Narbonne une rue Chaude qui était pleine de femmes débauchées A Nimes à Salon, à Beaucaire", on destina aussi des locaux au logement des courtisanes réunies en communauté, et le régime de ces maisons fut mis au nombre des services publics. On a beaucoup parlé de la maison publique d'Avignon que le gouvernement de la reine Jeanne fit régir par des statuts de 347, dont Astruc nous donne le texte qui est écrit en langue provençale Les uns en ont soutenu l'authenticité~ les autres n'ont vu là qu'une mystification 9. Quoi qu'il en soit de cette controverse, une maison municipale de débauche dut Pierre Dufour, Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde, t. IV, p. 2:M et suiv.

Pierre Dufour, même ouvrage, t. IV, p. MO et suiv.

3 Germain, Histoire de la commune de MontpeHicr, t. II. p. 371. 4 Histoire générale du Languedoc, t. IV, p. 509.

5 Mënard Histoire civiie, ecclésiastique et titteraire de la ville de Nimes, t. II, p. 118, et aux Preuves, p. 138;- t. IV, p. M, et aux Preuves, p. 98 t. VI, p. 66.

6 Le président Fauris de Saint-Vincens, Précis d'un mémoire sur les monnaies, tes rits, les mœurs et tes usages du quinzième siècle en Provence. Aix, 1817, p. 75 et suiv.

Traité des maladies vénériennes, édition de tTt8, t. L, p. 2 03 et suiv. s Pierre Dufour, ouvrage cité, t. 4, p. S5i et suiv.

s Jules Courtet, Revue archéologique, deuxième année, Paris t845 p. 158. et suiv.


exister à Avignon comme dans les principales villes de Languedoc et de Provence, et l'on peut assurer que les curieux statuts du .BoM~eoM privilégié de la cité papale la prostitution s'était installée à la mode italienne, sont, de tous points, conformes à l'esprit et aux mœurs du quatorzième siècle.

Au moyen-âge, une incroyable débauche fut la suite de la grande disproportion qui existait entre les deux sexes, car après les Croisades on comptait presque généralement en Europe sept femmes contre un seul homme' Les preuves de cette débauche publique sont écrites sur tous les monuments de l'histoire, et ceux qui vantent la pureté des mœurs de nos ancêtres en parlent à leur aise et sans en rien connaître. A Marseille, la débauche publique fut réglementée de bonne heure et de toutes façons. Les statuts municipaux défendaient aux femmes perdues d'avoir leur résidence dans le voisinage des églises et dans celui du monastère Saint-Sauveur, de porter des habits riches, des pierreries et des couleurs éclatantes, pour qu'on ne les confondît pas avec les femmes honnêtes. Lorsque les prostituées contrevenaient à cette loi, on les condamnait à une amende de soixante sous royaux couronnés, et celles qui ne pouvaient la payer recevaient publiquement le fouet Les femmes im< Kust Sprengel, Histoire de la médecine, traduite de t'atiemand sur la seconde édition par Jourdan. Paris, t8i5, t. H. r. 376.

2 Statuta etCt<.JtfMStH<h&. Y, cap. XlI, t.'e MercfWct~M! fol. <C6, aux archives de la ville.


pudiques ne pouvaient a!)er aux bains qu un jour de chaque semaine et ce jour était le lundi. Toute contravention à ce rég!ement de la part des teneurs de bains était punie d'uue amende de soixante sous royaux couronnés; la peine contre les femmes ellesmêmes était arbitraire

Le comte de Provence percevait à Marseille en <385 et !es années suivantes, un droit qu'on appelait euran peloux, redditus CMmMM~pe~oM~ qui était établi sur la prostitution. Les voisins de la rue dels Enguarrians, ou de la Bonne-Rue, demandèrent par deux fois, le i 1 janvier et le 15 juin 495, que les femmes publiques allassent demeurer aiiieurs". Il parait que cette anhire n'eut aucune suite, et la plaie de la débauche ne fit que s'étendre et s'envenimer. En exécution d'un arrêt du parlement de Provence qui avait ordonné d'établir un bourdeau à Marseille, le conseil municipal de cette ville mit l'affaire en dénbération le C février 343, et s'en occupa encore le !5 mai et le 28 octobre ~5M-, le 26 février '!545\ La ville acheta du nommé Claret un terrain sur la ~{fttMta ttettutts Wf!S<tHe, <th. V, co~. ~f,depfa/tt6<ttct(e ~ac(uJMdeM et m<;f:h'i<&:<if Mf A'!H< <? ~<MpM d'~&M~ pfoAe&:<<.<, fol. 107 recto. 2 Délibérations du conseil municipal de Marseille du 11 et du 13 mai t385, dans le registre des délibérations, t384-t385, aux archives de la ville. 3 ftem dos instruments ambe las soplicassions a causa de la mutassion det bordel et BoDa-Carreria, escrits l'an mil JV LXXXXV et XI de genover et l'autre a XV de jun. Inventaire des titres de t'Mpimt Saint-Esprit de Marseille, t3')'.), fol, 7t, aux archives de l'Hôtel-Dieu.

Libvre des esteetious.deiibe'ations et réformations du conseUetanttret actes de la ville de Marseille, du 11 t.~vembre t.i43 au 28 octobre t548, fol. 88 recto, et jt.trUf ~u r~i-.tre s;m;' )):)na)iun chin'rec; aux archives de la viUe.


hauteur des Moutins, assez près de tHôiet-Dicu. Mais comme ce terrain était scrvifc au chapitre de, la Major qui voulut le retenir par droit de prétation la ville se vit obligée d'abandonner t'entreprise'. Le projet d'une grande maison publique pour y loger les femmes de mauvaise vie fut repris par la ville de Marseille quelques années après. Le 3 novembre ~5Sa, le conseil municipal chargea les consuls de la construction d un local « pour faire retirer <' les filles faillies et vivant indignement pour obvier « aux inconvénients que journettement advenaicnt a « tautte de ladicte maison )). Mais il paraît que cette anaire en resia là car nous n'en voyons plus aucune trace.

Les prostituées continuèrent, à Marscitie, à s'établir non-seulement dans la rue f~.s EM~Marna~, mais encore dans plusieurs autres rues, principalement au quartier de la Roche-dcs-Moutins~. Les agents de prostitution étaient nombreux. Les comtes de Provence avaient promulgué contre eux des lois pénales 4 que la licence générale des moeurs fit tomber Registre des dëUbcrations (ht ~'onsftt mnnic)patdeMarsei))e,t5Ki-t549, fol. tt5 verso et <3 recto, aux mêmes archives.

2 Registre dss délibérations du conseil municipal de Marseille, t554-t556, fol. CS verso, aux mêmes archives.

3 Grosson, Almanach historique de Marseille. 1788, p. i95.

< SiatMtft pfOt'ttMM; Foft'ft~MO~H'~Me <'o)H<<MtM<iM; OtH) co)Mme)tta)'«< Masse. Ai\, <;<98, p. r?t et suiv.– Statuts et consternes du pays de Provence, avec les gloses de Masse, par de Bomy, Aix M20 p. M2 et suiv.– Les statuts et coustumes du pays de Provence, par Jacques Morgues, Aix, t642, p. 29< et suiv.– Nouveau commentaire sur les statuts de Provenre par Ju)i''n. Aix, t778, t. t, p.< et .50.


en désuétude, et les ~M~Mms, car c'est ainsi qu'on appelait ces infâmes entremetteurs, purent dès-tors compter sur une impunité scandaleuse.

Le conseil municipal de Marseille nommait chaque année, sous le titre assez impudique de Subrestans du CM~M peloux, des commissaires chargés de l'exécution des règlements de police sur les prostituées mais ces commissaires exerçaient leurs fonctions avec une négligence excessive, et leur élection finit même par n'être qu'une chose de pure forme, dans le débordement des plus mauvaises moeurs. En t656, un grave jurisconsulte marseillais n'avait que de t'indutgencc pour les passions amoureuses, « veu que cette « fureur a des charmes puissants, et que ny la pru« dence ny la sagesse ne servent de rien où la force « commande a A cette époque la coutume seule maintenait les commissaires dont l'emploi était dérisoire, et l'on en pourvoyait les hommes les plus ridicules. En t654, on nomma Peyron Torticolli 2. L'année suivante, le procès-verbal d'élection aprèa avoir rendu compte du choix de tous les officiers communaux, se termine par ce quatrain Finalament sur le Curan pe~oM-r,

JeffMme Sarville ~OM renoux,

Et eroMcAe~oMr d'aquella affaire

LoM gros Dardani ~OM ~M«<nre~.

François J'Atx, Commentaire cite, p. 513 et 5t4.

Registre 5t des déUbëratioM municipales de Marseille, fol. 577, aux arde la ville.

3 HfgiMre 55, fol. 225.


Les trois consuls de Marseine, Jcan-Bapiistc de Villages, Joseph Beo!an et Dominique Truc, présents à la séance demandèrent acte de cette nomination, et ils la signèrent au milieu de l'hilarité générale. Les choix faits les années suivantes ne furent pas plus sérieux. En ~657, on nomma François Pedas, ~OMpQfpct~OM~c'.En ~658 et 1659, on élut Roubaud que le peuple appelait loti ~OM~pe/a~'c, et que les gens se piquant de parler français nommaient la trompette crtminet!e\ Après elle on n'émt plus personne, car la farce était trop usée. Le propre des anciennes administrations de Marseiue était de coûter peu et de rire beaucoup.

Registre 57, fo). 430.

Registre 58, fol. 379, et registre 5H, fol. tTU.


RUE DES GRANDS-CARMES.

La rue des Grands-Carmes, qui va de la rue SainteMarthe au boulevard des Dames, s'appela d'abord la rue de i'Annonerie-Haute, Carreria Annonarie<SMpenon.s en latin, et Ce~W~'a! de l'AnnonariaSobeirana en provençal, parce que la communauté y avait établi une halle ou un marché au blé. Ce nom de rAnnoncrie-Haute a quelquefois été donné à la rue Sainte-Marthe mais il paraît que c'est par l'effet d'une erreur ce qui ne laisse pas de jeter une incertitude fâcheuse et de grands embarras dans l'étude des titres relatifs à l'histoire de cette rue.

La halle au bté ayant disparu, te nom n'en resta pas moins à la rue pendant longtemps encore mais Registre B des rcconnMssMCM des censes et directes de t'h&pit~ SauttJacqucs de Ga)ice,fo). 227.– Registre Bdes censes et directes de l'hôpital Saint-Esprit, fol. M3, aux archives de t'cl-Dieu.

2 M. Mortrcui), l'Hôpital de Sainte-Marthe, Marseille, t85C.


enfin il fut remplacé par celui des Grands-Carmes'. L'église de cet ancien couvent a sa façade sur la p)ace a laquelle il a donné son non), et F un de ses côtés longe la rue qui lui doit aussi le sien.

Des religieux du Mont-Carmet, en Palestine, venus a Marseille vers le milieu du treizième siècte; bâtirent au quartier rural d'Aigatade un monastère qui n était pas encore achevé en ~265. Ce fut le premier de cet ordre en Europe. Ces moines construisirent, environ trente ans après, une autre maison dans t intérieur de la viue, des deniers de la riche tamiHe (h' Monteous qui voulut attacher sa gloire à cette fondation. En i603, on rebâtit i'cghse du couvent, qui était en ruine, et tes aumônes de la confrérie de Notre-Dame-du-Saint-Scapuîaire, qui taisait ses dévotions dans cette éghse~, sumrent à la dépense. La ville se borna à donner, en <6~9, un secours de cent cinquante livres pour t'achcvement du presbytère".

Une maladie pestilentielle ravagea une partie de !a Provence en 1629, et les consuls de MarseiHe Philippe de Félix, sieur de la Reynarde, Lazarin de Servian et Elzéar Faravel firent vœu, pour fléchir te courroux du ciel, de donner a la Sainte-Vierge une On les appelait Grands-Carmes pour les distinguer des Carmes-dëchau-cs ctahtis à MarseiUe en 1()32. Ces derniers avaient, leur couvent au comn~'tn'f.ment de la rue Paradis et à peu près sur les terrains où l'on a ouvert ta ruetta'io. t~'exceitence de la dévotion au Saint-Scapulaire vulgairement appc)ë le petit habit de Notre-Dame-du-~tont-Carmet. Marseille, chez la veuve tirehinn

tTM.

(irosson. Atmanach historique de Marseiite, )78'7, p. 89.

9


lampe d'argent pour brûler Mns cesse devant le maître-autet de i'éghse des Carmes, et la ville s'engagea à donner toutes les années dix-huit livres pour l'huile. La première pierre du clocher fut posée, le 3~ mars 164 0, en présence des consuls. Les confrères de Notre-Dame du Saint-Scapulaire firent placer dans leur chapelle l'image de leur patronne, en argent et en relief, que l'on admira généralement comme un chef-d'œuvre'.

On montrait aux étrangers et aux curieux un buste tenant au mur de taçade d une vieille maison de la rue des Grands-Carmes, à la hauteur du cordon du premier étage. Il était porté sur une console sous laquelle se dessinait une tête qui ressemblait à cette d'un loup. Autour de cette tète naissaient des feuilles d'acanthe qui, se repliant en arrière, enveloppaient toute la console sans servir immédiatement d'appui au buste, lequel s'étevait sur une espèce de socle arrondi d'où il sortait comme d'une cuve; il était nu par devant, une sorte de manteau se laissait voir derrière les épaules. Cette figure était barbue, et les mains se croisaient sous la poitrine. Un couronnement surmontait la tête et n'était que la forme de baldaquin dont sont accompagnées toutes les images d'anges et de saints dans les sculptures des églises gothiques~.

Kufii, Histoire ()f MarseiHc, t. !), p. 68 c! 60.– L'Antt({uitc de )\)ise de M..rspi))p t. U, p. 53t.

Stati-.t!(()n' fin (tëp:i)tf-mpn) ~)f"! ~fhc'-th)-Hh<)M, ). ]!, p. 4M(-f)U.


On s'appuyait sur la tradition pour dire que c'é!ait le buste de Milon que l'éloquence de Cicéron ne put sauver de l'exil à Marseille. Mais les traditions les plus anciennes ne sont souvent que des tables. Celleci, quoi qu'on en ait dit, n'avait pas même l'avantagc d'être de vieille date; ce qui n'a pas empêché Grosson de s'y laisser prendre, et il discute, d'après d'autres, la question de savoir si le buste de la rue des Grands-Carmes représentait Milon ou Saint-Victot qui reçut à Marseille la palme du martyre Millin mieux avisé, n'a vu là qu'une mauvaise sculpture du quatorzième ou du quinzième siècle, représentant te Christ après la ilagellation~.

On s'était imaginé qu'il y avait à Marseille un autre monument en l'honneur de Milon qui pourtant ne résida pas longtemps en cette ville. Rappelé par le pré teur Célius, il fut tué dans la Calabre pendant lii guerre de César et de Pompée. On n'en crut pas moins voir son cénotaphe en marbre blanc dans la maison de M. de Sommati.

Le docte Scaliger visita la Provence en 1583. Ln ville d'Aix lui plut comme un séjour d'étude. Il lui fut donné d'admirer des richesses bibliographiques, de belles collections d'objets d'art et d'antiquité. A l'école de droit il assista à plusieurs examens, et fut Grosson, Recueil des antiquités et monuments marseiUois, jj. H2-t)S. 2 Voyage dans les départements du midi de la France, t. 11I, p. 2()i !'t ~m. La maison qu'on disait être celle que Milon avait habitée et qui ne pouvait pas avoir une date aussi ancienne fut démolie, it y a trente-six ans a peu pr. i, pour faire place à une nouvelle construction. Le buste a disparu depuis L~


satisfait de leur rigueur. Mais que put-on lui montrer à Marseille, bazar bruyant où bourdonnait l'esprit mercantile? Scaliger n'y vit que le cénotaphe auquel on attachait le nom du citoyen romain qui tua Clodius. Et pourtant, pour trouver à Marseille des statues, des inscriptions, des médailles, des débris épargnés par l'injure du temps, il ne fallait pas de grands efforts; on n'avait qu'à creuser la terre où vint s'asseoir cette fille de Phocée, belle de tout l'éclat de la civilisation Ionienne. Mais, selon le témoignage de Rum, on emportait bien vite ces restes du génie antique dont s'enrichissaient chaque jour les cabinets des amateurs étrangers, « y ayant fort peu de Mar« seillais qui aient passion pour semblables cu« riosités' »

'Kufti,Histoire de MarseiUe.t.H,p.SU.


PLACE ET RUE DE LOHETTE.

L'ardeur des Croisades conduisit a Marseille une foule de pèlerins; et comme la plupart avaient plus de foi que d'argent, ils se voyaient accablés de fatigue et de misère en arrivant dans cette ville, et demandaient à ses hôpitaux des secours que ceux-ci ne pouvaient pas toujours leur donner. Ce fut pour satisfaire à ces nécessités de bienfaisance que l'on fonda à Marseille, en l'année ~00, la maison de SaintJacques-des-Épées pour les pauvres voyageurs dont l'embarquement et les intérêts furent protégés par nos statuts municipaux avec une sollicitude remarquable 1. Le nom de Saint-Jacques-des-Ëpées était celui d'un ordre de chevalerie espagnole fondé dans le royaume de Léon, en ~160 suivant les uns 2, dix Statutar Jtfa~ti.j lib. IV, cap. xn, fol. 96 recto; cap. M~, fol. 10t recto; <p. xxvtt, fol. 102 recto; cap. xxix, fol. 102 verso; cap. x~x), fol. 103 verso, aux archives de la vU)e.

De la Rofjuf, tr~t' <k !.< nohh's-.t', p. :tT'.<.


ans après, suivant lesautres~pourrésisterauxMaures, lesquels troublaient la dévotion des pèlerins qui aliaient à Compostelle visiter le tombeau de saint Jacques. Ces chevaliers furent mis, en L175, sous la régie de Saint-Augustin, et firent voeu de chasteté mais plus tard le pape Alexandre II! leur ayant permis de se marier, ils ne le purent faire sans l'autorisation écrite du roi. Plus tard encore ils ajoutèrent à leurs vœux celui de défendre l'Immaculée Conception de la Sainte-Vierge.

Les chevaliers de Saint-Jacques-des-Epées avaient «ne robe blanche et un chapeau de même couleur, et, pour marque plus spéciale de leur ordre, ils portaient sur la poitrine la croix rouage fleuronnée au pied long en forme d'épéc. Leur tête était rasée de manière à ngurer une couronne.

L'hôpital de Saint-Jacques-des-Epées de Marseille n eut jamais beaucoup d'importance. Je ne vois, en 1399, que onze lits dans la salle des hommes et trois dans celle des femmes*. Le total des dépenses ne fut, en cette année, que de 57 liv. 10 sous 4 deniers~. Son mobilier était assez misérable.

Histoire des ordres monastiques, retisitux et militaire! et des :ongrëgation< St'-cuUeres de l'un et de l'autre sexe. Paris, t7t4, t. 2, p. 346 et suiv. 2 Registre intitule: A nom de Diou sia amen, en l'an que on cant<t MCCCXXXXVm a XXU! de) mes de jun son faist aquest Cartolari e fes )o far L~urens Paul prio de la luminaria de Sant-Jaume ambe ses companons. Rectos Je la tumenaria det dich mesenhor Sant-jaume fol. 12 recto, aux archives de m&tet-Dieu de Marseille. Ce registre important va jusqu'à t'annëe !H9.

3 Memerfgi<trc, M 31 verso.


L ne confrérie d liommes et de femmes, sous te titre de luminaire de monseigneur Saint-Jacqucs-dcsÉpées, coK/a~r~ e coM/'ro!/rc~~ de ~MMen~nft (~ mo~en~or ~n~-JaMMf-df-~s-F~M.! subvenait aux frais d'entretien de cette œuvre au moyen d une souscription.

il y avait dans cette confrérie, et) i année dont je parle, cent quatre-vingt-onze hommes et trente-sept femmes, presque tous recrutés dans les ctusses ouvrières. Nous voyons cent trente-six confrères et trente-trois cûM/h~ en 4o2 Quetques-uns de ces associés appartenaient à ia classe bourgeoise; tous les autres étaient des gens du peuple. Un seul avait un rang éievé; c'était Jacques deCandole. Le nombre des membres de cette association charitable alla toujours eu diminuant. On ne comptait, en t678 que soixante-six hommes et seulement onze femmes 1 parmi lesquelles figurait Janone de Fabas, prieuressc de Saint-Sauveur. Leur nombre cependant se releva un peu quelques années après*.

La confrérie avait à sa tête quatre prieurs nommés pour deux ans et renouvelés chaque année par moitié. On taisait tous les ans une quête pour cet hôpital qui n'eut jamais que de faibles ressources. L'oeuvre deSaint-Jacques-des-Ëpées possédait une U\re tht luminaire <ie Saint-Jacques-des-Ëpces, de <f52 à 1487, grand )n-4", premlefes p~ges, aux archives de m&tp)-Dieu.

En i48'7, il v avait cent vingt-six hommes et dix-huit femmes. C'est la dernière année '!u registre citC, et après tc~uc) une grand'' et rf'n;t)ah)o (acune se niNinfc-.te dans ic< ..rchhcs de t'XAtct-Picn.


petite église coutiguë à son local, et des prêtres séculiers la desservaient. Le2 septembre ~43, la confrérie acheta une maison attenante pour agrandir ce local'.

Ses quatre recteurs cédèrent, par acte du 30 décembre 1555, au père Olméon, provincial des Serviles, la maison et l'église. Pierre Boqueri, vicaire général du diocèse de Marseille en l'absence du cardinal évoque Christophle de Monte, fit procéder à ) installation de ces religieux par le notaire Alpbanti, en présence de plusieurs personnes parmi lesquelles on remarquait Jean Fabri, dit Samsaire, dont l'initia)i\<; et l'influence avaient eu tant depart dans l'appel des Servites à Marseille qu'on lui donna le titre de fondateur de leur couvent

La maison cédée aux pères Servites devint leur couvent, et l'église de Saint-Jacques-des-Ëpées desservie par eux prit dès-lors le nom de Notre-Damede Lorette. Quelque temps après, une congrégation de laïques se forma à Marseille sous ce dernier titre ci se réunit dans la même église pour ses exercices pieux'

Lh're 0 des créahons et esteetions des recteurs de i'h&pitai Samt-Jacquesdt's-Ëpec' p. 4~, aux mêmes archives.

.4e Jointe jt''a&ftj dicto SattMatfe, /t<t6tta<o''e pre«'MtM civitatis .W(MSt<t<F, p)'t)HO y'MtnifttOfe dtetfB ciutt«!M <u<d<)K co<tee;i(MS oc /'e!M)tM. L'Anttqmtë de l'église de Marseille, t. )! p. 173, à ta note.

3 Livre des institutions et règlements de la fondation de la luminaire et hospM de Saint-Jacques-des-Épëes où togent les pèlerins de ceste cité et ville de MarseiUe, aux archives de rtMtet-OMU.– Voyez aussi t'Antiquite de t'ëgUsede Marseille, t. p. <?;).


Ce fut alors que la place où l'œuvre des pèlerins. le couvent des Servites et leur église étaient situés, prit le nom de Lorette, et qu'on donna le même nom à la rue qui va de cet te place au boulevard des Dames. Ce nom de Lorette ne fut pourtant pas donné tout d'un coup, et il y eut, comme on le vit ailleurs en d'autres circonstances, une assez longue transition pendant laquelle la place et la rue dont il s'agit ici portèrent en même temps deux dénominations. Une partie du peuple ne cessa d'employer l'ancienne qui était celle de Saint-Jacques-des-Épées, et nous le voyons encore dans quelques actes publics du dixhuitième siècle Ce n'était là qu'une exception, et le nom de Lorette était alors à peu près général. Mais le plus ancien nom est celui de CavuiUon il existait à la fin du treizième siècle, avant l'établissement de l'hôpital de Saint-Jacques-des-Épées 2. C'était le nom d'une famille marseillaise, et il finit par devenir celui de l'un des quatre quartiers de la ville Un acte du 16 juillet 1739 parle de la rue Saint-Jacques-des-Ëpées, dite (t présent la GfftM~e ftM de Lorette. Nouveau registre E, des reconnaissances des censes et directes de l'hôpital Saint-Jacques de Galice, fol. 103, aux archives de l'Hôtel-Dieu de MMs"Ute.

En tTT2, cette rue était encore quelquefois appelée Saint-Jacques-des-Epées. Même registre E, L paMMtt.

2 Ce nom de Cavaillon exista même après la fondation de ['œuvre de NotreDame-des-Epées. Voyez, entre autres, l'acte du 2 avril 1339, notaire Jean de Salinis, dans le Cartulaire de ce notaire, aux archives de la ville. Le nom de Cavaillon était encore donné à cette rue en 1413. Voyez le registre B des censes et directes de l'hôpital Saint-Jacques de Galice, fol. 271, et suiv., aux archives de la ville.

3 Les trois autres étaient Corps-de-viHe, Blanquerie et Saint-Jean. Le quartier de Cavaillon, représentant à peu près l'ancienne ville hante de Marseille, compre-


La place et la rue de Lorette n étaient pas l'asile des bonnes moeurs, s'il faut en croire un vieux dicton populaire peu flatteur pour la vertu du beau sexe, Leis ~o.< de /.oretJ

Pouedon pas couchar soulettos.

Le fameux Pierre Libertat qui, dans la journée du ~7 février 't596 assassina, par ambition et par cupidité, son bienfaiteur le premier consul Charles de Casaulx, était logé dans la rue de Lorette, en face de la rue Sainte-Claire. Gorgé de biens, comblé de puissance et d'honneurs, il ne jouit pas longtemps du fruit de son marché avec le duc de Guise gouverneur de Provence, car il mourut le H avril 697, à la suite de grandes douleurs aux jambes et le peuple qui s'imagine toujours que les personnages sur lesquels il fixe ses regards ne peuvent pas mourir naturellement, surtout quand la maladie est rapide, crut que Libertat avait succombé à l'effet d'un bas de soie empoisonné*.

Guillaume du Vair, ancien conseiller au parlement de Paris, et l'un des esprits les plus distingués de son temps, était alors à Marseille où le roi Henri IV l'avait envoyé pour présider la chambre souveraine de justice chargée d'y tenir les grands jours, en vertu nait les quartiers actuels de la Major et des Grands-Carmes. Au quatorzième et au quinzième siècle, la ville était divisée en six quartiers, appelés sixains et classés d~r<! t'ordre suivant de Saiut Jean, des Accoutes, de h Draperie, de Saint-Jacques, de Saint-Martin, de la Calade.

< Grosson, Almanach historique de Marseille, <T8t, p. 3t2.

Ruffi, Histoire de Marseille, 1.1, p. 437 et M8.


des anciens privilèges de la cité. Au commencement de 597, du Vair ouvrit les audiences à Marseille par un discours qu'on peut lire dans ses oeuvres'. Chacun vantait le savoir et l'éloquence de ce magistrat d'élite qui devint plus tard premier président du parlement d'Aix, puis évêque de Lisieux et par deux fois garde-des-sceaux de France. Un historien de Provence l'appelle « l'oracle la colonne de justice, « la merveille de son siècle ». Il vanic « l'or et miel « de sa langue~ H. En rejetant l'exagération de ce style emphatique, on peut dire en toute vérité que Guillaume du Vair obtint de beaux succès dans la culture des lettres. Digne précurseur de Pascal, il fut l'un des premiers prosateurs qui formèrent la langue française

Du Vair, représentant onicie! de i autorité royale à Marseille, voulut que les plus grands honneurs fussent rendus a la mémoire de Libertat auquel, après tout, Henri IV devait la réduction d'une ville considérable. Le corps du défunt fut embaumé, et on l'ensevelit, le ~6 avril, dans !'éghse du couvent de l'ObLes <JE)tvres politiques, morates el meslées du sieur du Vair. Edition de Cologny, t(it7, p. 243 et suiv.

s César No!!tr:nlamus, Histoire de Provence, p. t080.– Additions et Uhtstrations sur les deux tomes de i'Histoire des troubles de Provence par Pierre Louvet, seconde partie, p. 387 et suiv.

3 César Nostradamus, t'Entrée de la Hoyne en sa ville de Salon. Aix, chez Jean Tholosan, 1602.

< Le P. Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des pairs, des grands officiers de )a couronne, etc., troisième édition, ). Vi, p.<? 1).


servance' avec une pompe extraordinaire. On eu) beaucoup moins fait pour uu grand citoyen, pour un héros de désintéressement et de patriotisme. Le peupie, qui suit toujours le char de la fortune et se prosterne devant tous les vainqueurs se joignit aux amis de Libertat dont les funérailles eurent une pompe émouvante. Le président du Vair mena le deuil à la tête de la compagnie souveraine.

Après le service religieux, les magistrats et les principaux personnages du cortège accompagnèrent le père et les deux frères de Libertat jusques à la maison du défunt. Des flots de peuple inondaient la rue de Lorette, cette de Sainte-Claire et toutes les rues voisines. Des spectateurs se pressaient aussi aux fenêtres. La pompe de l'appareil funèbre, le souvenir de Libertat, les circonstances politiques justifiaient cet empressement, et d'ailleurs la foule, impressionnée par la grandeur du spectacle, était avide d'entendre un orateur de renom dans une cérémonie solennelle, et je dirai aussi dans une épreuve dinicile. Selon la coutume de Marseille à cette époque dans les enterrements de personnes considérables, celui qui menait le deuil avait à prononcer, au retour de l'église réloge public du défunt sur le seuil de la porte de la maison mortuaire. C'est ce que fit Guillaume du Vair, et il usa amplement du privilége d'exagération et même de mensonge que s'arrogent tous les harangueurs officiels tous les faiseurs d'oraisons funèbres.

'Rufti,Histoire ~('Marsei~e. t.p. !:)7ett:)8.


Le président de la cour souveraine parla d abord de la nob!e origine de Libertat. Vers la fin du quatorzième siècle, Bayou, son trisaïeul, habitait, dans la Corse, la ville de Calvi courbée sous le joug de deux tyrans qui voulurent la livrer aux Espagnols. Mais Bayon, vengeur des droits de ses compatriotes, hasarda courageusement sa vie dans une entreprise contre ces deux oppresseurs qu'il tua de sa propre main, et il rendit ainsi la liberté à sa patrie qui lui donna le surnom de Libertat, dans les transports de sa reconnaissance. Baptiste son fils se distingua par sa valeur guerrière en Sicile et en Catalogue, et il laissa un fils nommé Barthélémy qui vint fixer sa demeure à Marseille, où il vécut avec autant d'honneur que de distinction 4.

Suivant du Vair, Pierre Libertat fut l'instrument choisi par la bonté divine dans l'oeuvre de la réduction de Marseille. II le compare sans façon à Brutus, comme s'il suffisait de commettre un meurtre politique pour avoir le grand cœur du dernier des Romains. Du Vair épuisa avec trop d'emphase toutes les formules d'une admiration sans bornes pour Libertat « dont l'âme généreuse jouissait dans le ciel « d'un bonheur éternel ». Pour adoucir les regrets de ceux qui le pleurent, on n'a, dit l'orateur, « qu'à « leur représenter la gloire immortelle qu'il a acquise, Ces détails biographiques sont, à mes yeux, des fab)es inspirées par la vanité de la famiUe de Libertat qui trompa li bonne foi de Guillaume du Vair. On sait que cette famille était originaire de Corse, et c'est sente chose qui soit authentique.


« non à Marseille non en Provence, non en France, « mais par tout le monde non pour le temps de sa <f vie, non pour le temps de la rostre, mais pour les « siècles à venir. C'est une consolation en laquelle « ceux qui l'ont aimé peuvent prendre part. M Puis, du Vair s'adressant a la famille de Libertat « Vous, son père et ses frères, vous y avez droit de « préciput car outre que vostre nom vous fait parti« ciper à l'honneur et a la gloire d'~ défunt, vous « jouissez et jouirez encore de la bienveillance de « tous vos concitoyens, laquelle il vous a acquise par « son mérite. de sorte que pour un enfant ou « un frère que vous avez non pas perdu, ains esloi« gné de vous, il vous en demeure cent mille ici bas « qui vous rendront la mesme afîectioa, les mesmes « offices que vous eussiez peu attendre de lui. Quel « plus doux charme pourrait souhaiter votre douleur? & Après cela, quelle consolation vous peut manquer? « Mais je fais tort à vostre vertu, si je crois que vous « ayez besoin de consolation vous, dis-je, qui estes « de cette glorieuse tige dont est sorti le plus signalé « exemple de magnanimité qui soit apparu en ce <c siècle. Vivez donc, et vivez heureux, et consolés, « et contents, car la gloire que le défunct a acquise à « votre nom est plus que sumsante pour vous en « donner tout sujet'. »

A ne considérer que le style et sans tenir compte i Les OEuvres politiques, morales et meslées du sieur du Vair, édition citée, p. M2 et suiv.


des pensées c était un assez beau langage pour cette époque de transition entre l'idiome d'Amyot et de Montaigne et la langue des grands écrivains du siècle de Louis XIV.

La mort et les funérailles de Pierre Libertat furent pendant longtemps un sujet d'entretien à Marseille surtout dans le quartier de Lorette ou sa famille et lui-même avaient toujours demeuré. D'ailleurs l'émotion populaire fut alimentée par les honneurs qu'on lui rendit ep~ore après ses funérailles, comme si tout ce qu'on avait fait pour lui ne suffisait pas. Mais il n'est pas de bornes à l'enthousiasme des factions triomphantes, et rien n'arrête l'esprit de parti dans les égarements de son ivresse. Il ne saurait jamais trop faire pour ses idoles, quelque méprisables qu'elles soient. Le 8 novembre !598, le conseil municipal de Marseille délibéra qu'une statue d'airain ou de marbre serait élevée à Libertat, et que pour honorer perpétuellement sa mémoire, le viguier et les consuls assisteraient en cérémonie à un service funèbre, le 7 lévrier de chaque année, dans l'église de l'Observance, aux frais de la ville' Le clergé institua aussi Registre 23 des délibérations municipales, i59T-<599, fol. iu5 verso, aux archives de la ville.

Par autre délibération du 29 juillet 1610, (registre 25, 1606-1610, fol. 398 recto) la statue en marbre fut placée sur la porte royale et l'on grava au bas l'inscription suivante composée par l'avocat Lazare Cordier

Occtstts j'wtie Merta; Casalus armis,

Laus Christo, urbs ffj/t, M&e)'tas sic datur urbi.

C'est la même statue qui, au dernier siècle, fut placée dans le grand escalier de t'Hotet-de-Viuc qui en fut ensuite pnteYëe, puis remise, puis enlevée encore.


une procession générale qui se faisait encore en 1692'. A cette époque, l'hôpital de Saint-Jacques-desÉpées continuait de fonctionner sans bruit, mais en restant fidèle à sa mission modeste. Au mois d'octobre 4 696 des lettres-patentes du roi mirent t'HôtetDieu de Marseille en possession des biens de ce petit hôpital qui n'eut plus d'existence propre, sans cesser, pour cela, d'avoir la même destination2. Ce vieux bâtiment de Saint-Jacques n'avait qu'un étage sur rez-de-chaussée~. Enfin le roi, par lettres-patentes du mois de juillet 4766, l'annexa à l'Hôtel-Dieu. D'un autre côté, un arrêt du conseil supprima, en 4775, le couvent de Notre-Dame-de-Lorette qui n'avait plus qu'un seul religieux. Le 4 décembre il y a quelques années, et pour toujours, je le pense du moins, car c'est justice. Le service funèbre se fit avec le cérémorial exigé jusqu'au mois de février tfMM. L'administration municipale crut devoir s'arrêter à la clôture de ta période séculaire. Mais la famille de Libertat réclama pendant longtemps, attendu que le service avait été fondé à perpétuité. En 1716, la question fut soumise au jugement des commissaires royaux dëtëguës par la cour pour statuer sur la situation financière de la vitte de Marseille et sur d'autres affaires importantes. Ces commissaires décidèrent que le service funèbre en l'honneur de Libertat serait continué; fais un seut ëchevin, accompagne de deux capitaines de quartier, y assista sans chaperon. Voyez le cérémonial de la ville de Marseille, p. 504. Voyez aussi l'article du 23 décembre 1717, dans le But etaire de 17161717, aux archives de la ville.

Ce service se fit aussi sans bruit et sans éclat jusqu'à la révolution de 1789, Ainsi que l'attestent les offices propres des saints de i'ëgiise de HarseiMe; officia propftft sancto~MM M<M<tHe)ti.M Me~Mta;, p. 206.

2 Mémoires sur l'établissement, les revenus, les charges, etc., de l'Hôtel-Dieu de Marseitte, du tC février t750, dans le registre des délibérations du bureau de cet hôpital, du 29 novembre 1771 au 31 décembre 1750,' aux archives de t'Hôtet-Picu.

3 Inventaire des meubles de l'hôpital Saint-Jacques-des-Péterins de Marseille, du 4 novembre IMT, dans le registre 50 des délibérations du conseil municipal, fol. 1, aux archives de ta ville.


H83, les recteurs de l'Hôtel-Dieu reprirent un projet que leurs prédécesseurs avaient discute en t698 et qui n'avait pas eu de suite. C'était de placer dans l'Hôtel-Dieu même l'asile des pauvres passants Des dimcuîtés s'y opposèrent encore. Le 7 avril 784 le bureau délibéra de loger les voyageurs indigents dans une maison que l'Hôtel-Dieu possédait à la rue des Bannières, et de vendre les vieilles bâtisses de la place de Lorette*.

Les enchères publiques furent ouvertes le 38 octobre suivant, et le sieur Gandy rapporta l'adjudication au prix de 3,6So livres qui servirent à l'achat des maisons nécessaires à l'agrandissement de l'Hôte Dieu 3.

Registre S des délibérations du bureau de l'Hôtel-Dieu de Marseille, tin U mai tTSC au 3i décembre i786, fol. 103 verso, aux archives de i'H<ttet-Dif)). 2 Même registre, fo). 115 recto et verso.

3 Livre Trésor de l'hôpital de i'Hotet-Dieu de Marseille, t7TO a 1786, fol. tOt et suiv. Livre des recettes et dépenses des trésoriers de la nouvelle bàtisse de t'H&tet-Dieu, de 178i à 1793. Gestion du trésorier Gimon, année t"!S4. Registre S des délibérations du bureau de l'Hôtel-Dieu fol. t«i recto; aux s)chites de rHttet-Dieu.


La rue de Sainte-Claire est. mentionnée dans un acte du 6 juillet 1332, aux écritures de Philippe Grégoire, notaire à Marseille*. Mais cette rue n'est pas celle qui porta plus tard le même nom et qui le porte encore aujourd'hui. La vieille rue de Sainte-Claire n'était qu'un chemin public traversant un faubourg de Marseille, à une petite distance des remparts, au lieu où s'élève maintenant l'église des Recolets, et c'est là que le couvent des religieuses clairistes fut fondé en 't254. Il reçut des comtes de Provence de hautes marques de protection. Charles II lui donna, 7 le 27 avril 1298, une pension annuelle et perpétuelle de cent livres royales couronnées à prendre sur les condamnations à l'amende prononcées par les tribunaux de Marseille, ou sur la claverie de cette ville, Arfhhe" de la \'iUe, C'urtit'r.

RUE SAINTE-CLAIRE


c est-à-dire sur les recettes municipales. Le roi Robert, tils de Charles 11, la reine Jeanne, la reine régente Marie de Blois, son fils Louis H, René, puis les rois de France, confirmèrent ce don, et quelquesuns de ces princes accordèrent même d'autres faveurs aux clairistes de Marseille

En 4337, la Provence épuisée, haletante, était en proie aux plus affreux désordres de l'anarchie et de ta guerre. Arnaud de Servole surnommé l'archiprêtre, ravageait te pays à la tête d'une troupe d'aventuriers ivres de sang et de rapine, soldats débandés de l'armée française après la malheureuse bataille de Poitiers où le roi Jean fut pris par les Anglais. Le 28 décembre 357, le conseil généra! de la commune de Marseille délibéra, dans un intérêt de défense et de salut public, de raser jusqu'en leurs fondements les faubourgs voisins des remparts*. Le couvent des clairistes fut ainsi condamné à la démolition mais ii parait qu'il ne la subit qu'en 1359. Les religieuses, au nombre de dix-neuf, se réfugièrent dans 1 église de l'ancienne maison des Templiers à Marseille, et v demeurèrent environ deux ans, jusqu'à ce <jue !a construction de leur nouveau monastère fùt terminée~, à la rue dite alors de l'Escarlate, et qui fut appelée Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 65-&7.

2 Item placuit consilio quod doMM ~M'gOt'MM que iittttt ft)t<C metttft <tt MfUt. tur usque ad /«)t<ttmettht, j!tj'ta aHa re/'ofMKtta, et quod amem~etttMt* <ff)Mt<: et cenaus de revis et a taMtt! pro parte civitatis et etiain domittis demo) Mm jtt.c<<t formas. Registre des délibérations municipales, t35T-<Tt, scant'c ~0 28 septembre t35T, aux archives de la fi))'.

3 Ruffi, loco citato.


plus tard rue Neuve de-Sainte-Claire. On la nommait encore ainsi en 1 628 Le mot Neuve disparut enfin. Le 17 septembre 1694, l'église du couvent de Sainte-Claire, qui se trouvait dans un état de vétusté et de ruine, s'écrouta sans blesser personne 2. On se mit en devoir d'en construire une autre qu'on décora plus tard de plusieurs tableaux de Serre 3, Catalan de naissance, mais qui fit à Marseille sa patrie d'adoption, quelque chose de mieux que de beaux ouvrages de peinture car il s'y distingua, pendant la peste de 720 par sa bienfaisance et par son courage. Au commencement de < 794 quand les comités des terroristes de Marseille, serviles instruments des proconsuls conventionnels, frappaient de leurs verges de fer des troupeaux de captifs', l'ancien monastère des clairistes, vieil édifice tout délabré, fut changé en prison et la plus atroce tyrannie y entassa pêlemêle des hommes de tout âge et de. toute condition, négociants, cultivateurs, riches, pauvres, lettrés, ignorants, tous séparés naguère par la différence des rangs sociaux et rapprochés alors par l'égalité du malheur.

Registre R R des censes et directes de t'Hotet-Dieu de Marseille, tôt. 371 v'rso.– Nouveau registre E, t, des censes et directes du même hôpital, fol. 185. a Ruffi, ouvrage cite, t. H, p. 97.

3 Grosson, Almanach historique de Marseille, i7T3, p. 98.

4 H y eut à la fois jusques à 1500 personnes sous les verrous en divers lieux de Marseille. La maison des frères ignorantins de la porte Saint-Victor, le cotiëge de Beisunce et le couvent des dairistes servirent de prisons. CeUe du Patais-de-Justice, fort étroite et fort obscure, fut destinée aux prisonniers de ~'hoix, à ceux qui d'avance étaient condamnés à mort.


RUE DES GAVOTES.

Je vois déjà ce nom eu t33t. L'adnunistration de rbôpita! Saint-Esprit choisit la femme d'un nommé Pierre Ripert pour la nourrice d'un enfant trouvé. Cette femme demeurait à la rue des Gavotes~, ~t était peut-être gavote elle-même. Toujours est-il qu'il :y en avait beaucoup dans cette rue.

Les habitants de la haute Provence et d'une partie du Dauphiné, généralement connus sous le nom de Gavots, vinrent, dans tous les temps, chercher à Marseille les ressources et le travail que leurs montagnes ne pouvaient leur donner, surtout pendant les rigueurs de t'hiver.

Ces montagnards cherchaient à plaire à Marseille par une danse de leur invention qu'on appelait la BaiUa moHer de Peire Ripert que esta en taL earriera de las Gavotm. Registre des recettes et dcjMMes de l'hôpital SMUt-Esptj~, iMt-ISM. chapitre iatituté .MeMtOHs t!f BntHos. Aux archives de nMtet-OMU.


gavote <, et qui tenait son rang parmi les danses populaires en Provence: la farandole qui paraît nous venir des Grecs les o/t~M~ qui sont, dit-on, d'une origine sarrazine la ~ofe~Me aimée du roi René* let ~OM~.se~ et la ravergade dont nous parle Tallemant des Reaux 5 la ?M~a~ mise en vogue parles habitants des Martigues' ~'ctM~CK'~ût gaya et tiro r~CM~o que chante AntomusArena dans sesJoyeusetés macaroniques'; volte enfin, cette espèce de valse cetèbrequi fut, te 16 mars 154~, l'objet des censures de Jean-Baptiste Cibo, évoque de Marseille, parce que la décence n'y était pas observée

Honnorat, Dictionnaire provencat-franfais, au mot CfK'otft.

Guys, Voyage littéraire de )aGrÈce, t783, t. t. p. m.

3 Noyon, Statistique du département du Var, p. i9T.

4 Vicomte Villeneuve Bargemont; Histoire de René d'Anjou, t. 1! p. 8<. 5 Historiettes, seconde édition, t. p. 206.

c Honoré Bouche, Histoire de Provence, t, t, p. S21, et t. il, p. 6~8. 7 .4J SMM cuMtptM/ttOtKs, édition de 1758, ~oMt~ttu, p. 33, Ot et (}2. s Répertoire des travaux de la sofiëte de statistique de Marseitte, t. H, p. m

;-t )4U.


RUES DE L'ÉPERON, DU CHEVAL-BLANC ET DE LA CAMPANE.

La rue de l'Éperon commençant au coin de celle

de l'Oratoire et se terminant à la maison qui fait l'angle entre les rues du Cheval-Blanc et de la Campane, avait dans cet angle même, au commencement du quatorzième siècle, un cabaret sur la porte duquel un éperon était représenté en guise d'enseigne. Une sentence rendue, le 14 mars ~322!, par le juge Arnaud de Vaquiers, donne le nom de deux particuliers demeurant ~f~p~'o~ Dix ans après, un registre de l'hôpital du Saint-Esprit mentionne cette rue demeurait la nourrice d'un enfant abandonné~, et un jeune et riche fils de famille nommé Hyacinthe Bota, t Rctinaundo Rellaeedi et Gtcillelmo Vialli, civibus Massilie, eomorantibus ad ~ft:MM)tdojBeH<!)tdtet du notaire ~M!H,cte~MS greffier du juge Arnaud ad ~efotMtm. Cartubire du notaire RaimotidNoë,gfet'Ber du juge Arnaud de Vaquiers, 1322; aux archives de la ville.

2 Registre des recettes et dépenses de t'hôpitat du Saint-Esprit, 1332; aux archives de FiMtct-Dieu.


y possédait plusieurs maisons décrites dans un inventaire à la date du 4 janvier 348

Quant à la rue du Cheval-Blanc, ce fut aussi une enseigne d'auberge qui lui donna son nom. Cette auberge était réputée l'une des meilleures de Marseille, qui en comptait viugt-troisen~374 Celle du chevalbianc était tenue, en '!4.87, par le nommé Jean Guiton, et des députés de la Cataiogne vinrent y loger pendant trois jours aux irais de la ville qui paya quinze florins pour leur dépenser Cette hôtellerie soutint sa réputation dans le seizième siècle et l'on oyait aussi à Avignon une auberge renommée qui a\ait un cheval blanc pour enseigne'.

La fontaine de la place du Cheval-Blanc à Marseille fut construite en ~646. Les habitants du quartier offrirent d'en faire tous les frais, car la caisse municipale était presque toujours vide, et c'était là son état normaL Ils demandèrent seulement que la ville four-!i!t l'eau nécessaire a cette fontaine. Les consuls de Marseille, François de Bègue, Gaspard d'Amphossi ecuyers, et Louis Cbambon, bourgeois, considérant <{u it y avait tout à la fois dans cette offre « décore« ment et utilité pour le public sans qu'il en coustât autcune chose donnèrent leur consentement. En conséquence, Joseph de Saint-Jacques, conseiller du Au\ archives de la vi le; Chartier.

Ordonnance du tT novembre 1314 dans )e registre des detihërations des Si\ de la guerre, t37i aux archives de la ville.

Manditt du 31 juillet t48'?, dans le BaMet~tre de 1M5 a tMt aux arehn e? dt' h ville.

i L'dhbf de Sade, Mémoires pour la vie de PHtrarque, t. Uj p. 48R.


roi, Claude Léon, Jean Boudier, Benoît Basset, marchands', et François Caullet maître chirurgien, tous citoyens notables du quartier du Cheval-Blanc, passèrent, le 20 juillet, une convention avec Jean Pons, maître foniainier de la ville, lequel s'obligea, moyennant cent cinquante livres, « à faire bien et deument « ladite fontaine en sa perfection, icelle fontaine d'une « bonne pierre de tailhe de l'aulteur de six pans~ ». En 758, la ville refit la fontaine du ChevalBlanc, et y plaça un lavoir.

La rue dite de la Campane est mentionnée dans un acte de 659 mais il est très-probable que ce nom est beaucoup plus ancien. Il vient encore d'une enseigne d'auberge au-dessus de la porte extérieure ou l'on voyait une cloche, cawpa~a, en réalité ou en peinture. Seulement il faudrait dire rue de la Cloche, les noms des rues, originairement provençaux, ayant tous été francisés. Nous lisons dans un titre de "1708 le ~M où pend pour enseigne la c~~MM~. L'hôte se nommait Jacques Pourpre

Le mot de négociant était peu connu à Marseille dans le 17e siècle. On appe'ait mat'chfttttts de fo;;e les plus gran'Is commerçants. La qnaUScation de négociant n'est devenue commune qu'après 1720. Voyez le Mémoire présenté au nom de tit'nobtesse de Marseille qui demande à être réintégrée dans l'administration municipale de cette ville. Paris. 1750, p. t4. 2 Registre 48 des délibérations municip3)es,16t5-i3M,fo). 108 recto et verso aux archives de la nde.

S Livre coté X des reconnaissances passées par les emphitéotes de t'hûpita) général Saint-Esprit et Samt-taeques de Galie, de Marseille, p. 36 aux archives de t'Hôtet-Dieu.

4 Mandat du 15 mars 1708, dans le Bulletaire de tf08 à tTti aux archives de la ville.


RUE DE LA PIQUETTE.

Cette rue, l'une des plus sales de la vieille ville, portait fort anciennement le nom de la Panoucherie, parce qu'elle était le refuge d'un grand nombre de vagabonds et de gens de mauvaise vie. Le mot panouche en provençal a la signification que je viens d'exprimer.

Des Bohémiens s'établirent naturellement dans cette rue. Ils y grouillèrent dans l'ordure matérielle et dans les vices qui sont l'ordure de l'âme et du cœur.

L'histoire d'une race nomade dont l'origine fut toujours une énigme, présente un phénomène des plus singuliers dans l'histoire de l'homme qui n'est lui-même qu'une énigme perpétuelle. Il n'est qu'une chose sur laquelle on soit à peu près d'accord, c'est que les premières hordes de ces étranges vagabonds parurent en Europe dans les premières années du


quinzième siècle Ou les voit en Provence en 14t 9, et les archives municipales de Sisteron constatent leur présence dans le voisinage de cette ville dont l'entrée leur fut interdite~.

Ce fut sans doute à peu près à cette époque que des Bohémiens s'introduisirent à Marseille; mais j'avoue que les titres historiques me font ici détaut. Paris reçut, en ~2!7, une petite troupe de ces hommes errants; on les appela d'abord Sarrasins s. On les prit pour d'anciens musulmans convertis à la toi chrétienne, et, en leur donnant des secours, on crut assister des malheureux qu'un esprit de pénitence portait à courir le monde*. Ce fut à cette fable, sans doute propagée par eux-mêmes, qu'ils durent la tolérance à la faveur de laquelle ils vécurent, mais elle n'alla pas jusqu'à, les sauver du mépris dont les couvrirent leur couleur basanée, leurs haillons sordides, leur saleté dégoûtante, et surtout leurs habitudes immorales. Toutefois, amuser et tromper les hommes, c'est toujours le moyen de se faire au moins supporter. Les Bohémiens chantant, dansant avec des castagnettes et des tambours de basque, disant la bonne aventure prétendant guérir les maladies par la vertu de Histoire des Bohémiens par GreUmaxn, traduit de l'allemand Paris, t8t(), p. 2t)t a tt(t recto, MO et suiv.

2 De la P)Mc, Histoire de Sisteron tirée de ses archives, t. 1, p. 2t6-26;). 3 Roehefort, Dictiunnaire général et curieux, M84, in-fo.– Carpentier, Supptonent au Glos. de Oucange, t?M'6o ~aracemt.

Ëstienne Patiquicr, les Recherches de b France, édition d'Amsterdam, 172:}, p. K)T-t08.

\'o))airc, K.<s.<i sur [es mceurs et t'csprit des nation-, ''hap. \im et ctv.


quelques paroles magiques et de quelques signes mystérieux, s'attribuant le don de découvrir les objets volés, bien qu'on les accusât eux-mêmes de rapines', n'avaient-ils pas une place marquée dans le chaos des superstitions populaires?

L'édit d'Orléans du 3 septembre ~56~ obligea les Bohémiens de sortir de France dans deux mois, à peine des galères i, mais cet édit ne fut que mal exécuté. Ce fut aussi en vain que les États de Provence portèrent, en ~6~2 et ~63~, contre les vagabonds, des plaintes que les assemblées des communautés renouvelèrent plusieurs fois 3. Les Bohémiens ne disparurent qu'avec les causes qui en maintenaient l'existence. Leur nombre alla diminuant sans" cesse quand les mœurs sociales s'adoucirent et s'améliorèrent; quand le travail fut honoré et la nature mieux connue; quand les esprits eurent ennn la force de se soustraire à l'empire des sortilèges, des talismans et des divinations. On vit bien encore ça et là quelques malheureux restes d'une race flétrie mais l'espèce s'éteignit enfin, et n'appartint plus qu'à l'histoire.

Au milieu du dix-huitième siècle, il y avait encore des Bohémiens à Marseille. La rue de la Panoucherie Antonius Arena ajouta son témoignage à celui de tous les auteurs qui accusaient de vot tes Bohémiens

BO!/NM<HKM ~ttOS, fttt't'Mtes citB!a!<t MMftdt,

Uamtes fortunas, p~tt robando, bonas.

Meygra entrepriza catoliqui imperatoris.

Estienne Pasquier, loc. cit.

a Statistique f)u département des Boucht's-ftu-Bhonc, t. II, p.<< i 5M.


était alors dite de la Fontaine-des-Boyémiennes Un auteur contemporain dit que ces femmes portaient un tablier jaune sur l'épaule gauche. La plupart des hommes faisaient les maquignons, et il y avait parmi eux des maîtres à danser. Ils mangeaient des chats avec délice~.

Quand ils eurent tout-à-iait disparu, la rue de la Fontaine-des-Bohémiennes fut appelée de la Pissette. L'aspect des lieux toujours souillés d'ordures fit naître ce nom tiré ea? naturâ rcrMM. Il était pittoresque et caractéristique; mais par cela seul il dép!ut, en 8i.7, à quelques esprits délicats qui avaient voix au chapitre municipal, et la Piquette remplaça la Pissette. La rime y est, mais la raison

Registre D, t, des reconnaissances et directes de l'hôpital Saint-Esprit de Marsei'te, fol. 348 verso; aux archives de i'HûteJ-Dieu.

Tableau de Marseille et de ses dépendances; Lausanne, 1M9, p. t28.–Grosson, Almanach historique de Marseille, 1788, p. MO.


RUE DES CARMELINS.

L'institution des confréries de pénitents tient au sol de Marseille par d'anciennes racines, et l'impassible tribunal de l'histoire juge sévèrement ses oeuvres. Au seizième siècle, ces associations singulières, qui n'ont rien de commun avec le véritable esprit de pénitence, maintinrent le fanatisme religieux, alimentèrent le feu de la Ligue et jetèrent une lugubre teinte espagnole sur l'ardente physionomie de la ville que tant de passions agitèrent.

L'opinion des anciens Provençaux attribuait à l'Me des Martigues la première chapelle de pénitents fondée en 1306 sous le titre de Sainte-Catherine', et la seconde, celle de Notre-Dame-de-Pitié, fut, dit-on, établie, en 363, au village d'AIIauch Mais la confrérie marseillaise des Pénitents-Blancs-de-Ia-Trinité pour la rédemption des esclaves, s'ingénie, depuis Achard, Géographie de la Provence, t. H, p. 103.

Catenftricr spirituel et perpétue) pour la \i))(. de M:rsei))p; 'Tt3, p. t8t.


!853, a donner a sa fondation la date de t306*. Comme on la lui conteste; et comme d'ailleurs la possession lui fait défaut ce n'est là qu'une prétention à laquelle l'épreuve de la critique historique et la consécration du droit manquent encore.

I! y avait à Marseille dix casettes de pénitents lorsque les prieurs de la Confrérie-du-Scapulaire de l'église des Grands-Carmes fondèrent celle des Carmélites en l'année ~62~. Les nouveaux confrères furent au nombre de cent vingt, et leur robe eut la couleur gris-foncé. Ils adoptèrent pour mission spéciale celle d'ensevelir les pauvres morts dans les faubourgs de Saint-Michet, de Notre-Dame-du-Mont et de Sitvabette'.

La chapelle des Carmelins donna son nom à la rue où elle fut fondée. Cette chapelle, fermée pendant la révolution et sous le premier empire, fut de nouveau ouverte, le 5 juin !814, quand les Bourbons montèrent sur le trône.

Rapport sur l'origine de la confrérie des Pénitents-Blancs de la Très-SainteTrinité et de Notre-Dame-d'Aide pour la rédemption des captifs, fondée à Marseille en 1306. Marseille, 1853.

2 Le peuple prononçant mal ce mot et l'appliquant même assez mal finit par donner à toutes les compagnies de pénitents le nom de gazettes qu'e!)ec portent encore aujourd'hui. Le mot casette, petit logement, est employé plusieurs fois dans un acte passé, en i5tt, entre les pénitents du Saint-Esprit et les religieuses de Saint-Sauveur. Voyez le registre d'actes et délibérations de l'ancienne confrérie du Saint-Esprit de Marseide, fol. i aux archives de l'Hotel-Dieu. 3 Ruffi, Histoire de Marseille, t. U, p. 87.– Guesnay, Prot't)tet<B Jtf<MM<ieMt! ac reH~MtB P~ocencM annales, p. 568 et 569.

4 Grosson, Almanachs historiques de i770, p. 87, et t77i, p. 97.


RUE TROU DE MOUSTÏER

Les eaux du jardin ou de la cour de la maison patrimoniale de la famille Moustier sortaient par une ouverture pratiquée dans un mur donnant sur la rue qui reçut du peuple le nom de Trou-de-Moustier. Désiré de Moustier obtint d'Henri IV, en 1596, des lettres de noblesse, et son fils Antoine fut premier consul de Marseille en <654*. Cette famille de Moustier était alors une des plus florissantes de la ville. Nous voyous, à la même époque, six de ses membres au conseil des trois cents

La peste de t720 a donné à l'échevin Moustier une couronne de gloire impérissable. Quels hommes que les échevins de Marseille L'un d'eux siège à l'Hôtel-de-Ville pour l'expédition des aoaires, et les Artefeuil, Histoire héroïque et nniverseUe de ta noblesse de Provence, t. If, p. 173 et i74.

R~'ement du sort; Marseille, cttC! Qaude Garfin, 1M!. t6 t it.


trois autres, à la tête de quelques forçats, président à Fentèvement des cadavres. Les rues sont si pleines de morts, de mourants, de bardes infectées, quon ne sait plus où mettre les pieds, et ces objets hideux exhalent une puanteur insupportable sous les feux d'un soleil ardent. Tous les sens sont glacésd'borreur. Mais voyez ces échevins voyez comme ils y vont de bon cœur ces dignes pères de la patrie désolée. EsteUe, à la rue de l'Échelle, glisse sur le pavé et tombe à côté d'un corps en pourriture. Moustier s'expose tellement aux périls qu'un cataplasme jeté d'une fenêtre et tout fumant encore du pus d'un pestiféré, 1 vient se coller sur sa joue. L'intrépide magistrat entè\ e sans s'émouvoir, s'essuyé avec son éponge à vinaigre et se remet aussitôt à l'ouvrage.

Le trou de Moustier n'était pas le seul, et il y en a deux autres dans les vieux quartiers.

Le trou des Monges est dans une rue qui va de ta rue des Martégates à celle de Radeau dont le nom est estropié. H faut t'écrire Rodel ou Rodeau, car c'est .ceiui d'une très-ancienne (amiUe de Marseille appetéc Rodelli dans les actes latins du quatorzième siècle 1. Les murs du jardin de l'abbaye Saint-Sauveur avaient une petite ouverture d'où sortait la surverse des eaux

Diverses Chartes du treizième et du quatorzième sièc!e; aux archives de L< \'iMc.– Au seizième sièc)e,ce nom s'écrivait RodMs. Voyez le Balletaire de 1526-1539, aux mêmes archives et le registre B des censes et directes de rhûpital Saint-Jacques de Galice, p. 347 et 351. Le nom de podeau ou Rodeau\ pM~t au dix-septième et au dix-huitième siècle. Nouveau registre D, df-i censes et directes du même h~pita),j!<!Mtm. Le nom de Radeau est un eootr)sens moderrx.

11


de ce jardin 1. C'était le trou des Monges; ce dernier mot signifie Religieuses en langue provençale. La rue du Trou-d'Airain, qui se dessine de la rue des Grands-Carmes à celle de Lorette, ne dit pas, pour le mot d'Airain, ce qu'elle a l'air de dire. Ce mot est écrit Trou-de-Reins dans un acte du 26 septembre ~680, notaire Piscatory, et dans un autre acte du 2 juillet 746 Cette orthographe est à peu près conforme à t'ctymoiogie historique, et c'est encore un nom de famille marsei!!aise. Raimond de Remis ou de Rems, chargeur de navires ou arrimeur, ca~a~or ?MfM<w, passa un acte à Marseille, le 5 des catendes de septembre <2!96~. Jean de Rems, fabricant de couvertures, ~orc/tû~oHOfM~, en la même ville figure aussi dans un acte du ~7 juillet t399*. Au seizième siècle, ce nom propre de Rems s'écrivait avec un léger changement. De Reins ou de Rains", beau-frère du notaire Geoffroy Dupré, l'un des amis de Libertat, joua un rôle dans la conspiration qui éclata, le 17 février 1596, par l'assassinat de Casaulx. Grosson, Almanach historique de t782, p. t89.

2 Registre E, des reconnaissances des censes et directes de l'hôpital SaintEsprit, fol. at7 et 218, aux archives de t'Hôtet-Dieu.

3 Cartulaire de Pascal de Mayranegis, notaire à Marseille; aux archives de ta ville.

Même Cartulaire, premières pages.

5 Deimier, la Royaleliberté de Marseille, p. 97 et suiv.

6 RMf<i, Histoire de MarseiHe, t. p. 423.


RUE DE LA GRANDE-HORLOGE.

Dans le quinzième siècle, cette rue, l'une de celles de la ville haute, s'appelait de la Couelo, c'est-à-dire de la colline ou de la montagne. Elle portait encore ce nom en ~37', bien qu'il y eût là l'horloge dont la cloche réglait les divers services publics, sonnait la retraite 2 et convoquait les assemblées communales qui n'avaient jamais eu d'autres moyens de convocation.

Je vois que cette rue était nommée de la Couelo ou du Grand-Horloge en ~845, et qu'en ~6~3 elle avait encore ces deux noms s.

t Registre B des reconnaissances des censes et directes de l'hôpital SaiutJacques de Galice, p. 3i0, p. 130: aux archives de )TMtet-Dieu. L'ancien convre-feu était sonné, au quatorzième et au quinziéme siècle, par la cloche de Sanveterre qui était celle du clocher des Accoules. Voyez sur ce Muvre-feu les dispositions curieuses des statuts de Marseille, tib. V, cap. n deptetto tt!orMM qui post sonum <aMpaMe eadtf)t< sine !MHMt< 3 Registre B ci-dessus cité, 3tt et 3t2.


On ne t appelait plus que du Grand-Horloge en )693'.

Les recteurs de 1'Hôtel-Dieu de Marseille s'occupèrent, en 7o3, de l'agrandissement de cet hôpital, d après le plan d~ Mansard, neveu du grand artiste de ce nom 2. Mais les travaux exécutés par l'entrepreneur Raymond, sous la direction de l'architecte Dageville, n'eurent qu'une marche fort lente, à cause des dimcultés financières. Les nouvelles bâtisses devaient s'étendre du côté du terrain où se trouvait la tour de la Grande-Horloge que les déblais minaient incessamment, et la démolition de ce vieux édifice devint dès-lors une nécessité. C'est ce que le premier échevin de Marseille, Pierre-Honoré Roux, exposa au conseil municipal le 29 octobre 736. Le conseil délibéra de faire démolir la tour de l'horloge aux frais de l'Hôtel-Dieu, auquel la ville abandonna les matériaux. Il fut dit de plus qu'à l'avenir l'horloge du couvent des prêcheurs sonnerait la retraite et convoquerait l'assemblée suivant l'ancienne coutume~. Règlement pour messieurs les recteurs de la Miséricorde. Marseitte, chez Henri Brebion, 1693, p. 43.

Registre 0 des délibérations du bureau de l'Hôtel-Dieu de Marseille, 17511758, fo 53 recto, aux archives de l'Hôtel-Dieu.

3 Registre 157 des délibérations municipales, année i'?56; f" ?~ verso et 75 recto aux archives de la ville.


RUE FONTAINE-DE-LA-SAMARITAÏNE.

Une fontaine représentant Jésus-Christ et la Samaritaine donna son nom à la rue qui va de la place du Cheval-Blanc à la rue de la Couronne. Cette fontaine fort ancienne tombait en ruine en 1747. Les échevins de Marseille firent dresser, le 27 novembre de cette année, par l'architecte Garavaque et par le géomètre Bourre le devis d'une nouvelle construction. Il fut dit que l'on conserverait toutes les pierres de taille provenant de la démolition, que l'on emploîrait les anciennes figures de pierre, et que la réédification serait faite dans l'angle rentrant ou encognure de la place.

Les travaux mis aux enchères publiques furent adjugés, le 22 janvier 1748, à Jean Duc maître tailleur de pierre à Marseille, qui les commença aussitôt'. La fontaine de la Samaritaine était fort dégradée en dernier lieu, et l'on n'y voyait que quelques vestiges de sculpture.

1 Registre 149 des délibérations mtinieipaies, t7<7-)74S, fol. 32 et Mt.v.~ i<u~ <trdu\'<s ()e la ville.


RUE SAINT-ANTOINE.

La maison deSaint-Antoine, qui a donné son nom a la rue au bout de laquelle elle se trouvait, était l'un des plus anciens établissements religieux et hospitaliers de la ville de Marseille.

L'origine de cet ordre remontait à l'année ~93. Il ne forma d'abord qu'une communauté séculière d'hommes pieux voués au service des indigents atteints du mal appelé à la fois de Saint-Antoine, des ardents et d'enfer, nommé aussi le feu sacré, parce qu'il paraissait être au-dessusde la puissance humaine, et que la multitude attribue toujours à des causes surnaturelles les fléaux meurtriers qui l'accablent*La déplorable condition du peuple et sa mauvaise nourriture avaient engendré cette horrible maladie, laquelle s'annonçait par un feu intérieur qui dévorait Le nom de feu sacré était ancien. Virgile s'en sert en parlant ta peste t~M animaux Contactos artus Meef t~MM edebat, Géorg. lib.


le corps entier couvert d'ulcères incurables. Le feu d'enfer attaquait aussi les organes de la génération en ces temps de misère, de débauche et d'affreuses mœurs

Les hospitaliers de Saint-Antoine vivaient, sans faire aucun vœu, sous la dépendance de l'abbaye de Montmajour qui les avait placés dans son hôpital du prieuré de Saint-Antoine, à la Mothe-Saint-Didier près de Vienne en Dauphiné. Plus tard, ils se rendirent indépendants de Montmajour et s'érigèrent en congrégation religieuse. Le pape Boniface VIII, par une bulle de 247, les fit chanoines réguliers On ne sait pas précisément en quel temps ils furent reçus à Marseille. Ils y étaient établis en ~80 et leur maison avait le titre de commanderiez L'hôpital était en face de l'église. La porte de cet hôpital existait encore en < 782, et on lisait sur le chambranle en marbre de la porte ces mots des livres saints fM <e~ Domine, ~p~a~\

La maison de Marseille, à laquelle les comtes de Provence accordèrent des bienfaits et des privilèges, devint une commanderie générale qui avait dans sa juridiction les commanderies secondaires d'Aix, d'Apt, deCeyreste et de Salon. Au treizième siècle, des femmes charitables assistaient, à Marseille, les hospitaFelibien et Lobineau, Histoire de la ville de Paris, t. i, p. t56. Fetibien et Lobineau, ouv. cité, p. 665 et C66.

3 archives de la maison de Saint-Antoine citées par les auteurs de t'Antiquit~ de l'Église de Marseille, t. !ï, p. <2 et t3.

Grosson,Almanach historique de Marseille, )7S2, p. MO.


liers de Saint-Antoine dans le service des malades' Le relâchement s'étant introduit dans cet ordre, comme dans la plupart des autres instituts religieux, il fut réformé au commencement du dix-septième siècle~, et plus tard on le réunit à l'ordre de Malte, lequel vendit l'établissement de Saint-Antoine de Marseille à des spéculateurs qui le démolirent en < 717 pour y construire des maisons~.

Ruffi, Histoire de Marseille, t. U, p. 61 et itt.

L'Antiquité de 6'église de Marseille, t. 2. p. 12.

s Grosson, Almanach historique de 1788, p. 198.


RUE GRANDE-ROQUEBARBE, RUE DESICARDINS, RUE DU CLAVIER.

Au moyen-âge il y avait, sur le point culminant de la ville de Marseille, un lieu fortifié par la nature et par la main des hommes. On l'appelait Roquebarbe, Roccabarbara ou Roccabarbola. Ce nom de Roquebarbe fut aussi donné tour à tour à plusieurs rues de la vieille ville, et deux d'entre elles le portèrent définitivement. Ce sont celles qu'on appelle aujourd'hui Grande-Roquebarbe et Petite-Roquebarbe. La première va de la rue Foie-de-Bœuf à celle des TroisFours, et la seconde commence à la rue des FestonsRouges et finit à la Plate-forme.

La rue des Icardins, s'ouvrant sur celle des TroisFours, aboutit à la place des Grands-Carmes. Il est facile de voir que le mot ïcardins rappelle un nom de famille et il en est ainsi de Clavier porté par la rue qui conduit de la rue Saint-Antoine à celle de Lo-


rette. Seulement le d~ est de trop. Les mots du C~Mey expriment une chose qui ne se rapporte en aucune manière à l'origine du nom de cette rue, et c'est encore une des erreurs des agents municipaux tout-à-fait étrangers aux notions historiques. C'est Clavier tout court qu'il faut dire, ou de Clavier, si tant est que la famille marseillaise dont il est ici question ait eu droit à la particule nobiliaire, et c'est ce dont je doute.


RUE MONTBRION ET RUE DES PHOCEENS.

Le nom de Montbrion, qu'il faudrait peut-être

écrire Montbrillon, ne peut être que celui d'une famille de Marseille, laquelle n'a pourtant aucune notoriété historique.

La rue des Phocéens n'en forme, avec celle de Montbrion, qu'une seule qui est coupée par la rue Lorette.

A mon avis, le mot Phocéens, si ancien par luimême, indique néanmoins, pour la dénomination de cette rue, une origine assez moderne. Autrefois le peuple marseillais n'y mettait pas tant de finesse historique et littéraire. II ne comprenait guère la signification du mot Phocéens qui était au-dessus de sa portée intellectuelle, et aujourd'hui même y a-t-il, dans la multitude, beaucoup de gens qui le comprennent ? Le peuple seul, je le répète, était souverain pour l'appellation des rues, et il appliquait un nom


à chacune d'elles, non pas d'après des idées abstraites ni d'après des réminiscences antiques, en dehors de sa sphère, mais selon les choses d'actualité et toujours dans un ordre de faits qui frappaient ses regards par des signes sensibles, sans exiger la moindre explication.

Ce ne fut que peu de temps avant la révolution de 4789 que l'administration municipale fit écrire oS!ciellement les noms des rues sur chacun de leurs coins, et ce fut probablement à cette époque que le nom des Phocéens fut écrit. Ce n'est de ma part qu'une opinion, et je ne la donne que pour ce qu'elle vaut, c'est-à-dire pour une simple conjecture.


RUE DES BELLES-ÉCUELLES.

Anciennement tes écuelles étaient très-communes à Marseille dans les usages de la vie domestique, et des fondeurs en étain, établis dans cette rue, étalaient, en guise d'enseigne, des écuelles de ce métal, lesquelles étaient naturellement les plus belles qu'ils eussent à mettre en vente. De là le nom de rue des Belles-ÉcueIIes

La chapelle des pénitents gris de Notre-Dame-deMiséricorde, sous le titre de Saint-Maur, avait sa principale entrée sur cette rue. L'institution de la confrérie datait de 1662, mais la chapelle dont je parle [avait été construite trente ans après Elle se trouva comprise, en 1768, dans le nouvel agrandis-

Grosson.'Atmanaeh historique de ~tarseitte, 1788, p. )tU. Grosson, AtmaMeh itistoriqao ~e )'?TO, p. 87.


sement de l'Hôtel-Dieu et il y eut, le 28 mars < 777, une transaction entre les recteurs de cet hôpital et les pénitents de Saint-Maur, qui reçurent en échange un terrain situé à la rue du Poirier pour y construire une autre chapelle'.

Livre Trésor P de l'hôpital Saint-Esprit et Saint-Jacques de Gatice, !T88i776, fol. 338 et suiv., aux archives de la ville.

2 Livre Trésor de l'Hôtel-Dieu, 17T6-1T86, fol. 73 verso et suiv.- Registre E, t, des censes et directes de l'hôpital Saint-Esprit, fol. 39. aux archives de i'H&tet-Dieu.


RUE DE LA CALANDRE, RUE ÉTROITE, RUE DE LA TREILLE ET RUE DU POINT-DU-JOUR.

Les anciens noms provençaux des rues de Marseille furent tant bien que mal traduits en français; mais ici le mot tout provençal c~eMM~e qui, en langue française, signifie alouette, fut littéralement maintenu. On voit que c'est rue de l'Alouette qu'il faudrait dire.

Mais pourquoi ce nom? Probablement parce que la représentation d'une alouette servait d'enseigne à une auberge, à un cabaret, à une boutique, à je ne sais quel établissement jaloux d'attirer l'attention du public. Peut-être aussi une alouette vivante et renfermée dans une cage, aux yeux des passants fixat-elle leurs regards par ses chants et par ses ébats. C'est, selon toutes les vraisemblances, un fait placé t Voyez le Lexique roman par Raynouard, le Dictionnaire proventaMraneai*! par Honnorat et te: autres dictionnaires provençaux.


dans l'une de ces deux hypothèses qui donna son nom à la rue de la Calandre.

La rue Étroite a un nom qu'il est maintenant difficile d'expliquer, car cette rue, sans être très-large, l'est beaucoup plus que la plupart de celles de la vieille ville. D'où lui vient donc ce nom qui est en contradiction flagrante avec son état? Aurait-elle été élargie, et son ancien nom de rue Étroite lui serait-il resté? C'est la seule explication qui soit admissible. Cependant lorsque d'autres rues plus importantes n'ont pas été élargies, pourquoi celle-là l'eût-elle été? J'ajoute que les actes administratifs et les délibérations municipales ne conservent aucune trace de cet élargissement, de sorte que le nom de la rue Étroite est encore un problême.

L'origine du nom de la rue de la Treille est trop facile à comprendre pour que je m'y arrête un seul

instant.

Le nom de la rue Point-du-Jour est mal écrit et le sens en est ainsi dénaturé. Cette rue fort courte, et 1 pour ainsi dire, enclavée, était la plus sombre de la vieille ville. Les rayons du soleil n'y pénétraient jamais. C'est donc rue Point-de-Jour qu'il fallait dire.


RUE DE LA CHAINE.

A combien de commentaires ce nom ne pourrait-il pas donner cours? pendant tout le moyen-âge, des chaînes de fer furent Rxées dans l'angle des maisons au coin des rues de Marseille, de sorte qu'en cas d'alarme ou d'agression, on pouvait de suite tendre ces chaînes, et les rues étaient ainsi barricadées en un instant' On voyait encore quelques-unes de ces chaînes de fer en ~686, selon le témoignage d'un contemporain

On pourrait donc croire que la rue de la Chaîne est la dernière qui ait porté ces restes de défense, lesquels attestaient les dangers incessants dont nos pères furent assiégés en des temps de désordre et de malheurs publics. Oui, c'est sans doute ainsi que les Staittf. etHtt. MaMt< iib. eap. xmn, de cstMMS effets pe<'pe!Me con«fCttt~S.

Commentaire des statuts de Marseille par François d'Aiï, p. 1M 12


chercheurs d'origines expliqueraient, à l'aide des indications étymologiques, le nom de la rue de la Chaîne, et tout semblerait leur donner raison mais l'étymologie trompe souvent ceux qui ne possèdent pas la connaissance des faits historiques dans leur précision rigoureuse.

La dénomination de la rue de la Chaîne ne tient qu'à une bévue récente. Cette rue s'appelait depuis fort longtemps rue ~MPa~w~-C/MMKe. Un propriétaire nommé Chaîne avait établi là un dépôt de fumier qui existait encore en !782' Comme les cloaques et les tas d'ordures sont appelés patis en provençal, on joignit ce mot au nom du propriétaire, et l'on eut ainsi la rue du Pati-de-Chaine.

En 847, époque des changements dont j'ai parlé, le mot Pati parut malséant. C'était pourtant le mot propre. M y avait aussi tout près de la rue Pati-deChaine la rue du Pati-de-Farinette*, nom fondé sur la même origine. Les innovateurs municipaux supprimèrent le mot Pati et la rue devint Farinette tout court. On pouvait, ce semble, en faire autant pour autre rue et l'appeler ainsi rue de Chaîne. Cela disait encore quelque chose au point de vue historique. Mais de la Chaîne A-t-on su ce que l'on voulait dire?

1 Grosson, Almanach historique de MarseiHe,t782, p.MO.

Prcfedcmment appelée du pstt de Guitton. Voyez le règlement pour messieurs tes recteurs de la Miséricorde. Marseille, 1693, chez Henri Brebion. Guitton était un propriétaire auq)'.e) te nommé Farinette succéda.


RUE DE LA FONDERIE-NEUVE, RUE DE LA

COURONNE ET RUE DES FESTONS-ROUGES.

On voyait, au quatorzième siècle, quelques fon-

deurs. Aymonet Floret en était sans doute le principal, car la ville lui fit faire, en ~389, la cloche dite de Sauveterre Sept ans après, celle qui servait à la convocation des membres du conseil municipal étant brisée, la reine Jeanne ordonna d'en faire une autre'. Des cloches furent fondues à Marseille dans d'autres circonstances. notamment en 47~. On en fit une pour la chapelle de Notre-Dame-de-Ia-Garde, et la ville concourut pour cinq florins à la dépense, à condition que les armoiries communales fussent gravées sur cette cloche s

Registre des délibérations municipales, 1357-1359, aux archives de la ville. 2 Livre Noir, fol. 45 verso et 46 recto, aux archives de la ville. 3 Registre contenant des délibérations du conseil municipal de Marseille t469 à t485, fol. 4! recto, aux archives de la ville.


En iu34 la ville fit fondre une autre cloche par un artiste dont je n'ai vu le nom nulle part, mais qui était à Marseille, selon toutes les vraisemblances. L'ancienne cloche, qui était probablement celle de FHôtel-de-ViUe, venait de se casser. On en avait vendu aux enchères publiques et au prix de trois cent quarante-trois florins le métal qui pesait quinze quintaux. La nouvelle cloche coûta sept cent soixantequatorze florins neuf gros trois quarts et un patac'. Georges Pelliot, se disant fondeur ordinaire du roi à Marseille s'obligea envers cette commune, en ~o74, à faire une autre cloche pour l'horloge de t'HôteI-de-ViUe. EUe devait peser trente quintaux envir on et le prix en était fixé à vingt-deux livres par quintaP.

Le 22 septembre 599 le chapitre de Saint-Sauveur d'Aix donna à prix fait à Nicolas Rosinot maître fondeur à Marseille, la refonte de la grosse cloche dite J~MM~ qui avait été cassée quelques années auparavant au milieu des guerres religieuses. La convention fut faite pour le prix de deux écus et demi Mandam que io tresorier retenga devers si, metta et dedusca en sos comptes et receptas la somma de florins dos cents trenta ung grosses nono quarts tres patac ung, tosquats a desborsats et pagats per nostre commandament per to creissemeut et refayre de la campana de retoge, rebatut~ et diffalcatz los tres cents quarante tres florins per ios quinze quintals cinquante nono lieuros de bronze que es hubrat de ta dicha campana vendut per la dicha cieutat a l'encant pnbhc. Mandat du 31 octobre 1534 dans le Bulletaire de t536 à 1539, aux ardthes de ta ville.

Acte du 8 mai t.iTl dans le registre des detiberations du conseil municipal d. M.ir.-e)))e, !<TU-t.T!, fuL~T:! renu, aux archites deta ville.


!e quintal, la cloche mise en place. Elle pesait six quintaux quarante nvres*.

J'ignore si les fondeurs marseillais firent des pièces d'artillerie avant le seizième siècle. Longtemps auparavant, les remparts de la ville étaient garnis de canons qu'on appelait Fo??Mp<e, et qui lançaient des boulets de pierre. En t388, l'administration municipale fit faire six cents de ces boulets par le iaiHeur de pierre Pons Brussan~; mais rien ne prouve que ces canons fussent de fabrication marseillaise. H n'en fut pas ainsi dans le seizième siècle; les fondeurs de Marseille firent quelques canons. Tels furent Nicaise Pellicot en 557 Jean Ardisson en 1590 et Nicolas Reynier deux ans après\

Honoré Suchet, maître fondeur à Marseille, fit un canon pour cette ville en ~654'

Tout paraît démontrer que l'art de la fonderie était alors, à Marseille, aussi avancé qu'il pouvait l'être. Le roi y avait une fonderie vers le milieu du dixExtrait des archives du chapitre de Saint-Sauveur d'Aix. Manuscrit de Bonnet, curé de Saint-Zachahe.

Mandat de paiement de H livres, du 5 novembre 1~88, dans le Bulletaire du trésorier Guillaume Élie, du 4 septembre t38T au 17 avril )38U, aux archives de la ville.

9 Acte du '4 novembre 1557 dans le livre V des réformations et délibérations du conseil municipal de Marseille, t556-t558, fol. 88 verso aux archives de la ville.

Acte du mai 1590 dans le registre 17 des délibérations municipales, 15891590, fol. 80 recto, aux mêmes archives.

5 BuUete du i8 décembre t592 dans le Bulletaire du ter novembre 1581 au 3t octobre 1597, aux mêmes archives.

6 Mandat du 8 août 1654 dans le Bulletaire .)e t(! à <a(i0, ,tn\ archives dt) la titte.


septième siècle. Elle était contiguë à la maison des jésuites de Sainte-Croix, occupée aujourd'hui, en partie, par l'Observatoire et par le local du Bureau de Bienfaisance, représentant l'ancienne OEuvre de la grande Miséricorde. Par lettres-patentes du 22 février 686, Louis XIV céda aux jésuites l'emplacement de cette fonderie pour l'agrandissement de leur maison La rue qui porte le nom de Fonderie-Vieille, et qui va de la rue Caisserie à la montée des Accoules, rappelle l'ancienne fonderie royale.

Il paraît qu'une autre atelier de fondeur existait anciennement dans le même quartier, car, en ~620 1 Artus d'Espinay de Saint-Luc, évéque de Marseille, demanda au roi la place appelée la Fonderie, pour la construction d'un nouveau palais épiscopal, l'ancien, qui était adossé aux remparts, près la tour de Sainte-Paule, ayant été démoli, en 324 à l'approche de l'armée du connétable de Bourbon'. Le roi accueillit la demande d'Artus d Espinay mais cet évêque mourut avant d'avoir pu mettre la main a l'oeuvre et son dessein, repris en 1648 par Estienne de Puget, l'un de ses successeurs, fut terminé vingt ans après par l'évêque Toussaint de Forbin-Janson. C'est le palais épiscopal qui existe encore aujourd'hui.

Une fonderie moins ancienne fit donner à la rue où on la créa le nom de Fonderie-Neuve. Elle commence Anciennes archives de la Gran<)e Miséricorde, au bureau de Bienfaisance. L'Antiquité de FëgUsc de Marseiïïe, t. Ut f. H)9 et 320.


à la rue de la Couronne et se termine à la rue des Festons-Rouges.

On ne peut qu'expliquer par une enseigne de cabaret ou d'auberge le nom de la rue de la Couronne. Quant à la rue des Festons-Rouges, le mot de festons est tout nouveau. C'est dans ces derniers temps, sous l'influence d'une absurde manie que les Festons sans portée historique, ont remplacé les ~MMM, nom significatif que la rue portait depuis longtemps. Mais on a cru que ce mot, prononcé à la française sonnait fort mal, et celui de Festons l'a remplacé. Le mot faissa en provençal signifie la longue bande avec laquelle on enveloppe un enfant dans ses langes lorsqu'il est encore au berceau. Des bandes de couleur rouge exposées publiquement en vente firent donner le nom de Faisses-Rouges à la rue où le marchand avait son magasin. En ~5, cette rue était appelée Roquebarbe*. On la nomma ainsi pendant quelque temps encore~; puis la dénomination de FaissesRouges fut généralement adoptée.

Ce nom de Roquebarbe fut porté par plusieurs autres mes du même qnMtier, et de ta nalt une certaine confusion.

2 Registre B des reconnaissances des censes <]e t'h~pitat Saint-Jacques de Galice, fol. t5T, aux archives de r)!Atci-Dieu.


RUE DE LA ROQUETTE.

Cette rue portait anciennement le nom de la Bocarie ou Bouquarie ( Boucherie ). C'est ce que dit un acte de 693 en ajoutant à présent de la Ro~MC~C

La Roquette était un fief situé dans la viguerie de Barjols, à peu de distance du Verdon*. Une branche de la famille de Foresta le possédait.

Jean-Augustin de Foresta, reçu premier président au parlement d'Aix le ~juillet ~538~, eut plusieurs fils. Le quatrième, Gaspard, seigneur de la Roquette, fut avocat du roi en la sénéchaussée de cette ville. H eut un fils nommé, comme son ateut, Jean-Augustin, Registre B B des censé? et directes de i'hûpit~t Saint-Esprit de Marseille, fol. 23 aux archives de t'Hûtei-Dien.

2 Achard, Géogr&phtede la Provence, t. U,p. SU.

3 De Haitze, Portraits ou éloges des premiers présidents du parlement de Provence, p. '!0-'?*f.– Cabosse, Essais historiques sur le parlement de Provence, t. I, p. 1.


lequel obtint l'emploi de président au parlement de Provence le ~9 février 632'. En ~651, il fit ériger en marquisat sa seigneurie de la Roquette* qui n'était pas d'une grande importance, carl'aSbuagement de la Provence ne la portait que pour un cinquième de feu, et elle n'avait qu'une vingtaine d'habitants Au commencement du dix-huitième siècle, Gaspard de Maurellet, fils de Jean-Louis et de Louise de Magy, de la ville de Marseille, nommé secrétaire du roi le 20 novembre ~722*, acquit ie marquisat de la Roquette, et obtint du roi, au mois d'août 4 723, des lettres de confirmation pour lui et tous ses descendants mâles. Il possédait à Marseille la belle maison qui avait appartenu à la famille de Mirabeau, à la place de Lenche.

Son fils Gaspard-AmieldeMaureMet, marquis de la Roquette et seigneur de Cabriès, nommé président en la cour des comptes, aides et finances de Provence, le 27 janvier 1756, vendit, l'année suivante, sa maison de la place de Lenche à l'OEuvre des pauvres enfants abandonnés, au prix de quatre-vingttreize mille livres".

Cabasse, ibid., p. 4.

2 Robert de Briançon, l'État de la Provence, t. II, p. 98-99.

s Achard, Géographie de la Provence, t. U, p. 311.

< Artefeuil, Histoire hëroïqM et universelle de la noblesse de Provence, t. p. 112.

5 Lettre écrite par les échevins an secrétaire d'Etat comte de Saint-Florentin, dans le registre M des copies des lettres de ces magistrats, du ter janvier 175t au 30 janvier t7CO, aux archives, de la ville. Registre des délibérations du bureau des recteurs des pauvres enfants abandonnes, de i7t8 a tf60, fol. 9C5, 170 et suiv., M6, aux archives de )')Mte)-f)ieu.


Les marquis de la Roquette ont-its donné leur nom à la rue de la Boucherie? Toutes les vraisemMances sont en faveur de cette opinion. Le nom de la Roquette paraît venir de la branche de Foresta dont plusieurs membres, propriétaires d'immeubles à Marseille, se transmirent de père en fils la charge de juge du palais. Ce n'est pas à la famille de MaureHet que le nom de la rue se rapporte, puisque cette rue était appelée de la Roquette avant que la famille de Maureuet. eût la possession de ce fief. Je dois ajouter qu'à la fin du dix-septième siècle la rue était quelquefois appetéeFootaine-de-h-Roquette'. Encore une fois, je ne puis m'appuyer que sur des vraisemblances, et comme les preuves positives me font défaut, j'expose et je n'affirme rien.

Régtement pour messieurs tes re<h:ur;' de la Misëncorde, Marseille, 1693.


RUE DE LA ROSIÈRE.

Cette rue, allant de la rue Fontaine-Neuve à celle de la Tasse-d'Argent, s'appelait autrefois de la Caisse de Jj!<M'<. Ce nom n'avait rien de séduisant, mais était-ce une raison pour le changer?

S'il est au monde une chose commune et sur laquelle nos yeux viennent sans cesse se fixer c'est celle-là. Oui, c'est là qu'aboutissent toutes nos destinées, qu'elles soient pleines de bruit ou de silence, de misère ou de joie, de vices ou de vertus, d'extravagance ou de philosophie. Le drame n'est pas long, et c'est entre ces quatre planches que le dernier acte s'accomplit.

La rue Caisse-de-Mort tirait, ce semble, son nom d'une chronique populaire dont j'avoue en toute humilité ne pas connaître l'origine. Sans doute elle était teinte de la couleur des vieux âges mais les beaux esprits qui, en 847, firent tant de changements malheureux, n'aimaient pas les nuances sombres, et ils donnèrent le nom de la Rosière à la rue Caisse-deMort. Ils se frottèrent ensuite les mains en signe de satisfaction. A leurs yeux, !a journée avait été bonne.


RtE DES TROMPEURS.

Ce nom, peu agréable et peu flatteur pour les habitants d'une rue il n'y eut, dans tous les temps, ni plus ni moins de trompeurs que partout ailleurs, est entièrement détourne de son origine et de sa signification primitive.

Au quinzième siècle, cette rue portait le nom provençal de ÏVo~pctdoMrs ou 7~o?7t6o6do~ C'est un mot qui, selon les meilleurs lexiques, n'a que le sensdejouet'rde trompe. 'roM6o?' signifie trompeter, publier au son de la trompe. Un trompeur, un homme usant d'artifice, s'appelle ~OM~joaM~ ou troumpur en langue provençale.

Il paraît qu'il y eut, au moyen âge, des joueurs de trompette dans la rue qui nous occupe. Peut-être 1 Registre B des reconnaissances et directes de l'hôpital Saint-Jacques de Galice, p. 53. Nouveau registre E, 2, des reconnaissances et directes du même hôpital, p. tM, tS5, H7 et suh., aux archives de t'Hëtet-Diea de Marseille.


aussi tes serviteurs communaux, qu~pubtiaient à son de trompe les mandements de l'autorité et les ordonnances de police y eurent leur demeure et comme le peuple les appelait <roMpaM~ou~, il est très-vraisemblable qu'on donna, à la rue ce nom défiguré plus tard dans la traduction française. C'est donc rue des Trompettes qu'il fallait dire.

La rue des Trompettes et celle de l'Échelle sont, au quinzième sieste, le plus souvent confondues dans la même dénomination que mentionnent encore des actes du milieu du dix-septième siècle'. Quelquefois la rue de t'Echette était aussi appelée d'en /~e~p de monsieur Phelip ou Philipe. Ce nom, donné par quelques personnes à la rue des Trompettes, fut dénaturé à tel point qu'on le prononça et qu'on l'écrivit des E~M~.

Dans quelques-uns de ces actes te mot trompadoMfs est écrit <fOMpa<~t<.r, ntais le sens n'en est pas moins le même.

2 Registre B ci-dessus cité. p. 85 et 88.

J'aurais bien des choses intéressantes à dire sur la rue de l'Escale, ou de t'EcheUe mais cette rue «'étant pas comprise ttans le périmètre de la rae Impériale sort des limites que j'ai (M assigner il mon travail.

3 Un acte de 1782 dit rue des ï'rumpodoM''s, anciennement dite des Enfi.liers. Voyez le registre R R des censes et directes de )'Hôte)-Dieu de Marseille, fol. 22<) verso.


RUE DE LA FONTAINE-SAINT-CLAUDE, RUE DES

Ï8NARDS ET RUE DE LA FONTAINE-NEUVE

La tannerie occupa toujours la première place dans l'industrie marseillaise, et le corps des fabricants tanneurs fut riche et considéré'. Ce corps avait saint Claude pour patron, et il obtint la permission d'en placer l'image sur une fontaine qui fut construite dans le quartier où la plupart des tanneries étaient établies, vers le milieu de la rue à laquelle cette fon< Fauris de Saint-Vincens prétend qu'an quinzième, au seizième et au dix-septième siècle une partie des consuls de Marseille était choisie presque constamment dans la classe des fabricants tanneurs (Mémoire sur l'état du commerce en Provence dans le moyen-âge, p. 18). C'est là une erreur sur laquelle la Statistique du département des Bouches-du-RMne a renchéri en disant qu'une partie des consuls de Marseille, au seizième siècle, devait être choisie dans cette classe de fabricants (t. 4, p. 688). M. Julliany le dit à son tour, en copiant ta Statistique (Essai sur le commerce de Marseille, t. Ht, p. 25'!); d'autres copieront sans doute M. Julliany, et c'est ainsi que les erreurs se transmettent et se perpétuent, quand on fait des livres avec des livres, au lieu de remonter aux sources originales et de consulter les titres authentiques.


taine donna son nom Elle a disparu depuis peu de temps.

Avant la construction de la Fontaine de SaintClaude, la rue qui prit ce nom n'en faisait qu'une seule avec celle des Isnards qui est sur le même alignement, les deux rues d'aujourd'hui se trouvant coupées par celle de Lorette. Le nom des Isnards n'est pas très-ancien, car la rue s'appelait des Guiberts en <645', et ce nom remontait à des temps assez reculés~. Les noms de Guibert et d'Isnard appartenaient à deux familles bourgeoises.

C'est dans la rue des Isnards qu'une chronique marseillaise place la demeure d'une jeune fille qui s'appelait Regaillet, et à laquelle on donna le surnom de Belle parce qu'elle avait une beauté remarquable. Cette beauté faisait beaucoup de bruit en < 660, lorsque Louis XIV, suivi d'une cour brillante, entra à Marseille par une brèche que son artillerie n'avait pas faite'. Il se montra dans tout l'appareil d'un monarque irrité qui veut éteindre l'esprit d'indépendance et courber tous les fronts sous le pouvoir absolu. Le Roi, alors âgé de vingt-deux ans, venait de demander la main de l'Infante d'Espagne. La reinemère, qui avait entendu parler de la belle RegaiMet, Grossou, Atmanach historique de Marseille, 1781, p. 213.

Registre B des reconnaissances des censes et directes de l'hôpital SaintJacques de Galice, p. Mt, aux archives de t'HAtct-Dieu.

3 En 16M, quetques personnes donnaient aussi à cette rue le nom de FontJVeM'e. à cause du voisinage de la nouvelle fontaine. Voyez le nouveau registre E. t. des mêmes censes et directes.

< Louis XIV, entré à Marseille le 2 mari tM&, en partit le 8 du même mois.


voulut la voir. On la lui amena dans l'hôtel de Valbelle où elle était logée. En ce moment même elle avait à ses côtés ses deux fils, Louis XIV et le duc d'Anjou. La reine, frappée des grâces de la jeune fille, demanda à Louis comment il la trouvait. Pas si belle que ~~M/itM~, répondit le prince qui n'eut jamais, même en vieillissant, une grande instruction, mais auquel la nature accorda, entre autres quaUtés précieuses, une rare présence d'esprit, un tact admirable, et surtout l'art d'improviser, selon le temps, 1 les circonstances et les hommes, des mots heureux et d'un à-propos saisissant.

Telle est l'anecdote sérieuse et sans doute réelle de la belle RegaiHet. La, du moins, tout est vraisemblable et naturel. Mais les faiseurs d'historiettes gâtent toujours l'histoire et leurs détails romanesques dénaturent la vérité à tel point que souvent on ne peut plus la reconnaître. La présence des seigneurs de la cour française et d'un si grand nombre d'hommes deguerre'atarma les personnes du sexe dans une ville qui, en vertu de ses privitéges municipaux, ne devait pas recevoir des troupes royales. Bien des femmes honnêtes se retirèrent à la campagne, et bien des demoiselles entrèrent au couvent. On dit que la famille de la belle Regaillet délibéra de l'enfermer dans un tonneau. Le fait, ajoute-t-on devint proverbial, Papon, Histoire de Provence, t. tV, p. 592.

2 Le duc de MercœM, gouverMar de Provence, entra à Marseille à !a tête de six mille hommes d'infanterie et de six cents de cavalerie


et les gens du peuple disaient des filles surveillées avec trop de rigueur Vaqui la bello ~e~a~~o Je ne crois pas à ce tonneau. Aucun écrivain digne de créance n'a voulu prendre sous sa garantie une fable si puérile que Grosson a mise en lumière, en i78< en la ramassant parmi toutes celles qui, dans les grandes villes, amusent la crédulité des ignorants et des oisifs.

La rue de la Fontaine-Neuve, ouverte sur la rue de Sainte Marthe, aboutit à celle des Isnards. Son nom lui vient d'une nouvelle fontaine qui fut appelée Neuve quand on la construisit, et qui, en vieillissant, ne changea pas de nom. Avant la construction de cette fontaine, la rue s'appelait Triboulet. C'était un nom de famille prononcé à la provençale. Bertrand Tribolet, licencié en droit, avait été juge du palais à Marseille en ~362*. Son nom fut maintenu longtemps après. En < 640, la rue était Triboulet pour les uns, et Fontaine-Neuve pour les autres*. Cette dernière dénomination régnait seule au commencement du dix-huitième siècle

Grosson, Almanach historique de MarseiUe, 178t, p. 2t4.

Acte du 12 octobre t362, notaire Jean Audebert, aux archives de la titk-, Chartier.

3 Registre B des censes et directes de l'hôpital Saint-Esprit, p. 2t0 et sui~ aux archives de l'Hôtel-Dieu.

< Nouveau registre E, t, des censes et directes de l'hôpital Saint-E'.prit, fut. 5), aux mêmes archives.


RUE DE LA BELLE-MÀtUMËRE

Ce nom est emprunte a des souvenirs lugubres et douiourcux. Une jeune fille des plus bcHes, nommée Marinier', eut le malheur de se laisser séduire, et le malheur plus grand de noyer le fruit d'un coupable amour. Convaincue de ce crime, elle fut condamnée a être pendue. Sa plus jeune sœur suivit son exemple, non pour l'infanticide, mais pour sa grossesse qu'elle imputa aux œuvres de l'un des hommes les. plus opu!cnts de MarseiHc.

Toute la ville fut en mouvement pour voir mourir la belle Marinière, et trois dames de Lyon montrèrent un empressement que !e peuple remarqua beaucoup, comme le témoigne la complainte suivante qui fut fille dans ces tristes circonstances.

D'après les anciennes habitndM mMseittatsos, dans tes rangs les plus ëtcves romme dans les couMtions les ptus humbles, tous les noms propres appliqués ;) <!f's femmes étaient féminisés, et c'est ainsi qae t'en disait Camote,Haymonde, Aniibt'rtc, Michetk, Bcrnarde, Martine, etc.


C<MMMAfME ME ~A BE~~B MARtMtÈHE

N'en sount tres dames de Lyoun, (bis) Ellis si levoun matinieros

Per veire passar (Ms)

La bello mariniero.

Laissas la passar

La bello mariniero.

Lou bourreou tt va per davant

Et la justici par darriero.

Laissas la passar

La be!lo mariniero.

Sa mero la suiv'en piourant

< Messieurs de la justice

t Tenez, voilà de l'argent

Rendez-moi ma fille.

Ma mère, gardez votre argent.

< Toute fille qui a fait foHe,

< Qui a noyé son enfant,

< Mérite bien d'être punie. n

Quand n'en siguet sus l'échafaou,

Haousset seis ueils per mar, per teDù. Et viguet passar

Sa doulento mero.

Ma mero, qu'aves lou couar gros

D'aver nourri'no creaturo

Que dins iou moument

La vaires pendudo.

Ma mero, n'aves enca ma sur;

Ma sur la pu cadetto

La laisses pa'nar

Ln nuech toute souietto.


Ho.'MHK habitants des vieux quartiers de Marseitte connaissent quelques couplets de cette vieille complainte, mais avec des variantes, et j'eusse été dans l'impossibilité de la reconstituer intégralement tans l'intelligent et utile concours de M. Sylvain Badaroux, employé au contentieux de la voirie mumctpale de Marseille. M. Badaroux, assisté de M. Charles Dupant, poète provençal, s'est mis en communication avec la dame Marie Viale, veuve Isnard, âgée de 98 ans, qui a longtemps habité la rue du MouUn-d'Huite, n" 6, et qui demeure maintenant chez sa fille, boulevard National, no M2. La veuve !snM'd,!matgre son grand âge, a l'esprit le plus net et la mémoire la ptca fidèle; elle a, par deux fois, chanté la complainte de la Belle-Marinière devant MM. Badaroux et Dupont, leur déclarant qu'elle la chantait depuis son enfance.

On a dû remarquer que le premier couplet de cette complainte a six vers, tantis que les autres n'en ont que quatre. Cet't ainsi qu'eue a été faite; les soins de MM. Badaroux et Dupont t'ont constaté.

Quand vadura de beis ribans

Et de bellais couiffuros,

Demandas ti ben

D'ounte sount vengudos.

Ma sur, m'aves trooup tard paria, N'en siou enceinte, paoaro 6!io, Doou plus gros richard,

Doou plus gros richard de la villo. Adieu, mes frères adieu, mes sœur* Et vous messieurs de la justice, Faites-moi mourir

J'ai mérité mon supplice


PLACE DES PRECHEURS

Cette place fut toujours à peu près ce qu'elle est encore aujourd'hui. Ï! y avait seulement au milieu une fontaine avec un bassin, ornée de dauphins et surmontée d'une croix qu'on abattit au commencement de < 794, quand l'exercice de la religion catholique fut aboli en France. La ville avait fait construire, en 4737, cette fontaine qui arrosait un arbre planté sur la même place en ~792, et dont j'aurai bientôt à parler. Arbre et fontaine disparurent ces dernières

années.

En vertu d'une délibération du conseil municipal, du < 8 mars < 84<, la ville acheta une maison, rue Saint-Pierre-Martyr, et deux autres maisons, rue de la Campane, lesquelles masquaient en partie la façade de l'église des Prêcheurs qui n'en était séparée que par une distance de trois mètres. Ces trois acquisitions faites aux enchères publiques coûtèrent à la ville 2~675 francs.


L caisse du couvent des prêcheurs donna son nom :t!ap!ace.

Les religieux de l'ordre de Saint-Dominique qu'on appelait Frères Prêcheurs parce qu'Us se vouaient à la prédication, surtout contre les ennemis de la foi catholique jugèrent de bonne heure qu'il leur était nécessaire d'avoir à Marseille une maison où ils pussent attendre un embarquement pour leurs missions dans tes pays étrangers. En 224, on leur assigna une demeure sous le titre de Saint-Miche!, à peu de distance des remparts et tout près de la porte royale. Un peu plus tard, ces religieux construisirent, dans un tien représenté aujourd'hui par la place de Rome. un couvent avec une église dédiée à Notre-Dame-dePiété.

Il y eut dans ce monastère, en l'année ~300, un chapitre général auquel assistèrent quarante-neuf prélats et trente-cinq docteurs, tous de l'ordre de Saint-Dominique.

On le démolit, en 524, avec plusieurs autres édinces rapprochés des remparts, pour mettre la ville en bon état de délense contre l'armée impériale du connétable de Bourbon dont l'attaque était imminente. Les dominicains allèrent alors loger dans l'hôpttai Saist-Jâequcs de 6alice, Bitué p?ès l'église SaintMartin. Après la levée du siège, ces religieux firent

~uit=; ,hul'" 1'"n.nIA i1a hn Vl'ile .avec 1'.aut:=l;tl'on

ba'u', dans leHcetnte de la ville, avec l'autorisation des consuls Gaspar Descalis, Carlin Blanc et Raimond ~oux, un autre monastère sur l'emplacement de plu-


sieurs maisons qui formaient < a partie 1 ancienne juiveriede Marseille. C'est le locai actuel des Prêcheurs. La première pierre en fut posée solennellement, le 3< décembre t826, par Bernardin des Baux, capitaine <m service du roi de France, et l'un des fondateurs du nouvel édifice. Les dominicains de Marseille étaient alors réformés et on les appelait les Frères Prêcheurs de l'observance de l'ordre de Saint-Dominique.

Leur église fut bénie, le 4 mai 528, par Guillaume de Boib, évoque de Girone, du consentement t du cardinal Innocent Cibo, évéque de Marseille. Le corps des notaires de Marseille donna, en !S:M, cent florins d'or pour activer les travaux de construction, 1 qui n'allèrent néanmoins que fort lentement. L'horloge fut faite en < (H 5, grâce à la libéralité de la ville qui dépensa six cents livres pour cette destination Enfin l'église ne fut terminée que trois ans après. Barthélemy Camelin, évoque de Fréjus, la consacra le 8 mai 46~9, sous le titre de l'Annonciation de la Sainte-Vierge, le siège de Marseille étant vacant par la mort de l'évoque Jacques Turricella empoisonné, l'année précédente, par son valet de chambre. On montrait dans la sacristie de l'église des Prècheurs une aube et une étole qui avaient, disait-on, servi à saint Dominique

Deux cours publics étaient institués dans ce couRtt(< Histoire de Marseille, t. !t, p. OK)! L'Antiquité de t't'~Mc de Marseille, t. Ii, p. M, et t. !n, ;). taT-<28.


vent, l'un pour la théologie, l'autre pour la philosophie, et le monde religieux tenait en grande estime cet enseignement auquel plusieurs papes donnèrent des éloges et des privilèges*.

Telle était à Marseille l'une des plus importantes maisons d'un ordre lameux dans l'histoire du catho!icisme.. Il

Les édifices publics, en traversant les siècles, sont !es impassibles témoins des vicissitudes diverses qui laissent sur eux leur empreinte, et qui vont même quelquefois jusqu'à changer soudain une longue destination. L'église des Prêcheurs de Marseille en est un exemple mémoraHe.GertameEaent il faut s'attendre à tout de la part des hommes, et, dans ce monde, iln~est rien qui puisse étonner lephilosophe habitué à voirde !~ang froid toutes les folies, tous les ridicules et tou& les contrastes. Qui eût pu dire cependant que l'un des asiles des disciples de saint Dominique verrait des scènes de profanation morne qui auraient pour auteurs les organes de l'esprit public, les représentants du pouvoir~ faisant parade de leurs outrages et de leurs blasphèmes dans tout l'éclat des fêtes nationales ? C'est ce que je vais raconter, en parlant aussi des événements dramatiques dont la place des Prêcheurs fut le théâtre.

C'était au commencement de 4789. Tout annonçait l'approche d'un nouvel ordre de choses, et les esprits impatients tressaillaient devant un avenir t Calendrier Spirituel de Mar~eitte, Leyde t'?59, p. 3M-MO,


qu'embdtissaient les prestiges de l'espérance. Toutes les classes de la société marseillaise, criant anathème aux anciens abus, sollicitaient de tous leurs vœux les bienfaits d'une réforme régénératrice. L'enthousiasme avait une fraîcheur dont l'expression est perdue de nos jours.

En attendant la discussion des grands intérêts nationaux et des questions constitutionnelles, on se formait à la vie publique par la critique des anaires de la cité. Il n'y avait qu'une voix pour flétrir le système des charges municipales. La taxe sur la viande et les farines était à peu près la seule imposition qui existât à Marseille; on ne la repoussait pas moins comme inique dans son principe, les aliments de première nécessité devant être affranchis de tout impôt. Dans ces circonstances, ta fourniture des boucheries fut mise aux enchères, et une compagnie offrit de s'en charger à des conditions plus avantageuses que le fermier Rebufel dont la fortune, disait-on, était un scandale publie. La protection et l'argent écartèrent cette compagnie, s'il faut en croire le bruit qui courut alors. Rebufel ne se contentant pas du renouvellement de son bail, osa réclamer une augmentation de prix.

Alors on vit s'agiter bruyamment toute la jeunesse du barreau, du commerce et de la bourgeoisie. Les meneurs convoquèrent une assemblée générale dans l'église des frères prêcheurs. Les amis des idées nouvettes, tes hommes passionnés pour cette liberté dont


on saluait le prochain triomphe avec une ivresse entraînante, y accoururent en foule, et ce fut dans cette église que fut ainsi donné le premier signal des orages révolutionnaires. La plupart des membres de cette assemblée unissaient les sentiments les plus honnêtes à l'intempérance violente des idées et du langage. Ils avaient un coeur excellent avec une tête très-chaude, et plusieurs d'entre eux, dans les plus mauvais jour~, furent martyrs de la noble cause à laquelle ils s'étaient dévoués. Mais quelques agitateurs dissimulaient fort mal des passions criminelles sous le masque du patriotisme, et tel futËtienne Chompré qui était alors à Marseille l'homme le plus à la mode, le plus recherché et le plus applaudi.

Le Parisien Chompré, se disant homme de lettres et parent de l'auteur du Dictionnaire de la Fable, vivait à Marseille, depuis quelques années, en donnant des leçons de langue française, et il cumulait cet enseignement avec l'emploi de chancelier du consulat de Rome. Le tout suffisait à,peine à l'entretien de sa nombreuse famille. Chompré, doucereux, insinuant, était vêtu avec l'élégance exagérée d'un fat satisfait de lui-même. Un Marseillais lui disait « Vous êtes « doré comme une boîte à bonbons, tintant comme « une sonnette, le nez au vent, l'épée au côté* )). Chompré, aidé par une bonne mémoire et par un bavardage facile, avait auprès des dames, alors fort Lettre de M. Sarrazin à M. Chompré, officier municipal de Marseille. De l'imprimerie Je Pain au Palais-Royal, n' i45, p. T.


engouées de la prononciation parisienne les succès (~t'obtiennent toujours auprès d'elles les agréables diseurs de riens. Cet histrion famélique, tourmenté du besoin de se mettre en scène, devint plus tard un jacobin froidement forcené, persécuteur atroce des meilleurs citoyens de Marseille aux pieds desquels il avait rampé. Il prit une large part aux assassinats politiques, sans avoir même pour excuse l'exaltation méridionale.

Chompré, qui pérorait toujours ore~MK~o, fut l'orateur le plus goûté de l'orageuse assemblée des Prêcheurs. Les uns voulaient mettre tout à feu et à sang chez les protecteurs du fermier d'autres étaient d'avis de faire rendre compte à tous ceux qui avaient eu la manutention des deniers publics les plus modérés disaient qu'il fallait demander au conseil municipal une diminution du prix du pain et de la viande, sauf de revenir ensuite sur la reddition des comptes. Ce dernier avis prévalut.

L'agitation gagnait du terrain, et les ouvriers, à l'exemple des messieurs, voulurent avoir leur forum. Ils s'assemblèrent tumultueusement à la plaine SaintMichel, et l'on y entendit des déclamations furibondes contre les abus de l'administration municipale. On passa vite des paroles aux voies de fait. Le ~3 mars ~789, une bande de séditieux cassa les vitres de l'Hôtel-de-Ville, et la populace vint se ruer sur la maison du fermier Rebufel, à la rue Ventomagi. On la pilla, on la saccagea de fond en comble, et Rebufel,


averti à temps, pu' se soustraire à la rage des malfaiteurs.

On se préparait à l'élection des députés aux États généraux du Royaume, au milieu d'une effervescence impossible à décrire. La pensée humaine venait de passer de l'état d'oppression à l'indépendance la plus complète, et la liberté de la presse n'avait pas de frein. Toutes les communautés, tous les corps d'arts et métiers manifestèrent leurs vœux, et proposèrent des réformes dans leurs cahiers des doléances. Rien de plus curieux que la collection des écrits publiés en ces jours d'émancipation. La discussion embrassait tout organisation politique, économie sociale, système financier, magistrature, sacerdoce, devoirs et droits, tout ce qui tenait à la régénération d'un grand peuple livré jusques alors aux débauches du pouvoir absolu. L'esprit public était beau de jeunesse, de patriotisme et de puissance.

L'élection fut à deux degrés. C'était la seule manière de la faire libre et sincère. Les assemblées primaires du tiers État nommèrent les électeurs qui choisirent les députés.

L'abbé Raynal, proscrit par le parlement de Paris à cause des hardiesses déclamatoires de son histoire des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, était venu s'établir à Marseille, dans une retraite studieuse où il se proposait de finir ses jours. Il y vivait en silence lorsque les premiers événements de la révolution éclatèrent. Les assem-


blées primaires de Marseille nommèrent Raynal membre de l'assemblée électorale qui s'installa dans la grande salle du couvent des Prêcheurs.

Deux hommes, choisis pour illustrer la députation de Marseille, étaient adoptés par la sympathie générale et comme par acclamation Mirabeau, le plus grand orateur des temps modernes; Raynal, écrivain philosophe qui, malgré quelques écarts, n'en brillera pas moins dans l'élite des intrépides défenseurs des droits de la raison et de la liberté. Mais si Mirabeau jeune encore, ne demandait qu'à s'élancer, tout bouillant d'ambition et d'ardeur, dans les luttes de la vie publique, Raynal, au contraire, ennemi du bruit et des agitations, satisfait d'avoir été par ses écrits l'un des initiateurs du grand mouvement politique et social dont il voyait s'accomplir les premiers actes, ne sollicitait plus que le repos pour sa vieillesse fatiguée il n'aspirait qu'à l'indépendance de l'étude et de l'isolement.

Cependant, comme l'esprit philosophique du dixhuitième siècle animait les citoyens les plus éclairés et les plus influents de Marseille, ils tenaient beaucoup à compter Raynal au nombre des députés aux États généraux. Ils insistèrent auprès de lui, espérant vaincre sa résistance. Chacun se prenait à dire Mirabeau- et Raynal, oh quelle gloire pour Marseille 1 Les écrits se multiplièrent'. Plusieurs corps de méVoyez, entre autres, la lettre d'un citoyen de Marseille à un de ses amis, du ao mars t789, sans nom d'auteur ni d'imprimeur, et ta lettre de M. Ber-


tiers s'associèrent à cette manifestation, et les ouvriers cordonniers exprimèrent leurs vœux en faveur de Raynal avec une chaleur bruyante*. Un électeur, dont le nom ne m'est pas connu, prononça, dans l'assemblée des Prêcheurs, un discours inspiré par 1 enthousiasme le plus ardent pour cet écrivain'; et t'en fit circuler le quatrain suivant, plus recommandable par les bonnes intentions que par le style poétique

Si d'un vice national

Nous voulons abréger le terme,

Pour en développer et détruire le germe

Recourons à i'abbë Raynal~.

Le refus du philosophe fut invincible, et les Marseillais n'eurent ainsi que la moitié de la gloire qu'ils ambitionnaient

En ~90, le système électif fut régularisé en France comme la seule source de la puissance publique, et la trand, de la compagnie royale d'Afrique, à M. Raynat.Marseitte, de l'imprimerie de Jean Mossy.

Délibération du 9 mars t?89, brochure in-So avec la signature d'Antoine Capelle, Sabourlin et Suchet, députés des compagnons cordonniers de Marseille. 2 Discours prononcé à t'assemblée du tiers-état, dans la salle des R. P. prêcheurs. MarseiUe, sans nom d'auteur ni d'imprimeur.

s RëSMioM morales et politiques d'un citoyen de Marseille sur les tdMres présentes, 1789, sans nom d'auteur ni d'imprimeur.

< Après Mirabeau, les députes nommés fûrent de Villeneuve Bargemont, comte de Saint-Victor, et Davin, chanoine de Saint-Martin, pour le cterge de Cipiereset de Sinety, chevaliers de Saint-Louis, pour la noMeMe; Lejean, Roussier, Liqnier et Labbat, négociants, pour le tiers-état. Peloux, aussi négociant, et Castelanet, notaire, leur furent adjoints comme suppléants. Mirabeau nommé à Marseille et à Aix par le tiers-état, opta pour cette deruiere ville.


commune de Marseille se vit divisée en trente-deux sections pour les assemblées primaires Chaque section eut son local, son président, son secrétaire, son bataillon de garde nationale et son drapeau. La section du populeux quartier des Prêcheurs porta le numéro onze, et siégea dans le couvent même. Les délégués de tous les bataillons de la garde nationale de Marseille s'assemblèrent le 25 juin 1790, dans 1 église de ce monastère, sous la présidence des ofliciers municipaux et de Cabrol-Moncoussou, commandant général de cette milice citoyenne, pour nommer trois délégués par bataillon, qui devaient représenter l'armée marseillaise à la fête de la fédération nationale à Paris Des réunions oflicielles et des assemblées populaires tinrent aussi, en diverses occasions importantes, leurs séances dans cette ancienne église des dominicains.

La fatale journée du 3~ mai 1793 eut en France un lugubre retentissement, et les chefs du parti Girondin entraînèrent dans leur chute l'éloquence, le patriotisme et la liberté, cette liberté qu'ils voulaient pure des excès révolutionnaires. Mais l'insurrection des départements contre la Montagne triomphante s'éteignit bientôt comme un feu sans aliment et sans force. Marseille, se levant aussi pour défendre les proscrits de la Gironde et secouer le joug d'une caJ) y eut vingt-quatre sections dans la viUe et huit dans la banlieue. Recueil dos procès-verbaux des assemblées et des opérations électorales de la section des Picpus à Marseille, manuscrit en ma possession.


pitale oppressive, osa jeter le' défi à la Convention nationale qui bravait les rois conjurés. Mouvement généreux, mais imprudent lutte d'un enfant débile contre un géant redoutable.

La section du quartier des Prêcheurs était celle qui comptait le plus de prolétaires, d'exaltés de bas étage, d'hommes sans lumières et sans dignité personnelle. Ils n'avaient pas ta moindre idée des formes politiques, du jeu des institutions, mais ils caressaient par instinct les maximes républicaines. Entreprenants, pleins d'un cynisme audacieux, ils avaient tout à gagner dans les discordes civiles..

Le bataillon de ce quartier était commandé par Vidal. J'ai connu dans ma jeunesse, ce personnage (lui n'était plus qu'un vieux bonhomme, vivant d'une modeste place au poids de la farine. Je sais que le temps et les circonstances peuvent modifier profondément nos habitudes, nos pensées, toutes nos facultés morales mais la vieillesse n'en conserve pas moins, ce semble, quelques traits de l'âge viril. Eu 1828, Vidai était tout métamorphosé. A voir ce vieillard si calme si inoffensif et si timide on ne pouvait pas croire qu'il eût été l'un des chefs des jacobins de Marseille, l'un des champions terribles de nos guerres civiles. Comme il avait sa mémoire entière, j'étais auprès de lui avide de renseignements, et, curieux infatigable, j'en demandais aussi à tous ceux qui avaient marqué dans nos troubles. Ils n'étaient plus qu'en bien petit nombre ces hommes


épargnés par la révolution et par la mort. Leurs personnes et leurs récits me donnèrent la conviction que si les événements furent grands, !a plupart des acteurs furent bien petits.

Quand Marseille prit une attitude insurrectionnelie contre la Convention nationale, les sections se maintinrent en permanence, sous l'autorité d'un comité généra! qui eut le négociant Peloux pour président et le notaire Casie!anet pour secrétaire. Leur qualité d'anciens députés du tiers-état de Marseille à l'Assemblée constituante détermina leur choix, fort malheureux assurément, car ces chefs, très-honorables comme particuliers, n'avaient qu'une capacité des plus médiocres, et leur valeur politique était nu!!e. Je dois en dire autant de tous ceux qui prirent le fardeau des affaires publiques dans ces circonstances difficiles. Pour résister à la Convention qui savait organiser la force et la victoire à l'aide de toutes les passions populaires, il fallait s'élever à la hauteur des coeurs vendéens, ou tout au moins égaler l'admirable consistance des Lyonnais qui surent se défendre avec le courage du désespoir, et l'insurrection marseillaise n'eut pour défenseurs que des hommes sans talent, sans énergie et sans enthousiasme.

Quel fut d'ailleurs le caractère de ce mouvement politique? Il n'eut pas la cohésion ni l'esprit d'unité qui fait la force des partis. Diverses couleurs s'y montrant à la fois s'y effacèrent toutes par nécessité. Programme girondin, démocratie modérée, royalisme 14


absolu, royalisme constitutionnel, toutes les opinions s'y trouvèrent mêlées, à t exception de celle des Montagnards contre laquelle on se ruait. L'insurrection n'en conserva pas moins le drapeau de la République. Ce n'était pas là de l'hypocrisie, vice de quelques hommes et non celui des masses; c'était simplement le besoin d'une situation pleine de faiblesse et de périls. Des qualités viriles et des vertus guerrières n y eussent rien fait. Que pouvaient des esprits amollis par des habitudes de commerce et d'agiotage ? `?

Toute révolte locale qui ne se propage pas est fatalement condamnée à périr, et. eUe se fait à ellemême un mal affreux parce qu'elle devient la cause ou le prétexte de vengeances d'autant plus cruelles qu'elles prennent les formes légales. Tel fut le sort d une téméraire levée de boucliers.

Le comité de salut public ne s en alarma pas. Sachant à qui il avait aSairc, il mit à la tête d'une poignée de soldats un ancien peintre qu'il venait d'improviser général) et le lança contre Marseille qui avait intéressé à sa cause le département des Bouchesdu-Rhônc.

Je n'ai pas à décrire ici les opérations de l'armée départementale. Le !9 août, cette armée campée sur le chemin d'Artes et sur celui d'Avignon, s'enfuit devant quinze cents hommes du corps de Cartaux, Le général CartaM, en entrant a MarsfiHe, xvait MM hommes bien comptes.


comme une poussière balayée par un vent d'orage. La situation de Marseille devint alors des plus critiques. L'alarme était générale. Les Anglais bloquaient le port, et les subsistances étaient tous h's jours plus rares. Le i 4 du même mois, le comité général des sections détégua tous ses pouvoirs àPe!ou\, à Castelanet et à cinq autres de ses membres, sous )e titre de comité de sûreté générale. Ce comité traita avec les Anglais et leur envoya des députés pour réclamer des secours. Il alla jusqu'à supplier !'amit'at Hood d'accorder assistance à la ville de MarseiHc pour proclamer Louis XVII. Le masque tombait. Le mouvement se dessinant d'une façon plus nette était décidément tout royaliste, et Marseille faisait cause commune avec Toulon. Hood adressa une proclamation aux habitants de ces deux villes pour ies engager à se prononcer sans délai.

Dans ces circonstances, un désordre affreux régnait à Marseille. Tout s'agitait, tout se heurtait. Les républicains montagnards, jusque là comprimés, !evèrent hardiment la tête. Dans la journée du 22 août. le fameux bataillon de la section n° qu'on n'avait pas osé désarmer; pour conserver, comme je l'ai dit, la couleur républicaine se retrancha dans son quartier des Prêcheurs avec un canon. On ne vit d'abord que trois cent cinquante hommes sous le drapeau de ce bataillon qui fut bientôt renforcé de plusieurs jacobins des autres quartiers de Marseille. et le commandant Vidal eut alors cinq cents vo!on-


taircs 'sous ses ordres. On lui avait an~ené deux ou trois autres pièces d'artillerie, et sa position, protégée par les lieux, déviât des p!us formidables. Ce corps députa vers la municipalité pour lui signifier qu'il ne voulait pas subir le joug des ennemis de la France, et qu'il mourrait républicain.

Tous les bataillons restés dans la ville, auxquels tes marins du port vinrent se joindre, s'ébranlèrent pour attaquer les insurgés des Prêcheurs. Mais, avant d ouvrir le feu, on leur envoya des officiers municipaux pour les inviter à se soumettre. Gaillard et Garoute, un président et l'autre secrétaire de la section montagnarde, tirent cette réponse a Nous nous re« tirerons lorsque l'armée de la République viendra t- nous relever ').

Les choses cependant restèrent dans cet état, et les deux partis se fortifièrent dans la nuit du 22 an 23, nuit d'angoisses indicibles. Un détachement d'insurgés, à la faveur des ténèbres, alla s'emparer du poste de la porte d Aix, mais il abandonna bientôt cette position et retourna aux Prêcheurs.

Le 23, a midi les insurgés, attaqués à force ouverte du côté des rues Belsunce, Saint-Jaume, SaintVictoret, des Consuls et de la Croix-d'Or, furent resserrés dans la place et 1 église des Prêcheurs, mais la on ne put les forcer. Après vingt heures d'un feu continuel, leur position n'était pas entamée. Alors on porta des mortiers sur la place dite CMMc-So?M/' représentée anjourdhni parcelle de la Bourse, et on


recourut au bombardement dirigé par des ouicicrs de marine, sous le commandement de l'un d'eux nommé Boulouvard. Les assiégés résistèrent encore pendant sept heures à une lutte si inégale mais les cris des vieillards, des femmes des enfants et l'aspect des désastres que le quartier avait éprouvés, les décidèrent enfin à une retraite plus avantageuse aux succès de l'armée conventionnelle qu'une résistance prolongée. Ils se nrent jour à travers leurs ennemis et sortirent de la ville avec leurs canons par la rue Sainte-Marthe, par celle de l'Observance et par la porte de la Joliette, pour aller joindre les troupes de Cartaux; et accélérer leur marche sur Marseille. Par le bruit des bombes, des canons et de la fusillade, on eut dit que la moitié de la ville était détruite et que des milliers de cadavres jonchaient le sol. Cependant les républicains n'eurent ecinq morts, et du côté des sectionnaires un seul capitaine marin perdit la vie. Quant aux blessés, le nombre en fut assez considérable.

Le même jour, 24 août, la petite armée de la convention attaqua, sur les hauteurs de Fabregoulc, les troupes départementales commandées par le général de Villeneuve'. Une partie des canonniers sectionDe Vitieneme, gentilhomme, avait été colonel du régiment d'Artuis-infanterie avant t789. t) avait quitté le service et jouissait d'~n rpjX)'. honorahit: lorsque te comité général des sections de M.u'eUte im donna le cu!)t:Mt)deMetft Je l'armée des Boaches-du-Rhone. Le brave et judicieux officier accepta cette difficile mission par devoir et par esprit chev.'deres'{ue,sans 50 fairt illusion les resuttat~ désastreux de la plus fémeraift.' <!es catrcprisf's.


) (aires abandonna ses pièces d'artillerie et se mit a fuir. L armée du département, cédant à la panique du MMM ~MïpcM<, se replia sur tous les points, et <'n!ra pete-meie dansMarscitte.

La désorganisation y était complète et la terreur généraie. Les rues se couvrirent d'abord d'une foute désespérée qui poussait des clameurs confuses, et présentèrent ensuite l'image d'une ville déserte et ptongéc dans un silence de mort. Tous les magasins, toutes les portes et toutes les fenêtres étaient fermés. De ViHeneuve ne songea pas à défendre une ville qui s'abandonnât! ainsi, Il ordonna!a retraite sur Toulon, c! tes débris de armée départementale y entrèrent en désordre le lendemain, suivis d'une foute de malheureux qui abandonnaient leurs foyers.

Cartaux savait qu'i! n'avait pas à combattre des troupes aguerries; il nen fut pas moins étonné de son facile triomphe, et il 81 son entrée a Marseitle le ~5 août a neuf heures du matin. C'était le jour de Saint-Louis, jour d'une ancienne fête chère aux royahs!es. Gra~ Dieu, queue fête pour eux Le succès grossit les rangs de tous les vainqueurs. et )es dern'ers venus, ceux-là même qui n'ont rien f<t, se montrent toujours les plus ardents- Quinze cents républicains marseiitais, ou se disant tels, éiaient attés au-devant de Cartaux. Ils marchaient, t'n vociférant, à la suite du bataillon des~Précheurs, J et ils ouvraient ainsi la marche de t'armée convenhounelte dont le générât était entouré des représen-


tantsdu peuple Albitte, Gasparin, Saticetti, Escudier et Nioche.

La municipalité de Marseille, suspendue par le comité géoéral des sections, reprit aussitôt son poste. Le club rentra en séance et prit le titre de Société populaire régénérée. Le 27, la ville fut désarmée e1 l'on organisa une administration de sans-culottes qui sacrifia quelques victimes. Mais le règne de la terreur proprement dite ne fut organisé que quetque temps après, avec le tribunal révolutionnaire, surtout avec la commission militaire présidée par Brutus' et avec la guillotine en permanence.

L'un des premiers et des plus beaux arbres de la liberté avait été planté sur la place des Prêcheurs. A chaque instant du jour, des bandes de jacobins venaient lui présenter leurs hommages en dansant la carmagnole.

Le gouvernement de la France présentait alors un spectacle unique dans l'histoire des peuples. La convention était asservie à la puissance révolutionnaire du comité de salut public qui, lui-même, luttait d'influence avec le pouvoir anarchique de la commune de Paris. On insultait la religion catholique on traînait dans la boue ses signes et ses attributs. Ses temples étaient fermés ou consacrés à de profanes On comprend facilement que B;'M(M< n'était ()u'nn non) <t'ett)p)'tmt et Je circonstance. Le président de l'atroce commission militaire s'appelait Lerui. Les quatre juges étaient Lefèvre, Thiberge, Lt'spine et VMchez mercenaires f)h<otr,s envoyé'-tte Paris pour ohcir a\eug)cmt'nt a une fon'.i~jc d'assassinat.


nsages. Plusieurs de ses ministres vinrent déposer leurs lettres de prêtrise sur l'autel de la patrie, et déclarèrent à la face du ciel et des hommes qu'ils abj uraient toutes leurs jongleries. Emmanuel de Bausset, chanoine de Saint-Victor, fut l'un de ceux qui, à Marseille, donnèrent cet exemple. Il était dit que tous les excès se montreraient dans tous les genres. La plupart des conventionnels professaient le déisme philosophique. C'était surtout le culte de Robespierre qui exerçait une influence considérable sur le comité de salut public et qui était en même temps l'idole du club des jacobins. Aux yeux de Robespierre, le déisme était la seule religion des sages, et le fameux tribun, passionné pour J.-J. Rousseau, cherchait sans y réussir, à s'inspirer de son admirable éloquence et à lui dérober quelques formes de style. Mais dans le conseil de la commune de Paris un parti s'était formé qui niait Dieu et n'admettait d'autre culte digne de l'homme que celui de la raison et fie la nature. Ce parti, dont Hébert et Chaumette étaient la personnification, eut un moment de succès, et la religion nouvelle prévalut dans la France entière. Partout on lui éleva des temples. A Marseille, l'église des Prêcheurs subit ce changement incroyable. Les sectaires ne pouvaient pas mieux choisir, car )'ancienne église des Dominicains se trouvait placée au foyer même du jacobinisme marseillais, et sa grande nef se prétait fort bien au déploiement des cérémonies pompeuses. Les décorateurs officiels se


mirent à l'oeuvre. Des pins furent plantés des deux côtés intérieurs du temple. Une montagne s'éleva dans le sanctuaire. La chaire devint la tribune, chose toujours obligée en ce temps de bavardage déclamatoire. On voyait çà et là des ornements divers des guirlandes de verdure et de fleurs, des représentations allégoriques, des peintures rappelant le génie des temps anciens et la gloire des vertus républicaines. Tel était, à Marseille, le temple de la raison en voici maintenant le culte.

Les jours de décade on disait, sous le nom de Promenade civique, une procession qui partait de la Maison-commune' et parcourait les principales rues. Des troupes étaient en mouvement les tambours et les trompettes retentissaient. Un corps de cavalerie ouvrait la marche. Un héraut d'armes à cheval portait une bannière sur laquelle on lisait les droits de l'homme et du citoyen. Des femmes enrubanées aux trois couleurs marchaient deux à deux, tenant chacune à la main une branche de laurier, sous la conduite de deux mégères, la Fassy et la Cavale, fine fleur du jacobinisme féminin. Venaient ensuite des hommes armés de piques et coioés du bonnet rouge. Puis les membres du club liés les uns aux autres avec des rubans tricolores en signe d'union fraternelle toutes les administrations locales; les fonctionnaires publics de tous les degrés le tribunal du district; la troupe Le nom d'Hôtei-de-Vute était trop aristocratique. !Mtet fi-donc. Maison Commune, parlez-moi df <-e)a. C'est beaucoup plus ptchficn.


dramatique des deux sexes en costume romain tes représentants du peuple, en mission, qui précédaient un char de forme antique sur lequel apparaissait une actrice aux robustes appas, mademoiselle Rivière, transformée en déesse de la Raison. Des cavatiers terminaient le cortège qui se rendait au temple de cette divinité nouvelle.

Là on prononçait des discours pleins de grandes phrases, mais généralement vides d'idées. On déclamait contre les superstitions et contre les tyrans. On chantait des hymnes patriotiques. Un chœur terminait la cérémonie.

Deux strophes donneront une idée de cette poésie blasphématoire

Air Allons, e):~a)tts de la pah'te. FrançaM, quelle métamorphose Transforme nos saints en lingots La raison est eniin éclose Elle anéantit les cagots.

!)e leurs ridicules mystères Ëtïaçons jusqu'au souvenir Que notre dogme à l'avenir

Soit d'être heureux avec nos frères. Français, la vérité qui brille à tous les yeux La liberté

L'égalité,

Voilà quels sont nos dieux. Sur le tombeau du fanatisme Et d'une absurde trinité Eclairons le patriotisme

Du flambeau de la vcrite.


Aux discordes du culte antique

Faisons succéder l'union

Et que notre religion

Soit d'adorer le république.

Français, etc'.

Mais bientôt la scène changea. Ce cuite de la Raison, qui dissimulait assez mal l'athéisme, importunait Robespierre dont les passions jalouses et dominatrices ne pouvaient supporter l'influence de Chaumette et d'Hébert; lesquels d'ailleurs abusaient trop de la patience du peuple français. Que quelques esprits isolés se refusent à reconnaître une intelligence créatrice, cela s'est vu et se verra encore mais ;cette contagion ne saurait atteindre une nation entière. L'homme subjugue les éléments, il façonne à son gré la matière morte celle du moins qui est à sa portée. mais la matière animée Dites donc au plus grand génie de faire seulement un papillon. S'il est difficile de comprendre l'univers avec Dieu, cet univers, sans Dieu, est tout à fait incompréhensible, et c'est ainsi que la raison s'unit au sentiment pour embrasser une vérité consolante.

La faction des athées succomba, et Robespierre se vit à l'apogée de sa puissance. Se déclaranfalors l'appui et le vengeur de la morale publique, il fit décréter par la Convention la reconnaissance de l'ÊtreSupplément au 10 du journa) rcpuhUeain de Marseille )-ë()i~); ci-dcvaftt par le citoyen Lacroix et continué par Mittie fils.


Suprême et l'Immortalité de l'âme. Dieu mis aux voix passa ce fut très-heureux pour lui.

Paris nous envoyait tout: les actes, les idées, les formules du pouvoir et de l'esprit public les phrases toutes faites. On acceptait tour à tour les choses les plus opposées et les mêmes hommes qui avaient offert leurs hommages à la déesse de la Raison célébrèrent, avec l'apparence du même entrain, la fête de l'Être-Suprême. La servitude, courbant tous les fronts au nom de la souveraineté populaire, se moquait de l'indépendance individuelle sans laquelle il n'est point de dignité humaine.

Maignet, représentant du peuple, envoyé dans les départements des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse et de l'Ardèche pour y organiser le gouvernement révolutionnaire, se trouvait alors à Marseille. Ce proconsul farouche ferma le temple de la Raison dont il avait été l'un des grands-prêtres, et, par ses ordres, on fit le programme d'autres cérémonies solennelles. Le 8 juin 1 79~ on dressa sur la place Castellane un autel de forme ronde. On s'y rendit processionnellement et dans l'éclat d'un appareil jugé digne de Dieu qu'on allait proclamer. Maignet, debout sur cet autel, parla de la puissance du Créateur, des charmes de la vertu, de l'horreur du vice, de nos destinées immortelles. Un héraut d'armes conduisit à ses pieds quatre taureaux domptés les nourrices y portèrent les enfants nés dans la décade de jeunes filles, couronnées de fleurs, promirent de ne recevoir pour époux que


des défenseurs de ta patrie un char traîna dans la poussière les attributs de la royauté abolie. On brûla de l'encens en l'honneur du grand Être dont la puissancemerveilleuse éclate dans un brin d'herbe comme dans l'harmonie des mouvements célestes," et les artistes dramatiques chantèrent des hymnes à sa gloire. Ces fêtes républicaines, dont le bruit se mêlait, au milieu des orages, à la voix du canon qui célébrait les victoires de nos soldats héroïques, étaient éblouissantes, mais impures et vertigineuses, car leurs ordonnateurs sacrifiaient des victimes humaines à ce Dieu de miséricorde et de bonté qui nous embrasse tous dans ses bras paternels. Je sais tout ce qu'on a dit pour expliquer et même pour justiner le système de la terreur. Mais la cause la plus juste se souille par la cruauté. La plus belle conquête politique ne vaut, pas une goutte du sang de nos semblables, et maudits soient à jamais les barbares qui ne respectent pas l'inviolabilité de la vie de l'homme.


La rue Duprat, l'une des plus tortueuses, des plus malpropres et des plus raides de la vieille ville, aboutit de la rue Castillon à celle de Sainte-Marthe, en face même de la porte d'entrée de l'ancien Collège de l'Oratoire. Les plus anciens titres latins la nomment Via ad CoMew, rue de la Colline, dénomination parfaitement appropriée à la situation des lieux'. Le nom de Duprat lui vint d'une famille dont l'un des membres fut procureur à la sénéchaussée de Marseille dans le dix-septième siècle. En t634., ce procureur fut nommé second syndic de sa corporation, et premier syndic en 1643. Sa postulation fut très-longue, et, en ~664, on le voit encore en La rue Duprat fut de nouveau appelée rue de ta Colline pendant la révolution. Cette foi5, les novateurs eurent le sens commun. Comme cela ne leur arriva pas souvent pour les chângements de noms, ils ont droit ici à une mention honorable.

RUE DUPRAT


fonction Mais il résigna sa charge ou il mourut peu de temps après, car son nom n'est plus inscrit sur le tableau des procureurs de Marseille en ~666. La famille Duprat habitait encore cette rue en 749, et deux oSiciers du génie, chevaliers de Saint-Louis, portaient, en '!782, le nom de cette famille à L quelle ils appartenaient~.

t Registre des créations et audiences des roys de la bazoche de Lt présente ville et eité de Marseille, fol. 68 recto, 00 recto et t33 recto.

Grosson, Almanach histori<)na de Marseille, 1782, p. i89.


Les Marseillais, tout pétris de passions mobiles, mais facilement entrainés par des émotions généreuses, furent toujours sensibles au spectacle de la misère et des douleurs. La bienfaisance forma l'un des traitp distinctifs de leur caractère. Cette vertu éclata de bonne heure dans des œuvres miséricordieuses. Il est probable que, par suite des relations de commerce de Marseille avec le Levant, des maisons d'assistance publique furent fondées dans cette ville sur le modèle des hospices établis à Jérusalem durant les Croisades.

L'histoire nous a conservé le souvenir de plusieurs de ces institutions hospitalières de Marseille parmi lesquelles je dois ranger la maison de Sainte-Marthe. S'il faut en croire Ruffi', elle fut fondée, avec la cha-

'Hi<~oir{-Marsei))f,t.p.72f't)n.

RUE SAINTE-MARTHE.


pelle de ce nom, par les religieux de Cruïs de ordre de Saint-Augustin, au diocèse de Sisteron. Le plus ancien titre qui fasse mention de cet hôpital est la transaction du ~3 janvier 2~0 entre Pierre de Monttaur, évéque de Marseille et seigneur de la ville haute, et les douze recteurs de la ville inférieure qui venait de se constituer en république, après avoir racheté de ses derniers vicomtes les faibtes restes de leurs droits féodaux. Ces recteurs étaient Pierre de la Font ou de la Fontaine, Giraud Audroen, GuiHaumeAurio!, Raimond Cominal, Bernard Gratiber) GuiHaume de Castellane, Pierre Bonet, Dominique Long, Bernard Hugolen, Imbert de la Mure, Raimond Abeille Aimé Balistier. L'acte fut passé pou: terminer les dinérends qui existaient entre les deux villes régies chacune par une administration dincrente et se gouvernant par des principes opposés. Les magistrats de la ville républicaine avaient fait quelques entreprises sur la ville épiscopale. Ils s'étaient emparés d'une partie de Roquebarbe et de la Tour Juive du palais de Pierre de Montlaur. Ils refusaient de reconnaître les droits dont les vassaux de révoque jouissaient dans la ville inférieure. Ils les empêchaient d'y faire le commerce, levaient sur eux diverses tailles et ne leur épargnaient pas les avanies. L'évoque eut assez de force pour se faire rendre justice, et les recteurs de la ville basse se virent obligés de céder. Ils convoquèrent dans l'église des Accoules un parlement au petit pied, car ies grands parlements municipaux, composés de tous les ci-


toycus actifs, se réunissaient dans le vaste cimetière de cette éghse. L'assemblée du ~3 janvier ~20 compta quatre cent quarante-six habitants notables. Elle approuva les propositions qui lui furent faites par tes recteurs; la délimitation des deux villes y fut tracée exactement, et l'on en dressa l'acte en la forme authentique. L'hôpital et la chapelle de Sainte-Marthe y sont désignés comme un des points de repère de la ligne divisoire'. Le texte de cet acte rappelle ici des bâtiment s qui sans doute ne dataient pas de la veilte~; et tout prouve que cet hôpital avait une existence beaucoup plus ancienne.

Il est bien dimciie d'en connaître le régime administratif et la destination spéciale, car le nom d'Hôpital n'eut jamais un sens rigoureusement déterminé, et cette appellation ne s'appliquait pas seulement aux matsons qui soignaient les malades, mais encore à toutes les œuvres de bienfaisance et d'hospitalité. Cependant nous savons qu'au commencement du quatorzième siècle Hiôpitat Sainte-Marthe de Marseille était. .m prieuré qui ayait pour titulaire Pierre Garibert, physicien c'est-à-dire médecine Ce Garibert mourut en 1305 et Durand, évoque de MarL'Antiquité de t'egiise de MarseiMe, t. tt, p. 85 et suiv.

TrAnsit per portieum SanfCc-MMth.c. ita quod dicta ecclesia cum mediet~te (Jicti portici est de jarisJictMoe cpiscopati, et huspitate Sanctee-Marthae cum atia medietate ejusdem portici est de junsdictione riceeomitati. Même ouvrage, t. Il, p. 86.

3 La médecine s'appelait alors physique, posf <'M<!t<îter à la eoMStt-ea<tOM d< la nature. Voyez Claude Fanfhet, origines des dignités et magistrats de France, seconde édition, p. ~3 verso. Voyez aussi )o Gtossaire de du Cange verbo phisici, et te Lexique roman par Kaynonard, t. IV, p. 533. Voyez encore )!nu fonte de chartes.


,seille, à qui la collation du prieuré appartenait nomma Pons Gauvelli qui faisait ses études dans la ville d'Avignon~.

Il y avait, en 381, des hospitaliers attachés ai t établissement de Sainte-Marthe. et ces serviteurs des pauvres pouvaient s'engager dans les liens du mariage comme les frères donats de l'hôpital SaintEsprit. A peu près à ta même époque, quelques femmes pieuses étaient préposées à la surveillance des divers services et même à l'emploi des fonds. En~4t0, Jacques Murri était prieur de SainteMarthe. Le ~8 janvier, il comparut devant Étienne Marroan, bachelier in M~o~M<M~, vicaire-général et official de Paul de Sade, évéque de Marseille. Il exposa que les directrices de l'hôpital avaient négligé d'y faire des réparations indispensabfes, à tel point que l'édifice tombait en ruine. Murri pria h' vicaire générât d'accéder sur les lieux. Marroan s rendit le lendemain, et, convaincu de la nécessité de remédier promptement à ce fâcheux état de choses il autorisa le prieur à céder t hôpital à bail emphythéotique et à vendre les meubles inutiles pour appliquer à la restauration des bâtiments le produit de ta vente et le montant des redevances 2.

Ce n'était là qu'un triste expédient qui, loin d assurer l'avenir de Sainte-Marthe, deYait au Contran c, augmenter ses embarras. Cette maison hospitafière

'UAnti'juitct)pt'eg)i5e(!f'Mar-;ei))c,t.H,p.3.K). ~tï.Mortrcui),nt<')pitaiS.i.inte-)!th~,Miri.eU)c,)8.jf').


n'eut jamais une grande importance, et ses revenus furent toujours des plus bornés. Elle n'alla qu'en déclinant, comme tant d'autres institutions de bienfaisance que les pouvoirs publics ne soutenaient pas et qui ne trouvaient dans la charité privée que des ressources insuffisantes. Dans les premières années du seizième siècle, Fhôpita! de Sainte-Marthe, étranger à toute pratique des bonnes œuvres, n'offrait plus qu'un spectacle de délabrement et d'abandon. Le temps; ¡ dont le passage n'est marqué que par des ruines, n'avait presque rien laissé de ce vieux bôpitat, et son nom était à peu près effacé de la mémoire des hommes, lorsque sur ses débris s'éleva un établissement dont je vais écrire l'histoire.


MAISON ET COLLÉGE DE L ORATOIRE. 1.

J aimeà reposer ma pensée sur 1 un des plus nobles asiles de la prière et de t'étude. C'est l'ancien étabtissement où se forma l'esprit de nos aïeux éclaires des lumières d'une instruction solide. L'édifice ne brillait point par ses qualités architecturales, car le style en était des plus lourds et les formes des plus massives. Mais il exhalait un parfum de vertus utiles il rappelait le souvenir de grands services rendus à la religion, à la science et à la société. Tout, en un mot, recommandait sa mémoire à t'estime des hommes de bien.

Son histoire doit être précédée d une courte notice rétrospective.

Il y avait à Marseille, dans le quatorzième siècle plusieurs écoles particulières, et j'ai donné les noms de quelques instituteurs quand j'ai eu à parler de la rue Castillon. Toutefois ce n'est qu'en 140~ que je


vois des vestiges d'enseignement communal. Un maît re d'école, dont le nom ne nousa pas été transmis, se trouvait alors à Marseille avec l'intention de s'y fixer, si la ville lui donnait un secours pour l'aider à vivre. Le 7 mai, le conseil municipal délibéra de lui accorder dix florins'.

Nous voyons, en l'année ~434, un écolier, un escoliar, mourir dans l'hôpital du Saint-Esprit de Marseille~.

Tout fait supposer qu'une véritable école communale existait dans cette ville en 437. Guillaume Cai adet, dit Bourgogne, Sgure à cette époque dans un acte public avec la qualité de maître des écoles, ma~îA~r~c~o~rMM et, comme c'est là le titre que l'on donna plus tard au régent du collège de Marseille, il est logique de croire que Guillaume Caradet était placé à la tête de l'enseignement communal. Il y était encore en 14 40*. Quelques années après, maître Quia eruditioue puerorum presentis civitatis unus magister, aptus et suffirions est necessarius, et qui~ unus magister scholarum aptus et sufficiens est hic tjui renumen* inh 'ijit pro eruditiane dietorum puerorum, facto sibi adjtitono co'~t pcctinie qnantitxte sibi tiece~saria pro snstcntatione vite sue, ptacuit dicto ('onsihu rciorntare quoil domini sindici tractare habeant cum eodem quod si retnimerf volet qaod dicta civitas dabi sibi decem Oorenos et non ultrà; et usque .td tU~n) snmmam sibi promitterc teneatur. Registre des délibérations municit).t[cs, 1399 à i48t, sans pagination cbufrëe aux archives de la ville.s Lo captto) detta taula dets malauts, dans le registre coté C des recettes et dépenses de t'bopital Saint-Esprit de Marseille, i434, fol. 98 recto, aux archives de l'Hôtel-Dieu.

3 I[ fut l'un des témoins du testament fait à Marseitte, le 23 avril 143T, par L; jardinier Bernard Allard, aux écritures du notaire Louis Duranti. Aux ar) hives de la ville, Ctiartier.

Ji tigure encore comme l'un des témoins d'un acte fait k20 décembre tHO !'ar le même notaire, archiffs de )a vi!tc, Qtarticr.


Yves Lefrète occupait cette place. On l'appelait dans une autre ville, mais comme il aimait beaucoup Marseille, il déclara qu'il y resterait si on lui assurait la même position. Le 9 juillet 1469, le conseil municipal le retint pour l'année suivante, aux mêmes gages qui étaient de quarante florins par an Yves Lefrète fut ensuite remplacé par un maîtreés-arts nommé Gilbert de Villebrune, qui avait une grande renommée de science et qu'on appelait doc~MMMM~. En !475, Gilbert de Villebrune eut pour successeur Jean de Favathon qui était aussi ma!treès-arts et de plus bachelier en théologie. On le remplaçabientôt par Honoré deTrimond; mais comme celui-ci n'était pas, en théologie, simple bachelier mais professeur, on porta ses appointements à soixantedix florins3. Le maître-ès-arts Pierre Pelissier succéda à de Trimond en ~79, et l'on en revint alors aux gages de quarante florins par an

L'année suivante, le chef d'institution communale était Jean Trulier, remplace, en ~48~, par Raimond André qui exerçait le même emploi en 1489 et sans doute longtemps après.

Au commencement du seizième siècle, la ville de Marseille organisa l'enseignement public sur une base Registre contenant des délibérations m~nin'tpak's de t tG9 a H8.'), '-cco~'t cahier, fol. 13 verso, aux archives de la fittc.

2 Balletaire de 1475 à 139i, aux archives de la nttc.

3 MemeB)iHetairedett75a.lt9t, fot.U recto, ~6 verso,'39 verso, '7t \erso, 87 recto.

Même Butictaire, fol. 97 versu, et par!)' non j'htc<; du rc~tr'


plus large, et chaque année, le jour des élections mu"nicipales, le conseil nommait deux ou trois commissaires pour la surveillance des écoles. L'instituteur communal eut le titre de rector ~o~riM~o~ de la grant escola de grammatica, et quelquefois aussi on l'appela lo grant ~a~M~r de /o~ escolas. On lui donna un traitement de cent cinquante florins. Un peu plus tard, on lui adjoignit deux bacheliers qui tirent chacun une classe, et l'institution en eut ainsi trois' Les exercices grammaticaux étaient composés de lectures sur Donat, legir lo Donat. Jacques de Oliolis était régent en 4St6 t, et il l'était encore en 1532. Son premier adjoint s'appelait Blaise Gueyroard et son second Antoine Roman. La ville donnait a l' un quarante florins de gages, et vingt-cinq à l'autre 3. Maître Gilles dirigeait le collège de Marseille en 1543, lorsque le conseil municipal délibéra de mettre cet emploi au concours public. Les juges furent deux médecins fort renommés, Louis Serre et Jean Gentilis, alors commissaires des écoles. Maître Antoine Bellaud l'emporta comme p~ ~OM~?aM< en toutes .M'~MC~ et bonnes ~p~ra~cM*, et, le 4 juillet, les HnUetaire <iu ter tmvembre t5t6 au 3f) octobre t5M, sans pagination chif~.ce, aux archives de la ville. Article du 2t février 1532 dans le Bu)ieta4rc !h' t526 à t539. aux mêmes archives.

2 BuUetMre du ter novembre i5t6 ait 30 octobre t526, sans pagination chifaux archives de la ville. `

Article du 24 février t53~ dans le Buaetaire de t536 à 1539, aux mêmes an'tuvM.

Séance du conseil municipal de Marseille du 2.) mai 1543 dans te registre lc~ dctiMra.tions de t5H t t546; foi. t5 verso, aux mômes archives.


consuls, assistés de Serre et de Gentilis, passèrent pour deux ans, avec ce professeur, une convention qui nous fait connaître la nature et les règles de l'enseignement communal à cette époque.

Les gages annuels du régent sont nxés à cent écus d'or au soleil, plus .dix écus pour son logement. On lui imposa l'obligation d'avoir trois bacheliers « de « bon exemple et bien morigénés, un pour les petits « enfants et les aultres deux pour les grammairiens «et les humanistes». L'enseignement comprend la grammaire, la poésie et l'art oratoire. Il est tout-àfait gratuit pour les Marseillais. Quant aux étrangers, la rétribution est fixée à deux sous par mois; elle est de quatre, si on leur donne des leçons de grec. Les consuls s'engagent à user de tout leur pouvoir pour interdire dans la ville tous les établissements particuliers d'instruction et pour obliger ainsi les écoliers à suivre les cours du collège

Les instituteurs privés résistèrent, et le conseil municipal, dans sa séance du 4 septembre 543, autorisa les consuls à poursuivre judiciairement « ces « pédagots qui vouloient tenir chambre d'escolle par « la ville, sans volloir aller à l'escolle commune~ )). La ville renouvela plus tard ces défenses; mais il parait qu'elles n'eurent aucun succès, car je vois, dans le seizième siècle, des instituteurs, à Marseille, diriger librement des écoles privées, et parmi eux je dois Registre des délibérations municipales de t542 à <5~6, fol. 52 recto et \prso, et 53 recto.

Séance ftu « novembre t5t3 dans )c même registre, partie non j'n.ince.


citer en première ligne Honorat Rambaud, natif de Gap*, qu'un ouvrage fort singulier met au rang des auteurs qui firent, à cette époque, des efforts à peu près infructueux pour réformer plus ou moins radicalement la grammaire et l'orthographe*. Rambaud avait dans son école des élèves de très-bonne maison, et même des enfants de famille consulaire 3. Baptiste d'Arène, docteur en théologie à Marseille, remplaça Bellaud en 546. Puis Gilbert Girard, l'Italien Simonassy, Jean FIégier, Nicolas, le carme Bertrand Anfossy et Claude Franc, régirent tour à tour le collège de Marseille aux mêmes conditions qui présidèrent, en 1S57, à l'engagement du prêtre Pierre Columby, ancien régent des écoles d'Aix. Columby fut, pendant treize ans, à la tête du collège de Marseille 4. Par acte du novembre ~570, les consuls de cette ville traitèrent avec leur compatriote François Lantelme, bachelier en médecine de la faculté de Paris il résidait. On lui donna quarante écus pour ses frais de voyage et des gages annuels de deux cents écus'

Théodore Gautier, Précis de l'histoire de la ville de Gap, p. t52. La déclaration des abus que l'on commet en escrivant, et te moyen de les éviter, et représenter naïvement les paroles, ce que jamais homme n'a Met par Honorat Ramband, mestre d'escole à Marseille. Lyon par Jean de Tournes, 1578.

s Dans la dédicace de son livre aux consuls de Marseitte, Rambaud dit Mettant entre mes mains vos propres enfants qui est la chose la plus précieuse qu'ayez en ce monde.

4 Diverses délibérations municipales et divers actes aux archives de ia ville de Marseille.

5 Registre 9 des délibérations munkipates, t570-t57t, fol. t~ r<;cto et vMso, et (46 recto, aux archhM de la \iHH.


Par lettres-patentes du 1 a aoùt 1 571, le roi Charles IX autorisa, sur leur demande, les consuls de Marseille à ériger dans cette ville un collège semblable à ceux de Paris. Il prohiba en même temps les écoles particulières' mais cette défense ne réussit pas mieux que les précédentes, et le collège de Marseille resta à peu près ce qu'il était. Seulement, en t379, on obligea Lantelme à avoir cinq bacheliers, et son traitement fut porté à deux cent quatre-vingthuit écus*.

L'administration municipale de Marseille, pensant à fortiner les études dans le sens des idées religieuses de l'époque, conçut, en ~59~, le projet de séculariser l'abbaye de Saint-Victor et de la convertir en collégiale dans l'église du monastère de Saint-Sauveur, avec l'institution de docteurs en théologie et d'autres professeurs salariés par la ville de Marseille, pour l'instruction de la jeunesse~. A la demande des consuls de cette ville, une bulle du souverain pontife érigea, l'année suivante, un collège dans l'abbaye de Saint-Sauveur*; mais tous les maux dont Marseille fut allligée sous le règne de la Ligue, ne permiBrochurein-i" de trois pages, sans nom de ville ni d'imprimeur, aux archives de la ville.

2 Accords du 30 mars i5'!9 entre les consuls de Marseille et François Lantetme dans le registre des délibérations municipales de 157t-<579, aux mêmes archives.

3 Acte du 12 décembre 1591 dans te registre <9 des délibérations municipalesde 1591 à 1593, fol. 39 recto et verso, et 40 recto, aux archives de laville.Séance du conseil mnnicipat du 12 août t592, fol. tt8 recto et verso, dans le même registre.

Muni, tti-.h.ir'' de Mar.pit)p, t. 2, p. f).


rcnt pas de fonder cet établissement auquel bientôt personne ne pensa plus.

François Lantelme mourut, en i605, dans exercice de ses fonctions de principal du coitége communal de Marseille et les consuls donnèrent cet emploi à messire Honoré Rouvier, prêtre, avec un traitement de neuf cent soixante livres, qui fut fixé à treize cent cinquante livres l'année suivante*. Les bacheliers professeurs furent, dès cette époque, appetés Régents. Il y eut un cours de philosophie, un cours de rhétorique et quatre cours d'humanités et de grammaire. Rouvier se chargea lui-même de la classe de philosophie. En 16~2, le professeur de rhétorique était Honoré Seignoret, docteur en médecine~. Le 25 août 16t 4, Jean Lantelme, docteur en droit à Marseille, fut adjoint à Rouvier pour ta direction du collège, et chacun d'eux eut le titre de Principal*. On se plaignait alors de cette direction, que l'on accusait de négligence. On ajoutait que l'esprit public et les habitudes générales des habitants de Marseille étaient aussi la cause de la décadence des bonnes études, cette ville entièrement adonnée au commerce, ayant perdu le goût des belles-lettres qui firent sa gloire dans l'antiquité. On pensa aussi qu'il n'était

1 Registre 24 des délibérations municipales, i599-t606, fol. 434 verso, aux archives de la ville.- Registre 25, t606-16t0, fol. 18 verso, aux mêmes archives.

2 Registre 26 des délibérations municipaies, i61M6t3,tot. ti8 recto et verso, aux mêmes archives.

3 Registre 27, <Rt3-t8tt, fol. Ht) verso, aux mêmes archives.


pas juste de mettre la subvention municipale à la disposition absolue du principal du collège, et qu'il valait mieux porter plus haut le chiffre de cette subvention, et fixer en même temps les honoraires de chaque régent. C'est ce que fit le conseil municipal le 8 novembre !613. Il augmenta beaucoup la subvention annuelle qui fut de deux mille six cent cinquante livres, et laissa aux consuls le soin de fixer la part du principal et celle des régents. Le conseil supprima en même temps la pension de trois cents livres que la ville payait, depuis quelques années*, à un chef d'institution dont je vais parler.

II s'appelait Maurice Délaye, et tenait à Marseille une école assez considérable, lorsqu'il conçut le projet d'un plus grand établissement d'instruction pour la jeunesse. Le 9 novembre ~608, il présenta au conseil municipal une demande qui formulait ainsi ses idées « Le requérant offre dresser une académie « publique à laquelle se pourront mouler tous les « enfants de la ville et les étrangers, moyennant la « pension de mille livres tous les ans, qu'il plaise au « conseil lui octroyer pour l'entretien des hommes K qui enseigneront, laquelle académie sera composée « de six classes savoir

<' En la première sera enseigné a escrire toutes « sortes de lettres quy sont a nostre usaige et les « principes de pourtraicfure

X.~istrr ~S, t'itt )f)))<. f.)t. Mt) u'r-~ ft ~tt) rc'-t~.


« En la seconde, s'apprendra l'art de !a navigation « et cosmographie, la langue latine et espaignole «En la troisième, sera montrée l'arithmétique « jusques aux mathématiques, et à tenir les libvres « en parties doubles

« En la quatrième, s'apprendra de jouer sur toutes « sortes d'instruments et à chanter ez musique -1, « En la cinquième, sera enseigné la danse avec « toutes sortes de civilités pour l'advancement du « cor ps

« En la sixième, sera montré à tirer aulx armes, « et oultre ce sera permis à ung escuyer d'y aller ap« prendre les escoliers. ? o

Ce programme d'études et d'arts d'agrément parut plaire beaucoup au conseil municipal qui le renvoya pourtant à t'examen et a la décision des consuls en exercice, de l'assesseur, des syndics" et des commissaires aux requêtes~ Les consuls étaient Marc-Antoine de Vente, sieur des Pennes Louis de Monter, sieur d'Aiglun François Lascours, bourgeois. L avocat Jacques Vias avait le chaperon d'assesseur. Les syndics étaient Pierre de Sabatéris, Pierre d'Aquillenqui, François Boisson les commissaires s'appeL'influence de la dommation espagnol sous te regue de Chartes-Quint et sous celui de PMHppe II avait répandu dans le midi de l'Europe, au seizième siècle, t'usagc de la tangue de cette nation. Elle était encore fort répandue a Marseille an commencement du dix-septième siècle. Une troupe de comédiens espagnols vint y donner des représentations en i6)9.

2 Les consuls de l'exercice précédent avaient alors le titre de Smdic. Xegistre 35 des détihërations municipates de MarsfiHc 1GC6-)6tU, fu). t~ r.to, aux ar'-biv)". de le vi))e.


laieut Pierre Vieu, sieurdes Noyers, EtienneArquier, sieur de Charleval, Pierre Pascal Benediton Datti, Jean François. Le 12 mars 1609, cette assemblée adopta à l'unanimité le projet de Maurice Delaye et délibéra qu'une pension annuelle de trois cents livres lui serait payée par la ville, « Delaye estant teneu de « montrer et apprendre tous les susdits exercices aux « enfants de la ville pour un escu tous les mois, en« core qu'ils ne se mettent en pension dans sa maison; « et là ne vouidraient apprendre tous les susdits « exercices, ains l'un d'iceulx ledit Delaye se con« tentera d'estre payé raisonnablement, remettant « cela à sa discreption et néantmoinssera tenu d'ins« truire à tous les susdits exercices, sans rien prendre, ung pouvre garçon, tel que lui sera donné par les « sieurs consuls présents et advenir. »

On était alors avide de représentations théâtrales on jouait encore des mystères à Marseille, et les élèves du collège communal se livraient à ces amusements sous forme d'exercices littéraires. La délibération municipale du i 2 mars 609 tint compte, en ces termes, des dispositions de l'esprit public « Sera ledit sieur Délaye teneu faire jouer annuellement, le jour « et feste de Saint-Lazare, un jeu public soit de la « vie de Saint-Victor ou de Saint-Lazare, patron de « cette ville, ou bien sur les aultres subjects qu'il « trouvera bons'. M

Il paraît que cet établissement, pour la direction Même registre M, fol. ait recto et verso.


duquel Maurice Delaye avait un associé nommé Girard, fonctionna à la satisfaction générale, car la ville continua de lui payer la pension de trois cents livres jusques à la fin de 61 5. J'ai dit qu'alors on la supprima en faveur du collège communal mais sur la réclamation de Delaye, le conseil municipal, dans sa séance du 28 décembre de la même année, revint sur sa détermination, et rétablit dans son budget la subvention de trois cents livres, sans rien enlever à celle du collège*. L'institution de Maurice Delaye put ainsi se soutenir pendant quelque temps encore. Dans le quinzième siècle, l'école communale de Marseille n'appartenait pas à la ville, qui prenait à bail une maison particulière pour les classes des écoliers et pour le logement de l'instituteur. De 476 à 480 la ville eut en location la maison de Jacques de Ramesan, au loyer annuel de vingt-quatre florins 2. En 1480 elle occupa, pour la même destination, la maison de Jacques de Cépède, dans la rue de la Fontaine-Juive~, au prix de trente florins par an'. L'école communale fut transportée, en '!482, dans la maison de Pierre Crote dont 'rien n'indique la situation, et le loyer fut de vingt-cinq florins". La ville Registre 28 des déhhérations municipales, t6M-t6i6I6, fol. 215 recto et verso, aux archives de la viUe.

BuUetaire de 14?5 à )49t, fol. 50 recto et 91 verso, aux archives de la ville. 3 !n carreria Fontis Judaice. C'est la rue du Grand-Puits.

4 Séance du conseil municipal de Marseille. du ST septembre i480, dans le registre de t390 à H80, aux archives de la vi~e.– BaHetairc de HT5 à 149t, fol. 109 recto et t!t recto.

Mptnc thdtetaire, partie uon pagintSe.


loua ensuite la maison de Louis Bouqmer'. et en i 85 celle d'Antoine Caussemille, toujours au même loyers

Depuis 4.76, la ville de Marseille cherchait à acheter une maison pour ses écoles, mais sans jamais y réussir. Elle jeta d'abord les yeux sur celle de !a dame Silon qui ne voulut pas vendre 3. En 1480 le conseil municipal accorda à Pierre Andran de Cabriès les droits de citadinage, à ta charge par lui de faire l'avancede vingt-cinq florins pour servir à l'acquisition d'un immeuble destiné à l'usage de renseignement communale Mais ce projet ne réussit pas mieux que celui de l'achat de la maison du forgeron Étienne Sestrina, lequel ne voulut pas accepter Je prix qu'on lui proposa'.

Mais au ~commencement du seizième siècle ta ville possédait pour ses écoles une maison qui n'était autre que l'ancien établissement de Sainte-Marthe approprié à sa nouvelle destination. Un siècle après, c'està-dire en i6t7, l'administration municipale conçut le dessein de reconstruire ce vieux collège qui tombait en ruine, et les consuls de Marseille traitèrent avec les recteurs de l'Hôtel-Dieu pour la location de l'ancien hôpital Saint-Jacques de Galice, situé tout Même Bn)tetaire, partie non paginée.

2 Même Bulletaire, partie non paginée.

3 Registre contenant des délibérations municipales de HCO à <485, fol. 88 recto, aux archives de la ville.

BnUetaire de tM5 à 1491, fol. H2 recto.

5 Registre cité de 1469 à it8.t, fol. 121 verso.

16


prés i'éghse Saint-Martin. On fixa le loyer à quatre cent vingt livres par an et le co!iége fut provisoirement placé ia en attendant ia nn de la construction de la nouveHe maison de Sainte-Marthe.

Le 28 février !627, le conseil municipat de MarseUte sur la proposition du premier consul Louis de Cabre, sieur de Saint-Pau), délibéra d'employer neuf miUe livres a F achèvement du coUége communal de Sainte-Marthe et a son agrandissement par t achat de quehpies maisons contiguës~. Mais les travaux de construction ne marchèrent qu'avec une lenteur excessive.

Depuis quelques années, t administration municipale de Marseiue s intéressait au succès des bonnes études, usait de tous ses moyens pour améliorer renseignement fourni par !e colic~e communal. En 616, elle en avait donné la direction a messire Antoine Obvier, docteur en théologie, à la charge par lui d'entretenir huit régents, et il y eut alors deux classes de phiiosophic, une de rhétorique, une d'humanités et quatre d( grammaire. Il fut dit qu'il y aurait, par jour, deux leçons de deux heures chacune, et que les régents, « soit aux classes, soit hors d'iceues, de« vraient être en habits décents et convenables a. Registre 3'.) des Jctibcrxtion~ munieipa!es, t6t(M6t7, foi. <t verso et t52 recto, au\ M'<'hi\'e'- ()e ta viHc.– U\re Trésor B de i'hopitat Saint-Esprit et Saint-Jacques de Gatiec, de 10t6 t<)5~, fol. 28 recto, aux archives de t'Hote)Dieu de MaHeiOc.

Registre 35 des detiix-r.tttons municipales, t627-t629, M. 4 verso et S recto, aux ~rchin". de la \iUe.


Enfin l'acte de nomination d Antoine Bouvier s exprimait ainsi « Le grec et le latin seront enseignes « à toutes les classes respectivement pour habituer « les escoliers et les rendre capabtes en tune et t'autre « tangue. Les régents seront tenus faire parier en « tatin et non en langue vulgaire, depuis !a cinquié.< me en hanit, fors les jours et iicures de récréation. « Le principal sera obligé de tenir la main a ce que « les régents de rhétorique et des humanités fassent « déclamer leurs escoliers en chascun mois à tout !e « moins alternativement que deux fois l'an se feront « actions pubhques auxquelles seront employés )es « escoliers dudit coitége et non auitres. » `

L'enseignement fut déclaré tout-à-fait gratuit, et cette fois on ne fit aucune exception. Les écoiicrs étrangers jouirent de cette faveur aussi bien que !cs fils de famille marseillaise. On renouveia les défenses contre les instituteurs privés, mais seulement en ce qui concernait la philosophie, la rhétorique et ies humanités'.

La ville ne donnait à Olivier que deux mille cinquante-cinq livres par an. En ~6~9, elle y ajouta soixante livres pour un régent de septième, classe qui n'existait pas encore, et le co!tégede Marseille eut ainsi un principal et neuf régents".

Acte du 25 juin tGt6, ~ux écritures du notaire Hoyer, aux archives de ta ville.

Les 2115 livres furent ainsi reparties 600 pour le principal 300 pour chique professeur de phitosophie; 300 pour le professeur de rhëtornjuF; tti!) pour cetui d'humanités. Voici );' <'))i!re aitouc aux autres rp~fnt. troisième


Plusieurs Marseillais de diverses conditions gentdsbommes, bourgeois et marchands avaient pensé, en 1 610, que les religieux minimes pourraient rendre de grands services dans renseignement des belleslettres et delà théologie; et demandèrent en conséquence au conseil municipa! que les classes du collège leur fussent données. Le conseil délibéra sur cette au'aire le 28 décembre mais avant d'émettre un vote définitif, il voulut consulter le président du Vair*. J'ignore ce que ce magistrat répondit. Toujours est-il que le projet n'eut aucune suite.

Quelques années après, on vit une congrégation célèbre grandir rapidement à l'aide de ses succès dans l'instruction de la jeunesse. C'était là sa vocation principale. Ce but utile et noble suffisait à son ambition 2. Pierre deBéruIle, qui devint plus tard cardinal, avait été frappé des vices du sacerdoce. On ne recevait les saints ordres que pour jouir de la graisse de la terre, sans s'occuper de la rosée du ciel, et la chaire de vérité retentissait de légendes payennes et du récit de miracles apocryphes~. DeBéruIle fonda, en 16) t, la compagnie des Pères de l'Oratoire. L'institution était séculière et l'on n'y faisait point de classe, <50 tivres; quatrième ctasse, t20; cinquième, CO; sixième, 70; septième, <!(). liegistre 30 des delibérations municipales. )6t8-<R2!), fol. 33 recto et verso, 35 recto et verse, aux archives de la ville.

Registre 2f) des délibérations mu~icipa)es,i6t0-i0i3j fol. 21 recto, aux archives de la ville.

L'Abbé Fteury, l'Institution au droit ecclésiastique, nouvelle édition revue par Boucher d'Argis, t. ). p. 205 et 200.

3 La vie du cardi))~) de Bérulle, fondateur de ta congrégation de l'Oratoire en Fr.e. Paris, j7<;t, j!. 6;) et '?.


ceux'.C était une retraite toujours volontaire ou les regrets n habitaient point. Les riches y vivaient à 11 leurs dépens, les pauvres aux frais de la compagnie. La liberté donnait du prix et de la noblesse au dévouement. Les petitesses superstitieuses n'y dégradaient pas Famé et n'y déshonoraient pas la vertus Les oratoriens, ennemis du faste, du bruit et des vaines parades, repoussaient comme un empoisonneur 1 esprit de domination et d'intrigue qui ne pouvait que nuire au sacerdoce et au catholicisme luimême et ils savaient, que ceux-là seuls étaient les meilleurs prêtres qui se mêlaient le moins des affaires publiques et ne se souillaient pas au contact des passions humaines si peu compatibles avec la paix du sanctuaire.

Dès l'année 16 H le P. Romillon né à Lisle, au comtat Venaissin", avait jeté, dans la ville d'Aix, les fondements d'une maison pour les pères de l'Oratoire. A la prière de Pierre de Bérulle, il se rendit auprès de lui à Paris pour s'entendre sur le projet d'unir les maisons de cette capitale avec celles de Provence. Les articles d'union furent signés à Tours en ~6~9, et tous les oratoriens reconnurent le P. de BéruIIe pour leur premier supérieur général De Bezieux, arrêts notables de la cour du paiement de Provence, p. 4iM. Voltaire, Essai sur les moeurs et l'esprit des nations, chap. cxxxM. 3 Achard, Histoire des hommes illustres de provef~ce. t. H, p. 108.- Barjavel, hio-hibliographie vauclusienne, t. p. 355. Courtet, Dictionnaire des communes du département de Vaucluse, p. 203.

La Vie du P. Romillon, prestre de t'Uratoire de Jésus, par Bourguignon prestre de Marseille, tMU, p. :)25 et suit.


Le P. Romillon avait déjà tait venir à Marseille quelques-uns de ses confrères qui logèrent dans une maison particulière. Ils disaient la messe dans la chapelle de la congrégation des Ursulines dont Romilloii était fondateur'. Par acte du 26 mai 620 le chapitre de la cathédrale leur donna l'église et l'hôpital de Sainte-Marthe. Les pères Arnaud de Coreys et Jaubert furent les premiers qui vinrent y fixer leur demeure

Des citoyens considérables de Marseille avaient pris en grande estime les pères de l'Oratoire, et ils disaient bien haut que leur congrégation pouvait seule régir convenablement le collège communal. Ce sentiment avait de l'écho dans la province. En !6~8, la petite ville de La Ciotat conna son collège aux oratoriens, et Toulon suivit cet exemple en l625". Le 18 février de la même année, on lut au conseil municipal de Marseille la requête de MM. de Bausset, 1 Nicolas Perrin et Delestrade, commissaires des écoles qui demandaient que le collège de la ville fût remis aux prêtres de l'Oratoire. Louis de Vente, premier consul, soutint vivement ce vœu, et le conseil, séance tenante, l'accueillit à l'unanimitédes sutfrages. L'assemblée, a faisant considération aux mérites des n révérends pères de l'Oratoire qui font profection ~d endoctriner le peuple, délibère que l'exercice, 1 CuesH.iy, Provmci(t; Massitiensis ae i'ptn}<up am)~)es, p. 536.

L'Antiquité de ~iM de MarseHte, t. Ut. p. XiT.

3 At'hard, <.('tM;r.)j.hic de la )*ru\ct)<'c rt du i~ontc-Vch.ns.u), ). p..H< et

). !t. Sm.


« conduite et direction du collège leur sera remis et « donné à perpétuité, à condition qu'ils seront teneu, « de tenir toutes les classes de philosophie, rhétori« ques et aultres des humanités à toujours garnies « et pourveues de bons docteurs et capables régents; « qu'ils ne pourront establir pour régents aulcuns « étrangers, et establiront des François de nation et « subjects du roy'. Le conseil soumit en outre les oratoriens à l'obligation d'indemniser messire Antoine Olivier, principal du collège dont j'ai déjà parlé, et le conseil ajouta que la ville payerait chaque année aux pères de l'Oratoire la somme de deux mille quatre cents livres. C'était alors la subvention municipale touchée par le principal et par les régents. Le contrat de cession perpétuelle du collège de Marseille fut passé le 36 du même mois entre les consuls de Marseille et le père Pierre de Coreys, supérieur de la maison de l'Oratoire de la même ville assisté de Paul Matezeau, docteur en théologie stipulant tous les deux pour leur congrégation, en vertu du pouvoir dont ils étaient capitulairement investis. Il fut dit que les pères de l'Oratoire payeraient à Olivier quatre cents livres par an pendant les trois années qu'il avait encore à courir pour son exercice de principal, en exécution de son traité avec la ville Q. L'acte du 26 février 1625 fut ratifié par Pierre de Hegistre 33 des délibérations ruunicipate- tfHM-H; fut. 108 n.'r~) et <0t) recto, aux archives de la ville.

Même t'e,;is)reM, )o[. tti et ))2)t;cto et tt'r:o.


Bt'udie, et contirmé par lettres-patentes du roi Louis XIII'. Mais le collège communal de Marseille n en continua pas moins d'être établi dans l'ancien hôpital de Saint-Jacques de Galice où les régents oratoriens eurent dès-lors leur logement. Ce ne fut qu'en 1 635 que le local de Sainte-Marthe fut complètement disposé pour sa nouvelle destination, et l'on y transporta le collège~, lequel fut encore agrandi et amélioré par la ville à diverses époques~. L'ancienne église de Sainte-Marthe fut comprise dans cet agrandissement. Le 2C août L657, Étienne de Puget, évoque de Marseille, bénit la première pierre de la nouvelle église, et les consuls Louis de Vente, JeanBaptiste de Marquésy et Jourdan Fabre, assistés de 1 assesseur Jean-Martin de Champourcin la posèrent le même jour avec solennité~.

Les oratoriens de Marseille distingués par leur atL'Antiquité de i'egtise de Marseille, t. H! p. 317, à )a note.

RuM, Histoire de Marseille, t. II, p. 72-74.

Registre HO ci-dessus cité, fol. 275 recto et verso.– Registre 39 des de)ihër~tions nmuicipaie". 1632-1633, fol. 90 et sui\ 192 recto et verso. 240 recto et ~'erso.– Registre des mandats pour les dépenses ordinaires et extraordinaires de la commuuaate de Marseille, de 16t() à tf35, sans pagination chinrëe, passt!M.– Registre 38 des dehberations municipales, i63t-t632. fo). 2 verso, fol. :)4 verso et 35 recto. 40 recto et verso, 4< verso, 42 verso. Registre 3' x 1632-1633, fol. 7'.) recto et verso, 178 verso et t79 recto.- Registre 40, foi. tOO verso et 10( recto, t2t verso et t22 recto.- Registre 45, 1640-1641, fol. 58 et suiv., foi. 166 verso et 16'7 recto.- Registre 46, t641-t642, fol. 55 ree'o et verso.–Registre 53,1652-1653, fol. 52 verso.- Registre 56, 1655-1656, tôt. 28 verso, 52 recto et verso.

t Séance du conseil munieipat, du 12 août 1657. dans te registre 57 des délib.;rations mnnicipatfs, fol. 349 verso et suiv. Voyez aussi dans te même registre facte du 23 du même mois. foi. 354 verso et suiv., aux archives de la ville. Grosson, Ahnanach ttistorique de Marseille, année 1770, p. 55 et 56.


facilement aux maximes de l'Église gallicane, comme tous les membres de leur compagnie, se trouvèrent fortement engagés, autant par conviction que par esprit de corps, dans les querelles Ihéologiques qui, après avoir agite 1 âge mur de Louis XIV, fatiguèrent encore sa vieillesse. Le P. Quesnel de l'Oratoire avait publié, vers la fin du dix-septième siècle, un ouvrage contre lequel les jésuites se déchaînèrent, sous prétexte qu'il renfermait des erreurs du même genre que celles de Jansénius dans son Commentaire de Saint-Augustin. Une vingtaine d'années s'écoulèrent au milieu de ces disputes stériles, et, en 1T!3, le pape Clément XI condamna le livre du P. Quesnel dans la fameuse bulle t~M~CM~M~ que lui arracha Louis XtV sous l'influence des jésuites plus puissants par la faveur du roi que par celle de l'opinion. Cette butle devint un brandon de discorde. Elle trouva une opposition des plus vives dans une partie du clergé et de la magistrature. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, ennemi des doctrines ultramontaines, osa résister à la cour de Rome, et Louis XIV, qui avait déjà taché son règne par les dragonnades et par l'expulsion de plusieurs milliers de familles protestantes, eut encore le malheur, après avoir détruit la maison des solitaires de Port-Royal, de prendre contre les nouveaux jansénistes de si tristes mesures de violence qu'il augmenta leur nombre et leur zèle.

Cet ouvrage était intitulé Rcftexioos morales sur le Kouve.tu Testament.


C'est le résultat ordinaire des persécutions religieuses. Nous nous moquons des Grecs du Bas-Empire qui disputaient sur la nature de la lumière du MontThabor; et nous, en plein dix-huitième siècle, nous nous livrions à d'ardentes contre verses sur la prédestination et sur la grâce. On a beaucoup plus écrit sur la fameuse bulle L~Mg'e~M'. que sur les questions les plus importantes de la politique, de l'administration et de la philosophie.

Après la mort de Louis XIV, le régent, qui ne s'échauffait point en matière de religion, rendit à la liberté les Jansénistes quête P. Letellier, confesseur du roi, avait jetés dans les prisons C'était un temps propice aux actes de réparation et de justice, car les Français étaient alors ivres de plaisirs et fatigués de querelles. Mais un vieux levain de controverse fermentait dans quelques esprits ardent s qui paraissaient appartenir à une autre époque, et parmi eux Belsunce, évèque de Marseille, se rangea au premier rang. Au fond son cœur était excellent, mais son esprit était des plus faibles, et sa conscience intraitable ne transigeait pas sur des questions qu'il considérait comme intéressant la foi religieuse. Les jésuites, dont il était l'instrument, le faisaient penser, parler, agir, écrire, et le P. de la Fare fut celui, entre tous, qui eut sur l'âme du pontife l'influence la plus dominaLacreteUf, Histoire de France [tenant le XV!!Ï' siècle, cinquième ëditioit

t. ], r.


triée'. Beisunce n y tint pas quand il vit, le 8 novembre nt8, la communauté des prêtres de l'Oratoire de Marseille appeler comme d'abus de la constitution ~~gtt~MS au pape mieux conseillé et au futur concite générât~. L'appel se fondant sur les régies canoniques et sur les lois de FËtat, les moyens de défense à l'appui de cet acte étaient d'une légalité incontestable. Cependant l'irritation de Belsunce ne connut plus de bornes. Il interdit les oratoriens de la confession et de!a prédication il défendit à toutes les communautés religieuses de son diocèse d'avoir commerce avec eux il les frappa des censures les plus véhémentes, les traitant d'hérétiques, de loups couverts de la peau d'agneaux et d'ouvriers de Satané Alors les oratoriens de Marseille invoquèrent à leur appui les lois du royaume et l'autorité des saints Canons qui n'ouraient pas de ressource ptus assurée aux ciercs opprimés que le recours à la justice du prince. Ils se placèrent sous la protection du parlement d'Aix dont les maximes et la haute indépendance arrêtèrent les abus et les empiètements du pouvoir ecelésiastiLettre à Monseigneur t'eveque de Mar-eiHe pour servir de réponse à un écrit intitulé: iiequt'-ta en ras'uion de messire Henri-François-Xavier de Belsuiicc )!<' Castftmoro!), époque de Marscitic, contre un arrêt du paiement d'Aix, m0, in-12, introduction.

s Voyez i'uctc d'appel de la constitution ~t~e)M'tm interjftë par la communauté des prêtres de l'Oratoire de ville de Marseille, 1719, sans nom d'imprimeur, in-12 de huit pages.

3 Itéponse des PP. de l'Oratoire de Marseille ~ux calomnies qu'on répand contre eux en cette ville et lettre de ieur supérieur écrite à Monseigneur l'événue au sujet de )eur appel de la constitution t'<ttye)ti'<«Sj in-t" sans nom dirnprin~'ur.


que. Cette cour, qui avait déjà rendu, a la date du 22 mai t716 et du 7 décembre ~8, deux arrêts contre l'évoque de Marseille, en lança contre lui. le 4 janvier 719, un troisième beaucoup plus sévère qui lui fit itératives défenses de procéder contre les suppliants au préjudice de leur appel comme d'abus, et prononça en même temps la saisie de son temporel', c'est-à-dire les rentes et les revenus de l'évéché qui se montaient à plus de trente mille livres « Surces entrefaites, l'une des pestes les plus cruelles dont l'histoire ait gardé le souvenir remplit d'épouvante et d'horreur la ville de Marseille. La maison de l'Oratoire avait alors pour directeur un saint prêtre sur la vertu duquel la calomnie n'avait aucune prise. C'était le P. Gautier, auteur d'un recueil de cantiques très-populaires il se mit au service des pauvres et des malades, et, à son exemple, tous les oratoriens fournirent aux malheureux les secours de leur charité*. Gautier et quelques-uns de ses ouvriers apostoliques succombèrent à l'atteinte du fléau et cependant Beisunce poussa son aveugle passion jusques L'arrêt du parlement de l'rovence, du 14 janvier 1719, L été imprimé à Aix, chez Joseph David, tn-4".

2 Vers le milieu du XVII! siècle ces revenus étaient de 30,000 livres. d'après l'Europe ecdesttMti'~ue ou état <i!M cte~/e, etc., Paris, chez Duchesne, 1757, un vol. in-12, p. t9t. Piganiol de la Force, dans sa .o<ti'e~e description de la France, porte à ~0,000 livres les revenus de revMM de M.)Keit!e, t. V, p. 6~. 3 Pichatty de Croissainte, journat abrège de ce qui s'est passe dans la ville Ce Marseille depuis qu'elle est affligée de la contagion, in-4°, p. 56.- Bougerel, relation de ce qui est arrivé au PP. de l'Oratoire pendant la peste de t720, manuscrit en ma possession.

< Achard, Histoire des hommes illustres de la Provence, t. h p. 352. Me)a-


il accuser les uns d'avoir pris la fuite et les autres de s'être enfermés dans leur maison pour ne penser qu'à leur sûreté personnelle*. Cet évoque fut grand par son courage, mais il le fut sans humilité il le fut avec bruit, avec faste, et en voulant rapetisser les autres, il chercha trop à s élever lui-même. S'attribuant tous les mérites et tous les sacrifices, il exalta tes ardeurs de son zèle, il provoqua partout des applaudissements en sa faveur, et confia aux cent bouches de la renommée la célébration de sa gloire. Pendant qu'il se vantait ainsi lui-même outre mesure, il répandait des libelles contre les oratoriens. La mort de ses adversaires ne put le désarmer, et il ne respecta pas la mémoire du P. Gautier qui, d'après lui, avait mis la peste dans la maison par une imprudence dont la cupidité était la source

Le moyen le plus sur d'être agréable à cet irascible pontife était de dire du mal des Jansénistes en général et des pères de l'Oratoire en particulier. Il osa, dans un mandement, attribuer la peste de Marseille tion historique de ce qui s'est passé à Marsei'te pendant la dernière peste, seconde édition, t723. p. i7~ et t7ô. La vie et les lettres de messire Jean Soanen, ëveque de Senez, t. t, p. 60, 67 et 97.– Biographie des hommes remarquables des Basses-Atpes, par une société de gens de lettres, p. t58-t60. Réponse des PP. de l'Oratoire de Marseille aux calomnies etc. Justincation des PP. de l'Oratoire de Marseille contre les accusations de t'eveque de cette ville, t72t, in-t2.– Lettre d'un gentithomme de Provence à monsieur de M. D., au sujet des lettres de monsieur de Marseille contre les PP. de l'Oratoire, 1721, in-t2.

2 Réponse de Monsieur t'évoque de Marseille .'< une ,'ettre de Madame de in-1".


à la colère du ciel contre les uns et les autres f. Dans un autre mandement publié, en temps de sécheresse, pour demander à Dieu de la pluie, « Le ciel est fermé, ~< disait Belsunce; il ne pleut pas parce qu i! v a des M gens qui ne reçoivent pas la constitution Lw</eKt« ~MS" ». Les emportements de la haine ne pouvaient pas se permettre une plus injuste licence.

Les oratoriens, à leur tour, n'étaient pas sans avoir des torts. Pendant qu'ils reprochaient aux jésuites leur morale trop retâchée, ils se montraient eux-mêmes trop dimcdes dans les voies du satui. Ils aIEchaient des maximes trop raides, un rigorisme concihabie sans doute avec ies dispositions de quelques esprits solitaires et méditatifs, mais assurément peu compatible avec les mœurs générales de la société qui ne demande pas à être gouvernée comme un institut monastique. Quoi que nous fassions, il faut toujours compter avec les passions humaines, et la sagesse consiste, non pas à les étbuner mais a les ennoblir, en les dirigeant vers un but utile et honorable. C'est le triomphe de la morate, car homme sans passions serait sans mouvement il se verrait réduit à l'instinct de la brute.

Les oratoriens de Marseiue reprochèrent à Belsunce, pasteur complaisant et commode, d'avoir béni L:n-rete!)e, Histoire de France pendant ie XVU!e siècle, cinquième édition', t. J, 3M.

Défense du discours de M. de Gaufridy, avocat général an partement d'Aix, 1716, sans nom de ville ni d'impnmRur, p. OOet suiv.


avec pompe, eu !7t9, l'inauguration de l'Académie de musique de cette vilte'; ils lui m'eut un crime d'avoir ainsi voulu sanctiuer, au nom de !a i'eligion, une écote publique de ciian)s voluptueux,

Ht tous ces )icu'< communs de morale lubrique

Que Lutty rcchautîa des sons de sa musique

Les oratoriens ne comprirent pas qu'i! faut amuser les hommes, et que les plaisirs innocents tes détournent de ceux qui le sont beaucoup moins. L'Académie de musique de Marseille eut, entre autres motifs (te son institution celui d'anaibtir la passion du jeu ({ui causait des maux inouïs~.

Le cierge, par ses discordes peu édifiantes, prêtait, en ce siècle de scepticisme, des armes à une phiiosophie audacieuse qui grandissait en s etfcrçant de battre en brèche tous les monuments de la foi chrétienne, tantôtaJ'aidedu raisonnement et de la science, tantôt, et ptus souvent, avec les traits du ridicule qui biessent toujours quand ils ne tuent pas. A Marseille, le feu des quereHes religieuses s'éteignit peu a peu, et le temps, qui catme tes passions tes plus vi\aces, amena l'apaisement des esprits. Mais tes ora~oriens, toujours interdits d'une partie de teurs fouet ions sacerdotales, vivaient séparés de leur pasLettre à Monseigneur revécue de Marseitk* pouï servir de réponse a un écrit intittttt: .Ref/Mfte en cassa<t0)t, etc., p. t<i8-t(iU.

Bùiteau, Satire X.

3 C'est le témoignage fùarni p~r le marecha) duc de Vi)).ws, guuvernen!' de Provence, dans son approbation donnée à Paris le 17 février t7t'j. Voyez les regtement.'i de )'acadëmie de musique de MarseUie, fht'z J.-B. Boy~ 17t9, in-4".


leur. Toutefois les anciens-appelants n'existaient plus, et l'esprit de leurs successeurs avait changé suivant les conjonctures. Mais Belsunce, malgré son grand âge, était inébranlable dans ses sentiments. La paix ne fut faite qu'en 1750. Le P. Dardène supérieur de la maison de l'Oratoire de Marseille, s'adressa à un prêtre des plus respectables, Boniface Dandrade, directeur du second séminaire de Marseille, sous le titre de Sacré-Cœur-de-Jésus, et le pria d'employer ses bons offices auprès de Belsunce pour en obtenir les bonnes grâces. L'entremise de Dandrade prépara la réconciliation. Au jour convenu, le P. Dardène et tous les membres de sa communauté se transportèrent auprès de Févéque, lui témoignèrent leur soumission aux décisions de l'église et en particulier à la constitution L?nyen~MS. Le prélat, au comble de la joie, les reçut avec bonté. Il les visita ensuite, et leva l'interdit qui les frappait depuis si longtemps

s

Livre eonteMnt en forme d'années l'origine et te progrès de l'établissement des prêtres du Saere-Co'ur-de-.tésus dans le faubourg Saint-Lazare, manuscrit in-foho, sans pMtMtIon chiffrée, à la biMiotheque de la maison des oblats de Marie à Marseille.


COLLÈGE DE L ORATOIRE M

Les anathèmes fulminés par Belsunce contre les oratoriens de Marseille les avaient vivement émus, et ils avaient cru que leur honneur exigeait qu'ils donnassent à la défense une vigueur proportionnée à celle de l'attaque. Ils accomplirent ce pénible devoir avec l'esprit d'indépendance qui faisait à cette époque, la grandeur des caractères, et ils n'eurent pas lieu de s'en repentir, car l'opinion publique, dont la puissance grandissait chaque jour, se déclara pour eux et leur rendit pleine justice. Hommes et choses furent mis à leur place. L'estime et la confiance des pères de famille les plus éclairés ne se retirèrent pas un instant des sages disciples de Bérulle qui, sans rien demander à l'intrigue, à la faveur, aux voies mondaines, ne se recommandèrent que par i'austé-


rite de leurs mœurs, par le mérite d'une instruction soude, et surtout par l'habileté d'un enseignement dont l'éclat frappe encore nos yeux.

Cet enseignement, toujours gratuit pour les externes; eut le caractère des temps et des circonstances. La grande érudition du seizième siècle, distinguée par l'étude des langues anciennes, fut surtout hérissée de grec. Après la prise de Constantinople par Mahomet H, en 1 453, des hellénistes habiles se réfugièrent dans l'Occident, y répandirent la connaissance de la tangue d'Homère', et l'imprimerie, qui naquit a peu près à la même époque, concourut à faciliter le goût de cette belle langue 2 Le grec, naturalisé en France, y fut mis en honneur, y devint la passion dominante des lettrés, y fit des progrès rapides et presque incroyables~.

Après les Erasme, lesGesner, lesBudé, les Étienne, qui enrichirent l'Europe de leurs travaux et de leurs trésors, on peut citer Claude de Seissel, évéque de Marseille, parmi les érudits qui obtinrent le plus de succès dans F étude des lettres grecques*.

Mais après plusieurs siècles de sommeil et d'oubli, cette langue, qui avait fait la gloire de l'antique fille de Phocée, se réveilla, brillante et jeune encore, sur De Sismondi, Histoire des Français; Paris, iS33, t. X t, p. 363.–Gmguenë, Histoire littéraire d'J)a)ic, t. H!, p. 263 et 2fM.– Gaillard, Histoire de François !«', t. VII, p. 2M et suiv.

2 Francis Wcy, Histoire des révolutions du tangage en France, Paris, <M8, p. 3T<i et 377.

Miin, Traite tt. cfude. édition de <T32, t. t p. <07 et sun. ttuff), Histoire fte Marseitte, t. n, p. 3t.


les mêmes rivages ravis de ses accents harmonieux et purs. Nous avons vu qu'on enseigna le grec au coUége de Marseille vers le milieu du seizième siècle. Cette étude y fut forte et persévérante elle marcha dans tous les cours, parallèlement avec celle du latin. et, dès l'année i6t6, l'idiome de l'ancienne Rome était cultivé, non-seulement comme une langue savante/mais encore comme une langue usuelle, car les élèves se virent obligés, depuis la cinquième classe, de ne parler que latin, excepté les jours de congé et les heures de récréation.

L'enseignement du grec continua d'être pratiqué dans le cours du dix-septième siècle mais il alla s'affaiblissant tous les jours, et les leçons en furent enfin tout-à-fait perdues au commencement du siècle suivant. L'instruction se généralisant, gagnait alors en superficie ce qu'elle perdait en profondeur. La science se dégageait de ses formes lourdes et pédantesques elle demandait beaucoup moins à la mémoire des mots et beaucoup plus à l'intelligence des choses. Le goût s'était formé. Ce n'était pas sans doute une raison pour abandonner, dans le collège de Marseille l'étude du grec, idiome littéraire s'il en fut jamais, et les oratoriens eurent le tort, à cette époque, de se borner, pour les langues anciennes, à l'enseignement du latin, mais ils surent du moins en donner des leçons excellentes.

Ils y joignirent les éléments des mathématiques et quelques parties de la physique expérimentale et de


la chimie, deux sciences qui, dans ce temps, étaient à peu près dans l'enfance. Ils professèrent encore la métaphysique cartésienne et la philosophie scholastique, laquelle périssait d'impuissance et de vieillesse dans un siècle où l'étude n'avait de prix que lorsque on l'employait pour mûrir les fruits de la raison humaine.

Le cours de cette métaphysique et de cette philosophie n'en durait pas moins deux années entières, et il y avait, pour un tel enseignement, treize bourses d élèves internes données au concours et fondées, en !7!9, par un de ces hommes inspirés du ciel, qui savent élever leur fort une à la hauteur de leur âme, et donner à leurs actes de bienfaisance les grandes proportions d'utilité publique. Cet illustre fondateur fut Jacques de Matignon, abbé de Saint-Victor de Marseille, qui fit aussi des dons considérables aux hôpitaux et à toutes les œuvres de charité de cette ville.

Les treize boursiers étaient appelés J~a~MOMs c'était tout à ia fois un titre d'honneur et un témoignage de reconnaissance.

Les membres du bureau pour l'examen des concurrents, étaient trois députés du chapitre de la cathédrale, trois de l'abbaye Saint-Victor, deux du grand séminaire dirigé par les prêtres de la mission Grosson. Atmanach histohfjnf de Marseille, t772, p. M9 et almanachs suivants.- Ta~eaH historique de Mar'eii!c et de ses dëpendimces.'LMsanne. i78'J, p. 2!0.


de France', un de t'Hôtei-de-viHe, le supérieur de l'Oratoire et le préfet du coHége~.

Le professeur de rhétorique avait le titre d'orateur deMarseii!e". ·

La maison possédait une assez belle bibliothèque~, enrichie de manuscrits parmi lesquels on remarquait les autographes que le P. Arcère lui avait légués en mourant, et qui formaient cinq volumes in-folio, sans compter un demi-volumes servant de table à tout le recueil, lequel forme une compilation considérabte et une masse de mélanges sous le titre d'ccWaM' L'auteur professa avec distinction les humanités au collége de Marseille, et se livra à la culture des lettres qui firent le bonheur de sa longue vie H remAgneau Calendrier spirituel, p. 205-208.

Le préfet du collége de l'Oratoire avait des attributions à peu jfresscmhiabtes à celles dit censeur des études dans un lycée d'aujourd'hui.

3 Grosson. Almanach historique de 1770, p. t95.

4 Achard, GéogrAphtegênëratede la Provence, t. Il, p. 100.

5 Les manuscrits du P. Arcère sont aujourd'hui i la bihhothefjuc publique de Marseille.- Achard, dans son Dictionnaire des hommes illustres de la Provence et les auteurs de la Biographie universette se sont trompés en ne mentionnant que quatre volumes.

s .SeM ~<KcM't!tM MfMm variis e libris e.cMfptot'Mm, eMt /<!sc:ttt!o )J<*m(K7c)M adnectere libuit MOttttas et aitirnadversiones à meo peau depromptas, et non tUtHfM è lucubrationibus meM. Cette collection trop volumineuse ne pourrait supporter l'impression, mais il serait possible d'en extraire deux in-8" a<sex piquants. C'est ce que di' )e Conservateur marseillais, t. t, p. H. 7 Louis Etienne Arcëre, né à Marseille en t698, entra dès l'âge de dix-neuf ans dans ta congrégation de FOratotre. Fixé à la Rochelle, vers l'année 1743, il travailla, d'abord avec le P. Jaillot, son confrère, et seul ensuite, après la mort de cctui-ci. à l'Histoire de la Rochelle e< du pays d'~ttt)tts, qui valut à l'auteur une pension de la province et le titre de correspondant de ('Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Le P. Arcère mourut à la Hochelle, supérieur de la maison de sa congrégation, le 7 février i782, dans sa 84e année.


porta plusieurs prix d'éloquence et de poésie dans quelques académies de province. Il se distingua aussi dans l'étude de l'archéologie et des langues. Eu H70 et postérieurement, le bibliothécaire de l'Oratoire de Marseille était le P. Papon', auteur d'une Histoire de Provence et de quelques autres ouvrages moins importants.

Cette maison avait aussi une collection d'antiques qu'elle tenait de la libéralité de Benat, gentilhomme marseillais, l'un de ses anciens élèves. Elle y joignit un petit médailler et des objets d'histoire naturelle Le philosophe Montaigne, plus avancé que son époque, avait désapprouvé les punitions corporelles3; mais a Marseille comme partout ailleurs, on ne les mihgeait pas moins aux écoliers, et souvent même sa!is mesure. Dans une pièce dramatique du seizième sicctc, les petits compagnons d'un grand personnage répondaient en chœur

Je ne puis mettre dans ma tête

Ce meschant latin estranger

Qui met mes fesses en danger<-

Le rnaitre d'école de Marseille dont j'ai déjà parlé, Honorât Rambaud, voulant dire qu'il a trente-huit ans de service dans l'enseignement public, déclare Grossott, Almanach historique de t'7'7t, p. S)2, et 35:<.

'~Grosson,AtmanMh historique de 1770, p. 195.–Atm:maeh de t775, p. 2M.

3 Essais, )iv. t, chap. xxv.

Sainte-neuve, T.)b)t'au historique et t'htifjue de ta poésie frar~'aise et dit t':&')tfe {l'aHcai' a:i seizième siècle, t.II, p. 3tC.


avec naïveté qu'il /<?~e les enfant-, depuis trentehuit ans

Beaucoup plus tard, Rollin n'approuva ni ne rejeta d'une manière absolue le châtiment des verges. Après tout ce qui en est dit en plusieurs endroits de l'Ëcriture et surtout chez les Prophètes, le bon recteur est fort embarrassé et se met à faire du juste milieu. H en conclut que ce genre de punition peut être employé, mais qu'on doit en user rarement et pour des fautes graves~.

L'administration municipale de Marseille recourait quelquefoisaux connaissances des pères de l'Oratoire pour des objets spéciaux qui exigeaient des études savantes, et en 667 elle lit payer à Jean More!, supérieur de cette maison, la somme de trois cents livres, pour avoir traduit du latin en français les statuts, les privilèges et les règlements de cette villes Les oratoriens étaient toujours chargés de la partie littéraire du programme des fêtes publiques. Leurs élèves allèrent débiter des vers latins à Christine, reine de Suède, à son passage Marseille en '1656 et cette princesse leur donna huit jours de congés J !t y a magister si patient qui ne se fasche tie tant souvent incut~uer tesdites diKicuitës, et les enfants s'en faschent encore davantage, lesquels sont fesses et tourmentes à cause d'iceUes. Ce que je sçay fort bien, et non par ouïr dire, ains pour les avoir jà fessés depuis trente-huit ans, à cause d'ieeUes.Ou~'ra!;e cite, p. 339.

2 Traité des études, édition de 1732, Paris, t. IV, p. 46S et suiv. 3 Article du 20 janvier 1627 dans le registre des mandats pour les dépenses ordinaires et extraordinaires de la communauté de Marseille, de tOM à iS3;), aux archives de la ville.

Extrait de la relation de Gaspard Garmcr. notaire il Marseille, mort le 17


En 167~, on nt dans le collège un poëme en la même langue à la gloire de Toussaint de Forbin-Janson évéque de Marseille. On y chantait les vertus du pontife et les services de son illustre race'.

Les pères de l'Oratoire ne négligèrent rien pour mettre leurs élèves en scène et pour leur faire réciter des compliments à de grands personnages, dans des circonstances solennelles. Les professeurs composèrent les emblêmes et les inscriptions des arcs de triomphe dressés à l'occasion de l'arrivée des princes*, et toutes les années il y avait, pour les écoliers, dans l'intérieur du collège, des thèses, des actes publics, divers exercices littéraires, en présence des familles et des premiers magistrats de la cité qui.se faisaient ainsi un devoir d'entretenir l'émulation de la jeunesse studieuse. Le 6 septembre ~679, de Rouillé, intendant de Provence, commandant en l'absence du comte de Grignan, arrive à Marseille et va descendre à l'évèché où les échevins, en chaperon, vont lui faire visite. Le lendemain, dit le cérémonial, «M. de ~< Rouillé assiste à des énigmes qui ont esté expli« quées au collège et qui lui ont esté dédiées" '). En 1687, de toutes les fêtes célébrées Marseille mM i9F<, manuscrit in-Mm ayant appartenu à feu Henri Luck de cette ville, p. t05 et suiv.

1 fHtMb'MMXto MeiMta* pfttMtpt Tt~satto df ForMtt JstMo~ jMasstHe<tSt«Mt episcopo, è sacris MHUttM Massiliam )'f(!eM)t(t, MHyratM~atMf f:oH~t«ht *t:<MSt!t<')tse pt'M6yte<'(trMm Oratorii doMtftt)' Jesu. Massitise, ex typograpMâ Claudii tiMcin, tOTt, in-4e.

2 Relations diverses des fêtes données à Marseille pour des entrées de princf. Cérémonial et fêtes puhtiqnfs, p. 865, aux archives de t'H&te)-de-Vi))e.


pour se réjouir du rétablissement de la santé de Louis XIV, celle du collège de l'Oratoire fut la plus belle. L'éloge du roi fut prononcé en latin, dans l'église, par le P. Coste, professeur de rhétorique. Les personnes les plus considérables de la ville se rendirent dans la cour qu'on avait ornée de belles tapisseries et d'arcs de triomphe avec des devises à la louange du prince. Dès que les échevins y furent arrivés, on représenta une pastorale française qui contenait un récit ingénieux des actions les plus éclatantes de Louis XIV. Quelques autres pièces sur le même sujet furent aussi déclamées. Après quoi, une brillante cavalcade de près de deux cents écoliers vint défiler devant le collège, aux acclamations de la foule. Je pourrais multiplier les exemples de compositions littéraires sur divers sujets, et je n'en citerai que deux qui sont de nature bien ditî~erente.

Le 18 août ~738 les élèves du collège de l'Oratoire représentèrent, devant les échevins, Le Juge?MCM< d'Apollon ~Mr les anciens et les mod~'MM. Les interlocuteurs furent, pour les anciens, Boileau et Dacier; et, pour les modernes, Perrault et de la Motte. Le P. Goriot, professeur de rhétorique, avait composé ce poëme dramatique2.

Les échevins assistèrent dans le même collège, le Relation de tout ce qui s'est passé à Marseille à l'occasion des réjouissances qu'on y a faites pour le rétablissement de la santé du roi. MarseiXe, chez Pierre Mesnier, t(i87, p. 11 et 12.

9 Dictionnaire portatif des tnëâtre-. Paris, t7.M,p. 199 et 4t4. t.


) 8 novembre 7ot, à un exercice sur la naissance du duc de Bourgogne

t.

Le goût des représentations scéniques était générât au moyen-âge et au temps de la renaissance. Ces spectacles occupèrent une place considérable dans l'éducation de la jeunesse. Nous voyons les écoliers de l'université de Caen jouer, sur un théâtre, des pièces satiriques en 492! et les élèves de t'écote de médecine de Montpellier représentèrent de petits drames, à peu près à la même époque". Rabelais mentionne certaine pièce qui fut jouée dans cette école célèbre. C'était /.a morale Comédie de celluy qui avoyt espousé une femme MMM<?. L'auteur de Pantagruel remplit lui-même un rôle, et «Oncques, dit-il, je « ne rys tant que je feys à ce patelinage » Dans le seizième siècle, le collége de la Trinité à Lyon et celui du Ptessis", jouèrent diverses pièces dramatiques, et Montaigne nous apprend que lors-

Cérémonial et fêtes puhtiques de Marseille, registre no 3, p. 408 verso, aux archives de la ville.

s La Farce des pates ouaintes, pièce satirique, représentée par les écoliers de l'université de Caen, au carnaval de lt9a; publiée par Bounin, Évreux, t8.H,in-8o.

3 Germain, Histoire de la commune de Montpettier, t. Ht, p. 123. < Pantagrue), lil. 1! chap. xxxiv, édition Ledentu, t833

5 Lyon marchant, satyre française sur la compar..isoM de Paris, Rohan Lyon, Orléans et sur les choses mémorables du pays l'an MDXXtV, souhs allégorie et énigmes par personnages mystiques, jouée au collége de ta Trinité à Lyon. 1541, par Barthélémy Aneau. On les vend a Lyon, par Pierre de Tours, t5!.3,petitin-8o.

s Néron, tragédie de Guy de Saint-Paul, jouée au collége (lu Plessis en 15'!4. On ne ta croit pas imprimée. Voyez le Dictionnaire portatif des théâtres, )tT.M, p.M8.


qu il était au collège de Guieune, on lui donnait le premier rôle dans des tragédies latines'. Les écoliers du collége de la ville d'Aix jouaient quelquefois la comédie sur la place des Prêcheurs, l'après-midi du jour de la procession de la Fête-Dieu, pour amuser le public et remplir le vide de la journée~. Les élèves du collège de Marseille représentèrent, en <562; pendant les trois fêtes de Pentecôte, le mystère de Joseph le Juxie (sic), avec l'approbation de Févêque et j'ai déjà dit que le conseil municipal prescrivit, en '!608, à l'instituteur Maurice Delaye de faire, chaque année, représenter par ses élèves la vie de Saint-Victor ou celle de Saint-Lazare. Le cours du temps maintint la passion des jeux dramatiques, mais il en changea objet, et le goût du public se prononça fortement pour les tragédies sans préjudice des spectacles d'un genre moins sérieux. Tous les ans, chaque collège joua une tragédie nouvelle 4, et l'on vit même des pensions de jeunes rnles céder à cet entrainement et payer tribut à cette mode. Madame de Maintenon s'avisa un jour de faire jouer AMo!ro?MC[~MC par les demoiselles de la pieuse maison de Saint-Cyr, lesquelles ne représentèrent que trop bien ce drame passionné. Les scrupules de l'amie

Hssajs, liv. I, chap. xx\.

2 Manuscrit ayant appartenu à .M. Raux-Atpheran. Voyez l'Etoge historique t)e !a vie et des travaux de cet écrivain par M. Mouan. Aix, 18M, p. (iO. Ht gistre 6 des dehhérMions du consci) muoicipat de Marseille, i558-t562, f"). M7 recto, aux archives de!'Hôtei-de-vi))e.

Monte! Histoire des français <)c diveM états, ttOMième édition, t. tV, j). 1: t


de Louis XIV s'en alarmèrent. Racine, tout dévot, avait alors renoncé à la composition des pièces de théâtre, et ces œuvres profanes n'étaient plus à ses yeux que des péchés mortels. Madame de Maintenon pressa le grand homme de donner une forme dramatique à des sujets tirés des livres saints. Racine put ainsi concilier son génie et sa foi et de ces circonstances naquirent deux créations immortelles, Esthe-r et ~/M!~<?

Au mois de mai 7~ 3, pmsieurs jeunes demoiselles de Marseille, distinguées par leur naissance et par leur rang, jouèrent Absalon, tragédie en cinq actes*, sous les auspices de i'évéque Belsunce qui fut toujours passionné pour les spectacles pompeux. Jeanne de Chaviquot, Marie Mukby, Claire de Bastin, Madeleine Robert, Anne de Guiton, Thérèse Dupuy, Françoise Anselme Madeleine Dumon, Marianne de Calaman et les deux soeurs Marianne et Thérèse de Pont-Ie-Roy, se distribuèrent les rôies~, et la tragédie fut représentée devant une société brillante. Les jeux scémqucs des coUéges avaient un grand avantage. Les écoliers y exerçaient leur mémoire Us se formaient à une prononciation un peu déclamatoire sans doute, mais cependant nette et correcte Henri Martin, Histoire de France, 1850, t. XVI, 33t.

2 Cette tragédie dont l'autour m'est inconnu n'~ rien de commun avec la tragédie d'.4!'sa~)t par le P. Marion de la compagnie de Jésus, chez la veuve J.-P. BreMon f!40. Elle fut représentée à Marseille en cette même année. C'est du moins ce qu'assure le Dictionnaire portatif du théâtre, i'!54, p. t. 3 A Marseille, chez la veuve d'Henri Hrebion, in-4".


enfin ils s'habituaient a parler en public. L'administration municipale de Marseille favorisa de tout son pouvoir ces amusements littéraires qui flattaient la vanité de bien des pères ravis et chatouillaient le cœur de bien des mères émues de joie et de tendresse. En ~6~.8, la ville dépensa quatre-vingt-dix livres pour la charpente du théâtre dans la cour du collège'. Chaque année, elle donnait aux oratoriens, pour les frais de distribution des prix, une somme qui fut d'ahord de soixante-quinze livres, puis de cent, ensuite de cent cinquante, qui s'éleva, encore dans quelques circonstances, et alla même deux ou trois fois jusqu'à quatre cent cinquante livres~.

Les écbevins de Marseille revêtus de leurs chaperons, assistaient toujours à ces solennités classiques, et ces bons magistrats du peuple avaient besoin de s'armer d'une grande patience, car le spectacle était fort long. Il s'ouvrait par un compliment qu'un élève leur adressait. Un autre venait réciter un prologue. L'inévitable tragédie en cinq actes, avec des intermèdes, était ensuite jouée. Elle était suivie d'une pièce comique, d'une pastorale ou d'un ballet après quoi venait la distribution des prix. Une demi-journée y passait, mais tous les spectateurs en étaient heureux et se félicitaient de cet emploi du temps. Article du 30 juiUet )8t8 dans le Bulletaire de 1635 à t660, aux archives de la ville.

2 Divers BuOftairesj contrûtes des mandats et pièces diverses M)'< m~m~ archives.


On joua ie t7 août <672; une tragi-comédie intitulée F~MMO, ~~e~~M~rre, au l'innocence rccoMMMe Le jeune Jean Mazerat y parut dans le rôle de la reine, et son condisciple François Venture représenta celui d'EtheIdred, roi d'Angleterre. Les autres acteurs furent François de Cabre, Joseph Mignot, Gaspar d'Agontt, Jean de Mazenod de Bausset de Roquefort, François Fabre, Jean Bartholon et Joseph de Tournier.

Vint ensuite un ballet composé par J.-B. Besson de Marseille, sous le titre de La Félicité. Quelquesuns des élèves qui avaient joué dans la tragédie narrèrent encore dans la seconde représentation, ou l'on vit apparaître plusieurs divinités de la mythologie, la Renommée et d'autres personnages allégoriques. Démosthènes, Cicéron, Épicurc, Aristote et Zenon y sont mis en scène. Trois troubadours viennent aussi frapper à la porte du temple de la Félicité, où Minerve amène des mathématiciens, un géomètre, un musicien et un cosmographe. Un très-grand nombre d'écoliers jouent un rôle dans ce ballet en trois parties qui ont chacune plusieurs tableaux. Je dois citer entre autres acteurs Etienne de Saint-Jacques, Antoine de Leuze, J.-B. Nègre, Claude Garcin, Jérôme Caire, Antoine Goufre, Jean de Lisle Joseph Franchiscou, Rodolphe Brun, Joseph Roboly, Antoine de Trébillane de Cabriez, tous enfants des meilleures familles du pays.

A \!M;!ei))c, fhezCtaude Garein, in-


Les élèves du collège de Marseille jouèrent te 3t août !68i-, la tragédie de La TLe~ee du ~~e de ~'eMMe., OM 6~~M~ ~M* et il y eut dans les entractes des scènes comiques où figurèrent Apollon en la personne du jeune Louis d'tmonier, et Mercure représenté par Antoine de Pellicot.

La tragédie d' Orode fut jouée, le 13 mai 1697, par les écoliers du même collège avec une grande solennité, devant le marquis de Forville-Pilles, viguier de Marseille et chef d'escadre des galères de France. Orode, roi des Parthes, avant à soutenir la guerre contre les Romains qui voulaient s'emparer de la Syrie, fut vaincu dans tous les combats mais un jour, la fortune lui fut favorable, et Crassus, général de l'armée romaine, perdit la bataille et la vie. Pacore, fils d'Orode, rit jeter de l'or fondu dans la bouche de Crassus, pour se moquer de son avarice. Les Parthes, indignés de cet abus de la victoire, conspirèrent contre Orode, et Phrahate, son fils naturel, ne pensa plus qu'à s'élever sur les ruines de son père. Il inspira au roi des soupçons contre la ndélité de Pacore, 1 et le porta ensuite à lui ôter le commandement de l'armée. Quelque temps après, le roi, convaincu de l'innocence de son Bis, l'envoya dans la Syrie pour en chasser les Romains qui y étaient entrés une seconde fois. Ce prince vaincu, périt sous les coups d'un meurtrier armé par Phrahate qui, se rangeant alors du côté des Romains, se fit déclarer roi. Orode,

'.Aussi.) MaKeittecbezCautJf Serein, in-


au désespoir, voulut lui-même s'arracher la vie, mais son fils dénaturé le fit enlever et massacrer par ses gardes*.

Tel est le sujet de cette tragédie dont le fond est tiré de Justin 2, et dont voici les derniers vers UMDE à Phraha!e.

Et toi, traître, perfide,

Toi qui viens d'ordonner un si lâche homicide, Viens-tu pour achever tes horribles desseins? î Pourquoi dans mes États appeler les Romains? 9 Pourquoi si lâchement m'arracher la couronne? PHRAHATE.

Je ne l'arrache pas, le peuple me la donne Le peuple a droit, seigneur, de se faire dés rois. 11 vient de me choisir pour lui donner des bis, Et pour son souverain il veut me reconnaître. ti me donne !e sceptre, il me fait votre maître. ` Ainsi, Seigneur, il faut, pour assurer vos jours, Vous soumettre a mes lois.

ORODE.

Je comprends tes discours

Ta brutale fureur ne peut être assouvie. Tu demandes mon sang, tu demandes ma vie Et tu croirais, cruel ton triomphe imparfait Si tu n'y parvenais par ce nouveau forfait. H te faut contenter il faut que je périsse. Aux mânes de mon fils je dois ce sacrifice;

Orode, tragédie, dédiée à M. le marquis de ForviUe-PiUes, etc., qui se doit représenter dansla cour du collégo de cette ville par les escoliers des prestres de l'Oratoire, le t3 mai 1897, à deux heures après-midi. A Marseittc, chez la veuve de Henri Martel, in-4".

Livre XU!, chap. )v.


Il y eut, dans cette tragédie, des intermèdes ei! l'honneur du marquis de ForviUe-Pilles. Les persoanages furent

Pan, dieu des bergers. Philippe Gros Mélibée. Joseph Carfueil.

Tircis. François Goujon.

Damon. Jean-François BattagUny. Huas. Benoit Castor.

Con&Jent d'OroJe.

Mais sache que ma main ne te cédera pas

L'honneur que tu prétends trouver dans mon trépas. Grands Dieux, Dieux tout-puissants que i'UMvers adore, Vous, mânes onënses, vous, mânes de Pacore, Recevez de mon sang i'onre que je vous fais. StNNACE

Ah Seigneur arrêtez.

ORODE.

Si par quelques bienfaits

J'ai su gagner ton cœur, ton zèle ton estime, Laisse-moi terminer un destin qui m'opprime. PHRAHATE.

Non, prince, votre main n'aura pas cet honneur. Je veux vous accorder cette insigne faveur.

H faut que je me venge et qu'Orode périsse. ORODE.

Dieux quelle cruauté

PttRAHATE.

Gardes, qu'on le saisisse.

Et vous tous, suivez-moi. Grâce aux Dieux; les destin-Ont couronné mes vœux et comblé mes desseins.


Dans la tragédie de DëM~rMM; représentée le 2 septembre 700, les jeunes Nicolas de Curet, François de Luminy, Pierre de Bausset, Trophime Guillermy, Dominique Demande, jouèrent les principaux rôles. Ensuite Antoine Rodet, Gabriel Remusat, Joseph Varage et deux autres élèves du nom de Rigord se firent applaudir dans la pastorale

Je ne déroulerai pas le tableau des représentations dramatiques données par les élèves de l'Oratoire de Marseille dans le dix-huitième siècle. Ces détails m'entraîneraient trop loin et dépasseraient les limites de mon ouvrage. Je ne dois pourtant pas passer sous silence un fait assez curieux. Le spectacle de 1729 commença par la tragédie d'Annibal dans les intermèdes de laquelle ngurèrent Charles de Montolieu, Louis de Villemandy, Bardon et quelques autres écoliers. On joua ensuite le Bourgeois g~t~oMMMe, de Molière, mis en vers par les PP. de l'Oratoire'. Leur versification gâta la pièce de notre grand comique. On a vu, par l'échantillon d' O~o~e, que les bons pères, au demeurant professeurs excellents, n'étaient que des poètes assez médiocres.

L'élève Guys fut l'un de ceux que l'on goûta le plus dans ces amusements scéniques. Il eut, en i 733, un grand succès dans le principal rôle de la comédie Sancho dans .soH ~<?, jouée après la tragédie de 7~

t Marseitle, chez la veuve de Henri Martel, m-t".

A Marseille, de l'imprimerie de J.-B. Boy, t7M, in-4". Voyez la première lettre de l'évêque de Marseille à l'evëque de Montpellier, etc. Marseille, de t'imprimehe de J.-P. Brebion, 1730, p. 13.


~MS'. En ~737, il représenta Brutus, à la satisfaction générale, dans la tragédie de ce nom, et joua ensuite avec distinction un rôle de valet dans la comédie Le C~M~ Guys est l'auteur du Voyage ~Mcr<K~ de la Grèce de Marseille ancienne e~ moderne et de quelques autres ouvrages assez peu estimés du reste.

Parmi les autres jeunes acteurs du collége de Marseille, nous voyons Sauvaire, Truilher, Vernede, 1 Pagy, Fouquier, Cauvière, Magalon, Jouvene, Boule, Aulanier, Moulard, Raimond, Porry,Boze, Couturier, Diendé, Perrache, Berlue, Seren, Compian, Maurellet de la Roquette, Barrigue, de Villiers, Grosson, Biscontin, Dageville, Verdillon, Hermitte, Nadaud, Guigoni, Mourgues, de Benat, Laflèche, Crudère ) Baux, Gallicy, Serane, Eymin, JLaBussière, Chaudon, 1 Francesqui, Decugis, Escalon Belleville. Ces noms appartiennent généralement au commerce et à la bonne bourgeoisie de Marseille. A cette époque, les nobles envoyaient leurs enfants à Paris.

Plusieurs élèves de l'Oratoire de Marseille devinrent des hommes distingués qui honorèrent leur patrie dans diverses carrières. Tels furent François Marchetti", esprit investigateur mais un peu trop crédule, qui fournit pourtant des matériaux fort utiles à l'étude de nos fastes locaux Louis-Antoine de Marseille, de t'imprimene de Pierre Boy, 1733, in-4o.

2 Marseille, chez Dominique Sibié, 1737, in-4o.

3 Achard, Dictionnaire des hommes illustres de Provence, 1.1, p. 477.


Rum, historien de Marseille, consciencieux et fidèle que l'on consultera toujours avec fruit, bien qu'il soit sans art littéraire, sans style et sans critique Arcère, auteur d'une bonne histoire de la Rochelle et du pays d'Aunis' Jules Mascaron, évéque de Tulles, qui se fit dans l'éloquence de ta chaire une grande réputation que la postérité n'a pas connrmée* Jean de la Roque, collaborateur du Mercure de France' Laurent d'Arvieux, qui fit des progrès surprenants dans la connaissance des langues orientales".

Je dois une mention particulière à l'un des hommes les plus éminents et les plus modestes du dix-huitième siècle. Du Marsais, penseur vertueux, a prouvé, par des ouvrages lumineux et profonds,que la grammaire peut devenir une véritable science, et que la philosophie a présidé, plus qu'on ne le croit, à l'art de la parole dont on peut établir les règles sur les lois immnables du raisonnement. L'Académie française) Le jeune Ruffi joua le rùte de Jonathas dans un exercice littéraire dont le programme est intitulé: PatM'tttf pietatis ote<M)t<M in <yemt)M JotMt/tfE sttt'pe (M))t))< s6e«td<MK tMaMtKeMM. La date est du 23 juin, mais l'année n'est p.is désignée. Feuille d'une seule page format in-4e, sans nom d'imprimeur, en ma possession.

2 Achard, ouv. Mté. 1.1, p. 30 et 3t.

3 V oltaire qualifie Mascaron de M~tOM-e et célèbre OMtetH-, et Voltaire- a ici raison. Voyez son Dictionnaire philosophique, au mot ordination. Voyez aussi le siècle de Louis X!V, catalogue de la piapart des écrivains français au mot Mascaron.

4 Achard, Dictionnaire des hommes illustres de Provence, 1.1!, p. 171. & Mémoires du chevalier d'Arvieux, t735, t. ï, préface, p. 7.

6 Palissot, Mémoires pour servir à l'histoire de notre littérature, Parif!, t803, t. p. 38t. et t. p. t5t.– Chénier, Tableau-historique de l'état et des proff)'~ de la tittërature française depuis 1789, p. 5 et 18.- Henri Martin, Histoire Je France, t853, t. XVHI, p. aS3-S4.


qui bien des fois ouvrit ses rangs à des médiocrités intrigantes, n'admit pas du Marsais dans son sein. Instituée par Richelieu pour fixer les principes de la langue et pour en maintenir la pureté, elle laissa dans l'obscurité un grammairien incomparable qui mourut pauvre, mais plein de dignité, comme un sage des temps antiques. Fontenelle disait de l'illustre marseillais qui n'avait aucun savoir-faire « C'est le ni« gaud le plus spirituel et l'homme d'esprit le plus « nigaud que je connaisse ').

Jean-André Peyssonnel, docteur en médecine et célèbre naturaliste, fit sur la formation du corail des découvertes qui rendront son nom immortel dans le monde scientifique. Il eut pour condisciple au collège de l'Oratoire à Marseille, son frère Charles, d'abord avocat, puis voué aux fonctions diplomatiques et consulaires*.

Le docteur Darluc se fit honorablement connaMrc par son Histoire naturelle de Provence, ouvrage instructif et substantiel

Barthe, l'auteur des Fausses infidélités,. publia aussi des poésies légères pleines de goût, de charme et d'enjouement*. Salomon jeta les traits du ridicule sur querelle des MtedecM~ qui s'étaient divisés en Bouche, Essai sur l'histoire de Provence, t. H, p. 382.

Flourens, secrétaire perpétuel det'Académie des sciences, dans ses Étages historiques lus aux séances publiques de cette Académie, premier yo)ume de la seconde série. Paris, 1857, p. 420 et 42t.

3 Acbard, Dictionnaire des hommes illustres de la Provence, t. p. 36). t Même ouvrage, t. I, p. 569.

< Poème hëroï-comique, à Cologne, chez Pierre Atar'eaa, <T32, petit in-j".


deux camps au sujet du système de contagion de la peste de 1720. Le poète satirique emprunte quelques formes au Lutrin de Boileau. Toussaint Gros réussit admirablement dans la poésie provençale. Il prouva qu'on peut aller à la postérité avec un petit bagage, et quelques-unes de ses fables., rappelant celles de Lafontaine, survivront à presque tous les vers provençaux que leur médiocrité précipite dans l'éternité de l'oubli

Les pères de l'Oratoire élevèrent aussi l'auteur du Voyage du jeune Anacharsis qui fit honneur à leur enseignement. Ici je ne puis mieux faire que de laisser parler Barthélemi lui-même. « A l'âge de douze ans, « mon père me plaça au collège de l'Oratoire, àMar« seille, où j'entrai en quatrième. J'y fis mes classes « sous le P. Raynaud qui, depuis, se distingua à « Paris dans la chaire. Il avait beaucoup de goût et « se faisait un plaisir d'exercer le nôtre. Ses soins re« doublèrent en réthorique. Il nous retenait souvent « après la classe, au nombre de sept ou huit il nous « lisait nos meilleurs écrivains, nous faisait remar« quer leurs beautés, et nous demandait notre avis. « Quelquefois il nous proposait des sujets à traiter. » « Un jour il nous demanda la description d'une « tempête en vers français. Chacun de nous apporta « la sienne, et le lendemain elles furent lues en petit « comité. Le P. Raynaud parut content de la mienne. « Un mois après, il donna publiquement un exercice

Achard, ouvrage cité, t. I, p. 384.


« littéraire dans une grande salle du collège. J étais « trop timide pour y prendre un rôle. J'allai me « placer dans un coin de la salle où bientôt se réu« nit la meilleure compagnie de Marseille en hom« mes et en femmes. Tout à coup je vis tout le monde « se lever. C'était à l'arrivée de M. de la Visclède, « secrétaire perpétuel de l'Académie de Marseille; il « jouissait d'une haute considération. Le P. Raynaud, « son ami, alla au-devant de lui et le fit placer au « premier rang. J'avais alors quinze ans. Dans cette « nombreuse compagnie se trouvaient les plus jolies « femmes de la ville très-bien parées. Mais je ne « voyais que M. de la Visclède, et mon cœur palpitait « en le voyant.

« Un moment après, le voilà qui se lève, ainsi que « le P. Raynaud qui, après avoir jeté les yeux de « tous tes côtés, me découvre dans un coin et me « fait signe d'approcher. Je baisse la tête, je me rac« courcis et veux me cacher derrière quelques-uns « de mes camarades qui me trahissent. Enfin le Père « Raynaud m'ayant appelé à très-haute voix, je crus « entendre mon arrêt de mort. Tous les regards « étaient tournés vers moi. Je fus obligé de traverser « la salle dans toute sa longueur, sur des bancs « étroits et très-rapprochés, tombant à chaque pas « à droite, à gauche, par devant, par derrière, ac« crochant robes, mantelets, coiffures, etc. Après « une course longue et désastreuse, j'arrive enfin « auprès de M. de la Visclède qui, me prenant par la


« main, me présenta à l'assemblée et lui parla de la « description d'une tempête que j'avais remise au « P. Raynaud. De là, l'éloge pompeux de mes pré« tendus talents. J'en étais d'autant plus déconcerté, « que cette description je l'avais prise presque tout « entière dans l'Iliade de la Motte. Enfin M. de la Vis« clède se tut, et l'on jugera de mon état par ma « réponse que je prononçai d'une voix tremblante « Monsieur, monsieur, j'ai l'honneur d'être. votre « très-humble et très obéissant serviteur Barthé« lemy. Je me retirai tout honteux, et au déses« poir d'avoir tant de génie*. »

Après avoir fait sa réthorique au collège de l'Oratoire de Marseille, Barthélemy entra au séminaire de la même ville. « J'y trouvai, dit-il, un professeur de « théologie qui était assez raisonnable, et tous les « matins, à cinq heures, une méditation qui ne l'était « pas toujours elle était tirée d'un ouvrage de Bon« valet. Le lendemain de mon arrivée on nous lut len« tement et par phrases détachées le chapitre où ceBon« valet comparel'égliseàun vaisseau. Le pape est le ca« pitaine; les évéquessont les lieutenants. Viennent « ensuite les prêtres, les diacres, etc. Il fallait réfîe« chir sérieusement pendant une demi-heure sur ce « parallèle. Sans attendre la fin du chapitre, je trou« vai que dans ce vaisseau mystérieux je ne pouvais t Mémoires sur la vie et sur quetques uns des ouvrages de J.-J. Barthëiemy écrits par hu-mëme en i7')5 et H93, dans t'introduction du Voyage du Jeune AMcharsis. Paris, 1624, chez Étienne Ledout, p. 21.


« être qu'un mousse. Je le dis à mon voisin qui le « dit au sien et tout à coup le silence fut interrompu « par un rire général dont le supérieur voulut savoir « la cause. Il eut aussi le bon esprit d'en rire*, a Deux élèves de l'Oratoire de Marseille, Gensollen et Portalis, acquirent au barreau d'Aix un nom justement célèbre. Jusques alors les avocats n'avaient plaidé que par écrit. Gensollen fut le premier qui parlât d'abondance sur de simples notes. Mais l'improvisateur n'était rien à côté de l'érudit~. Gensollen acquit d'immenses trésors de science dans l'amour persévérant de l'étude, et le barreau de nos jours ne se ibrmepas même une idée de cette science forte, saine et profonde. Quant à Portalis, il lui fut donné de vivre dans un temps où la domination appartenait aux maîtres de la parole, et il mit en lumière ses grandes connaissances juridiques sur une scène éclatante qui attirait les regards du monde entier. Assesseur de la ville d'Aix et procureur du pays de Provence, puis membre du conseil des Anciens, conseiller d'État, législateur de nos codes, ministre des cultes, il déploya des qualités éminentes dans chacune de ces hautes fonctions

Je ne puis mieux terminer la glorieuse liste des élèves de l'Oratoire de Marseille que par le nom d'Antoine Aubert. Ce docteur consacra à une œuvre Ibid. p. 24,

~GensoUen est ~'auteur dn F'<'ame-akM''tie Provence, Aix, chez Joseph ipavid, t732. in-.t".

Voyez t'Ètoge de Portai imprimée a Paris en i807, chez P. Lerouge, in-So.


considérable de charité la fortune qu'il avait honorablement acquise dans l'exercice de la médecine. Il fonda à Marseille, en ~74, l'hôpital du Sauveur'. Les hommes qui nous éclairent et nous charment par leurs écrits, par leur éloquence et. par leurs travaux ont des titres à notre estime mais les bienfaiteurs de l'humanité ont plus de droits à nos hommages, car si la science est d'un grand prix, les vertus miséricordieuses valent davantage.

t Mémoire manuscrit sur le docteur Aubert, fait par Chartes Si~noret, <en neveu d'alliance, aux archives de FHotet-Dieo de Marseille.


RUE SAINT-JAUME, RUE DU PONT, RUE BELSUNCE ET COLLÉGE DE CE NOM.

L'église de Saint-Jacques, Sant-Jaume en provençal, près la Corroyerie ou Cuiraterie-VieilIe, en latin ecclesia Sancti-Jacobi de Con~cnd, était fort ancienne. Ruffi avait vu un acte de transaction fait, en 1204, entre le prévôt de la cathédrale et les curés de Saint-Martin et de Saint-Jaume.

Cette dernière église donna son nom à la rue*. Dès l'année 4867, les consuls de Marseille avaient prié François deBorgia, général des jésuites, de leur envoyer quelques sujets pour le collège communal. Ils demandèrent au moins une maison professe ~e cette société, mais Borgia refusa parce qu'il n'avait pas un assez grand nombre de religieux.

Ruffi, Histoire de Marseille, t. II, p. 54.

Acte du 10 mai 13M dans le Cartulaire du notaire Raimond Noë greffier du juge Arnaud de Vaquiez, tSM, aux archives de la Ti)!e.


Ce projet fut repris, en 572. par plusieurs citoyens des plus considérables de Marseille parmi lesquels on comptait Joseph de la Seta, sieur de Nans Jean Doisat, sieur de Venelles, et Pierre Albertas, sieur de Saint-Chamas. Ils sollicitèrent auprès du conseil municipal l'appel des jésuites « pour entre« tenir les bonnes lettres, arts libéraux et aultres « sciences en la présente ville, et y faire florir icelles » Le conseil délibéra, le 4 6 novembre, de ne statuer définitivement sur cette demande que « là et quand « le chapitre de la Major, Saint-Victor et le révéren« dissime évoque bailleront cent escus chacung an « comme lesdits jésuites advancent et sejactent' a. L'affaire, pour le moment en resta là.

Cependant Charles IX autorisa, en 1574, l'établissement d'une maison professe des jésuites à Marseille. Antoine Long, bénéncier de la cathédrale, leur r donna à cet e0et, une maison et le conseil municipal, dans sa séance du 28 juin 1579, émit un vote favorable à ce projet que les troubles religieux firent échouera D'ailleurs les jésuites avaient déjà amassé contre eux des haines redoutables; le narlement de Paris les voyait de très-mauvais œil, et l'université ne leur pardonnait pas le tort que lui faisait la concurrence de leursécoles. En 1594, l'attentat de Chatel Registre des délibérations du conseil municipal de Marseille du mois de novembre i5TO au mois d'octobre 15M, fol. 221 recto, auxarchives de la ville. 2 Registre do novembre 1574 au mois d'octobre t5T9, fol. t45 recto, aux mêmes archives.

3 L'Antiquité de l'église de Marseille, t. !U, p. :)ti et 3t2.


à ta vie d Henri !V précipita leur disgrâce. Ils furent chassés de France; mais l'un d'eux, le père Coton, par son esprit, sa souplesse, ses manières insinuantes, vint à bout de gagner les faveurs du roi qui aimait, disait-on, la vérité, mais qui avait dia Coton dans ~Mor<M~<M'. Un édit de 6 03 rappela la Compagnie de Jésus.

En 4 6< 4, deux membres de cette société, les pères Possevin et Mathieu, prêchèrent à Marseille avec un grand succès et bien des personnes pieuses désirèrent avoir une maison de leur institut. L/évêque Jacques Turricella accueillit ce vœu a la réalisation duquel concoururent les libéralités de Pierre Riqueti, sieur de Nogreaux et de Thomas de Riqueti, son frère, qui prit, plus tard, l'habit de Jésuite. Les nouveaux religieux logèrent d'abord pendant deux ans chez un bénéficier de la Major nommé Benoît ils louèrent ensuite une maison près de cette cathédrale, puis une autre derrière le monastère de l'Observance, et ils obtinrent enfin, en 62~ l'église de Saint-Jaume qui leur fut cédée par le recteur Bremond, du consentement du chanoine prieur de cette église, laquelle fut unie à perpétuité à la compagnie de Jésus par une bulle de 1623\

Lesjésuitesacquirent du sieur de Beissan, en 1628, une maison à peu près située où est aujourd'hui l'Observatoire, et ils continuèrent de desservir Saint-

Millot, éléments de l'histoire de France, t?7t, t. HI, p. t.M. t/A~tiquitc de i'eg'isc de MarscUie, t. )!). p. 352 et 3M.


Jaume. En <630. le duc de Guise, gouverneur de Provence, fit jeter, près de la maison des jésuites, les fondements de la belle église de Sainte-Croix, et pendant qu'on y travaillait, les jésuites aUèrent demeurer près de Saint-Jaume. Quand l'édince fut terminé, c'est-à-dire en <646, ils se partagèrent en deux communautés, dont l'une resta près de SaintJaume et l'autre s'établit à Sainte-Croix Plus tard, la vieille église de Saint-Jaume fut construite sur l'emplacement de l'ancienne par les jésuites avec l'assistance de leurs congréganistes. On l'agrandit aux dépens d'une petite rue de traverse, et l'on conserva l'ancienne chapelle intérieure où les membres de la compagnie de Jésus avaient des caveaux pour leur sépulture.

Ces religieux étendaient à merveille leur crédit et leur puissance. Leur organisation, leur discipline, leur esprit de corps, leur adresse, leurs pensées d'envahissement, leurs doctrines flexibles qui se réglaient suivant le temps et les conjonctures, leur habileté dans l'art de manier les caractères, de toucher les fibres les plus sensibles du coeur humain et de se concilier la faveur des hommes qui pouvaient leur être le plus utiles, leur faisaient acquérir tous les jours un pouvoir plus grand encore. Mais, comme tout ce qui s'élève et domine, ils avaient de chauds partisans et des ennemis implacables. On leur reprochait la capta-

M~mc ouvrage, t. tt!, p. 3S2 et 353.


tion des legs et des héritages. En < 656, un grave avocat de Marseille ne leur épargnait pas les accusations flétrissantes*.

Mais les jésuites poursuivaient leur route sans paraître plus émus de la critique que de la louange. Les considérations sur l'utilité des richesses avaient entièrement prévalu chez eux. Ce n'est pas qu'ils aimassent l'argent par avarice; ils ne l'aimaient que par ambition. Ils consentaient facilement à la pauvreté personnelle, pourvu qu'ils en fussent dédommagés par la puissance du corps. Ils comprirent que, pour jeter de plus profondes racines, il fallait se rendre maîtres des hautes études dans les écoles publiques, et l'emporter, si c'était possible, sur les oratoriens voués avec modestie, mais avec succès, à l'enseignement de la jeunesse.

Une dai'3e riche et pieuse de Marseille offrit aux pères de l'Oratoire une somme suffisante pour fonder dans leur collège une chaire de théologie mais le mauvais vouloir de Vintimille du Lue, évéque de Marseille, opposa, sous de vains prétextes, un obstacle insurmontable à l'exécution de ce projet*. Vintimille du Lue, créature du fameux P. de la Chaise, confesseur du roi, ne pensa qu'à procurer aux jésuites l'enseignement public de la théologie. On en donnait Les statuts municipaux et constantes anciennes de la ville de Marseille, commentés par François d'Aix, advocat an parlement et jurisconsulte de MarseiUe, p. 355.

2 Le philosophisme des jésuites de Marseille, Avignon, i692, p. 7 et 8.


bien des leçons dans quelques communautés religieuses, mais la plupart des professeurs avaient des opinions contraires à celles des disciples de Loyola et ils ne paraissaient pas assez dévoues aux doctrines ultramontaines. Ce fut au commencement de 688 que Févéque en fit la première proposition aux échevins. Il s'agissait de mettre à la charge de la ville la dépense d'une chaire occupée par trois professeurs aux appointements de trois cents livres chacun. L'administration municipale ne s'opposa pas à cet établissement mais elle demanda que la ville ne fût pas chargée de la dépense

Mais l'intendant Lebret, courtisan de tous les pouvoirs, caressait les jésuites dont l'influence allait croissant à la cour, dans la magistrature et dans les administrations provinciales. Son nom seul faisait trembler la Provence entière, et il conduisit au gré de ses désirs l'affaire relative à la chaire de théologie. Il fit si bien, de concert avec Févéque Vintimille du Luc, que l'opposition fut vaincue. On avait fait entendre au roi que la ville de Marseille était infectée d'erreurs et de vices que les jésuites étaient seuls capables de rétablir la pureté des moeurs et le règne des saines doctrines 2. Le 27 janvier ~689, le conseil de ville fut assemblé, mais pour la forme seulement, 1 Lettres des eehevins de Marseille à de ViHeceuve, agent de la ville de Marseille à Paris, du tt mai et 20 septembre M8S, dans le registre des copies des lettres de ces magistrats, du il !<.vrH 1687 au 16 juin <Ma, aux archives de ).i ville.

La phito.sophMmc des jésuites p. M.


car d'avance on s'était assuré de la majorité des suffrages. Sur la proposition du premier échevin César Napotton, le conseil délibéra que la ville prenait à sa charge ta dépense de l'enseignement de la théologie chez les jésuites, attendu que cet établissement re« gardait la gloire de Dieu/te service du roi et le bien « public

Ce fut la une grande affaire qui souleva bien des passions et bien des murmures. On accusa d'immoralité les doctrines du P. Béon, l'un des trois professeurs de théologie, et quelques-unes de ses opinions sur le péché j)/M~<Mop/KgMe firent beaucoup de bruit et de scandale. Presque tous les théologiens de France en furent indignés. Les jésuites de Paris condamnèrent cette opinion, et la cour de Rome prononça contre elle une sentence, le 24 août ~690. L'évêque de Marseille s'en émut alors, et le ~5 juin 4 694, Béon fut obligé de se rétractera

Le pouvoir des jésuites ne connut plus de bornes à Marseille sous l'épiscopat de Belsunce. En ~726, ce pontife parla au roi de la nécessité qu'il y avait d'établir pour eux un collége dans la maison de SaintRegistre 90 des délibérations municipales de t688 à i689, fol. 37 verso, aM archives de la ville.

ï Béon le définissait ainsi si l'on commet une action mauvaise et qni de soi dëpta!t à Dieu, en sorte toutefois qu'on ignore qu'elle lui déplaise, soit parce qn'on ne connait pas Dieu, soit parce qu'on ne sait point que le péché lui dé.plaise, ou enfin parce qu'on ne fait pas attention à cette déplaisance, il peut arriver que ce ne soit point une offense personnelle et que l'on ne commette qu'un péché philosophique.- Le Philosophisme des jésuites de Marseille, p. 74. et 75.

3 Le Philosophisme des jésuites de Marseille, p. 81 et 86.

19


Jaume, et par la protection du cardinal de Fleury il obtint des lettres-patentes pour cet établissement autorisé sous le nom de Belsunce. L'ouverture du nouveau collège fut faite le ~3 janvier 727 en présence des échevins qui n'en protestèrent pas moins contre la nouvelle institution créée malgré leur opposition formelle. Ils réservèrent en même temps les droits de la ville qui, dans aucun cas, n'aurait à concourir à aucune dépense'.

L'évoque acheta une maison contiguë qui appartenait à Rigord chevalier des ordres du roi, et il acquit plus tard l'ancien hôtel des Quatre-Tours dont j'ai déjà parlé. Cet hôtel, approprié au logement des élèves internes, fut joint à la maison de Saint-Jaume par un pont qui traversait, à la hauteur du premier étage, la rue étroite à laquelle le nom de rue ~M PoM< fut donné.

Ce fut dans ces circonstances que la rue des Nobles changea aussi de nom. Dans le quatorzième siècle, elle s'appelait Neuve et quelquefois aussi du GrandJ~eaM~. On lui donna indistinctement, dans le dixseptième siècle, les noms de Neuve, deGrand-Mazeau, de Droite, et ce ne fut qu'à la fin de ce siècle qu'on l'appela des Nobles parce que plusieurs familles de 1 Le Cérémonial de la ville de Marseille, p. 568.

Grosson, Almanach historique de Marseille, année t780, p. 568. 3 Registre A des censes et directes de i'hëpitat Saint-Jacques de Galice, p. 339 et 313, aux archives de t'Hotet-Dieu de Marseille.

< Nouveau registre C. des censes et directes de l'hôpital de Saint-Jacques Je Gatiec, p. 31.


gentilshommes y avaient nxé !eurs demeures'. Au milieu du même siècle, le collège Beisunce donna son nom à la rue qui fut régularisée de 748 à 4 759, t au moyen du coupement de quatre maisons dont la saillie nuisait à l'alignement*

Be!sunce ne borna pas ses libéralités à celles dont je viens de parler. Aucun sacrince ne lui coûtait quand H s'agissait de favoriser la compagnie de Jésus dont il était mi-même l'un des membres les plus fervents. Il augmenta !e nombre des jésuites de Saint-Jaume leur donna des sommes considérables, sa bibliothèque, des tableaux, des meubles précieux, et ne négligea rien pour maintenir le collège dans un état brillant~.

Bientôt l'établissement de Saint-Jaume et celui de Sainte-Croix ne suffirent plus aux vues ambitieuses des jésuites de Marseille. Ils voulurent avoir dans la nouvelle ville une troisième maison pour un séminaire des missions du Levant et pour une école des langues orientales.

L'exécution de ce projet était des plus coûteuses et des plus difficiles. Mais les jésuites n'étaient-iis pas habitués à vaincre toutes les résistances? Ne parvenaient-ils pas toujours à leurs fins? Ils agirent si bien En t6M, on l'appelait fM ~MM, dite des JVo6<e<. Registre G, ), j). S. Articles du 36 novembre tTM et du t septemhre 1750 dans le Bu)ie<:ure de 1747 à 1750; du 13 février 1758 dans le BaUetaire de 1756 à 1759 et du 18 octobre dans le BuUetaire de 1759 à 1761, aux archives de la yille. 3 Agneau, Calendrier spirituel de Marseille, U'ie, 1759, p. 273 et su~-


en cette circonstance que tous les obstacles disparurent à la fois et qu'ils n'eurent pas même à faire la moindre dépense. En 724, le roi leur avait cédé en pur don deux mille toises de terrain dans la vaste place d'armes dite le Camp-major, qui comprenait le quartier occupé plus tard par la place Monthion et par les rues voisines jusques à la rue Paradis, laquelle venait d'être ouverte. Un particulier, qui voulut rester inconnu, s'offrit avec l'aide de quelques autres bienfaiteurs, pour faire à ses frais toutes les constructions, et l'on mit de suite la main à t'œuvre, sous la direction du P. Gérin. Les travaux annonçaient une maison belle, grande, commode, et bientôt sa façade s'éleva sur la rue Paradis. Le nom de SaintRégis lui fut donné.

Belsunce continuait de prodiguer toutes ses faveurs au collége de Saint-Jaume, mais il ne pouvait améliorer sa mauvaise situation au milieu de rues étroites et de maisons hautes, sans aucun de ces agréments dont les hommes d'étude ont tant besoin. Pas de jardin, pas de vue; partout l'aspect le plus triste et le plus sombre. Mais les jésuites acquirent de M. Jean Samatan, au lieu de Montcautt, quartier de SaintJust; une propriété rurale dite la Po~OM~me, où ils bâtirent une belle et grande maison pour les retraites qu'ils y firent plusieurs fois par an*, et ils conduiC&tendricr spiritne) et perpétue) pour la ville de MaMeitte, t?i3, p. t73.–BegMtre E, 2, des ccMM. (le nMtei-Dieu dans te territoire de MarseiUe, fol. i03, au archives de l'et (.'t.tbtisscmeut.


sirent aussi leurs élèves pensionnaires les jours de congé'.

Les régents de Saint-Jaume rivalisèrent avec ceux de t'Oratoire, et il y eut là une puissance d'émulation qui tourna au profit des études classiques dont le niveau fut à peu près le même dans les deux colièges. Quant aux jeux littéraires et aux représentations théâtrales, le goût en fut beaucoup plus prononcé chez les disciples de Loyola que chez ceux de Bérutte, et cette différence venait des tendances et des maximes de chacune des deux compagnies. Les jésuites donnaient une importance considérable aux formes extérieures qui captivent l'imagination et les sens ils aimaient passionnément la pompe des spectacles mondains, tandis que les oratoriens, à t'exemple des autres jansénistes, plaçaient leur ambition dans la simplicité des pratiques, dans la gravité des mœurs et dans le dédain du prosélytisme. Rollin blâme, dans les exercices publics des écoliers, l'usage du ballet que l'université n'adopta jamais 2. Les oratoriens de Marseille recoururent quelquefois à ces danses comme accompagnement des pièces dramatiques; mais on reprocha aux jésuites d'en faire un trop fréquent usage.

Les échevins de Marseille, mus par un excellent esprit de bienveillance et d'impartialité, assistèrent Description des réjouissances qui ont été faites à Marseille à l'occasion do t'heurense convalescence du roi, 1?M, sans nom d'imprimeur, p. 21 et M. 2 TrMtê des études. Paris, tT32, t. IV, p. M5.


aux représentations seéniques du coUége de Belsunce' con)me à celles du coUége de l'Oratoire et nous voyons ngurer dans ïa maison de Saint-Jaume des écoiiers dont les noms sont aussi des plus honorables: MiraiUet, Magi~ A~douio, Feraud, Piquet Ferran, Tourniaire, Caire, Vague, Marion, Roussier, Germain, Carbooeî, Ftécboa, Seigneuret, Bezaudia, BoutHer, Parrot, Vatbonet, Vence, Guérin, d'Anselme, Aubin, Reboul, Lombardon, Capus, Castagne, Croze-Magnan. On voit que les premières famiUes deMarseiMe, dans !e commerce et la bourgeoisie, se divisaient d'une manière à peu près égaie pour le choix du coUége de Saint-Jaume ou de celui de l'Oratoire~. Il paraît cependant que !a maison des oratoriens forma de meilteurs élèves du moins beaucoup plus d'hommes distingués y nrent }nurs études, il est vrai ~ue J'institutioa de SaiBtJaume n'eut, comme on va ïe voir, qu'une courte existence.

Beisunce, frappé d'apoplexie, mourut ïe 4 juin 7oo, à Fâge de quatre-vingt-quatre ans. La vieillesse n avait point refroidi ses ardeurs uttramontaincs. En <7S<, l'un de ses mandements avait !ait un Le Ct"'<nMnt')!, jtM! s'n ajchives dpJ~ ~itte-

En liât, )e nombre des 6)éves da coUége de t'OratMre de MarseOte ëtai! de aM. tt aHeisMt, en <[TSM, te chiffre de 356., et te fut le ptas ëtevé. Depuis )«r' le nombre dM ê)èves de ce cottëge dttsinua progressivement par t'eiTet de ta (;o!tcurre)ice d:! eoHëge de Betsance. Le premier de ces ëtaMissements ne con~pta qac ?8 eeohers en i'?M, mais il en eut 3t8 en tfaS, époque de la mort de Bfkunce. Ce nombre monta à :!M en iTM au moment des poursuites judittiures contre ta compagnie do Jésus.


bruit extraordinaire en France et même dans t Europe entière*. L'année suivante, une de ses lettres, 3 dénoncée au parlement de Paris, y fut brûlée par la main du bourreau Ce pontife, qui avait pris i'entctementpouria~rceet l'orgueil pour la dignité~, ne laissa qu'une fortune des plus médiocres*, bien que ses facultés patriEiomaîes eussent été assez considérables et qu'il possédât la riche abbaye de SaintArnoul de Metz,dont le roi disposa en sa faveur, en récompense de son dévouement pendant la peste. Mais il s'était à peu près dépouillé pour les jésuites d'ailleurs il vivait en grand seigneur, et Lachau. son chef de cuisine, faisait somptueusement les honneurs de sa table".

L'évêché de Marseille fit à Belsunce des funérailles pompeuses~, et la ville n'épargna rien pour la maLettre de Voltaire au comte d'Argenta', datée de Postdam le t3 juillet i75t, dans M CorrespondaMe, t. V! p. 363, édition des frères Baudouin, i835. Voltaire, siècle de Louis XV, chf xxxYt.

Mémoires du due de Saint-Simon. PMM, tS5T, t. IV, p. 3H.– Voyez aussi Stsmondi, Histoire des Français. Paris, <842, t. XXVII, p. ~29-430. < Belsunce, par testament du i8 février U50, tnstitua t'Hôpitat-Genërat de la Grande-MMfieorde de Marseitte son héritier universel. 11 fit des legs par!iceUeK en faveur de ses ofCciers et domestiques, et des pauvres des terres, J seigneuries et prieurés de son évêché, ainsi que ses deux abbayes de SaiutArnouide Met~e et de Notre-Dame-des-Chambons. VoyexSethreMtéFF,du trésor de Notre-Dame-de-MMneorde dB i7~S a 1765, M. 235 verso, 236 recto et verso, et suivants, aux archives du bureau de Bienfaisance de Marseille. 5 Diverses biographies et divers éloges historiques de Belsunce. 6 Lettre à Monseigneur rév&que de Belsunce pour servir de réponse à un écrit intitute M~ittte ett caMattO't etc., contre deux arrêts du parlement d'Aix. t7M, p. 5.

Voyez te livre-trésor M de )'Hote)-Meu de Marseille, de 1TM à t76e, premiere'i pages.


~niiicerce du service funèbre qu'elle fit célébrer dans la cathédrale*. Quant aux jésuites, ils donnèrent un éciat inouï au témoignage de leur douleur. L'un deux, le père Lanfant, professeur de rhétorique et prédicateur distingué, prononça, dans l'église de Saint-Jaume, une oraison funèbre en latin et, pour honorer davantage la mémoire du pontife qui méritait si bien leur reconnaissance, ils firent graver audessus de la porte de l'église une épitaphe conçue en ces termes D.D. Henrico episcopo cujus &eKe~cto t?!M~ gloriam immortalem p~eC~MM~ Cependant les jésuites touchaient au terme de leur puissance. A la suite d'un attentat à la vie du roi du Portugal, dans la nuit du 3 septembre i 738, les membres de la compagnie de Jésus furent chassés de ce royaume, et l'orage se déclara en France contre eux avec une violence inouïe. Ils avaient à lutter contre des ennemis conjurés pour les perdre jansénistes jaloux philosophes ardents, jeunesse incrédute, enthousiaste et frivole, toute une génération qu'ils avaient eux-mêmes élevée. Malheureusement pour la compagnie, elle avait toujours compté des caractères sombres, et plus encore des esprits artificieux et brouillons, au milieu d'un grand nombre d'hommes aussi éclairés qu'estimables. On leur reprochait des maximes horribles contenues dans quelLa ville dépens pour ce sevice t8M livres i2 sous. Voyez teButtetaiM de <f50 à lf55, aux archives de la ville.

Agneau, Calendrier spirituel, p. 875.


ques-uns de leurs livres; mais ces livres, peu connus, avaient été puMiés par des jésuites étrangers, et les jésuites français ne les avouaient point. D'ailleurs la guerre faite à leurs écrits n'avait pas toujours été d'une loyauté parfaite. Pascal lui-même, jaloux de les vaincre à tout prix, avait donné prise de ce côtélà. On forçait quelquefois le sens de leurs doctrines, et des pensées extravagantes, échappées au délire de quelques cerveaux malades, étaient mises sur le compte de la société tout entière. Au fait, les jésuites, comme le commun des hommes, n'avaient pu se garantir de cet esprit de vertige et d'orgueil qu'enfantent la jouissance d'une longue prospérité et l'habitude d'unedomination habile. C'était là leur principal tort, et c'esttoujourscemiqu'on pardonne témoins. Lorsque tout se réunissait pour avertir les jésuites des périls qui les menaçaient, ils fournirent à leurs ennemis l'occasion et les moyens de les perdre. Un membre de la compagnie, le P. Lavalette, visiteurgénéral et préfet apostolique à ta Martinique, y dirigeait un établissement immense qui produisit à ta compagnie de Jésus jusqu'à 280.000 francs par an. Il posséda cinq cents nègres, se livra à de vastes opérations commerciales; et répandit son papier dans l'Europe entière'.

U se lia d'aSmres, en ~733, avec la maison Lioncy M~notre à consulter et consultation pour Jean Lioncy, créancier etsyndie de la masse (les créanciers de la raison de commerce établie il Marsei)!e tous !<; nom de Lioncy frère!! et Gouffre contre le corps des PP. jésuites. Paris, )T6t.


frères et Gouffre de Marseille, laquelle accepta des lettres de change pour quinze cent mille francs, dans l'attente de deux millions de marchandises. En < 785, le P. Lavalette expédia en effet plusieurs vaisseaux à cette maison de commerce; mais les Anglais, avec lesquels la France était alors en guerre, les prirent presque tous, et le crédit des frères Lioncy et Gouffre tomba en un instant. Après avoir inutilement soUicité les jésuites, ils se virent forcés, en <758, de tout abandonner à leurs créanciers. Je n'ai pas à raconter ici les nombreux incidents de cette affaire; qu'il me sumse de dire que, le < 7 août < 760 le roi évoqua par-devant la grand chambre du parlement de Paris toutes les demandes contre les jésuites français, et notamment celles que le syndic des créanciers de la maison Lioncy et GouQre avait formées devant le tribunal consulaire de Marseille.

Cette cause célèbre fut plaidée solennellement, et Gerbier, l'avocat le plus éloquent de son siècle, défendit les intérêts des créanciers de la maison de Marseille. tl soutint, comme on l'avait déjà fait devant les juges-consuls de cette ville, que, dans le gouvernement des jésuites, tout était soumis au pouvoir du général, seul dispensateur des biens de la compagnie. Le 6 août < 762,, le parlement de Paris rendit l'arrêt qui condamnait l'institut des jésuites, les sécularisait, et prononçait la vente de leurs biens'.

Lacretette, Histoire de France pendant te XVIII- siècle, cinquième édition~ t.!V,p.30.


La plupart des parlements du royaume entamèrent des poursuites contre les jésuites de leur ressort, et l'on vit la magistrature assiéger la puissance religieuse et politique, appelée par ses propres membres La <OMf d'J~MM~ bâtie par Dieu ~Me Le parlement d'Aix se prononça l'un des premiers. Son procureur général était ce Ripert de Monclar qui a laissé si belle renommée. Après les meilleures études dans la maison paternelle où tout lui retraçait l'image de la science et de la vertu, il avait été envoyé à Paris et placé au collége d'Harcourt où il fit sa rhétorique sous l'excellent père Porée qui avait été le professeur de Voltaire, seize années auparavant. Mais l'élève des jésuites, pénétré de l'esprit parlementaire, devint hardi gallican. De Monclar avait un sens droit et fin, une mémoire admirable, l'amour du travail et des études fortes. Nul ne sut mieux régler l'emploi dû temps. La justice était pour lui un sacerdoce, et il savait qu'il lui faut le calme, la méditation, le silence. Noble dans son langage, sévère dans ses mœurs, étranger du reste à tout esprit de coterie et de secte, il avait l'ambition de bien dire et de bien iaire. Tel était le magistrat qui se levait pour combattre les jésuites d'autant moins vulnérable dans sa dialectique et dans son éloquence que ses sentiments religieux le couvraient d'un bouclier

De Ségur, Mémoire! ou souvenirs et anecdotes. Paris, Alexis Eymesy, )ibr:t<re-ëditeur,<8iM!,t.!t,p.M.


sur lequel ses adversaires ne pouvaient que briser leurs meilleures armes.

Mais ils ne s'en servirent même pas, et les jésuites, appelés à se défendre, laissèrent le champ libre à Ripert de Monclar. Un arrêt du 5 juin 762 ordonna la communication de tous les livres et documents relatifs au régime de la compagnie de Jésus. ï! lui défendit provisoirement de recevoir de nouveaux sujets, suspendit tous ses exercices religieux et scolastiques, plaça tous les jésuites du ressort sous la juridiction de l'ordinaire, et mit tous leurs biens sous le séquestre.

Ce n'était là qu'un arrêt provisoire, mais il préjugeait l'arrêt dénnitif, et personne ne s'y trompait. Le 4 janvier 764, le procureur-général qui, dans son premier réquisitoire, s'était livré à l'examen développé des statuts de Loyola, commença au fond même un autre réquisitoire dont l'exorde finissait ainsi « Je prouverai que les lois constitutives dela compa« gnie des jésuites sont essentiellement répugnantes « aux maximes de l'Eglise gallicane, directement op« posées au véritable esprit de la religion, inadmis« sibles dans toute société civile, et qu'elles sont la « source de cette morale qui a scandalisé et effrayé « l'univers » De Monclar employa plusieurs audiences au développement de son réquisitoire où l'érudition puisée aux bonnes sources le disputait à la véhémence peut-être trop excessive dans une cause des plus considérables, il est vrai, mais qui ne pou-


vait pas avoir le mouvement d'un débat contradictoire. Il faut dit avec énergie l'organe du ministère public « II faut que les Français cessent d'être Fran« çais, ou que les jésuites cessent d'être jésuites* '). Par arrêt du 28 janvier de la même année, le parlement d'Aix prononça la suppression définitive de ces religieux, comme l'avaient déjà fait plusieurs autres parlements du royaume, Il confisqua, au profit du roi, leurs biens sur lesquels on réserva à chacun d'eux une pension alimentaire. La compagnie de Jésus fut ensuite chassée d'Espagne, des Deux-Siciles, de Parme, de Malte, de presque tous les pays qu'elle avait latigués du poids de sa puissance. On attendait de cette compagnie une résistance plus énergique, mais elle ne montra dans sa chute que de l'irrésolution et de la faiblesse, et fut loin de soutenir sa vieille réputation d habileté.

Un autre arrêt du paiement de Provence, à la date du < 8 novembre 1764, bannit de la ville d'Aix et de celle de Marseille les cw~euc~ soi-disant jésuites, qui n'en étaient pas originaires ou qui n'y avaient pas leur famille.

Les grands corps judiciaires firent un malheureux abus de la victoire. En s'acharnant sur les proscrits, ils donnèrent à penser que la passion, et non pas la justice, avait dicté leurs arrêts. On n'épargna aucune persécution à des hommes qui s'étaient consacrés à Plaidoyer de Ripert de Monctar dans un recueil de pièces relatives à l'affaire des jésuites.


renseignement public, à des vieillards respectables par leurs travaux littéraires ou scientifiques. Presque tous les jésuites établis à Marseille se réhtgièrent dans le Comtat-Venaissin, sous la protection de l'autorité pontincale. On remarquait parmi eux deux hommes distingués le P. Pezenas et le P. Feraud. Le premier prit un rang honorable dans le monde savant par ses travaux d'hydrographie, de physique et d'astronomie le second consacra ses veilles à des œuvres de lexicographie et d'analyse grammaticale.

L'expulsion de la compagnie de Jésus fut loin de satisfaire les adeptes de l'école philosophique, et Voltaire, leur chef, ne put s'empêcher de dire « On « s'est trop réjoui de la destruction des jésuites. Je « savais bien que les jansénistes prendraient ta place « vacante. On nous a délivrés des renards et on nous « a livrés aux loups x. « Les jansénistes sont de'< venus plus persécuteurs et plus insolents que les « jésuites*.

La communauté de Marseille prit possession des biens meubles et immeubles de la maison de SaintJaume, en vertu d'un arrêt rendu par le parlement de Provence le 20 décembre < 76S.

Le conseil municipal eut à délibérer, le 22 février de l'année suivante, sur la question de savoir quelle était la meilleure destination à donner à ces biens

Lettre de VottMc àMarmontet, du 7 août )?67, dans sa Correspondance. Lettre du même au comte d'Argenta), à la date du même jour.


dont la régie fut confiée à Ëmérigon, procureur de la ville. Quarante-trois membres assistèrent à la séance, sous la présidenced'AntoineAntboine,écuyer, subdélégué de l'intendant de Provence à Marseille, tenant en main le bâton du roi, en l'absence du viguier. Mathieu Lombardon soutint qu'il fallait respecter l'œuvre de Beisunce; l'intérêt des Marseillais exigeait d'ailleurs que deux collèges fonctionnassent en même temps afin de maintenir l'émulation si nécessaire pour former de bons professeurs qui pussent à leur tour former de bons élèves. Lombardon ajouta que si l'état financier de la ville ne lui permettait pas de faire de nouvelles dépenses pour le collège de Belsunce, et si, d'un autre côté, personne ne voulait le régir, avec ses revenus actuels, on pourrait attendre des temps plus favorables, l'augmentation des biens de ce collège par l'accumulation des revenus devant créer plus tard une situation assez encourageante pour inspirer à des professeurs habiles le désir de se charger de la direction des études

Les conseillers Latil, Aubert et Charbonier partagèrent l'avis de Lombardon.

Sur la proposition du premier échevin Noël-Justinien Remusat, le conseil nomma André Beaussier, Maria, Conil et Alexandre-Balthasar Rouvière, pour étudier, avec les échevins et l'assesseur, cette affaire

Registre 167 des délibérations du conseil municipal de Marseille, année i7G6, M. 30 et suiv., aux archives de la ville.


importante, et pour en faire rapport à l'une des prochaines séances.

Sur ces entrefaites, une parente de Beisunce, la dame Gabrielle de Belsunce de Castelmoront, comtesse d'Arcussia, signifia aux échevins un acte portant que si la destination du collège de Saint-Jaume était changée, la famille du fondateur se croirait en droit de revendiquer toutes les donations en faveur de cet établissement.

L'échevin Escalon lut au conseil, le 5 avril, le rapport de la commission nommée le 23 février. Les commissaires pensaient tous, à l'exception de Conil rangé à l'avis de Lombardon, qu'un seul collège suffisait à Marseille que celui de la ville devait être transféré dans la maison de Saint-Jaume qui subsisterait seule sous le nom de collège de Marseille et de Belsunce, et que les oratoriens le régiraient, sous l'inspection des échevins. Escalon déclara que, de cette manière, on ne violerait pas les généreuses intentions d'un pontife dont la mémoire et les bienfaits seront à jamais précieux. Sa fondation, accrue des revenus du collège de la ville n'en aurait que plus de lustre.

Le conseil, à la majorité des voix, adopta l'avis de sa commission'

Cependant des dimcultés sérieuses retardèrent la solution de cette affaire. Il fallait le consentement des Hpgistre 167 ci-dessus cité, p. 50 verso et suiv.


pères de l'Oratoire, et ils se montraient peu favorables au projet de translation de leur collège à SaintJaume. L'administration municipale elle-même, renouvelée par les élections annuelles, alla jusqu a mettre en question l'utilité de ce projet. Mais le collège de Sainte-Marthe était dans un état de délabrement complet, et il fallait le reconstruire en grande partie. D'ailleurs il n'était plus situé convenablement, et la maison de Saint-Jaume valait mieux sous ces deux rapports~Une commission municipale composée de de Combis, Capus, Guienet Roussier, fut chargée de concilier toutes choses et d'aplanir les dillicultés. Les oratoriens de Sainte-Marthe adressèrent un mémoire à l'intendant de Provence dont la haute intervention facilita un arrangement définitif.

Au mois de janvier < 779, des lettres-patentes du roi réunirent l'ancien collège de Belsunce à celui de Sainte-Marthe pour être perpétuellement dirigé par la congrégation de l'Oratoire', et le 22 juin suivant le maire, les échevins et l'assesseur mirent cette compagnie en possession de la maison de Saint-Jaume et de son église~. Cependant les Oratoriens ne s'empressèrent pas d'aller s'y établir, car ce ne fut que le 6 novembre ~782 qu'ils firent l'ouverture publique du nouveau collège en présence des magistrats municipaux et de Martin, prévôt du chapitre de la cathéA Aix, chez Esprit David, 1779, in-~°.

2 Registre 180 des délibérations municipales, anucc n?a, fol. lOt et suit., aux archives de la ville.

20


drale'. Le P. Duvaublin fut le dernier supérieur du collège de Marseille, qui cessa d'exister lorsque les lois de la révolution prononcèrent la suppression de tous les ordres religieux.

C'en fut fait des bonnes études classiques. En 1793. la maison de Saint-Jaume fut le foyer du fédéralisme départemental. Le comité généra! des sections soulevées contre la convention y établit le siège de ses assemblées et de ses bureaux. Le tribunal populaire, présidé par Pierre Laugier, y tint aussi ses audiences. Là furent condamnés à la peine de mort tes deux frères Jean et Laurent Savon, portefaix, chefs exécrables des pendeurs de -1792 et le vieux Amant Gueit, leur conseil. Là, quelquesjours après, comparut un homme remarquable qui n'eut rien de commun avec ces scélérats. Barthélémy, fabricant de savon, à la parole ardente, à l'âme fortement trempée, avait été l'un des orateurs les plus applaudis du club de Marseille. Envoyé par cette assemblée dans plusieurs communes voisines pour y propager les principes révolutionnaires, il fut, quelque temps après, accusé parles sectionnaires d'avoir prêché des maximes subversives de l'ordre social, et des juges peut-être trop sévères en cette circonstance le condamnèrent au dernier supplice. Aux époques troublées par l'esprit de faction, le plus dimcile n'est pas Grossûtt, A!mMMh historique de t783, p. 3t6; de 1787, p. 2M. Le tribune popu):Mre de-; sections de Marseille condamna aussi à la peine <)t' mort tes nommer PMiet,Ghmaut~BMinj Abeille et (jndqnes autres jacobins


de faire son devoir, c'est de le connaître. La modération et l'mdulgence, bonnes en tout temps, le sont davantage encore dans les discordes civiles où la fortune a des jeux si cruels et des retours si imprévus, alors que bien souvent jes vainqueurs de ta veille sont les vaincus du lendemain

On dressa l'échafaud à la plaine Saint-Michet. Jean Savon et Amant Gueit moururent comme des tâches. Laurent Savon se montra résigné. Quant à Barthélemy, le spectacle de son supplice eut une grandeur i- qu'il ne semblait pas donné à la nature humaine d'atteindre. Jamais le stoïcisme ne poussa plus loin la sérénité de l'âme et le mépris de la mort. En ce moment suprême, l'héroïque Barthélémy, la tête haute. 1 le regard assuré, eut l'attitude d'un triomphateur, Il saluait à droite et à gauche les spectateurs pressés sur son passage, et Féchataud ne fut à ses yeux qu'un théâtre où la gloire allait couronner un martyr. Il y monta solennellement, en fit ensuite le tour en saluant aux quatre coins la foule émue qui couvrait la place, et se livra froidement au bourreau. Ses ennemis eux-mêmes l'admirèrent et le plaignirent. Mais pour les cœurs républicains, cette condamnation y amassa des sentiments de haine et de vengeance qui firent, peu de temps après, une explosion épouvantable.

Pierre Laugier fut l'une des premières victime immoiëes à Marseille aprè<! rentrée des troupes conventionnelles. Il fut ~niUotinë à la Plaine Saint-Miche), comme l'avait été quelques jours auparavant thrtMtemy dont il avait prononce l'arrêt de mort.


En <793, le parti montagnard, maitre de Marseille après l'entrée des troupes de Cartaux, nomma une municipalité qui s'occupa d'un plan d'éducation et de rétablissement d'un collège national dont l'ouverture fut fixée au 8 novembre de J~t même année Mais ce nouveau collège ne fut que très-mal organisé dans l'ancienne maison de Saint-Jaume dont l'état intérieur avait subi des changements coosidéraMes par suite de l'installation des autorités sectionnaires. Le 25 mars 1794, la municipalité délibéra de demander à l'administration du district l'hôtel de Roux de Corse pour y transporter le collège, et le 2 avril suivant, elle sollicita auprès de la même administration l'achat d'une maison contiguë au jardin de cet hôtel pour le logement des professeurs', presque tous oratoriens de Marseille, parmi lesquels on comptait Beraud Rigordy, Latil et Abeille*.

Les choses en étaient là, lorsque la Convention, par décret du 2~ février 795, supprima tous les colSéance du seizième jour du deuxième mois de l'an U de la rëpnbtiqaedaBii te registre 3 des déhbêfations du conseil général de la commune de Marseille, t'!93-t'?M, fol t20 verso, aux Mcb~es de ta viite.– Voyez anssHa séance du 15 brumaire de l'an U, dans le registre 4 de la même assembtéf!, fo). «8 recto, aux mêmes archives.

2 C'est l'hôtel actuel de ta préfecture et c'était i& maison d'habitation du célèbre négociant armateur, Geafges de Roux, marquis de Bra&, plus connu sous le nom de Roux de Corse, qui mourut dans son château de Brue, le t3 mars 1792, à t'âge de plus de 90 ans.

3 Séance du 5 germinal an H dans le registre 5 des délibérations de la municij'atitë de Marseitte, fol. 79 verso.- Séance du 13 germinal an Il même registre, fol. 87 recto aux mêmes archives.

Séance du 6 brumaire an III, dans le registre 7, fot. M recto, aux mêmes MeMves.


léges et créa, pour l'enseignement des sciences, des lettres et des arts, des écoles centrales sur la base proportionnelle d'une école par trois cent mille habitants. A cette époque d'enfantement politique et social, il était plus facile de faire des décrets que d'en assurer l'exécution. La municipalité marseillaise mit à l'étude l'établissement des écoles primaires' et la création de l'école centrale*. Mais tous ces projets se perdirent dans le bruit des agitations que domina la voix de muses forcenées. Il fallut des temps plus tranquilles pour reconstituer dans des conditions convenables l'enseignement public au sein d'une société nouvelle qui, après avoir brisé tant de fausses idoles et rejeté loin d'elle tant de préjugés corrupteurs, s'assit enfin dans la modération et dans l'ordre. Appréciant alors à leur juste valeur tous les bienfaits d'une éducation libérale, heureuse du régime que lui firent nos lois, et plus encore nos moeurs, elle ne s'inclina que devant la supériorité dé l'intelligence et de la vertu.

1 Séance du 6 fructidor da t'an dans le registre 6 des délibérations de la municipalité de Marseille, du 15 thermidor an H il ta quatrième Sans-Cnlolide fie ladite année, fol. 18 recto, aux archives de ta ville.

Séance du 23 floréal an III, dans le registre 8 des délibérations du corps municipat de Marseille, fol. <i2 recto, MX mêmes archivet.

FIN.



Rue FoBtaine-Samte-Anne. Rue des Au6ers. Rue Coute]terie. Rue du Juge-du-Palais. Rue du Chevalier-Rosé. Rue des Quatre-Tours. Rue Saint-Victoret. Rue des Consuls. Rue de la Croix-d'Or. Rue de la Sa)!e. Rue de la Mure. Rue de l'Aumône. Rue Siam. Rue de la Tasse-d'Argent. Rue Nëgret. Rue CastiMon. Rue d'Âmbouquîer et Rue des SoteiHets. Rue de la Bette-Tah'e, Rue Fo!e-de-Boeuf. Rue Ingarienne. Rue des Grands-Carmes Place et Rue de Lorette.

TABLE.

27.

33.

57.

59.

44.

46.

86.

58.

68.

62.

66.

69.

7S.

84.

87.

91.

94.

100.

HS.

~20.

~38.

03.


Rue Sainte-Claire. i46. Rue des Gavotes. 149. Rue Je l'Éperon, du Cheval-Blanc et de la Campane. <Si. Rue de ii Piquette. 4S4. Rue des Carmeuns. <S8. Rue Trou-de-Moustier. 160. Rue de iaGrande-Horiogo. <65. Rue Fontaine-de-la-Samaritaine ~S. Rue Saint-Antoine. <66. Bue Grande-Roquebarbe, Rue des Icardins, Rue du Clavier. <69. Rue Montbrion et Rue des Phocéens. i7i. Rue des BeHes-ËcueJies. i73. Rue de la Calandre, Rue Étroite Rue de la. Treille et Rue du Point-du-Jour. 475. Rue de la Chaîne. i77. Rue de la Fonderie-Neuve, Rue de la Couronne, et Rue des Festons-Rouges. 79. Rue de la Roquette. 484. Rue de la Rosière. i87. Rue des Trompeurs. i88. Rue de la Fontaine Saint-Claude, Rue des Isnards et Rue de la Fonlaine-Keuve. 190. Rue de !aBeI!e-Mariniere. i94. Place des Prêcheurs. i97. Rue Duprat. 222. Rue Sainte-Marthe. 224. Maison et Collége de l'Oratoire.– t. 229. CoUëge de l'Oratoire Il 287. Rue Saint-Jaume, Rue du Pont, Rue Belsunce

de ce nom. .5. TMM,L